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Full text of "Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences"

■v?'-A: 



WHITNEY LIBRARY, 
HARVARD UNIVERSITY. 







THE GIFT OF 
J. ]). WHITNEY, 

Sturi/is Hoopev Prof essor 

l.N THK 

MUSEUM or COMPARATIVE ZOOLOGY 



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COMPTES RENDUS 



IIEBDOMADAIIŒS 



DES SÉANCES 

DE L ACADÉMIE DES SCIENCES 



PARfS. — ISlPUIMlilUE DE GAUTlilEll-VILLAUS, RUE DE S ElNE-SAIM'-GEUiMAl.N, lO, PUES LINSTITUI 



V é & 



COMPTES RENDUS 



HEBDOMADAIRES 



DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 



PDBtIES, 



CONFORMÉMENT A UNE DÉCISION DE i; ACADÉMIE 

C-I1 vccXe, t)u i3 cJuiHe-t- ^835, 

PAR MM. LES SECRÉTAIRES PERPÉTUELS 



TOME SOIXANTE-DIXIÈME. 

JANVIER — JUm 1870. 



PARIS, 



GAUTHIER- VILLARS , IMPRliMEUR- LIBRAIRE 

DES COMPTES RENDUS DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES, 
SUCCESSEUR DE KALLET-BACHELIER, 

Quai des Augustins, 55. 

"^ 1870 



ÉTAT DE L'ACADEMIE DES SCIENCES 

AU l" JANVIER 1870. 



SCIENCES MATHEMATIQUES. 
Section I"^*^. — Géométrie. 

Messieurs : 

Lamé (Gabriel) (o. ^), 

CH.4SLES (jMichel) (C. ^). 

Bertrand (Joseph-Louis-Francois) (o. ®). 

Hermite (Charles) (O. ^). 

Serret (Joseph-Alfred) (o. ^). 

Bonnet (Pierre-Ossian) ®. 

Section II. — Mécnnicjne. 

I.e Baron Dupin (Charles) (g. o.^). 

PiORERT (Gniliaiime) (G. O. ^). 

MORlN (Arthur-Jules) (g. O.^). 

Combes (Charles-Pierre-Mathieu) (c. ^). 

DE Saint-Venant (Adhémar-Jean-Claude Barri?;) (o. €î). 

Phillips (Edouard) ^i. 

Section III. — astronomie. 

Mathieu (Claude-Louis) (c.^). 

LiouviLLE (Joseph) (o. ®). 

I^AUGIER (Paul-Auguste-Ernest) (o. ^). 

Le Verrier (Urbain-Jean-Joseph) (G. o.i§). 

Faye (Hervé-Augiiste-Élienne-Albans) (o.#). 

DELAUN.iY (Charles-Eugène) (o. ^). 

Section IV. — Géographie et Naviijnlion. 

De Tessan (Louis-Urbain Dortet) (o. ^). 

Le Contre-Amiral Paris (^François-Edmond) (g. O. ®). 

JuRiEN DE la Gravière (Jean-PieiTe-Edmond J (g. o. ®:). 

DuPUY DE LOME (Stanislas-Chailes-Henri-Laurenl) (g. o. ^) 

Abbadie (Antoine-Thomson d') ^. 

YvON ViLLARCEAU (Antoiiie-Joseph-François) ^. 



ÉTAT nii L ACADEMIE DES SCIENCES. 
Section V. — Phjsique c/énérale. 

Messieurs : 

Becquerel (Antoine-César) (c. ^). 
BabijSET (Jacques) ^. 
Duhamel (Jean-Marie-Constant) (c. ^). 
FiZEAU (Armand-Hippolyte-Louis) ^. 
Becquerel (Alexandre-Edmond) (o. ^). 
Jamin (Jiiles-Célestin) (o. ^). 



SCIENCES PHYSIQUES. 

Section YI. — Chimie. 

Chevreul (Michel-Eugène) (G. o.^). 
Regnault (Henri-Victor) (c^^). 
Balard (Antoine-Jérôme) (c. ^). 
Fremy (Edmond) (o. ^). 
Wurtz (Charles-Adolphe) (c. ®). 
Cahours (Augiiste-André-Thomas) (o. *). 

Section- VII. — Minéralocjie. 

Delafosse (Gabriel) (o. ®). 

Sainte-Claire Deville (Charles-Joseph) (o. §<). 

Daurrée (Gabriel-Auguste) (c. i^). 

Sainte-Claire Deville (Étienne-Henri) (c. ^). 

Pasteur (Louis) (c. ^). 

Des Cloizeaux (Alfred-Louis-Olivier Legrand) 

Section YIll. — Botanique. 

BrONGmart (Adolphe-Théodore) (c.®). 

TULASNE (Louis-René) ©. 

Gay (Claude) ^. 

Duchartre (Pierre-Élienne-Simon) (o. ®). 

Naudin (Charles-Victor) ^. 

Trécul (Auguste-Adolphe-Lucien) ^. 



ETAT DE L ACADEMIE DES SCIENCES. 



Section IX. — Economie rurale. 



Messieurs : 

BoussiNGAULT ( Jean-Baptiste-Joseph-Dieudonné) (c.^). 

Payen (Anselme) (c.^). 

Decaisne (Joseph) (o. ^). 

Peligot (Eugène-Melchior) (o. ^'). 

Le Baron Thenard ( Arnonld-Panl-Edmond ) ^. 

BOULEY (Henri-Marie) (o.^). 

Section X. — Ânnlomie et Zoologie. 

Edwakds (Henri-Milne) (c. ®). 

COSTE (Jean-Jacques-Marie-Cyprieu-Viclor) ^. 

De Quatrefages de Bréau ( Jean-Louis-Armand) (o. ^). 

LONGET (François-Achille) (c. ^). 

Blanchard (Charles-Emile) ^. 

Robin (Charles-Philippe) ^. 

Section XI. — Médecine et Chinmjie. 

Andral (Gabriel) (c. §'). 

Bernard (Claude) (c. ^). 

Le Baron Cloquet (Jules-Germain) (c.^). 

Nélaton (Auguste) (g. o. ^). 

Laugier (Stanislas) (o. ^). 

BouiLLAUD (Jean) (c. ^). 



SECRÉTAIRES PERPÉTUELS. 

Élie DE BEAUMONT(Jean-Baptiste-Armand-Louis-Léoncc) ( G.o. ^), 

pour les Sciences Mathématiques. 
Dumas (Jean-Baptiste) (g.c.®), pour les Sciences Physiques. 



ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. 

ACADÉMICIEIVS LIBRES. 

Messieurs : 

Le Baron Skguier (Armand-Pierre) (o.^). 

BUSSY (Antoinc-Alexandre-Brutiis) (o.^î)- 

BiENAYMÉ (Irénée-Jules) (o. ^). 

Le Maréchnl Vaillant (Jean-Baptiste-Philibeit) (c.c.^). 

De Verneuil (Philippe-Edouard Poulletier) ^. 

Passy (Antoine-François) (c.^). 

Le Comte Jaubert (Hippolyte-François) (o. ®). 

RouLiN (François-Désiré) (o. ^). 

Le Baron Larrev (Félix-Hippolyte) (c. ©). 

DuMÉRiL ( Auguste-Henri-André) ^. 

ASSOCIÉS ÉTRANGERS. 

Herschel (Sir John WiUiam), à Londres, Angleterre. 
Owen (Richard) (O. ^), à Londres, Angleterre. 
Fhrenberg (Christian-Gotlfried), à Berhn, Prusse. 
Le Baron de Liebig (Justus)' (c. ^), à Munich, Bavière. 
WôiiLER (Frédéric) (o. ^), à Gottingue, Prusse. 
De la Rive (Auguste) ®, à Genève, Suisse. 
MUHCHISON (sir Rotlerick Impey) #, à Londres, Angleterre. 
RuMMEU (Ernest-Édouard), à Berhn, Prusse. 



CORRESPO^DAÎVTS. 

NinA Le règlement du 6 juin 1808 donne à chaque Section le nombre de CoiTebpondants suivanl. 



SCIENCES MATHEMATIQUES. 

Sfxtiox I'*. — Géométrie (6). 

Le BESGUt: ^, à Bordeaux, Gironde. 

TcHÉBYCHEF, à Saint-Pétersbourg, Bussie. 

Neumann, à Roenigsberg, Prusse. 

SvlveSTER (James-Josepli), à Woolwich, Angleterre. 

WeierstraSS (Charles), à Berhn, Prusse. 

Rronecker (Léopoldj, à herliu, Prui.se. 



ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. g 

Section II. — Mécunique (6). 

Messieurs ; 

BuRDlN (O. ^), à Clermont-Ferrand, Piiy-ilc-Dùnie. 
Seguin aîné (Marc) (O. #), à Montbard, Càie-d'Or. 
MoSELEY, à Londres, Jtujlelenr. 
Fairbairn (William)^, à Manchester, Jiu/lnieire. 
CLAUSirs (Jiilius-Eniii)aniiel-Rufloli'}, à Vv'iii fz!>()nrtî, Bnvièie. 
(JaLIGNY (x\natole-Fraiu;ois riiJE, Martjuis De)@, à Versailles, ^V;;/c'- 
et-Oise. 

Section m. — Jstianoinie (^i6 >. 

AïKY (Bidfiell)CS à Greenwich, JiujIcUnv. 

HAN8EN, à Golha, Saxe. Ducale. 

Santini, à Padoue, halle. 

Argelander, à Bonn, Prusse. 

HiKD, à Londres, Amjleleire. 

Pëters (C.-A.-F.), à Altona, Prusse. 

AUAMS (J.-C), à Cainljridge, Ju(/lelerre. 

LePereSECCHi {o.^), à Rotiie, Éim Pouùfual. 

Cayley (Arthur), à Londres, .-JuglcUrre. 

Mac-Lear (Thomas), au Caj) de lionne-Espérance, Colonie du Cap. 

Struve (Otto Wilhelai), à Puikowa, Piussie. 

Plantamour (Emile), à Genève, Suisse. 

N 

N 

N ^ 

N 

Section IV. — Géoijraphie el Navigation {S). 

Le Prince Anatole DeDÉMIDOFE, à Saint-Pétersbourg, liussie. 
L'Amiral deWuangell (Ferdiriand ), à Saint-Peiersboiu-g, Ilus.ie. 
L'Amiral Lùtke (Frédéric), à Saint-Pétersbourg, Russie. 
De TCHiiiATCHEF (Pierre-Alexandre) {c. ^) , à Sainl-Pétersboiug, 

Russie. 
Richards (le Capitaine Geo-ge-lleurv ), à Linulres, AmiUlerre. 
LlVINGSTO^E. 

GilAZALLON (Anî')ine-:Jarie-Rciui), à Dcsaignes. .-/nlèche. 
N 

C. 11., ]tl70, \" Semestre. (T. LXX, N" 1.) a 



lO ETAT DK L ACADEMIK DES SCIENCES. 

Section V. — Ph/sicjae ijéiiërdie [g). 

Messieurs : 

Hansteen, à Christiania, Norvège. 

WllEATSTONE ^, à Londres, Aiujlelene. 

Plateau (J.), à Gand, Belgique. 

Magnus (Henri-Gustave), à Berliiv, Prusse. 

Weber (Wilhelm-Ediiard), à Gotlingue, Prusse. 

HiKN (Gustave-Adolphe), au Logelbach, liaul-Bhin, 

N 

N 

N 



SCIENCES PHYSIQUES. 

Section VI. — Chimie (9). 

Bunsen (o. ^), à Heidelberg, Grand-Duché de Bade. 
Malaguti (o. ^), à Rennes, llle-el-ViUiine. 
HoFMAN]N,à Londres, Angleterre. 

Favke (Pierre-Antoine) ^, à Marseille, Bouches-du-Bhùiie. 
Marignag (Jean-Charles Galissahd de), à Genève, Suisse. 
Frankland (Edward), à Londres, /Angleterre. 
Dessaignes (Victor), à Vendôme, Loir-tl-Cher. 

N 

N 

Section VII. — Minërnlogie{8). 

Rose (Gustave), à Berlin, Prusse. 

D'Omalius d'Halloy (Jean-Paptiste-Julien), à Halloy, près de Ciuey, 

Belgique. 
Haidinger (Guillaume de), à Vienne, .Autriche. 
Sedgwick, à Cambridge, .higlelcrre. 
Lyell (Sir Charles), à Londres, Angleterre. 
Damour (Augustin-Alexis) (o.^), à Villemoisson, Seine-et-Oise. 

N 

N 



ÉTAT DE l'académie DES SCIENCES. I l 

Section VIII. — Botanique (lo). 

Messieurs : 

MOHL (Hugo), à Tubingiie, IVurtembercj . 

Lestiboudois (Gaspard -Thémistocle) C*, à Lille, Nord. 

Candolle (Alphonse de) CS à Genève, Suisse. 

SCHIMPER ^ , à Strasbourg, Bas-Rhin. 

Thuret, à Antibes, Far. , 

Lecoq (Henri) ^, à Clermont-Ferranfl, Puy-de-Dôme. 

Br-vun (Alexandre), à Berlin, Prusse. 

HOFMEISTER (Friedricli-Wilhelm) , à Heidelberg, Grand-Duché de 

Bade. 
HOOKER (Jos. Daltoii), à Kew, Angleterre. 
PringSHEIM (Nathanael), à Berlin, Prusse. 

Section IX. — Economie rurale [lo). 

GiRARDiN (o.S;), à Lille, Nord. 

IvUHLMANN (c.fî), à Lille, Nord. 

Pierre (Isidore)®, à Caeii, Calvados. 

Chevandier (o. ^), à Girey, Meurtlie. 

ReiseT (Jules) (o. C^), à Écorchebœuf, Seine-Inférieure. 

Martins (Gbarles-Frédéric) ^, à Mont|)ellier, Hérault. 

Le Marquis DE A^IBRAYE (Gnillaume-Marie-Paul-Louis Huraijlt), 

à Clieverny, Loir-et-Cher. 
Le Vicomte DE Vergnette-Lamotte (Gérard-Élisabeth-Alfred), à 

Beaune, Côte-cfOr. 
Mares (Henri-Pierre- Louis), à Moiilpellier, Hérault. 
CORNALIA (Émile-Baltliazar-Marie), à Milan, Italie. 

Section X. — Anatomie et Zoologie (lo). 

AgaSSIZ (o. i^), à Cambridge, Etats-Unis. 

Pouchet (o. ®), à Rouen, Seine-Inférieure. 

IOe Baer, à Saint-Pétersbourg, Russie. 

Gervais (François-Louis-Paul) ®, à Montpellier, Hérault. 

Van Beneden (Pierre-Joseph), à Louvain, Belgique. 

De Siebold (Ch;irles-Théo(lore-Ernest), à Munich, Bavière. 

PiCTET (François-Jules), à Genève, Suisse. 

N 

N 

N 

2.. 



j2 |':TAT DF. L'ACAnKMIE DES SCIENCES. 

Section XI. — Médecine et Chiniiyie [i^) 

Mossieurs : 

SÉDlLLOT (c.#), à Strasbourg, Bas- Rhin. 

GuYON (c.®), à Alger, Alijéne. 

De VinCMOW (Rodol|)lie), à Berlin, l'rnsst. 

BOUISSON (Etienne-Frédéric) ^, à Montpellier, Hérault. 

Ehrmann (Cliarles-Henri) (o. ^), à Strasbourg, Bas-Rhin. 

GiNTRAC (Élie) (o. ^), à Bordeaux, Gironde. 

N 

N 



Commission pour alminisircr les propriétés et fonds purliculiers 

de l'Académie. 
Chasees, 

Dt'XAISiNE, 

Et les Membres composant le Bureau. 



Conservateur des Collections île C Académie des Sciences. 
Becquerel. 

Changements snrveiuis dans le cours de l'année 1869. 
(Voir à la page 16 de ce volume.) 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 5 JANVIER 1870. 

PRÉSIDENCE DE M. LIOUVILLE. 

RENOUVELLEMEÎVT ANiXUEL 

DU BUREAU ET DE LA. COMMISSION ADMINISTRATIVE. 

L'Ac.iflémie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'nn Vice- 
Président, qui doit être clioisi, cette aimée, dans les Sections des Sciences 
Physiques. 

Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant l\i^, 

M. Coste obtient 27 suffrages. 

M. Balard 20 » 

M. de Quatrefages 1 » 

M. Coste, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est proclamé 
Vice-président pour l'année 1870. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination de deux 
Membres qui seront appelés à faire partie de la Commission centrale adminis- 
trative. 

Sur 49 votants : 

M. Chasles obtient 44 suffrages. 

M, Decaisne 4^ >> 

M. Chevreid 5 » 

M. Combes 3 » 

M. Mathieu i 

Tl y a trois billets blancs. 

I^IM. Chasles et Decaisne, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, 
sont déclarés élus. 



( '4 ) 

Conformément an Règlement, le Président sortant de fonctions doit, 
avant de quitter le Bureau, faire connaître à l'Académie l'état où se trouve 
l'impression des Recueils qu'elle publie et les changements arrivés parmi 
les Membres et les Correspondants de l'Académie dans le cours de l'année. 

M. Claude Bernard donne à cet égard les renseignements suivants : 



État de r impression des Recueils de V Académie au \" janvier 1870. 

Volumes jjiihliés. 

« Comptes rendus de l' Académie. — Les tomes LXVI et LXVII (1*'' et 
a* semestre 1868) ont été mis en distribution avec leurs Tables. 

Volumes en cours île publication. 

» Mémoires de f Académie. — Le tome XXXYÏ a cent trois feuilles tirées. 

» Les feuilles i à 67, dont le lirage était déjà aclievé l'an dernier, con- 
tiennent : 

» 1° Un travail de M. Chevreul intitulé : « Mémoire sur des phénomènes 
» d'affinités capillaires »; 

» 2° Un Mémoire du même auteur portant pour litre : « Examen cri- 
» tique, au point de vue de l'iiistoire de la Chimie, d'un écrit alchimique 
M intitulé : Jrlefii clavis majoris sapientiœ » ; 

» 3" Quatre Mémoires de M. Becquerel père; — sur les zones d'oragesà 
grêle dans les départements d'Eure-et-Loir et Loir-et-Cher; — siu- la dis- 
tribution de la chaleur et de ses variations depuis le sol jusqu'à 36 mèirrs 
au-dessous;' — sur les pluies; — sur les effets chimiques produits dans les 
espaces capillaires; 

1) 4" Un Mémoire de M. Ch. Robin siu* l'évolution de la notocorde des 
cavités des disques intervertébrau.\ et de leur contenu gélatineux ; 

» 5° Un Mémoire de M. Becquerel père sjir les effets chimiques. 

« Les feuilles 68 à 85 renferment les cinquième et sixième Mémoires de 
M. Becquerel sur Les phénomènes électro-capillaii-es. 

)) Un autre Mémoire du même auteur, sur la distribution de la ch.ileur 
au-dessous du sol, est contenu dans les feuilles 86 et 87. 

» Les feuilles 88 à gS sont réservées à un travail sur la température de 
l'air sous bois et hors des bois. 

» Un Mémoire sur les quantités d'eau tombées prés et loin des bois est 



( '5 ) 
renfermé dans les feuilles 94 et ç)5; enfin un sei^tième Mémoire sur les phé- 
nomènes électro-capillaires absorbe les feuilles 96 à io3. 

)) L'imprimerie a encore en épreuves les feuilles io4 à ' 10. 

» Le tome XXXVIl (2" partie) contient la suite du Méinoiie de M. Re- 
gnault sur la vitesse de propagation des ondes. L'imprimerie a les bons à 
tirer des feuilles ^3 à 91 . 

» Les feuilles 92 à 112 sont en épreuves. 

» Le tome XXXVIII a quatorze feuilles tirées. 

» Les feuilles i à 3 contiennent un Mémoire de M. Phillips sur l'équilibre 
des corps solides élastiques semblables. 

» Les feuilles 4 à 12 sont réservées au Mémoire de M. le général Morin 
sur l'insalubrité des poêles en fonte ou en fer exposés à atteindre la tempé- 
rature rouge. 

)) Les feuilles i3 et i4 renferment un second travail de M. Phillips 
sur le mouvement des corps solides élastiques semblables. 

» L'imprimerie a épuisé sa copie. 

» Mémoires des Savants élramjers. — Le tome XX de ce Recueil a vingt- 
trois feuilles tirées. 

1) Les feuilles i à 10 renferment le Mémoire de M. Maïuilicim siu- le 
déplacement d'une figure de forme invariable. 

» Les feuilles 11 à 23 contiennent le travail de M. Tresca sur l'écoule- 
ment des solides (suite). 

)) Le Mémoire de M. le général Didion sur le tracé des roues lijdrau- 
liques à aubes courbes de M. le général Poncelet suivi a les Mémoires de 
MM. Maimheim et Tresca, et formera les feuilles 24 à 35, qui sont à cor- 
riger. Cinq planches accompagnent ce travail. 

)) Le tome XXI est également en cours d'exécution. le Mémoire de 
M. Van Tieghein, intitulé : « Sur la strntture du pistil et du fruit », se 
trouve en tète du volume et formera environ trente-deux feuilles. 

» Vingt-neuf feuilles sont en épreuves. Les trois dernières feuilles sont 
en placards. 

M Seize planches accompagnent ce Mémoire. 

» Comptes rendus de i Académie. — Le tome LXVIII [\" semestre 18G9) 
paraîtra prochainement avec sa Table. 

» Les numéros ont paru, chaque semaine, avec leur exactitude habi- 
tuelle. 



( 'G ) 

» Table (jénérale des Comptes niukis (tomes XXXII à LXl) ((3 janvier i85i 
à 3o décembre i865). — Cette Table a cent cinquante et une feuilles 
tirées, six feuilles eu bons à tiier et deux feuilles en composition. 

» Elle pourra être achevée et distribuée sous peu. 

» MM. les Membres de l'Acadénue ont reçu en avril un lirage provisoire 
de la « Table des Auteurs. » 

(^lumgcmci)ts arrivés parmi les Membres depuis le i"' ja/ix'ier 1869. 

Membres élus. 

» Sertion de Minémlcxjie : M. Dks Ct.oizicAi'x, le i5 novembre, en rem- 
|)lacemenl de M. d'Akciii.4C. 

)> Aradétniciem libres : M. A. Duméuil, le 4 janvier, eu remplacenieut 
de M. Fii. I>Ei,EssEiiT. 

Cliaiiyemeiits arrivés parmi les Corresponrlaiits 
depuis le i'^'' janvier 1869. 

Coricspondaiits décades. 

» Section de Chimie : M. BÉUAito, à .Montpellier, le 10 juin; M. T. (jii.i- 
iiAsi, à Londres, le iG septembre. 

» Section de Pliysi(iue cjénérale : M. Fobbics, à Edimbourg, le 3i dé- 
cembre 18G8. 

» Section de Minéralogie : M. Foukxet, à Lyon, le 8 jaiivier. 

» Set tion d'Analomie et Zoologie: M. Carus, à Dresde, eu 18G9; M. Qrov, 
à Brest, le 4 juillet ; M. Pi;bkinje, à Breslau, le 28 juillet. 

Cnircijxindiiiits élus . 

» Section de Mécaniijue : M. i,e M'" de Caligxï, à Versailles, le 3 mai, 
en remplacement de M. Berxakd^ décédé. 

I. Section (le Géogrojiliie et Nnvii^atimi : M. Livix«;stoxe, le i5 février, 
en remplacement de M. D. BAr.in:, décédé; M. Ciiazai.i.ox, à Desaignes. 
le 5 juillet, en remplacement de M. Givry, di'cédé- 

» Section de Chimie : M. Dessaigxes, à V^'iidôme, le y.fi juille!, eu rem- 
placement de M. SciitExisEix, décédé. 



( >7 ) 
» Section de Botanùjue : M. Prixgsheim, à Berlin, le 12 novembre, en 
remplacement de M. de Martius, décédé. 

» Section d' Economie rurale : M. Cornalia, h INIilan, le 23 août, en 
remplacement de M. Lindley, décédé. 

Corresjjo/idants à remplacer. 

» Section d'Jstrononiie: M.. Encke, à Berlin, décédé en septembre i865; 
I^!. Smyth (Amiral), à Londres, décédé en septembre i865; M. Petit, à 
Toulouse, décédé le 27 novembre i865; M. Valz, à Marseille, décédé le 
22 février 1867. 

» Section de Géographie et Navigation : M. d'Abbadie, élu Membre de 
l'Académie le 22 avril 18G7. 

■' Section de Physique générale : M. Marianixi, à Modéne, décédé le 
17 février 1867; M. Matteucci, à Pise, décédé le 20 juin 1868; M. Forbes, 
à Edimbourg, décédé le 3i décembre 1868. 

» Section de Chimie : M. Bérard, à Montpellier, décédé le to juin 18G9; 
M. T. Graham, à Londres, décédé le 16 septembre 1869. 

)) Section de Minértdogie : M. Merchison, élu Associé étranger, le 
aS mars 1868; M. Fourxet, à Lyon, décédé le 8 janvier 186g. 

» Section d' Jnalomie et Zoologie : M. Quoy, à Brest, décédé le 4 juillet 
1869; M. Carus, à Dresde, décédé en 1869; M. Pitrki.\je, à Breslau, dé- 
cédé le 28 juillet 1869. 

» Section de Médecine et de Chirurgie : M. Panizza, à Pavie, décédé le 
17 avril 1867; M. Lawrence, à Londres, décédé le 5 juillet 1867. 



MEMOIRES ET COMMIJIMCATIOIVS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

GÉOMÉTRIE. — Sur la démonstration relative à la somme des angles 
d'un triangle; par M. Bertrand. 

« En exposant devant l'Académie, dans la séance du 20 décembre der- 
niei-, la démonstration proposée par M. Caiton, relative à la somme des 
angles d'un triangle, je disais, dès les premières lignes : 

C R., 1870, \" Semestre. (T. LXX, No 1.) 3 



( i8 ) 

a La prétention de faire reposer la science sur le raisonnement seul, 
» sans y laisser intervenir le sentiment intime relatif aux idées d'espace, 
» semble absolument chinjérique; l'évidence, quoi qu'on fasse, doit être 
» invoquée. » 

» Celui qui prétend démontrer le postulatum d'Euclide s'adresse natu- 
rellement aux esprits assez difficiles pour n'eu pas admettre l'évidence, et 
cherche à leur montrer, dans le cas où ils refuseraient de l'accepter, des 
conséquences tellement absurdes, qu'il soit impossible à personne de s'y 
arrêter. 

» Cette manière d'envisager la question est formellement contestée par 
plusieurs géomètres fort distingués, qui m'ont fait l'honneur de m'écrire à 
ce sujet. Voici, car ils sont tous d'accord, le terrain sur lequel ils entendent 
se placer, en refusant absolument d'en sortir. 

» On admet sur la ligne droite quatre principes : 

>i 1° On peut d'un point à un autre mener une ligne droite, et l'on 
n'en peut mener qu'une; i" une ligne droite peut être prolongée indéfini- 
ment dans les deux sens; 3" deux portions de ligne droite peuvent coïn- 
cider; 4° 1^ ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. 
On suppose enfin qu'il existe une surface indéfinie nommée plan, et telle 
que toute ligne droite qui passe par deux de ses points y soit située tout 
entière. 

» Sur ces principes, on n'a pas d'explication à donner, ils sont la base 
delà science, il faut les accepter si l'on veut étudier la géométrie; mais cela 
fait, tout doit être démontré par des syllogismes dont les prémisses soient 
prises parmi les j)rincipes précédents, et toute phrase qui commence par : 
// est évident que... est absolument interdite, on n'en écoute pas la fin, et 
la démonstration où elle figiu'e est par cela même déclarée insuffisante. 
Rien nest évident, les principes énoncés ne le sont pas plus que le reste; on 
les admet : voilà tout, et l'on exerce sur eux sa logique. 

» On voit assez quelle déception attend auprès de tels juges ceux qui, 
comme M. Carton, s'efforcent de faire appel, sous inie forme dont l'évi- 
dence soit irrécusable, à ce sentiment intime relatif à la ligne droite, dont 
il est impossible d'affranchir le géomètre. 

» Le postulatum d'Euclide, dont, pour ma part, l'évidence me satisfait 
complètement, équivaut à cette idée, insé|)arable de celle de la ligne 
droite, qu'on peut exprimer en langage vulgaire, en disant que « la ligne 
» droite ne peut présenter aucune déviation, si légère qu'elle soit. » La 
démonstration de M. Carton suppose seidement que les lignes qui corn- 



( 19 ) 
posent sa figure ne sont pas entièrement crochues : c'est ce que no veulent 
pas accepter les contradicteurs assez nombreux qui m'ont fait l'honneur 
de m'écrire. 

» Voici l'objection qu'on lui adresse : Si l'on veut bien se reporter à la 
figure de la page 126g, t. LXIX, on y voit la ligne C, C2...C„_, qui s'étend 
indéfiniment au-dessus de la droite ABB|...B„, sans s'en écarter à une 
distance plus grande que la hauteur du triangle ABC; la ligne droite 
KDD,...D„_, , perpendiculaire à la hauteur de ce triangle, est tout entière 
au-dessus de la précédente. On conteste la possibilité de réiniir ces deux 
lignes par une droite C„_| n„_2, partant du point €„_, et ne pénélrant pas 
au-dessous de la première. Qui sait, dit-on, si, pour aller trouver cette ligne, 
tout entière au-dessus de CC,.. . €„_, , il n'est pas nécessaire de s'enfoncer 
d'abord au-dessous pour remonter ensuite, en coupant deux fois la ligne 
ce,... C„_,, qui n'est pus droite? 

» L'objection, il faut en convenir, est autorisée par les règles du jeu, 
telles que les ont faites les auteurs de la géométrie imaginaire. L'assertion 
de M. Carton conserve une entière évidence; mais le parti est pris et an- 
noncé d'avance de ne pas examiner ce genre de preuves. 

» Si l'on s'attache à l'idée essentielle de la démonstration, on peut, au 
lieu de disposer en ligne droite les n triangles égaux qiji y figurent, les 
placer arbitrairement sur le plan, et les renfermer ensuite dans un quadri- 
latère arbitrairement choisi. La démonstration s'achève ensuite en toute 
rigueur, et c'est ainsi que je l'avais rédigée d'abord. Mais on conteste alors 
la possibilité de former sur un plan un quadrilatère aussi grand qu'on le 
voudra. Les partisans de la géométrie imaginaire n'admettent rien. Ils ne 
contestent pas davantage; on fait appel à l'évidence, cela leur suffit, ils ne 
se chargent plus d'apprécier. 

» Si l'on insiste cependant en recherchant les conséquences absurdes de 
la supposition qud faut faire, ils les admettent sans hésiter, en disant : Les 
choses sont ainsi en effet dans la géométrie imaginaire. Entrons dans le dé- 
tail. Pour prouver que l'on peut, dans un plan, former un quadrilatère 
aussi grand qu'on voudra en surface, prenons une droite AB, aussi longue 
qu'on le voudra, élevons à ses extrémités, et du même côté, deux perpen- 
diculaires AP et BQ, égales entre elles et, de même que AB, aussi longues 
qu'on le voudra. Joignons PQ, n'cst-il pas évident que le quadrilatère ABPQ 
peut croître sans limite? 

» Non, répond-on, et, sans se retrancher dans la réponse sommaire : 
Rien n'est évident, dont on manitient pourtant la légitimité, ce/n n'est pas vrai, 

3.. 



( 20 ) 

dit -on , dans In (jéométrie imaginaire , et nous le savons depuis loncjtemps. La 
ligne PQ, pour aller directement (en ligne droite) de P en Q, doit suivre 
le contour PABQ, en se rapprochant de plus en plus des trois côtés PA, 
AB, BQ, à mesure qu'ils deviennent plus longs, et Je rectangle que vous 
avez voulu construire se compose de trois bindes extrêmement étroites 
dont la surface totale ne peut croître sans limite. Les angles en P et ten- 
dent vers zéro. 

M De tels exercices de logique sont fort intéressants, ils mettent en jeu 
de très-brillantes facultés intellectuelles, mais la science de l'étendue doit- 
elle s'en préoccuper? 

M Dnns cette affectation de pure logique, n'y a-t-il pas même une con- 
tradiction choquante? On admet que d'un point à un autre on ne peut 
mener qu'iuie seule ligne droite; cela ne se démontre ni ne peut se dé- 
montrer, cela est eï'iV/e»< (il faut bien se résigner à le dire), mais cela cesse de 
l'être dés que l'on admet les lignes droites contournées qu'exige la géo- 
métrie imaginaire. On répondra, je le sais, qu'il sagit d'une vérité de défi- 
nition, et qu'évidente ou non, on se borne à en suivre les conséquences; 
mais les autres principes sur la ligne droite sont aussi des vérités de défi- 
nition ; et n est-ce pas s'éc;irter de la saine logique que d'accumuler (l;ius 
une définition plus de conditions qu'il n'est nécessaire? 

» En résumé, les objections produites contre la démonstration de 
]\L Carton ne m'empêchent pas de la trouver ingénieuse et exacte, mais il 
n'a pas satisfait, il faut en convenir, aux conditions posées depuis long- 
temps par les partisans de la géométrie imaginaire, d'après lesquels il ne 
s'agit pas, pour eux, d'établir l'entière certitude d'une vérité, mais de la 
rattacher à certaines autres arbitrairement choisies à l'avance. 

B Je dois ajouter qu'une lettre, reçue hier seulement, me signale dans les 
Annales de Terquem, pour l'année 1849, luie démonstration semblable à 
celle de M. Carton, publiée il y a vingt ans par un géomètre italien, Miiia- 
relli, et qui en effet repose identiquement sur les mêmes principes. » 

CHIMIE. — De réial naissant; par M. H. Sainte-Claire Deville. 

(( Il est absoliuiient indispensable de donner à chacune des expressions 
dont on se sert dans les sciences, une définition précise et invariable. Le 
mot étal, usité en chimie, a particulièreuient besoin de recevoir nue accep- 
tion qui ne permette plus de l'employer dans un sens vague et indécis, 
d'où résultent presque nécessairement des itlées toujours confuses et sou- 



( 21 ) 

vent fausses. On doit entendre d'une manière générale par étal d'un corps 
l'ensemble de toutes les propriétés dont il est doué, y compris sa composi- 
tion, ou la propriété qu'il possède d'être réduit par l'analyse à un ou 
plusieurs corps déterminés. Aujourd'hui un très-grand nombre de sub- 
stances peuvent se présenter sous des états différents qu'il est encore bon 
de définir dans chaque cas particulier. Un corps simple n'est caractérisé 
que par les composés qu'il est susceptible de fournir, et non plus, comme 
autrefois, par certaines propriétés spécifiques et invariables. Les grandes 
découvertes de la science moderne, depuis Milscherlich, ont en effet prouvé 
qu'un corps simple peut présenter plusieurs états allotropiques, suivant 
l'expression de Berzélius : le nombre de ces états est illimité. Ainsi nous 
appelons p/i05p/iore un corps simple qui, en se combinant avec l'oxygène, 
donne de l'acide phosjihorique. Mais quand on étudie le phosphore lui- 
même, on voit qu'il possède divers états. Un certain nombre de propriétés 
constitue le phosphore rouge deSchrotter; un autre ensemble constitue le 
phosphore blanc. Si l'on prend le soufre dont les états si nombreux ont été 
observés avant les états du phosphore, on rencontre dans la multiplicité 
des propriétés si différentes des divers soufres, dont le plus intéressant a été 
découvert par mon frère, l'argument le plus puissant qu'on puisse fournir 
aux partisans de l'unité de composition de la matière. 

» Le mot état, quand il est appliqué aux diverses manifestations d'un 
corps composé, l'état isomérique par exemple, se définit, comme l'état 
allotropique, par l'ensemble des propriétés du corps composé que l'on con- 
sidère. 

M Maintenant, que peut signifier ce qu'on appelle Vélat tinissant d'un 
corps quelconque? Pouvons-nous donner à cette expression une définition 
précise, même en la détournant de ce sens vague qu'on lui prête aujour- 
d'hui? Je ne le crois pas : l'état naissant représenterait un ensemble de 
propriétés n'appartenant à un corps simple ou composé qu'au moment pré- 
cis où celui-ci se sépare d'une combinaison quelconque. Ne voit-on pas 
de suite que, ces propriétés étant nécessairement inconnues, celles que 
nous supposons exister introduisent dans nos explications un cercle vicieux 
ou l'intervention d'une cause occulte. 

» Un corps, au moment oii il sort d'une combinaison, est né ou n'est 
pas né. Il ne peut en même temps être combiné et non combiné, simple 
et composé; il ne peut être naissant. On ne suppose un état naissant que 
pour prêter à la matière un système de propriétés arbitrairement choisies 
afin d'expliquer des faits qui n'en sont pas plus clairs. Je vais essayer de 



( " ) 

démontrer par des expériences et par quelques raisonnements que cette 
fiction est inutile, et par- suite nuisible à la science. 

» En général on fait intervenir l'état naissant pour expliquer des phéno- 
mènes qui se passent dans le sein de liquides, où des échanges d'éléments 
s'effectuent entre des matières dissoutes? Qui peut dire quel est l'état d'agré- 
gation de ces éléments dans de pareilles conditions? Qui sait, par exemple, 
dans un mélange d'acide chlorhydrique et d'acide nitrique répandu dansune 
certaine quantité d'eau, quels sont les liens qui unissent ensemble les élé- 
ments : chlore, azote, hydrogène, oxygène? Dans un précédent travail (i), 
j'ai montré que des différences d'état physique du même ordre ne permet- 
taient pas plus de supposer l'existence de l'acide sulfurique et de la potasse, 
dans le sulfate de potasse dissous, qu'il n'est possible aujourd'hui d'iden- 
tifier le phosphore rouge et le phosphore blanc, le soufre octaédrique ou 
prismatique et le soufre insoluble. Les mêmes raisons, fondées surtout sur 
le dégagement de chaleur produit au contact de l'eau avec l'acide chlorhy- 
drique et l'acide nitrique et sur la chaleur de contraction de ces matières 
au moment de leur mélange, ne nous permettent guère de préjuger l'état 
de ces acides dans de pareilles dissolutions. Puisque cet état est inconnu, 
il n'est pas rationnel de supposer qu'il puisse changer au contact d'une (}ua- 
trième substance, jîour prendre pendant un temps indéfiniment court une 
forme également inconnue : l'état naissant. Je vais développer cette pensée 
et montrer que toutes ces hypothèses sont inutiles, en m'appuyant sur 
une série de phénomènes qu'on rapporte ordinairement à l'état naissant. 
J'étudierai donc l'action que le zinc exerce sur des dissolutions d'acide 
sulfurique, ou d'acide chlorhydrique et d'acide nitrique, le résultat final 
étant la production du sulfate, du nitrate ou du chlorure de zinc, et la 
formation de l'ammoniaque. 

M On lit dans le Traité de Chimie de M. Regnault (t. I^ p. 1^3) les lignes 
suivantes, qui représentent bien, à mon sens, l'opinion actuelle sur les 
phénomènes que je viens de citer : 

Quand on dissout du zinc dans de l'acide azotique étendu d'eau, la liqueur se trouve 
renfermer une quantité notable d'azotate d'ammoniaque. Cette formation s'explique de la 
manière suivante : en disf.olvant du zinc dans de l'acide azotique Irès-étendu d'eau, il se 
dégage du gaz hydrogène, et il se forme de l'azotate d'oxyde de zinc; la réaction est la même 
que celle qui a lieu au contact du zinc et de l'acide sulfurique étendu d'eau. Si l'on traite, 
au contraire, le zinc par l'acide azotique concentré, le zinc s'oxyde aux dépens d'une portion 



(i) Sur C affinité : Lerniis de la Société cliiniiqne ; Hachette. 



( 23 ) 
de l'acide azotique. Il se forme encore de l'azolatede zinc, et il se dc'gage de l'azote et des 
oxydes de l'azote. Enfin si l'on traite le zinc par l'acide azotique d'une concentration 
moyenne, les deux réactions ont lieu à la fois, le zinc s'o.xyde aux dépens de l'oxygène de 
l'eau et aux dépens de l'o.xygène d'une portion de l'acide azotique ; et il se sépare un mélange 
d'hydrogène et d'azote. Ces deux gaz, se rencontrant à l'état naissant dans la liqueur, se 
combinent alors et produisent de l'ammoniaque. Aussi trouve-t-on une grande quantité 
d'ammoniaque dans la liqueur. On obtient une quantité encore plus grande d'ammoniaque 
en dissolvant le zinc dans un mélange d'acide sulfurique et d'acide nitrique étendu d'eau. 
On verse d'abord la dissolution d'acide sulfurique sur le zinc, puis on ajoute, goutte à 
goutte, l'acide azotique jusqu'à ce ijiie le dégagement de gaz hydrogène cesse entièrement; 
le zinc continue à se dissoudre sans df gagement d'hydrogène, qui reste en entier dans la 
liqueur à l'état d'ammoniaque. 

Nous constaterons par la suite un grand nombre de faits semblables. Des gaz qui ne se 
combinent pas, lorsqu'on les mélang^e à l'état gazeux, se combinent souvent au moment où 
ils deviennent libres dans une dissolution. On dit alors qu'ils se combinent à l'état naissant. 

» i" Je commencerai par démontrer que jamais, dans aucune circon- 
stance de température ambiante ou de concentration, l'acide nitrique ne 
peut donner de l'hydrogène au contact du zinc et que la quantité d'ammo- 
niaque produite est absolument itulépcndante de l'état de concentration 
de l'acide. 

» Je prends de l'acide nitrique pur, contenant 48,3 poiu' loo d'acide 
anhydre, je le dissous dans de l'eau distillée, bouillie et refroidie dans de 
l'acide carbonique, de manière à chasser aussi complètement que possible 
l'air dissous dans la liqueur; j'y introduis du zinc, en ayant soin d'écarter 
entièrement l'action de l'air. 

» Le vase dans lequel je fais l'expérience étant absolument plein et 
fertile, la dissolution du zinc s'effectue sans qu'il y ait dégagement visible 
de gaz ; mais si je fais bouillir la liqueur dont j'ai s-^paré le zinc, ce gaz 
devient apparent : c'est du protoxyde d'azote sans bioxyde. Ainsi une 
dissolution contenant, pour 600 grammes d'eau, i^', 20 d'acide hydraté 
ou 08'', 58 d'acide anhydre (jjrr)» dissout le zinc avec production de aS cen- 
timètres cubes de protoxyde d'azote et formation d'une quantité notable 
d'ammoniaque. 

» Le protoxyde ainsi obtenu pouvait bien contenir un peu d'azote, mais 
ne renfermait pas trace d'hydrogène. En mettant en contact avec au zinc 
une liqueur contenant 20 grammes d'acide hydraté, ou 9^*^,66 d'acide an- 
hydre, mélangé avec 800 parties d'eau (-jV)» •' ^^ produit à l'ébullition, en 
outre de lazotate de zinc et de l'azotate d'ammoniaque, im gaz ayant un 
volume de 4^0 centimètre cubes et contenant les éléments suivants : 



( 24 ) 

Bioxvde d'azote 58,8 

Protoxyde d'azote 'j ,6 

Azoti' 3o , 2 

Oxygène (accidente) ) 3,4 

ioo,o 

M Dans ces expériences et dans d'autres plus nonibreiises, que je réserve 
pour un Mémoire détaillé, je n'ai pu trouver aucune trace d'hydrogène. 

» Aucune expérience ne nous permet, aujourd'hui, de déterminer la cha- 
leur de combinaison de l'azote avec l'oxygène, correspondante à la forma- 
tion de I équivalent d'acide azotique étendu. Les expériences que je viens 
de décrire nous autorisent à conclure que celte quantité de chaleur est 
moindre que 34462 calories, chaleur de combinaison de i équivalent d'hy- 
drogène avec 1 équivalent d'oxygène. Les travaux de M. Favre nous ap- 
prennent que la chaleur nécessaire jjour transformer i équivalent d'acide 
nilrique étendu en bioxyde d'azote et oxygène est égale à 20 655 calories, 
nombre bien inférieur à 34 4^2 calories nécessaires |)our décomposer r équi- 
valent d'eau. Ceci explique comment l'oxydation du zinc s'effectue unique- 
ment aux dé[K'ns des éléments do l'acide azotique, dans ce cas particidier 
où le produit de la réaction est du bioxyde d'azote. 

» 2" Voyons maintenant quelles sont les circonstances qui accompagnent 
la foriuation de l'azotate d'ammoniaque dans la réaction du zinc sur l'acide 
nitrique. 

» Quand on tiaite du zinc par ini excès d'acide nitrique, on obtient dans 
la licpieur de l'acide nitreux ( \zO^) (1), du bioxyde d'azote en petite quan- 
tité (à cause de son insolubilité) du protoxyde d'azote en quantité souvent 
considérable [à cause de son coefficient élevé de solubilité (v,")], de l'azote 
en très-faible proportion et enfin de l'anunoniaque. Il est clair qu'il ne se 
dégage à l'état de gaz que les éléments insolubles dans la liquctu-, ou dont 
elle est saturée. 

» L'explication de tous ces phénomènes peut être donnée sans auciuie 
hypothèse et sans faire intervenir l'idée d'im état particulier ou naissant 
de l'hydrogène, lequel, on le sait maintenant, ne peut jamais être fourni 
par la réaction. 

» Le flégagpinent de l'azote dans la réaction du zinc sur l'acide nitrique 



(1) Je rappellerai que M. Terreil a coiislaté déjà la ])résence de l'acide nitrcnx dans la 
li(liieiii' acide et a fait à ce piopos des observations iiien inléiessanles, dont je i<;.'ieHc de ne 
pouNoir parler ici. 



( 25 ) 

s'explique ordinairement par la formule suivaiiie : 

5Zn + 6AzO= = 5 (ZnO, AzO'' j + Az. 

» Eu simplifiant, un seul équivalent d'acide nitrique supposé anhydre 
se décompose en présence de 5 équivalents de zinc, de sorle que, dans la 
liqueur, où l'acide nitrique peut être considéré comme bihydralé 
(AzO'j 2 HO), si l'on enlève à ce système 5 équivalents d'oxygène, il restera 

AzH^O- = |(AzO', AzH'O), 

c'est-à-dire de l'azotite d'ammoniaque. L'expérience prouve qu'une |)artie 
seulement de cet azote reste combinée avec les éléments de l'eau, l'autre se 
dégageant sous forine gazeuse, ce qui rend compte de la formation, dans 
la liqueur, de l'acide lùtreux, de l'azote et d'une |)artie de l'ammoniaque. 
» Le dégagement de protoxyde d'azote s'inlerpiéle par la formule 

4Zn + 5AzO' = 4 (ZnO, AzO') + AzO. 

» En simplifiant, i équivalent d'acide nitrique supposé aniiyiire se dé- 
compose en présence de 4 écpiivalenls de zinc, de sorle que l'acide ni- 
trique pouvant être considéré dans la liqueur comme Irihyd raté (AzO', 2 HO), 
si l'on enlève à ce système 4 équivalents d'oxygène, il restera 

AzH='0' = |(AzO^ AzH% O), 

c'est-à-dire du nitrate d'ammoniaque. L'expérience prouve qu'une partie 
seulement du protoxyde d'azote (AzO, H'-O^) reste combinée avec les élé- 
ments de l'eau, l'autre se dégageant sous forme gazeuse ou restant dissoute, 
ce qui rend compte de la formation du protoxyde d'azo(e et d'iuie portion 
de l'ammoniaque. 

» Dans ce genre d'explications, qui n'exige l'hypothèse d'aucun état nou- 
veau et inconnu de la matière, l'ammoniaque proviendrait des éléments de 
l'acide nitrique bihydraté; le nitrite d'ammoniaque (AzO'H') et le nitrate 
d'ammoniaque (AzO' H") sont considérés conu)ie deux termes de désoxy- 
dation de l'acide nitrique à 1 équivalents d'eau (AzO'lP). 

i> L'azote et le protoxyde d'azote pourraient aussi provenir d'une dé- 
composition incomplète ou dissociation du' nitrite et du nilrale d'ammo- 
niaque, si instables de leur nature (i). J'ai eu occasion de faire voir comment 



SiiiioiU dans un courant de gaz. [loir les expériences de iM. Gcriiez.) 

C. K., itjo, l'f ^emcslre. (,1, LXX, ^o 1.) 4 



( .6 ) 
la diffusion des sels dans l'eau (i) pouvait en provoquer la dissociation. 
Les grands travaux de Graliam sur la diffusion et la dialyse en sont une 
preuve manifeste. Les dernières expériences de M. Marignac l'auiènent à la 
même cojiclusion. 

» Tous ces phénomènes rentrent donc dans la classe de ceux que nous 
connaissons, et que nous exi)l!quons sans hypothèses spéciales. 

M 11 me leste encore à montrer dans quelle proportion l'ammoniaque 
et le protoxyde d'azote, l'azote et l'acide azoteux se produisent dans une li- 
(pieur où la com[)Osition, la température et la tension des gaz dissous sont 
connues. J'ai fait un grand nombre de déterminations de ce genre, dont les 
résultats ne peuvent trouver place dans cet extrait, au moyen d'appareils 
assez compliqués qui seront déciils dans lui Mémoire détaillé. J'ai traité le 
zinc successivement par looo grammes d'eau contenant 2, ^,6,..., -îo grammes 
d'acide nitrique anhydre. Voici les tabieux de la première et de la dernière 
expérience, où je ramène les quantités de zinc dissous à l'équivalent 33, et 
dans lesquels je détermine les quantités de zinc que chacun ties éléments 
trouvés dans la liqueur a transformé en oxyde : 





Acldo 


anhydre ... 


2 


Acide 


anliydre. . . . 


20 




Eau - . 




, 1000 

Acide 


Ean.. 
Quaiililcs 


Zinc 


1000 




Quantités 


Zinc 


Acide 




produites. 


oxydé. 


consommé. 


produites. 


osydé. 


coiisoninie, 


Ammoniaque 


. 0,825 


12,81 


2 ,62 


0,826 


12,83 


2,63 


Azote 


. 1,004 


11,83 


3,87 











Protoxyde d'azote. . 











1 ,888 


11,33 


4,63 


Acide azoteux 


. 4,8i3 


8,36 


6,84 


5,095 


8,84 


7,23 



33,00 i3,33 33,00 . i4i49 

» Mes expériences prouvent que la quantité d'anunoniaqtie, la quantité 
de zinc dont celle-ci, en se formant, a provoqué l'oxydation et la quantité 
d'acide nitrique aidiydre qui lui a fourni l'azote ne varient pas beaucoup 
quand la richesse en acide de la dissolution varie. La quantité d'azote décroît 
et la quantité de protoxyde d'azote croît lorsque la concentration de la li- 
quetu' augmente. 

» Dans tuic procliainc Comnninicatioii, je ferai conuaîli-e les résidtals 
d'ini trè-s-graiid nombre d'expériences et de déterminations numériques re- 
latives à l'action du zinc et des métaux siu- les mélanges de l'acide sulfu- 
rique et les acides hydrogénés. » 

(1) Voir Leçons devant la Société chimique (1866, Hachette', mr lu dissocialinn, 
pages 269 et suivantes. 



f 27 ) 

M. LE Secrétaire perpétuel donne lecture d'une Lettre (|ui lui a été 
adressée p;ir le P. Secrhi, le 20 décembre dernier. Cette Lettre est relative 
aux idées émises par M. Gouid siu- la constitution de l'auréole solaire, et 
aux modifications t|ue présentent les si^ectres des gaz traversés par les cou- 
rants induits, quand on les observe dans des ttdjes consécutifs de différents 
diamètres. Cette Lettre, qui doit être accompagnée de planches dont la 
gravure exige un certain temps, ne pourra être insérée que dans l'un des 
prochains numéros des Comptes rciuliis. 

NOMINATIONS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination li'un 
Correspondant, pour la Section de Physique, en remplacemeiU de feu 
M. Marianini. 

Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 44, 

M. Helmholtz oblient jj suffrages. 

M. Kirchhoff 3 » 

M. W. Thomson 2 » 

M. Angstrôm i » 

M. Mayer i » 

M. Helmholtz, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro- 
clamé élu. 

MÉMOIRES PIIÉSENTÉS. 

MiicANiQfJE APPLIQUÉE. — Mémoire Sur le poinçonnage des mëlmix el des 
mcUières plaslupies; par M. Tresca. (Extrait par l'Auteur.) 

(Commission précédemment nommée : MM. Moriu, Combes, 
de Saint-Venant. ) 

« Dans le Méinoire que nous avons eu l'honneiu' de présenter à l'Aca- 
démie le 26 mai dernier, nous avons cherché à établir la théorie mathé- 
maticjue de la déformation des corps solities, amenés, par une compression 
suffisante, au delà de la limite d'élasticité, et nous avons fait n tn,a'C|uer 
que ces solides se comportaient alors comme si le travail de charpie iléfor- 
mation élémentaire était toujours proportionnel au déplacemeni corres- 
pondant. 

4.. 



( 28) 
» Nous avons en même temps (.lôinoiitié, par les résullals de noin- 
hreiises expériences de poinçonnage, faites sur le plomb, que le coefficient 
caractéristique de la pression par mètre carré, qui amené cet état de flui- 
dité, est précisément égal à la résistance au cisaillement, également rap- 
portée au mètre carré. Enlin, nous avons déduit de cette théorie qu'en 
désignant par R le rayon d'un bloc cylindricjue, par R, le rayon du poin- 
çon que l'on y f^'t pénétrer de paît en part, par L la longueur de la dé- 
bonchure expulsée, cette longueur doit satisfaire à la formule 



L = R, 



lo^i)- 



» Cette fonction géométrique ne contient pas de terme relatif à la hau- 
teur du bloc et, sous sa forme générale, elle ne suppose aucune hypothèse 
sur la nature delà matière soumise au poinçonnage. 

» Cette circonstance a appelé l'attention des Commissaires auxquels vous 
avez bien voulu renvoyer l'examen de notre Mémoire, et , avant de leur 
affirmer que la nature de la matière n'a aucune influence sur la lon- 
gueur de la débouchure, il est devenu indispensable de faire une série 
d'expériences sur diverses substances, afin de nous assurer si les lon- 
gueurs / des débouchures obtenues confirmeraient, dans tous les cas, la 
valeur numérique I^ tirée île la formule. 

» Nous avons ainsi été conduit à opérer sur la cire à modeler, les pâtes 
céramiques plus on moins sèches, le plomb, l'étain, le cuivre et le fer, 
et nous nous proposons, dans ce nouveau travail, de faire connaître les 
résultats de tous ces essais. 

» Les expériences nouvelles, faites spécialement dans le but de la véri- 
fication qui nous a été demandée, sont au nombre de vingt-six, mais nous 
avons pensé qu il ne fallait pas les isoler de toutes les expériences anté- 
rieures qui, au nombre de quinze, pouvaient nous fournir d'autres élé- 
ments de comparaison. Dans le tableau suivant nous mettons, en rei^ard 
les uns des autres, tous les éléments numériques de comparaison déduits 
de ces quarante et une expériences. 



29 ) 



TABLEAU DES EXPÉRIENCES. 



K"» 


Hauteurs 


Rayons 


Rayons 


(les 


des 


dus 


des 


expér. 


blocs, 
H. 


blocs, 
R. 


poinçons 
R,. 



Lonf^ueurs 

Rapporta des Valeurs 

, de R (lebouchures, observées 

à R,. /. de/:R^. 

Cire a modeler. 



1.... 


o,o5i 


0,0255 


,oo5 


5,1 


0,012 


2,2 


2. . . 


. o,o49 


,o3oo 


o,oio 


3,0 


0,023 


2,3 


3. .. 


0,070 


o,o5o5 


0,020 


2 , 525 


0,0345 


1,725 


/|.. . . 


o,o5o 


0,025 


o,oio 


2,5 


0,01 53.5 


1,525 



Rapporls 
Valeurs entre les 
calculées colonnes 
deL:R,. G et 7. 



2,62g 0,913 

2 , 098 I , 097 

I ,926 0,895 

I ,916 °»795 



Pâtes céramiques. 
Terre h porcelaine. 



Moyenne o>925 



5 


• . "49 


0,029 


0,010 


2,9 


0,023 




2,3 


2 , 064 


T,..4 


6. . . 


, 06 1 


o,o5o5 


0,020 


2,525 


0,045 


Moy 


2,25 

enne. . . 


1,926 


1 ,168 




.,.4. 










Terre à ftiïence. 






7 . . 


0,070 


o,o5o5 


0,010 


5,o5 


0,029 




5,9 


2,619 


1 ,107 


8. .. 


. o,o48 


0,028 


0,010 


2,8 


0,024 




',4 


2 , 029 


1 ,o52 


9. . . 


. 0,072 


o,o5o5 


0,020 


2,525 


o,o4i 




2,o5 


1,926 


1 ,064 


10. . 


. o,ot)5 


0,040 


0,020 


2,0 


0,042 


Moy 


2,10 
enne. . . 


1 ,693 


1,2.40 




1 ,116 










Terre n brique. 






ï ^ 


11. . 


0,070 


, o5o5 


o,oi5 


3,367 


o,o35 




2,333 


2 , 2 1 3 


I ,o54 


12. . 


0,070 


o,o5o 


o,oi5 


3,333 


0,082 




2 , 2o4 


2 , 2o4 


0,968 


13. . 


o,o5i 


,026 


0,010 


2,6 


0,0205 




.,955 


1,955 


.,o48 


14.. 


. 0,072 


o,o5o5 


0,020 


2 , 525 


o,o4o5 




1,926 


I ,926 


I ,o52 


15. 


o,o5o 


, 025 


, r 


2,5 


0,0235 




1,916 


1,916 


1 ,226 


16. . 


, 052 


0,025 


0,010 


2,5 


, 1 85 


Moy 


1,916 

enne . . . 


1,916 


0,965 
I ,o52 










Plomb. 










17... 


. o,o3o 


0,060 


o,oo5 


12,0 


o,oi5 




3 ,0 


3,485 


0,861 


18... 


0,0295 


o,o55 


o,oo5 


II ,0 


o,ot5 




3,0 


3,398 


o,883 


19... 


o,o5o 


o,o5o 


o,oo5 


10,0 


o,oi5 




3,0 


3,3o3 


0,909 


20... 


. 0,073 


0,060 


,010 


6,0 


o,o3o 




3,0 


2,792 


1,074 


21... 


o,o5o 


0,060 


0,010 


6,0 


0,028 




2,8 


2,792 


I ,oo3 


22.. . 


• 0,0277 


o,o55 


0,010 


5,5 


0,0235 




2,35 


2,704 


0,868 


23... 


, o65 


o,o5o 


0,010 


5,0 


0,026 




2,6 


2 , 609 


0-997 


2i... 


0,070 


(),o5o 


0,01 


5,0 


,0259 




2,59 


2 ,609 


0,993 


25... 


. 0,070 


, o5o 


0,010 


5,0 


0,026 




2,6 


2,609 


o>997 


26. . . 


0,060 


o,o5o 


, 1 5 


3,33 


0,034 




2,27 


2,2o4 


1 ,02y 



( 3o ) 

NOS. H li P, R:H, ' '"-K, L:n, Rappoiis. 



27... 


m 

. 0,034 


o,o3o 


0,010 


3,0 


0,023 


2,3 


2,098 


1 , 096 


28... 


, 060 


o,o5o5 


,020 


2,525 


0,039 


'.95 


1,926 


I ,012 


29.. . 


0,070 


o,o5o 


0,020 


2,5 


0,0399 


'.995 


1,916 


1,041 


30. . . 


, 060 


,OÎjO 


,020 


2,5 


0,039 


1 ,9^ 


1,916 


1,017 


31... 


, 060 


o,o5o 


, 020 


2,5 


o,o38 


1,90 


I ,916 


0,992 


32. . . 


o,o5o 


,025 


0,010 


2,5 


0,020 


2,0 


1,916 


1,043 


33. . . 


o,o5i 


0,ct)2 


0,025 


2,48 


o,o46 


.,84 


1,908 


0,964 


34... 


. 0,070 


o,o5o 


0,025 


2,0 


0,042 


1,68 


I ,693 


0,992 


3o... 


0,070 


o,o4o 


,020 


2,0 


0,037 


1,85 


1,693 


0,093 


36. . . 


• 0,070 


o,o5o 


o,oa5 


2,0 


0,042 


1,68 


1 ,693 


o,99-'- 


37... 


0,100 


o,o5o 


0,025 


2,0 


0,043 


1,72 


. ,693 


1 ,016 


38... 


0,023 


o,oi85 


0,010 


1,85 


0,016 


1 ,60 
ivcnnp . . . . 


1,6,4 


0,99' 
0,994 










Étain. 








39.. . 


o,o5o 


0,025 


0,010 


2,5 
CuiVUE 


0,0201 


2,01 


1,916 


1 ,048 


40... 


o,o5o 


0,025 


0,010 


2,5 

Fer. 


0,022 


2,2 


1,916 


i,'47 


41... 


o,o385 


o,o4o 


0,0175 


2,285 


,o325 

Moyenne 


1,856 
générale . , 


1,82,5 


1,017 




1 ,020 



» Les nombres inscrits dans les différentes colonnes du tableau qui pré- 
cède s'expHquent suffisamment par eux-mêmes-, il nous suffira d'indiquer 
que les longueiu'S /, mesurées sur les débouchures, sont celles de la paroi 
cylindrique, abstraction faite de la convexité de la calotte. Lorsque celte 
hauteur n'était pas la même sur toutes les génératrices, par suite d'un dé- 
faut de symétrie, on a pris chaque fois la moyenne des hauteurs mesurées 
sui' plusieurs génératrices différentes. 

M Les résultats sont tous parfaitement probants au point de vue de la 
longueur théorique de la débouchure. 

» La cire à modeler nous a donné des débouchures un peu plus courtes 
que ne l'indique la formide, dans le rapport de 0,926 à 1,00. Les pcâles céra- 
miques ont presque toujours donné lieu à un coefficient de correction plus 
grand que l'unité 

» Les expériences sur le plomb sont toutes très-concordantes, et le coef- 
ficient moyen 0,996 vérifie la loi indiquée avec une précision que nous n'au- 
rions su prévoir. La moyenne des trois expériences faites sur l'élain, le cuivre 
et le fer donne 1 ,062 pour la valeur du rapport entre les longueurs observées 



( 3. ) 
rt les longueurs calculées par la formule; le plus graïul écart a eu lieu pour 
le cuivre, qui n'a pu être poinçonné qu'on opérant plusieurs recuils. 

» Pour mieux faire ressortir encore les résultats de cette comparaison, 
nous avons représenté, sur une même figure, Ions les rapjiorls /". R,, en 
prenant pour abscisses les différentes valeurs de R : R , . La courbe théorique 
dont l'équation est 

est figurée à la même échelle, et l'on y voit, d'un seul cou|) d'œil, com- 
ment toutes les valeurs particulières du rapport ZlR, sont grou[)ée5 sur le 
l)arcours de cette courbe théorique. 

M Cette représentation de tous les résultats sans exception nous permet 
de formuler, comme conclusion, que, pour toutes les matières susce|)tibles 
d'élre poinçonnées, et lorsque la hauteur du bloc est suffisante pour que 
le poinçonnage ne consiste pas en un simple découpage, la longueur de la 
débouchure est réellement donnée par notre formule théorique, et la véri- 
fication à posteriori que nous venons d'en faire nous permet d'atfiriDer avec 
une nouvelle confiance toutes les bases de notre théorie de la déformation 
des corps solides. 

» La mesm-e des efforts exercés pour effectuer les divers poinçonnages 
nous a fourni facilement la valeur de la résistance au cisailleinent, pour les 
trois métaux qui terminent la série : cette résistance par mètre carré, cal- 
culée avec l'ensemble de tous les éléments, est la suivante : 

Ploml) I 830 000''" 

Étain pur . 2 090 000 

Alliage de plomb it dClain. . . 3390000 

Zinc .... 9 000 000 • 

Cuivre 18 980 000 

Fer 3; Syo 000 

GKOMiniîlK. — Sur le postulalum d'Euclide. Note de M. Lion.vet, 
présentée par M. H. Sainte-Claire Deville. 

« La démonstration de M. Carton exposée par M. J. Bertrand, dans la 
séance du 20 décembre dernier, n'est que la reproduction de celle de 
M. C. Minarelli, laquelle avait été communiquée par M. A. Genocchi, de 
Turin, à M. Terquem, qui l'a fait insérer dans les Nouvelles Annales de 
Malhémolicjues^ l. VIII, p. 3i2. Mais une objection que j'ai insérée dans le 
même Recueil en janvier i85o, t. IX, p. ^7, est restée sans réponse. 



( 32 ) 

» Peu de temps après, la même objection fut aussi communiquée a 
M. Terquem par M. Le Resgue, M. Breton (de Champ) et M. Finck. » 

M. Flf.ury adresse, de Marseille, une Note relative à la même démons- 
tration. Il pense avoir prouvé, dans son Mémoire siu" - La géométrie 
affranclne du postulahim d'Euclide », que ce jioshdalwti n'est pas démon- 
trable, même en accordant comme évidentes ou démontrées, non-seule- 
ment la proposition sur la somme des angles d'im triangle, mais toutes les 
vérités géométriques. 

Ces deux dernières ISotes sont renvoyées à l'examen de la Commission 
noiiuDée pour la cpiestion de la théorie des parallèles. 

CORRESPOM)Al\CE. 

M i,E Ministre nv. l'Instruction publique adresse l'amplialion de l'extrait 
d'un Décret impérial, rendu le 27 décembre 1869, par letpiel, entre autres 
dispositions, l'Académie est autorisée à accepter le legs qui lui a été fait 
par M. Laccize, pour la fondation de trois prix, de dix mille francs chacun, 
à décerner tous les trois ans. Ces trois prix devront être déternés, l'un à 
l'auteur de l'ouvrage qui aura le plus contribué aux progrès de la Physio- 
logie, l'autre à l'auteur du meilleur travail sur le Physique, le troisième à 
l'auteur du meilleiu' Ir.ivail sur la Chimie ; les étrangers élant admis à con- 
courir pour chacun d'eux. 

M. LE Ministre de l'Agriculture et du Commerce adresse, pour la Bi- 
bliothèque de l'Institut, un exemplaire des n"* 5, 6 et 7 du Catalogue des 
brevets d'invention |)ris en 1869, et le tome LXVIII de la Collection des 
brevets. 

M. le Ministre de la Guerre adresse, par l'intermétliaire de M. Lairey, 
un exemplaire du nouveau Formulaire pharmaceutique des hô|ilaux mili- 
taires, ouvra;:e rédigé, sous la direction du Conseil de santé des armée:-., 
])ar une Commission de médecins et de pharmaciens militaires, et public 
aux frais de son département. 

M. Zastedeschi, dans une Lettre adressée à M. le Secrétaire perpétuel, 
donne «le nouviaux détails sur la manière dont il conçoit que les pulsa- 
tions du courant électrique transmises d'Européen Amérique par le Hl inté- 
rieur du câble lélégrapliique peuvent être ramenées en Europe par l'ainia- 
tnie métallique extérieure du même câble, et venir se répéter et s'écrire 



( 33 ) 
au point de ilépart, comme elles le font au point d'arrivée. 11 ajoute que, 
dans une expérience de cabinet faite avec des fils immergés dans l'eau, 
sur 4 mètres de longueur, il est jjarvenu à rendre manifeste le synchro- 
nisme des pulsations électricjues et des Aeux appareils écrivants que les fils 
réunissaient. 

HYDRODYNAMIQUE. — Essfii suK (a théorie de l^ écoulement d'un liquide par un 
orifice en minre pnroi. Note de M. .1. Boussinesq, présentée par M. de 
Saint- Venant. 

B M. de Saint-Venant a obtenu [Comptes rendus, t. LXVIl, 20 et 27 juil- 
let 1868, et t. LXVIII, 1 et 8 février 1869) l'expression des vitesses cpie pren- 
nent les divers points d'un corps ductile contenu dans un vase rectangulaire 
ou cylindrique à fond horizontal, lorsque ce corps s'écoule, sous la pression 
d'un piston, par un orifice de forme pareille à celle du vase, ouvert au 
milieu du fond; et lorscju'on admet, outre l'hypothèse de la conservation 
des volumes, cpie les conqjosantes de ces vitesses suivant trois axes fixes de 
coordonnées rectangles x, y, s, sont égales aux dérivées en x, j, z d'une 
fonction », ou plus généralement à ces dérivées multi|iliées chacune par 
une constante arbitraire, et que la vitesse verticale en chaque point de l'ori- 
fice est connue à tout instant. Je me propose de trouver nue expression pa- 
reille des vitesses, mais en me boiiiant au cas d'un liquide pesant, et eu 
admettant que l'orifice, de forme cjuelcouque et pratiqué dans une mince 
jiaioi plane de direction également quelconque, à une distance assez grande 
des bords de celte paroi, ait ses dimensions très-petites par rap|)ort à 
celles du fluide contenu dans le vase. I/cxpérieiice prouve que la vitesse 
(le la veine est alors, à qnelc[ues centièmes près de sa valeur, donnée par 
la lègle de Torricelli, et que, par suite, les frottements ont assez peu d'in- 
fluence pour qu'on puisse admettre le principe de l'égalité dépression, et 
appliquer ce théorème, démontré par Lagrange el Canchy, que, si les vi- 
tesses initiales de la masse fluide ont été nulles on produites par tles pres- 
sions exercées à sa surface, les coiu])osantes u, v, w de la vitesse V seront 
à toute époque les dérivées eu x, j, z d'une fonction ?p. 

» Je prendrai pour origine le centre de gravité de l'orifice, et une per- 
pendiculaire à son plan, dirigée vers l'intérieur ùu vase, ppiir axe des z; 
de plus, j'appellerai, à l'époque t, /{x^.y) la valeur de — iv pour z=ro, 
valeur nulle, excepté aux points de l'orifice. La fonction (p devra : 1° véri- 
fier l'équalion de continuité ou d'incompressibilité A2<j?=o; 2" avoir ses 
dérivées en x, j", z très-petites dans l'intérieur du vase à une assez grande 

C. R., 1870, t" Semestre (T. LXX, N" 1.) 5 



( 34 ) 

distance de l'origine; 3° avoir, pour z = o, sa dérivée en z égale à — /(^,jr)- 
D'après cela, son expression est, sons diverses formes évidemment équiva- 
lentes (*), 



? 



/(?,>! W?«^1 



(0 



~^J J .„ v'~' + ï" + i" ~2"X ^""A 



s/^ 



En effet : i° le second membre de cette relation est analogue aux potentiels 
d'attraction et a son A, nul pour z positif; i" il est sensiblement égal à zéro, 
ainsi que ses dérivées, pour jc--{'j- + z'^ assez grand, c'est-à-dire à des 
distances de l'origine très-grandes pnr rapport aux valeurs de ^, •/; égales 
aux coordonnées dos divers points de rorilice, valeurs qui sont les seules 
pour lesquelles la fonction f ne s'annule pas; 3° différentions en z le der- 
nier membre de (i), et posons, dans le résultat, p = zp' : il viendra 

(a) J. ou «'= / do> /(jr+zp'cosw, j+r^o'sinw) (i+f/-) 'p'(ip', 

relation qui, pour z^= o, se réduit bien à i\'= — f{^^ j)- 

» Observons : i° que la vitesse au point (cr, j, z) est égale, en grandeur 
et en direction, à l'attraction exercée au même point, sur l'unité de masse, 
par une coucbe très-mince de matière, qui serait répandue sur Torifice, et 
V aurait en chaque point (.r, j) une densité superficielle proportioinielle 
à /(x,j>); a° que, si l'orifice, composé d'un nombre fini ou infini d'ouver- 



(*) .l'ai obtenu celte intégrale en partant de celle-ci, qu'indique immédiatement la formule 
de Fourier, ^ 

o=-\ f[l,r.)dldr, \ CCS g ( ^- - £ ) COS P ( J- — -/, ) dy. ,1^, 

et en effectuant dpux intégrations, rendues possibles par la substitution de coordonnées po- 
laires à a, p, considérées comme coordonnées rectangles. Ces intégrations se font an moyen 
des deux foiniulcs 



r 



z^-h b^ 



/: 



rfO I V Z' ( ^' + P' -I- 7' ) sin 9 
— arc tang - 



c^-f (/jcos9 +<7sin9)= ^32(22+^2+ q') " [z' -h p') cosB -h /jq s\nd 

dont la première est connue et dont la seconde se vérifie aisément, bien (ju'il m'ait fillu 
d'assez longs calculs pour la trouver. 



( 35 ) 
tares, est symétrique par rapport à certains plans, les vitesses le seront 
aussi, et que ces plans pourront devenir des parois, partout où ils sont 
en contact avec le liquide, sans que le mouvement soit modilié. Cette se- 
conde remarque permet d'étendre la solution (i) à des cas de vases non 
indéfinis latéralement, tels que ceux de vases rectangulaires, triangulaires 
réguliers, etc. ; seulement la vitesse ne sera plus alors, pour 2 = co , géné- 
ralement nulle, mais constante et parallèle à Taxe des z. 

» Les expressions de m, v s'obtiendront en différentiant, par rapport à x ou 
à j^, soit le dernier membre de (1), soit le second. Dans ce dernier cas, le 
résultat contiendra la fonction f et non ses dérivées. On pourra y intro- 
duire, comme dans (1), au lieu de ^, -rj, les variables ^', /:', et puis t) et u. Si 
alors on observe qu'intégrer par rapport à oj de tî à 271 levient à intégrer 

de o à ;:, en changeant de signe cosw et sinw, il viendra, pour il ou — 
par exemple, 

(3) u=z COS'or/ro/ ■'-^ ^- ^- ' -"-^ ' ~- ^ p-(/p. 

On en déduirait v par le simple changement de cos w^oj en sin w^A/j. Pourvu 
que les dérivées premières de J soient partout finies, ces expressions restent 
finies et déterminées pour 2 = 0, malgré le dénominateur p qui s'annule à 
la limite inférieure d'une intégrale; car le numérateur s'annule aussi, et la 
limite de son quotient par p s'aperçoit aisément. 

» Aux points situés sur les bords de l'orifice, la vitesse normale — u' 
ou f{x, j), doit être nulle, pour que u, t'n'y soient ])as infinis. En effet, x, 
Y étant les coordonnées d'un de ces points, x — ocosw, j — psinw et 
■r + pcosu, ^ + ,osinw sont, pour p très-petit et des valeurs convenables 
de &), celles de deux points voisins, dont l'un est forcément dans l'orifice, 
l'autre au dehors. Comme la fonction/est nulle pour celui-ci, les intégrales 
considérées deviendront infinies, i-i elle ne l'est pas aussi pour l'autre point. 

» La fonctiony devra encore s'annuler, ou à très-peu près, vers le centre 
de l'orifice, car l'expérience prouve que la pression y est sensiblement la même 
que si tout le fiuide était en repos [Reclierclies hydrauliques de MM. Poncelet 
et Lesbros [Mémoires des Savants étrangers, t. III, 1 832, p. 4oi)] • Et en effet, 
à l'instant où l'on ouvre l'orifice, toutes les molécules qui lui sont adja- 
centes se trouvent à peu près soiunises, du côté de l'intérieur, à la même 
pression, et doivent s'échapper, suivant l'axe des z, avec la niènie vitesse; 
en même temps, les molécules intérieures acquerront des vitesses données 
par les relations précédentes, dans lesquelles on ferait/ = const. poiu' les 

5.. 



( -^6 ) 
poinls de roiiverture ety=: o pour les aiilres points du plan des xj. Ces 
vitesses seront très-grandes pi-ès des bords île l'orifiee, tandis qu'elles seront 
seulement finies près de l'axe des z. Donc, avant que le liquide qui se trouve 
sur cet axe soit arrivé à l'ouverlnre, les molécules parties des bords l'au- 
ront occupée et seront même sorties. A partir de ce moment, les vitesses 
iionnales les plus grandes se produisant assez près du contour de l'orifice, 
le fluide qui est sur Taxe des z sera incomparablement moins appelé que 
celui lies bords, et cet état de choses subsistera (*). 

» La fonction / vérifie une troisième condition, qui varie un peu suivant 
que le liquide contenu dans le vase est poussé par un piston animé d'une 
vitesse connue, ou se trouve soumis, dans sa partie supérieure, à une pres- 
sion donnée. Le premier cas, où cette pression est inconnue, se ramène au 
second ; car on peut raisonner comme si elle ne l'était pas, sauf a la déter- 
miner finalement de manière à obtenir la dépense effective, qui est alors 
donnée. Je ne m'occujierai donc, dans tout ce qui suit, que du second cas, 
et je supposerai, pour simplifier les formules, que la pression exercée à la 
partie supérieiu-e du vase soit la même que celle de l'atmosphère à l'orifice. 
Comme la hauteur h du liquide au-dessus de l'ouverture varie lentement, 
le mouvement permanent sera bientôt, à fort peu |irés, établi à loiil in- 
stant, et le principe de Daniel Bernoulli donnera, sur le contour de l'ori- 
fice, V,- = 2gh ou ir -\- ('■ = 2^h. » 

l'HYSlQUli. — /hlion du inngnélisme sur tes cjaz. Note de M. Trêve, 
présentée jiar M. Jamin. 

« On sait que si l'on soumet, à l'aii' libre, l'élincelle d'un courant d'in- 
duction A l'action des pôles d'un puissant électro-aimant, l'auréole est 
insufflée, se transforme en nappe de feu sillonnée par un grand nond)re 
de filets lumineux et offrant un certaui nombre de zones, alternativement 
obscures et lumineuses, concentriques et diversement nuancées. 

» J'ai étudié l'effet de ces réactions magnétiques sur l'oxygène, l'hydro- 
gène, l'azote, l'acide carbonique, etc., et constaté que chacun de ces gaz 



(*) Si l'orifice t'Sl, par exemple, un polygone reclangiilaire ou régulier, on verra de 
même que ses sommets sont, de tous les points de riiéniisphère qui a your base le cercle 
circonseril à ce polygone, ceux où la vitesse au moment où l'on ouvre l'orifire est très-grande 
el analyiiqiiemint inlinie. Par suite, l'appel le i>Uis grand du fluide et les grandis vitesses 
auront lieu aux angles <le l'orilice; le ipù explique comment les filels liquides qui y passent 
rel'oulenl'les autres a]jrès la soitie, de manière à produire le phénomène aj)pelè inversion de 
lu veine. 



( 37 ) 
se conduit de la iiièine fnçon que l'air. Tous se caiactérisent très-iiettement 
par la nuance dos zones dont l'ensemble constitue leur auréole insuffli'e. Ce 
phénomène est d'une grande beauté pour l'azote qui s'étale en nappe d'or, 
sans ap|iare!ices de traits obscurs. Pour les autres gaz, les zones nuancées 
d'une façon très-brillante sont séparées par des zones obscures, qui parais- 
sent répondre aux stratifications que l'on constate dans ces mêmes gnz 
raréfiés, luiiquement traversés par l'étincelle d'induction. 

» Au fur et à mesure que l'on diminue la pression, on voit l'éclat de 
l'auréole s'allaiblir el son diamètre diminuer. Si l'on remonte l'échelle des 
pressions, l'on voit l'auréole reprendre successivement ses proporlions el 
son éclat. 

» Je dois étudier le caractère de l'ain-éolc dans les gaz mélangés, pour 
recoruiaîtie si chacun d'eux s'accuse aussi nettement et si leurs nuances 
ne se superposent pas. Dans cette sorte de phénomènes, en effet, les cou- 
leurs sont si tranchées, si nettement définies, que l'on pourrait peut-être en 
déduire une sorte d'analyse magnétique des gaz. 

» Les relations bien reconnues entre le magnétisme et la pression du 
milieu sur lequel on le fait agir m'ont conduit à étudier l'action des pôles 
de l'aimant sur les tubes Geissler étranglés par une partie capillaire. 

» 1° J'ai d'abord pris un tube d'It/drogtne. On sait que, lorsque l'étin- 
celle d'induction y passe, la matière gazeuzc s'éclaire d'un bleu légèrement 
violacé dans les extrémités et d'un beau rouge dans le lube capillaire. Si 
l'on place cette dernière partie entre les deux pôles de l'aimant, on voit 
aiissitôt le ronge disparaître, [)our faire place à une lumière toute blanche. 
On remarque aisément que la matière gazeuse est refoulée vers les extré- 
mités. Son spectre devient plus lumineux, et s'enrichit particulièrement 
dans le bleu el dans le violet. 

» 2" Un tube plein (Voxfgène s'éclaire d'un blanc grisâtre dans ses extré- 
mités, et tl'un blanc laiteux dans sa partie capillaire. Si l'on fait intervenir 
le ujagnétisme, le blanc laiteux disparaît instantanément et devient rouge. 
C est le phénomène l'euvei'sé de l'hydrogène. On remarque ici la matière 
gazeuse attirée vers la partie capillaire. Son spectre s'éclaire visiblement 
dans tout son ensemble 

» 3" Dans un tube d'azote, les extrémités ne paraissent pas subir de mo- 
dification; mais la partie capillaire, d'un bleu très-pâle, |)rend une teinte 
bleuâtre très-foncée sous ractioii du magnétisme. 

» 4" Dans un tube d'acide carbonique, les deux extrémités sont d'un gris 
verdâlre, et la partie capillaire est d'un blanc Irès-brillant, légèrement 



( 38 ) 

bleuâtre. Avec le m;ignétisme, les extrémités s'éclairent, ie tube capillaire 
devient d'un bleu foncé. Le spectre ne s'éclaire pas, mais on voit apparaître 
quelques raies dans le vert. 

» 5" Dans un tube àejluonire de siliciuin, les extrémités sont verdâtres, 
la partie capillaire est bleuâtre. Avec le magnétisme, celte j)artie devient 
d'un bleu violacé. Quant au spectre, il se modifie complètement; les raies 
brillantes que l'on observe dans le bleu et le vert s'étalent et se divisent en 
deux; un certain nombre de raies violettes Irés-fines surgissent dans le 
champ du violet. 

» Ces transformations sont peut-être, dans ce cas et dans les autres, le 
résultat du passage d'un spectre du premier ordre à un spectre de second 
ordre, et analogues à celles qui ont été constatées par Plûcker, lorsque le 
savant physicien introduit une bouteille de Leyde dans le circuit du cou- 
rant d'induction. C'est ce qu'il y aura lieu d'examiner. 

» 6" Avec un tube de brome, la teinte générale est bleu-violacé. Si l'on 
fait agir le magnétisme, la matière gazeuse est lejclée vers les extrémités, la 
teinte violacée disparaît dans la partie capillaire, pour n'y laisser subsister 
que la teinte bleuâtre. Quant au spectre, son fond légèrement illiuuinè 
disparaît, devient noir, et les raies apparaissent très-délachées. 

» 7° Avec lui tube de chlore enfin, la teinte générale est blanche légère- 
ment bleuâtre. Avec le magnétisme, la matière gazeuse paraît refoulée vers 
les extréaiilés; la partie capillaire devient d'un bleu foncé. Le spectre 
s'éteint généralement; on voit cependant apparaître une foule de petites 
raies dans le bleu. 

» Tels sont les faits généiaux que j'ai pu constater stu- les différents gaz 
très-jjurs que M. Ruhmkorff avait mis à ma disposition : «Coloration et dé- 
» coloration des gaz sous l'action du magnétisme, dans les parties capillaires 
» des tubes qui les renferment (i). » 

» Il paraît encore difficile de se prononcer sur la cause réelle de ces re- 
marquables phénomènes. Les matières gazeuses polarisées par le courant 
d'induction qui les traverse sont énergiquemeut troublées par l'action du 
magnétisme. Il se produit une distribution différente des molécules, un état 
vibratoire nécessairement nouveau qui se traduit par le changement de 
coloration. 



(i) Je rappi-'llerai ici que Pliicker avait déjà observé des ciian^emenls généraux de 
coloration dans les gaz soumis à l'action magnétique, i Voir .-//i/ki/cx de Chimie et île Pliy- 
sitiuc, 3"= série, t. LIV, p. 246.) 



( % ) 

» Je compte continuer ces recherches avec des électrodes de nature dif- 
férente dans le laboratoire de la Sorbonne, si bienveillarnment mis à ma 
disposition par M. Jamin. Quelque incomplètes que soient ces études, j'ai 
cru utile de les communiquer dès aujourd'hui à l'Académie, afin que la 
science, s'il y a lieu, en fit déjà son profit. 

» La plupart des appareils m'ont été fournis par M. Ruhmkorff. » 

CfllMlE. — Sur roric/ine du gaz azote dans V oxygène supposé pur; 
par M. Auguste Houzeau. 

a Qnelques-iuis des faits intéressants qui ont été signalés dernièremeut à 
l'Académie, par M. Diibrnnfant, sur la difficulté d'obtenir des gaz simples 
(oxygène, azote, hydrogène) dans un état de pureté absolue, concordent 
entièrement avec les observations que j'ai eu l'occasion de faire, il y a une 
douzaine d'années, à propos de mes recherches sur l'ozone. Je prends donc 
la liberté de signaler au savant chimiste l'origine, ou tout au moins l'une 
des origines, du gaz azote dans l'oxygène. 

» L'azote provient de l'air atmosphérique, dont l'adhérence aux parois 
des tubes et des appareils en verre est très-forte, à tel point qu'un balayage 
préalable de ces tubes et de ces appareils par de grandes quantités d'oxy- 
gène est insuffisant pour chasser les dernières traces de l'air, qui semble re- 
tenu énergiquement par les parois. 

» C'est pour avoir ignoré ces faits que plusieurs chimistes, et particu- 
lièrement M. Williamson, ont nié autrefois l'existence de l'ozone, con- 
fondant ce corps avec les composés nitreux qui, dans leurs expériences, 
prenaient toujours naissance à la suite de l'électrisation de l'oxygène impur. 

M C'est un des mérites de MM. Fremy et Edm. Becquerel, que d'avoir su 
éviter cette cause d'erreiu* dans leiu' beau travail sur l'oxygène électrisé. 

» Dans mes études sur la production de l'ozone par l'oxygène soumis 
à l'étiiicelle d'induction, il me fallait toujours, pour empêcher la formation 
des composés nitreux, avoir recours à une forte calcination des tubes étroits 
dans lesquels j'opérais, pour décoller l'air adhérent aux parois; en même 
temps, je faisais jiasser au travers de ces tubes un rapide courant d'oxygène, 
produit par le chlorate de potasse fondu; les cornues étaient chauffées elles- 
mêmes sur toute leur surface, et leur col était entièrement rempli de mor- 
ceaux d'amiante calcinée, pour diminuer la quantité d'air à expulser. 

)) Il est probable que c'est encore la présence du gaz azote, dans l'oxygène 
réputé pur, qui est la cause de la divergence d'opinion actuellement exis- 



( 4o ) 
tante entre M. Morren et M. Sarrasin sur la phosphorescence de l'oxygène. 
On sait que M. IMorren nie cette phosphorescence quMiul l'oxygène est par- 
faitement pur, tandis que M. Sarrasin l'affirme, en même temps qu'il recon- 
naît cependant que cette propiiété est partagée, au phis haut degré, par 
l'oxyde d'azote. » 

CHIMIE iNDUSTtîlELLE. — Nouvelles remarques sur la fabrication de pierres 
précieuses artificielles ; indiinlion des procèdes employées; par M. M. -A. 
Gacdin. 

" Je demande à l'Académie la permission de faire remarquer, à propos 
de la présentation qui hii a été faite par M. Feil, de pierres précieuses arti- 
ficielles obtenues au creuset, que depuis dix ans j'ai produit des pierres 
artificielles par un procédé qui consiste à placer dans lui creuset de l'éme- 
raude de Limoges avec un fondant : ce fondant peut être de l'acide phos- 
phorique, de l'acide borique, du fluorure de calcium, des oxydes terreux, 
chaux, magnésie, baryte, etc., autres que la potasse ou la soude. 

" La difficulté princi|)ale consiste à évitei- les cristallisations, ce qui 
oblige à ajouter ou à conserver une notable proportion de fondant, qui 
diminue d'autant la dureté. C est pourquoi je me suis appliqué principale- 
ment à produire des globules au chalumeau oxyhydrique, qui, en expulsant 
les matières les plus volatiles et permettant un refroidissement |)lus rapide, 
donne des produits d'une dureté notablement supérieure à celle des pro- 
duits obtenus dans des creusets. 

» J'avais principalement en vue, dans mes recherches, d'obtenir des 
matières limpides très-dures, 'pouvant remplacer les pierres précieuses, et 
quand j'obtenais des cristallisations, d'adieurs très-belles et intéressantes 
pour la science, je considérais mon opération connue manquée; c'est parce 
que mon travail avait un but industriel que j'ai tant différé de présenter à 
l'Académie un échantillon de mes produits, malgré le désir qui m'en a été 
exprimé, il y a di'jà bien des années, par MM. Becquerel et Daubrée. 

» J'ai accompagné mon dernier envoi d'une description du procédé, et, 
comme il avait été remis à M. Becquerel quinze jours avant la présentation 
de M. Fcil, tout ce que j'y ai dit, aussi bien sur le travad au chalumeau, 
que sur le travail avec des creusets, me garantit déjà la priorité. En arrivant 
à la séance, j'avais même apporté un creuset encore chaud, contenant de 
la matière pour saphirs artificiels, que je n'avais mis au feu que deux 
heures auparavant. 



( /ir ) 

» Je n'opère que dans des vases de porcelaine, et je varie mes formules 
à l'infini, en les composant au besoin avec du sable, de l'aluminium, du 
kaolin, du talc, de la chaux, etc., en me rapprochant autant que possible 
de la formule du grenat; car ce composé est nalurellenient visqueux après 
fusion, et se dévitrifie difficilement. 

» En effet, les grenats sont en général bien plus fusibles que la silice, 
mais ils donnent facilement des fils d'iuie ténuité excessive et d'une flexi- 
bilité remarquable, à tel point que Froment a pu les employer, au lieu 
de fils d'araignées, pour les micromètres des lunettes astronomiques. 

» Je m'applique donc surtout à produire, avec le chalumeau oxyhy- 
drique, des pierres réellement fines, inattaquables à la lime, c'est-à-dire au 
moins aussi dures cpie le cristal de roche naturel, tandis que les produits 
obtenus dans des creusets n'y atteindront jamais, à mon avis, sans se 
dévitrifier, et ne donneront que des pierres demi-fines : c'est ce qui m'a 
porté à insister moins sur ce dernier genre de fabrication. » 

ZOOLOGIE. — Note sur la disposition des pores ou orifices afférents dans la 
Cliona celata, Grant. Note de M. Léon Vaill-^nt , présentée par 
M. Milne Edwards. 

« Au mois d'octobre dernier, j'ai eu l'occasion, grâce à l'obligeance du 
patron Lemaître, garde juré à Cancale, d'assister au draguage des huîtrières 
pour l'inspection annuelle; cette circonstance m'a permis d'observer à l'état 
vivant ce singulier Spongiaire perforant du tét de certains Mollusques, la 
Cliona celata, qui, depuis Grant, a si souvent attiré l'attention des natura- 
listes. En étudiant ces êtres, plongés dans l'eau immédiatement au sortir de 
la drague, pour se rapprocher autant que possible des conditions de vie 
naturelle, il m'a semblé qu'on avait jusqu'ici décrit et interprété d'une ma- 
nière incomplète la nature des prolongements on papilles que les Cliones 
font sortir par les perforations du têt des huîtres, et dont les mouvements 
bien visibles, sans toutefois être très-ra|)ides, ont frappé tous ceux qui ont 
été à même d'examiner ces animaux. 

» Les prolongements sont de deux sortes. I^es uns, seuls bien vus par les 
auteurs, sont hémisphériques, plus rarement cylindriques et perforés à leur 
sommet; là se trouve, en effet, une large ouverture pouvant atteindre jus- 
qu'à I millimètre de diamètre : c'est l'orifice d'un canal parcourant toute 
la papille et communiquant avec les conduits qui, ici corrniie chez tous les 

C. R., 1870, 1" Semestre. (T. LXX, N" I.) 6 



(42 ) 

autres Spongiaires, traversent en tous sens le parenchyme. Les prolonge- 
ments de la seconde variété, beaucoup plus nombreux que les précédenis, 
ont une forme toute différente, qu'on pourrait comparer à celle d'ime 
pomme d'arrosoir : ils sont en tronc de cône renversé, de sorte qu'à parlir 
de la perforation ils vont s'élargissant graduellement, pour se terminer par 
une surface convexe très-surbaissée; celle-ci n'est |ias largement |)erforée, 
mais présente un réseau élégant de fibies anastomosées en tous sens; elles 
sont formées de faisceaux de spiciiles, revêtus de sarcode; les fines mailles 
de ce réseau forment autant d'ouvertures qui se rendent, par des conduits 
courts, dans un canal central situé, comme dans les prolongements précé- 
demment décrits, au centre de la papille, et aboutissant de même dans le 
système général d'irrigation intérieure. 

» Ces seconds prolongements des Cliones ont certainement été vus par 
Grant, mais il les a décrits comme étant l'état transitoire de la papille sur le 
point d'arriver à s'ouvrir largement. D'après mes observations, assez répé- 
tées et suivies pendant un temps suffisant pour que je puisse les présenter 
avec confiance, il n'en est pas ainsi : toujours la surface de la coquille per- 
forée présente, à côté des papilles de la première variété, des papilles con- 
stituées suivant le second type, et même, sur des individus que j'ai conservés 
vivants et actifs pendant près de vingt jours, U m'a été possible de constater 
qu'après les avoir sortis de l'eau, ce qui est un moyen sûr de faire rentrer 
les prolongements, en les remettant au bout de quelque temps dans les 
aquariums, les mêmes perforations donnent toujours passage à des papilles 
de même es|ièce; on poiui'ait concevoir, vu la simplicité de slructiu'e de 
ces êtres, que, dans certains cas, il y eût des changements, mais je n'en ai 
pas observé. 

M On doit conclure de celte disposition que, chez la Clionn celala, tandis 
que les papilles à larges perforations sont, comme on l'a établi depuis long- 
temps, les oscules ou orifices effércnts du courant d'eau qui parcourt con- 
tinuellement le parenchyme des Spongiaires, les papilles de la seconde 
variété portent, rassemblés sur leur surface élargie, les pores ou orifices 
afférents. Il esta remarquer que jusqu'ici, tout en signalant les ouvertures 
de sortie, personne ne paraissait avoir songé à rechercher les orifices d'en- 
trée, qui ne pouvaient cependant se trouver, comme d'habitude, chez les 
autres Éponges, à la surface externe générale, laquelle, inunédiatement 
appliquée contre les parois des cavités qu'habite la Clione, n'est pas en 
rapport avec le fluide ambiant. Si celte disposition exceptionnelle des pores 
existe également, comme cela est probable, chez les espèces voisines, on 



( 43 ) 
pourra y trouver un caractère anatoniique de ce genre qui jusqu'ici avait 
été basé exclusivement sur le fait biologique de la propriété perforatrice. » 

ZOOLOGIE. — Éludes sur In morphologie des Mollusques (deuxième Mémoire : 
j4symélrie des Gnsléropodes) ; par M. Lacaze-Duthiers. 

« Dans le dernier Mémoire présenté, comme dans mes recheiches pré- 
cédentes sur l'Anomie, l'Haliôtide, les Vermets, j'ai montré que les rap- 
ports des centres nerveux et des organes, malgré la déformation fréquente 
de ceux-ci, servaient sûrement à distinguer les parties homologues des par- 
ties analogues trop souvent confondues dans l'élude de l'extérieur seul des 
Mollusques. 

» Les Gastéropodes sont caractérisés par une asymétrie telle, que la con- 
naissance des relations des organes chez eux est rendue quelquefois très- 
difficile. Aussi mon désir est de faire connaître quelques particularités 
remarquables de cette non-symélrie. 

» Les centres nerveux postérieurs ou cérébroïdes, antérieurs ou pcdieux 
et stomalo-gastriques étant régulièrement symétriques, ne nous occuperont 
pas. 

» Le centre inférieur ou moyen (i) formé d'un nombre impair, ordinai- 
rement de cinq ganglions, est, au contraire, toujours asymétrique : c'est lui 
qui, pour cela même, doit appeler l'atlenlion d'une manière spéciale. 

» Sa position, le nondjre de ses ganglions vaiient beaucoup, mais quand 
on y regarde de près on peut toujours le ramener à un type unique. 

» Que l'on se représente les centres pédicux et cérébroïdes occupant les 
angles d'un carré horizontal (2), au milieu duquel passe l'œsophage et 
d'où naissent quatre cordons. unis, deux à droite, deux à gauche, à un 
ganglion placé au-dessous du côté correspondant du carré; qu'alors on 
considère le cadre ou collier oesophagien de profil, et l'on verra à droite et 
à gauche se répéter symétriquement un triangle à sommet inférieur dont 
les angles seront : deux supérieurs, un inférieur ; qu'enfin on joigne par un 
cordon nerveux, vraie commissure transversale, les angles inférieurs des 
deux triangles latéraux, en la faisant passer au devant de l'œsophage, et l'on 
aura une idée très-exacte, ([uoique très-schématique, des ra|iports des trois 
grands centres nerveux. Ou voit qu'ils forment un premier cadre hori- 

(i) Fui/le premier Mémoire, Comptes rendus, t. LXIX, p. 1 344- 

(2) On n'oublie pas que le Gastéropode est toujours posé la tète eu liaul le pied en avant. 

6.. 



( 44 ) 

zoiHal sons lequel est suspendue une anse verticale simple dans son milieu, 
mais née, de chaque côté, par deux origines et dont le plan regarde en 
avant. 

» Cette anse et les ganglions qu'elle porte, quel qu'en soit le nombre ou 
la position modifiée, ne me paraissent former qu'un tout, un ensemble que 
j'ai nommé centre iiiférieitr ou moyen, et qui varie seul en apparence. 

» Sans vouloir suivre toutes les modifications de ce centre, ce qui sera 
fait plus tard, je comparerai les dispositions qu'il présente dans les Pnl- 
monés, les Aplysiens et Bulléens, enfin les Pecfinibranches et le Cyclo- 
stome (i). 

» Dans le premier cas, l'arc formé par les cinq ganglions inférieurs est 
tellement court, cpi'ii s'accole au centre antérieur. 

» Dans le deuxième, les ganglions du milieu de l'arc s'éloignent de la tète 
et arrivent dans le tiers inférieur du côté droit du corps. La non-sjmétrie, 
obscure dans le premier cas, est ici évidente de prime abord. 

» Dans le troisième, l'allongement est plus grand encore, et la déviation 
à droite, après s'être produite, est masquée par une torsion, fait curieux 
et important, qui amène à gaucbe ce qui était à droite. 

» Les ganglions occupant les deux extrémités de la cbaîne restent tou- 
jours au voisinage du collier oesophagien, tandis que ceux du milieu s'éloi- 
gnent et souvent semblent se dissocier en se multipliant. Mais les nerfs qui 
en naissent montrent toujours des rapports constants avec les organes, et 
prouvent que ce n'est pas la multiplication et la description isolée comme 
centres spéciaux qu'il faut cbercher, mais bien la coordination de tous ces 
ganglions par rapport à un groupe, à un ensemble distinct, et indépendam- 
ment du nombre et de la position. En se plaçant à ce point de vue, la mor- 
phologie devient claire et simple. , 

» Dans les Pidmonés, les Aplysiens, etc., le tube digestif est en arrière 
du centre; dans les Pectinibranches et leCyclostome, il paraît être en avant. 

» Représentons-nous l'anse des ganglions comme un U capital renversé 
à gauche; admettons que les deux extrémités des branches libres soient 
fixées et cherchons à rapporter à gauche le fond de l'arc de la lettre U, en 
opérant une torsion d'avant en arrière et de droite à gauche, nous forme- 
rons un 8 dont la boucle supérieure sera ouverte. 



(i) Chose curieuse, par sa respiration, le Cyclostome se rappioclie d(s Hélices; par son 
svstème nerveux, il faudrait le ranger près des Pectinibranches, ainsi que je le montrerai 
dans un Mémoire particulier. 



( 45 ) 

» Que sur le papier on fasse ce 8 en parlant du haut et de In gauche, en 
laissant la boucle supérieure ouverte, et l'on aura reproduit exaclemeiit ce 
qui existe chez les Pectinibranclies et le Cyclostome, et répété ce que par 
la torsion de l'U j'avais cherché à faire comprendre. 

)) Si l'on détord le système nerveux du Cyclostome, etc., on reforme l'U 
et l'on arrive à l'Aplysie, à la Bullée; enfin, si l'on raccourcit les branches 
de la lettre, on revient aux Pulmonés (Hélices, I^imaces, Testacelles, etc.). 

» Au point de vue morphologique général, ces faits ont iine importance 
qu'on ne peut niéconnaîtie; car, guidé par la fixité des rapports du système 
nerveux avec les organes et débarrassé des difficultés premières qu'apporte 
dans ces questions la non-symétrie, le malacologiste peut, en renietlant avec 
précision les parties en place, établir des comparaisons, reconnaître les 
homologies, et, par là, arriver à une nomenclature précise et méritant le 
nom de jihilosophique et rationnelle. 

» Il suffit, pour juger de l'importance de ces observations, de se rappeler 
que le pied a été pris pour le manteau : ce qui montre la valeur d'une no- 
menclature et d'une classification basées sur de pareilles erreurs morpholo- 
giques. 

» La position normale de la branchie est le côté droit (laissons, pour 
le moment, de côté les animaux senestres); cependant, chez les Peclini- 
branches, elle est à gauche; c'est une apparence, non une réalité. La partie 
du manteau sur laquelle s'attache cet organe a été entraînée, par torsion, 
à gauche, comme les ganglions moyens du centre inférieur. Poiu' le prou- 
ver, il suffit de fendre le manteau sur la limite des nerfs palléaux droits et 
gauches, de rabattre les lambeaux et de détordre la commissure; toutes 
les parties se trouvent remises dans leur place réelle et naturelle. 

» La formation du tortillon peut produire des changements apparents, 
mais elle ne peut modifier les rapports profonds et importants. Ainsi le pied 
est toujours latéralement symétrique, comme le centre qui l'innerve, et, 
quand il se dilate pour loger les viscères (Limaces), le tortillon se produit 
un peu sur les organes renfermés dans son intérieur, mais il ne l'atteint 
pas. 

» Dans les Limnées, les Hélices, la torsion portant non sur le centre 
nerveux inférieur, placé trop haut pour être entraîné, mais sur une partie 
des organes seulement, le manteau n'offre point le renversement à gauche 
qui s'observe chez les Pectinibranches. Aussi, dans la comparaison d'une 
Paludineet d'un Cyclostome à une Limnée et h une Hélice, si l'on croyait voir 
dans le côté gauche du bord du manteau des uns le bord du côté gauche 



( 46 ) 

(lu niaDti'iui des autres, on se troniperail : l'on prendrait des parties ana- 
logues pour des parties homologues, ce qui est bien différent. 

» Ainsi ce n'est pas en dissociant les ganglions du centre inférieur, mais 
bien en les coordonnant en un tout, que l'on peut arriver aux véritables 
principes de la morphologie des Gastéropodes. 

» En 1866 et 1867, dans mon Cours du Muséum, j'ai cherché à démon- 
trer, par de nombreux détails, la valeur des principes qui précèdent; dans 
un prochain Mémoire, j'essayerai d'en faire l'application à la détermination 
de riiomologie d'un organe nouveau que j'ai découvert dans le manteau 
des Limnécs, Planorbes, Cyclostomcs et Pectinibranches. » 

PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur les mouvemoits des grains de cliloroplij-lle 
sous VinJ-hience de la lumière. Note de BI. Prillieux, présentée par 
M. Duchartre. 

« On sait que la matière verte ou chlorophylle qui colore les feuilles 
des plantes se présente sous forme de grains, contenus en grand non)bre 
dans l'intérieur des cellules. Il y a plusieurs années déjà, un observateur 
allemand, M. Bohm, avait annoncé qu'il avait vu dans les Crassulacées ces 
grains s'amonceler au milieu des cellules sous l'action directe du soleil. 
Cette observation était demeurée tout à fait isolée quand un savant russe, 
M. Famintzin, a reconnu dans les cellules des feuilles d'une mousse du 
genre Mniwn des mouvements très-marqués des grains de chlorophylle 
sous l'influence de la lumière. La découverte de M. Famintzin a été con- 
firmée depuis et étendue à d'autres plantes par son compatriote M. Boro- 
dine. Néanmoins, ces faits si curieux n'ont été accueillis qu'avec vme cer- 
taine réserve dans notre pays, où ils n'ont pas été observés jusqu'ici. A 
cause de leur singularité même, ils avaient besoin de confirmation. Je suis 
heureux de pouvoir présenter les preuves de la réalité de ce curieux phé- 
nomène. Les nombreux dessins que j'ai faits, à la chambre claire, des posi- 
tions successives d( s grains de chlorophylle d'une même cellule ne sauraient 
laisser de doute à cet égard. 

» La plante sur laquelle j'ai fait ces observations est le Funnria hygro- 
metrica; c'est une Mousse, comme le Mniwn étudié par M. Famintzin. Ces 
plantes sont particulièrement convenables pour étudier ce qui se passe à 
l'intérieur d'une cellule vivante, sans altérer les conditions normales de sa 
vie. Les feuilles y sont formées d'inie seule couche de cellules; il suffît de 
mettre un pied tout entier de Finutria sur le porte-objet du microsco})c et 



( 47 ) 
d'en regarder une feuille par transparence, pour voir ce que contiennent 
les cellules et les modifications qni s'y peuvent prodnire. f^es grains de 
chlorophylle se distinguent très-nettement et on pent les observer, siu- des 
planles bien vivantes, pendant assez longtemps pour juger très-bien des 
effets produits sur eux par l'action de la lumière. 

» Quand on observe une plante qu'on a préalablement tenue dans l'ob- 
scurité durant un jour ou deux, ou voit la feuille présenter l'aspect d'un 
réseau vert, entre les mailles duquel se montre un fond clnir et transparent. 
Tous les grains de chlorophylle sont appliqués contre les parois qui sépa- 
rent les cellules les unes des autres et que je nommerai les parois latérales ; 
il n'y en a point sur les parois supérieure et inférieure, qui fout partie de 
la surface de la feuille et que j'appellerai les parois superficielles des 
cellules. De là l'aspect qu'offre la feuille au sortir de l'obscurité. Mais, 
qu'on laisse la plante au jour, sur le porte-objet du microscope, éclairée 
par la lumière que renvoie le miroir de l'instrument, bientôt ou voit les 
grains glisser le long des parois et passer des latérales aux superficielles, 
sur lesquelles ils s'étendent. 

» Qu'on distingue quelques grains en particulier et qu'on les dessine à 
la chambre claire, on voit leur position varier, souvent en moins d'un 
quart d'heure, d'une façon très-notable, quand les conditions de l'expé- 
rience sont convenables, que la température de la pièce où l'on observe 
n'est pas trop basse et que la plante est bien vivante. Quand une fois les 
grains de chlorophylle se sont portés sur les parois superficielles, ils y 
demeurent, non pas absolument immobiles, mais en ne changeant que très- 
peu de place, tantôt se rapprochant , tantôt s'éloignant quelque peu des 
grains voisins. L'aspect général reste le même jusqu'à ce que l'obscurité se 
fasse. Alors les grains abandonnent de nouveau les parois superficielles 
pour regagner les parois latérales, et, au bout de quelque temps, la feuille, 
au lieu de montrer, comme au jour, une étendue claire marquée de points 
verts disséminés sur toute la surface, offre de nouveau un réseau vert net- 
tement marqué; les grains de chlorophylle ont repris leur position noc- 
turne. 

» L'action de la lumière sur la position des grains de chlorophylle peut 
être très-commodément étudiée la nuit^ à l'aide d'une lampe que l'on éteint 
et que l'on rallume à volonté. Je citerai seulement comme exemple une 
expérience faite le 20 décembre dernier, à 5 heures du soir. La plante, teiuie 
depuis plusieurs jours dans l'obscurité, montrait tous ses grains de chloro- 
phylle appliqués le long des parois latérales des cellules. Je l'expose alors 



(48 ) 
à la lumière d'une lampe renvoyée par le miroir du microscope; à 6''3o™, 
plusieurs grains sont parvenus à la face supérieure ; en une heure, le mou- 
vement s'est opéré d'une façon très - appréciable ; deux grains occupent 
déjà le milieu de la p;u-oi supérieure de la cellule. J'éteins alors la lampe : 
à y'' r5™, les grains qui étaient le long de la paroi supérieure ont regagné 
pour la plupart les parois latérales. A i i''3o'" du soir, tous sans exception 
sont fixés sur les parois latérales. Je rallume alors la lampe; au bout de 
peu d'instants, je vois les grains de chlorophylle changer de place, et, au 
bout d'un quart d'heure, plusieurs ont glissé des parois latérales à la ])aroi 
supérieure. Je dessine successivement leur position à Ji''55'", minuit, 
I2''i5'", i2''3o™; le déplacement paraît alors achevé : les grains sont re- 
partis sur la paroi superficielle des cellules; ils ont pris la position diurne. 
Soit à la lumière de la lampe, soit au jour, j'ai vu communément le chan- 
gement de la position nocturne à la position diurne des grains de chloro- 
phylle s'effectuer en une heure environ. 

» Beaucoup de questions du plus haut intérêt pour la physiologie végé- 
tale se rattachent certainement à l'étude de ce phénomène. Je n'ai voulu 
aujourd'hui que constater un fait qui est fondamental, celui du change- 
ment de position desgrauis de chlorophylle sous l'action de la lumière. » 

PHYSIQUE DU GLOBE. — Secousses de tremblements de terre à Biskra [Ai jévie 
du Sud), du i6 au 19 novembre inclusivement. Extrait d'une Lettre de 
M. E. Olliviek, de I5atna, conununiquée par M. Guyon. 

« Biskra/ chef-lieu du cercle du même nom, est la principale oasis de la 
province de Constantine. Elle est située par le 35" degré de latitude. Sou 
élévation au-dessus du niveau de la mer est de 1 16 mètres. 

M Le 16, à midi 45 minutes, on y ressent de violents soulèvements verti- 
caux, d'une durée d'environ sept secondes (i). On voit, en même temps, le 
terrain se soulever dans la direction approximative du nord-est au sud- 
ouest. Les maisons craquent, les cloches carillonnent, les arbres s'agitent 
et s'entrechoquent, comme si un fourneau de mine avait fait explosion à 
peu de profondeur au-dessous du sol. Un sourd roulement accompagne la 
trépidation. Derrière la chaîne de Chica, et en deçà de la montagne de 

(i) Le clief d'escadron Morin, des spahis, qui était en inspection à Biskra, en a été très- 
fortement secoué, comme il se reposait sur son lit. Il a pu constater ensuite, à Sidi-Okba, 
où il poursuivait son inspection, les grands désastres produits dans cette localité par les 
mêmes soulèvements. 



( 49 ) 
Markailou, se voj^aient trois panachas s élevant dans les airs et simulant 
ceux qui s'élèvent au-dessus des volcans. Les premiers, comme on s'en est 
assuré plus tard, étaient formés par la poussière produite par la chute des 
maisons et autres constructions. 

>' Il était 3 heures lorsqu'iuie nouvelle secousse s'est fait sentir, en même 
temps qu'un autre panache de poussière se voyait à une centaine tie kilo- 
mètres au sud de Biskra et à l'ouest du villae;e d'Hebbai. Deux nonveiles 
secousses se sont encore fait sentir dans la matinée du 19 : la première à 
3 heures, et la seconde, qui a été la plus forte, à 'j^ i3™. 

» Les secousses de tremblements de terre, à Biskra, se sont continuées 
jusqu'au 19 inclusivement. Elles ont été plus ou moins vivement ressenties 
dans les autres oasis des environs, telles que Seriana, Sidi-Okba, Giirta, 
Thouda, Droh, Mechonnech, Branis, Djemorah, Beni-Souk, Beui-Ferali. 
Dans les quatre dernières localités, luie nouvelle secousse s'était fait sentir 
le 18, à /(""So™ de l'après-midi. 

» Seriana, au sud -ouest de Biskra, a été des plus fortement secouée. A la 
deuxième secousse qu'elle a éprouvée, on a vu de Biskra, qui en est à peu de 
distance, un gros nuage de poussière s'élever au-dessus de ses décombres 
et fermer l'horizon de ce côté. Celles des maisons restées debout après les 
secousses étaient plus ou moins lézardées, conspromises. Une femme avait 
été tuée par un pan de mur. 

» Sidi-Okba, à 26 kilomètres sud-est de Biskra, n'a pas été moins mal- 
traitée que Seriana. Quarante-cinq maisons (1) ont été renversées et toutes 
les autres plus ou moins eudomm.igées. On comptait huit morts et trois 
blessés. 

» A Gurta, faible population; le tiers des maisons a été détruit, les 
magasins de céréales ont été ensevelis sous terre, cl on comptait deux tués 
et sept blessés. 

» A Thouda, très-minime population; trois maisons étaient tombées, et 
toutes les autres plus ou moins lézardées, compromises. 

» A Droh, aussi très-minime population; deux maisons avaient été ren- 
versées, et toutes les autres étaient plus ou moins compromises par des lé- 
zardes multipliées. 

» A Mechonnech, au nord de Thouda, quatre maisons s'étaient écrou- 
lées et quatre enfants avaient été tués. La route de ce point à Lahmar- 



(i) Une correspondance en porte le nombre à plus de quatre-vingts. 

('.. R., 1870, l" Semesue. (T. I,XX, N " ^.) 



( 5o ) 
Kaddoiir et cello du même point à Edista ont été interrompues par des ava- 
lanches de terre et de pierres détachées des montagnes voisines. 

» A Branis, Djemorah, Beni-Sonk et Beni-Ferah, aucun dégât n'a été 
constaté. Seulement, des montagnes escarpées qui dominent le village 
d'El-Hebbal, s'était opéré un éboulcment qui eût pu l'ensevelir tout entier, 
s'il n'avait pris une autre direction. De là, sans doute, ce panache ou 
nuage de poussière aperçu de Biskra, dans la journée du i6, à la deuxième 
secousse du tremblement de terre. 

» Du 19 novembre an 6 décembre inclusivement, aucune autre secoiisse 
de tremblement de terre ne s'est fait sentir ni à Biskra ni dans les environs. 

» En prenant Biskra comme centre de l'ébranlement général, dans le 
tremblement de terre dont nous parlons, cet ébranlement a paru suivre 
un quart de cercle, du nonl à l'est et au sud-est, sur ini rayon de 3o 
à 4o kilomètres, la corde sud-est de cet arc étant formée par la chaîne 
des Aurès. 

» A Biskra, une dépendance de l'hôpital était tombée. Les maisons 
avaient été plus ou moins ébranlées; une seule s'était écroulée. Au Vieux- 
Biskra, tout voisin du nouveau, et où l'ébranlement paraîtrait avoir été 
plus fort que dans le dernier, tontes les maisons étaient ou renversées, ou 
plus ou moins endommagées. 

» Nous ferons remarquer, à cette occasion, que les maisons et autres 
constructions des oasis, n'ont que peu de solidité, étant toutes bâties en 
pisé ou en briques séchées au soleil. 

)) Aucune victime n'a été à déplorer, ni dans le vieux, ni dans le nouveau 
Biskra. Ajoutons que, dès la première secousse du treznblement de terre, 
et par ordre supérieur, toutes les maisons avaient été évacuées et leurs ha- 
bitants obligés d'aller camper dans les environs. 

» Batna, à 126 kilomètres nord de Biskra, et qui avait éprouvé une se- 
cousse de tremblement de terre le i^'' septembre (i), n'est pas resté étran- 
ger à celles ressenties sur ce dernier point. Ainsi, le 16, deux secousses ver- 
ticales et sèches y ont été perçues : la première, à i''2o"' de l'après-midi; 
la seconde, à 8''3o™. A la première, quatre à cinq fois plus forte que la 
seconde, les malades du deuxième étage de l'hôpital, poussés par la frayeur, 
s'étaient échappés des salles pour courir aux escaliers. 

» Le 19, à '^''aS™ du matin, deux nouvelles secousses, plus fortes que 
les précédentes, se sont succédé à deux secondes d'intervalle. La première 

(i) Compti's rendus, séance du 2'j septembre. 



( 5i ) 
a été de deux secondes, et la deuxième de quatre. Elles ont coïncidé avec 
celles qui ont été ressenties à Biskra vers la même heure (7''i^"). A leur 
suite, ont été constatées de légères lézardes dans diverses constructions, et 
des chutes de plâtre dans des maisons. 

» Ajoutons que, dans la journée du i6, un léger tremblement de terre 
a été perçu à Sétif (i), au nord-ouest de Biskra, dans le Tell. Nous rappel- 
lerons, en même temps, que Sétif, comme Batna, est élevé de plusieurs cen- 
taines de mètres au-dessus de la plaine sablonneuse où sont Biskra et les 
autres oasis qui l'entourent. » 

GÉOLOGIE. — Elude sur les blocs erraluiues et sur les déjièls diluviens de la Russie. 
Note de M. de Helmersen, présentée par M. Daubrée. 

« Le phénomène erratique qui a rayonné des régions septentrionales sur 
une partie considérable de la Russie, a tléjà été l'objet des études de plu- 
sieurs savants, notamment de MM. Bœthlingk, Durocher, Murchison, de 
Verneuil, et de Keyserling. I.e Rapport que M. Elle de Beaumont a fait sur 
un Mémoire de M. Durocher, en 1842 (2), a montré combien ce phénomène 
est remarquable. M. de Helmersen , dont les explorations ont éclairé la 
constitution géologique de diverses régions de la Russie d'Europe et d'Asie, 
a poursuivi l'étude de ces dépôts de transport et des principales circon- 
stances qui s'y- rattachent. 

» Dans le Mémoire que vient de publier l'Académie impériale des Sciences 
de Saint-Pétersbourg, dit M. Daulirée, M^. de Helmersen pMsse successive- 
ment en revue : les roches qui ont fourni les matériaux erratiques dans 
leur position originelle; la grosseur et la forme ties blocs, ainsi que les 
diverses manières dont ils sont disposés; le gisement des cailloux et du gra- 
vier, et particulièrement les accumidations désignées depuis longtemps en 
Suède sous le nom de Osar; les hauteurs absolues et rehitives dans les- 
quelles se trouvent les blocs erratiques et les cailloux, par r;ipport aux 
roches dont ils ont été détachés; enfui les caractères des roches polies et 
striées et des phénomènes énergiques de friction c[ui se voient de toutes 
parts. De nombreuses figures, habilement faites, accompagnent le texte. 

H En recherchant parmi les jihénomènes de l'époque actuelle ceux qui 
peuvent expliquer les princi[)ales circonstances du phénomène, l'auteur 



(i) Moniteur de i' Algérie. 

{2) Séance du 17 janvier 1842. 



( 5-2 ) 
iiipiilioniie h' singulier transport de blocs qui a eu lieu cette année même, 
nu mois de fcvi-ier, aux environs de Rêvai. 

» A côté de l'acliou des grandes niasses de glace, (jui, pendant la périodt; 
quaternaire, ont couvert des régions considérables, et dont les glaciers 
de la Scandinavie ne sont que les résidus, M. de Helmersen fait aussi la 
part de l'eau : l'auteur est amené à reconnaître que, dans la première pé- 
riode du pliénomène, le golfe de Finlande n'existait pas; qu'un affaisse- 
ment graduel du sol a ensuite donné accès à l'eau de la mer, sur une partie 
de pays antérieurement occupée par la glace; enfin que le pays s'est élevé 
de nouveau. Ces périodes successives de mouvements lents, en sens inverse, 
sont d'accord avec celles que j'avais signalées, en 1842, pour la .Scandi- 
navie (i). » 

ClliMii'; INDUSTRIELLE. — Sur In fabrication des glaces et miroirs j)lalinisés. 
Note de M. Joitclet. (Extrait.) 

n I^e .système employé à l'usine de Wailly (Aisne) est celui qui a été 
imaginé par M. Dodé. C'est le chlorure de platine qui forme la liase de 
l'opération. Après le nettoyage, la glace, posée verticalement, reçoit le 
liquide qui doit la métalliser. On l'étend d'aljord de bas en haut, puis de 
gauche à droite, puis de bas en haut, et enfin de droite à gauche : on 
égalise ainsi la couche huileuse qui, contenant une forte quantité d'es- 
sence de lavande, s'étend spontanément et sèche lentement, sans couluie. 

1) La composition platinifère se prépare de la manière suivante. On 
prend 100 grammes de platine laminé très-mince; on le fait dissoudre dans 
l'eau régale; on évapore à sec, au bain de sable, en évitant de décomposer 
le chlorure de platine; on l'étalé alors sur une glace à broyer, et l'on y 
ver.se, par petites portions, de l'essence de lavande rectifiée. La réaction se 
fait sur la glace même; aussi faut-il éviter, par une trop rapide affnsion 
d'essence, une trop grande élévation de température, qui détruirait le 
com|)osé plalinifèi-e. Lorsque l'on a versé environ i4oo grammes d'essence 
de lavande, on place le mélange dans tnie capsule de porcelaine, et on l'aban- 
donne |)endant huit jours à un repos absolu. On décante et on filtre; ou dé- 
cante de nouveau, après six jours, le liquide filtré, qui doit marquer .'i de- 
grés au pèse-acide. Comme fondant, pour la quantité de platine indiquée 
ci-dessus, on prend aS grammes de litharge, aS grammes de boraie de 

(1) Du phriioiiirnc fitinitjue dans le iinrd de l'Europe et des mouvements réernts du sol 
sciindinnve. [Rapport de In Cominissitm scientijiiiue du Nord.) 



{, 53 ) 
plomb, qu'on broie jusqu'à porphyrisation coniplète, avec 8 à lo grammes 
(l'essence de lavande. On remue, et l'on mélange ce fondant avec le liquide 
platinifére; on emploie ce liquide comme il a élé dit plus haut. 

1) Lorsque le verre qu'il s'agit de platiniser est couvert d'une couche de 
métal el qu'il est suffisamment sec, on le place dans des moufles d'une con- 
struction spéciale, où la décomposition de la résine platinifére et sa trans- 
formation en charbon se font sans fusion, sans ébullition, sans bonillon- 
nements, et le squelette spongieux d'abord, qui représente les cendres, se 
fixe et se transforme en un platinage parfait. 

» Les miroirs ainsi préparés sont fort brillants. Le platine s'applique en 
avant du verre : il en résulte luie notable économie. Les verres platinisés 
qui forment les miroirs sont transparents. Avec i franc de platine, on peut 
métalliseï' i mètre carré de glace. » 

Les échantillons adressés par M. Jouglet seront soumis à l'examen de 
M. Fizeau. 

M. Maumexé adresse une nouvelle Note concernant la nature du sucre 
interverti. 

Suivant M. Maumené, le sel considéré |iar M. Duhrunfaut comme un 
lévnlosate ne serait pas insoluble dans l'eau pure, et le poids de ce sel ne 
correspondrait jamais a la moitié du sucre interverti dans lequel on l'a formé. 
Le sucre interverti serait un mélange des plus variables, et, quelles que 
soient les précautions prise-; dans sa pré|)aration, jamais il n'olfrirait les 
caractères d'un ensemble pouvant être reproduit d'une manière identique. 
L'auteur signale enfin diverses erreurs qui auraient été commises par 
M. Dubrunfauf, et dont les lUies auraient déjà été indiquées, tandis que 
quelcpies autres seraient jusqu'ici passées inaperçues. 

M. G. Fleury adresse une Note « Sur deux produits de l'agaric blanc ». 

Le champignon du mélèze, pulvérisé, desséché, et traité par l'éther, 
donne une solution qui fournit, par l'évaporation, un résidu solide : ce 
résidu paraît formé presque luiiquement de deux substances, que l'auteur 
nomme résine d'agaric, et acide agnriciqiie. L'auteur donne à la résine d'a- 
garic la formule C"H''Ô'", et à l'acide agaricique la formule €'«H^'0'. 

M. P. GuYOT adresse, sur la valeur toxique de quelques rosolates, une 
Note qui se termine par les conclusions suivantes : 



( 54 ) 

'> 1° Les rosolates de potasse, de soude et de baryte n'agissent aucune- 
ment sur la peau ; 

» a" Les selssodique et potassique ne sont pas vénéneux lorsqu'ils sont 
introduits dans l'économie animale; 

» 3" Le rosolate baryliqiie, introduit à forte dose dans l'économie; ani- 
male, est vénéneux: dans ce cas, il agit par sa base; 

» 4° Les rosolates peuvent être employés en teinture, soit pour le genre 
uni, soit pour la variété dite rayée. » 

M. JuNOD adresse luie Note relative à l'histoire des applications médi- 
cales de l'air comprimé. 

Cette Note sera transmise à la Commission des prix de Médecine et de 
Chirurgie. 

A 5 heures et demie, l'Académie se forme en Comité secret. 

COMITÉ SECRET. 

La Section cle Physique, par l'organe de son doyen M. Bkcquerel, 
présente la liste suivante de candidats à la place de Correspondant, vacante 
par suite du décès de M. Malteucci : 

En première licjne M. J.-R. Mayer, à Heilbronn. 

31. AxGSTROM, à LTpsal. 

M. Billet, à Dijon. 

M. DovE, à Berlin. 

M. Grove, à Londres. 

M. Hexry, à Philadelphie. 

„ , ,■ . , M. Jacobi, à Saint-Pélersbovu-er. 

Ln seconde linne et nar ordre u, -, . ,, ■ 

__i I , ,,• ( ■*!• Joule, a Manchester. 

M. KiRCHHOFF, à Heidelberg. 

M. Riess, à Berlin. 

M. Stockes, h Cambridge. 

M. W. Thomson, à Glascow. 

M. Tyndall, à Londres. 

\ M. VoLPicELLi, à Rome. 

Les titres de ces candidats sont discutés. 
L'élection aura lieu dans la prochaine séance. 

La séance est levée à 6 heures. E. D. B. 



nlphabélique 



( s,'; ) 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUR. 

L'Académie a reçu, clans !a séance du 3 janvier 1870, les ouvrages dont 
les titres suivent : 

Description des machines et procédés pour lescpiels des brevets d'invention 
ont été pris sons le réqi)ne de ta loi du r> juillet i 8445 publiée par les ordres de 
M. le Minislrede l' yéqriculture, du Commerceet des Truvaux publics, t. LXVIII. 
Paris, 1869; in-4° avec planches. 

Formulaire pharmaceutique des hôpitaux mllilaires de In France, rédigé par 
le Conseil de santé des armées et approuvé par le Ministre de ta Guerre. Paris, 
1870; I vol. in-S". (Présenté par M. le Baron Larrey.) 

La mnsica... La musique: Science et art; par M. G. Privitera, fasci- 
cules 9 et 10. Sans lieu ni date, in-4°. 

Biographia... Biographie de Alphonse de Lamartine, lue à la cérémonie 
funèbre célébrée en Idionneur et à la mémoire de l'illustre poète, te 27 avril 
1869; pa»- M. J. Nabuco de Aranjo. Rio-de-Janeiro, 1869; br. in-S". 

The... Athenœum, n°' 5oo à 5o2. Londres, 1869; 3 br. in-4°. 

Die... Les roclies porpli/riques de l' Autriche de V époque géologique moyenne; 
par M. G. Tschermak. Vienne, 1869; in-8''. 

Studien... Elude sur les blocs erratiques de la formation diluvienne de la 
Russie; par M. G. Helmersen. Saint-Pétersbourg, 1869; in-4''. (Présenté 
par M. Daubrée.) 



ERRATJ. 

(Séance du 27 décembre 1869.) 

Page i353, ligne 7, au lieu de F -^» /tsez F = -p- 

Page i355, ligne 6, nu lieu de pression conslante, lisez volume ronslant. 

Page i355, ligne -23, au lieu de — 1 lisez —• 

a j; ai 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES 



SEANCE DU LUNDI 10 JANVIER 1870. 

PRÉSIDENCE DE M. LIOUVILLE. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDAKTS DE L'ACADÉMIE. 

ASTRONOMIE. — Sur la constitution physique de la Lune; par 'M.. Delaunay. 

« Dans un Mémoire lu à la Société astronomique de Londres, le lo no- 
vembre 1854, et imprimé dans le tome XXIV des Mémoires de cette So- 
ciété, M. Hansen établit que le centre de gravilé de la Liuie ne coïncitle pas 
avec son centre de figure; il trouve que le centre de gravité est plus loin de 
nous que le centre de figure, et que la distance de ces deux points, proje- 
tée sur le rayon vecteur qui joint la Terre à la Lune, est d'environ 69 kilo- 
mètres. Cette importante proposition résulte de ce que les inégalités de la 
longitude de la L\me, calculées parla théorie de l'atlraclion, ne concordent 
comj)létemenl avec les indications fournies par les observations, qu'à la 
condition d'avoir été préalablement multipliées par un facteur plus grand 
que l'unité, que M. Hansen trouve égal à i,oooi544- 

» L'explication eu est très-simple. On sait que la Lune tourne toujours 
la même face vers la Terre, ce qui indique que les durées moyennes de la 
rotation de la Lune sur elle-même et de sa révolution autour de la Terre 
sont exactement les mêmes. Mais comme la rotation de la Lime s'effectue 
uniformément, tandis que son mouvement de révolution autour de la Terre 
présente des variations continuelles et périodiques de vitesse angulaire, ces 

C. R., 1870, i>'^ Semestre. (T. LXX, N» 2.) 8 



( 58 ) 
deux mouvements, (ont en concordant rigoureusement l'un avec l'autre 
en moyenne, présentent cependant des discordances de détail plus ou 
moins grandes, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. I.e point de la 
surface de la Lune, qui nous paraît en général occuper le centre du disque 
de cet astre, se |iorle tantôt à l'est, tantôt à l'ouest du point central du 
disque, suivant que le mouvement angulaire périodiquement variable de 
la Liuie autour de la Terre est en avance ou en retard sur le mouvement de 
rotation de la Lune sur elle-même : c'est ce qui constitue la libration delà 
Lime en longitude. Quand on calcule, par la théorie de l'attraction, les 
inégalités du mouvement de la Lune autour de la Terre, c'est au mouve- 
ment du centre de gravité de notre satellite que ces inégalités se rap- 
portent; quand on observe la position de la Lune sur la voûte céleste, c'est 
son centre de figure que l'on considère et non son centre de gravité. Si ces 
deux points ne coïncident ])as lun avec l'autre, comme la rotation a lieu 
autour du centre de gravité, le centre de figure doit participer à la libration 
en longitude dont nous venons de parler: et comme la grandeur du dé- 
placement apparent dû à cette libration est à chaque instant proportion- 
nelle à la somme des inégalités périodiques de la Lune, il s'ensuit que, pour 
passer du centre de gravité, considéré par la théorie, au centre de figure 
auquel se rapportent les observations, il faut faire à l'expression théorique 
de la longitude du centre de gravité une correction proportionnelle à la 
somme des inégalités périodiques qu'elle renferme. Cela revient à nudti- 
plier la somme des inégalités périodiques par ini facteur différent un peu 
de l'unité, plus grand que i si le centre de giavité est plus loin de nous 
que le centre de figure, plus petit que i, au contraire, si c'est le centre do 
figure qui est le plus éloigné de la Terre. 

» Ces idées de M. Hansen et la conséquence à laquelle elles l'ont con- 
duit sont loin d'être restées inaperçues; elles ont vivement frappé tous ceux 
qui prennent intérêt aux progrès des sciences. Récemment elles ont été 
l'objet d'mi examen spécial de la part de M. Simon Newcomb, de Was- 
hington, qui se livre avec tant de succès aux recherches d'astronomie 
théorique; j'ai rhonneurde présenter en son nom, à l'Académie, un exem- 
plaire de la Note très-intéressante dans laquelle il a consigné le résultat de 
cet examen (voir au Biilleliii hibliocjraphique). M. Newcomb montre dans 
cette Note que la conclusion à laquelle M. Hansen est arrivé, relativement 
à la non-coïncidence du centre de gravité de la Lune avec son centre de 
figure, ne repose sur aucun fondement loijique. Voici les raisons qu'il en 
donne. i 



( ^^^9) 

M Si le centre de gravité de la Liino est plus éloigné de nous que son 
centre de figure, le facteur plus grand que l'unité par lequel on doit mul- 
tiplier les inégalités de la longitude du centre de gravité pour en déduire 
les inégalités correspondantes du centre de figure, doit affecter aussi bien 
VécjHcilion du centie que les inégalités dues à l'action perturbatrice âw Soleil. 
Or l'équation du centre se détermine par l'observation du centre de figure 
de la Lune, et la valeur que l'on trouve ainsi doit être égale à celle que 
l'on trotiverait si l'on observait le centre de gravité, augmentée dans le 
rapport indiqué par le facteur dont il s'agit; l'excentricité conclue de celte 
valeur de l'équation du centre, dont la partie principale lui est propor- 
tionnelle, doit donc aussi être égale à l'excentricité relative au centre de 
gravité multipliée par le même facteur. Or la plus grande des inégalités 
liniaires dues à l'action perturbatrice du Soleil, ïévection, est aussi, du 
moins dans sa partie principale, proportionnelle à l'excentricité, et, si l'on 
en fait le calcul en partant de la valeur de cette excentricité telle que la 
donnent les observations, on trouve, non pas l'évection correspondant au 
centre de gravité de la Lune, mais bien l'évection corrigée déjà dans le 
rapport convenable pour devenir ce qu'elle doit être relativement au centre 
de figure; donc « l'évection théorique doit s'accorder avec celle que four- 
)) nit l'observation, lors même que les centres de gravité et de figure de la 
» Lune ne coïncideraient pas l'un avec l'autre. » Ce n'est, d'après cela, 
qu'en considérant les inégalités autres que l'évection, que l'on peut par- 
venir à décider si ces deux centres sont réellement éloignés l'un de l'autre 
d'une quantité appréciable pour nous. De ces autres inégalités, il n'y a que 
la variation qui éprouve un changement sensible quand on la nuiltiplie par 
le facteur i ,000 i 54 4 trouvé par M. Hansen, et encore le coefficient de cette 
inégalité ne se trouve-t-il modifié par là que d'enviren -^ de seconde; or la 
nécessité de l'application d'une pareille correction à la variation, pour faire 
concorder sa valeur théorique avec les indications de l'observation, n'est 
pas suffisamment établie pour qu'on |)uisse en faire le point de ilépart 
d'aucune conclusion sur les positions respectives des centres de gravité et 
de figure de la Lune. 

» Après avoir rappelé, comme je viens de le faire, la théorie établie par 
M. Hansen sur cette question, et indiqué l'objection capitale qui lui a été 
faite par M. Newcomb, j'ajouterai quelques réflexions que les idées de 
M. Hansen m'avaient suggérées ilepuis longtemps, et qui me portaient à 
n'admettre qu'avec une grande réserve les coiiso''quences auxquelles il avait 
été conduit. 

8.. 



( 6o) 

» Par siiile de la position fortement excentriqne qn'il attribnait an 
centre de gravité de la Lnne par rapport à son centre de figure, M. Hansen 
disait : « D'après cela on doit considérer les deux hémisphères de la Lune, 
» dont l'nn est visible et raulic invisible pour nous, comme essentielle- 
» ment diltérents par rapport aux couches de niveau, aux climats et à tout 
» ce qui en dé|)end. Comme les couches de niveau se règlent principale- 
« ment par rapport au centre de gravité, l'hémisphère de hi Liuie tourné 
» vers nous s'élève beaucoup plus au-dessus du niveau moyen que ne le 
» fait l'hémisphère opposé; et quoique celui-là se présente à nous comme 
» inie contrée stérile, exempte d'une atmosphère et de tout être vivant, 
» on ne peut plus conclure que l'autre hémisphère ne soit doué d'une at- 
» mosphère, et qu'il n'y ait de végétation et d'êtres vivants. Aux bords de 
» la Lune doit régner à peu près le niveau moyen, et, en effet, on ne peut 
» pas dire que là il ne se serait montré aucune trace d'une atmosphère (i).» 

» Certes nous ne pouvons pas dire à priori que les choses ne sont pas 
telles que M. Hansen les indique dans ce passage; et si des observations 
précises et irrécusables venaient établir que c'est bien ainsi que la Lune 
est constituée, noTis serions bien obligés de l'admettre. Mais nous ne pou- 
vons nous dissimuler que cela ne concorderait pas le moins du monde avec 
les idées auxquelles l'ensemble des phénomènes observés nous ont conduits 
relativement à la figure des corps célestes et aux circonstances qui doivent 
se présenter sur leurs surfaces. 

» Tout nous porte à regarder les planètes et leurs satellites, la Ltuie en 
particulier, comme ayant été fluides à une époque plus ou moins reculée, 
et comme ayant pris naturellement, par suite de leur fluidité, la forme 
arrondie et presque sphérique que nous leur voyons. Dans ces conditions, 
si les diverses parties matérielles d'un astre n'avaient été soumises qu'à 
leurs actions mutuelles, et si la masse entière n'avait pas été animée d'un 
mouvement de rotation sur elle-même, cette masse aurait pris exactement 
la figure d'une sphère. L'existence d'une rotation autour d'un axe, en 
développant des forces centrifuges perpendiculaires à cet axe, a dû pro- 
duire lui aplatissement plus ou moins prononcé, analogue à celui de notre 
globe ; et de plus, dans le cas de la Lune, dont le mouvement de rotation 
maintient toujours un même hén)isphère du côté de la Terre, l'attraction 
terrestre a dû produire un allongement du globe lunaire suivant le dia- 
mètre dirigé vers la Terre. Mais, dans tous les cas, la surface extérieure de 



(i) Cette citation est textuelle. Le Mémoire de M. Hansen est écrit en français. 



( 6i ) 
cette masse fluide devait être une surface de niveau. En passant de l'état 
fluide à l'étal solide, par suite du refroidissement progressif qu'elle éprou- 
vait, la masse que nous considérons a dû conserver la forme qu'elle avait 
prise antérieurement; il a pu, tout au plus, en raison de l'inégale contrac- 
tion des diverses parties, se produire, dans la croîile solitie formée à la 
surface, des rides, des plissements, des dislocations, qui ont amené des 
dénivellations partielles; mais ces altérations de forme n'ont pas pu avoir, 
sur la figure de l'ensemble, une telle influence que les traits caractéristiques 
qu'elle présentait avant la solidification fussent complètement masqués. 
C'est ainsi que, sur la Terre, où de pareilles déformations de la croûte 
superficielle sont rendues évidentes par l'étude de la constitution des divers 
terrains, la forme générale de cette croûte solide présente tous les caractères 
d'une surface de niveau; en effet, les eaux de la mer, qui sont répandues 
dans les cavités de cette croûte, et qui, par leur ensemble, constituent, à 
proprement parler, un immense niveau, montrent que partout, sauf quel- 
ques exceptions peu étendues et toutes locales, la surface du globe s'éloigne 
fort peu de la surface de niveau que ces eaux déterminent. 

» Comment admettre, après cela, avec M. Hansen, que la surfiice de la 
Lune serait assez différente d'une surface de niveau, pour que l'atmosphère 
lunaire, s'il y en a une, se trouvât reportée tout entière sur l'Iiémisphère 
que nous ne voyons pas, tandis que l'hémisphère tourné vers nous eu 
serait complètement privé? Il me semble que cela n'est pas possible, tant 
que nous n'aurons pas des raisons puissantes pour croire que la Lune pré- 
sente, dans sa constitution, des conditions tout autres que celles du globe 
que nous habitons. 

» La base sur laquelle M. Hansen s'appuyait pour établir l'idée que je 
combats en ce moment venant d'être fortement ébranlée, sinon tout à fait 
anéantie, par M. Simon Newcomb, les considérations que je viens de pré- 
senter perdent certainement de leur importance; j'ai pensé cependant qu'il 
n'était pas inutile de les soumettre à l'Académie. » 

CHIMIE MINÉRALE. — Recherches sur l'acide azoteux; par M. E. Freny. 

« La chimie minérale, trop délaissée aujourd'hui, offre cependant encore 
aux chimistes des sujets de recherches nombreux et intéressants. Les ques- 
tions de chimie élémentaire, que l'on croit épuisées, peuvent presque tou- 
jours être reprises utilement, et le corps qui paraît le mieux étudié présente 
souvent de grandes lacunes dans sou histoire. 



( 6-2 ) 

» Ces considérations s'appliquent à plusieurs acides minéraux, et parti- 
culièrement à l'acide azoteux, qui, par la mobilité de ses éléments, se prête, 
comme les substances organiques, aux réactions les plus variées. 

» Déjà, dans mes recherclies sur les acides sulfazotés, j'ai démontré le 
parti (pie l'on pouvait tirer de l'acide azoteux pour produire toute une 
classe nouvelle d'acides doubles. 

» Dans cette Communication, je me propose d'étudier de nouveau cet 
acide, qui intervient dans un grand nombre de phénomènes chimiques et 
qui joue un rôle si considérable ilans la fabrication, encore obscure, de 
l'acide sulfurique. 

» L'acide azoteux présente trois caractères qui le recommandent à l'at- 
tention des chimistes : 

» 1° L'eau le dédouble en acide azotique et en deutoxyde d'azote; 

» 2" Il agit comme réducteur ou comme oxydant dans plusieurs réac- 
tions; 

M 3" Il peut être lui-même décomposé sous l'influence des corps hydro- 
génés et se modifier par substitution. 

» C'est l'élude de ces trois phénomènes qui m'a particulièrement occupé 
dans ce travail; je parlerai d'abord de l'action de l'eau sur l'acide azoteux. 

» On admet généralement que cet acide se dédouble dès qu'il arrive au 
contact de l'eau; cette décomposition est représentée par la formule sui- 
vante : 

3AzO'-l-HO = AzO»,IIO + 2AzO^ 

C'est elle qui, dans la théorie de la fabricalion de l'acide sulfurique, permet 
d'expliquer la régénération de l'acide azotique. 

» Pour étudier ce curieux dédoublement, je me suis placé dans deux 
conditions différentes. J'ai fait arriver, dans une première série d'essais, 
une petite quantité d'eau dans un grand excès d'acide azoteux; dans d'au- 
tres expériences, l'acide azoteux se rendait au contraire lentement dans un 
excès d'eau : les phénomènes ont varié avec les quantités d'eau que j'em- 
ployais. 

» Lorsqu'une faible proportion d'eau vient réagir sur un excès soit 
d'acide azoteux pur, soit d'acide hypoazolique, Az^O', soit d'acide azoto- 
sulfurique, 2S0% AzO',110, j'ai constaté qu'il se forme de l'acide azotique 
el qu'il ne se dégage que du deutoxyde d'azote. I^our vérifier ce fait, j'ai 
produit ainsi plus de 20 litres de deutoxyde d'azote qui a été absorbé par 
le sulfate de protoxyde de fer sans laisser de résidu; il était donc absolu- 
ment |)ur. 



( 63 ) 

» Les phénomènes ne sont plus les mêmes lorsqu'on tait arriver clans 
un grand excès d'eau froide de l'acide azoteux pur, on les combinaisons 
de cet acide avec les acides azotique et sulfnrique. J'ai constaté alors un 
fait qui m'a surpris, parce qu'il est en contradiction avec ce que l'on pro- 
fesse d'habitude : c'est que l'acide azoteux, soit pur, soit eu combinaison 
avec d'autres acides, peut se dissoudre dans l'eau sans éprouver de décom- 
position. 

» Une pareille dissolution, qui, pour d'autres corps, n'aurait aucune 
importance, est au contraire très-intéressante lorsqu'il s'agit de l'acide azo- 
teux; on sait en effet combien il est difficile d'étudier cet acide à l'état de 
vapeur; sa dissolution dans l'eau m'a permis de constater sur ce corps pUi- 
sieurs propriétés nouvelles. 

)) La dissolution d'acide azoteux est beaucoup plus stable qu'on ne pour- 
rait le croire : elle se conserve pendant plusieurs jours à la température 
ordinaire; l'ébullition la décompose en produisant de l'acide azotique et 
du deutoxyde d'azote; même dans ces conditions, la décomposition de 
l'acide azoteux n'est pas instantanée. 

» L'eau froide dissout également, sans décomposition immédiate, les 
combinaisons de l'acide azoteux avec les acides sulfnrique et azotique. Ces 
liqueurs permettent même de faire toutes les expériences que l'on pourrait 
exécuter avec la dissolution d'acide azoteux, car elles sont beaucoup plus 
stables qu'elle. 

)) Les corps divisés agissent d'une manière remarquable suv la dissolu- 
tion d'acide azoteux. Lorsqu'on introduit dans ce liquide des substances 
pulvérulentes qui ne peuvent agir que |)ar leur présence, telles que du 
sable, du plâtre et surtout du charbon, l'acide azoteux se dédouble immé- 
diatement en dégageant du deutoxyde d'azote et en produisant de l'acide 
azotique. 

» J'ai dit que la seconde propriété intéressante de l'acide azoteux était 
son pouvoir réducteur; sous ce rapport, il peut être en quelque sorte assi- 
milé à l'acide sulfureux. 

» Dans mon Mémoire sur l'osmium, j'avais déjà employé avec avantage 
les azotites pour réduire les osmiates et produire, à l'état cristallisé, les 
nouveaux sels que j'ai décrits sous le nom iVosmites. 

» Cette puissance de réduction appartient aussi à l'acide azoteux ; la 
dissolution dans l'eau décompose à froid le permanganate de potasse et 
réduit inunédialeuient le chlorure d'or. 

» Une liqueur titrée de permanganate de potasse m'a servi souvent pour 



C 64 ) 
déterminer la quantité d'acide azoteux libre qui se trouve dans une liqueur, 
ou celle qui est engagée en combinaison avec l'acide sulfiiriquc dans l'acide 
azotosulfurique. 

M L'acide azoteux agit sur l'acide sulfliydrique comme l'acide sulfureux ; 
il le décompose immédiatement en précipitant du soufre. 

» Il déplace le brome et l'iode des bromures et des iodnrcs, en oxydant 
les métaux et en donnant d'abord à ces sels une réaction alcaline, comme 
M. Cloëz l'a prouvé : la dissolution trés-étendue d'acide azoteux exerce 
donc absolument la même réaction que l'ozone sur les papiers ozono- 
métriques. 

» De toutes les propriétés de l'acide azoteux, les plus intéressantes sont 
celles que l'on observe dans la réaction de l'acide sulfureux et de l'hydro- 
gène sur cet acide. 

» Lorsque l'acide sulfureux réagit à froid sur l'acide azoteux, il se 
forme d'abord quelques-uns de ces acides doubles que j'ai décrits dans mes 
recherches sur les sels sulfazotés. 

» Ces acides ne résistent pas à l'action de la chaleur ; aussi lorsqu'on 
fait agir, à chaud, l'acide sulfureux sur l'acide azoteux, obtient-on les 
produits de dédoubleir.ent des acides sulfazotés, c'est-à-dire de l'ammo- 
niaque, du deutoxyde d'azote et même du protoxyde d'azote. 

» Si l'on fait passer à froid de l'acide sulfureux dans de l'acide azoto- 
sulfurique, tel que celui qui se produit dans la colonne de Gay-Lussac, 
c'est du deutoxyde d'azote pur qui se dégage. 

» Mais lorsqu'on mélange deux dissolutions d'acide sulfureux et d'acide 
azoteux et qu'on chauffe légèrement la liqueur, on obtient alors du prot- 
oxyde d'azote. 

» En présence de ces deux faits importants, l'action de l'acide sulfureux 
qui décompose l'acide azotosulfureux et qui en dégage du deutoxyde 
d'azote, et la transformation de l'acide azoteux en protoxyde d'azote sous 
l'uiflueuce de l'acide sulfureux, il m'est impossible de ne pas faire ressortir 
ici tout l'intérêt que présentent ces observations au point de vue de la pro- 
duction industrielle de l'acide sulfurique. 

» On saitque, théoriquement, dans la fabrication de l'acide sulfurique, le 
composé nitreux agissant sur l'air et sur l'eau devrait se régénérer toujours. 

» Mais la pratique ne confirme pas les indications de la théorie ; on est 
loin de régénérer en grand tout l'acide azotique que l'on a employé, et 
c'est par des sommes considérables qu'il faut représenter les quantités de 
composés nitreux qui sont perdues. 



( 65 ) 

» Les causes de celte perle sont à peu près inconnues : les réaclions de 
l'acide azoteux que je viens de signaler me paraissent de nature à les taire 
connaître et permettront peut-être de les éviter. 

» En m'appnyant sur les faits qui précèdent, je n'hésile pas à dire que 
c'est l'acide sulfureux en excès qui est la cause principale de la perle du 
composé niireux dans la fabrication de l'acide sulfurique ; c'est lui (jui, en 
traversant la colonne de Gay-Lussac, décompose l'acide azotosulfurique 
qui s'y trouve et en dégage du deutoxyde d'azote, qui est absolument perdu 
pour la fabrication; c'est encore lui qui décompose à cliaud le com|)osé 
nitreux et le change en protoxyde d'azote, qui ne peut plus être utilisé dans 
les chambres de plomb. 

» Il faut encore ajouter que l'acide azoteux n'est pas le seul composé 
nitreux qui soit transformé en protoxyde d'azote pai- l'action de l'acide 
sulfiueux : j'ai recoiuiu que l'acide azotique lui-même est ramené facile- 
ment à l'état de protoxyde d'azote, lorsqu'on le chauffe avec une quantité 
suffisante d'acide sulfureux. 

» En me résumant sur ce point, je dirai donc cjue l'excès d'acide sulfu- 
reux dans les chambres et réchauffement exagéré des gaz, sont les causes 
véritables de' la consommation inutile des composés nitreux dans la fabri- 
cation de l'acide sulfurique. 

» Les considérations théoriques que je viens de présenter sont du reste 
confirmées par les observations industrielles. Des fabricants attentifs ont 
souvent signalé la présence du protoxyde d'azote dans les chambres de 
plomb. 

» Si l'action de l'acide sulfureux sur l'acide azoteux m'a conduit à des 
conséquences qui intéressent la chimie industrielle, la décomposition de 
l'acide azoteux par l'hydrogène me permettra d'établir plusieurs faits qui 
me paraissent |)réseuter, au point de vue de la théorie, une importance 
incontestable. 

» Pour apprécier les proportions d'acide azoteux contenu dans une li- 
queur, j'ai souvent eu recours à la réduction de cet acide par l'hydrogène, 
que j'aurais appelé naissatit, avant le Mémoire si intéressant que notre sa- 
vant confrère M. H. Sainte-Claire Deville a lu dans la dernière séance île 
l'Académie. 

» J'oxyde l'acide azoteux par le permanganate de potasse, et ensuite je 
transforme par l'hydrogène l'acide azotique en ammoniaque, que je dose 
au moyen de l'acide sidfurique titré. 

C.K., 1870, i" Si-meHie.(T.L\X, N" 2.) 9 



(66) 

» Pour arriver à des détermirlations exactes, j'ai dû examiner toutes les 
circonstances qui accompagnent celte rédnction. Dans le cours de cette 
étude, j'ai obsei'vé un fait que je crois iuiportant. 

» Lorsque l'acide azotique est soumis à l'action de l'hydrogène, il se 
transforme d'abord en acide azoteux, comme M. Terreil l'a constaté, puis 
en amtuoniaque. Mais ces deux corps ne sont pas les seuls qui se forment 
dans la réaction ; il s'en produit un troisième, que j'ai reconnu à l'influence 
qu'il exerce sur le permanganate de potasse. 

» Les azotites alcalins n'agissent pas sur ce réactif, tandis que le nou- 
veau corps décompose le permanganate de potasse, même en présence d'un 
grand excès d'alcali. 

» C'est ce caractère, en apparence peu important, qui m'a guidé cepen- 
dant dans les recherches difficiles dont je vais faire connaître les résultats. 

» J'ai pensé que le nouveau corps devait être produit par l'action des 
réducteurs sur l'acide azoteux ou sur les azotites; j'ai donc soumis ces 
deux composés à l'influence de tous les agents de réduction que nous con- 
naissons, tels que l'hydrogène, l'acide sulfureux, l'acide sullhydrique, les 
sulfures, les métaux alcalins, le zinc, l'aluminium, le magnésium, etc. 
Presque tous ces corps, en agissant sur l'acide azoteux ou sur les azotites, 
ont produit le composé que je cherchais, mais toujours en quantité trop 
faible pour en faire même une étude superficielle. 

» Après bien des essais infructueux, je suis arrivé enfin à trouver vuie 
réaction très-simple qui m'a permis de produire en quantité notable le 
corps que je n'avais fait qu'entrevoir jusqu'alors : je veux parler ici de la 
décomposition des azotites par l'amalgame de sodium. 

» Pour éviter toute influence des corps étrangers, je prépare d'abord 
l'azotite de potasse en calcinant du nitre dans une capsule de platine, je 
le fais dissoudre dans l'eau et je le soumets à i'action de l'amalgame de 
sodium : j'ai opéré également sur l'azotite de soude que l'on peut obtenir 
très-pur, car il cristallise avec luie grande facilité. 

» Dans ce cas, l'azotite est réduit, et j'obtiens alors facilement le corps 
que j'avais produit dans d'autres réactions et qui se reconnaît aux carac- 
tères suivants : 

» Il possède un pouvoir réactif très-énergique; il décompose immédia- 
tement et à froid les sels d'or, d'argent, de mercure et de cuivre; les trois 
|)remiers sels laissent précipiter les métaux purs; le sel de cuivre produit 
de l'hydrate de protoxyde; il décolore le permanganate de potasse, même 
en présence d'un excès d'alcali, ce que ne fait pas un azolite; il peut être 



( fi? ) 

évaporé à sec dans le vide sans se décomposer, il résiste pendant longtemps 
à l'action de l'ean bouillante; l'acide acétique ne le détruit pas, mais il est 
décomposé par les acides énergiques; dés qu'on le chauffe avec un excès 
d'alcali, il dégage de l'aaunoniaque et perd immédiatement ses propriétés 
réductives : dans celte décomposition, il se dégage en même temps du ])rot- 
oxyde d'azote. 

» Quelle est la nature d'un pareil corps, qui se forme dans l'action de 
l'hydrogène sur les azotites et qui est un réducteur plus énergique que 
l'acide azoteux? 

» Doit-on le considérer comme une sorte de corps amidé, comme un 
acide azoteux hydrogéné, ou comme lui acide moins oxygéné que l'acide 
azoteux? 

» On comprend que je n'oserai me prononcer sur un fait aussi important 
que lorsqu'il me sera possible de produite le nouveau corps à l'état de 
pureté et en quantité suffisante pour en faire une étude complète. 

» Ce qui, du reste, augmente à mes yeux l'intérêt de la question que je 
traite devant l'Académie, c'est que l'acide azoteux n'est pas le seul acide 
qui puisse produire un composé réducteur par l'action de l'amalgame de 
sodium : cette propriété s'étend aux acides de la même classe. Je me trouve 
donc probablement en présence d'un nouveau groupe de composés chi- 
miques. 

» J'ai reconnu, en effet, qu'en soumettant l'acide arsénieux ou les arsé- 
nites à l'influence de l'amalgame de sodium, ou obtient un corps réducteur 
aussi actif que celui qui dérive de l'acide azoteux, mais qui est encore 
moins stable. 

» Il réduit à froid le permanganate de potasse, les sels d'or, d'argent, 
de mercure et de cuivre. Il se dissout dans l'eau; sa dissolution est incolore, 
mais elle se décompose spontanément en devenant d'abord brune et en 
laissant déposer de ihydrure d'arsenic. 

» Dès que l'hydrure arsenical s'est précipité, la liqueur a perdu tout 
pouvoir réductif, comme le composé azoté lorsqu'il a dégagé de l'ammo- 
niaque. 

« Ces deux composés azotés et arsenicaux me paraissent donc être abso- 
lument de même nature : le but principal de cette Communication était de 
faire connaître leur mode de prodticlion et leurs caractères. 

» Je présenterai prochainement à l'Académie la suite de ces études, dans 
lesquelles je suis aidé avec beaucoup de zèle et d'intelligence par un jeune 
chimiste, M. Maudet. » 

9" 



( 68) 

ÉLECTRO-CAPiLLAUiTÉ. — Huitième Mémoire sur les pliénonènes électro- 
capilldircs (deiixiènie Partie : de lu cause des courunls imis< ulaiies, nerveux, 
osseux cl (uiUes); par M. Becquerel. (Extrait.) 

« Galvaiii, Nol)ili, Matteucci, M. chi Bois-Reymond, et autres physiolo- 
gistes on physiciens éininents ont cherché à jeter les hases de l'électro-phy- 
siologie, en s'appnyant sur ce fait, que les muscles et les nerfs sont des 
électronioteurs, quand ils forment des circuits fermés, soit avec un ai'c 
métallicpie, soit en mettant en comininiication un nuiscle avec le nerf cor- 
respondant dégagé des tissus adjacents; mais cette propriété ne suffit pas 
pour démontrer que ces électromoteurs foiiclionnent comme tels dans les 
coi'ps vivants et interviennent dans les fonctions organiques, attendu qu'on 
ne trouve pas dans ces corps les conditions vouhies pour qu'il en soit ainsi. 
Jusqu'ici on n'y a reconnu que l'existence des courants électro-capillaires 
décrits dans la première Partie de ce Mémoire. 

» Je me suis attaché, dans la deuxième Partie, à prouver que les cou- 
rants dont il est question ont une origine chimique et nullement organique, 
en indiquant et mesurant les forces qui les produisent, et ne prenant pour 
base que l'expérience. Je ne parle de l'irritabilité des nerfs et de l'excita- 
bilité des muscles que sous le rapport de l'influence qu'exercent les cou- 
rants électriques sur ces propriétés. 

» Les muscles et les nerfs ne doivent donc pas être considérés, dans la 
théorie électrotonique, comme des piles composées d'éléments organiques, 
possédant une électiicité propre et qui interviennent dans Us fonctions 
musculaires et nerveuses. Matteucci et autres chimistes et j)hysioIogistes 
n'ont pas admis l'existence de ces piles; mais il faut dire aussi qu'ils n'ont 
rien substitué à la place. 

» Avant de parler des bases de la théorie électrotonique, j'ai cru conve- 
nable (le passer en revue les principales théories mises successivement 
en avant par Davy, Berzélius et Ampère, à l'aide desquelles ils ont cherché 
à prouver que les actions chimiques avaient une origine électrique, théories 
que j'ai combattues quand elles parurent. Les objections qu'elles soule- 
vèrent s'appliquent également à la constitution moléculaire électrique 
des coijjs organisés; c'est pour ce motif que je les ai exposées avec d'assez 
grands développecnents. 

» Davy, en partant de la théorie de contact, avait admis en principe que 
les substances qui se coudjuient chimiquement présentent des états élec- 
triques opposés : « En supposant, dit-il, une liberté parfaite, dans le mou- 



f 69 ) 

» veinent de lenrs particules, elles doivent s'attirer l'une et l'autre, en vertu 
)) de leurs pouvoirs électriques, et si ces pouvoirs sont assez exaltés pour 
» leur donner une force attractive supérieure au pouvoir de l'agrégation, 
» il se forme une combinaison, en même temps qu'il se dégage de la clia- 
» leur par la recomposition des deux électricités. » Cette théorie, qui 
repose sur les effets électriques de contact, a été abandonnée quand j'eus 
démontré que le contact de deux corps conducteurs qui n'est pas suivi 
d'une action mécanique, physique ou chimique, ne trouble pas l'équilibre 
des forces électriques. 

» Berzélius suivit une autre marche : il supposa que les atomes possé- 
daient une certaine polarité électrique et une différence d'intensité dans l'ac- 
tion de chaque pôle. Dans cette hypothèse, les corps étaient électro-positifs 
ou électro-négatifs, dans les combinaisons, selon que l'un ou l'autre pôle pré- 
dominait. Il assimilait, en un mot, les atomes des corps à des tourmalines 
qui deviennent électriques par échauffement ou par refroidissement. Cette 
assimilation n'était pas justifiée |)ar l'expérience, car les cristaux de tour- 
maline n'étant électriques que lorsque leur température s'élève ou s'abaisse, 
et cela encore jusqu'à i5o degrés environ, il devait s'ensuivre que les 
atomes hétérogènes n'exerçaient aucune action les uns sur les autres, lorsque 
leur température était constante et ne dépassait pas i5o degrés. Cette théorie 
ne fut donc pas acceptée. 

» Ami)ère essaya de lever cette difficulté en admettant que les atomes 
possèdent, chacun, suivant leur nature, une électricité propre, les uns 
étant positifs, les autres négatifs, et en outre une atmosphère d'électricité 
contraire, qui dissimule leur électricité propre. Une combinaison a-t-elle 
lieu, les atomes se débarrassent de leurs atmosphères, en produisant de 
la chaleur, et restent unis en vertu de l'attraction réciproque de leur élec- 
tricité désigne contraire. Dans la décomposition, les atomes reprennent 
leurs atmosphères. Celte théorie présentait de graves difficultés, elle n'ex- 
pliquait pas, par exemple, comment deux corps électo-positifs ou électro- 
négatifs pouvaient se combiner ensemble, comment deux atomes possé- 
dant une électricité contraire entourés de leurs atmosphères pouvaient réagir 
l'un sur l'autre, etc., etc. 

» Cette théorie, quoique très-ingénieuse, ne fut pas adoptée. Dans la 
théorie électrotonique, on considère les molécules organiques comme ayant 
une forme cylindrique dont les axes sont parallèles à l'axe du nuiscle; la 
surface des cylindres est éleclrisée positivement, les laces des bases tour- 
nées vers les sections transversales des muscles sont chargées d'électricité 



( 7o) 
négative; tous les cylinrlres se trouvent dans un liquide conducteur indif- 
férent. D'après cette description, les électricités de même nom de deux 
surfaces tournées l'une vers l'autre, se détruisent réciproquement (i). 
Or, on ne peut admettre que les électricités de même nom de deux surfaces 
tournées l'une vers l'autre se détruisent; elles se repoussent seulement. 
D'un autre côté, cette pile jouirait de cette singulière propriété qu'en ia 
coupant en deux, les deux surfaces séparées posséderaient la même électri- 
cité, ce qui est contraire à la constitution de la pile voltaïque; d'autres 
objections peuvent être encore faites à cette théorie, qui ne peut être admise, 
comme je le démontre dans mon Mémoire. 

» Je parle ensuite des courants musculaires et nerveux. Il ne suffit pas 
d'avancer qu'il y a un courant électrique dans les êtres vivants, par cela 
même qu'on observe une production d'électricité lors de la réaction entre 
deux liquides différents, séparés par une membrane ou lui tissu cellulaire; 
il faut encore faire connaître le corps conducteur solide, à l'aide duquel se 
produit le courant électrique qui agit comme force physique et comme 
force chimique : cette condition est remplie en ce qui concerne les courants 
électro-capillaires auxquels je rapporte les phénomènes de nutrition des 
tissus, et nullement dans l'hypothèse dont il est question. 

» Je passe ensuite à l'état électrotonique. 

» Lorsqu'on fait passer un courant constant dans une certaine longueur 
de nerf, ce nerf éprouve un changement dans son irritabilité. M. du Bois- 
Reymond a appelé ce nouvel état élecliotonique. M. Pfluger, en analysant 
ce phénomène, a constaté que l'irritabilité du nerf, dans le voisinage de 
l'électrode négative est augmentée, et diminuée près de l'électrode positive, 
et que dans l'intervalle se trouve un point neutre. Dans ce mode d'expéri- 
mentation il y a des effets physiques et des effets chimiques produits; Fa- 
raday a appelé les |)remiers éleclro Ioniques, acception différente de celle 
que l'on a doiuiée à l'état du nerf |)arcouru par un courant; ces effets résul- 
tent de l'état de tension dans lequel se trouvent les molécules du nerf pendant 
le passage du courant dans un fil conducteur, lequel produit, quand il cesse, 
un courant d'induction dans le même sens que le courant initial; dans un 
métal, le retour des molécules à leur état naturel d'équilibre est inunédiat; 
mais on ignore s'il en est de même dans les corps médiocres conducteurs 
comme les nerfs. D'un autre côté, le courant électrique opère des transports 
de matières du pôle positif au pôle négatif, au travers des tissus. Quant à 

(i) Eléments de Physiologie du D'' Ermann, traduction du D'' Onimus, p. ■}.^i. 



( V ) 
l'action électio-chiinique du courant, elle consiste en ce que le coiu'ant 
dépose, sons l'électrode négative, de l'alcali, et de l'acide sous l'électrode 
positive; l'acide coagule en même temps l'albumine, dans la zone acide; 
toutes ces causes doivent agir sur l'irritaLililé du nerf, notamment l'al- 
cali en l'augnienlant, comme on le sait, l'acide en la diminuant dans les 
zones où ils se trouvent; les effets produits sont donc complexes. Entre les 
deux zones, où \\ n'y a ni acide, ni alcali, l'irritabilité du nerf n'est pas 
changée. 

» Dans le courant propre de la grenouille, tel que l'ont mis en évidence 
d'abord Galvani, puis Nobili, la cessation de la contraction du muscle de la 
jambe, au bout de peu de temps, dépend non-seulement de 1 affaiblissement 
de l'irritabilité du nerf, mais encore d'une polarisation secondaire donnant 
lieu à \\n courant en sens inverse, dont on démontre l'existence. 

w II est à remarquer, toutefois, que l'expérience de Galvani ne réussit 
qu'autant que les nerfs lombaires sont isolés des tissus environnants, ce 
qui exclut déjà la possibilité de l'existence de semblables courants dans les 
êtres vivants. Des expériences rapportées dans mon Mémoire vieiuient à 
l'appui de cette conclusion. 

» r.e courant musculaire, découvert par Matteuci, et le courant nerveux 
par M. du Bois-Reymond, est celui que l'on obtient lorsqu'on met en com- 
munication métallique un point de la surface avec un autre d'une section 
transversale ou près de la svu'face, ou sans comnuuiicaliou métallique immé- 
diate, comme on le fait avec l'appareil de M. du Bois-Reymond ; ces courants 
allant de l'intérieur à l'extérieur du tissu, en suivant le conducteur, ont 
sans aucun doute une origine chimique, et on peut en constater l'existence 
pendant plusieurs semaines avec certaines précautions ; ce courant est dià 
à la réaction des liqnides intérieins, qui sont alcalins, sur les liquides 
extérieurs, qui le sont moins, ou à l'état neutre. Quand la pulréfitction 
est avancée, l'intérieur devenant plus fortement acide, le cornant a lieu 
quelquefois en sens inverse. 

» Les tendons, les artères, les veines, les intestins, les os et tous les tissus, 
comme on l'a vu dans mon précédent Mémoire, donnent des courants dans 
le même sens et dans les mêmes conditions. 

» Le courant osseux, qui ne diffère en rien du courant nuisculaire sous 
le rapport de sa formation, est remarquable par l'intensité de la force élec- 
tromotrice de l'électricité qui le produit et par sa durée: aussi en ai-je fait 
une étude spéciale. Voici la marche que j'ai suivie pour mettre en évidence 
ses propriétés. 



( 72 ) 

» La première question à résoudre est la détermination de la force 
électromotrice des liquides qui humectent les tissus, et qui dépend de leur 
composition, force qui a une grande importance dans les phénomènes de 
la vie, abstraction faite de celle qui concerne le sang artériel et le sang 
veineux, dont on s'est déjà occupé, et sur laquelle j'ai l'intention de re- 
venir. 

>> J'ai commencé par chercher la force électromolrice des liquides du 
tissu osseux, qui est plus stal)le que celle des liquides des autres tissus. Le 
con|)le osseux d'un animal nouvellement tué est formé de deux lames 
de |ilatine dépolarisées, en rapport avec im galvanomètre, et d'eau dis- 
tillée; l'une est introduite dans la moelle, l'autre est appliquée sur la 
surface de l'os, qui est plongé ensuite dans un vase contenant de l'eau 
distillée. Ce couple donne naissance à un courant dirigé de l'intérieur à 
l'extérieur, comme celui du muscle, lequel polarise les lames aussitôt que 
le circuit est fermé; il fallait donc chercher un moyen de déterminer avec 
exactitude la force électromolrice au moyen de la déviation de l'aiguille 
aimantée par première impulsion ; ou y parvient à^ l'aide de la méthode 
connue, dite /^nr opposition, laquelle consiste à op|)oser, au courant qui 
produit celle déviation, un coiu'ant variable, provenant d'un certain nombre 
de couples possédant, chacun, la même force électromolrice; le nombre 
de couples nécessaire pour que l'aiguille garde le zéro donne la force 
électromotrice du courant par rapport à celle d'un couple pris pour 
unité. 

» Au lieu d'employer une pile thermo-électrique, j'ai fait usage d'une pile 
composée de couples hydro-électriques, d'un usage facile, et qui se trouve 
dans les conditions voulues pour résoudre la question. Cette pile a été 
étudiée, d'une manière toute spéciale, par M. Edm. Becquerel, et dont il 
fera connaître à l'Académie les résultais qu'il a trouvés dans les recherches 
qu'il a entreprises sur la force électromotrice produite au contact des 
liquides. 

» (2ette méthode est applicable également à la détermination des forces 
électromotrices des liquides dans les tissus des animaux vivants, sans y 
produire de lésions bien sensibles, forces qui donnent naissance aux cou- 
rants électro-capillaires auxquels je rapporte les phénomènes de nutrition 
dans les tissus. 

» Les uf)uduxMises expériences que j'ai faites sur la force électromolrice 
des liquides qui humectent la moelle des os et les parties contiguès ont 
montré que cette force est environ moitié de celle du couple à stdfaie de 



( 7^ ) 
cuivre, force à laquelle on était loin de s'attendre. En accouplant deux de 
ces couples eu pile, on a une force éleclroniotrice double, ainsi de suite. 
Celte force, qui est constante pendant quelque temps, augmente ensuite 
peu à peu, à mesure que l'eau distillée dans laquelle plonge l'os se charge 
de matières organiques, qui, en se décomposant, rendent l'eau acide. Cette 
eau, en réagissant sur le liquide alcalin de la moelle, donne une force 
électromotrice d'autant plus grande, qu'elle contient plus d'acide, mais ne 
dépasse guère jusqu'ici les trois quarts de celle du couple à sulfate de 
cuivre très-légèrement. 

» L'explication que j'ai donnée du courant osseux reposant sur la struc- 
tiu-e de l'os, j'ai dû faire un exposé détaillé de cette structure et de ses 
relations avec les tissus adjacents. Il résulte de cet exposé que le courant 
osseux a une origine semblable à celle du muscle et du nerf, quand l'inté- 
rieur et l'extérieur sont mis en comnuuiication avec un arc métallique non 
oxydable. Or, la moelle se trouvant non-seulement dans le canal médullaire, 
mais encore dans toutes les cavités osseuses et les canicules, elle est ainsi 
répartie dans toutes les parties de l'os, excepté dans les nerfs, les vaisseaux 
et les parties solides des os; il en résulte que, partout où elle se trouve, il se 
déga^^e de l'électricité négative, par suite de sa réaction sur les liquides am- 
biants, qui prennent de l'électricité positive; il se manifeste des courants 
aussitôt que la communication métallique est établie. 

1) Que se passe-t-il avec cette communication, non-seulement dans les 
os, mais encore dans les autres tissus ? Les effets doivent être les mêmes que 
dans les appareils à tubes fêlés ou à membranes poreuses, quand les deux 
liquides communic[uent ensemble au moyen d'un fil et de deux lames de 
platine; dans ce cas, la presque totalité de l'action électrochimique, au lieu 
d'avoir lieu dans les espaces capillaires, s'opère sur les lanips dont la con- 
ductibilité est meilleure que celle des parois de ces espaces. Vient-on à 
enlever les lames, les actions électro-capillaires recommencent aussitôt. On 
peut tirer de là la conséquence qu'avec l'os, la lame de platine placée dans 
la moelle s'empare de l'électricité négative devenue libre, dans toutes les 
parties où elle se trouve, tandis que l'autre lame, appliquée sur le périoste, 
prend l'électricité positive des liquides ambiants, et alors les actions capil- 
laires cessent à peu près partout; avec les muscles et les autres tissus, de 
pareils effets doivent être produits. 

» Si donc on avait un moyen de mettre en communication métallique 
la partie intérieure d'un muscle ou dun os avec sa surface, dans un corps 
vivant, on ferait cesser probablement les actions électro-capillaires, et, par 

C. R., 1870, !«■• Semestre. { T. LXX, N" 2.) ' '^' 



suite, les phénomènes <!e nntrition auxqnels ils sont rUis; le tissu dépé- 
riiNiit niors p,eu à peu. Je m'occupe de faire cette expérience, qui présente 
de grandes diflicultés, vu les préciutions à prendre pour f;nre vivre long- 
I.Mui>s raiumal avec cet appareil. J'entre ensuite dans de nouveaux détails 
sur les changements qui s'o|iérent dans l'irritaliilité des nerfs par l'ac- 
tion d'un courant, et qui sont dus à une action physique et à une action 
chimique. 

)) J'ai examiné également le courant produit dans la contraction mus- 
culaire; mes expériences m'ont amené à conclure qu'il n'y a seulement 
(pi'une diminution dans l'intensité du courant résultant d'un changement 
instantané dans la composition du suc musculaire intérieur, qui devient 
un peu moins alcalin que lorsque le nuiscle est à l'élat de repos. En répé- 
tant un certain nonibre de fois la contraction, on finit par constater le fait : 
cette opinion est également celle de M. du Bois-Reymond. 

» En résiuné, les faits exposés dans ce Mémoire conduisent aux consé- 
quences suivantes : les courants musculaires nerveux, osseux et autres, 
que l'on observe dans les êtres vivants ou morts, lorsque les tissus forment . 
des circuits fermés, en mettant en communication l'inlériein- avec la surface, 
soit avec un fd de métal, soit avec un nerf isolé de tous les tissus adjacents, 
ont une origine chinnque et ne proviennent nullement d'une organisation 
électrique des muscles et des nerfs ; de sorte que l'on i\e peut faire dépendre 
les fonctions musculaires et nerveuses de cette organisation. 

« Les courants électro-capillaires jouent le principal rôle dans ces mêmes 
fondions; ce sont les seuls courants dont l'existence soit bien constatée 
jusqu'ici; dans les corps vivants, ils sont produits partout où il y a deux 
liquides différents séparés par une membrane cellidaire. La vie duninuaut, 
les cellules s'agrandissent, les liquides se mêlent, les courants électro- 
capdlaires cessent, et la putréfaction commence; la s'arrêtent les recher- 
ches du phy.sicien, car tout ce qui tient à l'excitation cérébrale transmise 
au système sensitil, qui réagit par une action réflexe sur les nerfs moteurs, 
ainsi qu'à l'action mécanique du cœur, dépend de la physiologie et non de 
la physique. » 

ÉLECTRO-CHIMIE. — Nolc sur In (lëtrntiiiintion fies fnncs ëlectroiiinliiccs 
failles; jiar M. Edm. Bfxqiierei.. 

« La déteruiii'.alion des forces éleclromotrices dues aux réactions chi- 
miques qui ont hci! dans les corps organisés, et dont mon père vient d'en- 



( 75 ) 
tretenir l'Académie, est une question délicate, car il est souvent nécessaire, 
poiM- manifester la production des cotnants électriques, d'emjdoyer des 
électrofles en platine qui se polarisent proniptement; en outre, la grande 
résistance à la conductibilité des liquides et des corps de l'organisme, résis- 
tance trés-variable dn reste, est un obstacle à ce que l'intensité du coin-ant 
électrique dévelojipé puisse conduire à donner une mesure exacte de ces 
effets. 

» On peut obtenir cependant ce résultat à l'aide de la métliode par 
opposition, consistant, comme on le sait, à interposer dans le circuit par- 
couru par un courant, et renfermant uis galvanomètre très-sensible, une 
pile d'un certain nombre d'éléments avant tous la même force électr'omo- 
trice, de façon à détruire l'effet de ce courant; on prend alors le nombre 
des éléments de celle pile normale, qui est nécessaire j)Our atteindre ce 
point, comme mesure de la force électromotrice chercbée, ou plutôt comme 
l'expression de la tendance à la production du courant électrique dans le 
circuit que l'on considère, la résistance à la conductibilité du système 
n'entrant pas comme élément dans la question. 

)) Mais il est nécessaire de prendie des précautions sans lesquelles les 
déterminations ne sauraient être exactes : d'abord la pile normale doit 
avoir des éléments aussi identiques que possible, et la foice électromotrice 
de ces éléments ne doit être ni trop forte pour que les éléments à inter- 
poseï' dans le circuit ne soient pas en petit nombre, ni trop faible de sorte 
qu'il soit nécessaire d'un trop grand nombre de couples pour réduire à 
zéro l'intensité du courant. 

» J.es |)iles ihermo-éleciriques déjà utilisées dans ce but par M. J. Re- 
guaidt et |)ar M. Gaugain, sont très-propres à cette détermination; car, 
bien que de faibles quantités de matières étrangères donnent aux nu^- 
taux un pouvoir tbermo-électrique différent , cependant avec (pielques 
précautions on peut construire des couples qui ont à peu près la même 
force électromolrice. Mais si l'on veut mesurer des forces électromo- 
ti'i( es allant jusqu'à celle d'un couple à acide azotique, à moins d'em- 
ployer des éléments tliermo-électriqnes formés avec les alliages que j'ai tait 
coimaître (i), il faut employer un nombre d'éléments de la pile normale 
pouvant aller jusqu'à 25o ou 3oo et même au delà, et s'astreindre à main- 
tenir parfaitement constantes les températures des différentes jonctions de 
ces éléments thermo-électriques pendant toute la durée des expériences. 



(i) Annales de Chimie et (le P/iysii/ue, ^' sriic, t. ^ III, p. 38i.) ; 1866. 

10. 



( 76 ) 
Nénnnioins, quand la température est la même, ces piles ont toujours la 
même force éloctromolrice. 

)) On a bien employé également des piles électro-chimiques, mais doul 
les forces élecfromotrices étaient, en général, trop grandes, de sorte que 
l'erreur commise en s'arrètant à un petit nombre de couples, pour équili- 
brer à peu près l'action du courant que l'on étudie, peut être trop considé- 
rable. Les conditions d'une pile normale de comparaison, dans le cas dont 
il s'agit ici, peuvent être suffisamment remplies en utilisant la propriété 
que H. Davy a reconnue au zinc amalgamé de pouvoir former avec le zinc 
ordinaire lui couple voltaïque. La force électromotrice développée quand 
deux électrodes semblables aux précédentes sont plongées dans une disso- 
lution saturée de sulfate de zinc est très-variable et dépend non-seulement 
de l'état de la surface des lames, mais encore de l'acidité de la dissolution. 
Cependant elle peut être rendue à peu près constante pendant un temps assez 
long, même pendant plusieurs jours. C'est une des plus basses unités élec- 
tro-chimiques dont on puisse faire usage et qui est d'un emploi facile, mais 
avec cette précaution indispensable d'éviter la polarisation des lames et de 
comparer fréquemment la force électromotrice d'un certain nombre d'élé- 
ments, aussi semblables entre eux que possible, avec celle de couples con- 
nus, comme celui formé par le zinc amalgamé et le cadmium plongeant dans 
leurs sulfates respectifs, ainsi qu'avec le couple zinc amalgamé-cuivre, sul- 
fate de zinc-sulfate de cuivre, dont la force électromotrice est généralement 
prise pour unité. 

» Voici comment on peut disposer une pile électro-chimique normale de 
ce genre : chaque couple renferme deux électrodes en zinc laminé ordinaire, 
dont l'une seulement est amalgamée, et qui plongent dans une dissolution 
saturée à froid de sulfate de zinc piu-; cette dissolution est rendue la moins 
acide possible par une ébullition prolongée avec du carbonate de zinc. Afin 
que les lames ne se touchent pas, on les sépare dans chaque couple au 
moyen d'un diaphragme poreux en biscuit de porcelaine, comme dans les 
couples à deux liquides, mais de sorte que la même dissolution se trouve des 
deux côtés du diaphragme. Il n'est pas nécessaire que les couples aient de 
grandes dimensions : des diaphragmes de 2*^, 5 de diamètre sur 4 centimètres 
de hauteur suffisent; les vases extérieurs de chaque élément ont alors 3*^,5 
de diamètre sur 5 centimètres de hauteur. Cependant, avec de plus grandes 
dimensions la composition du licpiide reste plus longtemps la même, et la 
force éleclromotrice des couples varie moins vite; on a donc avantage à se 
servir de plus grands couples, quand on veut maintenir pendant longtemps 



( 77 ) 
la constance de la pile. On réunit les pôles opposés de chaque cou|)le par des 
fils de cuivre soudés aux hunes de zinc, lesquels fils plongent dans des tubes 
contenant du mercure, de sorte qu'à l'aide de ces derniers on peut aisément 
interposer dans un circuit un nombre variable de couples depuis l'unilé 
jusqu'à la somme totale des éléments de la pile. 

» Une pile de ce genre qui vient d'être montée n'a pas immédiatement 
toute son énergie; il faut plusieurs heures pour qu'elle offre une force élec- 
tromolrice à peu près constante, et qui se maintieiuie telle pendant quel- 
que temps. Avec une dissolution saturée de sulfate de zinc pur, rendue 
la plus neutre possible, et une pile de la dimension indiquée plus haut, j'ai 
reconnu que, pour compenser l'action exercée sur un galvanomètre par un 
couple zinc amalgamé-cadmium, sulfate de zinc-sulfate de cadmium, il a 
fallu un nombre d'éléments qui a été d'abord de 67, et qui s'est maintenu 
à peu près tel pendant quelque temps. Au bout de troisjours, la pile étant 
restée moulée, l'action avait changé, et le nombre d'éléments nécessaires 
pour cette compensation était devenu l\o. La force électromotrice de chaque 
couple de cette pile par rapport à celle du couple zinc-cadmium était donc 

d'abord -r-; et était arrivée à -y-- 

» Avec une autre dissolution, également saturée mais un peu moins 
neutre, une pile de 4o éléments, après vingt-quatre heures d'action, a donné 

pour chaque élément, par rapport à la même unité, le nombre -^tt'i puis 

ce nombre, s'abaissant très-lentement d'un jour à l'autre, est devenu = 

J 19,5 

quatre jours après; ainsi pendant ces quatre jours, le nombre de couples 

équivalent au couple zinc-cadmium en force électromotrice n'a varié que 

de 18,5 à 19,5. En laissant fonctionner la pile, la force éleclromotrice de 

chaque élément est devenue — après six jours, et -^ dix jours après le 

commencement de l'action. Mais chaque jour, pendant plusieurs heures, la 
force électromotrice ne changeait pas d'une manière notable, de sorte que 
l'appareil pouvait servir aux comparaisons des forces électromotrices qu'on 
avait en vue d'étudier. 

» Une autre pile dont la dissolution de sulfate de zinc avait été légère- 
ment acidulée a donné d'abord, pour chaque élément, une force électromo- 
trice de —7 par rapporta la même unité; puis un nombre qui, deux jours 
après, a commencé à diminuer. En acidulant davantage la dissolution, la 



■( 7» ) 
fraction représentanl la force électromotrice de chaque couple a de nou- 
veau augmenté de valeur. 

M Ainsi, en ayant soin de rapporter aux unités connues les forces élec- 
tromotrices des couples d'une pile seiublable aux précédentes dont la force 
électromotrice n'est pas toujours la même, avec loo éléments lorsque le 
sulfate de zinc n'est pas trop neutre, on peut faire la plupart des compa- 
raisons dont on a besoin dans les expériences physiologiques dont il s agit 
ici. Dans une des comparaisons ci-dessus, il a fallu entre i8 et 19 éléments, 
mais plus près de 19, de la pile de comparaison pour égaler en force 
électromotrice le couple zinc amalgamé-catlmium ; pour le couple zinc 
amalgamé-cuivre, sulfate de zinc-sulfate de cuivre, il a fallu uu uombn; 
d'éléments compris entre 58 et 59, très-près de Sg. D'après cela, le rapport 

des forces électro-motrices de ces deux couples serait ^^ 0,322; or, avec 

le magnétomètre et la balance électro-magnétique, j'avais trouvé antérieu- 
rement o, 324 pour le rapport des forces électromotrices de ces deux cou- 
ples, nombre qui diffère à peine du précédent. 

» Il y a des précautions à prendre, sans lesquelles les déterminations 
expérimentales ne donneraient pas des résidtats exacts : lorsqu'on com- 
pense l'action d'un couple électro-chimique par un nombre d'éléments 
d'iuie pile normale également électro-chimique, on n'établit qu'un équi- 
libr'e instable entre les deux courants opposés l'un à l'autre; si c'est le cou- 
lant de la pile normale (jui l'emporte pendant un instant, les lames du 
couple opposé se polarisent par dépôt électro-chimique, et sa force électro- 
motrice baisse aussitôt; alors le premier coiuant tend à l'emporter encore 
davantage. Si c'est celui du coiq^le qui prédomine,*toules les lames de zinc 
amalgamé devenant des électrodrs négatives dans les couples, se recouvrent 
de zinc par la décomposition électro-chimique du sidfate de zinc, et la force 
électromotrice de chaque élément tend à diminuer. On voit donc que, 
lorsque le courant l'emporte dans uu sens ou dans l'autre, l'effet s'accen- 
tue toujours de plus en plus dans le sens du courant le pins fort. Il faut 
donc opérer par essais successifs, et, après chacun des essais, fermer le 
circuit de chaque pile sur lui-même pendant plusieuis minutes au moins 
avant chaque opposition ; il faut ensuite laisser les circuits ouverts pendant 
|)lus ou moins de temps; de cette manière, on déiruit les effets inverses 
dus aux dépôts et à la polarisation des lames, et, lors des comparaisons, 
les choses se présentent toujours dans les mêmes conditions relatives. 
Quand il s'agit de la détermination de la force électromotrice, due à la 



( 79 ) 
réaction chimique de deux dissolutions dans lesquelles plongent des lames 
de platine, le circuit formé par ce système doit rester préalablement ouvert 
pendant un temps suffisant pour flétruire toute polarisation. 

» Avec ces précautions et en ayant soin de maintenir le liquide an mènn^ 
niveau dans les couples, ces piles, malgré les changements dont il vient 
d'être question et les effets de polarisation cju'elles présentent, peuvent être 
employées utilement. » 

ASTRONOMIE PHYSIQUE. — Sui' la <o>istitiition de ranréole solaire, et sur (fiiel- 
ques purliritlarilés offertes par les qnz raréfiés, lorsqu'ils sont rendus incnn- 
descenls par les courants électriques. Lettre du P. Secchi à M. le Secré- 
taire perpétuel (i). 

« Rome, re 20 décembre i86q. 

» Dans le Compte rendu de la séance du 6 décembre, M. Gould a exposé 
quelques idées particulières sur la constitution de l'auréole solaire qu'on a 
obtenue en photographie en Amérique, pondant l'éclipsé i]u 7 août 18G9. 
Selon ce savant, l'auréole photogra|jhiée ne serait |ias proprement la cou- 
ronne, mais cette couche qu'on appelle maintenant la rhromosplière. Celle 
interprétation touche à une question importante, pour la solution de la- 
quelle j'ai entrepris quelques recherches : bien qu'elles soient encore 
incomplètes, je demande pei'missifin de les communiquer à l'Académie. 

» Je ferai d'abord observer que ce n'est pas la première fois qu'on obtient 
en photographie l'auréole solaire. Nous l'avons obtenue en Espagne, en 
1860, avec la Commission espagnole, en employant le système qu'on a 
adopté dernièrement en Américpie, c'est-à-dire en prenant l'image directe 
du Soleil au foyer de l'objectif, sans grossissement. Je donne ci-contr'e une 
reproduction de ces photographies. Dans le n° 3, qui a été obteiru par une 
exposition de tr-enle secondes, on observe cette auréole très-diffrrse, s'éten- 
dant en quelques points jusqrr'à un demi-rayon solaire, j^resque 7 minutes. 
Mais elle n'est pas régulière tout airtour, el l'on remarque que, dans toirte 
la région équatoriale, elle est beaucoup plus vive et plus haute qu'aux pôles; 
elle atteint son maximum dans les régions qui correspondent aux zones où 
l'activité salaire est le plirs pirissante, c'est-à-dire aux zones des taches et des 
facules. Dans la relation que j'ai donnée des observations de cette éclipse, 
et qui a été publiée à part et reproduite dans les IMémoir'es de i863, j'ai fait 

(i) Cette Letti'e est celle dont il avait été fait mention an Compte rendu du la séance du 
3 janvier-. 



( 8o ) 
remarquer ces détails; mais il paraît qu'on n'y a pas fait assez d'attention. 
Les observations nouvelles viennent donc prouver la prt^cision des nôtres. 

Photographies directes obtenues en Espagne, le 18 juillet 1860, (ivi-c lu lunette 
de Cauclioix, du Collège Romain. 

-1. ! 



Lqualeur 





solaire. 



Êi]iiatoiir 





solaiie. 



)) Cette structure, élevée et inégale, de la couche la plus voisine du Soleil, 
a été confirmée par les observations faites sur les raies do la ehromosphère, 
et par la grandeur des protubérances, que nous avons toujours trouvées 
plus élevées dans la zone des taches qu'aux pôles; elle vient d'être plus 
clairement établie encore par les dernières observations de M. Respighi sur 
la distribution des protubérances. L'auréole fixée sur nos photographies 
serait donc, en grande partie, la chromosphère. 

» Cette coïncidence cependant ne me paraît |ias infirmer l'opinion que 
la couronne visible soit aussi cette chromosphéie, et que les gloires, ou 
rayons, dépendent des protidiérances elles-mêmes, au moins en partie, 
tout en laissant à lillumination produite par eux, sur notre atuiosphcre, 



( 8I ) 

une influence considérable. En effet, il est liors de doute que (ies observa- 
teurs qui ont fait alleution à cette coïncidence l'ont constatée, comme le 
P. Cappelletti au Cliili, dans Téclipse de i86S, et les jirofessenrs de Manila 
à Montarvaloa-Kekée, près de Célèbes, en 1868. 

» On voit donc l'importance qu'il y aurait à constater cette relation et 
ces circonstances dans les éclipses futiu'es. 

M L'étendue de cette atmosplière, qui serait, tant dans nos photographies 
que dans les dernières photographies américaines, (\e6 à 7 minutes, ne peut 
pas étonner, car il y a des protubérances qui ont quelquefois au moins 3 mi- 
nutes, et, an-dessus de celles-ci, des couches d'hydrogène encore plus éle- 
vées. C'est ce que l'on peut prouver facilement. Nous savons maintenant 
qu'il est facile de reconnaître l'existence des protubérances sur le disque 
même du Soleil, en observant les points où la raie noire C de l'hydi-ogène 
devient plus étroite; la disparition complète et le renversement s'observent 
dans les taches, mais, en plein disque, on ne réussit ordinairement à obtenir 
que le rétrécissement de cette raie. On peut donc conclure de là que, au- 
dessus de ces proéminences, qui, vues directement, donneraient ime raie 
luiiiineuse, il y a une couche qui absorbe leurs rayons et produit une raie 
obscure. D'ailleurs, il est certain cpie la limite des raies brillantes dans les 
proéminences rouges n'est pas, et ne peut pas être, la limite de l'atmosphère 
d hydrogène ou du mélange d'hydrogène et d'autres gaz. La hautein- des 
raies n'indique que la région à laquelle l'hydi'ogène a la température voulue 
pour produire ces raies : lorsqu'il est à une température plus basse, leffet 
est contraire, et l'on a une absorption. 

» Mais quelle est la température à laquelle le gaz cesse de donner des 
lignes brillantes? Cette température n'est pas encore connue: je n'ai pas pu 
réussir à la déterminer-, mais je vais exposer des recherches qui, peut-être, 
y pourront conduire. Les résultats obletuis pour quelques gaz nous prépa- 
reront pour l'intelligence de ce qui appartient à l'hydrogène. Je connnen- 
ceiai par les expériences sur l'azote. 

» Si l'on fait passer, au travers d'un tube contenant de l'azote raréfié et 
formé <le parties successives de sections différentes, l'une capillaire, l'autre 
de 3 millimètres de diamètre, et la troisième de 12 à i3 millimètres, une 
décharge électrique pi'ovenant d'une bonne machine ordinaire à coussinets, 
on trouve les résultats suivants : i" si l'on met en communication directe 
le conducteur avec l'un des pôles du tube et les coussinets avec l'autre, on 

c. K. 1870. \" Semestre. (T. LXX, N" 2.) • ' 



( 82 ) 
observe, dans le tube capillaire seulement, le spectre de premier ordre à 
colonnes continues et rayées, spectre qui est bien connu ; 2° si, au contraire, 
on fait éclater l'étincelle sur une boule attachée à l'anneau du pôle, on voit 
le spectre changer de nature selon la longueur de l'étincelle. Lorsque l'étin- 
celle atteint environ 2. centimètres de longueur, le tube capillaire présente 
une lumière de couleur verte, dont le spectre est de second ordre, pendant 
que les sections plus larges présentent un spectre cannelé de premier ordre. 
Pour une certaine longueur d'étincelle, on peut même avoir simultanément 
trois spectres : dans la section plus étroite, on observe le spectre de second 
ortlre, à raies brillantes, et, dans les deux autres, deux spectres cannelés, 
dont l'un est le spectre à cannelures fuies décrites par Plùcker, l'autre le 
spectre à cannelures plus larges, tellement espacées, que trois d'entre elles 
occupent la place de huit. 

» Ces phénomènes peuvent se répéter avec une bobine de Ruhmkorft, en 
renforçant convenablement la pile et intercalant une bouteille de Leyde dans 
le circuit. Ainsi, le même tube peut donner les trois spectres siniullanémenl dans 
des sections dijférentes,et, par conséquent, pour la même pression du gaz: ce 
fait est, je crois, nouveau. 

)) J'ai cherché si des résultais semblables s'observeraient avec d'autres 
gaz, que j'avais dans des tubes préparés par M. Geissier, de Bonn. 

» Le brome, dans un tube de 4 à 5 millimètres de diamètre, a donné un 
ruban de couleur rouge, lumineux, continu, sans aucune stratification .• le 
spectre présentait seulement quelques bandes de lumière, séparées par de 
larges intervalles. Dans le tube capillaire, la couleur était verte, et le spectre 
présentait lui grand nombre de raies plus serrées. Le tube s'étanl brisé, je 
n'ai pas pu étudier ces spectres en détail. 

» Le chlore a présenté un phénomène semblable : dans le tube à large 
section, le ruban lumineux, continu comme dans le brome, donnait seule- 
ment trois bandes vertes nébuleuses du côté du violet, équidistanles; dans 
le tube capillaire, au contraire, on avait une lumière plus vive, verte, qui 
présentait six raies très-vives, dont la plus brillante gardait dans les deux 
spectres une position constante. L'auréole du pôle métallique présentait le 
même spectre que le tube capillaire. 

» On est donc conduit à dire d'une manière générale que, dans les gaz, 
deux spectres différents peuvent se |)ioduire, sous la même pression, par 
la seule influence d'une variation de la section du tube. L'influence de la 
section ne peut être évidemment d'une autre nature dans les fils métal- 
liques, où nous savons que la température est proportionnelle au carré de 



( 8:3 ) 

la section du fil lui-même. D'où il suit que, connaissant la température 
absolue à laquelle lun des spectres se produit, on pourra calculer celle qui 
détermine la production de l'autre, en connaissant la valeur de la section. 
Cependant ces limites peuvent se confondre et se superposer, car j'ai vu 
souvent dans le même tube d'azote deux spectres simultanés. 

» Les températures auxquelles se produisent ces spectres de différents 
ordres ne sont pas les mêmes pour tous les gaz. Ainsi, dans un tube conte- 
nant de l'azote mélangé de vapeur d'eau, on voyait les raies de l'hydrogène 
coexistantes avec le spectre de l'azote de premier ordre. D'où il résulte que 
les raies de l'hydrogène se produisent à une température qui ne développe 
pas celles de l'azote de deuxième ordre. 

)) Ayant ainsi établi que les raies des gaz dépendent essentiellement de 
leur température, comme on l'avait déjà conclu d'autres observations, 
voyons ce qui arrive pour l'hydrogène. Avec ce gaz, de fortes étincelles 
donnent simultanément un spectre à larges bandes de premier ordre, dans 
le tube à grande section, et un spectre à simples raies brillantes de deuxième 
ordre, avec une faible lumière diffuse, dans le tube capillaire. De sorte que 
l'effet serait le même que pour les autres gaz. 

» Si, dans l'hydrogène, on affaiblit graduellement la tension de l'étin- 
celle, on remarque que la largeur des raies Ha, H^, H-y diminue aussi, 
jusqu'à ce que, dans les tubes à grande section, elles disparaissent ou de- 
viennent très-fines et à peine visibles avec la même ouverture de fente. Il 
paraît donc qu'il y a une température limite, pour une densité donnée, à 
laquelle les raies brillantes a, |S, y de ce gaz s'évanouissent. Mais quelle est 
cette température? C'est ce qu'il est très-difficile de déterminer. Je dirai seu- 
lement qu'elle doit être très-élevée, car les tubes capillaires, quand le cou- 
rant a passé pendant quelques instants, s'échauffent tellement, malgré la 
grande épaisseur du verre, qu'on ne peut pas les toucher. 

)) Ces faits expliquent cependant plusieurs phénomènes bien constatés 
dans l'atmosphère solaire. 

» 1° On voit que l'élévation de température donne à l'hydrogène la pro- 
priété de présenter, dans son spectre, des raies plus larges. Or les protubé- 
rances présentent leurs raies spectrales élargies à la base, près du disque 
solaire; au sommet, les raies sont terminées en pointe, là où la tempéra- 
ture est plus faible. Évidemmeul, au delà de la limite des raifs brillantes, 
l'hydrogène peut exister sans que nous puissions le constater pai* ses raies, 
et par conséquent les raies ne donnent pas la mesure cuniplèle de l'épak- 
seiir de la couche d'hydrogène, comme nous l'avons déjà prouvé d'une 

II.. 



( 84 ) 
autre manière : I;i véritable atmosphère de ce gaz peut être bien |)liis 
élevée. 

» 2° L'hydrogène nous a donné, dans la boule du tube du pôle positif, 
une raie assez belle, placée presque à égale distance des deux raies C et F 
(a et ^) du spectre solaire, mais un peu ])Ius rapprochée de F : or cette 
raie coïnciderait avec celle que M. Young a observée dans la dernière éclipse, 
comme propre à la couronne. On l'a alliibuée au fer, et j'ai d'abord sup- 
posé que, dans mes lubes, elle poiivail provenir des réophores métalliques; 
mais les tableaux que je possède ne m autorisent pas à admettre cette con- 
clusion, je l'ai vue d'ailleurs également dans des lubes de Geissler qui sont 
tres-piu's et très-peu fluorescents; je crois donc qu'elle appartient réellement 
aussi à l'hydrogène, mais qu'elle se développe sous ime température plus 
basse, car je l'ai vue seulement dans la boule qui environne le réophore. 

» 3" On pourrait peut-être, par les remarques précédentes, expliquer 
poin-fpioi en mêlant plusieurs gaz dans le même tid^e ou n'a que le s|)ectre 
d'un seul .-cela serait dû à la même cause qui fait qu'enfermant le circuit élec- 
trique d'une pile avec deux fils d'égal diamètre, mais de natures différentes, 
on voit un seul de ces fils devenir lumineux. C'est ainsi que, dans l'air, on 
ne voit pas les raies de l'oxygène avec celles de l'azote. De même, il peut 
arriver que, dans le Soleil, les gaz autres que l'hydrogène ne soient pas visi- 
bles, probableu)eut parce que leur illumination demande une tem|)éralure 
supérieure à celle de la région linule i\[t Soleil. En effet, nous avons vu que 
la température (|ui développe les raies brillantes dans l'hy flrogène n'est pas 
suffisante pour les développer dans l'azote. Or, il serait impossible, dans le 
Soleil, de distinguer une autre espèce de lumière que celle des raies bril- 
lantes des spectres de deuxième ordre : celles du premier ordre sont tro|) 
/ faibles, et peuvent tout au plus produire les zones plus obscures que nous 
avons constatées dans les noyaux des taches. 

» De ce que nous venons de dire, il paraît résulter que la détermination 
de la température de l'atmosphère solaire pourra être eilèctuée, si l'on réus- 
sit à fixer quelle est la température à laquelle, sous une certaine pression, ce 
gaz cesse de donner des raies brillantes. I^es difficultés pratiques iw me pa- 
raissent pas insurmontables, mais demandent des éléments de recherche que 
je n'ai pas à ma disposition ; je veux espérer que cette étude sera abordée par 
des physiciens ou des chimistes mieux pourvus que moi, » 



( 85 ) 

NOMINATIONS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à lu nomination d'un Cor- 
res|wndant pour la Section de Physique, en remplacement de feu M. Mal- 
lewci. 

Au premier toiu- de scrutin, le nombre des votants étant 47, 

M. Mayer obtient [\o snt'frages. 

M. Kirchhoff 5 » 

M. Angstrom i » 

M. Thomson i 

M. Mayer, ayant réuni la majorité absolue des snt'frages, est proclamé 



élu. 



MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

CHIMIE APPLIQUÉt;. — Fabricolion des Inin-lains et des cymbales. 
Note (V^ MM. A. Riche et P. Champion. 

(Renvoi aux Sections de Chimie et de Physique.) 

« En I 833, M. St. JuHen publia, dans les Annales de Chimie et de Phj- 
sique{i), une Note sur les procédés dont les Chinois font usage poiu'fabriqner 
les tam-tams et les cymbales, Note de laquelle il semble résidter que le mé- 
tal employé pour cet usage se martèle à chaud. A la suite de cette Conunu- 
nicatioii, Darcetfit insérer dans le même Recueil (2) une r.etirr dans laquelle 
il dit formellement que M. St. Julien a été induit en erreur, car l'expé- 
rience prouve, d'une part, que les instruments chinois sont formés par un 
alliage de cuivre et d'étain, contenant environ 80 du premier métal et 20 
du second, et, d'autre part, que cet alliage, très-cassant à froid, l'est beau- 
coup plus encore à chaud. D'après d'Arcet, cette fabrication reposerait sur 
un tour de main bien simple, qui consiste dans la trempe du métal coulé. Il 
arriva à fabriquer, par cette méthode, quelques lam-lams, et plus de soixante 
paires de cymbales. Il n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler la manière 
dont on opéra d'après ses conseils^ et nous reproduisons textuellement ce 
qu'i4 dit sur ce point : 



(i) Tome LIV, p. 329 (i833). 
(2) Tome LIV, p. 33 1 (i833j. 



( 86 ) 

La pièce, sortie du moule, est ébarbee; on la Irenipe comme on le fait pour l'acier. Si la 
pièce s'est voilée en la plongeant au roujje dans l'eau froide, on en rectifie la forme au moyen 
(lu marteau et en planant à pclils coups. On lui donne le ton convenable, soit primitivement 
en forçant plus ou moins la trempe, soit ensuite en récrouissant la pièce par un martelage 
suflisant. 

M Ainsi, d'Arcetne faisait que freiiipei- la pièce coulée, ou il la martelait 
ensuite à froid lorsque la pièce s'était gauchie. 

» Il suffit de fegarder les tam-tams cliiiiois pour s'assurer qu'ils ne sont 
pas fabriqués par cette méthode, car ils portent la trace de nombreux et 
violents coups de marteau, qui indiquent qu'on les a frappés longtemps et 
à une température assez élevée pour ramollir le métal, et pouvoir iliminiter 
considérablement l'épaisseur au centre en faisant refluer la matière sur 
les bords, qui ont une épaisseur beaucoup plus forte. 

» D'ailleurs, les instrtimonls obtenus à celle époque |)ar la méthode de 
d'Arcet ne présentaient pasia sonorité des instrumenis chinois, de sorte que 
ces essais très-intéressants ne purent donner naissance à une fabrication 
régulière; et aujourd'hui on n'est pas arrivé, soit à Paris, soit en Europe, 
au dire de nos meilleiu's fabric.ints d'instrimients (i), à faire des tam-tams 
et des cymbales avec l'alliage des Chinois et desTtircs. 

» De plus, les notes recueillies par M. Champion donnent raison ati dire 
de M. Julien. 

» M. Riche ayant établi, dans ses recherches sur les alliages, (]ue le bronze 
des inslruiv.ents sonores se martèle et même se lamine à chaud aussi bieti que 
le fer ou le bronze d'alutninium (2), et M. Champion ayatit suivi toutes les 
phases de la fabrication des lain-tams près de Shang-Haï, dans un voyage 
entrepris au point de vue scientifique, et ayant constaté que le travail ne 
consiste qu'en un martelage à chaïul prolongé pendant plusieurs heures et 
suivi de la trempe (3), nous nous somtnes proposé de rejjrendre en commun 
celte question. 

» Après de longs tâtonnetneuts et beaucoup de tentatives infiiictueuses, 
notts sommes enfin arrivés à combler la lacune que présentait à ce sujet 
l'industrie des pays européens, et notis avons riionueiu' de mettre sous les 
yeux fie l'Acadéiuie les deux premiers lam-lams complets obtenus en sui- 
vant nos indications. 



(i) MM. Gautrot et Lecomic. 

(2) Comptes rendus, t. I.XIX, p. 343. 

(3) Stanislas Julien et C\i\yivjOTi, //if/u.Uries n/irieuues el uior/er//rs r/e l 'Jiiupire r/iuiois, . 
1S69; Lacroix, éditeur. 



( 87 ) 

» Les premiers essais ont été faits à la Monnaie de Paris, et nous sommes 
heureux de reconnaître que l'aide que nous y avons rencontrée a beau- 
cou|) contribué à notre succès. En effet, on a constaté que, si l'alliage 
est coulé dans un moule métallique, ou s'il est coulé dans le sable en 
disques trop minces (3, 4, 5 millimètres), on risque beaucoup de ne pas 
mener le travail à bonne fin, parce que l'intérieur des disques contient 
ordinairement des soufflures et manque d'homogénéité : d'où il résulte 
qu'il faut couler le métal en sable et sous une épaisseur assez forte. 

» On a reconnu aussi, dans ces essais, que la fabrication strait impos- 
sible, économiquement parlant, dans nos pays, si l'on suivait à In lettre le 
procédé des Chinois, c'est-à-dire si l'on étendait le disque exclusivement par 
le martelage à chaud, parce que l'on ne peut travailler le métal qu'au rouge 
sombre, et qu'alors il faut un temps considérable pour amener une pièce 
de l'épaisseur de i centimètre à celle de 3 ou 4 niillimètres. 

u Nous avons pensé à faire usage du marteau pilon : nos essais dans la 
maison Cail n'ont pas amené de bons résultats, parce que l'outil ne battait 
pas le métal avec luie vitesse assez grande. C'est alors que nous avons son"é 
à profiter de la facilité remarquable avec laquelle ce métal se lamine, pour 
opérer le dégrossissage de la pièce (i), et nous nous sommes adressés alors 
à un industriel aussi complaisant qu'habile, M. Cailar, qui a bien voulu 
non-seulement mettre tout son matériel et ses meilleurs ouvriers à notre 
disposition, mais encore surveiller lui-même les opérations. La méthode 
emjiloyée est la suivante : on a coulé des plaques horizontales de 23 mil- 
limètres d'épaisseur avec un alliage formé de 78 de cuivre et de 22 d'élain 
du commerce. Nous avons adopté cet alliage, plutôt que l'alliage de 
80 cuivre et de 20 étain, afin de nous mettre dans les conditions les plus 
défavorables, parce que quelques analystes ont trouvé cette composition 
dans des échantillons d'alliage chinois, et que ce métal est plus cassant 
encore que l'alliage formé de 80 de cuivre et 20 d'étain. 

)) On a laminé ces disques au ronge sombre, et il a suffi de quelques 
passes pour les amener à l'épaisseur de 4 millimètres. 

» On a découpé à chaud les bords qui avaient été gercés, et l'on a martelé 
les disques chauffés au rouge sombre, en commençant par le centre, et en 
frappant ensuite à grands coups sur des points de circonférences concen- 
triques. Le métal a été ainsi étendu d'iuie façon régulière, et aminci vers 
le centre. Il a fallu réchauffer environ vingt fois le disque pour attemdre 

(i) Les Chinois ne connaissent pas le laminoir. 



( 88 ) 
l'épaisseur désirable, le battage devant s'arrèler dès que le métal n'tst plus 
rouge; sans cette précaution, le lam-taui serait inévilablenieut brisé. On a 
trempé, réchauffé et martelé de nouveau ; enfin, lorsqu'on jugea que l'épais- 
seur était convenable, ou releva les bords au marteau, et on trempa l'in- 
strument une deuxième fois. Comme le réchauffage consomme beaucoup 
de temps, il y aurait grande économie à opérer sur quatre ou cinq disques 
à la fois, qu'on martèlerait ensemble et qu'on reprendrait successivement 
pour les terminer, lorsqu'ils auraient été étendus. 

» La fabrication des cymbales est en tout semblahle à celle des tam- 
tams. » 

PHYSIOLOGIE. — Rôle de la c/lande lacryinalt dans la respiration. 
Note de M. L. Bergeon. (Extrait.) 

(Commissaires : MM. Andral, Wurtz, Cloqnet.) 

« Deux espèces de glandes, très-différentes par leur structure anato- 
mique, plus différentes encore par leur produit de sécrétion, occupent les 
régions palpébrales et orbitaires. 

» Les unes (glandes de Meibomius et de Harder) constituent un en- 
semble de petits follicules sébacés, qui déversent sans cesse sur la face 
antérieure du globe oculaire un produit éjiais, visqueux, résistant à l'éva- 
poration et comparé avec raison à la graisse ou à la cire. 

» A la région orbitaire externe et supérieure, nous trouvons au contraire 
une glande volumineuse, sendjiable par sa structure aux glandes salivaires, 
et dont le produit, exclusivement aqueux, est prompt à s'évaporer. 

» Ces deux espèces de glandes, si différentes par leur produit de sécré- 
tion, ont-elles le même usage, le même but à remplir, lubrifier l'œil? 

» A celte question l'observation clinique répond par la négative. En effet, 
la destruction d'une ]iartie même limitée des glandes de Meïboinius entraine 
pour l'œil luie sécheresse morbide Irès-grave, tandis qu'il reste humide et 
poli après l'ablation totale ou partielle de la glande lacrymale. 

B Frappés de ce fait singulier, les chirurgiens se sont souvent demandé 
quels pouvaient être les usages de la glande lacrymale : « Si on peut l'ad- 
mettre comme un auxilairc utile de la conjonctive, disait Malgaigne, sa 
nécessité est plus que douteuse. » { Anat. chir., 1^38, t. I, p. 389.) 

» Mais, si la nécessité de la glande lacrymale est peu évidente et sa des- 
truction sans inconvénients pour l'organe de la vision, il n'en est plus de 
même pour les voies respiratoires. En effet, tandis que les glandes de Meï- 



( 89 ) 
boulins et de Hurder, en recouvrant l'oeil trun enduit résistant à l'évapora- 
tiou, maintiennent à cet organe son humidité naturelle, les larmes, en lubri- 
fiant sans cesse la muqueuse des fosses nasales, s'opposent à la dessiccation 
que produit un courant d'air continuel. Quelques développements vont 
mctire en évidence ce rôle de la glande lacrymale dans la respiration. 

'1 Dans l'échelle animale nous trouvons toujours, comme règle souvent 
exclusive, la respiration par les fosses nasales. 

» Chez l'homme, le nez est le véritable conduit respiratoire, et lorsqu'à 
la suite de cerlaiues maladies, telles que l'hémiplégie faciale double, la res- 
piration ne peut plus se faire que par la bouche, il en résulle pour cet organe 
une sécheresse tellement douloureuse, que les malades sont souvent privés 
de sommeil, en proie à une soif continuelle ; de plus, les mucosités buccales, 
se déconiposant sous l'influence des courants d'air de la respiration, don- 
nent à l'haleine inie fétidité insupportable. I^e nez résiste mieux que la bou- 
che à cette action desséchante et continuelle des courants respiratoires, parce 
qu'il est plus riche eu vapeur d'eau, ainsi que le prouve l'analyse compara- 
tive de l'air expiré par le nez ou par la bouche. 

» Cet état hygrométrique des narines, si apparent chez l'enfant et cer- 
tains animaux, comme le veau, coïncide cependant avec des glandes nasales 
grêles et peu développées; il faut donc chercher ailleurs la source de l'humi- 
dité considérable des fosses nasales. 

» Les organes lacrymaux, dont le produit est toujours déversé dans les 
narines, se rencontrent même chez les Ophidiens, ciuoi(jue leur globe ocu- 
laire, caché derrière le système tégumentaire, soit entièrement à l'abri de 
Tévaporalion. Au contraire, les animaux qui respirent un air saturé d'hu- 
midité, comme les Cétacés, sont les seuls dépourvus de glandes lacrymales. 
Nullement en rapport avec le développement du globe oculaire, les organes 
lacrymaux acquièrent, chez le Zemni et le Spalax, un volume cent fois plus 
grand que l'œil (Desmoulins et Magendie, An. systèmes nerv.., iHaS, t. Y'', 
p. 355). 

» Enfin, non-seulement les larmes servent à lubrifier les voies respira- 
toires, mais c'est le passage même de l'air dans la narine qui permet de 
comprendre la progression des larmes dans le conduit flexueux et plusieurs 
fois rétréci du canal nasal. 

» Grâce à la disposition de l'orifice inférieur du canal nasal (orifice 
toujours rétréci, le plus souvent capillaire), les larmes se trouvent emma- 
gasinées, pour ainsi dire, dans le canal nasal, le sac lacrymal, lescondiuls 
lacrymaux et resj)ace ocuiopalpébral, espace clos par le rebord onctueux 

C R., 1870, i".$emei(r«. (T. LXX, No2.) 12 



( 90 ) 
des paupières. T-es l.irnies rrpi'éseiiteiit ilonc ainsi une polite colonne liquide, 
li'es-inince sans doute, iitais continue, et s'élendant des canaux séciéleurs 
de la glande à l'orifice inférienr du canal nasal. En passant rapidement 
devant cet orifice, le courant respiratoire emporte avec lui, à l'état de vapeur 
d'eau, le liquide qui suinte sur la muqueuse, et détermine, par un méca- 
nisme analogue à celui de certains piilvérisaleiirs, une véritable aspiration 
des larmes, aspiration qui retentit jusqu'à la glande et excite la sécrétion. 

» C'est parce c[ue cette excitation ne peut plus se produire lorsque le sac 
lacrymal est oblitéré, que la sécrétion des larmes diminue et qu'il ne sur- 
vient |)as d'é|)i])hora après l'opération de V oblitération du sac. Mais les ma- 
lades privés de l'action lubrifiante des larmes sur la muqueuse des fosses 
nasales se plaignent de sécheresse et d'irritation dans le nez. 

» Remarquons, en terminant, que les larmes, sans cesse attirées dans les 
fosses nasales par le fait même de la respiration, n'agissent pas seulement 
en s'opposant à l'action desséchante d'un courant d'air continuel; mais, par 
la vapeur d'eau qu'elles cèdent à l'air inspiré, elles entretiennent jusque 
dans le poumon l'humidité indispensable à l'échange des gaz. 

» Par cette double action, la glande lacrymale devient un auxiliaire puis- 
sant de la respiration et pourrait être considérée comme un organe annexe 
de cette fonction. » 

M. LioxxET demande l'ouverture il'un pli cacheté (pii a été déposé par 
lui dans la séance du 27 décembre 1869, et qui contient une objection 
à la démonstration du postulatum d'Eucliile telle qu'elle a été exposée par 
M. Bertrand: 

Ce pli est ouvert en séance par M. le Secrétaire perpétuel. 

M. BoiLLOT adresse ruie Note relative à la même question : l'auteiu', 
qui s'est depuis longtemps occupé de ce sujet et qui en a fait l'objet de 
longues réilexions, fait voir qu'il est impossible de se passer de la consi- 
dération de l'infini, cpiand on veut démontrer le yw5/(//o/i//» d'Euclidc. 

M. J. IIouEL adresse, par l'intermédiaire de M. d'Abbadie, vue « Note 
sur l'impossibilité <le démontrer par une construction plane le principe 
de la théorie des parallèles, ôh postulatum d'Euclule. » 

M. Frix appelle l'attention de l'yVcadémie stir une démonstration du /)Oi- 
/(//rt/H/o, indépendante de la considéiation de l'infini, qu'il a donnée dans 



(9« ) 
sa brochure intitulée « Programme d'un nouveau mode d'enseignement de 
la Géométrie élémentaire ». 

Ces quatre Connnunicaiions sont renvoyées, par décision de l'Académu-, 
à la Commission nommée pour l'examen de cette question. 

M. GiiAMARD adresse une nouvelle Note concernant la direction des 

aérostats. 

(Renvoi à la Commission des Aérostats.) 

M. D. McLLER demande et obtient l'anlorisation de retirer du Secrétariat 
trois Mémoires qui ont été adressés pai" lui, à diverses époques, sur les 
éléments du magnétisme terrestre. 



CORRESPONDAIS CE. 

M. CoiixALiA, nommé Correspondant pour la Section d'Économie rui aie, 
adresse ses remercîments à l'Académie. 

M. l'Inspecteur général de la navigation adresse les états des crues et 
des diminutions de la Seine, observées chaque jour an pont de la Tour- 
nelle et au pont Royal, pendant l'année 1869. 

M. LE Secrétaire perpétcel signale parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance : i" une brochure de M. J.-TV. JViUiamson^ imprimée 
en anglais et ayant pour titre « De la théorie atomique » ; 2° un volume 
de M. H. Bertlinud, intitulé « Les petites chroniques de la science »;3'' une 
brochure de M. A. de Lourmel, portant pour titie « Le tir et la chasse sous 
Napoléon lU. » 

ÉCOÎSOMIE RURALE. — Sur la découverte , faite nu cap de Bonne-Espérance, 
d'un insecte (jui attaque la vigne. Lettre de M. Droiiyn de Lhuys à 
M. le Président. 

« Le Secrétaire de la Société d'Agriculture du Cap de Ronne-Espérance 
me fait connaître, dans une Lettre qu'il vient de m'adresser, un fait que je 
crois devoir communiquer à l'Académie. 

» Au moment où l'attention de nos viticulteurs est appelée sur la nou- 
velle maladie de la vigne qui sévit en France sur nos vignobles, la décon- 

12.. 



( 92 ) 
verte, faite au cap de Botine-Espérance, d'un insecte qui attaque les vignes, 
me paraît avoir une certaine importance. 

» L'attention du D' Beckev, entomologiste et micrographe allemand, fut d'abord excitée 
par l'apparence appauvrie de quelques vignes du district de Constance, et un nouvel exa- 
men lui fit découvrir, à l'aide du microscope, un jjelit et nouvel insecte du genre acarus, 
vivant sur les racines et entre l'écorce et le bois de la plante. Le préjudice causé par cet insecte 
sur le bois de la vigne est du à ce qu'il peice avec sa Ironqje les vaisseaux à sève; ce liquide 
s'échappe par ces trous, et bientôt la vigueur du jikint diminue et sa vitalité est détruite. 
En vous faisant connaître cette découverte, qui pouira aider à élucider quelques points 
d'une question qui intéresse notre Société, je dois mentionner que, jusqu'à présent, quoique 
beaucoup de vignes paraissent bien portantes, elles présentent une matière bleuâtre et molle 
au toucher; si l'on soulève l'écorce avec le doigt ou avec un instrument, on aperçoit, à 
l'aide du microscope, que cette matière est du sucre bien cristallisé; mais les vignes qui 
n'ont jias été soigneusement cultivées et les plants chétifs souffrent seuls de la présence de 
ces insectes et de l'écoulement du suc saccharin. « 

MÉCANIQUE. — Nouvelle méthode pour la solution des problèmes de In Méca- 
nique (deuxième partie). Note de M. Piakron de Mondesii!, présentée 
par M. H. Sainte-Claire Deville. 

« 5. Questions d'aérodynamique, — Déterminer la vitesse V d'une 
veine gazeuse qui sort, à l'air libre et par un orifice très-petit de section w, 
d'un récipient cylindriqne de i mètre carré de section, oîi la pression totale 
est /> + ?? et la densité (poids du mètre cube) p. 

» Il y a, dans ce mouvement, perte de travail d'un côté et gain de l'autre. 
En égalant la perte au gain pendant l'instant dt, l'équation des magasins 
de travail donne 

en négligeant fo^, trs-petit par hypothèse. 

» Faisons o = (/.;. -4- i)c?, â étant la densité du gaz sous la pression atmo- 
sphérique zs. 

» 1° Le gaz ayant conservé sa chaleur de compression, on aura 



(3) v=v/¥xv/^' 

» 2° Le gaz ayant perdu sa chaleur de compression, on aura 



(93 ) 
M 3° Le gaz sortant clans le vide, on aura 

(5) . V = \/-t- 

» D'après cette théorie, le ga/- franchit l'orifice avec tonte sa pression et 
se détend ensnite hitéralement en ref'ouhmt la pression atmosphériqne. La 
loi de la détente à l'air libre est donc la même que celle de la détente en 
vase clos. 

» Foice niolrice d'un courant Jhtide. — Si la vitesse de ce coin-ant est con- 
stante, la force dont il s'agit aura ponr expression, d'après l'équation (i) 
du n° 2, 

(6) t =.- = ,»'., 

en désignant par m! la masse qni s'écoule par seconde. 

» Double pression des fluides élastiques. — En remplaçant, dans la formule 

précédente, s'il s'agit d'un gaz, m' par '^> on obtient 



(7) F = »A'='^ = 2p. 

Cette loi est déjà établie pour les liquides. Je l'ai vérifiée par des expériences 
pour l'air comprimé [voir ma deuxième Communication aux Ingéniem-s 
civils, octobre i868). 

» Entrainement de l'air par l'air. — Un jet d'air comprimé, dont la force 
est /«y, étant lancé dans l'axe d'iui iube ouvert à ses deux bouts, il y aura 
entraînement de l'air par l'air. Soit M la masse qui sort du tube par seconde 
avec la vitesse U, la loi de la double pression donne 

MU 

(8) mM=~- 

)) Ventilation par l'air comprimé. — Il suffit de quelques transformations 
pour obtenir la valeur de la vitesse d'entraînement U, savoir : 

(9) u = y^^x^xV^., 

^diamètre de l'ajutage, D diamètre dn tube, y coefficient de contraction de 
la veine aérienne, p. nombre d'atmosphères effectives de la pression de l'air 
moteur. 

)) 6. Sut! LA COMPRESSiBiLiTii DES GAZ PERMANEiNTS. — Un gaz perma- 
nent étant renfermé dans un cylindre vertical de longueur ) et de i mètre 
carré de section, si zs est la pression atmosphérique qui s'exerce à la ba^e 



(94 ) 
du cylindre et q le poids du gaz, il est clair que le gaz pourra porter le 
piston massif zû — q, au-dessus duquel le vide existera. Ce piston tû — q 
sera son jmlon ntniospliériqite. Si l'on comprime ce gaz par un poids p 
ajouté à ce piston, la loi théorique de Mariotte donnera 

{rs - q)l = ip -h^- q)[l — x,); soit (i) X — a-, = — • 



» Les gaz permanents sont donc inégalement compressibles. Ils se com- 
priment d'autant moins qu'ils sont plus légers. 

» Expériences de M. Rerjtiatilt sur la (ompressibilitë des qaz air, azote, 
acide carhoni(iHC et hydroqcne. — Les gaz éiMut comprimés par des colonnes 
mercuriclles, le pistou atmosphérique tz — </ se trouve ren)p!acé par les 
pressions atmosphériques Wq et sTj, qui s'exercent sur le sommet de ces 
colonnes. 

» Soient zs,, — {v; — q) = Yq et tz, — [ts — q) = Y,. 

» Pour les trois premiers gaz, on avait toujours, dans les expériences 
dont il s'agit, ¥„ > Y, et pour l'hydrogène on avait toujours Y^ ■< Y,. 

» Ce qui explique ponrquoi les écarts observés marchent dans le même 
sens pour les trois premiers gaz, et dans le sens contraire pour l'hydrogène. 

» Du reste ces écarts peuvent se calculer, et j'en ai établi mécanique- 
ment la formule. En comparant ainsi les écarts donnés par les expériences 
à ceux que la théorie indique, on trouve des différences très-|)etiles et tout 
à fait négligeables pour les trois g;iz permanents air, azote et hydrogène. 

» Les belles expériences de M. Regnault sont donc une vérification écla- 
tante de la loi théorique de Mariotte. 

» 7. Mouvements vibratoires des corps élastiques. — La nouvelle 
méthode permet de déterminer très-simplement le nombre de vibrations N 
par seconde d'un corps élastique vibrant, quand son centre de gravité se 
déplace également de part et d'autre de la position d'équilibre. 

» Le corps étant disposé pour qne le magasin statique reste constant 
pendant le mouvement vibratoire, s'il s'agit d'un corps solide, le travail ne 
prendra que les deux formes dynamique et élastique. 

» Au moment où la vitesse est nulle, le corps est à son maximum de 
déformation , et possède le magasin élastique maximum E, 

» Dans une position quelconque, le corps possède : 

» i" Le magasin élastique E; 

» i" Le magasin dynamique D. 



i 95 ) 

» L'équation des magasins de travail est donc 
(1) D = E, -E. 

)) Soit maintenant ele déplacement dn cctilre de gravité dn corps vibrant 
ou de la portion de corps vibrant dont la niasse est m, j'am-ai d'abord 

E est évidemment fonction de e. Je puis donc poser 

(3) E=/(.) = /(o)+/'(o). + /"(o)|+/"'(o)^4-/-(o)^+.... 

>i Dans les conditions où le problème est posé, on a nécessairement 

f[o) = o, f'io)=o, /"'(o) = o,.... 

» On a donc simplement, en négligeant les puissances paires de e supé- 
rieures à la seconde. 



e' 

2 



(4) E = /"(o 

)) L'équation (i) devient alors 

(5) feT = -M«ï-^'). 



2 \dt 



1) J'en tire, pour le temps employé par le corps vibrant, à passer d'une 
position extrême à la position d'équilibre, 



(6) i=^l\/'. 



m 

2Â' 



» Le nombre N de vibrations complètes par seconde étant égal à i-? 



j'obtiens finalement 

(7) N = fyf 



» Le coefficient se déterminera, dans chaque cas particulier, par la rela- 
tion 

(8) A = ^. 

)) Cette formule générale (7) va me permettre de déterminer le nombre 
de vibrations transversales et longitudinales des cordes flexibles et des 
verges élastiques, ainsi que la vitesse dn son dans les verges élastiques. En 
l'appliquant aux vibrations des colonnes gazeuses, elle me conduira, avec 



( 96 ) 
le concours de la nouvelle lliéorie de la compression et de la délente des 
giiz, à la vérUable valeur de la vitesse théorique du son dans un g;iz per- 
manent. » 

CHIMIE. — Aclion du chlore sec sur l'azotale d'arcjenl desséclié. Note de 
MM. Odet et ViGxox, présentée par M. H. Sainte-Claire Deville. 

« Dans une Note sur une nouvelle méthode de préparation de l'acide 
azotique anhydre, que nous avons eu l'honneur de présenter à l'Académie 
dans la séance du 29 novembre 1869, nous disions : « On pourrait peul- 
» être expliquer la préparation donnée par M. Henri Sainte-Claire Deville, 
)) pour obtenir l'acide azotique anhydre, en admettant deux phases dans 
» la réaction. Dans la première, il y aurait production de chlorure d'azo- 
« lyle avec dégagement d'oxygène, puis réaction du chlorure d'azotyle sur 
)) l'excès d'azotate d'argent. » 

» Les équations de ces réactions seraient : 



AzO^)^, Cl Cl ^ AzO< 
Aq j°^+Cl=Aq^°--^Cl 



Cl 


Cl 


Cl ~" 


'Aq^ 


|0' 


Cl 

^Aq 



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AzO« AzO' ) ^ Cl AzO" ) 
2° + '0'= -4- ' 0'. 

Cl Aq \ Aq ^ AzO^ ( 

» Nous soumettons aujourd'hui à l'Académie le résultat des expériences 
que nous avons entreprises, pour vérifier celle manière d'expliquer la mé- 
thode de préparation donnée par M. H. Sainte-Claire Deville. 

» Nous avons pu constater qu'il se formait du chlorure d'azotyle, par 
l'action du chlore sec sur l'azotate d'argent desséché. L'appareil que nous 
avons employé est celui que décrit JNL H. Sainte-Claire Deville dans son 
Mémoire [Jnnales de Chimie et de Physique^ ?>" série, t. XXVIII, p. 241). 

» Le tube à azolate d'argent contenait 80 grammes de ce sel; on le 
maintenait à une température coniprise entre g5 et 100 degrés. Le courant 
de chlore sec était réglé de telle manière, qu'il ne passait qu'un litre de 
gaz en deux heures. 

» Au bout de cinq heures, nous avons obtenu environ 2 centimètres 
cubes d'un liquide sans cristaux, condensé dans le petit réservoir. Nous 
avons détaché le tube à azotate d'argent du tube condenseur, en laissant ce 
drrnier plongé dans le mélange réfrigérant; puis, pour chasser l'excès de 
chlore, nous avons fait passer un courant d'acide carbonique sec, jusqu'à 
ce que les vapeurs entraînées ne décolorassent plus la teinture de tourne- 
sol. 



f 97 ) 

)) Le liquide restant présentait les caractères suivants : il était légère- 
ment coloré en jaunebriinàtre. Le contact de la main suffisait poui le faire 
bouillir. Traité par l'eau, il s'y dissolvait sans |iroduciion de vapeurs ruti- 
lantes. La solution acide donnait, i)ar l'azotate d'argent, un lièsabondaiit 
précipité blanc, caillebollé, de chlorure d'argent; elle contenait une forle 
proportion d'acide azotique. 

» Ces réactions, cpie présente aussi le chlorure d'azolyle, nous autoi iseni 
à dire que ce corps prend naissance dans l'action du chlore sec sur l'azotate 
d'argent desséché; elles viennent donc justifier ce (]ue nous avions avancé 
sur le mode de formation de l'acide azotique anhydre, dans la méthode de 
préparation de M. H. Sainte-Claire Deville. 

» Pour faciliter aux chimistes les moyens de reproduire la préparation 
de l'aride azotique anhydre, nous croyons utile d'indiquer ici une légère 
modification apportée au système d'ajustage que M. H. Sainte-Claire De- 
ville décrit dans son Mémoire (p. 241^). Ce système permet d'employer 
lin appareil formé de plusieurs pièces, en évitant les soudures, qui sont ton- 
jours fort difficiles, poin- les appareils d'une grande longueur. Voici en 
quoi il consiste. 

M Pour raccorder deux tubes, on fait au tube abducteur un renflement 
dont le diamètre extérieur soit à peu près égal au diamètre intérieur du 
second tube; au-dessus de ce renflement, on tasse, entre les deux tubes, 
2 ou 3 centimètres d'amiante, puis on coule 3 centimètres de paraffine 
fondue. C'est ainsi que, dans notre appareil, le tube abductem- du chlore 
élail relié au tube à azotate d'argent, et que ce dernier était ajusté au 
tube condenseur. La paraffine a parfaitement résisté, durant tout le cours 
de l'expérience, et à l'action du chlore sec sous pression, et à l'action des 
vapeurs de chlorure d'azolyle. Nous avions aussi employé ce mode d'ajus- 
tage dans notre préparation de l'acide azotique aidiydre; la paraffine n'avait 
pas été attaquée. 

» Ce travail a été fait au laboratoire de la Faculté des Sciences de Lyon, 
sons la direction de notre professeur M. Loir. » 

CHIMIE. — Synlhèse de l'acide suifliydrKjue; par M. A. Boili.ot. 

« J'ai déjà eu occasion de signaler la combinaison directe de la vapeur 
de soufre avec l'hydrogène, à la tenq^éralure rouge. 

i> Aujourd'hui, je viens communiquer à l'Académie le résultat que 

C, R., 1870, I" Semestre. (T. LXX, N" 2.) '^ 



( 98) 
j'ni obleim, en cherchant à effectuer la combinaison du soufre avec le ^az 
hytiroi^ène, an moyen de l'électricité. Dans un dé à coudre, rempli de fleur 
de soufre, j'ai f.iiî arriver deux fils de platine, dont les extrémités étaient 
distantes de 3 ou 4 millimètres. Ces fils métalliques étaient isolés en passant 
chacun dans un tube de verre rccoin-bé et fermé à ses deux extiéuiités avec 
de la cire à cacheter. Les deux tubes étaient fixés verticalement l'un contre 
l'autre et s'élevaient de i -i- décimètre environ, sur un vase d'eau dans 
lequel ils plongeaient de quelques centimètres. Les autres extrémités de ces 
tubes, recourbés en dehois, permettaient de mettre les fils de platine en 
communication directe avec les électrodes d'une bobine de Ruhtnkorff, 
produisant l'étincelle d'induction an moyen de /^ éléments ordinaires de la 
pile (le Bunsen. 

» Avant de produire l'étincelle, j'ai rempli avec de l'hydrogène, recueilli 
sur l'eau, une éprouvelte d'un peu plus d'un demi-litre de capacité. 

» J'ai ensuite recouvert l'ensemble des tubes verticaux portant le dé à 
leur sommet, avec cette épronvette, ayant eu soin, pendant cette opération, 
de laisser dégager de l'hydrogène dans l'épronvetle (renversée bien en- 
tendu), jusqu'à ce que les tubes fussent plongés dans son atmosphère. 

» L'éprouvette reposait ainsi sur l'eau, et j'eus la précaution, pendant 
quelque temps encore, de laisser dégager le gaz hydrogène dans son inté- 
rieur, afin de me mettre aussi complètement que possible à l'abri de l'ac- 
tion de l'air. 

» Les choses ainsi disposées, je fis jaillir l'étincelle pendant plus d'une 
demi-heure. Le soufre, en se volatilisant, communiquait à la lumière élec- 
trique une belle teinte bleue. L'eau monta de quelques centimètres dans 
l'éprouvette, et je pus constater la formation d'une très-notable quantité 
d'hydrogène sulfuré. « 

CHIMIE AGRICOLK. — /hial/se des eaux contenues (Itins les terres mrihics ; 

par 31. Th. Schlœsing. 

V Depuis que certains principes minéraux ont été reconnus nécessaires 
à la végétation, on s'est beaucoup occupé des conditions de leur assimila- 
tion. On a d'abord admis qii'ils ne pouvaient être absorbés qu'après avoir 
été (lissons dans l'eau du sol. Les mémorables expériences de MM. Hux- 
table et Thompson, et de M.Way sur la propriété absorbante des terres, 
ont modifié cette opinion, et plusieurs savants éminents, M. Liebig entre 
autres, ont attribué aux racines le jiouvoir d'assimiler directement les 



(99) 
alcalis et les phosphates précipités sur les particules de la terre arah'Ie. Un 
assez grand nombre d'expériences ont été instituées sur ce sujet, surtout en 
Allemagne : mais dans les documents venus à ma cotmaissaiice, je li'ai 
pas encore rencontré d'analyses des solutions contenues dans les sols 
cultivés, analyses qui semblent cependant essentielles dans la question 
débattue. Les eaux de drainage, dont la pauvreté a servi d'argument, 
recueillies après avoir filtré sur un mètre de terre, ne peuvent représenter 
fidèlement la dissolution qui imbibe la couche arable. Les lysimètres de 
M]\L Fraas et Zoeller, qui donnent l'eau de drainage de cette seule couche, 
fournissent des éléments de discussion plus utiles; toutefois les sols ne 
s'égouttent que sous certaines conditions indépendantes de l'observateur, 
et les lysimètres ne sauraient recueillir la solution existant à un moment 
donné, à une profondeur donnée, sous des conditions données de tempéra- 
ture, décomposition d'atmosphère confinée, d'humectation. 

» La méthode que j'ai fait connaître [Comptes rendus,\ 866) pour déplacer 
et obtenir leseaux contenues dans les sols est certainement plus propre à 
l'étude des corps dissous : elle permet d'opérer au laboratoire et dans les 
circonstances les plus variées. Depuis sa publication, je l'ai sensiblement 
améliorée : j'opère actuellement sur 3o à 35 kdogramnies de terre émiettée 
dans une grande cloche à douille, au moment même où elle est prélevée 
sur le champ. La pluie artificielle chargée de déplacer la solution est 
distribuée par un mécanisme dont le moteur est un petit tourniquet 
hydraulique. Je ne puis décrire ici l'appareil; je dirai seulement qu'il 
distribue la pluie aussi lentement qu'on le veut, par exemple un demi-liUe 
en vingt-quatre heures, et avec une telle uniformité que la ligne de démar- 
cation entre la nuance de la terre saturée d'e.iu et celle de la terre sim- 
plement humide se maintient constamment horizontale, pendant sa 
descente, qui peut durer trois, quatre et même huit jours. Je dirai encore 
que les dis|)ositions adoptées dans mes expériences pei mettent d'analyser 
l'air confiné dans la terre, d'y faire circulei" de l'air \:,uv ou chargé d'un 
taux voulu et constant d'acide carbonique;, que les liquides sont recueillis 
à l'abri de l'air, sous l'atmosphère même de la terre, précaution qui évite 
la déperdition de l'acide caibonique et le dépôt des matières que ce gaz 
retient en dissolution. 

» Je ne puis non plus m'étendre sur mes procédés d'analyse : je sais ce- 
pendant combien il est nécessaire d'indiquer les méthodes à côté des résul- 
tats; je renvoie sur ce sujet au Mémoire détaillé que je prépare. Qu'il me 
soit seulement permis d'appeler l'attention sur le dosage de l'acide carbo- 

i3.. 



i 



( inn ) 

nique dans les eaux : on détermine cet acide en deux fois; une première 
ébidlition donne celui qui est libre ou engagé dans les bicarbonates; une 
seconde ébullition, après addition d'un acide, donne celui des carbonates 
neutres. Or j'ai constaté que, dans une liqueur bouillante, la silice dissoute 
décompose partiellement les carbonates de cbaux et de magnésie; de là une 
certitude jusqu'ici inévitable : la première opération donne un excès de gaz 
si elle est trop prolongée, ou une perte si elle ne l'est pas assez. On ne sera 
donc pas étonné si, dans mes analyses, il n'y a pas égalité absolue entre la 
somme des équivalents des bases et celle des équivalents des acides (non 
compris la silice et Tacide carbonique dégagé par la jiremière ébullition). 
» Je crois utile de fournir quelques renseignements sur les ferres qui 
m'ont servi : 

( a Cii.ini|) (le Boulogne (Seine] cultivé, sans engrais, en tabac, depuis dix ans. 

( b iMénie champ, même culture, engraissé avec nitrate de potasse, cendres, terreau. 

. n Champ à Issy ^Seine), récolte de iSGg: 89 hectolities de blé. 

' h Même cliamii. 

c Mémo champ traversé, du 24 avril au 12 mai, par de l'air pur. 

tl Même champ traversé, du 24 avril au 6 mai, par de Pair conlenanl 24 jxn'r 100 CO^ 

C Champ à Neauphle-le-Château (Seine-et-Oise). 

\ a Autre champ à Neauphle, récolle 1869 : 28 hectolitres de blé. 

( b Même champ. 

n Autre chani]) à Neauphle, récolte nSGc) : ■yS hectolitres d'avoine. 

b Même champ traversé, du 28 mars au t) avril, par de l'air contenant iSpour 100 f:0". 

a' C'est a qui, après un premier déplacement, a été traversé, du 9 au i4 avril, par de 
l'air contenant 25 pour 100 CO'. 

c Même champ. 

I a Autre cham|) à Neauphle, récolte : 34 hectolitres de blé. 

/ b Même champ. 

, a Autre champ à INeauphle, récolte : 35 hectolitres de blé. 

1 a' C'est a qui, après un premier déplacement, a été traversé, du i5 au 21 aviil, par 

un courant d'air contenant 23 pour 100 CO'. . 

b Même champ. 

Analyses incc(ini<iucs. 

A- B C D E !■ G 

Gravier 6,1 4>" '7»" 9'^ ^'4 3,8 3,7 

Résida de la i Sable siliceux. =4,8 22, C) 39,4 44'' -~>4 21,8 22,9 

décantation ( Sablecalcaire 20,2 21,4 o o o o o 

Sable fin.... 20,6 i i ,5 27,2 35,6 53,9 54i4 55,5 

Calcaire 18, 4 19,7 indet. 2,4 0,37 0,63 0,28 

Argile 9,3 18, 4 12,7 i5,8 18, 4 17,0 i5,7 

I). bris organiques. ..... . » 2,3 2,6 -2,9 1,5 1,7 1 ,g 

Terre sèche . 99,4 100,1 98,9 100, 4 99.97 99j33 99-98 



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Terre 
décantée. 



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( I02 ) •■' . 

Les quantités de calcaire île D, E, F, G sont calculées d a]<rès le dosage direct de CO^; 
Les quantités de cliaux correspondantes seraient. 1,37 0,21 o,35 o,iG p. 100. 

Or le dosai;e direct de la chaux donne i ,5?. o,36 o,54 o,33 

Une partie de celle-ci est <lonc engagée en combinaison avec des corps autres que 1 acide 
carbonique. 

« Si rAcadémie veut bien m'y autoriser, je discuterai les chiffres pré- 
sentés dans le tableau des analyses des solutions, page ici, dans une pro- 
chaine Communication. » 

CHIMIE APPLIQUÉE. — Réponse à la dernière Note de M. Gaudin, sur la 
fabrication de pierres précieuses artificielles. Note de 3i. Feil. (Extrait.) 

« Je ne suivrai pas M. Gaudin siu* le terrain où il se place, et j'attendrai 
avec confiance la décision de la Commission qui doit comparer les résidtats 
que nous avons obtenus l'iui et l'autre. 

» Quant à la cjuestion de priorité, en présentant mes premiers essais 
à l'illustre Secrétaire perpétuel de l'Académie, j'ai dit déjà que leiu- seule 
prétention était d'être la continuation et l'application des procédés Ebelmen. 
J'ajoutais, dans une Lettre écrite le 22 décembre à M. Dtimas : « Ce sera 
» pour moi l'occasion de constater, luie fois de plus, que c'est toujours la 
» science qui prépare les progrès de l'industiie. » 

» Qiie M. Gaudin ait eu, il y a plusieurs années, l'idée de fondre des 
corps durs, de faire des aluminates, je ne le conteste pas. IMais Berihier 
avait publié ses intéressants essais dès i832, et il n'a jamais été interdit à 
un industriel de chercher dans les travaux des maîtres de la science les 
enseignements tlont il a besoin. 

» Je ne me suis pas présenté comme ayant inventé, mais bien comme 
ayant mis à profil les travaux de deux savants, fJerthier et Ebelmen. » 

ZOOLOGIE. — Etudes sur la inorpliologie des Molluscptes [Acéphales 
lamellibranches). Note de M. Lacaze - Dutuiers , présentée par 
M. de Quatrefages. 

« Entre toutes les fortncs variées des Mollusques, celle de l'Acéphale 
latnellibraucbe se présente connue le type à la fois le plus simple, le plus 
symétrique, et, par cela même, le plus facile à interpréter. Aussi devra-t-eile 
être prise pour terme de comparaison quand, arrivant à la partie synthé- 
tique lie ces recherches, j'essayerai de caractériser les principaux groupes 
de ce grand embranchement. 



( io3 ) 

» Mon dessein, aujourd'hui, est d'appeler l'attention sur quelques rap- 
ports importants qui, pour être bien connus, n'ont cependant pas été uti- 
lisés conune ils pouvaient l'être. Parmi les Acéphales lamellibranches, je 
choisirai l'Anodonte de nos étangs, parce qu'il est le type le plus normale- 
ment développé. En effet, son pied, son manteau, sa moitié sujiérieiu'e 
0|)posée à sa moitié inférieure, ses moitiés symétriques latérales, par une 
jusie pondération de leur développement, semblent n'avoir point empiété 
les uns sur les autres. 

M Les nialacologistes sont loin d'être d'accord sin* la position qu'il con- 
vient de donner au bivalve; sans discuter les opinions diverses, je rappel- 
lerai qu'invariablement, pour tous les animaux dont je fais l'élude, je pose 
la bouche en haut; ici, j'ajoute que je place le pied en avant et la charnière 
en arrière. 

» Ainsi posé, l'Anodonte peut être partagé, par un plan vertical antéro- 
postérieur, en deux moitiés latérales symétriques égales, et, par un plan 
horizontal, en deux autres moitiés, l'une supérieure, l'autre inférieure, à 
peu près équivalentes par leur développement. C'est là ce qui caractérise 
le type régulier de l'Acéphale lamellibranche que représente l'Anodonte, 
et dont on doit partir poiu' expliquer toutes les variations, en supposant 
telle moitié ou telle partie de ces moitiés considérablement développée, jiar 
rapport aux autres, restées stationnaires. 

)) Il ne sera question, en ce moment, que des rapports du tube digestif 
avec les muscles adducteurs des valves, rapports qui ne varient jamais et 
qui permettent d'arriver aux interprétations morphologiques les plus pré- 
cises. 

» Les deux valves de la coquille^ doublées par le manteau qui les a 
produites, sont rapprochées, on le sait, par deux muscles adducteurs 
qu'on peut représenter par deux cylindres, l'un supérieur, l'autre inférieur, 
insérés perpendiculairement à la face interne de la coquille, tout près de 
ses deux extrémités. 

» Pour dégager la description de tous les détails et la rendre plus claire, 
représentons par un croissant le tube digestif, en supprimant par la pensée 
les circonvolutions, ne voyant que le trajet courbe du tube qui de la 
bouche conduit à l'anus, et supposant le canal digestif dans le plan médian 
antéropostérieur. 

)) Ainsi réduit schématiquement, l'organe de la digestion offre des rap- 
ports constants avec les muscles adducteurs. L'une de ses extrémités, la 
bouche, se place au-dessous du muscle supérieur qu'on peut appeler bur- 



( io4 ) 

cal; l'autre, l'anus, est en arrière et en bas du muscle luférieur, qui mérite 
pour cela le uom iVanal. La couvpxité de la courbe répond à la char- 
nière, tandis que sa concavité est ouverte en avant. En d'autres fermes, le 
cylindre muscidaire adducteur buccal repose sur l'extrémité supérieure de 
l'arc de cercle du côté de la convexité, tandis que le muscle anal est dans 
la concavité et repose sur l'exlrémilé inférieure. 

1) Qu'on le remarque, il n'y a qu'un muscle adducteur dans la courbe, 
et, comme les rapports indiqués sont constants, il ne peut y en avoir qu'un, 
ce qui revient à dire encore (|u'il n'y a entre les deux muscles qu'un 
seul des orifices des organes de la digestion, et qu'il ne peut y en avoir 
qu'un. 

» L'organisation du Lamellibranche tordue, allongée, avortée en partie, 
défigurée même, varie quelquefois considérablement; mais les rapports indi- 
qués ici restent immuables. On peut voir un groupe de ganglions nerveux 
se déplacer et perdre des rappoits ini]:)ortauls de voisinage, tandis que le 
tube digestif relativement aux muscles ne change pas. 

» Dans la concavité de la courbe décrite par l'appareil de la digestion, 
entre les deux muscles adducteurs, ou voit aussi luie masse médiane, com- 
parable à la bosse antérieure de Polichinelle : c'est le corps proprement dit, 
dans lequel sont contenus les glandes génitales, le foie, les circonvolutions 
intestinales, une partie des corps de Bojanus, et dont la partie médiane anté- 
rieure, éminemment musculaire, forme le pied. 

» Il faut remarquer encore ici deux rapports constants, qui ne font jamais 
défaut. En effet, la bouche .^-épare toujours cette masse viscérale du muscle 
adducteur, supérieur ou buccal, et la masse viscérale elle-même est tou- 
jours interposée entre la bouche et le muscle anal ou inférieur. 

» Deux exemples suffisent pour montrer la valeur de ces rapports. 

» Lorsque le Lamellibranclie devient ce que Lamarck appelait un inono- 
myairt (Huître, Pecten, etc.), un seul muscle adducteur existe. Alors com- 
ment reconnaître lequel des deux il représente? En suivant le tube digestif 
dans ces animaux on voit d'abord que la bouche, toujours reconnaissable 
à ses paljjes, est séparée du muscle par la masse viscérale, enfin que le 
trajet du tube digestif pris dans son ensemble représente une courbe ayant 
le nuiscle luiique dans sa concavité. D'après ce qui a été dit [dus haut, ce 
ne peut être que le nuiscle anal ou inférieur. Il faut donc admettre l'avor- 
tementdu muscle adducteiu- supérieur ou buccal. 

» Comment jjouvoir supposer, en présence de ces faits précis, (pie le 
muscle unique de l'Huître ou du Pecten, parce qu'il offre deux zones de 



( loS ) 
tissus ilifférents, est le résultat du r.ipproclienient et de l'union des deux 
muscles adducteurs? Quand il n'y a qu'un muscle, il ne peut être qu'au- 
dessus ou au-dessous de la bouche, et, dans chacun des cas, sa position 
suffit à elle seule pour indicjuer et fixer sa nature. 

M L'espace manque ici pour pouvoir explicpier toutes les variations de 
forme que l'on rencontre dans le groupe desLaHiellibranches : aussi ne pren- 
drai-je qu'un autre exemple. 

)) Le Taret a deux valves rudimentaires fort petites, unies par un muscle 
relativement puissant; mais, vers le milieu du long tube que représente son 
corps, on trouve deux pièces calcaires, sur la natiu-e mor|5hologique des- 
quelles les malacologistes sont loin de s'entendre. Le muscle qui unit ces 
dernières a été considéré par M. Valenciennes comme le muscle adducteur 
inférieur, opinion acceptée par quelques naturalistes. Mais que l'on suive 
les tours et détours décrits par l'intestin, et l'on verra sa dernière partie, 
le rectum, remonter au-dessus et passer en arrière du muscle unissant les 
deux petites valves supérieures; en définitive, ce muscle se trouve dans la 
concavité de la courbe intestinale, et, dès lors, forcément, sans le moindre 
doute possible, il représente le muscle inférieur anal, resté très-haut dans 
cet organisme singulier, dont la moitié inférieure s'est prodigieusement 
allongée comparativement à la partie supérieure. 

» Entre l'Anodonte et le Taret, il n'y a au fond qu'une différence en plus 
ou en moins dans l'accroissement des parties; dans le premier, la moitié 
supérieure est égale à la moitié inférieure; dans le second, toute la partie 
du corps supérieure au muscle anal, y compris les coquilles, reste à l'étal 
presque rudimenlaire, tandis que la partie qui est an-dessous s'allonge 
excessivement. Les organes ne peuvent trouver place entre les deux petites 
valves, et les branchies, comme la partie du corps comparée à la bosse de 
Polichinelle, passant pour ainsi dire à la filière, viennent se loger dans le 
tube formé par la partie inférieure démesurément développée. 

» Voilà deux cas extrêmes qu'il est possible, on le voit, de ramener au 
même type. Dans un prochain travail sur l'organisation de l'Arrosoir, l'iui 
des Acéphales les plus déformés, les plus méconnaissables, il sera facile de 
montrer qu'on peut retrouver l'archétype ou le plan du groupe, en se lais- 
sant guider par les rapports indiqués ici, car leur fixité ne se dément 
jamais. » 



C. R., It70, I" Semestre. (T.LXX, N«2.1 l4 



( >o6 ) 

ANATOMIE COMPAliÉE. — L'intelligence des animaux est-elle en rapport avec 
le développement des centres nerveux? Note de M. P. Colin. (Extrait par 
l'Auteur.) 

« On a cherché depuis longtemps à mesurer l'inteUigence de l'homme 
et des animaux par le volume de l'encéphale; mais les documents recueillis 
dans ce but par Ilaller, Cuvier, Carus, Leuret, sont encore loin de donner 
des éléments suffisants à la solution du problème. En effet, d'une part, on 
s'est souvent contenté, surtout pour l'homme et les grandes espèces, de 
mettre en regard le poids des centres nerveux avec le poids du corps 
évalué par simple approximation ; d'autre part, on n'a pas fait assez de 
pesées, dans chaque espèce, pour obtenir une relation moyeime vraie, 
entre des organes dont la masse change peu et le corps qui éprouve des 
variations énormes. 

» C'est pour arrivei' à des déterminations plus exactes, que j'ai pesé tous 
les animaux sur lesquels ont porté mes recherches, et que j'ai pris, pour 
chaque espèce, un grand nombre d'individus d'âges, de races, de sexes dif- 
férents et à divers degrés de maigreur ou d'embonpoint. J'ai pesé successi- 
vement l'animal entier, le cerveau, le cervelet, le mésocéphale et le bulbe, 
la moelle épinière; puis j'ai établi les rapports de ces parties entre elles et 
avec le poids du corps. Mes résultats, qui ne portent, celle fois, que sur 
les animaux domestiques, sont résumés dans onze tableaux. 

» En les dépouillant, on peut voir : 

)) i" Que le rapport entre le poids des centres nerveux, pris en bloc, et 
celui du corps varie, dans de très-grandes limites, non-seulement d'espèce 
à espèce, mais encore dans une même espèce, surtout suivant l'âge des 
sujets, le degré de développement du système musculaire, l'état du système 
adipeux. 

» 2° Que la masse cérébrale ou encéphalique est, proportionnellement à 
la taille, beaucoup plus considérable dans les petits animaux que dans les 
grands. Aussi l'homme se trouve-t-il, quant au volume du cerveau, infé- 
rieur à plusieurs singes, à divers carnassiers tels que la belette, aux petits 
rongeurs et même à un grand nomdre d'oiseaux comme la mésange, le 
chardonneret, etc. 

» 3° Que dans la même espèce animale, le volume des centres nerveux 
est, relativement à la masse du corps, en raison inverse de l'âge; qu'ainsi 
les jeunes sujets peuvent avoir 2, 3, 4, G et jusqu'à 8 fois autant de cerveau 
que les adultes. 



( to7 ) 

» 4° Que les animaux domestiques se trouvent classés, d'après le poids 
de leur eucéphale, dans l'ordre suivant, qui n'est pas exactement celui de 
leur intelligence : chat, chien, lapin, mouton, âne, porc, cheval et boeuf: 
le premier a environ six fois autant de cerveau que les deux derniers. 

» 5° Que, dans les espèces dont les races sont de statures très-différentes, 
les plus petites ont proportionnellement le plus grand cerveau, quel que 
soit leur degré relatif d'intelligence. 

» 6" La masse de la moelle épinière n'est constannuent en rapport ni 
avec le poids de l'encéphale, ni avec celui du corps, ni avec la puissance 
musculaire des animaux : elle peut être très-petite chez les animaux à grand 
cerveau on énorme dans le cas contraire; elle est souvent deux ou trois fois 
aussi considérable sur les petites espèces que sur les grandes. 

» En somme, il n'y a pas, chez les animaux, de relation exacte entre le 
volume de l'encéphale et le degré d'intelligence constaté par l'observation. 
Conséquemment les animaux seraient mal classés au point de vue psycho- 
logique, s'ils l'étaient d'après les poids de leurs centres nerveux. » 

M. P. Vekdeil adresse une Note ayant pour objet d'indiquer deux 
expériences à réaliser au moyen du pendule, expériences qui lui paraissent 
devoir faire connaître, si les observations sont faites avec une grande pré- 
cision, la loi suivant laquelle varie la résistance de l'air avec la vitesse. 

Cette Note sera soumise à l'examen de M. Bertrand. 

A 5 heures, l'Académie se forme en Comité secret. 

La séance est levée à 5 heures trois quarts. D. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQCE. 

L'Académie a reçu, dans la séance du lo janvier 1870, les ouvrages dont 
les titres suivent : 

Le Jardin fruitier du Muséum; parM. J. Decaisne, Membre de l'Institut; 
liv. io3. Paris, 1870; in-4'', texte et planches. 

Tableaux de population, de culture, de commerce et de navigation, formant, 
pour l'année 1867, la suite des tableaux insérés dans les Notices statistiques sur 
les colonies fançaises.Varis, 1869; in-8''. 



( loS) 

Flore voqéso-rhénane, t. P', comprenant les plantes dicotyles pétalées; 
jjarM. F. Rikschlegeh. Paris, iSOg; in-12. (Présenté par M. Brongniart.) 

Des maladies simulées et des moyens de les reconnaître. Leçons professées an 
Val-de-GrâceparM. E. BOISSEAU, médecin-major. Paris, 1870; i vol. in-8" 
avec figures. (Présenté par M. le Baron Larrey.) 

Des accidents de la foudre : autopsie ; par M. So^'RIER. Paris, 1869; br. in-S". 
(Présenté par M. le Baron Larre}'.) 

Mémoire sur l'aphasie on dysphasie traumatique ,• par M. A. MARTIN. Paris, 
1869; br. in-8°. (Présenté par M. le Baron Larrey.) 

Mémoire sur quelques phénomènes nerveux sympathiques qui se produisent 
pendant l'iiijlammation aicjuë delà membrane du tympan^ etc.; par M. BONMA- 
FONT. Paris, 1869; br. in-8°. (Extrait du journal l'Union médicale.) [Pré- 
senté par M. le Baron Cloquet.] 

Les petites chroniques de la Science; par M. S. -H. -Henry Berthoud, 9* an- 
née. Paris, 1870; in-12. 

La campacjne d'Italie en 1869 au point de vue médico-chirurgical et admi- 
nistratif. Statistique médico-chirurgicale de la campagne d Italie; par M. J. 
Chenu. Paris, 1869; br. in-8°. 

On... Sur la théorie d'Hansen concernant la constitution physique de la 
Lune; par M. Newcomb. Washington, 1869; opuscule in-8°. (Présenté par 
M. Delaunay.) 

(La suite du Bullelin au prochain numéro.) 



ERRATA, 

(Séance du 27 décembre 1869.) 

Page i382, ligne 7, au lieu de non levé, lisez levé. 

(Séance du 3 janvier 1870.) 

Page 29, ligne 7, colonne 7, au lieu de 2,2, lisez 2,4- 

» 25, » ' 2,204, " 2,i33. 

» 26, » » I ,g55, >> 2,o5. 

.) 27, » » 1,926, » 2,025. 

„ 28, » " I )9it'> " 2,35. 

» 29, » >• 1,916, " 1,85. 

Page 3o, ligne 1 1 , colonne 9, nu lieu de o ,093, lisez i ,093. 

» 'i'j, au lieu de 0,996, lisez 0,994. 



I 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 17 JANVIER 1870. 

PRÉSIDENCE DE M. LIOUVILLE. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

M. DE Verneuil présente à l'Académie, de la part de M. de Moeller, olfi- 
cier des Mines de Rnssie, une carte géologique du versant occidental de 
l'Oural. 

«*Je ferai remarquer, dit M. de Verneuil, l'étendue considérable qu'oc- 
cupe, sur cette carte, le terrain perniien, y compris les grès et les marnes 
irisées qui le recouvrent. 

» A eux seuls, ils occupent la plus grande partie des vastes plaines si- 
tuées à l'ouest de l'Oural, et recouvrent, sur près de i5 degrés de latitude, 
une aréa plus grande que la France. Quand, en i84o et 1841, MM. Mur- 
chison, Keyserling et moi, nous fûmes chargés de faire une caite géolo- 
gique de la Russie d'Europe, y compris l'Oural, quelques grandes coupes à 
travers ces contrées nous avaient permis de reconnaître ce fait intéressant, 
et sous ce point de vue il règne un heureux accord entre la carte de 
M. de Moeller et la nôtre. 

» Comme nous aussi, ce géologue n'a pu découvrir aucun fossile déler- 
minable dans les marnes rouges et les grès qui surmontent le terrain per- 
niien, mais cependant il les rapporte au trias d'une manière plus explicite que 
nous ne l'avons fait. Cette absence de tout fossile caractéristique du trias 

C. R., it^^o, i" Semestre (T. LXX, IS° 5.) • 5 



( l'o ) 
rapprochée de ce fait, résnllaiU de nos recherches, que le has n'existe pas 
en Russie, nous avait portés à croire qu'il pouvait y avoir une lacune entre 
les dépôts paléozoïques et ceux du Jura moyen, et qu'à cette époque la 
Rnssie avait été placée au-dessus du niveau de la mer. 

» Selon M. de Moeller, le terrain perniien présente, sur le versant occi- 
dental de l'Oural, une double série, l'une composée de grès et de conglo- 
mérats argileux ou calcifères, de couleur bigarrée, souvent imprégnés de 
minerais de cuivre et contenant quelques traces de houille, l'autre carac- 
térisée par des calcaires blancs, gris ou jaunâtres, avec amas de gypse et de 
sel. Ces deux séries ne seraient pas superposées, mais passeraient latérale- 
ment de l'une à l'autre ; elles seraient contemporaines et ne formeraient 
qu'un seul terrain ayant deux faciès géographiques différents. Une ligne 
diagonale, qui traverse la légende, exprime cette idée, que nous n'arloptons 
pas sans réserve. 

» Comparée à la carie que nous avons publiée en i8/|5, après quelques 
mois seulement de voyages à travers ces immenses pays, la carte de M. de 
Moeller présente, outre de certains perfectionnements de détail, un chan- 
gement notable qui modifie beaucoup la disposition des couleurs. Il a co- 
lorié comme permienne une région assez étendue que nous avons rapportée 
au terrain houiller : c'est cellaVles grès d'Artinsk qui sont caractérisés par 
des Goniatites et des Nautiles, dont 1 analogie avec des espèces carbonifères 
nous avait paru frappante. La découverte, dans ces couches, du Prodiictus 
Cancrini et de quelques autres espèces permiennesa déterminé M. deMoeller 
à apporter ce changement à notre classification. M. Pander l'avait proposé 
avant lui. 

» J'hésite encore à me ranger de leur avis : il ne serait pas impossible, en 
effet, que certaines espèces permiennes eussent apparu pendant l'éjjoque 
houillère, et nous en avons un exemple à Nebraska, sur le haut Missouri, où 
MM. Hayden et Marcou ont observé dans les mêmes couches des espèces 
carbonifères et permiennes mélangées. 

» En résumé, je me plais à rendre justice à la carte de M. de Moeller, 
(pii lui a coûté sept années de travail, mais en même temps je suis heureux 
de constater que s'il a amélioré beaucoup la carte que nous avons publiée 
il y a vingt-cuiq ans, il n'en change pas cependant les grands et principaux 
contours. » 



1 1 I 



RAPPORTS. 

ASTRONOMIE. — Rapport sur un travail de M. Pniseiix, nya»! pour titre: 
Mémoire sur l'accélération séculaire <lii mouvement de la Lune. 

(Commissaires: MM. Liouville, Serret, Delannay rapporteur.) 

« Lorsqu'on vent déterminer toutes les inégalités du mouvement de la 
Lune dues à l'action perturbatrice du Soleil, on doit attribuer à ce dernier 
astre, à chaque instant, la position exacte qu'il occupe par rapport à un 
sjstème d'axes coordonnés de direclions constantes passant par le centre 
de la Terre. Les coordonnées du Soleil, que l'on doit ainsi considérer, sont 
exactement les mêmes que celles de la Terre rapportées à un système d'axes 
parallèles et de sens contraires, menés par le centre du Soleil. C'est donc, en 
définitive, le mouvement de la Terre autour du Soleil qui permet d'obtenir 
les coordonnées du Soleil dont on a besoin pour effectuer le calcul des 
inégalités lunaires. 

)) Si l'on admet, dans une première recherche, que la Terre se meut 
autour du Soleil en suivant rigoureusement les lois du mouvement ellip- 
lic[ue, on obtient ainsi la plus grande partie des inégalités dont le mouve- 
ment de la Lune est affecté; c'est en cela que consiste le travail pid^lié 
récemment par l'un de nous, et formant les tomes XXVIII et XXIX des 
Mémoires de l'Académie. Mais les inégalités du mouvement de la Terre, qui 
doivent être jointes à son mouvement elliptique considéré seul d'abord, 
pour fournir son mouvement réel autour du Soleil, contribuent aussi à 
produire, dans le mouvement de la Lune, des inégalités qu'il n'est pas pos- 
sible de négliger. Parmi ces inégalités du mouvement de la Lune, dues à 
l'existence des inégalités du mouvement de la Terre, une des plus im|)or- 
tantes est celle qui affecte progressivement le moyen mouvement de notre 
satellite. Laplace a démontré, en 1787, que la diminution séculaire de 
l'excenlricité de l'orbite de la Teire produit une accélération progressive 
dans le moyen mouvement lunaire; et il a levé par là luie diflicidté qui 
préoccupait beaucoup les savants, en dévoilant la cause de l'accélération 
séculaire découverte depuis longtemps dans ce moyen mouvement de la 
Lune, par l'examen attentif des données de l'observation. A partir de la, 
ct'jusqn'à ces derniers temps, on a regardé la cause assignée par Laplace 
comme correspondant complètement à l'effet qu'il s'agissait d'explicjuer; 
mais des doutes se sont produits, il y aquelcpies années, sur l'exactitude de 

i5.. 



( 'i:^) 
cette correspondance : un calcul |)lus complet de l'effet produit siu- le 
moyen mouvement de la Ltuie par la diminution séculaire de l'excentricité 
de l'orbite de la Terre, a conduit à penser que cette cause trouvée par 
Laplace ne rendait compte que d'une portion de l'accélération séculaire 
qui affecte réellement ce moyen mouvement. On s'est demandé tout iiatu- 
rellenient à quelle autre cause la partie restante pourrait être attribuée, et 
diverses idées ont été émises à ce sujet. Mais, avant tout, il était bon de 
s'assurer si l'on avait bien tenu compte de tous les effets de ce genre que 
peut produire l'action perturbatrice du Soleil sur la Lune. 

» Parmi les inégalités dont le mouvement elliptique d'une planète est 
affecté, la variation séculaire de l'inclinaison de son orbite sur un plan fixe 
et celle de l'excentricité de cette orbite jouent des rôles entièrement ana- 
logues; le déplacement séculaire du plan de l'écliptique dans l'espace 
ne pourrait-il donc pas produire une accélération dans le moyen mouve- 
ment de la Lune, tout aussi bien que la dimitnition progressive de l'excen- 
tricité (le l'orbite de la Terre? Telle est la question que M. Puiseux s'est 
posée. 

» Les divers savants qui se sont occupés du mouvement de la Lune 
avaient toujours regardé l'influence du déplacement progressif de l'éclip- 
tique sur le moyen mouvement de cet astre comme insensible; mais c'était 
en se bornant aux premières approximations qu'ils avaient été conduits à 
ce résultat, et l'on sait combien, dans la théorie de la Lune, les conclusions 
tirées des premières approximations auxquelles on s'est arrêté tout d'abord 
se trouvent quelquefois changées lorsqu'on passe aux approximations sui- 
vantes. M. Puiseux a donc entrepris d'effectuer le calcid de !a partie de 
l'équation séculaire de la Lune qui peut être due au déplacement séculaiie 
du plan de l'écliptique, en poussant les approximations assez loin poiu- qu'd 
ne restât aucun doute sur la véritable influence de celte cause spéciale de 
perturbation. 

» Nous n'entrerons dans aucun détail sur la marche que l'auteur a suivie 
pour atteindre ce but. Nous nous contenterons de dire que, dans le dévelop- 
pement des longs et pénibles calculs qu'il a eu à faire pour y arriver, on 
retrouve la netteté et la précision cpii sont le caractère distinctif de ses tra- 
vaux. Quant au résultat, il est le même que celui auquel on était parvenu 
en se boiiiant aux premières approximations : le changement de position du 
plan de l'écliptique dans l'espace n'a aucune influence sensible sur la valeur 
de l'équation séculaire de la Lune. Celte conséquence, bien qu'elle soit né- 
gative, n'en a pas moins une grande importance ; et tous les amis de la 



( >i3) 
science se féliciteront de ce que le donte qui pouvait rester sur ce point 
soit complètement dissipé. 

» Nous proposons à l'Académie de décider que le Mémoire de M. Pui- 
seux sera inséré dans le Recueil des Savants étrangers. » 

Les conclusions de ce Rapport sont adoptées. 

MÉMOIRES LUS. 

MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Nole comparative des résultais obtenus et à obtenir, 
sur les chemins de fer, de la traction par laminage^ dite à rail central; jiar 

M. DUMÉRY. 

(Commissaires : MM. Morin, Combes, Phillips, Séguier.) 

« M. Duméry lit une Communication relative à la traction p;u- le rail 
central. Il divise cette Communication en deux parties : 

» Dans la première, il démontre : 

» 1° Que la traction par laminage dépasse de beaucoup, comme incli- 
naison, les limites du nécessaire, puisqu'elle a pu permettre de gravir des 
rampes de o'", o85 par mètre; 

» i" Que, toutes les fois qu'il s'agit d'une même altitude, elle permet, 
toutes choses égales d'ailleurs, de construire les chemins à plus de 
looooo francs de moins par kilomètre qu'avec la pesanteur pour cause 
d'adhérence; 

» 3° Que les frais d'exploitation y sont infiniment moindres; 

» 4° Qu'il n'est nullement nécessaire qu'il y ait pente exagérée, ni 
même que l'on ait dépassé les limites d'action des moyens ordinaires, pour 
que la supériorité du rail central se manifeste, et que les lignes, telles 
qu'elles sont autorisées aujourd'hui par les cahiers des charges en vigueur, 
auraient le plus grand intérêt à en faire l'application. 

» Dans la seconde partie, il fait ressortir que le principe du rail central 
n'est pas avantageux seulement alors qu'il y a pente abrupte, comme on 
l'a prétendu jusqu'à présent; mais qu'il y a un plus grand avantage encore 
à l'appliquer partout où il y a profil irrégulier : à la condition d'opérer la 
traction par des machines à deux vitesses, l'une grande sur les parties de 
la voie en palier; l'autre réduite pour le parcours des parties en rampe. 

» Le premier mérite de la deuxième vitesse consiste à pouvoir obtenir 
des machines légères un service aussi puissant cju'avec des uiachines deux 
fois plus lourdes adhérentes par la gravitation. 



( ii4 1 

» La résistance d'un convoi de 1860 tonnes, moteur compris, marchant 
à la vitesse de 18 kilomètres à l'heure sur palier, exige un effort de trac- 
lion de 7440 kilogrammes [expérience Peliel); alors (pi'il se présente une 
rampe de i5 millimètres, le même convoi exigerait, s'il marchait à la 
même vitesse, un effort de traction de 35 34o kilogrammes impossible à 
obtenir d'une machine dans lacpielle l'adhérence est due à la pesanteur. 

» Or, de deux choses l'une : 

» La machine pourrait, en palier, entraîner un convoi de 1860 tonnes; 
mais, comme sa vitesse n'est pas modifiable; comii;e, sur les rampes 
qu'elle a à franchir (rampes considérées aujourd'hui comme bien mo- 
destes), elle ne peut traîner que 409 tonnes, il arrive qu"or! ne peut lui 
confier que cette dernière charge miuima, et que les 78 pour 100 du par- 
cours en palier, qui devraient être les plus avantageux, s'effectuent dans 
des conditions telles, que les machines n'utilisent que 25 pour 100 de la 
puissance qu'elles pourraieni développer, tout eu écrasant inutilement les 
rails. 

» Si, au contraire, on avait pu modifier la vitesse au momclit où une 
rampe se présente, on eût opéré une conversion de vitesse en force, et l'on 
eût, avec la même machine, grâce au laminage, entraîné le maximum, 
soit 1860 tonnes. 

» Voici donc deux convois, ayant chacun à leur tète une machine de 
même puissance : l'une pouvant entraîner 1860 lonncs, l'autre seulement 
409 tonnes, el cela uniquement parce que l'iuic est douée de deux vitesses 
avec laminage, et que l'autre n'a qu'une seule vitesse et une traction (hie 
à la pesanteur. 

)) Or, si la machine peut ne peser cpie 3o tonnes au lieu de 60, et pro- 
duire un même travail, il se présente une aulre série d'avanlages; il ;id- 
vient : 

» 1° Que . le poids mort en moins correspond sur im convoi de 
388 tonnes à une économie de -^ ; 

» 2" Que ce dixième, fr.idiiit en argent, est supérieur à la dépense de 
combustible à faire en plus dans les rampes; 

» 3" Qu'il reste nu boni d'environ aS j^oiu' 100 de l'économie réalisée 
sur le poids niort des machines; 

» 4" Qu'enfin, on obtient de la sorle, sur des prodis accidentés, nue 
traction aussi économique que si les penles et rampes ne variaient que de 
3 à 8 millimèlres par mètre. 

» Si l'on examine au prix de quel sacrifice sur la vitesse ces avaulages 



( u5 ) 
sont réalisés, on reconnaît bien vite que, sur les parties de niveau, la vitesse 
ne varie pas ; que, sur les parties en pente, la dépense est nulle et la vitesse 
aussi grande qu'eu palier, et qu'enfin il n'y a que sin- les rampes elles- 
niêmes que le ralentissement peut peser. 

» Or si, sur un chemin de loo kilomètres, les pentes et rampes occu- 
|)ent y, il advient que l'usage de la deuxième vitesse n'a lieu que sur inie 
étendue de -j^, puisque, au retour, la rampe devient pente. 

» Dans ces conditions, sur une vitesse moyenne de f\o kilomètres à 
l'heure, on éprouve un retard de 5" 42' : retard que les meilleures condi- 
tions de légèreté, d'arimage, d'énergie relative permettent de compenser 
avec avantage. 

» Après avoir établi que les nouveaux chemins à rail central peuvent 
être construits à près de 5o pour 100 moins cher que les chemins ordinaires, 
tout en possédant même voie et même échantillon de rails, M. Duméry fait 
remarquer que le principe de M. le baron Séguiei', comme tous les vrais 
principes de mécanique, se prête aux applications les plus réduites sans 
altération par les résultats de l'exploitation. Aussi est-on autori^é à pro- 
clamer le principe de la traction par le laminage, conune réalisant dans 
l'industrie des chemins tie ter un progrés au point de vue technique et 
économique. » 

M. Maumené lit un Mémoire intitulé « Théorie générale de l'action chi- 
mique : nécessité de son emploi pour éviter l'erreur ». 

(Renvoi à la Section de Chimie.) 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

PHYSIQUE MATHI-IMATIQUE, — Sur la dispersion de la lumière. Deuxièuie Note 
de SI. Tii. RicoiiR, présentée par M. Bertrand. (Extrait par l'Auteur.) 

(Commissaires précédenuiient nommés: MM. Bertrand, 
Serret, Fizeau.) 

« Sur un prisme de quartz taillé parallèlement à l'axe, recevons, nor- 
malement à l'une des faces, un rayon lumineux, et ne considérons que les 
indices ordinaires. Le rayon s'étalera suivant \m spectre. Si nous désignons 
par y l'angle du prisme, par R l'indice de réfraction d'un layon sim|)ie, et 
par ù l'angle que forme le rayon émergent avec la normale, la loi connue 



( ii6 ) 
fie la réfraction est exprimée |)ar la formule 

sine? =: R sin^. 

» En supposant l'angle (p très-petit, cette formule se réduit à 

» Nous raisonnerons dans celte hypothèse. 

» Soient â,^ et â^ les valeurs de â qui correspondent aux raies A et H, 

nous aurons 

(?A = 1,539029, 

(?„ = i,558i6(p, 
<^A — <?H = o,oi9i4çp. 

» Le spectre lumineux limité par les raies A et H se trouve donc compris, 
pour le quartz, dans un espace angulaire égal à 

0,019149. 

» Au delà de II, se trouve le spectre ultra-violet, qui présente une lon- 
gueur très-grande comparativement à celle du spectre lumineux. 

B Eu deçà de A, se trouve le spectre calorifique, que des appareils tlier- 
moscopiques très-sensibles ont mis en évidence sur une étendue sensiblement 
égaie à celle du spectre lumineux. 

» L'expérience directe a prouvé que les longueurs d'onde vont en dimi- 
nuantdeAvers l'extrémité du spectre ultra-violet. On en a conclu que la 
même loi se continue en deçà de A, c'est-à-dire que les longueurs d'onde vont 
en augmentant de Avers l'extrémité du spectre calorifique. Or cette conclu- 
sion n'est pas légitime : elle constitue une simple hypothèse^ qui n'est basée 
sur aucune expérience directe; elle est en contradiction avec la théorie de 
la dispersion : c'est ce que je me propose de démontrer, dans la Note que 
je soumets au jugement de l'Académie, en substituant à cette hypothèse les 
indications de la théorie. 

» Cette théorie met en évidence l'existence de deux spectres, obéissant à 
des lois de dispersion distinctes. 

» Le premier spectre se rapporte, pour le quartz, à des longueurs d'onde 
comprises entre / = 3D et /q = i2i5. I^a loi de la dispersion des rayons for- 
mant ce spectre est donnée par la formule 



SUl 



et les valeurs de K sont coni|)rises entre les luiiiles R = |j et R == jS 



ÎT 



( ii7 ) 

» Le second spectre se r;ipporteà des lonijueurs d'onde comprises entre 
/=o et /„=i'2i5, mais généralement extrêmement courtes par rap[)ort 
aux longueurs d'onde du premier spectre, et par conséquent beaucoup 
plus rapprochées de / ^ o que de /„ = 1 2 i 5. Ce deuxième spectre forme à 
lui seul, la zone des rayons les moins réfractés mis en évidence par les appa- 
reils thermoscopiques, en deçà de la limite Ç, et se |)rolongeant au delà de 
cette limite pour recouvrir en partie la zone de l'extrême rouge du premier 
spectre, sans conserver toutefois une intensité appréciable aux abords de la 
raie D. 

)) La distinction que la théorie établit entre les deux spectres fait com- 
prendre aisément comment certains corps sont à la fois opaqries et diather- 
iiVines, tandisque d'autres laissent passer la lumière et arrêtent les vibrations 
calorifiques. 

» Les corps sont en pi'ésence de deux ordres de vibrations : les unes 
impriment des oscillations à des tranches périodiquement homogènes,d'épais- 
seur a, qui se meuvent en masse; les autres ébranlent, au contraire, l'ulté- 
rieur même de ces tranches : il y a une sorte d'indépendance entre ces 
deux modes vibratoires, qui explique le passage de l'un et l'absorption de 
l'autre, ou inversement. 

» On doit à M. Mascart ime observation extrêmement intéressante, qui 
est une confirmation de la théorie qui précède. Dans un spectre produit par 
un prisme de quartz, un œil exercé peut distinguer, dans la région ultra- 
violette, une zone six à sept fois plus large que le spectre lumineux : cette 
zone prolonge, en quelque sorte, le spectre, en le dégradant d'une manière 
continue. Elle est d'autant plus large que l'œil est plus sensible. 

)) Au contraire^ en deçà de la raie A, où les vibrations, sur une largeur 
égale à celle du spectre lumineux, correspondent à une puissance vive 
incomparablement plus grande que dans la région ultra-violette, l'œil le 
plus sensible ne perçoit qu'une bande assez étroite de lumière rouge 
sombre : cette bande étroite qui impressionne l'œil est la zone dans laquelle 
les longueurs d'onde raigmentent d'une nianière continue, depuis /— 7604 
pour la raie A, jusqu'à /= ce ; elle présente, en effet, d'après notre théorie, 
une largeur qui est inférieure au tiers de la largeur du spectre lumineux. 
Au point Ç, il y a \i\\ arrêt brusque des ondes de grande longueur, et le sens 
delà vue est complètement insensible aux vibrations de très-courte période 
dans cette région. 

» En résumé, dans notre première Note nous avons donné la loi théo- 

C. R., 1870, i" Semestre. (T. LXX, W 3.) l6 



( "8 ) 
rique de la dispersion dans les cristaux homoédriques parfaitement homo- 
gènes, et nous avons constaté que cette loi est vérifiée par l'expérience. 

» Dans la présente Note, nous avons établi que le spectre comprend deux 
ordres de vibrations, qui suivent des lois de dispersion différentes : 

» Les vibrations de longue période se propagent par suite du mouvement 
oscillatoire des couches périodiquement homogènes dans lesquelles le 
milieu vibrant se décompose, sous l'influence des molécules pondérables : 
ces couches, limitées par des surfaces de moindre élasticité, présentent une 
épaisseur a qui forme, en quelque sorte, la caractéristique de la disper- 
sion. 

» Les vibrations de courte période se propagent à travers les couches 
d'épaisseur a, dans l'intérieur desquelles l'élasticité moyenne est plss 
grande que l'élasticité mise en jeu dans la propagation des ondes de grande 
longueur. 

» Nous avons établi que l'éther libre est, en effet, susceptible de trans- 
mettre des ondes incomparablement plus courtes que les oncles lumineuses, 
et nous avons indiqué incidemment de quelle manière l'observation des 
raies des spectres d'étoiles variables peut conduire à la détermination de la 
distance de ces étoiles à la terre. 

» Nous avons aussi fait ressortir que toutes les expériences connues con- 
firment les vues théoriques que nous avons exposées, et nous avons indiqué 
de nouvelles expériences à poursuivre pour déterminer les longueurs des 
ondes calorifiques, comme on a déterminé la longueur des ondes lumi- 
neuses. 

» 11 nous reste à faire counaître l'origine de ces deux ordres de vibrations, 
qui se propagent dans l'éther, et la raison pour laquelle chacun de ces 
deux ordres de vibrations présente un maximum d'intensité. 

» C'est, en effet, une loi générale que tous les corps solides ou liquides 
émettent, à nue haute température, des vibrations de deux périodes extrê- 
mement différentes, qui correspondent, la première au maximum d'intensité 
du spectre visdile, l'autre au maximum d'intensité du spectre invisible, les 
vibrations de durée intermédiaire étant pour ainsi dire absentes, ou du 
moins répondant à une puissance vive inappréciable. 

» L'éther libre, tel que nous le concevons, n'offre par lui-même aucune 
explication de cette loi générale, car il est apte à propager avec la même 
facilité les vibrations de toute longueur d'onde. C'est à la source des vibra- 
tions qu'il faut remonter, et la constitution moléculaire des corps met sur 
la voie d'une explication rationnelle de l'existence de deux maxima, autour 



( >'9 ) 
desquels se condensent, en quelque sorte, les vibrations, d'une part dans 
le spectre visible, et d'autre part dans le spectre invisible. 

» Tout corps est composé de molécules physiques : toute molécule phy- 
sique est un assemblage de molécules chimiques : deux ordres de vibrations, 
de périodes très-différentes, correspondent à ces deux ordres de molécules; 
ce sont ces vibrations moléculaires qui, en communiquant une partie de 
leur puissance vive à l'éther, donnent naissance à deux ordres de mouve- 
ments ondidatoires, constituant le rayonnement de la lumière et de la cha- 
leur : les uns plus lents émanent des molécules physiques ; les autres plus 
rapides émanent des molécules chimiques. 

» La formule qui répond à ces vibrations explique à la fois la fusion des 
corps et la dispersion de la lumière. Les développements dans lesquels 
il serait nécessaire d'entrer feront l'objet d'une troisième Note. » , 

M. Baitdrimoxt, à propos des Communications faites récemment à l'Aca- 
démie sur des méthodes de préparation de pierres précieuses artificielles, fait 
remarquer qu'il a préparé autrefois des grenats artificiels à bases de magné- 
sie, de chaux, de strontiane, de baryte et d'oxyde de plomb. 

« Afin que l'Académie ne puisse avoir le moindre doute à cet égard, 
ajoute M. Baudrimont, et qu'elle puisse par elle-même apprécier les résul- 
tats que j'ai obtenus, j'ai l'honneur de lui adresser huit de ces pierres, qui 
ont été ladlées à Paris, il y a dix ans, ainsi que je pourrais le prouver par 
les factures du lapidaire. 

» Je me borne, pour le moment, à soumettre à l'Académie les échantil- 
lons que je lui envoie. Aussitôt que j'en aurai le temps, je lui ferai parvenir 
des détails sur la fusibilité et la dureté relatives de ces pierres, sur leur 
poids spécifique, leur indice de réfraction, sur l'action dispersive qu'elles 
exercent sur la lumière, ainsi que sur les difficultés considérables que j'ai 
dû surmonter pour les préparer. ■> 

(Commissaires précédemment nommés: MM. Chevreul, Dumas, Becquerel, 
Daubrée, Fizeau, H. Sainte-Claire Deville.) 

PALÉONTOLOGIE VÉGÉTALE. — Notices sur quelques végétaux silicifiés des 

environs d'Autun; par M. B. Renault. (Extrait par l'Auteur.) 

(Commissaires : MM. Brongniart, Daubrée.) 

« Ces trois Notices que j'ai l'houneur de soumettre au jugement de 
l'Académie ont pour objet des échantillons de très-petites dimensions, 



( I20 ) 

mnis d'un intérêt particulier, trouvés parmi les nombreux fragments de 
végétaux silicifiés qui ont rendu célèbres quelques localités des environs 
d'Aulun, et qui proviennent, connue on le sait, soit des parties supérieures 
du terrain hoiuller, soit des couches qui le recouvrent immédiatement. 

« Les échantillons, objets de ces recherches, se rapportent à des tiges de 
Fougères accompagnées de leurs pétioles, appartenant aux genres Zygojiterh 
et Anachoropteris de Corda, et à des tiges de Lycopodiacées. 

» 1° Éludes sur la tige et les espèces de Zygopteris. — Ce genre avait été 
fondé pour comprendre des pétioles de Fougères parcourus par un seul 
faisceau vasculaire d'une forme toute particulière, dont la section transver- 
sale présente une bande horizontale terminée par deux bandes perpendicu- 
laires à celles-ci, et rappelle la forme d'un H. On ne connaissait que deux 
espèces^de ce genre, trouvées en Allemagne, et la tige qui donnait naissance 
à ces pétioles était restée inconnue. 

» L'échantillon principal d'Autuu appartient à une espèce bien distincte, 
Zyrjopteris Brongniarlii, B. Ren.; mais il est surtout intéressant en ce qu'il 
montre une portion de la tige qu'accompagne un des pétioles. Cette tige 
diffère beaucoup de celle de la plupart des Fougères, mais elle se rattachera 
probablement à certaines formes de cette famille c|ui n'ont pas été suffisam- 
ment étudiées. Elle présente ini cercle vasculaire épais et continu entou- 
rant un tissu médullaire peu étendu. 

» L'examen d'autres échantillons de la même localité indique, d'après 
les pétioles seulement, l'existence de trois autres espèces nouvelles à joindre 
à la précédente; ce sont les Zygopteris elliptirn, Laratlii et hihractciisis. 

» 2° Étude sur la tige de /'Anachoropteris. — Le genre Anachoropteris 
de Corda comprend également des pétioles de Fougères caractérisés par un 
faisceau vasculaire unique, formant dans sa section tran.sversale un demi- 
cercle dont les extrémités se recourbent et s'enroulent à l'intérieur. 

« On ne signalait que deux espèces dans ce genre, et l'une d'elles, V Ana- 
clioropteiis pulclira, avait déjà été trouvée à Aulun dans un état de conser- 
vation qui avait permis d'en faire une élude très-complète. Mais, jusqu'à ce 
joiu-, la lige qui donne naissance à ces pétioles n'avait pas été observée. 
Un échantillon d'une espèce nouvelle, Anachoropteris Decaisnii, B. Ren., 
vient combler cette lacune. 

» Cette tige ressemble, à plusieurs égards, à celle du genre précédent; 
le système vasculaire forme également une zone continue autour d'une 
moelle peu étendue; mais la moelle et le systènie vasculaire qui l'entoure 
se prolongent à l'extérieur en cinq lames saillantes qui donnent sur la coupe 



( 121 ) 

transversale k ces parties l'apparence d'une étoile à cinq branches, qui sont 
elles-mêmes bifnrquées à leur extrémité. La zone vasculaire, clans celte 
plante comme clans la précédente, parait entièrement formée de vaisseaux 
rayés ou scalariformes. 

» 3° Éludes de deux tiqes de Lycopodincces. — Parmi les tiges fossiles 
trouvées aux environscrAutnn, on compte, au nombre des plus fréquentes, 
diverses espèces de Psaromus ; mais on n'avait jamais observé, ni dans cette 
localité ni dntis celles qui renferment des fossiles analogues, des tiges qui, 
par leur volume et leur structure, pussent être assimilées à celles des 
Lycopodes ordinaires. 

» Deux petites tiges silicifiées, de 6 millimètres environ de diamètre, 
montrent dans la disposition des faisceaux vascnlaires qui sont dispersés 
dans ]eur*axe, et dans la nature des tissus qui l'environnent, la plus grande 
analogie avec ce qu'on observe dans les Lycopodes actuels. Dans l'une de 
ces espèces, les vaisseaux offrent une structure qu'on n'a pas signalée jus- 
qu'à ce jour, ni parmi les Lycopodes, ni parmi les Psnronius : leurs parois 
sont couvertes d'aréoles hexagonales, très-régulières, marcpiées d'un pore 
central lorsque cetle paroi correspond à celle d'un autre vaisseau. Dans 
l'autre espèce, on observe des vaisseaux analogues, mais dont les aréoles 
sont dépourvues de ces pores, et on trouve, en outre, des faisceaux de 
vaisseaux plus fins à parois rayées transversalement. 

» Par les caractères les plus importants de leur structure, ces tiges con- 
cordent avec celles des Lvcopodiacées, qui présentent tant de diversités 
non-seulement dans les différents genres de cette famille, mais d'une espèce 
à l'autre du grand genre Lycopodiwn. 

» Appartiennent-elles à des Lycopodiacées fierbacêes dont on a si peu 
d'exemples dans les terrains de celte époque, on à des tiges jeunes de Psa- 
ronius, dans la période de leur développement qui précède la formation de 
leur tige arborescente? Sans préjuger cette question, la première hypothèse 
nous paraissant la plus vraisemblable, nous désignons la première espèce 
sous le nom de Lycopodiwn punclalum; la seconde a reçu de M. Brougninrt 
le nom de Lycopodiiim Rennullii. Les dessins qui accompagnent ce' Mémoire 
font mieux apprécier la structure de ces végétaux que ne pourrait le faire 
une description plus détaillée. » 

M. Dei.aurif.r adresse un Mémoire jiorlant pour titre « Expériences sur 
l'éiectricilé : objections à la théorie électrochimique ". 

(Commissaires : MM. Becquerel, Edm. Becquerel, Fizeau.) 



( 122 ) 

M. A. Marinier soumet à rexanien de l'Académie : i° un collyre, de 
composition végétale saline, contre les affections des paupières; 2° un in- 
jecteur-filtre. 

(Renvoi à la Section de Médecine et de Chirurgie.) 

SÉRICICULTURE. — Dit miirier et du ver à soie, considérés en eux-mêmes et 
dans leurs rapports. Mémoire de M. Tigri. 

Ce Mémoire, que l'auteur, pour prendre date, a adressé au Ministère ita- 
lien d'Agriculture et du Commerce, et qui contient les résultats de ses obser- 
vations, est divisé en trois parties : 

La première, qui a pour titre : « Sur les êtres parasites du ver à soie, dans 
leurs diverses phases », cherche à établir, par des observations, que la mala- 
die désignée sous le nom de maladie des morts-Jlats [morti bianchT) est due 
essentiellement à un état de parasitisme que constituent desmicrozoaires du 
genre Bncterium. Cette maladie s'est manifestée en 1869, dans quelques par- 
ties, avec violence; en d'autres, elle s'est montrée plus bénigne, sur des vers 
nés de graines qui, dans quelques parties du même établissement, réussis- 
saient très-bien. L'auteur rappelle les symptômes que présentent les vers ma- 
lades et signale surtout l'accumulation, dans l'estomac, de matières alimen- 
taires et d'un liquide verdàtre dans lesquels le microscope fait découvrir 
une foule de Bactéries, nageant généralement dans luie position verticale. 

Dans la seconde partie, l'auteur s'occupe de la fumtu'e du mûrier adulte, 
considérée au point de vue des matières nutritives qu'il peut fournir au ver 
à soie. 11 rappelle qu'il a attribué depuis longtemps la cause de l'épidémie à 
la feuille du mûrier, laquelle, par défaut de culture ou autrement, ne four- 
nit pas à l'insecte, à l'état de larve, l'élément urique qui lui est indispen- 
sable pour sou développement normal et pour fournir la soie nécessaire à 
son cocon. Des expériences auxquelles il s'est livré, il résulte encore que les 
vers nourris avec de la feuille échauffée tombent infailliblement malades, à 
cause des microzoaires qui se forment par cette altération. La feuille four- 
nie par des miiriers exposés au nord, et contenant une trop grande quantité 
d'eau, produit les mêmes effets. L'addition d'un petite quantité d'eau à un 
magma de feuilles saines pilées et réduites en pâte suffit pour y développer, 
en quelques heures, une masse de Bactéries. 

Enfin, la troisième partie est consacrée aux recherches de l'auteur sur la 
contagion des Bactéries et la transmission de la maladie des morts-flats par 
ces microzoaires. 

(Renvoi à la Commission de Sériciculture.) 



( 1^3 ) 
M. P. Levert adresse, pour le concours du legs Bréant, une Note concer- 
nant « l'action des amers, et du sulfate de quinine en particulier, sur 
l'économie, dans la guérison des fièvres de tous les degrés ». 

(Renvoi à la Commission du legs Bréant.) 

M. GocLiER demande et obtient l'autorisation de retirer un Mémoire pré- 
senté par lui et ayant pour titre « Étude analytique sur les appareils propres 
à déterminer les distances » . 

CORRESPONDANCE. 

M. Helmholtz, nommé Correspondant pour la Section de Physique, 
adresse ses remercîments à l'Académie. 

M. LE SEcnÉTAiRE PERPETUEL sigualc, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance, un volume portant pour titre « Bibliothèque de l'École 
des Hautes-Études, publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction 
publique (Section des Sciences naturelles); t. I ». 

M. LE Ministre de la Guerre informe l'Académie que M. Chasles et 
M. Combes sont nommés Membres du Conseil de perfectionnement de 
l'École Polytechnique pour 1870, au titre de Membres de l'Académie des 
.Sciences. 

M. Dumas communique à l'Académie la Lettre suivante de M. Gaijfe, 
relative au dépôt du nickel sur divers métaux. Il rappelle les travaux 
sur le même sujet de notre illustre confrère M. Becquerel. Leur application 
vient d'être amenée au plus haut degré de perfection à l'aide de précautions 
très-intéressantes pour la théorie de ce genre d'opérations. La méthode de 
M. Isaac Adams, dont il est question dans la Lettre qui suit, montre en 
effet combien les moindres impuretés peuvent influer sur l'état des métaux 
déposés. 

« J'ai l'honneur de vous prier de présenter à l'Académie divers objets 
nickélisés par les procédés de M. Isaac Adams, de Boston. Voici, en quelques 
mots, en quoi diffèrent ces procédés de ceux qui ont été indiqués jusqu'à ce 
jour. Lorsqu'on prépare un bain pour les dépôts galvaniques, tout en cher- 



( «^4 ) 

chant à faire des produits purs, on s'occupe peu, et assez généralement sans 
inconvénient, des faibles quantités de soude ou de potasse qne les diverses 
opérations de sa fabrication y introduisent; on doit agir tout autrement 
pour les bains de nickel. M. Adams a remarqué que la moindre trace d'un 
métal alcalin ou alcaliiio-terreux est nuisible et détermine, non |)lus sim- 
plement un dépôt de nickel pur, mais en même temps, sur l'anode et sur le 
catode, du peroxyde du même métal, ce qui altère rapidement le bain. Les 
sels d'ammoniaque n'ayant pas le même inconvénient que ceux des autres 
bases, M. Adams a préparé des bains de chlorure et du sidfate double de 
nickel et d'ammoniaque parfaitement purs, et il en a oblerui d'excellents 
résultats. L'opération très-facde du nickelisage peut être aujourd'hui con- 
fiée à tout le monde. Le nickel se dépose en couches très-régulières; même 
quand il est arrivé à une foi'te épaisseur, sa sui'face est assez unie pour que 
la roue de Drap, chargée de rouge à polir, soit seule en)|jloyée tlar.s le 
polissage des pièces. » 

« M. Becquerel fait remarquer que, conjointement avec M. Edm. Bec- 
querel, il a publié, il y a huit ans environ, un procédé analogue à celui 
dont il vient d'être question pour déposer électrochimiquement le nickel, 
le cobalt, sur des surfaces conductrices de l'électricité. 

» Dans ces expériences, pour déposer le nickel et le cobalt, on a fait usage 
de doubles sulfates alcalins de ces métaux, mais principalement de doubles 
sulfates ammoniacaux. Des médailles et des cylindres de ces deux métaux 
ont été obtenus par ce procédé^ et présentés à l'Académie. 

» Voici quelques lignes de celte publication, qui se rapportent au" 
nickel (i) : 

« Nickel. On opère avec la dissolution de sulfate de nickel, à laquelle on ajoute de la 
potasse caustique, de la soude ou de l'ammoniaque, mais principalement ce dernier alcali, 
pour saturi-r l 'excès d'acide, comme on l'a fait pour le chlorure de col)alt 

» La dissolution ammoniacale de double sulfate de nickel et d'ammoniaque, et même celle 
qui n'est pas ammoniacale, donnent également le nickel métalliiiue : elle reste, à la vérité, 
toujours au maximum de concentration, en mettant au fond du vase une certaine quantité 
de double sulfate; mais l'acide sulfuriqiie devenant libie pendant l'action décomposante du 
courant, on le sature avec de l'ammoniaque. Dans ce dernier cas, la méthode employée est 
analogue à celle dont on fait iisaye habituellement ])our obtenir ini dépôt galvanique de fer 
métallique. >■ 



(i) Comptes rendus, t. LV, p. 19; 1862. 



( 1=5 ) 
« M. DiTMAS, entièrement d'accord avec son excellent confrère sur ce poinl, 
qu'il a sii^nalé l'emploi des sels doubles de nickel et d'ammoniaque pour 
en obtenir des dépôts galvaniques, iait rem;uquer que l'intérêt de la nou- 
velle Communication repose tout entier sur le rôle fâcheux reconnu par 
M. Isaac Adams aux moindres traces de potasse, de soude ou d'un métal 
alcalino-terreux, circonstance qui était ignorée jusqu'à lui. » 

PHYSIQUE. — Sur les spectres des gaz simples. Note de M. A Wijliver, 
présentée par M. Faye. 

« Je viens de lire dans le Compte rendu du i3 décembre 1869 les re- 
marques de M. Dubrunfaut, relativement à mes recherches sur les spectres 
de quelques gaz enfermés dans des tubes de Geissier. M. Dubrunfaut pense 
que chaque gaz donne un seul spectre : l'azote, le spectre brillant décrit 
par Pliicker et par M. Morren ; l'hydrogène et l'oxygène, les specti-es à 
raies brillantes décrits par Pliicker. Il admet que les spectres nndtiples de 
gaz simples, qui ont été observés par Pliicker et pnr moi-même, sont dus à 
des impuretés des gaz, et en particulier les spectres de l'hydrogène et de 
l'oxygène à la présence de l'azote. 

» Je ne sais trop de quels s[jectres entend parier M. Dubrunfaut, lorsqu'il 
dit que les deux premiers spectres de t'hjdrogène observés pnr Pliicker 
peuvent élre à priori attribués à la présence de l'azote. Pliicker n'a décrit 
en tout que deux spectres de l'hydrogène, dont l'un se corn|iose des trois 
raies a, |3, y. Quant à mes observations personnelles, M. Dubrunfaut paraît 
n'avoir lu que l'extrait que M. Berlin m'a fait l'honneur de donner de mes 
Mémoires dans les Annales de Chimie et de Physique; s'il avait connu le détail 
de mes observations (i), il serait probablement arrivé à des conclusions 
différentes. En effet, la première observation qui m'a doinié le troisième 
spectre de l'hydrogène rend impossible l'explication de M. Duljrunfaut, 
qui invoque la présence de l'azote. 

» Cette observation, quej'ai publiée pour la première fois dans la séance 
du mois de mai 1866 de la Société bas-rhénane des sciences naturelles et 
médicales, m'avait beaucoup surpris. Pour mes recherches sur la relation 
qui existe entre les indices de réfraction et la densité des corps réfringents, 
je me servais des trois r.iies spectrales a, |3, 7 de l'hydrogène. Un jour, un 



(0 Annales de Poggendorff, t. CXXXV, 1868; t. CXXXVII, 1869. 

C. R., 1870, 1" Semestre. (T.I.XX, N"5.1 



f I2G ) 

tube à hydrogène que j'employais depuis longtemps changea subitement 
d'aspect : la lumière, jusqu'alors d'un beau rouge, devint blanche; dans le 
spectre, la raie bleue y s'éteignit, et le spectre se montra continu. Il olirait, 
notamment dans le vert, des nuances très-riches. Je crus d'abord que le 
tube ne fermait plus herméliquement, et que des traces d'air y étaient 
eniréps; mais le spectre était tout diflérent de celui de l'azote, et pendant 
qup j'examinais ce spectre, en employant toujours la même bobine d'in- 
duction et la même pile, la lumière du tube changea aussi brusquement que 
la première fois : elle redevint rouge et ne donnait plus que les trois raies 
a, [i, y. Comment M. Dubrunfaut voudrait-il expliquer ce phénomène par 
la présence de l'azote? 

» Des observations analogues ont été faites par M. Bœrner, à Marbonrg; 
il les a consignées dans un Mémoire sur les indices de réfraction des dis- 
solutions salines. « On a fait, dit-il, sur plusieurs tubes des observations 
» fort singulières. Après avoir constaté longtemps une lumière blanche 
» tirant sur le violet et un spectre continu, on a vu la teinte de la lumière 
» vers le milieu de la partie capillaire du tube se changer en rouge, pendant 
» qu'elle restait blanche au-dessus et au-dessous. Au même moment, le 
)) spectre de cette partie rouge montrait les trois raies Ha, H|j, Ily. Cette 
» teuite rouge de la partie moyenne persista dans quelques-uns des tubes 
» peu de jours seulement, dans d'autres plusieurs semaines. J'ai vu souvent 
» le changement instantané de la lumière des tubes qui a été décrit par 
» M. Wûllner. » 

)> J'ajoute une autre observation, consignée à la page 5o2 de mou pre- 
miei' Mémoire; elle a été faite avec des tidjes à hydrogène qui montraient 
d'habitude la lumière blanche et le spectre continu. Ou pouvait réduire le 
spectre de ces tubes aux trois raies a, |5, 7 par la machine de Hoitz. Lors- 
qu'on faisait passer le courant de celte machine par les tubes, sans recourir 
au condensateur, la lumière était blanche et le spectre continu, surtout 
dans le vert; mais lorsqu'on ajoutait le condensateur, la lumière devenait 
sur-le-champ rouge et ne donnait que les raies a, |6, y. On obtenait le 
même résultat avec une petite bouteille de Leyde. Quand j'avais fait passer 
ces décharges par les tubes, ils donnaient eiicore pendant quelque temps 
la lu.mière rouge avec le simple courant d'une petite bobine de Ruhm- 
korff, laquelle servait pour toutes ces expériences. 

» M. Dubrunfaut a raison de dire que l'on peut découvrir par l'analyse 
spectrale les plus légères traces d'azote; mais pour admettre la présence de 
ce gaz, il faut au moins voir le spectre qui le caractérise. Les parties les plus 



( J27 ) 

canictéristiqiies du spectre de l'azote ce sont les bandes bleues et violettes 
dessinées par Plûclver et par M. Morreii. J'ai constaté moi-même que ces 
parties du spectre deviennent toujoiu's visibles les premières lorsqu'on com- 
mence à le distinguer. Le spectre de l'hydrogène ne présente rien de sem- 
blable : il s'étend à peu près de lia jusqu'au milieu de l'espace compris 
entre H, 6 et Hy, mais il n'offre que les bandes cannelées du spectre de 
l'azote. 

» M. Dubrunfaut dit que les spectres multiples de l'oxygène et de l'azote 
ayant élé obtenus par les mêmes moyens que ceux de l'hydrogène, il est 
difficile de croire que ces moyens n'aient pas produit des causes d'erreur 
analogues. Celte remarque, je l'ai faite moi-même; elle a été pour moi une 
preuve que les spectres de l'oxygène ne sont pas dus à l'azote. En effet, 
le spectre à bandes de l'oxygène était tout différent de celui de l'hydrogène. 
Tandis que ce dernier était brillant depuis Ha jusque vers Hy, le spectre 
à bandes de l'oxvgène présentait siu'tout quatre bandes dans le vert et le 
bien, il était exempt de rouge et presque exempt de jaune. En opérant sur 
l'azote de la même manière que sur les autres gaz et avec les mêmes appa- 
reils, on n'avait qu'un spectre, celui de Plûcker et de M. Morren. Si donc 
M. Dubrunfaut veut soutenir que tovis ces spectres soient dus à l'azote, il 
lui faudra admettre que l'azote mêlé à l'hydrogène donne un autre spectre 
que s'il est mêlé à l'oxygène, et un autre lorsqu'il est pur. 

» Ees nouveaux spectres à raies brillantes de l'hydrogène et de l'oxygène 
s'expliqueraient, selon M. Dubrunfaut, par la vapeur du mercure que la 
pompe de S|)rengel introduirait dans les tubes. M. Dubrunfaut pouvait 
aisément vérifier cette hypothèse. En effet, Plûcker a donné les longueurs 
d'onde des raies principales du mercure; j'ai donné moi-même les dévia- 
tions minima des raies observées avec un prisme dont j'avais mesuré les 
indices pour Ha, HjS, H -y; on pouvait donc comparer les longueurs d'onde 
de mes raies avec celles des raies du mercure. Yoici ces longueurs d'onde, 
calculées par la formule de M. Christoffel, pour l'hydrogène aussi raréfié 
que possible; elles sont exprimées en cent-iuillionièmes de millimètre. 

Wiillner. Angstrom. 

1. Groupe de trois raies, la raie moyenne 5646'^ 56479 

2. V trois raies, la raie moyenne 54688 54%7 

3. " deux raies, la deuxième raie 53343 53338 

4. » deux raies, la première raie 5î2i4 52243 

.'}. . " trois raies, li raie moyenne 5oi46 5oi4o 

6. " plus lie six raies, la raie moyenne 49^95 49^95 

17.. 



( 128 ) 

» Pour les raies principales du specte de mercure Plûcker a donné les 
longueurs d'onde suivantes : 

l 5782 

Hgp 546t 

Hgv 4359 

)) La deuxième de mes raies diffère peudeRg^; néanmoins, je ne crois pas 
que ce soit une raie du mercure, car elle occupe le milieu d'un beau groupe 
de trois raies, tandis que Hg/3 est, d'après Plûcker, une raie isolée. Voici 
encore les longueurs d'onde des raies principales de l'oxygène, ce gaz étant 
aussi raréfié que possible : 

Wùllner. Angsliom. 

, „ , , , Ma première raie 546 1 3 54ô'3 

1. Groupe lar^e de . . \ , , .. rr n r/ o 

■ " -' ( la dernière 54037 54oii 

/ la première raie . . SaiSi 5ai55 

2. Groupe large de 21'. I la moyenne, très-brillante. . SiSaS SiSaS 

( la dernière 50901 SogoS 

. . 1 la première raie 4938o 49^86 

3. Groupe de SIX raies. . ',,,., ,01 /o 

' { la deuxième 4^932 4°922 

k. Groupe large d'environ 5', la dernière raie ^QoSi 4^*^44 

( la première 4^519 4^5 11 

5. Groupe de trois raies la deuxième 464^9 46432 

' la troisième l^èli-j?) 46372 

6. Une raie violette 44'76 44'8o 

7. Une raie violette 4261 1 42614 

» Il est à remarquer que toutes ces raies se retrouvent dans le spectre so- 
laire, tel qu'il a été dessiné par M. Angsirôtn; j'ai toujours mis, en regard 
des longueurs d'onde calculées par moi, les longueurs d'onde des raies so- 
laires correspondatites d'après le physicien suédois. Les écnrts ne s'élèvent 
qu'une fois à 3 et trois fois à i dix-nnllionièiue de millimètre. 

» Si M. Dubrunfaiit veut comparer les nombres relatifs à l'oxygène avec 
ceux qui se rapportent au mercure et à 1 hydrogène, il reconnaîtra que les 
nouveaux spectres décrits par moi n'appartiennent ni au mercure ni à 
l'azote; il lui faudra donc chercher luie autre cause qui puisse, avec les 
mêmes appareils et le même mode d'expérimentation, donner lieu à des 
spectres différents, selon que les tubes renferment de l'hydrogène, de l'oxy- 
gène ou de l'azote, à moins qu'il n'admette que ces spectres sont ceux de 
ces trois gaz. 

» En terminant, je prierais M. Dubrunfaul de votiloir bien préciser les 



( 129 ) 

causes d'erreur dont, suivant lui, seraient entachées mes expériences sur les 
gaz comprimés (p. 1248, noie). Mais il ferait bien, peut-éire, de les ré- 
péter d'abord, afin de vérifier les phénomènes que j'ai décrits; il lui suffira 
pour cela de conserver le mode d'expérimentation dont il a déjà fait usage, 
car c'est à très-peu près celui que j'ai employé moi-même et que j'ai décrit 
dans les Annales de Poggendorjf [décemhve 1868). » 

CHIMIE ORGANIQUE. — Synthèse de l'alcool propylique normal au moyen de 
l'alcool éllijlique. Note de M. A. Rossi, présentée par M. Wuriz. 

« La méthode dont je me suis servi pour passer de l'alcool élhylique 
à l'alcool propylique est celle qui m'avait permis autrefois à préparer 
l'alcool caproïque, et qui a fourni récemment à M. Lieben et moi l'alcool 
butyhque normal, inconnu jusqu'alors. J'ai commencé par transformer 
l'alcool élhylique successivement en cyanure d'éthyle et en acide propio- 
nique; ensuite, j'ai préparé l'aldéhyde propionique par la méthode de Piria 
et de M. Limpricht, en soumettant à la distillation sèche un mélange de 
propionate et de formiate de chaux, et j'ai obtenu enfin l'alcool pro[)ylique 
par l'action de l'hydrogène naissant sur l'aldéhyde. 

» Pour préparer le cyanure d'éthyle, on a chauffé du cyaniu-e de potas- 
sium en poudre avec du chlorure d'éthyle dissous dans trois fois son poids 
d'alcool à 85 degrés, en tubes scellés, à la température de 100 à io5 degrés. 

» Sans s'arrêter à purifier le cyanure d'éthyle, on a introduit de la po- 
tasse solide dans la solution alcoolique du cyanure d'élhyle, et on l'a fait 
bouillir jusqu'à ce qu'il ne se dégageât plus d'ammoniaque. Il est resté un 
résidu de propionate potassique, qu'on a séparé de l'alcool, et cpii a fourni 
de l'acide propionique par la distillation avec de l'acide sulfurique étendu. 

» Aldéhyde propionique. — Pour obtenir cette aldéhyde, on a soumis à 
la distillation sèclie, par petites jiorlions (10 à i5 grammes chaque fois), 
un mélange intime et sec de propionate et de formiate de chaux. Le produit 
distillé, desséché par le chlorure de calcium et soumis à la distillation frac- 
tionnée, a fourni trois cinquièmes de son poids en aldéhyde propionique 
pure, un peu d'aldéhyde butyrique et une substance bouillant entre 80 et 
100 degrés, que je n'ai pas encore étudiée, mais qui parait ne pas être une 
aldéhyde. 

» L'aldéhyde propionique ainsi préparée est un liquide limpide, mobile, 
d'odeur suffocante, qui est soluble dans l'eau, mais cependant ne s'y dis- 
sout pas dans toutes les proportions. Sa composition, déduite de l'analyse. 



( '30 ) 
répond à la formule C'H^O. Elle bout à 49", 5o sous la pression de 740 '^lil- 
limètres. Son poids spécifique est o,8o4 à 17 degrés. Elle s'oxyde facilement 
à l'air et réduit le nitrate d'argent ammoniacal en produisant un dépôt 
miroitant d'argent métallique. 

» Agitée avec une solution concentrée de bisulfite de soude, elle s'y 
dissout avec un dégagement notable de chaleur; la dissolution cependant 
ne dépose pas de cristaux, lors même qu'on la refroidit i)ar un mélange 
réfrigérant. L'aldéhyde propionique s'altère profondément, lorsqu'on la 
chauffe avec de la potasse : elle devient visqueuse, sans toutefois se rési- 
nifier. 

» Jtcool propylique.— J'ai préparé cet alcool par l'action de l'hydrogène 
naissant sur l'aldéhyde. La meilleure manière d'effectuer cette transforma- 
tion est celle que nous avons employée, M. Lieben et moi, pour transfor- 
mer l'aldéhyde butyrique en alcool butylique. J'ai donc dissous l'aldéhyde 
dans quinze à vingt fois son poids d'eau, et j'y ai introduit successivement 
et par petites portions l'amalgame de sodium en même temps avec des 
quantités équivalentes d'acide suifurique. Lorsque le liquide a perdu sa 
faculté de réduire le nitrate d'argent, la réaction est terminée, et l'on dis- 
tille, afin d'éliminer le sulfate alcalin. Le produit distillé est une solution 
aqueuse d'alcool propvlique, sur laquelle nagent quelcjues gouttes hui- 
leuses d'une substance insoluble dans l'eau, qu'on en sépare par filtra- 
tion. On peut d'ailleurs éviter en grande partie la formation de cette sub- 
stance hudeuse en ne traitant que de petites quantités d'aldéhyde à la fois 
par l'hydrogène naissant. 

» Ou extrait l'alcool propylique de sa solution dans l'eau au moyen de 
la distillation et du carbonate de potasse. 

» Eu opérant ainsi, la perle totale de produit ne dépasse pas un tiers de 
la quantité théorique d'alcool calculée eu jiarfant de l'aldéhyde. 

» L'alcool propylique ainsi préparé et desséché, d'abord parle carbonate 
de potasse fondu, ensuite par la distillation sur le sodium, est im liquide 
incolore, qui possède une forte odeur alcoolique, une saveui- brûlatite et 
qui se dissout dans l'eau dans toiUes les proportions. Il bout à 96 ou 97 de- 
grés, sous la pression de 743 millimètres. Sa densité est o,82o5 à zéro. L'a- 
nalyse a conduit à la fornuile C'H'O. 

» Oxydé par un mélange de bichromate de potasse et d'acide suifurique, 
cet alcool a fourni de l'acide propionique pur, dont on a analysé le sel 
d'argent. 

» Bromure de propjle. — J'ai préparé cette substance en saturant l'alcool 



( .3. ) 
propylique par l'acide bromhydrique et en chauffant ensuite ce liquide avec 
un volume égal d'une soiuliou aqueuse concenlréc d'acide bromhydrique 
à loo on io5 degrés, dans des tidjes scellés. Le hiomure de propyle pur est 
un liquide incolore, doué d'iuie odeur semblable à celle du bromure 
d'étliyle, inaltérable à la lumière et très-peu soluhle dans l'eau. Il bout à 
'ji degrés, sous la pression de ■749 millimètres. Son [)oids spécifique est 
1,388 à zéro. Son analyse a donné des résultats correspondant exactement 
à la formule C IT fir. 

» lodiire de jirnpyle. — On a obtenu ce composé en chauffant légèrement 
lui mélange d'alcool propylique, d'iode et de phosphore rouge. I^e produit 
constitue, à l'élat pur, un liquide incolore, d'ime odeur ressemblant à celle 
de l'iodure d'éthyle, insoluble dans l'eau et se colorant peu à peu par l'ex- 
position à la liunière. Il bout à 102 degrés, sous la pression de -ySa milli- 
mètres. Son poids spécifique est 1,782 à zéro. Sa composition, déduite de 
l'analyse, correspond à C'H'I. 

» Aiélale de prcjyjle. — On prépare facilement ce corps en chaiiffant à 
100 flegrés, dans des tubes scellés, un mélange d'iodure de propyle et d'acé- 
tate d'argent. C'est une substance liquide, d'une odeur agréable, qui bout 
à 102 degrés, sous la pression de 75o millimètres, et dont le poids spécifi- 

C'H'O ) 
que est 0,913 à zéro. Son analyse conduit à la formule 3 O. Chauffé 

avec une solution concentrée de potasse caustique à 100 degrés, en vase clos, 
l'acétate de propyle se dédouble en acétate de potasse et alcool propylique. 

» Cyanure de propyle. — J'ai obtenu cecomposépardoubledécomposition, 
en chauffant, eu tubes scellés, soit le bromure, soit l'iodure de propyle, 
avec une solution de cyanure potassique d'alcool, à 85 degrés. La quantité 
insuffisante de matière m'a enqiéché (Vf\^ étudier les propriétés. Toutefois, 
j'ai pu constater qu'en faisant bouillir le cyanure de propyle avec de la 
potasse, il se dégage de l'ammoniaque et il se forme de l'acide butyrique, 
qui paraît èlre identique en tout point avec l'acide de fermentation. En 
effet, non-seulement l'analyse d'un sel d'argent préparé au moyen de l'acide 
dérivant du cyanure de propyle a conduit à la formule du butyrate d'ar- 
gent, mais on a pu démontrer, en outre, que le sel de calcium du même 
acide se prend en niasse cristallint', lorsqu'on chauffe sa solution saturée 
à froid. Ce caractère, comme on sait, permet de distinguer l'acide butyrique 
de feruienfation de l'acide isobutyrique. 

» Les faits décrits dans cette Noie démontrent avec certitude qu'en sui- 
vant le procédé indiqué on peut remonter de l'alcool éthylique à l'alcool 



( i30 
propyliqiip normal. M. Sierscli a donc été dans l'erreur lorsqu'il a assuré 
qu'on ne peut pas obtenir l'aldéliyde propionique en distillant \tn mélange 
de propionate et de formiate de chaux, et qu'en général la méiliode fondée 
sur la transformation des acides gras en aldéhydes et des aldéhydes en 
alcools ne peut pas servir à la synthèse des alcools. Il y a, au contraire, tout 
lieu de croire que cette méthode est générale. 

M Ces recherches ont été faites au Laboratoire de l'Université de Turin. » 

PHYSIOLOGIE EXPÉRIMENTALE. — Sur le passage des leucocytes au travers des 
parois des cajiUlaires. Note de M. V. Feltz, présentée par M. Robin. 

« Le travail de M. Fellz a trait au passage des leucocytes ou globules 
blancs du sang à travers les parois vasculaires. M. Feltz résume d'abord 
succinctement la théorie de Cohnheim, qui est elle-même basée sur des 
données anatomiques et histologiques principalement dues à Reckling- 
hausen. Cohnheim ne doute pas du passage des globules blancs par les 
stomates, dont il admet l'existence dans les parois vasculaires dans les cas 
d'inflammation, etc. M. Fellz combat la manière de voir de Cohnheim. 

)) i" Sur le terrain expérimental, il a étudié la circulation dans le mé- 
sentère et la langue de la grenouille et sur le mésentère de la souris. Il 
conclut à une coarclation primitive des vaisseaux suivie d'une ddatation 
due à la perte temporaire de la contractilité des parois vasculaires. Malgré 
de minutieuses et nombreuses observations, il n'a jamais pu (en conlraiiic- 
tion avec Cohnheim) voir des globules blancs s'insinuer dans des canali- 
cules, dont on a admis l'existence, au travers des parois. Il n'a vu que des 
accumulations de leucocytes le long des parois internes et externes; mais 
il lui est impossible, de |)ar l'observation directe, d'affirmer que les glo- 
bides extravasculaires soient de provenance hématique immédiate. 

» 2° L'auteur a démontré ensuite, par différents moyens (injections de 
substances colorées dans les systèmes sanguin et lymphatique, colorations 
des tissus artériels et veineux par le nitrate d'aigent, pi'éparations histo- 
logiques avec du papier photographique, etc.), que le passage des leuco- 
cytes est impossible, parce que les prétendus stomates épithéliaux et les 
prétendus canalicules conjonctifs n'existent pas ou du moins ne sont |)as 
démontiés par les agents employés par Cohnheim et pai' Reikhnghausen. 

» 3° M. Feltz ne nie pas qu'il y ait autoin- des vaisseaux, dans les tissus 
enflammés, un grand nombre d'éléments semblables aux leucocytes; mais 
ne les voyant pas sortir des vaisseaux ni se former dans des éléments 



{ .33 ) 
préexistants, comme le voudrait la théorie de Virchow, il se demande si 
ces éléments ne se développeraient pas snr |jlace dans les liquides d'exsu- 
dation. Avant de se prononcer siu' la (picstion de la génération, il a entre- 
pris de nouvelles expériences, qu'il aura prochainement l'honneur de sou- 
mettre à l'Académie. » 

PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Sur les motivcnieiils des grains de chlorophylle dam 
les cellules végétales, sous l'influence de la lumière. Note de M. E. Roze, 
présentée par M. Brongniart. 

« Dans une Note toute récente (i), M. Prillieux a exposé les résultats 
affirmalifs de ses propres observations relativement aux mouvements des 
grains de chlorophylle, sous l'influence de la lumière, dans les cellules du 
Funaria hygromelrica. J'ai cherché à vérifier moi-même ce phénomène, qui 
me paraissait d'autant plus curieux, que les observateurs cités par M. Pril- 
lieux, et M. Prillieux lui-même, n'en donnaient aucune explication. On 
pouvait se deuiander, en effet, si les grains de chlorophylle, en glissant len- 
tement sur la paroi cellulaire, se déplaçaient d'eux-mêmes ou s'ils obéis- 
saient à une impulsion étrangère. Je demande à l'Académie la permission 
de lui soumettre l'explication suivante. 

» En observant des feuilles de ce Funaria, et surtout des feuilles adultes, 
sous des grossissements d'environSooàGoodiamètres, avec une lumière assez 
vive, j'ai remarcjué qu'en outre des grains de chlorophylle tapissant les 
parois cellulaires, chaque cellule présente un plasma muqueux, transparent, 
en filaments très-ténus, dont les extrémités relient les uns aux autres tous 
les grains de chlorophylle. A l'aide de la clunubre claire, j'ai constaté très- 
facilement qu'au bout d'une demi-heure ces filaments plasmatiques éprou- 
vent déjà des déplacements sensibles, et qu'après une heure leur position 
est tout autre; enfin, que les grains de chlorojjhylle les accompagnent dans 
ce mouvement Irès-lent, de telle façon qu'ils semblent être une dépendance 
du plasma s'ils n'en sont ruie émanation directe. 

» Par suite, il est fort probable que les mouvements des grains de chlo- 
rophylle observés sur d'autres plantes, par MM. Boiun, Famintzin et Boro- 
dine n'ont pas non plus d'autre cause qu'iui mouvement plasmatiqup. On 
sait, eu effet, que le plasma est la partie essentiellement vitale cl animée 
de la cellule : il sera donc utile, dans les recherches qu'on pourra vouloir 



Comptes rendus, séance du 3 janvier 18'jo. 

C. R., 1870, 1" Semestre. (T. LXX, N" 3.) I^ 



( >34 ) 
faire sur l'influence de la lumière, de constater à la fois son action sin- la 
chlorophylle et sur le plasma. 

» Du reste, dans son beau Mémoire sur la chlorophylle (i), M. Hugo 
Mohl ne disait-il pas déjà lui-même « que les grains de chlorophylle sont 
» constamment reliés au protoplasma qui se trouve dans la cellule ; cpi'ils 
» sont, dans la plupart des cas, enfoncés dans une matière mncilagineuse, 
» transparente, avec laquelle, dans quelques circonstances, par exemple 
» dans la Faltisneria et le Ceratophyllum deinersiuu, ils se meuvent en cou- 
» rants, mais d'un mouvement tellement lent qu'il les avait vus ne par- 
» courir en une seconde que -jtItô ^^ Ytûou ^^ ligne. » 

» Seulement, nous savons aujourd'hui que ce mouvement paraît être le 
résultat d'une excitation spéciale, car il ressort des observations plus récem- 
ment faites sur ce sujet que ce mouvement est dû, sinon uniquement, du 
moins en grande partie, à l'influence de la lumière. » 

CHIMIE INDUSTRIELLE. — Valeur toxique de quelques proiluits du groupe 
pliénique. Note de M. P. Guyot. (Extrait.) 

« Conclusions. — i° L'acide phénique agit sur la peau et produit des acci- 
dents caractérisés par l'inflammation et la tuméfaction; 

» 2° L'action du phénol est lente lorsque la température est basse, elle 
est d'autant plus vive que la température est plus élevée; 

» 3° L'acide rosolique et la coralline purs ne sont pas vénéneux et 
n'agissent pas sur l'épiderme ; dans le cas contraire, ils sont toxiques; 

» 4" L'acide rosolique peut agir sur la peau, soit par l'acide sulfurique, 
soit par le phénol qu'il renferme, suivant le mode de préparation ; 

» 5° La coralline préparée avec de l'acide rosolique impur et un excès 
d'ammoniaque est vénéneuse lorsqu'elle est introduite dans l'économie 
animale; elle agit alors par l'aniline qu'elle contient; elle n'agit auciuie- 
ment sur la peau ; 

I) 6" Préparée comme dans les deux autres cas mentionnés ci-dessus, la 
coralline agit sur la peau par le phénol qu'elle renferme ; 

» 7" L'acide rosolique actif peut être purifié au moyen de la benzine. » 

M. J. RouBv adresse la description et le dessin d'une « Source artificielle 
minérale ». 



(i) Botanlsclœ Zeiluiig, des 9 et 16 février i855 [Anri. tirs Sr. itat., 4" série, t. VI, 
p. 139). 



( .35 ) 

M. H. Anez adresse, de Tarascon, une Note concernant le développement 
et les mœurs du Phylloxéra vaslatrix . 

Cette Note sera soumise à l'examen de M. MilneEdwards. 

« M. BuoNGNiART appelle l'attention de l'Académie sur le premier volume 
de la Flore Vogeso-Rliéncme^ par M. Kirschleger, professeur à l'École supé- 
rieure de Pharmacie de Strasbourg, que la mort a frappé avant que cet 
ouvrage fftt complètement publié. 

» Cette Flore peut être considérée comme une seconde édition de la 
Flore d'Alsace, du même savant, ouvrage qui s'est fait remarquer par de 
bonnes observations propres à l'auteur et par des études intéressantes sur 
la distribution géographique des plantes de cette région, que la nouvelle 
Flore Vocjeso-Rliénane reproduira sans doute. » 

M. CnEVREUL fait hommage à l'Académio, au nom de M. Reisel, d'un 
volume portant pour titre : « Milon, — Sa vie, ses travaux de chimie et ses 
éludes économiques et agricoles sur l'Algérie » . 

A 5 heures, l'Académie se forme en Comité secret. 



i36 



C0?1ÎÏTE SECRET. 

La Section de Physique, |iar l'organe de son doyen M. Becquerel, 

présente la liste suivante de candidats à la place de Correspondant, vacante 
par suite du décès de M. Forhes: 

En première ligne M. Kirchiioff, à Heidelberg. 

M. AxGSTROM, à Upsal. 

M. Billet, à Dijon. 

M. DovE, à Berlin. 

M. Grove, à Londres. 

M. Henry, à Philadelphie. 

£, / /■ , / 1 M. Jacobi, à Saint-Pétersbourg. 

h II seconde luine et par ordre I ° 



alphabétique 



M. Joule, à Manchester. 
M. Lloyd, à Dublin. 
M. RiESS, à Berlin. ~ 



M. Stockes, à Cambridge. 
M. W. Thomson, à Glascow. 
M. TïND.iLL, à Londres. 
I M. Volpicelli, à Rome. 

Les litres de ces candidats sont discutés. 
L'élection aura lieu dans la prochaine séance. 

La séance est levée à 6 heures. É. D. B. 



ERRATA. 

(Séance du lo janvier 1870.) 
Page 'j'j, ligne 16, nu lieu de était devenu l\o, lisez était devenu 5o. 
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Page 96, lignes i5 et 16, foinuiles 1° et 2", au lieu de Aq, lisez partout Ag. 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉAiNCE DU LUNDI 24 JANVIER 1870. 

PRÉSIDENCE DE M. LIOUVILLE. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDAiNTS DE L'ACADÉMIE. 

ÉLECTRO-CHlMiË. — Note relative au dépôt de inckel mr les métaux; 

par MM. Becquerel. 

« M. Gaiff'e, dans une Lettre adressée à l'Académie dans sa dernière 
séance, et relative au dépôt de nickel sur différents métaux, au moyen de 
la méthode de M. Isaac Adams, de Boston, a annoncé que de faibles quan- 
tités de soude ou de potasse dans le bain sont nuisibles au dépôt et déter- 
minent, non plus un dépôt de nickel pur, mais, sur la pièce qui représente 
l'électrode négative, du peroxyde de même métal, qui altère rapidement le 
bain. 

» 11 ajoute que des bains préparés avec des clilorures ou sidfates doubles 
de nickel et d'aiumoniaque parfiitcment purs donnent d'excelleuls ré- 
sultats. 

» MM. Becquerel ont fait remarquer, dans la dernière séance, que celle 
méthode était semblable à celle qu'ils avaient donnée (i), et que le double 
sulfate de nickel et d'ammoniaque avait été employé par eux pour le même 
usage, il y a huit ans, et qu'en outre, ils s'étaient servis avec succès des 



(l) Comptes rendus, t. LV, p. i8, et t. LXX, |). 124. 

O.ll., 1X70, 1" Semeilre. (T. LXX, «"4.) It) 



( i38 ) 
doubles sels de nickel el de potassium ou de sodium additionnés d'ammo- 
niaque. 

» Ayant répété leurs expériences depuis la dernière séance, ils ont con- 
staté de nouveau que la présence de la potasse ne nuit nullement au dépôt 
de nickel, attendu que des bains doubles de sulfate de potasse, ou d'ammo- 
niaque et de nickel, additionnés d'ammoniaque afin de neutraliser l'acide 
sulturiqiie devenu libre lors de la décomposition du sulfate de nickel, dans 
le cas où l'on n'emploie pas d'électrode positive en nickel, donnent d'ex- 
cellents résultats, comme le prouvent les pièces qu'ils mettent sous les yeux 
de l'Académie. » 

NOMINATIOIVS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la nomination d'un Cor- 
respondant pour la Section de Physiqui', en remplacement de feu M. Fortes. 
Au premier lourde scrutin, le nombre des votants étant !\2, 

M. Rirchhoff obtient 4^ suffrages. 

M. Lloyd I » 

M. W. Thomson i » 

M. KiRCHHOFF, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro- 
clamé élu. 

MÉMOIRES PRÉSENTÉS. 

MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Sur l'influence qu exerce la digue de Pinay sur les 
crues de la Loire à Roanne. Mémoire de M. Graeff, présenté par M. le 
général Morin. (Extrait par l'Auteur.) 

(Renvoi à la Coinmission du prix Ualmont.) 

« Il existe entre Feurs et Roanne, à 'j kilomètres environ en aval de 
Halbigny, sur la Loire, une digue de 17 mètres de hauteur en macoinierie, 
qui barre le fleuve et ne lui laisse qu'un étroit pertuis de ig"", '70 d'ouver- 
ture. Ce rétrécissement a pour effet de refouler les eaux lors des crues et 
de faire, de la plaine du Forez com|jrise entre le pont de Feurs et la digue, 
un vaste réservoir. Ce travail à été édifié, dans le siècle de Louis XIV, par 
un ingénieur du nom de Mathieu, ajin de retarder les crues de la Loire en 
aval., et d'en réduire les hauteurs. 

» M. Boulangé, ingénieur eu chef du département de la Loire, avait 



( i39 ) 
publié, clans les Annales des Ponts et Chaussées de 1848, un article dans 
lequel il cherchait à établir tonte l'influence qu'avait eue la digne de Pinay 
sur l'atténuation de la grande crue de 1846, à Koanne. Cet article a été 
attaqué en i858 par M.Diipuit, insiircteur général des Ponts et Chaussées, 
dans une brochure dans laquelle il a cherché à démontrer que l'influence 
de la digue de Pinay sur les crues devait être à peu près insignifiante, et 
qu'elle devait être attribuée tout entière à l'étranglement naturel dans 
lequel est construite la digue. M. Graeff eut, comme ingénieiu- en chef 
du département de la Loire, l'occasion d'étudier aussi cette question, et le 
Mémoire qu'il présente aujourd'hui a pour but d'établir plus exactement 
l'action de la digue de Pinay, au pertuis de laquelle le système de calcul 
employé par M. Dupuit ne lui paraît pas applicable. M. Graeff a, pour 
calculer l'effet de la digue, appliqué les principes qu'il a déjà exposés 
dans un Mémoire sur la théorie des réservoirs à niveau variable, dont 
l'Académie a, dans sa séance du i4 décembre 1868, autorisé l'insertion au 
Recueil des Savants étrangers, et il est arrivé, en définitive, à ce résultat : 
que l'action de la digue de Pinay est d'abaisser de o™,6o la hauteur qu'au- 
rait prise à Roanne la crue dei866 sans l'existence de la digue, et d'au moins 
I mètre celle de la crue de 1846, la plus grande crue connue de cette partie 
de la Loire. 

M Les calculs du Mémoire ont été faits au moyen des courbes des débits 
de la Loire aux ponts de Feurs et de Roanne, et, dans une Noie jointe à 
son Mémoire, M. Graeff indique tout le parti que l'on peut tirer des 
courbes des déliits, dims la question du jaugeage des rivières, et il analyse 
les caractères généraux que présentent ces courbes et celles des vitesses, 
pour tous les cours d'eau. 

» Le Mémoire donne aussi quelques détails archéologiques sur la digue 
de Pinay, dont les deux branches sont fondées sur une culée et une pile 
en maçoiuierie d'un ancien pont romain en charpente, qui, pendant le 
moyen âge, a encore été l'une des principales communications dans cette 
région de la Loire. M. Graeff montre comment, emporté et l'econstruit 
plusieurs fois, ce pont a été supprimé au commencement du xviii* siècle 
par la construction du pertuis de Pinay. Ce pertuis lui-même a été réparé 
en 1869 sur un projet présenté par M. Graeff, pendant qu'il était ingé- 
nieur en chef du département de la Loire, et on y a rétabli, sur la demande 
des communes voisines, un tablier en charpente reconsliluant l'ancienne 
connu unication romaine. 

M AL Graeff a ajouté à son Méiioire des notes sur l'origine et le projet 

19.. 



( i4o ) 

de la digne de Pinav et une Notice biographique sur l'ingônieiir du siècle 
de Louis XIV qui a eu, le premier, l'idée pratique de réduire les crues des 
rivières par rétablissement de réservoirs. » 

M. LE GÉNÉRAI, MoRiN, en présentant à l'Académie le Mémoire qui pré- 
cède, ajoute les remarques suivantes : 

« Les études de M. Graeff et les documents historiques fort intéressants 
qu'il y a joints montrent que, déJH en 171 i, les ingénieurs liydrauliciens 
du règne de Louis XIV avaient reconnu et signalé l'imporlauce des grands 
réservoirs de retenue pour modérer les crues des fleuves, et celles de la 
Loire en particidier. 

» L'observation des faits et la logique naturelle les avaient conduits, dès 
cette époque^ à des conclusions plus exactes que celles que l'on imposait 
trop souvent, il y a encore peu d'années, à la solution des grandes questions 
de travaux publics, en se basant sur des raisonnements et sur des calculs 
en apparence fort savants, mais qui n'avaient pour fondements que des 
hypothèses peu d'accord avec la vérité des phénomènes. 

» Le travail de M. Graeff fournit un exemple remarquable du parti que 
les ingénieurs actuels, plus circonspects que quelques-uns de leurs devan- 
ciers, savent tirer du concours de l'observation et de la science du calcul. » 



MINÉRALOGIE. — Découverte du diamant à Dlnschkowilz [Bohême). Extrait 
d'une Lettre de M. A. Schafaritz à M. H. Sainie-Claire Deville. 

(Renvoi à la Section de Minéralogie.) 

n J'ai l'honneur de vous annoncer la découverte du diamant en Bohème, 
dans le sable pyropifùre de Dlaschkowitz, domaine de M. le comte de 
Schonborn, situé à 60 Ixilomètres nord-ouest de Prague, entre la rivière 
Eger et le massif basaltique du Miltelgebirge. Ces mines, exploitées depuis 
longtemps et décrites par M. le professeur A.-E. Renss, en 1840, dans le 
premier volume de ses Esquisses géologiques de la Bohême (p. 273-277), con- 
sistent en trois larges bassins plats (le plus grand a presque 10 kilomètres 
carrés), légèrement enfoncés dans les couches du calcaire crétacé (plâner- 
kalk), et contenant, sous une faible couche de sol arable et d argile, un 
lit épais (2 à 4 mètres) de gravier. Ce gravier est composé de débris forte- 
ment altérés de basalte, de gneiss, de psammite et de plànerkalk; il doit sou 
origine sans doute au soulèvement peut-être sous-marin des cônes pittores- 



( >4. ) 

qiies Hu Mittelgebirge, au milieu des couches horizontales du lonaiu crétacé 
et des autres terrains cachés au-dessous de ce dernier. Le gravier coutieut 
une forte proporiion de gros sable quartzeux, riche en grains et cristaux 
roulés de diverses pierres précieuses, parmi lesquelles dominent le pyrope 
(grenat de Bohème, à base de chrome oxydulé, d'après M. Moberg) et le 
zircon ; en outre, on trouve du spinelle rose et noir, du corindon hyalin 
bleuâtre, des chrysolile, tourmaline, cyanite, pyroxène, amphibole, etc. 
Le sable est extrait pour en séparer le pyrope, par lavage et triage; les 
autres pierres sont négligées, comme trop petites et impures. Cependant 
M'"" la comtesse de Schonborn en fait conserver et tailler les meilleurs 
échantillons, pour en composer des bijoux dont elle se sert comme souve- 
nirs de Bohême pour des personnages distingués. Il y a quelques semaines 
que les ouvriers, parmi toutes ces pierres, en trouvèrent une qui, au heu 
d'être rodée par l'émeri, attaqua elle-même vivement la roue. Son lustre 
stJggéra l'idée que c'était peut-être du diamant. 

» Elle fut envoyée à Prague et confiée à mon collègue M. Rrejci, pro- 
fesseur de minéralogie à lEcole Polytechnique, qui, ne disposant pas 
de tous les instruments nécessaires, et trop absorbé par les graves tra- 
vaux de l'exploration scientifique de la Bohême, dont il est géologue en 
chef, me pria d'entreprendre moi-même cette recherche. Je m'empresse de 
le remercier pour cette offre généreuse. Avant de faire l'essai chimique de 
la pierre, je fis une étude de ses propriétés physiques, qui suffit pour rendre 
superflue l'analyse, et prouver que c'est du diamant. J'ai constaté ce fait 
le matin du i3 janvier; le soir du i4. j en ai fait l'annonce dans la Sec- 
tion des Sciences naturelles de notre Musée national. 

1) Le premier diamant trouvé en Bohême est de forme irrégulière, appro- 
chant d'un cidie ou peut-être d'un dodécaèdre rhomboïdal tout à fait tron- 
qué; son diamètre est de 2™", 5 à 4 millimètres, suivant la direction; son 
poids, de 5^ milligrammes exactement. Dans l'eau il perd (en moyenne de 
deux pesées) 16^^,3 de son poids apparent, doii la densité = 3,52, exac- 
tement égale au chifire normal du diamant, d'après Mohs. La surface est ru- 
gueuse, mais miroitante; ime des faces porte un profond sillon, formé de 
deux plans inclinés l'un sur l'autre d'environ 90 degrés, ce qui porterait à 
croire que c'est une macle; une autre face porte plusieurs empreintes poly- 
gonales profondes, à faces planes miroitantes, provenant sans doute des cris- 
taux voisins de notre pierre pendant qu'elle se formait ; une de ces cavités, 
très-étroite et très-profonde, a une section rhomboïdale. J'ai trouvé les an- 
gles de ce rhomboïde, sous un fort microscope, de 71 et 109 degrés; c'est. 



( i4a ) 

comme on voit, l'angle des arêtes de l'oclaédre et son complément. Sons un 
grossissement de loodiamètres, on voit les faces(surtoat la plus netle d'elles, 
qui rappelle beaucoup celle dudodécaèdre) recouvertes d'innombrables stries 
parallèles (arêtes des cristaux soudés ensemble en position parallèle), mêlées 
çà et là de cavités trigonales à faces échelonnées, et de facettes trigonales lé- 
gèrement saillantes, parfaitement tranchées et d'un lustre adamantin vraiment 
remarquable. Toutes ces facettes éparses, dont quelques-mies atteignent 
o™™, 2, sont disposées parallèlement. Je n'ai pu découvrir dans l'intérieur 
aucune de ces cavités ou parcelles étrangères si fréquentes, d'après fe\i sir 
David Brewster, quoique la matière de la pierre, d'un jaune pâle verdâtre, 
paraisse parfaitement limpide; mais la surface est trop inégale pour voir 
l'intérieur de la pierre à l'aide du microscope, même en la plongeant dans 
l'essence de térébenthine. Il est bien remarquable que, en frottant la pierre 
de Dlaschkowitz contre un beau dodécaèdre (couleur cannelle) de diamant 
indien, je n'ai pu observer d'usure sur aucune des deux pierres, pen- 
dant qu'un petit diamant du Brésil, très-aigu, par lequel j'essayais à toute 
force de rayer notre pierre, perdit complètement sa pointe, sans que le mi- 
croscope ait révélé la moindre égratignure sur la pierre de Bohême. M. Le- 
noir, à Vienne, m'a dit, il y a dix ans, en me vendant mon diamant, que les 
verriers se servent de préférence du diamant des Indes pour couper le verre, 
parce qu'il est réputé plus dur que celui du Brésil. J'ajoute que la pierre de 
Dlaschkowitz acquiert luie charge d'électricité positive assez forte par frot- 
tement contre une étoffe de laine; que, chauffée à i5o degrés dans l'obscu- 
rité, elle ne m'a pas donné de trace de phosphorescence, propriété qui a bien 
pu être détruite pendant qu'on mastiquait la pierre, à la cire d'Espagne brû- 
lante, pour la tailler; enfin, qu'entre des niçois croisés elle doiuie des cou- 
leurs franches, propriété anormale, qui fut cependant retrouvée dans la 
plupart des diamants examinés par sir D. Brewster, pendant l'étude du 
Rohinour. Un beau petit diamant vert du Brésil, soumis à la même épreuve, 
m'a donné au polariscope des couleurs bien plus vives que la pierre de 
Dlaschkowitz. 

» La découverte faite à Dlaschkowitz me paraît importante, non-seule- 
ment parce qu'elle est la première vraiment européenne (vu la position 
exceptionnelle des mines de l'Oural et vu les doutes sérieux qui s'attachent 
aux prétendues découvertes de diamant en Irlande et en Espagne), mais 
plutôt encore au point de vue géologique. Jusqu'à présent le diamant n'a 
été trouvé que dans des terrains presque identiques partout et caractéri- 
sés à la fois par leur horizon géologique, intermédiaire entre les plus 



( i43 ) 
anciennes formations sédimentaires et les roches primitives, et par l'asso- 
ciation du diamant avec l'or et le platine. Ici rien de pareil, point d'or, point 
de platine, et le terrain d'nn côté phitonique, de l'autre côté sédimen- 
taire, relativement récent. Presque toutes les pierres qui accompagnent le 
pyropedeDlaschkowitz, Podsediilz et Triblitz se trouvent en divers endroits 
de Bohème dans leur gangue de basalte; mais je ne vois pas de raison à 
priori pour que le basalte ne puisse contenir du diamant. L'hypothèse de 
l'origine organique du diamant, appuyée sur la grande autorité de Brew- 
ster, Liebig et d'autres grands observateurs, m'a toujours paru offrir 
moins de difficultés que toute autre ; mais l'hypothèse n'est rien en face 
d'un fait. Du moins il n'est pas prouvé qu'à la fusion du basalte le diamant 
dût être brûlé. Du reste le champ de recherche est si limité dans le bassin 
de l'Eger, qu'une recherche rigoureuse pourra sans doute assigner posi- 
tivement l'origine de la pierre de Dlaschkowitz. D'après les récits que j'ai 
pu recueillir, nos sables pyropifères me paraissent offrir beaucoup d'ana- 
logie avec les sables zirconiféres d'Expailly, près du massif basaltique de 
l'Auvergne; il serait bien remarquable qu'on y trouvât du diamant parmi 
les zircons et les corindons du Velay. 

» Vu le scepticisme, bien légitime à vrai dire, de notre siècle, il n'y aura 
pas lieu de s'étonner, si des doutes sur la pierre de Dlaschkowitz viennent 
à être émis. Après le récit donné ci-dessus, j'espère qu'ils laisseront de 
côté la nature de la pierre, et qu'ils se contenteront d'attaquer sa pi ove- 
nance. A cet égard, je suis bien tranquille; on se souvient qu'aussitôt après 
la découverte des diamants dans l'Oural, M. de Humboldt n'étant même pas 
de retour, des bruits couraient que c'étaient des diamants du Brésil, taillés, 
qu'on aurait achetés à Moscou pour les mêler au sable. D'après un 
Rapport de M. Zerrenner, fait en i85i, l'on a extiait entre 1829 et 1847, 
en quatre divers endroits, soixante-quatre cristaux divers, et M. Parrot eu 
a vu, en i832, chez la comtesse Polier, une collection de vingt-neuf, pro- 
venant du seul ravin d'Âdolfskoye, dans sou domaine de Krestowzdwi- 
jensk. Les échantillons de notre sable pyropifére sont fort répandus dans 
nos collections; l'attention une fois éveillée, ils seront examinés par des 
yeux exercés, et tôt ou tard on découvrira d'autres spécimens : ils seront 
rares sans doute, autrement la découverte ne se serait pas fait attendre si 
longtemps. Pour moi, je n'ai rien trouvé dans mes échantillons. » 



( 144 ) 

PHYSIQUE. — Sur II coiislilution des spectres lumineux; 
jiar M. Lecoq de Boisbaudran. (Extrait.) 

(Renvoi à la Commission précédemment nommée.) 

« 1. J'ai supposé que les molécules lumineuses possédaient des inégalités, 
causes premières de la formation des spec lies (i) ; cela n'implique pas que 
ces molécules soient des solides munis d'aspérités; on peut admettre qu'elles 
consistent en des systèmes dont les éléments sont mobiles et où les passages 
de ces éléments (atomes mécaniques constituants) par des directions déter- 
minée.s représentent les inégalités. 

» 2. I^es orbites inlra-nioléculaires des atomes peuvent élre supposées 
excentriques, au même litre que les orbites parcourues par l'ensemble delà 
molécule; d'où vitesses variables ties atomes et différences d'intensité entre 
les raies formées à l'aphélie ou au périhélie inîra-moléculaires (2). Ce ne 
serait plus le passage ù'iuie inégalité pai' une direction fixe qui produirait 
une onde, mais la coïncidence des vitesses dans les diverses orbites. 

•' 3. S'il y a coïncidence entre les vitesses d'un atome sur les orbites de 
divers ordres lorsque les périhélies de ces orbites sont voisins, l'onde émise 
sera la plus vive possible. La coïncidence des vitesses et la superposition des 
périhélies n'auront pas nécessairement lieu au périhélie principal même (3); il 
pourra arriver que, pour un des côtés de ce point, la coïncidence des vi- 
tesses ait lieu lorsque l'atome sera à son aphélie intra-moléculaire et non à 
son périhélie; il ne se formera dans cette légion que peu ou point de lu- 
mière. Si les phases ne sont pas distribuées symélriquemenl par rapport au 
périhélie principal, les groupes élémentaires ne se superposeront plus deux 
à deux. Ce double effet s'observe dans le spectre du rubidium, dont le 
groupe orangé se compose de quatre raies et paraît résulter de la juxtapo- 
sition de deux couples de raies. 



(1) Comptes rendus; août 1869, p. 44^- 

(2) On simplifierait la composition de la molécule lumineuse en s'jpposaut que les orbites 
intra-moléculaires, au lieu d'être parcourues simultanément par plusieurs atomes, le sont 
successivement par im seul, dont l'orbite subirait des déplacements périodiques et passerait 
jiar des positions dont l'ensemble re|iiésenterait ce que nous avions nommé molécule lumi- 
neuse. L'atome mécanicpie qui, au point de vue de laformalion de la lumière, agirait tomme 
un tout pourrait consister Ini-niénie en un système d'atomes tl'ordre inférieur, gravitant les 
uns autour des autics, mais ne ciinconranl pas individuellement à la production de la lu- 
mière. 

(3j Périhélie de l'orbite parcourue parle système (pie nous appelons /Ho/^c«/e lumineuse. 



( '45 ) 

» 4.. L'analogie des spectres du riibidiiiin et du potassium rend probable 
une même origine mécanique pour leurs raies correspondantes; il devrait 
y avoir dans le groupe jaune du potassium quatre raies et non trois(i). En 
augmentant l'intensité de la source lumineuse et diminuant la longueur de 
la lente, j'ai dédoublé la raie58o,r en deux autres, dont lapins réfrangibie 
est de beaucoup la plus intense. L'écartement des deux raies est ù jieu piès 
1 l^fois celui des deux raies du sodiiun. 

» 5. Le spectte du cœsium contient aussi un double groupe, que je con- 
sidère comme correspondant aux doubles groupes du lubidium et du 
potassium. 

» 6. Puisque les trois groupes de quatre raies paraissent se corres|)ondre 
exactement dans le [potassium, le rubidium et le cœsium, l'augmentation de 
longueur d'onde des centres des groupes correspondants est proporlionnelie 
à l'accroissement des poids atomiques. 

» En passant du potassium au rubidium, puis au cœsium, l'écarlement 
des raies de chaque couple et l'écartement des deux couples du groupe 
croissent rapidement; cette déformation exige que les comparaisons numé- 
riques soient faites entre les centres et non entre les raies homologues des 
groupes. 

» 7. J'avais précédemment remarqué entre les longueurs d'onde des raies 
des chlorures de strontium et de calcium l'existence d'un coefficient crois- 
sant assez régulièrement à mesure qu'on s'avançait vers le violet ; cela 
tient à ce que les spectres du chlorure de strontium et du chlorure de cal- 
cium offrent entre leurs raies correspondantes une différence de longueur 
d'onde dont la valeur ne s'éloigne pas beaucoup d'être constante. 

» La même différence sensiblement constante se retrouve entre quelques 
autres raies moins intenses. Il y a dans le chlorure de strontium (2) des raies 
(faibles en général) dont on ne retrouve pas les homologues dans le chlorure 
de calcium et vice versa; en variant les conditions expérimenlales, on 
réussira peut-être à les observer. 

» 8. On ne peut |)as comparer raie p;ir raie les spectres des cidorures di" 
baryum, de strontium et de calcium avec excès d'acide chiorhydrique, à 
cause des anomalies particulièresqu'oflre le speciredu chlorure de barytmi 
[Comptes rendus , se|)tembre 18G9, p. 663); mais si l'on met en regard les 



(i) M. Thalen ne note aussi que trois raica ilans le gioupi' jaune du polassinni. 
(3.) Surtout clans le sptLtre électrique. 

C. K. 1870, i" Semestre. (T. LXX, ti" 4.) 20 



( i46 ) 
centres de gravité des spectres, on trouve que, pour ces trois sels, l'aug- 
menfatioii de longueur d'onde, due au changement du métal, paraît donc 
être proportionnelle à l'accroissement des poids moléculaires. » 

PHYSIQUE. — De la congélation de l'eau et des solutions gazeuses saturées 
ou non saturées. Note de M. A. Barthélejiy. (Extrait.) 

(Commissaires : MM. Regnault, H. Sainte-Claire Deville.) 

« J'avais remarqué souvent que la glace couverte de paille présentait, 
lorsqu'on la découvrait, des bosses et des aspérités qui n'avaient point de 
causes apparentes. Pour suivre de plus près le phénomène, j'ai laissé de 
l'eau se congeler à la surface dans un tonneau dressé et dépourvu de sa 
base supérieure : j'ai recouvert ensuite la moitié de la siuface avec une 
planche épaisse. Au bout de quatre jours, pendant lesquels la température 
était restée constamment au-dessous de zéro, et était descendue pendant la 
nuit à — lo et à — 12 degrés, la planche était soulevée, et la glace présen- 
tait, au-dessous d'elle, une élévation de deux ou trois centimètres par rap- 
port au niveau de la moitié qui était restée à l'air libre. Enfin une certaine 
quantité de liquide s'était épanchée, en se congelant, le long des parois la- 
térales externes du tonneau. Ce fait s'explique, je crois, par un plus grand 
refroidissement de la partie libre : le noyau liquide avait été poussé par la 
congélation vers la région la plus abritée, sous la planche; là, ce noyau de 
plus en plus comprimé a dû soulever la glace, pour se faire enfin jour au 
dehors. Ces variations de surface, ces bosselleinents d'un niveau primiti- 
vement horizontal, sont mie preuve de la plasticité de la glace. 

» J'ai exposé au refroidissement extérieur trois flacons; le pre- 
mier contenait une solution saturée d'acide carbonique à la pression 
ordinaire, qui ne remplissait que les deux tiers du flacon; le second était 
plein d'eau ordinaire; le troisième était rempli d'eau distillée récemment 
bouillie. 

» Le premier s'est recouvert d'une glace poreuse stratifiée que j'ai déjà 
signalée; puis, lorsque le goulot a été rempli, le vase s'est brisé, avec pro- 
jection des morceaux : ici, la force expansivede la glace n'a joué qu'un rôle 
secondaire, puisque l'espace libre supérieur était de plus du tiers du vo- 
lume liquide. Le flacon plein d'eau ordinaire s'est brisé, en un point où 
la glace était pleine de bulles d'air. Enfin, dans le troisième, l'eau dis- 
tillée congelée n'avait point vaincu la résistance du vase. En général, les 
vases contenant de l'eau distillée ne se brisent que lorsqu'ils sont exacte- 



( i47 ) 
meut pleins d'eau, ou lorsque le goulot est trop étroit pour permettre à la 
glace de remplir sa capacilé en vertu de sa plasticité. 

1) Il semble d'ailleurs qu'il s'ét;iblit im équilibre instable ou une sursa- 
tnration avant le dégagement <\i\ gaz. Un flacon, rempli à moitié d'eau 
très-légèrement chargée d'acide carbonique, avait été bien bouché et sou- 
mis à la congélation : en débouchant le flacon pendant qu'il restait encore 
un noyau liquide, on a entendu d'abord une petite explosion, due au gaz 
dégagé au-dessus de la glace; puis, une seconde, plus forte, sest produite 
pendant que la surface de la glace se brisait, donnant issue au gaz dissous 
dans le noyau liquide qui se dégageait avec effervescence. 

» En résumé il résulte, je crois, de ces expériences, que la prétendue 
force explosive de la glace, peu d'accord avec sa plasticité, s'explique sur- 
tout par la tension du noyau liquide intérieur comprimé, tension qui s'aug- 
mente de la force élastique des gaz dissous dont ce noyau se sature de plus 
en plus. » 

CHIMIE. — Théorie r/énérale de l'action rhimiqtie; préparation 
de ioxy-aminoniaque. Note de M. E.-J. Maumené. 

(Renvoi à la Section de Chimie.) 

« Les faits intéressants dont M. H. Sainte-Claire Deville et M. Fremy 
viennent d'entretenir l'Académie, dans les séances du 3 et du lo janvier, 
m'engagent à publier quelques faits que j'ai observés depuis longtemps 
déjà, mais dont je réservais la publication, d'abord j)ar égard poiu- M. Los- 
sen, à qui nous devons la découverte si importante de l'oxy-ammoniaque, 
et ensuite pour achever une étude de plusieurs combinaisons de ce corps 
et de quelques composés qui s'y rattachent. 

« M. Lossen a obtenu l'oxy-ammoniaque en faisant agir l'éther azotique 
de l'esprit de bois sur l'hydrogène naissant formé par l'acide chlorhydrique 
(D = 1 ,19,) et l'étain. 

» Ma théorie permet de préciser d'une manière si nette l'état où se 
trouve réellement l'hydrogène quand un métal détermine son action sur 
im liquide (l'éther en question, par exemple), elle montre si claire ment que 
l'hydrogène agit sans sortir de Vétat liquide où il existe dans l'acide chlor- 
hydrique employé, et par conséquent comment son action diffère de celle 
de l'hydrogène gazeux, que j'ai pu calculer d'avance la formation de l'oxy- 
ammoniaque avec des azotates métalliques au lieu de l'éther azotate méthy- 
lique. 

20.. 



( i48 ) 

« On réussit parfaitement avec les azotates de potasse, de sonde, et 
surtout d'ammoniaque; la réduction de l'acide azotique a lieu par l'acide 
chlorhydrique et l'étain sous une influence très-analogue à celles dont 
M. H. Sainte-Claire Deville ou M. Fremy s'occupent, et on me permettra, 
je l'espère, de dire ce que j'ai observé. 

» aoo grammes d'azotate d'ammoniaque peuvent être employés dans une 
seule opération avec 2 1 70 grammes d'acide chlorhydrique (D = i,ia)et 
552 grammes d'étain, qu'il est bon d'ajouter en plusieurs fois, trois ou quatre 
par exemple. H ne faut pas laisser élever la température, car on perdrait 
tout le produit cherché. Aussitôt que le liquide s'échauffe, on s'en rend 
maître dans un courant d'eau, jusqu'à ce que le premier quart du métal soit 
dissous. On ajoute ensuite les autres quarts; il se produit moins de chaleur; 
on peut, en général, ne plus refroidir, et on achève la préparation comme 
M. Lossen l'a indiqué pour le cas de l'éther (acide sulfhydrique, alcool, 
addition de quelques gouttes de chlorure de platine, etc.). 

» On obtient ainsi des cristaux prismatiques courts, très-aplatis, for- 
mant des « tables hexagonales irrégulières » (Lossen), et accolés souvent 
comme certaines cristallisations d'azotate de potasse. Ces cristaux, solnbles 
dans l'alcool absolu, ne donnent aucun précipité avec le chlorure de pla- 
tine, mais un sel cristallisé, un peu déliquescent. Ces cristaux ne sont pas 
des octaèdres, mais des prismes courts, clinorhombiques (?); ils con- 
tiennent 52,6 pour 100 d'acide chlorhydrique. Enfin, broyés avec de 
l'oxyde de cuivre, ils donnent un dégagement de bioxyde d'azote, comme 
l'a observé M. Lossen. Ma théorie montre que yCuO peuvent agir sur 

I H^AzO-,HCI. A froid, 4CuO seuls exercent leur action et donnent 

4CuO + H'AzO%HCl = Cu^Cl + Cu^ H-4HO + AzO". 

» L'azotate est une combinaison très-difficile à obtenir cristallisée. Une 
solution de chlorhydrate pur, traitée par l'azotate d'argent, avec un man- 
quant léger de ce sel, filtrée, donne luie liqueur que l'évaporation con- 
centre en un sirop : ce sel est important, parce qu'il prend naissance, dans 
un grand nombre de cas, jusqu'ici peu connus, de la réduction des azotates. 

II fournit, à une température très-peu élevée, un peu plus de 110 degrés, 
comme l'a observé M. Lo.ssen, un dégagement de bioxyde d'azote, déga- 
gement qui a lieu, non pas d'après la formule 

AzO',H''AzO%HO = 4HO 4- 2 AzO= 

que donne l'auteur, mais d'après la formule de ma théorie 

5 AzO%H' AzO%HO = 3âzO',H'AzHO + aAzO' (HO)' -+- 1 AzO^ 



( '49 ) 

» La réduction des azot;ites peut offrir d'autres produits. Ainsi, dans un 
grand nombre de cas, ceux de la formation des azotites, on peut observer 
la production d'un corps voisin de l'oxy-ammoniaque, et c'est ce qui est 
arrivé très-probablement à M. Frcmy. I.a solution d'azolite de soude, trai- 
tée par l'amalgame de sodium, peut fournir un corps AzO^H- très-réduc- 
teur, comme on le comprend. Ce corps existe en abondance dans une 
liqueur formée de i partie d'azotite et 2 d'eau (D = 1,22) lorsqu'on la 
traite par l'amalgame loHg + Na. Une solution d'azotite très-étendue 
(D = 1,087), traitée par un amalgame plus riche, /jHg -1- Na, ne produit 
que H' Az. 

» Ma théorie m'a conduit à une découverte analogue, que j'ai faite depuis 
près de deux ans, et que j'aurais voulu compléter plus tôt. On peut obtenir 
H'Az et HAz, dans un grand nombre d'actions qui se rattachent à celles 
dont je parle. 

» H-Az est un corps qui s'unit aux acides et donne des sels bien plus 
stables qu'on ne le croirait. J'ai la conviction que ces sels ont été confon- 
dus souvent avec les sels ammoniacaux. Je puis affirmer que, ma théorie 
m'ayant indiqué l'action de l'eau broméesur l'ammoniaque étendue comme 
donnant HBr, H-Az, j'ai fait l'expérience suivante. De l'ammoniaque au 
dixième a été refroidie à zéro et mise en mouvement très-rapide; j'y ai fait 
tomber un filet d'eau bromée, pareillement refroidie : aucun dégagement 
d'azole na eu lieu. J'ai connnencé l'étude du sel contenu dans le liquide, 
et les résultats sont de nature à intéresser l'Académie; j'aurai l'honnetn- 
de les lui soumettre, je l'espère, assez prochainement. » 

M. A. MiG.NOT adresse, pour le concours des prix de Médecine et de 

Chirurgie, un travail sur la guérison d'une pseudarihrose du fémur parla 

marche et l'exercice du membre fracturé. L'auteur indique, dans une Note 

manusciite, les points sur lesquels il croit pouvoir attirer l'attention de la 

Commission. 

(Renvoi à la Commission.) 

CORRESPOINDANCE . 

M. J.-R. Mayer, nonuiié Correspondant pour la Section de Physique, 
adresse ses remercîments à l'Académie. 

M. LE DiKECTEUR génébal DES DouANES adresse, poiu- la bibliothèque de 



( i5o ) 
l'Institut, le tableau général du commerce de la France avec ses colonies et 
avec les puissances étrangères pendant l'année 1868. 

M. LE Secrétaire perpétuel présente à l'Académie, au nom de M. le Ma- 
réchal Vaillant, une Note de M. Bellotli extraite des j4ctes de In Société 
italienne des Sciences naturelles et ayant pour titre « Applications de la 
méthode de M. Pasteur pour la reproduction des graines indigènes de 
versa soie ». M. le Secrétaire perpétuel donne leclnre du passage suivant 
de cette Note : 

'■ La niétliode suggérée, pour la première fois, par M. Pasteur, pour la reproduction de 
la semence saine de ver à soie, est la seule, parmi toutes celles qui ont été proposées jus- 
qu'à ce jour, qui puisse sauver notre précieuse race de cocons jaunes, et faire revenir la 
sériciculture en Europe an degré de prospérité qui la distinguait avant l'existence de la 
maladie actuelle. » 

M. LE Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
CorrpS|)ondance : « L'année scientifique et industrielle », de M. L. Figuier 
(i4* année,! 86g) ; « la Connaissance pratique du cheval », par M. Fiai; « Les 
oiseaux utiles et les oiseaux nuisibles », par il/, fi^e la Blanclière;<i le Diction- 
naire vétérinaire », de M)/. Barrai et Félizel; « [.es prairies et les plantes 
fourragères», par M. Vianne. 

MÉCANIQUE. — Nouvelle méthode pour la solution des problèmes de la Méca- 
nique (troisième partie). Note de M. Piarrox de Mondesir, présentée 
par M. H. Sainte-Claire Deville. 

« 8. Applications de la formule générale des mouvements virra- 

TOIRES aux cordes FLEXIBLES ET AUX VERGES ÉLASTIQUES. — 1° Vibrations 
transversales des cordes. — Soient Q la tension de la corde, ). la longueur de 
la corde tendue, h sa flèche, on trouve 

_ 2Q/i' h 8Q 

E, = _^, e, = -, A=-; 

ce qui donne, p étant le poifis de la corde vibrante, 

» a° Fihrations lomjitudinnles des cordes. — Soient / la longueur de la 
corde non tendue, R le poids capable de doubler cette longueur, £ l'allonge- 



( i5i ) 
ment ou le raccourcissement inaxiimim de la corde dû au mouvement vi- 
bratoire. On trouve 

ce qui donne, p étant toujours le poids de la corde vibrante, 

(.) ^ = -\/^- 

» 3° Fibralions longitudinales des verges élastiques. — H y a trois cas possi- 
bles, suivant que la verge est encastrée à ses dt-ux bouts, encastrée à un 
bout et libre à l'autre, libre à ses deux bouts. Il suffit de traiter le premier 
cas; les deux autres s'en déduisent. 

» Soient / la longueur de la verge, s l'allongement ou le mccourcisseinent 
maximum dû au mouvement vibratoire, K le poids capable de doubler la 
longueur de la verge, p' le poids par mètre courant de la verge. On trouve, 
pour le premier cas, 

E, = K-, e, = -, A = — ; 

ce qui donne 

(3) 

» Pour les deuxième et troisième cas, on a 

(4) ^ = h\/f- 

» 4" Vibrations transversales des verges élastiques. — Il y a six cas possi- 
bles : 1° verge encastrée à ses deux bouts; 2" verge encastrée à un bout et 
fixée à l'jiutre; 3" verge encastrée à un bout et libre à l'autre; 4° verge fixée 
à ses deux bouts; 5" verge fixée à un bout et libre à l'autre; 6° verge libre 
à ses deux bouts. Il suffit de traiter le premier cas, les autres s'en dédui- 
sent. 

)> Soient /la longueur de la verge, h sa flèche, p' son poids par mètre 
courant_, Q le poids qui la fléchit, H = K'I produit du coefficient d'élasti- 
cité A' par le moment d'inertie I de la section de la verge. Pour le premier 
cas, on Ironve 

_ Q/' _ /' _ Ql' . _ 384H 



( i52 ) 
ce qui donne 



Pour le i" ras (5) N = .. , 

71" / \ P 

Pour le 2^ cas (b) N=- i-— i/V^ 

Pour le 3" cas (7) N = -^i/^, 

Po"rle4ecas (8) N==My/^, 

Pour le 5« cas (9) N=— ?— — V/",' 

2 i,'3 /"H 

Pour le 6= cas.... ... (10) ^ = -^\/^- 

■Kl- \ p 

» 9. Sons harmoniques. — l-.a hauteur du son fondamental étant re- 
présentée par I, celle d'un harmonique quelconque, correspondant à la 
formalion de n nœuds, sera rejirésentée par h. 

» Si le son fondamental ne se produit pas en même temps que l'Iiarino- 
nique, h pourra être un nond)re quelconque entiei', fraclionnairc, ou même 
incommensurable. 

M Mais si l'harmonique coexisie avec le son fondamenlal, nous aurons 
les deux règles suivantes : 

» 1" h sera nécessairement lui nombre entier et impair : c'esl inie consé- 
quence du principe de la transformation du travail, (|ui passe ici de l'élal 
élastique à l'état dynamique, et réciproquement; 

» 2" S'il s'agit de vibrations transversales, chaque nœud île vibralinu 
devient mobile, et iloit être considéré connue section cncnsirec, atlendn 
qu'il exisie alors en ce point un moment cpielconque d'éiaslicilé, li ([Uil est 
l'équivalent d'un collier d'encastrement. 

» En appliquant les règles précédentes, nu oblicnl inunédiatemeni la 
hauteur ries harntoniqnes dans les cas suivants : 

» Corde }^il)mnt transversalement on lonijiliidiniiUnicnt. — On trouve pour 
ces deux modes 

( I ) h = n + 1. 

» I^e ton fondamental correspond alors à // = o. 

» yer<jL libre à ses deux liouts et vibrant Ivnyitudinalenient — La hauteur 



( i53 ) 
de l'harmonique est 
(2) h = n. 

» On sait que, dans ce mode de vibration de la verge, le ton fonda- 
mental correspond k n= \ . 

» Ferge encastrée à ses deux bouts et vibrant transversalement. — La hau- 
teur de l'harmonique est 

(3) '■-{'^7. 

» Dans ce cas, le ton fondamental correspond à n = o, et ne coexiste 
pas avec l'harmonique. C'est ce qui explique pourquoi la valeur de h est 
incommensurable. 

1) Le terme général de la série expérimentale des harmoniques donnée 
par M. le professeur Tyndall, dans son ouvrage sur Le Son, a pour valeur 

[Zbis] h'=z h +-3- 

Oii voit que la différence n'est pas bien grande. 

» Verge encastrée à un bout, libre à l'autre tt vibrant transversalement. — 
La théorie donne, pour la hauteur de rharmonique, 

(4) h={l^n + JY. 

» Dans ce cas, l'harmonique coexiste avec le ton fondamental. Il y a 
plus, la verge, prise dans les mâchoires d'un étau, n'est réellement en- 
castrée que dans une direction, et vibre, parallèlement aux mâchoires de 
l'étau, comme verge libre à ses deux bouts. Elle rend donc en même temps 
les sons fondamentaux i et 4? et rhiirmonique h. 

I) Quand « = i, la formide (4) donne h =^ i5 ; ce qui est parfaitement 
d'aicordavec l'exp'^rience. Mais cet accord n'existe plus pour les harmo- 
niques supérieurs. En effet, le terme général de la série experimenlale 
donné dans Le Son de M. Tyndall a pour ^au'ur 

(46/5) Il'= — {2?l + lY. 

» Cette formule, ne donnant pas toujours pour // un nombre entier et 
impair, est en désaccord avec les règles établies ci-dessus, et ne peut être 
considérée que comme approximative. 

C. R., 1870, I" Semestre. ( T. LXX, N» 4.) 2 1 



( i54 ) 
» Verge libre à ses deux bouts et vibrant transversalement. — La hauteur h 
est donnée par la formule 

(5) h = (2n-i)\ 

» Le ton fondamental coexiste ici avec l'harmonique et correspond à 
n = o. 

» Le premier harmonique correspond à « = 2 ; sa valein* est 9. On l'ob- 
tient en pinçant la verge en deux points situés à | et aux j de sa longueur, 
ce qui est indiqué par la théorie. 

» Il y a du reste accord parfait pour tous les autres harmoniques avec 
la série expérimentale donnée dans Le Son de M. Tyndall, attendu que la va- 
leur du terme général de cette série coïncide avec celle de l'équation (5). » 

PHYSIQUE. — Sur Célat variable du courant électrique et les extracourants. 
Note de M. P. Blaserna, présentée par M. Regnault. 

« Pour déterminer les changements d'intensité du courant au moment de 
la fermeture et pendant son état variable, j'ai employé le procédé qui m'a déjà 
servi pour l'élude des courants induits [Comptes rendus, t. XLIX, p. 1296). 
On prend un interrupteur tournant avec une vitesse régulière, vitesse que 
l'on fait varier successivement de 4 à 3o tours par seconde. L'interrupteur 
est formé d'un cylindre de bois, portant à sa surface plusieurs plaques fie 
laiton de largeur différente, sur lesquelles appuient deux ressorts métalli- 
ques. On s'arrange de façon que le courant soit fermé ou interrompu, selon 
que les ressorts touchent le métal ou le bois. L'expérience prouve qu'avec 
im instrument bien construit, tel que tnon interrupteur différentiel, les con- 
tacts et l'isolation fonctionnent avec une régularité complètement sati.sfai- 
sante, et qu'oti peut fermer et interrompre le courant dans des intervalles 
de temps parfaitement définis. En employant un courant d'une pile de 
Bunsen, qui passe par une spirale inductrice et par un galvanomètre multi- 
plicateur, on peut raisonner comme il suit : 

» Si au moment de la fermeture le courant prend inuuédiatement son 
intensité normale, la déviation du galvanomètre doit être constante, quelle 
que soit la vitesse de l'interrupteur. Si, au contraire, aux premiers instants, 
le courant a une intensité variable avec le temps, la déviation changera 
avec la vitesse de l'interrupteur, pourvu que la largeur de la plaque mé- 
tallique soit petite et la vitesse assez grande. 

» En général l'intensité correspondante à la déviation du galvanomètre, 



( .55 ) 
divisée par le nombre des tours par seconde, représente l'aire dn courant, 
tandis que le nombre des lours et la largeur effective de la plaque détermi- 
nent le temps, c'est-à-dire l'abscisse. Ou mesure donc directement les 
abscisses et les aires d'une courbe, d'où l'on déduit les ordonnées, qui re- 
présentent les intensités aux divers instants. Voici les résultats auxquels 
je suis arrivé, en employant un circuit de 27 mètres de lougueiu-, dans 
lequel j'intercalais encore le galvanomètre astatique, à fil gros et court, et 
une ou plusieurs bobines inductrices ^sans fer doux). 

» I .) La déviation diminue quand le nombre des tours par seconde aug- 
mente; ainsi j'ai trouvé, en employant la spirale qui a servi pour les cou- 
rants induits : 

j Tours 5,79 6,23 7,21 7,75 8,40 8,88 9,19 

i Déviations 54° 53" 5o'' 48° 46°,5 45°,5 44°,5 

Tours 10, 58 10,84 12,12 i4,65 17,78 22,22 27,20 

Déviations 33° 29° 17° 5° 3° 2° 1° 

et la largeur de la plaque métallique étant 2°, 7, on a 

j Temps "295 i2o4 io4o 968 893 845 816 

j Aires 12,87 11, 25 7.98 6,66 5,64 5, 04 4»^' 

I Temps 709 692 618 5i2 422 338 276 

I Aires 2,24 1,80 o,858 0,209 0,1 o5 o,o56 o,023 

les temps étant exprimés en millionièmes de seconde et les aires en unité 
arbitraire. 

M On construit luie courbe en prenant les temps pour abscisses et les 
aires jiour ordonnées; ou a ainsi la courbe des aires, laquelle a, entre 
t = 0,000 700 et f = 0,000900, une espèce de bosse dont il faut absolument 
tenir compte. On calcule les intensités et l'on trouve : 

i Temps.... o 200 3oo 4"^° 4^0 5oo 55o 600 

( Intensités.. o i4o 25o 55o iioo 2o5o 438o 8100 

Temps. . . 65o 700 750 800 goo 1000 1200 
Intensités.. i32oo 19400 29800 18100 12100 18400 18900 

» D'où il suit que l'intensité monte d'abord lentement, puis rapidement, 
arrive à lui maxinum), puis descend jusqu'à un minimum et s'élève jusqu'à 
la valeur normale (18900). Le courant forme donc une oscillalion avant d'ar- 
river à sa valeur constante. 

» 2.) Cette oscillation dépend de la bosse qui existe dans la coiu'be des 
aires, en ce sens qu'elle disparaît à mesure que disparaît la bosse. Poiu- s'as- 

21. 



( i56 ) 
surer de l'existence des oscillations, il faut donc demander à l'expérience 
si la bosse existe réellement. J'ai employé pour cela des spirales plus puis- 
santes, et j'ai trouvé non-seulement qu'elle existe d'une façon incon- 
testable, mais aussi qu'il y en a plusieurs, successivement décroissantes 
Elles représentent des différences de 5 et même de lo degrés de déviation, 
en ce sens qu'il faut fausser les expériences de quantités aussi fortes pour 
faire disparaître les bosses. A cbaqiie bosse correspond une oscillation com- 
plète du courant. Ainsi, la spirale inductrice étant composée de deux bo- 
bines du rhéostat de M. Hip|), qui équivalent chacune à i kilomètre de fil 
télégraphique, j'ai trouvé les nombres suivants : 

/ Temps.... o 200 aSo 3oo Sao 34© 36o 38o 4oo 420 

Aii-t's 0,000 o,o'35 o,o6y 0,219 0,435 0,710 o,83t) 0,870 0,891 0,915 

' Iniensités . o 35o g5o 5ioo i65oo iiooo '900 ii5o 1000 i35o 

! Temps. . . 44o 4*5° 4^0 5oo 55o 600 700 800 900 looo 
Aires. . .. 0,953 I ,o32 i,i58 i,325 1,920 2,483 3, 08g 3,566 45^99 5,384 
Intensités. 25oo 54oo 7200 gSoo i43oo 8200 4^00 5ooo i33oo 6900 

1 Temps. . . iioo 1200 i3oo i4oo i5oo 1600 1700 00 
■. Aires. .. . 5,987 6,616 7,6i3 8,763 9,671 10,429 n ,252 « 
' Intensités. 565o 7500 1 1 800 io5oo 7800 7500 gooo 85oo 

les temps étant toujours exprimés en millionièmes de seconde, les aires et 
les intensités en unité arbitraire. 

» En construisant la courbe des aires et celle des intensités, on a donc 
quatre bosses très-marquées et quatre oscillntioiis complètes du courant, sans 
être encore arrivé à la fin; et je me suis assuré que les oscillations cessaient, 
dans ce cas seulement, à -~ de seconde. 

» 3.) L'amplitude des oscillations diminue peu à peu, et les intervalles de 
temps entre im maxinuim et le suivant augmentent d'une manière très-mar- 
quée, jusqu'à ce que les oscillations se confondent avec la droite parallèle à 
l'axe des abscisses. Les oscillations ne surpassent pas le double de l'inten- 
sité normale et ne sont jamais négatives. 

» 4-) J'ai examiné aussi le cas d'un circuit sensiblement rectiligne, eu 
employant un galvanomètre à un seul fil droit. J'ai trouvé îles oscillations 
presque insignifiantes que j'attribue à ce que le circuit était formé des fils 
doucement coiubés et non rcctilignes. Je crois pouvoir conchue de ces 
expérieticesque, dans les circuits rectilignes, les oscillations n'existent pas, 
mais que le courant monte doucement et directement jusqu'à sa valeur 
normale, conformément à la théorie de Ohm ou à celle de M. Helmhoitz. 



( i57 ) 

» 5.) Si dans le voisinage de la spirale inductrice on a une spirale se- 
condaire fermée, le phénomène, par suite de la réaction de celle-ci, change. 
Le premier maximmn du courant manque ou est notablement diminué : 
on le retrouve, pour ainsi dire, dans le fd secondaire sous forme de courant 
induit. 

» 6.) U'extra-coinant inverse n'est [las autre chose que ce qui manque au 
courant pendant son. état variable. Si I ou trace la courbe des intensités el 
si l'on transporte l'axe des abscisses parallèlement jusqu'à la valeur de 
Tintensité normale, la même courbe représente l'exlra-courant. Il s'ensuit 
que l'extra-courant inverse est composé d'oscillations positives et néga- 
tives, c'est-à-ilire (7 est formé de coitran(s alternatifs, qui se sua èdent très-rajn- 
deinent. 

n n.) l^^exint- courant direct présente les méÉnes phénomènes. Il est aussi 
composé de courants alternatifs; mais les intensités uiaxima et miniina sont 
beaucoup plus considérables, et les temps sont beaucoup plus courts. 

» Ces expériences, qui seront publiées in extenso dans le Giornale di 
Scienze nnturali ed economiche de Palerme, conduisent à des résullats nola- 
blement différents de ceux qu'on admettait jusqu'ici. M. Guillemin a exa- 
miné la même question pour de longs fils télégraphiques; mais il ne pou- 
vait pas observer les oscdiations, parce que son circuit était rectiligne (à 
l'exception de la spirale négligeable de son galvanomètre) et aussi parce 
que les temps qu'il observait étaient trop grands (de ytjVô ^^ seconde), 
tandis que c'est entre o et yitVïj I^^g se succèdent les principales oscillations. 

» M. Helmhoitz a aussi examiné ex|jérimentalement cette question, et 
a conclu que la formule exponentielle 



=.(^ 



e " 



représente le phénomène, J étant l'intensité variable avec le temps l, I l'in- 
tensité normale et p le potentiel de la spirale sur elle-même divisé par la 
résistance. Dans celte courbe, il n'y a pas d'oscillations. Il n'a pas mesuré 
directement J et /, mais deux aiies, d'où il a déduit t au moyen de sa 
théorie, ce qui rend difficile la comparaison avec mes expériences. Cepen- 
dant, en reprenant en détail ses observations des aires, et m'aidant de mes 
propres observations, je trouve, d'après ses résultats, pour la courbe des 
intensités, deux os: illalions tout à fait conformes aux miennes. Il s'ensuit que 
la théorie de M. Helmhoitz, tant quil s'agit d'aires, représente une première 
approximation à la vérité; mais elle conduit à des conclusions inexactes, quand 
il s'agit de la loi des intensités. 



( '58 ) 
» Dans la théorie des courants électriques, il faut tenir compte de deux 
causes bien distinctes : le courant se propage dans le circuit avec une 
vitesse énorme, qui rend ses effets pour ainsi dire instantanés; l'induction, 
au contraire, se produit très-lentement, d'une spire à l'autre de la bobine 
inductrice. Supposons un courant au moment de la fermeture : toutes les 
parties du circuit, s'il n'est pas très-long, sont ébranlées instantanément. 
L'induction réagit lentement dans la spirale inductrice. Par suite de cette 
réaction, le circuit est modifié, mais toutes ces parties ont la même phase, 
parce que la modification apportée à un point du circuit se transmet aussi- 
tôt à tous les autres. La phase est donc la même et ne saurait être différente 
qu'à la condition que le circuit fût très-long, ainsi qu'il a été démontré par 
M. Weber. La différence entre les expériences du célèbre physicien et les 
miennes consiste en ceci : que M. Weber admettait l'existence théorique 
d'une onde électrique qui parcourt successivement à grande vitesse le cir- 
cuit, tandis que mes observations prouvent qu'il y a une série d'oscilla- 
tions qui ont lieu dans tout le circuit et presque en même temps. iM. Weber 
ne connaissait pas ces oscillations, et il en a mesuré seulement l'aire totale, 
tandis que j'ai réussi à les analyser et à en démontrer l'exislence. » 

PHYSIQUE. — Expérience sur le courant inlra-pilaire de la pile de Grave. 

Note de M. E. Royer. 

« Dans la Note que j'ai eu l'honneur de communiquer à l'Académie 
le 27 décembre 1869, je signalais la décomposition intra-pilaire de l'acide 
sulfurique monoliydralé et sa réduction par l'hydrogène qui prend nais- 
sance dans la pile. Cette réduction est si profonde, qu'elle précipite le 
soufre, et qu'une partie de ce corps se combine avec l'hydrogène, pour 
donner naissance à de grandes quantités d'hydrogène sulfuré. Cette expé- 
rience m'avait fait supposer que, dans la pile à acide azotique de Grove, 
la réduction ne devait pas, comme ou le croit généralement et lomme tous 
les auteurs que j'ai consultés l'enseignent, s'arrêter à l'acide hypoazotique; 
qu'elle pourrait aller jusqu'à l'azote, et que probablement cet azote for- 
merait de l'ammoniaque avec l'hydrogène fourni par la pile. 

» Eu expérimentant sur une pile de Grove, à zinc amalcjamé (tempéra- 
ture du laboratoire, i4 degrés), j'ai recueilli, au sortir du vase poreux, de 
l'acide hypoazotique, dont le dégagement a duré pendant trois heures en- 
viron. Cet acide était arrêté par une solution de potasse, qui le transfor- 
mait en azotate et azotite de potasse. Passé ce temps, il s'est dégagé, et cela 



* ( iSg ) 

pendant quatre jours de suite et d'une manière régulière, des quantités 
considérables de bioxyde d'azote mêlé d'un peu d'azote. Je n'ai pas con- 
staté de protoxyde d'azote ; s'il y en avait, il devait être en petite quantité, 
et il a pu se dissoudre dans les liqueurs que je n'ai pas examinées à ce 
pouit de vue. Le vase poreux et le compartiment extérieur de la pile con- 
tenaient de l'ammoniaque : toutefois, il y en avait plus dans le comparti- 
ment zinc que dans le vase poreux. 

» Ces résultats concordent, jusqu'à un certain point, avec ceux qu'a 
trouvés M. Bourgoin dans l'éiectrolyse extra-pilaire de l'acide azotique. 
Cet expérimentateur constate, dans les produits de la décomposition, la 
présence du protoxyde d'azote, que de nouvelles expériences me feront peut- 
être trouver. Il constate aussi que, des deux compartiments du vase dans 
lequel il a expérimenté, le négatif seul contient de l'ammoniaque, tandis 
que, dans l'éiectrolyse intra-pilaire, on en trouve dans les deux compar- 
timents. » 

CHIMIE. — Sur la nature de l'ozone; par M. Dcbrunfaut. 

« La Note que nous avons eu l'honneur de présenter à l'Académie sur 
l'application de l'analyse spectrale à l'examen des gaz simples avait surtout 
pour but de démontrer par l'expérience que des corps réputés chimique- 
ment purs peuvent ne pas l'être, ainsi que le prouvent nos observations. 
Cette particularité, qui a souvent échappé aux savants, a pu être la cause 
d'erreurs, soit dans leurs expériences, soit dans l'interprétation de ces expé- 
riences, et il nous a paru utile de la leur signaler malgré l'état incomplet 
de nos éludes sur cette question. 

» Aidé de l'analyse spectrale et des observations exactes dues à divers 
savants, nous croyons avoir établi ce fait, que la science ne connaît pas 
les gaz à l'état de siccité absolue, et nous avons signalé le rôle que joue- 
rait un pareil fait dans la vérification de plusieurs grandes lois physiques, 
notamment de la loi de Mariotle, si ce fait pouvait être admis comme une 
vérité. Malheureusement, la démonstration de l'état plus ou moins hydraté 
des gaz réputés anhydres est difficilemeiU abordable par l'expérience, 
attendu que la science a, en quelque sorte, épuisé les ressources dont elle 
dispose comme agents de dessiccation. Ce ne sera donc probablement que 
par des méthodes indirectes que l'on pourra arriver à justifier notre pro- 
position : que la science ne connaît pas les gaz à l'état de siccité absolue. 

» C'est en poursuivant nos recherches sur cette question que nous avons 



( i6o ) 
été conduit à développer notre première proposition, en affirmant que la 
science ne connaît pas de gaz spectralement purs, c'est-à-dire de gaz dans 
lesquels la réaction spectrale ne puisse démontrer au moins des traces de 
gaz étrangers. 

« En signalant ces impuretés, prises comme exemples dans l'hydrogène, 
l'oxygène et l'azote, comme pouvant être la cause matérielle des spectres 
multiples des gaz simples signalés par les travaux de Piiicker et de M. Wûll- 
ner, nous n'avons pas entendu amoindrir le mérite et la valeur des recher- 
ches de ces savants; seulement, nous avons cru devoir signaler un cas où 
le défaut de pureté des gaz expérimentés pourrait mettre en défaut la saga- 
cité des expérimentateurs. 

» La merveilleuse application de l'analyse spectrale à l'astronomie donne 
une importance capitale aux études suivies avec persévérance par M. WûU- 
ner, et, en effet, que deviendraient les conclusions déduites de l'existence 
d'un seul spectre pour les corps simples, si chacun de ces corps possédait 
en réalité plusieurs spectres qui varieraient avec la température. 

)) L'impureté des gaz qui servent aux recherches ne peut pas être 
indifférente, alors même que celle impiueté, insaisissable par la balance et 
par les méthodes chiuiiriues usuelles, paraîtrait négligeable dans beau- 
coup de cas. Nous pourrions citer un grand nombre d'exemples de 
l'application de cette vérité, il nous suffira d'en ajouter un seul à ceux 
que nous avons déjà signalés. 

» La lialuie de l'ozone a été diversement interprétée par Schœnbein et 
par les divers savants (|ui se sont, après lui, occupés de ce corps mvst(''i i(;ux. 
Après l'avoir signalé comme un coips simple analogue au chloie, Sciiœiibein 
l'a considéré successivement comme uii composé d'azote, puis comme lui 
oxyde d'Iiydiogeue, puis enfin il s'est rallié à l'hypothèse que paraissaient 
justifier les iravaux remarquables deMM. Marignac, Fremy, lîecquerel, etc., 
savoir: que i'ozoïieserait un état allotropique de l'oxvgène, ou, en d'autres 
termes, selon MM. Fremy et Becquerel, de l'oxygène électrisé. M. Iloiizeau 
a logiquement et expérimentalement rattaché à l'ozone ses belles recher- 
ches sin- l'oxygène naissant, et ]MAL Aiiilrew et Tait ont pu leconnaître que 
la densité de l'ozone serait cinquante fois celle de l'oxygène. 

» Il est remarquable que l'hypothèse qui considère l'ozone comme de 
l'oxygène dans un état particulier n'a prévalu dans l'opinion des savants 
sur les autres hypothèses, qu'en admettant que l'oxygène qui a servi à pro- 
duire l'ozone aux mains des divers expérimentateurs était parfaitement sec 
et jiur, c'est-à-dire exempt d'eau et d'azote. Et, en effet, l'identité ou l'ana- 



( I6I ) 

logie d'action de l'ozone et du gaz nitreiix sur lesréactif>-, rapprochées de la 
proporlion infiniment petite d'ozone qui peut se produire au maxuiiUHi 
dans l'oxygène^ auraient donné une grande autorité et une grande vrai- 
semblance à l'hypothèse qui considérait l'ozone comme lui composé ni- 
treux, si l'on n'eiit écarté par ime fin de non-recevoir la question d'impureté 
des gaz. 

*» Si l'on admet avec nous, et comme déduction logique spéciale de nos 
analyses spectrales de l'oxygène préparé avec beaucoup de soins par toutes 
les méthodes connues, si l'on admet, disons-nous, qu'on ne peut obtenir 
l'oxygène pur, c'est-à-dire anhydre et exempt d'azote, l'hypothèse de l'oxy- 
gène allotropique perd sa base matérielle, et la nature de l'ozone consi- 
déré comme un composé d'azote reprend toute sa valeur et sollicite de 
nouvelles recherches. 

» Avons-nous besoin de faire remarquer que les derniers travaux de 
M. Fremy sur l'acide azoteux et la remarquable découverte que ce savant 
a faite d'un nouveau composé d'azote oxydant et réducteur donnent à 
l'hypothèse en question une valeur et une autorité nouvelles? En effet, si 
l'azote est l'un des éléments nécessaires à la production de l'ozone, le 
composé azoté doit être analogue à l'acide nitreux ou au produit nouveau 
de M. Fremy; il doit pouvoir se produire sous l'influence de l'éleciricilé 
dynamique ou statique, et se transformer sous l'influence des réactifs avides 
d'oxygène, pour se reproduire indéfiniment en présence de l'oxygène, conune 
cela a lieu dans les expériences de MM. Becquerel et Fremy et dans celles 
de MM. Andiew et Tait. 

» Rien dans les faits connus ne fait obstacle à une pareille interprétation, 
et nous dirons même que tous l'autorisent, avec un degré de vraisemblance 
et de certitude que ne comporte pas l'hypothèse tie l'oxygène allotropique. 
Comment comprendre, en effet, ime simple modification allotropique qui 
condenserait l'oxygène de manière à accroître sa densité au degré observé? 
Comment comprendre ce temps infini d'électrisation qui a été employé par 
MM. Becquerel et Fremy, poin- ozoniser coinplètement i centimètre cube 
d'oxygène en présence du réactif ioduré? Conunent admettre qu'une réac- 
tion aussi prompte que celle qui produit l'ozone soit aussi limitée dans sa 
puissance d'action, si elle n'était pas subordoiuiée à quelques conditions 
expérimentales inaperçues? 

« En attendant que nous puissions revenir avec d'autres éléments sur 
cette importante question, qui touche par plusieurs faces aux études di- 

C R., 1870, i<"- Semestre. (T. LXX, No 4.) 22 



( lf'2 ) 

verses et complexes qui nous occupent, nous demanderons la permission 
de terminer celle Note en rétablissant deux paragraphes supprimés de notre 
dernière Communication stu" l'analyse spectrale (i). 

M Après avoir signalé la présence inévitable de l'azote dans l'oxygène ré- 
puté pur, nous ajoutions : 

» Le spectrosoope, dans ces conditions, peut facilement déceler la présence de l'azote, et 
l'on observe souvent qu'avec des conditions de raréfaction convenables le sperlre de l'azote, 
qui ne devrait élre qu'accessoire et pour des traces dans le spectre collectif du mélange, se 
trouve en réalité être le spectre principal et dominant celui de l'oxygène, qui ne montre que 
quelques rares et timides raies. 

» Plus loin, à l'occasion des mêmes faits, nous écrivions les lignes sui- 
vantes, qui se rattachent directement à la présente Communication : 

» Ces faits ont probablement quelques relations intimes avec les faits mystérieux dont les 
gaz naissants et l'ozone sont les types. Ils couvrent certainement quelque grand secret des 
phénomènes chimiques, qui réclament de nouvelles études, et s'il nous est donné de pouvoir 
compléter l'ensenible de recherches que nous avons entreprises sur ces questions, nous 
pourrons peut-être fournir à la science quelques nouvelles et fécondes lumières. 

» Les explications développées dans cette Note établissent suffisamment 
que nous ne pouvons admettre l'explication que M. Hotizeau a proposée 
poiu" expliquer la présence de l'azote dans les gaz que nous avons exa- 
minés. Si cette explication était fondée, c'est-à-dire si nos tubes Geissier 
avaient péché par défitiit de purgation de l'air atmosphérique, on ne de- 
vrait trouver dans nos expériences nulle dilférence entre l'hydrogène et 
l'oxygène, quanta la présence de l'azote, ce qui n'est pas. La présence l'e- 
marquable et inévitable de l'azote en proportion notable dans l'oxygène 
est donc une particularité propre à ce gaz ou aux procédés de sa prépara- 
tion, et c'est là le point sur lequel nous appelons l'attention des savants. » 

ZOOLOGIE. — Recherches sur tes affinités natitrelles de rjEpyornis. Note de 
M. J.-J. BiANCoNi, présentée par M. Milne Edwards. (Extrait.) 

« L'Académie a. entendu, le ii octobre dernier, une Note qui lui a été 
lue par M. Alph. -Milne Edwards, sur les ossements à'jEproniis apportés 
dernièrement de Madagascar par M. A. Grandidier. Les observations de ce 

(i) Cette suppression a été faite en épreuves, pour conformer la publication aux règle- 
ments du Compte rendu. 



( >63 ) 
savant l'ont confirnip dans l'opinion, commnnément acceptée, que le grand 
oiseau de Madagascar élaif du groupe des Brevipennes : il n'admet pas, dans 
son récent travail (i), l'opinion que j'avais émise, dés i863, après l'examen 
des os tarso-métatarsiens, que V Mpyornis était de la famille des Vulturidés, 
et plus précisément un Sarcoramphe [i). 

» L'o|)inion sur les os récemment découverts, formulée par M. A.-Milne 
Edwards, avait ébranlé ma confiance sur la valeur de l'opinion que j'avais 
soutenue. Mais l'étude que j'ai pu faire d'un fémur et d'iui tibia, sur des 
moules que je dois à l'extrême bonté de M. Milne Edwards même, m'ont 
fait juger moins défavorablement de l'opinion que j'avais piofessée : il m'a 
semblé trouver beaucoup de caractères qui rapprochent \\£pyornis des 
Sarcoramplies. » 

ZOOLOGIE HISTORIQUE. — Noie sur le cheval aux letnps du Nouvel empire 
égjptien ; par M. F. Lenormant. 

« L'accueil bienveillant que l'Académie a daigné faire à ma Communica- 
tion sur les faits relatifs à l'âne et au cheval dans les monuments égyptiens 
de l'Ancien empire et dans le livre de la Genèse, m'encourage à lui sou- 
mettre une nouvelle Note, qui est la suite de la pretiiière, au sujet des faits 
relatifs à l'histoiie tlu cheval comme animal domestique, fournis par les 
monuments de l'Egypte appartenant à la période qu'on a pris l'habitude 
de désigner sous le nom de Nouvel empire. 

» J'ai montré que le cheval avait été inconnu à l'Egypte pendant toute la 
durée des siècles reculés de l'Ancien empire, et qu'il n'avait été introduit 
dans la vallée du Nil que par l'invasion des Pasteurs. Une fois introduit, il 
s'y natiM'alisa rapidement, et son usage s'y généralisa avec une prompti- 
tude comparable à celle avec laquelle il se répandit dans toute l'Amérique 
une fois que les Espagnols l'y eurent apporté. Au temps du ministère de 
Joseph, c'est-à-dire sous un des derniers règnes de la dynastie des Pas- 
teurs, sous le règne même où les princes ihébains commencèrent In grande 
lutte de la délivrance nationale, la Genèse nous présenîe le cheval comme 
un animal qui était dès lors universellement répandu en Egypte et qu'on 
élevait dans le pays même (Genèse, XLVii, 17). 



(1) Nouvelles observations sur /es caractères zoologiques, etc., de V JEpyornis de Mada- 
gascar; par MM. Alphonse-lNliliie Edwards et Alf. Grandidier. 

(2) Comptes rendus, i863. St'ir/ii sut tarso- metalarso degli uccelli, in particolare su 
i/uelio dell' ,E/j/ornis ; Bologne, i863. * 

22.. 



( 164 ) 

» Aussi les graiiiles représentations historiques des exploits des conqué- 
rants de la XVIIP et de la XIX* dynastie, et les représentations civiles des 
tombeaux de Thebes, à partir de la même époque, sont remplies de figures 
de chevaux. Les chars de guerre, d'une construction légère et traînés par 
deux chevaux, formèrent depuis ce temps luie des forces principales de 
l'armée égyptienne; ils sont figurés dans tous les tableaux de bataille. Un 
de ces chars, découvert dans une sépultme thébaine, existe en original au 
Musée de Florence. Le.s rois d'Egypte, à côté des chars, n'avaient pas, dans 
leurs troupes, de cavalerie proprement dite : le témoignage des monu- 
ments est formel à cet égard. Cependant l'ait de l'équitation n'était pas 
absolument iticonini. M. Wilkinson a publié une curieuse hache de la 
collection Sait, dont le fer, découpé à jour, offre la représentation d'un 
Egyptien, bien reconnaissable à son type et à son costume, qui est monté 
sur un cheval (Wilkinson, Manners and cusloms of ancient Ecjyplians, t. I, 
p. ^06, ficj. 2). Mais comme cette représentation est unique dans toute la 
masse de monuments égyptiens que nous possédons, il faut en conclure 
que, si l'équitation n'était pas tout à fait inconnue, elle était du moins d'un 
usage très-rare et que les Égyptiens n'employaient guère le cheval que 
comme animal de trait. 

» I/élève du cheval était d'ailleurs en Egypte l'objet des soins les plus 
attentifs dès le temps de la XVllP et de la XIX*^ dynastie ; on attachait uu 
grand prix à la pureté de la r.tce et à la connaissance des généalogies de 
ces animaux. Aussi prend-on toujours le soin, dans les bas-reliefs histori- 
ques, d'indiquer les noms des chevaux qui traînent le char du roi. C'est de 
cette façon que nous savons que l'attelage favori de RamsèsII (Sésosiris) 
s'appelait Puissance en Théboùie et Repos dans la région su/iérieure. Ces deux 
chevaux étaient ceux qui avaient tiré Ramsès, encore fort jeune, d'iui très- 
niauvais pas, lorsqu'il était tondre presque seul dans une embuscade des 
Khélas ou Héthéens, devant la ville de Kadesch, sur l'Oronte ; aussi le poème 
de l'entaour, traduit par M. de Rongé et destiné à célébrer cet événement, 
raconle-t-il que Ramsès ordonna de traiter désormais son attelage avec des 
égards tout à fiit exceptionnels. L'attelage de guerre de Ramsès III 
(XX* dynastie) portait 1rs noms (V^mmon xtainqueur dans sa puissance et 
de L'aimé d' Amman. 

» Mais ce qui est le plus intéressant à étudier dans les grandes compo- 
sitions qui retracent les batailles des rois de la XVIII'" à la XX' dynastie, 
c est la distribution du clieval chez les différents peuples que comballirent 
les Egyptiens à celte éjjoque, qui s'étend du xvil*au XIV* siècle avant l'èie 



( .65 ) 
chrétienne. Tons les peuples de la Syrie, les Chananéens de la Palestine 
[Kliali) et les Héthéens des bords de l'Oronte [Khela] sont figurés combat- 
tant sur des chars attelés de deux chevaux. La manière dont ils employaient 
le plus ordinairement cet animal était l'attelage, mais ils connaissaient 
aussi l'équitation et elle était même moins rare chez eux que chez les 
Égyptiens. Dans le bas-relief du temple souterrain d'Ibsamboul, où est 
figuré l'exploit de jeunesse de Raïusès II tievant Kadesch, nous voyons trois 
cavaliers dans les rangs des Héthéens (Champollion, Monuments de l'Eq^pte 
el de la Nubie, t. I, pi. XVII bis et XXII); l'un est armé d'un arc et un autre 
s'avance au combat au milieu d'un corps d'infanterie qu'il semble com- 
mander. La représentation du même combat siu' les pylônes de Louqsor 
contient la figure d'un guerrier héthéen à cheval (Champollion, t. IV, 
pi. CCCXXIX). A la salle hypostyle de Raruak, au milieu des Chananéens 
qui s'enfuient en toute hâte vers la ville d'Ascalon {/hqaluua), un person- 
nage, qui paraît un chef, est encore monté a cheval ( Lepsius, Denkm. aus 
Mcjypt. und jElliiop., abth. III, bl. i45). 

« Les Assyriens [Rolennu) font aussi habituellement usage du cheval et 
combattent sur des chars; à deux reprises, sous des rois de la XVIIP dy- 
nastie, sous Toutmès 111 (Wilkinson, t. I, pi. IV) et sous Toutanchamen 
(Lepsius, Denkm,, abth. III, bl. i i6), ils sont représentés apportant en 
tribut au Pharaon des chevaux de prix. Même visage du cheval et des chars 
de guerre chez les Arméniens (/(e/»e;ie/i on Jrmenen). On peut donc dire 
que d'après les monuments égyptiens, le cheval était universellement 
répandu dans tonte l'Asie antérieure à l'âge des grandes conquêtes pha- 
raoniques. 

» En Afrique, c'était tout le contraire. Là le cheval n'avait encore à 
cette époque pénétré que jusque dans l'Ethiopie de Napata, la Haute- 
Nubie de nos jours, avec tous les éléments de la civilisation de l'Egypte et 
même sa langue. Les nègres du Haut-Nil, contre lesquels les monuments 
nous font assister à tant de cond)ats ou plutôt à tant de razzias destinées 
à se procurer des esclaves, ne possédaient pas alors le cheval; les seules 
bêles de somme ou de trait que les représentations peintes ou sculptées 
montrent dans leur pays sont l'âne et le bœuf. Quant aux Libyens rie race 
blonde [Lebn et Maschuosch), qui, établis sur la côte septentrionale de 
l'Afrique, attaquaient la Basse-Egypte par l'ouest, ils combattaient exclu- 
sivement à pied, ils avaient des bœufs et des moutons, mais ils ne possé- 
daient pas le cheval. Ils n'avaient donc pas apporté cet animal avec eux 
dans la migration, très-récente alors, qui, du nord, les avait coneliiits /^ar 



( i66 ) 
mer en Afrique. Mais ils l'enipninlèrent bientôt à l'Egypte, car Hérodote 
montre plus tard leurs descendants, les Libyens des bords du lac Triton, 
combattant habituellement sur des cliars à quatre chevaux (Hérodote, 

IV, i78)._ 

» Les Égyptiens, même à l'époque de leurs conquêtes les pins étendues, 
n'ont eu de rapports qu'avec peu de peuples de l'Europe. Sous le régne 
de Ranisès III, cependant, deux nations « des îles et des côtes de la mer- 
» du Nord », c'est-à-dire de la Méditerranée, les Fakkaro, qui paraissent 
être des Thraces, et les Philistins [Palnsla), venus de la Crète, tentèrent 
une invasion par mer sur les côtes de la Palestine. Dans les compositions 
qui retracent, à Médinet-Abou , la défaite de ces deux nations par les 
troupes égyptiennes, peu de temps après leur débarquement, elles se mon- 
trent à nous en possession du cheval; en effet, elles ont à la fois des chars 
légers attelés de deux chevaux, sur lesquels leurs guerriers combattent à 
la façon des héros d'Homère, et de lourds chariots, traînés par des bœufs, 
où sont transportées leurs familles. 

)) Tels sont les principaux renseignements que les monuments de la 
XVIil", de la XIX* et de la XX*^ dynastie fournissent sur l'emploi du cheval 
chez les Égyptiens et chez les différents peuples avec lesquels ils étaient 
alors en rapport. Plus tard, l'élève du cheval , à laquelle l'Egypte était 
éminemment propre, y prit encore de plus grands développements, et les 
chevaux d'Egypte devinrent célèbres en Asie. Au temps de Salomon, le roi 
d'Israël tirait d'Egypte tous les chevaux de son armée et de sa maison, et, 
de plus, il faisait un fructueux commerce en en exportant du même pays 
pour les revendre aux rois des Araméens et des Héthéens des bords de 
l'Oronte. (I Reg. X, 28 et 29; Il Chron. ix, 28.) 

» Les haras étaient alors en Egypte une chose loyale, à laquelle les sou- 
verains consacraient une grande attention. M. Mariette a découvert au 
Gebel-Barkal (l'ancienne Napata) une très-curieuse stèle qui raconte com- 
ment, vers ^/p av. J.-C, un roi éthiopien, du nom de Piaiikhi-Mériamen, 
conquit momentanément l'Egypte, alors divisée entre une mtdtitudede petits 
princes rivaux (Mariette, Fouilles en Egypte, pi. I-VI. Voy. un important 
Mémoire de M. de Rongé, dans la Revue archéolocjique d'août i863). 
Au milieu des nombreux traits caractéristiques de moeurs que contient le 
long récit de ce monument, une chose ressort avant tout, c'est que l'élève 
du cheval |)our l'exportation était alors un des principaux produits de 
l'Egypte. Chaque petit roi local a son haras; ce qu'il peut offrir de plus 
précieux au conquérant, c'est k les prémices de son haras, les meilleurs 



( i67 ) 
chevaux de ses écuries. » Quant au roi éthiopien, à mesure qu'il s'empare 
d'un district, son premier soin est d'y inspecter lui-même les haras royaux. 
Dans lu) endroit, à Hermopolis de la Moyenne-Egypte, il trouve l'établisse- 
ment mal tenu, les chevaux en mauvais état; alors il entre dans une grande 
colère. « Par ma vie! dit-il, par l'amour du dieu Ra, qui renouvelle le 
» souffle à mes narines! il n'y a pas de plus grande faute à mes yeux que 
» de laisser affamer mes chevaux. » 

» Nous ne devons pas être surpris que, quatre-vingts ans après, quand 
un roi d'Assyrie, du nom d'Assourbanipal, prit et pilla Thebes d'Egypte, 
en 665, il ait avant tout mentionné dans les listes de son butin, inscrites 
sur un document cunéiforme que possède le Musée Britannique : « des 
grands chevaux «. Cette dernière épithète mérite d'être relevée, car elle se 
joint au témoignage des représentations sculptées dans les temples pour 
prouver qu'il s'était formé en Egypte une race de cheval particulière, plus 
haute et plus forte que celles de l'Arabie et de la Syrie. C'est la race qui s'est 
conservée intacte dans le Dongolah, et qu'on ne commence plus guère à 
rencontrer aujourd'hui qu'à partir d'Assouan. » 

PALÉO-ETHNOLOGIE. — Traces de l'atitliropopliac/ie dnns les temps antéliisto- 
riques, découvertes dans In qiotte de Montesquieu- Avantes [Ariège). Note 
de M. F. Garriooc, présentée par M. de Quatrefages. 

■ « L'anthropophagie dans les temps antéhistoriques est admise aujour- 
d'hui parSpring, Dupont, Schaffausen, Broca, Cari Vogt, etc., comme un 
fait acquis à la science. Les découvertes relatives à cette question n'étant 
pas encore très-abondantes, je n'hésite pas à signaler les faits suivants. 

» La caverne de Montesquieu-Avantes (Ariége) a été examinée tour à 
tour par M. l'ahbé Pouech et par moi. Mais c'est surtout M. Pouech qui y 
avait fait, jusqu'ici, les fouilles les plus importantes. M. F. Reguauld, de 
Toulouse, vient d'explorer de nouveau cette caverne; il a bien voulu sou- 
mettre à mon examen les pièces qu'il a recueillies. 

» Ces pièces proviennent d'un foyer de la surface, recouvert de stalagmite, 
et situé assez profondément dans l'intérieur de la caverne. Au-dessous, 
dans des argiles, étaient des ossements d'animaux d'espèces éteintes, grand 
ours et autres. Vers l'entrée, M. Pouech avait mis à découvert un gisement 
appartenant à l'époque du renne. 

)) Les objets provenant des foyers de la surface consistent en ossements 
de ruminants et ossements hmnains, tous cassés exactement de la même 



( i68) 
manière, portant cliMCiiTi les traces d'un instrument contondant, et des stries 
fines |)ro(lnites par un instrument tranchant; quelques-uns sont à moitié 
carbonisés. Les ossements humains consistent en fragments de crânes, de 
fénuirs, de tibias, (rhuuiérus, de radius, etc.; le canal médullaire est 
agrandi, comme si l'on avait voulu en extraire la moelle. Les ossements de 
ruminants sont, en cela, semblables aux ossements humains. Cet ensemble 
sii^nilie, d'après moi, que les hommes de l'âge de la pierre polie s'étaient 
livrés, dans la caverne de Montesquieu-Avantes, à des festins de cannibales. 

» Dans ces derniers temps, on a fait à l'opinion du cannibalisme anté- 
historique une objection qui me semble puérile : on a prétendu que les 
cassures produites sur les ossements humains ét.iient le résidtat de l'action 
exercée sur ces os par certains rongeurs. Il est incontestable qu'il y a des 
os fossiles entamés non-seidement par la dent des rongeurs, mais aussi 
par celle des carnassiers; j'en possède un grand nombre, et l'étude de ces 
os, faite compai'.itivement avec celle des os cassés de main d'homme, lève 
tous les doutes possibles sur cette question. 

» La dent des rongeurs laisse toujours une empreinte régulière, spéciale, 
se répétant jjar séries, et semblable à elle-même. On ne peut la confondre, 
à la rigueur, qu'avec des stries laissées par lui silex ou un instriunent de 
métal dentelés, mais, ici encore, un œil exercé ne peut commettre d'erreur: 
soit la série régulière des stries, soit leur ilisposition régulière, soit surtout 
leur longueur en rapport avec la largeur de la dent et avec l'écartement 
des mâchoires du rongeur, soit enfin les termes de comparaison directe, qui 
sont faciles à se procurer en faisant ronger des os par tels ou tels animaux, 
pourront donner des indications exactes. 

» Du reste, les ossements découverts par M.Regnauld ne présentent ab- 
solument aucune strie produite par les dents des rongeurs, sur les fractures 
multiples qu'ils portent. Bien au contraire, l'empreinte laissée par l'in- 
strument contondant qui a pioiluit la cassure existe sur le boid ilu point 
cas.sé. En un mot, ces ossements sont exactement seuîblables à ceux qui 
ont été admis au Congrès anthropologique international de 1867, comme 
étant les indices incontestables du cannibalisme. J'ai pu, moi-même, exa- 
miner plusieurs de ces spécimens en dehors du Congrès, et le doute ne 
me paraît pas possible. 

» Des quantités énormes (plusieurs centaines de milliers) d'ossements, 
cassés par la main de l'hounne, retirés deKjjoeken moddings de divers âges, 
et ayant appartenu soit à l'honnne, soit à d'autres animaux, sont passés dans 
mes mains. Je puis avancer que tous sont exactement semblables entre eux 



( 1^9 ) 
quant au mode de cassure. Je ne crains pas d'ajouter actuellement, ainsi 
que je l'ai fait ailleurs (Bulletin de la Société (i zinthropolocjie de Paris, t. II, 
2'^ série, p. 326; 1867), et aujourd'hui avec l'opinion de Stenstrup, for- 
mulée dans diverses circonstances, que, d'après le mode de cassure seul, 
on peut reconnaître si un os a été cassé ou non par la main de l'honune. 
)) En présence de spécimens aussi concluants que ceux de la grolle de 
Montesquieu, je ne crains pas de dire, d'accord en cela avec Spring, Dupont, 
Schaffausen, Broca, Cari Yogt, Stenstrup, etc., que l'homme primitif, sem- 
blable aux sauvages de notre époque, a été anthropophage. » 

M. ScouTETTE.\ adresse, de Metz, une nouvelle Note sur l'amélioration 
et la conservation des vins par l'électricité. 

De nouvelles expériences, effectuées avec la pile, avec la machine delloltz, 
avec la machine de la Compagnie l'Alliance, ou avec la machine de Laad, 
conduisent l'auteur à conclure que « l'électricité, sous quelque forme 
qu'elle agisse, soit par courant continu et direct, soit par courant d'in- 
duction, soit par étincelle, agit toujours sur les vins de la même manière : 
elle les modifie, les vieillit et les améliore. » 

Quant au mode d'action de l'électricité, il pense que « les substances 
salines tenues en dissolution dans le vin rendant le liquide conducteur, le 
bitartrate de potasse est décomposé : la potasse mise en liberté vient saturer 
l'acide du vin, et lui enlever ce que les vignerons appellent \a fierté : quant 
à l'acide lartriqne, il agit peut-être sur la matière grasse existant dans le 
vin, et favorise la formation des éthers qui lui donnent son bouquet. Enfin, 
une certaine quantité d'eau est évidemment tlécomposée, et donne au pôie 
négatif un dégagement d'hydrogène, et au pôle positif un dégagement d'oxy- 
gène: comme l'oxygène, à l'état naissant, est doué de propriétés énergiques, 
il doit produire immédiatement les nouveaux composés qui constituent les 
vins vieux, et qui, pour se produire, auraient exigé beaucoup de temps et 
de soins. » 

M. Ai.LÉGKET adresse, de Clermont, uneNote ayant pour titre « Remarques 
sur la représentation géométrique des fonctions elliptiques de première 
espèce, par lesquelles on démontre que les courbes remarquables étudiées 
par MM. J. LiouvillecX J.-J. Serret, dans divers Mémoires, sont les invrrses 
de certaines épicycloïdes planes «. 

Celte Noie sera soumise à l'examen de M. Serret. 

C. R., rt'7o, \"^ Semesue. (T. LXX, N» 4.) ^3 



( 170 ) 
31. d'Avezac, de l'Académie des liiscriplions et Belles-Lettres, fait hoin- 
mageà l'Acaclémie d'une hrocliure portant ponr titre « Les navigations terre- 
neuviennes de Jean et Sébastien Cabot » . 

A 4 beures, l'Académie se forme en Comité secret. 

C03IITÉ SECRET. 

La Commission composée des trois Sections d'Astronomie, de Géométrie 
et de Navigation, présente, par l'organe de M. deTessan, la liste suivante 
de candidats pour la place devenue vacante au Bureau des Longitudes, |)nr 
suite du décès de I\l. Darondeaii, ingénieur liydrograpbe : 

En première ligne M. de La Roche PoxciÉ. 

En seconde ligne M. Gaussix. 

Les titres de ces candidats sont discutés. 
L'élection aura lieu dans la procbaine séance. 

La séance est levée à 5 heures. D. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 

L'Académie a reçu, dans la séance du lo janvier 1870, les ouvrages dont 
les titres suivent : 

Pi on ranime d'un nouveau mode (Censeignemcid de la géomclrie élémentaire; 
par M. Fuix. Amiens, 1867 ; br. in-S". 

Bulletin de la Société impériale des Naturalistes de Moscou, publié sous la 
rédaction de M. le D'' Renard, 1868, n"' 3 et 4- Moscou, 18G9; 2 vol. 
in-8". 

Le tiret la (liasse sous Napoléon III ; par M. A. L)l': LoutiMEL. Paris, 1870; 
ui-r 2. (En épreuves.) 

Jiniales academici CICICCCCLXIV-CICICCCCLXV. Lugduni-lialavo- 
rum, 18G9; in-4". 

The... Journal lie la Société de Chimie, avril à septembre 1869. Londres, 
1869; in-8". 



( >7' ) 

Annivei'saiy . .. Réunion anniuersaifc de la Sociale de Chimie du 3 mars 1 869. 
Londres 1869; br. \n-8°. 

On... Surin tlitorie ntomiquc; parM. A.-W. Wii.LlAMSON. Loiuli-es, 1869; 
br. in-8°. 

Elementi... Eléments de géométrie; par M. V. Safato. Lecce, 1869; 
br. iii-8°. 



L'Académie a reçu, dans la séance du 17 janvier 1870, les ouvrages 
dont les titres suivent : 

Bibliothèque de V Ecole des llaules-Eludes, publiée sous les auspices du Mi- 
nistère de rjnstruclion publique. Section des Sciences naturelles, t. 1". Pittis, 
1869; in-8° avec atlas in-folio. 

Carte géologique du versant occidental de l'Oural; par M. V. DE Môller ; 
1869, collée sur toile, avec étui. (Présentée par M. de Verneuil.) 

Météorologie religieuse et mystique; par M. E. Giîellois. Metz, 1870; 
I vol. in-8". (Présenté par M. Cli. Sainte-Claire Deville.) 

E. Millon. — Sa vie, ses travaux de cbinne, et ses études économiques et agri- 
coles sur r Algérie. Paris, 1870; in-8° avec portrait, (l'résenté par M. Che- 
vreul.) 

Deuxième Mémoire sur les Foraminifères chi système oolithique : zone à Am- 
monites Parkiiisoni de la Moselle; par M. O. TerQUEM. Metz, 1869; in-8°. 
(Présenté par M. Milne Edwards. ) 

Lettre à MM. les Membres de C Académie des Sciences sur le Cliarles-et- 
Marie; parM. Charles DE Biuague. Paris, 1869; in-ia. 

Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, t. III, 2"= fascicule. Paris, 
1869; in-8°. 

Commission hydrométrique et des orages de Lyon, 1867 et 18G8, 2/1" el 
aS*^ années. Lyon, 1869; 2 vol. in-8''. 

List... Liste des J)Iembres de la Société géologique de Londres, 1''' novembre 
1869. Londres, 1869; in-S". 

Rivista... Revue scientifique el industrielle des piincipales découvertes et in- 
ventions faites jjendant l'année 1 8G9 ; par M. G. VlMERCATI, t. P'', 1869. 
Florence, 1869; in-18. 

Bullettino... Bulletin de Bibliograiihie et d'Histoire des Sciences mathéma- 



( n-^ ) 

tiques el jjiiyiiijucs, iiuhlié par M. B. BONCOMPAGiNi, t. 11, juillel 1669. Rome, 
1869; iii-4°. (Présenté par M. Chasles.) 

Annuario... Annuaire de l'Université de Coimbre, 1869-1870. Coitnbre, 
1869; in- 18. 

Bijdrage... Matériaux pour servir à la connaissance des langues et dialectes 
dans les Iles de Luzon, Lesocncj, Panai, Honr/-Hong, Biilnn</ingi, Suloij, Sanqi, 
et dans le nord et la partie moyenne des Célcbes; par M. J.-G.-F. RiEDEL. Sans 
lieu ni date; br. in-Zj" avec une carie. (Présenté par M. Miine Edwards.) 



L'Académie a reçu, dans la séance du 24 janvier 1870, les ouvrages dont 
les titres suivent : 

Direction générale des Douanes. Tableau général du Conxnierce de lu France 
avec ses colonies et les puissances étrangères pendant i année 18G8. Paris, dé- 
cembre 1869; grand in-4". 

Vannée scientifique et industrielle; ])nr M. Louis FiftUlER, i4*';ninée, 18G9, 
contenant une carte du canal de Suez. Paiis, 1870; in- 12. 

Prairies et pknites fourragères ; par M. Ed. VlANNli. Paiis, 1870-, i vol. 
grand in-8° avec 170 figures. 

Thèses présentées à la Facidté des Sciences de Paris / our obtenir le grade de 
docteur es sciences naturelles; par M. J.-O. -Edmond Pkriuei!. i™ Tlièse : 
fieclieicbes sur les pédicellaircs et les ambubicres des /literies et des Oursins. 
2* Thèse : Propositions de Géologie et de Botanique données par cette Faculté. 
Paris, 1869-, in-4*' avec planches. (Présenté par M. de Quatrefages.) 

Applicazione.. . xtjtplications de la inéiliode Pasteur pour la reproduction des 
graines indigènes de vers àsoie; par ÎM, C. Bellotti. IMilan, 1869; br. iu-8'^. 
(Extrait des Jetés de la Société italienne des Sciences naturelles.) (Présenté par 
M. le Maréchal Vaillant.) 

Noiizia... I\o!ice inédile relative à Bonavenlure Cavalieri; par M. Ferd. 
JaCOBI. Rome, 1869; in-4''. (Extrait du tome II du Bulletin de biblio- 
graphie et dltisloire des Sciences malliéniatiques et plirsi(pu's.) (Pi'ésenté par 
M. Chasles.) 

( La siiUe du lUiiietin au prochain nitmcio.) 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SÉANCE DU LUNDI 51 JANVIER 1870. 

PRÉSIDENCE DE M. LIOUVILLE. 



MEMOIRES ET COMMUIVICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

« ZOOLOGIE. — 31. AcG. DcMÉRiL fait les oljservations suivantes, m propos 
d un ouvrage de M. Jos. Bianconi, de Bologne, ouvrage qui a pour tilre : 
Speciminn zooloqira mosambicana (1850-1867), et dont il présente à l'Aca- 
démie les dernières livraisons. 

» Les zoologistes, qui sont déjà en possession de trés-intéressanls ma- 
tériaux pour la connaissance de la faune du Mozambique, grâce au voyage 
et aux travaux de M. W. Peters, de Berlin, doivent se féliciter de l'acliè- 
vement de l'œuvre entreprise par M. Bianconi, puisqu'elle leur apporte 
un utile complément pour leurs éludes, 

» Ce n'est point une faune complète cpie le Professeur de Bologne a 
voulu donner. Il informe, en effet, dès le déljut du livre, que son but est 
de faire connaître les animaux recueillis en Mozambique par le chevalier 
Ch. Fornasini, et dont celui-ci a fait présent au Musée de Bologne. Il est 
question, dans cet ouvrage, de toutes les classes, à l'exception des insectes, 
parce que l'examen de ces derniers a été confié aux soins de M. Jos. Ber- 
toloni. 

)) Aux descriptions sont jointes des planches, qui représentent un assez 
grand nombre d'espèces de tous les groupes, et dont plus de la moitié est 
consacrée aux Reptiles, aux Batraciens et aux Poissons. » 

C. R., iS^o, i"' Semestre, (l. LXX, N" o.) ^4 



( '74 ) 

IXOMIIVATIOIVS. 

L'Académie procède, par la voie du scrutin, à la formation d'tuie liste 
de deux candidats pour la place laissée vacante au Bureau des Longitudes, 
par le décès de M. Darondeau. 

Au premier tour de scrutin, destiné à choisir le premier candidat, 

M. de la Roche-Poncié obtient 4" suffrages. 

M. Gaussin 3 » 

Au second tour de scrutin, destiné à choisir le second candidat, 
M. Gaussin obtient 4^ suffrages. 

En conséquence, la liste présentée par l'Académie sera composée comme 
il suit : 

En preniitie ligue M. de la Roche-Poncié. 

En seconde lujne M. Gaussin. 

MÉMOIRES LUS. 

ART DES CONSTRUCTIONS. — Sur un projet de communication à établir entre la 
France et l' Angleterre. Note de M. Vérard de Sainte-Anne. (Extrait.) 

(Commissaires : MM. Charles Dupin, Combes, de Saint -Yenanl.) 

<i ... Depuis des années déjà, l'Académie est saisie d'un projet de pas- 
sage sous-marin entre la France et l'Angleterre. Postérieurement, deux 
autres projets se sont produits, qui consistent à établir un remblai complet 
entre les deux continents. Un autre projet, qui a reçu une grande publicité, 
a pour but la construction d'iui |)ont en fil de fer au-dessus des eaux. Tout 
récemment encore, d^ms un meeting anglais, un autre projet a été |)réco- 
nisé; il consisterait à niveler le fond du canal, et à établir entre Douvres 
et Calais « un tube en fer forgé, qui reposerait au lond de la nier, et dans 
» l'intérieur duquel serait construit nu chemin de fer atmosphérique. » 

» L'Académie comprend d'avance que je ne saluais avoir ici la pensée 
d'entrer dans les détails de ces différentes combinaisons, et moins encore 
de chercher à déniunlrer, au point de vue pratique, ce qu'ils renferment de 
bon ou de uiauvais. 



( '75 ) 

» Le projet sur lequel je prends la liberté d'appeler l'attention particu- 
lière de l'Académie m'a été inspiré par un ensemble imposant de travaux 
accomplis sur différents points de l'Europe dont j'ai fait l'étude, et qui ne 
laissent aucun doute sur la possibilité de le niettie à exécution. 

» Le premier plan de mon projet, indiqué par le dessin que j'aurai 
l'honneur de mettre sous les yeux de la Commission, consiste en un travail 
d'enrochement et de construction en béton, avec arches, qui laissera une 
liberté complète à la navigation de troisième ordre, cest-à-dire aux mou- 
vements des bateaux pêcheurs. 

» Dans le second plan du dessin, les enrochements et les piles seront 
également en béton; elles soutiendront le tablier d'un pont ouvert, en fer 
forgé, établi à une élévation suffisante pour laisser un libre cours à la navi- 
gation de deuxième ordre, c'est-à-dire à la navigation à vapeur. 

» Le troisième plan, dont les bases et l'ensemble des matériaux sont de 
même nature que les deux qui précèdent, sera surmonté d'un pont tubu- 
laire en fer, du modèle de celui que l'éminent ingénieur, M. Robert 
Stephenson, a fait construire il y a vingt ans, sous lequel naviguent libre- 
ment les navires de commerce du plus grand tonnage, et ceux du plus haut 
bord de la marine militaire. 

» Ces enrochements et passages, il est à peine besoin de le faire remar- 
quer, peuvent être modifiés et combinés selon les besoins du passage des 
eaux et les mouvements de In navigation. 

» Le centre du détroit, quatrième plan du dessin, consiste en un enro- 
chement continu, ou île artificielle, dans lequel il sera ménagé à volonté 
des ouvertures, en nombre suffisant pour faciliter, soit le déversenient des 
eaux, soit la libre circulation des bâtiments à voiles et à vapeur. 

» En examinant la Carte qui porte les sondages et mes tracés, au nombre 
de dix, on est frappé du peu de profondeur des eaux, de la direction des 
courants, de celle des bancs de sable et de la facile exécution des travaux 
du passage. 

» De tous les projets produits jusqu'ici, celui que j'ai l'honneur de com- 
muniqtier à l'Académie et de soumettre à la haute appréciation de ses 
Membres me paraît i-épondre le plus complètement à tous les besoins, à 
toutes les exigences que comporte l'oeuvre simple et grande dont il s'agit. « 



24 



( '76 ) 



MEMOIRES PRESE^TES. 

M. CoLix adresse à l'Académie un atlas in-folio, complétant son travail 
« sur les Trichines et la Trichinose ».Cet atlas renferme 80 figures, relatives 
aux formes diverses des kystes trichineiix chez l'homme et les animaux 
domestiques, à leurs altérations, aux migrations des embryons dans les 
muscles, au développement de l'helminthe dans l'intestin et à son ana- 
tomie. 

(Renvoi à la Commission du prix de Médecine et de Chirurgie.) 

M. G. -A. OsKAMP adresse, de Willemsoord (Hollande), un Mémoire 

ayant pour titre « Théorie électro-statique ». 

(Commissaires : MM. Faye, Edm. Becquerel, Jamin.) 

M. E. Gaillet soumet au jugement de l'Acadéiuie une « Description d'un 
nouveau système de labourage à la vapeur, au moyen d'une seule loco- 
mobile ». 

(Renvoi à la Section d'Economie rurale.) 

M. G. Barracaxo adresse, de Naples, divers documents, imprimés ou 
manuscrits, concernant une méthode de traitement du choléra. 

(Renvoi à la Commission du legs Bréaut.) 

M. MÉHAY adresse la quatrième Partie de ses « Études sur la betterave à 
sucre », et prie l'Académie de vouloir bien la comprendre, avec les trois 
jjremiéres, parmi les pièces destinées au concours des piix de Physiologie 
expérimentale (fondation Montyon). 

(Renvoi à la future Commission.) 

M. DE Plag.mol adresse une Note concernant la u)aladie dite des morts- 
fiais chez les vers à soie. 

(Renvoi à la Commission de Sériciculliu'e.) 

M. CuAMARD adresse une nouvelle Lettre concernant la tlirection des aé- 
rostats. 

f Renvoi à la Commission des Aérostats.) 



( '77 ) 
M. D.4RGET exprime le désir que l'Académie veuille bien lui faire con- 
naître son opinion sur les divers travaux de Géométrie qu'il lui a 

adressés. 

(Renvoi à la Commission précédemment nommée.) 

M. Causard prie l'Académie de considérer comme non avenues les pièces 
qu'il lui a adressées pour le concours relatif aux applications de l'électri- 
cité à la thérapeutique : il désire compléter ses recherches, avant de les lui 
soumettre définitivement. 

(Renvoi à la Commission.) 

CORRESPONDANCE. 

M. LE Secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces imprimées de la 
Correspondance, deux brochures de M. Leymerie, portant pour litres 
« Note sur l'origine et les progrès de la question relative au type gariim- 
nien » et « Nouvelles observations sur la non-existence de la houille dans 
les Pyrénées françaises, entre les gîtes extrêmes de la Rhinie et des Cor- 
dières ». 

HYDRODYNAMIQUE. — Essai sur la théorie de C écoulement d'un liquide par un 
orifice en mince paroi (suite). Note de M. J. Bocssinesq, présentée par 
M. de Saint-Venant. 

« Pour achever de déterminer f{or^j), il faudrait trouver l'expression 
de <p, non-seulement pour les points intérieurs au vase, mais aussi pour 
ceux de la veine qui s'écoule. En supposant le mouvement permanent 
établi, les conditions à vérifier seraient, outre l'équation AjÇ ^ o : i^que 
les trois dérivées de (p en oc, y, z sont nulles dans le vase à une distance 
infinie de l'origine; i° que la troisième est nulle, en outre, sur la paroi où 
est percé l'orifice; 3" qu'en tous les points de la sinface libre de la veine, 
dont l'équation est V' ou Ajç = 2g7/, la vitesse est tangente à cette surface, 
c'est-à-dire que celle-ci coupe normalement les surfaces (j? = const. jusqu'à 
celle de ces dernières, dite section contractée, qui est à peu près plane et sur 
toute l'étendue de laquelle on a sensiblement Y" ou A"J(p = const. Mais, 
faute de pouvoir résoudre cette question, je me contenterai d'étudier, en 
admettant une fortne de la fonction J qui ne peut manquer d'être assez 



( '78) 
approchée, les dpiix cas où l'ouverture est, soit une fente longitudinale de 
longueur indéfinie, à bords parallèles distants de a/;, soit un cercle de 
rayon R. 

» Dans le premier cas, l'axe des x étant supposé parallèle aux bords de 
l'orifice et à la distance b de chacun, y^ sera, par raison de symétrie, une 
fonction paire de j", indépendante de jc. L'intégration par rapport à ^ 
pourra se faire dans le second membre de (i), et, si l'on appelle — ?i, Sj 
les deux valeurs limites de ^, constantes et très-giandes [)ar rapport à JC,j', 
z, y;, on obtiendra, en négligeant des quantités très-petites qui disparaissent 
pour £,, ^2 infinis, 

(4) ?='^^^£"y(-'))^^-'7-^£y(-^)iog[:^=+(>î-.rr]^-.. 

» Les dérivées de y en :; et en ^ seront, si l'on pose dans la première 

Y] — y = zq, et, dans la seconde, vj — j' = vj'. 



u' ou -r 

dz 



(5) 



_irfiz±i5idq, 

. on ;? = - 1 r f(:r~.')-fy^^') ^,, 



» Pour z = G, il vient bien tv = — fij)- Quant à l'expression de v, si 
j est plus grand que b, J\j-^ ri') y est nul, et l'on peut n'y faire aller y;' 
que de J- — h ^ j'-i- b, car /{j^ — >7') = o en dehors de ces limites; pour 
^ compris entre zéio et h, il suffit de faire croître yj', d'abord de zéro à b — j', 
puis, en négligeant^ {j -+- vj'), de b — 7" à b -^ j. 

« Lt fonction f, étant paire et devant s'annuler pour ^ = et y=b, 
est de la forme 

U est assez naturel d'admettre qu'on peut y faire nuls, à une première 
approximation, les coefficients c', c",..., pour ne garder que c. Alors v, cal- 
culé d'après (5) pour le bord de l'orifice, vaudra — ic divisé par 3?:, et, 
comme ce résultat doit être égal à — vay/', '1 viendra 

o /» h 

(t) c= — \/2^'/^ dépense=/ f{j)df^=^-ib\2gli=io,(!):î'6Z'><'2b\J2glï. 
» Ainsi le coefficient de dépense doit être sensiblement 0,628, lorsque 



( 179 ) 
l'orifice est un rectangle, et que les mouvements se font dans des plans per- 
pendiculaires à ce rectangle et parallèles à une de ses dimensions. Et, en 
effet, M. Lesbros lui a trouvé une valeur comprise entre o,6i4 et o,63g, 
dans le cas d'un orifice vertical de o'",o5 de hauteur, c'est-à-dire assez 
large pour ne pas offrir beaucoup de prise aux frottements et à l'action 
capillaire, tout en étant très-étroit par rapport à la distance des bords 
du rectangle à la surface libre et au fond, conditions que suppose notre 
analyse. 

» Les vitesses données par les formules (4) et (6) sont symétriques par 
rapport au plan des zx et ne changeront pas si ce pian devient une paroi, 
c'est-à-dire si l'oriBce, rectangulaire el, par exemple, vertical, a son bord 
inférieur au niveau du fond horizontal du réservoir, fond qu'on suppose 
prolongé au dehors, et s'il est de base indéfinie, ou bien, si, ayant sa base 
finie, il est limité latéralement par des parois du réservoir perpendiculaires 
à cette base et prolongées également au dehors. Le coefficient de dépense 
sera donc encore 0,628 : ce cjui est bien, à très-peu près, conforme aux 
résultats des expériences de M. Lesbros. 

» Passons actuellement au cas d'un orifice circulaire de rayon R, et 
soient /• la droite, parallèle au plan des jcy, menée de l'axe des z à un point 
quelconque {x, > , z), d l'angle de cette droite avec l'axe des x. La fonc- 
tion^ sera, par raison de symétrie, de la iorme J (a:^ -h J'^) ou J{r'-), el, si, 
dans le dernier membre de(i), où x = rconQ, j":= rsinS, l'intégration par 
rapport à oj se fait, non pas de zéro à 27:, mais, ce qui revient au même, île d 
à ô + 271, on pourra remplacer co — 6 par 0/, et ^ ne dépendra que de /• et 
de z. La vitesse horizontale sera dirigée suivant le rayon /■; elle s'obtiendra 
en multipliant res|iecliven)ent l'expression (3) de u et l'expression pareille 
de t' par cos5, sin5, et ajoutant, ou, plus simplement, en faisant, dans (3), 
X =^ r, j ^=2 o. On aura ainsi 



/Q\ ^t ' r ^ r'^/(r-+p'—-2rpcosa)—f(r'-h-û'+2rûCOSo>) , , 
(«) ^ = -r/ COSurfoW ^ C L _ e 1^ ^,-,/p_ 

» Pour r > B.,J{r- -\- p'^ -h 2rp cosw) est nul, et il suffit de faire varier p 
entre les limites i-cosw zp \JR- — r'- sm'- 0,, et oj entre les lunites zéro el 
arcsin — ; pour ;■< R, il faudra faire croître u de zéro a -, et p, pourchaqiie 

valeur de w, d'abord de zéro à — /cosw + v^R'' — /-^sin^w, puis, en iiégii- 
geant_/(/- + fy=4-2/|2cosw),decettederinerelimiteà rcosw-f-vR" — ''^sin- w. 



( i8o ) 
Eli parliculier, la vitesse sur le contour de l'orilice sera 



» 2 /» 2R COS W J 



COSW (Iw l y (R^ + P^ — 2Rp COSW) 

«-'0 " P 

» Les considérations employées pour établir la formule (6) donneront 

(.0) /(,.)=(. + .'i;+c"^+...)^(i-^)-, 

seulement, les actions qui rendent la vitesse très-petite vers le milieu de 
l'orifice auront plus d'effet que dans le cas de la formide (6), parce qu'elles 
s'exerceront tout autour de l'origine, et non plus dans le seul sens de l'axe 
des J-; donc le développement dej {r'^) devra commencer par une puissance 
de /supérieure à la seconde, et l'on aura une j)remière approximation en 
faisant nuls c, c",..., et ne gardant que c' . Alors la relation (9) donne 
c' égal à 3-5^77i\ 2gA divisé par 628 (*), et l'on trouve ensuite 

(11) dépense = 271 I J {r'^)rdr= —nii- = o,6566t:R^ \2gf1 . 

(*) En général, si l'on appelle s le quotient de p par R, et qu'on suppose nuls tous les 
coefficients c, c' , c",. . ., à l'exception de cl"~'\ la relation (cyi devient aisément 

c'"""" r^ />2cosej 

yag^/i = 1 A„cos'Mf/M, où A„ =r I [i -T- s- — 2s coso>]"ds. 

''^ l'o Jo 

D'ailleurs, une intégration par pailles, suivie de quelques transformations faciles, donne la 
formule 

2 cosu r . A„_,n 

A„ = \ \ -\- n sin'w 5 

2« -I- I [_ cosw J 

d'où 1 on déduira A, , A:, A3, . . . à partir de Ao. 

On passerait sans difliculté de ce cas, pour le calcul du second membre de (9), à celui où 
l'on conserverait dans la relation (10) jjlusieurs coeflicitnts, dont l'expérience serait ensuite 
appelée à déterminer les rapjjorts. Mais je crois que ce calcul ne serait pas tiès-utile, si l'on 
continuait à néjjliger les frottements et les autres causes perturbatrices, telles, par exemple, 
dans le cas d'ouvertures très-|)etites, que l'épaisseur de la paroi où est percé l'orifice; car 
l'erreur que l'on commet sur la dépense en ne gardant que c' doit provenir surtout de ces 
causes. La preuve que leur influence est assez sensible se trouve dans les variations du 
coefficient effectif de la dépense avec la cliarye et le rayon de l'ouverture, tandis qu'au 
contraire les conditions données plus haut pour déleimincr ./(j^, ,> ) conduisent pour tous 
les orifices de même forme, ainsi qu'on le reconnaît sans avoir besoin d'intégrer, à deâ 
veines semblables, à des vitesses pareillement distribuées et proportionnelles à la racine 
carrée de la charge, et, par suite, à un coefficient de dé|)ense constant. 



( <8. ) 

» L'expérience montre que le coefficient de dépense, au lieu d'être 
exactement o,6566, se trouve égal ou un peu supérieur à 0,62, quand le 
rayon n'est pas très-petit, tandis qu'il devient sensiblement plus grand 
pniu- des rayons inférieurs à o™,oi. 

» Observons que ce coefficient doit peu varier avec la forme de l'orifice, 
puisqu'il est presque le même dans les deux cas, les plus opposés possible, 
d'iui orifice circulaire et d'iui orifice rectiligne infiniment allongé. » 

ÉLECTRO-CHIMIE. — Remarques concernant te procédé employé par M. Adams 
pour produire les dépôts de nickel. Extrait d'une Lettre de M. Gaiffe à 
M. le Secrétaire perpétuel. 

«... Malgré les travaux de MM. Sniee, Beccjuerel, Jacobiet tant d'autres, 
malgré les qualités bien connues du nickel, la galvanoplastie de ce métal 
n'était pas sortie du laboratoire, et tontes les tentatives faites depuis vingt 
ans par l'industrie, poiu' en tirer parti, étaient demeiuées infructueuses. Il 
restait donc quelque chose à trouver. 

)) Sans doule, tous les procédés peuvent servir à déposer le nickel ; mais, 
jusqu'à présent, ceux qu'a indiqués M. Adams donnent seuls la marche 
sûre, régidiére et économique sans laquelle une exploitation est impos- 
sible. Sans doute, la présence de la potasse, de la soude, de la magnésie, 
etc., etc., n'est pas un obstacle absolu à la formation du dépôt; mais les 
chlorure et sulfate doubles et neutres de nickel et d'ammoniaque, qui ne 
contiennent pas trace d'alcali fixe, peuvent seuls, jusqu'à présent, fournir 
des bains qui s'cntreîiennent par un anode soluble, et n'ont jamais besoin 
d'être renouvelés. 

» Ce que j'avance ici me parait incontestable, puisque, cjuand partout 
ailleurs les résultais sont encore disculablcs, les Etats-Unis possèdent déjà 
dix usines qui livrent à la consommation des objets de toute nature cou- 
verts de nickel. » 

« 3I^Î. Bf.cquerf.i. se bornent, à propos de la Lettre précédente, à renvoyer 
aux réponses qu'ils ont faites dans les deux dernières séances fie l'Aca- 
démie (i). Ils font remarquer encore l'inexaclitiide des assertions énoncées 
antérieurement, savoir : que la présence de la potasse et de la soude nuit 



(i) Comptes rcnrliis, t. LXX, p, 12^ et 187. 

f;. R., l^■7o, i" Scm!-5ii-r. 'T. LXX, N" 5.) 



( i82 ) 
au flepôt de nickel, puisqu'ils ont nionlré qne ce dépôt avait lieu avec des 
doubles combinaisons contctiant ces bases avec addition d'ammoniaque. 
Quant à la distinction que l'auteur de hi Lettre veut faire entre nn procédé 
de laboratoire et un procédé indnsti-iel, elle n'a pas raison ti'èlre, puisque 
les deux procédés sont semblables et qu'il suffit d'appliquer le premier 
pour qu'il devienne industriel. » 

CHIMIE. — Sur la ti\nisfonnatioii dit soufre octaédrique en soufre insoluble 
sous Ciii/luence delà lumière. Note de M. A. Lallemand. 

« Depuis les recherches de M. Schrœtter sur les états alloli'opiques du 
phosphore, on sait que la lumière agit sur ce corps pour le transformer en 
phosphore rouge. Cet agent se comporte de la même manière à l'égard du 
soufre, et voici dans quelles circonstances j'ai observé cette modification 
moléculaire du soufre soluble. Si l'on enferme dans un matras de verre, 
scellé à la lampe, une solution concentrée de soufre dans le sulfure de 
carbone et qu'on la soumette à l'action des rayons solaires concentrés 
par une lentille de quartz ou de verre, on voit se former en quelques 
secondes, au point où le faisceau lumineux pénètre dans la solution, 
une tache jaunâtre de soufre insoluble, dont l'épaisseur s'accroit ra- 
pidement ; en même temps, l'intensité de la lumière émergente s'affai- 
blit de plus en plus. Sur le trajet du faisceau et surtout dans le voisinage 
du point d'incidence, la solution se trouble, en se chargeant de particules 
extrêmement ténues de soufre insoluble. L'analyse prismati(|ue de la lu- 
mière émergente montre que le spectre lumineux manque de tous les 
rayons compris entre les raies G et H et que le spectre ultra- violet a disparu 
en entier; depuis la raie A jusqu'à la raie G, au contraire, le spectre lu- 
mineux est resté intact, et ne renferme pas d'autres raies que celles du 
spectre solaire. C'est donc la force vive correspondante aux rayons chi- 
miques qui a été absorbée par la solution, et employée au travail molé- 
culaire qu'exige la transformation du soufre soluble en soufre amorphe. 

» Le phosphore en dissolution dans le sulfiue de carbone donne lieu au 
même phénomène. On voit aussi se former, au point où pénètre le filet lu- 
mineux, une tache jaune de phosphore amorphe, qui devient ensuite d'un 
rouge brun; mais l'action est moins vive qu'avec le soufre, et exige plus de 
temps. On nïconnaît en effet que la lumière émergente renferme encore 
tous les rayons lumineux. Il n'y a d'affaiblissement sensible qne dans le 
voisinage de la raie H; au delà de cette raie, les substances phosphores- 



( i83 ) 
ceiite révèlenl encore la présence des rayons chimiques les moins réfran- 
gibles; mais, après la raie N du spectre chimique, tons les rayons ont dis- 
paru ». 

PHYSIQUE. — Action diimacjnètisme sur les gaz raréfiés. Note fie M. L. Daniel, 

présentée par M. Cahours. 

« Plûcker et M. de la Rive ont étudié, à des points de vue différents, 
l'action du magnétisme sur les décharges électriques à travers les gaz raré- 
fiés (i), et, tout réccnunent, M. Trêve a publié stu' la même question un 
travail très-intéressant. 

» J'ai, de mon côté, fait, sur le même sujet, un grand nombre d'expé- 
riences, et je crois nécessaire de faire connaître Itjs principaux résultais 
auxquels je suis parvenu. 

» Les tubes dont je me suis servi n'ont pas la forme ordinaire des tubes 
de Geissler. Ils se composent tons d'un tube de verre, de 3 à 5 millimètres 
de diametie, contourné en anneau ; de deux points diamétralement opposés 
parlent deux tubes droits qui reçoivent les électrodes métalliques. Le dia- 
mètre intérieur de l'anneau est de o'",o5. Lu prenant, comme [lùles de 
l'électro-aimant de Faraday, deux cylindres de fer du même di;uuètre 
(o",o5), et en fixant le tube entre ces deux pôles aussi rapprochés que 
possible, j'arrive à utiliser toute la puissance de l'éleclro-aimanl. Aussi les 
phénomènes sont-ils très-nets, alors que l'électro-aimant n'est excité cpie 
par huit éléments de Bunsen. 

11 La bobine dont j'ai f^iit usage est de grandeur moyenne, et le courant 
inducteur qui la met en activité est fourni par trois ou quatre éléments. 

w L Tube à cjaz hydrocjène. — Le diamètre sur lequel se trouvent les 
électrodes étant placé horizontalement, le courant passe tantôt par l.i iiarlie 
supérieure, tantôt par la partie inférieure de l'anneau, souvent des deux 
côtés en même temps; il devrait toujours se bifiu'quer, si les deux parties 
du tube étaient parfaitement symétriques. Sous l'influence du magnétisme, 
le courant ne passe cpie dans une des moitiés de l'atmeau, et il passe dans 
l'autre moitié dès qu'on change la direction : il va toujours dans le sens 
des courants de l'aimant. 

» Quand rahnant est inactif, la lumière a une teinte violacée, assez faible, 
occupant toute la section du tube. Le spectre qu'elle fournit est incomplet et 
sans éclat. 



(i) .annales de Chimie et de Physique, 3'-" série, t. LIV, p. 346 et 238. 

a5. . 



( 184 ) 

» Avec l'aimant, la lumière devient très-vive; mais ce n'est plus qu'un 
trait de feu, rampant à la surface du tube, du côté de la couri)ure extérieure 
de l'anneau : le courant suit le chemin le plus long, et le tube cesse d'èlre 
lumineux du côté le plus voisin des pôles de l'aimant. Le spectre du gaz est 
alors dans tout son éclat. 

)) II. Tube renferinanl de llïjdrorjène très-rnréfié. — Ce tube a la même 
forme extérier.re que le précédent, mais il renferme, comme les tubes de 
Holtz, des cloisons en forme d'entonnoir, trois dans chaque moitié, sou- 
dées de telle sorte quf, si l'anneau était développé, les six pointes se trou- 
veraient dirigées vers la même extrénnté. 

» Ce tube fonctionne bien comme tube de Holtz, c'est-à-dire que le cou- 
rant va toujours de la pointe à la base des entonnoirs ; une moitié seule- 
ment de l'anneau s'illumine, tantôt l'une, tantôt l'autre, selon le sens du 
courant. 

)) Avant l'aimantation, les pointes des entonnoirs sont d'un beau rouge, et 
les espaces qui séparent ces entonnoirs sont remplis par une lumière par- 
faitement stratifiée. 

» Sous l'influence du magnétisme, sollicitant le courant dans le même sens 
que les pointes, les stratifications disparaissent; elles sont l'emplacces par 
luie lumière blanche, très-vive, en bande très-étroite, qui suit toujours le 
chemin le plus long. Les parties droites du tube s'illuminent très-fortement, 
mais d'un côté seulement, du côté (pii fait suite à la courbiu-e de l'anneau 
parcourue par le courant. Le spectre de l'hydrogène est alors très-complet 
et très-lumineux. 

)) Si les pointes n'agissent pas dans le même sens que le magnétisme, on 
voit, dans les intervalles qui séparent les entonnoirs, la lumière se porter 
vers la courbure intérieure de l'aïuieau : le pouvoir que possèdent les 
pointes de diriger le courant l'emporte alors sur raction du magnétisme. 

H.III. Plusieurs tidjes contenant de l'air, de l'oxygène, ou de l'azote, 
les uns cloisonnés, les autres sans cloisons, m'ont donné les mêmes lésul- 
tats généraux ; mais, sous l'influence du magnétisme, leur lumière faiblit, 
en chanqeant de teinte. 

« Si, dans les expériences précédentes, toute la matière que renferment 
les tidjes se trouve rejetée vers leur contour extérieur ou intérieur, de telle 
soile cpie tout se j)asse conuiie s'ils devenaient subitement capillaires, sous 
l'influence du magnétisme, la résistance de ces tubes doit augmenter. 

» Pour constater ce fait, j'adapte à la bobine un circuit secondaire miuii 
tl'un excitateiu', et j'écarte les deux boules polaires de cet excitateur, de 



( '85 ) 
telle sorte qun la couche d'air interposée ait une résistance trts-peii supé- 
rieure à celle du tube. Avanl l'ainiaiiltition, le coiirnnt inusc ])ar le tube; 
après, il jxiise par l'excilateitr : le uuujnétinne atujincitle clone la résiiUiiice du 
cotiduclenr ijazeux que renferme le lube. 

» Si le i,'az est très-bon conducteur, comme l'hydiogène, il peut arriver 
que, malgré l'influence du magnétisme, le courant passe alternativement 
par le tube et p;ir l'excitateur, de préférence cepeiulant par l'excitateur. 
Mais, si à la bobine est annexé un conilensateur à armures mobiles, on 
peut, au moyen de ce condensateur, donner au courant une intensité pour 
laquelle l'expérience est toujours Irès-nette : avant raimantaticn le tube 
seul s'illumine; après, il reste obscur, et lUie vive étincelle jaillit dans l'air. 

» Afin que l'on ne puisse pas objecter que la résistance des Itdjes aug- 
mente à cause de réchauffement qu'ils éprouvent, je renverse l'ordre des 
phénomènes, en faisant agir tout d'abord l'électro-aimant sur le gaz raréfié. 
Le courant de la bobine se manifeste alors par une série d'étincelles qui 
jaillissent dans l'air : l'aimant supprimé, le courant passe par le tube. 

» De ces expériences je crois pouvoir conclure que les courants lumi- 
neux des tubes de Geissler se comportent, lelativement aux changements 
de lésistance qu'ils éprouvent, comme des conducteurs métalliques. Si les 
tubes présentent, à cause de la coiubictibilité du gaz, une résistance très- 
faible par rapport à celle du circuit tout entier, le magnétisme diminuant 
la section du conducteur gazeux qu'ils rcnternient, l'intensité de la lumière 
doit augmenter. Mais si la résistance du g;iz est considérable, et qu'elle 
s'accroisse outre mesure par l'action du magnétisme, l'intensité du coin-ant 
de la bobine diminue : la lumière doit alors faiblir et peut même s'éteindre. 

» On peut, dans ces expériences, remplacer la bobine par li machine de 
Iloitz. Les phénomènes généraux restent les mêmes. » 

CHlMlIi. — Sur la chnleiir de combinaison du bore avec le chlore et avec l'oxy- 
cjène Note de MM. L. ïuoost et P. Hal-tefeuille, présentée par M. H. 
Sainte-Claire Devi'le. 

« Le bore et le silicium n'ont été jusqu'ici l'objet d'aucune délermina- 
tion calorimétrique, rpioique les cliiinistes aient souvent signalé l'intérêt 
qui s'attache aux chaleurs de combustion de ces corps et en particidier à 
celle du silicium, qui fonctionne utilement comme combustible dans plu- 
sieurs opérations métallurgic]ues. C'est que les propriétés des produits de 
l'oxydation du bore et du silicium rendent impossible toute tlétermiuation 
directe de la chaleur de combustion de ces deux corps. Il faut nécessaire- 



( '86 ) 
ment, pour obtenir ces constantes, prendre une voie détournée et passer par 
des combinaisons intermédiaires, ce cpii compUque le problème à résoudre. 
Ainsi, pour le silicium, inattaquable à froid par tous les corps simples et par 
les acides isolés, nous avons dû avoir recours à l'acide nitrofliiorhydrique, 
seul réactif ayant la propriété d'attaquer, à la température ordinaire, les 
diverses variétés du silicium. Cette réaction précieuse ne nous a permis elle- 
même que de déterminer la différence des clialeurs de combustion du sili- 
cium sous ses divers états. Pour avoir la chaleur de combustion de l'une 
de ces variétés, le silicium amorphe, nous avons dû disposer l'expérience de 
manière à rendre possible l'attaque du silicium amorphe parle chlore dans le 
moufle du calorimètre. C'est ce que nous avons réalisé en mêlant à ce sili- 
cium une petite quantité de bore amorphe. Le chlore, en arrivant sur ce 
mélange, dégageait par sa combinaison avec le bore assez de chaleur pour 
porter au rouge quelques points du silicium, et l'attaque une fois com- 
mencée pouvait se continuer et se compléter. Les chlorures de bore et de 
silicium formés étaient, dans le calorimètre même, mis en contact avec de 
l'eau, ail fur et à mesure de leur |iroduction. Pour déduire de cette expé- 
rience les résultats dus à l'attaque du silicium par le chlore et à la réaction 
du chlorure de silicium sur l'eau, il nous a fallu, dans une première série 
d'expériences, qui font le sujet de cette Note, déterminer la chaleur dégagée 
dans la combinaison du bore avec le chloie, et avec l'oxygène. Nous allons 
décrire successivement les différentes opérations que nous avons faites dans 
le calorimètre à plusieurs moufles de M. Favre. 

» L Chaleur dégagée dans la combinaison du chlore avec te bore.— En fai- 
sant arrivei' dans le moufle du calorimètre du chlore sec sur du bore amor- 
phe, nous avons déterminé la formation directe du chlorure de bore 
avec grand dégagement de chaleur. Mais ce produit étant trop volatil pour 
être condensabie à la température de l'appareil, nous avons dû le faite 
réagir au fur et à mesure de sa formation sur de l'eau placée au fond du 
même moufle. Pour obtenir ce résultat nous avons employé un tube eu 
verre deux fois replié sur lui-même de manière à présenter trois branches 
verticales. Dans la première branche, par laquelle arrivait le chlore, nous 
avons placé le bore après avoir garni intérieurement les parois du tube 
avec des feuilles minces de mica, pour éviter la ruj'ture au moment où la 
combinaison se produit avec chaleur et lumière (ij. Le chlorure de bore 



(i) Ccttt disposilion periiRt de nusurer la clialeur degayée par des combustions vives 
réalisées dans I appmeil dusiine aux ooiubuslions lentes. 



( 1^7 ) 
formé sortait par l'extrémité inférieure de la troisième branche qni plongeait 
d'une Irès-pc'îile quantité dans l'eau. Les vapeurs qui échappaient à i'acliou 
de l'eau dans ce premier moufle étaient reçues dans une nouvelle quantit 
de ce liquide placée dans un second moufle du même calorimètre. Cette 
dernière portion de licpiide était à la fin de l'expérience refoulée dans le 
premier moufle, de manière à noyer le tube où s'était fiiile la combustion 
et à établir rapidement l'équilibre de température en tous les points. 

)) La chaleur dégagée et mesurée était donc la somme de la chaleur de 
la combinaison du bore avec le chlore et de celle de la combinaison du 
chloriM'e avec l'eau ou de leur décomposition mutuelle. Pour déduire 
de cette expérience la chaleur de combustion du bore dans le chlore, il 
faut d'abord connaître la chaleur que peut dégager le poids de chlorure de 
bore formé en réagissant sur la quantité d'eau placée dans le calorimètre. 

» Nous avons déterminé cette chaleur en faisant, dans une expérience 
spéciale, réagir un poids convenable de chlorure de bore préparé d'avance 
sur de l'eau placée dans le calorimètre, et en quantité telle, que le rapport 
de son poids à celui du chlorure de bore employé fût exactement le mémo 
que dans l'expérience précédente. Nous avons constaté ainsi que i équi- 
valent de chloriue de bore dégage, en réagissant sur i4o fois son poids 
d'eau, 79200 calories. 

)i En retranchant le nombre fourni parla seconde expérience du résultat 
obtenu par In première, nous avons obtenu comme moyenne de six expé- 
riences concordantes le nomhre io4 000 calories pour la chaleur que dégage 
I équivalent de bore en se combinant avec 3 équivalents de chlore. 

» IL Chaleur dégagée dans la combinaison du bore avec l'oxygène. — 
La première expérience décrite plus haut, c'est-à-dire la formation du 
chlorure de bore et sa réaction siu- l'eau, nous a donné comme produit 
définitif un liquide que l'on peut regarder comme formé d'acide borique 
et d'acide chlorhydrique en dissolution très-étendue. Pour en déduire la 
somme des quantités de chaleur dégagées dans la combinaison du bore 
avec l'oxygène et dans la combinaison de l'acide borique avec l'eau, il 
nous a sulfi d'emprtmter un des nombres déterminés par M. Favre. Ce 
savant a montré que chaque équivalent d'acide chlorhydricjue très -étendu, 
produit par l'action du chlore sur l'eau en présence d'un corps oxydable, 
s'accompagne d'un dégagement de 6800 calories. En retranchant du déga- 
gement total de chaleur fourni par la première expérience autant de fois 
6800 calories qu'il s'y est formé d'équivalents d'acide chlorhydrique, nous 
supprimons le dégagement calorifique dû à l'intervention du chlore dans la 



( i88 ) 

réaction, et lions obtenons la cfialeur produite par l.i formation fie l'acide 
horiqne en solntioii dans l'acide chlorhydrique étendn. 

» Ponr passer de cette qnantité de chaleur à celle que donnerait le bore 
en formant, non plus de l'acide borique dissous, mais de l'acide borique 
fondu, il nous a fallu en retrancher la chaleur que dégage «n poids d'acide 
borique anhydre égal à celui qui s'est produit dans l'expérience, en se dis- 
solvant dans un même poids d'acide chlorhydrique au même état de dilution. 
Cette dernière détermination a été obtenue par plusieurs expériences préli- 
minaires très-concordantes. 

» Le calcul de nos expériences donne ponr la chaleur de combustion de 
T équivalent de bore, passant à l'état d'acide borique anhydre, 1 58 620 calo- 
ries. L'ensemble des résultats nouveaux que nous avons obtenus est consigné 
dans le tableau suivant : 

Bore nmorpbe. Par cqniv.ilptit. P.ir gramme. 

Clialpiir dégagée dans la combinaison du bore 

avec l'oxygène 1 58 600 144^0 

Clialeur dégagée dans la combinaison du l)ore 

avec le chlore io4 ooo g 455 

Chaleur dégagée dans la réaclion du chlorure 

de bore sur i4o fois son poids d'eau ■jp 200 ■j aoo 

» Ces nombres ont été obtenus avec le bore amorphe préparé en traitant 
le borax fondu par le sodium. Le produit, bien épuisé par l'eau, a élé 
purifié successivement par les acides chlorhydrique, fluorhydrique et nitro- 
fluorhydrique, jjuis lavé de nouveau et enfin desséché dans le vide en pré- 
sence de l'acide sulfurique. Pendant tout le cours de la purification, on a 
évité toute élévation de température capable de faire perdre au bore la pro- 
priété de s'enflammer à la température ordinaire dans le chlore. Les nom- 
bres qui précèdent se rapportent fionc tous à la variété de bore amorphe 
la plus altérable. Nous nous occupons en ce moment de déterminer la cha- 
leur de combustion des autres variétés du bnre. 

» Dans notre prochaine Communication, nous ferons connaître la cha- 
leur de combustion du silicium et les applications qu'on en peut faire. » 

CillMlF, GÉNÉRALi;. — Pnrliige d'une riiinniilé limitée d'acide entre deux htises 
employées en excès. Note de M. Er. Laxdrix, présentée par M. H. Sainte- 
Claire Deville. 

)) Dans cette Note, je me propose d'étudier comment une quantité limi- 
tée d'acide se partage entre deux bases employées en excès. Mes premières 
recherches ont porté sur l'acide azotique. 



( i'89 ) 
» Les deux h:ises que j';ii d'abord mises en contact avec cet acide sont 
j'oxyde de plomb (massicot) et l'oxyde de zinc. Voici comment éîaient faites 
les expériences : on mélangeait intimement lo grammes ou 5 grammes de 
chaque oxyde avec loo centimètres cube d'eau, et, dans le liquide en agita- 
tion, on laissait tomber goutte à goutte lo centimètres cubes d'une solution 
d'acide azotique, dont le litre était déterminé d'a\ance. On filtrait la liqueur, 
on lavait avec soin les oxydes non dissous et on dosait séparément dans la 
liqueur filtrée chacun des oxydes. J'ai ainsi obtenu les résultats suivants : 

Expéi-. rr° I. E\pi"r. n" 2. Expcr. 11" 3. 

Oxyde (le zinc (ZnO) a, 108 2,110 2,ii5 

Oxyde Je plomb (PbO) i ,443 i ,44o i ,436 

Acide azotique (AzO*) 3,49?. 3, 492 2,492 

7,043 7,042 7,043 

)) De la moyenne de ces résidtats, on déduit facilement, par le calcul, la 
composition en centièmes de la liqueiu- : 

Oxyde de zinc '-9,93 

Oxyde de j>lonib ^o ,49 

Acide azotique 49 > 58 

100 ,00 
)) Enfin, si l'on cherche comment s'est |iartagé l'acide azotique entre les 
deux bases, on trouve : 



^> 



Acide azotique combiné à l'oxyde de zinc. . . 2,793 
Acide azotique combiné à l'oxyde de ])lomb. . 0,699 

nombres qui sont entre eux comme i est à 4- 

» Ainsi la composition pour lOO montre que la soiîime des poids d'oxyde 
de zinc et d'oxyde de plomb combinés est sensiblement égale au poids de 
l'acide azotique que l'on a fait réagir, et que les quantités d'oxyde sont entre 
elles comme 2 est à 3. De plus, le calcul montre que, pour 1 équivalent 
d'oxyde de plomb, il y a 4 équivalents d'oxyde de zinc dissous. 

» Ayant voidu répéter ces expériences avec d'autres oxydes, j'ai pn hici- 
lement me convaincre que souvent un seul oxyde était attaqué par l'acide 
azotique et que la préparation de la base employée influençait la réac- 
tion (1). J'ai alors agi sur des mélanges de carbonates au lieu d'employer 

(i) C'est ainsi (| ne l'acide azotique mis en présence d'un mélange d'oxyde de zinc et d'oxyde 
de cuivre n'atla(pu' pas l'oxyde de cuivre, tanilis (pi'il décon)pose à la fois le caibonale de 
zinc cl le carbonate de cuivre mélangés. 

C. 1;. ii<70, i" Semestre. (T. LXX, N° ».) 2() 



( 190 ) 

des mélanges d'oxydes, et j'ai pu voir, eu me basant sur les expériences 
|3récéclentes, que la présence de l'acide carbonique ne changeait p:is le par- 
tage de l'acide. En effet, en faisant réagir l'acide azotique sur un mélange 
de carbonate de plomb et de carbonate de zinc, j'ai trouvé les résultats 
suivants : 

Expér. n° i . Expér. n» 2. 

Oxyde de plomb 1 ,44° ' ,55o 

Oxyde de zinc 2,472 2,520 

Acide azotique 3, 972 4i°^9 

n Composition en centièmes : 

Oxyde de plomb 18,26 '8,99 

Oxyde de zinc 3 1 , 35 3o , 85 

Acide carbonique 5o,39 5o, j6 

100,00 100,00 

» Ce qui conduit sensiblement aux mêmes nombres cjue ceux trouvés 
plus haut pour les proportions équivalentes d'oxyde de zinc et d'oxyde de 
plomb dissous. 

» Ceci posé, j'ai trouvé les lésnltats suivants, eu opérant sur divers mé- 
langes de carbonates : 

» \° Carbonates d'oxyde de zinc et de baryte : pour i équivalent d'oxyde 
de zinc, il y a 2 équivalents de barvie dissous; 

I) 2° Carbonates d'oxyde de zinc ei d'oxyde de cuivre : poin- i équiva- 
lent d'oxyde de cuivre, il y a 3 équivalents d'oxyde de zinc dissous; 

)> 3" Carbonates de chaux et d'oxyde de zinc : pour i équivalent 
d'oxyde de zinc, il y a i équivalent de chaux (li>sons; 

» 4" Carbonates d'oxyde de zinc el d'oxyde de plomb : pour i équi- 
valent d'oxyde de plomb, il y a 4 équivalents d'oxyde de zinc dissous; 

» 5° Carbonates d'oxyde de plomb et d'oxyde de cuivre : pour 3 équi- 
valents d'oxyde de plomb, il y a 4 équivalents d'oxyde de cuivre dissous. 

» Ces résultats semblent montrei', dans le cas particulier où nous nous 
plaçons, que les proportions équivalentes d'oxydes dissous sont entio elles 
comme des nombres très-simples : r est a 2, à 3, à '\; 3 est à 4> ^'Ç- 1^^ 
plus, il |)araîl exister nue certaine relation entre la formation plus ou moins 
grande du sel et sa solid^ilité dans l'eau. 

Il Dans une prochaine Communication, je me propose d'examiner si cette 
loi est générale et si elle s'applique atissi l)ien à d'autres acides, nolanuuent 
aux acides sidiurique et chlorhydrique. » 



( '91 ) 

ÉLECTRO-CHIMIE. — Sur la cause de l' inégalité des pertes d'aride oxalique dans 
le voisinage despotes; nature de l\icide oxalique en dissolution dans l'enu. 
Note de M. E. Boprgoin, présentre par M. Biissy. 

« Lorsque le courant traverse de l'eau acidulée, bien que la quanlilé 
d'acide éleclrolysé soit la même pour chaque pôle, néanmoins les quan- 
tités d'acide que l'on retrouve à la fin de l'expérience dans cliaque cr)m- 
partiment sont très-variables. On peut distinguer les cas suivants : 

» Premier cas. — I^'acide se concentre régulièrement au pôle positif. A 
cette catégorie apparlieniient les acides snlfuricpie, pliosphorique, azotique, 
acétique, succinique, benzoïque, camphorique, etc. Tantôt l'acide se re- 
trouve en totalité à la fin de l'expérience, comme dans le cas de l'acide 
snlfnrique; tantôt une certaine quantité d'acide est détruite, soit par ré- 
duction, comme cela a lieu pour l'acide azotique, soit par oxydation, comme 
on le remarque pour les acides organiques en général., 

» Deuxième cas. — La perte est nulle an pôle positif. C'est ce qui a lieu 
poin- l'acide formitiue, par exemple, la moitié de l'acide électrolysé se 
régénéiaut dans le compartiment positif. 

» Troisième cas. — Les deux compaitiments s'appauvrissent en mènu^ 
temps. Exenijdes : acides lactique, citrique, lartrique, et en général tous 
les acides Irès-oxydables. 

» Lorsque l'on opère sur un de ces derniers acides, c'est ordinaiiement 
le compartiment négatif qui éprouve la perte la plus grande, sans doute par 
la raison qu'une partie de l'acide électrolysé se régénère au pôle positif. 
11 y a cependant une exception à cette dernière règle, c'est celle qui a trait 
à l'acide oxalique : les deux compartiments s'ap|)auvrissent, mais la perle 
la plus grande a lieu dans le compartiment positif. La présente Note a 
pour objet de faire connaître la cause à laquelle il faut atiriliuer ce sin- 
gulier phénomène. 

» Plusieurs expériences concordantes ont été exécutées de la manière 
suivante : une solution aqueuse d'acide oxalique, divisée en deux par- 
ties égales, a été électrolysée de manière à lecueillir tout riiydrogéne qui 
se dégage; à la fin de chaque expérience, les liquides de chaque com|)arfi- 
inent ont été séparés, puis analysés. Voici le détail de l'uni' de ces opéra- 
tions : 

. ,, . ( Coiiiparliment positif. So''" 

Solution d iicidc oxaluiiip ■ 

( " rifgiilif. 3o"' 

26.. 



( '92 ) 

» i" En considérant le gaz dégagé, on trouve : 

Gaz hydrogène rpcueilli i4o"''^,5 

Température i o" 

Pression corrigée o"','j5ç) 

)) On a donc jiour le poids du gaz : 

„ ^ , _ I OjTSq— 0,OOQI 

P = o,oooo8q6x 140,5 -^7^ . — '—^ 5 ^ =0,012; 

I + (o,oo36bx 10) 0,76 

» 2° Quant à l'acide, 

0,494 (SlïO'), ayant exigé pour la saturation 388,5 div. de barvle, 

, , . . . . , I avant l'expérience. . . loni.o » 

Ja solution négative a exige ■, , ' 

{ après » 993, o » 

» Comme il n'y a aucune complication dans le compartiment négatif, 
ainsi qu'on le verra plus loin, le nombre de divisions électrolysées est égal 
à 2(1071 — 993) = i56; d'où l'on déduit 

r^H^ns — 9° X 0,494 xi56 _ 
^^^ - 98x388,5- - "''^^^• 

^,^ 2x0,1824 ^ 
90 

» Il résulte de là que la quantité d'hydrogène contenue dans l'acide 
électrolysé est exactement trois fois plus faible que celle qui a été obtenue 
directement; d'où il suit que le groupement qui a subi l'action du courant 
n'est pas C*H'0% mais bien C^H-0*2H=0=: 

C'H20«2H='0^=(2C=0^+ 20=) + 3H= (i). 

pôle positif. Pôle négatif. 

» Comme il ne se dégage que de l'acide carbonique pur au pôle positif, 
pendant toute la durée de l'expérience, ou en conclut que l'oxygène mis 
en liberté brûle une quantité correspondante d'acide oxalique : 

2(C*H=0*2H=0-)+ 20==4C=0'-h6lPO-. 

Ainsi s'explique l'appauvrissement plus rapide du compartiment positif. 

» D'après l'écpiation précédente, les quantités d'acide qui disparaissent 
sont entre elles dans le rapport de 3 à i. C'est une conséquence qui se vé- 
rifie par expérience avec une grande exactitude, comme le prouve l'exem- 
ple suivant : 

(1) = 1;; C = 6; 0=8. 



( >93) 

Acide i-ontenu dans chaque compartiment. .... 6, go 

\ Compartiment positif.. ... i ,qo 

Apres 1 expérience i , -r ^ ' ?- 

'^ ' ( .1 négatif 5,20 

,, ., i Compartiment positif. 6,qo — i,qor=5,oo 3 

Perte d'acide ! ' . , ■ ,-c a k c m 

( Compartiment ncgatit. D,go — ^5,2D=;i,D3 i 

I. D'après M. E. Royer (i), de l'acide formique prend naissance par suite 
de l'action <iu courant intra-pilaire sur tiiie solution aqueuse d'acide oxa- 
lique; rien de semblable ne s'observe dans les expériences que je viens de 
décrire. 

» En résumé, lorsque l'on fait passer le courant à travers une solution 
d'acide oxalique, le groupement qui se décompose est C^H^O'aPrO^, et 
telle est la nature de l'acide oxalique en dissolution dans l'eau. 

» Ces recherches ont été faites au laboratoire de M. Berthelot, à l'École 
de Pharmacie de Paris. « 

ANATOMIE COMPARÉE. — Sur les circonvolulïons du cerveau. 
Note de M. C. Dareste. 

« J'ai signalé, il y a dix-huit ans, l'existence d'inie relation entre le 
développement des circonvolutions cérébrales et la taille des animaux, re- 
lalion qui s'exprime par cette proposition générale : « Quand ou compare 
M entre elles les espèces d'un même grou|)e naturel, les circon\olutioiis 
)) manquent complètement, ou du moins sont très-simples, dans les espèces 
» de petite taille, tandis qu'elles augmentent en nombre et en complicatioti 
» à mesure que la taille augmente. » 

» Je n'avais alors, pour établir cette proposition, qu'un nombre très-res- 
treint de docimients : d'une part, les pièces conservées dans la galerie 
d'Anatomie comparée du Muséum ; d'autre part, les descriptions et les 
figures publiées dans un certain nombre de recueils scientifiques. Mon 
travail contenait donc de nombreuses lacune.^, que j'indiquais aux anato- 
mistes, très-désireux desavoir si la relation que j'avais établie se vérifierait 
dans tous les cas qui m'étaient inconnus. 

» L'ordre des Édentés était resté presque entièretnent en dehors de mes 
recherches. Or, dans ces derniers temps, la galerie d'Anatomie comparée 
s'est enrichie d'un grand nombre de cerveaux et de moules crâniens, prove- 
nant d'animaux de cet ordre. Ces objets ont fourni, l'année dernière, les 



(i) Comptes rendus, 1869, 2* semestre, p. 13^5. 



f 194 ) 

éléments de deux Mémoires publiés presque simultanémenl par M. Gervais 
et M. Georges Pouchet. Je trouve, dans les f.iits consignés dans ces deux 
Mémoires, luie confirmation bien manifeste de la proposition que j'ai jadis 
établie. En effet, les animaux de l'ordre des Edenlés se rattachent à plu- 
sieurs groupes très-nettement caractérisés, et, par conséquent, bien dis- 
tincts. Or, dans trois de ces groupes, dont les espèces présentent de 
grandes différences de taille, les Bradypes, les Tatous et les Fourmiliers, 
la relation qui existe entre les circonvolutions cérébrales et la taille est 
parfaitement évidente. 

» Ainsi, dans les Bradvpes, la taille est plus considérable et les circon- 
volutions sont plus développées cliez l'Unau nue chez l'Aï. On peut égale- 
ment constater cette relation chez plusieurs mammifères fossiles qui se 
rattachent à ce groupe, le Sceliilolherium, le Mylodon et le 3Icgntlierium. 
Tous ces animaux, dont la taille était bien supérieure à dlle des espèces 
actuellement vivantes, présentaient des circonvolutions beaucoup plus 
développées, comme le prouvent les moules de leur cavité crânienne. 

» Dans le groupe des Tatous, on constate également un développement 
parallèle de la (aille et des circonvolutions cérébrales, depuis la plus 
petite espèce, le CItlam/pliore, jusqu'au Prioclente ou Talon géant, (.iont le 
moule crânien laisse entre\oir des circonvolutions fort développées. 

» Enfin, dans le groupe des Fourmiliers, la progression est de même 
bien manifeste, du Dionyx au Tamandua, et du Tamandiia au Tamanoir; 
carie Dionyx, de taille très-()etite, n'a que quelques sillons peu profonds; 
tandis que le Tamanoir, dont la taille est celle du Jaguar, possède des cir- 
convolulious nombreuses et compliquées. 

« J'eiuprunte également au Mémoire de M. Gervais le fait suivant. On 
savait, depuis longtemps, que, dans le petit groupe des Roussettes^ de l'or- 
dre des Chéiroptères, les grandes espèces ont des circonvolutions. M. Gervais 
indicpie leur absence dans les petiles espèces, telles que les Ce/dialulcs el les 
Cynoptèrcs. 

» Ainsi se vérifie, clans tous ces fails qui m'étaient inconnus, la proposi- 
tion que j'énonçais il y a dix-huit ans. Mais je me bornais alors à signaler 
une relation. Aujoiu'd'hui, je puis aller |)lns loin, en montrant conunent 
l'apparition, puis la complication croissante des circonvolutions résultent 
de l'augmentation de volume du cerveau, et par conséquent de l'augmen- 
tation du \oliuue lolal i\u corps, c'est-à-diie de la taille. 

» En effet, tous les cerveaux, même les plus plissés, oui commencé par 
avoii- une snrface libse, au moins jîendani une certaine période de la vie 



( '95 ) 
fœtale. L'apparition des circonvolutions, puis leur complication croissante, 
ne sont donc point des laits primitifs : ces plis ne se produisent, et ne se 
comphquent cpie peu à peu, et à mesui'e que le volume du cerveau aug- 
mente par suite de la croissance de l'animal. Il y a tlonc luie relation 
entre l'augmentation de voliune des hémisphères cérébraux et le plissement 
de leur surface; et cette relation s'explique par luie considération géométri- 
que très-simple. Les volumes des corps sendjiables sont entre eux comme les 
cubes de leurs dimensions liomologues, tandis que leurs surfaces ne sont 
entre elles que comme les carrés de ces mêmes dimensions; d'où il l'ésidte 
que, dans une série de corps semblables, ceux dont le volume est le plus 
grand ont la moindre surface, par rapport à leur volume. Mais les hi'iiii- 
sphères cérébraux ne sont point constitués par les mêmes éléments dans la 
substance grise, qui forme les couches superficielles, et dans la sub.vlauce 
blanche, qui forme les couches profondes. Les premières contiennent seules 
des cellules nerveuses, tandis que les secondes sont exclusivement formées 
par des fibres nerveuses. Or, bien que nous ne connaissions encore ipie 
très-impar(aitement les fonctions de ces deux éléments, nous pouvons 
penser qu'ils doivent toujours rester dans la même proportion, pour assu- 
rer l'exercice des fonctions cérébrales. D'ailleurs, si, connue tout le fait 
croire, les cellules nerveuses produisent les fibres nerveuses, la multiplica- 
tion des secondes résulte nécessairement de la multiplication des premières. 
Donc l'augmentation du voliuiie des hémisphères amène nécessairement 
le plissement de leur sniface; car c'est ainsi seulement que le ra|)port de 
la somme des cellules de la substance grise à celle des fibres de la substance 
blanche peut se maintenir constant. 

» On xoit donc comment, dans un même gi'oupe naturel dont toutes les 
espèces présentent un même type cérébral, les cerveaux qui ont le isioindre 
volume absolu conservent, à l'âge adulte, la surface lisse qu'ds avaient au 
début, et persistent dans ini état, en quelque sorte, embryonnaire, tandis 
que les cerveaux qui ont le plus grand volume absolu ont la surf;ice la plus 
plissée. Mais l'augmentation du volume absolu des hémisphères cérébraux 
résidle de l'augmentation du volume total du corps. On voit donc couunent 
la taille d'un animal détermine l'apparition et la complication des circon- 
volutions cérébi'ales. 

» Maintenant, il faut ajouter que, s'il existe ini rapport entre la taille, 
c est-à-dire le vohuin; total du corps, et le volume absolu du cerveau (jui, 
ainsi que je viens de le montrer, détermiiif le pli!.seu!enl de sa surface; 
c'esl-à-Mire que si, dans un njeme individu, le voliuue ab^ilu du ceiveau 



( >9« ) 
augmente jusqu'à l'âge adulte, et si, dans un même groupe naturel, le 
volume absolu du cerveau des grandes espèces surpasse celui des petites 
espèces, ce rapport ne peut pas, cependant, s'exprimer par une quantité 
constante, et varie par l'effet de causes mtdlipies. 

» En effet, la rapidité de l'accroissement du cerveau est beaucoup plus 
grande dans les premières périodes de la vie, et va toujours en diminuant 
juscpi'à l'âge adulte. D'où celte conséquence que, tandis que le volume 
absolu du cerveau augmente incessamment pendant toute la durée de l'ac- 
croissement, son volume relatif, c'est-à-dire le rapport du volume absolu au 
volume total du coi'ps, dimiruie incessamment pendant cette même durée. 
D'où cette autre conséquence que, d.ins un même groiqje naturel, le Nolume 
relatif (lu cerveau est plus considérable chez les jjetites espèces que chez 
les grandes. 

» Ces faits sont connus depuis longtemps. Maintenant, d faut y ajouter 
un fait nouveau : c'est que, tnême dans des animaux de même taille et 
appartenant à lui même groiq:)e naturel, le volume relatif du cerveau, à 
l'âge adulte, peut présenter de notables différences. Par conséquent, le 
développement des circonvolutions |)Ourra ne pas être le même dans des 
espèces voisines et de même taille, bien qu'il soit toujours déterminé par les 
lois générales qui régissent l'accroissement. Ainsi, c'est un résultat fort 
curieux des études paléontologiques, que beaucoup d'espèces de mammi- 
fères appartenant aux terrains tertiaires anciens avaient un cerveau plus 
jiclit que les animaux des mêmes groupes et de la mérne taille qui appar- 
tiennent à la faune vivante. Cuvier avait déjà monlié que le cerveau de 
VAiioplolherium coininiine, dont la taille était celle de l'âne, n'était pas plus 
volumineux que celui du chevreuil. M. Lartet a signalé récemment plusieurs 
faits de ce genre. Nous ignorons absolument quelle peut être la cause de ces 
faits, qui introduisent lui nouvel élément dans les discussions relatives aux 
questions que soulève l'élude anatomique et physiologique du cerveau. 
Mais, quoi qu'il en soit, il est évident c|ue tous les faits cnunus s'accordent 
pour prouver que le développement des circonvolutions est sous la dépen- 
dance du volume du cerveau el, par conséc|u»nt, du volume total du corps, 
c'est-à-dire de la taille. » 



( '97 ) 

OVOLOGIE. — Réponse à quelques-unes des observnlions de M. Bnlbiani 
sur l'œuf des Sacculines. Note de M. E. Van Benedex, présentée pat- 
M. P. Gervais. 

« L'étude de la constitution et du mode de formation de l'œufchez les 
Sacculines lire son importance de ses connexions étroites avec la lliéorio 
générale de l'ovogénèse. C'est à cause de la portée du problème que je crois 
utile de faire encore quelques observations siu* deux points en litige. 

)) Dans mie Note insérée aux Comptes rendus du 20 décembre 1869, 
M. Bali)iani, rendant compte d'observations faites par lui sur la constitu- 
tion et le mode de formation de l'oeuf des Sacculines, confirme en tous 
points les conclusions que j'ai émises sur la même cpieslion dans une Com- 
munication faite antérieurement à l'Académie. Il résulte de mes recherciies 
que, chez les Sacculines, l'œuf ne se constitue pas, comme l'avait cru 
M. Gerbe, de deux cellules distinctes, dont l'une serait l'homologue de la 
cicatricule de l'œuf des oiseaux, l'autre le représentant du jaiuie ou du 
vrai vilellus. La cellule que M. Gerbe a considérée connue leprésenlant le 
corps qui produit le vitellus est en réalité l'œuf tout enliei-, et la cellule 
polaire n'est autre chose qu'un ovule rndimentaire qui se détache de l'œuf 
mûr, reste dans l'ovaire et sert à la formation de nouveaux œufs. 

» Après avoii' contirmé chacune de ces conclub,ions dans sa première 
Communication, M. Balbiaui révoque eu doute, dans sa seconde Note 
(27 décembre 1869), l'opinion que j'ai émise, que « la cellule polaire .se 
» détache de Tpeuf mûr, reste dans l'ovirire et se multiplie par division 
» pour donner naissance à deux cellules filles, dont l'une di^ieut à son 
» tour un œuf. » M. Balhiani trouve « cette explication peu vraisemblable 
» et de plus en contradiction formelle avec les faits. » 

)> A mon avis, la question n'est pas de savoir si cette explication est ou 
non vraisemblable; il faut examiner si elle ressort des faits bien constatés, 
et si elle n'est pas inconciliable avec d'autres faits bien établis. L'explication 
que j'ai donnée repose sur les faits suivants : i** Si l'on examine le contenu 
de l'ovaire peu de temps après la ponte, on observe, à côté îles œufs mûrs, 
débarrassés tle la cellule polaiie, de jeiuies ovides, que j'ai décrits dans ma 
première Note, et qui présenlei;t tous les caractères des cellules |)olaires 
des œufs moins avancés dans lem- développement. 2" Immédiatement après 
la ponte, on trouve dans l'ovaire les mêmes ovules (les œufs mûrs seuls 
ont été évacués); à côté de ceux-ci, qui ont conservé tous les caractère des 

C R., 1870, i"- Semestre. (T. LXX, N^' â.) '^'J 



( 198 ) 
cellules polaires, on en voit à différentes phases de la multiplication par 
division, et on reconnaît distinctement que l'une des deux cellules filles 
grandit pour devenir lui œuf, tandis que l'autre reste stationnaire dans 
son développement et devient une nouvelle cellule polaire. 3° Quand on 
observe le contenu d'un ovaire, où les œnts ont atteint la moitié ou les 
deux tiers de leur développement, on ne trouve plus les cellules mères à 
l'état de liberté; mais tous les œufs portent à l'un de leurs pôles une petite 
éminence claire (ovule rudimenlaire, future cellule mère). If I.a compa- 
raison avec les phénomènes du développement de l'œuf tels qu'ds se pré- 
sentent chez d'autres Crustacés inférieurs, et spécialement chez les Ancho- 
relles[\), vient à l'appui des résultats de l'observation directe, faite chez les 
Sacculines. IVIa conclusion, loin d'être invraisemblable, est donc d'accord 
avec les observations faites chez d'antres animaux de la même classe, et elle 
ressort directement de faits qui, pour la plupart, ont été vérifiés par M.Bal- 
biani lui-même. 

» Je n'ai jatnais rien observé chez les Saccidines qui rappelle les obser- 
vations que M. Balhiani communique relativement à la formation d'œufs 
dans les follicules ovigéres; j'éprouve même quelque peine à me figurer ce 
qu'il faut entendre par ces mois: « Sur un point des lamificaiions de l'ovaire 
» une petite cellule naît par une sorte de bourgeonnement ». Mais, si réelle- 
ment, comme le dit M. Balbiani, il se forme chez les Sacculines des follicules 
ovigéres ayant pour point de départ une cellule née sous la couche épithé- 
liale de l'ovaire, ce fait ne viendrait aucunement renverser mes conclusions 
relativement au rôle et à la signification de la cellule polaire des œufs, mais 
il jetterait quelque jour sur l'origine primitive de ces cellules (cellules 
mères), point qui reste encore à élucider. 

» Il est à remarquer cependant que, chez to'is les Crustacés, les œufs se 
développent originairement aux dépens d'une masse piotoplasmatique à 
noyaux et que toujours ils se trouvent, dès leur début, à l'intérieur de la 

(i) C'est l'étude comparative de l'œuf el, de son mode de formation chez les Crustacés 
inféiieurs, et loiit particulièrement chez les Jncliorrlles, qui m'a fait comprendre la vraie 
valeur de la cellule polaire des Sacrulines. Chez ces derniers, charpie œuf porte à l'un de 
ses pôles un filament formé de cellules discoïdes; quand l'œuf a atteint sa maturité, il se 
détache du filament polaire, et c'est la cellule discoïde qui lui était immédiatement conliguë 
qui se développe pour devenir à son tour un œuf. Rien n'est ])lus aisé que de se piocurer 
des Anchorelles à toute époque de l'année, et je ne doute pas que, si M. Balbiani a l'occa- 
sion d'étudier la constitution de l'ovaire chez ces animaux, il reconnaîtra sans hésiter que 
la cellule polaire des Sacculines est l'homologue du filamenl polaire des Anchorelles. 



( 199 ) 
cavité du tube ovarien et jamais sous la membrane épilhéliale de l'ovaire (i). 
Si les observations de M. Balbiani étaient confirmées, les Sacculines forme- 
raient, sous ce rapport, une exception unique dans la classe des Crustacés. 

» Je passe à un second point. 

» Il ressort clairement de mes observations qu'aucun rapprochement ne 
peut être établi entre le corps vitellin de l'œuf rie quelques Araignées et de 
certains Myriapodes, et les noyaux cellulaires du double œuf des Sacculines. 
Je suis heureux de voir M. Balbiani adopter ma manière de voir à cet l'gard, 
et ne pas hésitera repousser comme inacceptable l'opinion que M. Gerbe 
avait émise sur ce ])oint. Mais M. Balbiani a réussi, dit-il, à constater l'exis- 
tence, dans les celhdes que j'ai appelées cellules mères et cellules filles, d'iui 
élément qui aurait échappé à mon attention : il existerait, à côté de la vési- 
cule de Purkinje, un petit espace circulaire, ayant le même faible pouvoir 
réfringent que cette vésicule elle-même, et qui serait entouré d'une couche 
de petites granulations moléculaires. Ce corps serait l'analogue du corps 
vitellin des Araignées et des ?)lyriapodes : ce serait donc, d'après M. Bal- 
biani, un élément essentiel de l'œuf. 

» Quoique préoccupé de l'idée de retrouver dans l'œuf des Sacculines 
cet élément essentiel, qui, selon M. Balbiani, existe dans l'œuf de tous les 
animaux, je n'ai jamais trouvé à côté de la vésicule de Purkinje la mouidre 
trace ni d'une seconde vésicule, ni d'un espace ciiculaire clair entouré de 
granulations moléculaires. Les cellules mères et les cellules filles, qui résul- 
tent delà multiplication par division des premières, présentent les caractères 
suivants : elles sont formées d'un corps arrondi, constitué par un proto- 
plasme visqueux, parfaitement transparent, dépourvu de granulations mo- 
léculaires. Le protoplasme tient en suspension un grand noyau régulière- 
ment sphéroïdal, clair et transparent, et pourvu d'un nucléole unique 
très-réfringent et assez volumineux. Autour du noyau, on distingue quel- 
ques globules, réfractant fortement la lumière, dont les dimensions, tou- 
jours très-appréciables, varient de l'un à l'autre: tantôt ils sont irréguliè- 
rement disposés eu cercle autour du noyan, qui occupe presque toujours 
une position excentrique; tantôt ils sont tous réunis dans une moitié de la 
cellule, l'autre étant exclusivement constituée de la masse protoplasmalique 



(i) Edouard Van Beneden, Reclierclies sur la composition et la signification de l'œuf, 
basées sur l'ctuilc de son mode de formation et des premiers phénomènes embryonnaires. 
Mémoire couronne par l'Académie royale de Belgique, et qui paraîtra prochainement 
dans le tome XXXIV des Méraoiresde cette Académie. 



( 200 ) 

claire et transparente. Jamais je n'ai pu découvrir à côté de la vésicule 
ecrminalive, ni dans les cellules observées soit dans lute solution d'albu- 
mine, soit dans l'eau pure ou salée, ni dans les cellules traitées par l'acide 
acétique dilué, un espace circulaire clair et entouré de granulations molé- 
culaires. 

» M. Balbiani admet d'une manière générale que des variations impor- 
tantes se présentent dans l'aspect extérieur du noyau vitelbn, d'après l'ac- 
tivité plus ou moins grande du travail ovogénique chez les différents indi- 
vidus d'une même espèce; il ajoute que ces modifications sont en rapport 
avec l'âge de l'animal, l'état de développement des œufs, les époques de 
l'année, et peut-être d'autrescirconstances encore. Il est possible que tous les 
individus (|ue j'ai observés se soient trouvés, pour différentes raisons, dans 
des conditions défavorables à la visibilité du corps qui nous occupe. IVIais 
un élément essentiel de l'œuf pourrait-il être soumis à toutes ces causes de 
variabdité, au point d'être visible pour les uns, invisible pour les autres? » 

TÉRATOLOGIE. — Sur une héinitérie de volume observée chez vue Carpe. 
Note de M. A.-L. Doxnadiec. 

« I.sidore Geoffroy Saint-Hilaire signale, dans sou Traité de Tératologie^ 
une anomalie de Carpe que, dans son tableau général des liémitéries, il 
place dans la classe I , celle des anomalies de volume proprement dites, 
consistant en une diminution partielle qui porte sur les régions. Cette 
diminution peut intéresser la petitesse, soit des membres, soit de l'une des 
mâchoires, etc. 

» C'est cette dernifre qui constitue la monstruosité observée chez les 
Carpes mopses [Mopskarpfen) ou Carpes à bec {Cyprinus rostratus): chez ces 
êtres, d'apparence toujours singulière, la mâchoire supérieure est très-courte, 
coupée carré, et se trouve soudée à la mâchoire inférieure qui la dépasse. 
C'est la variété la plus commune. 

» Mais il en existe une autre, que Geoffroy Sainl-Hilaire dit être beau- 
coup plus rare, ci qui ne serait représentée que par un échantillon appar- 
tenant à la colleclion ichthyologique du Muséum. Dans celte nouvelle 
anomalie, la mâchoire supérieure est plus grande que dans la précédente, 
et la mâchoire inférieure, qui est un peu raccourcie, est soudée avec elle 
et ne la dépasse pas : ce serait, toujours d'après le même auteur, un état 
inliMinédiaire entre l'état normal et les Carpes mopses. 

M Le u() septembre 1869, un pécheur m'apporta une Carpe qu'il venait 



( 20f ) 
de prendre dans la rivière du I.ez, prés Montpellier (Hérault), et qui pré- 
sentait la dernière de ces anomalies. En effet, chez cet individu qui avait 
atteint l'état adulte et qui, n'ayant pas moins de ly centimètres de lon- 
gueur totale, pesait 65 grammes, on remarquait la brièveté du museau, 
le rapprochement des yeux vers la ligne médiane et l'ouvertiu-e buccale 
réduite à un orifice latéi'al mesurant à j)eine 3 millimètres de diamètie. 
En l'examinant avec soin, j'ai pu constater la structure suivante : 

» La partie supérieure du crâne se termine brusquement un peu au- 
dessus des yeux, et forme deux pointes qui laissent entre elles inie h'-gère 
échancrure. La mâchoire supérieure a subi le même arrêt de développe- 
ment que le crâne, et, se déviant uu peu à droite et en avant, va se souder 
avec l'inférieure dont la pointe est relevée en haut et à droite. Les yeux, 
placés sur la face antérieure et rapprochés vers la ligne médiane, sont sur 
une ligne oblique de haut en bas et de gauche à droite. L'ouverture buccale 
est légèrement circulaire, mesure 3 millimètres à peine de diamètre et est 
située sur le côté droit, sous l'œil placé du même côté. Toute la face est 
déviée vers le bas et à droite. L'opercule droit est seul déformé dans sa 
partie antérieure. Les narines et les barbillons manquent complètement. 
Les os du crâne sont très-minces, et laissent facilement apercevoir la cavité 
cérébrale et la graisse qui entoure le cerveau. Les arcs branchiaux offrent 
une déviation dans leur partie antérieure et inférieure. Le reste de l'orga- 
nisation ne présente rien de particulier. 

» La bouche étant extrêmement petite, et la masticatioii étant rendue 
très-difficile par l'organisation de la cavité buccale, cette Carpe, apparte- 
nant à une famille d'êtres plus carnassiers qu'herbivores, avait dû, proba- 
blement, être forcée de changer de régime et se .contenter, poiu- toute 
nourriture animale, de petits crustacés inférieurs, tels que Cypiis mono- 
cles, etc.; car je n'ai trouvé dans le tube digestif que des débris de végétaux, 
des carapaces de petits crustacés d'eau douce et un ass'ez grand nombre 
de diatomées. Mais ces dernières se trouvent dans beaucoup de poissons et 
surtout chez les poissons phytophages. » 

PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. — Causes de la déliiscence des anthères. 
Note de M. A. Chatin. 

« L On a admis, jusqu'à ces derniers temps, sur l'autorité de Pur- 
kinje, que la déhiscence des anthères avait pour cause unique le jeu des 
cellules fibreuses de la deuxième membrane {Vendollteciiim de Piirkinje, 



( 202 ) 

véritable mesotliecium) . Mais, depuis qu'il a été établi par mes recherches, 
confirmées par celles île M. Targioiii-Tozetli, que les cellules fibreuses ou 
cellules à filels uianqueut dans un assez grand nombre d'anthères cependant 
déhiscentes, quelques-unes en long [Lycopersicon, des Orchidées, Asclépia- 
dées, Orobanchées, Aroïdées, etc.), un grand nombre par des pores (Mé- 
lastomc'es, Ericacées, etc.), rexplicatioii donnée par Purkinje ne suffit plus. 

» Il m'a paru, et cette opinion est aussi celle de MM. Duchartre et Tar- 
gioni-Tozelti, qu'une part doit être faite, dans la déhiscence, à la première 
membrane ou exotheciiim. Mais ce serait aller trop loin que de reportera 
la membrane épidermique le rôle exclusif qu'attribuait Turkinje à son 
endothecium, et je ne vois en elle que l'im des agents de la déhiscence, 
phénomène complexe, le plus souvent subordoiaié à plusieiu's causes, parmi 
lesquelles doivent être comptés, outre la membrane externe, la deuxième 
membrane ou endoîhecii;ni de Purkinje, la destruction des cloisons des 
logettes, le décollement et la destruction des bords suturaux des valves, 
plus accessoirement la troisième membrane, peut-être même h' connectif. 

» Il est certains états de la membrane épidermique dont les rapports de 
cause à effet avec la déhiscence son tauplus haut point probables. Quelle autre 
fonction que la déhiscence pourraient avoir, par exemple, les très-grandes 
cellules é|iidermiques qui, dans les JEvImien, Leucoium, Crocus, Lycopersicon , 
Biijiioitia , Aponocjelon, etc., sont placées près des sutures, là où elles 
peuvent agir le plus efficacement? Et pourquoi ces grandes cellides se déve- 
lopperaient-elles rapidement, brusquement vers le uioment de la matura- 
tion du pollen, si ce n'est pour aider à la déhiscence? 

» De ces cas où le rôle de l'exothecium s'impose de lui-même, surtout 
lorsque, comme dans le Lycopersicon, plusieurs Aroïdées, etc., les cellules 
fibreuses manquent, on passe aux cas oïdinaires, où ce rôle n'eut peut-être 
pas été tout d'abord soupçonné, bien qu'alors la membrane externe soit la 
seule qui, ayant conservé sa vitalité et étant d'ailleurs en rapport immédiat 
avec les agents extérieurs, semble devoir se prêter le plus aisément aux 
phénomènes alternatifs de tui'gescence et de retrait, dont la séparation des 
valves, et par suite la déhiscence, est la conséquence. 

» 1! est enfin des cas précis où l'action tie l'exothecium dans la déhis- 
cence ne saurait être contestée : c'est lorsque les valves de l'anthère, connue 
on l'observe chez les Chlorn, llalcsia, Eryllirœn, etc., ne se composent plus 
que de cette seule mendDrane, au moins dans la région suturale. 

)) Mais si aucun (huite ne jjeul étie élevé siu' le rôle actd de la première 
membrane quand elle reste seule au moment de la déhiscence, si une action 



f 203 ) 

importante doit lui être attribuée quand elle est fort développée ou inème 
relevée en poils dans la région sulurale, si une influence efficace ne semble 
pas contestable dans les cas nombreux où les utricules qui la forment ont 
un développement encore assez notable, il n'en est plus ainsi lorsque, 
comme dans les Dahlia, Cosmos, Calenditla, Helianllius, Merctirialis, cette 
membrane est réduite à inie tres-mince assise de cellules tabulaires. 

» Mais il y a plus : car il est un certain nombre d'anthères qui man- 
quent d'exothecium au moment de la déliiscence, et chez lesquelles, par 
conséquent, toute action doit èlre refusée à cette membrane; tel est le cas 
des Fitis, Cytinus, Juniperus, Piniis, etc. De ces plantes privées complète- 
ment de membrane épidermique, on peut rapprocher celles qui [Nepcnlhes, 
Àristolocliia, Cirmomoriitm (?), etc.) manquent de cette membrane sur la 
ligne suturale ou de déhisceuce. 

-» Enfin l'exothecium peut même être un obstacle à la déhiscence de 
quelques anthères, où il revêt la forme d'épaisses cellules pierreuses [Sipho- 
canipylos). 

» Concluons donc, quant à l'exothecium ou première membrane de 
l'anthère, que sou rôle dans les phénomènes de déhiscence, certain dans 
quelques cas, est probable dans le plus grand nombre, mais absolument 
nul dans quelques anthères. » 

M. Maurel-Hal'li\s adresse une Note relative à l'influence de la distri- 
bution du poids dans les wagons de chemin de {^v. 

Cette Note sera soumise à l'examen de M. Phillips. 

M. Gkraud adresse, de Nancy, nue Note concernant la théorie de la 
vision. 

Celle Note sera soumise à l'examen de M. Jamin. 

A 4 heures un quart, l'Académie se forme en Comité secret. 



( ^o4 ) 



COilIITE SECRET. 



Les Section de Minéralogie, par l'organe de son doyen, M. Delafosse, 
présente la liste suivante de Candidats à la place de Correspondant, vacante 
par suite de la nomination de M. Murchison à une place d'Associé étranger : 

En première ligne : M. Carl Friedrich Nacmann, à Leipsick. 

M. Abich, à Tiflis (Géorgie). 

M. Gustave Bischof, à Bonu. 

M. A.MI BouÉ, à Vienne. 

M. Dana, à Newliaven (Etats-Unis). 

M. deDechex, à Bonn. 

M. D0.MEYK0, à Santiago (Cliili). 

M. Ja.iies Hall, à Albany (États-Unis). 

M. de Hai'er, à Vienne. 

31. DE Helmersen, à Saiiit-Péter.sbonrg, 

M. Charles-T. Jackson, à Boston (Etats-Unis). 

M. K.!ERULr, à Christiania. 

M. DE KoKscHARow, à Saint-Pétersbourg. 

M. William LoGAN, à Montréal (Canada). 

ai AV. -H. Miller, à Cambridge (Angleterre). 

M. Ferdi.nand RoMtR, à Breslau. 

M. ScAccHi, à iSaples. 

M. Angelo SisMONDA, àTuriu. 

M. Stuber, à Berne. 

Les titres de ces candidats sont discutés. 
L'élection aura lieu dans la prochaine séance. 



En seconde ligne, 
eipar ordre al- 
ptiabélique 



La séance est levée à 5 heures et demie. 



E. 1). B. 



( 2o5 ) 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 



1/Académie a reçu, dans la séance du 24 janvier 1870, les ouvrages dont 
les titres suivent : 

Connaissance pralique du cheval. Traité d'hippologie; par M. Â.~A. VlAL. 
Paris, 1870; I vol. grand in-8°. 

Les oiseaux utiles et les oiseaux nuisibles; par M. H. DE la BLANCHÈnE. 
Paris, 1870; in-i8 cartonné, avec figures. 

Dictionnaire vétérinaire; par M. L. FÉLIZET, avec une IntroduvHon par 
M. J.-A. Barral. Paris, 1870; in-18 cartonné. 

Guide pratique d'arcliilecture navale à l'usage des capitaines de la marine du 
commerce appelés à surveiller les constructions et réparations de leurs navires; 
par M. G. BOUSQUET. Paris, i86ij; i vol. in-12. 

Gisement, extraction et exploitation des mines de houille : Traité pratique; par 
M. Demanet. Paris, sans date; i vol. in-12. 

Projet (le construction d'un tunnel sous- marin pour l'établissement d'un che- 
min de fer devant relier la France à i Angleteri'e, système Ernest Martin et 
Gilbert le Guay. Piiris, 1869; in-/|° avec planches. 

Legaléga, nouveau fourrage , sa culture, son usage et son profit; parM. GlLLET- 
Damitte, a*" édition. Paris, 1869; in-18. 

De la mortalité des nouveau-nés et du galégn, nouvelle pUmte fourragère lac- 
tigène. Discours prononcé cm presbytère de Saint-Eloi par M. le D"^ Baron DE 
Langenhagen. Paris, sans date; opuscule in-8'^. (2 exemplaires.) 

Une étude statistiijue. Les architectes et Us entrepreneurs devant les récom- 
penses officielles; par M. Fleury-FlOBERT , 3* édition. Paris, 1869; in-32. 
(7 exemplaires.) 

Bulletin de la Société d' anthropologie de Paris, t. IV, 2" série, 2" fascicule, 
février à avril 1869. Paris, 1869; in-8''. 

Société d' Horticulture de la Gironde. Exposition des produits de l' horticulture 
du 2 au 5 juin 1870 à Bordeaux. Bordeaux, 1870; opuscule in-8". 

Sitzungsberichte... Comptes rendus de l'Acadénne impériale des Sciences de 
Fienne. Classe des sciences mathématiques et naturelles : Minéralogie, Botanique, 
Zoologie, etc., t. LVIII, 3% 4% 5*= parties; t. LIX, i" et 2* parties; t. LX, 

C. R., 1870, I" Semestre. (T. LXX, N» S.) 28 



( 206 ) 

2* partie; ~ Mallténialiqiics, Physique, Chimie^ etc.; t. I.VIII, 2^,3^, 4*^, 5'' par- 
ties ; t. LIX, 2" et 3^' parties; t. LX, i'" et 2^ parties. Vienne, i3 brochures 
in-8°. 

Arcliiv... Archives (Vanulomic niicroiiopique , dirigées par M. Max- 
ScHULTZE, t. V, parties i à 4; l. VI, impartie. Bonn, 1869 et 1870; 5 bro- 
chures in-8°. 

IMittheihingen... Communication de rélnblissement orlhopédique-ciymnas- 
lique suédoii de Hanovre; par M. Friedrich Becker. Hanovre, iH6g; in-8". 

Das... L'appareil dentaire des limaçons considéré comme base d'une classifi- 
cation naturelle; par M. F.-H. Troschel, t. II, 3" livr. BerHn, 186g; in-4" 
avec planches. 

Archivio... Archives pour ta Zoologie^ l' Ànalomie et la Physiologie, publiées 
par les soins des professeurs S. RlCHlARDl et G. Canestrini, t. I, 2" série. 
Turin et Florence, 1869; in-8" avec planches. 

Catalogus codicum latinorum Bibliothecœ reqiœ Monacensis composiierunt 
Carolus Halm et Georgius Laubmann, t. I, p. i. Monachii, MDCCCLXVIII; 
in-8". 



L'Académie a reçu, dans la séance du 3i janvier 1870, les ouvrages 
dont les titres suivent •> 

Recueil de Mémoires de médecine^ de chirunjic et de pharmacie militaires, 
rédiqé sous la surveillance du Conseil de santé; publié par ordre du Ministre de 
la Guerre, 3" série, t. XXIII. Paris, 1869; in-8". 

Troisième Ripport sur l'étude et la conservation des blocs erratiques en Suisse, 
présenté par MM. A. Favre et E. SORET à In Société hebiélique des Sciences 
naturelles réunie à Soleure, le 23 août 1869. Sf>leure, 1869; br. in-8''. 

Annuaire de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de 
Belgique, 1870, 36* année. Bruxelles, 1870; in-12. 

Bulletin de la Société des Sciences naturelles de JSeuchàtel, t. VIII, 
1^ cahier. Neuchâtel, 1869; in-8". 

Mémoires de l' Académie impériale des Sciences, Belles- Lettres et Arts de 
Savoie, 2*^ série, t. XI. Chambéry, 1869; in-8". 

Annales de la Société académique de Nantes et du département de la Loire- 
Inférieure, t. XL, 1869, i"'' semestre. Nantes, 1869; in-8°. 

Congrès archéologique de France, XX.XY^ session, séances générales tenues à 



f 207 ) 

Carcassonne, à Narboniie, à Perpcjinnn et à Béliers, en 1868, pnr la Société 
d' Archéolocjie pour la comervalion et la description des monuments. Paris, 1869; 
in -8". 

Des accidents causés par l'extraction c/es dents; pnr M. G. DeleSTIîE. Paris, 
1870; iii-8°. (Présenté j)ar M. le Baron Cloquet.) 

Prothèse du pauvre. Le bras artificiel agricole ; nouvtl appareil prothétique de 
force inventé par M. A. Gripouilleau. Tours, 1870; in-8" avec figures. (Pré- 
senté par M. le Baron Larrey.) 

Rapport sur tin Mémoire de M. le Baron Larrey sur la trépanation du crâne 
dans les lésions traumatiques de la tcle; j)tn' M. L.\U1VIÈI\E. Bordeaux, sans 
date; hw iii-8°. (Extrait du Journal de Médecine de Bordeaux.) (Présenté par 
M. le Baron Larrey.) 

Recherches anatomiques et woloc/iquessur le c/cnre Trychodactyle;p(n'lA.kAj. 
DoNNADiEU. Sans lieu ni date; opuscide in-8° avec une planche. 

De la p)'ohémie oujièvre suppurativc; par M. P. -M. BiîAitnvoOD; traduc- 
tion par M. E. Alling, levue par l'auteur. Paris, 1870; in-S", avec planches 
chromolithographiées. (Présenté par M. Gh. Bobin pour le concours aux 
prix de Médecine et Ghirurgie, 1870.) 

Histoire clinique de la folie, cœec prédominance du délire des grandeurs, étu- 
diée spécialement au point de vue thérapeutique ; par M. F. LaGardelle. Sainl- 
Maixent, 1870; in-8°. (Deux exemplaires.) 

Note sur Vorujine et les progrès de la question relative cm type garumnien ; 
par M. Leymerie. Paris, sans date; br. iu-8". (Extrait du Bulletin de la 
Société géologique de France. ) 

Nouvelles observations sur la non-existence de la houille dans les Pyrénées 
françaises^ entre les gites extrêmes de la lihune et des Corbières; par M. Ley- 
MERIE. Ti)ulouse, 1869; br. in-8''. 

Observation de fracture non consolidée du fémw; Irailement par la marche et 
l'exercice du membre: guérison; par M. MiGNOT. Paris, 1809; br. in-8". 
(Deux exemplaires.) 

Mémoires de M. A. PiÉTREMONT (deSaint-Gloud). Paris et Versailles, 1865; 
br. in-8°. 

Du chloral. Résumé de son histoire chimique et thérapeuliipie ; par M. le |)ro- 
fesseur .SCOUTETTEN. Paris, 1870; in- 18. 

Mémoire à S. M. le Roi d' L ta lie., avec le mémorandum à S. M. l'Empereur 
Napoléon lll, etc.; par M. G. Barhacano. Naples, i86q; br. in-8'\ 

28.. 



( 208 ) 

Nouvelle mclliode (le traitement du clioléra-morlnis; par M. G. Barracano. 
N.iples, i852; br. in-8°. 

Tlie... Le clioléra-morhus traité par une nouvelle un'ihode; par M. G. Bau- 
RACANO. Naples, i853; br. ii)-8°. 

Osservazioni . . . Observations sur le vholera-morhus asiatique; par M. G. Bar- 
RACANO. Naples, 18/19; br. in-8'>. 

Anuario... Jnnuaire de la Commission permanente des pêches pour i86q. 
Résumé des travaux de la Commission et Notes concernant l'industrie péchèrc; 
rédigé, par ordre supérieur, par M. C. Febnandez. Madrid, 1869; 10-8". 

Osservazioni. .. Observations sur le fémur et le tibia de /'iEpyornis maximns. 
Bologne, 1870; opuscule 111-8". (Extrait des Comptes rendus de l'Académie 
des Sciences de Bologne.) (Présenté par M. A. Diiméril.) 

Rivista... Revue srientifujtte publiée par l'Académie royale de Fisiocritici 
[classe des Sciences pinsiques), i''' année, '.Y fascicule, novembre. Sienne. 1 869; 
br. in-8». 

Osservazioni, . . Ohseivalions des étoiles filantes (Leonidi)yrt»cs en Sicile en 
novembre 1869; par M. P. Tacchiini. Palerme, 1870; br. in-8". 

Sulla... Sur la correspondance entre les dimensions des Vilirio bacillns et le 
diamètre des éléments morphologiques dont ils dérivent; par MM. (i.-B. Crf- 
VELLI et L. Maggi. Milan, 1869; opuscule in-8°. 

Sjiecimina zoologica mosambicann, cura J. BlANCONi, fasc. XIX, XX, Bono- 
niœ, MDCCCLXVil; in-4°. (Présenté par M. A. Duméiil.j 

Proceedings... Comptes rendus de la Société royale de Géographie, t. XIII, 
n" 5. Londres, 1869; in-S". 

Tlie... Pression moyenne de l'atmosphère et vents prédominants sur la sur- 
face du globe par mois et par années, 2* partie; par M. A. BuciiAiN. Edim- 
bourg, 1869; in-4''. (Extrait des Transactions de la Société royale d'Edim- 
bourg.) 

The... Pression moyenne de V atmosphère sur le globe par mois et juir an- 
née, i" partie, janvier, juillet et l'année; par M. A. BuctiAN. Sans lieu ni 
date; opuscule in-8°. (Extrait des Procès-verhcuix de la Société royale d' Edim- 
bourg. ) 

Resnlts... Résultats déduits des observations météorologiques faites dans un 
certain nombre de stations dans la colonie du Cap de Bonne-Espérance pendant 
les années 1866 et 1867; publiés par une Commission nommée par le Guuver- 
nement. Blore, Secrétaire. Sans lieu ni date; in-folio. 



( 209 ) 

An... Recherches sur quelques symptômes tétaniques jusqu'ici non décrits, 
qui sont produits par l'atropine sur les animaux à sang froid, avec tnie compa- 
raison sur les ejfets île cet agent chez les animaux à sang froid et chez les mam- 
mifères ; par M . T. Fra.ser. Edimbourg, 1869; in-4°. 

Die... La diphlhe'rite épidémique, et moyen rapide de la guérir d'après les 
obseivations cliniques faites par M. A. LUTZ. Wurlzbourg, 1870; bt'. in-8". 

Helios... Compte rendu de la Société pliotographiquc de Dresde, 1''^ année, 
n° I. Dresde, 1870; iii-8°. 



PUULICATIONS PÉKIODIQUES REÇUES PAR I.'aCADÉMIE 
PENDANT LE MOIS DE JANVIER 1U70. 

Annales de Chimie et de Physique; décembre 1869 et janvier 1870; in-8°. 

Annales de V Aqriculture française; n"* 23 ef a/j, 1869; in-8°. 

Annales de la Propagation de la foi; janvier 1870; in-8°. 

Annales de la Société d' Hydrologie médicale de Paris; o." et 3* livraisons, 
1870; in-8''. 

Annales de V Observatoire Météorologique de Bruxelles; u° 12, 1869; in-4°. 

Annales des Conducteurs des Ponts et Chaussées; octobre 1869; in-8°. 

Annales du Génie civil; décembre 1869; in-8°. 

Annales industrielles ; n"' i à 3, 1870; in-Zj". 

Bibliothèque universelle et Revue suisse; u° 145,1869; in-8°. 

Bulletin de t Académie impériale de Médecine; 11" 23, 1869; in-8". 

Bulletin de l'Académie rojcde de Médecine de Belgique, n°^ 9 et 10, 1869 ; 
in-8°. 

Bulletin de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de 
Belgique; n° 12, 1869; in-8°. 

Bulletin de la Société Botanique de France; {, XVI: Com[jles rendus, n" 4; 
Revue bibUographique E, 1869; in-S". 

Bulletin de la Société cP Encouragement pour l'Industrie nationale ; uovem- 
l)re 1869; in-4". 

Bulletin de la Société de Géographie; novembre et décembre 1869; in-8''. 

Bulletin de la Société de l'Industrie minérale; avril à juin 1869; in-8° 
avec atlas in -fol. 

Bulletin de la Société frcmçaise de Photographie; décembre 1869; in-8°. 



( 2ro ) 

Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse.; novembre et décembre 1 869; 
in-8°. 

Bulletin de la Soi iété Philoniattiique; avril à août 1869; in-8°. 

Bulletin de Statistique municipale ; août et septembre 1869; iii-4°. 

Bulletin général de Thérapeutique; 3o décembre 1869 et i5 janvier i8;o; 
in-8°. 

Bulletin hebdomadaire du Journal de l' agriculture; n"* 1 à 5, iS'jo; in-8". 

Bullettino meteorologico dell' Osservatorio dcl B. Collegio Carlo Alberto; 
n" 10, 1869; iii-4''. 

Bullettino meteorologico dell' Osservatorio di Palermo; n°* 1 1 et 12, 1869; 
in -4°. 

Bullettino n)eteorologico del B. Osservatorio del Collegio Bomano ; n" 12, 
1869; in-4''. 

Catalogue des Brevets d'invention; n°' 5 à 8, 1869; in-8°. 

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences; 
n°' I à 5, 1" semestre 1870; in-4°. 

Correspondance slave; n"^ 44 à 46, 1869; n"^' i à 7, 1870; iti-4". 

Cosntos; n°* des i, 8, i5, 22, 29 janvier 1870; in-8". 

Gazette des Hôpitaux; n°^ i à i3, 1870; in-4°. 

Gazette médicale de Paris; n"" i à 5, 1870; in-4°. 

Il Nnovo Cimente. . . Journal de Ph/sique, de Chimie et d'Histoire naturelle; 
novembre 1869; in-8". 

Journal d'Agriculture pratique; n"' i à 4) 1870; in-8°. 

Journal de Chimie médicale, de Pharmacie et de Toxicologie ; janvier 1 870; 
in-8°. 

Journal de V Agriculture; n"* 84 et 85, 1869; in-8°. 

Journal de la Société impériale et centrale d'Horticulture ; novembre i 869; 
in-8''. 

Journal de l'Eclairage nu Gaz; n"' 19 et 20, 1869; in-4°. 

Journal de Mathématiques pures et appliquées; novembre 1869; in-4". 

Journal de Médecine vétérinaire militaire; décembre 1869; in-8°. 

Journal de Pharmacie et de Chimie; janvier 1870; in-8°. 

Journal des Connaissances médicales et pharmaceutiques; u° 36, 1869; 
n°' I et 2, 1870; in-8°. 

Journal des Fabricants de Sucre; n°* 38 à 42, 1869; in-fol. 

Kaiseriichc... Académie impériale des Sciences de Vienne; n"^ \~ e\ 18, 
1869; in-8". 

La Santé publi<pie; n"' ;k) à 54, 1869 et 1870; in-4°. 



(2.1) 

L' Abeille médicale ; n<" i à 5, 1870; in-/»". 

L'Jrt dentaire; décembre 1869 et janvier 1870; in-8°. 

L'Jrl médical ; janvier 1870; in-S". 

Le Gaz; n°' u et 12, 1869; in-4°. 

Le Moniteur de la Photographie; n°' 20 et 21, 1869; in-4". 

Les Mondes; n°' des 6, i3, 20, 27 janvier 1870; in-8". 

Le Sud médical; n° 3, 1870; in-S". 

L'Imprimerie; n° 72, 1869; in-Zj". 

Le Mouvement médical; n"' i à 5, 1870; in-4''. 

Marseille médical, n° 12, 1869; in-8''. 

Magasin pittoresque; janyier 1870; in-/i". 

Matériaux pour l'histoire positive et philosophique de l' homme; novembre et 
décembre 1869; in-S". 

Monthly... Notices mensuelles de la Société royale d' Astronomie de Londres; 
n"' I et 2, 1870; in-8''. 

Montpellier médical... Journal mensuel de Médecine; janvier 1870; in 8°. 

ISachriciiten... Nouvelles de l' Université de Gœttingue ; n"* 18 à 23, 1869; 
in- 12. 

Nouvelles Annales de Mathématiques ; iauxiev 1870; in-8°. 

Nouvelles météorologiques, publiées par la Société météorologique; jan- 
vier 1870; in-8°. 

Observatoire météorologique de Montsouris; 11°' 25 à 27 et 29 à 3i, 1870; 
in-Zi". 

Pharmaceutical Journal and Transactions ; n"' 5 et 6, 1870 ; in-8''. 

Répertoire de Pharmacie; décembre 1869; in-8°. 

Revue des Cours scientiftcjues; n"^ 5 à 9, 1869-1870; in-4''. 

Revue des Eaux et Forêts,- n" i, 1870; in-8°. 

Revue de Thérapeutique médico-chintrgicale ; n"' i et 2, 1870; in-8". 

Revue hebdomadaire de Chimie scientifique et industrielle; n°' 9 à 1 3, 1869; 

in-8». 

Revue maritime et coloniale; janvier 1870; in-8''. 

Revue médicale de Toulouse; janvier 1870; in-8°. 

Società reale di Napoli. Rendiconto deW Accademia délie Scienze fisiche e 
mate-natiche ; fascicules 9 et 10, 1869; in-4°. 

The Scientific Review; n" i, 1870; in-4'*. 

The Alhenœuni ; novembre 1869; in-4''. 

The Quarterlj Journal of the Geological Society; n°^ 99 et 100, 1 869; in-S". 



( 212 



ERRATA. 

(Séance du 17 janvier 1870.) 

Page 125, ligne 7, aa lieu de Wùlner, lisez WûUner. 

Page 127, ligne 6, au. lieu de mais il n'oflVe que, lisez mais il n'offre pas. 

(Séance du 24 janvier 1870.) 

Page i5i, ligne 8, au lieu de premier, lisez deuxième. 
Page i5i, ligne i3, au lieu de premier. Usez deuxième. 
Page i5i, ligne 17, au lieu de deuxième, lisez premier. 
Page i5i, ligne 27, au lieu de h', lisez R'. 
Page 166, ligne 8, au lieu de Fakkaro, lisez T'akkaro. 



COMPTE RENDU 

DES SÉANCES 

DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES. 



SEANCE DU LUNDI 7 FÉVRIER 1870. 

PRÉSIDENCE DE M. LIOUVILLE. 



MEMOIRES ET COMMUNICATIONS 

DES MEMBRES ET DES CORRESPONDANTS DE L'ACADÉMIE. 

ANATOMIE GÉNÉRALE. — Note accompaijnanl la présentation d'un volume 
inùtidé: Programme du cours d'Histologie professé à la Faculté de 
Médecine de Paris (i); parM. Ch. Robi.v. 

« Le travail que j'ai l'honneur d'offrir à l'Académie est une nouvelle édi- 
tion développée du programme du Cours que j'ai professé à la Faculté de 
Médecine de Paris depuis 1862. H renferme le plan, déjà en partie exécuté, 
d'iui Traité des éléments anatomiqiies, des Immeurs, des tissus et des systèmes 
organiques. La comparaison des parties constituantes élémentaires de nos 
organes et de leur arrangement réciproque dans les tissus qu'elles ren- 
ferment est poursuivie de chaque période évohitive à la suivante, depuis 
l'époque de leur apparition embryonnaire jusqu'à celle où elles atteignent 
l'état sénile. En comparant ensuite les dispositions normales de ces parties 
aux états tératologiques et morbides ciu'elles peuvent offrir, le cadre des 
applications de ces notions scientifiques, tant à la physiologie qu'à la patho- 
logie, se trouve nettement tracé, suivant les justes exigences de l'enseigne- 
ment des Facultés de Médecine. 



(i) Paris, 1870, in-8°, 2" édition, revue et développée. Chez J.-B. Baillière et fils. 

C. K., 1S70, i"Semej(re. (T. LXX, We.) 29 



( 2l4 ) 

» Dès i85o [Tableaux ci analomie, in-4'', lo"^ tableau), j'ai montré que la 
description des éléments anatomiques, ou parties constituantes de l'éco- 
nomie simple, physiquement parlant, représentait une branche entière de 
l'Anatomie générale, jusque-là confondue avec les autres, sinon méconnue. 
J'ai prouvé ici, par un exposé dogmatique, combien il importe de ne pas 
confondre l'étude des éléments anatomiques avec celle des tissus, parties 
complexes qui, précisément, sont composées par les premières et toujours 
disposées dans un ordre déterminé qui en caractérise la lexture. 

» En exposant ensuite comment l'examen de la constitution des liquides de 
l'économie se lie à celle des tissus, j'ai cherché à montrer de quelle manière 
l'Anatomie générale, une fois constituée comme corps de doctrine, donne à 
l'ensemble de l'Anatonne un caractère scientifique des mieux déterminés, 
ensemble dont les branches, régulièrement reliées entre elles, peuvent être 
poursuivies, sans brusques transitions, du simple au composé, comme du 
composé au simple. » 

MÉTÉOROLOGIE. — Chule de neige extraordinaire à L'ollioiire [Pyrénées- 
Orienlales). Extrait d'une Lettre de M. Ch. Naddin à M. Ch. Sainte-Claire 
Deville. 

« En météorologie, comme dans les autres sciences, tous les faits ont leur 
valeur, mais ils en acquièrent une d'autani plus grande qu'ils dépassent 
davantage la mesure conunune. A ce titre, l'énorme chute de neige qui 
vient d'avoir lieu à Collioure, au bord de la Méditerranée et par 42° Sa' de 
latitude, me parait mériter d'être signalée. 

» Après une assez longue série de belles journées, pendant lesquelles les 
maxima diurnes de la température variaient de 11 à 17 degrés le temps 
s'est insensiblement refroidi. Le 17 janvier, le maximum (entre i heure 
et 2 heures du soir) était encore de i4°55; le 18, il est descendu à 8", 2; 
le 19, à 6 degrés; le 20, à ^°,5; le minimum était zéro à 7 heures du matin. 
L'air était alors très-calme, et le ciel très-couvert. 

M Le lendemain, 21 janvier, vers les 5 heures du matin, la température 
de l'air étant — o°,8, la neige commença à tomber par flocons fins et 
serrés, qu'un vent du nord un peu vif chassait et faisait tourbillonner dans 
toutes les directions. Elle a continué ainsi, sans mie minute de relâche, 
toute la joiu'itée ilu 21, toule la nuit du 21 au 2a, puis toute la journée du 
22, pour ne cesstr que le a3, entre 1 heure et 5 heures du malin, ayant 
duré sans interruption et sans se ralentir, au moins quarante-quatre heures. 



( 2i5 ) 
Pendant toute la durée de cette tourmente, le thermomètre s'est à peine 
écarté de zéro de quelques dixièmes de degré au-dessus ou au-dessous. 
Dans la journée du 23, le ciel s'étant rasséréné et le vent ayant tourné du 
nord au nord-ouest, la température s'est un peu relevée: à 7 heures du 
matin le thermomètre indiquiil + i degré; à midi 4 degrés; zéro à 5 heures 
du jour, puis remontait à -i- 2°, 2, vers les 8 heures, toutes variations qui 
correspondaient avec l'état du ciel plus ou moins clair ou couvert. La 
veille la mer était très-grosse, et trois navires ont été jetés à la côte et 
perdus. 

» La quantité de neige tombée sur Collioure et ses environs pendant ces 
quarante-quatre heures dépasse de beaucoup tout ce que les hommes d'âge 
moyen ont vu dans le pays en fait de chutes de neige. Quelques vieillards 
seulement racontent qu'eu i8o4 ou i8o5 (les dires varient) il y eut une 
tempête de neige comparable à celle-ci. On conçoit que, dans un pays aussi 
accidenté que cette partie du Roussillon, l'épaisseur de la neige tombée a 
varié considér;iblement d'un point à un autre, cpi'elle a été plus grande 
dans les fonds et les dépressions du terrain que sur les points plus élevés 
où elle était balayée par le vent : mais, partout, elle a été énorme. Au voisi- 
nage de ma maison, dans le jardin et stu' la route départementale qui l'a- 
voisine, elle a atteint, suivant les endroits, o'",g4 et o™,96. Dans une 
partie plus basse du jardin, limitée par un mur de clôture dont la hauteur 
est d'environ 2 mètres, son épaisseur, à en juger d'une certaine distance, 
car il n'était pas possible d'avancer jusq>ie-là, n'a pas dtj être inférieure à 
1™, 5o. Dans le fond du vallon de Collioure, dont lorientation est nord-est 
sud-ouest, et dans la ville elle-même, la hauteur de la neigea été, sur beau- 
coup de points, de i"", 5o à 2 mètres. Je crois qu'on peut, sans crainte d'exa- 
gération, porter au moins à o"", 80 l'épaisseur moyenne de la neige tombée 
s(u- la surface du pays. 

M Une chute de neige comme celle-ci est toujours désastreuse dans les 
contrées où les arbres constituent une partie notable de la culture produc- 
tive, et cela s'applique surtout à la région méditerranéenne, qui tire un de 
ses principaux revenus de la culture de l'olivier, arbre plus exposé que les 
arbres fruitiers ordinaires, à cause de la persistance de son feuillage, à se 
rompre sous le poids de la neige. Le dégât occasionné ici dans la plupart 
desolivettes est inimaginable; la mienne n'est plus qu'un pêle-mêle débran- 
ches abattues et de troncs lacérés ; c'est à peine si sur cent arbres, un seul 
est resté intact ; les moins maltraités sont courbés comme des saides pleu- 
reurs et ont leur tête enfouie dans la neige. Les orangers et les citronniers, 

29.. 



( 2l6 ) 

malgré la rigidité de leurs branches, sont mutilés de même, quoique à un 
n)oiii(lre degré. Il n'y a pas jusqu'aux arbres à feuilles caduques qui n'aient 
aussi beaucoup souffert; c'est le cas, pour n'en pas citer d'autres, des 
ormes et des platanes, dont beaucoup de grosses branches ont cédé sous 
le poids de la neige qui s'y était accumulée. 

» Je suis étonné de la force de résistance des palmiers aux intempéries. 
Ce que j'observe sur les miens est, je crois, encore sans exemple. Ils ont 
été littéralement aplatis par le poids de la neige, comme des plantes des- 
séchées dans un herbier; déplus, la neige, qu'ils isolaient du sol, par leurs 
feuilles étalées en rosette, s'était prise sur eux en un véritable glaçon dans 
lequel ils étaient emprisonnés; et ils ont passé les uns dix jours, les autres 
onze ou douze, dans cette situation. Eh bien, sauf ceux dont le cœur a 
été cassé, tous sont restés en parfait état de conservation; au dégel ils 
se sont redressés, et ils sont, en ce moment, tels qu'ils étaient avant la 
neige. Les géologues qui s'autorisent de la présence de quelques palmiers 
dans les terrains de l'époque miocène pour conclure à l'existence d'un 
climat tropical en Europe, à cette époque, pourraient n'avoir pas autant 
raison qu'ils le supposent. 

» Un phénomène n'est jamais isolé; il se rattache toujours à d'autres 
phénomènes qui, tous ensemble, sont régis par une loi commune, qu'il 
appartient à la science de découvrir. Dans l'état actuel de la météorologie, 
il serait téméraire de vouloir expliquer les excès climatériques qui se pré- 
sentent de temps à autre, et dont la cause peut être située fort loin des lieux 
où ils se font sentir. Accumuler les observations, en les étendant autant 
que possible à toute la surface du globe, les comparer entre elles et cher- 
cher à saisir leurs corrélations, c'est probablement tout ce qu'il y a à faire 
en ce moment. On peut néanmoins hasarder des rapprochements, sans tou- 
tefois leur donner plus de valeur qu'ils n'en comportent. Or, il est remar- 
quable que l'abondante chute de neige dont je viens de parler fait suite à 
six années d'une sécheres,se tout à fait exceptionnelle dans celte partie du 
midi de la France, et qui a été constatée par tous les cultivateurs du pays. 
Il y a unanimité sur ce point, comme aussi sur la prédominance des venis 
du nord et du nord-ouest en Ronssillon depuis le commencement de cette 
longue période de sécheresse. M. Martins, dans une Note présentée à l'In- 
stitut et insérée aux Comptes rendus (aS mars 1868, p. 585, 1" semestre), 
a déjà signalé aux météorologistes la concomitance de la sécheresse avec la 
longue diu'ée des vents du nord et du nord-ouest aux alentours de la Mé- 
diterranée. Cet état |)articulier de l'atmosphère se lierait-il avec la tempête 
de neige qui vient de sévir dans cetlo contrée? 



( 217 ) 

» Dans la même Note, M. Martiiis fait observer, avec raison, que les 
causes de mort des végétaux en hiver sont plus complexes qu'on ne le croit 
généralement, et qu'il faut dorénavant renoncer à mettre, à côté de chaque 
arbre, le degré thermométrique qu'il ne peut supporter sans périr. Malgré 
le peu de temps que j'ai encore passé ici et le peu d'avancement des expé- 
priences que j'ai entreprises, tout me porte à croire cjue cette assertion est 
juste. Peut-être réussirons-nous à la longue, et par des recherches multi- 
pliées, à démêler les causes de la mort des plantes ou de leur résistance 
aux vicissitudes des climats: c'est ce qui fait, en partie, l'objet de mes tra- 
vaux actuels. » 

NOMINATIONS. 

L'Académie procède, pai- la voie du scrutin, à la nomination d'un Cor- 
respondant pour la Section de Minéralogie, en remplacement de M. Mitr- 
cliiion^ nommé Associé étranger. 

Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant 44» 

M. Naumann obtient 27 suffrages. 

M. Miller 10 » 

M. Studer 5 » 

M. Domeyko a » 

M. C-F. NauiMann, ayant réuni la majorité absolue des suffrages, est pro- 
clamé élu. 

RAPPORTS. 

MÉCANIQUE APPLIQUÉE. — Rapport Sur un Ménioire de M. Maurice Levy, pré- 
senté le "i juin 1S67, reproduit le 21 juin 1869 (*) et intitulé : Essai sur une 
théorie rationnelle de l'équilibre des terres fraîchement remuées, et ses 
applications au calcul de la stabilité des miu's de soutènement. 

(Commissaires : MM. Combes, Serret, Bonnet, Phillips, de Saint- Venant 

rapporteur. ) 

« On connaît depuis longtemps la loi qu'observent les pressions dans les 
fluides pesants en équilibre. 

» On connaît aussi, depuis les mémorables travaux (i8ai à 1829) de 



Cowptea tendus, t. LXVIII, p. i456. 



( ^'8 ) 
Navier, (janchy, Poisson, Lamé et Clapeyron, les lois que suivent les pres- 
sions on tiaclions dans les corps solides parfaitement élastiques, conime 
sont les métanx, etc., quand les déformations de leurs éléments restent fort 
petites. 

» Mais on n'a pas la même connaissance pour les forces du même genre 
qui se trouvent en jeu dans les masses solides inconsistantes, telles que la 
terre ou le sable. Aussi, pour calculer les poussées exercées pnr de pareilles 
niasses sur les murs de soutènement qu'elles tendent à renverser, on consi- 
dère seulement, avec Coulomb (*), ce qui s'y passerait lors d'un commen- 
cement de rupture de leiu' équilibre; et, comme lui, on a coutume de suppo- 
ser qu'à cet instant une partie du massif se divise, suivant des plans, en zones 
on couches qui glissent les unes contre les autres et produisent des frotte- 
ments dont les intensités suivent la loi du rapport constant avec les compo- 
santes normales des poids. Et les inclinaisons des plans hypothétiques de 
séparation sont déterminées par la condition d'avoir mi maximiun, soit 
pour la poussée contre le miu', soit (ce qui ne revient pas toujours au 
même) pour le moment résultant de cette poussée par rapport à la ligne 
inférieure autour de laquelle le mur tend à se renverser ("). On tient compte 
aussi du frottement des terres contre la maçonnerie, force que Prony et les 
autres premiers successeurs de Coulomb négligeaient, et que Poncelet a ré- 
tablie d'une manière simple et élégante ('** ). 

» Nous ne parlons pas de Vadliésion proportionnelle aux surfaces, que 
Coulomb faisait entrer aussi dans ses calculs, car les constructeurs regardent 
aujourd'hui comme prudent de ne pas en ajouter les effets à ceux des fiot- 
temenls; et, entre les plus expérimentés, M. le Maréchal Vaillant a très-bien 
fait voir (****), l)ar des exemples concluants et nombreux, que les terres 
dont une certaine proportion d'argile rend les parties adhérentes entre elles 
exercent, lorsque l'eau vient à les iiuprégner et à les dilater, un genre de 
poussée qui compense, et an delà, la propriété qu'elles ont de se soutenir 
à pic d'elles-mêmes, sur une certaine hauteur, à l'état sec. 

Il Aussi, nous commençons par dire que dans le Mémoire de M. Levy, 

(*) Essai sur iinr application des règlrs de nuiximis et minimis à qiirlijucs problèmes de 
statique relatifs à V agriculture. [Savants étrangers, l'j^S.) 

(**) Ainsi que l'a fait M. le capitaine du Génie Curie, dans un 31enioire présente le 21 dé- 
cembre 1868. 

(***) Mémorial du Génie, n° 13, 1840. 

(****) Rapport déposé le i5 septenibie 1862 sur une tentative de lliéorie nouvelle de la 
poussée des terres, présentée en iSSg. 



( 219 ) 

dont MOUS avons à rendre compte, il n'est question que de terres sans 
cohérence, comme sont celles qui ont été fiaîchement remuées. 

» La ihéorie citée de Coulomb a été développée dans ses conséquences, 
de i8o4 à 1846, par de savants ingénieurs, bien que l'illustre physicien 
n'ait proposé qu'avec réserve et sans beaucoup de confiance son hypothèse 
de la séparation des massifs suivant des surfaces toujours planes. 

» Depuis, M. le docteur Hermann Scheffler, après avoir constaté le peu 
de valeur des raisons par lesquelles deux Géomètres ont essayé de justifier 
théoriquement la su[)position de ce mode exclusif de rupture, a tenté, le 
premier, une détermination mieux fondée des forces dont ces massifs sont 
le siège, lorsque leur équilibre est infiniment peu troublé (*). Bornant 
ses calculs au cas le plus simple, qui est celui d'un massif indéfini terminé 
en haut par une surface horizontale, M. Scheffler montre très-bien qu'à 
l'intérieur les faces verticales et les faces horizontales seules sont pressées 
normalement; puis, admettant à peu près à priori qu'en tout point, parmi 
les petites faces obliques, il s'en trouve au moins luie sur laquelle la direc- 
tion de la pression fait avec la normale à cette face un angle égal à celui 
de frottement de terre contre terre, il pose les équations de l'équilibre 
d'un élément prismatique à base trapèze; et, en invoquant, comme dans 
les autres parties de son livre, un certain principe, dit de moindre résislance, 
dont on lui a reproché l'obscurité et le défaut de généralité (**), le savant 
et ingénieux conseiller des travaux du Duché de Brunswick arrive à une 
détermination, qui peut être regardée comme juste, du rapport entre les 
pressions s'exerçant sur les faces verticales et sur les faces horizontales en 
chaque point; d'où il lire une solution exactement motivée, et du reste 
conforme, quant au résidtat, à celle de Coulomb, du problème de la pous- 
sée sur un mur vertical, pour le seul cas où l'on suppose lisse ou sans 
frottement la face de ce mur, 

» M. Levy est allé bien plus loin dans cette voie rationnelle; car, tout 
en n'y marchant qu'appuyé sur des principes clairs et dégagés d'hypo- 
thèses non justifiées, il est parvenu à poser en équation, d'une manière 
générale, le problème des pressions intérieures d'un massif quelconque 
sur le poin