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HARVARD UNIVERSITY. 




LIBRARY 

OF THE 

MUSEUM OF COMPARATIVE ZOÔLOGY. 
GIFT OF 

ALEXANDER AGASSIZ. 



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\(\^1 



COMPTES RENDUS 



HEBDOMADAIRES 



DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



FABIS. — IMPRIMERIE GAUTlIllill-VILLARS, QUAI DES GRANDS-AIGIISTIN'S, 55. 



COMPTES RENDUS 

HEBDOMADAIRES 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

PLI. LIES, 

CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE L'ACADÉMIE 
PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. 



TOME CENT QUARANTE-DEUXIEME. 

JANVIER - JUIN 1906. 



"^ PARIS, 



GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 
DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

Quai des Graiids-Aiigustins, 55. 

I yo(> 






^ 1906 

PREMIE U SE M ESTRE 



COMPIES IlENDliS 



iii-:hi)Omai»aikrs 



DES SÉANCES 

DK L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

PAP IWIVi. LES SECRETAIRES PERPETUELS. 



io:siE ex LU. 



N° I {'1 .lanvier 1906) 



1 

^1 



PARIS, 



GAUTHIKR-VILLARS, IMPKIMKUK-LlBRAlRli 

OES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

yuai des Grands-Auguslins, 55. 



RÈ(>LEMI]\T 1{EL4T!F AUX COMPTES RENDUS 



ADOI'TÉ dans I.KS SÉAM i s des 2 . JUIN 



l8(v2 ET 2'| MAI 1870 



Les Comptes rendus hebdomadaires des sétinces 
de l'Académie se composent des extraits des travaux 
de ses Membres et de l'amil yse des Mémoires on Notes 
présentés par des savants étrangers à T Académie. 

Chaque cahier ou numéro des Comptes rendus a 
/i8 pages ou 6 feuilles en moyenne. 

26 numéros composent un volume. 

Il ya deux volumes pai- année. 

Artici.k I"'. — Impr-e-^sion des travaux 
de L' Acadrmie. 

Les extraits des Mémoires jiiésentés par un Membre 
ou par un Associé étranger de l'Académie comprennent 
au plus 6 pages par numéro. 

Un Membre de FAcadémie ne peut donner aux 
Comptes rendus plus de 5o pages par année. 

Toute Note manuscrite d'un Membre de l'Aca- 
démie ou d'une personne étrangère ne pourra pa- 
raître dans le Compte rendu de la semaine que si elle 
a été remise le jour même de la séance. 

Les Rapports ordinaires sont soumis à la même 
limite que les Mémoires; mais ils ne sont pas com- 
pris dans les 5o pages accordées à chaque Membre. 

Les Rapports et Instructions demandés par le Gou- 
vernement sont imprimés en entier. 

Les extraits des Mémoires lus ou communiqués par 
les Correspondants de l'Académie comprennent au 
plus 4 pages par numéro. 

Un Correspondant de l'Académie ne peut donner 
plus de 3i pages par année. 

Les Comptes rendus ne reproduisent pas les dis- 
cussions verbales qui s'élèvent dans le sein de l'Aca- 
démie ; cependant, si les Membres qui y ont pris 
part désirent qu'il en soit fait mention, ils doivent 
rédiger, séance tenante, des Notes sommaires, dont 
ils donnent lecture à l'Académie avant de les re- 
mettre au Bureau. L'impression de ces Notes ne 
préjudicie en rien aux droits qu'ont ces Membres de 
lire, dans les séances suivantes, des Notes ou Mé- 
moires sur rol)j('L à>: leur discussion. 

Les l'rogrammesdes prix proposés par l'Académie 
sont imprimés dans les Comptes rendus, mais les 



Rapports relatifs aux prix décernés ne le sont qui 
tant que l'Académie l'aura décidé. 

Les Notices ou Discours prononcés en séance 
blique ne font pas partie des Comptes rendus. 

Article 2. — Impression des travaux des Savo\ 
étrangers à l'Académie. 

Les Mémoires lus ou présentés par des person;|jsl 
qui ne sont pas Membres ou Correspondants de l'Ali 
demie peuvent être l'objet d'une analyse ou d'un 
sumé qui ne dépasse pas 3 pages. 

Les Membres qui présentent ces Mémoires se 
tenus de les réduire au nombre de pages requis. 
Membre qui fait la présentation est toujours nomm 
mais les Secrétaires ont le droit de réduire cet extn' 
autant qu'ils le jugent convenable, comme ils fe fot 
pour les articles ordinaires de la correspondance of 
cielle de l'Académie. 

Article 3. 

Le bon à tirer de chaque Membre doit être rem 
à l'Imprimerie le mercredi au soir, ou, au plus tan 
le jeudi à 10 heures du matin ; faute d'être remis 
temps, le titre seul du Mémoire est inséré dans i 
Compte rendu actuel, et l'extrait est renvoyé a 
Compte rendu suivant et mis à la lin du cahier. 

Article 4. — Planches et tirage à part. 

Les Comptes rendus ne contiennent ni planches 
ni figures. 

Dans le cas exceptionnel où des figures seraien 
autorisées, l'espace occupé par ces figures compter; 
pour l'étendue réglementaire. 

Le tirage à part des articles est aux frais Je^- au 
teurs; il n'y a d'exception que pour les llar 
les Instructions demandés par \i Go ive' 

Article ;'). 

Tous les six mois, la Commission adi. 
fait un Rapport sur la situation des Comp!<^ 
après l'impression de chaque volume. 

Les Secrétaires sont chargés de l'exécution du ^ 
sent Uèiilement. 



Les Savants étrangers à 1 Académie qui désirent faire présenter leurs mémoires par MM. les Secrétaires perpétuels sont priés de les 
déposer au Secrétariat au plus tard le Samedi qui précède la séauce, avant 5'. .iutre.iie.il la présaatation sera remise à la séa.ice suivante. 



ETAT DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

AL 1 ' JANVIEU 190(i. 



SCIENCES MATHEMATIQUES 
Section I™. — Géométrie. 

Messieurs; 

Jordan (Marie-Ennemond-Camille) (o. *). 

POINCARÉ (Jules-Henri) (c. *). 

Picard (Charles-Emile) (o. *). 

Appell (Paul-Émile)(c. *). 

PainlevÉ (Paul) *. 

HUMBERT (Marie-Georges) *. 



lie. 



Section II. — Mécaniq 

Levy (Maurice) (o. *). 

BOUSSINESQ (Valeutiu-Joseph) (o. *). 

Deprez (Marcel) (o. «;). 

1.ÉAUTÉ (Henry) (o. *) 

Sebert (Hippolyte) (c. *). 

Vieille (_PcUil-Marie-Eugène) (o. »). 

Section III. — Astronomie. 

Janssen (Pierre-Jules-César) (c. «;. 
Lœwy (Maurice) (c. *). 
WOLF (Charles-Joseph-Étienne) (o. *). 
Radau (Jean-Charles-Ro(lolphe) *. 
DeslANDRES (Henri-Alexanrire) *. 
BiGOURDAN (Guillaume) *. 

Section IV. — Géographie et Navigation. 

Bouquet de la Grye (Jean-Jacques-Anatole) (c. *). 

Grandidier (Alfred) (o. *). 

Bassot (Jean-Léon-Antoiiie) (C. *). 

GUVOU (limilc) (c. ;»). 

Hatt (Philippe-Eugène) (o. *). 

Bertin (T.ouis-Émile) (C. #). 



ACADEMIE DES SCIENCES. 
Sectiox V. — Physique générale. 

Messieurs : 

Mascart (Éleiithère-Élie-Nicolas) (g. o. *). 
LiPPMANN (Gabriel) (c. *). 
Becquerel (Anloine-Henri) (o. *). 
ViOLLE (Lnnis-Jiiles-Gnbriel) (o. *). 
AmaGAT (Émile-Hilaire) *. 
Curie (Pierre). 

SCIENCES PHYSIQUES. 

Section VI. — Chimie. 

Troost (Louis-Joseph) (c. «). 
Gautier (Émile-Justin-Armand) (o. *•). 
MoiSSAN (Henri) (c. *). 
Ditte (Alfred) (o. *). 
Lemoine (Georges) (o. *). 
Haller (Albin) (o. «:). 

Sectiox TH. — Minéralogie. 

GaudrY (Jean-Albert) (c. ft). 
Bertrand (Marcel-Alexandre) (o. «). 
LÉVY (Augiisle-Michel) (o. *). 
Lapparent (Albeit-Auguste de) *. 
Lacroix (François-AïUoine-Alfred) *. 
Barrois (Charles-Eugène) (o. *). 

Sectiox VIII. — Botanique. 

Van TieGHEM (Philippe-Édouard-Léon) (o. *). 
Bornet (Jean-Baptiste-Édouard) (o. *). 
GuiGNARD (Jean-Loiiis-Léon) (o. ^). 
BONNIER (Gaston-Eugène-Marie) *. 
Prilliel'X (Édouard-Ernest) (o. *). 
Zeiller (Charles-René) (o. *). 



ÉTAT DE l'académie AU l"' JANVIER 1906. 



Section IX. — Économie rurale. 

Messieurs : 

SCHLŒSING (Jean-Jacques-Théophile) (c. *). 
•ChauveaU (Jean-Baptiste-Auguste) (c. *). 
MUNTZ (Charles-Achille) (o. *). 
Roux (Pierre-Paul-Émile) (c. «). 
SCHLŒSlNG ( Al|)honse-Théophile ) «. 
Maquenne (I.éon-Gervais-Marie) *. 



Section X. — Analomie el Zoologie. 

Ranvier (Louis-Antoine) (o. *). 
Perrier (Jean-Octave-Edmond) (o. *). 
Chatin (Joannès-Chaiies-Melchior) s. 
Giard (Alfred-Mathieu) *. 
Delage (Marie-Yves) *. 
Bouvier (Louis-Eugène) *. 

Section XI. — Médecine et Chirurgie. 

Bouchard (Charles- Jacques) (c. *). 
GUYON (Jean-Casimir-Félix) (o. *). 
Arsonval (Arsène d') (o. *). 
Lannei.oNGUE (Odilon-Marc) (c. «). * 
Laveran (Charles-J^onis-Alphonse) (o. *). 
Dastre (Albert-Jules-Frank) «. 



SECRETAIRES PERPETUELS. 

Darboux (Jean-Gaston) (c. *), pour les Sciences mathéma- 
tiques. 

Berthelot (Marcelin-Pierre-Eugène) (g. c. *), pour les Sciences 
physiques. 



ACADEMIE DES SCIENCES. 

ACADÉMICIEIVS LIBRES. 

Messieurs : 

Freycineï (Charles-Louis DE Saulses de) (o. *). 

Hatonde la GoupilliÈRE (Julien-Napoléon) (g. O. *). 

Cailletet (Louis-Paul) (o. *). 

Bischoffsheim (Raphaël-Louis) *. 

Brouardel (Paul-Camille-Hipi)olyte) (g. o. *). 

Laussedat (Aimé) (g. Q. «). 

Carnot (Marie-Adolphe') (c. *). 

ROUCHÉ (Eugène) (o. *). 

Picard (Alfred-Maurice) (g. C. a). 

LabbÉ (Léon) (c. «). 

ASSOCIÉS ÉTRANGERS. 

Kelvin (Sir William Thomson, Lord), à Glasgow (g. o. *). 

Lister (Lord), à Londres. 

Newcomb (Simon) (o. *), à Washington. 

SUESS (Edouard), à Vienne. 

HooKER (Sir Joseph-Dalton), à Kew. 

SCHIAPARELLI ( Jean-Virginius), à Milan. 

KOCH (Robert), à Bei lin. 

Agassiz (Alexandre) (o. *), à Cambridge (Massachusetts). 



CORRESPONDANTS. 

SCIENCES MATHÉMATIQUES. 

Sectiox V". — Géométrie (lo). 

SCHWARZ (Hermann-Amandus), à Grùnewald, près Berlin. 
Klein (Félix), à Gœtlingue. 

MÉRAY (Hugues-Charles-Robert) (o. *), à Dijon. 
Zeuïhen (Hieronymtis-Georg), à Copenhague. 
Mittag-Leffler (Magnus-Gustaf) (o. *), à Stockholm. 



ÉTAT DE L'ACADÉMIE AU l" JANVIER l<)o6. 9 

""'""dedekind (Julius-Wilhelm-R.charcl), à Bruasw.ck. 
NœtueU (Max), à Erhingen. 
VOLTERRA (Vilo), à Rome. 
GuiCHARD (Claude), à Clermont-Ferrand. 
GORDAN(Paul),àErlangen. 

Section II. — Mécanique (lo). 

SIRE (Georges-Etienne) *, à Besançon. 
CONSIDÈRE Y\rniana-Gabriel) (o. *), à Qmmper. 
AMSLER(Jacob).à Sclialïhouse. 
VALLlER(Frécléric-Marie-Emmanuel)(o. *), a Versailles. 

BOLTZMANN (Louis), à Vienne. 

DWELSHAUVERS-DERY (Victor-Augnste-Ernesl) *. a L.ege. 

BAZIN (Henrv-Émile) (o. *), à Chenôve (Côle-d Or). 

DUHEM (Pierre), à Bordeaux. 

ZEUNER ( Guslav-Anlon ^, à Dresde. 

HOFF (Jacobus-IIenricus VAN't) *, à Berlin. 

Sfxtiox 111. - Astronomie (i6). 

STRUVE (Otlo-Wilhelm) (g. O. *). à Carlsruhe. 

LOCKYER (Sir Joseph-Norman), à Londres. 

HUGGINS (Sir William), à Londres. 

STEPHAN (Jean-Marie-Édouard) (o. *), à Marsedle. 

HALL (Asaph) *, à Washington. 

LANGLEY (Samuel-Pierpont), à Washington. 

AUWERS (Arthur), à Berlin. 

RAYET (Georges-Antoine-Pons) (o. *), à Bordeaux. 

BACKLUND (Oskar\ à Poulkova. 

GILL (Su- David), au Cap de Bonne-Espérance. . 

BAKHUYZEN ( VAN DE SANDE) (O. *)- » Levde. 

CHRISTIE (Wdliam-Henry), à Greenwich (Angleterre). 

ANDRÉ (Charles-Louis-François) *. à l'Observato.re de Lyon. 

BMlUd (Edouard-Benjamin) (o.*). à l'Observatou-e de Toulouse. 

HILL (George-Wdliam), à West-Nyack. 

N a 

C. R.. '906. '" Semestre, (T. CXLH, N° D 



ACADEMIE DES SCIENCES. 
Section TV . — Géographie et Navigation o) . 

Messieurs : 

TeffÉ (le baron DE), à Rio-de-Janeiro, 

Grimaldi (Albert-Honoré-Charles) (g. C. *), prince souverain de 

Monaco, à Monaco. 
Nansen (Fridtjof) (c. *), à Bergen (Norvège). 
Helmert (Frédéric-Robert), à Potsdam. 
Colin (le R. P. Édouard-Élie), à Tananarive. 
Gallieni (Joseph-Simon) (g. o. *), à Saint-Raphaël (Var). 
BlENAYMÉ (Arthur-François-Alphonse) (c. *), à Toulon. 
Normand (Jacques-Augustin) (o. *), au Havre. 
Davidson (George), à San-Francisco. 
OUDEMANS (Jean-Abraham-Chrétien), à Utrecht. 

Section V. — Physique générale (lo). 

Crova (André-Prosper-Paul) (o. *), à Montpellier. 

Rayleigh (John-William Strutï, I.ord) (o. *), àEssex. 

Blondlot (René-Prosper) ^, à Nancy. 

HiTTORF (Wilhem), à Munster (Prusse). 

Van DER Waals (Johannes-Diderik), à Amsterdam. 

MiCHELSON (Albert-A.), à Chicago. 

GOUY (Georges-Louis), à Lyon. 

Benoit (Justin-Miranda-René) *, à Sèvres. 

LORENTZ (Hendrik-Anton), à I^cyde. 

N ' . . 



SCIENCES PHYSIQUES. 

Section VI. — Chimie (lo). 

Lecoq de Boisbaudran (Paul-Émile dit François) *. à Cognac. 

Baeyer (Adolf von), à Munich. 

ROSCOÉ (Sir Henry-En(ield) (o. *), à Londres. 

Cannizzaro (Stanislas) (o. *), à Rome. 

Ramsay (William) (o. *), à Londres. 

Mendeleef (Dmitry-Iwanowitch), à Saint-Pétersbourg. 

Fischer (Emile), à Berlin. 



ÉTAT DE l'académie AU l<"' JANVIER 1906. Il 

Messieurs : 

Sabatier (Paul), à Toulouse. 

FORCRAND (Hipjjolyle-Robert DE ), à Montjtellier. 

Henry (Louis), à Louvain. 

Section YII. — Minéralogie (10). 

GOSSELET (Jules-Auguste-Alexandre) *, à Lille. 

Geikie (Sir Archibald), à Londres. 

TSCHERMAK (Gustav), à Vienne. 

DepÉRET (Charles-Jean-Julien) s;, à Lyon. 

ROSENBUSCH (Harry), à Heidelberg. 

Peron (Pierre-Alphonse) (c. *), à Auxerre. 

OEhlert (Daniel) *, à Laval. 

Klein (Johann-Friedrich-Carl), à Berlin. 

Brôgger (Wlademar-Christoferj, à Christiania. 

N 



Section VIII. — Botanique (10). 

Clos (Dominique) «, à Toulouse. 

Grand'Eury (François-Cyrille) *, à Saint-Etienne. 

Masïers (Maxwel-Tylden), à Londres. 

Treub (Melchior) *, à Buitenzorg, près Batavia (Java). 

SCHWENDENER (Simon), à Berlin. 

Pfeffer (Wilhelm-Friedrich-Philipp), à Leipzig. 

Strasburger (Edouard), à Bonn. 

Warming (Johannes-Eugenius-Beilow), à Copenhague. 

FL(^hault (Charles-Henri-Marie) *, à Montpellier. 

Bertrand (Charles-Eugène) *, à Lille. 

Section IX. — Économie rurale (10). 

HOUZEAU (Auguste) (o. »), à Rouen. 
Arloing (Saturnin) (o. «), à Lyon. 
PagnoUL (Aimé), à Arras. 

Gayon (Léonard-Ulysse), (O. *), à Bordeaux. 
RUEHN (Julius), à Halle. 



12 • ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Messieurs : 

WiNOGRADSKi (Serge), à Sninl-Pétersbourg. 
YermoLOFF (Alexis) (C. *), à Saint-Pétersbourg. 
Tisserand (Louis-Eugène) (g. o. s;), k Vaucressoa. 
FlicHE (Panl) s, à Nancy. 
N 

Section- X. — Analomie et Zoologie (lo). 

Fabre (Jean-Henri) *, à Sérignan (Vaucluse). 

Sabatier Armand) (O. *), à Montpellier. 

Retzius (Gustave), à Stockholm. 

Bergh (Luihvig-Rudolph-Sopluis), à Copenhague. 

Lankester (^Edwin-Ray), à Londres. 

LORTET (Louis) (o. *), à Lyon. 

Maupas (Emile-François), à Alger. 

Van Beneden (Edouard), it Liège. 

Metchnikoff (Élie) (o. *), à Sèvres. 

Waldeyer (Henri-Guillaume-Godefroi), à Berlin. 

Section XI. — Médecine el Chirurgie (lo). 

LÉPINE (Jacques-Raphaël) (o. *), à Lyon. 

HerrgOTT (François-Joseph) (O. *), à Nancy. 

Engelmann (Théodor-Wilhelm), à Berlin. 

Leyden (ErnstVON), à Berlin. 

MOSSO (Angelo), à Turin. 

BurdoN-Sanders'on (Sir John), à Oxford. 

Zambaco (Démétrius-Alexandre) (o. *), à Constantinople. 

Czern Y (Vincent-Joseph), à Heidelberg. 

Baccelli (Giiido), à Rome. 

Calmette (Léon-Charles-Albert) (o. *), à Lille. 



COMPTES RENDUS 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 



SKANCE DU MARDI 2 JANVIER 1906. 
PRÉSIDENCE DE M. II. POINCARÉ. 



M. Troost, Président sortant, fait connaître à l'Académie l'état où se 
trouve l'impression des Recueils qu'elle publie et les changements sur- 
venus parmi les Membres et les Correspondants pendant le cours de 
l'année igoS. 



Etat de l'impression des Recueils de l'académie au \" janvier 1 906. 

Volumes publiés. 

Comptes rendus des séances de V Académie. — Les Tomes CXXXVIII 
(i" semestre 190/i), CXXXIK (2' semestre i<)o4), CXL (1*'' semestre 1903) 
ont paru avec leurs Tables. 

Les numéros de l'année ipoD ont été rais en distribution, chaque 
semaine, avec l;i régularité habituelle. 

Mémoires de l'Académie. — Le Tome XLVIII a été mis en distribiilion au 
mois de no\embre i9o">. 



j/^ ACADÉMIE DES SCIENCES. 

CJiangeiyients survenus parmi les Membres 
depuis le i" janvier igoS. 

Membre décédé. 
Section de Physique générale : M. Potier, le 8 mai. 

Membre élu. 

Section de Physique générale : M. Curie, le 3 juillet, en remplacement 
de M. Potier. 

Cliangements survenus parmi les Correspondants 
depuis le \" janvier igo5. 

Correspondants décédés. 

Section de Physique générale : M. Bichat, à Nancy, le 26 juillet. 
Section de Minéralogie : M. De Richthofen, à Berlin, le 6 octobre. 

Correspondants élus. 

Section de Mécanique : M. Van't Hoff, à Berlin, le 27 mars. 
Section de Chimie : M. Louis He\ky, à Louvain, le i5 mai. 

Correspondants à remplacer. 

Section d'Astronomie : M. Peurotin, à Nice, décédé le 29 février 1904. 

Section de Physique générale : M. Bichat, à Nancy, décédé le 26 juil- 
let igoS. 

Section de Minéralogie : M. De Richthofen, à Berlin, décédé le 6 oc- 
tobre 1905. 

Section d'Économie rurale : M. Laurext, à GemblouK, décédé le 20 fé- 
vrier 1904. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. l5 

MÉMOIRES ET COMMUNICATIOIVS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE, 

CHIMIE ANALYTIQUE. — Sur le. dosage de l'oxyde de carbone dans l'air 
par l'anhydride iodique. Note de M. Armand Gautier. 

Dans une courte Note insérée au dernier numéro des Comptes rendus (' ), 
M. G. Janbert annonce que l'acétylène iigit sur l'anhydride iodique à la 
façon de l'oxyde de carbone et que c'est là une cause d'erreur méconnue 
dans cette méthode de dosage. 

Ce n'est pas là un fait nouveau. En étudiant, en 1898, les conditions 
d'extrême sensibilité et d'exactitude de cette méthode de dosage de l'oxyde 
de carbone, je me suis préoccupé de l'action des gaz réducteurs, et en 
particulier de l'acétylène, sur l'anhydride iodique. J'ai montré que ce gaz 
réduit déjà ce corps à 35" (-). J'ai donné aussi le moyen de corriger l'er- 
reur commise quand il y a lieu ('). 

I/acétylène n'existe jamais dans l'air des rues en quantité appréciable, 
même par cette méthode très délicate. 

ZOOLOGIE. — Nouvelles observations sur les Pycnogonides recueillis dans tes 
régions antarctiques au cours de la campagne dirigée par M. Jean Charcol. 
Note de M. E.-L. BorviER. 

La campagne longue et pénible effectuée par le Français dans les mers 
australes a été singulièrement fructueuse au point de vue zoologique. Grâce 
au zèle de M. Charcot et à l'activité de son collaborateur pour la biologie, 
M. ïurquet, la faune antarctique nous révèle quelques-uns de ses mys- 
tères : une grande richesse de formes, des espèces remarquables par leur 
abondance ou par leur taille et, dans beaucoup de groupes, des types rares 
ou insoupçonnés. Ce qui donne aux récoltes du Français une valeur parti- 
culière, c'est qu'elles sont tout à fait caractéristiques delà faune subpolaire, 
ayant été recueillies dans les zones littorales et sublittorales, et par consé- 

(') Séance du 26 décembre igoS, t. GXLI, p. i233. 

('-) Comptes rendus, t. CXXVI, p. gSô et i3o3. 

(') Annales de Chimie et de Physique, 7= série, t. ,\\ll, [i. aO, 71 ei tS. 



,(5 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

qiient aux points où se fait sentir, dans toute sa rigueur, le dur climat île 
ces régions glacées. Il convient d'adresser nn juste hommage de recon- 
naissance à M. Charcot qui nous a doté de semblables richesses et au col- 
laborateur qui l'a secondé dans sa tâche. 

Les observations que j'ai l'honneur de présenter à l'Académie sont rela- 
tives aux Pycnogonides recueillis durant la campagne; elles sont la suite 
et le complément de celles que j'ai fait paraître dans le Bulletin du Muséum (') 
au mois de juillet dernier, et que je dus momentanément interrompre pour 
suivre S. A. le Prince de Monaco à bord de la Princesse -Alice. Par leur 
variété et par l'intérêt qu'elles donnent à un groupe zoologique des plus 
restreint, on pourra estimer, à sa juste valeur, l'importance des récolles 
mises à la disposition de la Science par les vaillants pionniers du Français. 

Pycnogonides décapodes. — Jusqu'à l'année dernière, les Pycnogonides 
ont été considérés comme des Arthropodes à huit pattes, et c'est pour 
une bonne part en raison de ce caractère que beaucoup de zoologistes les 
rapprochent des Arachnides. Pourtant, un Pycnogonide décapode fut très 
exactement décrit et figuré par Eights (-) en 1837, mais cette observation 
resta lettre morte eu dépit de son importance et il y a un an à peine qu'on 
l'a exhumée de son recueil pour la livrer à la discussion, ka mois de 
juin dernier, un spécialiste des plus compétents, M. Loman ('), la tenait 
encore pour inexncle et considérait la Decalopuda australis de Eights comme 
une simple Colossendeis faussement décrite et figurée avec cinq paires 
de pattes. Mais Loman ignorait alors la capture, par l'expédition antarctique 
écossaise, de quinze exemplaires d'un Pycnogonide décapode, et l'idenlifi- 
cation, établie par M. Hodgson ('), de cette curieuse forme avec la Decalo- 
poda australis {""). 



(') IC.-L. Bouvier, Observations prétiniinaires sur les Pycnogonides recueillis 
dans la région antarctique par la mission du t'raiiçais (Bulletin du Muséum, igoS, 
p. 294). 

(-) J. EiiiiiTS, Description of a new animal belonging to the Aracluiides, disco- 
vcred in l/ic sea along the slwres of the New South Shetland Islands [Boston 
Journ. Soc. Nat. Hisl.. Vol. I, 1887, p. aoS-MS, PI. V). 

(') J.-J.-C. LoJiAN, Decal'ipnda Eigllis oder Colossendeis Jar. (Zoolog. Ans.. 
B. XXVIII, igoj, p. 722---23). 

(*) E.-W. Hodgson, Scotia Collections. On Decalopoda australis Eiglits (Proc. 
Roy. physic. Soc. Edinburgh. Vol. XVI, janvier 1905, p. 35-42, PL III, IV). 

(5) A l'exemple de M. Hodgson, je remplace le nom de Decolopoda par celui, plus 
correct, de Decalopoda, 



SÉANCE DU 2 JANVIER igo6. l'y 

J'étais dans la même ignorance que M. Loman lorsque je publiai ma pre- 
mière Note, et c'est pourquoi je considérai comme une anomalie sans grande 
valeur la présence de dix pattes dans l'unique spécimen d'une espèce nou- 
velle que je décrivis alors sous le nom de Colossendeis anlarctica. Mais 
une circonstance heureuse modifia bientôt cette manière de voir : au cours 
du mois de novembre, M. Lahille, du Muséum d'Histoire naturelle ar- 
gentin, me soumit, pour en faire l'étude, un Pycnogonide assez semblable 
à la Colossendeis antarctica, et muni comme elle de cinq paires de pattes. 
C'est alors que je pris connaissance du travail de M. Hocigson, et il ne me 
fut pas difficile de reconnaître que le spécimen de M. Lahille était une 
Decalopoda auslralis des plus typiques. Après le travail de M. Hocigson, on 
ne pouvait plus mettre en doute l'existence du Pycnogonide à cinq paires 
de pattes décrit par Eights ; aujourd'hui on doit ajouter que cette espèce 
est assez largement répandue dans les régions littorales et sublittorales des 
mers antarctiques : les spécimens de Eiglils provenaient des Shetlands du 
Sud, ceux de l'expédition écossaise ont été capturés non loin de là, aux 
Orkneys du Sud (Scotia Bay, par 9-10 brasses de profondeur); enfin 
l'exemplaire de M. Lahille a été recueilli près du rivage de l'île Laurie, 
dans les Orcades du sud. 

En comparant le Colossendeis anlarctica nn spécimen de M. Lahille et à la très 
soigneuse description de M. Hodgson, j'ai pu me convaincre que ce Pvcnogonide est 
bien une Décalopode, mais qu'il dilTère de la D. aiistralis par tous ses caractères spé- 
cifiques essentiels : le tronc n'offre plus de sillons segmentaires et sa face ventrale est 
tout à fait plate, les palpes ont 9 articles au lieu de lo, les chélicères sont autrement 
conformés que ceux de la D. australis, avec l'article basilaire beaucoup plus long, et 
une pince plus étroite dont la portion palmaire égale au moins la moitié de la longueur 
des doigts, la trompe est également plus allongée que celle de la D. auslralis et 
d'ailleurs totalement dépourvue d'épines; quant aux pattes, elles sont beaucoup plus 
longues et plus grêles. J'ajoute que ces dernières ne présentent pas d'épines sur la face 
dorsale de leur article basilaire et qu'elles sont autrement ordonnées que celles dti 
D. australis, quant .à leur longueur relative : dans cette dernière espèce, en eOet, 
celles de la deuxième paire sont les plus longues, et celles des troisième, quatrième, 
première et cinquième paires viennent ensuite en ordre décroissant; dans notre 
espèce, au conliaire, les pattes de la troisième paire sont les plus longues, et les 
autres se groupent dans un ordre tout autre : quatrième, deuxième, première et cin- 
quième paire. Dans la D. auslralis la région céphalique est large, le tubercule ocu- 
laire fort réduit, et le second article tibial à peine plus long que le premier; dan* 
l'espèce rapportée par M. Chaicot, la région céphalique apparaît relativement étroite, 
envahie presque aux deux tiers par un haut tubercule oculaire pyramidal, el l"^ 

C. R., 1906, I" Semestre. (T. C\LU, N» 1.) -^ 



,8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

deuxième tibia présente des dimensions beaucoup plus grandes que le premier. Le 
Tableau suivant donnera une idée très nette des dimensions relatives des deux, espèces. 

Decalopoda australis. 

— — «^ I — D.antarctica. 

Exemplaire Exemplaire Type 

figuré par M. Hodgson. de M. Laliille. du Français. 

rum mm mm 

Longueur totale du corps (sans la trompe). . i6 i4 '8 

» du tronc avec la partie céplialique. 10,2 9,5 12, 5 

Largeur de la région céplialique 4,9 4,8 4,9 

» du tronc au niveau des pattes 3. ... .' 10,1 8,3 10, a 

Longueur de la trompe Un peu plus de 10,2 9,7 17 

» du premier article des chélicères.. . 5 4j2 9)' 

» du fémur des pattes i 17 i4)7 ^'+ 

» » 2 19,5 i5,5 25,3 

» 1) 3 19 i5 26 

» » 4 18,4 i4,9 25,6 

» » 5 16 i4,3 23,5 

Longueur totale des pattes 2 86 » iSo 

» du t'^'' tibia des pattes 2 19 » 28 

» du 2" tibia des pattes 2 20 » 35 

Ainsi, dans l'exemplaire de M. Charcot, le premier article des chélicères 
égale au moins la moitié de la longuein- totale du corps, et la patte 2 éten- 
due à peu près 1 1 fois la longueur du tronc; tandis que, dans la D. austra- 
lis, le premier rapport se réduit au tiers de la longueur totale et le second 
à un peu plus de 8 fois celle du tronc. Il est bien difficile d'attribuer ces 
différences, et toutes les autres non moins grandes, aux dimensions un peu 
plus considérables de notre spécimen. Aussi doit-on considérer la Colos- 
sendeis antarctica comme le type d'une Décalopode nouvelle qui recevra 
natin-ellement le nom de Decalopoda anlarctica. 

Cette seconde espèce habite des régions plus voisines du pôle que la 
D. australis; elle fut capturée sur un fond de 40", dans les parages de l'ile 
Wandel (baie Carthage), soit par 64° long. W. et 65° lat. S. On sait que les 
Shetlands du Sud, qui semblent être le centre de la D. australis, se trou- 
vent plus au Nord, par 60° environ de long. W. et 63° lat. S. 

Quelques semaines avant la publication de ses recherches sur la D. 
australis, M. Hodgson avait décrit et figuré un autre Pycnogonide décapode 
bien différent, le Pentanymphon antarcticuni (') capturé en assez grand 

(') T. -Y. Hodgson, On a iiew Pyciiogonid froin Ihe South Polar Régions {Ann. 
and Mag. Nat. Hisl., 7^ série, vol. XIV, p. 458-462, Pt. A'JV). 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906, ig 

nombre par la Discovery dans la baie Me Murdo, soit à peu près par 78° lat. S. 
et 168° long. E. Cette espèce semble répandue partout dans les régions 
antarctiques, car M. Hodgson en signale un exemplaire recueilli par 
l'expédition écossaise dans la mer de Weddell, c'est-à-dire en un point 
presque diamétralement opposé. Je ra|)porte à la même espèce trois spé- 
cimens capturés par M. Turquet à l'île Wandel, deux par 20™ de profon- 
deur, et le troisième entre les galets sur la plage. Les types de la Discovery 
avaient été pris entre 12 et 123 brasses. 

Les trois exemplaires du Français sont adultes quoique de taille assez dif- 
férente; ceux capturés par 20 brasses sont plus petits que l'exemplaire 
type de la Discovery et en diffèrent par leurs pattes sensiblement plus 
courtes; celui qui provient tin littoral est au contraire plus grand, ses 
cuisses sont plus renflées et les épines de ses pattes ovigères présentent un 
moins grand nombre de denticules avec une partie terminale assez obtuse. 
Autant que j'ai pu le voir jusqu'ici, il n'y a pas d'autres différences entre les 
exemplaires du Français et ceux de la Discovery, de sorte que je les attribue 
à la même espèce. Ainsi le Pentanymplion anlarcticurn peut être considéré 
comme un type caractéristique de la faune antarctique, et semble être repré- 
senté en plus grande abondance à mesure qu'on se rapproche du pôle 
austral. 

Pycnogonides octopodes. — Dans le groupe des Pycnogonides normaux 
ou octopodes, les récoltes du Français se divisent entre les deux familles 
des Pallénides et des Ammothéides, un exemplaire appartenant au genre 
Cordylochete qui dépend de la première de ces familles, et tous les autres, 
fort nombreux, au genre Ammothea ou à quelque forme très voisine. 

Le genre Cordylochete paraissait limité jusqu'ici aux régions boréales, où 
OB en a décrit trois espèces. Il est représenté dans la collection Ghareot 
par la C. Turqueti Bouv. dont un bel exemplaire fut capturé dans la baie 
Carthage. J'ai donné précédemment la description de cette jolie espèce. 

De la baie Carthage proviennent également deux espèces nouvelles 
décrites en même temps que la précédente : V Ammothea antarclica Bouv. 
remarquable par la saUlie conique de son segment caudal et de son tuber- 
cule oculaire et la Colossendeis ? Charcoti Bouv. dant les affinités sont mul- 
tiples. J'ai rangé provisoirement cette dernière espèce dans le genre Colos- 
sendeis parce qu'elle se rapproche beaucoup de la Colossendeis gibbosa 
MiJbius dont la Valdivia recueillit deux jeunes exemplaires dans les parages 
de l'île Bouvet, par 439" et 567"" de profondeur. Mais, comme je l'ai fait 
observer, l'une et l'autre formes se rapprochent davantage des Ammo- 



20 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

théides par l'absence de griffes terminales sur leurs appendices ovigères, 
par le développement de griffes auxiliaires énormes sur leurs pattes ambu- 
latoires et par la réduction extrême du tarse de ces appendices. Eu fait la 
Colossendeis? antarctica tient desColossendéidés par sa grande taille, et des 
Ammothéidés par la très grande majorité de ses caractères essentiels; c'est 
plutôt une Ammolhca qui, dans ce genre où les espèces sont petites, occupe 
une place toute spéciale à cause de sa taille relalivement énorme : la trompe 
a 17"" de longueur, le troue avec lacpieue iG^^et les pattes de la deuxième 
paire ne mesurent pas moins de 68"". Déjà X Ammothea antarclica se faisait 
remarquer par des dimensions au-dessus de la normale. 

Les autres Ammothéidés capturés au cours de la campagne sont bien 
plus normaux en ce sens que leurs dimensions rentrent dans la règle ordi- 
naire. Ils sont représentés par deux espèces nouvelles, l'une très répandue 
dans les parages de l'île Wandel et que j'appellerai pour cette raison 
Ammothea commuiiis, l'autre plus rare et qui mérite le nom d'^. curculio à 
cause de son long rostre arqué et tubuliforme. 

L'/l. conimunis a une puissante trompe ovoïde, les segments moyens du tronc 
séparés par des lignes et des bourrelets suturauv très apparents, un pédoncule oculaire 
élevé et obtus à son sommet que couronnent les yeux, rabdomen conique et presque 
verticalement dressé. Le segment céplialique forme en a\ant une paire de protubé- 
rances subaiguës; des protubérances analogues, et plus ou moins saillantes suivant les 
individus, se trouvent par paires à Textrémité des prolongements latéraux du tronc et 
de chaque article coxal. Les cliélicères sont bien plus courtes que la trompe et se 
terminent par une pince imparfaite; les paljjes ont neuf articles (peut-être dix), l'ar- 
ticle prominai étant fort petit et précédé par un long article suivi de trois autres plus 
réduits et subégaux; les appendices ovigères ont dix articles, dont un terminal de 
petites dimensions et muni de deux soies denticulaires, les trois articles qui précèdent 
étant subégaux et munis chacun d'une ou deux soies identiques; les fémurs sont ren- 
flés et à peu près aussi longs que le premier tibia qui est un peu plus court que le 
second, les griffes des pattes sont puissantes et accompagnées de deux griffes auxiliaires 
qui en dépassent le milieu. Cette espèce fut trouvée en très grand nombre dans les 
parages de l'île Wandel, sur la côte ou à de faibles profondeurs; longueur moyenne 
du corps I™"", 5, d'une patte 5""". 

VA. curculio est représentée par trois exemplaires recueillis à l'île Wandel, sur un 
fond de ^o™. 

Elle est remarquable par sa trompe cylindrique, un peu dilatée à la base, légèrement 
infléchie et dirigée en avant, d'ailleurs beaucoup plus longue que le corps tout entier. 
La segmentation du corps est très nette, indiquée en dessous par des bourrelets 
transversaux très saillants, en dessus par des bourrelets analogues au centre desquels 
s'élève une saillie subconique; l'abdomen présente une forme analogue et se dirige un 
peu obliquement en arrière; la saillie oculaire, très développée, est un peu plus 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 2T 

obtuse. Les pâlies sont plutol comtes el trapues, garnies d'un certain nombre de 
saillies spiniformes; le fémur est un peu plus court que le premier tibia, lequel est 
lui-même moins allongé que le second; les grifl'es ont plus de la moitié de la longueur 
du tarse terminal et leurs grifl'es auxiliaires ne sont pas moins développées que dans 
l'espèce précédente, qui semble être, d'ailleurs, à peu près de même taille. Aucun des 
exemplaires n'est adulte; dans le plus jeune, les pattes postérieures sont réduites à 
l'état de bourgeons parallèles à l'abdomen; dans les deux autres, ces appendices ont 
acquis une structure presque normale, mais le^ pattes ovigères se réduisent à des bour- 
geons courts. Les cliélicères portent des pinces très parfaites et les palpes ne pré- 
sentent pas plus de 5 articles, ce qui est probablement le résultat d'un développement 
incomplet. 

Conclusion. — Il résitlle de ce qui précède : i" que les Pvcnogonides 
décapodes semblent commtinément répandus dans les régions australes, 
où ils sont représentés par deux types bien différents, les Decalopoda et 
les Pentanymphon ; 2° que le genre Decalopoda nous offre deux espèces, 
la D. australis, assez commune dans les parages des Shetlands, et la D, an- 
tarclica, trouvée plus près du pôle par la mission Charcot; 3° que le genre 
Pentanymphon se trouve sur tout le pourtour du continent austral, où il est 
représenté par le P. antarcticum qui semble devenir plus abondant à me- 
sure qu'on avance vers le pôle; 4° que les Pyenogonides octopodes des 
genres Cordylochete et Ammothea ne sont pas propres à l'hémisphère sep- 
tentrional, mais se rencontrent également dans les régions antarctiques; 
5" que les Ammothéides sont particulièrement répandus dans ces mers, où 
plusieurs de leurs représentants se font remarquer par leurs dimensions 
très grandes. 

Plusieurs de ces conclusions, cela va sans dire, sont le résultat des 
recherches de M. Hodgson combinées avec celles que j'ai faites sur les 
matériaux recueillis par le Français. 

Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les conséquences de la découverte 
des Pyenogonides décapodes, et je me contenterai de dire que les observa- 
tions présentées sur le même sujet par M. Cole sont, en général, excel- 
lentes ('). Pourtant, il ne me paraît pas juste de considérer le genre 
Decalopoda comme analogue aux formes primitives d'où sont issues les 
Pentanymphon et les Pyenogonides octopodes. La segmentation du corps 
a totalement disparu, ou à peu près, dans les Décalopodes, tandis qu'elle 
persiste, très évidente, dans les Pentanymphon et dans beaucoup de Pyeno- 
gonides octopodes. 

(') L.-J. GoLE, Tea-legged Pyenogonides, with remarks on the classi/icalion of 
the Pycnogonida {Ann. and Mag. Nat. HUt., 7" série. Vol. .\V, avril igoS). 



2 2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Si bien qu'il paraît plus logique de considérer les Pentanymphons et les 
Décalopodes comme des formes voisines de la souche primitive, mais à 
évolution indépendante; les Décalopodes conduisent aux Colossendéo- 
morphes et notamment aux Colossendeis dont ils se rapprochent étrange- 
ment, ainsi que l'a observé M. Hodgson; et, d'autre part, les Pentanym- 
phons servent de souche aux Nymphonides, et par ces derniers aux 
Pycnogomorphes de M. Cole. 



GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Sur la déformation des quadriques. 
Note de M. C. Guichard. 

1. Une congruence G orthogonale à un réseau de la quadrique 

est une congruence 30; les paramètres \,, X^, X3 de G sont 
(2) X, = a;,(i-Hp-), Xo = a-,(i-+-<7-), X;, = .r,. 

Les paramètres complémentaires qui rendent les congruences 30 sont 



= -=^=X,, Y,=î<7v/n-ra:,= ^=^X., ¥3 = ^ 



(3) Y,=Wi+/'^'^i=77T7^" ^^-'^l^'^'r^'^^^TT^ 



A cette congruence G on peut, par homographie, faire correspondre 
une congruence H(X',, X^ X^) qui est O en posant 

(4) ^', = 7=^' ^^=tI=^' ^'' = ^- 

Si le réseau tracé sur la quadrique est C, il en est de même de la 
congruence G. La congruence H est O, 3C, les deux paramétres complé- 
mentaires qui la rendent 3C sont jdX', et ^Xj. 

Réciproquement, la déformation de la quadrique revient à trouver les 
congruences H qui possèdent ces propriétés. 

2. Ces congruences H sont précisément celles que j'ai signalées en 1897 
\Sur la déformation des quadriques {Comptes rendus, 2* semestre)]. Consi- 
dérons, en effet, un réseau M.{x^x^X3) de la quadrique applicable sur un 
réseau N(_y,7273)î coupons N par un plan isotrope, il y correspond une 
congruence (X.XaXj) harmonique à M; cette congruence sera O d'après 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 23 

la théorie générale, elle sera 3C puisque M est 30; les coordonnées com- 
plémentaires de M étunlpx, et qx.,, celles de la congruence seront dX,, 
(7X2 ; cette congruence rentre donc bien dans le type des congruences qui 
viennent d'être définies (§ 1). 

Soit H la congruence ainsi définie, par la droite H menons le second plan 
tangent à la quadriqije; si M' est le point de contact. M' décrit un réseau, 
qui, étant harmonique à une congruence O, est C. Si la congruence H se 
déplace parallèlement à elle-même, le point M' se déplace sur une conique. 
En invoquant maintenant la loi de parallélisme des éléments on peut 
énoncer le résultat suivant : 

Il y a co' réseaux N qui sont C et parallèles à un réseau de la quadrique Q, 
harmoniques à chacune des congruences H qui ont été définies § 1. 

3. Si l'on connaît seulement un tel réseau N, il faudra résoudre une 
équation de Riccati pour en déduire une déformée de la quadrique; ce qui, 
pratiquement, ne permettrait pas de suivre analytiquement celte transfor- 
mation que j'ai indiquée en 189^. Je vais montrer comment on peut lever 
la difficulté. 

Tout d'abord la congruence H étant homographique à une con- 
gruence G (§ 1), les réseaux N sont homographiques à des réseaux O, har- 
moniques à G. Les points qui décrivent ces réseaux sont situés sur un 
cercle dont l'axe est G. A une quadrature près, la recherche de la déformée 
de la quadrique revient à celle du réseau O de l'espace à cinq dimensions 
qui est applicable sur un réseau O harmonique à G. C'est cette transforma- 
tion que je vais étudier. 

4. Transformation du problème. — Je prends, comme point de départ, 
les fonctions Y et X qui ont été définies dans ma Note du 4 décembre (§ 5). 
Je pose ensuite 



(5) x; = x3, x; = vn-/''x,, x; = v'i + 9=x„ 



puis 



(6) x: = i(X;+X; + X;-i), x;= i(X^ + X; + X; + i> 
On aura alors 

s 5 ô 5 

(7) 2YÏ = 2^Ï = « ^^ ^dY]=^aXl 



24 

avec les conditions 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



(8) 



^/i -t- p- 



y.= 



x:. 



V ' + 7- 



Menons par l'origine O les droites ]. et K. qui, dans l'espace à cinq dimen- 
sions, ont pour paramètres directeurs respectifs les fonctions Y et X', Ces 
droites décrivent des congruences applicables; ce sont des systèmes I, 30. 
Si 6 est une solution quelconque de l'équation de Laplace à laquelle satis- 
font les fonctions Y et X', les points qui ont pour coordonnées 



JA^ 



et 



X/, 



décrivent des réseaux O applicables. 

Prenons, une première fois, pour 6 une combinaison linéaire et isotrope 
de Y,, Yj, Y3, par exemple = Y, -l- i\\. On obtient ainsi un réseau A (qui 
peut être considéré comme appartenant à l'espace à trois dimensions 
puisque j, +2^0 = 1) de la droite L applicable sur un réseau A' de la 
droite k. 

Prenons, une deuxième fois, pour une combinaison linéaire isotrope 
quelconque de X,, X^, Xj. On obtiendra sur la droite L un réseau B appli- 
cable sur un réseau B' (qui appartient à l'espace à trois dimensions) de la 
droite R. 

Les réseaux A et B, d'une part, ont en commun une droite G,, les ré- 
seaux A' et B', d'autre part, ont en commun une droite G', ; ces droites G, 
et G', décrivent des congruences qui possèdent la propriété indiquée (§ 1). 

Au lieu de la congruence G,, nous considérerons la congruence paral- 
lèle G obtenue en coupant le réseau A par le réseau du point mené par l'ori- 
gine parallèlement au réseau B. Cette congruence G, située dans un espace 
a trois dimensions, est l'axe d'un cercle de Ribeaucour passant par A. On 
sait (voir mon Mémoire Sur les systèmes cycliques et orthogonaux, i'*' Partie) 
que tous les réseaux O harmoniques à G peuvent être obtenus ainsi. On 
forme un déterminant orthogonal à cinq lignes : 






(9) 



A = 



^5 

2.5 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 25 

OÙ les (ieux dernières lignes l et ■/] sont formées par les cosinus directeurs 
des tangentes au réseau B et où œ/, -h iy^ sont les coordonnées de B ; on peut 
donc, à l'aide de quadratures, former ce déterminant A. 

Cela posé, formons une combinaison linéaire isotro|)e de x, y, z : 

(,o) T^. = y.x, -+- 3j, + vr,, y:' + p^ + f = o. 

Un réseau E du cercle de Ribeaucour est un réseau O harmonique à b; 
un point de ce réseau a pour coordonnées 

T:. 1\ T, 

T,-+-iT,' T, + «T.,' T,-i-«T, 

Il V correspond, dans l'espace à cinq dimensions, un réseau E' qui a pour 
coordonnées T,, T., T3, T., Tj. Ce réseau E' étant parallèle au réseau B 
applicable sur B', on pourra à l'aide d'une seule quadrature trouver dans 
l'espace à trois dimensions un réseau F' (;,, Sj, S3) applicable sur E'. 

Cela posé, le réseau F de l'espace à cinq dimensions dont les coor- 
données sont 

3, Jj J3 /[si'-—!] [ei--+-i] 



T,H-rr, T,-h«T/ t, + jT„' T,-i-rr, ' T,-i-rr, 

est applicable sur le réseau E. C'est le réseau que nous devions trouver 
pour continuer la transformation. 

5. Remarque. — La somme des carrés des coordonnées du réseau F est 
nulle; le système formé par les réseaux E et F est donc analogue à celui 
qui nous a servi de point de départ. On voit, par conséquent, comment, 
en partant des éléments 6xés (§ 6) on peut suivre, à l'aide de quadratures 
seulement, la transformation dont j'ai indiqué l'origine géométrique dans 
ma Note de 1897. 

On voit de plus comment cette transformation se rattache analy- 
tiquement à celle que j'ai indiquée dans ma Note du 4 décembre. 



PALÉONTOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur les mutations de quelques plantes fossiles 
du terrain houiller. Noie de M. Grand'Eurv. 

A la veille de cesser mes recherches sur le terrain, je résume dans cette 
Note les observations que j'y ai faites à ce sujet dans les dix dernières 
années. 

C. R., 190G, I" Semestre. (T. CXLII, N° 1.) 4 



2G ACADEMIE DES SCIENCES. 

Voyons d'abord dans quelles conditions de durée, de milieu, de vie, a 
évolué la flore fossile. 

1° En limitanl la période houillère proprement dite au Culm et au Permien, il pa- 
raît possible de ju'^er de sa durée en raison de la puissance des terrains charbonneux 
qui la représentent et du temps de formation des lits de houille. En France, ces ter- 
rains sont les bassins bien connus de Valenciennes et de Saint-Etienne: entre ces bas- 
sins la diilerence des flores dénote une importante lacune de dépôts qui me paraît 
comblée en partie par le svstéme des couches de Louisenthal (rive droite de la Sarre) : 
de plus, le Sléphanien n'est pas complet dans la Loire où la formation charbonneuse 
s'est arrêtée pendant que continuait à se développer, parallèlement aux poudingues de 
Rive-de-Gier et de Saint-Chamond, la série épaisse de plus de i^oo'" des couches très 
nombreuses du bassin de la Cèze (Gard). Ajoutées les parties charbonneuses superpo- 
sées de ces terrains forment bien un totgl de 6000"" de dépôts productifs, lequel est un 
minimum, les bassins susdits ne descendant pas jusqu'au Culm et ne s'élevaht pas jus- 
qu'au Permien. Or il résulte de nombreuses coupes géobotaniques à publier que les 
dépôts charbonneux se sont accumulés avec une extrême lenteur. On peut donc ad- 
mettre que la période houillère a eu une énorme durée, comme en témoignent, d'autre 
part, les calcaires houillers de toute espèce que j"ai eu à examiner ( ') dans l'Oural cen- 
tral où ils forment un massif d'un millier de mètres au milieu d'autres rflches jflterpo- 
sées entre le Culm et le Permien. 

2" Relativement au milieu, on sait que le climat était chaud, humide et uniforme, 
et je suis de plus en plus persuadé (-) que les plantes ordinaires du terrain houiller 
habitaient des marais : deux circonstances si peu favorables aux mutations que le 5^/^- 
inaria ficoides Br. n'a pas sensiblement varié durant la période de peut-être un mil- 
lion d'années; de même, tout au ujoins de forme, les feuilles de Lèpidophytes ; à la sur- 
face, leurs tiges ont beaucoup plus c|iangé; au fond, ce sont encore leurs cônes quj se 
sont le plus différenciés. Le Calamités Siickowii^v., le type par excellence des plantes 
fossiles palustres, a seidement acquis dans le même temps, vers la fin de la période. 
un port un peu plus robuste. 

En faveur d'un léger changement de climat, j'ai remarqué que les mêmes plantes 
sont, en général, plus petites, plus herbacées, moins ligneuses, et leurs feuilles moins 
grandes et moins coriaces dans le Westphalien que dans le Stéphanien. Dans la mesure 
de pes différences, le Linopleris Brçngnicfrti Gi(t, spnjble être descend^ en droite 
ligne du Lin. obliqua Bun. {siib Brongniaiti); toutefois, ces deux espèces, r^p^ 
pelant les Dictvozamites, n'ont pas les même graines. 

3° La guerre d'occupation que se livrent les plantes sociales a causé des déplace- 
ments d'espèces si importants et si durables que la végétation fossile change parfois 
complètement d'une couche de htiuille à la suivante. Ainsi, à Saint-Jean-de-Bonne- 
fonds (Loire) la onzième couche esf accompagnée et formée de Pecopteris, la douzième 
de Cordaites; à Berl (Allier), le contraste sous ce rapport est complet entre la couche 



(') Comptes rendus, 1S81, p. logS. 
("-) Comptes rendus. [904, p. 666. 



SÉANCE DU 2 JANtlÉÉ 1906. 27 

des Mandins formée exclusivemenl de Cryptogames et l'a couche du Plateau située à 
loo"" au-dessus, laqulNe est formée partie de Cordaites, partie de Callipteris con- 
ferla St. avec leurs graines (celles associées aux Callipteris ressemblent à de très pe- 
tites baies ellipsoïdales). Mais, après des absences souvent fort longues, les espèces 
éniigrées reviennent sans changement appréciable, comme, par exemple, le Nevrofi- 
leris flexuosa St. dans le Gard où cette espèce abonde à deux niveaux distants de plus 
lie 1000'", sans aucune apparition dans l'intervalle. 

Ces diverses cattses de changement ne paraiVsen't pas avoir produit d'imporlantes 
mutations. 

Pourtant, on ne saurait douter que les variétés, espèces et types endémiques ne 
soient dus à l'action continuée des causes locales, encore que les genres propres à 
cliaque bassin houiller se montrent dès sa base tout formés, tels que les Codonospei- 
iiiiim dans la Loire, les Cingalaria à Sarrebriick. 

Voyons enstiite de quels moyens on dispose pour aborder une queslioii 
aussi difficile et sernée d'écueils, que celle des mutations spécifiques. 

Les lacunes de dépôts précitées brisent les liens qui unissent les flores des différentes 
formations charbonneuses et les alternances de végétation empêchent de suivre les 
espèces du com'mencement à la lin de leur existence et, si je n'avais commencé à réunir 
les matériaux d'un premier essai d'une histoire généalogique de quelques plantes fos- 
siles, je ne disposerais que d'organes séparés et seulement de leurs empreintes. 

Dans cette situation, il est heureux qu'un de ces organes se présente qui soit plus 
connu, mieux conservé et susceptible d'une détermination plus exacte que les autres : 
c'est la feuille qui, étant, a-l'-on vu, dans le lerraiit houiller (') en même temps plus 
constante que les organes de reproduction', oAtc le moyen de savoir si, par cet impor- 
tant organe, les plantes du monde primitif ont \ arié d'une manière continue comme le 
veut le transformisme, ou par soubresauts conformément aux expériences de M. Hugo 
de Vries. 

Cela exposé, un fait notoire domine tous les autres, la permanence des 
espèces durant la majorité ou la presque totalité de leur existence. Venu il 
V a 25 ans à Saint-Etienne, avec l'idée contraire que les espèces ont varié 
d'une manière continue, D. Stur me conseilla de m'en assurer sur le 
terrain. Au lieu de cela, dans des dépôts ininterrompus qui auraient 
conservé les formes graduées d'espèces variables, je n'ai rencontré que les 
débris d'espèces constantes; à l'appui de ce dire, il me serait facile de citer 
plus de dix espèces communes aux deux grands bassins liouillers français, 
plus de dix espèces immuables de la base au sommet du bassin de la Loire, 
et plus de dix autres espèces traversant sans changer la moitié supérieure 
de ce bassin. 

(') Comptes lendiis. 2'' semestre igoj, p. 8rj. 



28 ACADEMIE DES SCIENCES. 

Que les espèces soient néanmoins issues les unes des autres, cela pai-aît 
probable lorsqu'on les voit vers leur origine succéder à des espèces qui 
leur sont alliées de très près, comme le Pecopteris uni/a Br. au Pec. longi- 
folia Br.; ou mieux lorsque diverses espèces comme Peco/)/em Biotii Br., 
Schlotheimii G'op., Sphenophyllurn oblongifolium Ger., remplacent dans la 
Loire, le Gard, à Singles, au même niveau, sans mélange des unes avec les 
autres, les espèces ancestrales Pec. dentata Br., arborescens Br., Sphen. 
fïliculme Lesq. Dans tous les cas, VOdontopteris minor Br. continue 
\'0d. Reichiana Gui., dont il est l'espèce succédanée. A Saint-Etienne, en 
effet, ces Odontopleris sont abondamment répandus à travers des dépôts de 
même provenance, épais de plus de looo"", et, chaque fois que des travaux 
de mine m'en ontoffert l'occasion, j'ai constaté et vérifié que, dès la septième 
couche, VOd. Reichiana manifeste une tendance à prendre des pinnules 
plus aiguës, et qu'au-dessus de la troisième, cette espèce, après cette légère 
modification d'acheminement, passe à VOd. minor pour ainsi dire tout à 
coup dans toute l'étendue du bassin de la Loire, sinon sur tout le Plateau 
central de France. 

Les espèces affines, comme dans le monde vivant, paraissent, au point 
de vue de leur origine, inséparables les unes des autres, et il est plus que 
probable qu'elles procèdent airssi de la même souche, car les genres les 
plus nalurels commencent par peu d'espèces (les Pecopteris dans le Westpha- 
lien), ou plutôt par l'espèce type isolée (les Odontopleris à Rive-de-Gier, 
les Sigillaires planes à Douai au milieu des Sigillaires costulées). Vers leur 
point de départ, les espèces filiales de Pecopteris sont peu distinctes et 
mélangées; une fois fixées, elles se séparent et ne changent pour ainsi dire 
jjIus. 

La permanence des espèces et les transitions rapides qui néanmoins les 
relient entre elles suggèrent^ l'idée que leurs mutations se sont opérées à 
la manière des métamorphoses, ou peut-être même, en opposition à 
l'axiome que l'on sait, par sauts, certaines formes consécutives présentant 
des caractères différents entre lesquels l'esprit ne conçoit pas de terme 
milieu ; les cas de changements brusques ne sont d'ailleurs pas rares. 

Après toul, ne pourrait-on imaginer que, comme l'insecte vis-à-vis de ses niélamor- 
plioses, (le même l'espèce végétale |)ossède en elle-même une force directrice, principe 
de ses transformations principale?? On comprendrait alors que les agents exlérieurs 
Bi«nl si peu et si inégalement conliibué aux mutations, et l'on n'aurait pas besoin de 
faire, je crois en vain, appel à la concurrence vitale pour expliquer que des piaules, 
de même habitat sinon de même port, aient varié davantage par les organes de repro- 



a 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 2() 

(hiction qHe par ceux de végétation. La transmuiation incroyable de tous les indù-i- 
diis à la fois, dans un court espace de temps, de VOdonlopteris Reichiana en Od. 
minor, est en tout cas un phénomène de solidarité étranger au monde extérieur. Il 
est même difficile de considérer comme fortuite l'apparition de certaines espèces au 
même niveau en des pays éloignés, comme celle de VAletli. aquilina Br. au milieu 
du Stéphanien à Saint-Chamond (Loire), Grand'Combe (Gard), Bassin de Léon 
(Espagne). 

Au reste on est toujours ramené à l'itlée que la flore fossile a obéi à un ordre de 
développement lorsque, après des écarts variables d'une province botanique à une 
autre, on la voit revenir à l'unité universellement dans le Permien, le Rliétien; autre- 
ment, livrée sans régulateur à la sélection naturelle, ses écarts auraient naturellement 
progressé, et l'ensemble de la végétation terrestre offrirait, dansées étages, d'un pays 
à un autre, des différences profondes qui n'existent pas. 



CORRESPONDANCE . 

ASTRONOMIE. — Observations de la comète Giacobini(igo5 c), faites à l'Ol>ser- 
vatoire de Toulouse, à iéquator 

M. F. ROSSAKD. 

Etoile 
Dates. de 

1905. comparaison. 

Décembre iS a 

18 b 

11 c 

22 d 



Positions des étoiles de comparaison. 

Asc. droite Réduction Déclinaison Réduction 

moyenne au moyenne au 

*. dr. 1905,0. jour. 1905,0. jour. Autorités. 



al Brunner-Ht 


?nry de o™,3l: 


l. Noie (fe 

Nombre 
de 


Aa. 


Aô. 


comparaisons. 


ni s 
— 2.52, 10 


- 5'. 44', 4 


17:20 


— 2.42,99 


+ 3.17,5 


18:20 


- ..48,34 


— I2.3l,2 


18:20 


— 0.09,76 


- 7.41,4 


18:20 



h m s s 

7,8 15.27.13,48 +0,87 -m4°.34.59',9 — .5',5 Leipzig I, 54i2 

b--- 7,8 10.27.18,72 -1-0,87 -1-14.24.21,1 —5,5 Leipzig I, 54 1 6 

7,8 i5.5o. 19,32 -1-0,93 -i-n.47.32,8 -3,8 Leipzig I, 5533 

'/. . . 8,7 10.49.10,79 -1-0,93 +11.42.49,7 —3,9 Leipzig I, 5529 



a 



c . 



3o ACADEMIE DES SCIENCES. 



Postlions apparentes de la comète. 

Temps Ascension 

Dates. moyen droite Log. fact. Déclinaison Log. tact. 

1905. de Toulouse. apparente. parallaxe. apparente. parallaxe. 

Il m s 11 m s ' „ 

Décembre i8 16.46.32 i5. 24. 22, 25 ï,57i„ +14.29.10,0 0,700 

18.... 17.56. o 15.24. 36, 60 T,625„ +14.27.33,1 0,732 



22. 
22. 



i6.58.4o i5.48. 31,91 î,6i6„ +11.34.57,8 0,743 
i6.58.4o 15.48.31,96 T,ei6„ +11.35. 4,4 0,743 



ASTRONOMIE. — Éléments provisoires de la comète Giacobini (igo5, dèc. G). 
Note de M. E. Maubant, présentée par M. Lœwy. 

Les observations utilisées sont les suivantes : 

Dates. Temps moyen . Ascension droite Déclinaison 

1905. local. ajiparente. apparente. 

Il m s o , ;, <l / -, 

Dec. 6 16. 53.40 2i5. 24.51 +20.59.29 Nice. 

8 17.16.30 2i8.i4.3o +19.55.36 Mont-Hamilton. 

Il 16.36.42 221.28.18 +18.39.14 Vienne. 

En tenant compte des corrections d'aberration et de parallaxe, on a ob- 
tenu les éléments que voici : 

T := 1906 janvier 21,2773, temps moy. de Paris. 

o , „ 

Q= 92. 7.14 

to =: 201 .54.31 > 1905,0 

J=r 43.43.21 ) 

log'7=^9'28i67. 

, .... r r^\ cospffX =r + 7", 

Représentation du lieu moyen : O — C | 

^ I ^P=:— 2. 

De ces résultats on a déduit l'éphéraéride suivante pour 12'', temps 
moyen de Paris : 







SÉANCE 


DU 2 JANVIER 


1906. 










Ascension 














droite 


Déclinaison 








Dates. 




apparente. 


apparente. 


Log;-. 


Log A. 


Kclal. 


igoS Dec. 


i6... 


il ui s 

1.5. 1 1 .58 


-l-i5.58, 1 


0,01 58 


0, 1067 


1,88 


» 


i8... 


15.28.27 


-f-i4-35, 1 








» 


20. . . 


i5.35.23 


+ i3. to,5 


9-9774 


0,0848 


2,48 


» 


22. . 


. 15.47.46 


+ 11.39,6 








» 


24.. . 


16. 0.87 


+ 10. t,7 


9.9337 


o,o655 


3,3i 


» 


26.. . 


16.1 3. 54 


+ 8.16,9 








» 


28... 


16.27.89 


-1- 6.25, 1 


9,883i 


o,o497 


4,5o 


» 


3o... 


16. 4 1.52 


+ 4.26,4 








igofi Janv 

T »i_l_i. J 


I . . . 
._ <; j 


)6.56.32 


-t- 2.20,6 


9,8282 


o,o388 


6, 28 



3i 



L'éclat du 6 décembre a élé pris comme unité 



ASTRONOMIE. — Observation de la comète Giacobini (ipoS c) faite à l'èqua- 
torialBrunner{o^,\<o) de l'Observatoire de Lyon. NotedeM. J. Guillaume, 
présentée par M. Lœwy. 



Date. 

1905. 



Etoile 
de comparaison. 



m s , . 

Dec. 12 BD + 18.2955(8,0) +0.89,27 +o.3o,3 



Nombre 

de 

comparaisons. 

10:12 



A6C. droite 

moyenne 

1905,0. 

h m s 

i4.5p.43, 17 



Positions de l'étoile de comparaison. 
Réduction Déclinaison 



au 

jour. 



o>79 



moyenne 
1905,0. 

18. 5'. i9,'o 



rîéduction 

au 

jour. 



Autorités. 

S'^i A. G. Berlin A. 5390 



Position apparente de la comète. 

Ascension 
Date. Temps moyen droite 

1905. de Paris. apparente. 

Il m s h m s o , „ 

Dec. 12 17.15.14 14. Si. 23, 23 9,574/1 +18. 5.4i,2 



Log. fact. 
pfLiallaxe. 



Déclinaison 
apparente. 



Log, fact. 
parallaxe. 

0,700 



fieniarques, — Pleine Lune gène et le passage de cirrus efface parlois la coiiiète 
dont l'apparence est celle d'une nébulosité dilFuse de 3o" à 4o" de diamètre. 



32 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Élude photographique de la nébuleuse annulaire 
du Cy^ne N. G. C. 6894. Note de M. Gabriel Tikhoff, présentée par 
M. J. Janssen. 

La nébuleuse annulaire du Cygne est un objet très difficile à observer à 
cause de sa faiblesse. 

Elle a été découverte par William Herschell le 17 juillet 178^, qui Ta décrite dans 
les termes suivants : « Nébuleuse assez faible, exactement ronde, de lumière uniforme 
avec des bords assez bien définis. « {Philosophical Transaclions pour l'an 1786, p. Aq^)- 

En 182.5 John Herschel a remarqué que cette nébuleuse est annulaire avec le maxi- 
mum de clarté au Nord. {Philosophical Transactions pour l'an i833, p. 466.) 

En i855 lord Rosse a découvert une étoile sur le bord intérieur de l'anneau au Nord- 
Ouest. Il croit que toute cette partie de la nébuleuse est résoluble en étoiles. (Philo- 
sophical Transactions pour Tan 1861, p. 733.) Plus tard lord Rosse a trouvé que la 
nébuleuse est légèrement ellipti(|ue. 

Dernièrement M. Antoniadi a observé cette nébuleuse avec la grande lunette de 
rExposilion et il a ajouté aux faits déjà connus l'existence d'un noyau central très 
faible. (Bulletin de la Société astronomique de France pour l'an 1900, p. 386.) 

11 est à noter que MM. Aitken et Keeler n'ont pas pu voir avec certitude le noyau 
de la nébuleuse, en l'observant avec la lunette de 36 pouces de l'observatoire Lick. 

Tels sont les résultats obtenus par les observations directes, et c'est seu- 
lement la Photographie qui a pu donner des renseignements plus détaillés 
et tout nouveaux sur la constitution de la nébuleuse en question. 

Les premières photographies ont été faites au mois d'août de 1899 à l'ob- 
servatoire Lick par le regretté James Keeler. Il se servait du télescope 
Crosslev qui a 92™ d'ouverture et 535'='° de foyer. C'est la photographie de 
2 heures de pose qui a servi à Keeler pour des études très intéressantes 
(Astroph. Journal, vol. X, p. 267). Keeler ne reproduit pas la photographie 
et donne seulement sa description à laquelle nous einpruntons les passages 
principaux que voici : 

« La nébuleuse est un anneau elliptique, presque rond, qui n'est pas tout 
à fait régulier dans sa forme et qui est limité assez nettement à l'extérieur, 
Les dimensions extérieures sont : 

Grand axe 42 ,0 

Petit axe Ao",5 

» On voit très bien l'étoile de lord Rosse et le noyau central. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 33 

» De quelques points de l'anneau parlent vers le centre des rayons qui 
s'interrompent à une certaine distance du centre. Ces rayons sont un peu 
plus brillants que le fond et forment une disposition assez analogue à des 
raies imparfaites. Le plus brillant de ces rayons est situé sous l'angle de 
position de 90° par rapport au noyau. » 

Dernièrement nous avons entrepris à l'observatoire de Meudon l'étude 
l)liolographique de la nébuleuse du Cygne, au moyen du télescope de i"" 
d'ouverture et de 3"° de foyer. Parmi les quatre clichés de longue pose, les 
meilleurs sont ceux du 27 septembre et du 27 octobre 1900 avec des poses 
correspondantes de 2 heures 20 minutes et de 3 heures. 

Le 27 septembre, le ciel était exceptionuellemenl transparent, et le? détails sur la 
plaque sont très nets. Plusieurs de ces détails se trouvent aussi sur le cliché du 
27 octobre, et c'est en comparant ces deux photographies qu'on peut distinguer les 
détails réels des détails accidentels. 

La description qui suit est faite d'après l'étude des clichés originaux, 
car plusieurs de ces détails ne sont i^as venus dans la reproduction 
présentée : 

La nébuleuse en question a la forme d'un anneau elliptique avec une condensation 
au centre. L'espace entre l'anneau et le noyau est assez brillant. 

Les extrémités du grand axe sont assez nettes, tandis que celles du petit axe 
possèdent plusieurs apjjendices assez faibles. Les mesures micrométriques du cliché 
original du 27 septembre nous ont donné les dimensions suivantes : 

Grand axe 4-V j 8 

Petit axe 87", 3 

Petit axe avec les appendices 5o", 8. 

La longueur du grand axe sur le cliché original est de o™'",66. 

La nébuleuse est composée plutôt de deux anneaux dont le plus large est à l'exté- 
rieur et le plus mince à l'intérieur. C'est seulement sur la partie nord-ouest que ce 
dédoublement se trouve interrompu par l'étoile brillante de lord Rosse. 

Sur l'anneau extérieur il y a plusieurs condensations dont deux, les plus grandes, 
sont presque opposées à l'étoile de lord Rosse. 

Nous voyons sur nos clichés toutes les étoiles voisines de la nébuleuse mesurées par 
Keeler, mais son étoile e (angle de position par rapport au noyau 278°, 8 et distance 24") 
est tout à fait liée avec l'anneau par la nébulosité et elle représente plutôt une des 
condensations de la nébuleuse. 

Tous les observateurs depuis John Herschelont été frappés de la ressem- 
blance de cette nébuleuse avec la nébuleuse annulaire de la Lyre; si 1 on 
ne voyait pas le noyau central, on soupçonnait sa présence. 

C. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N" 1.) - -^ 



34 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

En prouvant une fois de plus l'analogie de deux nébuleuses la photogra- 
phie montre en même temps que ces deux formations sont à des degrés 
différents de leur développement. La nébuleuse du Cygne a donné nais- 
sance à plusieurs condensations, tandis que celle de la Lyre est encore très 
uniforme dans sa structure. 

La nébuleuse du Cygne paraît donc plus avancée dans son existence que 
la nébuleuse de la Lyre. 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Théorème sur les fonctions entières. 
Note de M. Aumc, présentée par M. Jordan. 

On sait que deux polynômes entiers A, B, premiers entre eux, étant 
donnés, il est toujours possible de trouver deux polynômes C, U, de degrés 
inférieurs aux précédents, et tels que l'on ait la relation 

AD — F.C =1. 

Est-il possible de généraliser ce théorème en l'appliquant aux fonctions 
entières ou quasi-entières? 

Nous allons voir que celte généralisation n'est possible que dans les cas 
où sont réalisées les conditions d'exception du théorème de M. Picard. 
Considérons deux fonctions quasi-entières F, G aux deux points essentiels 
o et oo; si nous réduisons en fraction continue la fonction quasi-méro- 

morphe ^ nous obtiendrons la relation 

P-1 i^ 
F _ J\S-IoR _ " '"S 

G- F,S-I,R - R' 

dans laquelle P^, !„, P,, I,, S, R sont des fonctions quasi-entières dont les 
quatre premières satisfont à la relation 

P„I.-I„P, = i. 

Si F et G n'ont aucun zéro commun, nous pourrons écrire à un facteur 
exponentiel près 

F =P«S-I„R. 
G = P,S- r,R, 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 35 

d^où 

S = I,F-I„G, 

R = P,F-P„G, 

relations qui montrent que P„, I„, P,, I, ont un ordre apparent au plus 
égal à ceux de F, G, R, S. 

Dans le cas général ^ sera une fonction quasi-méromorphe et le théo- 
rème ci-dessus n'est pas susceptible de généralisation. 

r» 

Si ^ est une fonction quasi-entière, nous nous trouvons dans le premier 

F 
cas d'exception de M. Picard, puisque ^ est équivalente, au sens de Dede- 

kind, à une fonction quasi-entière; on pourra poser S = i et la relation 

I,F-I„G = i 

constituera la solution cherchée. 

Si g est une exponentielle e '^''^ nous acws trouverons dans le second 

cas d'exception de M. Picard et en faisant entrer les exponentielles dans 
les fonctions, on aura les deux solutions 

I,F — l„G = i, 
P,F-P„G = i. 

D'une manière générale, les équations exceptionnelles de M. Picard, si 
elles existent, seront, dans tous les cas, 

I,F-I„G = S, 

P.F-P„G=:R. 



THÉORIE DES NOMBRES. — Sur les théorèmes de Sylvesler concernant le quotient 
de Fermât. Note de M. Lerch, présentée par M. Emile Picard. 

M. Mirimanov a donné un ihéorème qui rectifie et restitue en partie 
quelques propositions de Sylvester concernant le quotient de Fermât 
(Comptes rendus, t, UI) 



36 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Pour généraliser le ihéorème de Mirinianov, j'envisage un module quel- 
conque m, puis l'entier positif a premier avec m, et j'observe que l'on a 
identiquement 

, — ai — 



— 2 ^ r^F\~ (modm), 



v = 1 



a — m\ — 



l'exposant d étant un diviseur de ^(wï) tel que 

rt''^ I (mod m'). 

Posant de = v^irn), on aura, en effet, 

y(«,»')== ===e (mod m), 

et il s'ensuit 

P parcourant les restes des différentes puissances de a, et les a. étant déter- 
minés par la condition 

m« + fi^o (mod a), o5a<^«. 

Mais la formule de Mirimanov ne possède le type des théorèmes de Syl- 
vester que dans les cas particuliers. Afin de restituer les théorèmes du 
savant anglais, j'ai établi la congruence 



(2) ?'''"'--2;;^{^ (mod m), 



av \ m 



V parcourant les ^^{ni) nombres premiers avec m et plus petits que m. Cette 
congruence se vérifie en développant le premier membre de l'équation 
identique 

nh-"(ïï)l=n- 



La formule (2) rend les mêmes services, et est peut-être plus commode 
que les formules de Sylvester, mais elle permet aussi d'établir ces dernières 
rectifiées. Les formules en question s'écrivent 

(3) ./v'O^^T^-IIt [rnoAm), 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. Sy 

V parcourant les mêmes valeurs que dans la formule (2), puis 

wr, + vHso, mr, — vsï£o (moddz); o''ir.,<Cn, o<^r/_a. 

Désignons ensuite par ^ les différentes racines de l'équation 

^ «>— I 

posons 



*(-)=2:(v)7' 

V = I 

puis 

les deux enliers de signes quelconques « et c étant supposés premiers 
nvec m. Désignant enfin par C(«, c) la quantité 



o <^ V <^ /;? ; (v, 7/t) '^ I 



SËtnCac ) 7 - 



où l'on admet a, p ^ i , 2, 3, . . . et même ^ = o pour c <^o, on aura la con- 
gruence suivante 

(4) Q(a, c);^aC(a, c) -h cq(a) — cc/{c) (mod m). 

Pour c = I et m premier, cette dernière s'établit directement en multipliant 
entre eux les développements des binômes (i — ^y, ce qui est un procédé 
analogue à la méthode d'Eisenstein. 

Mais il y a des procédés plus avantageux pour déterminer q(a, m) 
lorsque ni est un produit m,m.,//i^ ... de facteurs m^, premiers relatifs deux 
à deux. Posons à cet efift-t m = m.^n^ et déterminons les n', conformément 
aux congruences n-,iî'.,^^i (. -^'1 m.,)\ alors on a comme cela se vérifie tout 
à l'heure 

(5) q{a, m)^;E^^n.,n'.,z(jt.i)q{(U777^) (mod/n). 

V 

Ainsi la recherche directe du reste du quotient 

^(■")"=-^85— =-385- ('»od385) 



38 ACADEMIE DES SCIENCES. 

serait pénible. Mais comme ici m = 5.7.11, on a les valeurs respectives 
m.,= 5,'],ii, 71,', = — I, I, 3, ©(/î,,) = 60, 4o, 24, ^(2, «?,) = 3, 2, 5 et 
l'on trouve sans aucune peine 

9(2) = 6o (mori 385). 

Un procédé avantageux relatif aux modules puissances de nombres pre- 
miers reste cependant à découvrir. 



PHOTOGRAPHIE. — Contribution à l'étude des écrans photographiques. 
Note de M. J. Rénaux, présentée par M. Lœwy. 

Le but de cette Note est de montrer tout le parti que l'on peut tirer de 
l'emploi judicieux de certains colorants pour la fabrication des écrans 
photographiques. 

Soient L et / les luminosités d'une même radiation avant et après l'in- 
terposition d'un écran sur le trajet d'un faisceau de lumière dispersée. Le 
rapport de L à /, >> i , présente une plus petite valeur, R, soit pour quelques 
radiations isolées, soit pour un ou plusieurs intervalles, domaine de trans- 
parence dans lequel les valeurs relatives des luminosités sont conservées. 
K est le coefficient de luminosité de l'écran. Dans le domaine d'absorption, 
le rapport de L à / est égal à RA; A, ^ i, est par définition le coefjicient 
d'absorption. 

Négligeons les réflexions et absorptions légères par les verres des glaces; concevons 
la couche colorée comme découpée, parallèlement au\ faces, en un nombre/» d'écrans 
partiels et identiques, avec même définition symbolique K{A,, Aj, ..., A,.), si l'on 
suppose (ce qui est parfaitement réalisable) une répartition liomogèno du colorant. 

L'écran total est défini par R''(A'|, A(;, ..., AJ,'), où l'exposant entier /> 
désigne le poids de colorant par centimètre carré, l'unité étant le poids 
pour la même surface de l'écran partiel. Mais plus généralement, siyo,. 
Pi, /J3, . . . sont des poids quelconques de colorants différents, employés en 
couches superposées, l'écran résultant est défini par 

R'''R'''. ( V' W- C' V' B''' C' ^ 

Si une plaque orlhochromatique, définie par (S,, S^, ..., S,.), c'est-à-dire ayant 
des coefficients de sensibilité S,, Sj, . . -, S,, dans un intervalle déterminé du spectre, 
est utilisée avec un écran K( A,, A,, . . . , A,.), le résultat est le même que si l'on opérait 
directement avec une plaque fictive (IvAiS,, KAîS^, . . ., KA,.S,-). 



SÉANCE DU 1 JANVIER 1906. 39 

Et alors, pour le domaine de transparence seul, les sensibilités relatives 
sont conservées. Le coefficient de pose est le coefficient de luminosité de 
l'écran. 

Si l'on appelle plaque parfaite celle dont le coeflicieut général de sensibilité a est 
une fonction de la longueur d'onde \, choisie d'avance d'après une loi déterminée, on 
peut dire que la plaque orthocliromatique usuelle n'est jamais parfaite. Mais en dési- 
gnant par S son coefficient général, (jui peut être connu pour une émulsion donnée, la 
plaque fictive, qui résulte de son emploi avec un écran convenable, est parfaite, pour 

,1 1 • . . . , . ,, IvAS KA„S„ „ 

un intervalle détermine, si dans tout cet intervalle on a =1 — ^ =: coiist. Et 

. . s„ s . 

en clioisissant pour — la plus grande valeur de — dans l'intervalle considéré, A^ est 

^o ». 

égal a i et A = — — > j . 

2„ b 

Ainsi A, entièr^3ment déterminé, caractérise le coefficient général d'absorption du 
colorant susceptible d'être utilisé, mais dont l'existence n'est que théorique. Néan- 
moins, on peut dans la pratique résoudre le problème avec une approximation suffi- 
sante. Supposons, en effet, f[n'il existe des colorants, à domaines d'absorption très 
étroits n'empiétant pas les uns sur les autres, simplement j-uxtaposés et comprenant, 
par leur ensemble, toute la région considérée du spectre, sauf une bande, domaine de 
transparence, correspondant à Ad=i. Chaque colorant employé peut être considéré 
comme ne possédant (en plus de K^ coefficient connu de luminosité) qu'un seul coeffi- 
cient d'absorption, a^, provenant de sa bande nnique caractérisée par l'indice q. Le 
poids /j de matière à utiliser est alors déterminé par la relation af^=k,, et l'écran 
résultant K',''IvÇ'. . .(«','', . . ., «',',') répond pratiquement au Ts-ut proposé. 

En réalité, les domaines d'absorption peuvent être moins étroits et empiéter légè- 
rement les uns sur les autres. Cherchons, en ellét. ii réaliser uu.e plaque liclive de sen- 
sibilité comparable à celle de l'œil. Soit une plaque orthochromaiique (S,, 82, S^, S4), 
définie pour quatre radiations X,, X2, X3, X,, : la première dans la région du maximum 
(jaune verdâtre), la deuxième dans la région du minimum (vert) de la plaque orlho- 
chromalique, la troisième dans la région du maximum ordinaire (bleu violet) et enfin 
la ([uatrième plus loin dans le violet. 

De plus, la plaque est supposée ne posséder que des maxinia et minima secondaires 
faibles et négligeables, de sorte que l'allure de la fonction S, coefficient de sensibilité, 
est suffisamment caractérisée par les quatre valeurs données. La plaque de sensibilité 
comparable à celle de l'œil est définie par (i, a,, «3, a^). 

Ces coefficients, différents suivant que l'on opère au -moyen d'une chambre spectro- 
graphique ou par l'intermédiaire d'une échelle de teintes, satisfont aux conditions 
I < ^2< =<3< î'i- Ordinairement, il y a lieu d'atténuer, pour la plaque orthochroma- 
tique usuelle, le jaune, le bleu et le violet par rapport au vert, de sorte que l'on doit 



s 



-2 . 



Oi Oo "^3 i^fl Oj 



avoir :— > — ,-^>_-i,_r>_î. Considérons alors trois écrans partiels, K^'(«^', i, •■, i)i 

K'i(i, I, b\, c\)\ lv3(i, I, 63, c'j); le premier absorbe le jaune et le vert jusqu'à Xj, avec 
un domaine de transparence de Xj au delà de \,,\ les autres, avec même domaine de 



4o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

transparence rie Xj à 1^, absorbent, le deuxième de )., jusqu'à ),; et très légèrement au 
delà, et le troisième, l'ultra-violet et le violet jusqu'à I3. 11 y a lieu de remarquer que 
de pareil* colorants existent. L'écran résultant conduit à une plaque fictive parfaite si 

les conditions «','=— p- > I , i'fZ''' =: — ^ > i, c'i c'.. ^ ~ -^ > i , déterminent des 

a, b| ' a, 03 ■ Xo S; 

valeurs positives de p, q, r. 11 en est toujours ainsi pour p et pareillement pour (/ et /• 
si C2= 63==!, ou bien si c^ et Ih sont suffisamment approchés de l'unité. 

Le problème est donc résolu el l'importance des colorants à bandes 
d'absorption étroites est manifeste. Mais l'écran résultant ne convient 
qu'aux plaques pour lesquelles il a été calculé et, si l'on fait le même 
calcul pour des plaques d'une autre marque, définies par (c, , t^, Tj, t,), le 

S.1 
rapport des temps de poses, R^~'''K^"'''R3-'' — , est une constante qui, 

^2 

étant indépendante de aj, aj, a^, l'est aussi par suite des réductions équi- 
valentes effectuées de part et d'autre sur les sensibilités. Cette proposition 
subsiste pour un nombre quelconque de colorants et permet, en pratique, 
de comparer les valeurs respectives des différentes marques. 



PHYSIQUE. — Recherches sur le champ électrique terrestre, exécutées à l'occa- 
sion de l'éclipsé totale du 3o août igoS. Note de M. Charles Nordmaxx, 
présentée par M. Lœwy. 

I. J'ai enregistré photographiquement à Philippeville, d'une manière 
continue, du 7 août au 21 septembre igoS, les variations du chaiîip élec- 
trique de l'atmosphère, au moyen de la méthode de lord Kelvin (collecteur 
à écoulement d'eau), des isoloirs à acide sulfurique et d'un électromètre 
Mascart, auquel les modifications si ingénieuses dues à M. Chauveau assu- 
raient un zéro parfaitement stable. 

La prise de potentiel se faisait sur la façade Nord du bâtiment ser- 
vant de corps de garde, qui se trouve sur le petit plateau couronnant le 
sommet du Djebel Skikda (160™ d'altitude et à environ 5o™ seulement de 
la mer à vol d'oiseau), en un point situé à o™,75 du mur du bâtiment et à 
a'",4o du sol. 

Les courbes obtenues pendant ces quarante-lrois jours d'observation 
présentent (sans doute par suite de l'extrême régularit-é en cette saison, 
sur l;i côle d'Algérie, de la variation diurne des divers éléments météoro- 
logiques) une uniformité et une régularité d'aspect exceptionnelles, et 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 4' 

telles qu'un très grand nombre des courjjes diurnes obtenues sont en 
quelque sorte superposables. 

Je me bornerai dans cette Note à exposer succinctement quelques-uns 
des faits particulièrement nets qui se dégagent des courbes obtenues, ré- 
servant les conclusions théoriques qui semblent en découler pour un 
Mémoire détaillé. On remarquera néanmoins que, le lieu d'observation 
étant au bord de la mer et exposé régulièrement pendant les heures du 
jour au vent de mer et la nuit au vent de terre, les résultats obtenus 
semi)lent permettre d'examiner d'un point de vue nouveau, à la lumière 
des faits constatés dans ces conditions particulières, quelques-unes des 
théories les plus récentes du champ électrique de l'atmosphère : celle de 
Lenard, qui invoque l'électrisation de l'air par les liquides en mouvement; 
celle d'Elster et Geitel, celle d'Ebert et celle de Gerdien, qui attribuent de 
diverses manières ce champ aux ions provenant du sol. 

II. Caraclères de la variation diurne. — Le Tableau ci-ilessoiis représeiUe, en 
volts, d'après les courbes les plus calmes, les excès positifs ou négatifs moyens de la 
valeur du champ par rapport à la moyenne diurne, à toutes les heures du jour et de la 
nuit : 

Excès horaires par rapport ii la moyenne. 

Minuit — is 6'" m —20 Midi -h 7 ô'' s +2/, 

i'' m — 15 -'' .... 



■r 



-li .... — 20 i''s -t-ii 7'' H- 3*' 

8'' ... —17 2'' H-i.j 8'' -I-19 



S"» —20 g»» — 6 3'' 

ii> — 21 10'' .... — 2 4'' 



-h 7 


&^ s 


-t-n 


7" 


H-I.") 


8'' 


-H19 


9" 


+2- 


10'' 



o" 



-2 2 



.... -h 1 .5'' +26 II*" — 9 

Moyenne diurne H ^= 42 volts. 



Il résulte de ces chiflVes les conclusions suivantes (dont chacune ressort non seule- 
ment de ces movennes, mais de Télude individuelle des courbes) : 

1° La variation diurne est caractérisée, dans son ensemble, par une oscillation 
simple avec un maximum vers 4'' du soir et un minimum vers 5^ du matin. 

llfaut remarquer en outre que les divers excès horaires égaux et de signes contraires 
sont sensiblement équidistanls de 12 heures, de sorte que la loi de variation est assez 
bien représentée par une onde sinusoïdale à période de 24 heures. Ces résultats consti- 
tuent une confirmation très nette des conclusions remarquables auxquelles est arrivé 
M. Chauveau, dans ses recherches classiques à la tour Eiffel, relativement à la loi géné- 
rale de la variation diurne du champ. M. Chauveau a. en ell'el. attribué à une inlluence 
indirecte sur l'air, du voisinage du sol, la double oscillation de jour généralemont 
observée, et au lieu d'observation, à Philippeville, l'air pendant la journée n'a précisé- 
ment pas passé sur le sol mais provient directement de la mei'. 

2° L'amplitude de la variation diurne relativement à la valeur moyenne du cliam|) 

G. R., iç|o6, I" Semestre. (T. CM-II, -N° 1.) " 



42 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

esl relalivement élevée et voisine de 1,2. En outre, l'examen des coiubes montre nette- 
ment que les amplitudes des petites oscillations secondaires et rapides du champ sont 
d'autant plus grandes que celui-ci est plus fort, c'est-à-dire qu'elles sont bien plus 
notables le jour que la nuit. 

3" H n'v a aucun rapport ai)parent à Philippeville entre la variation diurne du 
champ qui est simple et la double oscillation du baromètre enregistrée au lieu d'ob- 
servalion et qui s'y montre chaque jour nettement. Rappelons à ce propos que Ton a 
fréquemment invoqué, et récemment encore Ebert, un rapport qui existerait entre la 
double oscillation du baromètre et l'oscillation diurne du champ qui, dans beaucoup 
de stations, esl également double. 

4° Enfin, l'examen individuel des courbes, comme aussi le Tableau ci-dessus, 
montre Vexistence d'un petit nwximuni secondaire vers 7'' du soir, c'est-à-dire 
moins d'une heure après le coucher du soleil. Or jai constaté que l'existence d'un 
maximum relatif ou absolu peu après le coucher du Soleil résulte également des obser- 
vations du Parc Saint-Maur, du Bureau central météorologique, de Lyon, du cap 
Thorzen, de Lisbonne, de la tour r:^ilïel. etc., c'est-à-dire de stations où la variation 
diurne a des caractères très dissemblables par ailleurs. D'ailleurs, dans toutes ces 
stations, ce maximum suit en quelque sorte l'heure du coucher du Soleil, c'est-à-dire 
qu'il a lieu plus tard en hiver qu'en été. La généralité de ce fait, qui paraît constituer 
un caractère commun à la variation diurne dans toutes les stations, n'avait, à ma 
connaissance, pas encore été signalée. 

111. Plicnomènes observés pendant l'éclipsé du 3o août. — La courbe du 3o août 
jirésente les caractères suivants : 

Rappelons d'abord que le temps a été ce jour-là très beau et normal jusqu'au soir, 
et que, pendant les heures de l'éclipsé, le vent n'a cessé de souffler de la mer comnte 
d'habitude. Le Tableau ci-dessous représente en volts, par rapport aux valeurs 
mo venues correspondantes des beaux jours voisins de l'éclipsé, les excès positifs ou 
négatifs des ordonnées de la courbe du 3o août, de 9'' du malin à 5'' du soir (heure à 
laquelle le ciel est devenu nuaiteux) : 



I'' contact. 




Totalité. 






'. 


• contact. 






2'' i2''4o"' 


il' 


,h3Qm ^h 


2'>3o" 


2''45«' 


S'' 


3"i6°> 


A" 


5'' 


-.5 -3 


+7 


-f-5 +1 1 


+ i3 


+ 32 


-h- 







-.3 


— i-i 



g'' 10" II 

— 2 — 2 -\- 

11 ressort de ce Tableau, et mieux encore de l'aspect de la courbe, que le cltamp 
ijui jusqu'au début de Péclipse était voisùi de sa valeur habituelle, et plutôt légè- 
rement plus faible, a commence à s'élever et à dépasser celle-ci dès le premier con- 
tact pour se jnaintenir au-dessus de sa valeur habituelle moyenne pendant toute la 
durée du phénomène el jusqu'au dernier contact. Le fait que les excès sont tous posi- 
tifs pendant l'éclipsé et au contraire négatifs avant et après semble assez caracté- 
ristique. 

Mais le caractère le plus remarquable de la courbe esl l'existence d'un mctximum 
extrêmement accentué qui est le maximum maximorum de toute la journée et qui, 
dans lu limite des erreurs de pointage des courbes, c'est-à-dire à moins de i minute 
près certainement, a coïncidé at^ec le minimum ahisolu relevé d'autre part sur la 
courbe des ions positifs. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 190G. 43 

Il faut regretter que des circonstances météorologiques très défavo- 
rables aient masqué l'allure exacte du phénomène aux observateurs 
(iMM. Ebert, Elster et Geitel, Le Cadet notamment) qui, en d'autres sta- 
tions, s'étaient proposé d'étudier l'action possible de l'éclipsé sur le champ 
terrestre. Il faudra donc attendre d'éclipsés ultérieures la confirmation ou 
l'infirmation des faits relatés ci-dessus. Aussi, c'est avec toute la réserve 
que commande le caractère isolé de mes observations, que j'ajoute au sujet 
des phénomènes enregistrés à Philippeville pendant l'éclipsé les remarques 
suivantes : 

1° Le sens des phénomènes observés, c'est-à-dire l'augmentation relative 
du champ pendant l'éclipsé, et notamment le maximum absolu coïncidant 
avec le muiimum de la courbe des ions positifs, est bien d'accord avec ce 
que permettait de prévoir celle-ci. En effet, toutes choses égales d'ailleurs, 
comme l'ont montré Elster et Geitel, toute diminution momentanée de la 
conductibilité de l'atmosphère doit correspondre à une augmentation du 
champ. 

2° L'inverse n'est pas vrai en ce qui concerne les ions positifs, c'est- 
à-dire que l'augmentation constatée du champ aurait dû accroître, toutes 
choses égales d'ailleurs, la densité des ions positifs prés du sol. Autrement 
dit, la modification observée du champ peut être l'effet, mais non la cause 
de celle qui a été enregistrée pour les ions positifs de l'air. 

3*^ L'interception des rayons solaires par la Lune a été accompagnée 
d'une modification du champ de même sens que celle qui accompagne 
d'habitude leur disparition derrière l'horizon. De même, en effet, que l'al- 
lure descendante de la courbe diurne du champ est interrompue par un 
maximum relatif moins d'une heure après le coucher du Soleil, de même le 
maximum absolu du champ pendant l'éclipsé s'est produit /i5 minutes 
après la totalité, et toute l'éclipsé s'est traduite par un accroissement du 
champ. 

4" On peut remarquer encore que la variation annuelle observée dans 
toutes les stations est telle qu'en un lieu donné et aux mêmes heures le 
champ est plus grand en hiver qu'en été. La diminution du rayonnement 
solaire s'accompagne, à ce point de vue encore, d'une modification du cham|) 
dont le sens est le même cjue celui qu'on a observé pendant l'éclipse. 



/j4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SPECTROSCOPIE. — Sur la détermination des gaz rares dans les mélanges 
gazciur naturels. Noie de jM. Chaules Moureu, présentée par M. Des- 
landres. 

T'ai publié à diverses reprises, depuis iSgS, des recherches sur les gaz 
rares des sources ihermales. De nouveaux résultats seront communiqués 
prochainement. En attendant, je répondrai au désir qui m'en a été ex- 
primé par plusieurs savants en décrivant sommairement la technique de 
mes expériences. Le mode opératoire suivant, que j'ai adopté après un 
grand nombre de tâtonnements, et en mettant à profit les études anté- 
rieures faites sur l'argon ou les autres gaz rares par divers expérimenta- 
teurs, notamment par MM. Ramsay et Travers, Bouchard et Troost, Des- 
landres, Dewar, Schlœsing fils, Maquenne, Moissan, permet de doser rapi- 
flement en bloc les gaz rares contenus dans les mélanges gazeux naturels, 
et d'en faire l'étude spectrale dans de bonnes conditions. 

En principe, le gaz naliiiel, après avoir longtemps séjourné sur de la potasse 
aqueuse, puis sur de la potasse fondue, est chaulTé au rouge en présence d'un mélange 
intime de chaux anhydre et de magnésium (mélange Maquenne), qui fixe à la fois 
l'azote et l'oxygène. Les gaz ou vapeurs combustibles sont brûlés par de l'oxyde de 
cuivre; on absorbe les produits de la combustion par de la chaux sodée et de l'anhy- 
dride phosphorique. Le résidu gazeux est constitué par les gaz rares. 

Description de l'appareil. — La partie de droite (côté Maquenne) sert au dosage 
des gaz rares, et la partie de gauche (côté Plucker) à leur examen spectroscopique. 

Une cloche verticale C, haute de o"',90, est disposée sur une petite cuve à mer- 
cure; outre l'ajutage aca (voir plus loin), elle se continue par un tube AB. Puis, 
viennent successivement trois tubes à chaux sodée ou à anhydride phosphorique; le 
tube CaO-)-Mg (chaux vive 5s, magnésium 3e) et un tube à oxyde de cuivre CuO. 
l'un et l'autre étant disposés sur une grille à gaz; de nouveaux tubes à chaux sodée; 
et enfin, d'un côté, une trompe à mercure T, dont on peut faire déboucher le tube ab- 
ducteur S, par un léger déplacement latéral, sous la cloche, et, de l'autre, un tube hd 
qui met en relation le côté Maquenne avec le côté Plucker. 

Celui-ci représente, dans ce qu'il a d'essentiel, une réduction du premier. 11 com- 
prend de petits tubes à chaux sodée, à anhydride phosphorique et à oxyde de cuivre; 
un tube à calcium métallique, contenu dans une nacelle en argent; et enfin, tout près 
du tube de Plucker, un tube rempli de sélénium en menus grains, qui absorbera les 
vapeurs mercurielles. 

L'appareil est muni, en outre, de divers robinets à vide R, R', R", /•, /', et de deux 
manomètres M et m. Entièrement en verre, les diverses parties en sont réunies par des 
soudures directes. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906, 45 

Marche d'une opération. — On fait le vide dans l'appareil, d'abord à froid, puis à 
chaud (le mélange Maquenne el les tubes à CuO étant portés au rouge sombre). La 
pression finale est le plus souvent voisine de o™™,5, la production indéfinie, par le 




mélange CaO + Mg, de traces d'hydrogène à chaud, empêchant de faire, en général, 
un vide plus avancé, d'ailleurs inutile pour le moment dans le côté Maquenne. 

Par contre, on peut et l'on doit dés maintenant faire le vide complet dans le côté 
Plucker. A cet effet, sans cesser nulle part de chauffer, on isole les deux côtés en fer- 
mant R et R', et, pendant que la décharge d'une forte bobine d'induction passe dans 
le tube de Plucker ( afin de purger les électrodes), on continue la manoeuvre de la 
trompe jusqu'à claquement sec de la chute mercurielle. 

L'appareil étant ainsi préparé, on ferme /' et /', on arrête la trompe et la décharge, 
on ferme R, on ouvre R', et l'on introduit dans la cloche, au moyen d'une pipette 
spéciale, Soo'^'"' de gaz. On ouvre ensuite très légèrement R, de manière que ie 
gaz arrive lentement dans le tube CaO + Mg. ^ ers la fin, on ouvre en plein R, on dis- 
pose l'extrémité de S sous la cloche, et l'on recommence le jeu de la trompe. On pro- 
duit ainsi une circulation continue de gaz, qu'on prolonge jusqu'à pression constante 
pendant une heure (on a cessé de chauffer le tube GaO-i-Mg une demi-heure avant 
la fin). 

lîn ouvrant maintenant, pendant un instant, /■ et /', on fait passer un peu de gaz 
dans le côté Plucker, où sa purification complète s'opère rapidement. Dès que le spectre 
des gaz rares (le mieux sous 4™") apparaît exempt des lignes ou bandes parasites du 
début, on sépare par un trait de chalumeau le tube de Plucker. L'étude spectrosco- 
pique sera faite ensuite à loisir. 

Il ne reste plus qu'à mesurer le gaz résiduel, ce que l'on fait en l'aspirant dans un« 
éprouvetie graduée sur la cuve à mercure, tous robinets ouverts. Si l'on y ajoute celui. 



'6 ACADEMIE DES SCIENCES. 

calculé d'après la capacité et la pression, qui a été enfermé dans le tube de Plucker, 
on a le volume total. 

Le rôle du calcium métallique Ca (côté Plucker) est de fixer éventuellement (au 
rouge) des traces d'azote qui auraient pu échapper à l'action du mélange CaO -H Mg. 

Ouant à l'ajutage aca dont la forme spéciale trouve son utilité lors de l'introduction 
du gaz à étudier dans la cloche, il permettra l'extraction totale du gaz résiduel dans 
les cas d'obstruction accidentelle du tube CaO H-Mg. 



PHYSIQUE. — Sur la chaleur de fusion de la glace. Note de M. A. Leduc, 

présentée par M. Lippmann. 

La chaleur de fusion de la glace, malgré sa grande importance, n'est 
connue qu'avec une approximation bien médiocre. 

Pour ne parler que des travaux les plus classiques, on sait que Bunsen 
donne comme résultat moyen 80, o3, tandis que Laprovostaye et Desains 
ont trouvé 79,25, nombre confirmé par Regnault. 

L'écart de ces deux nombres, très voisin de i pour 100, semblait s'exa- 
gérer encore très notablement par ce fait que l'unité de Bunsen était plus 
grande que celle de ses prédécesseurs. On admettait en effet, il y a 
quelques années encore, d'après Regnault, que la chaleur spécifique de 
l'eau croissait très lentement de 0° à 20° et que la chaleur spécifique 
moyenne entre 0° et 100° (calorie de Bunsen) était i ,oo5 en fonction de 
la calorie à 12°. 

D'après cela, on pouvait considérer les anciens nombres comme ex- 
primés indifféremment en calories à 0°, à la^'ouà iS", tandis qu'il fallait 
multiplier par i,oo5 le résultat de Bunsen. C'est ainsi que Berlin ('), ana- 
lysant l'important Mémoire de ce savant, est conduit au nombre 80, 43. 

Mais, depuis que Rowland a montré l'existence d'un minimum de cha- 
leur spécifique de l'eau vers 38", de nombreuses expériences ont été faites 
sur ce sujet. 

Résumant ces travaux au Congrès de 1900, M. Griffiths (^) propose 
d'admettre que, conformément aux expériences de Callendar et Barnes, 
la chaleur spécifique moyenne de l'eau entre 0° et 100" est égaie à sa cha- 
leur spécifique vraie vers i5° ( iS*', 3 ou 16° suivant la formule adoptée). 



(') Annales de Chimie et de Physique, /i"= série, t. XXill, p. 61 et suiv. 

(^) Rapport présenté au Congrès international de Physique réuni à Paris en 1900. 



SÉANCE DU 2 JANVIER I906. 4^ 

Si l'on prend celle-ci pour unité, la chaleur spécifique vraie à 0° devient 
I , oo4 d'après M. Barnes. 

Adoptant cette unité, qui est celle de Bunsen, en tenant compte des 
températures extrêmes du calorimètre dans les expériences de Laprovos- 
taye et Desains, on trouve que le nombre de ces derniers doit être ramené 
à 79,17. La réduction est insignifiante, les auteurs eux-mêmes admettant 
comme limite d'erreur ± o,3. 

La modification apportée aux résultats de Regnault est du même ordre 
et en sens inverse. 

En résumé, l'écart brut de i pour 100 constaté au début subsiste pure- 
ment et simplement si l'on tient compte des expériences récentes sur la 
chaleur spécifique de l'eau. 

Or on n'aperçoit, ni dans la méthode des mélanges, ni dans celle du 
calorimètre à glace, de causes d'erreur capables d'expliquer cette diver- 
gence. 

Mais il faut remarquer que, dans la méthode de Bunsen, la chaleur 
latente est donnée par la formule 

dans laquelle u et u désignent les volumes spécifiques de la glace et de 
l'eau à 0°, et Q le nombre de calories qui, versées dans le calorimètre, font 
rétrograder la colonne de n divisions de volume c. 

Une erreur très faible sur u' produit une erreur relative très importante 
sur (m' — u). 

Or j'ai établi que la masse spécifique de la glace à 0° est 0,917(3 au heu 
de 0,91674 trouvée par Bunsen. 

On en déduit u' — u = 0,0897 ''"^' ^'^^' ^^ 0,09069 et 

A = 79,1 5 calories à 1 5°. 

Comme ou ne peut affirmer que l'erreur sur u' — u soit inférieure à j^, 
il est illusoire de conserver la deuxième décimale. 

Il en est de même, à plus forte raison, des résultats anciens, sans 
compter qu'il faudrait encore réduire les températures à l'échelle normale. 

Pour tenir compte seulement de ce que les expérieuces de Regnault con- 
duiraient à une valeur légèrement supérieure, je propose d'admettre que 



/,H ACADÉMIE DES SCIENCES. 

conformément aux expériences de Laprovostaye et Desains, confirmées par 
celles de Regnaidt et de Bunsen, la chaleur de fusion de la glace est 

\ = 79.2 calories à i5°. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur la SGudure synthétique des acides amidés dérivés 
des albumines. Noie de MM. L. Hugocnenq et A. 3Iorel, présentée par 
M. Armand Gautier. 

Dans nos précédentes Communications (' j, nous avons insisté sur l'in- 
térêt que présente, pour l'étude de la structure moléculaire des albumines, 
la réalisation synthétique de la soudure des acides amidés dérivés des 
matières protéiques. Dans celte voie, nous nous sommes attachés à fixer 
les fonctions aminés de ces acides à un groupement CO, c'est-à-dire à les 
faire entrer dans une molécule d'urée substituée, comme il en existe dans 
les albumines naturelles. C'est ainsi que nous avons été amenés à préparer 
l'urée symétrique de la leucine ou acide amino-caproïque : 

/AzH- C'H'"- CO-H 
\A II — G^H'»- CO-h' 

I. Ces recherches ont été poursuivies avec la tyrosine qui est, avec la 
leucine, un des termes les plus importants du dédoublement des substances 
albuminoïdes. Elles nous ont conduits aux résultats suivants : 

1° Au-dessous de 100", l'oxychlorure de carbone est sans action sur la 
tyrosine; vers i5o°, en tube scellé, la réaction s'accompagne de la forma- 
tion de produits goudronneux; 

2° A froid, COCl" réagit sur le sel de soude de la tyrosine dissous dans 
l'eau, en donnant l'urée symétrique de la tvrosine 

CO-H 
I 
/AzH -GH — GH^- G'H'.OH 

' \AzH-GH -GH-- CH'.OH' 
CO^H 



(') Comptes rendus, l. CXL, igoa, p. i5o, oo5, 809. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 49 

Préparation. — On dissout a"'"' de tyrosiiie dans Teau renfermant 2™°' de soude : 
on dirige dans la solution un courant très lent de COCl- : on voit se déposer un pré- 
cipité blanc, en même temps que la liqueur devient acide. Ce précipité, formé d'urée 
de la tyrosine avec un peu de chlorhydrate de tyrosine, est lavé à l'eau, dissous dans 
l'alcool et reprécipité de la solution alcoolique par un excès d'eau. On peut le punlier 
par une redissolution dans l'eau alcaline suivie d'un traitement par un acide qui inso- 
lubilise ce produit. L'analyse donne des chidres très concordants avec la théorie. 

L'urée de la tyrosine est très peu soluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool. 
Obtenue par précipitation au sein de l'eau de sa solution alcoolique, elle se dépose 
sous forme de ilocons ressemblant à de l'albumine et qui, desséchés, donnent une 
poudre blanche brunissant vers iSo" et fondant, avec décomposition, à 240°. Le réactif 
de Millon colore ce corps en ronge, comme on pouvait s'y attendre, la fonction phéno- 
lique étant restée intacte. 

II. Les carbimides réagissent sur la tyrosine dissotile dans l'eau alcnline 
en donnant naissance à des urées mixtes de la tyrosine et des aminés, ce 
qui permet de j)ré|)arer des urées mixtes de deux acides amidés différents. 
Nous nous bornerons aujourd'hui à indiquer; comme exemple, l'urée mixte 
de la tyrosine et de l'aniline 

/AzH-C'H^ 

\AzH - CH - CH^CH^OH. 

CO'H 

Préparation. — On dissout dans l'eau 1"°' de soude et i™°' de tyrosine. Dans la 
dissolution refroidie par la glace, on fait tomber goutte à goutte i"°' d'isocyanate de 
phénvle, en agitant. On laisse la température s'élever lentement : de la diphénylurée 
se précipite, on la sépare et l'on acidifie la liqueur alcaline lilliée. Le corps qui se 
dépose est purifié par deux, ou trois ledissolulions dans les alcalis, suivies de précipi- 
tations par un acide minéral. On termine par une cristallisation dans 1 alcool. 

L'analvse élémentaire donne des cliillres qui correspondent à la formule ci-dessus. 

L'urée mixte de la tyrosine et de l'aniline est très peu soluble dans l'eau, plus 
soluble dans l'alcool. C'est une poudre cristalline blanche fondant à ig't", en se 
décomposant. Elle donne la réaction de MlUon. 



BOTANIQUE. — Structure des végétaux développés à la himière, sans gaz 
carbonique, en présence de matières organiques. Note de M. Molliard, 
présentée par M. Gaston Bonnier. 

J'ai précédemment montré {Comptes rendus, i4 aoùl iQoS) comment des 
végétaux supérieurs, pourvus de chlorophylle, pouvaient se développer 

C. R., 1906, 1" Semestre. (T. CXLII, N" 1.) 7 



5o ACADEMIE DES SCIENCES. 

dans une atmosphère confinée, pourvu qu'on mette à la disposition de leurs 
racines diverses substances organiques. Dans ces conditions de végétation 
les plantes acquièrent un ensemble de caractères anatomiques très spécial. 

Pour donner une idée générale de ceux-ci, je me contenterai ici de deux 
exemples particuliers s'apjjliquant tous deux au Radis. 

Le premier est relatif à des plantes développées sur une solution miné- 
rale additionnéede lopourioo desaccharose; l'undes individus est resté en 
relation avec l'atmosphère pendant tout le temps de sa végétation, c'est-à- 
dire du igavi-dauS août; à ce moment plusieurs fleurs s'étaient constituées 
et quelques-unes dentre elles avaient abouti à la formation de fruits; l'in- 
dividu que ntnis voulons lui comparer était resté en communication avec 
l'atmosphère du 19 avril an 28 juin, date à laquelle le tube a été fermé; les 
deux individus étaient alors parfaitement comparables et leur tige ne pré- 
sentait encore aucun long entrenœud visible; en atmosphère confinée la 
seconde plante a vite perdu ses premières feuilles et a donné naissance à 
une tige florifère pourvue de nouvelles feuilles très petites et crépues et de 
fleurs dont aucune ne s'est épanouie. 

La comparaison de la slructure Je la lige et du pétiole permet d'établir les dilTérences 
essentielles suivantes : l'écorce e=l sensilslemenl plus épaisse dans les organes déve- 
loppés en atmosphère confinée; le nombre des cellules reste d'ailleurs le même, il y 
a donc augmentation dans les dimensions des éléments; les formations secondaires 
libéroligneuses sont plus abondantes et leur aspect très diil'érent; les vaisseaux du bois 
ont un calibre sensiblement moindre; ils sont très réguliers, de section circulaire, et 
non polygonale comme dans les conditions normales; ils sont très sensiblement égaux. 
Enfin, leur paroi est très faiblement lignifiée; rapprochons de cette dernière modifica- 
tion le fait que le sclérencliyme qui se trouve normalement adossé au liber primaire 
ne se constitue pas; le libei- si'condaireest beaucoup plus développé et les tubes criblés 
plus nombreux. 

D'autre part, tous les parenchymes différenciés présentent une grande 
quantité d'amidon, alors qu'il n'y en a pas trace dans la tige ni le pétiole 
de la plante restée en relation avec l'atmosphère; pour le pétiole l'amidon 
est surtout abondant dans les deux ou trois assises sous-épidermiques et 
dans les cellules entourant les faisceaux; mais il existe dans tout le paren- 
chyme et apjjaraît même, bien qu'en faible quantité, dans les cellules épi- 
dermiques qui, on le sait, en sont normalement dépourvues, même dans 
les espèces où il existe une réserve amylacée figurée. 

Le limbe présente une épaisseur réduite d'environ ~ ilans les tubes 
fermés; les cellules des tissus [palissadique et lacuneux restent serrées les 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 5l 

unes contre les autres, le système aérifère ne se développant que d'une 
manière rudimentaire; les assises palissadiques qui, dans les deux cas, sont 
an nombre de trois sont constituées |)ar des cellules relativement plus 
allongées dans le sens perpeniliculaire à la surface du limbe. Ici encore 
toutes les cellules sont bourrées d'amidon dans l'échantillon du tube fermé, 
alors qu'on n'en observe pas trace dans celui qui sert de terme de compa- 
raison; les cellules épidermiques n'échappent pas à cette transformation, 
surtout celles de la face inférieure qui contiennent toujours plus de leucites 
amylacées que celles de la face supérieure. 

Les faits relatifs au limbe foliaire correspondent à une différenciation 
moins grande; les tissus gardent des caractères embryonnaires, ce qui 
cadre bien avec le faible développement que la feuille est susceptible 
il'acquérir dans ces conditions. Quant aux caractères nouveaux que pré- 
sentent la tige et le pétiole, on peut remarquer qu'ils sont très semblables à 
ceux qu'on observe pour les organes souterrains, comparés aux organes 
homologues aériens du même individu (Costantin); en supprimant la fonc- 
tion chlorophyllienne, ou tout au moins en empêchant celle-ci de donner 
à la plante plus de carbone qu'elle n'en perd par la respiration, on obtient 
donc à la lumière une structure analogue à celle qui s'observe naturelle- 
ment dans le milieu souterrain; ajoutons que la formation d'une grande 
quantité d'amidon dans les plantes développées en atmosphère confinée 
paraît montrer que, dans ces conditions, l'utilisation des substances orga- 
niques est plus considérable qu'à l'air libre, ce que vérifie la comparaison 
des poids secs qui sont toujours plus élevés pour les individus des tubes 
fermés. 

Si l'on ferme le tube après avoir pris soin de provoquer le développe- 
ment d'une moisissure à côté du Radis, les caractères de ce dernier restent 
ceux qu'ils sont en tube ouvert; c'est donc bien à l'absence de gaz carbo- 
nique et non à d'autres conditions telles qu'un degré hygrométrique plus 
élevé que sont dues les modifications que nous venons de signaler. Tout se 
passe comme s'il se produisait dans la plante un changement complet dans 
la circulation des matériaux nutritifs, cheminant dans les conditions nor- 
males des parties aériennes vers les parties souterraines, et allant, dans le 
cas des tubes fermés, de la racine vers les organes supérieurs. 

Le second exemple se rapporte à des Radis développés dans une solu- 
tion minérale à laquelle il était ajouté 5 pour 100 de glucose et 2 pour 100 
d'asparagine; mais ici les tubes étaient fermés dès le début du développe- 
ment; nous retrouvons l'ensemble des caractères différentiels précédents. 



52 ACADEMIE DES SCIENCES. 

Mais signalons, en outre, un fait relatif aux cellules de Fécorce de l'axe hypocotylé; 
en même temps que celles-ci augmentent de volume, leur noyau se divise très fré- 
quemment et il n'est pas rare d'observer des cellules corticales pourvues de 2, 3 ou 
4 novaux, sans qu'il se soit constitué de membranes correspondantes; de plus, les 
noyaux subissent une hypertrophie et une dégénérescence en tout semblables à celles 
qui ont été décrites pour les cellules soumises, soit à la chaleur (Prillieux), soit à 
une action parasitaire ; il est parliciilièremenl frappant de comparer les transformations 
cellulaires auxquelles je fais allusion à celles que présenlent les cellules des sépales du 
Ra]>hanus Raphanislriim h. lors(iu'elles ont i-ulii l'action Au Dasynema Raphaiilslri 
Kiell'er. Chaleur rt parasites paraissent ainsi n'inler\enir que pour amener dans la 
cellule des modilicalions de nutrition analogues à celles que nous avons réalisées di- 
rectement. 

Eti somme, struclure semblable à celle des organes souterrains et parfois 
formation de tissus à cellules plurinucléées, comme dans certaines galles; 
tels sont les caractères essentiels présentés par les végétaux cultivés dans 
les conditions que nous avons définies. 



BOTANIQUE. — Symbioses d'Orchidées et de divers champignons endophyles . 
Note de M. Noël Bernard, présentée par M. Gaston Bonnier. 

Dans une Note précédente (^Comptes rendus, 8 mai 1903) j'ai désigné 
provisoirement par les termes d'endophyte de Callleya, endopliyte de 
Phalœnopsis, endophyte d'Odonlog/ossiim, trois espèces bien distinctes de 
champignons endophy tes d'Orchidées. H existe d'autres espèces, dont j'ai 
dès à présent isolé quelques-unes, mais il sera surtout question ici d'expé- 
riences faites avec les trois premières, dont mes publications antérieures 
ont fait connaître en partie les caractères et les propriétés. 

Lorsqu'on introduit comparativement ces divers endophytes dans des 
seinis aseptiques de graines, provenant d'un même fruit d'Orchidée, on 
observe des phénomènes assez variés. En général, dans des conditions bien 
déterminées de culture, un champignon convient mieux que les autres 
pour la germination des graines. Certaines symbioses (coiume celles des 
Phalœnopsis ou Vanda avec l'endophyte de Cattleya) m'ont paru impossibles 
à réaliser. Cependant, au cours de nombreux essais, j^ai réussi parfois à 
faire développer en symbiose des embryons d'une même espèce de graines avec 
l'un ou l'autre de deux champignons différents. 

Des graines liybrides de Lœlia Mozart ><. Brassas'ola Digbyana ont été semées asep- 
liquemenl soit sur du colon hydrophile imbibé d'une décoction de salep, soit sur la 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 53 

surface d'une gelée obtenue en ajoutant 1 pciur roo de gélose à la même décoction. 
A la suite de l'inlroduction dans ces cultures de l'endopliyte de Catlleya (que cette 
introduclion ait lieu tôt ou tard pendant les pieniiei-s mois après le semis), un grand 
nombre des graines semées sur gélose germent et progressent régulièrement, mais 
les giaines semées sur colon ne montrent qu'un progrès presque insensible. J'ai 
signalé déjà ce fait, général pour toutes les graines d'Orchidées épiphvles appartenant 
au groupe naturel formé par les genres Cattleya, Lœlia e\. ^/rti^ffco/rt. L'introduction 
de l'endopliyte de PItalœnopsis peut, au contraire, provoquer la germination de graines 
semées sur coton, d'autant plus facilement que ce champignon est introduit dans la 
culture plus tôt après le semis des graines. J'ai obtenu dans ces conditions des piantules 
qui avaient formé quatre ou cinq feuilles et deux ou trois racines après 7 mois 
de culture. Les serais sur gélose, avec ce même endophyte, progressent d'abord très 
vite, mais les piantules meurent inévitablement, après environ 3 mois de culture, dès 
que les tubercules embryonnaires et les deu\ premières feuilles sont formés. On 
trouve alors ces piantules coiujilètement envahies par le champignon à l'invasion 
du(]uel elles n'offrent, dans ces conditions de culture, qu'une résistance phagocylaire 
insuffisante. 

Des essais de même nature, faits d'une part avec des graines à^Odonloglossiini et 
les endophyles de Plialcenopsis ou iV Odo/iloffloss 11 m. . d'autre part avec des graines de 
Valida et les deux, mêmes endophytes, m'ont égalemetit montré que la possibilité 
d'une symbiose avec chaque chanipignon dépend surtout : 1° du choix d'un sub- 
stratum convenable pour le semis (coton, gélose, moelle de sureau, etc.) sans qu'il 
soit d'ailleurs nécessaire de changer le liquide nutritif employé dans les divers cas; 
2° de la date d'introduction île l'endophyte après une période d'attente plus ou moins 
prolongée. Vu prix de précautions de celte nature, j'ai pu élever pendant plusieurs 
mois comparativement des piantules de chaque espèce avec l'un ou l'autre de deux 
champignons. Il est pratiquement difficile de poursuivre très longtemps ces cultures 
dans des conditions expérimentales précises et l'on sait que le développement complet 
dune Orchidée demande au moins quatre ou cinq ans. Mais c'est surtout la contami- 
nation accidentelle des cultures par des moisissures banales qui force à arrêter les 
expériences; il ne paraît pas logiquement impossible qu'elles puissent être poursuivies 
plus longtemps. 

Quoi qu'il en soit, la rapidité el le mode même du développement dépendent 
de la nature de l'endophyte vivant avec les piantules. Pour les graines de 
LœliaxBrassavola citées plus haut, l'infeslation est plus étendue et le déve- 
loppement plus rapide avec l'endophyte de Phalœnopsis qu'avec l'endophyte 
de Cattleya; les tubercules embryonnaires sont plus volumineux; les poils 
absorbants plus nombreux et plus serrés. 

Des semis de Vanda tricolor m'ont montré des dilFérences plus considé- 
rables et d'autant pltis intéressantes qu'il s'agit de graines d'espèce pure et 
non de graines hybrides. Les piantules cultivées sur moelle de sureau avec 



54 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

renriophvte de Phalœnopsis sont d'un type noraial. L'embrvon infesté se 
développe en un tubercule embryonnaire ayant la forme d'une corne à 
pointe recourbée, amincie dorsalement en crête; dès la fin du troisième 
mois, ce tubercule embryonnaire' peut atteindre son complet développe- 
ment (4'"" de longueur), les premières feuilles apparaissent alors à son 
sommet végétatif. Une plantule élevée pemlant 7 mois dans ces condi- 
tions adéployé trois feuilles et produit sa première racine. J'ai obtenu, avec 
des graines du même fruit, des germinations sur coton en symbiose avec 
l'êndophyte iV Odontoglossum. Le dévelo|îpement débute de la même ma- 
nière et se poursuit normalement pendant les premiers mois; mais la 
période de tubérisation se prolonge ensuite d'une manière tout à fait anor- 
male. Après 5 mois de culture je n'ai obtenu aucune plante feuillée; sur 
une douzaine de tubercules embryonnaires développés à ce moment, l'un 
était trifurqué et avait trois sommets végétatifs, un autre, élevé jusqu'à 
'] mois, a atteint le double de la taille normale, sans montrer encore 
aucune ébauche foliaire. 



ZOOLOGIE. — Sur les Copépodes recueillis par la mission Charcol et. com- 
muniqués par M. E.-L. Bouvier. Note de M. Quidoiî, présentée par 
M. Yves Delage. 

La mission Charcot, dit une voix autorisée ('), a recueilli des richesses 
zoologiques d'une valeur inestimable destinées à combler bien des lacunes 
dans les collections du Muséum. Cette appréciation générale de la pénible 
et fructueuse campagne du Français s'applique, en particulier, au groupe 
des Copépodes étudié dans cette Note. 

Il a été recueilli dans le voisinage de l'île Wandel quelques-unes des 
espèces trouvées précédemment par l'expédition de la Belgica : Halanus 
propinquus (Brady), Euchœla antarclica (Giesbrecht), Harpacticus hrevi- 
cornis (O.-F. Millier). 

La mission rapporte, en outre, quatre espèces nouvelles. L'une péla- 
gique capturée par lefilet de surface, Phyllopus Turqueti{n. s.); deux autres 
draguées dans la baie de Carlhage par une profondeur de 20™ : Porcellidium. 
Charcoti (n. s.) et Porcellidium affinis (n. s.); enfin une espèce parasite 

(') M. E.-L. Bouvier, Bulletin du Muséum d' Histoire naturelle, 190"), n°.D, p. 294. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 55 

Ancliorella intermedia (n. s.) Irouvée dans la cavité buccale d'un Notho- 

stenia. 

Si Balanuspropinquus(Briidy)elEuc/upta antarctica (Gieshrecht) ne sont 
tous deux représentés que par un seul exemplaire femelle, il n'en est pas 
de même de Harpaclrciis hrcvicornis (F. Millier) qui i)ullule parmi les algues 
du littoral. Mâles, femelles, parfois accouplés, jeunes à différents stades 
ont fourni d'abondantes récoltes. 

On ne connaissait jusqu'ici qu'une espèce de Phyllopus, P. bidentaUis 
(Brady) recueilli par le Challenger au sud-est de Buénos-Ayres à une 
profondeur de 485o° et représenté par un seul exemplaire femelle. Un 
autre spécimen, également femelle, étudié par Giesbrecht, fut récolté près 
de l'équaleur au sud-est des îles Galapagos à une profondeur de 1800". 
Or, la capture de Phyllopus Turqueti(n. s.) |)ar le filet de surface, près de 
l'île Wandei, montre une fois de plus que la faune abyssale des régions 
équatoriales a de grandes affinités avec la faune australe de surface. 

Il était d'ailleurs intéressant de connaître le. mâle de cette espèce. Le 
nom de genre est en effet tiré de la structure de l'article terminal de la 
cinquième patte de la femelle. Or, le dimorphisme porte précisément sur 
la structure de ce dernier article à l'extrémité duquel s'insèrent, chez le 
mâle, trois épines longues et fortes, absentes chez la femelle. L'antenne 
gauche ilu mâle est d'ailleurs géniculée au tiers de sa longueur. 

Le genre Porcellidiiim, si nettement défini par la forme générale du corps 
et la structure de ses appendices, est représenté par deux espèces nouvelles 
fort intéressantes. L'une, PorceUidium affinis (n. s.), dont un seul exem- 
plaire femelle a été recueilli, se distingue de tous les autres Porcdliduim 
par ses antennes antérieures à 7 articles au lieu de 5 et par une seconde 
maxille rudimentaire. L'autre, Pliyllupus Charcoti (n. s.), est représenté par 
deux individus, l'un mâle, l'autre femelle, dont le dimorphisme sexuel 
porte non seulement sur le rostre, la ligne frontale et les antennes anté- 
rieures, mais encore sur l'organe visuel. On observe en effet, chez le mâle, 
deux yeux lenticulaires distincts et bien développés, tandis que la femelle 
ne présente que deux petits yeux, médians accolés par leur face médiane. 
Le matériel A' Anchorella intermedia (n. s.) est des \Aiis précieux, tant 
par le nombre que par la variété des inilividus récoltés. 

La femelle adulte mesure i3™"» des antennes à Textrémité des ovisacs. 
C'est une forme très intéressante, car elle est intermédiaire entre les Bra- 
chielles et les Anchorelles. Les secondes pattes-màclioires ne sont, en ellet, 



56 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

soudées qu'à leur extrémité distale comme chez les Rrachielles; mais elles 
restent courtes et tr;ipnes, et le mâle se distingue nettement des mâles des 
Brachielles par l'absence d'abdomen segmenté. 

L'homologie des appendices locomoteurs du mâle et des pattes-mâchoires 
de la femelle a pu être établie de nouveau, et d'une façon certaine, par 
l'examen d'une jeune femelle dont la taille ne dépassait pas 4™'". 5. Le cou 
et le thorax mesuraient res|)ectivement 3""" et i""",5. Les pattes-mâchoires 
antérieures et postérieures n'étaient pas encore complètement adaptées à 
leurs nouvelles fonctions : elles ne laissaient aucun doute sur le rôle actif 
joué par elles dans le déplacement de l'animal avant sa fixation. 

Il est d'ailleurs intéressant de noter la présence de deux diatomées dans 
le tube digestif de ce jeune parasite. 

ZOOLOGIE. — Sur une Microsporidie nouvelle, Pleislophora macrospora, 
parasite des Loches franches du Dauphinc. Note de M. Casimir Cépède, 
présentée par M. Alfred Giard. 

L'espèce qui fait l'objet de la présente Coiiimunication appartient au groupe des 
Microsporidies de Balbiani ou iMyxosporidies cryptocysles de Gurlej. Le parasite est 
très rare. Je ne l'ai rencontré (lu'une seule fois bien que j'aie examiné pendant ces trois 
dernières années de très non)breu\. Cobilis barbalula L. provenant de stations diverses 
de la région du Grési\oiKlan à des époques différentes de Tannée. 

L'unique Loclie parasitée provenait de l'étang de Jarrie, près de Grenoble. Elle atlei- 
"nail une longueur de 7''" environ y compris la nageoire caudale. Elle m'a montré une 
tumeur unique intramusculaire de la paroi latérale de l'abdomen au voisinage de l'anus. 
De forme ellipsoïde, elle apparaissait en blanc jaunâtre par transparence à travers les 
téguments fortement distendus par elle. Son diamètre était de S""" environ et son bord 
supérieur à i """,.') au-dessous de la ligne latérale. 

Légèrement fendue pour favoiiser la pénétration des réactifs fixateurs, la tumeur 
laissa sortir un peu de son contenu blanchâtre. Cette bouillie était presque exclusi- 
vement constituée par d'innombrables spores, relativement grosses, d'une Microspo- 
ridie. Certaines de ces spores étaient isolées; les autres, beaucoup plus nombreuses, à 
divers états de maturation, étaient encore renfermées dans l'enveloppe très nette et 
assez épaisse du pansporoblasle. Çà et là, on pouvait observer, en outre, quelques pan- 
sporoblasles, très rares, à des stades divers de la sporogenèse. 

Cette bouillie servit à faire les observations in vivo et l'élude à l'aide de frottis dont 
les uns furent fixés au sublimé-acétique-alcool, les autres soit à ralcool-éllier, soit à 
l'alcool absolu. Ces frottis furent colorés, ceux-là à l'aide de Ihématoxyline ferrique, 
ceux-ci au bleu de mélhylène-éosine, d"après les méthodes de Romanovsky et de 
Giemsa. J'ai en outre et surtout étudié cette Microsporidie sur des coupes sériées de 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 5"] 

la tumeur. Je me bornerai ici à une description très sommaire de cette espèce, me 
proposant d'en faire une étude détaillée dans un Mémoire ultérieur accompagné de 
figures. 

La tumeur contient d'innomlirables pansporohlasles qui parfois ont transformé les 
musrles en une véritable masse microsporidienne. Le plus souvent toutefois on observe 
l'invasion d'une partie seulement du faisceau musculaire. 

In vivo les pansporoblastes, dont la taille moyenne varie peu autour de 25l'- à 3oM- de 
diamètre, sont sphériques ou subsphériques et montrent une paroi très nette, à double 
contour. Leur contenu varie selon l'état plus ou moins avancé de la sporogenèse. Le 
plus souvent, ils renferment des spores nombreuses dont l'épaisseur plus ou moins 
grande de la paroi indique l'élat de maturation. Parfois, mais rarement, le pansporo- 
blaste renferme un contenu cytoplasmique, très pâle, finement granuleux, occupant 
toute la cavité pansporoblastique ou laissant libre une partie de cette cavité. Au sein 
de ce cytoplasme se voient, diversement disposées, des plages plus claires : ce sont les 
noyaux du sporoblaste. 

La présence d'une membrane pansporoblastique et le nombre très grand et variable 
des spores contenues dans un même pansporoblaste définissent cette microsporidie 
comme appartenant au genre Pleistophora Gurley. Je la nomme Pleistophora macro- 
spora n. sp., eu raison de la grande taille relative de ses spores, qui mesurent in vivo 
Si'-, 5o de longueur et i\V-^io environ dans leur plus grande largeur. 

Ces spores, étudiées in vivo, ont des aspects très diflférents peut-être en relation 
avec le degré plus ou moins avancé de leur maturation. Mes reclierciies n'ont pas pu 
être assez poussées dans ce sens à cause de l'insuffisance du matériel pour me per- 
mettre une interprétation quelconque. Certaines spores, nettement ovoïdes, monlient 
à cliacune de leurs extrémités deux espaces clairs délimitant une masse cytoplasmique 
intermédiaire, granuleuse, moins réfringente. La paroi sporale est, dans ces cas, à 
peine visible. D'autres spores montrent une unique cavité claire placée à l'un des pôles 
et dans laquelle se voit nettement le filament spiral. Le pôle opposé à la capsule est 
occupé par un cytoplasme très clair et finement granuleux. 

J'ai réussi à faire dévaginer le filament spiral après un séjour des spores pendant 
une heure environ dans le liquide physiologique. Ce filament atteint la taille consi- 
dérable de 2251^. Son épaisseur va en s'atténuanl insensiblement au fur et à mesure 
qu'on s'approche de son extrémité libre. 

Les spores à filament dévaginé se présentent aussi sous des aspects très divers. 
Tandis que les unes montrent un contenu granuleux clair qui occupe toute la spore, 
laissant voir seulement à son intérieur un arc et un point circulaire plus réfringents, 
d'autres montrent un grand espace réfringent unique qui occupe presque tout leur 
intérieur, entouré par une zone périphérique très faiblement colorée en jaune pâle, 
transparente, plus épaisse aux deux pôles de la spore. 

Mes colorations des spores par l'hématoxyline ferrique rappellent le plus souvent 
d'une façon frappante les figures données par Slerapell (1904) pour I\osema ano- 
inaluni Moniez. 

F'ar les méthodes de Romanovsky et de Giemsa, certaines spores montrent leur 
capsule polaire occupant la partie la plus étroite de la spore. Vers le sommet, mais un 
peu déjeté sur le côté, j'ai vu l'orifice capsulaire parfois occupé par une masse légére- 

C. R., 1906, 1" Semestre. (T. CXLII, N- 1.) 8 



58 ACADEMIE DES SCIENCES. 

menl colorée en bleu. Autour de la capsule séparant cette dernière de l'enveloppe 
sporale se voit un contenu faiblement coloré soit en bleu ciel, soit en bleu ciel et 
rose, soit enfin en rose et violet pâle. Au sein de ce contenu, que je crois être le 
plasma sporal, on distingue assez souvent de fins grainschroroatiques rouge vif. Dans 
d'autres spores, on aperçoit quelques taches de même teinte, mais plus volumineuses. 
En un point de ce contenu sporal on met nettement en évidence un espace clair, séparé 
du contenu environnant plus coloré par une mince membrane chromatique contre 
laquelle viennent s'appuyer parfois deux grosses masses chromatiques violettes qui, 
parfois aussi, baignent librement dans l'espace clair. Dans certaines spores, je n'ai pas 
réussi à voir de paroi autour des deux masses chromatiques violettes et j'ai observé 
en outre dans le contenu sporal une area plus claire séparée du plasma par une mem- 
brane assez nette contre laquelle sont appuyés quelques grains chromatiques inten- 
sément colorés. 



CYTOLOGIE. — Sur la stnicture intime du protoplasma chez les Protozoaires. 
Note de M. Emmanuel Faurê-Fremiet, présentée par M. Alfred Giard. 

J'ai montré, dans quelques Notes publiées en 1904 à la Société de Bio- 
loejie, que chez les Protozoaires, les structures réticulées de Fabre- 
Domergue et les structures sphéruiaires de Runstler n'étaient nullement 
exclusives Tune pour l'autre et coexistaient le plus souvent (Infusoires 
ciliés). Je résumerai ici le résultat d'observations nouvelles et les conclu- 
sions qui en découlent. 

Sphéroplastes. — Je nommerai sphéroplastes les éléments sphéruiaires, 
sphérules plasmatiquesou encore sphérules trophoplasmiques de Runstler. 
Il existe des sphéroplastes à sécrétion interne et des sphéroplastes à sécré- 
tion externe. 

Sphéroplastes à sécrétion interne, — Ces éléments se présentent chez Paramœcium 
sous forme de sphérules très petites (of-, 3-4), peu colorables, à paroi très mince, sans 
aucune inclusion. Si l'on en juge d'après la série de formes que l'on peut observer, 
ces petites sphérules peuvent s'accroître jusqu'à atteindre 2!^ et 3l^ en même temps 
que des granulations nombreuses et fortement fuchsinophiles se forment dans le suc 
sphérulaire; parvenues à cet état, elles ne peuvent plus se diviser et sont destinées à 
se désagréger. Chez Nassula aurea et chez Canipanella iinibellaria ces sphéroplastes 
sont nombreux, volumineux et produisent diverses granulations fuchsinophiles, des 
cristalloïdes, des globules graisseux et une substance colorante. 

Sphéroplastes à sécrétion externe. — Ces sphéroplastes peuvent former de véri- 
tables tissus, tels que la couche alvéolaire de Bulschli chez les Infusoires, la paroi du 
réservoir de la vésicule et le cordon plasmatique du pédoncule chez les Vorticelles, la 
couche granuleuse du tentacule des Noctiluques. La structure de ces sphérules est 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 5g 

complexe comme Ta montré Kunstler. Chez Pnramœcium les sphéroplastes à sécré- 
tion externe sont constitués par une fine membrane présentant quelques épaississe- 
ments internes auxquels viennent s'aboucher les trabécules d'un réseau très délicat 
baigné par le suc sphéruiaire; ce réseau présente des nodosités et des épaississements 
et supporte souvent une ou plusieurs granulations centrales dont le nombre et l'exis- 
tence même n'ont rien de constant. La colorabilité de ces éléments est très faible. 

Suivant Kunstler, les sphéroplastes joueraient un rôle important dans 
les phénomènes d'hylogenèse et, chezOpa/ina, le réseau intérieur des sphé- 
rules trop/ioplasmiques serâilnn véritable appareil sécréteur. Je suis arrivé 
à la même conclusion, tout en admettant, au moins pour les sphéroplastes 
à sécrétion externe, un schéma différent. Il faut, je crois, distinguer dans 
l'évolution d'un sphéroplasle l'état d'activité élaboratrice et l'état d'activité 
cinétique. 

Pendant l'état cinétique, c'est-à-dire au moment de la division du sphé- 
roplasle, la colorabilité de celui-ci est très faible; mais j'ai constaté l'exis- 
tence d'un corpuscule pariétal extrêmement petit, fortement sidérophile, 
qui semble jouer un rôle dans la division sphéruiaire, car je l'ai vu simple 
ou double et, dans ce dernier cas, les deux corpuscules étaient aux deux 
pôles du sphéroplaste qui, le plus souvent, était allongé. L'existence de ce 
kinosome demande encore une sérieuse confirmation. 

Pendant l'activité élaboratrice, il se forme à la surface externe du sphé- 
roplaste une substance homogène, fixant énergiquement la fuchsine et 
l'hématoxyline ferrique; disposée tout d'abord en une petite calotte assez 
épaisse, cette substance envahit bientôt toute la surface du sphéroplaste qui 
apparaît alors comme une sphérule homogène colorée avec intensité; je ne 
sais ce que devient ce produit d'élaboration. 

Chez les Vorticellidœ. les sphéroplastes à sécrétion externe possèdent quelquefois 
une ou plusieurs granulations centrales qui peuvent manquer entièrement, et ne jouent 
aucun rôle dans la division sphéruiaire. 

Chez Arcella, il existe dans le cytosome uu grand nombre de sphéroplastes mesu- 
rant il^, 5 de diamètre; ils sont constitués par une fine paroi qui porte en un point une 
sorte de petite calotte plus épaisse. Celle-ci correspond à la coque fuchsinophile et 
sidérophile de la Paramœcie; elle fixe les colorants avec énergie. Je n'ai jamais observé 
la bipartition des sphéroplastes de l'Arcelle, mais j'ai trouvé toutes les transitions 
entre les sphérules ordinaires et d'autres pins volumineuses, qui semblent subir une 
segmentation d'abord partielle, mais dont le résultat serait la formation d'une petite 
blaslula de sphéroplastes; ces blastula semblent ensuite se désagréger, ce qui doi.ne 
naissance à des amas spliérulaires irréguliers ('). 



(') Kunstler a déjà décrit des blaslula de sphérules. 



6o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Cytoplasma. — Lecvtoplasma proprement dit des Protozoaires comprend 
deux substances principales : le hyaloplasma et le paraplasma; suivant le 
type organique auquel on s'adresse, ces deux substances peuvent revêtir 
des dispositions variables : structures vacuolaires, réticulées, filaires. 

J'ni observé in vico, chez quelques Infusoires tels que Stentor et Nassnla légèrement 
comprimés entre lame et lamelle, une structure filaireou réticnlo-filaire tout à fait sem- 
blable aux structures bien connues décrites par Flemming. On voit des courants pro- 
topiasmiques constitués par des fibrilles hyaloplasmiques plus ou moins fusiformes qui 
semblent couler dans une même direction à la manière des ondes qui parcourent un 
jet liquide; dans la région ectoplasmique ces fibrilles sont moins mobiles et s'anasto- 
mosant entre elles forment un véritable réseau. 

Je n'ai jamais pu fixer ces structures, qui sont sans doute temporaires, et que je 
comparerai à un état physique particulier d'agrégation du protoplasma, plutôt qu'à 
une organisation réelle de la matière vivante. 

Structure du protoplasma. — Le cytosome d'un Protozoaire comprend, 
d'après ce qui précède, deux sortes d'éléments : le cytoplasma proprement 
dit et les sphéroplastes. Les sphéroplastes sont-ils des unités primitives 
plus simples que la cellule, ou le résultat d'une longue différenciation? 
celle question est encore insoluble. Représenlenl-ils, comme le veut 
Kunstler, la structure mêiue du protoplasma? Je ne puis admettre cette 
conception. Les sphéroplastes sont des organiles complexes que l'on peut 
mettre en parallèle avec les ieucites des végétaux et le noyau cellulaire, 
toute réserve étant faite quant à la valeur physiologique et fonctionnelle de 
ces éléments. Au point de vue morphologique, ces organiles onl les mêmes 
attributs; tous oui une certaine individuidilé, tous se multiplient par ilivi- 
sion, tous élaborent des produits nécessaires ou indispensables à la vie 
cellulaire; leur structure peut souvent être comparée. Or, personne n'ose- 
rait dire que les chloroleucites d'un végétal ou le noyau cellulaire repré- 
sentent la structure du protoplasma. 



PHYSIQUE APPLIQUÉE. — Appareil respiratoire pour l'exploration des milieux 
remplis de gaz irrespirables. Note de M. Guglielminetti, présentée par 
M. d'Arsonval. 

C'est un appareil respiratoire autonome, c'est-à-dire qui rend l'homme 
indépendant de l'air extérieur, en mettant à sa disposition une quantité d'air 
largement suffisante, non seulement pour séjourner, mais pour travaille 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 61 

pendant 2 heures dans un milieu irrespirable, sans le moindre inconvé- 
nient. Il est basé, à cet effet, sur la régénération d'air par absorption de 
l'acide carbonique éliminé par les poumons et remplacement de l'oxygène 
consommé par le sang d'après les expériences classiques de Regnault et 
Reiset. En même temps que l'acide carbonique, les ptomaïnes sont absor- 
bées par la potasse. Cet appareil vient d'être approuvé par la Commission 
du Grisou à la suite d'un rapport présenté par M. Lebreton, Ingénieur en 
chef des Mines ('). 

Fig. I. 




Oxhjdrique Française .Constr*- 
IFARis- 




Comme l'indique le schéma {fig. 1), le masque emboîtant le visage est 
absolument étanche grâce à une garniture pneumatique, dont le gonfle- 
ment se fait par un petit ballonnet en caoutchouc et forme ainsi, devant la 
figure de l'homme, une sorte de petite chambre hermétiquement close, 
qui communique avec les organes respiratoires. 

L'air expiré dans cette chambre passe à travers un régénérateur qui en 



(') Voir Annales des Mines, livraison de juin igoS. 



62 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



absorbe l'acide carbonique et les ptomaïnes eL retourne ainsi purifié, en 
passant par un réfrigérateur, de nouveau dans le masque. Mais en route il 
est additionné par minute de 2' d'oxygène sortant sous pression. 



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Fig. 3. 



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Fig. 4. 



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L'appareil comprend trois parties : 
1° La bouteille d'oxygène comprimé; 
2° Le régénérateur et le réfrigérateur; 
3° Le masque ou casque respiratoire. 

La bouteille d'oxygène est munie d'un petit manomètre indiquant à chaque instant 
la quantité de gaz restant dans la bouteille et d'un détendeur-régulateur, déjà 
présenté à l'Académie par M. d'Arsonval (Sur l'appareil à inhalation d'oxygène Gugliel- 
minetti-Drseger), le même détendeur que M. Roth utilise sur son appareil à chloroformi- 
sation. La bouteille contient, sous une pression de lao'"™, 120' d'oxygène qui, à raison 
de 2' à la minute (débit pour lequel est réglé le détendeur), s'écoule automatiquement 
dans le masque, ce qui correspond à une durée de fonctionnement de i heure par 
bouteille et 2 heures si l'on emploie deux bouteilles. 

Le régénérateur est formé par deux cylindres en tôle {fig- 3), nommés cartouches, 
contenant chacun 200» de potasse caustique en petits morceaux sur une série de 
24 corbeilles disposées de telle sorte que l'air est obligé de suivre un chemin en ser- 
pentant entre ces plateaux et de lécher successivement toutes les surfaces absorbantes 
(environ aSco"^"' ) et de se débarrasser complètement de son acide carbonique. Une 
feuille de papier buvard placée au fond de chaque corbeille sur le treillis métallique 
absorbe l'humidité en excès. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 63 

L'air s'échauffe pai' celte régénéralion ; pour le refroidir, on le fait passer dans un 
cylindre en tôle à double paroi. 

Le tuyau de sortie de l'air (purifié et rafraîchi), qui est en métal flexible, vient 
s'embrancher sur le tuyau d'amenée d'oxygène pur, s'échappanl sous pression par un 
orifice de très petit diamètre, qui fait office d'injecteur et détermine comme un Gif- 
fard un appel d'air à travers l'appareil, de sorte que l'homme n'a aucun effort respira- 
toire à faire et respire librement. 

Un masque ou casque protège le visage et s'adapte {fig- l\), grâce à une garniture 
pneumatique, hermétiquement sur toute la partie antérieure de la face. Une fenêtie 
en mica permet de voir. 

A sa partie inférieure le casque porte deux sacs plats et imperméables, l'un formant 
trop-plein pour l'air expiré, qui se dirige vers le régénérateur, l'autre sac commu- 
nique avec le tuyau d'amenée d'air et d'oxygène, formant ainsi réservoir d'air à inspirer; 
deux soupapes très légères en mica, placées entre les sacs et le masque et s'ouvrant en 
sens inverse, isolent l'un et l'autre des deux courants. 

Le fonctionnement de l'appareil est excessivement simple, on n'a qu'à 
ouvrir la bouteille d'oxygène par sa soupape de fermeture et tout le reste 
se fait automatiquement. 

Quant à la quantité d'air qu'il faut à un homme qui fait de grands efforts 
musculaires, MM. Guglielminelti et Drœger ont trouvé qu'il faut au même 
homme, qui au repos ne respire que 8' d'air par minute, plus de i5' dès 
qu'il fait une marche de Soo" et 3o' lorsqu'il fait un pas de course de 25o", 
3o' aussi à chacun de deux hommes qui portent un troisième, et 5o' d'air 
par minute à un homme après une course de 25o° en 4o secondes. 

L'appareil donne cette quantité d'air considérable pendant toute la durée 
de 2 heures de la façon suivante : au moment où l'homme en fermant son 
casque coupe toute communication avec l'air extérieur, il possède environ 
6' d'air dans ses poumons et dans le tuyautage de l'appareil. La largeur des 
tuyaux et la force vive de l'oxygène comprimé sont calculés de telle façon 
que ces 6' d'air peuvent facilement faire huit à dix fois par minute tout le 
tour de l'appareil (des poumons à travers le régénérateur et retour aux 
poumons) et à chaque tour tout l'acide carbonique éliminé ainsi que les 
ptomaïnes sont absorbés par la potasse. Le poids de l'appareil total est 
de i3''e. 



Ql^ ACADÉMIE DES SCIENCES. 



PHYSIOLOGIE. — Observations faites au mont Blanc sur l' hyper globulie 
des altitudes. Note de MM. H. Guillemard et 11. Moog, présentée par 
M. J. Janssen, 

Les recherches dont nous nous proposons d'exposer les résultats dans 
cette Note ont été effectuées au cours de notre expédition de juillet der- 
nier au mont Blanc (' ). 

Étant donné ce fait que la répartition des hématies n'est pas uniforme 
dans les différents territoires vasculaires, la seule numération des globules 
dans le sang prélevé par piqûre de la peau ne permet pas de conclure à une 
hyperglobulie véritable et ne présente que peu d'intérêt; aussi nous 
sommes-nous adressés à des animaux, cobayes et rats blancs, sur lesquels 
il est aisé de prélever soit du sang périphérique par piqûre de l'oreille, 
soit du sang central par ponction du cœur à l'aide d'une seringue à aiguille 
très fine. Nos expériences ont porté sur quatre cobayes et six rats blancs, 
dont quatre étaient splénectomisés; elles ont été effectuées à Paris, à Cha- 
monix, au mont Blanc (observatoire de M. Janssen) et, au retour, à l'Ob- 
servatoire des Grands-Mulets. Les numérations de globules ont été faites à 
l'aide de l'hémalimètre de Hayem et les dosages d'hémoglobine par la mé- 
thode de M. Lapicque à l'aide d'un colorimétre de Dubosq. Les résultats 
sont résumés dans le Tableau suivant : 



(') Comptes rendus, t. CXLI, 20 novembre igoS, p. 843. 



SÉANCE DU 2 JANVIER 1906. 



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66 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Nous désignons dans ce Tableau, sous le nom de valeur globulaire, le 
rapport du poids d'hémoglobine par litre au nombre de globules contenus 
dans i""' de sang, le million étant pris pour unité; les chiffres obtenus 
sont évidemment proportionnels à la teneur moyenne de chuque globule 
en hémoglobine. 

Les conclusions suivantes se dégagent de l'examen des chiffres contenus 
dans ce Tableau. 

1. L'hyperglobulie périphérique est constante et se manifeste dès le second jour de 
l'arrivée au sommet. 

2. L'Iiypoglobulie centrale a été observée dans tous les cas, sauf un (Rat 2) où l'on 
a observé une hyperglobulie à la fois centrale et périphérique ; dans ce cas, on peut 
donc conclure qu'il y a eu hyperglobulie totale au bout de 4 jours d'altitude. Dans 
tous les autres cas, il est impossible de conclure par la simple numération des glo- 
bules soit à l'hyperglobulie, soit à l'hypoglobulie totales, puisque nous n'avons aucun 
moyen de savoir dans quelle mesure l'hyperglobulie périphérique peut compenser l'hy- 
poglobulie centrale. 

3. Dans tous les cas, sauf un (Rat 2), -il y a diminution de l'hémoglobine dans le 
sang central concordant avec l'hypoglobulie constatée. 

4. Dans tous les cas, la valeur globulaire, c'est-à-dire la quantité moyenne d'hé- 
moglobine fixée sur chaque globule, a diminué sous l'influence de l'altitude. Ce fait, 
qui peut surprendre au premier abord, nous paraît digne de fixer l'attention. On ne 
peut en effet expliquer cet appauvrissement apparent des globules en hémoglobine 
qu'en admettant une active néoformation d'hématies; on sait que les microcytes de 
nouvelle formation ne fixent que peu à peu l'hémoglobine, il doit nécessairement ré- 
sulter de leur mélange avec les hématies normales un abaissement de la valeur globu- 
laire moyenne. Il serait en effet bien difficile d'admettre, pour expliquer cette dimi- 
nution de la valeur globulaire, que l'altitude provoque un appauvrissement des 
hématies en hémoglobine. Remarquons d'ailleurs que le Rat 2 a présenté une augmen- 
tation très notable des globules centraux, tandis que la teneur du sang en hémoglobine 
restait fixe; ce fait indique bien que les hématies de nouvelle formation présentent 
une moindre teneur en matière colorante. On sait enfin que, chez un sujet qui a subi 
une forte saignée, on constate une régénération bien plus active des corpuscules san- 
guins que de l'hémoglobine. Nous vovons là un argument très probant en faveur d'une 
hyperglobulie totale, argument d'autant plus précieux que les seules numéiations de 
globules ne permettent presque jamais de conclure. 

5. Au point de vue du rôle de la rate dans l'hématopoièse nous ferons remarquer 
que le seul des animaux examinés qui ait présenté une hyperglobulie à la fois péri- 
phérique et centrale dans un temps relativement court était précisément un rat splénec- 
lomisé (Rat 2), tandis qu'un des témoins (Rat 3) a présenté de l'hypoglobulie centrale. 
Ce fait semblerait indiquer que la rate ne joue pas un rôle prépondérant dans l'héma- 
topoièse. Notons aussi que les rats splénectomisés, quoiqu'eu parfait état au départ, se 
sont montrés moins résistants que les deux témoins et sont tous morts au cours du 
voyage. 



SÉANCE DU -1 JANVIER 1906. 67 

6. Il faui noter encore, au point de vue de la répartition des hématies dans le sang, 
que, même en plaine, le nombre des globules centraux est presque toujours inférieur à 
celui des globules périphériques. 

En résumé, l'action des hautes altitudes sur le sang se traduit toujours 
et dès le second jour au moins par une hyperglobulie totale attestée par 
une diminulioti de la valeur globulaire et coïncidant avec un déplacement 
considérable des hématies vers la périphérie. 

, La séance est levée à 3 heures et demie. 

G. D. 



BULLETIN BIBMIMiK APHIQUK. 



Ouvrages reçus dans la séanck du ii décembre igoS. 

Comptes rendus hebdomadaires des Séances de l'Académie des Sciences, publiés 
par MM. les Secrétaires perpétuels; Tome (>XL, janvier-juin igo5. Paris, Gauthier- 
Villars, igoo; i vol. in-4°. 

Institut de France. Académie des Sciences. Bulletin du Comité international per- 
manent pour l'exécution photographique de la Cartedu (7je/; Tome IV, fascicule 2. 
Paris, Gaulhier-Villars, igo5; i vol. in-4°. 

Documents scieniifiques de la Mission saharienne, Mission Fourkau-Lamt, d'Alger au 
GoNUO par le Tchau, par F. Foureau, Chef de la Mission, Lauréat de l'Institut; 2° fas- 
cicule : Orographie, dunes et phénonaènes éoliens; hydrographie; Topographie; 
Botanique (avec une Note de M. le D"' Bonnet). 3"= fascicule : Géologie ; Pétrogra- 
phie, par M. L. Genul; Paléontologie, par M. E. Kaug ; Esquisse ethnographique ; 
Note sur la Faune; Préhistorique (avec une Note de M. le D"' Hamy et une Note de 
M. le D'' Verneau); Aperçu comtiercial; Conclusions économiq ues ; Glossaire; Index. 
— Cartes. Paris, Masson et G'", igoS; 2 vol. et 1 atlas in-4°. (Présenté par 
M. Berthelot. ) 

Détermination de la hauteur d'un astre quand l'horizon n'est pas visible, par 
E. Décante. Paris, R. Chapelet et C''=, igo3; i fasc. in-8°. 

La Carte bathymélrique des Océans et l'œuvre de la Commission internationale 
de Wiesbaden, parEMM. de Margerie. Paris, Armand Colin, igo5; i fasc. in-S". 

La théorie moderne des phénomènes physi(iues, radioactivité, ions, électrons, par 
Auguste Righi; traduction libre sur la 2° édition italienne et Notes additionnelles, par 
Eugène Néculcéa; Préface de G. Lippmann, Membre de l'Institut. Paris, édité par 
L'Eclairage électrique, igo6; i fasc. in-8". 



.^8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Le nouveau \bassin houiller de la Lorraine française, par Francis Laur. Liège, 
H. VaillaïU-Carmanne, igoS; i fasc. in-S". 

La Géologie économique de l' Indo-Chine, par J.-M. Bel. Paris, Alcan-Lévy, igoS; 

I fasc. in-8°. 
Anatomie de la tête du « Lasius niger », par Charles Janet. Limoges, Ducourtieux 

et Goût, igoS; i fasc. in-8°. 

Les erreurs de /n 5c/e«ce, par Louis-Charles- Emile Vial. Paris, chez l'Auteur, igoS; 

I voL in-S". 

Le triomphe de la Science : loi mécanique qui régule (sic) l'Univers dans toutes 
ses manifestations, par Ricardo Llcio Arnaiz. Madrid, igoS; i fasc. in-8°. 



ERRATA. 



(Tome CXLI, séance du 26 décembre igoS.) 

Note de M. A. Lacroix, Sur un nouveau type lélrograpbique représen- 
tant la forme de profondeur de certaines leucotéphrites de la Somma : 

Page 1 igi, ligne i3, au lieu de Fe'SiO% lisez FeSiO^ 



Noie de M. Gabriel Bertrand, Sur rem|)loi favorable du manganèse 
comme engrais : 

Page 1255, ligne 3, au lieu de oxydants, lisez oxydases. 
Page 1256, ligne 4, ou lieu de Hill, lisez Hills. 



On souscrit à Paris, chez GAIJ THIEK-VILLAUS. 
Quai des Grands-Augustins, n° 55. 



bpuis i835 les COMPTES RENDUS hebdomadaires paraissent réguliôremenl le Dimanche. Ils furmeiit, à la fin do l'année, .leui volu.uys in-'" 
es, l'une par ordre alphabétique des matières, l'autre par ordre alphabétique des noms d'Auteurs, terminent chaque volume. L'abonnonicnt 

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Le prix de l'abonnement est fixé ainsi qu'il suit: 
P:iris : 30 fr. — Départements: 40 fr. — Union postale: 44 fr. 



On souscrit dans les départements, 



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chez Messieurs : 
Ferrai! frères. 
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Dombre. 

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chez Messieurs : 

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Lorient „ ,, . 

( M"' Texier. 

- Cumia et Alasson. 
I Georg. 

Lyon < Phily. 

i Malolne. 
f Vitte. 

Marseille Ruai. 

l Valat. 
Montpellier | Coulet et fils. 

.Moulins Martial Place. 

ÎBuvignier. 
Grosjean-Maupin. 
Sidot frères. 

l Dugas. 
^«"'" jveloppé. 

iBarma. 
Appy 

Nîmes Debroas-Duplan. 

Orléans Loddé. 

ÎBlanchier. 
Levner. 

Rennes Pli bon et Hervé. 

Ftochefort Girard ( M"" ). 

Rouen Uanglois. 

( Lestringant. 

S'-Étienne Chevalier. 

Toulon ^ "'■"-'• ■ 

I Allé. 

( Giiiu't. 
Toulouse I Piival. 

I Ciii-selier. 

Tours j Péricat. 

l Bousrez. 



On souscrit à l'étranger, 



Valenciennes . . 



I Giard. 
/ Lemaitre. 



chez Messieurs : 

Amdterdam.. .. ■ "«ikema Caarel- 
' sen et C". 

Athènes Beck. 

Barcelone Verdaguer. 

. Asher et G'*. 
' Dames. 

Berlin Friedl.ioder et ûls. 

' Mayer et Mûller. 

Berne Francke. 

Bologne Zanichelli. 

i Lamertin. 

Bruxelles M.iyolez et Audiarte. 

' Lebègue et C''. 

Sotchek et C'. 
Bucharest , Alcalay. 

Budapest Kilian. 

Cambridge Deightoo, Bell et C?. 

Christiania Cammermeyer. 

Constantinople . . Otto Keil. 

Copenhague Hôst et fili. ' 

Florence Seeber. 

Gand Hoste. 

Gênes Beuf. 

I Eggimann. 

Genève ) Georg. 

' Stiipelmohr. 

La Haye Belinfante frères. 

Lausanne „ . . „. 

( Fayot et G'*. 

Barth. 

BrocUhaus. 
Leipzig ( Kœhler. 

Lorentz. 

Twietmeyer. 
, Dcsoer. 
^i^g« Gnusé. 



chez Messieurs: 

iDulau. 
Hachette .-.t C 
Nu a. 
Luxembourg.... V. BUck. 

,' Ruiz et G'*. 



Madrid. 



Milan . 



J^'aples 



Rorno, 
Capcleville. 
F. Fé. 

Bocca frères. 
Ilœpli. 
'^foscou Tastevin. 

Marghieri di Gius. 
Pelierano. 

Dyrsea et PfeiOer. 
New- York Stechert. 

Lemclio et Buechoer 

Odessa Rousseau. 

Oxford Parker et C'v 

Palerme..' Rebor. 

Porto Magalhaés et Moaiz 

Prague Rivnac. 

Rio Janeiro Garnier. 

iBoccu frères. 
Loescberet C". 

Rotterdam Kramors et fils. 

Stock'v^n Nordisk.i Dogh-adri 

l Zinscriing. 
S'-Péteraoourg . . yy^ny 

' Bocca frères. 

I Brero. 
Turin , Glausen. 

\ Rosenber^etSelli 

Varsovie G'-bethner^st Wolu 

Vérone iJrucker. 

!Frick. 
Geroid et C". 
Ziirich Meyer et Zeller. 



TABLES GÉNÉRALES DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES : 

Tuiiit'S 1" ;'i 31. — (3 Auùt [835 .i 3i Décembre i8Jo. ) Volume in-4°; i85j. Pri\ 25 fr. 

Tomes 32 a 61. — ( i" Janvier iS5i à 3i Décembre i865.) Volume in-4"; 1870. Prix 25 Ir. 

Tomes 62 ,1 91. —(i" Janvier (866 à 3i Décembre iSSo.) Volume in-4°; 1889. Prix. 25 Ir. 

Tomes 92 a 121. — (i" Janvier iS8[ à 3i Décembre 1895.) V.iiliimc in-4"; 1900. Prix 25 !r. 

SUPPLÉMENT AUX COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES: 
orne I. -Mémoire surquelques points de la Physiologie des Alsues.par MM. A. OKiiBEsetA.-J.-J.SoLiER. — Mémoiresur le Calcul des Perturbations ou'i'rr.iuvcnl 
Comètes, par M. H.\nsen. — Mémoire sur le Pancréas et sur le rôle du suc [lancréatique dans les pliénomèn=» digestifs, parln ulicreiueni dans la dm. -11.. 1 .n •■ 

.ières grasses, par M. Claude Bernard. Volume in-4°, avec 32 planches; i856. 

orne II. — Mémoire su 
r le concours de i853 
idimenlaires, suivant 
ature des rapports qui existent entre l'état actuel du règne organique et ses états antérieurs», pa 

A la même Librairie les Mémoires de l'Académie des Sciences, et U , Mémoires présentés par divers Savants à l'Académte dos Science.-. 




iN" 1. 



TAB[,K DKS AItTICIJiS (Séari.c du 2 janvier 1906. 1 



Etat (le rAcaderiiie au i" janvier u,o6 5 

M. TUOOST, Président sortant, fait cunnaitre 
à l'Académie l'étal où so trouve l'impres- 
sion des Recueils qu'elle pulilie et les 



Pages. 
changements survenus parmi les membres 
et les Correspondants pendant le cours de 
l'année 1905 v* ^^ 



MÉ^IOIRES KT COMMUrVI<;ATlO.\S 

DES MBMIÎRF.S ET DKS C(iHR#PONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

'é. 



M. Armand Gautier. — Sur le dosage de 
l'oxjde de carbone dans l'air par l'anhy- 
dride iodique 

M. E.-L. Bouvier. — Nouvelles observations 
sur les Pycnogonides recueillis dans les 
régions antarctiques au cours de la cam- 



pagne dirigée par M. Jean Cliarcot i5 

M. C. GuiciiARD. — Sur la déformation des 

quadriques 22 

M. Grand'Eury. — Sur les mutations 

de quelques plantes fossiles du terrain 

houiller 25 



COURESPONDAIVCE. 



M. F. RossARD. — Observations de la comète 
Giacoliini (igijS c), faites à l'Observatoire 
de Toulouse, à l'équalorial Brunner-Henry 

de o",3S 

M. E. Maubant. — Éléments provisoires de 

la comète Giacobini ( lyoâ, déc. 6) 

'■ i;i. ' .1.AUME. — Observation de la co- 
;.:.icobini (1905 c) faite à l'équato- 
.■!!ner (o",i6) de l'Observatoire de 

lUL TiKHOFF. — Étude photogra- 
•le la nébuleuse annulaire du 

. G. C. 689'! 

— Théorème sur les fonctiims 

j 

— Sur les tliéorèmes de Sylvester 

!■ nt le quotient de Fermai 

'UX. — Contribution à l'étude des 

■lotographiques 

,î Nordmann. — Recherches sur le 
..,,^},.:-y .lectrique terrestre, exécutées à 
l'occasion de l'eclipse totale du 3o août 

'9o5 

M. Charles Moureu. — Sur la détermina- 
tion des gaz rares dans les mélanges 

gazeux naturels 

Bulletin niBLioGRAi'HiQUE 

Errata 



1,0 



M. A. Leduc. — Sur la chaleur de fusion de 
la glace 

MM. L. HuGouNENu et A. MoRKL. — Sui' la 
soudure synthétique des acides amldés dé- 
rivés des albumines 

M. VIoLLiARD. — Structure des végétaux 
développés à l'a lumière, sans gaz carbo- 
nique, en présence de matières organiques. 

M. NoEL Bernard.— Symbioses d'Orchidées 
et de divers champignons endophytes 

M. QuiDOR. — Sur les Copépodes recueillis 
par la mission Charcot et communiqués 
par M. E.-L. Bouvier 

M. Casimir Ci-;pi;DE. — Sur une Microspo- 
ridie nouvelle, l'Ieistopliora ruacrospora, 
parasite des Loches franches du L>au- 
phiné 

M. l'^MMANUEL Kaure-Fkkmiet. — Sur la 

i structure intime du proluplasma chez les 

' Protozoaires 

M. Gi'QLiELMiNETTi. — Appareil respiratoire 
pour l'exploration des milieux remplis de 
gaz irrespirables 

MM. H. Guii.LEMARD et R. Mooa. — Obser- 
vations faites au mont Blanc sur l'hyper- 
globulie des altitudes 



46 
48 
49 

52 

54 

56 
58 
60 



64 
67 
68 



P4KIS — IMPUIMKlilK <; \ UTIIIK K-V ILI.AU S. 
Quai des Grands-.Augustins. 5d. 

It ntrrini : Gaui mikr-Villah?-. 






PRE3IIEU SEMESTRE. 



COMPTES RENDUS 



HEBDOMADAIRES 



DES SÉANCES 

DK L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

PAR MM. LES SECRÉTAIRES .PERPETUELS. 



T03IE CXLII. 



iT^ (8 Janvier 1906). 



PARIS, 

GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUK-LIBRAIRE 

DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

Quai des Grands-Augustins, 55. 



RÈGLEMENT RELATIF AUX COMPTES RENDUS 

Adopté dans les séances des 23 juin 1862 et 2'i mai 1873 



Les Comptes rendus hebdomadaires des séances 
de l' Académie se composent des extraits des travaux 
de ses Membres et de l'analyse des Mémoires ou Notes 
présentés par des savants étrangers à rAcadémie. 

Chaque cahier ou numéro des Comptes rendus a 
/|8 pages ou 6 feuilles en moyenne. 

26 numéros composent un volume. 

Il y a deux volumes par année. 

Article 1^''. — Impression des travaux 
de l'Académie. 

Les extraits des Mémoires préseï; tés par un Membre 
oupar un Associé étranger del'Académie comprennent 
au plus G pages par numéro. 

Un Membre de l'Académie ne peut donner aux 
Comptes rendus plus de 5o pages par année. 

Toute Note manuscrite d'un Membre de l'Aca- 
démie ou d'une personne étrangère ne pourra pa- 
raître dans le Compte rendu de la semaine que si elle 
a été remise le jour même de la séance. 

Les Rapports ordinaires sont soumis à la même 
limite que les Mémoires; mais ils ne sont pas com- 
pris dans les 5o pages accordées ii chaque Membre. 

Les Rapports et Instructions demandés par le Gou- 
vernement sont imprimés en entier. 

Les extraits des Mémoires lus ou communiqués par 
les Correspondants de l'Académie comprennent au 
plus 4 pages par numéro. 

Un Correspondant de l'Académie ne peut donner 
plus de 32 pages par année. 

Les Comptes rendus ne reproduisent pas les dis- 
cussions verbales qui s'élèvent dans le sein de l'Aca- 
démie ; cependant, si les Membres qui y ont pris 
part désirent qu'il en soit fait mention, ils doivent 
rédiger, séance tenante, des Notes sommaires, dont 
ils donnent lecture à l'Académie avant de les re- 
mettre au Bureau. L'impression de ces Notes ne 
préjudicie en rien aux droits qu'ont ces Membres de 
lire, dans les séances suivantes, des Notes ou Mé- 
moires sur l'objet de leur discussion. 

Les Programmes des prix proposés par l'Académie 
sont imprimés dans les Comptes rendus, mais les 



Rapports relatifs aux prix décernés ne le sont qu 
tant que l'Académie l'aura décidé. 

Les Notices ou Discours prononcés en séance 
blique ne font pas partie des Comptes rendue. 

Article 2. — Impression des travaux des Savi 
étrangers à l'Académie. 

Les Mémoires lus ou présentés par des persoi 
qui ne sont pas Membres ou Correspondants de 1'^ 
demie peuvent être l'objet d'une analyse ou d'ur 
sumé qui ne dépasse pas 3 pages. 

Les Membres qui présentent ces Mémoires 1 
tenus de les réduire au nombre de pages requis, 
Membre qui fait la présentation est toujours nom 
mais les Secrétaires ont le droit de réduire cet exi 
autant qu'ils le jugent convenable, comme ils le 
pour les articles ordinaires de la correspondance 1 
cielle de l'Académie. 

Article 3. 

Le bon à tirer de chaque Membre doit être re 
à l'Imprimerie le mercredi au soir, ou, au plus t; 
le jeudi à 10 heures du matin ; faute d'être rem 
temps, le titre seul du Mémoire est inséré dan 
Compte rendu actuel, et l'extrait est renvoyé 
Compte rendu suivant et rais à la fin du cahier. 

Article 4. — Planches et tirage à part. 

Les Comptes rendus ne contiennent ni planci 
ni figures. 

Dans le cas exceptionnel où des figures serai 
autorisées, l'espace occupé par ces figures compi 
pour l'étendue réglementaire. 

Le tirage à part des articles est aux frais des 
teurs; il n'y a d'exception que pour les Rapport 
les Instructions demandés par le Goivernement. 

Article 5. 

Tous les six mois, la Commission administra 
fait un Rapport sur la situation des Comptes rem 
après l'impression de chaque volume. 

Les Secrétaires sont chargés de l'exécution du | 
sent Règlement. 



Les Savants étraagers à l'Acadéinie qui désirent faire présenter leurs Mémoires par MM. les Secrétaires perpétuels sont priés ( 
déposer au Secrétariat au plus tard le Samedi qui précède la séance, avant h^. Autrement la présentation sera remise à la séance sur 



LIBRAIRIE GAUTHIER-VILLARS, 

QUAI rïKS (iKANUS-AUtiUSTlNS, )3, A PARIS (6'*). 
Envoi Trancu dans luulc rUniun po-^mie roiitre niaiidal-pusle ou valeur sur l'arU. 



TABLES ET FOflMULES 

POIR 

L'ElAIPLUI PRATIQUE DES INSTRUMENTS OÉCIMAUX 

AVEC l.A CONNAISSANCE DES TEMPS ; 
Par J. de REY-PAILHADE, 

iTii^iMiieur oi\il des Mines. 



BIIOCIIIHK (iRAM) IN-S (vixitl) DE fA PV(;ES, AVEC PLUSIEURS TAHI.ICS 

MiMKiuyiiis; 190 J I l'R. 50 c. 

[.'emploi (le la division ceiitésiinale du quart de cercle est oblii;atoii'r m 
France, dans les écoles du Gouvernement; le nombre des instninienis 
mnnis de cercles divisés en i^rades angmonle rapidement. Il devenait ntile 
de publier des Ouvrages facilitant l'usage des instruments gradués suivant 
ce nouveau système. 

.VI.M.de lley-l\ailhade et A.-Cli. .louffray ont déjà publié, à notre librairie, 
des Ephéinériclcs dcr.inuiles pour 1905, i]ui serviront de modèle à l'établi.-i- 
sement des recueils des positions des astres, calculées avec des augles- 
i.'rades et des temps-grades, exprimés par des nombres absolument égauM 
il eu résulte pour les calculs des simplifications énormes, qui ont été 
reconnues par des expériences officielles. 

M. de Key-Pailbade complète aujourd'liui les Tables générales des Kplu'- 
méride.s déciuKilca par la publication de formules et de nouvelles Tables 
très pratiques \)i>iiv se ■•■errir i/e.s ifi\triinif/it\ <lccininit.r avec la Connaissmicc 
(les Temps. Cette méthode mixte est dans bien des cas plus expéditivei|ue 
l'anciemie. 

Des qu'on a lu un angle en degrés, un temps en heures, on les réduit 
en grades, puisions les autres calculs s'opèrent on décimales avec les Tables 
de ces <leux Ouvrages: réfraction, conversion du temps moyen eu temps 
sidéral et inversement, interpolations diverses, etc. 

Table des Matières. 

Coiisidériitions générales. Lettre a M. te Présiilerudu Bureau des Lougitudes. 
V'aleurs lie 1 jour en fraction décimale de l'année moyenne. E.\plicalion et 
usage lies Tables de réduction. Tahie de eonversion des milligrades en secondes 
d'arc. Formule pour le ealenl des interpolations : 1° variation horaire en 
secondes de temps (application pour Toulouse) ; 2° variation horaire en secondes ■ 
d'arc: 3° variation pour n^yc. minute: 4" éléments sans variation. Constantes 
diverses. Tables d'interpolation pour la longitude du nœud ascendant de la 
Lune. l''orn;nles pour les étoiles. .Vscension droite et déclinaison à partir du 
1" jour. Calcul des positions apparentes. Table pour les ddlerences secondes 
de '1 en 4 grades. Table de conversion des degrés en grades!: a. de minute en 
luinute; b. de dixième de seconde en dixième de seconde. Tables de conversion 
des heures en grades: a. de minute en minute; b. de dixième de secomle en 
dixiètiie de seconde. 



LIBRAIRIE GAUTHIER-VILLARS, 

QUAI DES GRANDS-AIGUSTINS, 55, A PARIS (6^). 



BAILLADD (B.), Doyen de la Faculté des Sciences de Toulouse, Directeur 
de l'Observatoire. — Cours d'Astronomie à l'usage des étudiants itcs 
Facultés des Sciences. i volumes grand in-8, se vendant séparément. 

1" Partie: Quelques tliéories applicables à l'étude des Sciences expé- 
rimentales. — Probabilités : erreurs des obsen^ations. — Instru/tniits 
d'Optique. — Instruments d' Astronomie. — Calculs numériques, in- 
terpolations, avec 58 figures; 1893 S fr. 

, II" Partie: .4stronoinie sphérique. Mouvements dans le sjstème solaire. 
Eléments géographiques. Eclipses, .astronomie moderne, avec 72 fia.. 
1896 1 5 fr. 

FLAMMARION ( Camille ).— La planète Mars et ses conditions d'habi- 
tabilité. .S) //thèse gé/ierale de toutes les observations. Chmalologie, 
météorologie, aréoiiraphie. cuiUinents, mers et rivages, eaux et neiges, 
saisons, variations observées. Grand in-8 jésus, avec 58o dessins téles- 
copiques et 23 cartes; 1892. 
Broché 12 fr. | Cartonné avec luxe.. . i5 fr. f 



HEMENT (Félix), Lauréat de l'Institut. Inspecteur général honoraire di 
l'Instruction publique. — Les Etoiles filantes et les Bolides. Petit in-8* 
avec 3i figures; 1888 2 fr. 5o c» 

LEM3TR0M. Professeur de Physique à l'Université d'Helsingfors. — . 
L aurore boréale. Etude générale des phénomènes produits par les 
co//rants électriques île l' atmosphère. Grand in-S, avec figures et 
14 planches, dont 5 en chromolithographie; 1886 6 fr. 5o c. 

POINCARÉ (H.), Membre de l'Institut. Professeur ii la Faculté des Sciences. 
— Les Méthodes nouvelles de la Mécanique céleste. 3 volumes grand 
in-8, se vendant séparément. 

Tome 1 : Solutions périodiq/tes . Non-ex/stence des intégrales uniforme.^, 
Solutio//s asymptotiques, avec figures: 1S92 12 fr. 

To.ME II : Méthodes de MM. Nea'co/nb, Gyldéii, Li/idstedt et Bol/lin; 
1893.,. ,4 fr.. 

Tome III et dernier : Invariants intégraux . Solutions périodiques dû 
deiuxième degré. .Solutions /loublement asymptotiques; 189g.... i3 fr. 

POINCARÉ I H. ). Membre de llnstilnl. Professeur à la Faculté des Sciences 
de Paris. — Leçons de Mécanique céleste professées à la .'iorboune. 
3 volumes grand in-8 (25 x ilii se vendant séparément. 

To.ME I : Théorie générale des perturbations planétaires. Volume de 

V1-3G7 pages, avec figures; 190J 12 fr. 

Tomes II et III i.E// préparation.) 



37658 Paris. — Imurioici-ie (GAUTHIER ViLL.\KS, nuai uos GidrnJs-AugusUn>, 6S 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 8 JANVIER 1906. 
PRÉSIDENCE DE M. H. POINCARÉ. 



MEMOIRES ET COMMUNICATlOiXS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

ÉLECTRICITÉ. — Sur une méthode permettant de déterminer la constante d'un 
électrodynamomètre absolu à l'aide d'un phénomène d'induction. Noie de 

M. G. LlPPMA.VN. 

On a toujours délerminé la constante d'un électrodynamomètre absolu 
par le calcul. Ce calcul est très long. En outre, la précision du calcul im- 
plique l'emploi de bobines solides, de grandes dimensions, et à une seule 
couche de fil ; la sensibilité de l'appareil exige l'emploi de bobines mobiles 
légères, et à plusieurs couches de fil; il y a donc incompatibilité entre ces 
conditions diverses, et c'est là ce qui rend difficile la construction d'un 
bon électrodynamomètre absolu. 

Méthode. — Supposons qu'il s'agisse d'un électrodynamomèlre-balance, 
composé d'un système de bobines mobiles en présence de bobines fixes. On 
veut connaître la constante de l'appareil, c'est-à-dire la force due au passnge 

dP 
d'un courant égal à l'unité. On sait que cette constante est égale à ^» 

P étant le potentiel du système fixe sur le système mobile, et a: étant le 
déplacement de ce dernier. 

Pour déterminer la constante, il suffit de connaître la valeur de P 
pour une valeur quelconque de x. A cet efFet, supposons que l'on ait 
construit un appareil à induction voitaïque dont la constante L soit bien 
connue : L est le potentiel réciproque des deux bobines de l'appareil à iiL- 

C. R., igoii, I" Semesire. (T. CXLII, N" 2.) '^ 



^O ACADÉMIE DES SCIENCES. 

duction. On mestire exactement le rapport de P à L, et par conséquent 
l'on connaît P. On détermine ainsi la valeur P„ que prend P quand l'élec- 
trodynamomètre est au zéro; puis la valeur P/, correspondante qui a lieu 
quand le système mobile a été déplacé de h'"". 

Le quotient ^""7^^ est égal à ^, c'est-à-dire à la constante de l'électro- 

dynamomètre-balance. 

Au lieu d'un électrodynamomètre balance où l'équilibre est établi par 
une force, on peut vouloir graduer un électrodynamomètre à bobine incli- 
nante, où l'équilibre est étahli par le moment d'une force ('). Il faut alors 
mesurer la valeur ?„ que prend P quand l'appareil est au zéro, puis la 
valeur P^ qui a lieu quand la bobine mobile est maintenue déviée d'un 

angle a. Le quotient ''~ " est égal à -^, c'est-à-dire à la constante de 

l'électrodynamomètre, ou au moment développé par l'unité de cour.mt. 

P 
Il reste à indiquer comment on peut mesurer le rapport j- et, d'autre 

part, comment on peut connaître exactement la valeur de L. 

p 

Mesure du rapport .p- La mesure de ce rapport peut se faire avec une très grande 

précision par une méthode de zéro qui est la suivante. Un courant de pile est envoyé 
dans la bobine inductrice de l'appareil à induction et interrompu n fois par seconde. 
Si l'on fait passer les courants induits de rupture à travers un circuit de résistance R, 

la quantité totale d'électricité induite par seconde est -jt-j I étant l'intensité maxinia 

du courant inducteur. Faisons passer en même temps le courant inducteur à travers 

les bobines fixes de l'éleclrodynamomèlre et fermons la bobine mobile, qui fonctionne 

...... nV 

comme bobine induite, sur une résistance R'; la quantilé d'électncite induite est-ry;-- 

Les deux circuits induits comprennent les deux bobines d'un galvanomètre dift'érentiel; 
on dispose de R et de R' de manière que le galvanomètre reste au zéro. 
La condition d'équilibre est 

«LI _ «PI 

"R" ~ R' ■ 

Les valeurs de n et de I sont les mêmes de part et d'autre; ces grandeurs dispa- 
raissent donc de l'équation; on n'a pas à s'en occuper et l'équation d'équilibre se 

(') J'ai proposé l'emploi de ces appareils en 1882 {Comptes rendus, t. XCV, 
p. i348). 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 71 

réduit à 

Le rapport des résistances j-j est donc seul à mesurer; il est donné avec une grande 
approximation par un pont de Wheatstone. 

Détermination de la constante L. — La constante L est le potentiel réci- 
proque de deux bobines fixes, inductrice et induite. 

Ces appareils étant fixes, on peut leur donner de grandes dimensions, 
qui se prêtent à une détermination exacte de L. C'est là précisément 
l'avantage de la méthode que j'ai l'honneur de proposer. On peut de plus 
leur donner une forme qui rende le calcul de L singulièrement simple. 

Tel est le dispositif imaginé par M. A. Guillel ( ' ) : 

L'indiicleur est une bobine de longueur /; l'induit se compose de n bobines conaxiales 
avec l'inducteur, et dont chacune est distante de la précédente d'une longueur /. Ce 
système équivaut à une seule bobine induite actionnée par uu inducteur de lon- 
gueur ni. On prend ni assez grand pour que le calcul de L se fasse très aisément. 

Cas d'un électroaynamométre symétrique. — La méthode indiquée plus 
haut est applicable à un électrodyuamomètre quelconque. Lorsqu'on a le 
soin, comme on le fait d'ordinaire, de donner à l'instrument une forme 
symétrique, l'application de la méthode est simplifiée. En raison de la sy- 
métrie, Po est nul. 11 suffit donc de mesurer P^j, et de diviser par h, pour 
obtenir- la constante cherchée. 

P^ croissant avec h à partir de zéro, on peut profiter de cette circon- 
stance pour opérer comme il suit : faire croître graduellement P^, en aug- 
mentant h, jusqu'à ce que Pa= L; pour constater cette égalité, mettre les 
deux induits à comparer dans le circuit d'un galvanomètre ordinaire, et 
disposer de h pour que le galvanomètre reste au zéro. 

]/électrodynamon)ètre à bonne iucluiante est symétrique. On a encore 
Pfl = o. Il suffit donc d'incliner grailuellement la bobuie jusqu'à ce que 
le galvanomètre reste au zéro, et à mesurer l'angle a. 

En résumé, pour déterminer la constante d'un électrodynamomètre sy- 
métrique, l'expérience de mesure consiste à constater l'équdibre d'un gal- 
vanomètre, puis à mesurer soit un angle, soit une longueur. 



(') Thèse (le Pkysique, Paris, 1899 {Journal de Physique, 1^99)- 



•^2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

M. Radai-, Président du Bureau des Longitudes, présente à l'Académie 
la Connaissance des Temps pour l'an 1908. 



M. Mascauï fait hommage à l'Académie de deux fascicules des Annales 
du Bureau central météorologique, qu'il publie en qualité de Directeur du 
Bureau. 



CORRESPOND ANGE. 

MM. Emile Borel, J. Costaxtix, J. Dechery, Gallaud, Gossot, Kap- 
TEY.\, Liouvii.i.E, Louis Lapicque et M™" Lapicque, Laurent, Paul Saba- 
tier, J.-B. Sexderexs adressent des remercîments à l'Académie pour les 
distinctions accordées à leurs travaux. 



ASTRONOMIE. — Sur les comètes et la courbure de la trajectoire solaire. 
Note de M. Emile Belot, présentée par M. Poincaré. 

D'après Schiaparelii, une masse agissant par attraction différentielle sur 
les molécules d'un nuage cosmique peut le résoudre en traînées allongées 
vers la masse attirante. On voit de ces traînées dans les Pléiades et dans 
Orion. 

Supposons que les comètes proviennent, entre certaines limites de 
distance au Soleil, de traînées semblables T,, T^ dirigées le long de la tra- 
jectoire solaire vers l'apex et l'anti-apex. 

Soit, pour fixer les idées, p = 400 000 la distance moyenne au Soleil des 
comètes actuellement visibles lorsqu'elles étaient à l'origine dans ces traî- 
nées : p est de l'ordre des distances des étoiles les plus voisines. 

Une comète partant de la distance p sans vitesse relative a mis 45 millions 
d'années à nous parvenir. Si, à la distance p, elle avait une vitesse relative 
de 3'^"' par seconde, elle a mis moins de 640000 ans à parvenir au Soleil 
en parcourant une orbite à peine hyperbolique dont le demi-axe réel est 
égala 100. Une comète nettement hyperbolique parviendrait au Soleil de 
la distance p en moins de 3ooooo ans. 

Ainsi, toute comète hyperbolique a dû, dès l'origine, disparaître rapide- 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 78 

ment, absorbée soit par le Soleil non encore condensé, soit, lorsqu'elle 
s'en éloignait, par les masses cométaires qui s'en rapprochaient. 

L'absence de comètes hyperboliques s'expliquerait ainsi par la sélection 
naturelle opérée par le temps entre elles et les comètes paraboliques. 

Une autre conséquence peut se déduire de l'hypothèse précédente : les 
comètes paraboliques actuelles doivent pouvoir nous renseigner sur la 
direction qu'avaient, il y a 45 millions d'années, les traînées jalonnant la 
trajectoire solaire. 

Je me suis servi de la Table de M. Holetschek contenant les éléments elliptiques de 
355 comètes dont il suffit de corriger les -k de la valeur de la précession. En désignant 
par D les comètes directes, R les rétrogrades, et répartissant les périhélies tt sur le 
cercle de l'écliptique, on trouve les groupements indiqués au Tableau suivant dont les 
deux dernières colonnes donnent les (^ des niaxima et minima constatés sur un arc de 
longitude de 20° : 

Centres 
de gravité Minima. 
Arcs y . Nombre des tt. des 11. Maxima. . — ■ — ^ 

" - O / o o o 

83 » J^i^ io,34t: -!^,=: 3o, I ITT .!^3= 35o, 10:1 

\ 45—135 io7( 61D + 46R) 89.24 .1^2= 100,3 lu » » 

j l35 225.... 60 » » -1^2 = 180°, lOTT 

(225—315 io5(46D + 59R) 270.26 '^3=275,36tc » 

\ 90 — 270.... i62( 82D + 80R) » » » 

/ 270 — 90. . . . i93(io3D 4- 90R) » » » 

L'existence des deux traînées Tj, T^ paraît conlirmée par Taccumulation des ir dans 
les quadrants (225°-3i5°) et {45''-i35°) contenant les longitudes de l'apex et de l'anli- 
apex, ainsi que par la position des maxima (^s, 1^3. 

Le maximum -^i;=io compris entre les minima ^,^3o et .(^3=300° est dû à 
Jupiter, dont la longitude du périhélie est ii^Sô'. 

La position des centres de gravité des ir vers l'apex et l'anti-apex permet seulement 
de conclure que l'angle des tangentes actuelle et ancienne à la trajectoire solaire est 
faible et voisin de 1° puisque 270° 26' et 89° 24' dilTèrent de i78°46'. Mais on peut, en 
outre, définir le sens de la courbure ancienne de la trajectoire solaire. 

Soient <^= 270° — a la longitude actuelle de l'apex ; V =: 270" cette longitude, il y a 
environ 45 millions d'années, lorsque les comètes acluelles étaient dans les traînées Ti,T2 
à la distance p. Construisons aux points J^ = 270°, 4^= 90° les vitesses relatives \\, V» 
de pénétration des comètes dans la sphère de rayon p en supposant à celle-ci la direc- 
tion de translation de la sphère actuelle p,. La vitesse absolue des comètes de la 
traînée Tj est plus petite, et celle des comètes de la traînée T^ plus grande que la 
vitesse de la translation solaire, puisque ces deux traînées se raccourcissent vers le 
Soleil. 



„^ ACADEMIE DES SCIENCES. 

Il en résulte que la vitesse V,. issue de j^= 270°, sera déviée à droite de 
la liçne qo°-270° dans le sens des orbites directes dont les tu seront en 
majorité Vers la longitude opposée (90°); de même V^, issue de 4;^= 90°, 
sera déviée à droite de la ligne (9o''-27o'') dans le sens des orbites rétro- 
grades, dont les t: seront en majorité vers la longitude opposée (270°). 

Une autre conséquence est que les comètes visibles ont pénétré dans la 
sphère p par des points dont 4L> 90" ou .ç < 270°, ce qui produira une 
accumulation des 7î dans le demi-cercle {2'jo''-go''). 

Or, le Tableau montre cette accumulation des tu : ig'j- de 270° à 90", 
et 16271: seulement de 90° à 270°. En outre, le quadrant i35°-2i5° est de 
beaucoup le plus pauvre en périhélies (60-). 

Enfin, dans le quadrant 45°-i35°, il y a prédominance des comètes D 
(61 D contre /16R), tandis que la prédominance inverse (59R contre 46D) 
existe dans le quadrant opposé (225°-3i5°) comme la théorie nous l'in- 
dique. 

Si la longitude de l'apex a été de 270° dans le passé, et si elle est actuel- 
lement 270° — a, on en conclut que le centre de courbure de la trajectoire 
solaire a été, anciennement, dans le plan de l'écliplique vers 4^= tSo". 

L'hypothèse par laquelle nous avons admis que les masse-, cométaires 
provenaient de traînées T,, T, jalonnant la trajectoire solaire est la consé- 
quence immédiate de la théorie présentée dans la Note insérée aux Comptes 
rendus (4 décembre igoS, p. 937) qui, par la considération de la vitesse V„, 
laissait encore indécise la question de savoir si le centre de courbure de 
la trajectoire solaire avait été anciennement vers 4^= o ou ^= 180". 

ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les transformations planes. 
Note de M. Hadamard, présentée par M. Painlevé. 

1. Soient X et Y deux fonctions des variables x et y, définissant une 
transformation ponctuelle plane. L'inversion est-elle possdjle et univoque? 
Autrement dit, les équations de transformation, considérées comme défi- 
nissant X et j, en fonction deX et Y, admettent-elles (lorsque X et Y ont 
des valeurs données quelconques): 

a. Toujours tine solution ? (Possibilité.) 

b. Jamais plus d'une solution ? (Unicité.) 

Cette question tout élémentaire a reçu, à maintes reprises, une réponse 
inexacte. On a souvent, en effet, considéré comme condition suffisante le 
non-évanouissement du déterminant fonctionnel. 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. ^5 

2. Pourtant, dès le cas d'une seule variable x et d'une seule fonction 
X = f(a-), le fiiit que la dérivée/' soit différente de zéro, suffisant pour 
l'unicité, n'assure pas à lui seul la propriété (a). Il faut encore que l'inté- 
grale f f dx soit infinie pour a; =; zt =o. 

Dans le cas de «^2 dimensions, il est d'ailleurs visible qne le rôle de la 
dérivée ne doit plus être joué, à ce point de vue, par le déterminant fonc- 
tionnel, mais pir le petit axe m de l'ellipse de déformation, c'est-à-dire, 
pour n = 2, par la |)lus petite valeur du rajiport 



celle-ci devant vérifier la condition suivante : 

« Condition (^m). — La quantité m ne s'annule jamais à distance finie. 
A l'infini, ou bien elle reste supérieure;» un nombre positif fixe, ou, si elle 

peut devenir infiniment petite en même temps que- (/ = sjx- +.r*), l'in- 
tégrale I mdt est infinie. » 

3. Mais, en même temps, une difficulté nouvelle apparaît en ce qui 
regarde la condition (b). On sait, en effet, que le non-évanouissement du 
déterminant ne suffit plus (pour « = 2) à assurer l'unicité dans une région 
finie quelconque du plan. 

Les fonctions X, Y étant définies pour toutes les valeurs de a?, y inté- 
rieures à un certain cercle C, de manière que leur déterminant fonctionnel 
reste toujours positif et supérieur à un nombre fixe, il peut néanmoins 
arriver que deux ou plusieurs systèmes de valeurs de a; et de j' fournissent 
le même système de X et de Y ('). 

4. Ce fait donnera peut-être quelque intérêt à la remarque suivante : 
Si la condition (m) (n° 2) est vérifiée da>;s tout le pl.vn des xy, les deux 

conditions (a) et (b) sont remplies : l'inversion est possible et univoque. 

Ainsi, une transformation peut se comporter, à l'intérieur d'un cercle C, 
comme il vient d'être indiqué au n" 3; mais une telle transformation ne 
saurait être, de quelque manière que ce soit, prolongée indéfiniment en 
dehors de C, si l'on veut satisfaire à la condition (m) tant à distance finie 
qu'à l'infini. 

5. La démonstration est très simple, au moins dans son principe : il suf- 
fit de suivre la déformation du contour S(/) qui, dans le plan des XY, cor- 

(') Voir GouRSAT, Cours cl' Analysf, l. 1, p. 299; et, à un autre point de vue, les 
travaux de Lipschitz, Kneser, Arzelà. 



76 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

rcspond à la circonférence de rayon t du pl;in des xy. Si, à partir d'une 
valeur /„ de/, la transformation cesse d'être bi-iinivoque, S présentera au 
moins nne boucle, c'est-à-dire un contour partiel u se fermant sur lui-même 
par un point anguleux unique. 

Tout point double /> d'un contour le divise en deux boucles, l'une exté- 
rieure, c'est-à-dire telle que les points compris dans un angle au sommet 
ont, par rapport à S, un indice plus petit que les autres points voisins de p ; 
l'autre intérieure, où l'inverse a lieu. 

Tout contour fermé qui a des points doubles présente au moins une 
houc\e simple , c'esl-à-dire ne se coupant pas elle-même et délimitant, par 
conséquent, une aire déterminée. 

(3. Suivons maintenant lu déformation de S. Supposons, pour simplifier, 
les fonctions X, Y analytiques et sans singularités réelles à distance finie. 
Alors les points doubles de S seront en nombre fini et ne changeront de 
nombre ou de disposition qu'un nombre fini de fois pour / fini. 

Ces points doubles ne pourront |)as, comme il arrive dans d'autres cas, 
naître ou disparaître j)ar des boucles évanescentes (lesquelles, pour se ré- 
duire à des points, devraient avoir une courbure infinie, contrairement à 
nos hypothèses), mais seulement \Mir àe^ibiangles (contours fermés partiels 
à deux points anguleux) évanescents extérieurs ou intérieurs (au même 
sens que précédemment). En supprimant de S un biangle extérieur ou inté- 
rieur, il reste deux boucles intérieures dans le premier cas, extérieures 
dans le second. 

Il résulte de là qu'un contour se déformant comme S (c'est-à-dire de 
manière que les indices aillent toujours en croissant) ne peut avoir de 
boucle simple intérieure. 

7. Prenons alors la boucle simple cr„ extérieure au sens précédent, mais 
intérieure au sens vulgaire du mot, que présente le contour S(/„). On 
constatera aisément que cette boucle (qui, nous l'avons vu, ne peut déjà 
pas disparaître en se réduisant à un point) ne peut êlre détruite d'aucune 
façon. Tous les contours successifs S(z) présenteront des boucles simples <7, 
variant quelquefois discontinùment, mais intérieures les unes aux autres. 
Dès lors il existera, dans le plan des XY, un point V intérieur à tous les 
contours t. Or c'est ceci qui, à l'infini, est incompatible avec la condi- 
tion {m), comme on le reconnaît immédiatement en joignant P à un point 
de <Ja, et considérant l'intersection (y) de la ligne ainsi obtenue avec 
chaque ligne a, ainsi que l'imiige de q dans le plan des xy. 

8. L'hypothèse de la non-analyticité de X, Y introduit une difficulté, 
mais toute superficielle. Les points doubles peuvent être en nombre infini 



& 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 77 

et se modifier une infinité de fois. Mais il est possible de les parlager en 
groupes dont chacun joue, dans les raisonnements, le rôle d'un ou de deux 
points doubles, et qui sont en nombre fini. 

9. Il est aisé^de voir ce que devient la propinété précédente pour des va- 
riétés à connexion multiple. Il n'est pns douteux non plus qu'elle ne 
s'étende aux espaces à trois ou plus de trois dimensions. Mais les considé- 
rations à'Analvsis sùus deviendraient aloi's plus compliquées. 



MÉCANIQUE. — Sur le. mouvement non stationnaire d'un ellipsoïde fluide de 
révolution qui ne change pas sa figure pendant le mouvement. Note de 
M. W. Stekloff, présentée par M. Emile Picard. 

Nous allons indiquer le deuxième et dernier cas possible du mouvement 
non stationnaire d'un ellipsoïde fluide de révolution, lorsqu'il ne change 
pas sa figure pendant le mouvement. 

Le mouvement, comme dans le cas signalé dans mes Notes précédentes 
(11 déc. et 26 déc. 190:")), se décompose en mouvement d'entraînement, 
se réduisant à la rotation de l'ellipsoïde, comme s'il était un corps solide 
[système (A)], autour de son centre et en mouvement relatif du liquide 
par rapport à ce système (A). 

1. Mouvement d'entraînement. — La composante r de Q. (voir Notes 
citées) peut être donnée à l'avance en fonction arbitraire de t. 

Iva composante 10 reste constante pendant le mouvement. 

Désignons par t' la racine positive de l'éqiialion 

, <T-f-i iSs- — 3a — 4 

loa ^= 1-z- 



[ ijtj- — .)C7- — g<j-t-i 

qui n'admet qu'une seule racine positive comprise dans l'intervalle (i, ^) 
(en faisant l'abstraction de la racine 1 ^= + ^). 
Posons 

Le mouvement est impossible si 

C. R., 190IJ, I" Semestre. (T. CXLIl, N" 2.) ' ' 



^8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Si 



il faut distinguer deux cas différents : 
1° Si 

°<ir<T5' 

l'équation 

(0 ï = ^(-) 

n'admet qu'une seule racine réelle n^ et rien qu'une. 

A chaque valeur Uj de oj, prise dans l'intervalle (o, ■^), correspond un 
seul ellipsoïde dont les axes sont déterminés par les équations 

\Jc — a 
2° Si 

V,<1r <¥.<■>' h 

l'équation (i) admet deux racines réelles et positives 5, et fj.,. 

A toute valeur &)„ de w satisfaisant aux inégalités précédentes corres- 
pondent deux ellipsoïdes différents dont les demi-axes sjui, y/c, et yal, sfc^ 
sont déterminés par les équations 

ai=bi, à]ci=Va, , ^'' ='■'1, Ci>ai (1 = 1,2.). 

\JCi—ai 

Les composantes /), q, r de la vitesse angulaire il s'expriment en fonc- 
tions de t comme il suit : 



^; = to„ cosT, ^ = dz 0)0 sinT, /= fonction donnée de ï, 

T = q:: / rdt H- const. 



2. Mouçement relatif. — Les composantes u^, v,., w,. de la vitesse relative 
d'un point quelconque c, y,, ^ du liquide s'expriment en fonctions de t 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 79 

comme il suit : 

lii=M, = rn±;C ^siiit, 

fit ' 

rir y y l" ( 7 1 ) 

^"/ \dl ' -' 

-i =Wr= (yiCOST + UltlT), 

\ dt '^ 1 + a • ^ 

oîi il faut remplacer «7 par l'une des quantités /7„, 5, et 5.. 
Les écpialions (2) admettent toujours l'intégrale suivante : 

— — I = const. 

a c 

Il importe de remarquer que les trois cas du mouvement d'un ellipsoïde 
fluide de rc\'olulion, signalés dans cette Aote et dans les deux Notes précé- 
dentes, sont les seuls possibles, de sorte qu'il n'existe aucun cas différent de 
ceux-ci. 



MÉCANIQUE. — Sur la stabilité des aéroplanes et la construction rationnelle 
des plans sustentateurs. Note de M. Edmoxd Seux, présentée par M. d'Ar- 
sonval. 

Tout le problème de l'aviation se réduit à la recherche de la stabilité 
longitudinale. La valeur sustentatrice des aéroplanes actuels nous paraît 
suffisante pour permettre de se lancer dans les airs, mais avec danger de 
voir, à chaque instant, se rompre l'équilibre et dès lors chuter, tel un 
oiseau mort. 

Tous les efforts des chercheurs doivent donc tendre vers l'équilibre lon- 
gitudinal automatique, qui seul nous fait espérer de maintenir dans une 
certaine amplilude les oscillations de l'appareil, en limitant les variations 
des centres de pression et de gravité, ces deux centres éminemment 
variables, suivant la pression de l'air et la vitesse de translation. 

En se reportant aux travaux théoriques et pratiques d'Alphonse Penaud, 
l'inventeur français qui, le premier, en 1872, a donné la théorie d'un gou- 
vernail de stabilité et fait fonctionner le premier aéroplane équilibré, 
travaux que l'on semble avoir perdus de vue, et qui pourtant ont une réelle 
valeur, en ce sens que, à peu de chose près, tout ce qui fera la navigation 
aérienne par l'aéroplane y est étudié avec le plus grand soin, on remarque 



8o ACADEMIE DES SCIENCES. 

que Penaud place son gouvernail régulateur à l'arrière, avec juste raison; 
celui-ci agit alors sur un plus grand levier, son attaque sur l'air est moins 
brusque et il offre une moindre résistance à l'avancement. 

Nos études personnelles nous ont suffisamment démontré que ce gou- 
vernail régulateur ne doit pas être fixé à un angle donné, mais doit pouvoir, 
sous la pression de l'air, céder dans une certaine mesure, au-dessus ou 
au-dessous de sa position noimale, suivant que l'air le frappe sur sa sur- 
face inférieure ou supérieure; action d'autant plus efficace que la vitesse 
de l'appareil est plus grande. 

Si nous admettons que les courants aériens sont généralement ascen- 
dants (quelques observateurs admettent un angle de 2° à 3°), on voit 
aussitôt la nécessité, pour le gouvernail de stabilité, d'être, dans sa 
position moyenne ou normale, incliné de quelques degrés sous le plan 
sustentateur. Dans ce cas, l'angle d'attaque de l'air par les plans est donné 
par ce gouvernail qui fend l'air par la tranche et, pour qu'il y ait sus- 
pension, l'angle que celui-ci forme avec les plans ne doit jamais être nul. 

Ce gouvernail peut n'être pas entièrement rigide. Il serait bon, au 
contraire, que les angles postérieurs et les extrémités latérales puissent se 
relever légèrement au-dessus de leur plan moyen, ce qui ajouterait à la 
stabilité générale du système. 

On s'acharne de nos jours à construire des aéroplanes d'une rigidité 
absolue, avec lesquels il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'obtenir 
un équilibre parfait. Il nous paraît utile de rappeler que, même dans le vol 
plané où à voile, où les ailes semblent immobiles, c'est encore et surtout 
['élasticité qui joue le plus grand rôle. 

D'après de longues observations que nous avons faites en Algérie et en Tunisie sur 
le vol des oiseaux voiliers et sur les oiseaux de mer, observations portant sur une 
période de cinq années, nous sommes à même de prouver que l'aile, dans le vol plané 
et à voile, n'est à aucun moment complètement immobile, au moins dans ses parties 
latérales extrêmes; celles-ci, selon la vitesse du courant aérien, fléchissent et se 
tordent à chaque instant sur leur axe, enregistrant toutes les variations du vent, ce qui, 
à notre avis, doit procurer à l'oiseau un pouvoir sustentateur extraordinaire. 

Chez l'oiseau, le moindre mouvement des ailes est évidemment l'effet d'un travail 
des muscles, mais l'énergie musculaire ne se transforme pas directement en locomotion; 
le mouvement de l'ailé met d'abord enjeu Vélaslicité. 

Cette action élastique qui, dans le vol à voile, semble être indépendante de la 
volonté de l'oiseau, peut être comparée à celle des ressorts qui ploient sous l'influence 
d'une force convenable et reprennent ensuite leur forme primitive, en surmontant, dans 
ce retour, les résistances plus ou moins grandes que l'on pourrait leur opposer. 

Dès lors, il nous paraît tout indiqué de tenir compte des enseignements de l'oiseau, 



SÉANCE DU 8 JANVII-R 1906. 8l 

enseignemenls qui peii\enl liés bien èlre appliqués à l'appareil humain, et de s'aUa- 
clier à construire des aéroplanes semi-rigides, senii-flexibies, les pailies flexibles étant 
placées à chaque extrémité latérale, et pouxanl, sous l'effort naturel de ressorts conve- 
nablement disposés, avoir deux mouvements distincts : flexion de bas en haut et torsion 
sur leur axe. 

Si l'on suit attentivement les travaux des Américains, on remarque que les frères 
Wright n'ont obtenu de réels résultats que depuis qu'ils ont construit et expérimenté, 
en i<)o3, un appareil possédant des articulations à charnière permettant aux surfaces 
formant les ailes ou à des parties de celles-ci de se tordre ou de se jilier en dehors de 
leurs plans normaux, mouNement donné de la nacelle par l'aviateur au moyen de 
cordes de manœuvie montées sur un système de poulies. 

L'ensemble de nos recherches nous amène à conclure que l'aéroplane 
devra posséder : 

1° Un appareil de réglage automatique de stabilité longitudinale, qtit 
sera vraisemblablement un plan régulateur placé à l'arrière et mobile sur 
son axe, se mouvant d'un certain degré au-dessus et au-dessous de son 
plan normal, ce plan normal relevé de quelques degrés au-dessus de l'ho- 
rizontale. 

1° Un ou deux plans sustentateurs semi-rigides, semi-flexibles. Les par- 
ties latérales extrêmes de ceux-ci pouvant, automatiquement et selon leur 
pression plus ou moins forte sur l'air ambiant, se relever au-dessus de 
leur plan normal et reproduire, en même temps, le mouvement de torsion 
des extrémités de l'aile, lequel, chez l'oiseau qui plane ou vole à voile, est 
une des causes essentielles de sa sustentation et de son équilibre. 

Sans entrer dans des détails de construction qui nous entraîneraient trop 
loin, il nous paraît suffisamment démontré par l'expérience que les appa- 
reils les plus simples de construction donneront le meilleur rendement, la 
puissance nécessaire à leur propulsion étant réduite dans de notables pro- 
portions. 



PHYSIQUE. — Sur les variations avec la température des spectres d'émission 
de quelques lampes électriques. Note de M. P. Vaillant, présentée par 
M. J. Violle. 

A. Lampe Cooper-Hewitt . — Une lampe de 1 10 volts absorbe, en régime 
normal, abstraction faite du rhéostat de réglage, une puissance de 200 watts. 
Cette puissance peut être progressivement abaissée à 99 watts avant que la 
lampe s'éteigne. Pour chaque valeur de la puissance, lorsque le régime 



82 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

permanent des intensités lumineuses est établi, la température de la vapeur 
peut être considérée comme constante. La lampe permet donc de comparer 
commodément, à diverses températures, les intensités des diverses radia- 
tions simples de la valeur de mercure. 

Les résultats que j'ai l'honneur de soumettre à l'Académie sont relatifs 
aux radiations 

Les radiations 6i5i*'^ et 438'''' étaient, la première trop faible, la seconde 
trop intense par rapport à la source de comparaison (lampe de i lo volts à 
filament de carbone) pour se prêter à des mesures photométriques précises. 

Intensilés lumineuses 
Puissance (on a pris pour unités les intensités 

consommée en régime normal ) 

dans la lampe ^ -^ ~ - 

(en watts). 577 — 9i'i'. 5i(i:';\ 492l'^ 

200 1 I I 

1^5 0,855 0,863 0,871 

id; 0,759 0,766 0.776 

1^2 i>,643 0,660 0.679 

128 'NJ49 o,583 0,608 

118 0,456 0,545 0,578 

108 0,392 0,455 o,5i5 

99 0,341 0,398 0,449 

Les écarts observés dépassent les limites d'erreur photométriqiie. On 
doit en conclure que l'énergie fournie à la lampe, dont une partie se trans- 
forme en énergie lumineuse, se répartit inégalement suivant la température, 
l'intensité lumineuse croissant d'autant plus rapidement avec la puissance 
fournie que la longueur d'onde est plus grande. 

On sait que, dans le spectre d'émission d'un solide, l'intensité croît d'au- 
tant plus vite avec la température que la longueur d'onde est plus courte. 
Il semble que la vapeur de mercure se comporte de façon opposée. En fait, 
la masse de mercure vaporisée diminue avec le nombre de watts appliqués 
à la lampe, et il peut se faire que la vapeur soit d'autant plus chaude que 
ce nombre de watts est plus faible, ce qui expliquerait l'anomalie observée. 

Le courant fourni aux lampes était emprunté à une batterie de 60 accu- 
mulateurs. Un rhéostat de réglage, en série avec la lampe de comparaison, 
permettait de maintenir à iio volts la différence de potentiel entre les 
bornes de celle-ci. 



SÉANCE DU H JANVIER 1906. 83 

B. Lampe à filament de carbone, lampe au tantale et lampe Nernst. — Je 
me permets de joindre aux résultats qui précèdent quelques chiffres obte- 
nus sur 3 lampes de 1 10 volts, de constitution différente et auxquelles on a 
appliqué des différences de potentiel variant de 120 à 82 volts. Ces chiffres 
mettent en évidence les variations de composition et d'intensité de la lu- 
mière avec le nombre de watts. On a pris pour unités les intensités en 
régime normal. 

Lampe au carbone Lampe au tantale Lampe Nernst 

de 16 bouyies. de 35 bougies. de 3o bougies. 

Volts 120 100 go 82 120 100 90 82 120 100 92 90 

Ampères... o.Sg o-AS o,43 o,38 o,3.5 o,3o 0,28 0,26 o,34 0,22 0,17 ^• 

1' 459'^^--- -1 1,82 0,49 0,26 0,12 1,46 0,61 0,35 0,30 2,47 0,32 0,10 •= 

488.... il 1,76 0,53 0,28 o,i5 1,39 0,62 0,36 0,20 2,35 o,32 0,12 -^ 

.1 523.... ~ j 1,73 0,54 0,29 o,i5 1,33 0,62 0,37 0,21 2,24 0,34 0,17 (p 

570 ^ ] 1,73 o,56 0,32 0,16 i,3i 0,63 o,38 o,2> 2,04 0,37 0,18 g" 

638.... Si 1,71 0,57 0,33 0,17 i,3i 0,68 o,4i 0,26 2,01 o,38 0,19 — 

760.... -S 1,60 0,59 0,37 0,20 1,22 0,72 0,47 o,3o 1,82 0,42 0,23 -J 

Intens.moy. 1,72 0,.5o 0,31 0,16 1,34 0,64 0,39 0,23 2,16 0,36 0,17 

Enfin, si l'on compare les trois lampes en régime normal, en égalant leurs 
intensités movennes, on a : 

X en [jl(j: 4^9 488 523 570 638 760 

! Carbone . . . . i i i r i l 

Tantale 1,28 1,17 i ,o3 0,94 0,78 0,62 

Nernst 0,92 1,07 i,o4 i,o3 1,02 Oi9i 



CHIMIE MINÉRALE. — Un nouveau type de composé dans le groupe 
des métaux rares. Note de MM. C Matignon et E. Gazes. 

Le chlorure anhydre de samarium SniCl'(Sni= i5o), préparé par l'un 
de nous ('), possède la propriété d'être réduit par l'hydrogène en donnant 
naissance à un sous-chlorure, le chlorure .samareux. 

I. La réduction exige une température assez élevée. On opère dans un 
tube épais en verre d'Iéna fortement chauffé; la matière noircit quand la 
réduction commence et le système binaire des deux chlorures fond aussitôt 
en un liquide épais qui bouillonne par suite du départ du gaz chlorhy- 



(') Coni/iles rendus-, t. GXXXIV, 1902, p. 4271 el l. CXL, 1905, p. 1181. 



8'| ACADEMIE DES SCIENCES. 

(Irique. La substance est placée clans une nacelle en porcelaine ou mieux 
en plaline à cause de la difficulté de détacher la substance fondue du vase 
en porcelaine. On réduit de préférence une quantité de chlorure assez 
faible par suite de la lenteur de la réaction qui n'est pas éloignée des con- 
ditions limites de sa possibilité. 

Dans une première opéralion, os, Saôa de SmCl^ onl perdu 03,0-89; dans une 
seconde, o", 2-25 ont abandonné 0^,0377. Les résidus analysés ont donné les valeurs 
suivantes en chlore et en samarium : 

Trouvé. 

I. II. four SniCl". 

Chlore .iajia 82,11 82,12 

Samarium ''TiQ^ 67,8.'! 67,87 

Les pertes de poids concordent aussi avec la transformation de SmCi'en SmCl- : 

Perte trouvée. Calculée. 

1 i4,o4 18,82 

II 18,88 

La réaction qui, dans les conditions où elle se produit, est réversible, 
peut s'écrire 

SmCl'+ ;-H^^SmCl=+ HCI. 

IL Nous avons pensé activer la réduction en remplaçant l'hydrogène 
par le gaz ammoniac. Cette substitution présente un double avantage. La 
réaction est légèrement activée et, en outre, le gaz ammoniac liquéfié et 
abandonné longtemps au contact de la potasse ou de la soude fondue pré- 
sente toutes les garanties de dessiccation indispensables au maniement des 
chlorures anhydres des métaux rares. 

Quand la réaction est terminée, on laisse refroidir le chlorure dans 
l'hydrogène pour éviter la formation de composés d'addition avec l'am- 
moniaque. Le chlorure samareux reste seul dans la nacelle séparé du 
chlorure d'ammonium volatil 

3 Sm Cl' + 4 AzW = 3 SmCl^ -+- 3 Az H^ Cl + Az. 

III. Avec l'ammoniaque, la transformation est encore lente. On a cherché à amé- 
liorer la préparation de ce chlorure intéressant en enlevant l'atome de chTore par 
ralnminium. La volatilité du chlorure d'aluminium rend l'opération particulièrement 
commode. Le chlorure est mélangé intimement, à l'abri de riiumidilé, avec la quan- 
tité calculée d'aluminium en poudre; le mélange est ensuite chaufTé fortement dan-^ un 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 85 

coui-anllent d'hydrogène. On obtient un résidu de sous-chlorure pur 

3SmCl'+ Âl = AIC1'+ 3SmCI^ 

(^)uel que soit le mode opératoire suivi, la prépcualion est toujours délicate et e\ige 
un courant gazeux rigoureusement sec; comme ropéralion est lente, la moindre trace 
d'humidité finit à la longue par décomposer une partie du produit en donnant un peu 
d'oxjchlorure qui cristallise dans le chlorure samarenx : 

Sm CP + IP — Sm Cl O + a H Cl, 
SmCl=-l-H-0 = SmC10-t- HCl + H. 

IV. Le chlorure samarenx se présente sous la forme d'une masse cristalline brun 
foncé, dont la poudre est rouge brun. Examinée au microscope, la poudre est rouge, 
transparente et cristalline. Sa densité a été trouvée égale à 8,687 à 22". 

Le sulfure de carbone, le benzène, le toluène, le chloroforme, la pyridine, etc. ne 
dissolvent parle chlorure samarenx. L'alcool absolu qui dissout si facilement les chlo- 
rures anhydres des métaux rares ( ' ) ne dissout pas le chlorure samarenx et reste sans 
action sur lui à la température ordinaire. J'appelle l'attention sur cette propriété qui 
sera utilisée pour la séparation des métaux rares. 

L'eau dissout immédiatement ce sous-chlorure en donnant une liqueur rouge brun 
très foncée, mais en même temps il y a dégagement d'hydrogène et peu à peu la liqueur 
se décolore. L'agitation active la décoloration. Il reste finalement dans l'eau un résidu 
insoluble, légèrement janne. La liqueur séparée du résidu contient tout le chlore tandis 
que la partie insoluble est formée par de l'oxyde de samarium soluble dans l'acide 
chlorhydrique étendu. 

Exposé à l'air, le chlorure samarenx attire rapideraentrhumidité de l'air en prenant 
une teinte rouge sang, puis il éprouve la transformation indiquée et laisse finalement 
un résidu jaune. 

Dans les conditions où l'hydrogène et le e;;iz ammoniac réduisent le chlo- 
rure samarique, ils restent sans action sur les chlorures de praséodynie et 
de néodyme. Comme conséquence des propriétés précédentes, on entre- 
voit immédiatement des méthodes pour l'analyse et la séparation du sama- 
rium contenu dans un mélange de praséodvme et de néodyme. 

Il paraît probable que le praséodyme et le néodyme sont susceptibles 
dans des conditions convenables de donner aussi naissance à un sous-chlo- 
rure; c'est du moins ce que paraissent indiquer certaines propriétés du 
métal néodyme isolé par l'un de nous (-). 

L'étude des applications signalées précédemment est continuée ainsi 
que la recherche des sous-chlorures des autres métaux rares. 



(') Comptes rendus, t. CXXXIII, 1901, p. 289 et t. CXXXIV, 1902, p. 427. 
(-) Comptes rendus, t. CXXXIII, 1901, p. 289. 

G. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N» 2.) ^^ 



86 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



CHIMIE MINÉRALE. — Préparation électrolytique de l'étain spongieux. 
Note de M. D. Tommasi, présentée par M. H. Moissan. 

L'électrolyseur à l'aide duquel on prépare l'étain spongieux se compose 
d'une cuve rectangulaire contenant la solution suivante : eau, 5o parties; 
chlorure stanneux, lo parties; acide chlorhydrique, i partie. 

Dans ce bain plongent deux anodes en élain; au milieu de ces anodes est disposée la 
cathode, laquelle est constituée par un disque en cuivre fixé par son centre à un arbre 
en bronze pouvant être animé d'un mouvement de rotation. 

^j^Un segment seulement du disque plonge dans le bain, de telle sorte que chaque 
section de la zone plongeante du disque se trouve alternativement dans l'air et dans 
le liquide qui sert d'éleclroljte. 

La partie du disque qui émerge du liquide de la cuve passe, par suite de son mou- 
vement de rotation, entre deux frotteurs en forme de racloirs mobiles, lesquels ont 
pour but, non seulement d'enlever le dépôt d'étain spongieux au fur et à mesure de 
sa production, mais encore de dépolariser la surface du disque. 

Ces racloirs sont formés par deux lames en laiton disposées de telle façon que, par 
un simple jeu de manivelle, elles puissent se rapprocher ou s'éloigner des faces du 
disque. 

Des rigoles convenablement disposées rassemblent et reçoivent l'étain détaché et 
l'amènent dans un récipient où il est recueilli. L'étain est égoutté et puis lavé. Le 
liquide qui s'écoule est évaporé jusqu'à ce qu'il ait atteint sa densité primitive et, après 
refroidissement, il est introduit dans l'électrolyseur. 

Parmi les nombreuses expériences que nous avons faites avec un petit électrolyseur 
dont le disque avait So"^™ de diamètre, nous citerons la suivante qui peut être consi- 
dérée comme une bonne moyenne et qui va nous fournir la quantité d'étain libérée 
par ampère-heure pour une puissance donnée : 

Intensité : [\o ampères; force électromotrice : 3 volts; puissance : 120 watts; durée 
de l'expérience : i heure. 

e 

„.,,,,,.. , I trouvé 76 

Pouls de I etain tondu , , , ' 

calcule 88 



trouvé {a)... 38o 

calculé (6). . 44o 

Rendement a; b 86, 36 pour 100 



Étain déposé par cheval-heure 



Avec un électrolyseur ayant un disque de 3'" de diamètre, on pourrait 
donc déposer l\l\QO^ d'étain par cheval-heure, soit loS'^s par journée de 
24 heures. 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 87 



CHIMIE MINÉRALE. — Sur le sUiciure cuivreux. Note de M. Em. Vigouroux, 
présentée par M. H. Moissan, 

Depuis plusieurs années nous poursuivons nos recherches sur le siliciure 
de cuivre et, dès 1901, nous avons publié qu' « en traitant un siliciure de 
cuivre à faible teneur (moins de 5 pour 100 de silicium loiA) par le silicium 
en excès, nous obtenons un lingot qui, dépouillé par la soude de l'excès de 
métalloïde non entré en réaction, renferme une proportion de silicium 
combiné voisine de 10 pour 100. Telle est la quantité maxima de silicium 
susceptible de rester combinée avec le cuivre, dans nos conditions expéri- 
mentales. ..»('). Voici, en effet, les chiffres trouvés en attaquant cette ma- 
tière par l'eau régale et en dosant le cuivre par électrolyse : 

I. II. 

Cuivre pour 100 89,60 88,47 

Silicium » 9) 20 ro 

Impureté » » » 

98,80 98,47 

L'impureté, analysée à part, renfermait du fer et des essais effectués 
dans la suite nous ont convaincu que ce métal était apporté par le silicium 
cristallisé (préparé par son fluorure et l'aluminium). Pour le rendre chimi- 
quement pur, il a fallu le pulvériser et lui faire subir successivement des 
attaques énergiques à l'eau régale et à l'acide fluorhydrique concentrés. Ce 
n'est que lorsque la pulvérisation a amené les cristaux a prendre l'aspect 
franchement marron que l'eau régale d'attaque ne décèle plus trace de fer 
au ferrocyanure. 

Avec ce silicium très pur et du cuivre électrolytique nous avons préparé 
un certain nombre de siliciures, exempts de fer, plus ou moins chargés de 
silicium libre. Après élimination de ce dernier par la potasse, le résidu que 
nous obtenions et qui renfermait toujours une moyenne de 10 pour 100 de 
silicium combiné ne présentait généralement qu'une forme conchoïdale, 
surtout lorsque le culot était fortement chargé de ce métalloïde. Nous 
sommes arrivé à préparer un siliciure à forme cristalline plus caractérisée 
en prenant : silicium, 10 parties; cuivre, go parties. Poids total : loo^au- 

(' ) Procès-verbaux des séances de la Société des Sciences physiques et naturelles 
de Bordeaux, 18 juillet 1901. 



88 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

quel nous ajoutions 7 à 8 parties du métalloïde libre. Nous mélangeons ces 
substances et les plaçons dans une nacelle en porcelaine, revêtue intérieu- 
rement de silice et les fondons dans un tube en porcelaine parcouru par un 
courant d'hydrogène Le culot formé est très cassant, d'aspect blanchâtre, 
mais ne larde pas à se nuancer de rouge. Il renferme 4i32 pour 100 de sili- 
cium libre, que nous enlevons par une solution chaude de soude à 
5 pour 100. Nous lavons le résidu successivement à l'eau, à l'alcool, à l'éther 
et le séchons dans l'hydrogène, après avoir séparé, par lavage rapide à 
l'acide fluorhydrique étendu, le peu de silice qui le souille parfois ; il répond 
sensiblement à la formule Cu'Si qui est celle du siliciure cuivreux. 

Cet alliage présente l'éclat luélallique ; il est dur, cassant, se laisse piler aisément. 
Sa couleur est blanc d'argent, mais il se ternil rapidement et passe successivement du 
jaune pâle au rouge brique. En le refondant dans l'hydrogène, nous avons pu obtenir 
un petit culot franchement blanc tl'argent, très brillant et sillonné de très nombreuses 
stries cristallines parfaitement discernables à l'œil nu. Sa densité, prise à zéro, est 
de 7,4s ('); celle du corps fondu est de 7,08. Le chlore l'attaque facilement avant le 
rouge, cette propriété nous a servi à le doser. 

L'acide chlorhjdrique étendu froid agit à peine; lorsqu'il est concentré, son action 
est un peu plus sensible, surtout à chaud. L'acide fluorhydrique, étendu ou concentré, 
ne produit de même qu'un efl'et très faible. L'acide sulfurique agit difficilement lorsqu'il 
est étendu et froid; lorsqu'il est concentré et chaud, il se colore assez facilement en 
bleu. L'acide azotique étendu, même en solution à i pour 100, l'attaque facilement et 
complètement, surtout à chaud; l'acide concentré fournit le même résultat. L'eau 
régale forme un dépôt de silice qui entrave l'action ultérieure. Le mélange d'acide 
fluorhydrique et d'acide azotique le dissout en totalité. Les solutions alcalines ne 
l'attaquent que très faiblement, même à chaud, surtout si elles sont étendues. 

Analyse. — Dés le début, nous l'attaquions par le chlore sec, dans un tube hori- 
zontal ; les chlorures formés se condensaient partie dans le tube, partie dans de l'alcool 
placé à la suite. Plus tard, nous avons utilisé l'eau régale qui a permis, comme le pro- 
cédé suivant, de déterminer séparément le silicium libie et le silicium combiné. 
Actuellement nous préférons ratta(juer par une solution étendue d'acide azotique (ne 
dépassant pas 5 pour 100). Nous insolubilisons et dans le résidu nous trouvons le sili- 
cium libre et la silice que nous séparons par l'acide fluorhydrique. Le cuivre est dosé 

par électrolyse : 

Formule Silicium isolé parla potasse. 

pour .- — — ^ 

Cu'Si. I. II. 

Cuivre pour 100 89196 89i35 89,60 

Silicium » io,o4 9>5o 9i45 

100,00 98,85 99;05 

(') Nous avons obtenu 7,47 dans un premier essai et 7,49 dans un second; mais ce 
corps, en contact avec l'eau du flacon à densité, où l'on avait fait le vide, dégageait 
longtemps des gaz. 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 89 

Conclusions. — 1° Nous avons confirmé nos précédentes expériences, à 
savoir que, dans les siliciiires de cuivre purs, la teneur en silicium com- 
biné est très voisine de 10 pour 100; 1° nous avons isolé le siliciure cui- 
vreux Cu'Si ; 3" nous avons déterminé ses principales propriétés. 



CHIMIE MINÉRALE. — Réduction des chlorures d'argent et de cuivre par le cal- 
cium. Noie de M. L. Hackspill, présentée par M. H. Moissan. 

Dans une Note précédente ( ' ) nous avons indiqué une préparation rapide 
du rubidium et du caesium, basée sur la réduction des chlorures correspon- 
dants par le calcium. 

Avec le lithium, qui est beaucoup moins volatil, nous avons obtenu un 
alliage de ce métal avec l'excès de calcium. 

C'est ce qui se produit également dans la réduction des chlorures d'ar- 
gent et de cuivre. 

Alliages de calcium et d'argent. — En cliaulTiuit, dans un tube de porcelaine vide 
d'air, une nacelle de fer contenant des proportions variables de cbloruie d'argent et de 
tournure de calcium, nous avons obtenu des alliages dont la teneur en calcium pouvait 
aller jusqu'à 45 pour 100: 

2 AgCl -t- «Ca = CaCI-4- (« — 1) Ca + 2 Ag. 

Le chlorure d'argent était fondu, pulvérisé et intimement mélangé au calcium eu 
tournure fine. 

Le tube de porcelaine, relié à une extrémité à une trompe à mercure, était fermé de 
l'autre côté par un morceau de verre plan, li>Lé au mastic Golaz, ce qui permettait de 
suivre l'opération. 

La réaction se produisait dès ([ue la nacelle était au rouge sombre; on cessait de 
chauffer peu après. 

Voici ce que nous ont donné quatre expériences : 

s s 
Avec 7 AgCl et 2 de Ca l'alliage contenail 6,3 pour 100 de Ca 

» 7 » 3 » D i3,3 » 

» 7 » 5 » » 44,9 

» 7 » 10 « n'est pas homogène 

Les deux premiers alliages étaient bien homogènes et recouverts d'une couche de 
chlorure de calcium. Celui à 44)9 pour 100 était spongieux; le dernier était formé de 
globules de calcium et d'alliage riche en calcium séparés par du chlorure. 

(') Comptes rendus, t. CXLl, 1900, p. 106. 



go ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Nous avons pensé que cette couche protectrice de chlorure de calcium qui recou- 
vrait les alliages à faible teneur pourrait permettre de les préparer en plus grande 
quantité dans un creuset. 

Nous avons opéré dans un creuset de fer brasqué à la magnésie et fermé par un 

couvercle à vis. 

Dans un premier essai, nous prîmes 75s de chlorure d'argent fondu et [\oi de calcium 
en tournure. Dès que le creuset fut au rouge, on cessa de chauffer. Il contenait sous 
une épaisse couche de chlorure un culot très cassant qui se détachait au ciseau. 

Sa composition était pour 100 : argent, 83,2 et calcium, 16,0. 

En cherchant à augmenter la proportion de calcium, par exemple en prenant : chlo- 
rure d'ar'^ent 6os et calcium 5oe, on n'obtient plus qu'une masse spongieuse contenant 
une forte proportion de chaux. 

Propriétés. — Les alliages d'argent et de calcium (même celui à 
6,3 pour 100) ont un aspect tout différent de celui de l'argent. Ils sont 
gris, leur cassure est cristalline; on peut les réduire facilement en pondre. 

Chauffés à l'air, ils s'oxydent rapidement même avant de fondre. Après 
une fusion prolongée à l'air tout le calcium transformé en chaux vient 
flotter à la surface de l'argent. 

Si l'on cherche à doser l'argent par coupellation, on ne peut pas séparer 
complètement le bouton d'argent de la scorie de chaux, et la pesée donne 
un résultat trop fort. 

L'alliage riche en calcium chauffé vers 900° dans le vide s'enrichit rapi- 
deinent en argent; mais si l'on chauffe trop fort ou trop longtemps on ne 
retrouve plus rien dans la nacelle, l'argent se volatilisant dans le vide à 
partir de 680° ('). 

C'est ainsi que 4^ d'alliage à 16 pour 100, chauffés 3 heures vers 1000°, 
ne nous ont laissé qu'un résidu peu abondant contenant surtout de la 
chaux. 

Tous ces alliages sont attaqués à froid par l'eau. L'alliage à 44.9 ^^ ^^^~ 
cium est attaqué lentement par l'alcool à gS" à l'ébuUition. Après 4 heures 
le résidu noir pulvérulent obtenu contenait encore 18 pour 100 de calcium 
et 12,3 pour 100 après 8 heures. 

Alliage de cuivre et de calcium. — M. Setlick a déjà décrit (-) un alliage de 
cuivre et de calcium qu'il prépare directement en fondant les deux métaux ensemble. 
11 ne peut dépasser ainsi la teneur i3,4 de calcium; de plus son produit n'est pas 
homogène. 



(') Krafft, Berichte, t. XXXVIII, igoS, p. 269. 
(-) Setlick, Ch. Zeit., 1905, p. 218. 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. yi 

En réduisant le chlorure de cuivre par le calcium pous avons pu obtenir un alliage 
homogène contenant 18 pour 100 de métal aleallno-lerreux. 
La réaction peut s'exprimer ainsi : 

Cu^Cr^H- AiCa = CaCl-+2Cu + (« — i) Ga. 

On opère exactement comme pour la réduction du chlorure d'argent. 

Le chlorure cuivreux préparé par réduction du chlorure cuivrique par le cuivre 
était séché dans le vide et fondu au préalable dans un courant de gaz acide chlor- 
hydrique. 

En prenant loos de chlorure pulvérisé et 4o^ de calcium en tournure, nous avons 
obtenu un culot jaune orangé très cassant. 

Deux analyses faites sur des parties dilTérentes de ce culot nous ont donné : 
cuivre : 78,1, 80,0; calcium : 18,8, 18, 3 et silicium : i, 2 et 0,9. 

Le silicium était dosé à l'état de silice, le cuivre par électrolyse et le calcium à l'état 
de chaux vive. 

Les propriétés de cet alliage sont absolument comparables à celles de l'alliage 
d'argent. M. Setlick estime qu'il pourrait être employé à la purification du cuivre, 
tout au moins quand on l'obtiendra totalement exempt de silicium. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Dérivés asymétriques de V hexanediol-i .&; éther 
diéthylique et diiodure de l'heptanediol-i.']. Note de M. R. Dionxeau, 
présentée par M. A. Haller. 

Récemment ('), M. Hamonet a décrit une méthode qui permet d'obtenir 
un glycol normal biprimaire, HO(CH-)"OH, quand on possède un éther- 
oxvde, RO(CH")"~' OR, de l'homologue inférieur. Je me suis proposé 
d'appliquer cette méthode à la préparation du glycol heptamélh\lénique, 
jusqu'ici inconnu. 

Sur les éthers-oxydes de l'hexanediol-i.ô, je fais agir le gaz bromhy- 
drique à froid, 2"°' d'acide pour une d'éther, afin d'avoir la réaction 
unilatérale : 

(1) RO(CH=')''OR + 2HBr = RO(CH=)°Br + RBr + H-O. 

En fait, l'action est plus complexe : à côté de l'éther non transformé, 
du monobromure cherché, du dibromure résultant de la réaction bilaté- 
rale, on a des corps à fonction alcool, parmi lesquels le glycol hexaméthy- 
lénique a été isolé et caractérisé par son point de fusion. 

(') Comptes rendus, t. CXXXVIII, p. 976 et But. Soc. chim., t. XXXIII, p. 235. 



92 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Outre la réaction (i) qui produit sur le groupe hexaméthylénique la 
fonction bromure, il y en a donc une seconde qui donne naissance à la 
fonction alcool 

(2) RO(CH=)'OR + HBr = RO(CH=)''OH + RBr 

On doit prévoir toutes les combinaisons qui résultent de la substitution 
complète ou imcomplète de la fonction alcool ou de la fonction bromure à 
la fonction éther-oxyde. Un tel mélange ne peut être séparé que par de 
nombreuses distillations. 

Quand on emploie l'éther dimétbylique, la réaction (2) est tout à fait 
prédominante; la réaction (i) semble se produire d'autant mieux que le 
radical R est plus lourd. 

Éthoxybromohej:ane-i .6 : C-ll^O{CH^yBr. — Le mélange produit par l'aclion de 
l'acide bronihydrique sur l'éllier diéthylique est lavé et rectifié. La principale fraclion 
se concentre à i2i''-i 23°, sous la pression 35'"°' ; elle contient l'éthoxjbromoliex.ane i .6, 
mais impur. La diétiiyline qui reste, bouillant à 112° sous la même pression, n'a pu 
être séparée complètement, à cause du peu de différence des points d'ébuUilion. Pour 
résoudre cette difficulté, je transforme l'éllioxybromoliexane en éthoxyiodohexane, qui 
bout notablement plus liaut et se sépare facilement du diétlier. 

Ethoxyiodohejsaiie-i. 6 : C'li''0{Cii-yi. — • Ce corps s'obtient en faisant bouillir 
l'éthoxybromohexane avec une solution alcoolique d'iodure de sodium. C'est un liquide 
légèrement coloré par des traces d'iode, bouillant à iSS^-iSg", sous 35™"". DJ' = 1,379. 

Diélhojcyheplane-i .'] : C-H''0(CI-P)''OG^H^. — L'éthoxyiodohexane-i .6 forme, 
avec le magnésium, un dérivé C^H^O(CH-)*MgI, qui, traité par l'éther iodométhyl- 
élhylique, ICII-OC°H^, donne le diéthoxyheptane-i .7, 

C*H=0(CH2)=Mgl + ICH20C^H5=C^H50(CII^)'OC2H5-l-MgP. 

Le diéthoxyheptane-i .7 est un liquide incolore, à odeur de fruits, bouillant à 129" 
sous 35"™, et à 225° sous la pression ordinaire. D^ :=o,S53. 

Diiodoheplane-i .'] : l(CH-)''l. — Le corps précédent, saturé d'acide iodhydrique 
et chauffé à 100° en tube scellé, se décompose très régulièrement en iodure d'éthyle et 
diiodoheptane. Le diiodoheptane-i .7 est un liquide bien stable, à peine coloré d'iode, 
bouillant à 178° sous la pression de 20"""". Porté dans le mélange glace et sel, il se 
prend en une masse de cristaux incolores, qui fondent vers 0°. D* = 1,943. 



SÉANCE UV 8 JANVIER 1906. gd 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les conditions (F hydrogénation, par les métaux- 
ammoniums, de quelques dérivés halogènes des carbures gras : Préparation 
des carbures éthyléniques et forméniques. Note de M. E. Ch.vblay, pré- 
sentée par M. A. Haller. 

Dans une précédente Communication (' ) nous avons montré que les 
ammoniums alcalins réagissent sur le dérivé halogène monosubstitué d'un 
carbure forméniqiie, pour régénérer ce carbure, avec formation de l'aminé 
primaii'e correspondante d'après l'équation n;énérale 

2R.CI + 2AzH-' - Na = R .11 + R. AzH=+ 2NaCl + AzH'. 

Nous faisions remarquer dans la même Note que l'action hydrogénante des 
métaux-ammoniums se poursuivait avec les dérivés poivsnbstitués du mé- 
thane, chloroforme, tétrachlorure de carbone qui donnent également le 
formène, mais en fournissant des réactions moins simples que la précé- 
dente. Il était donc intéressant de voir si ces mêmes actions ont lieu avec 
les dérivés polysubstitués des carbures su|)érieurs au méthane. Nous don- 
nerons dans cette Note nos résultats concernant les dérivés bisubstitués. 

On sait que ces dérivés ont pour formule générale C"H-"X- et présen- 
tent diverses variétés isomériques suivant la position relative des groupes 
substituants. D'après les résultats que nous avons obtenus, il v a lieu de 
diviser ces composés en deux groupes correspondant respectivement aux 
deux premiers types : 

CH^X — CH^X et CH='-CHX-. 

Dérivé Dérivé 

de l'éthyléne. de l'ctliylidène. 

Avec les métaux-ammoniums les dérivés de l'éthyléne fournissent des 
carbures éthyléniques; leurs isomères élhvlidéniques donnent des carbures 
forméniques. 

CH-.X 

Premier groupe : Type I . Chlorure d'i'Hhylène. — Nous avons employé le 

CH2.X 

même appareil que celui qui a été décrit à propos des alcools; la matière étant li- 

(') E. CiiABLAY, Comptes rendus, t. CXL, p. 1262. — Voir aussi Pail Lebeau, 
Comptes rendus, t. CXL, p. 1264. 

C. R., igofi, I" Semestre. (T. CXLU, N» 2.) l3 



g/j ACADÉMIE DES SCIENCES. 

quide, nous renfermons dans une petite ampoule de verre, préalablement tarée, avant 
de l'inlroduire dans l'une des branches; on brise ensuite cette am])Oulepar une légère 
secousse de l'appareil au moment de faire la réaction. Ce mode opératoire nous a 
fourni d'excellents résultats, car il permet d'opérer sur un poids très exactement connu 
de substance. Le chlorure d'éthylène nous a fourni de l'éthylène avec un rendement 
théorique : une molécule de gaz, pour une molécule de chlorure employé. La réaction 
peut être exprimée par l'équation suivante : 

CH-— Cl 

1 +2AzH5-Na = 2NaCl + C'H'+2AzH3. 

CH2— Cl 

L'analyse eudiomélrique, l'absorption parle brome, le dosage du chlorure de sodium 
et la perte de poids subie par l'appareil justilient parfaitement cette formule. 

Comme autres corps de ce groupe, nous avons choisi les bromures de propylène, do 
pseudobutylène et d'isobulylène qui nous ont fourni le propylène, le pseudobulylène 
et l'isobutylène; les rendements sont moins bons qu'avec le chlorure d'éthylène par 
suite d'une réaction secondaire sur laquelle nous reviendrons. 

Bromure de triméthylène. — Le bromure de triméthylène nous a fourni également 
du trimétliylène, mais dans la proportion de o™°',5 de gaz pour 1™°' de bromure seu- 
lement. 

Les métaux-ammoniums se comportent donc, avec ces dillerenls corps, comme les 

métaux alcalins correspondants et fournissent uncarbure élhylénique. 

CAV 
Deuxième groupe : Type 1 . — • Les composés de ce groupe isomères des précé- 

CllX^ '' 

dents, où les substitutions sont faites sur le même atome de carbone, fournissent avec 
les métaux-ammoniums le carbure saturé correspondant, tandis que les métaux alca- 
lins seuls donnent un carbure èthylénique. 

Nous avons opéré sur les chlorures de méthylène, d'étli^iidène, de propylidène et 
sur le chloracétol, qui nous ont fourni le méthane, l'élhane et le propane dans la pro- 
portion de o""'',5 de gaz pour 1™"' de chlorure. Il se produit en outre des réactions 
secondaires qui donnent lieu à la production d'une certaine quantité de carbure èthy- 
lénique. Les dérivés de la série homologue suivante : 

H— CH=C12 CH'— CH = C1^ CH3— CH^— CH = C1= CH^— CCr-— CH^ 

Chlorure Chlorure Chlorure Chloracétol. 

de méthylène. d'éthylicléne. de propylidène. 

se comportent donc de la même manière vis-à-vis des métaux-ammoniums dont la mo- 
lécule agit à la fois par son sodium et son hydrogène. 

Cette action hydrogénanle se poursuivant avec tous les dérivés substitués du mè- 
ihaue, il est très probable qu'elle aurait lieu également avec les dérivés de la forme 
CH' — CX^, et nous tirons de ces faits d'expérience les conclusions suivantes : 

1° La molécule d'un métal-ammonium alcalin réaeit comme hvdro<ïé- 
nante sur les dérivés halogènes bisubstitués et* par extension, sur les déri- 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. gS 

vés trisubstitués, à condition que toutes les substitutions soient faites sur le 
même atome de carbone. 

2° Elle réagit au contraire simplement par son métal alcalin lorsque les 
deux substitutions sont faites sur des carbones différents. L'exemple du 
bromure de triméthylène semble indiquer que les réactions ont un carac- 
tère spécial de simplicité lorsque la double substitution est faite sur deux 
atomes de carbone voisins. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Sur la rétrogradation et la composition des amidons 
naturels autres que la fécule. Note de M. Eue. Roux, présentée par 
M. Maquenne. 

Dans une Note précédente (') nous avons établi, M. Maquenne et moi, 
que la fécule de pommes de terre est un mélange de deux substances prin- 
cipales. L'une, que nous appelons amylose, ne diffère de l'ancienne amylo- 
cellulose des auteurs que par son plus grand état de pureté; c'est elle qui 
forme la majeure partie du grain de fécule naturel, qui lui donne la pro- 
priété de bleuir par l'iode et qui se change en maltose par saccharification 
diastasique. L'autre substance, que nous avons provisoirement appelée 
amylopectine, est celle qui donne à l'empois sa consistance mucilagineuse : 
sous l'action du malt elle se dissout et se dextrinifie, sans paraître fournir 
de sucres, au moins dans les conditions ordinaires; sa véritable nature chi- 
mique et la proportion dans laquelle elle se trouve mélangée à l'amylose 
nous sont également inconnues. 

C'est au moyen de ces considérations que nous avons expliqué pourquoi 
la diastase ne transforme qu'incomplètement l'empois de fécule en maltose, 
tandis qu'au contraire l'amylose pure donne un rendement en sucre 
presque quantitatif. 

Nous avons également fait connaître la méthode qui permet d'extraire 
l'amylose des empois de fécule, par rétrogradation spontanée, et de 
l'amener à un état de pureté sensiblement complète; nous nous proposons 
d'exposer dans cette Note les résultats que nous avons obtenus en étudiant 
de la même manière les autres amidons naturels. 

Nous avons d'abord reconnu que tous les empois, quelles que soient leur 
consistance et l'origine de l'amidon qui sert à les ])réparer, rétrogradent 

(') Maquemme et Roux, Comptes rendus, t. CXL, p. i3o3. 



96 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

par le repos à basse température comme l'empois tie fécuie, et d'autant 
plus vite qu'ils sont plus concentrés. Le phénomène de la rétrogradation 
est donc, ainsi qu'on pouvait le prévoir, d'ordre absolument général. 

Nous avons ensuite déterminé le rendement en nialtose que fournissent 
ces différents empois par saccharification diastasiqiie, en nous plaçant 
dans les conditions que l'on admet actuellement être les ^^lus favorables 
à sa production. 

On a opéré sur des empois renfermant os, 35 tramidou pour So"^'"' d'eau, gélifiés soit 
dans l'eau bouillante à 100°, soit au bloc, en tube scellé, par une cliaufTe de i5 minutes 
à 120° ou i5o°. Les saccharificaîions ont été faites par addition de 5'™' d'extrait de 
malt, obtenu par macération de los de uialt moulu dans loos d'eau distillée pendant 
I heure. Le malt a été ajouté aussi tôt que possible, de manière à éviter tout phéno- 
mène de rétrogradation; les fioles ont été chaufiees simultanément pendant 5 heures 
à 56°, puis abandonnées à elles-mêmes jusqu'au lendemain, en présence de toluène 
comme antiseptique. 

Après avoir dosé le maltose dans une portion des liqueurs filtrées, on a additionné 
celles-ci de i,5 pour 100 d'acide sulfurique, puis on les a chaufiees pendant 3o minutes 
à 120° et l'on a dosé le glucose total produit, de manière à connaître le poids réel de 
l'amidon solubilisé sous l'influence del'amylase. 

Les amidons de riz et de maïs, étudiés dans ce travail, sont des produits commer- 
ciaux; ceux de blé et de pois ont été préparés au laboratoire avec les farines correspon- 
dantes. Les uns et les amlres ont été lavés soigneusement 5 l'eau ordinaire et tamisés. 



'5' 



Maltose pour 100 d'amidon solubilisé (-t- )• 



Empois préparés il ino°. lao". i5o°. 

Fécule 83, G » 82,8 

Maïs 85,3 85, i 86,0 

Blé . . » » 87 , 1 

Riz 85,2 83,8 83,8 

Pois 83,8 82,2 82,9 

Manioc(') 81, 5 79,1 79,1 

En préparant des empois à 120° et surtout à i5o° on se proposait de solubiliser la 
partie de l'amylocellulose qui aurait pu s'y trouver à l'état non saccharifiable, comme 
dans l'amidon rétrogradé. Celte hypothèse n'était pas fondée, puisque la proportion de 
maltose est restée sensiblement constante, même plutôt un peu plus forte à 100° 
qu'à i5o", par rapport au poids de l'amidon dissous. 

Les résultats ci-dessus mentionnés montrent que les divers amidons et 

(') Echantillon très pur obligeamment offert par M. DybowsUy, à qui nous sommes 
heuj-eux de pouvoir adresser nos plus sincères remerciements. 



SÉANCE DU 8 JANVIER l()o6. C)n 

fécules nalurels renferment une quantité d'amylose sensiblement égale à 
celle que l'on rencontre dans la fécule de pommes de terre; il nous restait 
à èlablir que cette amylose est partout une seule et même matière. 

A cet elïét nous avons soumis à la rétiui;radation les em[)ois des divers 
amidons précédents, puis, par la méthode que nous avons décrite dans une 
Communication précétlente {Comptes rendus, t. CXL, p. 44o). nous en 
avons extrait l'amylose et nous l'avons purifiée par plusieurs traitements 
successifs à l'eau surchauffée, vers iSS". 

Tous les produits obtenus pre-sentent le même aspect microscopique 
qu'offre l'amidon artificiel dérivé de la fécule. Comme celui-ci ils sont 
saccharifiables en totalité par le malt quand ils ont été d'abord dissous 
dans l'eau à i5o°. En dosant le maltose obtenu et rapportant ce nombre à 
la quantité de matière sèche dissoute, calculée comme |)récédemment en 
amidon, nous a\ons obtenu les cliiffres suivants qui sont à peu près égaux : 

/M 
Maltose pour loo d'amidon solubilisé ( -r- 

Fécule 100,9. Pois loo, i 

Blé 'OT ,9 Manioc 102,0 

Riz 100. 2 

En résumé, nous pouvons dire que tous les amidons naturels examinés 
par nous sont essentiellement constitués |)ar de l'amylose, comme la fécule 
ordinaire, et qu'ils en renferment à peu près la même proportion. La pro- 
priété qu'ils possèdent de former des empois avec l'eau bouillante 
montre qu'ils renferment en outre de l'amylopectine. 

Toutes les observations faites jusqu'à présent sur la fécule sont donc 
applicables aux autres amidons natiu-els. 



PHYSICO-CHIMIE. — Action de t'invertine dans un milieu hétérogène. 
Note de M. Victor H£.\ri, présentée par M. Dastre. 

Les ferments solubles sont contenus, en général, à l'intérieur des 
cellules; ils sont, comme on dit, endocellulaires ; les substances transfor- 
mées par ces ferments sont apportées du dehors avec les liquides orga- 
niques, il en résulte donc que ces substances doivent d'abord pénétrer à 
l'intérieur des cellules par diffusion, et ce n'est qu'alors qu'elles peuvent 



gg ACADÉMIE DES SCIENCES. 

être dififérées par les ferments. Parmi les produits de digestion, certains 
restent dans les cellules, d'autres sortent au dehors dans les liquides de 
l'organisme. Pour pouvoir analyser les lois d'actions des fernients inclus à 
l'intérieur des cellules, il est important de réaliser artificiellement des con- 
ditions qui se rapprochent le plus possible de celles que l'on trouve dans 
les organismes. C'est ce travail d'ensemble que j'ai entrepris pour toute 
une série de ferments différents. Je ne présente maintenant que les résul- 
tats relatifs à l'action de l'invertine sur le saccharose. 

Technique. — On fait un mélange de gélatine dialysée à lo pour loo et 
d'invertine; ce mélange est obtenu liquide à l^i^, lorsqu'on opère avec de 
la gélatine chauffée à loo" et refroidie à 42°; dans ces conditions, la géla- 
tine met un temps assez long pour se gélifier et c'est pendant cet intervalle 
que l'on fait le mélange. On verse ensuite cette gélatine contenant le fer- 
ment dans un vase à fond large et on laisse gélifier à la température du 
laboratoire. IjCS vases que j'ai employés ont un fond plat de 170™^ de sur- 
face et je versais 35™' du mélange de gélatine et d'invertine. Lorsque la 
gélification s'est bien produite, on verse au-dessus une faible quantité de 
gélatine pure un peu plus concentrée, qui se répartit ainsi en couche mince 
au-dessus de la gélatine contenant le ferment et forme ainsi une membrane 
protectrice. J'ai employé dans les vases précédents 17™' de gélatine, 
l'épaisseur de la membrane était donc égale à i™". Le rôle de cette mem- 
brane est d'empêcher le ferment de passer en solution, de la couche infé- 
rieure dans le liquide versé au-dessus. 

On laisse gélifier la membrane, puis on lave à l'eau le vase et la couche 
de gélatine, on met à l'éluve et, lorsque la température est atteinte, on verse 
dans le vase un volume déterminé d'une solution de saccharose pur portée 
à la température de l'étuve. On prélève de temps en temps le liquide dans 
le vase et l'on dose la quantité de sucre interverti. On doit faire des expé- 
riences témoin avec la même quantité de gélatine sans ferment pour savoir 
comment varie le titre de la solution de sucre par suite de la diffusion du 
sucre de la solution dans la couche de gélatine. 

Résultats. — 1° La vitesse d' inversion est presque proportionnelle à la concen- 
tration de la solution de saccharose. Je rappelle que, si l'on opère dans un milieu 
homogène, c'est-à-dire si le ferment est dissous dans le liquide qui contient le sucre, 
la vitesse d'inversion est presque indépendante de la concentration de la solution (à 
condition que les concentrations soient comprises en 0,1 et i normale en sucre). 
Voici quelques exemples numériques pour deux solutions de sucre contenant 176,1 de 
saccharose pour 100 (o,5 normale) et 6s, 84 pour 100 (0,3 normale ). La température était 
égale à 25°. 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 99 

liwevtine inclue dans In gélatine. 

Saccharose 178,1 pour 100 interverti en 4i min. 3s,26 en 72 min 4",i 

Saccharose 6^,84 pour 100 » Sg » i5,33 >> 73 » 28,0 

hn'ertine contenue dans la solution. 

Saccharose i']i,\ pour loo interverti en 48 min. 18,68 en 86 min 38,32 

Saccharose 6b,84 pour loo » 45 » is,56» 81 » 3s,o 

On voit donc que la loi d'action de l'invertine est absolument ditl'érente dans ces 

deuK cas. 

Cette différence d'action est facile à comprendre. En effet, lorsque l'inverline est 
contenue dans la couche de gélatine, le saccharose doit d'abord pénétrer par diffusion 
de la solution dans cette couche, et seulement à ce moment il peut être transformé 
par l'inverline. La vitesse de la réaction se décompose donc en deux temps : d'une 
part la vitesse de diffusion du sucre et d'autre part la vitesse de la réaction chimique 
elle-même. La vitesse de diffusion est proportionnelle à la concentration de la solution 
de sucre, la vitesse totale variera donc avec la concentration. Dans les expériences 
précédentes le ferment contenu dans la gélatine était très actif, par conséquent la 
vitesse de la réaction est presque proportionnelle à la concentration de la solution, 
puisque c'est surtout le facteur diffusion qui iinporte. 

2° La variation de température influe beaucoup moins sur la vitesse d'inversion 
lorsque le ferment est contenu dans la gélatine que dans le cas où il se trouve 
réparti dans le liquide tout entier. Voici quelcpies exemples : 

Invertine contenue dans lu couche de gélatine. 

Saccharose 178,1 pour 100; inversion à 25° de 3s, 26; 
à 37° de 48, 6, rapport des deux 1 , 4 

Invertine contenue dans la solution. 

Saccharose 178,1 pour 100; inversion à 25° de ie,68; 
à 37° de 38, 26, rapport 1,9 

Ce résultat peut aussi s'expliquer simplement; en effet, on sait que l'élévation de 
la température de 10° augmente la vitesse d'une réaction chimique quelconque environ 
du double, tandis que la vitesse de diffusion se trouve augmentée seulement environ 
d'un quart. Par conséquent, dans l'expérience précédente, où le ferment est contenu 
dans la gélatine, l'élévation de la température fait varier beaucoup moins la vitesse de 
diffusion du sucre qu'elle ne le fait pour la vitesse de la réaction chimique elle-même; 
il en résulte évidemment que la vitesse d'inversion du sucre sera bien moins influencée 
dans cette expérience que dans celle où le ferment est réparti dans le liquide tout 
entier. 



lOO ACADEMIE DES SCIENCES. 

Conclusion. — Il résulte do ces expériences que le mode de répartition 
du ferment a une importance très grande pour la loi d'action de ce ferment. 
La concentration des substances transformées par le ferment aura une 
influence sur la vitesse de digestion lorsque les ferments sont endocellu- 
laires et elle n'exercera presque pas d'influence sur cette vitesse pour des 
ferments répandus dans les liquides de l'organisme. 



MINÉRALOGIE. — Sur les solutions solides. 
Note de M. Fréd. Wai-lerant, présentée par M. de I^apparent. 

S'appuyant sur ce que les propriétés physiques des mélanges isomorphes, 
comme celles des solutions, varient d'une façon continue avec ta compo- 
sition, van't Hofl' émit l'opinion que les mélanges isomorphes pouvaient 
être considérés comme résultant de la dissolution de l'un des corps dans 
l'autre. Cette conception, qui permettait d'étendre à ces mélanges les ré- 
sultats fournis par l'étude des solutions, suscita de nombreuses discussions 
et l'on fit remarquer, en particulier, que ni la diffusion accompagnant la 
dissolution d'un corps, ni la cristallisation accompagnant la concentration 
en un point du corps dissous, n'avaient été constatées dans les mélanges 
isomorphes. Tout au plus pouvait-on citer la diffusion dans les métaux, 
dont l'opacité ne permet pas une étude assez approfondie, pour que l'on 
puisse en affirmer l'homogénéité. D'autre part, M. Bodlander a fait très 
justement observer que, dans les roches éruptives, bien des cristaux pré- 
sentent des zones concentriques, constituées par des mélanges isomorphes 
de composition différente, zones qui auraient dû disparaître si les cristaux 
avaient été le siège de diffusions. La question était donc encore entière. 
Or je suis à même de citer deux cas très nets, l'un de diffusion, l'autre de 
cristallisation en milieu solide. Si l'on mélange par fusion ignée de l'azo- 
tate de potassium et de l'azotate d'ammonium, dans des proportions pou- 
vant varier entre 80 et 93 pour 100 d'azotate d'ammonium, on obtient, au- 
dessus de io4", un conglomérat de deux espèces de cristaux, les uns 
isomorphes de l'azotate de potassium et renfermant 80 pour 100 d'azotate 
d'ammonium et les autres quadratiques renfermant gS pour 100 du même 
sel. A 104°, la préparation se trouble, les cristaux deviennent indiscer- 
nables et, à en juger par les ^ariations des teintes de polarisation, des mou- 
vements vermiculaires se produisent dans la masse. Puis, peu à peu, sans 
que l'on puisse préciser le début du phénomène, on voit apparaître des 



SÉANCE DU 8 JANVIER I906. lOI 

plages cristallines, qui s'individualisent progressivement et dont l'homogé- 
néité devient parfaite. Chacune de ces plages, qui appartiennent à des cris- 
taux monocliniques, s'est constituée aux dépens de plusieurs cristaux, les 
uns quadratiques, les autres orthorliombiques, et de compositions diflfé- 
rentes; il y a donc eu destriiclion de deux édifices cristallins, diffusion de 
la matière et reconstitution d'un nouvel édifice, dont la composition est in- 
termédiaire à celle des deux premiers. Je dois dire que, dans certains cas, 
l'homogénéité est parfaite, l'orientation o[)tique étant unique, dans d'autres 
l'extinction moirée et les variations dans les teintes de polarisation indi- 
quent que l'éilifice cristallin n'est pas parvenu à l'état parfait. 

Le phénomène inverse s'observe dans les cristauN. mixtes renfermant 2 d'azotate 
d'ammonium pour 1 d'azotate de caesium. Le mélange fondu par la chaleur donne en 
se consolidant des cristaux, cubiques ([ui, par refroidissement, se transforment en 
cristaux rhomboédriques, quasi-cubiijues, isoniorplies des crislauv de ca-sium. A leur 
tour ces derniers donnent naissance ])ar transforinalion lenle à un conglomérat de 
deux espèfces de cristaux, les uns quadratique-^, les autres rhomboédriques. Les pre- 
miers sont des cristaux mixtes des deux azotates, isomorphes de la modification qua- 
dratique de l'azotate d'ammonium, stable entre S?," et 125° (juand l'azotate est pur, 
mais qui devient stable à la température ordinaire dans les mélanges avec l'azotate de 
cœsium. Les seconds sont également des cristaux mixtes, isomoiphes de l'azotate 
de cœsium, mais de composition difTérenle de celle des cristaux rhomboédriques pri- 
mitifs. I.,e conglomérat présente une particularité intéressante : les cristaux qua- 
dratiques, sous forme de filaments, sont inclus dans les cristaux rhomboédriques 
et, comme leur orientation est déterminée relativement à ces derniers, il en lésulte 
qu'ils sont orientés parallèlement entre eux et que le conglomérat conslilue une 
véritable micropegmatite. 

Nous voyons donc se produire dans les mélanges isomorphes, comme 
dans les solutions, les deux phénomènes de la diffusion et de la cristal- 
lisation; mais il ne faut pas oublier que ces phénomènes se produisent 
au moment des transformations |)olymorphiques, c'est-à-dire au moment 
oîi disparaît la structure de l'édifice cristallin, structure qui précisément 
dislingue cet édifice d'une solution. On est donc en droit de se demander 
si ces faits ne viennent pas à l'encontre de l'opinion émise sur l'analogie 
des solutions et des cristaux mixtes, puisque c'est au moment où le carac- 
tère essentiel de ces derniers disparaît que l'on constate les caractères 
communs à l'état solide et à l'état liquide. 



C. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N° 2.) "i 



102 ACADEMIE DES SCIENCES. 



BOTANIQUE. — Sur les canaux sécréteurs du bois des Dipterocarpées. 
Noie de M. P. («uëriîî, présentée par M. Guignard. 

L'époque d'apparition des canaux sécréteurs dans le bois de la lige des 
Dipterocarpées et leur répartition durant les premières périodes de la végé- 
tation subissent, suivant les genres, souvent même d'une espèce à l'autre, 
des variations dont ne font pas mention les auteurs qui nous ont précédé 
sur le même sujet, et, en particulier, Van Tieghem (') et Solereder (-). 
Sans doute faut-il en chercher la cause dans le fait qu'ils n'ont eu à leur 
disposition que des échantillons trop jeunes ou des espèces en nombre 
trop restreint ('). En ce qui nous concerne, les recherches ont j)orté sur 
plus de soixante espèces (') ajîpartenant à treize genres différents : Diplero- 
carpus, Anisoptera, Dryobalanops, Doona, Hopea, Peutacme, Shorea, Isoplera, 
fhdanocarpus , Colylelohium, Valica, Pachynocarpus, Monoporandra. Toutes, 
mais à des degrés divers, se sont montrées pourvues de canaux sécréteurs 
dans le bois secondaire de leur tige. 

Considérée au moment où elle a atteint 2"", 5 environ de diamèlie (■■), la tige est 
riche en éléments sécréteurs chez les Dipterocarpus. Vatica, Cotylelobiuin, Pachy- 
nocarpus. certains Shorea (S. mollis, selanica, e.ciniia, scaherrima.cochincltineiisis. 
Maranli) et Hopea {H . mullijlora, Mengarawan). Au même état de développement, 
les Dryobalanops et plusieurs Shorea n'oflrent au contraire (ju'un très petit nombre 
de canaux et de très faible diamètre. 

Les canaux se montrent tantôt dispersés et sans ordre apparent à l'intérieur du 
corps ligneux (plusieurs Dipterocarpus, Anisoptera, Vatica, Pachynocarpus, Coly- 
lelohium), tantôt, au contraire, en cercles concentriques (*) plus ou moins complets, 



(M Ann. Se. nal.. -" série, t. I, i885, p. 65. 

(■-) Holzslructur, Munich, i8S5, p. 81. 

(') C'est en ne considérant qu'une seule espèce, le Shorea inhusia. (|ue Solereder a 
pu croire que les canaux du hois sont peu nombreux ciiez les Shorea. Nous-même 
avions émis primitivement même opinion en n'étudiant que le Shorea hypochra. 

(*) La plupart proviennent de Buitenzorg et sont dues à l'extrême obligeance de 
M. le D-- Treub. 

(') Les observalions ont presque toujours été faites sur des tiges d'un diamètre 
de 2™, 5 à 3'^'". 

C') Le nombre des cercles de canaux \arie souvent, dans le même genre, non seule- 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. Io3 

dont l'apparitioD, en rapporl avec celle de parencliyme, semble correspondre aussi à 
une période nouvelle de végétation {Doona. Hopea. Pentacme. Slwrea, hoptera, 
Balanocarptis). Parfois encore on les trouve répartis en très petit nombre sui- une 
portion de cercle {Dryobalanops). 

S'il est vrai que, chez certaines espèces, les canaux ne se montrent que 
tardivement, il est inexact de dire, comme l'ont fait certains auteurs, que 
ces éléments n'apparaissent que dans le vieux bois ou dans les tiges âgées. 
Dans certains Diplerocarpus (D. turbinât us, intricalus, hispidus, banca- 
nus, etc.), les canaux font en elTet leur apparition de très bonne heure 
dans le bois, on pourrait presque dire en même temps que les formations 
secondaires ('). Il en est de même chez certains Shorea {S. mollis en parti- 
culier) et chez les Vatica, où le V. Lamponga en possède déjà un très grand 
nombre, alors que la tige a atteint à peine 2™™ de diamètre. 

Chez les espèces où la région cambiale se prèle à une observation de ce genre {Ani- 
soptera marginata, Vatica moluccana, Shorea selanica, Cotylelobiiim Jlavuin. plus 
particulièrement), nous avons remarqué que les canaux du bois ofïrent un mode de 
développement absolument analogue à celui que nous avons signalé précédemment 
chez les Dipterocarpus (*). 

Chez presque tous les genres, d'ailleurs, il existe, à côté de canaux beaucoup plus 

ment d'une espèce à l'autre, mais aussi dans la même espèce, pour une tige d'un égal 
diamètre. 

Une tige de 2™, 5 de diamètre possède habituellement, chez les Doona. deux à trois 
cercles de canaux. 

Chez VHopea multijlora, on trouve les canaux répartis sur cinq à six cercles, alors 
que chez les H. Pierreiel H. oi-alifolia on n'en observe que quelques-uns en un cercle 
incomplet. 

Mêmes variations chez les Shorea. 

11 n'est d'ailleurs pas jusqu'à la présence elle-même de canaux sécréteurs qui ne soit 
sujette à variation et tel entre-noeud d'une tige s'en montre dépourvu, alors qu'on 
les rencontre dans l'entre-nœud voisin. On voit ainsi à quelles conclusions inexactes 
on pourrait aboutir si l'on ne faisait un nombre suffisant d'observations. 

(•) L'apparition plus ou moins hâtive de ces canaux ligneux est aussi très 
variable dans la même espèce, pour des échantillons d'une même provenance. Ainsi 
s'expliquerait peut-être la raison pour laquelle A. Bécheraz {Mittheil. der Va turf. 
Gesellsch. in Bern. iSgS, p. io3) et M. Stepowski ( Vergleichend. anatom. Unter.ui- 
chung. iiljer die oberirdischen Vegetationsorgane der Biuseraceœ. Dipterocarpeœ 
und Guttiferœ, etc. : Inaug. Disserl., Bern, igoS) n'en font pas mention dans la tigo 
de Vatica moluccana. Il est vrai que ce dernier auteur ne signale de canaux dans le 
bois chez aucune Diptérocarpée, pas même chez les Dipterocarpus. 

(-) Comptes rendus, t. CXL, p. 020. 



Io4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

dé^eloppés, de pelils canaux réduits encore à leur méat primitif et dont la forme 
rappelle suffisamment leur origine. Aussi semhle-t-il permis de concluie que, d'une 
façon générale chez les Diplérocarpées, les canaux sécréteurs du bois prennent nais- 
naissance dans le cambium, à la façon de ceux des Copaifera et des Daiiiellia étudiés 
par M. Guignard. 

Quel que soit, à l'origine, le diamètre du canal, il ne se modifie guère avec 
l'âge, siée n'est par disparition plus ou moins complète des cellides de 
bordure. Exceptionnellement dans nos échantillons (Balanocarpits banca- 
nus), mais le fait doit êlre plus fréquent daus les tiges plus âgées, nous 
avons rencontré des cavités plus volumineuses indiquant qu'il peut y avoir, 
à un moment donné, non seulement disparition des cellules de bordure, 
mais aussi résorption des tissus environnant le canal primitif. 

L'analogie signalée plus haut entre les Copaijera et Daniellia d'une 
part, les Diptérocarpées d'autre part, se poursuit jusque dans la façon 
même dont ces canaux effectuent leur course à l'intérieur du corps ligneux. 
En effet, la fusion de deux ou plusieurs canaux voisins, toujours évidente 
en section transversale chez tous les genres considérés, s'affirme d'une 
façon beaucoup plus apparente chez certaines espèces en section longitu- 
dinale et, à l'instar de ceux des Diplerocarpus, les canaux des SAorea, Va- 
tica, Hopea, Doona, Isoplera, confluent eu un réseau à mailles plus ou moins 
inégales, rappelant surtout celui des Daniellia. 



PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur la respiration de la fleur. Note de M. Maige, 
présentée par M. Gaston Bonnier. 

De Saussure est le premier ])liysiologiste qui ait étudié les variations de l'intensité 
respiratoire de la fleur au cours de son développement; les résultats de ses expériences 
sur les fleurs des Cticurbita Melo-Pepo, Hibiscus speciosus el PassiJIora seiratifolia 
sont actuellement devenus classiques et il est admis très généralement que c'est au 
moment de l'épanouissement que l'intensité respiratoire de la fleur est le plus grande. 
Plus tard Caliours, en i864, signala, sans indiquer les espèces sur lesquelles il opé- 
rait, que la fleur qui commence à se développer dégage plus de gaz carbonique et 
consomme plus d'oxygène que celle qui a atteint son complet développement et 
Curtel, en 1899, expérimentant sur les Iris sambiicina, Linaria vulgaris, Anémone 
Japonica, arriva à cette conclusion que les boutons de ces trois plantes respirent 
individuellement avec plus diniensité que les fleurs épanouies, bien que présentant un 
poids notablement moindre. 

Il y a une contradiction évidente entre les résultats obtenus par ces deux observa- 
teurs et ceux des expériences de de Saussure, 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. Io5 

J'ai repris l'éliulede la question, en opérant sur vingt Qspèces, appartenant 
aux familles les plus diverses, prises au hasard parmi les plantes qui fleu- 
rissaient pendant les mois d'août et septembre au laboratoire de Biologie 
végétale de Fontainebleau et pendant le mois de décembre à Alger. 

Je prélevais, pour chaque espèce, en général, quatre lots de fleurs à dif- 
férents stades de développement, que je pesais et introduisais successive- 
ment dans quatre éprouvettes, contenant un volume déterminé d'air atmo- 
sphérique normal et placées ensuite à l'obscurité. Au bout de quelques 
heures, je faisais successivement une prise de gaz dans chacune des éprou- 
vettes et j'en dosais le gaz carbonique à l'aide de l'apjjareil de Bonnier et 
Mangin. Au moyen de ces données, il était facile de déduire le volume de 
gaz carbonique dégagé en i heure dans chacun des quatre lots, soit par 
i^ de fleurs, soit par une fleur prise individuellement. 

Voici les résultats obtenus pour l'intensité respiratoire rapportée au 
gramme-heure. 

Sur les vingt espèces éliuliées, d\\-sepl{Verba.<iciim Tliapsus, Aloe arboresccns, etc.) 
ont présenté une intensité respiratoire décroissant régulièrement depuis le bouton très 
jeune jusqu'à la fleur fraîchement épanouie; pour une seule {Reseda lutea), l'intensité 
respiratoire est restée sensiblement constante et, pour deux autres enfin {Cticiirlnta 
maxima, Malraviscus mollis), l'intensité respiratoire est allée en croissant jusqu'à 
l'épanouissement. Il est à remarquer que ces deux espèces sont voisines de celles étu- 
diées par de Saussure (CticiiibiCa Melo-Pepo, Hibiscus speciosus) et que, par consé- 
quent, mes résultats concordent avec les siens sur ce point. 

Chez les dix-sept espèces où l'intensité respiratoire de la fleur va en diminuant au 
cours de son développement, la rapidité de celte décroissance peut être caractérisée 
par le rapport des intensités respiratoires respectives, des boutons cueillis au stade le 
plus jeune et des fleurs fraîchement épanouies. Ce rapport varie dans une même plante, 
dans une mesure assez grande avec la teneur en eau de la fleur; mais mes expériences 
ayant été faites pendant des périodes très pluvieuses, les fleurs sui- lesquelles j'ai expé- 
rimenté étaient, à ce point de vue, dans des conditions très comparables. 

Le rapport varie beaucoup d'une espèce à une autre; dans les conditions de mes 
expériences, il a été de 3,3 dans le Verbascuni Thapsus, 2,8 chez V Aloe arborescens, 
2,5 dans le Tecoma Capensis, 1,9 chez le Linaria vulgaiis, i,5 chez le Narcisstis 
Tazetta, 1,4 chez YHypericum perforatum, 1,16 dans le Hicinus conimiinis, 1,09 
dans VAchillea Millefolium. 

En considérant maintenant l'intensité respiratoire rapportée à la fleur prise indivi- 
duellement, j'ai trouvé que les vingt espèces étudiées, sans exception, présentaient une 
intensité respiratoire croissant régulièrement depuis les stades les plus jeunes jusqu'à 
l'épanouissement. 

Eu résumé, on peut formuler les conchisions suivantes : 

1° Chez- la plupart des plantes, l'intensité respiratoire (^rapportée au poids 



Io6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

frais et au gaz carbonique dégagé) va en décroissant, d'une manière régu- 
guliêre, depuis les stades les plus jeunes jusqu'à i épanouissement. 

2° Chez un très petit nombre d'espèces, l'intensité respiratoire va, au con- 
traire, en croissant, au cours du développement de la fleur, pour être le plus 
grande dans la fleur épanouie. Entre ces espèces et les précédentes on trouve 
tous les intermédiaires . 

3° La respiration de la fleur prise individuellement va toujours en croissant 
depuis les stades les plus jeunes jusqu'à l' épanouissement . 

On peut rapprocher la marche décroissante de l'intensité respiratoire 
(ra()portée an poids frais) de la fleur, an cours de son développement, de 
celle que présente la feuille. Les expériences de Garreau, Moissan, Bonnier 
et Mangin ont montré qu'à poids égal les feuilles jeunes des bourgeons en 
voie de développement respiraient avec plus d'intensité que les feuilles 
adultes; il n'est pas étonnant qu'il en soit de même chez les fleurs, qui ne 
sont que des groupes de feuilles adaptées à un rôle s[)écial. 



CHIMIE VÉGÉTALE. — Sur la composition des liquides qui circulent 
dans le végétal; variations de l'azote dans les feuilles. Noie de 
M. G. André. 

L'extraction directe, à l'aide d'une pression convenable, des liquides que 
renferme la plante permet d'étudier la nature et la forme même des élé- 
ments essentiels à la nutrition qui circulent dans ses tissus. On ne peut 
songer, même en employant une pression très énergique, à retirer d'un 
végétal tous les liquides que celui-ci contient, Connaissant la teneur totale 
de la plante ou des parties de la plante en eau, d'une part; la quantité de 
liquide retiré par expression et le poids de l'extrait sec, d'autre part, on 
peut calculer quelle est la quantité totale du liquide, chargé de matières en 
dissolution, qui est présente dans le végétal. Ceci suppose que la concen- 
tration des sucs est la même dans la partie du liquide extrait directement 
et dans celle qui demeure dans les débris végétaux. Cette supposition n'est 
pas absolument exacte, ainsi que je l'ai vérifié par des expressions succes- 
sives : l'erreur n'est cependant pas très forte et j'admettrai, comme pre- 
mière approximation, l'identité de composition des sucs extraits avec ceux 
qui demeurent dans le végétal. Les chiffres qui figurent plus loin se rap- 
portent à ce liquide total. 

En procédant ainsi que je viens de le dire, pour retirer les sucs d'une 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. IO7 

plante, on peut connaître, clans des conditions assez satisfaisantes, leur 
composition réelle à un moment donné, sans l'intervention d'aucun réactif: 
il suffit de filtrer, au bout de 2.4 heures de repos, le liquide conservé dans 
un vase fermé, en présence de quelques i^outles de toluène. J'examinerai 
aujourd'hui les différences de composition que présentent les sucs extraits : 
1" des feuilles d'une plante annuelle à végétation rapide : Papaver somni- 
ferum; 2° des feuilles d'une plante à souche vivace ; Pyrethrum balsamita, 
depuis le début de la végétation, jusqu'au moment de la floraison, c'est- 
à-dire pendant toute la période de la vie active de la feuille. 



mu parties de nialière Suc îles 

sèclic contieiiiieiil : rcuillcs l'Imsiiliore 

.M -^. — — ^ — -- corres- Azole tulal Azolc UMal calculé 

Eau dans Pliospliore pondanl à organitiue. des nitrates, en PO* II*. 

iijo parties total i-»' parties ^ — ^.,^— ^ 

do matière Azole calculé dcniatiére contenu dans le suc des feuilles corrcs- 

LUDiide. total. en POMI'. sèche. pondant a ino parties de matière si^clie. 



I. 3 mai igoS 89,63 3,83 3,01 90G 0,941') 0,1082 » 

II. 17 mai 89,44 3,37 1,81 8S7 0,8710 0,0827 1,1238 



—, ^ ( m. 6 juin. Appitrilion de quelques liges porUtU des 



(T — » 1 

flj o I 

~ > < 



^ . boutons floraux 88,01 3,o5 1,47 7O6 0,4948 o,o285 0,8702 

^ "■ ' IV. 3o juin. Apparition des fleurs 86,32 2,53 i,'|6 667 0,4548 0,0447 0,9X38 

i4 juin. Avant apparition des boulons flo- 
raux S9,,ss 3,93 2,61 gSi 1,4895 0,5491 i,Si,52 

II. 28 juin. Formation des boulons floraux 86,9-1 0,82 2,48 716 i,386o o,o636 1,8930 

III. 10 juillet. Floraison 84,i.j 3,24 2,26 ^-^r-, i,i465 0,0986 i,i3i.') 

Tous les dosages de l'acide phosphoriqtie ont été effectués par la pesée 
du phosphomolvbdate d'ammonium (méthode au citrate de H. Pellet). On 
peut ainsi apprécier avec une grande précision de très faibles quantités 
d'acide phosphorique contenues dans certains hquides. 

La comparaison des nombres inscrits dans le Tableau précédent conduit 
à formuler les remarques suivantes : 

I. A mesure que les feuilles se déshydratent par suite des progrès de la 
végétation, la quantité d'azote total contenu dans 100 parties de suc diminue 
chez les feuilles de Pyrèthre : elle est égale à 0^,1 o3 et 0^,098 aux deux 
premières prises d'échantillon; elle s'abaisse à 0^,064 et 0^,068 aux deux 
prises suivantes. La quantité d'acide phosphorique total augmente au con- 
traire. Chez les feuilles de Pavot, dont la déshydratation est cependant 
plus rapide que celle des feuilles de Pyrèthre, la quantité de l'azote total 
contenu dans 100 parties de suc est égale successivement à 0^,159, o''',i9.^, 
oe,i99, tandis que la proportion de l'acide phosphorique total est maxima 
à la deuxième prise d'échantillon, à laquelle correspond la formation des 
boutons floraux. La concentration des .sucs en azote et acide phosphorique 



Io8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

solubles est notablement plus élevée chez les feuilles de la plante annuelle, 
à végétation rapide, que chez celles de la plante vivace. 

II. Si l'on prend le rapport entre l'azole total du suc correspondant à 
loo parties de matière sèche et l'azote total contenu dans loo parties de 
matière sèche, on trouve que ce rapport, égal à -f^ environ aux deux pre- 
mières prises d'échantillon des feuilles de Pyrèthre, s'abaisse à 7^ aux deux 
dernières prises. Chez les feuilles de Pavot, ce rapport, notablement plus 
élevé, est à peu près constant et égal à f^. Par suite de l'évolution rapide 
de cette dernière plante, des quantités considérables d'azote soluble, éla- 
borées dans la feuille, sont mises en circulation, afin de pourvoir aux 
besoins de la fructification. 

L'élaboration de la matière azotée dans la feuille aux dépens des nitrates 
trouve, dans les chiffres du Tableau, une démonstration très nette, surtout 
dans le cas des feuilles de Pavot, et sur laquelle il est superflu d'insister. 
On notera seulement que la disparition des nitrates chez ces dernières 
feuilles est beaucoup plus rapide que chez les feuilles de Pyrèthre. 

Les faits qui précèdent traduisent, en ce qui concerne l'azole, la diffé- 
rence qui existe entre le travail physiologique des feuilles d'une plante à 
souche vivace et celui des feuilles d'une plante annuelle, remarquable par 
la rapidité de son évolution. L'examen des variations simultanées de l'acide 
phosphorique et de l'azote conduit à des constatations analogues. 



CHIMIE VÉGÉTALE. — Sur l'hordènine : alcaloïde nouveau retiré des germes, 
dits touraillons, de l'orge. Note de M. E. Léger, présentée par M. Gui- 
gnard . 

Par la méthode de Stas j'ai pu extraire des touraillons d'orge un alca- 
loïde nouveau que je propose de nommer hordénine. 

En pratiquant la méthode sus-indiquée, l'alcaloïde est obtenu en solution 
élhérée; celle-ci, évaporée à sec, abandonne la base sous forme d'une 
matière poisseuse qui ne larde pas à se prendre en une masse de cristaux. 
Le produit est purifié par des cristallisations répétées dans l'alcool. 

Ainsi obtenue, l'hordènine forme des prismes assez volumineux, inco- 
lores, anhydres, presque insipides, fusibles à +117°, 8 (corrigé) en un 
liquide incolore. Maintenue pendant longtemps à cette température ou 
mieux à i4o-i5o°, elle se volatilise et peut, sans altération sensible, être 
sublimée à la façon du camphre. Sa solution alcoolique est sans action sur 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 109 

la lumière polarisée; il en est de même de la solution aqueuse du sulfate. 

M. Wyrouboff, qui a bien voulu examiner les cristaux d'hordénine, a 
constaté que ce sont des prismes orthorhombiques plus ou moins allongés, 
très fortement biréfringents ; le rapport des axes étant 0,5237 : i : o,3d5i. 

L'hordénine se dissout abondamment dans l'alcool, le chloroforme, 
l'éther, moins dans le benzène, et peut cristalliser de ces divers solvants. 
Elle se dissout à peine dans le toluène et encore moins dans le xylène com- 
mercial. Sa solubilité dans les carbures du pétrole est à peu près nulle à 

froid. 

L'hordénine est une base forte, qui non seulement bleuit le tournesol 
rouge, mais encore rougit la phtaléine du phénol et déplace, à froid, l'am- 
moniaque de ses sels. L'acide sulfurique concentré ne la colore pas. Elle 
est à peine attaquée par la potasse en solution concentrée et à chaud, ni 
même par la potasse en fusion. Par contre elle réduit, à froid, le perman- 
ganate de potassium en solution acide el, à chaud, l'azotate d'argent am- 
moniacal ainsi que l'acide iodique, ce dernier avec précipitation d'iode. 

La composition de l'hordénine, ainsi que son poids moléculaire, corres- 
pondent à la formule (') C'^H^NO. Elle est donc isomérique avec l'éphé- 
drine; mais, tandis que celle-ci est une base secondaire, l'hordénine, ainsi 
que nous le verrons plus loin, est une base tertiaire. C'est, de plus, une 
base monoacide, ne formant, par conséquent, qu'une seule série de sels. 
Ceux que j'ai préparés sont, en général, très solubles dans l'eau; mais 
tous, à l'exception du chlorhydrate, cristallisent facilement en solution 
aqueuse. 

Sels. — Le sulfate (G'"H'=N0)^S0*H2+ hsq cristallise en aiguilles prismatiques 
brillantes, facilement solubles dans l'eau, très peu solubles dans l'alcool à 90°. 

Le chlorhydrale G'"'H'^rs'0, HCl cristallise dans l'alcool à 90° en fines aiguilles 
anhydres. 

he bro/n/ifdraCe C"'H'^NO,HBr forme de très longues aiguilles prismatiques, 
brillantes, anhydres, très solubles dans l'eau, moins solubles dans l'alcool à 90". 

Viodhjdrate C'^H'^NO,!!! cristallise en prismes allongés, anhydres, un peu moins 
solubles dans l'eau que le bromhydrale, peu solubles dans l'alcool à 90°. 

Dérivé alcoylé. — Vcodomcthylate C'<'H'-'NO,CHn s'obtient: soit en chauffant 
à 110°, en tube scellé, la base avec CH^I; soit en abandonnant, à froid, une soluUon 
éthérée ou alcoolique de base additionnée de ClPl. Dans tous les cas, même avec un 
grand excès de CH^I, le produit obtenu est le même. L'hordénine ne pouvant fixer 
qu'une seule molécule de CHn est donc bien une base tertiaire. L'iodométhylate cris. 



(') Les analyses seront publiées ailleurs. 

C. B., 1906, I" Semestre. (T. C\UI, N» 2.) ' 



IIO ACADÉMIE DES SCIENCES. 

tallisé dans l'eau en prismes incolores, anhydres, beaucouj) plus solubles à chaud qu'à 
froid. 

Dérivé acidylé. — h'acétylhordénine s'obtient en chauflFant pendant 3 à 4 heures, 
à loo", la base avec un excès d'anhydride acétique. Après décomposition de l'excès 
d'anhvdride au moyen de l'eau, on met le dérivé acétylé en liberté par NH^ et l'on 
extrait à l'élher. L'acétylhordénine reste, après évaporation de l'éther, sous la forme 
d'un liquide sirupeux, incristallisable. C'est un corps basique, dont le sulfate, très 
soluble dans l'eau et l'alcool, ne cristallise pas. L'iodhvdrate, au contraire, est très peu 
soluble, à froid, et cristallise avec facilité. 

L'iodhydrate d'acétylkordénine C^'>W-{C'H'0)î'iO,Hl s'oblienl en ajoutant à la 
solution aqueuse concentrée du sulfate d'acétvlhordénine une quantité équivalente de 
Nal en solution concentrée. Il se forme un abondant précipité cristallin qui, après 
lavage et dessiccation, est cristallisé successivement dan> l'alcool à go" et dans l'eau. 11 
forme ainsi des cristaux tabulaires, blanc jaunâtre, anhydres, très solubles dans l'alcool, 
surtout à chaud. 

Nous avons tenté des expériences en vue de rechercher la constitution 
de l'hordénine. Dès maintenant, il est établi que son atome d'azote est ter- 
tiaire et que son atome d'oxygène existe dans la molécule h l'état d'oxhy- 
drile. L'hordénine présente, en outre, un caractère phénolique très accen- 
tué; elle se dissout dans les alcalis caustiques et ceux-ci ne précipitent pas 
les solutions de ses sels; la solution de son sulfate se colore faiblement en 
violet bleu par le perchlorure de fer. 

A la suite d'une observation faite par M. G. Roux, de Lyon, qui reconnut 
que le bacille du choléra est incapable de se développer dans le bouillon 
de touraillons, MM. Lauth, de Carcassonne, provoquèrent des expériences 
ayant pour but de rechercher la valeur thérapeutique de ce produit. 

Les essais cliniques qui suivront les recherches physiologiques faites par 
M. L. Camus sur l'hordénine (') établiront si cet alcaloïde agit sur l'orga- 
nisme dans le même sens que le touraillon et s'il ne doit pas lui être avan- 
tageu.sement substitué. 



PHYSIOLOGIE. — L'hordénine, son degré de toxicité, symptômes 
de l'intoxication. Note de M. L. Camus, présentée par M. Guignard. 

J'ai entrepris à la demande de M. Léger l'étude physiologique d'un alca- 
loïde nouveau, Vhordénine (-), qu'il vient d'isoler des touraillons d'orge. 

(') Voir ci-dessous. 

(*) Voir ci-dessus, p. io8. 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. III 

Le produit qui m'a été confié est le sulfate d'horiléiiine ; c'est un corps bien 
blanc, (l'aspect cristallin et d'une grande solubilité dans l'eau. 

Avant d'entreprendre cette recherche je me suis demandé si les propriétés de cette 
substance n'avaient pas été au moins partiellement entrevues par les expérimentateurs 
qui ont étudié l'orge. Or, voici ce que l'on sait jusqu'ici des propriétés thérapeutiques 
de l'orge (relativement à l'hordénine), et c'est je crois la connaissance de ces propriétés 
qui a conduit M. E. Léger à sa découverte. 

En 1890, M. G. Roux(') faisait connaître, dans un travail sur les touraillons d'orge, 
que ce produit employé comme milieu de culture est parfois très nuisible au dévelop- 
pement de certains microbes et en particulier des vibrions cholériques. Cette remarque 
fut suivie d'un certain nombre d'applications médicales. 

Plusieurs médecins du midi de la France essayèrent les infusions et macérations de 
touraillon dans la dysenterie et les alTections cholériformes ; les résultats furent encou- 
rageants et quelques médecins des colonies, qui firent ensuite usage de ce produit, 
obtinrent aussi pour la plupart d'excellents résultats. Le Conseil supérieur de santé 
des colonies, appelé à donner son appréciation, lit toutefois quelques réserves; il recon- 
nut que les touraillons rendent des services, mnis qu'ils ne sont pas à la hauteur des 
préparations d'ipéca et de sulfate de soude qui restent les véritables spécifiques de la 
dysenterie. La restriction dans cette appréciation tenait à quelques insuccès qui furent 
expliqués par G. Roux, par Fabre ainsi que par les travaux de Kayser (-) qui mon- 
trèrent que, suivant le mode de préparation, le touraillon subit des altérations plus ou 
moins considérables. Le séchage dans les tourailles ordinaires fait perdre à l'orge ses 
propriétés bactéricides, alors que le séchage dans la touraille Laulh laisse subsister 
ces propriétés et, par conséquent, les qualités thérapeutiques. L'alcaloïde isolé par 
M. Léger, très volatil aux températures qui modifient le touraillon, a justement été 
extrait des produits reconnus actifs. 

Depuis 1901, époque à laquelle Boinet(') publiait le résumé des tentatives théra- 
peutiques faites jusqu'alors avec le touraillon, ainsi que le résultat de ses recherches 
personnelles, conformeij d'ailleurs à celui du Conseil supérieur de santé des colonies, 
il n'a pas été fait de travaux importants sur la question. 

Nous nous trouvons donc aujourd'hui en face du problème suivant ; quelles sont les 
propriétés physiologiques de l'alcaloïde extrait des touraillons et dan^ quelles limites 
peut-on en essayer l'action thérapeutique? L'étude que je poursuis donnera à brève 
échéance la réponse à ces questions; pour l'instant je me bornerai à faire connaître les 
propriétés toxiques et le degré de toxicité de la substance. 

J'ai étudié la toxicité en pratiquant des injections intra-veineuses, des 



(') G. iioux, Société médicale de Lyon (Lyon médical, t. XLIV, 1890, p. 476-478). 
(^) Kayser, Étude des mails de brasserie [Annales de l'Inslittit Pasteur, 1890, 

p. 484-499)- 

(*) BoiNKT, Du touraillon d'orge en tliérapeutiqiie {Marseille médical, 

t,XXXVIiI, i5 novembre 1901, p. 673-681). 



1,2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

injections sous-culanées et en faisant ingérer des solutions de sulfate d'hor- 
(lénine; les solutions employées ont toujours été des solutions aqueuses, 
tantôt à I pour loo, tantôt à i pour 20 et quelquefois à i pour 4o. Les 
animaux expérimentés ont été le cobaye, le lapin, le chien et le rat. Chez 
le cobaye, le lapin et le chien j'ai étudié l'effet toxique des injections intra- 
veineuses et chez le cobaye et le rat celui des injections sous-culanées; 
enfin, chez le chien, j'ai étudié l'effet de l'ingestion. 

D'une façon générale la toxicité du sulfate d'hordénine est faible, la dose 
minima mortelle pour le chien et le cobaye est de o8,3o par kilogramme 
en injection intra-veineuse; elle est un peu plus faible pour le lapin, o^.aS 
seulement. En injection sous-cutanée chez le cobaye la dose mortelle mi- 
nima par kilogramme est de 2^; chez le rat elle semble un peu plus faible, 
lE environ, mais les rats sur lesquels j'ai expérimenté étaient assez jeunes 
et leur faible poids ne me permet pas de donner cette dernière valeur 
comme très précise. Enfin le chien meurt après l'ingestion de 1^ par kilo- 
gramme. Tous ces chiffres sont le résultat de plus de 60 expériences que 
je rapporterai ailleurs en détail. 

L'intoxication s'accompagne principalement de manifestations ner- 
veuses; les symptômes observés sont surtout caractéristiques d'actions 
corticales et bulbaires. C'est d'abord une excitation plus ou moins forte 
suivie d'une phase de paralysie; les hallucinations tiennent une place impor- 
tante dans la première phase. Ce sont ensuite des phénomènes convulsifs 
qui se traduisent par une série d'attaques cloniques et toniques plus ou 
moins marquées suivant l'espèce animale; enfin apparaît la paralysie. Les 
réactions bulbaires sont aussi très précoces, elles se montrent dès le début 
de l'intoxication sous forme de troubles respiratoires, on constate toujours 
une polypnée plus ou moins dyspnéique, suivie d'une phase plus ou moins 
prolongée d'apnée. Les vomissements sont également constants après 
l'ingestion d'une dose mortelle. La mort est la conséquence il'une action 
de la substance sur le bulbe, elle est due à un arrêt de la respiration; si 
l'on ouvre le thorax d'un animal qui a cessé de réagir, on constate que 
le cœur continue à battre encore pendant quelque temps. La respiration 
artificielle retarde ou empêche la mort. Il importe aussi de remarquer que 
la phase de l'intoxication pendant laquelle la mort peut survenir est tou- 
jours très courte; si l'animal surmonte cette phase, il se remet vite et com- 
plètement sans présenter de troubles consécutifs. A la suite d'une injection 
intraveineuse, je n'ai jamais vu la mort survenir passé une dizaine de 
minutes et après 45 minutes pour une injection sous-cutanée. Dans quelques 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. u3 

expériences je me suis préoccupé du sort de la substance dans l'économie 
et, d'après quelques analyses pratiquées par M. Léger, je puis dire qu'une 
partie de celte substance s'élimine par les urines. 

En résumé, le sulfate d'honlénine est une substance peu toxique; elle 
donne lieu, quand elle est injectée ou ins^érée à forte dose, à des manifesta- 
tions d'origine corticale et bulbaire. Quand la mort se produit, elle est 
déterminée par un arrêt de la respiration. Si l'animal survit après avoir été 
fortement intoxiqué, il se remet complètement et très rapidement; dans les 
jours qui suivent, son poids n'est pas sensiblement modifié. 

ZOOLOGIE. — Sur les Échinodermes recueillis par l'expédition antarctique 
française du D' Charcot. Note de M. R. Kœiiler, présentée par M. Alfred 
Giard. 

M. le professeur Joubin a bien voulu me confier l'étude des Stellérides, 
Ophiures et Échinides recueillis dans l'océan Antarctique par l'expédition 
du D"" Charcot. La collection qui m'a été remise n'est pas très considé- 
rable, mais elle renferme des formes ayant un grand intérêt, notamment 
parmi les Astéries qui m'ont offert non seulement plusieurs espèces nou- 
velles, mais encore un genre nouveau et même une famille nouvelle. Les 
Ophiures, assez pauvrement représentées, ont fourni une espèce nouvelle. 
Quant aux Érhinides, ils appartiennent à trois espèces déjà connues. 

Voici l'énumération des espèces recueillies : 

Stellérides. 

AitcliASTÉRiDÉES : Ripostcr Charcoti nov. gen., nov. sp. 

Odo/itaster validas nov. sp. 

Odontaster tennis nov. sp. 
GYM>AsrÉRli)ÉES : Porania aiUarctica Smilli. 
Stichastéruiées : Granaslcr biseriatus nov. sp. 
AsTÉRiADÉEs : Aiiaslerias tenera nov. sp. 

Diplaslerias Turqueti nov. sp. 
Diplasterias papillosa nov. sp 
Brisin(;u)ées : Lnhidiaster radiosiis Liitken. 
Cryastéridées nov. fam. : Cryaster antarcticiis nov. gen., nov. sp. 

Opliiiircs. 

Ophioglypha innoxia nov. sp. 
Ophionoliis ]'ictoriœ BeU. 



Il4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



Êchinides. 



Arbacia Diifiesnii (Blainville). 
Echinas magellanicus (Philippi). 
Echinus margarilaceus (Lamarck). 

La seule inspeclion de cette liste montre que la faune échinologique 
observée par l'expédition Charcotest notablement différente de celle qu'ont 
rencontrée d'autres explorateurs antarctiques, celles de la Belgica et de la 
Southern-Cross, par exemple. 

Parmi les Astéries, deux formes seulement appartiennent à des espèces 
déjà connues et d'ailleurs abondamment répandues vers la pointe méri- 
dionale de l'Amérique du Sud : ce sont les Poraniaantarctica el Labidiaster 
radiosus. Les huit autres sont nouvelles et appartiennent pour la plupart à 
des genres bien représentés dans les mers australes : Odontaster, Granaster, 
Anasterias et Diplasterias . J'ai dû créer le genre nouveau Ripasler pour une 
Archasléridée caractérisée par la minceur des plaques marginales. Enfin, 
une dernière forme, remarquable par l'absence complète de squelette 
dorsal, ne peut rentrer dans aucune famille connue de Cryptozonia et doit 
faire le type d'une famille nouvelle, celle des Cryastéridées, voisine des 
Echinastéridées. 

Les Ophiures renferment une Ophioglypha nouvelle voisine de i'O. Sarsi 
et plusieurs exemplaires d'Ophionotus Vicloriœ, espèce découverte récem- 
ment dans les mers australes par la Southern-Cross et remarquable par le 
morcellement des |)laques brachiales latérales. 

Les trois Echinides, que j'ai mentionnés plus haut, ont déjà été rencon- 
trés plus on moins fréquemment sur les côtes île la Patagonie et dans les 
parages du cap Horn. \JEchinus margarilaceus est représenté par de nom- 
breux échantillons qui m'ont permis de compléter la description et de 
rectifier la synonymie de cette espèce. 

Toutes ces formes seront décrites et figurées dans un Mémoire accom- 
pagné de planches. 

La composition de la faune échinologique antarctique observée par l'ex- 
pédition Charcot est complètement différente de celle que l'on rencontre 
dans les mers arctiques et son étude viendrait encore, si cela était néces- 
saire, apporter un nouvel argument contre la théorie de la bipolarité des 
faunes arctique et antarctique. Cette théorie a déjà été combattue par 
plusieurs zoologistes et par moi-même : plus les observations se multi- 



SÉANCE DU 8 JANVIER jgoô. Il5 

plient, plus les différences se montrent nombreuses et accentuées entre les 
faunes des régions arctique et antarctique de notre globe. 



PHYSIQUE DU GLOBE. — Sur la valeur des éléments magnétiques à l'Obser- 
vatoire du Val- Joyeux au i" janvier igo6. Note de M. Th. Moureaux, 
présentée par M. Mascart. 

Aucune modification n'a été apportée, en igo5, à la marche du service 
magnétique établi depuis 1902 à l'Observatoire du Val-Joyeux; comme les 
années précédentes, les observations ont été faites par M. J. Ilié, avec les 
mêmes apjîareils, et réduites d'après les mêmes méthodes. 

Les valeurs des différents éléments au i*'' janvier 1906 résultent de la 
moyenne des valeurs horaires relevées au magnétographe le 3i décembre 
1905 et le i"""^ janvier 1906, rapportées à des mesures absolues faites le 
3o décembre et le 2 janvier. 

La variation séculaire est déduite de la comparaison entre les valeurs 
actuelles et celles qui ont été données pour le i*"' janvier 1900 ('). 

Valeurs absolues et variation séculaire des éléments magnétiques 
à l'Obser\,'aloire du Val-Joyeux. 

Valeui's absolues 

iui Variation 

Eléments. l*-"^ jiunier- IIJUG. séculaire. 

Déclinaison occidentale i4.53,73 — 3,96 

Inclinaison 64.';8,S ^2,3 

Composante lioiizontale 0,19-39 -)-o,oooo5 

Composante verticale o, iiQJi — 0,00064 

Composante Nord 0,19066 -i-o,oooii 

Composante Ouest 0,00071 — 0,00021 

Force totale o, 46359 — o,ooo55 

La station du Val-Joyeux est située à Viliepreux (Seine-et-Oise), par 
o°i9'23" de longitude Ouesl, el [^^° l\i:^' 16" de latitude. 



(') Comptes rendus, t. CXL, igoà, p. 10- 



Il6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



OCÉANOGRAPHIE. — Courants marins profonds dans V Atlantique Nord. 
Note de M. A. Chevalliek. 

Pendant la campagne faite par S. A. S. le prince de Monaco, à bord de 
la Princesse- Alice, en 1904, des échantillons d'eaux en série verticale, avec 
détermination de leur température in situ, ont été recueillis en quatre 
points situés entre les Açores et les Canaries. 

Lat. N. f^oag. W. Profoodeur. 

o / o / m 

X 33 . 06 a5 . 07 4904 

g 31.46 25. 01 5423 

Q 32.18 23.58 5422 

D 3i.o6 24.o6.3o" 5ooo 

Les analyses de ces échantillons, et en particulier la mesure des densités 
S° et s", ont été exécutées par M. Alleniandet, chimiste du Prince à 

Monaco. 

Ces données m'ont servi à établir les éléments de la circulation sous- 
marine, d'après la méthode de M. Jhoaiei. (Comptes rendus, t. CXXXVIII, 

p. 527;. 

J'ai trouvé les résultats suivants entre 25'" et Soo"" de profondeur, 
rapportés aux points M (lat. = Sa^aS' N , long. = 24°4i' W) et N 
/jjj^ _ 3io/|3']\j^ long. = 24^22' W), centres respectifs des triangles ABC 
et BCD. Les valeurs formant un Tableau complet de la circulation océa- 
nique ont été ensuite calculées et représentées graphiquement jusqu'au 

fond. 

M. N. ___^^ 

Profondeur. Dirention. Iiiltiisité. Inclinaison. Diicclion. lulensité. Inclinaison. 

25°" S. 32° E. 66 58" S. 3o° E. 61 23" 

5o S. SôoE. 175 36" S. eS-E. 87 34" 

,00 S. 43° E. 14 » S. 32-E. 3o » 

i3o S. 32° W. i5 » » » » 

i5o S. 55" W. 19 » S. 16° W. 3i 

175 S. 32° E. 4 » " " " 

200 N.42°E. 20 » S. 35° E. 102 3' 23" 



3oo N.28"E. 9 



u 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. wj 

Les courants dont l'intensité est représentée par un chifTre égal ou inférieur à 5 ré- 
sultent de différences de densité, entre les trois points considérés, égales aux erreurs 
■expérimentales commises dans la mesure de ces densités; ils peuvent donc être consi- 
dérés comme nuls. 

Ces résultats sont susceptibles d'être mis sous forme de graphiques permettant 
■d'apercevoir d'un seul coup d'oeil les conditions de la circulation à une profondeur 
quelconque, depuis la surface jusqu'au fond, le long des verticales des points M et N. 

Sur une droite verticale et aux diverses profondeurs, indiquées à l'échelle, où ont 
lieu les variations maxima des courants, on imagine que le courant est figuré en 
vraie direction par une droite de longueur proportionnelle à son intensité ou gradient 
sur un plan perpendiculaire à la verticale, c'est-à-dire horizontal, orienté : l'Est à 
droite, l'Ouest à gauche, le Nord et le Sud en face du spectateur. On rabat ensuite 
tous ces plans le long de la verticale, de manière que leur nouvelle orientation soit 
absolument celle d'une carte géographique. 

Une construction graphique très simple permet d'abréger considérablement, tout 
en conservant la même rigueur, les calculs trigonométriques de la méthode de 
M. Thoulel. 

L'examen des deux schémas montre que : 

1° La circulation océanique esl notablement plus active au voisinage de 
la surface que dans les profondeurs où elle diminue d'intensité jusqu'à 
devenir sensiblement nulle; 

2° Les courants, suivant une même verticale, quoique souvent très rap- 
prochés l'un de l'autre, peuvent manifester des directions notablement 
différentes; 

3° Dans la région comprise entre les Açores et les Canaries, les cou- 
rants superficiels donnent une direction qui est bien celle connue prati- 
quement à cette place du grand courant tropical et équatorial. 

Cette concordance prouve l'exactitude de la méthode de M. l'houlet. 
Elle permettra dans l'avenir, lorsqu'un nombre suffisant de points auront 
été déterminés, de reconnaître le plan limite inférieur d'un courant, c'est- 
à-dire en quelque sorte le sol liquide sur lequel il progresse et, en outre, 
de passer de la connaissance de l'intensité d'un courant évalué en gradient, 
à son intensité évaluée en mètres, c'est-à-dire à sa vitesse réelle. 



M. A. Lefranc a déposé à l'Académie, le 1 5 juillet 1902, un pli cacheté. 
Sur la demande de l'auteur, ce pli a été ouvert à la séance du 23 oc- 
tobre 1905 et renvoyé à l'examen de MM. Mascart et Cailletet. 

M. Lefranc décrit, dans sa Note, un dispositif qui permet de faire fonc- 

C. B., 1906, I" Semestre. (T. CXLU, N° 2.) ' *i 



11i8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

lionner un gouvernail à distance au moyen d'une roue à contacts alterna- 
tifs, commandée par des ondes hertziennes. 



M. Alfred Iîisust adresse une Note sur un Nom'el appareil destiné à dé- 
montrer la rotation de la Terre. 



[ja séance est levée à 3 heures trois quarts. 

G. D. 



BUM.ETIN BIBMOGKAPHKjlTE. 



Ouvrages reçus dans la séance du 26 décembre igoS. 

Institut de France. Obsenxiloire d' Abbadia. — Observations ;'ïomQ\\\ : Observa- 
tions faites au cercle méridien en 1902 et igoS, par MM. Verschaffel, Laeiourcade, 
SouGARRET, Bergara et SoKREGUiETA, publiées par M. l'Abbé Verschaffel, Directeur de 
l'Observatoire. Ascain, imprimerie de l'Observatoire d'Abbadia, 1900; i vol. in-4''. 

Ministère des Travaux publics. Carte géologique de la France, à l'échelle du 
millionième, exécutée en utilisant les documents publiés par le Service de la Carte géo- 
logique détaillée de la France, sous la direction de M. Michel Lévy, Membre de l'Ins- 
titut. Paris, 1905 ; i feuille, sur toile, in-plano. (Présenté par M. Michel Lévy.) 

Mission scientifique permanente d'Exploration en Indo-Chine. Décades zoologiques : 
Oiseaux; n° 3. Hanoï, igoS ; i fasc. in-8''.( Exemplaire n" 16. ) (Présenté par M.Delage. ) 
. Service géographique de l'Armée. Rapport sur les travaux exécutés en 1904. Paris, 
igoS ; I fasc. in-8°. 

Cours de Chimie organique, par Armand Gautier, Membre de l'Institut, et Marcel 
Delépine ; 3= édition, mise au courant des travaux, les plus récents. Paris, Masson et G'", 
1906. I vol. in-S". (Hommage des auteurs.) 

L'année biologique. Comptes rendus annuels des travaux, de Biologie générale, 
publiés sous la direction de M. Yves Delage, Membre de l'Institut; 8° année, igoS,. 
Paris, H. Le Soudier, igoS; i vol. in-S". (Hommage de M. Delage.) 

Résultat des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht par Albert 1", 
Prince souverain de Monaco, publiées sous la direction et avec le concours de M. Jules 
Richard. Fascicule XXXI : Description des encéphales de Grampus griseus Cuv., de 
Sténo frontatus Cuv., ef c?e Globicephalus mêlas Traill, provenant des campagnes 
de la « Princesse-Alice «>, parAuGUSTE Pettit; avec 4 planches. Imprimerie de Monaco, 
igoS; I fasc. in-4°. 

Les Rudistes urgoniens, deuxième Partie, par V. Paquier; planches VII-XIII. 



SÉANCE DU 8 JANVIER 1906. 1 19» 

{mémoires de la Société géologique de France : Paléontologie; Tome XIII, fasc. 4-.) 
Paris, igoS ; i fasc. in-4°. 

L'Inversion photographii/ue, par A. Guébhard. (Extrait de la Revue des Sciences- 
photographi/jnes, 1904-1905.) Paris; i fasc. in-4°. 

OuVRAliKS REÇUS OANS LA SÉA!V<:K DU 2 JANVIER IQOÔ. 

Travaux du Laboratoire de Géologie de la Faculté des Sciences de l'Université 
de Grenoble, 1904-1905]; t. VII, fasc. 2. Grenoble, igoS; i vol. in-S". 

Mémoires de l'Académ.ie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse , 
2» série, t. V. Toulouse, igoS; i vol. in-S". 

Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, 2" série,. 
t. XXXII, années igoS et tgo6, 2" fascicule. Le Mans, igo5; i vol. in-8°, 

Teoria délie transformazioni délie superficie applicabili sulle q uadriche rotonde ; 
Memoria del socio Luigi Biancui. Rome, igo5; i fasc. in-4". (Hommage de l'auteur.) 

Méthodes de calcul graphique en usage à V Observatoire royal de Lisbonne, par 
Fredkrico OoM. Lisbonne, igo5; i fasc. in-8°. 

Algunas consideraciones sobre las corrienteselectricas, por Ignacio Virgen. Golima,. 
1905 ; I fasc. in-i2. 

De l' enseignement de la Géologie et de la Géographie industrielles aux ingénieurs- 
et aux agents coloniaux, par J.-M. Bel. Bruxelles, 1905 ; i fasc. in-8°. (Hommage 
de l'auteur. ) 

Origin of petroleum and coal, by a Californie oil-vell driller. Wliittier, igoô ;; 
1 fasc. in-i2. 

/Votes on the life history of british floivering plants, by Lord âvebury. Londres, 
iQoS; I vol. in-8°. (Hommage de l'auteur. ) 

Remarques sur l'ornithologie de l'Etat indépendant du Congo, suivies d'' une liste- 
des espèces recueillies jusqu'ici dans cet Etat, par le D'' Alph. Dubois; t. I, fasc. 1.. 
{Annales du Musée du Congo : Zoologie; série IV.) Bruxelles, igoS ; i fasc. in-f". 

The dietetics, by E.-J. David. San-Francisco, igoS; i fasc. in-8°. 

Das Versuchs-Kornhaus und seine wissenschaftlichen Arbeiten, von J.-F- 
Hoffmann; Berlin, 1904; i vol. in-8°. (Hommage Je l'auteur.) 

Beitrâge zur Théorie und Praxis der Trocknung von Getreide und anderen 
Kôrpern^ von J.-F. Hoffmann. Berlin, igoS; 5 fasc. in-4''. 

Transactions of the clinical Society of London; vol. XXXVIII. Londres, igoS ; 
i vol. in-S". 

Transactions of the Academy of .Sciences of Saint-Louis; vol. XV, n°^ 1-5. 
Saint-Louis, igo5; i vol. et 4 fasc. in-8''. 



Ouvrages reçus dans la séance uu 8 janvier igo6. 

Connaissance des Temps ou des mouvements célestes, pour le méridien de Paris,, 
à l'usage des astronomes et des navigateurs, pour Van igo8, publiée par le Bureau 
des Longitudes. Paris, Gaulhier-Villars, igoS; i vol. in-8°. (Présenté par M. Radau.) 



I20 ACADEMIE DES SCIENCES. 

Annales du Bureau central météorologique de France, publiées par E. Mascart, 
Membre de l'Institut; année 1902 : II, Observations; année igoS : III. Pluies en 
France. Paris, Gaulhier-Viiiars, i9o5; 2 vol. in-4°. (Présenté en liommage par 
M. Mascart. ) 

Reclierches sur l'épuration biologique et chimique des eaux d'égout, effectuées à 
l'Inslilul Pasteur de Lille et à la station expérimentale de la Madeleine, par le 
D' A. Calmette, Correspondant de l'Institut; t. I. Paris, Masson et C'=, 1905; i vol. 
in-8°. (Hommage de M. le D"' A. Calmette.) 

La greffe en sève active pour la transformation des vieilles souches en cépages 
productifs, par A. Detroves. Bar-sur-Seine, irap. V'= C. Saillard, 1906; i fasc. in-12. 

Revue scientifique, paraissant le samedi. Directeur: D'' Toulouse; 5"= série, t. V, n° I , 
6 janvier 1906. Paris; i fasc. in-4°. 

La Nature, Revue des Sciences et de leurs applications aux Arts et à l'Industrie, 
journal hebdomadaire illustré ; 34'' année, 11° 1702, 6 janvier 1906. Paris, Masson et C'", 
I fasc. in-4°. 

Bulletin de l' Académie de Médecine, publ. par S. Jacoud et A. Motet; 3= série, 
t. LV, n° 1, 2 janvier 1906. Paris, Masson et C'=; i fasc. in-S". 

Le Progrès médical, journal hebdomadaire; 3" série, t. XXII, n° 1, 6 janvier 1906. 
Paris, I fasc. in-4°. 

(.4 suivre.) 



On souscrit ù Paris, chez GAU THIEll-VILLARS, 
Quai des Grands- A uyuslins, n° 55. 

BSi835 les COMPTES RENDUS hebdomadaires paraissent réguliorcnuiiL le Dimanche. Ils forment, à la fin de l'année, deux volumes in-4". Deux 
jii'une par ordre alphabétique des matières, l'autre par ordre alphabotique dus noms d'Auteurs, terminent chaque volume. L'abonnement est annuel 
idu i" Janvier. 

Le prix de /'ahonnemcnt f\7 /tjcé ainsi qu'il suit: 
Paris : 30 fr. — Dcpailements: 40 fr. — Union postale: 44 fr. 



On souscrit dans les départements, 



t 



chez Messieurs : 
Ferran frères. 
Cliaix. 
Jourdan, 

Courtin-Hecquel. 
Germata et Grassin. 
Siraudeau. 

Jérôme. 

Marion. 

P'eret. 

X ' Latirons. 

Muller (G.) 

Renaud. 
Ucirien. 
!■". Hubert. 
Oblin. 
Uzel frères. 
Jouan. 

"/ Perrin. 

Henry. 



•ë 

t-Ferr.. 



Marguerie. 

l>t' launay. 
Bouy. 

I' Nuurry. 
Ha tel. 
Key. 

S Lauverjat. 

/ Dugez. 

i D revêt. 

j Gratier et C. 



elle Foucher. 

\ Bourdignon. 
( Dombre. * 



I Tallandier. 
Lenoir. 



Lorient. 



Lyon. 



chez i\Ie-sieuri ; 

ÎBaitnial. 
jjm. Xexier. 

' Curaia et Masson. 
\ Georg. 

Phily. 

Maioine. 

Vitte. 



Nantes . 



Nice 



Marseille Kiiat. 

\ Valal. 
Montpellier } Coulet et (ils. 

Moulins Martial Place. 

Buvignier. 
Nancy Grosjean-Maupin. 

Sidot frères. 

Dugas. 
Veloppé. 

ÎBarma. 
Appy. 

Nimes Debroas-Duplan. 

Orléans Loddé. 

„ . . \ Blanchier. 

Poitiers \ - . . 

( Lévrier. 

Bennes Plihon et Hervé. 

liochefort ... Girard (M""). 

Langlois. 

Leslringant. 

S'-É tienne Chevalier. 

Ponteil-Burles. 



Bouen . 



Toulon . 



Alté. 



1 Gimet. 
^°"'<""« (Privai. 



Tours . 



Valenciennes 




On souscrit à l'étranger, 



Amsterdam 



Athènes. .. 
Ilarcelone . 

Berlin 



Berne . . . 
Bologne . 



Bruxelles . . . 



Bucharest . 



Budapest 

Cambridge 

Cliristiania. . . . 
Constantinople . 
Copenhague. . . . 

Florence 

Gaitd 

Gènes 



Genève . 



La Haye . 
Lausanne. 



Leipzig, 



Lie'ge . 



ez Messieurs : 

Feikemu Caarel 
, ' sen et C'". 

Beck. 

Verdaguer. 

Ashcr et C''. 

Dames. 

Fi'iedlander et fils. 

Mayeret Millier. 

Francke. 

Zani<;helli. 

Lamertin. 
Mayole/ et .\iidiiirte. 
Lebègue et C". 

Sotchek et 0°. 
AI.Mlay. 

Kilian. 

Deighton, BcU et C . 

Cammermeyer. 

Otto Keil. 

Hôst et fils. 

Seeber. 

Hoste. 

Beuf. 

I Eïïgimnnn. 

1 Gecirs. 

' Stapeltiiohr. 

Belinlunte frères. 
( Benda. 
I Payot et C". 

Barth. 

Brockhaus. 

Kcelder. 
I Lorentz. 

Twietmeyer. 
, Desoer. 

Gnusé. 



chez Messieurs: 
( Dulau. 

Londres Hachette et C. 

' Nutt. 



Luxembourg . . . . 



Madrid. 



Milan . 



Naples 



V. Buck. 
Ruii et C'*. 
Romo. 
Gapdeville. 
F. Fé. 

Bocca frères. 
Hiepli. 

.Moscou Tastevin. 

Marghicri diGius. 
Pellcrano. 

Dyrsen et l'feiffer. 
New- rork Stecliert. 

Lcincke et lïuechnor 

Odessa Rousseau. 

Oxford Parker et G''. 

l'alcrnie Rcbcr. 

Porto Miigjlliaés et Moaiz 

Prague Hivnac. 

Bio Janeiro Gainier. 

\ Bocca frères. 

'^"""^ (Loescherct G". 

Botterdani Kranurs et (ils. 

Stockholm Noidi^l.a Boghandel 

Zinserling. 
Wolir. 

Bocca frères. 
Brero. 
Glausen. 
I Rosenbcrg et Sellier. 

Varsovie Gebcthuor et WoICT 

Vérone Drucker. 

l Frick. 

^''«""« I Gerold et C". 

Ziirich Mcycr et Zeller. 



S'-Pétersbourg . 



Turin . 



IlLES GÉNÉRALES DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES : 

Tomes 1" il 31. — (3 Août i835 à 3i Décembre i85o. ) Volume in-4''; '853. Prix 25 fr. 

Tomes 32à61. —( i" Janvier i85i à 3i Di rembro i8(n i Volume in-4"; "S-o. Pris 25 l'r. 

Tomes 62 ;i 91. — ( i" Janvier i866 à 3i Dicembrc iSSo. ) Volume in-4"; "8H9. Prix 25 fr. 

Tomes 92 à 121. — (i" Janvier 1881 à 3i Dôcemhi 1S95. ) Volume in-4''; 1900. Prix 25 fr. 

IPLÉMENT AUX COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES: 

• . — .Mémoire surquelques points de la Physiologie des Algues, par MM. \. DEUBKset A.-J.-J. SoLiER. — .Mémoiresur le Calcul des Perturbations au'éprouvent 
les, par M. Uansex. — Mémoire sur le Pancréas et sur le rôle du suc pancréatique dans les phénomènes digestifs, particulièrement dans la digestion des 

1 graises, par M. Claude Bernard. Volume in-4'', avec 82 planches; 1 >':6 25 fr. 

. I. — Mémoire sur les vers intestinaux, par M. P.-J. Van B;.neden. — Kssai d'une réponse à la qusstionde Prix proposée ca iS5o par l'Académie des Sciences 
oijrnurs de i853, et puis remise pour celui de i856, savoir : « Etudier les lois de la distribution des corp-, organisés fossiles dans les dilferents terrains 
iitaires, suivant l'ordre de leur superposition. —Discuter la question de leur apparition ou de leur di-paritiou sucoij.îiife ou simultanée. — Rechercher la 
des rapports qui existent entre l'état actuel du règne orgiaique et ses états antérieurs», par M. le Professeur B;iONX. Ia-4°, avec 7 planches ; iSbi. .. 23 fr. 

!a même Librairie les Mémoires de l'Académie des Sciences, 't les Mémoires présentés par divers Savants à l'Académie des Sciences. 



W 2. 



TABLE DES ARTICLES (Séance du 8 janvier 1906.) 



MEVIOIRES ET COMM UIVICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



l'ages. 

M. G. LiPP.MANN. — Sur une méthode per- 
mettant de déterminer la constante d'un 
électrodynamomèlre absolu à l'aide d'un 
phénomène d'induction 69 

M. Kadau présente à l'Acaiiéniie la « Con- 



Pages. 

naissance des Temps pour l'an 1908 » 72 

M. Mascakt fait hommage à l'Académie de 
deux fascicules des « Annales du Bureau 
central météorologique « 'j2 



CORRESPOND ArVCE . 



MM. Kmile Borel, J. Costantin, J. De- 
CHEBY, Gallaud, Gossot, Kapteyn, Liou- 
viLLE, Louis Laimcque et M"" Lapicque, 
Laurent, Paul Sabatiek, J.-B. Sende- 
RENS adressent des remerclments à l'Aca- 
démie pour les distinctions accordées à 
leurs travaux 72 

M. Emile Belot. — Sur les comètes et la 
courbure de la trajectoire solaire 72 

M. Hadamaud. — Sur les transformations 
planes 74 

M. W. Stekloff. — Sue le mouvement non 
stationnaire d'un ellipsoïde fluide de révo- 
lution qui ne change pas sa figure pendant 
le mouvement 77 

M. Edmond Seux. — Sur la stabilité des 
aéroplanes et la construction rationnelle 
des plans sustentateurs 79 

M. P. Vaillant. — Sur les variations avec 
la température des spectres d'émission de 
quelques lampes électriques 81 

MM. C. Matignon et E. Gazes. — Un nou- 
veau type de composé dans le groupe des 
métaux rares 83 

M. D. ToMMAsi. — Préparation clectrolytique 
de l'étain spongieux 86 

M. Em, ViQOUROUx. — Sur le siliciure cui- 
vreux 87 

M. L. Hackspill. — Réduation des chlorures 
d'argent et de cuivre par le calcium 89 

M. R. Dionneau. — Dérivés asymétriques de 
l'hexanedlol-i .6; élher diéthylique et 
diiodure de rheptanediol-1.7 91 

M. E. Chablay. — Sur les conditions d'hy- 
drogénation, par les métaux-ammouiums, 
de quelques dérivés halogènes des carbures 
gras : préparation des carbures èthylé- 

BUlletik bibliûûraphique 



niques et forméniques 

M. EuG. Roux. — Sur la rétrogradation et 
la composition des amidons naturels autres 
que la fécule 

M. VicTon Henri. — Action de l'invertine 
dans un milieu hétérogène 

M. Fred. Wallerant. — Sur les solutions 
solides 

M. P. GuÉRiN. — Sur les canaux sécréteurs 
du bois des Diptérocarpées 

M. Maige. — Sur la respiration de la fleur. 

M. G. André. — Sur la composition des 
liquides qui circulent dans le végétal; 
variations de l'azote dans les feuilles 

M. E. LÉGER. — Sur l'hordénine; alcaloïde 
nouveau retiré fies germes, dits touraiUons, 
de l'orge 

M. L. Camus. — L'hordénine, son degré de 
toxicité, symptômes de l'intoxication 

M. R. Kœiiler. — Sur les Échinodermes 
recueillis par l'expédition • antarctique 
françjiise du D' Charcot 

.M. Tu. MouRKAUx. — Sur la valeur des élé- 
ments masnétiques à l'Observatoire du Val- 
Joyeux au i"' janvier 1906 

M. A. Chevallier. — Courants marins pro-^^ 
fonds dans rAtlantique Nord 

M. A. Lefbanc. — Ouverture d'un pli cacheté 
relatif à un dispositif qui permet de 
faire fonctionner un gouvei-nail à dis- 
lance au moyen Ll'uneroueà contacts alter- 
natifs, commandée par des ondes hert- 
ziennes 

M. Alfred Brust adresse une Noie sur un 
1' Nouvel appareil destiné à démontrer la 
riiiation ,de la Terre >> 



93 

95 

97 
100 

102 
,04 

106 



ii3 

ii5 
116 



118 



PARIS. — IMPRiJjERIE GAUTH lER- VILLA RS, 

Quai des Grands-Augusiins, 55. 

Le Gérant : Gauthier-Villabs. 



1906 

PRE3IIER SEMESTRE. 



COMPTES RENDUS 



HEBDOMADAIRES 



DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. 



TOME CXLII. 



N^ 3 (15 Janvier 1906). 



""PAUIS, 

GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES UE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

Quai des Grands-Augustins, 55. 

\9m 



RÈGLEMENT HEL4TIF ALIX COMPTES RENDUS 

ADOt'TÉ DANS I,F.S SÉANCIÎS DES a'') JUIN l8()o ET l\ MAI 1870 



Les Comptes rendus hebdomadaires des séances 
de l'Académie se composent des. extraits des travaux 
de ses Membres et de l'analyso des Mémoires ou Notes 
présentés par des savants étrangers à l'Académie. 

Chaque cahier ou numéro des Comptes rendus a 
48 pages ou 6 feuilles en moyenne. 

26 numéros composent un voliuue. 

Il y a deux volumes par annér. 

Article l*"'. — Impression des travaux 
de l'Académie. 

Les extraits des, Mémoires présentés par un Membre 
ouparunAssoc'iéêtrangerdérAçadémie comprennent 
au plus 6 pages par numéro. 

Un Membre de l'Académie ae peut donner aux 
Comptes rendus plus de 5o pages par année. 

Toute Note manuscrite d'un Membre de l'Aca- 
démie ou d'une personne étrangère ne pourra pa- 
raître dans le Compte rendu de la semaine que si elle 
a été remise le jour même de la séance. 

Les Rapports ordinaires sont soumis à la même 
limite que les Mémoires; mais ils ne sont pas com- 
pris dans les 5o pages accordées à chaque Membre. 

Les Rapports et Instructions demandés par le Gou- 
vernement sont imprimés en ehtier. 

Les extraits des Mémoires lus ou communiqués par 
les Correspondants de l'Académie comprennent au 
plus 4 pages par numéro. 

Un Correspondant de l'Académie ne peut donner 
plus de 3-'. pages par année. 

Les Comptes rendus ne reproduisent pas les dis- 
cussions verbales qui s'élèvent dans le sein de l'Aca- 
démie ; cependant, si les Membres qui y ont pris 
part désirent qu'il en soit fait mention, ils doivent 
rédiger, séance tenante, des Notes sommaires, dont 
ils donnent lecture à l'Académie avant de les re- 
mettre au Bureau. L'impression de ces Notes ne 
préjudicie en rien aux droits qu'ont ces Membres de 
lire, dans les séances suivantes, des Notes ou Mé- 
moires sur l'objet de leur discussion. 

Les Programmes des prix proposés par l'Académie 
sont imprimés dans les Comptes rendus, mais les 



Rapports- relatifs aux prix décernés ne le sont qu 
tant que l'Académie l'aura décidé. 

Les Notices ou Discours prononcés en séancer 
blique ne font pas partie des Comptes rendus. 

Article 2. — Impression des travaux des Savo 
étrangers à l'Académie. 

Les Mémoires lus ou présentés par des person 
qui ne sont pas Membres ou Correspondants de l'A 
demie peuvent être l'objet d'une analyse ou d'un 
sumé qui ne dépasse pas 3 pages. 

Lés Membres qui présentent ces Mémoires 
tenus de les réduire au nombre de pages requis 
Membre qui fait là présentation est toujours nomû 
mais les Secrétaires ont le droit de réduire cet exti 
autant qu'ils le jugent convenable, comme ils le f; 
pour les articles ordinaires de la correspondance 
cielle de l'Académie. 

Article 3. 

Le bon à tirer de chaque Membre doit être refl 
à l'Imprimerie le mercredi au soir, ou, au plus tsd 
le jeudi à 10 heures du matin ; faute d'être remi 
temps, le titre seul du Mémoire est inséré dans 
Compte rendu actuel, et l'extrait est renvoyé 
Compte rendu suivant et mis à la fin du caliier. 

Article 4. — Planches et tirage à part. 

Les Comptes rendus ne contiennent ni [)laiichi 
ni figures. 

Dans le cas exceptionnel où des figures se raie 
autorisées, l'espace occupé par ces figures compte 
pour l'étendue réglementaire. 

Le tirage à part des articles est aux frais des a 
leurs; il n'y a d'exception que pour les Rapports 
les Instructions demandés par le Gouvernement. 

Article .">. 

Tous les six mois, la Commission administiati 
fait un Rapport sur la situation des Comptes rend 
après l'impression de chaque volume. 

Les Secrétaires sont chargés de l'exécution du pij 
sent Rèirlement. 



Les Savants étrangers à l'Académie qui désirent faire présenter leurs Mémoires par MM. les Secrétaires perpétuels sont priés de 
déposer au Secrétariat au plus tard le Samedi qui précède id séance, avaut 5^ Autrement la préseutatiou sera remise à la séauce suivaD 



à 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 15 JANVIER 1906, , 
PRÉSIDENCE DE M. H. POINCARÉ. 



MÉMOIRES KT COMMIJIVICATIO.^S 

DES MEMBRES ET DES GOURESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

AÉRONAUTIQUE. — Sur l'atterrissage des aéroplanes. 
Note de M. Bouquet de la Grye. 

A l'heure actuelle toutes les parties des aéroplanes ont été étudiées sépa- 
rément : machines, hélices, plans ont subi les épreuves de la pratique et 
l'on peut affirmer que la solulion définitive va être donnée à bref délai. 

Une double difficulté reste pourtant à vaincre, celle du départ et celle 
de l'atterrissage. La dernière a été résolue par l'emploi des parachutes 
et une solution analogue me paraît devoir être appliquée aux aéroplanes. 

Le schéma suivant indique les dispositions qui me semblent devoir être 
adoptées; des expériences en petit m'en ont montré l'efficacité. 



P/. 



sn superieui 



Surface 




i/ciire 



La surface alaire, qu'elle se'compose d'un ou de plusieurs plans étages, 
est percée à son centre d'une large ouverture et au-dessus à une certaine 

G. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N" 3.) ^7 



122 ACADEMIE DES SCIENCES. 

hauteur est placé un autre plan. Ija nacelle est fixée au-dessous de la sur- 
face alaire, elle contient avec les voyageurs la provision de combustible. 

La machine est fixée aux ailes. 

Trois bambous formant tripode permettent le jeu de l'hélice. Ils sont 
relevés pendant la marche. 

Le plan supérieur a une certaine mobilité, servant de gouvernail hori- 
zontal pour monter ou descendre. 

Si l'on a deux hélices un gouvernail horizontal est inutile. 

Dans ces conditions, l'air frappant à la descente le plan supérieur tend 
à maintenir l'aéroplane horizontal, ce à quoi contribue aussi la nacelle. 

Je me suis occu|)é il y a longtemps de cette question et, en i853, j'ai fait 
circuler un aéroplane à l'aide de fusées. Si je n'ai pas continué des essais 
lorsque les machines des automobiles ont été inventées, c'est qu'au point 
de vue commercial il me semblait que l'aéroplane, ne pouvant transporter 
des poids lourds, était peu utile. Il ne rendra jamais les services d'un 
chemin de fer. 

Une solution heureuse constituera un tour de force mis à l'actif du 
XX* siècle, peut-être un nouveau sport; il pourra être aussi uldisé en 
temps de guerre, mais n'ajoutera que peu de chose au progrès en général 
et à la civilisation. 



PHYSIQUE. — Sur les rayons N. Note de M. Mascart. 

La découverte des rayons N par M. Blondlot a provoqué d'abord de 
nombreuses expériences, publiées parfois trop hâtivement, et soulevé 
ensuite des objections qui ont été jusqu'à la mettre en doute. Dans des 
observations aussi délicates, il est permis de penser que les résultats néga- 
tifs ne constituent pas des arguments scientifiques et peuvent être attribués 
à l'insuffisance des appareils ou au défaut de préparation des opérateurs. 

Dès le tlébut, j'avais eu l'occasion de constater quelques-uns de ces phé- 
nomènes, sans faire de mesures, et j'ai demandé, il y a quelques jours, à 
M. Blondlot de vouloir bien répéter, avec des précautions particulières, 
l'expérience de la réfraction, dans un prisme d'aluminium, des rayons N 
émis par une lampe Nernst. 

Le spectre de réfraction présente un certain nombre de maxima d'inten- 
sité, assez larges d'ailleurs en raison des conditions de l'expérience, et qui 
ne comportent pas la précision des mesures optiques. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. 123 

L'écran qui porte la ligne de sulfure, préalablement éclairé, était monté 
sur le chariot d'une machine à diviser; on inscrivait le nombre marqué par 
l'index sur la règle chaque fois que l'observateur arrêtait le mouvement sur 
un maximum d'inlimsité. Voici les résultats obtenus par quatre observateurs 
différents dans une même région : 



Blondiot. 


Gulton. 


Virtz. 


Mascart. 


Moyenne. 


382,4 


» 


38l 


383,4 


382,4 


» 


387,2 


386,9 


387 


387, o3 


391,5 


393 


392 


39, 


391,9 


398,4 


399 


398,2 


397 


398,15 



Dans une autre expérience, la machine a été déplacée de façon que le 
mouvement du chariot fût à peu près perpendiculaire a;ix rayons réfrac- 
tés. Il a été convenu que l'opérateur ferait d'abord les pointés en marchant 
dans un sens, puis, après quelques tours de vis supplémentaires, revien- 
drait en sens contraire sur le même chemin. A chaque arrêt sur un maxi- 
mum, je lisais la division de l'index à l'insu de l'observateur. 

M. Blondiot a ainsi obtenu : 

-^ 387,5 382,3 374 368,3 36o,2 358 353, a 

<- 386,1 38i,2 374,3 368,2 36o,2 358,3 353,2 

Moy. 386,8 381,75 874, i5 368,2 36o,2 358, i 3.53,2 

La lampe Nernst s'étant ensuite éteinte par rupture du circuit, cette 
série a été interrompue; elle comportait d'ailleurs trop de lectures pour 
des personnes moins exercées. 

Le prisme a été réglé sensiblement au minimum de déviation relatif 
à une nouvelle position de la machine, et l'on a réduit l'étendue de la 
région explorée, afin d'éviter la fatigue des observateurs. 

Les lectures ont donné alors : 



Blondiot 

» .... 




375,6 
375, 3 


370,4 

370,3 


363,4 
363,4 

363,4 

364,2 
36i,3 


356,2 
356,2 


Moj-enne. . 

Gutton 

» 


375,45 

)) 
374,8 


370,35 

37', 4 
367,4 


356,2 

356, 1 
356,6 


Moyenne. . 

Virtz 

» 


374,8 

374,9 
374,6 

374,75 


369,4 

369,8 
37>,6 

370,7 


362,75 

364,6 
364,3 


356,35 

357,6 

358,2 


Moyenne. . 


364,45 


357,9 



124 






ACADÉMIE 


DES SCIENCES. 








Mascarl .... 


( -> 


» 


372 


» 


356 




» .... 


/ ^ 


376,5 


370 


» 


356 




Moyenne. . 




376,5 


37, 




356 



Pour donner une idée de l'exactitude des expériences, j'ajouterai que, 
dans le dernier cas, la déviation était voisine de 3o° et que 1°"" de l'échelle 
correspondait à 4' environ. Les conditions étaient de même ordre dans les 
autres séries. Les pointés de M. Blondiot, en particulier, sont toujours con- 
cordants à moins d'un demi-millimètre, sauf deux exceptions, de sorte 
que la position de chaque maximum était déterminée à moins fie 2' près, 
soit ~ de la déviation. 

C'est seulement à titre d'indication que j'ai reproduit mes observations 
personnelles, faites à l'improviste; il y faut en réalité une excellente vue et 
un apprentissage spécial. Sur l'ensemble des résultats, je m'abstiens de 
commentaire, laissant à chacun le soin de se former une conviction. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Influence de la réaction du milieu sur l'activité de 
Vamylase et la composition des empois saccharifiés . Note de MM. L. 
Maquenne et EuG. Roux. 

On sait que l'addition progressive d'un acide à l'empois d'amidon com- 
mence par favoriser sa saccharification diastasique, puis la ralentit et l'em- 
pêche; mais on est encore dans l'ignorance absolue delà grandeur que doit 
avoir l'acidité on l'alcalinité du mélange pour que la vitesse de la sacchari- 
fication y atteigne sa valeur maxima. 

Cette vitesse, dans les conditions ordinaires, est très variable, à ce point 
qu'une saccharification de fécule étant terminée en 3o à 45 minutes, celle 
de l'amidon de riz du commerce, toutes choses égales d'ailleurs, est encore 
incomplète après trois jours. 

C'est en recherchant la cause de ces irrégularités que nous avons été 
conduits à examiner de plus près l'influence qu'exerce la réaction du mi- 
lieu sur l'activité de l'amylase. 

La raison pour laquelle cette influence est encore mal définie tient à ce 
que la plupart des auteurs qui se sont occupés de celte question ont em- 
ployé comme indicateur la phtaléine du phénol, réactif beaucoup trop sen- 
sible en pareille circonstance, puisqu'il ne permet pas de distinguer les 
corps inertes, comme l'acide carbonique, de ceux qui, comme les acides 
puissants, sont capables à eux seuls d'hydrolyser l'amidon. 



SÉANCE DU l5 JANVIER £906. laS 

L'emploi de l'hélianthine s'impose ici, comme toutes les fois qu'il s'agit 
de mesurer une alcalinité ou une acidité forte; en fait il nous a conduits à 
des résultats nouveaux, d'une netteté remarquable et surtout des plus 
inattendus. 

I. Tous les amidons et tous les extraits de malt que nous avons eus jus- 
qu'à présent entre les mains possèdent une réaction alcaline, variable, pour 
is d'amidon gélifié dans 5o™' d'eau pure, depuis 2 gouttes (blé, maïs, pois) 
jusqu'à 3o gouttes (riz commercial) d'acide sulfurique décinormal. Ces 
quantités correspondent respectivement à 9"°, 8 et 147™^ de SO*H- par 
litre d'empois à 2 pour 100. 

L'alcalinité de l'amidon est en grande partie due à la chaux qu'il absorbe 
pendant sa préparation; pour l'amidon de riz, dont nous venons de parler, 
elle a pu être réduite à une goutte d'acide décime par gramme, à la suite 
d'une simple digestion dans l'acide chloihydrique dilué (i pour 100 de 
HCl). A l'état normal, cet amidon renfermait 0,96 pour 100 de matières 
minérales; après décalcification il n'en contenait plus qu'une trace indo- 
sable, mais en a repris 0,1 pour 100 par immersion dans l'eau ordinaire. 
Cet amidon recalcifié présentait alors une alcalinité équivalente à 5 gouttes 
d'acide décinormal par gramme. 

En général, les empois neutralisés exactement par Tacide sulfurique se 
saccharifient mieux que les empois normaux, mais on est encore loin de 
l'optimum, ainsi que l'on peut s'en convaincre en augmentant avec précau- 
tion la dose d'acide ajouté : la vitesse de saccharificalion s'accroît alors 
rapidement, pour diminuer bientôt, lorsqu'on s'approche du moment où le 
mélange empois + malt devient exactement neutre à l'hélianthine. Dès que 
ce mélange présente une réaction acide, la saccharification s'arrête : un 
premier point acquis est donc cjue celle-ci ne peut s'accomplir qu'en milieu 
franchement alcalin. 

Il est facile, par un petit nombre de tâtonnements, de déterminer le 
point où la vitesse de saccharification atteint sa valeur maxima; le Tableau 
suivant résume les essais que nous avons poursuivis dans cette voie sur 
différentes espèces d'amidons, en nous aidant de l'iode pour reconnaître 
l'état d'avancement de la réaction. 

Chaque expérience a porté sur 5o""' d'empois à 2 pour 100 d'amidon, 
additionnés de io""° d'extrait de malt à 10 pour 100 et saccharifiés vers So", 
dans un bain d'eau maintenu à température constante; l'alcalinité du malt 
seul correspondait exactement à 6 gouttes d'acide décinormal pour 10""', 



120 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



soit o'^'jS. Les lettres font connaître la coloration fournie par l'iode dans 
chaque échantillon au bout du temps indiqué, 



Acide — aioule, 
lo ■* 

en gouttes de o^^'-oo 



o. . 
3.. 

5... 



j . . . 

9... 

II... 



Fécule. 

o,36 
3 gouttes 



Cendres pour 100 

Alcalinité pour 18 

Durée de l'expérience 20 min 

R 
RJ 



JR 

J 

JR 

RJ 



Manioc. 

0,20 

3 gouttes 

20 min. 

JR 
JR 

J 
JR 

R 
RV 



Pois. 

0,06 

2 goutte! 

20 min. 

JR 

J 

J 
JR 

R 
RV 



Maïs. 

0,08 

2 gouttes 

I h. i5m. 

R 

J 

RJ 

R 

V 
VR 



Blé. 
O, 12 

2 gouttes 

2 h. 3om. 

R 

J 

J 

R 

RV 

VB 



Dose d'acide la plus favorable. 7 gouttes 5 gouttes 4 gouttes 3 gouttes 4 gouttes 



Riz 
commercial. 



Cendres pour 100 0.96 

Alcalinité pour is 3o g,- 

Dtirée de l'expérience 43min. 



. ., N . , 
Acide — aioute, 
10 ■' 

en gouttes de 0''°'', 0.5 



Dose d'acide la plus favorable 



38... 


RV 


3o... 


R 


32... 


JR 


34... 


J 


36... 


JR 


38... 


R 


cable. 


34 g 



Acide — ajouté, 
10 

en gouttes de o'^'"',o.i 



o 

3 
5 

7 

9 
1 1 



Riz. 

décalcifié, recalcifié. 
0,00 0,10 



I g- 
20 min. 

R 

J 

R 
RV 

V 
VB 

3 g. 



5 g. 
20 min. 

B 
R 
JR 
J 
R 
V 

7 g- 



Si l'on fait la somme de tous ces nombres, on trouve que la quantité 
d'acide nécessaire pour obtenir le plus rapidement possible la teinte jaune 
limite a été de 67 gouttes, alors que la neutralisation exacte des huit échan- 
tillons d'empois n'en exigeait que 48. La différence 19 représente les o.Sg 
de la quantité d'acide saturant les 80"™' d'extrait de malt employé; on peut 
donc dire que, joo«r m'oir une saccharification rapide, il faut d' abord saturer 
l'empois, puis ajouter au malt une quantité d'acide sulfurique égale au j ou 
aux \ de celle qui pourrait le neutraliser complètement. Cette conclusion est 
d'accord avec les ré.sultats obtenus dans chacun des cas particuliers dont 
nous venons de donner le détail. 

L'expérience conduite suivant ces prescriptions sur des empois d'amidon 
derizà i, 2 ou 3 pour 100 nous a permis de faire en moins d'une heure 



SÉANCE DU l5 JANVIER igo6. 127 

des saccharifications qui, autrement, auraient exigé plusieurs jours. Ajou- 
tons que l'acide sulfurique peut être, sans inconvénient, remplacé par de 
l'acide chlorhydri([ue, mais non par de l'acide acétique, dont la réaction 
sur l'hélianthine n'est pas suffisamment nette pour donner lieu à des 
mesures précises. 

Ces résultats montrent qu'on arrive ainsi à produire une surexcitation 
manifeste de l'activité diastasique; ceux qu'il nous reste à exposer vont 
nous apprendre que cette hyperactivité ne se traduit pas seulement par un 
accroissement de vitesse de la saccharification, mais qu'elle a aussi pour 
effet de modifier profondément son processus chimique. 

II. O' Sullivan, puis Brovvn et Morris, ont fait voir que la proportion de 
mallose qui se forme dans l'action du malt sur l'empois dépend, entre cer- 
taines limites de température, de l'énergie île la diastase, ou plutôt de la 
dextrinase qui s'y trouve. Jusque vers 60° cette proportion reste à peu près 
constante et voisine de 80 pour 100, ainsi que nous avons eu maintes fois 
l'occasion de le vérifier nous-mêmes, lorsque l'empois et le malt sont pris 
à l'état normal. Mais, ainsi que nous venons de le montrer, l'énergie de 
ces diastases est encore accrue par une légère addition d'acide; il était, par 
suite, à prévoir que la proportion de maltose devait en être affectée dans 
le même sens. 

L'expérience montre qu'en effet elle augmente considérablement. 

Si l'on répète avec un extrait de malt activé, c'est-à-dire mis en présence 
de la quantité d'acide sulfurique reconnue nécessaire pour obtenir la 
vitesse de saccharification maxima, les expériences qui ont permis à l'un 

de nous de déterminer la valeur du rapport -r- pour les principales variétés 

d'amidons naturels, on arrive aux résultais suivants que, pour faciliter la 
comparaison, nous mettons en regard de ceux qu'on obtient, à la même 
température et pour la même concentration, avec des empois et des ex- 
traits de malt normaux. La marche suivie dans ces essais a été d'ailleurs 
exactement la même que celle qui a été décrite dans une de nos précé- 
dentes Communications ('). 

Maltose formé Amidon mallosifié 

pour 100 d'amidon sec. pour luu d'amidon dissous. 

Malt ordin. Malt active. Malt ordin. Malt activé. 

Fécule 82,8 96,8 78,5 9iî7 

Riz 83,8 93,0 79,4 88,1 

(') EuG. Rou.v, Comptes rendus, t. CXLII, p. 90. 



laS ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Maltose forme Aiiiidon inaitosifié 

pour 100 d'amidon sec. pour loo d'amidon dissous. 

Malt ordin. Malt activé. Malt ovdin. Malt activé. 

Maïs 86,0 94,0 8i,5 89,1 

Manioc 79,1 97,8 70,0 92,2 

Blé.. 87,1 90,4 82,5 85,7 

Pois 82,9 96,6 78,6 91,5 

Partout, et surtout quand la réaction s'accomplit rapidement, la quan- 
tité de sucre formé est plus grande avec la diastase activée qu'avec la dias- 
tase normale, tellement que, dans le cas du manioc, la saccharification a 
pu atteindre les 0,922 de la matière mise en œuvre. 

Un pareil accroissement des produits réducteurs ne peut s'expliquer 
que par les trois hvpothè.ses suivantes : ou bien l'amidon renferme plus 
de 80 pour 100 d'amylose, ou bien les substances qui accompagnent celle-ci 
(amylopecline et autres) sont transformables comme elle en maltose 
lorsque la diastase possède son maximum d'énergie, ou, enfin, le maltose 
qui se forme d'abord est hydrolyse à son tour par quelque diastase parasite 
(maltase?) dont la présence resterait masquée dans l'extrait de malt ordi- 
naire. 

L'absence complète de glucose dans les produits obtenus jirouve que 
cette dernière manière de voir n'est pas exacte. Le sucre qui se forme 
paraît être, d'après l'aspect de ses cristaux et ceux de son osazone, uni- 
quement constitué par du maltose, identique à celui que l'on retire d'un 
empois saccharifié quelconque; le phénomène qui se passe ici est donc du 
même ordre que celui qui s'observe lorsqu'on compare deux saccharifica- 
tions faites, la première à 70°, la seconde à 60°, par exemple, d'où il suit 
qu'ils doivent l'un et l'autre résulter d'une même cause primordiale : un 
accroissement d'activité de la diasta.se. C'est ainsi que nous sommes amenés 
à admettre la première hypothèse, comme paraissant la plus vraisemblable, 
la plus simple et la plus conforme aux fiits observés; elle vient notamment 
confirmer, de la façon la plus heiu'euse, le principe de la pluralité des 
amyloses sur lequel nous avons.déjà insisté à plusieurs repri.ses. 

En dehors des applications que ce nouveau mode opératoire, en augmen- 
tant notablement la production du sucre, peut trouver dans les industries 
qui ont pour base la saccharification de l'amidon, les résultats que nous 
venons d'exposer entraînent des conséquences fort importantes en ce qui 
concerne la constitution de l'amidon naturel. Nous avions déjà démontré 
que, loin d'être une impureté, comme on le croyait avant nous, l'.Tmvlose 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. 129 

constitue la partie essentielle de la matière amylacée et nous en avions 
évalué la proportion à 80-82 pour 100, en nous fondant sur les données 
universellement admises. Nos dernières recherches nous conduisent à 
élever celte proportion jusfpi'à 90 et même 92 pour 100, chiffres qui se 
rapprochent de ceux que donne l'amidon artificiel ou amylose purifiée. 

De pareilles variations dans le taux du sucre formé condamnent évidem- 
ment tous les procédés de dosage de l'amidon quireposentsur la détermina- 
lion du maltose contenu dans ses produits de saccharification diaslalique. 

Ces mêmes variations s'observent avec toutes les variétés d'amidon, ce 
qui confirme les conclusions de notre dernière Noie, relatives à l'uiiilé 
naturelle de cette substance (Roux, loc. cit.); il résuite enfin de là que 
l'amylopectine ou mucilage de l'empois ne s'y renconlre qu'en quantité 
relativement faible, à moins pourtant que cette amylopecline ne soit elle- 
même une combinaison complexe renfermant de l'amylose, que la diaslase 
arrive à dédoubler quand elle est devenue suffisamment active. 

L'existence de ce corps gélatineux reste établie par le fait expérimental 
que la potasse ne dissout qu'en partie l'amidon naturel, alors qu'elle 
dissout eu totalité l'amylose pure; nos conclusions antérieures sur la con- 
stitution de l'empois ne sont donc aucunement infirmées par ces nouveaux 
résultats, dont l'intérêt est surtout d'ordre quantitatif. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Observations au .luj'et du composant 0(011) 
des alcools tertiaires. Note de M. Louis He\kv. 

I. La fonction alcool réside, dans son expression la plus simple, dans le 
composant 0(011) des alcools tertiaires et notamment du triméthyl- 
carbinol (H'C)' C(OH), le type parfait de cette classe de composés. 

Ces alcools sont assimilables aux alcalis caustiques R-OH et, à ce titre, 
peuvent servir aussi de trait d'union entre la Chimie minérale et la Chimie 
organique. 

Pour justifier ce rapprochement et caractériser fonctionnellement les 
alcools tertiaires, deux corps sont particulièrement à signaler, Vacide 
chlorhydrique H Cl et le chlorure d'arélyle(li''C — CO)Cl. 

L'action salifiante de l'acide HCI sur un alcaU libre est rapide jusqu'à 
être instantanée et complète. Avec le chlorure d'acélyle, un alcali fournit 
un chlorure et de l'acide acétique. 

Il en est de même du trunéthylcarbinol (H"C)»— C(OH) que je pren- 

G. K., 190G, I" Semestre. (T. CVLII, N" 3.) '' 



l3o ACADEMIE DES SCIENCES. 

drai comme exemple d'alcool tertiaire. On sait avec quelle rapide intensité 
il s'éthérifie par l'acide H Cl erazeux, dès la température ordinaire. Introduit 
dans l'acide HCl aq. fumant ('), il s'y dissout d'abord pour s'en séparer peu 
après à l'état d'éther chlorhydrique (H'C)'- CCI constituant une couche 
liquide surnageante. Avec le chlorure d'acétyle, le Iriméthyl-carbinol se 
transforme, comme l'on sait, en éther chlorliydrique, avec formation d'acide 
acétique libre. 

S'il le fallait, on pourrait trouver une nouvelle analogie entre les alcalis 
caustiques et les alcools tertiaires dans l'action des métaux alcalins; la dif- 
ficulté extrême qu'il y a à faire le triméthyl-carbinol sodé, par l'action 
directe du sodium libre, rappelle bien l'inertie absolue de ce métal sur son 
hydroxyde Na-OH, la soude caustique. 

II. La présence d'éléments ou radicaux étrangers fixés sur le carbone du 

composant •C(OH) modifie profondément la nature fonctionnelle de l'hy- 

droxyle — OH « alcool ». 

J'ai spécialement en vue, en ce moment, la présence de l'hydrogène. On 
peut en fixer un, deux et jusqu'à trois atomes pour constituer les systèmes 

HC(OH),H=C(OH) dans les composés polycarbonés , respectivement 

alcools secondaire i-l primaire, et la molécule H'C -(OH), dans les com- 
posés monocarbonés, Valcool mélhylique lui-même. 

La présence de l'hydrogène dans le voisinage immédiat de Vhydroxyle 
rapproche fonctionnellement celui-ci de l'état dans lequel il se trouve dans 
l'eau elle-même HOH et c'est à Veau plutôt qu'aux alcalis caustiques qu'il 
faut rattacher prochainement l'alcool mélhylique H'C-OH ainsi que ses 
dérivés mono- el bi-substitués, les alcools primaires et secondaires. 

L'acide chlorhydrique HCl s'y fixe en effet, comme il se fixe sur l'eau (') 
et ce n'est que sous l'effort de la chaleur, d'une chaleur plus ou moins 
intense et plus ou moins prolongée, que se produit Y élhèriji cation chlorhy- 
drique. 

Avec le chlorure d'acétyle ('), ces alcools réagissent vivement, dégagent 
du gaz acide HCl et se transforment en éthers acétiques, la réaction est assez 



(') A /Jo pour loo environ. 

(^) On connaît des hydrates cristallins répondant aux formules ttCl, aH-O et 
HBr, 2H^0. Il est bien remarquable que l'acide bromhydrique forme avec la molécule 
des gljcols étliylénique et Iriméthylénique des combinaisons cristallines répondant à 
ce type, i™°' de glycol équivalant à a""' d'eau (W. Mokiewsky). 

(^) Et en général avec les chlorures négatifs — CO'Cl. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. l3l 

nette |)oiir constituer une méthode de préparation fort expéditive de cette 
classe déthers. ' 

Tll. On sait combien sont modifiées les aptitudes réactionnelles des 
alcools primaires et des alcools secondaires par le voisinnge de composants 
carbonés renfermant des éléments négatifs. L'acide et l'anhydride acé- 
tiques qui ont servi à mesurer l'intensité de cette modification ne sont pas 
susceptibles de nous renseigner sur cet objet, quant aux alcools tertiaires, 
à cause de l'instabilité relative de ceux-ci, dans les conditions de tempéra- 
ture où se réalisent ces réactions. Et cependant le composant 0(011) est 

aussi affecté, et parfois puissamment, dans sa manière d'agir, par ce voisi- 
nage. 

Je ne m'occuperai ici de cette question qu'en ce qui concerne le chlore, 
l'azote et l'oxygène. 

a. Voisinage, des composants chlorés : CH-Cl, HCCl-, HCCl, CCI', etc. 

— Eu général, le voisinage immédiat d'un composant chloré déprime 

l'aptitude à l'éthérification chlorhydrique directe du composant 0(011), 

alcool tertiaire. Cette influence est d'autant plus puissante qu'elle s'exerce 
par un nombre d'atomes de chlore plus considérable. 

On s'assure de la vérité de ces propositions en comparant l'action de 
l'acide chlorhydrique fumant sur le trimétliyl-carbinol (H'G) -0(011) 
intact avec celle qu'en subissent ses trois dérivés chlorés ( ' ) : 

\/ \/ \/ 

C(OH) C(Oll) G(OH) 

CH'-CI CIICl^ CCI' 

Éb. it8°-i29° Éb. i5i" Eb. 167» 

L'acide MCI aq. fumant tiissout encore tl'une manière permanente le 
dérivé monochloré; mais, pour en déterminer rélhériilcation chlorhy- 
drique, il faut un certain degré d'échauffement, en dessous de 100°; la di- 
chlorhydrine isobutylénique formée (H' C)^- CCI — CH-Cl, éb. io8"-io9'', 
apparaît sous forme d'une couche soluble surnageante (^). 

(') Ces trois dérivés chlorés s'obtiennent tout aussi aisément, par la réaction de 
Grignard, à l'aide des dérivés chlorés, mono, bi et tri de l'éther acétique, qu'à l'aide 
des dérivés chlorés correspondants de l'acétone biméthylique. Je n'ai pas eu à ma 
disposition jusqu'ici de l'acétone trichlorée GGl' — GO. GH^; c'est la seule que je n'aie 
pas pu mettre en réaction. 

(-) On sait quelle résistance puissante oll'rent à l'étliérilication chlorhydrique di- 



l32 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Quant aux triméthvl-carhinols bichloré HCCl^ et trichloré CCP, ils ne 
sont plus directement étliérifiables par l'acide chlorhydrique; ils se sé- 
parent de l'acide H Cl aq. tout chargés de cet acide. 

La répartition de deux atomes de chlore sur deux groupements méthyle, 

voisins de 0(011), détermine dans la manière d'agir de cet hydroxyle la 
même modification que le composant unique bichloré CHCl'. Sont dans 
le cas les dichlorhvdrines glycériques méthylée et éthylée (') : 

J^][:[];)C(0H) - CH^ Éb. .74-'-.75<' 

cIch'/^^^"^ " ^^"'- CH^ Éb. iSg» 

L'acide chlorhydrique fumant dissout encore temporairement les di- 
chlorhvdrines, mais elles s'en échappent sous forme d'un liquide huileux, 
insoluble et plus dense que l'eau. 

Il existe, comme je l'ai indiqué plus haut, une sorte d'antagonisme entre 
l'action de HCl et celle du chlorure d'acétyle. C'est ainsi que, soumises à 
l'action du chlorure d'acétyle, les dichlorhvdrines glycériques méthylée 
et éthvlée sont transformées en leurs acétates, de même que les alcools 
pseudobutyliques bi et trichlorés 

^";)C(0H)CHCP et ^[[;\C(0H)CC1^ 

Ainsi ont été obtenus les acétates suivants : 

"'^^C(O-Ac) - mer- Ç-) Éb. i7^"-.75o 

"3^)c(0Ac)-CCP Éb. .9,0 n 

SS!!!^<^(0-Ac)CH=-CH^ Éb. 210° 



recle les composanls H2C(0H) et CH(OH) du glycol éthyleiii(iue el du glycol pro- 
pylénique en présence de H- Cl. Cl dans les monochlorliydnnes de ces deux glycols. 
Celle différence met bien en lumière combien un hydroxyle OH alcool tertiaire 
diffère d'un hydroxyle alcool primaire el alcool secondaire. 

(' ) Ces corps résullenl de la réaction de CH^MgBr ou C'-Il'-,MgBr sur Pacétone 
bichlorée symétrique CICH- — CO — CH-CI. 

(2) Ac = CH^— CO. 

(») Willgerodt. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. l33 

Mnis cette influence modificatrice ne s'exerce que clans un ravon d'une 
étendue fort restreinte, du moins en ce qui concerne le composant CH-Cl, 
le seul que j'aie pu apprécier expérimentalement sous ce rapport. L'inter- 
calation dans le complexe > C(OH) — CH^Cl d'un seul atome de carbone 
qui en écarte les deux composants suffit déjà pour la faire disparaître, 
sinon totalement, tout au moins en grande partie. C'est ce que montre 
d'une manière intéressante la monochlorhydrine en C= de formule 

'^^Ip/CCOH) — CH'— CH'Gl Éb. 166" 

qui provient, par la réaction de Grignard, des éthers de l'acide ^-chloro- 
propionique CICH- • CH' • CO(OH). Dissoute dans l'acide HCl aq. fumant, 
•elle s'en sépare après peu d'instants, subissant déjà à froid i'éthérification 
chlorhydrique, alors que son isomère, le dérivé continu 

U'^^C(0H)CHC1.GHS 

qui provient de l'acide a-chloropropionique H'CCHCl CO(OH), nécessite, 
pour s'éthérifier, une chaleur d'environ 60°. 
La chlorhydrine discontinue en G", 

H3C/*^'(0H)-CH^-C1I^CH^CI ('), 

qui provient de l'acide butyrique normal ychloré ClCH-(CH^)-CO(OH) 

etoù les deux composants 0(011) et H^CCl sont séparés par deux atomes 

de carbone, subit l'action éthérifiante de HCl aq. fumant plus facilement 
encore que son homologue en C. 

IV. Le composant nitrilique CN est l'équivalent du composant cliloro- 
formique CCI'. Aussi les nitriles-alcools tertiaires renfermant le système 
double NC — C(OH)< sont-ils aussi insensibles, quant au composant 
alcool — C(OH) <, à l'action de l'acide chlorhydrique fumant qui affecte 
exclusivement le composant -CN et, en présence du chlorure d'acétyle, 
ils se transforment, en dégageant du gaz HCl, en acétates, composés distil- 
lables comme tels alors que leurs correspondants alcools ne le sont nuUe- 



(•) Celle chlorhydrinL' n'est pas distillable; chauHée, elle se transforme principale- 
ment en |^3^^Cz=CH-CH--GH-Cl. Éb. i3.>. 



l34 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ment. Voici les composés de cette espèce signalés dans mon Mémoire Sur 

les nitriles-alcools ('). 

JJ'^^G(0■Âc)-ClN (') Éb. 1800-182'' 

";cS>«-^<=)-^^ ^''•^■" 

H^'C\ /C(0-Ac)-CN Eb. 2120 

Aucun nitrile-alcool tertiaire discontinu NC — (C)" — C(OH)< n'est 
connu aujourd'hui. 

V. J'arrive à l'influence modificatrice de l'oxygène. 

Le cas le plus simple à considérer serait celui des alcools tertiaires acé- 
toniques renfermant le complexe 

>C(OH)-CO- et >C(OH)-(C)"— C0-. 

Je crois qu'il n'existe en ce moment aucun composé de cette nature, mais 
on en possède renfermant d'autres systèmes, analogues en une certaine 
manière, susceptibles de démontrer la puissante influence des composants 
oxygénés sur les qualités fonctionnelles du composant alcool tertiaire 
•C(OH) voisin. Ce sont les éthers des acides alcools tertiaires continus, 
correspondant aux nitriles-alcools NC — C(OH) < qui résultent de l'addi- 
tion de HCN aux célones. Comme leurs nitriles NC — C ( OH )<, ces éthers 
(C"H-""^'0)CO — C(OH) < sont inertes, da'ns les conditions ordinaires 
vis-à-vis de l'acide HCl aq. fumant, du moins quant au composant 
•C;(OH) et, en présence du chlorure d'acétyle, ils se transforment labo- 
rieusement en acétates (C"H=«+^0)CO - C(OAc) < avec dégagement de 

gaz HCl. 

L'exemple le plus intéressant et en même temps le plus ancien de ce fait 
nous est fourni par l'acide citrique dont l'élher triéthylique est transformé 
par le chlorure d'acétyle en son acétate 

/GH^-C0(0C2H») 

(Ac-U)G-C0(0G^H5) (^). 

\CH2— GO(OC=H') 

(1) Tome LVIl des Mémoires i/i-8° de i Académie royale de Bruxelles. 

{-) Ac = GO-CH^ 

(3) Wislicenus en 1864. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. l35 

Le diéthylglycolated'éthyle^l,' j:|j',))C(OH) - r,0(OCr?P) se com- 
porte de la même manière, alors que l'alcool tertiaire simple, le diéthylmè- 
thylcarbinol^,/ '„..^C(OH) — CE\ qui correspond à ces deux com- 
posés, fournit avec le même réactif son éther chlorhydrique 

CH'-CH^X 

(Éb. 119°) et de l'acide acétique. 

On est autorisé à admettre que le rayon d'influence du composant car- 
boxyle OC — OH est restreint au voisinage immédiat du composant alcool 

■C(OH). On sait en effet que l'acide triméihyl-éthylène-lactique 

H3C/^^ . )~^"\CO(OH) 

s'éthérifie déjà à froid par l'acide bromhydrique HBr en formant l'acide 

H'C\ /(jH'' 

bromodiméthylbutyrique .CBr — *-^Hs , . (' ). 

Ce sont ensuite les acides eux-mêmes, dans leur composant caractéri- 
stique le carboxyle t^\p.Tr* J'ai surtout en vue en ce moment le plus 
simple d'entre eux parmi les polycarbonés, à savoir Vacide acétique 
H'C — C<^ • Ici l'influence du voisinage si prochain de l'oxygène sur 

l'hydroxyle OH est assez puissante pour en changer le signe fonction- 
nel et de cet hydroxyle « alcool » faire de l'hydroxyle « acide ». 

A l'instar des alcools primaires et notamment de son correspondant, 
l'alcool éthylique H^C — CH-(OH), l'acide acétique réagit intensément 
avec le sodium; il s'ajoute aux hydracides halogènes HCl, HBr qui s'y dis- 
solvent et qui l'éthérifient, c'est-à-dire le transforment en son chlorure 
CH' — COCl, etc., en présence d'un agent susceptible d'absorber l'eau, 
tel que P-O'; enfin, avec le chlorure d'acétyle, il dégage, comme l'alcool 
lui-même, de l'acide HCl gazeux et se convertit en son éther acétique, 

c'est-à-dire en anhydride acétique H'C — ^\/n-A \' 
On le voit, le parallèle est complet. 



(•) Voir Beilstein, Supplément, t. I, p. 228. 



l36 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

VI. On a qualifié autrefois les alcools tertiaires de « psendo-alcools », c'est- 
à-dire de faux alcools. Si sous le nom d'« alcools » il faut entendre les bases 
hvdroxvlées formées par le carbone, on peut se demander si ces pseudo- 
alcools ne sont pas les vèrilables alcools, puisque seuls ils sont fonction- 

nellement analogues et équivalents aux alcalis caustiques R.OH, les bases 
« par excellence » de la Chimie minérale. Cela étant, ne sont-ce pas les al- 
cools tertiaires, dans leur représentant le ])lus simple, le Iriniéthylcarbinol 
(H'C)'C(OH), qui méritent de porter le titre d'alcools» par excellence », 
selon le langiige d'Hnfm:inii, avec plus de droits que l'alcool méthvlique 
H^C — OH, l'alcool élhylique H'G— CH='(OH), etc.? 

Si l'on tient compte des faits que je viens de relater et sur lesquels j'at- 
tire l'aUeiilion des chimistes, on peut se demander aussi si l'acide acétique 
et son anhydride sont viaiment les réactifs les mieux appropriés et par 
conséquent les réactifs à choisir pour apprécier, déterminer et préciser 
l'intensité du caractère « alcool » dans la classe si importante des nombreux 
composés qui portent ce nom. 

S. A. S. le Prince de Monaco fait hommage à l'Académie du Fasci- 
cule XXXI des Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht, 
par Albert l""". Prince someraiu de Monaco, publiés sous sa direction, 
avec le concours de M. Jiles Richard. 

Ce fascicule a pour titre : Description des encéphales de Grampus griseus 
Cuv., de Sténo fronlatus Ciw., et de Globicephalus mêlas Traill, provenant 
des campagnes du yacht Princesse- Alice, par Auguste Petit. 



CORRESPONDANCE. 

M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : 

Les deux premiers fascicules àes Annales de Paléontologie, publiées sous 
la direction de Marcellin Boule. (Présenté par M. A. Gauilrv.) 

MM. A. LiEBEx et A. Bixet du Jassoxxeix adressent des remercîments 
à l'Académie j)our les ilistinclions accordées à leurs travaux. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 190G. 137 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les intégrales infiniment voisines des équations 
aux dérivées partielles. Noie de M. E. Gouusat. 

1. Quand on cherche à étendre aux équations aux dérivées partielles 
les théorèmes établis par M. Poincaré pour les équations différentielles 
ordinaires (Les méthodes nouvelles de la Mécanique céleste, t. 1, Chap. II), on 
est arrêté tout d'abord par des dilficultés tenant à ce que les coefficients des 
séries que l'on veut obtenir sont déterminés par des équations linéaires 
aux dérivées jjartielles et non par des équations différentielles linéaires à 
une seule variable indépendante. Mais les plus grosses difficultés dispa- 
raissent si les intégrales supposées connues, qui correspondent à des valeurs 
nulles des paramètres, sont rapportées à leurs lignes caractéristiques. En 
supposant remplie cette condition, on obtient des propositions analogues 
aux théorèmes de M. Poincaré, que j'énoncerai en me bornant d'abord aux 
fonctions analytiques. 

2. Soit 

(0 ^ = f\-2^.7,.v,,...,y,„-,7,.'/.. «z,,)^). '7/=j^ 

une équation aux dérivées partielles où j?, j,, j^ y„ sont des variables 

indépendantes et X un paramètre variable. On suppose que le second 
membre de cette équation peut être développé en série entière, ordonnée 
suivant les puissances de z, q,, q.,, . . ., q„, a, dont les coefficients sont des 
fonctions holomorphes des variables x,y,, y.^, . . .,y„, lorsque ces variables 
décrivent respectivement dans leurs plans des domaines connexes D,.,. 
D,_, ..., D,^; de plus cette série est convergente, quelles que soient les 
valeurs de x,y,,y.,, ..., y,^ dans ces domaines, pourvu que les modules 
de z, q^,q^, ..., q^, 1 ne dépassent pas un nombre positif r, ; elle ne ren- 
ferme aucun terme indépendant de z, q,, q.^, ..., q,„ 'k, et les termes du 
premier degré ne renferment que z et 1. On peut alors se proposer de 
développer suivant les puissances de 1 l'intégrale de l'équation (i) qui 
s'annuje pour x := o, quelles que soient les valeurs de >', , y.,^ • • •. ,V'n> ^»- 
et l'on trouve une série 

(2) z = (f,l-h 'ù..l--h...-h ^«/."-H..., 

satisfaisant formellement à l'équation (i), et dont tous les coefficients ^ont 

C. R., 1906, 1" Semestre. (T. CXLII, N" 3.) ^9 



l38 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

des fonctions holomorphes des variables ,r, y,,}'-,, ■■ -, .)'„, dans les domaines 
considérés, pourvu que Dj^. soit simplement connexe. La convergence de ce 
développement résulte de In proposition suivante : 

.1 tout système de domaines D',,, D,'_, . . . , D^ , intérieurs respectivement aiuv 
domaines Dj., D,_, .... D, , on peut faire correspondre un nombre positif r, 
tel que l'intégrale en question soit une fonction holotnorplie des variables v, 
j',, y.;,, . . ., y„, )., lorsque les variables x, y,, y.,, . . ., .)'„ décrivent respective- 
ment les domaines D^., D,' , . . ., D^^, pourvu que le module de 1 reste inférieur 
à 7). 

Le théorème s'étend aussi aux systèmes d'équations simultanées du pre- 
mier ordre et, au lieu il'un seul paramètre, on pourrait en supposer un 
nombre quelconque. 

3. Considérons encore une équation aux dérivées partielles du secon.l 
ordre 

(3) s = ¥(x,y,z,p,q,r,t,A) 

à deux variables indépendantes, dont le second membre peut être déve- 
loppé en série entière ordonnée suivant les puissances de :■, p, q, r, t, a, 
dont les coefficients sont des fonctions holomorphes des deux variables x 
et y lorsque ces variables décrivent respectivement dans leurs plans des 
domaines simplement connexes D^. et D,. Cette série est convergente, 
quelles que soient les valeurs de x et de j" dans ces deux domaines, pourvu 
que les modules de :■, p, q, r, t, 1 ne dépassent pas certaines limites, et elle 
ne renferme aucun terme indépendant ni aucun terme du premier degré 
en r et t, de façon que les droites x = C, y = C' forment les deux systèmes 
de caractéristiques de l'intégrale particulière 2 = 0, qui correspond à la 
valeur >. = o du paramètre. Dans ces conditions, on peut se proposer de 
développer suivant les puissances de \ l'intégrale de l'équation (3) qui se 
réduit à zéro pour x = o, quels que soient y et 1, et qui est nulle aussi 
pour r=o, quels que soient x et X; on obtient un développement qui 
satisfait formellement à l'équation (3) et dont tous les coefficients sont des 
fonctions holomorphes de x et de r, lorsque ces variables décrivent res- 
pectivement les domaines D^., D^. La convergence de ce développement 
résulte encore de la proposition suivante : 

Soient D^, et D^. deux domaines intérieurs respectivement à D^, et à D, ; on 
jieut leur faire correspondre un nombre positif -r tel que r intégrale précédente 
soit une fonction holomorphe de x, y, a, lorsque les variables x et y décrivent 
respectivement les domaines D^, D^, pourvu que \ a | soit inférieur à ■^. 



SÉANCE DU l5 JANVIKR 1906. I?c) 

I,a démonstration de ces ihéorèmes et d'antres plus généraux sera déve- 
loppée dans un Mémoire plus étendu. 

GÉOMÉTRIK INFINITÉSIMALE. — Sur une famille de réseaux conjugués 
à une même congruence. Note de M. E. Meulix. 

Considérons, dans l'espace à n dimensions, deux réseaux tels que, aux 
points correspondants A et B, les tangentes aux courbes correspondantes 
se coupent en deux points variables P et Q. On peut choisir les coordon- 
nées homogènes a?, et v, de A et B, de manière que l'on ait ( ' ) 

. ùy, , i).f, ()y, , dxi . ■ 

^ ■' Oit ou ày OS' ■' 

Il existe une ce' de réseaux conjugués à la congruence des droites A et B 
et tels que, en un des points C(-,) d'intersection avec AB, le plan tangent 
à l'un quelconque des réseaux passe par PQ. On a en effet 

;;,=: JK, -+- >.J",, Â = constante. 

Nous nous sommes proposé de chercher combien, parmi les réseaux de 
la famille considérée, il peut y en avoir à invariants égaux. Nous ne parle- 
rons pas des cas évidents où les droites AB sont concourantes, ou engen- 
drent une congruence dont les deux nappes focales se réduisent à dis 
lignes. 

A. — I^e lieu des arêtes tie rebroussement des développabies u = const., 
par exemple, se réduit seul à une ligne. Trois cas peuvent seulement se 
présenter : 

i" Tous les réseaux sont à invariants égaux. — Ils sont formés par des 
courbes de contact de cônes ou de cylindres circonscrits. 

2" Le réseau (A), par exemple, est seul à invariants égaux. — (A) est 
formé de courbes de contact de cônes ou de cylindres circonscrits. Sur les 
autres réseaux, les lignes u = const. sont des courbes de contact de cônes 
ou de cylindres circonscrits et, le long des lignes r = const., les plans 
osculateurs aux lignes u = const. passent par un point fixe. 

3° Aucun réseau n'est à invariants égaux. 

B. — Aucune nappe focale ne se réduit à une ligne. En général, les fa- 



('). Voir G. Dahbolx, Leçons sur la théorie générale des surfaces, t. Il, p. 228. 



r4o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

milles considérées ne possèdent pas de réseaux à invariants égaux. Elles 
peuvent toutefois en posséder un , deux, trois, quatreoucinq. S'ilen existe cinq, 
tous les réseaux de la famdle sont à invariants égaux. 

Indiquons les résultais que nous avons obtenus quand un ou plusieurs 
réseaux sont à invariants égaux. 

1° Un réseau (A), par exemple, est à invariants égaux. — On choisit (A) ; 
le problème s'achève par quadratures, si l'on connaît /< et/, tlont les valeurs 
les plus générales dépendent de l'intégration de l'équation de Laplace rela- 
tive à (A). 

2° Deux réseaux au moins, (A) et (B) par exemple, sont à invariants 
égaux. Posons 

0, désignant une solution quelconque de l'équation 

^~^ ô dtidv ë"? du Ov 

On aura, pour déterminer y,- à l'aide de (i), 

h = U(M).c•/-^ / = ¥((•). ez-?, 

y et <p sont des fonctions convenablement choisies. On doit distinguer 
trois cas : 

a. U(») = H, y {v) = ('. — Soit r^{u, v) la solution la plus générale de 

l'équation E( > ) = o, dont dépend la détermination des surfaces 

qui admettent pour représentation sphérique de leurs lignes de courbure 
deux systèmes de coniques homofocales ( '), <p et / seront définies par les 
formules 

' au ôf 

^^ à--{it-, i-) 1 dr.{u^, ('-) Il ()'-T.{u-, c-) i <)-{ti-, i'-) 



'- u àii i)i' Il i)u r ôii (){ 



f 



Pour achever le problème à l'aide de quadratures, il restera à intégrer 
l'équation (a), où tp a la valeur précédente. 
b. l](u) = u, Y(v) = t. — On trouve 



(3) <p = %■)((') ". + V)'(u), y = \'>(v) ' + uv'(u) — v(u 

\'u- — I ' ^ \^/it- — 1 



). 



( ') Voir G. Darboux, Leçons sur la théorie générale des sur/aces, l. Il, p. 70. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. I^' 

.Ti et Yi .s'obtiendront par quadratures, si l'on sait intégrer ( 2 ) où o a la 

lorme (3 j. 

c. l](u) = a, Y(v) = b, a et b désignant des constantes distinctes. 

— On obtient 

o ^ (?(' — l>i(, y = /a< — au. 

. .,. ■ à'z 

L'éqnation (2) se ramené a 1 équation connue ^jyj^ = :■■ 

3° Trois réseaux et trois seulement sont à invariants inégaux. — On choi- 
sira pour les coordonnées .r, du point A des solutions de l'équation 

d-.r sin«cosK i)x siiic cosc Qj^ 

,)ii <)r "*" siii'« — siii^' du sin-« — siii^i' (Je 

qui se ramène à l'équation harmonique suivante : 



ThTih' "^ .'1 



siii^(« — (') 



sm-( M + i') J 



Les coordonnées j, de B s'obtiendront ensuite par quadratures, à l'aide 
des équations (i), où l'on fera 



. « T- f . . " -I- (' 

siiw/siii sini'sin 



h= —, / = 



H — r " — i' 
cos cos ■ 



4° Quatre réseaux et quatre seulement sont à invariants égaux. — j:, et v, 
seront définies par les formules 

ïi ~- ,),i t)i- Il Ou i' au à^- (' dv 

_ ,r--,(u\v') _- 



I 

= o. 

2 



-i{u, v) désignant une solution quelconque de l'équation E y — 

Les points correspondants de deux des réseaux à invariants égaux divisent 

harmoniquemenl le segment formé par les points correspondants des deux 

autres. 

5" Tous les réseaux sont à invariants égaux. — It, l el =, peuvent prendre 

la forme simple suivante : 

/, = ,/, i = v- z.^ = (u + x)Lr,(«) - u,(«) + («' + >)v;(0 - v,(0- 



l4'-i ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Les lignes qui composent les divers réseaux sont des courbes de contact 
de cônes ou de cylindres circonscrits, dont les sommets ne changent pas 
d'un réseau à l'autre. 



MÉCANIQUE RATIONNELLE. — Sur l'impossibilité des oncles de choc négatives 
dans les gaz. Note de Al. Gyozo Zejipléx, présentée par JM. Appell. 

Dans une Note récente (') relative à mes développements (-) sur les 
ondes de choc, M. Duheni me reproche d'avoir invoqué « la chaleur du 
frottement interne entre les parties du gaz douées de vitesses différentes 
aux deux côtés de l'onde », caria supposition du frottement interne exclut, 
selon lui, la pro|)agation des ondes de choc. 

J'espère pouvoir réfuter, par les remarques suivantes, l'objection de 
M. Duhera : 

1° Le théorème démontré par M. Duhem est le suivant : 

Au sein d'un fluide doué de frottement interne ou de viscosité, et 
pourvu que l'on regarde comme générales les expressions des actions de visco- 
sité reçues dans le cas où les dérivées partielles des composantes de la vitesse 
ne surpassent pas certaines limites, aucune ondede choc ne peut se pro|)ager. 

Or, mes (léveioi)|)ements se rapportent à une onde de choc compatible 
avec les équations du mouvement des liquides dénués de frottement interne. 
Cependant, même dans le cas où l'on su[)pose, dans la partie continue du 
mouvement, toutes les composantes de la viscosité égales à zéro, le travail 
de la viscosité ne sera nullement à négliger dans l'onde de choc elle-même, 
vu qu'il y a dans celle-ci un changement brusque des vitesses (un coetii- 
cient de viscosité infiniment petit, multiplié par une fonction de la dérivée 
de la vitesse infiniment grande, peut donner un produit fini). 

Le théorème de M. Duhem ne serait donc pas à appliquer dans ce cas, 
car ce théorème se rapporte à des ondes de choc com[)atibles avec les 
équations de l'Hydrodynamique corrigées en ayant égard à la i-iscosité. 

2° Le théorème de M. Duhem est basé sur une hypothèse à part (la gé- 
néralisation, citée plus haut, des expressions des actions de viscosité pour 
les ondes de choc), qui |)eut être adoptée ou rejetée ad libiliun, et c'est 
pourquoi je suis de l'avis qu'avec ce théorème on ne pourra réfuter des ré- 
sultats obtenus indépendamment de celte hvpothése. 



(') 1'. IknnM, (Joinples rendus, l. CXLl, igoS, )>. Xii. 
(-) G. Zejifli':.\, Comptes rendus, t. CXLI, 1900, p. 710. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 190(3. l','^) 

Enfin, qu'il me soiL permis de remar(|iier que, dans ma Note citée plus 
liaul, j'aurais dû citer les Notes de M. Jououet, où la même question a été 
Imitée en faisant intervenir le potentiel thermodynamique ('), puis pom- 
(les disconlinuités pas trop grandes ( - ) et pour des quasi-ondes de choc ('■'). 



MÉCANIQUE. — Conditions d'établissement et d'application d'un amortisseur 
progressif à la suspension des véhicules sur route. Note de M. A. Kkebs, 
présentée pai- M. Léauté. 

Les véhicules circulant sur route rencontrent des dénivellations qui 
])euvent être rangées en deux catégories : les courtes et les longues. Les 
courtes sont les pierres ou obstacles analogues qui sont facilement fran- 
chis par des roues à jantes très élastiques se moulant sur l'obstacle sans 
déplacer l'essieu verticalement. Il n'en est pas de même avec les longues qui, 
déplaçant verticalement l'essieu, mettent enjeu les ressorts de suspension 
de la caisse. Lorsqu'une dénivellation longue se présente, la roue, en la 
franchissant rapidement, comprime le ressort en modifiant sa flèche d'une 
longueur égale sensiblement à la hauteur de cette dénivellation. 

M. Georges Marié, dans un savant Mémoire présenté à l'Académie des 
Sciences sous le titre : Les dénù^ellations de la voie et les oscillations du ma- 
tériel des chemins de fer, a montré l'action bienfaisante du frottement des 
lames de ressorts et de leurs menottes. 

Dans les véhicules sur roule, ces mêmes frottements existent et amor- 
tissent les petites oscillations; mais ils sont absolument insuffisants dès que 
la variation de flèche (A) dépasse 2"" environ. 

Nous déterminons cette valeur limite de (A), donnée par l'équation 

h = 'loa, qu'on peut écrire h = 2®--; comme l'établit M. Georges Marié 
pour les véhicules de chemins de fer, équation dans laquelle - est la flexi- 

bdilé du ressort et ■:: le poids de la caisse. 

On a cherché à obtenir des frottements amortisseurs au moyen d'or- 
ganes convenablement disposés; mais, d'une façon générale, les frotte- 
ments ainsi obtenus, qu'ils proviennent des ressorts ou qu'ils viennent s'v 



('1 Comptes rendus, t. CXXXll, 18 mais 1901. 

(,- ) Comptes rendus, l. CXXXIX, i4 novembre 1904. 

(■' } (Joinples rendus, l. CVXWIll. '.-juin 190/). 



l/|4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ajouter, donnent un effort sensiblement constant répondant à une variation 
de flèche donnée. Pour une variation plus petite, le frottement sera trop 
grand et la suspension sera dure; pour une plus grande, toute l'énergie 
emmagasinée par le ressort ne sera pas amortie dans la première dénivel- 
lation. 

Nous montrons dans celte étude que, pour obtenir l'amortissement des 
oscillations dans tous les cas, l'effort de frottement à produire doit être à 
chaque instant sensiblement proportionnel à la variation de flèche que 
possède le ressort. Comme, d'autre part, le frottement des lames de ressort 
et de leurs menottes suffit dans les petites oscillations, nous sommes con- 
duits à ne faire intervenir le frottement additionnel qu'à partir de la valeur 
de cette variation : h = arpa. Enfin, pour ne pas rendre la suspension plus 
dure dans le passage des grandes dénivellations, nous sommes conduits à 
augmenter la flexibilité des ressorts. 

En appelant — la flexibilité clierchée, nous établissons que sa valeur en fonction de 
la flexibilité primitive — sans amortisseur est la suivante : 



(f-i 



en donnant à {h) ses deux valeurs exlrènies : /iz=2Cfael /i=zœ, et en prenant la 
moyenne arithmétique des deux valeurs de (y) qu'on en déduit, nous obtenons fina- 
lement pour y : 

/ 2,5-t-2tS \ 

y = — ^-^ :, "■ 

\ I , a 4- œ -H I , :j Ci -H 'i- / 

Nous arrivons également -À établir que l'elTort de frottement (a) à développer pour 
une modification {h) de la flèche du ressort est 

y 

Cette équation montre que l'ellort de frottement nécessaire pour donner raraurlis- 

. . y 
sèment complet varie en raison inverse de la flexibilité — et croît comme la variation 

de flèche du ressort (h) diminuée de la petite quantité a- qui représente l'elToit de 
frottement provenant des ressorts. Il est aussi très sensiblement indépendant du jioids 
de la caisse et, toutes choses égales d'ailleurs, décroît lorsque le poids de cette dernière 
augmente. 

Le problème pratique consiste donc à réaliser un appareil qui, |)ar le 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. l45 

déplacement relatif de ses organes dans un sens ou dans l'antre à partir 
d'une position donnée, produise d'abord un effort sensiblement nul pour 
un certain écart et allant ensuite en croissant dans un sens ou dans l'autre, 
proportionnellement au chemin parcouru. En outre, cet effort doit être 
indépendant de la vitesse avec laquelle les organes de l'appareil sont 
déplacés. 

Celte dernière condition fait rejeter a priori tout dispositif empruntant 
un fluide quelconque, liquide ou gazeux, forcé de s'écouler à travers un 
orifice de section variable. 

L'appareil se compose d'une boîte cylindri(|ue dans laquelle peut osciller, suivant 
son axe, un autre cylindre plus petit laissant un intervalle annulaire dans lequel sont 
empilées des lames minces circulaires rendues alternativement solidaires de la boîte et 
du cylindre intérieur. 

Sur ces lames viennent se placer deux disques solidaires aussi, l'un du cylindre 
intérieur, l'autre de la boîte. Les faces extérieures des disques sont planes et parallèles, 
tandis que leurs surfaces de contact sont taillées suivant deux surfaces hélicoïdales 
inverses réunies par des éléments de surfaces planes. Enfin, sur le dernier disque, 
repose un ressort, convenablement disposé entre ce disque et le couvercle de la boîte 
pour n'exercer aucune pression lorsque les saillie-- produites par les rampes hélicoïdales 
inverses sont en contact avec les éléments plans. 

En faisant osciller angulairement le cylindre intérieur, à tlroite ou à gauche de cette 
position moyenne, les rampes des disques viennent en contact après un certain écart 
pendant lequel les lames, n'étant pas pressée^ le- unes contre les autres, glissent sans 
opposer d'eilorl sensible. Lorsque l'amplitude de loscillation dépasse cette limite, les 
rampe- montant l'une sur l'autre, les faces extérieures des disques s'écartent en com- 
priniant d'une part le ressort et en exerçant d'autre part sur les lames une pression 
égale à celle de ce ressort. 

La boîte cylindrique étant fixée à la caisse de la voiture et le cylindre intérieur étant 
relié à l'essieu au mo^en d'une manivelle et d'une bielle, chaque fois ([u'une variation 
dans la flèche du ressort de la voiture se produira, l'appareil fera intervenir, à partir 
d'un certain écart, un effort de frottement à chaque instant sensiblement proportionnel 
à cette variation de ilèclie. 

Nous ajouterons, pour terminer, que toutes les considérations qui pré- 
cèdent ont été pleinement confirmées par la pratique. 

PHYSIQUE. — Expériences photographiques sur l'action des rayons N 
sur une étincelle oscillante. Note de ,\1. C. Gi tto.v, présentée par M. Mascart. 

« Si, sur l'étincelle primaire d'un oscillateur hertzien, on fait tomber 
d( s rayons N, l'étincelle secondaire diminue. Il résulte de là que l'action des 

c. W., 1.J06, I" Semestre. (T. CXLII, N" 3.) 20 



l46 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ravons N sur l'étincelle modifie le phénomène électrique lui-même { '). » 
En annonçant ce phénomène, M. Blondlot ajoute que la dimiiuilioa 
d'éclat de l'étincelle était très difficile à observer à cause de l'irrégularité 
de l'étincelle secondaire. 

Comme ce fait prouve une modification intime de l'étincelle par les 
ravons N, il v avait intérêt à chercher à rendre la diminution d'éclat plus 
visible et surtout à l'enregistrer par la photographie. Il m'a été possible 
d'obtenir une étincelle secondaire régulière en la faisant jaillir entre deux 
pointes d'un métal plus volatd que le platine. Après quelques essais, je me 
suis arrêté au laiton, qui, d'une part, est suffisamment dur pour permettre 
de faire des pointes régulières et, d'autre part, à cause de la présence du 
zmc, donne une étincelle riche en rayons photogmphiques. Les pointes 
ont été faites à la lime a l'extrémité de deux tiges de laiton de o'"",3 de 
diamètre et de 3"" de longueur, puis polies en les roulant sur du papier 
d'émeri très fin. Il est nécessaire de s'assurer avec un microscope à faible 
grossissement que les pointes sont régulièremeut coniques et leurs extré- 
mités légèrement arrondies. 

L'excitateur primaire (Jig- i) est constitué par deux petits condensateurs cylin- 
driques dont les armatures internes sont des tiges de laiton de 7''" de long et o'^"',5 de 
diamètre et les armatures externes des tubes de laiton de 4'^"'i3 de long et i"'"\2 de 
diamètre. Les deux armatures sont séparées par un tube de verre. Les deux conden- 
sateurs sont fixés dans le prolongement l'un de l'autre aux deux branches dune pince 
en bois. Aux extrémités des armatures internes sont soudées deux boules en laiton de 
G'''", 8 de diamètre partiellement recouvertes par des lames de platine. L'étincelle pri- 
maire jaillit entre ces deux boules; sa longueur se lègle en écartant, à laide d'une vis. 
les exlrémilés des brandies de la pince; un anneau eu caoutchouc maintient l'une dos 
branches fortement appli(|uèe contre l'extrémité de la \'is. Les deux armatures in- 
ternes sont respectivement reliées aux deux^ pôles d'une machine de llollz. dont l'un 
des pôles est au sol et <[ui est entraînée à vitesse constante par un moteur électrique. 
Les armatures externes communiquent entre elles par un tube de ^ erre plein d'eau 
qui leur permet de se charger. La longueur de l'étincelle mesurée après les expériences 
a été trouvée de o''"',o-. La machine de Holtz donnait environ 160 étincelles par se- 
conde entre les boules de l'excitateur. Cette machine était installée assez loin pour 
éviter toute influence de la luinière des aigrettes sur l'étincelle. 

Deux lîls de 2",5o de long attachés aux armatures externes conduisent les ondes 
hertziennes, produites par la tiécharge de l'excitateur, au micromètre à étincelles secon- 



(') H. iJLOxntOT, Nouvelles expériences sur l'eiingistreineiil. au intiven de lu pho- 
tographie, (le l'action exercée par les ravons 'S sur une étincelle électrique {^Anc\, 
\" mars igoj, p. 5, et Revue générale des Sciences. 3o août igoô, p. 727). 



SÉANCE DU l5 JANVIER igo6. ^4? 

daires (Jig- 2) formé des deii\ pointes en lailon précédemment décrites. Ces pointes 
sont fixées aux branches d'une pince en bois noiicl, analogue à celle qui sert à régler 
l'étincelle primaire. Les deux pointes du micromètre doivent être exactement en 
retrard. La lonsueur de l'étincelle secondaire était d'environ }- à v'„ de millimètre. Le 



Fis 



Fis 




micromètre est enfermé dans une boîte en carlon noir I {Jii;'. 3) fixée à la pince; la 
partie antérieure de cette boite est formée d'une lame de verre dépoli recouverte d'un 
papier noir percé en face de l'étincelle d'une ouverture circulaire de i'",2 de dia- 
mètre. La lumière de rétincelle difl'usée par le verre dépoli à travers cette ouverture 



Fis. 3. 




M 




impressionne une plaque photographique P. La distance de l'élincelle au verre dépoli 
est de a"^"", celle du verre dépoli à la plaque P de 3=", 8. Une caisse en bois, dont la 
parlie antérieure est fermée par un voile noir, renferme le micromètre à étincelles et 
le châssis qui porte la plaque pliotographique. Ce dernier peut être déplacé latéra- 
lement dans une glissière à l'aide d'une tige T, sa course est limitée par deux butoirs 



a et b. 



La source de rayons N est une lampe Nernst (1 ampère, 220 volts) placée 
à 45'""' en arrière de l'étincelle primaire. Cette lampe est enfermée dans 



l48 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

une lanterne de tôle. Avant d'atteindre l'excitateur E, les rayons N tra- 
versent une planche B de i'='",S d'épaisseur, deux écrans en papier C et 
une lame d'aluminium D reliée électriquement au sol('). En M est figuré un 
écran de zinc recouvert de papier fdtre mouillé et, par conséquent, opaque 
pour les ravons N; en retirant ou en mettant en place cet écran, on peut 
à volonté laisser passer ou arrêter les rayons N qui doivent agir sur l'étin- 
celle primaire. Un écran en bois H, garni de plomb sur ses deux faces, 
empêche les rayons d'atteindre l'étincelle secondaire. 

Pour faire une expérience, on règle l'étincelle secondaire de façon que 
la lumière diffusée par le verre dépoli soit régulière et l'on s'assure à l'œil 
que l'éclat diminue notablement, lorsque les rayons N tombent sur l'étin- 
celle primaire. Cette diminution d'éclat est très visible lorsque l'étincelle 
est bien réglée. La plaque sensible est alors placée dans un châssis appliqué 
d'abord contre le butoir a. L'étincelle primaire recevant les rayons N, on 
laisse la lumière de l'étincelle secondaire agir sur la plaque pendant i mi- 
nute. On pousse ensuite le châssis contre le butoir b, en même temps qu'un 
aide intercepte les rayons N au moyen de l'écran de papier mouillé M. Une 
autre portion de la plaque est alors impressionnée pendant i minute. 
Après développement, on constate sur la plaque deux taches dont l'une est 
beaucoup plus faible que l'autre. La tache la plus faible est celle qui a été 
produite pendant que les rayons N agissaient sur l'étincelle primaire. Pour 
corriger l'influence d'une variation possible du débit de la machine de 
Holtz, chacun des temps de pose a été fractionné en deux poses de 3o se- 
condes, les deux poses qui correspondent à l'une des positions de la plaque 
alternant avec les deux poses correspondant à l'autre position. On a laissé 
les rayons N agir tantôt pendant la première et la troisième pose de 3o se- 
condes, tantôt pendant la seconde et la quatrième. Les mouvements 
à donner au châssis et à l'écran M étaient réglés par les battements d'un 
métronome. Pendant l'ouverture et la fermeture du châssis, celui-ci était 
placé à égale distance des butoirs a et b; on évite ainsi que les durées d'ou- 
verture et de fermeture interviennent dans le temps de pose. Ces durées 
étaient d'ailleurs trop petites pour donner une impression visible au centre 
de la plaque. 

37 expériences ont été faites par ce procédé et tous les clichés obtenus 
ont montré que l'étincelle secondaire diminue d'éclat lorsque l'étincelle 



(' ) A cause des grandes dimensions de l'appareil, les dillerentes parties de la figure 3 
n'ont pu être représeniées à la nnênae échelle. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. l4c) 

primaire reçoit des rayons N. Les étincelles altérant assez vite les pointes, 
il faut les limer et les polir à nouveau après 6 ou 8 expériences. Pour 
obtenir de bons résultats, l'éclairement de la plaque par la lumière de 
l'étincelle secondaire doit être voisin de l'éclairement le plus faible qui 
commence à impressionner la plaque ('). Les plaques employées sont des 
plaques Jougla (bande verte), ou des plaques Lumière (bande bleue). 

En résumé, les expériences précédentes confirment l'observation faite 
par M. Blondlot, elles démontrent une modification intime de l'étincelle 
par les rayons N. Cette modification, comme le fait remarquer M. Blon- 
dlot, explique pourquoi l'étincelle électrique se prête bien à l'enregislrc- 
ment photographique des rayons N. 



CHALEUR. — Sur la (lensilè de la glace. Note de M. A. Leduc, 
présentée par M. Lippmann. 

La densité de la glace a été déterminée bien des fois. Les résultats ont 
varié entre 0,903 et 0,930. Les plus concordants sont ceux de Brunner 
(0,918), de Thomson, de Plùcker et Geissier (0,920), et de Louis Dufour 
(0,914 à 0,922 : moyenne 0,9177). 

Enfin Bunsen, par une méthode fort ingénieuse, a obtenu 0,91(574. L^ 
glace, formée dans un tube d'ailleurs passablement étroit, était, affirme-t-il, 
parfaitement transparente et exempte de bulles. 

Je n'ai pas été aussi heureux, malgré tout le soin apporté à cette expé- 
rience, et cependant les nombres obtenus ont toujours élé > 0,91 72. Afin 
de rendre négligeables certaines erreurs, j'ai opéré sur une masse de glace 
voisine de 100*. 

Première expérience. — Un flacon semblable à ceux employés par Regnault pour 
les densités de liquides, mais beaucoup plus grand (108'="'') est à peu près rempli d'eau 
distillée longuement bouillie et encore très chaude. Je la fais bouillir à nouveau dans 
le flacon, en y faisant le \ide au moyen d'une pompe de Fleuss, puis j'entoure celui-ci 
d'un mélange de glace et de sel. 

Par une manœuvre dont le détail sera décrit ailleurs, je conduis la solidification 
depuis le fond du flacon jusqu'au repère tracé sur le col capillaire. Ayant enlevé l'eau 
qui dépasse ce repère, je fais refondre la glace, puis je pèse l'eau qui en provient, avec 
les précautions d'usage. Je trouve, toutes corrections faites : 986,9679 à quelffues 



(') Voir C. GuTTON, Co/iip/<s refi'/iis, 27 février igoô. 



l,5o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

dixièmes de milligramme près. La masse d'eau distillée bouillie qui remplit ce même 
llacon jusqu'au repère, à o", est 1078,8818. 

On en déduirait pour la masse spécifique de la glace à 0° : 0,91725. 
Mais, tandis que la première moitié environ de la glace est parFailement 
transparente, on voit apparaître dans celle qui se forme ensuite des traînées 
de bulles gazeuses 1res fines et même, dans la partie supérieure, des bulles 
assez grosses pour être distinguées à l'œil nu. La densité est donc trop faible 
de ce chef. 

Elle l'est encore pour un autre motif. Le flacon étant plongé dans un 
réfrigérant dont la température varie entre — 5° et — 10" environ, sa capa- 
cité est plus faible qu'à 0°. 

Il faut remarquer toutefois que le phénomène est rendu très complexe 
par ce fait que la couche de glace en formation est nécessairement à 0°. 
Tout ce que l'on peut affirmer, c'est c[ue l'erreur est de l'ordre du dix- 
millième. 

Pour ces deux raisons, le nombre 0,9172 ne peut donc être approché que 
par défaut. 

Expérience finale. — Après plusieurs perlecliniiiieraeiits qui avaient éle\é pro- 
gressivement le résultai, j'ai disposé l'expérience de manière à évacuer par plusieurs 
coniïélations successives dans le vide les gaz retenus par l'eau bouillie, et à produire 
une dernière congélation assez lente (durée 6 heures) d'abord dans le vide, jusqu'à ce 
que l'eau ait dépassé le col capillaire du flacon, puis sous la pression atmosphérique, 
mais en isolant l'eau de l'atmosphère par une colonne d'huile de vaseline, elle-même 
bouillie dans le vide et sur place, étroite et lonyue de Go"^'" environ. 

A cet efl'et, j'ajuste sur le llacon à densités un système de deux flacons laveurs de 
Cloez A etB; ce dernier, beaucoup plus grand que A et plus éloigné du flacon à eau, 
renferme la provision de vaseline. On peut faire le vide simultanément ou séparément 
par deux tubulures à robinet, situées l'une à la sortie de B, l'autre en amont de A. 

Au moment où l'on rétablit la pression atmosphérique par la première tubulure, 
l'huile vient remplir parfaitement, c'est-à-dire ^ans la moindre bulle, les divers tubes 
et cavités, y compris la partie du llacon à densités non occupée par l'eau. 

Un frappeur automatique secoue continuellement le llacon afin de faciliter le départ 
des bulles. 

.Malgré toutes ces précautions, la glace, congelée pour la troisième fois, n'est pas 
encore parfaitement transparente dans la partie supérieure : le dernier quart présente, 
surtout dans la région médiane, une sorte de nébulosité tîlamenteuse qui s'accentue au 
voisinage du col capillaire. 

La masse de glace remplissant cette fois le flacon jusqu'au repère est 
98^,9968, d'où la masse spécifique de la glace : 0,91702. 

Une dernière expérience, dans laquelle l'eau a été congelée quatre fois, 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. l5[ 

a donné un résultai pratiquement identique. Je suis porté à croire que la 
disparition complète de la nébulosité n'altérerait que faiblement la der- 
nière décimale. 

Il est clair qu'il faut bien se garder de prendre la moyenne des nombres 
obtenus, qui croissent faiblement mais systématiquement à mesure que 
l'exoérience se perfectionne: le plus grand de ces nombres est certainement 
approché par défaut. Pour tenir compte dans une certaine mesure de l'er- 
reur due à la contraction de l'enveloppe, je propose d'admettre que la masse 
spécifique de la glace à 0° est 

0,917(3. 

Remarque relative à l'analyse des gaz en dissolution dans l'eau. — On voit, 
par ce qui précède, que l'eau longuement bouillie retient une quantité de 
gaz fort appréciable, qu'elle abandonne au moins partiellement en se con- 
gelant. 

J'ai eu déjà l'occasion de faire la même remarque au sujet du protoxyde 
d'azote liquide, qui, solidifié en neige et maintenu dans un vide très avancé, 
déijage la majeure partie, mais non la totalité de l'azote qu'il tient en dis- 
solution. 

Il en résulte que Vanalyse des gaz de l'eau, telle qu'elle se pratique toujours, 
est incomplète et, par suite, inexacte. 

Si l'on admet que l'écart entre le nombre de Bunsen et le mien est dii 
imiquement à ce que ce savant a solidifié complètement de l'eau simple- 
ment ju'ivée de gaz par ébullition prolongée, on arrive à cette conclusion 
que cette eau renfermait encore près de 1""' de gaz par litre (mesuré sous la 
pression atmosphérique). 

Je n'ai fuit jusqu'ici qu'une seule expérience en vue de contrôler c 
résultat : elle a été satisfaisante mais non décisive au point de vue quan 
titatif. 

Je me propose d'ailleurs de rechercher la nature des gaz retenus pa 
l'eau bouillie. 



ÉLECTRICITÉ. — Sur la répartition des murants électriques dans un réseau. 
Note de M. I. Révilliod, présentée par M. Lippmann. 

Dans tout réseau conducteur alimenté par des sources d'électricité, le 
double du travail de ces sources diminué de l'effet Joule total est maximum. 







l52 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Soit un réseau conducteur quelconque, contenant les sources d'électricité de force 
éleclromotrice E,, Ej, ... ( E/, étant la somme algébrique des forces électromotrices 
de la branche /., comptées dans un sens déterminé). Soient /•,, i\, ... les résistances; 
i, i,, ... les intensités des branches 1,2, .... 

11 est à démontrer que les courants se répartissent de façon que 

(i) • ^(2E/,4— /v,-/|) 

soit maximum, en tenant compte naturellement des relations ^1^=0 pour chaque 
point de croisement, conformément à la première loi de kirchbofl". 
Difierentions l'expression (i), nous aurons 

(9.) -('-E/,-— ■ifkik)(tii,. 

Établissons les équations qui rendent l'expression (i) maximum, c'est-à-dire (2) 
nulle. 

Considérons pour cela dans le réseau un circuit fermé quelconque, par exemple le 
quadrilatère ABCD, et sur chacun de ses cùtés un sens positif. 

Les quatre relations S;a=o pour les points A, B, C, D permettent d'éliminer trois 
des variables ««• Éliminons /,. /;,, «4 comme suit : de L! nous lirons 

'2 = / 1 + ('e -1- '? = ' 1 ± • • ■ ' 
de C 

4 ^ — ('j -H ('g — — /, ± . . . , 

de D 

i,— h— h = —i,± 



Les points remplacent des variables «a pour «>.'(. 

Cette élimination faite, tous les autres courants peuvent être considérés comme des 
variables indépendantes ou des fonctions des f'a pour lesquelles a> ']. 
Donc, dans l'expression 

les seuls termes contenant, toute élimination faite, la dill'érentielie di\ sont les quatre 
premiers. 

Ces termes sont 

(E, — /■,/, ) c/i\ 4- ( E2 - /■, i, ) ( ^(, ± . . . ) 

Les variables étant alors toutes indépendantes, le coefficient de di, doit être nul. 
Nous avons donc 

El — '1 ''1 + E., — /•, i, — ( E, — /'a ('a ) — ( E. — ;■., /; ) — o, 

équation identique à celle fournie par la deuxième loi de kircliholl', appliquée au 
quadrilatère ABCD 

SEa-^I^Ù- 



SÉANCE DU l5 JANVIER Iç)o6. l53 

Les coefficients des autres ililTérentielles, égalés à zéro, doniieraieiil des équations 
analogues. 

La condition (le maximum énoncée an début, équivalant aux équations 
(ie Rirchhoff, correspond à la répartition des courants. 

On voit qu'il s'agit d'un maximum, et non pas d'un minimum, en upph- 
quant la loi au courant fourni par une pile unique sur un circuit unique. 
Dans ce cas, en effet, 2E/ — ri'^ est maximum. 

PHYSIQUE. — Sur la soupape parhydrique. Noie de M. .1. nii Rouan Chabot, 

présentée par M. A. Ditte. 

La soapape jxirhydrique est un appareil qui a pour but d'éviter les retours 
d'eau, lorsque l'on fait le vide au moyen de la trompe à eau : 

Il arrive fréquemment, en effet, que la pression d'eau baisse dans la canalisation sur 
laquelle est branchée la trompe; si le vide est déjà à ce moment poussé un peu loin, 
l'eau ne manque pas de rentrer dans les cloches ou récipients à vide et de les inonder, 
procurant des ennuis qui peuvent être graves, si l'on n'exerce une suiveillance conti- 
nuelle. 

Pour éviter ces sortes d'accidents deux systèmes sont généralement adoptés. 

Le premier consiste à intercaler, sur la canalisation à vide, un llacon qui sert de 
réservoir préventif; ce flacon a le doul)le inconvénient d'allonger la durée de l'opéra- 
lion et d'être insuffisant si la dépression dure trop longtemps. 

Le deuxième consiste à intercaler une soupape. 

Les soupapes employées généralement jusqu'ici cml l'inconvénient d'être fragde-. 
puisqu'elles sont tout en verre; d'être assez coûteuses et de ne pas toujours voir leur 
clapet se décoller convenablement lorsque l'eau revient à sa pression primitive. 

La soupape parhydrique a l'avantage d'éviter ces différents embarras. 
D'une construction très simple et d'un prix très modique, elle fonctionne 
d'une façon assurée, grâce aux soins apportés par la maison Fontaine à sa 
construction. 

Elle est constituée dans sa partie essentielle par un flotteur légèrement 
concave à sa partie supérieure et recouvert d'une membrane. La pression 
venant à diminuer dans la canalisation, l'eau remonte nécessaireinent dans 
l'appareil et le flotteur vient mettre en contact la membrane avec un tube 
rodé qui s'applique exactement et qui arrête l'eau dans son mouvement 
ascendant. Le haut du tube rodé porte une boule soufflée dans la masse, 
Ijour le cas où la membrane laisserait passer quelques centimètres cidres 
tl'eau. Au repos, le flotteur s'appuie sur des pointes de verre repoussées 

G. B., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N" 3.) ^' 



l54 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

dans la masse, sans pouvoir jamais boucher le tube inférieur de l'appareil. 
Il existe deux modèles de ces soupapes, l'une qui est démontable et dont 
on peut en quelques instants remplacer le flotteur au cas où il viendrait à 
se détériorer, l'autre qui est d'une seule pièce. L'un ou l'autre de ces 
modèles se recommande suivant que l'on a à évaporer des solutions nui- 
sibles ou non à la membrane. 



CHIMIE MINÉRALE. — Rectification à une Noie sur V oxyde salin de nickel. 

Note de M. H. BAuuuixv. 

N'ayant pn me procurer le Mémoire original de Bellucci et Clavari sur 
Y oxyde supérieur de nickel, je me suis fié, pour son contenu, à la traduction 
qu'eu a donnée le Chemisches Cenlralhlatt . Par l'envoi que Bellucci et Cla- 
A'ari me font de leur publication, je constate que le texte allemand énonce 
des faits qui ne sont pas exprimés dans le travail des savants italiens. 

Ma Note aux Comptes rendus du 26 décembre igoS (p. i23o), faite pour 
affirmer l'existence formelle de l'oxyde salin de nickel, ne peut donc plus 
être opposée à Bellucci et Clavari, ces auteurs discutant dans leur Mémoire 
seulement la constitution de cet oxyde sans en nier l'existence. 



CHIMIE MINÉRALE. — Sur le siliciure de ctiii're et sur un nouveau mode de 
formation du silicium soluble dans l acide /7uor/iydrique.l!iotedeM. Vxvl 
Lebeau, présentée par M. H. Moissan. 

Dans une précédente Communication (') nous avons reconnu que la 
limite de combinaison du cuivre et du silicium dans un cuprosilicium indus- 
triel renfermant de 5o à Oo pour 100 de silicium total ne dépassait pas 
10 pour 100, et semblait correspondre à la production d'un composé défini 
ayant pour formule SiCu'. Nous avons l'echerché quelle influence pouvaient 
avoir la vitesse du lefroidissement d'un mélange fondu de cuivre et de 
silicium, etaussi la teneur en silicium total, sur cette limite de siliciuration. 

Influence de la vitesse de refroidissement. — -Un mélange formé Je parties égales 
de silicium cristallisé très fin et de cuivre réduit pur, est fondu au four électrique dans 
un creuset de charbon. Dans une première expérience, on solidifie brusquement le pro- 

(') Paul Lebeai:, Comptes le/utus, t. GXU, igoS, p. S89. 



SÉA^CE DU l5 JANVIER lÇ)uG. l55 

.luit lV)iulu en le pUmgeant dan-, l'eau froide et, dans une deuxième, ou laisse le culot 
i-evenir lentement à la température ordinaire dans l'intérieur même du four. 

L'analyse faite sur des échantillons moyens a donné pour le premier culot 43, ^> 
pour loo de silicium total et '11,9 pour le deuxième. I.e silicium libre a été éliminé par 
l'action prolongée de la lessive de soude à 10 pour 100 et les résidus obtenus ont été 
analysés. L'acide azotique les attaque facilement et l'on peut après évaporation et inso- 
lubiiisalion séparer et peser la silice. Après calcinalion cette silice était toujours 
urisàlre et abandonnait, après Irailemeul à l'acide fluorhydrique, une petite quantité 
de silicium. Ce résidu de silicium était pesé et son poids retranché de celui de la silice. 
Nous avons obtenu les résidtats suivants : 

Silicium cnint>inê pour ino. 

Siliciuie du produit refroidi brusquement. . 12,89 12,9.3 i3,64 

Siliciure du produit refroidi lentement ... . 11, 3i 11, 36 » 

On est ain.si conduit à conclure qu'un mélange tle cuivre et de silicium 
fondu, puis refroidi brns([uement, renferme une quantité de silicium con)- 
biné supérieure à celle que contiendrait un produit de composition à peu 
près identique refroidi lentement. 

Influence de la teneur en silicium total. — Si nous rapprochons ces résul- 
tats des analyses antérieures concernant le siliciure de cuivre industriel a 
5o pour 100 de silicium total, nous sommes déjà tenté d'admettre que 
l'abaissement de la teneur en silicium total entraîne une limite de siliciii- 
ration plus élevée du silicium. D'autre part, si l'on soumet à l'analyse, en 
suivant la même méthode, des cuivres siliciés plus pauvres, cette inter- 
prétation semble, à première vue, se confirmer. 

Teneur en Si total 
des lintiols analysée. Si combiné. Si libre. 



l'i.Oo 12,00 2,^0 

1.3,27 '2,88 2,39 

12,55 11,217 ''^^ 

i4,34 11,01 3,28 

i3,ia , 11,35 1,77 



L'examen de ces nombres ne permet de formuler aucune loi. En outre, 
lorsque nous avons dosé le silicium et le cuivre sur un même échantillon, 
l'analyse n'a jamais été satisfaisante; il manquait i,5 à 2 pour 100, alors 
que l'analyse qualitative ne décelait pas d'impuretés dosables. 

Ces anomalies s'expliquent si l'on se trouve en présence de la variété de 
silicium soluble dans l'acide fluorhydrique découverte par MM. Moissan 
et Siemens. On peut reconnaître qualitativement ce silicium en repre- 
nant le mélange de silice et de silicium par l'acide fluorhydrique dilué, la 



l56 ACADEMIE DES SCIENCES. 

silice se dissout rapidement et il reste un mélange de cristaux de silicium 
dont une partie se maintient en suspension et disparaît ensuite par l'addi- 
(lilion d'acide fluorhvdrique concentré. Le procédé analytique que nous 
avions suivi jusqu'ici comportait donc une cause d'erreur, le résidu de sili- 
cium après l'action de l'acide fluorhydrique ne nous fournissant qu'une 
partie du silicium libre, le silicium soluble étant compté comme silice. 

Pour évaluer le silicium libre total nous avons converti le mélange pesé 
de silice et de silicium, provenant de l'attaque par l'acide azotique, en sili- 
c.ite de potassium dans lequel nous avons dosé la silice. L'augmentation de 
poids était due à l'oxygène fixé sur le silicium libre, ce qui nous permettait 
de calculer le poids de ce dernier. En opérant ainsi nous avons pu constater 
(pie le rapport du cuivre au silicium combiné était toujovus voisin de SiCu'. 

L'examen métallographique des surfaces polies de cuivres siliciés, renfer- 
mant de I à 20 pour 100 de silicium, nous a j^ermis de reconnaître la pré- 
sence du silicium libre à jjartir de 10 pour 100 de silicium total. Sur une 
surface polie d'un lingot à i4.4 de sdiciuni total, après attaque à la potasse, 
les cristaux de silicium apparaissent en creux ; on distingue aussi très net- 
tement l'eutectique silicium et siliciure de cuivre. La métallographie nous a 
été également d'un grand secours, pour mettre en évidence, m situ, la pré- 
sence du silicium libre soluble dans l'acide fluorhydrique. 

L'acide fluorhydrique est pri^sque sans acticm sur le siliciure de cuivre. Une surface 
polie d'un lingot à 14 pour 100 de silicium, maintenue en présence de cet acide con- 
centré et bouillant, ne change pas d'aspect; on reconnaît seulement que des cristaux 
de silicium ont été détruits ou corrodés superficiellement. Ces cristaux, de silicium 
soluble entourent et pénètrent les cristaux de silicium ordinaire qui restent inaltérés 
et conservent lnut leur brillant. 

La limile de siliciuration du cuivre correspond bien à SiCu*, mais elle ne 
peut être établie qu'en tenant compte de l'existence de la variété de sili- 
cuim soluble de MM. Moissan et Siemens ('). Le siliciure de cuivre peut 
être préparé pur par union directe du cuivre ou du silicium, en propor- 
tions correspondant à la formule; afin d'être certain de sa composition il 
est préférable d'ajouter du cuivre à un cuivre silicié plus riche et rigou- 
reusement analysé. Ce siliciure fond vers 800° et se solidifie par refroidis- 
sement lent en une masse ;i cassure conchoïdale très fragile dont l'examen 
(l'une surface polie révèle l'homogénéité. La courbe de fusibilité que nous 

(') li. iMoissAN et SiEMi-NS, Comples rendus, t. CXXXVIII, igo'i, p. 65; et 1399. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. I,')^ 

avons établie pour les cuivres siliciés jusqu'à 3o pour 100 de silicium con- 
firme l'existence de ce composé. 

CHIMIE MINÉRALE. — Sur un siliciure de thorium. 
Note de M. O. Ho.vigsciimid, présentée par M. H. Moissan. 

Il était à prévoir que l'oxyde de thorium serait réduit par le silicium à la 
haute température du four électrique. J'ai effectué quelques essais dans 
cette voie, espérant obtenir le siliciure de thorium, qui n'a pas encore été 
préparé. D'une façon constante, même avec un grand excès de silicium 
(4"' de silicium pour 1™°' de ThO-) une notable proportion ti'oxyde reste 
inattaquée. Le mélange d'oxvde et silicium aggloméré eu pastilles est 
chauffé dans une nacelle de magnésie au four électrique à tube décrit par 
M. Moissan. Avec un courant d'environ 700 ampères sous 100 volts, la 
réaction se produit après 5 à 6 minutes; la température s'élève au point 
que la nacelle de magnésie fond, he produit obtenu présente l'aspect 
métallique du silicium fondu. Un traitement par la lessive de potasse 
permet d'enlever l'excès de silicium et il reste une pouilre grise qui, sous 
le microscope, paraît composée de fragments cristallins et d'oxyde non 
réduit. 

La partie métallique est attaquée par tous les acides minéraux; il est 
impossible de la séparer de l'oxyde que seulement l'acide sulfurique con- 
centré et chaud peut dissoudre. 

Jj'emploi de l'aluminium, qui dissout le silicium sans entrer en combi- 
naison avec lui, m'a permis de préparer le siliciure de thorium cristallisé. Il 
se forme en même temps un alliage de thorium et d'aluminium d'une forme 
cristalline différente. 

Préparalinn. — J'ai d'aijoixl cliaiiiVé dans le vide un mélange d'aluniiniuin, de sili- 
cium el de llioriiini métallique en poudre; celui-ci provenait de la réduction du clilo- 
rure par le sodium. Au voisinage de 1000°, il se sépare des globules métalliques 
brillants d'aluminium saturés de cristaux quadratiques, pendant que l'excès de sili- 
cium et l'oxyde de thorium qui souillait le métal restent dans la scorie. 

Pour éviter la préparation du thorium métallique, j'ai ensuite essayé de mettre 
en présence le silicium et le thorium dans les conditions 011 ils prennent naissance. 
Dans un creuset de terie réfractaire, on mélange lôs de llnorure double de thorium et 
de potassium avec 60? de lluosilicale de potassium, on dissémine dans la masse 5o6 
d'aluminium en fragments et l'on chaulle le tout pendant une demi-heure au voi- 
sinage de 1200°. Après un relrnidissemenl lent, il reste au fimd du creuset un culot 



I 58 ACADÉMIE DES SCIENCKS. 

régulier d'aluminium ilans la masse duquel se IrouveiU eu abondance des ciijtau\ 
lamellaires quadratiques. On y remarque aussi souvent quelques cristaux j)rismaliques 
hexagonaux très allongés, d'un aspect tout dill'érent. Un traitement prolongé par 
la lessive de potasse dissout l'aluminium et le silicium lihre. Le siliciure de thorium 
cristallisé reste inattaqné. 

Proprié/i's physiques. — Le siliciure de thoi lum se présente en lamelles quadra- 
tiques dont la couleur et l'éclat gras rappellent le graphite très pur. Sa densité à i6" 
est de 7-9^- 

Froprictcs chimiques. — Le siliciure île thorium n'est pas attarpié au rouge par 
l'hydrogène. Il ]>rùle avec incandescence dans le fluor fpiand on le chaulTe h'gèrement, 
et dans le chlore au-dessous du rouge; à une température plus élevée le brome et l'ioilo 
l'attaquent sans incandescence. 

Chaullé dans l'oxygène H s'oxyde en produisant une lumière éblouissante. 

Il s'enflamme à l'air au rouge seulement lor>qu"il est finement pulvérisé. 

11 brûle avec incandescence dans la vapeur de soufre et la vapeur de sélénium au 
point d'ébullilion de ces corps ainsi que dans le gaz chlorhydrique au-dessous du 

rouge. 

Les hj'dracides en solution l'tcndue ou concentrée le dissolvent lentement à fniid. 
vivement à chaud. Dans l'acide lUiorhvdrique, la formation du lluorure de thorium 
insoluble el, dans l'acide chlorhydrique, le dépôt de silice ralentissent bientôt l'attaque. 

Il se dissout lentement dans l'acide azotique étendu ou concentré et plus diffici- 
lement encore dans l'acide sulfurique concentré. L'acide sulfurique étendu agit comme 
l'acide chlorhydrique. 

Le siliciure de thorium n'est pas altéré par des solutions alcalines, mais la potasse 
ou la soude fondantes l'attaquent avec incandesience. Le bisulfate de potasse le dissout 
très lentement au rouge. 

Analyse : Première méthode. — Un poids tléterminé du produit est dissous 
dans l'e.'tu régale; la solution est éva|)orée à .sec pour insolubiliser la silice ; 
le thorium repris par l'acide chlorhydrique étendu est précipité par l'acide 
oxalique et pesé à l'élat d'oxyde; la silice calcinée traitée par l'acide flitor- 
hydrique laisse un faible résidu d'oxyde de thorium qui est ajouté à la partie 
principale. Après la précipitation du thorium on trouve encore une petite 
quantité d'aluminium. 

Deuxième méthode . — Un poids déterminé du produit est dissous dans un 
mélange d'acide fluorhyilrit[ueet d'acide azotique. Cette méthode ne donne 
le siliciuiTi que par différence. 

Troisième méthode. — Ln poids déterminé tlu produit finement [)ulvérisé 
est chauffé dans un creuset d'argent avec des fragments de soude caustifjue 
humectés de quelques gouttes d'eau; la décomposition qui serait très vive 
avec la st:>ude fondue s'effectue ainsi à une température assez basse pour 
que l'hydrate de thorium ne soit pas transformé en oxyde insoluble. Les 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906 iSç) 

conditions exactes d'une attaque totale sont difficiles à réaliser : tantôt un 
peu (le siliciure reste inattaqué, tantôt l'attaque est trop vive et une partie 
de l'hydrate passe à l'état d'oxyde insoluble. 

Ces différentes méthodes d'analyse ont donné les résultats suivants : 

Tliéiuif pour TliSi-. 

Th 80,3 80,2 80,4 80,4 80,4 

Si 19,1 18,5 » >, 19,6 

Al 0,5 0,6 0,9 1,5 » 

T.a composition du siliciure de thorium répond donc à la formule ThSi-. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Diaz-oïques des di aminés (^phénylrnes-diamines, 
henzidine). Note de M. Léo Vigxox, ])résentée par M. H. Moissan. 

Les diazoïques des phénylènes-diamines m. et p. sont connues depui.s 
longtemps, quelques-uns de leurs dérivés de copulation sont préparés 
industriellement. Les composés diazoaminés qui peuvent prendre nais- 
sance par copulation avec d'autres aminés n'ont pas été étudiés. 
Voici les expériences que j'ai faites sur cette question : 
Phénvlcnes-diamines. — Je n'ai pas réussi à faire réagir les diazoïques 
des phénylènes-diamines m. et p. sur l'aniline, en vue de l'obtention du 
diazoaminé 

\N-.NH.(;"H«" 

(Griess avait préparé un aminoazoïque en copulant le sel double de 
l't du chlorure de tétrazobenzène /«. el p. avec le chlorhydrate d'aniline.) 

Pour utiliser la propriété migratrice du groupement diazoïque 
(— N = N — ), qui peut se transposer d'un noyau aromatique à un autre, 
suivant les faits signalés par Griess et Schraub el par Schuiidt, j'ai tenté 
(le faire agir le chlorure de diazobenzène sur les trois phénylènes-diamines. 

En employant les proportions suivantes : 

Quantités 
TliLOrie. employées. 



Aniline ■ 5, 16 5, 16 

Ni ivi le N a 85 pour 100 4i5o ^ 3,o 

MCIa^.oB 9,8 12,5 

Eau 5o , o 00,0 



l6o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

le chlorure du diazobenzène formé à o" était versé dans une solution 
alcoolique de la phénylène-diamine en présence de carbonate de potas- 
sium ; soit : 

Quanlités 
Tlicorii'. employées. 

Carbonate de polassium 4 8 

m. } l^hénylène-diamine 3 3 

p. \ 

Alcool 200 200 

Les résultats sont différents suivant la diamine mise en œuvre. 

o.-Phénylène-diamiiie. — Une solution de cliloriire de diazobenzène à o°, versée 
dans la solution alcoolique d'o.-phénjlène-diamiue, amène la formation d'un corps 
solide, goudronneux, qui se dépose en se décomposant immédiatement. 

La substitution de l'acétate de sodium au carbonate de potassium améliore le 
résultat : on obtient, sous forme de goudron, très peu stable, ne pouvant être purifié, 
ni analysé, un corps solide, dégageant beaucoup d'azote avec les acides, qui est vrai- 
semblablement 

, /(i) NH-.N^-C«H^ 
\(2) NU — N'-CK'" 

m.-Phénylcne-diainine. — La réaction est plus nette. En présence d'acétate de 
sodium, on obtient un beau précipité rouge qui goudronne peu à peu, en se transfor- 
mant en magma rouge brun. Par lavage à l'alcool et cristallisation dans l'eau, on 
obtient finalement des cristaux jaune rouge fondant à ii.5°-ii6", constitués par de l;i 
clirysoïdine : le diazoaminé n'a été qu'un terme de passage, non isolable. 

2{OH%N^a) + C«H^(MP)-^=C'Up(jJ,[J-J;;^;jJ:: 

Diazoaminé instable. 

^ " \NH-N^C«H' + " ^^-^ ,, 7^ " XNH^+C'H^OH + N^- 

Chrysoiduie. 

p.-Phéiiylène-diai)iine. — Je n'ai pas pu obtenir la copulation du diazobenzène et 
de la paraphénylène-diamine : malgré toutes les variantes introduites dans les condi- 
tions employées, le diazobenzène se décompose avec violence sans réagir. 

Les résultats négatifs ou peu satisfaisants que j'ai obtenus dans les réiic- 
lions précédentes doivent être attribués au défaut de stabilité des dérives 
diazoïques des phénylènes-diamines (/«.) et (/'.). On sait, d'autre part, que 
la phénylène-diamine (o.") n'est pas diazotable et qu'elle se transforme par 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. 161 

l'aclion de l'acide nilreux en dérivé azimidé de la forme 

/ N ^ 

La diazotatioii des phénylènes-diamines ii'esl pas assimilable à celles des 
monamines telles que l'aniline. Cette diazotation, en effet, est nulle avec 
la modification ortho; elle aboutit, avec les modifications meta et para, à 
des composés très instables, réagissant avec difficulté, et paraissant réfrac- 
taires à certaines copulations qui se réalisent très facilement avec les 
diazoïques des monamines. 

En cherchant les causes des différences que présentent, au point de vue 
de la diazotation, les monamines et les phénylènes-diamines, j'ai pensé 
qu'elles pouvaient être attribuées à ce fait que deux chaînes NH-, liées au 
même noyau benzénique, étaient, par ce faiL même, difficilement diazotables, 
et que, lorsque les deux chaînes étaient voisines comme dans la modification 
ortho, la diazotation devenait impossible. 

Pour vérifier cette explication, j'ai étudié la diazotation de la benzidine 
et les propriétés des dérivés diazoïques obtenus. 

(i) CHS— NH^ (4) 
Diazotation de la benzidine. — La benzidine I se iliazote au 

(i) C«H»-NH^ (4) 

contraire avec la plus grande facilité: le diazoïque obtenu par transformation des deux 

groupes. NH- en groupements ,( — i\^ — ) est très stable, et se copule aisément avec les 

aminés et les phénols. On sait qu'un grand nomi)re de matières colorantes dites sub- 

stantives sont obtenues par ces copulations. 

J'ai pu obtenir, par copulation avec l'aniline, une série de composés 
nouveaux. 

Je me borne ici à poser cette règle relative à la diazotation des diamines 
aromatiques : 

La diazotation des deux groupes NH- des diamines s'accomplit comme 
celles des monamines quand les groupes NH^ sont liés à des noyaux ben- 
zéiiiques distincts. Quand les deux groupes sont liés au même noyau, la 
diazotation ne s'effectue pas (dérivés o.) ou elle donne des dérivés diazoïques 
très instables (dérivés m. et p.) ne se prêtant pas à certaines copulations et, 
en particulier, à la formation de dérivés diazoaminés. 



G. R., 190G, I" Semestre. (T. CXLII, N' 3.) 22 



l62 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



CHIMIE ANALYTIQUE. — Sur le dosage de l'oxyde de carbone dans l'air par 
r anhydride iodique . Noie de MM. Albeut-Lêvy et A. Pécoul, présentée 
par M. Armand Gautier. 

Dans ses importantes recherches sur les g:iz combustibles de l'air, re- 
cherches devenues classiques, M. Armand Gautier a bien établi : 

« 1° Que l'oxyde de carbone mélangé d'air réagit en totalité sur l'an- 
hvdride iodique chauffé à dS^-^o", quelle que soit sa dilution et jusqu'à la 
plus infime parcelle. » 

» 1° Que l'acétylène agit bien sur l'anhydride iodique, même à 35°, 
mais que la réaction est incomplète. Avec des dilutions de lo à 20 volumes 
pour 10000 volumes d'au- on n'oxyde qu'une fraction variant entre i 
a 2 dixièmes. >> 

Nos expériences montrent qu'à des dilutions plus grandes encore la 
fraction d'acétvléne oxydée continue à diminuer; par exemple, un mélange 
de A volumes d'acétvléne tians loooo d'air ne nous donne avec le chloro- 
forme qu'une teinte insensible qui ne correspond même pas à un demi-cent 
millième de notre gamme colorée. 

Dans ces mêmes conditions, le passage d'un même volume d'air (3', 5) 
contenant un seul dix-millième d'oxyde de carbone, c'est-à-dire une dilu- 
tion quatre fois plus grande, nous donne une coloration intense. 

Un mélange de i volume d'acétylène dans loooo volumes d'air ne pro- 
duit aucune coloration. 

Donc, dans les conditions où nous utilisons notre appareil avertisseur 
d'oxyde de carbone, l'action de l'acétylène, en admettant même, ce qui est 
douteux, qu'on constatât sa présence dans les locaux habités, n'influerait 
en rien sur la détermination quantitative et même qualitative de l'oxyde de 
carbone. 

Si cet appareil devait servir à des déterminations industrielles, il con- 
A tendrait lie faire ce que nous faisons dans le laboratoire, c'est-à-dire d'éli- 
miner non seulement l'acétylène, mais tous les gaz (hydrogène sulfuré, 
vapeurs nitreuses, etc.) qui, dans ces cas j)articuliers, peuvent exister acci- 
dentellement dans l'atmosphère examinée. Dans le laboratoire et quand 
nous avons besoin d'une extrême précision, ce n'est plus dans le chloro- 
forme, mais dans une solution de potasse que nous recevons l'iode dégagé 
(modification Rabourdi ji-Nicloux ) . 



SÉANCE DU IT JANVIER H)r<6. i63 



CHIMIE ANALYTIQUE. — Dnsage de petites fjnanlilès de chloroforme; son 
dosage : i" dans l'air: 2° dans le sang ou dans un lif/iiide aqueux. Note 
de M. Mai'rice IVicloux, présentée par M. Armand Gautier. 

On connaît la réaction classique de J.-B. Dumas : 

CHCl» + 4K0H = 3KCI + IICO'K + Tl-O. 

Un certain nombre d'auteurs se sont déjà servis de cette décomposition 
du chloroforme par la potasse en vue du dosage de quantités notables. 
G. Chancel et P. Parmentier, les premiert., l'ont employée au cours de 
leurs recherches sur rhvdrate de chloroforme et sur la solubilité du chlo- 
roforme dans l'eau; puis viennent dans l'ordre chronologique : L. de Saint- 
Martin, A. -P. Saunders, Puckner('). Tous ont reconnu qu'en opérant en 
tube ou en vase scellé, la réaction ci-dessus est quantitative et peut servir, 
par la détermination du chlore, au dosage du chloroforme; ils ont opéré 
sur des quantités variant de o*'',2 à 2^. 

Cette réaction jjeut-elle s'appliquer aux jietites quantités de chloroforme 
(maximum : o^^, i) et peut-on éviter la complication du tube scellé? J'y suis 
arri^éde la façon suivante : 

Dans un ballon muni d'un houclion de liège dans lequel passe Fextromilé d'un réfri- 
gérant énergique à rellux, on intr(jduit un certain volume d'une solution alcoolique 
titrée de chloroforme (préparée en brisant au sein ilc l'alcool une ampoule de vei're 
contenant un poids connu de cldurol'orme), puis de l'alcool pour compléter le volume 
de 60""', et enfin 10'"'' de potasse alcoolic|ue à 10 pour 100, exempte de chlorures. On 
porte à l'ébullilion 3o à 45 minutes et, pour plus de sûreté, i heure pour les quantités 
supérieures à oo"'K. On refroidit alors le ballon, on ajoute une petite quantité d'eau (lô'^™"), 
et l'on neutralise exactement en ^e ■servant de la |)lilâliine comme indicateur; il se préci- 
pite du sulfate de potasse; dans le liquide exactement décoloré, on ajoute du chromate 
neutre de potasse, et l'on titre avec une solution de nitrate d'argent renfermant 86,535 
de ce sel par litre, dont i'"'" représente a"'? de chloroforme. Un demi-dixième de cen- 
timètre cube delà solution d'argent produisant le \irage (-), la quantité de chloro- 
forme est donc déterminée avec une erreur absolue ipii ne dépasse pas o™^', i : l'erreur 



(') On trouvera les indications bi h liographiqu es complètes dans les Comptes rendus 
de la Société de Biologie, séance du i3 janvier ujoO. 

(-) En prenant quelques précautions dont 011 trouvera les détails dans les C. B. 
de la Société de Biologie., séance du i3 jan\ier i()o(); la sensibilité est de même ordre 
par la méthode au sulfocyanure. 



l64 ACADÉMIE DES SCIENCES, 

relative est de : i pour loo environ, la quantité de chloroforme oscillant autour de io™S; 
de 0,2 pour 100, quand celte quantité est de 5o"?. 
Voici les résultats de quelques expériences : 

l'reniière st-ric. Heiixiènie série. 

Cliloroforme mis en milligrainnieb. . . . 5 10 20 100 4 10 20 4o 

Chloroforme retrouvé en milligrammes. 5 9,8 19,4 9*^ ^ 9'9 '9.7 ^9,4 

Ces chiffres montrent l'exactitude de la méthode; on peut, il est vrai, 
constater une erreur en moins de 1,5 à 2 pour 100; mais, cette erreur se 
reproduisant constamment dans tous les essais, je la suppose systéma- 
tique f). 

En possession de cette méthode j'ai cherché il l'appliquer à la recherche 
du chloroforme dans quelques conditions intéressantes aux points de vue 
physiologique et médico-légal, savoir : dosage du chloroforme dans l'air, 
dosage dans le sang ou dans un liquide aqueux quelconque. 

a. Dosage du chloroforme dans l'air. — Pour amener tout le chloroforme 
en vapeur dans l'air à Télat de dissolution dans l'alcool, j'opère comme il 
suit : 

On fait passer l'air contenant le chloroforme dans deux barboteurs à analyse orga- 
nique placés à la suite l'un de l'autre et contenant de l'alcool à gà". Le second sert de 
témoin; on constate que, si le courant de gaz n'est pas trop rapide (i' en 3o minutes), 
le premier tube suffit à lui seul à arrêter, pour la plus grande partie, la vapeur de chlo- 
roforme. 

Pour justifier ce mode opératoire si simple, j'ai institué un certain nombre d'expé- 
riences de contrôle dont on trouvera, par ailleurs, le mode opératoire elles résultats ('). 

b. Dosage du chloroforme dans le sang ou dans un liquide aqueux quel- 
conque (^). — Pour faire la substitution du milieu alcoolique au milieu 
aqueux, il suffit d'opérer ainsi : 

On ajoute au sang ou au liquide aqueux cinq fois son volume d'alcool à So^-gS" acidifié 
d'acide tartrique (oR,25). On place le tout dans un ballon, on distille dans l'appareil 
de Schlœsing qui fonctionne comme appareil à distillation fractionnée et l'on recueille 
le liquide distillé dans lo^™' iTalcool à gS», placé, avant toute distillation, dans l'éprou- 
velte qui recevra le liquide distillé; on distille le tiers du volume total qui renferme 



(') Je note, en passant, que celle erreuraélé signalée, et justement pour celle même 
valeur de 2 pour 100, par L.-G. de Saint-Martin. 

(2) Sociclé de Biologie. Séance du i3 janvier 1906. On > trouvera la technique de 
ces expériences. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. iC) 

alors la totalité du chloroforme, en dissolution dans l'alcool, et l'on termine le dosage 
comme il a été dit plus liant ( ' ). 

Je donnerai ici quelques-uns des résultais : 
Chloroforme ajouté à 20"'"' de sang. . . 5°'- io"s i5'"s o.o">s 

Chloroforme retrouvé 4'"^9 9"^'7 i'i"''''''i 'g^'^G 

C'est, comme on le voit, à peu de chose près, la même erreur systéma- 
tique, de 2 j)our 100 environ, déjà signalée plus haut pour le chloroforme 
pur. 

En résumé, les méthodes de dosage que je viens d'exposer donnent 1m 
possibilité au physiologiste et au médecin légiste d'effectuer le dosage du 
chloroforme, par l'emploi d'une technique simple, rapide, d'une très 
grande exactitude. 



CHIMIE ANALYTIQUE. — Sur la combustion de l'acétylène par l'oxygène. 
Note de M. Paul .M.vrRicHEAii-BEArpRÉ, |)résentée par M. H. Moissan. 

On sait depuis longtemps que l'azote peut s'oxyder par entraînement 
dans toutes les combustions à l'air; M. Berlhelot a précisé les conditions 
de celte oxydation (-). 

Ayant eu à étudier la combustion, par des appareils tels que le chalu- 
meau oxy-acétylénique, de l'acétylène avec l'oxygène, j'ai constaté que l.i 
grande vitesse des gaz pratiquement nécessaire pour empêcher le retour 
de la flamme, la haute température de celle-ci et son faible volume pro- 
duisaient dans l'air des quantités notables d'ozone et de composés oxygé- 
nés de l'azole, quantités variables d'ailleurs avec les autres conditions de 
l'expérience. 

Ces gaz, dilués dans les produits de la combustion, vapeur d'eau et gaz carbonique, 
agissent sur l'iodure de potassium, décolorent l'indigo, brunissent l'oxyde de thaihuin 
et présentent au tournesol une réaction nettement acide. Si l'on absorbe les composés 
oxygénés de l'azote par des lavages successifs à l'acide sulfurique pur et à la potasse, 
on décèle la présence de l'ozone, en constatant par exemple que l'iudure de potassium, 



(,') M. Armand Gautier a déjà donné une méthode de dosage qui consiste à déplacer 
le chloroforme du sang, porté à 60'', par un courant d'hydrogène, à faire passer le nu-- 
lange gazeux dans un tube au rouge et à doser par l'argent l'acide chlorliydnque funne 
(voir son Cours de Chimie, 1° édition, p. 62). 

{-) Comptes rendus, t. CXW, 1900, p. 1345, 1662, et surtout Annules de C/nmir. 
7= série, t. XXI, p. i44 à 201. 



l66 ACADEMIE DES SCIENCES. 

qui est encore alléré par le? gaz restants, cesse de l'être aussitôt que ceux-ci unt été 
cil au (Tés à 200". 

J'ai vérifié en outre que les cumjiosés oxygénés de l'azote, dans les conditions chi- 
miques et dans l'état de dilution où ils se présentent à la suite de combustions vives 
telles que celles du magnésium, de riij'drogène ou de l'acétylène dans l'air, ont une 
action réductrice marquée sur l'anliydride iodique chaude à 80°, et qu'il en est de 
même de l'air qui a subi une m rie d'étincelles électriques. 

Oo peut, même dans le cas où les atmosphères industrielles contiennent 
des vapeurs nitreuses, utiliser l'appareil si pratique de MM. Albert-Lévy 
et Pécoul, à la condition d'arrêter au préalable les composés oxygénés de 
l'azote. J'y suis arrivé (p^ir un procédé analogue à celui employé par 
M. Armand Gatitier pour arrêter les gaz acides de l'atmosphère) en fai.sant 
p;isser les gaz provenant de la combustion de l'acétylène avec l'oxygène 
dans Une série fie tubes contenant de petits cristaux de sulfate ferreux, 
imprégnés de potasse concentrée; dans ces conditions, l'appareil de 
MM. Albert-Lévv et Pécoul témoigne que la quantité d'oxyde de carbone 
est inférieure à ,„„'„„„ . 



CHIMIE PHYSIQUE. — Proportionnalité directe entre le poiril rryoscopique d'une 
eau minérale de la classe des bicarbonatées et la composition de cette eau 
exprimée en sels anhydres et en monocarbonates. Note de M. Liciev Grai-x. 

Les recherches que j'ai faites depuis plus d'une année sur la cryoscopie 
des eaux minérales m'ont permis de déterminer d'une façon rigoureuse la 
relation existant entre le point cryoscopique d'une eau minérale de la 
classe des bicarbonatées et sa composition. 

Les analyses des eaux minérales sont rédigées habituellement en bicar- 
bonates. Il n'existe alors aucune relation entre le chiffre total de leurs 
minéralisations et celui de leurs points cryoscopiques. 

C'est ainsi que lanalvse de 1 eau de Chàtel-Guvon se présente avec un total de 
85, 8986. Or, son point cryoscopique est ; A= — 0,338. 

On sait d'autre part que le point cryoscopique d'une solution isotonique (c'est- 
à-dire de gs par litre) est A =; — o,56o. 

Le rapport des points cryoscupiques est : 

— , 560 

I ,600. 



— o,35o 
Le rapport des minéralisations de l'eau de Chàtel-Guvon et de la solution isotonique 



SÉANCE DU iT) JANVIER 1906. l(.')y 

est alors inexplicalile : 

9 



8 , 3o 



= I ,OJO. 



J'ai recalculé celte analyse en nionocarl)()nates : le total obtenu est de .")S,832. 
Le rapport des minérulisalions concorde cette fois d'une façon très satisfaisante 
avec celui des points crvoscopiques : 



0,832 

Il en e^t de même pour les antres eaux bicarbonatées. A Uovat, par exemple, le 
chill're total de la minéralisation est de 3s. 847 an lieu de 5s, 623 et à Vichv (Célestins) 
de 4s, 8639 au lieu de 8s, 244, etc. 

Dans toutes les eau\ observées le point cryoscopique était proportionnel au cliiliVe 
total exprimé en monocarbonates et entièrement hors de proportion avec celui de la 
minéralisation hypothétique des bicarbonates. 

Voulant préciser la laçon dont se comporte dans une eau minérale l'acide 
carbonique dit demi-libre, j'ai expérimenté avec des solutions pures de car- 
bonate et de bicarbonate de soude. 

Le point cryoscojMque d'une solution contenant par litre un dixième de 
la molécule-gramme de carbonate de soude, c'est-à-dire iot\6, est — o,455. 

Celui d'une solution contenant par litre un dixième de molécule-gramme 
de bicarbonate de soude pur, c'est-à-dire 86,4, est —0,389. 

Or le point crvoscopique d'une solution contenant une demi-inolécule- 
gramme de carbonate bisodique (soit 5,3 de carbonate) est — o,356, 
c'est-à-dire un chiffre sensiblement le même que celui de la solution pré- 
cédente. 

Il s'ensuit que, dans ime solution de bicarbonate sodique, seule la molé- 
cule de carbonate influe sur la pression osmolique. L'acide carbonique 
demi-libre ne se comporte pas autrement au point de vue cryoscopique que 
s'il était entièrement libéré. 

J'ai donc le droit de conclure des recherches précédentes qu'il serait 
rationnel de présenter les analyses des eaux minérales sous forme de mono- 
carbonates. 

On peut formuler ainsi la loi qtie j'ai déterminée : 

Il existe une propor/iofinalilé directe entre le point cryoscopique d'une eau 
minérale de la classe des bicarbonatées et la composition de cette eau, exprimée 
en sels anhydres et en monocarbonates. 



l68 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



MINÉRALOGIE. — Sur les cristaux mixtes d'azotates alcalins. 
Note de M. Fréd. Wallerant, présentée par M. de Lapparent. 

J'ai déjà entretenu l'Acadénaie des propriétés des cristaux mixtes de cer- 
tains azotates alcalins. Je voudrais aujourd'hui lui signaler les particularités 
les plus intéressantes des cristaux mixtes des autres azotates. 

Considérons d'abord ceux qui résultent de la cristallisation simultanée 
des azotates d'ammonium et de rubidium. Ces deux sels se mélangent en 
toutes proportions pour cristalliser, mais s'il y a continuité entre les cris- 
taux mixtes au point de vue de la composition, sous le rapport des pro- 
priétés physiques, ils se répartissent en trois séries absolument distinctes. 
I^es cristaux de l'une sont rhomboédiiques quasi-cubiques, isomorphes des 
cristaux d'azotate de rubidium pur; les cristaux d'une deuxième série sont 
isomorphes des cristaux d'azotate d'ammonium; mais ce sont les cristaux 
de la troisième série, placée entre les deux autres, qui présentent de l'inté- 
rêt. Pour pouvoir le mettre en évidence, il me faut rappeler les propriétés 
de l'azotate de thallium. Ce dernier, orlhorhombique, cristallise presque 
toujours en octaèdres, dont les faces ont reçu les caractéristiques (i 1 1); il 
en résulte pour les paramètres les valeurs o,5ii : i : o,65i, qui sont très voi- 
sines des valeurs des paramètres de l'azotate de potassium. On en concluait 
que les deux sels étaient isomorphes et, comme les angles des faces m sont 
de I iS^Sa' dans l'azotate de potassium et de i25°52' dans l'azotate de thal- 
lium, il en résultait que, dans deux cristaux isomorphes, les différences 
entre les angles pouvaient s'élever à y". Or il n'y a en réalité aucun rapport 
entre les formes cristallines de ces deux azotates. Si en effet on comprime 
une section de TlAzO% parallèle à p, c'esl-ù-dire perpendiculaire à la bis- 
sectrice aiguë des axes optiques, on détermine la formation de quatre sys- 
tèmes de macles dodécaédriques, c'est-à-dire dont les plans sont orientés 
comme les quatre plans b* d'un cristal quadratique : les traces des plans de 
macles font en effet des angles très voisins de 45° avec les traces des plans 
de symétrie. 

Les cristaux d'azotate de thallium sont donc quasi-quadratiques, ce qui 
se comprend, car si l'on multiplie par 2 le premier paramètre, on obtient 
les valeurs i, 022: i :o,65i , voisines de 1 : i : 0,702, paramètres d'un cristal 
cubique rapporté à deux axes binaires et à un axe quaternaire. Il n'y a donc 
aucun rapport entre ces cristaux quasi-quadratiques et les cristaux 



SÉANCE DU l5 JANVIER If)o6. 1 69 

de KAzO\ qui sonl qnasi-lernaires, comme le montre la |irésence de 
macles dont les plans font entre eux des angles voisins de 120°. Cela posé, 
les cristaux mixtes de la troisième série présentent tons les caractères phy- 
siques des cristaux de Tl AzO' : mêmes macles, orientées de la même façon 
relativement aux axes optiques, même angle pour ces axes, même signe 
optique, même biréfringence moyenne et même dispersion : de telle sorte 
qu'il est impossible de distinguer les préparations des deux espèces de cris- 
taux. On est donc amené à cette conclusion que les azotates d'ammonium 
et de rubidium, qui ne sont ni l'un ni l'autre isomorphes de l'azotate de 
thallium, donnent par leur mélange des cristaux possédant cette iso- 
morphie. 

A la tem[)érature ordinaire, les azotates de potassium et d'ammonium 
donnent également trois séries decristaux mixtes: la première comprenant 
des cristaux orlhorhombiques, isomorphes du RAzO'; la seconde, séparée 
par une lacune de la précédente, comprenant des cristaux monocliniques; 
et la troisième, en conLinuilé de composition chimique avec la précédente, 
comprenant des cristaux isomorphes du Am AzO'. Quand on augmente pro- 
gressivement la quantité delvAzO', on constate que la modification du 
AmAzO\ stable entre 32" et 82°, devient stable dans les mélanges à des 
températures de plus en plus basses et que c'est à celte modification qu'ap- 
partiennent les cristaux moiiocliniques de la seconile série; dans ces cris- 
taux, l'angle des axes optiques va en augmentant et devient supérieur à 90°, 
de sorte que les cristaux, d'aboril positifs, sont ensuite négatifs. En outre, 
il faut signaler que la modification rhomboédrique duKAzO' devient biaxe 
dans les cristaux mixtes, l'angle des axes augmentant avec la teneur 
en AmAzO^. 

Enfin, je terminerai en faisant remarquer qu'à la température ordinaire 
il n'y a que deux azotates alcalins qui soient isomorphes, les azotates de 
rubidium et de caesium. Les autres ne sont isomorphes qu'à des tempéra- 
tures plus élevées et en général dans un intervalle limité. 



MINÉRALOGIE. — Les roches alcalines des environs d'Évisa (Corse). 
Note de JVI. Deprat, présentée par M. A. L:icroix. 

Nous avons consacré cette année une assez longue période à l'étude des 
roches alcalines signalées sur la feuille de Vico par MM. Le Verrier et Nen- 

C. R., 190(3, I" Semestre. (T. CXLII, N° 3.) ^3 



ino ACADEMIE DES SCIENCES. 

tien('). Ces auteurs indiquent l'existence de granulites sodiques dans le 
massif des Calanques de Piana. M. Nentien, qui a |)his spécialement étudié 
la question, localise ces roches dans la gorge de la Speluucata entre Ovisa 
et Ota, sur une longueur de 1^°" pour 200™ à Soo™ de large; en outre, il 
considère comme appartenant au même type, mais altéré, les granulites 
des Calanques de Piana. Des recherches détaillées nous ont fait voir que 
les granulites des Calanques sont des granulites à biotite n'appartenant 
pas à cette série. Quant au gisement des roches sotiiques d'Evisa, il est plus 
considérable qu'on ne le supposait : il a 12'"" environ de longueur et 6^°" de 
largeur. 

Les crêtes de la Scalella, du Forcelle, le Capo alla Cuculla, toute une 
partie de la vallée de Lonca (versant Sud), le Capo al Frassello sont occu- 
pés par ce type spécial; de sorte que le gisement couvre une superficie de 
yS"""' environ. Ces roches, loin d'être un type rare, sont donc, au contraire, 
abondantes en Corse. 

L'étude minéralogique d'une partie de ces roches a été faite, il y a 
quelques années, par M. A. Lacroix d'après des échantillons recueillis dans 
la Spelunca par M. Nentien. Nos études sur le terrain nous ont permis de 
recueillir des types très variés montrant une succession d'injections filo- 
niennes d'acidité décroissante dans la masse principale. 

Cette dernière est constituée par les granulites à riébeckite et œgyrine du type 
normal décrites par M. A.Lacroix, riches en anorthose et albite. La teneur en Si O- est 
élevée de 76 pour 100 environ; le quartz est très abondant. Tous les types de struc- 
ture des roches de ce groupe sont représentés : modes granitique, granulilique, 
pegmatoïde, micropegmatoïde, microgranulilique. Les pegmatites ont été indiquées 
par M. Nentien près du pont génois de la Spelunca, nous en avons trouvé des gise- 
ments plus beaux et plus étendus dans le massif de la Cuculla, notamment au col de 
Salto où l'on peut recueillir des cristaux de riébeckite de 20'^"' de longueur. La compo- 
sition normale de ces roches est la suivante : quartz, orthose, anorthose, albite, rié- 
beckite, parfois «gyrine, astrophyllite rare, zircon abondant, parfois jluorine. Ces 
roches, qui forment le type le plus ordinaire, sont traversées par des filons dans les- 
quels l'œgyrine prédomine et parfois existe seule, en fait d'élément coloré. Nous avons 
recueilli de beaux, échantillons dans lesquels ce minéral en prismes de 3"^" de longueur 
est uniquement accompagné de quartz, d'orlhose, anorlliose et albite. 

Les fdons d'âge plus récent sont surchargés de riébeckite; au Capo alla Cuculla, ce 



(') Lb Verrier, Comptes rendus, t. CIX, 1889, p. 38. — Nentien, Élude sur la 
constitution géologique de la Corse, 1897. Paris, Imprimerie nationale. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. I71 

minéral forme plus des deux tiers de la roche; l'acidité de celle-ci est alors beaucoup 
plus faible; enfin certains échantillons sont pres(|iie uniquement composés de riébec- 
kite et parfois d'un peu d'œgyrine. 

Sur la bordure du massif, dans les gorges de Lonca, nous avons observé des filons 
d'une roche formée de longs niicrolites d'albite et d'anorthose avec riébeckite et œgy- 
rine et injectés dans des tufs probablement carbonifères; le quartz y e^l plus rare, et 
la roche passe parfois à de véritables sj'énites à «-gyrine. 

Les filons aplitiques perçant le granité sont abondants; M. Nentien en a signalé 
quelques-uns. Nous en avons recueilli un près d'Ota, ne renfermant que du quartz, de 
l'anorthose et de l'aegyrine, en prismes fins et allongés. 

En résumé, les roches alcalines à riébeckite et œgyrine d'Evisa appar- 
tiennent à un magma spécial qui paraît avoir donné au début de puissantes 
masses intrusives très acides, assez riches en soude, mais dont l'acidité a 
été en décroissant, tandis que l'enrichissement en soude allait croissant, de 
sorte que les derniers ty[)es, les plus récents, sent des roches de couleur 
foncée, avec alcalis en excès (soiule dominante). Nous avons désiré surtout 
mettre ce fait en lumière dans la présente Note. L'étude détaillée des diffé- 
rents types sera faite, au point de vue minéralogique et chimique, dans un 
Mémoire spécial, où nous chercherons à mettre en relief, par les résultats 
de l'analyse chimique, l'évolution du magma qui leur a donné naissance. 

Quant à la question d'âge, nous croyons que la mise en place des types 
les plus aci<les est antécarbonifère; elle a dii se terminer vers la (in de cette 
période pour les types les plus basiques ('). 

Nous avons recueilli clans les granidilos sodiques d'Evisa des enclaves de 
cornéennes, dans lesquelles l'action du magma a fait naître en abondance 
la riébeckite, et une hornblende sodique verte. 



PHYSIOLOGIE. — Sur le débit urinaire. Note de MM. Henri Lamy 
et AxDRÉ Mayer, présentée par M. Dastre. 

Dans une Communication précédente, développée dans un Mémoire plus 
détaillé (^), nous avons montré qu'il n'y a pas de rapport direct et simple 
entre les variations de composition du sang et celles de l'in-ine; la compa- 



(') Concurremment peut-être avec les trachytes et andésites d'Osani. 
(^) Comptes rendus, t. CXL, igoô, p. 683 et Journal de Physiologie et de Paliio- 
logie générales, 4° série, t. VII, p. 679. 



1^2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

raison des concentralions de chaque subslance clans le sang et dans l'urine 
nionlre que le rein accomplit un travail actif de sélection. 

Nous nous sommes demandé si un phénomène analogue se produit en ce 
qui concerne, non plus la con)|)osition, mais la quantité-d'urine. En préci- 
sant la question, il s'ai^it de savoir quel rapport existe entre le débit de 
l'urine (ou mieux de l'eau de l'urine) et le débit du sang (ou mieux de l'eau 
du sang) dans le rein. 

Opérations. — Le débit de l'urine se mesure directement. La quantité d'eau con- 
tenue dans le sang à chaque moment peut être connue en cherchant le poids sec d'une 
quantité donnée de sang. La connaissance du débit du sang dans le rein nécessite une 
technique pai ticulière : les animaux (chiens de grande taille) sont chloralisés. On 
fait lapidemenl une laparotomie; on passe sous la veine cave, à un niveau un peu su- 
périeur à celui de Tabouchement des veines rénales, un gros fil souple. Puis on lie 
l'une des veines iliaques primitives et toutes les veines affluenles dans l'autre iliaque. 
On suture la paroi intestinale. On découvre alors la veine fémorale à la cuisse; on 
l'incise. L'animal est prêt poui- l'expérience : chaque fois que l'on veut mesurer le débit 
du sang dans le rein, par l'ouverture de la fémorale on introduit un gros tube d'étain 
dans la veine cave, jusqu'au-dessous des rénales. On tend le lil placé sous la cave, au- 
dessus des rénales ; le sang des rénales s'écoule tout entier par le tube d'étain dans 
une éprouvette graduée, et l'on en mesure le débit au chronographe. D'autre part, on 
recueille à ce moment une certaine quantité de sang carotidien ([u'on pèse immédiate- 
ment et qu'on pèse de nouveau après l'avoir desséché 3 jours dans une étuve à 120°. 

Les variations de composition et le débit du sang sont obtenus par l'in- 
jection intraveineuse de chlorure de sodium, de sulfate de soude, de sucres 
et d'urée. On suit parallèlement le débit et la composition du sang et de 
l'urine. L'élude des protocoles d'expérience permet de dégager les faits 
suivants : 

L Lorsqu'on fait des injections de solutions très concentrées de sucres 
ou de saccharose on constate un certain parallélisme entre le débit de l'eau 
du sang dans le rein elle débit de l'urine. Mais, même dans ces cas de paral- 
lélisme apparent, un cerlaui nonibi d'observations s'imposent. 

1° // n'y a pas de rapport entre les chiffres absolus de l' accélération du débit 
de l'eau du sang à travers le rein, et du débit urinaire : Après l'injection d'une 
même dose de saccharose, le débit de l'eau dans le rein devient dans une 
expérience i,5 fois, dans une autre 2 fois plus rapide; le débit de 
l'urine devient 200 fois plus fort dans la première, l\o fois dans la seconde. 

2° Les différentes substances qui accélèrent également le débit du sang ri ac- 
célèrent pas également le débit urinaire : Par exemple, l'injection d'une cer- 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. in3 

taine dose de NaCl et celle d'une certaine dose de saccharose, accélèrent 
toutes deux 1,02 fois le débit de l'eau du sang dans le rein. Mais la pre- 
mière accélère le débit iirinaire 6 fois, la seconde 46 f<*'s. D'ailleurs d'une 
façon générale, les sucres accélèrent beaucoup plus (5 à 10 fois) le débit 
urinaire que le chlorure de sodium. 

3° I heure environ après l'injection du sucre, le débit de l'eau du 
sang et le débit urinaire diminuent, mais non parallèlement. Le débit du 
sang diminue beaucoup plus vite. Dans certains cas, le débit du sang peut 
devenir moitié moindre de ce qu'il était avant l'injection, le débit de l'urine 
étant encore 20 fois jjIus fort. 

II. Mais toute une série d'expériences apporte à la question qui nous 
occupe une réponse beaucoup plus décisive. A la suite d'injections de solu- 
tions de concentration moyenne (i^ par kilogramme d'animal ) de NaCl, ou 
de saccharose et à la suite d' injection, même à haute dose, d'urée, le débit de 
l'eau du sang à travers le rein diminue, le débit urinaire augmente. 

Exemple : 

La première colonne indique la durée de l'observation. Tous les débits sont calculés 
pour 10 minutes. L'eau est exprimée en millililies, l'urée en milligrammes. Dosage 
de l'urée dans l'urine par la rnétliode de Moreigne, dans le sang par celle de Gréhant. 
(9 décembre igoS. Bâtard caniche \%^^.) 

Déijil du sang. Débit de l'urine. 

Durée. ^ang lotal. K;iu. l réc. Eau. Urée, 

min 

20 3ooo 201 1 nh'i 5 d3 

Injection de Ses denrée dans 100'''"' d'eau en 4 minutes. 

i5 1980 i5;2 2876 266 585 

3o 1080 852 1404 70 207 

40 S40 656 937 5 1 2 

Co.NCLUsioNs. — Le débit urinaire ne dépend directement ni du débit du 
sang, ni du débit de l'eau du sang dans le rein. Les cellules rénales jouent dans 
l'excrétion de l'eau un rôle actif. 



CHIMIE PHYSIOLOGIQUE. — Sur la vilelUne de V œuf . 
Note de M. L. Higoi.venq, présentée par M. Armaïul Gautier. 

Le vilellus de l'œuf des oiseaux contient plusieurs principes immédiats 
d'une grande importance dans l'édification des tissus de l'embryon : les 



174 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

graisses, les lécithines, l'hématogène, cette nucléoprotéide que nous avons 
récemment étudiée (') et où s'accumulent, en même temps que le fer du 
sang, la plupart des éléments minéraux : le phosphore, le soufre, la chaux, 
la magnésie. De tous ces principes immédiats du vitellus le plus important 
par sa masse est la matière albnminoïde combinée à la nucléoprotéide, la 
vitelline proprement dite. C'est cette matière que j'ai soumise à une hydro- 
lyse énergique pour étudier ses prnrluits de dédoublement. 

i^ô de vitelline de l'œuf de poule préparée par les procédés ordinaires a été traité à 
l'ébullition, pendant 16 heures, par de l'acide sulfurique dilué de 2™' d'eau. Pour ii^s 
de vitelline on a employé 6^' d'acide étendu, en ayant soin d'ajouter loos de chlorure 
de sodium pour assurer une destruction plus complète de la substance albnminoïde. 

Du liquide noir ainsi obtenu, on a isolé les diamines par l'acide phospholungslique 
et on les a séparées ensuite par la méthode de Kossel et Kulscher. L'eau mère, privée 
d'acide phospholungstique par la baryte, contient les monoamides : on l'évaporé; les 
acides monoamides sont éthérifiés par l'alcool et l'acide chiorhydrique ; on sépare les 
éthers par distillation fractionnée sous pression réduite et on les saponifie par la 
barjte : les acides devenus libres sont enfin isolés giàce à une longue séri(! de cris- 
tallisations. 

De ce dédoublement de la vitelline nous avons pu extriiire et carac- 
tériser les composés suivants : 

Arginine C'H'^Az'O- i pour 100 de vitelline 

Histidine G^H'Az^O^ 2,2 » 

Lysine C''lI"Az20- 1,2 » 

Tyrosiiie C'II" AzO^ 2,0 » 

Leucine droite C^H'^AzO- 6,8 » 

Acide amino-valérique G'H" Az< >- [ ,5 " 

Acide pyrrolidine-carbonique C''H"AzO-. . . . moins de o,5 pour 100 

Alanine G'H" AzO- » o,5 » 

Glycocolie G-H^AzO- » 0,2 » 

Serine G' H' Az 0'' » o , a » 

Phénylalanine G"H"AzO- 0,7 pour 100 

Acide glulamique G'ri''AzO- 0,9 « 

Acide asparlique G'H'AzO'- 0.7 » 

Ajoutons, à ces composés, des matières humiques en abondance, de 
l'ammoniaque et une base non déterminée précipitable par l'acide phos- 
photungstique et dont le picrate, fusible à g5°, était en quantité trop faible 
pour qu'on ait pu la caractériser. 



( ') L. HuGOUNENQ et Albert Morel, Comptes rendus, 10 avril et 20 novembre igoj. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906, I-^S 

Il est à remarquer que la caséine, comme la vitelline, ne donne que très 
peu (le glycocolle, en admettant même que ce glycocoUe ne |)rovienne pas 
d'une impureté. 

La caséine et la vitelline donnent les mêmes produits de dédoublement 
et, autant qu'on puisse s'en rendre compte, les proportions respectives des 
acides amidés sont de même ordre. 

La matière albuminoïde fondamentale du lait et celle du jaune de l'œuf 
sont manifestement très voisines : elles sont formées l'une et l'autre par 
l'union d'une albumine avec une paranucléine. Les paranncléines diffè- 
rent; mais les albumines se comportent à l'hydrolyse comme si elles 
étaient constituées de la même façon. 

A l'analogie des fonctions physiologiques correspond une analogie de 
structure ('). 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Nouvelles recherches sur les oxydations produites par 
les tissus animaux en présence des sels ferreux. Note de M. F. Battelli et 
de M"' L. Stern, présentée par M. A. Ch;iuveau. 

Nous avons démontré que les émulsions de muscles de cheval ou de chien 
mises en présence des sels ferreux décomposent énergiquement l'acide lac- 
tique avec dégagement de CO". Nous avons émis l'hypothèse que cette oxy- 
dation de l'acide lactique serait due à l'action combinée du sulfate ferreux 
et du peroxyde d'hydrogène. Ce dernier se formerait dans les lissus 
lorsqu'on les met en contact avec de l'oxygène. Quant au sel ferreux, il 
serait représenté dans l'organisme par l'anlicatalase. 

L'organisme animal brûle complètement les hydrates de carbone, les 
graisses, les acides gras, etc., mais chez les mammifères l'azote est éliminé 
principalement sous forme d'urée. Nous avons recherché si le système 
peroxyde d'hydrogène-sei ferreux oxyde l'urée. Nous avons constaté que 
cette oxydation ne se fait pas ou que du moins il n'y a pas formation de C0-. 
On sait au contraire que ce même système (peroxyde d'hydrogène-sel fer- 
reux) oxyde complètement jusqu'à formation de CO- et d'eau les hydrates 
de carbone et les acides de la série erasse. Nous avons ainsi une nouvelle 
analogie entre les oxydations qui ont lieu dans l'organisme animal et celles 



(') J'ai été aidé, dans ces recherches, par mon préparateur, M. J. Galiinard, ([ue je 
tiens à remercier. 



l-jQ ACADEMIE DES SCIENCES. 

qui peuvent être produites par le peroxyde d'hydrogène en présence d'un 
sel ferreux. 

Dans nos premières recherches nous avions constaté que les émulsions 
de muscles mises en présence de sulfate ferreux ne décomposent pas l'acide 
lactique en l'absence d'oxygène. Les émulsions de rein de cheval se com- 
portent de la même manière. Ce résultat nous amène à supposer qu'il 
existe dans les tissus animaux une substance qui, en présence de l'oxygène, 
donne lieu à la formaliou de peroxyde. Nous aurions ainsi dans les tissus 
un peroxydogène qui produit du peroxdye d'hydrogène lorsqu'il se trouve 
en contact avec de l'oxygène hbre ou très faiblement lié. 

Nous avions en outre constaté qu'après la moit les muscles perdent rapidement la 
propriété d'oxvder l'acide lactique en présence du sel ferreux. On peut supposer que 
cela est dû à une altération du peroxydogène. Or. nous avons trouvé que le peroxydo- 
o-ène se garde beaucoup plus longtemps si Ton a soin d'aicaliniser les extraits. Nous 
procédons de la manière suivante. Les tissus sont pris immédiatement après la mort de 
l'animal. On les broie. On ajoute un égal volume d'une solution d'hydrate de sodium à i 
pour 1000. Lorsqu'il s'agit de muscles il est souvent nécessaire d'ajouter après quelques 
heures une nouvelle quantité d'hydrate de sodium, parce que la formation d'acide 
dans les muscles après la mort est plus considérable que dans les autres tissus. 

Ces émulsions alcalinisées, gardées à très basse température, conseivent leur 
peroxydogène pendant plusieurs jours. Le peroxydogène paraît au contraire se dé- 
truire, rapidement en milieu acide. Si l'on acidifie légèrement par un acide organique 
(i pour 1000 d'acide acétique par exemple) les émulsions de tissus, ces émulsions 
perdent très vite la propriété d'oxyder l'acide laclique en présence d'un sel ferreux. 

Les émulsions de rein de cheval donnent une décomposition de l'acide lactique 
beaucoup plus considérable que celle produite par les muscles. Nous préférons actuel- 
lement employer les émulsions de rein. 

Dans nos expériences précédentes, la quantité de sulfate ferreux ajoutée à l'éniul- 
sion de tissus était toujours la même. Elle correspondrait à os,5o de sulfate pour loo'"'' 
d'énuihion. Nous avons recherché l'influence de la concentration du sulfate ferreux 
sur l'owdation de l'acide lactique par les émulsions de rein. Nous avons trouvé qu'il 
existe une concentration optima, qui est représentée par une solution de i pour 5oo 
environ de sulfate ferreux. Avec une concentration de i pour loo, on a un dégagement 
de GO- beaucoup plus faible qu'avec la concentration de i pour 5oo. Cette action 
retardatrice pourrait être expliquée par le fait que le sulfate ferreux concentré décom- 
pose le peroxyde d'hydrogène avec dégagement d'oxygène, en agissant ainsi comme la 
catalase. Par conséquent, une partie seulement du peroxyde formé dans les tissus 
pourrait être utilisé dans l'oxydation de l'acide lactique. 

Nous avons aussi étudié l'inlluence de la température sur l'oxydation de l'acide lac- 
tique produite par l'émulsion <le rein en présence du sulfate ferreux. Nous avons con- 
staté qu'à une température inféiieure à i5° l'acide lactique n'est pas oxydé ou du 
moins il ne l'est pas d'une manière appréciable. A mesure que la température s'élève 



SÉANCE DU 10 JANVIER I<)o6. 177 

l'oxydation de l'acide lactique augmente, mais nous n'avous pas encore pu déterminer 
la température oplima. Celle-ci parait varier avec les diflrérenles préparations. L'oxy- 
dation ne se produit plus si l'on atteint une température de 65" environ. On pourrait 
donc supposer que le peroxydogène est détruit à une température élevée. 

Ces recherches nous amènent aux conckisions suivantes : 

Le peroxyde d'hyHrogène n'oxyde pas l'urée en présence du sulfate fer- 
reux. Ce fait constitue une nouvelle preuve de l'analogie qui existe entre 
les oxydations qui ont lieu dans l'organisme animal et celles produites par 
un système peroxyde d'hydrogène-sulfate ferreux. 

L'oxydation de l'acide lactique par les émulsions de tissus en présence 
de sulfate ferreux n'a pas lieu en l'absence d'oxvgène. On |)ourrait admettre 
que dans les tissus il existe un peroxydogène qui, en présence d'oxygène 
libre, produit du peroxyde. Le peroxvdogène se garde bien en milieu 
alcalin et est rapidement détruit en milieu acide. 

Il existe une concentration optima du sulfate ferreux pour obtenir le 
maximum d'oxydation de l'acide lactique en présence des émulsions de 
tissus. 

L'oxydation de l'acide lactique par les émulsions de tissus en présence 
du sulfate ferreux n'a pas lieu à une température inférieure à iS" ou supé- 
rieure à 65°. On pourrait admettre que le peroxydogène se détruit à une 
température élevée. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Suil' allure anomale de quelques protéolyses produiles 
par la papaïne. 'NolQ de MM. C. Delezexxe, H. llïorTox et E. Pozeiîski, 
présentée par M. Dastre. 

L Si l'on ajoute une solution de papaïne (') à de l'ovalbumine crue ou 
à du sérum sanguin naturel et que l'on porte, aussitôt après mélange, le 
liquide, légèrement acidulé par l'acide acétique, à la température de 100", 
on constate que, pour une dose convenable de ferment, la plus grande 



(') La papaïne dont nous nous sommes servis pour ces expériences provenait soit de 
sucs secs recueillis par nous-mêmes sur des papayers {Carica quercifolia), mis très 
obligeamment à notre disposition par M. Guignard, Directeur de l'Ecole de Pharma- 
cie, soit des produits fournis par la maison Merck sous le nom de papaïne ou « suc 
sec de Carica papaya ». I^a préparation vendue par la même maison sous le nom 
àQ papayotine ne nous a (|ue très rarement donné de l)ons résultais. 

C. lî., içjoG, I" Semestre (T. C.XLII, N° 3.) 2/| 



l'jS ACADÉMIE DES SCIENCES. 

partie des matières albuminoïdes est devenue tout à fait incoagulable 
par la chaleur. 

Nous n'avons pas réussi à assigner de temps minimum à cette réaction : 
si rapidement qu'on procède au mélange des liquides et au chauffage con- 
sécutif, la transformation est effectuée. On obtient d'ailleurs des résultats 
du même ordre, soit que les mélanges aient été faits à la température du 
laboratoire, soit que les liquides, avant d'être mélangés, aient été amenés 
isolément à une température quelconque comprise entre o° et 4o°. 

En opérant dans ces conditions on observe que la quantité de matières 
transformées varie d'une façon sensiblement proportionnelle à la racine 
carrée de la quantité de ferment ajouté, c'est-à-dire suivant la loi de 
Schûtz-Borissow. 

Il est bien entendu qu'aucune transformation ne se produit si la papaïne, 
avant d'être ajoutée aux matières albuminoïdes, a été portée pendant 
quelques minutes à la température d'ébuUition. 

Le liquide, filtré après précipitation complète des substances albumi- 
noïdes coagulables par la chaleur, fournit les réactions caractéristiques 
des protéoses et des peptones. Précipité par le sulfate d'ammoniaque ou 
le sulfate de zinc à saturation, ce hquide donne encore une réaction du 
biuret très intense. Il s'agit donc bien d'une véritable digestion donnant 
en quelques instants, ainsi que nous le montrerons en détail un peu plus 
tard, (les produits de transformation relativement avancés : albumoses 
secondaires et peptone vraie, les premières formant habituellement les | ou 
les I de la masse totale. 

II. Si l'on abandonne pendant un certain temps, à la température du 
laboratoire (i5°-2o") ou même à celle de l'étuve (4o°)> les mélanges d'al- 
bumine et de papaïne, avant de les porter à ioo°, on constate que la 
réaction, loin de progresser comme l'on pourrait s'y attendre, paraît au 
contraire subir un retour en arrière. La quantité de matière coagulable 
par la chaleur augmente progressivement en effet avec le temps de contact 
préalable de l'albumine et du ferment. On observe par le fait une diminu- 
tion parallèle de la quantité de substance digérée : après un contact préa- 
lable de 4 OL' 5 heures à la température du laboratoire il n'est pas rare, 
par exemple, que cette quantité soit inférieure à la moitié de celle que 
donne une expérience de courte durée. 

L'importance de cette régression apparente varie d'ailleurs dans des 
limites assez étendues, soit avec la nature de la matière à digérer (albumine 
d'œuf, sérums de différentes origines), soit avec la quantité de ferment 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. 179 

utilisé. Nous pouvons ajouter que ce phénomène n'a rien de commun avec 
celui qu'ont observé Danilewski et ses élèves dans leurs recherches sur la 
plastéine et les coaguloses. 

L'expérience suivante mettra nettement en évidence les faits essentiels 
que nous venons de rapporter. 

Solulion de papaïne (suc sec de Carica papnya) à 2 pour 100 dans Feau physiolo- 
gique. Sérum de moulon étendu de a'"' d'eau physiologique. Dans une série de flacons 
on dislribue i5""' de sérum dilué auxquels on ajoute 2™' de la solulion de papaïne. 
A l'un des flacons on ajoute, aussitôt après mélange, 2 gouttes d'acide acéliqiie et l'on 
porte immédiatement à 100°. Les autres échantillons sont maintenus à la température du 
laboratoire et soumis au même traitement 5, 10, i5, 3o minutes, etc. plus tard. Après 
coagulation, les liquides sont jetés sur des filtres tarés, les précipités soigneusement 
lavés à l'eau acidulée, puis desséchés à 110° jusqu'à constance de poids. On fait un 
échantillon témoin en ajoutant à o""' de sérum dilué 2™' de papaïne préalablement 
portée à 100° pendant 5 minutes. 









di 


Temps 

e contact 

avant 


Poids 
(les matières 


Quantité 


Sérum 
dilué au \. 


Papaï 
à 1 pour 


ne 

100. 


coagulation 
par la chaleur. 


albuminoïdes 
coagulables. 


de substance 
transformée. 


i5 


2 (boni 


Ilie) 




» 


o,4o5 


( témoin ) 


)) 


2 






jmh, 


o,i8r 


0,224 


» 


» 






,5 


0,182 


0, 223 


» 


T) 






10 


0,198 


0.207 


» 


» 






i5 


0,216 


0,189 


» 


• 
» 






3o 


0,280 


0,175 


» 


» 






i" 


0,254 


0, i5i 


» 


» 






3 


0,263 


0,142 


» 


» 






4 


0,276 


0, 129 



Nous aurons à étudier ultérieurement, par différents procédés, dans 
quelles conditions précises se produit la digestion que nous venons de 
signaler et à quoi correspond l'apparente régression observée. Nous vou- 
lons seulement ici insister sur le phénomène nouveau d'une protéolyse très 
brusque produite par un ferment et sur l'apparence paradoxale d'une 
digestion d'autant moins intense que le ferment et la matière à digérer 
ont été lais.sés plus longtemps en contact. 



l8o ACADÉMIE DES SCIENCES. 



CHIMIE INDUSTRIELLE. — Sur le blanchiment des farines de blé. 
Note de M. E. Fleurent, présentée par M. Th. Schlœsing. 

J'ai l'honneur de présenter à l'Académie le résultat des recherches que 
j'ai poursuivies au cours de l'année igoS sur le blanchiment des farines de 
blé. 

1. Tout d'abord, l'expérience montre que seuls ont une valeur indus- 
trielle les procédés basés sur l'utilisation du peroxyde d'azote préparé soit 
par voie chimique, soit par l'action d'un arc à flamme sur l'air atmosphé- 
rique; l'oxygène pur, ozonisé, n'a aucune action sur la couleur des farines 
et si l'air ozonisé les blanchit, ce n'est que dans le cas où, par suite d'une 
action simultanée, il s'est chargé de produit nitreux; de plus, les farines 
traitées par l'ozone prennent une odeur repoussante qui détruit absolu- 
ment leur valeur commerciale. 

2. Calculée en bioxyde d'azote, la quantité de produit nilreux utilisé 
dans le blanchiment varie, avec la nature des farines, de i5""' à 40"°' (à o" 
et à 760™°') par kilogramme de farine. Les farines ainsi blanchies ne su- 
bissent pas de modification sensible dans leur composition chimique et, par 
suite, dans leur valeur boulangère, comme le montre le Tableau suivant : 

Procédé chimique. Procédé éleclrique. 

Vvanl. Après. Avant. -\prés. 

Acidité o,o33 o,o33 o,o38 o,o38 

-Matières grasses.... o,-<8 0,61 1,02 i,o3 

Gluten 8,16 8,oS 11,42 11,34 

Gliadine 69,70 70, 6>. 09,28 60,28 

Elles donnent un pain dont la nuance jaunâtre est plus ou moins atté- 
nuée. 

3. Ainsi que je l'ai montré le premier en 1904 ('), l'action du peroxyde 
d'azote se porte sur la matière grasse, huile jaunâtre qui donne aux farines 
leur teinte plus ou moins crémeuse; mais cette action n'est pas, comme on 
l'avait cru, une destruction de la couleur par oxydation. Le Tableau sui- 

(') Congrès national de ta Meunerie, octdbre 1904. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. 181 

vanl montre que le blanchiment coïncide avec une diminution de l'indice 
d'iode : 

Avant. Après. 

Échantillon 1 : Indice d'iode 86,44 80,79 

» 2 » 81 ,70 60,20 

» 3 » 86 , 1 o 56 , 7 

Il s'ensuit qtie, par voie d'addition, le peroxyde d'azote est fixé sur la 
matière grasse dont la teinte passe au jaune orangé. Aux doses indiquées 
précédemment, cette fixation a pour efffL de diminuer le pouvoir absor- 
bant de l'huile pour les rayons lumineux, autrement dit, de rendre plus 
transparente la pellicule grasse qui recouvre chaque grain d'amidon, de 
sorte que la blancheur de celui-ci ap|viraît plus nettement dans les farines 
soumises au traitement que dans les autres. Le blanchiment par traitement 
chimique se différencie donc du blanchiment par vieillissement, celui-ci 
étant dit à la formation, i)ar oxydation, d'acides gras fixes, blancs, qui, se 
précipitant au sein de la matière grasse, en diminuent la coloration appa- 
rente. 

L'action de l'ozone est nettement dilTérente de l'action du peroxyde 
d'azote et de l'action lente de l'oxygène de l'air. Le Tableau suivant montre 
en effet : 1° une augmentation de l'indice d'iode au lieu d'une diininution; 
2" une formation d'acides volatils qui n'a pas lieu avec le peroxyde d'azote; 
3" la stabilité de l'acidité totale au lieu de l'augmentation du simple au 
double qtt'on observe toujours dans les quatre mois cjui suivent la fabrica- 
tion. Ce Tableau se rapporte à une huile de germes qui a été traitée, 
pendant 3 jours, au moyeu d'un courant d'oxygène ozonisé dans un appa- 
reil à effluve de Berthelot : 

Après 

Avant. .'-'1 heures. j jours. 

Acidité totale 12,7 12,7 12,8 

» volatile o 0,8 2,7 

Indice d'iode 118 laS I23 

4. La fixation du peroxyde d'azote sur la matière grasse de la farine 
permet l'établisseinent d'une réaction caractéristique des farines blanchies, 
réaction basée sur la différence de coloration des savons obtenus avec la 
matière grasse avant et après nitration. 

Un extrait, au moyen de la benzine, la matière grasse de Sos de la farine suspecte. 
Après èvaporalion du dissolvant à basse température, on redissoul l'Iuiile dans ?>""' 



l82 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

d'alcool amylique, on transvase dans un tube à essai el l'on ajoute i''""' d'alcool dans 
lequel on a dissous los de KOH par litre. Dans le cas d'une farine normale, on n'ob- 
serve aucun changement de la coloration jaune; dans le cas de la farine blanchie, la 
couleur passe au rouge orangé d'autant plus foncé que la farine a fixé plus de peroxyde 
d'azote. Cette réaction est assez sensible pour déceler l'addition de 5 pour loo de 
farine blanchie à de la farine normale. 

5. L'étude de l'action du peroxyde d'azote sur les produits de la mouture 
montre, par l'abaissement de l'indice d'iode, que la quantité de gaz fixé et 
par suite l'intensité du blanchiment est d'autant plus grande que la farine 
est plus pure. C'est ce que montre le Tableau suivant, obtenu à l'aide de 
farines provenant du même blé : 

Indice d'iode. 

Avant. \prés. Différence. 

Farine supérieure 86, i .')6,7 29,4 

» première 86,6 82,1 4j5 

» deuxième 88,8 88,1 0,7 

L'expérience prouve, en effet, qu'au fur et à mesure que les farines s'en- 
richissent en débris cellulosiques, c'est sur ces débris que se porte l'action 
du gaz; par suite, on ne doit soumettre au blanchiment que des produits 
aussi exempts que possible de particules d'enveloppe et de germe. 

6. Les expériences relatées dans le Mémoire complet montrent que le 
blanchiment est sans action sur les diastases et les ferments spéciaux de la 
farine, mais que la matière grasse, après traitement, s'acidifie d'autant plus 
lentement qu'elle a fixé plus de peroxyde d'azote. C'est dans ce sens seule- 
ment qu'on peut dire qu'il y a stérilisation et par conséquent augmentation 
du pouvoir de conservation par le blanchiment. 



GÉOLOGIE. — Sur la nappe charriée du Péloponése. Note de M. Pu. Nêgris, 
présentée par M. de Lapparent. 

M. Cayeux a avancé, avec raison, que les couches d'Olonos de M. Philipp- 
son, dans le Péloponése, appartiennent à une grande nappe de charriage. 
Cette nappe présente une discordance tectonique très marquée avec les 
couches qu'elles recouvre. La surface de recouvrement offre souvent de 
larges ondulations, tandis qu'au contraire les formations qu'elle sépare 
sont fortement plissées. D'autre part, les couches de chevauchement 
portent les traces évidentes d'efforts mécaniques énormes : les calcaires 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. l83 

sont divisés par des fissures nombreuses ressoudées; les jaspes aussi sont 
fendillés et souvent donnent un sol grésilleux. Les rognons de silex en- 
globés dans les calcaires sont fréquemment aplatis, hachés et réagrégés 
par des filets calcaires. 

D'aiilre part, tandis que la composition de la nappe varie peu, le siibstratum est très 
variable. C'est ainsi qu'au mont Voïdias il est formé de grès surmonté de calcaire. Du 
haut du Chelmos on distingue nettement la région de grès, avec lambeaux calcaires, 
au milieu de la nappe chevauchante, à l'est de la première montagne. De même au nord 
de rOlonos, on voit, des hauteurs de Hagios Vlassis, le grès avec lambeaux, calcaires 
affleurer dans les mêmes conditions. Le grès avec calcaire apparaît encore plus au Sud 
sur le mont Aslras et se continue à l'Est par l'Erymanthe jusqu'au village de Velimachi 
et au delà, avec la direction NE du plissement crétacé ( Comptes rendus du 37 no- 
vembre 1905, p. 919). 

Il apparaît encore à Strezova où il est surmonté de calcaire grumeleux (rendu tel à 
la suite, sans doute, des elTorts de chevauchement), puis sur le chemin de Strezova à 
Toporilsa avec calcaire grumeleux au-dessus, puis entre Toporitsa et Glokova sur la 
rive droite du ravin de Valteziniko, avec la direction encore ici NE des plis crétacés. 
Ce grès plus au Sud, en face de Kerpini, est encore recouvert de calcaire qui ici est 
surmonté par du flysch éocène avec fossiles du lutétien moyen (Note déjà citée). Dans 
toutes cps régions la nappe chevauchante recouvre tantôt le système de. grès et calcaire, 
tantôt le flysch éocène, la ligne de discontinuité étant légèrement ondulée, tandis que 
les couches sous-jacentes sont fortement plissées et redressées. 

Ailleurs, le substratum est formé pai' le calcaire de Tripolitsa (éocène-crétacé), 
comme au Chelmos, au Ziria et sur la chaîne orientale de l'Arcadie. Du flysch souvent 
s'intercale entre deux; comme ce dernier alterne souvent avec le calcaire de Tripolitsa, 
il a dû se déposer sur ce calcaire pendant que se préparait l'émersion de ce dernier, 
avant le plissement final éocène et le chevauchement qui s'ensuivit. 

Enfin, à l'Ouest, le substratum est formé par le flysch, contre le mont Voïdias, puis 
contre rOlonos, où le tlysch tient des fossiles de la fin du lutétien moyen (Note déjà 
citée), puis contre les monts de la Messénie, où j'ai observé ce recouvrement à l'ouest 
du montLycodimo et contre les monts de Kyparissia. Les conglomérats puissants, qui 
ici encore surmontent ce flysch, sont adossés à la nappe de charriage et sont formés de 
galets de calcaire et de jaspes provenant de celte nappe. 

Dans toute la région chevauchée on observe dans le substratum l'orien- 
tation pyrénéenne ONO, quiitilerfère avec l'orientation crétacée NE. Les 
couches de recouvrement, surtout au Nord, prennent aussi l'orientation 
ONO, comme au Chelmos, au Ziria. Cependant contre les plis crétacés NE 
les plis pyrénéens s'infléchissent vers l'EO et l'ENE, comme à l'est de 
rOlonos, puis à l'ouest du Chelmos contre le pli crétacé venant de Livadie, 
puis contre le pli crétacé passant entre le Chelmos et le Ziria, puis à l'est 
du Ziria contre le pli crétacé venant du Parnès (Note déjà citée). Ainsi les 



l84 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

plis pyrénéens sont tronçonnés el les tronçons enveloppés par la nappe 
de charriage forment des dômes allongés, comme en Provence. M. Marcel 
Bertrand a fait voir ici que les plis éocènes sont aussi séparés par des 
bandes transversales ENE; ces bandes représentent, sans doute, des plis 
crétatés disloqués et démantelés à la suite du plissement éocène, tandis 
que les plis éocènes, eux-mêmes tronçonnés, sont disposés en dômes et en 
chapelet. 

Cependant, en Grèce, la nappe de charriage a été aussi affectée par le 
plissement plus récent pindique NNO. Ces plis nouveaux s'infléchissent 
encore contre les plis NE en passant de la direction NNO à la direction NS 
et NNE. C'est ce qui arrive aux plis d'OEtoIie qui, passant par le Voïdias, 
s'infléchissent contre la chaîne d'Olonos." Au point de plus grande inflexion, 
au golfe de Patras, ils ont été rompus et démantelés. De même, les monts 
de la Messénie NNO passent au Nord à la direction NNE, contre le pli cré- 
tacé que nous avons reconnu à Toporitsa, en prolongement de celui qui 
passe entre le Chelmos et le Ziria. Ici encore, au point de plus grande 
inflexion des plis, se présente une dépression transversale passant par 
Kokla, au nord de Ryparissia, provenant encore de la fracture des plis à la 
suite de l'inflexion et de leur dislocation qui facilita le démantèlement. 



GÉOLOGIE. — Une ancienne chaîne volcanique au nord-ouest de la chaîne 
des Pays. Note de M. Ph. Glangeacd, présentée par JM. I>acroix. 

H existe au nord-ouest de la chaîne des Puys, aux environs de Pontgi- 
baud et de Manzat, une série de collines constituées par des lambeaux de 
coulées basaltiques, parfois de plusieurs kUomètres de long (jusqu'à d""") 
dont on ignorait l'origine. 

Elles forment comme une série de tables, plus ou moins inclinées, de 20'° 
il 80"" de haut, dominant une région de roches cristallines et orthophy- 
riques, à laquelle elles donnent une physionomie très spéciale. 

Ces coulées, issues de volcans, en partie démantelés à cause de leur 
ancienneté, et qui s'échelonnent sur plus de 20*"", ne sont pas disposées sans 
ordre; elles sont alignées suivant une direction générale NE. J'ai retrouvé 
et reconstitué huit des bouches de sortie qui les ont vomies. L'une d'elles a 
été figurée par M. Michel Lévy. Leur ensemble s'aligne aussi sur des cas- 
sures de direction NE. Elles sont d'ailleurs assez bien marquées au point 
de vue topogra[)hique, car elles forment des éminences plus ou moins arron- 



SÉANCE DU [5 JANVIER IQOfî. l85 

•<lies, constituées par des projections stratifiées, entremêlées parfois de 
coulées. 

La cassure principale sur laquelle s'alignent ces appareils volcaniques 
passe par Hante-Roche près de Bmniont-la-Motlie, Barbecot, Le Cheix, 
Fraisse, la Vierge de Beaufort, James, la Boite, la Chaussée et Puy- 
Fanghonx. 

Il existe d'autres cassures pMrallèles, passant à l'ouest de Villelongue et 
de Sa ni erre. 

La cassure principale est celle qui est jalonnée également par les célèbres filons de 
plomb argentifère de Pontgibaud (de la Brousse et de Barbecol), filons dont j'ai 
trouvé le prolongement jusque sur la feuille de Gannal. Une autre cassure est aussi 
jalonnée par des filons identiques, non signalés jusqu'ici, à ma connaissance. 

Or on sait que ces filons sont d'anciennes cassures hercyniennes, remplies plus lard 
par des émanations métallifères ('). 

Les bouches de sortie des volcans basaltiques dont je parle étant situées sur ces 
filons ou sur leur prolongement, il s'est produit à l'époque tertiaire un phénomène 
des plus intéressants. Sous l'influence des mouvements du sol, si marqués en Auvergne 
à cette époque, ces cassures ont rejoué de nouveau, se sont élargies par places sous 
forme de fentes éruptives en donnant naissance à des cônes et à des coulées volcaniques, 
que le temps et les dislocations postérieures ont démantelés. 

En maints endroits, à Bromont-la-Mothe, à Montagnol, à la Vierge de Beaufort, à 
James, à la Molhe, etc., on peut relever deu\ ou plusieurs coulées alternant avec des 
couches de projections agglutinées, décomposées, comparables aux pépériles de la 
Limagne. Quatre de ces coulées reposent sui- des sables argileux qii rappellent les 
dépôts oligocènes. Ces dépôts et les projections agglutinées devenues argileuses consti- 
tuent un niveau très important dans la région, car ils servent de couches aquilères. 
Il sort en effet de nombreuses sources, à leur contact, sous les coulées. 

Toutes les dislocations suivant lesquelles sontalignés ces anciens volcans 
sont parallèles : i° à la faille qui fait buter les tufs orthophyriques et le 
granité sur la feuille de Gannat (cassure étudiée par M. deLannay); 2° à 
de 1res nombreux fdons de porphyre et degranulite affleurant au Nord, à 
l'Est et à l'Ouest; 3° à des cassures de même direction jalonnées par des 
sources minérales; 4° à la grande traînée houillère qui traverse le Massif 
central en écharpe, etc. 

En résiuné, on peut dire que ce sont d'anciennes dislocations hercyniennes 
qui ont rejoué, à plusieurs reprises, devant le Tertiaire. 



(') Il est permis, cependant, de penser que le remplissage a pu s'effectuer à la 
suite des éruptions volcaniques dont il est question ici. 

C. R,, i.,o6, I" .«Jernevrc. (T. CXLIl, N" 3.) 25 



[86 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



Ce n'est, pas là d'ailleurs un fait isolé, car on le constate fréquemment 
dans le Puy-de-Dôme. 

Quel est l'âge des volcans de cette ancienne chaîne éruptive? Je les crois 
assez anciens, à cause de leur démantèlemcnl. L'érosion, qui a fait dispa- 
raître en grande partie leur nppareil éruplif, a creusé au pied de certains 
d'entre eux des vallées de près de i5o'" de profondeur (vallée de la Sioule). 
Comme, d'autre part, les coulées sont morcelées par des failles, et que le 
phénomène des failles en Auvergne s'est surtout fait sentir au Miocène 
supérieur et au commencement du Pliocène, il est permis de penser que 
ces volcans sont d'âge miocène supérieur ou pliocène inférieur. 

Mn un mot, il a existé, à l'une de ces époques, une chaîne volcanique, 
siliiée sur des cassures hercyniennes, chaîne qui devait être remplacée plus 
taid et plus à l'Est par la chaîne des Puys. 



PHYSIQUE DU GLOBE. — Observations magnéticjues faites à Sfax [Tunisie) à 
l'occasion de l'éclipsé totale de Soleil du 29-80 août igo5. Note de 
M. Dehalu, présentée par M. G. Bigourdan. 



Nous donnons ici les principaux résultats obtenus à la station magnétique 
temporaire établie, du [9 août au 7 septembre, à Sfax (Tunisie), à l'occa- 
sion de l'éclipsé totale de Soleil du 29-30 août dernier, et dont M. Bigour- 
dan avait bien voulu nous confier l'organisation. 

Des trois appareils, déclinomètre, bifilaire et balance, les deux premiers 
fonctionnèrent d'une manière satisfaisante, mais il n'en fut pas de même 
de la balance, qui eut de très grandes irrégularités de marche. 

L'élude des courbes du déclinomètre et du bifilaire nous a permis d'éta- 
blir les courbes normales des variations diurnes de la déclinaison et de la 
composante horizontale du magnétisme terrestre pour la période indiquée. 

La première présente un minimum vers 7'^, un maximum vers midi et un minimum 
secondaire très faible vers 20''. L'amplitude de la variation, du minimum absolu au 
maximum, est de 8',i. 

La seconde, quoique moins certaine à cause de la petitesse des variations, pi-èsente 
un minimum bien marqué vers lo"" et un maximum vers 2i'> : l'amplitude de la varia- 
tion est de o,ooo4o G. G. S. Quelques miiiima secondaires qu'on distingue sur cette 
courbe sont moins bien déterminés. 

Du 18 au 26 août, les courbes magnétiques ont été presque absolument calmes; 
mais, du 27 au 3i, elles furent légèrement troublées. 



SÉANCE DU l5 JANVIER 1906. 187 

Le jour de l'éclipsé, de 10'' à iS*", on ne relève que de très légères ondu- 
lations qui varient de i à 3 minutes pour la déclinaison et de 0,00010 à 
0,00020 C. G. S. pour la composante horizontale. 

Une étude plus approfondie montre que, ce jour-là, l'amplitude de la 
déclinaison a été moindre que la normale de 2', 2. Cet écart qui, à première 
vue, pourrait être attribué à l'influence de l'éclipsé, n'est peut-être qu'acci- 
dentel, car la déclinaison du 27 août présente un caractère analogue, avec 
un écart plus accentué. 

Mais un fait qui résulte de l'examen des courbes, et dont nous ne trou- 
vons actuellement aucune explication, est la non-concordance des troubles 
enregistrés à Sfax et en Europe pendant toute la durée des observations;; 
aussi nous ne pouvons tirer aucun parti de la comparaison des courbes obte- 
nues le 3o août en ces deux endroits. 

Nos observations ne font donc pas ressortir avec certitude l'influence de 
l'éclipsé sur les éléments magnétiques, mais elles dévoilent un phénomène 
intéressant poiu' l'étude du magnétisme terrestre. 

M. He.nri Micheels adresse un Mémoire intitulé : Sur les stimulants de la 
nutrition chez les plantes. 

M. J. ]\oÉ adresse une Note relative à un Aéronat dirigeable. 
(Renvoi à la Commission d'Aéronautique.) 

A 4 heures et quart l'Académie se forme en Comité secret. 

La séance est levée à 4 heures trois quarts. 

M. B. 



KUI.I.RTIK BIBI.IOUKAPHIQUK. 



Ouvrages reçus dans la séance uu 8 janvier 1906. 
(Suite.) 

Gazette des liôpilaux civils et militaires, paraissant trois fois par semaine ; 79'' année, 
n° 1, janvier 1906, Paris; i fasc. in-4°- 



l88 ACADEMIE DES SCIENCES. 

La Tribune médicale, paraissant le samedi; série nouvelle, n" 1, 6 janvier 1906; 
I fasc. in-f°. 

Journal cV Agriculture pratique, moniteur des comices, des propriétaires et des 
fermiers. Rédacteur en chef ; L. Grandeau; 70^ année, nouvelle série, t. XII, 4 janvier 
1906. Paris; i fasc. in-4°. 

Moniteur industriel, économique, commercial, financier, paraît le samedi; 33«année, 
n° 1, samedi 6 janvier 1906; i fasc. in-4''. 

Corrections ta the apparent places ofn Naulical Almanac » stars visible at Green- 
wicli, deduced from the Paris conférence (1896) constants sa as to obtain apparent 
places corresponding to the Slruve-Peters constants. (Appendix to Nautical Almanac, 

1906.) I fasc. in-8°. 

Annual report of the Curator of the Muséum of comparative Zoôlogy at Harvard 
Collège, for 1904-1905. Cambridge, Mass., igoS ; i fasc. in-S". 

List of the Geological Society of London, november i5"', 1905. Londres; i fasc. 

in-S». 

The geographical Journal, including the Froceedings of the Royal geographical 
Society; vol. XXVII, n° 1, january 1906. Londres; i fasc. in-B". 



ERRATA. 



(Séance du 2 janvier 1906.) 

Note de M. Quidor, Sur les Copépodes recueillis par la mission Gharcot 
et communiqués par M. E.-L. Bouvier : 

Page 54, lignes 26 et 27, au lieu de Balanus propinquus, lisez Calanus propin- 

(JUUS. 

Page 55, ligne 12 en remontant, au lieu de a- articles au lieu de 5, lisez à 7 articles 
au lieu de 6. 



On sousciilà Piiiis, cliczC.ALlTIIlKK-VILl.AïUS, 
Quai des Grands-Aug-uslins, n° 55. 

835 l.^s C3MPTES RENDUS liobdomadaires paraissenl régulièrement le Dimanche. Ils furmeiU, à la fin de l'année deux vol,,-, ■<; ," 

le par ordre alphabétique des matières, l'autre par ordre alphabétique des noms d'Adteurs, terminent chaque volu ' ' ' "" '" ' ""'' 



i" Janvier. 



lumo. L'abonnement est annuel 



Le pri.€ de l'ahnrincmenl cxt fixe ainsi qu'il suit : 
Paris : 30 Ir. — Uoparlements: 40 fr. - Union poslaln: 44 fr. 



On souscrit dans les départements, 



ch(-'z ,M(;ssii?iirà ; 
Kerran frères. 
Cliijix. 
Joiiiilan, 
' Hull. 

Courtin-llecqne:. 
, Germyiu et Grassin 
' Siraudcau. 

Jûri'inie. 

M.iriDii. 

, l'"eret. 

Laurcns. 
' Millier (G.) 

lîpIKHKÎ. 
l-)n rirn. 
!•'. Koh.Tt. 
■ OI.:iii. 

Uzel frères. 

Jnuan. 

l'crriii. 

Ili'nrv. 

M.ir^'uerie. 

l-'el.iunay. 
Bouy. 

iïN'MiiTy. 
ISaL^I. 
Kcy. 

\ I.aiivcrjat. 

i l-iri/vet. 

j Gralier et C'°. 

Foucher. 

\ Bourilignon. 
( Li.iinlirc. 

iTallandii^r. 
Lenoir. 



Montjjellier. 



cUe/, Mc-sieurs : 

Lorient j Banmal. 

( M"" Tcxier. 

j Cumin et .M.ibson. 
\ GL'..r^.. 

Lyon .< Pliily. 

M.tloine. 
Aille. 

AJarseille liu.il. 

Va la t. 

Coulet et (ils. 
Moulins Maniai Place. 

ÎBuvignier. 
Grosjean-Maupin. 
Sidol frères. 
( Dusas. 
I Veloppé. 

i Barma. 
I Appy. 

'finies Debroas-Duplan. 

Orléans Locldè. 

\ Blanriiier. 
( Lévrier. 

Hennés .. Plilion el Hervé. 

liockcforl Girard ( iM"«' ). 

fioucn |La.ij;l„is. 

( Lestringant. 

S'-É tienne Chevalier. 

Toulon > Pnnleil-Burles. 

/ \ltc. 



On souscrit à l'étranger, 



inislerdan 



rlin.... 



\antes . 



Nice . 



Poitiers 



Toulouse . 



\ Giiiiel. 
\ Pnvat. 



iBoisselier. 
Pérical. 
Bousrez. 

Valenciennes .... ) ^'"'■'' 

/ Lemailre. 



elle/. .Messieurs : 

l'"ciLcini Caarel- 
scu et C». 

Ariiènes Beck. 

l'iircclone Verd;igiicr. 

.\ftlicr et C"^. 

Daines. 

Fried;;iii(Ier et fils. 

.Mayerel Miiller. 

''■'■'■'"-■ Frariclvi;. 

'•'•io^ne Zaniehelli. 

Lanrei'lin. 

Bruxelles -M^ivnlez i^t Aiir!i:irte. 

Lebègue el 0-. 

Sotchek et C'. 

Burliarest \|iil-iv 

llinlapest Kiliau. 

Cambridge ... Deif;l,trm, fiell et C . 

Cliristiania Cammcnneyer. 

Constanlinople . . Olto Iveil. 

Copenhague ' Uost el lils. 

. Seeljcr. 

. Mosle. 



Londres 

Luxembourg . 



Madrid. 



i\a/jles . 



ri'u t'nce. 

I,n:,,l 

f,ène>i . . . . 



Beuf. 



i Eu^'iiuanri. 
.. ^<-C"r.. 

' Slapclulnlir. 

La Haye Belintanle frères 

1 Bcnda. 

' Pavot et O'. 



Genève . 



Lausanne, 



Leipzig 



Lie: e. . . 



Barlh. 

Crockliaus. 
/ Kœl.l.i- 
/ Lorciil/.. 

TwielMieyer. 
. Desoer. 

Giiusé. 



chez Messieurs: 

I Dulau. 
■ ; H:i(lietie et C- 
' Nuit. 
•• V. Biick, 
liuiz el G'*. 
1 Bouio. 
■ " ) Capileville. 

' V. i-é 

AJilan ... ) ^"'^''^ ''"ères. 

( nocpPi. 

■f^of^rou Tastevin. 

j .Mar;;lileri diGius 
( Pellecaiio. 

Dvis I i fi-iller. 

Aeiv- Vorl; Sterl.en. 

Leiile'fe et Biicclincr 

Odessa lîoiisseau. 

0.cford Pa iker et C". 

l'alerme Hclur. 

Porto .Mn.;,Mlli:iés et Moiliz 

Prague Bivnac. 

Rio Janeiro Garuier. 

\ Rocca frères. 

Ilonie 1 I „,. I , ,-i, 

I Loesoiter el W . 

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Slocidiolm .Noidiskii lioglundel 

^ Zin-i rling. 

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GENERALES DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES 2E L'ACADÉ;ilIE DES SCIENCES : 

Tniiies 1"' ;'i 31. — (3 Août i835 à 3i Décembre iS5o.) Volume in-4°: i853. l'iix 

Tome? 32 a 61. — ( i" Janvier i85i à 3i D-xembre i86ï. i Volnnie in-4''; iS;o. Pri.\ 

Tomes 62 a 91. — ( i" Janvier 18G6 à 3i Décembre 1S80. \ Volume in-j": iS.Sq. Prix 

Tome? 92 à 121. — ( i" Janvier 1881 à 3i Décembri' (895.1 Vulnme in-'i'': 1900. Prix 

MENT AUX COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES: 

éui..liç>urquelqucs points de la I^livsi.jlogiedes .-UKues.par .MM. A. ÛEr.i:: - el A.-J.-J.Soi.iER. — Mém..ir ;sur le Calcul des P'-iiirUations qu'éprouvent 
ar M. 'Fi^-^K>". — Mémoire sur le Pancréas el sur le rôle du sue pancrc û. juc dans les phénomène? Jigenifs, parli ulirreiiieut dans la digestion des 

es, par M. Claude Bernard, \olunie in-4°, avec 3j planches; 1806 ." 25 fr. 

tléiuoire sur les vers intestinaux, par iVI, P.-J. Van Benkdkn. — Essai d'une léponse à la question Je Prix proooséc en iS5o par l'Académie des Sciences 
irs de i853 elpuis remise pour celui de i856, savoir: « Etudier les lei? le la dislribulion d-> corp- ..ra'anisés fossiles dans les dilTéreuts terrains 
s, sunanl I ordre de leur superposilion. -^Discuier la question de leur 1;' iritiou ou de leur <ii-.paritiiii successive ou simultanée. — Ucchercli.rla 
ipporls qui existent entre l'état actuel du règneorganiqueetsesétatsdnten-urs», par .M. lePrn;esseur UiiONN. In-4", avec 7 planches : iSCi. .. 25 fr. 

me Librairie les Mémoires de l'Académie des Sciences, et les MéLiuires présentés par divers Savants à l'Académie des Sciences. 



N^ 3. 

TABÏ.E DES ARTICLES (Séance <lu 16 janvier 1906.) 



MEMOIRES I:T COMMUNICATIOiVS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



M. Bouquet dk la Grye. — Sur ratlcrris- 
sage des aéroplanes 121 

iM. Masoart. — Sur les rayons N 12-! 

MM. L. Maquknne et Eue. Roi,x. — In- 
tluence de la réaclion du milieu sur l'acti- 
viU' de l'aniylase et la coniposilion des 
empois saccltarifiés 124 



Pages. 

M. Louis Henry. — Oliscrvations au sujet 
du composant C(OH) des alcools ter- 
tiaires lag 

S. A. S. le Prince de iMonaco fait hommage 
à l'Acadt'mic à\) fascicule .\X\I des <■ Ré- 
sultais des canipai;nes scientiij<iues accom- 
plies sur son yacht » i36 



CORRESPONDANCE. 



M. le Secrkïaire terpetuel signale les 
deux premiers fascicules des « Annales de 
Paléontologie » publiées sous la direction 
de Marcellin Boule 

MM. A. Lteeen et A. Biset du Ja.ssonxeix 
adresseni des reniercimenls à l'Académie 
pour les distinctions accordées à leurs ira- 
va u .\ 

M. E. GouHSAT. — Sur les intégrales infini- 
ment voisines des équations au\ dérivées 
pailielles '. 

M. E. Merlin. — Sur une famille de réseaux 
conjugués à une même cougruence 

M. Gyôzô Zemplen. — Sur l'impossibilité 
des ondes de choc négatives dans les gaz.. 

M. A. Krees. — Conditions d'établissement 
et d'application d'un amortisseur progressif 
à la suspension des véhicules sur route — 

M. C. GuTTON. '— Expériences photogra- 
phiques sur l'action des rayons >i sur une 
étincelle électi'ique 

M. A. Leduc. — Sur la densilé de la glace.. 

M. L RÈviLHOD. — Sur la répartition des 
courants électriques dans un réseau 

M. J. DE RoHAN Chabot. — Sur la soupape 
parhydrique 

M. H Baubigny. — Rectifii^ation à une Note 
sur l'oxyde salin de nickel 

M. Paul Lebeau. — Sur le siliciure de cuivre 
et sur un nouveau mode de formation du 
silicium soluble dans l'acide fiuorliydrique. 

M. 0. HoNiGsCHMiD. — Sur un siliciure de 
thorium 

M. Léo Vignon. — Diazoïques des diamines 
( phénylènes-diaraines, benzidine) 

MM. Albkrt-Levy et A. Pecoul. — Sur lé 
dosage de l'oxyde de carbone dans l'air 
par l'anhydride iodique 

M. Maurice Nicloux. — Dosage de petites 
quantités de chloroforme; son dosage : 

Bulletin- bibliographique 

Errata 



i3(i 

i3'j 

13- 
,.39 
142 

,43 

,45 
i4y 

i5i 
iJ3 
.54 

i54 
i5, 
i5i) 

1G2 



1° dans l'air; 2° dans le sang ou dans un 
liquide aqueux 

M. Paul MAUEiciiEAU-BEAurRÉ. — Sur la 
coinbustion de l'acétylène par l'oxygène. 

M. Lucien Graux. — Proportionnalité directe 
entre le point cryoscopique d'une eau mi- 
nérale de la classe des bicarbonatées et la 
composition de cette eau exprimée en sels 
anhydres et en monocarbonates -. 

M. Eréd. Wallerant. — Sur les cristaux 
mixtes d'azotates alcalins 

M. Depr.w. — Les roches alcalines des 
environs d'Évisa (Corse) 

MM. Henri Lamy et André Mayer. — Sur 
le débit urinaire 

M. L. HÛGOUNENQ. — Sur la vitelline de 
l'œuf 

M. F. Batelli et M"= L. Stern. — Nouvelles 
recherches sur les oxydations produites 
par les tissus animaux en présence des 
sels ferreux 

MM.C. Delezenne, H.MouTONelE.PoZERSKi. 
— Sur l'allure anomale de quelques pro- 
téolyses produites par la papaïne 

M. E. Fleurent. — Sur le blanchiment des 
farines de blé 

M. Pli. NÉGRis. — Sur la nappe charriée du 
Péloponèse 

M'. Ph. Glangeaud. — Une ancienne chaîne 
volcanique au nord-ouest de la chaîne des 
Puys , 

M. Dehalu. — Observations magnétiques 
faites à Sfax (Tunisie) à l'occasion de 
l'éclipsé totale de Soleil du ag-So août igoS. 

M. Henri Micheels adresse un Mémoire 
intitulé : « Sur les stimulants de la nutri- 
tion chez les plantes » 

M. J. NoE adresse une Note relative à un 
" Aéronat dirigeable » 



i63 
i65 

166 
168 
i6g 
171 
173 



177 
180 
182 

.84 

186 

1S7 

.87 

,87 
iSS 



PA R I s . 



- IMPRIM 

Quai des t. 



li-VlLLAI 

Le Gérant : 



1906 

PREMIER SEUESTRE. 



~6Ci^^ 



-^ 



COMPTES RENDUS 

HEBDOMADAIRES 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIEN<:ES 

PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. 



TOME CXLII. 



K 4 (^2^ Janvier 1906) 



^PARIS, 

GAUTHIER-VILLARS. I.MFRIMEUR-Ll BRAIRE 

DK.S COMPTKS RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SulENCÉS. 

Quai des Grands-Auguslins, 55. 

I9('6 



RÈGLEMENT RELATIF AUX COMPTES RENDUS 

ADOPTÉ DANS LES SÉANCES DES a'^) JUIN l8()2 ET 2') MAI 1873 



Les Comptes rendus hebdomadaires des séances 
de i' Académie SQ composent des extraits des travaux 
de ses Memljres el de Fanal yse des Mémoires ou Notes 
présentés par des savants étrangers à l'Académie. 

Cliaque cahier ou numéro des Comptes rendus a 
/|8 pages ou 6 feuilles en moyenne. 

26 numéros composent un volume. 

Il y a deux volumes par année. 

• Article I''''. — Impiession des travaux 
de l'Académie. 

Les extraits des Mémoires présentés par un Membre 
ouparunAssociéétrangerde l'Académie comprennent 
au plus 6 pages par numéro. 

Un Membre de l'Académie ne peut donner aux 
Comptes rendus plus de 5o pages par année. 

Toute Note manuscrite d'un Mend)re de l'Aca- 
démie ou d'une personne étrangère ne pourra pa- 
raître dans le Compte rendu de la semaine que si elle 
a été remise le jour même de la séance. 

Les Rapports ordinaires sont soumis à -la même 
limite que les Mémoires; mais ils ne sont pas com- 
pris dans les 5o pages accordées à chaque Membre. 

Les Rapports et Instructions demandés par le Gou- 
vernement sont imprimés en entier. 

Les extraits des Mémoires lus ou communiqués par 
les Correspondants de l'Académie comprennent au 
plus 4 pages par numére. 

Un Correspondant de l'Académie ne peut donner 
plus de 3> pages par année. 

Les Comptes rendus ne reproduisent pas les dis- 
cussions verbales qui s'élèvent dans le sein de l'Aca- 
démie-, cependant, si les Membres qui y ont pris 
part désirent qu'il en soit fait mention, ils doivent 
rédiger, séance tenante, des Notes sommaires, dont 
ils donnent lecture à l'Académie avant de les re- 
mettre au Bureau. L'impression de ces Notes ne 
préjudicie en rien aux droits qu'ont ces Membres de 
lire, dans les séances suivantes, des Notes ou Mé- 
moires sur l'objet de leur discussion. 

Les Programmes des prix proposés par l'Académie 
sont imprimés dans les Comptes rendus^ mais les 



Rapports relatifs aux prix décernés ne le sont qu 
tant que l'Académie l'aura décidé. 

Les Notices ou Discours prononcés en séani e 
blique ne font pas partie des Comptes rendus. 

Article 2. — Impression des travaux des Sa 
étrangers à l'Académie. 

Les Mémoires lus ou présentés par des perse 
qui ne sont pas Membres ou Correspondants de 1' 
demie peuvent être l'objet d'une analyse ou d'u 
sumé qui ne dépasse pas 3 pages. 

Les Membres qui présentent ces Mémoires 
tenus de les réduire au nombre de pages requii 
Membre qui fait la présentation est toujours non 
mais les Secrétaires ont le droit de réduire cet ex 
autant qu'ils le jugent convenable, comme ils le 
pour les articles ordinaires de la correspondance 
ciel le de l'Académie. 

Article 3. 

Le bon à tirer de chaque Membre doit être rf 
à l'Imprimerie le mercredi au soir, ou, au plus t 
le jeudi à (o heures du matin ; faute d'être reuii 
temps, le titre seul du Mémoire est inséré d.in< 
Compte rendu actuel, et l'extrait est renvoyf 
Compte rendu suivant et mis à la fin du cahier. 

Article 4. — Planches et tirage à part 

Les Comptes rendus ne contiennent ni plane 
ni figures. 

Dans le cas exceptionnel où des ligures ser 
autorisées, l'espace occupé par ces figures com 
pour l'étendue réglementaire. 

Le tirage à part des articles est aux frais des 
leurs; il n'y a d'exception que pour les Rappor 
les Instructions demandés par le Gouvernement 

Article à. 

Tous les six mois, la Commission administr 
fait un Rapport sur la situation des Comptes rei 
après l'impression de chaque volume. 

Les Secrétaires sont chargés de l'exécution du 
sent Règlement, 



Les Savants etraugers à l'Académie qui désirent faire présenter leurs Mémoires par MM. les Secrétaires perpétuels sont priés de 
déposer au Secrétariat au plus tard la Samedi qui précède la séance, avant 5". Autrement la présentation sera remise à la séance suivsll! 



ACADÉMIE DES SCIENCES 

SÉANCE DU LUNDI 22 JANVIER 1906, 
PRÉSIDENCE DE M. H. POINCARÉ. 



MEMOIRES ET COMMïTIVICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

CHIMII' MINÉRALE. — Sur l'ébid/ition de l'osmium, du ruthénium, du platine, 
du palladium, de l'iridium et du rhodium. Note de M. Henri 3Ioissa\. 

La méthode industrielle employée aujourd'hui pour la séparation des 
différents métaux de la famille du platine est à peu de chose près celle qui 
a été indiquée par Wollaston ( ' ), mais la fusion du platine dans un four en 
chaux au moyen d'un chalumeau alimenté par le gaz d'éclairage et l'oxy- 
gène, fusion indiquée par Deville et Debray (-), a rendu très facile le 
travail du platine et de ses alliages. Cette méthode a permis de fondre le 
platine en évitant la |)résence du silicium et d'étudier aussi la fusion et la 
volatilité des différents métaux de cette famille. Ces savanls ont reconnu 
ainsi que le palladium était plus fusible que le platine et que le rhodium 
et l'iridium ('') pouvaient être fondus aussi dans les mêmes conditions bien 
qu'avec plus de difficulté. Nous tenons à rappeler, pour montrer l'impor- 
tance de ce procédé, qu'il a permis d'obtenir les nombreux échantillons 
en platine iridié préparés par la Commission internationale du mètre. 



( ') Wollaston, Transactions philosophiijues, iSig, el Annales de Chimie et de 
l'hysique, i" série, t. XLI, 1829, p. 4o3. 

(-) Deville el Debkay, Du platine el des métaux qui t'accompagnent {Annales de 
Chimie et de Physicjue, 3" série, t. LVI, 1809, p. 385). 

(') Deville et Debkay, De la métallurgie du platine el des métaux qui l'acconi' 
pagnent {Annales de Chimie et de Physique, 3" série, t. LXI, 1S61, p. 5). 

C. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLU, N° 4.) 26 



igo ACADÉMIE DKS SCIENCES. 

Depuis les recherches de Deville et Debray, Joly et Vèzes (') ont pu 
fondre l'osmium considéré longtemps comme infnsible, £;ràce à l'emploi de 
l'arc électrique. De même, Joly (- ) a obtenu la fusion du ruthénium et il 
a remarqué que, dans les conditions où il s'était placé, la volatilisation était 



insignifiante. 



La température, fournie par le chalumeau oxhydrique, a été impuissante 
pour fon(ire ces deux métaux. C'est qu'en effet, lorsqu'il s'agissait de mé- 
taux réfractaires facilement oxydables, comme l'osmium ou le ruthénium, 
le chalumeau oxhydrique ne pouvait plus être employé. 

La combustion de l'hydrogène dans l'oxygène fournit de la vapeur d'eau, 
c'est-à-dire un milieu oxydant qui intervient dans un grand nombre de 
réactions. Au contraire, lorsque l'on emploie un arc électrique puissant, au 
milieu d'un four en chaux, il se dégage d'une façon constante des torrents 
d'hydrogène, de vapeurs de calcium, une certaine quantité d'oxyde de car- 
bone et l'on obtient ainsi un milieu réducteur. De plus, la température de 
l'arc, étant beaucoup plus élevée que celle du chalumeau oxhydrique, nous 
permettait de pousser plus loin cette étude. 

Nos expériences ont été réalisées au moyen de notre modèle de four 
électrique, sans enceinte de charbon, présenté à l'Académie le 12 dé- 
cembre iSg^ (■'), modèle qui n'a pour lui que son extrême simplicité, et 
nous n'avons pas utilisé le four électrique décrit en collaboration avec 
M. VioUe le i3 mars 1893, et plus spécialement réservé à des expériences 
de Physique (^). 

Osmium. — loo^ d'osmium ont été placés dans le creuset en charbon de 
notre four électrique en présence d'un tube froid qui servait à condenser 
les vapeurs métalliques. La première expérience a été faite avec un courant 
de 5oo ampères sous iio volts pendant une durée de 4 minutes. Sur le 
tube froid, on a recueilli une très petite quantité tl'osmium distillé sous 
forme de gouttelettes, mais les fragments métalliques, disposés dans le 
creuset, n'ont pas pris l'élat liquide; la partie supérieure de ces fragments 
était simplement arrondie par un commencement de fusion. La même 



{') Joly et Vèzes, Comptes rendus, t. GXVI, 1890, p. 577. 

(-) Joly, Comptes rendus, t. CXVI, 1898, p. 43o. 

(') MoisSAN, Description d'un nouveau four électriijue {Comptes rendus, l. CXV, 
p. io3i, 12 décembre 189a). 

(*) H. MoissAN et J. ViOLLE, Sur un four électrique {Comptes rendus, t. CXVI, 
p. 549, '3 mars iSgS ). 



SÉANCE DU 22 JANVIER [906. It,i 

expérience a été répétée avec un courant de 600 ampères pendant 5 mi- 
nutes. La fusion du métal est partielle, mais une parlie notable a été vola- 
tilisée et il en a distillé iG^,5. 

Cette expérience est reprise avec i5of= d'osmium, sur lequel on a fait 
agir l'arc fourni par un courant de 700 ampères sous iio volts pendant 
5 minutes. Dans ces conditions, l'osmium a été entièrement fondu, est entré 
en ébuUition et l'on en a volatilisé p.g^'. Le métal restant dans le creuset 
présente l'aspect d'une fonte brillante, est cassant et renferme des cristaux 
très nets de gi'apliite. L'analyse de cet osmium nous a donné pour 100 : 
graphite, 3,89 et 3,97. En cassant ce métal on trouve à l'intérieur de 
quelques géodes des chapelets de petits octaèdres microscopiques de forme 
très régulière. 

Cette expérience a été répétée sur un échantillon de lô*-' placé dans une 
nacelle de graphite au milieu d'un tube de charbon, chaulfé dans notre 
four électrique. La fusion et l'ébuUition de l'osmium se sont produites avec 
la même netteté. 

Sur le tul)e froid, on a recueilli de nombreuses gouttelettes dont la sur- 
face est tantôt brillante et tantôt bleutée et enfin des lames cristallines 
présentant souvent la forme de petits cubes. 

Cet osmium renfermait une petite quantité d'or qui a été volatilisée dès 
le débat de l'expérience et qui nous a donné au contact de la chaux la cou- 
leur pourpre indiquée par nous précédemment ('). 

Ruthénium. — iSo^ de ruthénium ont été placés dans notre creuset et 
chauffés pendant 3 minutes avec un courant de 700 ampères sons 1 10 volts. 
Le métal a parfaitement fondu, puis est entré en ébuUition et i&,B ont été 
distillés. Le cidot métallique renferme, après l'expérience, 4>8 pour 100 
de graphite. Autour du creuset, dans la chaux fondue, on trouve de nom- 
breuses gouttelettes et quelques petites masses grises irisées formées de 
cristaux microscopiques. Certains de ces cristaux présentent nettement l'ap- 
parence de trémies cubiques. Quelques fragments un peu plus gros, dont 
les contours sont fondus, présentent l'aspect des pépites de platine. 

Une autre expérience dans laquelle on a chauffé loo^ de ruthénium pen- 
dant 5 minutes avec un courant de 5oo ampères sous 1 10 volts nous a 
donné une volatilisation de ioB. 

Le métal, condensé sur le tube froid et séparé de la chaux volatilisée 
par un traitement à l'acide acétique, fournit de nombreuses sphérules 



(') II. MoissAX, Comptes rendus, t. CXLI, igoS, p. 977. 



192 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

avant l'aspect du vieil argent et quelques lamelles minces recouvertes de 
cristaux microscopiques. La chaux fondue est colorée en gris et même en 
noir j)ar la vapeur de ruthénium et, sur les électrodes, on recueille des 
globules métalliques d'un rouge vineux et une poudre noire qui ne ren- 
ferme pas d'azote. L'ébullition de ce métal est plus difficile à obtenir que 
celle du platine; son point d'ébullition est compris entre celui de ce der- 
nier métal et celui de l'osmium. 

Platine. — Nous avons déjà eu l'occasion de démontrer que le platine, 
chauffé dans notre four électrique, entrait facilement en ébullition. Dans 
une première expérience au sujet de la préparation du graphite foisonnant, 
nous avons amené, en quelques minutes, 4oo^ ^6 platine à l'ébullition 
avec un courant de 45o ampères sous 60 volts ('). Dans d'autres expé- 
riences sur quelques propriétés de la chaux en fusion, 5o^ de platine ont 
été portés à l'ébullition au milieu de la chaux fondue (-). 

i5oS de platine ont été chauffés dans notre creuset avec un courant de 
5oo ampères sous 1 10 volts pendantS minutes : 12^ ont été volatilisés. La 
même expérience, répétée avec le même poids de ce métal pendant 
5 minutes 3o secondes, nous a donné une volatilisation de 19^. Cette 
ébullition du platine, que nous avons répétée dans des conditions très 
variées, se fait toujours avec une grande régularité. Le métal liquide dis- 
tille avec la même facilité que de l'eau portée à 100°. 

Après refroidissement, le platine restant dans le creuset renferme du 
graphite foisonnant, ainsi cjue nous l'avons indiqué précédemment. Le 
métal présente des géodes provenant de dégagements gazeux et quelques- 
unes sont tapissées de petits cristaux métalliques. 

On rencontre souvent, sur les parois graphitées du creuset, une couche 
grise de petits globules et de petits cristaux cubiques microscopiques. La 
matière condensée sur le tube froid, après traitement par l'acide acétique 
étendu, fournit de nombreuses gouttelettes et parfois de petites lamelles 
brillantes cristallines. 

La chaux fondue qui entoure le creuset est colorée en gris foncé elles 
parois du four présentent des gouttes plus ou moins grosses ayant l'aspect 
de pépites possédant des pointements cristallins dont les extrémités sont 
arrondies. Certaines de ces gouttes présentent l'apparence d'une matière 
pâteuse en voie de cristallisation. 

(') H. MoissAA-, Comptes rendus, t. CXVI, iSgS, p. 608. 
(^) H. MoissAN, Comptes rendus, t. CXXXIN', 1902, p. i36. 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 19^ 

Palladium. — Ce métal, qui a été fondu par Deville et Debray au moyen 
du chalumeau à gaz d'éclairage et à air, a été volatilisé par eux au chalu- 
meau oxhydrique. 

23s de palladium ont été chauffés au moyen d'un courant de 5oo ampères 
sous 70 volts pendant 2 minutes. Le métal entre! rapidement en fusion, 
puis en ébullition et 3^,2 ont été volatilisés avec la plus grande facilité. Le 
métal restant dans le creuset a été saturé de carbone et sa surface est 
recouverte de cristaux de graphite. Autour du creuset et dans le four, la 
chaux est colorée en noir; elle contient à une certaine distance du 
creuset de nombreuses sphères métalliques présentant souvent l'aspect 
d'un amas de cristaux. On rencontre aussi dans ces sphérules des géodes 
remplies de petits cristaux. Enfin, sur le tube froifl après traitement par 
l'acide acéticpie, on obtient une poussière noire très ténue de nombreux 
globules et des cristaux microscopiques. 

Dans une autre expérience, iSo^de palhulium ontélé chauffés 5 minutes 
avec un courant de 5oo ampères sous 1 10 volts. Le métal fond rapidement, 
mouille la paroi de charbon, dissout du carbone et enfin entre en ébulli- 
tion tranquille. La vapeur vient se condenser sur le tube froid et sort par 
les cavités qui donnent passage aux électrodes. Il s'est volatilisé dans cette 
expérience 9^,63 de palladium. La chaux fondue qui se trouve à une cer- 
taine distance du creuset est colorée en noir. 

Si l'on sort du four électrique un culot de i5o^ de palladium liquide sa- 
turé de carbone et qu'on le laisse refroidir, du graphite monte à la surface 
et la recouvre de cristaux lamelleux superposés. Puis, lorsqu'une croûte so- 
lide s'est formée, on entend des craquements secs, la surface du métal se 
fendille et il sort çà et là des gouttes brilhintes de métal fondu et des cham- 
pignons cristallins plus foncés. La surface du métal possède une couleur 
bleutée à reflets irisés et présente des dendrites à angles droits et des cris- 
tallisations confuses. 

Sur le tube froid on trouve un feutrage de très petits cristaux, mélangé 
de sphérules métalliques. 

Iridium. — iSo^ de métal ont été chauffés 5 minutes avec un courant de 
5oo ampères sous 1 10 volts. Dès qu'il est liquide, le métal mouille le creu- 
set, dissout du carbone, puis distille régulièrement. En 5 minutes, on a 
distillé 98 d'iridumi. Par refroidissement, il roche et fournit un métal dur 
qui, cependant, se lime assez bien. La surface du métal est parfois cristal- 
line et présente en quelques points de l'iridium filiforme. Il contient 2,80 
pour 100 de graphite et se brise sous le choc. 



194 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Nous avons recueilli sur le tube froid une couche métallique de couleur 
bleue, formée de gouttelettes et de cristaux microscopiques. 

Rhodium. — I.a première expérience de distillation de ce métal a été 
faite dans un four à tube de charbon. 5^ de rhodium étaient placés dans 
une nacelle de graphite et un tube de cuivre, traversé par un courant 
d'eau, était disposé au-dessus de celte nacelle suivant l'axe même du tube 
de charbon. La partie inférieure du tube était chauffée extérieurement par 
l'arc électrique dans notre four en chaux. On a chauffé pendant i minute 
3o secondes avec un courant de 5oo ampères sous 1 10 volts, mais les con- 
ditions de la chauffe ne sont plus com|)arables à celles des expériences 
précédentes. Après 3o secondes de chauffe, le métal était fondu, entrait 
en ébullition et l'on voyait des vapeurs bleues se déposer sur le tube 
froid. Après l'expérience, on recueille sur le tube un métal brillant à reflets 
parfois bleutés, recouvert d'un amas de fines gouttelettes et de petits cris- 
taux prismatiques. Autour de la nacelle et sur la paroi du tube de charbon, 
on trouve aussi de petits groupes confus de cristaux. 

i5o^ de rhodium ont été chauffés avec un courant de 5oo ampères son.s 
iio volts pendant 4 minutes. Le métal a fondu, puis est entré en ébulli- 
tion. Il a distillé 4^ de rhodium. Mais avant la fin de l'expérience le creuset 
s'est cassé et le métal liquide a coulé dans la chaux fondue. Ce rhodium 
a été affiné et a fourni un métal brillant qui se limait avec facilité. A la 
surface du lingot se rencontraient quelques cristaux et du rhodium fili- 
forme. 

La même expérience a été répétée sur i.5os de métal et a fourni une dis- 
tillation de Gs, I de rhodium. Le culot renfermait alors 2, 19 pour 100 de 
graphite. Le métal condensé sur le tube froid présentait une surface cha- 
grinée, formée par un feutrage de très petits cristaux mélangés de globules 
plus brillants. 

Enfin, i5os de rhodium ont été chauffés avec le même courant pendant 
5 minutes et ils ont perdu par distillation 10^,2. Dans cette dernière expé- 
rience, le bas du lingot métallique fondu était recouvert de fines aiguilles 
de métal cristallisé. 

Conclusions. — Tous les métaux de la famille du platine sont rapidement 
fondus, puis portés à l'ébullition dans notre modèle de four électrique 
avec des courants qui varient de 5oo à 700 ampères sous i 10 voltï. Si nous 
partons de i5o^ de métal, la fusion s'opère en i ou 2 minutes et l'ébulli- 
tion régulière est atteinte avant 4 minutes. On recueille sur le tube de 
cuivre traversé par un rapide courant d'eau froide qui se trouve au-dessus 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. igS 

du creuset des sphérules métalliques, des lames cristallines et le plus sou- 
vent un feulrage de très petits cristaux visibles seulement au microscope. 
Tous ces métaux liquides dissolvent du carbone qu'ils abandonnent par le 
refroidissement sous forme de graphite. Le plus difficile à distiller de tous 
ces métaux est l'osmium. Le palladium qui est plus facilement fusible que 
le platine ne paraît pas plus volatil que le platine ou le rhodium. 

Le Tableau suivant résume les expériences comparables de nos 
recherches : 

Poids. Temps. Ampères. Volts. Mêlai distillé. 

^ K m g 

Osmium i5o 5 700 1 10 29 

Ruthénium i5o 5 5oo 110 10 

Platine i5o 5 5oo iio la 

Palladium i5o 5 5oo no 9j6o 

Iridium ••■• i5o 5 5oo iio 9 

Rhodium i5o 5 5oo iio 10,20 

Eu lermiiiant l'exposé de ces études, il nous reste un devoir agréable 
à remplir, celui de remercier M. G. Malthev, de Londres, qui a eu la bien- 
veill;ince de mettre à notre disposition les échantillons coîiteux de ces 
métaux rares dont une partie a élé volatilisée dans nos expériences. Notre 
étude n'a élé possible que grâce à son ainiiible intervention. 

PHYSIQUE. — Sur l'origine de la notion des solutions solides. 
Note de M. Lecoq de Boisbaudran. 

Dans les Comptes rendus, 8 janvier 1906, page 100, M. Wallerant s'ex- 
prime ainsi : « Van't Hoff émit l'opinion que les mélanges isomorphes pou- 
vaient être considérés comme résultant de la dissolution de l'un des corps 
dans l'autre. » 

Je demande la permission de rappeler que j'ai proposé cette vue il y a 
fort longtemps et que, plus tard, j'ai couramment employé l'expression 
dissolutions solides, au cours de mes recherches sur les fluorescences (de 
1886 à 1890). 

J'ai très clairement exprimé mes idées sur l'analogie entre l'isomor- 
phisme et l'état de solution, dans une Note du 21 aoiit 1866, dont le titre 
seul fut imprimé dans les Comptes rendus, le 27 août 1866. Je deinandai 
ultérieurement à l'Académie de vouloir bien accepter, pour les Comptes 
rendus, un extrait textuel de ma Note de 18G6; cet extrait a paru le i4 dé- 
cembre 1891 (p. 834). Voici les passages qui se rapportent aux solutions 
solides : 



196 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

« Il est à remarquer que deux corps qui se mélangent intimement, qui se 
dissolvent, peuvent être considérés comme isomorphes; il faut en effet, 
pour que le mélange intime ait lieu, que leurs particules ne soient pas 
trop dissemblables de forme ni de grandeur. 

)) L'isomorphisme des corps solides n'est donc qu'approché et l'on con- 
çoit que ses limites puissent varier par suite d'un changement profond dans 
les positions relatives des molécules. 

» Je n'hésite pas à attribuer à la même cause, c'est-à-dire à un isomor- 
phisme approché, les phénomènes suivants : 

» 1° La dissolution de certains solides les uns dans les autres (isomor- 
phismede Mitscherlich); 

» 2° La dissolution de beaucoup de liquides les uns dans les autres; 

» 3" La dissolution de toutes les vapeurs les unes dans les autres (Note 
du 21 août 1866). » 

A une époque postérieure, mais déjà assez ancienne aujourd'hui, je 
considérais les fluorescences que j'étudiais comme produites par de petites 
quantités àe corps actifs (interceptant les radiations lumineuses ou ultra- 
violettes) existant au sein de dissolvants solides (transparents et pouvant 
d'ailleurs être cristallins ou amorphes). 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Sur l'acide glycuronique des globules du sang. 
Note de MM. R. Lépixe et Boulud. 

Nous avons montré {Comptes rendus, 4 ma' 1908; 17 juillet et 4 sep- 
tembre igoS) que, dans le sang d'un chien, à l'état normal, les conjugai- 
sons de l'acide glycuronique qui ne deviennent réductrices qu'après le 
chauffage de l'extrait du sang en présence d'un acide, sont localisées dans 
les globules, de telle sorte qu'on n'en trouve qu'une proportion assez 
faible, parfois même nulle, dans le plasma (et li^ sérum). Voici, pris au 
hasard, un de ces cas normaux : 

Chien 2502 {sang artériel). 

Pouvoii' 
réducteur Acide glycuronique 

(en glucose). 



Sérum 
Globules 



absolu, pour loo. 

\ couclie supérieure. . i,3o i,3o o o 

\ couche inférieure . . 1,22 1,24 0,02 J ,6 

( couche suj^érieure. . 0.56 0,62 0,06 9,6 

1 couche inférieure. . o,4o o,48 0,08 16,6 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. igj 

Ainsi, la couche du sérum la plus éloignée des globules ne renferme pas 
de conjugaisons glycuroniques réductrices avant le chauffage; la couche 
inférieure en renferme une faible proportion. Si cette dernière couche est 
moins riche en sucre, c'est aussi à cause du voisinage des globules qui ont 
produit de la glycolyse ('). Si, des deux couches de globules, la supérieure 
est de beaucoup la plus riche en sucre, c'est parce qu'elle est souillée par 
une certaine proportion de sérum, lequel fait défaut dans la couche infé- 
rieure. Si elle est relativement pauvre en acide glycuronique, c'est que la 
glycolyse, à cause de la présence des globules blancs dans la couche supé- 
rieure, y est plus intense et qu'elle s'est exercée particulièrement sur 
l'acide glycuronique, certaines conjugaisons de cet acide étant plus facile- 
ment glycolysées que le glucose. 

Dans certains cas, d'adleurs exceptionnels, la glycolyse dans les globules 
est assez intense pendant la durée de la centrifugation, pour v faire dispa- 
raître complètement l'acide glycuronique. Voici un de ces cas. Le chien 
(2532) était sain et à jeun : 

Sang artériel. 

neçu Clans le nilrale acide de mercure. 0,80 0,88 0,08 q,i 

Sérum 1,16 1,18 0,02 1,7 

Globules o,46 o,46 o 

Sang de la Jugulaire. 

Reçu dans le nitrate ac. de mercure. 0,76 0,84 0,08 9,5 

Sérum i,o4 1,08 o,o4 8,7 

Globules o,4o 0,52 0,12 23 

Ainsi le sang artériel renfermait, au sortir du vaisseau, 9,1 d'acide glycu- 
ronique pour 100 de matières sucrées. Or, après la centrifugation, on n'en 
a retrouvé qu'une trace (dans le sérum). Tl est évident que sa disparition 
(complète dans les globules) n'est explicable que par la glvcolyse qui s'est 
faite pendant la centrifugation. D'ailleurs, le calcul [en utilisant la formule 
indiquée dans une Note antérieure (^Comptes rendus, 1 7 juillet iQoS) et en 
tenant compte du fait que la couche des globules était souillée par une cer- 
taine quantité de sérum] montre que la glycolyse v a été intense. Le cal- 
cul nous apprend de plus que, dans la couche globulaire du sang de la 

(') On sait que le sérum est dépourvu de tout pouvoir glycolytique. 

C. K., ignG, .•' Semestre. (T. CXLII, N" 4.) '-i7 



ig8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

jugulaire, il y a eu aussi de la glycolyse, mais à ufi moindre degré et qu'en 
raison de la présence d'une certaine quantité de sérum dans celte couche, 
le proportion d'acide glvcuronique trouvé par le dosage est trop faible : en 
réalité elle devait être de 3o pour loo (au lieu de 23). 

Si, pendant la durée d'une cenlrifugation, il se détruit de l'acide glvcu- 
ronique, il peut, d'autre part, s'en produire et la quantité produite est 
supérieure, dans certains cas, à celle qui est détruite par la glycolyse. 
C'est ce que nous avons maintes fois constaté, notamment chez le 
chien 2495 qui, 2 heures avant la saignée, avait ingéré 5^ (par kilogramme 
de poids vif) d'alcool absolu, additionné de 2 parties d'eau. 

Sans' artériel. 



Sérum. 



Couche supérieure i,56 1,60 0,04 2 



Couche inférieure 1,28 1,60 0,82 20 

GlohvAes, : Couche inférieure o,56 i,o4 0,48 46 

Dans ce cas, peut-être à cause de l'intoxication alcoolique, il n'y a pas eu 
trace de glycolyse dans la couche inférieure du sérum (1,60 = 1,60), 
malgré le voisinage des globules; mais ceux-ci v ont déterminé une forte 
proportion d'acide glvcuronique (20 pour 100). 

Chez un autre chien qui, par exception, n'avait point d'acide glycuro- 
nique dans le sang au sortir du vaisseau (ainsi que l'a montré le dosage 
des matières sucrées du sang recueilli dans le nitrate acide de mercure) 
nous avons trouvé plus de 8 pour 100 d'acide glvcuronique dans le sérum 
obtenu avec le sang recueilli dans un tube plongé dans la glace et plus de 
14 pour 100 dans le sérum du même sang defibriné à la température du 
laboratoire. 

Ainsi, les chifFres d'acide glycuronique obtenus par le dosage de matières 
sucrées, soit dans le sérum, soit dans les globules, doivent être sévèrement 
critiqués et contrôlés en se servant de la formule sus-indiquée, attendu 
qu'ils sont, presque toujours, gravement foussés, soit par une destruction, 
soit par une production de cet aci le, consécutives à la sortie du sang du 
vaisseau. Indépendamment de ces deux causes perturbatrices, il faut aussi 
tenir grand conij)te de l'erreur résultant de la présence d'une certaine 
quantité de sérum dans la masse globulaire, à moins que l'on n'ait employé 
pour le dosage que la couche tout à fait inférieure, ce qui n'est pas toujours 
possible. 

Dans les globules du sang veineux de l'homme la proportion de l'acide 



SÉANCE DU -22 JAXVIER (906. igq 

glyciironique nous a paru égaler celle que l'on observe chez le chien : 
chez un sujet saigné |)our une congestion cérébrale apyrétique elle attei- 
gnait 21 pour 100 des matières sucrées, et, chez un autre, affecté de conges- 
tion pulmonaire, 2.5 pour 100. Lorsque le sang est reçu dans un tube 
plongé dans la glace, le sérum, en général, ne renferme pas d'acide glycu- 
ronique. 

CORIlESPONDArVCE . 

M. le Secrétaire r-ERPÉrrEL signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance, les Ouvrages suivants : 

1" Une nouvelle édition, conforme à l'origmal, des Études chimiques sur 
la végétation de Jules Raulin. (Présenté |)ar M. Roux.) 

2" Joseph Dombey, sa vie, son œuvre, sa correspondance, par le D'' E.-T. 
Hamy. (Présenté par M. Edmond Perrier.) 

3° Le Mexique cl son évolution sociale. (Remis, de la [)art du Ministre du 
Commerce et de l'Industrie à Mexico, par la Légation du Mexique.) 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur un théorème relatif aux dérivées secondes 
du potentiel d'un volume auirant. Note de M. A. Korx, présentée par 
M. Emile Picard. 

Soit Ô une fonction donnée, définie en tout point de la surface d'une 
sphère (R), uniforme et continue de telle manière que pour deux points 
I et 2 dont nous désignons la distance par r,o : 

(') |ê2-ë.|;A/->„ (o5r„ = <7), 

A étant une constante, c une longueur finie, \ un nombre positif différent 
de zéro. Nous pouvons facilement calculer la solution 9 du problème de 
Dirichlet pour l'intérieur de la sphère, qui prend les valeurs limites 9 à la 
surface de la sphère. Formons le potentiel 

(2) v=A4 

du volume intérieur de la sphère, alors on démontre facilement à Taide des 



200 ACADEMIE DES SCIENCES. 

fonctions sphériques l'identité suivante à la surface de la sphère 

's 



(3) -y^ = —- — / f) \^ds + / I 



ds 



en désignant par v la normale intérieure de l'élément ds. 

Ce lemme permet de démontrer un théorème important pour la théorie 
de l'élasticilé : 

Soit 6 une fonction donnée, définie en tout point d'une surface fermée o> 
possédant en chacun de ses points un plan langent unique et deux rayons 
de courbure principaux bien déterminés. Supposons que la fonction soit 
uniforme et continue sur co de la manière exprimée par la condition (i). 
Formons le potentiel 

(4) ^'=/4 



du volume intérieur en désignant par (i la solution du problème de Diri- 
chlet pour l'intérieur de w, qui prend les valeurs limites à la surface oj. 
Alors on aura, en posant 

(5) .i. = 6- ' '^'^ 



d''- 



l'inégalité suivante pour deux points i et 2 de la surface o dont la dis- 
tance est désignée par r,o : 



(6) 1^.-^, 



\<\''^-^ 



— max. abs.6 )r^„ 

Ega y <- 



[o<r,,-^(i -S)]. 



Dans cette inégalité S représente un nombre aussi petit que l'on veut, 
c une constante finie, sg et e^ des constantes finies aussi longtemps que S et u 
sont différents de zéro, mais convergeant respectivement avec S et t vers 
zéro. 

On peut se servir de ce théorème pour arriver à une solution générale 
du problème d'équilibre dans la théorie de l'élasticité. 



SEANCE DU 22 JANVIER I906. 20 1 



OPTIQUE. — Sur la polarisation elliptique j>roduite par les liqueurs mixtes. 
Noie de M. J. Chaitdier, présentée par M. Mascart. 

Dans une Note précédente ( ' ), j'ai indiqué que certaines substances cris- 
tallisées, disséminées sous forme de particules très petites dans des liquides 
mauvais conducteurs, constituaient des liqueurs mixtes qui, placées dans 
un champ électrique uniforme, polarisaient elliptiquement la lumière. 

Ce phénomène peut encore être observé dans un champ magnétique 
uniforme (-); il se produit aussi, spontanément, sous la seule influence de 
la pesanteur ('). 

Afin d'opérer dans des conditions comparables, j'ai préparé les liqueurs en associant 
un même poids du corps solide pulvérisé et finement tamisé à des volumes égaux des 
divers liquides employés. J'ai mesuré d'abord l'action de la pesanteur, puis, successi- 
vement, l'action d'un champ électrique et d'un champ magnétique, de façon à rappro- 
cher les efi'ets communs et à difi'érencier les efl'ets spéciaux à chacun de ces champs. 

Je me suis servi, dans mes expériences, d'un polariscope de Bravais pour reconnaître 
si les vibrations de la lumière qui a traversé la liqueur sont rectilignes ou elliptiques. 
Les retards étaient mesurés au compensateur à teintes plates, préalablement gradué 

en longueurs d'onde du sodium (le tambour du compensateur est divisé en 100 parties 
égales, et un tour du tambour correspond à un relard de —^ ]■ 



(') Comptes rendus, t. CXXXVII, 1908, p. 248. 

(^) La biréfringence magnétique a été constatée en 1902 parMajorana sur des solu- 
tions d'hydro\yde de fer. MM. Cotton et Mouton {Comptes rendus, t. CXLI, 1906, 
p. 817 et 849) ont répété ces expériences en les variant et en précisant les circonstances 
de production du phénomène, qu'ils ont également observé avec certaines substances 
colloïdales et aussi avec une liqueur formée de carbonate de calcium et d'eau. Démon 
côté, à la suite de mes expériences sur la biréfringence électrique (1908), j'avais 
étudié l'action du champ magnétique sur les liqueurs actives dans le champ électrique, 
et, en opérant avec un champ intense et des liqueurs à particules cristallines plus fine- 
ment pulvérisées, j'avais constaté (mars 1904) la production de biréfringence magné- 
tique. La publication des travaux de MM. Cotton et Mouton m'engage à faire connaître 
les résultats de mes expériences relativement au champ magnétique. 

(') M. Meslin, qui s'est spécialement occupé du dichroïsme produit sous l'influence 
des mêmes causes {Comptes rendus, t. CXXXVI, 1908, p. i64i)> a appelé dichroïsme 
spontané le phénomène de polarisation dû à l'orientation des particules cristallines 
des liqueurs mixtes sous l'action de la pesanteur : il n'a pas observé de biréfringence 
spontanée. 



202 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



1° Champ de la pesanteur. — Bien qu'un grand nombre rie particules 
cristallines échappent à l'action de ce champ peu intense, la polarisation 
elliptique est nettement indiquée par le polariscope et j'ai pu mesurer des 

retards correspondant à 5o divisions du tambour, c'est-à-dire à -^• 

2" Champ électrique. — J'ai mesuré, dans un champ électrique uniforme, 
les différences de marche des deux composantes des rayons lumineux 
parallèles et perpendiculaires au champ pour un certain nombre de 
liqueurs; les résultats qui suivent ont été obtenus en associant l'acide 
borique à des liquides organiques. 

a. Le retard S^ est proportionnel à l'épaisseur de liqueur traversée par 
la lumière et soumise à l'action du champ. 

Ainsi, avec la liqueur constituée par l'acide borique et le térébène, on 
obtient, selon l'épaisseur de la couche traversée, les valeurs suivantes 



de \ : 



Épaisseur en centimètres i 2,5 

5^. en divisions du tambour. ... 43 io5 



170 



b. ^g croît rapidement avec l'intensité du champ et se fixe à une valeur 
constante. En opérant sur la liqueur précédente, les plateaux du conden- 
sateur étant distants de 6*^™, 2, on trouve : 



Dififérences de poLentiel des plateaux 
en unités électrostatiques C.G.S. 

10 

i6, 1 

27,. 5 
37,3 
54,6 
77-0 
84,7 

97>8 



8^ en divisions du tambour. 

85 

160 . 
2ro 

2l5 

220 

225 
225 
230 

280 
23o 



Au delà d'une tlifférence de potentiel de 91 iitiités, S^ reste constant; sa 

o,i8X. 



valeur en \ du sodium est alors - — X -77 

100 i3 



Les mesures ultérieures ont été faites dans un champ assez intense pour 
que 'He ait atteint sa valeur constante. 

c. S^ varie avec le constituant liquide, quand on associe un même solide 
à des liquides différents. En étudiant les liqueurs obtenues par le mélange 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. ,o3 

de 0*^,3 d'acrde borique et So"""' de divers liquides, j'ai observé des retards 
dont les valeurs (en divisions du tambour) sont inscrites dans le Tableau 
suivant : 

Liquides. Indices. S^. 5„,. 

Sulfure de carbone 1 ,633 35 3o 

Benzène 'iSo^ i85 160 

Pseudocumène 1 ,5oo 220 200 

Térébène i ,[\']2 23o 220 

Tétrachlorure de carbone. . . i,463 38o 4oo 

Chloroforme ')444 38o 4io 

Pétrole ï j 443 260 2 1 5 

Acétate d'aniyle ',393 i4o i6o 

Ether sulfurique i ,356 3o 4o 

Avec le chloroforme et le tétrachlorure de carbone, S^ est exprimé par le 

3 
nombre 38o, soit — >> environ. 
10 

3° Champ magnétique. — Les variations du retard S,„ sont semblables 
à celles de S^; le Tableau précédent montre que les valeurs de S,„ inscrites 
dans la dernière colonne sont très voisines des valeurs correspondantes 
de (5e et varient dans le même sens. 

Conclusions. — Les mêmes liqueurs mixtes, placées dans un champ élec- 
trique ou magnétique uniforme, polarisent elliptiquement la lumière et dans 
les mêmes proportions; les effets de la pesanteur sont analogues mais beau- 
coup plus faibles et ne peuvent être déterminés que qualitativement. 

L'action commune des champs étudiés semble donc être une action 
directrice, et l'orientation des particules solides est due à leur structure 
cristalline et à leur forme. 



PHYSIQUE. — Nouvelles propriétés magnéto-optiques des solutions colloïdales 
d'hydroxyde de fer. Note de MM. A. CottOxX et H. Mouton, présentée 
par M. J. Violle. 

Nous avons étudié antérieurement (' ) la biréfringence magnétique (phé- 
nomène de Majorana) que présentent certaines solutions colloïdales d'hy- 
droxyde de fer, lorsqu'elles sont placées dans un champ magnétique et 



(') Comptes rendus, t. GXLI, 1900, p. 317 et 349. — Société française de Phy- 
sique, 17 novembre 1905. 



2o4 ACADEMIE DES SCIENCES. 

qu'elles sont traversées par un faisceau lumineux normal a'ux lignes de 
force. En poursuivant et complétant cette étude, nous avons été conduits 
à étudier ce qui se passe lorsque la lumière se propage parallèlement au 
champ. Nous avons observé ainsi les faits suivants : 

I. Si l'on mesure (avec la lumière jaune de l'arc au mercure) le pouvoir rotatoire 
magnétique de ces solutions, on trouve qu'en général il ne diffère pas sensiblement 
de celui de l'eau, même si l'on prend des solutions concentrées. Mais il y a certains 
échantillons d'hydioxyde de fer colloïdal qui donnent des résultats tout différents. 
Tel est le cas d'un liquide à biréfringence magnétique négative, et surtout d'un liquide 
à biréfringence positive dont nous indiquerons ailleurs le mode de préparation et les 
propriétés ('). La matière en suspension dans ces liquides a un pouvoir rotatoire 
magnétique très net; ce pouvoir rotatoire est négatif, de sens opposé à celui de l'eau. 
Une solution concentrée donne en effet des rotations négatives qui, dans les mêmes 
conditions, s'annulent, puis deviennent positives quand on dilue le liquide. 

II. La loi de Verdet (proportionnalité des rotations au champ magnétique), qui se 
vérifie, comme on sait, avec tous les liquides (') étudiés jusqu'ici, que les rotations 
soient positives ou négatives, ne s applique pas à ces liquides. Le pouvoir rotatoire 
mao^nétique propre du colloïde croît d'abord rapidement dans des champs très faibles, 
puis bientôt n'augmente plus que très lentement (ce caractère étant beaucoup mieux 
marqué avec le liquide à biréfringence positive). Il en résulte, par exemple, qu'un 
liquide étant assez dilué pour donner dans un champ intense une rotation positive, 
donne une rotation nulle si l'on affaiblit le champ suffisamment et une rotation néga- 
tive dans des champs plus faibles encore. 

III. Ce pouvoir rotatoire magnétique négatif est accompagné d'un dichroïsme 
circulaire magnétique : les vibrations circulaires parallèles aux courants d'Ampère, 
qui se propagent moins vile que les vibrations de sens inverse, sont plus affaiblies en 
traversant le liquide. L'angle dont la tangente mesure le rapport des axes de la vibra- 
tion elliptique émergente et qui mesure ce dichroïsme augmente lui aussi très lente- 
ment avec le champ lorsque celui-ci n'est pas très faible. 

IV. Ajoutons un peu de gélatine au liquide, à biréfringence positive, qui possède 
le plus nettement ces propriétés, enferraons-le dans une petite cuve et laissons la solu- 
tion, placée dans le champ magnétique d'un électro-aimant, se prendre en gelée : 
La cuve, une fois soustraite à l'action du champ magnétique, agit encore sur la 
lumière polarisée. La rotation, mesurée au bout de plusieurs jours, n'a que très peu 
diminué. Cette rotation se distingue d'ailleurs de celle d'un corps naturellement actif : 
si l'on retourne la cuve face pour face, le pouvoir rotatoire change de signe, ce qui 



(') La loi de variation de la biréfringence avec le champ est analogue à celle que 
nous avons trouvée pour le/er de Bredig. 

(-) La seule exception connue jusqu'ici à cette loi est celle que présente le fer lui- 
même en lames minces. Il est bon de rappeler que, dans ce cas, une vibration inci- 
dente tourne, en traversant la lame, dans le sens des courants d'Ampère et qu'elle 
acquiert une faible ellipticité dans le même sens. 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 2o5 

est conforme aux. conditions de symétrie du champ magnétique. Le sens de la rotation 
est, dans tous les cas, inverse de celui dans lequel circulaient les courants d'Ampère, 
dans le cliamp magnétique où la cuve était placée. 

Si le même mélange de gélatine et de colloïile est placé dans une cuvo où on le laisse 
faire prise en dehors de l'électro-aimant, le champ magnétique est encore capable d'y 
produire un pouvoir rolatoire résiduel, de mémo sens que précédemment, mais plus 
faible. 

V. Les liquides colloïdaux possédant ces propriétés renferment des particules ultra- 
microscopiques, mais relativement grosses. On peut voir facilement, sans microscope, 
c|ue ces particules sont magnétiques : si l'on étend une goutte de liquide sur une lame 
de verre placée horizontalement dans un champ magnétique non uniforme, les parti- 
cules viennent former des amas bien visible?, dans les régions où le champ varie très 
rapidement. 

Tous ces faits, comme nous le montrerons ailleurs, permettent de pré- 
ciser l'explication (déduite de l'aimantation et de l'orientation des parti- 
cules) des phénomènes «le biréfringence observés normalement au champ. 
Certains d'entre eux montrent en particulier que ces jiarlicules ont une 
forme allongée et peuvent, dans certains cas, acquérir une aimantation 
permanente. 

CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la phosphorescence cathodique de l'europium. 
Note de M. G. Ukbaix, présentée par M. F. Curie. 

Par une méthode nouvelle, nous avons extrait, M. H. Lacombe et moi 
{Comptes rendus, t. CXXXVIII, p. 63i), l'europium des terres de la mona- 
zite. Six fractions consécutives de cette terre ont présenté des caractères 
constants: mêmes poids atomiques, mêmes spectres d'absorption, mêmes 
spectres de fluorescence des solutions aqueuses, mêmes spectres d'étin- 
celle. 

J'ai extrait depuis l'europium du xénotime et de la pech-blende qui 
m'ont donné les mêmes résultats. 

La terre préparée, à partir de minéraux très différents, par le frac- 
tionnement des nitrates doubles magnésiens en présence d'un excès du sel 
isomorphe de bismuth, présente donc la constance de propriétés qui est, 
en général, la caractéristique des éléments définis. 

J'ai abordé alors l'étude de la phosphorescence cathodique que l'euro- 
pium excite par dilution à des degrés divers ilans les oxydes. Les princi- 
paux résultats de cette recherche sont les suivants : 

1° L'oxyde pur d'europium n'est pas phosphorescent dans les conditions où j'opère. 
C. R., 1906, 1" Semestre. (T. CXLII, N» 4.) 20 



2o6 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



2° Diluées dans la cliaux, dans la proportion de i de Iiii-0^ pour 99 de CaO, mes 
diverses fractions de terre pure ont donné la même pliosphorescence rouge, sans pré- 
senter aucune diflerence spectrale. 

3" Les termes successifs de mes fractionnements, compris entre l'europium pur et 
legaflolinium pur, sont pliospliorescenls sans addition d\iucune terre diluante. L'oxyde 
d'europium fonctionne alors comme excitateur et la gadoline comme diluant. 

La phospliorescence, d'abord rouge pour les terres riches en europium, devient rose 
pour les fiactions suivantes sans diminuer d'éclat. Elle vire de plus en plus au blanc 
dans la gadoline presque pure, en même temps que s'ad'aiblit l'intensité de la lumière, 
l'excitation calhodique demeurant constante. 

Les spectres de ces fractions consécutives subissent graduellement des modifications 
exactement comme si l'europium était un mélange d'au moins deux terres phos- 
phorescentes. i|iii dans mes fractionnements auraient déjà subi un commencement très 
net de séparation. 

J'ai cherché alors si les mêmes variations spectrales ne se produisaient pas en exa- 
minant le même europium à divers étals de dilution. 

J'ai obtenu les résultats suivants : 

4° Le même échantillon d'europiura pur, dilué dans des proportions croissantes 
de même échantillon de gadoline />wre, a permis de reproduire toutes les particularités 
spectrales observées dans la gadoline europifère des fractionnements. 

Le spectre qui s'observe d'abord dans les terres très riches en europium présente 
uniquement des bandes dans le rouge et le jaune. Les plus caractéristiques sont : 63i; 
6i3,5; 611 [SS de sir \V. Crookes] la plus forte du spectre; et .587, 5. 

Le spectre qui apparaît ensuite et qui se renforce à mesure que le premier s'affaiblit 
renferme un très grand nombre de raies depuis 59.'i,8 jus(|u'à 4oo,o. Les plus caracté- 
ristii(ues sont : dans le jaune 594,8; 592,0; 58i,5; dans le \ert 53; et 533; dans le 
bleu 489; 479,5; 473,8et472; dans l'indigo 468; 465et45i ; dans le violet 436; 428,7 
et 426,0; dans l'ultra-violet 421 ; 417!°; 4>6,2 ; 4'4, ' ; 4i2 ,0 et 4o3,7. j^Vîï "i'^"" 
ropium donne à la gadoline une phospliorescence très appréciable où le second spectre 
l'emporte notablement sur le premier. Un mélange d'europiura et de gadoline renfer- 
mant environ 0,4 pour 100 d'oxyde d'europiuni présente une très vive phosphorescence 
où les deux spectres se manifestent slmultanénienl et sont également beaux. 

5° L'europium pur dilué dans des proportions croissantes de chaux ou d'alumine 
donne également lieu à des variations spectrales analogues. Le phénomène, très net 
dans la chaux, l'est beaucoup moins dans Talumine. Dans la chaux riche en europium, 
la bande 6i3 est beaucoup plus intense que la bande 093; dans la chaux ne renfermant 
que des traces d'europium, la bande SgS l'emporte notablement sur la bande 6i3. 
Beaucoup d'autres bandes se comportent de même. D'une manière générale, les 
bandes vertes, bleues, violettes et ultra-violettes du spectre se comportent comme 
la bande 598; la plupart des bandes rouges et jaunes se comportent comme la 
bande 61 3. 

Dans l'alumine, le premier s)>ectre est toujours très brillant, tant que la teneur en 
europium est suffisante pour donner au mélange une phosphorescence aisément obser- 
vable; le second spectre ne commence à apparaître qu'avec des terres peu phospho- 
rescentes et ne renfermant (|ue des traces d'europium. 



SÉANCE D€ 22 JANVIER 1906. 207 

Ces expériences de contrôle montrent que, malgré les apparences spec- 
trales observées dans les termes intermédiaires de mes séparations de 
gadoiinium et d'europium, l'europium n'a pas nécessairement subi un 
commencement de scission; mais de nouvelles recherches sont indispen- 
sables pour décider si l'europium doit être considéré comme un mélange 
de deux éléments phosphorescents distincts, ou si les différences que pré- 
sente le spectre de l'europium à des degrés divers de dilution doivent être 
imputées à une cause purement physique indépendante de toute complexité 
élémentaire. 



CHIMIE GÉNÉRALE. — Sur les mélanges d'antimoine et rie tellure, d'antimoine 
et de sélénium. Constante cryoscopique de l'antimoine. Note de M. H. Pé- 
i.ABojv, présentée par M. H. Moissan. 

Sous l'action de la chaleur, le tellure se combine directement à l'anti- 
moine, de sorte qu'un mélange quelconque des deux corps donne du tel- 
lurure d'antimoine accompagné d'un excès de l'un ou l'autre des éléments. 
Les mélanges ainsi obtenus fondent à des températures qui ne dépassent 
pas 620° et donnent des liquides homogènes qui, contrairement à ce qui 
arrive avec le sulfure d'antimoine ('), ne se séparent pas en deux couches 
superposées. 

Nous avons étudié la solidification de ces hquides et nous avons pu 
tracer complètement la ligne de fusibilité en portant en abscisses les 
valeurs R du rapport de la masse de tellure à la masse totale du mélange 
(R est exprimé en centièmes), en ordonnées les valeurs correspondantes 
de la température de la solidification commençante. 

Comme le montre la figure, la ligne de fusibilité comprend quatre por- 
tions de droites dessinant un W. Ces droites sont déterminées par les coor- 
données suivantes de deux de leurs points : 

T. R. 

A 63-a o , 00 

B 544 24,2:> 

C 538 34,60 

D 595 54,43 

E 563 72,66 

F , 425 90,00 

G 452 100,00 



(') II. Pélabon, Comptes rendus, l. CXXXVIII, p. 277. 



2o8 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



Les trois premières droites sont reliées par deux lignes courbes BC 
et DE. Il existe donc un maximum de la température de solidification : c'est 
le point de fusion de la combinaison répondant à la formule Sb^Te*. Il y a 
deux minima de la température de solidification : l'un est relatif au mélange 
dont la composition est voisine de Sb'Te', l'autre représente l'ordonnée du 
point anguleux F, l'eutectique correspondant a une composition voisine 
deSbTe'". La ligne de fusibilité part du point A dont l'ordonnée repré- 
sente la température de fusion de l'antimoine (632°), elle aboutit en G 
dont l'ordonnée est la température de fusion du tellure (452"). 

Le séléiiiure d'aïUimoine fondu se mélange de même parfaiteraeal, soit à l'anlimoine, 
soit au séléniure également fondus. Quelles que soient les masses de séléniure et d'an^ 
timoine en présence, on n'observe pas deux couches liquides nettement séparées comme 
cela se produit avec le sulfure en présence d'un excès soit d'antimoine, soit de soufre. 
Cependant, au poinlde vue de la fusibilité et pour certaines compositions des mélanges, 



A- 

600°- 


^ 


\ 

ï 


b\ 


K/f 


N 


\ 


\e 






M 


500°- 














\f \ 

''■■■■9 \ / 


"fOO"- 
















300° 




-J L 


1 


1 — . [ 


1 


L_ 


, 



10 20 30 VO 50 60 70 80 90 100 



Iriut se passe comme s'il existait deux liquides bien déterminés se solidifiant l'un après 
l'autre aux températures 56()'' et .oiS». En effet, a\ec tous les mélanges pour lesquels le 
rajiport R (de la masse de séléniure à la masse totale du mélange) reste compris entre 
II et Sg, on observe que la solidification commençante et la solidification finissante se 
produisent à peu près respectivement à ces deux températures. Entre ces limites la 
ligne de fusibilité comprend les deux droites JK et LM presque parallèles à l'axe des 
abscisses. Eu dehors de ces limites, on a deux lignes AJ et iVl>f qui sont presque droites. 
En N l'ordonnée est maximum et représente la température de fusion du séléniure 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 209 

d"antinioine de formule Sb-Se' (6o5°). Les mélanges de séléniure et de sélénium 
donnent la ligne de fusibilité iNPOQR qui comprend deux parties presque i-eclilignes 
réunies par une portion de courbe présentant une inflexion pour la valeur 76,75 du 
rapport R. 

Le mélange correspondant a pour constitution Sb-Se'. Remarquons que le point 
anguleux M de la ligne de fusibilité correspond au mélange de i"" de sélénium et de 
1"' d'antimoine. 

Conslanlc cryoscopiqite de L\inlimoi7ie. — Si l'on détermine ti'ès exacte- 
ment les points des deux lignes AB el AJ, on peut calculer la constante 
crvoscopique de l'antimoine; en effet, connaissant la valeur du rapport R 
pour un |)oiiitde ces lignes, on déduit facilement le poids P de séléniure 
ou de ti'Uurure dissous dans loo^ d'antimoine, l'ordonnée correspondante 
permet de calculer l'abaissement du point de solidification. Nous avons 
trouvé, de cette manière : 

Telluriire d'antimoine (poids moléculaire 628). 

P 5, '4 '9)32 28,8 

C 9 32 4'i 

jï 1,75 1.65 1,53 

L'abaissement à l'origine a pour valeur ( ^ ) =2 et la constante crvo- 
scopique 

R=/_jM = 2X 623 = 1246. 

Séléniure d'antimoine (poids moléculaire 478). 

P 6,62 i3,25 19,88 

C i5 27 36 

j3 2,26 2,o3 1.82 



ce qui donne 



R = r^) M = 2,58 X 478 = 1233. 



Oa peut prendre pour valeur de la constante cryoscopique le nombre 1240. 

Comme je l'ai montré, le sulfure d'antimoine Sb^S' se dissout très peu 
dans l'antimoine liquide. La solution est déjà saturante pour U=:i,5, 
c'est-à-dire quand elle renferme 5^,53 de sulfure pour 100» d'antimoine; elle 
se solidifie alors à 61 5". Il est très difficile de déterminer avec précision la 



2 10 ACADEMIE DES SCIENCES. 

ligne de fusibilité pour les valeurs de R comprises entre o et i,5. Si l'on 
admet qu'elle se confond avec une droite A«, on peut calculer la constante 
cryoscopique qu'on trouve égale à 1228, nombre assez rapproché des pré- 
cédents. 



CHIMIE ORGAA'IQUE. — Méthoxytrichloropenlanol \.3.'\ et y.-trichloromé- 
ihyltélruhydrofurfurane. Note de M. l'abbé J.-L. Hamoneï, présentée 
par M. G. Lemoine. 

MélhoxYlrichloropentanoI. — Pour continuer mes recherches sur les éthers 
oxydes halogènes RO(CH^)"X ('), j'ai fait agir le chloral anhydre sur le 
dérivé magnésien du méthoxy propane iodé i .3. 

Le produit principal de la réaclion est le méllioxytricliloropentanol 1.5.4 

CH' O . CH2 . CH^ . CIP . eu OH . CC1\ 

Par diblillation ce corps est facilement séparé des composés qui raccompagnent. 11 
bout à i4î°-i 13° sous ly"'" de pression et se prend parfois en cristaux dans le réfri- 
gérant. Purifié jjar deux ou trois cristallisations dans l'étlier, il a donné à l'analyse : 
Cl pour 100, 48,03 et 48, o5; calculé pour CliiiO-^Cl» : 48,08. 

Le méthoxypentanol i .5.4 est un corps solide, incolore; il fond à 69° et peul rester 
en surfusion pendant plusieurs jours à la température ordinaire. Il possède une faible 
odeur camphrée, une saveur amére. Il est insoluble dans l'eau, mais très soluble dans 
l'alcool, l'éther, le chloroforme. De sa solution éthérée il se dépose en lames biréfrin- 
gentes parallèles à la base p et limitées par les faces m et a' d'un cristal clinorhom- 
bique, dont l'angle p = 108" 25' et les paramètres a'.b'.c =^ 1,008: i ! 1,73 (Er. Porcher). 

11 ne réduit pas la solution alcoolique de nitrate d'argent, même additionnée d'am- 
moniaque; mais il réduit liés facilement la liqueur de Fehling et aussi l'oxyde d'argent 
précipité par un alcali. On peut admettre que sous l'action de la potasse il se trans- 
forme en un acide de la série lactique CH'O.CH-.GIP.CU'-.CHOH .COMI, qui agit 
comme réducteur, car cette propriété ne se retrouve plus quand on enlève la fonction 
alcool, comme on le verra dans le dérivé suivant. 

i-TrichlorointHhyltétraliydinfnrfnrane. — En distillant le mélange de méthoxy- 
trichloropenlanol et d'anhydride phosphorique dans le vide, au bain de paraffine, 
j'espérais enlever une molécule d'eau et obtenir le méthoxytrichioropenlène 1.5.3 

GIF O . CH^ . CH^ . eu : CJI . G Cl\ 
Dernièrement Eduardo \ ictoria a transformé par ce moyen le trichloroisopropanol 

(' ) Voir Comptes rendus, t. GXXXVIII, p. 975 et 1609, et t. CXLl, 26 décembre igoS, 
p. 1244. 



SÉANCE DU 21 JANYIIÎR 1906. 211 

en trii'liloi'oj)i-opène ('). Mais le rorps que j'ai obtenu ne prenil pas le brome el le 
dosage du ciilore (56, o5 pour 100) correspond à Oll'OCl', qui demande ÇA pour 100 : 
56,20. 

C'est donc une molécule de méthanol qui a été enlevée, non Tine molé- 
cule d'eau et il s'est formé l'a-lrichlorométhvltétrahydrofurfurane 

CH^ CH- 

CH= CH - CCI'. 

Ce corps est un liquide très mobile, incolore, à vive odeur camphrée, à 
saveur amère et brûlante. Densité à 18" : 1,42. Il bout à go^-gi" sous 
, ^mm g). ^ 2o3''-2o4° SOUS la prcssion ordinaire (^SS'"") en se décomposant 
un peu. Il est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool ou l'éther. Il ne 
réduit ni la solution alcoolique de nitrate d'argent, ni la liqueur de Fehling. 
La solution alcoolique de soude l'attaque même assez difficilement. Je ne 
désespère pas cependant de le transformer en l'acide inconnu tétrahydro- 
|)Yromucique 

CH- CH^ 

CH= CH-CO=H. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Amides et nitriks acètylèniques. 
Note de MM. Ch. 3lotiuEU et I. Laze.wec, présentée par M. H. Moissan. 

L'un de nous, seul ou en commun avec M. Delange, M. Desmots ou 
M. Brachin, a mis en lumière, dans des Mémoires antérieurs sur diverses 
séries de corps à fonction acétylénique, la grande activité chimique de la 
plupart de ces composés. Comme suite à ces recherches, nous avons entre- 
pris l'étude des amides acélyléniques R — C^^C — COAzH' et des nitriles 
acétviéniques R — C^C — CAz. 

Nous avons reconnu que ces substances, grâce au voisinage immédiat de 
la liaison acétylénique et de la fonction amide ou nitrile, se prêtent égale- 
mentàdes réactions variées, où entrent en jeu tantôt l'un ou l'autre, tantôt 



(') Hullelin de C Académie royale de Belguiuc. 1904, p. iio.j 



213 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

l'un el l'autre des deux groupements fonclionnels. Nous ferons connaître 
procliaiinement les principaux résultats de nos expériences. Notre inten- 
tion est simplement, dans cette Note préliminaire, d'indiquer la prépa- 
ration et l<"s pro|:)riétés généi'ales des corps sur lesquels nous avons opéré. 

Aniides acctyléniques R — C ^ C — CO Az FI^ — L"aniicle amylpropiolique a déjà 
été préparée par MM. Moureii et Delange (Biil. Soc. cliim., 3° série, t. XXIX, p. ôSy) 
et l'amide phénylpropiolique par MM. Stockhauseii et Gallermann (5e/7'cA<e, l. XXV, 
p. 3537) en faisant agir l'ammoniaque ou le carbonate irammoniaque sur le chlorure 
d'acide correspondant. 

Xous obtenons les amides acélyiéniqnes, très facilement, avec des rendements sensi- 
blement théoriques et à l'état immédiatement pur, en attaquant à froid les éthers-sels 
par l'ammoniaque en solution aqueuse concentrée. 

L'amide amylpropiolique CH' — (CH-)' — C ^s C — COAzH- fond à 91°, l'amide 
hexylpropiolique CH' — (CH- V' — C = C — COAzH^ à 92°, et l'amide phénylpropio- 
lique CH^ — G ^H C — COAzll- à jo6° (le produit de MM. Slockhausen et Gatter- 
mann fondait à 99°-ioo°). Ces trois corps se présentent en lamelles blanches, légères, 
plus ou moins brillantes; ils se dissolvent facilement dans l'alcool, l'alcool méthylique 
et le chloroforme; ils sont moins solubles dans l'éther et |)eu solubles dans l'eau. 

La potasse alcoolique saponifie à chaufl ces amides en donnant l'acide 
acétylénique correspondant R — CeesC — CO' H. Celui-ci se transforme 
ensuite plus ou moins complètement, par hydratation, en acide ^-cétonique 
R — CO — CH' — CO-II, puis en acétone correspondante R — CO — CH' 
ou acide R — CO'H. 

Si l'on dissout l'amide phénylpropiolique dans l'acide sulfurique con- 
centré et qu'on verse la solution dans l'eau, on obtient, par fixation d'eau 
sur la liaison acétylénique, la benzoylacétamide 

CM4 ■ - CO - CH- - COAzH'. 

Ce composé, qui fond à 1 1 i"-i iS", a été préparé par Obréggèa {Lieb. Ann., 
t. CCLXVI, p. 332) en hyilratant de même la cyanacétophénone 

CH»- CO- CH^-CAz 

par l'acide sulfurique concentré; sa solution alcoolique se colore forte- 
ment en rouge par le perclilorure de fer. Par contre, les deux amides de 
la série grasse résistent à froid à l'action de l'acide sulfurique; l'amide 
se retrouve intacte après le traitement de la solution sulfurique par l'eau. 
A chaud, il y a attaque partielle; mais la molécule se dédouble et Ton 
observe la formation d'acétone R — CO — CH^ 



SEANCE DU 22 JANVIER 190b. 2l3 

Nitrilcs acétylénicjues K — C^C — CAz. — MM. Moureu et Delaiige ont oblenu 
antérieurement le nitrile phénvlpropiolique OlI'^C^C — CAz dans l'action du 
cyanogène sur le pliénylacétylure de sodium C''H° — C^GNa (Bail. Soc. chim. 
3= série, t. XXVI, p. 99). Ayant repris l'étude de cette réaction, intéressante par sa 
simplicité, nous n'avons pu réussir à la rendre pr.uique dans l'application. 

Nous préparons très aisément les nitriles acétyléniques, au 'contiaire, en déshydra- 
tant, suivant le procédé classique, les aniides par l'anhydride pliospliorique. 

Le nitrile amylpropiolique CH^— (GH*)* — C = C— GAz distille à i94''-ig6'' 
(corr.) sous la pression normale, et à Soo-Si" sous i3">"' : 

D!r=o,85o8; /(j/ = i,4553. 

Le nitrile hexylpropiolique CH^— (GH^)» — GsC — GAz boula si;!»-2i3° (corr.) 
sous la pression normale, et à go^-gô" sous i3""" : 

D;r-^= 0,8493, «,',• ' = 1,45637. 

Le nilrile phénylpropiolique C'MP— G = G — CAz fond à 4i°, et distille, sous la 
pression normale à '22S''--229° (corr.), et sous i 3"'"\'à loa^-ioG" : 

D;.'""' — ,.oo46, /(,','■■:- 1,5853.5; 
sa vapeur est très irritante. 

La putasse alcoolique agit énergiquement sur les nitriles acétyléniques. 
Outre l'acide acétylénique provenant de la saponification et ses produits 
d'hydratation et de dédoublement, on observe la formation de composés 
résultant de l'addition d'alcool au nitrile, tel le corps 

C'H' - C(OC^H') = CH - CAz. 

Si on lais.se pendant quelques jours le nitrile amylpropiolique en contact 
avec 10 parties d'acide sulfurique concentré et qu'on verse ensuite la 
liqueur dans l'eau glacée, l'amide correspondante se précipite, la fonction 
nitrile ayant seule été attaquée; la réaction est analogue avec le nitrile 
hexylpropiolique C^H" — C^^C — CAz. En soumettant au iTiême traite- 
ment le nitrile phénylpropiolique CH' — Cs^G — CAz, on produit, au 
contraire, la benzoylacélamide CH' — CO — CH* — COAzfr, qui résulte 
<le la fixation d'eau à la fois sur la fonction nitrile et sur la fonction acétv- 
lénique. 

L'inégalité d'action de l'acide sulfurique sur les amides ou nitriles acé- 
tyléniques, suivant qu'ils appartiennent à la série grasse ou à la série aro- 
matique, est à rapprocher de l'observation analogue qui a été faite par 
C. K., 1906, 1" Semestre. (T. CXLII, N« 4.) 29 



2i4 ACADEMIE DES SCIENCES. 

MINI. Monren et Delange dans le cas des acides et des éthers-sels acétylé- 
niques {Bull. Soc. rhim., 3" série, t. XXIX, p. 666). 

La réfraction moléculaire des amides et des nitriles acétviéniques pré- 
sente des exaltation'; plus ou moins fortes. Nous nous bornons à rappeler 
ce fait, que l'un de nous a relaté tout dernièrement dans un travail d'en- 
semble sur la réfraction des composés acétylénique-. {Comptes rendus, 
27 novembre 1903). 

CHIMIE ORGANIQUE. — Condensation glycidique des aldéhydes avec 
l' élher v.-chlpropropionicjae. Note de M. Geor<;e« Darze\s, présentée 
par M. A. Ha lier. 

Après avoir indiqué une méthode générale de préparation des éthers gly- 
cidiques ap substitués par condensation des célones avec l'éther ot-chloro- 
propioniqiie ( '), il était important de rechercher si cette réaction pouvait 
être appliquée aux aldéhydes. 

La condensation des homologues de l'acide chloracétique avec les aldé- 
hydes est beaucoup moins générale que la même condensation avec les cé- 
tones. Il est toutefois fort remarquable qu'elle donne des résultats dans le 
cas oîi cette réaction échoue complètement avec l'éther monochloracé- 
tique. 

Dans la série grasse j'ai pu préparer des éthers glycydiques a^ disubstitués 
du tvpe 



(I) 



en condensant l'acétaldéhvde, l'aldéhyde propylique et l'aldéhyde isovalé- 
rique, mais les rendements sont toujours très faibles (20 à 3o pour 100 au 
plus). 

La saponification de ces éthers donne des acides relativement stables dont 
la décomposition pvrogénée est fort complexe et ne m'a pas permis de pré- 
parer des célones. 

Le trioxyméthvlène se condense également et permet d'obtenir l'éther 
a-méthylglvcidique préparé antérieurement par Melikoff. 

(') GiiOiiiiES Dauze.ns. Comptes re/idi/.s. t. C\L1. |). -ûG. 




SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 2l5 

Les aldéhydes aromatiques donnent, au contraire, de très bons rende- 
ments et les acides glycidiqiies ainsi prépares se décomposent nettement 
en acide carbonique et célones du type R — CH' — CO — CH'. 

Ualdéhydc benzoïquc donne avec un rendement de 5o pour 100 l'étlier 2-nitthvl-3- 
phénylglycique, li([uide bouillanl à i53°-i54° sous 18""", L'acide libre se décompose 
par distillation dans le vide en acide carbonique et méthylbenzylcélone qui a été carac- 
térisée par sa semicarbazone. 

\j aldéhyde anisicjue donne l'étlier a-méliiyl-li-anisyjglycidique bouillant à iSg^-igo" 
sous 20™"". Le sel de soude se décompose par sini|îlc ébullition de sa solution en bicar- 
bonate de soude et anisvlacétoue caractérisée par sa semicarbazone et son oxvme. 

Le /j/|Oe/'o/i«/ donne un étlier glycidique bouillant à aojo-aio" sous 25""". Le sel de 
soude se décompose également jiar la simple ébnilltlon de sa solution en donnant la 
pipéronylacétone. 

Le fil //ti roi. dont on connaît les analogies a\ec les aldéhydes aïoinatiques, m'a per- 
mis de préparer très facilement avec un rendement de 5o pour joo environ 2-méth3"l-P 
furfurylglycidate d'élliyle, li([uide incolore bouillanl à i5o°-i5i° sous 3o" 



-.mm 



Cet éther glycidique se saponifie facilement par la soude en solution 
aqueuse, et l'ébullition de quelques minutes de cette solution suffit pour 
amener la séparation du bicarbonate de soude et la formation de furfuryl- 
acétone 

CH G — CH^-Co-GH'. 

Il II 

G II CH 

Cette célone, qui n'était pas encore connue, se présente sous laspect 
d'un liquide incolore bouillant à i^^^-iSo" et ayant une odeur de raifort. 

La semicarb;)zone fond à 173"-! 74°, son oxime est liquide et distille 
vers i35°-i4o" sous 25™™. 

Ainsi que cela avait été déjà observé par M VL Bouveault et Béhal pour 
des cétoiies de constitution voisine, la furfurvlacétone est soluble dans de 
l'acide chlorhydrique étendu de son volume d'eau. 



CHIMIE ORGAxMQUE. — Sur les cétones 'yrlibirthylées et vinylécs acvcliques. 
Note de MM. E.-E. Blaise et M. Maire, présentée par M. A. Haller. 

Tandis que, dans un grand nombre de composés naturels, on rencontre 
la liaison éthylénique aux extrémités des chaînes carbonées, les corps syn- 
tliétiques répondant à ce tvpe sont très rares. Aussi avons-nous cherché à 



2lb ACADEMIE DES SCIENCES. 

préparer les composés vinylés et, en particulier, les alcoyl-vinylcétones. 
Ces cétones, ainsi que les cétones fl-chloréthylées correspondantes, sont 
actuellement inconnues et nous avons trouvé une méthode svnthétique 
qui permet de préparer avec facilité ces deux groupes de composés. Les 
cétones [î-chloréthylées s'obtiennent aisément ei! faisant réagir le chlorure 
de p-chloropropionyle sur les dérivés organométalliques mixtes du zinc. 
Ces cétones haiogénées constituent des liquides à odeur peu prononcée 
lorsqu'elles sont pures. Elles renferment fréquemment une petite quantité 
de cétone vinylée qui leur communique une odeur extrêmement piquante. 
La fl-chloréthyl-éthylcétone bout à 68° sous 20'""', la cétone propylée, à 
73° sous 10"'" et la cétone isobutylée, à 80° sous 12'""". Ces cétones halo- 
gênées donnent immédiatement les semi-carbazones correspondantes, mais 
celles-ci sont très peu stables. Par action de l'acétate de sodium, en solu- 
tion aqueuse et à l'ébuUition, elles se transforment en carbamylpyrazolines, 
par suite de la fermeture de la chaîne, avec élimination d'hvdracide : 

CH^Ci— CIP-C-K CH"-— C — 1^ 

,1 -^^ I II 

NH^— CO — AH-N CH2 N 

\/ 

N — CO — NH'- 

Les cétones vinylées se préparent sans difficulté et avec des rendements 
satisfaisants, à partir des cétones [î-chloréthylées. Il suffit, en effet, de 
faire bouillir les dernières avec de la diéthylaniline, dans des conditions 
convenables: 

CH-Ci-Cll--CO — R -> CH==CH — CO-R. 

Les alcoylvinylcétones constitueul des liquides mobiles, à odeur extrènienient in- 
tense et piquante. La vinylélliylcélone bout à 3i° sous 47™"N 'a vinylpropylcétone à 
24° sous 10"™, et la vinylisobulylcétone à 32° sous 10™™. Ces composés se polymérisent 
spontanément, au bout d'un certain temps, et très rapidement sous Tinfluence de la 
chaleur et des agents alcalins. Elles doivent toujours être distillées à la plus basse tem- 
pérature possible. 

Les cétones vinylées sont remarquables par leur grande affinité chimique. Elles 
réagissent aussi facilement par leur liaison éthyléni([ue que par leur fonction cétonique. 
La semicarbazide ne donne pas de semicarbazone simple, mais une semicarbazo-semi- 
carbazone; de même, Ihydroxylamine donne directement une hydroxylaminooxime. 
Les isoxazolines correspondant aux cétones vinylées s'obtiennent par action de Ih}- 
druxylamine sur les cétones chlorélhylées correspondantes. Ce sont des liquides bouil- 
lant sans décomposition dans le vide et ne possédant (jue des propriétés basiques 
extrêmement faibles. La phénylhydrazine et l'indrazine réagissent également avec 



_ 



SÉANCE DU 21 JANVIER 1906. 217 

facilité sur les cétones vinylées en donnant les pyraKolines et phényl]iyiazolines cor- 
respondantes. Les phénylpyrazolines sont colorées en rouge violet inlunse par une 
trace d'acide azotique. 

Les pyrazolines simples sont des liquides basi(|ues qui donnent des sels, des chloro- 
plalinates, des picrates et des phénylurées. Parmi les réactions d'addition les plus 
remarquables des cétones vinylées, il faut citer la fixation des bases secondaires sur 
leur double liaison. La fixation se produit, en etlet, avec une extrême facilité, il suffit 
de mélanger les composants, en présence d'un peu d'éther. pour obtenir presque 
immédiatement et quantitativement l'aniinocétone correspondante 

CH'^ =: CH _ CO - R 4- (G'-H^)^NH= ^^^'ll'^^N — CH=- CIT^- GO - R. 

La réaction peut être comparée, dans une certaine mesure, au titrage 
d'un acide par un alcali. La p-diéthylaminoéthyl-éthylcétone bout à 80", 
sous 10"'", et la p-pipéridinoéthyl-éthylcétone, à 107°, sous i 1'"". Ces com- 
posés sont basiques et donnent des picrates et des chloroplatinates. Leur 
fonction célonique réagit avec facilité et l'on obtient, dans les conditions 
ordinaires, les semi-carbazones correspondantes. 

Enfin, les dérivés sodés se fixent également sur la liaison éthylénique des 
cétones vinylées, mais il y a toujours polymérisation partielle de la cétone. 
Il est préférable de partir de la cétone ^-chloréthylée correspondante. 
L'acétylacétate d'éthyle, par exemple, donne des éthers dicétoniques et la 
saponification de ces derniers constitue une méthode intéressante de pré- 
paration des alcoylcyclohexanones. Nous nous proposons de poursuivre 
l'étude des cétones (i-cbloréthylées et vinylées. 



MINÉRALOGIE. — Su7' une inudification cristalline stable dans deux intervalles 
de température. Note de M. Fuéd. Wallerant, présentée par M. A. de 
Lapparent. 

L'azotate d'ammonium fondu cristallise par refroidissement en cristaux 
cubiques qui, à la température de i^S", se transforment en cristaux quadra- 
tiques, positifs. C'est cette modification, stable jusqu'à 82°, qui réapparaît 
à la température de — 16°, pour subsister jusqu'aux températures les plus 
basses. 

A 82°, les cristaux quadratiques se transforment en cristaux non orlho- 
rhombiques, mais monocliniques, comme le démontre la présence de trois 
systèmes de macles artificielles, et à 32° apparaissent des cristaux orlho- 
rhombiques quasi-quadratiques. Si, en effet, on comprime une section 



2l8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

|)arallèle au plan des axes optiques, on fait naître quatre systèmes de macles 
dodécaédriques, orientées comme les macles sur les quatre arêtes 6' d'un 
cristal quadratique, les directions d'extinction étant à /j 5" des traces des 
plans de macle. Comme on le sait, il est facile de passer directement de la 
modification quadratique à celte modification orthorhombique; il suffit 
pour cela de comprimer légèrement les cristaux. O.i constate alors qu'il y a 
une relation immédiate entre les deux modifications : l'axe optique des 
cristaux quadratiques devient l'axe moyenVles cristaux orlhorhombiques, les 
traces des plans de macle, c'est-à-dire des plans b' , étant parallèles dans 
les deux espèces de cristaux. 

Si l'on lefi'oidit les crislauv orlliorhomljiqiies, i'i partir tle — 16°, ils se transformenl 
en crislaii\ uniaxes, positifs, et cela par un processus tdul particulier : sous l'inlluence 
de la contraction, les cristaux se clivent suivant deux svslèuies de plans et, parmi les 
minces lamelles ainsi séparées, les unes se transformenl tandis que d'autres restent 
intactes. 11 en résulte que les lamelles transformées prennent toutes les apparences de 
lamelles hémitropes et, de la disposition de ces lamelles, j'avais conclu que les cristaux 
uniaxes étaient rhomlioédriques, alors qu'ils sont quadratiques, car on constate faci- 
lement que dans la transformation l'axe quasi-quadratique des cristaux nrtliorhom- 
biques devient l'axe optique des nouveaux cristaux. Ces nouveaux cristauv quadra- 
tiques sont donc orientés comme les premiers, ce qui ne saurait nous étonner, car 
Mallard et Le Chalelier dans le quartz, moi-même dans l'azotate de potasse, avons 
constaté l'existence de deux modifications rhomboédriques orientées parallèlement. 
Mais, bien plus, dans l'azbtate d'ammonium, il n'y a qu'une modification quadratique, 
comme cela résulte des faits suivants. Si l'on ajoute à l'azotate d'ammonium une petite 
quantité d'azotate de ca'sium, la modification quadratique, résullant'^de la transfor- 
mation cubique, est stable non seulement à la température ordinaire, mais encore aux 
températures les plus basses; par contre, il suffit de comprimer la préparation avec la 
pointe d'un scalpel, pour que le cristal comprimé se transforme en un cristal ortlio- 
rliombii|ue, qui ne subsiste (|ue tant (|ue la pression se fait sentir, île telle sorte que, 
si la pointe du scalpel se déplace à la surface de la préparation, il en est de même 
de la plage transformée. Si l'on diminue la quantité d'azotate de ca?sium, les plages 
orlhorhombiques obtenues par compression subsistent quand la pression cesse de 
s'exercer, mais, soit en les réchauffant, soit en les refroidissant, on retransforme ces 
plages en cristaux quadratiques orientés comme précédemment. 

Ces faits s'expliquent de la façon suivante : si l'on porte sur un axe des a? 
la pression et sur un axe des y la température de transformation, dans le 
premier cas la modification orthorhombique est stable à l'intérieur d'une 
courbe tournant sa convexité vers l'axe des y, mais ne coupant pas cet axe : 
il faut donc comprimer légèrement le cristal pour l'amener dans les condi- 
tions de température et de pression nécessaires à la stabilité de la modifica- 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 219 

lion oiihorhombique; dans le second cas, la courbe coupe l'axe des y en 
deux points rapprochés, de sorte que la modification orlhorhonibique n'est 
stable que dans un intervalle de température très restreint, sous la pression 
ordinaire et qu'il sulfit d'un réchauffement ou d'un refroidissement assez 
faible pour la faire disparaître. Cet intervalle de température augmente à 
mesure que la quantité d'azotate de c;esium diminue et, pour l'azotale 
d'ammonium pur, il s'étend de —16° à une température voisine de — 4o"; 
|jour une certaine valeur négative de la pression, c'est-à-dire pour une 
certaine traction, il v a continuité entre la modification quadratique stable 
aux hautes températures et celle qui n'est stable qu'aux basses tempéra- 
tures. On se trouve en présence d'un phénomène analogue à celui que 
nous ofFre le mélange de nicotine et d'eau, substances qui sont miscibles en 
toutes proportions au-dessous de 60° et au-dessus de 210°, mais dont le 
mélange se sépare en deux couches entre ces deux températures. 

En outre de la forme de la courbe précédente, on déduit, grâce à la for- 
mule de Clapeyron, que, quand on passe de la modification quadratique à 
la modificalion orlhorhonibique par échauffement, il doit y avoir contrac- 
tion; c'est ce que j'ai pu vérifier expérimentalement au moyen du dilato- 
mètre de van' t Hoff. 



MINÉRALOGIE. — De l'injlnencc des matières colorantes d'une eau mère sur 
la Jorme des cristaux (/ui s'en déposent {acide phtalique). Note de IM. P. 
Gaubert, présentée par M. A. Lacroix. 

L'influence que possèdent certaines substances, en solution dans une 
eau mère, sur les formes des cristaux qui prennent naissance dans celle-ci, 
a été reconnue depuis longtemps et a été l'objet de nombreux travaux. 
Mais on s'est généralement borné à constater les variations de forme dues 
à la présence des matières étrangères sans rechercher leur cause. Une 
tentative d'interprétation du phénomène a seulement été faite par M. fiè- 
rent, dans le but de vérifier expérimentalement la théorie de M. Curie sur 
le développement des faces. 

J'ai repris l'étude de cette question et, comme matière étrangère, j'ai 
employé des substances colorantes solubles dans l'eau mère. Les expé- 
riences faites avec les nitrates de plomb, d'urée, etc. m'ont fourni des 
résultats assez inattendus : les cristaux de ces substances peuvent, au 
cours de leur accroissement, absorber une certaine quantité de bleu de 



220 ACADEMIE DES SCIENCES. 

méthylène et, dans ce cas, leur coloration est accompagnée de modifica- 
tions dans leurs formes cristallines. En outre, tl'une manière générale, la 
fixation de la matière colorante se produit inégalement suivant les diverses 
faces et ce sont celles qui ont la faculté d'absorber le plus de matière colo- 
rante qui prennent alors le plus grand développement. 

Un nouvel exemple de ces deux propriétés connexes est fourni par V acide 
phtalique [C''H'(CO^H)^] qui est remarquable par la facilité avec laquelle 
il laisse pénétrer les matières colorantes dans son réseau cristallin. M. O. 
Lehmann a bien coloré artificiellement les cristaux de cette substance, 
mais je me propose de montrer qu'en outre, de même que pour certains 
des corps antérieurs étudiés par moi, l'introduction de ces matières colo- 
rantes entraîne des modifications dans leurs (ormes. 

La nature et le développement relatif des faces que prennent les cris- 
taux ti'acide phtalique sont très sensibles aux conditions de la cristallisa- 
tion (Muthmann et Ramsay); aussi, pour mettre en évidence les modifica- 
tions réellement dues aux matières étrangères, est-il indispensable de 
préparer les cristaux étudiés dans des conditions slrictenient identiques. 

Dans une série d'expériences, ces derniers ont été obtenus en laissant 
refroidir lentement une solution aqueuse, bouillante, saturée. 

Je rappellerai d'abord que l'acide phtalique est monoclinique el qu'il 
possède un clivage très facile suivant (2 i 2). D'après mes observations, il 
en existe en outre un autre beaucoup moins net, parallèle à une face de 
la zone pg* (e' ou />) et les cristaux sont héniiédriques. Les propriétés 
optiques, les traces de clivages et les figures de corrosion dont l'allonge- 
ment est parallèle à l'arête/)^' (éther, alcool) ou à l'axe vertical (eau), 
permettent d'orienter les petits cristaux qui ne peuvent être observés qu'au 
microscope. 

Les cristaux oluenus d'une solution dans l'eau distillée pure sont aplatis suivant .;'', 
allongés parallèlement à l'axe vertical et montrent latéralement les faces /j(ooi), 
e'(o I i), /i'(2 I o), très étroites, ainsi que (212) et (212), peu développées. 

Ceux qui sont produits dans une solution colorée par une matière colorante orga- 
nique sont toujours dill'érenls de ce type normal et, suivant la nature du colorant, ils 
présentent des formes particulières pouvant être ramenées aux trois types suivants : 

Premier type. — Avec le bleu de méthylène, les cristaux sont toujours aplatis sui- 
vant 5'; mais ils sont beaucoup plus minces que le type normal et allongés parallèle- 
ment à l'axe antéropostérieur a; les faces />(ooi), (2 13) (2 12) manquent ou sont à 
peine développées. La structure en sablier, si fréquente dans certains minéraux, s'ob- 
serve toujours; les secteurs correspondant aux faces e'(oi 1) sont plus colorés que 
ceux qui sont relatifs à /('(2 10). 



SÉANCE DU 11 JANVIER 1906. 221 

ha/uchsi/ie. la rosaiiiline, le brun Bisinarf<,Vrcarlate de Biebricli donnent des 
cristaux dont les formes sont voisines de celles produites par l'addition du hleu de 
méthylène. Avec la première de ces substances, les cristaux, sont cependant plus épais 
et se rapprochent un peu de ceux obtenus dans une eau mère pure. 

Deuxième type. — Le deuxième type est fourni par les solutions colorées par le 
vert malacliite. Les cristaux sont caractérisés par leur allongement suivant l'arête 
(o I o) (2 I 2). Us sont aplatis suivant g^{o i o), limités latéralement par e'(o i i) et (a i 2). 
Us sont toujours très petits et atteignent à peine quelques millimètres, alors qu'en 
présence du bleu de méthylène ils dépassent 2''"\ En outre ils oITrenl de beaux 
exemples de la structure en sablier. Les seclenrs colorés correspondent au\ faces 
e'(oi 1) et les secteurs incolores à (212). 

En présence du vert de méthyle et du violet de méthyh', les cristaux se rapportent 
au même type, mais ceux qui sont colorés avec le second de ces corps montrent souvent 
les faces (212) et (001). 

Troisième type. — Avec le bleu de diphénylamine, les cristaux, toujours petits, 
sont associés en grand nombre à axe vertical parallèle, de telle sorte que leur groupe- 
ment a l'aspect cristallitique. La face ^'(010) est très peu développée sur les cristaux 
élémentaires qui présentent les formes e'(oi i) et (212), mais, par suite ilu groupe- 
ment régulier d'un grand nombre d'individus, elle -.Imule une face d'aplatissement. 

Tous ces cristaux, colorés arLificiellement, sont pléochroïques. L'absorp- 
tion maximum se fait toujours suivant rig, mais son intensité varie d'une 
matière colorante à une autre; elle est minimum dans les cristaux colorés 
par le vert malachite. 

La quantité de matière étrangère passant dans le cristal est assez faible. 
J'ai en effet trouvé, pour les quantités maxiina : violet de méthyle, ^•, 
bleu de méthylène, -—.; safranine, ~; brun Bismark, -i^^. Aussi n'in- 
fluence-t-elle d'une manière sensible ni la densité, ni le point de fusion, 
non plus que la valeur des angles des cristaux. 

En résumé, les cristaux d'acide phlalique peuvent absorber, pendant 
leur accroissement, une certaine quantité de matière étrangère qui exerce 
une influence sur leurs formes et sur leur grosseur. Les différentes faces 
n'ont pas la même faculté de se laisser pénétrer par ces substances, aussi 
les cristaux montrent-ils la structure dite en sablier, connue dans plusieurs 
minéraux et dont la signification est ainsi fixée. 

Ces diverses conclusions s'appliquent à d'autres corps et permettent 
d'expliquer certaines particularités que présentent de nombreux minéraux 
rencontrés dans la Nature. 



G. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N° 4.) ^t) 



222 ACADEMIE DES SCIENCES. 



BOTANIQUE. — Sur le mécanisme de chute de certains bourgeons terminaux. 
Note de M. A. Tison, présentée par M. Guignard. 

On sait que, chez un certain nombre de plantes, le bourgeon terminal des 
pousses tombe et est remplacé dans sa position terminale par le bourgeon 
axillaire de la feuille voisine. 

La partie caduque est le plus souvent réduite au bourgeon terminal seul 
(Ulmus campeslris, Salix, Myrica Gale, Carpinus Belulus, Betula alba, Pla- 
tanus occidentalis, Pirus Malus, Celtis occidentalis, Corylus A<,'ellana, etc.). 
Parfois, cependant, elle comprend en outre un ou plusieurs entre-nœuds 
plus ou moins courts, avec une ou plusieurs petites feuilles arrêtées dans 
leur développement {Kcelreuteria paniculata, Ptelea trifoliata, Broussonetia 
papyrifera, Gymnocladus canadensis, Cladrastis tinctoria. Cercis siliquastrum 
et canadense, Morus alba, Robinia hispida et pseudo- Acacia, etc.) 

Les premiers signes de dépérissement des parties caduques sont la déco- 
loration qui commence avant le développement complet de la dernière feuille 
normale sous-jacerUe. Cette décoloration progresse vers le sommet à partir 
d'une ligne de démarcation très nette, qui s'établit un peu au-dessus de la 
dernière feuille normale et qui correspond à la position d'une couche sépa- 
ratrice de même nature et de même fonctionnement que la couche sépara- 
trice automnale des feuilles ('). 

En ce qui concerne la cause première du dépérissement des organes 
caducs, les méthodes anatomiques et histologiques ne m'ont fourni aucune 
indication, ni dans l'appareil conducteur, ni dans le contenu cellulaire. 

L'époque de la chute des bourgeons terminaux est en rapport avec celle 
à laquelle les pousses cessent de se développer; aussi cette chute s'accom- 
plit-elle plutôt sur les petites pousses latérales que sur les principales. 
C'est ordinairement dés le mois de juin qu'elle s'effectue, quelquefois même 
avant que la décoloration n'ait atteint le sommet du bourgeon. 

Dans la majorité des cas, le fonctionnement de la couche séparatrice est lent, car il 
n'est pas, comme dans la chute automnale des feuilles, aidé par la traction due à la 
masse de l'organe caduc, ni surtout par l'action des alternances de gel et de dégel. 

(') Voir A. Tisox, Recherches sur la chute des feuilles chez les dicotylédones 
{Méni. de la Soc. lin. de A'ormandie, t. XX, 1900, p. 121). 



» 



SÉANCE DU 11 JANVIER I906. 223 

Souvenl le bourgeon, quoique détaclié, est retenu quelque temps en place ])ai- les sti- 
pules de la dernière feuille {Beltila alba, Corylus Àfella/ia. P/alanus occidcn- 
talis, etc. ). 

Ordinairement, quand la partie caduque coinjjrend, outre le bourgeon terminal, 
<|uelques nœuds sous-jacents, sa chute est précédée de celle des petites feuilles qu'ils 
portent. Cliez les plantes à feuilles composées (particulièrement Robinia hispida et 
Sophora japonica), ((uand, sur lesdites petites feuilles, les folioles sont Ijien déve- 
loppées, celles-ci tombent au préalable. Ces chutes |)artielles sont produites par autant 
tle couches séparatrices normales; les unes et les autres se produisent de la base au 
sommet des parties considérées. On rencontre niènic, mais |)lus rarement, des ébauches 
de couches séparatrices dans la base des feuilles extérieures du bourgeon. En résumé, 
sur ces petites sommités caduques, l'ordre d'apparition des couches séparatrices dans 
les appendices est le même qu'à l'automne sur les pousses entières; mais il est à noter 
que ce phénomène se passe en pleine période de végétation. 

La cicatrisation de la plaie occasionnée par la chute des sommités ca- 
duques rappelle en tous points celle des coussinets foliaires. 

Chez la plupart des plantes à bourgeon terminal caduc, c'est, comme on 
le sait, le bourgeon axillaire devenu terminal qui se développe pour conti- 
nuer la pousse de l'année précédente. Toutefois, chez certaines espèces, il 
arrive très régulièrement que, dès le début de la végétation suivante, ce 
bourgeon axillaire, ainsi qu'un on plusieurs entre-nœuds sous-jacents, se 
dessèchent sans tomber et sans qu'il se produise, même à leur base, aucune 
trace découche séparatrice. C'est alors le bourgeon axillaire situé immédia- 
tement au-dessous de cette partie morte qui se développe latéralement 
{Broussonetia papyrifera, Myrica gale, Morus alba, Sophora japonica, Kœl- 
reuleria paniculata, etc. ). Chez d'autres espèces, les deux dis|)ositions 
peuvent coexister sur la même plante (Cellis occidentalis, Robinia hispida, 
Platanus occidentalis, Tilia grandifolia, etc.). 

Dans le premier cas, le plus habituel, les divers tissus du bourgeon 
axillaire, devenu terminal, se mettent peu à peu dans le prolongement de 
ceux de l'entre-nœud sous-jaceut. Toutefois, son cambium ne peut, pendant 
quelque temps, s'étendre du côté opposé à la feuille axillante, la route lui 
étant barrée par le cylindre central, déjeté de ce côté, du bourgeon ter- 
minal tombé. Il ne le fera que plus tard en traversant le bois et la moelle de 
ce cylindre central ; ce sera, quelquefois, avant l'hiver; mais, le plus sou- 
vent, au début de la végétation suivante quand le bourgeon axillaire se 
développera en pousse. L'extension du cambium à travers le bois du bour- 
geon tombé résulte du recloisonnement de tous les éléments vivants de 



224 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ce tissu et rappelle complètement la façon dont le cambium caulinaire 
coupe le bois des traces foliaires après la chute des feuilles ('). 

BOTANIQUE. — Sur un nomeaii genre de Champignons de l' Afrique orientale 
anglaise. Note de MM. P. Hariot et JX. Patocillard, présentée par 
M. Bornet. 

Le Muséum a reçu de M Maurice de Rothschild un certain nombre 
de Champignons recueillis au cours de son voyage d'exploration dans 
l'Afrique orientale anglaise. Un d'entre eux est particulièrement intéres- 
sant en raison des caractères spéciaux qu'il présente. C'est l'étude som- 
maire de ce Champignon qui fait l'objet de cette Note. 

Il se présente sous l'aspect d'une masse sensiblement hémisphérique, creuse, qui, à 
l'état sec, mesure environ 17"" de diamètre, sur une épaisseur de 2'^'" à S""". Sa surface 
est marquée de crêtes très saillantes (a"^"" à 3''™), dirigées- d'une façon sensiblement 
régulière d'un pôle à l'autre et séparées par des sillons larges de a"^"' à 3"^"". En exami- 
nant ces crêtes de plus près, on remarque qu'elles délimitent de grandes alvéoles, très 
irrégulières, marquées elles-mêmes de sillons rayonnants séparés les uns des autres par 
des crêtes secondaires qui descendent toutes des crêtes primaires dans une direction 
perpendiculaire à ces dernières. Ces crêtes secondaires aboutissent plus ou moins près 
<lu fond des sillons sans jamais l'atteindre. 

La coloration de toutes les parties saillantes (crêtes primaires et secondaires) est 
])lanchàtre tandis que celle des parties profondes des sillons est noirâtre. La consi- 
stance générale du Champignon desséché est dure mais paraît avoir été franchement 
charnue sur le vivant. La couleur de la trame est semblable à celle des crêtes et sa 
texture est manifestement rayonnante. 

Sur une coupe transversale, on remarque une série de bandes noires disposées en fer 
à cheval, larges de a""™ à 3""", immergées dans la trame générale blanchâtre près de la 
face supérieure, mais séparées d'elle par une bande de stroma blanchâtre d'environ 
un demi-millimètre dépaisseur. Ces bandes, qui correspondent à la portion noirâtre 
de la région déclive des sillons ( tandis que les parties blanches qui les séparent corres- 
pondent aux crêtes) sont entièrement formées depérithèces charnus et noirs, fortement 
pressés les uns contre les autres, disposés sur trois ou quatre rangées. La forme de ces 
périthèces est celle d'une bouteille large d'environ un tiers de millimètre, surmontée 
d'un col grêle qui vient s'ouvrir à la surface par un ostiole à peine saillant. Ces ostioles 
sont réunis par une portion de tissu très mince qui donne la coloration noire du fond 
des alvéoles. 



(') A. Tisos, Sur le mode <!' accroissement de ta lige en face des faisceaiijr fo- 
liaires, après la cluUe des fetiilles (Mém, de la Soc. tin. de ISormandie. t. X.\I, 
igo2, p. 7). 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 220 

Le novau des périthèces est noirâtre et composé d'asques à huit spores noires, sépa- 
rées par des paraphyses. Les spores sont simples, ovoïdes, légèrement inéquilatérales, 
et munies i'i chaque extrémité d'un petit appendice arrondi, hyalin, gélatineux. 

Par cet ensemble de caractères, ce Champignon s'éloigne de tous les 
genres de Sphériacées actuellement connus et constitue un type que nous 
sommes heureux de dédier à M. le professeur Mangin qui a mis très ol)li- 
geamment les matériaux d'étude à notre disposition. 

CoLLETOMANGiNiA. — Novuru ge/ius Hypocieacearum. — Major, lignoso-car- 
nosa, superficie crislalo-aheolala ; cristis steritibus sporiferam parlem in alveolis 
dispositam circumscrihenlibus ; perilheciis imrnersis ; ascis octosporis, paraphy- 
salis; sports continiiis, atris. 

C. paradoxa n. sp. — Cornera, subhernisphœricn, 17 ce?it. lata, cristis 
albido-ligneis, alveolis amplis brunneo-alris ; perilheciis 3-4 stichis, atris; ascis 
cylindricis, octosporis, igoij. + soy., /ili/ormi-paraphysatis, obtiiraculo iodi 
ope cœridescente prœdilis ; sporis rnonostichis, prunitus hyahnis, deiri fuligmeis, 
demwn atris, opacis, ovoideis, leviter inequilateralibus, 1 8-24 1-»- + 12-1 5 17., 
appendiculo liyalino, subgelatirioso rotundato tUraqueJine donalis. 

Ilab. in ditione anglica A/ricœ orienlalis. 

Par sa consistance charnue, le genre Cultetomanginia appartient indis- 
cutablement aux Hypocréacées de Saccartlo et par ses spores noires il se 
rattache à la section Melanosporae. Néanmoins, si nous faisons abstraction 
du caractère tiré de la consistance charnue, il est extrêmement voisin des 
Hypoxylées, ou Sphériacées phéosporées, par la forme inéquilatérale des 
spores qui rappelle celle de la plupart des Hypoxylon et des Xylaria, ainsi 
que par les appendices gélatineux de ces spores que l'on retrouve dans 
quelques Xylaria, dans les Rosellinia et surtout dans tout le groupe des 
Sordariées. Le bleuissement par l'iode d'un point situé près du sommet de 
l'asque est également du caractère de Sphériacées. Ajoutons que, dans ce 
dernier groupe, les espèces du genre Penzigia ont une consistance inter- 
médiaire entre le tissu carbonacé des Hypoxylon et la trame charnue des 
Hypocréacées. 

D'un auire côté, nous devons fiiire observer l'homologie très grande de 
constitution qui existe entre notre plante et le réceptacle des Ascomycètes 
du genre Morchella. On sait que, dans les Morilles, l'hyménium est localisé 
dans des alvéoles concaves délimitées par des crêtes d'ordre primaire ou 
secondaire stériles. C'est une disposition du même genre qui se retrouve 
dans le Colletomanginia, avec cette différence qu'au lieu d'un hyniénium 
d'asques, nous avons ici un groupement de périthèces. Le genre Colleto- 



226 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

manginia est donc une sorte (VHypoxylon composé, au même titre que le 
réceptacle d'une Morille est une agrégation de Pézizes. 

Ce sont ces particularités remarquables qui nous ont engagé à faire con- 
naître ce nouveau genre de Pyrénomycètes. 



CHIMIE VÉGÉTALE. — Sur les variations de l'acide phosphorique el de l'azote 
dans les sucs des feuilles de certains végétaux. Note de M. G. André. 

J'ai fait voir récemment ( Comptes rendus, t. CXLII, p. io6) le parti que 
l'on pouvait tirer de l'analyse des sucs extraits des feuilles pour connaître 
la nature et les variations de quelques-unes des substances solubles qui se 
rencontrent dans ces organes à divers moments de leur évolution. 

Je vais signaler quelques relations nouvelles concernant les variations 
tle l'acide phosphorique du suc des feuilles de pyrcthre et de pavot précé- 
demment étudiées. Dans le Tableau suivant, je reproduis en partie les 
chiffres que j'ai donnés dans ma dernière Note : ces chiffres, calculés au 
moyen de l'hypothèse que j'ai faite dans cette Note, se rapportent au li- 
quide total contenu dans les feuilles. Je désigne ici par azote aniidé soluble 
celui qui reste dissous lorsque le suc extrait de la plante a été débarrassé 
par l'acide acétique étendu et froid d'abord, puis ensuite par l'ébullition, 
de toutes les matières albuminoïdes précipitables dans ces conditions. La 
dernière colonne du Tableau représente l'acide phosphorique des phos- 
phates précipitables directement du liquide par la mixture magnésienne : 
le précipité, une fois rassemblé, est recueilli, séché et calciné. On dose 
l'acide phosphorique dans les cendres ainsi obtenues. 

Aii.li- 

100 parties plu'^- 

de malière sèche Suc I*lios|iliore iiUmiiiiic 

contieniieiil ; tics feuiilcs Azote Azole lolai «les 

-" — — ■ — -^ — i.*- -. coiTcs- lulai amitic calcule iilius]itiale5 

Pliospliiii)- imnilanl or;ani(iiir. sMiiii)le en PO'-HJ. iirêexisIanlS- 

lr)lal à 1110 parties .«di^ -^ -•■^ 

A/otc ealitilé (le matière cûutenir itans le sue des ri'iiilles eoni-s|nmdald 

total. eu POMP. sèclie. a loii parties de matière pêche. 

T. -3 mai igo.") 3,83 2,01 90G 0,941'' Oi^îlH^ » » 

II. lylnai 8,37 i,Si 887 0,8710 c.ïSô-i i,i23S 

m. li juin. Apparition de quelques liges por- 
tant des boutons 3,oJ i.'i7 7O6 o,'|i)!iS o,3yli7 0,8732 o,Xj.57 

I\. 1" juin. Apparition des tleurs 2,53 i,'|6 G67 o,4.'>'(8 o,'|0.î'| o,g838 o,KJ.5o 

I. I t juin. .\^vant l'apparition des boutons 

floraux 3,93 2,Gi goi i,4S9'' i,i'i3r) i,8i52 i,''';' 

II. 38 juin. Formation des boutons lloraux.. 3,82 2,48 716 i,38Co OjgS'n 1,8930 '>79'''l 

III. lo'jvillel. Floraison 3,24 2,26 57.5 i,i4ti.') i,0223 i,i3i5 i,oJ7ij 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 227 

Le rapport entre l'acide phosphorique total contenu dans le suc des 
feuilles correspondant à 100 parties de matière sèche et l'acide phospho- 
rique total de 100 parties de matière sèche est maximum (^) à la qua- 
trième prise d'échantillon chez les feuilles de pyrèthre; ce rapport ne subit 
d'ailleurs, pendant toute la période de végétation que j'ai examinée, que 
des variations beaucoup plus faibles que celles qu'il éprouve dans le cas 
des feuilles de pavot. Dans ce dernier cas, le rapport en question est égal 
à j^ lorsqu'il n'existe pas encore de boutons floraux; il s'élève à ^ au 
moment de l'apparition de ceux-ci et tombe finalement à ~ lorsque la 
fforaison est complète. La différence qui existe entre ces derniers rapports 
et ceux que j'ai signalés dans ma précédente Note entre l'azote total du 
suc des feuilles correspondant à 100 parties de matière sèche et l'azote 
total de 100 parties de cette matière sèche, rapports à peu près constants 
(y^), montre qu'il n'y a pas une relation absolue entre la migration de 
l'azote et celle de l'acide phosphorique. Celui-ci semble, dans le cas d'une 
plante annuelle, telle que le pavot, émigrer plus vite hors de la feuille que 
l'azote lui-même. C'est ce que l'on voit nettement quand on prend les 
rapports entre l'acide phosphorique total du suc et l'azote total de ce même 
suc, d'une part, entre l'acide phosphorique total du suc et l'azote amidé, 
d'autre part. Ces rapports sont égaux respectivement à ||^ et J-j|^ à la 
deuxième prise d'échantillon; ils s'abaissent à ^^ et f^ à l'époque de la 
floraison complète du pavot. 

L'acide phosphorique des phosphates préexistants dans le suc des 
feuilles du pavot représente d'ailleurs les j^, environ de l'acide phospho- 
rique total de ce suc aux deux dernières prises d'échantillon. Ce rapport 
est un peu moins élevé chez les feuilles de pyrèthre. 

On peut donc admettre que, chez la plante annuelle, une partie de 
l'acide phosphorique quitte la feuille et se dirige vers l'ovule à l'état de 
phosphate minéral soluble, une autre partie se déplaçant de son côté à 
l'état de combinaison avec la matière azotée. 



228 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



BIOLOGIE GÉNÉRALE. — Les propriétés des colloïdes et l'interprétation dyna- 
mique de la division cellulaire. Note de M. Asgel Gallakdo, présentée 
par i\l. Alfred Gi;ird. 

Le protoplasma comme toute solution colloïdale est formé de granules 
l)lus gros que les molécules (puisqu'ils diffusent la lumière) et portant une 
charge électrique ('). 

Lillie a constaté expérimentalement que les cellules et noyaux libres se 
déplacent dans un champ électrique, les noyaux libres et les sperma- 
tozoïdes montrant une forte tendance à suivre le courant négatif, ce qui fait 
croire que les granules colloïdaux qui forment la chromatine nucléaire 
portent des charges négatives. Les cellules à cytoplasma volumineux 
(comme les cellules de Sertoli) marchent dans la direction contraire en 
montrant l'électrisation positive des particules colloïdales cyto|)las- 
miques (^). Cette différence de charge entre la chromatine et le cyto- 
plasma est d'accord avec leurs propriétés chimiques et l'action des colo- 
rants. 

Nous pouvons donc admettre que les chromosomes du noyau portent 
une charge négative qui augmente par influence la charge positive du cyto- 
plasma. 

A la limite entre le noyau et le cytoplasma, il doit se former une mem- 
brane (la membrane nucléaire) par la coagulation qui se produit quand 
deux solutions de signe contraire se trouvent en présence. Or, comme le fait 
remarquer Lillie, l'acidité de la chromatine augmente à l'approche de la 
division, ce qui entraîne une plus grande différence de potentiel. La redis- 
solution de la membrane est probablement en relation avec cette plus forte 
acidité, puisque à mesure que l'on ajoute un colloïde négatif à un colloïde 
positif, la précipitation est d'abord partielle, puis totale ou maxinia et, si 
l'on continue à ajouter du colloïde, on voit le précipité se redissoudre et 
disp.u'aître. 

La disposition des chromosomes dans la plaque équatoriale est aisément 
interprétée par cette théorie, comme l'a fait Lillie ('). 

(') J. I'eurin, Comptes rendus, t. CXXWll, p. 564. 

(^j K.-S. I.ILLIE, American Journ. of Physiol., t. VIII, igoS, ji. 278-283. 

(») R.-S. LiLUK, Biol. Bull., t. VIII, igoS, p. 198-204. 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 229 

En admettant donc les charges électriques contraires des chromosomes 
et du cytoplasma polarisé aux centrosomes, nous avons une distribution 
des équipotentielles et des lignes de force qui coïncide avec la forme de 
l'amphiaster. 

J'ai vérifié expérimentalement cette distribution au moyen de la figura- 
tion électrochimique des équipotentielles de Guébhard, en employant 
deux aiguilles à charge positive pour représenter les centrosomes et une 
lame à charge négative pour la plaque éqnatoriale chromatique ('). 

Pour comprendre la segmentation longitudinale des filaments chroma- 
tiques, il suffit d'appliquer la théorie des solutions colloïdales de J. Perrin. 

Un germe colloïdal, d'abord extrêmement petit, ne portera presque ja- 
mais de charge et il grossira, favorisé par In tension superficielle et par la 
cohésion; puis, au delà d'une certaine taille, il portera en moyenne 
un électron et nulle cause encore ne l'empêchera de grandir; puis il portera 
deux électrons, qui se repousseront et qui distendront le granule formé. 

Celte répulsion pourra être assez grande pour amener la segmentation 
du granule (- ). Chaque chromosome étant formé d'une série de granula- 
tions chromatiques ou chromomères, nous pouvons faire pour chaque 
chromomère le raisonnement de Perrin et expliquer ainsi la segmentation 
longitudinale du chromosome. 

Ces deux groupes de moitiés jumelles marchent vers les pôles de la cel- 
lule, suivant les lignes de force du champ, sous la double impulsion de leur 
répulsion mutuelle et de l'attraction des centrosomes. 

A mesure qu'augmente la séparation des deux groupes chromatiques, le 
champ de force se modifie aux environs de l'équateur de la cellule. Les 
équipotentielles entre les deux groupes de charge électrique de même 
nom tendent à devenir des lemniscates et, quand les nouveaux noyaux se 
reforment, noussommesarrivésau cas de la distribution des équipotentielles 
entre deux pôles ou deux sphères de même nom. Comme on sait, ces équi- 
potentielles forment, pour les potentiels élevés, deux systèmes de courbes 
fermées autour de chaque pôle suivis pour les potentiels décroissants de 
lemniscates qui enveloppent les deux centres, puis par des courbes ellip- 
tiques de plus en plus grandes. 

Lippmann a fait voir l'influence des différences de potentiel sur la ten- 



(') An. AJus. A'ac. Buenos-. lires, 3" série, t. V, p. 259-276. 
(^) J. Perrin, Comptes rendus, t. GXXXVII, jj. 565. 

G. R., 1906, 1" Semestre. (T. CXLII, N» 4.) -^ I 



23o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

sion superficielle, et Lillie a Lire parti de ces études pour expliquer les 
changements de forme de la cellule en division ( ' )• 

La surface de la cellule prend approximulivement, avant la division, la 
forme d'une équipotentielle ellipsoïdale. Bientôt, et par l'écartement des 
deux novaux segmentés, il se produit à l'équateur de la cellule une chute 
de potentiel qui se traduit par la formation d'équipotentielles en forme 
de haltères ou lemniscates. Cette différence de potentiel doit déterminer un 
changement de tension superficielle. Si celte tension superficielle augmente, 
nous aurons à l'équateur de la cellule une zone de constriction qui produit 
le clivage de la cellule tout en moulant sa surface à peu près selon la forme 
des équipotentielles à potentiel successivement croissant. 

J'ai étendu cette étude aux cas des monasters, triasters et polyasters et, 
quoique la force karvocinélique ne soit pas l'électricité (-), elle est saus 
doute une force centrale bipolaire dont les figures achromatiques cellu- 
laires extériorisent les lignes de force au moven de granulations orientées 
sous forme de chaînes île force, tandis c|ue la surface de la cellule suit 
approximativement la forme des équipotentielles. 

Cette interprétation engagera peut-être à faire des expériences sur les 
champs de force créés entre colloïdes de signe contraire, expériences qui 
seront utiles autant pour la cvtologie que pour la connaissance des solu- 
tions colloïdales. 



ZOOLOGIE. — Sur' le Leposphihis labrei Hess<^ et sur la famille des 
Philichlhydse. Note de M. A. Qlidor, présentée par M. Y. Delage. 

Leposphihis lahrei Hesse vit en parasite dans les écailles de la ligne 
latérale du crénilabre {Lah/iis Donovani). La femelle adulte fut découverte 
et décrite par Hesse (^ ) et le mâle par Cari Vogt ( '). 

Cette étude faite à Roscoff, au laboratoire Lacaze-Duthiers, a pour objet 
de rectifier la description du mâle et de contribuer à l'étude du développe- 



(') H. -S. LiLLiE, Jliol. IliilL. t. IV. igoS, p. 164-178. 

(-) Celte opinion me parait plus prudente que celle que j'ai émise antérieurement 
{An. Soc. Cienl. Arg., t. XLIII. 1896, p. ig). 

(') Annales des Sciences naturelles, 5° série, t. \', /'/. /.!', 1866. 
(*) Criislaccs parasites r/cs Poissons, Genève, 1879. 



<-i 



SÉANCE DU 22 JANVIER [906. 23l 

ment de la femelle dont le nauplius seul était connu. Elle modifie sensi- 
blement les caractères des Philichlhydce et montre les effets du parasitisme 
sur leur morphologie externe. 

Dans la description qu'il en donne, Cari Vogt attribue au mâle un bou- 
clier céphalique avec œil médian, deux anneaux thoraciques et huit 
.inneaux abdominaux. Sur les côtés du second anneau abdominal seraient 
les orifices génitaux. Or, ceux-ci se trouvent en réalité sur la face ventrale 
du quatrième anneau abdominal, à la base d'une large éminence conique 
latérale terminée par une soie. Cet anneau génital est donc le premier 
segment abdominal et ceux qui le [irécèdent sont des segments thoraciques. 

D'autre part, le mâle de Philichlhys Xiphiœ Steenstrup, parasite des 
canaux niuqueux de l'Espadon (Xïphias g/adùis), est presque identique à 
celui de Leposphilus lahrei. Il possède, dit Bergsœ ('), un céphalothorax 
{cephalon), deux anneaux abdominaux i^les deux premiers segments thora- 
ci(jues) et une queue formée de huit anneaux {^abdomen pour Vogt) dont le 
ualrième porte de chaque côté une soie très nette. Les orifices sexuels, 
|)lacés par Bergsœ sur le premier segment caudal, ce que conteste d'ail- 
leurs Vogt, sont certainement dans le voisinage de ces soies et le segment 
qui les porte devient, comme chez le Leposphilus, le premier segment ab- 
dominal. 

Chez les Philichthydiu donc, te corps des mâles comprendrait un céphalon, 
cinq segments thoraciques et cinq segments abdominaux. 

L"élude des i'oniies larv•aire^3 lemelles du Lepo>:phUus /a^/'e^' M. conlirme celle inler- 
]Métalioii. La plus petite qui put être étudiée mesurait o'"'",3. Le ceplialon portait 
deu\ petits yeuv rouges latéraux qui, par leur lusioii, forment l'œil impair de l'adulte. 
L'abdomen ne coui|irenait que deux segments dont le dernier, beaucoup plus grand, 
portait une furca bien développée. 

\ lU' forme larvaire, trouvée seule dans une I 'gère tumeur, mesurait o""", 8 et avait 
1 aspect du màle. Mais si les deux orifices sexuels se trouvaient à la partie inféiieure 
du premier segment abdominal, ce dernier ne portait aucune trace des éminenees 
coniques et des soies observées chez le màle. De plus, chaque branche de la furca qui, 
chez ce dernier, 'préjente une soie latérale et quatre soies dislales, ne porte ici que 
trois soies terminales. 

Aux orifices circulaires aboutissent deux longues jjoches plissées qui s'étendent, en 
s'amincissant, jusque dans la partie postérieure du troisième segment thoracicpie où 
se trouve une petite masse ovalaiie analogue à celle ((ue N ogt considéie comme un 

Cj Monograpliisk Fi enialillet of V. hcrgsœ. Ivjobenhaxii, 1866. 



232 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ovaire chez la femelle adulte. A celte portion ascendante l'ait suite un canal qui s'ouvre 
également dans le premier segment abdominal, mais dans sa partie supérieure et lalé- 
ralemenl, en un point où s'insèrent précisément les ovisacs (') chez la femelle adulte. 
On est certainement en présence d'une jeune femelle. Aux orifices ventraux qui servent 
à la copulation aboutissent les réceptacles séminaux et aux orifices de ponte les ovi- 
ducles. 

En résumé \e& Philichlydœ. par leur céphalon, leurs cinq segments iho- 
raciques, leurs cinq segments abdominaux, sont des copépodes typiques. La 
simplicité de leur organisation, la régularité de la segmentation observée 
chez les mâles connus, le faible dimorphisme sexuel entre le mâle et la 
jeune femelle, tout au moins chez Leposphilits lahrei H., permettent de 
considérer cette famille comme très voisine des formes ancestrales des 
copépodes. Le "parasitisme a déterminé la régression des appendices loco- 
moteurs qui, réduits à trois paires chez les mâles, disparaissent complète- 
ment chez la femelle adulte de ZyS/505/;/i?'/ws labreiU. et sont remplacés par 
un nombre variable d'appendices mous et inarticulés chez les femelles 
adultes des autres Philichthydœ dont la segmentation devient alors moins 
nette. 



EMBRYOGÉNIE. — Action de l'extrait de glande interstitielle du testicule sur le 
développement du squelette et des organes génitaux. Note de MM. P. Bori.v 
etP.AxcEL, présentée par M. Alfred Giard. 

La sécrétion interne du testicule prend uniquement sa source dans les 
éléments situés entre les tubes séminifères et dont l'ensemble constitue la 
glande interstitielle. Celle-ci possède seule l'action sur l'organisme re- 
connue jusqu'ici au testicule tout entier. Telle est la conclusion à laquelle 
nous ont amenés une série de recherches antérieures. Nous avons pu l'éta- 
blir en démontrant que les sujets chez lesquels la glande interstitielle est 
normalement développée et chez lesquels la glande séminale est absente 
possèdent tous les caractères des entiers : tels sont par exemple certains 
cryplorchides ou des sujets ayant subi une sténose expérimentale ou patho- 
logique des voies excrétrices du sperme. 

Des injections prolongées d'extraits de glande interstitielle à des animaux 

(') Ces ovisacs sont temporaires et n'avaient pas été observés jusqu'ici. 



SÉANCE DU 2 2 JANVIER 1906. 233 

castrés jeunes nous ont donné des résultais qui fournissent une preuve di- 
recte du bien fondé de cette manière de voir. Ces extraits ont été obtenus 
en épuisant par la glycérine et l'eau des testicules ectopiques de divers 
grands mammifères. Pour être sûrs d'obtenir un extrait de glande intersti- 
tielle pure, nous avons examiné chaque organe au microscope et nous 
avons utilisé seulement ceux qui ne possédaient pas de glande séminale et 
qui renfermaient une glande interstitielle bien développée. 

Les animaux mis en expérience étaient des Cobayes niiiles, âgés de 2 à 4 semaines, 
au nombre de 9. Ils ont été partagés en trois séries de trois animaux ciiacune. Les 
Cobayes de la première ont été castrés et gardés comme témoins; ceux de la seconile 
n"ont subi aucune opération et ont été également conservés comme témoins; ceux de 
la dernière ont été castrés et ont reçu tous les deux jours, en injections sous-cutanées, 
i'^'"' d'extrait dilué au 4- avec de l'eau bouillie. Ces injections ont été faites régulière- 
ment pendant 9 mois. 

Parmi les résultats que nous ont fournis ces injections, nous retiendrons seulement 
ceux qui concernent les organes sur lesquels la castration retentit d'une façon toute 
spéciale, c'est-à-dire les os et les organes génitaux. Ces résultats peuvent être coji- 
densés dans le Tableau suivant : 

Série 1. Série "2. Série 3. 

Cobayes normaux Cobayes castrés Cobayes castiu-- 

témoins. injectés. témoins. 

Cuil. i. Coll. 2. Cob. ■■!. Cob. 4. Cgb. 5 Cob. c. ti)b. T. Cob. 8. Cob. '.i. 

cm cm rm cm cai cm ([ii cm cm 

Fémur (long.) 4i4o 4Â'> 4 > 3o 4)30 4;3o 4,45 4,âo 4,45 4.'o 

Tibia (long.) 4, 70 4,5o 4,5o 4,60 4,5o 4,70 4,So 4,70 4,70 

Os nasaux (long.) 1,9 2,00 1,90 2,10 2,00 2,10 2,20 2,20 2,00 



(long.) 3,70 3,70 3,80 3,20 3,00 3,4o 2,20 2,00 



2 , IHI 



Verge (') gss kss 

( (poids 0,5.5 0,60 0,60 0,40 0,3.5 o,5o 0,20 o,i5 o,iS 

cm cm cm cm cm cm cm cm c!n 

N'ésicules séminales (long.). . 5, ,5 6,00 6,00 3,20 2,5o 5, 00 i , 4o 1,20 i.oo 

La lecture de ce Tableau montré tout d'abord que les fémurs et les 
tibias des animaux castrés sont plus longs que ceux des Cobayes normaux. 
Ce fait est bien connu et l'on sait que l'ablation des testicules chez les 
jeunes sujets détermine la persistance des cartilages de conjugaison et, par 
conséquent, l'augmentation de la longueur des os. Notre Tableau montre 
aussi que les os des castrés injectés sont moins longs que ceux des castrés 
témoins et se rapprochent sensiblement des os des normaux témoins. Les 

(') Mesurée de l'extrémité du gland à la symphyse pubienne. 



234 ACADÉMIE DÇS SCIENCES. 

mêmes observations sont à faire au sujet des os nasaux qui ont subi chez 
les castrés injectés un allongement moins considérable que chez les castrés 
témoins. 

Les différences les plus sensibles se manifestent sur les organes génitaux, 
verge et vésicules séminales. Tandis que ces organes ont conservé chez les 
castrés témoins la longueur et le poids qu'ils possèdent chez les animaux 
très jeunes, ils se sont au contraire développés chez les sujets castrés et 
injectés; leurs dimensions se rapprochent des dimensions présentées par 
les mêmes organes chez les sujets normaux. 

Ces résultats tendent à faire admettre les conclusions suivantes : 

1° Les effets de la castration sur le squelette et les organes génitaux 
peuvent être atténués par des injections sous-cutanées d'extrait de glande 
interstitielle du testicule; 

1° Cet extrait agit sur le Cobaye bien que provenant de testicules de 
grands mammifères. 



PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Recherches expérimentales sur les propor- 
tions de chloroforme contenues dans l'organisme au cours de l'anesthésie 
chloroformique. Note de M. J. Tissor, présentée par M. Chauveau. 

J'ai étudié successivement les proportions de chloroforme contenues 
dans l'organisme au moment où survient l'anesthésie, au moment de la 
mort par le chloroforme, et pendant le cours régulier de l'anesthésie. 

Valeur de la dose aneslhésique. — Suivant Gréhant et Quinquaud la dose 
aneslhésique de chloroforme serait de So»"" environ pour loo""' de sang. 
Mes déterminations m'ont montré les faits suivants : 

1° Chez les animaux rapidement anesthésiés, la valeur de la proportion 
de chloroforme contenue dans le sang artériel au début de l'anesthésie 
est toujours assez considérable et peut même notablement dépasser la pro- 
portion de So"^ pour ioo'°'' de sang. Elle est d'autant plus considérable que 
l'anesthésie se produit avec plus de rapidité. Elle peut atteindre yo^^ 
à So^s, c'est-à-dire une valeur notablement supérieure à la dose qui. plus 
tard, sera suffisante à déterminer la mort. 

2" Plus l'anesthésie est obtenue lentement, plus la dose nécessaire à la 
produire est faible dans le sang artériel. La proportion de chloroforme 
s'abaisse à 34™^ et 35'"^ pour ioo"°' de sang chez les animaux; très lente- 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 235 

ment aneslhésiés, alors qu'elle s'élève à 43™s et 45"^, clans le cas d'aneslhé- 
sie (le rapidité moyenne. 

Valeur de la dose mortelle. — D'après Gréhant et Qiiinquaucl, cette dose 
serait très voisine de la dose anesthésiqiie. 

En recherchant la valeur de la dose morlelle de chloroforme dans le sans 
artériel, j'ai été amené à constater que la proportion de chloroforme 
diminue progressivement dans le sang artériel depuis le début de la syn- 
cope mortelle jusqu'à l'arrêt du cœur et que la valeur de cette diminution 
dépend de la durée de survie du cœur. Voici un exemple des résidtals 
obtenus en prélevant le sang au début et à la fin de la syncope mortelle : 

Sang artériel immédiatement au début de la syncope niortellf. . . 07,2 

Sang veineux » » ... 43,5 
Sang du cœur gauche à l'airèt du cœur Co,9 

Ce fait est absolument constant. On peut en tirer les conclusions sui- 
vantes : 

i" La proportion de chloroforme contenue dans le sang du cœur gauche au moment 
de l'arrêt du caui- ne représente pas la proportion qui a déterminé les accidents mor- 
tels; elle est plus faible que cette proportion. 

2° Si l'on veut connaître exactement la proportion de chloroforme qui détermine la 
mort, il faut prélever le sang immédiatement au début de la syncope mortelle. 

Des recherches très nombreuses sur la proportion tle chloroforme con- 
tenue dans le sang artériel au début de la syncope mortelle m'ont permis 
d'observer les faits suivants : 

1° La proportion de chloroforme dans le sang artériel au début de la syncope mor- 
telle est excessivement variable. Elle est d'autant plus considérable que la mort par le 
cidoroforme est plus rapide; dans le cas de mort rapide au début de l'anesthésie ou 
pendant la période d'excitation, elle est toujours supérieure à 70"'" pour loo"^"' de 
sang. Lorsque, au contraire, ou tue très lentement les animaux par une dose croissante 
de ehlorofornie, on trouve que la proportion oscille le jilus souvent entre .55'"s et 70"'s. 

2° Il y a un écart considéralde enti'e la dose juste suffisante à provoquer l'anesthésie 
et à la maintenir et la dose minima qui peut provocpier la mort; 

3° On peut trouver dans le sang artériel une dose de chloroforme très supérieui'e 
à la dose morlelle sans que la mort survienne immédiatement. Cette dose ne deviendra 
morlelle que lorsque la proportion de chloroforme aura atteint dans le cerveau une 
valeur équivalente à la dose qui pour lui est mortelle. 

Ce dernier fait montre que la proportion de chloroforme dans le sang 



236 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

artériel ne suffît pas à renseigner à elle seule sur les causes de la mort, ou 
sur la valeur exacte <le la dose mortelle. Ce n'est donc pas dans le sang 
qu'il faut chercher la dose mortelle, c'est dans le cerveau. Le Tableau sui- 
vant renseigne sur les proportions de chloroforme respectivement con- 
tenues dans le cerveau, le sang veineux et le sang artériel, pour loo""' de 
sang ou ioqs de cerveau. 

Expériences 

I. II. III. IV. V. 

iiiK lu^' lut; m? mfc 

Cerveau après arrêt du cœur /|8,o3 67,7 64,8 07,1 48j6 

Sang artériel au début de la syncope mortelle.. . . 56, o5 io5,c>. 77,1 60 60, 3 

Sang veineux >■ .... 5 1,7 57,8 47,5 46,5 » 

Sang du cœur gauche après Tarrèt du cœur » 76 47,7 53,4 42,7 

Mes déterminations m'ont permis de tirer les conclusions suivantes : 

1° Pendaut l'anesthésie, la proportion de cliloroforme dans le cerveau tend à se 
mettre en équilibre avec la proportion que contient le sang artériel; 

2° Le cerveau contient au moment de l'arrêt du cœur une proporlion de chloroforme 
inférieure à celle que contenait le sang artériel au dol)ul de la syncope mortelle; 

3" Après Tarrèt du canir, le cerveau contient souvent plus de chloroforme que le 
sang du cœur gauche; il en contient toujours autant ou plus que le sang veineux en 
contenait au début de la syncope mortelle. 

J'ai, en outre, constaté ce fait important que le cerveau fixe une pro- 
portion (le chloroforme beaucoup plus grande que les autres tissus. Voici 
un exemple de ce fait : 



Sang 








Tissu 


artériel. 


Cerveau. 


Foie. 


M uscle. 


graisseux, 


•5o"'.",7 (') 


'iiS™s - 
-4° ' , / 


25'"", 8 


2 7'"S,6 


20"'», 6 



Chloroforme pour loos 

Variations de la dose de chloroforme pendant le sommeil anesthésique. — 
I^es nombreuses déterminations faites pendant le sommeil anesthésique 
m'ont amené aux constatations suivantes : 

1° \jA proportion de chloroforme contenue dans le sang artériel s'accroît 
immédiatement dès qu'il se produit une augmentation de la ventilation 
pulmonaire, pendant l'anesthésie avec les mélanges titrés de chloroforme 
et d'air, ou par d'autres procédés; 



(') Sang prélevé an moment exact de la syncope cardiaque. 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 237 

2° Pendant l'anesthésie, à quelque moment que ce soit, il y a toujours 
plus de chloroforme dans le sang artériel que dans le sang veineux; 

3° Pendant une syncope respiratoire, le chloroforme diminue assez 
notablement dans le sang artériel ; 

l\° Il n'existe aucun rapport direct en Ire les proportions de chloroforme 
du sang artériel et l'effet qu'elles produisent; cet effet dépend de la durée 
du contact, de la proportion de chloroforme dans le cerveau et de la vitesse 
de la circulation du sang. 



PHYSIOLOGIE. — Action du sulfate d'hordénine sur la circulation. Note de 
M. L. Camus, présentée par M. Guignard. 

Dans une précédente Note ('), j'ai résumé mes recherches surla toxicité 
de l'hordénine pour diiférentes espèces animales; j'ai aussi étudié l'action 
de cette substance sur le sang (^) et j'ai montré d'une part qu'elle n'est pas 
hémolytique et d'autre part qu'elle peut retarder la coagulation du plasma 
et du sang total. 

Je désirerais maintenant faire connaître le résultat de mes recherches re- 
latives à l'action de cet alcaloïde sur la circulation. 

Les expériences ont été faites sur le chien et sur le lapin. J'ai employé le plus sou- 
vent le chloralose comme anesthésique et, d'une façon exceptionnelle, le chloroforme. 
Le sulfate d'hordénine a été administré presque toujours par injection intraveineuse, 
soit dans la veine saphène, soit dans la veine marginale de l'oreille ; dans quelques expé- 
riences seulement, j'ai suivi et enregistré l'efTet de l'ingestion. Les solutions d'hordé- 
nine ont été faites avec l'eau distillée. Les modifications circulatoires ont été enre- 
gistrées au moyen du manomètre inscripteur de François-Franck et, sur les tracés, 
j'ai fait le relevé de la hauteur de la pression, du nombre des pulsations, de leur am- 
plitude et du nombre des respirations. Ne pouvant rapporter ici le protocole des expé- 
riences ni donner la reproduction des graphiques, je résumerai simplement les résultats. 
Le phénomène qui se produit toujours après l'introduction dans le torrent circula- 
toire de quelques centigrammes de sulfate d'hordénine consiste dans une élévation 
importante de la pression sanguine, accompagnée de modifications du rythme et de 
l'amplitude des pulsations; il est fréquent de voir, par exemple, la pression de l'artère 
fémorale passer de 12'="' à 26'™ de mercure en l'espace d'une minute. Ce sont en général 



(') Comptes rendus, t. CXLII, 8 janvier 1906, p. iio-n3. 

(■) Comptes rendus de la Société de Biologie, t. LX, 20 janvier 1906. 

C. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N- 4.) 32 



238 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

les doses de os, oi à os,io par kilogramme, qui donnent ces fortes élévations de la 
pression. Des doses plus faibles, voisines deos,ooi par Idlogramme, modifient beaucoup 
moins la pression, mais elles donnent naissance à des changements importants dans le 
nombre et l'amplitude des pulsations. 

Quand on injecte une forte dose, il se produit en général une forte accélération car- 
diaque avec une diminution de l'amplitude des pulsations ; après l'injection d'une faible 
dose, c'est l'inverse que Ton constate, le cœur se ralentit et les pulsations augmentent 
beaucoup d'amplitude. 

J'ai cherché à élucider le mécanisme de cette action et j'ai reconnu qu'il est surtout 
d'origine nerveuse. 

Si, ayant injecté une faible dose d'hordénine et ayant obtenu, en même temps 
qu'une légère élévation de la pression, un ralentissement cardiaque et une augmenta- 
tion d'amplitude des pulsations, on vient à sectionner les deux nerfs pneumogastriques, 
on voit la pression s'élever davantage, l'amplitude des pulsations diminuer et leur 
rythme devenir plus fréquent. L'intégrité des pneumogastriques n'est cependant pas 
indispensable à la production de ce ralentissement du cœur. Si, à un animal qui a les 
nerfs pneumogastriques sectionnés depuis un certain temps, on fait une injection 
d'hordénine, on obtient encore le ralentissement cardiaque et l'augmentation d'am- 
plitude des pulsations. , 

J'ai étudié encore les modifications d'excitabilité des nerfs cardiaques et vasculaires 
après une injection de sulfate d'hordénine. J'ai vu que le pneumogastrique a son exci- 
tabilité diminuée et même supprimée par certaines doses d'hordénine; l'effet n'est 
jamais très persistant et, après un certain temps de repos, on voit l'excitabilité repa- 
raître. Non seulement le bout périphérique du nerf peut perdre son action sur le cœur, 
mais le bout central, et en particulier le dépresseur, peut aussi être influencé parl'hor- 
dénine. 

Ce très court résumé permet de se faire une idée du mode d'action de l'hordénine el de 
comprendre les dilTérentes réactions observées suivant la quantité de substance injectée. 
A la suite d'une injection d'une faible dose d'hordénine, soit os, ooi par kilogramme, 
il se produit une excitation bulbaire qui se traduit par des troubles respiratoires anté- 
rieurement signalés et par des troubles cardio-vasculaires où le système nerveux a un 
rôle important. Le ralentissement cardiaque et l'augmentation d'amplitude des pulsa- 
tions sont commandés par le bulbe et par le système pneumogastrique. La pression 
sanguine s'élève peu en raison même des modifications cardiaques que nous venons de 
signaler, ce qui permet de considérer celles-ci comme des réactions compensatrices. 

L'injection de doses fortes, oS,oi et surtout os,io par kilogramme, supprime au 
contraire l'excitabilité nerveuse et, par suite, le mécanisme compensateur; aussi, dans 
ces conditions, le cœur s'accélère, les pulsations diminuent d'amplitude et la pression 
s'élève beaucoup. 

Voilà donc expliqués les résultais différents, presque inverses, obtenus 
avec des doses fiiibles et fortes <le sulCale d'hordénine. C'est nn nouvel 
exemple de celle loi très générale et très connue en Physiologie : « Une 



SÉANCE DU 11 JANVIER 1906. 2^9 

substance qui provoque à dose faible une excifalion amène de la paralvsie 
à dose forte. » Avec nue faible dose, le système pneumogastrique est excité, 
le ralentissement du cœur, l'aiigmentalinn d'amplitude des pulsations se 
produisent; avec une forte dose, le système pneumogastrique est supprimé, 
le cœur s'accélère, les pulsations diminuent d'amplitude. 

J'ajouterai encore que la durée de l'action de l'hordénine est assez pas- 
sagère et variable avec la dose injectée; dans quelques cas, j'ai aussi ob- 
servé que son effet sur la pression se trouvait très atténué quand l'animal 
avait reçu plusieurs injections assez rapprochées de doses fortes. 

Enfin, relativement à l'effet de l'ingestion de doses de 0^,01 et de 0^,1 r 
par kilogramme de sulfate d'hordénine données sous forme de pilules kéra- 
tinisées, je dois dire que je n'ai observé du côté de la pression sanguine que 
des modifications insignifiantes, bien que les expériences aient eu une 
durée de 7 à 8 heures. L'introduction dans l'estomac d'une solution 
aqueuse renfermant i^ de sulfate d'hordénine par kilogramme, détermine 
pendant les heures qui suivent une élévation de la pression sanguine avec 
accélération du cœur. 



GÉOLOGIE. — Reconstitution d'un ancien lac oligocène sur le versant nord 
du Massif du Mont-Dore (lac d'Olby). Note de M. Ph. Glangeaud, 
présentée par M. Albert Gaudry. 

Si l'on jette un coup d'œil sur une carte du massif du Mont-Dore, on ne 
peut manquer d'être frappé de ce fait que les huit cours d'eau qui des- 
cendent des hauteurs du versant nord de ce massif depuis la Banne-d'Or- 
danche, la Roche-Tuilière, jusqu'au Puy-de-l'Aiguille, ont d'abord tous 
une direction générale N.-S. Mais, à la hauteur de Saint-Pierre-Roche, ces 
cours d'eau convergent dans une région basse, entre Olby et la gare de la 
Miouse, pour se réunir finalement dans la Sioule, près de cette dernière 
localité. 

Ce phénomène de convergence de huit rivières, auxquelles il faut ajouter 
le cours d'eau issu de la chaîne des Puys et passant par Ceyssat, n'est pas 
accidentel; il est dû à des causes d'ordre géologique et il est nécessaire de 
remonter à une époque relativement ancienne pour bien le comprendre, 

A l'époque oligocène, à la suite des mouvements du .sol qui amenèrent 
la formallcii des bassins tertiaires du Massif Central, il s'établit une dépres- 



24o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

sion, qui se transforma bientôt en un lac, au nord du socle cristallin sur 
lequel devait plus tard s'édifier le massif volcanique du Mont-Dore. 

Les cours d'eau, qui descendaient des hauteurs dominant cette cuvette, la 
comblèrent peu à peu, probablement à l'époque stampienne. Elle n'en 
resta pas moins, après cette époque, une région basse, dont la surface 
asséchée fut sillonnée plus tard par des cours d'eau miocènes et pliocènes, 
puis par les coulées volcaniques issues des deux centres éruptifs de la 
Banne-d'Ordanche et du Puy-de-l'Aiguille. 

J'ai pu reconstituer l'histoire et l'étendue de ce lac oligocène et, depuis 
le Miocène jusqu'à nos jours, suivre l'évolution du réseau hydrographique 
qui l'a parcouru. 

Ce lac, que je ])ropose d'appeler lac d'OIby, du nom de la localité où il 
était le plus profond (plus de loo™ de profondeur) avait comme dimen- 
sions : iS""" de long et lo""" de large. Les rives peuvent être jalonnées par 
les localités suivantes : Ceyssat, Nébouzat, Aurières, Vernines, Orcival, 
Rocheforl, Massages, la Miouse et Mazayes. Un cap s'étendait en face de 
Saint-Marlin-de-Tours et lui donnait une forme trilobée. La vallée du 
Sioulot ne présente pas, en effet, d'oligocène jusqu'à Saint-Martin, tandis 
que cette formation s'étend, tout le long de la vallée de la Sioule, jusqu'au 
pied du volcan de Servières. 

L'existence de rares dépôts oligocènes dominant la vallée de la Miouse, 
vers Bourgeade et Haut-Angle, permet de penser qu'ils se sont déposés 
dans un prolongement peu profond du lac d'Olby. 

La superficie du lac dépassait celle de Paris. Au centre de la dépression, 
les dépôts oligocènes atteignent près de loo™ d'épaisseur, tandis qu'ils se 
terminent en biseau sur les bords. 

Les sédiments oligocènes sont constitués : à la base, par des sédiments 
grossiers (poudingues, i;rès, sables) chargés de bauxite, et, à la partie supé- 
rieure, par des argiles sableuses, parfois ferrugineuses, présentant de rares 
intercalations de lits calcaires. Cette constitution rappelle celle des dépôts 
du même âge du Livradois et d'une partie de la Limagne. 

L'altitude actuelle des dépôts du lac d'Olby varie entre 700" et 900", 
mais, en quelques points, elle s'élève jusqu'à loSo", probablement par 
failles. 

Le lac d'Olby, qui ne semble pas avoir communiqué avec le grand lac de la Limagne, 
dont il n'était séparé cependant que par 10''™ (Prades), avait son déversoir dans la 
direction I^ierre-Chastel. C'est par là qu'il acheva de se vider à la fin de l'oligo- 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 2^ r 

cène et ce fut cFabord le chemin suivi par la Sioule miocène et pliocène inférieur, 
• ainsi que l'indiquent les alluvions de Gouhèr, signalés par M. Michel Lévy. Au 
pliocène moyen, deux vallées se creusèrent à l'est et à l'ouest de cette dernière : 
1° suivant Saint-Bonnet, Polagnat-Mazajes (vallée de la Sioule); 2° suivant Moncheret, 
Saint-Pierre-Roche, Le Bouchet, Pierre-Chaslel (vallée du Sioulot). Ces anciennes 
vallées, dont le thalweg est parfois bien conservé, furent comblées, à leur tour, au plio- 
cène moyen, par des coulées volcaniques de aS""" de long. Ces coulées rejetèrent ainsi 
les anciens cours d'eau Sioule et Sioulot plus à l'Est et plus à l'Ouest et les obligèrent 
à creuser leur nouveau lit dans la direction Oiby-Pierre-Chastel et Massages-Pierre 
Chaslel. 

Au pléistocène, la Sioule ne peut plus passer par Mazayes, car la vallée pliocène est 
barrée par le front de la coulée du Puy-de-Côme. Elle est donc rejetée vers l'Ouest et 
elle se fraye un chemin à travers plus de 80'" de sédiments oligocènes et se réunit au 
Sioulot près de Monteillet. 

En résumé, l'histoire du lac d'Olby et du réseau hydrographique de la 
Sioule constitue un chapitre intéressant de la Géologie. Elle montre une 
fois de plus la liaison étroite de cette science et de la Géographie physique. 



GÉOLOGIE. — Noin'el/es obsen'adons sur la géologie du Sahara. Note de 
M. René Chudeau, présentée par M. Alfred Giard ('). 

De Tamanghanat à In Azaoua, le capitaine Dinaux et moi avons suivi 
un itinéraire entièrement nouveau. D'[n Azaoua à Iferouana nous sommes 
restés au voisinage de celui de Foureau. 

Le sud du Hoggar est constitué par une pénéplaine archéenne et silu- 
rienne sur laquelle se greffent des accidents volcaniques importants qui 
forment les seuls reliefs notables de la région : l'Aguellelal est un plateau 
archéen (250™ au-dessus ties vallées voisines) protégé par un manteau de 
laves, épais d'une centaine de mètres. L'AdrarArrigan est une crête (-l-45o™) 
due à un fdon porphyrique d'orientation NNE. Jusqu'à l'Oued Iganghar 
(celui du Sud) des plateaux et des crêtes analogues (filons de quartz ou de 
porphyre), de relief moindre mais d'orientation identique, sont fréquents. 
On trouve toujours au voisinage des filons verticaux des coulées fort nettes, 
de sorte que l'expression de pénéplaine ne convient pas tout à fait à cette 
région. 



(') Extrait d'une lettre datée d'iferouana, 29 septembre igoS. 



24'i ACADÉMIE DES SCIENCES. 

A partir de ITghanghar, filons et coulées deviennent plus rares et cette 
concordance dans la distribution géographique est une des raisons qui me 
fait attribuer aux uns comme aux autres une origine volcanique relative- 
ment récente. 

Le Tassili Tan Tadjerlra est formé de grès bien semblable à ceux de 
Timissao (dévonien?). Ce plateau est limité au Nord par une falaise d'une 
soixantaine de mètres, puis il s'abaisse progressivement, la formation 
gréseuse ne cessant qu'au delà d'In Azaoua où aucun relief sensible ne le 
sépare du silurien. I.es Touaregs réservent le nom de Tassili à la partie 
nord de ce plateau qui, sur une longueur de 2.5'"" environ, est accidenté 
et peu favorable à la marche. Le plateau, couvert de dalles gréseuses, qui 
vient ensuite et qui |)our les Arabes serait certainement un Hamada avec 
quelques bandes i\e Reg, est pour eux un Tiniri, c'est-à-dire une région 
plate où la miirche est facile; c'est de plus un Tanezroufl puisque les cara- 
vanes qui le traversent ne trouvent, pendant quatre jours, ni eau ni pâtu- 
rage. I^a partie la plus basse de ce plateau semble correspondre à In Azaoua : 
ce point d'eau célèbre serait ainsi alimenté par la nappe aquifère de ces 
grès perméables (il pleut sur le Tassili où l'eau n'est pas rare) et par l'Oued 
Tafassasset. Il semble que des puits creusés dans ces grès donneraient un 
résultat, mais la chose est impossible aux Touaregs qui ne disposent (jue 
d'un outillage rudimentaire. Le Tanezrouft n'Abnet constitué par des 
terrains imperméables paraît au contraire impossible à améliorer. 

Quant à l'âge de ces grès je les considère provisoirement comme dévo- 
niens, bien que les bancs supérieurs aient un aspect très jeune et rappellent 
presque exactement les grès de la Chambre d'Amour à Biarritz. Peut-être 
la vue des grès à bois silicifié (comme dans le crétacé du Touat) que Fou- 
reau signale entre Agadès et Zinder nie fera-t-elle ciianger d'avis. 

Au sud de ce dévonien et jusqu'à Iferouana nous avons recoupé une 
série débandes archéennes et siluriennes qui forment une pénéplaine sem- 
blable à celle que je signale au sud du Hoggan. L'analogie se poursuit 
jusque dans les manifestations volcaniques qui m'apparaissent au nord de 
l'Air. A iS'""" au nord-ouest d'Iferouana, l'Oued Radamellt traverse une 
belle coulée qui semble venir de l'Adnar Adesnou. L'Adesnou et l'Ohrsana, 
lui aussi en relation avec des coulées, me semblent être, commte l'Arrigan, 
des crêtes formées par des liions verticaux contemporains des éruptions 
tertiaires. 

La ligne de hauteurs à l'est d'Iferouana, dernier contrefort du Timgué, a 



SÉANCE DU 22 JANVIER IQ06. 2^3 

certainement la même structure, bien visible surle mamelon qui la termine 
au Nord. D'après sa silhouette, le Timgué est bien probablement lui aussi 
un massif archéen (ou silurien) consolidé par des éruptions plus récentes. 



PALÉONTOLOGIE. — Sur la formation du réseau des Nummulites réticulées. 
Note de M. Jean Boussac, présentée par M. A. de Lapparent. 

J'ai pu suivre révolution ontogénique d'un certain nombre de nummu- 
lites réticulées et voir comment se formait !e réseau dans Nummulites Fa- 
bia/iii Pvever, N. intermedius il'Arch., N. Lavigatus Lande, N- Drongniarti 
d'Arch. et H. 

1° N. Fabianii Prev. — Les formes A et les jeunes formes B ont, jusqu'à une taille de 
4"™ et 5"'™, des filets rajonnanls, grossièremenl rocliligiies, ni bifurques, ni réticulés; 
leur trajet est tremblé el indécis et ne ressemble pas du tout à celui des fdets des ra- 
diées. Il existe en outre un second système intersquelettique, constitué par une série 
de piliers partant du cordon spiral de chaque tour et s'éievant perpendiculairement à 
la surface, réunis entre eux par une lame calcaire continue ; l'ensemble est donc disposé 
en spirale et, vu de face, constitue une ligne blanche spirale, qui part du centre, pré- 
sente des renflements correspondant aux piliers et décrit un nombre de tours égal au 
nombre de tours de la nummulile. J'appellerai celte formation lame transverse, en 
raison de ce qu'elle est perpendiculaire à la fois à la lame spirale et à la direction des 
filets. En effet les filets, rayonnants, coupent à angle droit cette lame tiansverse, dé- 
terminant ainsi des mailles rectangulaires. Nous avons alors un stade jeune, où le ré- 
seau est constitué par deux sortes de formations intersquelettiques, les filets et la 
lame transverse; c'est le stade à réseau mixte. 

Chez les individus plus âgés, on voit les filets prendre une allure de plus en plus 
irrégulière, émettant à droite et à gauche des ramifications qui vont rejoindre, ou bien 
la lame transverse, ou bien un autre filet; il en résulte un autre réseau, qui se super- 
pose au premier et le rend de moins en moins visible. Le processus s'accenluant, la 
lame transverse finit par disparaître, et chez les formes tout à fait adultes, on ne voit 
plus que les filets, qui sont plus ou moins disposés en tourbillon; ils forment un réseau 
à mailles allongées, contournées, irrégulières. Nous avons donc un stade adulte, où les 
filets seuls contribuent à la formation du réseau : c'est le stade à réseau pur. 

2° Num. intermedius d'Arch. — L'évolution du réseau de cette espèce est identique à 
ce qui a été décrit pour N. Fabiani Prev. Le stade à réseau mixte avait déjà été décrit 
par La Harpe pour N. Fichteli Mich., mais cet auteur avait cru à un caractère spéci- 
fique el n'avait pas reconnu qu'il avait affaire à un stade du réseau de N. intermedius. 
La seule différence avec N. Fabiani consiste en ce que la lame transverse ne possède 
pas de piliers. L'adulte possède également un réseau pur, mais les mailles sont arrondies 



2/|4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ou polygonales, jamais allongées et contournées comme dans N. Fabiani. Enfin il n'y 
a pas de granules. 

3° Num. lœvigatus Lk. — Chez les plus jeunes échantillons que j'ai pu observer, les 
filets partent en rayonnant d'un gros pilier central; ils sont épais et présentent sur leur 
trajet de nombreux granules; les filets qui courent côte à côte sont unis entre eux par 
de nombreux et fins trabécules transverses, qui représentent sans doute les fines inden- 
tations perpendiculaires aux cloisons découvertes par M. H. Douvillé dans cette espèce. 
Puis, chez les individus plus âgés, les filets prennent un trajet contourné, irrégulier, se 
ramifient et leurs ramifications forment un réseau; mais, arrivés à une certaine dis- 
tance de la périphérie, les filets vont directement rejoindre le bord de la coquille sans 
s'anastomoser et présentant toujours leurs indentations transversales; celles-ci ne 
prennent donc pas part à la constitution du réseau, qui est constitué seulement par les 
ramifications des filets. A ce stade, le réseau normal de jV. IcevigatusU:.. esl constitué, 
et l'animal n'a plus qu'à grandir. 

4° N. Brongniarti d'Arch. et H. — Dans cette espèce, le réseau se constitue à peu 
près comme dans N. lœvigatus Lk. ; les filets, simplement rayonnants au début, 
prennent un trajet contourné, se ramifient et leurs ramifications constituent un réseau 
très irrégulier, qui s'étend jusqu'au bord de la coquille; les filets sont très fins, à peine 
visibles chez l'adulte, mais présentent de nombreux et forts épaississements correspon- 
dant aux piliers. 

En résumé, 'il existe deux modes fondamentalement différents de forma- 
tion duréseau; dans l'un, le réseau adulte se constitue par l'intermédiaire 
d'un stade caractérisé par le développement d'une lame transverse; dans 
l'autre, cette lame transverse n'existe pas et le réseau se constitue direc- 
tement par les ramifications des filets. 

Il semble donc qu'on puisse distinguer, dans les nummulites réticulées, 
deux phylums, l'un contenant A'w/n. FahianiPrev. elN. inlermedius d' Arch .; 
l'autre, contenant N. lœngatus Lk. et A^. Brongniarti d'Arch. et H. N. Fa- 
biani, des couches de Priabona, aurait donné naissance, en perdant ses 
granules et en modifiant légèrement son réseau, à A^. inlermedius d'Arch. 
des couches de Cassinella et de Biarritz, tandis qu'on pourrait considérer 
A^. lœvigalus Lk. du LuLéliea intérieur comme l'ancêtre de N. Brongniarli 
d'Arch. et H., qui en diffère par sa taille plus grande et son réseau plus 
complet. 



SÉANCE DU 22 JANVIER 1906. 245 



OCÉANOGRAPHIE. — Sur la circulation océanique. 
Note de MM. Tiioulet et Chevallier. 

Des échantillons d'eaux de mer ayant été recueillis en série verticale 
depuis la surface jusqu'au fond en trois localités, A, B et C médiocrement 
éloignées les unes des autres, l'analyse chimique, et plus particuhèrement 
la connaissance de la densité absolue S" de chacun des échantillons et de 
sa densité in situ nS\, c'est-à-dire du poids de l'unité de volume d'eau à la 
température qu'il possédait et avec la compression qu'il éprouvait à la place 
même qu'il occupait au sein de l'Océan au moment de sa récolte, per- 
met de se rendre compte de l'économie de la circulation océanique à 
n'importe quelle hauteur de la colonne d'eau de forme prismatique trian- 
gulaire comprise entre les trois verticales de A, de B et de C. 

La méthode {Comptes rendus , t. CXXXVIII, 22 février 1904, p. 527-529) 
s'appuie sur les considérations suivantes : 

Par tout point des arêtes du prisme triangulaire on peut imaginer une section trian- 
gulaire géométriquement parallèle à la surface des eaux, c'est-à-dire horizontale et 
par conséquent d'équilibre géomélilque mais non d'équilibre mécanique puisque les 
trois sommets du triangle n'ont, en cas de courant, pas la même densité in situ nS\. 
Les molécules aqueuses occupant la surface de ce triangle y sont animées, en vertu du 
principe des vases communiquants, d'un mouvement dans le sens du plus faible «S? 
vers le plus fort n^\. Or, par le sommet du plus fort «S?, de ce triangle, il est toujours 
possible aussi de considérer une seconde section triangulaire du prisme passant par 
trois points des arêtes ayant au contraire même valeur absolue de «S'|. Ce triangle 
sera géométriquement incliné mais mécaniquement d'équilibre ou de niveau par ce 
motif que Ja valeur de 11 S'| sera identique pour les trois sommets bien que pour chacun 
d'eux le n (correction de compressibilité à la profondeur de n mètres) et le 9 (tempé- 
rature in situ) soient différents. Ce triangle, quoique penché, est le plan de niveau 
mécanique vers lequel tend la nappe d'eau courante figurée par le plan du premier 
triangle. L'inclinaison mutuelle des deux triangles donne la pente, c'est-à-dire l'incli- 
naison du courant. 

Or le triangle géométriquement incliné, mécaniquement de niveau, est toujours 
placé plus bas dans le prisme que le triangle géométriquement de niveau, mais méca- 
niquement incliné, qui correspond au raouvement des molécules d'eau; ces deux 
triangles se touchant d'ailleurs par un sommet commun, celui de plus fort n?)\. 

En effet, dans la valeur prise en bloc nS\ des sommets du second triangle, le coeffi- 
ficient relatif à la compressibilité n augmente beaucoup plus rapidement, lorsque la 
profondeur augmente, que le S'^, car la température décroît généralement très lente- 
C. R., 1906, i«' Semestre. (T. CXLII, N° 4.) 33 



^46 ACADÉMIE bBS SCIENCES. 

ment avec la profondeur. Les nS\ sur une même arête du prisme augmenteront avec 
la profondeur. Pour trouver sur les deux arêtes autres que celle portant le plus 
fort nSl des valeurs égales à ce nS\i il faudra nécessairement descendre au-dessous 
des sommets du triangle horizontal. 

Il en résulte que le courant se dirigeant du côté du plus fort nS] en sor- 
tant du prisme cherche le plan de son équilibre, lequel, etl dehors du prisme, 
remonte vers la surface dans le sens de ce point de plus fort nS], I\ remonte 
donc, lui aussi, vers la surface. En d'autres termes, le lit liquide d'un cou- 
rant marin se rapproche de plus en plus de la surface. Le fait, constaté 
directement sur le Gulf-Stream, est donc général. Les courants marins 
coulent à contre-pente géométrique sur un lit liquide montant, contraire- 
ment aux courants d'eau continenlaux (ruisseaux, rivières et fleuves) qui 
tous coulent suivant la pente géométrique, c'est-à-ilire sur un lit des- 
cendant. 

Il est évident que, lorsque deux couratits itiarins de surf;ice se rencon- 
trent obliquement, l'un d'eux doit passer par^dessous l'autre et, par con- 
séquent, descendre. A importance égale, celui dont l'eau possède le plus 
faible S^, continue sa route après avoir été plus ou moins troublé dans sa 
marche tandis que celui de plus fortS^, d'eau plus lourde, est forcé de 
plonger. Il en est ainsi sur l'emplacement des bancs de Terre-Neuve où le 
Gulf-Stream, transformé en courant de dérive, poursuit sa route vers l'Eu- 
rope après sa rencontre avec le courant polaire froid. 

On pourrait, pour faire saisir le paradoxe apparent d'un liquide coulant 
à contre-pente, comparer un courant marin à un système de deux vases 
situés l'un au-dessus de l'autre et dont le liquide se déverserait du 
supérieur dans l'mférieur, conformément aux lois de la pesanteur, le 
système étant placé sur une planchette qu'on élèverait d'une façon ré- 
gulière. 

Ce caractère de la circulation marine résulte très probablement d'une 
sorte de soulèvement général de la masse des eaux océaniques par enlève- 
ment continuel de la couche superficielle liquide due à l'évaporation plus 
énergique dans les régions tropicales, action modifiée et compensée par 
l'afflux d'eau douce (pluie, ileige, icebergs de glaciers, eaux continen- 
tales) plus abondant au contraire dans les hautes latitudes. 

La connaissance des lois combinées de l'évaporation et de l'apport d'eau 
douce à l'Océan, la répartition géographique de ces données éclairciraieiit 
considérablement le problème de la circulation océanique» 



SÉANCE DU 22 JANVIER T906. ^^n 

A 3 heures tfois quarts l'Académie se forme en Comité secret. 

La séance est levée à 4 heures et quart. 

G. D. 



BULLETIN BIRI.IOUKAPHIQUF. 



Ouvrages reçus oiNS la séance du iS janvier 1906. 

L'œuvre de Paul Tannery comme historien des Mathématiques, par H. -G. 
Zeuthen, Correspondant de l'Institut. Copenhague, igoS; i faso. in-8°. (Hommage de 
l'Auteur.) 

Annales de Paléontologie, publiées sous la direction de Maucelun Boule; t. I, 
fasc. 1 et 2, janvier 1906. Paris, Masson et C'"; i fasc. in-4°. (Présenté par M. Albert 
Gaudrj. ) 

Notice sur les instruments de précision appliqués à l'Œnologie construits par J. 
Dujardi/i, successeur de Salleron; 4" édition. Paris, igoS; i vol. in-8°. (Hommage 
de M. J. Dujardin.) 

Etude sur le Glacier Noir et le Glacier Blanc, par MM. Charles Jacob et Georges 
Flusin, et Rapport sur les observations rassemblées en août 1904 dans les Alpes du 
Dauphiné. Grenoble, igo5; i fasc. in-8°. (Hommage de la Commission française des 
Glaciers. ) 

Essai sur la mentalité de l'homme aux temps quaternaires. Diluvium de la Seine 
et de l'Oise, par G. Alix. Le Mans, igo5; i fasc. in-S". 

Annales de l'Institut national agronomique; 2= série, t. IV, fasc. 2. Paris, igoS; 
I vol. in-8". 

Revue bryologique, bulletin bimestriel consacré à l'étude des Mousses et des Hépa- 
tiques; 33'= année, 1906, n" 1. Cahan, par Athis (Orne), T. Ilusnot; i fasc. in-8°. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de la Société de Biologie, publiés 
le vendredi de chaque semaine; t. LX, n" t, 12 janvier 7906. Paris, Masson et C»; 
I fasc. in-8°. 

Archives de Médecine et Pharmacie militaires, publiées par ordre du Ministre de 
la Guerre, paraissant une fois par mois; tome XLVI. Paris, igo5; i vol. in-8°. 



Croups of order p'" nhich contain cyclic subgroups of order p"'-^, by Lewis 
Irving Neikirk. (Publications of the University of Pennsylvania; séries in Mathe- 
matics, n°3.) Philadelphie, igoS; i fasc. in-8°. 



248 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Léo Errera, iSSS-igoS, par Jean Massart. Bruxelles, Hayez, igoS; i fasc. in-8°. 
(Hommage de M™= V''' Errera.) 

Sur les caractères hétérostyliques secondaires des Primevères, par L. Errera. 
Bruxelles, igoS; j fasc. in-S". 

Glycogène et paraglycogène chez les végétaux, par L. Errera. Bruxelles, igo5; 
1 fasc. in-S". 

MjM. h. Micheels et P. de Heen adressent en hommage six Opuscules sur divers 
sujets de Chimie végétale. 



Ouvrages reçus dans la séance du 22 japtvier 1906. 

Joseph Domhey, médecin, naturaliste, archéologue, explorateur du Pérou, du 
Chili et du Brésil, 1778-178.5. Sa vie, son œuvre, sa correspondance, avec un choix 
de pièces relatives à sa Mission, une carte et cinq planches hors texte, parle D'' E.-T. 
Hamt, Membre de l'Institut. Paris, E. Gnilmoto, igo5; i vol. in-8°. (Présenté par 
M. Edmond Perrier. ) 

Etudes sur la végétation, thèse pour le Doctorat es Sciences physiques, soutenue 
devant la Faculté des Sciences de Paris le 22 mars 1870, par Jules Raulin, avec une 
planche hors texte, nouvelle édition conforme à l'original. Paris, Masson et G'", igoS; 
I vol. in-8°. (Présenté par M. Roux.) 

Le Mexique, son évolution sociale; Tomes I et II. Mexico, J. Ballesca et C'', igoo- 
1902 ; 2 vol. in-f". (Offert par le Ministre du Commerce et de l'Industrie à Mexico et 
transmis par la Légation du Mexique à Paris.) 

{A suivre.) 



On souscrit à Paris, chez GAlM'IHEll-VILLARS, 
I (^uai des Graïkls-Aui^iislins, n° 55. 

5 COMPTES RENDUS licbdoniadaires puraisseiU régulirrcMucnl \r Dim'inche. Ils lurmeiU, à la fin do raiiiipc, deux volumes in-A" Dco. 
ordre alpluibctiinie des malieres, l'iuilrB par ordri' al|)li;djctiqii(- d,'< noms d'Ailleurs, Icruiinent chaqiie voIuuk'. L'aljoiincmonl n-;i ïiumi, i 
invier. 

Le prix de /'a/riiuic/iient csi fixé ainsi qu'il xuit : 
Paris: 30 Ir. — DéfiailenuMils: 40 li-. — Union poslale: 44 fr. 



a souscrit dans le 3 départements, 



clic/ Messieurs ; 
Fcrraii frères. 



(Jl.llX. 

Ji'iiri1:Mi, 
P.. .11. 



< l'urlin-IIecqueU 
, 11' luiuiti et Grassin 
' ^1 ij mleau. 

-l'iiMne, 

M.irian. 

,,,e. 

I..iiirens. 
' Millier (G.) 

liroaud. 

L'-irien. 

!■'. Hubert. 

Obliii. 

I /ci frères. 

Jouan. 
Pcrrin. 
Henry. 
-Ma guérie. 

1'' iaunay. 
Bouy. 

I' iN'iurry. 
Ratel. 
, Key. 

\ Lauverjat. 
I Uegez. 

tDrevel. 
ÉGralicr et C''. 

fFoMclier. 

IBourdignon. 
Dombre. 

i TailandiiT. 
I Lenoif. 



Lorient. 



L]on. 



Marseille . . ■ 
Montpellier. 
Moulins . . . . 



iSancy. 



\antcs . 



Nice 

Aimes. . . 
Orléans . 

Poitiers. 



/tenues ... 
n oc lie f on 

Rouen 



S'-Eticnne . 



Toulon . 



Toulouse . 



Tours . 



l'alenciennes 



cUez Me -sieur- : 
\ Baiiuial. 
I M"° Texier. 

Cniiiin et .M.ibsoa. 
Gem-g. 
< Pldly. 
Maloine. 
\'ilte. 

Huât. 
\ \ alat, 
' I Goulot et fils. 
Martial Place. 

iBuvij^nicr. 
Grosje.iu-Maujun. 
Sidot frères. 
\ Dugas. 
; \ eloppé. 

i Barma. 
Appy. 

Debroas-Duplan. 
Loddé. 

Bianrhier. 
Lé\rier. 

Plilion et Hervé. 
Girard (iM""). 
Langliiis. 
Lestriugant. 

Clievalicr. 

Ponteil-Burles. 
Allé. 
Giinet. 
Privât. 

Boisselier. 

Péricat. 

Bnusrez. 

Giard. 
Lemaitre. 



On souscrit à l'étranger, 



I Ainslerdar. 



clicz Messieurs : 

I reiUcni i Caarel- 
' seii et C'°. 

Acliénes. Bock. 

liaixuloile Verdaijiier. 

.Aslicr et G'". 
Dames. 
■ • l-iieclhnnior i-t lils. 
Mayerel Miiller. 

Berne Francke. 

Bolo'^ne Zauiriielli. 

. Latnerlin. 

Bruxelles Mayolo/, rt Aiidiarte. 

Lebèiue et C'=. 



Berlin. 



Madrid 



Solrhek et G". 

'^'"•l'orest Al.alay. 

Ijudiijtest Kiliaii. 

Cambridge pd-luon, Rell et C 

Christiania. . . . Camineruu>yer. 

Conslanlinople . . Otto Keil. 

Copenhague Husl et fils. 

Florence Secber. 

Gaitd Hoste. 

Cènes Beuf. 



.\ aples . . 



Genève . . . 
La Haye . 
Lausanne . 



Ë^gituauii. 

Ge„r. 

Stapel inolir. 

Bel in l'an te li'ères 

Bouda. 

Pavot et O'. 



Bartli. 
Broekliaus. 

Leipzig ■ Kieliler. 

Luieutz. 
Twictiueyer. 
Desoer. 
Gruisé. 



Lié"e . 



chez .Messieurs: 

. Oulau. 
l'Ondres Ilaclictte et C- 

' .Nntl. 
Luxembourg V'. Bûck. 

Bidz et C'-. 

1 iîniuo. 

I Capilevillo. 

' I-. Fè. 

Milan ■ ) ^"""^ '■'•'^'■'■»- 

■■•• (ll.eidi. 

.Moscou Taslevin. 

\ Mari;liirri di Gin... 

I Pelloraao. 
DyrscMi ut. i l'i'dler. 
.\ew-yorli Sleolicrt. 

l.L''llc!\L' (.'t IJtirjcIlIKT 

Odessa Bnnssean. 

Oxford l'aïkro ot C". 

l'atei-nie Kolior. 

Porto il..-^dhao.s ,.| Mm ,; ■ 

Prague Pdvnae. 

Bio .lanciro Garnicr. 

\ liooca frères. 

Rome ; T I ./-.;„ 

( Loesclicr et G'". 

Rotterdam Kraniers et fils 

.Stoc/.holin Noiiii'^ka Ii..ali.niil.l 

^ Zinserling. 
( Woin. 

P.ncca frères. 

lirero. 

Clausen. 
f nosenhorgetSelliiT. 

Varsovie Gobcthner et Wollf 

Vérone Uriicker. 

i Frick. 

Vienne 1 ^ ,.,„i,i „, ru 

[ Gerold et G". 

Ziirich Meyer et Zeller. 



S'-Pétersbouri 



Turin . 



ÉRALES DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES : 

Tomes l" à 31. — (3 Août iS35 a 3i Décoiubre i85o. ) \ oluiiie in-4° ; i8i3. Prix 25 iî'. 

Tome- 32 à 61. — ( i''' Janvier i.S5i à 3i Uécembre i86<.) Volnuie in-4°; 1S70. Prix 25 l'r. 

Tomes 62 a 91. — (['"■Janvier [S66à3i Décembre iSSo.jVoIume in-4"; 18S9. Prix 25 fr. 

Tomes 92 a 121. — (i'' Janvier 1881 à 3t Décembre i8<:p). 1 Volume in-i"; 1900. Prix 25 l'r. 

T AUX COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES : 

re surquelques points de la Pliysiologiedes Algues, par .MM. A. DERiîEset A.-J.-J.Solieb. — Mémoiresur le Calcul des Perturbations qu'éprouvent 
. H.4NSKN. — Mémoire sur le Pancréas et sur le rùle du suc pancréatique dans les phénomènes digestifs, partieulièrement dans la digestion des 

ir .M. Claude Bernard. Volume in-4°, avec Sa planches; i856 25 fr. 

ire sur les vers intestinaux, par M. P.-J. Van Beneden. — Essai d'une réponse à la question de Prix proposée en iSoo par l'Académie des Sciences 
; i85.3, et puis remise pour celui de i856, savoir : « Etudier les lois de la distribution des corp- organisés fossiles dans les différents terrain> 
ivant l'ordre de leur superposition. — Discuter la question de leur apparition ou de leur disparition successive ou simultanée. — ■ Kecherolierla 
ts qui existent entre l'état actuel du règne organiqueetsesétats autérijursu,pariM. leProlosseur Bkonn. In-}", avec 7 planches ; 1861 .. . 25 fr. 

ibrairie les Mémoires de l'Académie des Sciences, et les Mémoires présentés par divers Savants à l'Académie des Sciences. 



W 4. 



TABLE DES ARTICLES (Séance du 22 janvier 1906.) 



3IÉMOIIIES ET COMMUïVICATIOi\S 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



Images. 

M. Henri Moissan. — Sur rélinllilion de 
l'osmium, du ruthénium, du ijUtinc, du 
palladium, de l'iridium et du rhodium... 189 

M. LhcoQ DK BoiSBAUDR.xN. - Sur l'origine 



Pages. 

de la notion des solulioiu solides igS 

MM. R. Lf.pine et Boiilud. — Sur l'acide 
glyciironique des globules du sang 196 



COIIRESPON I ) ANCE . 



M. le Secrktaiue perpétuel sigriale divers 
Ouvrages de M. Jules Raulin. de M. E.-T. 
Hamv, et " Le Mexique et son .-.volution 
sociale » 

M. A. KoRN. — Sur un théorème relatif aux 
dérivés secondes du potentiel d'un volume 
attirant 

M. J. ChauiiIER. — Sur la polarisation ellip- 
tique produite par les liqueurs mixtes 

MSL A. CoTTON et H. Mouton. — Nouvelles 
propriétés magnéto-optiques des solutions 
colloïdales d'hydroxyde de fer 

M. G. Urbain. — Sur la phosphorescence 
cathodique de l'europium 

M. H. Pelabox. — Sur les mélanges d'anti- 
moine et de tellure, d'antimoine et de 
sélénium. Constante cryoscopique de l'an- 
timoine 

M. l'abbé J.-L. Hajionet. — Méthoxylri- 
chloropentanol i.5.4 et a-ti ichloromé- 
thyltétrahydrofurfurane 

MM. Ch. ALTUREUet L Lazennec. — Aundes 
et nitriles acétyléniques 

M. Geobges Darzens. — Condensation glyci- 
dique des aldéhydes avec l'éther a-chloro- 
propionique 

MM. E.-E. Blaise et M. Maire. — Sur les 
cétones fl-chloréthylées et vinylces acy- 
cliques 

M. Fred. Wallerant. — Sur une modifica- 
tion cristalline stable dans deux inter- 
valles de température 

M. P. Gaubert. — De l'influence des ma- 
tières colorantes d'une eau mère sur la 

Bulletin bibliographioue 



'99 

199 
201 

3o3 



oi:. 



forme des cristaux qui s'en déposent 
(acide phtalique ) 219 

M. A Tisov. — Sur le mécanisme de chute 
de certains bourgeons terminaux 222 

MM. P. Hariot et N. Patouillard. — Sur 
un nouveau genre de Champignons de 
r.\frique orientale anglaise 224 

M. G. André. — Sur les variations de l'acide 
phosphorique el de l'azote dans les sucs 
des feuilles de certains végétaux 221; 

M. Anuel Gallardo. — Les propriétés des 
colloïdes el l'interprétation dynamique de 
la division cellulaire 2 j8 

M. .\. QuiDOR. — Sur le Leposphilu.i labrei 
Hesse et sur la famille des Philichthydœ. ï'>o 

MM. P. BouiN el P. .\ncel. — Action de 
l'extrait de glande interstitielle du testi- 
cule sur le développement du squelette et 
des organes génitaux 2.32 

M. J. TissoT. — Recherches expérimentales 
sur les proportions de chloroforme conte- 
nues dans l'organisme au coiir~ de l'anes- 
thésie chloroforniique 2.34 

.VL L. Camus. — Action du sulfate d'bordé- 
nine sur la circulalîon 2^7 

M. Pli. Glangeaud. — Reconstitution d'un 
ancien lac oligocène sur le versant nord 
du Massif du Monl-Dorc (lac d'Olby) 2.19 

M. René Chudeau. — Nouvelles observa- 
tions sur la géologie du Sahara 241 

M. Jean Boussac. — Sur la formation du 
réseau des Nummuliles réticulées 24J 

MM. TiiouLF.T et Chevallier. — Sur la cir- 
culation océanique 245 

247 



PARIS. - IMPRIMERIE G AUTH lER-Vl LL A li S , 

Quai des Grands-Augustins, 55. 

Le Gérant ; Gauthieb-Villahs 



1^ 



\ PREMIEU SEMESTRE. 



COMPTES RENDUS 

HEBDOiVIADAlRES 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. 



ÏOME CXLII. 



iT 5 (29 Janvier 1906). 



PARIS, 

GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

Quai des Grands-Augusiins, 55. 

1906 



RÈGLEMENT UELATIF AUX COMPTES RENDUS 

ADOPTÉ DANS LES SÉANCES DES 23 JUIN 1862 ET 2 '| MAI 1870 



Les Comptes rendus hebdomadaires des séances 
de l'Académie se composent des extraits des travaux 
de ses Membres et de l'analyse des Mémoires ou Notes 
présentés par des savants étrangers à l'Académie. 

Chaque cahier ou numéro des Comptes rendus a 
48 pages ou 6 feuilles en moyenne. 

26 numéros composent un volume. 

Il y a deux volumes par année. 

Article l''''. — Impression des travaux 
de l'Académie. 

Les extraits des Mémoires présentés par un Membre 
oupar un Associéétrangerdel'Académie comprennent 

au plus 6 pages par numéro. 

Un Membre de l'Académie ne peut donner aux 
Comptes rendus plus de 5o pages par année. 

Toute Note manuscrite d'un Membre de l'Aca- 
démie ou d'une personne étrangère ne pourra pa- 
raître dans le Compte rendu de la semaine que si elle 
a été remise le jour même de la séance. 

Les Rapports ordinaires sont soumis à la même 
limite que les Mémoires; mais ils ne sont pas com- 
pris dans les 5o pages accordées à chaque Membre. 

Les Rapports et Instructions demandés par le Gou- 
vernement sont imprimés en entier. 

Les extraite des Mémoires lus ou communiqués par 
les Correspondants de l'Académie comprennent au 
plus 4 pages par numéro. 

Un Correspondant de l'Académie ne peut donner 
plus de 3->. pages par année. 

Les Comptes rendus ne reproduisent pas les dis- 
cussions verbales qui s'élèvent dans le sein de l'Aca- 
démie ; cependant, si les Membres qui y ont pris 
part désirent qu'il en soit fait mention, ils doivent 
rédiger, séance tenante, des Notes sommaires, dont 
ils donnent lecture à l'Académie avant de les re- 
mettre au Bureau. L'impression de ces Notes ne 
préjudicie en rien aux droits qu'ont ces Membres de 
lire, dans les séances suivantes, des Notes ou Mé- 
moires sur l'objet de leur discussion. 

Les Programmes des prix proposés par l'Académie 
sont imprimés dans les Comptes rendus, mais les 



i 

Rapports relatifs aux prix décernés ne le sont qu'. 
tant que l'Académie l'aura décidé. \. 

Les Notices ou Discours prononcés en séance 
blique ne font pas partie des Comptes rendus. 

Article 2. — Impression des travaux des Sava 
étrangers à l'Académie. 

Les Mémoires lus ou présentés par des persoo! 
qui ne sont pas Membres ou Correspondants de l'A 
demie peuvent être l'objet d'une analyse ou d'un 
sumé qui ne dépasse pas 3 pages. 

Les Membres qui présentent ces Mémoires 
tenus de les réduire au nombre de pages requis| 
Membre qui fait la présentation est toujours nom,|i 
mais les Secrétaires ont le droit de réduire cet exti 
autant qu'ils le jugent convenable, comme ils le f 
pour les articles ordinaires de la correspondance 
cielle de l'Académie. 

Article 3. 

Le bon à tirer de chaque Membre doit être rei 
à l'Imprimerie le mercredi au soir, ou, au plus ta 
le jeudi à 10 heures du matin ; faute d'être rem 
temps, le titre seul du Mémoire est inséré dan 
Compte rendu actuel, et l'extrait est renvoyé 
Compte rendu suivant et mis à la fin du cahier. 

Article 4. — Planches et tirage à part. 

Les Comptes rendus ne contiennent ni plane! 
ni figures. 

Dans le cas exceptionnel où des figures serai 
autorisées, l'espace occupé par ces figures compt 
pour l'étendue réglementaire. 

Le tirage à part des articles est aux frais .des 
teurs; il n'y a d'exception que pour les RapporUfj 
les Instructions demandés par le Gouvernement. 



Tous 



Article 5. 
les six mois, la Commission administra 



fait un Rapport sur la situation des Comptes ren 
après l'impression de chaque volume. 

Les Secrétaires sont chargés de l'exécution du ] 
sent Uèdement. g 



Les Savants élraugers à lAcademie qm désirent faire présenter leurs Mémoires par MM. les Sacrétaires perpétuels sont pries d( 
déposer au Secrétariat au plus tard le Samedi qui précède la séance, avant 5". Autrement la présentation sera remise à la séance smv, 



ACADÉMIE DES SCIENCES 

SÉANCE DU LUNDI 29 JANVIER 190G. 

PRÉSIDENCE DE M. H. POINCARÉ. 



MEMOIRES ET COMMUIVICATION.S 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

CHIMIE VÉGÉTALE. — Nouvelles recherches sur les composés alcalins insolubles 
contenus dans les végétaux tnvanls : feuilles de chêne; par M. Berthelot. 

L'existence de composés insolubles du potassium et des métaux alcalins 
dans les végétaux vivants, dans leurs débris morts et dans les matières 
humiques et charbonneuses qui en dérivent, offre un grand intérêt, en rai- 
son des échanges et migrations de cet ordre de composés, aux différentes 
périodes de la végétation et dans ses différents organes, entre les eaux sou- 
terraines et entre les matériaux solubles et insolubles des engrais, du sol 
cultivé et du sol forestier, opposés aux principes immédiats et tissus des 
plantes, arbres ou herbes, qui s'y développent. J'ai présenté à l'Académie 
plusieurs Mémoires au cours de l'année igoS (') sur ce sujet, aussi vaste 
qu'important pour l'agriculture. 

Je me propose d'exposer aujourd'hui des expériences exécutées sur un 
arbre forestier, le chêne (feuilles caduques, bois et écorce), étudié com- 
parativement avec des graminées annuelles ( Fesluca el herbes du foin), 
ainsi qu'avec les feuilles mortes du chêne, étudiées précédemment. J'ai 



(') Comptes rendus, séances du 4 septembre igoS; du 20 novembre igoS; du 26 dé- 
cembre igo5. 

C. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N- 5.J ^'i 



25o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

étendu mes analyses non seulement aux composés insolubles du potassium 
et du calcium, mais à ceux du sodium et du magnésium. 



I. — Feuilles de chêne fraîches : État initial. 

Le i8 septembre igoS, on a récolté 5 kilogrammes de feuilles de chêne 
vertes en bon état; on les a séparées des pétioles et l'on a découpé les 
limbes, par 4 ou 6 sections normales à l'axe. On a opéré un mélange aussi 
homogène que possible, dans l'espace d'une demi-heure. Ces feuilles, trai- 
tées par l'hydrate de chaux à froid, n'ont pas fourni d'ammoniaque. 

Leur distillation avec de l'eau pure développe une odeur aromatique 
spéciale. Le liquide distillé dans les premiers temps, c'est-à-dire en pré- 
sence d'un grand excès d'eau, est neutre et il ne contient pas de furfurol, 
mais seulement une trace d'un composé capable de réduire l'azotate 
d'argent ammoniacal. 

Voici le résultat de l'analyse de ces feuilles. 

En chauffant à l'étuve à iio", on obtient : loo^ matière sèche -1-117^ 
eau (perte). 

La matière sèche à son tour, brûlée dans une nacelle par un courant 
lent d'oxygène et une colonne d'oxyde de cuivre, a fourni, pour io4^, 8 : 
loo^ de matière organique + 4*^. 8 matière minérale (' ). 



(') Ce poids représente le poids réel observé, diminué du poids de l'acide carbo- 
nique qui y était combiné. Voici comment j'opère : 

La matière, séchée à 110° et pesée, est disposée dans une nacelle de porcelaine, que 
l'on glisse à l'extrémité d'un tube à analyse organique, en arrière d'une longue colonne 
d'oxyde de cuivre. On opère la combustion dans un courant lent d'oxygène et l'on 
recueille, comme à l'ordinaire, l'acide carbonique et l'eau. Cela fait, on pèse la nacelle, 
qui contient les cendres carbonatées. On y dose l'acide carbonique, en les traitant par 
un acide étendu et pesant cet acide. 

D'une part, le poids de cet acide est retranché du poids des cendres trouvées d'abord; 
et. d'autre part, on ajoute le carbone qu'il renferme à celui qui a été recueilli dans 
l'analyse organique proprement dite. 

D'après ces indications, on voit que le poids indiqué dans le présent Mémoire pour 
la matière minérale représente le poids de cendres trouvé, diminué du poids de 
l'acide carbonique qu'elles renferment. On sait que ce poids ne répond pas exacte- 
ment à l'équivalence des alcalis, en raison de la décomposition partielle des carbonates 
de magnésie, de chaux, etc. Cette méthode d'analyse s'applique à tous les nombres 
indiqués dans le présent Mémoire. 



SÉANCE DU 29 JANVIER I906. 201 



Ensemble 

des composés organiques. Mntiores minérales. 



lOOK. 


4",8 4-CO=. 




SiO-^ =1,32 


C =5i,9 


CaO = 1,36 


H = 5,7 


MgO=o,4o 


Az ^ 1,6 


K-0 =0.88 


=39,8 


Na=0 = o,o5 à 0,10 (') 


too,o 


4,0 




Divers: 0,8 



On voit que la soude ne forme qu'une faible fraction, comparée à la 
potasse. La magnésie est notable. 

II. — Action dk l'eau. 

Un échantillon des feuilles fraîches a été traité par macération, dans les 
conditions décrites précédemment (séances du 4 septembre, p. '139, et du 
20 novembre, p. 794) en parties solubles et parties insolubles, qui ont été 
analysées séparément. On a opéré par macération à froid et par macération 
à chaud. 

1° Macération à froid. 

loo^ de l'échantillon frais ont fourni : 

Partie insoluble (séchée à 1 10°) 37,0 

Partie soluble (séchée à 1 10") 5,3 

Total 42,3 

Soit pour 100 de matière séchée à 110°, en portions séparées : 

Partie insoluble 87 , 5 

Partie soluble 1 2 , 5 

(') On a dosé la potasse et la soucie par deux méthodes différentes : l'une consis- 
tant à amener ces deux bases réunies à l'état de sulfates et à déterminer le poids de 
l'acide sulfurique SU', contenu dans un poids connu des mélanges. L'autre consiste à 
précipiter de ce mélange la potasse à l'état de chloroplatinate, après l'avoir changé 
en chlorure par le cldorure de baryum et à peser le chlorure de sodium contenu dans 
l'eau mère débarrassée de platine par l'hydrogène sulfuré. 

En opérant avec soin, les résultats sont suffisamment concordants. On a pris la 
moyenne. 



252 



La partie snliible contenait pour loos de matière or 
ganique : 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

La pallie insoluble contenait pour loos de matière 
organique : 



C. 
H.. 
Az. 
O. 



46, 60 
4,85 
0,59 

47-96 



Mal. min. 

SiO'- 

CaO 

MgO . . . . 

K^O 

Na^O.... 



10,8 + C0^ 
0,9 

2,3 

1,0.5 
6,0 
o, 17 



10,42 



53,4 

6,3 

3.4 

36,9 

100,0 



Mat. min 
Si02 . 
CaO.. 
MgO . 
K^O. . 
Na^O. 



4,3 + C05 

1 ,4? 
1,40 
o,3o 
0,17 
à peu près nulle 



D'après ces cliifTre,s, la nature organique soluble est sensiblement plus 
pauvre en carbone et plus riche en oxygène que la matière insoluble ; ainsi 
qu'on pouvait s'y attendre. Le rapport de l'hvdrogène au carbone est un 
peu plus fort dans la matière insoluble; mais la différence porte surtout sur 
l'azote, concentré en presque totalité dans la matière insoluble. 

Cette dernière contient plus de matière minérale en poids absolu, mais 
moitié moins en proportion relative. La potasse et la soude se concentrent 
dans la partie soluble; la magnésie et même la chaux y sont plus fortes 
relativement, mais non en poids absolu. La soude est à peu près nulle dans 
la portion insoluble. 

On remarquera encore qu'il y a une dose notable de silice dans la partie 
soluble; quoique cet oxyde domine dans la partie insoluble. 

2" Macération à chaud. 
loos, échantillon frais, ont fourni : 

Partie insoluble séchée à 1 10° 33 , i 

Partie soluble séchée à 1 10° 11,2 

Total 44,3 

Soit pour looB sèches à 1 10°, en deux parties séparées : 

Partie insoluble tI ''^ 

Partie soluble 25,2 



La quantité relative de matière solubilisée a donc été à peu près doublée 
en opérant à chaud. 



SÉANCE pu 29 JANVIER 1906. 



253 



La partie soluble contenait pour 100 de matière 
organique : 

-C0= 



c 


49,2 


II 


5,3 


Az.... 


0,83 








I 00 , G 



Mat. min. 


S.6- 


SiO-. ... 


1,0 


CaO 


I , i5 


MgO.... 


0,8 


K^O.... 


3,56 


Na^O. .. 


0,25 



La partie insoluble contenait pour 100 de ma- 
tière organique : 



C 


53,2 


Il 


6,1 


Az 


3,3 


() 


.. 37,4 



100,0 



Mat. min. 


4,3-t-CO 


SiO'-.... 


1,4 


GaO. ... 


1 ,55 


MgO.... 


0,24 


IV^O. ... 


0,20 


Na^O. .. 


insensible 



Les résultais de la macération à chaurl sont analogties à ceux de la 
macération à froid; avec cette différence toutefois que la dose de mr,- 
tière soluble, tant organique que minérale, étant accrue, la composition 
de ces deux portions tend à se rapprocher de celle de la matière inso- 
luble. Cette dernière est à peu près la même dans les macérations à chaud 
et à froid. 

Si l'on compare ces résultats avec l'analyse àe?, feuilles de chêne mortes 
(séance du 4 septembre 1900, p. 438, 439), on remarque que la composi- 
tion de la matière organique totale y était à peu près la même que celle de 
la matière insoluble des feuilles fraîches; sauf perte de près de la moitié de 
l'azote. Mais les matières minérales, la silice surtout, y étaient beaucoup 
plus abondantes : circonstance attribuable en grande partie au contact des 
feuilles mortes avec le sol qui y adhère. La dose de la potasse demeurée 
insoluble est d'ailleurs à peu près la même. 

Les feuilles mortes ont fourni à la distillation du furfurol, qui n'a pas été 
observé avec les feuilles fraîches. 

Avec les feuilles vivantes de Festuca (graminées; séance du 20 no- 
vembre 1905, p. 794) la composition de la matière organique soluble a été 
trouvée à peu près la même que celle de la matière insoluble, contrairement 
aux teuilles de chêne. La potasse, dans les portions solubles et insolubles, 
était à peu près la même que pour les feuilles de chêne; mais la dose de 
silice est beaucoup plus considérable, comme on le sait d'ailleurs. 



111. — Feuilles de chêne fraîches. — Doubles décompositions salines. 

Ces expériences ont été exécutées dans les conditions décrites pour le 
foin (séance du 20 novembre igoS, p. 790 et suivantes). 



?.54 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Voici le Tableau des résultats : 

1. — Action de l'acétate de potassium. 

Macération. 

État naturel. à froid. à chaud. 

Soliible solution saline. 2,54 -h 0,67 ^ 3, 21 3,o 3,o 

Matière insoluble 0,16 0,0 o,23 

K-0 3,37 3,3 3,23 

Soluble o.io 0.22 0,23 

Matière insoluble 1,2a 1,1 3 i,i2 

CaO 1,32 1,35 1.35 

Soluble 0,11 0,17 

Matière insoluble 0,26 0,18 

MgO 0,37 0,35 

Na'O soluble : o,o5. Variations non mesurables. 

La dose de potasse insoluble a un peu augmenté. La chaux et la magné- 
sie ont été au contraire solubilisées pour une faible dose ; tous résultats con- 
formes à la théorie générale des équilibres résultant de la double décom» 
position. 

Des faits et des lois analogues ont été signalés dans mes précédentes 
Communications (notamment séance du 4 septembre 1903, p. 4 i4> séance 
du 20 novembre igoà.p. 196-197 et pcw^/n), ainsi que leurs conséquences 
en Phvsiologie végétale et en Agriculture. 

2. — Action de l'acétate de sodium. 

Etat Macération 

initial. à chaud. 

Soluble solution saline. 1,70-7-0,05 i,5 

Matière insoluble 0.00 0.1 

Na'-0 1,75 1.6 

Soluble 0.67 0,74 

Matière insoluble 0,16 o,j3 



K'0 0.83 o, 



Q- 



Soluble 0,10 0,2g 

Matière insoluble 1.22 i , i5 

CaO 1,32 1735 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 255 

Soluble 0,11 0,10 

Matière insoluble 0,26 0,26 

MgO 0,37 0,35 

Une petite quantité de soude est devenue insoluble; tandis que la 
potasse et la chaux ont été solubilisées en faible dose. 

Ces résultats sont susceptibles d'applications à la végétation dans les 
terrains salés, à la condition de faire intervenir les réactions qui changent 
une partie du chlorure de sodium en carbonate et autres sels d'acides 
faibles. 

3. — Action de l'acétate de calcium. 

Elal initial. Macération à chaud. 

Soluble solution saline. 1 ,82 -H o, 16 0,67 

Matière insoluble 0,71 1 ,4i 

Ga 2,19 2 , 08 

Soluble 0,67 0,86 

Matière insoluble 0,16 o,o4 

K-0 o,83 0,90 

Soluble 0,11 0,25 

Matière insoluble 0,26 o , 1 5 

MgO 0,37 o,4o 

Une proportion notable delà chaux est devenue insoluble; tandis que 
la potasse et la magnésie ont été en partie solubilisées. 

Ces résultats peuvent trouver leur application aux végétaux dévelop|)és 
dans les terrains calcaires. 

4. — Action de l 'acétate de magnésium. 

Etat initial. Macération à cliaud. 

Soluble solution saline. 1 ,54 + o, 1 1 1 j37 

Matière insoluble 0,26 o,43 

MgO 1,91 1,70 

Soluble 0,67 o,83 

Matière insoluble o, 16 o,o3 

K^O o,83 ô^ 

Soluble 0,10 0,33 

Matière insoluble 1,22 i , 06 

CaO 1,33 1,89 



256 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

La dose de magnésie insoluble s'est accrue; tandis que la potasse et la 
chaux ont été en partie solubilisées : toujours conformément à la théorie 
générale. 

Ces résultats sont applicables aux végétaux développés dans des terrains 
contenant de l'eau de mer, dont on connaît la richesse en sels magnésiens, 
ainsi qu'aux terres dolomitiques. 



IV. — Traitement par l'acide cblorhydrique. 

Voici maintenant les résultats comparatifs obtenus en traitant un même 
échantillon de feuilles de chêne, séchées à iio" d'abord, successivement 
par l'eau pure et par l'acide cblorhydrique étendu; puis en faisant agir 
l'acétate de potassium. Ces expériences avaient pour objet d'examiner la na- 
ture du composé acide formant avec la potasse un composé insoluble 
(séance du 26 décembre, p. 1 io3 et suiv. : élude du charbon de bois). 



I 



Partie soluble séchée à r 10°. . . 
Partie insoluble séchée à 110°. 



Macération 
à froid. 

18,3 
100,0 



Matière minérale. 



Pour 100» de l'exlrail solulile séché à i 10°. 

SiO^ i,3J 

CaO 0,72 

MgO G, 63 

K^O 4,11 



loosde la partie insoluble séchée à iio". 

SiO- i,4o 

CaO i,4G 

MgO 0,24 

Iv- O o , 07 



La i^artie insoluble dans l'eau a été traitée à froid par l'acide cblorhy- 
drique étendu. 

looB de cette matière ont fourni ensuite : 



Pioduit insoluble. 
Produit soluble . . . 



90 , 2 

4, S 
100,0 



Matière minérale. 



Pour loos de l'extrait soluble. 

SiO- 0,39 

CaO ''',70 

MgO 5,2 

K^O 2,1 



Pour loos de matière insoluble. 

SiO^ ,,5 

CaO 0,88 

MgO traces 

K^O nulle 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 257 

On voit que tonte la potasse et presque toute la magnésie ont été 
dissoutes; une fraction sensible de la riianx demeurant insoluble. 

La matière restée insoluble, après traitements successifs |)ar l'eau et par 
l'acide chlorhydrique étendu, a été lavée jusqu'à absence d'acidité de l'eau ; 
puis desséchée à 110° et traitée ensuite par une solution d'acétate de 
potassium. 

La liqueur distillée a fourni une dose notable d'acide acétique mis en 
liberté, constaté par sa transformation successive en acétate de baryimi 
et élher acétique. 

Sur un autre échantillon, étudié sans distillation, on a dosé la potasse 
et la chaux dans la portion soiuble et dans la matière restée insoluble. 

Voici les résultats du traitement par l'acétate de potassium : 

Etat. V|jrL'S macci'dlion 

initial. il tVnid. 

Potasse solubli' 2,0 r,- 

Malière insoluhli' 0,0 o,5 

K - (J ■) , 3 2,3 

Potasse soliible 0.0 o,o36 

Matière insokibli' o,X6 0,81 

CaO o,8G 0,85 

On voit que le quart environ de la potasse a régénéré un sel insoluble; 
une partie de la chaux ayant été solubilisée. 

Il résulte de l'ensemble de ces observations que la matière traitée par 
l'acide chlorhvdrique renfermait un véritable acide insoluble, dont l'exis- 
tence expli(|ue les faits observés. 

Ces résultats sont ddférents de ceux qu'on observe avec la matière noire 
constitutive du charbon de bois; laquelle après traitenieut chlorhydrique 
ne renferme plus d'acide susceptible de faire la double décomposition avec 
les sels de potassium (séance du 26 décembre iQoS, p. ii8()). Elle retient 
d'ailleurs une certaine dose de potasse insoluble, même après ce traite- 
ment; ce que ne font pas les feuilles de chêne. Ce double caractère dis- 
tingue donc les composés potassiques insolubles existant dans la feuille 
vivante et ceux du charbon de bois. De là résulte une certaine lumière sur 
la constitution et l'énergie relative des acides insolubles formant des com- 
posés alcalins insolubles dans les végétaux. 



G. R., 1906, I" Semestre. (T. C\LII, N" 5.) 



35 



258 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ZOOLOGIE. — Capture d'un Cachalot du genre ¥y.os,\i\ Gray sur tes côtes 
de la Manche à Roscoff. Note de M. Yves Del âge. 

T.e 27 décembre dernier un petit Célacé de 2™, 20 de long est venu 
s'échouer vivant sur la grève sablonneuse de Siec à 6*"° environ de Roscoff. 
Il eût été facile de le capturer et de l'apporter vivant au Laboratoire où on 
eût pu, pendant quelque temps au moins, l'observer dans son élément 
naturel, dans le grand vivier du Laboratoire qui mesure presque 1000"' 
de surface. Malheureusement l'animal a été aperçu non par le personnel 
de la Station, ni par des pêcheurs habitués à nous apporter les animaux 
rares ou curieux, mais par des paysans qui l'ont immédiatement assommé à 
coups de bâton, traîné dans un champ où ils l'ont lacéré de coups de 
couteau et finalement abandonné aux chiens, qui ont pu s'en repaître à 
leur aise. 

La tête cependant avec le cou a été séparée du tronc et portée au bureau 
de la Marine à Roscoff en vue de la prime de o*^"" accordée par l'adminis- 
tration de la Marine pour la capture des Cétacés. 

C'est alors seulement que le personnel du Laboratoire, informé de la 
capture, a pu acquérir la tête et ce qui restait du tronc : le squelette à peu 
près entier, le pénis avec la région avoisinante et quelques débris de vis- 
cères plus ou moins endommagés. 

L'examen de la tête, dont les photogravures ci-contre représentent les 
faces dorsale et ventrale, m'a permis de reconnaître que l'animal est un 
Cachalot nain du genre A'o^m (Gray) à peu près sinon tout à fait adulte. 

La détermination générique ne présente point d'incertitude. L'animal se 
dislingue en effet du grand Cachalot ordinaire Physeter par sa taille beau- 
coup plus petite, par sa tête beaucoup plus courte relativement à la lon- 
gueur du corps, par son museau conique au lieu d'être arrondi en forme 
de dé à coudre, par sa bouche très petite et très reculée vers l'arrière, enfin 
par son évent arciforme, transversal, asymétrique, dévié à gauche et situé 
un peu en avant des veux au lieu d'être longitudinal, sigmoïde et presque 
terminal comme chez le grand Cachalot. Sa couleur est d'un gris ardoisé, 
foncé sur le dos et d'un blanc sale tacheté en dessous. Comme la plupart 
des Cachalots recueillis dans des circonstances analogues, celui-ci est un 
mâle. 



26o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

L'intérêt de cette capture consiste dans la rareté très grande de cet ani- 
mal dont on n'a pu observer jusqu'ici qu'un nombre fort restreint d'exem- 
phiires et surtout dans le fait qu'on ne l'avait jamais rencontré jusqu'ici 
dans les mers d'Eiu'ope ni à une latitude aussi septentrionale. Les exem- 
plaires précédemment recueillis provenaient tous de l'hémisphère antarc- 
tique (Atlantique, Pacifique et Océan Indien) et, en ce qui concerne l'hé- 
misphère nord, lie la côte atlantique des États-Unis, à près de 20° plus au 
Sud. 

En ce qui concerne la détermination spécifique, une réponse positive ne 
pourr.i être fournie qu'après l'élude de certaines particularités du squelette. 

11 semble cependant, d'après l'examen des caiaclères extérieurs, que l'on 
puisse éliminer le A'. «TO«.?, pourvu d'une paire de dents à la mâchoire supé- 
rieure et de 9 paires à la mâchoire inférieure, tandis que le nôtre en a 

12 paires à la mâchoire inférieure et aucune à la supérieure. Ce pourrait 
être un Kogia breviceps (de Blainville) bien que ce dernier soit donné 
comme pourvu de i4 à i5 paires de dents à la mâchoire inférieure. Quant 
aux A'. Floweri, Grayi et Poltsi leurs caractères sont bien insuffisamment 
connus, si tant est même qu'ils soient de véritables es[iéces. 

Pour tirer le meilleur parti possible de cette importante capture je me 
suis assuré le concours de personnes en état d'en faire une étude fruc- 
tueuse. Comme les autres Cachalots l'animal est leulhoph ige. L'estomac de 
celui-ci contenait un grand nombre de becs de Céphalopodes que M. le 
professeur Joubin a bien voulu se charger d'examiner. L'intestin contenait 
ime grande quantité de Nématodes et deux Cestodes singuliers à tête en 
cornet d'oublié. M. Guiart, du Laboratoire de Parasitologie de l'Ecole de 
Médecine, a bien voulu se charger de leur étude. Enfin M. Hérubel, prépa- 
rateur au Laboratoire de Zoologie de la Sorbonne, fera l'étude anato- 
mique aussi complète que possible de la tête. Cette dernière fournira sans 
doute des documents intéressants sur l'anaLomie des organes qu'elle con- 
tient : encéphale, bouche, langue, voile du palais, fosses nasales, cavités 
du sperma ceti, pharynx, larynx, oreille (les yeux malheureusement ont 
été crevés). 



SÉANCE DU 29 JANVIER I906. 261 



GÉOMÉTRIE INFINITÉSIMALE. — Sur certains systèmes de cercles et de sphères 
qui se présentent dans la déformation des quadriques. Note de M. C. 

(lUICHARD. 

1. Soient Q' une surface applicable sur une quadrique Q, M et M' deux 
points correspondiinls de ces surfaces que nous supposons rap|)ortées à 
leur système conjugué commun. Soient I un point fixe, S la sj>hère qui a 
pour centre M' et pour rayon MI; cette sphère touche son enveloppe en 
deux points I' et I', symétriques par rapj)ort au plan tangent en M'; l'un de 
ces |)oints I' est la position que vient occuper le pomt 1 quand on fait rouler 
Q sur Q'. 

Désignons par j,, j,, y^ les coordonnées de M', par X,, X„ X, celles 

de M, l'origine étant en I. Les coordonnées (Y , Y^) de la sphère S 

sont : 

(i) Y,=7,, Y, = j„ Y3 = 73, Y, + /Y,= i, Y .- iY ^= ^\^- - :s.y\ 

Cette sphère est O, car 

(2) 2Y- = 2X--^ et ldY^-^l.d\\ 

Si maintenant/(X) est l'équation de la quadrique, on aura 

(3) VU) = X; + \^+X^+P;+P^+... + p;;^o, 

P,, Po, ..., P„ étant des fonctions linéaires des X; par conséquent la 
sphère S est (n-+-i)I, les coordonnées complémentaires étant P,, 
"21 • • •» "„. 

Pour réduire n au minimum, il faut placer le point I sur une focale; 
l'équation de la quadrique rapportée à ses axes étant 

(4) (i+/"'X + (i-f-r)^ï + -^3-i = o. 

La focale du plan x^x, a pour équation 

(5) i-tz:^^+i^e+. = o. 

Le point I(^,, l.,, o) étant supposé sur cette focale, on aura 

(6) ./■(X) = X; + X^+X; + ^^X.4-i±^E.)V(9X, + l±J^H,)\ 



202 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

La sphère S est donc 31; les coordonnées complémentaires Z, et Zo sont 



(7) 



:/.X, 



' +yo'-y 



7.,=ci\,+ 



P - , - (j 

Le point I étant toujours sur la focale, on a aussi 



(S) 



l/(X) = X;+\^ + X 



^.[v 



l(i+/r)-iX, 






[A( 



i + r) — rX,4-- 



Àl't+ r/-);. 



v/).(H-r/-^) — I 
en supposant que \ soit racine de l'équation 

(9) T7— rrf. r;:+ ^,, . ' ;, i:;-+-i 



.'.V 



1 



I \, 



X(i 






L'équation (9) admet toujours les racines X = 1 ; elle admet, en général, 
une autre racine distincte de o ou de i; c'est cette racine qui figure dans 
l'équation (8); il en résulte que la sphère S décrit un système 4I. les coor- 
données complémentaires T,, T,, T^ ayant les valeurs suivantes : 



(10) 



T, = s/>-(i+/'=)-iX, 









ç.. 



2. Cercles conjugués. — Soit 9 une solution quelconque de l'equalion de 

Laplace à laquelle satisfont les fonctions X et Y. Le point de l'espace à 

Y 
cinq dimensions, qui a pour coordonnées —i décrit un réseau; il v corres- 
pond un système de cercles (C) conjugué aux sphères (S). Le cercle C 
passe par les points F, I', où la sphère S touche son enveloppe: si, de plus, 
6 est une fonction linéaire de X,, Xo, X3, l'axe du cercle C est la droite du 
plan tangent en M' qui correspond, par roulement de Q sur Q', à la droite 
d'intersection du plan tangerit en M avec le pian dont l'équation est 6 = o. 
Nous allons donner des exemples : 

1° 6^Z,-(-(Z2. — Le système de cercles C est O; il est en général 31, le réseau — 

de l'espace à cinq dimensions élaiit applicable sui- le réseau — - de l'espace à trois; il 
pourra se produire une réduction si est une combinaison homogène de Xj et de X2. 



c'est-à-dire si 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 



263 



■?■ 



l '— ?,= o. 

n " 



Ijl' poiiil 1 est ;llol■^ un (iinbilic; réqiuilion (9) admet la racine X =0; le système S 
ne peut plus èti-e considéré comme un système 41; le système de cercles C est O, 2I; 
les pôles d'un tel cercle décrivent des surfaces isotliermiqnes; on voit facilement que 
ces pôles correspondent aux points d'intersection du plan tangent en M avec les géné- 
ratrices menées en I sur la qnaihi(|rie (Daiïbol'X, Comptes rendus, 1899). 

2° 0=:X,-f i\,- — Le svstéme C est I, il i:'>t en général 30, les coordonnées com- 

plémcnlaircs ('lanl — > -^ • Il se produira une réduction si est une combinaison liomo- 
gène de ;, et ;,, c'est-à-dire si 



— '1 "^ ' — 



Le point S est le point de contact d'une tangente isotrope à la focale. L'équation (g) 
admet la racine double > = i; le système C est I, 2O. 

3° Nous allons montier qu'on peut former une combinaison isotrope de Ti, T,, T3 
qui est eu même temps une combinaison isotrope de Xj, Xj, X3. Posons en ellet : 

Pour que soil homogène par rapport à Xi, Xj, Xj il faul |)rendre 






?-■ 






on aura ensuite 



f = -«— ?^-- 



i^+l^'Y^ 



(i + q'YW 



).(n-/j-)^i XCi-t--/-) 



On aura alors 



= av/X(i +/7--) - I X,+ Pv^),(l -t- 7^) - I X,4- Y \J\ - I X3. 
Pour que 6 soit une combinaison isotrope de \,, X^, X3, il faut que 

'^■'[M> -t- /'') - 1] + p-^[M> + 'r ) - 1] + f(^ - 1) == o 

et, en remplaçant a-, p-, '(- par leurs valeurs, on trouve, après réductions, la condition 

ij-[i+p-y- j, A-(i +y-)- ï2 _ ^ 

).{i-H/J-)-i ' X(i + 7-) -I - 
qui est une conséquence immédiate des équations (5) et (9). 

6 étant une combinaison isotrope des X, le système C est I; de même 9 



204 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

étant une combinaison isotrope deT,, T.,, T^ le système sera 2O; on obtient 
encore des svslèmes I, 2O. 

On vérifie facilement que le plan dont l'équalion est = o est un plan 
isotrope mené par la tangente en là la focale; ce plan contient une normale 
isotrope à la focale au point I; cette normale est une génératrice de la 
déveio|)pable circonscrite à la quadriqne et au cercle à l'infini. On a donc 
le théorème suivant : 

Soient, G une génératrice (non située sur la qnadrique) de la développable 
circonscrite à la qnadrique Q et au cercle à l'in/ini. P le point où G rencontre 
le plan tangent en M à la quadrique; si ion fait rouler la qnadrique Q sur une 
de ses déformées Q', le point P vient occuper une position F'; le point P' décrit 
une surface I, 2O. 

J'ai indiqué les principales propriétés des surfaces I, 2O dans mon 
Mémoire Sur les systèmes orthogonaux et les systèmes cycliques (^Annales de 
r École Normale supérieure , igoJ, §94); ces surfaces jouent un rôle impor- 
tant dans la recherche des surfaces isothermiques. 

M. A. DE Lapparext fait hommage à l'Académie d'un Volume de M. F. 
DE MoNTESsus DE Ballore, intitulé : Les tremblements de terre. Géographie 
séismologique, Ouvrage dont il a écrit la Préface. 



i\03IIIVATI0IVS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination de Com- 
missions de prix chargées déjuger les concours de l'année 1906. 
Le dé[)Ouillemeal du scrutin donne les résultats suivants : 

Mathématiques : Grand prix des Sciences mathématiques , Prix Francœur, 
Poncelet. — MM. Jordan, Poincaré, Emile Picard, Appell, Painlevé, 
Humbert, Maurice Levy, Darboux, Boussinesq. 

Mécanique : Prix Montyon, Boileau. — MM. Maurice Levy, Boussinesq, 
Deprez, Léauté, Seberl, Vieille, Poincaré, Haton de la Goupillière, 
Schlœsing. 

Navigation : Priv extraordinaire, Plumey. — MM. Maurice Le\ y. Bou- 
quet de la Grye, Graiididier, Boussinesq, Deprez, [beauté, Bassot, Guyou, 
Sebert, Hatt, Bertin, Vieille. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 265 

Astronomie : Prix Pierre Guzman, Lalande, Valz, Janssen. — MM. Jans- 
sen, Lœwy, Wolf, Radaii, Deslandres, Bigourdan, Lippmann, Poincaré, 
Darboux. 

Géographie : Prix Tchihatchef, Binoux, Delalande-Guérineau. — 
MM. Bouquet de la Grye, Grandidier, Bassot, Guyou, Hait, Berlin, 
de Lapparent, Perrier, Van Tieghem. 

Cette Commission est également chargée de présenter une question de 
Prix Gay pour l'année 1909. 

Physique : Prix Hébert, Hughes. — MM. Mascart, Lippmann, Becquerel, 
Vielle, Amagat, Curie, Berlhelot, Maurice Levy, Poincaré. 



CORRESPOND AIVCE . 

M. le Secrétaire perpétuel annonce la mort de Sir John Surdon Sander- 
son. Correspondant de l'Académie pour la Section de Médecine et Chi- 



M. le Ministre de l'Intérieur invile l'Académie à lui présenter une liste 
de trois de ses Membres pour la place à attribuer à l'Académie dans le 
Comité consultatif d'hygiène publique de France. Cette place est actuelle- 
ment occupée par M. Emile Roux, dont les fondions expirent le 18 fé- 
vrier 1906. 

L'Académie nomme une Commission formée des membres de la Section 
de Médecine et de Chirurgie auxquels sont adjoints : 

MM. Brouardel, Larré, Roux. 

M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance, les Ouvrages suivants : 

1° Le Tome XVI de l'édition nationale des Opère di Galileo Galilei, pu- 
bliée sous les auspices de Sa Majesté le roi d'Italie. 

2° Introduction à l'étude de la Chimie, par le D"" Maurice de Thierry. 
(Présenté par M. Henri Moissan.) 

3° Description géologique de i lie d'Ambon, par R.-D.-M. Verbeek. 

4° Description de la Jaune jurassique du Portugal. Polypiers du jurassique 

C. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLIX, N» 5.) ^t) 



266 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

supérieur, par F. Koby, avec une notice stratigraphiquê par PaI'L Choffat. 
(Présenté par M. Albert Gaudry.) 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les équations différentielles du second ordre 
dont l'intégrale générale est uniforme. Note de M. Gambier, présentée 
par M. Painlevé. 

Je me suis proposé d'étudier les équations différentielles du second ordre 

oïl P est un polynôme du second degré en y", rationnel en y', algébrique 
en y et analytique en x, dont l'intégrale générale est ou fonction uniforme 
de X ou fonction à points critiques fixes. 

J'applique pour cela une méthode développée par M. Painlevé pour les 
équations du premier degré en y. 

On sait, d'après les résultats obtenus par M. Painlevé, que l'équation, 
résolue en y", est nécessairement de la forme 



j"= A, y- + A.,y + A3 + \lK,y"'+- A,j" -t- A„/- + A,/' -h Ag 

où les A sont algébriques en y et analytiques en x, et qu'une transforma- 
tion élémentaire permet de supposer, pour a? quelconque, les A rationnels 

en y ou bien rationnels en y et sly{Y — 0[/"~ W('^)J' ^^ qu'enfin, si 
y = <i>(y,ir) est racine impaire du polynôme en y sous le radical, l'équa- 
tion difiérentielley — cp(j', x) =^0 définit un ensemble particulier d'inté- 
grales de l'équation proposée. 

Ces premières conditions acquises, poursuivons l'étude des conditions 
nécessaires en faisant la substitution de M. Painlevé : a; = a^o + a X. et an- 
nulant a, d'où l'équation 

y" = y' [a, {x„ y) + v/A,(a:-„, 7)] 
dont l'intégrale générale doit être uniforme; si nous posons alors 



I 



z = k,{x,y) + \lk,{x,y), 

z et j' sont liés par une relation algébrique et l'on est nécessairement dans 
l'un des trois cas suivants : 

1° Ou bien les deux valeurs de z sont rationnelles en y; 

2" Ou bien la relation entre y et s est unicursale; 

3° Ou bien cette relation est de genre i. 

Bornons-nous, dans ce qui suit, au cas où P est rationnel en j'. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 267 

Quand les deux valeurs de s sont rationnelles en y, on peut suj)poser, 

A . . c ,■ l( j:)Y -\- m(x) ce . . 1.. ,• 

erace a une transformation y = \ ' ) — r eliectuee sur 1 équation nr:- 

milive, que l'une d'elles coïncide avec une des huit expressions in liquées 
par M. Painlevé à la page 3o du Tome XXV des Acta matheinalica (Mé- 
moire Sur les équations différenlielles dont l'intégrale générale est uniforme) 
et l'autre avec une des neuf expressions indiquées à la page 29 du même 
Mémoire; en tout soixante-douze cas à examiner. 

Si la relation entre j et ^ est unicursale, on peut, après une transforma- 
tion analogue sur y, supposer que l'on a exprimé j' et s au moyen d'un 
paramètre 9 par les formules 

j = 9% 29='3 + i + e/(6) = o, 

où y(0) coïncide avec l'une quelconque des huit dernières expressions 
indiquées à la page 29 du même Mémoire (où y a été remplacé par 0); 
d'où huit cas à examiner. 

Si la relation entre j et z est de genre i, on peut, moyennant une trans- 
formation algébrique, supposer que cette relation est 




{g.,, g3 constantes numériques, 20 période quelconque dep(u, g.,, g^). 

Ces conditions suffisent pour donner un nombre limité de valeurs 
possibles pour A, et A4. D'ailleurs on démontre aisément que tout pôle 
de Ao et A3 est simple et pôle de A,, que tout pôle de A4, Aj, A^, A,, Ag est 
double au plus et pôle de A,. Ces résultais s'étendent au point j — co par 

la transformation v= y et appliquant au pôle Y = o s'il y a lieu. Cela 

limite le degré des A en j'. 

Le cas le plus simple est donc celui où les deux valeurs de z se réduisent 
à zéro : A,^o, A^^o. Dans ce cas, on trouve immédiatement que les A 
sont des polynômes en y, de degré en y égal respectivement à 

A. A3 A5 Ae Aj Ag 
I 3 0246 

J'étudie complètement dans celte Note le cas où A,^o, A,,^o et où, de 
plus, le polynôme en y' sous le radical n'a qu'une racine triple. 
L'équation est nécessairement de la forme 

y' = y(ay-hù) -h (Ay--\-'2liy-hC) [(2A ^a)/ -h 2B - Ij] 

:i 

-+- A'j^ -f- 2 B'j 4- C -f- g(x) (/' - Ay^ - 2 Bj - C)' , 



268 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

OÙ a, h. A, B, C sont des fonctions analytiques de x. A', B , C sont les 
dérivées de A, B, C par rapport à x. 

Une telle équation peut se ramener par une substitution 

y = l(a;)Y +(j.(a;), X = (p(a;). 

Si A ^o, à la forme 

Y"=Y'(a,Y + Z>0 + Y'^ 

X, \j., o s'obtenant par trois quadratures. 
Si A ^ o, à la forme 

Y"=Y'(a.Y + i,) + (2-a,)Y'~^Y^ + ê'.(^)(Y'-Y^f, 

(A s'obtenant par une équation de Riccati, >, et ç par deux quadratures. 

I.a transformation algébrique Y' ^ Y- m" ou Y' — Y" = Y'm-, suivant que 
l'on est dans le premier cas ou dans le second, conduit à une équation en u 
du second ordre, du premier degré en ii!' et rationnelle en m' et m; en se 
reportant aux résultats de M. Painlevé, on reconnaît que l'équation en Y 
coïncide nécessairement avec l'un des types suivants, dont l'intégrale est 
d'ailleurs uniforme : fraction rationnelle en X ou en e'"^ ou fonction ellip- 
tique de X, 

3 

Y"=GYY'— 4Y' + A(Y'— Y-)', A constante, 
Y"=2YY'+ -^4=(Y'— Y^)^ « entier >], 

\//2^ I 

Y"= 2Y»— 2î(Y'- Y^)% 

Y"= - 4 YY' -f- 6 Y' + 4^(Y' - X-f, 

Y"= - 8YY'+ loY^ + iV^CY'— Y^f , 
Y" = — 2YY'4-4Y'+ ^(Y'-Y-)-, 

On sait reconnaître à l'avance sur l'équation donnée, au moyen de rela- 
tions algébriques entre les coefficients, si la réduction à l'une de ces formes 
est possible et alors \, a, <p s'obtiennent : 

Dans le premier cas par trois quadratures; 

Dans le second, ;;. par une équation de Riccati irréductible et à et cp par 
deux quadratures; 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 269 

Dans tous les autres cas, [i. est une fonction rationnelle de A, B, C et 6; 
>. et cp s'obtiennent par deux quadratures. 

Donc le cas où A, ^o, A,, ^o et où en même temps le radical n'a qu'une 
racine triple, ne conduit qu'à des équations intégrables; mais ce n'est que 
le plus simple des cas nombreux qui existent et dont je me propose de pour- 
suivre l'étude. 



PHYSIQUE. — Sur le spectre de flamme du mercure. Note de 
M. C. DE Watteville, présentée par M. Lippmann. 

Tandis que la plupart des métaux donnent, soit dans la flamme du 
mélange de gaz d'éclairage et d'air, soit clans celle du chalumeau oxhy- 
drique, un spectre plus ou moins riche en raies, le mercure semblait être 
l'un des rares d'entre ceux qui ne possèdent pas cette propriété. Au cours 
de leurs beaux travaux, MM. Hartley et Ramage n'ont pu photographier 
ni raies, ni bandes du mercure en en chanifant l'oxyde dans la flamme 
oxhydrique ('). M. Gouy était arrivé, par l'emploi de son pulvérisateur, à 
la même conclusion négative ("). De mon côté, je n'avais obtenu, avec le 
dispositif de M. Gouy, aucun élément du spectre du mercure, en me ser- 
vant soit du bichlorure dissous dans l'eau, soit de mercure dissous dans 
l'acide nitrique. Les recherches précédentes avaient d'ailleurs été faites au 
moyen de prismes en verre et les miennes à l'aide d'un réseau concave 
de Rowland. 

On pouvait attribuer l'insuccès de ces tentatives à la difficile décomposi- 
tion des sels utilisés; j'ai essayé récemment l'emploi des composés orga- 
niques tels que l'acétate et le cyanure de mercure. (Ces corps étaient dis- 
sous dans l'eau distillée et mélangés, à l'état de poussière, au gaz d'éclairage 
par l'appareil de M. Gouv.) J'ai réussi à obtenir ainsi, à l'aide d'un spec- 
trographe en quartz, un spectre du mercure qui se compose de la seule 
raie 2536,72 mesurée par MM. Rayser et Runge dans le spectre d'arc du 
mercure, où elle se trouve très forte et renversée. Cette raie est d'ailleurs 
extrêmement intense dans la flamme, puisqu'une pose de i heure est 
plus que suffisante pour la faire apparaître d'une manière très marquée sur 
la plaque. J'ai essayé sans effet, en prolongeant la pose au delà de 

(') Scient. Trans. of the Roy. Dublin Soc, vol. VII, 1901, p. SSg. 
(^) Ann. de Cliini et de Phys., 5" série; t. XVIII, 1879. 



2no ACADEMIE DES SCIENCES. 

lo heures, d'obtenir quelque autre raie du mercure dans les mêmes con- 
ditions. 

Ayant répété l'expérience avec le nitrate mercurique en solution dans 
l'eau, j'ai trouvé un résultat identique au précédent, c'est-à-dire l'enregis- 
trement de cette raie 2536,72 à l'exclusion de toute autre. Je n'ai pu, soit 
avec l'œil, soit par la photographie, dans le cas des trois sels employés 
(acétate, cyanure, nitrate), observer aucune trace des raies 547 ®'- ^^^ *^1"® 
îMitscherlich dit avoir vues en introduisant du cyanure de mercure dans la 
flamme ('). 

Ce fait me semble intéressant à deux points de vue : 

1° Les spectres de flamme des six métaux suivants du second groupe de Mendéléeflf : 
magnésium, calcium, zinc, strontium, cadmium, baryum, sont caractérisés par la pré- 
sence, dans chacun d'eux, d'une raie qui surpasse les autres de beaucoup en éclat, et 
qui est émise par la flamme dans toute sa hauteur. L'aspect de ces raies est même si 
frappant que j'avais été amené à les rapprocher les unes des autres (-), sans avoir eu 
connaissance du travail de M. Ramage (') où ce savant établit des relations entre les 
longueurs d'onde de ces raies et le poids atomique des métaux dont le spectre les 
renferme. Si l'on prolonge la droite qui joint à peu près les trois points obtenus en 
prenant comme coordonnées les valeurs de la longueur d'onde (2802, SoyS, 8261) delà 
raie et celles du poids atomique (a4,36; 65,4; ii2,4) àes métaux (Mg, Zn, Cd)dans 
le spectre desquels chacune de ces raies se trouve, on peut remarquer que la raie 
analogue pour le mercure devrait être la raie 365o,3i qui est très forte dans l'arc. Or, 
comme on l'a vu, celte raie n'existe pas dans le spectre du mercure que j'ai obtenu en 
me plaçant dans les mêmes conditions que pour les métaux précédents. En outre, 
malgré le poids moléculaire élevé du mercure, la raie unique trouvée a une longueur 
d'onde (2536) bien plus courte que la raie 2852 du magnésium, la plus réfrangible de 
celles que j'ai observées dans la flamme pour les six métaux étudiés du second 
groupe. 

2° On peut remarquer aussi que le spectre solaire ne renfernje pas de raies du 
mercure. Or, si ce métal se trouve placé dans le Soleil dans des conditions telles qu'il 
ne puisse également émettre que l'unique raie 2536,72, celle-ci serait située dans la 
partie du spectre qui est absorbée par l'atmosphère terrestre. Il en résulterait que 
l'absence du mercure dans le Soleil ne serait pas liée forcément à celle des raies de ce 
métal dans le spectre solaire. 



(') Phit. Mag., 1864, p. 178. 

C^) Phil. Trans., sér. A, Vol. CGIV, p. i55. 

(^) Proc. Roy. Soc, \o\. LXX, 1902, p. i. 



i; 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 27 l 

PHYSIQUE. — Sur la durée de la décharge dans un tube à rayons X. 
Note de M. André Broca, présentée par M. H. Becquerel. 

Des mesures purement électriques m'ont permis d'arriver à quelques 
notions approximatives sur la durée de la décharge dans im tube de Crookes. 
Je donne d'abord le principe de la méthode. 

Le tube en expérience est mis en série avec une soupape de Villard et 
excité au moyen d'une bobine d'induction. Dans ces conditions, l'onde de 
rupture seule passe dans le circuit. Le milliampèremètre de secondaire à 
cadre mobile de MM. d'Arsonval etGaiffe permet alors de mesurer l'inten- 
sité moyenne qui traverse le tube. Soit /? le nombre d'interruptions par 
seconde du courant primaire, cet instrument nous donne 

(i) n I idt — i, 

£ étant la lecture faite pendant le fonctionnement et 6 la durée d'une 
décharge élémentaire. Avec l'interrupteur-turbine, exclusivement employé, 
la régularité de fonctionnement est assez grande pour permettre une lec- 
ture convenable. 

Supposons maintenant que nous mettions en circuit avec le milliampère- 
mètre à cadre mobile un appareil de mesure de courants alternatifs; celui-ci 
nous donnera une indication correspondant à celle que donnerait un cou- 
rant continu e, et nous aurons 



(2) n i' 



di 



Si l'on connaissait la forme de la fonction ?'=(p(^) les deux expres- 
sions (1) et (2) seraient des fonctions de 6 et de l'intensité maxima I, qui 
détermineraient ces deux quantités. Dans l'ignorance où nous sommes de 
la fonction ç, nous allons faire une hypothèse sûrement erronée, mais qui 
nous donnera tout au moins l'ordre de grandeur de I et de 0; nous allons 
supposer i constant et égal à I pendant le temps d'une décharge. Il est 
certain que l'établissement du courant dans le tube, qui est un phénomène 
disrupLif, est très brusque; je dois avouer que nous n'avons pas de données 
sur la façon dont l'intensité revient à zéro, mais il est probable que ce 



272 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

retour se fait asymptotiqiiement, la courbe descendant brusquement au 
début. Dans ces conditions, l'hypothèse faite doit être peu erronée. Les 
équations deviennent 



I«6 = e, Pn<i = t^,, d'où 1=^, 



La difficulté était d'avoir un appareil étalonné donnant des indications 
en r et assez sensible pour fonctionner sur le secondaire de la bobine. On 
pourrait prendre un électromètre idiostatique aux bornes d'une résistance 
convenable ou un appareil de Duddell; j'ai préféré prendre un simple fil 
d'alliage de platine et cuivre de i™ de long, o™'°,02 de diamètre et de 
2000 ohms de résistance environ, le tendre légèrement dans un conducteur 
creux et mesurer ses variations de flèche avec un microscope à grande 
distance frontale. Pour avoir un grossissement suffisant en respectant cette 
dernière condition, indispensable pour éviter les perturbations statiques 
dues au verre de l'objectif, l'oculaire doit être placé sur un support éloigné 
de 2™,5o de l'objectif. Ce calorimètre a été étalonné préalablement au 

moyen du milliampèremètre même qui sert à la mesure de / idt. 

Le nombre n d'interruptions par seconde est donné au moyen d'un dis- 
positif stroboscopique. 

J'ai commencé par prendre un tube Chabaud-Villard amené à 12™ d'étincelle équi- 
valente et j'ai fait varier la fréquence des interruptions. J'ai eu les cliiftres suivants : 

n. E. e]. p. 1. e. 

mîlliampt^re milliampères sec 

84 i 25 7,5 18 o , ooo5 

42 I 5o i5 36 o,ooo5 

21 I 100 3o 72 o,ooo5 

p est le nombre de divisions du micromètre oculaire, duquel on déduit la valeur 
de eJ. 

La bobine employée dans cette expérience est une bobine de 45'^°' d'étincelle, dont 
la période d'oscillation propre est d'environ 0,002 de seconde. J'ai ensuite pris une 
petite bobine de 25'=™ d'étincelle et j'ai eu z\ =z 5o pour /i = 42 et e ^ 1, ce qui donne 
encore 6 = o=''',ooo5. La période d'oscillation de cette bobine est cependant comprise 
entre o""=,ooi et 0""=, 0007, beaucoup plus courte que la précédente, et le temps pen- 
dant lequel passe la décharge dans le tube reste le même. 

Ce temps, qui n'est changé ni par la valeur de I, ni par la période de la bobine, 
semble donc être une caractéristique d'un tube donné. 

J'ai alors pris la grosse bobine et la fréquence de 42 interruptions par seconde et 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 273 

j'ai éludié ce que devient le temps 6 quand l\'tlncelle équivalente change; les chifTres 
obtenus sont les suivants : 



cm 



Etincelle équivalenle 6 0=: 0,00067 

» » 8 = 0, oooàS 

» » 9 6 = 0,00054 

» » 10 := , 0005 

Au delà et jusqu'à 20=" d'étincelle équivalente, limite extrême de ce qu'on peut 
atteindre sans danger pour le tube, le temps reste ensuite constant, au moins dans 
la limite des erreurs d'expérience. 

M. Turcliini {Comptes rendus, i5 mai iQoS) a établi qu'un tube à 
rayons X atteignait, à partir île lo"^" d'étincelle équivalente, un régime 
permanent de puissance, au point de vue de la radioscopie et de la ra- 
diographie, c'est-à-dire que la puissance des rayons X qui en émanent, 
pour une intensité moyenne constante, est indépendante de l'étincelle 
équivalente au delà de lo'^'". 

Les faits que je présente aujourd'hui prouvent que cette constance des 
effets extérieurs dus aux rayons X est intimement liée à une constance 
analogue du régime intérieur relatif à la décharge cathodique. Il est pro- 
bable que c'est seulement pour l'étincelle équivalenle de 10'="' que le phé- 
nomène cathodique pur se produit. A partir de ce moment le tube 
semble être caractérisé par un régime de décharge aussi bien déterminé 
que celui d'un circuit de condensateur. 

Il semble que le lube à rayons X résiste jusqu'à une certaine valeur du 
potentiel dépendant de son degré de vide, puis qu'il se produit un phéno- 
mène disruplif qui déclenche le tourbillonnement de l'afflux cathodique 
et des rayons cathodiques. Ce tourbillonnement semble doué d'une pé- 
riode propre, à peu près indé|)endanle du degré de vide à partir du mo- 
ment où la décharge cathodique est pure. 



RADIOACTIVITÉ. — Sur la diminution de la radioactivité du polonium avec 
le temps. Note de M""' Curie, présentée par M. P. Gune. 

J'ai entrepris depuis environ dix mois une série de mesures en vue de 

déterminer la loi de la diminution de l'activité du polonium avec le temps. 

Le polonium qui a servi pour cette étude a été préparé suivant la méthode 

C. R., igotj, I" Semestre. (T. CXLII, N" 5.) 3^ 



274 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

qui a été indiquée dans la première publication relative à sa découverte (') 
et décrite plus en détail dans ma Thèse de doctorat. Il s'agit tout d'abord 
d'extraire du minerai le sel de bismuth qui y est contenu. Pour cela on préci- 
pite la solution chlorhydrique du minerai par l'hydrogène sulfuré, on sépare 
les sulfures, on les lave, on les dissout dans l'acide azotique dilué et l'on 
précipite la dissolution par l'eau. Le mélange de sous-nitrates et d'oxydes 
ainsi obtenu est traité par une solution de soude à l'ébullition qui enlève 
le plomb, l'arsenic et l'antimoine. En répétant les divers traitements indi- 
qués on peut obtenir un oxyde de bismuth polonifère très pur. Pour con- 
centrer le polonium on dissout cet oxyde dans l'acide azotique et l'on 
entreprend une série de précipitations fractionnées par l'eau, les portions 
précipitées le plus facilement étant celles où se concentre l'activité. 

Une quantité convenable d'oxyde debisnuuli polonifère d'activité moyenne (25o fois 
plus actif que l'uranium) a été disposée dans une cavité circulaire très peu profonde 
ménagée dans la partie centrale d'un disque métallique circulaire. La poudre d'oxyde 
qui remplit la cavité occupe ainsi sur le disque une surface bien déterminée. Le pla- 
teau radioactif ainsi constitué est soigneusement conservé et sa radioactivité est 
mesurée à des intervalles de temps convenables. L'intensité du rayonnement^ est éva- 
luée par le courant de saturation produit dans un condensateur à plateaux et l'inten- 
sité de ce courant est mesurée par notre méthode ordinaire au moyen d'un électro- 
mètre accompagné d'un quartz piézoélectrique. 

Voici les premiers résultats de ces mesures : l'intensité du rayonnement 
diminue en fonction du temps suivant une loi exponentielle simple. En 
désignant par Ij l'intensité initiale, par I l'intensité au temps t, par a une 
constante, on trouve 

(i) I = I„f^'". 

Si t est exprimé en jours, on a a = 0,00493 ; d'après cette relation l'inten- 
sité du rayonnement diminue de la moitié de sa valeur en un temps égal à 
i4o jours. Les écarts entre cette loi et les mesures ne dépassent pas 
3 pour 100. 

La représentation graphique des résultats est donnée par la figure ci- 
contre. La courbe V de cette figure a été obtenue en portant en abscisses le 
temps et en ordonnées logL Cette courbe est une droite à l'approximation 
qui vient d'être indiquée. 

(') CuniE, Comptes rendus, juillet 1898. 



SÉANCE DU 39 JANVIER 1906. 275 

Il est à remarquer que les constantes qui définissent les propriétés radio- 
actives des corps jouent un rôle absolument comparable à celui des lon- 
gueurs d'onde des raies dans les spectres des éléments. Quand une matière 
radioactive est en très petite quantité mélangée à une matière inactive, les 
constantes déduites de l'étude de son rayonnement peuvent servir à la 




//O 80 12.0 

Temps Ari' jours 

caractériser sans ambiguïté. La constante a de la formule (i) est donc 
caractéristique du polonium. 

La constante de temps que je viens de trouver pour le polonium apporte 
la preuve certaine que le corps étudié par M. Marckwald sous le nom de 
radiotellare est identique avec le polonium. Cette identité paraissait à peu 
près évidente d'après toutes les |Kiblications de M. Marckwald sur les pro- 
priétés du radiotellure. Elle est rendue certaine par ce fait que la constante 
que j'ai trouvée pour le polonium est bien la même que celle que M. Marck- 



276 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

wald a récemment déterminée pour son radioleïluie. M. Marckwald a 
trouvé en effet a = 0,00497 pour la valeur de a clans la formule ('). 

Le poloniiim et le radiotellure sont donc bien une seule et même sub- 
stance, et c'est évidemment le nom Ae polonium qui doit être employé, le 
polonium étant non seulement bien antérieur au radiotellure, mais étant 
même la première substance fortement radioactive découverte par M. Curie 
et moi au moyen d'une méthode de recherches nouvelle. 

J'ai aussi utilisé la méthode de conceniration employée par M. Marck- 
wald, cette méthode est très commode. Elle consiste à plonger une lame 
de bismuth dans une solution chlorhydrique de sel de bismuth radioactif. 
Le polonium vient se déposer sur cette lame. J'ai employé des lames de 
platine recouvertes d'une couche mince île bismuth par éleclrolyse, et j'ai 
concentré le polonium sur ces lames. Elles sont très commodes |)our 
l'étude de la radioactivité, car elles ne nécessitent pas les mêmes précau- 
tions que les plaques recouvertes d'oxyde en jjoudre. Les droites L H» IV 
de la figure ont été obtenues avec de telles lames. La droite III est rela- 
tive à une lame active enveloppée dans une feuUle d'aluminium de o""",oi 
d'épaisseur; elle indique donc la baisse avec le temps des rayons qui tra- 
versent cette épaisseur d'aluminium. Toutes ces droites sont parallèles. 

Remarquons enfin qu'on ne peut nullement prétendre que le polonium 
ait les réactions du tellure plutôt que celles du bismuth. Il est vrai qu'en 
solution chlorhytirique il précipite partiellement par le prolochlorure 
d'étain, mais d'un autre côté en présence du bismuth son suHure est inso- 
luble dans le sulfure d'ammonium et l'oxyde est insoluble dans une solution 
de soude bouillante. Pour connaître les réactions du polonium, \\ faudrait 
l'avoir à l'état pondérable. Aujourd'hui on peut dire seulement quelles sont 
ses réactions quand il est noyé dans certaines matières qu'il accompagne 
d'ordinaire. 



CHIMIE MINÉRALE.— Les Sulfates des métaux rares. 
Note de M. Camille Matignon. 

Dans le but de comparer quantitativement les propriétés des sulfates des 
métaux rares avec celles des sulfates mieux connus, j'ai déterminé la cha- 



(') Marckwald, Jahrhuch der Radioactivitàl, juillet igoô. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 277 

leur de formation de quelques-uns de ces sulfates à partir de l'acide et 
l'oxyde générateurs. 

Préparation des oxydes. — Les oxydes de lanthane, praséodyme, néo- 
dyme et samarium, nécessaires pour ces déterminations, ont été préparés 
à partir des oxalates correspondants. 

On n'obtient ces produits purs qu'en prenant certaines précautions. Il 
est nécessaire de précipiter l'oxalate dans une solution de nitrate et, de 
préférence, en liqueur lésrèrement nitrique; un oxalate formé |)ar double 
décomposition avec un chlorure donnera toujours un oxyde contenant des 
traces de chlore (par suite de la formation d'oxalochlorures intermé- 
diaires). La calcination des oxalates dans un moufle vers 800° laisse un résidu 
d'oxyde souillé par de petites quantités d'anhydride carbonique, très diffi- 
ciles à éliminer complètement sous la seule influence de la chaleur; de là 
la nécessité de chauffer préalablement ces oxydes dans un courant d'hy- 
drogène pur. Avec le lanthane, qui retient énergiquement ce gaz carbo- 
nique résiduel, je n'ai pas trouvé une composition constante pour le car- 
bonate très basique obtenu. 

Préparation des sulfates. — Les sulfates aiiliydres s'obtiennent commodément et 
sûrement en portant progressivement à la température du rouge sombre les oxydes 
mêlés avec un léger excès d'acide sulfurique. J^a marge de stabilité de ces sulfates 
anhydres entre 400° et 800° rend l'opération commode et permet d'éviter toute trace 
de sel acide ou de sel basique. Il en résulte, comme je l'ai fait remarquer depuis long- 
temps, que le dosage de ces éléments rares sous forme de sulfate constitue une méthode 
fort simple et très précise. 

Chaleur de dissolution des sulfates. — Les sulfates anhydres bien pulvérisés et 
tamisés se dissolvent rapidement dans une grande quantité d'eau. Leur dissolution 
dans le calorimètre a été effectuée vers 15° avec un écart maximum de 1° en dessus ou 
en dessous. 

Voici les résultats obtenus : 

Cal 

(S0')3La°- sol. + Aq = (SO*)3La^ diss +34,6 

(S0')'Pr2 S0I. + Aq = (S0*)^Pr2 diss +36 

(SO')5Nd- sol. + Aq = (S0»)3Nd= diss +36,5 

(SO')'.Sm'soI.+ Aq — (SO')^Sm-diss +38,8 

Chaleur de dissolution des oxydes dans SO'H- étendu. — Les oxydes se dissolvent 
facilement dans une liqueur sulfurique au quart de molécule par litre. Les chaleurs de 
dissolution trouvées expérimentalement vers i5" sont les suivantes : 

Cal 

La^03sol.+ 3S0'H"-diss.= (SO')'La=diss.+ 3H=0 +117,6 

Pr^O'sol. +3S0*H- diss. =:(SO'')^'Pr- diss. + 3H-0 + jo6,5 

• Nd'-O^ sol. + 3S0*H, diss. = (SO*)5Nd2 diss. +311^0 + 106, 4 

Sm^O^ sol. + 3SO»H2 diss. = (S0*)'Sm=diss. + 31P0 + 97,4 



278 ACADEMIE DES SCIENCES. 

Les deux groupes de résultats précédents permettent de tirer les conclu- 
sions suivantes : 

Cal 

SSOMl-^ ^o]. + La--03 jol. =(SO*)3La"-sol. +3H=0 sol + i38,2 

3S0*H= sol.+ l^r=0' sol. =(SO')3Pr=sol. + 3H^0 sol + 125,7 '^ 

3S0*H- sol.+ Nd-O' sol.=:(SO'')^NcPsol.-t-3H20 sol + 126, i 

3SO*H2 sol.+ Sm^O^ sol. = (SO*)3Sm2sol.-H3H'iO sol -Hii3,8 

La fonction basique s'afftiiblit depuis le lanthane jusqu'au samariura; elle 
diminue quand la masse atomique de l'élément métallique augmente. 

Les oxydes des mélaux rares, au point de vue de leur fonction basique, 
sont intermédiaires entre les oxydes alcalino-terreux et la magnésie; ils se 
rapprochent de l'oxyde de plomb. 

En désignant par Q, et Q2 les quantités de chaleur suivantes rapportées 
à des quantités de sulfate contenant deux valences de l'élément métallique, 
on a pu dresser un tableau comparatif: 

SO^H^ sol. + MOsol. = SO''Msol.+ H-Osol.+ Q,, 
SO' sol.-f-MOsol. =SO''Msol.4-Q2. 

Q,- Qr * 

(M Cal f 



Lanthane 'i6,i 65, i 

Praséodymc 4' :9 60,9 

Néodyme 4 ',7 60,7 

Samaiiuni 87,9 56,9 

Calcium 63,2 82,2 

Baryum 83,3 102, 3 

Plomli 42,2 61,1 

Argent 36,4 55,4 



■ô"^ 



Si l'on compare les notiibres de la deuxième colonne, qui mesurent en 
quelque sorte la stabilité des sulfates sous l'influence de la chaleur, on voit 
que les points correspondants dans les courbes de dissociation en système 
monovariant des sulfates de lanthane et praséodyme d'une part, de néodyme 
et de samarium d'autre part, doivent présenter un écart de température se 
rapprochant de 70° à 80°. 



I 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 279 



CHIMIE MINÉRALE. — Préparation rapide des solutions d'acide iodhydrique. 
Note de M. F. Bodroux, présentée par M. Troost. 

On prend un certain poids d'iode que l'on divise en deux parts égales. 
La première, traitée en présence de l'eau par le bioxyde de baryum, est 
transformée en iodure de baryum (Brodie) 

BaO-+P=BaI- + 0^ 

La deuxième portion d'iode ayant été dissoute dans le liquide obtenu, on 
fait passer dans celui-ci nn courant d'anhydride sulfureux jusqu'à décolo- 
ration. Il y a formation d'acide iodhydrique et de sulfate de baryum, qu'il 
est facile de séparer : 

BaP-^P-^-S0-+2H-0 = S0''Ba-^- 4HL 

Voici un mode opératoire qui m'a donné de bons résultats : 

Dans loos d'eau distillée tiède, tenant en suspension 6os de bioxyde de baryiun, 
j'introduis de l'iode par portions de 4° ou 5s jusqu'à décoloration et, s'il est néces- 
saire, pour activer celle-ci, je chauffe doucement le mélange. Lorsque 5os d'halogène 
sont entrés en réaction, je fdtre à la trompe et je lave à plusieurs reprises le ballon et 
l'excès de bioxyde de baryum avec une petite quantité d'eau distillée (en tout, Sos 
environ). 

Dans une éprouvette haute et étroite, je place la liqueur recueillie et 5o" d'iode qui, 
par agitation, se dissolvent rapidement. Je fais passer dans le liquide noir obtenu un 
courant d'anhydride sulfureux, fourni par l'un de ces cylindres métalliques que livre 
actuellement l'industrie. La masse s'échauffe légèrement et la décoloration est réalisée 
au bout d'une demi-heure. 

Je filtre à la trompe sur du papier : la solution contient la presque totalité de l'iode 
mis en expérience (teneur en acide iodhydrique : 35 pour 100 environ) et des traces 
d'acide sulfurique; on la concentre par distillation. 

Dans les conditions précédentes, la durée totale des manipulations ayant 
été de 3 heures, j'ai obtenu i4o^ de l'hydrate bouillant à i27°(rf= i ,67). 
Cet hvdrate ne peut être préparé sans avoir recours à la distillation. En 
effet, la solution iodurée d'iodure de baryum qui devrait lui donner nais- 
sance étant trop concentrée, la réaction ne se produit pas normalement. 
Le liquide s'épaissit, devient visqueux et dissout abondamment l'anhy- 
dride sulfureux tout en restant char°;é d'iode. La décoloration est seule- 



aHo ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ment produite par une addition d'eau, mais il est impossible de séparer 
l'acide iodhydrique formé de l'acide sulfureux qui l'accompagne. 



CHIMIE MINÉRALE. — Sur un alliage de thorium et d'aluminium. Note de 
M. O. Ho.MGSCiiMiD, présentée par MJH. Moissan. 

A la suite de recherches sur la préparation du siliciure de thorium 
ThSt^ ('), j'ai été conduit à rechercher s'il ne pouvait pas se produire en 
même temps, dans les conditions de mes expériences^ lui alliage de tho- 
rium et (l'aluminium. L'étude microscopique des cidots obtenus dans 
l'action de l'aluminium sur le mélange de fluosilicate de potassium et de 
fluorure double de potassium et de thorium a montré, à côté de lamelles 
quadratiques de siliciure, des cristaux prismatiques hexagonaux allongés 
en fines aiguilles. Les essais directs m'ont permis de préparer ces cristaux 
en plus grande quantité, soit par combinaison directe de l'aluminium et 
du thorium dans le vide à haute température, soit par réduction au moyen 
de l'aluminium du fluorure double de thorium et de potassium. On les ob- 
tient aussi par la réduction de l'oxyde de thorium par l'aluminium au four 
électrique. 

Les cristaux obtenus, séparés de raluminium par l'action de la potasse, présentent 
l'éclat métallique et la couleur de l'aluniiniiim. 

Ils brûlent dans le fluor et le chlore et sont attaqués par le brome et l'iode sans in- 
candescence. Inaltérables à l'air, ils s'oxydejit au rouge et brûlent avec un vif éclat. 
Ils sont attaqués par tous les acides minéraux; les solutions alcalines sont sans action 
sur eux, mais ils sont oxydés avec incandescence par la potasse, la soude et les carbo- 
nates alcalins en fusion. 

Analyse. — Une certaine quantité de ces cristaux est dissoute dans l'acide chlor- 
hydrique et le thorium précipité par l'acide oxalique est pesé à l'élat d'oxyde; l'alu- 
minium est précipité de la solution filtrée par l'ammoniaque après destruction de 
l'acide oxalique. Les résultats obtenus ont été les suivants : 



I. II. Théorie pour ThAP. 

Tl> 73,9 74,3 

AI 25,7 20,5 



74.1 
25,9 



La composition de cet alliage répond donc à la formule ThAl^ 

La présence de petites quantités de cet alliage dans le siliciure de thorium, dont il 



(') Comptes rendus, t. CXLII, p. 1D7. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 281 

esl impossible de le séparer par suite de la similitude de leurs propriétés, explique les 
chiffres un peu faibles trouvés dans les analyses pour le silicium. 

Conclusions. — En résumé, ainsi que je l'ai montré antérieurement, la 
réduction au four électrique de l'oxyde de thorium par le silicium, la com- 
binaison directe du siliciure et du thorium en présence de l'aluminium dans 
le vide à 1000° et enfin la réduction par l'aluminium d'un mélange de fluo- 
silicate de potassium et de fluorure double de thorium et de potassium per- 
mettent de préparer un siliciure de thorium cristallisé en lamelles quadra- 
tiques dont l'aspect rappelle le graphite très pur et dont la composition 
répond à la formule ThSi^. 

Dans des conditions analogues, la réduction de l'oxyde de thoriimi par 
l'aluminium au four électrique, la combinaison directe de l'aluminium et 
du thorium dans le vide, ainsi que la réduction par l'aluminium du fluorure 
double de potassium et de thorium permettent de préparer un alliage de 
thorium et d'aluminiure cristallisé en longues aiguilles prismatiques hexa- 
gonales, possédant la couleur et l'éclat métalliques de l'aluminium et dont 
la composition répond à la formule ThAP. 



CHIMIE MINÉRALE. — Recherches sur les combinaisons halogénées des 
borates de baryum et de strontium. Note de M. L. Ouviîard, pré- 
sentée par M. Ditle. 

Les borates de baryum et de strontium, pas plus d'ailleurs que ceux de 
calcium, ne donnent avec les halogènes de combinaisons analogues à celles 
que fournissent les métaux de la série magnésienne et dont la boracite 
naturelle est le type. 

Tous nos essais pour obtenir avec les alcalino-terreux des composés cor- 
resjjondant aux boracites ont échoué, mais par contre nous avons pu pré- 
parer des borates halogènes présentant une composition plus simple. 

Strontium. — Quand on soumet à la fusion, à l'abri de l'air et surtout de 
la vapeur d'eau, un mélange d'anhydride borique et de chlorure de stron- 
tium bien desséché, la masse soumise à un lent refroidissement laisse 
apparaître de fuies aiguilles que l'on sépare aisément par lavage à l'eau 
froide. Ces aiguilles sont peu altérables, même par l'eau chaude, et résistent 
à l'action de l'acitle acétique étendu. Elles agissent vivement sur la lumière 
polarisée et présentent des extinctions longitudinales. Elles répondent à la 

G. R., 190G, I" Semestre. (T. CXLII, N° 5.) 38 



282 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

formule 

5B^O»,3SrO,SrCP. 

T.'addition au mélange précérlent d'oxyde de slrontium, dans une pro- 
portion qui ne dépasse pas 1""°' pour 1"°' d'anhydride borique, donne 
encore le même produit, mais, le bain gagnant en fusibilité, les aiguilles se 
développent en prismes atteignant plusieurs millimètres de longueur. 

Mais si l'on vient à augmenter la quantité d'oxyde de strontium, on voit 
se former pendant le refroidissement de larges lamelles, beaucoup plus 
altérables que les cristaux précédents, que l'on ne peut dégager qu'en 
partie par l'eau froide et qui ne tardent pas à perdre leur trans|)arence et 
à changer d'aspect, avant que Ton ait pu, par des lavages suffisants, les 
débarrasser du chlorure de strontium qui les imprègne. 

On peut, il est vrai, remplacer l'eau par l'alcool qui ne les altère pas, mais, étant 
donnée la faible solubilité cUi chlorure de strontium dans ce dissolvant, l'opération se 
prolonge au delà de toute mesure. Un aiUre moyen plus pratique nous a réussi. La 
masse à désagréger est suspendue dans un vase plein d'eau, à l'abri de l'air pour éviter 
l'action de l'acide carbonique, et le fond du vase est recouvert d'une couche suffisam- 
ment épaisse d'un liquide plus dense que l'eau et n'exerçant aucune action sur le com- 
posé formé, comme par exemple la glycérine. Les cristaux se désagrègent, tombent au 
fond du vase et sont soustraits par la glycérine à l'action hydratante du dissolvant. 

Il suffit ensuite de recueillir les cristaux, de les laver rapidement à l'eau froide pour 
les débarrasser de la glycérine et des dernières traces de chlorure et de les sécher à 
l'abri de l'air. 

Ce procédé simple et rapide nous a permis d'isoler, sans altération no- 
table, des lamelles du borate B^O', SrO. Elles sont altérables par l'eau et 
très solubles même dans l'acide acétique dilué. Si l'on n'a pas le soin de 
soustraire ces lamelles à l'action de l'eau dans le tentips nécessaire à leur 
séparation, on voit leur aspect changer ra|)idement et en quelques heures 
leur masse se transforme en prismes volumineux, transparents, se ternis- 
sant à l'air et qui sont constitués par un borate hydraté 

B=0',SrO,2H=0. 

En portant la dose d'oxyde de strontium à 3'"°', ou isole, au moyen de 
la glycérine, le sel B-0',2SrO en assez beaux prismes, très solubles dans 
les acides. E'eau, à leur contact, devient alcaline en se chargeant d'hy- 
drate de strontiane et les transforme en cristaux d'un nouvel hydrate : 

B^O%SrO,4H=0. 



SÉANCE DU 2g JANVIER 1906. 283 

En remplaçant dans les essais précédents le chlorure de strontium par le 
bromure, on obtient des résultats tout à fait comparables, c'est-à-dire la 
production, suivant les proportions d'oxvde, des composes : 

5B=0%3SrO, SrBr^ et B=0%SrO ou B-0%2SrO, 

les deux derniers se transformant sous l'action de l'eau en hydrates, 
comme nous venons de le voir précédemment. 

L'iodure de strontium, chauffé à l'abri de l'air avec les précautions néces- 
saires pour limiter le plus possible sa décomposition, ne nous a fourni 
aucun composé iodé. Nous avons eu seidement les sels mono et bistron- 
tiques. 

Baryum. — Le baryum nous a donné des produits analogues à ceux du 
strontium, à cela près qu'ils cristallisent moins facilement et semblent plus 
altérables. 

Avec le chlorure de baryum nous avons obtenu 5B^0', 3BaO, BaCl^, en belles 
aiguille?, inaltérables par l'eau et solubles dans les acides. 

En faisant varier les proportions, on peut séparer au moyen de la glycérine les sels 
B-0',BaO et W-O^.i^aO, que l'eau transforme en hydrates B-O^BaO,2H-0 et 
B20^BaO,4H-0. 

Le brome a donné de même 5B-0', 3BaO, BaBr'^, et les borates mono et bibasiques. 

Enfin, avec l'iodure de baryum, nous n'avons eu aucun composé iodé. 

En résumé, les borates de baryum et de strontium semblent entrer en 
combinaison avec le chlore et le brome moins facilement que les sels 
correspondants de calcium, puisque nous n'avons pu obtenir avec chacun 
d'eux qu'un seul composé halogène. 

Quant aux iodures alcalino-terreux, leur peu de stabilité semble leur 
interdire d'entrer en combinaison avec les borates de ces mêmes métaux, 
du inoins dans les conditions de nos expériences. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les alcools a- et ^-campholy tiques. 
Note de M. G. Blaxc, présentée par M. A. Haller. 

Le présent travail complète les données que j'ai fournies il y a plusieurs 
années sur la réduction de l'éther ^-campholytique (isolauronoiique) dans 
diverses conditions ('). 

(') Thèse de Doctorat, Paris, 1899. 



284 ACADÉMIE DES SCIENCES, 

i" Alcool i^j-campholytiq Lie : 



CH^^ ^C-CH» 



CH^ 



— cir-on. 

Cet alcool ne se forme que dans la réduction de l'éther par le sodium en 
milieux aqueux comme je l'ai déjà annoncé. Dans ces conditions, bien que 
la double liaison soit en o-P par rapport au groupe CO-C-H% elle n'est pas 
sensiblement hydrogénée. Je confirme le point d'ébullition 197" donné 
pour cet alcool. 

2" Alcool ^-dihydrocampholy tique. — Celui-ci s'obtient par réduction de 
l'éther par le sodium et l'alcool avec un rendement d'environ 60 pour 100. 
L'acide, régénérer de la solution sodique, est constitué intégralement par 
l'acide dihydro-p-camphol} tique. Dans ce cas, la double liaison a subi la 
réduction à laquelle on devait s'attendre en vertu de sa position par rapport 
au carboxéthvle. 

On obtient encore l'idcool dihydro-p-campholytique par la réduction de 
l'amide. Le rendement est beaucoup moins avantageux (20 à 20 pour 100). 
Ij'amide non réduite se retrouve à l'état d'amide dihydro-(î-campholytique 
fusible à 165° et dans la solution sodique on trouve également une très 
petite quantité d'acide dihydro-^-campholytique. 

L'alcool dihydro-p-campliolytique est un liquide légèrement visqueux, incolore, 
bouillant à 198° : 

«„ (à 2r°, 5) = 1 ,4641, DJ, 5=r o,9o56. 

On en déduit pour valeur de la réfraction moléculaire le nombre 43,25. Calculé 42,95. 

Le pyruvate C^H'''. CH^O.GO.COCH* est un liquide mobile, d'odeur pénétrante 
et peu agréable, bouillant à i4o''-i42° (H = 17"""). Sa semicarbazone cristallise fort 
bien dans l'alcool et fond nettement à iSS". 

Le clilorure C*H'^.CH'-CI s'obtient avec un rendement médiocre par l'action à froid 
du pentaclilorure de phosphore sur l'alcool. 11 bouta 175°. Dans aucune condition il 
n'a pu fournir de dérivé magnésien, dont l'oblention, pour des travaux de synthèse par- 
tielle, était le principal but de cette étude. 

3" Alcool v.-campJiolyti que : 

CH^x^/CII' 
C 
CH^OH.CH 



CH- 



C - CH^ 
CH 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 285 

Cet alcool s'obtient, soit par réduction de l'éther, soit par réduction de 
l'amide par le sodium et l'alcool. Le premier procédé est de beaucoup pré- 
férable. Dans les deux cas la double liaison reste intacte, ainsi que le pré- 
voit la théorie. L'alcool a-campholytique est un liquide visqueux bouillant 
à 200" : 

«^(à 23°)= 1,4762, 

DÔ3 = 0.9273. 

D'où R,„= 42,60. Calcule 4^,55. 

Son ])yruvate C*H"CH^. O.CO.CO. CH'' ressemble au précédent; il 
bout à i43°-i44° (H = 17™™). Sa semicarbazone, caractéristique comme 
celle du pyruvate précédent, fond nettement à i37°. 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Influence de la réaction du milieu sur l'activité des 
diastases. Note de M. A. Ferjvbach, présentée par M. Ij. Maquenne. 

La Note présentée récemment à l'Académie par MM. L. Maquenne et 
E. ^oux (^Comptes rendus, t. CXLII, p. 124) m'amène à rappeler que j'ai 
signalé à plusieurs reprises l'influence capitale de la réaction du milieu sur 
l'activité des diastases ('), et à insister particulièrement sur ceux de mes 
travaux relatifs à la sacchariflcation de l'amidon qui semblent le moins 
connus. 

Dès 1896 {Joiirii. of the fed. Inst. of Bren'ing, mars i8g6), j'avais attiré l'atten- 
tion sur l'emploi de l'hélianthine comme moyen d'étudier la réaction de l'extrait de 
malt et montré que cet extrait, acide à la phtaléine, alcalin à l'hélianthine, se com- 
porte vis-à-vis de ces réactifs comme le ferait un mélange de phosphate primaire et 
de phosphate secondaire de potasse. 

Revenant sur cette question en 1899 { inn. de la Brasserie et de la Distillerie, 
5 septembre, 10 et 25 octobre 1899), je montre l'influence considérable de la réaction 
à l'hélianthine dans la saccharilication par l'extrait de malt. Comme viennent de le 
faire MM. Maquenne et Roux, j'avais constaté dans ces recherches que, lorsqu'on fait 
agir de l'extrait de malt sur de l'amidon, la réaction naturelle est loin d'être la plus 
favorable et que c'est en modifiant l'alcalinité à l'hélianthine par addition d'acide qu'on 
arrive à activer la transformation. 

Mais, tandis que MM. Maquenne et Roux ont eu pour but principal la 
production de la vitesse maxima pour des empois de diverses origines et 

(') Voir ma Thèse de doctorat, Recherches sur la siicrase, 1890. 



4 



286 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ont fait agir un grand excès d'un même extrait de malt sur une quantité 
d'amidon faible, je m'étais surtout attaché à étudier la vitesse de la réaction 
d'une très petite quantité d'amylase sur un excès d'amidon, dans des con- 
ditions qui ne m'ont pas permis d'observer le fait capital, mis en lumière 
par MM. Maquenne et Roux, d'une augmentation considérable dans la 
proportion de maltose produit. 

Cette grande différence des conditions d'expérimentation explique peut- 
être pourquoi nous n'arrivons pas exactement au même résultat pour le 
point auquel nous fixons la réaction optima; en effet, tandis que j'avais 
indiqué pour cette réaction la neutralité exacte à l'héliaitlhine, MM. Ma- 
quenne et Roux montrent qu'en employant beaucoup d'extrait de malt 
une réaction franchement alcaline est la plus favorable. 

L'observation de l'influence favorisante exercée par l'addition d'un acide 
sur la marche de la saccharification par l'extrait de malt est due à Kjeldahl, 
qui a indiqué l'existence d'une dose d'acide optima; mais je crois avoir le % 

premier fourni l'explication de l'existence de cet optimum en montrant f 

qu'il correspond presque exclusivement à la transformation par l'acide de 
phos])hates secondaires gênants en phosphates primaires favorisants. En 
l'absence de ces sels, la moindre trace d'acide ou d'alcali devient gênante. 

L'intérêt du rôle capital joué par la réaction vis-à-vis de l'hélianthine, 
c'est qu'il se présente avec un certain caractère de généralité. En effet, il 
n'est pas limité à la saccharification de l'amidon par l'amylase. Je l'ai signalé 
en 1900 avec M. L. Hubert {Comptes rendus, t. CXXX, p. 1783 et t. CXXXI,' 
p. 293) dans l'action de la diastase protéolvtique du malt; là aussi, comme 
d'autres l'ont vérifié après nous ('), c'est la neutralité à l'hélianthine, 
correspondant à la transformation intégrale des phosphates secondaires en 
phosphates primaires, qui représente la réaction optima. 

J'ajouterai enfin que, ces notions nous étant devenues depuis longtemps 
familières, nous n'avons eu garde, M. Wolf et moi, dans nos recherches 
sur la coagulation de l'amidon par l'amylocoagulase, d'omettre l'étude de 
l'influence de la réaction à l'hélianthine et que nous avons également 
constaté qu'elle joue là encore un rôle des plus importants. 

(') ^'oi^ Fr. Wkis, Compte rendu du laboratoire de Carslberg, 1908, t. V, 3= livr. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 287 



PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Épreuve générale sur la nutrition ainidéc des 
plantes vertes en inanition de gaz carbonique. Note de M. Jules Lefêvre, 
présentée par M. Gaston Bonnier. 

Dans une série de Communications récentes, j'ai mis en évidence la 
croissance des phanérogames vertes à l'abri deCO%ensol amidé a dose non 
toxique ('); puis j'ai prouvé la réelle inanition des plantes en gaz car- 
bonique sous l'influence de la baryte (-), l'inutilisation de ce gaz parles 
racines ('), l'augmentation de poids sec qui pro:ive la synthèse des amides 
par la plante verte (*), enfin l'arrêt de la croissance et de l'augmentation 
du poids sec, c'est-à-dire de la synthèse amidée, à l'obscurité (^). 

Il convenait dès lors de grouper et de synthétiser tous ces importants 
résultats dans une même expérience qui fût, en quelque sorte, le schéma 
décisif et l'expression frappante de ce nouveau Chapitre de la Physiologie 
végétale. C'est ce que je viens de tenter et de réussir dans une épreuve 
générale effectuée pendant le mois de décembre rgoS et la première moitié 
de janvier 1906. 

L'étude nouvelle que je présente a été réalisée sur la Capucine naine 
{Tropœolum majus, var. nanum). 

Trois pots de culture A, B, C sont préparés. Ils ont été stérilisés par un séjour pro- 
longé dans le four à 4oo°. Chaque pot reçoit 700s de sable siliceux de mer, lavé aux 
acides, puis à l'eau distillée et calciné au fourneau à moufle. Dans les terres de A et B 
on ajoute o5,9 d'amides, à savoir : tyrosine os,o6; oxamide ok,o6; giycocolle ok, 87 ; 
alanine 0^,37; leucine os, o4. Enfin, chacune des terres A, B, C, détrempée à l'eau 
distillée bouillie, est minéralisée par la formule de Detmer (oS,86 par pot). Au total 
A et B sont amidées ; G ne l'est pas. 

D'autre part on a fait quatre lots de graines de même poids, aussi identiques que 
possible. 

Les trois premiers lots servent à ensemencer A, B, C. Le quatrième servira de 
témoin de pesées 'a la fin do l'expérience. 

Les trois pots de culture ensemencés sont aussitôt mis sous cloche en présence de 



(') J. Lefèvre, Comptes rendus, 17 juillet igoS. 
(-) J. LicFÈviiE, Comptes rendus, 16 octobre 1900. 
(■') J. Lefèvre, Comptes rendus. 16 octobre igoS. 
(*) J. Lefèvre, Comptes rendus, 20 novembre 1900. 
(■'') J. Lefèviie, Comptes rendus, 11 décembre hjoS. 



288 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

la baryte ('). Cloches, cristallisoirs, plaques de verre ont été préalablement lavés au 
sublimé. Pendant toute la durée de l'expérience (6 semaines) il n'y aura pas trace de 
moisissure. 

Au neuvième jour, les germes sortent de terre à la fois dans les trois pots. On 
commence l'alimentation des cloches en oxygène et l'on suit la marche de la végéta- 
lion, les mesures de taille se faisant sur l'échelle annexée à chaque cloche. Voici ce 
qu'on observe : 

A et B (amidés) suivent un développement normal; au contraire, au bout de 
quelques jours, le loi C (non amidc) ralentit sa marche : la plupart des plantes restent 
naines, quelques-unes seulement s'allongent en filaments grêles avec feuilles minus- 
cules (-). 

D'ailleurs, au li/i^'/^wr/i/vè/He jour (c'est-à-dire après i5 jours sous cloche) les trois 
lots présentent les caractères suivants : 

A, plajites robustes, bien proportionnées; taille lo''"'; chacune a 5 à 6 belles feuilles, 
larges et bien vertes; 

B, id., taille g'™ à lo'""'; 5 belles feuilles par pied; 

C, plantes grêles, naines ou mal proportionnées; ■j,""' à 8'""'; sur chaque pied a feuilles 
naines. 

On met alors B à l'obscurité; A et C restant à la lumière. 

Au bout de i6 jours (c'est-à-dire au quarantième jour de l'expérience totale) : 
A (amidé, à la lumière) mesure i5'™ et possède 8 belles feuilles; 
B (amidé, à l'obscurité) a refusé de grandir et commence à se flétrir; 
C (sans amides, lumière) a allongé quelques tiges grêles, sans augmenter ni le nombre 

ni la taille de ses feuilles. 

On arrête l'expérience. Les lots de plantules A, B, C, sont sortis de terre, toutes les 
racines et les graines avec leurs téguments étant soigneusement conservées. On les met 
à l'étuve sèche à ,5o° pendant 6 jours en même temps que le lot de graines témoin 
réservé depuis le début de l'exi^érience (lot D). 

Ces quatre lots, pesés au milligramme, donjient les chiflres suis'anls (') : 

Poids secs de 5 graines ou de 3 plantules avec leur graine. 

Lot témoin D o, Sac Poids initial. 

Lot C (sans amides, lumière) 0,370 Perte de poids. 

Lot B (amidé, obscurité) o,33o Poids stalionnaire. 

Lot A (amidé, lumière) o,3go Augmentation de poids. 



Il- 



i 



t. 



C) En raison de l'abondance de ces graines en albumen, les plantules n'exigent pas 
de phase de développement à l'air libre. 

(-) Il apparaît ainsi que, pendant la phase même de nutrition par un albumen riche, 
la planlule ne peut se passer entièrement dune source extérieure de carbone. Ici 
les amides du sol suffisent, pendant cette phase, pour permettre le développement de 
feuilles normales. 

(') Notons que ces poids contiennent le poids wo/'i très important des enveloppes et 
des résidus de la graine. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 28g 

Cet ensemble de faits et de résultats conduit, sans équivoque, aux im- 
portantes conclusions suivantes : 

1°. Privées d'amides et de ^az carbonique (lot C) les plantides perdent une 
notable proportion de leur poids //Zî7/a/ (poids des graines). Cette perte est celle 
de la respiration. 

2° Absorbé par la baryte, le CO"- de la respiration échappe à Passinidation 
chlorophyllienne ; la baryte tient donc bien les plantes en inanition 
deCO-(V). 

3° Pendant ce temps, en sol amidé et à la lumière (lot A), malgré l'ina- 
nition de CO' , les plantules se développent , augnientent leur poids sec,font une 
importante synthèse de principes immédiats aux dépens des amides du sol. 

La recette nette apparaît ici égale à o^Sgo — 0^,320 = 0*^,07. Mais la 
recette qui nous intéresse ici, c'est la recette briUe aux dépens des amides, 
qui s'obtient en ajoutant à la précédente la perte respiratoire. Celte recette 
brute atteint et dépasse même 0^,390 — o*-',27o ou 0^,120 (-). 

4° Au contraire, bien que développées encore en sol amidé. mais mises à /'obs- 
curité après quelques jours de lumière, les plantules n'augmentent ni leur taille 
ni leur poids sec ('). La synthèse des amides exige donc la lumière et apparaît 
ainsi comme un travail chlorophyllien. 



PATHOLOGIE VÉGÉTALE. — Nouveau Champignon parasite, Trematovalsa 
Matruchoti, causant le chancre du Tilleul. Note de M. IVicolas Jacobesco, 
présentée par M. Gaston Bonnier. 

Le Tilleul argenté (Tilia argentea) des forêts de la plaine de Valachie 
est actuellement ravagé par un redoutable Champignon parasite qui, à ma 

(') Nous avons déjà vu {Comptes rendus, 16 octobre i9o5) que celte efficacité de 
la baryte s'affirme encore alors même que la terre dégage une certaine quantité de gaz 
carbonique. 

(^) La recette dépasse os,i2o, parce que la perte respiratoire du lot A dépasse cer- 
tainement la perte respiratoire du lot témoin C qui est resté chétif. 

(') Elles ont cependant conservé et même légèrement augmenté leur poids initial, 
en d'autres termes la perle respiratoire a été compensée parles recettes faites pendant 
la phase d'exposition à la lumière. Des épreuves antérieures {Comptes rendus. 11 dé- 
cembre 1905) nous ont déjà montré d'ailleur? que, pendant l'obscurité même, le bilan 
du poids sec se chiffre non par un gain, mais pai' une perte légère. 

C. B., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N» 5.) 39 



290 ACADEMIE DES SCIENCES. 

connaissance, n'a pas encore élé signalé et décrit, et dont je poursuis 
l'étude depuis plus de deux années. 

Ce parasite est un Ascomycète du groupe des Sphœriacées; comme il 
présente des caractères intermédiaires entre les Treinatosphœria et les 
Pseudovalsa, je suis amené à en taire le type d'un genre nouveau Tremato- 
vaUa, et je donne à l'espèce qui fait l'objet de cette étude le nom de Tre- 
matovalsa Matruchoti. 



i 



I 



Sur le tronc des arbres qui n'ont pas encore leur rliytidome, ainsi que sur les 
grosses branches, apiiaraissenl d'abord de petites fentes longitudinales, en forme de v 

boutonnière, noires en leur milieu. La fenle s'élarf;it de plus en plus et d'autres appa- 5 

raissent à côté d'elles; ensuite, comme le bois s'Iiypeitrophie, l'écorce crève perpendi- X 

culairement à la direction des fentes et le chancre prend naissance. 

Situé d'abord d'un seul côté du tronc, à la lin il devient circulaiie; à cet étal, toute 
la surface du chajicre est recouverte de tissus nécrosés noirs. Puis la nécrose de 
l'écorce gagne le bois, progressant de la périphérie vers le centre: il en résulte qu'au 
point attaqué l'arbre offre de moins en moins de résistance aux chocs ou à l'action du 
vent, et qu'il s'abat à la moindre poussée. La section du tronc à l'endroit du chancre 
ressemble beaucoup à celle du chêne mort à la suite de l'attaque de V Aglaospoia ^>, 

taleola. -^i 

Le parasite s'introduit aussi par les branches brisées ou coupées dans le.s élagages et r 

provoque l'hypertrophie du bois du tronc à l'endroit de la blessure. L'emplacement de 
celle-ci se creuse en entonnoir, et le tissu de néoformation de l'écorce limite un 
chancre qui va se creusant et s'élargissant de plus en plus. 

Dans les petites tentes et surtout dans les chancres, on obsei've un abon- 
dant mycélium jaune de miel. Ce mycélium donne naissance à diverses 
formes imparfaites de reproduction, mais aussi, au printemps, stirlout sur 
les bords des chancres âgés, à des groupes de pustules noires, qui sont le 
slroina à périthèces. 

il y a des périthèces profonds, de forme irrégulière, terminés pai' un long col cylin- 
drique qui ne fait pas saillie au-dessus du tissu attaqué ; mais ils peuvent devenir super- 
ficiels et sont alors de forme plus ou moins globuleuse, à col très court en forme de 
papille ou mamelon, ou même dépourvus de col. L'ostiole, ronde, est creusée en enton- 
noir. La paroi, noire, charbonneuse, d'épaisseur inégale, peut dans les périthèces pro- 
fonds devenir membraneuse et d'un brun très clair ou même man(|uer totalement à la 
partie inférieure. 

Les périthèces sont tantôt isolés et alignés l'un à côté de l'autre, ayant l'aspect de 
niches s'ils sont profonds, de petites poires s'ils sont superficiels, tantôt réunis plusieurs 
ensemble, au moins à la base, par un stroma charbonneux très réduit, tantôt enfin 
complètement soudés, à cavités conlluentes mais à cols séparés. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 291 

Les asques sont cylindriques, à double contour, accompagnés de paraphyses; ils 
renferment huit spores fusiformes, d'un brun olivâtre ou jauiuUre, divisées transver- 
salement en quatre cellules contenant chacune une grosse goutte d'huile. 

A ces caractères de genre, il convient de joindre les caractères suivants 
de l'espèce T. Matrucholi : 

Les périthèces formés dans les crevasses du tissu hospitalier nécrosé en épousent le 
contour irrégulier, et présentent souvent un col aussi long que le ventre, parfois oblique 
par rapport à celui-ci. Les périthèces superficiels sont plus ou moins en forme de poire 
ou, sur la section longitudinale, en losange. Les dimensions du périthèce sans col sont : 
hauteur goi^-Sîo!^, largeur 8o!^-23oS^; épaisseur de la paroi carbonacée 10!^ en moj'enne. 
Les asques, formés sur tout le pourtour de la paroi et confluant vers le centre de la 
cavité, ont 6.5i^-8oi^ sur 6f-. Les paraphyses sont fdiformes, de longueur égale ou supé- 
rieure à celle des asques. 

Les spores ont i!\^~\&V-. 

Sur les mêmes arbres, à la surface des tissus de néoformation des 
chancres et dans leur voisinage, après la disparition des périthèces, j'ai 
observé la forme spermagoniale (/'Ao/zirt Ti/iœ)et, à la surface de l'épiderrne 
des branches mortes portant des chancres, la forme à py cnides (Cy/ospora 
Tiliœ) formant de petites pustules ponctiforuies brunes. 

Par la structure du périthèce et des spores et aussi par l'existence de péri- 
thèces réunis plusieurs ensemble par un stroma noir, le genre nouveau 
Trematovalsa ressemble aux Pseudovalsa à spores sans appendices ('). 

Par la présence des pycnides, le Champignon ressemble aux Valsées et 
au genre Vaharia des Mélanconidées. 

Enfin, par la variété des périthèces sans stroma et surtout par le carac- 
tère qu'ils ont de devenir, de profonds, superficiels, il se rapproche beau- 
coup du genre Trematosphœria . Ainsi, par la forme des asques et des spores 
et aussi par l'arrangement de ces dernières dans l'asque, le Trematovalsa 
Matrucholi ressemble au Trematosphœria pertiisa Fuck. 

Il pourrait donc être regardé comme une forme de transition entre trois 
familles du groupe des Sj)haeriacées : les Mélanconidées, les Valsées et les 
Amphisphteriacées. 



(') A la vérité, je n'ai pas encore observé la forme Mélanconiée qui caractérise ce 
genre; cependant, sur le bord d'un chancre à périthèces, sous le périderme de l'écorce, 
j'ai vu se former un réceptacle qui n'a pas encore produit de spores, mais qui est plein 
d'un stroma blanc olivâtre très fin, dense, à fond noir. J'ignore encore si c'est un début 
de forme Mélanconiée. 



292 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ZOOLOGIE. — Les coupures génériques de la famille des Bradvpodidap 
(le genre Hemibradypus «or. g.). Note de M. R. Axthoxy, présentée 
par M. Edmond Perrier. 

On divise actuellement la famille des Bradypodidœ ou Paresseux en deux 
genres caractérisés ainsi : 

Choloepits lllig. : Extrémités antérieures munies de deux grifl'es; extrémités posté- 
rieures munies de trois grides. Molaires antérieures de grande taille, isolées par un 
diastème, avant la forme de canines. Perforation sus-épitiocliléenne à Pliuméius. 

Bradvpus Linné : Extrémités antérieures et postérieures munies de trois griflfes; 
molaires toutes semblables, les antérieures plus petites. Pas de perforation sus-épitro- 
cliléenne à l'humérus. 

En 1849, Gnry [A'b/fio«/^e genui Bradvpus Linnaeus (/'/•ocpe</. zool. Sor.)] 
constitua aux dépens du genre Bradvpus Linné un troisième genre de Bra- 
dypodidœ, le genre Arctopi/hecus Gray, qu'il différencia par ses ptérygoïdes 
compacts et comprimés des genres Cholœpus lUig. et Bradvpus Linné dont 
les ptérygoïdes sont renflés et vésiculaires. A ce genre, Grav rapporta la 
presque totalité des Paresseux à trois doigts limitant à deux espèces (qui 
très vraisemblablement rentrent toutes deux dans le Bradvpus torquatus 
Illig.) le genre Bradypus I^inné. La subdivision du genre liradvpus hinné 
proposée par Gray n'est plus admise aujourd'hui (Flowek et Lyddekker, 
Mammals living and extinct ; London, 1891. — Trouessart, Catalogus 
mammalium, etc.) et l'on s'en tient aux deux seuls genres énoncés au début. 

Ayant entrepris depuis 1902 des recherches sur les Édentés, j'ai eu l'oc- 
casion d'étudier un jeune Paresseux à 3 doigts que m'avait confié mon 
maître Marey et qui faisait partie de la petite réserve de matériaux destinés 
aux études anatomiques que possédait son laboratoire. Je n'ai jamais pu 
savoir sa provenance exacte. Cet animal était de sexe mâle; il mesurait, en 
extension maximum, du trou auditif à la terminaison du coccyx, i^S™". Ses 
caractères principaux étaient les suivants : i" fourrure composée de poils 
très longs, surtout dans la région dorsale, d'une couleur jaune brun à peu 
près uniforme; 1° ptérygoïdes renflés et vésiculaires; 3" perforation sus- 
epilrochléenne de l'humérus livrant passage à un nerf et à des vaisseaux; 
4° réduction très marquée du doigt /|. Un squelette de jeune Paresseux à 
3 doigts, à peu près de même taille, monté aux galeries d'Anatoraie com- 
parée du Muséum, étiqueté Bradypus tridactylus Linné (A.3i l'j), présente 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 29^ 

ces mêmes caractères qu'on ne retrouve pas chez les autres Paresseux à 
3 doigts, de même âge ou même paraissant plus jeunes. 

Le fait que la subdivision du genve liradypus par(iray n'esl basée que 
sur un détail anatomique du crâne (ptérygoïdes) l'a fait rejeler par la 
presque unanimité des auteurs. On peut en outre reprocher à Gray le choix 
des noms qu'il donne aux genres qu'il a établis; il semble en effet évident 
que ranimai décrit par Linné sous le nom de Bradypus tridaclylus (Systeina 
Naturel', 12* étlit., 1766, p. 5o-5i) était bien nettement ce que Gray a 
appelé Arctopilhecus. On ne voit pas le motif qui a pu lui faire changer la 
dénomination tlonnée par Linné surtout pour !a remplacer par celle iV Arc- 
lopithecus employée la première fois par Gesner (Jcon. Anim. Quadr., 1 jGo; 
qui croyait avoir affaire ;i un singe et n'a donné d'ailleurs sm- le Paresseux 
à 3 doigts aucun détail précis. 




_ j 



iMembre antérieur droit à'Meiiiihradypus nov. gen. 
L'humérus m. mire sa perforation sus-épitrocliléenne. La deuxième phalange du doigt 4 montre sa 

réduction de diamètre. 

Les coupures génériques que nous proposons pour la famille des Brady- 
podidœ sont les suivantes : 

1" CJiolœptis lllig. Exlrémités antérieures munies de 2 grilïes; ex.lrémités posté- 
rieures munies de 3 grilTes. Molaires antérieures de grande taille, isolées par un dias- 
tème, ayant la forme de canines. Ptérygoïdes renflés et vésiculaires. Perforation 
sus-épilrochléenne à l'humérus. Fourrure longue de couleur foncée sans tache de feu 
entre les épaules. 



Cet être pleuronecle présente, à rextrémité antérieure de son bord ventral, une pe- 
tite dépression proslomienne, à l.Kiuelle aboutissent les séries longitudinales de cils, et 



I' 



I 



294 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

2° Hemibvadypns nov. gen. : Extrémités antérieures et postérieures munies de 
3 grifTes. Molaires toutes semblables, les antérieures petites. Ptérvgoïdes renflés et vé- 
siculaires. Perforation sus-épiliocliléenne à riiumérus. Réduction très marquée du 
doigt 4. Fourrure longue de couleur assez foncée, sans tache de feu entre les deux 
épaules (vovez ligure). 

A ce genre doit être identifié, à mon avis, le genre Bradypiis, établi par 
Gray d'après les setils caractères crâniens. Le Muséum d'Histoire naturelle 
de Paris ne possédant pasde squelette de Bradypiis torqualus lUig., la seule 
espèce constituant vraisemblablement ce genre, et aucune figuration n'en 
existant, à mon su du moins, l'identification absolument certaine ne peut 
être faite. La question ne sera définitivement tranchée que lorsqu'on con- 
naîtra le squelette du membre anlérieur du Bradypus lorquatusWW^. (Il 
n'est pas tenu compte du genre Scaeopus Peters, insuffisamment caracté- 
risé). 

3° Bradypus Linné : Extrémités antérieures et postérieures munies de 3 grifl'es. 
Molaires toutes semblables, les antérieures petites. Ptérygoïdes comprimés et compacts. 
Pas de perforation sus-épitrocliléenne. Les trois doigts sensiblement égaux. Fourrure è 

plus courte, d'un ton pins clair, présentant souvent (au moins chez le niàle, d'après a 

Gray) une tache de feu à poils courts entre les deux épaules. f 

Il répond à V Arctopùhecus de Gray. 

Par l'ensemble de ses caractères, le genre Hernibradypus nov. gen. fait, I 

ainsi que j'ai voulu l'indiquer en le nommant, le passage très net du Cho- >" 

lœpus lllig. au Bradypus Linné. 1-1 



ZOOLOGIE. — Contribution à la morphologie générale des Protozoaires supé- 
rieurs. Note de MM. J. Kunstler et Ch. Gineste, présentée par 
M. Alfred Giard. 

La famille des Opalinides a été créée, en 1867, par Stein, aux dépens de 
remarquables Infiisoires holotriches, dépourvus de bouche, de tube phiiryn- 
gien et d'anus. Le genre Opalina Purkinje et Valentin (i835), type de cette 
famille, est constitué par onze espèces diverses. 

VOpalina dimidiata Stein se dérobe au critérium familial ; il possède une 
constitution en désaccord avec la caractéristique rappelée jjIus haut. 



SÉANCE DU 29 .lAWIER 1906. 205 

qui peut être plus ou moins hermétiquement fermée par contraction. A cette fente 
externe fait suite un tube œsophagien, dont hi paroi est d'une extrême niinceui-, et qui 
se dirige vers l'axe du corps pour s'enrouler rapidement en spirale. Vu la délicatesse 
de cet appareil, il est fort difficile de le bien voir. En avant de la fente buccale et, par 
conséquent, plus près de rextrémité rostralr antérieure, mais en contact avec elle, 
existe une dépression cupulaire, au fond de lni(nelle s'insère un certain nombre de très 
longs cils, d'aspect flagelliforme, caractérislicpies de la région antérieure de l'Opaline, 
En un point du fond de la cupule se voit fri'Hpu'mment l'origine d'un conduit membra- 
neux et délicat qui semble aller en se ramillanl dans le corps et dont le rôle est, sans 
doute, excréteur. Enfin, à la base de cette tlépression et avec une giande constance, se 
voit un corpuscule très cluornopliile qui semble être traversé en partie par l'œsophage 
et en autre partie par l'origine du conduit ramifié. A l'extrémité postérieure du corps 
se voient souvent des sortes de papilles plus on moins saillantes ou rétractées, parais- 
sant servir à la fixation et au milieu desquelles se trouve un orifice anal d'où part un 
court conduit rectal. 

L'ensemble de ces faits, s'appliquant à une Opaline, ne saurait manquer 
de présenter un sérieux intérêt qui s'augmente encore de la constatation 
que les dispositions signalées ici corroborent d'une manière caractéristique 
certaines données de morphologie générale que l'un de nous a établiesautre 
part. 

Pour certains Flagellés (Cryp^o^ona^, Trichomonas, etc.), l'on sait qu'à 
l'extrémité antérieure du corps se trouve une cupule flageliifére recevant 
le conduit évacuateur de la vésicule contractile sur laquelle se trouve même 
souvent un point oculiforme. Au-dessous de cette cupule, une fente buc- 
cale donne entrée dans une poche ou un tube œsophagien. Enfin, de la 
poche part un tractus fibreux aboutissant à l'extrémité postérieure du corps, 
sur la véritable nature duquel nous avons été longtemps hésitants. Dès 
1889, l'un d'entre nous a vu ce faisceau se décomposer en fibres allant 
s'insérer vers les lèvres de l'échancrure buccale ('). Récemment, nous 
avons découvert, chez le Balantidium cntozoon (-), un tractus analogue, 
dont le rôle nous paraît, du reste, ressortir d'une petite expérience facile 
à faire ('). 

(') lUdlelin scienlljique delà Fiance cl de la Belgique, iSSi), PI, VIII, fig. 5. 

(-) Simple remarque sur la constitution du Balentidium enlozoon {Comptes ren- 
dus Soc. biol., igoS). 

(') En essayant des colorations \itales, nous avons bien vu les individus observés, 
arrivant au contact de la matière colorante, rétracter violemment leur poche prébuc- 
cale et la vider par un véritable tourbillon projeté en avant. Il parait probable que la 
contraction brusque de ce réseau fibreux a amené cet elTet. 



296 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

D'après ce qui précède, non seulement certains Flagellés et Ciliés offrent 
une constitution fondamentale plus ou moins analogue, mais encore les 
connexions réciproques des diverses parties semblables ne paraissent pas 
varier d'une façon très considérable. Un trait d'union nouveau et indé- 
niable est ainsi établi entre deux grands groupes de Protozoaires qui pa- 
raissaient séparés par une lacune difficile à franchir. Les Flagellés et les 
Ciliés sons uuis par les liens d'une étroite parenté. Nul doute qu'ils ne 
dérivent d'une souche commune qu'il ne nous paraît pas impossible de 
reconstituer d'une façon approchée. Ces importantes considérations trou- 
veront le développement qui leur convient dans un prochain Mémoire 
consacré à la morphologie des êtres inférieurs. 



ZOOLOGIE . — Sur l'anatomie et l'histologie des Ixodes. Note de M. A. Bonnet, 
présentée par M. Alfred Giard. 

Cette Note se rapporte à l'étude de l'œil et des glandes venimeuses des 
Ixodidœ ainsi qu'à celle de certains organes particuliers de ces Acariens 
dont la signification n'a pas encore été établie jusqu'à maintenant. 

I. Aire poreuse. — On sait qu'à la face dorsale, vers la base du rostre, on 
trouve chez les femelles des Ixodidœ deux dépressions finement ponctuées 
appelées aires poreuses . Les auteurs se sont contentés de les signaler sans en 
indiquer la nature exacte; je crois pouvoir conclure de mes observations 
que ces deux fossettes représentent un organe sensoriel. 

Sur les coupes l'aire poreuse se montre constituée par une série d'ouvertures ou 
pores qui traversent la chitine de part en part et dont l'ensemble rappelle exactement 
l'aspect d'une passoire. Au-dessous de chaque ouverture se trouve une cellule nerveuse 
ovoïde avec un noyau central. Les cellules nerveuses se terminent du côté dorsal par 
un court prolongement eu forme de i)àlonnet (|ui s'engage dans les ouvertures de l'aire 
poreuse. Par leur autre extrémité elles se rattachent à un faisceau de fibrilles ner- 
veuses qui vient s'étaler largement en forme d'éventail à la face inférieure de l'organe. 

Le nerf peut se suivre assez facilement sur des coupes en série jusqu'à la région 
laléro-antérieure du cerveau, où se trouve son point d'origine. 

En raison de sa structure, il ne paraît pas douteux que l'aire poreuse ne 
représente un organe sensoriel qui peut être rapproché des organes lyri- 
formes et analogues des Arachnides. Tautefois, il y a une spécialisation 
plus marquée, puisque cet organe n'existe que chez les femelles. 

IL OEd. — Les yeux des Ixodes sont du type des yeux simples, c'est- 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 297 

à-dire qu'ils sont constitués par une lentille ou cristallin, un corps vitré et 
des cellules rétiniennes. 

La lentille enchâssée dans la chitine de l'écusson, dont elle n'est qu'une simple dif- 
férenciation, est blanche, hyaline et fortement bombée; chez Uyalomma affine Neu- 
manu, elle mesure iScH- d'épaisseur sur 100!' de diamètre. Elle ne présente pas de 
disposition en lamelles concentriques, mais elle offre des stries perpendiculaires à sa 
surface, qui sont nombreuses et accentuées j)ar un pigment noir contenu dans le cris- 
tallin. 

Au-dessous du cristallin, l'hypoderme se prolonge pour former le corps vitré con- 
stitué par des cellules basses comprimées. Ce corps est limité par une zone circulaire 
de cellules hautes correspondant à la zone irisée ou tapis des Arachnides. 

La partie rétinienne comprend un petit nombre de cellules nerveuses ovoïdes, de 
grandes dimensions (So!^- sur aoM-), à noyaux postérieurs, comme dans les yeux noc- 
turnes des Araignées et dans ceux des Opilionides. 

Je n'ai trouvé de pigment coloré ni entre les cellules rétiniennes, ni sur les bords 
du corps vitré, comme on le voit d'une façon constante chez les autres Trachéales. 

On voit donc que les yeux des Ixodes s'écartent par certaines disposi- 
tions de ceux des Arachnides et qui sont caractérisées : 1° par la grande 
épaisseur de la lentille et la forte courbure du cristallin ; 2° par la présence 
de pigment noir dans le cristallin ; 3" par l'absence de pigmeat entre les 
cellules rétiniennes et dans la zone irisée; 4" par la grande dimension des 
cellules nerveuses. 

III. Glandes venimeuses. — Entre les alvéoles pluricellulaires des glandes 
salivaires on trouve un certain nombre de cellules pyriformes volumi- 
neuses, qui se distinguent des autres cellules glandulaires par leur affinité 
pour les colorants acides. 

En étudiant ces cellules à différents stades, j'ai reconnu qu'elles constituent des 
glandes unicellulaires, qui débouchent dans les conduits salivaires par un court canal. 
Ces glandes sont localisées exclusivement sur les gros troncs des canaux excréteurs. 
Je considère ces éléments histologiques comme des glandes venimeuses; elles sont du 
reste beaucoup plus nombreuses chez lesArgas que chez les Ixodes, ce qui peut expli- 
quer assez aisément, par rapport à ces derniers, l'irritation plus grande que cause la 
piqûre de VArgas. 

A l'état de repos, c'est-à-dire chez des individus détachés de leur hôte depuis un 
certain temps, le noyau de ces cellules est régulier, arrondi et nettement limité. Au 
moment de l'activité sécrétrice, la membrane nucléaire disparaît et le noyau émet des 
prolongements irréguliers surtout du côté de l'ouverture de la glande. Ces prolonge- 
ments se détachent de la masse centrale et se fractionnent en granulations nucléaires 
qui sont tout à fait identiques aux grains vénogènes observés dans les glandes à venin 
des Arthropodes et des Ophidiens. 

Le cytoplasme est éosinophile et finement granuleux. Toutefois, autour du noyau et 
C. R., iyo6, I" Semestre. (T. CXLIX, N" 5.) 4o 



2q8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

des granulations nucléaires, il présente une zone hyaline de faible densité plasma- 
tique; cette zone est plus ou moins étendue suivant l'importance de la masse de chro- 
matine qui y est contenue. Les granulations chromatiques paraissent se dissoudre 
dans le cytoplasme et le modifier en vue de l'élaboration des substances toxiques. 

Il m'a paru intéressant de signaler ces émissions nucléaires qui jouent 
sans doute ici un rôle d'une haute importance dans les phénomènes de la 
sécrétion, et participent vraisemblablement à la formation du venin dans 
la glande, ainsi que Ta montré Launoy dans ses recherches sur les glandes 
venimeuses. 



EMBRYOLOGIE. — Sur l'effel des injections d'extrait de glande interstitielle 
du testicule sur la croissance. Note de MM. P. Axcel et P. Boli.v, pré- 
sentée par M. Alfred Giard. 

Les animaux dont nous nous sommes servis pour étudier l'effet sur la 
croissance des extraits de glande interstitielle du testicule ont été déjeunes 
cobayes mâles, an nombre de 12. Nous avons divisé ces animaux en trois 
lots de 4 cobayes chacun. Les animaux du premier lot ont été conservés 
comme témoins; ceux du second ont été castrés et ont été aussi conservés 
comme témoins ; ceux du troisième ont été castrés et ont reçu tous les deux 
jours une injection sous-cutanée d'extrait de glande interstitielle. Ces 
expériences ont été poursuivies du 3i mars au 27 juin. Les cobayes ont été 
pesés régulièrement tous les 8 ou 10 jours, le malin et à jeun. Ils ont tous 
vécu ensemble dans une grande cage et se sont trouvés dans des conditions 
absolument identiques. 

Eu comparant la courbe des poids appartenant aux cobayes pesant 
approximativement le même poids vers le début de l'expérience (un peu 
moins de 200»), nous constatons que cette courbe diffère danS chaque lot. 
Si nous établissons des moyennes, nous voyons que l'augmentation de 
poids a élé de Sao» chez les normaux, 266^ chez les castrés, 3o6s chez les 
castrés injectés. Les pesées ont montré que la croissance s'est faite réguliè- 
rement; les cobayes n'ont été malades ni les uns ni les autres. Ces pre- 1 
mières constatations nous amènent donc à formuler ces deux conclusions : 

1° Le développement des jeunes cobayes castrés est plus lent que celui 
des cobayes normaux de même âge; 

2° Les injections d'extraits de glande interstitielle du testicule activent 
très notablement le développement des jeunes cobayes castrés, mais celui-ci 
n'atteint pas la normale. 



i 



SÉANCE DU 29 JANVIER I906. 299 

Si l'on compare l'augmentation de poids des cobayes normaux et castrés 
à partir du moment où ils pèsent 4oo^ à 45os, on s'aperçoit que ce sont au 
contraire les cobayes castrés qui augmentent de poids le plus rapidement. 
Un nouveau facteur intervient alors. On sait en effet que les animaux cas- 
trés engraissent plus rapidement que les entiers; l'augmentation de poids 
ne signifie plus croissance rapide, mais accumulation de tissu adipeux. 
Cette accumulation commence à se manifester chez les cobayes pesant 4oo''' 
à 45o*^. Par conséquent, au-dessus de ces chiffres, les poids ne traduisent 
plus la croissance. C'est ce qui explique pourquoi nous avons cru devoir 
arrêter nos expériences à partir de ce moment. 

Par conséquent, les injections d'extraits de glande interstitielle du testi- 
cule faites à de jeunes cobayes castrés agissent fortement sur la nutrition 
générale de ces sujets. Elles activent la croissance, qui devient presque 
normale, tandis que celle des cobayes castrés non injectés est sensiblement 
plus lente. Elles semblent donc pouvoir suppléer, en partie du moins, le 
testicule absent. 



STATISTIQUE. — Tables de croissance dressées en igoS d'après les mensu- 
rations de [\l\oo enfants parisiens de 1 /; i5 ans. Noie de MM. Variot et 
Chaumet, présentée par M. A. Gautier. 

Il n'existe pas en France de Tables de croissance d'ensemble pour les 
enfants de i à i5 ans. Dans le but d'obtenir des moyennes stables nous 
nous sommes astreints à mesurer la taille et le poids d'au moins 100 enfants 
de chaque sexe ])our chaque année d'âge. Le plus souvent le chiffre de 100 
a été fortement dépassé et nos moyennes ont été calculées d'après un plus 
grand nombre de garçons ou de filles. 

Toutes les mesures pour la taille et le poids ont été enregistrées à l'aide 
d'un pédiomètre spécial et toujours p;ir la même personne. Cet instrument 
se compose d'une balance à curseurs mobiles, balance sensible à lo^ et 
pesant jusqu'à 100'''''. Elle est munie d'une toise graduée en mdlimètres, 
fixée sur le plateau de la balance et mobile par une at liculation de manière 
à permettre de mesurer les enfants debout ou couchés. Sauf pour les enfants 
au-dessous de 2 ans la taille a été prise debout. 

Nous avons éliminé des résultats qui suivent les sujets étrangers, les 
malades et les anormaux. Nos recherches de pédiométrie ont porté sur les 
enfants fréquentant à Paris les crèches, les dispensaires, les écoles mater- 



3oo 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



nelles, les écoles communales, les orphelinats, les enfants assistés, les 
consultations des hôpitaux, les écoles professionnelles pour les enfants 
de 12 à i5 ans. Nous avons pris nos mesures dans le neuA'ième arrondis- 




Courbes représentant l'accroissement en taille et en poids de i à i6 ans, 
ehez les garçons et les filles, à Paris. 



sèment (quartier aisé. Opéra) et dans le vingtième (quartier populeux de 
Belleville). 

r.a grande majorité des enfants résidant à Paris sont nés de parents venant 
de toutes les parties de la France. Les vrais Parisiens sont en minorité. 



I 



SÉANCE DU 29 JANVIER I906. 



3oi 



Tabi.kau a. — Tailles eL poids moyens 
{44oo enfants des écoles 

Tiiille en centimotres. 



de la première à la seizième année, 
de Paris, crèches, etc. ) 

Poids en f^rammes. 





A 


ccruisse- 




.Accroisse- 1 




Accroisse- 


A 


ccroisse- 






nient 






ment 






ment 






ment 


Ages. 


Garçons. 


annuel. 


Filles. 


annuel. 


Ages. Garçons, annuel 




Filles. 


annuel. 


ans 


cm 


cm 


cm 




fin 




.-llis ^ K 


ke 




g 


ki; 


là 2. . 


74,2 


» 


73,6 




) 




I à 


2.. 9000 


)) 




93oo 


)) 


3 à 3. . 


82,7 


8,5 


81,8 




8 


2 


2 à 


3.. II 700 


2,2 




1 1 4oo 


2,1 


3à 4.. 


89, I 


6,4 


88,4 




6 


6 


3 à 


4.. i3ooo 


1,3 




i2 5oo 


1,1 


4 à 5.. 


96,8 


7.7 


95,8 




7 


4 


4 à 


5.. i43oo 


1,3 




13900 


1,7 


5 à 6.. 


io3,3 


6,5 


101,9 




6 


I 


5 à 


6.. iSgoo 


1,6 




l5200 


1,3 


6 à 7.. 


'o9'9 


6,6 


108,9 




ri 





6 à 


7 . . 17 5oo 


1,6 




17400 


2,2 


7 à 8.. 


1.4,4 


4,5 


ii3,8 




4 


9 


7 à 


8.. 19000 


1 ,5 




19000 


1,6 


8 à 9.. 


ï'9.7 


5,3 


119,5 




5 


7 


8 à 


9. . 21 100 


2,1 




21 200 


2,2 


9 à 10. . 


125, 


5,3 


124,7 




4 


8 


9 ■' 


10.. 238oo 


2,7 




23900 


2,7 


10 à II.. 


i3o,3 


5,3 


129,5 




5 


. 2 


10 à 


II.. 25 600 


1,8 




26600 


2,7 


Il à 12. . 


i33,6 


3,3 


i34,4 




4 


9 


1 1 à 


12.. 27700 


2,1 




29000 


2,4 


12 à i3. . 


137,6 


4,0 


i4i ,5 




7 




12 à 


i3.. 3oioo 


2,4 




33 800 


4,8 


i3à 14.. 


145,1 


7.5 


i48,6 




7 


, I 


i3 à 


^[^.. 35700 


5,6 




383oo 


4,5 


i4 à i5.. 


i53,8 


8,7 


i52,9 




4 


,3 


i4à 


i5.. 4' 900 


6,2 




43200 


4,9 


i5 à 16. . 


109,6 


5,8 


l54,2 




I 


,3 


i5 à 


16.. 47500 


5,6 




46000 


3,2 


Tableau B. — Tableau con 


'enanl 


nos résultats, ceux de Quételet, de Bowditch et de Rotch. 




— 


Garçons. 


Variot 






Filles. 

Variot 








Quétel 








et (>) 




Bowditch 


Morg. Rotch. et 






Bowditch Morg. Rotch. et 








(Belgi 


que). 




( Massa- 


Harw. Univ. Chaumet 


(Massa- Harw. Univ. Chaumet 










— — - 


Ages. 


chussets). 


(Boston) 


. (Paris). 




chussels). ( 


Boston). (Paris). 






Ag 


;s. Garçons 


Filles. 


ans 


cm 


cm 


cm 




cm 


cm cm 






ans cm 


cm 


I à 2.. 


74,0 


73,8 


74, 


2 




70,8 


74,1 73,6 






1 


.. 69,8 


69,0 


2 à 3. . 


83,4 


84,5 


82 


7 




80,2 


82,3 81,8 






2 


•• 79,' 


78,1 


3 à 4-. 


92, ï 


92,6 


89, 


i 




90,6 


90,7 88,4 






3 


.. 86,4 


85,4 


4 à 5.. 


100,3 


98,2 


96 


8 




97,4 


97 >o 95,8 






4 


92,7 


9', 5 


,5 à 6. . 


io5,6 


io3,9 


io3 


3 




io4,9 


io3,2 101,9 






5 


.. 98,7 


97,4 


6 à 7. . 


1 1 1 . 1 


109,3 


109 


9 




1 10, 1 


108,3 io8,q 






6 


.. io4,6 


io3, 1 


7 à 8.. 

8 à 9.. 


1 16,2 


ii4,3 


"4,4 




1 15,6 


ii3,8 ii3,8 






7 


.. 110,4 


108,7 


121,3 


1-9,4 


"9 


/ 




120,9 


118,9 119,5 






8 


1 16,2 


114,2 


9 à 10.. 
10 à 1 1 . . 


126,2 


124.2 


120 







125,4 


123,4 124,7 






9 


.. 121,8 


119,6 


i3i ,3 


129,2 


i3o 


3 




i3o,4 


128,3 129,5 






10 


.. 127,3 


124,9 


Il à 12. . 


i35,4 


i33,3 


i33 


6 




'35,7 


i33,5 i34,4 






1 1 


.. i32,5 


i3o,i 


12 a i3. . 


i4o,o 


'37,7 


•37 


6 




i4i,9 


139,7 '4', 5 






12 


.. 137,5 


i35,2 


i3 à i4. . 


145,3 


143,0 


145 


I 




i47>7 


i45,4 i48,6 






i3 


.. 142,3 


i4o,o 


i4 à i5. . 


.52,1 


'49,7 


i53 


,8 




i52 ,3 


i49,8 i52,9 






'4 


.. i46,9 


'44,6 


i5 à 16. . 


i58,2 


» 


i59 


6 




i55,2 


), 1 54 , 2 






i5 


.. i5i,3 


i48,8 



(') Quételet n'ayant mesuré qu'un petit nombre de sujets d'année en année, ses 
Tables ne peuvent être comparées aux autres Tables qui comportent un grand nombre 
d'individus compris entre deux années consécutives. Les Tables de Quételet ont été 
dressées, il y a plus de 5o ans, à Bruxelles, sur des enfants belges. Elles dérivent d'une 
extrapolation pour l'âge de la puberté. 



3o2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



PHYSIOLOGIE. — Conditions physiologiques de l'enseignement oral. 
Note de M. Piebue Bonmer, présentée par M. Alfred Giard. 

Un grand nombre d'instituteurs et de professeurs se trouvent tous les 
ans momentanément ou définitivement arrêtés dans leur carrière par des 
troubles vocaux. La plus grande partie des affections laryngées observées 
sont le résultat du surmenage et du malmenage de la voix dans l'enseigne- 
ment journalier, et de l'absence d'éducation professionnelle de la voix dans 
les écoles normales. 

Les leçons de diction que reçoivent les futurs professeurs ne développent 
que les qualités extérieures de la voix et de la parole, mais nullement la 
résistance, la force et la pénétration de l'outil vocal, qualités qui sont pour- 
tant la base naturelle de l'enseignement oral. 

La voix professionnelle, dans l'enseignement et dans toutes les carrières 
vocales, est celle qui, sans effort, emplira la totalité de la salle dans laquelle 
on parle. Il suffit à l'orateur de saisir la sonorité propre de la salle et de se 
servir de la caisse de résonance qu'elle forme en l'ajoutant aux cavités orga- 
niques où se fait la voix. La voix est alors extériorisée et l'air de la salle 
parle avec l'orateur, que tons les auditeurs, les plus éloignés comme les 
plus proches, entendent parfaitement. Cette voix professionnelle réunit le 
maximum d'effet au minimum d'effort. Elle s'enseigne facilement. 

Faute de savoir utiliser la cavité pneumatique dans laquelle on parle, on 
pousse sa voix, on la grossit, on la tend sans la porter et les organes 
vocaux se fatiguent rapidement et se détériorent. 

Dans deux écoles normales d'instituteurs et irinstilutrices de la Seine, 
dont j'ai pu examiner à ce point de vue les élèves, 69 pour 100 des filles 
et tS pour 100 des garçons ne savaient pas prendre cette voix ])ro(ession- 
nelle; presque tous y sont rapidement parvenus dès que je la leur ai 
indiquée. 

Cet enseignement si utile peut donc facilement être donné aux futurs 
professeurs. 

D'autre part, j'ai mesuré la capacité auditive utile, scolaire des élèves 
de 5 à i5 ans des écoles annexes. 

Par la recherche de la paracousie, c'est-à-dire de l'exagération de l'au- 
dition par contact, au moyen d'un diapason-étalon vibrant sur le genou, 
j'ai évalué la proportion d'enfants qu'une insuffisance fonctionnelle de 
l'oreille force à doubler l'effort intellectuel pour comprendre d'un effort senso- 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 3o3 

riel pour entendre, effort qui ne sera pas longtemps soutenu : 53 pour 100 
des filles, 65 pour 100 des garçons sont paracousiques d'une ou des deux 
oreilles. 

Ce procédé d'évaluation est facile et peut être confié à l'instituteur sans 
connaissances médicales. 

C'est donc plus de la moitié des enfants qui, au point de vue auditif, 
sont au-dessous du niveau scolaire nécessaire. Ici encore il serait facile 
d'indiquer aux maîtres et aux maîtresses comment on remédie à l'insuffi- 
sance auditive en combattant les quelques causes qui la provoquent. 

Il y aurait donc lieu, dans l'éducation des maîtres et des élèves, de dimi- 
nuer cette double insuffisance vocale et auditive qui stérilise l'enseigne- 
ment oral et nuit à tant de carrières. 



PHYSIOLOGIE. — Sur l'anesthésie chloroformique. Dosage du chloroforme 
avant, pendant, après Vanesthésie déclarée et quantité dans le sang 
au moment de la mort. Note de M. Maurice IVicloux, présentée 
par M. Dastre (*). 

En i883, Gréhant et Qiiinquaud (-) ont déterminé la quantité de chlo- 
roforme dans le sang au moment de l'anesthésie; leur méthode était basée 
sur la réduction de la liqueur de Fehling en tube scellé; ils ont fixé la dose 
aneslhésique dans le sani^ du chien à i pour 2000, soit 5o'"s de chloroforme 
pour ioqs de sang. 

En possession de la méthode de dosage du chloroforme dans le sang, 
décrite précédemment dans les Comptes rendus (^), j'ai pu aborder, avec 
la plus grande facilité, l'étude de la même question et la compléter. 

D'une façon générale, les animaux (chiens) sont soumis à l'action du 
chloroforme par la respiration du liquide imprégnant une éjionge placée 
au fond d'une conserve. A différentes périodes de l'anesthésie on tait 
une prise de sang artériel (iS""' à 20""') pour y doser le chloroforme; 
l'anesthésie une fois déclarée, ou bien on pousse l'anesthésie à fond jus- 



(') Cette Note a été présentée à la séance du 22 janvier. 

{-) Gréhant et Quinquaud, Dosage du chloroforme dans le sang d'un animal 
aneslhcsié [Comptes rendus, t. \G\iI, i883, p. y^û). 

(^) Maurice Nicloux, Sur le dosage de peliles quantités de chloroforme, son 
dosage : 1" dans l'air; 2'^ dans le sang ou dans un liquide aqueux {Comptes ren- 
dus, t. GXLII, 1906, p. i63). 



3o4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

qu'à la mort de l'animal; ou bien on cesse l'administration du chloroforme, 
on laisse les animaux revenir à eux et l'on fait périodiquement des prises- 
de 20™° de sanej pour la détermination du chloroforme. Voici les résultats : 
vSÉRiE I. — Dosage du chloroforme dans le sang avant et pendant l'anes- 
thèsie jioinsée jasqtià la mort de l'animal. Je réunis les expériences sous 
forme de Tableau : 





Tomps compte 






flfpuis I( 


début 


Clilororormo 




lie 


a 


en millifframmcs 


Niinicros 


rospir. 


lion 


pour 


des expériences. 


tlii chlor 


iforme. 


iiji.eni^ de sang. 


Expér. I. 


21" 




■"•l 


Chien i^'-e. 


3o" 




['M C) 


Expér. II. 


.5" 




5o,5 


Chien i-i^'e. 


33» 




[60,5] 


Expér. III. 
Chien i4''fc-. 


r>o"» 

84- 




5o 
57.5 




I» 


30- 


i.S,5 


Expér. IV. 
Chien io^k. 


5" 
i5- 




56 
Go 
57,5 


1 


5o» 




[Hg.â] 




5" 




i5,5 


Expér. V. 


■9" 




'•7 


Chien r)''», 5oo. 


35- 




4" 




59- 




['P] 




jm 


3o- 


1.1 


Expér. VI. 
Chien iSI-b. 


23- 




21,4 

40 

48.5 




28- 




[4>,5] 


1 


5- 




.'( 




10" 




33,5 


Expér. VII. ' 


i4» 




63,5 




32- 




55,5 


\ 


Co- 




58,5 



Observaliotis résumées. 
Période préancslhésiquc très rapide ayant duré l\ minutes. 

Période préanesthésique lente, durée : i5 minutes. 

Période préanesthésique lente, durée : iS minutes. Anesthésie 
profonde et régulière pendant toute la durée de l'expérience. 

Anesthésie par dose massive de chloroforme. Période préanes- 
thésique extrêmement réduite, d'une durée de 2 minutes 3o se- 
condes. Entre la 9° et la 10° minute arrêt respiratoire combattu 
par la respiration artificielle et les tractions de la langue. 

L'animal était en digestion. Période préanesthésique de longue 
durée: 19 minutes. De la 33* à la 34* minute arrêt repiratoire, 
respiration artificielle, tractions de la langue. A la 5o° minute, 
perte hémorragique de 1!^o« de sang. 

Période préanesthésique rapide : 6 minutes. A partir de la 
22' minute on a fait obstacle à la respiration en faisant res- 
pirer l'animal à travers une muselière à chloroforme renfer- 
mant une éponge très serrée largement imbibée de chloro- 
forme. 

Période préanesthésique lente: i4 minutes. L'animal était encore 
un peu sensible à la lo'minute, quoique à ce moment la quantité 
dans le sang fût de 33-6,5, l'animal n'est pas mort; il fait 
l'objet de l'expérience IV de la série d'expériences suivantes 
(voir plus bas). 

L'examen des chiffres de ce Tableau montre que la dose anesthésique 
est variable avec les animaux; elle est voisine de 5o"8 (Expér. II et III), ce 
qui confirme pleinement le chiffre de Gréhant et Quinquaud, et même un 
peu supérieure dans les expériences I, IV, VII; voir aussi plus bas les ex- 
périences II, III, IVet V de la série d'expériences suivante; elle est très 
nettement au-dessous de ce chiffre (Expér. IV et V). 



(') Les chiffres entre crochets représentent les quantités de chloroforme au moment 
de la mort. 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 3o5 

La dose mortelle paraît être aussi soumise aux mêmes variations : élevée 
dans les expériences I et IV, moyenne dans l'expérience II, faible dans les 
expériences V et VI; dans cette dernière, l'asphyxie plutôt que le chloro- 
forme a été le facteur prépondérant de la mort. 

Enfin, fait important à signaler, la marge entre la dose aneslhésique et 
la dose mortelle est relativement très faible, 

SÉRIE II. — Dosage du chloroforme dans le sang après Vanesthésie, pendant 
la période de retour. — Les animaux étant aneslhésiés, on fait une prise 
de sang; (iS"""' à 20"""'); à ce moment précis, on cesse l'administration du 
chloroforme, on laisse les animaux revenir à eux, et l'on fait périodique- 
ment des prises de sang de 20'"° pour y doser le chloroforme. 

Les expériences sont résumées dans le Tableau suivant : 



Expérience 


I IM. 
lorororiiio 


Expéri 
Temps 


encc 


11. 


Expérience III. 
Ti-mps Chloroforme 


Expcr 
Temps 


en ce IV. 

Chlororormo 


Expci 
Temps 


ience V. 


Temps 


Ch 


Chloroforme 


Chloroforme 


compte 




en 


compte 




en 


compté 




on 


compté 


en 




compté 


en 


depuis la fin 


m 


lliKianimes 


depuis la fin 


m 


ilitrramnirs 


drpuîs la fin 


m 


llis:rnmmes 


depuis la fin 


niilligramnies 


depuis la fin 


milligrammes 


(le 




pour 


de 




pour 


de 




pour 


de 


pour 




de 


pour 


l'anesthésie. 


100 cm* (le sanf:. 


rancslhcsie. 


I"!^ 


cm= de sang. 


raneslhésic. 


i'j« 


cm* (te sang. 


l'anesthcsic. 


100 cm' de 


sang. 


rancslliésie. 


00cm' desant:. 


m 





mg 

5o 


m 





54 


m 





,r 


m 




58,5 




m 




mg 
59,5 


.1 




33 


I 




35 


3.3o' 




37 


7 


3i,5 




3o 


23 


l5 




i4>5 


2 




29 


5 




2S 


20 


25,5 




i^ 


16 


3o 




10 


5 




25,5 


10 




22,5 


40 


22 




l-^ 


7'^ 


„ 




„ 


i5 




20,5 


3o 




iS 


1" 


18 




t 


1,3 


» 




» 


3o 




18 


i^' 




12,5 


2l>3o" 


7.5 




» 


» 


)» 




» 


60 




i3,5 


2»^ 




7.5 


» 


)) 




» 


» 



De cette série d'expériences qui se complètent mutuellement on 
peut conclure que le chloroforme s'élimine très rapidement au début, 
puisqu'on 5 minutes la quantité de chloroforme baisse environ de moitié, 
puis la disparition du chloroforme se fait ensuite plus lentement. Après 
3 heures la quantité dans le sang est de 7'"s environ; après 7 heures le 
chloroforme a sinon entièrement, du moins presque complètement disparu 
du sans;. 



(') On trouvera, pour cette série d'expériences, quelques détails complémentaires 
sur la durée de la période préanesthésique et de l'aneslhésie dans les Comptes rendus 
de la Société de Biologie, séance du 20 janvier 1906. 



C. R., iç)c6, 1" Seweitrc. (T CXLll. N" 5.) 



4i 



3o6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



GÉOLOGIE. — Sur une faune d'Ammonites nèocrélacée recueillie par l'expé- 
dition antarctique suédoise. Note de M. W. Kilian, présentée par M. A. 
de Lapparent. 

L'étude des Céphalopodes crétacés réunis en 1902 par l'expédition 'j 

antarctique que dirigeait O. Nordenskjôld m'ayant été confiée par M. J. 
Gunnar Anderson, géologue de l'expédition, je crois devoir, en attendant • 

l'achèvement de la monographie détaillée que je prépare avec M. P. Re- 
boul, signaler les faits suivants : 

Les Ammonoïdes, au nombre de plus de 23o, et dont quelques-unes 
sont d'une conservation remarquable, étant encore pourvues de leur test, 
proviennent d'une série de localités situées entre les îles Seymour et Snow- 
Hill, près de la côte Nord-Est de la terre de Graham. Tous ces gisements 
appartiennent à la même formation géologique et ont fourni une faune 
assez homogène. 

J'ai pu y reconnaître, outre un grand nombre d'espèces nouvelles, les formes 
suivantes : 

Nautilus Bouchardianus d'Orb. — Belemniles sp. indéterminable (un phragmo- 
cone). — Phylloceras cf. Velledœ ; Ph. ramosuin Meek ; Ph. Siirya Forbes sp. — '^. 

Lytoceras (grande taille). — Pseudophyllites Indra Stol sp. — Gaudryceras poli- ! 

tissimum Kossmat (beaux échantillons); G. impériale Yabe; G. intiltiplexum Kossm.; 
G. A'ffjet Forbes sp. ; G. (groupe de Sacya Stol.); G. cf. Strialttm Jimbo; G. afl'. 
Marut Stol.; Gaudryceras, n. sp. — Hamites (voisin de //. cylindraceus d'Orb.J 
cf. H. {Diplomoceras) notabile Whit. de Vancouver. — Desmoceras {Pusosia) afî. 
Sugata Forbes sp. ; D. (Puz-osia) diphylloides Forbes sp.; D. aff. Denisoni'&lo\. sp. 
— Holcodisciis cf. Theobaldianiis Stol. sp. ; //. n. sp, afl". Theobaldianus Stol. 
sp. (abondant); IL cf. Karapadensis Stol. sp. ; H. Madrasinas Stol. sp. ; H. Mmi- 
lianus Stol. sp. ; //. n. sp. A (abondant) (•); H. n. sp. B C) (assez commun); H. n. 



(') Holcodisciis sp. A est extrêmement curieux par l'importance que prennent, dans 
cette espèce, les crénelures des côtes, tellement développées dans l'adulte qu'on croi- 
rait avoir affaire à certains Acanthoceras du groupe de Ac. mamillatum. 

(^) Holcodisciis sp. B présente tous les caractères d'un Holcod. (//. sparsico- 
status Kossm.) dans les tours intérieurs, mais se modifie entièrement dans la 
partie correspondant à la loge, où apparaissent des tubercules engendrant une orne- 
mentation très analogue à celle des Neumayria, de certaines Schlœnbachia (Schl. 
rliombifera)^ des Prionocyclus et des Barroisia. D'autres formes présentent, dans 
les tours internes, une grande analogie avec certains Virgatites. 



SÉANCE DU 29 JANVIER T906. 807 

sp. ; H. cf. buddhaicus Kossm.; H. Bhavani Slol. sp..; li ■ cf. Moraviatoorensis 
Stol. sp. ; H. cf. cliveanus Slol. sp. ; H- Kalika Slol. sp. (très abondant). — Pacliy- 
discus cf. rolalinus Stol. sp, ; jP. cf. GolleviUc/isis (VOvh. sp., voisin de P. Quirùjuiiiœ 
Steinm. sp., et de/*, colligatus, v. Binck. ; P. (Sonneratia) sp. ; Pach. gemmatus 
Huppé sp. (cette espèce, que ses cloisons et son ornementation me font ranger sans 
hésitation parmi les Pachydiscus et non dans le genre Holcodiscus, est bien repré- 
sentée à l'île Seymour). 

Celte faune est remarquable par le grand développement des espèces 
du groupe de ^o/coJwcM.y dont les formes en constituent, au point de vue 
numérique, l'immense majorité. 

Il est particulièrement intéressant d'assister ici à l'épanouissement de ce 
groupe, qui, après avoir disparu des mers européennes à l'éj^oque barré- 
mienne, devient, dans les mers néocrétacées indopacifiques, le point de 
départ d'une multitude de formes, chez lesquelles les modifications de 
l'ornementation produisent des convergences très curieuses avec des types 
appartenant à des souches fort différentes. Les Holcodiscus constituent 
l'élément prédominant de la faune des Snow-Hill-Beds et desSeymour-Beds. 
La plupart'de ces formes sont ou identiques ou très semblables à des espèces 
caractéristiques des assises de Trichinopoly (couches supérieures), d'Arya- 
loor et de Valudayoor dans l'Inde, c'esl-à-iiire du Sénonien; quelques 
espèces seulement (Gaudryceras cf. Marut Slol. sp., Holcodiscus cf. Clivea- 
nus Slol. sp., Holc. moraviatoorensis Slol. sp. et Pachydiscus rotalinus 
Slol. sp.), du reste rares et isolées, indiqueraient un niveau inférieur, 
celui des couches supérieures d'Ootator dans l'Inde, équivalentes du 
Turonien ; mais il faut remarquer que les formes les plus caractéristiques 
(Schlœnbachia, Acanthoceras, elc), de ce niveau font défaut. Le type fau- 
nique rappelle à un haut degré celui des dépôts néocrélacés de l'Inde, 
ainsi qu'à un degré un peu moindre, mais cependant notable, celui du 
Crétacé supérieur (Nanaimo-Group) de l'île de Vancouver, de la côte 
pacifique de Californie, du Japon, de la Patagonie, du Natal, etc. La pré- 
sence de Pachydiscus (' ) gemmatus Huppé sp., de Lytoceras Kayei et PhylL 
ramosum Meek ainsi que celle d'un grand Pachydiscus voisin de P. Quiri- 
quinœ Steinm. et de P. colligatus v. Binck., à l'île Seymour, évoquent un 
rapprochement avec les couches de Quiriquina (Chili) que nous ont fait 
connaître M. Steinmann et ses collaborateurs. 

Ainsi le type indopacifique du Crétacé supérieur s'étend jusqu'aux con- 



(') Attribué par M. Steinmann, à tort suivant nous, au genre Holcodiscus. 



3o8 ACADÉMIE DES SCIEl>'CE5. 

trées antarctiques; il est très probable qu'une communication marine 
reliait par cette région, et en passant au su<l du Cap de Bonne Espérance, 
le bassin pacifique Sud-Oriental avec l'extrême sud de l'Atlantique, ainsi 
que l'a déjà soupçonné M. Kossmat, et comme l'indique le cachet fau- 
nique de la craie du Natal (à Gaudryceras). Cette communication a d'ail- 
leurs été admise sur la carte paléogéographique du Crétacé supérieur, dans 
la nouvelle édition du Traité de Géologie de M. de Lapparent. 

La réparlition des espèces dans les divers gisements explorés ne permet guère de 
distinguer plusieurs faunes corre>])ondant à des niveaux distincts; cependant sur l'île 
Seymour (local. 8) paraissent prédominer les formes à test bien conservé du groupe 
d'Aryaloor et du niveau de Quiriquina, telles que Pachydiscus gemmatus, Pach. cf., 
Golleinllensis, Ayac Holcodiscus Bhavani, H. Aemilianus, H. Madrasinus, Gaudry- 
ceras cf. stiiatimi. 

A l'île Cockburn ainsi que dans les diverses localités de l'île Snow-Hill (cap Bod- 
man, etc.) on observe une faune unique et homogène, caractérisée par les Holcodiscus 
cités plus haut, notamment par les formes nouvelles A et B. Les espèces rappelant 
l'horizon plus ancien d'Ootator n'ont été rencontrées que dans certains points de 
Snov\-Hill, (localités 2" et 2^'") mais mélangées aux formes habituelles du niveau 
supérieur (Snow-Hill-Beds-Ânderson, Aryaloor et Trichinopoly) (couches supérieures). 
Toutefois la localité de Snow-Hill n'a fourni que Pseudophyllites indra Stol. sp. et 
des Pachydiscus et parait, comme celle de l'île Seymour (loc. 8), appartenir èi un 
horizon supérieur du Sénonien (Older Seymour Insel, Beds, Anderson). 



GÉOLOGIE. — Sur les racines de la nappe de charriage du Péloponése. 
Note de M. Ph. Négris, présentée par M. A. de Lapparent. 

Dans une Note précédente nous avons constaté l'existence d'une nappe 
de charriage considérable dans le Péloponése. Les endroits de la Grèce 
continentale, voisins du Péloponése, où l'on retrouve en place la série des 
couches formant cette nappe, sont rares. Citons cependant le chaînon du 
Phagas, au sud-est du lac Copaïs. Ce chaînon, du côté du lac, présente des 
couches minces de jaspes bariolés, alternant avec des grès et des schistes; 
le tout est surmonté par une crête de calcaire gris clair. Les jaspes, au 
microscope, sont remplis de radiolaires, d'après la détermination qu'a 
bien voulu faire M. Cayeux. On retrouve la même série plus au Sud, sur 
l'Hélikon de Zagora, entre le couvent de Makariolissa et le village de Dom- 
brena, mais ici complètement bouleversée par un épanchement serpen- 
tineux. On la retrouve encore au-dessus de Galaxidi, où l'on a une alter- 
nance de calcaires en plaquettes et de jaspes, le tout surmonté par la 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 809 

masse puissante du calcaire de Guiona. Ces exemples, bien que rares, 
suggèrenl l'idée que la série devait se continuer vers le golfe de Corinthe 
et que le pli dont serait issue la nappe du Péioponèse aurait eu cette 
région pour origine. On retrouve d'ailleurs un fragment de ce pli, repré- 
senté par les monts Géraniens, dans l'isthme de Corinthe. On a ici un pli 
pyrénéen ONO, qui s'infléchit vers l'EO et l'ENE de part et d'autre du pli 
crétacé NE du Parnès, qui traverse l'isthme suivant son axe et que nous 
avons retrouvé à l'est du Ziria {Comptes rendus, t. CXLI, p. 919) produisant 
la même déviation. A la suite de cette déviation des plis Géraniens et des 
fractures qui en furent la conséquence inévitable, eut lieu un épanchement 
serpentineux considérable; aussi Irouve-l-on ici sous les calcaires des 
sommets des schistes avec jaspes et serpentines. 

A l'Ouest tout est effondré dans le golfe de Corinthe, jusqu'au détroit de 
Rhion, où l'on retrouve les calcaires et jaspes, non plus en place, mais 
déversés au Nord sur la côte continentale, au Sud sur le Voïdias. Dans la 
Note précitée nous avons signalé ici, à Naupacte, un pli crétacé NE qui 
aurait ainsi arrêté le développement du pli pyrénéen du golfe. Ce dernier, 
composé essentiellement de couches pélagiques (boues calcaires à globi- 
gérines et boues siliceuses à radiolaires, comme le montre la nappe de 
charriage), pressé entre les |)lis plus rigides du Nord et du Sud, formés en 
grande partie de calcaires puissants construits de rudi»tes et coraux au 
Nord, de rudistes et foraminifères au Sud, se développe en nappe grandiose 
tout le long du golfe, parallèlement à la direction pyrénéenne et chevauche 
tous les plis du Sud jusqu'au cap Gallo sur iSo'^" et plus peut-être. Vers 
l'extrémité ouest la nappe est arrêtée par les plis crétacés. A Naupacte 
même, devant l'obstacle offert par ces derniers, le chevauchement a lieu 
en éventail, les plis pyrénéens chevauchant au Nord et au Sud. 

Je ne me dissimule pas qu'il y a une espèce de contradiction entre le 
développement considérable de la nappe de charriage, et l'espace limité, 
compris entre les montagnes d'Achaïe et la chaîne du Parnasse et de l'Héli- 
kon, entre lesquelles était comprise à l'origine toute la masse charriée. Mais 
l'objection disparaît si l'on admet que les régions entre lesquelles s'est 
produit le refoulement étaient, avant ce dernier, beaucoup plus éloignées 
qu'aujourd'hui et que sous les pressions latérales elles se sont rapprochées 
considérablement, en refoulant les masses relativement plastiques qui les 
séparaient, tout en subissant elles-mêmes des gonflements en forme de plis 
moins importHuts. 



3io ACADÉMIE DES SCIENCES. 

L'âe;e des couches de la nappe de charriage, ou du pli du golfe, nous est 
donné jiar l'âge des couches des monts Géraniens, du mont Phagas, couches 
qui sont parallélisées avec celles du Parnasse, où Bittner a trouvé dans les 
horizons inférieurs des fossiles du Néocomien et du gault, et où les fossiles 
de Caprena assignent aux horizons supérieurs un âge supracrétacé. Il se 
pourrait que le Jurassique même prenne part à la composition de la nappe 
de charriage, comme l'admet M. Cayeux. En effet, M. Deprata trouvé cet 
horizon, avec faciès corallien, il est vrai, à Chalcis, mais rien n'empêche 
d'admeltie que plus au Sud cet horizon devienne pélagique. En tout cas 
cas dansl'Attique cet horizon serait encore calcaire, il serait représenté par 
le calcaire crétacé inférieur de Lepsius; car ce calcaire manque souvent 
sous le schiste supérieur que recouvre le calcaire de Parnès. Il semble bien 
que cela soit à l'émersion jurassique qu'il faille attribuer cette érosion du 
calcaire compact inférieur de l'Attique : c'est ce qui nous conduit à reculer 
son âge et à l'assimiler au calcaire de Cheli. 

A la suite du plissement pyrénéen et du charriage, qui eut lieu (comme 
nous l'avons démontré dans la Note précitée) à la fin du Lutétieii moyen, 
le Péloponèse émerge, sauf à l'Ouest où continuèrent à se former les con- 
glomérats puissants de la Messénie, aux dépens de la masse charriée, 
jusqu'à ce que les plis pindiques soulevassent aussi ces dépôts. Cependant 
l'ébranlement produit par le plissement pindique amena des effondre- 
ments considérables, dans lesquels se déposèrent les couches pliocènes. 
C'est alors que les racines de la masse charriée s'effondrèrent dans une 
fosse, plus large et plus profonde de beaucoup que le golfe de Corinthe 
actuel, où se déposèrent des masses puissantes de marnes levantines et de 
conglomérats. Avant le Pliocène supérieur, à la suite de la surrection de 
l'écorce, ces dépôts sont soulevés à 1739™, mais de nouveaux effondre- 
ments se produisent à la Qn du Pliocène, sur l'emplacement des premiers, 
et le golfe de Corinthe se forme, marquant l'emplacement où s'élevait 
jadis une chaîne probablement plus élevée que toutes les chaînes qu'elle a 
recouvertes. 



M. André Dumoulin adresse une Note intitulée : Principe des dispositifs 
d'organes pouvant contribuer à faciliter le départ du sol des aéroplanes. 

(Renvoi à la Commission d'Aéronautique.) 



SÉANCE DU 29 JANVIER 1906. 3ll 

M. LÉON Noël adresse une Note relative à la Mesure exacte du pouvoir 
èmissif des matières radioactives. 

(Renvoi à l'examen de la Section de Physique.) 

La séance est levée à 4 heures et demie. 

M. B. 



BULLETIN BIBLIO(;itAPHIQUE. 



OUVBAGKS RRÇIIS DANS LA SÉANCR DU 22 JANVIER I906. 

(Suite.) 

Beftie générale des Sciences pures et appliquées; Directeur : Louis Olivier; 
i-" année, n" 1, i5 janvier 1906. Paris, Armand Colin; i fasc. in-^". 

Archives de Médecine navale, recueil pulilié par ordre du Ministre de la Marine; 
t. LXXXV, n° 1, janvier 1906. Paris, Imprimerie nationale; i fasc. in-8°. 

Annales d' Hygiène et de Médecine coloniales; recueil publié par ordre du Ministre 
des Colonies; t. IX, n° 1, janvier 1906. Paris, Imprimerie nationale; i fasc. in-S°. 

Recueil de Médecine vétérinaire, publié à l'Ecole d'Alfort le 1 5 et le 3o de chaque 
mois; t. LXXXIII, n° 1, i5 janvier igo6. Paris, Asselin et Houzeau; i fasc. in-8°. 

Compte rendu des séances du Conseil d'Hygiène publique et de Salubrité du 
département de la Seine; 12= année, n" 1, séance du 5 janvier 1906. Paris, imp. Chaix; 
I fasc. in-S". 



The Aconites of India, a monograph by Otto Stapf. {Annals of the Royal bota- 
nic Garden, Calcutta; vol. X, part II.) Calcutta, Bengal Secrétariat press, igoS ; 
I vol. in-f°. 

Annual Report of the Smithsonian Institution, 190^. Washington, Government 
printing Office, 1905 ; i vol. in-8°. 

Proceedings of the United States national Muséum; vol. XXVIII, Washington, 
igoS; I vol. in-8°. 



Ouvrages reçus dans la séance du 29 janvier 1906. 

Le opère di Galileo Galilei, edizione nazionale sotte gll auspicii di Sua Maestà il Re 
d'Italia; vol. XVI. Florence, igoS; 1 vol. in-4". (Offert par le Ministre de l'Instruction 
publique d'Italie. ) 



3 12 ACADEMIE DES SCIENCES. 

Introduclion à l'étude de la CInmie, par le D-- Maurice de Thierry, avec 3o2 figures 
dans le texte. Paris, Masson et 0=, 1906; i vol. in-8». (Présenté par AI. Moissan.) 

Description de la faune jurassique du Portugal. Polypiers du Jurassique supé- 
rieur, par F. KoBY, avec une Notice stratigraphie] ue, par PaulChoffat; 3o planches, 
Lisbonne, Imprimerie de l'Académie royale des Sciences, 1904-1905; i vol. in-4°. 
(Présenté par M. Albert Gaudry. ) 

Les tremblements de terre. Géographie sismologique, par F. de Montesscs db 
Ballore, avec une Préface par M. A. de Lapparext, Membre de l'Institut; 89 cartes et 
figures et 3 cartes hors texte. Paris, Armand Colin, 1906; i vol. in-8°. (Présenté en 
hommage par M. de Lapparent.) 

Considérations sur la Biologie marine, par S. A. S. le Prince Albert I"de Moxaco, 
Correspondant de llnslitut. {Bulletin du Musée océanographique de Monaco, n» 56, 
23 décembre igoS.) i fasc. in-8°. 

Die Kalksilikatfelse von der Fehren beiNeustadt i. Scha:, von H. Rosexbusch, mit 
I Tafel. Heidelberg, Cari Winter, igoS; i fasc. in-8''. (Hommage de M. H. Rosenbusch, 
Correspondant de l'Institut.) 

Note sur les minerais radifères de Grury {Saône-et-Loire), par M. Hippolyte 
Marlot. Auxerre, Ch. Milon, 1906; i fasc. in-S". (Hommage de l'auteur.) 

Description géologique de l'île d'Ambon, parR.-D.-M. Vkrbeek; édition française 
du Jaarboek van het Mijnwezen in Nederlandsch Oost-Indië, t. XXXIV, igoS, partie 
scientifique; texte et atlas. Batavia, Imprimerie de l'Etat, igoS; i vol. in-8° et i fasc. 
in-f". (Hommage de l'auteur.) 

Die Orchideen von Ambon, von J.-J. Smith; herausgegeb. v. Dep. fiir Landwirt- 
schaft. Batavia, Imprimerie de l'État, igoS; i vol. in-8°. 

{A suivre.) 



N" 5. 



TABLE DES ARTICLES (Séance du 29 janvier 1906. 



MEl>IOIUES ET C03IWUI\ICATI0i\S 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



M. Berthelot. — Nouvelles recherches sur 
les composés alcalins insolubles contenus 
dans les végétaux vivants : feuilles de 
chêne 249 

M. Yves Delaùe. — Capture d'un Cachalot 
du genre Kogia Gray sur les cotes de la 
Manche à Roscoff 258 



Pages. 

M. C. GuiCHARD. — Sur certains systèmes 
de cercles et de sphères qui se présentent 
dans la déformation des quadriques 261 

M. A. DE Lapparent fait hommage à l'Aca- 
démie d'un V'olume de M. F. de Montessus 
de Ballore, intitulé .■ « Les tremblements 
de terre. Géographie séismologique 264 



NOMINATIONS. 



Commission chargée de juger les concours 
du Grand Prix des Sciences mathématiques 
et des prix Francœur. Poncelel pour l'an- 
née 1906 : M.M. Jordan, Poiiicaié, Emile 
Picard, Appe/t. Painle^'é. Humbert. Mau- 
rice Lcvy. Darboux. Boussinesq 264 

Commission chargée de juger les concours 
du prix iMonlyon (Mécanique), et du prix 
Boileaii pour l'année 1906 : MM. Maurice 
Lei.y. Boussinesq. Deprez.Léautv, Sebert, 
V'ieille. Poincare. Haton de la Goupil- 
lière. Schlœsing 264 

Commission chargée de juger les concours 
du Prix extraordinaire (Navigation), et du 
prii Plumey pour l'année igo6 ; MM. Mau- 
rice Leur, Bouquet de la Grye. Grandi- 
dier. Boussinesq. Deprez. Léauté. Bassot, 
Guyou, Sebert. Hatt. Berlin. Vieille 264 



Commission chargée de juger les concours 
des prix Pierre Guzman, Lalande, Valz, 
Janssen pour l'année 1906 : .M.M. Janssen, 
Lœwy, Wolf. Badau. Deslandres. Bi- 
goiirdan. Lippmann. Poincare. Darboux. 

Commission chargée de juger les concours 
des prix Tchihatchef, Binoux, Delalande- 
Guérineau pour l'année 1906 et de pré- 
senter une question de Prix Gay pour 
l'année 1909 : M.M. Bouquet de la Grye, 
Grandidier, Bassot, Guyou, Hatt, Berlin, 
de Lapparent, Perrier. Van Tieghem. . . 

Cominission chargée de juger les concours 
des prix Hébert, Hughes pour l'année iyol5 : 
MM. Mascart, Lippmann, Becquerel, 
Violle, Amagat, Curie, Berthelot, Mau- 
rice Levy. Poincare 



i6> 



265. 



265 



CORUESPOM»-\NCE. 



M. le Secrétaire perpétuel annonce la 
mort de .Sir John Surdon Sanderson, 
Correspondant de l'Académie pour la Sec- 
tion de Médecine et Chirurgie 365 

M. le Ministre de l'Intérieur invite i'.^ca- 
déiiiie à lui présenter une liste de trois de 
ses Membres pour la place à attribuer à 
r.'Vcadémie dans le Comité consultatif 
d'hygiène publique de Fiance 265 

L'Académie nomme une Commission formée 
des membres de la Section de Médecine 
et de Chirurgie auxquels sont adjoints 
MM. Brouardel. Labbé. Baux 260 



M. le Secrétaire perpétuel signale le 
Tome X\T de l'édition nationale des 
« Opère di Galileo Galilei » et divers Ou- 
vrages de M. Maurice de Thierry, de 
M. K.-D.-M Verbeek, et de MM. F. Koby 
et Paul Choffat. 265 

M. Gambier. — Sur les équations différen- 
tielles du second ordre dont l'intégrale gé- 
nérale est uniforme 266 

M. C. DE Watteville. — Sur le spectre de 
llaiiime du mercure 269 

M. \NI3RÊ Broca. — Sur la durée de la dé- 
charge dans un tube à ravons \ 271 



N" 5. 



SUITE DR LA TABLE DES ARTICLES. 



Pa: 

M"' Clrie. — Sur la diminution de la ra- 
dioactivité du poloniuni avec le temps 

M. Camille Matigsox. — Les sulfates des 
métaux rares 

M. F. BoDUorx. — Préparation rapide des 
solutions d'acide iodliydrique 

M. 0. HoNiGSCii.MiD. — Sur un alliage de 
thorium et d'aluminium 

M. L. Olvrard. — Recherches sur les com- 
binaisons halogénécs des borates de ba- 
ryum et de strontium 

.M. G. Blaxc. — Sur les alcools »- et Ji-cam- 
pholytiques 

M. A. Fkrxbach. — Influence de la réac- 
tion du milieu sur l'activité des diastases, 

M. Jules Lepèvre. — Épreuve générale sur 
la nutrition amidée de-* plantes vertes en 
i nanition de gaz carbonique 

M. Nicolas Jacobi>co. — Nouveau Chanipi- 
gnon parasite, Trematovaha Matruchoti, 
causant le chancre du Tilleul 

i\f. R. Anthony. — Les coupures génériques 
de la famille des Bradypodidœ ( le genre 
Hemibradypua nov. g. ) 

MM. i. KuNSTLER et Cii. GiNESTE. — Con- 
tribution à la morphologie générale des 
Protozoaires supérieurs 

M. .K. Bonnet. — Sur l'analoniie et l'histo- 

BULLETIN BJBLIOGRAPHIQUE 



ges. 

276 

280 
581 

283 
■385 

2S7 

2S9 



294 



Pages, 
logie des Ixodes 296 

MM. P. Ancel et P. BuuiN. — Sur l'effet des 
injections d'extrait de glande interstitielle 
du testicule sur la croissance 298 

MM. Vabiot et Ciiaumet. — Tables de crois- 
sance dressées en igoô d'après les mensu- 
rations de li'^oo enfants parisiens de i à 
ij ans 299 

M. Pierre Bonnier. — Conditions physiolo- 
giques de l'enseignement oral 002 

.M. Maurice Nicloux. — Sur l'anesthésie 
chloroformique. Dosage du chloroforme 
avant, pendant, après l'anesthésie déclarée 
et quantité dans le sang au moment de la 
mort 3o3 

M. W. KiLiAN. — Sur une faune d'Ammo- 
nites néocrétacée recueillie par l'expédi- 
tion antarctique suédoise 3o6 

M. Pu. Negbis. — Sur les racines de la 
nappe de charriage du Péloponése 3oS 

M. André Dumoulin adresse une Note inti- 
tulée : n Principes des dispositifs d'or- 
ganes pouvant contribuer à faciliter le 
départ du sol des aéroplane* » 3io 

M. Lfon Noël adresse um- Note relative à la 
.< Mesure exacte du ptiuvnir émissif des 
matières radioactives » 3i 1 



PARIS. — IMPRIMERIE GAUTH 1ER- VILLA RS. 
Quai des Grands--\ugustins, 55. 

Le Gérant : Gauthier-Villars 



1 

PREllIIEli SEMESTRE. 



COMPTES RENDUS 



HEBDOMADAIRES 



DES SÉANCES 

l)K L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

PAR MM. LES SECRETAIRES PERPETUELS. 



TOME CXLII. 



N"6 (5 Février 1906). 



PARIS, 

GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DES COMPTIiS RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

Quai des Grands-Auguslins, 55. 

1906 



HÈC.LEMENT HEL4TIF Al'X COMPTES RENDUS 



Adopté dans i.ks séances des 2^ juin 



l8f)2 ET 2| MAI 1875 



Les Comptes rendus hebdomadaires des séances 
de l' Académie iG composent des extraits des travaux 
de ses Membres et dé l'analyse des Mémoires ou Notes 
présentés par des savants étrangers à l'Académie. 

Chaque cahier ou numéro des Comptes rendus a 
/|8 pages ou 6 feuilles en moyenne. 

26 numéros composent un volume. 

Il y a deux volumes par année. 

Article 1"'. — Impression des travaux 
de l' Académie. 

Les extraits des Mémoires présentés par un Membre 
ou par un Associé étranger de TA cadémie comprennent 
au plus 6 pages par numéro. 

Un Membre de l'Académie ne peut donner aux 
Comptes rendus plus de 5o pages par année. 

Toute Note manuscrite d'un Membre de l'Aca- 
démie ou d'une personne étrangère ne pourra pa- 
raître dans le Compte rendu de la semaine que si elle 
a été remise le jour même de la séance. 

Les Rapports ordinaire^ sont soumis à la même 
limite que les Mémoires; mais ils ne sont pas com- 
pris dans les 5o pages accordées à chaque Membre. 

Les Rapports et [nstructions demandés par le Gou- 
vernement sont imprimés en entier. 

Les extraits des Mémoires lus ou communiqués par 
les Correspondants de l'Académie comprennent au 



* /, 



4 pages par numéro. 



plus 

Un Correspondant de rAcadéniie ne peut donner 
plus de 3:>. pages par année. 

Les Comptes rendus ne reproduisent pas les dis- 
cussions verbales qui s'élèvent dans le sein de l'Aca- 
démie ; cependant, si les Membres qui y ont pris 
part désirent qu'il en soit fait mention, ils doivent 
rédiger, séance tenante, des Notes sommaires, dont 
ils donnent lecture à l'Académie avant de les re- 
mettre au Bureau. L'impression de ces Notes ne 
préjudicie en rien aux droits qu'ont ces Membres de 
lire, dans les séances suivantes, des Notes ou Mé- 
moires sur l'objet de leur discussion. 

Les Programmes des prix proposés par l'Académie 
sont imprimés dans les Comptes rendus., mais les 



Rapports relatifs aux prix décernés ne le sont qu'au- 
tant que l'Académie l'aura décidé. 

Les Notices ou Discours prononcés en séance pu- 
blique ne font pas partie des Comptes rendus. 



1 



Article 2. — Impression des travaux des Savan 
étrangères à l'Académie. 

Les Mémoires lus ou présentés par des personne* 
qui ne sont pas Membres ou Correspondants de l'Aca- 
démie peuvent être l'objet d'une analyse ou d'un ré- 
sumé qui ne dépasse pas 3 pages. 

Les Memijres qui présentent ces Mémoires sont 
tenus de les réduire au nonabre de pages requis. Le 
Membre qui fait la présentation est toujours nommé ; 
mais les Secrétaires ont le droit de réduire cet extrait 
autant qu'ils le jugent convenable, comme ils le font 
pour les articles ordinaires de la correspondance offi- 
cielle de l'Académie. 

Article 3. I 

Le bon à tirer de chaque Membre doit être remis 
à l'Imprimerie le mercredi au soir, ou, au plus tard, 
le jeudi à lo heures du matin ; faute d'être remis à 
temps, le titre seul du Mémoire est inséré dans le 
Compte rendu actuel, et l'extrait est renvoyé au 
Compte rendu suivant et mis à la fin du cahier. 

Article t. — Planches et tirage à part. 

Les Comptes rendus ne contiennent ni planches, f 
ni figures. ' 

Dans le cas exceptionnel où des figures seraient : 
autorisées, l'espace occupé par ces figures compterai 
pour l'étendue réglementaire. ^ 

Le tirage à part des articles est aux frais des au- 
teurs; il n'y a d'exception que pour les Rapports et 
les Instructions demandés par le Gouvernement. 

Article 5. 

Tous les six mois, la Commission administrative 
fait un Rapport sur la situation des Comptes rendus 
après l'impression de chaque volume. 

Les Secrétaires sont chargés de l'exécution du pré- 
sent Rèolement. 



Les Savants étrangers à l'Académie qui désirent faire présenter leurs Mémoires par MM. les Secrétaires perpétuels sont priés de les 
déposer au Secrétariat au plus tard le Samedi qui précède la séance, avant 5\ Autre uent la présentation sera remise à la séance suivante. 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 5 FÉVRIER li)()6, 
PRÉSIDENCE DE M. H. POINCARÉ. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIOWS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

CHIMIE VÉGÉTALE. — Sur T existence des composés potassiques insolubles 
dans le tronc et l'écorce du chêne; par M. Berthelot. 

I. — ECOIICE DK CHÊNE. 

Il a paru intéressant d'étendre mes recherches aux autres parties du 
végétal, et notamment au tronc et à l'écorce. L'examen de la sève n'a pu 
être fait en raison de la saison (fin de l'automne); mais j'ai opéré sur le 
tronc. J'ai mis en œuvre le chêne aux dépens duquel avaient été prélevées 
les feuilles : c'était un arbre de 27 ans, bien développé et que j'ai fait 
abattre le 2 novembre igo5. On a écorcé une partie du tronc, prise à une 
hauteur notable entre le sol et les grosses branches : l'opération a été 
exécutée par grattage, au moyen d'un couteau mousse, de façon à isoler 
autant que possible l'écorce et le bois, qui ont été examinés séparément. 

L'écorce, séchée rapidement au contact de l'air, a été broyée au moulin 
et mise en expérience; séchée à 110°, elle a fourni. 

Pour loos, substance sèche i8,o d'écorce 

La substance sèche, d'a|jrès l'analyse, a donné 

100 matière organique + 3, i matière minérale (CO- déduit). 

c 54,8 

H 6,2 

Az 1,1 

O ^ 

100,0 

c. R., 1*906, I" Semestre. (T. C\LH. i\» 6.) h'^- 



3i4 



ACADEMIE DES SCIENCES. 
Action de l'eau. — f-n macération à froid avec l'eau a fourni 



Partie insoluble 97)4 

Partie soluljle 2,6 



100 
2,8 



La matière soluble contenait : 




Matière organique. 


Matière miner; 


le. 


C r>2,\ 


SiO- 


1,86 


Il 5,6 


KMJ 


4,iS 


Az 2,55 


CaO 


3,48 


39,45 


Cendres, CO- 




100,00 


compris.. . 


16,0 



100,0 

La partie insoluble contenait : 



Matière organique. 



C. 
H. 
Az 

O. 



6,2 

t>i 

38,3 



Matière minérale. 

SiO- o,85 

CaO 1,78 

K^O 0,01 

Divers o,36 



100,0 3,0-t-CO' 

c'est-à-dire presque en 



On voit que la potasse est contenue pour les { 
totalité, dans la portion soluble. 

Voici les expériences de double décomposition saline, à fcoid : 



ActHate de potassium. 



Soluble. . 
Insoluble 



Etat initial. 


Après réaction 


I ,54 --i- 0,09 ;= 1 ,63 


.,5i 


0,01 


0,00 



K^O. 



1,64 



1 ,56 



Acétate de calcium. 

Etat initial. 

Soluble o , 84 4- o , 08 = , 92 

Insoluble i ,65 

Ca O 2,57 

Soluble o , 09 

Insoluble • 0,01 

K- O . . . 0,10 



Après réaction. 

0,94 
1,63 

3,57. 

0,11 
0,01 



0,12 



D'après ces indications les doses de calcium, et de potassium insolubles 
n'auraient éprouvé que des variations nulles ou faibles et ne dépassant 
pas les erreurs d'expérience; surtout si l'on envisage les variations sensibles 
de composition des échantillons. 

L'écorce d'ailleurs ne renfermait que des doses de potas.se insoluble 
excessivement faibles. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 3i5 

L'acide susceptible de former des sels potassiques insolubles n'existe 
donc qu'en proportion nulle ou douteuse dans l'écorce de chêne. 

2. Tronc de cnÊNE. 

Le tronc dépouillé de son écorce a été scié normalement à l'axe, sur 
une série de points distants de i*^™ environ et l'on a recueilli plusieurs 
centaines de grammes de sciure de bois, (|ue l'on a étendue sur une grande 
surface et laissée sécher à l'air pendant quelques heures. 

L'analyse de cette matière a fourni 

100 parties séchées à i io°-f- 29 eau. 
D'autre part, le tronc sec a fourni 

1008 matière organique + 0,48 matière minérale (CO^ déduit). 
On remarquera combien ce dernier chiffre est faible. 

Matière organique. Matière minérale. 



C 48,3 

H 6,25 

Az 0,23 

o 45,33 



SiO».. 
CaO.. 
K=0.. 
Divers. 



100,00 
La macération à froid avec l'eau a donné 

Partie soluble. 



Matière organique. 

C 5i,4 

H 4,8 

Az 0,6 

43,2 



Matière minérale. 
Mal. min. 7,95 -f-CO'- 



Mal. min. 



100,0 

7,90 + C0^ 



SiO^ . 
K^O.. 
CaO.. 
Divers 



1,07 
3,00 
1 ,83 
a , o5 



0,24 
0,11 
0,06 
0,07 

0,4s 



Partie insoluble. 



Matière organique. 

... 48,5 

... 6,3 

... 0,17 

... 45, o3 



^Matière minérale. 



r,. 
11. 

Az 
0. 



SiO' 
K^O. 
CaO. 



0,26 
o,o5 



I 00 , 00 
0,3 +C0^ 



Mal. min. 
Voici les expériences de double décomposilion saline à froid. 



Soluble 

Insoluble 

K^O., 

Soluble 

Insoluble .... 

CaO 



A 


cclate 


de 


polassi 


im. 






État 


initi 


il. 






I ,60 


-HO 


,ro: 





'70- 
o5 




I 


.75 













,06 













,09 



Après réaction. 

',69 

U-aoes 



o, 10 
o,o4 



o, ID 



o,i4 



3l6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Acétate de calcium. 

Soluble 0,91+0.06 = 0,97 i,o3 

Insoluble 0,09 0,07 

I ,06 1,10 

D'après ces résultais, l'acide capable de former des composés potassiques 
insolubles n'existe qu'en proportion faible ou nulle dans le tronc du chêne ; 
la dose de ces composés était d'ailleurs minime. 

Il résulte de ces observations, comparées avec celles faites sur les 
feuilles de chêne, que les composés insolubles du potassium et les acides 
qui les engendrent existent surtout dans les feuilles, de préférence au 
tronc (bois et écorce) : les feuilles étant d'ailleurs, comme on sait, le ter- 
minus de la circulation ascendante des liquides dans le végétal. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur les pouvoirs rotatoires des hexahydrobenzylidène 
el œnanthylidênecamphres et de leurs dérivés saturés correspondants, com- 
parés aux mêmes pouvoirs des benzylidêne et benzylcamphres . Note de 
MM. A. Haller et F. March. 

Soit seul, soit en collaboration, l'un de nous a déjà insisté à plusieurs 
reprises sur l'exaltation que subit le pouvoir rotatoire de certaines molé- 
cules quand on y fixe, par l'intermédiaire d'une double liaison, certains 
radicaux. 

Parmi les corps où l'on observe le plus fortement cette exaltation, nous 
rappelons les dérivés benzvlidéniques et analogues du camphre, de la 
P-mélhylcyclohexanone, de la thuyone ('), etc. 

Nos nouvelles études ont pour but de rechercher quel est le pouvoir 
rotatoire de molécules actives du même type, dans l'élaboration desquelles, 
au lieu d'aldéhyde benzoïque CH'.CHO, on a employé son hexahydrure 
C"H"CHO ou l'aldéhyde œnanthyhque C'H" — CHO qui, toutes deux, 
renferment le même nombre d'atomes de carbone que l'hydrure de ben- 
zoyle, la première appartenant à la série cyclique saturée et la seconde à 
la série aliphatique saturée. 

La constitution des composés obtenus, comparée à celle du benzylidêne 
et du benzylcamphre, peut être représentée par les formules suivantes : 

(') A. Haller el P.-Tli. Miller, Comptes rendus, t.CXXVIII, p. 1370; t. CXXIX, 
p. ioo5; A. Haller, Comptes rendus, t. GXXXVl, p. 1222; l. CXL, p. 1626. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 3l7 

Dérivés aldéhydiques. 

C H C H 

C^CHcf ^CH 
Benzylidènecamphre C'H"^' qjj ç^w 

,C0 ! CH' C H' 

Hevahvdrobenzvlidènecaniphre. . C'H"(^ ' / X/^n;. 

^ " ^ \C = CH-CH\ /(-H- 

OEnanlhylidènecamphre C H"(^ 



CH^ CH' 

C =: CH-CH'-CH'-CH2-CH'-CH--G1P 

I 
CO 



Dérivés alcoylés obtenus par hydrogénation. 

CH CH 

,CH — CH' - C^ '^CH 

Benzylcamphre C'H'*(^ 1 rFT^'H 

CO CH^ CH' 

Hexahydrobenzvlcamphre ÇfiW'C ' / \ t^u, 

^ ^ ^ \CH-CH'-CH\ /GH' 

CH' CH' 

/GO 

OEnanlhyl ou heplylcamphre C'H'% ' 

^ t- j f \CH-CH'-CH'-CH'-CH'-CH'-CH'-CH' 

Hexahydrobenzylidénecamphre. — A une solution de 20^ de camphre 
dans loo^ d'élher anhydre on ajoute 6^,5 d'araidure de sodium finement 
pulvérisé et l'on chauffe au bain-marie pendant 12 heures, en ayant soin 
de faire passer un courant d'hydrogène sec dans le ballon pendant toute 
la durée de l'opération. On distille ensuite l'éther et l'on chauffe le résidu 
au bain d'huile à i5o°, pendant i heure, pour chasser la majeure partie de 
l'ammoniaque restante. Au dérivé sodé obtenu on ajoute ensuite 100^ 
d'élher anhydre et, peu à peu, en agitant et refroidissant, SS» d'aldéhyde 
hexahydrobenzoïque ('). 

Le mélange, après avoir été abandonné à lui-même pendant 24 heures, 
est traité par l'eau et par de l'éther. On sépare les deux couches, et le 
liquide éthéré, desséché au préalable sur du sulfate de soude anhydre, est 



(') Nous devons cette aldéhyde àrobligeance de M. Darzens quil'a préparée par un 
procédé qui lui est spécial. 



3l8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

distillé, à la pression ordinaire d'abord pour éliminer le dissolvant et 

enfin dans le vide partiel de i6""°. 

On obtient trois fractions, l'une passant avant 184°, la principale entre 

i84°-i86°, et la troisième entre 186° et 192° sous 16'""". Ces différentes 

fractions ne tardent pas à se solidifier. On les étale sur des plaques 

poreuses et on les fait cristalliser dans l'éther de pétrole. Après une série 

de cristallisations, on retire finalement le même corps qui se présente sous 

la forme de e;ros cristaux incolores, fondant à 49°» très solubles dans 

l'éther, l'éther de pétrole, insolubles dans l'eau et dont l'analyse donne 

des chiffres correspondant à l'hexahydrobenzylidènecamphre cherché. 

/CH-CH^.CH" 
EexahydrohenzYkampkre : C'H'V'; 1 . — Ce composé 

prend naissance quand on réduit une solution alcoolique du dérivé hexa- 
hydrobenzvlidénique parde l'amalgame de sodium à 2 pour 100. La réduc- 
tion est faite à froid et en présence d'acide sulfurique étendu. 

Après un traitement approprié, on obtient un liquide bouillant à 192° 
sous 24°"°, incolore et qui, refroidi dans un mélange réfrigérant, ne cris- 
tallise pas. A l'analyse, il donne des chiffres confirmant la formule d'un 
dérivé hexahydrobenzylé. 

Dérivés œnanthyliques . — On a essayé de préparer l'œnanthylidènecamphre 

par la même voie que celle qui nous a permis d'obtenir le dérivé hexa- 

hydrobenzylidénique, mais le produit obtenu est constitué principalement 

par une huile jaune, bouillant de 189° à 191° sous la""™, ne possédant 

qu'un faible pouvoir rolatoire [aj^— + 42° 32', et fournissant à l'analyse 

des résultats très éloignés de ceux qui répondent à la formule C" H-*0. 

Il est probable que ce produit renferme des dérivés de polymérisation de 

l'œnanthol, difficiles à séparer du vrai composé que nous cherchions. Aussi 

avons-nous essayé de préparer ce composé par un autre procédé en 

passant d'abord par l'œnanthvlcamphre. 

VCH — CHHCH^)'CH' , . 

OEnanthylcamphre : C^W'< 1 . — Ce dérive a ete 

obtenu, en faisant agir de l'iodure d'heptyle normal (') sur le camphre sodé 
préparé dans les mêmes conditions que pour l'hexahydrobenzylidène- 
camphre. Toutefois, au lieu de faire la réaction au sein de l'éther, on a 

(') M. Moureu nous a obligeamment fourni lalcool heplvlique avec lequel nous 
avons préparé l'iodure. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 819 

opéré en présence du toluène et l'on » chnuffé le mélange au bain d'huile, 
à la température d'ébuUition du toluène, pendant un jour. Le produit a 
ensuite été traité par de l'eau, on a séparé les deux couches et distillé la 
solution toluénique. Après séparation du toluène, il passe d'abord du 
camphre et un peu d'iodure non entrés en réaction, puis le thermomètre 
monte rapidement à 180° sous 25°"° et l'on obtient jusqu'à 200° une frac- 
tion importante qui, rectifiée dans le vide, passe en majeure partie à 190° 
sous 25""". 

L'œnanthylcamphre constitue une huile incolore qui, à l'analyse, donne 
des chiffres correspondant à la formule C"H"'0. 

OEnanthylidènecamphre : CH'^O. — Le procédé employé pour la pré- 
paration de ce composé est le même que celui qui a servi à M. Minguin 
pour obtenir les méthylène- et éthylèaecamphres. Il consiste à traiter 
i'œnanthylcamphre (22*^) par 14*^, 5 de brome (2"°') et à chauffer au bain- 
marie jusqu'à ce que ie liquide soit décoloré. On lave le produit avec une 
solution de carbonate de soude, on décante et l'on chauffe le dérivé brome 
avec 3os de diélhylaniline, dans le but tie lui enlever 1™°' d'acide bromhy- 
drique. L'opération dure environ 1 o heures. On traite la masse par l'eau et 
l'acide chlorhydrique et l'on épuise avec de l'élher. 

Après distillation dans le vide, on obtient finalement un liquide épais, 
fortement coloré en jaune, passant en totalité de 178° à 184° sous 20"" et 
donnant, à la suite d'un second fractionnement, une huile incolore distillant 
à iSo^-iSa" sous 20°"°, et dont la composition correspond bien à celle de 
rœnanlhvlidènecamphre. 

Dans le Tableau suivant nous donnons les pouvoirs rotatoires spécifiques 
de tous ces corps et les comparons à ceux des benzylidéne- et benzyl- 
camphre. Tous ces pouvoirs ont été pris à une température de i5° et avec 
des solutions alcooliques des substances. 

Pouvoirs rolatoires des composés non saturés. 

Benzylidènecamphre [aju =; + 425 . 11 

Hexahydrobenzylidènecamphre » =+i3i.39 

OEnantlijIidènecamplire » ^ -t- i36.4o 

Pouvoirs rolaloires des composés salures, des alcoyLcamphres. 

Benzylcampliie [aju^-t- i44-00 

Hex.aliydrobenzylcamplii'e » =:+ 55. 07 

OEnantliylcamphre » =-h 5i.l3 



320 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Ces chiffres nous permettent de conclure : i" que les pouvoirs rotatoires 
spécifiques des nouveaux composés sont de beaucoup inférieurs aux pou- 
voirs rotatoires des combinaisons benzéniques correspondantes; 2° que la 
rotation des dérivés alcoylés saturés continue à rester inférieure à celle des 
dérivés non saturés auxquels ils se rattachent; 3" que la nature des 
chaînes latérales saturées C*H",C'H", qu'elle soit cyclique ou aliphatique, 
ne semble pas modifier sensiblement le pouvoir rotaloire dans les deux 
séries respectives. 

Il faut en conclure que, dans le benzylidènecamphre et dans ses ana- 
logues, comme dans les benzylcamphres, c'est le caractère non saturé du 
noyau benzénique qui exerce son action sur l'élévation du pouvoir rota- 
loire de la molécule asymétrique à laquelle ce noyau est fixé. 



PHYSIQUE DU GLOBE. — Contribution à l'étude chimique des eaux marines. 

Note de M. Th. Schlœsiivg. 

L'analyse de l'eau de la Méditerranée puisée le 12 juillet 1904 sur le 
rivage de Tunisie, près de l'ancien port de Carthage, m'a fourni les résul- 
tats suivants : 

Densité i ,0287 

Dans un litre d'eau, ;'i la température de 20" : 

e 
Alcalinité exprimée en carbonate de chaux o, 126 

Acide sulfurique 2,5i6 

Chlore 21,676 

Brome 0,072 

Chaux (non compris celle aflerente au carbonate).. 0,6174 

Magnésie 2 , 365 

Soude 1 5 ,984 

Potasse o,5io 

Si l'on retranche de la somme de ces éléments, 43^,866, la quantité d'oxy- 
gène équivalente à celles du chlore et du brome 4^>892, on obtient le total 
38^,974 des sels que contient l'eau analysée. 

Ces résultats sont très voisins de ceux qu'a trouvés Uriglio ('), auteur 
d'un travail très estimé sur la composition de l'eau de la Méditerranée 

(') Annales de Chimie et de Physique, 3' série, t. XXVII. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 321 

puisée au large de Celte. Les deux analyses diffèrent cependant beaucoup 
en ce qui concerne la potasse et le brome; la mienne donne un chiffre plus 
élevé pour la potasse et beaucoup moindre pour le brome. 

J'ai profité d'une récente traversée de Bizerte à Marseille, accomplie du 
27 au 29 décembre igo5, pour puiser un nouvel échantillon d'eau de mer 
en pleine Méditerranée, peu après avoir dépassé la moitié de la route. Je 
voulais recommencer mon analyse et m'assurer que mes dosages de potasse 
et de brome étaient exacts. Je me proposais en outre de faire une étude 
comparée des eaux de la Méditerranée et de celles de l'océan Atlantique, 
en menant les deux analyses en même temps et à l'aide des mêmes pro- 
cédés. Je dirai de suite le motif de cette étude. 

Les eaux des océans sont constamment mêlées par des courants et autres 
mouvements causés par les vents ou les différences de densité; il en résulte 
que leurs substances minérales auraient formé depuis bien longtemps un 
mélange constant et partout identique, si elles n'éprouvaient ni pertes ni 
gains. 

Les seules différences qu'on pourrait constater porteraient sur le degré 
de salure, c'est-à-dire sur les proportions relatives de l'eau et du mélange 
minéral, différences tenant à la diversité des conditions clmiatériques ou 
locales qui déterminent soit une concentration des eaux par évaporation, 
soit leur dilution par les pluies, les fleuves, ou la fusion des glaces. 

Mais la constitution chimique des mers n'est pas invariable; à ne consi- 
dérer que les apports minéraux par les eaux fluviales, il est bien certain 
que le lavage continu des sols anciens et des résidus récents de la destruc- 
tion des roches modifie lentement la somme et les rapports respectifs des 
minéraux marins. Faut-il penser que les modifications ainsi produites dé- 
terminent, dans les diverses mers, des différences de constitution saisis- 
sables par l'analyse? Faut-il croire qu'elles sont effacées par les mouvements 
des eaux qui tendent sans cesse à établir une homogénéité générale? Ces 
deux questions n'en font qu'une, que je me suis posée et qui peut être 
énoncée comme suit : toutes les mers qui communiquent entre elles pos- 
sèdent-elles un seul et même mélange salin, en sorte que, l'analyse de ce 
mélange ayant été une fois exactement faite, celle d'une eau de mer quel- 
conque se réduirait à une prise de densité? 

Une question semblable a été posée et résolue au sujet de l'atmosphère. 
Elle aussi, et plus que les mers, est sans cesse brassée et mêlée; d'autre 
part, elle perd et gagne des gaz dans ses rapports avec la surface du globe, 
C. R., 1906, I" Semestre. {T, CXLII, N* 6.) 4^ 



322 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

et rien ne prouve que sa constitution ne varie pas au cours des siècles. Mais 
la variation est tellement dominée par l'action des vents que partout, à un 
moment donné, on lui trouve la même composition. 

J'ififnore si la question que j'envisage au sujet des mers a déjà été étu- 
diée. En tout cas mes analyses lui seront une contribution utile. 

Il m'a semblé que l'analyse comparée des eaux de la Méditerranée et de 
l'Atlantique devait être particulièrement instructive; en effet, les apports 
terrestres aux deux mers se font dans des proportions extrêmement diffé- 
rentes. L'Atlantique appartient à un ensemble d'océans couvrant les trois 
quarts de la surface du globe et recevant les lavages de continents qui n'oc- 
cupent que le quart de cette surface. La Méditerranée, au contraire, la mer 
Noire comprise, n'a pas la moitié de la superficie totale des régions qui lui 
déversent leurs eaux. Je ne conclus pas de là que, à volumes égaux, la 
Méditerranée reçoive six fois plus de sels terrestres que les océans; ce serait 
admettre que les apports par les fleuves sont proportionnels aux étendues 
de leurs bassins. Je dis seulement que la Méditerranée reçoit, relativement, 
beaucoup plus de ces apports que les océans et que, par conséquent, si 
ces apports sont capables de modifier la constitution d'une mer de façon 
sensible à l'analyse, c'est bien dans la Méditerranée qu'on pourra saisir le 
fait, d'autant mieux qu'elle n'a, pour lutter contre l'altération de sa con- 
stitution, que les échanges, relativement restreints, qu'elle peut faire avec 
l'Océan par le détroit de Gibraltar ('). 

On va voir que ces échanges suffisent pour maintenir dans la Méditer- 
ranée, au moins dans sa partie antérieure comprise entre la France, 
l'Afrique, l'Italie et l'Espagne, une composition très voisine de celle de 
1 Océan. 

Admettons que l'eau de la Manche n'est autre que celle de l'Atlantique, 
je me suis servi d'un échantillon puisé le i5 janvier 1906 à l'extrémité de la 
jetée ouest du port de Dieppe, une heure avant la pleine mer. 

Voici les résultats bruts des deux analyses simultanées : 

Méditerranée. Manche. 

Den?ilé i ,0286 i ,0289 



(') Après un temps suffisamment prolongé, le volume total de l'eau de Méditerranée 
passée dans l'Océan, et le volume total de l'eau de l'Océan passée en Méditerranée sont 
en raison inverse des salures des deux mers. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 

1' d'eau, à la température de 20°, contient : 

Méditerranée. 
g 
Carijonate de chaux o, la^ 

Acide sulfurique 2 , 5") 1 

Chlore 21,376 

Brome (>) • 0,072 

Chaux (non compris celle du carbonate) 0,599 

Magnésie 2 , 36i 

Soude 16,017 

Potasse o,5io 

43,6i3 

Oxygène correspondant au clilore et au brome. . . ^,81^ 
Somme des sels contenus dans 1' 38,789 



32^^ 



Manche. 






.099 


2 


, 120 


/ 


,83o 





,060 





519 


1 


993 


i3 


,410 





,4i3 



36,444 

4,024 
32,420 



Pour comparer les constitutions minérales des deux mers, il faut chercher 
les rapports entre les quantités respectives des diverses substances et leurs 
totaux; voici ces rapports : 



Alcalinité 

Acide sulfurique. 



Manche 

Méditerranée 

Manche 

Méditerranée 



^1 , i Manche 

Chlore ,,. ,. 

Méditerranée 



Bronze 

Chaux 

Magnésie .... 

Soude , 

Potasse 

Total des sels 



Manche 

Méditerranée 

Manche 

Méditerranée 

Manche 

Méditerranée 

Manche 

Méditerranée 

Manche 

Méditerranée 

Manche 

Méditerranée 



0^099 
0,127 
2, 120 
2,55i 
i7,83o 
21 ,376 
0,060 
0,072 
0.519 
0,599 



= 0,78 
= o,83i 
= 0,834 
= 0,833 
= 0,866 (-) 



il99^ = o, 



2,36i 

i3 ,4io 

16,017 

o,4i3 

o,5io 

32,420 

38:789 



= 0,837 

r= 0,810 

= 0,836 



(') Un même accident m'a fait perdre les deux dosages de brome; je remplace l'un 
par celui de ma première analyse, l'autre par le nombre 60™» que je trouve dans le 
Traité d'Analyse de M. A. Carnol. 

('-) Le nombre 0,019 doit être trop faible. Dans ma première analyse j'avais trouvé 
le nombre 0,617 1"' donnerait le rapport 0,84. 



Sa'} ACADÉMIE DES SCIENCES. 

On remarqiiern qtie les substances les pins abondantes et dont le dosage 
est, par suite, plus près de la réalité, l'acide sulfurique, le chlore, la soude 
et le total des sels donnent des rapports très voisins compris entre o,83i 
et 0,887; ^^^ rapports sont moins satisfaisants pour les substances en 
moindre quantité, carbonate de chaux, chaux, potasse, mais leurs dosages 
soiit aussi moins précis. Quant au brome, j'attribue à un hasard heureux 
et non à la perfection de l'analyse le rapport trouvé o,833. 

Je conclus de ces résultats : 

1° Que ma première analyse est confirmée, surtout en ce qui concerne 
la potasse : les analyses de l'eau de la Méditerranée prises près de Car- 
thage, ou à mi-chemin entre Bizerte et Marseille, ou dans le voisinage de 
Cette concordent assez pour permettre de considérer comme homogène la 
partie de cette mer comprise entre la France et l'Afrique. C'est vers le fond 
de la Méditerranée qu'ont lieu les grands apports de substances minérales 
par le Nil et les fleuves de la Russie méridionale qui se déversent, avec le 
Danube, dans la mer Noire et, par suite, dans la Méditerranée. Il serait 
intéressant d'étudier des échantillons d'eau puisés entre Tunis et Alexan- 
drie. 

2° L'eau de la Méditerranée ne diffère guère de celle de l'Atlantique 
que par le degré de salure; les constitutions minérales des deux mers sont 
presque identiques. C'est un motif de présumer que tous les océans pos- 
sèdent à peu près le même mélange salin, avec des proportions d'eau va- 
riables. La constitution minérale des mers serait, comme la constitution 
gazeuse de l'atmosphère, sensiblement constante. 



MÉCANIQUE RATIONNELLE. — Sur les quasi-ondes de choc et la distribution 
des températures en ces quasi-ondes. Note de M. P. Duhesi. 

Une Note récente (') de M. Gyôzô Zemplén m'avait amené à rap- 
peler (-) ce théorème que j'avais démontré autrefois : Dans un fluide 
affecté de viscosité, il ne peut se produire d'onde de choc. A la vérité, la 
démonstration que j'ai donnée suppose l'emploi des formules ordinaire- 
ment usitées dans l'élude des fluides visqueux; mais on peut aisément la 
généraliser et voir qu'elle suppose seulement cette hypothèse: Les rapports 

(') G. ZiîMPi.ÉN, Comptes rendus, l. CXLI, 1900, p. 710. 
(-) F. Dliiem, Comptes rendus, l. CXLI, 1905, p. Sii. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER lÇ)o6. 3^5 

des quantités nommées v et t dans mes Recherches sur l' Hydrodynamique 

aux dérivées partielles y-> •■•) des composantes u, c, w de la vitesse ne 

tendent pas vers zéro lorsque ces dérivées partielles croissent au delà de 
toute limite. 

En une nouvelle Note ('), M. G. Zemplén paraît s'attacher surtout aux 
fluitles dont la viscosité est très petite. Ces fluides n'échappent pas à la 
proposition précédente; on n'y peut constater à' onde de choc véritable, 
c'est-à-dire de surface de discontinuité pour les composantes «, v, w de la 
vitesse et pour la densité p; mais on y |)eut observer des quasi-ondes de 
choc, c'est-à-dire des couches très peu épaisses au travers desquelles les 
éléments u, v, ir, p varient d'une manière très rapide, de telle sorte que la 
différence entre les valeurs d'un même élément aux deux surfaces de la 
couche très mince ne soit pas une quantité très petite. La méthode qui sert 
à démontrer le théorème rappelé au début de la présente Note permet tout 
aussi bien de démontrer la proposition sinvante : 

Au sein d'un fluide très peu visqueux, il ne peut se produire de quasi-ondes 
de choc dont l'épaisseur soit très petite par rapport aux coefficients de viscosité 
\ et ]j.; mais il n'est pas impossible qu'il s'y produise une quasi-onde de choc 
dont l'épaisseur serait an même ordre de grandeur que \ et [j.. 

Si donc on veut discuter les assertions émises par M. G. Zemplén au 
sujet des fluides très peu visqueux, on doit appliquer ces considérations 
non pas à une onde de choc véritable, reconnue impossible, mais à une 
quasi-onde de choc. 

Les propriétés d'une telle quasi-onde ont déjà fait l'objet de recherches 
très intéressantes de M. E. Jouguet (^). Nous voudrions ajouter quelques 
remarques à ces recherches. Nous ferons sans cesse usage des formules 
admises depuis Navier pour représenter les propriétés des fluides visqueux, 
sans rechercher si nos conclusions demeureraient valables dans le cas où 
l'on ferait usage de lois plus générales; nous perdrons ainsi quelque peu 
en généralité, mais nous gagnerons peut-être en précision. 

Nous commencerons par quelques observations au sujet de la distribu- 
tion qu'affectent les températures au sein d'une quasi-onde de choc. 



(') G. Zemplén, Comptes rendus, t. GXLII, 1906, p. 142. 

(^) É. Jouguet, Comptes rendus, t. CXXXVIIl, 1904, p. i685; t. CXXXIX, 1904, 
p. 786. — Sur la propagation des réactions ciiimiques dans les gaz, Chap. III 
{Journal de Mathématiques pures et appliquées, 6° série, t. II, 1906, p. 5). 



326 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



Prenons pour point de départ la relation supplémentaire mise sous la 
forme générale [nce/ierches sur l'Hydrodynamique, Première Partie, équa- 
tion (94); Première série, p. 33] que voici : 



KAT 



0) 



dK 
dT 


[(£)'- (g)'- (0] 


dK/dT d? dT dp dT d?\ 
dp \ dx dx dy dy dz dz j 


T d'I. fdT , dT dT dT\ 

E?dT-[d:r''-^d^'-^ dz'^'-^J^) 


T 2 d^t /du de dw\ 
E'° dpdT\dx ' dy ' dz 1 


l (du dv divy 
E \dx "^ dy '^ dz ) 


2|J. 

E 


r/duY /di'Y / dwY fài' dw 
[[d.r)^[dy)^-[dz)^[dz^dy 




f dw duY (au dvY 
^[dx^dz)'^[dy^dx) 



+ 



Soit h l'épaisseur très petite de la quasi-onde; >. et [a sont supposés très 

,,,,,, . ■ I • ,.■,.■ au du du dp dp dp 

petits de 1 ordre de h; au contraire, les six quantités ^^ j-, ^, ^-, ^.> ^ 

sont, en général, très grandes de l'ordre de -^• 

^ -, r ■ 1 ^.^. dT dT dT . ^ . , 

Peut-il se faire que les quantités y, -p'^ soient aussi des quantités 

très grandes de l'ordre de j? Il faut, en tout cas, en verlu de l'égalité (i), 
que la quantité 



ôz^dz 



soit seulement une quantité très grande de l'ordre de j- 

Si le coefficient de conductibilité k est une quantité très petite au moins de 
l'ordre de h, cette condition est assurément remplie; la quasi-onde peut être, 
et est, en général, une quasi-surface de discontinuité pour la température. 

Supposons maintenant que le coefficient de conductibilité k ne soit pas très 
petit. Sur la surface S„ qui limite la quasi-onde en amont, prenons une 
aire finie Ag; par le contour de cette aire, menons des normales à la 
surface S^; elles forment une surface réglée C et découpent une aire A, 
sur la surface S, qui limite la quasi-onde en aval; soit U le volume, infi- 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER I906. 827 

niment petit de l'ordre de h, que limiteiU A,,, C, A,. Multiplions l'expres- 
sion (i) par Tr/r? et intégrons pour le volume U. L'intégrale ne devra pas 
avoir une très grande valeur. Or, cette intégrale peut s'écrire 



n étant la normale extérieure à la surface s qui limite le volume U. Or 

ffY_ 
on 



d'Y 
l'intégrale de surface est finie parce que, le long des aires Ao et A,, y- est 



fini, tandis que l'aire C, en laquelle y- peut prendre des valeurs très grandes 

de l'ordre de -p est très petite de l'ordre de h. L'intégrale étendue au vo- 

1 xT 1 •. 1 A. p ■ I -. » • dT ôY iTÏ 

lume U doit donc être iiuie; cela ne saurait être si -r— , —— > -r- pouvaient 

ôx ôy 0: ' 

prendre des valeurs très grandes de l'ordre de ^- Au travers de la quasi- 
onde, la température ne peut éprouver que de très petites variations. 



M. L.-E. Bertix fait hommage à l'Académie d'une brochure intitulée 
Evolution de la puissance défensive des navires de guerre. 



NOaiIIVATIOIVS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination de Com- 
missions de prix chargées déjuger les concours de l'année 1906. 
Le dépouillement du scrutin donne les résultats suivants : 

Chimie : Prie Jecker, Cahours, Montyon ( Arts insalubres). — MM. Troost, 
Gautier, Moissan, Ditte, Lemoine, Haller, Th. Schlœsing, Berthelot, 
Maquenne. 

Botanique : Prix Desmaziéres, Montagne, deCoincy. — MM. VanTieghem, 
Bornet, Guignard, Bonnier, Prillieux, Zeiller, Perrier, Chatin, Giard. 

Zoologie : Prix Savigny, Thore, Da Gama Machado. — MM. Ranvier, 
Perrier, Chatin, Giard, Delage, Bouvier, Lannelongue, Laveran, Gran- 
didier. 

MÉDECINE ET CHIRURGIE : Prix Montyon (^Médecine et Chirurgie), Barbier, 



328 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Bréanl, Godard, du Baron Larrey, Bellion, Mège.— MM. Bouchard, Guyon, 
d'Arsonval, Lannelongue, Laveran, Dastre, Roux, Brouardel, Chauveau, 
Labbé, Perrier. 

Physiologie : Prix Montyon (^Physiologie expérimentale), Phitipeaux, 
Lallemand, Pourai, Martin Damourette. — MM. d'Arsonval, Chauveau, 
Bouchard, Dastre, Roux, I.averan, Giard. 

Cette Commission est également chargée de présenter une question de 
Prix Pourat pour l'année 1909, 



CORRESPONDANCE. 

ASTRONOMIE. — Eléments provisoires de la comète 1906 a. 
Noie de M. E. Maubant, présentée par M. Lœwy. 

Les observations utilisées sont les suivantes : 

Dates. Temps moyen Ascension droite Déclinaison 

1906. local. apparente. apparente. 

h m Q , „ o I II 

Janv. 29 6.48,5 244.24.57 +5i. 7.40 Strasbourg. 

3o i3. 9,6 244. 4-55 +53.19.27 Utrechl. 

3i 16.59,5 243.42.28 +55.24.41 Lyon. 

On en a déduit la parabole que voici : 

T = 1906 janv. 0,5686, temps moyen de Paris. 

8 = 289. 36. 38" j 
10=100.57.37 / 1906,0 
«^ 124.59.31 ) 
log<7 = 0,12409. 

cosp dk=z — 5", 



Représentation du lieu moyen : O — C 



rfp=:+ 1". 



Avec ces éléments on a obtenu l'éphéméride suivante pour 12'', temps 
moyen de Paris : 

Ascension 

Dates. droite Déclinaison 

1906. apparente. apparente. Logr. LogA. Eclat, 

b m s o / 

Fév. 4 16. 7. 2 +62.46,0 0,154- 9,9550 i,i3 

6 15.59.55 +66.54,8 o,i58o 9,9463 j , 16 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 

Ascension 

DaLes. droite Déclinaison 

190C. apparente. apparente. I^ng''- 

h m s o , 

8 1.5.48.49 +71. II, s 0,1614 

10 i.5.3o. 8 -+--5.31,. 3 0,1649 

12 i4.54-4'i -1-79 -43, 3 0,1686 

14 1 3. 35. 12 -1-83.2 1,5 0,1723 

16 10.41.24 +84.55,8 0,1761 

L'éclat (lu 29 janvier a été pris comme unité. 



LogA. 



329 



Kclat. 



9.9399 


,18 


9-9339 


.'7 


9.9346 


.'7 


9,9361 


. '4 


9.94o3 


,10 



ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Observations du Soleil faites à l' Observatoire de 
Lyon {équatorial Brunner de o"", 16) pendant le troisième trimestre de 1 90.5. 
Note (le M. J. Giii.i..4i-.me, présentée par M. Mascart. 

Il y a eu 44 jours d'observation (') dans ce Irimestre, et les principaux 
faits qui en résultent peuvent se résumer ainsi : 

Taches. — Le nombre de groupes de taclies notés n'est guère plus élevé que celui 
du trimestre précédent (58 au lieu de 54), mais l'aire totale a considérablement aug- 
menté : on a, en effet, 7431 millionièmes au lieu de 3290. 

Quatre groupes, au lieu de deux, ont été visibles à l'œil nu, mais les groupes d'août 
sont les mêmes que ceux de juillet ramenés sur le disque par la rotation du Soleil. Ce 
sont (Tableau 1) : 

o 

Juillet 1 1 ,5 à — 16 de latitude 

)) I (3 , 6 -1- 1 3 » 

Août 7,0 — 17 » 

» I '.i , 7 -h 1 2 » 

On remarque, enfin, qu'une nouvelle diminution dans la production des taclies s'est 
présentée vers la fin du mois de juillet (les 27 et 29 il n'y avait ([u'une petite tache), 
et que cette accalmie s'est produite sur le globe solaire, h. environ 180° de celle enre- 
gistrée au mois de mai dernier. 

Régions d'actii-Uc. — On n'a pu, par suite du temps défavorable, noter que 
75 groupes de facules avec une surface totale de 84,2 millièmes (au lieu de 107 groupes 
et 122,5 millièmes précédemment). Leur distribution entre les deux hémisphères est 
de 35 groupes au Sud et de 4o au Nord. 



(' ) Pendant mon absence de l'Observatoire, avec la mission d'Espagne pour récli|)se 
totale du Soleil du 3o août, les observations ont été faites par mon collègue, M. Luizet. 
G. R., 1906, 1" Semestre. (T. CXLII, N° 6.) 44 



3Jo 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



Tableau I. 



Taches. 



liâtes Nouibio l'ass. Latitudes mo yennes Surfnces 

exlrèuies d'obscr- au dut. ' ^ "' '"oTennes 

il'oliscrT. ïïtiuns. central. S. N- réduites. 

Juillet igijo. — o,ou. 



9 
8 

-l3 2 

128 

- 1 5 22 

3 
'9 

12 

5 
i565 

7 

432 

83 

4' 
163 

23 

3 
II 



l'i 


1 


4,2 


— 12 


I-IO 


4 


5,5 


— 18 


1- 4 


3 


6,8 


— iS 


3- 7 


3 


7,<' 




3-1 3 


9 


8,0 


— 12 


I 2- I 3 


2 


9,7 




(i- 7 


2 


10,0 


-iG 


1 2- 1 3 


2 


10,2 




(i-I- 


9 


1 1 .j 


— iii 


lO-I 1 


2 


12,8 




i3 


1 


i4,o 




1 0-22 


1 1 


16, G 




20-22 


3 


18,4 


— 2 


19-24 


■) 


18,5 




1 3-22 


8 


18,7 


— Il 


ia-2j 


9 


20,2 


— I 1 


1 7-2G 


9 


22,7 




19-25 


6 


23,4 




27-29 


3 


3o, 5 


— 1 1 


3i- I 


2 


3i,8 


— 1 



û I — 

1- 
I- 

2- 

4 



9 
10 

-i 
12 

12 

->4 



-28 

' 8 
-i I 



24 j. 



Voùt. 

2,7 
3 ,2 
4,3 
5,8 
G, 6 

7,0 
8,3 

«,7 

l3,2 



— 12 

— 17 



-22 
-17 

-i5 



4 

8 

3 

i58 

127 

584 

28 

27 

807 



FL'duilCi. 



Date'i Nombre Pas£. Lalitudcs moyennes Surface^ 

exlrêmes Jobier- au mer. ^^ -~ — -■— moyennes 

tiobserv. râlions, central. S. N 



8-14 

21 

21 

2[ 
21 
21 

2 1 



29- 



29- 5 
29- j 
29- I 

I 

29- 5 

3o 

5-11 

11-18 

11-18 

1 1-18 

11-18 

18 

18 

24-29 

24 

24 

29 

29 

29 

29 



\otJl 


(suite.) 






14,4 




4-l4 


19G 


18,3 




-n- 6 


195 


19,8 




^- 7 


62 


20,4 


— 8 




3(i 


2 1,9 




-Hl3 


19 


23,4 




-^ 9 


87 


2i,5 




-{-20 


39 


3o,2 




-i-i6 


103 



IJJ. 



! 5 ,0 



Septembre. 

2, G 

3,3 

3,6 

3,8 

4,6 

5,5 
10,4 
i3,4 

14.3 

i5,5 
i5,8 
18,5 
18,7 
23,3 
24,0 
25,9 
25,9 

29,1 
3o , 2 
3o,8 



— 18 



-I 1 
->4 

- 1 ■>, 
-20 



-'2",-9 



-i3 



-17 
-14 



-i4 



-12 

■ 4 
-10 



7J- 



— I I 



— ih , I 



117 
371 

24 

3o 

120 

75 

64 
187 

92 
343 

67 
36 
63 

2 
3o 
43 
26 

4 
^7 



-II", 6 



Tableau II. — Dislribulion des lâches en latitude. 















Sud 














Nord 








Totaux 
mensuels. 

20 

18 
20 

58 


Surfaces 


1905. 


90" 


40* 




30- 




20-. 


10" 


0'. 


Somme. 

5 
9 

2 5 


Somme 

9 
i3 
1 1 

33 


0'. 


10' 




20- 




30" 


tO*. 90'. 


ïédniles 


Juillet 




U 

» 
» 


» 

I 




1) 
1 
1 

2 




9 

s 


2 
2 

)) 

4 


3 

5 

4 

12 




5 

/■ 
J 

9 




I 
I 
1> 

2 




U » 

)) )J 
M » 

1) » 


3i35 


\oiil 


2489 


Septembre. 
Totaux . . 


'797 
7421 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. J i i 

Tableau III. — Distribution des facules en latitude. 













Sud. 












Nord. 








Tuiaux 
monsaels. 


Surfasse 
réduitas. 


1902. 


M'. 


;o'. 


30 


•. 


S0-. 


10' 




0". 


Somme. 


Somme. 


0". 10". 50* 


. 30" 


. 40". 


90". 









— ■ 




__— 


— 


— . 


^ 














.-. 






Juillet 


I 


» 




3 


t t 




;) 




18 


20 


4 12 


4 


]} 


y 


38 


38,8 


Août 


)) 


» 




3 


5 




I 




9 


i3 


5 6 


2 


)> 


» 


22 


2», I 


Se|Ttcmbie. . 


» 


I 




» 


7 




)) 




8 


7 


2 4 


I 


t) 


» 


i5 


20, •; 


Totaux.. 


[ 


I 




6 


20 




4 




35 


40 


1 1 22 


7 


» 


)) 


75 


8.1,2 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur un prohlème du calcul des variations. 
Note de M. Erik Holmgre\, présentée par M. Painlevé. 

I . Dans son Mémoire : Grundzûge einer allgemeinen Théorie der linearen 
Intégral gleichungen ('), M. Hilbert pose le problème suivant : 
Trouver les fonctions u{s) qui donnent à l'intégrale 



I{u)= / K(s,t)u(s)u(t)dsdt 



OÙ K.(s, t) est une fonction symétrique des deux variables, sa plus grande ou 
sa plus petite valeur sous la supposition que l'égalité 

r'' 

(4) / u(sy ds = I 

•-a 

soit vérifiée. 

M. Hilbert résout ce problème à l'aide des théorèmes généraux qu'il a 
démontrés sur l'équation intégrale de M. Fredholm. Je me suis proposé de 
le traiter par le calcul des variations en appliquant le principe d'une des 
méthodes par lesquelles M. Hilbert a réussi à Faire du principe de Dirichlet 
un mode de démonstration rigoureux (^). En procédant de cette manière 
on arrive aussi facilement aux résultats généraux de M. Hilbert sur l'équa- 
tion de M. Fredholm, ce qui est intéressant vu la généralité de la mélhoic 
employée. 



(') Erste Mitteilung. p. 78 {Ncic/ir. der /.. Gesellschaft der }]'iss. zu Gôt/ini;vn 
1904). 

(■-) Noir Ueber das Dirichlct'schc Princip. (Festschrift), Gôttingen, 1901 ou Malli. 
Ann.. vol. LIX. 



332 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

2. L'inégalité bien connue de M. Schwarz fait facilement voir qu'il existe 
une limite finie supérieure et une limite finie inférieure des valeurs que 
peut prendre l'intégrale !(«/) ('). 

Désignons par Tyf) ^"^e de ces limites. 

Choisissons une série infinie de fonctions conlinues ",(^), u.^{s), 
H:,(s), ... vérifiant l'égalité (i) et telles (jue 

Uml(u„) = T^ 

(nous supposons ici que a'' soit finie). 

Lemaie. — Siipiiosons que ni(i), iV2(i'), ... soil une série de fouclions conlinues 
qui vérifient les condltii)ns 



(2) 



\ / lln{s)iy„{s)ds = (« =r I, 2, 3, . . .), 

y " 
i ,/' 

f / »■„ (s)- f/i' < I> où L est une constante positive.- 



Alors nous avons 
l'osons 



j f K{s, t)ii„{.s)n„(l) 



cls cil = O. 



u;,{s) — v„(s) — ii„{s) j ii„{t) v„(l)d/, 
En portant cette expression de n\,{s) dans (3), nous trouvons facilement 



(4) 



.1 - -,/■ 

I i m / .■„(/) / //„ (.s) K(s, t) ds — ^ "„ 



(0 



d( = o. 



r'' 
Considérons l'intégrale / M„(*)K(5,/)r/^.D'après l'inégalité deM. Schwarz 

elle reste comprise entre deux valeurs réelles indépendantes de n et de /. 
Alors nous pouvons supposer que les fonctions u, (s), ii.,(s), . . . sont telles 
que cette intégrale a une limite déterminée pour chaque valeur rationnelle 



(') Nous supposons ici que K{.ï, t) [et ii{s)] sont des fonctions continues; mais la 
méthode reste applicable si K(.ç, t) admet des singularités sous certaines conditions 
qui impliquent les singularités traitées par M. Hilbert. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 333 

(le /. Car d'après le beau procédé publié par M. Hilbert dans \e Festschrifl , 
nous pouvons, parmi les fonctions de celle série, choisir une série partielle 
qui jouit de celte propriété. 

L'expression "^'"(O^ a'' lini / u„{s) 1\(,«, t)ds représente alors une fonc- 

;j = 00 1/ rt 

lion uniforme pour les valeurs rationnelles de /. L'inégalité facilement 
obtenue 

r'' 
|6"(/)-'y"(0]'<^'"' / |lv(^,/')-K(.«, /)p^/.v 

fait ensuite voir quei'''(/) est uniforme el continue pour toutes les valeurs 
de /. 

Posons maintenant, dans la formule (4 ), ('«(0 = ^^C-^' 0- 

Nous trouvons l'équation 

{5) A'')(5) = l" / K(,v, /) J/"'(/)f//. 

*^ Il 

-.1 
Puis posons dans (4) r„(/)= ^ ujs) [\{s, l)ds. Nous trouvons alors 

^ 

(G) /"'j;<"(/)^/.v = i; 

à l'aide des équations (5) et (6) nous déduisons enfin T(A<")= rj^ , ce qui 

fait voir que ^'''(^) est une solution de la question proposée. C'est une des 
fonctions fondamentales {Eigenfunction) de M. Hilbert. 

Pons démontrer l'existence des autres fonctions fondamentales et éven- 
tuellement des autres solutions du problème, on modifie le problème de la 
manière indiquée dans le travail de M. Hilbert et, en appliquant notre mé- 
thode, on arrive à prouver l'existence d'un système complet de ces fonctions. 
Puis on démontre facilement le résultat sur le développement de l'inté- 
grale f f K(s,e)u(s)u{t)chdl servant de base à la théorie générale de 
M. Hilbert. 



334 ACADÉMIE DES SCIENCES. 



PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Solution générale du problème d'équilibre dans 
la théorie de l'élaslieité. dans le cas où les dép'aeements des points de la 
surface sont donnés. Note de M. A. Korx, présentée par M. Emile Picard. 

M. ].aiiricella (') et MM. E. et F. Cosserat (^) ont déjà essayé d'appliquer 
la méthode des approximations successives aux équations d'équilibre dans 
la théorie de l'élasticité : 



A» 



(0 





r)n 














^■ 


dx 




•v, 

du 




()^- 


• » 


.).V' 




6 


— 


Ji 


+ 


dv 


+ 


âz 



dans le cas où u, c, w sont donnés à la surface u du corps élastique t en 
question. M. Lauricella a cherché un développement des solutions en 
séries suivant les puissances de k, MM. E. et F. Cosserat suivant les puis- 
sances de — '—r 1 en donnant aux équations (i) une autre forme : 

1 -t- A- ^ ^ ^ 

(2) ^uA A -. — lu] = — j- 

M. Lauricella a le mérite d'avoir essayé le premier cette application 
de la méthode des approximations successives, mais ses travaux donnent 
lieu à des objections sérieuses; MM. E. et F. Cosserat ont pu trouver un 
résultat, qui permet au moins de démontrer la convergence de leurs séries 
à l'intérieur de to, quand on se tient à une dislance finie de la surface, mais 
ils n'ont pas abordé la question de la convergence dans le cas où l'on 
s'approche indéfiniment de la surface. 

Nous donnons aux équations (i) la forme suivante : 

(3) i„.,^^*_.„^ .- 



on démontre facilement que l'on peut réduire notre problème de l'équilibre 



(') Lauricella, Ann. delta R. Scuota A'orm. siip. di Pisa. 1894, i\. G., l\' série, 
t. IX et X, 1899. 

(*) E. et F. Cosserat, Comp/cs rendus, t. CXXVl, 1898, p. 1098; t. CXXXIII, 
1901. p. 145. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 335 

à celui-ci de trouver trois fonctions u, v, w continues avec leurs dérivées 
premières à l'intérieur, s'annulant à la surface et satisfaisant aux équa- 
tions (3), si 

.de '?« c à'r) Ofi àÇ d^t 

^'.) .v^, + ^_, ir = <,+;y^., S, = .ie + ^; -^ + ^ + -- = 0, 

où s, Çi', 3e sont des fonctions données à l'intérieur de co et continues de 
façon c|ue 

(5) l-f, — ,f, j^const. fin./-',.^. ... (o < X < i), (o = /-,a = cr), 

en désignant par r,^ la distance de deux points i et 2, par c une longueur 
finie, la solution d'un problème de Dirichlet pour l'intérieur de to avec 
des valeurs limites données, satisfaisant à une condition analogue à (5). 
En posant x = - — ^; nous trouvons la solution 

(G) u=.yvJu,, 



(7) 



, r d-. 



1 () ;■ li-z 



LMi appelant U^, Yj, Wj les solutions du problème de Dirichlet avec les 
\aleurs limites 

w -.= f,i^iV.7 

I.a convergence des séries (7) à l'intérieur, aussi longtemps que l'on se 
lient à une distance finie de la surface, peut être démontrée par une mé- 
thode analogue à celle imaginée par MM. E. et F. Cosserat, mais on peut 
maintenant démontrer aussi la convergence des séries (7) et de leurs déri- 
vées premières quand on s'approche indéfuiimentde la surface. On trouve 
à l'aide des équations (7) à la surface o> 

(9) ».= -l'.-.-il^,/V.7ij + «.. 

oLi H^ représente une fonction continue sur o de la manière 

(10) I H^,, — 11^-., I <rmax. abs. Oy_, r,\, 



33() ACADEMIE DES SCIENCES. 

r étant une constanle finie, V un nombre positif quelconque satisfaisant a 
la condition o < A < i, tous les deux indépendants dey. L'équation (9) et 
le théorème énoncé dans une Note récente (voir Comptes rendus du 2'. jan- 
vier 1906, p. 199) concernant l'expression 



^.--.- 






permettent de démontrer dans toute l'étendue du domaine -: les relations 



vJ max. abs. 0, ::;const. fin. y/. 



•^"^ I /ylO,, — 0,,,1 =const. fin. ;./>■;, \o^_r,,^<s(x - ly], 

où S représente un nombre que l'on peut choisir aussi petit que l'on veut, 
ly. un nombre satisfaisant à la condition o < ;y. < i . On parvient ainsi à 
démontrer rigoureusement la convergence de la série 

(12) '^=2>'-'0y (-'<''-< + 



et sa continuité de la manière suivante : 

(i3) If), — 0, : =const. fin. r^,, (o ,=;/■, 2?-^',) - W <"-') 

d'où découle facilement la convergence et la continuité des fonctions a, 
V, (V et de leurs dérivées premières. 

Après cette démonstration on peut faire voir que les développements de 
Lauricella sont convergents pour 

- I < /• < -f- I , 
ceux de MM. E. et F. Cosserat pour 

Les développements ((j) sont les plus généraux; ils comprennent l'inter- 
valle entier 

— I </.<-+- I (— 1 < /■ < -^ x) 

dans lequel le problème a une solution unique. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 337 

GÉODÉSIE. — Sur quelques résultais de la iriangulalwn du massif Pehuux- 
Ecrins. Note de M. Paul Helbbower, présentée par M. Michel 
Lévy . 

Dans notre Communication du i3 novembre 1900 nous avons résume 
l'ensemble des données que nous avions recueillies au cours de notre der- 
nière campagne géodésique. Nous présentons aujourd'hui l'un des quarante- 
cinq panoramas photographiques pris cet été sur les hautes stations de 
notre réseau et destinés à compléter le travail mathématique des points 
Irigonométriques par les méthodes des perspectives photographiques : celui 
du sommet de la Barre des Écrins (altitude : 4io3'", E.-lM.) exécuté 
le 9 aoûl 1905 au cours de notre station géodésique. 

Les dix épreuves qui le composent, agrandies et juxtaposées, donnent 
le développement complet du tour d'horizon sur une longueur d'environ 
5'". Nous y joignons un calque explicatif, à échelle réduite, indiquant les 
noms de vingt-cinq de nos stations géodésiques de sommets, visibles de cette 
slation culminante de notre réseau, ainsi que leur distance approximative 
au sommet de la Barre des Ecrins. 

En partant de l'Est, ces stations primaires, en général reliées avec les 
Écrins par visées réciproques et où nous avons opéré dans l'une de nos 
trois campagnes de igoS, 1904, 190J, sont: 

La Tèle d'Amont, la Pointe Durand du Pelvoux, la Pointe Pniseux du Pelvoux, les 
Bans, le Sirac, les Rouies, l'Aiguille du Canard, la Grande Roche de la Muzelle, le 
Taillefei', l'Aiguille du Plat de la Selle, le Grand Pic de Belledonne, le Pic de la Grave, 
le Pic de l'Etendard, la Brèche de la Meije, le Rocher Blanc des Sept Laux, la Grande 
Piuine, le Pic du Fiêne, le Goléon, le Pic des Tiois-Evêchés, le Col du Galibier, la 
Roche du Grand Galibier, le Pic de Combevnol, le Pic de neige Conlier, le Grand 
Aréa, le Pic des Agneaux. 

l'nrmi les chaînes éloignées on distingue celles du moni Blanc (laS""" en niovenne), 
de Polset, de Péclet, du mont Pourri, de la N anoise, de la Grande Casse, du (irand 
Combin, etc. 

Nous avons été amené, d'autre part, à calculer certaines altitudes, mais 
seulement d'une façon provisoire; car la recherche des positions planimé- 
iriques nécessaires au calcul exact des altitudes définitives ne peut être 
terminée avant plusieurs années. 

Quelques cimes notamment avaient été depuis longtemps l'objet de 
discussions au sujet de leur altitude; c'est ainsi que le grand sommet de 

C. R., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N° 6.1 45 



338 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

V Aile froide , un des plus importants du massif, était coté 3926"'. Nos 
calculs provisoires nous donnent, par plusieurs départs altimétriques, des 
valeurs comprises entre 39^!^" et 395 1™. Ce résultat avait d'ailleurs éti- 
pressenti depuis longtemps : M. F. -F. Tuckett avait même, en juillet 1862, 
indiqué, pour l'Ailefroide, une altitude plus considérable [Explorations in 
tke Alps of Dauphiné {Alpine Journal, vol. I, i863-i86/()]. 

De même, le grand sommet des Bans était coté jusqu'à présent 36di'". 
Nos calculs provisoires indiquent un chiffre compris entre 3674"' et 3676'". 
Le .Sirac était évalué 3438°'; nous trouvons 34'io"\ 

Le pic de la Cavale, porté actuellement sur les cartes à 2897° et pris par 
le Dépôt de la Guerre comme signal du troisième ordre, n'est pas le point 
principal culminant de cette chaîne; celui-ci, station de notre réseau pri- 
maire, .s'en trouve en effet très distinct et à une cote notablement plus 
élevée (2980", tandis que l'altitude du point du troisième ordre du Dépôt 
de la Guerre est donné à 2897'° dans le Recueil des positions géographiques, 
feuHle de Rriançon). 

Le refuge Tuckelt, sur la rive gauche du glacier Blanc, porte actuelle- 
ment la cote 2504™. Nos calculs l'abaisseront de plus de 4o™. 

Le coi Emile, pic porté à 35o2", doit être ramené à une cote inférieure 
d'à peu près 20'". 

Bien d'autres points présentent de notables divergences. Nous ne don- 
nons d'ailleurs ces exemples qu'à titre provisoire. Toutes les altitudes 
seront en effet recalculées lorsque le travail planimétrique des compensa- 
tions graphiques et de l'établissement des coordonnées géographiques sera 
terminé. Il se peut, d'ailleurs, que les calouls définilifs donnent des écarts 
encore plus considérables; car les modifications que nous présentons ont 
pour base les cotes de plusieurs points géodésiques du Dépôt-de la Guerre, 
tandis que nos calculs définitifs se baseront sur les repères du Service du 
Nivellement général de la France et, par suite, pourront amener dans leurs 
résultais des variations venant de l'écart entre ces deux bases. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Condensation des nilriles acètyléniques avec les 
alcools. Méthode générale de synthèse de nilriles acryliques '^-substitués 
li-oayalcoylés. Note de MM. Cii. Moureu et 1. Lazesxec, présentée par 
AL II. xMoissan. 

Lorsqu'on met un nitrile acétylénique R — GseeC — CAz en contact 
avec une solution de méthylate ou d'éthylate de sodium (i™"') dans l'alcool 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 33§ 

correspondant, une vive réaction se 'léclare presque aussitôt, qui se 
manifeste par un dégagement notable de chaleur, pouvant aller jusqu'à 
provoquer l'ébiillilion de la liqueur. Si, après avoir chauité le mélange à 
reflux pendant 1 ou 2 heures, on le laisse refroidir et qu'ensuite on le 
verse peu à peu dans un excès d'eau glacée, il se précipite une huile à peine 
colorée, laquelle, d'après sa composition élémentaire et l'étude de ses 
réactions, est constituée par un mélange, en proportions vaiiables suivant 
les conditions, du nitrile éthylénique fi-oxyalcoylé et du nitrile ^-acéta- 
iique, qui résultent île la fixation de i'""' ou 2'"°' d'alcool sur la liaison 
acétylénique du nitrile initial. Le nitrile phénvlpropiolique 

C'H'— t; = (;-(;Az 

el le méthylate de sodium, par exemple, fournissent ainsi un liquide distd- 
latit vers i65" sons 20""", qui est formé d'un mélange de nitrile [3-phényl 
;:i-inclhoxyacrylique (p-méthoxycinnamique) (V'IV — C(OCH') := CH — CAz 
et de dimélhylacétal de la cyanacétophénone 

C" H ■ — C(OCH^)= - CH- - CAz. 

Il est exirêmement difficile de séparer complètement par rectification 
les deux composés qui ont simultanément pris naissance, en raison du 
voisinage de leurs points d'ébullition. On se heurte d'ailleurs à autant de 
difficulté quand on essaie de limiter la réaction à la phase nitrile éthylé- 
nique ^-oxvalcovlé, ou qu'on veut la pousser en totalité jusqu'à la phase 
nitrile pacétalique. 

Nous avons trouvé, au contraire, dans l'emploi des solutions alcooliques 
de potasse caustique, agissant sans doute |)ar l'alcool potassé qu'elles 
doivent renfermer, un moyen sûr d'obtenir exclusivement les nitriles 
élhyléniques [i-oxyalcovlés. Cette circonstance heureuse nous avait déjà 
été révélée par les essais de saponification des nitriles acétyléniques à 
l'aide de la potasse alcoolique, au cours desquels nous avions reconnu que 
toujours une partie du nitrile traité fixait 1'"°' d'alcool {Coiuples rendus, 
22 janvier 1906). 

Il convient (remployer, en général, pour t'""' de nitrile, une solution de a'""' de 
potasse dans 10 ei i.j parties d'alcool, l.a réaction est le plus souvent énergique; on 
l'achève en cliaufTanl la ll(|ueur à rellux pendanl environ i heure; après refroidisse- 
inejit, on la verse dans l'eau glacée, on agile le tout avec de l'éther, on lave el sèche la 
couche éthérée, el, après avoir évaporé l'éther, on rectifie le résidu. 



34o ACADÉMIE DES SC1E^'CES. 

Les nitriles acryliques p-substiuiés P-oxyalcoylés suivants ont été ainsi préparés : 

• Points (l'ébullition. 

Nilriiep-amyl-P-«»«"">'^>''''"vlique(G''H>')C(OClP)r^Cll-CAz... 1 2>-i3i°(i5-") 

» p.amvl-!3-étlioKyacrviique(C'H")C(0CMI')=zCH-CAz... i34''-i35'>(i i-») 

>, p-hexvl-P-méllioxyacrvlique(CMli^)C(OCH') = CFl — CAz.. i38'>-i42»(i4"°') 

,> (5-hexyl-p-élhoxya'cryliq"e(C''H»)C(OC-MP) = CH-GAz... ■ ', i'>-i43''(i4""') 

« p.phényl-?-mélhoxyacrylique(C«H5)G(OCH-')=<':il"CAz. i .>9°-i66°(i4""") 

>, p-pliénVl-?-élhoxyacrvlique (CnP)C(OC= IF) = CH — CAz. 166°- 173° (12-™) 

» iî-phényI-i3-propoxyacrylique(C«H')C(OC'ir) = r,H_GAz. , S ',o_, 900(22'»'») 

La composition élémentaire de ces produits répond d'une manière très satisfaisante 
à leurs formules respectives. Comme cependant ils distillent en général sur plusieurs 
degrés, il est possible que chacun d'eux soit un mélange de deux sléréoisomères. 
Ouoi (lu'il en soit, leur constitution est nettement établie par l'hydrolyse. 

Si l'on traile à chaud les nitriles oxyalcoylés aromatiques (obtenus à 
partir du nitrile phénylpropiolique) par l'acide sulfurique à i pour 100, ils 
se dédoublent aisément par hydratation, avec formation de cyanacétophé- 
none (identique au corps obtenu par M. Haller dans le dédoublement de 
l'acide benzoylcyanacétique), conformément, par exemple, à l'équaliou 
suivante : 
(C»H^)(OC"-H^)C^CH-CA/ + H-U = C'^^H^-CO-C!I--CAz + C-H''0. 

Nitiile pliénylétiioxyacriliquc. Cyanacétoptiéiifiiic. Alcool. 

L'hydrolyse des composés de la série grasse est beaucoup plus difficile à 
réaliser. Le nitrile amyléthoxyacryliqiie est à peine attaqué par l'acide sul- 
furique H 10 pour loo. L'action de l'acide à 20 |)our 100 est encore très 
lente. Avec l'acide à 5o pour 100, le nitrile avait complètement disparu 
après 3 heures d'ébtdiilion. Il n'a d'ailleurs pas été possible d'isoler le 
nitrile p-cétonique correspondant; on a retrouvé de la méihylamylcétone, 
produit de dédoublement qui a pris naissance d'après l'équation 

C'H" - C(OCMI') = Cil — GAz -H 3H='0 

Nitrile 
amvléllioxvacryliqiic. 

= C'H" -CO -CH' + C'H-OH + AzH' + CO^ 

M<!'lhylamyloétone. 

Nous ferons remarquer, en terminant, que ces recherches sont à rap- 
procher des faits analogues qui ont été observés dernièrement par l'un de 
nous {Comptes rendus. igoS et 1904) dans l'élude de l'action des alcools 
sodés sur les étheis-sels acétvléniques R — Cs=C — CO'-R'. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 3^1 



CHIMIE ORGANIQUE. — Essais de réduction dans la série du diphènylmèlhane . 
Note de M. H. Duval, présentée par M. H. Moissan. 

Dans ma dernière Communication (Comptes rendus, t. C-XL!, iqo"), 
p. 198) j'ai indiqué le mode de préparation de l'azoxy- et de l'azodiamino- 
diphénylméthane, j'ai étudié depuis l'influence sur ces composés des agents 
de réduction et de benzidination. 

Le chlorure slanneux, réunissant en solution acide les deux propriétés 
de réducteur et de benzidinant, fut d'abord employé; il donna naissance à 
la létramine correspondante, provoquant une scission dans la molécule 

= ( NH^ ^^= CMI" - CH- - CH' = (NlPy. 

Ce produit est en etfet identique à celui obtenu par réduction au moyen 
du chlorure stanneux du diorthonitrodiparaminodiphénylméthane; il four- 
nit en outre quantitativement un dérivé tétrabenzoylé. 

La réaction change si l'on emploie la poudre de zinc en solution alcaline 
comme réducteur et si l'on décante la solution réduite dans un excès 
d'acide; dans ces conditions il se forme exclusivement, au bout de quelques 
minutes de chauffe au bain-marie, un dérivé de l'acridine suivant la réac- 
tion : 

NH- - C»H^'^^" ~.!^^^ )(;"H^ - NH=-+- HCI 
\ Cri" / 

/ N \ 
= NH''C1-+-NH^-C"li\ I ;CMr'-NH-. 

\CH/ 

Je n'ai pas encore isolé l'hydrazo à l'état de pureté à cause de son oxy- 
dabilité et de sa solubilité par rapport à l'azo correspondant, mais le pro- 
cédé de préparation, l'oxydabililé du produit obtenu et la formation d'azo 
qui en résulte, enfin l'impossibilité d'obtenir, dans les mêmes conditions, 
un dérivé acridinique en partant de la tétramine correspondante, décrilo 
ci-dessous, établissent cette façon de voir. 

Bien que, après les travaux de Claus, de ïauber, de Hinsberg et Gar- 
funkel, de Wohl et Aue, etc. sur le diphényle, la question semble bien 
avancée, je me propose de continuer, sur cette série, l'étude de l'influence 



342 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

(les liaisons ou des chaînes sur la benzidination ainsi que sur les homologues 
supérieurs du dijihénylméthane et, en particulier, sur les produits de ré- 
duction du dinitrodiphénylélhane. 

Tétraminodiplu'tiylniéUuinc. — On fait Loinber 2S d'azo dissous dans un peu d'eau 
acidulée, dans une capsule cliauHée au bain-marie, contenant los de chlorure stanneux 
dans 35s d'acide clilorliydrique concentré; on évapore à sec, on précipite en solution 
aqueuse tout l'étain par l'hydrogène sulfuré (la coloration qui s'est formée pendant 
l'évaporation est entraînée par le précipité de sulfure), on évapore sous pression ré- 
duite, puis, lorsqu'il ne reste j)lus que peu d'eau, on précipite l'aniine par la potasse, 
on chaulTe à l'ébullition pour la dissoudre, on filtre et on laisse cristalliser. Lavage à 
réaction neutre à l'eau glacée et recrislallisation dans le minimum d'eau, après déco- 
loration au noir animal. 

Cristau\ incolores solubles dans l'eau et l'alcool, insolubles dans l'éther. 

(/i)NH'-/^ ** *^'" ~^' " \N1-P(4')' 

Le dérivé télrabenzoylé s'obtient quantitativement en dissolvant Tamine dans une 
solution alcaline et traitant par un excès de chlorure de benzoyle. Après lavage à l'eau 
et au carbonate de soude, on le fait cristalliser dans l'alcool où il est peu soluble. Inso- 
luble dans l'eau, il fond à 275°. 

Paradiaminoacridine. — On réduit 5s d'azo dans 200? d'eau et 208 de lessive de 
potasse, par i2o' de poudre de zinc; lorsque la solution est décolorée on la laisse reposer 
un Instant et on la décante dans 200""' d'acide chlorhydrique concentré; la solution 
s'échaulTe, on ajoute à nouveau iSo"""' d'acide puis on porte au bain-marie. La masse se 
colore bientôt en rouge et, au bout de 8 à 10 minutes de chauOTe, on laisse refroidir; il 
se dépose alors des aiguilles rouges de chlorhydrate de paraminoncridine, on essore, 
on redissout le produildans i5o'^^"''d'eau tiède conleuant un peu d'acide chlorhydrique, 
on filtre et l'on ajoute Go'''"' d'acide concentré qui détermine la précipitation du produit. 
En précipitant par la potasse le chlorhydrate redissous dans l'eau tiède, on obtient la 
base qui, lavée à l'eau à réaction neutre et cristallisé dans l'alcool après traitement au 
noir animal, fournit la paradiaminoacridine pure. 

Aiguilles jaunes s(dubles dans l'eau bouillante, dans l'alcool et surtout dans la pyri- 
dine, fondant à 284" • 

^^ I 



(4)Nir— C«H< I )C''H^— MIM4')- 



Les sels et particulièrement le nitrate sont très peu solubles dans une solution aqueuse 
contenant un excès d'acide. 

Cette iliamidoacridine est identique à celle décrite d'abord par Gram puis ensuite 
par Schôpf. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 343 



CHIMIE ORGANIQUE. — Sur iacyelohexylacèlone. Note de M. P. Freundlkh, 

présentée par M. H. Moissan. 

J'ai publié récemment avec M. Damond (') les premiers résultats de 
recherches entreprises dans le but de préparer la cyclohexylacétone 

C''H".CH-.CO.CH'. 

Après quelques essais infructueux, je ne suis parvenu à obtenir celto 
cétone qu'avec un rendement médiocre; aussi le corps en question étant-il 
peu intéressantpar lui-même, je me bornerai à exposer les quelques obser- 
vations nouvelles faites au cours de cette étude que je ne compte pas pour- 
suivre. 

Les méthodes qui n'ont pas fourni de résultat sont les suivantes : 

I. Méthode à l'éther acétylacétique. — Nous avons montré, M. Damond et moi 
{loc. cit.). que le dilorocvcloliexane et riodocycloliexane ne se condensent pas, ou ne 
se condensent que dans des proportions minimes avec l'éther acétylacétique sodé. 

II. Méthode de M. Tiffeneatt {^). — Le dérivé magnésien du chlorocjclohexane a 
été tïi-aité par la chloracétone dans les conditions dans lesquelles on obtient de la 
benzjlmétliylcétone ; la réaction s'est effectuée sans donner naissance à des quantités 
appréciables de produits cétoniques. 

III. Méthode de M. Biaise ( '). — Celte méthode consiste à condenser l'acétonilrile 
avec le dérivé magnésien du chlorure d'hexahydrobenzyle ou du bromure ou de 
liodure correspondants : 

C"H".CH».MgI + CIP.GAz=:C'H>'.GH^c/^î',r'^'^', 
C«H".CH=.C^^^^7 '^"' -f- 2ll'0 = C»H'.Cm.GO.CH'+ MgO + A/.HM. 

Contre toute attente, la condensation s'est faite d'une façon anormale : les produits 
de la réaction, qui ne renfermaient pas la moindre trace de cétone, étaient constitués 
à peu près uniquement par du mélhylcyclohexaae, bouillant à ioi°-ioo°, et par un 
carbure C"H"^, bouillant à 263°-264''; ce dernier ne peut être que du dicyclohexyl- 
éthane formé dans la première phase de la réaction : 

2C''H".CIPI + Mg = MgP-t- C'»H". 



(•) Compter rendus, t. CXLI, p. SgS. 

(^) Communication particulière. 

(-*) Comptes rendus, t. CXXX, p. i322. 



3./i4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Le seul procédé qui m'ait fourni la célone cherchée est cehii qui consiste 
à condenser l'iodure d'hexahydrobenzyle-maguésiuni avec l'aldéhyde acé- 
tique et à oxyder ensuite l'alcool secondaire ainsi obtenu par le mélange 
cliromique : 

\CH'" ' 
C'H\CH^CO.CH'. 



C»H=.CH=MgI + CHO.CH'=C'=H^CH=.CH; 
CH^.CH^.CHOH.CH' + O =: H^O 



Cette méthode a été employée par M. Bouveault (') pour préparer 
l'homologue inférieur, l'hexahydro-acétophénone. 

Dans ce cas encore, les résultats n'ont pas été très satisfaisants. 

L'alcool secondaire, qui se forme avec un rendement de 4o pour loo 
environ, est accompagné de |)roduits supérieurs, bouillant de io5° à i3o° 
sous 9"°™; ceux-ci renferment vraisemblablement du dicvclohexyléthane et 
(les composés résultant de la condensation du magnésien avec l'aidoi 
ou l'aldéhyde crotonique résultant de la polymérisation de l'aldéhyde 
employée. 

ij alcool cyclo/iexv/propylique secondaire. C"H". CH-. CHOH . GH' est un 
liquide d'odeur assez agréable, peu soluble dans l'eau, bouillant à 201-202° 
sous la pression normale. 

La cyclohexylacéLone bout à 197" et possède une odeur à peine cam- 
phrée; elle forme un bisulfilique très peu soluble et une semicarhazone 
fusible à 182°, 5. 

La préparation des dérivés halogènes employés dans les deux dernières réactions 
a présenté quelques difficultés. 

Le chlorure d' hexahydroben zy le se forme dans une certaine proportion lorsqu'on 
cliaulTe Talcool hexahvdrobenzvlique avec de l'acide chlorhvdrique en vase clos; mais 
bien qu'il distille vers lôi" et l'alcool à i8a°, il est extrêmement difficile de fractionner 
les deux corps. D'autre part, l'aclion du percliloruie de phosphore conduit surtout 
à des produits phosphores. 

Le bromure ne peut pas non plus être obtenu à l'état de pureté i)ar la méthode au 
tribromure de phosphore {loc. cit.); en eflet les phospliites, qui se forment en même 
temps en assez grande quantité, sont partiellement décomposés par l'eau et l'alcool 
ainsi régénéré empêche absolument de rectifier le bromure dont le point d'ébullition 
est voisin de 190°. 

Par contre, Viodure d'he.rahydrobenzyle,. CHI".CIIM, se prépare assez facilement, 
soil au moyen du tri-iodure de phosphore {loc. cit.), soit en employant le phosphore 



(') Bull. .Soc. chim., S"- série, t. XX'IX, p. u 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 345 

rouge el l'iode. Les rendements ohlenus sont, dans le premier cas, de rS pour 100, 
dans le second, de 66 pour 100 de la théorie; la seconde méthode est la plus commode. 
L'iodure distille en brunissant légèrement vers 97°-99° sous i8'""'-i9""". 

L'alcool hexahydrobenzylique employé dans ces recherches a été préparé par la 
méthode de MM. Sabatier el Senderens, en suivant les prescriptions indiquées 
à propos de la pré])aration de l'alcool amylique racémique ('). Le rendement maxi- 
mum obtenu a été de 66 pour 100 de la théorie en parlant du bromocyclohexane. 



CHIMIE AGRICOLE. — Sur l'absorption des carbonates alcalms par les compo- 
sants minéraux du sol. Note île M. J. Dumo-nt, présentée par M,, L. Ma- 
queniie. 

On sait que la terre arable jouit de propriétés absorbantes très actives 
à l'égard des alcalis et de certains sels. Mais, si l'expérience montre qu'une 
solution alcaline titrée s'appauvrit an contact du sol qui la reçoit, il ne 
s'ensuit pas que l'absorption se manifeste toujours de façon identique. 
Abstraction faite des cas d'insolubilisation ou de rétrogradation, qui sont 
dus à des précipitations chimiques, il v aurait lieu d'établir une distinction 
fondamentale entre l'absorption directe, caractérisée par ce fait qne la sub- 
stance est fixée ou retenue sous son état primitif, et ['absorption indirecte, 
qui ne se manifeste à l'égard des alcidis qu'après une décomposition chi- 
mique préalable du sel employé, nécessitant la présence du calcaire ou 
d'autres composés terreux. De fait, en raison même de ces transfor- 
mations, on peut admettre que la fixation des bases alcalines n'est possible 
directement que si elles sont libres ou carbonatées. 

Comment s'effectue l'absorption des carbonates alcalins par les compo- 
sants du sol? Le sel est-il fixé intégralement ou en partie? La base étant 
retenue seule, se produit-il un dégagement d'acide carbonique? Voilà les 
questions que je me suis d'abord posées. 

Les matières humiques libres décomposent les carbonates alcalins à la 
manière des acides faibles, les éléments minéraux de la terre agissent-ils de 
même? Pour le savoir j'ai effectué une série de recherches avec le sable, 
l'argile, le kaolin, la silice, l'alumine et l'hydrate ferrique (^). 



(') Comptes rendus, t. CXLI, p. 83o. 

(-) Le sable fin el l'argile ont été extraits d'une terre de Grignon: l'alumine el 
rhydrate de fer ont été préparés par précipitation à l'ammoniaque; on a obtenu la 
silice en décomposant un silicate alcalin par un ccniiant de gaz carbonique. 

C. R., 1906, 1" Semestre. (T. CXLII, N» 6.) 46 



346 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Les délerniinalions ont été faites sur d«s poids connus de matière lavée, puis sécliée 
à douce température; à part le sable fin, dont on a pris 2os, tous les essais ont porté 
sur 4" de produit sec. 

Celui-ci était placé dans un jietit flacon, muni d'un tube à robinet, pouvant 
s'adapter à la trompe à mercure; après avoir ajouté quelques centimètres cubes d'eau, 
pour imbiber la matière, on introduisait verticalement dans le flacon un petit tube 
bouché, contenant i""' d'une solution normale de carbonate de potassium (i388 par 
litre). On faisait le vide, on fermait le robinet, puis on renversait le flacon pour 
répandre le carbonate de potassium sur la matière humide. Après un certain temps de 
contact les gaz étaient soigneusement recueillis à la trompe et l'on y dosait l'acide 
carbonique. 

11 a été eft'ectué ainsi cinq déterminations successives, à des intervalles de temps 
compris entre 2 heures et 66 heures; voici les résultats obtenus pour l'ensemble de 
nos essais : 

Acide carbonique recueilli. 



Sable fin. 

(20K). 



2 heures.. . 
1 6 » 
24 » . ■ • 

4o » 

66 » ... 
Total.., 




Kaolin (4'^') 
normal, lavé. 



0,00 
G, 36 
o,oo 
o,i8 
o,oo 



lus 

o,i8 
o,oo 
o,i8 

0,00 
0,00 



Silice 

{!\^)- 

i,o8 

0,74 
0,55 
0,54 
o,36 



o,oo 0,54 o,36 3,27 



Hydrate 

de fer (45). 

ras 

0,91 

1 ,68 
1,84 
2,60 

2.77 
9,80 



Alumine 

{'■\')- 

me 
2,r8 

4,07 
5,90 
4,02 
3,64 



19,81 



L'examen de ce Tableau montre que : 

1° Les éléments sableux du sol, séparés par les méthodes d'analyse phy- 
sique, n'exercent aucune action décomposante sur les carbonates alcalins; 

1° Le kaolin réagit très faiblement, contrairement à ce que l'on aurait pu 
supposer de prime abord ; 

3° La silice, même desséchée, décompose à froid le carbonate de potassium, 
mais à un moindre degré que les antres éléments coUoïdaux; 

4° Les hydrates de fer et d'aluminium réagissent très énergiquement et 
l'action particulière de l'alumine est de tous points comparable à celle de 
l'argile.- 

Cette expérience présente à nos yeux un double intérêt. D'une part elle 
fait voir que le pouvoir absorbant est avant tout un phénomène d'ordre 
chimique, comme le supposait Way et comme l'ont admis ensuite 
MM. van Bemmelen et de Mondésir. D'autre part, il semble que l'argile de 
nos sols arables, telle que nous l'en séparons par lavage, n'ait qu'une très 
lointaine ressemblance avec le kaolin, au moins avec celui que nous avons 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 347 

employé : nous n'en sommes pas autrement surpris, étant données les con- 
ditions toutes différentes de l'évolution des éléments argileux. Incorporé 
an sol, le kaolin ne tarderait sans doute pas à subir de profondes modifica- 
tions physiques qui le rapprocheraient certainement de l'argile agricole. 

Enfin une^question se présente encore à l'esprit : en admettant que l'argile 
brute soit un silicate d'alumine hydraté impur, contenant des composés 
ferriques, de l'alumine libre et de la silice à l'état gélatineux, pourquoi sou 
action, à égaUté de masse, dépasse-t-elle en intensité celle de ses compo- 
sants, pris individuellement ou dans leur ensemble? Y a-t-d encore datis 
l'argile agricole une substance que nous ne saisissons pas? Il serait témé- 
raire, présentement, de vouloir expliquer le fait en lui-même ; je me contente 
de le signaler. 

Observations sur la Note précédente de M. J. Dumont, par M. L. Maquenne. 

Il nous paraît difficile de suivre M. Dumont lorsqu'il nous dit, en termi- 
nant sa très intéressante Communication, qu'il serait téméraire de vouloir 
expliquer les faits qu'il signale et que les propriétés absorbantes de l'argile 
peuvent être attribuées à quelque autre corps que nous ne saisissons pas. 
Tout porte à croire, en effet, que ces (iropriélés tiennent à la constitution 
chimique de l'argile et en sont une conséquence nécessaire. 

Une molécule d'argile renferme quatre oxhydryles fixés sur l'aluminium, 
dans la même situation que celle qu'occupent les six oxhydryles de l'alu- 
mine ordinaire : elle doit donc forcément posséder encore des propriétés 
basiques et des propriétés acides, celles-ci dominant sans doute sur les i>re- 
mières à cause du voisinage d'un groupe pyrosilicique. Ce groupe, en 
s'hydratant, peut à son tour donner naissance à deux fonctions acides sup- 
plémentaires : l'argile doit par conséquent pouvoir contracter, avec les 
bases et avec les acides, des combinaisons vraisemblablement dissociables 
par l'eau. 

Ces considérations, parfaitement d'accord avec les analogies signalées 
par M. Dumont, sont aujourd'hui classiques et, pour ma part, je les enseigne 
depuis longtemps pour expliquer les propriétés absorbantes de l'argile 
vis-à-vis de la potasse et de l'acide phosphorique : elles intéressent d'autant 
plus la Chimie agricole qu'elles fournissent une interprétation rationnelle 
du rôle régulateur que joue la terre dans la distribution aux plantes tt 
l'abandon aux eaux de drainage des éléments de fertilisation qui s'y trouvent 
ou qu'on lui donne sous forme d'engrais. 



3/tB ACADÉMIE DES SCIENCES. 



ZOOLOGIE. — Sur le passage à travers les ganglions spinaux de faisceaux pro- 
venant des racines motrices et se rendant aux nerfs dorsaux, chez les Batra- 
ciens. Note de P. Wintrebert, présentée par M. Alfred Giard. 

L'existence de fibres motrices pénétrant les ganglions spinaux est facile à 
constater au moyen de coupes en série, colorées par les procédés habituels, 
chez les Urodèles et chez les Anoures. ¥Me surprend d'abord et paraît 
s'opposer à la conception classique; elle s'explique si l'on prend soin de 
suivre les faisceaux moteurs à travers le ganglion; ils restent, en effet, suf- 
fisamment compacts et visibles pour qu'on puisse affirmer leur continuité 
avec les nerfs dorsaux. Dès lois la structure seule du ganglion est boule- 
versée; les fibres motrices perforent de part en part le manteau fermé 
(Lenhossèk) (') de cellules ganglionnaires placé autour de la racine sensi- 
tive et cette racine elle-même; ils se rendent à leur destination périphé- 
rique par la voie la plus directe, comme si les éléments du ganglion n'exis- 
taient pas. Les fibres sensitives qui vont aux mêmes nerfs se rassemblent en 
lies routes qui convergent aux mêmes points. 

On connaît depuis longtemps l'étroite liaison de la racine ventrale et du 
ganglion; Lenhossèk a montré l'empiétement du ganglion sur la partie 
proximale du nerf mixte. 

L Anourks : A. Rana viridis. — Les faisceaus^ raoleius allaut aux ganglions spi- 
naux peuvent présenter des aspects diflerents suivant leur lieu d'origine. Le plus 
souvent, ils se détachent des racines motrices au moment du contact de celles-ci avec 
les ganglions; parfois les fibres de pénétration s'isolent déjà en une branche distincte 
juste au-dessus du ganglion; elles peuvent constituer enfin une véritable petite 
racine accessoire totalement indéjiendante depuis la moelle, mais qui, dans certains 
cas, s'adosse encore dans son trajet à la racine principale. L'origine médullaire de 
cette racine se fait à la partie latérale externe de la zone d'insertion motrice; son 
trajet est intermédiaire aux racines dorsale et ventrale, mais situé plus près de celle-ci; 
sa terminaison a lieu à l'extrémité postérieure du ganglion qu'elle aborde par sa face 
interne; un second faisceau ganglionnaire très court peut coexister avec elle. 

Dans le ganglion, les fibres motrices suivent, en général, deux chemins distincts, 
l'un postérieur, l'autre antérieur; tous deux se dirigent en dehors et abou- 
tissent à la surface dans la région dorsale de la face externe. Le premier, plus large, 
reste cantonné à l'extrémité postérieure; l'autre, né parfois du premier, mais souvent 
distinct depuis la racine motrice, se rend à l'extrémité antérieure du ganglion et 



(')Arch.f. niikr. Anal.. Bd. XXVI, 1886. 



SÉANXE DU 5 l'ÉVRIER t9o6. 349 

passe souvent à travers les fibres sensitives de la racine dorsale. Les deux chemins 
aboutissent aux deux nerfs dorsaux; ils se subdivisent (|nand ceux-ci sont plus 
nombreux. 

Les nerfs dorsaux montent en dehors des apophyses articulaires, dans l'espace inter- 
transversaire; ils donnent des fibres au muscle intertransversaire et passent dans les 
cloisons myomériques antérieure et postérieure qui encadrent le myotome correspon- 
dant. Les nerfs dorsaux de la dixième paire qui se dirigent en arrière passent sous le 
ganglion sans le traverser. 

B. Alytes obstetricans. — On observe les mêmes pénétrations et sorties de libres 
motrices. La racine ventrale est plus intimement accolée encore au ganglion, et l'on 
voit des cellules ganglionnaires insinuées entre ses fibres. La racine accessoire peut 
pénétrer le ganglion par son extrémité antérieure. En arrière du faisceau postérieur 
intraganglionnaire, il n'y a souvent qu'un petit i;roupe de cellules nerveuses. 

II. UnoDÈLES : A. Salamandra rnaculosa. — Au niveau du plexus lombosacré, un 
faisceau se détache souvent de la racine motrice à mi-chemin de la moelle et du gan- 
glion; il plonge dans celui-ci par son hile inleine; mais auparavant il envoie une 
branche au nerf dorsal interne; celui-ci présente souvent des cellules ganglionnaires 
autonomes et se place entre le périoste vertébral et le myotome. Dans le ganglion, le 
faisceau moteur se dirige en dehors et passe à travers les fibres de la racine dorsale; 
il se divise en plusieurs branches qui sortent vers l'angle antérodorsal de la face 
externe pour constituer les nerfs dorsaux externes. Ces nerfs coupent l'angle antérieur 
du myotome correspondant pour rejoindre la cloison myomérique adjacente. 

B. Siredon piscifoi-rnis. — Chez les jeunes larves examinées, on suit assez bien les 
libres perforantes jusqu'aux nerfs dorsaux issus des ganglions. 

Conclusions. — 1° Il existe une pénétration partielle des racines motrices 
clans les ganglions spinaux; le faisceau perforant peut s'isoler vers la moelle, 
chez Rana viridis, jusqu'à former une racine ventro-latérale accessoire, 
intermédiaire avec deux autres racines et tlont l'origine médullaire s'ob- 
serve à la partie la plus latérale et la plus externe de la région motrice. 

2° Les faisceaux perforants subdivisent la substance ganglionnaire et 
traversent souvent la zone des fibres sensitives. Ils constituent ainsi les 
racines motrices des nerfs\doisaux. Le nerf spinal sous-ganglionnaire, appelé 
nerf mixte, n'est que le Ironc mixte des fibres ventrales. 

3° Les fibres qui constituent les nerfs dorsaux ont un trajet subordonné 
à la conservation de leurs rapports analomiques; la traversée du ganglion, 
que ne gênent point les groupes de cellules nerveuses orientés latérale- 
ment, représente la voie la plus directe qu'elles puissent suivre vers leur 
terminaison périphérique; les nerfs antéro-externes des Urodèles ne par- 
viennent encore à la cloison myomérique antérieure qu'en traversant ia 
corne antérieure du myotome; les nerfs ])ostérieurs des .\noures, malgré 
l'empiétement du ganglion sur le nerf mixte ( Lenhossèk) et la grande 



35o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

obliquité du ravotome, doivent loujours contourner en avant l'apophyse 
transverse qniflimite en arrière l'espace où ils sont situés. 

PHYSIOLOGIE. — Action du sulfate d'hordénine sur les ferments solubles 
et sur les microbes. Note de M. L. Camus, présentée par M. Guignard. 

Le sulfate d'hordénine, qui agit sur l'appareil cardio-vasculaire, comme 
je l'ai précédemment indiqué ('), influence aussi Tappareil digestif et les 
sécrétions digestives; je montrerai ailleurs que les systèmes nerveux glan- 
dulaire et intestinal réagissent à l'alcaloïde comme le système nerveux car- 
diaque. Les glandes sécrètent sous l'influence d'une certaine dose d'alca- 
loïde et cessent de réagir à leurs excitants habituels quand l'organisme est 
sous l'influence d'une dose plus considérable de cette substance. 

J'indiquerai présentement les modifications que subissent les fermen- 
tations et les cultures microbiennes quand elles sont faites en présence du 
sulfate d'hordénine. 

L Action sur les ferment s solubles. — J'ai étudié l'action du sulfate d'hor- 
dénine sur les fermentations qui se font par l'intermédiaire de la pepsine, 
de la trvpsine, de la présure, del'invertine, de la maltase. 

Pepsine. — La digeslion de ralbumine coagulée par la pepsine est retardée par la 
présence du sulfate d'hordénine; le relard augmente avec la quantité d'alcaloïde. Si la 
■digestion a été arrêtée avec une certaine dose de sulfate, on peut la faire repartir en 
augmentant la proportion de pepsine. 

Trrpsine. — Le sulfate d hordénine agit sur le suc pancréatique kinasé comme sur 
la pepsine. 

Présure. — La coagulation du lait par la présure est aussi entravée par la présence 
du sulfate d'hordénine. Une solution de présure capable de déterminer en 3, 5 et 
■7 minutes la coagulation d'une certaine quantité de lait renfermant i, 1,20, 2,5opour 
100 de sulfate d'hordénine ne fait pas coaguler, même en 9.4 heures, une égale quan- 
tité de lait quand la proportion de-sulfate est de .5 ou de 10 pour 100. L'incoagulabi- 
lité du lait sulfaté à '> pour 100 n"a rien d'absolu; par exemple, en employante''"'',:) 
de présure à 0,6 pour loo au lieu de o'''"', i, on voit la coagulation se faire en lo mi- 
nutes; si l'on fait agir 1'™' de cette même solution de présure, la coagulation se fait en 
'l minutes. Il y a donc ici, comme dans le cas de la pepsine et de la trvpsine, antago- 
nisme du sulfate d'hordénine et du ferment et il esl intéressant de déterminer la nature 
de cet antagonisme. 

J'ai constaté que la durée du contact du sulfate d'hordénine et de la présure n'in- 



(') Comptes rendus, l. CXLll, 22 janvier 1906, p. 287-239. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 3.TI 

iluence pas l'activité de celle-ci et de même que la durée d'action du sulfate sur le 
lait n'a pas d'effet appréciable. 

On devait se demander ce que devient le ferrnent dont l'action sur le 
lait est empêchée par une quantité convenable de sulfate d'hordénine. Si, 
par exemple, à 2"°' de lait sulfaté à 5 potu- 100 on ajoute o'"'', i de ferment 
à 1,2 pour 100, on ne voit à aucun moment la coagulation se produire, mais 
si, après 3o minutes de contact à 4o°, on prélève i""° du mélange et qu'on 
l'ajoute à i™' de lait frais porté à 40°, on obtient la coagulation de ce nou- 
veau mélange en i heure 38 minutes. Le ferment n'a donc |)as été détruit 
par le sulfate d'hordénine, il est resté simplement à l'état latent. 

La température oplima pour l'action du sulfate d'hordénine et celle pour l'action 
du ferment ne coïncident pas; aussi peut-on aisément constater que le lait sulfaté, 
incoagulable à 40°, se coagule si l'on abaisse la température à So". 

Enfin on peut constater que des quantités très considérables de sulfate d'hordénine 
sont incapables de détruire de très faibles quantités de présure. Après avoir soumis à la 
température de 40° un mélange de présure et de sulfate d'hordénine dans le rapport 
de I à 3oo, on constate que la présure est toujours capable de faire coaguler le lait si le 
mélange est dilué dans une quantité suffisante de lait pour que la proportion de sulfate 
V soit assez faible. Le sulfate d'hordénine n'altère donc pas le ferment et, s'il l'empêche 
d'agir, c'est vraisemblablement parce qu'il modifie le lait. Du reste le lait sulfaté de- 
vient coagulable par la chaleur et, à la température du laboratoire, il est précipiti' par 
une proportion de 5 pour 100 de ce sel. 

En résumé, il v a antagonisme du sulfate d'hordénine et du ferment, 
mais cet antagonisme est indirect, en ce sens que la coagulation et la non- 
coagulation dépendent de la prédominance de l'une des deux substances 
sur la matière coagulable. 

]J invertine , la mallase, la lipaséidine ne sont pas arrêtées dans leur action 
par le sulfate il'hordénine. 

II. Action sur les microbes. — J'ai recherché pour plusieurs espèces mi- 
crobiennes quelle était la proportion de sulfate capable d'entraver les cul- 
tures. 

Les espèces étudiées jusqu'à présent sont le Bacille Goli, le B. d'Eberth, 
le Vibrion de Massaouah et le V. de Finkler et Prior. L'ensemencement a 
été fait dans du bouillon renfermant des proportions croissantes de 
sulfate. 

Le B. Coli et le V. de Massaouah ne cultivent plus en présence de 
4 pour roo de sulfate; le B. d'Eberth et le V. de Finkler et Prior en pré- 
sence de 5 pour 100 de ce sel. 

L'action antiseptique du sulfate d'hordénine n'est pas due à une modifi- 



352 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

calion de tension osmotiqiie du milieu, je m'en suis assuré par des expé- 
riences comparatives faites avec du chlorure de sodium; tient-elle à une 
;iction de l'alcaloïde sur les substances assimilables du bouillon ou sur le 
protoplasma cellulaire? 

Quelques expériences sont encore à réaliser pour résoudre ces questions, 
maison peut dès maintenant se demander si la thérapeutique doit fonder 
quelque espoir sur l'emploi de l'hordénine. 

Je puis dire, d'après mes recherches, que, bien que la toxicité du sulfate 
d'hordénine soit très faible par ingestion, il ne semble pas que T'on puisse 
soni^er à réaliser avec cette substance l'antisepsie absolue du tube digestif. 
Uii effet antiseptique partiel est seul à espérer, mais on doit se rappeler 
que cet alcaloïde agit aussi sur le système cardio-vasculaire, sur l'appareil 
digestif, sur les sécrétions et que ces propriétés pourront peut-être rendre 
d'excellents services dans le traitement des affections intestinales. 

Les études cliniques établiront donc la valeur thérapeutique du sulfate 
d'hordénine en tenant compte non seulement de ses propriétés antisep- 
tiques, mais encore de ses effets sur l'ensemble de l'organisme. 

PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Les proportions de chloroforme que contient 
le sanq artériel pendant l'état d' anesthésie n'ont pas de rapport direct avec 
les effets quelles produisent. Note de M. J. Tissot, présentée par 
M. Chauveau. 

Pendant l'état d'anesthésie, en dehors des modifications que la manière 
d'administrer l'anesthésique fait subir au taux de chloroforme dans le sang 
artériel, on observe les faits suivants : 

i" Pendant l'anesthésie avec les mélanges titrés, toute augmentation de 
la ventilation pulmonaire a pour effet d'élever rapidement le taux du chlo- 
roforme dans le sang artériel. 

2." Au cours d'une syncope respiratoire, le taux du chloroforme diminue 
progressivement dans le sang artériel ; cette diminution est fonction du 
temps et de la vitesse de la circulation du sang. 

3° La proportion de chloroforme du sang artériel peut, sans provoquer la 
mort, devenir supérieure pendant la à i5 minutes et même plus à la dose 
mortelle pour le cerveau ou à la dose que contiendra le sang artériel au 
moment de la mort par le chloroforme. Voici un exemple du fait : 

Sang artériel \9. m. So sec. avanl la syncope morlelle. . . 58, à pour loo''"' de sang 

1) 6 minutes » . . . 6o » 

Dose morlelle dans le cerveau 37 pour loos de substance 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 353 

4° Il n'y a pas de rapport direct entre les proportions de chloroforme ilii 
sang artériel et les effets (jii'elles produisent. 

Exemple. — Dans une expérience, une proportion de 6o™s de cliloroforme flans le 
sang a déterminé une syncope respiratoire qui a disparu spontanéinenl, tandis que, 
6 minutes plus tard, une dose de 5o"'s,7 provoquait la mort; la dose morlelle pour le 
cerveau était, chez cet animal, de [fi^i,&. 

5° Il n'y a pas de rapport direct entre les proportions de chloroforme du 
sang artériel et les effets qu'elles exercent sur la pression artérielle. 
Exemple : 

ression artérielle Dil""" 01 00 ^j 

Proportion de chloroforme pour 100"^"' de sang. f-\!\'^',i ee-^s.a 54"s,2 6o"8 

La courbe de la pression artérielle renseigne donc sm- le degré d'intoxi- 
cation des centres nerveux mais non pas snr les variations des proportions 
de chloroforme dans le sang. 

6° Une proportion déterminée de chloroforme dans le sang artériel met 
un certain temps avant de produire son maximum d'effet. 

On vient de voir que, dès le début d'une syncope, la proportion de 
chloroforme diminue dans le sang artériel. Or, au moment de la mort, 
c'est souvent 2 minutes seulement après l'arrêt respiratoire défuntif que 
se produit le fléchissement brusque de la pression artérielle indiquant que 
le cœur est frappé et que l'animal va mourir. Ce retard de 2 minutes 
représente le temps nécessaire à la diffusion du chloroforme du sang arté- 
riel aux centres nerveux pour la production de l'effet mortel. 

De l'ensemble de ces faits et de ceux contenus dans ma Note précédente 
résulte la proposition suivante : 

// n'y a pas de rapport direct entre les proportions de chloroforme contenues 
dans le sang artériel et les effets quelles déterminent; ces effets dépendent, 
non pas de ces proportions elles-mêmes, mais de la valeur des quantités de 
chloroforme que les lois de la diffusion permettent au sang artériel de céder aux 
centres nerveux. 

La valeur de la quantité de chloroforme qui diffuse du sang aux centres 
nerveux est fonction de quatre facteurs : 1° du temps; 2° du rapport entre 
les proportions respectives de chloroforme du sang et des centres nerveux ; 
3° de la vitesse de la circulation du sang; \" de la nature des deux milieux 
en contact. 

i". R., igoii, I" Semestre. (T. CXLII, N" 6.) 47 



354 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

L'influence de la vitesse du courant circulatoire est démontrée parle fait 
suivant : 

La différence entre les proportions de chloroforme dans le san^ veineux 
et le sang artériel n'est que de S^^à .i™» au début de l'aneslhésie et lorsque 
la pression artérielle est élevée; elle monte à 20""*^ et So^f^ lorsque la pres- 
sion artérielle s'abaisse à un niveau très bas. Lorsque la pression artérielle 
est très basse, le sang cède aux tissus une quantité plus considérable de 
chloroforme parce qu'il y séjourne plus longtemps et parce que la quantité 
de sang qui y passe pendant l'unité de temps est beaucoup plus faible. 

Le sensjdu phénomène de diffusion, qui se produit du sang aux tissus 
pendant l'administration du chloroforme, se renverse i ou 2 minutes après 
l'arrêt de l'inhalation de l'anesthésique et se fait dès ce moment des tissus 
au s-mg. L'expérience suivante le démontre : 

Expérience. — On mainlient un animal anesthésié pendant 3o miniiies'. Avant de 
cesser l'administration du chloroforme on fait une prise de sang artériel et une prise 
de sang veineux; puis on cesse immédiatement après l'inhalation et l'on fait des prélè- 
vements de sang veineux et de sang artériel à des intervalles de plus en plus éloignés. 
Voici les résultats obtenus : 



Vvanil'arrijt /i 



Projj.dechlorof. ) sang artériel. 53,2 
dans loo"^"' de ( sang veineux. 48,1 



"aprr> 


ij"" 


45" 


.,!< 


4.-^o" 


'arrêt. 


après. 


après. 


ïiprés. 


après, 


28,4 


m; 
l3,2 


5,8 






32,5 


16,2 


7>7 


4,9 


2,2 



ii|>res. 



Si l'on représente ces chiffres par deux courbes, on voit que leur inter- 
section, c'est-à-dire l'inversion du phénomène de diffusion, se produit 
2 minutes après l'arrêt de la chloroformisation et que la proportion de 
chloroforme est à ce moment de 39'"8,5 dans le sang artériel comme dans 
le sang veineux. 

Ces résultats, joints aux faits que j'ai déjà signalés dans cette Note et 
dans mes Notes précédentes, nous amènent à une conclusion pratique im- 
portante. 

Pour éviter l'accumulation du chloroforme dans l'organisme, le meilleur 
procédé est de donner l'anesthésique de façon intermittente; ce procédé 
est précisément celui employé actuellement par la plupart des chirurgiens. 
La diminution rapide du chloroforme dans le sang artériel et dans le sang 
veineux permet ainsi de maintenir la proportion de chloroforme dans les 
centres nerveux à un taux non dangereux et ti'en éviter l'accumulation. 
Les faits que j'ai exposés expliquent la parfaite innocuité de la chloroformi- 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 355 

salion pratiquée de cette manière et montreol que l'on évitera facilement 
les accidents en se rappelant : 

i" Qu'il faut donner l'anesthésique avec prudence lorsqu'il se produit 
une augmentation de la ventilation pulmonaire, surtout an moment de la 
période d'excitation; 

2" Qu'il faut déterminer l'anesthésie lentement; 

3" Que, lorsqu'on administre le chloroforme par le procédé de la com- 
presse, il faut le donner régidièrement, goutte à goutte. 



PATHOLOGIE. — Contrilnition à l'étude de l'analomie pathologique des cancers 
épithéliaux de la prostate. Note de MM. MoTzetMAjEwsKi, présentée par 
M. Guybn. 

Les tumeurs épithéliales de la prostate sont formées soit de productions 
épilhéliales alvéolaires (cancer alvéolaire), soit de productions plus 00 
moins alvéolaires, mais accompagnées ou précédées d'une néoformation 
de culs-de-sac glandulaires. Les glandes néoformées sont ordinairement 
beaucoup plus petites que les glandes normales de la prostate. Leur nond)re, 
dans certains cas, est très restreint (adéno-carcinome); dans d'autres cas, 
au contraire, il est considérable (adéno-épilhélioma d'Albarran et Halle). 
Ces deux dernières variétés constituent la grande majorité des tumeurs 
épithéliales de la prostate. 

Dans le cancer alvéolaire et dans l'adéno-carcinome, le stroma conjonc- 
livo-musculaire de la prostate devient ordinairement scléreux. Dans 
l'adéno-épithélioma, cette transformation fibreuse ne se produit pas ou se 
produit très lentement. Comme le diagnostic clinique de la carcinose pro- 
slalique se fait grâce à l'apparition du tissu fibreux dans l'intérieur de la 
i;iande, la conservation fréquente de la consistance normale de la prostate 
rend impossible le diagnostic clinique d'un grand nombre de tumeurs 
prostatiques. 

La [ji'opagalion ganglionnaire des tumeurs de la prostate est presque con- 
stante. Nos recherches à ce point de vue nous ont donné un résultat positif 
dans vingt-cinq cas sur vingt-six cas de carcinose prostatique diagnostiquée 
cliniquement dans le service de notre maître, M. le professeur Guyon. 

Les inliltrations cancéreuses des vésicules séminales ont été constatées 
dans vingt cas. Elles sont souvent beaucoi!.p i)lus prononcées à gauche qu'à 
droite. 



356 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Le péritoine a été envahi par des productions néoplasiques dans trois 
cas. 

Le rectum, qui dans la carcinose prostato-pelvienne est souvent entouré 
de masses cancéreuses, reste ordinairement intact. 

La propae;ation du néoplasme aux vertèbres et au pubis n'est pas rare. 

La vessie présente souvent des propagations néoplasiques. Nous les 
avons trouvées dans vingt cas sur vingt-six de carcinose prostatique dia- 
gnostiquée cliniquement. Cette infiltration peut se présenter soit sous !a 
Ibrme larvée visible seulement au microscope, soit sous la forme de pro- 
ductions visibles à l'œil nu. Quand la tumeur n'a pas pris du côté de la 
vessie un développement considérable elle peut se présenter sous la forme, 
soit de petites nodosités plus ou moins ulcérées et disséminées sur le tri- 
gone, soit sous la forme des gros bourrelets qui soulèvent la muqueuse 
vésicale dont ils sont coiffés, ou enfin de petites tumeurs plus ou moins 
sessiles. Dans d'autres cas la tumeur infiltre et ulcère largement les parois 
vésicales. 

La propagation uréthrale a été constatée dans se|)t cas : dans deux cas il 
n'y avait que des végétations néoplasiques, dans quatre cas l'urèthre posté- 
rieur était profondément ulcéré et dans un cas il était presque complè- 
tement détruit. Le corps s|)ongieux était euvabi dans trois cas. 

Les métastases ont été trouvées chez cinq malades : trois fois dans le 
foie, deux fois dans la plèvre et le poumon, une fois dans le rein et une fois 
dans le fémur. 



CHIRURGIE. — La trépanation rolandique et la ponction ventriculaire 
dans l'an iéraiion. Note de M. O. Laurent, présentée par jM. f^an- 
nelongue. 

Lorsque, le 3o juin 1890, M. le professeur Lannelongue préconisait, à 
l'Académie des Sciences, la trépanation dans la microcéphalie, il rendait le 
service le plus signalé en projetant de la lumière sur un domaine obscur, 
en s'aitaquant au domaine si réfractaire de l'arriération. L'opinion domi- 
nante tlu jour est celle de l'abstention. Mais, si nous considérons qu'actuel- 
lement une large trépanation est souvent inoffensive, que le diagnostic des 
affections cérébrales est fréquemment imprécis et que l'action de l'inter- 
vention chirurgicale est bien nette dans certaines lésions inflammatoires 
d'ordre divers, nous pouvons déjà conclure, du simple examen des travaux 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 357 

parus sur l'arriération, que les indications de la nature et de X étendue. Aç. 
l'intervention chirurgicale, dans ce cas, n'ont pas de netteté pratique suffi- 
sante et que de nouvelles études sont nécessaires pour mettre la question 
tout à fait au point. 

Au point de vue pratique, nous pouvons diviser les arriérés (l'atrophie 
du cerveau étant mise a part) en deux grandes classes : arriérés essentiels, 
justiciables du traitement médico-pédagogique, et arriérés lésionnels, justi- 
ciables du traitement médico-chirurgical. 

La différenciation peut être très difficile, mais il suffira, en général, de 
retrouver les signes de la méningite chronique, surtout de la méningite rolan- 
dique, de l'hydrocéphalie relativement peu développée, de l'exagération réac- 
tionnelle de l'écorce, dont la contracture musculaire est le type, et de Vatro- 
phie peu marquée du cerveau. 

L'arriération avec troubles sensitivo-moteurs indique la trépanation large des 
deux sillons de Rolando : celle-ci décongestionne la région dénuilée et même 
le cerveau tout entier, décomprime celui-ci, atténue ou fait cesser une pres- 
sion inlra-crànienne parfois très élevée; elle agit à titre trophique en favo- 
risant le développement sensitivo-moteur et intellectuel ; la taille et le poids 
sont favorablement influencés. 

I. La ponction et le lavage ventriculaire, également préconisés par Lanne- 
longiie, pourront être combinés à la trépanation dans la méningite avec hydro- 
céphalie: la ponction diminue la pression excentrique et fait apparaître les 
battements du cerveau. Elle doit extraire 60^ et même loo^ de liquiiie. 
Nous préconisons, après l'ablation du spina-bifida, la ponction ventriculaire 
plus ou moins fréquemment répétée à titre préventif de V hydrocéphalie . 

Nous avons opéré une lille de 4 mois pour spina-bifida et, dans les 11 mois consécu- 
tifs, nous avons pratiqué liuil séances de ponctions du cerveau. Le Irocarl est enfoncé 
par la fontanelle antérieure, à droite ou à gauche de la ligne médiane, à 4"" ou 6="", 5 
de profondeur; le stylet relire, nous introduisons dans la canule du Irocart une line 
sonde en caoutchouc durci, ce qui facilite singulièrement Fécoulement du liquide. Nous 
en retirons d'abord 3o5, 4os ou 5o6, pour injecter ensuite 206 à 3os d'eau ou de sérum 
artificiel tiède, mélangé de deux gouttes de teinture d'iode pour 20S de sérum, puis, 
seconde extraction de 3o6 à 5o5 suivie d'un lavage iodé, 20s environ de celui-ci étant 
laissés dans le cerveau. L'enfant avait une légère fièvre pendant ^^[^ heures et tout ren- 
trait dans l'ordre sans convulsions. 

IL La trépanation rolandique bilatérale peut améliorer considérablement 
la maladie de Little avec athélose et tétanie généralisée, comme le prouve notre 
deuxième cas : 

Nous avons trépané toute la longueur des deux sillons de Rolando chez un garçon 



358 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

de près de lo ans, qui n'a jamais pu marcher et qui présentait, depuis la naissance 
peut-on dire, des contractures spasmodiques de tous les muscles volontaires avec 
tétanie. L'amélioration est très marquée aux points de vue physique et intellectuel : il 
s'exprime avec beaucoup plus de netteté et de facilité et ses réparties sont parfois 
très fines; appuyé, il peut se tenir debout, de lui-même. Et, avant les trépanations, il 
était contorsion né dans les plus étranges attitudes par les contractures de tous ses 
muscles volontaires et en agitation permanente. Le courant électrique appliqué sur 
les circonvolutions rolandiques pendant la séance opératoire a fait élever le membre 
supérieur à plus de So"^" ou 4©'^™. 

Dans notre cas de maladie de Liltle, il existait nettement de la méningite de la con- 
vexité; la trépanation bilatérale et large a atténué d'une façon très marquée les con- 
tractures et amélioré l'état général. 

III. Notis avons guéri radicalement un enfant dei5 mois atteint d'hy- 
drocéphalie avec parésie des membres inférieurs. Nous avons, en deux 
séances, après trépanation, placé et laissé à demeure deux drains dans le 
cerveau, de manière à faire communiquer les ventricules latéraux avec la 
cavité sous-arachnoïdienne, drainage ventriculo-sous-arachnoidien (Watson- 
Cheyne). 

Par une ouverture du crâne et de la dure-mère, à 3™ au-dessus et en arrière du 
méat auditif, nous avons introduit un petit écheveau de crins de Florence d'un côté 
et, de l'autre, un faisceau de catgut, que nous regardons comme étant moins irritant. 
L'enfant a présenté des signes de réaction légèi'e; puis le calme s'est rétabli et l'en- 
fant est aujourd'hui guéri : il parle bien, marche facilement et est très intelligent. Ce 
cas est un exemple de lolérancc du cers'eau pour les corps étrangers. 

IV. La trépanation rolandique bilatérale, avec ponctions ventnculaires, est 
applicable, à titre palliatif, à certaines méningites chroniques graves et accom- 
pagnées de cris et d'agitation continue. 

Chez un enfant de 5 ans, atteint de méningite chronique et d'hydrocéphalie depuis 
l'âge de 5 mois, nous n'avions largement trépané les deux sillons de Rolando que dans 
le seul but d'amener la disparition des convulsions, de l'agitation continue de l'enfant 
qui était en mouvement perpétuel pour ainsi dire, et la disparition des cris, tous phé- 
nomènes rendant la vie de la mère intolérable. Ce résultat a été atteint immédiatement. 
Mais il y a plus : c'est que l'intelligence, que nous avions crue à jamais fermée, s'est 
quelque peu ouverte à la lumière, car, depuis la seconde trépanation, l'enfant donne 
la main lorsqu'on la lui demande et sourit. Nos interventions ont donc provoqué les 
premières manifestations intellectuelles. Si l'on considère que cet enfant, âgé de 5 ans, 
est malade depuis l'âge de 5 mois, il faut regretter que l'intervention ait été aussi 
tardive. Combien est grand aussi le retard de nos interventions chez Charles Toussaint, 
atteint de maladie de Little cérébrale et soumis â nos soins vers l'âge de lo ans seule- 
ment. 

En terminant, je souligne une observation d'ordre général : j'ai vu un 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 359 

très grand nombre d'enfants atteints de troubles psycho-moteurs aux de£;rés 
les ])!i)s divers de gravité et j'ai, dans certains cas, conseillé une interven- 
tion qui n'a pas été acceptée. Il m'est arrivé, d'antre part, d'intervenir sans 
résultat et j'ai eu deux morts. J'ai relaté des cas de succès ou d'améliora- 
tion accentuée; j'aurais pu en relater d'antres. Et cependant ces enfants ont 
été soignés aux Enfants assistés, où le trailement consécutif, si utile : électri- 
sation, massage, etc., a été forcément irrégulier. J'estime donc que tout 
enfant arriéré doit être soumis à l'examen très minutieux d'un neuropatho- 
logiste, la superbe chirurgie d'aujourd'hui étant assez puissante pour arra- 
cher plus d'un de ces petits déshérités aux misères de la nuit intellectuelle. 



GÉOLOGIE. — Sur l'existence de brèches calcaires et polygèniques dans les 
montagnes situées au sud-est du mont Blanc. Note de MM. Kbijan et 
P. LoRY, présentée par M. Michel Lévy. 

De récentes explorations dans la portion des chaînes intra-alpines qui 
s'étend de la Tarentaise au Valais et qui se trouve comprise entre la Lée 
(l'Allée) Blanche, le val Veni, les vais Ferret italien et suisse au Nord- 
Ouest, le Petit Saint-Bernard, Courmayeur, le Grand Saint-Bernard, 
Liddes et le val de Bagnes au Sud-Est, nous ont permis de constater le 
grand développement que prennent dans cette zone de nos Alpes, entre la 
Tarentaise et le Valais, des formations bréchoïdes semblables à celles que 
l'un de nous a décrites, en collaboration avec M. Révil, en Maurienne et 
dans les environs de Moutiers en Tarentaise. 

La région ainsi délimitée, à laquelle appartiennent notamment les massifs 
du Crammont, du mont Chélif, de la Saxe, de la Grande Golliaz, du mont 
Ferret, col de Fenêtres, des Échesses et du Six-Blanc possède une structure 
isoclinale (avec pendage Sud-Est) très régulière et peut être considérée 
comme une zone de racines; elle est comprise entre le massif cristallin du 
mont Blanc au Nord-Ouest et la zone houillère k sédiments plus ou moins 
métamorphiques (schistes de Casanna, pseudogneiss, etc.) au Sud-Est. 

Nous avons pu y reconnaître dans la partie Nord-Ouest une zone de 
sédiments k faciès dauphinois ei, dans la partie Sud-Est, une bande paral- 
lèle de terrains à faciès briançonnais ; c'est dans cette dernière que se 
montrent d'importants bancs de brèches parmi lesquels il y a lieu de dis- 
tinguer : 

a. Des brèches à ciment calcaire targemenl développé et fragments de calcaires jaii- 



36o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

nàtres el noirâtres, identiques à la brèche du Télégraphe dont l'un de nous a établi l'âge 
liasique en Maurienne et Tarenlaise, horizon devenu aujourd'hui classique dans les 
Alpes françaises. Comme celte dernière, ces brèches sont indéniablement liées au Lias 
avec les bancs duquel elles alternent. On peut les observer au nord-ouest du 
Mayentzet de Bagnes, dans la partie supérieure de la Combe de Là, sur les pentes du 
mont Ferret, près d'un des lacs de Fenêtre, etc. 

h. Des brèches polygéniques, remarquables par l'abondance des galets de mica- 
schistes et de roches cristallines associés à des fragments calcaires, ainsi que par un 
ciment plus siliceux. Parmi les débris englobés figurent quelques fragments de cal- 
caire zoogène probablement liasiques. 

Ces dernières brèches sont identiques à celles dont Tàge éogène a été reconnu aux 
environs de Mouliers par l'un de nous, en collaboration avec M. Révil, puis confirmé 
par M. Marcel Bertrand. 

Elles se montrent très développées dans le massif du Crammont (Arpvielle), puis à 
l'est de la Seigne et des Motteis. Au nord-est des Chapieux elles constituent, avec des 
alternances de schistes et de calcaires siliceux d'aspect gréseux, une puissante masse 
(svnclinale) limitée à l'Ouest par des dépôts triasiques (Jeloge) et à l'Est par des 
schistes liasiques laslrés a\ec masses de roches vertes intercalées (vallée du Versoyen). 
Une étude ultérieure nous montrera si cette importante formation bréchoïde, qui 
occupe eu Italie de notables surfaces (Crammont) el qui figure, sans doute à tort, sur 
la feuille Albertville de la Carte géologique de France, comme schistes lustrés supé- 
rieurs on Jurassique moyen, doit être définitivement rattachée à l'éogène. 

Si l'on réfléchit qu'il s'agit ici d'une zone de racines bien caractérisée, 
dans laquelle l'existence de nappes ou de lambeaux de recouvrement peut 
être a priori absolument écartée, et que l'on rapproche ce fait de la pré- 
sence de deux séries de brèches fort analogues, sinon idenliques, à celles 
que nous venons de décrire, dans les lambeaux et nappes de charriage des 
zones externes des Alpes (massif du Sulens, Chablais, Préalpes suisses), 
on est amené à conclure que vraisemblablement l'origine (') il'une partie 
au moins de ces nappes à brèches exotiques doit être cherchée, soit dans 
la zone de racines en question, située entre le mont Blanc et la grande 
bande houillère, plus ou moins métamorphique, qui court du Petit au 
Grand Saint-Bernard, soit dans le voisinage immédiat de cette même zone. 



(') On ne saurait trop se pénétrer, lorsqu'on procède à la recherche des racines 
des nappes charriées, de cette considération que la plupart des assises qui composent 
ces nappes ont beaucoup de chances, étant les plus élevées de la série, de ne plus 
exister dans les racines anliclinales profondément décapées par l'érosion, ou de ne s'y 
rencontrer qu'à l'étal d'intercalations synciinales secondaires et peu importantes. Les 
terrains prédominants appartiennent nécessairement dans la nappe charriée à des 
étages plus récents que ceux qui prédominent dans la zone des racines. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. S6[ 



PHYSIQUE DU GLOBE. — Résultats (les observations magnétiques, faites 
à l'Observatoire d'Athènes, pendant les années 1 900-1 908 . Note de M. D. 
Eginitis, présentée par M. Lœwy. 

Pendant les trois derniers siècles, plusieurs observateurs étrangers, de passage ou 
en mission scienlifique en Grèce, ont eflectué dans différentes régions du pays bon 
nombre d'obser\ations magnétiques. Mais, jusqu'au milieu de Tannée 1899, on n'y a 
jamais poursuivi, d'une façon régulière et continue, la détermination des éléments du 
magnétisme terrestre. On ne possédait, eu effet, jusqu'à cette époque, que de rares 
déterminations isolées, faites sur quelques jKiints, en grande partie maiitimes, du 
pays. Ces observations, effectuées dans un but qui n'était pas pureniejit scientifique, 
non seulement n'étaient pas complètes et ne s'étendaient que sur une partie déterminée 
de la Grèce, mais, en outre, la plupart d'entre elles ne possédaient pas l'exactitude 
nécessaire à une étude précise. 

Dans la seconde moitié du siècle passé on a effectué, dans plusieurs points de la 
Grèce, quelques observations magnétiques complètes et précises; on doit mentionner 
trois missions de la marine française et un petit nombre d'observateurs. 

Parmi les observateurs étrangers, MM. de Bernardières, d'Abbadie et llartl sont les 
seuls qui aient fait des observations complètes. Les observations des officiers français, 
MM. Lephay et Le Cannellier, qui comprennent la déclinaison et la composante hori- 
zontale, sont faites de même avec beaucoup de soin. 

En 1899 nous avons fondé, à l'Observatoire d'Athènes, iiti service 
magnétique; les instruments affectés aux mesures des valeurs absolues 
sont : un théodolite-boussole et une boussole d'inclinaison, moyen modèle, 
fournis |)ar M. Chasselon; pour les variations des éléments magnétiques, 
nous avons installé flans un pavillon magnétique, construit sur. la colline 
de l'Observatoire, le magnétographe de M. Mascart, fourni par M. Car- 
pentier ('). 

Nous allons donner ici un résumé des résultats de nos observations 
{1900- I 9o3). 

.Moyennes annuelles des éléments niagnélùjiies. L 



Eléments. 


1900. 


1901. 


l;j02. 


1903. 


Déclinaison 


.. 5° 42', 27 


5° 34',. 4 


5°26',65 


y" 20', 19 


luclinalson 


.. 53° 7',7 


52° 7', 4 


52° 4',7 


52° 4', 2 



(') Tous ces instruments ont été construits avec beaucoup de soin, sous la surveil- 
lance de M. Th. Moureaux, à ijui nous adressons d'ici même tous nos remeicîuieiils. 
C. H., 1906, I" Semestre. (T. CXLII, N° 6 1 4^ 



362 ACADEMIE DES SCIENCES. 

Éléments. 1900. 1901. 190Î. 1903. 

Comp. horizontale. 0.26068 0,26090 0,261^1 0,26114 

Comp. verticale. . . o,335i4 o,33.54i o,3354i o,335o8 

Comp. Nord 0,25934 0,25967 0,26023 0,26001 

Comp. Ouest 0,02591 o,o2532 0,02480 0,02429 

Force totale 0,42456 0,42494 o, 42536 0,42482 

Pour délerminer les heures précises des maxima et minima diurnes de 
la déclinaison, de la composante horizontale et de la composante verticale, 
nous avons pris dans chaque mois les jours calmes, de dix à quinze, pour 
lesquels les courbes des enregistreurs présentent une allure bien régulière ; 
les caractères que présente la marche moyenne diurne des difFérents élé- 
ments magnétiques sont résumés ci-après. 

La déclinaison présente deux maxima et deux minima diurnes. Le 
maximum principal se |)roduit vers iS*" et le minimum vers 8'',5; le 
maximum secondaire a lieu vers 3'',8 et le minimum secondaire vers 23'', i. 
L'heure du maximum principal est presque constante pendant toute l'année, 
tandis que celle du minimum principal varie de S*" environ en été à g'^.S 
environ en hiver. L'heure du maximum secondaire est presque aussi variable, 
tandis que celle du minimum est, au contraire, plus constante. L'ampli- 
tude de l'oscillation principale est, en moyenne, d'environ 6'; elle varie de 
8' en été à 3' en hiver. 

'La composante horizontale présente aussi une double oscillation diurne. 
Le maximum principal a lieu vers i3''et le minimum vers 9'',5; lemaxmium 
secondaire se produit vers 6'', 2 et le minimum vers 17", 5. L'heure du 
maximum principal est très variable; de i5'' en été à 10'' environ en hiver; 
les heures des trois autres valeurs extrêmes sont assez constantes. L'ampli- 
tude de la variation principale est d'environ o,ooo37 ; elle diminue environ 
de 20 unités du 5' ordre décimal de l'été à l'hiver. 

La composante verticale présente aussi une double oscillation diurne. Le 
maximum principal a lieu vers 12'' et le minimum vers y"" ; le maximum 
secondaire se produit vers 4''. 6 et le minimum vers 21'', 5. Les heures lie 
ces valeurs extrêmes ne sont pas très variables; surtout celles du maximum 
principal et du minimum secondaire sont assez constantes. L'amplitude 
de l'oscillation principale est en moyenne deo,ooo32 environ; elle diminue 
de 20 unités a peu près du 5" ortire décimal de l'été à l'hiver. 

Les courbes moyennes de ['inclinaison, construites d'après les valeurs 
moyennes horaires, montrent un maximum vers 10'' et un minimum vers 
minuit. La variation diurne de l'inclinaison est en moyenne de 2' environ;, 
elle diminue de 2', 5 en été à i',5 en hiver. 



SÉANCE DU 5 FÉVRIER 1906. 363- 

\jA composante A'^orc^ présente une double oscillation diurne. Un maximum 
principal se produit vers i3'' et un minimum vers iS**; un maximum secon- 
daire a lieu vers ô*" et un minimum vers lo**. L'amplitude de l'oscillation 
principale est de o,ooo4o; elle diminue de l'été à l'hiver de 20 unités à peu 
près du 5' ordre décimal. 

IjA composante Ouest présente une double oscillation diurne. Un maximum 
principal se produit vers i3'' et un minimum vers ig*"; un maxim um secon- 
daire a lieu vers 4'% et un minimum vers minuit. L'amplitude de Toscdla- 
tion principale est de o,ooo5o; elle diminue de 4o unités du 5" ordre dé- 
cimal de l'été à l'hiver. 

La /orce^o^a/e présente une double oscillation diurne. Un maximum prin- 
cipal se produit vers iS*" et un minimum vers iS*"; un maximum secondaire 
a lieu vers 6'' et un minimum vers minuit. L'amplitude de l'oscillation prin- 
cipale est d'environ 0,00093; elle diminue de 25 unités à peu près du 
5* ordre décimal de l'été à l'hiver. 

Depuis le 28 octobre 1902, on envoie du Phalêre à Athènes, au moyen d'un conduc- 
teur aérien, qui passe à une distance de 354™ de l'Observatoire, un courant pour l'éclai- 
rage électrique de cette ville. Le transport de celte énergie électrique n'a produit aucun 
trouble sensible sur nos courbes magnétiques. 

Malheureusement cet étal de choses n'a pas continué; le chemin de fer du Pirée 
fui remplacé, en 1904, par un tramway électrique, dont le courant n'a produit aucun 
effet sensible sur la courbe du bifilaire, mais trouble beaucoup celle de l'enregistreur 
de la composante verticale et un peu celle du déclinomètre. Les courbes de la compo- 
sante verticale sont inutilisables pendant tout le temps du fonctionnement du 
tramway. 

Par suite de cet élat de choses nos observations magnétiques directes sont faites 
vers 2'' du matin, lorsque le tramway ne fonctionne plus. 



PHYSIQUE DU GLOBE. — Extrait d'une lettre du P. Cirera. 

Le mercredi 3i janvier, entre Si" 47^1' et 6'' p. m. temps de Greenwich, le micro- 
sismographe Vicentini de l'observatoire de l'Ebre a enregistré un tremblement de 
terre. 

Les grandes oscillations ont eu lieu à 4''i5'" et la phase maxima à 4'>20'". La com- 
posante Est-Ouest a enregistré les oscillations de beaucoup les plus grandes. 

Le même jour on a enregistré une perturbation magnétique et une autre parallèle à 
celle-ci dans les courants telluriques; les plus grandes déviations se sont produites 
vers lo'' p. m. Ces perturbations seraient en rapport avec l'activité remarquée dans le 
disque solaire. 



364 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

PHYSIQUE DU GLOBE. — MM. KiLiAN et Paulin adressent de Grenoble, 
à la (laie du 3i janvier, la dépêche suivante : 

Sismographe Kilian-Paulin a enregistré aujourd'liui, à 4''4™36' soir méridien Paris, 
secousse sismique direction Sud-Sud-Est. 

M. Dox SiMONi adresse une Théorie de l'aéroplane, dans son application à 
la navigation aérienne. 

M. Edmond Seux adresse une Note Sur un mode de construction des plans 
aéroplanes, permettant d'augmenter, dans de notables proportions, leur valeur 
sustentatrice. 

(Ces deux Notes sont renvoyées à l'examen de la Commission 
d'Aéronautique.) 

A 4 heures et cjuarl, l'Académie se forme en Comité secret. 
La séance est levée à 4 heures et demie. 



^' 6. 



TABr.E DES ARTICLES Séance du ô février 1906.) 



MEWOIUES ET CO^IMUNICATIOIVS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 



l'ase-. 

M. Berthelot. — Sur l'existence des com- 
posés potassiques insolubles dans le tronc 
et l'écorce du cliène Si/J 

MM. A. Halle'r et F. Marcii. — Sur les 
pouvoirs roliitnlres des hexahydrobenzyli- 
rièiie et aMuinthylidénecamplires et de leurs 
dérivés saturés correspondants, comparés 
aux mêmes pouvoirs des benzylîdène et 
benzylcauiplires 3i'j 



Pages. 

M. Tu. ScHLŒsiNG. — Contribution a l'étude 
rliiMiique des eaux marines 3ao 

M. P. OuiiKM. — Sur les quasi-ondes de 
clioc el la disiribntion des températures 
en ces quasi-ondes :i?.!f 

iM. L.-E. Bektin fait honimaue à l'Académie 
d une brochure intitulée . " Évolution de lu 
puissance défensive des na\ ires de guerre ». -32- 



IVOMIIVATIOi\S. 



Commission chargée de juger les concours 
des prix Jecker, Cahours. Montyon { Arts 
insalubres) pour l'année u)o6 : MM. Troosl, 
Gautier, Moisson, Dilte, Lenioine, Haller, 
Tli. Schlœsing. Berihclol, Maquenne.. . . ii-j 

Commission chargée de juger les concours 
des prix Llesmaziéres, Montagne, di' 
Coincy pour l'année 1906 : MM. Van Tie- 
ghem, Bornet. Giiignard, Boniiier, Pril- 
lieiix. Zeiller. Parier, Clialin, Giaid. . 3>7 

Commission chargée de juger les concours 
des prix Savi^ny, Thore, Da Gaina Ma- 
chado pour Tannée 1906 : MM. Ranv:er. 
Perrier, Chatin. Giard. Delage, Bou\ier, 
Lannelonguc. Lai'eran, Grandidier J27 



Cioinmission chargée de juger les concours 
do-, prix Montyon (Médecine et Chirurgie), 
lîarhier, Bréant, Godard, du Baron Larrey, 
Bellion, Mége pour l'année iyo(i: .\1.M. Bow- 
c/iard, Guyon. d' Arsnnval . Lannctongiie. 
Lmeran, Dastre, Houx, Brouardel, 
Chauveau, Labbé, Perrier 3-27 

Commission chargée de juger les concours 
des prix Montyon ( Physiologie expéri- 
mentale), PUilipeaux, Lalleuiand, Poural, 
Martin Damoiirette pour l'année 190') et 
de présenter une question de prix Pourat 
pniir l'année 1909 : M.M. d'Arxnnval. 
('/lauveau, Bouchard. Dastre. Baux, 
Lcneran, Giard .S28 



COItllESPOM>ANCE. 



M. E. Maiib.\nt. — Élémciils provisoires de 
la comète 1906 a ii>< 

M. J. Guillaume. — Observations du Sideil 
faites à l'Observatoire de Lyon ( équato- 
rial Brunner de o", 16) pendant le troi- 
sième trimestre de igoS 329 

M. Ekik H01..MGHEN. — Sur un problème du 
calcul des variations 3ji 

M. A. KoRN. — Solution générale du pro- 
blème d'équilibre dans la théorie de l'élas- 
ticité, dans le cas où les déplacements des 
points de la surface sont donnés .'. ; ' 33^ 

M.Paul Helbronner. -^ Sur quelques résul- 
tats de la triangulation du massif Pelvoux- 
Écrins 33- 



MM. Cil. MouREU et I. Lazenm:!!. — Conden- 
sation des nitriles acétyleniques avec les 
alcools. Méthode générale de synthèse de 
nilriles acryliques ^-substitués ^-oxyal- 
<"Vlés 33s 

M. II. DuVAL. — Essais de réduction dans la 
série du diphénylméthane 34i 

.M. P. Freundler. — Sur la cyclohexyla- 
cétone 343 

iM. J. DuMONT. — Sur l'absorption des car- 
bonates alcalins par lus com|>osanls mi- 
néraux du sol ... 3.'|,^ 

.M. L. Maquenne. — Observations sur la 
Note précédente de M. /. Dunionl 3/(7 

M. P. VViNTREBERT. — Sur le passage à tra- 



N° 6. 



SUITE DK LA TABLE DKS ARTICLES. 



Païes. 
vers les ganglions spinaux de faisceaux 
provenant des racines motrices et se ren- 
dant aux nerfs dorsaux, chez les Batra- 
ciens 3^8 

M. L. Camus — Action du sulfate d'Imnlé- 
nine sur les ferments sohibles et sur les 
microbes 35o 

M. J. TissoT. — Les proportions de chloro- 
forme que contient le sang artériel pen- 
dant l'étal d'anesthébie n'ont pas de rap- 
port direct avec les effets qu'elles pro- 
duisent 352 

MM. MoTZ et Majewski. — Contriliution à 
l'étude de i'anatomie pathologi(jue des 
cancers épithéliaux de la prostate 355 

M. O. Laurent. — La trépanation rolan- 
dique et la ponction ventriculaire dans 
l'arriération 356 

MM. KiLiAN et P. LoiiV. — Sur l'existence 
de brèches calcaires et polyséniqucs dans 



Pages, 
les montagnes situées au sud-est du mont 
Blanc 359 

M. D. ÉoiNiTis. — Résultats des observa- 
tions magnétiques, faites k l'Observatoire 
d'Athènes, pendant les années igoo-içioS.. 36i 

Le P. CiHERA. — ICxtrait d'une lettre rela- 
tive à une secousse sisniique ressentie, à 
l'Observatoire de l'Ebre, le 3i janvier.... 363 

MM. KiLiAN et Paulin adressent de Grenoble 
une dépêche relative à une secousse sis- 
niique ressentie le 3i janvier 364 

M. Don Si.moni adresse une « Théorie de 
l'aéroplane, dans son application à la 
navigation aérienne » 364 

M. Edmond Six'.x adresse une Note " Sur 
un mode de construction des plans aéro- 
planes, permettant d'augmenter, dans de 
notables proportions, leur valeur susten- 
ta trice ') 364 



PARIS. — IMPRIMERIE G AU T H I li H - V I LL A R S , 
Quai des Grands-Augustins, 55. 

Le Gérant : (jauthier-Villaks 



^^î^^ 1906 

PREi>IIEH SJ UESTRE. 



COMPTES RENDUS 

HEBDOMAiiAIBES 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

PAR MM. LES SECRETAIRES PERPETUELS. 



Ï03IE CXLII. 



N 7 12 Février 1906) 



'PAKIS, 

GAUTHIER-VILLARS, LMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DKS COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 

yuai des Giands-Auguslins, 55. 

iyu6 



RÈGLEMENT RELATIF AUX COMPTES RENDUS 



1 



Adopté dans les séances des 2 3 juin 1862 et 2 

— - — n SI a 



( MAI 



1875 



Les Comptes rendus hebdomadaires des séances 
de l'Académie se composent des extraits des travaux 
de ses Membres et de l'analyse des Mémoires ou Notes 
présentés par des savants étrangers à l'Académie. 

Chaque caliier ou numéro des Comptes rendus a 
48 pages ou 6 feuilles en moyenne. 

26 numéros composent un volume. 

Tl y a deux volumes par année. 

Article l*'"'. — Impression des travaux 
de l'Acc6léiiie. 

Les extraits des Mémoires présentés par un Membre 
•lu par un Associé étranger de l'Académie comprennent 
au plus 6 pages par numéro. 

Un Membre de l'Académie ne peut donner aux 
Comptes lendus plus de 5o pages par année. 

Toute Note manuscrite d'un Membre de l'Aca- 
démie ou d'une personne étrangère ne pourra pa- 
raître dans le Compte rendu de la semaine que si elle 
a été remise le jour même de la séance. 

Les Rapports ordinaires sont soumis à la même 
limile que les Mémoires; mais ils ne sont pas com- 
pris dans les 5o pages accordées à chaque Membre. 

Les Rapports et Instructions demandés par le Gou- 
vernement sont imprimés en entier. 

Les extraits des Mémoires lus ou communiqués par 
les Correspondants de l'Académie comprennent au 
plus 4 pages par numéro. 

Un Correspondant de l'Académie ne peut donner 
plus de 3:'. pages par année. 

Les Comptes rendus ne reproduisent pas les dis- 
cussions verbales qui s'élèvent dans le sein de l'Aca- 
démie ; cependant, si les Membres qui y ont pris 
part désirent qu'il en soit fait mention, ils doivent 
rédiger, séance tenante, des Notes sommaires, dont 
ils donnent lecture à l'Académie avant de les re- 
mettre au Bureau. L'impression de ces Notes ne 
préjudicie en rien aux droits qu'ont ces Membres de 
lire, dans les séances suivantes, des Notes ou Mé- 
moires sur l'objet de leur discussion. 

Les Programmes des prix proposés par l'Académie 
sont imprimés dans les Comptes rendus, mais les 



Rapports relatifs aux prix décernés ne le sont qu'ai 
tant que l'Académie l'aura décidé. 

Les Notices ou Discours prononcés en séance pi 
blique ne font pas partie des Comptes rendus. 

Article 2. — Impression des travaux des Savan, 
étrangers à l'Académie. 

Les Mémoires lus ou présentés par des personne 
qui ne sont pas Membres ou Correspondants de l' Aca 
demie peuvent être l'objet d'une analyse ou d'un ré' 
sumé qui ne dépasse pas 3 pages. 

Les Membres qui présentent ces Mémoires so 
tenus de les réduire au nombre de pages requis. 
Membre qui fait la présentation est toujours nommé? 
mais les Secrétaires ont le droit de réduire cet extrait 
autant qu'ils le jugent convenable, comme ils le font 
pour les articles ordinaires de la correspondance offi- 
cielle' de l'Académie. 

Article 3. 

Le bon à tirer de chaque Membre doit être remii 
à l'Imprimerie le mercredi au soir, ou, au plus tard] 
le jeudi à 10 heures du matin ; faute d'être remis 
temps, le titre seul du Mémoire est inséré dans le 
Compte rendu actuel, et l'extrait est renvoyé au 
Compte rendu suivant et mis à la fin du cahier. 

Article 4. — Planches et tirage à part. 

Les Comptes rendus ne contiennent ni plaaches, 
ni figures. 

Dans le cas exceptionnel où des figures seraient 
autorisées, l'espace occupé par ces figures comptera. 
pour l'étendue réglementaire. 

Le tirage à part des articles est aux frais des ai 
teurs; il n y a d'exception que pour les Rapports e^ 
les Instructions demandés par le Go'avernement. 

Article 5. 

Tous les six mois, la Commission administrative" 
fait un Rapport sur la situation des Comptes rendus . 
après l'impression de chaque volume. 

Les Secrétaires sont chargés de l'exécution du pré- 
sent Règlement. 



Les Savants étrangers à lAcadémie qui désirent faire présenter leurs Mémoires par MM. les Secrétaires perpétuels sont priés de les 1 
déposer au Secrétariat au plus tard le Samedi qui précède la séance, avant 5». Autrement la présentation sera remise à la séance suivante. 



ACADÉMIE DES SCIENCES. 

SÉANCE DU LUNDI 12 FÉVRIER 1906. 

PRÉSinENCE DE M. H. POINCARÉ. 



MEMOIRES ET s:ov* UIIA'ICA J IO.\> 

DKS MEMBRES KT DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

PHYSIQUE. — Sur que/ques propriétés des rayons a émis par le radium et par 
les corps activés par l'émanation du radium. Note de M. Hemri Becquerel. 

Il y a quelques mois ('), à la suite d'un travail de M. Riitherford sur 
l'observation d'un ralentissement qu'éprouvent les rayons a en passant au 
travers de feuilles minces d'aluminium, j'avais fait reprendre d'anciennes 
expériences sur les rayons du radium. J'avais fait disposer, en particulier, 
une expérience différentielle permettant de recevoir, sur une même plaque 
photographique, un faisceau de rayons a issu d'une source linéaire, traver- 
sant une fente parallèle à la source et à la plaque, et dévié par un champ 
magnétique, faisceau dont une moitié n'avait traversé que de l'air, tandis 
que l'autre avait traversé en outre une ou plusieurs feuilles minces d'alumi- 
nium. Dans ces conditions les deux bandes parallèles qui sont les traces 
du faisceau dévié pour deux sens inverses du champ magnétique doivent 
être plus écartées dans la partie du faisceau qui a traversé l'aluminium 
que dans l'autre. Les premières épreuves obtenues avec le rayonnement a. 
(lu radium n'avaient pas présenté le décalage prévu. 

Aussitôt mon retour à Paris, en octobre dernier, j'ai repris ces expé- 
riences en employant comme sources, soit des sels de radium, soit des fds 

(') Comptes rendus, t. CXLI, ii septembre»49o5, p. 485. 

C. R., 1906. I" Semestre. (T. CXLII, N" 7.) 49 











au travers 




Nature 






d'une lame 


Désignation 


delà 


Champ 




l 'aluminium 


des épreuves. 


source. 


magnétique. 


tians l'air. 


g _Qmn,^o,5_ 


D. 19-10-190.5... 


fil activé 


96^9 


mm 
2,36o 


mm 

2,658 


A. 21-10-1905... 


sel de radium 


9639 


2,4l2 


2,671 


A. 24-10-1905... 


id. 


9384 


2,222 


2 ,428 



366 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

activés par l'émanation du railitim, que M. Curie eut l'obligeance d'acliver 
dans son laboratoire. I.es résultats obtenus ont été conformes au fait 
annoncé par M. Rutherford. 

Voici du reste les moyennes de mesures faites sur quelques épreuves : 

Double déviation du faisceau 



Rapport. 

1 , 122 

I . 107 
I , 090 

Ces trois épreuves ont été obtenues avec le mène appareil (distance de ,1a 
source à la fente a = 2=°',i45, dislance de la fente à la plaque 6 = r™,94o, distance 
totale « -I- 6= 4™,o85). Le champ mngnétique n'a pas varié de plus de 3 à 
.5 millièmes pendant la durée de chaque expérience. 

Depui.s l'époque où j'avais obtenu ces épreuves, M. RuUierf )i\l en a 
publié de semblables (') et il a montré en outre le fait important que 
l'écartemenl des bandes est plus grand dans l'air que dans le vide. 

Ces résultats s'interprètent en admettant que la plus grande déviabilité 
du faisceau correspond à une augmentation de la courbure de la trajec- 
toire, augmentation qui serait la conséquence d'une diminution de la vitesse 
des particules transportant les charges électriques positives, qui constituent 
les rayons a.. Cette diininution de vitesse doit du reste se manifester pro- 
gressivement le long de la trajectoire dans l'air. 

Je me suis proposé d'étudier avec plus de précision que je ne l'avais 
encore fait la trajectoire dans l'air des rayons o. déviés par un champ 
magnétique, en utilibanl une méthode photographique que j'avais déjà 
emplovée il y a plusieurs années. 

La méthode consiste à recevoir un faisceau, défini par une source linéaire et une 
fente parallèle située à une dislance a, sur une plaque photographique inclinée repo- 
sant sur l'écran qui contienl la fente et normale au plan du faisceau non dévié. L'im- 
pression de ce faisceau serait une droite; mais, s'il est dévié parallèlement à la plaque. 



{^) Philosophical Magazine, \9.t\w\^v 1906, p. 166. 



SÉANCE DU 12 FÉVRIEK 1906. 867 

d'abord dans un sens, puis dans l'autre, riiiijiression se compose de deux courbes 
divergentes qui se coupenl au point de contact entre la fente et la plaque. La distance 
d'un point de la plaque au bord inférieur est pioporlionnelle à la hauteur j du point 
considéré au-dessus du plan sur lequel repose la plaque et, si l'on connaît l'inclinaison 
de celle-ci, on peut déterminer cette hauteur. On mesure d'autre part l'écartement 2 j 
de deux points des deux courbes, ayant même }', et l'on peut construire par points la 
trajectoire cherchée. 

La plupart des nouvelles épreuves ont été obtenues en prenant comme source un fd 
de platine de o""™, i à o°'™,2 de diamètre, uniformément activé par l'émanation du 
radium. On a généralement opéré de la manière suivante : comme l'intensité de la 
source était rapidement décroissante, on renversait le champ magnétique de 5 en 
5 minutes pour égaliser les imjjressions des deux faisceaux déviés; la source était 
d'abord recouverte d'une lame d'aluminium de o""°,oi5 d'épaisseur, puis, au bout d'une 
demi-heure environ, on enlevait cette lame d'aluminium et l'on déplaçait latérale- 
ment la plaque jiliolographique de façon à obtenir à côté, sur la même épreuve et 
pour le même champ magnétique, les trajeclciires de ravons n'ayant traversé que de 
l'air. 

On reconnaît de suite que les rayons qui ont traversé raliiminium 
innpressionnent la plaque moins loin que les autres. 

De très nombreux pointés, exéculés avec un appareil micrométrique 
donnant le 5^ de millimètre, ont conduit aux moyennes rapportées ci- 
après. Les valeurs de l'écartement 2X des courbes divergentes étaient rele- 
vées sur les plaques à des distances du bord inférieur égales à des nombres 
entiers n de tours de la vis mesurant les coordonnées ^•erticales et dont le 
pas était o""", 94684. Les hauteurs y correspondantes ont été calculées 
d'après l'inclinaison de la plaque dans chaque expérience. 

Si l'on tiace à grande échelle un relevé graphique des observations, on 
obtient une courbe sinueuse au milieu de laquelle passe la courbe qui 
représente la trajectoire véritable. Théoriquement, dans un champ magné- 
tique uniforme et dans le vide, cette trajectoire tloit être circulaire. J'avais 
reconnu antérieurement que, pour desj' croissants, les circonférences nor- 
males au champ, qui passent par la source, la partie supérieure de la fente 
et un point de la trajectoire, ont des rayons progressivement croissants, et 
les expériences actuelles confirment ce résultat. Mais, comme on va le voir, 
cette conclusion ne s'applique pas au rayon de courbure de la trajectoire 
et résulte d'une interprétation inexacte fondée sur la connaissance impar- 
faite de la véritable distance de la feule aux divers points de la plaque p\v'.- 
tographique. 

Si l'on prend comme origine des coordonnées l'intersection du bord de 



368 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

la plaque et de la bissectrice des deux faisceaux, on observe que les courbes 
ne passent pas par cette origine, mais coupent l'axe des y au-dessous du 
bord de la plaque. Différents essais ont montré qu'on peut faire passer 
au milieu des points qui représentent les observations un arc de para- 
bole dont le rayon de courbure varie assez peu dans les limites corres- 
pondantes, pour que l'on puisse le confondre pratiquement avec un arc 

de cercle. 

Soient y = kn la hauteur d'un point au-dessus du plan sur lequel repose la 
plaque photographique, ki la distance de la fente au-dessous de ce plan, 
kn^ = a la dislance de la source au-dessous du même plan, l'équalion d'une 
parabole, dont l'axe est parallèle à l'axe des x et qui passe par la source, 
la fente et le point x, y peut s'écrire 

2Ra; = (j -h a) ( V + ki) (' ) 

ou encore 

l'&.x = k^{n -^ n^){n-\- i). 

On a calculé les valeurs, en ^ de millimètre, z = ^ _^ ^^ qui se placent 
très près d'une droite z = (« -t- a)S, d'où l'on déduit 

R = — X 6oo, 

valeur qui se confond pratiquement avec celle du rayon de courbure de la 
parabole 

.o = R 



3 

t / a + kzV 



Les Tableaux suivants montrent le degré de concordance entre les obser- 
vations et le mode d'interprétation qui vient d'être exposé. 



(») Sous cette forme on reconnaît le terme principal de l'expression qui donne le 
rayon d'un cercle passant par les trois points 



R2: 



(7 + «)(/ + A-£) xi- , {a — AQ 



^]" 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 



■^69 















Épreuve A 


17/11 1903. 








Épreu^ 
n=25"-.lS, 
dai 

3=1.5546. 


re C 19/10 

*=0,920. 

rts l'air seul 


1905. 
H=10 809 




" = 


:ir-,65. k-~ 


= 0,937, 11 = 12148 






dan: 
= 1.7-2i8. 


i l'air seul. 

£0 = 


= 1,11. 


au traver- 
sa 1,9334. 


; tle l'aluni 


inium. 




£0 = 


:0.43. 


e3 = 


:1,39. 




2.r 


(/i-(-e)3 


2.r 


('n-e)S 


2-ï- 


(n + SlS 


n. 


obseiTc . 


observé. 


calculé. 


observé. 


«bseivé. 


calculé. 


observé. 


observé. 


calculé. 


1. 


57,5 


2,01 


>,98 


// 


Il 


tt 


Il 


// 


Il 


2. 


I05,2 


3,55 


3,54 


// 


,1 


If 


;/ 


// 


II 


3. 


.57,4 


5,i4 


5,09 


92,4 


6,26 


6,28 


'43,9 


9, '3 


9, l3 


4. 


210,2 


6,65 


6,65 


'34,' 


8,5o 


8,01 


188, 1 


1 1 ,22 


II ,06 


5. 


272,5 


8,35 


8,20 


166,3 


9,92 


9,73 


333,2 


i3,i3 


'2,99 


6. 


333,0 


9,9' 


9-76 


2o5,9 


'1,59 


11,46 


285,1 


15,19 


.4,93 


7. 


391,4 


II, 3i 


11,3. 


252, I 


.3.44 


i3,i8 


333,2 


16, 86 


16, 86 


8. 


458,5 


.2,87 


.2,87 


294,6 


'4,9' 


i4,9' 


392,5 


iS,qo 


■8,79 


9. 


529,8 


'4,47 


.4,42 


343,8 


16,55 


16,63 


45', 4 


20,74 


20,73 


10. 


602,7 


16,02 


'5,97 


395,2 


iS,i6 


18,35 


5i5,7 


22,65 


22,66 


11. 


681,3 


■7,64 


17,53 


456,7 


20.06 


20,08 


584,1 


24,56 


24,59 


12. 


755,0 


19,06 


19,08 


519,2 


21,85 


21,81 


660,4 


26,66 


26,53 


13. 


829,6 


20,42 


20,64 


5,6,4 


23 , 27 


23,53 


724,' 


28,10 


28,46 


14. 


925,0 


22,23 


22,19 


644,3- 


25,01 


25,25 


790,0 


29,52 


3o,39 


15. 


1018,7 


23,90 


23,75 


722,2 


26,98 


26,98 


888,7 


32,01 


32,32 


16. 


1096,2 


25,11 


25, 3o 


791,3 


28, 5o 


28,70 


985,2 


34,26 


34,26 


17. 


1193,0 


26,74 


26,86 


872,6 


.30,34 


3o,43 


'/ 


" 


II 


18. 


1297,0 


38,45 


28,41 


930,8 


3', 9.1 


32, i5 


// 


// 


II 


19. 


1397,0 


29,97 


29,97 


io34,5 


33,62 


33,88 


// 


1, 


II 


20. 


1493,7 


3. ,39 


3i,52 


ii3i,3' 


35,61 


35,60 


// , 


II 


II 


21. 


// 


// 


// 


1233,3 


37,63 


37,33 


// 


II 


„ 


22. 


II 


// 


// 


i3i8,7 


3ij , o5 


39,05 


// 


II 


II 


23. 


II 


// 


// 


1437,0 


4 ',24 


40,78 


// 


1' 


II 



Eprouve A 16/11 1905. 

25"'". 15, A- = 0,920, H=12 148 







dans l'air seul 






8 = 1,7318. 


Bi = 


0,70. 




2J' 


(n-l-£l3 


n. 


Observé, 


observé. 


calculé. 


1 


72,9 


2,55 


2,43 


2. 


ii8.3 


3,99 


4,'7 


3. 


182,0 


5,94 


5,90 


4. 


233,9 


7,40 


7,63 


5. 


3o5,4 


9,36 


9,36 


6. 


371,8 


II ,06 


11,09 


7. 


440,3 


12,75 


12,83 


8. 


5i6,6 


i4,5o 


i4,56 


9. 


598,4 


.6,34 


16,29 


10. 


678,0 


18,02 


18,02 


11. 


769,8 


'9,93 


'9,76 


12. 


842,7 


21,27 


21,49 




Épreuve A 18/6 1903 
(rayons du radium). 

a = 20""", 4, A =0,983, H = 9935 
dans l'air seul. 



= 1, 6ï 
2.r 



lOI ,0 
l4',2 
193,1 

245,7 

29', 9 
357,0 
417,6 
483,2 
55o,2 
624,5 



eS = 1,07. 

(n + EjS 



4,44 

5,94 

7,80 

9,54 
10,91 

12,86 
14, 52 
16,24 
17,88 
'9,67 



4,44 
6,12 

7,80 

9,48 
II, 16 

12.84 
'4,52 

16,20 

17,88 
'9,57 



370 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

On reconnaît d'abord que dans l'inlervalle de chaque Tabl-iau, c'est- 
à-dire pour une longueur de 2<^™ environ, le ravon de courbure varie peu, 
ou du moins que la variation, si elle existe, est de l'ordre des erreurs d'ex- 
périence. On peut résumer ainsi les résultats : 

Valeur du produit 

Champ ^'H.6oo 

_, , . . . nn ^ :; 

Désignation magnétique ù 

des épreuves. H. a. dans l'air. 



cm 



1. A. 17/11 igoS 12148 i,i65 3,71.10^ 

2. A. 18/6 190.3 9955 2,o4o 3,43.10^ 

3. C. 19/10 1905 10809 2,5i5 3,53.10^ 

4. A. 16/11 igoS i2i48 2,5i5 3,56. 10'' 

Les deux expériences faites avec le même appareil, et dans des champs 
magnétiques différents, ont donné des résultats concordants. Il n'en 
est pas de même si l'on compare deux épreuves faites avec des dispositifs 
différents. Il semble que la cause de la divergence soit principalement la 
connaissance imparfaite du coefficient k, qui intervient par son carré et 
qui n'a pu, dans ces expériences, être déterminé avec autant de précision 
que les autres données. Sous celte réserve, la comparaison des épreuves 1 
et 4 du Tableau précédent indiquerait une diminution de la courbure le 
long de la trajectoire. 

J'appellerai plus particulièrement l'attention sur le Tableau relatif à 
l'ancienne plaque (A. 18/6 iQoS), faite avec les rayons du radium et dont 
j'avais déjà publié les mesures. On voit qu'en tenant compte delà distancée, 
les nombres correspondent à très peu près à une trajectoire circulaire. On 
doit donc rejeter définitivement l'interprétation que j'avais précéiiemment 
déduite et l'hypothèse d'un accroissement du rayon de courbure le long 
de la trajectoire. 

La comparaison des trajectoires des rayons qui ont traversé une lame 
d'aluminium de o'"'",oi5 et des rayons qui n'ont traversé que de l'air con- 
duit à des conclusions identiques à celles qui ont été exposées au ilébut de 
cette Note, comme le montre le résumé .-.uivant : 

Valeurs de S 

au travers 
Désignation de 

des épreuves. dans l'air, l'aluminium. Rapport. 

A. 16/11 igoS 1,7318 1,9037 1,099 

A. 17/11 igoS 1)7248 1,9334 1,121 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 'ijj 

J'ajouterai enfin que des mesures faite> en visant les bor<ls intérieurs et 
les'bords extérieurs des images déviées, dans le but de mettre en évidence 
une dispersion, n'ont pas donné de différences supérieures aux erreurs 
d'observation. 

En résumé les mesures dont il vient d'être question confirment l'existence 
d'un ralentissement des rayons a. lorsqu'ils traversent une feuille d'alumi- 
nium, ainsi que l'avait observé M. Rutlierford. Les rayons a, du radium se 
sont comportés dans ces expériences comme les rayons a. des corps activés 
par l'émanation. 

J'ai été obligeamment aidé, dans ces expériences, par M. Matout, pré- 
parateur au Muséum. 



PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Sur la pression interne des fluides et l'équation 
de Clausius. Note de M. E.-H. Amagat. 

I. On donne souvent le nom de pression intérieure aux deux expressions 
suivantes [2r(p(r) étant le double viriel des forces intermoléculaires] : 

(i) 7u = J/-/; = T^-/>, 

D'autre part Clausius, dans le cas d'un corps soumis à une pression 
uniforme et en supposant les distances intermoléculaires très grandes par 
rapport à l'amplitude des mouvements stationnaires et aux dimensions des 
molécules, a mis l'expression de la quantité de chaleur absorbée dans une 
transformation élémentaire sous la forme 

(3) dq=A./(t)dt-hA(p-h7:')di'. 

On devrait donc avoir 

A(/j + tc')=/, d'où tc'= T-^ — /> = 7ï. 

Cependant, le calcul m'a conduit, dans le cas des fluides, à des valeurs 
numériques de tz et %' présentant des différences de plusieurs milliers 
d'atmosphères dans les limites des Tableaux que j'ai donnés. 

Or, pour former le seconil membre de la relation (3), on a supposé que 



3-J2 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

l'énergie intramoléculaire (somme des énergies potentielle et cinétique 
des atomes) était fonction de t seul; autrement dit, en appelant U cette 
énergie, au lieu de la différentielle totale 

f/U = -7-a? + -;-av, 

dt dv 

on a considéré seulement la première différentielle partielle. De plus on 
n'a supposé aucune énergie de rotation de la molécule. Pour simplifier la 
notation, je supposerai cette énergie rentrant dans U. 

Ceci étant, quelle est la cause du désaccord en question? Est-elle dans 
les hypothèses restrictives relatives à la nature du mouvement stationnaire, 
ou dans le fait d'avoir négligé la différentielle partielle par rapport à v, de 
telle sorte que la relation (3) doive s'écrire 

(4) dq^A/{t)dt + A(^p-^^'^^y,l 

II. La relation fondamentale bien connue qui définit la température 
absolue donne pour deux points jD(,Cj, pif d'une même isotherme 

(5) RT = Ifw + ^2r(p(r) = f/><,r„ + ^2^ o(r„). 

Supposons dans ce qui suit les isothermes tracées en portantjo en abscisses 
etyov en ordonnées; sip^i'^ est l'ordonnée initiale de l'isotherme T, c„ étant 
très grand, lr„ 9(^0) sera négligeable et l'on aura 

(6) lr(f(r) = 3(p,v, — pi>) 
et, par suite, 

(7) -'=^-P- 

C'est avec la relation (■;;) qu'ont été calculées les valeurs numériques 
de tc'; ces valeurs, comme on le verra plus loin, pour une température 
donnée, changent de signe suivant la grandeur de la pression; ce chan- 
gement de signe, et du reste aussi la simple explication de la force expan- 
sive et de la pression, ne sont point, dans cette théorie, sans présenter 
quelques difficultés; il faut admettre un changement de signe de cp(r), ou 
considérer deux causes antagonistes : l'attraction intermoléculaire et une 
réaction entre les molécules difficile à concilier avec les hypothèses fonda- 



SÉANCE DU !2 FKVIUER 1906. ']-j^ 

mentales d'une ihéorie qui ne fail intervenir ni les chocs ni in notion du 
covolume. Mais on peut arriver très simplement à l'expression de tc' sans 
se préoccuper de ces hypothèses et de ces difficultés. 

Considérons, en effet, sur une isotherme T (ABA'N) (/ig- i)' "" point 
B de la ligne d'égal volume OBCD; le fluide est ici soumis, sous le volume ^', 

Fig. .. 




à une pression extérieure p (OE) et à une certaine pression intérieure; si 
cette pression intérieure n'existait \r.is, le fluide suivrait la loi de Mariotte, 
le point B serait en B'; le volume v' correspondant à la ligne d'égal volume 
OB' serait plus grand cpie v. Soit donc 'Jf la pression intérieure par unité de 
surface qu'il faudrait ajouter à la pression extérieure p pour ramener le 
volume de v' à v; l'isotherme étant maintenant AA' parallèle à OP, le vo- 
lume sera ramené à r sous la |)ressioii extérieure OF correspondant au 

C. K., .906, I" Semestre. (T. CXLII, N° 7.) JO 



3^4 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

point C de la ligne OD d'égal volume v\ et l'on aura. p„c„ étant l'ordonnée 

initiale OA, 

d'où 

Nous retrouvons donc la même expression qu'avec la théorie du viriel. 
La pression intérieure, à quelque cause qu'on l'attribue et sans faire aucune 
hypothèse, agit comme le ferait une pression extérieure, par unité de 
surface numériquement égale à celle dont j'ai calculé les valeurs. 

III. Il résulte, des considérations qui précèdent, que la relation (3) doit 
bien être mise sous la forme (4); mais alors, U étant fonction de v et de t, 
la dérivée de U par rapport à / n'est plus forcément fonction de/ seul, et il 
en est de même du terme kf{t)dt qui contient cette dérivée. 

Ces conclusions viennent troubler le résultat séduisant auquel conduit 
la relation (3); celle-ci, en effet, devient, en y remplaçant tt' par sa valeur 
tirée de (2) et (4), 

dq = k/{t)dt + \kY.T'^. 

En divisant par T, on obtient une différentielle exacte et l'on arrive ainsi 
directement au principe Carnot-Clausius. 

Pour arriver maintenant au même résultat, il faudrait admettre que la 
différentielle de U par rapport à v soit de la forme T9(f), ce que rien ne 
justifie a priori; il faudrait encore, d'après ce qui vient d'être dit, admettre 
gratuitement que la chaleur spécifique sous volume constant ne dépend 
que de t. 

IV. On sait que l'on s'écarte peu de la constitution des fluides, en consi- 
dérant le coefficient de pression comme fonction du volume seul; nous 
aurons donc, la température étant donnée par le thermomètre à gaz parfait, 

p = é{v)T^C, o = #(v')T„ + C, 

T, étant la température pour laquelle la pression s'annulerait si la loi de 
distribution des isothermes n'était inlerrompue en arrivant à la courbe de 
saturation. 

Nous aurons donc 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 875 

Revenons maintenant à la figure (i), divisons OB en (T — T„) parties 
égales et prolongeons la division jusqu'en un point D, tel que BD con- 
tienne Ta divisions et que, par suite, OD en contienne T. La longueur des 
divisions dépend de v, le lieu des points D est une courbe ADMN coupant 
l'isotherme en un point N ramené ici dans les limites de la figure, mais en 
réalité correspondant à une pression beaucoup plus forte; nous pouvons 
écrire de suite les relations 



P = 



BB' = p,Vo—pi>=^ l 


2 


?(0 


EF_OF OIi=''"''" 


0F = /'»'■% 






EG = T^-, = ., 


0G = T3f((^) = T^ 


= Jl, 




FG-x-=-=f. 

dv 



On voit de suite sur la figure que : la pression croissant, le viriel des 
forces intermoléculaires (deux tiers de BB'), après avoir passé par un 
maximum, s'annule en A' et change de sigae. 

La pression intérieure 7:'(EF) s'annule aussi en A' et suit des lois ana- 
logues. La figure 2 montre pour l'acide carbonique l'ensemble des valeurs 
de 7t' calculées de 10° en 10" jusqu'à 260° et 1000*"". On remarquera l'in- 
version dans l'ordre des courbes après leur entrecroisement. Les lignes 
ponctuées, arbitrairement tracées en dehors des données expérimentales, 
montrent comment %' finit par devenir négatif pour des pressions de plus en 
plus faibles quand la température croit. (Pour l'hydrogène, -' est déjà 
négatif aux faibles pressions dés la température ordinaire.) 

Enfin on voit encore que :t(EG) de même que %', après avoir passé par 
un maximum, s'annule et change de signe en N, mais sous des pressions 
beaucoup plus considérables que pour 7:'. 

Ou remarquera que, dans ce qui précède, seule la représentation de tc 
dépend de la loi du coefficient de pression. 

V. Il est facile de déduire des relations qui précèdent qu'on a 

(a) TU = !((.), (b) 7u'=<j.((;)T + X(<') (<). 

Ainsi, au degré près d'approximation de la loi du coefficient de pression 
dont les écarts sont hors de proportion avec les différences des valeurs 



(') Comptes rendus, t. CXX, p. ^gi. Pour une erreur qui s"y est glissée dans la 
transcription du calcul de ces relations, voir aux Errata du présent fascicule. 



3-!6 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

luiméi'iqups de t: etTv'.^on voit que ces fonctions sont de formes très diffé- 
rentes; les lois exprimées par les relations (a) et (b) résultent immédiate- 
ment de l'examen dermes Tableaux. 

On voit facilement, du reste, que tî ne correspond nullement à la notion 

Fig. 2. 



4(10 - 



ÎOO- 



•joo- 



100- 



iOO- 



200- 



300- 



I 



PRESSION INTERIEURE 
DES 

FLUIDES 




de pression intérieure définie plus haut, car une partie du travail Tzdv ne 
dépend |)oint des actions pouvant avoir pour effet une variation de volume ; 
tt', au contraire, ne dè|)end que de ces actions, il est, par sa définition 
même, tout indiqué comme pression intérieure à introduire dans l'équation 
d'état; et en effet, tandis que je n'ai pu obtenir une équation d'état satisfai- 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 877 

santé en y introduisant 77, j'ai pu avec -n' réussir à représenter l'ensemble 
du réseau de l'acide carbonique, tant l'éLal liquide que l'état gazeux, et la 
courbe de saturation. 

Ces dernières considérations suffiraient pour montrer que le terme 
(p -t-~') est inacceptable môme indépendamment des vérifications numé- 
riques; et, quant au terme .\./(t)dt qui suppose la chaleur spécifique sous 
volume constant fonction de la température seule, sa forme entraînerait 
comme conséquence la stricte exactitude de la loi du coefficient de pres- 
sion; or cette loi ne peut jusqu'ici être considérée que comme approchée, 
et encore faut-il remarquer qu'elle est évidemment en défaut dans le cas 
de corps qui, comme l'eau, pourraient présenter le phénomène du maxi- 
mum de densité. 



MÉCANIQUE RATIONNELLE . — Quelques lemmes relatifs aux quasi-ondes de choc. 

Note de M. P. Di heh. 

Les surfaces qui limitent une quasi-onde de choc ne sont point déter- 
miriéesavec une absolue rigueur; à une quasi-onde don née, on peut toujours 
substituer une couche dont l'épaisseur soit du même ordre de grandeur 
que celle de la quasi-onde et qui contienne la quasi-onde. Il en résulte que, 
s'il s'agit d'étudier une portion limitée de la quasi-ontie pendant un temps 
limité, on peut toujours supposer que les surfacesS„, S, qui la comprennent 
sont parallèles entre elles et que leur distance A ne varie pas avec le temps. 
Ces suppositions simplifient beaucoup les raisonnements. 

Désignant par M^ un point de la surface S^, nous mènerons à cette sur- 
face une demi-normale dans le sens qui va vers la surface S, ; cette demi- 
normale rencontrera la surface S, en un point M, tel que M^ M, = h. Nous 
désignerons par / la direction de cette demi-normale et par a, p, y ses cosi- 
nus directeurs. 

Soit F une grandeur qui varie très brusquement au travers de la quasi- 
onde; au point Mo elle a la valeur Fo et au point M, la valeur F, ; la diffé- 
rence (F„ — F,) n'est pas une très petite quantité de l'ordre de h. Il en 
résulte qu'en un point M, intérieur à la quasi-onde, les dérivées par- 
tielles -3—, -r-, -— sont, en eénéral, très erandes de l'ordre de -r- Par le 
Ox dy dz ° ^ '- Il 

point M, menons une direction parallèle à la surface S„; nous supposerons 
que la dérivée de F suivant cette direction n'est pas une quantité très grande 



378 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

de l'ordre de i- Nous pourrons alors, en ne tenant compte que des quantités 

très grandes de l'ordre de j, écrire les égalités 

Nous admettrons que la constitution de la quasi-onde n'éprouve pas de va- 
riation brusque, et voici ce que nous entendons par là. 

Soit 3<= la vitesse avec laquelle, au point M^ et à l'instant t, la quasi-onde 
se propage dans l'espace. Par un point quelconque M, pris sur MoM,, 
menons, dans la direction /, un segment MM'= X rf^; le point M' se trouve 
au sein de la quasi-onde à l'instant {t ■+- dt); il y est le correspondant du 
point M. La grandeur qui a pour valeur F au point M et à l'instant t a pour 
valeur F' au point M' et à l'instant (t-hdt); nous admettons que la diffé- 
rence (F' — F) est le produit de (ft par une quantité qui n'est pas très 

grande de l'ordre de j- 
Or on a 

Si donc on ne tient compte que des quantités très grandes de l'ordre de j) 
on peut écrire 

, , <JF (^F 

(2) 3î,^+^=0. 

On remarquera l'analogie entre les égalités (i) et (i>) et les lemmes 
établis par Hugoniot el par M. J. Hadamard pour les ondes proprement 
dites. 

En un point quelconque du fluide, on a 

dF d¥ dF dF OF 

dt dx OY ih dt 

s'il s'agit d'un point M pris à l'intérieur de la quasi-onde et si l'on néglige 
les quantités qui ne sont pas très grandes de l'ordre de -^ on peut écrire 

rfF , , ,, sdF 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 379 



OU encore 

(3) 




dF 
de 


en désignant par 






(4) 


■<? = 


= X - 






<y.ll — pt' — yW 

la vitesse de propagation de la quasi-onde rapportée à V élément fluide qui 
se trouve en M à l'instant t. 

Nous aurons parfois à évaluer l'intégrale 

Si nous voulons négliger, par rapport à la valeur finie de cette intégrale, 
les quantités très petites de l'ordre de h, il nous suffira, dans l'évaluation 

de -j-y de tenir compte des quantités très grandes de l'ordre de j, en sorte 

que nous pourrons user de l'égalité (3); nous aurons donc, aux quantités 
prés de l'ordre de h, l'égalité 

Supposons maintenant que la grandeur F ait, le long du segment MoM,, 
un sens unique de variation et qu'il en soit de même de la grandeur ■<?; 
l'égalité précédente pourra s'écrire, en négligeant toujours les très petites 
quantités de l'ordre de h, 

§^/ = V9(F„-F,), 

M. "' 

X) étant une valeur comprise entre 

(7) '^''0 = ^ - °^«o — P<'(, — T<^o. 

vitesse de propagation de la quasi-onde rapportée à l'élément fluide qui se 
trouve en M„ à l'instant /, et 

(7 bis) ■ç^ = ^ — CI.U, — p*', — y»»,, 

vitesse de propagation de la quasi-onde rapportée à l'élément fluide qut se 
trouve en M, à l'instant t. 

Dans le cas oîi ■ç n'aurait pas, de M„ à M,, un sens unique de variatioh. 



38o ACADÉMIE DES SCIENCES. 

t) serait une grandeur comprise entre la plus grande et la plus petite des 

valeurs de ■ç. 

Ces diverses formules sont d'un grand usage dans l'étude des quasi- 
ondes. 

NOMINATIONS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à l'élection d'un Correspon- 
dant pour la Section de Physique, en remplacement de M. Ernest Bkhat. 
An premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 4^. 

Sir William Crookes obtient 44 ^oix 

M. Ch.-Ed. Guillaume » i » 

Sir William Crookes est élu Correspondant de l'Académie. 



L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination de Com- 
missions de prix chargées de juger les concours de l'année 1906. 
Le dépouillement du scrutin donne les résultats suivants : 

Prix Montyon {Statistique). — MM. Alfred Picard, Brouardel, de Freyci- 
net, Haton de la Goupillière, Rouché, Laussedat, Carnot. 

Médaille Arago. Médaille Lavoisier, Médaille Berthelol. — MM. Poincaré, 
Chauveau, Darboux, Berthelot. 

Prix Trémont, Gegner, Lannelongue, Jérôme Ponti. — MM. Poincaré, 
Chauveau, Darboux, Berthelot, Maurice Levy, Bornet. 

Prix Wilde.— MM. Berthelot, Lœwy, Maurice Levy, Darboux, de Lappa- 
rent, Mascart, Troost. 

Prix Saintour. — MM. Darboux, Poincaré, Berthelot, Zeiller, deLappa- 
rent, Moissan, Giard. 

Prix Houllevigue. — MM. Darboux, Poincaré, Berthelot, Mascart, Emile 
Picard, Maurice Levy, Giard. 

Prix Cuvier. — MM. Gaudry, Perrier, Bouvier, Giard, Delage, Chatin, 
Barrois. 

Prix Parkin. — MM. Bouchard, Brouardel, Mascart, Michel Lévy, Daslre, 
Chauveau, Moissan. 



SÉANCE UU 12 FÉVRIER 1906. 38l 



CORRESPONDAIVCE. 

M. J. Lefèvre adresse des remercîments à l'Académie pour la distinc- 
tion dont ses travaux ont été l'objet dans la dernière séance publique. 

M. le Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : 

Le XVIII" Bulletin de ta Société d'Histoire naturelle d'Autun. (Présenté 
par M. Albert Gaudry.) 



ASTRONOMIE. — Observation de V éclipse de Lune du 9 février igo6 faite à 
l'Obseivatoire de Paris {éifuatorial de la tour de VEst). Note de M. P. 
Salet, présentée par M. Lœwy. 

L'heure de l'entrée de la Lune dans l'ombre, déterminée d'une part 
directement et conclue, d'autre part, d'une série de mesures de la flèche 
commune de l'ombre et de la Lune, a coïncidé exactement avec les don- 
nées de la Connaissance des Temps. 

Pour l'éclipsé du 19 février igoS, l'heure de la sortie de l'ombre, ob- 
servée delà même façon, avait été trouvée antérieure à l'heure calculée 
de o",3. Ces deux observations concordent donc bien avec le calcul et le 
diamètre de l'ombre qu'on en tirerait serait plutôt un peu inférieur au dia- 
mètre adopté par la Connaissance des Temps. 

Au contraire, les mesures des clichés photographiques d'une troisième 
éclipse, celle du i5 août 1903, donnent j)our grandeur de l'éclipsé partielle 
o,3o au lieu de o, 292 et conduiraient donc à un diamètre de l'ombre légè- 
rement supérieur au diamètre adopté. 

Cette petite différence entre les observations visuelles et les résultats 
photographiques s'explique aisément par un effet d'irradiation dû à l'éclat 
très différent du bord brillant de la Lune et de la partie voisine du bord de 
l'ombre. Le diamètre de la Lune se trouve augmenté de ce fait dans une 
plus grande proportion que la largeur de la partie non éclipsée. 



C. H., 1906, I" Semestre. (T. C\Lll, N" 7.» . -> I 



382 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



ASTRONOMIE. — Observations de la comète Brooks (1906a) faites à V Obser- 
vatoire d'Alger, à T éqiiatorial coudé de o'°,3i8. Note de MM. Rambaud 
et Sy, présentée par M. Lœwy. 





Etoile 


»< 


Dates. 


de 


— — 


1906. 


comparaison. 


m s 


Janv. 3i.. 


a 


— 0.26,49 


3i.. 


a 


—0.27,43 


Fév. 2.. 


b 


— 2.i4,4o 


2. . 


b 


— 2.i5,53 





Nombre 




^ 


de 




AS. 


comparaisons. 


Obseï 


7'. 45", 2 


l3:i2 


R 


6.i7>9 


12:12 


S 


0. i4,o 


12 ;i2 


R 


1.36,9 


12 :i2 


S 



Positions des étoiles de comparaison. 







Ascension droite 


Réduction 


Déclinaison 




Réduction 


-k 


Gr. 


moyenne 
1906,0. 


au 
jour. 


moyenne 
1906,0. 




au 

jour. 


a. . . 
b... 


• 9.' 

. 7>5 


h m s 

16. i5. 37,50 
16. \[\. 10, 23 


- 1^43 

- :,45 


+55.° 7 '.4 3 
+58.42.34 


3 

3 


— 10,3 
— 11 ,0 



Autorités. 



A. G., Helsingfors, n» 8737 
Id., n''8721 



Positions apparentes de la comète. 







Ascension 








Dates. 


Temps moyen 


droite 


Log.fact. 


Déclinaison 


Log. fact. 


1906. 


d'Alger. 


apparente. 


parallaxe. 


apparente. 


parallaxe. 




b m s 


h m 5 




° ' , "^ 




anv. 3i.. 


I I .3o. 10 


16. i5. 9,58 


T,849« 


+54.59.47,8 


2,5l3 


3i.. 


11.49.25 


16. i5. 8,64 


T , 870,, 


+55. i.i5,i 


T,662 


^év. 2.. 


1 1 .27 . l5 


16.11.54,38 


î,90'» 


+58.42. 9,3 


î,288„ 


2. . 

1 -s î iD nxrii:! 


. II. 5i. 9 

,' la rr^TTiÀlp n 1 


16.11 .53,25 


T,923„ 

^. iinhiilrmît 


+58.44- 0,2 
i ronrle avee un n 


1,572 
ovau exc< 



trique dont l'éclat est comparable à celui d'une étoile de ii= grandeur. Le diamètre de 
la nébulosité est d'environ i' d'arc. 

Le 2 février, la comète est très faible à cause de la Lune. 



ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Obsen>ations du Soleil faites à l' Observatoire de 
Lyon {équatorial Brunner de o^.iô d' ouverture) pendant le deuxième tri- 
mestre de 1905. Note de M. J. Guillaume, présentée par M. Mascart. 

Il y a eu 56 jours d'observation dans ce trimestre, et voici les principaux 
■faits qui en résultent : 

Taches. — Le nombre de groupes est plus èievé que celui^ noté précédemment; 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 



383 



mais la surface tachée est moindre : on a, en effet, 54 groupes au lieu de 48 et l'aire 
totale est de 8290 millionièmes au lieu de 8018 (ce dernier nombre se réduit à 385o mil- 
lionièmes, si l'on retranche les deux groupes extraordinaires de février et mars). 
Les deux groupes suivants (Tableau I) ont été visibles à l'œil nu : 

o 

Mai 17,0a — i5 de latitude 

Juin 25,8 +7 » 

D'autre part, il y a un ralentissement remarquable dans la production des taches 
vers la fin du mois de mai : le 24, notamment, au moment de l'observation, on ne 
voyait qu'un petit groupe de pores gris intermitlents à -hi6° de latitude. 

Régions d'actUUé. — Le nombre de groupes de facules a un peu augmenté (107 au 
lieu de 98), de même que leur surface totale (122,5 millièmes au lieu de 103,7). Quant 
à leur distribution entre les deux hémisphères, on a noté 6 groupes en moins au Sud 
(45 au lieu de 01) et i5 en plus au Nord (62 au lieu de 47)- 



Tableau I. — Taches. 



Dates Nombre Pass. Latitudes moyennes Surfaces 
eitrèmes d'obser- au mér. ' ^^ — ^ — ^^ " moyennes 
d'observ. vations. central. S. N. réduites. 



29- 7 
3i 

30- 3 
3-i3 

n 
/ 

12-l3 

7 

I2-l5 
I2-l5 

12-20 

18 
12-18 

18 
24-28 
20-29 

29 

23-27 



,\vril 



1900. — 0,00. 



19J- 



2, 1 

2,1 
3,0 
8,8 
10,8 
1 1 ,6 
1 1 ,0 
i3,o 
i4,î 
16,0 
i(j,3 
18,1 
'9,6 
23,6 
26,0 
27,6 
28,8 



Mai. 



— 9 

— 18 



- 9 
■19 



-32 

-24 



— 12 
— 12 

— 18 



■ 4 
-18 



10 
2 

4 
126 



4 
'9 

230 

/ 
4 

47 
4 

36 
180 



— 15°,6 -1-1 6°, 3 



37-28 


2 


.,3 




+ •9 


6 


2<)- 3 


2 


3,1 


13 




4 


3-9 


3 


6,0 


1 I 




A 


3-u 


7 


6,3 




+22 


236 


9-1 1 


3 


7,9 




-n6 


9 


8-i3 


6 


8,3 


-19 




103 


8-i3 


6 


9.9 




-)-12 


3o5 


12 


i 


11,0 




+ 7 


3 


8-1 3 


6 


i3,5 


— 22 




17 


11-21 


5 


16,3 




-h-i6 


65 


11-21 


5 


17,0 


— 15 




376 



Dates Nombre Pass. Latitudes moyennes Surfaces 

extrêmes d'obser- au mer. ^ — -■- ■ moyennes 

dobserv. rations, central. S. N. réduites. 



Mai (suite.) 

•7,9 — 15 
18,1 

19,5 
22,4 

23,3 

27,0 

28,3 — ir 



ij-19 

l3-2l 

21 

25-27 

25-J I 

2 



3i 

7- 9 
3o-i I 

II 

6- 1 ■>- 

G 

;-ir. 

8-1 G 

8-iG 

14-22 

21 
21-24 
20-iG 



+ 7 

-t-I2 

H-l5 



I9J- 



-i5°,4 



21-29 


3 


20- I 


9 


I- 4 


2 


j 


1 



Juin. 
1,8 

4,4 
5,6 

10,1 

10,2 
10,6 
i3,o 
14,0 
14,3 
20,5 
20,6 
22,2 
22,6 
23,5 

23,9 
25,8 

29,9 
3o,o 
3o,4 



- 1 2 
-18 



— 8 

— 16 

— 15 

— 22 



-i3 



-i3°,o 



-12 

-17 
- 5 
-16 

" 7 
-20 



5 
26 

4 
16 

34 
i3 



5 
36 

168 

/ 

29 
6 

98 

54 

168 

39 
2 

«7 
6 
3 

48 

5i3 

>7 

4 

II 



i8j. 



-13", o -l-i3°,7 



38' 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



Avril . . 
Mai . . . 
Juin.. . 



Tableau II. — Dislribulion des taches en latitude. 



Sud. 



Nord. 



19or.. 90". 40'. 30". 20'. 10'. 0'. Somme. Somme. 0'. 10'. 20'. 30°. 40'. 90' 

Avril ,) » » fi I 7 10 3 5 I i » 

Mai » » » I •"' 7 11 3 7 ' " " 

Juin 1) o I 7 .< 10 9 2 7 » » » 

Totau:^... » » I i4 'J 24 3o S 19 ■>. I » 

Tableau III. — Distribution des facules en latitude. 



90'. 40'. 30'. 20". 10°. 0°. Somme, 



5 7 

6 7 

3 9 



i3 
16 
16 



Totaux . . . 



14 13 



45 



'9 
22 
21 

62 



Nord. 








0'. 10°. 20", 


. 30'. 


40°. 


90'. 


4 8 


7 


» 


2 


4 9 


7 


1 


I 


3 12 


5 


I 


» 



Totaux 
mensuels 



l8 
19 

54 



Surfaces 
totales 
réduites. 

751 

i3o8 

I23l 

3290 



II 29 17 





Sarfaees 


Tolaui 


totales 


mensuels. 


rôdniles. 


32 


37,5 


38 


43,3 


37 


41,7 







ÏO7 


122,5 



ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur les fonctions entières. 
Note de M. E». Maillet, présentée par M. Jordan. 

Voici quelques résultais relatifs aux propriétés des fonctions entières : 

I. Soit une fonction enlière 

/(>) = c„ + c, c 4- . . . + c„c." + . . . 

telle qu'à partir d'une certaine valeur de n on ait, b étant un nombre quel- 
conque, entier ou non, > i, ete un nombre positif arbitraire, très petit si 
l'on veut, 

Il y a une infinité de valeurs de n telles que, à l'intérieur d'un cercle de 
rayon \c^^\ ayant pour centre l'origine dans le plan complexe (a nombre 
positif fixe quelconque >i et indépendant de n), le nombre N„ des racines 
de/(2) soit précisément «. Autrement dit, il y a exactement n zéros dont le 
module est inférieur ou au plus égal à le""] pour une infinité de valeurs 
de n. 

II. Un énoncé semblable est vrai pour les fonctions entières d'ordre 
zéro et d'indice k^i (toutefois, quand ^ = 2, a — i doit être suffisamment 
petit). 



SÉANCE DU 13 FÉVRIER 1906. 385 

HT. J'ai indiqué antérieurement la classification suivante des fonctions 



entières : 

Soit la fonction entière 



.(-')=y«™--"'; 



j'admets qu'elle possède une infinité de coefficients a„^ tels que, si petit 
que soit le nombre fixe s, dès que n, est assez grand, 

(iog,«,)'p-"'.<l«„;i<(iog,/?,)'p"^"'s 

les autres coefficients étant tels que 

dès que n est assez grand : je conviens de dire que celte fonction est d'ordre 
{k, p-') [ii- entier positif, nul ou négatif, log^a; = e_T^(^x), e^^x) = e'^*-.'-^', ..., 
e^{x)=x]. 

Mais l'on peut adopter une classification différente que l'on obtient en 
remplaçant dans les formules précédentes 

(logjm)'?^"'™ par (logimP^^)'"; 

c'est ce que j'appellerai la seconde classification. Elle paraît conduire à des 
résultats analogues à ceux de la première; ainsi, j'ai établi ces théorèmes : 

1° La série 

où 



'/« -^ ^ 



OÙ Ton a, à partir d'une certaine valeur de /?, 

(e Çi^e. positif aussi petit qu'on veut) a son module au plus égal à 



7-(Iog'')f 



(ej analogue à t) dès que |i| =: r est assez grand; 

1° S'il y adans '^{z) une infinité de valeurs «1 de n telles que 



\al.l\ie-^r^\ 



386 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

il y a une infinité de valeurs de z telles que, pour \z\ — r, 

|o(2)|>r'>os'-'' . 
La définition corrélative de la croissance régulière de ces fonctions est immédiate. 

Pour les fonctions entières dites d'ordre fini (k = o), les deux classifi- 
cations se confondent; on peut les combiner dans le cas général, en adop- 
tant par exemple la première pour les fonctions où /f >o, la deuxième pour 
celle où y?- <] o : ce sera la troisième classification. 

Il y a trois classifications similaires pour les fractions continues arithmé- 
tiques; avec la troisième, on a ce théorème : 

Toutes les irrationnelles ^y^ > o {p, q, p' , q' entiers, jxf - qp' ^ o) 
sont de même ordre que l'irrationnelle I. 

ANALYSE MATHÉMATIQUE. — Sur un hessien hyperelliptique. 
Note de M. Louis Remy, présentée par M. Humbert. 

M. Hutchinson (') a obtenu un cas particulier de hessien de surface 
cubique en égalant les coordonnées homogènes d'un pointa;, j, z, /à quatre 
fonctions 6, (i<, v), ^.,{u, v),(i.,{u, v),^,{u, (^) d'ordre 4, de caractéristiques 
nulles, paires, s'annulaut (à l'ordre 2) pour six demi-périodes formant un 
sextuple de Weber. De cette représentation paramétrique il s'est borné à 
déduire des propriétés susceptibles d'être étendues au hessien général : 
nous nous proposons au contraire de caractériser ce cas hyperelliptique. 

A chacune des six demi-périodes P,- annulant les quatre fonctions 6,, G„, 
65, O4 correspond sur la surface, non pas un point, mais une conique C,. 
D'autre part, on peut déterminer les constantes X de manière que la fonc- 
tion G = X, 6, + Xj O2 -f- X3 Ô3 -h )^4 O4 s'annule à l'ordre 4 pour la période P,- : 
on obtient ainsi six autres coniques C^ . Les coniques C, et C- de même 
indice sont situées dans un même plan et chacune d'elles rencontre 5 des 
droites du hessien. 

Inversement, soit le hessien représenté par l'équation 



a'- b'- c^ d^ e- 




1 1 ^ -r ^ = 


- 0, 


X Y z t u 





(') Bulletin of the american niathematical Society, 2= série, vol. V, n" 6. 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 387 

avec 

X 4-7 + r + / 4- M = O, 

et supposons que le plan 

kx-k- Bj-l- C- + D^ 4- Eu = o 

coupe la surface suivant deux coniques dont l'une rencontre par exemple 
les droites {xy), (73), (s/), (m), {ax). On en déduit les relations : 

a-=(B-E)(C-D), 
6^ = (C-A)(D-E), 

» 

e- = (A-D)(B -C) 

et, par suite, la condition algébrique indécomposable 

(i) ia« — irt*6^+2ia-Pc= = o. 

On peut dire également que les paramètres a^, 6% . . ., e- sont racines 
d'une équation du cinquième degré de la forme 

X^* + mX^ + rtX^ + ^(4« - rrr)y^^ -^ pX + q = o. 

Ce hessien ne dépend donc que de trois paramètres au point de vue 
projectif et la surface hyperelliptique définie plus haut, qui dépend de 
trois modules, peut lui être identifiée. D'oi^i ce théorème : 

Si le hessien d'une surface cubique possède une conique, il en possède onze 
autres et il est hyperelliptique. 

Ces douze coniques forment deux groupes C,, C,, ..., Ce et C, , 
Cl, ... , C,., les coniques C,, C^. étant dans un même plan. Les coniques C,-, 
Ca ne se rencontrent pas; les coniques C,, C^ se coupent en deux points et 
sont situées sur un cône du second degré tangent au hessien le long de 
deux droites. 

La surface possède également deux groupes de six cubiques gauches F,, 
r'. transformées respectivement des coniques C,, C- par la transformation 

qirationnelle x: y.z-.t, ^ : ^ : ^ : -7- Les cubiques T,, T^ sont situées 

i - j- y -. t, 

sur un cône du second degré qui coupe en outre le hessien suivant deux 
droites. La conique C, et la cubique T^ sont sur une quadrique qui coupe 
en outre le hessien suivant trois droites. 



388 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

On peut appliquer les résultats précédents à la déformation du pentagone 
plan. Écrivons l'équation du hessien sous la forme 



avec 



1- 


b c 

•Y + Z + 


d e 

T "•" U ^ 


= o, 


aX + 


/>Y-l-cZ + f/T-l-e 


^U = 


X 


= .''«, .. 


., U = 


: e'^ 



et posons 

Les relations précédentes expriment les conditions de fermeture du 
pentagone dont les côtés ont pour longueurs a, b, c, d, e et font avec une 
direction fixe les angles a, p, y, S, i. D'où cette conclusion : lorsque les 
côtés a, b, . . ., e d'un pentagone vérifient la relation algébrique (i), la 
déformation de ce pentagone s'exprime en fonction hyperelliptique de deux 
paramètres. 

Pour obtenir de tels pentagones, il suffit de se donner cinq nombres 
quelconques A, B, C, D, E et d'en déduire a, h, . . ., e par les formules 
a- = (B — E) (C — D), etc. Voici un exemple de pentagone réel : 

i/ = f ^ I , a = d — \J{J, e = v''^- 



HYDRODYNAMIQUE. — Exlincliun de l'onde solitaire propagée le long d'un 
tube élastique horizontal. Note de M. A. Bolxaxger, présentée par 
M. Boussinesq. 

Si l'on fait abstraction des frottements, l'énergie d'une onde solitaire pro- 
pagée dans un fluide au repos dans un tube élastique, somme de la force 
vive actuelle du fluide et du travail que produirait l'intumescence en s'apla- 
tissant sous la pression de l'enveloppe, a pour expression (avec les nota- 
tions de ma Note du 1 1 décembre igoS et en posant lœ = Ru'/i) 

La valeur de C caractérise, tout comme celle de /, une onde solitaire et 
le profil, la vitesse de propagation, le maximum de la dilatation radiale 
s'expriment de suite en fonction de C au lieu de /. On reconnaît d'ailleurs 
la stabilité de l'onde en suivant la méthode donnée par M. Boussinesq à 
propos de l'onde solitaire des canaux. 



SÉANCE DU 12 Fl'îVRIER 1906. SBg 

Nous nous proposons maintenant d'indiquer la loi du lent décroissement 
de l'énergie, de la l'ùesse de propagation et de la dilatation radiale, sons l'in- 
fluence des résistances de frottement, localisées dans une mince couche, 
contiguë à la paroi, où les vitesses longitudinales varient très rapidement, 
sur une épaisseur insensible, depuis la valeur zéro jusqu'à une certaine 
valeur u,,. 

L'étude générale de telles résistances a été faite par M. Boussinesq 
(Journal de Mathématiques, 1878); le travail total détruit par l'influence du 
frottement extérieur, à un instant donné et d'un bouta l'autre d'une intu- 
mescence, s'évalue comme si la vitesse à la paroi était «„ =/(^)et que le 
frottement extérieur valût le produit de celte vitesse par le coefficient fictif 
de frottement extérieur 



» ^ 



I f(t)f{t — n''-)(lt 



C'est dans la détermination de ce coefficient qu'est incluse la difficulté de 
l'étude de l'affaiblissement graduel des intumescences. Ici, comme 



si l'on pose F(t) = e''(e''+ i)~'-, on a 



RoV 






f F(t)F'(t-./^)</. 






I^og ( I + u) 



'iii{il 



-6m- 



^a^ 



avec u^e^'— i. I^a quantité entre crochets est la différence entre Log(i H-«) 
et la quatrième réduite de son développement en fraction continue algé- 
brique donné par Gauss. Soit u(i — x) = 2X et 



Y = 



il vient 



^V^°""T^ 



l.og 



6x 



G(^); 



G. R., igcG, I" Semestre. (T. CXLII, N° 7.) 



32. 



3go ACADÉMIE DES SCIENCES. 

J'ai dessiné à très grande échelle et fort exactement la courbe i' = G(x), 
qui part, de l'origine, tangente à Oy, s'infléchit vers Ox et s'élève asvm|)- 
totiquement à a? = i , limitant avec j = o et .r = i une aire finie ; j'ai pro- 
longé l'arc jusqu'à ce qu'il soit distant de^r = i de moins qu'une épaisseur 
de trait; j'ai mesuré, à l'aide d'un planiniètre d'Amsler, par répétition, 
l'aire ainsi délimitée et obtenu une limite supérieure de l'erreur commise 

(eu égard à la branche infinie). / G(x)dx est comprise entre o,448 et 

0,452, soit o,45o avec une erreur en plus ou en moins inférieure à deux 
millièmes. 

Ij'expression de £, en fonction de l'énergie de l'onde i; à un instant donné 
est par suite, en posant C = 8-X-R^:3v' : 



- = ''"V^,v ?^^ 



L'équation du mouvement amorti est alors 






?Ro 



C = o; 



i v";7^='^'9V^Vp'="^'' 



/„ caractérisant le volume d'eau refoulé. 

Première approximation. — v croît à partir de v„ ; si l'unité est négligeable 

devant v^, on aura v = v„ ^ i -+- f^/ ) . Par suite 



0, = y 



4R^ 



Seconde approximation. — Si l'intumescence a une masse plus impor- 
tante, on emploiera les fonctions elliptiques d'invariants g-, = i, ^3 = o. On 
calcule M„ par 

on construit deux courbes d'ordonnées respectives 

I d \0S,f( II) r V , V - -I 

qui se déduisent immédiatement de représentatives bien connues ; on déter- 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 3qi 

mine v à un instant / donné en intercalant entre elles, suivant les ordonnées, 
un segment mi et en prenant l'ordonnée correspondante de la première 
courbe; d'où le graphique de v(/). 

Un Mémoire étendu développera les conséquences de ces résultats. 



ÉLECTRICITÉ. — Sur les durées comparées d'une émission de rayons X et 
d'une étincelle en série avec le tube producteur de rayons. Note de M. Ber- 
nard BnuxHES, présentée par M. Mascart. 

Les expériences récentes de M. André Broca ( ' ) ayant ramené l'attention 
sur le problème de la durée de décharge dans les tubes à rayons X, je 
demande la permission de rappeler, en la complétant sur un point, la 
Communication que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie dans la 
séance du 9 avril 1900 (-). 

J'ai mesuré, par une méthode de disque tournant, la durée d'émission 
de divers tubes à rayons de Rôntgen, notamment d'un tube Chabaud-Villard 
et d'un gros tube sphérique livré par la maison Ducretet. Un disque de 
fer percé de nombreux trous circulaires de 4"""' à 5°"" de diamètre étant 
interposé entre le tube et un écran fluorescent, les trous, visibles sur 
l'écran, apparaissent allongés dans le sens du mouvement si l'on vient à 
imprimer au disque une rotation rapide. 

J'ai, depuis lors, pliotograplué l'image de ces trous, en ayant recours à une 
émission unique de rayons X, et en ayant .soin de photographier en même temps, 
dans un autre secteur du disque tournant, les trous identiques éclairés par l'étin- 
celle d'un micromètre en .série avec le tube producteur de rayons. Le résultai 
constant a été que, tandis- que, sur la plaque éclairée par l'étincelle, les trous ne sont 
jamais allongés clans le sens du mouvement d'une façon appréciable (ce n'est là qu'une 
variété de rexpérience de Wheatstone et d'Arago sur la durée de l'étincelle et de 
l'éclair), les images des trous ec/a/re* par les rayons X sont allongées dans le sens du 
mouvement, d'une longueur qui conduit à des valeuro de l'ordre du dix-millième de 
seconde pour la durée de l'action des rayons X. Il serait intéressant de répéter les 
mesures galvanométrique et électrodynamoraétrique de M. Broca sur le courant qui 
actionne le tube de Rontgen quand il y a, en série avec le tube, un micromètre à étin- 
celles. 



(') Comptes rendus, t. tlXLll, p. 271. 
(-) Comptes rendus, t. CXXX, p. 1007. 



392 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

J'ai montré, dans la même Communication, comment on peut difl'érencier l'action 
de la lumière ullra-violette d'une étincelle et l'action d'une émission de rayons X sur 
les potentiels explosifs, en montrant que l'expérience de M. Swyngedauw relative à 
l'action des rayons X sur une étincelle dynamique réussit encore quand on place le 
tube de Crookes à côté de l'excitateur secondaire au lieu de le placer à côté de l'exci- 
tateur primaire, ce qui n'aurait pas lieu si les étincelles aux deux excitateurs étaient 
provoquées par la lumière d'une autre étincelle. La conclusion que j'ai tirée de celte 
expérience, relativement à la persistance de l'action des rayons X, qu'on attribue cette 
persistance à la durée de l'émisson des rayons X ou à la durée de l'état d'ionisation 
que provoque leur passage sur le micromètre, n'a pas été acceptée de tous les physi- 
siciens. 11 peut être intéressant de noter que, dans son Livre Conduction of Electri- 
city troiigh gaaes, J.-J. Thomson déclare qu'il lui paraît bien difficile de ne pas 
admettre celte persistance de l'action des rayons X sur un potentiel explosif ('). 



PHYSIQUE. — Sur la re combinaison des ions des l'apews salines. 
Note de M. G. 3Ioreau, présentée par M. iMascart. 

Les vapeurs salines ionisées par la chaleur justifient par toutes leurs 
jiropriétés (courant de satiu-ation, mobilités) l'hypothèse que les charges 
séparées y sont portées par un nombre fini de centres électrisés, les uns 
positifs, les autres négatifs, avec une charge égale en valeur absolue à celle 
que transporte i"' d'hydrogène dans l'électrolyse. L'attraction mutuelle des 
ions de signes contraires provoque, par collisions, une recombinaison pro- 
gressive des charges suivant la loi d'action des masses 



(') — = -y.,r 



dn 
Tt 



oii n est la densité des charges positives ou négatives, a le coefficient de 
recombinaison, indépendant du champ électrique qui existe dans le gaz. 

La méthode que j'ai employée pour mesurer a est celle que Tov^^nsend a 
utilisée pour les gaz ionisés par les rayons Rôntgen : 

Un courant d'air traverse une solution saline M où il se charge de sel. Ce sel se 
vaporise et s'ionise dans un tube de porcelaine cliaulfé au rouge et parcourt ensuite 
un tube de laiton A. On détermine les densités /;, et «, des charges positives ou néga- 
tives en deux régions du tube A, assez rapprochées pour que les températures extrêmes 
ne soient pas trop dilïérentes. (Jn note pour cela le courant de saturation entre A et 



(') J.-J. ÏHOMSO.x, loc. cit., p. 028. 



SÉANCE DU 12 FKVRIER 190G. 39;^ 

une élecU'ode cylindrique concentrique B, disposée dans chaque région. Connaissant 
Ja distance ni03-enne des électrodes B, le délul du courant gazeux, on déduit a de la 
formule (i). En modifiant la concentration de la solution M et éloignant le syslèuie 
(A, B) de la région d'ionlsaiion, on obtient -x |jour des concentrations et des tempéra- 
tures diflërentes du courant gazeux. 

Voici les résultats obtenus aux températures de 80° et i5°. 
Les concentrations de la solution sont indiquées en molécule M par 
litre d'eau et les valeurs de a en unités électrostatiques. 

CoiicciUialion = 

Kl !^? 

KCI *«? 

KBr 1^? 

KA.03 \^Z 

r<bLI 

UK^CO^) I ^? 

(10 

I. De ces nonnbres il suit : 

A une température donnée, le coefficient de recombinaison x varie sen- 
siblement comme \ inverse de la racine carrée de la concerilraliun. Il diminue 
à mesure que la température s'abaisse. 

l^our Interpréter ce résultat, je rappelle ([ue, dans une communication récente 
{Coinple.s rendus, 26 décembre 1900), j'ai montré que les ions des vapeurs salines sont 
plus gros que ceux des gaz ordinaires, qu'ils se comportent au voisinage de 100' 
comme s'ils étaient formés d'un centre électrisé de la grosseur de 1"'°' de gaz, entouré 
de 237 couches de molécules et qu'au voisinage de i5° le nombre des couches peut 
s'élever jusqu'à 20. Comparée à celle des gaz ordinaires, leur vitesse d'agitation ther- 
mique sera faillie et la plupart des collisions entre ions de signes contraires sera 
suivie de recombinaison. Dans ce cas extrême, le coefficient 2 est jiroportionnel auv 
niolHlltés et, comme j'ai établi (pie celles-ci dépendent de la concentration de la vapeur 

suixant la formule K = -^^ où /« = 0,89, 11 suit que le coefficient ï augmentera 

à mesure (pu; la concenlration C diminuera. 

En raison de la différence des mobilités, il doit être plus petit que celui des gaz 





M 


.M 




M. 


4' 


.6' 




a. 


a. 


a. 


£. 


4i5 


795 


.324 


0,60 


78 


,57 


» 


0,77 


|10 


811 


.576 


G,. 56 


loO 


170 


)) 


0,94 


421 


843 


i55'i 


o,56 


84 


202 


» 


o>99 


348 


763 


.408 


0,60 


89 


■200 


» 


. 


)> 


» 


1 316 


0,73 


)) 


)) 


.4. 


0,89 


.46 


)) 


)) 


0,56 


1 96 


)) 


» 


0,74 



39'i ACADÉMIE DES SCIENCES. 

ordinaires (pour l'air ionisé dans les conditions normales de tempéralure el de pression, 
o(=^34oo). Pour une même concentralion, il diminuera quand la masse de l'ion aug- 
mentera ; à la", où les ions des vapeurs sont comparables à des gouttes, il sera notable- 
ment plus faible qu'à 80°. 

II. On peut d'ailleurs calculer, avec la formule de Langevin i = ^zï^' le 

rapport i du nombre des recombinaisons au nombre des collisions entre 
ions de mobilités égales K. Théoriquemenl £ ne peut dépasser l'unilé. 

Avant mesuré K à différentes températures, j'ai pu établir une formule 
reliant K à la température absolue, calculer ainsi les mobilités aux tempé- 
ratures d'observation de a et déduire e. Les nombres obtenus sont indi- 
qués dans la dernière colonne du Tableau précédent. Ils correspondent 
à des mobilités qui, à 80° pour le champ de 1 volt-centimètre, sont com- 
prises enlre o^.oS et o"",3i et, à i5°, entre o"",oi3 et o"",o3. 

On voit qu'à So° la valeur moyenne de i est o,6i c"est-à dire que les deux, tiers des 
collisions sont suivis de recombinaison. Ce nombre est plus élevé que pour l'air 
ionisé dans les conditions ordinaires de température et de pression où il égale 0,27. Il 
est du même ordre que celui des gaz issus d'une flamme pour lesquels les mobilités 
sont aussi comparables. A i5", s est voisin de l'unité : pour les gros ions, jnesque 
toutes les collisions sont suivies de recombinaison. 

En résumé, aussi bien par les valeurs de leurs mobilités que par celles 
de leur coefficient a, les ions des vapeurs salines, poin- les températures 
comprises entre 170° et 0°, se classent entre les ions des gaz ordinaires et 
les gros ions dus à l'oxydation du phosphore. A mesure que la température 
s'élève, leur masse diminue et, dans une flamme, ils deviennent compa- 
rables, pour l'ion négatif, aux particules cathodiques et, pour l'ion positif, 
à l'atome d'hydrogène. 



CHIMIE MINÉRALE. — Remarque sur les combinaisons des 7nétau.r rares 
du groupe cerium et sur leurs sulfates en particulier. Note tle M. Cariille 
Matig\ox. 

Je demande à l'Académie la permission de rappeler que je lui ai présenté 
depuis l'année 1900 ime série de Notes relatives aux combinaisons des 
métaux rares du groupe cérium, lanthane, praséodyme, néodyme, sama- 
rium. Ces publications, au nombre de quinze, ont paru dans les Comptes 



SÉANCE UU 12 lÉVRIER 1906. '^Q5 

lendus ilepuis l'année 1900 jusqu'à 1906 (t. CXXXI, p. 887 et 8gi; 
t. CXXXII, p. 3G; l. CXXXIII, p. 289': t. CXXXIV, p. 427, 607, i3o8: 
t. CXL, p. i4i, 1181, 13^9 et 1637; I. CX.LI, p. 53 et laSo; t. GXLII, 
p. 93 et 276). Elles ont si>écialement pour objet l'étude générale 
(les chlorures et des sulfates de ces divers métaux : préparation, pro- 
priétés |)hysiques et chimiques, conditions de décomposition progressive, 
ihermochimie, etc. ; toutes études effectuées sur plusieurs centaines de 
grammes de ces coûteuses substances. 

M. Otto Brill a publié dans le numéro du 20 novembre 1906 du Zeil- 
schrifl fur aiiorganische Chemie (t. XLVIf, p. 4^4) ^^^ tra\ail particulier 
exécuté sur quelques milligrammes de substance et relatif à certains sul- 
fates de ces terres rares, c'est-à-dire à nue question dont je m'étais déjà 
occupé en 1902 (Comptes rendus, t. C\X\IV, p. 657) et sur laquelle j'ai 
publié le 26 décembre dernier des résultats qui avaient fait l'objet de mes 
propres et longues études, dans le cours de 1903, au laboratoire du collège 
lie France de M. Berthelot qui en a eu conlinuellement connaissance. 

Nous nous sommes ainsi rencontrés sur ce point spécial, en ayant tra- 
vaillé d'une manière indépendante. M. Brill m'écrit à ce sujet pour récla- 
mer, d'après une antériorité d'un mois de sa publication, laquelle m'avait 
échappé, la priorité et le monopole des études dans lesijuelles il venait de 
débuter. Il semble d'ailleurs avoir ignoré lui-même mes travaux antérieurs 
sur ces métaux, travaux qui me paraissent, suivant les usages reçus dans la 
Science, me donner le droit de les poursuivre en toute liberté. 



CHIMIE MINÉRALE. — Sur les iodomercurales de calcium. 
Note de M. A. Duboi.v, présentée par M. L. ïroost. 

Depuis le travail de Polydore Boullay (') qui date de 1827, on n'a pas 
cherché à établir la constitution des iodomercurales de calcium. 

En continuant l'étude des liqueurs lourdes à base d'io.lure de mercure, 
j'ai été amené à trouver trois iodures doubles de mercure et de calcium 
nouveaux dans les circonstances suivantes. 

On dissout dans de l'eau tiède, alternativement el jusqu'à refus, de l'iodure de cal- 
cium et du biiodure de mercure, en terminant par un léger excès d'iodnie de calcium. 



(') Aiin. de Chim. el de l'hys.. t. XWIV, 182; 



3q5 académie des sciences. 

La solution obtenue, filtrée à .5°, 9, a pour densité 2 ,89; elle présente la composition 
suivante : Fraclion de niolccule.' 

Calcium 3,63»/, 3,58% 0,0890 

Mercure 23,35 23,45 0,1.7 

53,17 53,20 0,418 



Iode •">! 



Eau(diir. ) '9.85 19,77 ''229 

Celte composition peut se traduire par la formule 

Cal-, i,3oHgIS 12, 3o II-O. 

Abandonné à un refroidissement de quelques degrés, elle laisse déposer 
des cristaux jaunes très volumineux; je n'ai pu en déterminer le système 
cristallin, car ils sont extrêmement déliquescents. L'analyse d'un produit 
bien débarrassé de son eau mère conduit à la formule 

CaP,HgP,8H*0. 

Trouvé. 
— Calculé. 

Calcium 4,60 »/„ 4,677» 4,484 

Mercure ■.. 21,74 21,78 22,421 

Iode 56,42 56,29 56, 9.50 

Ea „ )) » 16,143 

Densité : Deux déterminations à o" ont fourni 3,258 et 3,337- 

Les cristaux obtenus sont solubles sans décomposition dans l'eau, dans les alcools 
méthylique, éthylique, amjlique, butylique. isobutylique; la glycérine; Tacétate 
d'éthyle, les propionates de mélliyle et d'isobulyle; l'iodure d'allyle, l'aldéhyde, l'acé- 
tone, l'acide acétique; l'oxalate d'éthyle, l'aniline. 

Avec le nitrate d'éthyle, ils fondent et il reste une goutte de liquide au fond du tube 
à expérience; très peu solubles dans la nitrobenzine qui prend une teinte jaune assez 
foncée. Ils paraissent tout à fait insolubles dans le chloroforme, le tétrachlorure de 
carbone, l'iodure d'éthyle, le bromure d'éthylène, la benzine, la benzine monochlorée, 
le toluène, etc. 

Deuxième iodomercurate. — La liqueur qui a laissé déposer le sel précé- 
dent est additionnée d'iodure de mercure et portée à l'étuve; par refroidis- 
sement, au voisinage de o^ il se dépose de très petits cristaux, parfaitement 
nets, qui diffèrent des précédents par une déliquescence moindre; séchés 
sur des plaques de porcelaine dans l'air sec, ils se conservent bien lor.squ'on 
les sort de la cloche. 

Troisième iodomercurate. — Si l'on abaisse la température de la solution 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER 1906. 897 

au-dessous de o", on voit apparaître, eu même temps qu'un accroissement 
des cristaux précédents, un nouveau produit sous forme de longs prismes 
accolés les uns ;iux autres, striés dans le sens de leur longueur et qui. 
avant i'"* ou 2'"^ de longueur, sont faciles à séparer des précédents. Si l'on 
fdlre la solution et qu'on la refroidisse, on voit se déposer dans la liqueur 
claire les deux espèces de cristaux. J'ai analysé les petits cristaux, qui, plus 
petits que les précédents, avaient une teinte jaune plus claire; les analyses 
III et IV montrent que c'est exactement le même produit. 
Le deuxième iodomercurate a pour formule 

CaF,5Hgl-,8H-0. 

Trouvé. 

I. n. m. IV. Calculé. 

Calcium 1.46 i,52 i,4m i ,43 'i477 

Mercure 27,27 37,13 37,27 37,09 86,927 

Iode ''5,9(5 56,22 55,82 56, t 6 56,2-- 

Eau » » » » y , 3i7 

Le produit correspondant obtenu avec l'iodure de strontium a pour den- 
sité à o" : ![,']. 

Il est décomposé el donne un précipité ronge d'iodure uiercuri(iue par l'eau, les 
alcools méllivliqne, clliylique, amvlique; la glycérine, l'alilélivde, l'acide acétique, 
I acétone. 

Il se décompose lentement avec la nitrobenzine et avec l'oxalate d'élhyle; il est 
insoluble dans la benzine monochlorée, le toluène, le clilorofornie, le bromure 
d'élliylène. 

Le troisième iodomercurate a pour formule 

3Cal-,4Hgl-,rî)[l'0. - 

Tiuuvé. 
— -^^-. — - — ^ Calculé. 

Calcium .),86 3,gi « 3,858 

Mercure 20,28 25,19 24,83 25,728 

Iode 56,62 56,32 u 56,027 

Eau » » » 13,890 

Densité à 0° : deux déterminations ont donné 3,56 et 3,66. 

Ce produit, solubie dans Teau avec précipitation d'iodure ronge île mercure, donne 
également ce précipité, mais laililemeiit el disparaissant rapidemenl avec l'acide for- 
mique el l'acide acétique. 

C. K., igofj, 1" Semestre. (T. CXMI, N» 7.1 53 



3q8 ACADÉMllE DES SCIENCES. 

Très soluljle dans les alcools méthylique, étlij'lique, amylique (qui prend une teinte 
jaune), biilylique, isobutylique; la glycérine: l'acétate d'étliyle, les propioiiales de 
méthvle. d'isobutvle, Tiodure d'allyle; l'aldéhyde, l'acétone, l'aniline, l'oxalate 
d'éthvle. Insoluble ou peu soluble dans la nitrobenzine. 

Avec le nitrate d'éthyle, les cristaux, fondent et la liqueur jaunit légèrement. 

Insoluble dans le cliloroforine, le chlorure de carbone, le bromure d'éthylene. Tio- 
dure d'éthvle, la benzine, la benzine mondchlorée, etc. 

En résumé, la solution saturée d'iodure de mercure dans l'iodure de 
calcium est intéressante par les produits qu'elle peut donner avec de nom- 
breux composés organiques. 



CHIMIE MINÉRALE. — Sut V existence des sulfures de phospJioie . Note de 
M. H. GiRAx, présentée par M. Georges Lemoine. 

L'existence d'un certain nombre de sulfures de phosphore est encore 
discutée. L'étude des températures de fusion des mélanges, en proportions 
diverses, de soufre et de phosphore, m'a permis d'apporter quelques don- 
nées précises sur cette question. 

Déjà M. Boulouch avait étudié par une méthode analogue (Comptes ren- 
dus, t. CXXXV, p. i65) les mixtes formés par le soufre et le phosphore 
au-dessous de loo"; il était arrivé à cette conclusion que, au-dessous de 
celte température de ioo°, il n'existe pas de sulfure de phosphore comme 
composé défini, mais seulement un eutectique fusible à +9", 8. 

Les recherches qui font l'objet de la présente Note ont été effectuées sur 
des mixtes prèalahlenu ni chaufles à une température plus élevée et telle (pi'il 
Y avait certainement co/nhinaison des deux métalloïdes. Dans ce but, les mé- 
langes étudiés sont enfermés dans de petits tubes scellés que l'on chauffe 
à 200° environ pour provoquer la combinaison. Après solidification, on 
détermine la température de fusion du mélange, qui est celle où disparait 
le dernier cristal. Les résultats sont représentés par la courbe ci-contre, 
dans laquelle on a pris pour abscisses les températures et pour ordonnées 
les proportions de soufre dans le mélange : 

1" Les températures de fusion présentent quatre i?ia.vinia : 

+ 167" +296° +2-2" -h3|4" 

avec les ordonnées 

0,436 0,608 0,721 0,861; 



SÉANCE DU 1-2 FKVUIER 1906. ^99 

ces inombres indicfvient précisément les propoilloiis de soufre conleuiies dans les sul- 
fures P*SS P^S', P^S'- ei PS« ('). 

Ces c|ua[re sulfures seraient donc les seuls ddul l'existence, à liaule température, 
soit réellr. 

3° La l'orme de la courbe au \oisinage du maximum qui correspond au sesquisul- 
fure'P*S' montre qu'il suffit d'ajouter à ce corps de faibles quantités de soufre on de 
[iliospliore jiour abaisser notablement sa température de fusion, ce ([ui expli((ue les 




-40° -20» 0° 20° 40° 60° 80° 100 



300" 320° 



résultats peu concordants obtenus par les divers expérimentateurs (jui ont mesuré 
celte température. 

3° La courbe indique aussi quatre points de fusion mininta : 



--|0" 



avec les ordonnées 



-46° 



o.ooo 



-230" 



,6-5 



-2\> 



o.T.jo; 



ils correspondent à des eutectiques dont les compositions sont voisines de celles 
qu'auraient les sulfures P^S, PS, PS- et PS^ En particulier, le troisième de ces 
eutectiques n'est, sans doute, pas autre chose que le sulfure P'S'' signalé par Seiler et 
.par Ranime comme étant un composé défini. 

Les mélanges de soufre et de phosphore qui sont liquides à la tempé- 
rature ordinaire (^) présentent, à un haut degré, le phénomène de la sur- 



(') Le sulfure PS'^ n'a pas encore été isolé; Dupré et Berzélius ont décrit un sul- 
fure P-S'- dont l'existence a paru très douteuse à plusieurs chimistes. 

(-) Ces mélanges à excès de phosphore ayant été chauffés préalablement vers 200° 
correspondent à des mélanges de phosphore et de sesquisulfure P'S' : on savait déjà, 
par les expériences de M. G. Lemoine ( Thèse de doctorat. i865, et Comptes rendus, 
t. XC\I, p. r632), que ce sesquisulfure se liquéfie aux températures ordinaires quand 
on le met en contact avec du phosphore solide. 



/ioo ACADÉMIE DES SCIENCES. 

tusion; ceux dont la composition se rnpproche de celle du premier eutec- 
tique, c'esl-à-dire dont le point de fusion est voisin de — 40°, ne peuvent 
être solidifiés que dans un mélange de neige carbonique et d'acétone. 

La Noie récente de M. Pélabon, sur les mélanges de l'antimoine avec le 
sélénium et avec le tellure (Comptes rendus, 22 janvier 1906, p. 207), m'a 
déterminé à publier cette première partie de mes recherches. Je compte 
les compléter par la détermination des chaleurs de formation des sulfures 
de phosphore. 



CHIMIE MINÉRALE. — Sur la préparalion et les propriétés du strontium. 
Note de MM. (ic.vrz et Rœdercr, présentée par M. A. Haller. 

Les propriétés du strontium sont peu connues jusqu'ici et diffèrent sui- 
vant les auteurs; comme nous n'avons pu trouver d'analyse des divers pro- 
duits obtenus, il nous a paru intéressant de reprendre l'étude de ce métal. 
Nous avons pu préparer le strontium pur en employant la méthode indi- 
quée par l'un de nous ( ' ) pour le baryum. On prépare d'abord de l'hydrure 
de strontium exempt de mercure par l'action de l'hydrogène à refus sur 
l'amalgame du stronlium. Dans le vide de la trompe à mercure vers 1000", 
ce composé se dissocie, et l'on peut condenser facilement, sur un tube en 
acier refroiili, la vapeur de stronlium. 

Voici quelques propriétés du produit obtenu, qui renfermait 99,43 de 
strontium. 

Mêlai cristallisé, blanc d'argent, se lernissaiit presque inslanlanénienl au contact de 
l'air; il foml vers 800° et se volatilise à une température plus élevée. L'acide carbo- 
nique sec est sans action à froid; au rouge, il est absorbé, avec formation de carbure 
et de strontiane. L'éther de pétrole, le benzène secs ne l'altèrent pas. 

Il n'en est pas de même de l'alcool absolu qui le dissout facilement avec dégagement 
d'hydrogène. L'eau est également décomposée, il y a formation de strontiane dissoute. 

Nous avons également déterminé la chaleur d'oxydation du strontium, en dissolvant 
dans une solution 1res étendue d'acide chlorhydrique un poids connu du métal. 

L'expérience donne pour la réaction : 

Sr solide + «H Cl étendu = Sr Cl'^ diss. + IL 4-i28'»',o 

moyeuiie de trois expériences ayant donné (-i- i2-'^''',.j. -i- i27'^=',o, -H 1 29*^" , 3 ) ; 

Thomsen avait trouvé + 1 17'"', o5 en partant d'un strontium très impur. 



(') Gi"i>TZ, Comptes rendus, t. CXLl, p. la^io. 



SÉANCE DU 12 FÉVRIER I906. 4oi 

Il faut donc augmenter loiiles les chaleurs de formation des composés du strontium 
calculées à partir des éléments, de -+- 1 i'^'',o. 

La chaleur d'oxydation du strontium devient aldrs : 

Sr métal 4- O gaz = SrO sol _)_,^,r,,i2 

or, comme on a déjà : 

Ga sol. -+- O gaz = CaO sol H-i5i'^^',q 

Ba S0I. + O gnz^ BaO sol _(_,33(:nl^ '^ 

On voit que la chaleur d'oxydation du slrontiutn est intermédiaire enlre 
celles de Ca et de Ba, comme le faisaient prévoir les analogies chimiques. 



CHIMIE ORGANIQUE. — Action de quelques èlhers d'acides hihasiques sur les 
dérives halogèno-magnêsiens des aminés aromatiques primaires. Note de 
M. ¥. BoDRoux, présentée par M. Troost. 



Dans une précédente Communication {Comptes rendus, t. C\L, p. 1 108) 
j'ai montré que le carbonate neutre d'éthyle réagit sur les dérivés halogéno- 
magnésiens des aminés aromatiques primaires, en donnant naissance à des 
dérivés monosubstitués de l'uréthane. 

Une seule des fonctions de l'éther-sel employé entre donc en réaction. 
Il n'en est pas de même lorsqu'on opère avec l'oxalate neutre d'éthvle. Le 
complexe formé, détruit par l'acide chlorhydrique étendu, fournit uneoxa- 
mide disubstituée synciétriquement : 



C00C=11' 

I 
COOCMl' 



R_NH-MgI 
K_\H— Mgl 
H_MI_Mgl 
K-NH-Mi;I 



/ 



\H— R 



C-NH— R 

\0-Mg— l 

^0-Mg-I 
C-NH-R 
\MI— H 



2 Mi! 



/OC'IP 

\I 



/NH-R 
C— NH-R 
\0— Mg— I 

/O— Mg— I 
C-\H— R 
\NH— R 



IICI 



= i\h 



/Cl 



+ ? R— NH^ - 



H Cl 



GO— NH-R 

■ 1 
CO-.MI-R 



Même avec un excès d'oxalate d'éthyle cette réaction se produit. Quel- 



/,,52 ACADEMIE DES SCIENCES. 

•qnefois cependant, il se forme, mais en très petite quantité, l'éther oxa- 

mifjue substitué : 

CO— NH - R 
I 

COOC-H\ 

T'ai ainsi obtenu : avec un bon rendement, la diphényloxamide, les 
dicrésyloxamides ortlio et para; avec un mauvais rendement, la p-dinaph- 
thvloxamide. 

Le succinate d'éthyle se comporte comme l'éther oxalique : avec l'ani- 
'line il m'a donné la diphénylsuccinamide; avec la paratoluidine, la dipara- 
crésylsuccinamide. Le malonate d'éthyle ne fournit pas de dérivés de sub- 
stitution : agissant comme acide, par son groupement — CH- — , il déplace 
simplement l'araine aromatique de sa combinaison magnésienne. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Sur la constitulioji des sulfates chromiques. 
Note de M. Albert Colson, présentée par M. Georges Lemoine. 

Le sulfate vert provenant de la réduction par le gaz sulfureux d'une 
dissolution froide d'acide chroraique a pour composition après dessiccation 
dans le vide (•) : [Gr^(SO')' + 7,5H^O]. Il renferme deux radicaux SO* 
dissimulés et se transforme en un sel bleu-turquoise [Gr-(SO^)^-t- loH-O] 
qui ne contient plus qu'un radical SO' dissimulé {Comptes rendus , décenabre 
igoS, p. 1020). 

Ces deux corps sont intermédiaires entre le sulfate violet ordinaire, dont 
l'acide réagit en totalité sur le chlorure de baryum et un sulfate inconnu, 
dont l'acide serait entièrement dissimulé et dont je me propose d'établir 
l'existence. 

Sulfate iri-dissimulé. — Au lieu d'opérer dans la glace, je fais congeler 
une dissolution d'acide cbromique et je la sature de gaz sulfureux en 
maintenant constamment vers /j" au-dessous de zéro la température du 
mélange. La dissolution obtenue est verte. Son examen cryoscopique 
indique une condensation de S""' sulfuriques sur Cr^ comme pour les sels 
|)récédents. Évaporée dans le vide sec aussitôt sa préparation terminée, 
elle donne des écailles de formule [Cr-(SO'y + 6H-0]. Une molécule 



(') Comptes rendus, mai 1905, p. \l\bi. 



SÉANCE DU 12 IKVIUER 1906. 4o3 

dissoute, lotalemenl décomposée par la potasse en dissolution, clégaii;e 
environ 60 grandes calories. 

Enfin, en traitant immédiatement par le chlorure de baryum cette disso- 
lution rapidement amenée à une température ambiante de 7° à 8", j'ai 
constaté que : 

I" o'"<",4 BaCl- diss. -f- i'»'''Ci--(SO'')' diss. dégagenS 2^^\ 2j ; 

2° Qu'une nouvelle addition de BaCl- reste sans efiet thermique. 

En répétant la même opération sur une autre portion du même sulfate 
conservé pendant 24 heures à 8°, j'ai trouvé : 

1° Que 2 X o™'"„4BaCF dégagent 2 x 2'^'-'i,8 = 5*^"', 60; 

■2° Qu'une nouvelle addition de o'"°',2BaCi- dégage i*^"', 10. 

Donc la liqueur initiale, même à 8", ne renferme pas o""'',4S0' d'acide 
précipitable, car elle eût dégagé 2*^"", 8 et non 2^^^', 25. Le sel obtenu con- 
tient par conséquent plus de 2'"°',6SO^ à l'élai dissimulé. Mais je n'ai i)u 
constater la dissimulation tout à lait complète du troisiè?tie radical SO'. 
Elle s'évanouit trop rapidement : même à o", le volume des dissolutions 
varie assez vite. 

Ici encore, à mesure que l'état dissimulé disparaît, il y a fixation d'eau à 
l'intérieur de la molécule saline. Ayant abandonné, vers 8", au voisinage 
du liquide destiné à la calorimétrie, un dilatomètre plein de la dissolution 
primitive, j'ai constaté, au bout de 24 heures, une diminution de volume 
d'environ 1 i™' par molécule de sulfate, soit|j ou o'°°',6iH-0. Or la pro- 
portion d'acide dissimulé qui a disparu corrélativement est précisément 
d'environ o'"°',6o, si on la calcule d'après les déterminations thermochi- 
miques précédentes et si l'on tient compte de la proportion salifiée à l'ori- 
gine de l'expérience. Donc : L'acide dissimulé disparail en proportion de 
reçut de constilution (jui se fixe sur le sel. 

Par des mesures volumétriques analogues, je me suis assuré qu'inverse- 
ment l'état dissimulé apparaît à mesure que l'on élimine l'eau de constitu- 
tion des sulfates proprement dits. De là résulte que, si l'on représenta 
arbitrairement le sulfate tri-dissimulé par la formule Cf-(SO'')% le sulfate 
vert deviendra Cr-(SO^)-'H-0, tandis que le sulfate bleu turquoise sera 
Cr- (SO ■■)■'( H- 0)= et que le sulfate violet pourra s'écrire Cr-(SO")'(H-0)\ 

SulJ'ates acides. — Pour mettre ces formules en rapport avec la valence 
du chrome, c'est-à-dire avec la forme dérivée de l'oxyde Cr-0', le moyen 
le plus simple consiste à remplacer un groupe divalentSO' par les radicaux; 
monovalents (SO''H) et (OH), de sorte que le sulfate violet ordinaire de- 
vient (011)^ Cl -(SO' H )\ Cette forme conduit à la conception de sulfates 



/,o/i ACADÉMIE DES SCIENCES. 

acides tels que (OH)H:r'(SO*H)' OU encore Cr=(SO*H)% etc., dans les- 
quels l'acide ne serait pas dissimulé. 

Ces corps paraissent, en effet, se former quand on réduit par le gaz 
sulfureux une dissolution concentrée et froide d'acide chromique dans 
l'acide sulfiirique. En opérant sur un mélange [2CrO^-t- 3SOMI*], étendu 
de son poids d'eau, j'ai obtenu un magma qui, essoré, lavé avec peu d'eau 
et séché sur plaque poreuse, laisse un corps vert de formule 

[(OH)^Cr=(SO^H)" + ioHH)J. 

Dans ce sel, la quatrième molécule d'acide semble être fixée avec absorp- 
tion de chaleur, attendu que l'addition d'une molécule KO H au sel étendu 
dégage 16*^"', 7 tandis qu'elle ne donnerait que iS^"', 7 au contact d'acide 
libre. Ajoutons que ce corps, par sa préparation et par ses autres proprié- 
tés, diffère de l'acide chromosulfurique découvert par M. Recoura. 



CHIMIE PHYSIQUE. — Sur l'existence des bicarbonates dans les eaux ?)iiné- 
rales, et sur les prétendues anomalies de leur pression osrnotique. Note de 
MM. L.-C. Maillard et Lucien Graux, présentée par M. Armand 
Gautier. 

Il existe un grand nombre d'eaux minérales chez lesquelles l'abaisse- 
ment cryoscopique semble à première vue assez faible, si on le met en pa- 
rallèle avec le chiffre de leur minéralisation totale, notamment lorsque 
celui-ci englobe l'acide carbonique libre ou sous forme de bicarbonates. 
Des médecins hydrologues, se souvenant qu'une solution de 9" environ de 
Na Cl |)ar litre est isotonique aux liquides de l'organisme, qui se congèlent 
à — o°,5G, pensant trouver entre l'abaissement cryoscopique de l'eau et le 
chiffre de sa minéralisation totale le même rapport qu'entre l'abaissement 
o*\56 et le poids de 9s, ont été surpris de trouver un abaissement expéri- 
mental plus faible que le chiffre attendu. Ils ont ainsi supposé que ces eaux 
«levaient se trouver dans un état hvj)otoni(/ue particulier, leur pression 
osmotique étant inférieure à ce que ferait prévoir l'analyse chimique. 

Partant de ces mêmes considérations, l'un de nous (') avait cru expli- 
quer ce phénomène eu admettant que ces eaux renfermaient seulement 
des carbonates neutres, à l'exclusion des bicarbonates et que l'acide car- 

(') Lucien Graux^ Coni/Ues lendiis, t. CXIJI, i5 janviei- 1906, p. 166. 



SÉANCE DU 12 FKVFàIER 1906. /joS 

bonique libre ne comptait pas dans l'établissement de la pression osmoticpic. 

En présence de ces conclusions, peu en harmonie avec ce qne l'on savait 

jusqu'ici de la forme des carbonates dissous, nous avons jugé toutefois que 

la question méritait une étude plus approfondie. Si l'on peut baser le calcul 



o". ob 



global sur le rapport -^ — lorsqu'il s'agit de sels ayant à peu près le même 

poids moléculaire que NaCl et ionisés comme lui, on n'en a plus le droit 
lorsqu'on a affaire à des sels de poids moléculaire ditférent. Dans le cas 
d'une eau minérale, il est nécessaire de calculer individuellement la part 
qui doit revenir, dans l'établissement delà pression osmotique, à chacun 
des constituants révélés par l'analyse. 

Nous avons pris comme exemple celle même eau de Chalel-Guyon (source Gubler, 
anal3'se de M. Magiiier de la Source) qui avait servi dans la Noie cilée ('). l'our 
chaque espèce, divisant la quantité du sel contenue dans i' par son poids moléculaire, 
on obtient le nombre de molécules-gr^^mmes par litre. Multipliant ce nombre de 
molécules-grammes par le nombre d'ions que peut fournir la moi('cule dans le cas (très 
voisin de la véiité pour les eaux minérales) où la dissociation électrolvtique est com- 
plète, on a le nombre d'ions-giaimnes par litre. Il suffit de totaliser les nombres 
relatifs aux dilTérentes substances de l'analyse pour avoir le total des particules agis- 
sant dans la détermination de la pression osnioli([ue. Pour le calcul, les sels neutres 
ont été considérés comme ionisés à 100 pour 100, GO" et SiO- ont été calculés 
comme molécules enliéres; quant aux bicarbonates, on peut admettre approxima- 
tivement, ce que confirme la cryoscopie de solutions étendues de NaJICO', qu'une 
seule de leurs deux fonctions est dissociée. 

Tableau I. — Chatel-Guyon {source Gubler. analyse de M. Magnier de la Source). 

Poids Monihre Nombi-e Nombre 

tle (le il'ious d'ions-gr. 

Substances Poids substance niolcc.-j^r. par par 

dissoutes. Koriuub'S. molécubiii-c. par lilrc. par litre. niuloculc. lilre. 

Acide carbonique libre. CO' 44 1 . i 120 0,02527 (1) (0,02527) 

GIdorure de magnésium. MgCl- 90,26 1 , 563o o,oi64i i 0,04920 

Glilorure de sodium. .. . NaGI 58,5 1 ,633o 0,02791 2 o,o5582 

Bicarbonate de cliaux. . Ga (O.CO.OIl)'- 162 2,1796 o,oi345 3 o,o4o35 

» de soude . . NaO.GO.OII 84 0,9050 0,01137 2 0,02274 

» de fer Fe(O.GO.OH)- 178 o,o685 o,ooo38 3 0,001 14 

» delitliine. . LiO.CO.OIi 68 0,0194 0,00029 2 o,ooo58 

» dépotasse. KO. GO. OH 100, i5 o,2583 0,00208 2 o,oo5i6 

Sulfate de chaux GaSO' i36 0,4990 0,00367 2 0,0073/1 

Silice SiO= 60,4 0,1108 o,ooi83 (1) (o,ooiS3) 



^îombre total de particules-grammes par lilre 0,20946 



[') Comptes rendus, t. GXLII, p. 166. 

C. R., 190G, I" Semestre. (T. CXLII, N° 7.1 54 



Zlo6 



ACADEMIE DES SCIENCES. 



Le calcul monlre donc que le nombre total ties particules-grammes dissoutes dans i' 
pour la source Gubler serait 0,2090. Or on sait, d'après les travaux de Raoult, que 
I moléculé-gramme (ou ion-gramme) ajoutée à loos d'eau produit un abaissement 
cryoscopique de 18°, 5 et, ajoutée à looo? d'eau, un abaissement de i'',85. Tel est, à très 
peu près, l'abaissement produit par i molécule-gramme dans 1'. La légère erreur de ce 
chef et celle commise en admettant que les sels de l'eau minérale sont dissociés dans la 
proportion de loopour 100 tendent à exagérer légèrement l'abaissement calculé. Nous 
pouvons donc dire, avant toute expérience et en appliquant simplement à l'eau de 
Chatel-Guvon les lois connues de la crjoscopie, que cette eau doit avoir nn A légère- 
ment inférieur à 1°, 85 x o,2og5 =00,388. 

Or l'expérience (') donne A = o°,338. On ne saurait exiger, semble-t-il, une concor- 
dance plus satisfaisante. 

Voulant savoir d'autre part à quels résultats conduirait l'iiypollièse où les carbonates 
neutres seuls existeraient dans l'eau et où CO- n'aurait pas d'inlluence sur la pression 
osmolique. nous avons exprimé en carbonates neutres les bicarlionates de l'analyse et 
refait le même calcul que ci-dessus : 



IL 



Chatel-Guyon (source Gubler, analyse exprimée en carbonates). 



Substances dissoutes. Formules. 

Chlorure de magnésium. MgCl- 

» sodium. . . . ïVaCl 

Carbonate de calcium . . CaCO* 

» sodium. . . Na^CO' 

» fer FeCO' 

» lithium.. . Li-CO' 

» potassium. K^CO' 

Sulfate de calcium CaSO' 

-Silice SiO'^ 





Poids 


Nombre de 


Nombre 


Nombre 


Poids 


de substance 


mol.-gr^ 


d'ions 


d'ions-gr. 


moléculaire. 


par litre. 


par litre. 


par moléc. 


par litre. 


95,26 


I ,563o 


0,Ol64l 


3 


0,0492.3 


58,5 


1 ,633o 


0,02791 


2 


o,o5582 


100 


1,3454 


0,01345 


2 


0,02690 


106 


0,6021 


o,oo568 


3 


0,01704 


116 


o,o446 


o,ooo38 


2 


0,00076 


74 


0,0095 


, 000 I 3 


3 


0,00009 


i38,3 


0,1751 


0,00127 


3 


o,oo38i 


i36 


0,4990 


0,00367 


2 


0,00734 


60,4 


0, I 108 


o,oot83 


■ (0 


(0,001 83 


s'ombre tola 


1 de particules- 


grammes par 


litre 


0, i63r-> 



Le nombre total de particules-grammes par litre, dans l'hypothèse des carbonates, 
serait donc o,i63i, correspondant à A=:i'',85 x o,i63i = 0°, 3o2. Ce chiffre n'est pas 
non plus bien éloigné du chiffre expérimental o°,338: mais c'est un maximum théo- 
rique qui ne peut être dépassé, et les corrections qu'il devrait subir sont de sens tel 
qu'elles accentueraient l'écart. La concordance est ilonc ici moins bonne que dans le 
cas des bicarbonates. 

On voit, d'après cet exemple, que les résultats cryoscopiques ne s'op- 



(') I^uciEN Gralx, loc. cit. Le chillVe des millièmes ne saurait être garanti d'une 
manière précise. 



SÉANCE DU 12 FKVRIER 1906. l^O'j 

posent en rien, au contraire, à la notion admise jusqu'ici lie l'existence des 
bicarbonates dans les eaux. De plus, l'application judicieuse des lois de la 
cryoscopie aux eaux minérales fait disparaître les prétendues anomalies de 
la pression osraotique auxquelles aurait fait croire un calcul trop schéma- 
tique. 



CHIMIE VÉGÉTALE. — Sur un mode nouveau d'extraction de l'huile 
de badiane. Note de M. Ph. Ebehiiaudt, présentée par M. Gaston 
Bon nier. 

On a jusqu'à présent admis que l'huile de badiane était extraite en Chine 
d'un Illicium dénommé anisatum par Linné, renommé plus tard de la même 
façon par Loureiro, et qui n'est autre en réalité que Ylllicium religiosum 
Lieb., du Japon; or, ainsi que je l'ai démontré récemment ('), il n'en est 
rien, Ylllicium auquel on s'adresse pour cela étant V Illicium verum décrit 
par Hooker, le seul d'ailleurs qui soit cultivé dans le sud de la Chine et le 
nord du Tonkin. 

Non seulement l'illicium anisatum dont on rencontre quelques exem- 
plaires dans les forêtc de ces régions n'est pas employé par les indigènes, 
mais on doit, ainsi que l'a démontré le D"' Bretschneider, le considérer 
comme une essence vénéneuse. Ce n'est que lorsque dans l'huile extraite 
de Ylllicium verum on a, par fraude, mélangé de l'huile d'/. unisatu/n que 
l'on a pu constater les phénomènes d'empoisonnement caractérisé qu'on a 
signalés à la suite de l'absorption de certaines aniseltes ou absinthes. 

Quelle que soit, d'ailleurs, l'espèce à laquelle on ait recours [jour 
l'extraction de l'huile, c'est au fruit que l'on s'adresse; c'est en effet dans 
cette partie de la plante et plus particulièrement dans le péricarpe, qu'est 
localisée l'huile essentielle. 

Au cours d'une série de recherches entreprises dans la haute région du 
Tonkin, en vue de l'amélioration culturale de cette essence, dont l'avenir 
me pai-aît digne d'attirer l'attention, j'ai été amené à faire l'étude de la 
morphologie interne de ce végétal. 

Or l'étude anatomique de la feuille m'a montré que les cellules du 



(') Ph. Eberhardt, Elude sur ta badiane et sa culture au Tonkin (Archives de la 
Mission scientijiquc permanente de l'Indo-CInne). 



4o8 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

mésophvlle sont au moins aussi riches en gouttelettes d'huile que les 
cellules du péricarpe. 

Cette constatation faite, je me suis livré sur place à un certain nombre 
d'expériences, j'ai distillé des feuilles en petite quantité, ne pouvant le faire 
en Êfrand, néanmoins les résultats furent excellents et la valeur de i'^^ de 
feuilles m'a donné près de deux cents gouttelettes d'une huile essentielle 
très odorante et d'une belle couleur. 

On peut donc extraire de l'huile de badiane des feuilles de la plante. 

L'Imile ainsi obtenue a un point de congélalion inférieur à celui de l'Iiuile que l'on 
retire des fruits, elle se solidifie vers i3° au lieu de 16°. Mais, si l'on songe qu'en 
général pour la badiane on ne peut compter au point de vue de la récolte qu'une bonne 
année sur trois, que d'autre part certains fruits arrivent à produire une huile dont le 
point de congélation est 18°, alors qu'à la bonne huile commerciale on ne demande que 
16°, on voit l'immense avantage qu'on peut retirer du procédé que j'indique, quand ce 
ne serait que pour faire des mélanges ramenant la niasse totale à 16°. 

En outre, cette inéthode ne fatiguerait pas le végétal ; il n'en faut pas con- 
clure cependant qu'on pourrait faire la cueillette des feuilles à n'importe 
quel moment de l'année : une seule époque est propice et d'assez courte 
durée, car il faut bien songer à ne nuire ni à l'évolution générale de l'arbre, 
ni à la floraison. 

Je recommanderai de faire la cueillette, une seule fois par an, vers le milieu de la saison 
sèche, c'est-à-dire à l'époque où la production des éléments e>sentiel5 est à son maximum 
de développement ('). Cette période présente eu même temps l'avantage d'être la plus 
éloignée de la llnraison et de ne |)i>inl porter par conséquent préjudice à cette dernière. 
Il faudra faire la cueillette à la main et prendre certaines précautions pour ne pas blesser 
les bourgeons; on a tout iniéièt d'ailleurs à s'adresser toujours aux feuilles les plus 
âgées, celles de la base des branches et à respecter celles de l'extrémité. 

On a tout avantage également à broyer les feuilles ou à les hacher avant de les dis- 
tiller pour faciliter l'évasion des gouttelettes d'huile pendant la distillation; de cette 
façon celte dernière opération dure moins longtemps et est plus rémunératrice. 

En employant ce procédé concurremment avec l'ancien on peut, sinon 
doubler la production d'une année, l'augmenter au moins de près des deux 
tiers. 



( ') Ph. Eberiiarut, Injlucnce de iair sec sur la slriicliire des végétaux [Comptes 
rendus, août 1900). 



SÉANCE DU 12 FKVRIER 1906. /|0() 



CHIMIE BIOLOGIQUE. — Sur le fwuvoir (inliprésurant c/u sérum sanguin 
des animaux inférieurs (Poissons et Invertébrés). Note de M. J. Selher. 

I>es travaux de Helge Roden ('), C;imus et Gley (-), Morgenroth (^), 
Briot (') ont f;iit connaître l'existence, dans le sérum sanguin des animaux 
supérieurs, d'un agent qui neutralise les effets coagulants de la présure sur 
le lait. C'est une antiprésure présentant les propriétés des ferments so- 
iubles. 

Au cours de mes études sur les diastases des êtres inférieurs, j'ai trouvé 
que le sérum sanguin de plusieurs groupes d'animaux possédait la pro- 
priété d'empêcher la coagulation du lait par la présure. Cet agent antago- 
niste présente des propriétés diastasiques. Il est détruit à 62". Il ne dialyse 
pas. Les divers sérums que j'ai étudiés possèdent à des degrés très variables 
la |>ropriété antiprésurante. 

Pour faire la mesure de celle activité, on peiil |irocécler de deux façons : 

i» Ajouter au mélange de lo*^"' de lait et de 1'™' de sérum des doses progiessive- 
ment croissanles de présuie et observer le moment delà coagulation du lait (méthode 
de Briot). 

2° ' >u i)ieu à 10'''"' de lait contenant une (|ii;inlilé («) d'une sidulion titrée de pré- 
sure, ajouter des volumes progressivement croissants de sérum. La force antiprésu- 
rante est mesurée par le volume nécessaire à anniliiler Funité de présure. 

Les deux procédés donnent pour des forces movennes des résultats comparables. Il 
n'en est pas de même quanti on veut mesurer l'activité faiblement antiprésurante d'un 
sérum. Il est préférable alors de déterminer quel est le volume susceptible d'annihiler 
une quantité [a] de pi'ésure sous un volume constant de o''"°,i à des titi-es faibles et 
variables, mais connus. 

D'où la nécessité de fixer plusieurs unités. 

L'unité de force ro (unité très faible) est capable de coaguler 10''"' delaiten4o mi- 
nutes à o5°. L'unité de force 1000 (unité forte) coagule 1000*^™' delaitdans les mêmes 
conditions. 



(') lIiiLiiE HuUE.\, Upsala Lakareforenings Forliandlingar, Bd. .\.\ll, 1887. 
(^) Camus et Gliîy, Ardm-es de Physiologie. 1. IX, 1897, p. 7(54. 
(') MoiuiE.Mtorii, Centrall)!. f. Bakt. u. Paraait.. Bd. XWI, 1899, p. 349. 
(*) Bkiot, Comptes rendus. 1899, p. i36r, et Thèse de la Faculté des Sciences de 
Paris, 1900. 



4lO ACADÉMIE DES SCIENCES. 

Le Tableau suivant représente les forces antiprésurantes du sérum san- 
guin de diverses espèces animales : 

\oliinic Voliinje 

de sérum Force de si-runi 

annihilaiil de annihilant 

l'iiniti: l'unité l'unité 

do présure de présure de présure Force 

Espèces animales. employée. employée, deforccioou. antiprésuranle. 

tni' ini3 iiii^ fiuj* 

Torpédo marmorala (Torpille). 0,5 ;"i 3 ;'Joo' i à 4 iooà-î."> 

Trigon Paslinaca [Tève) '. 5oo.. 4 aj 

.Sc/Z/wm (Roussette) ■> ôoo 6 i6,5 

Conger vu/ffaris {Congre ) i ôo 20 5 

Sepia {Seiche) plus de i 5o plus de 20 moinsdeo 

Oc top us vulgai-is (Poulpe 1 o, t iooo o, i 1000 

Homard 0.0 10 3o 3,3 

MuïaSquinado^Ar&ignèeàemev). i,5 i5 99 i 

Cancer Pagiu-us{C\tthe\.o\.wlei!iU) 4 "^ 4oo o,25 

lIclU- Pomalia i 1 5 66 i , 5 



Zoologie. — Sur la faune annélidienne de la mer Rouge et ses affinités. 
]Sote de M. Ch. Gravier, présentée par M'. Edmond Perrier. 

Les Annélides Polychètes recueillies dans la nier Rouge par MM. le D'' 
Jousseaume, Coulière et |)ar moi-même forment un total de 116 espèces, 
tlontyo nouvelles, appartenant à 66 genres, dont j nouveaux, qui se répar- 
tissent en 23 familles {Nouvelles Archives du Muséum, 1900, 1901, 1906, 
18 planches, 490 ligures dans le texte). Si l'un ajoute à cette liste une cin- 
quantaine d'autres espèces trouvées dans la même mer par Savigny, 
Ehrenberg et von Frauenfeld, on peut estimera 170 environ le nombre des 
espèces de Polychètes actuellement décrites et provenant de cette région, 
ce qui représente vraisemblablement à peine la moitié des formes qui 
constituent la faune annélidienne de la mer Rouge. 

Malgré les lacunes qu'elle présente, cette première contribution donne 
heu il quelques observations qui, bien que n'ayant qu'un caractère provi- 
soire, qu'une valeur absolument actuelle, ne sont cependant pas dénuées 
d'intérêt à divers points de vue. 

Rappelons tout d'abord que certaines espèces récoltées pour la première 
fois par Sa\ignv ou par Ehrenberg da us la mer Rouge et non revues depuis> 



SÉANCE DU 12 l'KVHIER 1906. /| i r 

ont été retrouvées et décrites à nonvenn d'une manière plus approfondie 
(Nereis nunlia Savigny, Eimice flacdda Ehrenberg-Grnbe, etc.). 

Si l'on fait alislraction des espèces nouvelles, que rien n'aulorise à regarder comme 
autochtones, la mer Rouge se montre, au point de vue des Ânnélides Polvcliètes, ce 
qu'elle est au point tie vue géographique, c'est-à-dire comme une dépendance de 
l'océan Indien. Elle possède un noyau d'espèces qui se retrouvent un peu partout dans 
la'zone torride, tout autour du globe. Cette remarque s'applique d'ailleurs aux antres 
groupes d'Invertébrés de la même mer. Pour n'en donner qu'un exemple, il suffit de 
i-emarquer que sur 20 espèces de Géphyriens que j'ai rapportés du golfe deTadjourah, 
Hérubel en compte 9, soit près de la moitié, qui existent aux Philippines ou aux îles 
de la Sonde. 

Parmi les espèces appartenant à d'autres mers ([u'à l'océan Indien il en est quelques- 
unes qui méritent une mention particulière : ce =ont celles qui vivent anssi sur la côte 
occidentale d'Afrique, à peu près à la même latitude que Djibouti et qu'on ne connaît 
jusqu'ici que sur les côtes de ce continent; telles sont la Glycera af ricana Arw'ids&on, 
la Goniada midtidentala Arwidson, VAricia Clievalleri P. Fauvel et la Loimùi 
mediisa Savigny. Les travaux de P. Langerhans relatifs aux Annélides de Madère et 
des Canaries, de P. Fauvel et du baron de Saint-Joseph pour celles de l'embouchure 
de la Casamance, de von Marenzeller pour celles d'Angra Pequena (Afrique occiden- 
tale allemande), de Mac Intosh pour celles du cap de Bonne-Es]>érance et mes propres 
recherches |)our celles de la mer Rouge ont montré qu'un certain mimbre d'espèces de 
l'océan Atlantique et de la Méditerranée ont contourné les côtes de l'Afrique et 
habitent le littoral oriental comme le littoral occidental de cette partie du monde. Il 
n'est donc nullement nécessaire de faire intervenii- ici, comme on l'a souvent fait en 
pareille circonstance, des mers hypothétiques disparues à des époques plus ou moins 
reculées pour expliquer la similitude des faunes marines des côtes d'un même conti- 
nent, situées à la même latitude, mais séparées les unes des autres par des milliers de 
kilomètres. Bien qu'il s'agisse ici d'animaux relativement sédentaires, s'éloignant peu, 
en général, de l'endroit où ils se sont développés, ce fait ne doit pas surprendre si l'on 
observe que les larves de Polychètes sont pélagiques et peu\ent ètie portées par les 
courants côtiers loin de leur point d'origine. 

Dans la zone torride, les caractéristiques climatériqiies et, par suite, les 
conditions d'existence des animaux qui v vivent présentent une stabilité plus 
grande que partout ailleurs; on peut être tenté d'attribuer à cette cause 
l'homogénéité plus grande de la faune marine dans les régions tropicales 
ipie dans les autres parties du globe. Mais on doit remarquer qu'une 
pareille similitude s'observe dans les mers de l'hémisphère sud. Ehlers 
a montré récemment (1904) qLie la faune des Polychètes néo-zélandais offre 
des affinités d'une part avec celle de l'Afrique du Sud, d'autre part avec 
celle du détroit de Magellan. Certaines de ces espèces « eurypacifiques » sont 



4 12 ACADÉMIE DES SCIENCES. 

communes aux trois réo;ions pourtant éloignées les unes de? autres i]o plu- 
sieurs milliers de kilomètres; telles sont : NeT-eis i^allata Grube, Thelepus 



rugosus Eh 1ers. 



On connaît maintenant dans divers groupes d'Invertébrés des espèces 
qui se trouvent dans toutes les mers. Il semble donc que, à mesiwe que 
nos connaissances s'étendent, les « provinces zoologiques », que l'on s'in- 
géniait à délimiter aussi rigoureusement que possible, se fusionnent pe^i 
à peu, même pour les groupes les plus sédentaires. Il ne paraît pas eu être 
de