CENTRE
for
REFORMATION
and
RENAISSANCE
STUDIES
VICTORIA
UNIVERSITY
T R N
CONCESSION A L ALLEMAGNE
DE LA
COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES
ETUDE SUR LES DEBUTS DE LA REFORME GATHOLIQUE
EN ALLEMAGNE (1548-1621)
BIBLIOTHEQUE DBS ECOLES FRANCAISES D ATHENES ET DE ROME
PUBLIEE
SOUS LES AUSPICES DU MINISTERS DE L INSTRUGTION PUBLIQUE
FASCICULE CENT VINGT-HUITIEME
CONCESSION A L ALLEMAGM
DE LA
ETUDE SUR LES DEBUTS DE LA REFORME CATHOLIQUE
EN ALLEMAGNE (1548-1621
G. CONSTANT
ANCIEN HBMBBB DE L ECOLE FRAKQAISE DE ROME
FELLOW DE L UNIVEHSITE DE LIVERPOOL
PROFBSSEUR A L lNSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS
TOME I
PARIS
E. DE BOGGARD, EDITEUR
\\GIENNES MAISONS THORIN ET FONTEMOING
1, RUE DE M EDICTS, 1
1923
Tous droits reserves
AVANT-PROPOS
Si le litre de ce livre parait quelque peu theologique, le
sujet ne Test pas plus que toute autre etude sur le protes-
tantisme ou la Contre-Reforme. II s agit, non de quelque
question doctrinale ou liturgique, mais d un point d his-
toire religieuse assez peu connue, et qui fera mieux com-
prendre les debuts et les hesitations de la Reforme catho-
lique.
Au xvi* siecle, il exists dans 1 ^glise deux courants
d opinions contraires. L un pretend la reformer, en 1 adap-
tant aux circonstances par des concessions disciplinaires ;
les anciens canons sont trop rigoureux pour les temps
nouveaux, et 1 tglise doit se conformer davantage aux
moeurs modernes, sous peine de pericliter. L autre prone
la methode opposee : il convient, non seulement de fixer
la foi d une fa^on indiscutable, mais aussi de maintenir
inflexible la discipline et de la restaurer en son ancienne
rigueur,
A Pepoque principalement etudiee ici, 1 Eglise semble
hesiter entre les voies ou elle s engagera. Pie IV incline a
la conciliation. La communion sous les deux especes, ac-
cordee a 1 Allemagne est la premiere concession ; le ma-
riage des pretres, si vivement r6clam6 par 1 empereur et
les princes allemands, ne semble pas loin d etre la seconde.
JI AVANT-PROPOS
Mais ravenement de Pie V marqae une ere nouvelle. On
revient en arriere, et Ton impose a la Reforme catholique
une direction opposee, si Men que le premier aiguillage
nous parait faux aujourd hui, Men qu il eiit pu devenir
definitif.
Les negotiations pour la communion sub utraque nous
feront connaitre les idees et les sentiments des deux partis
adverses, en me me temps qu elles nous reveleront leurs
forces respectives et leurs chances de succes. Nous verrons
le parti modere triompher sous Pie IV, puis decliner,
alors que croit 1 influence des principaux instigateurs et
agents de la Contre-Reforme.
Cette etude, non seulement eclairera le developpement
de la Reforme catholique au xvi e siecle, mais elle servira
aussi a 1 histoire de Pie IV, qui y joua un role important,
et a celle d Allemagne, puisqu elle concerne en grande
partie la politique religieuse de Ferdinand I er , de Maximi-
lien II et d Albert V de Baviere.
Le but de ce livre n est pas de refaire 1 histoire du 1ms-
sitisrae, si abondamment etudie, mais de tracer celle du
calice dans 1 Eglise catholique : de la les deux dates de
1548 et de 1621 : 1 une indique le premier essai de conces
sion pontificale a 1 empire par Paul III, la seconde la sup
pression definitive d un rite qui pouvait s implanter dans
1 Europe centrale et memela deborder.
Ces querelles religieuses, qui semblent a beaucoup sans
grande importance et tout juste comprehensibles, a une
epoque ou des luttes d un ordre different les remplacent,
etaient jadis d un interet primordial ; elles cristallisaient
autour d elles les griefs divers de tout un peuple; elles
melaient a la religion les revendications sociales et ethni-
ques, qui, comme dans les guerres hussites, finissaient par
les dominer. lilies imposerent aux Tcheques une sorte de
particularisme en religion. Les imaginations, au milieu
du desarroi general, s attachaient a ce symbole du calice,
AVANT-PROPOS III
dont la signification re*elle ne leur apparaissait que dans
une obscurite mystique ; mais ce vague meme donnait a
leur foi cette nuance de mystere sans laquelle il n y a pas
de religion * . Ce symbole de Boheme devient bientot
commun a tous les reforme s et comrae un article de leur
foi 2 . Us y restent si obstinement attache s que rien ne les
y peut faire renoncer ; s ils parlent quelquefois de retour a
1 unite, ils demandent en premier lieu que la communion
soit toujours et a perpetuite 1 celebree par les protestants
sous les deux especes 3 . L affaire du calice, dit Theiner 4 ,
a ete, chose forte etrange, une des principales difficultes qui
se soient elevees a la reunion de 1 Eglise de Suede avec
1 Eglise catholique . Ce qui est vrai de la Suede, Test
egalement des autres pays oil prevalut la Reforme. La
coupe du Seigneur, disent les XXXIX articles d Elisabeth
(1562), ne peut etre refusee aux lai ques, car les deux parties
du sacrement, par 1 ordre et le commandement du Christ,
doivent etre dispensees a tous les Chretiens sans distinc
tion . II y avait a peine 23 ans que, meme apres le schisme
d Henri VIII, un Acte du Parlement (1539) avait stricte-
ment maintenu la communion sub una, declarant, avant le
concile de Trente , que celle sub utraque n est pas neces-
saire au salut, parce que 1 une ou 1 autre espece contient
le Christ tout entier; soutenir le contraire exposait a la
prison et a la confiscation des biens, recidiver etait un
acte de felonie et comme tel puni de mort 6 .
La question du mariage des pretres, que nous verrons
marcher de pair avec celle du calice, n est pas moins
1. E. Denis, Fin de I independance Boheme, t. I, p. 20.
2. Voir p. 30 et suiv.
3. Voir p. 89, n. 1.
4. Schweden und seine Stellung zum heiligen Sluhl, Augsbourg, 1838, t. II,
p. 50.
5. Voir p. 234 et suiv.
6. Wilkins, Concilia magnae Britanniae et Hiberniae a synodo Verulamiensi
A. D. 446 ad Londonensem A. D. 1717, Londres, 1737, t. Ill, p. 841. Burnet,
History of the Reformation, edit. Pocock, Oxford, 1865, t. I, p. 414.
IV AVANT-PROPOS
grave. Observez, disent les theologiens reformes de Ha-
novre qui songent a un rapprochement avec Home *, ob-
servez que les ministres et les peuples des eglises protestan-
tes ne verroient pas, sans de grandes alarmes, abroger
1 usage de la coupe, etablir la loi du celibat . Et aujour-
d hui encore cette question s est posee, comme naguere,
dans une partie de 1 ex-Saint-Empire. Au lendemain de la
revolution sociale et politique qui transforraa la Tchecoslo-
vaquie, 1 assemblee du clerge, reunie a Prague le 23 Jan
vier 1919, outre la revision du proces de Jean Huss 2
(n est-ce pas un souvenir plus ou moins conscient de
1 utraquisme ?) et, tout comme au xvi e siecle, les offices en
langue vulgaire 3 , 1 assemblee demanda le celibat vo-
lontaire et la liberte pour les pretres de se marier 4 .
Avec 1 appui du gouvernement et une recommandation
spe"ciale de Mgr Doubrava, une mission du clerge tcheque
partit pour Rome, ou elle arriva a la fin de juin; elle vit
le cardinal Gasparri, secretaire d Etat, le sous-secretaire
d Etat, Mgr Tedeschini, et remit a Benoit XV le memoire,
dont elle supplia d approuver les reformes. Si certaines fu-
rent concedees, du celibat volontaire il ne fut point
question. Alors une soixantaine de pretres se marierent
civilement 5 ; et un cure de Silesie, si Ton en croit cer
tains journaux de Boheme, benit 1 union de plusieurs
1. Voir p. 89, n. I.
2. On disait a Mgr Baudrillart, lors de son voyage a Prague, en sep-
tembre 1920 : On a rehabilite et canonise Jeanne d Arc, on peut bien
rehabiliter et canoniser Jean Huss. La Croix, du 27 septembre 1920.
3. Gf. p- 87 et suiv. Sur ce point, Rome a concede des privileges de tout
genre, que peut constater 1 etranger, en assistant aux offices catholiques
de Boheme.
4. En d autres termes, la permission, pour les pretres qui avaient
contracte des unions illegitimes, de les regulariser parle mariage et,
dans 1 avenir, la faculte de se marier, avant de recevoir les ordres sa-
cres. C est exactement ce que demandait, au xvi" siecle, un des partis
de la Reforme catholique. Voir p. 90 et suiv., 110 et suiv., 131 et suiv.,
193 et suiv., 214 et suiv., 223, 425, 437 et ch. VI.
5. En particulier M. Zahradnik, que le gouvernement nomma conseiller
du MinisLere de la section ecclesiastique, ainsi que son frere, religieux
Premontre.
AVANT-PROPOS V
de ses confreres 1 . Les ecclesiastiques reformistes, demeures
celibataires, formerent une association la jednota la
jednota bratrskd unissait autrefois les Freres Bohemes 2 .
Gette association, condamnee par une lettre pontificals de
Janvier 1920, ne conserva bientot plus que les elements
schismatiques ; deux ou trois cents pretres apostasierent,
cent autres environ, suivis de 4500 de leurs fideles, s or-
ganiserent en eglise nationale, que protege 1 ^tat 3 . Bientot
de tout ce mouvement en faveur de Jean Huss, de la lan-
gue maternelle dans les offices et du mariage des pretres il
ne restera probablement plus que le souvenir. Mais ne nous
prouve-t-il point que les questions etudiees en cet ouvrage
durent avoir jadis une singuliere importance, pour que,
trois cents ans apres la Montagne Blanche et malgre trois
siecles de Contre-Reforme, elles agitent encore les esprits,
la meme ou elles provoquerent tant desecousses?
11 n est point jusqu aux idees ireniques, lesquelles
sont a la base de toute cette histoire du calice dans 1 Eglise
catholique 4 , qui n aient leur prolongement jusqu a notre
epoque; elles n ont cesse de banter les esprits que desole
la dechirurede la robe inconsutilis du Christ. Lel6mai 1919,
les delegues de la conference mondiale, projete"e par les epis-
copaliens d Amerique pour 1 union des figlises, voyaient
en audience Benoit XV, qui se montra d une bienveil-
lance irresistible a leur endroit , en meme temps que
d une rigidite inebranlable 5 . Deja, durant la guerre,
1. C etait ce qui se pratiquait, en Boheme, au xvi* siecle. Voir la fin
du chapitre VI, S e avant-derniere note..
2. Voir p. 22.
3. D r Jos. Hanus, professeur a Prague, L Eglise catholique en Tche-
coslovaquie dans la Revue du clerge francais, 1" et d5 mars 1920. Cf. Rene
Pinon, L Europe nouvelle et le catholicisme, Paris, 1921 ; L. Eisenmann, La
Tche co-Slovaquie, Paris 1921.
4. Voir chapitre II.
5. L figlise catholique, dit le pape, ne peut point prendre part a un
congres, ou 1 on met en discussion ses propres litres de credibilite (voir
p. 85). Mais elle n entend point par la desapprouver ceux qui ne sont pas
unis a la Chaire de Pierre, et lentent quelque union. Cf. Leslie G. Wal
ker, The ideal of one world wide-Christian Church dans the Constructive Quar-
VI AVANT-PROPOS
la papaute" avait echange avec les figlises se"parees d ar-
dents et charitables voeux d union, tentant de r6aliser
1 ordre du Maitre : Que tous soient un * . Ce desir per-
sistant de rapprochement, malgre la cassure qui de siecle
en siecle s est faite plus large et plus profonde, fait bien
comprendre le mouvement qui, peu d annees apres la scis
sion, tenta de la supprimer.
Des deux ouvrages etrangers qui se sont occupes du ca-
lice, 1 un, y compris 1 Appendice, n est qu une plaquette
de 85 pages 2 , 1 autre ne traite pas que cette question 3 .
Tous les deux certes sont loin de manquer de valeur ; mais
ils ont ete forcement limite"s par la documentation res-
treinte des archives de la ville oil les composa leur auteur.
Saftien et Knopfler n etudient point Torigine de la ques
tion, ou son developpement dans les diverses parties de
1 empire ; ils ne la situent pas dans le mouvement de re-
forme catholique au xvi e siecle, les debats si mouvemen-
tes du concile leur echappent presque completement, et ils
ne poursuivent pas jusqu a la Montagne-Blanche les suites
de la concession. Les longues et nombreuses negociations
qui amenerent celle-ci leur paraissent fort compliquees et
terley Review, mars 1921 ; G. Goyau, Sur I horizan du Vatican, dans Revue
des Deux-Mondes , 1" mars 1922, p. 104 et suiv.
Lord Halifax, dans son discours du 14 fevrier 1895, au sujet de la va-
lidite des ordinations anglicanes, avait dit : Les pretres qui ont regu
les ordres romains peuvent officier, les membres de 1 figlise romaine
peuvent communier a nos autels ; nous desirons de tout coeur qu il nous
soit permis, a 1 etranger, de faire notre confession au clerge romain et
de recevoir de ses mains notre communion. Sur les efforts de 1 Eglise
anglicane pour se rapprocher des feglises d Orient, voir Herbert Hensley
Henson, eveque de Durham, Anglicanism. Lectures on the Olaus Petri foun
dation, delivered in Upsala, Londres 1921.
1. G. Goyau, Article deja cite, premiere partie, 15 fevrier 1922. Voir la
Pastorale du cardinal Mercier sur 1 Unite catholique, Pentecote 1922.
2. K. Saftien, Die Verhandlungen Kaiser Ferdinand I mil Papst Pius IV
iiber den Laienkelch, Gottingen, 1890.
3. Ainsi sur les neuf groupes de documents publies a 1 Appendice
(109 pages), six se rapportent a des sujets autres que la communion sub
utraque. Le D Kndpfler est toujours attache a la Faculte de theologie de
1 Universite de Munich, ou son age avance ne lui permet plus d enseigner
comme auparavant 1 Histoire de 1 figlise. Son ouvrage est de 1891 : Die
Kelchbewegung in Bayern unter Herzog Albrecht V.
AVANT-PROPOS VII
impossibles a d6m61er avec ce qu ils ont sous la main.
Ces negociations sont merveilleusement embrouillees et
confuses dit en une circonstance 1 un d eux 1 , et 1 autre
avoue qu il n a pu consulter les pieces de telle ou telle
ambassade qu il estime necessaire de connaitre 2 . II leur
aurait fallu en effet rechercher, en dehors de Munich et de
Hanovre, nombre de documents disperses un pen dans
toute 1 Europe.
Us se trouvent ici reunis. Beaucoup, quoique copies et
minutieusementcollationnes, n ontpuqu etre die s ou brie-
vement analyses. Les publier tous eut exige un volume
aussi considerable que 1 ouvrage entier. Les difficultes ac-
tuelles d impression m ontobligeaen supprimer beaucoup.
Certains d ailleurs, recueillis avant les publications de
Friedensburg 3 , de Susta, d Ehses, de Steinherz 4 , pouvaient
etre mis de cote. Us viennent tous de quelques unes des
Archives ou m attira un travail exigeant de plus vastes re-
cherches. En dehors de Prague 5 , Amberg et Hanovre*, ce
n est point pour 1 histoire de la communion sous les deux
especes que je visitai Florence, Parme, Modene, Milan 7 ,
Trente, Innsbruck, Munich *, Vienne 9 , Simancas, Valla-
l.Knopfler, op. cit., p. 107, n. 1.
2. Saftien, op. cit., p. 35.
3. Nuntiaturbericlite / Abtheilung, t. X et XI, oil se trouvent beaucoup
<le documents que j avais reunis. Voir plus has p. 37, n. 3 et 4, p. 38,
n. 10, 11, 12, p. 39, n. 1, 4, p. 40, n. 1.
4. Le tome IV de ses Nuntialurberichte, Il te Abtheilung, para en 1914. Le
manuscrit 5636 de la Hofbibliothek de Vienne, que j ai etudie dans mon
Rapport sur une mission scientifique en Autriche et en Espagne, fut signale
apres mon sejour a Vienne, a M. Steinherz qui en a tire son volume:
Briefe des Prager Erzbischofs Anton Brus von Mtiglitz 1S6S-1563.
5. Archives d Etat, qui jusqu en 1918, s appelaient Landesarchiv. Ar
chives archiepiscopales, consistoriales et capitulaires. Bibliotheque de
1 Universite.
6. Les Archives de Bamberg etaient en complet remaniement, quand
je voulus y prendre des informations. Gelles de Spire, de Landshut, de
Neuburg et de Nuremberg ne contiennent rien d important sur le calice.
7. Ambroisienne et Trivulziana.
8. Reichsarchiv (aujourd hui Hauptstaatsarchiv) Kreisarchiv Staatsar-
chiv Hausarchiv (archives du palais ducal) Konigliche Bibliothek (au
jourd hui Bayerische Staatsbibliothek).
9. Haus-Hof-und Staatsarchiv, que je designe sous le simple nom de
Staatsarchlv Hofbibliothek qui, depuis 1918, s appelle Nationalbibliothek.
VIII AVANT-PROPOS
dolid , Paris, Madrid et autres lieux, qui cependant ont
complete sur elle une information que les Archives et la
Bibliotheque Vaticanes avaient deja rendu importante. Par-
tout je rec.us un accueil dont je tiens a redire la parfaite
bienveillance, en renouvelant a chaque Directeur ou archi-
viste a qui j eus affaire 1 expression de ma tres vive grati
tude.
Toutefois, dans 1 interet des savants de tout pays, je si-
gnalerai un fait qui, je 1 espere, restera unique. En 1913,
M. Imbart de la Tour, membre de 1 Institut, faisait copier,
pour les archives de 1 Histoire religieuse de la France ,
ou elle devait paraitre, la correspondance du cardinal de
Mantoue avec son neveu le cardinal Fr. Gonzaga, durant le
concile de Trente 2 , correspondance estimee perdue 3 , que
j avais le premier longuement etudiee et en partie analy-
se"e, en 1904 et 1907, aux Archives de Parme, et dont on
trouvera ici quelques extraits. J envoyai la liste detaillee
des lettres qui, depuis mon passage, avaient ete disper-
se"es dans divers cartons. Le savant et distingue Directeur
de 1 Archivio di Stato , M. A. Capelli, mettait tres
aimablement a ma disposition deux copistes, dont l un,
M. Giovanni Drei, archiviste, m ecrivit en cette occasion.
Ce meme M. Drei, trois ans plus tard, se vantait d avoir eu
la bonne fortune de decouvrir la correspondance du cardi
nal de Mantoue, qui jusqu ici avait echappe aux recherches
des savants 4 ; il en tirait deux articles et la publiait. sans
que les Revues, ou parut ce genre particulier de documen
tation scientifique, soupQonnassent, en celui qui desormais
se pretendait specialise dans 1 Histoire du concile de
Trente, une grave faute professionnelle relevant du Minis-
tere italien.
\. Bibliotheque de Santa-Cruz.
2. Outre quelques lettres de son secretaire, Gamille Olivo.
3. Susta, Die Romische Kurie und das Konzil von Trient, t. I, (1904) p. LIII
et suiv.
4. Archivio storico italiano, Florence, 1916, p. 247.
AVANT-PROPOS IX
11 n y a pas lieu de reprendre la critique des sources do-
cumentaires ou fut puisee la matierft de cet ouvrage . La
plupart des pieces sont originales; beaucoup, je les avais
deja etudiees ; les particularites que presentent certaines
d entre elles sont signalees en note ou a 1 Appendice.
An Reichsarchiv de Munich, qui depuis la Revolution
allemande s appelle Hauptstaatsarchio, unclassement nou-
veau avait ete fait, peu avant la guerre, qui a bouleverse
les cotes anciennes. Gelles-ci, pre"cedemment indiquees par
d autres ou moi-meme 2 , je les ai conservees, tout en don-
nant le plus souvent, entre crochets, les nouvelles ; c etait
1 unique moyen de ne pas ajouter a la confusion 3 . Au
Kreisarchio de la meme ville, plus d une liasse (Fascikel)
presente quelque confusion. Certaines, d un volume et
d une hauteur exageres, contiennent melanges et non nu-
merotes des documents de quatre siecles, du xvi c au xix e ,
de sorte qu on peut toujours craindre la disparition de
quelques pieces.
Une difficulte d un genre special, que tout d abord ne
1. Voir mon Rapport sur une mission scientifique en Autriche et en Espa-
gne, dans le t. XVIII des Nouvelles archives des missions scientifiques et lit-
teraires; et ma Legation du cardinal Morone pres I empereur et le concile de
Trente (avril-decembre 1363), Paris 1922.
2. Dans les deux ouvrages ci-dessus indiques.
3. Un repertoire, avec table de concordance n existe pas aux archives.
Le voici, pour les principaux manuscrits (originaux, minutes, copies
reunis en volumes) cites en cet ouvrage.
COTE ANC1ENNE I COTE NOUVELLE
Acta Concilii Tridentini, t. I-V Kirche und Schule, t. 8-13.
Bayerische Religionsakten, serie 14,
t. I-XIII Kirche und Schule, t. 66-78.
Geistliche so andere Religionssachen,
primitivement n 22, puis n 17 Kirche und Schule, t. 85
Religionsacta des Romischen Reichs,
* t. I-XV Kirche und Schule, t. 16-30.
Hochstift Regensburg, Literalien, t. I Regensburg Hochstift, 11 34.
Salzburg Erzstift primitivement n 05
133 et 134, puis n s 109 et 110 Salzburg Erzstift, n s 256-257.
Hochstift Augsburg, 89, 90 Hochstift Augsburg, n os 194 et 195.
Hochstift Eichstiidt, n 3 Hochstift Eichstadt, n 36.
Hochstift Freeing, t. IV Hochstift Freising, t. 75.
Hochstift Freising, III G/l 204 (car
ton) seul n a pas change de cote.
AVANT-PROPOS
soupgonnera pas le lecteur, flit d identifier les noms pro-
pres de localites bavaroises ou autrichiennes, trouves dans
les enquetes. A la difference d orthographe s ajoutent, en
effet, les changements dans les divisions administratives
ou ecclesiastiques et les remaniements territoriaux 2 .
Knopfler s etait borne" a orthographier le nom tel qu il le
trouvait: ce qui ne permet pas de savoir souvent a quelle
ville, a quel bourg d aujourd hui il s applique. C est pour
eviter ce defaut, que durant 1 automne de 1920, et malgre
les difficult^ du moment, je revins aux Archives de Munich,
ou tout en revoyant et collationnant certains documents,
j entrepris un travail aussi peu court qu aise. On a bien,
pour la Baviere, Appian 3 , Wiedmer 4 et Bundschuh 5 , mais
ils sont trop anciens ou insuffisants. La salle de travail du
Reichsarchiv possede une carte, qui n est pas dans le com
merce, de la Baviere au xvi ft siecle. On aime a y recourir ;
elle est loin cependant d etre complete et de repondre a tou-
tes les questions. Aussi faut-il avoir sous la main nombre
d ouvrages que doit connaitre 1 historien etranger a 1 Alle-
magne 6 . M. Fr. Westermaier tres verse dans la topographic
1. J indique generalement entre crochets 1 ancienne ortographe.
2. Beaucoup de localites, au xvi e siecle, en Baviere appartiennent au-
jourd hui a 1 Autriche et vice versa.
3. Pliilipp Apian s Topographic von Bayern und bayerische Wappensammlung,
dans YOberbayerisches Archiv fur vaterlandische Geschichle, hrsg. von dem
historischen Vereine, Munich 1880. Apian, ne en 1531, a Ingolstadt, mourut
a Tubingen en 1, : .89.
4. Repertorium Bavariae oder fcurze Geographische Beschreib-und Einthei-
lung des Bayerischen Crayses [Kreises], Ausbourg i7S2.
5. Geographisches Lexicon von Baiern, Ulm, 1796-1797, 3 vol. L. Westen-
rieder (Bayerisch-hislorischer Kalender 1787-1815) fournit des renseigne-
ments sur la Baviere, a la fin du xvni siecle.
6. En voici quelques-uns, PI. Braun, Historisch-topopraphische Beschrei-
bung Augsburg in drey Penoden, Ausbourg, 1823. J. A. Eisenmann et G. Fr.
Hohn, Topo-geographisch-slatislisckes Lexicon vom Konigreiche Bayern, Er-
langen, 1840, 2 vol. A. Steichele, Das Bislhum Augsburg hislorisch und sta-
tistisch, Augsbourg, 1864-1910, 7 vol. (publication continuee par A. SchrO-
der, qui a publie le 5 e volume). J. Rottmayr, Stalistische Beschreibung des
Bisthums Passau, Passau 1867. K. Friihwald, Neuestes Orts Lexicon fur die
in Reichsrathe verlrelenen Konigreiche und Lander, Vienne, 877. (Get ouvrage
concerne 1 Autriche). F. Janner, Geschichte der Bischofe von Regensburg,
1883-1886, 3 -vol. (Get ouvrage n est pas toujours exact.) H. Oesterley,
AVANT-PROPOS XI
ancienne de 1 empire, m a tres aimablement aide a dissiper
mes doutes, de meme que le D r G. Schrotter a calmer les
scrupules que font naitre. loin des Archives, certains textes
allemands du xvi e siecle *.
II eutete aise d allonger de beaucoup la bibliographic, ne
fiit-ce qu avec les ouvrages cites au cours de cette etude.
Ceux qui concernenttel point particulier ou tel personnage
se trouvent indiques a leur place, surtout quand ils con-
tiennent eux-mme les sources que recherche Pauteur, ce
qui evite une nomenclature inutile 2 . Les livres cites sont
assez connus, pour m epargner toute reflexion oiseuse ; si
quelque critique s impose, elle a lieu en son temps. Toute
oauvre d une valeur douteuse ne saurait etre indique"e.
Une liste unique et par ordre alphabetique est ce qu il y a
de plus ancien, de plus banal, mais aussi de plus commode,
parce que le lecteur, en face d un op. cit., retrouve aussi-
tot le litre qu il desire. Certains auteurs, en adoptant des
groupements bibliographiques plus ou moins artificiels,
1 obligent quelquefois, a parcourir une quarantaine de pa
ges. L historien doit garder pour lui seul la peine. II faut
que son travail, souvent d une complexite extreme, ne vise
qu a la simplicite et a la clarte.
C est dans ce but de clarte que les ouvrages scientifiques
ont des notes. Details, digressions, preuves, documenta-
Historisch-geographisches Worterbuch des deutschen Mitttalters, Gotha, 1883.
(On y trouve les noms anciens et nouveaux des monasteres et des locali-
les.) Du meme, Wegweiser durch die Literatur der Urkunden Sammhingen,
Berlin, 1885-1886, 2 vol. (Important pour les noms de monasteres et de
villes en Autriche, en Boheme, en Hongrie etc.) J. Looshorn, Die Geschi-
chte des Bisthums Bamberg, Munich, 1886-1910, 7 vol, W. Goetz, Geogra-
phisch-historisches Handbuch von Bayern, 1895-1898, 2 vol. Gemeinde Lexikon
der im Reichrate vertretenen Konigreiche und Lander... Herausgegeben von der
K. K. statistichen Zentralkomission Vienne, 1907, etc. (les tomes I et II Nie-
derosterreich et Oberosterreich, sont de 1907, le volume Tirol und Vorarlberg
est de 1907). F. Wachter, General-Personal-Schemastismus der Erzdiozese
Bamberg -1007-1907, Bamberg, 1908. A. v. Forstemann, Altdeutsches Namen-
buch, 3 edition completee et poursuivie de 1110-1200, par H. Jellinghaus,
Bonn, 1913-1916, 2 vol.
1. MM. Westermaier et Schrotter sont attaches au Reichsarchiv de
Munich.
2. La bibliographic, par exemple de Wycliffc et de J. Huss eut pu de-
passer u elle seule celle de ce liyre.
XII AVANT-PROPOS
tion, tout y estrejete. Le lecteur hatif n a qu ales omettre.
L etudiant y cherche l ide"e, 1 esquisse qui sera pour lui
1 amorce de quelque travail. Le savant y trouve, parfois
sous forme de dissertation concise, le developpement qu il
souhaite, les renseignements complementaires qui ailleurs
n auraient pu trouver place, la documentation ou les sour
ces qui lui peuvent etre utiles. Les notes sont necessaires
pour etablir les preuves de ce qu avance 1 historien et faire
une 03uvre qui ne soit pas sujette a caution ou a change-
ment. Elles ont 1 avantage de debarrasser le texte de tout ce
qui pourrait retarder sa marche reguliere et rapide. Elles
1 allegent d autant plus (ceci n est pas un paradoxe) qu el-
les chargent le livre davantage.
Trois chapitres et demi de cet ouvrage etaient ecrits a
mon depart de Rome. Ma mission scientifique aux Archi
ves d Autriche et d Espagne, qui depassa une annee, mon
sejour en Angleterre, pres de 1 Universite qui m y avait
appele, d autres travaux sans rapport avec celui-ci, le pro-
fessorat, gene constante pour un labeur minutieux et pa
tient, la guerre et ses suites qui me retinrent loin de Paris
du 11 novembre 1914 a fevrier 1920, tout cela retarda la
composition d un volume que moins de tenacite eiit proba-
blement range parmi les interrupta opera. Je recopiai une
partie des derniers chapitres, dans les hopitaux militaires,
ou m accompagnaient livres et documents, a la veille d une
operation ou quelques jours apres, au grand etonnement
des medecins-chefs qui ne comprenaient guere qu au milieu
de luttes angoissantes, ou j avais pris part et dont je parta-
geais toutes les emotions, on put s interesser encore aux
gens ou aux querelles du xvi e siecle. C est deux mois apres
ma troisieme operation que ce livre obtint le visa de la Sor-
bonne (mars 1920); et Mgr. Duchesne, 1 accueillant avec
bienveillance, lui assignait le premier rang parmi ceux qui
devaient paraitre.
Mont-des-Oiseaux, novembre 1922.
CHAPITRE PREMIER
COUP U CEIL UETROSPEGTIF
Origine de la demaude du calice pour les laics. -- Extension
de la communion sub niraque en Allemagne. -- Etat de la
question au debut du pontifical de Pie IV.
La communion sous les deux especes est un usage de la usa s edeia
,. t^i- i . ji i cornmuuion sous
primitive Eghse, qui subsiste aujourd hui encore dans les deuxesp -, ces
1 Eglise grecque et les autres rites orientaux J . A l 6poquo
des Manicheens, on estimait he>etiques ceux qui ne com-
muniaient pas sub utraque*. La coutume de donner aux
fideles 1 Eucharistie sous une seule espece, ancienne elle
1. On se sert d une petite cuiller d or oil Ton niele au vin consacre quel-
ques parcelles d hostie. Cette pratique fut egalement en usage, en Occi
dent, pour les malades. - - Sur les anciens usages de 1 Eglise grecque
voir ttistoire critique de la creance et des coutumes des nations du Levant par
le S* de Moni (R. Simon), Francfort, 1684; Dongthaeus, De calcibus eucha-
risticis vctenim christianorum, Breine, 1694 ; Sandelli, De singularibus Euc/ia-
ristiae usihus apud veleres Graecos, Brescia, 1769.
2. Ainsi les consideraient St. Leon le Grand (Sermo 4 de Quadragesima,
cap. v. Migne, Patrologie laline, t. IV, col. 278-280) et le pape Gelase, dont
Gratien cite les paroles dans son decret De consecrations , dist. % Comperimus,
en 1 appliquant aux seuls pretres. Gf. Pefri Siculi Sermo III, dans Novae
Patrum Biblwthecae, t. IV, Eome, 1847, p. 78; G. Cassander, De arlicutis
religionis inter catholicos et prolestanles controversis consultatio, dans Le
Plat, Monumentorum ad historiam concilii Tridentini polissimum illustrandum
spectanlium amplissima collectio, Louvain, 1781-1787, t. VI, p. 1J)6 ; Rinaldi,
Annales ecclesiastic! ab anno XCXCV1II ubi desinit cardinalis Baronius,
ad annum 1557, n XL; Bossuet, Defense de la tradition sur la communion
sous une espece, chap. 34. Voir aussi plus Las (chap. V) les Instruc
tions pour Rome redigees au nom de Ferdinand I", d Albert de Baviere
et des trois electeurs ecclesiastiques, a la fin de Fassemblee de Vienne,
12-18 aout Io63.
1
2 COUP D CEIL RETROSPECTIF
aussi , se g^neralisa surtout au xm e si^clo; au commcn-
1. Elle remonte au temps les plus lointains, Aussi ne faudrait-il pas
croire qu elle Hit inconnue de la primitive Eglise. L Eucharistie que Ton
conservait en temps de persecution, que Ton portait aux iafirmes et aux
martyrs n existait que sous 1 espece du pain. Les premiers Chretiens
avnient chez eux du pain consacrd, pour le consommer a la premiere
alerte (Tertullien, Ad ujcorem, lib. II, cap. 5, Migne, Patrologie latin e
t. I, col. 1296; edit, de Oehler, Quinti Septimii Florentis Terlulliani quae
super sunt omnia, Leipzig, 1853. t. I, p. 689; De oratione, cap. 6, 14, 19,
Migne, op. cit., t. I, col. 1160, 1169, 1171 et suiv. ; edit, de Vienne, Corpus
scriptorum ecclesiasticorum latinorum, 1866 etsuiv.,t. 20 (1890), p. 184 et suiv ,
192 ; edit. Oehler, t. I, p. 561, 5ti6, 571 et suiv. ; Gyprien, De lapsis, cap. 26,
Migne, op. rit., t. IV, col. 486; edit, de Vienne, t. Ill, part. 1 (1868),
p. 248 et suiv.Gf. Thiei, Epistolae romanorum Ponlificum, t. I, p. 902. Aux
ermiles on apportait des hosties consacrees qu ils gardaient quelques
jours et dont ils se communiaient (ralladius, Historia Lausiaca, cap. 9,
52, Migne, Patrologie greco-latine, t. XXXIV, col. 1027, 1148. S. Anaslasii
Sinaitae episcopi Antioc/ieni interrogaliones et responsiones de diversis capitibus
a diversis propositae, Quaeslio VII, Migne, Palrologie grecque, t. XLV, col.
991 sqq. Gf. t. XXXII, col. 485). Dans les voyages longs et perilleux, on
emporttiit avec soi des hosties consacrees (St. Ambroise, De excessu Sati/ri
f rains sui, Migne, Patrologie latine, t. XVI, col. i:i60 et suiv. VitaS.Birini
(f 650) ad 3 Decemb., dans Surius, De probatis sanctorum. historiis, Cologne,
1S70, etc., t. VI, p. 771. Vita S. Laurentii Dublinensis, ad 14 Novemb., dans
Surius, op, cit., t. VI, p. 342, 345); et cet usage subsiste chez les moines
de 1 Eglise grecque (P. Arcudius de Gorcyre, De Sacramento Eucharistiae,
lib. Ill, cap. 59, dans son De concordia Ecclesiae occidentalis et orientalis in
septem sacramenlorum administratione libri VII, Rome et Paris, 1619 et
1072). Les malades (et ce fut toujours la coutume dans 1 Eglise d Orient)
[Gf. Discursus super administratione calicis, 11 Junii 1563. Le Plat
op. cit , t. VI, p. 324; Frind, Urfcundhen ilber die Bewilligung des Laienkelch.es
in Bnhmen unler Kaiser Ferdinand I, Prague, 1873, p. 24] n etaient com-
munies que sub una (Vita S. Basilii Magni, Migne, op. cit , t. XXIX,
p. LXXXIX. Vita S. Ambrosii Mediolanensis episcopi a Paulino ejusdem
notario ad beatum Augustinum conscripta, cap. 9, Migne, Patrologie latine,
t. XIV, col. 46. Vita S. Fulcrani episcopi Lodevensis, auctore Bernardo
Guidone episcopo, ad 13 Feb., chap, vr, dans Bollandistes, Paris, 1865,
t. II, p 716; Micrologus de ecclesiasticis observationibus, cap. 17, dans
Maxima bibliotfieca veterum Patrum, Lyon, 1677, t. XVIII. p. 469 et suiv.,
et dans Mi(*ne, Patrologie latine, t. GLI, col. 987-988), ainsi que les enfants,
avant Page de raison (Goncile de Macon I, de 585, can. 6, dans Mansi,
Sacrorum conciliorum nova et ampfissima colleclio, edit, de Paris, 1901, etc.,
t. IX, col. 952. Evagrius, Historia ecclesiastica [431-594], edit, de Henri de
Valois 1659-1673, t. Ill, liv. iv, ch. 36, et liv. xvn, ch. 25, et dans Migne,
Patrologie grecque, t. LXXXVI, col. 2415 et suiv., 2769, 2985). La liturgie
des presanctifies, commune aux rites grecs etlalins, exclut la consecra
tion du vin; (Loo Allatius [AlacciJ, De missa praesanctificatorum apud
Graecos diftsertatio, dans son De Ecclesiae occidentalis atque orientalis perpetua
consensione libri III, jGologne 1648, p. 1550-1608. Reponse de Henri VIII
aux delfignos lutheriens sur la communion sub utraque, dans Burnet,
History of the Reformation, Londres, 1679-1115 edit. Pocock, t. IV, p. 374-
3Sn. Gf. Dnchesne, Origines du culte Chretien, Paris, 1896, p. 102, 239). Aussi
Henri VIII repondit-il, en 1538, aux delegues lutheriens qui soute-
naient que la communion sous les deux especes est necessaire au salut :
Non possuimis quovis facto adduci... ut putenms vos id serio affir-
COUP D CEIL RETHOSPECT1F 3
cement duxii 6 , 1 ancien usage estdit encore immuable * ,
mare... Nam ipsa opinio tain aliena est a recta Scripturae intelligen-
tia, ut vix quivis id serio affirmasse... intelligerilis . Et il appuie son
sentiment, non settlement sur 1 Ecriture, mais sur la pratique Ires an-
cienne de 1 Eglise. (Burnet. loc. cit.)
Sur 1 anciennete et la pratique du rite sub una en dehors de 1 Eglise
romaine, voir Instructions a Morone pour la diete d Haguenau, 1540
(Rinalili, Annales ecclesiaslici.ad ann. 1540, n 32; Le Plat, op. cit., t. II,
p. 645); Confutatio Augustanae Confessionis II, 1, LXII, LXVIII, LXIX ;
Barthelemy Latomus, De la docte simplicite et de I usage du calice et du
saint sacrifice de la Messe, 1559; Jean Hessels, de Louvain, De la commu
nion sous une espece, Louvain, 1597; Hosius, Dialogus de utriusque speciei
communion?, Paris 15 iO et 1563, et dans ses Opera omnia, edit. Venise
1573, fol. 301 v et suiv. ; H. Blissemiuss, Traite de la communion sous
une ou deux especes, Irigolstadt, 1585 ; Barthold Nihus, Commenlalio decom-
munione Graecorum sub una specie, Mayence, 1644 ; Dissertatio de communione
Orientalium sub specie unica ad calcem Leonis Allalii, dans 1 ouvrage d A-
lacii precedemment cite et que B. Nihus edita a Cologne en Ifi48, p. 1613-
1G90 ; Emmanuel van Schelslrate, Acta orientalis Ecclesiae contra Lutheri
haeresim, cum documentis, notis ac dissertationibus illustrata, Rome, 1739,
t. II, p. 79i, 838 (Dissertatio II de communione sub utraque specie] ; Mabil-
lon, De Eucharistia, dans ses Praefalion.es ad Ada sanctorum onlinis sancti
Benedicti, Venise, 1732; Bossuet, Traite de la communion sous les deux
especes, I" partie (La pratique et les sentiments de 1 Eglise des les pre
miers siecles) ; et Defense de la tradition sur la communion sous une espece,
ch. 6, 7, 8-14, 30, 33, 35,36, 38, 48; Sclioeck, Kirchengeschichle, 1804 etc.,
t. XXVIII, p. 82 et suiv. ; L. Duchesne, Eglises separees 1896, p. 102, 103.
1. Sacramentum utriusque speciei ab Ecclesia immutabiliter rc-
tinetur , dit Guillaume de Gampelle. (Mabillon, Praefaliones ad Ada
Sanctorum ordinisS. Benedicti, Venise 1734, Praefatio I 1 ad spculum JII ,
n 75). Ainsi parlent le scholastique Alger de Louvain, en son De Sacra
mento corporis el sanyuinis Domini (Malou, Bibliotheca Patrum, Louvain,
1847, t. XI, p. 251), Hugues de St. Victor, en son chapitre 6 : Ouare in
duabus suvnatur speciebus de son traite VI (De sacramenlis confirma-
tionis, Eucharistiae et Extremae Unctionis) de sa Summa sententiaruiii (Migne,
Patrologie latine, t. GLXXV1, col. 142-143), Arnauld de Chartres (f 1.62),
dans le chapitre De Coena Domini de son De cardinaiibus operibus Chrisli
(Ibid., t. GXXXIX, col. 1642 et suiv.), Anselme de Gantorbery (Epistolarwn
libr.[IV, n 107, 2 edition des S. Anselmi Canfuariensis Opera de Geiberon,
Paris, 1721, p. 453), Alexandre Alais, en sa Somme theologique, et d au-
tres encore. (Voir Mabillon, Museum italicum, Paris, 1086-1689, t. J],
p. LXI-LXIV [Patrologie latine de Migne, t. 78, col. 884] : Quando et quo-
modo desierit communio sub utraque specie in Ecclesia romanan. J.e
concile de Glermont de 10^6, disait en son chapitre 28 (Mansi, op. cit.,
t. 20, p. 818) : Ne quis communicet de altari nisi corpus separatim et
sanguinem similiter sumat, nisi per necessitatem et cautelam . Aussi
le cardinal Bona ecrit-il (Rerum liturgicarum libri JI, Rome, 1671, c. 18) :
omnes passim clericos ac laicos, viros et mulieres sub utraque specie
mysteria antiquitus sumpsisse. Semper et ubique ab Ecclesia primordiis
usque ad seculum duodecimum sub specie panis et vini communicarunt
fideles . Mabillon (Museum Italicum, Paris, 1686-1G89, t. II, p. LXI) ajoute :
c Gommunionem sub utraque viguisse ad initia seculi duodecimi constat
ex iis qui tune florebant auctoribus... Quo proinde tempore communio
sub utraque specie ab Ecclesia immutabiliter retinebatur . Cf. Gerbei t,
abbe de St. Blaise (Foret Noire), Vetus lilurgia alemannica, disquisitionibus
4 COUP D (EIL KETROSPECTIF
et le nouveau, du temps de saint Thomas (f 1274), no sem-
ble pas commun, a tout 1 Occident . L absence de vignes
en certains pays, le danger de re"pandre a terre le vin con-
sacre 2 , le degout que pouvaient avoir les fideles a boire au
meiue calico, le pe"ril de contagion en temps d e pide mie 3
praeoiis, noils et observationibus illustrata, St. Blaise, 1776, t. I, p. 389.
Les textes des Peres et des Docteurs cites dans 1 ecrit des delegues ba-
varois du 11 aout 1563 (voir 1 Appendice) prouvent que 1 usage du calice
a subsiste depuis 1 epoque apostolique jusqu au concile de Constance.
1. St. Thomas d Aquin (Summa thcologica. Part. 3, Qu. 80, art. 12) dit
en etTet que le rile sub una a prevalu settlement en quelques eglises .
A son epoque, reconnaissent les Peres de Trente,existait la pratique de la
communion sous les deux especes. (DeputatorumPalrumjudicium,9 mai 1562.
Ehses, op. cit., p. 630). Le Concile d Oxford, en 1287, (Wilkins, Concilia
Magnae Brilanniae a synodo Verulamiensi, A. D. 446, ad Londonensem, A. D.
1717, Londres, 1737, t. II, p. 133) parle encore du calice pour les fideles
conime d un usage courant (Voir aussi le concile de Durham, en 1220.
Wilkins, op. cit., t. I, p. 578). Selon Chemnitz (Examen concilii Tridenlini,
Francfort, 1707,1. II, p. 134, edit, de Preuss, Berlin, 1868, p. 378) 1 usage
du calice se conserva jusqu au commencement du xiv" siecle. Au xvi",
il subsiste des vestiges de 1 ancien usage, dans plus d une eglise d Alle-
magne. Adliuc exstant in quibusdam Germaniae locis, disent les ins
tructions de 1 empereur, d Albert de Baviere et des Electeurs ecclesiasti-
ques d aout 1563 (Reichsarc/dv de Munich, Ada concilii Tridenlini, t. IV,
fol. 65) calices habentes insertas fistulas, per quas laici, reverentiae causa
de calice parlicipatione solebant .
Aux objections contre la communion sous une seule espece, dont il
donne les raisons (Summa Iheologica, Part. 3., Qu. 80, art. 12), St. Tho
mas d Aquin repond par la doctrine de la concomitance, (Ibid., Part. 3.
Qu. 76, art. 2), doctrine qui fut -vigoureusement aflirmee par les theo
logians des siecles suivants, Eck, Fisher, Berthold Pirstinger, en sa
Tewtsche Theologie . Cf. Ilosius, Opera omnia, edit. Venise 1573,
f s 49, 51, 304 -v-305, :i06 v. Cf. Laemmer, Die vorlridenlisch kalholische
Theologie des Re formations- Zeilallers, Berlin, 1858, p. 250-251.
2. Ernulf (1040-1124), fiveque de Rochester, enumerant quelques incon-
venients de la communion sons les deux especes, ecrit : II arrive sou-
vent que des hommes barbtts et ayant de longues moustaches les imbi-
bent de liquide avant d y toucher... Quel pretre sera assez adroit pour
administrer lo sai-rement sans en rien repandre? (Episto/a II ad Lam-
bertum, dans le Spicilegium d Achery, Paris 1723, t III, p. 470). Le car
dinal Robert Pulleyn, theologicn d Oxford du xri" siecle, dit egalement
(Sententiarum libi-i octo, dit. Matlioud, Paris, 1655, liv. in, c. 3) : Nimi-
rum periculose fieret ut sanguis sub liqnida specie multitudini fidelium
in occlesia divideretur ; longe periculosius, si infirmatis per parochiam
deferrotur . C est peut-etre a cause de ces inconvenients signales par
leurs theologiens que le rite sub una, chez les Anglais, semble s etendre
le plus largement. Voir les Constitutions de J. Peckham, archeveque de
Cantorbery, en 1231, dans Lyndwood, Provinciate (sen constitutiones Angliae)
contincns constitutiones provinciates XIV archie filscoporum Canluariensiurn,
Oxford, 1 179, p. 9. Cf. Spittler, Geschichte des Kelches, Lemgo 1780, p. 181
et suiv.
3. On se preoccupe aujourd hui de cette question dans les eglises pro-
testantes, et beaucoup recommandent que chacun ait son calice. Cf. Zur
COUP D ffilL RETROSPECTIF 5
repandirent de plus en plus la communion sub una J , qui
finit par etro une regie etablie, sans qu aucun d6cret no
1 eut impose e 2 . II resta toutefois c,a et la des traces de
hygiene des evangelischen Abendmahls, dans Deutsche medizinische Wochen-
schrift, n 39, p. 710 ; G. Ammer, Abendmahlskelch und Gesundheitspflege,
dans Gemeindeblatt fur Rheinland und Westfalen, n 46, p. 349-362; Spitta,
Abendmalils feier, Gottingen, 1904 (en particulier le chapitre : Die liygienis-
che, asthelische und soziale Seite der Kelchbewegung , p. 125-151). II y a memo
des catalogues de calices pour fideles depuis 1 M. 33. Gf. Monatschrift
fur Goltesdienst und kirchliche Kunst, n 2.
1. La communion sub una pour les rnalades, repond Henri VIII aux
delegues lutheriens qui soutenaient la necessite du calice (Burnet, op.
cit., edit. Pocock, p, 374 et suiv.), le manque de vin en certains pays, le
peril d effusion, le grand respect pour 1 Eucharistie etablirent la com
munion sous une seule espece. Chemnitz (E.ramen concilii Tridentini, edit.
Preuss, Berlin, 1861, p. 355), rapporte les paroles de Gerson qui enumere
les divers inconvenients de la communion sub utraque signales par les
theologiens. Gf. Jean Grancolas, llistoire de la communion sous une seule
espece, Paris, 1696 ; Confutatio Augustanae Confessionis II, 1, LXV11I
et suiv. ; Hosius, Dialogus de ulriusque speciei communione, dans ses Opera
omnia, edit, de Venise 1573, fol. 303. Voir les statuts synodaux de Cahors,
Rodez et Tulle, du xivsiecle, dans Martene, Thesaurus anecdolorum, t, IV,
p. 7)2; Mabillon, Commentarii in ordine romano, p. 62.
2. Le calice ne fat interdit par 1 Eglise qu au concile.de Constance, a
cause de 1 erreur des hussites. t Communem praeterea virorum docto-
rum qui rerum ecclesiaslicarum sunt periti earn esse sententiam, huric
ritum et morem communicandi suh utraque specie primum tempore con
cilii Gonstantiensis sublatum et interdictum fuisse. Id quidem exdecretis
jam dicti Gonstantiensis atque etiam Basileensis concilii non obscure
colligi . (Instructions de 1 empereur, des Bavarois et des trois Electeurs
ecclesiastiques pour Pie IV, 12-18 aout 1563. Staatsarclriv de Munich;
Ada concilii Tridentini, t. IV, fol. 65; Eofbibliothek de Vienne, ms. lat. 5637,
f" 699-711.) t Le concile de Constance, le premier, nulne le niera, retira
le calice aux laics, non encore pour toujours, mais tant que 1 Eglise
jugerait bon qu U en fut ainsi. Auparavant cet usage etait un rite bon
et indifferent ; 1 Eglise, qui 1 a abroge, peut, la necessite Py engageant,
le retablir . (Ecrit de Farcheveque Brus, du 28 mai 1563. Voir 1 Appen-
dice.) En effet c etait les abus que 1 Eglise avail voulu poursuivre :
t Gonstitutiones frivolae contra determinationes et decreta sanctae ma-
tris Ecclesiae, et praesertim super communione sub utraque specie teme-
rarie promulgantur. Et nonnulli catholici ad hujusmodi communica-
tionem sub utraque specie suscipienda manu saecnlari saepius cons-
tringuntur . (Bulle de Martin V, a Constance, du 1" avril 1418.
Hofbibliothek de Venise, ms. 5661, fol. 273) cop. Ge manuscrit vient de
Seripando, legal au concile de Trente).
Le Goncile de Constance, en sa 13 Session (juin 1415). condamne la
communion utraquiste parce qu en certains pays on veut 1 iinposer au
peuple comme obligatoire et q.ue Ton traite de sacrilege la coutume
contraire. (Hardt, Concilium Constnntiense,r&ncfort et Leipzig, 1100, t. Ill,
p. 647; Mansi, op. cit., t. 27, col. 727-728). Et, dans le decret de Constance,
comme le fera observer Pie IV (Instructions papales a Arrivabene, du
22 juillet 1562. i usla, Die Romische Kurie und das Konzil von Trient unter
Pius IV, Vienne, 1904-1914, t. II, p. 282), une clause disait que les
choses edictees par lui devaient etre observees tant que 1 Eglise jugerait
6 COUP D (EIL RETROSPECTIF
1 usage primitif. Au xv e siecle, comme au xiv e , le pape, a la
mcsse solennelle, continue a communier les fideles sous les
deux especes *. Le chevalier Arnold de Harff raconte, dans
sun pelerinage a Rome 2 , qu il recuL a Paques 1497, le vin
consacre de la main meme du pape. Cette coutume dut
disparaitre peu de temps apres, car Patrizzi, dans son Ce-
r6monial 3 , ne parle plus quo d hosties distributes au peu-
ple, a la messe pontificale; mais elle subsista pour le diacre
qui assistait le pape 4 . L ernpereur, lorsqu il etait commu-
bon de ne pas agir autrement . D apres les theologiens bavarois, dans
leur eerit du 11 aout 1363 (voir 1 Appendice), le concile interdit moins
le calice qu il ne consacra 1 usage ancien, car un de ceux qui y assis-
taient affirme qv;e les laics peuvent encore le recevoir, s il n y pas dan
ger de scandale. Le concile de Bale, en 1437, (Mansi, op. cit., t. XXVIII,
p. 158. Gf. Laemmer, op. cit., p. 256) declare que les deux usages en soi
sont legitim.es. Voir sur 1 usage de la communion sous les deux especes,
G. Cassamler, Consullalio de articulis religionis inter catholicos et protes-
tantes con trover-sis, art. XXII, dans Le Phit, op. oil., t. VI, p. 754 et suiv. j
du memo, De sacra communione chrisliani populi in utraque pants et vini
spe.de, dans ses Opera omnia, 1616; Martin Becanus [Van der Beeck] S. J.,
Disputatio d? communione sub utraque specie, Mayence, 1609; G. Galeztas,
De communione sub utraque specie, Helmstadt, 1642; Mabillon, Museum
italicum. Paris, 1686-1689, t. II, p. 01, 90, 91, 129; du meme, Praefationes
ad Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti, Venise, 1734; du meme, In ordinem
romanum commentarius praevius, dans Migne, Patrologie latine, t. LXXVIII,
col. 884 et suiv. : Quando et quomodo desierit communio sub utraque
specie in Ecclesia romana ; Chemnitz, Examen Connlii Tridenlini, edit
Preuss, Berlin, 1861, p. 347-350, 313-379; Spittler, Geschichte des Ketches im
Abendmal, Lemgo, 1780 et dans la collection de ses oeuvres editees par
Karl Wachter, Stuttgart et Tubingen, 1834, t. VIII, p. 305-400; Gieseler,
Kirchetigeschichte, Bonn, 1823, 1832, t. II, J. Smend, Kelchversagung und
Kelchspendung in der abendlundischen Kirchen, Gottingen, 1&98.
1. XV US Ordo Romanus (De Caeremoniis S. romanae Ecclesiue) de P.
Amely, eveque de Sinigaglia ({ 1398) : Diaconus remanet in altari
tenendo... calicem, et cum sinistra flstulam, cum qua dat ad bibendum
omnibus qui communicaverunt, de manu papae, de Christ! sanguine .
Martin V, aussitot apres la promulgation du decret de Constance, n he-
sita pas a conserver cet ancien usage. (Ecrit des Bavarois du 11 aout 1563.
Appendice.)
2. Publie a Cologne en 1860 par v. Groote, p. 35.
3. Rituum ecclesiasticorum sive sacrarum caeremoniarum libri III, Venise,
1516, p. 110. Cf. sur Patrizzi, G. Constant, Les Mailres de ceremonie du
XVl e siecle, dans le t. XXIII des Melanges d arche ologie et d histoire publies
par 1 Ecole franchise de Rome, p. 162, 163, 168.
4. Ecrit des Bavarois du 11 aout 15.63 (voir 1 Appendice). Dans le projet
d instructions pour le pape, d aout 1563 (Hofbibhothek de Vienne, ms.
5637, fol 699-711; Reichsarchiv de Munich, Acta Concilii Tridentini, t. IV,
fol. 65-79; Simancas, Estado leg. 641; Affaires etrangeres, Menioires et
documents. Espagne, n 291, fol. 156. Cf. plus bas, chap. V), il est egale-
ment dit : M li S. Cesareae relatum est... idem etiam Romae cum dia-
conis S li ejus in sacro ministrantibus observari . Cot usage etait tres
ancien. Cf. Spicilegium romanum, t. V, p. 300.
COUP D OEIL RETROSPECTIF 7
nie par le Souverain Pontife, recevait 1 Eucharistie sous les
deux especes ; ce privilege ne fut aboJi qu uu temps de
Frederic 111 (1452), a cause de 1 erreur des hussites J . Les
Charlreux, constatent les Peres de Trente en 1563. conser-
vont encore le rite de la communion sub utraque 2 , ainsi
quo les Benedictins 3 . En Calabre et dans le pays d Otrantc
les deux usages existent conjointement, ecrit Pambassa-
deur imperial le 18 mars 156i 4 , et dans la meme
eglise, on communie sous une seule espece ou sous les
deux . Aux abbayes de Saint-Denis et de Cluny, dans quel-
ques aulres 6glises de France e"galcment, le diacro et ie
sous-diacre, jusqu a la fin du xvni e siecle, communierent
sous les deux especes, les jours de fete 5 . Depuis Clement VI
(1352), les rois de France, a leur sacre, apres avoir regu
1 hostie. buvaient le vin consacr6 6 .
Mais ce fut surtout en Boheme quo le rite ancien se L-ancien rite
n, ... , , , i , i en Boheme.
s y mamtmt ca et la, alors quo dans le reste
de 1 Eglise occidentale il disparaissait peu a peu 7 . Au
1. Benoit XIV, De sacrificio Missae, Sect. I, n 369, dans scs (Euvres
completes, Venise, 1767, Prato, 1839-1846.
2. Deputatorum Patrum judicium 9 mai 1562. (Ehses, op. cit., p. C3:).) Gf.
Stalutum Cisterciensium editum in Capitulo generali anno -1*261, dans Mar-
tene, Thesaurus novus anecdoctorum, Paris, 1717, t. IV, p. 1248. Le cluipitre
general de 1487 avail deroge a cette coutume, a cause de 1 erreur 1ms-
site. Martene, op. cit., t. IV, p. 1587.
3. Ecrit des Bavarois du 11 aout 1563 deja cite.
4. Prospero d Arco a Ferdinand I er , 18 mars Iu64. Slaatsarchiv cle Vienne,
Romcorrespondenz, fasc. 22, fol. 75, orig.
5. Benoit XIV, op. cit., Sect. I, n 369. Chronicon Cluniacense de Fran-
Qois a Rivo et de Nicolas d Obery (apres 1485), dans Marrier, Bibliotheca
Cluniacensis, Paris 1614, p. 1640; Gerbert, op. cit., t. I, p. 388; MaLillon,
Museum Ilalicum, t. II, p. LXIII, [Migne, Patroloyie Inline, t. 78, col. 886].
Gette coutume existe encore, a Rome, pour la messe solonn&lle celebree
par le pape.
6. Benoit XIV, loc. cit. Dans le projet d instructions pour le pape,
d aoftt 1563, dont j ai parle (voir plus haut, p. 6, n. 4), il est dit : M u S. Gae-
sareae relatum est christianissimos Galliae reges... tempore . coronationis
suae, ex inveterata consuetudine, ad communionem sub utraque specie
admitti . Voir sur la question Mabillon, In ordinem romanum commenta-
rius praevius, dans Migne, Patrologie latine, t. LXXVIII, col. 88i et suiv.,
(c est la reedition des Commentaires de son Museum lialicum, Paris,
1686-1689, t. II, p. LXTII-LXIV) ; Sjiiitler, op. cit., p. 43, note 2.
7. Gf. Frind, Die Kirchengeschichte Bohinens in der Husitenzeit, Prague,
1872, t. II, p. 108; Kalousek, Histoire du calice au temps prehussite, Pra
gue, 1881, en tcheque. Ce dernier auteur restreint le plus possible la
survivance des pratiques de FEglise d Orient en Bohemp.
8 COUP D (EIL RETROSPECTIF
temps de I Sveque Jaromir (1068-1089), 1 hostie e"tait trem-
pee dans le calice avant d etre distribute aux fideles J .
Boniface IX, en 1390, conce"da la communion sub utra-
que aux mineurs de Kutna-Hora 2 ; et a Prague meme, il
y avail alors quelques pretres qui la donnaient au peu-
ple 3 . On a dit que c tHait peut-etre un reste des traditions
grecques apportees par los premiers missionnaires Cyrille
et Me"thode 4 , traditions qui persisterent, malgr6 les deTen-
scs formelles de Gre"goire VJ1 5 et cntretinrent longtemps
parmi les Tcheques une certaine resistance aux coutumes
romaines 6 . De la serait venu cet esprit d opposilion plus
ou moitis latent a Rome et a la Curie et cette sorte de levain
qui favorisa le d^veloppement d he resies comme celles
des Bogomiles et des Vaudois, sous 1 episcopat de Drazic
(1301-1343) 7 . Si ce n est dans le souvenir des traditions
grecques, 1 utraquisme trouva du moins un terrain pre
pare" dans le particularismo inconscient d une e"glise nalio-
nale, a laquelle le catholicisme remain se manifestait sous
la forme de l 6glise allemande 8 .
s gi diverses et complexes sont les causes qui favoriserent
du mouvement , , . ...
hussite. le mouvement hussite que les hislonens, selon qu ils re-
tiennent les unes a 1 exclusion des autres, ont pu se divi-
ser en trois Creoles. Les Russes insistent sur 1 influence
1. Ilofler, Concilia Pragmsia 1352-1412 p. ix, dans les Abhandlungen der
Kdnigl. bomischen Gesellschaft der Wissenschaflen, t. V.
2. Peschek. Geschichte der Gegenreformation in Eohmen, Prague, 1844.
3. Denis, Huss et la Guerre des Hussites. Paris, 1878, p. 18U.
4. Saints Cyrille et Methode sont encore tres veneres en Boheme. Au
jour de leur fete, de nombreux pelerins affluent de toutes les parties de
Moravie, a Velehrad, sanctuaire tcheque le plus frequente, oil, en 863, le
prince Rostisans recut les apotres slaves que lui envoyait 1 empereur
grec Michel III.
:>. Bulle de Gregoire VII de 1079 ou 1080. Gf. Hisloria persecut. boh. ch. V.
6. 11 y eut toujours quelque inclination des Bohemes pour les Grecs.
Au concile de Bale, dans la congregation generale du 10 oct. 1432, les
deputes tcheques demanderent qu on invitat au synode 1 Eglise orientale
en vue de la reeonciliation. (Refele,Conciliengeschichte. t. VII (1874), 790).
En 1448, le sonat de Prague none d^s negociations avec les scliismati-
qnes grecs. (Pastor, Geschichte des Piipste, t. II, p. ISO.)
7. Of. Frind, Die Gescliichte der Bischofe und Erzbischofe von Prag, Pra
gue 1873, p. 78 sqq.
8. Expression de Jerome de Prague. Voir sur les conditions spe-
cialns de 1 etablissement du christianisvne en Boheme et de son deve-
loppennent, L. Krummel, Geschichle der bohmischen Reformation im XV
Jahrhundert, Gotha 1866, p. I et suiv.
COUP D ffilL RETROSPECTIF 9
grecque dont j ai parle" . Pour les Allemands, le soi-disant
hussitisme, dans les quinze premieres ann6es du xv e siecle,
n est rien autre quo le wyclelisrne irnplante sur le sol de
la Boheme 2 . Les Tcheques, eux, cherchent des raisons
moins extrinsequos, plus nationales; ils en trouvent plu-
sieurs : le desir, souvent manifesto" chez les anciens Bohe-
nies, d etablir un accord entre la vie reelle el 1 ideale de
la vie chretienne qu ils portaient en eux 3 ; le conflit de
plus en plus aigu entre r^guliers et s^culiers, qui, au
temps de 1 eveque Drazic, causa des troubles graves comrno
le massacre do 1334, qui s envenirna, sous Pardubice, avec
les discours violents de quelques predicateurs contre les
ordres mendianls 4 ; 1 independance et la haniiesse de
1 Universile de Prague, autour de laquelle se conccntre-
rent les efforts de ceux qui voulaient reformer FEglise 5 .
Les Merits de Wycliffe, dont 1 action ne pent etre nie,
1. La Boheme, durant des siecles, aurait cte rattachee a. 1 Egliso d O-
rient par des aspirations et des souvenirs communs, par un symbole: le
calice, conserve chez les Tcheques jusqu au temps des hussites. Cette
theorie, la plus ancienne.fut soutenue par les Russes, qui, selon Liitzow
(The life and times of Master John Hus, Londres, 1909), auraienteu quelque
idee politique cachee, en essayant d attirer les Tcheques au slavisme.
Kalousek (Hisloire du calice au temps prehussiie, Prague, 1881, en tcheque ;
Etudes russes sur les causes et les tendances des mouvemenls hussites, dans les
A finales du museeroyal de Bohime, 18S2, p. 90-1U2, en tcheque) et Goll (Anna-
les citees, 18"J8,p. S JO SQ- jl ont si fortetnent attaquee qu elle n est plus sou
tenue que d une facon tres moderee par les Russes eux-memes (Palmov,
Les Freres Bohernes dans leurs Confessions, Prague, 1904, t. I, en russe),
s ils ne 1 abandonnent pour suivre 1 opinion tcheqne (Yastrebov, I ierre
K/telti-hils/ci et son temps ; etudes sur I histoire de la pensee hussite, Saint-Pe-
tersbourg, 1908, t. I, en russe).
2. Loserth, en son article surlluss de la Realencyklopadie (edit. 1896-1908,
t. VIII, p. 475). Ailleurs il ecrit: le mouvement n a ete provoque en
Boheme que par les ecrits de Wyclife. Les correspondances et les docu
ments historiques de cette epoque et de celle qui suivit demontrent qu il
a ete purement wyclifiste, (Hus und Wiclif, Prague 188i, p. 8). Lo
serth, qui sur cette question est le chef de Fecole allemande, a Jjeaiicoup
etudie Huss et Wyclife (voir p. 16, n. 2 et 5) ; il continue a le faire : Johann
von Wiclif und Guilelmus Peraldvs, danslc-s Sitzungstierichte des kais. Akade-
mie der Wissenschaften in Wien, t. 180, III 10 Ainh, 1916; Johann von Wiclif
und Robert Grosseteste. Ibid, t. 68, II Abth, 1918.
3. Palacky, Geschichte von Bohmen, t. Ill, p. 18-19. Palacky crea la theo
rie des origines nationales du mouvement hussite, a laquelle se rallierent
tous les historiens tcheques.
4. Voir plus has, p. 10 et suiv. Cf. Frind, op. cit., p. 90-96.
5. Voir Die geistigen Bewegungen in Bohmen vor dem Begum des Huss/lls-
mus. Die Universilal im Verelne mit der Kirclie, dans les Histor. polit. BLiitter,
t. XLVI, Munich, 1860, p. 1-18, 97-117; Hagemann, Der ersle dogmatische
10 co up D CEIL RETROSPECTIF
n auraient fait que mellre en branlo un mouvement depuis
long-temps prepare 1 .
Le Au xiv e siccle, 1 Eg-lise Icliequc sent un besoin impe-
prehussitisme. \ i r /-> i , i- r
rieux de reiorrnes. QueJques preau-ateurs ou ecrivams,
que Ton a appeles pred^cesseurs de Huss, Conrad de
Waldhausen 2 , Milic de Kremsier 3 , Malhias de la-
Slreit an der Universittit Prag. Ein Beitrag zur Gesch. der religiosen
Bewegung in Bohmen vor Hits, flans la Tlieolog. Quurtalschrift, Tubin
gen, 18UO.
1. Ainsi pense 1 ecole tcheque moderns : W. Tomek, qui etudia 1 etat
materiel et moral du clerge boheme a 1 epoquequi preceda Huss, Krofta
et Novak, qui se sont occupes de 1 Eglise en Boheme, au xiv e siecle ;
Novotny, Truhlar, Nejedly et Flajshans, qui ont recherche 1 activite
Jitteraire de J. Huss et de ses contemporains. On trouvera la bibliogra
phic de leui-s oeuvres el de la question dans Zibrt, Biblinyraplde ceske
historic. (Bibliographie historique de la Boheme) Prague, 190 1910, et
dans la bibliographic periodique publiee par Ceslty Casopis historicity, de-
puis 1905.
2. Conrad (1320-1369), no en Autriche et predicateur a la cour de Par-
chiduc. fut appele par l em|iereur Charles IV a Prague, oil en 1538 on
lui donna la cure de St. Galle; tres appuye par 1 archeveque Ernest de
Pardubice, qui etait plein de zele lui-meme pour les reformes necessaires,
il atlira les foules autour de sa chaire et devint cure de la grande eglise du
Tyn & Prague. Les autorites ecclesiastiques, le due Albert de Bavicre et
plus tard Urbain V lui permirent de precher dans les dioceses de Pra
gue et de Salzbourg. Voir sur lui F. Mencik, Konrad Waldhauser, dans
les Abhandlungen der kgl. bom. Gesellschaft der Wissenschaften, Prague,
1882 (coinpte rendu de Goll, dans Revue historique, t. XIX, p. 423); Johann
Prediger der Deutsc/ien bei St. Callus in Prag, dans Wolkan, Bohmens An-
theil an der deuhchen Literatur, t. Ill, Prague, 1894 ; L. Klieman, Zprdva
o cesle po knihovndch v Rakouska a Nemecku (Rapport sur une visile
aux bibliolheques d Allemagne et d Autriche), dans le 2 volume de la
Pievue academique Vestnik ceske akademie, p. t>3 et suiv. On trouvera
le reste de la litterature le concernant dans Bachmann. Geschichle von
Bohmens, Gotha, 1899, t. II, p, 147,- Zirbt, Bibliografie ceske historic, t. II,
p. 1118 et Wolf, Quel/enhunde der deutschen Re formationsgesehichte, Gotha,
1915, I. 201 sq.
3. Milic (qui signifie Amarid) z Kromerize fit partie de la chancel-
lerie de I empereur Charles IV jusqu en 1362, chanoine et archidiacre
de la cathedrale de Prague, il se demit de ses fonctions en 1363, pour se-
preparer, dans la retraite, ^ evangeliser le peuple Quand il retourna
dans la capitale de la Boheme ce fut pour precher en tcheque (ce qui
ctait une innovation) t licet ab aliquibus propter incongruentiam vul-
garis sermonis deriaeretur , dit sou biographe; mais il s adressait en
latin aux pptres et aux etudiants, et plus tardil parla egalement en al-
lemand. Son succes fat tres grand. Successeur de Conrad de Waldhausen
au Tyn, il y prechait chaque jour en allemand, et en tcheque dans une
autre eglise; les sermons qu il ecrivait etaient aussitot recopies et ru-
pandus. Nombreuses furent les conversions ; jamais les sacrements
n avaient ete aussi frequentes. II mourut le 29 juin 1374, a Avignon, oil
il etait venu se justifier des accusations portees contre lui. Voir sur
Milic Narralio de Miliczio, biographic, qu ecrivit et insera dans ses Rtgulae
veteris et novi Testamenti Mathias de lanow (Fontes rerum bohemicarum
COUP D ffilL RETROSPECTIF 11
now 1 les reclament avec force ; leurs attaquos contre los
abus des ordres mendianls ou du clerge 2 altirent sur cux
t. I, p. 431-436); Vita venerabilis presbyteri MiUcii praelati ecclesiae Pragensis
ecrite par un antre de ses disciples et publiee dans Balbin Miscellanea
hislorica regni Bohemias, Prague, 1679-1687, t. IV, part u, p. 44-6i et dans
les Fontes rerum bohemicantm, t. I, p. 401-430. Voir aussi Ball)in, Bohemia
docta, edit. Ungar, t. II, p. 181-183; Ac/a consistorialia Pi agensia, edit.
Tadra des Archives historiqiies de I ACademie Ichequej t. I; Neandef,
Aligemeine Geschichte der christlichen Religion und Kirche, 3 edit. 1838, t. II,
p. 707 et suiv.; Palacky, Geschichte Bohmens, t. Ill, p. 1 ; du me me, Die Yor-
laiifer des Hussileutums, edit. 1869, p. 317 et suiv. ; Kosut, Jan Milic. Prague,
1868; Lechler, Johann von Wiclif und die Vorgeschichte der Reformation,
Leipzig, 1873, t. II, p. 118 et suiv. ; E. Dmiis, Has et la guerre des Hus
sites, p. 21 et suiv. ; Loserth, lluss und Wiclif, Prague et Leipzig, 1884,
p. 30-53; G. Wolf, op. cil., I, 203. Zibrt, op cit., t. II, p. 1118.
1. Mathias de lanow (Matej z lanova, en tcheque) [1330-1393] de la
petite noblesse tcheque, fut 1 eleve de Milic, a Prague, jusqu eu 1373,
puis il etudia, a 1 Universite de Paris, trois ans b-s arts liberaux, et six
uns la theologie (1373-1381), d oii le litre de Magister Purisiens a que lui
donnerent ses contemporains. Deux fois il lit le voyage de Rome. En
1378 il avail obtenu Une reserve pontlficalo a un benefice ecclesiastique
en son diocese, et le l r avril 1381 une expectative a un canonical de la
Calhedrale St. Vite. De retonr a Prague, il demeura chez Ronconis de
Ericinioy ancien recteur de 1 Universite et alors er.olatre de la cathedrale
(_Sur Ronconis voir Jirecek, Magister Adalbertus Ranconis de Erinicio, dans
Casopis Ceskdho Musea, 1S?2, p. 132 et suiv. ; Loserth, Bcitriiye zur Ges
chichte der hussitischen Beweguny. tfachtragliche Bemerkungen zu dem Adal
bertus Ranconis de Ericinio, dans les Mitteilungen des Vereins fitr die Ges
chichte der Deutschen in Bohmen, t. XVII (1879), p. 198 2 1 3. Gompte rendu
d E. Denis, dans la Revue critique, t. XXIII (1885), p. 292). II avail coiinu,
a Paris, 1 archeveque de Prague Jean de Icnzenstein, qui le nomma cha-
noine et confesseur a St. Vite, et probablement 1 y ill pre cher. Cure a
Velika Ves (Michelsdorf), pres de Sanz, depuis 1388, il resida loutefois a
Prague. II mourut le 30 novembre 1393 et fut enterre dans la cathedrale.
C est moins comme preMicaleur que comme direcleur de conscience que
Mathias exer^a quelque influence sur les ames. Tres verse dans 1 Ecri-
ture, il composa les Regulae veleris et novi Testamenti, donl la plus grande
parlie etait tnanuscrite et que Kybal a edilees en deux volumes, a Inns
bruck, de 1908 a 1909. Sur Mathias de lanow voir Neander.op. cit. t. II,
p. 777 el suiv.; Palacky, Die Vorlaiifer des Hussitenlums ; du meine, Ges
chichte von Bohmen, t. Ill, p. 173 el suiv.; Lechler, J. von Wiclif und die
Vorgesrhischte der Reformation, 1. II, p. 123-131 ; K. Krofta, Knez lakub,
dans Cesky Casopis historicky t. VI, 1900, p. 273-230 ; G. Wolf, op. cit., I,
204 sq. Zirbt, op. cil. t. II, p. 1118-1119; depuis la bibliographic de Zirbt,
Vlatimil Kybal a publie M. Matej z lanova, Prague, 1905.
2. Ge ne sonl point d ailleurs les seuls abus qu ils poursuivenl. Us
s esi prennent a lous les vices, d ou qu ils viennenl. Conrad de Waldhau-
sen censure 1 orgueil, la luxure et 1 avariee de la classe riche, el voici
que les usuriers rendenl leur gain deshonnele, les libertins deviennent
chasles, les femmes du monde renoncenl aux etoffes de prix et aux bijoux
precieux, pour se vetir simplement. Milic combat avec un IH! succes les
moeurs depraves que plus de 300 filles publiqnes se converlissent el qu il
fail elever, a la place des maisons mal famees, un r.-fuge la nouvelle
Belhlrtem , avec une chapelle dediee a Marie-Madeleine, ou Ton pre che
jusqu a cinq fois par jour, el oil Irois pre tres ne cessent d entendre les
confessions.
12 COUP D CEIL RETROSPECTIF
la critique, parfois la haine et les denonciations, mais
ils restent soumis a 1 Eglise, au jugement de laquelle ils
s en remeltent, ct qui ne les coridamna point J . IIuss les
1. Conrad de Waldhausen, Augustin lui-meme, se fit dans les religieux
mendiants, auxquels il reprochait leur simonie, leur cupidite, leur facon
d exploiter les reliques, de quemander sans cesse et de pressurer le pau-
vre peuple, de terribles ennemis. Unis entre eux pour la premiere
fois , ils porterent centre lui, en 24 articles, 24 chefs d accusation (Ac-
cusationes Mendicantium, dans Balbin, Bohemia docta, edit. Ungar, t. Ill,
p. 153). L archeveque et 1 empereur qui toujours le soutinrent, le general
des Dominicains, Simon de Langres, delegue par le pape pour apaiser
le conflit, ne purent desarmer ses adversaires. Les Freres Mineurs lo
contraignent a quitter, eu 1363, la cure de Leitmeritz ou 1 avait appele
Charles IV; 1 annee suivante, un Augustin de Leitmeritz, le designe en
pleine chaire comme I Antechrist ; un autre 1 accuse d avoir dit que tous
les religieux mendiants sont en etat de damnation . A Saaz.le l er mai
13fiS, les Freres Mineurs sonnent les cloches a toute volee pour couvrir
sa voix et 1 cmpecher de precher. Malgre la refutation des 24 articles
qu il fit, lors du sejonr a Prague do Rodolphe IV en 1354, (cette
Apologia Konradi in Waldhausen Cut editee par Ilofler dans le 2 volume,
des Geschichtsschreiber der hussitischen Beweyung [Fontes rerum Austriacamm
2. VI], p. 17-39), il etait accuse par ses ennemis en cour de Rome, lorsque
survint sa mort en 1369.
Milic, 1 ami de Waldhausen, s altira aussi la rancune des ordres men
diants, qui le firent saisir par 1 Inquisilion et enfermer a 1 Ara Cceli,
quand, en 1361, il voulut precher a Rome sur la venue de 1 Antechrist et
la fin du monde, qu il s imaginait imminente d apres le rapprochement
des textes de Daniel (XII, 12) et de St. Mathieu (X.XIV, 15). II composa
alors son Libellus de Antichrislo ou Prophecia et reoelatio de Anlickristo
(imprime par Mencik dans les Sitzungsberichte der konigl. bohm. GeselU-
chaft der Wissenschaften, 1890, p. 3i 8-3i6), qu il soumettait en terminant
au jugement du pape lequel a le pouvoirde scruter es|>rit ou ecrits .
On le relacha, a 1 arrivee d Urbain V a Avignon; et le cardinal Ange
Grimaud, frere du pape, le traita amicalement, lui facilita meme son
retour a Prague. Plus tard, ses attaques virulentes contre les vices des
ficclesiastiques, qui adiilteriis, fornicalionibus, incestibus carnalibus,
mulierum amoribus, amplexibus, concubinarum cohabitaiionibus, mere-
tricum commerciis se ingerunt... ; non laborant nisi sint lucra et pinguea
praebendae... ; die ae nocte bibunt et devorant sicut porci , lui valurent
les plaintes du clerge, au synode de 1373; 1 empereur et 1 archevecjue le
defendirent. Mais les accusations continuerent ; formulees en 12 articles,
elles furent portees a Gregoire XI qui dut charger 1 archeveque d enque-
ter sur cette affaire (les 12 articles sont dans Palacky, Die Vorlaufer,
p. 39-43 ; les articuli declaratorii contra eundem, ibid., p. 43-46) ; Milic en
appela au pape, et partit pour Avignon, ou il obtint justification com
plete (1374). II mourut en cette ville, in die sancti Petri ; et le cardinal
d Albano, Ange Grimaud, declara qu un jour Milic serait venere sur
les autels.
Le schisme d Occident (1378), commence uno dizaine d annees avant que
Mathias ile Tanov eo ivit son traite De Ecclesia (edit. Kybal des Regulae
veleris et novi Teslamenti, t. II, p. 110-308), lui inspire plus d une parole
amere contre les desovdres et la corruption qui en resulterent, conlreles
cardinaux et le pape, qui au lieu d etre un avec les eveques (p. 203,224-
226), en a fait ses trihutaircs (p. 246-217), contre 1 antipape q\\i est le fils
COUP D OUL RETKOSPECT1F :;
ignora *. Et si Milic, Mathias de lanow recommandereni
instamment la communion frequente, tombec en desue
tude et en certains endroits combattue, ils ne la re"clame-
rent pas sous les deux especes 2 .
du peche et du mensonge, centre le systemo des provisions et des reser
ves qu il n est point senl a blamer. (Voir le memoire de la Commission
chargee par Paul III de la reforme ecclesiastique, 1538. Le Plat, Monumen-
torum ad historiam concilii Tndentini... colltclio, Louvain, 1781-1787, t. II,
p. 596). Certains fragments de ses traites furent attribues a Huss et im-
primes dans ses ceuvres (Nuremberg, 1358, t. I, p. 376-471); et c est de
lui que Jacobellus a extrait son ecril de 1 Aniechrisl c est-a-dire du pape.
(Get ecrit se trouve dans le ms. 4519 de !a llol/ bibliolhek de Vienne. Cf.
Denis, Codices manuscripti theologici bibliothecae palalinae Vindoboniensis
Vienne, 1793-1800, t. I. p. 42!, -i25, 427). Mais Mathias respecte la hie-
rarchie en son institution et en tous ses dcgres (De Distinctions Eccle-
siae, t. II de 1 ediiion Kybal, p. 195 et suiv.) Son intention n est point
de saper les bases de 1 Eglise : Je n ai ecrit ce livre que pour res-
treindre un peu 1 immensite du vice et pour rechaulTer 1 amour refroidi
de beaucoup pour les paroles de Jesus-Christ . D un heretique il n a
point 1 assurance et 1 orgueil; publiquement il confcsse sa fragilito ct
son ignorance : Kogo autem, proteste-t-il ailleurs (edit. Kybal, t. I,
]>. 52), et humiliter et pie quemlibet legentem ut non festinet haec col-
lecta cito condempnare. Sed quaecumque sibi displicentia hie invenerit,
inutilia, dispendiosa vel inepta, instanter obsecro ut in hoc mee fragili-
tati, infirmitati et aliis defectibus condescendat et compaciatur insuper
mee imbecillitati et ignorantia-e que in me magna sunt... Gomme
Waldhausen, il ne menage pas les ordres mendiants ; comme Milic dont
il ecrivit la vie, il prend a parti le clerge, qu il dit etlemine, arrogant,
avide, hypocrite, adonne a la luxure.auquel il reproche d avoir accumule
dans 1 Eglise, la richesse, les plaisirs et les honneursdu mondeo. \ussi
profita-t-on de ce qu il avail blame avec quelque violence le culte immo-
dere des images pour porter plainte centre lui devant ses superieurs ec-
clesiastiques. II recommit qu il a pu se tromper et accepte de cesser ses
functions durant six. mois a St. Vite de Prague [1389] (on lui laissait tout
pouvoir a son eglise paroissiale de Veiika); en I.i92 il promet de nouveau
a son arcbeveque obeissance in omnibus licitis et honeslis (Kybal,
Matej z Janova, Prague, 1905). Aussi Kybal, quoique disciple de 1 ecole
tcheque moderne et a ce litre desireux de trouver en lanow un precur-
seur do Huss, avoue-t-il que Mathias est reste un homme du moyen
age et que sa doctrine a des racines medievales . (Revue historic/lie,
191(1, p. 31). L historien proteslant A. Neander ( Uber Matluas von lanow alx
Vorlaufei- der deutsc/ien Reformation und Repriisenlanlen des durch dieselbe
in die Weltgeschichle eingetretenen neuen Princips, dans les Abhandlungen
der Berliner Akademie der Wissenschaften, 1847) avail mis lanov au dessus
de Huss comme reformaieur.
1. II ne s inspire poinl d eux, tandis qne des chapitres entiers de ses
ffiuvres, pour ne pas dire des traites, ne sont guere que des traduclions
de Wycliffe.
2. M^ilic, a sa chapelle de Betlileem. attirait le peuple a la communion
frequente; et un des 12 articles formulas contre lui 1 accuse de soutenir
que Ton est tenu de communier chaque jour, ou du moins deux fois par
semaine.
Mathias de lanow 6crivit deux traites sur la communion frequente,
qu il desirerait ineme quotidienne : De communione corporis Christi (Regu-
14 COUP D CEIL RETROSPECTIF
Si 1 on en croit Rokycana J , un cur6 du vieux Pra
gue, Nicolas de Lacu 2 , aurait enseigne a la fin du xiv e sie-
lae veteiis et novi Testamenli, edit. Kybal. t. I, p. 51-165) Determinaciones
sanctorum doctorum pro cottidiana vel crebra communione sacramenti altaris
a plebibus christianis (ibid., t. II, p. 68-139). 11 reproche aux pre tres dis-
pensateurs des sacrements de se nourrir eux-memes, en negligeant de
faire participer le peuple a leur table (ibid., t. I. p. 85). Voici les pas
sages oil il parlc des deux especes eucharisliques; il les enonce comme
un fait, sans faire entendre qu il est necessaire de les distribuer 1 une
et 1 antre aux fideles, sous peine de mutiler le sacrement : in spe-
ciobus cibi et potus preparavit . (Ibid., t. I, p. 69). c Nibil aliud con-
veniencius per ea [prophetae Ysaie verba] posse intelligi prophetatum
quam istam cottidianam vel crebram christianorum dominici sacramenti
communionem, quae et in moderata seu parva quantitate spec.ierum
panis et vini modeste plebibus ministratur . (Ibid., t. I, p. 91). Quid
obsecro communius in cibis quam panis. quid in potibus usitacius quam
vinum, prout superius est expressum ? Quare igitur dominus in hiis
speciebus sacramentuin istud construere voluerit ipsum, per hoc, qui-
cumque vellent et quocienscumque omnibus passim pauperibus et d-ivi-
tibus ministrandum et perfruendum demonstravit . (Ibid., t. I, p. 95).
Istis omnibus sic ordinatis et discussis, hoc volo persuasum iri et col-
Icctum, videlicet quod ex scripturis veteris instrument! cottidiana vel
ad minus frequens comescio corporis et sanguinis Jhesu cruciflci a
plebeya multitudine est varie praemonstrata et persuasa lympide et
irrefragabiliter per sacrificia. presagia, prophecias et doctrinas , (Ibid.,
t. I. p. 164). Veritas prenotata... est regula vitae generalis omnium
hominum, et ipsa preparata est et presiita in communi ci bo et potu
sub speciebus cominunissimis, scilicet panis et vini, communiler ab
omnibus fidelibus frequenlenda et incorporanda . (Ibid., t. II, p. 35). II
reproche aux Chretiens leurs osuvres inutiles au salut < obmissis, oblitis
et neglectis, puta exercicio continue sacramentorum utihum et saluber-
rimorum scilicet et frequentatione comescionis corporis et sanguinis
Jhesu Ghristi et crebre confessionis . (Ibid., t. II, p. 50). II rappelle
les paroles du Christ : Sumi/e ex hoc omnes et iterum Bibite, ex hoc
onmes . 11 indique d ailleurs quo le sang du Sauveur se trouve dans
1 hostie avec son corps en cette phrase : Iste panis communis om
nium... prime estcibus et potus . (Ibid., t. [I, p. 33).
On ne voit pas sur quoi s appuie Kokycana pour soutenir au concile
de Bale, 39 aus apres la mort de Mathias, que celui-ci avail distribue
aux laics le sang du Christ. Si apres Spittler (op. cit., p. 44) qui suit
Hardt (op. cit., t. Ill, p. 20). Frind (Geschichle Rb hmens, t. Ill, p. 109) a
cru voir dans Mathias un predecesseur de la doctrine utraquiste, cette
opinion fut abandonnee et contredite par Palacky (Die Vorlailfer des Hns-
sittenthums in Dohmen ; du menie, Geschichle von Dohmen, t. Ill, part. 1,
p. 173 et suiv.), Tomck, (Dejepis Pra/n/ (Hisloire de la ville de Prague)
1875-1885, t. Ill), Loserth, (Hits und \} ictif, Prague, 1884 et son article suv
lanow dans la Realencyklopadie fur protestantische Theolor/ie de Hauck) ; et
la publication complete des Regulae veteris et novi teslamenti ne donne rien
de plus precis sur ce point que les phrases citees plus haul. Aussi son
editeur Kybal dit-il lui-meme (Les origines du mouvement hussite en Boheme,
dans la Revue hislorique, 1910, p. 27) : On ne pent prouver que Mathias
de lanow ait preconise la communion sous les deux especes, comme le
firent les hussites; le concept du calice lui est absolument etranger .
1. Sur Rokycana, voir plus bas, p. 24, n. 3.
2. II etait cure de Ste Marie de la mer, et mourut en 1380.
COUP D lEIL KETROSPECTIF 15
cle que la communion sous les deux especes correspondait
seule au preceptedu Glirist. En toutcas, Jacobellus de Mies ,
frappe du texte de saint Jean (VI, Si, 57) : Si vous ne man-
gez pas la chair du fils de 1 homme et si vous ne buvez pas
son sang, vous n aurez pas la vie en vous , soulint, en 1414,
la n6cessile du calico dans une dispute theologique a 1 Uni-
versit6 de Praeue et resolut de r^tablir la communion
C
ulraquiste, qui avail pendant longlemps laisse des traces
en Boheine. II convertit a son idee la plupart des disciples
de J. Huss et il fit communier le peuple sous les deux espe-
ces, a Saint-Michel, Saint-Martin et Saint-Adalbert de Pra
gue 2 . La polemique 3 , 1 interdit et 1 excornmunicalion ne
1. Jakubek ze Stribra, en (cheque. Jacobellus (Jacques le petit) ne a
Mies, fut regu bachelier en theologie, 1 annee 1393. Bientot il devenait
un des premiers et des plus fideles partisans de Jean Huss. Au mois de
juillet et d aout 1410, il prend une part active aux disputes theologiques
pour la rehabilitation de Wycliffe : le 28 juillet, il defend meme centre
la condamnation archiepiscopale le traite de celui-ci sur le Decalogue.
Au synode provincial de 1413, qui, a Finstigation du roi Veneeslav, tente
quelque rapprochement entre Huss et les autorites ecclesiastiques,
Jacobellus repousse avec Jean Huss, toute paix qui n est point dans
le Christ Jesus . Cure de St. Michel, il devient, apres le depart de Huss
pour Constance, son partisan le plus en vue et le plus ferme. C est alors
(fin de 1414) qu il se decide i mettre en pratique la doctrine soutenue
dans une de ses discussions precedentes : il distribne le calice a nombre
de lai cs. Get exemple fut suivi et se generalisa, malgre les objurgations
et les defenses de 1 autorite ecclesiastique. Jacobellus se declare egale-
ment pour la communion des enfants, dans une dispute contre Simon do
Tischnow en 1417. II mourut le 9 aout 1429, apres avoir etc durant une
vingtaine d annees le theologien le plus autorise de I litraquisme. Cf.
Palacky, Documenta Magistri Johannis Huss vitam... illustrantia, Prague,
1869, p. 493 et suiv. Voir la lettre de Brus aux legats du 2 avril 1S62,
ou il est question de Jacobellus (Appendice). Sur lui et les ecrits pole-
mistes que causa son innovation on trouvera tous les renseignements
desirables dans Zibrt, op. cit., t. Ill, p. 19-2?i.
2. Cf. J3neas Silvius Piccolornini (Pie II), Historia Bohemica. Descriptio
de sttu, moribus et conditions Germaniae, ch. xxxv, edit. Venise 1545 (traduc-
tion italienne), f 40 v. II se mil a soulever le peuple, raconte ^Eneus
Sylvius, en lui faisant entendre qu il ne devait plus tolerer 1 abandon
de la communion sous 1 espece du sang, sans lequel mil ne saurait etre
sauve. Les heretiques se rpjouirent beaucoup d avoir trouve dans 1 Evan-
gile un article nouveau, qui put convaincre 1 Eglise romaine de malice
ou d ignorance. [Nolkan, dans les Funtes rerum austriacarum II ta Abth.,
t. 68, a commence a publier, en 1918, les lettres d ^Eneas Sylvius comme
eveqne de Sienne : Des JEneas Silvius Bn efwedisel. Briffe als Bis>cliof von
Siena}. Sur lui voir Zibrt, op. cit., t. Ill, p. 120-129.
3. Les ouvrapes polemiques de cette epoque sont nombreux. Je n en
citerai que quelques-uns : Demonstratio per testimonia Scripturae,
Patrum atque Doctorum commnnicationem calicis in plebe christiano
esse necessariam (Cf. Hardt, Magnum Constantiense concilium, Fraucfort
16 COUP D ffilL RETROSPECTIF
firent qu augmenter ses partisans, et quand J. Huss eut
donne son asscntiment au nouveau rite, ce fut un succes
immense *. Depuis une quinzaine d annees les doctrines de
WyclifTe 2 , importers en Boheme par Jerome de Prague 3 ,
soutenues par Jean Huss et PUniversit< de Prague dont il
fut recteur depuis 1400 *, largement repandues parmi le
peuple, avaient sap6 1 autorite ece!6siastique dans le
royaume 5 . Le supplice du feu qui donna a J. Huss I aur^olc
de martyr ct de heros national (6 juillet 1415) *, 1 execution
et Leipzig, 1700, t. Ill, p. 80S). Responsio ad demonstrationem pi.-r
testimonia Scripturae etc (Ibid , p. 526). Anonymi theologi epistula
ad Jacobelluin de Misa contra communionem plebis sub utraque specie
(Ibid., p. 333). Andreae Brodae dispntatio academica contra commu
nionem plebis sub utraque specie . (Ibid., p. 392). Vindiciae contra
Brodam pro communione plebis sub utraque specie (Ibid., p. 416). Trac-
tatus contra hoeresim de communione laicorum sub utraque specie ,
20 avril 1414. Voir Zibrt (op. cit., t. Ill, p. 20 et suiv.) qui donne une
liste de tons ces ecrits avec les ouvrages ou ils sont publics, et les ma-
nuscrits qui les contiennent.
1. Huss, dans son livre sur la communion utraquiste dit qu il aut agir
avec prudence et demander au concile 1 autorisation de revenir a 1 usage
primitif. Plus lard il conseilla a ses amis de suivre 1 exemple de Jaco-
bellus. Cf. Frind, Die Kirchengeschichle Bohmens, t. Ill, p. HO.
2. Pour les O3uvres de Wycliffe voir W. Waddington Shirley A catalo
gue of the original Works of John Wiclif, Oxford, 1865; F. D. Malthew,
t/ie english Works of John Wiclif, Londres, 1880 ; Loserth, Neuere Erschei-
nungen der Wicliflitteralur, dans VHislorische Zeitschrift de Sybel, t. 41. Sur
Wycliffe on trouvera une abondante litturature dans W. Cape, History of
the Enfflish Church in the fourteenth and fifteenth, centuries, Londres, 1900,
et dans Zibrt, op. cil., t. II, p. 1123 et suiv.
3. Ami et disciple de J. Huss. II avail rapporte d Oxford, aux environs
de 140 1 a 1402, les ouvrages de Wyclife. Sur Jerome de Prague, voir Va-
rillas, Hisloire de t heresie de Vicfef, J. IIus et Jerome de Prague, avec celle
tit s guerres de Boheme qui en ont ele les suites, Lyon, 1682, 2 vol. ; E. Denis,
Huss et la Guerre des Hussites, p. )63 et suiv. ; Palacky, Geschichte von
Bohmen,t. Ill, et les divers ouvrages qui concernent Huss (voir note 6).
4. Gf. Ilofler, Magister Joannes Ilus und der Abzug der deulschen Siudenten
und Professoren aits Prag. 1864. Voir dans les osuvres de Huss sa Defensio
quorundam articulorum Joannes Wiclef.
5. Cf. Lechler, Johann von Wiclif und die Vorgeschichle der Reformation,
Leipzig, 1812 ; Losertb, Hus und Wiclif, Prague, 1884, ouvrage traduit en
anplais : Wiclif and Hus, Londres, 18S4 ; 1 article du meme dans les Mit-
teilungen des Instiluls fitr oesterreichische Gesclticlitsforschung, t. XII, p. 2."54
et suiv. ; R. L. Poole, On the intercourse between English and Bohemian Wyclif-
fites, in the early years of the fifteenth century, dans I English historical Re
view, avril 1892. Loserth, dans son article Wiclifsche Abendmahlslehre
und ihre Aufnahme in Bohmen (Milteilungen des Vereins fur die Geschic/tle der
Deutschen in Bohmen, t. XXX, p. 1-33), montre que, si la majorite des Hus
sites n advnet point la doctrine eucharistique de Wycliffe, contraire a la
transsubstantialion, IIuss 1 accepta d abord, la rej>rit de nouveau a Cons
tance, et les Taborites en firent le centre de leur systeme theologiqtie.
6. L Universite de Prague le declara saint et martyr (1417) et dans tout
COUP D (E!L KETKOSPECTIF 17
de Jerome de Prague a Constance (30 mai 1416) , la con-
le pays sa fete se celebra avec grande pompe le G juillet jour de sa inort.
Voir le Missel de Luditz de 1558. (B rind, op. cit., t. Ill, p. 345.) IIuss
et Jerome de Prague furent bientot places au-clessus des apotres. (Cf.
Palacky, Documenta magistri Joannis Hus, Prague, 1869, p. 550). Leurs
disciples, ecrit ^Eneas Sylvius (op. cit., ch. 36, edit, de Venise, 1545,
f 43) prirent de la terre oil avail ete allume le bucher, et ils la porte-
rent comme une relique en leur patrie. Tous les honneurs qui se peuvent
donner aux martyrs, Jean et Jerome les regurent. 11s ne furent pas moins
honores en Boheme que Pierre et Paul a Rome. Quaiul ils surent ce qui
s etait passe a Constance, tous les partisans et disciples se reunirent
pour venerer la memoire des deux saints et afin que chaque annee elle
se celebrat. > (Voir dans Zibrt (op. cit., t. Ill, p. 163) la liste des hymnes
en 1 honneur de IIuss.)
Sur les O3uvres de J. Huss qui jusqu ici manquaient d une edition cri
tique, ainsi que sur Huss lui-meme, ou trouvera, outre Krones (Gri/n-
driss der osterreichischen Geschichte, Vienne, 1882, p. 382 et suiv.) et Zibrt
(op. cit., t. II, p. 1152-1168), une documentation aussi precise que com
plete dans 1 arlicle de la Realencyklopildie (edit. 1896-1908) du a Lossrth,
qui a tout specialement etudie Wycliffe et 1 epoque hussite. Depuis cet
article (1900), Wylie a ecrit The council of Constance, the death of John lluss
Londres, 1900, Kitts, Pope John XXIII, and Master John Huss of Bohemia,
(Londres, 1910) et Liitzow, The life and times of Master John Hits (Londres,
1910). Wenzel Flajshans en outre a entrepris, depuis 19U3, 1 edition
critique des Opera omnia de Jean Huss. Plusieurs volumes oat paru : le
premier coutient V Expositio DecalogiAe De corpore Christi et le De sanguine
Christi ; le second les Sententiarum hbri quattuor ; le troisieme les Sermo-
nes de sanclis, sermons inedits. Voir aussi G. Wolf, op. ci7., I, 205 sqq.
Dans la 45" et derniere session, les Peres de Constance condamnerent,
en meme temps que la doctrine de Wycliffe, 30 articles de J. Huss : Er-
rores J. "Wicleef de Anglia et Joannis Hus de Bohemia damnati in
hoc sacro generali Constantiensi concilio 1418. (Mansi, op. cit., t. 27,
col. 120 et suiv.)
1. Jerome s etait retracte le 10 septembre et, en seance solennelle,
douze jours plus tard. Le concile voulut alors qu il 1 aidat a pacifier en
Boheme les esprits tres surexcites par le supplice de J. Huss, et qu il
ecrivit, dans le sens de son abjuration, au roi Venceslav, a la reine, a
1 Universite, a la noblesse et au peuple. Jerome ecrivit soulement a Lazko
de Krawaf, refusant de le faire pour tous les autres. Alors deux partis
se formerent dans le concile : 1 un, a la tete duquel se trouvaient ses
compatriotes, demandant qu on lui rendit la liberte ; 1 autre, auqiiel se
rallia Gerson, exigeant une nouvelle enquete. Celui-ci Pemporta. Jerome
fut juge les 22 et 26 mai 1416. Comme il n avait pas ecrit, on dut se con-
tenter de temoignages, qu il nia avec energie. Mais il fit 1 apologie de
Huss que, depuis sa jeunesse, il avail venere comme un homme pur et
saint, comme un predicateur fidele de la parole de Dieu ; sa plus graude
faute, conclut-il, etait de Pavoir renie. C etait prononcer lui-meme sa
condatnnation (30 mai 1416, XXI" session du concile de Constance). Je
vous convoque tous, en cent ans, a prendre la parole devant le Tout-
Puissant, dit-il, en se rendant au supplice. Et snr le bucher, il entonna
1 hymne de Paques: Salva festa dies. Huss et Jerome, ecrit ^Eneas Syl
vius (op. cit., ch. xxxvi, edit, de Venise 1545, fol. 42-43) eurent un meme
supplice ; ils bouffrirent certes la morl avec une grande Constance ; ils
marcherent au bucher avec tant de hate qu on les eut cru se rendre a un
festin. Ils n eleverent point la Toix, ils ne pousserent pas un cri qui put
o
18 coup D CEIL RETROSPLCTIF
damnation dc la communion sub utraque par 10 concile
(15 juin 1415) l contribuerent a rallier au calico la plus
grando parlio de la nation tchcquc 2 .
origmes Le seigneur catholique Guillaume Slavata, a qui les ha
de vuiraqaume bit ts fc Neuhaus (en BohSme) reclament, en 1618, la
d apres ,
un catholique communion sous les deux especes, leur raconte amsi les
Debuts <j e l u traquisme dans le royaumo : Pour que vous
connaissez 1 origine do la communion sub utraque je vous
dirai co que rapporto notre Chroniquc. En 1414, maitre Ja-
cobellus de Mies, cure de Saint-Michel dans la Vieille-Villo
de Prague, avail en son ecole un grammairien tres ins-
truit du no-n de Pierre et originaire de Dresde. Celui-ci
lui dit un jour : Je m 6tonne vraiment quo vous ct les
autres pretres n adm^ttiez point ce que saint Jean, en son
chapitre VI, 6crit sur 1 Eucharistio : Celui qui ne mange
pas le corps du Christ et ne boit point son sang n aura pas
la vie eternelle; il est clair par consequent que ne pas re-
cevoir sous les deux especes, le sacrement de 1 autel est se
les faire rougir; et, an moment oil sVilanga la llamme, ils entonnerent
un cantique... On a dit qu aucun philosophe n endura la mort aussi cou-
rageusement que tous deux le biicher. Pour le proces de Jerome de
Prague la bibliographic est dans Zibrt, op. cit , t. II, p. 1168, 1185.
Sur la protestation des Bohemes au concile de Constance, voir ibidU,
i. II, p. 1184-85.
1. t Consuetude ab Ecclesia et sanctis Patribus rationabiliter introducta
et diulissime observata... habenda est pro lege. Session XIII* (Mansi,
op. cit., t. 27, col. 727 et suiv.) Un decret de la meme session prohibait
expressement la communion utraquiste : Quod nullus presbyter sub
poena, excommunicationis communicet populum sub utraque specie panis
et vini. t (Ibid., op. cit., t. 27, col. 728). Voir la Grundliche Rechtferligung
ties Costniziscken Dekrets von der Komrnission unter einer Gestalt wider Royho s
hussitische Einwendungen, Prague, (17S3).
Le Goncile de Constance proclama 24 articles contre les hussites en 1418.
Le 1-2 est ainsi congu : Ut omnes saeculares qui communicaverunt sub
utraque specie vel alios compulerunt.et praesertim post inhibitionem sa-
cri concilii, aljjurent illam haeresim et jurent illam communionem non
promovere sed posse inipedi. Dans le 16* on disait : Ut omnes trac-
tatus Jacobelli super communionem sub utraque specie... comburantur.
Ces 24 articles ont elo publies par Cochlaeus dans son Historia Hussita-
rum, livre iv, p. 165, par Frind, Kirchengeschichte Bohmcns, t. Ill, p. 345,
par Mansi, op. cit., t. 27, col. 1196 : <t Viginti quatuor articuli a Patri
bus concilii Constantiensis praescripti ad reducendos ab hussitic.a haeresi
Bohemos. Of. Fonles rerum austriacarum, t. II, p. 240 et suiv. Voir aussi
Hardt, Magnum oecumenicum concilium Constantiense, Francfort et Leipzig,
1697-1100 ; Lenfant, Histoire du concile da Constance, 2 edit. Amsterdam, 1T27.
2. Frind, op. oil., p. 111. Cf. ^Eneas Sylvius Piccolomini, op. cit. ,
ch. xxxvi, edit. Venise 1545, f" 42 et suiv
COUP D CEIL RETROSPJiCTIF 19
rendre digne de damnation ! . Entendant ceci, inaitre Ja-
cobellus commencja par le contredirc et s excuser de ne
pas etre maitre en Ecriture Sainte mais seulement en dia-
lectique, ajotttant toulefois que c etait une chose trop grave
pour qu il n y refl6chit point davantage. Le lendemain il
annonc,a qu il voulait soutenir, avec des professeurs, ba-
cheliers et eludiants une dispute sur la communion sous
les deux especes. II le fit avec des arguments sp6cieux tire s
de 1 Ecriture; mais son opinion fut a tel point de montre
fausso qu il ne trouva rien a repondre. Malgre cela, le
dimanchc suivant, il precha sur le tcxte de saint Jean cite
plus haul et declara que tout homme cst ieriu, sous peine
de damnation, a comnmnier sous les deux especes. Le len
demain, un pretre du nom de Sigismond Ryepanssky deve-
nait son adepte. Non seulement il enseigna ouverlement en
1 eglise Saint-Martin du nouveau Prague 1 interpretation
susdite des paroles de saint Jean, mais il exhorta jeunes
gens, femmes et homines a venir a lui pour recevoir le
I. .(Eneas Sylvius raconte la me me chose, en son Historia Bohemica
(ch. xxxv) ; et il ajoute que ce Pierre etait entache d heresie vaudoise .
(Of. Hardt, op. cit., t. Ill, p. 18). En effet, Pierre de Dresde, allemand
d origine, et ainsi nomine parce qu il fut maitre d ecole a Dresde,
(sans peut-etre y etre ne) avait etudie a Prague, puis en etait parti
quand ses conipatriotes avaient du quitter 1 Universite en 1409. (Gf. Ho-
fler, Maqister Jo/tannes Hits und derAbzug der deutschen Sludenlen und Pro-
fessoren aus Prag. 1864. Mais cognitus inter snos, quia Valdensi lepra
infectus esset , il fut expulse de son pays natal et revint a Prague. C est
alors qu il serait entre en relation avec Jacobellus et lui aurait inspire
sa croyance utraquisle. Un manuscrit de 1 Universite de Prague lui
attribue meme 1 apologie du calice que Hardt (op. cit., t. Ill, p. 156 et
suiv.) a publie comme de Jacobellus (HOfler, Geschichlschreiber der hussi-
tischen Bewegung in Bbhmen, Vienne, 1856-1866, t. Ill, p. 156 et sniv.) Voir
encore sur Pierre de Dresde, Schreiber, Dissertatio de Pelro Dresdensi,
Prague, 1678; Thomassins, Dissertatio historica de Pelro Dresdensi, Leip
zig; Spittler, op. cit. 19. Palacky (Die Gesc/uchte des Hussilentums und
Prof, liofler, Prague, 18G8, p. Ill et suiv.), se basant sur le silence de
Rokycana qui, au concile de Bale, cita tous ceux qui passaient pour
avoir introduit le calice en Boheme (Monumenta conciliorum generalium se-
culi XV, Vienne, J857-1896, t. I [edite par Palacky], p. 320), Palacky croit
que, par invention tendancieuse, on presenta plus tard Pierre comme un
auteur de 1 utraquisme, pour demontrer 1 importation elrangere de ce-
lui-ci et le rendre impopulaire en Boheme. L influence de Pierre de Dresde
sur la musique sacree (Schmidt, Chronica Cygnea, Zwickau 16S6, t. I,
p. 412; Wackernagel, Das deulsche Kirchenlied, t. II, p. 483 et suiv.) a
ete egalement contestec (Hoffmann von Fallersleben, In dulci jubilo, Ha-
novre, 1801.)
20 COUP D CEIL RETROSPECTIF
sacrement sous les deux especes. A la suite de cette exhor
tation non fondee, tous coururent a 1 autel pour y commu-
nier sub utraque. Ainsi fut introduit 1 utraquisme. Cette
doctrine s est extraordinairement repandue, a rallie a elle
le peuple et tous ceux qui par nature inclinaient vers les
nouveautes; la majorite des habitants du royaume 1 a sui-
vie. De la la disunion et les discordes qui fermentkrent dans
le has peuple; de la la g-uerre, le sang verse, la destruc
tion d eglises si belles et si couteusement Edifices, de cloi-
tres et de sancluaires; it est inutile d insister ou d en don-
ner plus ample te^noignage, car, outre le r6cit de notre
Chronique de Boheme, les ruines, les pierres des cloitres,
des sanctuaires et des eglises detruites sont la sous nos
yeux. Avant d aller plus loin, je dirai ce qu il advint du
pretre Sigismond et en quoi Ton ne peut nier le chatiment
divin : deux ans plus lard, il perdit la raison et se mil a
courir dans Prague, des armes a la main, tuant nombre
de gens; un jour il massacra deux vieilles femmes, on le
jeta en prison et quelques jours aprcs il mourait. De maitre
Jacobellus, 1 initiateur et le fondateur de 1 utraquisme, on
lit qu apres avoir 6t6 cur6 a Bethleem, dans la vieille ville,
il tomba gravemont malade; avant de mourir il tint de si
affrcux discours qu on n osa 1 enterrer a l 6glise ou en terre
sainle, mais on deposa son corps dans le jardin du presby-
tere. Certains diront peut-etre que cette doctrine vient
de maitre Jean Huss ou de rnailre Jerome; mais nulle part
on ne prouve qu ils aient enseigne ou cru chose semblable.
La Chronique raconte au contraire que rnaitro Huss. alors
qu il etait en prison a Constance, apprit la naissance a
Prague de la nouvelle croyance; Ires triste, il dit avec
un gros soupir : Maintenant jo comprends que leur 16-
merit,6 me coutera la vie J .
I. * Rede die Wilhelm Slavata zur der Gemeinde Neuhaus hielt, als sie
von ihm die Bewilligung der Communion sub utraque verlangte, 6 Fe-
hruar 1618. Landsarchiv de Prague, copiedes archives de RaudniU B/222.
Guillaume Slavala de Ghluin et de Koschumberg, ne en d572, d un
pere ardent protestant, se convertit en 1597 sous 1 influence des Jesuites
et du seigneur catholique Adam de Neuhaus ; il herita de Neuhaus
en 1602, et devint grand chambellan (1623), puis chancellor de Boheme
(1628). II ecrivit une importante histoire de Hongrie sous le regne de
COUP D CEIL RETROSPECTIF 21
Bientot s organisa la nouvelta Eglise sous le patronat
des seigneurs, qui durent assurer la liberte de la parole
divine, ne reconnailreque la puissance episcopaleconforme
a 1 Ecriture et recourir a 1 Universile de Prague pour
toutes les choses de foi (septembre 1415) . La visile des
cures fut confiee aux patrons; et 1 Universite proclama
comme obligatoire pour tous la communion sub utraque
(10 mars 1417) 2 . Par les quatre articles de Prague (1421).
les hussites reclamaienl la libre predication de la parole
de Dieu, le calice, le retour de I Eglise a la purete evan-
g^lique, par la suppression des biens du clerge et la puni-
tion des p6ch6s publics 3 . C est ainsi que la communion
sous les deux especes, proclame e par I Universite" et les qua
tre articles, devint le rite essentiel de I Eglise nationale
tcheque 4 .
En face de la ligue des seigneurs utraquistes s etait for-
me"e, le l cr octobre 1415, celle des seigneurs catholiques,
6tablie et recrutee principalement en territoire allemand ;
ceux qui en faisaient partie juraient fid^lile a I Eglise ro-
maine et aux decisions du dernier concile 3 . En Boheme,
Ferdinand I er (Deje Jcrdlovsti ceskeho ya panovdni Ferd mdanda 1), et ses
Memoires de 1608-1619 (Pameli nejvissiho Kanclere Krdl. cesk. Vilema kra-
bete Slavaty).
1. Palacky, Die Geschichte des Hussitenthums und Professor Uofler, Pra
gue, 1868, p. 316.
2. Le texte de cette ordonnance a ete publie par Z. Theobaldus der
Jungere, Huszitenkrieg , . . Wittemberg, 1609, Berlin, 1850. Traduction la-
tine 1621, p. 173.
3. Les quatre articles de Prague, tires de Hofler, se trouvent dans
E. Denis, Hitss, et la guerre des Hussites, p. 493 et suiv.
4. Surles hussites voirCochlaeus, Historiae Httssitarum libnXll, Mayence,
1549; Hofler, Geschic/ttschreiber der hussitischen Bewegung in Bohmen clans
les Fontes rerum austriacarum, ! Abth. t. 2, 6, 7, Vienne 1856-1866;
Krummel, Geschichte der bohmischen Reformation im XV Jahrhundert, Go-
tha, 1866; F. v. Bezold, Zur Geschichte des Hussitentums, Munich, 1S74 ;
Stieve, Die hussitische Bewegung (Abhnndlungen. Voi-trfige und Reden) Leip
zig, 1900. On trouvera la Libliogiaphie complete dans E. Denis, Huss et
la guerre des Httssites ; ainsi que dans sa Fin de I Independance Boheme, 1. 1,
p. 35 ; dans Griinhagen, Geschichtsquellen der Hussittenkriege, Breslau,
18T1 ; dans Lorenz, Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelal/er, Berlin,
1876 et suiv., t. I, p. 267 et suiv.; dans Frind, Kircltengeschichte Bohmens,
t. Ill, et dans Zibrt, op. cit.. t. Ill, p. 83-101. Voir aussi plus has,
p. 23, n. 3.
5. Palacky, Geschichte von Bohmen, t. Ill, part. 1, p. 378. Pilsen, Bud-
weis, Eger resterent catholiques et braverent jusqu a la fin les bandes
hussites.
22 COUP D CEIL RETROSPECTIF
1 Eglise catholique fut surtout soulenue par los Allemands,
et 1 Eglise utraquiste par les Tchequos. A la difference de
rites et de traditions se joignit la difference de races: ce
qui ne contribua pas peu a I acuit6 des guerres hussites.
L utraquisme ne tarda point a se morceler. L umt6 dc
.ie rutraqnisme. programme <}es quatro articles cachait les plus profondes
divergences. II y cut les moderes qui bornaient leur desir
essentiel au calice, d ou le nom de Calixtins - les radi
calise ou Taborites 2 , sortes de puritains qui rejetaient tou-
tes les traditions, avec les ceremonies de 1 Eglise, et avaient
un programme de democratic et de nivellement - - plus
tard les Freres Bohemes quo 1 on surnomma Pickards (par
corruption du mot Beghards 3 et qui se constituent en
une societe de freres (jednota bratrskd) * (1467) ; ils
rejetaient lo culte des saints, les ceremonies, les indulgen
ces, et toute leur croyance reposait sur la Bible 5 . Ces di-
1. On les appela aussi Praguois, parce que Prague resta toujours leur
centre principal.
2. Leur nom vient du mont Tabor, au sud de la Boheme, oit durant
1 ote de 1419 s assemblerent 42.000 personnes, en general des paysans
fanatiques. (Palacky, Die Geschichle des Hussitentums, p. 417.) Cf. sur les
Taborites, J3neas Sylvius Piccolomini, op. cit., ch. XL, edit. Venise 1545,
fo 47 v et suiv.; J. de Lukavecz et Nic. de Pelhrzimow, Chronica Tabori-
lartim. dans le t. II des Geschichtschreiber der Hussitischen Beweyung in Bdh-
men, (Fontes rerum austriacarum) 1856-1866 ; Krummel, Utraguisten und Ta-
boriten (1425-1457). BeitrSge zur Geschichte der bdhmischen Reformation, Gotha,
1871 ; Zibrt, op. cit., t. Ill, p. 29 et suiv.
3. Les Begars ou Beghards ou Beguins etaient des heretiques assez
nombreux aux xn" et xm e siecles, en France, en Allemagne et dans les
Pays-Bas ; leur doctrine, sorte de pantheisme mystique, comme celui de
Scot Erigene, fut condamnee par le concile de Vienne, en 1311. Gf. Pre-
ger, Geschichte der deutsdien Mystik im Mitlelal/.er, Leipzig, 1874, t. I ; A.
Jundt, Histoire du pantheisme populaire au moyen-fige el au xvi* si ecle. Pa
ris, 1875; Ehrle, Archiv fiir Litteralur und Kirchengeschichte des Mittelallers,
Berlin, 1885, t. I, p. 841 et suiv. ; Lea, A History of the Inquisition of the
middle ages, New-York 1888; Delacroix, Essai sur le mysticisme en Allema-
gne au xiv" siecle, Paris, 1899, p. 77-134. Les Freres Bohemes se desi-
gnent ainsi eux-memes dans leurs ccrits: les Freres, que par haine et
jalousie on appelle Vaudois ouPiccards. On donnait ce nom en Boheme,
tons ceux qui niaient la transsubstanliation. Pour 1 influence des doc
trines vaudoisea sur celle des Taborites et des Freres Bobemes, voir
Preger, Ueber das Werhdltniss der Taboriten zu den Waldensern, Munich,
1387 ; et Goll, Die Waldenser im Miltelalter und Hire Literalur dans les Fors-
chungen de Sickel.
4. On a traduit plus tard par fratrum unitas ce qui aurait dit 1 etre
par c fratrum societas .I1 n y eut point chez les Freres Bohemes la ten
dance unioniste que laisse supposer le mot unitas.
5. Ils furent fondes pnr Rokycana et Gregoire (sur co dernier voir Pa-.
COUP D (EIL RETROSPECTIF 23
verses sectes avaient un point de contact commun : c e-
tait la communion sub utraquc. Les Taborites qui re-
jetaient tous les sacrements de 1 Eglise, a 1 exception du
Bapleme et de I Eucharislie, les Freres Bohemes, qui ne
croyaient pas a la presence reelle, communiaient sous les
deux especes. Nees de 1 utraquisme, ces religions differentes
en adoptaient toutes le symbole.
Le calice devint le symbole religieux de la nation tche- Les
quo. II remplac,a la croix dans les eglises; on le sculpla i ^
sur les portes des palais et des villes; et durant deux sie- (n-2
cles il domina la grande eglise du Tyn . On le peignit sur
les boucliers et il conduisit au combat les soldats de la re
volution. Aussi lorsqu apres la croisade de 1431 2 , on vou-
lut mettre un lerme aux guerres bussites qui durant onze
annees avaient desole le pays (1420-1431) 3 , et que Ton son-
lacky, Geschichte von Bohmen, t. IV, p. 184 ; Gindely, Geschichte der Bohmis-
chen Briider, i. I, p. 21 ; Denis, Fin de I Independence Bohe me, t. I, p. 301),
qui s inspirerent des ecrits de Pierre de Ghelcic et de la doctrine des
Vaudois et de Wycliffe. (Sur Pierre de Ghelcic ou Cheltschitzky, voir
Goll, Quellen und Untersuchungen zur Geschichte der bohmischen Briider,
Prague, 1878-1882, t. II, et ton article du Casopis Cesheko Musea, it- Sl,
ou il donne la bibliographic et la biographie de Pierre ; Denis, op. cit.,
t. I, p. 303 ct suiv. ; Keller, Die Bdhmischen Briider und ihre Vorlai/fer, dans
Monatfhefte der Comenius-Gesellschaft, 1894, p. 171 ct suiv.) La persecution,
qui sevit contrc les Freres (1505-1516) sous le regne de Wladislav, re de-
truisit point la secte, laquelle au xvi" siecle comptait 150.000 partisans
environ. Sur les Freres Bohemes voir Gindely, Geschichte der Bohmis
chen Briider, 2 vol. 1SS9 (Fontesrerum austriacarum,2 Abth. t.XlX); I. Goll,
Quellen und Untersuchungen zur Geschichte der Bdhmischen Briider 2 fasci
cules, Prague 1878, 18R2 ; Palacky, Geschichte von Bohmen, IV, 1, p. 464
et suiv. et IV, 2, p. 494 el suiv. ; Czerwenka, Geschic/ile der evanrjelischen
Kirche in Bohmen, Bielefeld 1869-70, 2 vol. (il suit Gindely et Palacky);
I. Miiller, Die deulschen Kalechismen der Bohmischen Briider, Bcilin 188T,
dans les Monument a Germaniae paedagogica, t. IV, 18S7 (Goll en a fait le
cotnpte-ri ndii dans les Mittheilungen des Instituts fiirosterr. Geschichlsfors-
chung) ; Tomek, Dejepis mesta Prahy ; Denis, Fin de I Independance Scheme,
t. I, p. 181 (avec une note bibliographique, p. 290) ; Wolkan, Das deuls
chen Kirchenlied der Bdhmischen Briidtr im XVI Jarlninderle, Prague 1891.
Apres Schweinitz (The history of the Church known as the I nUas Frutmm,
Bethleem, 1885) et Goll (Quellen und Untersuchungen zur Geschichte der
Bdhmischen Briider, Prague 1878 1882J, J. Miiller, a donne nne abondante
bibliographie sur les Freres Bohemes, au commencement de Particle
qu il leur a consacre (Realencylcopudie, edit. 1896-190S, t. Ill, p. 445).
1. II surmonte encore certaines eglises de Boheme.
2. Elle avail ete faite sur les instances du legal Cesarini a la Diete de
Nuremberg, et elle echoua comme les precedenles.
3. Sur les guerres hussites, voir ^Eneas Sylvius Piccolomini, Historia
Bohemica, ch. 43, 48, 51 ; Z. Theobaldus, Husziten Krieg, Witlemberg, 1609:
24 COUP D tElL RETROSPECTIF
gea a trailer avec les Bohemcs, la communion $ub utra-
que fut un des points les plus discut6s dans les negotiations.
Le concile de Bale, qui s elait donne la mission speciale
de ramencr les Tcheques a 1 unite" i , s efforc,a de les con-
tenter avant tout sur cet article. Quand les Bohemes vin-
rent a Bale en 1433. selon la convention d Eger (1432) 2 ,
avec les deux chefs de I ulraquisme Rokycana et Procope 3 ,
Lenfant, Hisloire de la guerre des Hussites et du concile de Bale, Amsterdam,
1731 ; Millauer, Diplomalisch-historische Aufstitze uber Johann Zizca von
Trocnow, Prague, 1824; da meme Vaterlundische historische Aufsulze. Pra
gue, 1832 ; Tomek, Deje zeme ceske (Histoire du pays boheme, Prague 1842,
roeditee en tcheque, en 1863, sous le litre d Histoire du royaume de Bo
heme) ; Griinehagen, Geschichlsquellen der Hussitenkriege, Breslau, 1871.
[Scriptores rerun Silesiacamm, t. VI] ; Palacky, Geschichte von Bohmen, t. Ill,
part. 2; du meme, Urkundliche Beilruge zur Geschichte des Hussitenkneqes
von 1419-1436, Prague, 1873, 2 vol.; F. v. BezoU,Konig Sigmund und die
Reichskriege gegen die Hussiten, Munich, 1872-1877, 3 vol.; E. Denis, Huss
et le.i guerres des Hussites, Paris, 1878, p. 173-407; Juritsch, Der dritte kreuz-
zug gegen die Hussilen 1427, Leipzig, 1899 ; Binder, Die Hegemonic der Pra-
ger im Hussitenkriege, Prague, 1901-1903, 3 vol. ; Bernhardt, Die Inanspru-
chnahme des deulschen Reichs durch die Hussilenfrage in den Jahre 1414-1423,
Dissertation, Halle, 1901; Goll, Zur Geschichte des Hussitenkrieges (Sitzungs-
berichte der bohm. Ges. der Wissenschafteni, Prague, 1901 ; Krones, op. cit.
p. 383 et suiv. Zibrt, op. cit., t. Ill, p. 44 et suiv., 83 et suiv. Voir aussi
plus haut, p. 21, n. 4.
1. II leur adressa la lettre d invitation, le 15 octobre 1431, et leur en-
voya les premiers deputes, le 28 novembre de la meme annee. (Hefele,
Conciliengeschichte (1835-1867) t. VII, | 786). Nicolas de Cues, aux con-
naissances theologiques duquel le concile fit appel, fut charge, des son
arrivee a Bale, de negocier avec les hussites. II leur adressa deux ecrits.
Cf. Diir, Der Kardinal und Bischof Nicolaus von Cusa und die Kirche seiner
Zeit, Ratisbonne, 1847, I, 142 sqq. ; Vansteenberghe, Nicolas de Cues,
Paris, 1921, p. 214 sqq.
2. A la fin de 1431, les Peres avaient envoye vers les Tcheques, pour
les engager a venir au concile, le cistercien Jean de Maulbronn et quel-
ques autres deputes (Helefe, op. cit., t. VII, | 786); au printemps de 1432
eurent lieu les negociations d Eger qui aboutirent a une convention (Ju-
dex compactalus in Etjra) en 11 articles relative au sauf-conduit : les Bo
hemes ne pourraient etre inquietes ; ils auraient un rang convenable
duns les reunions et le droit d y parler; le service divin a domicile leur
etait permis ; les questions en litige seraient tranchees par la loi de
Diou, la pratique du Christ, les regies de la primitive Eglise, les conci-
les et les Docteurs qui s appuient sur eux. (Cf. Hefele, op. cit., t. VII,
788; ^Enea Silvio Piccolomini, op. cit., ch. 49, 50, edit. Venise 1343, f 62
v et suiv. ; Frind, op. cit., t. Ill, p. 361 et suiv.) Les deputes bohemes
venus au concile retournerent dans leur pays, le 13 avril 1433.
3. De Rokycana (Janz Rokycan), Brus dira, en 1562 : Licet multa
scripserit non indigna christianis auribus, tamen quia haereticus totam
Boemiam commoverit, et sanctam rcligionem ita afflixerit, ut ab ejus
tempore usque hujus praesentis anni initium Pragensis metropolitanae
sedes vacaverit. (Avis de Brus sur la reforme de 1 Index, Trente, 1562.
Hofbibliothek de Vienne, ms. 5636, fol. 270.) Sur 1 archeveque utraquiste
COUP D CEir, P.ETHOSPECTIF 25
on discuta longuement sur le calice J ; le discours de Ro-
kycana sur la n^cessite do la communion sous les deux
especes dura trois jours (16, 17 et 19 Janvier) - ; et ce fut
Jean de Raguse qui y repondit 3 . A la Dicte de Prague de
juin 1433, les envoy^s du concile 4 promirent a Rokycana
que Ton parviendrait a s entendre sur la communion et a
trouver un moyen terme 5 ; a leur retour en efl et, les Peres
examinerent si Ton pouvait accorder aux Tcheques le ca
lice, alors que le reste de la chr6tiente communiait sous
une seule espece 6 : car sans la communion utraquiste,
declaraient les deputes, aucun h6retique ne reviendrait a
1 Eglise. Les compactata de Prague en 1433 (30 novembre)
reconnurent que la communion sub utraque etait licita et
digne sumentibus utilis et salutaris, qu elle nc serait pas
accorded comme une simple tolerance 7 . Enfin aprcs les
n6gociations de Ratisbonne (1434) 8 , de Briinn (Brno) et de
Stulveissenburg (Stolni) (juillet 1435 Janvier 1436) 9 , les
compactata d Iglau (lihlava) furent accepts et ratifies par
le concile d une part et les Bohemes de 1 aulre 1 ". Us accor-
Bokycana, voir Denis, Fin de lindependance Boh^me, t. I, p. 18 et suiv.,
50 et suiv., 57 et suiv., 295 et suiv.; Goll dans Casopis ceskeho Musea,
1879, p. 201 et suiv. ; 1884, p. 39 et suiv., 455 et suiv. Zibrt (op. cit.. t. III.
p. 115-117) donne une bibliographic detaillee pour Rokycana, ainsi que
pour Procope de Pilsen (Prokop z Plzne) le rase ou le grand
(ibid., p. 27 et suiv.)
1. Helefe, op. cit., t. VII, | 791. Le legat Julien qui presidait pro-
nonc-a le premier discours, ou il engageait avec chaleur les Bohemes a
revenir a 1 unite. Mansi, op. cit., t. XXIX, p. 679. Palacky, Geschichte von
Bohmen, t. Ill, part. 3, p. 68-74.
2. Imprime par Mansi, Amplissima collectio conciliorum, t. XXX, col.
209-306.
3. Mansi, op. cit., t. XXIX, col. 699-868.
4. Us etaient dix, parmi lesquels Philibert, eveque de Coutances, Jean
Palomar, Martin Berruer, doyen de Tours. Gf. Denis, Huss et la guerre
des Hussites, p. 422.
5. Hefele, Conciliengeschichte, t. VII, 793. Gf. Denis, Huss, p. 424.
6. Palacky et Birk, Monumenta concilium generalium seculi XV, t. I,
(Vienne 1857), p. 723, 731.
7. Hefele, Conciliengeschichte, t. VII, | 796. Les compactata furent re-
diges, a la deuxieme delegation du concile, composee des trois membres
cites plus haut.
Sur ces negociations on a le recit de Garlier (Palacky et Birk, Monu
menta conciliorum generalium seculi XV, t. I, p. 98), les paroles de Rokyc-
cana (ibid., p. 510) et de Martin Lupac (ibid., p. 456).
8. Ilefele, op. cit., t. VII, 797.
9. Ilefele, op. cit., t. VII, | 800.
10. La scission definitive des Taborites et des Galixtins et 1 ecrasement
26 COUP D OEIL RETROSPECTIF
daient la communion sous les deux especes a quiconque se
conformait dans tout le reste a la foi et aux rites ge"neraux
de 1 Eglise romaine, ct confesserait que le Glirist est pre
sent tout entier sous chaquc espece ; nul no devait etre
inquiete on blame pour sa faon de communier; les e"veques
de Boheme consacroraient des pretres utraquistes. Ceux
d Olrniitz et de Leitomischl rec.urent 1 ordre de faire admi-
nistrer rEucharislie sous les deux especes 2 . L empereur
Sigismond, s engagea a respecter les compacts (6 juil-
let 1435), et il reg.ut le serment de fidelil6 de ses sujets 3 .
des utraquistes radicaux en 143i determinerent le rapprochement des
moderns et des caiholiques.
Sur les negotiations du concile de Bale avec les Hussites et sur les
compactata d lglau, consulter Mansi, op. cit., t. 29, 30 et 31; Palacky,
Birk et Beer, Monumenta conciliorum c/eneralium saeculi XVediderunt caesa-
reae academiae scientiarum socii delegati. Concilium Basiliense. Scripiorum
t. I-1II, Vienne 1857-1896; Haller, Beckmann, Wackernagel, Goggiola.
Concilium Basiliense. Studien und Quellen zur Geschichie des Konzils von Ba
sel, Bale, 1896-1904, 5 vol. (etude des documents de 1431-37 ; proces-ver-
baux et Diaires du concile); ^Eneas Sylvius Piccolomini, Commentarii de
gestis concilii Basiliensis [octobre 1438 novembre 1439], (ouvrage en trois
livres, dont le second est perdu ; il fut ecrit en 1440, alors que 1 auteur
etait secretaire du pape, et plusieurs fois edite depuis 1521) ; Lenlant,
Histoire de la guerre des Hussites et du concile de Bdle, Amsterdam, 1731
(Supplements de Beausobre, Lausanne 1743) ; Rinaldi, op. cit ,adann. 1431
et suiv. ; G. Voigt, JEnea Silvio de Piccolomini als Papst Pius der zweite und
sein Zeita/ter, Berlin, IS56-1S63, t. I ; A. Palacky, Geschichte von Bohmen,
t III; Frind, Kirchengeschichte von Bohmen, i. Ill, p. 146 et suiv. ; Denis,
IIuss et la guerre des Hussites, p. 407 et suiv. ; Kluck hohn, Die Theilnahme
Withelms III an den Verhandlunyen mil den Bohmen, dans les Forschungen
zur deutschen Geschichte, t. II, p. 573 et suiv. ; Bretholz, Bischof Paul von
Olmiitz uber den Abschluss der Easier Kompakl.aten, dans les Mitteilnngen des
Instituls fur oesterreichische Geschichlsforschung, t. XXI. Dans Zibrt (op. cit.,
t. Ill, p. 101 et suiv.) on trouvera le detail de ce qui, dans le concile de
Bale, inleresse la Boheme.
1. La doctrine de la concomitance etait done de nouveau afflrmoe :
Nullatenus ambigendum est quod non sub specie panis cnro tantum,
nee sub specie vini sanguis tantum, sed sub qualibet specie est integer
totus Cbristus . Mansi, op. cit., t. XXIX, col. 158.
2. Hefele, op. cit., t. VII, | 801. Mansi, op. cit., t. XXX, col. 695. Cf.
Frind, Kirchengeschichte von Bohmen, t. Ill, p. 151-157, 657. Hergenroler
ffandbuch der allr/emeinen Kirchengeschichte, t. II, (1885), p. 892-893. Le texle
d"S compactata souvent publie 1 a ete en tcheque et en latin dans V Ar
chive cesky, t III, p. 398-4 i4. Le texte latin se trouve dans I flistoria Hus-
sitarum de Gochlaus p. 289, dans Frind Kirchengeschichte Bohmens, t. Ill,
p. 361. Le manuscrit Barberini N. A. 2680, (fol. 1-5) en possede une co-
pie (17 s.).
3. La convention de Sigisrnond avec les Bohemes au sujet des com-
pactats . i ete publiee par Goehlaem, Historia Hussitarum, p. 297 et suiv.,
et par Frind, Kirchengeschichle Bohmen, t. Ill, p. 358.
COUP D ffilL RETROSPECTIF 27
Apres une longue p^riode de guerres sanglantes, apres
cinq annees d inlerrninables negocialions, la paix et 1 unite
religieuse, semblaient relablies, et elles 1 elaienl par la
concession du calico .
Malheureusemenl ce fut une joie basee sur des illu- Application
sions 2 . Les compacts, ou Ton avail mulliplie les condi-
lions et les 6chappaloires 3 ,nefurent jamais bien observed.
Les prtHres utraquistes, malgr6 la prescription forrnelle
du concile, n6gligeaient de rappeler aux fuleles que le
Ghrisl esl tout entier sous chaque espece, et ils se confor-
maienl plus ou moins, pour le resle, aux dogmes et aux
ceremonies de 1 Eglise 4 . Rome en profita pour abolir les
compacts. Les papes n avaient pas confirm^ les d^crels
de Bale, ni reconnu le trail6 sign^ enlre le concile el les
Tcbeques; il ne firent que le lolerer 5 . D5s 1447, Nicolas V
essaya de relirer a la Uoheme la concession do Bale 6 . Lors-
(jue Georges Podiebrad 7 . en U62,envoya une ambassade A
1. Le seigneur catholique, Guillaume SlaVaia (cf. plus haut, p. 20, n. 1),
dans son discours du 6 fevrier 1618 aux habitant de Neuhans qui lui
demandaient la communion sub utraque (Landsarcliiv de Prague. Copie
des archives de Raudnitz B/222) parle ainsi des tractationa de Bale :
Le desordre fit naitre dans le royaume toutes sortes de doctrines qui
portaient les Bohemes a rejeter 1 autorite de la sainte Eglise du Christ;
alors ils envoyerent leurs representants au concile de Bale non seule-
ment pour obtenir des Peres la concession de la communion sub utraque,
mais aussi pour sentir que 1 Eglise du Christ, au lieu d etre une mara-
tre, est une vraie mere, toute disposee a secourir ses enfants obeissants;
ils retournerent alors dans le giron de 1 Eglise catholique, obtenant
d une part la communion sous les deux especes, reconnaissant, de 1 au-
tre, tous les autres articles du credo catholique, promettant d y croire,
de n en point douter, de ne les point contester .
2. Frind, Kirchengeschichte Bohmens, t. Ill, p. 157.
3. Voigt dans la Sybels Hist. Zeitschrift, t. V, p. 413.
4. Pastor, Geschichte der Pfipste, t. II, p. 130, edit. 1904, p. 166.
5. Eugene, IV, (1431-1437) ne confirma jamais les compantala, quoi qu on
en ait dit. La bulle du 11 mars 1436 (Archiv cesky, t. Ill, p. 441) est trop
vague et trop peu precise pour etre une confirmation formelle des com-
pactats d Iglau.
6. Rapport de 1 ambassadeur envoyo a Rome pour la nomination de
Rokycana, a 1 archeveque de Prague (Archiv cesky, II, p. 234 et suiv.).
Le legal Carjaval, en 1448, ne voulant pas approuver les compactats,
doit s enfuir precipitamment de Prague (Denis, Fin de I Independance
bohgme. t. I, p. 5(5.
7. Sur Georges Podiebrad voir Denis. Fin de I Independance bohe me.i. I,
et sources qu il indique p. 35, n. 1 ; Pastor Gesckichte des Papste, t. II,
liv. I, ch. v; Vansteenberghe, op. cit., p. 223 et suiv.; Krones, op. cit,
p. 397, 401 et suiv. ; Zibrt, op. cit. t. Ill, p. 162 et suiv.
28 COUP D CEIL RETROSPECTIF
Pie II pour lui preter le serment d obedience et lui deman-
der la confirmation des compactata l , le pape repondit que
la concession ayant 6te accordee a une generation presque
6teinte n avait plus de valeur, et que les compacts 6taient
un obstacle a 1 union veritable de la Boheme avec I Eglise 2 .
Dans un long discours, il numera les motifs de son refus :
nul de ses pr6Jecesseurs, dans la crainte de scandaliser la
chreiienle, n avait autoris6 les compactata cette aulo-
risation induirait a croire que le Christ n est pas enticr
sous chaque espece dans la communion utraquiste il y a
danger de r^pandre a terre le sang du Sauveur enfm
la majorit6 du royaume ne veut pas du calice 3 . En conclu
sion, fut lue la declaration suivanlc : Les compacts ac
corded par le concile de Bale aux Bohemes ulraquisles sont
abolis et supprim^s * . Enfin, a la Diete dePrague (aout 1462),
le 16gat Fantino della Valle, a la grande indignation de
Podiebrad et des utraquistes denonc,a les compacts et
d^clara indigne tout pretre qui communierait les fideles
sous les deux especes 5 . La rupture de 1 Eglise tcheque avec
Rome 6tait consomm^e 6 .
Agitation Paul n. apres avoir tent6 un rapprochement avec le roi
nouvelle j r> i* i >
es hushes. " e oonemc, le cila a comparaitre comme heretique et re-
laps (2 aout 1465), et par une bulle du 23 decembre 14G6,
il le declara d^chu de la royaul6. Mathias Gorvin, que la
Ligue calholique reconnut comme chef, se jeta sur la Bo
heme (mars 1468) 7 : ce fut la reprise de la guerre contre
1. Ses instructions ont ete publiees par Theiner, Monnmenla vetera
Poloniae, t. Ill, p. 130.
2. Cf. Bachmann, Deutsche Reichsgeschichte, t. I, p. 204; Pastor, op. cit.,
t. II, edit. 1904, p. 172-176.
3. Palachy, Geschichte von Bohmen, t. IV, 2 p. 229 et suiv. Cf. Pastor, op.
cit.,t. II, edit. 1904, p. 176, n. 1.
4. Bachmann, Deutsche Reichsgcschichte, t. I, p. 198, 208.
5. Bachmann, Deutsche Reichsgeschichte, p. 239, 240. Cf. Pastor, op. cit.,
p. 177-182; Krones, op. cit., p. 405.
Le texte original de la revocation de 1462 se trouve aux Archives ar-
cliiepiscopales de Prague. Friud 1 a imprime au t. IV de sa Kirchenges-
chichte Bohmens, p. 469.
6. Sur 1 abolition des compaclala, voir Denis, Fin de I independance
bohime, t. I, liv. i, ch. in, p. 71-119 ; Pastor, op. cit., t. II, liv. i, ch. v ;
Hefele, op. cit., t. VIII, 849; Vansteenberghe, op. cit., p. 224 sqq.
7. Cf. Denis, Fin de I independance boheme, t. I, liv. i, ch. iv ; Pastor,
COUP D tElL RETKOSPECTIF 29
les hussites qui ne finit r6ellement qu au traite d Ol-
miitz (1479) J .
A la mort de Podiebrad (22 mars H71), le prince polo- LOS Jag
nais Vladislav Jagellon, elu roi de Boheme, dut jurer de d6- e
fendro Ics compactata 2 . Son pere, Casimir de Pologne,
s etail promis de les fairc reconnaitre par Rome; mais les
papes continuerent a refuser leur approbation 3 . Lorsqu une
deputation du Landtag vint vers Louis II, successeur de
Vladislav, a Of en, en 1525. pour obtenir du roi et du legal
Campeggio la sanction des compacts, base d entente en-
tre catholiques et ulraquistes, le legal la refusa ; il declara
qu on devait demander an pape unc nouvelle autorisation
el il presenla un projet de bulle qui ne ful pas accept^ par
les Tchcques *. Les negociations furent interrompues par
la mort de Louis II, a la bataille de Mohacs (29 aout 1326).
Lorsquc Ferdinand d Autricho, qui avail epouse Anne, Les iiab 3 bour s
fille de Vladislav, eul ele proclam6 roi de Boheme el de el
Rongrie (26 octobre et 17 decembre 1526)% il dul s engager
a respecter les compacts 6 ; il assura aux ulraquistes la
Geschichte der Piipste, t. II, liv. II, ch. v.; Hefele-Hergenrohter, Conci-
liengeschichle, t. VIII, 849; A Krones, op. cit., p. 397, 401-406.
1. Denis, Fin de I lndependance boheme, t. I, p. 170.
Au traite d Olmutz conclu entre Mathias et Vladislav, la Boheme per-
dit toutes ses annexes ; la Moravie , la Silesie, les deux Lusaces. Quelques
annees plus tard, Vladislav deviut le successeur de Mathias. Mais des
lors commence le lent travail de conquete qui lit de la Boheme une
province autrichienne.
2 Sur Vladislav Jagellon voir Denis, Fin de I Independance Bofi^me, t. ],
1. ii ; Zibrt (op. cit., t. Ill, p. 186) donne loute la litteratuie qui se rai:-
porte a son regne.
3. Innocent VIII se flatia d avoir gagne a 1 Eglise un certain nombre
d utraquistes. (Palacky, Kirchengeschichte von Dofime/i, t. V, part. 1, 303,
3S1. Rinaldi, op. cit., ad ann. 1485 n 19; 1486 n 58; 1437 n 24. Theiner,
Monumenla vetera Poloniae, t. II, p. 233). Dans sa lettre du 22 Janvier
1483, il avail recommanrle a 1 Ordinaire de Prague de faciliter autant
que possible leur retour a 1 unile.
4. Cf. Palacky, Geschichte von Bohmens, t. V, part. 2, p. 537 et suiv ;
Fraknoi, Ungari vor der Schlacht bei Mohacs, p. 84 et suiv.
5. Apres la bataille de Mohacs qui livra aux Turcs Budapest et une
partie de la Hongrie, le reste du pays reconnut pour roi Ferdinand
(17 decembre 1526). Cf. Fessler, Geschichte von Unyarn, 1867-1877, t. Ill,
p. 399 et suiv. Sur le regne et 1 administration de Ferdinand en
Boheme, voir Piezek, Geschichte der Regierung Ferdinand s I in Bohmen.
Prague, 1878. Krones (op. cit., p. 425 et suiv., 451 et suiv., 464 et suiv.,
467 et suiv., 480 et suiv.,) et Zibrt, (op. cit., t. Ill, p. 259-275) donnent les
ouvrages que Ton peut consulter.
6. Denis, Fin de I lnde pendance boheme, t. II, p. 144.
30 COUP D (EIL RETROSPECTIF
liberte religieuse , et leur promit de sollicker a Rome 1 au-
torisation du calico 2 . Durant son regne il invoqua toujours
les compacts comme loi du pays 3 , et il se servit d eux pour
contenir et frapper les sectes etrangeres qui s inlrodui-
saient en Boheme 4 .
Les utraquistes toulefois n elaient plus souls a r6clamer le
et utraquisme. ca jj ce A j Huss avait succ &fo Luther ; et la Reforme trouva
chez les Tcheques, comme en maints cndroits d Allemagne,
le terrain prepare par le hussitisme 5 et par les commu-
naut6s vaudoises 6 . Le prolestantisme avait fait, ainsi que
dans le resle de 1 empire, des progres rapides en Boheme 7
1. Denis, op. cit., t. II, p. 134. Marino Giustiano, en 1541. (Alberi,
Eelazioni degli ambasciatori veneti, Florence, 1839, etc., serie I, t. II,
p. 120) raconte qu un gentilhomme de la cour de Ferdinand ayant ete
expulse d Autriche, comme utraquiste, se refugia en Boheme ou nul
ne peut etre puni pour cause de religion, a cause du serment prete le
jour du couronnement de Sa Majeste . Paul IV reproche a Ferdinand
sa tolerance cnvers les utraquistes; et celui-ci replique qu il a dil adou-
cir la rigueur des anciens edits pour obtenir des Etats les subsides ne-
cessaires centre les Turcs. (i Justification de 1 empereur contre certains
griefs de la Curie, au temps de Paul IV. Slaatsarchiv de Vienne, Rom-
correspondenz, fasc. 12, fol. 24. Sickel, Zur Gtschichte des Concils von Trient,
Vienne, 1872, p. 33-34,)
2. Denis, op. cit., t. II, p. 26.
3. Denis, op. cit., t. II, p. 157.
4. Sur 1 organisation et la discipline dos ntraquistes a celte epoque,
voir 1 article de Borovy, Die Ulraquisten in Bohmen, dans I Archiv ftir
osterreichische Geschichte t. 36. p. 239-289.
5. Haupt, Die religiosen Sekten in Franhen vor der Reformation, Wurzburg,
18S2;du ineme, Husitische Propaganda in Deutschland, dans Hislorisches Tas-
chenbuch, \r b % 6!i (18S7). I/auteur exagere un peu 1 action du hussitisme en
Allemagive (cf. Bezol>i, Die deutsche Reformation, dans la collection Oncken,
188S, [i. 1 .4-277). Clement VII, le 28 scptensbrc 15i4, ordonne a 1 arclieve-
que de Gran (Basse-Autriche) de ne pas laisser s implanter les Calixtins
dans son diocese. (Wiedemann, Geschichte des Reformation und Gegenrefor-
mation im Lande unler der Enns, t. l.p. - 92, n. 1. Gf. Saftien, Die Verhandlun
gen Kaiser Ferdinand I mil Papst Pius IV fiber den Laienhelch, p. 8, n. 2.
6. Goll, La nouvelle litter ature sur les Vaudois, 1887, p. 23 et suiv.
7. Cf. Frind Kirchengeschic/tte Bohmens, IV, p. 110-115; p. 376-431, Wolkan,
Sludien zur Reformationgeschichte Nordbo/imens (Extrait du Jahrbuch der
Gesellschaft fur die Geschichte des Protestantismus in Oesterreich, t.III, p. 55
et suiv. ; 107 et suiv. ; t. IV, p. 67 et suiv. ; t. V, p 103 et suiv. ; t. VJ1I
(Documents) p. 1 et suiv.); Huber, Geschichte Oesterreichs, t. IV, (Gotha,
1392) p. 106, 107, 112, 114-116. Voir plus bas p. 41, n. 3.
Les lutheriens s ctablirent surtout au nord, au nord-est et au nord-
ouest de la Boheme, dans les seigneuries de Scbwamberg, Salhausen,
Wartenberg, Bibcrstein, Schlick, Babstein.
COUP D ffilL RETROSPECTIF 31
et en Hongrio ; en vertu de Padage : cujus regio ejus
religio, noinbre de populations rurales avaient passe aux
nouvelles doctrines en meine temps quo la famille sei-
gneuriale. Luther, comrne Huss, demandait la communion
sous les deux especes 2 . Zwingle et Calvin la reclamaient
1. La defaite de Mohacs favorisa le developpement du lutheranisme
en Hongrie; les eveques qui y perirent ne furent pas immediatement
remplaces. (Monumenta valicana Hungariae, serie III, t. I : Relaliones ora-
torum pontificiorum, 1524-1526, Budapest, 1884, passim.) llonter, en 1533,
fonde 1 imprimerie a Hermannstadt et a Cronstadt, pour servir 1 ceu-
vre de la Reforme. Le calvinistne s etablit a Debreczin dont le pape
fut Juhasz qui traduisit son nom en celui de Melius. (Gf. Huber, Ges-
chichle Oeslerreichs, t. IV, p. 106). En ISS i, la Diete doit bannir les ana-
baptistes du royaurne. (Vilmos Fraknoi, Monumenta comitialia regni Hun
gariae, t. Ill, Budapest, 1876, p. 575.) Voir plus bas, p. 41, n. 3.
2. Selon Lechler (Realencyldopiidie fiir prot. Theolologie. und Kirche, 2 e edit.
1880, t VI, p. 400), Luther trouva sa doctrine dans le livre He Ecclesia de
J. Huss. Toutefois il n approuvait point que les hussites se fusseut re-
voltes pour une question de pure forme; il trouvait que le calice ne
justifiait pas a lui seul leur separation de 1 Eglise (Denis, Fin de I lnde-
pendance boMme, t. II, p. 64). II ecrivit aux Bohemes : t Non dixi, neque
consului, neque est iutentio mea, ut unus aut aliquot episcopi propria
auctoritate alicui incipiaut utramque speciem porrigere, nisi ita consti-
tueretur et mandaretur in concilio general! . (Rosius,Confessio catholicae
fidei Christiana, dans les Hosii opera, edit, de Venise, 1575, fol. 49. Gf. son
Dialogusde ulriusque speciei communione. Ibid., f 303 v, 305 v; et Rinaldi,
op. cit., ad ann., 1557, n 39). < Scripsit [Lutherus] ad Bohemos : Praes-
taret pacem et unitatem, quam Cliristus ubique praecepit, sectari, quam de
speciebus sacramenti contenders. (G. Gassander, Dearticulis religionis inter
catholicos et protestanles controversis consultatio, dans Le Plat, op. cit., t. VI,
p. 756-157). Sur les relations d influence entre Huss et Luther, voir
Denis, op. cit., t. I, chap. 2; Denille, Luther und Lutlierthum, in der ersten
Enlwickelung, quellenmiissig dargestellt, Mayence, 1904, t. I, p. 375. Sur
les rapports de Luther et des Freres Bohemes, consulter Muller, Die
deutschen Katechismen der Bohmischen Briider dans les .Monumenta Ger-
maniae paedagogica, t. IV, p. 212 et suiv. ; et Zezschwilz, Die Katechismen
der Waldensei- und der Bohmischen Briider, Erlangen, 1803, p. 152 et suiv.
Lutlier ne considera pas au debut le calice comme necessaire; il de
clare dans un sermon que c est une erreur de croire qu une seule especo
ne sufiit pas, la communion sub utraque est nicht noting (Sermon sur
1 Eucharistie. CEuvres de Luther, edit. d Altenburg, 16G1-1664, I, p. 331.)
Aussi les eveques de Merseburg et de Naumburg, Helding et J. Pflug,
remarqueront-ils que Lutlier asouvent approuve la communion sub una :
i Accedit eodem quod et Lutherus ipse... sententiam nostram sepe pro-
bavit... Eucharistiae sub una specie sumendae . (Rior ). ). Michaelis
Moserburgensis et Julii Naumburgensis episcoporum opinio de communione sub
utraque et conjuyio clericorum. Ms. 5637, fol. 726, de la Hofbibliothek de
Vienne). II y a ainsi sur ce point une grande analogic entre lui et Huss;
1 uu et 1 autre furent peu a peu entraines par leurs disciples a se pro-
noncer pour le calice. Luther voyant 1 utraquisme de Boheme envahir
la Saxe et 1 eveque de Meissen se declarer contre la communion sub una,
dit, comme autrefois J. Huss, qu il serait opportun de retablir la com
munion sous les deux especes et de la demander a un concile : consul-
32 COUP D CEIL RETROSPECTIF
aussi . Elle fut done Particle cornmun aux sectes protes-
lum videtur quod Ecclesia in communi concilio statueret laicos sub
utraque specie communicandos, nee Bohemici communicantes sub ulra-
que specie sunt haere,tici sed schismatic! . (Proposition XVI de ia Bulle
de Leon X centre Luther 1520). Par 1 intermediaire de Melanchton, dans
"les Loci theologici, il n accuse pas de poche celui qui communie sous une
espece seulement; mais en 15i 3, dans son ecrit sur la Messe.il doane
couime urgente la regie de communier sub utraque. La meme annee, le
calice fut introduit a Witemberg. En 1524, durant le Reichstag de
Nuremberg, on le distribua aux fldeles dans 1 ancien convent des
Augustins, bien.que Ferdinand et les legats eussent tres fort proteste.
Dans son ordonnance sur le service divin en Saxe de 1526, Luther eta-
Mi t la communion du pain et du vin. (G. Grisar, Lainez und die Frage
des Laienkelches dans la Zeilsclirift fiir hath. Theologie 1882, p. 53, 54). Lot s
de la visile en Saxe de 1528, il y a encore un article pour la communion
sub una, on faveur des faibles; cet article est supprime dans la -visile
do 1538. La Confession d Augsbourg so prononce pour le calice, pais ir,
art. 1. (Gf. Spittler, op. cit., p. 72-17.) Seckendorf (Commentarius histori-
cus ei apolof/eticus de Lulheranismo, edit, de Francfort-Leipzig, 1088,
p. 301) resume comme il suit le sentiment et la conduite de Luther
sur ce point : De commuuione sub utraque ita statuit, ut etsi illam
praeferat, noluerit tamen vi introducere, sed argumentis proposilis
caetum ad illam invitare,, et interea ferre qui unam speciem sumere
voluissent. Taxatur hie ex Reformatorum parte ab Abrah. Scullelo
quod... nihili communionem sub utraque retulerit. Verba literarum
haec sunt : Lib. II, p. 50. Ego Garolstadium offendi..., nam sua inepta
docendi ratione eo populum produxerat, ut sese christianum arbitrare-
lur, per has res nihili, si ulraque specie communicaret, si tangeret, si
non confiteretur, si imagines frangeret . Hosius deiinit ainsi sur la
communion utraquiste et sa concession possible par un concile 1 opinion
de Lulher, qu il dit omni Protheo mutabilior > (Dialogus utriusque spe-
ciei communions, edit. Venise, 1573, fol. 306 v) : Scripsit his verbis in
libro qui de formula Missae inscribitur : Si quo casu concilium statue-
ret, minime omnium nos vellemus utraque potiri; imo tune primum in
despectum concilii vellemus aul una, aut neutra, et nequaquam utraque
potiri, et eos plane anathema habere quicunque talis concilii auctorilate
potirentur utraque. Poluitne dici quicquam aut arrogaritius, ant his
qnae prius scripta fuere magis contrarium? (Hosius, op. cit., edit. Ve
nise, 1573. fol. 30 t). Hosius repete ces paroles dans sa Confessio calholicae
fidei Christiana, (ibid., fol. 49.) Bossuet repondra a Molanus (De scripto cui
titulus : Cogitationes privatae ... ejusdem episcopi Meldensis sententia ;
art. de la communion sous les deux especes). Aussi est-il bien conslant
que Luther n a pas tant presse d abord 1 obligation de communier sous
les deux especes; puisqu au contraire il a parle du retablissement de la
coupe, faite d abord sans son ordre par Garlostad, comme d une chose
inditferente, semblable a celle de prendre I hostie de la main, plutot que
de la bouche, et meme comme d une chose de ne ant; et c est un fait bien
constant que quinze ou vingt ans apres sa reforme, plusieurs y commu-
nioient encore sous une espece, sans pour cela qu on les rejetat de la
table ou de la communion i>. Voir aussi de Bossuet La Tradition de fendue
sur la matiere de la communion sous une espece, ch. 4 et 5.
La proposition de Luther soumise aux theologiens du concile de Trenie
en 1547 esl ainsi conc.ue : De jure divino esse sub utraque specie etiam
populum communicare, ac propterea peccare eos qui cogunt populum
altera specie uti . Rinaldi, op. cit., ad ann. 1347 n 28.
1. L exemple de Luther fut suivi par les autres eglises reformees.
COUP D CEIL P.ETROSPECTIF 33
tantes, comme elle 1 avait 6t6 pour les sectes hussites.
Calice et Reforme marchent de pair *. Les moines, qui
abandonnent couvents et voeux, donnent aux fideles le
sang du Christ avec son corps 2 . D un bout a 1 autre de
Pempire se repand la devise utraquiste ; et ce n est plus
seulement en Boheme, mais dans PAllemagno enti&re que
1 on reclame la communion sous les deux espfcces 3 . L empe-
reur regoit des suppliques, pour qu il autorise 1 usage de
la Gene selon 1 institution du Christ 4 . Les livres en faveur
du calico se propagent de tous cotes : on les adresse aux
princes meme 5 . Ceux-ci, quoique parfois tres oppos6s a la
concession, arrivent a se demander si elle ne serait pas le
principal moyen pour reiablir 1 unite 6 . Dans les tentati-
Zwingle voulut meme qu on se servit de calices en bois, pour rappeler
la simplicity des temps primitifs. On accusa 1 Eglise d avoir spolie
les la ics du sang du Sauveur , Burnet, History of the Reformation, edi
tion Pocock, t. IV, p. 352.
1. A Brunswick, deux ecclesiastiques, H. Lampe et J. Oldendorp, com-
mencent & distribuer la communion sous les deux especes ; aussitot comme
une trainee de poudre, se repand la doctrine nouvelle dans le duche en-
tier, malgre les protestations d Henri le Jeune. Gf. Busehbell, Doelle,
Briefmappe, t. I, p. 1 et stiiv.
2. Voir la lettre de trois Franciscains defroques de Freiberg aii custode
de Meissen et la reponse de celui-ci, juin 1537, dans Buschbell, Doelle,
op. cit., t. I, p. 40-45.
3. Of. Spalatini Dtarium dans Schelhorn, Amaenitates lilterariae, t, IV,
p. 413; Seckendorf, Historia Lutheranismi, liv. I, 1G3 ; Spittler, op. cit.,
p. 76-77; Balan, Monumenta Reformationis lutheranae, Ratisbonne, 1884;
/. Stnend, Kelchspendung und Kelchversagung in der abendlundischen Kirchen,
Gottingen, 1898.
4. La supplique du 8 decembre 1541 est signee : Hans Ungnad, le cele-
bre promoteur de 1 impression en lettres cyrilliennes des livres creates.
Gf. Sitiunr/sberichte der kaiserl. Afcademie, t. Ill, fol. 331.
5. Gochlaeus ecrit a Moorne, Iej25 avril 1538, qu un prelat lutherien
vient d offrir an due Georges de Saxe un livre, oil il 1 exhorte, par de sa-
vantes dissertation?, a conceder la communion sub ulraque et le mariage
des pre tres. (Lettres publiees par Friedensburg dans Zeitschrift fiir Kir-
cheng escMchte, t. XVIII, p. 826.)
6. G est la question que pose a son clerge, a la fin de 1338, Georges le
Barbu de Saxe, un des plus fermes et des plus vigoureux champions du
catholicisme en Allemagne. Outre le calice, il parle du mariage des pre-
tres, les deux concessions etant generalement liees 1 une a 1 autre. (Gar-
dauns, Zur Kirchenpolitik Herzog Georgs von Sachsen, vornehmlich in seinen
letzten Regierungsjahren, dans les Quellen und Forsc/nmgen aus italienischen
Archiven und Bibliotheken. Ilrsg. von Kgl. Preus. Histor. Instititt, t. X, [Rome
1901], p. 114 et suiv. Cf. 0. A. Hecker, Religion und Politik in den letzten
Libensjahren Herzog Georgs der Bartigen von Sachsen, Leipzig, 1912, p. 69).
Georges fut toujours tres contraire a la communion sous les deux espe-
ces. (Gardauns, op. cit., p. 141; 0. A. Hecker, op. cit., p. 71, 115.)
3
34 COUP D CEIL UETUOSPECTIF
ves d accord entre calholiques et protestants, la question
du calicc est une dcs premieres, avec le manage des pre-
tres, qui soient traitees *. Memo dans les pays soumis a un
chef catholique, le pcuple reclame la communion sub utra-
que 2 , et les 6tats s agitent en sa favour : ceux de Saxe de-
mandent a Georges le Barbu (28 mars 1539) de la solliciter
du Saint-Siege, la voulant a tout prix 3 ; le due, malgre"
sa fermete" doit consentir a ce qu ils recourent a Rome ;
mais sa mort inopin6o empeche toute negociation 4 . En 1542,
on menace du for et du feu l 6veque de Merseburg, s il
n accorde pas aux laics la communion utraquiste et aux
pretres le mariage; Paul III doit lui rappeler qu il n a au-
cun pouvoir pour conce"der de lui-meme ce qui est con-
traire a Fusage et au rit de 1 Eglise universelle 5 . Quclques
annees plus tard, les Etals de Haute et Basse-Autriche, de
Styrie, de Carinthie re"clament le calice et la suppres-
siondu ce"libat ecclesiaslique, dont la consequence est la
vie scandaleuse des pretres 6 . Ceux de Styrio accusent
1. Ainsi en fut-il & 1 accord de Leipzig de 1339, entrc Bucer, Witzel,
Fachs, Feige et Carlowitz, le principal conseiller de Georges de Saxe. 0.
A. Hecker, op. cit., p. 85, 99-100, 105. Gf. Gardauns, op. cit., p. 108 et suiv.
2. 0. A. Hecker, op. cit., p. 66, 68, 70, 78, 100.
3. Petebant aliquod temperamentum ut a Sede Apostolica impetrarent
licentiam communicandi laicos qui vellent sub*utraque specie, propter
inultas quas afferebant causas . Cochlaeus a Gontarini, 20 avril 1539 .
Archives Vaticanes, Concilia Trid. 37, fol. 147.
4. Gf. O. A. Hecker, op. cit., p. 115-116.
5. Gf. Rinaldi, op. cit., ad ann. 1542, n 40. La lettre de Paul III est du
5 dec. 1542.
6. Loserth, Die Sahburger Provinciahynode von 1349 dans I Archiv fur
fisterreichische Gesr.hichte, i. 85, p. 175-195,200-222, 232-237, 343, 345, 349-352.
Us se plaignent en outre de la cupidite des ecclesiastiques (ibid.,
p. 103, 345), de lour negligence en leur ministere (ibid., p. 349-352), de
leurs occupations seculieres et nullement en rapport avec leur etat
(ibid., p. 233, 345).
Sur les progres du protestantisine en Styrie, au xvi siecle, voir Ro-
bitsch, Geschichte des Protestantismus in Steiermark, Graz, 1559 ; Loserth,
Archivalische Studien in Wiener Archiven zur Geschichte der Steiermark in
16 Jahrhundert, dans les Beitrage zur Kunde steiermarkischer Geschichtsquel-
len, 29 e annee, p. 70-92; du meme, Die Beziekungen der Steiemiirkischen
Landschaft zur der Universiluten Wilenberg, Rostock, Heidelberg, Tubinyen,
Strassburg, u. a., in der zweiten Hiilfle des 16 Jahrhunderts, Graz, 1898 ; du
meme, Die protestantische Schule in Steiermark im 16 Jahrhundert, dans les
Monumenta Germaniae pedagogica, t. 55, 1916; Ilwolf, Der Protestantismus
in Steiermark, Kurnten und Krain von XVI Jahrhundert bis in die Gegenwarl,
Graz, 1900, p. 5 et suiv. Krones (op. cit., p. 427, 451), indique un certain
nombre de sources.
COUP D CEIL RETROSPEGTIF 35
1 Eglise de trailer les laics non cornme les membres du
Christ, mais comme les valets du clerge , tandis que
1 Ecriture ne fait entro fideles ct ministres nulle difference
pour tout ce qui regarde 1 arne : c est sans raison que la
nourriture spirituelle des lai cs n est pas semblable a cello
des eccltjsiastiques et qu on retranche aux uns le calice
qu on donne aux autres J .
Charles Quint et Ferdinand, inquiets de cetto agitation et
voyant dansle calice une question de discipline sur laquelle
1 Eglise pouvait relacher de sa rigueur, s eiTorcerent de
contenter leurs peuples, pour 1 amour de la paix 2 . Des mars
1537, Ferdinand chargea son envoye au concile de Salz-
bourg 3 de solliciter la communion sous les deux espcces
et le mariage des pretres 4 . Charles Quint, malgre sa vic-
toire a Muhlberg sur la ligue de Schmalkalden (24avril 1547),
dut accorder 1 Interim d Augsbourg (1548), ou il conctidait
jusqu au prochain concile le calice et le mariage des pre
tres, dans les lieux ou ces deux usages existaient 5 . Les
1. Losertb, op. cit. p. 232-245; 341-352. Voir egalement sur ce point les
Deutsche Reichstagsakten unter Kaiser Karl V, Gotha, 1S93-1901, 3 vol. Sur
les progres du protestantisme au xvi" siecle en Garinlbie et en Garniole
voir Hermann, Handbuch der Geschichte des Herzogthums Kiirnten, Klagen-
furt, 1852, t. I et II ; Dimilz, Geschichte K rains, Laibacb, 1874-1876. t. II;
Elze, Die Anfange der Protestantismus in Krain, dans Jahrluch der Gesell-
schaft fur die Geschichte der Protestantismus in Oesterreich, t. I, p. 22-27 ; du
meme, Paul Viener, Mitreformator in Krain, Gebundener des Evangeliums
in Wien, erster evangelischer Bischof in Siebenburgen. Ibid , t. Ill, p. 1-52;
du meme, Die slovenischen protestantischen Gesangsbiicher des 16 Jahrhun
derts. Ibid., t. V, p. 1-39; du meme,zur Geschichte der Reformation in Krain.
Ibid., t. XII, p. 171-179 ; durneme, Die slovenischen protestantischen Poslillen
des 16 Jahrhunderts. Ibid., t. XIV, fol. 12J-133 ; du meme Die slovenischen
protestantischen Gebetbiicher des 46 Jahrhunderts. Ibid., t. XV, p. 15-22 ; du
meme, Die slovenischen protestantischen Bibelbucher des 16 Jahrhunderts.
Ibid. t. XVI, p. 117-175; Krones, op. cit., p, 430, 432, 437, 450,475, 489.
2. La Diete d Augsbourg de 1530 avail aflirme la doctrine de 1 Eglise:
sub una specie nee plus nee minus quam sub utraque sumatur .
Rinaldi, Annales ecclesiastici, ad ann. 1530, n 140 ; Le Plat, Monumento-
rum ad historiam concilii Trideniini spectantium... collectio, t. II, p. 487.
3. Matliieu Lang etait alors archeveque de cette ville ; il presida le
concile.
4. Tandis qu au Reichstag d Augsbourg de 1530, un edit (19 novembre)
avait ordonne Tabolition du mariage des pretres . Ried, Codex Ralis-
bonensis, Ratisbonne, 1816, p. 1148. Gf. M. J. Schmid, Neuere Geschichte der
Deulschen, Frankenthal, 1785-1786, t. V, p. 245.
5. Encore qu il est a souhaiter, etait-il dit, que plusieurs ministres
de 1 Eglise se trouvent vivans chastement, toutefois pource que plusieurs
partout ont leurs femrnes, lesquelles ils ne veulent repudier et qu a pre-
36 COUP D CEIL RETKOSPECTIF
Electeurs ecclesiastiques avaient objecte que cette dis
pense qui contrariait un usage ancien el les d6crets do
Constance relevait du pape ou d un concile; les Etats catho-
h ques avaient declare que cette tolerance pousserait les
sujets a la desob&ssance, a 1 apostasie et a l 6meute *. En-
fin la Curie accusa 1 empereur d avoir usurp6 la juridiction
ecc!6siastique 2 Paul III lui d6legua le nonce Prospero di
Santa Croce, mais Charles rcjeta toute responsabilite sur la
Diete d Augsbourg qui 1 avait contraint a cette necessite" s .
Avant 1 Interim, 1 empereur, pressentant les exigences
du Reichstag, s 6tail adresse a Rome, au commencement
de 1548, pour obtenir qu un legal fut envoy6 en Allemagnc
avec le pouvoir de dispenser de la communion sub utraque
ct de certaines autres lois de 1 Eglise 4 . Sur 1 instance du
pape, le concile de Bologne avail examine celle demande :
une parlie des Peres s elait prononc^e conlro la concession
du calice, 1 aulre 1 avait cru possible avec certaines condi
tions 5 . Sur ces enlrefaites et sans altendre davanlage la
reponse de Rome, 1 Interim avait ete" d^crete".
Paul in Charles Quint reprit alors les negocialions avec Paul III :
i , i n i , i i
jl s agissait moms d oblenir des concessions que de sanc-
tionner celles qui venaient d etre faites. Le pape, qui ne
et la dispense
da caiicc.
sent cela ne se peut changer sans graves troubles, il faut attendre le de-
cret du concile : et le mesme semble expedient de ceux qui resolvent la
Gene du Seigneur sous deux especes pourveu toutefois qu ils ne repren-
nentceux qui font du contraire : car sous 1 une ou 1 autre espece le corps
et le sang du Christ est entierement contenu . Sleidan, De I Estat de la
Republique sous 1 empereur Charles V, edit, franchise 1597, p. 348. Le
texte de I Interim a ete publie par Birk, Dreifaches Interim, Leipzig, 1721,
p. 3o8, Rinaldi, Annales ecciesiastici, ad ann, 1548, n 59, Le Plat, op. cit.,
t. IV, p. 32, G. Wolf, Der Augsburger Religions friede, Stuttgart/1890, p. 10
et suiv. Gf. Fra Paolo, Isloria di concilia di Trento, liv. Ill, |. 21; Palla-
vicini, Istoria di Concilia di Trento, liv. X, chap. 17, 18; Grisar, Jacob
Laynez disputationes dans la Zeitschrift fur di cath. Theol., 1882, p. 71.
L Int6rim fut accepte au Reichstag d Augsbourg le 15 mai 1548 et on le
publia le 30 juin de la meme annee.
1. Gf. Pastor, Die kirchlichen Reunionsbeslrebungen wahrend der Regierung
Karls V, Fribourg, 1879 p. 379 et suiv.
- . Diaire de Massarelli, cite par Rinaldi, op. cit., ad ann., 1548 n 56.
3. Rinaldi, Annales ecclesiasLid, ad ann. 1548 n 56. Rinaldi appelle 1 In-
terim nefarium decretum.
4. Du mariage des pretres en particulier. Le texte de cette demande
se trouve dans Riualdi, Annales ecciesiastici, ad ann. 1548 n 45.
5. Rinaldi, Annales ecciesiastici, ad ann. 1548 n 46, art. VII, n 47, de
septimo capite.
COUP D lEIL KETROSPECT1F 37
s e tait jamais desinteress6 de 1 etat religieux de 1 empire 4 ,
envoya 1 eveque de Fano avec le cardinal Sfondrato, pour
trouver quelque moyen de tol^rer 1 Interim 2 , et il se d6-
cida a dispenser de la communion sub utraque et de cer-
taines autres lois eccl^siastiques 3 . Trois 16gats, porteurs
de trois bulles de facultes dont ils pouvaient deleguer les
pouvoirs, furent envoy^s en Allemagne : c 6tait 1 e veque
de Fano P. Bertano, 1 e veque de Ve rone Luigi Lippo-
mani, et Sebastiano Pighino 6veque de Ferentino (1548).
Ils avaient le droit do reconcilier les h6r6tiques avec 1 E-
glise et d accorder les dispenses necessaires pour lecalice,
le mariage des pretres, la spoliation des biens d Eglise,
1 abstinence et 1 observation de certaines fetes 4 .
Les trois legats se rendirent en Allemagne et, s il faut Mission
!-> lMr>n 1 > I > 1
en croire les Peres qui en 15o2s opposerent a la concession
du calice, lour mission fut sans grand re"sultat. L e veque eu
de Rieti, Osio, s exprime ainsi (2 septembre 1562) : Neque
profuit concessio Pauli HI . quum nemo ea uti voluerit, ne-
1. De bonne heure Paul III avail cherche a se renseigner avec exacti
tude sur la situation religieuse de la Boheme : il y avait envoye Jerome
Aleandre avec des instructions qui le chargeaient de tout bien considerer,
afm qu on put a Rome en deliberer d une facon competente. Tua itn.que
circumspectio poterit videre in quo statu res illae sint et quae dificulta-
tes reperiantur et nobis significare ut possimus cum consiiio... S. P.. E.
cardinalium (ut in gravioribus facere consuevimus) nos super his resol-
vere . Instructions de Paul III au cardinal Jerome Aleandre, archeveque
de Brindisi. Quirini, Epistolarum R. Poli collectio, t. Ill, n GCCXII.
2. Diaire de Massarelli cite parEinaldi, Annalesecdes.,ad ann.\5k$ n 56,
et par Merkle, Concilium Tridentinum I, 771. Gf. Pallavicini, op. cit., liv.
11, ch. 6, n 1 ; G. de Leva, Sioria documentata di Carlo V, Venise, Padoue,
Bologne, 1863-1893, t. V. p. 4 sqq ; Pieper, Zur Entstehitngsgeschichte der
Nuntiatitren, p. 98.
3. Friedensburg, Nuntiatur&erichte, t. X, p. XLV sqq,, 361-363, 372-375,
382, 390, 393, 397, 399 sqq., 6~/S, 679, 6bS, 687, 690, 697, t. XI, p. 9-19,
22-23, 29-31, 63, 68, 76 sqq., 570, 512, 373 sqq.
4. (a) Double bulle pour ces divers cas, 31 aout 1548. Le Plat, op. cit.,
t. IV, p. 121. Friedensburg, op. cit., t. XI, p. 4o3. (6) Bulle particulit-re
pour legitimer le mariage des pretres, a conditition qu ils s abstiennent
de leur ininistere, 31 aout 1548. Friedensburg, op. cit., XI, 461. (c) Instruc
tions du cardinal Farnese aux nonces, 28 septembre 1548. Laemmer, Mo-
numenta Valica/ia, Fribourg, 1861, p. 394 (avcc la fausse date de 1542).
Dollinger, Beitriige, t. Ill, p. 383. Pieper, op. cit., p. 196. Friedensburg, op.
cit., t, XI, p. 463. Resume dans Bucholtz, op. cit., t. VI, p. 304. (rf) Avis
d un theologien sur lesdites dispenses. Friedensburg, op. cit., XI, 468.
(e) Avis des cardinaux delegues a leur examen. Ibid., p. 480. Gf. Ri-
naldi, op. cit., ad ann. 1548, ii os 56, 72, et 1549, n os 1 et suiv. ; Salig, His-
torie des Trid. Conciliums, Halle, 1741-45, t, I, p. 656 ; Friedensburg, op.
38 COUP D CEIL RETROSPEGTIF
que ad Ecclesiam redierit ; itno magis haereticos in eonun
opinionibus confirmaoit . C est aussi 1 avis des 6veques de
Rossano 2 , de Zara 3 , de Capodistria 4 , de Terni et de Sant
Agata 5 .Le cardinal d Augsbourg dit que, dans sa ville epis-
copalo, nul n accepta de communier aux conditions exige es
par le Saint-Siege 6 . Dans la bouche d adversaires 1 exage -
ration est naturelle. Pour juger la question d une fagonsure,
il faudrait savoir si Pinsucces ne vient point de la fagon dont
fut appliqu6e la bulle. Le mode d execution fut defectueux,
selon certains : c e tait 1 avis de l 6veque de Knin, Andre
Dudic 7 , ct du vice-chancelier Seld 8 . Selon d autres, les
conditions jointes a la permission du calico furent si dures
qu elle ne pouvait etro fructueuse 9 . En fait, arrived bien
tard 19 , contenant des pouvoirs trop limites, de 1 aveu meme
des nonces n , elle ne satisfit point 1 empereur et ses minis-
tres, qui exig5rent des reraaniements discutes encore a la
mort do Paul III 12 ; les envoyes pontificaux ne sejoiirne-
rent qu a la cour de Bruxelles 13 , passant le temps en pour
parlers que no facilitaient point, depuis la translation du
cit., t. X, p. 673, t. XI, p. 77 sqq., 80 sqq., 88, 92 sq., 95, 97, 101, 103, 107
sqq., 116, 121, 124 sq., 123, 135 sqq., 1G5, 178 sq., 186, 238, 340, 645.
1. Theiner, Ada genuina concilii Tridentini t. II, p. 107. Cf. lettre d Ho-
sius au clue de Baviere, 31 mai 1563 (Knopfler, op. cit. Appendice, p. 80).
2. Theiner, op. cit., t. II, p. 97.
3. Theiner, op. cit., t. ]I, p. 98.
4. Theiner, op. cit., t. II, p. 100.
5. Theiner, op. cit., t. II, p. 101.
- 6. Otto Truchses Hosius, 28 aoiit lu62.Lagomarsini, op. ct/., 111,122.
7. Theiner op. cit. t. II, p. 113. Le Plat, op. cit., t. V, p. 484.
8. La bulle de Paul III dut etre appliquee d une fagon aussi irregu-
liere que FInterim dont elle etait au fond la sanction. Seld constate que
rinterim do 1548 n a pas produit de bons fruits, parce que les Ordinai-
res et les predicateurs agissaient selon leur vue propro (Memoire pour
le Reichstag de 1554. Druffel et Brandi, Briefe und A/den zur Geschichte
des XVI Jahrhunderts, Munich 1896, IV, 417.
9. Papst Paulus die Communion erlaubt gleichwol sub talibus con-
ditionibus die wenig friichtbar. Prolocollum colloquii ecclesiaslici Viennac
habiti mense Augusti (1563). Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten XXIX,
orig. Gf. plus bas, chap. V.
10. Cf. Friedensburg, op. cit., t. XI, p. 155, 199 et suiv., 240.
11. Ibid., p. 178 et suiv., 198. Cf. ibid., p. 219, 584.
12. Ibid., p. 214 sqq., 218 sqq., 223, 226 sqq., 235, 236, 240, 250, 256 saa
583 sq.,606.
13. Dans leur voyage d aller, ils s arreterent quelque temps a Mayence,
niais avant que 1 empereur eut agree leurs pouvoirs. Merkle, Concilium
Tridentinum, t. I, p. 811. Cf. Friedensburg, op. cit, XI, 135.
COUP D CEIL RETROSPECTIF 39
concile et 1 affaire de Plaisance, les relations tendues entro
le pape et Charles-Quint J . La ou elle fut sagement appli-
quee, comme dans les duches de Brunswick et de Lune-
bourg, la concession no nuisit point a la religion catholi-
que, qui y fit de serieux progres en 1549 et les annexes
suivantes 2 .
Ferdinand qui savait fort hien quo, pour arracher le ca- Ferdinand
,. . ,, . . . ;.r fl Autriche et
lice aux utraquistes, tine guerre d extermination cut ete Jcs I)traquist83
n^cessaire 3 , profita dc 1 lnterim et de la concession papale
pour faire tin accord avec etix. II maintint la communion
sub utraque en Boheme et obtint en revanche 1 approbation
de 12 articles nettemcnt catholiques sur la transsubstan-
tiation,la messe,le jeune,les saints, et en outre la suppres
sion de la fete de J. Huss. Cetle n^gociation se fit avec Santa
Groce et le consistoire de Prague, en 1549. Le nonce, dans
sa lettre du 13 novembre an cardinal Farnese, se rejouit
fort du r^sultat obtenu. On croyait tout perdu, et d6ja Fer
dinand se disposait a repartir pour Vienne, lorsque les
utraquistes cederent 4 . Par une serie de formules assez
larges pour tout contenir et assez peu precises pour nepas
trop alarmer les calixlins, on etait arrive a s entendre. Le
IIP article relatif a 1 integrite" du Christ sous 1 une et 1 au-
tre especc avail ete tres difficile a faire accepter; mais les
utraquistes avaicnt promis de le precher, sinon de le r6pe-
ter a chaque communiant avant de lui presenter le calico.
Quant a 1 obeissance due au Saint-Siege, on avail resolu
1. Friedensburg, op. cit. t. XI, p. 250 sqq., 264 sqq., 583, 006.
2. Voir letlre de felicitations au prince Henri. Rinaldi, adann. 1549, n 4.
3. Les Etats de Prague, en 15il, declarerent que Dieti avail dechaine les
Turcs centre 1 empirc, parce que ceux qui gouvernaient s opposaient a la
predication de 1 Evangile et au calico. Us solliciterent done que la cene
du Seigneur soit donnee i ceux qui la demandent selon la fa^on dc 1 e-
glise anglicane . Ferdinand reiivoya leur demande au concile oficume-
nique. (Sleidan, Commentariorum de slatu reliyionis et reipublicae libri
XXVI, edit, de Strasbourg, Ib76,p. 392-395, edit. 1610, p. 363 et suiv., trad,
frano. de 1597, fol. 216-218).
i. Lellres do Santa-Croce, Prague, fevrier a uovembre Ib49, dans
Friedensburg, op. cit., t. XI, p. 411-415, 417 sq., 419 sq., 423-427, 429,
439-449. Summarium eonim quae acla sunt Prar/ae anno Domini Ib49. Ibid.,
p. 6SO. Dans le manuscrit 0016 de la Hofbibliotek de Vienne (fol. 288 v) se
trouve la Consultatio dc responsione danda scriptis Boliemicis missis a R""
nuntio Prospero Sanclae Crucis.
40
COUP D CEIL RETROSPECTIF
Demande
du calice
au concile
de Trente
(1551-1552.)
la question d une fagon d^tournee : les calixtins jureraient
une obe issance absolue a 1 archcveque que Rome cr^erait
et choisirait tout devout a la Curie. L article sur la com
munion des enfants etait aussi indirectement trancb.6 : le
nouvel archeveque, dans 1 idee de Ferdinand et du nonce,
n ordonnerait aucun pretre qui n eut pre"alablement jur6
de ne point comrnunier les enfants sans raison; ceux qui
etaient d opinion contraire disparaitraient par extinction.
G 6tait au fond de nouveaux compactata, et Santa Croce
le jugeait ainsi : questi articoli vengono ad esser novi
compactati quodammodo l .
A la deuxieme reunion du concile de Trente, sous Ju
les III (1551), on posa la question du calice. L eveque de
Vienne, Nausea, ambassadeur de Ferdinand, 6tait charge
d obtenir la communion sub utraque. La plupart des theo-
logiens et des Peres, n inclinaient pas dans un sens tres
favorable. Nausea fit un discours si plein de feu que les
t-iveques les plus instruits et les plus sages, se ralliant a
son avis, r6solurent d attendre les theologiens de quelqucs
princes protestants qui s annonQaient pour la fin de Jan
vier (1552). On esperait alors deTmir Particle ad meliorem
spem protestantism " . En meme temps fut renvoye a plus
I.Santa Groce a Farnese, Prague, 13 novembre i549. Archives vatiea-
nes, Condlio 38, fol. 100. Friedensburg, op. cit., XI, 449. Rinaldi op. cit.,
ad ann. 1549, n 25. Les instructions a Santa Groce se trouvent dans
le Codex D. 205 inf. de 1 Ambroisienne, f 26 (cop. xvi e siecle), avec ce
litre : Inforniazione data a Mons. Santa Groce nuntio al Ser. Re de*
Roraani. Gf. Bucholtz, op. cit., t. V, p. 430 ; Miscellanea di storia italiana,
t. V, p. 479 sqq. ; Steinherz, op. cit., I, 70, 302, 415. Borovy (Jedndni a
dopisy konsistore katolicke i utrakvisticke, t. I, p. 251-2S3, 260-267) a public
les negociations du Gonsistoire avec le roi des Romains. Et leur resul-
tat, que resume fort bien la lettre citee de Santa Groce est dans les
Gapitula per Sereniss um Romanorum Regem calislinis Bohemia propo-
sita et ah illis acceptata . Ambroisienne D. 205 inf. f 18 ; Arch. Vatic.
Armadio 04, ms. 20, f 73. Friedensburg, op. cit., t. XI, p. 650.
2. Nausea a Ferdinand, 7 oct. 1551 et 1" Janvier 1552. Zeitschrift fiir
die Kirchengeschiclile, t. XXI, p. 574 et 591.
Frederic. Grau qui latinisa son nom en Nausea (de nausea, es graut
rnir ) naqnit vers 1480 dans line petite ville du Bambergeois, Waischen-
feld. En 1598 il vint en Italic, oil il s attacha aux deux freres Gampeggi,
Teveque de Feltre et le cardinal Lorenzo. II snivit Lorenzo en Alloma-
gne, lorsque celui-ci y eut ele nomme nonce. Devenu predicateur de la
cour a Vienne, a Insbruck et a Praguo, il fut nomme coadjuteur de Fa-
bri en 1538 et lui succeda en 1541, sur le siege de Vienne. En 1551,
Ferdinand Penvoya comme ambassadeur au concile de Trente, ou il
mourut Tannee suivante, a 1 age de 70 ans. Gf. J. Metzner, Friedrich
COUP D (EIL RETROSPECTIF
41
tard, sur la demande des Imperiaux, le canon, deja pre
pare, qui declarait que sous chaque esp6ce le Christ etait
contenu tout entier 1 . L eveque de Vienne avail travaille a
1 elaborer. II soutint en congregation qu on pouvait dis
penser de la communion utraquiste ob publicam, quietem
etpacem,h condition que les fideles confessassent la prece-
dente doctrine -. Le 25 Janvier, jour de la session, les lu-
the>iens ne parurent point et, le 28 avril, lo concile,
alarm6 par la r6volle des princes protestants et la trahi-
son de Maurice de Saxe, fut suspendu pour deux annees 3 .
II ne devait etre rouvert que sous Pie IV (1562). I/article
de la communion resta ainsi sans solution.
*
* *
Grace au progres du protestantisme qui, en Allemagne, Progres de
,., ... . . la communion
en Boheme, en Hongrie, en Autriche, laisait toujours de SOU3 l8S
nouvelles conquetes 4 , grace aux concessions de V Interim deux
Nausea aus Waischenfeld, Ratisbonne 1884 ; Wiedemann, Geschichte der
Reformation und Gegenreformation im Lande unter der Enns, t. I, p. 227-23),
t. II, p. 27-64; Kopallik, Regesten zur Geschichte der Erzdidzese Wien, t. II,
(1898), p. 29 et suiv. ; Zeissberg dans I Allgemeine deustche Biographie,
t. XXIII, p. 231 et suiv.; Weber, dans le Kirchenlexikon, Kawerau, dans
la Realencyclopadie, 3* edit.; Janssen-Pastor, op. cit., t. VII, p. 582 sqq.,
Sa correspondance est surtout importante : Epistolarum miscellanearum
ad Frid. Nauseam libri A", Bale, 1551; Friedensburg, Nuntiaturberichte aus
Deutschtand, 1 Abth. 1533-1539, t. 1-4, et ses Beitrage zum Briefwechsel
der kathotischen Gelehrten in Reformationzeitalter, dans la Zeitschrift fiir
Kirchengeschichte, t. XX et XXI. Voir aussi le Memoire que remit Nausea
au cardinal Cervini sur les moyens de de endre et de conserver la religion
catholique, dans Dollinger, Beitrage t. Ill, P- 152 et suiv. Ses ecrits
homelitiques furent reeditees pour la troisieme foi s a Cologne en 1534.
1. On ne voulait pas le deflnir, sans avoir entendu les protestants ; et
Ton craignait qu vme fois cet article promulgue, la concession du calico
ne fut plus difficile a obtenir. Gf. Le Vassor, Leltres et Memoires de Var
gas, Amsterdam, 1790, p. 159, 168; Maynier, Etude hislorique sur le concile
de Trente, Paris, 1874, p. 639 et suiv. ; Pastor, op. cit., t. VI, p. 82.
2. Theiner,o/>. cit., t. I, p. 501. Gf. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 228, n. 3.
Malgre cela Nausea fut accuse d avoir vote centre ses instructions sur
1 article de la communion. II s en excuse, dans sa lettre du 12 dec. 1551
et dans celle du l er Janvier 1552, adressees toutes les deux a Ferdinand,
(Zeitschfrift fiir die Kirchengeschichte, t. XXI, p. 5S5 et 591). Paul III, au
contraire, le felicita de son zele par un bref special (Lettre citee du
12 decembre 1551). Gf. B. Mayer, Friednch Nausea von Wien auf dem
Konzil von Trient dans I Historisches Jarhbuch der Gb rres-Gesellchaft, t. 8.
3. Cf. Pastor, op. cit., t. VI, p. 94 et suiv.
4. Sous Paul IV (1555-1539), 1 Eglise recule devant le protestantisme
dans la plupart des pays d Europe. En Allemagne, selon un ambassa-
deur venitien, Frederico Badoero, (Alberi, Relazioni degli ambasciatori ve-
42 COUP D tElL RETROSPECTIF
et de Paul III, 1 usage du calice s etendit de plus en plus.
Le mouvement parti de Boheme s etait avance en s am-
plifiant toujours, jusqu aux frontieres du Rhin. Fran-
chissant cette limite il avail penetr6 en France ou 1 on
r6clama bienlot du concile la communion sous les deux
neti s(5rie I, vol. Ill, p. 152) le dixieme settlement de la population reste
fidele au calholicisme.
En Boheme, la propagande lutherienne, un moment interrompue par
le combat de Miihlberg, reprend avec une nouvelle activite et conquiert
en partie le royaume. En maintes localites, la messe, avec les ceremo
nies de 1 Eglise, est abolie, la confession negligee, les biens ecclesiasti-
ques sont delapides et les pretres reduits a travailler ; cette decadence
de la religion, qui fait que omnia in pejus ruunt, est precipitee par 1 in-
dignite d ecclesiastiques sans mtburs, ignorant les verites essentielles,
abandonnant 1 absolution et la messe. (Jean Hynic, cure de Trautenau a
Brus, 10 novembre 1564, 9 Janvier et 11 fevrier 1565. Archives consisto-
riales de Prague. Recepta 1565). Cf. Frind, op. cit., t. IV. ; Horcicka, Das
geistige Leben in Elbogen zw Zeit der Reformation, Prag-Graben, 1895 ; Bo-
rovy, Jedndni a dopisy konsistore katolicke i utrakvisticke, n os 685, 686, 690,
691, sqq. Voir sources dans Krones, op. cit., p. 451 sqq. 464, 467, 480 sqq.
La Hongrie subit, elle aussi le flot envahisseur. Les reformes celebrent
a 1 envi le progres en ce pays de la doctrine evangelique (J. Koller,
Historia episcopatus Quinqueecclesiarum, Presbourg et Pest, 1782-1812, t.V,
p. 317 et 325). Un d eux, du diocese de Fiinfkirchen, ecrit en 1551: Cen
tum viginti ecclesias ductore Spiritu Sancto aedificavi, in quibus omni
bus verbum Dei unanimiter annunciatur atque suscipitur, idque tanta
puritate . (Ibid , t. V, p. 330). A la Diete de Presbourg de 1563, 1 em-
pereur se plaint de 1 envahissement des sectes heretiques qui de tous
cotes surgissent dans son royaume de Hongrie >, et de ceux. qui en
grand nombre protegent et defendent par les violences les precheurs de
iiouveautiis; il supplic d eviter le schismo, 1 eloignement de la sainte
Eglise catholique, les divisions qui sont nees pour le malheur de tant
d ames. (Vilmos Fraknoi, Monumenta comitialia regni Hungariae: Magyar
orszdggy&lesi Emlefcek torteneli bevezelesekkel, t. IV, Budapest, 187C, p 537-
538.) C est dans la periode de 1531 a 1518 que le lutheranisme s etablit
dans une partie de la population allemande et de la population magyare
de Hongrie ; et le calvinisme, a partir de 1550 fait de rapides progres
dans le vrai pays magyar du bassin de la Theiss, dont il est encore
aujourd hui comme la religion nalionale. En Ungarie tout est confu
sion et misere, ecrit Sclnvendi au due d Orange en 1562 (Gron van Prins-
terer. Archives ou correspondence inedite de la maison d Orange Nassau,
Leyde, 1841, 1. 1, p. 191), ils sont la plus part hugenols, mais... sans dis
cipline et ordre quelconque . Gf. Okolicsanyi, Historia diplom. de statu
religionis evangclicae in Hunguria 1526-1703, s. 1., 1710 ; du meme, Exlractus
articulorum el diplomalum super reliffionis negotio in regno Hungariae con-
ditorum, Presbourg, 1790; Fr. A. Lampe, Historia ecclesiae reformatae in
Hungaria et Transylvania, Treves, 1728; J. A. Fesslcr, Geschichte von Ungarn,
edit . E. Klein, Leipzig, 1807-1877, t. Ill, p. 385 sqq., 632 sqq.
En Autriche, on constate la perte de la foi (Canisius a Henri Sclnvci-
cker, 10 janv. 1556. Braunsberger, t. I, p. 591) ; les heretiques iuondent
de leurs livres 1 Universite, les villes, les hameaux (Ganisius a Polanco,
Vienne, 7 juillet 155-i, Braunsberg, op. cit., I, 447). Ganisius selamentede
ce qu en Baviere et en Autriche le peuple reclame des princes la liberte
from la Re ftfrtne; ilcs t gi*and temp s, dit -il, deremedier a l y (5tat religieux
COUP D (EIL RETROSPECT1F 43
especes. A Test, il agita la Pologne : la Diete do 1552 de-
manda 1 usage du calice l , qui s etablit dans un grand
nombre de villes, malgre la defense royale 2 . Sigismond
fut sur le point de 1 accorder (1557) 3 ; et Catherine de Polo-
des deux pays. (Ganisius au cardinal d Augsbourg, 17 Janvier 1556. Brauns-
berger, op. cit., I, 594). En 1562, le vicaire general Hillinger se plaindra
des troubles qui en toute 1 Autriche ruinent la religion, de la fureur
et de la peste heretique qui 1 envahissent. Ghaque jour, les here
sies font de nouveaux progres, librement prechees, embrassees et
defendues par les puissants. II a dii exiler plusieurs pretres convain-
cus d heresies. En beaucoup d endroits on ne dit plus la messe, touto
priere et toute vie catholiquo est abandonnee. Certains ecclesiastiques
detournent les fideles de la messe, et:i les laics presque partout occu-
pent les benefices, usurpent le ministere de la predication, plutot que
de supporter un seul pretre catholique dans les eglises exemptes de
1 Ordinaire... La corruption est si grande, les schismes si graves que je
ne les puis surmonter. Les scbismatiques, les seducteurs du malheu-
reux peuple se sont tellernent multiplies que nous perirons jusqu au
dernier . (Hillinger a 1 archeveque Brus, Vienne, 2 mars 1562. Voir
1 Appendice). Brus ecrit en 1563 : Le nombre de ceux que 1 erreur a
seduits est si grand que, s ils etaient mis a mort ou bannis, la plupart
des pays gouvernes par les princes catholiques seraient deserts . (Ecrit
de Brus du 28 mai 1563. Voir 1 Appendice.) Gf. Raupach, Evangelisches
Qesterreich, 1732-1736; Miller, De ecclesiae evangelicae in Austria sub Ferdi-
nando I et Maximiliano II stain succinta narralio, Gottingen, 1783; Waldau,
Geschichte der Protestanten in Oesterreich, Steyermark... von i520 bis auf
die neueste Zeit, Anspach, 1784, 2 vol. ; Pazout et Tupitz, Oesterreich im
Reformationszeitalter (1525-1617), Vienne, 1879; Richter, Reformation und
Gegenreformation in Oesterreich, dans 1 Hislorisches Taschenbuch, 1879, p. 215
et suiv. ; Trautenberger, Kurzgefasste Geschichte der evangelischen Kirche
in Oesterreich, Vienne, 1881; Hase, Kirchengeschichte, III; Neue Kirchenges-
chichte, 1 Abth. : Reformation und Gegenreformation, Leipzig, 1891 ; Keller,
Die Anfange der Reformation, Berlin, 1897 ; Biermann, Geschichte des Pro-
testantismits in Oesterreichisch-Schlesien, Prague, 1897; Losertb, Die Refor
mation und Gegenreformation in den innertislerreichischen L&ndern im 46
Jahrhundert, Stuttgart, 1898; G. Wolf, Deutsche Geschichte im Zeitcdter der
Gegenreformation, t. I, Berlin, 1899 ; Loesche, Geschichte des Protestantis-
mus in Oesterreich, in Umrissen, Tubingen, 1902; Boehl, Beitruge zur Ges
chichte der Reformation in Oesterreich, lena, 1902 ; Loesche, Geschichte des
1 rotestantismiis in Oesterreich, Tubingen, 1905. Dans le Jahrbuch der Gesell-
schaft fur die Geschichte des Protestantismus in Oesterreich, publie a Vienne
et a Leipzig, depuis 1880, on trouvera articles et litterature sur le deve-
loppement de la Reforme en Autriche.
1. Rinaldi, Annales ecclesiastici, ad ann. 1552, n 53.
2. En 1553, Hosius s efforce en vain de faire communier sub una les
habitants d Elbing [ville de Pologne devenue prussienne]. (Stanislai
Hosii Opera, t. II edit. Rescius 1584, p. 70-81). Quatre ans plustard, 1 usage
du calice est courant, dans les principales villes du royaume; et il
s etend de plus en plus, grace surtout a Laski et malgre les efforts
d Hosius. (Rinaldi, op. cit., ad ann. 1557, n s 38-42). Dans le diocese de
celui-ci, la communion sous les deux especes se pratique comme ailleurs.
(Sarpi, op. cit., liv. VII, | 69. Gf. Baluze-Mansi Miscellanea, t. Ill, p. 449.)
3. Hosius eut beaucoup de peine a Ten dissuader; et Paul IV lui ecri-
vit a ce sujet de severes remontrances [22 oct obre 15157]. (Rinaldi, tip. cit.,
44 COUP D (EIL RETROSPECTIF
gne, en 1561, le sollicita avec instance pour son royaume .
En Boheme, les utraquistes, tout en cherchant a se rap-
procher des catholiques 2 , ne voulaient en rien abandonner
un usage si ancien pour eux 3 . Les Pickards et les hussites,
ecrit Canisius, veulent tous la communion sub utraque 4 ;
le peuple entier regoit le calico 5 , et il n est point jusqu aux
meilleurs catholiques qui ne s obstinent dans cot usage :
ils soutiennent que le concilo de Bale le leur a conced6 et
ils 6ludent tout argument contraire 6 . Pour communier
sous les deux especes, ils n h^sitent point a se deplacer ; et
des pretres calholiques cedent a leurs instances 7 . Si on
resiste a leur desir, beaucoup meurent sans sacrement 8 .
ad mm. 1557, n 38.) Rinaldi (ad ann. 1556, n 37), dit que Sigismond
allait accorder la communiou utraquiste, lorsqu il en fut empeche par
un miracle : du sang sortit d une hostie consacree qu un juif avail
transpercee, selon lo recit de Surius.
1. Elle s appuyait sur les paroles edite, bibite T>. Lettre d Hosius au
card. Borromec, Vicnne, 13 juillet 1561. Steinherz, Nuntiaturberichte aus
Deulschland, 1560-1561, t. I, p. 215.
2. E. Denis, Fin de I Independance Boheme, t. II, p. 88.
3. Voir les articles qu ils soumettent a Ferdinand I, en 1549 (Borovy,
Ada des utraquistischen Consistoriums, Prague, 1868, p. 268-265). Ce n est
pas etonnant, dira Brus (voir son ecrit du 28 mai 1563. Appendice), car
il ne s agit pas d une chose nouvelle, mais d une coutume qui precede
le lutheranisme d un siec!6 ; ils out demande au concile de Bale le calice ;
et les compactala qui le leur accorda subsistent toujours. Cf. Ecrit des
ambassadeurs imperials du 27 juin 1562. Staatsarchiv de Vienne, Reli-
gionsacten, VIII, cop. cont- Le Plat, op. cit., t. V, p. 346; Delfino a Bor-
romee, 10 juillet 1362. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 88.
4. Lettre a Saint Ignace, Prague, 14 octobre 1554. Braunsberger Canisii
epistulae, I, 493.
5. Ganisius a Saint Ignace, Prague, 13 juin 1555, Braunsberger, op.
cit., t. I, p. 544.
6. Ganisius a Saint Ignace, Vienne, 3 aoiit 1555. Braunsberger, op. cit.,
I, 552. j Eum usum primitiva Ecclesia observavit et fundati in lege
Christi hanc veritatem concilio Basiliensi approbarunt . Arlicles utra
quistes sur les sacrements et la vie chretienne. Borovy, Jedndni a dopisy
konsistofe, n 2.
Saint Ignace recommande a ses disciples de recevoir a leur college de
Prague les cleves utraquistes et de les absoudre, si dans le reste de
leurs pratiques ils sont catholiques (Braunsberger, op. cit., 1, p. 031, n. 1).
Ganisius deinande a Lainez si 1 on doit cnsevelir catholiqucment les
utraquistes pour ne pas exciter la fureur et la vengeance du peuple
(1559); le general repond : a nostris non esse sepeliendos sed permitten-
dos ab aliis sepeliri. Ileusch, dans la Zeitschrift fur Kirchengesch., XV,
p. 103.
7. Gf. Borovy, Brus von Miiqlitz, dans Oesterreichische Vierteljahresschri.fi
fur katholische Theologie, t. XIII, p 51.
8. Luna a Philippe II, 31 mars 1563. Documentos ineditos para la histo-
ria de Espana, t. XCVIII, p. 419.
COUP D (EIL RETROSPECTIF 45
Les Hongrois, de lour cote, disent que le pape devrait ac-
corder la dispense, et murrnurent tellement qu ils pour-
raient bien ne pas 1 attendre. Les 6veques doutent fort de
lour patience, sachant combien ils ticnnent a cette fagon
de communier .
En Aulriche la communion sous les deux especes 6tait
d un usage courant. La doctrine utraquiste s elait gliss6e
jusque dans les presbyteres. Nombre d inventaires du temps
mentionnent parmi les livres suspects trouves chez les cu
res ein sehr nutzliche und notwendige Vermannung zur
der empfahung Hocbwirdigen Sacraments des leibs und
bluts unsers Herrn Jesu Christi, gepredigt zu Regenspurg
durch Herrn Hieronimum Noppum, der Heiligen Schrift
Doctorn Pfarrherrn doselbst, am andern Sontag im Advent
des jars 1543 2 . Les pretres administraicnt le calico ; et
personne, dit l e>eque Urbain de Passau, ne pout agir
contre eux depuis Flnt6rim d Augsbourg, de sorte que nous
devons nous taire, contre notre propre devoir 3 . L arche-
veque de Salzbourg se plaint a Hosius que son clerg6 dis-
tribue au peuple la communion sous les deux especes 4 . Le
cure de Neisse rapporte au chapitre de Breslau que des
1. Ganisius a Polanco, Vienne, 5 Janvier 1554. Braunsberger, op.
cit., I, 443.
En Hongrie, tous les pretres sauf trois etaient concubinaires ; et 1 ar-
cheveque de Gran, Olah, declare a Hosius qu il faut ou les tolerer ou
priver le peuple de sacrements, a cause de 1 impossibilite d en trouver
qui ne veulent avoir femme. Hosius a Borromee, 31 juillet 1560. Steinherz,
op. cit., t. I, p. 77. Gf. lettre de 1 archeveque de Gran aux legats du
25 mai 1563, dans Bucholtz, op. cit., t. IX, p. 694-698.
2. In-8 de 12 pages. Wiedemann, Geschichte des Reformation und Gegen-
reformation imLande unter der Enns, t. I, p. 292.
Dans la visite de 1569-1585 ordonnee en Tyrol par 1 archiduc Ferdi
nand, on trouva le testament de Luther, le catechisme de Melanchton,
les commentaires de Brenz, Spangenberg, Corvin, les ceuvres de Zwingle,
(Ecolampade, Flaccius. (Wiedemann op. cit., t, I, p. 56-57. Him, Ezher-
zog Ferdinand, I, 183-189). En 1563, la commission imperiale pour la
reforme des monasteres propose d y rechercher et de bruler les livres
hsretiques, de ne plus promouvoir aux dignit^s monastiques les sus
pects d heresie. Steinherz, Nuntiaturberichte, I, 298.
Les cures sont pleines de livres heretiques; Rome en fait un grief a
Ferdinand (Sickel Zur Geschichte des .Konzils von^Trient, Vienne, 1870-72,
p. 36).
3. Lettre d Urbain de Passau a Hosius, 29 mai 1560. Wiedemann, op.
cit., I, 300.
4. Lettre de Michel de Khiienburg, archeveque de Salzbourg, a Ho
sius, 27 juil. 1560. Wiedemann, op. cit., I, 302, n. 1.
46 COUP D CEIL RETROSPECTIF
chapelains de sa paroissc communient les lai cs sub utra-
que i ; et cclui de Weitra avoue en 1561 qu il accorde le
calice a ses paroissiens 2 . Un des articles du proc6s verbal
pour la visile de 1561 present de s informer si les cures et
vicaires communient leurs paroissiens sous une ou deux
espfcces.
Non seulement les cures, mais les religieux distribucnt la
communion sub utraque. Le rapport d une visite de 1561
dans trente-neuf monasteres autrichiens dit quo 1 Eucha-
ristie passim in monasteries sub utraque specie aperte dis-
pensatur 3 . Lesofficiers charges de r6gler la visite de 1562
se plaignent quo, dans presque tous les monasteres, on
donne le calice aux lai cs 4 . Le prieur de 1 abbaye de Flo-
rian affirme qu il est impossible d introduire la communion
sub una, que le peuple se souleverait 5 . Et les abb6s de
Haute-Autriche de clarent qu il leur est impossible de sup-
primer le calice; s ils le font, les fideles iront ailleurs ou
s abstiendront de communier ; il en rsultera des seditions
et des troubles; leur vie et cello de leurs moines seront
en danger, et les monasteres resteront bientot vides, ob
metum et formidinem ejusmodi discriminum ac periculo-
rwn; ils prient 1 empereur de differer 1 application de cet
article et de celui relatif au celibat ecclesiastique 7 .
;
1. Kastner, Archlv fur die Geschichle des Bistitms Breslau, I, (Neisse,
1858) p. 83-86. Neisse otait le siege de 1 eveque de Breslau.
2. Wiedemann, op. cit., II, p. 632.
3. Th. Sickel, Das Reformations-Libell des Kaisers Ferdinand I vom
Jahre 1562, dans I Archiv fur dsterreichische Geschichtsquellen, t. 45 p. 7.
4. 7 Septembre 1562. Wiedemann, Geschichte des Reformation und Gegen-
reformation, t. I, p. 163. Les officiers en question sont le Statthalter
Joachim, de Schonkirchen, G. Gienger, Welzer, Hillinger et Meisinger.
5. 24 Decembre 1561. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 174. Gf. Stiilz, Ges
chichte von St. Florian, p. 84 et suiv.
6. Des monasteres d Altenburg, Zwettl, Schlegel, Engelhartszell, ^Vil-
hering, Pulgarn, Erlakloster, Seitenstetten, Gleink, Garstein, Krems-
miinster, Lambach, Traunkirchen, Spitel, St. Florian, Baumgartenberg,
Waldhausen.
7. Rapport des abbes de Haute-Autriche, du 24 Janvier 1562. Sickel,
Das Reformations-Libell dans I Archiv filr b sterreich. Geschichtsquellen, t. 45,
p. 9. Ferdinand mecontent de ce resultat ecrit aux visiteurs qu ils se
sont contentes d obtenir des signatures, au lieu de faire observer les
reglcments. Sickel, Das Reformations libell, p. 16, 17. Wiedemann, op. cit.,
t. I, p. 176.
Le celibat nMtait nullement observe par le clerg<5 d Autrich?, conime
COUP D CEIL RETROSPECTIF 47
L usage du calico a pe nelre dans Ics cloitres. En 1561 L usage Ju caiice
(8 decembre), 1 abbesso de Erlakloster confesse que depuis
sopt ann6es la communion sub utraque est en pratique dans le9
son monastero et qu elle ne pourrait plus s en passer . Au
couvent de Lambach et de Geras los visiteurs trouvent la
memo coutume e"tablie 2 . Les religieuses de Traunkirchen
declarent que depuis leur jeunesse elles sont habitudes a
communier sous les deux especes et qu elles ne veulent
pas mourir dans un usage contraire 3 . Et le prieur de
St. Florian fait preuve de bonne volonte en promettant de
communier ses moines sub una 4 .
Le caiice s est ainsi r^pandu dans les e"tats de Ferdinand et se generalise
et est devenu la pratique d un grand nombre. Le synode
do Salzbourg, en 1560, constate qu en Autriche, en Styrie,
en Carinthie et ailleurs des pretres communient le peuple
sous les deux especes 5 . Maximilien affirme a Hosius que le
tiers a peine des e"tats he>6dilaires do 1 empereur se con-
tente de la communion sub una 6 . A Vienne meme, malgr6
la surveillance impe"riale, on trouvait de nombreux utra-
quistes. L abb6 du convent des Ecossais 7 et le prieur
donnaient au peuple le caiice 8 ; dans les faubourgs et dans
nous le verrons. Les Etats de Slyrie, en 1S39, avaient insiste pres du
synode de Salzbourg pour la concession du mariage des pretres, remon-
trant que la seule consequence de la loi ecclesiastique etait la vie scan-
daleuse des ministres du culte. (Loserlh, Die Salzburger Provinziakynode
von 1549, dans I Archiv filr oster. Geschichte, t. 83, p. 206). L official Hil-
linger ecrira a Brus, le 2 mars 1562 (Borovy, Anlonin Brus : Mohelnice,
p. 23, n. 3) uxores presbyteri impudentes manifestissime imo quando-
que publicas meretrices ducere non timent ,
1. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 173.
2. 20 novembre et 16 decembre 1561. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 169, 174.
3. 19 decembre 1561. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 174.
4. Wiedemann, op. cit., I, 174.
5. Lettre d Hosius a Pie IV, Vienne, 13 mai 1560. Steinherz, Nuntiatur-
berichte, t. I, p. 27.
6. Lettre d Hosius a Borromee, Vienne, 8-12 juin 1560. Steinherz, Nun-
tiaturberichle, t. I, p 49.
7. Wolfgang Traunsteiner. Hosius en fait un portrait peu flatteur
clans une lettre au card. Borromee (8 mai 1561. Steinherz, op. cit., t. I,
p. 250) : < est homo indoctissimus et ineptissimus, nisi quod in exhau-
riendis poculis valde exercitatus >. L eveque de Vienne, Antoine Brus,
avait Pie averti par Bernard Walter, chancelier de Basse-Autriche (1559J,
que Wolfgang clonnait la communion utraquiste.
8. Lettre de Borrome e a Hosius 16 avril 1561. Steinherz, Nuntiaturbe-
richte, t. I, p. 244. Gf. p. 252 et 253.
Le prieur fut emprisonne quatre semaines pour avoir communie le
48 COUP D CEIL RETROSPECTIF
certains hopitaux de la capitale, on 1 accordait au peuple l .
Canisius se plaint de la grande misere religicuse des Vien-
nois, et de ce quo la communion sous les deux especes est
publiquement adminislr^e a la cath6drale Saint-Etienne 2 .
Le cur6 de Saint-Michel constate qu en 1559 le nombre des
communiants sub una a diminue de plus de mille dans la
ville de Vienne 3 ; et a la cour meme s insinue 1 usage du
calice 4 .
En vain Ferdinand s titait-il efforc6 de mainlenir le
le anc i en de 1 Eglise. Une ordonnance g^nerale du
mouvement 20 f^vrier 1554, en conformity avec le synode de Salz-
bourg de la meme ann6e, avait prescrit de se confessor et
de communier sub una dans le delai de quatre semaines ;
les cur6s devaient c!6noncer les d6sob6issants, qui seraient
chati^s 5 . Les Etats de Haute et Basse-Autriche proteste-
rent aussitot contre cet 6dit (11 juin 1554) : tait-ce un
crime de recevoir, apres confession pr^alable, la commu
nion telle que le Christ 1 avait institute, et selon Panti-
peuple sub utraque (Wiedemann, op. cit., II, 92 et 93, 9o-97) ; mais il con-
tinua de le faire, comme il ressort de la visile de 1561. (Sickel, Re forma-
tions-Libell, p. 8, n. 2.) On 1 accusait d etre her^tique (Lettre de Delfino
a Borromee, 29 aoftt 1561. Steinhei-z, op. cit., t. I. p. 297).
1. Hosius dit a Maximilien qu il sait fort bien qu un pretre calicem
porrigeret in templo quodara extra moenia civitatis . (Steinherz, op. cit
t. I, p. 28.
On reproche a Ferdinand que la communion sub utraque soit accordee
a FhdpHalSaint-Marc de Yienne (Sickel, Zur Geschichle des Konzils, p. 34.)
2. Lettre de Canisius au provincial J. de Victoria, 18 novembre 1557.
Braunsberger, Canisii epistulae, i. II, p. 152.
3. Steinherz, Nuntiaturberichte, t. I, p. 253.
4. Sans parler de Maximilien, pour qui on dut de Rome obtenir cette
concession (cf. p. 153), la femme du majordome reclame et recoil la
communion sous les deux especes. Le conseiller bavarois Vend s en
montre fort scandalise. (Vend a Simon Eck, 27 juillet 1563, Appen-
dice).
5. Raupach, Euangelisches Oesten-eich, t. II, Hambourg 1732-1744, Docu
ments p. 96-98 ; Riegger, Corpus juris ecclesiastici bohemici et austriaci,
Vienne, 1770, p. 123-126. Gf. Wiedemann, Geschichte des Reformation und
Gegenre formation, I, 142. - - Zasius dans une lettre a Ferdinand (Augs-
bourg, 29 avril 1554) dit que les resolutions du synode de Salzbourg et
1 ordonnance royale sur le calice S3 sont beaucoup repandues (Druffel et
Braadi, Briefe und Akten zur Geschichte des XVI Jabrhunderts, IV, 458,
n 427). Cf. Sleidan, De statu religionis, ed. 1786, III, 468-700.
Le synode de Salzbourg de 1549 s etait plaint des fonctionnaires civi-
les qui toleraient la communion utraquiste (Grisar, Lainez und die Frage
des Laienkelches... dans la Zeitschrift fiir die kat. T/tcologie, 1882, p. 79).
COUP D CEIL RETROSPECTIF 49
que coutume de 1 Eglise, abolie seulement au concile do
Constance? Us obeiront a leur conscience; et le roi louche
par leurs prifcres no changera rien a leurs rites et prati
ques jusqu a la determination d un concile libre l . Les vil-
les s unirent aux -Etals et demanderent 1 usage legitime
du Sacrement 2 . Le Landtag de Carintbie reclama la Gene
selon 1 institution du Christ, s indignant que des hommes
en concile eussent os6 changer 1 ordre formel du Sauveur 3 .
Ferdinand repondit, le 23 juin, qu il ne voulait point d un
rit qui portait a la desobeissance envers 1 Eglise ; toutefois
la question etant grave et difficile, il y reflechirait ; en at
tendant une decision nouvelle, on devait se conformer a
son ordonnance royale 4 . Les Etats repliquerent que leur pra
tique etait fondee sur la parole meme du Christ et que,
tout enfants, ils avaient 6te eleves dans cette doctrine ; ils
rendraient toujours a leur souverain 1 obeissance due, inais
dans les choses saintes ils suivraient leur conscience pour
ne pas me>iter le reproche de Dieu 5 .
Les deux Etats des seigneurs et des chevaliers de Basse- on reclame
Autriche parlerent plus 6nergiquement encore en 1553 :
ils declarerent que, la communion sub utraque ayant
dure 1414 ans jusqu au concile de ^Constance, ce concile
n avait pas eu le droit de changer le testament du Christ;
Ferdinand n agissait pas, dans cette circonstance, en
prince chr^tien ; d ailleurs ne tolerait-il point le calice en
Boheme et en Moravie? Eux suivraient leur conscience 6 .
Ils r^clamaient aussi le libre exercice du culte 7 . En Janvier
1. Wiedematm, Gescfiichted.es Reformation und Gegenre formation, t.I,p. 294.
2. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 295.
3. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 299, n. 1.
4. Wiedemann, op. cit., I, 297.
5. Wiedemann, op. cit., I, 297.
6. Raupach, Evangelisches Oesterreich.i. II (Documents) p. 98-109. Buch-
holtz, op. cit., t. VIII. p. 195-197. Sleidan, De statu religionis, t. II, p. 468.
La reponse de Ferdinand est d a^ant le 17 mars 1555. Hans von Germar
y fait allusion dans une lettre a 1 filecteur Auguste (Druffel et Brand),
Briefe und Akten zur Geschichte des XVI Jahrhunderts, IV, 597.)
7. Krones, Handbuch der Geschichte Oeslerreichs, t. Ill, (Berlin, 1879),
p. 252. Ferdinand garantit, en 1555, aux protestants la continuation du
libre exercice de leur culte, s ils J avaient deja ohtenu auparavant. Mais
cette declaration ne fut pas communiquee a la chambre royale. (Ritter,
Deutsche Geschichte, I, 84, 470.) Elle a ete publiee par Schmidt. Les pro-
4
50 COUP D ffilL RETROSPECTIF
1556, le Landtag de Vienne souLint devant Ferdinand
que le fl6au turc 6tait une punition de la survivance des
superstitions anciennes, et il demanda que les cures ne
fussent pas chati^s pour avoir administre la communion
sous les deux especes, non plus que les predicateurs et les
maitres d ecolepour avoir enseign^ lepur evangile 1 . Comme
les Etats refusaient 1 irnpot contre les Turcs qui menagaient
la frontiere orientale de 1 empire 2 ., les n6gociations abou-
tirent k ce que l 6dit g6n6ral de 1554 restat sans effet jus-
qu a la decision de la prochaine reunion des Etats 3 . Paul IV
reprocha a Ferdinand d avoir aboli dans cette Diete de
Vienne les peines contre les utraquistes, et d avoir entrain^
par son exemple la Baviere et le duch.6 de Cleves. L empe-
reur rtJpondit qu il les avait suspendues sans les annuler,
quand les Turcs menagaient la frontiere 4 . De fait 1 edit de
1554 ne fut pas appliqudi 5 . En 1556 (18 aout), 1 official Hil-
linger recomrnandait au clerge dese conduire avec prudence
relativementa 1 article de la communion utraquiste, dene la
supprimer que si aucun scandale, aucune e"meute n e"taient
a craindre. Il avertissait on meme temps le gouvernement
de Basse-Autriche qu on ne pouvait reagir sans danger
contre 1 usage etabli, lui demandant aide et assistance si
le roi voulait qu on appliquat l 6dit. Le gouvernement se
garda bien d insister 6 . En 1562, le meme Hillinger cons
tate que le peuple tient au calice usque ad sanguinem 7 .
testants la rappellent a Maximilien vingt ans plus tard. (Turba, Venetia-
nische Depeschen, (1895), t. III. p. 374.)
1. Raupach, Evangelisches Oesterreich, t. II p. 46-47. Wiedemann, Ges-
chichte des Reformation und Gegenreformation, t. I, p. 140-144. Huber,
Geschichte Oesterreichs, IV, 143-144.
2. Klein, Geschichte des Christenthums in Oesterreich und Steiermark ,
t. IV (1842), p. 149.
3. Wiedemann, op. cit., I, 298.
4. Staatsarchiv de Vienne, Romcorrespondenz, fasc. 12, fol. 24. Sickel,
Geschichte des Konzils von Trient, p, 33. Delfino justifip Fempereur, pres
de Paul IV, par des arguments ssmblables, dans son Informazione
data a Monsignore Ill ma et R m " Caraffa DSllinger, Beitriige zitr pol. kirch.
und Cultw-Geschichte, I, 239. Gf. Stfiinherz, Nuntiaturberichte , I, xxxvii;
Reimann, dans Forschungen zur deutsehen Geschichte, V, 323.
3. Wiedemann, loc. cit.
6. Wiedemann, op. cit., I, 298.
7. Hillinger a Brus, 2 mars 1S62. Borovy, Antonin Brus z Mohelnice
p. 23, n. 3.
COUP D CEIL RETROSPECTIF 51
Lors de la Diete de Francfort, en 1558, Ferdinand dut pro- Ferdinand
mettre aux Etats luthe>iens, pour son election, une sorte
de libre exercice de leur religion . Il se lia les mains ; et
lorsque Hosius, un peu plus tard (1560) le pressait, d agir
contre les utraquistes et les pretres concubinaires, il lui
r6pliqua que, pousse par la grande ncessit6, il avail du
s engager deux ann6es auparavant a ne punir aucun laic
pour le calice et aucun pretre pour le mariage; s il ne te-
nait cette promesse, il ne pourrait obtenir aucun argent
de ses sujets 2 . Maximilien, ecrit trois ans plus tard Ca-
nisius, favorise les partisans de la communion sous les
deux especes, et Pempereur la tolere. L un et 1 autre re-
doutent 1 agitation et les mouvements seditieux, s ils s op-
posent aux novateurs, dont la force est telle que, si on ne
leur cede en certaines choses, ils rendront aux catholiques
la vie impossible 3 .
Telle etait la situation en Autriche an debut du pontifi
cal de Pie IV 4 .
*
**
En Baviere, elle n etait pas meilleure. La aussi les doctri- fusage du
nes nouvelles avaient fait de grands progres 5 . L ignorance
et 1 inconduite du clerge n avaient pu opposer aucune di
gue au torrent de la Reforme. J. Eck constate des 1526 que
1. Klein, Geschichle des Christenthums in Oestemich und Sleiermark,i.lV
(1842), p. 153. Ferdinand avait du rassurer Paul IV sur 1 objet de la
Diete, lui promettant qu il ne serait pas parle de religion. Turba, Vene-
tianischen Depeschen, t. Ill, p. 17, n. 1.
2. Lettre d Hosius a Borromee, Vienne, 9-12 aoiit 1560. Steinherz, Nun-
tialurberichle, I, 88, 89.
3. Lettre d Innsbruck du 17 mai 1563 (Steinherz, op. cit., t- III, p. 321-
322), attribuee i Ganisius par Braunsberger (op. cit., t. IV, p. 204).
4. Sur 1 etat religieux de 1 Autriche a cette epoque cf. Janssen, Ges-
chichte des deutschen Volkes, IV, 99-109, et les ouvrages cites plus haut
p. 41, n. 3.
5. Le gouvernement bavarois s etait pourtant oppose des le debut a la
Reforme. Ses edits contre Luther et ses adherents sont du 5 mars 4522,
du 2 octobre 1524 et du 19 mai 1531. Cf. Hied, Codex Ratisbonensis,Pia.tis-
bonne, 1816, p. 1135, 1148, 1149; V. A. Winter, Geschichte der Schicksale der
evangelischen Lehre in und durch Eayern bewirkt in der ersten llalfte des
sechzehnten Jahrhunderts, Munich, 1809-1810, t. I, p. 280, 310, 315.
52 COUP D CEIL RETKOSPECTIF
le respect envers les pretres a beaucoup diminue 1 ; et Vau-
chop ea donne quelque temps apres le motif a Paul III :
sacerdotes etiam publici concubinarii... satis sibi oidentur
catholici quia non credunt erroribus protestantium 2 . Le
clerg6, 6crit-il a Morone est peu zele et de mauvais exem-
ple 3 . Le synode de Salzbourg. en Ioi9, edicte des mesures
s6veres centre 1 indiscipline, 1 incontinence et le manage
des pretres 4 , sans obtenir d ailleurs grand resultat, puisque
ceux de 1562, sur les instances d Albert V, devront les
renouveler 5 , menagant de supprimer les benefices aux
1. Nolo existimare... Bavariae provinciam esse baeresi Lutheri
infectum, licet experiar reverentiam erga clerum minui . (Lettre a
1 eveque de Verone Matteo Giberti, Ingolstadt 29 juin 1525. Zeitschrift fur
Kirchengeschichte, I. XIX, p. 213.) Jean Eck est le celebre theologien bava-
rois qui lutta avec taut d energie centre le lutheranisme (1486-1513). Gf.
sur lui Wiedemann, Dr Johann Eck, professor der Theologie an der Univer-
sitiit Ingolstadt. Ratisbonne, 1865; J. Greving, Johann Eck alsjunger Gelehrter,
Miinster, 1906, du meme, Johann Ecks Pfarrbuch fur U. L. F. in Ingolstadt,
Miinster, 1908; L. Geiger, Ellenbogs Briefwechsel mit Dr. Johann Eck, 1516-
1542, dans Oesterreichische Vierteljahrsschrift fur katholische Theologie, t. IV,
(Vienne, 1870), p. 45 et suiv. ; J. Schlecht, Aus der Kor respondent D r Johann
Ecks, dans Buschbell, Doelle etc., Briefmappe Miinster. 1912, p. 142 et
suiv.; J. Greving, Ecks Pfrundenimd wohnung in Ingolstadt, Munich, 1917.
J. Greving, mort recemment, avail commence a donner une nouvelle
edition des ceuvres de J. Eck : Defensio contra amarulentas D. Andreae
Bodenstein Carolstatini invection.es, (1518), Fribourg-en-Brisgau, 1915.
2. Vauchop a Paul III, Ratisbonne, 5 mars 1541. Zeitschrift fur Kir-
chengeschchite, t. XXIII, p. 446.
Robert Vauchop, archeveque d Armagh, appartenait i une famille
anglicane; fuyant les poursuites de Henri VIII, il se refugia pres de la
Curie, dont il recjut 1 eveche d Armagh en Irlande (1539), ou il ne resida
jamais. II accompagna, en 1541, le legal Contarini au? colloques de
Ratisbonne, et resta depuis lors en Baviere. Jusqu en 154i il s occupa
avec zele du diocese de Ratisbonne et des dioceses voisins.
3. Vauchop i Morone, Ratisbonne, 30 octobre 1542. Zeitschrift fur Kir-
chengengeschichte, t. XXIII, p. 467. II repete la meme chose dans sa lettre
du 6 fev. 1544. Ibid., p. 474. Gf. Hopfen, Kaiser Maximilian 11 und dsr
Kompromisskatholizismus, Munich, 1895, p. 4.
4. Reictisarchiv de Munich, Hochstift Salzburg 257, fol. 171 v sqq, 232 v
sqq. Dalham, Concilia Salisburgensia provincialia et dioecesana, Ausgbourg,
1788, p. 336 el suiv. ; Loserth., op. cit., p. 140 el suiv. Le synode de
Salzbourg, en mai 1537, avail edicte des lois restees inappliquees : Vo-
luil synodus alque decrevil ut... lascivienlibus illis ac scandolosis sa-
cerdotibus vita ilia sua otfensiva et culpabilis ante oculos ponatur...
suaeque condition! et stalui juslis mediis reducantur... Ried, Codex
Ratisbonensis, Ratisbonne, 1816, p. 1157. En vain aussi 1 archeveque Lang
avait-il decrete (1531): Goncubinas a contubernio et cohabitatione ec-
clesiasticorum penitus amovendas... clericosque adulteros el stupra-
tores virginum graviter plectendos. Reichsarchiv de Munich, Salzburg
Erzstift 255.
5. Les pieces concernanl les deux synodes de 1562 (mars el septembre)
sont dans V Erzstift Salzburg 256 (cole ancienne: 133) du Reichsarchiv de
COUP D ffilL RETROSPECTIF 53
ecc!6siastiques qui, avant un mois, n auront pas 6loigne
leurs concubines 1 . Schweicker, lors de son ambassade a
Rome (1555), fait un sombre tableau de ce clerg6 que
ha issait le peuple bavarois 2 ; et la visite de 1558 r6v6la
aux 6veques que 1 ignorance et les vices de leurs subor-
donn6s etaient plus grands qu ils ne 1 avaient soupconne 3 .
On trouva des pretres qui ne connaissaient ni le nom-
bre, ni le nom des sacrements, qui ignoraient la for-
mule de Pabsolution, les paroles de la consecration, la
facon d administrer le bapteme, donnant ainsi les sacre
ments d une maniere invalide 4 ; en beaucoup d endroits,
Munich: Instructions d Albert, 5 mars, orig. fol. 104, min. fol. 115; Ins
tructions ducales, 5 juin, orig. fol. 241 ; negociations entre les d^legu^s
bavarois et les eveques, fol. 131-237 (l"synode), et fol. 257-354 (2- synode).
En ces documents on signale souvent les enormes vices des clercs
potatores, leones, concubinarii, conr/ugati, maledici et blaspherni, leur cor-
tationem, rixas et pugnas, de sorte que la manifestissima turpitudo cleri
scandalise le peuple et 1 eloigne de 1 Eglise : quod clerus pontincius
sit regnum mortalis peccati semper in eodein scortationis proposito per-
severantis (ibid. fol. 156, 162 v et suiv., 163 et suiv., 191, 210, 220, 245 v,
266, 271 v, 318).
1. Les representants d Albert avaient tout particulierement insiste,
au nom de leur maitre, pour que 1 archeveque de Salzbourg et ses suf-
fragants de certa forma interdicendi concubinas tractent et conclu-
dent... Sed et poena constituatur in transgressores et severe mandetur
decanis ut intra unius mensis spatium rem in effectum deducant cum
interminatione animadversionis debitae in non parentes vel negligentes.
Quae deinceps 111" 1 principis nostri tanquam brachii secularis offitia
sunt, diligenter suis praefectis dimandare non dubitabit. Cohorrestant
enim piae mentes ad recordationem tanti criminis, nee dubium est quod
propter ejus enormitatem Deus suae misericordiae oculos hactenus a nobis
averterit. (Reichsarchiv de Munich, Erzslift Salzburg 256, fol. 262). L or-
donnance synodale qui prescrit aux clercs de renvoyer leurs concubines
dans 1 espace d un mois, 13 septembre 1562 (ibid., fol. 334-337) est dans
Dalham, op. cit., p. 347. La formula reformations calquee sur celle de Char
les-Quint (1548) et promulguee en Baviere a la suite des synodes de 1562,
a ete publiee par Knopfler, (op. cit., Appendice, p. 18-77) ; on y parle
longuement de luxu, incontentinentia et libidine clericorum (ibid., p. 59-63).
2. Historisches Jahrbuch im Auftrage der Gorres-Gesellschaft, 1892, t. XIII,
p. 174 et suiv.
3. Gf. Riezler, Geschichte Bayerns, t. IV, p. 509 ; Knopfler, op. cit., p. 42-64.
4. Knopfler, op. cit., p. 58. Les visiteurs citent une dizaine de formules
invraisemblables, et ils ajoutent : testis est nobis Deus quod nihil ad-
junximus, neque detraximus . Berthold Pirstinger ecrit, au chapitre 233
de son Onus Ecclesiae (Landshut, 1524, Cologne, 1531, sans nom de lieu
1620) : t Sed ipsi clerici ignorant dijudicare sacramenta Dei ; multa in
ministrandis sacramentis committunt... laicis in scandalum et sibi ipsis
in grave judicium et condemnationem . Voir ce que revelent les visites
du clerge en Angleterre a peu pres a la meme epoque dans mon article :
Le commencement de la Restauration catholique en Angleterre par Marie
Tudor (1553), dans le t. CXII de la Revue hislorique (1913), p. 11.
54 COUP D ffilL RETROSPECTIF
la confession et 1 Exlreme-Onction etaient tombes en de
suetude ; la graade majority du clerge vivait dans le
concubinage 2 . Les eveques, de leur cote, se montraient
1 KnOpfler op. cit., p. 01-62. Dans cinquante-huit paroisses du diocese
de Ratisbonne et dans quarante-six de celui de Freising, 1 usage de
1 Extreme-Onction a disparu. II n existe presque nullo part dans le c
cese de Passau. Les eveques havarois, au synode de 1562, reconnaissent
aue pour beaucoup c est une pratique desucte (Knopfler, op cit., Appen-
dice p 51) Les instructions du legal Ninguarda de 1572 (K&nigKehe
Bibliothelt, de Munich, Cod. Bav., 1791, P 40) disent : . nou absque gravi
gemitu comperit S. S l " in infinitis propemodum partibus Germaniae ob
negligentiam parochorum sacramentum Extremae Unctionis pene abpll-
turn esse >.
2. t Dass die Priester und sonderlich die rehgiosi, so auf dem C
oder andern Pfarren fast alle concubinarii sind und achten diss ganz und
gar nit fur straflich. (Les representants d Albert V au synode de Salz-
bourg 1562. Reichsarchiv de Munich, Erzstift Salzburg 256, fol. 145 et suiv.,
150,162 et suiv. Gf. Dalham, op. cit., p. 347; KnOpfler, op. cit., p. 42 et sq.,
63, 83 ; J. B. Goetz, Die Glaubensspaltung im Gebiete der Markgrafachaft
Ansbach-Kulmbach in den Jahren 1520-1538, dans les Erlattttrangen und
Erganzungen zu Janssens Geschichte des deulschen Volkes, edites par Pas
tor, Fribourg-en-Brisgau, t. V, (1907) livrais. 3 et 4, p. 111. Dans le sy
node de Salzbourg de 1549, de toutes parts on se plaint des mceurs du
clerge. (Loserth, Die Salzburger Provinzialsynode von 1549 dans I Archiv
fur oesterreichische Geschichte, t. 85, p. 154, 1.58, 200-206, 217, 232-235,
341-342, 343 et suiv. Cf. Dalham, Concilia Salisburgensia, p. 330 et suiv.)
Sugenheim trace le tableau du clergS bavarois, a cette epoque, dans
son III chapitre: Sittenspiegel des baierischem Klerus (op, cit., p. 91-176).
Knopfler, (op. cit., p. 55) dit bien que Sugenheim 1 a pousse au noir,
en ne prenant dans les rapports des visiteurs que la partie qui releve
les vices des ecclesiastiques ; mais lui-meme, quelques pages plus loin
(p. 58 et suiv.), n en trace guere un plus consolant : il ajoute de nou-
veaux fails a ceux que rapportait Sugenheim, il avance que s il fallait
enumerer les cas de concubinage notes par les visiteurs ce serail une
bien longue et bien peu ediflanto lilanie (p. 60, n. 1) el qu un pretre
chaste, i cetle epoque, esl presque une exceplion. C esl ce qui ressorl
de tous les documents officials tant en Baviere que dans les etats de 1 em-
pereur. (Voir plus haul, p. 45 n. 1, 46 n. 7, 52, n. 4 et 5, 53 n. 1, 90 n. 2. En
pleine chaire.Eisengrein stigmatisait les vices des ecclesiastiques bava
rois (L. Pfleger, Martin Eisengrein (1333-1578). Ein Lebensbild aus der Zeit
der katholischen Restauration in Bayem, dans les Erlauterungen und Erydn-
zungen zu Janssens Geschichte des deulschen Volkes, t. VI, livrais. 2 et 3,
Fribourg-en-Brisgau, 1908, p. 17 et suiv.). Et le due Albert remit au
pape, en 1570, un rapport lamentable sur 1 etat de son clerge, intitule :
Relatio de infelici statu Bavariae, (Ranke, Deutsche Geschichte vom Reli-
f/ionsfrieden bis sum SOjahrigen Krieg. S&mtliche Wer/ce. VII, [Leipzig, 1868],
p. 26 et suiv.) Cf. K. Hartmann, Der Prozess gegen die protestantischen
Landstiinde in Bayern unler Henog Albrecht V, 1564, Munich, 1904, p. 2-3.
En outre les rangs du clerge s eclaircissaient de plus en plus. En 1549,
le synode de Salzbourg ordonne la fondation d ecoles dans les monaste-
res et les evecb.es, pour remedier au manque de pretres (arl. 30). Gf.
Loserth, op. cit., p. 157. Le due Albert et les eveques convoques a Salz
bourg, en 1562, se preoccuperont egalement de cette grave question, en
essayant de reformer ou de fonder colleges et universites. (Reichsar chiv.
COUP D CEIL RETROSPECTIF 55
peu soucieux des devoirs de leur charge : ils ordonnaient
a la legere, sine ulla discretione , ils negligeaient a tel
point la confirmation que, en maintes paroisses, on ne se
souvenait pas, de memoire d horame, dol avoir regue, etque
beaucoup la conside>aient commc un jeu inutile de bate-
leur 2 . Aussi, quoique le peuple bavarois tint en general
aux anciennes traditions 3 , le protestantisme, apres avoir
gagne" la noblesse, 1 avait peu a peu p^ne tre 4 . Son oeuvre fut
de Munich, Erzstift Salburg 256, fol. 115, 122 et suiv., 168 et suiv., 202 et
suiv., 224, 271 v. Knopfler, op. cit., p. 86, 88, Appendice, p. 63 et suiv.)
Et haec causa est cur Hl rau! princeps noster tantopere urgeat negotium
scholarum et collegiorum ; praestaret vero paucos habere bonos aut
certe mediocres quam tot malos. (Les representants d Albert de Ba
viere an synode de Salzbourg, mars 1562. Erzstift Salzburg 256, fol. 271 v.)
1. Reichsarchiu de Munich, HochstiftRegensburg 34, fol. 28. En 1362, le due
de Baviere et ses representants reprocheront aux Sveques d elever aux
ordres des gens peu dignes, qui contreviennent en maintes choses graves
aux canons de 1 Eglise; et le synode devra rappeler les regies anciennes
de ordinatione et electione minislrorum (Slaalsarcttiv de Munich, Erzstift
Salzburg 256, fol. 129, 178 et suiv., 202 et suiv., 244 v, 275-277. Knopfler,
op. ril., Appendice, p. 20 et suiv.)
2. Knopfler, op. cit , p. 61, 81. Lors de la visite de 1558, on note que la
confirmation a ete donnee seulement dans quarante-huit paroisses du
diocese de Ratisbonne, en dix-sept de celui de Freising, en une de celui
de Passau. On doit deplorer, dit la Formula reformationis de Salzbourg
[1562] (Knopfler, op. oil., Appendice, p. 48) que le sacrement de confir
mation, dans nombre d endroits, soit tombe en desuetude ou en mepris.
Le due Albert et le synode, en 1562, s efforcent de reagir centre cette
lamentable negligence (Staatsarchiv de Munich, Erzstift Salzburg 256, fol.
104, et suiv., 152 et suiv. Knopfler, op. cit., p. 81, Appendice, p. 48 et suiv.
3. Populus est satis devotus et multum catholicus . Vauchop a Mo-
rone, 6 fev. 1544. Zeitschrift fur Kirchengesch., t. XXIII, p. 467.
4. Ouarante ou cinquante families de la noblesse favorisaient en Ba
viere le protestantisme; leur influence s exergait surtout dans leur dis
trict (Riezler, op. cit., t. IV, p. 501). Grace a la protection de fonction-
naires a tendance evangelique, beaucoup de gens de la campagne et des
villes suivirent les idees reformatrices. Wolf Dietrich se plaint de cette
situation au due de Baviere en 1560. (Cf. Wiedmann Die Maxlrainer, Mu
nich, 1856, p. 90-93). Dans le Haut-Palatinat, la Reforme fit de grands
progres, durant 1 episcopat de Pancraz von Sinzenhofen (1538-1548). Gf.
Ried, Codex Ratisbonensis, Ratisbonne, 1816, p. 1163, 1164, 1166, 1167.
Des 1525, Leonard Eck ecrivait au due Guillaume IV qu il avail une
grar.de anxiete pour le district bavarois du due Louis parce que la les
gens zu lange mit dem lutherischen Wesen und Freiheit zugesehen
worden (Riezler, Die treuen Bauern am Peissenberg, dans les Sitzungs-
berichte de Munich, 1891, p. 708). En 1534, on interdit aux catholiques de
precher dans la cathedrale d Augsbourg (Eck a Aleandre, septembre 1534.
Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. XIX, p. 215). Un peu plus tard Vauchop
signale les efforts des protestants en Baviere. Lutheran! variis viis et
machinationibus conati sunt corrumpere Bavariam (Vauchop a Mo-
rone, 24 nov. 1542. Ibid., t. XXIII, p. 467). Voir Von dem Schicksale der
evangelischen Religion inBayerndans Schelhorn, Ergdtzlich/feilen,II, 276-297.
56 COUP D ffilL RETROSPECTIF
facilitee par 1 ignorance religieuse de la jeunesse bava-
roise l , qui subissait une active propagande reformatrice 2 .
Partout et publiquement s affirme la doctrine nouvelle 3 .
Elle se glisse jusque dans la cour ducale : le marechal
Pancraz von Freyberg est disgraci^, puis d6pos6, a cause de
ses opinions religieuses; et Albert eloigne de lui, pour le
meme motif, Achaz von Laiming, Hieronimus von Seibosls-
torf et la comtesse Hardeck 4 . Jean Eck constate quo les
revenus de son 6glise, N. D. d Ingolstadt, ont tellement
diminu6, en 1525, par suite des progres du lutheranisme
qu il lui est impossible d en achever la construction 5 . Augs-
bourg protege les Iuth6riens, s acharne centre les pr6di-
cateurs catholiques 6 , prive de leurs droits I e veque, le
1. En cinquante-sept endroits du diocese de Ratisbonne les visiles
prouverent que les enfants ne recevaient aucune instruction religieuse,
quod nulla. sit puerorum instructio sive catechesis (Knopfler, op. cit., p. 61.
Riezler, op. cit., IV, 509).
2. Les visiles de 1558-1560 montrerent que les ecoles etaient des foyers
de propagande lutherienne. On y trouva des livres hereliques. Les en
fants olaient instruits d apres le petit catechisme de Lulher. Les ecoles
vraiment catholiques etaient assez rares, puisque dans ce cas le due
croyait devoir envoyer au maitre une letlre speciale de felicitalions.
(Ada visitationis de 1559 publies par Holweck dans les Historisch-potitis-
che Bliilter, t. XIV (Munich, 1894), p. 725-749. Gf. Knopfler, op. cit., p. 178
et suiv.)
Dans une lellre de 1558, Ganisius se plaint de la corruplion de la foi
dans les 6coles de Baviere. Des le bas-age, s ecrie-l-il les enfanls sont
les disciples de Luther. O gravem, communem ethorrendam Bavaricae
pueriliae corruptelam ! II recommande un conseil mi-partie ecclesiasti-
que el mi-parlie la ic, qui surveillerait 1 enseignement des ecoles. (Brauns-
berger Canisii epistulae, II, 269.) Les deux synodes de Salzbourg, en 1562,
entreprirent, en collaboration avec le due Albert, de reformer colleges
el universiles. (Voir p. 54, n. 2).
Sur le developpemenl des ecoles prolestantes et sur leur importance
comme moyen de repandre la doctrine evangelique, voir G. Mertz. Das
Schulwesen der deutschen Reformation im 16 Jahrhundert, Heidelberg, 1902,
p. 18 et suiv., 192 et suiv., 232 et suiv., 457 et suiv.
3. Voir Eine lutherische Demonstration in der Augustinerkirche zu MUn-
chen, 1558, dans Beitrfige zurbayr. Kirchengeschichte, t. Ill, (1900), p. 97-109.
4. Voir Konrad Preger, Pancraz von Freyberg auf Hohenaschau, ein bai-
rischer Edelmann aus der Reformationszeit, Halle, 1893, p. 17 et suiv. ;
Huschberg. Geschichte der Gesamlhauses Ortenburg, Sulzbach, 1898, p. 374;
Primbs, Schloss Hohenaschau und seine llerrn dans 1 Oberbayerisch.es Archiv,
t. 45; Peetz, Volkswirlschaflitche Studien, 1880, p. 54 et suiv.; du meme,
Wiguleus Hundt. Bayrisch Stammbuch (J585), t. II, p. 98-100.
5 . D r Eck a 1 administralion de N. D. d Ingolstadt, 1525. J. Schlecht,
Aus der Korrespondenz D r Johann Ecks, dans Buschbell, Doelle, Briefmappe,
p. 152.
6.D r Heinrichniann a 1 eveque d Augsbourg, 27 fevrier 1534. J. Schlecht,
COUP D fEIL RETROSPECTIF 57
chapitre, les e"glises et les monasteres * ; 1 eveque e"crit a
Paul III, au cours de 1537, que, la messe abolie. les autels
et les images ont e"te" deHruits, le clerge se"culier et regulier
expulses; un libelle infame, ajoute-t-il, se r6pand a travers
toute 1 Allemagne et 1 ennemi int6rieur est plus redoutable
que le Turc 2 . La capitale bavaroise e"tait inonde e de livres
lutbe"riens; et les maitres d e"cole y enseignaient la doctrine
nouvelle 3 . Le cure de Notre-Dame de Munich dit qu innom-
brables sont ceux qui ne se confessent plus et ne commu-
nient plus; et le doyen de la collegiale declare : omnis
generis sectae hie reperiuntur ; populus non adeo frequens
est in cultu diuino ; totus ferme peruersus 4 . Ainsi, malgre
1 inquisition publique et secrete e"tablie par Guillaume IV
et son frere Louis 5 , malgre" tout leur z5le pour conserver
le peuple en ses ancichnes croyances 6 , le luthe"ranisme s e"-
tait implante" en Baviere 7 .
Ausder Korrespondenz des Kanzlers Leonhard von Eck, dans Buschbfill, op.
cit., p. 172. Cf. Sender, dans Ckroniken der deutschen Sludte, Augsburg,
IV (Leipzig 1897) p. 367 et suiv. ; Wittinann, Aitgsburger Reformatoren.
Historisch-kritischer Beilrag zur Geschichte der Reformation , Stuttgart,
1883, p. 245 et suiv.
1. Charles-Quint donne 1 ordre a la ville de leur restituer ces droits,
le 19 aout 1534, mais ensuite le differe pour des raisons politiques.
V. A. Winter, Geschichle der Schicksale der evangelischen Lehre in und durch
Bayern bewirkt in der ersten llalfte des 16 Jahrhunderts, Munich, 1809-1810,
t. II, p. 21 et suiv. Gf. lettres de Mathias Held, Leonhard von Eck, Hans
Kneyssl, Kaspar von Kaltenthal, de 1534 a 1537, publiees par Schlecht,
dans Buschbell Doelle, op. cit., p. 174 et suiv.
2. L eveque Ghristoph von Stadion a Paul III, Dillingen, fevrier 1537.
Buschbell, Doelle, op. cit., t. I, p. 193.
3. Riezler, Geschichte Bayerns, t. IV, p. 511. Les visiteurs trouverent,
dans les cloitres et chez les ecclesiastiques, les ecrits de Luther, Zwin-
gle, Melanchton et autres reformateurs, dont leurs possesseurs igno-
raient meme le danger. Knopfler, op. cit., p. 60.
4. Knopfler, op. tit., p. 64. Riezler, op. cit., p. 509, n. 1.
5. Us destituent de leur charge les gens suspects nisi resipiscant .
Lettre de Vauchop a Morone, Ingolstadt, 24 novembre 1542, dans la
Zeitschrift fur Kirchengeschichle t. XXIII, p. 467. Dans la meme lettre,
Vauchop dit que Guillaume et son Irere ont donne 1 ordre aux cures
d instruire leurs paroissiens dans les veriles catholiques, pour qu ils ne
se laissent point seduire par les nouvelles doctrines.
6. Guillaume etait 1 ennemi declare des protestants , au dire de Moce-
nigo (1548). Fiedler, Relalionen venetianischer Botschafter iiber Deutschland
und Oesterreich im sechzehnten Jahrhundert (Fontes rerum austriacarum,
t. XXX), p 87.
7. II y avait meme des anabaptistes dans le diocese de Salzbourg. Al
bert V fit centre eux une ordonnance, le 22 mai 1555. (Knopfler, op. cit.,
p. 71.) Paumgartner, dans son discours au concile de Trente (Le Plat,
58 COUP D CEIL RETROSPECTIF
Avec les id6es nouvelles s ctait introduit 1 usage du
calice. A Ratisbonne, on prechait en 1542 la communion
utraquiste, et 1 on en demandait instamment la conces-
op. tit., t. V, p. 337), avoue que le protestantisme et ses diverses secies
pullullent en Baviere.
Sur les progres du lutheranisme en ce pays voir Schelhorn, De reli-
gionis evangelicae in provincia Salisburgensi ortu, progressu et fatis com-
mentatio historico-ecclesiastica; Winter, Geschichte der Schichsale der evan-
gelischen Lehre in und durcli Bayern bewirkt in der enten Hiilfte des 16
Jahrhunderts, Munich, 1SU9-10, 2 vol. ; Sugenheim, Baierns Kirchen-und
Volkszuslande im sechszehntem Jahrhundert, Giessen, 1842, en particulier
le chap. 1 : Die evangelische Lehre und ihre Freunde in Baiern, der
Herzoge Gegenbestrebungen in den erslen Halfte des XVI ten Jahrhun-
derts > (p. 1-46), et le chap. 2 : Fortgang der evangelischen Lehre und
der Gegenbestrebungen der Herzoge in der zweiten Halfte des XVI le Jahr
hunderts (p. 46-91) ; Wimmer, op. cit. ; A. Buchner, Geschichte von
Bayern, w/ i/trend der Reformation und des dreissigjlthrigen Krieges, 1508-1618,
Munich, 1847-1848; Medicus, Geschichte der evangelischen Kirche im Koni-
greich Bayern diesseils des Kheins, 1863; Stark, -Die Reformation in Bayern
und der angrenzenden Pfalzen, 18S1 ; Janssen, Geschichte des deutschen Volkes,
t. IV, p. 109-118; Roth, Die Einfuhrung der Reformation in Niirnberg, 1517-
1528, Wurzbourg, 1885 ; du me me Augsburgs Reformationsgeschichte, 1517-
1527, (Munich, 1881), 2 vol. 1901-1903: Schubert, Die iilteste evangelische Got-
tesdienstsordnung in Niirnberg, dans la Monalschrift fur Goltesdienst, t. XIX;
J. Sepp, Religionsgeschichte von Oberbayern, Munich, 1895; Stieve, Die Re-
formationsbewegung im Herzogtum Bayern, dans ses Abhandlungen, Vortrage
und Reden, Leipzig, 1900; J. Schlecht, Bayems Kirchenprovinzen. Ein Uber-
blick iiber Geyc/iichte und Bestand. der katholischen Kirche im Kb nigreieh
Bayern, Munich, 1901; Biezler, op. cit., t. IV.
En Baviere, les protestants, au xvi" siecle, resteront attaches ii la
confession d Augsbourg et surveilleront avec soin toute infiltration
etrangere qui les aurait eloignes du lutlieranisme, pour les rapprocher
de Zwingle ou de Calvin. Ainsi, dans la principaute de Neuburg, on
pose aux pasteurs, en 1564, toute une serie de questions auxquelles ils
doivent repondre par ecrit (Subscriplio alter Pfarrer und Kirchendienern im
FiirslenUnimbe Neuburg, 1364. Reichsarchiv de Munich, Pfalz-Neuburg,
n 1296, fol. 7 v et suiv.); les surintendants sont charges de les leur
faire signer (letlre du gouverneur anx surintendants de Neuburg, au
nom du Palatin Wolfgang, 28 avril 1564. Ibid. fol. 10); et chaque pasteur
affirme solennellement qu il s en tien t a la confession d Augsbourg
sur la Gene. (Communication des articles aux pasteurs par les surinten
dants. Souscriplion de ces articles par les pasteurs, 23 avril 1564. Ibid.,
fol. 10. Lettre du surintendant Karl Rabus au gouverneur, 22 juin 1564,
pour Ini annoncer que tous les pasteurs ont signe de leur propre main,
sauf un, empeche par la maladio et la vieillesse. Ibid., fol. 14. Lettre du
chancelier a Wolfgang, pour lui annoncer le resultat, 25 avril 156-4.
Ibid., fol. 16). Un seul semble hesiter et on le signale comme suspect ;
encore ne tarde-t-il point a se laver de tout soupcon. (Lettre de Sebastian
Phauser, surintendant de Lauingen, 26 mai 1564. Ibid., fol. 17, orig.
avec cachet. Attestation des membres du consistoire en faveur du pas
teur d Oberliezheim, 3 et 13 juin 1564. Ibid., fol. 19 et 20). Les serviteurs
d eglise, les professeurs, les maitrns d ecoles sont egalement tenus a se
conformer a la confession d Augsbourg et a ne s en point ecarter. (Lettre
du surintendant Phauser precedemment citee).
COUP D (EIL RETROSPECTIF 50
sion ; les magistrals de la ville avaient fini par en accor-
der I administ ration, dans une e"glise nouvellc dediee a la
Vierg-e 2 . Des 1539, 1 eveque Pancraz von Sinzenhofon en
avail du interdire 1 usage dans les districts de Neumarkt
et d Amberg 3 . (Test en effet dans le Haut-Palatinat bava-
rois quo le calico s elait d abord inlroduit et repandu 4 .
En 1542, la municipality do Neumarkt reclame le calico,
au nom des proprietaires, des ouvriers et dcs domestiques,
lesquels ne cessent chaque jour de le demander avec ins-
lance; beaucoup passent la frontiere et vont dans les
villages voisins, pour satisfaire Icur conscience, (ce que no
peuvent. a leur grand regret, les pauvres, les malades. et
b s gens en service); que 1 autorite ordonne au cur6 do
contenter ses paroissiens 5 . L annec suivante, le cure de
Kemnath avertit 1 Electeur Frederic 6 que, dans sa paroisse,
I. Vauchop au cardinale Farnese, 21 juillet 1542. Zeilschrift fur Kirchen-
geschichte, t. XXIII, p. 459.
2-. Vauchop a un inconnu, 30 octobre 1542. Ibid. p. 467. En 1535, ils
1 avalent cleja reclamee a I eveque de Freising. Reicfisarc/iiu de Munich,
tiotihstift Freising III G/i 204, n* 72, 74.
3. Ried, Codex Ratisbonensis, Ralisbonne, 1816, p. 1169, n MCGXXII.
L eveque s efforce de combattre la doctrine utraquiste qui de plus an
plus se repand en son diocese, et de resister aux precheurs de nouveau-
tes qu il voudrait eloigner. Ibid., p. 1163, 1164, 1166, 1167.
4. Lea articles de la visile protestante Brandebourg -Nuremberg,
en 1528, imposent la communion utraquiste. Cf. J. B. Goetz, Die Glau-
bensspaltung im Gebicte der Markgrafschaft Ansbach-Kulmbach in den Jahren,
1520-1538, p. 118, dans \esErlauterungen und Ergunzungen zu Janssens Ges-
clnchte des deutschen Vol/ces, edites par Pastor, Fribourg-en-Brisgau, 1907,
t. V, 3" et 4 e livrais.
Sur les progres du protestantisme en cette partie d Allemagne voir
F. Lippert, Die Reformation in Kirche, Sitte rind Schide der Oberp/ ah 1;.2D-
1620, Rothenburg, 1897 ; Th. Kolde, Andreas Althainer der Humanist und
Reformator in Brandenburg-Ansbach. Mit einem Neudruc.k semes Kalechismus
von 1S28 und archivaliscfien Beilagen , J. B. Goetz, op. cit.
5. Supplique de la municipalite de Neumarkt, I542. Kreisarchiu d Am
berg, Geistliche Sachen. Fasc. 243, n 200. cop. cont. Appendice.
6. Frederic II, electeur dn Palatinat, no le 9 decembre 1482, etait le
quatrieme fils de 1 Electeur Philippe I et do Marguerite de Baviere- Lands-
hut ; il mourut en 1556. II herita le Palatinat do son frere, en 1544 ; il
habitait alors un petit chateau, pres d Amberg, ou il se reposait de ses
longs voyages en France et en Espagne, qu il avail parcouru en vain
pour y faire fortune. Devenu Palatin, il chercha a relever 1 Universite
qui etait en decadence; dans ce but, il obtint de Jules III 1 autorisation
d alicner douze monasteres. Nullement enncmi de la Reforme, il se tint
strictement a 1 application de I Interim; en 1545, il entra en relation avec
Melanchton, au sujet de son Universite, ou il essaya plus lard (1553) de
Paltirer : le 20 decembre 1556, on le voit communier sous les deux espe-
ces, avec sa femme, son chancelier et d autres personnes de la cour.
60 COUP D fEIL RETROSPECTIF
un pretre etranger clistribue aux fideles la communion
sous les deux especes et la porte aux malades; il ne sail
quelle conduite tenir a son e"gard J . Fre~de"ric ne lui re-
pond pas ; et quelques semaines plus lard, le maire lui en-
joint de donner le calice a tous ceux qui, a Paques, le lui
demanderont, ainsi que cela so fait en d autres endroits du
Palatinat; il replique que, soumis a son Ordinaire, il ne
peut introduire dans le culte aucun rite nouveau; mais
tremblant qu on n use de la force, il implore Frederic de le
proteger et de le mettre a 1 abri de toute violence 2 . G est
en vain, car le 20 juillet, les echevins de Kemnath 6crivent
au gouvernement de Neumarkt que, malgre leurs plaintes
au juge provincial de Wirsberg et malgre 1 ordre de 1 Elec-
teur palatin qui declare exempts de faute et de chatiment
ceux qui sollicitent la communion sub utraque, leur cure"
somm6 a diverses reprises de la leur accorder, la refuse et
laisse mourir sans elle les malades; en consequence, ils lui
supprimeront la dime et les revenus de la cure, pour les
donner a un pretre qui consent a remplir son office 3 . En
1544, les habitants de Bernau sollicitent de leur cur6 PEu-
charislie selon 1 inslitution du Christ ; celui-ci leur r6-
pondque, responsable devantDieu et ses superieurs, il doit
s en tenir au rite ordonne par un concile general, mais
qu il est dispos6 a executer tout changement qu autorisera
1 Eglise 4 . Les habitants de Deusmauer se plaignent que le
cur6 de Deining, qui dessert leur paroisse 5 , ne leur donne
pas la communion sous les deux especes 6 ; et le maire de
Neumarkt transmet ces plaintes au cure, lequel ne veut
1. Le cure de Kemnath Bartolome Hofmeister au Palatin Frederic,
2 mai 1343. Kreisarchiv d Amberg, Geistliche Sachen, Fasc. 53, n 38. orig.
Appendice.
2. Le cure de Kemnath au comte palatin Frederic, 7 mars 1543. Kreis
archiv d Amberg, Geistliche Sachen, Fasc. 53, n 38, orig. Appendice.
3. La ville de Kemnath au gouvernement de Neumarkt, 20 juillet 1543.
Kreisarchiv d Amberg, Geistliche Sachen, Fasc. 35, n 38, orig.
4. La commune de Bernau au gouverneur de Bernau, 23 juin 1544.
Kreisarchiv d Amberg, Amberg-Bernau, Fasc. 30, n 5, orig. Schiissebauer,
cure de Bernau, au gouverneur de cette ville, 11 juillet 1544. Ibid.
5. En 1564, Deusmauer, n a pas encore de cure.
6. La commune de Deusmauer, du district d Helfenberg, aujourd hui
de Parsberg, au gouverneur de la province, 26 juin 1533. Kreisarchiv
d Amberg, Geistliche Sachen, fasc. 33, n" 13, orig.
COUP D tKIL RETROSPECTIF 61
rien innover, sans la permission de son evcque, celui
d Eichstadt . Ainsi les conflits entre paroissiens et cures
sont frequents et causes par le nouvel usage, les uns re-
clamant au nom de 1 institution divine ce que les aulres
refusent en vertu de prescriptions ecclesiastiques. En plus
d un endroit, les fonctionnaires eux-memes commandent
aux pretres de ne pas s opposer a la communion sub utra
que 2 et les pasteurs qui leur desobeisssent doivent re"si-
gner leur cure 3 .
Les Bavarois, ecrit-on a cette epoque, exigent, malgre" Les
, , rcclament le rite
leur prince, qu on les communie sous les deux especes ". utr aquiste.
Aussi le due Guillaurne sollicitera-t il de Paul III, en meme
temps que Charles-Quint, le calice, le mariage des pretres
et 1 abrogation du jeune 5 . Le synode de Salzbourg, en 1549,
se preoccupe de la communion utraquiste 6 , qu avait deja
interdite, sous peine d excommunication, celui de 1537 7 .
1. Georg Thomann von Wildenstein a 1 Electeur Palatin, 10 juillet 1553.
Kreisarchiv d Amberg, Geistliche Sachen, fasc. 34, n 13, orig.
2. C est ce que fit le vidame d Amberg au cure de Viechtach. (Petrus
Stigler, cure de Viechtach au vidame d Amberg, 14 juillet 1545, orig. Re-
ponse du vidame d Amberg au cure de Viechtach, 20 juillet 1545, min.
Kreisarchiv, d Amberg, Geistliche Sachen, fasc. 38, n 6. Appendice).
3. Le cure de Kulmain, ayant re^u 1 ordre de precher la pure parole
de Dieu et de distribuer au peuple la communion sous les deux es
peces, s y refuse et doit demissionner ; il se retire a Ratisbonne. (Paul
Humel, cure de Kulmain a Cristoph von Giesch, jnge du tribunal de
premiere instance de Waldeck, ~21 septembre 1554. Kreisarchiv d Amberg,
Geistliche Sachen, fasc. 53, n 68).
4. ... populum Bavaricum, invito principe Guillelmo, velle communi-
care sub utraque specie . Vauchop a Farnese, 1542. Zeitschrift fur Kir-
chengeschichte, t. XXIII, p. 467.
5. Rinaldi (Annales ecclessaslici, ad ann. 1548, n 58), et Le Plat (op. cit.,
t. IV, p. 26) donnent la reponse du pape au due de Baviere.
6. Le chapitre V De administratione sacramentorum dit expressement ;
t Ut omnem novitatem in religione nostra paucis annis contra sanctorum
Patrum decreta et consuetndinem Ecclesiae introductam tollamus, icleo
doceri volumus et praecipimus in augustissimo altaris Sacramento sub
iina sola specie illud etiam plenarie contineri quod sub utraque sumitur,
iileoque majorum nostrorum ritu laicos sub una panis specie duntaxat
comununicandos n. Hansiz, Germania sacra, t. II, p 618 et suiv. ; Dalham,
Concilia Salisburgensia, p. 328 et suiv. Cf Loserth, Die Sahburger Provin-
zialsynode von /579, dans VArchiv fur oesterreichische Geschichte, t. 85, p. 182,
285 ; Wiedemann, Geschichte der Reformation und Gegenre formation, t. I.
p. 106. Dalham ne parle point des gravamina presentes au synode, soit
des lai cs centre le clerge, soit du clerge contre les la ics. Voir Loserth,
op. cit., p. 166-170, 232-235, 284 302.
7. c Sacerdotes etiam non conflcientes et omnes laici debent, juxta
63 COUP D CEIL RETROSPECTIF
Dans lo diocese de Salzbourg en effet et les pays voisins.
1 usage du calice s etait de bonne heure implant^ et n avail
fait quo se propager davantage 1 . Les Etats s6culiers du
Landtag de Landshut, en d^cembre 1553, reclament la Gene
selon 1 usage de tant de siecles , des pasteurs vertueux
a la place d un clerg6 corrompu; et ils se prononcent ener-
giquement contre le projet d inquisition qui ferait hair la
Haviere de I Allemagne entiere et la rnenerait a la ruine 2 .
Le 17 de cembre, la noblesse et les villes, se plaignant du
ilelai apporte dans les questions religieuses, insistent pour
qu on satisfasse enfin leur conscience qui reclame la com
munion sous les deux especes 3 . Albert r6pondit qu il n avait
pas convoqu6 le Landtag pour affaires de religion : ces
questions regardaient le Reichstag et le prochain synode;
il ne voulait point 1 inquisition mais une simple commis
sion d enquete con Ire un moine defroque qui agitait le
pays. Quand aux concessions demand^es, il affirmait
1 antiquite de la communion sub una, de 1 abstinence et du
celibat ecclesiastique; il se disait sans pouvoir pour conce -
der quelque modification sur ces trois points, mais promet-
tait de s adresser au pape 4 .
Le synode Le synode auquel le due faisait allusion etait celui de
6 (i553) r Miilhdorf que 1 archeveque de Salzbourg avail convoque
et ia question pour le 17 decembre 1553 5 . L eveque de Ratisbonne y vint
en pcrsonne; les eveques de Freising et de Passau s y firent
conciliorum decrela, sub excommunicationis poena, sub specie panis
dmUaxat communicare . Dalham, op. cit., p. 308.
1. Knopfler, op. eil., p. 71.
2. Freyberg, Gesclnchte der bayerisehen Landstande itnd ihrer Verhandlun-
gen, Sulzbach, 1826, t. II, p. 315.
3. Freyberg, loc. < it.
4. Reces du Landtag de Landshut, de 1553. Appendice. Freyberg, op.
cit., p. 317, 319. - - La commission d enquete dont parle Albert etait
pour le Rentamt Burghausen, ou 1 ancien moirie Matlnas Seidennater
avait excite les paysans au mepris des institutions catholiques et mor-
tellement blesse un pretre qui se rendait au pelerinage d Altotting. Lc
due ecrivit a Ferdinand au sujet de ce moine der christlichen commu
nion ungehorsam und fraventlich widersetzt . fteischsarchiv de Munich,
Religions Aktcn II (Kirche und Schule, i. 67), fol. 30, 99. Gf. Druffel et
Brand! Briefe und Akten zur Gesch. des XVI Jahrunderts, IV, 342.
5. Gf sur ce synode, Wiedemann, op. cit., I, 119 et suiv. ; Hislorisch-
politische Blatter fur das katholische Deutschland, IX, part. 1, p. 17 et 19.
COUP D CEIL RETROSPECTIF 63
repr^senter J . Albert et Ferdinand envoyerent a Miilhdorf
leurs ambassadeurs. Ceux de Baviere arriverent le 18 d6-
cembre, et ceux de Ferdinand le 19 2 . Le 20, les d61ibe~ra-
tions commencerent. L archeveque deSalzbourg se plaignit
que les fideles ne voulussent ni comprendre ni croire quo
le sacrement de 1 Eucharistie 6tait complet sous une seule
espece, et qu ils exigeasserit le calice 3 . D accurd avec lui.
les eveques proposerent (22 d6cembre) d e"tablir par ordon-
nance geneVale une veritable inquisition contre les utra-
quistes : ceux-ci seraient invite s par leur cure a commu-
nier sous une seule espece, devarit la paroisse reunie ; qui
refuserait serait arrete et ehatie scion la loi 4 . Les ambas
sadeurs bavarois, qui avaient ordre de faire difl e rer toute
action contre les utraquistes, a cause du Landtag alors
assemble 5 , depecherent aussitot tin courrier au duo Albert c .
Celui-ci repondit, le 27 deeembrc, qu il ne pouvait entre-
prendre une veritable inquisition depuis les negociations de
Landshut, qu il fallait agir avec beaucoup de moderation,
se conformer pour la communion aux anciennes ordonnan-
ces, et faire une serieuse visile du clerge\ au lieu d entrer
en lutte avec les heretiques 7 . Ala suite de ces instructions,
les ambassadeurs bavarois et autrichiens s entendirent,
et le 27 dcembre ils donnerent aux eveques leur avis 8 .
1. L eveque de Freising delegua Jobst Miinch ; celui de Passau le D r Mi
chel Kienberg et Guillaume Triebenbacher, official de Passau.
2. Le due de Baviere avait delegue Hans de Trenbach, Antoine Aresin-
ger doyen de saint Pierre a Munich, Simon Eck chancelier de Burg-
hausen, Gristophe Selden et son secretaire H. Schweicker (Reiclisarchiv
de Munich. Religions Aklen, II, fol. i!4). Les ambassadeurs de Ferdinand
etaient 1 abbe de Kremsmunster et le D r Bernard Walther do Vienne.
3. Reichsarchiv de Munich. Religionsakten, II (Kirche und Schule, t. 67),
fol. 42.
4. Reichsarchiv de Munich. Religionsakten, II, fol. 47, 55, 01.
5. G est celui de Landshut. Protokoll der bayerischeu Rate auf tier
MiihlJorfer Provincialsynode dans Druffel et JSrandi, Briefe und Aklen
zur Geschichte des XVI Jalirunderts, IV, 342.
6. Reichsarchiv de Munich. Reiigionsakten, II, (Kirche und Schule, t. 67),
fol. 37.
7. Reichsarchiu de Munich, Religions a Iden, II (Kirche und Schule, t. 67),
fol. 86. Gf. Druffel et Brandi, Briefe und Aklen zur Geschichte des XVI
Jahrhunderts, IV, 346.
8. Reichsarchiv de Munich. Religionsakten, II (Kirche und Schule, t. 67),
fol. 115, 123, 141.
64 COUP D CEIL RETROSPECTIF
L ordonnance 6piscopale du30 decembre s enressentit; elle
parlait des predicants, des inoines apostats, des livres
suspects, des 6coles, de la visile du clerge, mais ello se
taisait sur la communion utraquiste 1 . Le chancelier Si
mon Eck avail bien pr6par6 un projet d edit ou le due, se
plaignant que 1 Eucharislie fut distribute d apres une cou-
tume erronee,ordonnait dene 1 administrer aux fideles que
scion 1 usag-e ancien de 1 Eglise 2 ; mais cet edit ne fut ja-
mais publi6 3 . L instruclion de 1 arcbeveque de Salzbourg,
qui devait etre cornmuniquee aux cures et aux predicaleurs
se contentait d exposer les raisons pour lesquelles le prelre
ce"le"branl communie sous les deux especes, tandis que les
simples fideles communient sous une seule 4 .
Albert v Alberl, par sa ferme r^ponsc aux Etats de Landshut (1553),
Ta qul^km ava it voulu les empecher de s imrniscer dans les questions
da caiice. religiouses. En mai 1554, il fit une nouvelle ordonnance, ou
il declarail encore son intention de maintenir intacte la
religion catholique B . Mais il sentait forl bien qu il pouvail
avoir la main force par son Landlag, et il ne se dissimu-
lait pas le point faible do son gouvernement. Guillaume IV
lui avail laisse une situation fiuanciere si embarrassee
qu il ne pouvait se passer des Etats, dont les revendications
religieuses devenaient de plus en plus menaganles. Aussi
ecrivait-il a Ferdinand (Janvier 1555) qu on devail prier le
pape d accorder, jusqu a la decision du prochain concile,
quelques concessions, telle que la communion sub utraque
1. Reichsarchiv de Munich, Religionsakten, II, (Klrche und Schule, t. 67),
fol. 89 et suiv.
2. Reichsarchiv de Munich, Religionsaklen, III, (Kirche und Schule, t. 68),
fol. 2-5.
3. Au verso en effet le chancelier a ecrit : Da es wer hingeschrieben
worden wie es denn auf Wiederrathen des N. nit beschehen, were vil
Unordnung und Zerriitung furkommen .
4. IIP parlie art. II. Gette instruction etait divisee en 4 parties :
I" Predicateurs. maitres d ^cole, livres. II 8 Autorite de 1 Eglise. III*
Sacrements. IV e Articles divers. Reichsarchiv de Munich Religionsakten
II, (Kirche und Schule, t. 67), fol. 146-163.
Sur le synode du Mulhdorf on peut consulter Druffel et Brandi, Briefe
und Akten des XVI Jahrhundert, IV, 342, 346 ; Aretin, Maximilian J, p. 73
et 78 ; Wiedemann Geschichle der Reformation und Gegenre formation, t. I,
p. 119 et suiv.; Knopfler, op. cit , p. 6 et suiv.
5. Riezler, Geschichte Bayems, IV, S04.
COUP D (E!L RETROSPECTIF 65
mentionnee dans 1 Ecriture et g6ne>ale au temps des
Peres 1 .
Quelques mois plus tard (septembre 1555), prevoyant e g ocie av
1 insistance de son futur Landtag 2 , il envoya a Rome Henri
Schweicker, son secretaire. Celui-ci, sous pretexte de
congratuler le nouveau pape Paul IV, eiait charg6 d obte-
nir le cdlice, le mariage des pretres, 1 adoucissement du
jeiine et de 1 abstinence 3 . Le due. apres une profession de
foi catholique, exposait la demande imp6rieuse de son peu-
ple, qui forait les cures a donner la communion sub utra-
que, et que rien ne pouvait delourner de cet ardent desir;
les Etats de Baviere, dans le dernier Landtag, 1 ont supplie
d obtenir le calice ; un refus poussera a la revolte et a une
defection gen6rale 4 ; la concession au contraire ramenera
les 6gares et rafl ermira ceux qui sont peu fermes dans la
foi 5 .
Schweicker, arriv6 a Rome au milieu d octobre,n y resta
que peu de semaines 6 . On lui dit que Delfino, qui retour-
nait nonce a Vienne, porterait a Munich la r6ponse d6fini-
tive de Paul IV. Cette reponse etait negative. Le pape s y
disait tres surpris des demandes d Albert pour un pays qu il
pensait si parfaitement catholique : le peuple est heretique,
s il croit que la communion sub una ne suffit pas; que le
due consulte ses theologiens sur ce point; on demande le
calice avec les conditions fixees par le concile de Bale; or
les Tcheques n ont jamais observe ces conditions et la con-
1. Druffel et Brand! Briefe und Akten zur Geschichte des XVI Jahrhnnderts,
IV, 553.
2. Le Reichstag de 1555 demanda aussi la communion utraquiste.
3. Instructions d Albert V a Henri Schweicker, Munich, 21 septembre
1555. Archives vaticanes, Armadio, 64, VI, 149-158. Elles ont ete publiees
par Schwarz dans I Historiches Jahrbuch im Auftrage der Gorres-Gesellchaft,
t. XIII (1892), p. 147 et suiv.
4. Non solum gravissimis seditionibus intestinis occasionem dabit,
sed grave periculum est ne omnes (ordines nostri) deficient... Absque
seditione vel majori etiam a fide nostra subditorum defectione res am-
plius salva conservari non valeat...
5. Dans un long developpement, le due demontrait que FEglise pouvait
relacber de sa rigueur sur les preceptes de droit />ositif, et qu elle 1 avait
deja fait.
6. Le 23 novembre, le cardinal Otto Truchses ecrit a son pere que
1 envoye bavarois est parti. (Article de E. Schwarz dans I Historisches
Jahrbuch, t. XIII, p. 146.J
5
66 COUP D (EIL RETROSPECTIF
cession fut cause de nouvelles heresies; le due prie le pape
de to!6rer la communion utraquiste jusqu a la d^termina-
tion d un concile; mais n est-il pas mieux de ne rien chan
ger aux rites etablis jusqu a cette determination ! ?
Nous ne savons pas comment Albert accueillit ce refus
formel do Paul IV. Mais quelques mois apr6s on put cons-
tater qu il avail agi avec pr^voyance, en sollicitant une
concession qu il ne se sentait plus capable de refuser.
Press6 d argent, il avail du reunir le Landtag a Munich
(mars 1556). Gelui-ci profita de 1 embarras du prince pour
renouveler ses demandes : communion sub utraque, pretres
chastes et prechant le pur e~vangile, abrogation de 1 absti-
nence 2 . Le 7 mars, il d^clara que toute n^gociation serait
interrompue jusqu a ce que le due se fut prononce sur les
affaires religieuses. Albert repondit que la communion sous
les deux especes 6tait tomb^e en d6su6tude et que le jeune
6tait command^ par 1 Ecriture 3 . Les Etats repliquerent
qu ils avaient en vain esp6re quelque chose du synode de
Miilhdorf et du Reichstag d Augsbourg, que d6sormais ils
soutiendraient leurs demandes avec plus d 6nergie que ja-
dis. Le due essaya de se derober en promettant quelque
entente avec les autorites civiles au sujet de la communion
et de 1 abstinence; mais le Landtag demanda une ordon-
nance formelle pour les divers gouvernements de Baviere.
Albert dut entrer en pourparlers * et finalernent ceder : il
1. Archives Vaticanes, Armadio 64, I, fol. 178-188. Schwarz a public
ces instructions a Delfino dans I Historisches Jahrbuch, XIII, p. 155.
Aux deux autres points le pape repondait que le mariage ne convenait
pas a la dignite sacerdotale, et que le jeune n obligeait pas en cas de
maladie et de necessite. Delfino etait charge en outre de reprocher au
due son consentement au reces d Augsbourg et de 1 exhorter a ne rien
conceder i la prochaine Diete de Ratisbonne.
2. Freyberg, Geschichte der bayerischen Landstande tend ihrer Verhandlun-
gen, t. II, p. 323 et suiv. Cf. Riezler, Geschichte Bayerns, t. IV, p. 505 et
suiv. ; Knopfler, op. cit., p. 19 et suiv.
3. Freyberg, op. cit., t. II, p. 326.
4. Les conseillers d Albert eurent des conferences avec les Etats, du 21
au 24 mars. Zasius ecrit le 20 mars a Ferdinand que le due espere clore
le Landtag dans un ou deux jours; qu il est resolu a tolerer la commu
nion utraquiste et qu il doit deliberer le jour meme avec ses conseillers
et quelques delegues du Landtag pour s eclairer et donner sa resolution
definitive. Goetz, Briefe und Akten des XVI Jahrhunderts, t. V, p. 11.
COUP D (EIL RETROSPECTIF
67
accorda la declaration du 31 mars 1556 qu il s engagea a
faire accepter des eveques et a rendre generale J .
Cette ordonnance,qu elaborerent probablement des Ih6o-
logiens retors, couvrait le due tout en satisfaisant les Etats.
Albert d6clarait qu il n avait aucun pouvoir pour faire
quelque concession religieuse; mais qu il ne frapperait
d aucune peine civile 2 ceux qui communieraient sous les
deux especes ou qui useraient de viande les jours prohib6s;
les pretres, dans 1 administration de 1 Eucharistie, agi-
raiont selon leur conscience et personne ne devrait les
violenter pour obtenir d eux le calice ; la vente publique
de la viande restait defendue, les jours de jeune et d absti-
nence 3 .
La declaration resta leltre morte. Pour qu elle fiit appli-
que, il aurait fallu le consontement des 6veques; or ceux-
ci repondirent au due par des faux-fuyants qui 6quivalaient
a un refus: selon les uns, ces questions n etaient pas de
leur competence, et ils devaient en referer au mtropo-
litain 4 ; selon les autres, il fallait en deliberer avec le
chapitre 5 . Comme r^sullat, les pretres, dans la crainte de
leurs superieurs ecclesiastiques, n osaient donner la com
munion sous les deux especes. Les Etats de Landshut de
1557 s en plaignirent au due : On trouve tres peu de pre-
L ordonnance
d Albert du
31 mars 1556
n est pas
appliquee.
1. Cette declaration resultait done de necessites financieres. Les mo
tifs politico-ecclesiastiques sout posterieurs.
Ganisius, dans une lettre a Sclwveicker, secretaire d Albert (25 avril 1556),
blame -vivement qu on ait fait en Baviere des concessions aux heretiques,
par trop grand amour de la paix et pour motif d argent. Le temporel,
s ecrie-t-il, fait oublier le spirituel . Braunsberger, Casinii epistulae, t. I,
p. 688. Of. Ruepprecht, Herzog Albrecht V und seine Stande ; Goetz, Der
t Kompromisskatholicismus und Kaiser Maximilian II, dans I Historische
Zeitschrift de Sybel, nouvelle serie, t. 41 (1896), p. 197, n. 2.
2. ... Kaines Straf noch Ungnad zu befaren haben sollen. >
3. La declaration de Io56 est imprimee dans le Landtag im Herzogthum
liaiern vom Jahre 1557, s. 1., 1803, Appendice, p. iv-xiv. Elle se trouve dans
un volume de la Bibliotheque de Munich cote Liturg. 388 ; c est le
5 fascicule in-4. Gf. Aretin, Maximilian I, t, I, p. 80 et suiv. ; "Wimmer,
Die religiose Zustunde in Bayern, ch. I ; Ranke, Die romische Pcipste, t. II,
(1836), p. 9.
4. Reponse de 1 eveque de Passau et de celui d Eichstadt. Reichsarchiv
de Munich, Bayerische Religionsakten, II (Kirche und Schule, t. 67), fol.
220, 222.
5. Reponse de 1 eveque de Freising. Reichsarchiv de Munich, Religions-
akten, II (Kirche und Schule, t. 67) fol. 218.
68
COUP D CEIL RETROSPECTIF
Albert insists
pour qu elle
le soil.
Opposition
du haul clerge
bavarois.
Ires qui consentent a la dispenser ; beaucoup de fideles,
ajoutaient-ils, restent de longues annees priv^s de 1 Eu-
charistie et meurent blesses dans leur conscience ; le gou-
vernernent doit obtenir au moins que les Ordinaires tole-
rent que leurs pretres administrent le calice *. Albert
promit de negocier avec les eveques pour que les ecclesias-
ti(jues fusseat libres d accorder la communion selon la de
claration de 1556.
En effet, aussitot le Landtag fini.il envoya aux diverses
cours 6piscopales une ambassade ou se trouvait le chef de
1 opposition religieuse, Joachim d Orteaburg 2 . Elle 6tait
chargee de repr6senter aux eveques que Fordonnance du-
cale de 1556 devait avoir son effet : le due avail promis
aux Etats de la maintenir; beaucoup de gens se privant de
la communion et mourant sans sacrement, 1 impiete allait
envahir le peuple qui se mutinerait centre ses chefs, te"-
moin la guerre despaysans; il fallait que les eveques tins-
sent compte de la difficult^ des temps et fissent observer a
leurs pretres la declaration ducale pour 6viter une de"fec-
tion plus grande 3 ,
L archeveque Michel de Khiienburg 4 repondit, le 7 Jan
vier, que 1 affaire etait si importante qu il devait en confe-
rer avec ses suffragants, convoqus a Salzbourg pour le mois
de fevrier 5 . La reunion eut lieu en effet 6 , et le 3 fevrier on
1. Der Landtag im Uerzogthwn\Baiern vom Jahre 1557, s. 1., 1803, p. 20.
2. Avec lui etaient Wiguleus Hand de Sulzemos, Benedikt Pickhinger
maitre des coinptes a Munich. Reichsarchiv de Munich Bay. Religionsaklen,
III, (Kirche und Sckule t. 68), fol. 83. Gf. Wimmer, Die religiosen Zustunde
in Bayern, ch. I.
3. Reichsarchiv de Munich. Bay. Religionsaklen, III, (Kirche und Schule,
t. 68), fol. 83 et sq. ; Kreisarchiv. de Munich. G. R. fasc. 1254, n 1. II
etait ensuite question de la reforme et de la visile du clerge. Aretin
a publie une partie de ces instructions (Maximilian /, p. 83 et sq.), et la
lettre ducale, du 15 fevrier 1558 (ibid., p. 85).
4. II remplacait a Salzbourg Ernest de Baviere, qui avail resigne son
eveche le 14 juin 1551, apres que le pape 1 eut presse a diverses reprises
de recevoir le sacerdoce; Ernest etait marie secretement avec une jeune
fille de la petite noblesse; il mourut en 1560 dans le cornle de Glalz. Gf.
sur Michel de Khiienburg, Wolf, Geschichts-Bilder , p. 176 el sq.; et sur
Ernest de Baviere, Wiedemann, op. cit., II, 333; Paulus dans I Histo-
risches Jahrbuch, XV, 583.
5. Reichsarchiv de Munich, Bay. Religionsa/cten, III, (Kirche und Schule,
t 68), fol. 92.
6. Les eveques de Freising et de Passau s y firent representer, celui
COUP D CEIL RETROSPEGTIF 69
communiquait au due ce qui avail 6t6 decide" : il n apparte-
nait point aux eveques bavarois de supprimer un usage de
1 Eglise universelle, observe" durant des siecles, confirm^
par le sang de quelques saints, maintenu par les conciles
de Constance et de Bale; personne ne pouvait de sa propre
autorit6 apporter quelque changement a 1 administration
de 1 Eucharistie; il fallait en r6fe"rer au concile ou au pape ;
le devoir du me tropolitain et de ses suffraganls elait do
ne rien conc6der sur ce point et meme de s opposer a toute
innovation ; un acte episcopal contraire aux lois de 1 Eglise
universelle serait nul; que le due vcuille done ne pas s ir-
riter si les eveques ne peuvent accepter ni appliquer ses
instructions; si le pape consent a lol^rer la communion
sub utraque, ils sont prets a ob6ir; en attendant cette con
cession pontificate, Albert doit retirer son ordonnance de
1556, ou la differ er 1 .
Le cardinal Otto d Augsbourg et Feveque d Eichstaclt,
Eberhart. re"pondirent, d une fagon analogue, a 1 instruc-
tion que leur avail communiquee Hundt (14 avril 1558) 2 :
la communion sous les deux especes n elail pas necessaire
au salut; si les Elats ne connaissaient pas cette doctrine
on devait les en instruire; le due craignail quelque soule-
vemenl ; mais n etait-ce poinl favoriser la dsobeissance el
1 emeute que de faire, parcrainte, des concessions? 1 expe-
rience demontrait que le peuple ne se conlenlerail pas du
calice et de la suppression du jeune; il se laisserait entrai-
ner a d autres erreurs et hors de 1 unite; pour eux. ils ne
pouvaienl en quoi que ce soil deroger aux decrels de Cons
tance et de Bale 3 .
de Ratisbonne envoya son avis par ecrit. Voir sur ce synode les Bay.
Religionsaklen, III, deja cites.
1. Reichsarchiv de Munich, Bayerische Religionsakten, III, (Kirche und
Schule, t. 68), fol. 105 et suiv. Les ecclesiastiques du diocese de Salz-
bourg s etaient toujours prononces centre le calice. Gf. Loserth, Die
Sahburger Provincialsynode vom 1549, p. 285 et suiv.
2. L ainbassade n ayant pu se rendre de Salzbourg a Augsbourg, a
cause de la maladie de Joachim d Ortenburg, Wiguleus Hund avait fait
parvenir au cardinal Otto 1 instruction ducale (1" fevrier 15o8). Celui-ci
repondit de Dillingen (S fevrier) qu il en confererait au plus tot avec
Eberharl d Eichstadt, avant d ecrire au due.
3. Reichsarchiv de Munich, Bay. Religionsakten, t. Ill, (Kirche und Schule,
t. 68), fol. 123.
70
COUP D CEIL RETROSPECTIF
Nouvelle
insistance
d A bert.
Ces reponses des eveques n <Haient autre chose qu un re-
fus calegorique *. Albert s en montra fort vexe : les eve
ques voulaient lui faire relirer sa declaration ; or celle-ci
ne fait que tolerer un ancien usage de 1 Eglise ; elle re
pose sur des raisons solides et doit etre appliquee; si la
concession reguliere du calice depend du pape ou d un
concile, los eveques auraient moins charge leur conscience
en la supportant qu en fermant les yeux sur les desordres
du clerge, sur les sectes et les doctrines qui infestent
leurs dioceses. Le due terrninait en montrant que par la
douceur on ramenerait peu a peu les utraquistes a 1 umte,
et en exprimant Pespoir que les eveques prendraient plus
au serieux ses demandes. II insistait aussi sur la necessite
d une visile pour le clerge et declarait que, en cas de re-
fus, il saurait agir en prince souverain 2 .
1. Quant & la visile du clerge, ils avaient repondu qu on devait la faire
pour 1 Allemagne entiere: ce qui equivalait a une fin de nou recevoir,
puisqu une reforme generale etait impossible, dans les circonstanees
actuelles.
2. Gette lettre d Albert, adressde A 1 archeveque de Salzbourg, aux
eveques de Freising, Ratisbonne et Passau, est du 16 fevrier 1558. Reichs-
archiv de Munich, Religionsakten, III, (Kirche und Schule, t. 68), fol. 114,
en allemand. Voici la traduction de celle a 1 archeveque: Nous avons
rec.u de Votre Grace par nos envoyes sa reponse ecrite au sujet de notre
declaration et de la visile ecclesiastique; c est un refus, si nous la com-
prenons bien, de nos deux demandes, tout comme si nous n avions pas
renouvele notre ordonnance. Votre Grace sail bien que nous n avons
jamais eu 1 idee, avec la grace de Dieu, d empecher 1 usage de la commu
nion sub una ou d en d6 tourner qui que ce soil. Notre ordonnance n a pas
d autre but que de laisser administrer la communion siib utraque par les
pretres en exercice, conformement a 1 ancienne figlise aposlolique, sans
contrainte, sans le moindre mouvement revoliitionnaire. Nous avons eu
pour cela de graves et fortes raisons, comme Votre Grace a pu 1 ap-
prendre de nos envoyes. Aussi ne pouvions-nous prevoir que Votre
Grace, a moins d un decret de Sa Saintete ou de quelque concile gene
ral, se refuserait a cela; nous n aurions jamais cru convenable en effet de
conceder par nous-meme quelque chose en pareille matiere. Vous auriez
beaucoup moins charge votre conscience episcopate en suivant notre
ordonnance sur ce point qu en tolerant jusqu ici (comme vous le dites
vous-meme en votre lettre) beaucoup de sectes et de doctrines, nombre
de pretres indisciplines et devoyes, en votre diocese et ses dependances,
sans les reprimer veritablement ; car ceci a cause Fegarement et la perte
de beaucoup de consciences et d ames chretiennes. Cette tolerance existe
encore en beaucoup d endroits. G esl pourquoi notre fidele Landtag a
supplie et supplie Votre Grace de detruire et d extirper cette abomina
tion, que jusqu ici nous avons poursuivie et chatiee avec tout le zele
possible. Nous sommes sur que, si Votre Grace avail juge les ehoses jus-
qu a maintenant avec le serieux desirable, les erreurs n auraient pas
COUP D CEIL RETROSPECTIF 71
Les e"veques r^pliquerent, le 22 mars, que pour la question
du calice ils etaient absolument incompetents; si les sec-
taires pullulaient et n 6taient plus chaties, c e"tait qu ils ne
re"pondaient pas a la citation et se couvraient de 1 ordon-
nance de 1556 i ; eux consentaient a une visile de doctrine
pris, dans son eveche et notre duche, le developpement qui malheureu-
sement frappe nos yeux. Nous voulons encore nous consoler par 1 es-
poir que Votre Grace desormais envisagera serieusement les choses et
surtout veillera a deraciner et a empecher les graves heresies qui se
sont si solidement implantees chez nous. De cette fa^on le clerge serait
remis dans 1 ordre et plus surveille. Nous esperons alors que la cons
cience de ceux que la communion sub utraque maintenait egare sera
plus aisement instruite et ramenee a Fusage commun de 1 Eglise catho-
lique, et qu ils reviendront, avec le temps, & 1 unitS de 1 Eglise.
Quant a la derniere partie de la reponse de Votre Grace : que vous
ne voulez, pour la visite et la reforme si necessaires, ne rien faire de
plus que ce qui a 6te d abord etabli par notre declaration, cela nous a
surpris et paru quelque peu etrange pour un representant de 1 Eglise,
pour un chef de pasteurs qui ont charge d ames. Comment avec les seu-
les ordonnances anciennes, pourrait-on faire une oeuvre si salutaire et
si utile, sans laquelle nos sujets abandonnent notre antique et vraie
croyance chretienne, se laissant entrainer en toutes sortes d heresies? II
ne s agit pas seulement de savoir si nos sujets resolvent la communion
sous les deux especes, pour d urgentes raisons et pendant la messe, si
les pretres la leur donnent en ces conditions, mais encore si ceux-ci ne
vont pas plus loin et ont bien une doctrine conforme a la doctrine ca-
tholique. Votre Grace sait en effet que, pour une vraie et perse verante
reforme, le plus necessaire est toujours de prevenir 1 erreur qui seduit
en nuisant, afin de couper la racine de toute doctrine malsaine et d y
remedier radicalement. Mais d ou vient cette seduction? Uniquement de
la vie honteuse du clerge. Et qu est-ce qui incite plus les pretres & in-
troduire les nouvelles doctrines que leur liaison avec de simples lai cs
toujours portes aux nouveautes, toujours en qu<He des occasions dange-
reuses de liberte evangelique, car par 1& ils defendent, excusent et pro-
pagent leur maniere de vivre non sacerdotale. Oui, rien ne fait plus de
tort aux pretres encore catholiques que leur vie peii sacerdotale, qui
donne pretexte aux laiics de douter, de mepriser la saine doctrine qu ils
enseignent. C est pourquoi Votre Grace ne doit point se servir de notre
ordonnance pour abandonner une osuvre si sainte ; mais Elle doit se
sentir poussee par les devoirs de sa charge archiepiscopale ; nous le lui
demandons amicalement. Votre Grace voudra bien aussitot que possible
faire entreprendre la visite d accord avec nous, car chez nos voisins les
sectes nuisibles sont plus menaganteset il faut faire face a la necessite.
En outre nous vous prions, comme souverain du pays, de tout faire
pour la destruction des erreurs et 1 extirpation de vices honteux et ma-
nifestes, afin que soil de nouveau implantee la doctrine catholique et
que la conduite du clerge et des lai cs redevienne chretienne. Au cas ou
Votre Grace (ce que nous ne pensons pas) refuserait cette fois encore les
reformes necessaires nous devrions nous 1 en charger nous-meme et agir
selon notre conscience, en quality de prince souverain.
1. Le due cependant ne permettait pas que Ton outrepassat ses con
cessions. Ainsi, en 15S6, certains pretres de Braunau furent cites a Mu
nich pour avoir communie les fideles sub utraque, d une maniere non con-
forme a son ordonnance. Ils durent signer un ecrit ou ils se reconnais-
72 COUP D GEIL RETROSPECTIF
qui serait faite pour les laics comrne pour les eccl^siasti-
ques; une visile sur les moeurs du clerg6 aurait pour con
sequence la fuite d un grand nombre de pretres et la ces
sation du service divin en maints endroits . Le due vit
dans cette reponse un prelexte ad nihil agendum 2 , et Si
mon Eck le desir mal dissimu!6 de rejeter sur le prince la
faute de tout le mal 3 .
Les n^gociations d Albert avec les 6veques au sujet du
S dtcaief S calice echouerent done 4 . S il obtint une visile du clergS
(1558) 5 , il ne put faire quo son ordonnance de 1556 fut ap-
saient coupables et ou ils s engageaient par serment a observer 1 edit
de 155G.(Ret c/isarc/tt u de Munich, Bay. Religionsaklen.H, [Kirche und Schule,
t. 67], fol. 217). En 1560, le bailli d Aibling fait une enquete sur le cure
de Prug (Bruck. du doyenne d Ebersberg), qui donne la communion sub
utraque en dehors de la messe (Reichsarchiv de Munich, Bay. Religionsakten,
III, fol. 118 [Kirche und Schule, 63]. Gf. lettre ducale au vidame de
Landshut, 29 juillet 1358. Ibid., Hochslift Freising III C/I, 204, n 53,
1. La lettre est signee de 1 archeveque de Salzbourg, des eveques de
Freising, Ratisbonne et Passau. Reichsarchiv de Munich, Religionsakten,
II, (Kirche und Schule, t. 61), fol. 8.
2. Remarque d Albert & Simon Eck, en lui envoyant la lettre des eve
ques, le 4 avril 1558. Reichsarchiv de Munich. Bay. Religionsakten, III, (Kir
che und Schule, t. 68), fol. 8.
3. Reponse de Simon Eck au due, 21 avril 1558. Reichsarchiv de Munich,
Bay. Religionsakten, III, (Kirche und Schule, t. 68), fol. 136.
4. Hosius traduit ainsi 1 echec de ces negociations et le non accomplis-
sement des promesses d Albert : Promisit (dux Bavariae), sed postea-
quam in conferendam pecuniam subditi consenserunt quam ab illis
postulabat, dixit se velle videre quis primus inciperet vel e calice laicus
bibere vel uxorem sacerdos ducere. Hosius a Borromee, 9-12 aout 1560.
Stheinherz, Nuntiaturberichte, I, 88.
5. Le 19 juin on se reunit a Salzbourg pour deliberer sur la visite et fixer
les principaux points d enquete et d examen. II y en avait 24 circa doc-
trinam, 44 circa ritum, 15 circa honestatem vitae ; suivaient quelques ques
tions sur 1 etat religieux du pays et 1 enseignement dans les ecoles. Al
bert envoya a cette assemblee le chancelier Simon Eck, son secretaire
H. Scheicker, 1 abbe Joachim de Steingaden, Hans Zenger vidame de
Landshut. (Leurs instructions pour 1 archeveque de Salbourg, 14 juin
1558, se trouvent au Reichsarchiv de Munich, Erzstift Salzburg, n 256,
anciennement 133, fol. 80-98, min., ainsi que les reflexions des represen-
tants d Albert sur la reponse de 1 archeveque a ces instructions, fol. 86-
92, 93-98, min.). La visite que Guillaume IV avait tant desiree, se fit
a la fin de 1558, pour les dioceses qui relevaient de Salzbourg. Pour
ceux d Augsbourg et d Eichstadt, on ne sail rien. Dans chaque diocese,
il y eut une commission composee de membres nommes en partie 6gale
par le due et par 1 eveque, et qui avaient plein pouvoir. (Leurs noms se
trouvent dans Knopfler Die Kelchbewegung in Bayern. p. 45, n. 1). Sugen-
heim a publie les actes de cette visite dans^le tome I de Baierns- Kirchen
und Volkszustcinde seit dem Anfange des XVI bis Ende des XVIII Jahrhun-
derts, Giessen 184-2. Gf. Riezler, Geschichte Bayerns, t. IV, p. 508 et suiv. ;
Knopfler, op. cit., p. 42 et suiv.
COUP D CEIL RETROSPECTIF 73
pliqu6e. Dans sa reponse aux eveques il ne parle de la com
munion quepour se justificr; mais il insistesur la Kirchen-
visitation : qu irnporte quo les mauvais pretres fuient dans
les dioceses voisins, si par leur vie scandaleuse ils font plus
de mal que de bien; a leur place viendront de bons pretres,
attire s d ailleurs par la discipline et les bonnes moeurs .
1. Albert a 1 archeveque de Salzbourg, 29 avril 1558. Reichsarchiv de
Munich, Bay.Religionsakten, t. Ill, (Kirche und Schule, t. 68), fol. 128. Le
due disait entre autres choses : Vous ne niez pas que vous tolerez
dans votre diocese des sectes et des doctrines mauvaises, comme celle
sur la communion utraquiste, pretendant que pres de ceux sur les-
quels vous avez pouvoir d obeissance, tout ce qui est secte ou erreur
est banni, mais que, pour les autres qui ne vous sont pas soumis, vous
ne voulez point les provoquer, que vous ne pourriez ni les chatier, ni
exercer votre charge; vous vous jugez excusable pour ce motif, esti-
mant que la faute retombe sur ceux qui sont cause d un tel empe che-
ment... Nous ne pouvons vous cacher.au sujet de la communion sub utra-
que^que noire desir n etait point contre Dieu et que, si vous aviez bien
considere nos ordonnances, surtout la derniere, vous n auriez nulle-
ment trouve que nous conseillions a Votre Grace d accorder la commu
nion sous les deux especes, de meme que de notre cote nous ne 1 avons
point concedee, jugeant, en prince catholique, qu une telle concession
n est ni en notre pouvoir, ni au votre. Mais ayant remarque que beau-
coup de pretres, dans notre duche, ont 1 audace d administrer la dite
communion, et notre Landtag nous harcelant tellement sur ce point,
nous avons craint un soulevement, une revolution et un grand abandon
de la religion chretienne; il nous fallut abolir la communion utraquiste
en un endroit par des voies de fait, des chatiments, et donner 1 avis et
le conseil Votre Grace d agir de son cote contre les pretres tombes dans
la meme faute, selon le devoir de sa charge episcopale et de vouloir bien
user de la puissance que lui confere sa dignite contre les autres erreurs
a cause du danger des temps, de la paix et de la tranquillite generale,
surtout a cause de notre sainte religion chretienne, et afin de n etre
pas reprehensible devant Dieu et les superieurs ecclesiastiques. Que
Votre Grace veuille reconnaitre en cela nos bons sentiments. Si nous
avons dit, dans notre derniere lettre, que Votre grace tolere beaucoup de
sectes scandaleuses en son diocese sans une veritable repression, c est
que Votre Grace, dans sa reponse, a elle-meme parle des nombreuses he
resies qui se sont divisees est se divisent encore plus avec le temps, au
sujet du seul article de 1 Eucharistie. Je ne parle pas des pretres qui en
grand nombre non seulement abandonnent la messe, mais aussi la blas-
phement, qui rejettent ou profanent les sacrements de 1 liglise, en mesu-
sent et nient les ceremonies ecclesiastiques (ce qui a eu lieu avant et
apres notre ordonnance, en plusieurs endroit de notre duche). Ge mal,
avec la grace de Dieu, aurait pu etre en grande partie empeche, si Votre
Grace avait fait moins d opposition, si elle avait pris plus de soin du
clerge et 1 avait maintenu dans Fobeissance (ce dont nous vous avons
averti en vain). Dans plus d un lieu de notre duche, nous avons eu
recours a Fexil, a la confiscation et autres peines, comme Votre Grace a
re?u 1 avis. Que Ton n ait pas soumis a 1 obeissance les pretres de notre
principaute, qu ils ne veulent pas paraitre aux citations, qu ils se re-
commandent de notre protection etc., nous ne savons rien de tout cela ;
mais, si semblables choses arrivent chez nous, c est assurement contre
74 COUP D CEIL RETROSPECTIF
La visile de 1558 montra que dans les pays voisins de
I Autriche, du Palatinat et du diocese de Salzbourg la corn-
*~*
nos ordres et notre declaration souvent citee. Votre Grace doit ee
souvenir que tout ce que nous voulions entreprendre, Elle ne 1 a pas
approuve. Comment nous faire un tel reproche, alors que les pretres
qui prechent d une facon scandaleuse, enseignent 1 erreur et le men-
songe dans notre duche ; nous les aurions fait jeter en prison, sans le
de^sir contraire et des motifs personnels de Votre Grace?...
Quand a 1 autre point, comme nous tenons beaucoup a la -visile et
que nous voulons peut-6tre la-dessus ceder au desir des deux Etats se-
culiers de notre Landtag, que Votre Grace veuille bien faire la visite du
clerge en ce qui concerne la doctrine et les mceura qui scandalisent tout
lai c ; nous protestons contre votre omission de cet article de notre or-
donnance; veuillez reformer, selon votre devoir d areheveque, tout ce qui
est contre les lois de 1 Eglise chretienne. Nous esperons que vous exau-
cerez semblable demande... Nous avons dit a Votre Grace par nos de-
legue s quelles 6taient les vues que nous avons souvent exposees a notre
Landtag et ce que nous demandions de Votre Grace pour une visite et
r^forme vraiment chretiennes... Nous avons ete saisi d une extreme com
passion pour la grande division qui s est produite dans le catholicisme,
pour le mepris de 1 honneur et du service de Dieu, de toutes les ordon-
nances eccle siastiques et chretiennes, de la discipline, consequence
des predications erronnees de certains pretres et de leur vie scandaleuse.
G est pourquoi, dans notre principaute, I homme du peuple est tombe
dans une vie si legere que bientot le peche ne sera plus estim6 tel, et que
tous les vices se developperont. Nous avons 6galement pense que la re 1 -
bellion et d autres dangers nous menacent, sans parler du chatiment de
Dieu. Aussi une visite et une reforme chretienne sont-elles absolument
necessaires, et ne sauraient etre davantage differees, si nous ne voulons
voir triompher I impiet^ et le paganisme. Nous n avons pas 1 inten-
tion d attendre pour cela les autres pays, car nous constatons qu avec
de semblables delais, les mechants sont confirme s dans leur erreur et
les bons deviennent plus timides, avant de faire defection eux aussi;
notre duche 1 court risque, malgr6 notre volonte, de se pervertir tout en-
tier, grace aux fausses doctrines, au mepris des pvetres pour leur charge,
et a leur vie non sacerdotale. Quant a la crainte manifestee par Votre
Grace que la reforme chasserait les pretres en d autres pays, nous ne
craignons pas cela des bons ; pour les mauvais, dont la doctrine et la vie
causent le scandale, le mauvais exemple, la d6sobeissance, nous pr6fe-
rons les voir sortir de notre principaut^ plut6t que de les y tol^rer. En
outre, si la reforme produit son veritable effet, non seulement les bons
pretres resteront dans le duche, mais ceux qui n en sont pas y viendront,
de sorte que Dieu accordera sa grace pour que, par la vie pure et sainte
des pretres et leur vie sacerdotale, le commun peuple soit facilement ra-
mene a 1 Eglise calholique et a une vie pleine de la crainte de Dieu. En
nos temps malheureux, cette visite et cette reforrne sont tellcment neces
saires que 1 on ne peut autrement eviter une plus grande defection dans
1 Eglise catholique, et qu il n est point d autre remede. Nous souhai-
tons vivement que Votre Grace, comme le principal pasteur de notre du
che, ne differe pas, selon son devoir episcopal, de prendre en main cette
reforme, sans nouveau subterfuge. Qu Elle nous avertisse du jour qui lui
convient; nous lui enverrons nos representants, leur donnant des ordres
pour s entendre avec Votre Grace sur les moyens, le temps et le reste.
Nous ne doutons pas de recevoir une bonne reponse a cette lettre >.
COUP D CEIL RETROSPECTIF 75
munion sub utraque etait Lout a fait en usage { . A Schar-
ding sur 1.500 communiants tous sont utraquistes; a Brau-
nausur2.400,la moitie ; aRied sur 1.200, cent; a Straubing
sur 5.000, la majorite 2 ; a Vilshofen sur 750 communiants
beaucoup demandent le calice, mais personne ne le leur
donne 3 . A Munich merne, avail pe netre le rite nouvoau :
le doyen de Notre-Damo affirme quo sur 5.000 communiants
beaucoup rticlament la communion sous les deux especes 4 .
Plus d un fuit dans les pays limitrophes, comme le Wur-
temberg, pour satisfaire sa conscience 5 . II est memo des
abbes qui jugent quo Ton ne saurait davantage refuser le
calice 6 .
Ainsi en Baviere, comme en Boheme et en Autriche, le La question
calice e"tait devenu au milieu du xvi e si6cle une question
tres grave. L Allemagne enliere le re"clamait. Introduit et
propage" par les ides nouvelles, pratique" par des groupes
nombreux de population, reclame" par les Etats se"culiers,
il s impose aux souverains catholiques qui le doivent tole-
1. En beaucoup d endroits, c est principalement le maitre d ecole qui
fait des adeptes a la communion utraquiste.
2. Westenrieder, Kalender Bayerisch-historischer, 1801, p. 215.
3. Apres la suppression du calice, les habitants de Vilshofen seront
encore recalcitrants. Voir 1 Appendice.
4. Knopfler op. cit., p. 64. On repandit aussi le bruit que les Jesuites ad-
ministraient le calice au peuple; le clerge bavarois tres jaloux d eux les
en accusa dans la visite de 1558 ; et quelques annees plus tard Ferdinand
s appuyait sur cet exemple pour demander a Hosius le calice en fa,veur
de son fils Maximilien (Steinherz, Nuntiaturberichte, I, 94). Riezler (Ges-
chichte Bayerns p. 507) et Knopfler (Die Kelchbewegung in Bayern p. 04) ont
cru qu en effet les Jesuites communiaient le peuple sous les deux espe
ces. Ganisius, dans sa relation de 1S63, donne la raison de cette me-
prise : Les Josuites, pour plus de securite, mettaient les hosties con-
sacrees dans un calice, au lieu de les conserver sur une patene, comme
faisaient les Allemands : leurs adversaires prirent pretexte de cette
apparence pour dire qu ils distribuaient le calice aux fideles. (Braun-
sberger, Canisii epistulae, t. II, p. 870. Gf. ibid, p. 877.)
5. Sepp, Religionsgeschichte von Oberbayern in der Heidenzeit, Periode der
Reformation und Epoche der Klosteraufhebuny, Munich, 1895, p. 135, 166 ;
Gustav Bossert, Kaspar Esterer, dans les Beitriige zur bayerischen Kirchen-
qeschichte de Kolde, t. II, |>. 97 et suiv. ; du meme Eini je Opfer der Kelch-
bewegung in Herzogtum Bayern, ibid., t. IV, p. 1-15.
6. Tel celui de 1 abbaye de Weihenstefan, lor? de la visite de 1560.
Reischarchiv de Munich, Hochstift Freising, n 138, fol. 2.
Sur le mouvement utraquiste de 1555 & 1562 et les efforts d Albert pour
le repriiner, voir Knopfler, op. cit., p. 65-70. Cf. sur la visite de 1558,
ibid., p. 42 et suiv.
76 COUP D CEIL RETROSPECTIF
rer. Ceux-ci toutefois voudraient satisfaire leur peuple, tout
en restant fils soumis de 1 Eglise; de la leurs n^gocialions
nombreuses avec le pape ou avec le concile pour obtenir
une concession qui retiendra dans la religion calholique
les faibles ou les hesitants, et y ramenera les 6gares .
Ce sont ces n6goeiations aussi complexes quo peu connues
que nous allons tudier.
1. Paroles d Albert de Baviere dans ses instructions a Schweicker.
Historisches Jahrbuch, t. XIII, p. 153.
CHAPITRE II
LES DEUX PARTIS GATHOLIQUES REFORMATEUKS
SOUS PIE IV.
Le parti modere ou de la conciliation : Ferdinand I, Maximi-
lien II, Albert V de Baviere, Pie IV. Le parti intran-
sigeant : Philippe II, les Jesuites, la majorite du sacre-
college.
Pour mieux comprendre les negociations qui furent en-
gagees au sujet du calice et pour en saisir 1 esprit, il con-
vient de connaitre les tendances diverses des principaux
partis catholiques du temps. Ces partis sentaient la neces-
site d une r6forme dans 1 Eglise et ils la voulaient. Mais
leurs moyens etaient tres differents. Les uns, revant tou-
jours de refaire I unit6 de foi ancienne. esp6raient un rap
prochement et s efforgaient de jeter un pont entre le catho-
licisme et la Reforme ; les autres voulaient rompre ce
pont : se resignant a 1 unite perdue, ils n admettaient aucun
pacte, aucun compromis avec I h6resie.
On ne saurait juger cette 6poque avec nos id^es moder- Les
nes, avec 1 experience que nous ont apporte e les siecles. Le
fosse qui separe les deux religions et que nous estimons
aujourd liui infranchissable ne semblait pas alors si diffi-
1. L eveque Nausea ecrit, a propos de colloques prives avec Melanchton
et Bucer : Deus est mihi testis me nihil ardentius velhementiusque
quam Ecclesiae pacem et tranquillitatem optare desiderareque . Nau
sea au cardinal Marius Grimani, 11 avril 1541, dans la Zeitschrift fur
die Kirchengeschichte, t. XX, p. 537.
78 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
cilo a combler. Beaucoup de gens e claire s et sinceres
croyaient, au milieu du xvi e siecle et plus tard encore, a la
possibilite d une entente entre catholiques et lutberiens ;
ils ne pensaient pas la rupture definitive, et ils cher-
chaient par les colloques et les reunions de toute sorte un
modum vivendi. Me"lanchlon avail reve 1 accord J . Et Fabri,
Teveque de Vienne, s ecriait quelques ann6es plus tard a
1 annonce d une fausse nouvelle: Quelle joie plus grande
pouvais-je ressentir I Lutber et les siens sont revenus
a 1 Eglise et au Siege Apostolique 2 . Pour lui, c e-
1. Dans sa confession d Augsbourg, il s etait efforce de repousser toute
exageralion, d adoucir les idees nouvelles, de dissimuler, sous 1 onction
de la forme, les dissidences ineluctables. Le 25 juin 1530, on lut la con
fession en presence de la Diete d Augsbourg. Les adversaires furent en
quelque sorte etonnes de se constater moius separes qu ils le pensaient ;
et Charles-Quint crut plus que jamais a une entente. Of. Wolf, Deutsche
Geschichte im Zeitalter der Gegenre formation, 1899, t. I, p. 686 et suiv.
Melanchton n aurait pas ait, comme Luther en 1526, que, si le concile
accordait le calice, on devrait par protestation le refuser et communier
sous une espece. Voir plus haut, p. 31, n. 2. Gf. Spittler, op. cit., p. 77;
Grisar, J. Lainez disputationes Tridentinae, Innsbruck, 1886, t. II, p. 16*.
2. Fabri a Morone, Wiener Neustadt, 20 decembre 1540, Lettre publiee
par Friedensburg dans la Zeilschrift fur die Kirchengeschichte, t. XX, p. 256.
Jean Heigerlin de Leutkirch (1478-1541), surnomme Fabri ou Faber
d apres le metier de son pere, etudia la theologie a Tubingen et a Fri-
bourg ou il fnt recu docteur. II devint official de Bale, vicaire general
de Constance (1518-1523), coadjuteur et eveque de Wiener-Neustadt (1530).
II avail ete 1 ami de Zwingle, Urbain Rhegius et autres coryphees de la
Reforme ; en 1520, il rompit avec eux. Fabri assista au Reichstag de
Spire (1529), aux negociations d Augsbourg 1530, a la reunion d Hague-
nau (1540); et il mourut le 21 mai 1541.
Disciple enthousiaste d Erasme, il salua avec joie les debuts de Lu
ther; mais les mouvements revolutionnaires de la Reforme ne tarderent
pas a 1 en eloigner. La lutte irnpitoyable de Wittenberg centre la pa-
paute eveilla en lui 1 amour et la fidelite pour 1 Eglise, sentiments qui
pousserent en son ame des racines de plus en plus profondes. Quand la
revolution religieuse atteignit Constance et que les predicants lutheriens
annoncerent d une facon toujours plus nette et plus cassante le nouvel
evangile, Fabri quitta sa ville episcopale et entra au service de 1 archi-
duc Ferdinand d Autriche, le futur empereur, dont il devint conseiller
(septembre 1523). II continua toutefois a rester en relation avec les ma
gistrals municipaux de Constance, bien qu ils favorisassent la Reforme;
il leur ecrivit ; el ceux-ci connaissaient trop la haule situation de Fabri
aupres de 1 archiduc, pour ne poinl desirer avec lui les meilleurs rap
ports. (Cf. I. Staub, Fabris Korrespondenz mil dem Rate von Konstanz 1524-
1525, dans Buschbell, Doelle, op. cit., p. 75-94). -- Depuis son ouvrage
centre Luther, imprime a Rome en 1522 : Opus adversus quaedam dogmata
Lutheri, les ecrits polemiques de 1 eveque se succederent, menant contre
la Reforme une lutte aussi vive que continue (De potestate papae contra
Lulherum ; Propugnaculum Ecclesiae ; Responsa duo de antilogiis Lutheri et
de sacramentis, Scripturisque ; Defensio fidei catholicae adversus Pacimonla-
SOUS PIE IV 79
tail le r^sultat attendu de tant d essais de concorde .
Au debut du lulheVanisme, la masse des Allemands re- au
jette 1 idee d une separation permanente entre le protes-
tantisme et 1 ancienne Eglise. On ne voulait pas croire
qu il y aurait a 1 avenir, dans I empire, deux religions
diff^rentes, oppos6es 1 une a 1 autre, ennemies irrconci-
liables. Aussi, dans toutes les Dietes, dans tous les collo-
ques religieux. part-on du principe : que les adherents de
la doctrine lutherienne et ceux de 1 ancienne sont membres
d une seule Eglise universelle, que par consequent une
conciliation entre eux est possible, qu on flnira par s en-
tendre, et que 1 unite du culte religieux peut et doit etre
retabli. Theologiens catholiques et lutheriens travaillent en
toute bonne foi et sincerite a cette reconciliation; et long-
ternps dureront leurs efforts. A la Diete d Augsbourg
de 1530, 1 accord semble sur le point de se faire : il est
meme conclu, au colloque de Ratisbonne (1541), entre theo-
logiens catholiques et protestants sur les points les plus
debatlus de la justification, de la foi et du salut; le legal
pontifical, Contarini, 1 accepte; mais le pape ne ratifia pas
ce qu avait consenti son legal 2 .
Durant le xvi e siecle, nombre d esprits 6claires esperent
num. [parallele-entre Luther et G. Hus]). Un recueil de ses petits ecrits
polemiques fut publiee par Gochlaeus en 1537. Ses ceuvres imprimees a
Cologne de 1537 a 1541 contiennent surtout des homelies.
Sur Fabri voirEcliard et Quetif, Scriptores Ordinis Pmedicatorum, Paris
1719-1721, t. II, p. Ill et suiv. ; Touron, Histoire des homines illustres, de
I ordre de Saint-Dominique, Paris, 1743-1749, t. IV, p. 66; Kink, Geschichte
der kaiserlichen Universitut zu Wlen, Vietine, 1854, t. I, p. 243 et suiv. ;
Horawitz, J. Heigerting sog. Faber, Bishof von Wien, bis zum Regensburger
Convent, Vienne, 1884 ; Janssen Pastor, op. cit., t. VII, p. 580 sqq., 620.
1. t Adeo ut nulla opus sit disputatio vel ullius concordande religionis
et fldei labor nobis posthac supersit. Lettre citee du 20 decembre 1340.
Durant meme la deuxieme reunion du concile de Trente (1551), beau-
coup de catholiques serieux acceptaient en Allemagne 1 idee de reunir un
concile avec les principaux chefs protestants pro communi bono pacis j,
ou 1 on delibererait sur ce qui avait ete ou non defini a Trente. (Leltre
de Nausea a Ferdinand, 9 decembre 1551. Zeitschrift fiir Kirchengesch.
t. XXI. p. 587). Gf. Pastor, Geschichte der Papste, t. VI, p. 64 sqq , S6 sqq.
2. Gf. Th. Kolde, Uber einem Romischen Reunionsversuch, 1531, dars
Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. XVII ; Th. Brieger ; G. Contarini und
das Regensburger Konkordienwer/c, 1541, Gotha, 1870 ; P. Vetter, Die Reli-
gionsverhandlungen auf dem Reichstage zu Regensburg, Dissertation, Leipzig,
1889; L. Gardauns, Zur Geschichle der hirchlichen Unions und Reformbestre-
bungen von 1532 bis 1542, Rome, 1910.
80 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
et tentent un rapprochement entre les deux doctrines ad-
verses . Tels Cassander 2 , Witzel 3 , Staphylus 4 , le Jesuite
Adam Contzen 5 , le margrave Jacques III de Bade 6 . Et
bien que plus tard s opere un changement dans les idees,
que catholiques et protestants cessent de croire au reta-
au xvu e siecie, blissement de-jl unite religieuse et de la rechercher 7 , il en
est qui la croient possible encore. En 1601, les Jesuites
Gretser et Tanner ont, a Ratisbonne, un colloque avec
Hunnius et Heilbronncr 8 ; leurs confreres J. Dez 9 , Scheff-
macher 10 et J. Masen n , meme apres le jubile de la ReTorme
assez outrageux pour les catholiques (1617), continuent a
poursuivre I oauvre d union, ainsi que l e"veque d Erfurt,
B. Nihus 12 , et 1 archeveque de Mayence J. Ph. von Schon-
1. Cf. Werner, Geschichte der apologelischen und polemischen Literatur
der christlichen Theologie, t. IV (Schaffouse, 1865), p. 579 et suiv.; Hering,
Geschichte der Unionsbestrebunqen seit der Reform, Leipzig, 1836 et suiv.
2 vol. ; Neudecker, Die Hauptversuche zur Pazifikation der evangel-protest.
Kirchen Deulschlands, Leipzig, 1846 ; Pastor, Die kirchlichen Reunionsbes-
trebungen wahrend der Regierung Karls V, Fribourg-en-Brisgau, 1879.
2. Voir plus loin, p. 96 et suiv.
3. Voir plus loin, p. 92 et suiv.
4. Voir plus loin, p. 128 et suiv.
5. II ecrivit dans ce but ses De pace Germaniae libri duo, prior de falsa,
alter de vera pace, Mayence, 1616, et ses Polilicorum libri X ad Ferdinan-
dum II, Mayence, 1621, 1629. Sur lui voir K. Brischar, P. Adam Contzen
S. J., Wurzbourg, 1879.
6. Avant et apres sa conversion, il tint deux colloques entre catholi
ques et protestants, 1 un a Bade (1589) et 1 autre a Emmindingen. Gf. Des
Marligrafen la/cob zu Baden und Hochberg wohlfundierte Motive, warwn er von
der luther. zur kathol. Religion iibergangen ist, Cologne, 1591.
7. Les luthoriens etablissent alors une sorte de code theologique dit
Concordium (Koncordienformel de 1577), qui s ecarte beaucoup de la Con
fession d Augsbourg; et les catholiques ne songent plus a defendre
1 Eglise que par les armes de la contre-reforme, c est-a-dire par la re
sistance sans compromis, par le refus de toute transaction, de toute
concession.
8. Ada colloquii Ratisbonensis, Munich, 1902.
9. En 1686, il s efforc.a de demontrer qu il y avail si peu do difference
essentielle entre la doctrine du concile de Trente et celle de la Confes
sion d Augsbourg que les protestants pouvaient sans scrupule adopter
la premiere et revenir a 1 unite.
10. Sur Scheffmacher (1668-1733), professeur a 1 Universite de Stras
bourg, voir He Backer, Ribliolheque de la C ie de Jesus, edit., nouvelle de
Sommervogel, Bruxelles-Paris, t. VII (1896), p. 727 et suiv.
11. Historien, mort en 1681, qui ecrivit aussi des ceuvres theologico-
polemistes.
12. Convert! du protestantisme au catholicisme, il ecrivit pour rame-
ner a 1 Eglise ses anciens coreligionnaires, son Ars nova, Hildesheim,
1632 et son Apologeticus pro arte nova contra Andabatam Helmstetensem, Co-
SOUS PIE IV 81
born . Dans la seconde moiti6 du xvn e siecle, il est plus
question que jamais d un rapprochement entre catholiques
et protestants d Allemagne. L Erapereur Leopold I, les pa-
pes Innocent XI et Innocent XII y sont favorables ; Tint6ret
politique des princes allemands, a Tissue de la guerre de
Trenle ans, les y pousse. Le Franciscain espagnol. Rojas
de Spinola, confesseur a la cour imp6riale, 6veque de Knin
(Dalmatie) puis de Wiener-Neustadt (1686-1694), mene les
negociations avec succes tant pres des villes que des prin
ces ; a la conference de Hanovre, en 1683 *, Molanus, chef
religieux de la principaute commc directeur du Consistoire
et abb6 de Loccum 3 , th^ologien prolestant le plus in
fluent et le plus en vue de cette epoque, lui fait, conseill6
d ailleurs par Leibniz 4 , des concessions semble-t-il, capa-
bles, d effectuer 1 union 5 . Bossuet, lequel en 1671 avait 6crit
logne, 1640. II discuta en plusieurs ecrits les problemes dogmatiques
avec G. Galixt, Konracl Hornejus, Cornelius, Martini et N. Bedelius.
Voir sur lui, Koch, Die Erfurter Weihbischofe, dans la Zeltschrlft fur Ihu-
ringische Geschichte, t. IV (1865), p. 104-109 ; Ratz, Die Convertiten seit der
Reform, Fribourg-en-Brisgau, 1866-1880, t. V, p. 97-103,
1. II flit archeveque de 1647 & 1673. Voir sur lui, Guhrauer, Kurmainz
in der Epoche von 1672, Hambourg, 1839; Pribram, Churwahl Leopolds I,
dans I Archiv fur historische Commission der Provins Sachsen, 1887.
2. Spinola etait deja venu a Hanovre en 1676, et s etait entretenu avec
le due Jean Frederic et des theologiens protestants.
3. Apres la conversion au lutheranisme de son dernier abbe catholi-
que, Jean VII (1S91-1596), 1 abbaye cistercienne de Loccum avait et6
maintenue en ses droits et coutumes, et son abbe evangelique occupa
une des situations ecclesiastiques et politiques les plus importantes du
Hanovro. Of. "Wiedemann, Geschichte der Klosters Loccum, Gottingen, 1822,
p. 60, 63, 75. Molanus fit voeu de celibat perpetuel ; et a 1 entree de sa
bibliotheque et de sa collection de medailles estimees 78.000 tbalers,
il, avait mis cette inscription : Fructus sancti coelibatus . Gf. E. A.
Dolle, Lebensbeschreibung aller Professorum Theologiae zu Rinfeln, Hano
vre, 1752, t. II, p. 328 et suiv.
4. A la conference de 1683, Leibniz, tout en restant a 1 arriere-plan,
eut une part importante par ses avis toujours ecoutes. II ecrivit plus
tard, entre 1686 et 1690 un projet d accord doctrinal, son systema theolo-
gicum, qui est une apologie philosophique du catholicisme et fut publie
en 1819 seulement.
5. Ge qu on chercliait avant tout c etait la reunion effective des Egli-
ses; plus tard un concile oecumenique etablirait 1 accord sur les ques
tions dogmatiques. Du cote protestant on se montrait dispose a recon-
naitre le pape chef de FEglise. (Voir les Regulae circa christianorum
omnium ecclesiasticorum reunionem, [ecrit des theologiens protestants de
Hanovre, redige probablement par Molanus. On le trouve dans les edi
tions des ceuvresde Bossuet, edit. Lachat, par exemple, 1826-1866, t. XVII,
p. 360 et suiv.]). Dans ses Cogitationes privatae [voir plus bas, p. 82, n. 2],
6
82 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
pour ceux qui ^talent en dehors de 1 Eglise son Expo
sition de la foi catholique sur les matieres de contro-
verse i , favorise ce pieux projet , et entre en relation
avec Molanus et Leibniz ; avec eux il ^change Merits 2 ou
Molanus dira : La reunion de 1 Eglise protestante avec 1 Eglise ro-
maine catholique, non seulement est possible, mais encore recomman-
dable, par son importance, a tous et a chacun des Chretiens [chap. i].
Les protestants accorderont a sa Saintete de le reconnaitre pour le
premier de tous les eveques, et en ordre et en dignite par le droit eccle-
siastique, pour souverain patriarche, et en particulier pour le patriarche
d Occident, et de lui rendre dans le spirituel toute 1 obeissance qui lui
est due [chap. 9]). Spinola promettait la communion sous les deux
especes, le mariage des pretres et peut-etre la suspension des decrets
de Trente. Cf. Schlegel, Kirchen-und Reformationsgechichte von Norddeuts-
chland und Hannover, Hanovre, 1822-1832. t. Ill, p. 297 ; Hering, Neue
Beitrage zur Geschichte der reformierten Kirchen in Preussen, t. II, p. 352
et suiv. ; Klopp, Fall des Hauses Stuart, t. VI, p. 230 et suiv. ; du
meme, Korrespondenz von Leibniz mit der Prinzessin Sophie, I, p. LI (t. VII
des CEuvres de Leibniz editees par Klopp, Hanovre, 1873).
1. Gel ouvrage ramena beaucoup de protestants a 1 Eglise. II fut tra-
duit en latin, en allemand, en anglais, en hollandais, en italien.
2. Les rapports de Bossuet avec Molanus au sujet de la reunion des
eglises durerent de 1691 a 1693. Us sont dtis a 1 abbesse de Montbuis-
son, la princesse palatine Louise-Hollandine, fllle de Frederic V, comte
palatin du Rhin, qui perdit, & la bataille de Prague, ses etats hereditai-
res. Gonvertie au catholicisme, elle s efforc.ait d y attirer sa sceur la du-
chesse de Hanovre. Molanus commenga par envoyer a Bossuet, en 1691,
les Regulae circa christianorum omnium ecclesiasticum reunionem (voir plus
haut, p. 81, n. 5), qu il fit suivre de ses Cogitaliones privatae de methodo
reunionis ecclesiae protestantium cum ecclesia romano-catholica propose es
par un theologien sincerement attache a la Confession d Augsbourg,
sans prejudicier aux sentiments des autres, avec le consentement des
superieurs, et communiquees en particulier a Monseigneur 1 eveque de
Meaux, pour etre examinees en la crainte de Dieu, a condition de n etre
pas encore publiees . II divise les controverses qui separent protestants
et catholiques en trois classes : 1 Les controverses qui consistent dans
des equivoques, ou des disputes de mots ; la conciliation s en fera
par un petit nombre de docteurs non preoccupes par la seule intelli
gence des termes ; 2 Les controverses qui sont sur les choses et non
sur les mots, mais en telle sorte que I affirmative et la negative sont
tolerees dans 1 une des deux Eglises ; en ce cas, on preferera pour le
bien de la paix le sentiment qu une Eglise entiere approuve unanime-
ment a celui que les uns approuvent et les autres rejettent dans 1 autre
Eglise ; 3 Les controverses qui ne peuvent etre terminees par Pex-
plication des termes ambigus ou equivoques, ni par la condescendance
marquee dans la deuxieme classe, puisqu il s agit dans celle-ci d opi-
nions directement opposees les unes aux autres ; la determination de
ces articles doit etre commise ou a 1 arbitrage de gens doctes et mode-
res, choisis de part et d autre... ou renvoyee a un concile , qui * sera
assemble par le pape, et aussi general que le temps le permettra . Bos
suet traduisit cet ecrit de Molanus et y repondit par un autre : De
scripto cui titulus: Cogilatione privatae , ou il commence par demontrer
que si Ton suit les sentiments de M. Molanus, la reunion sera faite ou
presque faite; en sorte qu il ne lui reste plus qu a faire avouer sa doc-
SOUS PIE IV 83
lettres . On a dit que Louis XIV, a qui profitait la division
religieuse de 1 Allemagne, aurait fait chouer cos tentati-
ves d accord 2 .
Elles n en continuferent pas moins tant que v6cutSpinola 3 ,
trine dans son parti, pour avoir veritablement prouve que la reunion
qu il propose n a point de difiiculte . Molanus repliqua par son Expli-
catio ulterior methodi reunionis ecclesiasticae au sujet des reflexions sa-
vantes et moderees que Monseigneur I eveque de Meaux a bien voulu
faire sur cette methode , Paques, 1693. II a ete, cleclare-t-il au debut,
si satisfait des Reflexions de Monseigneur de Meaux, qu apres les
avoir lues avec toute 1 attention possible, il a prie le Seigneur de pro-
longer les jours d un prelat si bien dispose, si eloigne de tout esprit de
parti et qui cherche de si bonne foi la verite et la paix . II reconnait,
c au sujet des conciles generaux legitimement assembles , que Jesus-
Christ assiste son Eglise dans tous les siecles, et qu il ne permettra ja-
mais que 1 Eglise universelle definisse, dans un tel concile, rien qui soit
contraire a la foi . Mais, comme tout protestant, il ne tient point pour
legitime le concile de Trente, lequel d ailleurs n est pas re?u partout,
et il demande qu on le suspende. J ajoute que, pour satisfaire au desir
de notre invincible et pieux empereur, j ai concilie avec 1 aide de Dieu,
en employant ma methode cinquante points, les plus importants, dans
un autre ecrit, dont j ai envoye une partie a Vienne . Ges ecrits ont
ete imprimes pour la premiere fois sous ce titre : Super reunione protes-
tantium cum Ecclesia catholica tractatus inter Bossuetum et Molanum, Vienne,
1782 ; Gaume les reedita d une fac.on plus complete et plus correcte, dans
le t. VIII des GEuvres de Bossuet, Paris, 1846, p. 503 et suiv., ainsi que
Migne, dans le t. IX des memes ceuvres, Paris, 1856-1851, p. 809 et suiv.
On les trouve dans 1 edition de Lachat, 1862-1866 avec des ecrits comple-
mentaires : Recueil de dissertations et de lettres concernant un projet
de reunion des protestants d Allemagne a 1 Eglise catholique , t. XVII,
p. 360-550 et t. XVIII, p. 1-105.
1. La correspondance de Bossuet et de Leibniz qui dura de 1679-1702,
a ete publiee par Klopp dans le tome VII des (Euvres de Leibniz, Hano-
vre, 1873. On la trouve aussi dans les CEuvres de Bossuet, (ainsi edit.,
Lachat, t. XVIII, p. 118-351), en particulier dans sa Correspondance, edi
tion Urbain et Levesque, en cours de publication, t. II, p. 93, 167, 178;
t. IV, p. 377, 388 ; t. V, p. 8, 14, 35, 88, 127, 183, 206, 214, 223, 226, 244,
252, 285, 377, 427-428, 450 ; t. VI, p. 29, 34, 217, 346 ; t. X, p. 241 ; t. XI,
p. 68, 169, 312, 359; t. XII, p. Ill, 123, 142, 185, 198, 223, 252, 375; t. XIII,
p. 89, 97, 110, 190,221. Fouche de Gareil 1 avait deja publiee, rnais d une
facon peu exactedans les CEuvres de Leibniz publiees pour la premiere fois
d apres les manuscrits originaux, Paris, 1869 (2 edit.).
Klopp apprecie avec malveillance la conduite de Bossuet dans 1 affaire
de la reunion des Eglises. (Gf. Historisch-politiche Blatter, t. LXXIII,
p. 700). II dit que Spinola ne fut jamais en relation avec Bossuet a ce
sujet : ce que contredit la lettre de Bossuet a Spinola, du 22 aout 1683
( Correspondance de Bossuet, edit. Urbain, Levesque, t. II, p. 391). Voir
Prechtl, Fridensbenehmen zwischen Bossuet, Leibniz und Molan fur die Wie-
dervereinigung der Katholiken und Proteslanten, Sulzbach, 1815.
2. Klopp, Der Fall des Hauses Stuart, i. Ill (Vienne, 1876), p. 98.
3. En 1691, il rec.ut de 1 empereur Leopold, avec Fassentiment d lnno-
cent XII, plein pouvoir pour c trailer avec tous les etats, communautes
ou meme particuliers de la religion protestante... touchant ladite r6u-
nion en matiere de foi . (Ge plein pouvoir du 20 mars 1691 est en g6-
84 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
et meme apres lui . En France, le P. V6ron 2 , Holden 3 ,
6crivaient vers la meme 6poque des livres ir6niques 4 ; et
en Pologne, le roi Wladislav IV convoquait a Thorn un
grand colloque (1645) 5 , ou discuterent, sous la presidence
neral imprime avec les traites de Molanus dans les (Euvres de Bossuet.)
II fut fort bien accueilli a Leipzig, Heidelberg, Danzig, Hanovre. En cette
derniere ville, Molanus lui remit un ecritou il s efforce de se rapprocher
autant que possible de la doctrine catholique. (Get ecrit, revu en 1698,
se trouve dans Winkler, Anecdota historico-ecclesiastica novaniiqua, Bruns
wick, 1752, p. 312 etsuiv.). Spinola ecrivit, 1 hiver de 1691-1692, la Sincera
Relatio de ses demarches, qui donna a 1 empereur les plus grandes espe-
rances. En 1692, il reprit ses voyages & travers la Hongrie, oil les pro-
testants promirent de prendre part & une assemblee ou viendraient
des theologiens protestants d Allemagne. Malgre les efforts de 1 eveque,
celle-ci ue se put tenir. II passa le reste de sa vie (+ 1694) a rassembler
les documents et les ecrits qui pouvaient servir i continuer apres lui
1 oeuvre de reunion. Hansiz, 1 auteur de la Germania sacra, usa de ces
documents, dont la plupart disparurent au temps de Joseph II, pour sa
biographic de Spinola, laquelle se trouve la Hofbibliothek. de Vienne,
et que Klopp a suivie dans son article sur Spinola (Kirchenlexikon edit.
188i>-1903).
1. Son successeur, le comte de Bucheirn, alia en 1698, a Hanovre, ou
Molanus et Leibniz, avec Fassentiment de FElecteur Georges-Louis, si-
gnerent, & 1 abbaye de Loccum, une serie de propositions plus voisines
de la doctrine catholique que la Confession d Augsbourg. Gf. Klopp, Cor-
respondenz von Leibniz mit der Prinzessin Sophie, II, p. xix (t. VIII des (Eu-
vres de Leibniz editees par Klopp, Hanovre, 1873). Dans son testament,
Molanus se rejouit d avoir aplani de nombreux points de controverse et
il espere arriver pour le reste au meme resultat. Gf. Haffner, dans le
Katholik, t. I, (1864), p. 513 et suiv. ; 641 et suiv.
2. Regie generate de la foy catholique separe e de toules autres doctrines,
Paris, 1646. Get ouvrage fut imite un siecle plus tard par un Francis-
cain, Ghrismann, dans sa Regula fidei catholicae et colleclio dogmatum cre-
dendorum, Augsbourg, 1745. Sur Veron qui, entre dans la G ie de Jesus, en
sortit, puis y mourut, selon Labbe, voir P. Feret, Un cure de Charenton
au XVII siecle, Paris, 1881.
3. Divinae fidei analysis, seu de fidei christianae resolulione libri duo. Pa
ris, 16S2, 1685, 1767; Cologne, 1655, 1782; traduction anglaise, Paris, 1655.
Holden, d origine anglaise, etudia au College anglais de Douai, puis a
la Sorbonne de 1618-1622; et il se fixa a Paris, ou durant longtemps il
fut attache a Feglise de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
4. Deja, a 1 epoque de Richelieu, le jesuite Audebert avait eu avec le
calviniste Amyrault iinn conference pour le retour des protestants au
catholicisme; on ne put s entendre sur la doctrine de la transsubstantia-
tion. Gf. Saigey, M. Amyrault, sa vie et ses Merits, (these), 1849. Bossuet
jeune encore (il etait doyen de Metz), s etait occupe lui aussi de ramener
a 1 Eglise catholique les protestants franc.ais, et dans ce but avait
echange une serie de lettres avec le pasteur Ferry dont il refuta plus
tard le catechisme (Metz, 1655); il eut egalement une conference, a la
demande d une niece de Turenne, avec le pasteur Claude (Conference avec
M. Claude, Paris, 1682. Response au livre de M. I evesque de Meaux intitule
Conference avec M. Claude, Charenton, 1683).
5. Acta conventus Thoruniensis celebrati 1645. Impressa auctorilate et man-
dato Sacrae Regiae Majestatis ad exemplum et fidem regii protocolli, Varso-
SOUS PIE IV 85
du chancelier, 26 theologiens catholiques, dont 9 Je suites,
25 reformes et 28 Iuth6riens, parmi lesquels se trouvait
G. Calixt repute pour son esprit de tolerance et de concilia
tion . On continuera a souhaiter, a rechercher une en
tente qui pourtant, avec le temps, devient de plus en plus
difficile. A la fin du xvin e siecle, est projet6 un comit6 de et memo plus
i2 membres, tous docteurs en the"ologie, dont six seront ca
tholiques, trois Iuth6riens et trois calvinistes, pour discu-
ter les bases d un accord religieux ; Pie VI, par un bref
du 10 juin 1780, d6fend aux Ben6dictins de Fulda, qui
etaient a la tete de ce mouvement, d entreprendre une
ceuvrc dangereuse et plus d une fois inutilement tent6e 2 .
Si les idees ir6niques ont persist^ si longtemps en certains
esprits, malgre" les decrets de Trente 3 et 1 infiltration d opi-
vie, 1646. (Ces actes incomplets d apres Fr. Jacobi, ne sont signes que
des catholiques et des reformes, et non des theologiens lutheriens). -
Scripla partis reformatae in colloquio Thoruniensi parti romano-catholicae
exhibita, sed ab ea in protocollum pleraque non admissa ideoque seorsim nunc
edita, Berlin, 1646. Confessio fidei, quam status, cives et ecclesiae in Polo-
nia, Prussia et Lithuania invariatae Confessioni Augustanae addictae in collo
quio charitativo Thorunii tradiderunt. Denuo juxta exemplar Lipsiense anno
1665 recusa cura Samuelis Guentheri, Danzig, 1735. Hartnock, dans Preus-
sische Kirchenhistorie (Francfort et Leipzig, 1686), fait le premier le recit
de ce colloque (p. 934 et suiv.); mais le meilleur ouvrage moderne est
celui de Fr. Jacobi : Das liebreiche Religionsgespriich zu Thorn 1545, Go-
tha, 1895.
1. II representa, au xvir siecle, 1 esprit de Melanchton, dont son pere
avait ete disciple. II fut pour Helmstadt, ou son influence p_ersista jus-
qu a la fin du xvin e siecle, ce que devait etre Pusey dans PEglise angli-
cane. II souhaitait 1 entente religieiise (Desiderium et studium concordiae
ecclesiasticae, Helmstadt, 1650), et il en exposa ce qu il jugeait les moyens
et layoie, dans sa Digressio de arte nova contra Nihitsium, Helmstadt, 1634.
Son esprit de tolerance le fit accuser par ses coreligionnaires de crypto-
catholicisme (Biischer, Cryptopapismus novae theologiae Helmstadiensis) :
de quoi il se defendit (Wiederlegung des unwahrhaften Gedichls unter dem
Titel Kryptopapismus , Lunebourg, 1641). Sur Galixt voir Gatz, G. Calixt
und der Kynkretismus, Breslau, 1846; Th. Hencke, G. Calixtus und seine
Zeit, Halle, 1853-1856, 2 vol.; G. Frank, Gcschichte der protestantischen
Theologie, Leipzig, 1885, t. II, p. 4 et suiv.
2. Gf. L. Gardauns, Zur Geschichle der kirchlichen Unions-und-Reformbes-
trebungen von 1532 bis 1542, Rome, 1910, p. 281-303.
3. Le concile de Trente, qui avait nettement deflni les points les plus
controverscs entre catholiques et lutheriens et pour ainsi dire rompu
les ponts, fut tonjours la pirre d achoppement dans les tentatives
d union. Molanus, Leibniz en parlent sans cesse, demandant qu on sus-
pende pour un temps ses decrets, jusqu a ce qu ils soient revus ou du
moins confirmes par une assemblee dont le caractere cecumeniqiie sera
reconnu de tous. Le dernier ecrit de Molanus a Bossuet (Explicatio ulte
rior, 1693) traite surtout : De conciliis oecumenicis in genere et in specie de
86 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORM ATE URS
nions plus radicales dans le protestantisme allemand , il
n est pas surprenant qu elles aient eu grande faveur au
premier siecle de la Reforme.
D ailleuFs on so dissimulait assez facilement 1 antinomie
dogmatique des deux religions : 1 autorite d une part, le
libre examen de 1 autre, pour ne voir que les differences de
discipline. Ges differences n elaientpas telles que tout com-
promis fut impossible. Par des concessions qui ne touchaient
pas a 1 essence du catholicisme, on pouvait les supprimer.
Les protestants demandaient la communion sous les deux
especes, le mariage des pretres. 1 abolition du jeune ; ne
pouvait-on pas les contenter et renouer par la 1 unite reli-
gieuse si malheureusement rompue ? Tout cela etait de
droit positif, par consequent 1 Eglise avait le droit d en dis
penser. Les Iuth6riens eux-memes y voyaient un moyen
de rapprochement et d union. Melanchton avait essaye de
convaincre ses amis et ses adversaires qu il fallait, pour
quelque accord, s entendre avant tout sur le calice et le
mariage des pretres 2 ; et la Geistliche Polisel sign6e de
Luther, Melanchton et Pomeranus cherche a unir catholi-
concilio Tridentino. II faut, y dit-il, ou nous accorder la suspension du
concile, ou renoncer a toute negociation de paix s. A Trentc, les pro
testants n ont pas ete pleinement et suffisamment entendus . D ailleurs,
conclut Molanus, le concile n est pas encore universellement recu ni en
Allemagne, ni en d autres pays, comme la France. A ceci Bossuet re-
pliquait qu il 1 etait en France pour le dogme, sinon pour la discipline.
L abbe Pirot, professeur royal a la Faculte de theologie, ecrivit, a la
demande de Pellisson, une dissertation : De I antorite du Concile de Trente,
pour repondre a Leibniz et dans le meme sens que Bossuet. (Elle a ete
publiee par 1 abbe Urbain, dans la Revue d Histoire de 1 Eglise de France,
1912, p. 5-91). La replique de Leibniz pamt pour la premiere fois dans
les CEuvres posthumes de Bossuet, Amsterdam, 1753, t. I, p. 391. Sur la
reception du concile de Trente en France voir V. Martin, Le Gallicanisme
et la Reforms catholique, Paris, 1919.
\. Au xvir siecle, les Molanus, les Leibniz, les Galixt et autres pro
testants desireux de paix et d union se preoccupent de rapprocher les
lulhoriens et les reformes, et de fonclre ensemble les doctrines adverses,
tandis que les lutheriens de la vieille ecole, comme Galovius (Kalau)
reagissent. Gf. A. Tholuck, Der Geist der lutherischen Theologen Wittenbergs
im Verlaufe des ^^ Jahrhunderts, teilweise nach handschriftlichen Quellen,
1852; du meme, Das akademische Leben des -17 Jahrhunderts (Voryeschichte
des Nationalismus, premiere partie), Halle, 1853-1854.
2. Corpus Refbrmatorum, t. II, p. 173. Bellinger, Die Reformation, ihre
innere Entwicklung und ihre Wirkungen im Umfange des lutherischen Be-
kenntnisses, Ratisbonue, 1846-1848, t. I, p. 360.
sous PIE iv 87
ques et reTormes sur les points disciplinaires, laissant dans
1 ombre le dogme et les croyances J .
S il y avait erreur a ne voir qu un cot6 de la question et
a chercher une entente impossible, peut-on dire que les
idees de conciliation fussent absolument irraisonnables et
incapables de porter quelque fruit 2 ? Le peuple ne se laisse
pas entrainer et convaincro par les conceptions dogmati-
ques qu il comprend mal ; ce qui le saisit, en religion
comme dans tout le reste, c est 1 exte rieur et le sensible.
La majeure partie des gens, disait Melanchton (i545), ne
comprend rien au fondement de notre doctrine 3 . L esprit
de la masse etait done frappe, avant tout, par les reformes
que les lutheriens avaient apportees dans la discipline et
les ce>6monies du culte. Le calice, le mariage des pretres,
1 abolition du jeune et de 1 abstinence, la messe et 1 admi-
nistration des sacrements en langue vulgaire, voila quelles
etaient, pour le peuple, les differences esseutielles entre
la Reforme et le catholicisme 4 . Supprimer ces differences
1. Cette Gaystliche Policy a ete publiee par Knopfler, Die Kelchbewe-
gang in Bayern, Appendice, p. 10.
On peut consuller sur la question Pastor, Die kirchlichen Reunionsbes-
trebungen w&hrend der Regierung Karls V, Fribourg, 1879. G. Wolf, Deutsche
Geschichte irn Zeitalter der Gegenre formation, p. 8-9; L. Oardauns, op. cit.
2. Hopfeh a donne & ces idees le nom plus ou moins juste de Compro-
misskatolicismus. Cf. Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 210, n. 4. Pastor
clans la nouvelle edition de Janssen, t. IV, (7 e edition, p. 211) nie la
possibilite d une entente, pour les catholiques. Sur le terrain dogmati-
que, elle etait en effet impossible; mais sur le terrain disciplinaire, elle
ne paraissait point telle, meine a ceux qui passaient pour intransi-
geants. On peut user de dispense sur ces deux points [le calice et le
mariage des pretres], comme sur tous les autres qui ne sont pas de foi.
S il ne tenoit qu a cela pour reunir I Allemagne, on les accorderoit aux
protestants par une condescendence semblable a celle dont on usa au-
trefois avec le roi aume de Bolieme. Vargas a Granvelle, 29 decem-
bre 15S1. Le Vassor, op. cit., p. 333.
3. Dollinger, Die Reformation, t. I, p. 367.
4. L ambassadeur venitien lui-meme, Giacomo Soranzo, voulant dis-
tinguer la discipline lutherienne de la catholique, n est frappe que par
la communion sous les deux especes et le mariage des pretres. Relation
de G. Soranzo, en 1563, dans Fiedler, Relalionen venetianischer Botschafter
iiber Deutschland und Oesterreic/i im sechzehnten Jahrhundert (Fontes rerum
austriacarum, t. XXX), p. 190.
La doctrine de ces nouveautes etait aussi facile a enseigner qu a rete-
nir, leurs raisons se trouvant a la portee de tous. Le calice, disait-on, a
ete institue par le Christ. II faut mieux des pretres honnetes et chas-
tes dans le mariage que des clercs celibataires adonnes au concubinage.
- Les sacrements doivent etre compris par qui les recoil, et la messe
88 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
c etait done supprimer aussi les raisons qui 1 attiraient aux
id6es nouvelles. c< 11 y a trois points de reTorme, dit Bur-
net l , ou les Allemands se sont montr6s plus positifs que
dans tout le reste : la communion sous les deux especes,
le culte en langue vulgaire, la permission pour les clercs
de se marier. Le peuple entier s 6tait mis ces choses en
tele; aussi admettait-on commun6ment que, si le pape les
avail a temps concedes, le progrfcs de la Reforme en au-
rait t6 fort contrarie. Les paroles expresses instituant la
Gene et la nouveaut6 de la coutume contraire avaient de
bonne heure pouss6 la nation a reclamer la communion
sous les deux especes. Le bon sens fit dsirer a tous de com-
prendre ce que Ton faisait et disait dans le culte divin.
Enfin le de>ergondage du clerg6 non mari6 6tait trop pu
blic, pour penser que 1 honneur des families auquel
tient beaucoup ce peuple pouvait elre assur6 autrement
qu en autori^ant les pretres a contractor mariage . Ne
voit-on pas un marquis de Brandbourg qui, au dire meme
du cardinal Truchses, n est guere Iuth6rien que sur les
points de la communion sub utraque et du mariage des
pretres 2 , et un due de Juliers conserver la messe catholi-
que et y assister, a condition que les la ics y rec,oivent le
calice 3 ? Voila pourquoi des catholiques sinceres du xvi e sie-
cle chercherent a obtenir de 1 Eglise quelque adoucissement
sur les points les plus d6sir6s par les reformed : la com
munion sub utraque, le mariage des pretres. Ce sont les
deux choses que r6clameront les protestants, toutes les fois
qu il sera tent6 quelque essai d accord entre eux et les ca-
par qui 1 entend. II ne manque point, pour faire penitence, de moyens
autres que le jeune et 1 abstinence a jours fixes. Ges raisonnements,
d une simplicite primitive, faisaient impression sur ceux qui etaient peu
instruits et d une foi chancelante.
1. History of the Reformation, edit. Pocock, Oxford, 1865. t. I, p. 406.
2. Le cardinal d Augsbourg a N. N. l er fevrier 1534. Weiss, Papiers
d Etat de Granvelle, t. IV, p. 380.
3. M. Lossen, Zur Geschichle des Laienkelches am Hofe des Herzogs Wil-
Ihelm von Julich-Cleve-Berg, 1570-1579, dans la Zeitschrift des Bergischen
Geschichtsvereins, t. XIX (1883), p. b et sniv. Gf. Rinaldi, op. cit., ad ann.
1561, n 49. Le fils du due de Juliers, Jean-Guillaume, succeda, en
1511, a Jean de Hoya sur le siege episcopal de Munster, ce qu avait
si vivement desire son pere. Lossen, op. cit., p. 9 et suiv.
SOUS PIE IV 89
tholiques J . Ce sont les deux choses conce dees par Paul III en
1548, demande"es a Paul IV, en 1555, par le due de Baviere,
et que le parti moder6 continuera a solliciter sous Pie IV.
Vers 1560, ce parti, s il a perdu Pesperance illusoire
d une fusion parfaite de croyances, croit encore a la possi-
bilite d un accord sur certains points disciplinaires, accord
qui preservera de 1 apostasie un grand nombre de gens
simples et chancelants. 11 ne cherche pas un compromis
impossible sur les dogmes essentiels de la foi, mais un
adoucissement de la discipline, lequel, a son avis, aurait
deja sauv6 1 Eglise d Allemagne et arrete net les progres
de 1 heresie 2 . On doit voir la 1 expression naturelle de con
victions sinceres et une forme du catholicisme allemand
au xvi e siecle 3 .
1. Au concile de Trente (1552), 1 archeveque de Mayence Heusenstamm
declare que, si Ton ne satisfait point les protestants par la concession
du calice et du mariage des pretres, jamais FAllemagne n acceptera
le concile (Don Francisco de Toledo a Charles-Quint, Trente, 30 deceni-
bre 1551. Simancas, Estado, leg. 646, fol. 240). Dans les Regulae circa
christianorum omnium ecclesiasticam reunionem (voir plus haul, p. 81, n. 5),
les lutheriens diront au xvii e siecle: Obeervez que les mmistres et
les peuples des eglises protestantes ne verroient pas, sans de grandes
alarmes, abroger 1 usage de la coupe, etablir la loi du celibat (Regie
8). Et a la meme epoque, Molanus, dans ses Cogitationes privatae (voir
plus haut p. 82, n. 2), demandera en premier lieu que t la communion
soil toujours et a perpetuite celebrde par les protestants sous les deux
especes (chap, in), et ensuite que le pape reconnaisse pour legiti-
mes les mariages contracted et a contracter par les pasteurs protes
tants..., tout le monde etant d accord que le celibat des pretres n est
qu une institution ecclesiastique que 1 Eglise peut abroger . (Chap. vi).
2. Gf. Pallavicini, op. cit., liv. XII, ch. 8, n. 1. L empereur, pas plus
que le pape, ne pretendait par des concessions disciplinaires, supprimer
le protestantisme, en convertissant tous les reformateurs, mais il
voulait leur enlever les principaux moyens de contention et de seduc
tion. L ambassadeur venitien da Mula, rapportant une conversation
avec Pie IV, ecrit ie 17 juillet 1560 (Archivio di Stato de Venise, Senato.
Dispacci Roma XIII, fol. 54 v) : Et dhnandandoli io se, quando lui [a
1 Imperatore] se concedessero i due articoli della communione et del
conjugio de preti, gl heretici si rimovessero delle lor opinioni, disse .
credemo di no, perche non ne lo dice 1 Imperatore, ma solamente
haveriano causa di venire e non contendere sopra il fondamenti della
religione, et non ci promette altro .
3. Gf. W. Goetz, Die Bayerische Politik im ersten Jahrzehnt der Regierung
Herzog Albrechts V von Bayern, 15SO-1560, Munich, 1896, p. 122 et suiv.
Le catholicisme allemand, a cette epoque, profondement penetre dvi
sentiment de 1 unite, ne veut ni ne patronne aucun changement fonda-
mental, mais il reclame les reformes les plus urgentes, pour parer aux
besoins les plus pressants. Gf. Goetz, Der i Kompromisskatholizismus und
Kaiser Maximilian II dans I Historische Zeitschrifi de Sybel, serie nouvelle,
t. II (1896), p. 197.
90 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
*
* *
LO parti modere Nombre de the"ologiens pensaient ainsi. Certains n hesi-
ases theologiens. . formellement : Les ecclesiastiques, de-
venus apostats pour le seul refus di> mariage, bouleversent
rites, observances, ceremonies de 1 Eglise, si pieuses et si
necessaires soient-elles; ils enseignent et repandent les
doctrines les plus impies. Les la ics, de leur cote, unique-
ment a cause de 1 interdiction du calice, tombent dans les
erreurs et les sectes les plus grossieres. La defection des
uns et des autres probablement cesserait, si aux laics
etait accorde" le calice, et aux pretres le mariage . De
plus en plus en effet la communion sub utraque se repand
parmi le peuple, et de moins en moins est observe le celi-
bat ecclesiastique 2 . 11 semble bon et utile aux theologiens
1. Allegationes super duobus articulis de communions sub utraque et conju-
gio clericorum ex Sacra Scriptura nee non conciliorum et canonum decretis or-
thodoxisgue Patribus collectae. Get ecrit que Brus a recueilli parmi ses do
cuments relatifs au concile de Trenle (Hofbibliotliek de Vienne, ms 5637,
fol. 738-734 v. Voir sur ce manuscrit mon Rapport deja cite, p. 261), est
1 oeuvre de theologiens catholiques, tres respectueux du jugement de
1 Eglise, auquel ils se soumettent a la fin de leur ecrit. Ge long travail
theologique s appuie sur 1 Ecriture, le droit canonique, les conciles et
les Peres, pour montrer combien serait utile et legitime la concession de
la communion sous les deux especes et du mariage des pretres (ibid.,
fol. 746-754 v). Dans 1 introduction, il est dit : Clerici lapsi, propter
solum vetitum conjugium, omnes Ecclesiae ritus, observationes et caere-
monias quantumvis pios et necessaries prorsus evertant ac impia quae-
que dogmata pro contione spargant et doceant. Laici vero, ob solum
interdictum sibi calicem, ad enormissimos quoque errores et sectas pro-
labuntur. Quorum utrumque forsan cessaret, si laicis calix, clericis vero
matrimonium permitteretur... Quamobrem ad deliberandum proponitur
quae sint et pro praesentis temporis conditione esse debeant piae ma-
tris Ecclesiae pro reducendis lapsis ad gremium suum partes unde di-
lapsi sunt. Opere pretium autem videtur pro hujus rei matura dis-
cussione et Sacram Scripturam in primis et S. Patrum et canonum,
necnon Doctorum scripta et dicta evolvenda ac exactius ponderanda
esse .
2. La reforme, tentee par le concile de Bale, par Nicolas V et son le
gal, Nicolas de Cues, n avait pas eu d effets durables. La loi du celibat
continue, dans Fempire, a etre sans cesse enfreinte, et c est en vain
qu eveques et synodes la rappellent constamment au clerge. Que reste-
t-il, clisait-on, de la reforme entreprise avec tant de zele par Nicolas
de Cues ? (Voir 1 article de Dittrich, dans 1 Historisches Jahrbuch der
Gon-esgesellchaft, 1882, p. 673 et Vansteenberghe, Nicolas de Cues, p. 105
et suiv.). En moi s eleve une guerre continuelle, ecrit un pretre a son
frere qui est moine (Staatsbibliothek de Munich, cod. lat. 3332, fol. 1)
SOUS PIE IV 91
de Louvain que 1 Eglise relache de sa rigueur pour le. bien
souvent je suis entrain de me repentir;mais je retourne a la maison, ou
viennent au devant de moi femme et enfants, et leur amour 1 emporte
sur celui de Dieu ; je me sens incapable de me vaincre >. Nombreux
sont les ecrits qui demandent la suppression du ce"libat ecclesiastique
(voir en particulier celui de 1 ancien nonce & la cour de Ferdinand,
Vergerio : Mutio Justinolitano [Vergerio etait de Capo d Istria], Le Ver-
geriane, discorso se si convepoga ragunar concilia: trattato delta communione
de laid et delle mogli de cherici, Venise, 1551). On se jette sur eux avec
avidite ; VEpislola de miseria curatorum seu plebanorum, qui 1 insinue, fut
un des livres les plus repandus dans le clerge (on en trouve de nom-
breux exemplaires i la Staatsbibliotek de Munich.) Gf. Riezler, Geschichie
von Bayern, t. Ill, p. 844 et suiv., 904 et suiv. Certains pretres soutien-
nent que, si la chastete est bonne, le mariage est meilleur, qu on devrait
leslaisser se marier au lieude tolerer le concubinage, que, s ils ne sont
point maries aux yeux des homines, ils esperent bien 1 etre devant Dieu.
(Visite de Passau, en 1558, d apres le Codex bavaricus 1737 de la Biblio-
theque de Munich, fol. 22, 24, 68, 85, 169. Sugenheim, Bayerns Kirchen-
und Volkszustiinde im sechzehnten Jahrhundert, Giessen, 1842, p. 156). Le
chancelierde 1 eveque de Passau, qui remplit a Vienne en 1562 les fonc-
tions de vicaire general, se plaint que les ecclesiastiques s affichent
impudemment avec leur femme et ne craignent point quelquefois d epou-
ser des courtisanes (Hillinger & Brus, Vienne, 2 mars 1562, Ezrbiscliofliche
Consistorialarchiv de Prague, Recepta 1560-156%, orig. Voir 1 Appendice).
Bien pen, ecrit Hosius (Steinherz, op. cit., i. I, p. 63) n ont point ce
qu ils appellent une epouse >. Staphylus, dans sa Deliberatio de ins-
tauranda religions in archiducatu Austriae (voir plus bas, p. 132) croit que
nul clerge n est plus dissolu que celui d Autriche (Schelhorn, Amoenita-
tes historiae ecclesiasticae et litterariae, t. I, p. 634 et suiv., 642 et suiv.);
mais les visites signalent de tout cote, en Allemagne, avec la penurie de
pretres, les vices du clerge, qui ne veut plus reconnaitre 1 ancienne
rigueur des canons. (Ecrit en allemand remis a Staphylus par ordre
de 1 empereur, le 5 mai 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten VII.
Proces-verbal de la visite de 1553 et autres documents des archives de
Constance, montrant 1 etat moral du clerge de ce diocese, utilises par
Kluckhohn, dans son article posthume de la Zeitschrift fur Kirchengeschi-
chle, t. XVI). Les dernieres visites en Baviere, dit Paumgartner en
plein concile de Trente, out revele une telle corruption de moeurs parmi
les clercs que la decrire offenserait les oreilles des Peres; on dirait qu en
mepris de Dieu et des hommes ils cherchent a se couvrir de tous les
vices, attirant, sur eux et la religion, la haine du peuple ; a peine sur cent
en trouve-t-on trois ou quatre qui observent le celibat; tous les efforts
pour amender leurs mceurs sont restes inutiles. (Discours de Paum
gartner, 27 juin 1562. Le Plat, op. cit.,t. V, p. 337 et suiv., 341; voir plus
bas, chap. IV. Cf. Wolf, Geschichte Maximiliens I und seiner Zeit, 1. 1, p. 18).
Le sel de la terre s est affadi, constate le Liber reformalionis imperial
(Le Plat, op. cit., t. V, p. 234, 237, 251. Voir plus bas, p. 135 et suiv.), il
n est plus bon qu a fouler aux pieds; la corruption des ecclesiastiques a
engendre les erreurs actuelles et le peuple, ne distinguant point la vie
impure des ministres de la religion elle-meme, s eloigne de celle-ci ; les
moeurs du clerge sont miserables, dangereuses pour 1 Eglise, abomina-
bles a Dieu . Les superieurs ecclesiastiques s avouent impuissants a
reprimer le concubinage devenu general. (Les prelats de Haute-Autriche
a Ferdinand I", 24 Janvier 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten
VII, rapport communique a Staphylus, 5 mai 1562, publie par Sickel
92 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
et la tranquillit^ de 1 Allemagne ; et ils estiment que les
concessions disciplinaires, telles que le calice et le mariage
des pretres, supprimeront une foule de scandales, si elles
sont bien observees 2 . G est 1 avis de Villikan, dans 1 Apolo-
gie de sa conversion au catholicisme 3 . Georges Witzel, que
le cardinal de Trente recommanda a Hosius comme theo-
dans VAi chiv filr oesterreichische Geschichte, t. XLV, p. 9). D ailleurs les
dignitaires ecc!6siastiques ne sont guere soucieux d eviter eux-memes le
scandale. Morone, en 1542, doit protester contre le concubinage des cha-
noines de Trente (Gardauns, Zur Geschichte der kirchlichen Unions-und Re-
formbestrebungen von 153S bis 1542, Rome, 1910, p. 73-74); et le chapitre de
Mayence prend 1 offensive contre Parcheve que, quand celui-ci tente de
reformer son clerge (May, Kurfurst Kardinal Brzbischof Albrecht II, Mu
nich, 1865-1870, p. 405-408. Gf. plus has, ch. vi). La derniere visite, ecrit
de Vienne Hillinger en 1562, demontre que les prelats, pour lo seul fait
du mariage se sont laisses entrainer aux pires vices et aux heresies,
qui jusqu ici n ont nullement ete chaties . Le monde entier se plaint
que les eveques oublient et negligent leurs fonctions, le ministerium EC-
clesiae . (Ecrit en allemand communique a Staphylus, le 5 mai 1562 et
dont il a ete question plus haut. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten,
VII). Le cloitre lui-meme a subi les effets de la decadence generate.
L ensemble entier des monasteres est si dechu et corrompu qu a mon
avis on n en saurait rien firer de bon. Religieux et moines se sont telle-
ment eloignes de leurs regies et constitutions qu ils n en veulent plus
rien savoir . (Hillinger a 1 eveque de Passau, mars et avril 1561. Wie-
demann, op. cit., t. I, p. 157. Gf. sur la visite des monasteres d Autriche,
en 1561, Sickel, Das Reformations Libell, dans I Archiv fur b sterreichische
Geschichte, t. XLV, p. 4 et suiv. ; Eder, op. cit., p. 66 et suiv.). Voir sur
les moeurs des ecclesiastiques d Allemagne, Sugenheim, op. cit., p. 91-
176 [ch. in : c Sittenspiegel des baierischen Klerus ] ; Maurenbrecher,
Geschichte der katholischen-Re formation, Nordlingen, 1880, t. I, p. 72; le
memoire de 1 eveque Nausea sur la cause des erreurs modernes, dans
Dollinger, Beitruge, t. Ill, p. 154 et suiv. ; Egelhaaf, Deutsche Geschichte
im 16 Jahrhundert, Stuttgart, 1889, t. I, p. 840-895; Hopfen, op. cit., p. 3
et suiv.; G. Wolf, Deutsche Geschichte im Zeitalter der Gegenre formation,
Berlin, 1899 ; plus haut, 45 n. 1, 46 n. 7, p. 52 et suiv., et plus has, chap. vi.
1. Communis ecclesiaslicae et tranquillitatis gratia Germanicae saltern
nationi de legum canonicarum severitate et rigore nonnihil posse re-
mitti ; nempe ut conjugati in Ecclesiae ministros ac sacerdotes assumi
possent; ut communio sub utraque specie eis permittatur, ut non tarn
multa festae, jejunia ciborumque discrimina ab Ecclesia indicantur,
quae libellus Interim intitulatus offert. Sane si haec in se spectentur,
non esset absurdum illis eatenus condescendere . Le Plat, op. cit.,
t. IV, p. 31.
2. Quae si servaretur [formula reformationis Augusfae seu Interim}
innumera tollerentur scandala . Lettre des docteurs de Louvain a Phi
lippe II, 11 mai 1558. Le Plat, loc. cit.
3. Apologia de commento revocations in religions, Worms, 1539, D. 3.
Ne a Villickeim (Palatinat), d ou son surnom, Villikan, apres avoir em-
brasse avec zele la doctrine lutherienne, 1 abandonna et en devint un
des plus ardents adversaires. Sur lui, voir Dollinger, Reformation und
Hire innere Entv-icklung und ihre Wirkungen, Ratisbonne, 1846-1848, t. I
p. 142-150.
sous PIE iv 93
logien au concile J et dont le cardinal d Augsbourg vante
la piete et la doctrine 2 , avait ecrit (1S32) dans un but de
conciliation le Methodus concordiae ecclesiasticae, imprime
a Leipzig en 1537 3 et sa Via regia 4 ; il disait combien se-
rait regrettable que le refus du calice fut une cause de
division dans 1 Eglise, quand 1 Eucharistie etait le symbole
meme de 1 union 5 , et il souhaitait beaucoup qu on 1 accordat
aux fideles, ainsi qu aux pretres le mariage 6 . Selon Jules
1. Steinherz, Nuntiaturberichte, t. I, p. 269.
2. Otto Truchses a G. Witzel, 17 Janvier 1562, dans les Julii Pogiani
epistolae, t. Ill, p. 7.
3. Methodus concordiae ecclesiasticae post omnium sententias a minima fratre
monstrata, non prescripta.
4. Ferdinand, peu de temps avant sa mort (18 mai 1564), avait prie
Witzel de composer cet ouvrage, qui fut envoye a Maximilien au mois
d aout suivant. Cf. Rienacker, Georg Witzel, dans Kirc1ienhistorisch.es Ar-
chiv von Staudlin, Halle, 1826, p. 48 et suiv.; Hopfen, Kaiser Maximilian II
und der Kompromisskatholizismus, Munich, 1895, p. 88, 124 et suiv. La
Via regia fut editee dans les Wolfii praelectiones memorabiles, 1600, t. II,
p. 353 et suiv., par Conring : G. Wicelii Via regia, sive de controversis re-
ligionis capitibits conciliandis sententia, Helmstadt, 1650, 2" edit. 1657, et
dans ses Georgii Cassandri et Georgii Wicelii de temporis controversiis libri
duo, Helmstadt, 1659, p. 257 et suiv., par J. Lager : De pace et concordia
Ecclesiae restituenda opuscula aliquot clarissimorum virorum, Brunswick,
1650, et par Brown : Appendix ad 0. Gratii fasciculum rerum expetendarum
et fugiendarum, Londres, 1690, p. 705 et suiv.
5. G. Witzel, Typus prioris Ecclesiae, Cologne, 1559, p. 33, 34.
6. Witzel, ecrit Hosius au cardinal de Trente, le 28 fevrier 1561 (Stein
herz, Nuntiaturberichte, t. I, p. 270) insiste pour la concession du calice
et du mariage des pretres . Ge fut la raison qui poussa Hosius a lui
preferer comme theologien Damas de Linda professeur a Louvain.
Brus, dans son recueil de documents sur le concile de Trente (voir mon
Rapport deja cite, p. 261) nota 1 opinion de Witzel concernant le calice
et le mariage des pretres : Georgii Wicelii opinio de communions sub utra-
gue et conjugio clericorum. In Eucharistia poculum acerrime flagitatum
et ad seditionem usque postulatum concedi... possit..., nee id sine
approbatione pontificia... Nee desunt qui dubitent usuni istum utrius-
que speciei progressu longioris temporis mutatum iri propter innu-
mera inconvenientia in tot tantisque populis, adeoque necessario re-
ditura omnia ad pristinam alterius speciei sumptionem. Postremo nolim
calculo meo quicquam tribui, si antiquae constitutiones refragentur, si
verbo Domini vetetur, sique oecumenica synodus spiritu bono pronun-
ciet cur utraque species christianis Ecclesiae populis recte debeat sub-
trahi. In matrimonio postulat et temporis necessitas et cogit rei ve-
ritas ut aliquid de impedimentis quae videlicet non divini, sed human!
juris sunt, remittatur... Sin minus multo praestabilius est ut lex divina
legi humauae anteferatur : id quod omnium christianorum conscientia
comprobat. Nam quod attinet ad clerogamiam omnino praeferimus im-
maculatum connubium publico sacerdotum concubinatui ac privatae
fornicationi... Et arbitror, modo in sententiam R mi episcopi Naumbur-
gensis et aliorum recte de tola causa judicantium descendendum esse,
nisi quis aliter tune ex Scripturis quam ex Ecclesiae canonibus sentien-
dum esse putet . (Hofbibliothek de Vienne, ms. 5637, fol 737, cop. cont.)
94 LES DEUX PARTIS CATHOLIQTES REFORMATEURE
Pflug, son ami, 1 Eglise, pour se conformer aux temps nou-
veaux, devrait adoucir son ancienne discipline et conc6der
Dollinger (Beitrage, t. Ill, p. 177) a publie cet avis de Witzel redige le
I" Janvier 1557, pour la diete de Ratisbonne, sans indiquer d ou il 1 a
tire. La Senientia de coelibalu et conjugio sacerdotum de Witzel, fut editee
a Helmstadt, en 1631. En son Methodus concordiae ecclesiasticae (1537)
il se prononce, comme je 1 ai dit, pour la communion sous les deux es-
peces, qui fera participer, d une fagon plus complete, le peuple a la
messe, tout en blamant les lutheriens d en faire une question de schisme;
et il voudrait que le concile permit aux pretres de se marier une fois,
t ce qui est mieux que les concubinages clandestins, toleres par les eve-
ques . Dans un autre ecrit de 1538, il repete la meme chose, disant celte
fois de s adresser & Rome.
G. Witzel (1501-1573) qui, pretre et marie avail d abord embrasse la
Reforme, etait un lutlierien convert! (1531). Redevenu pretre catholique
a Eisleben, en correspondance suivie avec Erasme, il s occupa beau-
coup de reformer 1 Eglise et lutta avec vigueur centre ses anciens core-
ligionnaires. Ferdinand I r le nomma conseiller imperial; et son iils
Maximilien lui alloua, en 1564, une pension annuelle. Henri VIII le
prisait fort (Dollinger, Beitrage t. Ill, p. 118). Tres verse dans 1 Ecri-
ture et les Peres, il les ctudia d une facon aussi approfondie que
remarquable (voir sa lettre et celle de J. Haner, autre converti, de
1534, dans Dollinger, Beitriige, t. Ill, p. 111-120. Gf. Dollinger, Die Refor
mation, ihre Entwicklung und ihre Wirkimgen im Umfange des lullierischen
Bekenntnisses, Ratisbonne, 1846-1848, t. I, p. 125 et suiv.) II publia ii
Leipzig, en 1535, 1 ouvrage suivant : Quibus modis credendi verbum acci-
piatur in sacris litleris. Expositio Georgii Wicelii, Ecclesiae calholicae Pa-
raclesin}. Dans ses Annotationes de 1536, il recommande la lecture de la
Bible dont il blame la traduction par Luther qui au bon grain mela
une grande quantite d ivraie (Gf. Janssen, op. cit., t. VII, p. 560).
t Rien n est plus precieux en ce monde, ecrit-il, qu une bonne traduction
de la Sainte-Ecriture. La Bible, en effet, renferme les verites revelees,
la doctrine du salut et la regie de notre conduite... II ne nous est pas
defendu de revenir au texte primitif. Etudier 1 hebreu ne rend point he-
retique... G est le malin esprit et non 1 Ecriture qui fait les heretiques .
(Janssen, op. cit., t. VII, p. 564). Witzel fut vraiment le theologien du
juste milieu , cherchant toute sa vie des formules d accord qui permis-
sent de ramener au bercail ceux qui en avaient fui. II travailla en ce
but, soit avec le due Georges de Dresde qui reunit le colloque de Leipzig,
soit aupres de 1 Electeur Joachim de Brandebourg qui hesitait entre le
catholicisme et le protestantisme, soit avec 1 abbe Jean de Fulda, tout
occupe comme lui de tentatives d union; il applaudit aux efforts de
Charles-Quint ou de Ferdinand pour retablir la paix religieuse et il de-
fendit FInterim. Les ecrits deja cites sont tous inspires par cet esprit
irenique. De ses ceuvres fort nombreuses il fit lui-meme un catalogue
en 1553. Jusqu en 1539, il les edita & Leipzig chez N. Wolrab. (Sur celui-
ci voir Spahn, J. Cochlaeus, Berlin, 1897, p. 249, 258, 259, 271, 279), avec le-
quel il fut plus d une fois en difficulte, pour ne le pouvoir payer. (Lettre
de Cochlaeus du 6 aout 1539, dans Buscbbell, Doell, op. cit., p. 98. Sur
les difficultes materielles et pecuniaires des ecrivains catholiques, pour
se faire imprimer dans un pays ou il n y eut pendant longtemps qu un
seul imprimeur catholique, voir Braunsberger, op. cit., t. V, p. 281-
282). Apres 1539, il publia a Cologne, a Fribourg, a Cracovie et Paris.
Une edition complete commenQa & Cologne en 1559 et s interrompit a la
2 partie (1562). Outre ses Epistolarum libri IV (Leipzig), 1531, nombre de
sous PIE iv 95
la communion sous les deux especes, le conjugium sacer-
dotum 1 . Ainsi jugeait le celebre theologien Michel Sidonius
ses lettres ont ete publiees en divers recueils ou revues et restent en
core inedites. Gf. Widmann, Eine Mainzer Presse der Reformationszeit, Pa-
derborn, 1889. La liste des ecrits de Witzel que donne Riiss (t. I, p. 146
et suiv.) est incomplete, comme Pa fait remarquer Kampfschulte (Theo-
log. Literaturblatt de Reusch, t. II, p. 274). Ses ceuvres catechistiques ont
ete analysees par Moufang dans le Katholik annee 1877, p. 139 et suiv.,
annee 1880, p. 646 et suiv., dans ses Katholische Katechismen des -16 Jahr-
hunderts, Mayence, 1881, p. 107 et suiv., 467 et suiv., et dans ses Mainzer
Katechismen, Mayence, 1877, p. 46 et suiv.
Sur Witzel on peut consulter Strobel, Reitriige zur Literatur, besonders
des 16 Jahrhunderts, t. II, (1787); Neander, De Georgia Vicelio, ejusque in
ecclesiam evangelicam animo, 1839; Dollinger, Die Reformation, t. I, p. 18-
125 ; Holzhausen, Witzel und die kirchliche Union, dans la Zeitschrift fur
historische Theologie, 1849, p. 382 et suiv.; W. Kampfschulte, De Georgii
Wicelii ejusque sludiis et scriptis irenicis, Bonn, 1836 ; Rass, Die Konvertiten
seit der Reformation, Fribourg-en-Brisgau, 1866, t. I, p. 125 et suiv.;
Schmidt, Georg Witzel ein Altkatholik des XVI Jahrhunderts, Vienne, 1876 !
Ritschl, Georg Witzel s Abkehr vom Lutherthum, dans la Zeitschrift fur Kir-
chengeschichle de Brieger, t. II, p. 386-417; Maurenbrecher, Geschithte der
katholischen Reformation, Nurdlingen, 1880, t. I, p. 3S9 et suiv.; les arti
cles de la Theologische Literatur de Reusch, annee 1877, p. 179, de Falk,
dans le Katholik, 1891, t. I, p. 129 et suiv., de Tschackert, dans I Allge-
meine deutsche Biographie, de Paulus dans la 12 edition clu Kirchenlexikon
de Wetzer-Welte, et de Kawerau dans la Realencykoptidie fur protestan-
tische Theologie, 3 C edition ; Janssen-Pastor, Geschichte des deutschen Wolkes,
t. VII, p. 41, 230, 265, 432, 556, 567-571, 575, 577, 660 sq. 665, 671, 677,
685.; Braunsberger, op. cit., t. 1, p. 329 n. 1, 588 et n. 3, 589 n. 1, t. II,
p. 54 et n. 4, 790, 791, 918, t. Ill, p. 211 et n. 3, 234, 722, 724, 723 et
n. 2, 734, t. IV, p. 766, 795; Hurter, op. cit.,i. Ill, col. 21 etsuiv. ; O. A.
Hecker, Religion und Politik den letzten Lebensjahren Herzog Georgs des
Rartigen von Sachsen, Leipzig, 1912, p. 59, 63, 73, 75, 78, 81, 84, 87, 89, 90,
92, 97, 102, 104, 111.
La plus ancienne biographie de Witzel est dans Cornelius Loos Calli-
dius, Germaniae scriplorum catalogues, Mayence, 1382, et dans Th. James
Brown, Appendix ad 0. Gratii Fasciculum rerum expetendarum et fugien-
darum, Londres, 1690, p. 784 et suiv. -- Voir le jugement d Eck sur
Witzel, en 1539, dans I OEsterreichische Vierteljahrschrift fur katholische
Theologie, t. IX, p. 200 et suiv.
1. Schmidt, Neuere Geschichte der Deutschen, Frankenthal, 1785-1786, t. IV,
p. 42-47; A. Jansen, Julius Pflugk, dans les Neue Mittheilungen aus dem
Gebiet historischanliquarischer Forschungen, t. X, Halle, 1864, part. 1, p. 68
et suiv., part. 2, p. 123 ; Pastor, Die kirchlichen Reunionsbestrebungen
wuhrend der Regierung Karls V, Fribourg-en-Brisgau, 1879, p. 137.
Pflug fut le dernier eveque de Naumburg-Zeitz, il assista au concile
de Trente, en 1551, et mourut en 1564, a Zeitz. Voir sur lui Epistolae Pe-
tri Mosellani... ad Julium Pflugium, edit. Miiller, Leipzig, 1802; Hergang,
Das Religionsgesprach zu Regensburg in Jahre 1514 und das Regensburger
Buch, Gassel, 1858 ; Ranke, Deutsche Geschichte, t. V et VI ; Droysen,
Geschichte der Preussischen Polilik, Leipzig, 1859, t. Ill, part. 2; Jansen,
article cite des Neue Mittheilungen, t. X, (1864), part. 1, p. 1-110, part. 2,
p. 1-212 ; Brieger, De formulae concordiae Ratisbonenses origine atque indole,
Halle, 1870 ; du meme, Contarini und das Regensburger Concordienwerk, Go-
ilia, 1870; Voigt, Moritz von Sachsen 1541-1547, Leipzig, 1876; Pastor, Die
96 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES HEFORMATEURS
Helding, coadjuteur de Mayence et dernier eveque de Mer-
seburg, dont I activit6 ir6nique fut grande au colloque de
Worms (1557) et a la Diete d Augsbourg (1559) J . Cassander,
lequel employa toute sa vie a s instruire a fonds des con-
troverses de son siecle, a chercher les moyens de calmer les
esprits ou d empecher qu il ne se fit une plus grande divi-
kirchlichenReunionsbestrebungen, p. 130 et suiv. ; Beutel, Ueber den Ursprung
des Augsburger Interims, Dresde, 1888; Wetter, Die Religionsverhandlungen
auf dem Reichstage zu Regensburg, lena, 1889; les articles de Paulus et de
Kawerau dans la derniere edition AuKirchenlexikon et de la Realenzy/clopd-
die; Janssen-Pastor, Geschichte des deutschen Volkes, t. VII, p. 36, 291, 327,
482 et suiv. ; Eder, Die Reformvorschluge Kaiser Ferdinands I auf dem Ron-
zil von Trient, Minister, 1911, p. 17, 19, 68, 72, 79 et suiv., 156, 200 et suiv. ;
Hecker, op. cit., p. 26, 27, 33-36, 43, 44, 48-53, 59, 68-71, 74, 109-111.
1. Gf. Janssen, Geschichte des deutschen Wolkes seit dem Ausgang des Mit-
telalters, t. II, (7 e edit., 1882) p. 176 et suiv. ; Paulus, Michael Helding,
dans le Katholik, t. II, p. 491.
Dans un de scs rnanuscrits (Hofbibliothek de Vienne, ms. 5637, fol. 726-
733), 1 archeveque Brus a nole 1 opinion de Ptlug et de Helding sur le
calice et le mariage des pretres : R a D.D. Michaelis Moserburgensis et Julii
Naumburgensis episcoporum opmio de communione sub ulraque et conjugio
clericorum. Relativement a cette derniere question il y est dit : Ac ne
praetereamus locum de coelibatu clericorum, satis constat hunc eundem
institutum fuisse initio, ut iidem munere suo eo liberius fungerentur...
(Suit la defense du celibat ecclesiastique et la reponse aux objections
ordinaires tirees de Saint Paul). Quod igitur res atque necessitas ipsa
postulat censemus ita relaxandam esse legem coelibatus, ut iis qui sa-
cris ordinibus initiati sunt liceat uxores ducere, et nihilkominus mu
nere ecclesiastico fungi, inaxime si nullum continentiae votum fecerint,
prout sacerdotes non vote sed tanlum constitutione se ipsos astringunt ;
ii autem qui necdum initiati sunt sacris ordinibus in posterum pacto
nullo nunciantur... Ut temeritas omnis vitetur ad haec omnia authori-
tatem publicam aut synodi oecumenicae aut Apostolicae Sedis accedere
volumus. Sed in hoc tamen toto genere arbitramur ea etiam cautione
opus esse, ut si quae provinciae sunt, quae meliori disciplinae utuntur,
nee relaxationem canonis desiderant legem coelibatus, quae apud eos
bene fixa est, non abrogent... Gf. Schmidt, Neuere Geschichte der Deuts
chen, t. IV, p. 42 et suiv.
M. Winter (Mittheilungen des Vereins fur Geschichte und Altherthums-
kunde in Hohenzollern, Sigmaringen, t. XV (1881-1882), p. 1-15), Hundhausen
(Wetzer-Welte, Kirchenlexicon, 2 edit., t. VIII, p. 1493 et suiv.), Nico-
laus Paulus (Katholik de 1894, t. II, p. 410-430, p. 481-502), E. Kawerau
(Realencyclopudie de Herzog-Hauck, 3 edit., p. 610 et suiv.) ont eaquisse
la biographic de Helding (f 1561). On peut voir encore Druffel, Briefs und
Aden zur Gsschichte des -16 Jahrunderts, 1, Munich, 1873, p. 157 et suiv. 573,
775 ; Abhandlungen der historischen Klasse des bayrischen Akademie des Wis-
senschaflen, t. XIII, part. 2, p. 145 et suiv., t. XVI, part. 1, p. 1 et suiv.,
et part. 2, p. 181 et suiv.; Fraustadt, Die Einfuhrung der Reformation im
Hochstifte Merseburg, Leipzig, 1843, p. 208-264 ; Janssen-Pastor, op. cit.,
t. VII, p. 464, 480, 576 ; Eder, Die Reformvorschliige Kaiser Ferdinands I
auf dem Konzil von Trient, Miinster, 1911, p. 17, 19, 68, 70, 80, 83-85, 95
et suiv., 101, 156, 200, et suiv., 222, 227. Les lettres de Helding a Nausea
se trouvent dans ses Epistolarum libri X, Bale, 1550, p. 80 et suiv.
sous PIE iv 97
sion dans 1 Eglise J , et qui en ce but ecrfvit le De officio
pii viri in hoc religionis dissidio (1561) 2 , se prononce trcs
categoriquement pour la communion sub utraque dans le
livre qu il y consacra 3 ; son memoire a Ferdinand et a
Maximilien, redige les derniers mois de sa vie (1564), re-
nouvelle celte affirmation et insiste sur le mariage des
pretres 4 . L eveque de Vienne, Nausea, dont les Merits the"-
1. De Thou, Hisloire universelle, liv. xxxvi, edit., de La Ilaye, 1740,
p. 489.
2. Get ouvrage fut presente au colloque de Poissy. Attribue par Calvin
a Beaudoin, il fut refute par Jean Hessels, de Louvain, dans un traite
qui porte le meme titre (1565). Gf. Du Pin, Histoire de VEglise et des au-
teurs ecclesiastiques du XVI siecle, Paris, 1701-1723, p. 169-180 et 217 ; et
voir plus haut, p. 1 n. 2.
3. De sacra communione christiani populi in ulraque panis et vinis specie.
Get ouvrage est aussi intitule : Consultalio sitne communio in utraque pa
nis et vini specie catholicis optanda, eliamsi jure divino non sit omnino ne-
cessaria (H. Reiiseh, Die Indices l.ibrorum prohibiionim des sechszehnten
Jahrhunderts, Tubingen, 1S8G, p. 290), on : Silne communio in utraque specie
catholicis expetenda (cf. G. Gaasander, Consultalio de articulis religionis
inter catholicos et protestantes controversis, Cologne, 15u7, p. 172 ; Le Plat,
op. cit., t. VI, p. 757 et suiv.), ou encore : Dialogus de communione sub
utraque Helmstadt, 1652 (Schelhoru, Arnoenilates ecclesiasticae,t.ll, p. 567-
584). Ganisius craint que ce traite ne ravive le desir et la demande du
calice, (Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 484; cf. ibid., p. 590). Gassandre
y soutenait que la communion sub utraque, bien qu elle ne fut point ne-
cessaire de droit divin, devait cependaiit etre desiree par les catholi-
ques (Ibid., p. 484 et n. 5).
4. Cojisultatio de arliculis religionis inter catholicos et protestantes contro
versis, Cologne, 1567, roeditee par Grotius en 1642, par Gonring, Georgii
Cassandri et Georgii Wicelii de temporis controversiis libri duo, scripti jussu
augustissimorum Caesarum Ferdinandi I Maximiliani II, Helmstadt, 1659,
p. 205 et suiv. (cf. plus haut, p. 1 u. 2, 93 n. 2) et par Le Plat, op. cit.,
t. VI, p. 664-790. Gf. Du Pin, op. cit., t. V, p. 181-205 ; Hopfen, op. cit., p. 128.
Dans ce memoire, il dit que la communion des lutheriens est conforme
a 1 ancien usage; rnais il ajoute, apres avoir montre que le rite con-
traire etait egalement ancien: e Quam ob rem consultum fore puto, si in
his quoque consilium apostolicum observetur, ut is qui bibit non biben-
tem ne spernat, et qui non bibit bibentem non judicet, sed-quae pacis
sunt sectemur et quae aedificationis invicem custodiamus . (Le Plat,
op. cit., t. VI, p. 756). Gf. Hopfen, op. cit., p. 128. Le passage relatif
au mariage des pretres se trouve dans Le Plat, op. cit., p. 760-761 ; cf.
Du Pin, op. cit., t. V, p. 201.
De Thou (Histoire universelle, liv. xxxvin), qui propose Gassander
comme un modele a ceux qui exercent leur esprit dans la dispute, aim
qu ils apprennent de lui a eviter Fanimosite et 1 aigreur , dit de sa Con-
sultatio de articulis religionis (ibid., liv. xxxvi) : L empereur lui ecrivit
que, puisque sa sante ne lui permettoit pas de travailler a la reunion
des esprits par sa presence, il y contribuat au moins par ses ecrits et
par son conseil, qu il fit un abrege de la doctrine chretierme, et qu outre
les anciens articles de la foi catholique, renfermes dans la Confession
d Augsbourg qui ont toujours ete liors de toute controverse, il expliquat
7,
98 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
ologiques furent aussi nombreux qu apprecies, affirrne la
Iegitimit6 de la communion sub una.ei la superiorite du
celibat ecc!6siastique sur le mariage, mais il avoue que la
necessit^ et le changement des moeurs engageraient celui
qui etablit ces regies a les abroger, s il vivait maintenant J .
ceux qui avoient deja ete accordes de part et d autre par les sgavans
des deux partis, ceux qu on pourroit accorder pour le Men de la paix
et pour maintenir 1 unite de 1 Eglise, sans blesser la verite catholique,
et ceux que la Confession d Augsbo.urg ne contredit pas expressement,
quoique les partisans de cette Confession les revoquent en doute par
opposition a la religion catholique. C est ce que Cassander executa
d une maniere admirable, en pen de mots et avec une extreme retenue,
dans la Consultation sur les articles controverses entre les catholiques
et les protestants, qu il fit imprimer et qu il envoya & 1 empereur Maxi-
milien, car Ferdinand etoit deja mort. Ce fut la le dernier ouvrage de
cet excellent homme, qui etoit exempt de toute passion, et qui s etoit
preserve de 1 esprit de parti, qui professoit sincerement et uniquement
la verite que Jesus-Christ a laissee a son Eglise . Cet ouvrage fut remis
a Maximilien II, le 9 Janvier 1565:
Cassander naquit a trois lieues de Bruges, a Pitthem, dans 1 ile de
Cadsand, d ou il tira son nom. Apres avoir longtemps enseigne a Bruges,
il fut appele a Duisbourg, par Guillaume due de Cleves, afin de refuter
les anabaptistes ; puis il vint a Cologne, qu il habita jusqu a sa mort
(3 fevrier 1566). Ses oeuvres completes furent publiees a Paris, en 1616.
Sur Cassander et ses efforts pour amener a 1 union catholiques et pro
testants, voir Conring, op. tit. , Du Pin, op. clt,, t. V, p. 147-212 ; Moreri,
Le grand dictionnaire historique, edit., de Paris 1732, t. II, p. 598; de Thou,
Histoire universelle, liv. xxxvi et xxxvm, edit , de La Haye, 1740, t. Ill,
p. 489 et suiv., 619 et suiv.; Dieringers Zeitschnft fur Wissenschaft, 1845,
t. Ill et IV; Bering, Geschichte der Idrchlichen Unionsversuche, Leipzig, 1836,
t. I, p. 427 et suiv.; Ch. Kaltenbach, Cassandre et ses essais de conciliation
entre la reformation et le catholicisme, Strasbourg, 1849; Friedrich, G. Cas-
sandri vita et theologia, Gottingen, 1855 ; Calkoun, Specimen hist, theol.
Georgii Cassandri vitae atque operum narrationem exhibens, Amsterdam,
1859; Fritzen, De Cassandri ejusgue sociorum studiis irenicis, Miinster, 1865 ;
M. Birk, Georg Cassanders hleen iiber die Wiedervereinigung der christlichen
Konfessionem, Cologne, 1876; Pastor, Die kirchlichen Reunionsbeslrebungen ;
Lessen, Das Kolnische Krieg, Gotha, 1882, t. I, p. 3, 13 et suiv., 167; Des-
chrevel, Histoire du se minaire de Bruges, Bruges, 1891, p. 385 et suiv. ;
Braunsberger, op. cit., t. I, p. 3G5 n. 6, t. IV p. 145,470, 499, 507, 571, 766,
795;Hurter, op. cit., t. Ill, col. 34 et suiv. Ses oeuvres furent pour la
premiere fois editees a Paris, en 1616 : ce sont des ecrits relatifs a 1 his-
toire des dogmes et de la liturgie, 107 lettres et les actes des deux col-
loques qu il eut avec les Anabaptistes en 1558 et 1565. Son etude des
Hymni ecclesiastici fut mis a FIndex (Reusch, Indices librorum prohibifo-
rum XVI Jahrhunderts, Stuttgart, 1886, t. I, p. 361). Cf. Meuser, Historia
theologorum Coloniensium seculi XVI, dans la Dierengers Zeitschrift, 18i5,
t. IV, p. 205 et suiv.
1. On trouve son opinion sur ces deux points, dans le manuscrit de
Brus, 5637 de la Hofbibliothek de Vienne (fol. 733 et suiv.) : R Z) Fride-
rici episcopi Viennensis de communions sub utraque et conjugio clericorum :
Catholic! confitentur quod quemadmodum Ecclesia quondam facultate
habuerit ex quibusdam singularibus, praegnantibus, legitimis et urgen-
sous PIE iv 99
Christophe Wertwein, pre"dicateur renomme du xvi" siecle,
eveque de Wiener-Neustadt (1550-1553) et de Vienne J , ad-
met lui aussi que 1 Eglise, a cause de la calamit6 des temps,
doit faire ceder sur ces deux points son ancienne rigueur 2 .
tibus denique causis, auffere laicis usum sumendi venerabilis sacra-
menti Eucharistiae sub utraque spetie..., ita illam facultatem haboat, ex
specialibus praegnantibus, legitimis et urgentibus causis priorem illam
sub utraque spetie... communionem eisdem laicis denuo concedere et
restituere. (Suivent les conditions qui doivent, a son avis, accompagner
la concession du calice). Catholici confitentur perpetuam extra matri-
monium castitatem, quam coelibaturn vocamus, tarn esse praecellentem,
meritoriam et arduam virtutem ut earn nonnulli Deo dilecti... ardenti
charitate amplexi sint et continuerint, ut ejus etiam deinde castitatis
observantia et continentia in cogentem quandam legem transient, quae
a Galixto papa cunctis deinde sacerdotibus, diaconis et subdiaconis
servari sumere mandata sit et confirmata. Qui, si sub haec novissima
tempora vitam ageret, multorumque ecclesiasticorum occultam vel ma-
nifestam castitatem conspiceret et experiretur, et exploraret quam car-
nalis, quam horrenda, quamque flagitiosa, quamque prodigiosa libido,
immunditia, fornicatio, scortatio et id genus multa alia carnis scelera
longe impudentissima, nullo ferme noil loco et tempore a multis eccle-
siasticis et a praesertim abundantibus beneficiorum... pliiralitate, luxu-
riantibus, quottidieque laute, copiose, splendicleque potantibus, ocian-
tibus, pigritantibus, indoctis et ineptis personis die pene noctuque citra
omnem pudorem, in omnium plane scandaliwn et in divini quoque cultus
totiusque ecclesiastic! status et officii contemptum, nee sine magno bo-
norum damno et prejudicio commiterentur et designarentur, ipse procul
dubio, legem quam de servando coelibatu contra sacerdotum conjugia
zelo fortasse non impio tulit et dedit, sine omni mora prorsus abrogaret
et ipsum coelibatum, una cum conjugio ecclesiasticorum, qualis antea
fuit, rursus adjectis aliquot conditionibus, liberum relinqueret... Si
vel ipsa Ecclesia vel ejus nomine pontificia Sanctitas legem coelibatus
relaxeret... posthac (et quidem brevi non solum nou nmltos ferme idoneos
habituri sumus pastores, ecclesiastes, praedicatores..., sed et nullam
habituri sumus religionem in summam et sempiternam nostri omnium
pernitiem et interitionem, quemadmodum (proa dolor) id ipsum nunc
multis in locis Germaniae non sine magno ipsius incommode... evidenter
apparet . (Gf. Schmidt, Neuere Geschichte der Deulschen, Frankenthal,
1785-1786, t. IV, p. 42-47.) Nausea s etait d abord prononce en faveur de
la communion sub una; ce qui donnait plus d importance a son opinion
nouvelle. (Gf. Janssen-Pastor, op. tit., t. VII, p. 489). Pour la Diete
d Augsbourg de 1S30, il avait ecrit un livre, qui ne fut pas edite, sur le
manage des pretres (Ghmel, op. cit., p. 327) ; il conseilla. a Paul III, de
supprimer le caractere obligatoire du celibat (Metzner, Frid. Nausea aus
Waischenfeld, Bischof von Wien, Ratisbonne, 1884, p. 78-80 ; Saftieu, op.
cit., p. 14) ; il renouvela cet avis, avec les eveques de Naumburg et de
Merseburg, Pflug et Helding, dans un memoire qu ils remirent a Ferdi
nand. (Schmidt, loc. cit.. Gf. Janssen-Pastor, loc. cit.) Sur Nausea voir
plus haut, p. 40, n. 2.
1. A la mort de Nausea, il administra les deux eveches de 1552 a 1353,
2. L archeveque Brus nota 1 opinion de Wertwein, dans le manuscrit
5637 de la Hofbibliothek de Vienna (fol. 736) : R D Cristophori electi No
vae civitatis opinio de communione sub utraque et conjugio clericorum. n Utri-
que ritus [communionis] in Ecclesia manserunt usquedum haereses in-
100 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
Au colloque d Haguenau (1540), le savant et infatigable
champion du catholicisme Jean Cochlaeus propose le calice
comme un des articles qui peut amener 1 enteute l . A celui
de "Worms, I ann6e suivante, le legat Giovanni Morone re-
marque que les theologiens catholiques sont animes d un
trop grand esprit de conciliation 2 ; et Contarini, qui lui-
meme penche pour la concession de la communion sous
les deux especes 3 , conseille de renvoyer la question a un
concile oacume nique 4 . S il y avail un concile national en
Allcmagne, 6crivait a Saint Ignace en 1554 le Jesuite Jay,
les the"ologiens catholiques de ce pays se prononceraient
pour la communion utraquiste et le mariage des pretres,
la suppression du jeune et la restriction des vceux de chas-
tet6 5 . Plus d un eveque croyait, comme plus tard dira le
ciderent... Gonstat etiam communionem sub altera juris esse positivi
at quae sunt juris positivi pro temporum necessitate et utilitate tempe-
rentur... Quum hoc nostro calamitoso seculo plerique sacerdotes in
coelibatu incontinentissime juvant, toti plane libidini addicti, praestaret
militandos voto coelibatus non obstringere, quam quod per votum la-
queus animabus ipsorum ponatur. Haec autem Ecclesiae juditio sub-
missa sunt >.
Sur Wertwein, voir Kopallik, Regesten zur Geschichte der Erzdiocese
Wien, t. II (1898), p. 104-108; Wiedemann, op. cit., t. II, p. 65 et suiv.
1. Sur Cochlaeus, polemiste et historien voir Karl Otto, Das Colloquium
des Cochlaeus mit Luther zu Worms auf dem Reichstage 1521, dans Oester-
reichische Vierteljahrschrift fiir kalliolische Theologie, t. V, l re livraison ;
du meme, Johannes Cochlaeus der Humanist, Breslau, 1814; Gess, Johannes
Cochlaeus. der Gegner Luthers, Berlin, 1886; Spahn, Johannes Cochlaeus, Ber
lin, 1898; les articles de Krafft dans la Zeitschrift fur preussische Geschichte,
t. V, p. 481, de Dittrich, dans I Historisches Jahrbuch, t. VIII, p. 164 et
surtout de Falk dans le Mainzer Katholik, t. 69, p. 313-321 (Zur Cochlaeus-
Biographie und-Bibliographie) ; Janssen-Pastor, op. cit., t. VII, p. 7, 296-
299^ 468-473, 476. 480, 498, 526. 569; Spahn, Joannes Cochlaeus, Berlin, 1898.
Dans le tome XVIII (1897) de la Zeitschrift fur Kirchengeschichte , Friedens-
burg a publie nombre de lettres de Gochlaeus. On en trouvera d autres
dans Th. Wiedemann, Johannes Cochlaeus nach seinem Leben und seinen
Schriflen. Eine Sammlung original Handschriflen, et dans 0. Clemen, Briefe
von Ilieronymus Emser, Johannes Cochlaeus, Johann Mensing und Petrus
Ranch, Miinster, 1907. G . Buschbell, DoelJe, Briefmappe, p. 74, 98, 223, 236,
248-232. Sur le colloque voir Staatsarchiv de Munich, Kirche und Schule
17, fol. 253-288.
2. Gf. G. Constant, Legation du cardinal Morone aupres de I empereur et
du concile de Trente (1563), Paris, 1921, p. xi et suiv.
3. Die Correspondenz des cardinal Contarini ivahrend seiner deutschen Le
gation, dans I Historisches Jahrbiich de 1880, p. 476.
4. Laemmer Monumenta Vaticana, p. 381, 384. Cf. Braun, Cardinal Gas-
paro Contarini oder der Reformkalholiiismus unserer Tage im Lichte der Ges
chichte, Leipzig, 1903.
5. Gothein, Ignatius von Loyola und die Gegenre formation, Halle, 1895,
SOUS PIE IV 101
cardinal de Lorraine, que conceder le calice arreterait
conside rablement le progres des protestants ; bcaucoup de
personnes ne s etaient attaches a eux an commencement
que par rapport a cet article, et elles cesseraient de leur
preter 1 oreille. lorsque 1 Eglise leur accorderait la commu
nion entiere * . II est a souhaiter, avail 6crit Charles-
Quint an temps de la premiere concession, que la disci
pline de la primitive Eglise soil restaure et observee dans
nos temps malheureux ; on ramenera les 6gares au druit
chemin en usant de bonte plutol que de rigueur; c est par
la douceur et la mansuetude que 1 Eglise des Apotres et
des Peres fut fondle; et c est ainsi qu aujourd hui peut etre
retablie 1 unile chretienne ; car maintenant aussi bien
qu alors (ceci est clair comme le jour) le lait convient mieux
a la majorite que les mets lourds et vigoureux; aussi
n avons-nous cesse de supplier le pape de ceder. par une
paternelle condescendance, sur certains points qui ne tien-
nent pas a 1 ordre essentiel de 1 Eglise, jusqu a la reunion
du prochain concile 2 .
p. 684 et suiv. Jay concluait de son affirmation qu un concile general
etait necessaire.
1. Sarpi, op. cit., livre V, | IT, trad, de Lecourayer, ed. Bale, 1738,
p. 124. Lettres du cardinal de Ferrare a Borromee, Janvier et 15 aouM562,
dans Baluze-Mansi, Miscellanea, t. IV, p. 383 et Susta, Die romische Ku-
rie und das Konzil vom Trient unlcr Pius IV, t. II, p. 327. Gf. W. Goetz,
Der Kompromisskatholizismus und Kaiser Maximilien II, dans I Hislorische
Zeilschrift de Sybel, Serie nouvelle, t. 41(1896), p. 196.
2. Ob nun wohl zu wiinschen das alle Ghrisstliche disciplin uund zuclit
der alten Kirchen bey disen verdebten leichtfertigen zeiten, widerumb
allenthalben eingeschiiert und erbalten werden mocbte..., damit die
einige, so sich abgesondert widerumb zu ainem rechten Cbrisstlicben
wesen unnd wandl, mehr mit guetten willen underwisen unnd gelaitet,
dann durch ybermassigen ernst abscheuhig gemacht wurden. Dann \vie
zu den Aposstel unnd Vatter, die Gruundtfesst der Chrisstlicben Khir-
clien mit Giiette unnd sanfftmiiettigkheit angefangen und erpauet, also
mochten verhoffentlich durch solch guettliche weege, die ienige so in
irrung mind Missverstand gewachsen seindt, zu diser zeit auch wide
rumb zu ainem einheligen verstandt unud vergleichunng gebacht unnd
erhalten -\verdp.n, dieweil ainmahl ofl entlich am tag, das noch starkher
speiss bey der Pabbsstlichen Heyligkheit, mit alien embsigen Vleiss
zubearbeithen, das sein Heyligkheit, hierinnen aim gnedig^ vatterlichs
einseehens haben, unnd den ordinarien erlauben wolte in den articeln
darin solches ohne sondern Nachtheyll unnd Abbruck Ghristenlicher
Ordnung gestehen khonte, bis zu erorderung des Concilii zu dispensi-
ren . Charles-Quint au Cardinal d Augsbourg, Bruxelles, 28 mai 1S19.
Kreisarchiv de Munich, Gen. Reg., fasc. 125S, n 14, cop. cont.
102 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMA.TEURS
La bulle cle Paul III, en 1548, avail 6te une victoire du
parti modere\ II esperait en remporter une nouvelle et
plus complete, pour le plus grand bien de la religion et la
pacification de rAllemagne.
*
**
Ferdinand i er . Un des chefs principaux de ce parti fut 1 empereur Fer
dinand ! . C 6tait un fervent catholique 2 . Tons les temoi-
1. Depuis le traite de Worms (1321), confirms par celui de Bruxelles
(1522), Ferdinand gouvernait les possessions allemandes des Habsbonrg
il avail ete elu roi de Boheme et de Hongrie en 1526, et en 1S31 roi des
Remains. La Diete de Francfort de 1558 le proclama empereur.
Sur Ferdinand I on pent consulter Bucholtz, Geschichte der Regierung
Ferdinand des Ersten, Vienne, 1831-1838, 9 vol. Bergmann, Die Kinder
Kaiser Ferdinands I, Vienne, 1831 ; A. v. Gzevacz, Itinerar Kaiser Ferdi
nands I 1521-1564, Vionne, 1843 ; Ranke, Zur Deutschen Geschichte vom
Religions frieden bis zum 30 jiihrigen Kriege, 1863,3= edit., 1888; du meme,
Deutsche Geschichte im Zeitalter der Reformation, Berlin, 1839-1847, 6 e edit.
Leipzig, 1862 ; v. Kraus, Zur Geschichte Oesterreichs unter Ferdinand 1
1519 bis 1522. Bin Bild standische Parteikiimpfe, Vienne, 1873 ; Rezek, Les
Memoires de Dacickij, Prague, 1878-1880 2 vol. et Gesnh. d. Regierung Fer
dinands I in Bohmen, Prague, 1878 ; Huber, Geschichte Oesterreichs, Gotha,
1885-1895, t. Ill et IV ; G- Turba, Beitrage zur Geschichte der Habsburger
1548-1558, dans I Archiv fur osterreichisc/ie Geschichte, i. 89, 90 et Kritische
Beitrfige zu den Anfangen Ferdinands dans Zeitschrift fur d. osterr. Gymn.
t. 53, avec une critique de Bauer, ibid. ; Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, et
VII passim ; Illing, Der Regierungsantritt Ferdinands I in den osterreich.
Erblanden, Programme Florisdorf 1903 ; Mencik, Beitrage zur Geschichte
Ferdinands, Vienne 1905 ; W. Bauer, Die Anfdnge Ferdinands 1, Vienne et
Leipzig, 1907 ; du meme. Die Korrespondenz Ferdinands I, Vienne, 1912
Fr. M. Mayer, Geschichte Oesterreichs, edit., Vienne et Leipzig, 1909,
t. II, p. 1 et suiv. ; Pastor, Geschichte der Papste, i. VI et VII passim ; les
ouvrages cites de Turba (t. II et t. Ill), de Steinherz (t. I-III-IV), de
Susta (t. I-IV), de Braunsberger (t. I-V). Voir les source? dans Krones,
Grundriss der oesterreichischen Geschichte, p. 425 et suiv., 443 et suiv., 477
et suiv. Une commission historique (Historische Landes-Commission
fur Steiermark) fut constitute en 1892, pour etudier en Styrie Fepoque des
Habsbourg. (Of. Mitlheilungen des Instituts fur oesterreichische Geschichts-
forschung, 1893, p. 533). Elle a fait paraitre de 1897 i 1912, soil a Graz,
soit a Vienne, neuf volumes, sous le titre general : Forschungen zur
Verfassungs-und Verwaltungsgeschichte der Steiermark. Mais jusqu ici on
ne peut guere citer sur Fepoque de Ferdinand I er et de Maximilien II
que Fouvrage de Loserth, Das Kirchengut in der Sieiermark in 16 und
17 Jahrhundert, Graz et Vienne, 1912. Les etudes sur Charles-Quint par-
lent generalement de son frere et successeur Ferdinand. E. Denis
(Fin de I Indtpendance Boheme, t. II, p. 22-24), a trace le portrait de Fer
dinand comme politique.
2. i Fu molto religioso, clemente, pio et caritatevole n. (Ulloa, Vita del
Imperalore Ferdinando 1, Venise, 1565). Fu Principe ripieno di molte
virtu, ma sopra tutto giustissimo e religiosissimo . (Lud. Dolce, Vita di
Ftrdinartdo I Imperddorc, Venise, 15G6, p. 240).
SOUS PIE IV 103
gnages du temps concordent sur ce point : les ambassa-
deurs venitiens 1 affirment a diverses reprises * ; Hosius le
constate, bien qu il se plaigne de sa tolerance 2 ; ses adver-
saires ne le sauraient nier 3 . Commendone estime que si
les princes ecclesiastiques ou seculiersd Alleniagne avaient
une petite partie seulement de son zele religieux, 1 em-
pire ne tarderait pas a redevenir catholique 4 . Des son le
ver, il recitait le chapelet 5 ; chaque jour, il entendait deux
messes a genoux, 1 une pour lui, 1 autro pour la reine de-
funte, et aucune occupation, si pressante fut-elle, ne pou-
vait Ten empecher 6 ; souvent il recitait 1 office ou y assis-
1. Sua Maesta e religiosissima, ne mai ha mutato il vero culto di
Dio... non si vede in sua Maesta segno aleuno se non di vera religione.
(Relation de Lorenzo Gontarini, auibassadeur aupres du roi des Remains
en 1348. Alberi, op. cit., Serie I, t. I, p. 457) Quanto sia religiose puo
parere dal suo frequentare li divini uffici, dal confessarsi e dal cornuni-
carsi tre o quattro volte 1 anno, nia in nessun modo piu che dalla con-
tesa che esso ha avuto cosi lungo tempo con suo grave danno per causa
di religione con li principi de Gormania e colli suoi popoli, in grazia de
quali se ha alcune cose permesso e da niolli interpretato che sia stato
piu tosto necessita che volonta, e che la sua persona resti come fu sem-
pre cattolica . (Relation de Paolo Tiepolo, 1357. Ibid., t. Ill, p. 146).
Mostra d esser religiosissimo e rnancheria ordinariamente piuttosto
ad ogn altra cosa che a udir gli ufficii divini . (Relation de Leonardo
Moeenigo, 1559. Ibid., t. VI, p. 113.) E religiosissimo, ne con verita si
pud dire che mai sia allargato punto dalla religione cattolica . (Relation
de Giacomo Soranzo, 1562 [Ibid., t. VI, p. 148] ou de Giovan Michele,
1563, selon Fiedler, Relationen venetianischer Botschafter iiber Deutschland
und Oesterreick im sechzeknten Jahrhundert, t. XXX des Fontes rerum aus-
triacarum, Vienne, 1870, p. 215.
2. Non dubito quin sit princeps vere christianus et ex animo catho-
licus, magnoque Dei timore preditus . Hosius a 1 archoveque de Salz-
bourg, 12 septembre 1560. Steinherz, op. cit., t. I, p. 112.
3. La persona poi di sua Maesta e per si longa prova conosciuta ca-
tholica, pia et reverente de la Sede Apostolica . Reponse a certains
griefs centre 1 empereur. Sickel, op. cit., p. 32.
4. lo tengo per fermo 1 animo di Sua Maesta essere cosi buono che,
se si potesse dividere la sua bonta fra li principi ecclesiastic! et seculari
di Germania bastarebbe assai per restituere la religione catholica in
quella provincia i>. Ecrit de Gommendone sur sa legation aupres de
1 empereur, remis, sur lear demande, aux legats du concile de Trente ct
envoye par eux a Borromec le 19 fevrier J563. Lagomarsini, Poyiani epis-
tolae et oraliones.Rome, 1756-1762, t. Ill, p. 242. Steinherz, op. cit., t. Ill,
p. 198.
5. Relations citees de Gontarini et de Mocenigo Alberi, op. cit., sorie I,
t. I, p. 457, et t. VI, p. 113.
6. Relations de Giovanni Capello 1558 (Alberi, op. cit., Appendice, p. 28),
de Leonardo Mocenigo 1559 (Alberi, op. cit., Serie I, t. VI, p. 113), de
Giacomo Soranzo 1562 (Ibid., p. 148-149) ou de Giovan Michele, 1563
(Fiedler, QJJ. cit., p. 215. L lniperator ha mangiato di poi sempre riti-
104 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFOR MA.TEURS
tail ; dix fois par an, il se confessait et communiait 2 ; il
venait aux vepres et au sermon, les jours de fete et, chaque
vendredi,ilsuivait une procession 3 ,jeunant toutes les vigi-
les 4 . Ferdinand desirait que son exemple fut suivi 5 . Aussi sa
niaison et sa cour paraissaient-elles un monastere ou quel-
que lieu saint habile par des hommes pieux et religieux 6 .
Tous ceux qui veulent avoir la favour de Sa Majeste 1 imi-
tent ecrit un ambassadeur venitien, qui, en 1541, trace
du prince ce portrait : Le roi des Remains a 39 ans ;
petit de taille, il est maigre, pas joli, mais bien portant, et
je crois qu on peut affirmer sans se tromper qu il n est
prince plus religieux et meilleur : Sa Majeste en effet ob
serve si scrupulousement les lois de la religion, tant de
droit divin que de droit positif, tant naturelles que morales
qu Elle est pour tous un modele parfait... Elle obeit si
fidelement aux commandernents de Dieu que nul investi-
gateur de sa vie, si minutieux fut-il, n a pu savoir en quoi
Elle a pr6variqu6. Sa Majeste est si liberate qu elle donne
tout ce qu elle a, et que ses serviteurs sont relativement
plus riches qu Elle... Son affabilit6 lui sert plus qu a d au-
tresune trop grande gravite; elle est telle que les ambas-
sadeurs n6gocient comme avec un egal avec sa Majeste,
qui souvent les invite a sa table ; j y ai bien mang6 vingt
fois, en compagnie de la reine. Le roi gagne le cceur de
rato ; sendosi pero lassato vedere nel andar ogni gornio alle sue messe .
(J. Dani a Gosme I, Vienne, 2 juillet 1561. Archivio di Stato de Florence,
Mediceo 4323, fol. 464). Gome bueno et fedel christiano udiva ogni di non
solo una messa, ma due e tre . Ulloa, op. oil., p. 443. Avant la mort de
sa femme, Ferdinand n entendait qu une messe par jour (Relation de
Loreuzo Gontarini 1548; Alberi, op. cit., serie I, t. I, p. 457).
1. Ascoltava e diceva il divino offlcio . Ulloa, op. tit., p. 445. Cf.
Relation de Giovanni Gapello, 1558. Alberi, op. cit., Appendice, p. 28.
2. Relation de Giacomo Soranzo, 1562. (Alberi, op. cit., serie I, t. VI,
p. 149), ou de Giovan Michele (Fiedler, op. cit., p. 215). En 1548 et en 1554,
Gontarini et Tiepolo (Ibid., t. I, p. 451 et t. Ill, p. 146), rapportent que
1 empereur a celte epoque communiait trois ou quatre fois par an. Ulloa
(op. cit., p. 445) suit leur dire : Gonfessandosi e communicandosi tre
et quattre volte all anno .
3. Relation de L- Gontarini, 1548 (Alberi, op. cit., Serie I, t. I, p. 457).
Relation de Giacomo Soranzo, 1562 (Ibid., t. VI, p. 149), ou de Giovan
Micbele (Fiedler, op. cit., p. 215).
4. Relation de Giovanni Capello, 15oS. Alberi, op. cit., Appendice, p. 28.
5. i E cosi voleva che tutti i suoi fecessero il medesirno . Ulloa, op.
cit., p. 445.
6. Ulloa, loc cit.
SOUS PIE IV 105
tous par cette bienveillance ; il ecoute chacun, et le pau-
vre plus que tout autre. II est si peu enclin a la luxure
que jusqu a son mariage (1521), il n eut, affirme tout le
monde, de relation avec aucune femme ; aussi avant la
nuit de ses noces, certains de ses plus intimes familiers
lui conseillerent-ils de se renseigner, ce qu ii refusa,
ajoutant que natura sagasc satis docebit. Une fois marie ,
nul n a entendu dire qu il ait enfreint la loi conjugale,
ses ennemis meme 1 avouent... Gourmand il ne I est point,
car, bien que jeune et robuste, il ne mange qu une fois par
jour, sauf le dimanche... Dans le boire, il est egalement so-
bre... Jamais on ne 1 a vu en colere, sinon a la chasse. Son
ame est forte contre 1 adversite, comme il 1 a prouve en
maintes circonslances. La haine lui semble inconnue ; 1 oi-
sivet6 aussi, car des 1 aube en etc, et en hiver deux ou trois
heures avant le lever du soleil, il se met aux affaires qu il
n interrompt, jusqu a 1 heure du coucher, que pour la
messe ou les repas... C est un prince charitable et qui fait
moult oeuvres pies l . Un autre ambassadeur fait de
1 empereur, a la fin de sa vie, ce bel eloge : Sa mort sera
pour tous un grand deuil, car il n y eut a notre 6poque
prince meilleur, plus enclin a la paix par volont6 et ca-
ractere ; la dignite et la saintete de sa vie, son assiduite
au culte divin, plus grande que s il eut ete dans le cloitre,
son affabilite et sa bonte, vraiment incomparables et telles
que nul ne saurait lui etre 6gale, font de lui un saint et
meritent qu on le reconnaisse comme tel 2 .
1. Relation de Marino Giustiniano, dans Alberi, op. cit., Serie I, t. II,
p. 20 et suiv.
Paolo Tiepolo, en 1557 (Ibid., t. Ill, p. 1545) trace de Ferdinand ce por
trait physique : II a les levres grosses et Finferieure proeminente,
comme presque tous les princes de la maison d Autriche, le front large
et grand, le nez long et aquilin, les yeux vifs et petillants, le teint co-
lore; ses cheveux ont blanchi avec Fage, il les porte longs, comme la
barbe, qu il rasait avant la mort de sa femme. L ensemble rend son vi
sage agreable. Son temperament est sanguin, mais si bien equilibre que
depuis longtemps il n a d autre indisposition qu un peu de couperose
au visage, qui lui revient de temps en temps . Dacicky de Heslowa,
dans ses memoires (edit., Rezek, Prague, 1878, t. I, p. 85) depeint Fer
dinand en ses dernieres annees : petit, sec, la bouche fendue, un peu
voute, les yeux assez grands, la parole extremement rapide, 1 esprit haut,
colere, rancunier D.
2. Relation de GioVan Michele, 1564, Fiedler, op. (At., p. 240-241. Cf.
106 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
Tant de qualites attirerent a Ferdinand, 1 estime sinon
1 affection, de tous ceux qui 1 approchaient, d autant que,
par un sage temperament, il evitait en tout 1 excessif, se
tenant dans un juste milieu i . Sa pi6te toujours tres
grande 2 , ressemblait a celle de son frere Charles-Quint 3 ;
elle n eut jamais rien de sombre, ni d exalt6 4 . De 1 Espa-
gne, ou il fut eleve, il rapporta une foi ardente ; mais elle
n avait point le caractere militant de celle du roi Phi
lippe II, son neveu 5 ; l expe"rience et les difficultes, sans
alterer ses convictions, en avaient tempe re le zele. L em-
pereur, dit Soranzo, est d esprit mod6re et plus porte a la
paix qu a la guerre 6 . Son caractere inclinait davantage
J. Stabesstock, Epicedeion... in D. Ferdinandi... obitum, Munich, 1504 ; B.
J. Herold S. G. M lis familiaris et historicus , Justa sive in D. I. C. Fer
dinandi excessum subita... oratio, Francfort, 1564; J. Gastner, Sacri romani
imperil threni sen lamentationes in funere D. Ferdinandi Caesaris ejus nominis
primi, Munich, 1565 ; L. Gomezius ab Hoyos, Oratio funebris pro D. Fer-
dinando 1 Imper. habita a rectore Academiae Ingolsladianae, Bologne, 1565;
M. Githard, Bin christl. Predigt... bey der Leich Ferdinandi 1, Rom. Kaysers,
Vienne, 1565 ; Petrus a Rotis, Oratio in exequiis Ferdinandi I R. Imperatoris,
universitatis Viennensis nomine 19 Aug. habita, Vienne, 1565 ; Wolf Zette-
lius, Paneyyricus dictus Ingolstadii, 5 cal. Sept., Ferdinando I Caesare -1564
exempto, Munich, 1565.
1. Sur les traits essentiels du caractere de Ferdinand voir Bucholtz,
op. cit., t. VIII, p. 758 et suiv. ; Huber, op. cit., t. IV, p. 96 et suiv. -
Pour sa politique religieuse voir, outre ces ouvrages, Menzel, Neuere
Geschichte der Deutschen,i. Ill et IV, Breslau, 1830 et 1839 ; Ranke, Sumtli-
che Werke, 2e edition, t. I-VII et t. XXXVII, Leipzig, 1873, 1874 et 1878 ;
Galinich, Der Naumburger Furstentag 1561, Gotha, !870 ; Janssen, op. cit.,
t. II, III et IV ; Loewe, Die Stdlung des Kaisers Ferdinand I zum Trienter
Konzil i>om Oktober 1S61 bis zum Mai 1562 Bonn, 1887 ; Patter, Deutsche
Geschichte im Zeitalter der Gegenreformalion und des dreissigjahrigen Krieges,
Stuttgart, 1887, etc., t. I ; KrOss, Ferdinand I und seine Reformalionsvors-
cJiliige auf dem Konzil von Trient bis zum Schluss der Theologenkonferenz
in Innsbruck, dans la Zeitschrift fur Kafholische Theologie 1903, p. 455-491
Kassowitz, Die Reformvorschlilge Kaiser Ferdinand I auf dem Konzil von
Trient, Vienne et Leipzig, 1906.
2. Uns relation d ambassadeur venitien, des 1546, (Simancas, Estado.
2021 (Libros de Verzosa), fol. 363-364 v) vante la sincere religion de Fer
dinand.
3. Gf. E. Denis, Fin de I Independance Bohe me, t. II, p. 88 et suiv., 174
et suiv.
4. Relation d Alois Mocenigo, 1548. Fiedler, op. cit., p. 15-16.
5. Geci ne 1 empechait pas d etre tres lie et en excellent rapport avec
Philippe Col re Philippo suo nipote fu congiunto non solo per la
stretta linea del parentado, ma di paterna affettione et amore . L. Dolce,
op. cit., p. 241.
6. Relation de Giacomo Soranzo, 1562 (Alberi, op. cit., Serie I, t. VI,
p. 148), ou de Giovan Michele (Fiedler, op. cit., p. 214). < Ama grancle-
mentfe la pace (Relation de Leonardo Mocenigo, 1559 (Ibid., t. VI, p. 115).
SOUS PIE IV 107
a la rnisericorde qu a la severite J ; et, comme Charles-
Quint, il fut hostile a toute idee cle lutte a outrance. Tres
attache a la for catholique 2 et au Saint-Siege 3 , ennemi
menie des lutheriens, il les supporte 4 , et leur cede sur
certains points, quoique plus par necessite que par vo-
Iont6 5 . Ayant besoin des divers partis religieux contre
1 ennemi du dehors, Zapolaya et les Turcs, il les manage
tous ; et s il d6teste en son coeur les idees nouvelles, il
tolere les reTormateurs 6 . Aussi ne chercha-t-il jamais, par
Dimostra pero d aver un animo temperate . (Relation de Paolo Tiepolo,
1555. Ibid., t. Ill, p. 147. Mocenigo, en 1548 (Fiedler, op. cit., p. 55)
trace le portrait de Ferdinand, oppose en beancoup de choses & celui de
Charles-Quint. Gf. Baumgarten, Differenzen zwischen Karl V und seinen
Bruder Ferdinand, 1524, dans Deutsche Zeitschrift fur Gesch.ic.htswissenscha.ft,
t. II ; Fischer, Ferdinand I und Karl V, 1552, dans Jahrbuch der Akademie
Erfurt, 1906.
1. Relation de Paolo Tiepolo, 1555 (Alberi, op. cit., Serie I, t. Ill
p. 141). Fu clemente . (Ulloa, op. cit., p. 445). Fu sempre benignis-
simo verso tutti... E con la piacevolezza del suo animo redusse a sua
devotione spessime volte cose che con la durezza... non si sarebbono
potato a pena tentare . (Lud. Dolce, op. cit., p. 241.)
2. II ecrit a sa scaur Marie, en 1527, pour la detourner des idees nou-
velles quila pourraient seduire. Voir la lettre de Marie, du 15 avril 1527,
et celle de Ferdinand a Marie, du 19 avril 1527, dans Bucholtz op. cit.,
t. IX, p. 11.
3. Meme au temps de Paul IV, qui fut avec lui en mauvais rapports,
on ecrit de Ferdinand : Commo Sa Majeste continue a respecter le Siege
Apostolique aussi bien que dans le passe, en refusant de satisfaire 1 Al-
lemagne en matiere de religion, Elle tirera de ses Etats peu ou point de
ubsides, tandis qu Elle obtiendrait tout si Elle voulait contenter les
protestants . Mocenigo au doge, 14 Janvier 1559. Turba, op. cit., t. Ill,
p. 83-84.
4. Mostra d esser molto nemica Sua Maesta de luterani, tutto che
sia necessitata tollerarli ne suoi stati . Relation de Mocenigo Leo
nardo, 1559. Alberi, op. cit., Serie I, t. VI, p. 114.
5. Relation de Paolo Tiepolo, 1557. Alberi, op. cit., Serie I, t. Ill,
p. 146. Gf. Supplication der niederosterreich. Erblunder, d. h Evangelien jnen
zu zulassen, Vienne, 1556 ; Supplication der dreyen Stand von Herren von
der Hitters chaff, auch Statten und Markten des Herzogsthums Oesterreich
unter der Ens, von wee/en der Religion, s. 1., 1562 ; Oesterreichs supplication
an die K. K. Majestat dns hayligen Evangelii halben, 1565 ; Anlwort der Rom.
Kais. Majestat aiif die Oesterreichs Supplication, s. 1. 1565 ; B. Karlerz, Fer
dinands I Stellung zur reformarischen Bewegung in den osterreichischen Lfin-
dern, Budweis, 1873.
6. A la Diete d Augsbourg (1555) et a celle de Francfort (1558), il ac-
corda aux protestants une sorte de libre exercice de leur religion, (Klein,
Geschichte des Christentliums in Oesterreich und Steiermark, t. IV, p. 153).
Gf. de Thou, op. cit., liv.xni et xxn, edit., La Have, 1740, t. II, p. 384-386,
398, 654 et suiv. A ces deux Dietes, a celles aussi de Passau (1552) et de
Ratisbonne (1557), Paul IV lui reprochait d avoir conflrme la Confession
d Augsbourg, qui est une heresie perverse et d avoir peu tenu compte
de I autorite du Saint-Siege. (Griefs de la Curie romaiue contre Ferdi-
108 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
des moyens violents, 1 unite religieuse qu il desirait si vi-
vement i . Convaincu que Taccord n etait pas impossible
avec un grand nombre de dissidents, il le tenta par la
conciliation 2 . De la ses instances pressantes pour obtenir
de Rome les concessions qu il jugeait n^cessaires. Paul IV,
d une inflexibilite absolue et mal dispose pour les Habs-
bourg 3 , ne repondit jamais a ses vues pacifiques et lui
nand. Staatsarchiv de Vienne, Romcorrespondenz, fasc., 12, fol. 30 et 24 ;
Sickel, op. cit., p. 29 et suiv.). Les prelats hongrois disent que Ferdi
nand, a Francfort, fit le serment de n opprimer personne et de laisser
a tous la liberte . (Mocenigo au doge, 30 juillet 1558. Turba, Venetianis-
che Despechen vom Kaiserhofe, t. Ill, p. 49). L em-pereur jusqu a sa mort,
rapporte Gienger, n approuva jamais expressement la Confession d Augs-
bourg, ni les autres nouveautes religieuses, mais en fait il les tolera
par le silence . (Summari verzaichnus was bei mein D. Giengers zeiten, bei
der verstorbenen und jetzigen kais. M l von der N . 0. landtschafften der attgs-
purgischen confession halber gesuecht und gehandelt und durch mich darime
geratschlagt warden, Enns, 1" aout 1570, dans Hopfen, Kaiser Maximilian h
und der Kompromisskatholizismus, Munich, 1895, p. 343). La Curie, sous
Paul IV, se plaint que Ferdinand laisse 1 heresie s etendre et se precher
en ses etats, qu il tolere les hussites et les picarcls en Boheme, les lu-
theriens a 1 universite de Vienne et aupres de ses flls, en particulier de
Maximilien, qu il ne saisisse point leurs livres et recherche avec eux
des colloques. (Griefs cites plus haut et dans la note suivante).
1. A la Diete de Ratisbonne, Ferdinand, lui reprochera Paul IV, pre-
fera le colloque propose par les heretiques au concile general que desi-
raient les catholiques. a Suivit le colloque de Worms que presida, au
nom de 1 empereur, 1 eveque de Naumburg; on y discuta certains arti
cles de foi, en particulier sur 1 Eglise et son chef, sans la participation
de 1 autorite apostolique . Aux Dietes de Passau (1552), d Augsbourg
(1555) et de Francfort (1557) a il i ut question de chercher un accord dans
les choses de la religion, sans faire mention de Sa Saintete et de 1 Eglise
romaine . A cela Ferdinand repond que les catholiques convinrent de
ne pas nommer explicitement le Saint-Siege, pour eviter les blasphemes
des heretiques et leur negation de 1 autorite pontificale, que si Ton veut
reduire les heretiques seul moyen qui reste en dehors de la concilia
tion Rome n a qu a fournir armes et argent. (Griefs de la Curie ro
maine, au temps de Paul IV, et justification de Ferdinand. Staatsarchiv
de Vienne, Romcorrespondenz, fasc., 12, fol. 30 et 24; Sickel, op. cit., p. 30
et 32).
2. Ella [Sua Maesta] fara quanto occorera per la finale Christiana con-
cordia . Sickel, op. cit., p. 32.
3. Paul, qui haiissait Charles-Quint, n approuva point la transmission
que fit celui-ci de la couronne imperiale a son frere ; et 1 ambassadeur,
Martin Guzman, grand chambellan de 1 empereur, que Ferdinand en-
voya pour obtenir 1 acquiescement papal, repartit de Rome, en juillet
1558, sans avoir rien obtenu. (Sur la mission de Guzman, voir Turba,
op. cit., t. Ill, p. 25 n. 3, 26, 29, 36 n. 10, 39, 45, 51, 54 n. 3). Paul IV,
rapporte 1 ambassadeur venitien (Giacomo Soranzo, 1562, selon Alberi,
op. cit., Serie I, t. VI, p. 155, Giovan Michele, 1563, selon Fiedler, op.
cit., p. 221) n avait pas voulu admettre a Fobedience 1 ambassadeur
de Ferdinand . Et, ajoute Giovan Michele (Relation de 1564, Fiedler,
SOUS PIE IV 109
reprocha vivement sa moderation envers protestants et
utraquistes l ; il s opposa meme un moment a P616vation
op. cit., p. 256) le pape Paul IV fut a ce point ennemi de Sa Majeste
qu il 1 avait privee ou voulait la priver de la succession de 1 empire .
(Gf. Ranke, Geschichte der rOmischen Papste (5 e edition) t. I, p. 317, tra-
duction franchise de Saint-Cheron, Paris, 1848, t. I, p. 329 ; Reimann,
Der Slreit zwischen Papsturn und Kaisertum im Jahre -1538, dans Forschungen
zur deutschen Geschichte, t. V, Gottingen, 1865, p. 291-335; du meme, Paspt
Paul IV und das Kaiserthum, dans Abhandlungen der Schlesischen Gesellschaft
fur vaterliindische Kultur. Phil. hist. Abteilung, 1871, p. 25-40; J. Schrnid, Die
deutsche Kaiser-und Konigswahl und die romische Kurie in den Jahren 1538-
16-20, dans Historisches Jahrbuch der Gorres-Gesellschaft, t. VI, Munich, 1885 ;
Pastor, Geschichte der Papste seit dem Ausgang des Mittelalters, Fribourg-
en-Brisgau, 1900 etc., t. VI, p. 572 et suiv.). Paul rappela meme de la
cour imperiale le nonce qui y etait reste quelque temps (Turba, op. cit.,
t. Ill, p. 28, 29). Le futur nonce Delfino, qui faisait alors partie de la
famille papale, s efforc.a bien de rapprocher le pape des Habsbourg,
mais il ne reussit qu a 1 indisposer centre lui et il dut meme cesser de
correspondre avec la cour de Vienne, pour ne pas attirer sur sa per-
sonne le courroux de Sa Saintete. (Steinherz, op. cit., t. I, p. xxxvm-
xxxix). Les eveques d Allemagne qui n avaient pas encore rec.u du pape
leur bulle de confirmation n osaient assister aux. Dietes, de crainte de
n avoir jamais 1 approbation attendue. (Leonardo Mocenigo au doge,
Augsbourg, 11 fevrier 1558 ; Turba, op. cit., t. Ill, p. 87). Ferdinand rebute
par Rome, se rapprochait des protestants qu il ne traitait plus avec la
severite premiere; et en Hongrie il nommait et changeait les eveques,
sans 1 intervention pontificale. Les divers griefs de la Curie contre lui
et sa justification se trouvent, en trois ecrits differerits, au Staatsarchiv
de Vienne, Romcorrespondenz, fasc., 12, fol.30 et24,et ont et6 publics 1 un
par Goldast (Politische Reichshandlungen, Hanovre, 1609, p. 166) qui en
donne la traduction allemande, et les deux autres par Sickel (op. cit.,
p. 29-37), qui complete le premier et les explique tons Jes trois.
1. Griefs de la Curie romaine contre I empereur, au temps de Paul IV.
Staatsarchiv de Vienne, Romcorrespondenz, fasc. 12, fol. 30 et 24. Sickel, op.
cit., p. 29-37. Cf. plus haut, p. 107 et n. 6. Pour les utraquistes, il est dit:
Decreti executionem contra communicantes sub utraque soecie suspen-
disse inconsulta Sede Apostolica omnes asserunt . Ne la dieta d Aus-
tria che si fe in Vienna 1 anno del 1556, il Ser mo Re di Romani suspese a
certo tempo ad instintia de li suoi sudditi li mandati cbe per inanzi ha-
veva publicati contra quelli si communicavano sub utraque specie t. A
ceci on repond que Ferdinand n accorda jamais la communion sub utra
que si souvent et si instamment reclames par ses fitats, laquelle reste
toujours prohibee, mais que pour obtenir d eux les subsides necessaires
contre les Turcs, il dut suspendre pour un temps 1 execution de quel-
ques edits anterieurs tres rigoureux frappant de peines severes celui
qui communiait sous les deux especes et meme le notant d infamie.
Marino Giustiniano raconte, en 1541 (Alberi, op. cit., i. II, p. 120), que
Ferdinand expulsa de sa cour et de 1 Autriche un seigneur, noble, riche
et qui lui etait tres cher, parce qu il avait communie sous les deux espe
ces. Plus tard il dut agir avec moins de rigueur. L empereur tolere
1 utraquisme avant meme sa concession, par crainte d un plus grand
mal, ecrira C;misius i Laynez, le 17 mai 1363 (Archives Vaticanes, Con
cilia 32, fol. 391 ; Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 322; Braunsberger, op. cit.,
t. IV, p. 204).
110 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES RtiFOR MATEURS
d un empereur qu il jugeait trop conciliant *, et dont la to-
l^rance effraya toujours les intransigeants 2 . A 1 ^lection
de Pie IV, Ferdinand en ressentit uae grande joie 3 , et il
renoua avec le nouveau pape les negociations interrompu.es
pour obtenir les concessions qui r^tabliraient la paix do
1 Allemagne. Guerir les plaies religieuses de ses tats fut a
ses yeux, un attribut de la couronne. II poursuivit sans
relache ce but si desir6 ; et jusqu a son dernier soupir, at-
testent ceux qui I approch&rent. il ne cessa de souhaiter
I unite des croyances et la disparition des sectes divisees
entre elles 4 : de la les conferences, les Dietes, les colloques
qui avaient pour fin d abolir les divergences doctrinales et
de fondre en une seule les religions adverses 5 . A son lit de
mort,il r6unit encore ou consulta des th^ologiens celebres,
comme Cassander et Villinus, pour chercher avec eux les
moyens d une reconciliation sincere et durable 6 . Par la
1. Voir plus haut, p. 108 n. 3. Ferdinand connaissait les dispositions
du pape a. son egard Gf. Riemann, Der Slreit zwischen Papsthum und Kai-
serthum im Jahre 1558, dans les Forschunyen zur dent. Gesch., t. V; Turba,
Venetianische Depeschen, t. Ill, p. 36, 37 (lettre de Mocenigo au doge du
14 Janvier 1558). Paul IV tint des discours violents centre le nouvel em
pereur : ha tollerato [Sua Maesta]... tutte le parole poco digne che uso
Sua Santita nel tempo della sua publicazione... Relation de Leonardo
Mocenigo, 1559 (Alberi, op. cit., Serie I, t. VI, p. 116. Gf. ibid., p. 119.)
2. Utinam quam est ipse catholicus, tarn esset in catholica fide tuenda
strenuus 1 nunc istae permissiones et promissiones vehementer meluo ut
fidem omnem catholicam... prorsus evertant . Hosius a 1 archeveque
de Salzbourg, 12 sept. 1560. Steinherz, Nuntiaturberichte, I, 112.
3. I/election au pontifical du cardinal de Medicis, ecrit au doge Gia-
como Soranzo, le 10 Janvier 1560 (Turba. op. cit., t. Ill, p. 131) a ete tres
agreable a 1 empereur, qui a donne des marques de sa joie plus grandes
que de coutume, et il a decide d envoyer A Rome le comte d Arco, son
cbambellan . Celui-ci fut bien recu et fete meme par ceux qui, du vivant
de Paul IV, etaient le plus opposes a 1 empereur. (Seld au due de Ba-
viere, 27 mars 1560. Goetz, Beitriige zur Geschichte Herzog Albrechts V und
des Landsberger Bundes 1S56-1593, Munich, 1898 [t. V des Briefe und Akten
zur Geschichte der XVl^" Jahrhunderts], p. 189.
4. Und also auch alle einprechende schwermereyen und secten ausge-
rottet, allerley missbrauch abgestellt und die gewunschte der ewigen
gottbeit huchst gefallige aicigkheit im glauben, leer uiid sakramenten
brauch, hailsamblich widerbracht werden mochte, welches Begehren
auch die verstorbene M l bis zum letzten Augenblick gehabt . Maximi-
lien II a 1 archeveque de Salzbourg, 3 septembre 1564. Hopfen, op. cit.,
p. 216.
5. Relation sommaire par Gienger de tout ce qui fut fait en matiere
religieuse, au temps de Ferdinand I. Hopfen, op. cit., p. 343.
6. Gassander, De arliculis religionis inter catholicos et protestantes contro-
versis consultatio, edit. Conring, Helmstadt, 1659, edit. Le Plat, dans
SOUS PIE IV 111
communion sous los deux especes et le mariage des pre-
tres. il pretenclit moins toutefois convertir les heretiques
que leur enlever deux puissants moyens deseduire les ames
faibles et vacillantes *.
Ses principaux conseillers, en qui il avail une telle con- ws conseiiiers
fiance qu il faisait souvent ceder devant leur jugement le
sien propre 2 , ne voyaient point d autres remedes que lui
a la situation religieuse de PAllemagne. Le vice-chancelier
Sold avail servi Charles-Quint en cette qualite, dirigeant
depuis longtemps toute la politique et la diplomatic de
1 empire ; il est si au courant des choses d etat, si verse
dans celles de la chancellerie et en tout ce qui concerne
1 empire, ecrit un ambassadeur venitien 3 , qu il est vrai-
ment seul, peut-on dire, a tout faire . Grande est son in
fluence sur 1 empereur, pres duquel il a une autorite sou-
veraine 4 et tient le premier rang 5 , dont il regit
la pensee en matieres religieuses 6 , ministre aussi favori
qu entendu qui a toutes les affaires en mains 7 . Sa part au
conseil secret est done de tout premier ordre 8 ; et en main-
tes minutes d ecrits ou de lettres qui en emanent on recon-
Monumentorum ad historiam concilii Tridentini... spectantium collectio, t. VI,
p. 662-798. Gf. plus haul, p. 97, n. 3. Sur Leonard Villinus, professeur de
theologie a 1 universite de Vienae, voir Aschbach, Geschichte der Wiener
Universitat, Vienne, 1865-1888, t. Ill, p. 290 et suiv.; Pfleger, op. cit., p. 39,
41, 56, 136, 143.
1. Voir p. 89, n. 2.
2. Sa Majeste se fie tellement en eux et leur accorde une si absolue
confiance que, malgre la superiorite de son jugement au leur, Elle cede a
la majorite, si elle lui est contraire . Relation de Giovan Michele (Fied
ler, op. cit., p. 214) ou de Giacomo Soranzo (Alberi, op. cit., t. VI, p. 147).
3. Giovan Michele (Fiedler, op. cit., p. 213) on Giacomo Soranzo (Alberi,
op. clt.,i. VI, p. 147). Seld fut appele au service de Charles-Quint en 1347
(Cf. Pastor, Die kirchlichen Reunionsbestrebungen, p. 384, 451) ; d apres le
journal du comte Vobrad von Waldeck, il aurait ete deja vice-chancclier
a la fin de 1548, mais selon Kram (Druffel, Beitrflge zur Reichsgeschichte,
Munich, 1873-1882, n 653 Gf. Huber op. cit. t. IV, p. 213), il le devint en
1551. En 1559, Mocenigo, (Alberi, op. cit., t. VI, p. 114), le cite comme
faisant partie du conseil de Ferdinand. Gf. Huber, op. cit., t. IV, p. 212.
4. Morone a Borromee, 17 mai 1563. Steinherz, op. cit , t. Ill, p. 311.
5. Morone a Borromee, 2 mai 1563. Ibid., p. 281.
6. Delfino aux legats, 22 juin 1562. Ibid., p. 73.
7. Morone a Borromee, 13 mai 1563. Ibid., p. 299. Morone ajoute que
le secretaire imperial Singknioser est egalement tres ecoute de Ferdi
nand.
8. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 80, 85, 91, 108, 140-142, 406, 425.
112 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
riait sa main J . A sa mort, Albert de Baviere e"crira que 1 em-
pereur, Fempire et lui-meme viennent de perdre un bon et
fidele serviteur 2 . Zasius, qui lui succeda 3 , etait le fils de
1 illustre jurisconsulte, e"mule des Cujas, des Alciat et pro-
fesseur a Puniversite" de Fribourg-en-Brisgau 4 ; du vivant
de Seld, il fut chancelier du roi des Remains 5 ; au cou-
1. Cf. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 65, 85-87, 107-108, 384, 387-388, 425,
448, 403; mon Rapport sur une mission scientifique anx Archives d Aulriche
et d Espagne, Paris, 1910, passim.
2. Goetz, op. cit., p. 336. Maximilicn regretta sa mort comme celle
d un fils, et le peuple comme celle d un pcre. (Steinherz, op. cit., t. JV,
p. 391). Les lettres de Maximilien sur cette mort sont dans le tome VII
de la section Oesterreich du ReicJisarchiv de Munich.
Sur Georg Sigmund Seld (1516-1565) voir P. von Stetten, Lebensbcs-
chreibung zur Erweckung und Unterhallung biirgerlicher Tugend, t. II (Augs-
bourg, 1782) p. 251-288 ; Fr. A. Veith, Bibliotheca Augustana, t. V (Augs-
bourg, 1789) p. 205-226, t. VI, (1790) p. 211; State Papers (passim], qui le
designent parfois sous le nom de t Colt ; Zedler s Lexikon, t. XXXVI,
p. 1626;l article de Druffel, dans 1 Allgemeine deutsche Biographic; G. Wolf,
Deutsche Geschichte im Zeitalter der Gegenreformation, Berlin, 1S99 ; Turba.
op. cit., t. II et III ; Hopfen, op. cit , p. 101 et suiv.; Goetz, Die bayerische
Politik im ersten Jahrzehnt der Regierung Herzog Albrechts von Baiern, Mu
nich, 1893, p. 101-104 ; Goetz, Beitrfige zur Geschichte Herzog Albrechts V ;
Steinherz, op. cit.. t. I et II;Susta, op. cit.,i. IV; Braunsberger, op. cit.,
t. II, p. XLVII, 187 et n. 1, 305 n. 6, 404, 662, 678, 882, t. Ill, p. 513, 564,
651 n. 5, 709, 723, 728, 732, 76:?; t. IV, p. 130, 154, 163, 182 n. 1, 193, 205,
418 n. 1, 621, 954, 956, 960, 970, 979, 981 n. 3.
3. A 1 automne de 1563, Seld obtint de 1 einpereur un conge depuis
longtemps demande, afin de venir se reposer pres de Munich, en sa re
sidence de Neuhofen qu il avail regu en cadeau d Albert de Baviere
(Goetz, op. cit., p. 263, 302 n. 2). Revenu a Vienne, il mourut d un acci
dent de voiture en 1565 (Ibid , p. 336, 377-378). Zazius, tout en dirigeant
la diplomatic imperiale partagea la charge de vice-chancelier jusqu en
1570, avec Weber qui lui succeda. Cf. Turba, op. cit., t. 111,268, 276 n.2;
Hopfen, op. cit., p. 102, 105 ; Freyberg, Briefwechsel Kaiser Maximilians II
mil Herzog Albrecht V von Bayern, p. 137 et suiv.
4. Sur le jurisconsulte Ulrich Zasius (1481-1535) voir Udalrichi Zasii
oratoris et jureconsulti oratio Friburgi in funeribus D. Maximiliani Imperatoris
auyusti habita, Bale, 1519 ; Riegger, Ulrici Zasii epistolae, cum commenta-
rio de Vita Zasii, Ulm, 1774; Bellinger, Die Reformation, t. I, p. 174-182 ;
Stinzing, Ulrich Zasius, Bale, 1857; Horawitz, Briefe des Cantiuncula und
Ulrich Zasius, dans les Sitzungsberichten der Wiener Akademie, 1879 ; J. Xeir,
Udalrich Zazius, Fribourg-en-Brisgau, 1890, Zazius, ein Freiburger Huma
nist, dans la Zeitschrift der Gesellschaft fur Beforderung der Geschichts-
Kunde von Freiburg, t. IX (1890) p 1 et isuiv. ; Janssen, op. cit., t. VII,
p. 259, 262 et suiv., 275, 297, 557-558, 624 ; R. Schmidt, Zasius und seine
Stellung in der Rechlswissenschaft, Leipzig, 1904.
5. Les actes du Congres de Vienne. en 1563 (voir plus bas, ch. V) Fap-
pellent cancellarius bohemicus . Cf. Weiss, Papiers d Etat du cardinal
de Granvelle, Paris, 1841-1852, t. VII, p. 356; Sickel, op. cit., p. 2ul ;
Steinherz, op. cit., t. I. La relation de Tambassadeur venitien en 1563,
publiee par Fiedler (op. cit., p. 213) et Alberi (op. cit., t. VI p 146), dit
qu a cette epoque le grand chancelier de Boheme est Neuhaus ( Noiaus ),
qui de fait le fut (Cf. Huber. op. cit., t, IV, p. 212; Turba, op. cit., t. Ill,
SOUS PIE IV 113
rant comme mil autre des 6v6nements de la politique eu-
ropeenne, sur lesquels il adressait a 1 empereur et k son
fils, ainsi qu aux cours de Munich, de Dresde, de Cassel,
des rapports ou journaux J , membre du conseil imp6-
rial 2 , tres 6coute de Maximilien, comme premier minis-
tre 3 , il eut egalement la faveur de Ferdinand qui avail
deja appr^cie son activite et scs loyaux services, lorsqu il
1 avait envoye, en 1553, trailer certaines affaires d empire
avec les cours et les principales villes d Allemagne 4 , lors
qu il 1 avait employ^ a fonder ou a 6tendre la ligue de
Landsberg 5 , a negocier la succession au trone de son fils
Maximilien 6 ; aussi fut-il consult^ sur toutes les graves
queslions inleressanl la religion el 1 empire 7 . Gienger,
p. 303; Goetz, op. cit. t p. 320 n. 1 et 354 n. 1). Alberi, par faute de lecture
ou de copie, a imprime Hoyos. Loewe (Die Slellung des Kaisers Ferdinand I
zum Trienter Kont.il, Bonn, 1887, p. 7), que suit Eder (op. cit., p. 85), repete
la meme erreur. Zazius, en tout cas, fut e vice-chancelier du roy des
Romains , ainsi que 1 ecrit a Granvelle le secretaire Pfinzing (Weiss,
loc. cit.), soil pour la Boheine, comme disent les actes du congres de
Vienne, soit pour les pays preautrichiens ou a au nord de 1 Enns
selon 1 expression de Steinherz et Sickel (loc. cit.).
\. Ou trouve de ses Zeilungen au Staalsarchiv de Marburg (Korrespon-
denz mil Zasius}, a celui de Munich (Correspondenz der auswSrtigen Resi-
denten); j en ai vu ecrits de sa main. II fallut a Zasius toute une orga
nisation pour obtenir ces renseignements, transmis par des exploratores
qui voyageaient ou par des correspondants dans chaque grand pays. En
echange des nouvelles piquantes qu il donnait, il recevait cadeaux,
argent ou renseignements nouveaux. Gf. Hopfen, op. cit., p. 103 et suiv.;
G. Wolf, Einfuhrung in das Sludium der neueren Geschichte, Berlin, 1910,
p. 256, 322-323, 628. Au xiv siecle, il y a deja des essais de ce que
Ton appellera plus tard Zeitungen ou Avvisi, (Denifle et Ehrle, Archiv
fur LiteraLur und Kirchengeschichte, t. VI, p. 2S2; Ehrle, Martin de Alpar-
Hls Chronica actitalorum temporibus Domini Benedicti XIII, Paderborn, 1906,
p. xxxvu). Au xvi e siecle, ces journaux seront frequents entre les
diverses chancelleries. Cf. mon Rapport dans Is t. XVIII des Nouvelles
Archives des missions scientifiques et lilte raires, p. 180-181, 232 et suiv.
2. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 142, 207, 453, 453, 495.
3. L ambassadeur florentin Tappelle consigliere primario del Re .
Albizzi a Gosme I r , sans date. Archives de Florence, Archivio Medicco,
4324, fol. 179, cop.
4. Staatsarchiv de Vienne, Berichte aus dem Reich, 1556.
5. Gf. Goetz, op. cit., p. 10-34, 42, 48-51, 61-68, 71-81, 84 et suiv.. Ill et suiv.,
122-127, 137 et suiv., 165, 175, 179, 223, 235 et suiv. Voir plus has, p. 128
et n. 1.
6. Gf. Moser, Wahlkapitulation Franz l er , 2* partie, Appendice 3 : Akten
zur Wahl Maximilians II 1561 und 1562, Francfort, 1747.
7. Steinherz, op. cit., t. I, p. 151, 170, 260, 265, et t. Ill, p. 30, 49, 142,
368, 403, 406-407, 409, 495.
Sur Zazius (f 1570) voir Schreiber, Geschichte des Albert-Ludwigs-
Universittit zu Freiburg in Brisgau, Fribourg, 1857-1860, t. II, p. 325 et suiv.,
114 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
avec le mare chal Trautson , comp!6tait le grand conseil
ou intervenaient aussi les fils de 1 empereur 2 . Homme de
bien et de grande prudence, il a toute la confiance de Sa
Majest6, disait de lui un ambassadeur v^nitien 3 . Sa con-
naissance des sciences eccl^siastiques, qui fit penser a lui
pour I evechS de Vienne en 1562 4 , rendit pr^cieux son avis
en toutes les questions qui la requ^raient 3 . Sachant com-
bien tu es vers6 dans les saints canons et la lecture des
Peres, et quel est en tout ce qui concerne la religion et la
politique ton jugernent et la prudence, nous voulons avoir
ton sentiment, lui ecrit 1 empereur 6 . Protecteur de 1 Uni-
versite de Vienne, comme Seld 7 , Gienger, comme lui, fut
G. Wolf, Deutsche Geschichte, t. I, p. 709 et suiv. ; Mederer, Annales In-
golstadiensis Academiae, Ingolstadt, 1782, t. I, p. 237; Prantl, Geschichte der
Ludwig Maximilians-Uniuersitat in Ingolstadt, Landshut und Miinchen, Mu
nich, 1872, 2 vol. ; Turba, op. cit., t. Ill ; Hopfen, op. cit., p. 102-107 ;
Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 77 et suiv., 234 et suiv., 239; Goetz, op.
cit. ; t. I, et II; Pileger, Martin Eisengrein (1338-1578), dans les Erlailterun-
gen m Janssens Geschichte, 1908, p. 16, 33 n. 2, 38, 36, 39, 63, 66-70, 75,
136, 137, 141, 156, 160 ; Steinherz, op. cit., t. I et III, passim ; Braunsber-
ger, op. cit., t. I, p. 592, n. 1, t. Ill, p. 469 et u. 2, 472, 314, 809, t. IV,
p. 666 n. 8, 931, 981-982. Avant 1 article de Goetz, dans YAllgemeine
deutsche Biographic (t. XLIV, p. 706 et suiv., il n y avait aucune biogra-
phie de Zasius, bien que Wolf (Zoo. cit.) eut trace de lui un bon portrait.
1. Trautson seigneur de Sprechenstein, fut tres aime de Ferdinand
(Fiedler, op. cit., p. 213. Alberi, op cit,, t. VI, p. 146. Steinherz, op. cit.,
t. Ill, p. 91, 311). Mais, comme marechal, il eut surtout la direction des
affaires militaires (Gf. Turba, op. cit., t. Ill, p. 312, 50JJ ; Goetz, op. cit.,
passim), bien que 1 empereur le consultat parfois sur les choses religieu-
ses de 1 empire (Gf. Sickel, Das Reformations-Libell, p. 11 n. 2 ; Steinherz,
op. cit., t. Ill, p. 201-202, 495; et voir plus bas, chap. V).
2. Relation de Giovan Micheli (Fiedler, op. cit., p. 213) ou de Giacomo
Soranzo (Alberi, op. cit., t. VI, p. 146.) Gf. Huber, op. cit.,t.lV, p. 212.
3. Fiedler loc. cit. ; Alberi, op. cit., t. VI, p. 147. Paolo Tiepolo, dans
sa relation de 1557 (Alberi, op. cit., t. Ill, p. 159) dit que Gienger etait
deja du conseil de Ferdinand, et avait autrefois rempli la charge de vice-
cbancelier. II le caracterise comme persona modestissima . En 1559,
Moceuigo parle egalement de lui (Alberi, op. cit., t. VI, p. 114).
4. Gf. Mittheilungen des oesterreichischen Instituts, t. XVIII, p. 621 ;
Steinherz, Briefe des Prager Erzbischofs Anton Brus von Milglitz, 1562-1563,
Prague, 1907, p. 85.
5. Turba, op. cit, t. Ill, p. 200 n. 2, 210 n. 3, 221 n. 2; Steinherz, op.
cit., t. I, p. 173-174, 213-215, 223, 298, 305, t. II, p. 41, 124, 142, 261-262,
368, 373. Sickel, Das Reformations-Libell, p. 11, 21, 56, 96; Hopfen et Eder,
op. cit., passim.
6. Ferdinand I" a Gienger, Prague, 10 decembre 1561. Staatsarchiv de
Vienne, Religionsacten, IV, rnin. Gf. Sickel, Das Reformations-Libell, p. 11.
La reponse de Gienger (Staatsarchiv de Vienne, loc. cit.) se trouve dans
Sickel, Zur Geschichte des Concils von Trient,, p. 244.
7. J. von Aschbach, Geschichte der Wiener Universitat, im ersten Jahrhun-
dert ihres Bestehen, Vienne, 1865-1889, t. Ill, p. 57, n. 1.
SOUS PIE IV 115
un esprit tres cultiv6 ; il connaissait aussi bien le latin et
Ic frangais que 1 allemand ; ct dans les Merits th6ologiques
soumis an conseil imperial on reconnait sa phrase souplo,
sa pe"riode abondante, riche et parfois compliquee *. Quoi-
que a un litre un peu different que Gienger, Zasius et Seld,
Staphylus, r6put pour sa science th^ologique, prit part a
toutes les deliberations importantes du regne de Ferdi
nand 2 , qui le nommaconseiller imperial 3 , 1 ennoblit (15juil-
let 1562) 4 , 1 appela pros dc lui en toutes les circonstances
ou quelque question d ordre ecclesiastique etait en jeu 5 , et
le retint pour ce motif a la cour une grande partie des trois
dernieres annees du concile de Trente (1561-1563) 6 . Le
vice-chancelier le designe comme 1 homme le plus expert
en matieres theologiques, celui dont 1 avis ne saurait elre
nglig6 toules les fois qu on les traite 7 ; le 16gat Morone
1. Sur Gienger de Rotteneck, chatelain d Enns, voir Bergmann, Me-
daillen auf beriihmte und ausgezeichnele Manner des oesterreichischen Kai-
serstaates vom XVI bis zu?n XIX Jahrhunderte, Vienne, 1844, p. 189-196; Sic-
kel, Das Re formations-Lib ell, p. 11; Sickel, Zur Geschichte des Konzils von
Trlent, p. 244 ; Loewe, op. cit., p. 14 et suiv., 75; Hitter, Deutsche Geschichte,
t. I, p. 136, Hopfen, op. cit., p. 9, 101 et suiv.; Holtzmann, Kaiser Maxi
milian II bis zu seiner Thronbesteigung (1527-156i), p. 528; ouvrages cites
de Turba, (t. Ill), Goetz et Steinherz (t. I et III); Braunsberger, op. cit.,
t. Ill, p. 662, t. Ill, p. 499 n 1, 514, 723-724, 728, 732, 762, t. IV, p. 129,
963, 970 n. 4, 981 n. 3.
2. Turba, op. cit., t. Ill, p. 210 n. . <, 221 n. 2; Goetz, op. cit., p. 238-
239; Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 65, 69, 72, 73, 85, 124, 288-289, 291-294.
3. Staphyli Gaesarei quondam consiliarii... libri porte le titre de
ses oeuvres editees a Ingolstadt, en 1593, par Fun de ses flls. Les Annales
de 1 Academie d Ingosltadt le disent egalement Gaesareae Majestatis
consiliarius . Des 1555, on 1 appelle conseiller imperial. Gf. Hipler et
Zakrzewski, Hosii epistolae, Gracovie, 1879-1888, t. II, p. 638.
4. II le fit seigneur de Westerbolden. Riezler, op. cit., t. IV, p. 569.
5. Sickel, Das Reformations Libell, p. 45; Goetz, op. cit., p. 147, 291, 293;
Steinherz, op. cit,, t. I, p. 292, 297-298, 300-301, 302, 308, ct t. Ill, p. 65,
187, 188, 190, 213, 288, Braunsberger, op. cit., t. Ill, p. 32, 762, t. IV, p. 45,
48, 53, 952, 958, 960, 966.
6. Gf. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 56, 62, 96, 129-130, 164, 168, 175
n. 1, 204, 209, 372, 470 n. 4, 963, 969, 975-977, 979, 982.
7. Seld ecrit a Ferdinand, le 26 avril 1562 (Staatsarchiv de Vienne, Re-
ligionsacten, VII, autog. Sickel, Das Re formations -Libell, p. 45) a propos des
deliberations sur le Liber Reformations (yoir plus bas, p. 135 et suiv.) :
Scripsit nuper D nu * Doctor Staphylus ad me quid de adventu suo ad
aulam M tis V rae statuerit... ; quamvis ergo mini dubium non sit ipsum
hujusmodi profectioni morara nullam interpositurum, tamen si M tas V" in
hac re diligentiam hominis scriptis clementer literis excitaret, putarem
omnino ipsum tanto magis festinaturum. Gerte negociumhoc quod nunc
habemus sub manibus ejus presentiam... efflagitaret. Ipse enim tanquam
vir harum rerum expertissimus posset suffragium suum aliis non sine
116 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
constate le cas que Ton fait de lui aux cours de Vienne et de
Munich ] , et 1 archeveque de Prague son importance dans
les conseils de 1 empereur 2 . Humaniste autant que theolo
gien 3 , on compte sur lui pour remanier, refondre et en
dernier lieu rediger les Merits th6ologiques 61abor6s a la
cour de Ferdinand 4 .
fructu adjicere... Quapropter eum nee dies nee hora ulla amplius negli-
genda sit... si litteras absque ulla mora Staphylum perferentur .
1. Morone a Boromee 17 mai 1503. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 311.
2. Tu qui consilium cogendum esse prae coeteris in aula Imperatoris
nostri non imprudenter magno nostrum omnium applausu consuluisti... t
Brus a Staphylus, Trente, 5 mars 1562. Hofbibliothek de Vienne, ms. 5636,
fol. 108. Steinherz, Briefe des Prager Erzbischofs Anton Brus von Miiglitz
1562-1563, Prague, 1907, p. 43.
3. Bien qu il ne passat point pour tres feru de scholastique (Ferdinand
a Gienger, 28 decembre 1561, Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten VI,
min. Sickel, op. cit., p. 249. Delfino aux legats, 11 fevrier 1563. Stein
herz, op. cit., t. Ill, p. 190), il etait fort estime comme theologien. Om-
nes tibi, crede mihi, volumus oplime, lui ecrit du concile 1 archeveque
de Prague, omnes te amplectimur et reveremur, amant qui te noverunt,
diligunt qui praeclara tua de Ecclesiamerita audiunt vel legunt . (Brus
a Staphylus, 5 mars 1562. Hofbibliothek de Vienne, ms. 5636, fol. 108.
Steinherz, Briefe Anton Brus, p. 43). Pie IV meme voulait qu il prit part
au concile de Trente, comme theologien papal (Susta, Die Romische Kurie
t. I, p. 22-24, 37, 38, 52. Voir plus has, p. 125 n. 4). Ses ouvrages etaient
fort apprecies (Ganisius a Gromer, 11 Janvier 1558. Braunsberger, op.
cit., t. II, p. 275), voire des cardinaux (Hosius a Truchses, 21 juin 1560.
Steinherz, op. cit., t. I, p. 114. Truchses a Hosius, 3 aout 1560. Weber,
op. cit., p. 30. Puteo a Hosius, 3 aout 1560 ; Truchses a Staphylus, 28 fe
vrier 1561. Lagomarsini, op. cit., t. II, p. 92 n. b, 241. Amaltheo a Ho
sius, 5 mai 1563. Baluze-Mansi, Miscellanea, III, 507). Nul mieux que
lui n etait au courant des erreurs modernes et des diverses sectes pro-
testantes dont il avail dresse un catalogue (Lagomarsini, op. cit., t. II,
p. 92 ; Epistolae P. Nadal, II, 599 ; cf. Braunsberger, op. cit., t. Ill,
p. 638) ; aussi le jugeait-on necessaire au concile pour y reviser 1 In-
dex : Agitur inter coetera de revidendo cathalogo librorum prohibi-
torum, ad ejusmodi valde necessarius esset hie Staphylus, nam pauci
adsunt qui vel hoereses vel mores etiam Germanorum noverint ; quare
M l " V. curet clementer ut hue primo quoque tempere mittatur . Brus
Ferdinand I er , 10 fevrier 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten
VII, autog. Sickel (op. cit., p. 249) dit que cette lettre est du 3 fevrier,
erreur que repete Steinherz (Briefe Anton Brus, p. 45).
4. Praeterea cum stylo plurimum valeat, ecrit de lui Seld a Ferdi
nand I", le 26 avril 1562 (Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten VII, au
tog. Sickel, Das Reformations-Libell, p. 45), et judicio acri praeditus sit,
si quid ex multis scriptis quae hinc inde M" V" offeruntur in unum
aliquod corpus colligendum esset, ipse, quantum mea quidem fert opinio,
id cum rnagna dexteritate esset facturus . Cf. plus bas, p. 132, 135; Eder,
op. cit., p. 215 et suiv.
Sur Staphylus voir les articles de Tschackert, dans I Allgemeine deuls-
che Biographie, de Paulus dans le Kirchenlexicon, de Moler et Tschackert
dans la 3= edition de la Realencyclopadie, ou 1 on trouvera les principales
sources. On y ajoutera Hurter, op. cit., t. Ill, col. 19 et suiv., les ou-
SOUS PIE IV
Ges conseillers imperiaux sont tous de bons catholiques. sont tous
Gomme tous les hommes d Etat et la majorite des 6veques,
tant en Allemagne qu en France, ils tiennent aux princi-
pes du concile de Bale sur 1 autorite" pontiflcale et celle
de 1 episcopat, mais ils ne passent point, aupres de leurs
contemporains, pour des adversaires e"troits de la Cu
rie . L opinion de Janssen que Seld et Gienger furent des
cryptolutb^riens 2 ne semble point soutenable et est con-
tredite par tous les historiens catholiques d Allemagne 3 .
Seld se dit lui-meme un vieux papiste endurci , dans la
derniere lettre qu il e"crivit, peu avant sa mort au due de
vrages souvent cites de Wiedemann, (t. I et II), Hopfen, Goetz, Turba,
(t. Ill), Steinherz, (t. I et III), Susta, (t. I), Braunsberger, (t. II-VI),
Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 29, 102, 157, 465, t. VII, p. 157, 506,
523, 567, 613, et Soffner, Friedrich Staphylus, em katholischerlkontroversist
und Apologet aus der Mitte des 16 Jahrhunderts, Breslau, 1904.
1. Seld, dans un ecrit de 1558, alors que Paul IV refusait de recon-
naitre la succession au trone imperial de Ferdinand I", soutient les
opinions de Constance et de Bale : il repousse les preventions papales,
declarant que le litige n est point entre 1 empereur et la papaute, mais
entre le pape et 1 Eglise, et il en appelle au temps ou 1 empereur avait
le droit de nommer le souverain pontife. Ritter (Deutsche -Jjeschichte , t. I,
p. 156) a cru voir une evolution des idees de Seld en faveur de Rome,
de 1558 a 1502, avec le cliangement de pape. II est bien certain que le
vice-chancelier devait avoir plus d inclination pour Pie IV, ami de 1 em
pereur, que pour Paul IV son predecesseur, adversaire non deguise des
Habsbourg. Maisses principes ne semblent point pour cela avoir varie.
Gf. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 80; Eder, op. cit., p. 37, n. 1.
Zasius declare que, tout comme Seld, il c n adore point les vices de la
Curie romaine > (Zasius au due de Baviere, 28 juin 1564. Goetz, op. cit.,
p. 306. Cf. Hopfen, op. cit., p. 105-106). Avec Gienger, Seld et les autres
conseillers, il estime que le premier devoir du pape est de se soumettre
au concile, comme 1 ordonnent les decrets de Constance et de Bale (De
liberation du conseil du 5 juin 1560. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten
1533-1560, orig. Sickel, op. cit., p. 49-50. Cf. Janssen-Pastor, t. IV, p. 130;
Loewe, op. cit., p. 15 et suiv.)
Staphylus, quoique tres favorable a la personne de Pie IV (Steinherz,
op. cit., t. Ill, p. 223, 236 ; et voir plus bas, p. 125 et SUIY.) suit sur 1 auto-
rite pontificate les idees de Gerson et de FUniversite de Paris. Staphy
lus, ecrit le nonce aux legats, le 11 fevrier 1563 (Steinherz, op. cit., t. Ill,
p. 188), quand on traite de 1 autorite de Sa Saintete, parle toujours de
telle facon qu il se revele tres feru des ecrits de Gerson ; aussi, en pa-
reille matiere, est-il certainement dangereux, d autant qu il differe beau-
coup de Draskovic, lequel a sur ce sujet des idees violentes .
2. Janssen, op. cit., t. IV, p. 122, edit. 1885.
3. Cf. Hopfen, op. cit., p. 101; Holtzmann, Kaiser Maximilian \I I bis zur
seiner Thronbesteigung (1527-1564), Berlin, 1903, p. 331, 527 et suiv ; Eder,
op. cit., p. 36-37. Pastor, clans 1 edition qu il a donnee du 4 e volume
de Janssen, en 1896, ne repete point 1 opinion de 1 auteur (cf. p. 69, 130,
157 n. 3). Voir le t. VII de Janssen edite par Pastor, p. 602, 620, 668, 714.
118 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
Baviere . Le nonce se porte garant, a diverses reprises, de
ses sentiments Chretiens et de sa fidelite au Saint-Siege 2 ;
el le J6suite Canisius est au mieux avec lui 3 . La Confes
sion d Augsbourg, ecrit le vice-chancelier au due de Ba
viere, en 1564 4 , ne doit pas etre accordee a 1 Autriche en-
tiere: c est, quoi qu on dise, une croyance ou chacun creo
sa foi et sa religion . De telles paroles ne sont point d un
protestant. Les je"suites, dont il fut le bienfaiteur 5 , le pri-
saient fort 6 et 1 admirent a la participation des biens spi-
rituels de leur ordre 7 . Les reformed le d6testaient et, lors-
qu un accident de voiture lui eut coute la vie, ils y voulurent
voir le chatiment de Dieu 8 . Le cardinal d Aubsbourg, au
contraire, de"plorera sa mort commeune grandeperle pour le
catbolicisme, et il ajoutera qu il faut remplacer Seld par un
non moins bon catholique 9 . Ge fut Zazius. Celui-ci, quand
on semble mettre en doute ses sentiments 10 , proteste qu il
ne s 61oigne en aucun point essentiel de la foi catholique
1. Seld au due de Baviere, 25 avril 1565. Goetz, op. cit., p. 333. Gf.
ibid., n. 2.
Sur les sentiments catholiques de Seld voir 1 article de Goetz, dans
I Historische Zeitschrifl, t. LXXVII (1896), p. 205.
2. Je sais et tous estiment que Seld est tres catholique et tres devoue
au Siege apostolique . (Delfino a Borromee, 14 aout 1563. Steinherz, op.
cit., t. Ill, p. 403). G est ce que le nonce affirme plusieurs fois (Delfmo a
Borromee, 28 fevrier 1563. Ibid., p. 223. Delfino aux legats, 19 mars 1563.
Ibid., p. 255). Et les legats du concile se rejouissent <r que le vice-chan
celier soil bon catholique et ami du Siege remain (Les legats a Del-
phino, 23 mars 1563. Ibid., p. 257).
3. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 50, 62, 74-96, 160-161, 168-169, 182 n. 1,
258, 260, 974-975.
4. Seld a Albert de Baviere, 19-25 juin 1564. Voir 1 Appendice.
5. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 275. Seld estimait beaucoup leur
ordre. Ibid., p. 113 n. 2.
6. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 210 et n. 4, 970.
7. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 275, 283.
8. Raupach, op. cit., p. 951.
9. Otto Truchses au due de Baviere, 6 juin 1565. Goetz, op. cit.,
p. 336, n. 1.
10. II se dit calomnie, dans la lettre du 28 juin 1564 (note suivante).Le
cardinal Truchses, le 29 Janvier 1569, 1 accusera d etre favorable aux
partisans de la Confession d Augsbourg (Wiedemann, op. cit., t. I,
p. 360). Gf. Hopfen, op. cit., p. 106-107.
Jeune, on lui reprocha des conversations qui sentaient Fheresie ; mais
apres son sejour a Fribourg, il fut nomme predicateur et chanoine du
chapitre de Bale. Gf. Mederer, op. cit., t. I, p. 237 ; Prantl, Geschichte
der Ludwig-Maximilians-Universitdt in Ingolstadt, Landshut, Miinchen, Mu
nich, 1872.
SOUS PIE IV 119
et en observe fidelement le culte . II est aussi catholique
que docte dit de lui le nonce Delfino 2 . Et quand il s agit de
trouver un predicateur a la cour de Pempereur Maximilien
(1567), Zazius insiste pour que ce soit Eisengrein, dont les
sentiments orthodoxes et Paversion pour le protestantisme
eHaient connus de tous 3 ; Pame de Pempereur est en jeu
ecrit-il 4 . Gienger, lui, dans une sorte de m^moire-testa-
ment, sign6 de sa main le l er aout 1570 5 , repasse tout ce
qui fut fait alors qu il 6tait a la cour, au temps de Ferdi
nand et de Maximilien, et il proteste n avoir rien 6crit, dit
ou fait qui ne fut pour le bien et le maintien de la religion
catholique. Quant a moi, conclut-il, j accepte entierement
la doctrine de PEglise catholique, ses lois, ses commande-
ments, ses traditions et ceremonies ; je veux roster dans
Pobeissance, vivre et mourir en fils et en membre soumis
de cette Eglise, ce que, avec 1 aide de Dieu, j affirme en
conscience et par ma signature . Il s oppose au desir de
Maximilien qui voudrait introduire a la cour un predicant
lutherien : apres tout, lui dit Pempereur mecontent, vous
1. Zasius a Albert de Baviere, 28 juin 1564. Goetz, op. cit., p. 306.
2. Delfino parle en meme temps de Weber. Delfino a Borromec,
14 aout 1563. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. -403.
3. Le celebre mathematician Philipp Alpian, qui etait lutherien, disait
qu Eisengrein aurait volontiers introduit a Vienne 1 Inquisition espa-
gnole, tout comme en Baviere . Eisengrein au due de Baviere, 11 juin
1569. Pfleger, Martin Eisengrein (1535-1578), dans les Erlauterungen und Er-
yanzungen zu Janssens Geschichte des deutschen Volkes de Pastor, t. VI
(1908), p. 15-16, 160. Une fois predicateur a la cour, il ne se gena point
pour dire des verites qui parfois choquaient les oreilles de Maximilien,
et pour parler contre les erreurs du temps, au point de se faire rappeler
a 1 ordre par Fempereur : a quoi il repondait que catholique du fond
du coeur , il n avait pas etudie d autre theologie que 1 orthodoxe. Cf.
Pfleger, op. cit., p. 61 et suiv., 155 et suiv. ; Riezler, Geschichte Baierns,
t. IV, p. 584. Sur Eisengrein, voir, outre Pfleger, plus has, ch. vii.
4. Zasius a Albert V, 15 decembre 1567, Goetz, op. cit., p. 396.
Sur les sentiments catholiques de Zasius et sa conduite politique reli-
gieuse voir Paulus, Historisches Jahrbuch der Gorres-Gesellschaft, 1895,
p. 603 et suiv. ; Goetz Die bairische Politik, p. 100 et suiv., et son article
del Historische Zeitschrift (nouvelle serie), t. XLI, p. 205; Wolf, Deutsche
Geschichte, p. 709 et suiv.; Hopfen, op. cit., p. 105, 320, 322. Cf. lettre
de Canisius a Hosius du 31 juillet 1562. Braunsberger, op. cit., t. Ill,
p. 469-470.
5. Summari verzaichnus was bei mein D. Giengers zeiten, bei der
verstorbenen und jetzigen kais. M* von der N. 0. landtschafften der
augspurgischen confession halber gesuecht und gehandelt und clurcJi
mich darinie geratschlagt worden . Hopfen, op. cit., p. 343-348;
120 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
vous faites en votro tete une id6e bien particuliere tie la
religion ; c est pourquoi vous ne pouvez souffrir la pre
sence de ce pr6dicateur J . II conseille a Maximilien de ne
point cedor a la noblesse protestante, de ne lui point ac-
corder d une fagon positive une religion ou chacun croit
et fait tout co qu il veut, ou nul n admet ce que pense un
autre, de sorte que Ton peut dire avec saint Hilaire : tot
jam nunc esse fides, quot sunt voluntates z . Quand 1 em-
pereur parait faiblir et favoriser la Confession d Augsbourg,
il ne lui manage point ses critques 3 . Aussi Ferdinand
avait-il pu en toute virile defendre Gienger centre les in-
transigeanls qui le soupgonnaient luthe>ien, en affirmant
qu il e"tait au contraire parfait catholique 4 . Quant a
Staphylus, depuis son abjuration du protestantisme
en 1552 5 , il ne cesse |de defendre le catholicisme, en de
nombreux traites, centre ses ancienscore!6gionnaires 6 , les-
1. Eisengrein au due de Baviere 11 decembre 1S68. Hopfen, op. tit.,
p. 307-308.
2. S il est impossible, conclut-il, de faire autrement, que la concession
se fasse plutot tacita dissimulatione et tolerantia quam expressa Ma-
jestatis vestre authoritate et consensu . Gienger a Maximilien, 17 aout
1574. Hopfen, op. cit., p. 378 et suiv.
3. Hopfen, op. cit., p. 151.
4. Hosius a Borromee, 3 novembre 1561. Steinlierz, op. cit., t. I, p. 223.
Pour 1 accusation portee contre lui par Janssen voir plus haut, p. 117.
5. Brus fait allusion a cette conversion au commencement de sa lettre
a Staphylus du 5 mars 1562 (Hofbibliothek de Vienne, ins. 5636, fol. 108.
Steinherz, Briefe A. Brus, p. 43): ipsemet inimicus esse cepisti ; en
marge on a ecrit plus tard : Hie Staphylus relicta secta Lutheri factus
fuerat catholicus . Of. Rass, Die Convertiten, t. I, p. 337 et suiv. Sta
phylus, apres avoir etudie a 1 Universite de Wittemberg, etait devenu,
sur la recommandation de Melanchton qui Fappreciait beaucoup, pro-
fesseur de theologie a l Universite de Koenigsberg. A la suite d uue vive
polemique avec Osiandre, contre lequel il ecrivit, pour defendre la tra
dition comme regie de foi, son Synodus sanctorum Patrum nnliquorum
contra nova dogmata A. Osiandri, Nuremberg 1553 (cf. Historia acti ne-
gotii inter Fr. Slaaphylum et Andream Osiandrum, dans Strobel, Miscel
lanea literar., Nuremberg, 1778, t. I, p. 219 et suiv., t. II, p. 225 et
suiv.), choque par 1 anarchie qui deja divisait en sectes nombreuses
les partisans des nouvelles doctrines (Corpus Reformatorum, Halle,
t. VIII (1841), p. 659), il revint au catholicisme.
6. II combat la doctrine de Luther : Theologiae Martini Lutheri trimembris
epitome 1558. Sriptum colloguentium Augustanae conf essionis . . . cum appo-
sitis annotationibus 1558. Historia et apologia... de dissolutione colloquii
nuper Wormatiae instituti, Neyss, 1558. II resume cette doctrine en une
sorte de catechisme antilutherien : Das klein Corpus der gantzen Theologey
und Lehr Martin Luthers etc. Darauss ein jedweder, dem seiner Seelen Hail
Angelegen,ain summa und inlialt der ganzten Luther. Lehr, fassen kan, damit
SOUS PIE IV 121
quels, loin de m6priser ses attaques l , les redoutent et se
er sich desto besser, nor allerlayhand verfiir. ketzereien zu verhiitten wisse.
Centre Melanchton, il soutient 1 interpretation catholique de 1 Ecriture :
Von dem rechten vorstandt dess gottlichen Worts, Dolmetschung der Bibel und
wegen seiner eigenen Person wider Phil. Melanthonem, Neyss, 1560. Get ou-
vrage de 54 feuillets qu il amplifia (Christlicher Gegenbericht vom waren
verstand dess gottlichen worts, von verdolmetschung der teutschen Bibel und
von der ainigkait der lutherischen Predicanten, Ingolstadt, 1561, 138 feuil
lets in-4), il le defendit a plusieurs reprises centre les protestants :
Vortrab zur Rettung des Biichs : Vom wahren verstand dess gottl. worts etc.
Wider Jacob Schmidlen zu Gopping, Ingolstadt, 1561, (traduction latine du
chartreux Surius, Cologne, 1561, avec ce litre : Prodromus D. Friderici
Staphyli, in defensionem Apologiae suae etc. Cf. Braunsberger, op. cit.,
i. IV, p. 217, n. 5 et t. IV, p. 821, n. 2.) Nachdruck zuverfechtung des
Biichs vom rechten waren verstandt etc. .Ingolstadt, 1562. Ses traites de con-
troverse furent reunis en un volume in-folio, au xvn e siecle : Friderici
Staphyli coesarei quondam consiliarii in causa religionis sparsim editi libelli
in unum volumen digesli, Ingolstadt, 1613.
On le voit presque toujours occupe a composer ou a imprimer quelque
ouvrage de polemique (Staphylus a Brus, 10 et 28 mars 1561. Borovy,
Anton Brus z Mohelnice, Prague, 1873, edit, tcheque, p. 236 et 237. Sta
phylus a Hosius, mai 1561. Steinherz, op. cit., p. 270-271. Le cardinal
d Augsbourg a Hosius, 8 aout 1560, et a Staphylus, 28 fevrier 1561. La-
gomarsini, op. cit., p. 92-93, 240-241. Canisius a Hosius, 28 mars 1562.
Cyprian, Tabularium Ecclesiae romanae,n 99. Braunsberger, op. cit., t III,
p. 395. Brus a Staphylus, Trente, 24 mars 1562. Hofbibliothek de Vienne,
ms. 5636, fol. 238 v. Steinherz, Briefe A. Brus, p. 49. Cf. Braunsberger,
op. cit., t. I, p. 557 et suiv., t. II, p. 744, n. 7, t. Ill, p. 87, 239, 772-773,
t. IV, p. 211, 350, 352, 946,1031, t. V, p. 281-282.) Aupres des legats il s ex-
cuse de ne pouvoir se rendre pour le moment au concile, a cause des
etudes qu il a entreprises en faveur de la religion catholique Injunxit-
que [Ill mus dux Bavariae] ejusmodi quaedam scribenda, quae ille hoc
tempore pro utilitate catholicae religionis necessaria judicavit. Sunt
brevi tempore a me aliquot opuscula edita ; quae cum passim non absque
fructu legantur, vulgo dici non potest quam varia in me manuscripta
machinentur adversarii, quibus nisi opportune responderem, messem
quasi in ipso horreo collocataui incendiariis objicere viderer . (Staphy
lus aux legats, Ingolstadt, 21 juin 1561. Archives Vaticanes, Concilia 150,
fol. 65 v, Reg. gen.; Trivulziana de Milan, cod. 550, n 3. Steinherz, op.
cit., 1. 1, p. 271. Voir plus has, p. 125, n. 5). Et quelques jours plus tard,
(28 juin 1561), le due de Baviere ecrit aux legats (Trivulziana de Milan,
cod. 550, n 4, copie du secretaire du cardinal de Mantoue) : Antea vero
quod vel concilium inchoandum sit, vel ad id aliorum legati properent,
non possumus opera Staphyli oitra detrimentum Ingolstadiensis Aca-
demiae catholicaeque per provinciam nostram religionis ullo modo
carere >.
Staphylus dira a 1 empereur (Schelhorn, Ergotzlichkeiten aus der Kir-
chenhistorie, etc. Dim et Leipzig 1761-1864,, t. I, p. 558 et suiv.) : Laboro
jam non paucos annos in vinea Domini, pro virili parte mea, et ut veram
catholicae fidei doctrinam tuerer, falsam refellerem, ob indignationem
ducis Prussiae, quoniam blasphemias Andreae Osiandri non volui ap-
probare, damno affectus sum ultra duo millia thalerorum. Nee parvi
tempo proprio sumtu meo adversus hoereses militavi. Cf. Salig,
Vollstandige Historie der Augsburgischen Konfession, Halle, 1730-1735, t. II,
p. 902 et suiv.
1. Un de ses contemporains lutheriens disait de lui : Si donis recte
122 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
pr^occupent de les reTuter . Les catholiques savent qu il
se depense pour soulager les maux de 1 Eglise afflig6e et
de la religion chancelante 2 , bravant pour elles embu-
ches ennemies ou travaux si penibles soient-ils 3 , ils le
comparent a 1 athlete en face d adversaires dont il connait
les ruses et la maniere de lutter *; les protestants le con-
siderent comme un antagoniste redoutable, et une carica
ture de 1 epoque le repr^sente sous les traits de Judas,
trainant au combat contre les r^formateurs un monstre,
usus fuisset Staphylus, magnus in Ecclesia Dei esse potuisset; nam erat
profecto ingenium, eruclitio, eloquentia, cognitio linguarum ac memoria
in illo eximia, et si in quo alio, in illo praecipue ista lucebant . (Hamel-
mann, Opera genealogico-historica, Lemgo, 1711, p, 219.
1. Parlant de Schmidlin qui vient de repondre aux attaques de Sta
phylus, Canisius dit : Agit minus furiose quam antea, ut Stapliyli
scriptum timere videatur >. (Ganisius a Hosius, 28 mars 1562. Cyprian,
op. cit., n 99. Braunsberger, op. cit., t. Ill, p. 396). II ecrit egalement :
[Staphylus] graviter ab adversariis multis oppugnatur (Ganisius
& M. Gromer, ambassadeur de Pologne pres 1 empereur, 9 mai 1362.
Braunsberger, op. cit., t. Ill, p. 430. GL. ibid., t. II, p. 669, 671, 822, 824,
894, 907, 918, t. Ill, p. 371-372, 396, 638, 805, 806 n. 4, t. IV, p. 350, 352,
409). Staphylus informs Hosius, en mai 1561 (Steinherz, op. cit., t. I,
p. 270), que plusieurs theologiens lutheriens sont a 1 ceuvre pour refu-
terundeses traites recents , que Bullinger lui-meme medite quelque
livre contre lui . On ne saurait dire, ecrira-t-il, combien sont varies
les manuscrits que machinent contre moi les adversaires . (Staphylus
aux legats du concile, 21 juin 1561. Archives Vaticanes, Concilia 150,
fol. 65 v. Trivulziana de Mil-an cod. 550, n 3. Steinherz, op. cit. p. 271.)
2. Brus a Staphylus, Trente, 2 mars 1562. Slaatsarchiv de Vienne,
ms. 5636, fol. 108. Steinherz, Briefe A. Brus, p. 43. t Vir peritus in hoc
certamine quod Ghristus sua bonitate fortunet ecrit de lui Ganisius,
le 10 septembre 1557 (Braunsberger, op. cit., t. II, p. 129). Ganisius dira
en pleine chaire : Staphylus est catholicus et defensor catholicorum,
qui apperit mysteria sectariorum et probat dissensiones neochristiano-
rum . (Sermon de Ganisius du 2 fevrier 1562. Braunsberger, op. cit.,
t. Ill, p. 638). Et il affirmera que 1 on doit une grande reconnaissance
a un tel defenseur de 1 Eglise (Ganisius a Gromer, 11 juin 1558. Brauns
berger, op. cit., t. II, p. 273).
3. II ecrit aux legats, dans sa lettre citee du 21 juin 1561 : a non enim
nunc refero... quot pericula sustinuerim et insidias adversariorum, et
quam molestos posuerim labores pro hac ipsa causa religionis catho-
licae s.
Rabe, qui de lutherien se fit catholique et entra au college germani-
que, attribue sa conversion aux livres, surtout de Staphylus. Brauns
berger, op. cit., t. V, p. 829.
4. Novum pugilem, et tanto contra sectarios certalurum validius,
quanto interius gladiatores illos, astus, artesque calleret, autoramento
sibi initiavit Pontifex . Agricola, Historia Provinciae Societatis Jesu Ger-
maniae superioris quinque primos annorum complexa decades, Augsbourg,
1727, decade 3, n 23, ad arm., 1561. Voir plus has la lettre du cardinal
d Augsbourg a Hosius, 26 juin 1563, p. 123, n. 3, et cf. p. 116, n. 3
SOUS PIE IV 123
moitie bouc, moitie lion, qui lanc.e du feu et qu aiguil-
lonnent des J6suites *. Son dernier livre qui, posthume,
est comme son legs litteraire et religieux, fait du Iuth6ra-
nisme 1 avant-garde de 1 Antechrist 2 . Aussi nul ne dou-
tait de ses convictions catholiques : le cardinal d Augs-
bourg et Hosius, dont 1 orthodoxie etait un peu ombrageuse,
lui donnent toute leur confianco 3 ; Paul IVlui octroie d etre
1. Gette caricature, qui a pour titre : Lutherus triumphans , a ete
reproduite par Jaime, Musee de la caricature en France, a la suite de la
pag. 4.
Dans les Unschuldigen Nachrichten de 1716, on trouve le portrait de Sta-
phylus, qui porte 1 annee 1565 et represente un vieillard au visage ride
et tres barbu, vetu en ecclesiastique et coiffe de la barrette, avec cette
inscription :
Staphil war erst ein luttrich Mann
Darnach nam er das Papstthum an
Verleugnet Christum und sein Wort
Kam an Iscariotes Ort
Tat s Ghristentum schandlich verlign
1st sein Staff! in die Hell gestign.
Staphylus, dans une lettre du 14 juin 1556 (Braunsberger, op. cit., t. I,
p. 635 et suiv.), parle du ressentiment de Melanchton et de Flacius Illy-
ricus a son endroit; Ganisius constate a di verses reprises la haine des
protestants contre Staphylus qui, avec Hosius, est Fadversaire qu ils
detestent le plus (Braunsberger, op. cit., t. II, p. 669, 671, 822, 844). Dans
leur correspondance, ils en parlent avec vehemence (Corpus Reformato-
rum, t. IX, p. 539-540, 607, 918) ; ils ecrivent contre lui (cf. Braunsber
ger, op. cit., t. Ill, p. 371-372, 396, 409, 638, 805, 806 n. 4, t. IV, p. 350,
352). L un d eux, Rauscher, dans un pamphlet de 1562 reedite en 1564
(ibid., t. Ill, p. 371), dit que Staphylus trame la mort des protestants
et qu il est le serviteur du diable ; et un autre, Jacob Andrea, que Ton
surnomma le Lutherus secundus, s ecrie dans un de ses traites : i Gelui
qui m a delivre de Staphylus [f 1564] et de ceux qui lui ressemblent,
delivrera moi et son Eglise de cette peste d hommes que parfois meme
ne peuvent souffrir les adorateurs de la papaute . (Ibid., t. V, p. 132).
2. Vom letsten und grossen Abfall, so vor der Zuzunfft des Antichristi ges-
chehen soil, durch Frid. Staphylum s/iliger gedachtnuss beschriben und nach
seinem christlichen absterben in truck verfertigt, Ingo}stadt, 1565, (edition
latine en 1569). II commence ainsi : Daz das Luthertumb der gross
abfal, unnd des Antichrists vortrab sey... . Ganisius ecrit de ce livre a
Hosius, le 20 avril 1565 (Braunsberger, op. cit., t. V, p. 57) : Editus est
liber posthumus D. Staphyli foelicis memoriae germanice scriptus in
quo acerrime pugnet adversus lutheranos ac clocet Lutherum Anti
christi verum praecursorem esse .
3. Quand il apprendra que Staphylus est malade, Truchses craindra
sa perte. <r Male de Staphylo bono viro et docto homine, et qui omnes
hostium non solum ictus et petitiones, sed etiam intimos animi sensus
cognitos haberet a. (Le cardinal d Augsbourg a Hosius, 26 juin 1563. La-
gomarsini, dp. cit., t. Ill, p. 324. Voir la lettre de Truchses ii Staphylus,
28 fevrier 1561. Ibid., t. II, p. 2U). Hosius retint jusqu en septembre 1560
Staphylus, qui au commencement de juin avait accompagne a la cour
imperiale le due de Baviere, et a son depart il lui fit cadeau de 40 thalers
124 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
promu quoique la ic, au doctoral en th^ologie et en droit ca
non (1559) ; tous les Peres du concile, lui e"crit de Trente un
archeveque, t aiment, te venerent et jugent que tu as bien
merited de 1 Eglise 2 ; c est un Je"suite, Canisius, qui sug-
gere au due Albert de le mettre a la tete de 1 Universite
d Ingolstadt (1560) 3 ; Pempereur 4 , le due de Baviere 5 ,
(Hosius a Truchses, 21 juin 1560, et Puteo, 8 septembre 1560. Stein
herz, op. cit., i. I, p. 114). Lui qui ne voulut point que Witzel represen-
tat 1 Allemagne comme theologien au concile, ne trouva rien a objecter
centre Staphylus et il insista meme pour qu il se rendit Trente. (Thei-
ner, Vetera monumenta Poloniae, Rome, 1860-1864, t. II, p. 622. Gf. Stein-
herz, op. cit., 1. 1, p. 270). Hosius et Staphylus furent toujours en excellen-
tes relations. Gf. Hipler et Zakrzewski, flostt epistolae, t. II, p. 511-512;
Braunsberger, op. cit., t. I, p. 538 ; Epistolae P. Nadal, t. II, p. 599.
1. Ge fut 1 archeveque de Salzbourg qui lui transmit la dispense, a la
Diete d Augsbourg. Et cum academiarum statuta vetent conjugio in-
neKOs divinarum litterarum doctores creari, legis hujus veniam indulsit,
negotiumque dedit Salisburgensi archiepiscopo ut, solito eoque rigido
examine praemisso, theologiae ac juris canonici doctorem inauguraret
Staphylum. Quod etiam Augustae, inspectantibus comitiis, quanta po-
tuit soleranitate perfectum est . Agricola, op. cit., decade- 3, n 23, ad
ann., 1561.
2. Brus a Staphylus, 5 mars 1562. Hofbibliothek de Vienne, ins. 5636,
fol. 108. Steinherz, Briefe A. Brus, p. 43.
3. Mederer, Annales Academiae Ingolstadiensis, 1782, p. 282 et suiv. Eisen-
grein devait lui succeder, de 1570 a 1578, la charge de surintendant etant
restee vacante, a cause de son importance et de ses difficultes, six an-
nees (Gf. Pfleger, op. cit., p. 85 et suiv. Ganisius donne souvent a Sta
phylus les cpithetes de charissimus, d amicissimus, (Braunsberger, op.
cit., t. I, p. 483, 526 n. 1, t. II, p. 129). Et Staphylus est fort bien avec
les Jesuites (Ibid., t. I, p. 487, t. IV, p. 306).
4. Nolumus te latere quod cum ipso [Staphylo] jamdudum nomine
nostro tractatum sit, sed nullis persuasionibus adduci potuisse ut nobis
in hoc concilio negocio operam navaret . (Ferdinand I er a Brus, 22 fe-
vrier 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten, VI, min.) L empereur
ecrit dans le meme sens a 1 archeveque le 2 mars suivant (Ibid. Sickel,
op. cit., p. 250, avec la date du 1" mars). Et le 12 du meme mois, Sta
phylus dit aux legats (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 65) que 1 empereur 1 a
exhortd a se rendre au concile le plus tot possible. Voir sa reponse a
1 empereur, dans Schelhorn, Ergotzlichkeiten aus der Kirchenhistorie und
Litteratur, Ulm et Leipzig, 1761-64, t. I, p. 559.
5. Jam ante decreverat Ill mus dux Bavariae me suo nomine interesse
velle Tridentino concilio, quam quicquam nobis de sua S mi D ni N. erga
me voluntate constare potuit . (Staphylus aux legats, 21 juin 1561. Ar
chives Vaticanes, Concilio 150, fol. 65 v, Reg. gen. Trivulziana de Milan,
cod. 550, n 3). Quamobrem jam antea cum nobis spes aliqua cele-
brandi concilii ostensa fuit, illico cepimus diligenter cogitare atque dis-
picere ut idoneos homines quos ad concilium, si id aliquando serio
inchoaretur, mittere possimus, in procinctu haberemus, inter quos et
fldelem nostrum nobisque sincere dilectum Fridericum Staphylum sacrae
theologiae doctorem deputavimus... Hunc autem quandoquidem S. D.
Noster sibi ut ejus opera uti liceat in Tridentino concilio commodandum
a nobis benigne expetivit, sumus nos eo animo nunc, fuimusque semper
SOUS PIE IV 125
1 archeveque de Prague *, le cardinal Hosius 2 , les le
gats 3 , le pape lui-meme 4 , insistent pour qu il prenne part
au concile de Trente, en qualite de the ologien 5 . Admira-
ut nullum obedientiae genus, nullum honoris S li suae recusare velimus.
Nee sane intermittemus quin confestim, ubi intellexerimus Gaesareae
M lii coeterorumque in Germania catholicorum principum legates ad con
cilium pergere, nostros quoque una cum Staphylo legates ad concilium
ablegamus. (Le due de Baviere aux legats, Munich, 28 juin 1561. Trivul-
ziana de Milan, cod. 550, n 4, copie du secretaire du cardinal Ercole
Gonzaga. Archives Vaticanes, Concilia 150, fol. 69 v.) Les legats accepte-
rent cette offre d Albert (Les legats a Borromee, 14 juillet 1561. Steinherz,
op. cit., t. I, p. 272. Susta, op. cit., t. I, p. 51. Les legats a Staphylus,
4 aout 1561. Archives Vaticanes, Concilia 150, fol. 101, Reg. gen. Gf. Stein
herz, op. cit.,i. I, p. 272); etils ecrivirentau due de Baviere, le 4 aout 1561
(Archives Vaticanes, Condlis 150, f 100. Trivulziana, cod. 550, n 5, copie
du secretaire de Mantoue. Le Plat; op. cit., t. IV, p. 717) : Nam quod
ad Staphilum attinet, probat S nu D. N. et summopere commendat propo-
situm Excellentiae Vestrae, nosque itidem magnam sibi eo nomine gra-
tiam habemus, cum presertim confidamus non minus fldeli suorum nos
hominum quam nostrorum opera usuros .
1. Brus a Staphylus, 5 mars 1562. Hofbibliothe/c de Vienne, ms. 5636,
fol. 108. Steinherz, Briefe A. Brus, p. 43. Reponse de Staphylus a Brus,
14 mars 1562. Archives archiepiscopales de Prague : Recepta 1562. Bo
rovy, Anton Brus, edit., tcheque, p. 24, n. 1. Brus & Staphylus, 24 mars
1562. Ms. 5636 deja cite, fol. 238 v. Steinherz, Briefe, p. 44. Staphylus
etait tres lie avec 1 archeveque. Voir, outre les lettres precedentes, celles
de Staphylus a Brus, des 18 et 28 mars 1561, dans Borovy, op. cit., p. 236,
237 ; et le meme ouvrage de Borovy, p. 18, 21, 22, 24.
2. Hosius aux legats, 21 mai I.i62. Theiner, Monumenta Poloniae, t. II,
p. 622. Gf. Hosius au cardinal de Trente, 28 fevrier 1561. Steinherz, op.
cit., t. I, p. 270.
3. Les legats a Staphyfus, 4 aout 1561. Archives Vaticanes, Concilia
150, fol. 101, Registre general. Gf. Steinherz, op. cit., t. I, p. 272.
4. BorromeVau cardinal de Mantoue, 30 avril 1561. Susta, op. cit., 1. 1,
p. 22. Les legats a Borromee, 19 mai 1562. Steinherz, op. cit., t. I, p. 270,
avec la date du 29_ avril. Susta, op. cit., t. I, p. 23. Borromee aux le
gats, 28 juin 1561. Susta, op. cit., t. I, p. 37. Les legats a Borromee,
19 juin 1562. Ibid., p. 52. Le pape, comme les legats, accederent au desir
d Albert de Baviere qui, prenant les frais a sa charge, voulait envoyer
Staphylus a Trente comme son theologien, et non comme celui du pape
(voir plus haut, p. 124, n. 5).
Le pape desirait avoir au concile, & ses frais, quatre theologiens alle-
mands qui presertim in lutheranorum castris aliquandiu versati sunt,
et eorum technas omnes bene perspectas habent (Hosius au cardinal
de Trente, 28 fevrier 1561. Susta, op. cit., t. I, p. 23). Le cardinal de
Trente, Madruzzo, fut charge de les fournir, et Borromee ecrit a Hosius,
au commencement de fevrier 1561 (Theiner, Vetera Monumenta Poloniae,
t. II, p. 622) que deja Staphylus avait ete choisi, avec Witzel ; Hosius
se prononc.a centre ce dernier (voir plus haut, p. 93, n. 6).
5. Staphylus ne devait pas assister au concile (voir plus bas, p. 129 et n. 4).
Des le debut, il invoque, au moins pour retarder son depart, les travaux
de polemique entrepris qui exigent tout son temps (voir plus haut, p. 120,
n. 6), ses charges de farnille surtout (Staphylus aux legats, 21 juin 1561.
Archives Vaticanes, Concilia 150, fol. 65 v, Reg. gen. Trivulziana de Mi-
126 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
teur de Pie IV dont il loue le zele, la piele" el la sago po-
litique J , Staphylus no fait point a I autorit6 pontificate,
quoique Gersonien 2 , une opposition de mauvais aloi. ce
dont le nonce se f61icite 3 ; et il recevra de la Curie une pen
sion annuelle de 300 florins 4 . Son testament, que confirma
Ian, cod. 550, n 3, copie du secretaire de Mantoue. Steinherz, op. cit.,
t. Ill, p. 271. Staphylus a Brus, 14 mars 1562. Archives archiepiscopales
de Prague : Recepta 1562. Borovy, Antonin Brus, edit, tcheque, p. 24, n. 1).
Sa lettre aux legats du 21 juin 1561, publiee en grande partie par Stein
herz (loc. cit.), commence ainsi : R m Praesules, Principesque Ill mi , In-
tellexi ex epistola ea, quam R mae P. Vestrae ad me Tiidento miserunt
S mi D. N. voluntatein esse ut primo quoque tempore me Tridentum con-
feram, ibique in isto concilio juvem pro virili parte mea causam labantis
Ecclesiae. Intellexi praeterea centum coronatos in viaticum missos, cer-
tumque in singulos menses sumptum esse decretum atque constitutum,
quo dum istic commorarer me sustentare possem. Tametsi autem, R mi
Prineipes, cum antea eadem de re mini Roma scriptum esset, egoque sic
mihi rescripsisse viderer, ut existimarem excusationi meae omnes cal-
culos merito tribui debuisse, tamen siquidem animadverto aliorum bene-
volentiam plus valuisse in commendando, me, quam ego excusando
valuerim, eadem nunc breviter hie repetenda existimavi. Nam non clu-
bito, quum R ma P. V. sciant me hominem laicum esse, non ita vel litte-
ris perpolitum, vel theologicis instructum disputationibus, ut tarn celebri
in theatre theologico locum queam tueri, quum nee hoc ignorant me
esse patremfamilias etc. D (comme dans Steinherz, loc. cit.). La fin de la
lettre, absente de Steinherz, est la suivante : Id quod ego tanta etiam
animi alacritate atque ea fide me facturum recipio ut citius vires in me
quam promptitudinem voluntates desyderari patiar. Utinam vero con
cilium auspicato inchoetur, ac procedat feliciter, nee mora erit in Prin
cipe, nee in me cessatio mei offitii. Verum quia in Germania cum sese
paret adhuc nemo, sed conquiescant omnes, ne scio equidem, R Patres,
quid istic mea presentia prodesse possit, cum hie absentia mea queat
obesse plurimum. Quambbrem obnixe rogo R mas Gesitudines Vestras ut
mihi tantisper, donee progressum aliquem ceperit isthaec s. synodus
habere, hac quiete frui liceat, eisque studiis incumbere, e quibus
spero aliquos ad Ecclesiam fructus esse redituros. Hanc ego gratiam, si
Rev anim P. Vestrarum favore, benignitateque a S m D. N. fuero consecu-
tos, immortali benefitio me sibi in perpetuum devinxerint. De viatico
habeo, agoque gratias, credo autem jam remissum esse aut brevi remis-
surum iri Tridentum. Me reverenter commendo . G est a peu pres les
memes excuses qu il mettra en avant dans sa lettre aux legats, du
14 mars 1362 (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 65).
1. Delflno a Borromee, 21 aout 1561. Steinherz, op. cit., t. Ill, p 297.
2. Voir plus haut, p. 117, n. 1.
3. Delfino a Borromee, 28 fevrier 1563, et aux legats, 24 fevrier et 4 mars
1563. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 216-217, 223, 236.
4. Morone a Borromee, 17 mai 1563. Steinherz, op. cit. t. I, p. 311. Le
cardinal d Augsbourg, des 1562, avait demande a Rome line pension
pour Staphylus. Truchses au due de Baviere, 21 Janvier 1562. Goetz,
op. cit., p. 239. Morone lui donna aussi quelques cadeaux, lors de sa
legation aupres de 1 empereur, en 1563. Gf. Braunsberger, op. cit., t. IV,
p. 122, 156, 971; G. Constant, La legation de Morone aupres de 1 empereur
(1563), Paris, 1921, p. 37.
SOUS PIE IV 127
Pempereur en juillet 1563, de she ritait ses quatro fils,
au cas ou ils abandonneraient la religion catholique . Sur
sa mort les adversaires r6pandirent des bruits aussi faux
que calomnieux 2 ; mais ses contemporains et la poste~rite
n en ont rien retenu 3 .
Or ces conseillers, qui sont des catholiques aussi con- <
vaincus qu av6r6s, font tous partie du mouvement d union ^^3.
qui. au xvi e siecle, essaye de ramener en Allemagne la paix
religieuse par des moyens d ou est exclue autant que pos
sible la violence. Zasius, attache a la chancellerie de Maxi-
milien pendant le regne de Ferdinand I er , aura moins que
ses collegues a participer aux deliberations de 1560 a 1563
ou se debattront, durant le concile de Trente, les questions
d ordre ecclesiastique les plus graves. Mais nullement dou-
teux sont en matiere de politique religieuse ses senti
ments : 1 intransigeance espagnole lui d6plait 4 , et non
moins celle des protestants rigides ou sectaires 5 ; il ne prise
que la moderation 6 , basee sur 1 amour malheureuse-
ment fort refroidi du prochain 7 ; les pacifiques, les viri
modesti et tractabiles amantes pads, selon ses propres ex
pressions, ont toute sa sympathie, ne partageat-il point
leurs croyances 8 ; dans une certaine 6puration du culte et
de la discipline qui amenera un accord mutuel il voit la
paix religieuse qu il souhaite ardemment, pour mettre un
terme aux erreurs damnables, au schisme, aux sectes de
toutes sortes 9 . C est lui qui, en 1556, aide le plus effica-
1. Gf. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 946. L aine mourut a la fin de
1563. Des trois qui lui survecurent, 1 un, Frederic, devint chanoine et
official d Eichstatt et publia avec une courte biographie, les oauvres de
son pere : Fr. Staphyli caesarei guodam consiliarii in causa religionis spar-
sim editi libri in unum volumen digesti, Ingolstadt, 1593 et 16J3.
2. On disait qu il e tait mort sans communier und mit grossen pas-
sionibus . Zasius au due de Baviere, 21 mars l564.Goetz, op. cit. p. 293-294.
3. Aussitot apres sa mort parurent : Orationes funebres quatuor in exe-
quiis Fr. Staphyli. His adjectae sunt elegiae guibus vitae genus, studio et mors
ipsius dilucide explicantur, Ingolstadt, 1564.
4. Hopfen, op. cit., p. 105.
5. G est pourquoi il ne peut souffrir Vergerio. Ibid., p. 106.
6. Zazius a Philippe de Hesse, 12 mai 1564. Hopfen, op. cit., p. 211.
1. Zazius a Philippe de Hesse, 22 decembre 1564. Ibid., p. 221.
8. Hopfen, op. cit., p. 106.
9. Zasius a Philippe de Hesse, 22 decembre 1564. Hopfen, op. cit.,
p. 221. Zasius au due de Baviere, 16 aout 1567. Goetz, op. cit., p. 391.
128 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
cement a constituer la ligne de Landsberg, realisation par-
ticlle des idees ir6niques, puisqu on y voit s unir en une
meme alliance protestants et catholiques, d opinions ega-
lement moderees J ; c est sur lui quo Rome rejettera en
grande partie la responsabilit6 de la concession accordee
en 1568 aux adherents de la Confession d Augsbourg. et
elle le suspectera d incliner vers leurs opinions 2 . S il n alla
point jusque-la, il fut certainement partisan de concessions,
qui devaient, selon lui, rallier a 1 unite nombre d esprits
6gar6s. Comme lui, Gienger estimait que 1 Eglise, pour res-
taurer son autorite, devait recourir aux moyens pacifiques
et k la douceur plutot qu a la rigueur et aux chatiments,
qu elle devait ramener ceux qui 1 avaient abandonee en
condescendant a leur faiblesse dans tout ce qui 6tait cano-
niquement possible ; et ceci, ajoutait-il, ne m est point
sugg6r6 par malice, Iegeret6, mepris de 1 Eglise, mais par
1 unique d6sir, Dieu le sait, de conserver la religion catho-
lique, de rarnener au bercail du Christ les ames qui en ont
fui, de supprimer les sectes, de retablir la paix chretienne,
le calme et Punit6 3 . Staphylus et Seld avaient pris part
aux essais de rapprochement entre protestants et catholi
ques tenths a Worms et a Augsbourg, en 1557 et 1559 4 .
1. Voir plus haut, p. 113. Fondee pour donner aide et protection a la
minorite catholique, en Allemagne, la ligue de Landsberg, loin d exclure
les villes et les princes protestants, admettait volontiers tous ceux qui
desiraient sincerement la paix et 1 ordre publics; il suffisait que restat
aux catholiques Finfluence preponderante. L empereur Ferdinand ne
voulut point, ecrit au roi d Espagne Granvelle, le 18 avril 1366 (Archi
ves de Simancas, Estado, leg. 903, f 62. Goetz, op. cit., p. 348, n. 1), que
ce fut une alliance entre seuls catholiques, afin d oter 1 occasion aux
protestants d en constituer une contraire, comme jadis celle de Schmal-
kalden. Ainsi Augsbourg, Nuremberg et autres villes ou principautes
non catholiques en firent partie, pour que les protestants connussent
bien qu elle n avait pas la religion comme but, mais seulement la paix
publique et la repression de tout mouvement suscite par les esprits in-
quiets . La ligue de Landsberg dura de 1556-1598. Sur elle voir Fiedler,
op. cit., p. 194; G. Garafa, Relations boemica, edit. Miiller, p. 443-444; Stieve,
Die Politik Bayerns 1591-1601, Munich, 1878-1883, t. I et II; Goetz, op. cit.,
p. 888-905 et passim; Riezler, op. cit., t. IV, p, 465, 589, 594 ; Stogner, Der
Landsbergerbund, Horn, 1914.
2. Hopfen, op. cit., 107. Gf. Pfleger, op. cit., p. 59.
3. Memoire de Gienger sur ce qui fut fait de son temps en matiere ec-
clesiastique, l er aout 1570. Hopfen, op. cit., p. 347-348.
4. Voir les lettres de Seld au due de Baviere, 6, 13, 16 octobre, 24 no-
vembre 1557, celle d Albert a Teveque d Eichstatt, 24 novembre 1557.
sous PIE iv 129
Seld desire du concile les reTormes qui apaiseront les
lutheViens et supprimeront les motifs fond^s de leurs at-
taques, plutot que les discussions doctrinales qui les 61oi-
gnent ; et il souhaite que 1 Eglise concede ce qui arretera
leurs reclamations et leurs griefs 2 . Staphylus meme refu-
sera malgre les instances les plus pressantes 3 , de se ren-
dre a Trente, tant que les protestants n y viendront pas 4 ;
et en 1562, n esperant plus leur participation au concile, il
en demandera la suspension 3 ; c est qu il en avail attendu
Goetz, op. cit., p. 92-93, et 92 n. 2 ; Jansen, Julius Pfltig, dans les Neue
Miltheilungen aus dem Gebiet historisch-antiquarischer Forschungen, t. X
(1864), p. 176 et suiv. ; N. Paulus, Michael Heldiny, dans Der Katholitik, an-
nee 1894, t. II, p. 491 ; De Ram, Francisci Sonnii ad Wiglium Zuichemum
epistolae, Bruxelles, 1850, p. 29; Braunsberger, op. cit., t. II, p. 793;
Eder, op. cit., p. 68.
Seld fut le eollegue de J. Pflug, au colloque de Worms (Braunsberger,
op. cit., t. II, p. 181, n. 1); a la diete d Augsbourg, il recommanda I en-
tente religieuse et demontra sa possibility, un prouvant que les livres
de Bucer et de Melanchton etaient Men plus moderes et proches du ca-
tholicisme que ceux ecrits vingt ans plus tot.
1. Seld au due de Baviere, 6 aoiit Ib62. Goetz, op. cit., p. 248. Cf. Hop-
fen, p. 61.
2. G est pourquoi il se prononce toujours en faveur du calice et du
mariage des pretres. Cf. Hopfen, op. cit., p. 197; Goetz, op. cit., p. 330 ;
Steiuherz, op. cit., t. Ill, p. 80 ; et voir plus bas (p. 130, 134, n. 1 et suiv.)
les divers ecrits de 1560-1563.
3. Voir plus haut, p. 125 et n. 1-5.
4. De Staphylo jam antea scripsimus eum adduci nulla ratione po-
tuisse ut praesens in concilio nobis operam navaret (Ferdinand I er a
Brus, 2 mars 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten VII, min. Sic-
kel, op. cil., p. 250, avec la date du l er mars) Uortatur quidem me au-
gustus imperator Ferdinandus, ecrit Staphylus aux legats, le 14 mars
suivant (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 05) Tridentum ut me primo quoque
tempore conferam... At vero sicut nunc res habent meae, legitimam ex-
cusationem clementer recepit Cesar, profectionem non urget amplius >.
Aupres de Brus (Borovy, Antonin Brus, p. 24, n. 1) et des legats (voir
plus haut, p. 125, n. 5; Steinherz, op. cit., t. I, p. 271), il usa de pretex-
tes, sans mettre en avant la veritable raison de son refus; dans sa
lettro a 1 empereur (Schelhorn, Ergbtzlichkeiten aus der Kirchenhistorie und
Litteralur, Ulm et Leipzig, 1761-1764, t. I, p. 557-562), il se retranche bien
egalement derriere son peu d aptitude aux discussions theologiques, sa
sante, la nouveaute qu il y aurait pour un la ic a sieger dans un con
cile parmi les theologiens, ses travaux contre les heretiques, ses charges
de famille ; mais a la fin il avoue qu il fera mieux de rester en Alle-
magne pour tenter d attirer a Trente les lutheriens et que, s ils y vont,
lui-meme ne retardera plus d un instant son depart. Staphylus,
avait ecrit Delfino a Borromee le 21 aout 1561 (Steinherz, op. cit., t. I,
p. 297), admet comme verite essentielle que les filecteurs ecclesiastiques
ne sauraient aller au concile, tant que les protestants refuseront d y
participer .
5. Le cardinal d Augsbourg au due de Baviere, 24 Janvier 1562. Goetz,
op. cit., p. 239. Cf. ibid., n. 1.
9
130 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
1 apaisement des controverses doctrinales et une commune
entente J .
Tous les Merits 61abor6s a cette 6poque, en conseil imp6-
rial, ineritent bien la note d ir^nique. Celui que 1 empereur
fit remettre au nonce, lors des premiers pourparlers pour
la r6ouverture du concile de Trente (20-27 juin 1S60) 2 , con-
sidere comme un devoir pour l empereur d amener au con
cile par la bienveillance les princes de la Confession
d Augsbourg 3 ; a leur egard on agira avec un grand
esprit de douceur et de mansuetude, ne leur donnant au-
cune juste occasion de se plaindre 4 ; il faut en effet
trailer avec patience, moderation et douceur les schis-
rnatiques et quiconque r6siste a la v6rit6 ; aussi notre
sainte mere 1 Eglise ne doit-elle point faillir a son de-
1. Pour cela il exhorta 1 empereur, des qu il fut question d ouvrir de
nouveau le concile, & n^gocier au plus vite avec les protestants, pour
qu ils s y fissent representer; il conseillait en meme temps d admettre,
dans les deux camps adverses, pour trancher en derniere instance tous
les debats, la Bible interpreted dans le sens catholique, catholicus sa-
crae Scripturae intellectus. Luther, en effet, n avait-il pas employe, centre
Zwingle, Oecolampade et les anabaptistes, le principe catholique du
consentement universel de 1 Eglise? II serait done aise, pour un theolo-
gion habile, d amener les lutheriens 4 refuter un zwinglien par la meme
interpretation catholique de la Bible. La traduction immediate du ma-
nuscrit grec de la Bibliotheque Vaticane mettrait fin a la querelle de
ceux qui discutent entre le texte hebreu et celui de la Vulgate, en meme
temps qu elle satisferait les protestants. Pour regler ces questions et pre-
parer la voie au concile un colloque est avant tout necessaire. Rath-
schlag an Pabst Pium IV wegen Forlsetzung des Trientischen Concilii (Schel-
horn, Ergotzlichkeiten, t. II, p. 137-154, 337-359, 469-492). Staphylus
adressa a l empereur une autre Consultatio de concilia Tridentino (Staat-
sarchiv de Vienne, Religionsacten XIII, orig. Staatsarchiv de Munich, Ada
concilii Tridentini, t. V, p. 459-171, cop. cont. Gf. mon Rapport, p. 274,
n. 6) dont Bucholtz (op. cit., t. I, p. 407 et SUIT., t. VIII, p. 382 et suiv.),
a traduit la plus grande partie et qui contient des conseils analogues.
L un et 1 autre ecrit furent redig6s au moment ou 1 on deliberait, en
conseil imperial, sur la reouverture du concile. Gf. Eder, op. cit.,
p. 85. Staphylus n etait pas le seul a r6clamer avant tout un colloque
pour s entendre avec les protestants sur les principaux points contro
verses (Delfino a Borromee, 27 aout 1561. Steinherz, op. cit., 1. 1. p. 300) ;
mais il y tient plus que tous les autres conseillers impi5riaux. Tandis
que la Deliberatio de instauranda religione in archiducatu Austriae qu il
redigea seulement (voir plus bas, p. 123, n. 3), ne parle plus de ce col
loque, son Rathschlag dont il est 1 auteur unique le reclame ; et Del
fino ecrit (lettre citee du 27 aout 1561) : t Staphylus dit clairement que
le susdit colloque est plus necessaire que le concile >.
2. Voir plus bas, chap. in. Sickel, op. cit., p. 55-69.
3. Sickel, op. cit., p. 59.
4. Ibid., p. 61.
SOUS PIE IV 131
voir, mais en toute charite et mise>icorde pourvoir au
salut des fideles par toutes les concessions 16gitimes * ; de
celles-ci les deux principales pour 1 Allemagne sont le calice
et le mariage des pretres 2 ;. cettepaternelle indulgence
conservera ce qui reste de catholiques dans Pempire, rarne-
nera au bercail la plus saine partie de ceux qui 1 ont quitte ;
relacher, par ces temps malheureux, de la rigueur des ca
nons est une necessity, et un zele outre, inconside>, en
voulant ne rien ceder, risquerait de tout perdre 3 . Get 6crit
serait du surtout a Gienger 4 . De ceux qui furent composes
apres la visile des monasteres autrichiens (1561) 5 et servi-
rent a etablir les demandes de r^forme que Ferdinand,
Tannee suivante, fit au concile, 1 un, le Const/mm, de emen-
dandis monasteriis 6 peut encore etre de Gienger 7 , mais
1. Ibid., p. 67.
2. Ibid., p. 64-67.
3. Ibid., p. 67-68.
4. Steinherz affirme qu il est de lui, mais sans indiquer sur quoi il
base son affirmation ; ce doit etre sur la demonstration qu en a faite
Loewe (op. cit., p. 72-79), qui attribue egalement & Gienger, mais avec
moins de vraisemblance peut-etre (op. cit., p. 16 et suiv.), la Consultatio
quid agendum sit C. M li in negocio concilii habita 5 junii 1560 (Staatsarchiv
de Vienne, Religionsacten 1533-1560, orig. de la main de Singkmoser.
Sickel, op. cit., p. 49). II est possible que cette deliberation du 5 juin soit
du conseil tout entier, mais que Gienger, considere comme tres expert
de ce qui y etait traite, y ait eu la part principale (Of. Eder, op. cit.,
p. 40).
5. Cette visite fut faite, en mars et avril 1561, avec 1 autorisation du
Saint-Siege. (Steinherz, op. cit., t. I, p. 173, 182, 187, 189. Gf. Sickel, Das
Reformations-Libell, p. 5; Wiedemann, op. cit., t. I, p. 151 et suiv.) Le re-
sultat demontra la decadence de plus en plus grande des ordres monas-
tiques en Autriche. Gf. Wiedemann, loc. cit. ; Sickel, Dos Re for motions- Li-
bell, p. 54.
6. On le dit perdu (Sickel, Das Reformations-Libell, p. 24, n. 4 ; Stein
herz, op. cit., t. I, p. 298; Eder, op. cit., p. 86). Mais il semble bien ne
guere differer de la Descriptio defectuum publiee par Sickel (ibid., p. 7),
si ce n est le meme ecrit sous un nom different, puisque le passage qu en
cite Delfino, dans une de ses notes (Steinherz, op. cit., I. I, p. 298-299),
n est que la traduction italienne d xine partie de la Descriptio defectuum,
laquelle est bien, d apres le contexte, de 1561 (et non de 1562, comme dit
Sickel, ibid., p. 63, note). En tout cas, il y en a un sommaire allemand,
que Steinherz (ibid., p. 299) dit par erreur publie par Sickel et qui se
trouve au Staatsarchiv de Vienne : Summari Relation der Mengel, so
in Glostern in Oesterreich gefunden worden >. Gf. Sickel, Das Reforma-
tions-Libell, p. 6.
7. Eder, op. cit., p. 87 et suiv. Ferdinand, qui le consid^rait comme
n^cessaire en cette circonstance, 1 avait fait appeler en toute hate a la
cour imperiale (Sickel, Das Reformations-Libell, p. 11); et c est Gienger
qui avait pris 1 initiative de la visite des monasteres (Hosius et Del-
132 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMA.TEURS
les autres, 1 Avis pour la continuation du concile et
la Deliberatio de instauranda religione in archiducatu
Austriae 2 sont dus a Staphylus 3 . Us refletent tous les trois
los id6es directrices des commissaires imperiaux qui les
preparerent 4 , de ces hommes qui eurent pour but et ide"al
1 accord mutuel et 1 unite" retrouv6e. Apres avoir urge la
reTorme des eccle"siastiques, dont le concubinage dilapide
les biens d ^glise ou dont la negligence favorise Perreur 5 , on
y recommande d agir avec douceur a l 6gard des faibles, de
leur faire des concessions (calice, mariage des pretres, sup
pression de 1 abstinence), lesquelles d abord empecheront
la defection complete des catholiques de 1 empire 6 et pour-
ront ensuite ramener a I unit6, outre nombre de protestants,
les Bohemes et les schismatiques menie de 1 Eglise d Orient 7 .
fino a Borromee, 18 decembre 1560. Steinherz, op. cit., t. I, p. 173-174. Gf.
ibid., p. 298).
1. Rathschlag an Papst Pium IV wegen Fortsetzung des Trientischen Concilii
dont il a ete parle plus haut (p. 130, n. 1) et que Schelhorn (Ergotzlich-
keiten, t. II, p. 137-154, 337-359, 469-492) a publie. II parait etre de la fin
du mois de septembre 1561 (Sickel, >as Reformations-Libell, p. 29 et suiv. ;
Eder, op. cit., p. 84-85.)
2. Publiee par Schelhorn dans ses Amoenitates historiae ecclesiasticae et
literariae, Leipzig et Francfort, 1737-1738, t. I, p. 616-678. Elle semble de
septembre 1561, comme le Rathschlag. Gf. Sickel, Das Reformations-Libell,
p. 33; Eder, op. cit., p. 95-96.
3. Nul ne met en doute qu il soit 1 auteur du Rathschlag. Quant & la
Deliberatio, Eder (op. cit., p. 95-101) semble bien avoir prouve que, prepa-
ree par 1 ensemble de la commission, elle fut redigee par Staphylus.
Reimann (Kritische Beitrage zur deutschen Geschichte des sechszehnten Jahr-
hunderts, dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, t. VIII, p. 186)
avail done eu raison de soutenir, ce que nia Sickel (Das Reformations-Li
bell, p. 26 et suiv.), la participation de Staphylus aux ecrits elabores a
cette epoque en conseil imperial. Gf. Steinherz, op. cit., t. I, p. 297-298,
300-302. L annee suivante (5 mai), 1 empereur fera encore communiquer
a Staphylus deux documents de la visile des monasteres, pour qu il
donne un avis sur la reforme ecclesiastique a obtenir du concile. Staats-
archiv de Vienne, Religionsacten VII. Gf. Sickel. Das Reformations-Libell, p. 9 .
4. Ges commissaires etaient Seld, Gienger, Staphylus, avec Helding et
Brus, eveques de Merseburg et de Vienne. (Delfino a Borromee, 21 et
21 aout 1564. Steinherz, op. cit., t. I, p. 297, 300.)
5. Celle-ci, dit la Deliberatio, venant de Boheme, de Silesie, de Moravie
se glisse dans les pays autrichiens, tandis que dorment les hauts digni-
taires de 1 Eglise.
6. Le Rathschlag et la Deliberatio disent bien que le but premier est
ad conservandas has catholicorum reliquias i, la conversion des pro
testants n etant poursuivie qu en second lieu.
7. Rathschlag an Papst Pium IV, dans Schelhorn, Ergotzlichkeiten, t. II,
p. 349 et suiv., 355 et suiv., 477 et suiv., 486 et suiv., Deliberatio de
SOUS PIE IV
133
Les instructions pour les ambassadeurs imperiaux au con-
cile (1 Janvier 1562) recommandent egalement d obtenir
des Peres tout ce qui, faisant ce"der le droit positif en cer
tains points, conserveradansle culte de la religion catho-
lique ou ramenera a sa discipline le peuple ignorant)) 2 ;
elles afGrment que rien n est plus necessaire que la bien-
faisante paix 3 . qu il faut remettre par la douceur en la
bonne voie ceux qui 1 ont quittee 4 , au lieu de les repousser
par trop de severite dans 1 abime de la perdition , car
pour convertir les egares, la bonte a toujours plus fait
que la rigueur, la persuasion que la menace, et la charite
que la force 5 ; aussi accordera-t-on aux Iuth6riens le
sauf-conduit le plus large, tout sera mis en osuvre pour les
attirer au concile, ou ils seront 6cout6s et trait^s avec
affabilit^, aucun moyen enfin ne sera omis pour restaurer
1 unite in caritate, pietate. spirituque lenitatis 6 . Seld fit le
instauranda religione, dans Schelhorn, Amoenitates historiae ecclesiasticae,
t. I, p. 618 et suiv., 632 et suiv., 634-639, 642-675.
i Le si ardent desir du calice est une infirmite chez un nombre tres
grand de catholiques; on y remediera done par la bonte et la condes-
cendance (Deliberatio. Schelhorn. Amoenitates, t. I, p. 655). La suppres
sion du celibat entraine la diminution de la richesse ecclesiastique ; son
maintien perpetue la vie corrompue du clerge et la haine du peuple a
son egard; or de deux maux, il faut choisir le moindre. (Ibid., p. 694.)
Voir sur ces deux points, calice et mariage des pretres, 1 Avis de Sta-
phylus de 1563, qui developpe les memes idees, ch. v). Quant aux biens
ecclesiastiques voles, on agira egalement avec douceur, ne faisant valoir
les droits da PEglise qu avec une moderation qui ne puisse eloigner
d elle. (Ibid., p. 675-678).
1. Voir plus loin, ch. iv. Sickel, op. cit., p. 252 et suiv.
2. Sickel, op. cit., p. 258.
3. Ibid., p. 259.
4. In spiritu lenitatis (ibid., p. 256), expression qui revient plusieurs fois
(cf. p. 257), qui se trouvait cleja dans Fecrit du 20-27 juin 1560 (ibid., p. 67.
Voir plus haut, p. 130) et n est autre que la via lenitatis et mansuetu-
dinis , familiere a I empereur et a Gienger (voir la lettre de Ferdinand a
Gienger du 10 decembre 1561 et la reponse de Gienger du 15 decembre, dont
il sera question plus loin [p. 134, n. 2, 3, 4]. Sickel, op. cit., p. 244 et 247).
5. Ibid., p. 256.
6. Ibid., p. 257. Dans ce but, les ambassadeurs empecheront que le
concile ne se declare la continuation du precedent qui, a Trente, a deja
condamne la doctrine de la Confession d Augsbourg (ibid., p. 255); ils
aplaniront les difficultes, une fois les protestants venus, ils calmeront
leurs griefs, les ameneront a prendre part aux discussions theologiques,
ou tout au moins leur serviront rl intermediaires aupres des Peres (ibid.,
p. 257); et si ceux-ci voulaient faire quoi que ce soit qui put rallumer
la discorde ou la guerre, les representants imperiaux s y opposeraient
de toute leur force (ibid., p. 259).
134 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATfiUUS
projet de ces instructions qu il intitula Mein bedencken i ;
Gienger, consulte par Ferdinand 2 , y ajouta certaines con-
sid^rations dont on tint grand compte 3 , insistant, comme
Seld et plus peut-etre que lui, sur la necessit6 de trailer
avec douceur ceux qui s elaient 61oign6s de 1 Eglise 4 . C est
1. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten, VI, orig. II est date da 20 oc-
tobre 1561 et porte egalement ce titre : Instruction auf das Goncili
(Cf. mon Rapport dejik cite, p. 275). Sickel 1 a imprime dans son Reforma-
tions-Libell, p. 34 et suiv. Beaucoup de passages ont ete litteralement
traduits de l allemand en latin pour les instructions imperiales (ainsi
depuis le troisieme alinea de la p. 2SS [Sickel, op. cit.], jusqu au deuxieme
alinea de la p. 257 [art. 3-7 du projet de SeldJ ; depuis les quatre dernie-
res lignes de la p. 257 jusqu au premier alinea de la p. 260 [art. 8-19 du
projet de Seld]). Ges instructions demeurent done en rnajeure partie
I o3uvre de Seld. Gf. Eder, op. cit., p. 108, 114, 116, 117.
2.-Le Gonseil imperial reuni a Prague demanda que le projet de Seld
fut communique a Gienger qui etait reste a Vienne, afln d avoir 1 avis
de celui que tous consideraient comme le mieux au courant de la politi-
que religieuse en Allemagne (Proces-verbal du 6 decembre 1561. Turba,
op. cit., t. Ill, p. 200, n. 2). Ferdinand lui envoya done les instructions
projetees et lui ecrivit le 10 decembre. (Staatsarchiv de Vienne, Religions
acten VI, rnin. Gette lettre est en partie dans Sickel [op. cit., p. 243] qui
n indique point la coupure du debut. Gf. mon Rapport, p. 276 et Sickel,
Das Reformalions-Libell, p. 45). Les corrections faites, on les lui commu-
niqua (Proces-verbal du conseil imperial, 23 decembre 1561. Turba, op.
cit., p. 200, n. 2).
3. Le proces-verbal du conseil imperial, le 22 decembre 1561 (Turba,
op. cit., t. Ill, p. 200, n. 2) dit en effet, parlant de Gienger : e Rescriba-
tur ei et fiant additiones in instructione secundum opinionem ipsius .
L empereur pensait a une action commune et extra-conciliaire des puis
sances catholiques pour obtenir de la Curie romaine la reforme in capite.
(Lettre citee de Ferdinand a Gienger, du 10 decembre 1561. Sickel, op.
cit., p. 243); Gienger la deconseille (lettre citee de Gienger a 1 empereur,
du 15 decembre 1561. Ibid., p. 245) et 1 on suivit son avis. (II aurait pre-
fere que 1 empereur, a 1 exemple d Henri III, agit seul et en vertu de sa
charge imposat a la cour romaine les reformes necessaires. Ibid., p. 248).
11 recommande au contraire que les ambassadeurs, de concert avec leurs
collegues des diverses puissances, poursuivent au concile une reforme
rigoureuse (ibid., p. 247), et les instructions du l er Janvier 1562 repetent
ses paroles (ibid., p. 258. Gf. Loewe, op. cit., p. 20). Gienger vourirait que
les ambassadeurs imperiaux entretinssent de bons rapports avec ceux
des autres nations (ibid., p. 245), et les instructions le leur recomman-
dent (ibid., p. 260).
4. Les instructions reproduisent ses paroles. Ob id euim celebran-
tur concilia ut haereses extirpentur et lapsi in viam revocentur. Boni
etenim rectores ex sua infirmitate aliorum infirmitates pensantes magis
per humilitatis et mansuetudinis levamentum student peccantes ab er-
roris laqueo eruere, quam per austeritatem iu foveam perditionis nu-
tantes propellere. Plus siquidem erga corrigendos agit benevolentia
quam severitas, plus cohortatio quam comminatio, plus charitas quam
potestas (Gienger a Ferdinand, 15 decembre 1561. Sickel, op. cit., p. 247.
La derniere phrase est tiree du Decret de Gratien,Dist. 35, cap. vi). Et les
instructions disent (ibid., p. 256) : Oratores commissarii et mandatarii
SOUS PIE IV 135
encore a Gienger et Seld, ainsi qu a Staphylus que revient
la part principals dans le memoire sur la reforme qui, re-
mis au concile en mai 1562, causa quelque 6moi a Trente
et a Rome J ; on y reclame, avant la definition des dogmes
qui eloignera davantage les lutheriens, la reforme des abus
de tout 1 ordre ecclesiastique, y compris la tete, la Curie
romaine 8 , afin d apaiser les esprits qu irritent les abus du
clerge, car le peuple ne distingue pas la doctrine catho-
lique de la vie impure des clercs 3 : c est la premiere osuvre
que doit entreprendre le concile 4 ; puis comme certaines
maladies doivent etre trailers par les Emollients, aulieu du
fer et du feu, on fera c6der la rigueur des canons : ainsi
pour retenir le peuple dans 1 unite on accordera le ca-
lice, la mitigation du jeune et de 1 abstinence, 1 accession
aux ordres d hommes maries mais probes et instruits ; de
nostri... cohortabuntur [Patres] ut lapses potius in spiritu lenitatis in
via revocare quam in fovearn perditionis nutantes propellere studeant,
siquidem constet plurimis et praeclarissimis majorum nostrorum exem-
plis magis plerumque in reducendis errantibus voluisse benevolentiam
quam severitatem, plus profecisse cohortationem quam comminationem,
plus denique egisse caritatem quam potestatem . Cf. Loewe, op. cit., p. 21.
Le conseil imperial ajouta peu de chose aux idees de Seld et de Gien
ger (ainsi le commencement du 2 alinea de la p. 257 de Sickel, op. cit.,
avec le premier paragraphe de la p. 260. Gf. Eder, op. cit., p. 116, 117),
et le 29 novembre, il se declarait satisfait (Turba, op. cit., p. 200, n. 2.
Gf. Steinherz, op. cit., t. I, p. 340).
1. Voir plus has, chap. iv. L ecrit commun de Gienger et de 1 eve-
que Urbain de Gurk, qui fait la base meme du memoire, est du prin-
cipalement a Gienger, lequel ne fit guere que consulter Urbain (Cf.
Sickel, Das Reformations-Libell, p. 56 et suiv. ; Eder, op. cit., p. 157
et suiv., 182-211). Eder (op. cit., p. 182, 187, 190, 194, 196-200, 203, 205-210)
a etabli le parallele entre de nombreux passages du memoire ou du pro-
jet de Singkhmoser et les ecrits de Gienger. La redaction finale et d im-
portantes additions sont dues a Staphylus. (Gf. plus has chap, iv ;
Braunsberger, op. cit., t. Ill, p. 732). Seld, en qualite de politique, ajouta
des considerations et des amendements dont il fut egalement tenu grand
compte (Voir plus bas chap, iv.)
Ge memoire a ete publie par Schelhorn, (Amoenitates lilerariae eccle-
siasticae, t. I, p. 501 et suiv. : Consultatio de articulis reformations) qui
1 attribue a Staphylus, et par Le Plat (op. cit., t. V, p. 232 et suiv.) II
se compose de quatre parties : 1 necessite d une reforme (Le Plat, op.
cit., t. V, p. 233-238) 2 C plan de reforme et concessions (ibid., p. 238-256):
3e probleme des biens d Eglise spolies (ibid., p. 256-257) ; 4 e attitude de
1 empereur vis-a-vis de certaines questions actuellement traitees an
concile, en particulier de la residence (ibid., p. 257-258).
2. Le Plat, op. cit., t. V, p. 246.
3. Ibid., p. 235. Cf. p. 244-245.
4. Ibid., p. 237.
136 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
cette fagon, 1 Eglise en mere compatissante et bonne gar-
dera ceux qui dans 1 empire lui sont demeures fideles et ra-
menera en son sein nombre d 6gar6s * ; elle abandonnera
meme ses biens spolie s, prelerant aux biens caducs le salut
d ames qui autrement resteraient a jamais se"pares, et
offrant, selon le conseil du Christ, la joue droite a qui lui
frappa la gauche 2 . Le meme effort de conciliation se re-
trouve dans les Merits dont nous aurons a parlor, durant les
tractations qui so poursuivront de 1562 a 1564 pour obtenir
des Peres ou du pape les concessions juge"es ne"cessaires 3 ;
ils sont bien de ces hommes qui estiment, comme le dit d eux
Delfino 4 , qu il faut avant tout calmer lesesprits, leur faire
abandonner les sentiers de la colere et de la haine pour
celui de la charite" et de la paix.
Outre Sold, Zasius. Gienger et Staphylus, se trouvent d au-
18 partagT" ^ res conseillers non officiels, desquels 1 empereur ne neglige
ies memes point 1 avis : Brus, 1 archeveque de Prague 5 , dont les nonces
opinions.
1. Ibid., p. 246-252. Les passages relatifs aux concessions sont dus a
Gienger (Gf. Sickel, Das Refoi-mations-Libell, p. 71, 78. Eder [op. cit., p. 196-
200] a fait la comparaison des ecrits de Gienger avec ces passages) et a
Staphylus (Cf. Sickel, Das Re formations -Libell, p. 64, 82 et suiv., 92, 97 ;
Eder, op. cit,, p. 221 et suiv.)
2. Ibid., p. 256-257. On reconnait la egalement la plume de Gienger et
de Staphylus (Gf. Eder, op. cit., p. 203 et suiv., 224 et suiv.; Braunsber-
ger, op. cit., t. IV, p. 204, 209, 372, 470 n. 4, 977), ainsi que 1 idealisme de
Francisco de Cordoba (Gf. Eder, op. cit., p. 224). En avril 1562, Pie IV
levait les peines frappant tout possesseur de biens ecclesiastiques en
Boheme (Borromee a Delfino, 28 avril 1562. Steinherz, op. cit., t. Ill,
P- 42).
3. Voir chapitres iv et suiv.
4. Delfino a Borommee, 27 aoiit 1561. Steinherz, op. cit., t. I, p. 300.
5. Brus, ne a Miiglitz (Mohelnice) le 13 fevrier 1518, ordonne pretre
en 1541, aumonier des troupes de son compatriote Henri Mezficky de
Lomnice, dans la campagne centre les Turcs de 1542 a 1545, devint suc-
cessivement, grace a la faveur de Ferdinand, aumonier en chef de 1 ar-
mee imperiale, grand maitre de 1 ordre Teutonique a la mort de Hrade-
sin (1552), 6veque de Vienne (1558), puis de Prague (1561), ambassadeur
imperial au concile de Trente (1561-1563). En excellentes relations avec
les Jesuites, il fonda leur college de Prague et fut tres lie avec Ganisius.
Dans ses diverses charges il deploya un grand zele pour le retour a Funite
des heretiques et des calixtins, entrant tout a fait dans les vues de I em-
pereur quant aux moyens a employer. Nous verrons son action pour
obtenir des Peres la communion sous les deux especes (ch. iv) et ses
efforts pour effacer en Boheme toute trace de schisme (ch. vi). II com-
battit les ennemis de 1 Eglise par la douceur et le bon exemple, sans
moyen violent ou persecuteur. Decode le 28 aout 1580, il fut enterre a
Saint- Vite, sa cathedrale. Gf. Borovy, Antonin Brus z Mohelnice, arcibiskup
SOUS PIE IV 137
louent Ic sens catholique , et l 6veque Urbain de Gurk, par
tisan de la reTorme ecc!6siastique et d esprit tres large 2 3
Prazskij, Prague, 1873, traduction allemande, dans I Oesterr. Vierteljahrs-
chrift filr katholische Theologie, t. XIII, 1874; Wiedemann, op. cit., t. II,
p. 82 et suiv.; Teuffenbach, Die Aden des Kreuzherrenordens in Prag-vater-
landisches Ehrenbuch, t. I, p. 377 ; Jirecek dans Casopis musea krdlovstvi
Ceskeho, 1883, p. 603-605; Cvrcek dans Casopis eesky, historicky, t. II, p. 30
et suiv. ; Turba, op. cit., t. Ill, p. 200 n. 2, 208, 210, 221; Steinherz, Briefe
des Prager Erzbischofs Anton Brus von Muglitz, 1562-1563, Prague, 1907,
p. 1-16; mon Rapport, p. 254, 256,260; et passim les ouvrages souvent ci
tes de Steinherz, t. I et III, et Susta, t. I-IV: Braunsberger, op. cit., t. I,
p. 497 n. 1, 148 n. 3, 549 n. 1, 760, 763 et n. 2, 772 n. 2, t. II, p. 58 n. 3,
107 et n. 1, 235, 236, 278, 279 et n. 6, 305 et n. 1, 717, 718, t. III-IV pas
sim; Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 151, t. VII, p. 123.
1. Hosius a Borromee, 30 mai 1560 (Theiner, Monumenta vetera Polo-
niae, t. II, p. 605, Steinherz, op. cit., t. I, p. 39). Delfino a Borromee,
22 juillet 1561 (Steinherz, op. cit., t. I, p. 283) Brus fut en relation
epistolaire avec le Jesuite Canisius (Braunsberger, op. cit., t. II, p. 107-
109, 118-120, 231-232, 234-236,278-280, 757-758.)
2. Urbain Pfaffstetter (du nom du village oil il fut trouv& parmi les
morts, apres la retraite des Turcs) ou Sagstetter (du nom de son pere
adoptif, Johann Sagstetter administrateur de Gutenstein), surnomme
1 Autrichien , fut eveque de Gurk de 1556 a 1573 ; et quand Brus 1 ut
nomme a Prague (1561), il administra 1 eveche de Vienne (Gf. Reyesten
zur Geschichte der Erzdiocese Wien, t. II, p. 114-141). Predicateur de 1 em-
pereur (Steinherz, op. cit., t. I, p. 30), il le devint de son fils Maximilien,
a la grancle joie du pape, qui dit Urbain doctum et catholicum et pium,
cujus sanae doctrinae et syncerae divini verbi praedicationi aures suas
dederet. (Pie IV a Ferdinand I", 1" fevrier 1562. Hopfen, op. cit., p. 61,
n. 156). II ne passait point pour favoriser beaucoup les Jesuites et n en
laissait aucun precher dans sa cathedrale (Fend a Eck, 27 juillet 1563.
Appendice. Gf. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 303, n. 1). Gependant 1 his-
torien de la province d Autriche, (Socher, Historia Provinciae Austriae S lis
Jesu. I er partie, Vienne 1740, p. 270) affirme qu il fut tres ami de la So-
ciete. A la diete d Augsbourg de 1559, 1 empereur le chargea de negocier
la reforme ecclesiastique, d apres la Formula reformations de 1548 revisee
(Gf. Bucholtz, op. cit., t. VIII, p. 207 et suiv. ; Knopfler, op. cit., Appen
dice, p. 18 ; Steinherz, op. cit., t. I, p. 26. Hartzheim, dans ses Concilia
Germaniae [Cologne, 1765, t. VI, p. 742 et suiv.] a indique les differences
des deux Formulae reformations). Tres partisan des concessions, apres
avoir prepare le mode dont serait administree dans 1 empire la commu
nion sous les deux especes, il fut le premier a Fappliquer (Gf. plus
bas, chap, vn ; Pfleger, Martin Eisengrein 1535--I578, dans les Erlaiite-
reingen und Erganzungen zu Janssens Geschichte, 1908, p. 46, n. 1). Les in-
transigeants blamaient sa largeur d idees et Faccuserent quelquefois
d incliner vers les idees nouvelles (Gf. Turba, op. cit., p. 55; Sickel. Das
Reforrnations-Libell, p. 57; Reimann, Die religiose Entwicklunq Maximilian II,
dans I Historische Zeitschrift, t. XV, p. 17); Hosius se demande meme,
en 1560, si Rome le doit confirmer sur son siege de Gurk, car, quoique
change *, il fut un certain temps suspect, pour ne point repugner
aux nouveautes >, (Hosius a Pie IV, 13 mai 1560. Steinherz, op. cit., t. I,
p. 29-30). Ganisius lui avait reproche un ou deux ans plus tot (Brauns
berger, op. cit., t. II, p. 327-333) d expliquer les points controverses entre
catholiques et protestants d une fac.on ambigue, et de trop pratiquer
les livres des heretiques, au lieu des Peres et de 1 ficriture. Le predicant
138 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
partagent ses idees ir^niquos J ; son confesseur Cithard 2 va
Pfauser trouvait qu Urbain en effet cherchait a plaire a la fois aux ca-
tholiques et a leurs adversaires, n osant pas toujours affirmer clairement
la doctrine papiste (Fontes rerum austriacaruin , Hi Abtheilung, t. XIX
(1859), p. 170. Gf. Polanco, Chronicon S" Jesu, Madrid, 1894-1897, t. V,
p. 235-236). Les moderes le jugeaient autrement : Zazius, en 4559} affirme
qu il est tout a fait <t remain > en sa predication (Hopfen, op. tit.,
p. 33); et Georges Eder, aussi catholique quo savant, fait d Urbainen 1563,
1111 grand eloge, 1 appelant i restitutor de FEglise de Vienne, vir sin-
gulari pietate conspicuus..., verbi divini praeco prae coeteris, quos
habet Germania, ad miraculum usque potens atque disertus . (Oecono-
mia Bibliorum, Cologne 1568). II plut a Maximilien (cf. Hopfen, op. cit.,
p. 61-62), qui voulut le charger d elaborer une liturgie apte a rapprocher
les cultes lutherien et catholique (Zasius a Albert de Baviere, 16 aout
1567. Goetz, op. cit., p. 391. Cf. Pfleger, op. cit., p. 56, 57, 59). Voir sur
Pfaffstetter, Cyprian, Tabularium Ecclesiae romanae, p. 303 n. 1, 317, 575,
590, 628, 634, 976, 981 n. 3; Urban der Oesterreicher Furstbischof von Gurk,
dans la Neue theologische Zeitschrift de Pletz, Vienne, 1836 etc., t. IX,
part. 2, p. 33-52, 142-171 ; Wiedemann, op. cit., t. II, 99 et suiv., 124 ;
Sickel, Das Reformations-Libell, p. 45, 57 ; Hopfen, p. 61 et suiv. ; Goetz,
op. cit., p. 333 n. 1, 391 ; Turba, op. cit., t. Ill, p. 55, 210 n. 3, 444 ; Stein-
herz, op. cit., t. I, p. 26, 29-31, t. Ill, p. 12, 13, 15, 17, 18, 41, 65, 251-252,
294, 373 ; Pfleger, op. cit., p. 39, 56, 57, 62, 83, 136 et suiv., 139-140;
Braunsberger op. cit., t. II, p. 327 n. 3, 789, t. Ill, 732, t. IV, p. 4, 300
et n. 6, 575, 590 et 11. 3, 628 et n. 4, 634, 976, 981 et n. 3.
1. Cf. Eder, op. cit., p. 57, 68, 70, 72, 30, 83, 85, 96, 101, 110 et suiv.
115, 118, 131 et suiv., 149 et suiv., 158, 160-162, 164-166, 169-172, 174, 176
et suiv., 180 et suiv., 183-185, 188, 190-193, 195 et suiv., 200-205, 210, 226,
228, 232.
L ecrit qui forme comme le substratum du memoire imperial sur la reforme
(mai 1562), quoique surtout de Gienger, fut en partie inspire par Urbain
que Gienger consulta. Voir plus haut, p. 135, n. 1, et plus has, chap. iv.
2. Le Dominicain Mathias Esche ou Cithard (ne a Sittard, alors de
Juliers maintenant du Limbourg hollandais, au nord d Aix-la-Ghapelle,
en 1522), fat un des adversaires les plus determines du protestantisme
et un des plus celebres predicateurs de Fepoque. Entre en 1538, dans For-
dre des Freres Precheurs, il suivit les cours de Funiversite de Cologne
(1542); le due de Juliers le signala a Ferdinand, qui le nomma predica-
Seur de la cour en 1559 et le choisit pour diriger sa conscience en aout
1561 (Steinherz, op. cit., t. I, p. 44, 96). En recompense de ses services, il
rec.ut la prevote de Leitzmeritz, en Boheme, et une rente de 300 florins
sur les mines de la vallee de Finn. Aupres de Fempereur il ne cessa
d avoir le plus grand credit: multum apud Caesarem valet (Canisius
a Fr. Caster, 24 mai 1563, Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 217. Cf. Stein
herz, op. cit., t. I, p. 69, 96, 110, 119, 231, 232, 240) ; et la reputation d ora-
teur qu il apportait de Cologne et d Aix-la-Chapelle, ou il precha 16 an-
nees, ne fit que croitre a la cour de Vienne et s etendre en tout 1 empire
(Schmidt, Neuere Geschichte der Deutschen, t. Ill, p. 127 ; Steinherz, op.
cit., t. I, p. 97, 113, 240). Son discours, lors de 1 election de Maximilien a
Francfort (1562) excita Fadmiration generale. Tres apprecie du cardinal
Truchess (Cyprian, op. cit., p. 125; A. Weber, op. cit., 35, 37-39, 43, 51, 52,
63, 65) d Hosius qui le dit vir pius et doctus et vere catholicus... homo
cordatus, nihil sibi metuens... et cui Deus predicando suo verbo gratiam
concessit singularem (Hosius a Borromee, 11 juillet et 20 aout 1560. Stein
herz, op. cit., t. 1, p. 69, 97), il est non moins estime du pape, lequel compte
sur son exemple, ses predications et conseils pour maintenir Maximilien
SOUS PIE IV 139
meme plus loin que Seld en r6clamant les reformes qu il
juge la condition premiere du retour a 1 unite , et les con-
dans la bonne voie (Borromee a Hosius, 25 septembre 1560. Borromee a
Delfino, 13 decembre 1561. Ibid., t. I, p. 116, 332). Gehii-ci, quoique me-
content de 1 eloignement de son predicant Pfauser, suit et goute les ser
mons de Cithard (Gf. Steinherz, op. tit., t. I, p. 96, 110, 119, 231, 232, 240,
t. Ill, p. 15 ; Fiedler, op. cit., p. 243-244), qui eut sur lui une si reelle
influence (Steinherz, op. cit., 1. 1, p. 112, 168-169, 179) que les protestants
se rejouirent de sa mort, 1 accusant d avoir enfonce dans le papisme un
si pieux empereur (Zazius au due de Baviere, 2 novembre 1566. Hopfen,
op. cit., p. 62-63. Goetz, op. cit., p. 371 n. 1). II mourut le 1" nombre 1566,
et Zasius raconte avec quels sentiments de piete et de foi (Goetz, op. cit.,
p. 371 et n. 1). Voir sur Cithard, Raupach, op. cit., p. 71, 137, 263 et suiv. ;
du meme, Erlaiitertes evangelisches Osterreich, p. XLII, 137 n. g., 266 n. c ;
Quetif et Echard, Scriptores ordinis praedicatorum recensiti notisque histo-
ricis et criticis illustrati, Paris, 1719, t. II, p. 88, 215 ; Cyprian op. cit.,
p. 30; Quix, Geschichte des Aach. Dominikanerklosters, Aix-la-Chapelle, 1833,
et Beitrage, 1838 ; Farticle de Lammertz, dans la Dieringer s Zeitschrift
fur katholische Theologie, t. II (1845), part. 2, p. 306-321 ; Hopfen, op. cit.,
p. 62 et suiv. ; N. Paulus dans Hislorische-politische Blatter, t. GXVI
(1895), p. 237-252, 329-340; du meme, Die deutschen Dominikaner in Kampfe
gegen Luther (1518-1563), Fribourg-en-Brisgau, 1903, p. 162-181 ; Hurter,
op. cit., t. Ill, col. 26 et suiv.; Goetz, op. cit., p. 203,253, 288, 301 n. 1,
306-307, 319, 333; Steinherz, op. cit., t. I. p. 46, 111, 123, 332-333, t. Ill,
p. 65, 84-85, 261-262, 311, 321, 373; Susta, op. cit., t. IV, p. 11, 33; H. J.
Allard, S. J., M. Sittardus, dans Studien op Godsdienst Wetenschappelijk
en Letterkundig gebied, Utrecht, 1898, p. 329-374; Pfleger; op. cit., p. 39,
58, 136, 137, 143, 145, 150 ; Braunsberger, op. cit., t. II, p. 768, 793, 914,
t. Ill, p. 142 n. 6, 149, 409, 545, 804 n. 5, t. IV, p. LXX, 130, 216-217, 303
n. 1, 666, 969 n. 2, 971, 979, 981 n. 3, 982, et t. V, p. 9 n. 5, 225, 582 n. 3,
828. La lettre qu il ecrivit a Pie IV, lors de la mort de Ferdinand,
se trouve dans Schelhorn (Amoenitates liter ariae et ecclesiasticae, t. I,
p. 684-693. Gf. Rinaldi, op. cit., ad arm 1564, n. 37); son Assertio catholicae
religionis fut imprimee, a Cologne, en 1542, et certains de ses discours en
1565, 1567, 1569 et 1571; le Codex germanicus 943 de la Konigl. Bibliothek
de Munich contient quatre sermons de lui restes manuscrits.
1. II n en excepte point en effet le pape et les cardinaux, tandis que
Seld, preoccupe avant tout de 1 Allemagne, se borne a ce que necessite
1 etat religieux de 1 empire, et tait la reforme in capite, dont la demande,
portant ombrage a la Curie, pourrait faire echouer toutes les autres.
Voici, par exemple, 1 annotation qu il mit a Particle 2 du Liber Reforma-
tionis redige par Staphylus [mai 1562] (Voir plus haul p. 135, n. 1, et plus
bas chap, iv) ou Ton desirait reduire a 24 membres le sacre-college :
t Totus hie articulusad reformationem ecclesiae Germanicae, quae hac-
tenus vel de numero vel de autoritate cardinalium parum fuit sollicita,
non admodum pertinet . (Sickel, Das Re formations- Libell, p. 88 et suiv.
Cf. Eder, op. cit., p. 178 et suiv.).
Dans 1 ecrit remis a 1 occasion de ce Liber reformations (Cf . plus bas ,
chap, iv), Githard declare que le plus sur moyen de remedier aux
maux de 1 epoque est de decreter la reforme generale des moaurs, sans
en excepter ceux qui gouvernentl Eglise : intellexi nullam neque cer-
tiorem, neque praesentiorem viam malorum istorum sanandorum quam
universalem et synceram vitae nostrae in Ecclesia deformatae reforma
tionem . L empereur y soumettra avec joie lui et sa cour ; le pape et
les cardinaux ne devront done point s en abstenir : c ita Pontificem cum
140 LES DEUX PARTIS CXTHOLIQUES REFORMATEURS
cessions demanded ne lui semblent pas exager^es * ; il n est
point jusqu al Espagnol, Francisco da G6rdoba, Franciscain
et directeur de la reine des Romains 2 , qui, bien qu imbu
des idees de son pays natal, n estime necessaire, d ordonner
cardinalibus suis defugere non oportebit, quibus privilegia honorum
magisteria debent esse probitatis, ne sit honor sublimis et vita turpis,
functio honesta et actio deformis . La reforme precedera done la defi
nition des dogmes, bien que ce soit le contraire qui jusqu ici se soil fait.
La decadence des mceurs ecclesiastiques est cause de Pobscurcissement
des esprits a 1 egard de la doctrine catholique : coligo haec nullo alio
collyrio abstergi poterit nisi reformatione Christiana . La fin du schisme,
qui doit etre le but principal du concile, ne saurait etre obtenue sans
line serieuse reforme : poscit ergo summa rerum omnium per pestife-
ram hanc luem quadragenarii schismatis in Ecclesia turbatarum ac con-
vulsarum, ut primus et praecipuus tractationis locus in concilio morum
reformation!. .. tribuatur . L empereur, en la reclamant, demeure digne
de sa charge; les Peres, en la commenjant, apaiseront Dieu, sauveront
les ames et retabliront I unit6. Tribus concludendo verbis : Emeu-
demus. Oremus. Vincemus . (Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten, XIII,
orig. avec corrections marginales).
1. Githard a J. Pflug, 14 mars 1563. Cyprian op. cit. p. 27. Cf. Eder,
op. cit., p. 155. Zasius ecrit au landgrave Philippe de Hesse, le 12 mai
1564 (Hopfen, op. cit., p. 63) que Githard ne fait que t confirmer I empe-
reur, en ses idees de moderation religieuse . Au colloque de Worms
(1557), il avait ete un des principaux leaders catholiques.
2. Hosius, qui 1 employa comme intermediaire aupres de 1 ambassadeur
espagnol Luna (Steinherz, op. cit., t. I, p. 179, 201, 254-255), dit Gdrdoba
vir pius et doctus (Hosius a Borromee, 6 fevrier 1561 . Ibid., 1. 1, p. 209) :
le Franciscain agissait alors a l instigation du nonce, soit directement
soit indirectement (par son compatriote le comte de Luna), pour amener
Pempereur, malgre la grave question de la continuation du concile, a
ne point repousser la bulle du 20 novembre 1560 qui rappelait a Trente
1 assemblee des Peres (Steinherz, op. cit., t. I, p. 201). Mais quand il eut
manifesto son desir ardent et radical de reformes, moins louangeuses
furent les epithetes que lui attribua le representant du pape : ce n est
plus qu un vieil homme, fantasque et rigide . (Delfino aux legats,
20 fevrier 15G3. Ibid., t. Ill, p. 209) : t Le Franciscain est espagnol,
vieux, tres rigide, et toujoursd avis de serrer la corde davantage ; etran-
ges sont les opinions qui se peuvent voir en ces ecrits; c est un homme
aussi de langue trop libre . (Delfino aux legats, 11 fevrier 1563. Ibid.,
t. Ill, p. 188). Francisco fut un homme de caractere, plein de zele pour
1 ideal ancien de la vie ecclesiastique (ibid., t. Ill, p. 38-48); ~en ses opi
nions il resta Espagnol, reclamant la liberte du concile (Dollinger, op.
cit., t. I, p. 426 ; Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 220, 296, 493-495), le retablis-
sement de la puissance e piscopale abaissee par le pouvoir centralisa-
teur de la papaute, et la reforme de la Curie (voir ses ecrits, dont il est
parle plus bas p. 141, n. 3). C est en vain qu on chercha a enchainer par
un lien d or celui qu on ne pouvait tenir avec le seul cordon de Saint-
Francois (Morone a Delfino, 17juin 1563. Steiuherz, op. cit., t.lll.p. 348.
Gf. ibid., p. 323-324, 326.) Voir sur Francisco da Cordoba N. Antonio,
op. cit., t. I, p. 416; Joannes a Sancto Antonio, Bibliotheca universalis fran-
ciscana, I, 377. Wieclemann, op. cit., t. II, p. 123; Turba, op. cit., t. Ill,
p. 210 n. 3, 221 n. 2; Hopfen, op. cit., p. 9, 77, 81, 194 ; Steinherz. op. cit.,
i. Ill, p. 41, 187, 188, 191, 209, 261-262, 323, 324, 373, 494-495 ; Braunsber-
ger, op. cit. ,t. IV, p. 492, t. V, p. 582 n. 3; Hurter, op. cit., t. Ill, col. 57.
SOUS PIE IV 141
en Allemagne des gens maries J et de solliciter du pape le
calice 2 ; nul plus que lui n urgea davantage la r^forme,
surtout in capite 3 . Avec de tels hommes. le parti mode>6
1. Ad Caesarem Ferdinandum de reformanda Ecclesia articuli (Staatsarchiv
de Vienne, Religiomacten XIV. Kdnigliche Bibliothek de Munich, cod., 11571
ms. de Fickler) publics par Schelhorn (Amoenitates literariae et ecclesias-
ticae, t. II, p. 501), et Le Plat, (op. cit., t. v, p. 213-231; cf. Sickel, Dai-
Re formations- Libell, p. 62 et suiv.), attribues par eux a Staphylus, par
Fickler a I eveque de Hongrie Olah, et qui sont de Cordoba (septembre-
octobre 1561), comme 1 ont demontre Loewe (op. cit., p. 50-61) et Eder
(op. cit^, p. 103 et suiv.) Cf. plus bas, chap. iv. Le passage relatif an
mariage des pretres est 1 art. 30 (p. 230 de Le Plat) : L Eglise ne doit
point supporter de pretres concubinaires; qu elle en ait plutot qui soient
maries mais chastes . C est la meme pensee que 1 on retrouve en son
Avis de fevrier 1563 (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 220. Voir plus bas,
ch. vi), oil il insiste pour que le concile recherche le moyen d avoir avant
tout des pretres chastes qu ils soient celibataires ou maries , et ne
tolere plus aucun concubinaire dans les fonctions sacerdotales.
2. Reponse de Francisco da Cordoba a 1 article 8 des questions posees
par 1 empereur en fevrier 1563. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 220. Voir
plus bas, ch. vi. -- Plus tavd, en 1569, Cordoba s efforcera de con-
vaincre Eisengrein par de nombreux arguments qu il ne doit point re-
commander en chaire la communion sub una, au grand etonnement de
celui-ci qui 1 estime cependant sincerement catholique et excellent
theologien >. (Eisengrein au due de Baviere, 19 mars 1569, Hopfen, op cit..
p. 320.) Dans son de officio praelatorum imprime a Prague longtemps
apres sa mort, en 1662, il estime que 1 on doit accorder aux Bohemes
1 usage du calice. (Cf. Hurter, op. cit., t. Ill, col. 57).
3. Ses de reformanda Ecclesia articuli de 1561 (voir plus haut, p. 141, n. 1)
sont caracteristiques. Seld, dont le sens diplomatique n excluait point
toute harmonie avec Rome et qui recommandait toujours la courtoisie
dans les negociations avec la Curie, trouvait exagerees les opinions de
Cordoba (Cf. Eder, op. c^.,p.37, 174, 180-181). Selonle Franciscain, le pape,
qui ne saurait rien definir dans les choses de foi ou de mosurs sans le
concile, s il ne s y soumet, est heretique et s il n administre pas 1 Eglise
au nom du concile, mais au sien propre, agit en tyran ; car il n est
point le maitre de 1 Eglise, doiit il a uniquement 1 administration ad Dei
gloriam ; et il ne la represente pas seul, avec les cardinaux, lesquels,
d institution humaine, sont inferieurs aux eveques, conseillers-nes du
pape et d institution divine. (Art. 1-27). Le concile doit modifier le mode
d election pontificale : ce n est pas aux Italiens, membres de 1 Eglise,
comme les autres peuples, a la faire seuls, et le pape sera successive-
ment elu en chaque nation, meme en dehors du sacre college ; 1 election
n a lieu a Rome que consentiente Ecclesia : TEglise peut faire son pape oil
elle veut, et celui-ci, chef avant tout de 1 Eglise universelle, n est point
attache a Rome (art. 28-38). La creation des cardinaux n appartient pas
au pape seul, qui devra rendre aux eveques la liberte dans leurs fonc
tions ; les Peres delimiteront done son autorite et diront en quoi on lui
peut resister; ils feront cesser sa tyrannie en matiere de benefices, les
quels ne doivent etre conferes qu a ceux qui exercent le ministere eccle-
siastique et observent la residence. Le pape devra renoncer a la pompe
exageree dont il s entoure, et au culte immodere qu on lui rend, toutes
choses qui scandalise 1 Eglise (art. 39-46, et 54). Le clerge, a cause de
ses vices, merite de perdre ses privileges ; sa richesse est la ruine spi-
142 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
6tait tout puissant, et meme 1 unique, a la cour de Ferdi
nand,
ii. Maximilien n eut point la foi convaincue de son pere . II
rituelle de 1 Eglise ; que le superflu de ses biens soil donne aux pauvres
(art. 49-53, 57), car, est-il dit au debut, (Le Plat, op. cit.,t. V, p. 214)
t clerus impiguatus divitiis, relicta cura Christ! ovium, pascit seipsum,
et spirituale studium mutavit in corporale . En envoyant a Phi
lippe II ces articles et un autre ecrit sur la meme matiere, Cordoba le
presse de faire a Trente grande instance , pour que soit decretee la
reforme : car tout le mal qui exists ici a son origine dans les vices ou
les defauts des uveques, des clercs ou des religieux; si Ton veut conser-
ver ce qui reste de sain dans la chretiente, c est-a-dire les etats de Vo-
tre Majeste, la reforme est le remede necessaire, sans lequel seraient
vains tous les autres . (Cordoba a Philippe II, Linz, 22 mai 1562, Si-
mancas, Estado (Alemania) leg. 651, f 22, orig. Affaires etrangeres. Me-
moires et documents. Espagne, n 292, f 60, cop. xix siecle. Dullinger,
Beitriige, t. I. p. 426). Dans sa lettre au cardinal de Mantoue, du 14 avril
1562 (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 38), il avait insiste davantage encore:
pour ramener & la foi et :i 1 Eglise les heretiques et les schismatiques,
y disait-il, pour mettre un terme a leurs injures et outrages, le premier
moyen est la reforme in capite et membris, le second est la reforme de
1 administration ecclesiastique et le troisieme celle des moines ; il n en
est point d autres, et si la reforme ne precede tout le reste, rien ne
reedifiera 1 Eglise de Dieu. Nul doute que, si le clerge calquait ses moeurs
sur les regies de la foi, heretiques et schismatiques se convertiraient,
et non seulement le psuple Chretien serait retenu dans lavraie religion,
mais les infldeles eux-memes se soumettraient au joug du Christ . On
retrouve 1 inspiration de Cordoba, dans les instructions imperiales a
d Arco du 8 octobre 1560, (Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten 1533-1560,
min.Sickel, op. cit., p. 109J, non dans la premiere partie relative a la con
tinuation du concile, comme le voudrait Loewe (op. cit., p. 68. Cf. Eder,
op. cit., p. 63), mais dans la derniere qui concerne la reforme (Sickel,
op. cit., p. 113. Cf. Eder, op. cit., p. 62 et suiv.). On y reproche surtout
la grande deformation que cause a 1 Eglise la creation des cardinaux.
lesquels, au lieu du nombre regulier de 24, depassent celui de 60, sont
souvent des enfants et n ont ni les vertus ni les qualites requises ; le
pape les choisit dans une certaine noblesse pour s en faire une clientele,
parmi les fils de princes, dont 1 ambition engendre parfois la guerre, ou,
par nepotisme, dans sa propre famille : tout ceci donne aux adversaires
de justes raisons pour tourner en ridicule le Saint-Siege et les catholi-
ques. Cf. G. Constant, La legation de Morone, N os 20, n. 8, 23, n. 2, 114, n. 2.
1. On trouvera une bibliographie abondante sur Maximilien, a la fin
d Hopfen, op. cit., p. 423-428; on y doit ajouter : Markische Forschungen,
t. XIII, p. 330 et suiv.; Theologische Studien und Kritiken, 1873, p. 721-
127 ; Gothein, Ignatius von Loyola und die Gegenre formation, Halle, 1895,
p. 725, 730; Moritz, Die Wahl Rudolf s II, der Reichstag zu Regensburg und
die Freistellungsbewegung , Marburg, 1895, p. 18, 438 et suiv. ; les articles
de N. Paulus, dans I Historisches Jahrbuch, t. XVI, p. 599 et suiv., de Lo-
serth, dans VAllgemeine Zeitung 1896, Beilage 105; J. Loserth, Reformation
und Gegenreformation in den Innerbsterreichischen Landern im 16 Jahrhun-
dert, Stuttgart, 1897; du meme, Die Gegenreformation in Innerosterreich
(t. XXI du Jahrbuch der Gesellschaft ftir die Geschichte des Protestantismus
in Oesterreich); Bohl, Beitriige zur Geschichte der Reformation in Oesterreich,
lena, 1902; Ulrnann, Die Gegenreformation in den Habsburgischen Erblan-
SOUS PIE IV 143
n 6tait, disent les ambassadeurs v^nitiens, ni catholique,
ni protestant . Ne voulant point s aliener les uns, il cher-
chait a gagner les bonnes graces des autres 2 . Aussi le
voyait-on entendre la messe, dimanche et vendredi, et sui-
vre les ceremonies de 1 Eglise 3 , tandis qu il avail chez lui
un pretre mari6 qui prechait la doctrine lutherienne tout
cornme en un temple de reTormes, et un majordome repute
den ; Bibl, Die Organisation des evangelischen Kirchenwesens in Erzherzog-
thum Osterreich unter der Enns, von der Erteilung der Religions bis zu Kaiser
Maximilians Tode (1568-1576), Vienne, 1899 ; du meme, Die Korrespondenz
Maximilians II, t. II (1564-1566), Vienne, 1916; les outrages cites de Jans-
sen-Pastor (t IV et VII), de Turba (t. Ill) de Goetz, de Steinherz (t. I,
III, IV), de Susta (t. I), de Braunsberger (t. I-VI). Sur la politiquc
et les sentiments religieux de Maximilien consulter Janssen-Pastor, op.
cit., t. IV, p. 210, n. 4, ou sont indiques divers ouvrages ; voir egale-
ment ceux que je cite dans les notes qui suivent et en particulier la note
de la p. 151, n. I.
L ambassadeur venitien a la cour imperiale trace de Maximilien ce
portrait en 1562 (Alberi, op. cit., t. VI p. 150 Fiedler, op. cit., p. 216 et
suiv.) : Le Serenissime roi des Remains naquit le 1" jour d aout 1527,
et a aujourd hui 34 ans. De taille moyenne et assez gros, il a les yeux
vifs, le nez aquilin, les levres epaisses. Toute sa personne respire la
gravite et la bienveillance. Toutes ses pensees tendent a de grands
buts, et il ne parait point se contenter de 1 etat present. Son intelligence
est tres vive et tout appliquee aux affaires d Etat, dont il parle fort judi-
cieusement. II connait sept langues, Fallemand, le latin, 1 italien, 1 espa-
gnol, le tcheque, le hongrois et moins bien le frangais. Sa cour est fort
belle et ses conseillers sont plus qualifies que ceux de son pere... Sa
sante n est point parfaite : des palpitations et oppressions tres vives
lui font croire qu il fut empoisonne 4 Trente, lors de son retour d Es-
pagne... II souffre a la jambe d un erysipele qu on croit un commence
ment de goutte; aussi, bien que fanatique de la chasse, il evite toute
fatigue... II aime beaucoup les travaux manuels... et encourage tout ce
qui est nouveaute en fait d artillerie et de fortifications . Le portrait
que fait du roi Giovanni Micheli, en 1564, est analogue (Fiedler, op.
cit., p. 241 et suiv.). II nous reste aussi ceux traces par Lorenzo Gon-
tarini, en 1548, Tiepolo, en 1557, Leonardo Mocenigo, en 1559, Giovanni
Gorrer, en 1574 (Alberi, op., cit., t. I, p. 450, t. Ill, p. 151, t. VI, p. 118,
175 et 192, Fiedler, op cit., p. 352). Gf. L. Gruterus, (eveque de Neustadt),
Funebris oratio in mortem Maximiliani II, Rom. imp., Vienne, 1576 ; Denis
Fin de I lndependance BohGrne, t. I, p. 172 et suiv., t. II, p. 212 et suiv. et
William Stnbbs, Lectures ou European History, Londres, 1904, p. 173 et suiv.
1. c Les eiecteurs seculiers n inclinent guere vers lui, car il ne leur
semble ni catholique, ni lutherien , ecrit Mocenigo en 1559 (Alberi, op.
dp., t. VI, p. 119). Et Giacomo Soranzo dit en 1562 (Ibid., t. VI, p. 150.
Fiedler, op. cit., p. 217) : c II ne s affiche ouvertement ni catholique, ni
protestant; il assiste a la messe, observe les ceremonies des catholiques,
et parait exterieurement plus catholique qu autre chose, mais qui le
connait plus intimement en doute fort >.
2. j Sans s aliener completement les catholiques, il a su s attirer la
faveur des lutheriens > (Relation d Antonio Tiepolo 1567. Alberi, op. cit.,
t. Ill, p. 151.
3. Hopfen, op. cit., p. 117. Voir plus haut, p. 143 n. 1.
144 LKS DEUX PARTIS CATHOUQUES REFORMATEURS
protestant *. Avec les luthtriens, disait-on, il etait luthe-
rien 2 ; et avec les catholiques, catholique 3 . D6sirant plaire
1. Relation de Paolo Tiepolo, 1555 (Alberi, op. cit., t. Ill, p. 151, 152)
et de Mocenigo, 1559 (ibid., t. VI, p. 119). Griefs de Paul IV contre Fer
dinand (Staatsarckiv de Vienne, Romcorrespondenz, fasc. 24. Sickel, op.
cit., p. 35). Gf. Weber, Des Kurfiirsten August zu Sachsen Verhandlungen mil
dem Kaiser Maximilian II fiber dessen Glaubenbe/tenntniss -1555, dans \ Ar-
chiv fur suchsische Geschichte t. Ill; J. Loserth, Aus der Lehrjahren Kaiser
Maximilians II, dans les Beilage zur Allgemeine Zeitung, 1896, n 105 ; Haupt,
Melanchtons und seiner Lehre Einftuss auf Maximilian II von Oesterreich
(Programme Wittenberg 1897).
Sur Sebastien Pfauser, son predicant, voir Schelhorn, Ergotzlichkeiten,
t. I, p. 95, 109 ; Strobel, Beitrage zur Litteratur, Nuremberg, 1785, t. I,
p. 255-346; Bucholtz, op. cit., t. VIII, p. 208; Hopfen, op. cit., p. 22-36,
39 et suiv., 44, 46-47, 49 et suiv., 56, 59, 61, 63-64, 73-74, 159, 320-321;
Reimann, Die religiose Entwicklung Maximilian s II, p. 27; Gh. Meyer, Maxi
milian II und Haus von Kiistrin, dans les Forschungenzur der Geschichte,
1876, t. XVI, p. 567 et suiv. ; Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 133, 211
et suiv.; Turba, op. cit., t. Ill, p. Ill, 119, 125, 127, 129, 132 ; Steinberz,
op. cit., t. I, p. 16, 19, 21, 24, 28, 37-39, 56, 58, 61, 63, 69-70, 97, 118-119,
240; Braunsberger, op. cit., t. I, p. 524-327, 530, t. II, p. 194 n. 1.
2. En 1557 et 1558, il fait profession, dans ses lettres, de hair le pape
et il appelle le protestantisms la vraie religion. (Gf. Gindely, Die Bohmis-
chen Brilder, t. I, p. 379 et suiv. ; Reimann, Die religiose Entwicklung Maxi
milians II in den Jahren 1554-1564, dans I Historische Zeitschrift, i. XV, p. 7-22 ;
Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 210-216 ; Braunsberger, op. cit., t. I,
p. 524-527). Beaucoup estiment alors et plus tard encore qu il incline vers
le lutheranisme (Goetz, op. cit., p. 100, 288, 320, 323 n. 2. Voir plus haut,
p. 144 n. 1). A son retour des Flandres, raconte Soranzo (Alberi, op. cit.,
t. VI, p. 139 ; Fiedler, [qui attribue cette relation a Giovan Michele],
op. cit., p. 196), il commenca a vaciller dans les choses de la religion, il
s unit secretement aux protestants, mais, par respect pour son pere,
il n osa se declarer ouvertement lutherien . Zasius, le 17 septembre 1563,
infer me 1 electeur de Saxe (K. von Weber, Archiv fur die sachsische Ges
chichte, t. Ill [Leipzig, 1865], p. 330-331) que, le 8 septembre precedent,
au moment ou 1 archeveque de Gran, Nicolas Olah, couronnant Maxi-
milien roi deHongrie le priait de repeter 1 antique serment ou se trouve
le nom de la Vierge et des saints, celui-ci refusa par deux fois de le
faire.disant en place le mot : evangile. Le 8 avril 1564, Maximilien ecrira
au due de Wurtemberg Ghristopbe, protecteur attitre des reformes. (Le
Bret, Magazinsum Gebrauche der Staaten-und Kirchengeschichte, t. IX, Ulm,
1785. p. 190-191): Nous t envoyons les decrets du concile de Trente non
pour ta consolation ou ton amelioration, mais pour que des hommes
pieux et savants les examinent... L ambassadeur venitien Giovan Mi-
cbele (Fiedler, op. cit., p. 243-245), apres avoir essaye de decouvrir, par
les signes exterieurs, si le futur empereur est catholique ou lutherien,
unit par conclure qu il doit etre dans Tame protestant . Gf. Hopfen,
op. cit., p. 16 et suiv., 22, 33, 43, 46, 49, 51, 55, 61, 63, 230, 243, 253, 302, 375.
G est sa femme, la reine Marie, soeur de Philippe II, laquelle etait
tres catholique, et fort aimee de lui (il en eut dix enfants), qui, selon
les contemporains, le retenait dans le catholicisme. Relations de Tiepolo,
1557 (Alberi, op. cit., t. Ill, p. 152), de Soranzo, 1562 (ibid., t. VI, p. 51),
de Giovan Michele, 1571 (Fiedler, op. cit., p. 282), de Michele, Soranzo,
Tiepolo et Correr, 1581 (ibid., p. 393-394).
3. Hosius ecrit qu avec lui, Maximilien s est efforce de paraitre catho-
SOUS PIE IV 145
a tous, il ne satisfit personne; on le trouvait trop irresolu *.
Les lutheriens lui prefererent Ferdinand, dont la sincerite
d ame et le liberalisme leur plaisaient 2 ; et les catholiques
lique : i declarat se nostrarum esse partium . (Hosius a Pie IV, 13 mai
1560. Steinherz, op. cit., t. I, p. 30). Vult videri catholicus i (Hosius a
1 archeveque de Salzbourg, 12 juin 1560 (Ibid., t. I, p. 50). A Delfino le roi
se declare constamment partialissimo di S. S li ; et le cardinal de Lor
raine ressent une joie infinie, en voyant Sa Serenite assister a la
messe avec devotion, faire tous les actes et gestes du plus fervent ca
tholique . (Delfino aux legats, 20 fevrier 1563. Ibid., t. III. p. 208). Le
roi des Remains m a exprime en termes si vifs 1 amour et le respect que
professent envers le pape lui et la Majeste de son pere que j en ai etc
tout attendri et console . (Delfino aux legats, 20 fevrier 1563. Ibid.,
t. Ill, p. 212. Gf. p. 213) Giovan Michele ecrit en 1564 que Maximilien
ne saurait moins faire que de se montrer catholique en apparence ;
car les princes catholiques et les eveques sont les seuls en Allemagne,
qui soutiennent 1 autorite imperiale; se declarer protestant serait ruiner
la base meme d;3 Pempire, c est-a-dire 1 election, laquelle vient des pa-
pes, en particulier de Gregoire V, qui 1 attribua a 1 Allemagne, en ins-
tituant le corps des Electeurs; enfin Maximilien ne peut se desinteresser
des autres souveraius catholiques, en particulier du roi d Espagne dont
il espere la succession (Relation de Michele. Fiedler, op cit., p. 243-245).
Prendre la tete du parti protestant, comme le suggeraient certains re-
formes du temps, eut pu etre fatal a Maximilien et a 1 empire ; celui-
ci en effet reposait non sur la Reforme, intimement liee a 1 autonomie
des princes et des seigneurs, mais sur 1 Eglise catholique, qui ne se fut
point resignee sans resistance a la defection de Fempereur. (Gf. Denis,
Fin de I Independence boheme, t. II, p. 216-217). Maximilien, dit Hopfen
(op. cit., p. 65) comprit de bonne heure que la papaute etait trop forte
pour que 1 ignorat un prince allemand, destine a porter la couronne
imperiale. Gf. Hopfen, op. cit., p. 18, 25, 31, 38, 43, 59, 63, 73, 113, 161-
17:!, -189 et suiv., 191 et suiv., 214 et suiv., 22fi, 230, 256 et suiv., 267,
275, 277, 295, 321 et suiv., 380, 384, 402.
1. <t II precede de telle fagon qu il parait irresolu dans les choses de
religion (Relation de G. Soranzo 1562 Alberi, op. cit., t. VI, p. 139.
Fiedler, op. cit., p. 196). Soranzo explique cette irresolution par une in
clination cl esprit veritable pour la Reforme, inclination que contraria
la politique, lorsque le roi se fut convaincu de la haine que ressentaient
pour les Habsbourg certains princes lutheriens, et qu il eut connais-
sance de leurs sourdes menees.
2, Ferdinand fut plus aime des heretiques que son fils, bien qu il
leur fut tres oppose, parce que sa sincerite d ame et sa fac,on libe-
rale de proceder leur plaisaient . Relation de Giovanni Gorrero, 1574
(Alberi, op. cit., t. IV, p. 171. Fiedler, op. cit,, p. 331). i Ghaque jour se
refroidissent davantage 1 amoiir et le respect que lui portaient les lu
theriens, parce que Sa Majeste les a degus en tout ce qu ils attendaient
et se promettaient de lui pour le fait de la religion; ils 1 accusent de
duplicite, estimant que, dans le fond, il est papiste (ainsi appellent-ils
les catholiques), et ils croient que Sa Majeste, afin de detruire leur reli
gion et les assujetir, entretient de secrets rapports avec le pape, les
rois de France et d Espagne, lesquels tous les deux sont maintenant ses
gendres, et qu il attend, pour se deniasquer, le moment favorable >.
(Relation de Giovanni Michele, 1571 Fiedler, op. cit., p. 292).
10
146 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS
craignirent qu avec son pere ne disparut 1 ancienne foi l .
Les uns et les autres 1 eurent en suspicion, sa fagon d agir
ne leur agrant guere 2 ; et il n a pu 6viter d etre accus
de duplicit6 par ses contemporains 3 ou par les historiens
modernes *. L empereur, qui suspectait son orthodoxie, n o-
1. Les 6v6ques redoutent que la mort de 1 empereur ne soit la fin de
leurs eglises, dans tons les etats et royaumes ou gouvernera le roi
Maximilien . (Mocenigo au doge, 30 juillet 1558. Turba, op. cit., t. Ill,
p. 49). Le cardinal d Augsbourg ecrit a Philippe II le 30 juillet 15CO (Si-
mancas, Estado, leg. 888, f ol. 85, orig.): L avviso die poi e venuto certo
[da Vienna] e peggior nova, cioe che il re Maximiliano e senza speranza
di reduttione. Dio li pertloni et lo inspiri a tornare alia bona strada n
Les catholiques suspectaient la sincerite de sa religion (Relation d un
ambassadeur venitien de 1546. Simancas, Estado, leg. 2021 fol. 362-363 v);
et ils avaient mauvaise opinion de lui per il rispetto della religione
(Relation de Giovan Michele, de 1571. Fiedler, op. cit., p. 302). Fend,
dans sa lettre & Simon Eck, du 27 juillet 1563 (Appendice ), rapportant
les bruits de la cour, dit que les protestants, qui tiennent en leur pou-
voir Maximilien, ont de grandes esperances pour le debut de son regne.
Gf. W. Stubbs, Lectures ou European History, Londres, 1904, p. 112 et suiv.
2. Sa Majeste, en voulant etre bien avec catholiques et heretiques,
se rend suspect aux uns et aux autres et nul n est satisfait de lui . (Re
lation de Giovanni Correro, 1574 (Alberi, op. cit., t. IV, p. 170 ; Fiedler,
op. cit., p. 331). II y avail deji quelques annees, raconte Gratiani dans
sa Vie de Gommendone (livre III ; traduction franchise de Flechier,
Lyon, 1702, t. II, p. 40, edit, latino, t. II, p. 267) que ce prince, corrompu
par les esperances que lui donnaient les heretiques et par la frequenta-
tion qu il avait eue avec eux, paroissoit contraire a la foy et & la piote
catholique. II avoit souvent assiste a leurs prieres et leurs ceremonies.
II avoit reiju dans son palais un de leurs principaux docteurs, qn il avoit
souvent oui precher dans Vienne. Enfin, il alloit se precipiter dans 1 er-
reur, si 1 empereur Ferdinand son pere, prince tres sage et tres pieux,
ne Ten eut detourne, soit en 1 exhortant & suivre les traces de ses ance-
tres, soit en le mena^ant de le desheriter, et de laisser 1 empire et tous
ses etats & son jeune frere. Gette menace le retint et 1 empecha de faire
profession ouverte de Fheresie. Apres la mort de son pere, etant par
venu & 1 empire, il se comporta de telle sorte, que voulant se menager
enlre 1 un et 1 autre parti, il se rendit suspect k tous les deux . Gf. Ibid.
p. 52, 57, 70 et suiv., 88.
3. Relations de Giovan Michele en 1564 et 1571 (Fiedler, op. cit., p. 241,
292).
4. Les historiens n ont pu aisement fixer le caractere fuyant de Maxi
milien. Ranke 1 a celebre comme le representant d une forme moderne
du protestantisme ; ses successeurs, a 1 unanimite, Pont fletri comme
hypocrite. Felix Stieve {Die Reformationsbewegungen im Herzogthum Bayern,
dans Beilage zur Allgemeine Zeitung, 1892, n 38; Der oberosterreichische
Bauemauf stand, t. I. p. 26 et suiv.) et Hopfen (Kaiser Maximilian 11 und
der Compromisskatholizismus, Munich, 1895), que suit Loserth (Aus den
Lehrjahren Kaiser Maximilian s II, dans FAppendice 105 de \ Allgemeine
Zeitung, 1896), ont essaye de le rehabiliter, en expliquant a leur facon ses
convictions et sa politique religieuses. Paulus (Historisch.es Jahrbuch
t. XVI, p. 599 et suiv.). Him (Literaturblatt der Leo-Gesellchaft 189H, p. 361
et suiv.). Wolf (Deutsche Literatwzeitung 1895, p. 781), Forst [Historische
SOUS PIE IV 147
salt lui confier quelque gouvcrnement , et il fut souvent
en disaccord avec lui pour motifs de religion 2 . Paul IV,
que Maximilien detestait 3 , le considerait comme un he>6-
tique aver6, blamait la tolerance de Ferdinand a son 6gard 4 ,
et faillit frapper le nonce Delfino pour avoir correspondu
avec lui 5 ; i