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Full text of "Concession à l'Allemagne de la communion sous les deux espèces : étude sur les débuts de la réforme catholique en Allemagne, 1548-1621 Tomme 1"

CENTRE 
for 

REFORMATION 

and 
RENAISSANCE 



STUDIES 

VICTORIA 
UNIVERSITY 



T R N 




CONCESSION A L ALLEMAGNE 



DE LA 



COMMUNION SOUS LES DEUX ESPECES 



ETUDE SUR LES DEBUTS DE LA REFORME GATHOLIQUE 
EN ALLEMAGNE (1548-1621) 



BIBLIOTHEQUE DBS ECOLES FRANCAISES D ATHENES ET DE ROME 

PUBLIEE 
SOUS LES AUSPICES DU MINISTERS DE L INSTRUGTION PUBLIQUE 

FASCICULE CENT VINGT-HUITIEME 



CONCESSION A L ALLEMAGM 



DE LA 




ETUDE SUR LES DEBUTS DE LA REFORME CATHOLIQUE 
EN ALLEMAGNE (1548-1621 



G. CONSTANT 

ANCIEN HBMBBB DE L ECOLE FRAKQAISE DE ROME 

FELLOW DE L UNIVEHSITE DE LIVERPOOL 
PROFBSSEUR A L lNSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS 



TOME I 




PARIS 

E. DE BOGGARD, EDITEUR 
\\GIENNES MAISONS THORIN ET FONTEMOING 

1, RUE DE M EDICTS, 1 



1923 
Tous droits reserves 



AVANT-PROPOS 



Si le litre de ce livre parait quelque peu theologique, le 
sujet ne Test pas plus que toute autre etude sur le protes- 
tantisme ou la Contre-Reforme. II s agit, non de quelque 
question doctrinale ou liturgique, mais d un point d his- 
toire religieuse assez peu connue, et qui fera mieux com- 
prendre les debuts et les hesitations de la Reforme catho- 
lique. 

Au xvi* siecle, il exists dans 1 ^glise deux courants 
d opinions contraires. L un pretend la reformer, en 1 adap- 
tant aux circonstances par des concessions disciplinaires ; 
les anciens canons sont trop rigoureux pour les temps 
nouveaux, et 1 tglise doit se conformer davantage aux 
moeurs modernes, sous peine de pericliter. L autre prone 
la methode opposee : il convient, non seulement de fixer 
la foi d une fa^on indiscutable, mais aussi de maintenir 
inflexible la discipline et de la restaurer en son ancienne 
rigueur, 

A Pepoque principalement etudiee ici, 1 Eglise semble 
hesiter entre les voies ou elle s engagera. Pie IV incline a 
la conciliation. La communion sous les deux especes, ac- 
cordee a 1 Allemagne est la premiere concession ; le ma- 
riage des pretres, si vivement r6clam6 par 1 empereur et 
les princes allemands, ne semble pas loin d etre la seconde. 



JI AVANT-PROPOS 

Mais ravenement de Pie V marqae une ere nouvelle. On 
revient en arriere, et Ton impose a la Reforme catholique 
une direction opposee, si Men que le premier aiguillage 
nous parait faux aujourd hui, Men qu il eiit pu devenir 
definitif. 

Les negotiations pour la communion sub utraque nous 
feront connaitre les idees et les sentiments des deux partis 
adverses, en me me temps qu elles nous reveleront leurs 
forces respectives et leurs chances de succes. Nous verrons 
le parti modere triompher sous Pie IV, puis decliner, 
alors que croit 1 influence des principaux instigateurs et 
agents de la Contre-Reforme. 

Cette etude, non seulement eclairera le developpement 
de la Reforme catholique au xvi e siecle, mais elle servira 
aussi a 1 histoire de Pie IV, qui y joua un role important, 
et a celle d Allemagne, puisqu elle concerne en grande 
partie la politique religieuse de Ferdinand I er , de Maximi- 
lien II et d Albert V de Baviere. 

Le but de ce livre n est pas de refaire 1 histoire du 1ms- 
sitisrae, si abondamment etudie, mais de tracer celle du 
calice dans 1 Eglise catholique : de la les deux dates de 
1548 et de 1621 : 1 une indique le premier essai de conces 
sion pontificale a 1 empire par Paul III, la seconde la sup 
pression definitive d un rite qui pouvait s implanter dans 
1 Europe centrale et memela deborder. 

Ces querelles religieuses, qui semblent a beaucoup sans 
grande importance et tout juste comprehensibles, a une 
epoque ou des luttes d un ordre different les remplacent, 
etaient jadis d un interet primordial ; elles cristallisaient 
autour d elles les griefs divers de tout un peuple; elles 
melaient a la religion les revendications sociales et ethni- 
ques, qui, comme dans les guerres hussites, finissaient par 
les dominer. lilies imposerent aux Tcheques une sorte de 
particularisme en religion. Les imaginations, au milieu 
du desarroi general, s attachaient a ce symbole du calice, 



AVANT-PROPOS III 

dont la signification re*elle ne leur apparaissait que dans 
une obscurite mystique ; mais ce vague meme donnait a 
leur foi cette nuance de mystere sans laquelle il n y a pas 
de religion * . Ce symbole de Boheme devient bientot 
commun a tous les reforme s et comrae un article de leur 
foi 2 . Us y restent si obstinement attache s que rien ne les 
y peut faire renoncer ; s ils parlent quelquefois de retour a 
1 unite, ils demandent en premier lieu que la communion 
soit toujours et a perpetuite 1 celebree par les protestants 
sous les deux especes 3 . L affaire du calice, dit Theiner 4 , 
a ete, chose forte etrange, une des principales difficultes qui 
se soient elevees a la reunion de 1 Eglise de Suede avec 
1 Eglise catholique . Ce qui est vrai de la Suede, Test 
egalement des autres pays oil prevalut la Reforme. La 
coupe du Seigneur, disent les XXXIX articles d Elisabeth 
(1562), ne peut etre refusee aux lai ques, car les deux parties 
du sacrement, par 1 ordre et le commandement du Christ, 
doivent etre dispensees a tous les Chretiens sans distinc 
tion . II y avait a peine 23 ans que, meme apres le schisme 
d Henri VIII, un Acte du Parlement (1539) avait stricte- 
ment maintenu la communion sub una, declarant, avant le 
concile de Trente , que celle sub utraque n est pas neces- 
saire au salut, parce que 1 une ou 1 autre espece contient 
le Christ tout entier; soutenir le contraire exposait a la 
prison et a la confiscation des biens, recidiver etait un 
acte de felonie et comme tel puni de mort 6 . 

La question du mariage des pretres, que nous verrons 
marcher de pair avec celle du calice, n est pas moins 



1. E. Denis, Fin de I independance Boheme, t. I, p. 20. 

2. Voir p. 30 et suiv. 

3. Voir p. 89, n. 1. 

4. Schweden und seine Stellung zum heiligen Sluhl, Augsbourg, 1838, t. II, 
p. 50. 

5. Voir p. 234 et suiv. 

6. Wilkins, Concilia magnae Britanniae et Hiberniae a synodo Verulamiensi 
A. D. 446 ad Londonensem A. D. 1717, Londres, 1737, t. Ill, p. 841. Burnet, 
History of the Reformation, edit. Pocock, Oxford, 1865, t. I, p. 414. 



IV AVANT-PROPOS 

grave. Observez, disent les theologiens reformes de Ha- 
novre qui songent a un rapprochement avec Home *, ob- 
servez que les ministres et les peuples des eglises protestan- 
tes ne verroient pas, sans de grandes alarmes, abroger 
1 usage de la coupe, etablir la loi du celibat . Et aujour- 
d hui encore cette question s est posee, comme naguere, 
dans une partie de 1 ex-Saint-Empire. Au lendemain de la 
revolution sociale et politique qui transforraa la Tchecoslo- 
vaquie, 1 assemblee du clerge, reunie a Prague le 23 Jan 
vier 1919, outre la revision du proces de Jean Huss 2 
(n est-ce pas un souvenir plus ou moins conscient de 
1 utraquisme ?) et, tout comme au xvi e siecle, les offices en 
langue vulgaire 3 , 1 assemblee demanda le celibat vo- 
lontaire et la liberte pour les pretres de se marier 4 . 
Avec 1 appui du gouvernement et une recommandation 
spe"ciale de Mgr Doubrava, une mission du clerge tcheque 
partit pour Rome, ou elle arriva a la fin de juin; elle vit 
le cardinal Gasparri, secretaire d Etat, le sous-secretaire 
d Etat, Mgr Tedeschini, et remit a Benoit XV le memoire, 
dont elle supplia d approuver les reformes. Si certaines fu- 
rent concedees, du celibat volontaire il ne fut point 
question. Alors une soixantaine de pretres se marierent 
civilement 5 ; et un cure de Silesie, si Ton en croit cer 
tains journaux de Boheme, benit 1 union de plusieurs 



1. Voir p. 89, n. I. 

2. On disait a Mgr Baudrillart, lors de son voyage a Prague, en sep- 
tembre 1920 : On a rehabilite et canonise Jeanne d Arc, on peut bien 
rehabiliter et canoniser Jean Huss. La Croix, du 27 septembre 1920. 

3. Gf. p- 87 et suiv. Sur ce point, Rome a concede des privileges de tout 
genre, que peut constater 1 etranger, en assistant aux offices catholiques 
de Boheme. 

4. En d autres termes, la permission, pour les pretres qui avaient 
contracte des unions illegitimes, de les regulariser parle mariage et, 
dans 1 avenir, la faculte de se marier, avant de recevoir les ordres sa- 
cres. C est exactement ce que demandait, au xvi" siecle, un des partis 
de la Reforme catholique. Voir p. 90 et suiv., 110 et suiv., 131 et suiv., 
193 et suiv., 214 et suiv., 223, 425, 437 et ch. VI. 

5. En particulier M. Zahradnik, que le gouvernement nomma conseiller 
du MinisLere de la section ecclesiastique, ainsi que son frere, religieux 
Premontre. 



AVANT-PROPOS V 

de ses confreres 1 . Les ecclesiastiques reformistes, demeures 
celibataires, formerent une association la jednota la 
jednota bratrskd unissait autrefois les Freres Bohemes 2 . 
Gette association, condamnee par une lettre pontificals de 
Janvier 1920, ne conserva bientot plus que les elements 
schismatiques ; deux ou trois cents pretres apostasierent, 
cent autres environ, suivis de 4500 de leurs fideles, s or- 
ganiserent en eglise nationale, que protege 1 ^tat 3 . Bientot 
de tout ce mouvement en faveur de Jean Huss, de la lan- 
gue maternelle dans les offices et du mariage des pretres il 
ne restera probablement plus que le souvenir. Mais ne nous 
prouve-t-il point que les questions etudiees en cet ouvrage 
durent avoir jadis une singuliere importance, pour que, 
trois cents ans apres la Montagne Blanche et malgre trois 
siecles de Contre-Reforme, elles agitent encore les esprits, 
la meme ou elles provoquerent tant desecousses? 

11 n est point jusqu aux idees ireniques, lesquelles 
sont a la base de toute cette histoire du calice dans 1 Eglise 
catholique 4 , qui n aient leur prolongement jusqu a notre 
epoque; elles n ont cesse de banter les esprits que desole 
la dechirurede la robe inconsutilis du Christ. Lel6mai 1919, 
les delegues de la conference mondiale, projete"e par les epis- 
copaliens d Amerique pour 1 union des figlises, voyaient 
en audience Benoit XV, qui se montra d une bienveil- 
lance irresistible a leur endroit , en meme temps que 
d une rigidite inebranlable 5 . Deja, durant la guerre, 

1. C etait ce qui se pratiquait, en Boheme, au xvi* siecle. Voir la fin 
du chapitre VI, S e avant-derniere note.. 

2. Voir p. 22. 

3. D r Jos. Hanus, professeur a Prague, L Eglise catholique en Tche- 
coslovaquie dans la Revue du clerge francais, 1" et d5 mars 1920. Cf. Rene 
Pinon, L Europe nouvelle et le catholicisme, Paris, 1921 ; L. Eisenmann, La 

Tche co-Slovaquie, Paris 1921. 

4. Voir chapitre II. 

5. L figlise catholique, dit le pape, ne peut point prendre part a un 
congres, ou 1 on met en discussion ses propres litres de credibilite (voir 
p. 85). Mais elle n entend point par la desapprouver ceux qui ne sont pas 
unis a la Chaire de Pierre, et lentent quelque union. Cf. Leslie G. Wal 
ker, The ideal of one world wide-Christian Church dans the Constructive Quar- 



VI AVANT-PROPOS 

la papaute" avait echange avec les figlises se"parees d ar- 
dents et charitables voeux d union, tentant de r6aliser 
1 ordre du Maitre : Que tous soient un * . Ce desir per- 
sistant de rapprochement, malgre la cassure qui de siecle 
en siecle s est faite plus large et plus profonde, fait bien 
comprendre le mouvement qui, peu d annees apres la scis 
sion, tenta de la supprimer. 

Des deux ouvrages etrangers qui se sont occupes du ca- 
lice, 1 un, y compris 1 Appendice, n est qu une plaquette 
de 85 pages 2 , 1 autre ne traite pas que cette question 3 . 
Tous les deux certes sont loin de manquer de valeur ; mais 
ils ont ete forcement limite"s par la documentation res- 
treinte des archives de la ville oil les composa leur auteur. 
Saftien et Knopfler n etudient point Torigine de la ques 
tion, ou son developpement dans les diverses parties de 
1 empire ; ils ne la situent pas dans le mouvement de re- 
forme catholique au xvi e siecle, les debats si mouvemen- 
tes du concile leur echappent presque completement, et ils 
ne poursuivent pas jusqu a la Montagne-Blanche les suites 
de la concession. Les longues et nombreuses negociations 
qui amenerent celle-ci leur paraissent fort compliquees et 

terley Review, mars 1921 ; G. Goyau, Sur I horizan du Vatican, dans Revue 
des Deux-Mondes , 1" mars 1922, p. 104 et suiv. 

Lord Halifax, dans son discours du 14 fevrier 1895, au sujet de la va- 
lidite des ordinations anglicanes, avait dit : Les pretres qui ont regu 
les ordres romains peuvent officier, les membres de 1 figlise romaine 
peuvent communier a nos autels ; nous desirons de tout coeur qu il nous 
soit permis, a 1 etranger, de faire notre confession au clerge romain et 
de recevoir de ses mains notre communion. Sur les efforts de 1 Eglise 
anglicane pour se rapprocher des feglises d Orient, voir Herbert Hensley 
Henson, eveque de Durham, Anglicanism. Lectures on the Olaus Petri foun 
dation, delivered in Upsala, Londres 1921. 

1. G. Goyau, Article deja cite, premiere partie, 15 fevrier 1922. Voir la 
Pastorale du cardinal Mercier sur 1 Unite catholique, Pentecote 1922. 

2. K. Saftien, Die Verhandlungen Kaiser Ferdinand I mil Papst Pius IV 
iiber den Laienkelch, Gottingen, 1890. 

3. Ainsi sur les neuf groupes de documents publies a 1 Appendice 
(109 pages), six se rapportent a des sujets autres que la communion sub 
utraque. Le D Kndpfler est toujours attache a la Faculte de theologie de 
1 Universite de Munich, ou son age avance ne lui permet plus d enseigner 
comme auparavant 1 Histoire de 1 figlise. Son ouvrage est de 1891 : Die 
Kelchbewegung in Bayern unter Herzog Albrecht V. 



AVANT-PROPOS VII 

impossibles a d6m61er avec ce qu ils ont sous la main. 
Ces negociations sont merveilleusement embrouillees et 
confuses dit en une circonstance 1 un d eux 1 , et 1 autre 
avoue qu il n a pu consulter les pieces de telle ou telle 
ambassade qu il estime necessaire de connaitre 2 . II leur 
aurait fallu en effet rechercher, en dehors de Munich et de 
Hanovre, nombre de documents disperses un pen dans 
toute 1 Europe. 

Us se trouvent ici reunis. Beaucoup, quoique copies et 
minutieusementcollationnes, n ontpuqu etre die s ou brie- 
vement analyses. Les publier tous eut exige un volume 
aussi considerable que 1 ouvrage entier. Les difficultes ac- 
tuelles d impression m ontobligeaen supprimer beaucoup. 
Certains d ailleurs, recueillis avant les publications de 
Friedensburg 3 , de Susta, d Ehses, de Steinherz 4 , pouvaient 
etre mis de cote. Us viennent tous de quelques unes des 
Archives ou m attira un travail exigeant de plus vastes re- 
cherches. En dehors de Prague 5 , Amberg et Hanovre*, ce 
n est point pour 1 histoire de la communion sous les deux 
especes que je visitai Florence, Parme, Modene, Milan 7 , 
Trente, Innsbruck, Munich *, Vienne 9 , Simancas, Valla- 

l.Knopfler, op. cit., p. 107, n. 1. 

2. Saftien, op. cit., p. 35. 

3. Nuntiaturbericlite / Abtheilung, t. X et XI, oil se trouvent beaucoup 
<le documents que j avais reunis. Voir plus has p. 37, n. 3 et 4, p. 38, 
n. 10, 11, 12, p. 39, n. 1, 4, p. 40, n. 1. 

4. Le tome IV de ses Nuntialurberichte, Il te Abtheilung, para en 1914. Le 
manuscrit 5636 de la Hofbibliothek de Vienne, que j ai etudie dans mon 
Rapport sur une mission scientifique en Autriche et en Espagne, fut signale 
apres mon sejour a Vienne, a M. Steinherz qui en a tire son volume: 
Briefe des Prager Erzbischofs Anton Brus von Mtiglitz 1S6S-1563. 

5. Archives d Etat, qui jusqu en 1918, s appelaient Landesarchiv. Ar 
chives archiepiscopales, consistoriales et capitulaires. Bibliotheque de 
1 Universite. 

6. Les Archives de Bamberg etaient en complet remaniement, quand 
je voulus y prendre des informations. Gelles de Spire, de Landshut, de 
Neuburg et de Nuremberg ne contiennent rien d important sur le calice. 

7. Ambroisienne et Trivulziana. 

8. Reichsarchiv (aujourd hui Hauptstaatsarchiv) Kreisarchiv Staatsar- 
chiv Hausarchiv (archives du palais ducal) Konigliche Bibliothek (au 
jourd hui Bayerische Staatsbibliothek). 

9. Haus-Hof-und Staatsarchiv, que je designe sous le simple nom de 
Staatsarchlv Hofbibliothek qui, depuis 1918, s appelle Nationalbibliothek. 



VIII AVANT-PROPOS 

dolid , Paris, Madrid et autres lieux, qui cependant ont 
complete sur elle une information que les Archives et la 
Bibliotheque Vaticanes avaient deja rendu importante. Par- 
tout je rec.us un accueil dont je tiens a redire la parfaite 
bienveillance, en renouvelant a chaque Directeur ou archi- 
viste a qui j eus affaire 1 expression de ma tres vive grati 
tude. 

Toutefois, dans 1 interet des savants de tout pays, je si- 
gnalerai un fait qui, je 1 espere, restera unique. En 1913, 
M. Imbart de la Tour, membre de 1 Institut, faisait copier, 
pour les archives de 1 Histoire religieuse de la France , 
ou elle devait paraitre, la correspondance du cardinal de 
Mantoue avec son neveu le cardinal Fr. Gonzaga, durant le 
concile de Trente 2 , correspondance estimee perdue 3 , que 
j avais le premier longuement etudiee et en partie analy- 
se"e, en 1904 et 1907, aux Archives de Parme, et dont on 
trouvera ici quelques extraits. J envoyai la liste detaillee 
des lettres qui, depuis mon passage, avaient ete disper- 
se"es dans divers cartons. Le savant et distingue Directeur 
de 1 Archivio di Stato , M. A. Capelli, mettait tres 
aimablement a ma disposition deux copistes, dont l un, 
M. Giovanni Drei, archiviste, m ecrivit en cette occasion. 
Ce meme M. Drei, trois ans plus tard, se vantait d avoir eu 
la bonne fortune de decouvrir la correspondance du cardi 
nal de Mantoue, qui jusqu ici avait echappe aux recherches 
des savants 4 ; il en tirait deux articles et la publiait. sans 
que les Revues, ou parut ce genre particulier de documen 
tation scientifique, soupQonnassent, en celui qui desormais 
se pretendait specialise dans 1 Histoire du concile de 
Trente, une grave faute professionnelle relevant du Minis- 
tere italien. 

\. Bibliotheque de Santa-Cruz. 

2. Outre quelques lettres de son secretaire, Gamille Olivo. 

3. Susta, Die Romische Kurie und das Konzil von Trient, t. I, (1904) p. LIII 
et suiv. 

4. Archivio storico italiano, Florence, 1916, p. 247. 



AVANT-PROPOS IX 

11 n y a pas lieu de reprendre la critique des sources do- 
cumentaires ou fut puisee la matierft de cet ouvrage . La 
plupart des pieces sont originales; beaucoup, je les avais 
deja etudiees ; les particularites que presentent certaines 
d entre elles sont signalees en note ou a 1 Appendice. 

An Reichsarchiv de Munich, qui depuis la Revolution 
allemande s appelle Hauptstaatsarchio, unclassement nou- 
veau avait ete fait, peu avant la guerre, qui a bouleverse 
les cotes anciennes. Gelles-ci, pre"cedemment indiquees par 
d autres ou moi-meme 2 , je les ai conservees, tout en don- 
nant le plus souvent, entre crochets, les nouvelles ; c etait 
1 unique moyen de ne pas ajouter a la confusion 3 . Au 
Kreisarchio de la meme ville, plus d une liasse (Fascikel) 
presente quelque confusion. Certaines, d un volume et 
d une hauteur exageres, contiennent melanges et non nu- 
merotes des documents de quatre siecles, du xvi c au xix e , 
de sorte qu on peut toujours craindre la disparition de 
quelques pieces. 

Une difficulte d un genre special, que tout d abord ne 

1. Voir mon Rapport sur une mission scientifique en Autriche et en Espa- 
gne, dans le t. XVIII des Nouvelles archives des missions scientifiques et lit- 
teraires; et ma Legation du cardinal Morone pres I empereur et le concile de 
Trente (avril-decembre 1363), Paris 1922. 

2. Dans les deux ouvrages ci-dessus indiques. 

3. Un repertoire, avec table de concordance n existe pas aux archives. 
Le voici, pour les principaux manuscrits (originaux, minutes, copies 
reunis en volumes) cites en cet ouvrage. 

COTE ANC1ENNE I COTE NOUVELLE 

Acta Concilii Tridentini, t. I-V Kirche und Schule, t. 8-13. 

Bayerische Religionsakten, serie 14, 

t. I-XIII Kirche und Schule, t. 66-78. 

Geistliche so andere Religionssachen, 
primitivement n 22, puis n 17 Kirche und Schule, t. 85 

Religionsacta des Romischen Reichs, 
* t. I-XV Kirche und Schule, t. 16-30. 

Hochstift Regensburg, Literalien, t. I Regensburg Hochstift, 11 34. 

Salzburg Erzstift primitivement n 05 
133 et 134, puis n s 109 et 110 Salzburg Erzstift, n s 256-257. 

Hochstift Augsburg, 89, 90 Hochstift Augsburg, n os 194 et 195. 

Hochstift Eichstiidt, n 3 Hochstift Eichstadt, n 36. 

Hochstift Freeing, t. IV Hochstift Freising, t. 75. 

Hochstift Freising, III G/l 204 (car 
ton) seul n a pas change de cote. 



AVANT-PROPOS 



soupgonnera pas le lecteur, flit d identifier les noms pro- 
pres de localites bavaroises ou autrichiennes, trouves dans 
les enquetes. A la difference d orthographe s ajoutent, en 
effet, les changements dans les divisions administratives 
ou ecclesiastiques et les remaniements territoriaux 2 . 
Knopfler s etait borne" a orthographier le nom tel qu il le 
trouvait: ce qui ne permet pas de savoir souvent a quelle 
ville, a quel bourg d aujourd hui il s applique. C est pour 
eviter ce defaut, que durant 1 automne de 1920, et malgre 
les difficult^ du moment, je revins aux Archives de Munich, 
ou tout en revoyant et collationnant certains documents, 
j entrepris un travail aussi peu court qu aise. On a bien, 
pour la Baviere, Appian 3 , Wiedmer 4 et Bundschuh 5 , mais 
ils sont trop anciens ou insuffisants. La salle de travail du 
Reichsarchiv possede une carte, qui n est pas dans le com 
merce, de la Baviere au xvi ft siecle. On aime a y recourir ; 
elle est loin cependant d etre complete et de repondre a tou- 
tes les questions. Aussi faut-il avoir sous la main nombre 
d ouvrages que doit connaitre 1 historien etranger a 1 Alle- 
magne 6 . M. Fr. Westermaier tres verse dans la topographic 



1. J indique generalement entre crochets 1 ancienne ortographe. 

2. Beaucoup de localites, au xvi e siecle, en Baviere appartiennent au- 
jourd hui a 1 Autriche et vice versa. 

3. Pliilipp Apian s Topographic von Bayern und bayerische Wappensammlung, 
dans YOberbayerisches Archiv fur vaterlandische Geschichle, hrsg. von dem 
historischen Vereine, Munich 1880. Apian, ne en 1531, a Ingolstadt, mourut 
a Tubingen en 1, : .89. 

4. Repertorium Bavariae oder fcurze Geographische Beschreib-und Einthei- 
lung des Bayerischen Crayses [Kreises], Ausbourg i7S2. 

5. Geographisches Lexicon von Baiern, Ulm, 1796-1797, 3 vol. L. Westen- 
rieder (Bayerisch-hislorischer Kalender 1787-1815) fournit des renseigne- 
ments sur la Baviere, a la fin du xvni siecle. 

6. En voici quelques-uns, PI. Braun, Historisch-topopraphische Beschrei- 
bung Augsburg in drey Penoden, Ausbourg, 1823. J. A. Eisenmann et G. Fr. 
Hohn, Topo-geographisch-slatislisckes Lexicon vom Konigreiche Bayern, Er- 
langen, 1840, 2 vol. A. Steichele, Das Bislhum Augsburg hislorisch und sta- 
tistisch, Augsbourg, 1864-1910, 7 vol. (publication continuee par A. SchrO- 
der, qui a publie le 5 e volume). J. Rottmayr, Stalistische Beschreibung des 
Bisthums Passau, Passau 1867. K. Friihwald, Neuestes Orts Lexicon fur die 
in Reichsrathe verlrelenen Konigreiche und Lander, Vienne, 877. (Get ouvrage 
concerne 1 Autriche). F. Janner, Geschichte der Bischofe von Regensburg, 
1883-1886, 3 -vol. (Get ouvrage n est pas toujours exact.) H. Oesterley, 



AVANT-PROPOS XI 



ancienne de 1 empire, m a tres aimablement aide a dissiper 
mes doutes, de meme que le D r G. Schrotter a calmer les 
scrupules que font naitre. loin des Archives, certains textes 
allemands du xvi e siecle *. 

II eutete aise d allonger de beaucoup la bibliographic, ne 
fiit-ce qu avec les ouvrages cites au cours de cette etude. 
Ceux qui concernenttel point particulier ou tel personnage 
se trouvent indiques a leur place, surtout quand ils con- 
tiennent eux-mme les sources que recherche Pauteur, ce 
qui evite une nomenclature inutile 2 . Les livres cites sont 
assez connus, pour m epargner toute reflexion oiseuse ; si 
quelque critique s impose, elle a lieu en son temps. Toute 
oauvre d une valeur douteuse ne saurait etre indique"e. 
Une liste unique et par ordre alphabetique est ce qu il y a 
de plus ancien, de plus banal, mais aussi de plus commode, 
parce que le lecteur, en face d un op. cit., retrouve aussi- 
tot le litre qu il desire. Certains auteurs, en adoptant des 
groupements bibliographiques plus ou moins artificiels, 
1 obligent quelquefois, a parcourir une quarantaine de pa 
ges. L historien doit garder pour lui seul la peine. II faut 
que son travail, souvent d une complexite extreme, ne vise 
qu a la simplicite et a la clarte. 

C est dans ce but de clarte que les ouvrages scientifiques 
ont des notes. Details, digressions, preuves, documenta- 

Historisch-geographisches Worterbuch des deutschen Mitttalters, Gotha, 1883. 
(On y trouve les noms anciens et nouveaux des monasteres et des locali- 
les.) Du meme, Wegweiser durch die Literatur der Urkunden Sammhingen, 
Berlin, 1885-1886, 2 vol. (Important pour les noms de monasteres et de 
villes en Autriche, en Boheme, en Hongrie etc.) J. Looshorn, Die Geschi- 
chte des Bisthums Bamberg, Munich, 1886-1910, 7 vol, W. Goetz, Geogra- 
phisch-historisches Handbuch von Bayern, 1895-1898, 2 vol. Gemeinde Lexikon 
der im Reichrate vertretenen Konigreiche und Lander... Herausgegeben von der 
K. K. statistichen Zentralkomission Vienne, 1907, etc. (les tomes I et II Nie- 
derosterreich et Oberosterreich, sont de 1907, le volume Tirol und Vorarlberg 
est de 1907). F. Wachter, General-Personal-Schemastismus der Erzdiozese 
Bamberg -1007-1907, Bamberg, 1908. A. v. Forstemann, Altdeutsches Namen- 
buch, 3 edition completee et poursuivie de 1110-1200, par H. Jellinghaus, 
Bonn, 1913-1916, 2 vol. 

1. MM. Westermaier et Schrotter sont attaches au Reichsarchiv de 
Munich. 

2. La bibliographic, par exemple de Wycliffc et de J. Huss eut pu de- 
passer u elle seule celle de ce liyre. 



XII AVANT-PROPOS 

tion, tout y estrejete. Le lecteur hatif n a qu ales omettre. 
L etudiant y cherche l ide"e, 1 esquisse qui sera pour lui 
1 amorce de quelque travail. Le savant y trouve, parfois 
sous forme de dissertation concise, le developpement qu il 
souhaite, les renseignements complementaires qui ailleurs 
n auraient pu trouver place, la documentation ou les sour 
ces qui lui peuvent etre utiles. Les notes sont necessaires 
pour etablir les preuves de ce qu avance 1 historien et faire 
une 03uvre qui ne soit pas sujette a caution ou a change- 
ment. Elles ont 1 avantage de debarrasser le texte de tout ce 
qui pourrait retarder sa marche reguliere et rapide. Elles 
1 allegent d autant plus (ceci n est pas un paradoxe) qu el- 
les chargent le livre davantage. 

Trois chapitres et demi de cet ouvrage etaient ecrits a 
mon depart de Rome. Ma mission scientifique aux Archi 
ves d Autriche et d Espagne, qui depassa une annee, mon 
sejour en Angleterre, pres de 1 Universite qui m y avait 
appele, d autres travaux sans rapport avec celui-ci, le pro- 
fessorat, gene constante pour un labeur minutieux et pa 
tient, la guerre et ses suites qui me retinrent loin de Paris 
du 11 novembre 1914 a fevrier 1920, tout cela retarda la 
composition d un volume que moins de tenacite eiit proba- 
blement range parmi les interrupta opera. Je recopiai une 
partie des derniers chapitres, dans les hopitaux militaires, 
ou m accompagnaient livres et documents, a la veille d une 
operation ou quelques jours apres, au grand etonnement 
des medecins-chefs qui ne comprenaient guere qu au milieu 
de luttes angoissantes, ou j avais pris part et dont je parta- 
geais toutes les emotions, on put s interesser encore aux 
gens ou aux querelles du xvi e siecle. C est deux mois apres 
ma troisieme operation que ce livre obtint le visa de la Sor- 
bonne (mars 1920); et Mgr. Duchesne, 1 accueillant avec 
bienveillance, lui assignait le premier rang parmi ceux qui 

devaient paraitre. 

Mont-des-Oiseaux, novembre 1922. 



CHAPITRE PREMIER 



COUP U CEIL UETROSPEGTIF 



Origine de la demaude du calice pour les laics. -- Extension 
de la communion sub niraque en Allemagne. -- Etat de la 
question au debut du pontifical de Pie IV. 



La communion sous les deux especes est un usage de la usa s edeia 

,. t^i- i . ji i cornmuuion sous 

primitive Eghse, qui subsiste aujourd hui encore dans les deuxesp -, ces 
1 Eglise grecque et les autres rites orientaux J . A l 6poquo 
des Manicheens, on estimait he>etiques ceux qui ne com- 
muniaient pas sub utraque*. La coutume de donner aux 
fideles 1 Eucharistie sous une seule espece, ancienne elle 

1. On se sert d une petite cuiller d or oil Ton niele au vin consacre quel- 
ques parcelles d hostie. Cette pratique fut egalement en usage, en Occi 
dent, pour les malades. - - Sur les anciens usages de 1 Eglise grecque 
voir ttistoire critique de la creance et des coutumes des nations du Levant par 
le S* de Moni (R. Simon), Francfort, 1684; Dongthaeus, De calcibus eucha- 
risticis vctenim christianorum, Breine, 1694 ; Sandelli, De singularibus Euc/ia- 
ristiae usihus apud veleres Graecos, Brescia, 1769. 

2. Ainsi les consideraient St. Leon le Grand (Sermo 4 de Quadragesima, 
cap. v. Migne, Patrologie laline, t. IV, col. 278-280) et le pape Gelase, dont 
Gratien cite les paroles dans son decret De consecrations , dist. % Comperimus, 
en 1 appliquant aux seuls pretres. Gf. Pefri Siculi Sermo III, dans Novae 
Patrum Biblwthecae, t. IV, Eome, 1847, p. 78; G. Cassander, De arlicutis 
religionis inter catholicos et prolestanles controversis consultatio, dans Le 
Plat, Monumentorum ad historiam concilii Tridentini polissimum illustrandum 
spectanlium amplissima collectio, Louvain, 1781-1787, t. VI, p. 1J)6 ; Rinaldi, 
Annales ecclesiastic! ab anno XCXCV1II ubi desinit cardinalis Baronius, 
ad annum 1557, n XL; Bossuet, Defense de la tradition sur la communion 
sous une espece, chap. 34. Voir aussi plus Las (chap. V) les Instruc 
tions pour Rome redigees au nom de Ferdinand I", d Albert de Baviere 
et des trois electeurs ecclesiastiques, a la fin de Fassemblee de Vienne, 
12-18 aout Io63. 

1 



2 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

aussi , se g^neralisa surtout au xm e si^clo; au commcn- 

1. Elle remonte au temps les plus lointains, Aussi ne faudrait-il pas 
croire qu elle Hit inconnue de la primitive Eglise. L Eucharistie que Ton 
conservait en temps de persecution, que Ton portait aux iafirmes et aux 
martyrs n existait que sous 1 espece du pain. Les premiers Chretiens 
avnient chez eux du pain consacrd, pour le consommer a la premiere 
alerte (Tertullien, Ad ujcorem, lib. II, cap. 5, Migne, Patrologie latin e 
t. I, col. 1296; edit, de Oehler, Quinti Septimii Florentis Terlulliani quae 
super sunt omnia, Leipzig, 1853. t. I, p. 689; De oratione, cap. 6, 14, 19, 
Migne, op. cit., t. I, col. 1160, 1169, 1171 et suiv. ; edit, de Vienne, Corpus 
scriptorum ecclesiasticorum latinorum, 1866 etsuiv.,t. 20 (1890), p. 184 et suiv , 
192 ; edit. Oehler, t. I, p. 561, 5ti6, 571 et suiv. ; Gyprien, De lapsis, cap. 26, 
Migne, op. rit., t. IV, col. 486; edit, de Vienne, t. Ill, part. 1 (1868), 
p. 248 et suiv.Gf. Thiei, Epistolae romanorum Ponlificum, t. I, p. 902. Aux 
ermiles on apportait des hosties consacrees qu ils gardaient quelques 
jours et dont ils se communiaient (ralladius, Historia Lausiaca, cap. 9, 
52, Migne, Patrologie greco-latine, t. XXXIV, col. 1027, 1148. S. Anaslasii 
Sinaitae episcopi Antioc/ieni interrogaliones et responsiones de diversis capitibus 
a diversis propositae, Quaeslio VII, Migne, Palrologie grecque, t. XLV, col. 
991 sqq. Gf. t. XXXII, col. 485). Dans les voyages longs et perilleux, on 
emporttiit avec soi des hosties consacrees (St. Ambroise, De excessu Sati/ri 
f rains sui, Migne, Patrologie latine, t. XVI, col. i:i60 et suiv. VitaS.Birini 
(f 650) ad 3 Decemb., dans Surius, De probatis sanctorum. historiis, Cologne, 
1S70, etc., t. VI, p. 771. Vita S. Laurentii Dublinensis, ad 14 Novemb., dans 
Surius, op, cit., t. VI, p. 342, 345); et cet usage subsiste chez les moines 
de 1 Eglise grecque (P. Arcudius de Gorcyre, De Sacramento Eucharistiae, 
lib. Ill, cap. 59, dans son De concordia Ecclesiae occidentalis et orientalis in 
septem sacramenlorum administratione libri VII, Rome et Paris, 1619 et 
1072). Les malades (et ce fut toujours la coutume dans 1 Eglise d Orient) 
[Gf. Discursus super administratione calicis, 11 Junii 1563. Le Plat 
op. cit , t. VI, p. 324; Frind, Urfcundhen ilber die Bewilligung des Laienkelch.es 
in Bnhmen unler Kaiser Ferdinand I, Prague, 1873, p. 24] n etaient com- 
munies que sub una (Vita S. Basilii Magni, Migne, op. cit , t. XXIX, 
p. LXXXIX. Vita S. Ambrosii Mediolanensis episcopi a Paulino ejusdem 
notario ad beatum Augustinum conscripta, cap. 9, Migne, Patrologie latine, 
t. XIV, col. 46. Vita S. Fulcrani episcopi Lodevensis, auctore Bernardo 
Guidone episcopo, ad 13 Feb., chap, vr, dans Bollandistes, Paris, 1865, 
t. II, p 716; Micrologus de ecclesiasticis observationibus, cap. 17, dans 
Maxima bibliotfieca veterum Patrum, Lyon, 1677, t. XVIII. p. 469 et suiv., 
et dans Mi(*ne, Patrologie latine, t. GLI, col. 987-988), ainsi que les enfants, 
avant Page de raison (Goncile de Macon I, de 585, can. 6, dans Mansi, 
Sacrorum conciliorum nova et ampfissima colleclio, edit, de Paris, 1901, etc., 
t. IX, col. 952. Evagrius, Historia ecclesiastica [431-594], edit, de Henri de 
Valois 1659-1673, t. Ill, liv. iv, ch. 36, et liv. xvn, ch. 25, et dans Migne, 
Patrologie grecque, t. LXXXVI, col. 2415 et suiv., 2769, 2985). La liturgie 
des presanctifies, commune aux rites grecs etlalins, exclut la consecra 
tion du vin; (Loo Allatius [AlacciJ, De missa praesanctificatorum apud 
Graecos diftsertatio, dans son De Ecclesiae occidentalis atque orientalis perpetua 
consensione libri III, jGologne 1648, p. 1550-1608. Reponse de Henri VIII 
aux delfignos lutheriens sur la communion sub utraque, dans Burnet, 
History of the Reformation, Londres, 1679-1115 edit. Pocock, t. IV, p. 374- 
3Sn. Gf. Dnchesne, Origines du culte Chretien, Paris, 1896, p. 102, 239). Aussi 
Henri VIII repondit-il, en 1538, aux delegues lutheriens qui soute- 
naient que la communion sous les deux especes est necessaire au salut : 
Non possuimis quovis facto adduci... ut putenms vos id serio affir- 



COUP D CEIL RETHOSPECT1F 3 

cement duxii 6 , 1 ancien usage estdit encore immuable * , 



mare... Nam ipsa opinio tain aliena est a recta Scripturae intelligen- 
tia, ut vix quivis id serio affirmasse... intelligerilis . Et il appuie son 
sentiment, non settlement sur 1 Ecriture, mais sur la pratique Ires an- 
cienne de 1 Eglise. (Burnet. loc. cit.) 

Sur 1 anciennete et la pratique du rite sub una en dehors de 1 Eglise 
romaine, voir Instructions a Morone pour la diete d Haguenau, 1540 
(Rinalili, Annales ecclesiaslici.ad ann. 1540, n 32; Le Plat, op. cit., t. II, 
p. 645); Confutatio Augustanae Confessionis II, 1, LXII, LXVIII, LXIX ; 
Barthelemy Latomus, De la docte simplicite et de I usage du calice et du 
saint sacrifice de la Messe, 1559; Jean Hessels, de Louvain, De la commu 
nion sous une espece, Louvain, 1597; Hosius, Dialogus de utriusque speciei 
communion?, Paris 15 iO et 1563, et dans ses Opera omnia, edit. Venise 
1573, fol. 301 v et suiv. ; H. Blissemiuss, Traite de la communion sous 
une ou deux especes, Irigolstadt, 1585 ; Barthold Nihus, Commenlalio decom- 
munione Graecorum sub una specie, Mayence, 1644 ; Dissertatio de communione 
Orientalium sub specie unica ad calcem Leonis Allalii, dans 1 ouvrage d A- 
lacii precedemment cite et que B. Nihus edita a Cologne en Ifi48, p. 1613- 
1G90 ; Emmanuel van Schelslrate, Acta orientalis Ecclesiae contra Lutheri 
haeresim, cum documentis, notis ac dissertationibus illustrata, Rome, 1739, 
t. II, p. 79i, 838 (Dissertatio II de communione sub utraque specie] ; Mabil- 
lon, De Eucharistia, dans ses Praefalion.es ad Ada sanctorum onlinis sancti 
Benedicti, Venise, 1732; Bossuet, Traite de la communion sous les deux 
especes, I" partie (La pratique et les sentiments de 1 Eglise des les pre 
miers siecles) ; et Defense de la tradition sur la communion sous une espece, 
ch. 6, 7, 8-14, 30, 33, 35,36, 38, 48; Sclioeck, Kirchengeschichle, 1804 etc., 
t. XXVIII, p. 82 et suiv. ; L. Duchesne, Eglises separees 1896, p. 102, 103. 
1. Sacramentum utriusque speciei ab Ecclesia immutabiliter rc- 
tinetur , dit Guillaume de Gampelle. (Mabillon, Praefaliones ad Ada 
Sanctorum ordinisS. Benedicti, Venise 1734, Praefatio I 1 ad spculum JII , 
n 75). Ainsi parlent le scholastique Alger de Louvain, en son De Sacra 
mento corporis el sanyuinis Domini (Malou, Bibliotheca Patrum, Louvain, 
1847, t. XI, p. 251), Hugues de St. Victor, en son chapitre 6 : Ouare in 
duabus suvnatur speciebus de son traite VI (De sacramenlis confirma- 
tionis, Eucharistiae et Extremae Unctionis) de sa Summa sententiaruiii (Migne, 
Patrologie latine, t. GLXXV1, col. 142-143), Arnauld de Chartres (f 1.62), 
dans le chapitre De Coena Domini de son De cardinaiibus operibus Chrisli 
(Ibid., t. GXXXIX, col. 1642 et suiv.), Anselme de Gantorbery (Epistolarwn 
libr.[IV, n 107, 2 edition des S. Anselmi Canfuariensis Opera de Geiberon, 
Paris, 1721, p. 453), Alexandre Alais, en sa Somme theologique, et d au- 
tres encore. (Voir Mabillon, Museum italicum, Paris, 1086-1689, t. J], 
p. LXI-LXIV [Patrologie latine de Migne, t. 78, col. 884] : Quando et quo- 
modo desierit communio sub utraque specie in Ecclesia romanan. J.e 
concile de Glermont de 10^6, disait en son chapitre 28 (Mansi, op. cit., 
t. 20, p. 818) : Ne quis communicet de altari nisi corpus separatim et 
sanguinem similiter sumat, nisi per necessitatem et cautelam . Aussi 
le cardinal Bona ecrit-il (Rerum liturgicarum libri JI, Rome, 1671, c. 18) : 
omnes passim clericos ac laicos, viros et mulieres sub utraque specie 
mysteria antiquitus sumpsisse. Semper et ubique ab Ecclesia primordiis 
usque ad seculum duodecimum sub specie panis et vini communicarunt 
fideles . Mabillon (Museum Italicum, Paris, 1686-1G89, t. II, p. LXI) ajoute : 
c Gommunionem sub utraque viguisse ad initia seculi duodecimi constat 
ex iis qui tune florebant auctoribus... Quo proinde tempore communio 
sub utraque specie ab Ecclesia immutabiliter retinebatur . Cf. Gerbei t, 
abbe de St. Blaise (Foret Noire), Vetus lilurgia alemannica, disquisitionibus 



4 COUP D (EIL KETROSPECTIF 

et le nouveau, du temps de saint Thomas (f 1274), no sem- 
ble pas commun, a tout 1 Occident . L absence de vignes 
en certains pays, le danger de re"pandre a terre le vin con- 
sacre 2 , le degout que pouvaient avoir les fideles a boire au 
meiue calico, le pe"ril de contagion en temps d e pide mie 3 

praeoiis, noils et observationibus illustrata, St. Blaise, 1776, t. I, p. 389. 
Les textes des Peres et des Docteurs cites dans 1 ecrit des delegues ba- 
varois du 11 aout 1563 (voir 1 Appendice) prouvent que 1 usage du calice 
a subsiste depuis 1 epoque apostolique jusqu au concile de Constance. 

1. St. Thomas d Aquin (Summa thcologica. Part. 3, Qu. 80, art. 12) dit 
en etTet que le rile sub una a prevalu settlement en quelques eglises . 
A son epoque, reconnaissent les Peres de Trente,existait la pratique de la 
communion sous les deux especes. (DeputatorumPalrumjudicium,9 mai 1562. 
Ehses, op. cit., p. 630). Le Concile d Oxford, en 1287, (Wilkins, Concilia 
Magnae Brilanniae a synodo Verulamiensi, A. D. 446, ad Londonensem, A. D. 
1717, Londres, 1737, t. II, p. 133) parle encore du calice pour les fideles 
conime d un usage courant (Voir aussi le concile de Durham, en 1220. 
Wilkins, op. cit., t. I, p. 578). Selon Chemnitz (Examen concilii Tridenlini, 
Francfort, 1707,1. II, p. 134, edit, de Preuss, Berlin, 1868, p. 378) 1 usage 
du calice se conserva jusqu au commencement du xiv" siecle. Au xvi", 
il subsiste des vestiges de 1 ancien usage, dans plus d une eglise d Alle- 
magne. Adliuc exstant in quibusdam Germaniae locis, disent les ins 
tructions de 1 empereur, d Albert de Baviere et des Electeurs ecclesiasti- 
ques d aout 1563 (Reichsarc/dv de Munich, Ada concilii Tridenlini, t. IV, 
fol. 65) calices habentes insertas fistulas, per quas laici, reverentiae causa 
de calice parlicipatione solebant . 

Aux objections contre la communion sous une seule espece, dont il 
donne les raisons (Summa Iheologica, Part. 3., Qu. 80, art. 12), St. Tho 
mas d Aquin repond par la doctrine de la concomitance, (Ibid., Part. 3. 
Qu. 76, art. 2), doctrine qui fut -vigoureusement aflirmee par les theo 
logians des siecles suivants, Eck, Fisher, Berthold Pirstinger, en sa 
Tewtsche Theologie . Cf. Ilosius, Opera omnia, edit. Venise 1573, 
f s 49, 51, 304 -v-305, :i06 v. Cf. Laemmer, Die vorlridenlisch kalholische 
Theologie des Re formations- Zeilallers, Berlin, 1858, p. 250-251. 

2. Ernulf (1040-1124), fiveque de Rochester, enumerant quelques incon- 
venients de la communion sons les deux especes, ecrit : II arrive sou- 
vent que des hommes barbtts et ayant de longues moustaches les imbi- 
bent de liquide avant d y toucher... Quel pretre sera assez adroit pour 
administrer lo sai-rement sans en rien repandre? (Episto/a II ad Lam- 
bertum, dans le Spicilegium d Achery, Paris 1723, t III, p. 470). Le car 
dinal Robert Pulleyn, theologicn d Oxford du xri" siecle, dit egalement 
(Sententiarum libi-i octo, dit. Matlioud, Paris, 1655, liv. in, c. 3) : Nimi- 
rum periculose fieret ut sanguis sub liqnida specie multitudini fidelium 
in occlesia divideretur ; longe periculosius, si infirmatis per parochiam 
deferrotur . C est peut-etre a cause de ces inconvenients signales par 
leurs theologiens que le rite sub una, chez les Anglais, semble s etendre 
le plus largement. Voir les Constitutions de J. Peckham, archeveque de 
Cantorbery, en 1231, dans Lyndwood, Provinciate (sen constitutiones Angliae) 
contincns constitutiones provinciates XIV archie filscoporum Canluariensiurn, 
Oxford, 1 179, p. 9. Cf. Spittler, Geschichte des Kelches, Lemgo 1780, p. 181 
et suiv. 

3. On se preoccupe aujourd hui de cette question dans les eglises pro- 
testantes, et beaucoup recommandent que chacun ait son calice. Cf. Zur 



COUP D ffilL RETROSPECTIF 5 

repandirent de plus en plus la communion sub una J , qui 
finit par etro une regie etablie, sans qu aucun d6cret no 
1 eut impose e 2 . II resta toutefois c,a et la des traces de 

hygiene des evangelischen Abendmahls, dans Deutsche medizinische Wochen- 
schrift, n 39, p. 710 ; G. Ammer, Abendmahlskelch und Gesundheitspflege, 
dans Gemeindeblatt fur Rheinland und Westfalen, n 46, p. 349-362; Spitta, 
Abendmalils feier, Gottingen, 1904 (en particulier le chapitre : Die liygienis- 
che, asthelische und soziale Seite der Kelchbewegung , p. 125-151). II y a memo 
des catalogues de calices pour fideles depuis 1 M. 33. Gf. Monatschrift 
fur Goltesdienst und kirchliche Kunst, n 2. 

1. La communion sub una pour les rnalades, repond Henri VIII aux 
delegues lutheriens qui soutenaient la necessite du calice (Burnet, op. 
cit., edit. Pocock, p, 374 et suiv.), le manque de vin en certains pays, le 
peril d effusion, le grand respect pour 1 Eucharistie etablirent la com 
munion sous une seule espece. Chemnitz (E.ramen concilii Tridentini, edit. 
Preuss, Berlin, 1861, p. 355), rapporte les paroles de Gerson qui enumere 
les divers inconvenients de la communion sub utraque signales par les 
theologiens. Gf. Jean Grancolas, llistoire de la communion sous une seule 
espece, Paris, 1696 ; Confutatio Augustanae Confessionis II, 1, LXV11I 
et suiv. ; Hosius, Dialogus de ulriusque speciei communione, dans ses Opera 
omnia, edit, de Venise 1573, fol. 303. Voir les statuts synodaux de Cahors, 
Rodez et Tulle, du xivsiecle, dans Martene, Thesaurus anecdolorum, t, IV, 
p. 7)2; Mabillon, Commentarii in ordine romano, p. 62. 

2. Le calice ne fat interdit par 1 Eglise qu au concile.de Constance, a 
cause de 1 erreur des hussites. t Communem praeterea virorum docto- 
rum qui rerum ecclesiaslicarum sunt periti earn esse sententiam, huric 
ritum et morem communicandi suh utraque specie primum tempore con 
cilii Gonstantiensis sublatum et interdictum fuisse. Id quidem exdecretis 
jam dicti Gonstantiensis atque etiam Basileensis concilii non obscure 
colligi . (Instructions de 1 empereur, des Bavarois et des trois Electeurs 
ecclesiastiques pour Pie IV, 12-18 aout 1563. Staatsarclriv de Munich; 
Ada concilii Tridentini, t. IV, fol. 65; Eofbibliothek de Vienne, ms. lat. 5637, 
f" 699-711.) t Le concile de Constance, le premier, nulne le niera, retira 
le calice aux laics, non encore pour toujours, mais tant que 1 Eglise 
jugerait bon qu U en fut ainsi. Auparavant cet usage etait un rite bon 
et indifferent ; 1 Eglise, qui 1 a abroge, peut, la necessite Py engageant, 
le retablir . (Ecrit de Farcheveque Brus, du 28 mai 1563. Voir 1 Appen- 
dice.) En effet c etait les abus que 1 Eglise avail voulu poursuivre : 
t Gonstitutiones frivolae contra determinationes et decreta sanctae ma- 
tris Ecclesiae, et praesertim super communione sub utraque specie teme- 
rarie promulgantur. Et nonnulli catholici ad hujusmodi communica- 
tionem sub utraque specie suscipienda manu saecnlari saepius cons- 
tringuntur . (Bulle de Martin V, a Constance, du 1" avril 1418. 
Hofbibliothek de Venise, ms. 5661, fol. 273) cop. Ge manuscrit vient de 
Seripando, legal au concile de Trente). 

Le Goncile de Constance, en sa 13 Session (juin 1415). condamne la 
communion utraquiste parce qu en certains pays on veut 1 iinposer au 
peuple comme obligatoire et q.ue Ton traite de sacrilege la coutume 
contraire. (Hardt, Concilium Constnntiense,r&ncfort et Leipzig, 1100, t. Ill, 
p. 647; Mansi, op. cit., t. 27, col. 727-728). Et, dans le decret de Constance, 
comme le fera observer Pie IV (Instructions papales a Arrivabene, du 
22 juillet 1562. i usla, Die Romische Kurie und das Konzil von Trient unter 
Pius IV, Vienne, 1904-1914, t. II, p. 282), une clause disait que les 
choses edictees par lui devaient etre observees tant que 1 Eglise jugerait 



6 COUP D (EIL RETROSPECTIF 

1 usage primitif. Au xv e siecle, comme au xiv e , le pape, a la 
mcsse solennelle, continue a communier les fideles sous les 
deux especes *. Le chevalier Arnold de Harff raconte, dans 
sun pelerinage a Rome 2 , qu il recuL a Paques 1497, le vin 
consacre de la main meme du pape. Cette coutume dut 
disparaitre peu de temps apres, car Patrizzi, dans son Ce- 
r6monial 3 , ne parle plus quo d hosties distributes au peu- 
ple, a la messe pontificale; mais elle subsista pour le diacre 
qui assistait le pape 4 . L ernpereur, lorsqu il etait commu- 

bon de ne pas agir autrement . D apres les theologiens bavarois, dans 
leur eerit du 11 aout 1363 (voir 1 Appendice), le concile interdit moins 
le calice qu il ne consacra 1 usage ancien, car un de ceux qui y assis- 
taient affirme qv;e les laics peuvent encore le recevoir, s il n y pas dan 
ger de scandale. Le concile de Bale, en 1437, (Mansi, op. cit., t. XXVIII, 
p. 158. Gf. Laemmer, op. cit., p. 256) declare que les deux usages en soi 
sont legitim.es. Voir sur 1 usage de la communion sous les deux especes, 
G. Cassamler, Consullalio de articulis religionis inter catholicos et protes- 
tantes con trover-sis, art. XXII, dans Le Phit, op. oil., t. VI, p. 754 et suiv. j 
du memo, De sacra communione chrisliani populi in utraque pants et vini 
spe.de, dans ses Opera omnia, 1616; Martin Becanus [Van der Beeck] S. J., 
Disputatio d? communione sub utraque specie, Mayence, 1609; G. Galeztas, 
De communione sub utraque specie, Helmstadt, 1642; Mabillon, Museum 
italicum. Paris, 1686-1689, t. II, p. 01, 90, 91, 129; du meme, Praefationes 
ad Acta Sanctorum ordinis S. Benedicti, Venise, 1734; du meme, In ordinem 
romanum commentarius praevius, dans Migne, Patrologie latine, t. LXXVIII, 
col. 884 et suiv. : Quando et quomodo desierit communio sub utraque 
specie in Ecclesia romana ; Chemnitz, Examen Connlii Tridenlini, edit 
Preuss, Berlin, 1861, p. 347-350, 313-379; Spittler, Geschichte des Ketches im 
Abendmal, Lemgo, 1780 et dans la collection de ses oeuvres editees par 
Karl Wachter, Stuttgart et Tubingen, 1834, t. VIII, p. 305-400; Gieseler, 
Kirchetigeschichte, Bonn, 1823, 1832, t. II, J. Smend, Kelchversagung und 
Kelchspendung in der abendlundischen Kirchen, Gottingen, 1&98. 

1. XV US Ordo Romanus (De Caeremoniis S. romanae Ecclesiue) de P. 
Amely, eveque de Sinigaglia ({ 1398) : Diaconus remanet in altari 
tenendo... calicem, et cum sinistra flstulam, cum qua dat ad bibendum 
omnibus qui communicaverunt, de manu papae, de Christ! sanguine . 
Martin V, aussitot apres la promulgation du decret de Constance, n he- 
sita pas a conserver cet ancien usage. (Ecrit des Bavarois du 11 aout 1563. 
Appendice.) 

2. Publie a Cologne en 1860 par v. Groote, p. 35. 

3. Rituum ecclesiasticorum sive sacrarum caeremoniarum libri III, Venise, 
1516, p. 110. Cf. sur Patrizzi, G. Constant, Les Mailres de ceremonie du 
XVl e siecle, dans le t. XXIII des Melanges d arche ologie et d histoire publies 
par 1 Ecole franchise de Rome, p. 162, 163, 168. 

4. Ecrit des Bavarois du 11 aout 15.63 (voir 1 Appendice). Dans le projet 
d instructions pour le pape, d aout 1563 (Hofbibhothek de Vienne, ms. 
5637, fol 699-711; Reichsarchiv de Munich, Acta Concilii Tridentini, t. IV, 
fol. 65-79; Simancas, Estado leg. 641; Affaires etrangeres, Menioires et 
documents. Espagne, n 291, fol. 156. Cf. plus bas, chap. V), il est egale- 
ment dit : M li S. Cesareae relatum est... idem etiam Romae cum dia- 
conis S li ejus in sacro ministrantibus observari . Cot usage etait tres 
ancien. Cf. Spicilegium romanum, t. V, p. 300. 



COUP D OEIL RETROSPECTIF 7 

nie par le Souverain Pontife, recevait 1 Eucharistie sous les 
deux especes ; ce privilege ne fut aboJi qu uu temps de 
Frederic 111 (1452), a cause de 1 erreur des hussites J . Les 
Charlreux, constatent les Peres de Trente en 1563. conser- 
vont encore le rite de la communion sub utraque 2 , ainsi 
quo les Benedictins 3 . En Calabre et dans le pays d Otrantc 
les deux usages existent conjointement, ecrit Pambassa- 
deur imperial le 18 mars 156i 4 , et dans la meme 
eglise, on communie sous une seule espece ou sous les 
deux . Aux abbayes de Saint-Denis et de Cluny, dans quel- 
ques aulres 6glises de France e"galcment, le diacro et ie 
sous-diacre, jusqu a la fin du xvni e siecle, communierent 
sous les deux especes, les jours de fete 5 . Depuis Clement VI 
(1352), les rois de France, a leur sacre, apres avoir regu 
1 hostie. buvaient le vin consacr6 6 . 
Mais ce fut surtout en Boheme quo le rite ancien se L-ancien rite 

n, ... , , , i , i en Boheme. 

s y mamtmt ca et la, alors quo dans le reste 

de 1 Eglise occidentale il disparaissait peu a peu 7 . Au 



1. Benoit XIV, De sacrificio Missae, Sect. I, n 369, dans scs (Euvres 
completes, Venise, 1767, Prato, 1839-1846. 

2. Deputatorum Patrum judicium 9 mai 1562. (Ehses, op. cit., p. C3:).) Gf. 
Stalutum Cisterciensium editum in Capitulo generali anno -1*261, dans Mar- 
tene, Thesaurus novus anecdoctorum, Paris, 1717, t. IV, p. 1248. Le cluipitre 
general de 1487 avail deroge a cette coutume, a cause de 1 erreur 1ms- 
site. Martene, op. cit., t. IV, p. 1587. 

3. Ecrit des Bavarois du 11 aout 1563 deja cite. 

4. Prospero d Arco a Ferdinand I er , 18 mars Iu64. Slaatsarchiv cle Vienne, 
Romcorrespondenz, fasc. 22, fol. 75, orig. 

5. Benoit XIV, op. cit., Sect. I, n 369. Chronicon Cluniacense de Fran- 
Qois a Rivo et de Nicolas d Obery (apres 1485), dans Marrier, Bibliotheca 
Cluniacensis, Paris 1614, p. 1640; Gerbert, op. cit., t. I, p. 388; MaLillon, 
Museum Ilalicum, t. II, p. LXIII, [Migne, Patroloyie Inline, t. 78, col. 886]. 
Gette coutume existe encore, a Rome, pour la messe solonn&lle celebree 
par le pape. 

6. Benoit XIV, loc. cit. Dans le projet d instructions pour le pape, 
d aoftt 1563, dont j ai parle (voir plus haut, p. 6, n. 4), il est dit : M u S. Gae- 
sareae relatum est christianissimos Galliae reges... tempore . coronationis 
suae, ex inveterata consuetudine, ad communionem sub utraque specie 
admitti . Voir sur la question Mabillon, In ordinem romanum commenta- 
rius praevius, dans Migne, Patrologie latine, t. LXXVIII, col. 88i et suiv., 
(c est la reedition des Commentaires de son Museum lialicum, Paris, 
1686-1689, t. II, p. LXTII-LXIV) ; Sjiiitler, op. cit., p. 43, note 2. 

7. Gf. Frind, Die Kirchengeschichte Bohinens in der Husitenzeit, Prague, 
1872, t. II, p. 108; Kalousek, Histoire du calice au temps prehussite, Pra 
gue, 1881, en tcheque. Ce dernier auteur restreint le plus possible la 
survivance des pratiques de FEglise d Orient en Bohemp. 



8 COUP D (EIL RETROSPECTIF 

temps de I Sveque Jaromir (1068-1089), 1 hostie e"tait trem- 
pee dans le calice avant d etre distribute aux fideles J . 
Boniface IX, en 1390, conce"da la communion sub utra- 
que aux mineurs de Kutna-Hora 2 ; et a Prague meme, il 
y avail alors quelques pretres qui la donnaient au peu- 
ple 3 . On a dit que c tHait peut-etre un reste des traditions 
grecques apportees par los premiers missionnaires Cyrille 
et Me"thode 4 , traditions qui persisterent, malgr6 les deTen- 
scs formelles de Gre"goire VJ1 5 et cntretinrent longtemps 
parmi les Tcheques une certaine resistance aux coutumes 
romaines 6 . De la serait venu cet esprit d opposilion plus 
ou moitis latent a Rome et a la Curie et cette sorte de levain 
qui favorisa le d^veloppement d he resies comme celles 
des Bogomiles et des Vaudois, sous 1 episcopat de Drazic 
(1301-1343) 7 . Si ce n est dans le souvenir des traditions 
grecques, 1 utraquisme trouva du moins un terrain pre 
pare" dans le particularismo inconscient d une e"glise nalio- 
nale, a laquelle le catholicisme remain se manifestait sous 
la forme de l 6glise allemande 8 . 
s gi diverses et complexes sont les causes qui favoriserent 

du mouvement , , . ... 

hussite. le mouvement hussite que les hislonens, selon qu ils re- 
tiennent les unes a 1 exclusion des autres, ont pu se divi- 
ser en trois Creoles. Les Russes insistent sur 1 influence 

1. Ilofler, Concilia Pragmsia 1352-1412 p. ix, dans les Abhandlungen der 
Kdnigl. bomischen Gesellschaft der Wissenschaflen, t. V. 

2. Peschek. Geschichte der Gegenreformation in Eohmen, Prague, 1844. 

3. Denis, Huss et la Guerre des Hussites. Paris, 1878, p. 18U. 

4. Saints Cyrille et Methode sont encore tres veneres en Boheme. Au 
jour de leur fete, de nombreux pelerins affluent de toutes les parties de 
Moravie, a Velehrad, sanctuaire tcheque le plus frequente, oil, en 863, le 
prince Rostisans recut les apotres slaves que lui envoyait 1 empereur 
grec Michel III. 

:>. Bulle de Gregoire VII de 1079 ou 1080. Gf. Hisloria persecut. boh. ch. V. 

6. 11 y eut toujours quelque inclination des Bohemes pour les Grecs. 
Au concile de Bale, dans la congregation generale du 10 oct. 1432, les 
deputes tcheques demanderent qu on invitat au synode 1 Eglise orientale 
en vue de la reeonciliation. (Refele,Conciliengeschichte. t. VII (1874), 790). 
En 1448, le sonat de Prague none d^s negociations avec les scliismati- 
qnes grecs. (Pastor, Geschichte des Piipste, t. II, p. ISO.) 

7. Of. Frind, Die Gescliichte der Bischofe und Erzbischofe von Prag, Pra 
gue 1873, p. 78 sqq. 

8. Expression de Jerome de Prague. Voir sur les conditions spe- 
cialns de 1 etablissement du christianisvne en Boheme et de son deve- 
loppennent, L. Krummel, Geschichle der bohmischen Reformation im XV 
Jahrhundert, Gotha 1866, p. I et suiv. 



COUP D ffilL RETROSPECTIF 9 

grecque dont j ai parle" . Pour les Allemands, le soi-disant 
hussitisme, dans les quinze premieres ann6es du xv e siecle, 
n est rien autre quo le wyclelisrne irnplante sur le sol de 
la Boheme 2 . Les Tcheques, eux, cherchent des raisons 
moins extrinsequos, plus nationales; ils en trouvent plu- 
sieurs : le desir, souvent manifesto" chez les anciens Bohe- 
nies, d etablir un accord entre la vie reelle el 1 ideale de 
la vie chretienne qu ils portaient en eux 3 ; le conflit de 
plus en plus aigu entre r^guliers et s^culiers, qui, au 
temps de 1 eveque Drazic, causa des troubles graves comrno 
le massacre do 1334, qui s envenirna, sous Pardubice, avec 
les discours violents de quelques predicateurs contre les 
ordres mendianls 4 ; 1 independance et la haniiesse de 
1 Universile de Prague, autour de laquelle se conccntre- 
rent les efforts de ceux qui voulaient reformer FEglise 5 . 
Les Merits de Wycliffe, dont 1 action ne pent etre nie, 

1. La Boheme, durant des siecles, aurait cte rattachee a. 1 Egliso d O- 
rient par des aspirations et des souvenirs communs, par un symbole: le 
calice, conserve chez les Tcheques jusqu au temps des hussites. Cette 
theorie, la plus ancienne.fut soutenue par les Russes, qui, selon Liitzow 
(The life and times of Master John Hus, Londres, 1909), auraienteu quelque 
idee politique cachee, en essayant d attirer les Tcheques au slavisme. 
Kalousek (Hisloire du calice au temps prehussiie, Prague, 1881, en tcheque ; 
Etudes russes sur les causes et les tendances des mouvemenls hussites, dans les 
A finales du museeroyal de Bohime, 18S2, p. 90-1U2, en tcheque) et Goll (Anna- 
les citees, 18"J8,p. S JO SQ- jl ont si fortetnent attaquee qu elle n est plus sou 
tenue que d une facon tres moderee par les Russes eux-memes (Palmov, 
Les Freres Bohernes dans leurs Confessions, Prague, 1904, t. I, en russe), 
s ils ne 1 abandonnent pour suivre 1 opinion tcheqne (Yastrebov, I ierre 
K/telti-hils/ci et son temps ; etudes sur I histoire de la pensee hussite, Saint-Pe- 
tersbourg, 1908, t. I, en russe). 

2. Loserth, en son article surlluss de la Realencyklopadie (edit. 1896-1908, 
t. VIII, p. 475). Ailleurs il ecrit: le mouvement n a ete provoque en 
Boheme que par les ecrits de Wyclife. Les correspondances et les docu 
ments historiques de cette epoque et de celle qui suivit demontrent qu il 
a ete purement wyclifiste, (Hus und Wiclif, Prague 188i, p. 8). Lo 
serth, qui sur cette question est le chef de Fecole allemande, a Jjeaiicoup 
etudie Huss et Wyclife (voir p. 16, n. 2 et 5) ; il continue a le faire : Johann 
von Wiclif und Guilelmus Peraldvs, danslc-s Sitzungstierichte des kais. Akade- 
mie der Wissenschaften in Wien, t. 180, III 10 Ainh, 1916; Johann von Wiclif 
und Robert Grosseteste. Ibid, t. 68, II Abth, 1918. 

3. Palacky, Geschichte von Bohmen, t. Ill, p. 18-19. Palacky crea la theo 
rie des origines nationales du mouvement hussite, a laquelle se rallierent 
tous les historiens tcheques. 

4. Voir plus has, p. 10 et suiv. Cf. Frind, op. cit., p. 90-96. 

5. Voir Die geistigen Bewegungen in Bohmen vor dem Begum des Huss/lls- 
mus. Die Universilal im Verelne mit der Kirclie, dans les Histor. polit. BLiitter, 
t. XLVI, Munich, 1860, p. 1-18, 97-117; Hagemann, Der ersle dogmatische 



10 co up D CEIL RETROSPECTIF 

n auraient fait que mellre en branlo un mouvement depuis 
long-temps prepare 1 . 
Le Au xiv e siccle, 1 Eg-lise Icliequc sent un besoin impe- 

prehussitisme. \ i r /-> i , i- r 

rieux de reiorrnes. QueJques preau-ateurs ou ecrivams, 
que Ton a appeles pred^cesseurs de Huss, Conrad de 
Waldhausen 2 , Milic de Kremsier 3 , Malhias de la- 

Slreit an der Universittit Prag. Ein Beitrag zur Gesch. der religiosen 
Bewegung in Bohmen vor Hits, flans la Tlieolog. Quurtalschrift, Tubin 
gen, 18UO. 

1. Ainsi pense 1 ecole tcheque moderns : W. Tomek, qui etudia 1 etat 
materiel et moral du clerge boheme a 1 epoquequi preceda Huss, Krofta 
et Novak, qui se sont occupes de 1 Eglise en Boheme, au xiv e siecle ; 
Novotny, Truhlar, Nejedly et Flajshans, qui ont recherche 1 activite 
Jitteraire de J. Huss et de ses contemporains. On trouvera la bibliogra 
phic de leui-s oeuvres el de la question dans Zibrt, Biblinyraplde ceske 
historic. (Bibliographie historique de la Boheme) Prague, 190 1910, et 
dans la bibliographic periodique publiee par Ceslty Casopis historicity, de- 
puis 1905. 

2. Conrad (1320-1369), no en Autriche et predicateur a la cour de Par- 
chiduc. fut appele par l em|iereur Charles IV a Prague, oil en 1538 on 
lui donna la cure de St. Galle; tres appuye par 1 archeveque Ernest de 
Pardubice, qui etait plein de zele lui-meme pour les reformes necessaires, 
il atlira les foules autour de sa chaire et devint cure de la grande eglise du 
Tyn & Prague. Les autorites ecclesiastiques, le due Albert de Bavicre et 
plus tard Urbain V lui permirent de precher dans les dioceses de Pra 
gue et de Salzbourg. Voir sur lui F. Mencik, Konrad Waldhauser, dans 
les Abhandlungen der kgl. bom. Gesellschaft der Wissenschaften, Prague, 
1882 (coinpte rendu de Goll, dans Revue historique, t. XIX, p. 423); Johann 
Prediger der Deutsc/ien bei St. Callus in Prag, dans Wolkan, Bohmens An- 
theil an der deuhchen Literatur, t. Ill, Prague, 1894 ; L. Klieman, Zprdva 
o cesle po knihovndch v Rakouska a Nemecku (Rapport sur une visile 
aux bibliolheques d Allemagne et d Autriche), dans le 2 volume de la 
Pievue academique Vestnik ceske akademie, p. t>3 et suiv. On trouvera 
le reste de la litterature le concernant dans Bachmann. Geschichle von 
Bohmens, Gotha, 1899, t. II, p, 147,- Zirbt, Bibliografie ceske historic, t. II, 
p. 1118 et Wolf, Quel/enhunde der deutschen Re formationsgesehichte, Gotha, 
1915, I. 201 sq. 

3. Milic (qui signifie Amarid) z Kromerize fit partie de la chancel- 
lerie de I empereur Charles IV jusqu en 1362, chanoine et archidiacre 
de la cathedrale de Prague, il se demit de ses fonctions en 1363, pour se- 
preparer, dans la retraite, ^ evangeliser le peuple Quand il retourna 
dans la capitale de la Boheme ce fut pour precher en tcheque (ce qui 
ctait une innovation) t licet ab aliquibus propter incongruentiam vul- 
garis sermonis deriaeretur , dit sou biographe; mais il s adressait en 
latin aux pptres et aux etudiants, et plus tardil parla egalement en al- 
lemand. Son succes fat tres grand. Successeur de Conrad de Waldhausen 
au Tyn, il y prechait chaque jour en allemand, et en tcheque dans une 
autre eglise; les sermons qu il ecrivait etaient aussitot recopies et ru- 
pandus. Nombreuses furent les conversions ; jamais les sacrements 
n avaient ete aussi frequentes. II mourut le 29 juin 1374, a Avignon, oil 
il etait venu se justifier des accusations portees contre lui. Voir sur 
Milic Narralio de Miliczio, biographic, qu ecrivit et insera dans ses Rtgulae 
veteris et novi Testamenti Mathias de lanow (Fontes rerum bohemicarum 



COUP D ffilL RETROSPECTIF 11 

now 1 les reclament avec force ; leurs attaquos contre los 
abus des ordres mendianls ou du clerge 2 altirent sur cux 

t. I, p. 431-436); Vita venerabilis presbyteri MiUcii praelati ecclesiae Pragensis 
ecrite par un antre de ses disciples et publiee dans Balbin Miscellanea 
hislorica regni Bohemias, Prague, 1679-1687, t. IV, part u, p. 44-6i et dans 
les Fontes rerum bohemicantm, t. I, p. 401-430. Voir aussi Ball)in, Bohemia 
docta, edit. Ungar, t. II, p. 181-183; Ac/a consistorialia Pi agensia, edit. 
Tadra des Archives historiqiies de I ACademie Ichequej t. I; Neandef, 
Aligemeine Geschichte der christlichen Religion und Kirche, 3 edit. 1838, t. II, 
p. 707 et suiv.; Palacky, Geschichte Bohmens, t. Ill, p. 1 ; du me me, Die Yor- 
laiifer des Hussileutums, edit. 1869, p. 317 et suiv. ; Kosut, Jan Milic. Prague, 
1868; Lechler, Johann von Wiclif und die Vorgeschichte der Reformation, 
Leipzig, 1873, t. II, p. 118 et suiv. ; E. Dmiis, Has et la guerre des Hus 
sites, p. 21 et suiv. ; Loserth, lluss und Wiclif, Prague et Leipzig, 1884, 
p. 30-53; G. Wolf, op. cil., I, 203. Zibrt, op cit., t. II, p. 1118. 

1. Mathias de lanow (Matej z lanova, en tcheque) [1330-1393] de la 
petite noblesse tcheque, fut 1 eleve de Milic, a Prague, jusqu eu 1373, 
puis il etudia, a 1 Universite de Paris, trois ans b-s arts liberaux, et six 
uns la theologie (1373-1381), d oii le litre de Magister Purisiens a que lui 
donnerent ses contemporains. Deux fois il lit le voyage de Rome. En 
1378 il avail obtenu Une reserve pontlficalo a un benefice ecclesiastique 
en son diocese, et le l r avril 1381 une expectative a un canonical de la 
Calhedrale St. Vite. De retonr a Prague, il demeura chez Ronconis de 
Ericinioy ancien recteur de 1 Universite et alors er.olatre de la cathedrale 
(_Sur Ronconis voir Jirecek, Magister Adalbertus Ranconis de Erinicio, dans 
Casopis Ceskdho Musea, 1S?2, p. 132 et suiv. ; Loserth, Bcitriiye zur Ges 
chichte der hussitischen Beweguny. tfachtragliche Bemerkungen zu dem Adal 
bertus Ranconis de Ericinio, dans les Mitteilungen des Vereins fitr die Ges 
chichte der Deutschen in Bohmen, t. XVII (1879), p. 198 2 1 3. Gompte rendu 
d E. Denis, dans la Revue critique, t. XXIII (1885), p. 292). II avail coiinu, 
a Paris, 1 archeveque de Prague Jean de Icnzenstein, qui le nomma cha- 
noine et confesseur a St. Vite, et probablement 1 y ill pre cher. Cure a 
Velika Ves (Michelsdorf), pres de Sanz, depuis 1388, il resida loutefois a 
Prague. II mourut le 30 novembre 1393 et fut enterre dans la cathedrale. 
C est moins comme preMicaleur que comme direcleur de conscience que 
Mathias exer^a quelque influence sur les ames. Tres verse dans 1 Ecri- 
ture, il composa les Regulae veleris et novi Testamenti, donl la plus grande 
parlie etait tnanuscrite et que Kybal a edilees en deux volumes, a Inns 
bruck, de 1908 a 1909. Sur Mathias de lanow voir Neander.op. cit. t. II, 
p. 777 el suiv.; Palacky, Die Vorlaiifer des Hussitenlums ; du meine, Ges 
chichte von Bohmen, t. Ill, p. 173 el suiv.; Lechler, J. von Wiclif und die 
Vorgesrhischte der Reformation, 1. II, p. 123-131 ; K. Krofta, Knez lakub, 
dans Cesky Casopis historicky t. VI, 1900, p. 273-230 ; G. Wolf, op. cit., I, 
204 sq. Zirbt, op. cil. t. II, p. 1118-1119; depuis la bibliographic de Zirbt, 
Vlatimil Kybal a publie M. Matej z lanova, Prague, 1905. 

2. Ge ne sonl point d ailleurs les seuls abus qu ils poursuivenl. Us 
s esi prennent a lous les vices, d ou qu ils viennenl. Conrad de Waldhau- 
sen censure 1 orgueil, la luxure et 1 avariee de la classe riche, el voici 
que les usuriers rendenl leur gain deshonnele, les libertins deviennent 
chasles, les femmes du monde renoncenl aux etoffes de prix et aux bijoux 
precieux, pour se vetir simplement. Milic combat avec un IH! succes les 
moeurs depraves que plus de 300 filles publiqnes se converlissent el qu il 
fail elever, a la place des maisons mal famees, un r.-fuge la nouvelle 
Belhlrtem , avec une chapelle dediee a Marie-Madeleine, ou Ton pre che 
jusqu a cinq fois par jour, el oil Irois pre tres ne cessent d entendre les 
confessions. 



12 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

la critique, parfois la haine et les denonciations, mais 
ils restent soumis a 1 Eglise, au jugement de laquelle ils 
s en remeltent, ct qui ne les coridamna point J . IIuss les 

1. Conrad de Waldhausen, Augustin lui-meme, se fit dans les religieux 
mendiants, auxquels il reprochait leur simonie, leur cupidite, leur facon 
d exploiter les reliques, de quemander sans cesse et de pressurer le pau- 
vre peuple, de terribles ennemis. Unis entre eux pour la premiere 
fois , ils porterent centre lui, en 24 articles, 24 chefs d accusation (Ac- 
cusationes Mendicantium, dans Balbin, Bohemia docta, edit. Ungar, t. Ill, 
p. 153). L archeveque et 1 empereur qui toujours le soutinrent, le general 
des Dominicains, Simon de Langres, delegue par le pape pour apaiser 
le conflit, ne purent desarmer ses adversaires. Les Freres Mineurs lo 
contraignent a quitter, eu 1363, la cure de Leitmeritz ou 1 avait appele 
Charles IV; 1 annee suivante, un Augustin de Leitmeritz, le designe en 
pleine chaire comme I Antechrist ; un autre 1 accuse d avoir dit que tous 
les religieux mendiants sont en etat de damnation . A Saaz.le l er mai 
13fiS, les Freres Mineurs sonnent les cloches a toute volee pour couvrir 
sa voix et 1 cmpecher de precher. Malgre la refutation des 24 articles 
qu il fit, lors du sejonr a Prague do Rodolphe IV en 1354, (cette 
Apologia Konradi in Waldhausen Cut editee par Ilofler dans le 2 volume, 
des Geschichtsschreiber der hussitischen Beweyung [Fontes rerum Austriacamm 
2. VI], p. 17-39), il etait accuse par ses ennemis en cour de Rome, lorsque 
survint sa mort en 1369. 

Milic, 1 ami de Waldhausen, s altira aussi la rancune des ordres men 
diants, qui le firent saisir par 1 Inquisilion et enfermer a 1 Ara Cceli, 
quand, en 1361, il voulut precher a Rome sur la venue de 1 Antechrist et 
la fin du monde, qu il s imaginait imminente d apres le rapprochement 
des textes de Daniel (XII, 12) et de St. Mathieu (X.XIV, 15). II composa 
alors son Libellus de Antichrislo ou Prophecia et reoelatio de Anlickristo 
(imprime par Mencik dans les Sitzungsberichte der konigl. bohm. GeselU- 
chaft der Wissenschaften, 1890, p. 3i 8-3i6), qu il soumettait en terminant 
au jugement du pape lequel a le pouvoirde scruter es|>rit ou ecrits . 
On le relacha, a 1 arrivee d Urbain V a Avignon; et le cardinal Ange 
Grimaud, frere du pape, le traita amicalement, lui facilita meme son 
retour a Prague. Plus tard, ses attaques virulentes contre les vices des 
ficclesiastiques, qui adiilteriis, fornicalionibus, incestibus carnalibus, 
mulierum amoribus, amplexibus, concubinarum cohabitaiionibus, mere- 
tricum commerciis se ingerunt... ; non laborant nisi sint lucra et pinguea 
praebendae... ; die ae nocte bibunt et devorant sicut porci , lui valurent 
les plaintes du clerge, au synode de 1373; 1 empereur et 1 archevecjue le 
defendirent. Mais les accusations continuerent ; formulees en 12 articles, 
elles furent portees a Gregoire XI qui dut charger 1 archeveque d enque- 
ter sur cette affaire (les 12 articles sont dans Palacky, Die Vorlaufer, 
p. 39-43 ; les articuli declaratorii contra eundem, ibid., p. 43-46) ; Milic en 
appela au pape, et partit pour Avignon, ou il obtint justification com 
plete (1374). II mourut en cette ville, in die sancti Petri ; et le cardinal 
d Albano, Ange Grimaud, declara qu un jour Milic serait venere sur 
les autels. 

Le schisme d Occident (1378), commence uno dizaine d annees avant que 
Mathias ile Tanov eo ivit son traite De Ecclesia (edit. Kybal des Regulae 
veleris et novi Teslamenti, t. II, p. 110-308), lui inspire plus d une parole 
amere contre les desovdres et la corruption qui en resulterent, conlreles 
cardinaux et le pape, qui au lieu d etre un avec les eveques (p. 203,224- 
226), en a fait ses trihutaircs (p. 246-217), contre 1 antipape q\\i est le fils 



COUP D OUL RETKOSPECT1F :; 

ignora *. Et si Milic, Mathias de lanow recommandereni 
instamment la communion frequente, tombec en desue 
tude et en certains endroits combattue, ils ne la re"clame- 
rent pas sous les deux especes 2 . 

du peche et du mensonge, centre le systemo des provisions et des reser 
ves qu il n est point senl a blamer. (Voir le memoire de la Commission 
chargee par Paul III de la reforme ecclesiastique, 1538. Le Plat, Monumen- 
torum ad historiam concilii Tndentini... colltclio, Louvain, 1781-1787, t. II, 
p. 596). Certains fragments de ses traites furent attribues a Huss et im- 
primes dans ses ceuvres (Nuremberg, 1358, t. I, p. 376-471); et c est de 
lui que Jacobellus a extrait son ecril de 1 Aniechrisl c est-a-dire du pape. 
(Get ecrit se trouve dans le ms. 4519 de !a llol/ bibliolhek de Vienne. Cf. 
Denis, Codices manuscripti theologici bibliothecae palalinae Vindoboniensis 
Vienne, 1793-1800, t. I. p. 42!, -i25, 427). Mais Mathias respecte la hie- 
rarchie en son institution et en tous ses dcgres (De Distinctions Eccle- 
siae, t. II de 1 ediiion Kybal, p. 195 et suiv.) Son intention n est point 
de saper les bases de 1 Eglise : Je n ai ecrit ce livre que pour res- 
treindre un peu 1 immensite du vice et pour rechaulTer 1 amour refroidi 
de beaucoup pour les paroles de Jesus-Christ . D un heretique il n a 
point 1 assurance et 1 orgueil; publiquement il confcsse sa fragilito ct 
son ignorance : Kogo autem, proteste-t-il ailleurs (edit. Kybal, t. I, 
]>. 52), et humiliter et pie quemlibet legentem ut non festinet haec col- 
lecta cito condempnare. Sed quaecumque sibi displicentia hie invenerit, 
inutilia, dispendiosa vel inepta, instanter obsecro ut in hoc mee fragili- 
tati, infirmitati et aliis defectibus condescendat et compaciatur insuper 
mee imbecillitati et ignorantia-e que in me magna sunt... Gomme 
Waldhausen, il ne menage pas les ordres mendiants ; comme Milic dont 
il ecrivit la vie, il prend a parti le clerge, qu il dit etlemine, arrogant, 
avide, hypocrite, adonne a la luxure.auquel il reproche d avoir accumule 
dans 1 Eglise, la richesse, les plaisirs et les honneursdu mondeo. \ussi 
profita-t-on de ce qu il avail blame avec quelque violence le culte immo- 
dere des images pour porter plainte centre lui devant ses superieurs ec- 
clesiastiques. II recommit qu il a pu se tromper et accepte de cesser ses 
functions durant six. mois a St. Vite de Prague [1389] (on lui laissait tout 
pouvoir a son eglise paroissiale de Veiika); en I.i92 il promet de nouveau 
a son arcbeveque obeissance in omnibus licitis et honeslis (Kybal, 
Matej z Janova, Prague, 1905). Aussi Kybal, quoique disciple de 1 ecole 
tcheque moderne et a ce litre desireux de trouver en lanow un precur- 
seur do Huss, avoue-t-il que Mathias est reste un homme du moyen 
age et que sa doctrine a des racines medievales . (Revue historic/lie, 
191(1, p. 31). L historien proteslant A. Neander ( Uber Matluas von lanow alx 
Vorlaufei- der deutsc/ien Reformation und Repriisenlanlen des durch dieselbe 
in die Weltgeschichle eingetretenen neuen Princips, dans les Abhandlungen 
der Berliner Akademie der Wissenschaften, 1847) avail mis lanov au dessus 
de Huss comme reformaieur. 

1. II ne s inspire poinl d eux, tandis qne des chapitres entiers de ses 
ffiuvres, pour ne pas dire des traites, ne sont guere que des traduclions 
de Wycliffe. 

2. M^ilic, a sa chapelle de Betlileem. attirait le peuple a la communion 
frequente; et un des 12 articles formulas contre lui 1 accuse de soutenir 
que Ton est tenu de communier chaque jour, ou du moins deux fois par 
semaine. 

Mathias de lanow 6crivit deux traites sur la communion frequente, 
qu il desirerait ineme quotidienne : De communione corporis Christi (Regu- 



14 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

Si 1 on en croit Rokycana J , un cur6 du vieux Pra 
gue, Nicolas de Lacu 2 , aurait enseigne a la fin du xiv e sie- 

lae veteiis et novi Testamenli, edit. Kybal. t. I, p. 51-165) Determinaciones 
sanctorum doctorum pro cottidiana vel crebra communione sacramenti altaris 
a plebibus christianis (ibid., t. II, p. 68-139). 11 reproche aux pre tres dis- 
pensateurs des sacrements de se nourrir eux-memes, en negligeant de 
faire participer le peuple a leur table (ibid., t. I. p. 85). Voici les pas 
sages oil il parlc des deux especes eucharisliques; il les enonce comme 
un fait, sans faire entendre qu il est necessaire de les distribuer 1 une 
et 1 antre aux fideles, sous peine de mutiler le sacrement : in spe- 
ciobus cibi et potus preparavit . (Ibid., t. I, p. 69). c Nibil aliud con- 
veniencius per ea [prophetae Ysaie verba] posse intelligi prophetatum 
quam istam cottidianam vel crebram christianorum dominici sacramenti 
communionem, quae et in moderata seu parva quantitate spec.ierum 
panis et vini modeste plebibus ministratur . (Ibid., t. I, p. 91). Quid 
obsecro communius in cibis quam panis. quid in potibus usitacius quam 
vinum, prout superius est expressum ? Quare igitur dominus in hiis 
speciebus sacramentuin istud construere voluerit ipsum, per hoc, qui- 
cumque vellent et quocienscumque omnibus passim pauperibus et d-ivi- 
tibus ministrandum et perfruendum demonstravit . (Ibid., t. I, p. 95). 
Istis omnibus sic ordinatis et discussis, hoc volo persuasum iri et col- 
Icctum, videlicet quod ex scripturis veteris instrument! cottidiana vel 
ad minus frequens comescio corporis et sanguinis Jhesu cruciflci a 
plebeya multitudine est varie praemonstrata et persuasa lympide et 
irrefragabiliter per sacrificia. presagia, prophecias et doctrinas , (Ibid., 
t. I. p. 164). Veritas prenotata... est regula vitae generalis omnium 
hominum, et ipsa preparata est et presiita in communi ci bo et potu 
sub speciebus cominunissimis, scilicet panis et vini, communiler ab 
omnibus fidelibus frequenlenda et incorporanda . (Ibid., t. II, p. 35). II 
reproche aux Chretiens leurs osuvres inutiles au salut < obmissis, oblitis 
et neglectis, puta exercicio continue sacramentorum utihum et saluber- 
rimorum scilicet et frequentatione comescionis corporis et sanguinis 
Jhesu Ghristi et crebre confessionis . (Ibid., t. II, p. 50). II rappelle 
les paroles du Christ : Sumi/e ex hoc omnes et iterum Bibite, ex hoc 
onmes . 11 indique d ailleurs quo le sang du Sauveur se trouve dans 
1 hostie avec son corps en cette phrase : Iste panis communis om 
nium... prime estcibus et potus . (Ibid., t. [I, p. 33). 

On ne voit pas sur quoi s appuie Kokycana pour soutenir au concile 
de Bale, 39 aus apres la mort de Mathias, que celui-ci avail distribue 
aux laics le sang du Christ. Si apres Spittler (op. cit., p. 44) qui suit 
Hardt (op. cit., t. Ill, p. 20). Frind (Geschichle Rb hmens, t. Ill, p. 109) a 
cru voir dans Mathias un predecesseur de la doctrine utraquiste, cette 
opinion fut abandonnee et contredite par Palacky (Die Vorlailfer des Hns- 
sittenthums in Dohmen ; du menie, Geschichle von Dohmen, t. Ill, part. 1, 
p. 173 et suiv.), Tomck, (Dejepis Pra/n/ (Hisloire de la ville de Prague) 
1875-1885, t. Ill), Loserth, (Hits und \} ictif, Prague, 1884 et son article suv 
lanow dans la Realencyklopadie fur protestantische Theolor/ie de Hauck) ; et 
la publication complete des Regulae veteris et novi teslamenti ne donne rien 
de plus precis sur ce point que les phrases citees plus haul. Aussi son 
editeur Kybal dit-il lui-meme (Les origines du mouvement hussite en Boheme, 
dans la Revue hislorique, 1910, p. 27) : On ne pent prouver que Mathias 
de lanow ait preconise la communion sous les deux especes, comme le 
firent les hussites; le concept du calice lui est absolument etranger . 

1. Sur Rokycana, voir plus bas, p. 24, n. 3. 

2. II etait cure de Ste Marie de la mer, et mourut en 1380. 



COUP D lEIL KETROSPECTIF 15 

cle que la communion sous les deux especes correspondait 
seule au preceptedu Glirist. En toutcas, Jacobellus de Mies , 
frappe du texte de saint Jean (VI, Si, 57) : Si vous ne man- 
gez pas la chair du fils de 1 homme et si vous ne buvez pas 
son sang, vous n aurez pas la vie en vous , soulint, en 1414, 
la n6cessile du calico dans une dispute theologique a 1 Uni- 
versit6 de Praeue et resolut de r^tablir la communion 

C 

ulraquiste, qui avail pendant longlemps laisse des traces 
en Boheine. II convertit a son idee la plupart des disciples 
de J. Huss et il fit communier le peuple sous les deux espe- 
ces, a Saint-Michel, Saint-Martin et Saint-Adalbert de Pra 
gue 2 . La polemique 3 , 1 interdit et 1 excornmunicalion ne 

1. Jakubek ze Stribra, en (cheque. Jacobellus (Jacques le petit) ne a 
Mies, fut regu bachelier en theologie, 1 annee 1393. Bientot il devenait 
un des premiers et des plus fideles partisans de Jean Huss. Au mois de 
juillet et d aout 1410, il prend une part active aux disputes theologiques 
pour la rehabilitation de Wycliffe : le 28 juillet, il defend meme centre 
la condamnation archiepiscopale le traite de celui-ci sur le Decalogue. 
Au synode provincial de 1413, qui, a Finstigation du roi Veneeslav, tente 
quelque rapprochement entre Huss et les autorites ecclesiastiques, 
Jacobellus repousse avec Jean Huss, toute paix qui n est point dans 
le Christ Jesus . Cure de St. Michel, il devient, apres le depart de Huss 
pour Constance, son partisan le plus en vue et le plus ferme. C est alors 
(fin de 1414) qu il se decide i mettre en pratique la doctrine soutenue 
dans une de ses discussions precedentes : il distribne le calice a nombre 
de lai cs. Get exemple fut suivi et se generalisa, malgre les objurgations 
et les defenses de 1 autorite ecclesiastique. Jacobellus se declare egale- 
ment pour la communion des enfants, dans une dispute contre Simon do 
Tischnow en 1417. II mourut le 9 aout 1429, apres avoir etc durant une 
vingtaine d annees le theologien le plus autorise de I litraquisme. Cf. 
Palacky, Documenta Magistri Johannis Huss vitam... illustrantia, Prague, 
1869, p. 493 et suiv. Voir la lettre de Brus aux legats du 2 avril 1S62, 
ou il est question de Jacobellus (Appendice). Sur lui et les ecrits pole- 
mistes que causa son innovation on trouvera tous les renseignements 
desirables dans Zibrt, op. cit., t. Ill, p. 19-2?i. 

2. Cf. J3neas Silvius Piccolornini (Pie II), Historia Bohemica. Descriptio 
de sttu, moribus et conditions Germaniae, ch. xxxv, edit. Venise 1545 (traduc- 
tion italienne), f 40 v. II se mil a soulever le peuple, raconte ^Eneus 
Sylvius, en lui faisant entendre qu il ne devait plus tolerer 1 abandon 
de la communion sous 1 espece du sang, sans lequel mil ne saurait etre 
sauve. Les heretiques se rpjouirent beaucoup d avoir trouve dans 1 Evan- 
gile un article nouveau, qui put convaincre 1 Eglise romaine de malice 
ou d ignorance. [Nolkan, dans les Funtes rerum austriacarum II ta Abth., 
t. 68, a commence a publier, en 1918, les lettres d ^Eneas Sylvius comme 
eveqne de Sienne : Des JEneas Silvius Bn efwedisel. Briffe als Bis>cliof von 
Siena}. Sur lui voir Zibrt, op. cit., t. Ill, p. 120-129. 

3. Les ouvrapes polemiques de cette epoque sont nombreux. Je n en 
citerai que quelques-uns : Demonstratio per testimonia Scripturae, 
Patrum atque Doctorum commnnicationem calicis in plebe christiano 
esse necessariam (Cf. Hardt, Magnum Constantiense concilium, Fraucfort 



16 COUP D ffilL RETROSPECTIF 

firent qu augmenter ses partisans, et quand J. Huss eut 
donne son asscntiment au nouveau rite, ce fut un succes 
immense *. Depuis une quinzaine d annees les doctrines de 
WyclifTe 2 , importers en Boheme par Jerome de Prague 3 , 
soutenues par Jean Huss et PUniversit< de Prague dont il 
fut recteur depuis 1400 *, largement repandues parmi le 
peuple, avaient sap6 1 autorite ece!6siastique dans le 
royaume 5 . Le supplice du feu qui donna a J. Huss I aur^olc 
de martyr ct de heros national (6 juillet 1415) *, 1 execution 

et Leipzig, 1700, t. Ill, p. 80S). Responsio ad demonstrationem pi.-r 
testimonia Scripturae etc (Ibid , p. 526). Anonymi theologi epistula 
ad Jacobelluin de Misa contra communionem plebis sub utraque specie 
(Ibid., p. 333). Andreae Brodae dispntatio academica contra commu 
nionem plebis sub utraque specie . (Ibid., p. 392). Vindiciae contra 
Brodam pro communione plebis sub utraque specie (Ibid., p. 416). Trac- 
tatus contra hoeresim de communione laicorum sub utraque specie , 
20 avril 1414. Voir Zibrt (op. cit., t. Ill, p. 20 et suiv.) qui donne une 
liste de tons ces ecrits avec les ouvrages ou ils sont publics, et les ma- 
nuscrits qui les contiennent. 

1. Huss, dans son livre sur la communion utraquiste dit qu il aut agir 
avec prudence et demander au concile 1 autorisation de revenir a 1 usage 
primitif. Plus lard il conseilla a ses amis de suivre 1 exemple de Jaco- 
bellus. Cf. Frind, Die Kirchengeschichle Bohmens, t. Ill, p. HO. 

2. Pour les O3uvres de Wycliffe voir W. Waddington Shirley A catalo 
gue of the original Works of John Wiclif, Oxford, 1865; F. D. Malthew, 
t/ie english Works of John Wiclif, Londres, 1880 ; Loserth, Neuere Erschei- 
nungen der Wicliflitteralur, dans VHislorische Zeitschrift de Sybel, t. 41. Sur 
Wycliffe on trouvera une abondante litturature dans W. Cape, History of 
the Enfflish Church in the fourteenth and fifteenth, centuries, Londres, 1900, 
et dans Zibrt, op. cil., t. II, p. 1123 et suiv. 

3. Ami et disciple de J. Huss. II avail rapporte d Oxford, aux environs 
de 140 1 a 1402, les ouvrages de Wyclife. Sur Jerome de Prague, voir Va- 
rillas, Hisloire de t heresie de Vicfef, J. IIus et Jerome de Prague, avec celle 
tit s guerres de Boheme qui en ont ele les suites, Lyon, 1682, 2 vol. ; E. Denis, 
Huss et la Guerre des Hussites, p. )63 et suiv. ; Palacky, Geschichte von 
Bohmen,t. Ill, et les divers ouvrages qui concernent Huss (voir note 6). 

4. Gf. Ilofler, Magister Joannes Ilus und der Abzug der deulschen Siudenten 
und Professoren aits Prag. 1864. Voir dans les osuvres de Huss sa Defensio 
quorundam articulorum Joannes Wiclef. 

5. Cf. Lechler, Johann von Wiclif und die Vorgeschichle der Reformation, 
Leipzig, 1812 ; Losertb, Hus und Wiclif, Prague, 1884, ouvrage traduit en 
anplais : Wiclif and Hus, Londres, 18S4 ; 1 article du meme dans les Mit- 
teilungen des Instiluls fitr oesterreichische Gesclticlitsforschung, t. XII, p. 2."54 
et suiv. ; R. L. Poole, On the intercourse between English and Bohemian Wyclif- 
fites, in the early years of the fifteenth century, dans I English historical Re 
view, avril 1892. Loserth, dans son article Wiclifsche Abendmahlslehre 
und ihre Aufnahme in Bohmen (Milteilungen des Vereins fur die Geschic/tle der 
Deutschen in Bohmen, t. XXX, p. 1-33), montre que, si la majorite des Hus 
sites n advnet point la doctrine eucharistique de Wycliffe, contraire a la 
transsubstantialion, IIuss 1 accepta d abord, la rej>rit de nouveau a Cons 
tance, et les Taborites en firent le centre de leur systeme theologiqtie. 

6. L Universite de Prague le declara saint et martyr (1417) et dans tout 



COUP D (E!L KETKOSPECTIF 17 

de Jerome de Prague a Constance (30 mai 1416) , la con- 



le pays sa fete se celebra avec grande pompe le G juillet jour de sa inort. 
Voir le Missel de Luditz de 1558. (B rind, op. cit., t. Ill, p. 345.) IIuss 
et Jerome de Prague furent bientot places au-clessus des apotres. (Cf. 
Palacky, Documenta magistri Joannis Hus, Prague, 1869, p. 550). Leurs 
disciples, ecrit ^Eneas Sylvius (op. cit., ch. 36, edit, de Venise, 1545, 
f 43) prirent de la terre oil avail ete allume le bucher, et ils la porte- 
rent comme une relique en leur patrie. Tous les honneurs qui se peuvent 
donner aux martyrs, Jean et Jerome les regurent. 11s ne furent pas moins 
honores en Boheme que Pierre et Paul a Rome. Quaiul ils surent ce qui 
s etait passe a Constance, tous les partisans et disciples se reunirent 
pour venerer la memoire des deux saints et afin que chaque annee elle 
se celebrat. > (Voir dans Zibrt (op. cit., t. Ill, p. 163) la liste des hymnes 
en 1 honneur de IIuss.) 

Sur les O3uvres de J. Huss qui jusqu ici manquaient d une edition cri 
tique, ainsi que sur Huss lui-meme, ou trouvera, outre Krones (Gri/n- 
driss der osterreichischen Geschichte, Vienne, 1882, p. 382 et suiv.) et Zibrt 
(op. cit., t. II, p. 1152-1168), une documentation aussi precise que com 
plete dans 1 arlicle de la Realencyklopildie (edit. 1896-1908) du a Lossrth, 
qui a tout specialement etudie Wycliffe et 1 epoque hussite. Depuis cet 
article (1900), Wylie a ecrit The council of Constance, the death of John lluss 
Londres, 1900, Kitts, Pope John XXIII, and Master John Huss of Bohemia, 
(Londres, 1910) et Liitzow, The life and times of Master John Hits (Londres, 
1910). Wenzel Flajshans en outre a entrepris, depuis 19U3, 1 edition 
critique des Opera omnia de Jean Huss. Plusieurs volumes oat paru : le 
premier coutient V Expositio DecalogiAe De corpore Christi et le De sanguine 
Christi ; le second les Sententiarum hbri quattuor ; le troisieme les Sermo- 
nes de sanclis, sermons inedits. Voir aussi G. Wolf, op. ci7., I, 205 sqq. 

Dans la 45" et derniere session, les Peres de Constance condamnerent, 
en meme temps que la doctrine de Wycliffe, 30 articles de J. Huss : Er- 
rores J. "Wicleef de Anglia et Joannis Hus de Bohemia damnati in 
hoc sacro generali Constantiensi concilio 1418. (Mansi, op. cit., t. 27, 
col. 120 et suiv.) 

1. Jerome s etait retracte le 10 septembre et, en seance solennelle, 
douze jours plus tard. Le concile voulut alors qu il 1 aidat a pacifier en 
Boheme les esprits tres surexcites par le supplice de J. Huss, et qu il 
ecrivit, dans le sens de son abjuration, au roi Venceslav, a la reine, a 
1 Universite, a la noblesse et au peuple. Jerome ecrivit soulement a Lazko 
de Krawaf, refusant de le faire pour tous les autres. Alors deux partis 
se formerent dans le concile : 1 un, a la tete duquel se trouvaient ses 
compatriotes, demandant qu on lui rendit la liberte ; 1 autre, auqiiel se 
rallia Gerson, exigeant une nouvelle enquete. Celui-ci Pemporta. Jerome 
fut juge les 22 et 26 mai 1416. Comme il n avait pas ecrit, on dut se con- 
tenter de temoignages, qu il nia avec energie. Mais il fit 1 apologie de 
Huss que, depuis sa jeunesse, il avail venere comme un homme pur et 
saint, comme un predicateur fidele de la parole de Dieu ; sa plus graude 
faute, conclut-il, etait de Pavoir renie. C etait prononcer lui-meme sa 
condatnnation (30 mai 1416, XXI" session du concile de Constance). Je 
vous convoque tous, en cent ans, a prendre la parole devant le Tout- 
Puissant, dit-il, en se rendant au supplice. Et snr le bucher, il entonna 
1 hymne de Paques: Salva festa dies. Huss et Jerome, ecrit ^Eneas Syl 
vius (op. cit., ch. xxxvi, edit, de Venise 1545, fol. 42-43) eurent un meme 
supplice ; ils bouffrirent certes la morl avec une grande Constance ; ils 
marcherent au bucher avec tant de hate qu on les eut cru se rendre a un 
festin. Ils n eleverent point la Toix, ils ne pousserent pas un cri qui put 

o 



18 coup D CEIL RETROSPLCTIF 

damnation dc la communion sub utraque par 10 concile 
(15 juin 1415) l contribuerent a rallier au calico la plus 
grando parlio de la nation tchcquc 2 . 

origmes Le seigneur catholique Guillaume Slavata, a qui les ha 

de vuiraqaume bit ts fc Neuhaus (en BohSme) reclament, en 1618, la 

d apres , 

un catholique communion sous les deux especes, leur raconte amsi les 
Debuts <j e l u traquisme dans le royaumo : Pour que vous 
connaissez 1 origine do la communion sub utraque je vous 
dirai co que rapporto notre Chroniquc. En 1414, maitre Ja- 
cobellus de Mies, cure de Saint-Michel dans la Vieille-Villo 
de Prague, avail en son ecole un grammairien tres ins- 
truit du no-n de Pierre et originaire de Dresde. Celui-ci 
lui dit un jour : Je m 6tonne vraiment quo vous ct les 
autres pretres n adm^ttiez point ce que saint Jean, en son 
chapitre VI, 6crit sur 1 Eucharistio : Celui qui ne mange 
pas le corps du Christ et ne boit point son sang n aura pas 
la vie eternelle; il est clair par consequent que ne pas re- 
cevoir sous les deux especes, le sacrement de 1 autel est se 

les faire rougir; et, an moment oil sVilanga la llamme, ils entonnerent 
un cantique... On a dit qu aucun philosophe n endura la mort aussi cou- 
rageusement que tous deux le biicher. Pour le proces de Jerome de 
Prague la bibliographic est dans Zibrt, op. cit , t. II, p. 1168, 1185. 

Sur la protestation des Bohemes au concile de Constance, voir ibidU, 
i. II, p. 1184-85. 

1. t Consuetude ab Ecclesia et sanctis Patribus rationabiliter introducta 
et diulissime observata... habenda est pro lege. Session XIII* (Mansi, 
op. cit., t. 27, col. 727 et suiv.) Un decret de la meme session prohibait 
expressement la communion utraquiste : Quod nullus presbyter sub 
poena, excommunicationis communicet populum sub utraque specie panis 
et vini. t (Ibid., op. cit., t. 27, col. 728). Voir la Grundliche Rechtferligung 
ties Costniziscken Dekrets von der Komrnission unter einer Gestalt wider Royho s 
hussitische Einwendungen, Prague, (17S3). 

Le Goncile de Constance proclama 24 articles contre les hussites en 1418. 
Le 1-2 est ainsi congu : Ut omnes saeculares qui communicaverunt sub 
utraque specie vel alios compulerunt.et praesertim post inhibitionem sa- 
cri concilii, aljjurent illam haeresim et jurent illam communionem non 
promovere sed posse inipedi. Dans le 16* on disait : Ut omnes trac- 
tatus Jacobelli super communionem sub utraque specie... comburantur. 
Ces 24 articles ont elo publies par Cochlaeus dans son Historia Hussita- 
rum, livre iv, p. 165, par Frind, Kirchengeschichte Bohmcns, t. Ill, p. 345, 
par Mansi, op. cit., t. 27, col. 1196 : <t Viginti quatuor articuli a Patri 
bus concilii Constantiensis praescripti ad reducendos ab hussitic.a haeresi 
Bohemos. Of. Fonles rerum austriacarum, t. II, p. 240 et suiv. Voir aussi 
Hardt, Magnum oecumenicum concilium Constantiense, Francfort et Leipzig, 
1697-1100 ; Lenfant, Histoire du concile da Constance, 2 edit. Amsterdam, 1T27. 

2. Frind, op. oil., p. 111. Cf. ^Eneas Sylvius Piccolomini, op. cit. , 
ch. xxxvi, edit. Venise 1545, f" 42 et suiv 



COUP D CEIL RETROSPJiCTIF 19 

rendre digne de damnation ! . Entendant ceci, inaitre Ja- 
cobellus commencja par le contredirc et s excuser de ne 
pas etre maitre en Ecriture Sainte mais seulement en dia- 
lectique, ajotttant toulefois que c etait une chose trop grave 
pour qu il n y refl6chit point davantage. Le lendemain il 
annonc,a qu il voulait soutenir, avec des professeurs, ba- 
cheliers et eludiants une dispute sur la communion sous 
les deux especes. II le fit avec des arguments sp6cieux tire s 
de 1 Ecriture; mais son opinion fut a tel point de montre 
fausso qu il ne trouva rien a repondre. Malgre cela, le 
dimanchc suivant, il precha sur le tcxte de saint Jean cite 
plus haul et declara que tout homme cst ieriu, sous peine 
de damnation, a comnmnier sous les deux especes. Le len 
demain, un pretre du nom de Sigismond Ryepanssky deve- 
nait son adepte. Non seulement il enseigna ouverlement en 
1 eglise Saint-Martin du nouveau Prague 1 interpretation 
susdite des paroles de saint Jean, mais il exhorta jeunes 
gens, femmes et homines a venir a lui pour recevoir le 



I. .(Eneas Sylvius raconte la me me chose, en son Historia Bohemica 
(ch. xxxv) ; et il ajoute que ce Pierre etait entache d heresie vaudoise . 
(Of. Hardt, op. cit., t. Ill, p. 18). En effet, Pierre de Dresde, allemand 
d origine, et ainsi nomine parce qu il fut maitre d ecole a Dresde, 
(sans peut-etre y etre ne) avait etudie a Prague, puis en etait parti 
quand ses conipatriotes avaient du quitter 1 Universite en 1409. (Gf. Ho- 
fler, Maqister Jo/tannes Hits und derAbzug der deutschen Sludenlen und Pro- 
fessoren aus Prag. 1864. Mais cognitus inter snos, quia Valdensi lepra 
infectus esset , il fut expulse de son pays natal et revint a Prague. C est 
alors qu il serait entre en relation avec Jacobellus et lui aurait inspire 
sa croyance utraquisle. Un manuscrit de 1 Universite de Prague lui 
attribue meme 1 apologie du calice que Hardt (op. cit., t. Ill, p. 156 et 
suiv.) a publie comme de Jacobellus (HOfler, Geschichlschreiber der hussi- 
tischen Bewegung in Bbhmen, Vienne, 1856-1866, t. Ill, p. 156 et sniv.) Voir 
encore sur Pierre de Dresde, Schreiber, Dissertatio de Pelro Dresdensi, 
Prague, 1678; Thomassins, Dissertatio historica de Pelro Dresdensi, Leip 
zig; Spittler, op. cit. 19. Palacky (Die Gesc/uchte des Hussilentums und 
Prof, liofler, Prague, 18G8, p. Ill et suiv.), se basant sur le silence de 
Rokycana qui, au concile de Bale, cita tous ceux qui passaient pour 
avoir introduit le calice en Boheme (Monumenta conciliorum generalium se- 
culi XV, Vienne, J857-1896, t. I [edite par Palacky], p. 320), Palacky croit 
que, par invention tendancieuse, on presenta plus tard Pierre comme un 
auteur de 1 utraquisme, pour demontrer 1 importation elrangere de ce- 
lui-ci et le rendre impopulaire en Boheme. L influence de Pierre de Dresde 
sur la musique sacree (Schmidt, Chronica Cygnea, Zwickau 16S6, t. I, 
p. 412; Wackernagel, Das deulsche Kirchenlied, t. II, p. 483 et suiv.) a 
ete egalement contestec (Hoffmann von Fallersleben, In dulci jubilo, Ha- 
novre, 1801.) 



20 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

sacrement sous les deux especes. A la suite de cette exhor 
tation non fondee, tous coururent a 1 autel pour y commu- 
nier sub utraque. Ainsi fut introduit 1 utraquisme. Cette 
doctrine s est extraordinairement repandue, a rallie a elle 
le peuple et tous ceux qui par nature inclinaient vers les 
nouveautes; la majorite des habitants du royaume 1 a sui- 
vie. De la la disunion et les discordes qui fermentkrent dans 
le has peuple; de la la g-uerre, le sang verse, la destruc 
tion d eglises si belles et si couteusement Edifices, de cloi- 
tres et de sancluaires; it est inutile d insister ou d en don- 
ner plus ample te^noignage, car, outre le r6cit de notre 
Chronique de Boheme, les ruines, les pierres des cloitres, 
des sanctuaires et des eglises detruites sont la sous nos 
yeux. Avant d aller plus loin, je dirai ce qu il advint du 
pretre Sigismond et en quoi Ton ne peut nier le chatiment 
divin : deux ans plus lard, il perdit la raison et se mil a 
courir dans Prague, des armes a la main, tuant nombre 
de gens; un jour il massacra deux vieilles femmes, on le 
jeta en prison et quelques jours aprcs il mourait. De maitre 
Jacobellus, 1 initiateur et le fondateur de 1 utraquisme, on 
lit qu apres avoir 6t6 cur6 a Bethleem, dans la vieille ville, 
il tomba gravemont malade; avant de mourir il tint de si 
affrcux discours qu on n osa 1 enterrer a l 6glise ou en terre 
sainle, mais on deposa son corps dans le jardin du presby- 
tere. Certains diront peut-etre que cette doctrine vient 
de maitre Jean Huss ou de rnailre Jerome; mais nulle part 
on ne prouve qu ils aient enseigne ou cru chose semblable. 
La Chronique raconte au contraire que rnaitro Huss. alors 
qu il etait en prison a Constance, apprit la naissance a 
Prague de la nouvelle croyance; Ires triste, il dit avec 
un gros soupir : Maintenant jo comprends que leur 16- 
merit,6 me coutera la vie J . 

I. * Rede die Wilhelm Slavata zur der Gemeinde Neuhaus hielt, als sie 
von ihm die Bewilligung der Communion sub utraque verlangte, 6 Fe- 
hruar 1618. Landsarchiv de Prague, copiedes archives de RaudniU B/222. 

Guillaume Slavala de Ghluin et de Koschumberg, ne en d572, d un 
pere ardent protestant, se convertit en 1597 sous 1 influence des Jesuites 
et du seigneur catholique Adam de Neuhaus ; il herita de Neuhaus 
en 1602, et devint grand chambellan (1623), puis chancellor de Boheme 
(1628). II ecrivit une importante histoire de Hongrie sous le regne de 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 21 

Bientot s organisa la nouvelta Eglise sous le patronat 
des seigneurs, qui durent assurer la liberte de la parole 
divine, ne reconnailreque la puissance episcopaleconforme 
a 1 Ecriture et recourir a 1 Universile de Prague pour 
toutes les choses de foi (septembre 1415) . La visile des 
cures fut confiee aux patrons; et 1 Universite proclama 
comme obligatoire pour tous la communion sub utraque 
(10 mars 1417) 2 . Par les quatre articles de Prague (1421). 
les hussites reclamaienl la libre predication de la parole 
de Dieu, le calice, le retour de I Eglise a la purete evan- 
g^lique, par la suppression des biens du clerge et la puni- 
tion des p6ch6s publics 3 . C est ainsi que la communion 
sous les deux especes, proclame e par I Universite" et les qua 
tre articles, devint le rite essentiel de I Eglise nationale 
tcheque 4 . 

En face de la ligue des seigneurs utraquistes s etait for- 
me"e, le l cr octobre 1415, celle des seigneurs catholiques, 
6tablie et recrutee principalement en territoire allemand ; 
ceux qui en faisaient partie juraient fid^lile a I Eglise ro- 
maine et aux decisions du dernier concile 3 . En Boheme, 

Ferdinand I er (Deje Jcrdlovsti ceskeho ya panovdni Ferd mdanda 1), et ses 
Memoires de 1608-1619 (Pameli nejvissiho Kanclere Krdl. cesk. Vilema kra- 
bete Slavaty). 

1. Palacky, Die Geschichte des Hussitenthums und Professor Uofler, Pra 
gue, 1868, p. 316. 

2. Le texte de cette ordonnance a ete publie par Z. Theobaldus der 
Jungere, Huszitenkrieg , . . Wittemberg, 1609, Berlin, 1850. Traduction la- 
tine 1621, p. 173. 

3. Les quatre articles de Prague, tires de Hofler, se trouvent dans 
E. Denis, Hitss, et la guerre des Hussites, p. 493 et suiv. 

4. Surles hussites voirCochlaeus, Historiae Httssitarum libnXll, Mayence, 
1549; Hofler, Geschic/ttschreiber der hussitischen Bewegung in Bohmen clans 
les Fontes rerum austriacarum, ! Abth. t. 2, 6, 7, Vienne 1856-1866; 
Krummel, Geschichte der bohmischen Reformation im XV Jahrhundert, Go- 
tha, 1866; F. v. Bezold, Zur Geschichte des Hussitentums, Munich, 1S74 ; 
Stieve, Die hussitische Bewegung (Abhnndlungen. Voi-trfige und Reden) Leip 
zig, 1900. On trouvera la Libliogiaphie complete dans E. Denis, Huss et 
la guerre des Httssites ; ainsi que dans sa Fin de I Independance Boheme, 1. 1, 
p. 35 ; dans Griinhagen, Geschichtsquellen der Hussittenkriege, Breslau, 

18T1 ; dans Lorenz, Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelal/er, Berlin, 
1876 et suiv., t. I, p. 267 et suiv.; dans Frind, Kircltengeschichte Bohmens, 
t. Ill, et dans Zibrt, op. cit.. t. Ill, p. 83-101. Voir aussi plus has, 
p. 23, n. 3. 

5. Palacky, Geschichte von Bohmen, t. Ill, part. 1, p. 378. Pilsen, Bud- 
weis, Eger resterent catholiques et braverent jusqu a la fin les bandes 
hussites. 



22 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

1 Eglise catholique fut surtout soulenue par los Allemands, 
et 1 Eglise utraquiste par les Tchequos. A la difference de 
rites et de traditions se joignit la difference de races: ce 
qui ne contribua pas peu a I acuit6 des guerres hussites. 

L utraquisme ne tarda point a se morceler. L umt6 dc 
.ie rutraqnisme. programme <}es quatro articles cachait les plus profondes 
divergences. II y cut les moderes qui bornaient leur desir 
essentiel au calice, d ou le nom de Calixtins - les radi 
calise ou Taborites 2 , sortes de puritains qui rejetaient tou- 
tes les traditions, avec les ceremonies de 1 Eglise, et avaient 
un programme de democratic et de nivellement - - plus 
tard les Freres Bohemes quo 1 on surnomma Pickards (par 
corruption du mot Beghards 3 et qui se constituent en 
une societe de freres (jednota bratrskd) * (1467) ; ils 
rejetaient lo culte des saints, les ceremonies, les indulgen 
ces, et toute leur croyance reposait sur la Bible 5 . Ces di- 

1. On les appela aussi Praguois, parce que Prague resta toujours leur 
centre principal. 

2. Leur nom vient du mont Tabor, au sud de la Boheme, oit durant 
1 ote de 1419 s assemblerent 42.000 personnes, en general des paysans 
fanatiques. (Palacky, Die Geschichle des Hussitentums, p. 417.) Cf. sur les 
Taborites, J3neas Sylvius Piccolomini, op. cit., ch. XL, edit. Venise 1545, 
fo 47 v et suiv.; J. de Lukavecz et Nic. de Pelhrzimow, Chronica Tabori- 
lartim. dans le t. II des Geschichtschreiber der Hussitischen Beweyung in Bdh- 
men, (Fontes rerum austriacarum) 1856-1866 ; Krummel, Utraguisten und Ta- 
boriten (1425-1457). BeitrSge zur Geschichte der bdhmischen Reformation, Gotha, 
1871 ; Zibrt, op. cit., t. Ill, p. 29 et suiv. 

3. Les Begars ou Beghards ou Beguins etaient des heretiques assez 
nombreux aux xn" et xm e siecles, en France, en Allemagne et dans les 
Pays-Bas ; leur doctrine, sorte de pantheisme mystique, comme celui de 
Scot Erigene, fut condamnee par le concile de Vienne, en 1311. Gf. Pre- 
ger, Geschichte der deutsdien Mystik im Mitlelal/.er, Leipzig, 1874, t. I ; A. 
Jundt, Histoire du pantheisme populaire au moyen-fige el au xvi* si ecle. Pa 
ris, 1875; Ehrle, Archiv fiir Litteralur und Kirchengeschichte des Mittelallers, 
Berlin, 1885, t. I, p. 841 et suiv. ; Lea, A History of the Inquisition of the 
middle ages, New-York 1888; Delacroix, Essai sur le mysticisme en Allema- 
gne au xiv" siecle, Paris, 1899, p. 77-134. Les Freres Bohemes se desi- 
gnent ainsi eux-memes dans leurs ccrits: les Freres, que par haine et 
jalousie on appelle Vaudois ouPiccards. On donnait ce nom en Boheme, 
tons ceux qui niaient la transsubstanliation. Pour 1 influence des doc 
trines vaudoisea sur celle des Taborites et des Freres Bobemes, voir 
Preger, Ueber das Werhdltniss der Taboriten zu den Waldensern, Munich, 
1387 ; et Goll, Die Waldenser im Miltelalter und Hire Literalur dans les Fors- 
chungen de Sickel. 

4. On a traduit plus tard par fratrum unitas ce qui aurait dit 1 etre 
par c fratrum societas .I1 n y eut point chez les Freres Bohemes la ten 
dance unioniste que laisse supposer le mot unitas. 

5. Ils furent fondes pnr Rokycana et Gregoire (sur co dernier voir Pa-. 



COUP D (EIL RETROSPECTIF 23 

verses sectes avaient un point de contact commun : c e- 
tait la communion sub utraquc. Les Taborites qui re- 
jetaient tous les sacrements de 1 Eglise, a 1 exception du 
Bapleme et de I Eucharislie, les Freres Bohemes, qui ne 
croyaient pas a la presence reelle, communiaient sous les 
deux especes. Nees de 1 utraquisme, ces religions differentes 
en adoptaient toutes le symbole. 

Le calice devint le symbole religieux de la nation tche- Les 
quo. II remplac,a la croix dans les eglises; on le sculpla i ^ 
sur les portes des palais et des villes; et durant deux sie- (n-2 
cles il domina la grande eglise du Tyn . On le peignit sur 
les boucliers et il conduisit au combat les soldats de la re 
volution. Aussi lorsqu apres la croisade de 1431 2 , on vou- 
lut mettre un lerme aux guerres bussites qui durant onze 
annees avaient desole le pays (1420-1431) 3 , et que Ton son- 

lacky, Geschichte von Bohmen, t. IV, p. 184 ; Gindely, Geschichte der Bohmis- 
chen Briider, i. I, p. 21 ; Denis, Fin de I Independence Bohe me, t. I, p. 301), 
qui s inspirerent des ecrits de Pierre de Ghelcic et de la doctrine des 
Vaudois et de Wycliffe. (Sur Pierre de Ghelcic ou Cheltschitzky, voir 
Goll, Quellen und Untersuchungen zur Geschichte der bohmischen Briider, 
Prague, 1878-1882, t. II, et ton article du Casopis Cesheko Musea, it- Sl, 
ou il donne la bibliographic et la biographie de Pierre ; Denis, op. cit., 
t. I, p. 303 ct suiv. ; Keller, Die Bdhmischen Briider und ihre Vorlai/fer, dans 
Monatfhefte der Comenius-Gesellschaft, 1894, p. 171 ct suiv.) La persecution, 
qui sevit contrc les Freres (1505-1516) sous le regne de Wladislav, re de- 
truisit point la secte, laquelle au xvi" siecle comptait 150.000 partisans 
environ. Sur les Freres Bohemes voir Gindely, Geschichte der Bohmis 
chen Briider, 2 vol. 1SS9 (Fontesrerum austriacarum,2 Abth. t.XlX); I. Goll, 
Quellen und Untersuchungen zur Geschichte der Bdhmischen Briider 2 fasci 
cules, Prague 1878, 18R2 ; Palacky, Geschichte von Bohmen, IV, 1, p. 464 
et suiv. et IV, 2, p. 494 el suiv. ; Czerwenka, Geschic/ile der evanrjelischen 
Kirche in Bohmen, Bielefeld 1869-70, 2 vol. (il suit Gindely et Palacky); 
I. Miiller, Die deulschen Kalechismen der Bohmischen Briider, Bcilin 188T, 
dans les Monument a Germaniae paedagogica, t. IV, 18S7 (Goll en a fait le 
cotnpte-ri ndii dans les Mittheilungen des Instituts fiirosterr. Geschichlsfors- 
chung) ; Tomek, Dejepis mesta Prahy ; Denis, Fin de I Independance Scheme, 
t. I, p. 181 (avec une note bibliographique, p. 290) ; Wolkan, Das deuls 
chen Kirchenlied der Bdhmischen Briidtr im XVI Jarlninderle, Prague 1891. 
Apres Schweinitz (The history of the Church known as the I nUas Frutmm, 
Bethleem, 1885) et Goll (Quellen und Untersuchungen zur Geschichte der 
Bdhmischen Briider, Prague 1878 1882J, J. Miiller, a donne nne abondante 
bibliographie sur les Freres Bohemes, au commencement de Particle 
qu il leur a consacre (Realencylcopudie, edit. 1896-190S, t. Ill, p. 445). 

1. II surmonte encore certaines eglises de Boheme. 

2. Elle avail ete faite sur les instances du legal Cesarini a la Diete de 
Nuremberg, et elle echoua comme les precedenles. 

3. Sur les guerres hussites, voir ^Eneas Sylvius Piccolomini, Historia 
Bohemica, ch. 43, 48, 51 ; Z. Theobaldus, Husziten Krieg, Witlemberg, 1609: 



24 COUP D tElL RETROSPECTIF 

gea a trailer avec les Bohemcs, la communion $ub utra- 
que fut un des points les plus discut6s dans les negotiations. 
Le concile de Bale, qui s elait donne la mission speciale 
de ramencr les Tcheques a 1 unite" i , s efforc,a de les con- 
tenter avant tout sur cet article. Quand les Bohemes vin- 
rent a Bale en 1433. selon la convention d Eger (1432) 2 , 
avec les deux chefs de I ulraquisme Rokycana et Procope 3 , 

Lenfant, Hisloire de la guerre des Hussites et du concile de Bale, Amsterdam, 
1731 ; Millauer, Diplomalisch-historische Aufstitze uber Johann Zizca von 
Trocnow, Prague, 1824; da meme Vaterlundische historische Aufsulze. Pra 
gue, 1832 ; Tomek, Deje zeme ceske (Histoire du pays boheme, Prague 1842, 
roeditee en tcheque, en 1863, sous le litre d Histoire du royaume de Bo 
heme) ; Griinehagen, Geschichlsquellen der Hussitenkriege, Breslau, 1871. 
[Scriptores rerun Silesiacamm, t. VI] ; Palacky, Geschichte von Bohmen, t. Ill, 
part. 2; du meme, Urkundliche Beilruge zur Geschichte des Hussitenkneqes 
von 1419-1436, Prague, 1873, 2 vol.; F. v. BezoU,Konig Sigmund und die 
Reichskriege gegen die Hussiten, Munich, 1872-1877, 3 vol.; E. Denis, Huss 
et le.i guerres des Hussites, Paris, 1878, p. 173-407; Juritsch, Der dritte kreuz- 
zug gegen die Hussilen 1427, Leipzig, 1899 ; Binder, Die Hegemonic der Pra- 
ger im Hussitenkriege, Prague, 1901-1903, 3 vol. ; Bernhardt, Die Inanspru- 
chnahme des deulschen Reichs durch die Hussilenfrage in den Jahre 1414-1423, 
Dissertation, Halle, 1901; Goll, Zur Geschichte des Hussitenkrieges (Sitzungs- 
berichte der bohm. Ges. der Wissenschafteni, Prague, 1901 ; Krones, op. cit. 
p. 383 et suiv. Zibrt, op. cit., t. Ill, p. 44 et suiv., 83 et suiv. Voir aussi 
plus haut, p. 21, n. 4. 

1. II leur adressa la lettre d invitation, le 15 octobre 1431, et leur en- 
voya les premiers deputes, le 28 novembre de la meme annee. (Hefele, 
Conciliengeschichte (1835-1867) t. VII, | 786). Nicolas de Cues, aux con- 
naissances theologiques duquel le concile fit appel, fut charge, des son 
arrivee a Bale, de negocier avec les hussites. II leur adressa deux ecrits. 
Cf. Diir, Der Kardinal und Bischof Nicolaus von Cusa und die Kirche seiner 
Zeit, Ratisbonne, 1847, I, 142 sqq. ; Vansteenberghe, Nicolas de Cues, 
Paris, 1921, p. 214 sqq. 

2. A la fin de 1431, les Peres avaient envoye vers les Tcheques, pour 
les engager a venir au concile, le cistercien Jean de Maulbronn et quel- 
ques autres deputes (Helefe, op. cit., t. VII, | 786); au printemps de 1432 
eurent lieu les negociations d Eger qui aboutirent a une convention (Ju- 
dex compactalus in Etjra) en 11 articles relative au sauf-conduit : les Bo 
hemes ne pourraient etre inquietes ; ils auraient un rang convenable 
duns les reunions et le droit d y parler; le service divin a domicile leur 
etait permis ; les questions en litige seraient tranchees par la loi de 
Diou, la pratique du Christ, les regies de la primitive Eglise, les conci- 
les et les Docteurs qui s appuient sur eux. (Cf. Hefele, op. cit., t. VII, 
788; ^Enea Silvio Piccolomini, op. cit., ch. 49, 50, edit. Venise 1343, f 62 
v et suiv. ; Frind, op. cit., t. Ill, p. 361 et suiv.) Les deputes bohemes 
venus au concile retournerent dans leur pays, le 13 avril 1433. 

3. De Rokycana (Janz Rokycan), Brus dira, en 1562 : Licet multa 
scripserit non indigna christianis auribus, tamen quia haereticus totam 
Boemiam commoverit, et sanctam rcligionem ita afflixerit, ut ab ejus 
tempore usque hujus praesentis anni initium Pragensis metropolitanae 
sedes vacaverit. (Avis de Brus sur la reforme de 1 Index, Trente, 1562. 
Hofbibliothek de Vienne, ms. 5636, fol. 270.) Sur 1 archeveque utraquiste 



COUP D CEir, P.ETHOSPECTIF 25 

on discuta longuement sur le calice J ; le discours de Ro- 
kycana sur la n^cessite do la communion sous les deux 
especes dura trois jours (16, 17 et 19 Janvier) - ; et ce fut 
Jean de Raguse qui y repondit 3 . A la Dicte de Prague de 
juin 1433, les envoy^s du concile 4 promirent a Rokycana 
que Ton parviendrait a s entendre sur la communion et a 
trouver un moyen terme 5 ; a leur retour en efl et, les Peres 
examinerent si Ton pouvait accorder aux Tcheques le ca 
lice, alors que le reste de la chr6tiente communiait sous 
une seule espece 6 : car sans la communion utraquiste, 
declaraient les deputes, aucun h6retique ne reviendrait a 
1 Eglise. Les compactata de Prague en 1433 (30 novembre) 
reconnurent que la communion sub utraque etait licita et 
digne sumentibus utilis et salutaris, qu elle nc serait pas 
accorded comme une simple tolerance 7 . Enfin aprcs les 
n6gociations de Ratisbonne (1434) 8 , de Briinn (Brno) et de 
Stulveissenburg (Stolni) (juillet 1435 Janvier 1436) 9 , les 
compactata d Iglau (lihlava) furent accepts et ratifies par 
le concile d une part et les Bohemes de 1 aulre 1 ". Us accor- 

Bokycana, voir Denis, Fin de lindependance Boh^me, t. I, p. 18 et suiv., 
50 et suiv., 57 et suiv., 295 et suiv.; Goll dans Casopis ceskeho Musea, 
1879, p. 201 et suiv. ; 1884, p. 39 et suiv., 455 et suiv. Zibrt (op. cit.. t. III. 
p. 115-117) donne une bibliographic detaillee pour Rokycana, ainsi que 
pour Procope de Pilsen (Prokop z Plzne) le rase ou le grand 
(ibid., p. 27 et suiv.) 

1. Helefe, op. cit., t. VII, | 791. Le legat Julien qui presidait pro- 
nonc-a le premier discours, ou il engageait avec chaleur les Bohemes a 
revenir a 1 unite. Mansi, op. cit., t. XXIX, p. 679. Palacky, Geschichte von 
Bohmen, t. Ill, part. 3, p. 68-74. 

2. Imprime par Mansi, Amplissima collectio conciliorum, t. XXX, col. 
209-306. 

3. Mansi, op. cit., t. XXIX, col. 699-868. 

4. Us etaient dix, parmi lesquels Philibert, eveque de Coutances, Jean 
Palomar, Martin Berruer, doyen de Tours. Gf. Denis, Huss et la guerre 
des Hussites, p. 422. 

5. Hefele, Conciliengeschichte, t. VII, 793. Gf. Denis, Huss, p. 424. 

6. Palacky et Birk, Monumenta concilium generalium seculi XV, t. I, 
(Vienne 1857), p. 723, 731. 

7. Hefele, Conciliengeschichte, t. VII, | 796. Les compactata furent re- 
diges, a la deuxieme delegation du concile, composee des trois membres 
cites plus haut. 

Sur ces negociations on a le recit de Garlier (Palacky et Birk, Monu 
menta conciliorum generalium seculi XV, t. I, p. 98), les paroles de Rokyc- 
cana (ibid., p. 510) et de Martin Lupac (ibid., p. 456). 

8. Ilefele, op. cit., t. VII, 797. 

9. Ilefele, op. cit., t. VII, | 800. 

10. La scission definitive des Taborites et des Galixtins et 1 ecrasement 



26 COUP D OEIL RETROSPECTIF 

daient la communion sous les deux especes a quiconque se 
conformait dans tout le reste a la foi et aux rites ge"neraux 
de 1 Eglise romaine, ct confesserait que le Glirist est pre 
sent tout entier sous chaquc espece ; nul no devait etre 
inquiete on blame pour sa faon de communier; les e"veques 
de Boheme consacroraient des pretres utraquistes. Ceux 
d Olrniitz et de Leitomischl rec.urent 1 ordre de faire admi- 
nistrer rEucharislie sous les deux especes 2 . L empereur 
Sigismond, s engagea a respecter les compacts (6 juil- 
let 1435), et il reg.ut le serment de fidelil6 de ses sujets 3 . 



des utraquistes radicaux en 143i determinerent le rapprochement des 
moderns et des caiholiques. 

Sur les negotiations du concile de Bale avec les Hussites et sur les 
compactata d lglau, consulter Mansi, op. cit., t. 29, 30 et 31; Palacky, 
Birk et Beer, Monumenta conciliorum c/eneralium saeculi XVediderunt caesa- 
reae academiae scientiarum socii delegati. Concilium Basiliense. Scripiorum 
t. I-1II, Vienne 1857-1896; Haller, Beckmann, Wackernagel, Goggiola. 
Concilium Basiliense. Studien und Quellen zur Geschichie des Konzils von Ba 
sel, Bale, 1896-1904, 5 vol. (etude des documents de 1431-37 ; proces-ver- 
baux et Diaires du concile); ^Eneas Sylvius Piccolomini, Commentarii de 
gestis concilii Basiliensis [octobre 1438 novembre 1439], (ouvrage en trois 
livres, dont le second est perdu ; il fut ecrit en 1440, alors que 1 auteur 
etait secretaire du pape, et plusieurs fois edite depuis 1521) ; Lenlant, 
Histoire de la guerre des Hussites et du concile de Bdle, Amsterdam, 1731 
(Supplements de Beausobre, Lausanne 1743) ; Rinaldi, op. cit ,adann. 1431 
et suiv. ; G. Voigt, JEnea Silvio de Piccolomini als Papst Pius der zweite und 
sein Zeita/ter, Berlin, IS56-1S63, t. I ; A. Palacky, Geschichte von Bohmen, 
t III; Frind, Kirchengeschichte von Bohmen, i. Ill, p. 146 et suiv. ; Denis, 
IIuss et la guerre des Hussites, p. 407 et suiv. ; Kluck hohn, Die Theilnahme 
Withelms III an den Verhandlunyen mil den Bohmen, dans les Forschungen 
zur deutschen Geschichte, t. II, p. 573 et suiv. ; Bretholz, Bischof Paul von 
Olmiitz uber den Abschluss der Easier Kompakl.aten, dans les Mitteilnngen des 
Instituls fur oesterreichische Geschichlsforschung, t. XXI. Dans Zibrt (op. cit., 
t. Ill, p. 101 et suiv.) on trouvera le detail de ce qui, dans le concile de 
Bale, inleresse la Boheme. 

1. La doctrine de la concomitance etait done de nouveau afflrmoe : 
Nullatenus ambigendum est quod non sub specie panis cnro tantum, 
nee sub specie vini sanguis tantum, sed sub qualibet specie est integer 
totus Cbristus . Mansi, op. cit., t. XXIX, col. 158. 

2. Hefele, op. cit., t. VII, | 801. Mansi, op. cit., t. XXX, col. 695. Cf. 
Frind, Kirchengeschichte von Bohmen, t. Ill, p. 151-157, 657. Hergenroler 
ffandbuch der allr/emeinen Kirchengeschichte, t. II, (1885), p. 892-893. Le texle 
d"S compactata souvent publie 1 a ete en tcheque et en latin dans V Ar 
chive cesky, t III, p. 398-4 i4. Le texte latin se trouve dans I flistoria Hus- 
sitarum de Gochlaus p. 289, dans Frind Kirchengeschichte Bohmens, t. Ill, 
p. 361. Le manuscrit Barberini N. A. 2680, (fol. 1-5) en possede une co- 
pie (17 s.). 

3. La convention de Sigisrnond avec les Bohemes au sujet des com- 
pactats . i ete publiee par Goehlaem, Historia Hussitarum, p. 297 et suiv., 
et par Frind, Kirchengeschichle Bohmen, t. Ill, p. 358. 



COUP D ffilL RETROSPECTIF 27 

Apres une longue p^riode de guerres sanglantes, apres 
cinq annees d inlerrninables negocialions, la paix et 1 unite 
religieuse, semblaient relablies, et elles 1 elaienl par la 
concession du calico . 

Malheureusemenl ce fut une joie basee sur des illu- Application 
sions 2 . Les compacts, ou Ton avail mulliplie les condi- 
lions et les 6chappaloires 3 ,nefurent jamais bien observed. 
Les prtHres utraquistes, malgr6 la prescription forrnelle 
du concile, n6gligeaient de rappeler aux fuleles que le 
Ghrisl esl tout entier sous chaque espece, et ils se confor- 
maienl plus ou moins, pour le resle, aux dogmes et aux 
ceremonies de 1 Eglise 4 . Rome en profita pour abolir les 
compacts. Les papes n avaient pas confirm^ les d^crels 
de Bale, ni reconnu le trail6 sign^ enlre le concile el les 
Tcbeques; il ne firent que le lolerer 5 . D5s 1447, Nicolas V 
essaya de relirer a la Uoheme la concession do Bale 6 . Lors- 
(jue Georges Podiebrad 7 . en U62,envoya une ambassade A 

1. Le seigneur catholique, Guillaume SlaVaia (cf. plus haut, p. 20, n. 1), 
dans son discours du 6 fevrier 1618 aux habitant de Neuhans qui lui 
demandaient la communion sub utraque (Landsarcliiv de Prague. Copie 
des archives de Raudnitz B/222) parle ainsi des tractationa de Bale : 
Le desordre fit naitre dans le royaume toutes sortes de doctrines qui 
portaient les Bohemes a rejeter 1 autorite de la sainte Eglise du Christ; 
alors ils envoyerent leurs representants au concile de Bale non seule- 
ment pour obtenir des Peres la concession de la communion sub utraque, 
mais aussi pour sentir que 1 Eglise du Christ, au lieu d etre une mara- 
tre, est une vraie mere, toute disposee a secourir ses enfants obeissants; 
ils retournerent alors dans le giron de 1 Eglise catholique, obtenant 
d une part la communion sous les deux especes, reconnaissant, de 1 au- 
tre, tous les autres articles du credo catholique, promettant d y croire, 
de n en point douter, de ne les point contester . 

2. Frind, Kirchengeschichte Bohmens, t. Ill, p. 157. 

3. Voigt dans la Sybels Hist. Zeitschrift, t. V, p. 413. 

4. Pastor, Geschichte der Pfipste, t. II, p. 130, edit. 1904, p. 166. 

5. Eugene, IV, (1431-1437) ne confirma jamais les compantala, quoi qu on 
en ait dit. La bulle du 11 mars 1436 (Archiv cesky, t. Ill, p. 441) est trop 
vague et trop peu precise pour etre une confirmation formelle des com- 
pactats d Iglau. 

6. Rapport de 1 ambassadeur envoyo a Rome pour la nomination de 
Rokycana, a 1 archeveque de Prague (Archiv cesky, II, p. 234 et suiv.). 
Le legal Carjaval, en 1448, ne voulant pas approuver les compactats, 
doit s enfuir precipitamment de Prague (Denis, Fin de I Independance 
bohgme. t. I, p. 5(5. 

7. Sur Georges Podiebrad voir Denis. Fin de I Independance bohe me.i. I, 
et sources qu il indique p. 35, n. 1 ; Pastor Gesckichte des Papste, t. II, 
liv. I, ch. v; Vansteenberghe, op. cit., p. 223 et suiv.; Krones, op. cit, 
p. 397, 401 et suiv. ; Zibrt, op. cit. t. Ill, p. 162 et suiv. 



28 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

Pie II pour lui preter le serment d obedience et lui deman- 
der la confirmation des compactata l , le pape repondit que 
la concession ayant 6te accordee a une generation presque 
6teinte n avait plus de valeur, et que les compacts 6taient 
un obstacle a 1 union veritable de la Boheme avec I Eglise 2 . 
Dans un long discours, il numera les motifs de son refus : 
nul de ses pr6Jecesseurs, dans la crainte de scandaliser la 
chreiienle, n avait autoris6 les compactata cette aulo- 
risation induirait a croire que le Christ n est pas enticr 
sous chaque espece dans la communion utraquiste il y a 
danger de r^pandre a terre le sang du Sauveur enfm 
la majorit6 du royaume ne veut pas du calice 3 . En conclu 
sion, fut lue la declaration suivanlc : Les compacts ac 
corded par le concile de Bale aux Bohemes ulraquisles sont 
abolis et supprim^s * . Enfin, a la Diete dePrague (aout 1462), 
le 16gat Fantino della Valle, a la grande indignation de 
Podiebrad et des utraquistes denonc,a les compacts et 
d^clara indigne tout pretre qui communierait les fideles 
sous les deux especes 5 . La rupture de 1 Eglise tcheque avec 
Rome 6tait consomm^e 6 . 
Agitation Paul n. apres avoir tent6 un rapprochement avec le roi 

nouvelle j r> i* i > 

es hushes. " e oonemc, le cila a comparaitre comme heretique et re- 
laps (2 aout 1465), et par une bulle du 23 decembre 14G6, 
il le declara d^chu de la royaul6. Mathias Gorvin, que la 
Ligue calholique reconnut comme chef, se jeta sur la Bo 
heme (mars 1468) 7 : ce fut la reprise de la guerre contre 



1. Ses instructions ont ete publiees par Theiner, Monnmenla vetera 
Poloniae, t. Ill, p. 130. 

2. Cf. Bachmann, Deutsche Reichsgeschichte, t. I, p. 204; Pastor, op. cit., 
t. II, edit. 1904, p. 172-176. 

3. Palachy, Geschichte von Bohmen, t. IV, 2 p. 229 et suiv. Cf. Pastor, op. 
cit.,t. II, edit. 1904, p. 176, n. 1. 

4. Bachmann, Deutsche Reichsgcschichte, t. I, p. 198, 208. 

5. Bachmann, Deutsche Reichsgeschichte, p. 239, 240. Cf. Pastor, op. cit., 
p. 177-182; Krones, op. cit., p. 405. 

Le texte original de la revocation de 1462 se trouve aux Archives ar- 
cliiepiscopales de Prague. Friud 1 a imprime au t. IV de sa Kirchenges- 
chichte Bohmens, p. 469. 

6. Sur 1 abolition des compaclala, voir Denis, Fin de I independance 
bohime, t. I, liv. i, ch. in, p. 71-119 ; Pastor, op. cit., t. II, liv. i, ch. v ; 
Hefele, op. cit., t. VIII, 849; Vansteenberghe, op. cit., p. 224 sqq. 

7. Cf. Denis, Fin de I independance boheme, t. I, liv. i, ch. iv ; Pastor, 



COUP D tElL RETKOSPECTIF 29 

les hussites qui ne finit r6ellement qu au traite d Ol- 
miitz (1479) J . 

A la mort de Podiebrad (22 mars H71), le prince polo- LOS Jag 
nais Vladislav Jagellon, elu roi de Boheme, dut jurer de d6- e 
fendro Ics compactata 2 . Son pere, Casimir de Pologne, 
s etail promis de les fairc reconnaitre par Rome; mais les 
papes continuerent a refuser leur approbation 3 . Lorsqu une 
deputation du Landtag vint vers Louis II, successeur de 
Vladislav, a Of en, en 1525. pour obtenir du roi et du legal 
Campeggio la sanction des compacts, base d entente en- 
tre catholiques et ulraquistes, le legal la refusa ; il declara 
qu on devait demander an pape unc nouvelle autorisation 
el il presenla un projet de bulle qui ne ful pas accept^ par 
les Tchcques *. Les negociations furent interrompues par 
la mort de Louis II, a la bataille de Mohacs (29 aout 1326). 

Lorsquc Ferdinand d Autricho, qui avail epouse Anne, Les iiab 3 bour s 
fille de Vladislav, eul ele proclam6 roi de Boheme el de el 
Rongrie (26 octobre et 17 decembre 1526)% il dul s engager 
a respecter les compacts 6 ; il assura aux ulraquistes la 

Geschichte der Piipste, t. II, liv. II, ch. v.; Hefele-Hergenrohter, Conci- 
liengeschichle, t. VIII, 849; A Krones, op. cit., p. 397, 401-406. 

1. Denis, Fin de I lndependance boheme, t. I, p. 170. 

Au traite d Olmutz conclu entre Mathias et Vladislav, la Boheme per- 
dit toutes ses annexes ; la Moravie , la Silesie, les deux Lusaces. Quelques 
annees plus tard, Vladislav deviut le successeur de Mathias. Mais des 
lors commence le lent travail de conquete qui lit de la Boheme une 
province autrichienne. 

2 Sur Vladislav Jagellon voir Denis, Fin de I Independance Bofi^me, t. ], 
1. ii ; Zibrt (op. cit., t. Ill, p. 186) donne loute la litteratuie qui se rai:- 
porte a son regne. 

3. Innocent VIII se flatia d avoir gagne a 1 Eglise un certain nombre 
d utraquistes. (Palacky, Kirchengeschichte von Dofime/i, t. V, part. 1, 303, 
3S1. Rinaldi, op. cit., ad ann. 1485 n 19; 1486 n 58; 1437 n 24. Theiner, 
Monumenla vetera Poloniae, t. II, p. 233). Dans sa lettre du 22 Janvier 
1483, il avail recommanrle a 1 Ordinaire de Prague de faciliter autant 
que possible leur retour a 1 unile. 

4. Cf. Palacky, Geschichte von Bohmens, t. V, part. 2, p. 537 et suiv ; 
Fraknoi, Ungari vor der Schlacht bei Mohacs, p. 84 et suiv. 

5. Apres la bataille de Mohacs qui livra aux Turcs Budapest et une 
partie de la Hongrie, le reste du pays reconnut pour roi Ferdinand 
(17 decembre 1526). Cf. Fessler, Geschichte von Unyarn, 1867-1877, t. Ill, 
p. 399 et suiv. Sur le regne et 1 administration de Ferdinand en 
Boheme, voir Piezek, Geschichte der Regierung Ferdinand s I in Bohmen. 
Prague, 1878. Krones (op. cit., p. 425 et suiv., 451 et suiv., 464 et suiv., 
467 et suiv., 480 et suiv.,) et Zibrt, (op. cit., t. Ill, p. 259-275) donnent les 
ouvrages que Ton peut consulter. 

6. Denis, Fin de I lnde pendance boheme, t. II, p. 144. 



30 COUP D (EIL RETROSPECTIF 

liberte religieuse , et leur promit de sollicker a Rome 1 au- 
torisation du calico 2 . Durant son regne il invoqua toujours 
les compacts comme loi du pays 3 , et il se servit d eux pour 
contenir et frapper les sectes etrangeres qui s inlrodui- 
saient en Boheme 4 . 



Les utraquistes toulefois n elaient plus souls a r6clamer le 
et utraquisme. ca jj ce A j Huss avait succ &fo Luther ; et la Reforme trouva 



chez les Tcheques, comme en maints cndroits d Allemagne, 
le terrain prepare par le hussitisme 5 et par les commu- 
naut6s vaudoises 6 . Le prolestantisme avait fait, ainsi que 
dans le resle de 1 empire, des progres rapides en Boheme 7 

1. Denis, op. cit., t. II, p. 134. Marino Giustiano, en 1541. (Alberi, 
Eelazioni degli ambasciatori veneti, Florence, 1839, etc., serie I, t. II, 
p. 120) raconte qu un gentilhomme de la cour de Ferdinand ayant ete 
expulse d Autriche, comme utraquiste, se refugia en Boheme ou nul 
ne peut etre puni pour cause de religion, a cause du serment prete le 
jour du couronnement de Sa Majeste . Paul IV reproche a Ferdinand 
sa tolerance cnvers les utraquistes; et celui-ci replique qu il a dil adou- 
cir la rigueur des anciens edits pour obtenir des Etats les subsides ne- 
cessaires centre les Turcs. (i Justification de 1 empereur contre certains 
griefs de la Curie, au temps de Paul IV. Slaatsarchiv de Vienne, Rom- 
correspondenz, fasc. 12, fol. 24. Sickel, Zur Gtschichte des Concils von Trient, 
Vienne, 1872, p. 33-34,) 

2. Denis, op. cit., t. II, p. 26. 

3. Denis, op. cit., t. II, p. 157. 

4. Sur 1 organisation et la discipline dos ntraquistes a celte epoque, 
voir 1 article de Borovy, Die Ulraquisten in Bohmen, dans I Archiv ftir 
osterreichische Geschichte t. 36. p. 239-289. 

5. Haupt, Die religiosen Sekten in Franhen vor der Reformation, Wurzburg, 
18S2;du ineme, Husitische Propaganda in Deutschland, dans Hislorisches Tas- 
chenbuch, \r b % 6!i (18S7). I/auteur exagere un peu 1 action du hussitisme en 
Allemagive (cf. Bezol>i, Die deutsche Reformation, dans la collection Oncken, 
188S, [i. 1 .4-277). Clement VII, le 28 scptensbrc 15i4, ordonne a 1 arclieve- 
que de Gran (Basse-Autriche) de ne pas laisser s implanter les Calixtins 
dans son diocese. (Wiedemann, Geschichte des Reformation und Gegenrefor- 
mation im Lande unler der Enns, t. l.p. - 92, n. 1. Gf. Saftien, Die Verhandlun 
gen Kaiser Ferdinand I mil Papst Pius IV fiber den Laienhelch, p. 8, n. 2. 

6. Goll, La nouvelle litter ature sur les Vaudois, 1887, p. 23 et suiv. 

7. Cf. Frind Kirchengeschic/tte Bohmens, IV, p. 110-115; p. 376-431, Wolkan, 
Sludien zur Reformationgeschichte Nordbo/imens (Extrait du Jahrbuch der 
Gesellschaft fur die Geschichte des Protestantismus in Oesterreich, t.III, p. 55 
et suiv. ; 107 et suiv. ; t. IV, p. 67 et suiv. ; t. V, p 103 et suiv. ; t. VJ1I 
(Documents) p. 1 et suiv.); Huber, Geschichte Oesterreichs, t. IV, (Gotha, 
1392) p. 106, 107, 112, 114-116. Voir plus bas p. 41, n. 3. 

Les lutheriens s ctablirent surtout au nord, au nord-est et au nord- 
ouest de la Boheme, dans les seigneuries de Scbwamberg, Salhausen, 
Wartenberg, Bibcrstein, Schlick, Babstein. 



COUP D ffilL RETROSPECTIF 31 

et en Hongrio ; en vertu de Padage : cujus regio ejus 
religio, noinbre de populations rurales avaient passe aux 
nouvelles doctrines en meine temps quo la famille sei- 
gneuriale. Luther, comrne Huss, demandait la communion 
sous les deux especes 2 . Zwingle et Calvin la reclamaient 



1. La defaite de Mohacs favorisa le developpement du lutheranisme 
en Hongrie; les eveques qui y perirent ne furent pas immediatement 
remplaces. (Monumenta valicana Hungariae, serie III, t. I : Relaliones ora- 
torum pontificiorum, 1524-1526, Budapest, 1884, passim.) llonter, en 1533, 
fonde 1 imprimerie a Hermannstadt et a Cronstadt, pour servir 1 ceu- 
vre de la Reforme. Le calvinistne s etablit a Debreczin dont le pape 
fut Juhasz qui traduisit son nom en celui de Melius. (Gf. Huber, Ges- 
chichle Oeslerreichs, t. IV, p. 106). En ISS i, la Diete doit bannir les ana- 
baptistes du royaurne. (Vilmos Fraknoi, Monumenta comitialia regni Hun 
gariae, t. Ill, Budapest, 1876, p. 575.) Voir plus bas, p. 41, n. 3. 

2. Selon Lechler (Realencyldopiidie fiir prot. Theolologie. und Kirche, 2 e edit. 
1880, t VI, p. 400), Luther trouva sa doctrine dans le livre He Ecclesia de 
J. Huss. Toutefois il n approuvait point que les hussites se fusseut re- 
voltes pour une question de pure forme; il trouvait que le calice ne 
justifiait pas a lui seul leur separation de 1 Eglise (Denis, Fin de I lnde- 
pendance boMme, t. II, p. 64). II ecrivit aux Bohemes : t Non dixi, neque 
consului, neque est iutentio mea, ut unus aut aliquot episcopi propria 
auctoritate alicui incipiaut utramque speciem porrigere, nisi ita consti- 
tueretur et mandaretur in concilio general! . (Rosius,Confessio catholicae 
fidei Christiana, dans les Hosii opera, edit, de Venise, 1575, fol. 49. Gf. son 
Dialogusde ulriusque speciei communione. Ibid., f 303 v, 305 v; et Rinaldi, 
op. cit., ad ann., 1557, n 39). < Scripsit [Lutherus] ad Bohemos : Praes- 
taret pacem et unitatem, quam Cliristus ubique praecepit, sectari, quam de 
speciebus sacramenti contenders. (G. Gassander, Dearticulis religionis inter 
catholicos et protestanles controversis consultatio, dans Le Plat, op. cit., t. VI, 
p. 756-157). Sur les relations d influence entre Huss et Luther, voir 
Denis, op. cit., t. I, chap. 2; Denille, Luther und Lutlierthum, in der ersten 
Enlwickelung, quellenmiissig dargestellt, Mayence, 1904, t. I, p. 375. Sur 
les rapports de Luther et des Freres Bohemes, consulter Muller, Die 
deutschen Katechismen der Bohmischen Briider dans les .Monumenta Ger- 
maniae paedagogica, t. IV, p. 212 et suiv. ; et Zezschwilz, Die Katechismen 
der Waldensei- und der Bohmischen Briider, Erlangen, 1803, p. 152 et suiv. 

Lutlier ne considera pas au debut le calice comme necessaire; il de 
clare dans un sermon que c est une erreur de croire qu une seule especo 
ne sufiit pas, la communion sub utraque est nicht noting (Sermon sur 
1 Eucharistie. CEuvres de Luther, edit. d Altenburg, 16G1-1664, I, p. 331.) 
Aussi les eveques de Merseburg et de Naumburg, Helding et J. Pflug, 
remarqueront-ils que Lutlier asouvent approuve la communion sub una : 
i Accedit eodem quod et Lutherus ipse... sententiam nostram sepe pro- 
bavit... Eucharistiae sub una specie sumendae . (Rior ). ). Michaelis 
Moserburgensis et Julii Naumburgensis episcoporum opinio de communione sub 
utraque et conjuyio clericorum. Ms. 5637, fol. 726, de la Hofbibliothek de 
Vienne). II y a ainsi sur ce point une grande analogic entre lui et Huss; 
1 uu et 1 autre furent peu a peu entraines par leurs disciples a se pro- 
noncer pour le calice. Luther voyant 1 utraquisme de Boheme envahir 
la Saxe et 1 eveque de Meissen se declarer contre la communion sub una, 
dit, comme autrefois J. Huss, qu il serait opportun de retablir la com 
munion sous les deux especes et de la demander a un concile : consul- 



32 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

aussi . Elle fut done Particle cornmun aux sectes protes- 

lum videtur quod Ecclesia in communi concilio statueret laicos sub 
utraque specie communicandos, nee Bohemici communicantes sub ulra- 
que specie sunt haere,tici sed schismatic! . (Proposition XVI de ia Bulle 
de Leon X centre Luther 1520). Par 1 intermediaire de Melanchton, dans 
"les Loci theologici, il n accuse pas de poche celui qui communie sous une 
espece seulement; mais en 15i 3, dans son ecrit sur la Messe.il doane 
couime urgente la regie de communier sub utraque. La meme annee, le 
calice fut introduit a Witemberg. En 1524, durant le Reichstag de 
Nuremberg, on le distribua aux fldeles dans 1 ancien convent des 
Augustins, bien.que Ferdinand et les legats eussent tres fort proteste. 
Dans son ordonnance sur le service divin en Saxe de 1526, Luther eta- 
Mi t la communion du pain et du vin. (G. Grisar, Lainez und die Frage 
des Laienkelches dans la Zeilsclirift fiir hath. Theologie 1882, p. 53, 54). Lot s 
de la visile en Saxe de 1528, il y a encore un article pour la communion 
sub una, on faveur des faibles; cet article est supprime dans la -visile 
do 1538. La Confession d Augsbourg so prononce pour le calice, pais ir, 
art. 1. (Gf. Spittler, op. cit., p. 72-17.) Seckendorf (Commentarius histori- 
cus ei apolof/eticus de Lulheranismo, edit, de Francfort-Leipzig, 1088, 
p. 301) resume comme il suit le sentiment et la conduite de Luther 
sur ce point : De commuuione sub utraque ita statuit, ut etsi illam 
praeferat, noluerit tamen vi introducere, sed argumentis proposilis 
caetum ad illam invitare,, et interea ferre qui unam speciem sumere 
voluissent. Taxatur hie ex Reformatorum parte ab Abrah. Scullelo 
quod... nihili communionem sub utraque retulerit. Verba literarum 
haec sunt : Lib. II, p. 50. Ego Garolstadium offendi..., nam sua inepta 
docendi ratione eo populum produxerat, ut sese christianum arbitrare- 
lur, per has res nihili, si ulraque specie communicaret, si tangeret, si 
non confiteretur, si imagines frangeret . Hosius deiinit ainsi sur la 
communion utraquiste et sa concession possible par un concile 1 opinion 
de Lulher, qu il dit omni Protheo mutabilior > (Dialogus utriusque spe- 
ciei communions, edit. Venise, 1573, fol. 306 v) : Scripsit his verbis in 
libro qui de formula Missae inscribitur : Si quo casu concilium statue- 
ret, minime omnium nos vellemus utraque potiri; imo tune primum in 
despectum concilii vellemus aul una, aut neutra, et nequaquam utraque 
potiri, et eos plane anathema habere quicunque talis concilii auctorilate 
potirentur utraque. Poluitne dici quicquam aut arrogaritius, ant his 
qnae prius scripta fuere magis contrarium? (Hosius, op. cit., edit. Ve 
nise, 1573. fol. 30 t). Hosius repete ces paroles dans sa Confessio calholicae 
fidei Christiana, (ibid., fol. 49.) Bossuet repondra a Molanus (De scripto cui 
titulus : Cogitationes privatae ... ejusdem episcopi Meldensis sententia ; 
art. de la communion sous les deux especes). Aussi est-il bien conslant 
que Luther n a pas tant presse d abord 1 obligation de communier sous 
les deux especes; puisqu au contraire il a parle du retablissement de la 
coupe, faite d abord sans son ordre par Garlostad, comme d une chose 
inditferente, semblable a celle de prendre I hostie de la main, plutot que 
de la bouche, et meme comme d une chose de ne ant; et c est un fait bien 
constant que quinze ou vingt ans apres sa reforme, plusieurs y commu- 
nioient encore sous une espece, sans pour cela qu on les rejetat de la 
table ou de la communion i>. Voir aussi de Bossuet La Tradition de fendue 
sur la matiere de la communion sous une espece, ch. 4 et 5. 

La proposition de Luther soumise aux theologiens du concile de Trenie 
en 1547 esl ainsi conc.ue : De jure divino esse sub utraque specie etiam 
populum communicare, ac propterea peccare eos qui cogunt populum 
altera specie uti . Rinaldi, op. cit., ad ann. 1347 n 28. 

1. L exemple de Luther fut suivi par les autres eglises reformees. 



COUP D CEIL P.ETROSPECTIF 33 

tantes, comme elle 1 avait 6t6 pour les sectes hussites. 
Calice et Reforme marchent de pair *. Les moines, qui 
abandonnent couvents et voeux, donnent aux fideles le 
sang du Christ avec son corps 2 . D un bout a 1 autre de 
Pempire se repand la devise utraquiste ; et ce n est plus 
seulement en Boheme, mais dans PAllemagno enti&re que 
1 on reclame la communion sous les deux espfcces 3 . L empe- 
reur regoit des suppliques, pour qu il autorise 1 usage de 
la Gene selon 1 institution du Christ 4 . Les livres en faveur 
du calico se propagent de tous cotes : on les adresse aux 
princes meme 5 . Ceux-ci, quoique parfois tres oppos6s a la 
concession, arrivent a se demander si elle ne serait pas le 
principal moyen pour reiablir 1 unite 6 . Dans les tentati- 

Zwingle voulut meme qu on se servit de calices en bois, pour rappeler 
la simplicity des temps primitifs. On accusa 1 Eglise d avoir spolie 
les la ics du sang du Sauveur , Burnet, History of the Reformation, edi 
tion Pocock, t. IV, p. 352. 

1. A Brunswick, deux ecclesiastiques, H. Lampe et J. Oldendorp, com- 
mencent & distribuer la communion sous les deux especes ; aussitot comme 
une trainee de poudre, se repand la doctrine nouvelle dans le duche en- 
tier, malgre les protestations d Henri le Jeune. Gf. Busehbell, Doelle, 
Briefmappe, t. I, p. 1 et stiiv. 

2. Voir la lettre de trois Franciscains defroques de Freiberg aii custode 
de Meissen et la reponse de celui-ci, juin 1537, dans Buschbell, Doelle, 
op. cit., t. I, p. 40-45. 

3. Of. Spalatini Dtarium dans Schelhorn, Amaenitates lilterariae, t, IV, 
p. 413; Seckendorf, Historia Lutheranismi, liv. I, 1G3 ; Spittler, op. cit., 
p. 76-77; Balan, Monumenta Reformationis lutheranae, Ratisbonne, 1884; 
/. Stnend, Kelchspendung und Kelchversagung in der abendlundischen Kirchen, 
Gottingen, 1898. 

4. La supplique du 8 decembre 1541 est signee : Hans Ungnad, le cele- 
bre promoteur de 1 impression en lettres cyrilliennes des livres creates. 
Gf. Sitiunr/sberichte der kaiserl. Afcademie, t. Ill, fol. 331. 

5. Gochlaeus ecrit a Moorne, Iej25 avril 1538, qu un prelat lutherien 
vient d offrir an due Georges de Saxe un livre, oil il 1 exhorte, par de sa- 
vantes dissertation?, a conceder la communion sub ulraque et le mariage 
des pre tres. (Lettres publiees par Friedensburg dans Zeitschrift fiir Kir- 
cheng escMchte, t. XVIII, p. 826.) 

6. G est la question que pose a son clerge, a la fin de 1338, Georges le 
Barbu de Saxe, un des plus fermes et des plus vigoureux champions du 
catholicisme en Allemagne. Outre le calice, il parle du mariage des pre- 
tres, les deux concessions etant generalement liees 1 une a 1 autre. (Gar- 
dauns, Zur Kirchenpolitik Herzog Georgs von Sachsen, vornehmlich in seinen 
letzten Regierungsjahren, dans les Quellen und Forsc/nmgen aus italienischen 
Archiven und Bibliotheken. Ilrsg. von Kgl. Preus. Histor. Instititt, t. X, [Rome 
1901], p. 114 et suiv. Cf. 0. A. Hecker, Religion und Politik in den letzten 
Libensjahren Herzog Georgs der Bartigen von Sachsen, Leipzig, 1912, p. 69). 
Georges fut toujours tres contraire a la communion sous les deux espe- 
ces. (Gardauns, op. cit., p. 141; 0. A. Hecker, op. cit., p. 71, 115.) 

3 



34 COUP D CEIL UETUOSPECTIF 

ves d accord entre calholiques et protestants, la question 
du calicc est une dcs premieres, avec le manage des pre- 
tres, qui soient traitees *. Memo dans les pays soumis a un 
chef catholique, le pcuple reclame la communion sub utra- 
que 2 , et les 6tats s agitent en sa favour : ceux de Saxe de- 
mandent a Georges le Barbu (28 mars 1539) de la solliciter 
du Saint-Siege, la voulant a tout prix 3 ; le due, malgre" 
sa fermete" doit consentir a ce qu ils recourent a Rome ; 
mais sa mort inopin6o empeche toute negociation 4 . En 1542, 
on menace du for et du feu l 6veque de Merseburg, s il 
n accorde pas aux laics la communion utraquiste et aux 
pretres le mariage; Paul III doit lui rappeler qu il n a au- 
cun pouvoir pour conce"der de lui-meme ce qui est con- 
traire a Fusage et au rit de 1 Eglise universelle 5 . Quclques 
annees plus tard, les Etals de Haute et Basse-Autriche, de 
Styrie, de Carinthie re"clament le calice et la suppres- 
siondu ce"libat ecclesiaslique, dont la consequence est la 
vie scandaleuse des pretres 6 . Ceux de Styrio accusent 

1. Ainsi en fut-il & 1 accord de Leipzig de 1339, entrc Bucer, Witzel, 
Fachs, Feige et Carlowitz, le principal conseiller de Georges de Saxe. 0. 
A. Hecker, op. cit., p. 85, 99-100, 105. Gf. Gardauns, op. cit., p. 108 et suiv. 

2. 0. A. Hecker, op. cit., p. 66, 68, 70, 78, 100. 

3. Petebant aliquod temperamentum ut a Sede Apostolica impetrarent 
licentiam communicandi laicos qui vellent sub*utraque specie, propter 
inultas quas afferebant causas . Cochlaeus a Gontarini, 20 avril 1539 . 
Archives Vaticanes, Concilia Trid. 37, fol. 147. 

4. Gf. O. A. Hecker, op. cit., p. 115-116. 

5. Gf. Rinaldi, op. cit., ad ann. 1542, n 40. La lettre de Paul III est du 
5 dec. 1542. 

6. Loserth, Die Sahburger Provinciahynode von 1349 dans I Archiv fur 
fisterreichische Gesr.hichte, i. 85, p. 175-195,200-222, 232-237, 343, 345, 349-352. 

Us se plaignent en outre de la cupidite des ecclesiastiques (ibid., 
p. 103, 345), de lour negligence en leur ministere (ibid., p. 349-352), de 
leurs occupations seculieres et nullement en rapport avec leur etat 
(ibid., p. 233, 345). 

Sur les progres du protestantisine en Styrie, au xvi siecle, voir Ro- 
bitsch, Geschichte des Protestantismus in Steiermark, Graz, 1559 ; Loserth, 
Archivalische Studien in Wiener Archiven zur Geschichte der Steiermark in 
16 Jahrhundert, dans les Beitrage zur Kunde steiermarkischer Geschichtsquel- 
len, 29 e annee, p. 70-92; du meme, Die Beziekungen der Steiemiirkischen 
Landschaft zur der Universiluten Wilenberg, Rostock, Heidelberg, Tubinyen, 
Strassburg, u. a., in der zweiten Hiilfle des 16 Jahrhunderts, Graz, 1898 ; du 
meme, Die protestantische Schule in Steiermark im 16 Jahrhundert, dans les 
Monumenta Germaniae pedagogica, t. 55, 1916; Ilwolf, Der Protestantismus 
in Steiermark, Kurnten und Krain von XVI Jahrhundert bis in die Gegenwarl, 
Graz, 1900, p. 5 et suiv. Krones (op. cit., p. 427, 451), indique un certain 
nombre de sources. 



COUP D CEIL RETROSPEGTIF 35 

1 Eglise de trailer les laics non cornme les membres du 
Christ, mais comme les valets du clerge , tandis que 
1 Ecriture ne fait entro fideles ct ministres nulle difference 
pour tout ce qui regarde 1 arne : c est sans raison que la 
nourriture spirituelle des lai cs n est pas semblable a cello 
des eccltjsiastiques et qu on retranche aux uns le calice 
qu on donne aux autres J . 

Charles Quint et Ferdinand, inquiets de cetto agitation et 
voyant dansle calice une question de discipline sur laquelle 
1 Eglise pouvait relacher de sa rigueur, s eiTorcerent de 
contenter leurs peuples, pour 1 amour de la paix 2 . Des mars 
1537, Ferdinand chargea son envoye au concile de Salz- 
bourg 3 de solliciter la communion sous les deux espcces 
et le mariage des pretres 4 . Charles Quint, malgre sa vic- 
toire a Muhlberg sur la ligue de Schmalkalden (24avril 1547), 
dut accorder 1 Interim d Augsbourg (1548), ou il conctidait 
jusqu au prochain concile le calice et le mariage des pre 
tres, dans les lieux ou ces deux usages existaient 5 . Les 

1. Losertb, op. cit. p. 232-245; 341-352. Voir egalement sur ce point les 
Deutsche Reichstagsakten unter Kaiser Karl V, Gotha, 1S93-1901, 3 vol. Sur 
les progres du protestantisme au xvi" siecle en Garinlbie et en Garniole 
voir Hermann, Handbuch der Geschichte des Herzogthums Kiirnten, Klagen- 
furt, 1852, t. I et II ; Dimilz, Geschichte K rains, Laibacb, 1874-1876. t. II; 
Elze, Die Anfange der Protestantismus in Krain, dans Jahrluch der Gesell- 
schaft fur die Geschichte der Protestantismus in Oesterreich, t. I, p. 22-27 ; du 
meme, Paul Viener, Mitreformator in Krain, Gebundener des Evangeliums 
in Wien, erster evangelischer Bischof in Siebenburgen. Ibid , t. Ill, p. 1-52; 
du meme, Die slovenischen protestantischen Gesangsbiicher des 16 Jahrhun 
derts. Ibid., t. V, p. 1-39; du meme,zur Geschichte der Reformation in Krain. 
Ibid., t. XII, p. 171-179 ; durneme, Die slovenischen protestantischen Poslillen 
des 16 Jahrhunderts. Ibid., t. XIV, fol. 12J-133 ; du meme Die slovenischen 
protestantischen Gebetbiicher des 46 Jahrhunderts. Ibid., t. XV, p. 15-22 ; du 
meme, Die slovenischen protestantischen Bibelbucher des 16 Jahrhunderts. 
Ibid. t. XVI, p. 117-175; Krones, op. cit., p, 430, 432, 437, 450,475, 489. 

2. La Diete d Augsbourg de 1530 avail aflirme la doctrine de 1 Eglise: 
sub una specie nee plus nee minus quam sub utraque sumatur . 
Rinaldi, Annales ecclesiastici, ad ann. 1530, n 140 ; Le Plat, Monumento- 
rum ad historiam concilii Trideniini spectantium... collectio, t. II, p. 487. 

3. Matliieu Lang etait alors archeveque de cette ville ; il presida le 
concile. 

4. Tandis qu au Reichstag d Augsbourg de 1530, un edit (19 novembre) 
avait ordonne Tabolition du mariage des pretres . Ried, Codex Ralis- 
bonensis, Ratisbonne, 1816, p. 1148. Gf. M. J. Schmid, Neuere Geschichte der 
Deulschen, Frankenthal, 1785-1786, t. V, p. 245. 

5. Encore qu il est a souhaiter, etait-il dit, que plusieurs ministres 
de 1 Eglise se trouvent vivans chastement, toutefois pource que plusieurs 
partout ont leurs femrnes, lesquelles ils ne veulent repudier et qu a pre- 



36 COUP D CEIL RETKOSPECTIF 

Electeurs ecclesiastiques avaient objecte que cette dis 
pense qui contrariait un usage ancien el les d6crets do 
Constance relevait du pape ou d un concile; les Etats catho- 
h ques avaient declare que cette tolerance pousserait les 
sujets a la desob&ssance, a 1 apostasie et a l 6meute *. En- 
fin la Curie accusa 1 empereur d avoir usurp6 la juridiction 
ecc!6siastique 2 Paul III lui d6legua le nonce Prospero di 
Santa Croce, mais Charles rcjeta toute responsabilite sur la 
Diete d Augsbourg qui 1 avait contraint a cette necessite" s . 
Avant 1 Interim, 1 empereur, pressentant les exigences 
du Reichstag, s 6tail adresse a Rome, au commencement 
de 1548, pour obtenir qu un legal fut envoy6 en Allemagnc 
avec le pouvoir de dispenser de la communion sub utraque 
ct de certaines autres lois de 1 Eglise 4 . Sur 1 instance du 
pape, le concile de Bologne avail examine celle demande : 
une parlie des Peres s elait prononc^e conlro la concession 
du calice, 1 aulre 1 avait cru possible avec certaines condi 
tions 5 . Sur ces enlrefaites et sans altendre davanlage la 
reponse de Rome, 1 Interim avait ete" d^crete". 
Paul in Charles Quint reprit alors les negocialions avec Paul III : 

i , i n i , i i 

jl s agissait moms d oblenir des concessions que de sanc- 
tionner celles qui venaient d etre faites. Le pape, qui ne 



et la dispense 

da caiicc. 



sent cela ne se peut changer sans graves troubles, il faut attendre le de- 
cret du concile : et le mesme semble expedient de ceux qui resolvent la 
Gene du Seigneur sous deux especes pourveu toutefois qu ils ne repren- 
nentceux qui font du contraire : car sous 1 une ou 1 autre espece le corps 
et le sang du Christ est entierement contenu . Sleidan, De I Estat de la 
Republique sous 1 empereur Charles V, edit, franchise 1597, p. 348. Le 
texte de I Interim a ete publie par Birk, Dreifaches Interim, Leipzig, 1721, 
p. 3o8, Rinaldi, Annales ecciesiastici, ad ann, 1548, n 59, Le Plat, op. cit., 
t. IV, p. 32, G. Wolf, Der Augsburger Religions friede, Stuttgart/1890, p. 10 
et suiv. Gf. Fra Paolo, Isloria di concilia di Trento, liv. Ill, |. 21; Palla- 
vicini, Istoria di Concilia di Trento, liv. X, chap. 17, 18; Grisar, Jacob 
Laynez disputationes dans la Zeitschrift fur di cath. Theol., 1882, p. 71. 

L Int6rim fut accepte au Reichstag d Augsbourg le 15 mai 1548 et on le 
publia le 30 juin de la meme annee. 

1. Gf. Pastor, Die kirchlichen Reunionsbeslrebungen wahrend der Regierung 
Karls V, Fribourg, 1879 p. 379 et suiv. 

- . Diaire de Massarelli, cite par Rinaldi, op. cit., ad ann., 1548 n 56. 

3. Rinaldi, Annales ecclesiasLid, ad ann. 1548 n 56. Rinaldi appelle 1 In- 
terim nefarium decretum. 

4. Du mariage des pretres en particulier. Le texte de cette demande 
se trouve dans Riualdi, Annales ecciesiastici, ad ann. 1548 n 45. 

5. Rinaldi, Annales ecciesiastici, ad ann. 1548 n 46, art. VII, n 47, de 
septimo capite. 



COUP D lEIL KETROSPECT1F 37 

s e tait jamais desinteress6 de 1 etat religieux de 1 empire 4 , 
envoya 1 eveque de Fano avec le cardinal Sfondrato, pour 
trouver quelque moyen de tol^rer 1 Interim 2 , et il se d6- 
cida a dispenser de la communion sub utraque et de cer- 
taines autres lois eccl^siastiques 3 . Trois 16gats, porteurs 
de trois bulles de facultes dont ils pouvaient deleguer les 
pouvoirs, furent envoy^s en Allemagne : c 6tait 1 e veque 
de Fano P. Bertano, 1 e veque de Ve rone Luigi Lippo- 
mani, et Sebastiano Pighino 6veque de Ferentino (1548). 
Ils avaient le droit do reconcilier les h6r6tiques avec 1 E- 
glise et d accorder les dispenses necessaires pour lecalice, 
le mariage des pretres, la spoliation des biens d Eglise, 
1 abstinence et 1 observation de certaines fetes 4 . 

Les trois legats se rendirent en Allemagne et, s il faut Mission 

!-> lMr>n 1 > I > 1 

en croire les Peres qui en 15o2s opposerent a la concession 
du calice, lour mission fut sans grand re"sultat. L e veque eu 
de Rieti, Osio, s exprime ainsi (2 septembre 1562) : Neque 
profuit concessio Pauli HI . quum nemo ea uti voluerit, ne- 

1. De bonne heure Paul III avail cherche a se renseigner avec exacti 
tude sur la situation religieuse de la Boheme : il y avait envoye Jerome 
Aleandre avec des instructions qui le chargeaient de tout bien considerer, 
afm qu on put a Rome en deliberer d une facon competente. Tua itn.que 
circumspectio poterit videre in quo statu res illae sint et quae dificulta- 
tes reperiantur et nobis significare ut possimus cum consiiio... S. P.. E. 
cardinalium (ut in gravioribus facere consuevimus) nos super his resol- 
vere . Instructions de Paul III au cardinal Jerome Aleandre, archeveque 
de Brindisi. Quirini, Epistolarum R. Poli collectio, t. Ill, n GCCXII. 

2. Diaire de Massarelli cite parEinaldi, Annalesecdes.,ad ann.\5k$ n 56, 
et par Merkle, Concilium Tridentinum I, 771. Gf. Pallavicini, op. cit., liv. 
11, ch. 6, n 1 ; G. de Leva, Sioria documentata di Carlo V, Venise, Padoue, 
Bologne, 1863-1893, t. V. p. 4 sqq ; Pieper, Zur Entstehitngsgeschichte der 
Nuntiatitren, p. 98. 

3. Friedensburg, Nuntiatur&erichte, t. X, p. XLV sqq,, 361-363, 372-375, 
382, 390, 393, 397, 399 sqq., 6~/S, 679, 6bS, 687, 690, 697, t. XI, p. 9-19, 
22-23, 29-31, 63, 68, 76 sqq., 570, 512, 373 sqq. 

4. (a) Double bulle pour ces divers cas, 31 aout 1548. Le Plat, op. cit., 
t. IV, p. 121. Friedensburg, op. cit., t. XI, p. 4o3. (6) Bulle particulit-re 
pour legitimer le mariage des pretres, a conditition qu ils s abstiennent 
de leur ininistere, 31 aout 1548. Friedensburg, op. cit., XI, 461. (c) Instruc 
tions du cardinal Farnese aux nonces, 28 septembre 1548. Laemmer, Mo- 
numenta Valica/ia, Fribourg, 1861, p. 394 (avcc la fausse date de 1542). 

Dollinger, Beitriige, t. Ill, p. 383. Pieper, op. cit., p. 196. Friedensburg, op. 
cit., t, XI, p. 463. Resume dans Bucholtz, op. cit., t. VI, p. 304. (rf) Avis 
d un theologien sur lesdites dispenses. Friedensburg, op. cit., XI, 468. 
(e) Avis des cardinaux delegues a leur examen. Ibid., p. 480. Gf. Ri- 
naldi, op. cit., ad ann. 1548, ii os 56, 72, et 1549, n os 1 et suiv. ; Salig, His- 
torie des Trid. Conciliums, Halle, 1741-45, t, I, p. 656 ; Friedensburg, op. 



38 COUP D CEIL RETROSPEGTIF 

que ad Ecclesiam redierit ; itno magis haereticos in eonun 
opinionibus confirmaoit . C est aussi 1 avis des 6veques de 
Rossano 2 , de Zara 3 , de Capodistria 4 , de Terni et de Sant 
Agata 5 .Le cardinal d Augsbourg dit que, dans sa ville epis- 
copalo, nul n accepta de communier aux conditions exige es 
par le Saint-Siege 6 . Dans la bouche d adversaires 1 exage - 
ration est naturelle. Pour juger la question d une fagonsure, 
il faudrait savoir si Pinsucces ne vient point de la fagon dont 
fut appliqu6e la bulle. Le mode d execution fut defectueux, 
selon certains : c e tait 1 avis de l 6veque de Knin, Andre 
Dudic 7 , ct du vice-chancelier Seld 8 . Selon d autres, les 
conditions jointes a la permission du calico furent si dures 
qu elle ne pouvait etro fructueuse 9 . En fait, arrived bien 
tard 19 , contenant des pouvoirs trop limites, de 1 aveu meme 
des nonces n , elle ne satisfit point 1 empereur et ses minis- 
tres, qui exig5rent des reraaniements discutes encore a la 
mort do Paul III 12 ; les envoyes pontificaux ne sejoiirne- 
rent qu a la cour de Bruxelles 13 , passant le temps en pour 
parlers que no facilitaient point, depuis la translation du 

cit., t. X, p. 673, t. XI, p. 77 sqq., 80 sqq., 88, 92 sq., 95, 97, 101, 103, 107 
sqq., 116, 121, 124 sq., 123, 135 sqq., 1G5, 178 sq., 186, 238, 340, 645. 

1. Theiner, Ada genuina concilii Tridentini t. II, p. 107. Cf. lettre d Ho- 
sius au clue de Baviere, 31 mai 1563 (Knopfler, op. cit. Appendice, p. 80). 

2. Theiner, op. cit., t. II, p. 97. 

3. Theiner, op. cit., t. ]I, p. 98. 

4. Theiner, op. cit., t. II, p. 100. 

5. Theiner, op. cit., t. II, p. 101. 

- 6. Otto Truchses Hosius, 28 aoiit lu62.Lagomarsini, op. ct/., 111,122. 

7. Theiner op. cit. t. II, p. 113. Le Plat, op. cit., t. V, p. 484. 

8. La bulle de Paul III dut etre appliquee d une fagon aussi irregu- 
liere que FInterim dont elle etait au fond la sanction. Seld constate que 
rinterim do 1548 n a pas produit de bons fruits, parce que les Ordinai- 
res et les predicateurs agissaient selon leur vue propro (Memoire pour 
le Reichstag de 1554. Druffel et Brandi, Briefe und A/den zur Geschichte 
des XVI Jahrhunderts, Munich 1896, IV, 417. 

9. Papst Paulus die Communion erlaubt gleichwol sub talibus con- 
ditionibus die wenig friichtbar. Prolocollum colloquii ecclesiaslici Viennac 
habiti mense Augusti (1563). Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten XXIX, 
orig. Gf. plus bas, chap. V. 

10. Cf. Friedensburg, op. cit., t. XI, p. 155, 199 et suiv., 240. 

11. Ibid., p. 178 et suiv., 198. Cf. ibid., p. 219, 584. 

12. Ibid., p. 214 sqq., 218 sqq., 223, 226 sqq., 235, 236, 240, 250, 256 saa 
583 sq.,606. 

13. Dans leur voyage d aller, ils s arreterent quelque temps a Mayence, 
niais avant que 1 empereur eut agree leurs pouvoirs. Merkle, Concilium 
Tridentinum, t. I, p. 811. Cf. Friedensburg, op. cit, XI, 135. 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 39 

concile et 1 affaire de Plaisance, les relations tendues entro 
le pape et Charles-Quint J . La ou elle fut sagement appli- 
quee, comme dans les duches de Brunswick et de Lune- 
bourg, la concession no nuisit point a la religion catholi- 
que, qui y fit de serieux progres en 1549 et les annexes 
suivantes 2 . 

Ferdinand qui savait fort hien quo, pour arracher le ca- Ferdinand 

,. . ,, . . . ;.r fl Autriche et 

lice aux utraquistes, tine guerre d extermination cut ete Jcs I)traquist83 
n^cessaire 3 , profita dc 1 lnterim et de la concession papale 
pour faire tin accord avec etix. II maintint la communion 
sub utraque en Boheme et obtint en revanche 1 approbation 
de 12 articles nettemcnt catholiques sur la transsubstan- 
tiation,la messe,le jeune,les saints, et en outre la suppres 
sion de la fete de J. Huss. Cetle n^gociation se fit avec Santa 
Groce et le consistoire de Prague, en 1549. Le nonce, dans 
sa lettre du 13 novembre an cardinal Farnese, se rejouit 
fort du r^sultat obtenu. On croyait tout perdu, et d6ja Fer 
dinand se disposait a repartir pour Vienne, lorsque les 
utraquistes cederent 4 . Par une serie de formules assez 
larges pour tout contenir et assez peu precises pour nepas 
trop alarmer les calixlins, on etait arrive a s entendre. Le 
IIP article relatif a 1 integrite" du Christ sous 1 une et 1 au- 
tre especc avail ete tres difficile a faire accepter; mais les 
utraquistes avaicnt promis de le precher, sinon de le r6pe- 
ter a chaque communiant avant de lui presenter le calico. 
Quant a 1 obeissance due au Saint-Siege, on avail resolu 

1. Friedensburg, op. cit. t. XI, p. 250 sqq., 264 sqq., 583, 006. 

2. Voir letlre de felicitations au prince Henri. Rinaldi, adann. 1549, n 4. 

3. Les Etats de Prague, en 15il, declarerent que Dieti avail dechaine les 
Turcs centre 1 empirc, parce que ceux qui gouvernaient s opposaient a la 
predication de 1 Evangile et au calico. Us solliciterent done que la cene 
du Seigneur soit donnee i ceux qui la demandent selon la fa^on dc 1 e- 
glise anglicane . Ferdinand reiivoya leur demande au concile oficume- 
nique. (Sleidan, Commentariorum de slatu reliyionis et reipublicae libri 
XXVI, edit, de Strasbourg, Ib76,p. 392-395, edit. 1610, p. 363 et suiv., trad, 
frano. de 1597, fol. 216-218). 

i. Lellres do Santa-Croce, Prague, fevrier a uovembre Ib49, dans 
Friedensburg, op. cit., t. XI, p. 411-415, 417 sq., 419 sq., 423-427, 429, 
439-449. Summarium eonim quae acla sunt Prar/ae anno Domini Ib49. Ibid., 
p. 6SO. Dans le manuscrit 0016 de la Hofbibliotek de Vienne (fol. 288 v) se 
trouve la Consultatio dc responsione danda scriptis Boliemicis missis a R"" 
nuntio Prospero Sanclae Crucis. 



40 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 



Demande 
du calice 
au concile 
de Trente 
(1551-1552.) 



la question d une fagon d^tournee : les calixtins jureraient 
une obe issance absolue a 1 archcveque que Rome cr^erait 
et choisirait tout devout a la Curie. L article sur la com 
munion des enfants etait aussi indirectement trancb.6 : le 
nouvel archeveque, dans 1 idee de Ferdinand et du nonce, 
n ordonnerait aucun pretre qui n eut pre"alablement jur6 
de ne point comrnunier les enfants sans raison; ceux qui 
etaient d opinion contraire disparaitraient par extinction. 
G 6tait au fond de nouveaux compactata, et Santa Croce 
le jugeait ainsi : questi articoli vengono ad esser novi 
compactati quodammodo l . 

A la deuxieme reunion du concile de Trente, sous Ju 
les III (1551), on posa la question du calice. L eveque de 
Vienne, Nausea, ambassadeur de Ferdinand, 6tait charge 
d obtenir la communion sub utraque. La plupart des theo- 
logiens et des Peres, n inclinaient pas dans un sens tres 
favorable. Nausea fit un discours si plein de feu que les 
t-iveques les plus instruits et les plus sages, se ralliant a 
son avis, r6solurent d attendre les theologiens de quelqucs 
princes protestants qui s annonQaient pour la fin de Jan 
vier (1552). On esperait alors deTmir Particle ad meliorem 
spem protestantism " . En meme temps fut renvoye a plus 

I.Santa Groce a Farnese, Prague, 13 novembre i549. Archives vatiea- 
nes, Condlio 38, fol. 100. Friedensburg, op. cit., XI, 449. Rinaldi op. cit., 
ad ann. 1549, n 25. Les instructions a Santa Groce se trouvent dans 
le Codex D. 205 inf. de 1 Ambroisienne, f 26 (cop. xvi e siecle), avec ce 
litre : Inforniazione data a Mons. Santa Groce nuntio al Ser. Re de* 
Roraani. Gf. Bucholtz, op. cit., t. V, p. 430 ; Miscellanea di storia italiana, 
t. V, p. 479 sqq. ; Steinherz, op. cit., I, 70, 302, 415. Borovy (Jedndni a 
dopisy konsistore katolicke i utrakvisticke, t. I, p. 251-2S3, 260-267) a public 
les negociations du Gonsistoire avec le roi des Romains. Et leur resul- 
tat, que resume fort bien la lettre citee de Santa Groce est dans les 
Gapitula per Sereniss um Romanorum Regem calislinis Bohemia propo- 
sita et ah illis acceptata . Ambroisienne D. 205 inf. f 18 ; Arch. Vatic. 
Armadio 04, ms. 20, f 73. Friedensburg, op. cit., t. XI, p. 650. 

2. Nausea a Ferdinand, 7 oct. 1551 et 1" Janvier 1552. Zeitschrift fiir 
die Kirchengeschiclile, t. XXI, p. 574 et 591. 

Frederic. Grau qui latinisa son nom en Nausea (de nausea, es graut 
rnir ) naqnit vers 1480 dans line petite ville du Bambergeois, Waischen- 
feld. En 1598 il vint en Italic, oil il s attacha aux deux freres Gampeggi, 
Teveque de Feltre et le cardinal Lorenzo. II snivit Lorenzo en Alloma- 
gne, lorsque celui-ci y eut ele nomme nonce. Devenu predicateur de la 
cour a Vienne, a Insbruck et a Praguo, il fut nomme coadjuteur de Fa- 
bri en 1538 et lui succeda en 1541, sur le siege de Vienne. En 1551, 
Ferdinand Penvoya comme ambassadeur au concile de Trente, ou il 
mourut Tannee suivante, a 1 age de 70 ans. Gf. J. Metzner, Friedrich 



COUP D (EIL RETROSPECTIF 



41 



tard, sur la demande des Imperiaux, le canon, deja pre 
pare, qui declarait que sous chaque esp6ce le Christ etait 
contenu tout entier 1 . L eveque de Vienne avail travaille a 
1 elaborer. II soutint en congregation qu on pouvait dis 
penser de la communion utraquiste ob publicam, quietem 
etpacem,h condition que les fideles confessassent la prece- 
dente doctrine -. Le 25 Janvier, jour de la session, les lu- 
the>iens ne parurent point et, le 28 avril, lo concile, 
alarm6 par la r6volle des princes protestants et la trahi- 
son de Maurice de Saxe, fut suspendu pour deux annees 3 . 
II ne devait etre rouvert que sous Pie IV (1562). I/article 
de la communion resta ainsi sans solution. 



* 
* * 



Grace au progres du protestantisme qui, en Allemagne, Progres de 

,., ... . . la communion 

en Boheme, en Hongrie, en Autriche, laisait toujours de SOU3 l8S 
nouvelles conquetes 4 , grace aux concessions de V Interim deux 

Nausea aus Waischenfeld, Ratisbonne 1884 ; Wiedemann, Geschichte der 
Reformation und Gegenreformation im Lande unter der Enns, t. I, p. 227-23), 
t. II, p. 27-64; Kopallik, Regesten zur Geschichte der Erzdidzese Wien, t. II, 
(1898), p. 29 et suiv. ; Zeissberg dans I Allgemeine deustche Biographie, 
t. XXIII, p. 231 et suiv.; Weber, dans le Kirchenlexikon, Kawerau, dans 
la Realencyclopadie, 3* edit.; Janssen-Pastor, op. cit., t. VII, p. 582 sqq., 
Sa correspondance est surtout importante : Epistolarum miscellanearum 
ad Frid. Nauseam libri A", Bale, 1551; Friedensburg, Nuntiaturberichte aus 
Deutschtand, 1 Abth. 1533-1539, t. 1-4, et ses Beitrage zum Briefwechsel 
der kathotischen Gelehrten in Reformationzeitalter, dans la Zeitschrift fiir 
Kirchengeschichte, t. XX et XXI. Voir aussi le Memoire que remit Nausea 
au cardinal Cervini sur les moyens de de endre et de conserver la religion 
catholique, dans Dollinger, Beitrage t. Ill, P- 152 et suiv. Ses ecrits 
homelitiques furent reeditees pour la troisieme foi s a Cologne en 1534. 

1. On ne voulait pas le deflnir, sans avoir entendu les protestants ; et 
Ton craignait qu vme fois cet article promulgue, la concession du calico 
ne fut plus difficile a obtenir. Gf. Le Vassor, Leltres et Memoires de Var 
gas, Amsterdam, 1790, p. 159, 168; Maynier, Etude hislorique sur le concile 
de Trente, Paris, 1874, p. 639 et suiv. ; Pastor, op. cit., t. VI, p. 82. 

2. Theiner,o/>. cit., t. I, p. 501. Gf. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 228, n. 3. 
Malgre cela Nausea fut accuse d avoir vote centre ses instructions sur 

1 article de la communion. II s en excuse, dans sa lettre du 12 dec. 1551 
et dans celle du l er Janvier 1552, adressees toutes les deux a Ferdinand, 
(Zeitschfrift fiir die Kirchengeschichte, t. XXI, p. 5S5 et 591). Paul III, au 
contraire, le felicita de son zele par un bref special (Lettre citee du 
12 decembre 1551). Gf. B. Mayer, Friednch Nausea von Wien auf dem 
Konzil von Trient dans I Historisches Jarhbuch der Gb rres-Gesellchaft, t. 8. 

3. Cf. Pastor, op. cit., t. VI, p. 94 et suiv. 

4. Sous Paul IV (1555-1539), 1 Eglise recule devant le protestantisme 
dans la plupart des pays d Europe. En Allemagne, selon un ambassa- 
deur venitien, Frederico Badoero, (Alberi, Relazioni degli ambasciatori ve- 



42 COUP D tElL RETROSPECTIF 

et de Paul III, 1 usage du calice s etendit de plus en plus. 
Le mouvement parti de Boheme s etait avance en s am- 
plifiant toujours, jusqu aux frontieres du Rhin. Fran- 
chissant cette limite il avail penetr6 en France ou 1 on 
r6clama bienlot du concile la communion sous les deux 

neti s(5rie I, vol. Ill, p. 152) le dixieme settlement de la population reste 
fidele au calholicisme. 

En Boheme, la propagande lutherienne, un moment interrompue par 
le combat de Miihlberg, reprend avec une nouvelle activite et conquiert 
en partie le royaume. En maintes localites, la messe, avec les ceremo 
nies de 1 Eglise, est abolie, la confession negligee, les biens ecclesiasti- 
ques sont delapides et les pretres reduits a travailler ; cette decadence 
de la religion, qui fait que omnia in pejus ruunt, est precipitee par 1 in- 
dignite d ecclesiastiques sans mtburs, ignorant les verites essentielles, 
abandonnant 1 absolution et la messe. (Jean Hynic, cure de Trautenau a 
Brus, 10 novembre 1564, 9 Janvier et 11 fevrier 1565. Archives consisto- 
riales de Prague. Recepta 1565). Cf. Frind, op. cit., t. IV. ; Horcicka, Das 
geistige Leben in Elbogen zw Zeit der Reformation, Prag-Graben, 1895 ; Bo- 
rovy, Jedndni a dopisy konsistore katolicke i utrakvisticke, n os 685, 686, 690, 
691, sqq. Voir sources dans Krones, op. cit., p. 451 sqq. 464, 467, 480 sqq. 

La Hongrie subit, elle aussi le flot envahisseur. Les reformes celebrent 
a 1 envi le progres en ce pays de la doctrine evangelique (J. Koller, 
Historia episcopatus Quinqueecclesiarum, Presbourg et Pest, 1782-1812, t.V, 
p. 317 et 325). Un d eux, du diocese de Fiinfkirchen, ecrit en 1551: Cen 
tum viginti ecclesias ductore Spiritu Sancto aedificavi, in quibus omni 
bus verbum Dei unanimiter annunciatur atque suscipitur, idque tanta 
puritate . (Ibid , t. V, p. 330). A la Diete de Presbourg de 1563, 1 em- 
pereur se plaint de 1 envahissement des sectes heretiques qui de tous 
cotes surgissent dans son royaume de Hongrie >, et de ceux. qui en 
grand nombre protegent et defendent par les violences les precheurs de 
iiouveautiis; il supplic d eviter le schismo, 1 eloignement de la sainte 
Eglise catholique, les divisions qui sont nees pour le malheur de tant 
d ames. (Vilmos Fraknoi, Monumenta comitialia regni Hungariae: Magyar 
orszdggy&lesi Emlefcek torteneli bevezelesekkel, t. IV, Budapest, 187C, p 537- 
538.) C est dans la periode de 1531 a 1518 que le lutheranisme s etablit 
dans une partie de la population allemande et de la population magyare 
de Hongrie ; et le calvinisme, a partir de 1550 fait de rapides progres 
dans le vrai pays magyar du bassin de la Theiss, dont il est encore 
aujourd hui comme la religion nalionale. En Ungarie tout est confu 
sion et misere, ecrit Sclnvendi au due d Orange en 1562 (Gron van Prins- 
terer. Archives ou correspondence inedite de la maison d Orange Nassau, 
Leyde, 1841, 1. 1, p. 191), ils sont la plus part hugenols, mais... sans dis 
cipline et ordre quelconque . Gf. Okolicsanyi, Historia diplom. de statu 
religionis evangclicae in Hunguria 1526-1703, s. 1., 1710 ; du meme, Exlractus 
articulorum el diplomalum super reliffionis negotio in regno Hungariae con- 
ditorum, Presbourg, 1790; Fr. A. Lampe, Historia ecclesiae reformatae in 
Hungaria et Transylvania, Treves, 1728; J. A. Fesslcr, Geschichte von Ungarn, 
edit . E. Klein, Leipzig, 1807-1877, t. Ill, p. 385 sqq., 632 sqq. 

En Autriche, on constate la perte de la foi (Canisius a Henri Sclnvci- 
cker, 10 janv. 1556. Braunsberger, t. I, p. 591) ; les heretiques iuondent 
de leurs livres 1 Universite, les villes, les hameaux (Ganisius a Polanco, 
Vienne, 7 juillet 155-i, Braunsberg, op. cit., I, 447). Ganisius selamentede 
ce qu en Baviere et en Autriche le peuple reclame des princes la liberte 
from la Re ftfrtne; ilcs t gi*and temp s, dit -il, deremedier a l y (5tat religieux 



COUP D (EIL RETROSPECT1F 43 

especes. A Test, il agita la Pologne : la Diete do 1552 de- 
manda 1 usage du calice l , qui s etablit dans un grand 
nombre de villes, malgre la defense royale 2 . Sigismond 
fut sur le point de 1 accorder (1557) 3 ; et Catherine de Polo- 

des deux pays. (Ganisius au cardinal d Augsbourg, 17 Janvier 1556. Brauns- 
berger, op. cit., I, 594). En 1562, le vicaire general Hillinger se plaindra 
des troubles qui en toute 1 Autriche ruinent la religion, de la fureur 
et de la peste heretique qui 1 envahissent. Ghaque jour, les here 
sies font de nouveaux progres, librement prechees, embrassees et 
defendues par les puissants. II a dii exiler plusieurs pretres convain- 
cus d heresies. En beaucoup d endroits on ne dit plus la messe, touto 
priere et toute vie catholiquo est abandonnee. Certains ecclesiastiques 
detournent les fideles de la messe, et:i les laics presque partout occu- 
pent les benefices, usurpent le ministere de la predication, plutot que 
de supporter un seul pretre catholique dans les eglises exemptes de 
1 Ordinaire... La corruption est si grande, les schismes si graves que je 
ne les puis surmonter. Les scbismatiques, les seducteurs du malheu- 
reux peuple se sont tellernent multiplies que nous perirons jusqu au 
dernier . (Hillinger a 1 archeveque Brus, Vienne, 2 mars 1562. Voir 
1 Appendice). Brus ecrit en 1563 : Le nombre de ceux que 1 erreur a 
seduits est si grand que, s ils etaient mis a mort ou bannis, la plupart 
des pays gouvernes par les princes catholiques seraient deserts . (Ecrit 
de Brus du 28 mai 1563. Voir 1 Appendice.) Gf. Raupach, Evangelisches 
Qesterreich, 1732-1736; Miller, De ecclesiae evangelicae in Austria sub Ferdi- 
nando I et Maximiliano II stain succinta narralio, Gottingen, 1783; Waldau, 
Geschichte der Protestanten in Oesterreich, Steyermark... von i520 bis auf 
die neueste Zeit, Anspach, 1784, 2 vol. ; Pazout et Tupitz, Oesterreich im 
Reformationszeitalter (1525-1617), Vienne, 1879; Richter, Reformation und 
Gegenreformation in Oesterreich, dans 1 Hislorisches Taschenbuch, 1879, p. 215 
et suiv. ; Trautenberger, Kurzgefasste Geschichte der evangelischen Kirche 
in Oesterreich, Vienne, 1881; Hase, Kirchengeschichte, III; Neue Kirchenges- 
chichte, 1 Abth. : Reformation und Gegenreformation, Leipzig, 1891 ; Keller, 
Die Anfange der Reformation, Berlin, 1897 ; Biermann, Geschichte des Pro- 
testantismits in Oesterreichisch-Schlesien, Prague, 1897; Losertb, Die Refor 
mation und Gegenreformation in den innertislerreichischen L&ndern im 46 
Jahrhundert, Stuttgart, 1898; G. Wolf, Deutsche Geschichte im Zeitcdter der 
Gegenreformation, t. I, Berlin, 1899 ; Loesche, Geschichte des Protestantis- 
mus in Oesterreich, in Umrissen, Tubingen, 1902; Boehl, Beitruge zur Ges 
chichte der Reformation in Oesterreich, lena, 1902 ; Loesche, Geschichte des 
1 rotestantismiis in Oesterreich, Tubingen, 1905. Dans le Jahrbuch der Gesell- 
schaft fur die Geschichte des Protestantismus in Oesterreich, publie a Vienne 
et a Leipzig, depuis 1880, on trouvera articles et litterature sur le deve- 
loppement de la Reforme en Autriche. 

1. Rinaldi, Annales ecclesiastici, ad ann. 1552, n 53. 

2. En 1553, Hosius s efforce en vain de faire communier sub una les 
habitants d Elbing [ville de Pologne devenue prussienne]. (Stanislai 
Hosii Opera, t. II edit. Rescius 1584, p. 70-81). Quatre ans plustard, 1 usage 
du calice est courant, dans les principales villes du royaume; et il 
s etend de plus en plus, grace surtout a Laski et malgre les efforts 
d Hosius. (Rinaldi, op. cit., ad ann. 1557, n s 38-42). Dans le diocese de 
celui-ci, la communion sous les deux especes se pratique comme ailleurs. 
(Sarpi, op. cit., liv. VII, | 69. Gf. Baluze-Mansi Miscellanea, t. Ill, p. 449.) 

3. Hosius eut beaucoup de peine a Ten dissuader; et Paul IV lui ecri- 
vit a ce sujet de severes remontrances [22 oct obre 15157]. (Rinaldi, tip. cit., 



44 COUP D (EIL RETROSPECTIF 

gne, en 1561, le sollicita avec instance pour son royaume . 
En Boheme, les utraquistes, tout en cherchant a se rap- 
procher des catholiques 2 , ne voulaient en rien abandonner 
un usage si ancien pour eux 3 . Les Pickards et les hussites, 
ecrit Canisius, veulent tous la communion sub utraque 4 ; 
le peuple entier regoit le calico 5 , et il n est point jusqu aux 
meilleurs catholiques qui ne s obstinent dans cot usage : 
ils soutiennent que le concilo de Bale le leur a conced6 et 
ils 6ludent tout argument contraire 6 . Pour communier 
sous les deux especes, ils n h^sitent point a se deplacer ; et 
des pretres calholiques cedent a leurs instances 7 . Si on 
resiste a leur desir, beaucoup meurent sans sacrement 8 . 

ad mm. 1557, n 38.) Rinaldi (ad ann. 1556, n 37), dit que Sigismond 
allait accorder la communiou utraquiste, lorsqu il en fut empeche par 
un miracle : du sang sortit d une hostie consacree qu un juif avail 
transpercee, selon lo recit de Surius. 

1. Elle s appuyait sur les paroles edite, bibite T>. Lettre d Hosius au 
card. Borromec, Vicnne, 13 juillet 1561. Steinherz, Nuntiaturberichte aus 
Deulschland, 1560-1561, t. I, p. 215. 

2. E. Denis, Fin de I Independance Boheme, t. II, p. 88. 

3. Voir les articles qu ils soumettent a Ferdinand I, en 1549 (Borovy, 
Ada des utraquistischen Consistoriums, Prague, 1868, p. 268-265). Ce n est 
pas etonnant, dira Brus (voir son ecrit du 28 mai 1563. Appendice), car 
il ne s agit pas d une chose nouvelle, mais d une coutume qui precede 
le lutheranisme d un siec!6 ; ils out demande au concile de Bale le calice ; 
et les compactala qui le leur accorda subsistent toujours. Cf. Ecrit des 
ambassadeurs imperials du 27 juin 1562. Staatsarchiv de Vienne, Reli- 
gionsacten, VIII, cop. cont- Le Plat, op. cit., t. V, p. 346; Delfino a Bor- 
romee, 10 juillet 1362. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 88. 

4. Lettre a Saint Ignace, Prague, 14 octobre 1554. Braunsberger Canisii 
epistulae, I, 493. 

5. Ganisius a Saint Ignace, Prague, 13 juin 1555, Braunsberger, op. 
cit., t. I, p. 544. 

6. Ganisius a Saint Ignace, Vienne, 3 aoiit 1555. Braunsberger, op. cit., 
I, 552. j Eum usum primitiva Ecclesia observavit et fundati in lege 
Christi hanc veritatem concilio Basiliensi approbarunt . Arlicles utra 
quistes sur les sacrements et la vie chretienne. Borovy, Jedndni a dopisy 
konsistofe, n 2. 

Saint Ignace recommande a ses disciples de recevoir a leur college de 
Prague les cleves utraquistes et de les absoudre, si dans le reste de 
leurs pratiques ils sont catholiques (Braunsberger, op. cit., 1, p. 031, n. 1). 

Ganisius deinande a Lainez si 1 on doit cnsevelir catholiqucment les 
utraquistes pour ne pas exciter la fureur et la vengeance du peuple 
(1559); le general repond : a nostris non esse sepeliendos sed permitten- 
dos ab aliis sepeliri. Ileusch, dans la Zeitschrift fur Kirchengesch., XV, 
p. 103. 

7. Gf. Borovy, Brus von Miiqlitz, dans Oesterreichische Vierteljahresschri.fi 
fur katholische Theologie, t. XIII, p 51. 

8. Luna a Philippe II, 31 mars 1563. Documentos ineditos para la histo- 
ria de Espana, t. XCVIII, p. 419. 



COUP D (EIL RETROSPECTIF 45 

Les Hongrois, de lour cote, disent que le pape devrait ac- 
corder la dispense, et murrnurent tellement qu ils pour- 
raient bien ne pas 1 attendre. Les 6veques doutent fort de 
lour patience, sachant combien ils ticnnent a cette fagon 
de communier . 

En Aulriche la communion sous les deux especes 6tait 
d un usage courant. La doctrine utraquiste s elait gliss6e 
jusque dans les presbyteres. Nombre d inventaires du temps 
mentionnent parmi les livres suspects trouves chez les cu 
res ein sehr nutzliche und notwendige Vermannung zur 
der empfahung Hocbwirdigen Sacraments des leibs und 
bluts unsers Herrn Jesu Christi, gepredigt zu Regenspurg 
durch Herrn Hieronimum Noppum, der Heiligen Schrift 
Doctorn Pfarrherrn doselbst, am andern Sontag im Advent 
des jars 1543 2 . Les pretres administraicnt le calico ; et 
personne, dit l e>eque Urbain de Passau, ne pout agir 
contre eux depuis Flnt6rim d Augsbourg, de sorte que nous 
devons nous taire, contre notre propre devoir 3 . L arche- 
veque de Salzbourg se plaint a Hosius que son clerg6 dis- 
tribue au peuple la communion sous les deux especes 4 . Le 
cure de Neisse rapporte au chapitre de Breslau que des 

1. Ganisius a Polanco, Vienne, 5 Janvier 1554. Braunsberger, op. 
cit., I, 443. 

En Hongrie, tous les pretres sauf trois etaient concubinaires ; et 1 ar- 
cheveque de Gran, Olah, declare a Hosius qu il faut ou les tolerer ou 
priver le peuple de sacrements, a cause de 1 impossibilite d en trouver 
qui ne veulent avoir femme. Hosius a Borromee, 31 juillet 1560. Steinherz, 
op. cit., t. I, p. 77. Gf. lettre de 1 archeveque de Gran aux legats du 
25 mai 1563, dans Bucholtz, op. cit., t. IX, p. 694-698. 

2. In-8 de 12 pages. Wiedemann, Geschichte des Reformation und Gegen- 
reformation imLande unter der Enns, t. I, p. 292. 

Dans la visite de 1569-1585 ordonnee en Tyrol par 1 archiduc Ferdi 
nand, on trouva le testament de Luther, le catechisme de Melanchton, 
les commentaires de Brenz, Spangenberg, Corvin, les ceuvres de Zwingle, 
(Ecolampade, Flaccius. (Wiedemann op. cit., t, I, p. 56-57. Him, Ezher- 
zog Ferdinand, I, 183-189). En 1563, la commission imperiale pour la 
reforme des monasteres propose d y rechercher et de bruler les livres 
hsretiques, de ne plus promouvoir aux dignit^s monastiques les sus 
pects d heresie. Steinherz, Nuntiaturberichte, I, 298. 

Les cures sont pleines de livres heretiques; Rome en fait un grief a 
Ferdinand (Sickel Zur Geschichte des .Konzils von^Trient, Vienne, 1870-72, 
p. 36). 

3. Lettre d Urbain de Passau a Hosius, 29 mai 1560. Wiedemann, op. 
cit., I, 300. 

4. Lettre de Michel de Khiienburg, archeveque de Salzbourg, a Ho 
sius, 27 juil. 1560. Wiedemann, op. cit., I, 302, n. 1. 



46 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

chapelains de sa paroissc communient les lai cs sub utra- 
que i ; et cclui de Weitra avoue en 1561 qu il accorde le 
calice a ses paroissiens 2 . Un des articles du proc6s verbal 
pour la visile de 1561 present de s informer si les cures et 
vicaires communient leurs paroissiens sous une ou deux 
espfcces. 

Non seulement les cures, mais les religieux distribucnt la 
communion sub utraque. Le rapport d une visite de 1561 
dans trente-neuf monasteres autrichiens dit quo 1 Eucha- 
ristie passim in monasteries sub utraque specie aperte dis- 
pensatur 3 . Lesofficiers charges de r6gler la visite de 1562 
se plaignent quo, dans presque tous les monasteres, on 
donne le calice aux lai cs 4 . Le prieur de 1 abbaye de Flo- 
rian affirme qu il est impossible d introduire la communion 
sub una, que le peuple se souleverait 5 . Et les abb6s de 
Haute-Autriche de clarent qu il leur est impossible de sup- 
primer le calice; s ils le font, les fideles iront ailleurs ou 
s abstiendront de communier ; il en rsultera des seditions 
et des troubles; leur vie et cello de leurs moines seront 
en danger, et les monasteres resteront bientot vides, ob 
metum et formidinem ejusmodi discriminum ac periculo- 
rwn; ils prient 1 empereur de differer 1 application de cet 
article et de celui relatif au celibat ecclesiastique 7 . 



; 



1. Kastner, Archlv fur die Geschichle des Bistitms Breslau, I, (Neisse, 
1858) p. 83-86. Neisse otait le siege de 1 eveque de Breslau. 

2. Wiedemann, op. cit., II, p. 632. 

3. Th. Sickel, Das Reformations-Libell des Kaisers Ferdinand I vom 
Jahre 1562, dans I Archiv fur dsterreichische Geschichtsquellen, t. 45 p. 7. 

4. 7 Septembre 1562. Wiedemann, Geschichte des Reformation und Gegen- 
reformation, t. I, p. 163. Les officiers en question sont le Statthalter 
Joachim, de Schonkirchen, G. Gienger, Welzer, Hillinger et Meisinger. 

5. 24 Decembre 1561. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 174. Gf. Stiilz, Ges 
chichte von St. Florian, p. 84 et suiv. 

6. Des monasteres d Altenburg, Zwettl, Schlegel, Engelhartszell, ^Vil- 
hering, Pulgarn, Erlakloster, Seitenstetten, Gleink, Garstein, Krems- 
miinster, Lambach, Traunkirchen, Spitel, St. Florian, Baumgartenberg, 
Waldhausen. 

7. Rapport des abbes de Haute-Autriche, du 24 Janvier 1562. Sickel, 
Das Reformations-Libell dans I Archiv filr b sterreich. Geschichtsquellen, t. 45, 
p. 9. Ferdinand mecontent de ce resultat ecrit aux visiteurs qu ils se 
sont contentes d obtenir des signatures, au lieu de faire observer les 
reglcments. Sickel, Das Reformations libell, p. 16, 17. Wiedemann, op. cit., 
t. I, p. 176. 

Le celibat nMtait nullement observe par le clerg<5 d Autrich?, conime 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 47 

L usage du calico a pe nelre dans Ics cloitres. En 1561 L usage Ju caiice 
(8 decembre), 1 abbesso de Erlakloster confesse que depuis 
sopt ann6es la communion sub utraque est en pratique dans le9 
son monastero et qu elle ne pourrait plus s en passer . Au 
couvent de Lambach et de Geras los visiteurs trouvent la 
memo coutume e"tablie 2 . Les religieuses de Traunkirchen 
declarent que depuis leur jeunesse elles sont habitudes a 
communier sous les deux especes et qu elles ne veulent 
pas mourir dans un usage contraire 3 . Et le prieur de 
St. Florian fait preuve de bonne volonte en promettant de 
communier ses moines sub una 4 . 

Le caiice s est ainsi r^pandu dans les e"tats de Ferdinand et se generalise 
et est devenu la pratique d un grand nombre. Le synode 
do Salzbourg, en 1560, constate qu en Autriche, en Styrie, 
en Carinthie et ailleurs des pretres communient le peuple 
sous les deux especes 5 . Maximilien affirme a Hosius que le 
tiers a peine des e"tats he>6dilaires do 1 empereur se con- 
tente de la communion sub una 6 . A Vienne meme, malgr6 
la surveillance impe"riale, on trouvait de nombreux utra- 
quistes. L abb6 du convent des Ecossais 7 et le prieur 
donnaient au peuple le caiice 8 ; dans les faubourgs et dans 

nous le verrons. Les Etats de Slyrie, en 1S39, avaient insiste pres du 
synode de Salzbourg pour la concession du mariage des pretres, remon- 
trant que la seule consequence de la loi ecclesiastique etait la vie scan- 
daleuse des ministres du culte. (Loserlh, Die Salzburger Provinziakynode 
von 1549, dans I Archiv filr oster. Geschichte, t. 83, p. 206). L official Hil- 
linger ecrira a Brus, le 2 mars 1562 (Borovy, Anlonin Brus : Mohelnice, 
p. 23, n. 3) uxores presbyteri impudentes manifestissime imo quando- 
que publicas meretrices ducere non timent , 

1. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 173. 

2. 20 novembre et 16 decembre 1561. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 169, 174. 

3. 19 decembre 1561. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 174. 

4. Wiedemann, op. cit., I, 174. 

5. Lettre d Hosius a Pie IV, Vienne, 13 mai 1560. Steinherz, Nuntiatur- 
berichte, t. I, p. 27. 

6. Lettre d Hosius a Borromee, Vienne, 8-12 juin 1560. Steinherz, Nun- 
tiaturberichle, t. I, p 49. 

7. Wolfgang Traunsteiner. Hosius en fait un portrait peu flatteur 
clans une lettre au card. Borromee (8 mai 1561. Steinherz, op. cit., t. I, 
p. 250) : < est homo indoctissimus et ineptissimus, nisi quod in exhau- 
riendis poculis valde exercitatus >. L eveque de Vienne, Antoine Brus, 
avait Pie averti par Bernard Walter, chancelier de Basse-Autriche (1559J, 
que Wolfgang clonnait la communion utraquiste. 

8. Lettre de Borrome e a Hosius 16 avril 1561. Steinherz, Nuntiaturbe- 
richte, t. I, p. 244. Gf. p. 252 et 253. 

Le prieur fut emprisonne quatre semaines pour avoir communie le 



48 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

certains hopitaux de la capitale, on 1 accordait au peuple l . 
Canisius se plaint de la grande misere religicuse des Vien- 
nois, et de ce quo la communion sous les deux especes est 
publiquement adminislr^e a la cath6drale Saint-Etienne 2 . 
Le cur6 de Saint-Michel constate qu en 1559 le nombre des 
communiants sub una a diminue de plus de mille dans la 
ville de Vienne 3 ; et a la cour meme s insinue 1 usage du 
calice 4 . 

En vain Ferdinand s titait-il efforc6 de mainlenir le 
le anc i en de 1 Eglise. Une ordonnance g^nerale du 
mouvement 20 f^vrier 1554, en conformity avec le synode de Salz- 
bourg de la meme ann6e, avait prescrit de se confessor et 
de communier sub una dans le delai de quatre semaines ; 
les cur6s devaient c!6noncer les d6sob6issants, qui seraient 
chati^s 5 . Les Etats de Haute et Basse-Autriche proteste- 
rent aussitot contre cet 6dit (11 juin 1554) : tait-ce un 
crime de recevoir, apres confession pr^alable, la commu 
nion telle que le Christ 1 avait institute, et selon Panti- 



peuple sub utraque (Wiedemann, op. cit., II, 92 et 93, 9o-97) ; mais il con- 
tinua de le faire, comme il ressort de la visile de 1561. (Sickel, Re forma- 
tions-Libell, p. 8, n. 2.) On 1 accusait d etre her^tique (Lettre de Delfino 
a Borromee, 29 aoftt 1561. Steinhei-z, op. cit., t. I. p. 297). 

1. Hosius dit a Maximilien qu il sait fort bien qu un pretre calicem 
porrigeret in templo quodara extra moenia civitatis . (Steinherz, op. cit 
t. I, p. 28. 

On reproche a Ferdinand que la communion sub utraque soit accordee 
a FhdpHalSaint-Marc de Yienne (Sickel, Zur Geschichle des Konzils, p. 34.) 

2. Lettre de Canisius au provincial J. de Victoria, 18 novembre 1557. 
Braunsberger, Canisii epistulae, i. II, p. 152. 

3. Steinherz, Nuntiaturberichte, t. I, p. 253. 

4. Sans parler de Maximilien, pour qui on dut de Rome obtenir cette 
concession (cf. p. 153), la femme du majordome reclame et recoil la 
communion sous les deux especes. Le conseiller bavarois Vend s en 
montre fort scandalise. (Vend a Simon Eck, 27 juillet 1563, Appen- 
dice). 

5. Raupach, Euangelisches Oesten-eich, t. II, Hambourg 1732-1744, Docu 
ments p. 96-98 ; Riegger, Corpus juris ecclesiastici bohemici et austriaci, 
Vienne, 1770, p. 123-126. Gf. Wiedemann, Geschichte des Reformation und 
Gegenre formation, I, 142. - - Zasius dans une lettre a Ferdinand (Augs- 
bourg, 29 avril 1554) dit que les resolutions du synode de Salzbourg et 
1 ordonnance royale sur le calice S3 sont beaucoup repandues (Druffel et 
Braadi, Briefe und Akten zur Geschichte des XVI Jabrhunderts, IV, 458, 
n 427). Cf. Sleidan, De statu religionis, ed. 1786, III, 468-700. 

Le synode de Salzbourg de 1549 s etait plaint des fonctionnaires civi- 
les qui toleraient la communion utraquiste (Grisar, Lainez und die Frage 
des Laienkelches... dans la Zeitschrift fiir die kat. T/tcologie, 1882, p. 79). 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 49 

que coutume de 1 Eglise, abolie seulement au concile do 
Constance? Us obeiront a leur conscience; et le roi louche 
par leurs prifcres no changera rien a leurs rites et prati 
ques jusqu a la determination d un concile libre l . Les vil- 
les s unirent aux -Etals et demanderent 1 usage legitime 
du Sacrement 2 . Le Landtag de Carintbie reclama la Gene 
selon 1 institution du Christ, s indignant que des hommes 
en concile eussent os6 changer 1 ordre formel du Sauveur 3 . 
Ferdinand repondit, le 23 juin, qu il ne voulait point d un 
rit qui portait a la desobeissance envers 1 Eglise ; toutefois 
la question etant grave et difficile, il y reflechirait ; en at 
tendant une decision nouvelle, on devait se conformer a 
son ordonnance royale 4 . Les Etats repliquerent que leur pra 
tique etait fondee sur la parole meme du Christ et que, 
tout enfants, ils avaient 6te eleves dans cette doctrine ; ils 
rendraient toujours a leur souverain 1 obeissance due, inais 
dans les choses saintes ils suivraient leur conscience pour 
ne pas me>iter le reproche de Dieu 5 . 

Les deux Etats des seigneurs et des chevaliers de Basse- on reclame 
Autriche parlerent plus 6nergiquement encore en 1553 : 
ils declarerent que, la communion sub utraque ayant 
dure 1414 ans jusqu au concile de ^Constance, ce concile 
n avait pas eu le droit de changer le testament du Christ; 
Ferdinand n agissait pas, dans cette circonstance, en 
prince chr^tien ; d ailleurs ne tolerait-il point le calice en 
Boheme et en Moravie? Eux suivraient leur conscience 6 . 
Ils r^clamaient aussi le libre exercice du culte 7 . En Janvier 

1. Wiedematm, Gescfiichted.es Reformation und Gegenre formation, t.I,p. 294. 

2. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 295. 

3. Wiedemann, op. cit., t. I, p. 299, n. 1. 

4. Wiedemann, op. cit., I, 297. 

5. Wiedemann, op. cit., I, 297. 

6. Raupach, Evangelisches Oesterreich.i. II (Documents) p. 98-109. Buch- 
holtz, op. cit., t. VIII. p. 195-197. Sleidan, De statu religionis, t. II, p. 468. 

La reponse de Ferdinand est d a^ant le 17 mars 1555. Hans von Germar 
y fait allusion dans une lettre a 1 filecteur Auguste (Druffel et Brand), 
Briefe und Akten zur Geschichte des XVI Jahrhunderts, IV, 597.) 

7. Krones, Handbuch der Geschichte Oeslerreichs, t. Ill, (Berlin, 1879), 
p. 252. Ferdinand garantit, en 1555, aux protestants la continuation du 
libre exercice de leur culte, s ils J avaient deja ohtenu auparavant. Mais 
cette declaration ne fut pas communiquee a la chambre royale. (Ritter, 
Deutsche Geschichte, I, 84, 470.) Elle a ete publiee par Schmidt. Les pro- 

4 



50 COUP D ffilL RETROSPECTIF 

1556, le Landtag de Vienne souLint devant Ferdinand 
que le fl6au turc 6tait une punition de la survivance des 
superstitions anciennes, et il demanda que les cures ne 
fussent pas chati^s pour avoir administre la communion 
sous les deux especes, non plus que les predicateurs et les 
maitres d ecolepour avoir enseign^ lepur evangile 1 . Comme 
les Etats refusaient 1 irnpot contre les Turcs qui menagaient 
la frontiere orientale de 1 empire 2 ., les n6gociations abou- 
tirent k ce que l 6dit g6n6ral de 1554 restat sans effet jus- 
qu a la decision de la prochaine reunion des Etats 3 . Paul IV 
reprocha a Ferdinand d avoir aboli dans cette Diete de 
Vienne les peines contre les utraquistes, et d avoir entrain^ 
par son exemple la Baviere et le duch.6 de Cleves. L empe- 
reur rtJpondit qu il les avait suspendues sans les annuler, 
quand les Turcs menagaient la frontiere 4 . De fait 1 edit de 
1554 ne fut pas appliqudi 5 . En 1556 (18 aout), 1 official Hil- 
linger recomrnandait au clerge dese conduire avec prudence 
relativementa 1 article de la communion utraquiste, dene la 
supprimer que si aucun scandale, aucune e"meute n e"taient 
a craindre. Il avertissait on meme temps le gouvernement 
de Basse-Autriche qu on ne pouvait reagir sans danger 
contre 1 usage etabli, lui demandant aide et assistance si 
le roi voulait qu on appliquat l 6dit. Le gouvernement se 
garda bien d insister 6 . En 1562, le meme Hillinger cons 
tate que le peuple tient au calice usque ad sanguinem 7 . 



testants la rappellent a Maximilien vingt ans plus tard. (Turba, Venetia- 
nische Depeschen, (1895), t. III. p. 374.) 

1. Raupach, Evangelisches Oesterreich, t. II p. 46-47. Wiedemann, Ges- 
chichte des Reformation und Gegenreformation, t. I, p. 140-144. Huber, 
Geschichte Oesterreichs, IV, 143-144. 

2. Klein, Geschichte des Christenthums in Oesterreich und Steiermark , 
t. IV (1842), p. 149. 

3. Wiedemann, op. cit., I, 298. 

4. Staatsarchiv de Vienne, Romcorrespondenz, fasc. 12, fol. 24. Sickel, 
Geschichte des Konzils von Trient, p, 33. Delfino justifip Fempereur, pres 
de Paul IV, par des arguments ssmblables, dans son Informazione 
data a Monsignore Ill ma et R m " Caraffa DSllinger, Beitriige zitr pol. kirch. 
und Cultw-Geschichte, I, 239. Gf. Stfiinherz, Nuntiaturberichte , I, xxxvii; 
Reimann, dans Forschungen zur deutsehen Geschichte, V, 323. 

3. Wiedemann, loc. cit. 

6. Wiedemann, op. cit., I, 298. 

7. Hillinger a Brus, 2 mars 1S62. Borovy, Antonin Brus z Mohelnice 
p. 23, n. 3. 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 51 

Lors de la Diete de Francfort, en 1558, Ferdinand dut pro- Ferdinand 
mettre aux Etats luthe>iens, pour son election, une sorte 
de libre exercice de leur religion . Il se lia les mains ; et 
lorsque Hosius, un peu plus tard (1560) le pressait, d agir 
contre les utraquistes et les pretres concubinaires, il lui 
r6pliqua que, pousse par la grande ncessit6, il avail du 
s engager deux ann6es auparavant a ne punir aucun laic 
pour le calice et aucun pretre pour le mariage; s il ne te- 
nait cette promesse, il ne pourrait obtenir aucun argent 
de ses sujets 2 . Maximilien, ecrit trois ans plus tard Ca- 
nisius, favorise les partisans de la communion sous les 
deux especes, et Pempereur la tolere. L un et 1 autre re- 
doutent 1 agitation et les mouvements seditieux, s ils s op- 
posent aux novateurs, dont la force est telle que, si on ne 
leur cede en certaines choses, ils rendront aux catholiques 
la vie impossible 3 . 

Telle etait la situation en Autriche an debut du pontifi 
cal de Pie IV 4 . 



* 
** 



En Baviere, elle n etait pas meilleure. La aussi les doctri- fusage du 
nes nouvelles avaient fait de grands progres 5 . L ignorance 
et 1 inconduite du clerge n avaient pu opposer aucune di 
gue au torrent de la Reforme. J. Eck constate des 1526 que 



1. Klein, Geschichle des Christenthums in Oestemich und Sleiermark,i.lV 
(1842), p. 153. Ferdinand avait du rassurer Paul IV sur 1 objet de la 
Diete, lui promettant qu il ne serait pas parle de religion. Turba, Vene- 
tianischen Depeschen, t. Ill, p. 17, n. 1. 

2. Lettre d Hosius a Borromee, Vienne, 9-12 aoiit 1560. Steinherz, Nun- 
tialurberichle, I, 88, 89. 

3. Lettre d Innsbruck du 17 mai 1563 (Steinherz, op. cit., t- III, p. 321- 
322), attribuee i Ganisius par Braunsberger (op. cit., t. IV, p. 204). 

4. Sur 1 etat religieux de 1 Autriche a cette epoque cf. Janssen, Ges- 
chichte des deutschen Volkes, IV, 99-109, et les ouvrages cites plus haut 
p. 41, n. 3. 

5. Le gouvernement bavarois s etait pourtant oppose des le debut a la 
Reforme. Ses edits contre Luther et ses adherents sont du 5 mars 4522, 
du 2 octobre 1524 et du 19 mai 1531. Cf. Hied, Codex Ratisbonensis,Pia.tis- 
bonne, 1816, p. 1135, 1148, 1149; V. A. Winter, Geschichte der Schicksale der 
evangelischen Lehre in und durch Eayern bewirkt in der ersten llalfte des 
sechzehnten Jahrhunderts, Munich, 1809-1810, t. I, p. 280, 310, 315. 



52 COUP D CEIL RETKOSPECTIF 

le respect envers les pretres a beaucoup diminue 1 ; et Vau- 
chop ea donne quelque temps apres le motif a Paul III : 
sacerdotes etiam publici concubinarii... satis sibi oidentur 
catholici quia non credunt erroribus protestantium 2 . Le 
clerg6, 6crit-il a Morone est peu zele et de mauvais exem- 
ple 3 . Le synode de Salzbourg. en Ioi9, edicte des mesures 
s6veres centre 1 indiscipline, 1 incontinence et le manage 
des pretres 4 , sans obtenir d ailleurs grand resultat, puisque 
ceux de 1562, sur les instances d Albert V, devront les 
renouveler 5 , menagant de supprimer les benefices aux 

1. Nolo existimare... Bavariae provinciam esse baeresi Lutheri 
infectum, licet experiar reverentiam erga clerum minui . (Lettre a 
1 eveque de Verone Matteo Giberti, Ingolstadt 29 juin 1525. Zeitschrift fur 
Kirchengeschichte, I. XIX, p. 213.) Jean Eck est le celebre theologien bava- 
rois qui lutta avec taut d energie centre le lutheranisme (1486-1513). Gf. 
sur lui Wiedemann, Dr Johann Eck, professor der Theologie an der Univer- 
sitiit Ingolstadt. Ratisbonne, 1865; J. Greving, Johann Eck alsjunger Gelehrter, 
Miinster, 1906, du meme, Johann Ecks Pfarrbuch fur U. L. F. in Ingolstadt, 
Miinster, 1908; L. Geiger, Ellenbogs Briefwechsel mit Dr. Johann Eck, 1516- 
1542, dans Oesterreichische Vierteljahrsschrift fur katholische Theologie, t. IV, 
(Vienne, 1870), p. 45 et suiv. ; J. Schlecht, Aus der Kor respondent D r Johann 
Ecks, dans Buschbell, Doelle etc., Briefmappe Miinster. 1912, p. 142 et 
suiv.; J. Greving, Ecks Pfrundenimd wohnung in Ingolstadt, Munich, 1917. 
J. Greving, mort recemment, avail commence a donner une nouvelle 
edition des ceuvres de J. Eck : Defensio contra amarulentas D. Andreae 
Bodenstein Carolstatini invection.es, (1518), Fribourg-en-Brisgau, 1915. 

2. Vauchop a Paul III, Ratisbonne, 5 mars 1541. Zeitschrift fur Kir- 
chengeschchite, t. XXIII, p. 446. 

Robert Vauchop, archeveque d Armagh, appartenait i une famille 
anglicane; fuyant les poursuites de Henri VIII, il se refugia pres de la 
Curie, dont il recjut 1 eveche d Armagh en Irlande (1539), ou il ne resida 
jamais. II accompagna, en 1541, le legal Contarini au? colloques de 
Ratisbonne, et resta depuis lors en Baviere. Jusqu en 154i il s occupa 
avec zele du diocese de Ratisbonne et des dioceses voisins. 

3. Vauchop i Morone, Ratisbonne, 30 octobre 1542. Zeitschrift fur Kir- 
chengengeschichte, t. XXIII, p. 467. II repete la meme chose dans sa lettre 
du 6 fev. 1544. Ibid., p. 474. Gf. Hopfen, Kaiser Maximilian 11 und dsr 
Kompromisskatholizismus, Munich, 1895, p. 4. 

4. Reictisarchiv de Munich, Hochstift Salzburg 257, fol. 171 v sqq, 232 v 
sqq. Dalham, Concilia Salisburgensia provincialia et dioecesana, Ausgbourg, 
1788, p. 336 el suiv. ; Loserth., op. cit., p. 140 el suiv. Le synode de 
Salzbourg, en mai 1537, avail edicte des lois restees inappliquees : Vo- 
luil synodus alque decrevil ut... lascivienlibus illis ac scandolosis sa- 
cerdotibus vita ilia sua otfensiva et culpabilis ante oculos ponatur... 
suaeque condition! et stalui juslis mediis reducantur... Ried, Codex 
Ratisbonensis, Ratisbonne, 1816, p. 1157. En vain aussi 1 archeveque Lang 
avait-il decrete (1531): Goncubinas a contubernio et cohabitatione ec- 
clesiasticorum penitus amovendas... clericosque adulteros el stupra- 
tores virginum graviter plectendos. Reichsarchiv de Munich, Salzburg 
Erzstift 255. 

5. Les pieces concernanl les deux synodes de 1562 (mars el septembre) 
sont dans V Erzstift Salzburg 256 (cole ancienne: 133) du Reichsarchiv de 



COUP D ffilL RETROSPECTIF 53 

ecc!6siastiques qui, avant un mois, n auront pas 6loigne 
leurs concubines 1 . Schweicker, lors de son ambassade a 
Rome (1555), fait un sombre tableau de ce clerg6 que 
ha issait le peuple bavarois 2 ; et la visite de 1558 r6v6la 
aux 6veques que 1 ignorance et les vices de leurs subor- 
donn6s etaient plus grands qu ils ne 1 avaient soupconne 3 . 
On trouva des pretres qui ne connaissaient ni le nom- 
bre, ni le nom des sacrements, qui ignoraient la for- 
mule de Pabsolution, les paroles de la consecration, la 
facon d administrer le bapteme, donnant ainsi les sacre 
ments d une maniere invalide 4 ; en beaucoup d endroits, 

Munich: Instructions d Albert, 5 mars, orig. fol. 104, min. fol. 115; Ins 
tructions ducales, 5 juin, orig. fol. 241 ; negociations entre les d^legu^s 
bavarois et les eveques, fol. 131-237 (l"synode), et fol. 257-354 (2- synode). 
En ces documents on signale souvent les enormes vices des clercs 
potatores, leones, concubinarii, conr/ugati, maledici et blaspherni, leur cor- 
tationem, rixas et pugnas, de sorte que la manifestissima turpitudo cleri 
scandalise le peuple et 1 eloigne de 1 Eglise : quod clerus pontincius 
sit regnum mortalis peccati semper in eodein scortationis proposito per- 
severantis (ibid. fol. 156, 162 v et suiv., 163 et suiv., 191, 210, 220, 245 v, 
266, 271 v, 318). 

1. Les representants d Albert avaient tout particulierement insiste, 
au nom de leur maitre, pour que 1 archeveque de Salzbourg et ses suf- 
fragants de certa forma interdicendi concubinas tractent et conclu- 
dent... Sed et poena constituatur in transgressores et severe mandetur 
decanis ut intra unius mensis spatium rem in effectum deducant cum 
interminatione animadversionis debitae in non parentes vel negligentes. 
Quae deinceps 111" 1 principis nostri tanquam brachii secularis offitia 
sunt, diligenter suis praefectis dimandare non dubitabit. Cohorrestant 
enim piae mentes ad recordationem tanti criminis, nee dubium est quod 
propter ejus enormitatem Deus suae misericordiae oculos hactenus a nobis 
averterit. (Reichsarchiv de Munich, Erzslift Salzburg 256, fol. 262). L or- 
donnance synodale qui prescrit aux clercs de renvoyer leurs concubines 
dans 1 espace d un mois, 13 septembre 1562 (ibid., fol. 334-337) est dans 
Dalham, op. cit., p. 347. La formula reformations calquee sur celle de Char 
les-Quint (1548) et promulguee en Baviere a la suite des synodes de 1562, 
a ete publiee par Knopfler, (op. cit., Appendice, p. 18-77) ; on y parle 
longuement de luxu, incontentinentia et libidine clericorum (ibid., p. 59-63). 

2. Historisches Jahrbuch im Auftrage der Gorres-Gesellschaft, 1892, t. XIII, 
p. 174 et suiv. 

3. Gf. Riezler, Geschichte Bayerns, t. IV, p. 509 ; Knopfler, op. cit., p. 42-64. 

4. Knopfler, op. cit., p. 58. Les visiteurs citent une dizaine de formules 
invraisemblables, et ils ajoutent : testis est nobis Deus quod nihil ad- 
junximus, neque detraximus . Berthold Pirstinger ecrit, au chapitre 233 
de son Onus Ecclesiae (Landshut, 1524, Cologne, 1531, sans nom de lieu 
1620) : t Sed ipsi clerici ignorant dijudicare sacramenta Dei ; multa in 
ministrandis sacramentis committunt... laicis in scandalum et sibi ipsis 
in grave judicium et condemnationem . Voir ce que revelent les visites 
du clerge en Angleterre a peu pres a la meme epoque dans mon article : 
Le commencement de la Restauration catholique en Angleterre par Marie 
Tudor (1553), dans le t. CXII de la Revue hislorique (1913), p. 11. 



54 COUP D ffilL RETROSPECTIF 

la confession et 1 Exlreme-Onction etaient tombes en de 
suetude ; la graade majority du clerge vivait dans le 
concubinage 2 . Les eveques, de leur cote, se montraient 

1 KnOpfler op. cit., p. 01-62. Dans cinquante-huit paroisses du diocese 
de Ratisbonne et dans quarante-six de celui de Freising, 1 usage de 
1 Extreme-Onction a disparu. II n existe presque nullo part dans le c 
cese de Passau. Les eveques havarois, au synode de 1562, reconnaissent 
aue pour beaucoup c est une pratique desucte (Knopfler, op cit., Appen- 
dice p 51) Les instructions du legal Ninguarda de 1572 (K&nigKehe 
Bibliothelt, de Munich, Cod. Bav., 1791, P 40) disent : . nou absque gravi 
gemitu comperit S. S l " in infinitis propemodum partibus Germaniae ob 
negligentiam parochorum sacramentum Extremae Unctionis pene abpll- 

turn esse >. 

2. t Dass die Priester und sonderlich die rehgiosi, so auf dem C 
oder andern Pfarren fast alle concubinarii sind und achten diss ganz und 
gar nit fur straflich. (Les representants d Albert V au synode de Salz- 
bourg 1562. Reichsarchiv de Munich, Erzstift Salzburg 256, fol. 145 et suiv., 
150,162 et suiv. Gf. Dalham, op. cit., p. 347; KnOpfler, op. cit., p. 42 et sq., 
63, 83 ; J. B. Goetz, Die Glaubensspaltung im Gebiete der Markgrafachaft 
Ansbach-Kulmbach in den Jahren 1520-1538, dans les Erlattttrangen und 
Erganzungen zu Janssens Geschichte des deulschen Volkes, edites par Pas 
tor, Fribourg-en-Brisgau, t. V, (1907) livrais. 3 et 4, p. 111. Dans le sy 
node de Salzbourg de 1549, de toutes parts on se plaint des mceurs du 
clerge. (Loserth, Die Salzburger Provinzialsynode von 1549 dans I Archiv 
fur oesterreichische Geschichte, t. 85, p. 154, 1.58, 200-206, 217, 232-235, 
341-342, 343 et suiv. Cf. Dalham, Concilia Salisburgensia, p. 330 et suiv.) 
Sugenheim trace le tableau du clergS bavarois, a cette epoque, dans 
son III chapitre: Sittenspiegel des baierischem Klerus (op, cit., p. 91-176). 
Knopfler, (op. cit., p. 55) dit bien que Sugenheim 1 a pousse au noir, 
en ne prenant dans les rapports des visiteurs que la partie qui releve 
les vices des ecclesiastiques ; mais lui-meme, quelques pages plus loin 
(p. 58 et suiv.), n en trace guere un plus consolant : il ajoute de nou- 
veaux fails a ceux que rapportait Sugenheim, il avance que s il fallait 
enumerer les cas de concubinage notes par les visiteurs ce serail une 
bien longue et bien peu ediflanto lilanie (p. 60, n. 1) el qu un pretre 
chaste, i cetle epoque, esl presque une exceplion. C esl ce qui ressorl 
de tous les documents officials tant en Baviere que dans les etats de 1 em- 
pereur. (Voir plus haul, p. 45 n. 1, 46 n. 7, 52, n. 4 et 5, 53 n. 1, 90 n. 2. En 
pleine chaire.Eisengrein stigmatisait les vices des ecclesiastiques bava 
rois (L. Pfleger, Martin Eisengrein (1333-1578). Ein Lebensbild aus der Zeit 
der katholischen Restauration in Bayem, dans les Erlauterungen und Erydn- 
zungen zu Janssens Geschichte des deulschen Volkes, t. VI, livrais. 2 et 3, 
Fribourg-en-Brisgau, 1908, p. 17 et suiv.). Et le due Albert remit au 
pape, en 1570, un rapport lamentable sur 1 etat de son clerge, intitule : 
Relatio de infelici statu Bavariae, (Ranke, Deutsche Geschichte vom Reli- 
f/ionsfrieden bis sum SOjahrigen Krieg. S&mtliche Wer/ce. VII, [Leipzig, 1868], 
p. 26 et suiv.) Cf. K. Hartmann, Der Prozess gegen die protestantischen 
Landstiinde in Bayern unler Henog Albrecht V, 1564, Munich, 1904, p. 2-3. 
En outre les rangs du clerge s eclaircissaient de plus en plus. En 1549, 
le synode de Salzbourg ordonne la fondation d ecoles dans les monaste- 
res et les evecb.es, pour remedier au manque de pretres (arl. 30). Gf. 
Loserth, op. cit., p. 157. Le due Albert et les eveques convoques a Salz 
bourg, en 1562, se preoccuperont egalement de cette grave question, en 
essayant de reformer ou de fonder colleges et universites. (Reichsar chiv. 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 55 

peu soucieux des devoirs de leur charge : ils ordonnaient 
a la legere, sine ulla discretione , ils negligeaient a tel 
point la confirmation que, en maintes paroisses, on ne se 
souvenait pas, de memoire d horame, dol avoir regue, etque 
beaucoup la conside>aient commc un jeu inutile de bate- 
leur 2 . Aussi, quoique le peuple bavarois tint en general 
aux anciennes traditions 3 , le protestantisme, apres avoir 
gagne" la noblesse, 1 avait peu a peu p^ne tre 4 . Son oeuvre fut 

de Munich, Erzstift Salburg 256, fol. 115, 122 et suiv., 168 et suiv., 202 et 
suiv., 224, 271 v. Knopfler, op. cit., p. 86, 88, Appendice, p. 63 et suiv.) 
Et haec causa est cur Hl rau! princeps noster tantopere urgeat negotium 
scholarum et collegiorum ; praestaret vero paucos habere bonos aut 
certe mediocres quam tot malos. (Les representants d Albert de Ba 
viere an synode de Salzbourg, mars 1562. Erzstift Salzburg 256, fol. 271 v.) 

1. Reichsarchiu de Munich, HochstiftRegensburg 34, fol. 28. En 1362, le due 
de Baviere et ses representants reprocheront aux Sveques d elever aux 
ordres des gens peu dignes, qui contreviennent en maintes choses graves 
aux canons de 1 Eglise; et le synode devra rappeler les regies anciennes 
de ordinatione et electione minislrorum (Slaalsarcttiv de Munich, Erzstift 
Salzburg 256, fol. 129, 178 et suiv., 202 et suiv., 244 v, 275-277. Knopfler, 
op. ril., Appendice, p. 20 et suiv.) 

2. Knopfler, op. cit , p. 61, 81. Lors de la visite de 1558, on note que la 
confirmation a ete donnee seulement dans quarante-huit paroisses du 
diocese de Ratisbonne, en dix-sept de celui de Freising, en une de celui 
de Passau. On doit deplorer, dit la Formula reformationis de Salzbourg 
[1562] (Knopfler, op. oil., Appendice, p. 48) que le sacrement de confir 
mation, dans nombre d endroits, soit tombe en desuetude ou en mepris. 
Le due Albert et le synode, en 1562, s efforcent de reagir centre cette 
lamentable negligence (Staatsarchiv de Munich, Erzstift Salzburg 256, fol. 
104, et suiv., 152 et suiv. Knopfler, op. cit., p. 81, Appendice, p. 48 et suiv. 

3. Populus est satis devotus et multum catholicus . Vauchop a Mo- 
rone, 6 fev. 1544. Zeitschrift fur Kirchengesch., t. XXIII, p. 467. 

4. Ouarante ou cinquante families de la noblesse favorisaient en Ba 
viere le protestantisme; leur influence s exergait surtout dans leur dis 
trict (Riezler, op. cit., t. IV, p. 501). Grace a la protection de fonction- 
naires a tendance evangelique, beaucoup de gens de la campagne et des 
villes suivirent les idees reformatrices. Wolf Dietrich se plaint de cette 
situation au due de Baviere en 1560. (Cf. Wiedmann Die Maxlrainer, Mu 
nich, 1856, p. 90-93). Dans le Haut-Palatinat, la Reforme fit de grands 
progres, durant 1 episcopat de Pancraz von Sinzenhofen (1538-1548). Gf. 
Ried, Codex Ratisbonensis, Ratisbonne, 1816, p. 1163, 1164, 1166, 1167. 

Des 1525, Leonard Eck ecrivait au due Guillaume IV qu il avail une 
grar.de anxiete pour le district bavarois du due Louis parce que la les 
gens zu lange mit dem lutherischen Wesen und Freiheit zugesehen 
worden (Riezler, Die treuen Bauern am Peissenberg, dans les Sitzungs- 
berichte de Munich, 1891, p. 708). En 1534, on interdit aux catholiques de 
precher dans la cathedrale d Augsbourg (Eck a Aleandre, septembre 1534. 
Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. XIX, p. 215). Un peu plus tard Vauchop 
signale les efforts des protestants en Baviere. Lutheran! variis viis et 
machinationibus conati sunt corrumpere Bavariam (Vauchop a Mo- 
rone, 24 nov. 1542. Ibid., t. XXIII, p. 467). Voir Von dem Schicksale der 
evangelischen Religion inBayerndans Schelhorn, Ergdtzlich/feilen,II, 276-297. 



56 COUP D ffilL RETROSPECTIF 

facilitee par 1 ignorance religieuse de la jeunesse bava- 
roise l , qui subissait une active propagande reformatrice 2 . 
Partout et publiquement s affirme la doctrine nouvelle 3 . 
Elle se glisse jusque dans la cour ducale : le marechal 
Pancraz von Freyberg est disgraci^, puis d6pos6, a cause de 
ses opinions religieuses; et Albert eloigne de lui, pour le 
meme motif, Achaz von Laiming, Hieronimus von Seibosls- 
torf et la comtesse Hardeck 4 . Jean Eck constate quo les 
revenus de son 6glise, N. D. d Ingolstadt, ont tellement 
diminu6, en 1525, par suite des progres du lutheranisme 
qu il lui est impossible d en achever la construction 5 . Augs- 
bourg protege les Iuth6riens, s acharne centre les pr6di- 
cateurs catholiques 6 , prive de leurs droits I e veque, le 

1. En cinquante-sept endroits du diocese de Ratisbonne les visiles 
prouverent que les enfants ne recevaient aucune instruction religieuse, 
quod nulla. sit puerorum instructio sive catechesis (Knopfler, op. cit., p. 61. 
Riezler, op. cit., IV, 509). 

2. Les visiles de 1558-1560 montrerent que les ecoles etaient des foyers 
de propagande lutherienne. On y trouva des livres hereliques. Les en 
fants olaient instruits d apres le petit catechisme de Lulher. Les ecoles 
vraiment catholiques etaient assez rares, puisque dans ce cas le due 
croyait devoir envoyer au maitre une letlre speciale de felicitalions. 
(Ada visitationis de 1559 publies par Holweck dans les Historisch-potitis- 
che Bliilter, t. XIV (Munich, 1894), p. 725-749. Gf. Knopfler, op. cit., p. 178 
et suiv.) 

Dans une lellre de 1558, Ganisius se plaint de la corruplion de la foi 
dans les 6coles de Baviere. Des le bas-age, s ecrie-l-il les enfanls sont 
les disciples de Luther. O gravem, communem ethorrendam Bavaricae 
pueriliae corruptelam ! II recommande un conseil mi-partie ecclesiasti- 
que el mi-parlie la ic, qui surveillerait 1 enseignement des ecoles. (Brauns- 
berger Canisii epistulae, II, 269.) Les deux synodes de Salzbourg, en 1562, 
entreprirent, en collaboration avec le due Albert, de reformer colleges 
el universiles. (Voir p. 54, n. 2). 

Sur le developpemenl des ecoles prolestantes et sur leur importance 
comme moyen de repandre la doctrine evangelique, voir G. Mertz. Das 
Schulwesen der deutschen Reformation im 16 Jahrhundert, Heidelberg, 1902, 
p. 18 et suiv., 192 et suiv., 232 et suiv., 457 et suiv. 

3. Voir Eine lutherische Demonstration in der Augustinerkirche zu MUn- 
chen, 1558, dans Beitrfige zurbayr. Kirchengeschichte, t. Ill, (1900), p. 97-109. 

4. Voir Konrad Preger, Pancraz von Freyberg auf Hohenaschau, ein bai- 
rischer Edelmann aus der Reformationszeit, Halle, 1893, p. 17 et suiv. ; 
Huschberg. Geschichte der Gesamlhauses Ortenburg, Sulzbach, 1898, p. 374; 
Primbs, Schloss Hohenaschau und seine llerrn dans 1 Oberbayerisch.es Archiv, 
t. 45; Peetz, Volkswirlschaflitche Studien, 1880, p. 54 et suiv.; du meme, 
Wiguleus Hundt. Bayrisch Stammbuch (J585), t. II, p. 98-100. 

5 . D r Eck a 1 administralion de N. D. d Ingolstadt, 1525. J. Schlecht, 
Aus der Korrespondenz D r Johann Ecks, dans Buschbell, Doelle, Briefmappe, 
p. 152. 

6.D r Heinrichniann a 1 eveque d Augsbourg, 27 fevrier 1534. J. Schlecht, 



COUP D fEIL RETROSPECTIF 57 

chapitre, les e"glises et les monasteres * ; 1 eveque e"crit a 
Paul III, au cours de 1537, que, la messe abolie. les autels 
et les images ont e"te" deHruits, le clerge se"culier et regulier 
expulses; un libelle infame, ajoute-t-il, se r6pand a travers 
toute 1 Allemagne et 1 ennemi int6rieur est plus redoutable 
que le Turc 2 . La capitale bavaroise e"tait inonde e de livres 
lutbe"riens; et les maitres d e"cole y enseignaient la doctrine 
nouvelle 3 . Le cure de Notre-Dame de Munich dit qu innom- 
brables sont ceux qui ne se confessent plus et ne commu- 
nient plus; et le doyen de la collegiale declare : omnis 
generis sectae hie reperiuntur ; populus non adeo frequens 
est in cultu diuino ; totus ferme peruersus 4 . Ainsi, malgre 
1 inquisition publique et secrete e"tablie par Guillaume IV 
et son frere Louis 5 , malgre" tout leur z5le pour conserver 
le peuple en ses ancichnes croyances 6 , le luthe"ranisme s e"- 
tait implante" en Baviere 7 . 

Ausder Korrespondenz des Kanzlers Leonhard von Eck, dans Buschbfill, op. 
cit., p. 172. Cf. Sender, dans Ckroniken der deutschen Sludte, Augsburg, 
IV (Leipzig 1897) p. 367 et suiv. ; Wittinann, Aitgsburger Reformatoren. 
Historisch-kritischer Beilrag zur Geschichte der Reformation , Stuttgart, 
1883, p. 245 et suiv. 

1. Charles-Quint donne 1 ordre a la ville de leur restituer ces droits, 
le 19 aout 1534, mais ensuite le differe pour des raisons politiques. 
V. A. Winter, Geschichle der Schicksale der evangelischen Lehre in und durch 
Bayern bewirkt in der ersten llalfte des 16 Jahrhunderts, Munich, 1809-1810, 
t. II, p. 21 et suiv. Gf. lettres de Mathias Held, Leonhard von Eck, Hans 
Kneyssl, Kaspar von Kaltenthal, de 1534 a 1537, publiees par Schlecht, 
dans Buschbell Doelle, op. cit., p. 174 et suiv. 

2. L eveque Ghristoph von Stadion a Paul III, Dillingen, fevrier 1537. 
Buschbell, Doelle, op. cit., t. I, p. 193. 

3. Riezler, Geschichte Bayerns, t. IV, p. 511. Les visiteurs trouverent, 
dans les cloitres et chez les ecclesiastiques, les ecrits de Luther, Zwin- 
gle, Melanchton et autres reformateurs, dont leurs possesseurs igno- 
raient meme le danger. Knopfler, op. cit., p. 60. 

4. Knopfler, op. tit., p. 64. Riezler, op. cit., p. 509, n. 1. 

5. Us destituent de leur charge les gens suspects nisi resipiscant . 
Lettre de Vauchop a Morone, Ingolstadt, 24 novembre 1542, dans la 
Zeitschrift fur Kirchengeschichle t. XXIII, p. 467. Dans la meme lettre, 
Vauchop dit que Guillaume et son Irere ont donne 1 ordre aux cures 
d instruire leurs paroissiens dans les veriles catholiques, pour qu ils ne 
se laissent point seduire par les nouvelles doctrines. 

6. Guillaume etait 1 ennemi declare des protestants , au dire de Moce- 
nigo (1548). Fiedler, Relalionen venetianischer Botschafter iiber Deutschland 
und Oesterreich im sechzehnten Jahrhundert (Fontes rerum austriacarum, 
t. XXX), p 87. 

7. II y avait meme des anabaptistes dans le diocese de Salzbourg. Al 
bert V fit centre eux une ordonnance, le 22 mai 1555. (Knopfler, op. cit., 
p. 71.) Paumgartner, dans son discours au concile de Trente (Le Plat, 



58 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

Avec les id6es nouvelles s ctait introduit 1 usage du 
calice. A Ratisbonne, on prechait en 1542 la communion 
utraquiste, et 1 on en demandait instamment la conces- 

op. tit., t. V, p. 337), avoue que le protestantisme et ses diverses secies 
pullullent en Baviere. 

Sur les progres du lutheranisme en ce pays voir Schelhorn, De reli- 
gionis evangelicae in provincia Salisburgensi ortu, progressu et fatis com- 
mentatio historico-ecclesiastica; Winter, Geschichte der Schichsale der evan- 
gelischen Lehre in und durcli Bayern bewirkt in der enten Hiilfte des 16 
Jahrhunderts, Munich, 1SU9-10, 2 vol. ; Sugenheim, Baierns Kirchen-und 
Volkszuslande im sechszehntem Jahrhundert, Giessen, 1842, en particulier 
le chap. 1 : Die evangelische Lehre und ihre Freunde in Baiern, der 
Herzoge Gegenbestrebungen in den erslen Halfte des XVI ten Jahrhun- 
derts > (p. 1-46), et le chap. 2 : Fortgang der evangelischen Lehre und 
der Gegenbestrebungen der Herzoge in der zweiten Halfte des XVI le Jahr 
hunderts (p. 46-91) ; Wimmer, op. cit. ; A. Buchner, Geschichte von 
Bayern, w/ i/trend der Reformation und des dreissigjlthrigen Krieges, 1508-1618, 
Munich, 1847-1848; Medicus, Geschichte der evangelischen Kirche im Koni- 
greich Bayern diesseils des Kheins, 1863; Stark, -Die Reformation in Bayern 
und der angrenzenden Pfalzen, 18S1 ; Janssen, Geschichte des deutschen Volkes, 
t. IV, p. 109-118; Roth, Die Einfuhrung der Reformation in Niirnberg, 1517- 
1528, Wurzbourg, 1885 ; du me me Augsburgs Reformationsgeschichte, 1517- 
1527, (Munich, 1881), 2 vol. 1901-1903: Schubert, Die iilteste evangelische Got- 
tesdienstsordnung in Niirnberg, dans la Monalschrift fur Goltesdienst, t. XIX; 
J. Sepp, Religionsgeschichte von Oberbayern, Munich, 1895; Stieve, Die Re- 
formationsbewegung im Herzogtum Bayern, dans ses Abhandlungen, Vortrage 
und Reden, Leipzig, 1900; J. Schlecht, Bayems Kirchenprovinzen. Ein Uber- 
blick iiber Geyc/iichte und Bestand. der katholischen Kirche im Kb nigreieh 
Bayern, Munich, 1901; Biezler, op. cit., t. IV. 

En Baviere, les protestants, au xvi" siecle, resteront attaches ii la 
confession d Augsbourg et surveilleront avec soin toute infiltration 
etrangere qui les aurait eloignes du lutlieranisme, pour les rapprocher 
de Zwingle ou de Calvin. Ainsi, dans la principaute de Neuburg, on 
pose aux pasteurs, en 1564, toute une serie de questions auxquelles ils 
doivent repondre par ecrit (Subscriplio alter Pfarrer und Kirchendienern im 
FiirslenUnimbe Neuburg, 1364. Reichsarchiv de Munich, Pfalz-Neuburg, 
n 1296, fol. 7 v et suiv.); les surintendants sont charges de les leur 
faire signer (letlre du gouverneur anx surintendants de Neuburg, au 
nom du Palatin Wolfgang, 28 avril 1564. Ibid. fol. 10); et chaque pasteur 
affirme solennellement qu il s en tien t a la confession d Augsbourg 
sur la Gene. (Communication des articles aux pasteurs par les surinten 
dants. Souscriplion de ces articles par les pasteurs, 23 avril 1564. Ibid., 
fol. 10. Lettre du surintendant Karl Rabus au gouverneur, 22 juin 1564, 
pour Ini annoncer que tous les pasteurs ont signe de leur propre main, 
sauf un, empeche par la maladio et la vieillesse. Ibid., fol. 14. Lettre du 
chancelier a Wolfgang, pour lui annoncer le resultat, 25 avril 156-4. 
Ibid., fol. 16). Un seul semble hesiter et on le signale comme suspect ; 
encore ne tarde-t-il point a se laver de tout soupcon. (Lettre de Sebastian 
Phauser, surintendant de Lauingen, 26 mai 1564. Ibid., fol. 17, orig. 
avec cachet. Attestation des membres du consistoire en faveur du pas 
teur d Oberliezheim, 3 et 13 juin 1564. Ibid., fol. 19 et 20). Les serviteurs 
d eglise, les professeurs, les maitrns d ecoles sont egalement tenus a se 
conformer a la confession d Augsbourg et a ne s en point ecarter. (Lettre 
du surintendant Phauser precedemment citee). 



COUP D (EIL RETROSPECTIF 50 

sion ; les magistrals de la ville avaient fini par en accor- 
der I administ ration, dans une e"glise nouvellc dediee a la 
Vierg-e 2 . Des 1539, 1 eveque Pancraz von Sinzenhofon en 
avail du interdire 1 usage dans les districts de Neumarkt 
et d Amberg 3 . (Test en effet dans le Haut-Palatinat bava- 
rois quo le calico s elait d abord inlroduit et repandu 4 . 
En 1542, la municipality do Neumarkt reclame le calico, 
au nom des proprietaires, des ouvriers et dcs domestiques, 
lesquels ne cessent chaque jour de le demander avec ins- 
lance; beaucoup passent la frontiere et vont dans les 
villages voisins, pour satisfaire Icur conscience, (ce que no 
peuvent. a leur grand regret, les pauvres, les malades. et 
b s gens en service); que 1 autorite ordonne au cur6 do 
contenter ses paroissiens 5 . L annec suivante, le cure de 
Kemnath avertit 1 Electeur Frederic 6 que, dans sa paroisse, 

I. Vauchop au cardinale Farnese, 21 juillet 1542. Zeilschrift fur Kirchen- 
geschichte, t. XXIII, p. 459. 

2-. Vauchop a un inconnu, 30 octobre 1542. Ibid. p. 467. En 1535, ils 
1 avalent cleja reclamee a I eveque de Freising. Reicfisarc/iiu de Munich, 
tiotihstift Freising III G/i 204, n* 72, 74. 

3. Ried, Codex Ratisbonensis, Ralisbonne, 1816, p. 1169, n MCGXXII. 
L eveque s efforce de combattre la doctrine utraquiste qui de plus an 
plus se repand en son diocese, et de resister aux precheurs de nouveau- 
tes qu il voudrait eloigner. Ibid., p. 1163, 1164, 1166, 1167. 

4. Lea articles de la visile protestante Brandebourg -Nuremberg, 
en 1528, imposent la communion utraquiste. Cf. J. B. Goetz, Die Glau- 
bensspaltung im Gebicte der Markgrafschaft Ansbach-Kulmbach in den Jahren, 
1520-1538, p. 118, dans \esErlauterungen und Ergunzungen zu Janssens Ges- 
clnchte des deutschen Vol/ces, edites par Pastor, Fribourg-en-Brisgau, 1907, 
t. V, 3" et 4 e livrais. 

Sur les progres du protestantisme en cette partie d Allemagne voir 
F. Lippert, Die Reformation in Kirche, Sitte rind Schide der Oberp/ ah 1;.2D- 
1620, Rothenburg, 1897 ; Th. Kolde, Andreas Althainer der Humanist und 
Reformator in Brandenburg-Ansbach. Mit einem Neudruc.k semes Kalechismus 
von 1S28 und archivaliscfien Beilagen , J. B. Goetz, op. cit. 

5. Supplique de la municipalite de Neumarkt, I542. Kreisarchiu d Am 
berg, Geistliche Sachen. Fasc. 243, n 200. cop. cont. Appendice. 

6. Frederic II, electeur dn Palatinat, no le 9 decembre 1482, etait le 
quatrieme fils de 1 Electeur Philippe I et do Marguerite de Baviere- Lands- 
hut ; il mourut en 1556. II herita le Palatinat do son frere, en 1544 ; il 
habitait alors un petit chateau, pres d Amberg, ou il se reposait de ses 
longs voyages en France et en Espagne, qu il avail parcouru en vain 
pour y faire fortune. Devenu Palatin, il chercha a relever 1 Universite 
qui etait en decadence; dans ce but, il obtint de Jules III 1 autorisation 
d alicner douze monasteres. Nullement enncmi de la Reforme, il se tint 
strictement a 1 application de I Interim; en 1545, il entra en relation avec 
Melanchton, au sujet de son Universite, ou il essaya plus lard (1553) de 
Paltirer : le 20 decembre 1556, on le voit communier sous les deux espe- 
ces, avec sa femme, son chancelier et d autres personnes de la cour. 



60 COUP D fEIL RETROSPECTIF 

un pretre etranger clistribue aux fideles la communion 
sous les deux especes et la porte aux malades; il ne sail 
quelle conduite tenir a son e"gard J . Fre~de"ric ne lui re- 
pond pas ; et quelques semaines plus lard, le maire lui en- 
joint de donner le calice a tous ceux qui, a Paques, le lui 
demanderont, ainsi que cela so fait en d autres endroits du 
Palatinat; il replique que, soumis a son Ordinaire, il ne 
peut introduire dans le culte aucun rite nouveau; mais 
tremblant qu on n use de la force, il implore Frederic de le 
proteger et de le mettre a 1 abri de toute violence 2 . G est 
en vain, car le 20 juillet, les echevins de Kemnath 6crivent 
au gouvernement de Neumarkt que, malgre leurs plaintes 
au juge provincial de Wirsberg et malgre 1 ordre de 1 Elec- 
teur palatin qui declare exempts de faute et de chatiment 
ceux qui sollicitent la communion sub utraque, leur cure" 
somm6 a diverses reprises de la leur accorder, la refuse et 
laisse mourir sans elle les malades; en consequence, ils lui 
supprimeront la dime et les revenus de la cure, pour les 
donner a un pretre qui consent a remplir son office 3 . En 
1544, les habitants de Bernau sollicitent de leur cur6 PEu- 
charislie selon 1 inslitution du Christ ; celui-ci leur r6- 
pondque, responsable devantDieu et ses superieurs, il doit 
s en tenir au rite ordonne par un concile general, mais 
qu il est dispos6 a executer tout changement qu autorisera 
1 Eglise 4 . Les habitants de Deusmauer se plaignent que le 
cur6 de Deining, qui dessert leur paroisse 5 , ne leur donne 
pas la communion sous les deux especes 6 ; et le maire de 
Neumarkt transmet ces plaintes au cure, lequel ne veut 

1. Le cure de Kemnath Bartolome Hofmeister au Palatin Frederic, 
2 mai 1343. Kreisarchiv d Amberg, Geistliche Sachen, Fasc. 53, n 38. orig. 
Appendice. 

2. Le cure de Kemnath au comte palatin Frederic, 7 mars 1543. Kreis 
archiv d Amberg, Geistliche Sachen, Fasc. 53, n 38, orig. Appendice. 

3. La ville de Kemnath au gouvernement de Neumarkt, 20 juillet 1543. 
Kreisarchiv d Amberg, Geistliche Sachen, Fasc. 35, n 38, orig. 

4. La commune de Bernau au gouverneur de Bernau, 23 juin 1544. 
Kreisarchiv d Amberg, Amberg-Bernau, Fasc. 30, n 5, orig. Schiissebauer, 
cure de Bernau, au gouverneur de cette ville, 11 juillet 1544. Ibid. 

5. En 1564, Deusmauer, n a pas encore de cure. 

6. La commune de Deusmauer, du district d Helfenberg, aujourd hui 
de Parsberg, au gouverneur de la province, 26 juin 1533. Kreisarchiv 
d Amberg, Geistliche Sachen, fasc. 33, n" 13, orig. 



COUP D tKIL RETROSPECTIF 61 

rien innover, sans la permission de son evcque, celui 
d Eichstadt . Ainsi les conflits entre paroissiens et cures 
sont frequents et causes par le nouvel usage, les uns re- 
clamant au nom de 1 institution divine ce que les aulres 
refusent en vertu de prescriptions ecclesiastiques. En plus 
d un endroit, les fonctionnaires eux-memes commandent 
aux pretres de ne pas s opposer a la communion sub utra 
que 2 et les pasteurs qui leur desobeisssent doivent re"si- 
gner leur cure 3 . 

Les Bavarois, ecrit-on a cette epoque, exigent, malgre" Les 

, , rcclament le rite 

leur prince, qu on les communie sous les deux especes ". utr aquiste. 
Aussi le due Guillaurne sollicitera-t il de Paul III, en meme 
temps que Charles-Quint, le calice, le mariage des pretres 
et 1 abrogation du jeune 5 . Le synode de Salzbourg, en 1549, 
se preoccupe de la communion utraquiste 6 , qu avait deja 
interdite, sous peine d excommunication, celui de 1537 7 . 



1. Georg Thomann von Wildenstein a 1 Electeur Palatin, 10 juillet 1553. 
Kreisarchiv d Amberg, Geistliche Sachen, fasc. 34, n 13, orig. 

2. C est ce que fit le vidame d Amberg au cure de Viechtach. (Petrus 
Stigler, cure de Viechtach au vidame d Amberg, 14 juillet 1545, orig. Re- 
ponse du vidame d Amberg au cure de Viechtach, 20 juillet 1545, min. 
Kreisarchiv, d Amberg, Geistliche Sachen, fasc. 38, n 6. Appendice). 

3. Le cure de Kulmain, ayant re^u 1 ordre de precher la pure parole 
de Dieu et de distribuer au peuple la communion sous les deux es 
peces, s y refuse et doit demissionner ; il se retire a Ratisbonne. (Paul 
Humel, cure de Kulmain a Cristoph von Giesch, jnge du tribunal de 
premiere instance de Waldeck, ~21 septembre 1554. Kreisarchiv d Amberg, 
Geistliche Sachen, fasc. 53, n 68). 

4. ... populum Bavaricum, invito principe Guillelmo, velle communi- 
care sub utraque specie . Vauchop a Farnese, 1542. Zeitschrift fur Kir- 
chengeschichte, t. XXIII, p. 467. 

5. Rinaldi (Annales ecclessaslici, ad ann. 1548, n 58), et Le Plat (op. cit., 
t. IV, p. 26) donnent la reponse du pape au due de Baviere. 

6. Le chapitre V De administratione sacramentorum dit expressement ; 
t Ut omnem novitatem in religione nostra paucis annis contra sanctorum 
Patrum decreta et consuetndinem Ecclesiae introductam tollamus, icleo 
doceri volumus et praecipimus in augustissimo altaris Sacramento sub 
iina sola specie illud etiam plenarie contineri quod sub utraque sumitur, 
iileoque majorum nostrorum ritu laicos sub una panis specie duntaxat 
comununicandos n. Hansiz, Germania sacra, t. II, p 618 et suiv. ; Dalham, 
Concilia Salisburgensia, p. 328 et suiv. Cf Loserth, Die Sahburger Provin- 
zialsynode von /579, dans VArchiv fur oesterreichische Geschichte, t. 85, p. 182, 
285 ; Wiedemann, Geschichte der Reformation und Gegenre formation, t. I. 
p. 106. Dalham ne parle point des gravamina presentes au synode, soit 
des lai cs centre le clerge, soit du clerge contre les la ics. Voir Loserth, 
op. cit., p. 166-170, 232-235, 284 302. 

7. c Sacerdotes etiam non conflcientes et omnes laici debent, juxta 



63 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

Dans lo diocese de Salzbourg en effet et les pays voisins. 
1 usage du calice s etait de bonne heure implant^ et n avail 
fait quo se propager davantage 1 . Les Etats s6culiers du 
Landtag de Landshut, en d^cembre 1553, reclament la Gene 
selon 1 usage de tant de siecles , des pasteurs vertueux 
a la place d un clerg6 corrompu; et ils se prononcent ener- 
giquement contre le projet d inquisition qui ferait hair la 
Haviere de I Allemagne entiere et la rnenerait a la ruine 2 . 
Le 17 de cembre, la noblesse et les villes, se plaignant du 
ilelai apporte dans les questions religieuses, insistent pour 
qu on satisfasse enfin leur conscience qui reclame la com 
munion sous les deux especes 3 . Albert r6pondit qu il n avait 
pas convoqu6 le Landtag pour affaires de religion : ces 
questions regardaient le Reichstag et le prochain synode; 
il ne voulait point 1 inquisition mais une simple commis 
sion d enquete con Ire un moine defroque qui agitait le 
pays. Quand aux concessions demand^es, il affirmait 
1 antiquite de la communion sub una, de 1 abstinence et du 
celibat ecclesiastique; il se disait sans pouvoir pour conce - 
der quelque modification sur ces trois points, mais promet- 
tait de s adresser au pape 4 . 

Le synode Le synode auquel le due faisait allusion etait celui de 

6 (i553) r Miilhdorf que 1 archeveque de Salzbourg avail convoque 

et ia question pour le 17 decembre 1553 5 . L eveque de Ratisbonne y vint 

en pcrsonne; les eveques de Freising et de Passau s y firent 



conciliorum decrela, sub excommunicationis poena, sub specie panis 
dmUaxat communicare . Dalham, op. cit., p. 308. 

1. Knopfler, op. eil., p. 71. 

2. Freyberg, Gesclnchte der bayerisehen Landstande itnd ihrer Verhandlun- 
gen, Sulzbach, 1826, t. II, p. 315. 

3. Freyberg, loc. < it. 

4. Reces du Landtag de Landshut, de 1553. Appendice. Freyberg, op. 
cit., p. 317, 319. - - La commission d enquete dont parle Albert etait 
pour le Rentamt Burghausen, ou 1 ancien moirie Matlnas Seidennater 
avait excite les paysans au mepris des institutions catholiques et mor- 
tellement blesse un pretre qui se rendait au pelerinage d Altotting. Lc 
due ecrivit a Ferdinand au sujet de ce moine der christlichen commu 
nion ungehorsam und fraventlich widersetzt . fteischsarchiv de Munich, 
Religions Aktcn II (Kirche und Schule, i. 67), fol. 30, 99. Gf. Druffel et 
Brand! Briefe und Akten zur Gesch. des XVI Jahrunderts, IV, 342. 

5. Gf sur ce synode, Wiedemann, op. cit., I, 119 et suiv. ; Hislorisch- 
politische Blatter fur das katholische Deutschland, IX, part. 1, p. 17 et 19. 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 63 

repr^senter J . Albert et Ferdinand envoyerent a Miilhdorf 
leurs ambassadeurs. Ceux de Baviere arriverent le 18 d6- 
cembre, et ceux de Ferdinand le 19 2 . Le 20, les d61ibe~ra- 
tions commencerent. L archeveque deSalzbourg se plaignit 
que les fideles ne voulussent ni comprendre ni croire quo 
le sacrement de 1 Eucharistie 6tait complet sous une seule 
espece, et qu ils exigeasserit le calice 3 . D accurd avec lui. 
les eveques proposerent (22 d6cembre) d e"tablir par ordon- 
nance geneVale une veritable inquisition contre les utra- 
quistes : ceux-ci seraient invite s par leur cure a commu- 
nier sous une seule espece, devarit la paroisse reunie ; qui 
refuserait serait arrete et ehatie scion la loi 4 . Les ambas 
sadeurs bavarois, qui avaient ordre de faire difl e rer toute 
action contre les utraquistes, a cause du Landtag alors 
assemble 5 , depecherent aussitot tin courrier au duo Albert c . 
Celui-ci repondit, le 27 deeembrc, qu il ne pouvait entre- 
prendre une veritable inquisition depuis les negociations de 
Landshut, qu il fallait agir avec beaucoup de moderation, 
se conformer pour la communion aux anciennes ordonnan- 
ces, et faire une serieuse visile du clerge\ au lieu d entrer 
en lutte avec les heretiques 7 . Ala suite de ces instructions, 
les ambassadeurs bavarois et autrichiens s entendirent, 
et le 27 dcembre ils donnerent aux eveques leur avis 8 . 



1. L eveque de Freising delegua Jobst Miinch ; celui de Passau le D r Mi 
chel Kienberg et Guillaume Triebenbacher, official de Passau. 

2. Le due de Baviere avait delegue Hans de Trenbach, Antoine Aresin- 
ger doyen de saint Pierre a Munich, Simon Eck chancelier de Burg- 
hausen, Gristophe Selden et son secretaire H. Schweicker (Reiclisarchiv 
de Munich. Religions Aklen, II, fol. i!4). Les ambassadeurs de Ferdinand 
etaient 1 abbe de Kremsmunster et le D r Bernard Walther do Vienne. 

3. Reichsarchiv de Munich. Religionsakten, II (Kirche und Schule, t. 67), 
fol. 42. 

4. Reichsarchiv de Munich. Religionsakten, II, fol. 47, 55, 01. 

5. G est celui de Landshut. Protokoll der bayerischeu Rate auf tier 
MiihlJorfer Provincialsynode dans Druffel et JSrandi, Briefe und Aklen 
zur Geschichte des XVI Jalirunderts, IV, 342. 

6. Reichsarchiv de Munich. Reiigionsakten, II, (Kirche und Schule, t. 67), 
fol. 37. 

7. Reichsarchiu de Munich, Religions a Iden, II (Kirche und Schule, t. 67), 
fol. 86. Gf. Druffel et Brandi, Briefe und Aklen zur Geschichte des XVI 
Jahrhunderts, IV, 346. 

8. Reichsarchiv de Munich. Religionsakten, II (Kirche und Schule, t. 67), 
fol. 115, 123, 141. 



64 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

L ordonnance 6piscopale du30 decembre s enressentit; elle 
parlait des predicants, des inoines apostats, des livres 
suspects, des 6coles, de la visile du clerge, mais ello se 
taisait sur la communion utraquiste 1 . Le chancelier Si 
mon Eck avail bien pr6par6 un projet d edit ou le due, se 
plaignant que 1 Eucharislie fut distribute d apres une cou- 
tume erronee,ordonnait dene 1 administrer aux fideles que 
scion 1 usag-e ancien de 1 Eglise 2 ; mais cet edit ne fut ja- 
mais publi6 3 . L instruclion de 1 arcbeveque de Salzbourg, 
qui devait etre cornmuniquee aux cures et aux predicaleurs 
se contentait d exposer les raisons pour lesquelles le prelre 
ce"le"branl communie sous les deux especes, tandis que les 
simples fideles communient sous une seule 4 . 

Albert v Alberl, par sa ferme r^ponsc aux Etats de Landshut (1553), 
Ta qul^km ava it voulu les empecher de s imrniscer dans les questions 
da caiice. religiouses. En mai 1554, il fit une nouvelle ordonnance, ou 
il declarail encore son intention de maintenir intacte la 
religion catholique B . Mais il sentait forl bien qu il pouvail 
avoir la main force par son Landlag, et il ne se dissimu- 
lait pas le point faible do son gouvernement. Guillaume IV 
lui avail laisse une situation fiuanciere si embarrassee 
qu il ne pouvait se passer des Etats, dont les revendications 
religieuses devenaient de plus en plus menaganles. Aussi 
ecrivait-il a Ferdinand (Janvier 1555) qu on devail prier le 
pape d accorder, jusqu a la decision du prochain concile, 
quelques concessions, telle que la communion sub utraque 



1. Reichsarchiv de Munich, Religionsakten, II, (Klrche und Schule, t. 67), 
fol. 89 et suiv. 

2. Reichsarchiv de Munich, Religionsaklen, III, (Kirche und Schule, t. 68), 
fol. 2-5. 

3. Au verso en effet le chancelier a ecrit : Da es wer hingeschrieben 
worden wie es denn auf Wiederrathen des N. nit beschehen, were vil 
Unordnung und Zerriitung furkommen . 

4. IIP parlie art. II. Gette instruction etait divisee en 4 parties : 
I" Predicateurs. maitres d ^cole, livres. II 8 Autorite de 1 Eglise. III* 
Sacrements. IV e Articles divers. Reichsarchiv de Munich Religionsakten 
II, (Kirche und Schule, t. 67), fol. 146-163. 

Sur le synode du Mulhdorf on peut consulter Druffel et Brandi, Briefe 
und Akten des XVI Jahrhundert, IV, 342, 346 ; Aretin, Maximilian J, p. 73 
et 78 ; Wiedemann Geschichle der Reformation und Gegenre formation, t. I, 
p. 119 et suiv.; Knopfler, op. cit , p. 6 et suiv. 

5. Riezler, Geschichte Bayems, IV, S04. 



COUP D (E!L RETROSPECTIF 65 

mentionnee dans 1 Ecriture et g6ne>ale au temps des 
Peres 1 . 

Quelques mois plus tard (septembre 1555), prevoyant e g ocie av 
1 insistance de son futur Landtag 2 , il envoya a Rome Henri 
Schweicker, son secretaire. Celui-ci, sous pretexte de 
congratuler le nouveau pape Paul IV, eiait charg6 d obte- 
nir le cdlice, le mariage des pretres, 1 adoucissement du 
jeiine et de 1 abstinence 3 . Le due. apres une profession de 
foi catholique, exposait la demande imp6rieuse de son peu- 
ple, qui forait les cures a donner la communion sub utra- 
que, et que rien ne pouvait delourner de cet ardent desir; 
les Etats de Baviere, dans le dernier Landtag, 1 ont supplie 
d obtenir le calice ; un refus poussera a la revolte et a une 
defection gen6rale 4 ; la concession au contraire ramenera 
les 6gares et rafl ermira ceux qui sont peu fermes dans la 
foi 5 . 

Schweicker, arriv6 a Rome au milieu d octobre,n y resta 
que peu de semaines 6 . On lui dit que Delfino, qui retour- 
nait nonce a Vienne, porterait a Munich la r6ponse d6fini- 
tive de Paul IV. Cette reponse etait negative. Le pape s y 
disait tres surpris des demandes d Albert pour un pays qu il 
pensait si parfaitement catholique : le peuple est heretique, 
s il croit que la communion sub una ne suffit pas; que le 
due consulte ses theologiens sur ce point; on demande le 
calice avec les conditions fixees par le concile de Bale; or 
les Tcheques n ont jamais observe ces conditions et la con- 

1. Druffel et Brand! Briefe und Akten zur Geschichte des XVI Jahrhnnderts, 
IV, 553. 

2. Le Reichstag de 1555 demanda aussi la communion utraquiste. 

3. Instructions d Albert V a Henri Schweicker, Munich, 21 septembre 
1555. Archives vaticanes, Armadio, 64, VI, 149-158. Elles ont ete publiees 
par Schwarz dans I Historiches Jahrbuch im Auftrage der Gorres-Gesellchaft, 
t. XIII (1892), p. 147 et suiv. 

4. Non solum gravissimis seditionibus intestinis occasionem dabit, 
sed grave periculum est ne omnes (ordines nostri) deficient... Absque 
seditione vel majori etiam a fide nostra subditorum defectione res am- 
plius salva conservari non valeat... 

5. Dans un long developpement, le due demontrait que FEglise pouvait 
relacber de sa rigueur sur les preceptes de droit />ositif, et qu elle 1 avait 
deja fait. 

6. Le 23 novembre, le cardinal Otto Truchses ecrit a son pere que 
1 envoye bavarois est parti. (Article de E. Schwarz dans I Historisches 
Jahrbuch, t. XIII, p. 146.J 

5 



66 COUP D (EIL RETROSPECTIF 

cession fut cause de nouvelles heresies; le due prie le pape 
de to!6rer la communion utraquiste jusqu a la d^termina- 
tion d un concile; mais n est-il pas mieux de ne rien chan 
ger aux rites etablis jusqu a cette determination ! ? 

Nous ne savons pas comment Albert accueillit ce refus 
formel do Paul IV. Mais quelques mois apr6s on put cons- 
tater qu il avail agi avec pr^voyance, en sollicitant une 
concession qu il ne se sentait plus capable de refuser. 
Press6 d argent, il avail du reunir le Landtag a Munich 
(mars 1556). Gelui-ci profita de 1 embarras du prince pour 
renouveler ses demandes : communion sub utraque, pretres 
chastes et prechant le pur e~vangile, abrogation de 1 absti- 
nence 2 . Le 7 mars, il d^clara que toute n^gociation serait 
interrompue jusqu a ce que le due se fut prononce sur les 
affaires religieuses. Albert repondit que la communion sous 
les deux especes 6tait tomb^e en d6su6tude et que le jeune 
6tait command^ par 1 Ecriture 3 . Les Etats repliquerent 
qu ils avaient en vain esp6re quelque chose du synode de 
Miilhdorf et du Reichstag d Augsbourg, que d6sormais ils 
soutiendraient leurs demandes avec plus d 6nergie que ja- 
dis. Le due essaya de se derober en promettant quelque 
entente avec les autorites civiles au sujet de la communion 
et de 1 abstinence; mais le Landtag demanda une ordon- 
nance formelle pour les divers gouvernements de Baviere. 
Albert dut entrer en pourparlers * et finalernent ceder : il 



1. Archives Vaticanes, Armadio 64, I, fol. 178-188. Schwarz a public 
ces instructions a Delfino dans I Historisches Jahrbuch, XIII, p. 155. 

Aux deux autres points le pape repondait que le mariage ne convenait 
pas a la dignite sacerdotale, et que le jeune n obligeait pas en cas de 
maladie et de necessite. Delfino etait charge en outre de reprocher au 
due son consentement au reces d Augsbourg et de 1 exhorter a ne rien 
conceder i la prochaine Diete de Ratisbonne. 

2. Freyberg, Geschichte der bayerischen Landstande tend ihrer Verhandlun- 
gen, t. II, p. 323 et suiv. Cf. Riezler, Geschichte Bayerns, t. IV, p. 505 et 
suiv. ; Knopfler, op. cit., p. 19 et suiv. 

3. Freyberg, op. cit., t. II, p. 326. 

4. Les conseillers d Albert eurent des conferences avec les Etats, du 21 
au 24 mars. Zasius ecrit le 20 mars a Ferdinand que le due espere clore 
le Landtag dans un ou deux jours; qu il est resolu a tolerer la commu 
nion utraquiste et qu il doit deliberer le jour meme avec ses conseillers 
et quelques delegues du Landtag pour s eclairer et donner sa resolution 
definitive. Goetz, Briefe und Akten des XVI Jahrhunderts, t. V, p. 11. 



COUP D (EIL RETROSPECTIF 



67 



accorda la declaration du 31 mars 1556 qu il s engagea a 
faire accepter des eveques et a rendre generale J . 

Cette ordonnance,qu elaborerent probablement des Ih6o- 
logiens retors, couvrait le due tout en satisfaisant les Etats. 
Albert d6clarait qu il n avait aucun pouvoir pour faire 
quelque concession religieuse; mais qu il ne frapperait 
d aucune peine civile 2 ceux qui communieraient sous les 
deux especes ou qui useraient de viande les jours prohib6s; 
les pretres, dans 1 administration de 1 Eucharistie, agi- 
raiont selon leur conscience et personne ne devrait les 
violenter pour obtenir d eux le calice ; la vente publique 
de la viande restait defendue, les jours de jeune et d absti- 
nence 3 . 

La declaration resta leltre morte. Pour qu elle fiit appli- 
que, il aurait fallu le consontement des 6veques; or ceux- 
ci repondirent au due par des faux-fuyants qui 6quivalaient 
a un refus: selon les uns, ces questions n etaient pas de 
leur competence, et ils devaient en referer au mtropo- 
litain 4 ; selon les autres, il fallait en deliberer avec le 
chapitre 5 . Comme r^sullat, les pretres, dans la crainte de 
leurs superieurs ecclesiastiques, n osaient donner la com 
munion sous les deux especes. Les Etats de Landshut de 
1557 s en plaignirent au due : On trouve tres peu de pre- 



L ordonnance 

d Albert du 

31 mars 1556 



n est pas 
appliquee. 



1. Cette declaration resultait done de necessites financieres. Les mo 
tifs politico-ecclesiastiques sout posterieurs. 

Ganisius, dans une lettre a Sclwveicker, secretaire d Albert (25 avril 1556), 
blame -vivement qu on ait fait en Baviere des concessions aux heretiques, 
par trop grand amour de la paix et pour motif d argent. Le temporel, 
s ecrie-t-il, fait oublier le spirituel . Braunsberger, Casinii epistulae, t. I, 
p. 688. Of. Ruepprecht, Herzog Albrecht V und seine Stande ; Goetz, Der 
t Kompromisskatholicismus und Kaiser Maximilian II, dans I Historische 
Zeitschrift de Sybel, nouvelle serie, t. 41 (1896), p. 197, n. 2. 

2. ... Kaines Straf noch Ungnad zu befaren haben sollen. > 

3. La declaration de Io56 est imprimee dans le Landtag im Herzogthum 
liaiern vom Jahre 1557, s. 1., 1803, Appendice, p. iv-xiv. Elle se trouve dans 
un volume de la Bibliotheque de Munich cote Liturg. 388 ; c est le 
5 fascicule in-4. Gf. Aretin, Maximilian I, t, I, p. 80 et suiv. ; "Wimmer, 
Die religiose Zustunde in Bayern, ch. I ; Ranke, Die romische Pcipste, t. II, 
(1836), p. 9. 

4. Reponse de 1 eveque de Passau et de celui d Eichstadt. Reichsarchiv 
de Munich, Bayerische Religionsakten, II (Kirche und Schule, t. 67), fol. 
220, 222. 

5. Reponse de 1 eveque de Freising. Reichsarchiv de Munich, Religions- 
akten, II (Kirche und Schule, t. 67) fol. 218. 



68 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 



Albert insists 

pour qu elle 

le soil. 



Opposition 

du haul clerge 

bavarois. 



Ires qui consentent a la dispenser ; beaucoup de fideles, 
ajoutaient-ils, restent de longues annees priv^s de 1 Eu- 
charistie et meurent blesses dans leur conscience ; le gou- 
vernernent doit obtenir au moins que les Ordinaires tole- 
rent que leurs pretres administrent le calice *. Albert 
promit de negocier avec les eveques pour que les ecclesias- 
ti(jues fusseat libres d accorder la communion selon la de 
claration de 1556. 

En effet, aussitot le Landtag fini.il envoya aux diverses 
cours 6piscopales une ambassade ou se trouvait le chef de 
1 opposition religieuse, Joachim d Orteaburg 2 . Elle 6tait 
chargee de repr6senter aux eveques que Fordonnance du- 
cale de 1556 devait avoir son effet : le due avail promis 
aux Etats de la maintenir; beaucoup de gens se privant de 
la communion et mourant sans sacrement, 1 impiete allait 
envahir le peuple qui se mutinerait centre ses chefs, te"- 
moin la guerre despaysans; il fallait que les eveques tins- 
sent compte de la difficult^ des temps et fissent observer a 
leurs pretres la declaration ducale pour 6viter une de"fec- 
tion plus grande 3 , 

L archeveque Michel de Khiienburg 4 repondit, le 7 Jan 
vier, que 1 affaire etait si importante qu il devait en confe- 
rer avec ses suffragants, convoqus a Salzbourg pour le mois 
de fevrier 5 . La reunion eut lieu en effet 6 , et le 3 fevrier on 

1. Der Landtag im Uerzogthwn\Baiern vom Jahre 1557, s. 1., 1803, p. 20. 

2. Avec lui etaient Wiguleus Hand de Sulzemos, Benedikt Pickhinger 
maitre des coinptes a Munich. Reichsarchiv de Munich Bay. Religionsaklen, 
III, (Kirche und Sckule t. 68), fol. 83. Gf. Wimmer, Die religiosen Zustunde 
in Bayern, ch. I. 

3. Reichsarchiv de Munich. Bay. Religionsaklen, III, (Kirche und Schule, 
t. 68), fol. 83 et sq. ; Kreisarchiv. de Munich. G. R. fasc. 1254, n 1. II 
etait ensuite question de la reforme et de la visile du clerge. Aretin 
a publie une partie de ces instructions (Maximilian /, p. 83 et sq.), et la 
lettre ducale, du 15 fevrier 1558 (ibid., p. 85). 

4. II remplacait a Salzbourg Ernest de Baviere, qui avail resigne son 
eveche le 14 juin 1551, apres que le pape 1 eut presse a diverses reprises 
de recevoir le sacerdoce; Ernest etait marie secretement avec une jeune 
fille de la petite noblesse; il mourut en 1560 dans le cornle de Glalz. Gf. 
sur Michel de Khiienburg, Wolf, Geschichts-Bilder , p. 176 el sq.; et sur 
Ernest de Baviere, Wiedemann, op. cit., II, 333; Paulus dans I Histo- 
risches Jahrbuch, XV, 583. 

5. Reichsarchiv de Munich, Bay. Religionsa/cten, III, (Kirche und Schule, 
t 68), fol. 92. 

6. Les eveques de Freising et de Passau s y firent representer, celui 



COUP D CEIL RETROSPEGTIF 69 

communiquait au due ce qui avail 6t6 decide" : il n apparte- 
nait point aux eveques bavarois de supprimer un usage de 
1 Eglise universelle, observe" durant des siecles, confirm^ 
par le sang de quelques saints, maintenu par les conciles 
de Constance et de Bale; personne ne pouvait de sa propre 
autorit6 apporter quelque changement a 1 administration 
de 1 Eucharistie; il fallait en r6fe"rer au concile ou au pape ; 
le devoir du me tropolitain et de ses suffraganls elait do 
ne rien conc6der sur ce point et meme de s opposer a toute 
innovation ; un acte episcopal contraire aux lois de 1 Eglise 
universelle serait nul; que le due vcuille done ne pas s ir- 
riter si les eveques ne peuvent accepter ni appliquer ses 
instructions; si le pape consent a lol^rer la communion 
sub utraque, ils sont prets a ob6ir; en attendant cette con 
cession pontificate, Albert doit retirer son ordonnance de 
1556, ou la differ er 1 . 

Le cardinal Otto d Augsbourg et Feveque d Eichstaclt, 
Eberhart. re"pondirent, d une fagon analogue, a 1 instruc- 
tion que leur avail communiquee Hundt (14 avril 1558) 2 : 
la communion sous les deux especes n elail pas necessaire 
au salut; si les Elats ne connaissaient pas cette doctrine 
on devait les en instruire; le due craignail quelque soule- 
vemenl ; mais n etait-ce poinl favoriser la dsobeissance el 
1 emeute que de faire, parcrainte, des concessions? 1 expe- 
rience demontrait que le peuple ne se conlenlerail pas du 
calice et de la suppression du jeune; il se laisserait entrai- 
ner a d autres erreurs et hors de 1 unite; pour eux. ils ne 
pouvaienl en quoi que ce soil deroger aux decrels de Cons 
tance et de Bale 3 . 

de Ratisbonne envoya son avis par ecrit. Voir sur ce synode les Bay. 
Religionsaklen, III, deja cites. 

1. Reichsarchiv de Munich, Bayerische Religionsakten, III, (Kirche und 
Schule, t. 68), fol. 105 et suiv. Les ecclesiastiques du diocese de Salz- 
bourg s etaient toujours prononces centre le calice. Gf. Loserth, Die 
Sahburger Provincialsynode vom 1549, p. 285 et suiv. 

2. L ainbassade n ayant pu se rendre de Salzbourg a Augsbourg, a 
cause de la maladie de Joachim d Ortenburg, Wiguleus Hund avait fait 
parvenir au cardinal Otto 1 instruction ducale (1" fevrier 15o8). Celui-ci 
repondit de Dillingen (S fevrier) qu il en confererait au plus tot avec 
Eberharl d Eichstadt, avant d ecrire au due. 

3. Reichsarchiv de Munich, Bay. Religionsakten, t. Ill, (Kirche und Schule, 
t. 68), fol. 123. 



70 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 



Nouvelle 
insistance 

d A bert. 



Ces reponses des eveques n <Haient autre chose qu un re- 
fus calegorique *. Albert s en montra fort vexe : les eve 
ques voulaient lui faire relirer sa declaration ; or celle-ci 
ne fait que tolerer un ancien usage de 1 Eglise ; elle re 
pose sur des raisons solides et doit etre appliquee; si la 
concession reguliere du calice depend du pape ou d un 
concile, los eveques auraient moins charge leur conscience 
en la supportant qu en fermant les yeux sur les desordres 
du clerge, sur les sectes et les doctrines qui infestent 
leurs dioceses. Le due terrninait en montrant que par la 
douceur on ramenerait peu a peu les utraquistes a 1 umte, 
et en exprimant Pespoir que les eveques prendraient plus 
au serieux ses demandes. II insistait aussi sur la necessite 
d une visile pour le clerge et declarait que, en cas de re- 
fus, il saurait agir en prince souverain 2 . 

1. Quant & la visile du clerge, ils avaient repondu qu on devait la faire 
pour 1 Allemagne entiere: ce qui equivalait a une fin de nou recevoir, 
puisqu une reforme generale etait impossible, dans les circonstanees 
actuelles. 

2. Gette lettre d Albert, adressde A 1 archeveque de Salzbourg, aux 
eveques de Freising, Ratisbonne et Passau, est du 16 fevrier 1558. Reichs- 
archiv de Munich, Religionsakten, III, (Kirche und Schule, t. 68), fol. 114, 
en allemand. Voici la traduction de celle a 1 archeveque: Nous avons 
rec.u de Votre Grace par nos envoyes sa reponse ecrite au sujet de notre 
declaration et de la visile ecclesiastique; c est un refus, si nous la com- 
prenons bien, de nos deux demandes, tout comme si nous n avions pas 
renouvele notre ordonnance. Votre Grace sail bien que nous n avons 
jamais eu 1 idee, avec la grace de Dieu, d empecher 1 usage de la commu 
nion sub una ou d en d6 tourner qui que ce soil. Notre ordonnance n a pas 
d autre but que de laisser administrer la communion siib utraque par les 
pretres en exercice, conformement a 1 ancienne figlise aposlolique, sans 
contrainte, sans le moindre mouvement revoliitionnaire. Nous avons eu 
pour cela de graves et fortes raisons, comme Votre Grace a pu 1 ap- 
prendre de nos envoyes. Aussi ne pouvions-nous prevoir que Votre 
Grace, a moins d un decret de Sa Saintete ou de quelque concile gene 
ral, se refuserait a cela; nous n aurions jamais cru convenable en effet de 
conceder par nous-meme quelque chose en pareille matiere. Vous auriez 
beaucoup moins charge votre conscience episcopate en suivant notre 
ordonnance sur ce point qu en tolerant jusqu ici (comme vous le dites 
vous-meme en votre lettre) beaucoup de sectes et de doctrines, nombre 
de pretres indisciplines et devoyes, en votre diocese et ses dependances, 
sans les reprimer veritablement ; car ceci a cause Fegarement et la perte 
de beaucoup de consciences et d ames chretiennes. Cette tolerance existe 
encore en beaucoup d endroits. G esl pourquoi notre fidele Landtag a 
supplie et supplie Votre Grace de detruire et d extirper cette abomina 
tion, que jusqu ici nous avons poursuivie et chatiee avec tout le zele 
possible. Nous sommes sur que, si Votre Grace avail juge les ehoses jus- 
qu a maintenant avec le serieux desirable, les erreurs n auraient pas 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 71 

Les e"veques r^pliquerent, le 22 mars, que pour la question 
du calice ils etaient absolument incompetents; si les sec- 
taires pullulaient et n 6taient plus chaties, c e"tait qu ils ne 
re"pondaient pas a la citation et se couvraient de 1 ordon- 
nance de 1556 i ; eux consentaient a une visile de doctrine 

pris, dans son eveche et notre duche, le developpement qui malheureu- 
sement frappe nos yeux. Nous voulons encore nous consoler par 1 es- 
poir que Votre Grace desormais envisagera serieusement les choses et 
surtout veillera a deraciner et a empecher les graves heresies qui se 
sont si solidement implantees chez nous. De cette fa^on le clerge serait 
remis dans 1 ordre et plus surveille. Nous esperons alors que la cons 
cience de ceux que la communion sub utraque maintenait egare sera 
plus aisement instruite et ramenee a Fusage commun de 1 Eglise catho- 
lique, et qu ils reviendront, avec le temps, & 1 unitS de 1 Eglise. 

Quant a la derniere partie de la reponse de Votre Grace : que vous 
ne voulez, pour la visite et la reforme si necessaires, ne rien faire de 
plus que ce qui a 6te d abord etabli par notre declaration, cela nous a 
surpris et paru quelque peu etrange pour un representant de 1 Eglise, 
pour un chef de pasteurs qui ont charge d ames. Comment avec les seu- 
les ordonnances anciennes, pourrait-on faire une oeuvre si salutaire et 
si utile, sans laquelle nos sujets abandonnent notre antique et vraie 
croyance chretienne, se laissant entrainer en toutes sortes d heresies? II 
ne s agit pas seulement de savoir si nos sujets resolvent la communion 
sous les deux especes, pour d urgentes raisons et pendant la messe, si 
les pretres la leur donnent en ces conditions, mais encore si ceux-ci ne 
vont pas plus loin et ont bien une doctrine conforme a la doctrine ca- 
tholique. Votre Grace sait en effet que, pour une vraie et perse verante 
reforme, le plus necessaire est toujours de prevenir 1 erreur qui seduit 
en nuisant, afin de couper la racine de toute doctrine malsaine et d y 
remedier radicalement. Mais d ou vient cette seduction? Uniquement de 
la vie honteuse du clerge. Et qu est-ce qui incite plus les pretres & in- 
troduire les nouvelles doctrines que leur liaison avec de simples lai cs 
toujours portes aux nouveautes, toujours en qu<He des occasions dange- 
reuses de liberte evangelique, car par 1& ils defendent, excusent et pro- 
pagent leur maniere de vivre non sacerdotale. Oui, rien ne fait plus de 
tort aux pretres encore catholiques que leur vie peii sacerdotale, qui 
donne pretexte aux laiics de douter, de mepriser la saine doctrine qu ils 
enseignent. C est pourquoi Votre Grace ne doit point se servir de notre 
ordonnance pour abandonner une osuvre si sainte ; mais Elle doit se 
sentir poussee par les devoirs de sa charge archiepiscopale ; nous le lui 
demandons amicalement. Votre Grace voudra bien aussitot que possible 
faire entreprendre la visite d accord avec nous, car chez nos voisins les 
sectes nuisibles sont plus menaganteset il faut faire face a la necessite. 
En outre nous vous prions, comme souverain du pays, de tout faire 
pour la destruction des erreurs et 1 extirpation de vices honteux et ma- 
nifestes, afin que soil de nouveau implantee la doctrine catholique et 
que la conduite du clerge et des lai cs redevienne chretienne. Au cas ou 
Votre Grace (ce que nous ne pensons pas) refuserait cette fois encore les 
reformes necessaires nous devrions nous 1 en charger nous-meme et agir 
selon notre conscience, en quality de prince souverain. 

1. Le due cependant ne permettait pas que Ton outrepassat ses con 
cessions. Ainsi, en 15S6, certains pretres de Braunau furent cites a Mu 
nich pour avoir communie les fideles sub utraque, d une maniere non con- 
forme a son ordonnance. Ils durent signer un ecrit ou ils se reconnais- 



72 COUP D GEIL RETROSPECTIF 

qui serait faite pour les laics comrne pour les eccl^siasti- 
ques; une visile sur les moeurs du clerg6 aurait pour con 
sequence la fuite d un grand nombre de pretres et la ces 
sation du service divin en maints endroits . Le due vit 
dans cette reponse un prelexte ad nihil agendum 2 , et Si 
mon Eck le desir mal dissimu!6 de rejeter sur le prince la 
faute de tout le mal 3 . 

Les n^gociations d Albert avec les 6veques au sujet du 
S dtcaief S calice echouerent done 4 . S il obtint une visile du clergS 
(1558) 5 , il ne put faire quo son ordonnance de 1556 fut ap- 

saient coupables et ou ils s engageaient par serment a observer 1 edit 
de 155G.(Ret c/isarc/tt u de Munich, Bay. Religionsaklen.H, [Kirche und Schule, 
t. 67], fol. 217). En 1560, le bailli d Aibling fait une enquete sur le cure 
de Prug (Bruck. du doyenne d Ebersberg), qui donne la communion sub 
utraque en dehors de la messe (Reichsarchiv de Munich, Bay. Religionsakten, 
III, fol. 118 [Kirche und Schule, 63]. Gf. lettre ducale au vidame de 
Landshut, 29 juillet 1358. Ibid., Hochslift Freising III C/I, 204, n 53, 

1. La lettre est signee de 1 archeveque de Salzbourg, des eveques de 
Freising, Ratisbonne et Passau. Reichsarchiv de Munich, Religionsakten, 
II, (Kirche und Schule, t. 61), fol. 8. 

2. Remarque d Albert & Simon Eck, en lui envoyant la lettre des eve 
ques, le 4 avril 1558. Reichsarchiv de Munich. Bay. Religionsakten, III, (Kir 
che und Schule, t. 68), fol. 8. 

3. Reponse de Simon Eck au due, 21 avril 1558. Reichsarchiv de Munich, 
Bay. Religionsakten, III, (Kirche und Schule, t. 68), fol. 136. 

4. Hosius traduit ainsi 1 echec de ces negociations et le non accomplis- 
sement des promesses d Albert : Promisit (dux Bavariae), sed postea- 
quam in conferendam pecuniam subditi consenserunt quam ab illis 
postulabat, dixit se velle videre quis primus inciperet vel e calice laicus 
bibere vel uxorem sacerdos ducere. Hosius a Borromee, 9-12 aout 1560. 
Stheinherz, Nuntiaturberichte, I, 88. 

5. Le 19 juin on se reunit a Salzbourg pour deliberer sur la visite et fixer 
les principaux points d enquete et d examen. II y en avait 24 circa doc- 
trinam, 44 circa ritum, 15 circa honestatem vitae ; suivaient quelques ques 
tions sur 1 etat religieux du pays et 1 enseignement dans les ecoles. Al 
bert envoya a cette assemblee le chancelier Simon Eck, son secretaire 
H. Scheicker, 1 abbe Joachim de Steingaden, Hans Zenger vidame de 
Landshut. (Leurs instructions pour 1 archeveque de Salbourg, 14 juin 
1558, se trouvent au Reichsarchiv de Munich, Erzstift Salzburg, n 256, 
anciennement 133, fol. 80-98, min., ainsi que les reflexions des represen- 
tants d Albert sur la reponse de 1 archeveque a ces instructions, fol. 86- 
92, 93-98, min.). La visite que Guillaume IV avait tant desiree, se fit 
a la fin de 1558, pour les dioceses qui relevaient de Salzbourg. Pour 
ceux d Augsbourg et d Eichstadt, on ne sail rien. Dans chaque diocese, 
il y eut une commission composee de membres nommes en partie 6gale 
par le due et par 1 eveque, et qui avaient plein pouvoir. (Leurs noms se 
trouvent dans Knopfler Die Kelchbewegung in Bayern. p. 45, n. 1). Sugen- 
heim a publie les actes de cette visite dans^le tome I de Baierns- Kirchen 
und Volkszustcinde seit dem Anfange des XVI bis Ende des XVIII Jahrhun- 
derts, Giessen 184-2. Gf. Riezler, Geschichte Bayerns, t. IV, p. 508 et suiv. ; 
Knopfler, op. cit., p. 42 et suiv. 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 73 

pliqu6e. Dans sa reponse aux eveques il ne parle de la com 
munion quepour se justificr; mais il insistesur la Kirchen- 
visitation : qu irnporte quo les mauvais pretres fuient dans 
les dioceses voisins, si par leur vie scandaleuse ils font plus 
de mal que de bien; a leur place viendront de bons pretres, 
attire s d ailleurs par la discipline et les bonnes moeurs . 

1. Albert a 1 archeveque de Salzbourg, 29 avril 1558. Reichsarchiv de 
Munich, Bay.Religionsakten, t. Ill, (Kirche und Schule, t. 68), fol. 128. Le 
due disait entre autres choses : Vous ne niez pas que vous tolerez 
dans votre diocese des sectes et des doctrines mauvaises, comme celle 
sur la communion utraquiste, pretendant que pres de ceux sur les- 
quels vous avez pouvoir d obeissance, tout ce qui est secte ou erreur 
est banni, mais que, pour les autres qui ne vous sont pas soumis, vous 
ne voulez point les provoquer, que vous ne pourriez ni les chatier, ni 
exercer votre charge; vous vous jugez excusable pour ce motif, esti- 
mant que la faute retombe sur ceux qui sont cause d un tel empe che- 
ment... Nous ne pouvons vous cacher.au sujet de la communion sub utra- 
que^que noire desir n etait point contre Dieu et que, si vous aviez bien 
considere nos ordonnances, surtout la derniere, vous n auriez nulle- 
ment trouve que nous conseillions a Votre Grace d accorder la commu 
nion sous les deux especes, de meme que de notre cote nous ne 1 avons 
point concedee, jugeant, en prince catholique, qu une telle concession 
n est ni en notre pouvoir, ni au votre. Mais ayant remarque que beau- 
coup de pretres, dans notre duche, ont 1 audace d administrer la dite 
communion, et notre Landtag nous harcelant tellement sur ce point, 
nous avons craint un soulevement, une revolution et un grand abandon 
de la religion chretienne; il nous fallut abolir la communion utraquiste 
en un endroit par des voies de fait, des chatiments, et donner 1 avis et 
le conseil Votre Grace d agir de son cote contre les pretres tombes dans 
la meme faute, selon le devoir de sa charge episcopale et de vouloir bien 
user de la puissance que lui confere sa dignite contre les autres erreurs 
a cause du danger des temps, de la paix et de la tranquillite generale, 
surtout a cause de notre sainte religion chretienne, et afin de n etre 
pas reprehensible devant Dieu et les superieurs ecclesiastiques. Que 
Votre Grace veuille reconnaitre en cela nos bons sentiments. Si nous 
avons dit, dans notre derniere lettre, que Votre grace tolere beaucoup de 
sectes scandaleuses en son diocese sans une veritable repression, c est 
que Votre Grace, dans sa reponse, a elle-meme parle des nombreuses he 
resies qui se sont divisees est se divisent encore plus avec le temps, au 
sujet du seul article de 1 Eucharistie. Je ne parle pas des pretres qui en 
grand nombre non seulement abandonnent la messe, mais aussi la blas- 
phement, qui rejettent ou profanent les sacrements de 1 liglise, en mesu- 
sent et nient les ceremonies ecclesiastiques (ce qui a eu lieu avant et 
apres notre ordonnance, en plusieurs endroit de notre duche). Ge mal, 
avec la grace de Dieu, aurait pu etre en grande partie empeche, si Votre 
Grace avait fait moins d opposition, si elle avait pris plus de soin du 
clerge et 1 avait maintenu dans Fobeissance (ce dont nous vous avons 
averti en vain). Dans plus d un lieu de notre duche, nous avons eu 
recours a Fexil, a la confiscation et autres peines, comme Votre Grace a 
re?u 1 avis. Que Ton n ait pas soumis a 1 obeissance les pretres de notre 
principaute, qu ils ne veulent pas paraitre aux citations, qu ils se re- 
commandent de notre protection etc., nous ne savons rien de tout cela ; 
mais, si semblables choses arrivent chez nous, c est assurement contre 



74 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

La visile de 1558 montra que dans les pays voisins de 
I Autriche, du Palatinat et du diocese de Salzbourg la corn- 

*~* 



nos ordres et notre declaration souvent citee. Votre Grace doit ee 
souvenir que tout ce que nous voulions entreprendre, Elle ne 1 a pas 
approuve. Comment nous faire un tel reproche, alors que les pretres 
qui prechent d une facon scandaleuse, enseignent 1 erreur et le men- 
songe dans notre duche ; nous les aurions fait jeter en prison, sans le 
de^sir contraire et des motifs personnels de Votre Grace?... 

Quand a 1 autre point, comme nous tenons beaucoup a la -visile et 
que nous voulons peut-6tre la-dessus ceder au desir des deux Etats se- 
culiers de notre Landtag, que Votre Grace veuille bien faire la visite du 
clerge en ce qui concerne la doctrine et les mceura qui scandalisent tout 
lai c ; nous protestons contre votre omission de cet article de notre or- 
donnance; veuillez reformer, selon votre devoir d areheveque, tout ce qui 
est contre les lois de 1 Eglise chretienne. Nous esperons que vous exau- 
cerez semblable demande... Nous avons dit a Votre Grace par nos de- 
legue s quelles 6taient les vues que nous avons souvent exposees a notre 
Landtag et ce que nous demandions de Votre Grace pour une visite et 
r^forme vraiment chretiennes... Nous avons ete saisi d une extreme com 
passion pour la grande division qui s est produite dans le catholicisme, 
pour le mepris de 1 honneur et du service de Dieu, de toutes les ordon- 
nances eccle siastiques et chretiennes, de la discipline, consequence 
des predications erronnees de certains pretres et de leur vie scandaleuse. 
G est pourquoi, dans notre principaute, I homme du peuple est tombe 
dans une vie si legere que bientot le peche ne sera plus estim6 tel, et que 
tous les vices se developperont. Nous avons 6galement pense que la re 1 - 
bellion et d autres dangers nous menacent, sans parler du chatiment de 
Dieu. Aussi une visite et une reforme chretienne sont-elles absolument 
necessaires, et ne sauraient etre davantage differees, si nous ne voulons 
voir triompher I impiet^ et le paganisme. Nous n avons pas 1 inten- 
tion d attendre pour cela les autres pays, car nous constatons qu avec 
de semblables delais, les mechants sont confirme s dans leur erreur et 
les bons deviennent plus timides, avant de faire defection eux aussi; 
notre duche 1 court risque, malgr6 notre volonte, de se pervertir tout en- 
tier, grace aux fausses doctrines, au mepris des pvetres pour leur charge, 
et a leur vie non sacerdotale. Quant a la crainte manifestee par Votre 
Grace que la reforme chasserait les pretres en d autres pays, nous ne 
craignons pas cela des bons ; pour les mauvais, dont la doctrine et la vie 
causent le scandale, le mauvais exemple, la d6sobeissance, nous pr6fe- 
rons les voir sortir de notre principaut^ plut6t que de les y tol^rer. En 
outre, si la reforme produit son veritable effet, non seulement les bons 
pretres resteront dans le duche, mais ceux qui n en sont pas y viendront, 
de sorte que Dieu accordera sa grace pour que, par la vie pure et sainte 
des pretres et leur vie sacerdotale, le commun peuple soit facilement ra- 
mene a 1 Eglise calholique et a une vie pleine de la crainte de Dieu. En 
nos temps malheureux, cette visite et cette reforrne sont tellcment neces 
saires que 1 on ne peut autrement eviter une plus grande defection dans 
1 Eglise catholique, et qu il n est point d autre remede. Nous souhai- 
tons vivement que Votre Grace, comme le principal pasteur de notre du 
che, ne differe pas, selon son devoir episcopal, de prendre en main cette 
reforme, sans nouveau subterfuge. Qu Elle nous avertisse du jour qui lui 
convient; nous lui enverrons nos representants, leur donnant des ordres 
pour s entendre avec Votre Grace sur les moyens, le temps et le reste. 
Nous ne doutons pas de recevoir une bonne reponse a cette lettre >. 



COUP D CEIL RETROSPECTIF 75 

munion sub utraque etait Lout a fait en usage { . A Schar- 
ding sur 1.500 communiants tous sont utraquistes; a Brau- 
nausur2.400,la moitie ; aRied sur 1.200, cent; a Straubing 
sur 5.000, la majorite 2 ; a Vilshofen sur 750 communiants 
beaucoup demandent le calice, mais personne ne le leur 
donne 3 . A Munich merne, avail pe netre le rite nouvoau : 
le doyen de Notre-Damo affirme quo sur 5.000 communiants 
beaucoup rticlament la communion sous les deux especes 4 . 
Plus d un fuit dans les pays limitrophes, comme le Wur- 
temberg, pour satisfaire sa conscience 5 . II est memo des 
abbes qui jugent quo Ton ne saurait davantage refuser le 
calice 6 . 

Ainsi en Baviere, comme en Boheme et en Autriche, le La question 
calice e"tait devenu au milieu du xvi e si6cle une question 
tres grave. L Allemagne enliere le re"clamait. Introduit et 
propage" par les ides nouvelles, pratique" par des groupes 
nombreux de population, reclame" par les Etats se"culiers, 
il s impose aux souverains catholiques qui le doivent tole- 



1. En beaucoup d endroits, c est principalement le maitre d ecole qui 
fait des adeptes a la communion utraquiste. 

2. Westenrieder, Kalender Bayerisch-historischer, 1801, p. 215. 

3. Apres la suppression du calice, les habitants de Vilshofen seront 
encore recalcitrants. Voir 1 Appendice. 

4. Knopfler op. cit., p. 64. On repandit aussi le bruit que les Jesuites ad- 
ministraient le calice au peuple; le clerge bavarois tres jaloux d eux les 
en accusa dans la visite de 1558 ; et quelques annees plus tard Ferdinand 
s appuyait sur cet exemple pour demander a Hosius le calice en fa,veur 
de son fils Maximilien (Steinherz, Nuntiaturberichte, I, 94). Riezler (Ges- 
chichte Bayerns p. 507) et Knopfler (Die Kelchbewegung in Bayern p. 04) ont 
cru qu en effet les Jesuites communiaient le peuple sous les deux espe 
ces. Ganisius, dans sa relation de 1S63, donne la raison de cette me- 
prise : Les Josuites, pour plus de securite, mettaient les hosties con- 
sacrees dans un calice, au lieu de les conserver sur une patene, comme 
faisaient les Allemands : leurs adversaires prirent pretexte de cette 
apparence pour dire qu ils distribuaient le calice aux fideles. (Braun- 
sberger, Canisii epistulae, t. II, p. 870. Gf. ibid, p. 877.) 

5. Sepp, Religionsgeschichte von Oberbayern in der Heidenzeit, Periode der 
Reformation und Epoche der Klosteraufhebuny, Munich, 1895, p. 135, 166 ; 
Gustav Bossert, Kaspar Esterer, dans les Beitriige zur bayerischen Kirchen- 
qeschichte de Kolde, t. II, |>. 97 et suiv. ; du meme Eini je Opfer der Kelch- 
bewegung in Herzogtum Bayern, ibid., t. IV, p. 1-15. 

6. Tel celui de 1 abbaye de Weihenstefan, lor? de la visite de 1560. 
Reischarchiv de Munich, Hochstift Freising, n 138, fol. 2. 

Sur le mouvement utraquiste de 1555 & 1562 et les efforts d Albert pour 
le repriiner, voir Knopfler, op. cit., p. 65-70. Cf. sur la visite de 1558, 
ibid., p. 42 et suiv. 



76 COUP D CEIL RETROSPECTIF 

rer. Ceux-ci toutefois voudraient satisfaire leur peuple, tout 
en restant fils soumis de 1 Eglise; de la leurs n^gocialions 
nombreuses avec le pape ou avec le concile pour obtenir 
une concession qui retiendra dans la religion calholique 
les faibles ou les hesitants, et y ramenera les 6gares . 
Ce sont ces n6goeiations aussi complexes quo peu connues 
que nous allons tudier. 



1. Paroles d Albert de Baviere dans ses instructions a Schweicker. 
Historisches Jahrbuch, t. XIII, p. 153. 



CHAPITRE II 

LES DEUX PARTIS GATHOLIQUES REFORMATEUKS 

SOUS PIE IV. 



Le parti modere ou de la conciliation : Ferdinand I, Maximi- 
lien II, Albert V de Baviere, Pie IV. Le parti intran- 
sigeant : Philippe II, les Jesuites, la majorite du sacre- 
college. 



Pour mieux comprendre les negociations qui furent en- 
gagees au sujet du calice et pour en saisir 1 esprit, il con- 
vient de connaitre les tendances diverses des principaux 
partis catholiques du temps. Ces partis sentaient la neces- 
site d une r6forme dans 1 Eglise et ils la voulaient. Mais 
leurs moyens etaient tres differents. Les uns, revant tou- 
jours de refaire I unit6 de foi ancienne. esp6raient un rap 
prochement et s efforgaient de jeter un pont entre le catho- 
licisme et la Reforme ; les autres voulaient rompre ce 
pont : se resignant a 1 unite perdue, ils n admettaient aucun 
pacte, aucun compromis avec I h6resie. 

On ne saurait juger cette 6poque avec nos id^es moder- Les 
nes, avec 1 experience que nous ont apporte e les siecles. Le 
fosse qui separe les deux religions et que nous estimons 
aujourd liui infranchissable ne semblait pas alors si diffi- 

1. L eveque Nausea ecrit, a propos de colloques prives avec Melanchton 
et Bucer : Deus est mihi testis me nihil ardentius velhementiusque 
quam Ecclesiae pacem et tranquillitatem optare desiderareque . Nau 
sea au cardinal Marius Grimani, 11 avril 1541, dans la Zeitschrift fur 
die Kirchengeschichte, t. XX, p. 537. 



78 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

cilo a combler. Beaucoup de gens e claire s et sinceres 
croyaient, au milieu du xvi e siecle et plus tard encore, a la 
possibilite d une entente entre catholiques et lutberiens ; 
ils ne pensaient pas la rupture definitive, et ils cher- 
chaient par les colloques et les reunions de toute sorte un 
modum vivendi. Me"lanchlon avail reve 1 accord J . Et Fabri, 
Teveque de Vienne, s ecriait quelques ann6es plus tard a 
1 annonce d une fausse nouvelle: Quelle joie plus grande 
pouvais-je ressentir I Lutber et les siens sont revenus 
a 1 Eglise et au Siege Apostolique 2 . Pour lui, c e- 

1. Dans sa confession d Augsbourg, il s etait efforce de repousser toute 
exageralion, d adoucir les idees nouvelles, de dissimuler, sous 1 onction 
de la forme, les dissidences ineluctables. Le 25 juin 1530, on lut la con 
fession en presence de la Diete d Augsbourg. Les adversaires furent en 
quelque sorte etonnes de se constater moius separes qu ils le pensaient ; 
et Charles-Quint crut plus que jamais a une entente. Of. Wolf, Deutsche 
Geschichte im Zeitalter der Gegenre formation, 1899, t. I, p. 686 et suiv. 

Melanchton n aurait pas ait, comme Luther en 1526, que, si le concile 
accordait le calice, on devrait par protestation le refuser et communier 
sous une espece. Voir plus haut, p. 31, n. 2. Gf. Spittler, op. cit., p. 77; 
Grisar, J. Lainez disputationes Tridentinae, Innsbruck, 1886, t. II, p. 16*. 

2. Fabri a Morone, Wiener Neustadt, 20 decembre 1540, Lettre publiee 
par Friedensburg dans la Zeilschrift fur die Kirchengeschichte, t. XX, p. 256. 

Jean Heigerlin de Leutkirch (1478-1541), surnomme Fabri ou Faber 
d apres le metier de son pere, etudia la theologie a Tubingen et a Fri- 
bourg ou il fnt recu docteur. II devint official de Bale, vicaire general 
de Constance (1518-1523), coadjuteur et eveque de Wiener-Neustadt (1530). 
II avail ete 1 ami de Zwingle, Urbain Rhegius et autres coryphees de la 
Reforme ; en 1520, il rompit avec eux. Fabri assista au Reichstag de 
Spire (1529), aux negociations d Augsbourg 1530, a la reunion d Hague- 
nau (1540); et il mourut le 21 mai 1541. 

Disciple enthousiaste d Erasme, il salua avec joie les debuts de Lu 
ther; mais les mouvements revolutionnaires de la Reforme ne tarderent 
pas a 1 en eloigner. La lutte irnpitoyable de Wittenberg centre la pa- 
paute eveilla en lui 1 amour et la fidelite pour 1 Eglise, sentiments qui 
pousserent en son ame des racines de plus en plus profondes. Quand la 
revolution religieuse atteignit Constance et que les predicants lutheriens 
annoncerent d une facon toujours plus nette et plus cassante le nouvel 
evangile, Fabri quitta sa ville episcopale et entra au service de 1 archi- 
duc Ferdinand d Autriche, le futur empereur, dont il devint conseiller 
(septembre 1523). II continua toutefois a rester en relation avec les ma 
gistrals municipaux de Constance, bien qu ils favorisassent la Reforme; 
il leur ecrivit ; el ceux-ci connaissaient trop la haule situation de Fabri 
aupres de 1 archiduc, pour ne poinl desirer avec lui les meilleurs rap 
ports. (Cf. I. Staub, Fabris Korrespondenz mil dem Rate von Konstanz 1524- 
1525, dans Buschbell, Doelle, op. cit., p. 75-94). -- Depuis son ouvrage 
centre Luther, imprime a Rome en 1522 : Opus adversus quaedam dogmata 
Lutheri, les ecrits polemiques de 1 eveque se succederent, menant contre 
la Reforme une lutte aussi vive que continue (De potestate papae contra 
Lulherum ; Propugnaculum Ecclesiae ; Responsa duo de antilogiis Lutheri et 
de sacramentis, Scripturisque ; Defensio fidei catholicae adversus Pacimonla- 



SOUS PIE IV 79 

tail le r^sultat attendu de tant d essais de concorde . 

Au debut du lulheVanisme, la masse des Allemands re- au 
jette 1 idee d une separation permanente entre le protes- 
tantisme et 1 ancienne Eglise. On ne voulait pas croire 
qu il y aurait a 1 avenir, dans I empire, deux religions 
diff^rentes, oppos6es 1 une a 1 autre, ennemies irrconci- 
liables. Aussi, dans toutes les Dietes, dans tous les collo- 
ques religieux. part-on du principe : que les adherents de 
la doctrine lutherienne et ceux de 1 ancienne sont membres 
d une seule Eglise universelle, que par consequent une 
conciliation entre eux est possible, qu on flnira par s en- 
tendre, et que 1 unite du culte religieux peut et doit etre 
retabli. Theologiens catholiques et lutheriens travaillent en 
toute bonne foi et sincerite a cette reconciliation; et long- 
ternps dureront leurs efforts. A la Diete d Augsbourg 
de 1530, 1 accord semble sur le point de se faire : il est 
meme conclu, au colloque de Ratisbonne (1541), entre theo- 
logiens catholiques et protestants sur les points les plus 
debatlus de la justification, de la foi et du salut; le legal 
pontifical, Contarini, 1 accepte; mais le pape ne ratifia pas 
ce qu avait consenti son legal 2 . 

Durant le xvi e siecle, nombre d esprits 6claires esperent 

num. [parallele-entre Luther et G. Hus]). Un recueil de ses petits ecrits 
polemiques fut publiee par Gochlaeus en 1537. Ses ceuvres imprimees a 
Cologne de 1537 a 1541 contiennent surtout des homelies. 

Sur Fabri voirEcliard et Quetif, Scriptores Ordinis Pmedicatorum, Paris 
1719-1721, t. II, p. Ill et suiv. ; Touron, Histoire des homines illustres, de 
I ordre de Saint-Dominique, Paris, 1743-1749, t. IV, p. 66; Kink, Geschichte 
der kaiserlichen Universitut zu Wlen, Vietine, 1854, t. I, p. 243 et suiv. ; 
Horawitz, J. Heigerting sog. Faber, Bishof von Wien, bis zum Regensburger 
Convent, Vienne, 1884 ; Janssen Pastor, op. cit., t. VII, p. 580 sqq., 620. 

1. t Adeo ut nulla opus sit disputatio vel ullius concordande religionis 
et fldei labor nobis posthac supersit. Lettre citee du 20 decembre 1340. 

Durant meme la deuxieme reunion du concile de Trente (1551), beau- 
coup de catholiques serieux acceptaient en Allemagne 1 idee de reunir un 
concile avec les principaux chefs protestants pro communi bono pacis j, 
ou 1 on delibererait sur ce qui avait ete ou non defini a Trente. (Leltre 
de Nausea a Ferdinand, 9 decembre 1551. Zeitschrift fiir Kirchengesch. 
t. XXI. p. 587). Gf. Pastor, Geschichte der Papste, t. VI, p. 64 sqq , S6 sqq. 

2. Gf. Th. Kolde, Uber einem Romischen Reunionsversuch, 1531, dars 
Zeitschrift fur Kirchengeschichte, t. XVII ; Th. Brieger ; G. Contarini und 
das Regensburger Konkordienwer/c, 1541, Gotha, 1870 ; P. Vetter, Die Reli- 
gionsverhandlungen auf dem Reichstage zu Regensburg, Dissertation, Leipzig, 
1889; L. Gardauns, Zur Geschichle der hirchlichen Unions und Reformbestre- 
bungen von 1532 bis 1542, Rome, 1910. 



80 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

et tentent un rapprochement entre les deux doctrines ad- 
verses . Tels Cassander 2 , Witzel 3 , Staphylus 4 , le Jesuite 
Adam Contzen 5 , le margrave Jacques III de Bade 6 . Et 
bien que plus tard s opere un changement dans les idees, 
que catholiques et protestants cessent de croire au reta- 
au xvu e siecie, blissement de-jl unite religieuse et de la rechercher 7 , il en 
est qui la croient possible encore. En 1601, les Jesuites 
Gretser et Tanner ont, a Ratisbonne, un colloque avec 
Hunnius et Heilbronncr 8 ; leurs confreres J. Dez 9 , Scheff- 
macher 10 et J. Masen n , meme apres le jubile de la ReTorme 
assez outrageux pour les catholiques (1617), continuent a 
poursuivre I oauvre d union, ainsi que l e"veque d Erfurt, 
B. Nihus 12 , et 1 archeveque de Mayence J. Ph. von Schon- 

1. Cf. Werner, Geschichte der apologelischen und polemischen Literatur 
der christlichen Theologie, t. IV (Schaffouse, 1865), p. 579 et suiv.; Hering, 
Geschichte der Unionsbestrebunqen seit der Reform, Leipzig, 1836 et suiv. 
2 vol. ; Neudecker, Die Hauptversuche zur Pazifikation der evangel-protest. 
Kirchen Deulschlands, Leipzig, 1846 ; Pastor, Die kirchlichen Reunionsbes- 
trebungen wahrend der Regierung Karls V, Fribourg-en-Brisgau, 1879. 

2. Voir plus loin, p. 96 et suiv. 

3. Voir plus loin, p. 92 et suiv. 

4. Voir plus loin, p. 128 et suiv. 

5. II ecrivit dans ce but ses De pace Germaniae libri duo, prior de falsa, 
alter de vera pace, Mayence, 1616, et ses Polilicorum libri X ad Ferdinan- 
dum II, Mayence, 1621, 1629. Sur lui voir K. Brischar, P. Adam Contzen 
S. J., Wurzbourg, 1879. 

6. Avant et apres sa conversion, il tint deux colloques entre catholi 
ques et protestants, 1 un a Bade (1589) et 1 autre a Emmindingen. Gf. Des 
Marligrafen la/cob zu Baden und Hochberg wohlfundierte Motive, warwn er von 
der luther. zur kathol. Religion iibergangen ist, Cologne, 1591. 

7. Les luthoriens etablissent alors une sorte de code theologique dit 
Concordium (Koncordienformel de 1577), qui s ecarte beaucoup de la Con 
fession d Augsbourg; et les catholiques ne songent plus a defendre 
1 Eglise que par les armes de la contre-reforme, c est-a-dire par la re 
sistance sans compromis, par le refus de toute transaction, de toute 
concession. 

8. Ada colloquii Ratisbonensis, Munich, 1902. 

9. En 1686, il s efforc.a de demontrer qu il y avail si peu do difference 
essentielle entre la doctrine du concile de Trente et celle de la Confes 
sion d Augsbourg que les protestants pouvaient sans scrupule adopter 
la premiere et revenir a 1 unite. 

10. Sur Scheffmacher (1668-1733), professeur a 1 Universite de Stras 
bourg, voir He Backer, Ribliolheque de la C ie de Jesus, edit., nouvelle de 
Sommervogel, Bruxelles-Paris, t. VII (1896), p. 727 et suiv. 

11. Historien, mort en 1681, qui ecrivit aussi des ceuvres theologico- 
polemistes. 

12. Convert! du protestantisme au catholicisme, il ecrivit pour rame- 
ner a 1 Eglise ses anciens coreligionnaires, son Ars nova, Hildesheim, 
1632 et son Apologeticus pro arte nova contra Andabatam Helmstetensem, Co- 



SOUS PIE IV 81 

born . Dans la seconde moiti6 du xvn e siecle, il est plus 
question que jamais d un rapprochement entre catholiques 
et protestants d Allemagne. L Erapereur Leopold I, les pa- 
pes Innocent XI et Innocent XII y sont favorables ; Tint6ret 
politique des princes allemands, a Tissue de la guerre de 
Trenle ans, les y pousse. Le Franciscain espagnol. Rojas 
de Spinola, confesseur a la cour imp6riale, 6veque de Knin 
(Dalmatie) puis de Wiener-Neustadt (1686-1694), mene les 
negociations avec succes tant pres des villes que des prin 
ces ; a la conference de Hanovre, en 1683 *, Molanus, chef 
religieux de la principaute commc directeur du Consistoire 
et abb6 de Loccum 3 , th^ologien prolestant le plus in 
fluent et le plus en vue de cette epoque, lui fait, conseill6 
d ailleurs par Leibniz 4 , des concessions semble-t-il, capa- 
bles, d effectuer 1 union 5 . Bossuet, lequel en 1671 avait 6crit 



logne, 1640. II discuta en plusieurs ecrits les problemes dogmatiques 
avec G. Galixt, Konracl Hornejus, Cornelius, Martini et N. Bedelius. 
Voir sur lui, Koch, Die Erfurter Weihbischofe, dans la Zeltschrlft fur Ihu- 
ringische Geschichte, t. IV (1865), p. 104-109 ; Ratz, Die Convertiten seit der 
Reform, Fribourg-en-Brisgau, 1866-1880, t. V, p. 97-103, 

1. II flit archeveque de 1647 & 1673. Voir sur lui, Guhrauer, Kurmainz 
in der Epoche von 1672, Hambourg, 1839; Pribram, Churwahl Leopolds I, 
dans I Archiv fur historische Commission der Provins Sachsen, 1887. 

2. Spinola etait deja venu a Hanovre en 1676, et s etait entretenu avec 
le due Jean Frederic et des theologiens protestants. 

3. Apres la conversion au lutheranisme de son dernier abbe catholi- 
que, Jean VII (1S91-1596), 1 abbaye cistercienne de Loccum avait et6 
maintenue en ses droits et coutumes, et son abbe evangelique occupa 
une des situations ecclesiastiques et politiques les plus importantes du 
Hanovro. Of. "Wiedemann, Geschichte der Klosters Loccum, Gottingen, 1822, 
p. 60, 63, 75. Molanus fit voeu de celibat perpetuel ; et a 1 entree de sa 
bibliotheque et de sa collection de medailles estimees 78.000 tbalers, 
il, avait mis cette inscription : Fructus sancti coelibatus . Gf. E. A. 
Dolle, Lebensbeschreibung aller Professorum Theologiae zu Rinfeln, Hano 
vre, 1752, t. II, p. 328 et suiv. 

4. A la conference de 1683, Leibniz, tout en restant a 1 arriere-plan, 
eut une part importante par ses avis toujours ecoutes. II ecrivit plus 
tard, entre 1686 et 1690 un projet d accord doctrinal, son systema theolo- 
gicum, qui est une apologie philosophique du catholicisme et fut publie 
en 1819 seulement. 

5. Ge qu on chercliait avant tout c etait la reunion effective des Egli- 
ses; plus tard un concile oecumenique etablirait 1 accord sur les ques 
tions dogmatiques. Du cote protestant on se montrait dispose a recon- 
naitre le pape chef de FEglise. (Voir les Regulae circa christianorum 
omnium ecclesiasticorum reunionem, [ecrit des theologiens protestants de 
Hanovre, redige probablement par Molanus. On le trouve dans les edi 
tions des ceuvresde Bossuet, edit. Lachat, par exemple, 1826-1866, t. XVII, 
p. 360 et suiv.]). Dans ses Cogitationes privatae [voir plus bas, p. 82, n. 2], 

6 



82 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

pour ceux qui ^talent en dehors de 1 Eglise son Expo 
sition de la foi catholique sur les matieres de contro- 
verse i , favorise ce pieux projet , et entre en relation 
avec Molanus et Leibniz ; avec eux il ^change Merits 2 ou 

Molanus dira : La reunion de 1 Eglise protestante avec 1 Eglise ro- 
maine catholique, non seulement est possible, mais encore recomman- 
dable, par son importance, a tous et a chacun des Chretiens [chap. i]. 
Les protestants accorderont a sa Saintete de le reconnaitre pour le 
premier de tous les eveques, et en ordre et en dignite par le droit eccle- 
siastique, pour souverain patriarche, et en particulier pour le patriarche 
d Occident, et de lui rendre dans le spirituel toute 1 obeissance qui lui 
est due [chap. 9]). Spinola promettait la communion sous les deux 
especes, le mariage des pretres et peut-etre la suspension des decrets 
de Trente. Cf. Schlegel, Kirchen-und Reformationsgechichte von Norddeuts- 
chland und Hannover, Hanovre, 1822-1832. t. Ill, p. 297 ; Hering, Neue 
Beitrage zur Geschichte der reformierten Kirchen in Preussen, t. II, p. 352 
et suiv. ; Klopp, Fall des Hauses Stuart, t. VI, p. 230 et suiv. ; du 
meme, Korrespondenz von Leibniz mit der Prinzessin Sophie, I, p. LI (t. VII 
des CEuvres de Leibniz editees par Klopp, Hanovre, 1873). 

1. Gel ouvrage ramena beaucoup de protestants a 1 Eglise. II fut tra- 
duit en latin, en allemand, en anglais, en hollandais, en italien. 

2. Les rapports de Bossuet avec Molanus au sujet de la reunion des 
eglises durerent de 1691 a 1693. Us sont dtis a 1 abbesse de Montbuis- 
son, la princesse palatine Louise-Hollandine, fllle de Frederic V, comte 
palatin du Rhin, qui perdit, & la bataille de Prague, ses etats hereditai- 
res. Gonvertie au catholicisme, elle s efforc.ait d y attirer sa sceur la du- 
chesse de Hanovre. Molanus commenga par envoyer a Bossuet, en 1691, 
les Regulae circa christianorum omnium ecclesiasticum reunionem (voir plus 
haut, p. 81, n. 5), qu il fit suivre de ses Cogitaliones privatae de methodo 
reunionis ecclesiae protestantium cum ecclesia romano-catholica propose es 
par un theologien sincerement attache a la Confession d Augsbourg, 
sans prejudicier aux sentiments des autres, avec le consentement des 
superieurs, et communiquees en particulier a Monseigneur 1 eveque de 
Meaux, pour etre examinees en la crainte de Dieu, a condition de n etre 
pas encore publiees . II divise les controverses qui separent protestants 
et catholiques en trois classes : 1 Les controverses qui consistent dans 
des equivoques, ou des disputes de mots ; la conciliation s en fera 
par un petit nombre de docteurs non preoccupes par la seule intelli 
gence des termes ; 2 Les controverses qui sont sur les choses et non 
sur les mots, mais en telle sorte que I affirmative et la negative sont 
tolerees dans 1 une des deux Eglises ; en ce cas, on preferera pour le 
bien de la paix le sentiment qu une Eglise entiere approuve unanime- 
ment a celui que les uns approuvent et les autres rejettent dans 1 autre 
Eglise ; 3 Les controverses qui ne peuvent etre terminees par Pex- 
plication des termes ambigus ou equivoques, ni par la condescendance 
marquee dans la deuxieme classe, puisqu il s agit dans celle-ci d opi- 
nions directement opposees les unes aux autres ; la determination de 
ces articles doit etre commise ou a 1 arbitrage de gens doctes et mode- 
res, choisis de part et d autre... ou renvoyee a un concile , qui * sera 
assemble par le pape, et aussi general que le temps le permettra . Bos 
suet traduisit cet ecrit de Molanus et y repondit par un autre : De 
scripto cui titulus: Cogilatione privatae , ou il commence par demontrer 
que si Ton suit les sentiments de M. Molanus, la reunion sera faite ou 
presque faite; en sorte qu il ne lui reste plus qu a faire avouer sa doc- 



SOUS PIE IV 83 

lettres . On a dit que Louis XIV, a qui profitait la division 
religieuse de 1 Allemagne, aurait fait chouer cos tentati- 
ves d accord 2 . 

Elles n en continuferent pas moins tant que v6cutSpinola 3 , 

trine dans son parti, pour avoir veritablement prouve que la reunion 
qu il propose n a point de difiiculte . Molanus repliqua par son Expli- 
catio ulterior methodi reunionis ecclesiasticae au sujet des reflexions sa- 
vantes et moderees que Monseigneur I eveque de Meaux a bien voulu 
faire sur cette methode , Paques, 1693. II a ete, cleclare-t-il au debut, 
si satisfait des Reflexions de Monseigneur de Meaux, qu apres les 
avoir lues avec toute 1 attention possible, il a prie le Seigneur de pro- 
longer les jours d un prelat si bien dispose, si eloigne de tout esprit de 
parti et qui cherche de si bonne foi la verite et la paix . II reconnait, 
c au sujet des conciles generaux legitimement assembles , que Jesus- 
Christ assiste son Eglise dans tous les siecles, et qu il ne permettra ja- 
mais que 1 Eglise universelle definisse, dans un tel concile, rien qui soit 
contraire a la foi . Mais, comme tout protestant, il ne tient point pour 
legitime le concile de Trente, lequel d ailleurs n est pas re?u partout, 
et il demande qu on le suspende. J ajoute que, pour satisfaire au desir 
de notre invincible et pieux empereur, j ai concilie avec 1 aide de Dieu, 
en employant ma methode cinquante points, les plus importants, dans 
un autre ecrit, dont j ai envoye une partie a Vienne . Ges ecrits ont 
ete imprimes pour la premiere fois sous ce titre : Super reunione protes- 
tantium cum Ecclesia catholica tractatus inter Bossuetum et Molanum, Vienne, 
1782 ; Gaume les reedita d une fac.on plus complete et plus correcte, dans 
le t. VIII des GEuvres de Bossuet, Paris, 1846, p. 503 et suiv., ainsi que 
Migne, dans le t. IX des memes ceuvres, Paris, 1856-1851, p. 809 et suiv. 
On les trouve dans 1 edition de Lachat, 1862-1866 avec des ecrits comple- 
mentaires : Recueil de dissertations et de lettres concernant un projet 
de reunion des protestants d Allemagne a 1 Eglise catholique , t. XVII, 
p. 360-550 et t. XVIII, p. 1-105. 

1. La correspondance de Bossuet et de Leibniz qui dura de 1679-1702, 
a ete publiee par Klopp dans le tome VII des (Euvres de Leibniz, Hano- 
vre, 1873. On la trouve aussi dans les CEuvres de Bossuet, (ainsi edit., 
Lachat, t. XVIII, p. 118-351), en particulier dans sa Correspondance, edi 
tion Urbain et Levesque, en cours de publication, t. II, p. 93, 167, 178; 
t. IV, p. 377, 388 ; t. V, p. 8, 14, 35, 88, 127, 183, 206, 214, 223, 226, 244, 
252, 285, 377, 427-428, 450 ; t. VI, p. 29, 34, 217, 346 ; t. X, p. 241 ; t. XI, 
p. 68, 169, 312, 359; t. XII, p. Ill, 123, 142, 185, 198, 223, 252, 375; t. XIII, 
p. 89, 97, 110, 190,221. Fouche de Gareil 1 avait deja publiee, rnais d une 
facon peu exactedans les CEuvres de Leibniz publiees pour la premiere fois 
d apres les manuscrits originaux, Paris, 1869 (2 edit.). 

Klopp apprecie avec malveillance la conduite de Bossuet dans 1 affaire 
de la reunion des Eglises. (Gf. Historisch-politiche Blatter, t. LXXIII, 
p. 700). II dit que Spinola ne fut jamais en relation avec Bossuet a ce 
sujet : ce que contredit la lettre de Bossuet a Spinola, du 22 aout 1683 
( Correspondance de Bossuet, edit. Urbain, Levesque, t. II, p. 391). Voir 
Prechtl, Fridensbenehmen zwischen Bossuet, Leibniz und Molan fur die Wie- 
dervereinigung der Katholiken und Proteslanten, Sulzbach, 1815. 

2. Klopp, Der Fall des Hauses Stuart, i. Ill (Vienne, 1876), p. 98. 

3. En 1691, il rec.ut de 1 empereur Leopold, avec Fassentiment d lnno- 
cent XII, plein pouvoir pour c trailer avec tous les etats, communautes 
ou meme particuliers de la religion protestante... touchant ladite r6u- 
nion en matiere de foi . (Ge plein pouvoir du 20 mars 1691 est en g6- 



84 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

et meme apres lui . En France, le P. V6ron 2 , Holden 3 , 
6crivaient vers la meme 6poque des livres ir6niques 4 ; et 
en Pologne, le roi Wladislav IV convoquait a Thorn un 
grand colloque (1645) 5 , ou discuterent, sous la presidence 

neral imprime avec les traites de Molanus dans les (Euvres de Bossuet.) 
II fut fort bien accueilli a Leipzig, Heidelberg, Danzig, Hanovre. En cette 
derniere ville, Molanus lui remit un ecritou il s efforce de se rapprocher 
autant que possible de la doctrine catholique. (Get ecrit, revu en 1698, 
se trouve dans Winkler, Anecdota historico-ecclesiastica novaniiqua, Bruns 
wick, 1752, p. 312 etsuiv.). Spinola ecrivit, 1 hiver de 1691-1692, la Sincera 
Relatio de ses demarches, qui donna a 1 empereur les plus grandes espe- 
rances. En 1692, il reprit ses voyages & travers la Hongrie, oil les pro- 
testants promirent de prendre part & une assemblee ou viendraient 
des theologiens protestants d Allemagne. Malgre les efforts de 1 eveque, 
celle-ci ue se put tenir. II passa le reste de sa vie (+ 1694) a rassembler 
les documents et les ecrits qui pouvaient servir i continuer apres lui 
1 oeuvre de reunion. Hansiz, 1 auteur de la Germania sacra, usa de ces 
documents, dont la plupart disparurent au temps de Joseph II, pour sa 
biographic de Spinola, laquelle se trouve la Hofbibliothek. de Vienne, 
et que Klopp a suivie dans son article sur Spinola (Kirchenlexikon edit. 
188i>-1903). 

1. Son successeur, le comte de Bucheirn, alia en 1698, a Hanovre, ou 
Molanus et Leibniz, avec Fassentiment de FElecteur Georges-Louis, si- 
gnerent, & 1 abbaye de Loccum, une serie de propositions plus voisines 
de la doctrine catholique que la Confession d Augsbourg. Gf. Klopp, Cor- 
respondenz von Leibniz mit der Prinzessin Sophie, II, p. xix (t. VIII des (Eu- 
vres de Leibniz editees par Klopp, Hanovre, 1873). Dans son testament, 
Molanus se rejouit d avoir aplani de nombreux points de controverse et 
il espere arriver pour le reste au meme resultat. Gf. Haffner, dans le 
Katholik, t. I, (1864), p. 513 et suiv. ; 641 et suiv. 

2. Regie generate de la foy catholique separe e de toules autres doctrines, 
Paris, 1646. Get ouvrage fut imite un siecle plus tard par un Francis- 
cain, Ghrismann, dans sa Regula fidei catholicae et colleclio dogmatum cre- 
dendorum, Augsbourg, 1745. Sur Veron qui, entre dans la G ie de Jesus, en 
sortit, puis y mourut, selon Labbe, voir P. Feret, Un cure de Charenton 
au XVII siecle, Paris, 1881. 

3. Divinae fidei analysis, seu de fidei christianae resolulione libri duo. Pa 
ris, 16S2, 1685, 1767; Cologne, 1655, 1782; traduction anglaise, Paris, 1655. 
Holden, d origine anglaise, etudia au College anglais de Douai, puis a 
la Sorbonne de 1618-1622; et il se fixa a Paris, ou durant longtemps il 
fut attache a Feglise de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. 

4. Deja, a 1 epoque de Richelieu, le jesuite Audebert avait eu avec le 
calviniste Amyrault iinn conference pour le retour des protestants au 
catholicisme; on ne put s entendre sur la doctrine de la transsubstantia- 
tion. Gf. Saigey, M. Amyrault, sa vie et ses Merits, (these), 1849. Bossuet 
jeune encore (il etait doyen de Metz), s etait occupe lui aussi de ramener 
a 1 Eglise catholique les protestants franc.ais, et dans ce but avait 
echange une serie de lettres avec le pasteur Ferry dont il refuta plus 
tard le catechisme (Metz, 1655); il eut egalement une conference, a la 
demande d une niece de Turenne, avec le pasteur Claude (Conference avec 
M. Claude, Paris, 1682. Response au livre de M. I evesque de Meaux intitule 
Conference avec M. Claude, Charenton, 1683). 

5. Acta conventus Thoruniensis celebrati 1645. Impressa auctorilate et man- 
dato Sacrae Regiae Majestatis ad exemplum et fidem regii protocolli, Varso- 



SOUS PIE IV 85 

du chancelier, 26 theologiens catholiques, dont 9 Je suites, 
25 reformes et 28 Iuth6riens, parmi lesquels se trouvait 
G. Calixt repute pour son esprit de tolerance et de concilia 
tion . On continuera a souhaiter, a rechercher une en 
tente qui pourtant, avec le temps, devient de plus en plus 
difficile. A la fin du xvin e siecle, est projet6 un comit6 de et memo plus 
i2 membres, tous docteurs en the"ologie, dont six seront ca 
tholiques, trois Iuth6riens et trois calvinistes, pour discu- 
ter les bases d un accord religieux ; Pie VI, par un bref 
du 10 juin 1780, d6fend aux Ben6dictins de Fulda, qui 
etaient a la tete de ce mouvement, d entreprendre une 
ceuvrc dangereuse et plus d une fois inutilement tent6e 2 . 
Si les idees ir6niques ont persist^ si longtemps en certains 
esprits, malgre" les decrets de Trente 3 et 1 infiltration d opi- 

vie, 1646. (Ces actes incomplets d apres Fr. Jacobi, ne sont signes que 
des catholiques et des reformes, et non des theologiens lutheriens). - 
Scripla partis reformatae in colloquio Thoruniensi parti romano-catholicae 
exhibita, sed ab ea in protocollum pleraque non admissa ideoque seorsim nunc 
edita, Berlin, 1646. Confessio fidei, quam status, cives et ecclesiae in Polo- 
nia, Prussia et Lithuania invariatae Confessioni Augustanae addictae in collo 
quio charitativo Thorunii tradiderunt. Denuo juxta exemplar Lipsiense anno 
1665 recusa cura Samuelis Guentheri, Danzig, 1735. Hartnock, dans Preus- 
sische Kirchenhistorie (Francfort et Leipzig, 1686), fait le premier le recit 
de ce colloque (p. 934 et suiv.); mais le meilleur ouvrage moderne est 
celui de Fr. Jacobi : Das liebreiche Religionsgespriich zu Thorn 1545, Go- 
tha, 1895. 

1. II representa, au xvir siecle, 1 esprit de Melanchton, dont son pere 
avait ete disciple. II fut pour Helmstadt, ou son influence p_ersista jus- 
qu a la fin du xvin e siecle, ce que devait etre Pusey dans PEglise angli- 
cane. II souhaitait 1 entente religieiise (Desiderium et studium concordiae 
ecclesiasticae, Helmstadt, 1650), et il en exposa ce qu il jugeait les moyens 
et layoie, dans sa Digressio de arte nova contra Nihitsium, Helmstadt, 1634. 
Son esprit de tolerance le fit accuser par ses coreligionnaires de crypto- 
catholicisme (Biischer, Cryptopapismus novae theologiae Helmstadiensis) : 
de quoi il se defendit (Wiederlegung des unwahrhaften Gedichls unter dem 
Titel Kryptopapismus , Lunebourg, 1641). Sur Galixt voir Gatz, G. Calixt 
und der Kynkretismus, Breslau, 1846; Th. Hencke, G. Calixtus und seine 
Zeit, Halle, 1853-1856, 2 vol.; G. Frank, Gcschichte der protestantischen 
Theologie, Leipzig, 1885, t. II, p. 4 et suiv. 

2. Gf. L. Gardauns, Zur Geschichle der kirchlichen Unions-und-Reformbes- 
trebungen von 1532 bis 1542, Rome, 1910, p. 281-303. 

3. Le concile de Trente, qui avait nettement deflni les points les plus 
controverscs entre catholiques et lutheriens et pour ainsi dire rompu 
les ponts, fut tonjours la pirre d achoppement dans les tentatives 
d union. Molanus, Leibniz en parlent sans cesse, demandant qu on sus- 
pende pour un temps ses decrets, jusqu a ce qu ils soient revus ou du 
moins confirmes par une assemblee dont le caractere cecumeniqiie sera 
reconnu de tous. Le dernier ecrit de Molanus a Bossuet (Explicatio ulte 
rior, 1693) traite surtout : De conciliis oecumenicis in genere et in specie de 



86 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORM ATE URS 

nions plus radicales dans le protestantisme allemand , il 
n est pas surprenant qu elles aient eu grande faveur au 
premier siecle de la Reforme. 

D ailleuFs on so dissimulait assez facilement 1 antinomie 
dogmatique des deux religions : 1 autorite d une part, le 
libre examen de 1 autre, pour ne voir que les differences de 
discipline. Ges differences n elaientpas telles que tout com- 
promis fut impossible. Par des concessions qui ne touchaient 
pas a 1 essence du catholicisme, on pouvait les supprimer. 
Les protestants demandaient la communion sous les deux 
especes, le mariage des pretres. 1 abolition du jeune ; ne 
pouvait-on pas les contenter et renouer par la 1 unite reli- 
gieuse si malheureusement rompue ? Tout cela etait de 
droit positif, par consequent 1 Eglise avait le droit d en dis 
penser. Les Iuth6riens eux-memes y voyaient un moyen 
de rapprochement et d union. Melanchton avait essaye de 
convaincre ses amis et ses adversaires qu il fallait, pour 
quelque accord, s entendre avant tout sur le calice et le 
mariage des pretres 2 ; et la Geistliche Polisel sign6e de 
Luther, Melanchton et Pomeranus cherche a unir catholi- 



concilio Tridentino. II faut, y dit-il, ou nous accorder la suspension du 
concile, ou renoncer a toute negociation de paix s. A Trentc, les pro 
testants n ont pas ete pleinement et suffisamment entendus . D ailleurs, 
conclut Molanus, le concile n est pas encore universellement recu ni en 
Allemagne, ni en d autres pays, comme la France. A ceci Bossuet re- 
pliquait qu il 1 etait en France pour le dogme, sinon pour la discipline. 
L abbe Pirot, professeur royal a la Faculte de theologie, ecrivit, a la 
demande de Pellisson, une dissertation : De I antorite du Concile de Trente, 
pour repondre a Leibniz et dans le meme sens que Bossuet. (Elle a ete 
publiee par 1 abbe Urbain, dans la Revue d Histoire de 1 Eglise de France, 
1912, p. 5-91). La replique de Leibniz pamt pour la premiere fois dans 
les CEuvres posthumes de Bossuet, Amsterdam, 1753, t. I, p. 391. Sur la 
reception du concile de Trente en France voir V. Martin, Le Gallicanisme 
et la Reforms catholique, Paris, 1919. 

\. Au xvir siecle, les Molanus, les Leibniz, les Galixt et autres pro 
testants desireux de paix et d union se preoccupent de rapprocher les 
lulhoriens et les reformes, et de fonclre ensemble les doctrines adverses, 
tandis que les lutheriens de la vieille ecole, comme Galovius (Kalau) 
reagissent. Gf. A. Tholuck, Der Geist der lutherischen Theologen Wittenbergs 
im Verlaufe des ^^ Jahrhunderts, teilweise nach handschriftlichen Quellen, 
1852; du meme, Das akademische Leben des -17 Jahrhunderts (Voryeschichte 
des Nationalismus, premiere partie), Halle, 1853-1854. 

2. Corpus Refbrmatorum, t. II, p. 173. Bellinger, Die Reformation, ihre 
innere Entwicklung und ihre Wirkungen im Umfange des lutherischen Be- 
kenntnisses, Ratisbonue, 1846-1848, t. I, p. 360. 



sous PIE iv 87 

ques et reTormes sur les points disciplinaires, laissant dans 
1 ombre le dogme et les croyances J . 

S il y avait erreur a ne voir qu un cot6 de la question et 
a chercher une entente impossible, peut-on dire que les 
idees de conciliation fussent absolument irraisonnables et 
incapables de porter quelque fruit 2 ? Le peuple ne se laisse 
pas entrainer et convaincro par les conceptions dogmati- 
ques qu il comprend mal ; ce qui le saisit, en religion 
comme dans tout le reste, c est 1 exte rieur et le sensible. 
La majeure partie des gens, disait Melanchton (i545), ne 
comprend rien au fondement de notre doctrine 3 . L esprit 
de la masse etait done frappe, avant tout, par les reformes 
que les lutheriens avaient apportees dans la discipline et 
les ce>6monies du culte. Le calice, le mariage des pretres, 
1 abolition du jeune et de 1 abstinence, la messe et 1 admi- 
nistration des sacrements en langue vulgaire, voila quelles 
etaient, pour le peuple, les differences esseutielles entre 
la Reforme et le catholicisme 4 . Supprimer ces differences 

1. Cette Gaystliche Policy a ete publiee par Knopfler, Die Kelchbewe- 
gang in Bayern, Appendice, p. 10. 

On peut consuller sur la question Pastor, Die kirchlichen Reunionsbes- 
trebungen w&hrend der Regierung Karls V, Fribourg, 1879. G. Wolf, Deutsche 
Geschichte irn Zeitalter der Gegenre formation, p. 8-9; L. Oardauns, op. cit. 

2. Hopfeh a donne & ces idees le nom plus ou moins juste de Compro- 
misskatolicismus. Cf. Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 210, n. 4. Pastor 
clans la nouvelle edition de Janssen, t. IV, (7 e edition, p. 211) nie la 
possibilite d une entente, pour les catholiques. Sur le terrain dogmati- 
que, elle etait en effet impossible; mais sur le terrain disciplinaire, elle 
ne paraissait point telle, meine a ceux qui passaient pour intransi- 
geants. On peut user de dispense sur ces deux points [le calice et le 
mariage des pretres], comme sur tous les autres qui ne sont pas de foi. 
S il ne tenoit qu a cela pour reunir I Allemagne, on les accorderoit aux 
protestants par une condescendence semblable a celle dont on usa au- 
trefois avec le roi aume de Bolieme. Vargas a Granvelle, 29 decem- 
bre 15S1. Le Vassor, op. cit., p. 333. 

3. Dollinger, Die Reformation, t. I, p. 367. 

4. L ambassadeur venitien lui-meme, Giacomo Soranzo, voulant dis- 
tinguer la discipline lutherienne de la catholique, n est frappe que par 
la communion sous les deux especes et le mariage des pretres. Relation 
de G. Soranzo, en 1563, dans Fiedler, Relalionen venetianischer Botschafter 
iiber Deutschland und Oesterreic/i im sechzehnten Jahrhundert (Fontes rerum 
austriacarum, t. XXX), p. 190. 

La doctrine de ces nouveautes etait aussi facile a enseigner qu a rete- 

nir, leurs raisons se trouvant a la portee de tous. Le calice, disait-on, a 

ete institue par le Christ. II faut mieux des pretres honnetes et chas- 

tes dans le mariage que des clercs celibataires adonnes au concubinage. 

- Les sacrements doivent etre compris par qui les recoil, et la messe 



88 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

c etait done supprimer aussi les raisons qui 1 attiraient aux 
id6es nouvelles. c< 11 y a trois points de reTorme, dit Bur- 
net l , ou les Allemands se sont montr6s plus positifs que 
dans tout le reste : la communion sous les deux especes, 
le culte en langue vulgaire, la permission pour les clercs 
de se marier. Le peuple entier s 6tait mis ces choses en 
tele; aussi admettait-on commun6ment que, si le pape les 
avail a temps concedes, le progrfcs de la Reforme en au- 
rait t6 fort contrarie. Les paroles expresses instituant la 
Gene et la nouveaut6 de la coutume contraire avaient de 
bonne heure pouss6 la nation a reclamer la communion 
sous les deux especes. Le bon sens fit dsirer a tous de com- 
prendre ce que Ton faisait et disait dans le culte divin. 
Enfin le de>ergondage du clerg6 non mari6 6tait trop pu 
blic, pour penser que 1 honneur des families auquel 
tient beaucoup ce peuple pouvait elre assur6 autrement 
qu en autori^ant les pretres a contractor mariage . Ne 
voit-on pas un marquis de Brandbourg qui, au dire meme 
du cardinal Truchses, n est guere Iuth6rien que sur les 
points de la communion sub utraque et du mariage des 
pretres 2 , et un due de Juliers conserver la messe catholi- 
que et y assister, a condition que les la ics y rec,oivent le 
calice 3 ? Voila pourquoi des catholiques sinceres du xvi e sie- 
cle chercherent a obtenir de 1 Eglise quelque adoucissement 
sur les points les plus d6sir6s par les reformed : la com 
munion sub utraque, le mariage des pretres. Ce sont les 
deux choses que r6clameront les protestants, toutes les fois 
qu il sera tent6 quelque essai d accord entre eux et les ca- 



par qui 1 entend. II ne manque point, pour faire penitence, de moyens 
autres que le jeune et 1 abstinence a jours fixes. Ges raisonnements, 
d une simplicite primitive, faisaient impression sur ceux qui etaient peu 
instruits et d une foi chancelante. 

1. History of the Reformation, edit. Pocock, Oxford, 1865. t. I, p. 406. 

2. Le cardinal d Augsbourg a N. N. l er fevrier 1534. Weiss, Papiers 
d Etat de Granvelle, t. IV, p. 380. 

3. M. Lossen, Zur Geschichle des Laienkelches am Hofe des Herzogs Wil- 
Ihelm von Julich-Cleve-Berg, 1570-1579, dans la Zeitschrift des Bergischen 
Geschichtsvereins, t. XIX (1883), p. b et sniv. Gf. Rinaldi, op. cit., ad ann. 
1561, n 49. Le fils du due de Juliers, Jean-Guillaume, succeda, en 
1511, a Jean de Hoya sur le siege episcopal de Munster, ce qu avait 
si vivement desire son pere. Lossen, op. cit., p. 9 et suiv. 



SOUS PIE IV 89 

tholiques J . Ce sont les deux choses conce dees par Paul III en 
1548, demande"es a Paul IV, en 1555, par le due de Baviere, 
et que le parti moder6 continuera a solliciter sous Pie IV. 
Vers 1560, ce parti, s il a perdu Pesperance illusoire 
d une fusion parfaite de croyances, croit encore a la possi- 
bilite d un accord sur certains points disciplinaires, accord 
qui preservera de 1 apostasie un grand nombre de gens 
simples et chancelants. 11 ne cherche pas un compromis 
impossible sur les dogmes essentiels de la foi, mais un 
adoucissement de la discipline, lequel, a son avis, aurait 
deja sauv6 1 Eglise d Allemagne et arrete net les progres 
de 1 heresie 2 . On doit voir la 1 expression naturelle de con 
victions sinceres et une forme du catholicisme allemand 
au xvi e siecle 3 . 

1. Au concile de Trente (1552), 1 archeveque de Mayence Heusenstamm 
declare que, si Ton ne satisfait point les protestants par la concession 
du calice et du mariage des pretres, jamais FAllemagne n acceptera 
le concile (Don Francisco de Toledo a Charles-Quint, Trente, 30 deceni- 
bre 1551. Simancas, Estado, leg. 646, fol. 240). Dans les Regulae circa 
christianorum omnium ecclesiasticam reunionem (voir plus haul, p. 81, n. 5), 
les lutheriens diront au xvii e siecle: Obeervez que les mmistres et 
les peuples des eglises protestantes ne verroient pas, sans de grandes 
alarmes, abroger 1 usage de la coupe, etablir la loi du celibat (Regie 
8). Et a la meme epoque, Molanus, dans ses Cogitationes privatae (voir 
plus haut p. 82, n. 2), demandera en premier lieu que t la communion 
soil toujours et a perpetuite celebrde par les protestants sous les deux 
especes (chap, in), et ensuite que le pape reconnaisse pour legiti- 
mes les mariages contracted et a contracter par les pasteurs protes 
tants..., tout le monde etant d accord que le celibat des pretres n est 
qu une institution ecclesiastique que 1 Eglise peut abroger . (Chap. vi). 

2. Gf. Pallavicini, op. cit., liv. XII, ch. 8, n. 1. L empereur, pas plus 
que le pape, ne pretendait par des concessions disciplinaires, supprimer 
le protestantisme, en convertissant tous les reformateurs, mais il 
voulait leur enlever les principaux moyens de contention et de seduc 
tion. L ambassadeur venitien da Mula, rapportant une conversation 
avec Pie IV, ecrit ie 17 juillet 1560 (Archivio di Stato de Venise, Senato. 
Dispacci Roma XIII, fol. 54 v) : Et dhnandandoli io se, quando lui [a 
1 Imperatore] se concedessero i due articoli della communione et del 
conjugio de preti, gl heretici si rimovessero delle lor opinioni, disse . 
credemo di no, perche non ne lo dice 1 Imperatore, ma solamente 
haveriano causa di venire e non contendere sopra il fondamenti della 
religione, et non ci promette altro . 

3. Gf. W. Goetz, Die Bayerische Politik im ersten Jahrzehnt der Regierung 
Herzog Albrechts V von Bayern, 15SO-1560, Munich, 1896, p. 122 et suiv. 
Le catholicisme allemand, a cette epoque, profondement penetre dvi 
sentiment de 1 unite, ne veut ni ne patronne aucun changement fonda- 
mental, mais il reclame les reformes les plus urgentes, pour parer aux 
besoins les plus pressants. Gf. Goetz, Der i Kompromisskatholizismus und 
Kaiser Maximilian II dans I Historische Zeitschrifi de Sybel, serie nouvelle, 
t. II (1896), p. 197. 



90 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 



* 

* * 



LO parti modere Nombre de the"ologiens pensaient ainsi. Certains n hesi- 
ases theologiens. . formellement : Les ecclesiastiques, de- 



venus apostats pour le seul refus di> mariage, bouleversent 
rites, observances, ceremonies de 1 Eglise, si pieuses et si 
necessaires soient-elles; ils enseignent et repandent les 
doctrines les plus impies. Les la ics, de leur cote, unique- 
ment a cause de 1 interdiction du calice, tombent dans les 
erreurs et les sectes les plus grossieres. La defection des 
uns et des autres probablement cesserait, si aux laics 
etait accorde" le calice, et aux pretres le mariage . De 
plus en plus en effet la communion sub utraque se repand 
parmi le peuple, et de moins en moins est observe le celi- 
bat ecclesiastique 2 . 11 semble bon et utile aux theologiens 

1. Allegationes super duobus articulis de communions sub utraque et conju- 
gio clericorum ex Sacra Scriptura nee non conciliorum et canonum decretis or- 
thodoxisgue Patribus collectae. Get ecrit que Brus a recueilli parmi ses do 
cuments relatifs au concile de Trenle (Hofbibliotliek de Vienne, ms 5637, 
fol. 738-734 v. Voir sur ce manuscrit mon Rapport deja cite, p. 261), est 
1 oeuvre de theologiens catholiques, tres respectueux du jugement de 
1 Eglise, auquel ils se soumettent a la fin de leur ecrit. Ge long travail 
theologique s appuie sur 1 Ecriture, le droit canonique, les conciles et 
les Peres, pour montrer combien serait utile et legitime la concession de 
la communion sous les deux especes et du mariage des pretres (ibid., 
fol. 746-754 v). Dans 1 introduction, il est dit : Clerici lapsi, propter 
solum vetitum conjugium, omnes Ecclesiae ritus, observationes et caere- 
monias quantumvis pios et necessaries prorsus evertant ac impia quae- 
que dogmata pro contione spargant et doceant. Laici vero, ob solum 
interdictum sibi calicem, ad enormissimos quoque errores et sectas pro- 
labuntur. Quorum utrumque forsan cessaret, si laicis calix, clericis vero 
matrimonium permitteretur... Quamobrem ad deliberandum proponitur 
quae sint et pro praesentis temporis conditione esse debeant piae ma- 
tris Ecclesiae pro reducendis lapsis ad gremium suum partes unde di- 
lapsi sunt. Opere pretium autem videtur pro hujus rei matura dis- 
cussione et Sacram Scripturam in primis et S. Patrum et canonum, 
necnon Doctorum scripta et dicta evolvenda ac exactius ponderanda 
esse . 

2. La reforme, tentee par le concile de Bale, par Nicolas V et son le 
gal, Nicolas de Cues, n avait pas eu d effets durables. La loi du celibat 
continue, dans Fempire, a etre sans cesse enfreinte, et c est en vain 
qu eveques et synodes la rappellent constamment au clerge. Que reste- 
t-il, clisait-on, de la reforme entreprise avec tant de zele par Nicolas 
de Cues ? (Voir 1 article de Dittrich, dans 1 Historisches Jahrbuch der 
Gon-esgesellchaft, 1882, p. 673 et Vansteenberghe, Nicolas de Cues, p. 105 
et suiv.). En moi s eleve une guerre continuelle, ecrit un pretre a son 
frere qui est moine (Staatsbibliothek de Munich, cod. lat. 3332, fol. 1) 



SOUS PIE IV 91 

de Louvain que 1 Eglise relache de sa rigueur pour le. bien 

souvent je suis entrain de me repentir;mais je retourne a la maison, ou 
viennent au devant de moi femme et enfants, et leur amour 1 emporte 
sur celui de Dieu ; je me sens incapable de me vaincre >. Nombreux 
sont les ecrits qui demandent la suppression du ce"libat ecclesiastique 
(voir en particulier celui de 1 ancien nonce & la cour de Ferdinand, 
Vergerio : Mutio Justinolitano [Vergerio etait de Capo d Istria], Le Ver- 
geriane, discorso se si convepoga ragunar concilia: trattato delta communione 
de laid et delle mogli de cherici, Venise, 1551). On se jette sur eux avec 
avidite ; VEpislola de miseria curatorum seu plebanorum, qui 1 insinue, fut 
un des livres les plus repandus dans le clerge (on en trouve de nom- 
breux exemplaires i la Staatsbibliotek de Munich.) Gf. Riezler, Geschichie 
von Bayern, t. Ill, p. 844 et suiv., 904 et suiv. Certains pretres soutien- 
nent que, si la chastete est bonne, le mariage est meilleur, qu on devrait 
leslaisser se marier au lieude tolerer le concubinage, que, s ils ne sont 
point maries aux yeux des homines, ils esperent bien 1 etre devant Dieu. 
(Visite de Passau, en 1558, d apres le Codex bavaricus 1737 de la Biblio- 
theque de Munich, fol. 22, 24, 68, 85, 169. Sugenheim, Bayerns Kirchen- 
und Volkszustiinde im sechzehnten Jahrhundert, Giessen, 1842, p. 156). Le 
chancelierde 1 eveque de Passau, qui remplit a Vienne en 1562 les fonc- 
tions de vicaire general, se plaint que les ecclesiastiques s affichent 
impudemment avec leur femme et ne craignent point quelquefois d epou- 
ser des courtisanes (Hillinger & Brus, Vienne, 2 mars 1562, Ezrbiscliofliche 
Consistorialarchiv de Prague, Recepta 1560-156%, orig. Voir 1 Appendice). 
Bien pen, ecrit Hosius (Steinherz, op. cit., i. I, p. 63) n ont point ce 
qu ils appellent une epouse >. Staphylus, dans sa Deliberatio de ins- 
tauranda religions in archiducatu Austriae (voir plus bas, p. 132) croit que 
nul clerge n est plus dissolu que celui d Autriche (Schelhorn, Amoenita- 
tes historiae ecclesiasticae et litterariae, t. I, p. 634 et suiv., 642 et suiv.); 
mais les visites signalent de tout cote, en Allemagne, avec la penurie de 
pretres, les vices du clerge, qui ne veut plus reconnaitre 1 ancienne 
rigueur des canons. (Ecrit en allemand remis a Staphylus par ordre 
de 1 empereur, le 5 mai 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten VII. 
Proces-verbal de la visite de 1553 et autres documents des archives de 
Constance, montrant 1 etat moral du clerge de ce diocese, utilises par 
Kluckhohn, dans son article posthume de la Zeitschrift fur Kirchengeschi- 
chle, t. XVI). Les dernieres visites en Baviere, dit Paumgartner en 
plein concile de Trente, out revele une telle corruption de moeurs parmi 
les clercs que la decrire offenserait les oreilles des Peres; on dirait qu en 
mepris de Dieu et des hommes ils cherchent a se couvrir de tous les 
vices, attirant, sur eux et la religion, la haine du peuple ; a peine sur cent 
en trouve-t-on trois ou quatre qui observent le celibat; tous les efforts 
pour amender leurs mceurs sont restes inutiles. (Discours de Paum 
gartner, 27 juin 1562. Le Plat, op. cit.,t. V, p. 337 et suiv., 341; voir plus 
bas, chap. IV. Cf. Wolf, Geschichte Maximiliens I und seiner Zeit, 1. 1, p. 18). 
Le sel de la terre s est affadi, constate le Liber reformalionis imperial 
(Le Plat, op. cit., t. V, p. 234, 237, 251. Voir plus bas, p. 135 et suiv.), il 
n est plus bon qu a fouler aux pieds; la corruption des ecclesiastiques a 
engendre les erreurs actuelles et le peuple, ne distinguant point la vie 
impure des ministres de la religion elle-meme, s eloigne de celle-ci ; les 
moeurs du clerge sont miserables, dangereuses pour 1 Eglise, abomina- 
bles a Dieu . Les superieurs ecclesiastiques s avouent impuissants a 
reprimer le concubinage devenu general. (Les prelats de Haute-Autriche 
a Ferdinand I", 24 Janvier 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten 
VII, rapport communique a Staphylus, 5 mai 1562, publie par Sickel 



92 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

et la tranquillit^ de 1 Allemagne ; et ils estiment que les 
concessions disciplinaires, telles que le calice et le mariage 
des pretres, supprimeront une foule de scandales, si elles 
sont bien observees 2 . G est 1 avis de Villikan, dans 1 Apolo- 
gie de sa conversion au catholicisme 3 . Georges Witzel, que 
le cardinal de Trente recommanda a Hosius comme theo- 

dans VAi chiv filr oesterreichische Geschichte, t. XLV, p. 9). D ailleurs les 
dignitaires ecc!6siastiques ne sont guere soucieux d eviter eux-memes le 
scandale. Morone, en 1542, doit protester contre le concubinage des cha- 
noines de Trente (Gardauns, Zur Geschichte der kirchlichen Unions-und Re- 
formbestrebungen von 153S bis 1542, Rome, 1910, p. 73-74); et le chapitre de 
Mayence prend 1 offensive contre Parcheve que, quand celui-ci tente de 
reformer son clerge (May, Kurfurst Kardinal Brzbischof Albrecht II, Mu 
nich, 1865-1870, p. 405-408. Gf. plus has, ch. vi). La derniere visite, ecrit 
de Vienne Hillinger en 1562, demontre que les prelats, pour lo seul fait 
du mariage se sont laisses entrainer aux pires vices et aux heresies, 
qui jusqu ici n ont nullement ete chaties . Le monde entier se plaint 
que les eveques oublient et negligent leurs fonctions, le ministerium EC- 
clesiae . (Ecrit en allemand communique a Staphylus, le 5 mai 1562 et 
dont il a ete question plus haut. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten, 
VII). Le cloitre lui-meme a subi les effets de la decadence generate. 
L ensemble entier des monasteres est si dechu et corrompu qu a mon 
avis on n en saurait rien firer de bon. Religieux et moines se sont telle- 
ment eloignes de leurs regies et constitutions qu ils n en veulent plus 
rien savoir . (Hillinger a 1 eveque de Passau, mars et avril 1561. Wie- 
demann, op. cit., t. I, p. 157. Gf. sur la visite des monasteres d Autriche, 
en 1561, Sickel, Das Reformations Libell, dans I Archiv fur b sterreichische 
Geschichte, t. XLV, p. 4 et suiv. ; Eder, op. cit., p. 66 et suiv.). Voir sur 
les moeurs des ecclesiastiques d Allemagne, Sugenheim, op. cit., p. 91- 
176 [ch. in : c Sittenspiegel des baierischen Klerus ] ; Maurenbrecher, 
Geschichte der katholischen-Re formation, Nordlingen, 1880, t. I, p. 72; le 
memoire de 1 eveque Nausea sur la cause des erreurs modernes, dans 
Dollinger, Beitruge, t. Ill, p. 154 et suiv. ; Egelhaaf, Deutsche Geschichte 
im 16 Jahrhundert, Stuttgart, 1889, t. I, p. 840-895; Hopfen, op. cit., p. 3 
et suiv.; G. Wolf, Deutsche Geschichte im Zeitalter der Gegenre formation, 
Berlin, 1899 ; plus haut, 45 n. 1, 46 n. 7, p. 52 et suiv., et plus has, chap. vi. 

1. Communis ecclesiaslicae et tranquillitatis gratia Germanicae saltern 
nationi de legum canonicarum severitate et rigore nonnihil posse re- 
mitti ; nempe ut conjugati in Ecclesiae ministros ac sacerdotes assumi 
possent; ut communio sub utraque specie eis permittatur, ut non tarn 
multa festae, jejunia ciborumque discrimina ab Ecclesia indicantur, 
quae libellus Interim intitulatus offert. Sane si haec in se spectentur, 
non esset absurdum illis eatenus condescendere . Le Plat, op. cit., 
t. IV, p. 31. 

2. Quae si servaretur [formula reformationis Augusfae seu Interim} 
innumera tollerentur scandala . Lettre des docteurs de Louvain a Phi 
lippe II, 11 mai 1558. Le Plat, loc. cit. 

3. Apologia de commento revocations in religions, Worms, 1539, D. 3. 
Ne a Villickeim (Palatinat), d ou son surnom, Villikan, apres avoir em- 
brasse avec zele la doctrine lutherienne, 1 abandonna et en devint un 
des plus ardents adversaires. Sur lui, voir Dollinger, Reformation und 
Hire innere Entv-icklung und ihre Wirkungen, Ratisbonne, 1846-1848, t. I 
p. 142-150. 



sous PIE iv 93 

logien au concile J et dont le cardinal d Augsbourg vante 
la piete et la doctrine 2 , avait ecrit (1S32) dans un but de 
conciliation le Methodus concordiae ecclesiasticae, imprime 
a Leipzig en 1537 3 et sa Via regia 4 ; il disait combien se- 
rait regrettable que le refus du calice fut une cause de 
division dans 1 Eglise, quand 1 Eucharistie etait le symbole 
meme de 1 union 5 , et il souhaitait beaucoup qu on 1 accordat 
aux fideles, ainsi qu aux pretres le mariage 6 . Selon Jules 

1. Steinherz, Nuntiaturberichte, t. I, p. 269. 

2. Otto Truchses a G. Witzel, 17 Janvier 1562, dans les Julii Pogiani 
epistolae, t. Ill, p. 7. 

3. Methodus concordiae ecclesiasticae post omnium sententias a minima fratre 
monstrata, non prescripta. 

4. Ferdinand, peu de temps avant sa mort (18 mai 1564), avait prie 
Witzel de composer cet ouvrage, qui fut envoye a Maximilien au mois 
d aout suivant. Cf. Rienacker, Georg Witzel, dans Kirc1ienhistorisch.es Ar- 
chiv von Staudlin, Halle, 1826, p. 48 et suiv.; Hopfen, Kaiser Maximilian II 
und der Kompromisskatholizismus, Munich, 1895, p. 88, 124 et suiv. La 
Via regia fut editee dans les Wolfii praelectiones memorabiles, 1600, t. II, 
p. 353 et suiv., par Conring : G. Wicelii Via regia, sive de controversis re- 
ligionis capitibits conciliandis sententia, Helmstadt, 1650, 2" edit. 1657, et 
dans ses Georgii Cassandri et Georgii Wicelii de temporis controversiis libri 
duo, Helmstadt, 1659, p. 257 et suiv., par J. Lager : De pace et concordia 
Ecclesiae restituenda opuscula aliquot clarissimorum virorum, Brunswick, 
1650, et par Brown : Appendix ad 0. Gratii fasciculum rerum expetendarum 
et fugiendarum, Londres, 1690, p. 705 et suiv. 

5. G. Witzel, Typus prioris Ecclesiae, Cologne, 1559, p. 33, 34. 

6. Witzel, ecrit Hosius au cardinal de Trente, le 28 fevrier 1561 (Stein 
herz, Nuntiaturberichte, t. I, p. 270) insiste pour la concession du calice 
et du mariage des pretres . Ge fut la raison qui poussa Hosius a lui 
preferer comme theologien Damas de Linda professeur a Louvain. 
Brus, dans son recueil de documents sur le concile de Trente (voir mon 
Rapport deja cite, p. 261) nota 1 opinion de Witzel concernant le calice 
et le mariage des pretres : Georgii Wicelii opinio de communions sub utra- 
gue et conjugio clericorum. In Eucharistia poculum acerrime flagitatum 
et ad seditionem usque postulatum concedi... possit..., nee id sine 
approbatione pontificia... Nee desunt qui dubitent usuni istum utrius- 
que speciei progressu longioris temporis mutatum iri propter innu- 
mera inconvenientia in tot tantisque populis, adeoque necessario re- 
ditura omnia ad pristinam alterius speciei sumptionem. Postremo nolim 
calculo meo quicquam tribui, si antiquae constitutiones refragentur, si 
verbo Domini vetetur, sique oecumenica synodus spiritu bono pronun- 
ciet cur utraque species christianis Ecclesiae populis recte debeat sub- 
trahi. In matrimonio postulat et temporis necessitas et cogit rei ve- 
ritas ut aliquid de impedimentis quae videlicet non divini, sed human! 
juris sunt, remittatur... Sin minus multo praestabilius est ut lex divina 
legi humauae anteferatur : id quod omnium christianorum conscientia 
comprobat. Nam quod attinet ad clerogamiam omnino praeferimus im- 
maculatum connubium publico sacerdotum concubinatui ac privatae 
fornicationi... Et arbitror, modo in sententiam R mi episcopi Naumbur- 
gensis et aliorum recte de tola causa judicantium descendendum esse, 
nisi quis aliter tune ex Scripturis quam ex Ecclesiae canonibus sentien- 
dum esse putet . (Hofbibliothek de Vienne, ms. 5637, fol 737, cop. cont.) 



94 LES DEUX PARTIS CATHOLIQTES REFORMATEURE 

Pflug, son ami, 1 Eglise, pour se conformer aux temps nou- 
veaux, devrait adoucir son ancienne discipline et conc6der 

Dollinger (Beitrage, t. Ill, p. 177) a publie cet avis de Witzel redige le 
I" Janvier 1557, pour la diete de Ratisbonne, sans indiquer d ou il 1 a 
tire. La Senientia de coelibalu et conjugio sacerdotum de Witzel, fut editee 
a Helmstadt, en 1631. En son Methodus concordiae ecclesiasticae (1537) 
il se prononce, comme je 1 ai dit, pour la communion sous les deux es- 
peces, qui fera participer, d une fagon plus complete, le peuple a la 
messe, tout en blamant les lutheriens d en faire une question de schisme; 
et il voudrait que le concile permit aux pretres de se marier une fois, 
t ce qui est mieux que les concubinages clandestins, toleres par les eve- 
ques . Dans un autre ecrit de 1538, il repete la meme chose, disant celte 
fois de s adresser & Rome. 

G. Witzel (1501-1573) qui, pretre et marie avail d abord embrasse la 
Reforme, etait un lutlierien convert! (1531). Redevenu pretre catholique 
a Eisleben, en correspondance suivie avec Erasme, il s occupa beau- 
coup de reformer 1 Eglise et lutta avec vigueur centre ses anciens core- 
ligionnaires. Ferdinand I r le nomma conseiller imperial; et son iils 
Maximilien lui alloua, en 1564, une pension annuelle. Henri VIII le 
prisait fort (Dollinger, Beitrage t. Ill, p. 118). Tres verse dans 1 Ecri- 
ture et les Peres, il les ctudia d une facon aussi approfondie que 
remarquable (voir sa lettre et celle de J. Haner, autre converti, de 
1534, dans Dollinger, Beitriige, t. Ill, p. 111-120. Gf. Dollinger, Die Refor 
mation, ihre Entwicklung und ihre Wirkimgen im Umfange des lullierischen 
Bekenntnisses, Ratisbonne, 1846-1848, t. I, p. 125 et suiv.) II publia ii 
Leipzig, en 1535, 1 ouvrage suivant : Quibus modis credendi verbum acci- 
piatur in sacris litleris. Expositio Georgii Wicelii, Ecclesiae calholicae Pa- 
raclesin}. Dans ses Annotationes de 1536, il recommande la lecture de la 
Bible dont il blame la traduction par Luther qui au bon grain mela 
une grande quantite d ivraie (Gf. Janssen, op. cit., t. VII, p. 560). 
t Rien n est plus precieux en ce monde, ecrit-il, qu une bonne traduction 
de la Sainte-Ecriture. La Bible, en effet, renferme les verites revelees, 
la doctrine du salut et la regie de notre conduite... II ne nous est pas 
defendu de revenir au texte primitif. Etudier 1 hebreu ne rend point he- 
retique... G est le malin esprit et non 1 Ecriture qui fait les heretiques . 
(Janssen, op. cit., t. VII, p. 564). Witzel fut vraiment le theologien du 
juste milieu , cherchant toute sa vie des formules d accord qui permis- 
sent de ramener au bercail ceux qui en avaient fui. II travailla en ce 
but, soit avec le due Georges de Dresde qui reunit le colloque de Leipzig, 
soit aupres de 1 Electeur Joachim de Brandebourg qui hesitait entre le 
catholicisme et le protestantisme, soit avec 1 abbe Jean de Fulda, tout 
occupe comme lui de tentatives d union; il applaudit aux efforts de 
Charles-Quint ou de Ferdinand pour retablir la paix religieuse et il de- 
fendit FInterim. Les ecrits deja cites sont tous inspires par cet esprit 
irenique. De ses ceuvres fort nombreuses il fit lui-meme un catalogue 
en 1553. Jusqu en 1539, il les edita & Leipzig chez N. Wolrab. (Sur celui- 
ci voir Spahn, J. Cochlaeus, Berlin, 1897, p. 249, 258, 259, 271, 279), avec le- 
quel il fut plus d une fois en difficulte, pour ne le pouvoir payer. (Lettre 
de Cochlaeus du 6 aout 1539, dans Buscbbell, Doell, op. cit., p. 98. Sur 
les difficultes materielles et pecuniaires des ecrivains catholiques, pour 
se faire imprimer dans un pays ou il n y eut pendant longtemps qu un 
seul imprimeur catholique, voir Braunsberger, op. cit., t. V, p. 281- 
282). Apres 1539, il publia a Cologne, a Fribourg, a Cracovie et Paris. 
Une edition complete commenQa & Cologne en 1559 et s interrompit a la 
2 partie (1562). Outre ses Epistolarum libri IV (Leipzig), 1531, nombre de 



sous PIE iv 95 

la communion sous les deux especes, le conjugium sacer- 
dotum 1 . Ainsi jugeait le celebre theologien Michel Sidonius 

ses lettres ont ete publiees en divers recueils ou revues et restent en 
core inedites. Gf. Widmann, Eine Mainzer Presse der Reformationszeit, Pa- 
derborn, 1889. La liste des ecrits de Witzel que donne Riiss (t. I, p. 146 
et suiv.) est incomplete, comme Pa fait remarquer Kampfschulte (Theo- 
log. Literaturblatt de Reusch, t. II, p. 274). Ses ceuvres catechistiques ont 
ete analysees par Moufang dans le Katholik annee 1877, p. 139 et suiv., 
annee 1880, p. 646 et suiv., dans ses Katholische Katechismen des -16 Jahr- 
hunderts, Mayence, 1881, p. 107 et suiv., 467 et suiv., et dans ses Mainzer 
Katechismen, Mayence, 1877, p. 46 et suiv. 

Sur Witzel on peut consulter Strobel, Reitriige zur Literatur, besonders 
des 16 Jahrhunderts, t. II, (1787); Neander, De Georgia Vicelio, ejusque in 
ecclesiam evangelicam animo, 1839; Dollinger, Die Reformation, t. I, p. 18- 
125 ; Holzhausen, Witzel und die kirchliche Union, dans la Zeitschrift fur 
historische Theologie, 1849, p. 382 et suiv.; W. Kampfschulte, De Georgii 
Wicelii ejusque sludiis et scriptis irenicis, Bonn, 1836 ; Rass, Die Konvertiten 
seit der Reformation, Fribourg-en-Brisgau, 1866, t. I, p. 125 et suiv.; 
Schmidt, Georg Witzel ein Altkatholik des XVI Jahrhunderts, Vienne, 1876 ! 
Ritschl, Georg Witzel s Abkehr vom Lutherthum, dans la Zeitschrift fur Kir- 
chengeschichle de Brieger, t. II, p. 386-417; Maurenbrecher, Geschithte der 
katholischen Reformation, Nurdlingen, 1880, t. I, p. 3S9 et suiv.; les arti 
cles de la Theologische Literatur de Reusch, annee 1877, p. 179, de Falk, 
dans le Katholik, 1891, t. I, p. 129 et suiv., de Tschackert, dans I Allge- 
meine deutsche Biographie, de Paulus dans la 12 edition clu Kirchenlexikon 
de Wetzer-Welte, et de Kawerau dans la Realencykoptidie fur protestan- 
tische Theologie, 3 C edition ; Janssen-Pastor, Geschichte des deutschen Wolkes, 
t. VII, p. 41, 230, 265, 432, 556, 567-571, 575, 577, 660 sq. 665, 671, 677, 
685.; Braunsberger, op. cit., t. 1, p. 329 n. 1, 588 et n. 3, 589 n. 1, t. II, 
p. 54 et n. 4, 790, 791, 918, t. Ill, p. 211 et n. 3, 234, 722, 724, 723 et 
n. 2, 734, t. IV, p. 766, 795; Hurter, op. cit.,i. Ill, col. 21 etsuiv. ; O. A. 
Hecker, Religion und Politik den letzten Lebensjahren Herzog Georgs des 
Rartigen von Sachsen, Leipzig, 1912, p. 59, 63, 73, 75, 78, 81, 84, 87, 89, 90, 
92, 97, 102, 104, 111. 

La plus ancienne biographie de Witzel est dans Cornelius Loos Calli- 
dius, Germaniae scriplorum catalogues, Mayence, 1382, et dans Th. James 
Brown, Appendix ad 0. Gratii Fasciculum rerum expetendarum et fugien- 
darum, Londres, 1690, p. 784 et suiv. -- Voir le jugement d Eck sur 
Witzel, en 1539, dans I OEsterreichische Vierteljahrschrift fur katholische 
Theologie, t. IX, p. 200 et suiv. 

1. Schmidt, Neuere Geschichte der Deutschen, Frankenthal, 1785-1786, t. IV, 
p. 42-47; A. Jansen, Julius Pflugk, dans les Neue Mittheilungen aus dem 
Gebiet historischanliquarischer Forschungen, t. X, Halle, 1864, part. 1, p. 68 
et suiv., part. 2, p. 123 ; Pastor, Die kirchlichen Reunionsbestrebungen 
wuhrend der Regierung Karls V, Fribourg-en-Brisgau, 1879, p. 137. 

Pflug fut le dernier eveque de Naumburg-Zeitz, il assista au concile 
de Trente, en 1551, et mourut en 1564, a Zeitz. Voir sur lui Epistolae Pe- 
tri Mosellani... ad Julium Pflugium, edit. Miiller, Leipzig, 1802; Hergang, 
Das Religionsgesprach zu Regensburg in Jahre 1514 und das Regensburger 
Buch, Gassel, 1858 ; Ranke, Deutsche Geschichte, t. V et VI ; Droysen, 
Geschichte der Preussischen Polilik, Leipzig, 1859, t. Ill, part. 2; Jansen, 
article cite des Neue Mittheilungen, t. X, (1864), part. 1, p. 1-110, part. 2, 
p. 1-212 ; Brieger, De formulae concordiae Ratisbonenses origine atque indole, 
Halle, 1870 ; du meme, Contarini und das Regensburger Concordienwerk, Go- 
ilia, 1870; Voigt, Moritz von Sachsen 1541-1547, Leipzig, 1876; Pastor, Die 



96 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES HEFORMATEURS 

Helding, coadjuteur de Mayence et dernier eveque de Mer- 
seburg, dont I activit6 ir6nique fut grande au colloque de 
Worms (1557) et a la Diete d Augsbourg (1559) J . Cassander, 
lequel employa toute sa vie a s instruire a fonds des con- 
troverses de son siecle, a chercher les moyens de calmer les 
esprits ou d empecher qu il ne se fit une plus grande divi- 

kirchlichenReunionsbestrebungen, p. 130 et suiv. ; Beutel, Ueber den Ursprung 
des Augsburger Interims, Dresde, 1888; Wetter, Die Religionsverhandlungen 
auf dem Reichstage zu Regensburg, lena, 1889; les articles de Paulus et de 
Kawerau dans la derniere edition AuKirchenlexikon et de la Realenzy/clopd- 
die; Janssen-Pastor, Geschichte des deutschen Volkes, t. VII, p. 36, 291, 327, 
482 et suiv. ; Eder, Die Reformvorschluge Kaiser Ferdinands I auf dem Ron- 
zil von Trient, Minister, 1911, p. 17, 19, 68, 72, 79 et suiv., 156, 200 et suiv. ; 
Hecker, op. cit., p. 26, 27, 33-36, 43, 44, 48-53, 59, 68-71, 74, 109-111. 

1. Gf. Janssen, Geschichte des deutschen Wolkes seit dem Ausgang des Mit- 
telalters, t. II, (7 e edit., 1882) p. 176 et suiv. ; Paulus, Michael Helding, 
dans le Katholik, t. II, p. 491. 

Dans un de scs rnanuscrits (Hofbibliothek de Vienne, ms. 5637, fol. 726- 
733), 1 archeveque Brus a nole 1 opinion de Ptlug et de Helding sur le 
calice et le mariage des pretres : R a D.D. Michaelis Moserburgensis et Julii 
Naumburgensis episcoporum opmio de communione sub ulraque et conjugio 
clericorum. Relativement a cette derniere question il y est dit : Ac ne 
praetereamus locum de coelibatu clericorum, satis constat hunc eundem 
institutum fuisse initio, ut iidem munere suo eo liberius fungerentur... 
(Suit la defense du celibat ecclesiastique et la reponse aux objections 
ordinaires tirees de Saint Paul). Quod igitur res atque necessitas ipsa 
postulat censemus ita relaxandam esse legem coelibatus, ut iis qui sa- 
cris ordinibus initiati sunt liceat uxores ducere, et nihilkominus mu 
nere ecclesiastico fungi, inaxime si nullum continentiae votum fecerint, 
prout sacerdotes non vote sed tanlum constitutione se ipsos astringunt ; 
ii autem qui necdum initiati sunt sacris ordinibus in posterum pacto 
nullo nunciantur... Ut temeritas omnis vitetur ad haec omnia authori- 
tatem publicam aut synodi oecumenicae aut Apostolicae Sedis accedere 
volumus. Sed in hoc tamen toto genere arbitramur ea etiam cautione 
opus esse, ut si quae provinciae sunt, quae meliori disciplinae utuntur, 
nee relaxationem canonis desiderant legem coelibatus, quae apud eos 
bene fixa est, non abrogent... Gf. Schmidt, Neuere Geschichte der Deuts 
chen, t. IV, p. 42 et suiv. 

M. Winter (Mittheilungen des Vereins fur Geschichte und Altherthums- 
kunde in Hohenzollern, Sigmaringen, t. XV (1881-1882), p. 1-15), Hundhausen 
(Wetzer-Welte, Kirchenlexicon, 2 edit., t. VIII, p. 1493 et suiv.), Nico- 
laus Paulus (Katholik de 1894, t. II, p. 410-430, p. 481-502), E. Kawerau 
(Realencyclopudie de Herzog-Hauck, 3 edit., p. 610 et suiv.) ont eaquisse 
la biographic de Helding (f 1561). On peut voir encore Druffel, Briefs und 
Aden zur Gsschichte des -16 Jahrunderts, 1, Munich, 1873, p. 157 et suiv. 573, 
775 ; Abhandlungen der historischen Klasse des bayrischen Akademie des Wis- 
senschaflen, t. XIII, part. 2, p. 145 et suiv., t. XVI, part. 1, p. 1 et suiv., 
et part. 2, p. 181 et suiv.; Fraustadt, Die Einfuhrung der Reformation im 
Hochstifte Merseburg, Leipzig, 1843, p. 208-264 ; Janssen-Pastor, op. cit., 
t. VII, p. 464, 480, 576 ; Eder, Die Reformvorschliige Kaiser Ferdinands I 
auf dem Konzil von Trient, Miinster, 1911, p. 17, 19, 68, 70, 80, 83-85, 95 
et suiv., 101, 156, 200, et suiv., 222, 227. Les lettres de Helding a Nausea 
se trouvent dans ses Epistolarum libri X, Bale, 1550, p. 80 et suiv. 



sous PIE iv 97 

sion dans 1 Eglise J , et qui en ce but ecrfvit le De officio 
pii viri in hoc religionis dissidio (1561) 2 , se prononce trcs 
categoriquement pour la communion sub utraque dans le 
livre qu il y consacra 3 ; son memoire a Ferdinand et a 
Maximilien, redige les derniers mois de sa vie (1564), re- 
nouvelle celte affirmation et insiste sur le mariage des 
pretres 4 . L eveque de Vienne, Nausea, dont les Merits the"- 



1. De Thou, Hisloire universelle, liv. xxxvi, edit., de La Ilaye, 1740, 
p. 489. 

2. Get ouvrage fut presente au colloque de Poissy. Attribue par Calvin 
a Beaudoin, il fut refute par Jean Hessels, de Louvain, dans un traite 
qui porte le meme titre (1565). Gf. Du Pin, Histoire de VEglise et des au- 
teurs ecclesiastiques du XVI siecle, Paris, 1701-1723, p. 169-180 et 217 ; et 
voir plus haut, p. 1 n. 2. 

3. De sacra communione christiani populi in ulraque panis et vinis specie. 
Get ouvrage est aussi intitule : Consultalio sitne communio in utraque pa 
nis et vini specie catholicis optanda, eliamsi jure divino non sit omnino ne- 
cessaria (H. Reiiseh, Die Indices l.ibrorum prohibiionim des sechszehnten 
Jahrhunderts, Tubingen, 1S8G, p. 290), on : Silne communio in utraque specie 
catholicis expetenda (cf. G. Gaasander, Consultalio de articulis religionis 
inter catholicos et protestantes controversis, Cologne, 15u7, p. 172 ; Le Plat, 
op. cit., t. VI, p. 757 et suiv.), ou encore : Dialogus de communione sub 
utraque Helmstadt, 1652 (Schelhoru, Arnoenilates ecclesiasticae,t.ll, p. 567- 
584). Ganisius craint que ce traite ne ravive le desir et la demande du 
calice, (Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 484; cf. ibid., p. 590). Gassandre 
y soutenait que la communion sub utraque, bien qu elle ne fut point ne- 
cessaire de droit divin, devait cependaiit etre desiree par les catholi- 
ques (Ibid., p. 484 et n. 5). 

4. Cojisultatio de arliculis religionis inter catholicos et protestantes contro 
versis, Cologne, 1567, roeditee par Grotius en 1642, par Gonring, Georgii 
Cassandri et Georgii Wicelii de temporis controversiis libri duo, scripti jussu 
augustissimorum Caesarum Ferdinandi I Maximiliani II, Helmstadt, 1659, 
p. 205 et suiv. (cf. plus haut, p. 1 u. 2, 93 n. 2) et par Le Plat, op. cit., 
t. VI, p. 664-790. Gf. Du Pin, op. cit., t. V, p. 181-205 ; Hopfen, op. cit., p. 128. 
Dans ce memoire, il dit que la communion des lutheriens est conforme 
a 1 ancien usage; rnais il ajoute, apres avoir montre que le rite con- 
traire etait egalement ancien: e Quam ob rem consultum fore puto, si in 
his quoque consilium apostolicum observetur, ut is qui bibit non biben- 
tem ne spernat, et qui non bibit bibentem non judicet, sed-quae pacis 
sunt sectemur et quae aedificationis invicem custodiamus . (Le Plat, 
op. cit., t. VI, p. 756). Gf. Hopfen, op. cit., p. 128. Le passage relatif 
au mariage des pretres se trouve dans Le Plat, op. cit., p. 760-761 ; cf. 
Du Pin, op. cit., t. V, p. 201. 

De Thou (Histoire universelle, liv. xxxvin), qui propose Gassander 
comme un modele a ceux qui exercent leur esprit dans la dispute, aim 
qu ils apprennent de lui a eviter Fanimosite et 1 aigreur , dit de sa Con- 
sultatio de articulis religionis (ibid., liv. xxxvi) : L empereur lui ecrivit 
que, puisque sa sante ne lui permettoit pas de travailler a la reunion 
des esprits par sa presence, il y contribuat au moins par ses ecrits et 
par son conseil, qu il fit un abrege de la doctrine chretierme, et qu outre 
les anciens articles de la foi catholique, renfermes dans la Confession 
d Augsbourg qui ont toujours ete liors de toute controverse, il expliquat 

7, 



98 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

ologiques furent aussi nombreux qu apprecies, affirrne la 
Iegitimit6 de la communion sub una.ei la superiorite du 
celibat ecc!6siastique sur le mariage, mais il avoue que la 
necessit^ et le changement des moeurs engageraient celui 
qui etablit ces regies a les abroger, s il vivait maintenant J . 

ceux qui avoient deja ete accordes de part et d autre par les sgavans 
des deux partis, ceux qu on pourroit accorder pour le Men de la paix 
et pour maintenir 1 unite de 1 Eglise, sans blesser la verite catholique, 
et ceux que la Confession d Augsbo.urg ne contredit pas expressement, 
quoique les partisans de cette Confession les revoquent en doute par 
opposition a la religion catholique. C est ce que Cassander executa 
d une maniere admirable, en pen de mots et avec une extreme retenue, 
dans la Consultation sur les articles controverses entre les catholiques 
et les protestants, qu il fit imprimer et qu il envoya & 1 empereur Maxi- 
milien, car Ferdinand etoit deja mort. Ce fut la le dernier ouvrage de 
cet excellent homme, qui etoit exempt de toute passion, et qui s etoit 
preserve de 1 esprit de parti, qui professoit sincerement et uniquement 
la verite que Jesus-Christ a laissee a son Eglise . Cet ouvrage fut remis 
a Maximilien II, le 9 Janvier 1565: 

Cassander naquit a trois lieues de Bruges, a Pitthem, dans 1 ile de 
Cadsand, d ou il tira son nom. Apres avoir longtemps enseigne a Bruges, 
il fut appele a Duisbourg, par Guillaume due de Cleves, afin de refuter 
les anabaptistes ; puis il vint a Cologne, qu il habita jusqu a sa mort 
(3 fevrier 1566). Ses oeuvres completes furent publiees a Paris, en 1616. 
Sur Cassander et ses efforts pour amener a 1 union catholiques et pro 
testants, voir Conring, op. tit. , Du Pin, op. clt,, t. V, p. 147-212 ; Moreri, 
Le grand dictionnaire historique, edit., de Paris 1732, t. II, p. 598; de Thou, 
Histoire universelle, liv. xxxvi et xxxvm, edit , de La Haye, 1740, t. Ill, 
p. 489 et suiv., 619 et suiv.; Dieringers Zeitschnft fur Wissenschaft, 1845, 
t. Ill et IV; Bering, Geschichte der Idrchlichen Unionsversuche, Leipzig, 1836, 
t. I, p. 427 et suiv.; Ch. Kaltenbach, Cassandre et ses essais de conciliation 
entre la reformation et le catholicisme, Strasbourg, 1849; Friedrich, G. Cas- 
sandri vita et theologia, Gottingen, 1855 ; Calkoun, Specimen hist, theol. 
Georgii Cassandri vitae atque operum narrationem exhibens, Amsterdam, 
1859; Fritzen, De Cassandri ejusgue sociorum studiis irenicis, Miinster, 1865 ; 
M. Birk, Georg Cassanders hleen iiber die Wiedervereinigung der christlichen 
Konfessionem, Cologne, 1876; Pastor, Die kirchlichen Reunionsbeslrebungen ; 
Lessen, Das Kolnische Krieg, Gotha, 1882, t. I, p. 3, 13 et suiv., 167; Des- 
chrevel, Histoire du se minaire de Bruges, Bruges, 1891, p. 385 et suiv. ; 
Braunsberger, op. cit., t. I, p. 3G5 n. 6, t. IV p. 145,470, 499, 507, 571, 766, 
795;Hurter, op. cit., t. Ill, col. 34 et suiv. Ses oeuvres furent pour la 
premiere fois editees a Paris, en 1616 : ce sont des ecrits relatifs a 1 his- 
toire des dogmes et de la liturgie, 107 lettres et les actes des deux col- 
loques qu il eut avec les Anabaptistes en 1558 et 1565. Son etude des 
Hymni ecclesiastici fut mis a FIndex (Reusch, Indices librorum prohibifo- 
rum XVI Jahrhunderts, Stuttgart, 1886, t. I, p. 361). Cf. Meuser, Historia 
theologorum Coloniensium seculi XVI, dans la Dierengers Zeitschrift, 18i5, 
t. IV, p. 205 et suiv. 

1. On trouve son opinion sur ces deux points, dans le manuscrit de 
Brus, 5637 de la Hofbibliothek de Vienne (fol. 733 et suiv.) : R Z) Fride- 
rici episcopi Viennensis de communions sub utraque et conjugio clericorum : 
Catholic! confitentur quod quemadmodum Ecclesia quondam facultate 
habuerit ex quibusdam singularibus, praegnantibus, legitimis et urgen- 



sous PIE iv 99 

Christophe Wertwein, pre"dicateur renomme du xvi" siecle, 
eveque de Wiener-Neustadt (1550-1553) et de Vienne J , ad- 
met lui aussi que 1 Eglise, a cause de la calamit6 des temps, 
doit faire ceder sur ces deux points son ancienne rigueur 2 . 

tibus denique causis, auffere laicis usum sumendi venerabilis sacra- 
menti Eucharistiae sub utraque spetie..., ita illam facultatem haboat, ex 
specialibus praegnantibus, legitimis et urgentibus causis priorem illam 
sub utraque spetie... communionem eisdem laicis denuo concedere et 
restituere. (Suivent les conditions qui doivent, a son avis, accompagner 
la concession du calice). Catholici confitentur perpetuam extra matri- 
monium castitatem, quam coelibaturn vocamus, tarn esse praecellentem, 
meritoriam et arduam virtutem ut earn nonnulli Deo dilecti... ardenti 
charitate amplexi sint et continuerint, ut ejus etiam deinde castitatis 
observantia et continentia in cogentem quandam legem transient, quae 
a Galixto papa cunctis deinde sacerdotibus, diaconis et subdiaconis 
servari sumere mandata sit et confirmata. Qui, si sub haec novissima 
tempora vitam ageret, multorumque ecclesiasticorum occultam vel ma- 
nifestam castitatem conspiceret et experiretur, et exploraret quam car- 
nalis, quam horrenda, quamque flagitiosa, quamque prodigiosa libido, 
immunditia, fornicatio, scortatio et id genus multa alia carnis scelera 
longe impudentissima, nullo ferme noil loco et tempore a multis eccle- 
siasticis et a praesertim abundantibus beneficiorum... pliiralitate, luxu- 
riantibus, quottidieque laute, copiose, splendicleque potantibus, ocian- 
tibus, pigritantibus, indoctis et ineptis personis die pene noctuque citra 
omnem pudorem, in omnium plane scandaliwn et in divini quoque cultus 
totiusque ecclesiastic! status et officii contemptum, nee sine magno bo- 
norum damno et prejudicio commiterentur et designarentur, ipse procul 
dubio, legem quam de servando coelibatu contra sacerdotum conjugia 
zelo fortasse non impio tulit et dedit, sine omni mora prorsus abrogaret 
et ipsum coelibatum, una cum conjugio ecclesiasticorum, qualis antea 
fuit, rursus adjectis aliquot conditionibus, liberum relinqueret... Si 
vel ipsa Ecclesia vel ejus nomine pontificia Sanctitas legem coelibatus 
relaxeret... posthac (et quidem brevi non solum nou nmltos ferme idoneos 
habituri sumus pastores, ecclesiastes, praedicatores..., sed et nullam 
habituri sumus religionem in summam et sempiternam nostri omnium 
pernitiem et interitionem, quemadmodum (proa dolor) id ipsum nunc 
multis in locis Germaniae non sine magno ipsius incommode... evidenter 
apparet . (Gf. Schmidt, Neuere Geschichte der Deulschen, Frankenthal, 
1785-1786, t. IV, p. 42-47.) Nausea s etait d abord prononce en faveur de 
la communion sub una; ce qui donnait plus d importance a son opinion 
nouvelle. (Gf. Janssen-Pastor, op. tit., t. VII, p. 489). Pour la Diete 
d Augsbourg de 1S30, il avait ecrit un livre, qui ne fut pas edite, sur le 
manage des pretres (Ghmel, op. cit., p. 327) ; il conseilla. a Paul III, de 
supprimer le caractere obligatoire du celibat (Metzner, Frid. Nausea aus 
Waischenfeld, Bischof von Wien, Ratisbonne, 1884, p. 78-80 ; Saftieu, op. 
cit., p. 14) ; il renouvela cet avis, avec les eveques de Naumburg et de 
Merseburg, Pflug et Helding, dans un memoire qu ils remirent a Ferdi 
nand. (Schmidt, loc. cit.. Gf. Janssen-Pastor, loc. cit.) Sur Nausea voir 
plus haut, p. 40, n. 2. 

1. A la mort de Nausea, il administra les deux eveches de 1552 a 1353, 

2. L archeveque Brus nota 1 opinion de Wertwein, dans le manuscrit 
5637 de la Hofbibliothek de Vienna (fol. 736) : R D Cristophori electi No 
vae civitatis opinio de communione sub utraque et conjugio clericorum. n Utri- 
que ritus [communionis] in Ecclesia manserunt usquedum haereses in- 



100 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

Au colloque d Haguenau (1540), le savant et infatigable 
champion du catholicisme Jean Cochlaeus propose le calice 
comme un des articles qui peut amener 1 enteute l . A celui 
de "Worms, I ann6e suivante, le legat Giovanni Morone re- 
marque que les theologiens catholiques sont animes d un 
trop grand esprit de conciliation 2 ; et Contarini, qui lui- 
meme penche pour la concession de la communion sous 
les deux especes 3 , conseille de renvoyer la question a un 
concile oacume nique 4 . S il y avail un concile national en 
Allcmagne, 6crivait a Saint Ignace en 1554 le Jesuite Jay, 
les the"ologiens catholiques de ce pays se prononceraient 
pour la communion utraquiste et le mariage des pretres, 
la suppression du jeune et la restriction des vceux de chas- 
tet6 5 . Plus d un eveque croyait, comme plus tard dira le 

ciderent... Gonstat etiam communionem sub altera juris esse positivi 
at quae sunt juris positivi pro temporum necessitate et utilitate tempe- 
rentur... Quum hoc nostro calamitoso seculo plerique sacerdotes in 
coelibatu incontinentissime juvant, toti plane libidini addicti, praestaret 
militandos voto coelibatus non obstringere, quam quod per votum la- 
queus animabus ipsorum ponatur. Haec autem Ecclesiae juditio sub- 
missa sunt >. 

Sur Wertwein, voir Kopallik, Regesten zur Geschichte der Erzdiocese 
Wien, t. II (1898), p. 104-108; Wiedemann, op. cit., t. II, p. 65 et suiv. 

1. Sur Cochlaeus, polemiste et historien voir Karl Otto, Das Colloquium 
des Cochlaeus mit Luther zu Worms auf dem Reichstage 1521, dans Oester- 
reichische Vierteljahrschrift fiir kalliolische Theologie, t. V, l re livraison ; 
du meme, Johannes Cochlaeus der Humanist, Breslau, 1814; Gess, Johannes 
Cochlaeus. der Gegner Luthers, Berlin, 1886; Spahn, Johannes Cochlaeus, Ber 
lin, 1898; les articles de Krafft dans la Zeitschrift fur preussische Geschichte, 
t. V, p. 481, de Dittrich, dans I Historisches Jahrbuch, t. VIII, p. 164 et 
surtout de Falk dans le Mainzer Katholik, t. 69, p. 313-321 (Zur Cochlaeus- 
Biographie und-Bibliographie) ; Janssen-Pastor, op. cit., t. VII, p. 7, 296- 
299^ 468-473, 476. 480, 498, 526. 569; Spahn, Joannes Cochlaeus, Berlin, 1898. 
Dans le tome XVIII (1897) de la Zeitschrift fur Kirchengeschichte , Friedens- 
burg a publie nombre de lettres de Gochlaeus. On en trouvera d autres 
dans Th. Wiedemann, Johannes Cochlaeus nach seinem Leben und seinen 
Schriflen. Eine Sammlung original Handschriflen, et dans 0. Clemen, Briefe 
von Ilieronymus Emser, Johannes Cochlaeus, Johann Mensing und Petrus 
Ranch, Miinster, 1907. G . Buschbell, DoelJe, Briefmappe, p. 74, 98, 223, 236, 
248-232. Sur le colloque voir Staatsarchiv de Munich, Kirche und Schule 
17, fol. 253-288. 

2. Gf. G. Constant, Legation du cardinal Morone aupres de I empereur et 
du concile de Trente (1563), Paris, 1921, p. xi et suiv. 

3. Die Correspondenz des cardinal Contarini ivahrend seiner deutschen Le 
gation, dans I Historisches Jahrbiich de 1880, p. 476. 

4. Laemmer Monumenta Vaticana, p. 381, 384. Cf. Braun, Cardinal Gas- 
paro Contarini oder der Reformkalholiiismus unserer Tage im Lichte der Ges 
chichte, Leipzig, 1903. 

5. Gothein, Ignatius von Loyola und die Gegenre formation, Halle, 1895, 



SOUS PIE IV 101 

cardinal de Lorraine, que conceder le calice arreterait 
conside rablement le progres des protestants ; bcaucoup de 
personnes ne s etaient attaches a eux an commencement 
que par rapport a cet article, et elles cesseraient de leur 
preter 1 oreille. lorsque 1 Eglise leur accorderait la commu 
nion entiere * . II est a souhaiter, avail 6crit Charles- 
Quint an temps de la premiere concession, que la disci 
pline de la primitive Eglise soil restaure et observee dans 
nos temps malheureux ; on ramenera les 6gares au druit 
chemin en usant de bonte plutol que de rigueur; c est par 
la douceur et la mansuetude que 1 Eglise des Apotres et 
des Peres fut fondle; et c est ainsi qu aujourd hui peut etre 
retablie 1 unile chretienne ; car maintenant aussi bien 
qu alors (ceci est clair comme le jour) le lait convient mieux 
a la majorite que les mets lourds et vigoureux; aussi 
n avons-nous cesse de supplier le pape de ceder. par une 
paternelle condescendance, sur certains points qui ne tien- 
nent pas a 1 ordre essentiel de 1 Eglise, jusqu a la reunion 
du prochain concile 2 . 



p. 684 et suiv. Jay concluait de son affirmation qu un concile general 
etait necessaire. 

1. Sarpi, op. cit., livre V, | IT, trad, de Lecourayer, ed. Bale, 1738, 
p. 124. Lettres du cardinal de Ferrare a Borromee, Janvier et 15 aouM562, 
dans Baluze-Mansi, Miscellanea, t. IV, p. 383 et Susta, Die romische Ku- 
rie und das Konzil vom Trient unlcr Pius IV, t. II, p. 327. Gf. W. Goetz, 
Der Kompromisskatholizismus und Kaiser Maximilien II, dans I Hislorische 
Zeilschrift de Sybel, Serie nouvelle, t. 41(1896), p. 196. 

2. Ob nun wohl zu wiinschen das alle Ghrisstliche disciplin uund zuclit 
der alten Kirchen bey disen verdebten leichtfertigen zeiten, widerumb 
allenthalben eingeschiiert und erbalten werden mocbte..., damit die 
einige, so sich abgesondert widerumb zu ainem rechten Cbrisstlicben 
wesen unnd wandl, mehr mit guetten willen underwisen unnd gelaitet, 
dann durch ybermassigen ernst abscheuhig gemacht wurden. Dann \vie 
zu den Aposstel unnd Vatter, die Gruundtfesst der Chrisstlicben Khir- 
clien mit Giiette unnd sanfftmiiettigkheit angefangen und erpauet, also 
mochten verhoffentlich durch solch guettliche weege, die ienige so in 
irrung mind Missverstand gewachsen seindt, zu diser zeit auch wide 
rumb zu ainem einheligen verstandt unud vergleichunng gebacht unnd 
erhalten -\verdp.n, dieweil ainmahl ofl entlich am tag, das noch starkher 
speiss bey der Pabbsstlichen Heyligkheit, mit alien embsigen Vleiss 
zubearbeithen, das sein Heyligkheit, hierinnen aim gnedig^ vatterlichs 
einseehens haben, unnd den ordinarien erlauben wolte in den articeln 
darin solches ohne sondern Nachtheyll unnd Abbruck Ghristenlicher 
Ordnung gestehen khonte, bis zu erorderung des Concilii zu dispensi- 
ren . Charles-Quint au Cardinal d Augsbourg, Bruxelles, 28 mai 1S19. 
Kreisarchiv de Munich, Gen. Reg., fasc. 125S, n 14, cop. cont. 



102 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMA.TEURS 

La bulle cle Paul III, en 1548, avail 6te une victoire du 
parti modere\ II esperait en remporter une nouvelle et 
plus complete, pour le plus grand bien de la religion et la 
pacification de rAllemagne. 

* 

** 

Ferdinand i er . Un des chefs principaux de ce parti fut 1 empereur Fer 
dinand ! . C 6tait un fervent catholique 2 . Tons les temoi- 

1. Depuis le traite de Worms (1321), confirms par celui de Bruxelles 
(1522), Ferdinand gouvernait les possessions allemandes des Habsbonrg 
il avail ete elu roi de Boheme et de Hongrie en 1526, et en 1S31 roi des 
Remains. La Diete de Francfort de 1558 le proclama empereur. 

Sur Ferdinand I on pent consulter Bucholtz, Geschichte der Regierung 
Ferdinand des Ersten, Vienne, 1831-1838, 9 vol. Bergmann, Die Kinder 
Kaiser Ferdinands I, Vienne, 1831 ; A. v. Gzevacz, Itinerar Kaiser Ferdi 
nands I 1521-1564, Vionne, 1843 ; Ranke, Zur Deutschen Geschichte vom 
Religions frieden bis zum 30 jiihrigen Kriege, 1863,3= edit., 1888; du meme, 
Deutsche Geschichte im Zeitalter der Reformation, Berlin, 1839-1847, 6 e edit. 
Leipzig, 1862 ; v. Kraus, Zur Geschichte Oesterreichs unter Ferdinand 1 
1519 bis 1522. Bin Bild standische Parteikiimpfe, Vienne, 1873 ; Rezek, Les 
Memoires de Dacickij, Prague, 1878-1880 2 vol. et Gesnh. d. Regierung Fer 
dinands I in Bohmen, Prague, 1878 ; Huber, Geschichte Oesterreichs, Gotha, 
1885-1895, t. Ill et IV ; G- Turba, Beitrage zur Geschichte der Habsburger 
1548-1558, dans I Archiv fur osterreichisc/ie Geschichte, i. 89, 90 et Kritische 
Beitrfige zu den Anfangen Ferdinands dans Zeitschrift fur d. osterr. Gymn. 
t. 53, avec une critique de Bauer, ibid. ; Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, et 
VII passim ; Illing, Der Regierungsantritt Ferdinands I in den osterreich. 
Erblanden, Programme Florisdorf 1903 ; Mencik, Beitrage zur Geschichte 
Ferdinands, Vienne 1905 ; W. Bauer, Die Anfdnge Ferdinands 1, Vienne et 
Leipzig, 1907 ; du meme. Die Korrespondenz Ferdinands I, Vienne, 1912 
Fr. M. Mayer, Geschichte Oesterreichs, edit., Vienne et Leipzig, 1909, 
t. II, p. 1 et suiv. ; Pastor, Geschichte der Papste, i. VI et VII passim ; les 
ouvrages cites de Turba (t. II et t. Ill), de Steinherz (t. I-III-IV), de 
Susta (t. I-IV), de Braunsberger (t. I-V). Voir les source? dans Krones, 
Grundriss der oesterreichischen Geschichte, p. 425 et suiv., 443 et suiv., 477 
et suiv. Une commission historique (Historische Landes-Commission 
fur Steiermark) fut constitute en 1892, pour etudier en Styrie Fepoque des 
Habsbourg. (Of. Mitlheilungen des Instituts fur oesterreichische Geschichts- 
forschung, 1893, p. 533). Elle a fait paraitre de 1897 i 1912, soil a Graz, 
soit a Vienne, neuf volumes, sous le titre general : Forschungen zur 
Verfassungs-und Verwaltungsgeschichte der Steiermark. Mais jusqu ici on 
ne peut guere citer sur Fepoque de Ferdinand I er et de Maximilien II 
que Fouvrage de Loserth, Das Kirchengut in der Sieiermark in 16 und 
17 Jahrhundert, Graz et Vienne, 1912. Les etudes sur Charles-Quint par- 
lent generalement de son frere et successeur Ferdinand. E. Denis 
(Fin de I Indtpendance Boheme, t. II, p. 22-24), a trace le portrait de Fer 
dinand comme politique. 

2. i Fu molto religioso, clemente, pio et caritatevole n. (Ulloa, Vita del 
Imperalore Ferdinando 1, Venise, 1565). Fu Principe ripieno di molte 
virtu, ma sopra tutto giustissimo e religiosissimo . (Lud. Dolce, Vita di 
Ftrdinartdo I Imperddorc, Venise, 15G6, p. 240). 



SOUS PIE IV 103 

gnages du temps concordent sur ce point : les ambassa- 
deurs venitiens 1 affirment a diverses reprises * ; Hosius le 
constate, bien qu il se plaigne de sa tolerance 2 ; ses adver- 
saires ne le sauraient nier 3 . Commendone estime que si 
les princes ecclesiastiques ou seculiersd Alleniagne avaient 
une petite partie seulement de son zele religieux, 1 em- 
pire ne tarderait pas a redevenir catholique 4 . Des son le 
ver, il recitait le chapelet 5 ; chaque jour, il entendait deux 
messes a genoux, 1 une pour lui, 1 autro pour la reine de- 
funte, et aucune occupation, si pressante fut-elle, ne pou- 
vait Ten empecher 6 ; souvent il recitait 1 office ou y assis- 



1. Sua Maesta e religiosissima, ne mai ha mutato il vero culto di 
Dio... non si vede in sua Maesta segno aleuno se non di vera religione. 
(Relation de Lorenzo Gontarini, auibassadeur aupres du roi des Remains 
en 1348. Alberi, op. cit., Serie I, t. I, p. 457) Quanto sia religiose puo 
parere dal suo frequentare li divini uffici, dal confessarsi e dal cornuni- 
carsi tre o quattro volte 1 anno, nia in nessun modo piu che dalla con- 
tesa che esso ha avuto cosi lungo tempo con suo grave danno per causa 
di religione con li principi de Gormania e colli suoi popoli, in grazia de 
quali se ha alcune cose permesso e da niolli interpretato che sia stato 
piu tosto necessita che volonta, e che la sua persona resti come fu sem- 
pre cattolica . (Relation de Paolo Tiepolo, 1357. Ibid., t. Ill, p. 146). 
Mostra d esser religiosissimo e rnancheria ordinariamente piuttosto 
ad ogn altra cosa che a udir gli ufficii divini . (Relation de Leonardo 
Moeenigo, 1559. Ibid., t. VI, p. 113.) E religiosissimo, ne con verita si 
pud dire che mai sia allargato punto dalla religione cattolica . (Relation 
de Giacomo Soranzo, 1562 [Ibid., t. VI, p. 148] ou de Giovan Michele, 
1563, selon Fiedler, Relationen venetianischer Botschafter iiber Deutschland 
und Oesterreick im sechzeknten Jahrhundert, t. XXX des Fontes rerum aus- 
triacarum, Vienne, 1870, p. 215. 

2. Non dubito quin sit princeps vere christianus et ex animo catho- 
licus, magnoque Dei timore preditus . Hosius a 1 archoveque de Salz- 
bourg, 12 septembre 1560. Steinherz, op. cit., t. I, p. 112. 

3. La persona poi di sua Maesta e per si longa prova conosciuta ca- 
tholica, pia et reverente de la Sede Apostolica . Reponse a certains 
griefs centre 1 empereur. Sickel, op. cit., p. 32. 

4. lo tengo per fermo 1 animo di Sua Maesta essere cosi buono che, 
se si potesse dividere la sua bonta fra li principi ecclesiastic! et seculari 
di Germania bastarebbe assai per restituere la religione catholica in 
quella provincia i>. Ecrit de Gommendone sur sa legation aupres de 
1 empereur, remis, sur lear demande, aux legats du concile de Trente ct 
envoye par eux a Borromec le 19 fevrier J563. Lagomarsini, Poyiani epis- 
tolae et oraliones.Rome, 1756-1762, t. Ill, p. 242. Steinherz, op. cit., t. Ill, 
p. 198. 

5. Relations citees de Gontarini et de Mocenigo Alberi, op. cit., sorie I, 
t. I, p. 457, et t. VI, p. 113. 

6. Relations de Giovanni Capello 1558 (Alberi, op. cit., Appendice, p. 28), 
de Leonardo Mocenigo 1559 (Alberi, op. cit., Serie I, t. VI, p. 113), de 
Giacomo Soranzo 1562 (Ibid., p. 148-149) ou de Giovan Michele, 1563 
(Fiedler, QJJ. cit., p. 215. L lniperator ha mangiato di poi sempre riti- 



104 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFOR MA.TEURS 

tail ; dix fois par an, il se confessait et communiait 2 ; il 
venait aux vepres et au sermon, les jours de fete et, chaque 
vendredi,ilsuivait une procession 3 ,jeunant toutes les vigi- 
les 4 . Ferdinand desirait que son exemple fut suivi 5 . Aussi sa 
niaison et sa cour paraissaient-elles un monastere ou quel- 
que lieu saint habile par des hommes pieux et religieux 6 . 
Tous ceux qui veulent avoir la favour de Sa Majeste 1 imi- 
tent ecrit un ambassadeur venitien, qui, en 1541, trace 
du prince ce portrait : Le roi des Remains a 39 ans ; 
petit de taille, il est maigre, pas joli, mais bien portant, et 
je crois qu on peut affirmer sans se tromper qu il n est 
prince plus religieux et meilleur : Sa Majeste en effet ob 
serve si scrupulousement les lois de la religion, tant de 
droit divin que de droit positif, tant naturelles que morales 
qu Elle est pour tous un modele parfait... Elle obeit si 
fidelement aux commandernents de Dieu que nul investi- 
gateur de sa vie, si minutieux fut-il, n a pu savoir en quoi 
Elle a pr6variqu6. Sa Majeste est si liberate qu elle donne 
tout ce qu elle a, et que ses serviteurs sont relativement 
plus riches qu Elle... Son affabilit6 lui sert plus qu a d au- 
tresune trop grande gravite; elle est telle que les ambas- 
sadeurs n6gocient comme avec un egal avec sa Majeste, 
qui souvent les invite a sa table ; j y ai bien mang6 vingt 
fois, en compagnie de la reine. Le roi gagne le cceur de 

rato ; sendosi pero lassato vedere nel andar ogni gornio alle sue messe . 
(J. Dani a Gosme I, Vienne, 2 juillet 1561. Archivio di Stato de Florence, 
Mediceo 4323, fol. 464). Gome bueno et fedel christiano udiva ogni di non 
solo una messa, ma due e tre . Ulloa, op. oil., p. 443. Avant la mort de 
sa femme, Ferdinand n entendait qu une messe par jour (Relation de 
Loreuzo Gontarini 1548; Alberi, op. cit., serie I, t. I, p. 457). 

1. Ascoltava e diceva il divino offlcio . Ulloa, op. tit., p. 445. Cf. 
Relation de Giovanni Gapello, 1558. Alberi, op. cit., Appendice, p. 28. 

2. Relation de Giacomo Soranzo, 1562. (Alberi, op. cit., serie I, t. VI, 
p. 149), ou de Giovan Michele (Fiedler, op. cit., p. 215). En 1548 et en 1554, 
Gontarini et Tiepolo (Ibid., t. I, p. 451 et t. Ill, p. 146), rapportent que 
1 empereur a celte epoque communiait trois ou quatre fois par an. Ulloa 
(op. cit., p. 445) suit leur dire : Gonfessandosi e communicandosi tre 
et quattre volte all anno . 

3. Relation de L- Gontarini, 1548 (Alberi, op. cit., Serie I, t. I, p. 457). 
Relation de Giacomo Soranzo, 1562 (Ibid., t. VI, p. 149), ou de Giovan 
Micbele (Fiedler, op. cit., p. 215). 

4. Relation de Giovanni Capello, 15oS. Alberi, op. cit., Appendice, p. 28. 

5. i E cosi voleva che tutti i suoi fecessero il medesirno . Ulloa, op. 
cit., p. 445. 

6. Ulloa, loc cit. 



SOUS PIE IV 105 

tous par cette bienveillance ; il ecoute chacun, et le pau- 
vre plus que tout autre. II est si peu enclin a la luxure 
que jusqu a son mariage (1521), il n eut, affirme tout le 
monde, de relation avec aucune femme ; aussi avant la 
nuit de ses noces, certains de ses plus intimes familiers 
lui conseillerent-ils de se renseigner, ce qu ii refusa, 
ajoutant que natura sagasc satis docebit. Une fois marie , 
nul n a entendu dire qu il ait enfreint la loi conjugale, 
ses ennemis meme 1 avouent... Gourmand il ne I est point, 
car, bien que jeune et robuste, il ne mange qu une fois par 
jour, sauf le dimanche... Dans le boire, il est egalement so- 
bre... Jamais on ne 1 a vu en colere, sinon a la chasse. Son 
ame est forte contre 1 adversite, comme il 1 a prouve en 
maintes circonslances. La haine lui semble inconnue ; 1 oi- 
sivet6 aussi, car des 1 aube en etc, et en hiver deux ou trois 
heures avant le lever du soleil, il se met aux affaires qu il 
n interrompt, jusqu a 1 heure du coucher, que pour la 
messe ou les repas... C est un prince charitable et qui fait 
moult oeuvres pies l . Un autre ambassadeur fait de 
1 empereur, a la fin de sa vie, ce bel eloge : Sa mort sera 
pour tous un grand deuil, car il n y eut a notre 6poque 
prince meilleur, plus enclin a la paix par volont6 et ca- 
ractere ; la dignite et la saintete de sa vie, son assiduite 
au culte divin, plus grande que s il eut ete dans le cloitre, 
son affabilite et sa bonte, vraiment incomparables et telles 
que nul ne saurait lui etre 6gale, font de lui un saint et 
meritent qu on le reconnaisse comme tel 2 . 

1. Relation de Marino Giustiniano, dans Alberi, op. cit., Serie I, t. II, 
p. 20 et suiv. 

Paolo Tiepolo, en 1557 (Ibid., t. Ill, p. 1545) trace de Ferdinand ce por 
trait physique : II a les levres grosses et Finferieure proeminente, 
comme presque tous les princes de la maison d Autriche, le front large 
et grand, le nez long et aquilin, les yeux vifs et petillants, le teint co- 
lore; ses cheveux ont blanchi avec Fage, il les porte longs, comme la 
barbe, qu il rasait avant la mort de sa femme. L ensemble rend son vi 
sage agreable. Son temperament est sanguin, mais si bien equilibre que 
depuis longtemps il n a d autre indisposition qu un peu de couperose 
au visage, qui lui revient de temps en temps . Dacicky de Heslowa, 
dans ses memoires (edit., Rezek, Prague, 1878, t. I, p. 85) depeint Fer 
dinand en ses dernieres annees : petit, sec, la bouche fendue, un peu 
voute, les yeux assez grands, la parole extremement rapide, 1 esprit haut, 
colere, rancunier D. 

2. Relation de GioVan Michele, 1564, Fiedler, op. (At., p. 240-241. Cf. 



106 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

Tant de qualites attirerent a Ferdinand, 1 estime sinon 
1 affection, de tous ceux qui 1 approchaient, d autant que, 
par un sage temperament, il evitait en tout 1 excessif, se 
tenant dans un juste milieu i . Sa pi6te toujours tres 
grande 2 , ressemblait a celle de son frere Charles-Quint 3 ; 
elle n eut jamais rien de sombre, ni d exalt6 4 . De 1 Espa- 
gne, ou il fut eleve, il rapporta une foi ardente ; mais elle 
n avait point le caractere militant de celle du roi Phi 
lippe II, son neveu 5 ; l expe"rience et les difficultes, sans 
alterer ses convictions, en avaient tempe re le zele. L em- 
pereur, dit Soranzo, est d esprit mod6re et plus porte a la 
paix qu a la guerre 6 . Son caractere inclinait davantage 

J. Stabesstock, Epicedeion... in D. Ferdinandi... obitum, Munich, 1504 ; B. 
J. Herold S. G. M lis familiaris et historicus , Justa sive in D. I. C. Fer 
dinandi excessum subita... oratio, Francfort, 1564; J. Gastner, Sacri romani 
imperil threni sen lamentationes in funere D. Ferdinandi Caesaris ejus nominis 
primi, Munich, 1565 ; L. Gomezius ab Hoyos, Oratio funebris pro D. Fer- 
dinando 1 Imper. habita a rectore Academiae Ingolsladianae, Bologne, 1565; 
M. Githard, Bin christl. Predigt... bey der Leich Ferdinandi 1, Rom. Kaysers, 
Vienne, 1565 ; Petrus a Rotis, Oratio in exequiis Ferdinandi I R. Imperatoris, 
universitatis Viennensis nomine 19 Aug. habita, Vienne, 1565 ; Wolf Zette- 
lius, Paneyyricus dictus Ingolstadii, 5 cal. Sept., Ferdinando I Caesare -1564 
exempto, Munich, 1565. 

1. Sur les traits essentiels du caractere de Ferdinand voir Bucholtz, 
op. cit., t. VIII, p. 758 et suiv. ; Huber, op. cit., t. IV, p. 96 et suiv. - 
Pour sa politique religieuse voir, outre ces ouvrages, Menzel, Neuere 
Geschichte der Deutschen,i. Ill et IV, Breslau, 1830 et 1839 ; Ranke, Sumtli- 
che Werke, 2e edition, t. I-VII et t. XXXVII, Leipzig, 1873, 1874 et 1878 ; 
Galinich, Der Naumburger Furstentag 1561, Gotha, !870 ; Janssen, op. cit., 
t. II, III et IV ; Loewe, Die Stdlung des Kaisers Ferdinand I zum Trienter 
Konzil i>om Oktober 1S61 bis zum Mai 1562 Bonn, 1887 ; Patter, Deutsche 
Geschichte im Zeitalter der Gegenreformalion und des dreissigjahrigen Krieges, 
Stuttgart, 1887, etc., t. I ; KrOss, Ferdinand I und seine Reformalionsvors- 
cJiliige auf dem Konzil von Trient bis zum Schluss der Theologenkonferenz 
in Innsbruck, dans la Zeitschrift fur Kafholische Theologie 1903, p. 455-491 
Kassowitz, Die Reformvorschlilge Kaiser Ferdinand I auf dem Konzil von 
Trient, Vienne et Leipzig, 1906. 

2. Uns relation d ambassadeur venitien, des 1546, (Simancas, Estado. 
2021 (Libros de Verzosa), fol. 363-364 v) vante la sincere religion de Fer 
dinand. 

3. Gf. E. Denis, Fin de I Independance Bohe me, t. II, p. 88 et suiv., 174 
et suiv. 

4. Relation d Alois Mocenigo, 1548. Fiedler, op. cit., p. 15-16. 

5. Geci ne 1 empechait pas d etre tres lie et en excellent rapport avec 
Philippe Col re Philippo suo nipote fu congiunto non solo per la 
stretta linea del parentado, ma di paterna affettione et amore . L. Dolce, 
op. cit., p. 241. 

6. Relation de Giacomo Soranzo, 1562 (Alberi, op. cit., Serie I, t. VI, 
p. 148), ou de Giovan Michele (Fiedler, op. cit., p. 214). < Ama grancle- 
mentfe la pace (Relation de Leonardo Mocenigo, 1559 (Ibid., t. VI, p. 115). 



SOUS PIE IV 107 

a la rnisericorde qu a la severite J ; et, comme Charles- 
Quint, il fut hostile a toute idee cle lutte a outrance. Tres 
attache a la for catholique 2 et au Saint-Siege 3 , ennemi 
menie des lutheriens, il les supporte 4 , et leur cede sur 
certains points, quoique plus par necessite que par vo- 
Iont6 5 . Ayant besoin des divers partis religieux contre 
1 ennemi du dehors, Zapolaya et les Turcs, il les manage 
tous ; et s il d6teste en son coeur les idees nouvelles, il 
tolere les reTormateurs 6 . Aussi ne chercha-t-il jamais, par 

Dimostra pero d aver un animo temperate . (Relation de Paolo Tiepolo, 
1555. Ibid., t. Ill, p. 147. Mocenigo, en 1548 (Fiedler, op. cit., p. 55) 
trace le portrait de Ferdinand, oppose en beancoup de choses & celui de 
Charles-Quint. Gf. Baumgarten, Differenzen zwischen Karl V und seinen 
Bruder Ferdinand, 1524, dans Deutsche Zeitschrift fur Gesch.ic.htswissenscha.ft, 
t. II ; Fischer, Ferdinand I und Karl V, 1552, dans Jahrbuch der Akademie 
Erfurt, 1906. 

1. Relation de Paolo Tiepolo, 1555 (Alberi, op. cit., Serie I, t. Ill 
p. 141). Fu clemente . (Ulloa, op. cit., p. 445). Fu sempre benignis- 
simo verso tutti... E con la piacevolezza del suo animo redusse a sua 
devotione spessime volte cose che con la durezza... non si sarebbono 
potato a pena tentare . (Lud. Dolce, op. cit., p. 241.) 

2. II ecrit a sa scaur Marie, en 1527, pour la detourner des idees nou- 
velles quila pourraient seduire. Voir la lettre de Marie, du 15 avril 1527, 
et celle de Ferdinand a Marie, du 19 avril 1527, dans Bucholtz op. cit., 
t. IX, p. 11. 

3. Meme au temps de Paul IV, qui fut avec lui en mauvais rapports, 
on ecrit de Ferdinand : Commo Sa Majeste continue a respecter le Siege 
Apostolique aussi bien que dans le passe, en refusant de satisfaire 1 Al- 
lemagne en matiere de religion, Elle tirera de ses Etats peu ou point de 

ubsides, tandis qu Elle obtiendrait tout si Elle voulait contenter les 
protestants . Mocenigo au doge, 14 Janvier 1559. Turba, op. cit., t. Ill, 
p. 83-84. 

4. Mostra d esser molto nemica Sua Maesta de luterani, tutto che 
sia necessitata tollerarli ne suoi stati . Relation de Mocenigo Leo 
nardo, 1559. Alberi, op. cit., Serie I, t. VI, p. 114. 

5. Relation de Paolo Tiepolo, 1557. Alberi, op. cit., Serie I, t. Ill, 
p. 146. Gf. Supplication der niederosterreich. Erblunder, d. h Evangelien jnen 
zu zulassen, Vienne, 1556 ; Supplication der dreyen Stand von Herren von 
der Hitters chaff, auch Statten und Markten des Herzogsthums Oesterreich 
unter der Ens, von wee/en der Religion, s. 1., 1562 ; Oesterreichs supplication 
an die K. K. Majestat dns hayligen Evangelii halben, 1565 ; Anlwort der Rom. 
Kais. Majestat aiif die Oesterreichs Supplication, s. 1. 1565 ; B. Karlerz, Fer 
dinands I Stellung zur reformarischen Bewegung in den osterreichischen Lfin- 
dern, Budweis, 1873. 

6. A la Diete d Augsbourg (1555) et a celle de Francfort (1558), il ac- 
corda aux protestants une sorte de libre exercice de leur religion, (Klein, 
Geschichte des Christentliums in Oesterreich und Steiermark, t. IV, p. 153). 
Gf. de Thou, op. cit., liv.xni et xxn, edit., La Have, 1740, t. II, p. 384-386, 
398, 654 et suiv. A ces deux Dietes, a celles aussi de Passau (1552) et de 
Ratisbonne (1557), Paul IV lui reprochait d avoir conflrme la Confession 
d Augsbourg, qui est une heresie perverse et d avoir peu tenu compte 
de I autorite du Saint-Siege. (Griefs de la Curie romaiue contre Ferdi- 



108 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

des moyens violents, 1 unite religieuse qu il desirait si vi- 
vement i . Convaincu que Taccord n etait pas impossible 
avec un grand nombre de dissidents, il le tenta par la 
conciliation 2 . De la ses instances pressantes pour obtenir 
de Rome les concessions qu il jugeait n^cessaires. Paul IV, 
d une inflexibilite absolue et mal dispose pour les Habs- 
bourg 3 , ne repondit jamais a ses vues pacifiques et lui 



nand. Staatsarchiv de Vienne, Romcorrespondenz, fasc., 12, fol. 30 et 24 ; 
Sickel, op. cit., p. 29 et suiv.). Les prelats hongrois disent que Ferdi 
nand, a Francfort, fit le serment de n opprimer personne et de laisser 
a tous la liberte . (Mocenigo au doge, 30 juillet 1558. Turba, Venetianis- 
che Despechen vom Kaiserhofe, t. Ill, p. 49). L em-pereur jusqu a sa mort, 
rapporte Gienger, n approuva jamais expressement la Confession d Augs- 
bourg, ni les autres nouveautes religieuses, mais en fait il les tolera 
par le silence . (Summari verzaichnus was bei mein D. Giengers zeiten, bei 
der verstorbenen und jetzigen kais. M l von der N . 0. landtschafften der attgs- 
purgischen confession halber gesuecht und gehandelt und durch mich darime 
geratschlagt warden, Enns, 1" aout 1570, dans Hopfen, Kaiser Maximilian h 
und der Kompromisskatholizismus, Munich, 1895, p. 343). La Curie, sous 
Paul IV, se plaint que Ferdinand laisse 1 heresie s etendre et se precher 
en ses etats, qu il tolere les hussites et les picarcls en Boheme, les lu- 
theriens a 1 universite de Vienne et aupres de ses flls, en particulier de 
Maximilien, qu il ne saisisse point leurs livres et recherche avec eux 
des colloques. (Griefs cites plus haut et dans la note suivante). 

1. A la Diete de Ratisbonne, Ferdinand, lui reprochera Paul IV, pre- 
fera le colloque propose par les heretiques au concile general que desi- 
raient les catholiques. a Suivit le colloque de Worms que presida, au 
nom de 1 empereur, 1 eveque de Naumburg; on y discuta certains arti 
cles de foi, en particulier sur 1 Eglise et son chef, sans la participation 
de 1 autorite apostolique . Aux Dietes de Passau (1552), d Augsbourg 
(1555) et de Francfort (1557) a il i ut question de chercher un accord dans 
les choses de la religion, sans faire mention de Sa Saintete et de 1 Eglise 
romaine . A cela Ferdinand repond que les catholiques convinrent de 
ne pas nommer explicitement le Saint-Siege, pour eviter les blasphemes 
des heretiques et leur negation de 1 autorite pontificale, que si Ton veut 
reduire les heretiques seul moyen qui reste en dehors de la concilia 
tion Rome n a qu a fournir armes et argent. (Griefs de la Curie ro 
maine, au temps de Paul IV, et justification de Ferdinand. Staatsarchiv 
de Vienne, Romcorrespondenz, fasc., 12, fol. 30 et 24; Sickel, op. cit., p. 30 
et 32). 

2. Ella [Sua Maesta] fara quanto occorera per la finale Christiana con- 
cordia . Sickel, op. cit., p. 32. 

3. Paul, qui haiissait Charles-Quint, n approuva point la transmission 
que fit celui-ci de la couronne imperiale a son frere ; et 1 ambassadeur, 
Martin Guzman, grand chambellan de 1 empereur, que Ferdinand en- 
voya pour obtenir 1 acquiescement papal, repartit de Rome, en juillet 
1558, sans avoir rien obtenu. (Sur la mission de Guzman, voir Turba, 
op. cit., t. Ill, p. 25 n. 3, 26, 29, 36 n. 10, 39, 45, 51, 54 n. 3). Paul IV, 
rapporte 1 ambassadeur venitien (Giacomo Soranzo, 1562, selon Alberi, 
op. cit., Serie I, t. VI, p. 155, Giovan Michele, 1563, selon Fiedler, op. 
cit., p. 221) n avait pas voulu admettre a Fobedience 1 ambassadeur 
de Ferdinand . Et, ajoute Giovan Michele (Relation de 1564, Fiedler, 



SOUS PIE IV 109 

reprocha vivement sa moderation envers protestants et 
utraquistes l ; il s opposa meme un moment a P616vation 



op. cit., p. 256) le pape Paul IV fut a ce point ennemi de Sa Majeste 
qu il 1 avait privee ou voulait la priver de la succession de 1 empire . 
(Gf. Ranke, Geschichte der rOmischen Papste (5 e edition) t. I, p. 317, tra- 
duction franchise de Saint-Cheron, Paris, 1848, t. I, p. 329 ; Reimann, 
Der Slreit zwischen Papsturn und Kaisertum im Jahre -1538, dans Forschungen 
zur deutschen Geschichte, t. V, Gottingen, 1865, p. 291-335; du meme, Paspt 
Paul IV und das Kaiserthum, dans Abhandlungen der Schlesischen Gesellschaft 
fur vaterliindische Kultur. Phil. hist. Abteilung, 1871, p. 25-40; J. Schrnid, Die 
deutsche Kaiser-und Konigswahl und die romische Kurie in den Jahren 1538- 
16-20, dans Historisches Jahrbuch der Gorres-Gesellschaft, t. VI, Munich, 1885 ; 
Pastor, Geschichte der Papste seit dem Ausgang des Mittelalters, Fribourg- 
en-Brisgau, 1900 etc., t. VI, p. 572 et suiv.). Paul rappela meme de la 
cour imperiale le nonce qui y etait reste quelque temps (Turba, op. cit., 
t. Ill, p. 28, 29). Le futur nonce Delfino, qui faisait alors partie de la 
famille papale, s efforc.a bien de rapprocher le pape des Habsbourg, 
mais il ne reussit qu a 1 indisposer centre lui et il dut meme cesser de 
correspondre avec la cour de Vienne, pour ne pas attirer sur sa per- 
sonne le courroux de Sa Saintete. (Steinherz, op. cit., t. I, p. xxxvm- 
xxxix). Les eveques d Allemagne qui n avaient pas encore rec.u du pape 
leur bulle de confirmation n osaient assister aux. Dietes, de crainte de 
n avoir jamais 1 approbation attendue. (Leonardo Mocenigo au doge, 
Augsbourg, 11 fevrier 1558 ; Turba, op. cit., t. Ill, p. 87). Ferdinand rebute 
par Rome, se rapprochait des protestants qu il ne traitait plus avec la 
severite premiere; et en Hongrie il nommait et changeait les eveques, 
sans 1 intervention pontificale. Les divers griefs de la Curie contre lui 
et sa justification se trouvent, en trois ecrits differerits, au Staatsarchiv 
de Vienne, Romcorrespondenz, fasc., 12, fol.30 et24,et ont et6 publics 1 un 
par Goldast (Politische Reichshandlungen, Hanovre, 1609, p. 166) qui en 
donne la traduction allemande, et les deux autres par Sickel (op. cit., 
p. 29-37), qui complete le premier et les explique tons Jes trois. 

1. Griefs de la Curie romaine contre I empereur, au temps de Paul IV. 
Staatsarchiv de Vienne, Romcorrespondenz, fasc. 12, fol. 30 et 24. Sickel, op. 
cit., p. 29-37. Cf. plus haut, p. 107 et n. 6. Pour les utraquistes, il est dit: 
Decreti executionem contra communicantes sub utraque soecie suspen- 
disse inconsulta Sede Apostolica omnes asserunt . Ne la dieta d Aus- 
tria che si fe in Vienna 1 anno del 1556, il Ser mo Re di Romani suspese a 
certo tempo ad instintia de li suoi sudditi li mandati cbe per inanzi ha- 
veva publicati contra quelli si communicavano sub utraque specie t. A 
ceci on repond que Ferdinand n accorda jamais la communion sub utra 
que si souvent et si instamment reclames par ses fitats, laquelle reste 
toujours prohibee, mais que pour obtenir d eux les subsides necessaires 
contre les Turcs, il dut suspendre pour un temps 1 execution de quel- 
ques edits anterieurs tres rigoureux frappant de peines severes celui 
qui communiait sous les deux especes et meme le notant d infamie. 
Marino Giustiniano raconte, en 1541 (Alberi, op. cit., i. II, p. 120), que 
Ferdinand expulsa de sa cour et de 1 Autriche un seigneur, noble, riche 
et qui lui etait tres cher, parce qu il avait communie sous les deux espe 
ces. Plus tard il dut agir avec moins de rigueur. L empereur tolere 
1 utraquisme avant meme sa concession, par crainte d un plus grand 
mal, ecrira C;misius i Laynez, le 17 mai 1363 (Archives Vaticanes, Con 
cilia 32, fol. 391 ; Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 322; Braunsberger, op. cit., 
t. IV, p. 204). 



110 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES RtiFOR MATEURS 

d un empereur qu il jugeait trop conciliant *, et dont la to- 
l^rance effraya toujours les intransigeants 2 . A 1 ^lection 
de Pie IV, Ferdinand en ressentit uae grande joie 3 , et il 
renoua avec le nouveau pape les negociations interrompu.es 
pour obtenir les concessions qui r^tabliraient la paix do 
1 Allemagne. Guerir les plaies religieuses de ses tats fut a 
ses yeux, un attribut de la couronne. II poursuivit sans 
relache ce but si desir6 ; et jusqu a son dernier soupir, at- 
testent ceux qui I approch&rent. il ne cessa de souhaiter 
I unite des croyances et la disparition des sectes divisees 
entre elles 4 : de la les conferences, les Dietes, les colloques 
qui avaient pour fin d abolir les divergences doctrinales et 
de fondre en une seule les religions adverses 5 . A son lit de 
mort,il r6unit encore ou consulta des th^ologiens celebres, 
comme Cassander et Villinus, pour chercher avec eux les 
moyens d une reconciliation sincere et durable 6 . Par la 

1. Voir plus haut, p. 108 n. 3. Ferdinand connaissait les dispositions 
du pape a. son egard Gf. Riemann, Der Slreit zwischen Papsthum und Kai- 
serthum im Jahre 1558, dans les Forschunyen zur dent. Gesch., t. V; Turba, 
Venetianische Depeschen, t. Ill, p. 36, 37 (lettre de Mocenigo au doge du 
14 Janvier 1558). Paul IV tint des discours violents centre le nouvel em 
pereur : ha tollerato [Sua Maesta]... tutte le parole poco digne che uso 
Sua Santita nel tempo della sua publicazione... Relation de Leonardo 
Mocenigo, 1559 (Alberi, op. cit., Serie I, t. VI, p. 116. Gf. ibid., p. 119.) 

2. Utinam quam est ipse catholicus, tarn esset in catholica fide tuenda 
strenuus 1 nunc istae permissiones et promissiones vehementer meluo ut 
fidem omnem catholicam... prorsus evertant . Hosius a 1 archeveque 
de Salzbourg, 12 sept. 1560. Steinherz, Nuntiaturberichte, I, 112. 

3. I/election au pontifical du cardinal de Medicis, ecrit au doge Gia- 
como Soranzo, le 10 Janvier 1560 (Turba. op. cit., t. Ill, p. 131) a ete tres 
agreable a 1 empereur, qui a donne des marques de sa joie plus grandes 
que de coutume, et il a decide d envoyer A Rome le comte d Arco, son 
cbambellan . Celui-ci fut bien recu et fete meme par ceux qui, du vivant 
de Paul IV, etaient le plus opposes a 1 empereur. (Seld au due de Ba- 
viere, 27 mars 1560. Goetz, Beitriige zur Geschichte Herzog Albrechts V und 
des Landsberger Bundes 1S56-1593, Munich, 1898 [t. V des Briefe und Akten 
zur Geschichte der XVl^" Jahrhunderts], p. 189. 

4. Und also auch alle einprechende schwermereyen und secten ausge- 
rottet, allerley missbrauch abgestellt und die gewunschte der ewigen 
gottbeit huchst gefallige aicigkheit im glauben, leer uiid sakramenten 
brauch, hailsamblich widerbracht werden mochte, welches Begehren 
auch die verstorbene M l bis zum letzten Augenblick gehabt . Maximi- 
lien II a 1 archeveque de Salzbourg, 3 septembre 1564. Hopfen, op. cit., 
p. 216. 

5. Relation sommaire par Gienger de tout ce qui fut fait en matiere 
religieuse, au temps de Ferdinand I. Hopfen, op. cit., p. 343. 

6. Gassander, De arliculis religionis inter catholicos et protestantes contro- 
versis consultatio, edit. Conring, Helmstadt, 1659, edit. Le Plat, dans 



SOUS PIE IV 111 

communion sous los deux especes et le mariage des pre- 
tres. il pretenclit moins toutefois convertir les heretiques 
que leur enlever deux puissants moyens deseduire les ames 
faibles et vacillantes *. 

Ses principaux conseillers, en qui il avail une telle con- ws conseiiiers 
fiance qu il faisait souvent ceder devant leur jugement le 
sien propre 2 , ne voyaient point d autres remedes que lui 
a la situation religieuse de PAllemagne. Le vice-chancelier 
Sold avail servi Charles-Quint en cette qualite, dirigeant 
depuis longtemps toute la politique et la diplomatic de 
1 empire ; il est si au courant des choses d etat, si verse 
dans celles de la chancellerie et en tout ce qui concerne 
1 empire, ecrit un ambassadeur venitien 3 , qu il est vrai- 
ment seul, peut-on dire, a tout faire . Grande est son in 
fluence sur 1 empereur, pres duquel il a une autorite sou- 
veraine 4 et tient le premier rang 5 , dont il regit 
la pensee en matieres religieuses 6 , ministre aussi favori 
qu entendu qui a toutes les affaires en mains 7 . Sa part au 
conseil secret est done de tout premier ordre 8 ; et en main- 
tes minutes d ecrits ou de lettres qui en emanent on recon- 



Monumentorum ad historiam concilii Tridentini... spectantium collectio, t. VI, 
p. 662-798. Gf. plus haul, p. 97, n. 3. Sur Leonard Villinus, professeur de 
theologie a 1 universite de Vienae, voir Aschbach, Geschichte der Wiener 
Universitat, Vienne, 1865-1888, t. Ill, p. 290 et suiv.; Pfleger, op. cit., p. 39, 
41, 56, 136, 143. 

1. Voir p. 89, n. 2. 

2. Sa Majeste se fie tellement en eux et leur accorde une si absolue 
confiance que, malgre la superiorite de son jugement au leur, Elle cede a 
la majorite, si elle lui est contraire . Relation de Giovan Michele (Fied 
ler, op. cit., p. 214) ou de Giacomo Soranzo (Alberi, op. cit., t. VI, p. 147). 

3. Giovan Michele (Fiedler, op. cit., p. 213) on Giacomo Soranzo (Alberi, 
op. clt.,i. VI, p. 147). Seld fut appele au service de Charles-Quint en 1347 
(Cf. Pastor, Die kirchlichen Reunionsbestrebungen, p. 384, 451) ; d apres le 
journal du comte Vobrad von Waldeck, il aurait ete deja vice-chancclier 
a la fin de 1548, mais selon Kram (Druffel, Beitrflge zur Reichsgeschichte, 
Munich, 1873-1882, n 653 Gf. Huber op. cit. t. IV, p. 213), il le devint en 
1551. En 1559, Mocenigo, (Alberi, op. cit., t. VI, p. 114), le cite comme 
faisant partie du conseil de Ferdinand. Gf. Huber, op. cit., t. IV, p. 212. 

4. Morone a Borromee, 17 mai 1563. Steinherz, op. cit , t. Ill, p. 311. 

5. Morone a Borromee, 2 mai 1563. Ibid., p. 281. 

6. Delfino aux legats, 22 juin 1562. Ibid., p. 73. 

7. Morone a Borromee, 13 mai 1563. Ibid., p. 299. Morone ajoute que 
le secretaire imperial Singknioser est egalement tres ecoute de Ferdi 
nand. 

8. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 80, 85, 91, 108, 140-142, 406, 425. 



112 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

riait sa main J . A sa mort, Albert de Baviere e"crira que 1 em- 
pereur, Fempire et lui-meme viennent de perdre un bon et 
fidele serviteur 2 . Zasius, qui lui succeda 3 , etait le fils de 
1 illustre jurisconsulte, e"mule des Cujas, des Alciat et pro- 
fesseur a Puniversite" de Fribourg-en-Brisgau 4 ; du vivant 
de Seld, il fut chancelier du roi des Remains 5 ; au cou- 

1. Cf. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 65, 85-87, 107-108, 384, 387-388, 425, 
448, 403; mon Rapport sur une mission scientifique anx Archives d Aulriche 
et d Espagne, Paris, 1910, passim. 

2. Goetz, op. cit., p. 336. Maximilicn regretta sa mort comme celle 
d un fils, et le peuple comme celle d un pcre. (Steinherz, op. cit., t. JV, 
p. 391). Les lettres de Maximilien sur cette mort sont dans le tome VII 
de la section Oesterreich du ReicJisarchiv de Munich. 

Sur Georg Sigmund Seld (1516-1565) voir P. von Stetten, Lebensbcs- 
chreibung zur Erweckung und Unterhallung biirgerlicher Tugend, t. II (Augs- 
bourg, 1782) p. 251-288 ; Fr. A. Veith, Bibliotheca Augustana, t. V (Augs- 
bourg, 1789) p. 205-226, t. VI, (1790) p. 211; State Papers (passim], qui le 
designent parfois sous le nom de t Colt ; Zedler s Lexikon, t. XXXVI, 
p. 1626;l article de Druffel, dans 1 Allgemeine deutsche Biographic; G. Wolf, 
Deutsche Geschichte im Zeitalter der Gegenreformation, Berlin, 1S99 ; Turba. 
op. cit., t. II et III ; Hopfen, op. cit , p. 101 et suiv.; Goetz, Die bayerische 
Politik im ersten Jahrzehnt der Regierung Herzog Albrechts von Baiern, Mu 
nich, 1893, p. 101-104 ; Goetz, Beitrfige zur Geschichte Herzog Albrechts V ; 
Steinherz, op. cit.. t. I et II;Susta, op. cit.,i. IV; Braunsberger, op. cit., 
t. II, p. XLVII, 187 et n. 1, 305 n. 6, 404, 662, 678, 882, t. Ill, p. 513, 564, 
651 n. 5, 709, 723, 728, 732, 76:?; t. IV, p. 130, 154, 163, 182 n. 1, 193, 205, 
418 n. 1, 621, 954, 956, 960, 970, 979, 981 n. 3. 

3. A 1 automne de 1563, Seld obtint de 1 einpereur un conge depuis 
longtemps demande, afin de venir se reposer pres de Munich, en sa re 
sidence de Neuhofen qu il avail regu en cadeau d Albert de Baviere 
(Goetz, op. cit., p. 263, 302 n. 2). Revenu a Vienne, il mourut d un acci 
dent de voiture en 1565 (Ibid , p. 336, 377-378). Zazius, tout en dirigeant 
la diplomatic imperiale partagea la charge de vice-chancelier jusqu en 
1570, avec Weber qui lui succeda. Cf. Turba, op. cit., t. 111,268, 276 n.2; 
Hopfen, op. cit., p. 102, 105 ; Freyberg, Briefwechsel Kaiser Maximilians II 
mil Herzog Albrecht V von Bayern, p. 137 et suiv. 

4. Sur le jurisconsulte Ulrich Zasius (1481-1535) voir Udalrichi Zasii 
oratoris et jureconsulti oratio Friburgi in funeribus D. Maximiliani Imperatoris 
auyusti habita, Bale, 1519 ; Riegger, Ulrici Zasii epistolae, cum commenta- 
rio de Vita Zasii, Ulm, 1774; Bellinger, Die Reformation, t. I, p. 174-182 ; 
Stinzing, Ulrich Zasius, Bale, 1857; Horawitz, Briefe des Cantiuncula und 
Ulrich Zasius, dans les Sitzungsberichten der Wiener Akademie, 1879 ; J. Xeir, 
Udalrich Zazius, Fribourg-en-Brisgau, 1890, Zazius, ein Freiburger Huma 
nist, dans la Zeitschrift der Gesellschaft fur Beforderung der Geschichts- 
Kunde von Freiburg, t. IX (1890) p 1 et isuiv. ; Janssen, op. cit., t. VII, 
p. 259, 262 et suiv., 275, 297, 557-558, 624 ; R. Schmidt, Zasius und seine 
Stellung in der Rechlswissenschaft, Leipzig, 1904. 

5. Les actes du Congres de Vienne. en 1563 (voir plus bas, ch. V) Fap- 
pellent cancellarius bohemicus . Cf. Weiss, Papiers d Etat du cardinal 
de Granvelle, Paris, 1841-1852, t. VII, p. 356; Sickel, op. cit., p. 2ul ; 
Steinherz, op. cit., t. I. La relation de Tambassadeur venitien en 1563, 
publiee par Fiedler (op. cit., p. 213) et Alberi (op. cit., t. VI p 146), dit 
qu a cette epoque le grand chancelier de Boheme est Neuhaus ( Noiaus ), 
qui de fait le fut (Cf. Huber. op. cit., t, IV, p. 212; Turba, op. cit., t. Ill, 



SOUS PIE IV 113 

rant comme mil autre des 6v6nements de la politique eu- 
ropeenne, sur lesquels il adressait a 1 empereur et k son 
fils, ainsi qu aux cours de Munich, de Dresde, de Cassel, 
des rapports ou journaux J , membre du conseil imp6- 
rial 2 , tres 6coute de Maximilien, comme premier minis- 
tre 3 , il eut egalement la faveur de Ferdinand qui avail 
deja appr^cie son activite et scs loyaux services, lorsqu il 
1 avait envoye, en 1553, trailer certaines affaires d empire 
avec les cours et les principales villes d Allemagne 4 , lors 
qu il 1 avait employ^ a fonder ou a 6tendre la ligue de 
Landsberg 5 , a negocier la succession au trone de son fils 
Maximilien 6 ; aussi fut-il consult^ sur toutes les graves 
queslions inleressanl la religion el 1 empire 7 . Gienger, 

p. 303; Goetz, op. cit. t p. 320 n. 1 et 354 n. 1). Alberi, par faute de lecture 
ou de copie, a imprime Hoyos. Loewe (Die Slellung des Kaisers Ferdinand I 
zum Trienter Kont.il, Bonn, 1887, p. 7), que suit Eder (op. cit., p. 85), repete 
la meme erreur. Zazius, en tout cas, fut e vice-chancelier du roy des 
Romains , ainsi que 1 ecrit a Granvelle le secretaire Pfinzing (Weiss, 
loc. cit.), soil pour la Boheine, comme disent les actes du congres de 
Vienne, soit pour les pays preautrichiens ou a au nord de 1 Enns 
selon 1 expression de Steinherz et Sickel (loc. cit.). 

\. Ou trouve de ses Zeilungen au Staalsarchiv de Marburg (Korrespon- 
denz mil Zasius}, a celui de Munich (Correspondenz der auswSrtigen Resi- 
denten); j en ai vu ecrits de sa main. II fallut a Zasius toute une orga 
nisation pour obtenir ces renseignements, transmis par des exploratores 
qui voyageaient ou par des correspondants dans chaque grand pays. En 
echange des nouvelles piquantes qu il donnait, il recevait cadeaux, 
argent ou renseignements nouveaux. Gf. Hopfen, op. cit., p. 103 et suiv.; 
G. Wolf, Einfuhrung in das Sludium der neueren Geschichte, Berlin, 1910, 
p. 256, 322-323, 628. Au xiv siecle, il y a deja des essais de ce que 
Ton appellera plus tard Zeitungen ou Avvisi, (Denifle et Ehrle, Archiv 
fur LiteraLur und Kirchengeschichte, t. VI, p. 2S2; Ehrle, Martin de Alpar- 
Hls Chronica actitalorum temporibus Domini Benedicti XIII, Paderborn, 1906, 
p. xxxvu). Au xvi e siecle, ces journaux seront frequents entre les 
diverses chancelleries. Cf. mon Rapport dans Is t. XVIII des Nouvelles 
Archives des missions scientifiques et lilte raires, p. 180-181, 232 et suiv. 

2. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 142, 207, 453, 453, 495. 

3. L ambassadeur florentin Tappelle consigliere primario del Re . 
Albizzi a Gosme I r , sans date. Archives de Florence, Archivio Medicco, 
4324, fol. 179, cop. 

4. Staatsarchiv de Vienne, Berichte aus dem Reich, 1556. 

5. Gf. Goetz, op. cit., p. 10-34, 42, 48-51, 61-68, 71-81, 84 et suiv.. Ill et suiv., 
122-127, 137 et suiv., 165, 175, 179, 223, 235 et suiv. Voir plus has, p. 128 
et n. 1. 

6. Gf. Moser, Wahlkapitulation Franz l er , 2* partie, Appendice 3 : Akten 
zur Wahl Maximilians II 1561 und 1562, Francfort, 1747. 

7. Steinherz, op. cit., t. I, p. 151, 170, 260, 265, et t. Ill, p. 30, 49, 142, 
368, 403, 406-407, 409, 495. 

Sur Zazius (f 1570) voir Schreiber, Geschichte des Albert-Ludwigs- 
Universittit zu Freiburg in Brisgau, Fribourg, 1857-1860, t. II, p. 325 et suiv., 



114 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

avec le mare chal Trautson , comp!6tait le grand conseil 
ou intervenaient aussi les fils de 1 empereur 2 . Homme de 
bien et de grande prudence, il a toute la confiance de Sa 
Majest6, disait de lui un ambassadeur v^nitien 3 . Sa con- 
naissance des sciences eccl^siastiques, qui fit penser a lui 
pour I evechS de Vienne en 1562 4 , rendit pr^cieux son avis 
en toutes les questions qui la requ^raient 3 . Sachant com- 
bien tu es vers6 dans les saints canons et la lecture des 
Peres, et quel est en tout ce qui concerne la religion et la 
politique ton jugernent et la prudence, nous voulons avoir 
ton sentiment, lui ecrit 1 empereur 6 . Protecteur de 1 Uni- 
versite de Vienne, comme Seld 7 , Gienger, comme lui, fut 

G. Wolf, Deutsche Geschichte, t. I, p. 709 et suiv. ; Mederer, Annales In- 
golstadiensis Academiae, Ingolstadt, 1782, t. I, p. 237; Prantl, Geschichte der 
Ludwig Maximilians-Uniuersitat in Ingolstadt, Landshut und Miinchen, Mu 
nich, 1872, 2 vol. ; Turba, op. cit., t. Ill ; Hopfen, op. cit., p. 102-107 ; 
Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 77 et suiv., 234 et suiv., 239; Goetz, op. 
cit. ; t. I, et II; Pileger, Martin Eisengrein (1338-1578), dans les Erlailterun- 
gen m Janssens Geschichte, 1908, p. 16, 33 n. 2, 38, 36, 39, 63, 66-70, 75, 
136, 137, 141, 156, 160 ; Steinherz, op. cit., t. I et III, passim ; Braunsber- 
ger, op. cit., t. I, p. 592, n. 1, t. Ill, p. 469 et u. 2, 472, 314, 809, t. IV, 
p. 666 n. 8, 931, 981-982. Avant 1 article de Goetz, dans YAllgemeine 
deutsche Biographic (t. XLIV, p. 706 et suiv., il n y avait aucune biogra- 
phie de Zasius, bien que Wolf (Zoo. cit.) eut trace de lui un bon portrait. 

1. Trautson seigneur de Sprechenstein, fut tres aime de Ferdinand 
(Fiedler, op. cit., p. 213. Alberi, op cit,, t. VI, p. 146. Steinherz, op. cit., 
t. Ill, p. 91, 311). Mais, comme marechal, il eut surtout la direction des 
affaires militaires (Gf. Turba, op. cit., t. Ill, p. 312, 50JJ ; Goetz, op. cit., 
passim), bien que 1 empereur le consultat parfois sur les choses religieu- 
ses de 1 empire (Gf. Sickel, Das Reformations-Libell, p. 11 n. 2 ; Steinherz, 
op. cit., t. Ill, p. 201-202, 495; et voir plus bas, chap. V). 

2. Relation de Giovan Micheli (Fiedler, op. cit., p. 213) ou de Giacomo 
Soranzo (Alberi, op. cit., t. VI, p. 146.) Gf. Huber, op. cit.,t.lV, p. 212. 

3. Fiedler loc. cit. ; Alberi, op. cit., t. VI, p. 147. Paolo Tiepolo, dans 
sa relation de 1557 (Alberi, op. cit., t. Ill, p. 159) dit que Gienger etait 
deja du conseil de Ferdinand, et avait autrefois rempli la charge de vice- 
cbancelier. II le caracterise comme persona modestissima . En 1559, 
Moceuigo parle egalement de lui (Alberi, op. cit., t. VI, p. 114). 

4. Gf. Mittheilungen des oesterreichischen Instituts, t. XVIII, p. 621 ; 
Steinherz, Briefe des Prager Erzbischofs Anton Brus von Milglitz, 1562-1563, 
Prague, 1907, p. 85. 

5. Turba, op. cit, t. Ill, p. 200 n. 2, 210 n. 3, 221 n. 2; Steinherz, op. 
cit., t. I, p. 173-174, 213-215, 223, 298, 305, t. II, p. 41, 124, 142, 261-262, 
368, 373. Sickel, Das Reformations-Libell, p. 11, 21, 56, 96; Hopfen et Eder, 
op. cit., passim. 

6. Ferdinand I" a Gienger, Prague, 10 decembre 1561. Staatsarchiv de 
Vienne, Religionsacten, IV, rnin. Gf. Sickel, Das Reformations-Libell, p. 11. 
La reponse de Gienger (Staatsarchiv de Vienne, loc. cit.) se trouve dans 
Sickel, Zur Geschichte des Concils von Trient,, p. 244. 

7. J. von Aschbach, Geschichte der Wiener Universitat, im ersten Jahrhun- 
dert ihres Bestehen, Vienne, 1865-1889, t. Ill, p. 57, n. 1. 



SOUS PIE IV 115 

un esprit tres cultiv6 ; il connaissait aussi bien le latin et 
Ic frangais que 1 allemand ; ct dans les Merits th6ologiques 
soumis an conseil imperial on reconnait sa phrase souplo, 
sa pe"riode abondante, riche et parfois compliquee *. Quoi- 
que a un litre un peu different que Gienger, Zasius et Seld, 
Staphylus, r6put pour sa science th^ologique, prit part a 
toutes les deliberations importantes du regne de Ferdi 
nand 2 , qui le nommaconseiller imperial 3 , 1 ennoblit (15juil- 
let 1562) 4 , 1 appela pros dc lui en toutes les circonstances 
ou quelque question d ordre ecclesiastique etait en jeu 5 , et 
le retint pour ce motif a la cour une grande partie des trois 
dernieres annees du concile de Trente (1561-1563) 6 . Le 
vice-chancelier le designe comme 1 homme le plus expert 
en matieres theologiques, celui dont 1 avis ne saurait elre 
nglig6 toules les fois qu on les traite 7 ; le 16gat Morone 

1. Sur Gienger de Rotteneck, chatelain d Enns, voir Bergmann, Me- 
daillen auf beriihmte und ausgezeichnele Manner des oesterreichischen Kai- 
serstaates vom XVI bis zu?n XIX Jahrhunderte, Vienne, 1844, p. 189-196; Sic- 
kel, Das Re formations-Lib ell, p. 11; Sickel, Zur Geschichte des Konzils von 
Trlent, p. 244 ; Loewe, op. cit., p. 14 et suiv., 75; Hitter, Deutsche Geschichte, 
t. I, p. 136, Hopfen, op. cit., p. 9, 101 et suiv.; Holtzmann, Kaiser Maxi 
milian II bis zu seiner Thronbesteigung (1527-156i), p. 528; ouvrages cites 
de Turba, (t. Ill), Goetz et Steinherz (t. I et III); Braunsberger, op. cit., 
t. Ill, p. 662, t. Ill, p. 499 n 1, 514, 723-724, 728, 732, 762, t. IV, p. 129, 
963, 970 n. 4, 981 n. 3. 

2. Turba, op. cit., t. Ill, p. 210 n. . <, 221 n. 2; Goetz, op. cit., p. 238- 
239; Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 65, 69, 72, 73, 85, 124, 288-289, 291-294. 

3. Staphyli Gaesarei quondam consiliarii... libri porte le titre de 
ses oeuvres editees a Ingolstadt, en 1593, par Fun de ses flls. Les Annales 
de 1 Academie d Ingosltadt le disent egalement Gaesareae Majestatis 
consiliarius . Des 1555, on 1 appelle conseiller imperial. Gf. Hipler et 
Zakrzewski, Hosii epistolae, Gracovie, 1879-1888, t. II, p. 638. 

4. II le fit seigneur de Westerbolden. Riezler, op. cit., t. IV, p. 569. 

5. Sickel, Das Reformations Libell, p. 45; Goetz, op. cit., p. 147, 291, 293; 
Steinherz, op. cit,, t. I, p. 292, 297-298, 300-301, 302, 308, ct t. Ill, p. 65, 
187, 188, 190, 213, 288, Braunsberger, op. cit., t. Ill, p. 32, 762, t. IV, p. 45, 
48, 53, 952, 958, 960, 966. 

6. Gf. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 56, 62, 96, 129-130, 164, 168, 175 
n. 1, 204, 209, 372, 470 n. 4, 963, 969, 975-977, 979, 982. 

7. Seld ecrit a Ferdinand, le 26 avril 1562 (Staatsarchiv de Vienne, Re- 
ligionsacten, VII, autog. Sickel, Das Re formations -Libell, p. 45) a propos des 
deliberations sur le Liber Reformations (yoir plus bas, p. 135 et suiv.) : 
Scripsit nuper D nu * Doctor Staphylus ad me quid de adventu suo ad 
aulam M tis V rae statuerit... ; quamvis ergo mini dubium non sit ipsum 
hujusmodi profectioni morara nullam interpositurum, tamen si M tas V" in 
hac re diligentiam hominis scriptis clementer literis excitaret, putarem 
omnino ipsum tanto magis festinaturum. Gerte negociumhoc quod nunc 
habemus sub manibus ejus presentiam... efflagitaret. Ipse enim tanquam 
vir harum rerum expertissimus posset suffragium suum aliis non sine 



116 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

constate le cas que Ton fait de lui aux cours de Vienne et de 
Munich ] , et 1 archeveque de Prague son importance dans 
les conseils de 1 empereur 2 . Humaniste autant que theolo 
gien 3 , on compte sur lui pour remanier, refondre et en 
dernier lieu rediger les Merits th6ologiques 61abor6s a la 
cour de Ferdinand 4 . 

fructu adjicere... Quapropter eum nee dies nee hora ulla amplius negli- 
genda sit... si litteras absque ulla mora Staphylum perferentur . 

1. Morone a Boromee 17 mai 1503. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 311. 

2. Tu qui consilium cogendum esse prae coeteris in aula Imperatoris 
nostri non imprudenter magno nostrum omnium applausu consuluisti... t 
Brus a Staphylus, Trente, 5 mars 1562. Hofbibliothek de Vienne, ms. 5636, 
fol. 108. Steinherz, Briefe des Prager Erzbischofs Anton Brus von Miiglitz 
1562-1563, Prague, 1907, p. 43. 

3. Bien qu il ne passat point pour tres feru de scholastique (Ferdinand 
a Gienger, 28 decembre 1561, Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten VI, 
min. Sickel, op. cit., p. 249. Delfino aux legats, 11 fevrier 1563. Stein 
herz, op. cit., t. Ill, p. 190), il etait fort estime comme theologien. Om- 
nes tibi, crede mihi, volumus oplime, lui ecrit du concile 1 archeveque 
de Prague, omnes te amplectimur et reveremur, amant qui te noverunt, 
diligunt qui praeclara tua de Ecclesiamerita audiunt vel legunt . (Brus 
a Staphylus, 5 mars 1562. Hofbibliothek de Vienne, ms. 5636, fol. 108. 
Steinherz, Briefe Anton Brus, p. 43). Pie IV meme voulait qu il prit part 
au concile de Trente, comme theologien papal (Susta, Die Romische Kurie 
t. I, p. 22-24, 37, 38, 52. Voir plus has, p. 125 n. 4). Ses ouvrages etaient 
fort apprecies (Ganisius a Gromer, 11 Janvier 1558. Braunsberger, op. 
cit., t. II, p. 275), voire des cardinaux (Hosius a Truchses, 21 juin 1560. 
Steinherz, op. cit., t. I, p. 114. Truchses a Hosius, 3 aout 1560. Weber, 
op. cit., p. 30. Puteo a Hosius, 3 aout 1560 ; Truchses a Staphylus, 28 fe 
vrier 1561. Lagomarsini, op. cit., t. II, p. 92 n. b, 241. Amaltheo a Ho 
sius, 5 mai 1563. Baluze-Mansi, Miscellanea, III, 507). Nul mieux que 
lui n etait au courant des erreurs modernes et des diverses sectes pro- 
testantes dont il avail dresse un catalogue (Lagomarsini, op. cit., t. II, 
p. 92 ; Epistolae P. Nadal, II, 599 ; cf. Braunsberger, op. cit., t. Ill, 
p. 638) ; aussi le jugeait-on necessaire au concile pour y reviser 1 In- 
dex : Agitur inter coetera de revidendo cathalogo librorum prohibi- 
torum, ad ejusmodi valde necessarius esset hie Staphylus, nam pauci 
adsunt qui vel hoereses vel mores etiam Germanorum noverint ; quare 
M l " V. curet clementer ut hue primo quoque tempere mittatur . Brus 
Ferdinand I er , 10 fevrier 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten 
VII, autog. Sickel (op. cit., p. 249) dit que cette lettre est du 3 fevrier, 
erreur que repete Steinherz (Briefe Anton Brus, p. 45). 

4. Praeterea cum stylo plurimum valeat, ecrit de lui Seld a Ferdi 
nand I", le 26 avril 1562 (Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten VII, au 
tog. Sickel, Das Reformations-Libell, p. 45), et judicio acri praeditus sit, 
si quid ex multis scriptis quae hinc inde M" V" offeruntur in unum 
aliquod corpus colligendum esset, ipse, quantum mea quidem fert opinio, 
id cum rnagna dexteritate esset facturus . Cf. plus bas, p. 132, 135; Eder, 
op. cit., p. 215 et suiv. 

Sur Staphylus voir les articles de Tschackert, dans I Allgemeine deuls- 
che Biographie, de Paulus dans le Kirchenlexicon, de Moler et Tschackert 
dans la 3= edition de la Realencyclopadie, ou 1 on trouvera les principales 
sources. On y ajoutera Hurter, op. cit., t. Ill, col. 19 et suiv., les ou- 



SOUS PIE IV 

Ges conseillers imperiaux sont tous de bons catholiques. sont tous 
Gomme tous les hommes d Etat et la majorite des 6veques, 
tant en Allemagne qu en France, ils tiennent aux princi- 
pes du concile de Bale sur 1 autorite" pontiflcale et celle 
de 1 episcopat, mais ils ne passent point, aupres de leurs 
contemporains, pour des adversaires e"troits de la Cu 
rie . L opinion de Janssen que Seld et Gienger furent des 
cryptolutb^riens 2 ne semble point soutenable et est con- 
tredite par tous les historiens catholiques d Allemagne 3 . 
Seld se dit lui-meme un vieux papiste endurci , dans la 
derniere lettre qu il e"crivit, peu avant sa mort au due de 



vrages souvent cites de Wiedemann, (t. I et II), Hopfen, Goetz, Turba, 
(t. Ill), Steinherz, (t. I et III), Susta, (t. I), Braunsberger, (t. II-VI), 
Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 29, 102, 157, 465, t. VII, p. 157, 506, 
523, 567, 613, et Soffner, Friedrich Staphylus, em katholischerlkontroversist 
und Apologet aus der Mitte des 16 Jahrhunderts, Breslau, 1904. 

1. Seld, dans un ecrit de 1558, alors que Paul IV refusait de recon- 
naitre la succession au trone imperial de Ferdinand I", soutient les 
opinions de Constance et de Bale : il repousse les preventions papales, 
declarant que le litige n est point entre 1 empereur et la papaute, mais 
entre le pape et 1 Eglise, et il en appelle au temps ou 1 empereur avait 
le droit de nommer le souverain pontife. Ritter (Deutsche -Jjeschichte , t. I, 
p. 156) a cru voir une evolution des idees de Seld en faveur de Rome, 
de 1558 a 1502, avec le cliangement de pape. II est bien certain que le 
vice-chancelier devait avoir plus d inclination pour Pie IV, ami de 1 em 
pereur, que pour Paul IV son predecesseur, adversaire non deguise des 
Habsbourg. Maisses principes ne semblent point pour cela avoir varie. 
Gf. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 80; Eder, op. cit., p. 37, n. 1. 

Zasius declare que, tout comme Seld, il c n adore point les vices de la 
Curie romaine > (Zasius au due de Baviere, 28 juin 1564. Goetz, op. cit., 
p. 306. Cf. Hopfen, op. cit., p. 105-106). Avec Gienger, Seld et les autres 
conseillers, il estime que le premier devoir du pape est de se soumettre 
au concile, comme 1 ordonnent les decrets de Constance et de Bale (De 
liberation du conseil du 5 juin 1560. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten 
1533-1560, orig. Sickel, op. cit., p. 49-50. Cf. Janssen-Pastor, t. IV, p. 130; 
Loewe, op. cit., p. 15 et suiv.) 

Staphylus, quoique tres favorable a la personne de Pie IV (Steinherz, 
op. cit., t. Ill, p. 223, 236 ; et voir plus bas, p. 125 et SUIY.) suit sur 1 auto- 
rite pontificate les idees de Gerson et de FUniversite de Paris. Staphy 
lus, ecrit le nonce aux legats, le 11 fevrier 1563 (Steinherz, op. cit., t. Ill, 
p. 188), quand on traite de 1 autorite de Sa Saintete, parle toujours de 
telle facon qu il se revele tres feru des ecrits de Gerson ; aussi, en pa- 
reille matiere, est-il certainement dangereux, d autant qu il differe beau- 
coup de Draskovic, lequel a sur ce sujet des idees violentes . 

2. Janssen, op. cit., t. IV, p. 122, edit. 1885. 

3. Cf. Hopfen, op. cit., p. 101; Holtzmann, Kaiser Maximilian \I I bis zur 
seiner Thronbesteigung (1527-1564), Berlin, 1903, p. 331, 527 et suiv ; Eder, 
op. cit., p. 36-37. Pastor, clans 1 edition qu il a donnee du 4 e volume 
de Janssen, en 1896, ne repete point 1 opinion de 1 auteur (cf. p. 69, 130, 
157 n. 3). Voir le t. VII de Janssen edite par Pastor, p. 602, 620, 668, 714. 



118 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

Baviere . Le nonce se porte garant, a diverses reprises, de 
ses sentiments Chretiens et de sa fidelite au Saint-Siege 2 ; 
el le J6suite Canisius est au mieux avec lui 3 . La Confes 
sion d Augsbourg, ecrit le vice-chancelier au due de Ba 
viere, en 1564 4 , ne doit pas etre accordee a 1 Autriche en- 
tiere: c est, quoi qu on dise, une croyance ou chacun creo 
sa foi et sa religion . De telles paroles ne sont point d un 
protestant. Les je"suites, dont il fut le bienfaiteur 5 , le pri- 
saient fort 6 et 1 admirent a la participation des biens spi- 
rituels de leur ordre 7 . Les reformed le d6testaient et, lors- 
qu un accident de voiture lui eut coute la vie, ils y voulurent 
voir le chatiment de Dieu 8 . Le cardinal d Aubsbourg, au 
contraire, de"plorera sa mort commeune grandeperle pour le 
catbolicisme, et il ajoutera qu il faut remplacer Seld par un 
non moins bon catholique 9 . Ge fut Zazius. Celui-ci, quand 
on semble mettre en doute ses sentiments 10 , proteste qu il 
ne s 61oigne en aucun point essentiel de la foi catholique 



1. Seld au due de Baviere, 25 avril 1565. Goetz, op. cit., p. 333. Gf. 
ibid., n. 2. 

Sur les sentiments catholiques de Seld voir 1 article de Goetz, dans 
I Historische Zeitschrifl, t. LXXVII (1896), p. 205. 

2. Je sais et tous estiment que Seld est tres catholique et tres devoue 
au Siege apostolique . (Delfino a Borromee, 14 aout 1563. Steinherz, op. 
cit., t. Ill, p. 403). G est ce que le nonce affirme plusieurs fois (Delfmo a 
Borromee, 28 fevrier 1563. Ibid., p. 223. Delfino aux legats, 19 mars 1563. 
Ibid., p. 255). Et les legats du concile se rejouissent <r que le vice-chan 
celier soil bon catholique et ami du Siege remain (Les legats a Del- 
phino, 23 mars 1563. Ibid., p. 257). 

3. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 50, 62, 74-96, 160-161, 168-169, 182 n. 1, 
258, 260, 974-975. 

4. Seld a Albert de Baviere, 19-25 juin 1564. Voir 1 Appendice. 

5. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 275. Seld estimait beaucoup leur 
ordre. Ibid., p. 113 n. 2. 

6. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 210 et n. 4, 970. 

7. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 275, 283. 

8. Raupach, op. cit., p. 951. 

9. Otto Truchses au due de Baviere, 6 juin 1565. Goetz, op. cit., 
p. 336, n. 1. 

10. II se dit calomnie, dans la lettre du 28 juin 1564 (note suivante).Le 
cardinal Truchses, le 29 Janvier 1569, 1 accusera d etre favorable aux 
partisans de la Confession d Augsbourg (Wiedemann, op. cit., t. I, 
p. 360). Gf. Hopfen, op. cit., p. 106-107. 

Jeune, on lui reprocha des conversations qui sentaient Fheresie ; mais 
apres son sejour a Fribourg, il fut nomme predicateur et chanoine du 
chapitre de Bale. Gf. Mederer, op. cit., t. I, p. 237 ; Prantl, Geschichte 
der Ludwig-Maximilians-Universitdt in Ingolstadt, Landshut, Miinchen, Mu 
nich, 1872. 



SOUS PIE IV 119 

et en observe fidelement le culte . II est aussi catholique 
que docte dit de lui le nonce Delfino 2 . Et quand il s agit de 
trouver un predicateur a la cour de Pempereur Maximilien 
(1567), Zazius insiste pour que ce soit Eisengrein, dont les 
sentiments orthodoxes et Paversion pour le protestantisme 
eHaient connus de tous 3 ; Pame de Pempereur est en jeu 
ecrit-il 4 . Gienger, lui, dans une sorte de m^moire-testa- 
ment, sign6 de sa main le l er aout 1570 5 , repasse tout ce 
qui fut fait alors qu il 6tait a la cour, au temps de Ferdi 
nand et de Maximilien, et il proteste n avoir rien 6crit, dit 
ou fait qui ne fut pour le bien et le maintien de la religion 
catholique. Quant a moi, conclut-il, j accepte entierement 
la doctrine de PEglise catholique, ses lois, ses commande- 
ments, ses traditions et ceremonies ; je veux roster dans 
Pobeissance, vivre et mourir en fils et en membre soumis 
de cette Eglise, ce que, avec 1 aide de Dieu, j affirme en 
conscience et par ma signature . Il s oppose au desir de 
Maximilien qui voudrait introduire a la cour un predicant 
lutherien : apres tout, lui dit Pempereur mecontent, vous 



1. Zasius a Albert de Baviere, 28 juin 1564. Goetz, op. cit., p. 306. 

2. Delfino parle en meme temps de Weber. Delfino a Borromec, 
14 aout 1563. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. -403. 

3. Le celebre mathematician Philipp Alpian, qui etait lutherien, disait 
qu Eisengrein aurait volontiers introduit a Vienne 1 Inquisition espa- 
gnole, tout comme en Baviere . Eisengrein au due de Baviere, 11 juin 
1569. Pfleger, Martin Eisengrein (1535-1578), dans les Erlauterungen und Er- 
yanzungen zu Janssens Geschichte des deutschen Volkes de Pastor, t. VI 
(1908), p. 15-16, 160. Une fois predicateur a la cour, il ne se gena point 
pour dire des verites qui parfois choquaient les oreilles de Maximilien, 
et pour parler contre les erreurs du temps, au point de se faire rappeler 
a 1 ordre par Fempereur : a quoi il repondait que catholique du fond 
du coeur , il n avait pas etudie d autre theologie que 1 orthodoxe. Cf. 
Pfleger, op. cit., p. 61 et suiv., 155 et suiv. ; Riezler, Geschichte Baierns, 
t. IV, p. 584. Sur Eisengrein, voir, outre Pfleger, plus has, ch. vii. 

4. Zasius a Albert V, 15 decembre 1567, Goetz, op. cit., p. 396. 

Sur les sentiments catholiques de Zasius et sa conduite politique reli- 
gieuse voir Paulus, Historisches Jahrbuch der Gorres-Gesellschaft, 1895, 
p. 603 et suiv. ; Goetz Die bairische Politik, p. 100 et suiv., et son article 
del Historische Zeitschrift (nouvelle serie), t. XLI, p. 205; Wolf, Deutsche 
Geschichte, p. 709 et suiv.; Hopfen, op. cit., p. 105, 320, 322. Cf. lettre 
de Canisius a Hosius du 31 juillet 1562. Braunsberger, op. cit., t. Ill, 
p. 469-470. 

5. Summari verzaichnus was bei mein D. Giengers zeiten, bei der 
verstorbenen und jetzigen kais. M* von der N. 0. landtschafften der 
augspurgischen confession halber gesuecht und gehandelt und clurcJi 
mich darinie geratschlagt worden . Hopfen, op. cit., p. 343-348; 



120 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

vous faites en votro tete une id6e bien particuliere tie la 
religion ; c est pourquoi vous ne pouvez souffrir la pre 
sence de ce pr6dicateur J . II conseille a Maximilien de ne 
point cedor a la noblesse protestante, de ne lui point ac- 
corder d une fagon positive une religion ou chacun croit 
et fait tout co qu il veut, ou nul n admet ce que pense un 
autre, de sorte que Ton peut dire avec saint Hilaire : tot 
jam nunc esse fides, quot sunt voluntates z . Quand 1 em- 
pereur parait faiblir et favoriser la Confession d Augsbourg, 
il ne lui manage point ses critques 3 . Aussi Ferdinand 
avait-il pu en toute virile defendre Gienger centre les in- 
transigeanls qui le soupgonnaient luthe>ien, en affirmant 
qu il e"tait au contraire parfait catholique 4 . Quant a 
Staphylus, depuis son abjuration du protestantisme 
en 1552 5 , il ne cesse |de defendre le catholicisme, en de 
nombreux traites, centre ses ancienscore!6gionnaires 6 , les- 

1. Eisengrein au due de Baviere 11 decembre 1S68. Hopfen, op. tit., 
p. 307-308. 

2. S il est impossible, conclut-il, de faire autrement, que la concession 
se fasse plutot tacita dissimulatione et tolerantia quam expressa Ma- 
jestatis vestre authoritate et consensu . Gienger a Maximilien, 17 aout 
1574. Hopfen, op. cit., p. 378 et suiv. 

3. Hopfen, op. cit., p. 151. 

4. Hosius a Borromee, 3 novembre 1561. Steinlierz, op. cit., t. I, p. 223. 
Pour 1 accusation portee contre lui par Janssen voir plus haut, p. 117. 

5. Brus fait allusion a cette conversion au commencement de sa lettre 
a Staphylus du 5 mars 1562 (Hofbibliothek de Vienne, ins. 5636, fol. 108. 
Steinherz, Briefe A. Brus, p. 43): ipsemet inimicus esse cepisti ; en 
marge on a ecrit plus tard : Hie Staphylus relicta secta Lutheri factus 
fuerat catholicus . Of. Rass, Die Convertiten, t. I, p. 337 et suiv. Sta 
phylus, apres avoir etudie a 1 Universite de Wittemberg, etait devenu, 
sur la recommandation de Melanchton qui Fappreciait beaucoup, pro- 
fesseur de theologie a l Universite de Koenigsberg. A la suite d uue vive 
polemique avec Osiandre, contre lequel il ecrivit, pour defendre la tra 
dition comme regie de foi, son Synodus sanctorum Patrum nnliquorum 
contra nova dogmata A. Osiandri, Nuremberg 1553 (cf. Historia acti ne- 
gotii inter Fr. Slaaphylum et Andream Osiandrum, dans Strobel, Miscel 
lanea literar., Nuremberg, 1778, t. I, p. 219 et suiv., t. II, p. 225 et 
suiv.), choque par 1 anarchie qui deja divisait en sectes nombreuses 
les partisans des nouvelles doctrines (Corpus Reformatorum, Halle, 
t. VIII (1841), p. 659), il revint au catholicisme. 

6. II combat la doctrine de Luther : Theologiae Martini Lutheri trimembris 
epitome 1558. Sriptum colloguentium Augustanae conf essionis . . . cum appo- 
sitis annotationibus 1558. Historia et apologia... de dissolutione colloquii 
nuper Wormatiae instituti, Neyss, 1558. II resume cette doctrine en une 
sorte de catechisme antilutherien : Das klein Corpus der gantzen Theologey 
und Lehr Martin Luthers etc. Darauss ein jedweder, dem seiner Seelen Hail 
Angelegen,ain summa und inlialt der ganzten Luther. Lehr, fassen kan, damit 



SOUS PIE IV 121 

quels, loin de m6priser ses attaques l , les redoutent et se 

er sich desto besser, nor allerlayhand verfiir. ketzereien zu verhiitten wisse. 
Centre Melanchton, il soutient 1 interpretation catholique de 1 Ecriture : 
Von dem rechten vorstandt dess gottlichen Worts, Dolmetschung der Bibel und 
wegen seiner eigenen Person wider Phil. Melanthonem, Neyss, 1560. Get ou- 
vrage de 54 feuillets qu il amplifia (Christlicher Gegenbericht vom waren 
verstand dess gottlichen worts, von verdolmetschung der teutschen Bibel und 
von der ainigkait der lutherischen Predicanten, Ingolstadt, 1561, 138 feuil 
lets in-4), il le defendit a plusieurs reprises centre les protestants : 
Vortrab zur Rettung des Biichs : Vom wahren verstand dess gottl. worts etc. 
Wider Jacob Schmidlen zu Gopping, Ingolstadt, 1561, (traduction latine du 
chartreux Surius, Cologne, 1561, avec ce litre : Prodromus D. Friderici 
Staphyli, in defensionem Apologiae suae etc. Cf. Braunsberger, op. cit., 
i. IV, p. 217, n. 5 et t. IV, p. 821, n. 2.) Nachdruck zuverfechtung des 
Biichs vom rechten waren verstandt etc. .Ingolstadt, 1562. Ses traites de con- 
troverse furent reunis en un volume in-folio, au xvn e siecle : Friderici 
Staphyli coesarei quondam consiliarii in causa religionis sparsim editi libelli 
in unum volumen digesli, Ingolstadt, 1613. 

On le voit presque toujours occupe a composer ou a imprimer quelque 
ouvrage de polemique (Staphylus a Brus, 10 et 28 mars 1561. Borovy, 
Anton Brus z Mohelnice, Prague, 1873, edit, tcheque, p. 236 et 237. Sta 
phylus a Hosius, mai 1561. Steinherz, op. cit., p. 270-271. Le cardinal 
d Augsbourg a Hosius, 8 aout 1560, et a Staphylus, 28 fevrier 1561. La- 
gomarsini, op. cit., p. 92-93, 240-241. Canisius a Hosius, 28 mars 1562. 
Cyprian, Tabularium Ecclesiae romanae,n 99. Braunsberger, op. cit., t III, 
p. 395. Brus a Staphylus, Trente, 24 mars 1562. Hofbibliothek de Vienne, 
ms. 5636, fol. 238 v. Steinherz, Briefe A. Brus, p. 49. Cf. Braunsberger, 
op. cit., t. I, p. 557 et suiv., t. II, p. 744, n. 7, t. Ill, p. 87, 239, 772-773, 
t. IV, p. 211, 350, 352, 946,1031, t. V, p. 281-282.) Aupres des legats il s ex- 
cuse de ne pouvoir se rendre pour le moment au concile, a cause des 
etudes qu il a entreprises en faveur de la religion catholique Injunxit- 
que [Ill mus dux Bavariae] ejusmodi quaedam scribenda, quae ille hoc 
tempore pro utilitate catholicae religionis necessaria judicavit. Sunt 
brevi tempore a me aliquot opuscula edita ; quae cum passim non absque 
fructu legantur, vulgo dici non potest quam varia in me manuscripta 
machinentur adversarii, quibus nisi opportune responderem, messem 
quasi in ipso horreo collocataui incendiariis objicere viderer . (Staphy 
lus aux legats, Ingolstadt, 21 juin 1561. Archives Vaticanes, Concilia 150, 
fol. 65 v, Reg. gen.; Trivulziana de Milan, cod. 550, n 3. Steinherz, op. 
cit., 1. 1, p. 271. Voir plus has, p. 125, n. 5). Et quelques jours plus tard, 
(28 juin 1561), le due de Baviere ecrit aux legats (Trivulziana de Milan, 
cod. 550, n 4, copie du secretaire du cardinal de Mantoue) : Antea vero 
quod vel concilium inchoandum sit, vel ad id aliorum legati properent, 
non possumus opera Staphyli oitra detrimentum Ingolstadiensis Aca- 
demiae catholicaeque per provinciam nostram religionis ullo modo 
carere >. 

Staphylus dira a 1 empereur (Schelhorn, Ergotzlichkeiten aus der Kir- 
chenhistorie, etc. Dim et Leipzig 1761-1864,, t. I, p. 558 et suiv.) : Laboro 
jam non paucos annos in vinea Domini, pro virili parte mea, et ut veram 
catholicae fidei doctrinam tuerer, falsam refellerem, ob indignationem 
ducis Prussiae, quoniam blasphemias Andreae Osiandri non volui ap- 
probare, damno affectus sum ultra duo millia thalerorum. Nee parvi 
tempo proprio sumtu meo adversus hoereses militavi. Cf. Salig, 
Vollstandige Historie der Augsburgischen Konfession, Halle, 1730-1735, t. II, 
p. 902 et suiv. 

1. Un de ses contemporains lutheriens disait de lui : Si donis recte 



122 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

pr^occupent de les reTuter . Les catholiques savent qu il 
se depense pour soulager les maux de 1 Eglise afflig6e et 
de la religion chancelante 2 , bravant pour elles embu- 
ches ennemies ou travaux si penibles soient-ils 3 , ils le 
comparent a 1 athlete en face d adversaires dont il connait 
les ruses et la maniere de lutter *; les protestants le con- 
siderent comme un antagoniste redoutable, et une carica 
ture de 1 epoque le repr^sente sous les traits de Judas, 
trainant au combat contre les r^formateurs un monstre, 



usus fuisset Staphylus, magnus in Ecclesia Dei esse potuisset; nam erat 
profecto ingenium, eruclitio, eloquentia, cognitio linguarum ac memoria 
in illo eximia, et si in quo alio, in illo praecipue ista lucebant . (Hamel- 
mann, Opera genealogico-historica, Lemgo, 1711, p, 219. 

1. Parlant de Schmidlin qui vient de repondre aux attaques de Sta 
phylus, Canisius dit : Agit minus furiose quam antea, ut Stapliyli 
scriptum timere videatur >. (Ganisius a Hosius, 28 mars 1562. Cyprian, 
op. cit., n 99. Braunsberger, op. cit., t. Ill, p. 396). II ecrit egalement : 
[Staphylus] graviter ab adversariis multis oppugnatur (Ganisius 
& M. Gromer, ambassadeur de Pologne pres 1 empereur, 9 mai 1362. 
Braunsberger, op. cit., t. Ill, p. 430. GL. ibid., t. II, p. 669, 671, 822, 824, 
894, 907, 918, t. Ill, p. 371-372, 396, 638, 805, 806 n. 4, t. IV, p. 350, 352, 
409). Staphylus informs Hosius, en mai 1561 (Steinherz, op. cit., t. I, 
p. 270), que plusieurs theologiens lutheriens sont a 1 ceuvre pour refu- 
terundeses traites recents , que Bullinger lui-meme medite quelque 
livre contre lui . On ne saurait dire, ecrira-t-il, combien sont varies 
les manuscrits que machinent contre moi les adversaires . (Staphylus 
aux legats du concile, 21 juin 1561. Archives Vaticanes, Concilia 150, 
fol. 65 v. Trivulziana de Mil-an cod. 550, n 3. Steinherz, op. cit. p. 271.) 

2. Brus a Staphylus, Trente, 2 mars 1562. Slaatsarchiv de Vienne, 
ms. 5636, fol. 108. Steinherz, Briefe A. Brus, p. 43. t Vir peritus in hoc 
certamine quod Ghristus sua bonitate fortunet ecrit de lui Ganisius, 
le 10 septembre 1557 (Braunsberger, op. cit., t. II, p. 129). Ganisius dira 
en pleine chaire : Staphylus est catholicus et defensor catholicorum, 
qui apperit mysteria sectariorum et probat dissensiones neochristiano- 
rum . (Sermon de Ganisius du 2 fevrier 1562. Braunsberger, op. cit., 
t. Ill, p. 638). Et il affirmera que 1 on doit une grande reconnaissance 
a un tel defenseur de 1 Eglise (Ganisius a Gromer, 11 juin 1558. Brauns 
berger, op. cit., t. II, p. 273). 

3. II ecrit aux legats, dans sa lettre citee du 21 juin 1561 : a non enim 
nunc refero... quot pericula sustinuerim et insidias adversariorum, et 
quam molestos posuerim labores pro hac ipsa causa religionis catho- 
licae s. 

Rabe, qui de lutherien se fit catholique et entra au college germani- 
que, attribue sa conversion aux livres, surtout de Staphylus. Brauns 
berger, op. cit., t. V, p. 829. 

4. Novum pugilem, et tanto contra sectarios certalurum validius, 
quanto interius gladiatores illos, astus, artesque calleret, autoramento 
sibi initiavit Pontifex . Agricola, Historia Provinciae Societatis Jesu Ger- 
maniae superioris quinque primos annorum complexa decades, Augsbourg, 
1727, decade 3, n 23, ad arm., 1561. Voir plus has la lettre du cardinal 
d Augsbourg a Hosius, 26 juin 1563, p. 123, n. 3, et cf. p. 116, n. 3 



SOUS PIE IV 123 

moitie bouc, moitie lion, qui lanc.e du feu et qu aiguil- 
lonnent des J6suites *. Son dernier livre qui, posthume, 
est comme son legs litteraire et religieux, fait du Iuth6ra- 
nisme 1 avant-garde de 1 Antechrist 2 . Aussi nul ne dou- 
tait de ses convictions catholiques : le cardinal d Augs- 
bourg et Hosius, dont 1 orthodoxie etait un peu ombrageuse, 
lui donnent toute leur confianco 3 ; Paul IVlui octroie d etre 

1. Gette caricature, qui a pour titre : Lutherus triumphans , a ete 
reproduite par Jaime, Musee de la caricature en France, a la suite de la 
pag. 4. 

Dans les Unschuldigen Nachrichten de 1716, on trouve le portrait de Sta- 
phylus, qui porte 1 annee 1565 et represente un vieillard au visage ride 
et tres barbu, vetu en ecclesiastique et coiffe de la barrette, avec cette 
inscription : 

Staphil war erst ein luttrich Mann 
Darnach nam er das Papstthum an 
Verleugnet Christum und sein Wort 
Kam an Iscariotes Ort 
Tat s Ghristentum schandlich verlign 
1st sein Staff! in die Hell gestign. 

Staphylus, dans une lettre du 14 juin 1556 (Braunsberger, op. cit., t. I, 
p. 635 et suiv.), parle du ressentiment de Melanchton et de Flacius Illy- 
ricus a son endroit; Ganisius constate a di verses reprises la haine des 
protestants contre Staphylus qui, avec Hosius, est Fadversaire qu ils 
detestent le plus (Braunsberger, op. cit., t. II, p. 669, 671, 822, 844). Dans 
leur correspondance, ils en parlent avec vehemence (Corpus Reformato- 
rum, t. IX, p. 539-540, 607, 918) ; ils ecrivent contre lui (cf. Braunsber 
ger, op. cit., t. Ill, p. 371-372, 396, 409, 638, 805, 806 n. 4, t. IV, p. 350, 
352). L un d eux, Rauscher, dans un pamphlet de 1562 reedite en 1564 
(ibid., t. Ill, p. 371), dit que Staphylus trame la mort des protestants 
et qu il est le serviteur du diable ; et un autre, Jacob Andrea, que Ton 
surnomma le Lutherus secundus, s ecrie dans un de ses traites : i Gelui 
qui m a delivre de Staphylus [f 1564] et de ceux qui lui ressemblent, 
delivrera moi et son Eglise de cette peste d hommes que parfois meme 
ne peuvent souffrir les adorateurs de la papaute . (Ibid., t. V, p. 132). 

2. Vom letsten und grossen Abfall, so vor der Zuzunfft des Antichristi ges- 
chehen soil, durch Frid. Staphylum s/iliger gedachtnuss beschriben und nach 
seinem christlichen absterben in truck verfertigt, Ingo}stadt, 1565, (edition 
latine en 1569). II commence ainsi : Daz das Luthertumb der gross 
abfal, unnd des Antichrists vortrab sey... . Ganisius ecrit de ce livre a 
Hosius, le 20 avril 1565 (Braunsberger, op. cit., t. V, p. 57) : Editus est 
liber posthumus D. Staphyli foelicis memoriae germanice scriptus in 
quo acerrime pugnet adversus lutheranos ac clocet Lutherum Anti 
christi verum praecursorem esse . 

3. Quand il apprendra que Staphylus est malade, Truchses craindra 
sa perte. <r Male de Staphylo bono viro et docto homine, et qui omnes 
hostium non solum ictus et petitiones, sed etiam intimos animi sensus 
cognitos haberet a. (Le cardinal d Augsbourg a Hosius, 26 juin 1563. La- 
gomarsini, dp. cit., t. Ill, p. 324. Voir la lettre de Truchses ii Staphylus, 
28 fevrier 1561. Ibid., t. II, p. 2U). Hosius retint jusqu en septembre 1560 
Staphylus, qui au commencement de juin avait accompagne a la cour 
imperiale le due de Baviere, et a son depart il lui fit cadeau de 40 thalers 



124 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

promu quoique la ic, au doctoral en th^ologie et en droit ca 
non (1559) ; tous les Peres du concile, lui e"crit de Trente un 
archeveque, t aiment, te venerent et jugent que tu as bien 
merited de 1 Eglise 2 ; c est un Je"suite, Canisius, qui sug- 
gere au due Albert de le mettre a la tete de 1 Universite 
d Ingolstadt (1560) 3 ; Pempereur 4 , le due de Baviere 5 , 

(Hosius a Truchses, 21 juin 1560, et Puteo, 8 septembre 1560. Stein 
herz, op. cit., i. I, p. 114). Lui qui ne voulut point que Witzel represen- 
tat 1 Allemagne comme theologien au concile, ne trouva rien a objecter 
centre Staphylus et il insista meme pour qu il se rendit Trente. (Thei- 
ner, Vetera monumenta Poloniae, Rome, 1860-1864, t. II, p. 622. Gf. Stein- 
herz, op. cit., 1. 1, p. 270). Hosius et Staphylus furent toujours en excellen- 
tes relations. Gf. Hipler et Zakrzewski, flostt epistolae, t. II, p. 511-512; 
Braunsberger, op. cit., t. I, p. 538 ; Epistolae P. Nadal, t. II, p. 599. 

1. Ge fut 1 archeveque de Salzbourg qui lui transmit la dispense, a la 
Diete d Augsbourg. Et cum academiarum statuta vetent conjugio in- 
neKOs divinarum litterarum doctores creari, legis hujus veniam indulsit, 
negotiumque dedit Salisburgensi archiepiscopo ut, solito eoque rigido 
examine praemisso, theologiae ac juris canonici doctorem inauguraret 
Staphylum. Quod etiam Augustae, inspectantibus comitiis, quanta po- 
tuit soleranitate perfectum est . Agricola, op. cit., decade- 3, n 23, ad 
ann., 1561. 

2. Brus a Staphylus, 5 mars 1562. Hofbibliothek de Vienne, ins. 5636, 
fol. 108. Steinherz, Briefe A. Brus, p. 43. 

3. Mederer, Annales Academiae Ingolstadiensis, 1782, p. 282 et suiv. Eisen- 
grein devait lui succeder, de 1570 a 1578, la charge de surintendant etant 
restee vacante, a cause de son importance et de ses difficultes, six an- 
nees (Gf. Pfleger, op. cit., p. 85 et suiv. Ganisius donne souvent a Sta 
phylus les cpithetes de charissimus, d amicissimus, (Braunsberger, op. 
cit., t. I, p. 483, 526 n. 1, t. II, p. 129). Et Staphylus est fort bien avec 
les Jesuites (Ibid., t. I, p. 487, t. IV, p. 306). 

4. Nolumus te latere quod cum ipso [Staphylo] jamdudum nomine 
nostro tractatum sit, sed nullis persuasionibus adduci potuisse ut nobis 
in hoc concilio negocio operam navaret . (Ferdinand I er a Brus, 22 fe- 
vrier 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten, VI, min.) L empereur 
ecrit dans le meme sens a 1 archeveque le 2 mars suivant (Ibid. Sickel, 
op. cit., p. 250, avec la date du 1" mars). Et le 12 du meme mois, Sta 
phylus dit aux legats (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 65) que 1 empereur 1 a 
exhortd a se rendre au concile le plus tot possible. Voir sa reponse a 
1 empereur, dans Schelhorn, Ergotzlichkeiten aus der Kirchenhistorie und 
Litteratur, Ulm et Leipzig, 1761-64, t. I, p. 559. 

5. Jam ante decreverat Ill mus dux Bavariae me suo nomine interesse 
velle Tridentino concilio, quam quicquam nobis de sua S mi D ni N. erga 
me voluntate constare potuit . (Staphylus aux legats, 21 juin 1561. Ar 
chives Vaticanes, Concilio 150, fol. 65 v, Reg. gen. Trivulziana de Milan, 
cod. 550, n 3). Quamobrem jam antea cum nobis spes aliqua cele- 
brandi concilii ostensa fuit, illico cepimus diligenter cogitare atque dis- 
picere ut idoneos homines quos ad concilium, si id aliquando serio 
inchoaretur, mittere possimus, in procinctu haberemus, inter quos et 
fldelem nostrum nobisque sincere dilectum Fridericum Staphylum sacrae 
theologiae doctorem deputavimus... Hunc autem quandoquidem S. D. 
Noster sibi ut ejus opera uti liceat in Tridentino concilio commodandum 
a nobis benigne expetivit, sumus nos eo animo nunc, fuimusque semper 



SOUS PIE IV 125 

1 archeveque de Prague *, le cardinal Hosius 2 , les le 
gats 3 , le pape lui-meme 4 , insistent pour qu il prenne part 
au concile de Trente, en qualite de the ologien 5 . Admira- 



ut nullum obedientiae genus, nullum honoris S li suae recusare velimus. 
Nee sane intermittemus quin confestim, ubi intellexerimus Gaesareae 
M lii coeterorumque in Germania catholicorum principum legates ad con 
cilium pergere, nostros quoque una cum Staphylo legates ad concilium 
ablegamus. (Le due de Baviere aux legats, Munich, 28 juin 1561. Trivul- 
ziana de Milan, cod. 550, n 4, copie du secretaire du cardinal Ercole 
Gonzaga. Archives Vaticanes, Concilia 150, fol. 69 v.) Les legats accepte- 
rent cette offre d Albert (Les legats a Borromee, 14 juillet 1561. Steinherz, 
op. cit., t. I, p. 272. Susta, op. cit., t. I, p. 51. Les legats a Staphylus, 
4 aout 1561. Archives Vaticanes, Concilia 150, fol. 101, Reg. gen. Gf. Stein 
herz, op. cit.,i. I, p. 272); etils ecrivirentau due de Baviere, le 4 aout 1561 
(Archives Vaticanes, Condlis 150, f 100. Trivulziana, cod. 550, n 5, copie 
du secretaire de Mantoue. Le Plat; op. cit., t. IV, p. 717) : Nam quod 
ad Staphilum attinet, probat S nu D. N. et summopere commendat propo- 
situm Excellentiae Vestrae, nosque itidem magnam sibi eo nomine gra- 
tiam habemus, cum presertim confidamus non minus fldeli suorum nos 
hominum quam nostrorum opera usuros . 

1. Brus a Staphylus, 5 mars 1562. Hofbibliothe/c de Vienne, ms. 5636, 
fol. 108. Steinherz, Briefe A. Brus, p. 43. Reponse de Staphylus a Brus, 
14 mars 1562. Archives archiepiscopales de Prague : Recepta 1562. Bo 
rovy, Anton Brus, edit., tcheque, p. 24, n. 1. Brus & Staphylus, 24 mars 
1562. Ms. 5636 deja cite, fol. 238 v. Steinherz, Briefe, p. 44. Staphylus 
etait tres lie avec 1 archeveque. Voir, outre les lettres precedentes, celles 
de Staphylus a Brus, des 18 et 28 mars 1561, dans Borovy, op. cit., p. 236, 
237 ; et le meme ouvrage de Borovy, p. 18, 21, 22, 24. 

2. Hosius aux legats, 21 mai I.i62. Theiner, Monumenta Poloniae, t. II, 
p. 622. Gf. Hosius au cardinal de Trente, 28 fevrier 1561. Steinherz, op. 
cit., t. I, p. 270. 

3. Les legats a Staphyfus, 4 aout 1561. Archives Vaticanes, Concilia 
150, fol. 101, Registre general. Gf. Steinherz, op. cit., t. I, p. 272. 

4. BorromeVau cardinal de Mantoue, 30 avril 1561. Susta, op. cit., 1. 1, 
p. 22. Les legats a Borromee, 19 mai 1562. Steinherz, op. cit., t. I, p. 270, 
avec la date du 29_ avril. Susta, op. cit., t. I, p. 23. Borromee aux le 
gats, 28 juin 1561. Susta, op. cit., t. I, p. 37. Les legats a Borromee, 
19 juin 1562. Ibid., p. 52. Le pape, comme les legats, accederent au desir 
d Albert de Baviere qui, prenant les frais a sa charge, voulait envoyer 
Staphylus a Trente comme son theologien, et non comme celui du pape 
(voir plus haut, p. 124, n. 5). 

Le pape desirait avoir au concile, & ses frais, quatre theologiens alle- 
mands qui presertim in lutheranorum castris aliquandiu versati sunt, 
et eorum technas omnes bene perspectas habent (Hosius au cardinal 
de Trente, 28 fevrier 1561. Susta, op. cit., t. I, p. 23). Le cardinal de 
Trente, Madruzzo, fut charge de les fournir, et Borromee ecrit a Hosius, 
au commencement de fevrier 1561 (Theiner, Vetera Monumenta Poloniae, 
t. II, p. 622) que deja Staphylus avait ete choisi, avec Witzel ; Hosius 
se prononc.a centre ce dernier (voir plus haut, p. 93, n. 6). 

5. Staphylus ne devait pas assister au concile (voir plus bas, p. 129 et n. 4). 
Des le debut, il invoque, au moins pour retarder son depart, les travaux 
de polemique entrepris qui exigent tout son temps (voir plus haut, p. 120, 
n. 6), ses charges de farnille surtout (Staphylus aux legats, 21 juin 1561. 
Archives Vaticanes, Concilia 150, fol. 65 v, Reg. gen. Trivulziana de Mi- 



126 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

teur de Pie IV dont il loue le zele, la piele" el la sago po- 
litique J , Staphylus no fait point a I autorit6 pontificate, 
quoique Gersonien 2 , une opposition de mauvais aloi. ce 
dont le nonce se f61icite 3 ; et il recevra de la Curie une pen 
sion annuelle de 300 florins 4 . Son testament, que confirma 



Ian, cod. 550, n 3, copie du secretaire de Mantoue. Steinherz, op. cit., 
t. Ill, p. 271. Staphylus a Brus, 14 mars 1562. Archives archiepiscopales 
de Prague : Recepta 1562. Borovy, Antonin Brus, edit, tcheque, p. 24, n. 1). 
Sa lettre aux legats du 21 juin 1561, publiee en grande partie par Stein 
herz (loc. cit.), commence ainsi : R m Praesules, Principesque Ill mi , In- 
tellexi ex epistola ea, quam R mae P. Vestrae ad me Tiidento miserunt 
S mi D. N. voluntatein esse ut primo quoque tempore me Tridentum con- 
feram, ibique in isto concilio juvem pro virili parte mea causam labantis 
Ecclesiae. Intellexi praeterea centum coronatos in viaticum missos, cer- 
tumque in singulos menses sumptum esse decretum atque constitutum, 
quo dum istic commorarer me sustentare possem. Tametsi autem, R mi 
Prineipes, cum antea eadem de re mini Roma scriptum esset, egoque sic 
mihi rescripsisse viderer, ut existimarem excusationi meae omnes cal- 
culos merito tribui debuisse, tamen siquidem animadverto aliorum bene- 
volentiam plus valuisse in commendando, me, quam ego excusando 
valuerim, eadem nunc breviter hie repetenda existimavi. Nam non clu- 
bito, quum R ma P. V. sciant me hominem laicum esse, non ita vel litte- 
ris perpolitum, vel theologicis instructum disputationibus, ut tarn celebri 
in theatre theologico locum queam tueri, quum nee hoc ignorant me 
esse patremfamilias etc. D (comme dans Steinherz, loc. cit.). La fin de la 
lettre, absente de Steinherz, est la suivante : Id quod ego tanta etiam 
animi alacritate atque ea fide me facturum recipio ut citius vires in me 
quam promptitudinem voluntates desyderari patiar. Utinam vero con 
cilium auspicato inchoetur, ac procedat feliciter, nee mora erit in Prin 
cipe, nee in me cessatio mei offitii. Verum quia in Germania cum sese 
paret adhuc nemo, sed conquiescant omnes, ne scio equidem, R Patres, 
quid istic mea presentia prodesse possit, cum hie absentia mea queat 
obesse plurimum. Quambbrem obnixe rogo R mas Gesitudines Vestras ut 
mihi tantisper, donee progressum aliquem ceperit isthaec s. synodus 
habere, hac quiete frui liceat, eisque studiis incumbere, e quibus 
spero aliquos ad Ecclesiam fructus esse redituros. Hanc ego gratiam, si 
Rev anim P. Vestrarum favore, benignitateque a S m D. N. fuero consecu- 
tos, immortali benefitio me sibi in perpetuum devinxerint. De viatico 
habeo, agoque gratias, credo autem jam remissum esse aut brevi remis- 
surum iri Tridentum. Me reverenter commendo . G est a peu pres les 
memes excuses qu il mettra en avant dans sa lettre aux legats, du 
14 mars 1362 (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 65). 

1. Delflno a Borromee, 21 aout 1561. Steinherz, op. cit., t. Ill, p 297. 

2. Voir plus haut, p. 117, n. 1. 

3. Delfino a Borromee, 28 fevrier 1563, et aux legats, 24 fevrier et 4 mars 
1563. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 216-217, 223, 236. 

4. Morone a Borromee, 17 mai 1563. Steinherz, op. cit. t. I, p. 311. Le 
cardinal d Augsbourg, des 1562, avait demande a Rome line pension 
pour Staphylus. Truchses au due de Baviere, 21 Janvier 1562. Goetz, 
op. cit., p. 239. Morone lui donna aussi quelques cadeaux, lors de sa 
legation aupres de 1 empereur, en 1563. Gf. Braunsberger, op. cit., t. IV, 
p. 122, 156, 971; G. Constant, La legation de Morone aupres de 1 empereur 
(1563), Paris, 1921, p. 37. 



SOUS PIE IV 127 

Pempereur en juillet 1563, de she ritait ses quatro fils, 
au cas ou ils abandonneraient la religion catholique . Sur 
sa mort les adversaires r6pandirent des bruits aussi faux 
que calomnieux 2 ; mais ses contemporains et la poste~rite 
n en ont rien retenu 3 . 

Or ces conseillers, qui sont des catholiques aussi con- < 
vaincus qu av6r6s, font tous partie du mouvement d union ^^3. 
qui. au xvi e siecle, essaye de ramener en Allemagne la paix 
religieuse par des moyens d ou est exclue autant que pos 
sible la violence. Zasius, attache a la chancellerie de Maxi- 
milien pendant le regne de Ferdinand I er , aura moins que 
ses collegues a participer aux deliberations de 1560 a 1563 
ou se debattront, durant le concile de Trente, les questions 
d ordre ecclesiastique les plus graves. Mais nullement dou- 
teux sont en matiere de politique religieuse ses senti 
ments : 1 intransigeance espagnole lui d6plait 4 , et non 
moins celle des protestants rigides ou sectaires 5 ; il ne prise 
que la moderation 6 , basee sur 1 amour malheureuse- 
ment fort refroidi du prochain 7 ; les pacifiques, les viri 
modesti et tractabiles amantes pads, selon ses propres ex 
pressions, ont toute sa sympathie, ne partageat-il point 
leurs croyances 8 ; dans une certaine 6puration du culte et 
de la discipline qui amenera un accord mutuel il voit la 
paix religieuse qu il souhaite ardemment, pour mettre un 
terme aux erreurs damnables, au schisme, aux sectes de 
toutes sortes 9 . C est lui qui, en 1556, aide le plus effica- 

1. Gf. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 946. L aine mourut a la fin de 
1563. Des trois qui lui survecurent, 1 un, Frederic, devint chanoine et 
official d Eichstatt et publia avec une courte biographie, les oauvres de 
son pere : Fr. Staphyli caesarei guodam consiliarii in causa religionis spar- 
sim editi libri in unum volumen digesti, Ingolstadt, 1593 et 16J3. 

2. On disait qu il e tait mort sans communier und mit grossen pas- 
sionibus . Zasius au due de Baviere, 21 mars l564.Goetz, op. cit. p. 293-294. 

3. Aussitot apres sa mort parurent : Orationes funebres quatuor in exe- 
quiis Fr. Staphyli. His adjectae sunt elegiae guibus vitae genus, studio et mors 
ipsius dilucide explicantur, Ingolstadt, 1564. 

4. Hopfen, op. cit., p. 105. 

5. G est pourquoi il ne peut souffrir Vergerio. Ibid., p. 106. 

6. Zazius a Philippe de Hesse, 12 mai 1564. Hopfen, op. cit., p. 211. 
1. Zazius a Philippe de Hesse, 22 decembre 1564. Ibid., p. 221. 

8. Hopfen, op. cit., p. 106. 

9. Zasius a Philippe de Hesse, 22 decembre 1564. Hopfen, op. cit., 
p. 221. Zasius au due de Baviere, 16 aout 1567. Goetz, op. cit., p. 391. 



128 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

cement a constituer la ligne de Landsberg, realisation par- 
ticlle des idees ir6niques, puisqu on y voit s unir en une 
meme alliance protestants et catholiques, d opinions ega- 
lement moderees J ; c est sur lui quo Rome rejettera en 
grande partie la responsabilit6 de la concession accordee 
en 1568 aux adherents de la Confession d Augsbourg. et 
elle le suspectera d incliner vers leurs opinions 2 . S il n alla 
point jusque-la, il fut certainement partisan de concessions, 
qui devaient, selon lui, rallier a 1 unite nombre d esprits 
6gar6s. Comme lui, Gienger estimait que 1 Eglise, pour res- 
taurer son autorite, devait recourir aux moyens pacifiques 
et k la douceur plutot qu a la rigueur et aux chatiments, 
qu elle devait ramener ceux qui 1 avaient abandonee en 
condescendant a leur faiblesse dans tout ce qui 6tait cano- 
niquement possible ; et ceci, ajoutait-il, ne m est point 
sugg6r6 par malice, Iegeret6, mepris de 1 Eglise, mais par 
1 unique d6sir, Dieu le sait, de conserver la religion catho- 
lique, de rarnener au bercail du Christ les ames qui en ont 
fui, de supprimer les sectes, de retablir la paix chretienne, 
le calme et Punit6 3 . Staphylus et Seld avaient pris part 
aux essais de rapprochement entre protestants et catholi 
ques tenths a Worms et a Augsbourg, en 1557 et 1559 4 . 

1. Voir plus haut, p. 113. Fondee pour donner aide et protection a la 
minorite catholique, en Allemagne, la ligue de Landsberg, loin d exclure 
les villes et les princes protestants, admettait volontiers tous ceux qui 
desiraient sincerement la paix et 1 ordre publics; il suffisait que restat 
aux catholiques Finfluence preponderante. L empereur Ferdinand ne 
voulut point, ecrit au roi d Espagne Granvelle, le 18 avril 1366 (Archi 
ves de Simancas, Estado, leg. 903, f 62. Goetz, op. cit., p. 348, n. 1), que 
ce fut une alliance entre seuls catholiques, afin d oter 1 occasion aux 
protestants d en constituer une contraire, comme jadis celle de Schmal- 
kalden. Ainsi Augsbourg, Nuremberg et autres villes ou principautes 
non catholiques en firent partie, pour que les protestants connussent 
bien qu elle n avait pas la religion comme but, mais seulement la paix 
publique et la repression de tout mouvement suscite par les esprits in- 
quiets . La ligue de Landsberg dura de 1556-1598. Sur elle voir Fiedler, 
op. cit., p. 194; G. Garafa, Relations boemica, edit. Miiller, p. 443-444; Stieve, 
Die Politik Bayerns 1591-1601, Munich, 1878-1883, t. I et II; Goetz, op. cit., 
p. 888-905 et passim; Riezler, op. cit., t. IV, p, 465, 589, 594 ; Stogner, Der 
Landsbergerbund, Horn, 1914. 

2. Hopfen, op. cit., 107. Gf. Pfleger, op. cit., p. 59. 

3. Memoire de Gienger sur ce qui fut fait de son temps en matiere ec- 
clesiastique, l er aout 1570. Hopfen, op. cit., p. 347-348. 

4. Voir les lettres de Seld au due de Baviere, 6, 13, 16 octobre, 24 no- 
vembre 1557, celle d Albert a Teveque d Eichstatt, 24 novembre 1557. 



sous PIE iv 129 

Seld desire du concile les reTormes qui apaiseront les 
lutheViens et supprimeront les motifs fond^s de leurs at- 
taques, plutot que les discussions doctrinales qui les 61oi- 
gnent ; et il souhaite que 1 Eglise concede ce qui arretera 
leurs reclamations et leurs griefs 2 . Staphylus meme refu- 
sera malgre les instances les plus pressantes 3 , de se ren- 
dre a Trente, tant que les protestants n y viendront pas 4 ; 
et en 1562, n esperant plus leur participation au concile, il 
en demandera la suspension 3 ; c est qu il en avail attendu 

Goetz, op. cit., p. 92-93, et 92 n. 2 ; Jansen, Julius Pfltig, dans les Neue 
Miltheilungen aus dem Gebiet historisch-antiquarischer Forschungen, t. X 
(1864), p. 176 et suiv. ; N. Paulus, Michael Heldiny, dans Der Katholitik, an- 
nee 1894, t. II, p. 491 ; De Ram, Francisci Sonnii ad Wiglium Zuichemum 
epistolae, Bruxelles, 1850, p. 29; Braunsberger, op. cit., t. II, p. 793; 
Eder, op. cit., p. 68. 

Seld fut le eollegue de J. Pflug, au colloque de Worms (Braunsberger, 
op. cit., t. II, p. 181, n. 1); a la diete d Augsbourg, il recommanda I en- 
tente religieuse et demontra sa possibility, un prouvant que les livres 
de Bucer et de Melanchton etaient Men plus moderes et proches du ca- 
tholicisme que ceux ecrits vingt ans plus tot. 

1. Seld au due de Baviere, 6 aoiit Ib62. Goetz, op. cit., p. 248. Cf. Hop- 
fen, p. 61. 

2. G est pourquoi il se prononce toujours en faveur du calice et du 
mariage des pretres. Cf. Hopfen, op. cit., p. 197; Goetz, op. cit., p. 330 ; 
Steiuherz, op. cit., t. Ill, p. 80 ; et voir plus bas (p. 130, 134, n. 1 et suiv.) 
les divers ecrits de 1560-1563. 

3. Voir plus haut, p. 125 et n. 1-5. 

4. De Staphylo jam antea scripsimus eum adduci nulla ratione po- 
tuisse ut praesens in concilio nobis operam navaret (Ferdinand I er a 
Brus, 2 mars 1562. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten VII, min. Sic- 
kel, op. cil., p. 250, avec la date du l er mars) Uortatur quidem me au- 
gustus imperator Ferdinandus, ecrit Staphylus aux legats, le 14 mars 
suivant (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 05) Tridentum ut me primo quoque 
tempore conferam... At vero sicut nunc res habent meae, legitimam ex- 
cusationem clementer recepit Cesar, profectionem non urget amplius >. 
Aupres de Brus (Borovy, Antonin Brus, p. 24, n. 1) et des legats (voir 
plus haut, p. 125, n. 5; Steinherz, op. cit., t. I, p. 271), il usa de pretex- 
tes, sans mettre en avant la veritable raison de son refus; dans sa 
lettro a 1 empereur (Schelhorn, Ergbtzlichkeiten aus der Kirchenhistorie und 
Litteralur, Ulm et Leipzig, 1761-1764, t. I, p. 557-562), il se retranche bien 
egalement derriere son peu d aptitude aux discussions theologiques, sa 
sante, la nouveaute qu il y aurait pour un la ic a sieger dans un con 
cile parmi les theologiens, ses travaux contre les heretiques, ses charges 
de famille ; mais a la fin il avoue qu il fera mieux de rester en Alle- 
magne pour tenter d attirer a Trente les lutheriens et que, s ils y vont, 
lui-meme ne retardera plus d un instant son depart. Staphylus, 
avait ecrit Delfino a Borromee le 21 aout 1561 (Steinherz, op. cit., t. I, 
p. 297), admet comme verite essentielle que les filecteurs ecclesiastiques 
ne sauraient aller au concile, tant que les protestants refuseront d y 
participer . 

5. Le cardinal d Augsbourg au due de Baviere, 24 Janvier 1562. Goetz, 
op. cit., p. 239. Cf. ibid., n. 1. 

9 



130 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

1 apaisement des controverses doctrinales et une commune 
entente J . 

Tous les Merits 61abor6s a cette 6poque, en conseil imp6- 
rial, ineritent bien la note d ir^nique. Celui que 1 empereur 
fit remettre au nonce, lors des premiers pourparlers pour 
la r6ouverture du concile de Trente (20-27 juin 1S60) 2 , con- 
sidere comme un devoir pour l empereur d amener au con 
cile par la bienveillance les princes de la Confession 
d Augsbourg 3 ; a leur egard on agira avec un grand 
esprit de douceur et de mansuetude, ne leur donnant au- 
cune juste occasion de se plaindre 4 ; il faut en effet 
trailer avec patience, moderation et douceur les schis- 
rnatiques et quiconque r6siste a la v6rit6 ; aussi notre 
sainte mere 1 Eglise ne doit-elle point faillir a son de- 

1. Pour cela il exhorta 1 empereur, des qu il fut question d ouvrir de 
nouveau le concile, & n^gocier au plus vite avec les protestants, pour 
qu ils s y fissent representer; il conseillait en meme temps d admettre, 
dans les deux camps adverses, pour trancher en derniere instance tous 
les debats, la Bible interpreted dans le sens catholique, catholicus sa- 
crae Scripturae intellectus. Luther, en effet, n avait-il pas employe, centre 
Zwingle, Oecolampade et les anabaptistes, le principe catholique du 
consentement universel de 1 Eglise? II serait done aise, pour un theolo- 
gion habile, d amener les lutheriens 4 refuter un zwinglien par la meme 
interpretation catholique de la Bible. La traduction immediate du ma- 
nuscrit grec de la Bibliotheque Vaticane mettrait fin a la querelle de 
ceux qui discutent entre le texte hebreu et celui de la Vulgate, en meme 
temps qu elle satisferait les protestants. Pour regler ces questions et pre- 
parer la voie au concile un colloque est avant tout necessaire. Rath- 
schlag an Pabst Pium IV wegen Forlsetzung des Trientischen Concilii (Schel- 
horn, Ergotzlichkeiten, t. II, p. 137-154, 337-359, 469-492). Staphylus 
adressa a l empereur une autre Consultatio de concilia Tridentino (Staat- 
sarchiv de Vienne, Religionsacten XIII, orig. Staatsarchiv de Munich, Ada 
concilii Tridentini, t. V, p. 459-171, cop. cont. Gf. mon Rapport, p. 274, 
n. 6) dont Bucholtz (op. cit., t. I, p. 407 et SUIT., t. VIII, p. 382 et suiv.), 
a traduit la plus grande partie et qui contient des conseils analogues. 
L un et 1 autre ecrit furent redig6s au moment ou 1 on deliberait, en 
conseil imperial, sur la reouverture du concile. Gf. Eder, op. cit., 
p. 85. Staphylus n etait pas le seul a r6clamer avant tout un colloque 
pour s entendre avec les protestants sur les principaux points contro 
verses (Delfino a Borromee, 27 aout 1561. Steinherz, op. cit., 1. 1. p. 300) ; 
mais il y tient plus que tous les autres conseillers impi5riaux. Tandis 
que la Deliberatio de instauranda religione in archiducatu Austriae qu il 
redigea seulement (voir plus bas, p. 123, n. 3), ne parle plus de ce col 
loque, son Rathschlag dont il est 1 auteur unique le reclame ; et Del 
fino ecrit (lettre citee du 27 aout 1561) : t Staphylus dit clairement que 
le susdit colloque est plus necessaire que le concile >. 

2. Voir plus bas, chap. in. Sickel, op. cit., p. 55-69. 

3. Sickel, op. cit., p. 59. 

4. Ibid., p. 61. 



SOUS PIE IV 131 

voir, mais en toute charite et mise>icorde pourvoir au 
salut des fideles par toutes les concessions 16gitimes * ; de 
celles-ci les deux principales pour 1 Allemagne sont le calice 
et le mariage des pretres 2 ;. cettepaternelle indulgence 
conservera ce qui reste de catholiques dans Pempire, rarne- 
nera au bercail la plus saine partie de ceux qui 1 ont quitte ; 
relacher, par ces temps malheureux, de la rigueur des ca 
nons est une necessity, et un zele outre, inconside>, en 
voulant ne rien ceder, risquerait de tout perdre 3 . Get 6crit 
serait du surtout a Gienger 4 . De ceux qui furent composes 
apres la visile des monasteres autrichiens (1561) 5 et servi- 
rent a etablir les demandes de r^forme que Ferdinand, 
Tannee suivante, fit au concile, 1 un, le Const/mm, de emen- 
dandis monasteriis 6 peut encore etre de Gienger 7 , mais 

1. Ibid., p. 67. 

2. Ibid., p. 64-67. 

3. Ibid., p. 67-68. 

4. Steinherz affirme qu il est de lui, mais sans indiquer sur quoi il 
base son affirmation ; ce doit etre sur la demonstration qu en a faite 
Loewe (op. cit., p. 72-79), qui attribue egalement & Gienger, mais avec 
moins de vraisemblance peut-etre (op. cit., p. 16 et suiv.), la Consultatio 
quid agendum sit C. M li in negocio concilii habita 5 junii 1560 (Staatsarchiv 
de Vienne, Religionsacten 1533-1560, orig. de la main de Singkmoser. 
Sickel, op. cit., p. 49). II est possible que cette deliberation du 5 juin soit 
du conseil tout entier, mais que Gienger, considere comme tres expert 
de ce qui y etait traite, y ait eu la part principale (Of. Eder, op. cit., 
p. 40). 

5. Cette visite fut faite, en mars et avril 1561, avec 1 autorisation du 
Saint-Siege. (Steinherz, op. cit., t. I, p. 173, 182, 187, 189. Gf. Sickel, Das 
Reformations-Libell, p. 5; Wiedemann, op. cit., t. I, p. 151 et suiv.) Le re- 
sultat demontra la decadence de plus en plus grande des ordres monas- 
tiques en Autriche. Gf. Wiedemann, loc. cit. ; Sickel, Dos Re for motions- Li- 
bell, p. 54. 

6. On le dit perdu (Sickel, Das Reformations-Libell, p. 24, n. 4 ; Stein 
herz, op. cit., t. I, p. 298; Eder, op. cit., p. 86). Mais il semble bien ne 
guere differer de la Descriptio defectuum publiee par Sickel (ibid., p. 7), 
si ce n est le meme ecrit sous un nom different, puisque le passage qu en 
cite Delfino, dans une de ses notes (Steinherz, op. cit., I. I, p. 298-299), 
n est que la traduction italienne d xine partie de la Descriptio defectuum, 
laquelle est bien, d apres le contexte, de 1561 (et non de 1562, comme dit 
Sickel, ibid., p. 63, note). En tout cas, il y en a un sommaire allemand, 
que Steinherz (ibid., p. 299) dit par erreur publie par Sickel et qui se 
trouve au Staatsarchiv de Vienne : Summari Relation der Mengel, so 
in Glostern in Oesterreich gefunden worden >. Gf. Sickel, Das Reforma- 
tions-Libell, p. 6. 

7. Eder, op. cit., p. 87 et suiv. Ferdinand, qui le consid^rait comme 
n^cessaire en cette circonstance, 1 avait fait appeler en toute hate a la 
cour imperiale (Sickel, Das Reformations-Libell, p. 11); et c est Gienger 
qui avait pris 1 initiative de la visite des monasteres (Hosius et Del- 



132 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMA.TEURS 

les autres, 1 Avis pour la continuation du concile et 
la Deliberatio de instauranda religione in archiducatu 
Austriae 2 sont dus a Staphylus 3 . Us refletent tous les trois 
los id6es directrices des commissaires imperiaux qui les 
preparerent 4 , de ces hommes qui eurent pour but et ide"al 
1 accord mutuel et 1 unite" retrouv6e. Apres avoir urge la 
reTorme des eccle"siastiques, dont le concubinage dilapide 
les biens d ^glise ou dont la negligence favorise Perreur 5 , on 
y recommande d agir avec douceur a l 6gard des faibles, de 
leur faire des concessions (calice, mariage des pretres, sup 
pression de 1 abstinence), lesquelles d abord empecheront 
la defection complete des catholiques de 1 empire 6 et pour- 
ront ensuite ramener a I unit6, outre nombre de protestants, 
les Bohemes et les schismatiques menie de 1 Eglise d Orient 7 . 



fino a Borromee, 18 decembre 1560. Steinherz, op. cit., t. I, p. 173-174. Gf. 
ibid., p. 298). 

1. Rathschlag an Papst Pium IV wegen Fortsetzung des Trientischen Concilii 
dont il a ete parle plus haut (p. 130, n. 1) et que Schelhorn (Ergotzlich- 
keiten, t. II, p. 137-154, 337-359, 469-492) a publie. II parait etre de la fin 
du mois de septembre 1561 (Sickel, >as Reformations-Libell, p. 29 et suiv. ; 
Eder, op. cit., p. 84-85.) 

2. Publiee par Schelhorn dans ses Amoenitates historiae ecclesiasticae et 
literariae, Leipzig et Francfort, 1737-1738, t. I, p. 616-678. Elle semble de 
septembre 1561, comme le Rathschlag. Gf. Sickel, Das Reformations-Libell, 
p. 33; Eder, op. cit., p. 95-96. 

3. Nul ne met en doute qu il soit 1 auteur du Rathschlag. Quant & la 
Deliberatio, Eder (op. cit., p. 95-101) semble bien avoir prouve que, prepa- 
ree par 1 ensemble de la commission, elle fut redigee par Staphylus. 
Reimann (Kritische Beitrage zur deutschen Geschichte des sechszehnten Jahr- 
hunderts, dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, t. VIII, p. 186) 
avail done eu raison de soutenir, ce que nia Sickel (Das Reformations-Li 
bell, p. 26 et suiv.), la participation de Staphylus aux ecrits elabores a 
cette epoque en conseil imperial. Gf. Steinherz, op. cit., t. I, p. 297-298, 
300-302. L annee suivante (5 mai), 1 empereur fera encore communiquer 
a Staphylus deux documents de la visile des monasteres, pour qu il 
donne un avis sur la reforme ecclesiastique a obtenir du concile. Staats- 
archiv de Vienne, Religionsacten VII. Gf. Sickel. Das Reformations-Libell, p. 9 . 

4. Ges commissaires etaient Seld, Gienger, Staphylus, avec Helding et 
Brus, eveques de Merseburg et de Vienne. (Delfino a Borromee, 21 et 
21 aout 1564. Steinherz, op. cit., t. I, p. 297, 300.) 

5. Celle-ci, dit la Deliberatio, venant de Boheme, de Silesie, de Moravie 
se glisse dans les pays autrichiens, tandis que dorment les hauts digni- 
taires de 1 Eglise. 

6. Le Rathschlag et la Deliberatio disent bien que le but premier est 
ad conservandas has catholicorum reliquias i, la conversion des pro 
testants n etant poursuivie qu en second lieu. 

7. Rathschlag an Papst Pium IV, dans Schelhorn, Ergotzlichkeiten, t. II, 
p. 349 et suiv., 355 et suiv., 477 et suiv., 486 et suiv., Deliberatio de 



SOUS PIE IV 



133 



Les instructions pour les ambassadeurs imperiaux au con- 
cile (1 Janvier 1562) recommandent egalement d obtenir 
des Peres tout ce qui, faisant ce"der le droit positif en cer 
tains points, conserveradansle culte de la religion catho- 
lique ou ramenera a sa discipline le peuple ignorant)) 2 ; 
elles afGrment que rien n est plus necessaire que la bien- 
faisante paix 3 . qu il faut remettre par la douceur en la 
bonne voie ceux qui 1 ont quittee 4 , au lieu de les repousser 
par trop de severite dans 1 abime de la perdition , car 
pour convertir les egares, la bonte a toujours plus fait 
que la rigueur, la persuasion que la menace, et la charite 
que la force 5 ; aussi accordera-t-on aux Iuth6riens le 
sauf-conduit le plus large, tout sera mis en osuvre pour les 
attirer au concile, ou ils seront 6cout6s et trait^s avec 
affabilit^, aucun moyen enfin ne sera omis pour restaurer 
1 unite in caritate, pietate. spirituque lenitatis 6 . Seld fit le 

instauranda religione, dans Schelhorn, Amoenitates historiae ecclesiasticae, 
t. I, p. 618 et suiv., 632 et suiv., 634-639, 642-675. 

i Le si ardent desir du calice est une infirmite chez un nombre tres 
grand de catholiques; on y remediera done par la bonte et la condes- 
cendance (Deliberatio. Schelhorn. Amoenitates, t. I, p. 655). La suppres 
sion du celibat entraine la diminution de la richesse ecclesiastique ; son 
maintien perpetue la vie corrompue du clerge et la haine du peuple a 
son egard; or de deux maux, il faut choisir le moindre. (Ibid., p. 694.) 
Voir sur ces deux points, calice et mariage des pretres, 1 Avis de Sta- 
phylus de 1563, qui developpe les memes idees, ch. v). Quant aux biens 
ecclesiastiques voles, on agira egalement avec douceur, ne faisant valoir 
les droits da PEglise qu avec une moderation qui ne puisse eloigner 
d elle. (Ibid., p. 675-678). 

1. Voir plus loin, ch. iv. Sickel, op. cit., p. 252 et suiv. 

2. Sickel, op. cit., p. 258. 

3. Ibid., p. 259. 

4. In spiritu lenitatis (ibid., p. 256), expression qui revient plusieurs fois 
(cf. p. 257), qui se trouvait cleja dans Fecrit du 20-27 juin 1560 (ibid., p. 67. 
Voir plus haut, p. 130) et n est autre que la via lenitatis et mansuetu- 
dinis , familiere a I empereur et a Gienger (voir la lettre de Ferdinand a 
Gienger du 10 decembre 1561 et la reponse de Gienger du 15 decembre, dont 
il sera question plus loin [p. 134, n. 2, 3, 4]. Sickel, op. cit., p. 244 et 247). 

5. Ibid., p. 256. 

6. Ibid., p. 257. Dans ce but, les ambassadeurs empecheront que le 
concile ne se declare la continuation du precedent qui, a Trente, a deja 
condamne la doctrine de la Confession d Augsbourg (ibid., p. 255); ils 
aplaniront les difficultes, une fois les protestants venus, ils calmeront 
leurs griefs, les ameneront a prendre part aux discussions theologiques, 
ou tout au moins leur serviront rl intermediaires aupres des Peres (ibid., 
p. 257); et si ceux-ci voulaient faire quoi que ce soit qui put rallumer 
la discorde ou la guerre, les representants imperiaux s y opposeraient 
de toute leur force (ibid., p. 259). 



134 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATfiUUS 

projet de ces instructions qu il intitula Mein bedencken i ; 
Gienger, consulte par Ferdinand 2 , y ajouta certaines con- 
sid^rations dont on tint grand compte 3 , insistant, comme 
Seld et plus peut-etre que lui, sur la necessit6 de trailer 
avec douceur ceux qui s elaient 61oign6s de 1 Eglise 4 . C est 



1. Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten, VI, orig. II est date da 20 oc- 
tobre 1561 et porte egalement ce titre : Instruction auf das Goncili 
(Cf. mon Rapport dejik cite, p. 275). Sickel 1 a imprime dans son Reforma- 
tions-Libell, p. 34 et suiv. Beaucoup de passages ont ete litteralement 
traduits de l allemand en latin pour les instructions imperiales (ainsi 
depuis le troisieme alinea de la p. 2SS [Sickel, op. cit.], jusqu au deuxieme 
alinea de la p. 257 [art. 3-7 du projet de SeldJ ; depuis les quatre dernie- 
res lignes de la p. 257 jusqu au premier alinea de la p. 260 [art. 8-19 du 
projet de Seld]). Ges instructions demeurent done en rnajeure partie 
I o3uvre de Seld. Gf. Eder, op. cit., p. 108, 114, 116, 117. 

2.-Le Gonseil imperial reuni a Prague demanda que le projet de Seld 
fut communique a Gienger qui etait reste a Vienne, afln d avoir 1 avis 
de celui que tous consideraient comme le mieux au courant de la politi- 
que religieuse en Allemagne (Proces-verbal du 6 decembre 1561. Turba, 
op. cit., t. Ill, p. 200, n. 2). Ferdinand lui envoya done les instructions 
projetees et lui ecrivit le 10 decembre. (Staatsarchiv de Vienne, Religions 
acten VI, rnin. Gette lettre est en partie dans Sickel [op. cit., p. 243] qui 
n indique point la coupure du debut. Gf. mon Rapport, p. 276 et Sickel, 
Das Reformalions-Libell, p. 45). Les corrections faites, on les lui commu- 
niqua (Proces-verbal du conseil imperial, 23 decembre 1561. Turba, op. 
cit., p. 200, n. 2). 

3. Le proces-verbal du conseil imperial, le 22 decembre 1561 (Turba, 
op. cit., t. Ill, p. 200, n. 2) dit en effet, parlant de Gienger : e Rescriba- 
tur ei et fiant additiones in instructione secundum opinionem ipsius . 
L empereur pensait a une action commune et extra-conciliaire des puis 
sances catholiques pour obtenir de la Curie romaine la reforme in capite. 
(Lettre citee de Ferdinand a Gienger, du 10 decembre 1561. Sickel, op. 
cit., p. 243); Gienger la deconseille (lettre citee de Gienger a 1 empereur, 
du 15 decembre 1561. Ibid., p. 245) et 1 on suivit son avis. (II aurait pre- 
fere que 1 empereur, a 1 exemple d Henri III, agit seul et en vertu de sa 
charge imposat a la cour romaine les reformes necessaires. Ibid., p. 248). 
11 recommande au contraire que les ambassadeurs, de concert avec leurs 
collegues des diverses puissances, poursuivent au concile une reforme 
rigoureuse (ibid., p. 247), et les instructions du l er Janvier 1562 repetent 
ses paroles (ibid., p. 258. Gf. Loewe, op. cit., p. 20). Gienger vourirait que 
les ambassadeurs imperiaux entretinssent de bons rapports avec ceux 
des autres nations (ibid., p. 245), et les instructions le leur recomman- 
dent (ibid., p. 260). 

4. Les instructions reproduisent ses paroles. Ob id euim celebran- 
tur concilia ut haereses extirpentur et lapsi in viam revocentur. Boni 
etenim rectores ex sua infirmitate aliorum infirmitates pensantes magis 
per humilitatis et mansuetudinis levamentum student peccantes ab er- 
roris laqueo eruere, quam per austeritatem iu foveam perditionis nu- 
tantes propellere. Plus siquidem erga corrigendos agit benevolentia 
quam severitas, plus cohortatio quam comminatio, plus charitas quam 
potestas (Gienger a Ferdinand, 15 decembre 1561. Sickel, op. cit., p. 247. 
La derniere phrase est tiree du Decret de Gratien,Dist. 35, cap. vi). Et les 
instructions disent (ibid., p. 256) : Oratores commissarii et mandatarii 



SOUS PIE IV 135 

encore a Gienger et Seld, ainsi qu a Staphylus que revient 
la part principals dans le memoire sur la reforme qui, re- 
mis au concile en mai 1562, causa quelque 6moi a Trente 
et a Rome J ; on y reclame, avant la definition des dogmes 
qui eloignera davantage les lutheriens, la reforme des abus 
de tout 1 ordre ecclesiastique, y compris la tete, la Curie 
romaine 8 , afin d apaiser les esprits qu irritent les abus du 
clerge, car le peuple ne distingue pas la doctrine catho- 
lique de la vie impure des clercs 3 : c est la premiere osuvre 
que doit entreprendre le concile 4 ; puis comme certaines 
maladies doivent etre trailers par les Emollients, aulieu du 
fer et du feu, on fera c6der la rigueur des canons : ainsi 
pour retenir le peuple dans 1 unite on accordera le ca- 
lice, la mitigation du jeune et de 1 abstinence, 1 accession 
aux ordres d hommes maries mais probes et instruits ; de 



nostri... cohortabuntur [Patres] ut lapses potius in spiritu lenitatis in 
via revocare quam in fovearn perditionis nutantes propellere studeant, 
siquidem constet plurimis et praeclarissimis majorum nostrorum exem- 
plis magis plerumque in reducendis errantibus voluisse benevolentiam 
quam severitatem, plus profecisse cohortationem quam comminationem, 
plus denique egisse caritatem quam potestatem . Cf. Loewe, op. cit., p. 21. 
Le conseil imperial ajouta peu de chose aux idees de Seld et de Gien 
ger (ainsi le commencement du 2 alinea de la p. 257 de Sickel, op. cit., 
avec le premier paragraphe de la p. 260. Gf. Eder, op. cit., p. 116, 117), 
et le 29 novembre, il se declarait satisfait (Turba, op. cit., p. 200, n. 2. 
Gf. Steinherz, op. cit., t. I, p. 340). 

1. Voir plus has, chap. iv. L ecrit commun de Gienger et de 1 eve- 
que Urbain de Gurk, qui fait la base meme du memoire, est du prin- 
cipalement a Gienger, lequel ne fit guere que consulter Urbain (Cf. 
Sickel, Das Reformations-Libell, p. 56 et suiv. ; Eder, op. cit., p. 157 
et suiv., 182-211). Eder (op. cit., p. 182, 187, 190, 194, 196-200, 203, 205-210) 
a etabli le parallele entre de nombreux passages du memoire ou du pro- 
jet de Singkhmoser et les ecrits de Gienger. La redaction finale et d im- 
portantes additions sont dues a Staphylus. (Gf. plus has chap, iv ; 
Braunsberger, op. cit., t. Ill, p. 732). Seld, en qualite de politique, ajouta 
des considerations et des amendements dont il fut egalement tenu grand 
compte (Voir plus bas chap, iv.) 

Ge memoire a ete publie par Schelhorn, (Amoenitates lilerariae eccle- 
siasticae, t. I, p. 501 et suiv. : Consultatio de articulis reformations) qui 
1 attribue a Staphylus, et par Le Plat (op. cit., t. V, p. 232 et suiv.) II 
se compose de quatre parties : 1 necessite d une reforme (Le Plat, op. 
cit., t. V, p. 233-238) 2 C plan de reforme et concessions (ibid., p. 238-256): 
3e probleme des biens d Eglise spolies (ibid., p. 256-257) ; 4 e attitude de 
1 empereur vis-a-vis de certaines questions actuellement traitees an 
concile, en particulier de la residence (ibid., p. 257-258). 

2. Le Plat, op. cit., t. V, p. 246. 

3. Ibid., p. 235. Cf. p. 244-245. 

4. Ibid., p. 237. 



136 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

cette fagon, 1 Eglise en mere compatissante et bonne gar- 
dera ceux qui dans 1 empire lui sont demeures fideles et ra- 
menera en son sein nombre d 6gar6s * ; elle abandonnera 
meme ses biens spolie s, prelerant aux biens caducs le salut 
d ames qui autrement resteraient a jamais se"pares, et 
offrant, selon le conseil du Christ, la joue droite a qui lui 
frappa la gauche 2 . Le meme effort de conciliation se re- 
trouve dans les Merits dont nous aurons a parlor, durant les 
tractations qui so poursuivront de 1562 a 1564 pour obtenir 
des Peres ou du pape les concessions juge"es ne"cessaires 3 ; 
ils sont bien de ces hommes qui estiment, comme le dit d eux 
Delfino 4 , qu il faut avant tout calmer lesesprits, leur faire 
abandonner les sentiers de la colere et de la haine pour 
celui de la charite" et de la paix. 

Outre Sold, Zasius. Gienger et Staphylus, se trouvent d au- 
18 partagT" ^ res conseillers non officiels, desquels 1 empereur ne neglige 
ies memes point 1 avis : Brus, 1 archeveque de Prague 5 , dont les nonces 

opinions. 

1. Ibid., p. 246-252. Les passages relatifs aux concessions sont dus a 
Gienger (Gf. Sickel, Das Refoi-mations-Libell, p. 71, 78. Eder [op. cit., p. 196- 
200] a fait la comparaison des ecrits de Gienger avec ces passages) et a 
Staphylus (Cf. Sickel, Das Re formations -Libell, p. 64, 82 et suiv., 92, 97 ; 
Eder, op. cit,, p. 221 et suiv.) 

2. Ibid., p. 256-257. On reconnait la egalement la plume de Gienger et 
de Staphylus (Gf. Eder, op. cit., p. 203 et suiv., 224 et suiv.; Braunsber- 
ger, op. cit., t. IV, p. 204, 209, 372, 470 n. 4, 977), ainsi que 1 idealisme de 
Francisco de Cordoba (Gf. Eder, op. cit., p. 224). En avril 1562, Pie IV 
levait les peines frappant tout possesseur de biens ecclesiastiques en 
Boheme (Borromee a Delfino, 28 avril 1562. Steinherz, op. cit., t. Ill, 
P- 42). 

3. Voir chapitres iv et suiv. 

4. Delfino a Borommee, 27 aoiit 1561. Steinherz, op. cit., t. I, p. 300. 

5. Brus, ne a Miiglitz (Mohelnice) le 13 fevrier 1518, ordonne pretre 
en 1541, aumonier des troupes de son compatriote Henri Mezficky de 
Lomnice, dans la campagne centre les Turcs de 1542 a 1545, devint suc- 
cessivement, grace a la faveur de Ferdinand, aumonier en chef de 1 ar- 
mee imperiale, grand maitre de 1 ordre Teutonique a la mort de Hrade- 
sin (1552), 6veque de Vienne (1558), puis de Prague (1561), ambassadeur 
imperial au concile de Trente (1561-1563). En excellentes relations avec 
les Jesuites, il fonda leur college de Prague et fut tres lie avec Ganisius. 
Dans ses diverses charges il deploya un grand zele pour le retour a Funite 
des heretiques et des calixtins, entrant tout a fait dans les vues de I em- 
pereur quant aux moyens a employer. Nous verrons son action pour 
obtenir des Peres la communion sous les deux especes (ch. iv) et ses 
efforts pour effacer en Boheme toute trace de schisme (ch. vi). II com- 
battit les ennemis de 1 Eglise par la douceur et le bon exemple, sans 
moyen violent ou persecuteur. Decode le 28 aout 1580, il fut enterre a 
Saint- Vite, sa cathedrale. Gf. Borovy, Antonin Brus z Mohelnice, arcibiskup 



SOUS PIE IV 137 

louent Ic sens catholique , et l 6veque Urbain de Gurk, par 
tisan de la reTorme ecc!6siastique et d esprit tres large 2 3 

Prazskij, Prague, 1873, traduction allemande, dans I Oesterr. Vierteljahrs- 
chrift filr katholische Theologie, t. XIII, 1874; Wiedemann, op. cit., t. II, 
p. 82 et suiv.; Teuffenbach, Die Aden des Kreuzherrenordens in Prag-vater- 
landisches Ehrenbuch, t. I, p. 377 ; Jirecek dans Casopis musea krdlovstvi 
Ceskeho, 1883, p. 603-605; Cvrcek dans Casopis eesky, historicky, t. II, p. 30 
et suiv. ; Turba, op. cit., t. Ill, p. 200 n. 2, 208, 210, 221; Steinherz, Briefe 
des Prager Erzbischofs Anton Brus von Muglitz, 1562-1563, Prague, 1907, 
p. 1-16; mon Rapport, p. 254, 256,260; et passim les ouvrages souvent ci 
tes de Steinherz, t. I et III, et Susta, t. I-IV: Braunsberger, op. cit., t. I, 
p. 497 n. 1, 148 n. 3, 549 n. 1, 760, 763 et n. 2, 772 n. 2, t. II, p. 58 n. 3, 
107 et n. 1, 235, 236, 278, 279 et n. 6, 305 et n. 1, 717, 718, t. III-IV pas 
sim; Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 151, t. VII, p. 123. 

1. Hosius a Borromee, 30 mai 1560 (Theiner, Monumenta vetera Polo- 
niae, t. II, p. 605, Steinherz, op. cit., t. I, p. 39). Delfino a Borromee, 
22 juillet 1561 (Steinherz, op. cit., t. I, p. 283) Brus fut en relation 
epistolaire avec le Jesuite Canisius (Braunsberger, op. cit., t. II, p. 107- 
109, 118-120, 231-232, 234-236,278-280, 757-758.) 

2. Urbain Pfaffstetter (du nom du village oil il fut trouv& parmi les 
morts, apres la retraite des Turcs) ou Sagstetter (du nom de son pere 
adoptif, Johann Sagstetter administrateur de Gutenstein), surnomme 
1 Autrichien , fut eveque de Gurk de 1556 a 1573 ; et quand Brus 1 ut 
nomme a Prague (1561), il administra 1 eveche de Vienne (Gf. Reyesten 
zur Geschichte der Erzdiocese Wien, t. II, p. 114-141). Predicateur de 1 em- 
pereur (Steinherz, op. cit., t. I, p. 30), il le devint de son fils Maximilien, 
a la grancle joie du pape, qui dit Urbain doctum et catholicum et pium, 
cujus sanae doctrinae et syncerae divini verbi praedicationi aures suas 
dederet. (Pie IV a Ferdinand I", 1" fevrier 1562. Hopfen, op. cit., p. 61, 
n. 156). II ne passait point pour favoriser beaucoup les Jesuites et n en 
laissait aucun precher dans sa cathedrale (Fend a Eck, 27 juillet 1563. 
Appendice. Gf. Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 303, n. 1). Gependant 1 his- 
torien de la province d Autriche, (Socher, Historia Provinciae Austriae S lis 
Jesu. I er partie, Vienne 1740, p. 270) affirme qu il fut tres ami de la So- 
ciete. A la diete d Augsbourg de 1559, 1 empereur le chargea de negocier 
la reforme ecclesiastique, d apres la Formula reformations de 1548 revisee 
(Gf. Bucholtz, op. cit., t. VIII, p. 207 et suiv. ; Knopfler, op. cit., Appen 
dice, p. 18 ; Steinherz, op. cit., t. I, p. 26. Hartzheim, dans ses Concilia 
Germaniae [Cologne, 1765, t. VI, p. 742 et suiv.] a indique les differences 
des deux Formulae reformations). Tres partisan des concessions, apres 
avoir prepare le mode dont serait administree dans 1 empire la commu 
nion sous les deux especes, il fut le premier a Fappliquer (Gf. plus 
bas, chap, vn ; Pfleger, Martin Eisengrein 1535--I578, dans les Erlaiite- 
reingen und Erganzungen zu Janssens Geschichte, 1908, p. 46, n. 1). Les in- 
transigeants blamaient sa largeur d idees et Faccuserent quelquefois 
d incliner vers les idees nouvelles (Gf. Turba, op. cit., p. 55; Sickel. Das 
Reforrnations-Libell, p. 57; Reimann, Die religiose Entwicklunq Maximilian II, 
dans I Historische Zeitschrift, t. XV, p. 17); Hosius se demande meme, 
en 1560, si Rome le doit confirmer sur son siege de Gurk, car, quoique 
change *, il fut un certain temps suspect, pour ne point repugner 
aux nouveautes >, (Hosius a Pie IV, 13 mai 1560. Steinherz, op. cit., t. I, 
p. 29-30). Ganisius lui avait reproche un ou deux ans plus tot (Brauns 
berger, op. cit., t. II, p. 327-333) d expliquer les points controverses entre 
catholiques et protestants d une fac.on ambigue, et de trop pratiquer 
les livres des heretiques, au lieu des Peres et de 1 ficriture. Le predicant 



138 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

partagent ses idees ir^niquos J ; son confesseur Cithard 2 va 

Pfauser trouvait qu Urbain en effet cherchait a plaire a la fois aux ca- 
tholiques et a leurs adversaires, n osant pas toujours affirmer clairement 
la doctrine papiste (Fontes rerum austriacaruin , Hi Abtheilung, t. XIX 
(1859), p. 170. Gf. Polanco, Chronicon S" Jesu, Madrid, 1894-1897, t. V, 
p. 235-236). Les moderes le jugeaient autrement : Zazius, en 4559} affirme 
qu il est tout a fait <t remain > en sa predication (Hopfen, op. tit., 
p. 33); et Georges Eder, aussi catholique quo savant, fait d Urbainen 1563, 
1111 grand eloge, 1 appelant i restitutor de FEglise de Vienne, vir sin- 
gulari pietate conspicuus..., verbi divini praeco prae coeteris, quos 
habet Germania, ad miraculum usque potens atque disertus . (Oecono- 
mia Bibliorum, Cologne 1568). II plut a Maximilien (cf. Hopfen, op. cit., 
p. 61-62), qui voulut le charger d elaborer une liturgie apte a rapprocher 
les cultes lutherien et catholique (Zasius a Albert de Baviere, 16 aout 
1567. Goetz, op. cit., p. 391. Cf. Pfleger, op. cit., p. 56, 57, 59). Voir sur 
Pfaffstetter, Cyprian, Tabularium Ecclesiae romanae, p. 303 n. 1, 317, 575, 
590, 628, 634, 976, 981 n. 3; Urban der Oesterreicher Furstbischof von Gurk, 
dans la Neue theologische Zeitschrift de Pletz, Vienne, 1836 etc., t. IX, 
part. 2, p. 33-52, 142-171 ; Wiedemann, op. cit., t. II, 99 et suiv., 124 ; 
Sickel, Das Reformations-Libell, p. 45, 57 ; Hopfen, p. 61 et suiv. ; Goetz, 
op. cit., p. 333 n. 1, 391 ; Turba, op. cit., t. Ill, p. 55, 210 n. 3, 444 ; Stein- 
herz, op. cit., t. I, p. 26, 29-31, t. Ill, p. 12, 13, 15, 17, 18, 41, 65, 251-252, 
294, 373 ; Pfleger, op. cit., p. 39, 56, 57, 62, 83, 136 et suiv., 139-140; 
Braunsberger op. cit., t. II, p. 327 n. 3, 789, t. Ill, 732, t. IV, p. 4, 300 
et n. 6, 575, 590 et 11. 3, 628 et n. 4, 634, 976, 981 et n. 3. 

1. Cf. Eder, op. cit., p. 57, 68, 70, 72, 30, 83, 85, 96, 101, 110 et suiv. 
115, 118, 131 et suiv., 149 et suiv., 158, 160-162, 164-166, 169-172, 174, 176 
et suiv., 180 et suiv., 183-185, 188, 190-193, 195 et suiv., 200-205, 210, 226, 
228, 232. 

L ecrit qui forme comme le substratum du memoire imperial sur la reforme 
(mai 1562), quoique surtout de Gienger, fut en partie inspire par Urbain 
que Gienger consulta. Voir plus haut, p. 135, n. 1, et plus has, chap. iv. 

2. Le Dominicain Mathias Esche ou Cithard (ne a Sittard, alors de 
Juliers maintenant du Limbourg hollandais, au nord d Aix-la-Ghapelle, 
en 1522), fat un des adversaires les plus determines du protestantisme 
et un des plus celebres predicateurs de Fepoque. Entre en 1538, dans For- 
dre des Freres Precheurs, il suivit les cours de Funiversite de Cologne 
(1542); le due de Juliers le signala a Ferdinand, qui le nomma predica- 
Seur de la cour en 1559 et le choisit pour diriger sa conscience en aout 
1561 (Steinherz, op. cit., t. I, p. 44, 96). En recompense de ses services, il 
rec.ut la prevote de Leitzmeritz, en Boheme, et une rente de 300 florins 
sur les mines de la vallee de Finn. Aupres de Fempereur il ne cessa 
d avoir le plus grand credit: multum apud Caesarem valet (Canisius 
a Fr. Caster, 24 mai 1563, Braunsberger, op. cit., t. IV, p. 217. Cf. Stein 
herz, op. cit., t. I, p. 69, 96, 110, 119, 231, 232, 240) ; et la reputation d ora- 
teur qu il apportait de Cologne et d Aix-la-Chapelle, ou il precha 16 an- 
nees, ne fit que croitre a la cour de Vienne et s etendre en tout 1 empire 
(Schmidt, Neuere Geschichte der Deutschen, t. Ill, p. 127 ; Steinherz, op. 
cit., t. I, p. 97, 113, 240). Son discours, lors de 1 election de Maximilien a 
Francfort (1562) excita Fadmiration generale. Tres apprecie du cardinal 
Truchess (Cyprian, op. cit., p. 125; A. Weber, op. cit., 35, 37-39, 43, 51, 52, 
63, 65) d Hosius qui le dit vir pius et doctus et vere catholicus... homo 
cordatus, nihil sibi metuens... et cui Deus predicando suo verbo gratiam 
concessit singularem (Hosius a Borromee, 11 juillet et 20 aout 1560. Stein 
herz, op. cit., t. 1, p. 69, 97), il est non moins estime du pape, lequel compte 
sur son exemple, ses predications et conseils pour maintenir Maximilien 



SOUS PIE IV 139 

meme plus loin que Seld en r6clamant les reformes qu il 
juge la condition premiere du retour a 1 unite , et les con- 
dans la bonne voie (Borromee a Hosius, 25 septembre 1560. Borromee a 
Delfino, 13 decembre 1561. Ibid., t. I, p. 116, 332). Gehii-ci, quoique me- 
content de 1 eloignement de son predicant Pfauser, suit et goute les ser 
mons de Cithard (Gf. Steinherz, op. tit., t. I, p. 96, 110, 119, 231, 232, 240, 
t. Ill, p. 15 ; Fiedler, op. cit., p. 243-244), qui eut sur lui une si reelle 
influence (Steinherz, op. cit., 1. 1, p. 112, 168-169, 179) que les protestants 
se rejouirent de sa mort, 1 accusant d avoir enfonce dans le papisme un 
si pieux empereur (Zazius au due de Baviere, 2 novembre 1566. Hopfen, 
op. cit., p. 62-63. Goetz, op. cit., p. 371 n. 1). II mourut le 1" nombre 1566, 
et Zasius raconte avec quels sentiments de piete et de foi (Goetz, op. cit., 
p. 371 et n. 1). Voir sur Cithard, Raupach, op. cit., p. 71, 137, 263 et suiv. ; 
du meme, Erlaiitertes evangelisches Osterreich, p. XLII, 137 n. g., 266 n. c ; 
Quetif et Echard, Scriptores ordinis praedicatorum recensiti notisque histo- 
ricis et criticis illustrati, Paris, 1719, t. II, p. 88, 215 ; Cyprian op. cit., 
p. 30; Quix, Geschichte des Aach. Dominikanerklosters, Aix-la-Chapelle, 1833, 
et Beitrage, 1838 ; Farticle de Lammertz, dans la Dieringer s Zeitschrift 
fur katholische Theologie, t. II (1845), part. 2, p. 306-321 ; Hopfen, op. cit., 
p. 62 et suiv. ; N. Paulus dans Hislorische-politische Blatter, t. GXVI 
(1895), p. 237-252, 329-340; du meme, Die deutschen Dominikaner in Kampfe 
gegen Luther (1518-1563), Fribourg-en-Brisgau, 1903, p. 162-181 ; Hurter, 
op. cit., t. Ill, col. 26 et suiv.; Goetz, op. cit., p. 203,253, 288, 301 n. 1, 
306-307, 319, 333; Steinherz, op. cit., t. I. p. 46, 111, 123, 332-333, t. Ill, 
p. 65, 84-85, 261-262, 311, 321, 373; Susta, op. cit., t. IV, p. 11, 33; H. J. 
Allard, S. J., M. Sittardus, dans Studien op Godsdienst Wetenschappelijk 
en Letterkundig gebied, Utrecht, 1898, p. 329-374; Pfleger; op. cit., p. 39, 
58, 136, 137, 143, 145, 150 ; Braunsberger, op. cit., t. II, p. 768, 793, 914, 
t. Ill, p. 142 n. 6, 149, 409, 545, 804 n. 5, t. IV, p. LXX, 130, 216-217, 303 
n. 1, 666, 969 n. 2, 971, 979, 981 n. 3, 982, et t. V, p. 9 n. 5, 225, 582 n. 3, 
828. La lettre qu il ecrivit a Pie IV, lors de la mort de Ferdinand, 
se trouve dans Schelhorn (Amoenitates liter ariae et ecclesiasticae, t. I, 
p. 684-693. Gf. Rinaldi, op. cit., ad arm 1564, n. 37); son Assertio catholicae 
religionis fut imprimee, a Cologne, en 1542, et certains de ses discours en 
1565, 1567, 1569 et 1571; le Codex germanicus 943 de la Konigl. Bibliothek 
de Munich contient quatre sermons de lui restes manuscrits. 

1. II n en excepte point en effet le pape et les cardinaux, tandis que 
Seld, preoccupe avant tout de 1 Allemagne, se borne a ce que necessite 
1 etat religieux de 1 empire, et tait la reforme in capite, dont la demande, 
portant ombrage a la Curie, pourrait faire echouer toutes les autres. 
Voici, par exemple, 1 annotation qu il mit a Particle 2 du Liber Reforma- 
tionis redige par Staphylus [mai 1562] (Voir plus haul p. 135, n. 1, et plus 
bas chap, iv) ou Ton desirait reduire a 24 membres le sacre-college : 
t Totus hie articulusad reformationem ecclesiae Germanicae, quae hac- 
tenus vel de numero vel de autoritate cardinalium parum fuit sollicita, 
non admodum pertinet . (Sickel, Das Re formations- Libell, p. 88 et suiv. 
Cf. Eder, op. cit., p. 178 et suiv.). 

Dans 1 ecrit remis a 1 occasion de ce Liber reformations (Cf . plus bas , 
chap, iv), Githard declare que le plus sur moyen de remedier aux 
maux de 1 epoque est de decreter la reforme generale des moaurs, sans 
en excepter ceux qui gouvernentl Eglise : intellexi nullam neque cer- 
tiorem, neque praesentiorem viam malorum istorum sanandorum quam 
universalem et synceram vitae nostrae in Ecclesia deformatae reforma 
tionem . L empereur y soumettra avec joie lui et sa cour ; le pape et 
les cardinaux ne devront done point s en abstenir : c ita Pontificem cum 



140 LES DEUX PARTIS CXTHOLIQUES REFORMATEURS 

cessions demanded ne lui semblent pas exager^es * ; il n est 
point jusqu al Espagnol, Francisco da G6rdoba, Franciscain 
et directeur de la reine des Romains 2 , qui, bien qu imbu 
des idees de son pays natal, n estime necessaire, d ordonner 

cardinalibus suis defugere non oportebit, quibus privilegia honorum 
magisteria debent esse probitatis, ne sit honor sublimis et vita turpis, 
functio honesta et actio deformis . La reforme precedera done la defi 
nition des dogmes, bien que ce soit le contraire qui jusqu ici se soil fait. 
La decadence des mceurs ecclesiastiques est cause de Pobscurcissement 
des esprits a 1 egard de la doctrine catholique : coligo haec nullo alio 
collyrio abstergi poterit nisi reformatione Christiana . La fin du schisme, 
qui doit etre le but principal du concile, ne saurait etre obtenue sans 
line serieuse reforme : poscit ergo summa rerum omnium per pestife- 
ram hanc luem quadragenarii schismatis in Ecclesia turbatarum ac con- 
vulsarum, ut primus et praecipuus tractationis locus in concilio morum 
reformation!. .. tribuatur . L empereur, en la reclamant, demeure digne 
de sa charge; les Peres, en la commenjant, apaiseront Dieu, sauveront 
les ames et retabliront I unit6. Tribus concludendo verbis : Emeu- 
demus. Oremus. Vincemus . (Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten, XIII, 
orig. avec corrections marginales). 

1. Githard a J. Pflug, 14 mars 1563. Cyprian op. cit. p. 27. Cf. Eder, 
op. cit., p. 155. Zasius ecrit au landgrave Philippe de Hesse, le 12 mai 
1564 (Hopfen, op. cit., p. 63) que Githard ne fait que t confirmer I empe- 
reur, en ses idees de moderation religieuse . Au colloque de Worms 
(1557), il avait ete un des principaux leaders catholiques. 

2. Hosius, qui 1 employa comme intermediaire aupres de 1 ambassadeur 
espagnol Luna (Steinherz, op. cit., t. I, p. 179, 201, 254-255), dit Gdrdoba 
vir pius et doctus (Hosius a Borromee, 6 fevrier 1561 . Ibid., 1. 1, p. 209) : 
le Franciscain agissait alors a l instigation du nonce, soit directement 
soit indirectement (par son compatriote le comte de Luna), pour amener 
Pempereur, malgre la grave question de la continuation du concile, a 
ne point repousser la bulle du 20 novembre 1560 qui rappelait a Trente 
1 assemblee des Peres (Steinherz, op. cit., t. I, p. 201). Mais quand il eut 
manifesto son desir ardent et radical de reformes, moins louangeuses 
furent les epithetes que lui attribua le representant du pape : ce n est 
plus qu un vieil homme, fantasque et rigide . (Delfino aux legats, 
20 fevrier 15G3. Ibid., t. Ill, p. 209) : t Le Franciscain est espagnol, 
vieux, tres rigide, et toujoursd avis de serrer la corde davantage ; etran- 
ges sont les opinions qui se peuvent voir en ces ecrits; c est un homme 
aussi de langue trop libre . (Delfino aux legats, 11 fevrier 1563. Ibid., 
t. Ill, p. 188). Francisco fut un homme de caractere, plein de zele pour 
1 ideal ancien de la vie ecclesiastique (ibid., t. Ill, p. 38-48); ~en ses opi 
nions il resta Espagnol, reclamant la liberte du concile (Dollinger, op. 
cit., t. I, p. 426 ; Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 220, 296, 493-495), le retablis- 
sement de la puissance e piscopale abaissee par le pouvoir centralisa- 
teur de la papaute, et la reforme de la Curie (voir ses ecrits, dont il est 
parle plus bas p. 141, n. 3). C est en vain qu on chercha a enchainer par 
un lien d or celui qu on ne pouvait tenir avec le seul cordon de Saint- 
Francois (Morone a Delfino, 17juin 1563. Steiuherz, op. cit., t.lll.p. 348. 
Gf. ibid., p. 323-324, 326.) Voir sur Francisco da Cordoba N. Antonio, 
op. cit., t. I, p. 416; Joannes a Sancto Antonio, Bibliotheca universalis fran- 
ciscana, I, 377. Wieclemann, op. cit., t. II, p. 123; Turba, op. cit., t. Ill, 
p. 210 n. 3, 221 n. 2; Hopfen, op. cit., p. 9, 77, 81, 194 ; Steinherz. op. cit., 
i. Ill, p. 41, 187, 188, 191, 209, 261-262, 323, 324, 373, 494-495 ; Braunsber- 
ger, op. cit. ,t. IV, p. 492, t. V, p. 582 n. 3; Hurter, op. cit., t. Ill, col. 57. 



SOUS PIE IV 141 

en Allemagne des gens maries J et de solliciter du pape le 
calice 2 ; nul plus que lui n urgea davantage la r^forme, 
surtout in capite 3 . Avec de tels hommes. le parti mode>6 

1. Ad Caesarem Ferdinandum de reformanda Ecclesia articuli (Staatsarchiv 
de Vienne, Religiomacten XIV. Kdnigliche Bibliothek de Munich, cod., 11571 
ms. de Fickler) publics par Schelhorn (Amoenitates literariae et ecclesias- 
ticae, t. II, p. 501), et Le Plat, (op. cit., t. v, p. 213-231; cf. Sickel, Dai- 
Re formations- Libell, p. 62 et suiv.), attribues par eux a Staphylus, par 
Fickler a I eveque de Hongrie Olah, et qui sont de Cordoba (septembre- 
octobre 1561), comme 1 ont demontre Loewe (op. cit., p. 50-61) et Eder 
(op. cit^, p. 103 et suiv.) Cf. plus bas, chap. iv. Le passage relatif an 
mariage des pretres est 1 art. 30 (p. 230 de Le Plat) : L Eglise ne doit 
point supporter de pretres concubinaires; qu elle en ait plutot qui soient 
maries mais chastes . C est la meme pensee que 1 on retrouve en son 
Avis de fevrier 1563 (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 220. Voir plus bas, 
ch. vi), oil il insiste pour que le concile recherche le moyen d avoir avant 
tout des pretres chastes qu ils soient celibataires ou maries , et ne 
tolere plus aucun concubinaire dans les fonctions sacerdotales. 

2. Reponse de Francisco da Cordoba a 1 article 8 des questions posees 
par 1 empereur en fevrier 1563. Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 220. Voir 
plus bas, ch. vi. -- Plus tavd, en 1569, Cordoba s efforcera de con- 
vaincre Eisengrein par de nombreux arguments qu il ne doit point re- 
commander en chaire la communion sub una, au grand etonnement de 
celui-ci qui 1 estime cependant sincerement catholique et excellent 
theologien >. (Eisengrein au due de Baviere, 19 mars 1569, Hopfen, op cit.. 
p. 320.) Dans son de officio praelatorum imprime a Prague longtemps 
apres sa mort, en 1662, il estime que 1 on doit accorder aux Bohemes 
1 usage du calice. (Cf. Hurter, op. cit., t. Ill, col. 57). 

3. Ses de reformanda Ecclesia articuli de 1561 (voir plus haut, p. 141, n. 1) 
sont caracteristiques. Seld, dont le sens diplomatique n excluait point 
toute harmonie avec Rome et qui recommandait toujours la courtoisie 
dans les negociations avec la Curie, trouvait exagerees les opinions de 
Cordoba (Cf. Eder, op. c^.,p.37, 174, 180-181). Selonle Franciscain, le pape, 
qui ne saurait rien definir dans les choses de foi ou de mosurs sans le 
concile, s il ne s y soumet, est heretique et s il n administre pas 1 Eglise 
au nom du concile, mais au sien propre, agit en tyran ; car il n est 
point le maitre de 1 Eglise, doiit il a uniquement 1 administration ad Dei 
gloriam ; et il ne la represente pas seul, avec les cardinaux, lesquels, 
d institution humaine, sont inferieurs aux eveques, conseillers-nes du 
pape et d institution divine. (Art. 1-27). Le concile doit modifier le mode 
d election pontificale : ce n est pas aux Italiens, membres de 1 Eglise, 
comme les autres peuples, a la faire seuls, et le pape sera successive- 
ment elu en chaque nation, meme en dehors du sacre college ; 1 election 
n a lieu a Rome que consentiente Ecclesia : TEglise peut faire son pape oil 
elle veut, et celui-ci, chef avant tout de 1 Eglise universelle, n est point 
attache a Rome (art. 28-38). La creation des cardinaux n appartient pas 
au pape seul, qui devra rendre aux eveques la liberte dans leurs fonc 
tions ; les Peres delimiteront done son autorite et diront en quoi on lui 
peut resister; ils feront cesser sa tyrannie en matiere de benefices, les 
quels ne doivent etre conferes qu a ceux qui exercent le ministere eccle- 
siastique et observent la residence. Le pape devra renoncer a la pompe 
exageree dont il s entoure, et au culte immodere qu on lui rend, toutes 
choses qui scandalise 1 Eglise (art. 39-46, et 54). Le clerge, a cause de 
ses vices, merite de perdre ses privileges ; sa richesse est la ruine spi- 



142 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

6tait tout puissant, et meme 1 unique, a la cour de Ferdi 
nand, 
ii. Maximilien n eut point la foi convaincue de son pere . II 

rituelle de 1 Eglise ; que le superflu de ses biens soil donne aux pauvres 
(art. 49-53, 57), car, est-il dit au debut, (Le Plat, op. cit.,t. V, p. 214) 
t clerus impiguatus divitiis, relicta cura Christ! ovium, pascit seipsum, 
et spirituale studium mutavit in corporale . En envoyant a Phi 
lippe II ces articles et un autre ecrit sur la meme matiere, Cordoba le 
presse de faire a Trente grande instance , pour que soit decretee la 
reforme : car tout le mal qui exists ici a son origine dans les vices ou 
les defauts des uveques, des clercs ou des religieux; si Ton veut conser- 
ver ce qui reste de sain dans la chretiente, c est-a-dire les etats de Vo- 
tre Majeste, la reforme est le remede necessaire, sans lequel seraient 
vains tous les autres . (Cordoba a Philippe II, Linz, 22 mai 1562, Si- 
mancas, Estado (Alemania) leg. 651, f 22, orig. Affaires etrangeres. Me- 
moires et documents. Espagne, n 292, f 60, cop. xix siecle. Dullinger, 
Beitriige, t. I. p. 426). Dans sa lettre au cardinal de Mantoue, du 14 avril 
1562 (Steinherz, op. cit., t. Ill, p. 38), il avait insiste davantage encore: 
pour ramener & la foi et :i 1 Eglise les heretiques et les schismatiques, 
y disait-il, pour mettre un terme a leurs injures et outrages, le premier 
moyen est la reforme in capite et membris, le second est la reforme de 
1 administration ecclesiastique et le troisieme celle des moines ; il n en 
est point d autres, et si la reforme ne precede tout le reste, rien ne 
reedifiera 1 Eglise de Dieu. Nul doute que, si le clerge calquait ses moeurs 
sur les regies de la foi, heretiques et schismatiques se convertiraient, 
et non seulement le psuple Chretien serait retenu dans lavraie religion, 
mais les infldeles eux-memes se soumettraient au joug du Christ . On 
retrouve 1 inspiration de Cordoba, dans les instructions imperiales a 
d Arco du 8 octobre 1560, (Staatsarchiv de Vienne, Religionsacten 1533-1560, 
min.Sickel, op. cit., p. 109J, non dans la premiere partie relative a la con 
tinuation du concile, comme le voudrait Loewe (op. cit., p. 68. Cf. Eder, 
op. cit., p. 63), mais dans la derniere qui concerne la reforme (Sickel, 
op. cit., p. 113. Cf. Eder, op. cit., p. 62 et suiv.). On y reproche surtout 
la grande deformation que cause a 1 Eglise la creation des cardinaux. 
lesquels, au lieu du nombre regulier de 24, depassent celui de 60, sont 
souvent des enfants et n ont ni les vertus ni les qualites requises ; le 
pape les choisit dans une certaine noblesse pour s en faire une clientele, 
parmi les fils de princes, dont 1 ambition engendre parfois la guerre, ou, 
par nepotisme, dans sa propre famille : tout ceci donne aux adversaires 
de justes raisons pour tourner en ridicule le Saint-Siege et les catholi- 
ques. Cf. G. Constant, La legation de Morone, N os 20, n. 8, 23, n. 2, 114, n. 2. 
1. On trouvera une bibliographie abondante sur Maximilien, a la fin 
d Hopfen, op. cit., p. 423-428; on y doit ajouter : Markische Forschungen, 
t. XIII, p. 330 et suiv.; Theologische Studien und Kritiken, 1873, p. 721- 
127 ; Gothein, Ignatius von Loyola und die Gegenre formation, Halle, 1895, 
p. 725, 730; Moritz, Die Wahl Rudolf s II, der Reichstag zu Regensburg und 
die Freistellungsbewegung , Marburg, 1895, p. 18, 438 et suiv. ; les articles 
de N. Paulus, dans I Historisches Jahrbuch, t. XVI, p. 599 et suiv., de Lo- 
serth, dans VAllgemeine Zeitung 1896, Beilage 105; J. Loserth, Reformation 
und Gegenreformation in den Innerbsterreichischen Landern im 16 Jahrhun- 
dert, Stuttgart, 1897; du meme, Die Gegenreformation in Innerosterreich 
(t. XXI du Jahrbuch der Gesellschaft ftir die Geschichte des Protestantismus 
in Oesterreich); Bohl, Beitriige zur Geschichte der Reformation in Oesterreich, 
lena, 1902; Ulrnann, Die Gegenreformation in den Habsburgischen Erblan- 



SOUS PIE IV 143 

n 6tait, disent les ambassadeurs v^nitiens, ni catholique, 
ni protestant . Ne voulant point s aliener les uns, il cher- 
chait a gagner les bonnes graces des autres 2 . Aussi le 
voyait-on entendre la messe, dimanche et vendredi, et sui- 
vre les ceremonies de 1 Eglise 3 , tandis qu il avail chez lui 
un pretre mari6 qui prechait la doctrine lutherienne tout 
cornme en un temple de reTormes, et un majordome repute 

den ; Bibl, Die Organisation des evangelischen Kirchenwesens in Erzherzog- 
thum Osterreich unter der Enns, von der Erteilung der Religions bis zu Kaiser 
Maximilians Tode (1568-1576), Vienne, 1899 ; du meme, Die Korrespondenz 
Maximilians II, t. II (1564-1566), Vienne, 1916; les outrages cites de Jans- 
sen-Pastor (t IV et VII), de Turba (t. Ill) de Goetz, de Steinherz (t. I, 
III, IV), de Susta (t. I), de Braunsberger (t. I-VI). Sur la politiquc 
et les sentiments religieux de Maximilien consulter Janssen-Pastor, op. 
cit., t. IV, p. 210, n. 4, ou sont indiques divers ouvrages ; voir egale- 
ment ceux que je cite dans les notes qui suivent et en particulier la note 
de la p. 151, n. I. 

L ambassadeur venitien a la cour imperiale trace de Maximilien ce 
portrait en 1562 (Alberi, op. cit., t. VI p. 150 Fiedler, op. cit., p. 216 et 
suiv.) : Le Serenissime roi des Remains naquit le 1" jour d aout 1527, 
et a aujourd hui 34 ans. De taille moyenne et assez gros, il a les yeux 
vifs, le nez aquilin, les levres epaisses. Toute sa personne respire la 
gravite et la bienveillance. Toutes ses pensees tendent a de grands 
buts, et il ne parait point se contenter de 1 etat present. Son intelligence 
est tres vive et tout appliquee aux affaires d Etat, dont il parle fort judi- 
cieusement. II connait sept langues, Fallemand, le latin, 1 italien, 1 espa- 
gnol, le tcheque, le hongrois et moins bien le frangais. Sa cour est fort 
belle et ses conseillers sont plus qualifies que ceux de son pere... Sa 
sante n est point parfaite : des palpitations et oppressions tres vives 
lui font croire qu il fut empoisonne 4 Trente, lors de son retour d Es- 
pagne... II souffre a la jambe d un erysipele qu on croit un commence 
ment de goutte; aussi, bien que fanatique de la chasse, il evite toute 
fatigue... II aime beaucoup les travaux manuels... et encourage tout ce 
qui est nouveaute en fait d artillerie et de fortifications . Le portrait 
que fait du roi Giovanni Micheli, en 1564, est analogue (Fiedler, op. 
cit., p. 241 et suiv.). II nous reste aussi ceux traces par Lorenzo Gon- 
tarini, en 1548, Tiepolo, en 1557, Leonardo Mocenigo, en 1559, Giovanni 
Gorrer, en 1574 (Alberi, op., cit., t. I, p. 450, t. Ill, p. 151, t. VI, p. 118, 
175 et 192, Fiedler, op cit., p. 352). Gf. L. Gruterus, (eveque de Neustadt), 
Funebris oratio in mortem Maximiliani II, Rom. imp., Vienne, 1576 ; Denis 
Fin de I lndependance BohGrne, t. I, p. 172 et suiv., t. II, p. 212 et suiv. et 
William Stnbbs, Lectures ou European History, Londres, 1904, p. 173 et suiv. 

1. c Les eiecteurs seculiers n inclinent guere vers lui, car il ne leur 
semble ni catholique, ni lutherien , ecrit Mocenigo en 1559 (Alberi, op. 
dp., t. VI, p. 119). Et Giacomo Soranzo dit en 1562 (Ibid., t. VI, p. 150. 
Fiedler, op. cit., p. 217) : c II ne s affiche ouvertement ni catholique, ni 
protestant; il assiste a la messe, observe les ceremonies des catholiques, 
et parait exterieurement plus catholique qu autre chose, mais qui le 
connait plus intimement en doute fort >. 

2. j Sans s aliener completement les catholiques, il a su s attirer la 
faveur des lutheriens > (Relation d Antonio Tiepolo 1567. Alberi, op. cit., 
t. Ill, p. 151. 

3. Hopfen, op. cit., p. 117. Voir plus haut, p. 143 n. 1. 



144 LKS DEUX PARTIS CATHOUQUES REFORMATEURS 

protestant *. Avec les luthtriens, disait-on, il etait luthe- 
rien 2 ; et avec les catholiques, catholique 3 . D6sirant plaire 

1. Relation de Paolo Tiepolo, 1555 (Alberi, op. cit., t. Ill, p. 151, 152) 
et de Mocenigo, 1559 (ibid., t. VI, p. 119). Griefs de Paul IV contre Fer 
dinand (Staatsarckiv de Vienne, Romcorrespondenz, fasc. 24. Sickel, op. 
cit., p. 35). Gf. Weber, Des Kurfiirsten August zu Sachsen Verhandlungen mil 
dem Kaiser Maximilian II fiber dessen Glaubenbe/tenntniss -1555, dans \ Ar- 
chiv fur suchsische Geschichte t. Ill; J. Loserth, Aus der Lehrjahren Kaiser 
Maximilians II, dans les Beilage zur Allgemeine Zeitung, 1896, n 105 ; Haupt, 
Melanchtons und seiner Lehre Einftuss auf Maximilian II von Oesterreich 
(Programme Wittenberg 1897). 

Sur Sebastien Pfauser, son predicant, voir Schelhorn, Ergotzlichkeiten, 
t. I, p. 95, 109 ; Strobel, Beitrage zur Litteratur, Nuremberg, 1785, t. I, 
p. 255-346; Bucholtz, op. cit., t. VIII, p. 208; Hopfen, op. cit., p. 22-36, 
39 et suiv., 44, 46-47, 49 et suiv., 56, 59, 61, 63-64, 73-74, 159, 320-321; 
Reimann, Die religiose Entwicklung Maximilian s II, p. 27; Gh. Meyer, Maxi 
milian II und Haus von Kiistrin, dans les Forschungenzur der Geschichte, 
1876, t. XVI, p. 567 et suiv. ; Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 133, 211 
et suiv.; Turba, op. cit., t. Ill, p. Ill, 119, 125, 127, 129, 132 ; Steinberz, 
op. cit., t. I, p. 16, 19, 21, 24, 28, 37-39, 56, 58, 61, 63, 69-70, 97, 118-119, 
240; Braunsberger, op. cit., t. I, p. 524-327, 530, t. II, p. 194 n. 1. 

2. En 1557 et 1558, il fait profession, dans ses lettres, de hair le pape 
et il appelle le protestantisms la vraie religion. (Gf. Gindely, Die Bohmis- 
chen Brilder, t. I, p. 379 et suiv. ; Reimann, Die religiose Entwicklung Maxi 
milians II in den Jahren 1554-1564, dans I Historische Zeitschrift, i. XV, p. 7-22 ; 
Janssen-Pastor, op. cit., t. IV, p. 210-216 ; Braunsberger, op. cit., t. I, 
p. 524-527). Beaucoup estiment alors et plus tard encore qu il incline vers 
le lutheranisme (Goetz, op. cit., p. 100, 288, 320, 323 n. 2. Voir plus haut, 
p. 144 n. 1). A son retour des Flandres, raconte Soranzo (Alberi, op. cit., 
t. VI, p. 139 ; Fiedler, [qui attribue cette relation a Giovan Michele], 
op. cit., p. 196), il commenca a vaciller dans les choses de la religion, il 
s unit secretement aux protestants, mais, par respect pour son pere, 
il n osa se declarer ouvertement lutherien . Zasius, le 17 septembre 1563, 
infer me 1 electeur de Saxe (K. von Weber, Archiv fur die sachsische Ges 
chichte, t. Ill [Leipzig, 1865], p. 330-331) que, le 8 septembre precedent, 
au moment ou 1 archeveque de Gran, Nicolas Olah, couronnant Maxi- 
milien roi deHongrie le priait de repeter 1 antique serment ou se trouve 
le nom de la Vierge et des saints, celui-ci refusa par deux fois de le 
faire.disant en place le mot : evangile. Le 8 avril 1564, Maximilien ecrira 
au due de Wurtemberg Ghristopbe, protecteur attitre des reformes. (Le 
Bret, Magazinsum Gebrauche der Staaten-und Kirchengeschichte, t. IX, Ulm, 
1785. p. 190-191): Nous t envoyons les decrets du concile de Trente non 
pour ta consolation ou ton amelioration, mais pour que des hommes 
pieux et savants les examinent... L ambassadeur venitien Giovan Mi- 
cbele (Fiedler, op. cit., p. 243-245), apres avoir essaye de decouvrir, par 
les signes exterieurs, si le futur empereur est catholique ou lutherien, 
unit par conclure qu il doit etre dans Tame protestant . Gf. Hopfen, 
op. cit., p. 16 et suiv., 22, 33, 43, 46, 49, 51, 55, 61, 63, 230, 243, 253, 302, 375. 

G est sa femme, la reine Marie, soeur de Philippe II, laquelle etait 
tres catholique, et fort aimee de lui (il en eut dix enfants), qui, selon 
les contemporains, le retenait dans le catholicisme. Relations de Tiepolo, 
1557 (Alberi, op. cit., t. Ill, p. 152), de Soranzo, 1562 (ibid., t. VI, p. 51), 
de Giovan Michele, 1571 (Fiedler, op. cit., p. 282), de Michele, Soranzo, 
Tiepolo et Correr, 1581 (ibid., p. 393-394). 

3. Hosius ecrit qu avec lui, Maximilien s est efforce de paraitre catho- 



SOUS PIE IV 145 



a tous, il ne satisfit personne; on le trouvait trop irresolu *. 
Les lutheriens lui prefererent Ferdinand, dont la sincerite 
d ame et le liberalisme leur plaisaient 2 ; et les catholiques 



lique : i declarat se nostrarum esse partium . (Hosius a Pie IV, 13 mai 
1560. Steinherz, op. cit., t. I, p. 30). Vult videri catholicus i (Hosius a 
1 archeveque de Salzbourg, 12 juin 1560 (Ibid., t. I, p. 50). A Delfino le roi 
se declare constamment partialissimo di S. S li ; et le cardinal de Lor 
raine ressent une joie infinie, en voyant Sa Serenite assister a la 
messe avec devotion, faire tous les actes et gestes du plus fervent ca 
tholique . (Delfino aux legats, 20 fevrier 1563. Ibid., t. III. p. 208). Le 
roi des Remains m a exprime en termes si vifs 1 amour et le respect que 
professent envers le pape lui et la Majeste de son pere que j en ai etc 
tout attendri et console . (Delfino aux legats, 20 fevrier 1563. Ibid., 
t. Ill, p. 212. Gf. p. 213) Giovan Michele ecrit en 1564 que Maximilien 
ne saurait moins faire que de se montrer catholique en apparence ; 
car les princes catholiques et les eveques sont les seuls en Allemagne, 
qui soutiennent 1 autorite imperiale; se declarer protestant serait ruiner 
la base meme d;3 Pempire, c est-a-dire 1 election, laquelle vient des pa- 
pes, en particulier de Gregoire V, qui 1 attribua a 1 Allemagne, en ins- 
tituant le corps des Electeurs; enfin Maximilien ne peut se desinteresser 
des autres souveraius catholiques, en particulier du roi d Espagne dont 
il espere la succession (Relation de Michele. Fiedler, op cit., p. 243-245). 
Prendre la tete du parti protestant, comme le suggeraient certains re- 
formes du temps, eut pu etre fatal a Maximilien et a 1 empire ; celui- 
ci en effet reposait non sur la Reforme, intimement liee a 1 autonomie 
des princes et des seigneurs, mais sur 1 Eglise catholique, qui ne se fut 
point resignee sans resistance a la defection de Fempereur. (Gf. Denis, 
Fin de I Independence boheme, t. II, p. 216-217). Maximilien, dit Hopfen 
(op. cit., p. 65) comprit de bonne heure que la papaute etait trop forte 
pour que 1 ignorat un prince allemand, destine a porter la couronne 
imperiale. Gf. Hopfen, op. cit., p. 18, 25, 31, 38, 43, 59, 63, 73, 113, 161- 
17:!, -189 et suiv., 191 et suiv., 214 et suiv., 22fi, 230, 256 et suiv., 267, 
275, 277, 295, 321 et suiv., 380, 384, 402. 

1. <t II precede de telle fagon qu il parait irresolu dans les choses de 
religion (Relation de G. Soranzo 1562 Alberi, op. cit., t. VI, p. 139. 
Fiedler, op. cit., p. 196). Soranzo explique cette irresolution par une in 
clination cl esprit veritable pour la Reforme, inclination que contraria 
la politique, lorsque le roi se fut convaincu de la haine que ressentaient 
pour les Habsbourg certains princes lutheriens, et qu il eut connais- 
sance de leurs sourdes menees. 

2, Ferdinand fut plus aime des heretiques que son fils, bien qu il 
leur fut tres oppose, parce que sa sincerite d ame et sa fac,on libe- 
rale de proceder leur plaisaient . Relation de Giovanni Gorrero, 1574 
(Alberi, op. cit., t. IV, p. 171. Fiedler, op. cit,, p. 331). i Ghaque jour se 
refroidissent davantage 1 amoiir et le respect que lui portaient les lu 
theriens, parce que Sa Majeste les a degus en tout ce qu ils attendaient 
et se promettaient de lui pour le fait de la religion; ils 1 accusent de 
duplicite, estimant que, dans le fond, il est papiste (ainsi appellent-ils 
les catholiques), et ils croient que Sa Majeste, afin de detruire leur reli 
gion et les assujetir, entretient de secrets rapports avec le pape, les 
rois de France et d Espagne, lesquels tous les deux sont maintenant ses 
gendres, et qu il attend, pour se deniasquer, le moment favorable >. 
(Relation de Giovanni Michele, 1571 Fiedler, op. cit., p. 292). 

10 



146 LES DEUX PARTIS CATHOLIQUES REFORMATEURS 

craignirent qu avec son pere ne disparut 1 ancienne foi l . 
Les uns et les autres 1 eurent en suspicion, sa fagon d agir 
ne leur agrant guere 2 ; et il n a pu 6viter d etre accus 
de duplicit6 par ses contemporains 3 ou par les historiens 
modernes *. L empereur, qui suspectait son orthodoxie, n o- 



1. Les 6v6ques redoutent que la mort de 1 empereur ne soit la fin de 
leurs eglises, dans tons les etats et royaumes ou gouvernera le roi 
Maximilien . (Mocenigo au doge, 30 juillet 1558. Turba, op. cit., t. Ill, 
p. 49). Le cardinal d Augsbourg ecrit a Philippe II le 30 juillet 15CO (Si- 
mancas, Estado, leg. 888, f ol. 85, orig.): L avviso die poi e venuto certo 
[da Vienna] e peggior nova, cioe che il re Maximiliano e senza speranza 
di reduttione. Dio li pertloni et lo inspiri a tornare alia bona strada n 
Les catholiques suspectaient la sincerite de sa religion (Relation d un 
ambassadeur venitien de 1546. Simancas, Estado, leg. 2021 fol. 362-363 v); 
et ils avaient mauvaise opinion de lui per il rispetto della religione 
(Relation de Giovan Michele, de 1571. Fiedler, op. cit., p. 302). Fend, 
dans sa lettre & Simon Eck, du 27 juillet 1563 (Appendice ), rapportant 
les bruits de la cour, dit que les protestants, qui tiennent en leur pou- 
voir Maximilien, ont de grandes esperances pour le debut de son regne. 
Gf. W. Stubbs, Lectures ou European History, Londres, 1904, p. 112 et suiv. 
2. Sa Majeste, en voulant etre bien avec catholiques et heretiques, 
se rend suspect aux uns et aux autres et nul n est satisfait de lui . (Re 
lation de Giovanni Correro, 1574 (Alberi, op. cit., t. IV, p. 170 ; Fiedler, 
op. cit., p. 331). II y avail deji quelques annees, raconte Gratiani dans 
sa Vie de Gommendone (livre III ; traduction franchise de Flechier, 
Lyon, 1702, t. II, p. 40, edit, latino, t. II, p. 267) que ce prince, corrompu 
par les esperances que lui donnaient les heretiques et par la frequenta- 
tion qu il avait eue avec eux, paroissoit contraire a la foy et & la piote 
catholique. II avoit souvent assiste a leurs prieres et leurs ceremonies. 
II avoit reiju dans son palais un de leurs principaux docteurs, qn il avoit 
souvent oui precher dans Vienne. Enfin, il alloit se precipiter dans 1 er- 
reur, si 1 empereur Ferdinand son pere, prince tres sage et tres pieux, 
ne Ten eut detourne, soit en 1 exhortant & suivre les traces de ses ance- 
tres, soit en le mena^ant de le desheriter, et de laisser 1 empire et tous 
ses etats & son jeune frere. Gette menace le retint et 1 empecha de faire 
profession ouverte de Fheresie. Apres la mort de son pere, etant par 
venu & 1 empire, il se comporta de telle sorte, que voulant se menager 
enlre 1 un et 1 autre parti, il se rendit suspect k tous les deux . Gf. Ibid. 
p. 52, 57, 70 et suiv., 88. 

3. Relations de Giovan Michele en 1564 et 1571 (Fiedler, op. cit., p. 241, 
292). 

4. Les historiens n ont pu aisement fixer le caractere fuyant de Maxi 
milien. Ranke 1 a celebre comme le representant d une forme moderne 
du protestantisme ; ses successeurs, a 1 unanimite, Pont fletri comme 
hypocrite. Felix Stieve {Die Reformationsbewegungen im Herzogthum Bayern, 
dans Beilage zur Allgemeine Zeitung, 1892, n 38; Der oberosterreichische 
Bauemauf stand, t. I. p. 26 et suiv.) et Hopfen (Kaiser Maximilian 11 und 
der Compromisskatholizismus, Munich, 1895), que suit Loserth (Aus den 
Lehrjahren Kaiser Maximilian s II, dans FAppendice 105 de \ Allgemeine 
Zeitung, 1896), ont essaye de le rehabiliter, en expliquant a leur facon ses 
convictions et sa politique religieuses. Paulus (Historisch.es Jahrbuch 
t. XVI, p. 599 et suiv.). Him (Literaturblatt der Leo-Gesellchaft 189H, p. 361 
et suiv.). Wolf (Deutsche Literatwzeitung 1895, p. 781), Forst [Historische 



SOUS PIE IV 147 

salt lui confier quelque gouvcrnement , et il fut souvent 
en disaccord avec lui pour motifs de religion 2 . Paul IV, 
que Maximilien detestait 3 , le considerait comme un he>6- 
tique aver6, blamait la tolerance de Ferdinand a son 6gard 4 , 
et faillit frapper le nonce Delfino pour avoir correspondu 
avec lui 5 ; i