.^^HiMlliM^i
M
Library
of the
University of Toronto
a>zJ
CONFERENCE
AVEC M. CLAUDE
MINISTRE DE CHARENTON,
SUR.
LA MATIERE DE L'EgLISK.
T.tr LMcJfire J a c clILE s B e N i g n F,
B o s s u E T 5 Evcfqiie de C^ïeaux ^
Confciller du Roy en fis Confcils, cy-
dcvant Précepteur de Monfeigmur le
D A u p H I ^ y premier ^^umofnkr de
UMadame /^ Dauphin e^
A PARIS,
Chc7. Sebastien MABRr-CRAMorsT^
Imprimeur du Roy, lul" Saiiic Jact]u?s j,
aux Cicognc
M. D C. L X X X I I.
^rERJISSEMENT.
IE n'avois pas àcÇ--
fein de mettre au
jour cette Conférence
non plus que les Inf-
trudions dont elle fut
accompagnée. La Con-
férence & les Inftru---
d:ions avoicntpour ob-
jet la converfîon d'une
perfonne particulière^ &
ayant eu leur eflPet, rien
n'obligeoit à en faire
davantage de bruit. Mais
comme je n'affcdois
i ij
iy4njenijjement
pas d'en publier le récit,
je n'affedois pas non
plus de le tenir caché.
J'en donnay un exem-
plaire à Mademoifelle
de Duras qui le fou-
liaita : il eftoit jufte.
Je confentis fans peine
qu'on le communiquaft
à quelques-uns de Mef-
lîeurs de la Religion
Prétendue Reformée ,
qui defirerent le voir,
parce qu'on crut qu'il
feroit utile à leur inf->
trudion. Cemefmemo-
t^^ertijjement.
tif nVa porte à le com-
muniquer à quelques au-
tres de ces Meflieurs,
ou par moy-mefmc^ ou
par des amis interpo-
fez. Amfi il a pafie en
plufieurs mains : il s'en
cft fait des copies fans
que je le fceufle ; elles fc
font répandues -, elles Te
font altérées : quelques-
uns ont abrecré le récit
que j'avois fait, ou l'ont
tourné a leur moderenfin
on l'a imprimé à Tou-
louze fur une mauvaifc
a iij
x^venijjèmenî.
copie 5 & je ne puis plus
m'empefcher de le don-
ner tel que je l'ay ré-
digé moy - mefme avec
beaucoup de fidélité &
de religion.
Au fortir de la Con-
férence, je la racontay
toute entière à M. le
Duc de Richelieu &
à Madame la DuchefTe
fa femme en prefence de
M. TAbbé Teftu. Le
zèle particulier qu ils a-
voient pour la conver-
fîon de Mademoifelle de
Inverti jpment.
Duras le leur fie ainfi
defircr. Je leur avois dé-
jà recité les convcrfa«
tions précédentes. Le
lendemain , je fis le mef-
mc récit à quelques-uns
de mes amis particuliers^
du nombre defquels ef-
toit M.rEvefquedcMi-
repoix. J'eftois plein de
la chofe, & je la racon-
tay naturellement. Tous
ces Meflieurs m'exhor-
tèrent à la mettre par
écrit pendant que j'en
avois la mémoire fraiU
i 111)
che y & me firent voir
par plufîcui s raifons^ que
ce foin ne feroit pas in-
utile. Je les crus. On me
vit écrire avec la rapidi-
té qui paroift lors qu'on
écrit des faits qu'on a
prefensj fans fe mettre
en peine du ftile } & ces
Melïîeurs remarquèrent
dans la narration écri-
te la mefme fîmplicité
qu'ils avoient tous relTen^
tic dans le récit de vive
voix. Mademoifelle de
Duras reconnut dans
%^venijjcment.
mon difcours la vcrité
toute pure ; & j'cfperc
que ceux qui le liront
fans prévention en au-
ront la mefme penfée.
Apres que mon recil"
fe fut répandu comme
je l'ay dit, il en tomba
une copie entre les mains
de M. Claude, ainfi qu'il
le témoigne luy-mefme^^
& il répandit de Çon
cofté, avec uneRéponfe
aux Inftrudions que j'a-
vois données en particu-
lier à Mademoifellc de
a V
i^'vertiJJemPHt.
Duras , une Relation de
noftre Conférence fore
différente de celle ~ cy ,
A dire franchement ce
que je penfe, cette Rela«
tion ne fait honneur ni
à luy ni à moy : nous y
tenons tour à tour de
longs difcours aflez lan-
guiffans, aflez traifnansj>
aflez peu fuivis. Dans la
Relation de M. Claude
on revient fou vent d'où
on eft parti , fans qu'on
voye par ou on y ren-
tre. Ce n'eft pas ainfi que
^uertijjêment.
nous aeifmcs , & noC
trc difputc fut fuivie &C
affez ferrée. Dans ces
fortes de difputes ^ on
s'échauffe naturellement
comme dans une efpcce
de lutte : ainfi la fuite
eft plus animée que ne
font les commencemenso
On fe taftc , pour ainfi
dire, Tun Tautrc , dans
les premiers coups qu'où
fe porte : quand on s'efl:
un peu expliqué , quand
on croit avoir découvert
où chacun met la ditH-»
culte , & avoir, pour ain-
fî parler, fenti le foible,
tout ce qui fuit eft plus
vif ôc plus prefTant. Si
tout cela fe trouve auffi
naturel dans le récit de
M. Claude que dans le
mien, le leiteur en ju-
gera. De la manière que
le iîen eft tourné, plu-
iîeurs auront peine à
croire quilnaitpas efté
du moms rajufte &c ra-^
commode fur la leâiure
du mien. Mais je ne
veux point m'arrefter à
CCS reflexions. Tout le
monde ne fçait pas fcn-
tir dans les diicours, non
plus que dans les ta-
bleaux^ ce qu'il y a d'o-
ri(TinaL& pour ainfî di-
rc de la première main.
Je ne veux non plus em-
ployer icy le reproche o-
dieux de mauvaife foy.
On ne fe fouvient pas
toujours fi cxa6temcnt
ni des choies qui ont
efté dites ^ ni de Tordre
dont elles l'ont efté : fou-
vent on confond dans
%^'venijjèmenr,
fbn efprit ce qu'on a
penfé depuis, avec ce
qu'on a dit en effet dans
la difpute j & fans deC-
fein de mentir il fe trou-
ve qu'on altère la véri-
té. Ce que je diray de
M. Claude, il le pourra
dire de moy, Noftre
converfation s'eft faite
en particulier, & aucun
de nous ne peut produi-
re des témoins indiffe-
rens : ainlî chacun juge-
ra de la vérité de nos
récits fuivant fes pré*
t^vertijfement.
vendons. Je ne prêtent
point tirer avantage du
îliccés de la Conférence
qui fut fuivie de la con-
vcrfîon de Mademoifel-
le de Duras : c eft l'œu-
vre de Dieu dont il faut
luy rendre grâces j c'eil
un exemple pour ceux
qui fe trouvent bien dif-
pofez , mais ce n'eft pas
un argument pour des
opinialhes. Les Catho-
liques regarderont ce
changement d'une fa-
con , &c les Prétendus
x^njertîjjement.
Réformez d'une autre.
Ainfi quand nous nous
mettrons M. Claude &
moy à fouftenir chacun
fon récit ^ il n'en réful-
tera qu'une difpute dont
le public n a que faire.
Et qu'importe au fond^
dira le le6teur y qui des
deux ait eu Tavantage }
La caufe ne réfîde pas
dans ces deux hommes
qui fe montreroient trop
vains ^ & par là mefme
trop peu croyables3 s'ils
youioient que tout k
monde, & leurs amis
aufli- bien que leurs ad-
verfaires, les en crulTent
également fur leur paro-
le. Dans ces altercations,
ce que le fage ledteur
peut faire de mieux, c'eft
de s'attacher au fond
des chofcs , ôc fans fe
foncier des faits per^
fonnels , confiderer la
doclnnc que chacun a-*
vance.
La matière qui eft trai-
tée dans tout ce récit eft
aufli claire qu elle eft iru-
LAnjeniJfement.
portante. C'eftla matière
de TEglife. Nos adverfai-
res font peu de cas de cet-
te difpute. Se on leur en-
tend toujours dire qu il
en faut venir au fond ^
en laiffant à part^ comme
une formalité peu necef-
faire, tous les préjugez
qu'on tire de Tautorité
de TEglife : comme fi
ce n eftoit pas une par-
tie elLncicUe du fond
d'examiner par quelle au-
torité & par quel moyen
Jesus-Christ a voulu
^venijjemcnt.
que les Chrefticns fe ré-
folufTent fur les difputes
qui devoientnaiftre dans
fonEglife. Les Catholi-
ques prétendent que ce
moyen 3 ccft d'écouter
l'Eglife mefme. Ils pré-
tendent qu'un particu-
lier ne fe doit réloudrc
qu'avec tout le corps, 6^
qu'il hafarde tout quand
il le réfout par une au-
tre voye. Ils prétendent
que pour fc^avoir en quel«
le Eglifc il faut demeu-
rer^ il ne faut que f^avoir
Deureron
XXXII
quelle eft celle qu'on ne
peut jamais accufer de
s'eftre formée en fe fé-
parant , celle qu on trou-
ve avant toutes les répa-
rations; celle dont tou-
tes les autres fe font fé-
parées. Sans fortir de
noftre maifon, nos pa-
rens mefmes nous mon-
treront cette Eglife. In-
terroge:^ njoflre père , (^ il
n,-o^ le dira; demande':^ a
n)os anafires , &* ils njous
l'annonceront. Selon cette
tegle, quiconque peut
i^vernjjcmenr.
montrer à toute une E-
crlife, à toute une fo-
cieté de pafteurs &c de
peuple 3 le commence-
ment de fon eftre, &
un temps quel qu'il foie
durant lequel elle n ef-
toit pas , l'a convain-
cue dés-là de n eftre pas
une Eglife vraymenc
Chreftienne. Voilà nof-
tre prétention; &c nous
ne prétendons pas que
dans cette queltion il
s'agifTe d'une fîmple for-
malité. Nous foullcnon*;
iLÂ'vern^emem.
iqu il s'agit d'un arti-*
cle fondamental conte-
nu dans ces paroles du
Symbole , Je croy lEgliJh
Catholique: article d'ail-
leurs de telle importan-
ce^ qu il emporte la dé-
cifîon de tous les autres.
Mais autant que ce point
cft décifîf, autant eft-il
clair, & on n'en peut
pas parler long-temps
lans que le foible paroil^
fe bientoft de part ou
d'autre. Difons mieux :
lors qu'un Catholique
tant foit peu inibuit en-
trcprcnd un Protcftanc
fur ce point, ce Protef-
tant , quelque habile &c
quelque llibtil qu'il foit,
fe trouvera infaillible-
ment réduit j non pas
toujours à fe taire , mais
ce qui n'eft pas moins
fort que le fîlence, à ne
dire quand il voudra
parler que de vifîbles
abfurditez.
C'eft ce qui eft: icy ar-
rivé à M. Claude par le
feul défaut de fa caufe :
\^venïjjemem. |
car enverra qu'il l'a dé- i
fendue avec toute Tha-
bileté poflîble, & fî fub-
tilement que j e craignois
pour ceux qui écou-
toient j car je fçay ce
qu'écrit Saint Paul de
tels difcours. Mais en-
fin, il le faut dire à plei-
ne bouche : la vérité a
remporté une victoire
manifefte. Ce que M.
Claude avoue ruine fa
caufe : les endroits ou
M. Claude eft demeuré
fans réponfc/ont des en-
droits
t^vertijjemcnt.
droits qui en effet n'en
louffrent pouit.
Et afin qu on ne dife
pas que j'avance ce que
je veux ; ou que je veux
maintenant , contre ce
que je viens de déclarer,
qu'on m'en croye fur ma
parole : deux chcfcs vont
faire voir, quelque opi-
nion qu'on veuille avoir
de moy , qu'en ce point
il faut me croire necef-
fairement.
La première ,c'eilqu'a^
puyé fur la force de Li
c
averti jjcmem.
vérité & fur la promelTc
î^'-^- , de celuy qui àk.quilnoM
donnera une bouche ^ une
parole à laquelle nos adver-
faire s ne pourront pas rêfif-
ter, par tout où M. Clau-
de dira qu'il n'a pas a^
voué ce que je luy fais
avouer dans le récit de
la Conférence , je m'en-
gage dans une féconde
Conférence à tirer enco-
re de luy le mefme aveu y
&: par tout ou il dira
qu'il n'eil pas demeuré
fans réponfe^ je le for«-
ceray, fans autre argu-
ment que ceux qu'il a
déjà ouïs y à des ré-
ponfes fi vifiblement ab-
furdes^ que tout homme
de bon fens avoiiifra
qu'il valoit encore mieux
fe taire que de s'en eftrc
fervi.
Et de peur qu'on ne
dife, car dans une affai-
re où il s'agit du falut
des âmes il faut autant
qu'on peut tout préve-
nir : de peur donc enco-
re une fois qu'on ne dife
que M. Claude peiit-eù
tre aura pris un mauvais
tour y par lequel il fe fe-
ra engagé dans ces in-
conveniens , je fouftiens
au contraire que cet a»
vantage ell tellement
dans noftre caufe, que
tout Miniftre^tout Do-
cteur , tout homme vi-
vant iuccombera de la
mefme forte à de pareils
argumens.
Ceux qui voudront
faire cette épreuve, ver-
ront que ma promelle
i^venijfement,
îi'cft pas vainc. Que (i
on dit que je prclume
de mes forces ; mainte-
nant que je m'exami-
ne moy - mefmc devant
Dieu 3 fî cette préfom-
}moi\ m'avoit fait par-
er^ je defavoûérois tout
ce que j'ay dit. Au lieu,
de me promettre aucun
avantageje me tiendrois
pour vaincu en ne me ''■ ^^%'
f , I ^ XVU.4;^
haut qu en mon bras &
en mes armes 5 &: loin de
défier les forts^ à Texcm-
pie de David^ je me ran-
é iij
gerois avec ceux dont le
fr. ^3. mefme David a chanté,
me les flèches des enfans les
mt perce:(^j ^ que leur pro-
pre langue^ trop foible pour
les défendre^ s'efî enfin tour-
née contre eux-mejmes.
L'inftrudion que j'of-
fre en général aux Pré-
tendus Réformez, je l'of-
fre en particulier à ceux
du Diocefe de Meaux
que je dois porter plus
que tous les autres dans
mes entrailles. Ceux qui
xefuferont cette inftru-
ûion Chrellicnnc, paci-
fique 5 fraternelle &: pa-
rernelle autant quç con--
cluantc & décifîve ^ je
leur diray^ comme Saine
Paul, avec douleur & o-c-
miflemcnt, car on ne ie
confole pas de la perte
de Tes enfans & de fes
frères , Je fuis net du fanz acI.xx.
deux topu.
Voilà la première cho-
fe qui fera voir que je
n'impute rien à M . Clau-
de pour me donner de
l'avantaee, La féconde.
c liii
fLAveniJfemtnt.
ceft que M. Claude luy-
mefme ^ au milieu de ce
qu'il m'oppofe^ & parmi
tous les tours qu'il don-
ne à noftre difpute ^ a-
voâë encore au fond ce
donc il s'agilToit entre
nous , ou le tourne d'u-
ne manière à faire voir
qu'il ne peut pas entière-
ment le defavoûër. Mais
tout cecy s'entendra
mieux quand après les
Inftrudions & la Con-
férence on lira encore les
Réflexions que je feray
x^vemlfemcnt.
fur récrit de M. Claude,
Il faut de rattcntion
pour prendre toute la
fuite de ces Inftructions :
car quelque facilité qu'il
ait plu à Dieu nous faire
trouver dans une matiè-
re où il montre aux plus
ignorans comme aux
plus habiles la voye du
falut ouverte, il na vou-
lu décharger perfonne
de l'attention dont il eft
capable , & comme les
entretiens qu'on va voir
font nez à i'occafiondes
articles xix. & xx. de
mon Traité de VExpo/i-
non, la ledlure de ces
deux articles qui ne couf
tera quun demi -quart
d'heure , facilitera Tin-
tcUigence de tout cet
ouvrage , quoy-que j*cf-
père d'ailleurs qu'il fe
îbuftiendra par luy-meC-
me.
Au refte cette lecture
ne fera pas inutile aux
Catholiques : ordinaire-
ment ils neghgent trop
les livres de Controvcr-
fc. Appuyez fur la foy
de TEglife , ils ne font
pas allez foigneux de
s'inftruire dans les ou-
vrages où leur Foy fe-
roit confirmée, ôc où ils
trouveroient les moyens
de ramener les Errans.
On n en ufoit pas ainli
dans les premiers fîecles
de l'Eglife : les Traitez
deControverfc que fai-
foicnt les Pères eftoienc
recherchez par tous les
Fidèles. Comme la con-
vcrfation eft un des
x^njertijjentent.
moyens que le Saint Et-
prit nous propcfe pour
attirer les Infidèles & ra-
mener les Errans, chacun
travailloit à rendre la
fienne frudueufe & édi-
fiante par cette lecture»
La venté s'infinuoitpar
un moyen fi douxj &
la converfation attiroit
ceux qu'une difpute mé-
ditée n auroit peut-eftre
fait qu aigrir. Mais afin
qu'on lile les ouvrages
que nous faiions fiir la
Controverfe comme ou
fuAvertijJèmeni'.
lifoit ceux des Pères, taf-
chons comme les Percs
de les remplir non feu-
lement d'une dodrine
exadc &c faine , mais
encore de pieté &c de
charité; & autant que
nous pourrons, corri-
geons les fechereffes ,
pour ne point dire Tai-
greur , qu on trouve
trop fouvent dans de
tels livres.
ti*>^ '%*?; C£*v (^fc^:) ^i?^^^
TABLE
DES ARTICLES.
CONFERENCE.
I. l^Rt'paration a UCon-
JL fcrence , & Inpu-
cf ion particulière, f. /.
II. La Conférence , ^^
ÎIL Suire de U Conféren-
ce, 20S
REFLEXIONS.
PRemicrt Réflexion, fur U
Reponfede M. Claude aux
Acles tirez, de la DifiipUne des
Frétcnd^s Reformez.,. 25^
T A B L t.
Seconde Réflexion ^ fur une
des Propojitions avouées far
M, Claude dans la Conféren-
ce, O" fuY V examen qu'il fre f
criî après le jugement de l'E-
glifi, ^ ^ 2(fi
Trofiéme Rêfexion,fur une
autre Propojition avouée par
M. Claude dans la Conféren-
ce : explication de la manière
dinfiruire les Chreftiens y &
que l'autorité infaillible de
l'Eglife efl neccjfaire pour re-
connoïftre & entendre l' Ecri-
ture , 2pS
^u^atrïémc Réflexion y fur
ce que M. Claude nous fait
fur lEglife la mefme difli-
culté que nom luy faifons fur
l'Ecriture y 30 s
Cinquième Réflexion , f^r
ce
TABLE.
(e que M. Claude nom ntkgue
Hy l'Eglife Gnqut , & les
autres janhLihlcs : que cejl
^'ouloïr embrouiller la matiè-
re , & non pis réfoudre U
difficulté, ^ 3tt
Sixième Réflexion, fur ce
que U. Claude réduit au. tant
quil i^eut cette dijpttte a l'inf
trublion des enfans , 326
Seftiémc Réflexion , fur ce
que M. Claude a dit dans fa.
Relation que j'avois paru em-
barra(^^é en cet endroit de U
di flûte y S44
Huitième Réflexion, fur une
autre Propofltion que M. Clau-
de a'-JoAa dans la Conférence ,
Gu efl exposée la manier e dont
foutes les faufles BgUfes fe font
itéibliu^ i'><?
1 A B L E.
I^euvieme l(éjlexh^^,jur U
mfihïlïte de iEglife : que
UM, Claude ne combat la do-
clrine que fay expliquée qu'a-
frês s en ejlre formé une faujfe
idée y 3^i
Dixième Réflexion ^ fur U
Confejfion de F oy des Préten-
dus Reformez.: quelle ne re-
ionnoifl foint d'Eglife qui ne
foit vifihky & que M. Claude
ne fatisfait fas à cette diji-
fulté, 377
Onz,iéme Réflexion y fur ce
que lM. Claude reconnoifl
luy-mefme la perpétuelle vif-
bilité de l'Bglife : doBrine
furfrenante de ce LMiniftrc.
391
J)ouz>iéme Reflexion, Veux
principales objectons de M>
TABLE,
CLiude Ytfolués far fa dê^hi-
ne y ^//
Treiziane d^ dernière Refle-
xion : tjue la doB me de M.
Claude montre a Mepeurs de
la Religion Prétendue Refor-
mée y qu'il n'y a de fa lut pour
eux que dans l'E^Ufe Romai-
ne, 423
iij
CONFIREHCE
CONFERENCE
AVEC M. CLAUDE
MINISTRE DE CHAR EN TON,
Sur U nutierc de l'Eglifc.
MA D E M O I s E LL E dc
Duras ayant quelque /.
doute fur fa Religion, m'a- i /7c'ô'! 're-
voit fait demander par di- '!^'^^'^l
vcrfes perfonnes de quali- '"«''f^-
ce, il je voudrois bien con-
férer en fa prefencc avec
M.Claude. Je répondis que
A
% Conférence avec M, Claude
je le ter ois de bon cœur , fi
je voyoîs que cette Confé-
rence mil necefTaire à (o\\
falut. Enfuite elle le lervit
de Tentremifc de M. le Duc
de Richelieu pour nVinvitei
à me rendre à Paris le mar-
di dernier Février 1678. ^
à entrer en conférence le
lendemain avec ce Minif-
tre fur la matière dont elle
me parleroit. C'eftoit pour
me Tindiquer qu'elle fou-
kaita de me voir avant la
Conférence. Comme je me
fus rendu chez elle au jour
marqué , elle me fit con -
noiilre que le point fur le-
quel elle defiroit s'éclaircir
Q^\[Q,c (oi\ Muiiftre eftoit ce-
l'Uv de l'autorité de l'Eg-lifc
fur Lî matière de l'E^-UJe. ^
qiîi liiy IcmbkMr renfermer
t-jute la controverfe. Il me
parut qu'elle n'elloit pas en
eftac de fe rcioudre fans cet-
te Conférence, fi-bien que
je la jugeayabfolument ne-
ce ila ut.
Je luy dis que ce n eftoic
pas fan.s railbn qu'elle s'at-
cachoit prmcipalement, &:
mcfme uniquement, à ce
point qui rcnfermoit en ef-
t"et la deciiion de tout le
relie, comme elle Tavoit re-
marqué ; ^ fur cela je taf-
chay de luy faire encore
mieux entendre Tmiportan-
ce de cet article.
C'cli une chofe, luy dis-
)e,aflcz ordinaire a vos Mi-
les, de fe glonhcr quc
jii^^-
4 Coïiference ânjcc M. Claude
la créance des fon démens
de la Foy ne leur peut cf-
tre contcllée. Ils difent que
nous croyons tout ce qu'ils
croyent , mais qu'ils ne
croyent pas tout ce que
nous croyons. Ils veulent
dire par la qu'ils ont rete-
nu tous les fondemens de
la Foy , &: qu'ils n'ont re-
jette que ce que nous y a-
vons ajoufté. Ils tirent de
là un grand avantage , àc
prétendent que leur dodri-
ne eft feùre àc incontefta-
ble. Mademoifelle de Du-
ras fe fouvint fort bien de
leur avoir louvcnt oui te ^
nir de tels dilcours. ]c ne
veux fur ccla^ pourfuivis-
je^ leur faire qu'une remar--
fur U mâîUrt de tEglifi. 5
que i c'cft que loin de leur
accorder qu^ils croyent tous
les fondemens de la Foy ,
au contraire, nous leur fai-
fons \o\ï qu'il y a un arti-
cle du Symbole qu'ils ne
croyent pas , 6c c'ell: celuy
de l'Eglife Vinivcriclle. Il
cil vray qu'ils difcnt de bou-
che , 'je crû}' l'E^Iifi CAtholi-
que ou Z' hiver flic, comme
les An-ns , les Macédo-
niens, 6j les Socinicns di-
icnt de bouche, 'je croy en
J t s U s - C H R I s T , C/" ^/^
S.ùnt Ejprit. Mais comme on
a railon d'acculer ceux-cy
de ne croire pas ces arti-
cles , parce qu'ils ne les
croyent pas comme il niut,
ni félon leur véritable m-
A ii]
é Conférence avec M, Claude
telligcncc : fi on montre aux
Prétendus Réformez qu'ils
ne croycnt pas comme il
tuut l'article de TEglife Ca-
tholique , il fera vray qu'ils
rejetteront en cftct un ar-
ticle fi important du Sym-
bole.
Mademoifelle de Duras
avoit leù mon Traité de
ÏExpoJition , dz me fit con-
noiftre qu'elle fe fouvcnoit
d'y avoir veû quelque cho-
fe qui revenoit à peu prés
à ce que je luy difois : mais
j'ajoullay qu'en ce Traité
j'avois voulu dire les cho-
fcs fort brièvement, &: qu'il
eftoit à propos qu'elle les
vift un peu plus au long.
Il faut donc fcavoir , luv
ftiY h niAttCYC de l'Eglifc. 7
clis-jc, ce qu'on entend par
•ce mot d'Eiilife Catholi-
». ,
que ou Umverl'cllc ; (Se lur
cela je po(ay pour fonde-
ment que dans le Symbole
où il s'agifloit d'expoler la
Foy iimplement , il falloir
prendre ce terme cie la ma-
nière la plus propre, la plus
naturelle &: la plus uiltcc
parmi les Chreftiens. Or ce
que tous les Chreftiens en-
tendent par le nom d'E^li-
le, c'eilunefocicte qui fait
profellion de croire la do-
ctrine de 1 E s u S-C H R I s T,
& de le gouverner par la
parole. Si cette focieté fait
cette profelfion, par confe-
quent elle eft vilible.
Que cette rio;nificati(;n du
A iiii
^ Conftnnce avec M, Claude
nom d'Eglife fuil: la propre
^ la naturelle fignification
de ce nom , celle en un mot
qui cftoit connue de tout le
monde & ufitée dans le dif-
cours ordinaire, je n'en de-
mandois pas d'autres té-
moins que les Prétendus
Réformez eux-mefmcs.
Quand ils parlent de leurs
prières Ecclefiaftiqucs , de
la difcipline de l'Eglife, de
la foy de l'Eglife, des Paf-
teurs & des Diacres de l'E-
glife 3 ils n'entendent pas
que ce foicnt les prières
des Prédeftincz^ni leur dif-
cipline , ni leur foy; mais
les prières, la foy & la dif-
ciplnie de tous les Fidèles
allcmblez dans la focic-
fuY U matière de ï'ÊgUfe. y
te cxccncurc du peuple de
Dieu.
Quand ils difcnt qu\ui
homme édifie rEglifc , ou
qu'il fcandalife l'Eglife, ou
qu'ils reçoivent quelqu'un
dans l'Eglile, ou quiis ex-
cluent quelqu'un de l'Egli-
fe , tout cela s'entend lans
doute de la locictc exté-
rieure du peuple de Dieu.
Ils l'expliquent ainii dans
la forme du Baptefme lors
qu'ils d lient qu'ils vont re-
cevoir Tenfant en U comfd-
gnie de lEglïfe Cbreflienne y
'^ pour cela qu'ils obligent
Its parrains & marraines de
l'injlrtùre en la doctrine la-
'juelle efi receûe an peuple de
Dieu ^ comme elle ejt, difent-
A V
ïo Confèrent a^vec M. Claude
ils j femmairement comprifc en
U Confcffion de Foy que nom
avons tous : hc encore lors
qu ils demandent à Dieu
dans leurs prières Ecclelraf-
tiques de délivrer toutes fes
Bglifes de U gueule des loups
ravijfans : 6c encore plus ex-
preflcment dans la Confef-
{ion de Foy, Article xxv.
quand ils difent que l'Ordre
de l'Eglifey qui a eflé établi de
l'autorité ^^ Je s u s-Christ,
doit efire facré y & pourtant
que l'Eglife ne peut confiflery
fin on qu'il y ait des F a fleur s
qui ayentU charge d'enfeignen
^ dans l'Article xxvi. que
nul ne fe doit retirer à part^
mais que tous enftmhle doi^
'ycnt garder & entretenir l'u-
fur Li ni^iiere de iBgUfi. '[
7iîtc de L'EgliJèJefûumcîtaHt a
liijjlruciion eommune -, ^ccn-
iindans l'Aiticlc \\\i\.quil
fmt difccrmr foïgneufenunt
quelle eft U ^raye Eglife , &
que c'eji U compagnie des Fidè-
les qui i accordent a Juivre la
parole de Dieu é- la p^^re Reli-
gion qui en dépend. Y)o\x x\s
concluent, Article xxv 1 1 1.
quûH la parole de Dieu nefl
p<ts receite , 6^ qf^'on ne faa
nulle prof Jfion de sajjujeùrl
icelky cr ou tl n'y a nul ufage
des Sacremensy a parler pro-
prement y on ne peut piger qu il
y Alt aucune Eglife.
On voit par tous ces pal-
labres, &: par Tufagc com-
mun des Prétendus Rctor-
mez, que la lignification du
A v|
i'2. Conférence azicc M. Claude
mot d'Eglife propre, natu-
relle &c ufitce de tout le
monde, eft de la prendre
pour la focietc extérieure
du peuple de Dieu, parmi
lequel, quoy- qu'il fe trou-
ve des hypocrites & réprou-
njez,) leur malice y difent-ils ^
ne peut effacer le titre d'Eglïfi,
Article xxvii.C'eft à dire
que les hypocrites mêliez a
la focieté extérieure du peu-
ple de Dieu ne luy peuvent
ofter le titre de vraye Egli-
fe, pourvcû qu'elle foit tou-
jours reveftuë de ces mar-
ques extérieures de faire
profelfion de la parole de
Dieu &: de Tufage des Sa-
cremens,comme porte l'Ar--
ticlc XXYIïî,
fur U matière de lEgliJc. \ \
VeMla comme on prend
rEf^lifc lors qu'on en parie
ilmplcmcnc, nAtiirellemcnc,
proprement, fans conten-
tion ni dilpiite; bc fi c'eft la
manière ordinaire de pren-
dre ce mot, nous avons rai-
ion de dire que c'eft celle
que les Apoftres ont em-
ployée dans leur Symbole
où il falloit parler de la ma-
nière la plus ordinaire &: la
plus fimple , parce qu'il s'a-
gifloit de renfermer en peu
de paroles la confeflion des
fondemens de la Foy.
En effet, il a pafle dans le
difcours commun de tous
les Chreftiens, de prendre
le mot d'Eglife pour cette
focietc extérieure du peu-
1 4 Conférence avec M, Claude
pie de Dieu. Quand on
veut entendre par le mot
d'EgUfe, la focieté des prc-
dejftinez, on Texprîme, éc on
ditl'Eglife des prédeftinez.
Quand on veut entendre
Hsb.xiï. par ce iwoty l'AJJcmhlée &
'''" ^gl^-fe des premiers nez. qui
font écrits dans le Citl , on
l'exprime nommément com-
me fuit Saint Paul. Il prend
icy le mot dXglife dans
une lîcrnification moins uli-
tee 3 four la Cite du Dieu nji-
'vanty la Jerufalem celé fie ch
font flufiturs milliers à Anges
(^ les ejprits des ju fie s fanUi-
fez., c'cft à dire, pour le ciel
où font recueillies les âmes
faintcs. C'eft pourquoy il
ajoufte un mot pour defi^-
fur h matière de ÏEglïfe. 15
gncr cette Eglilc-, c'cll /'£-
olïjc des premiers mz, qui ont
prcccdc leurs freucs dans la
crloire. Mais quand on em-
ployé limplement le mot
d'Eglife fans rien ajouftcr,
Tu (âge commun de tous les
ChreilienSjfans en excepter
les Prétendus Reformez, cft
de le prendre pour fignifier
raflcmblcc, la focietc , la
communion de ceux qui
confclfcnt la vrayc dodri-
ne de J E s u s - C H R I s T .
Et d'où vient cet ufage de
tous les ChreftienSjfmon de
l'Ecriture Sainte, où nous
voyons en effet le mot d'E-
glife pris communément en
ce fens , en forte qu'on ne
peut mer que ce ne foit la
i<5 Conférence avec M. Claude
fignification ordinaire & na^-
turelle de ce mot.
Le mot d'Eglife dans fon
orio-jne fio-nifie Affcmblée,&:
s'attribuoit principalement
auxaffembléesque tenoient
autrefois les peuples pour
entendre parler des affaires
publiques. Et ce mot eft
employé en ce fens aux A-
clics XIX. lors qvie le peuple
d'Ephefe s'affembla en fu-
reur contre Saint Paul : L'af-
ftmhiee & ^'^g^^fe eftoit con-
fu/e. Et encore ; Si vom de-
mandez» (juelque chofc , cela Je
pourra conclure dans une ajjlm-
hlée ou Bglïfe deuemenî convo-
quée. Et enfin : ^md il
eût dit ces chojès y il renvoya
l'Bglife ou lajftmhlce.
fur la matière de l'Eglife. 1 7
Vc^iKi Tufagc du mot d'E-
glilc parmi les Grecs &
dans la gcntilicc. Les Juifs
&: les Chrcfticns fc font
depuis fcrvi de ce mot pour
fignifier rAllemblcc, laSo^
cictc, la Communauté du
peuple de Dieu qui faicpro-
fellion de le feivir. Il n'y
a perfonnc qui ne connoif-
fe cette fameufc vcrfion
des Septante qui ont tra-
duit en Grec l'Ancien Tef-
tani'^nt quelques fiecles a-
vant I E s u s-C h R i s t : de
plus de cinquante pailao;es
où ce terme ie trouve em-
ploya dans leur verlion , il
n V en a pas un feul où il
ne fc prenne pour quelque
aircmblee vifible, ^ il n'v
i3
iS Conférence avec M\ Claude
en a que tres-pcu où il ne
fe prenne pour la (ociecé
extérieure du peuple de
Dieu. C'eft auiîi le iens où
l'employé Saint Eftienne.
^a. VII. lors qu'il dit, que Moïfe fut
en l'EgliJè on dans l'Jjfemblée
AU defirt avec l'Ange cjui far-
loit à luy y appellant du mot
d'Eglife, félon l'ufage receù
par les Juifs , la focicté vi-
fible du peuple de Dieu.
Les Chreftiens ont pris
ce mot des Juifs^ & ils luy
ont confervé la mefme li-
gnification , l'employant à.
fîgnifier r AiTembiéc de ceux
qui confeffoient ] e s u s-
C H R I s T, &: faifoient pro-
fclîion de fa Doûrinc,
Voilà ce qui s'appelle fmv
fiiY Lx matière de l"Eglife. i^
rlctncnt Emilie, ou l'EiiliTe
clcDicu&dcjESUS-CîiiusT:
^ de plus de cent pailai!;cs
oLi ce mot cil employé dans
le Nouveau Tcrtamciit, à
peine y en a-t-il deux ou
crois où ccrte fii^nification
luy foit contcftcc par les
Minières ; ^ mcfmc dans
les endroits où ils la con-
tcftent, il eft clan- que c'eft
fans raiion.
Par excmnle, ils ne vcu-
1 ' , 1
Icnc pas que ce paiiagc de
Sair.t Paul où il eft dit que
1 E s u s - C H R I s T s'ell: f^t Ep^^- "*'
une Eglifc glorieujè qui na ni
tache, ni ride , ni rien de fem-
hlihlc , mais quelle eH piinte
f> fans tache, ils ne veulent,
dis-lc, pas que ce paiTa^^c
2.0 Conférence Avec M. Claude
puiffe eftre entendu de FE-
glifc viiible, ni mefme de
FEglife fur la terre ^ parce
que l'Eglifc ainii regardée ,
loin d'cflre fans tache, a
befoin de dire tous les jours^
Tardoni ez - nous nos pcchcT.
Et moy je dis au contraire,
que c'ejft parler inanifefte-
ment contre TApcflre, que
de dire que cette E2;life
glorieufc &: fans tache ne
foit pas TEglife vifiblc. Car
voyez de quelle Eglife par-
ihid. 16. le Saint Paul : c'cfl de cclœ
que ] E s u s-C h r i s t j ai-
mée ^ four laquelle il sefl don-
né, ajin de la fan cVî fier y U p ta-
rifant dans l'eau ou elle cft la-
'vee far la far oie de 'vie. Cette
Eglife lavée dans Teau ^
fur la nuticre de lEglife. ii
purihcc par le Baptcfmc,
cette Eglife landificc par
la parole de vie , foie par
celle de la prédication, foit
par celle qui cil cmploycc
dans les Sacremens , cette
E'^life e(l fins doute l'Euili-
le viiible. La iainte locietc
des prédeftinez n'en eft pas
exclue, à Dieu ne plaife j
ils en l'ont la plus noble
partie : mais ils font com-
pris dans ce tout. Ils y font
mrtruits par la parole, ils y
font purifiez par le Baptef-
me; & fouvent mcfmc des
reprouvez font employez à
ces minifteres. Il les faut
donc regarder dans ce paf-
lao;c , non comme £ufinc
un corps à part, mais com-
21 Conftrmce avec M, Claude
me faiian-t la plus belle &:
la plus noble partie de oet-
te iocieté extérieure. C'eft
cette ibcieté que rApoilrc
appelle l'Eglife. J e s u s -
Christ Tainie fans dou-
te : car il luy a donné le
Baptefme-, il a répandu fon
iangpourrairembler; il n'y
a m appelle, nijuftifié;, ni
baptifé dans cette Eglife ,
qui ne foit appelle, juftific
ic baptifé au nom &: par
les mérites de Jésus-
Christ crucifié. Cette
Eglife cft glorieufe , parce
qu'elle glorifie Dieu publi-
quement, parce qu'elle an-
nonce à toute la terre la
gloire de l'Evangile ^ de
la Croix de Tesus-Christ.
fur Lt matière de lEglifc. ^
Cette Egliiecll i^uiitc, par-
ce quV^ic cnleignc toujours
c oiilbimmcnt &: ians varier
la lamte doclriiic qui cu-
hintc cor.tiiiuellcmcnt des
Shunts dans ion unité. Cet-
te Eglitc n a ni tache ni li-
de, parce qu'elle n'a ni er-
reur , m aucune mauvaife
maxime ; &: encore parce
qu'elle inftruit ^ contient
en Ion Icin les Eleùs de
Dieu, qui quoy-que pé-
cheurs lur la terre , trou-
vent dans fa communion
des moyens extérieurs de
fe purifier, en forte qu'ils
viendront un jour en un
cllat très - partait devant
J E s u s - C H K 1 s T .
Voila pcut-eftre le fcul
2-4 Conférence avec M. Claude
paflage où l'on puilTe dire
avec quelque forte d'appa-
rence que le mot d'Eglifc
pris lîmplement,fignifîe au-
tre choie que la focieté ex-
térieure du peuple de Dieu i
&: vous voyez cependant
combien il eft clair qu'il fe
doit entendre comme tous
les autres.
Mais quand ainlî feroit
que ce palTage bc deux ou
trois autres aur oient une li-
gnification ou douteufe ou
mcfme éloignée de celle-
cy 5 tous les autres partages
y font conformes. Car qu'y
a-t-il de plus fréquent que
les palfages où il eft dit ,
qu'il faut édifier l'Eglife,
qu'on a perfecutc TEglife ,
qu'on
ySr U matière de l'Eglifi. 15
qu'on loue Dieu au milieu
de l'Eglifc , qu'on la faluc,
qu'on la vificc, qu'on y éta-
blit des Fadeurs 6j des E-
vcfqucs pour la régir , &;
autres femblables dont le
nombre cfl: infini?
Ainfi on ne peut nier que
cette fignification du mot
d'Ecrlifc ne foit la ficrnifica-
non ordinaire, &: celle par
conlequentqui dcvoit edre
iuivic dans une Confeiriou
de Foy auili fimplequ'eil le
Svmbole des Apoftres.
C'eft dans ce fens que Ta
prife tout un grand Conci-
le , le premier ^ le plus
Taint de tous les Conciles
iiniverfcls , lors que con-
damnant Aruis, il prononce
D
poil Symb.
±G Conférence avec M. cUuât
conc. Nie. ainfi : 'Tous ceux qui dijè?jt
que le Fils de Dieu a ejlé tiré
du neanty la Sainte Eglife Ca-
tholique & Afojlolique les a^
nathtmatife,
C'eft Jesus-Christ
luy-mefme qui nous a ap-
pris à croire l'Eglife en ce
fens. Car pour fonder cet-
te Eglife, il eft forti du fein
invifible de fon Perc , 6^
s'eft renduvifibleaux hom-
mes ; il a affembié autour
de luy une focieté d'hom-
mes qui le reconnoiffoic
pour maiftre: voilà ce qu'il
a appelle fon Eglife. C'eil
à cette Eglife prmiitivc que
les Fidèles qui ont cru de-
puis, fe font aggrcgcz , &:
,c cft delà qu eft née l'EgU-
fur h matière de lEglifè. 17
\c que le Symbole appelle
Univcrfelle.
J E s u s-C H R I s T a em-
ployé le mot d'Eglife pour
iigiiifîer cette focietc viliblc,
lors qu'il a dit by-mcimc
qu'il falloit écouter l'Eglife :
lïitcsUe k l'Eglïfcy &: encore 1^^^^^-^'''^^^
lors qu'il a dit : Tu es Pierre, M.tt. xvi.
& fur cette Pierre je hapray '^'
mon Eglifc, ^- les portes a En-
fer ri auront point de force con^
tre elle,
Pourquoy, difois-jc , Ma-
demoiielle, pourquoy ceux:
de voftre Religion ne veu-
lent-ils pas entendre icv par
le mot d'Eglife la focictc
de ceux qui font profclîîon
de croire en Jésus-Christ
^: en l'Evangile, puis qu'il
2.8 Conférence avec M. Claude
cft certain que cette focic-
té eft en effet la vrayc Egli-
fe 5 contre laquelle TEnfcr
n'a jamais eu de force, ni
lors qu'il a employé les ty-
rans pour la perfecuter , ni
lors qu'il a employé les faux
dofteurs pour la corrom-
pre?
L'Enfer ne prévaudra pas
contre les prédeftinez ; il
cft certain: car s'il n'a point
de force contre cette (o-
cieté extérieure , à plus for-
te raifon n'en aura-t-il pas
contre les éleûs de Dieu,
qui font la partie la plus
pure &: la plus fpirituelle
de cette Eglife. Mais par
la mefme raifon qu'il ne
peut pas prévaloir contre
fut la matière de tÉglifi. itp
les clcùs 5 il ne peut pas
prévaloir contre TÉglife qui
les cnfeigne, où ils confef-
fent l'Evangile &:oii ils re-
çoivent les Sacremens.
C'eftoit cette fociete ex~
tcrieure où les cleûs fer-
vent Dieu qu'il falloit en-
tendre par le mot d'Eglife,
&: admirer enmefmc temps
la force invincible des pro--
mcilcs de J e s us-Christ,
qui a tellement aftermi la
focietc de fon peuple , quoy-
que foible à comparaifon
des infidèles qui l'environ-
noient au dehors , quoy-
que déchirée par les hcre-
tiques qui la divifoient au
dedans , qu'il n'y a pas eu
\\i\ fcul moment où cette
B iij
jo Conférence avec M. Claude
Eglife n'ait efté veûë par
toute la terre.
Mais les Prétendus Re-
formez n'ont pas ofé fouf-
tcnir ce fens naturel de l'E-
vano-ile. Car ils ont cfté
forcez pour s'établir 5 de di-
re dans leur propre Con-
fcffion de Foy,Arricle xxxr.
J^e te fiât de l'Bglifi a eflé
iîiîerromfu -, (^ qtiïl l'a falliù
dïijfer de nouveau , parce qu'el-
le ejîoit en ruine & de/oU'
tien.
Et en effet, leur Eglife
quand elle s'eft établie, n'eft
entrée en communion avec
aucune autre Eglife qui
fuft alors fur la terre -, mais
s'eft formée en rompant a^
vec toutes les Eglifes ChreC
fir ht tndticre de Ihglïfe. yi
tiennes qui cftoicnt au mon»
de.
Ils n'ont donc pas la con-
folation qu'ont les Catholi-
ques de voir la promelTc de
3 E s u s-C H R I s T s'accom-
plir vifiblcmcnt, 6^ (c iouf--
tenir durant tant de liecles.
Us ne peuvent montrer une
E^j;liie qui ait toujours efhe
depuis que Jesus-Christ
cfc venu pour la baftiu (ur
la pierre-, & pour lauver (a
parole, ils font obligez d'a-
voir recours aune Eglile des
prcdeftinez, que ni eux ni
pcrfonnc ne peuvent mon-
trer.
Or T E s u s-Christ a vou-
lu montrer quelque chofc
d'iUuftrc &: de clair, quand
B iiij
ji Conférence avec M. Claude
il a dit que fon Eglife, mal-
gré les Enfers , feroit tou-
jours invincible : il a, dis-
je, voulu montrer quelque
ehofe de clair ôc d'éclatant
quipuft fervir dans tous les
fiecles d'afleûrance fenfible
& palpable de la certitude
immuable de fes promcf-
fes.
Et en effet , regardons
quand il a dit cette parole :
Matt. XVI. r^f^ ^j PierrC) & fur cette Pier^
re je hafiiray mon Bglife , &
les portes d'Enfer ne prévau-
dront point contre elle. C'efl:
lors qu'ayant demandé à ks
Apoftres, ^/ dites-vom que
je fuis ? Pierre répondit au
nom de tous , Vous efles le
Chrijl, le Fils du Diet^ vivanh
fur Li matière de l'EgUfè. 53
C'cft: fur cette ilkillre
Coiifclfion de Foy que la
chair &: le fang n'avoir
point diclcc , mais que le
Père Cclcftc avoit révélée
à Pierre; c'cft, dis -je, fur
cette illuftre Confcflion de
Foy, qu'eft fondée & la di~
gnicé de Saint Pierre &r la
fermeté inébranlable de l'E-
glifc. Cette Eglife qui con~
fclTc que J E s u s-C h R i s r
cft le vray Fils de Dieu, eft
celle contre qui l'Enfer n'au-
ra jamais de force, qui fub-
iiftcra fans interruption mal-
gré les efforts &: les artifi-
ces du diable.
Il paroift donc clairement
que TEglife dont parle icy
3 L s u s - C H R I s T , ert: une
Ihld. V
34 Conférence avec M. Claude
Eglife confejflTantc , une E-
glife qui publie la Foy , une
Eglife par confcquent ex-
terieuie &: vifible. Et voyez
aufli ce qu'il ajoufte: Et je
te donner ay les clefs du Roy au*
rne des Cieux^ & tout ce que
tu auras lié dans la terre fera,
lié dans le ciel y ^ ce que tu
auras délié en terre fera délit
aux deux.
Quelque chofe qu'il faille
entendre par ces mots, foit
la prédication , foit les cen-
fures Ecclefiaftiques ^ ou le
miniftere des Prefhres dans
le Sacrement de Pénitence
comme l'entendent les Ca-
tholiques , toujours eft - il
afleûré que voilà un mi-
mftere extérieur donné à
fur h mAÛm de l'T.gUfe. 35
c'ccrc Eglilc : c'cll donc
ccctc Eglilc qui confciVc la
Foy, bc la contcllc princi-
palement par la bouche de
Saint Pierre -, c'cft cette E-
glifc qui ufc du miniftere
des clefs \ c'cft elle qui fera
toujours fur la terre, ians
que TEnfer puiile jamais pré-
valoir contre elle.
Et parce que Jésus-
Christ vouloir qu'el-
le full: toujours viiiblcmcnc
iubfillente , il l'a revcftuc
de marques fenfibles qui
doivent toujours durer. Car
voicy comme il envoyé fes
Apoilres , &: ce qu'il leur
dit en montant aux Cieux:
Alk7y & en feigne'^ toutes les ^.^^.^v.;.
Notions ) Us bavtijant an Nom "
B VI
XX ^
^6 Conférence avec M. Claude
dn Père y du Fils y & du Saint
B/prit y (^ leur apprenant a
garder tout ce que je vous ay
commandé. 'Et voicy , je fuis
toujours avec vous , jujqu'a la
fa du monde: avec vous en-
feignant 5 avec vous bapti-
iant, avec vous apprenant
à mes Fidèles à garder tout
ce que je vous ay comman^
dé, avec vous par confe-
qucnt exerçant dans mon
Eglife un miniftere exté-
rieur : c'eft avec vous, c'eft
avec ceux qui vous fuc cé-
deront, c'eft avec la focieté
aflemblée fous leur condui-
te que je feray dés mainte-
nant jufqu'à ce que le mon-
de fîniflc j toûjoursj fins in-
terruption: car il n'y aura
jliY h m^itiere de ftglife. 37
pas un icul moment où )c
vous dclaiffc, &: quoy-qu'ab-
fcncdc corps, je fcray tou-
jours prcfcnt par mon Saint
Efprit.
En confcquence de cette
parole, Samt Paul nous dit
auffi que le minifterc Ec -
clefiartique durera fans dii-
contmuer jufqu'à la rcfur-
reftion générale. Cduy qui ^pH^iy
eft dcfundu, ccjl le mefmt qui
efl monté au defus de tous les
deux, afin qu'il remplifitoutes
chofes, huy-mefime donc a établi
les uns four eftre Apoftres, les
autres pour epe Prophètes y les
autres pour eftre Ev ange lifte s ,
les autres pour eftre Pajieurs
Cr Dûch'urs , pour l'afemblage
des Saints, pour l'œuvre Un'
3^ ConfcYtnce avec M. CUude
miniflete , four l'édif cation
du Corps de Cbriji, jufqnÀ ce
que nous nous rencontrions
tous dans l'unité de la Toy é*
de la connoijfance du Fils de
Dieu en homme parfait a la
mefurc de la parfaite jlaturt
^^Jesus-Christ; c'cfl:
à dire,jufqu'à ce que nous
ayions atteint la perfedion
de J E s u s-C H R I s T glori-
fiez en corps & en ame:
voilà le terme que Dieu a
donné au miniftere Eccle-
iîaftique.
Les Prétendus Reformez
ne veulent pas que l'Eglife
vifible foit celle qui s'ap-
pelle le Corps de JESus-
C H R I s T : quel eft donc
4. ô:c, ' ce corps gu Dieu a établi Us
fir la matière de l'Eglife. 35>
uns Apoflrcs , les autres Pro-
fbtîcsy les autres Tafleurs &
Dûifeurs ? Quel cft ce corps
où Dieu a ctabli pluficurs
membres bc cliver les grâ-
ces , U grâce du miniftere , Li
grâce de la doHyïnc , la grâce
de l exhortation & de la con-
folation , la grâce du gouver-
nement ?Q^\ cft, dis-je, ce
corps , fi ce n cft l'Eglile
viiible?
Mais ce qui fait que les Pré-
tendus Reformez ne veulent
pas avouer que ce Corps de
Ji: sus-Christ tant re-
commande dans l'Ecriture
puifte eftre l'Eglifc vHîblc ,
c'cft qu'ils font contraints
de du-e que TEglife vifiblc
ceffe ijuclqucfois d^cftrc lui
40 Conférence avec M. Claude
la terre; &: ils ont horreur
de dire que le Corps de
jEsus-CHRisxne foie
pas toujours, de peur de fai-
re mourir J e s u s-C h R i s t
encore une fois.
C'eft donc fans difficuU
té cette affemblée de Paf-
teurs &: de peuples ; c'eft
cette Eglife compofée de
tant de membres divers 5
par lefquels s'exercent ex-
térieurement tant de faints
minifteres ; c'eft celle-là qui
cft appellée le Corps de
Jésus -Christ; c'eft à
ce corps aflemblé fous le
miniftere des Pafteurs, qu'il
a dit en montant aux Cieux :
Vûicy y je fit s avec vous juf-
^u'à U confommation des fie-
fur h matière de l'Eglife, 41
des, Ccliiy donc qui cft def-
ccndu, c cft le mefmc qui
cft monte, afin qu'il rem-
plift toutes chofes,le ciel
par fa perfonne &: par fa
prefence vifible, la terre par
fon efprit bc par fon affif-
tance invifible, l'un & Tau-
tre par ia vérité &: par fa
parole. Et c'eft pour conti-^
nueren montant aux Cicux
cette affiHance promife à
fon Eglife, qu'il y a mis les
uns Apoftres , les autres E-
vangeliftes, les autres Paf-
teurs &: Docteurs : chofe qui
doit durer jufqu à ce que
l'oeuvre de Dieu foit entiè-
rement accomplie, que nous
foyions tous hommes par-
faits j &c que tout le corps
41 Conférence avec M. Clai>de
de l'Eglife foit arrivé à la
plénitude & à la pcrfcûion
de Jesus-Chr is t.
♦ Ainfi l'ovivrage de Jésus-
Christ cft éternel fur la
terre. L'Eglifc fondée fur la
confelTion de la Foy, fera
toujours, & confeiTera tou-
jours la Foy : fon miniftere
fera éternel : elle liera &:
déliera iufqu à la fin du
monde ^ fans que l'Enfer
l'en puilTe empcfcher s el-
le ne difcontinuera jamais
d'enfeigner les Nations : les
Sacremens, c'eft à dire, les
livrées extérieures dont elle
eft reveftuë dureront toù-
Mar.xxviiî. jours. Bnfdgmz> y & haptijez,
les nations y & je feray toujours
avec vons^ Toiites les fois qfie
î. Cor. X
fur h matière de lÈglïJe. 45
n^OHs mangcYcT^de ce fain, &
que vous boirez, de cette coupe,
njûus annonccYcT^ U mort dtt
Seigneur jufiifik ce quil vien^
ne. Avec la Ccnc durera ^
la confcllion delaFoy,6^ le
miniftcrc Ecclciiailiquc , bC
la Communion extérieure
&: intérieure des Fidèles
avec J E s u s - C H R I s T &:
des Fidèles entre eux, juf-
qu'à ce que Je sus-Christ
vienne. La durée de TEgli-
(c & du mmiftere Ecclc-
fiaftique n'a ponit d'autres
bornes.
Ce n'eft donc pas feule-
ment la iocieté des prédef-
tincz qui fublîdera à jamais,
c'eft le corps vifible où font
renfermez les prédcftmczi
44 Conférence avec M, Claude
qui les prefche, qui les en-
feigne , qui les régénère
par le Baptefme , qui les
nourrit par l'Euchariftie 5
qui leur adminiftre les clefs^
qui les gouverne & les tient
unis fous la difcipline, qui
forme en eux Jésus-
Christ : c'eft ce corps
vifible qui fubiîftera éter-
nellement,
Et c'eft pourquoy dans
le Symbole des Apoftres, où
l'on nous propofe à croire
les fondemens de la Foy,
on nous dit en mefme temps
de croire au Père , &: au
Fils, & au Saint Efprit, ^
de croire la fainte Eglife
Catholique &: la Commu«
nion des Saints : Commu-^^
fur U matière de l'Egli/è. 45-
mon intcncurc par la cha-
rité , 6c dans le Saint Efprit
qui nous anime, je l'avoùc;
mais en mcfme temps Com-
munion extérieure dans les
Sacremens, dans la confef-
fion de la Foy, (S<: dans tout
le miniftere extérieur de
l'EiTlife.
Et tout ce que nous ve-
nons de du"c ell renferme
dans cette parole , "^e croy
iBglife ZJnlvcrfdlc. On la
croit dans tous les temps;
elle eft donc toujours: on
la croit dans tous les temps;
elle enfeigne donc toujours
la vente.
Vos Minith'cs veulent
que nous croyions que c'eft
autre choie de croire l'E-
4^ Conférence dvecM, Chuâe
glife 5 c'eft à dire, croire
qu'elle foic; autre chofedc
croire à rEglii'e, c'eft à di-
ix croire à toutes {<i^ déci-
fions.Mais cette diftindion
cft frivole. Qui^ croit que
l'Egliie cft toujours, croit
qu'elle eft toijjours confef-
fant &: en feignant la véri-
té. -C'eft à TEglife qui cow-
fcftc la veritc, que Jésus-
C H R I s T a promis que
l'Enfer n'auroit point de
force contre elle. Jamais
donc la vérité ne ceifera d'y
cftre confelfce ; &: par con-
fequent en croyant qu'elle
eft , on afleûre qu'elle cft
toujours croyable.
En eftet, il ne fa ffit pas,
poiu- conferverlc nom d'E-
pir It matière de l'EgUfe. 47
faille , de retenir quelques
points de la doclrme de
J E s u s - C H R I s T : autre-
Inent les Ariens, les Pcla-«
criens, les Donatiiles , les
Anabaptides , ^ les Soci-
niens feroient de rEgliic.
Ils n'en (ont pas toutefois:
à Dieu ne plailc, que nous
appcUions du nom d'Ei2;life
cette confufion : Il ne faut
donc pas feulement que TE-
alifc conferve cjuelquc ve-
nte : il huit qu'elle conferve,
&: qu'elle enfeigne toute
vérité ; autrement, elle n'cil
pas l'Eglife.
Et il" ne fcrt de rien de
diftinguer les Articles fon--
dainentaux d'avec ks au-
tres. Car tout ce que Dieu
n. xLviîi.
48 Conférence avec M , Claude
a révclé doit eftre retenu.
Il ne nous a rien révélé qui
ne foit très-important pour
noftre falut. Je fais le Sei-
gneur qui fenfeigne des chojes
utiles. Il faut donc trouver
dans la Foy que FEglife
en feigne la plénitude des
veritez révélées de Dieu:
autrement ^ ce n eft plus
FEglife que Jesus-Christ
a fondée.
Que les particuliers puif-
fent ignorer quelques arti-
cles , je le confeffe aifé-
ment : mais FEglife ne tait
rien de ce que Jésus-
Chri ST a révélé; &:c'efl
ptourquoy les Fidèles qui
ignorent certains articles
en particulier, les conref-
fcnt
fuY li matière de l'Eglifi, 49
fcnt ncanmoins tous en gê-
nerai, quand ils difent : ?<r
croy l'Bglife Vni'vcr/Î'iie,
Voilà cette Eglife, difois-
je, que vos Miniftres ne
connoillent pas. Ils vous
cnfcigncnt que cette Egli-
fe vifible & extérieure peut
céder d'eftrc fur la terre;
ils vous cnfcignent que cet-
te Eglife peut errer dans
fcs décifions -, ils vous enfei-
criicnt que croire à cette
Eglife , c'eil croire à des
hommes : mais ce n'eft pas
ainfi que l'Eglife nous cfl:
propofee dans le Symbole.
On nous y propofe de la
croire, comme nous croyons
au Pcre, au Fils, &: au Saint
Eipnti ^ c'cftpourquoy li
C
yo Conférence avec M, Claude
foy de l'Eglife eft jointe à
la foy des trois perfonncs
divines.
Ces chofes ayant efté di-
tes àdiverfes reprifcs , mais
à peu prés dans cette fuite,,
j'ajouftay, que noftre do-
ctrine eftoit 11 véritable fur
ce point^que les Prétendus
Réformez , qui la nioient,
n'ont pu la nier tout-à-fait :
c'eft-a-dire, que leurs Syno-
des agiflfent d'une manière
à faire entendre qu'ils exi-
gent aufli-bien que nous une
foumiffion abfoluë à Tautori-
té &: aux décrets de l'Eglife.
Là je fis voir à Made*
moifelle de Duras les qua-
tre ASccs de Mcffieurs de la
Religion Prétendue Réfor-
Jùr U mdtîere del'Egllfe. yr
incc, que j'ay marquez dans
V Ex pofition, Amclc xx. Elle
les y avoir veùs; mais jclcs
luy fis lire dans le livre
meime de la Difciplinc.
Le premier eft cire du Cha-
pitre V. Titre des Confif-
toircs, Article xxxi. où il
cft porté, ^/^ les débats pour
U doctrine feroient terminez,
par la parole de Dieu, s' il Je peut ^
dans le ConJJfioire i Jinon que
l affaire fer oit porta ati Colle que,
de la au Synode Provincial, ^
enfin au National, ou l'entie--
re & finale réfoluîion fe feroit
par la parole de Dieu y à la-
quelle fi on rcfufoit d'aquief
cer de point en point dr avec
exprès dcftveu défis erreurs^
on feroit retranché delEgliCe.
C ij
fi Conferc'/ice avec M. Claude
Ce n'eft donc pas , difois*
je, à la fciile parole de Dieu
précifément, comme telle,
qu appartient Tenticre 6^ fi-
nale réioÎLition , puis qu'a-
prés qu'elle eft propoice ,
l'appel eft permis j mais à
la parole de Dieu^entant
qu'expliquée &: interprétée
par le dernier jugement de
l'Eglife.
Le fécond Aûe eft tiré
du Synode de Vitré, rap-
porté dans le livre de la
Difcipline. li contient la
lettre d'envoy que font tou-
tes les Eglifes quand elles
députent au Synode Natio-
nal : en voicy les termes.
Islom f remettons devant Die tù
de ncu^fûumettre a tout ce mi
fuY ht ynatiere de PÊgU/è, j?
fera rcfolu en voflrcfainîe Af-
fewhlée , perfuadez. que nous
fommes que Dieu y frefidera ^
(^ TOUS conduira far fin Saint
T.Mt en toute vérité & équité
yar la récrie de fa parole. Cette
pcrfualion,clirois-jc, fi clic
cil Iculcmcnt fondée fur
une prciomption humaine,
ne peut pas cftrc la matière
d'un ferment {ifolcnnel par
lequel on jure de fe fou-
mettre à une rcfolution
qu'on ne fçait p-^s encore:
clic ne peut donceftre fon-
dée que fur une promcife
cxprclf ^ que le Saint Efprit
prcfidera dans 1- dernier ju-
gement de l'Eglife; «S.: les
Catholiques n'en difcnt pas
davantage.
C i^j
54 Conférence avec M. cUnàe
Le troifiémc Acte qui le
trouve encore dans le mef-
me livre de la Difcipline,
eft la condamnation des In-
dépendans , fur ce qu'ils
difoient que chaque Eglife
fe devoit gouverner elle-
mefmey^'^j- aucune dépendan-
ce de ferfenne en matières Bc-
clefiaftiques. Cette propoli-
tion fut déclarée au Synode
de Cbarenton , autant préju-
diciable à l'Efiat qua l Egltfc^.
On y jugea quelle ouvroit la
forte a toute forte d' irrégula-
rité z. & d'extravagances y en
cfloit tous les remèdes y & don-
noit lieu a former autant de re-
ligions que de paroijfes Mais ,
difois-jc, quelques Syno-
des qu'on tienne 3 fi on ne
y7/r la maticre de l'tgUfe, ^
fc croit pas oblige a y iou-
nicctre fon jiigcmcnr,on n'c-
vitc pas les' inconvcnicns
■<lcs Indcpcndans, 6^ on lail-
ic la porte ouverte à établir
autant de religions, je ne
dis pas qu'il y a de paroif-
Tes, mais qu'il y a de telles.
On en vient àowc par ne-
ceflkc à cette obligation
defoumettrc ion ]ugeinenc
ù ce que lEgUle Catholique
en feigne.
Ces trois AcVes font tirez
du livre de la Difcipline,
imprime à Cbarcnton l'an
1667.
Le quatrième fe trouve
dans un livre de M. Blon-
del, intitule A^es Authm-
tujHCs , imprimé à Amder.
C iiij
fé Conférence avec M. Claude
dam par Blacu Fan i 6 5 y.
C'eft une rcfolution du
Synode National de Sainte
Foy 1578. qui nomme qua-
tre Miniftrcs pour fc trou-
ver à une Aflemblée où fe
devoir traiter la réunion a-
vec les Luthériens, en dref-
fant un Formulaire de PrO'
fi(jion de Foy commune. On
donne pouvoir à co^^ Minil-»
très de décider tout foint de
doctrine & autres qui feront
mis en délibération, & de con-*
fentir a cette ConfeJJion de Foy
fans me/me en communiquer
da'vantage aux Eglifes , fi le
temps ne permet p^ de le fai-
re. De cet aftc je concluois
deux chofes: l'une que tout
le Synode compromet de fa
fur la m au ère de l^glïfe. 57
Foy encre les mains de qua-
tre particuliers , chofe bien
plus extraordinaire que de
voir des particuliers fe fou-
mettre à toute TEglile : l'au-
tre, que rEglife Prétendue
Reformée eft encore peu af-
icurée de fa Confeffion de
Foy , puis qu'elle confenc
qu'on la change , &: cela
dans des points aulFi impor-
tans que font ceux qui font
la difpute avec les Luthé-
riens , dont l'un eft la réali-
té. Si les Prétendus Réfor-
mez ci'peroicnt que les Lu-
thériens revinflcnt à eux, il
n'y avoit nul befoin d'une
nouvelle Confelfion de Foy.
Amfi ce qu'on prétendoit,
c'cll que les uns &: les autres
C V
î§ Conférence avec M. Claude
demeurant dans leur fenti-
ment 5 on fift une Confeflion
de Foy dont les deux partis
puflent convenir; ce qui ne
fe pouvoir faire fans ajouf-
ter ou fans fuppnmer quel-
que chofe d'effentiel dans
une Confeflion de Foy,
qu'on nous donne comme
n'enfcignant que la pure pa«
rôle de Dieu.
Mademoifelle de Duras
m'avoua qu'ayant veû dans
mon Traité ces Ailles &: mes
réflexions, qui font les mef-
mes que celles que je ve-
nois de luy faire , elle ne
fçavoit qu'y répondre ; àC
que pour cela elle fouhai-
toit d'entendre ce que ré-
pondroit M. Claude tant
jlir Lt matière de l'Eglïfc, y9
fur CCS Adcs que llir les au-
tres difficukcz qui rei^ar-
dent l'autorité de rEglifc.
]c luy dis qu'encore que
ceux de la Religion agif.
fcnt comme tenant l'auto-
ntc de l'Egliie infaillible
^ inconteftablc , il cftoic
vray qu'ils nioient cette
infaillibilité ; & j'ajouftay
que c'eftoit une maxime
confiante dans fa Religion,
que tous les particuliers
pour ignorans qu'ils fuilenc
ciloient obligez de croire
qu'ils pouvoicnt mieux en-
tendre l'Ecriture Sainte que
tous les Conciles &: que
tout le refte de l'Eglife en-
fcmble. Elle parut étonnée
de cette propofition. Mais
C VI
€o Confi Ycnce avec M. Claude
i'ajouftay qu on croyoit en-
core dans la Religion quel-
que chofe de bien plus é-
trange , qui cftoit qu'il y a
un point où un Chrcl>ien
cft obligé de douter lî l'E-
criture eft infpirée de Dieu;
il TEvangile eft une ven-
té ou une fable ; 11 J e su s-
C H R I s T eft un trompeur,,
ou le docteur de la vente.
Comme elle parut encore
plus étonnée de cette pro-
pofition , je l'alTeûray que
tant celle - la que l'autre
que je venois de luy dire,
cftoient des fuites necelfai-
res de la dodrine receuc
dans leur Religion fur l'au-
torité de l'Eglife, & que je
ne doutois point que je ne
(liY li m.iîUre de l'E^life. 6^i
pudc forcer M. Claude a
le?) avouer.
Je Uiy cxpliquAy les rai-
fons de ce que j\ivois avan-
cé, (Se luy fis voir en mel -
me temps quelle marque de
taullete c'eiloit parmi cux^
de voiv que d'un code ils
niailent qu il falluft croire
1-ans exammer ce que TE-
rrliic decidoic,6<: que de l'au-
tre ils hiiVent forcez pour
établir l'ordre, d'attribuer à
TEgliic rautoritc qu'ils luy
auroient dcnice.
Elle me fit connoiftrc
qvi'elle entend oit ce raifon-
ncmcnt , &: qu'elle (c fou-
vcnoit de l'avoir leù dans
mon livre-, mais qu'encore
qu'elle ne vift rien à y î:c-
€ï, Conférence avècM. Claude
pondre, elle avoit peine à
croire qu'on n'y répondift
pas dans fa Religion.
Madame la ComtefTe de
Roye vint dire que M. Clau-
de qui avoit promis de le
trouver avec moy le lende-
main , avoit receû défenfb
de le faire, & ne le pou-
voir plus. Mademoifelle de
Duras témoigna efhre fort
mécontente de ce procé-
dé. Je voulus me retirer ^ &:
la laifTer avec Madame fa
focur : mais elle me pria de
Kiy dire ce que je venois
de luy rcprefenter. Te le fis
en peu de mots, &: répon-
dis à quelques objections
qui me furent faites.
Le lendemain matin Ma-
ftiY Li matière de VEgllfe. C^j
dcmoiicUc de Duras vint en
mon loiz:is avec un honncf-
te homme de la Religion ,
que je connoiilois, nomme
M. Coton. Elle s'eftoit ier-
vie de luy pour engager M.
Claude à la Conférence, &
il luy avoit rapporté que M.
Claude Tavoit acceptée. EU
le me pria de redire ce que
i'avois dit la veille. Je le iis.
^ ^I. Coton avoua qu'il
ne içavoit que répondre., (S<:
qu'il avoit grande paiîioFi
d'entendre M. Claude fur
cela. Luy &: Mademoifellc
de Duras me firent quel-
ques objections fur les ré-
voltes fréquentes du peu-
ple d'Ifracl qui avoit filou-
vent abandonné Dieu^ Us
^4 Conférence avec M. Cbude
Rois & tout le f enfle y com-
me parle T Ecriture Sainte;
pendant quoy le culte pu-
blic eftoit tellement éteint,
qu'Helie croyoit eftre le feul
ferviteur de Dieu, ^ qu'il
n'apprit que de Dieumefme
j^Res.xix. q^'^^ s eftoit rêfervc feft mille
hommes qui n'avoient point
jlechi le j^enouïl devant Baal.
A cela je répondis , que
pour ce qui regardoit He-
îie, il n'y avoit aucune diffi^
culte, puis qu'il paroifl: par
tes termes mefmes qu'il ne
s'agiffoit que d'Ifraël où He-
lie prophetifoit, àc que le
culte divm loin d'eftre é-
teint en Juda dans ce temps-
là, y eftoit fous le règne de
Jofaphat dans U plus grand
fur U matière de lË^Ujc, ^§
Inlh'c où il cuft cftc depuis
Salomon. La choie paiFa
pour conilance, &: je remar-
quay rculemcnt combien
peu de bonue toy il y avoit
aux Muiillres de produire
toujours ce partage , après
que le Cardinal du Perron
y avoir donne une réponfe
il decifive.
Quant à ce qui crtoit ar-
rive dans ]uda meimc, je 4.rcj;. xvi,
dis que je voulois faire l'ob- x^vu^
jeclion encore plus forte
qu'on ne me la faifoit , en
confiderant l'état du peuple
de Dieu fous Achazqui fer-
ma le Temple , fit ficrificr
aux idoles par Une Preilre
du Seigneur èc remplit Jc-
rufalem d'abominations j ôi
^^ Conférence avec M. Clmdt
fp.'f^-j.^f^-enfuitc fous Manafics, qn!
xxxiii: enchérit fur les impietez
crAchaz. Mais pour mon-*
trcr que tout cela ne fai-
foit rien à la queftion, je
priay feulement qu'on re-
marquait qu Ifiïc qui avoir
vécu durant tout le recrue
d'Achaz ^ pour toutes ces
abominations du Roy, du
Preftre Urie, & prefquc de
tout le peuple , ne s'cftoit
jamais fcparé de la Com.«
munion de Juda, non plus
que les autres Prophètes qui
avoient vécu en ce temps hc
dans tous les autres : ce qui
montre qu'il y a toujours un
peuple de Dieu , de la Com-
munion duquel il n'eft ja-
mais permis de fe feparer.
Jîir Lî matière de l'Eglifi. €y
Il clt écrit aulll que du4 r^
temps de ManaiVes , Dieu '"
parla par la bouche de tous
les Prophètes, &: menaçoit
ce Rov itupie ^ tout le peu-
ple. Mais ces Prophètes qui
reprenoient &: déteftoient
les impietez de ce peuple,
ne le feparoient pas de la
Communion.
Et pour voir la chofe à
fond , il t-aut, dilbis -j?,
coniiderer la conllitution
de l'ancien peuple. Il avoit
cela de propre qu'il le muU
tiplioit par la génération
charnelle , ^ quc^ c'eiloit
par la que s'en failoit la
iucceiVion aulTi-bien que
celle du Sacerdoce; que ce
peuple portoit en fa chair
\v
68 Conférence avec M. CUude
la marque deralliance , c'ell:
à dire la circoncifion que
nous ne lifons point avoir
jamais efté difcontinuce; &:
qu'ainfi quand les PontifcSj
&: prefque tout le peuple
aur oient prévariqué , l'eftat
du peuple de Dieu fubfif-
toit toûjom's dans fa forme
extérieure , bon grc malgré
qu'ils en euffent. Il ue pou-
voit non plus arriver aucu-
ne interruption dans le Sa-
cerdoce que Dieu avoir at-
taché à la famille d'Aaron.
Mais il n'en eft pas de mef-
me dans le nouveau peu-
ple, dont la forme exté-
rieure ne confiftoit en au-
tre chofe qu'en la profef-
ûon de la Dodrinc de Je-
fur U tnattere de l'BgUfe, ^9
5 u s - C H R I s T : de force
que 11 hi confellion de Li
vrayeFoy cftoic crcinre un
Icul moment , l'Eglife qui
n'avoit de fucccflion que
par la continuation de cette
profellion, ieroit tout-à-hiic
éteinte, fans pouvoir jamais
reilufcitcr dans fon peuple,
ou dans fes pafteurs que par
une nouvelle milfion.
J'ajouftay au reftc , que je
ne voulois pas dire que la
vraye Foy ^ le vray culte
de Dieu pull eftre tout-à-
fait aboli dans le peuple
d'Ifracl, en forte que Dieu
n'ciift plus de vrais fervi-
tcurs lur la terre. Mais je
trouvois au contraire, pre-
nucrcmcnc , qu il cftoit clair
70 Conférence AvecU^cUude
que malgré la corruption
Dieu fe rciervoit toujours
un affez grand nombre de
fcrviteurs qui ne partiel*
poient pas à Tidolatrie. Car
il cela eftoit en Ifraël fchif«
matique &: féparé du peu»
pie de Dieu, comme Dieu
me/me le déclare à Helie,
à plus forte raifon en Juda,
que Dieu s'eftoit rélervc
pour perpétuer fon peuple
ôc Ion Royaume jufqu au
temps duMeflie. Lors donc
qu'il eftoit écrit que le Roy
ic tout le peuple avoient a-
bandonné la Loy de Dieu,
il falloit entendre non tout
le peuple fans exception,
mais une grande partie , &:
fi Ton veut la plus grande
JîiY II rnatïCYC de VtgUfi. 71
partie du peuple, ce que les
Minillres ne nioient pas.
2. Qifil ne hilloic pas s'ima^
giner que les Terviceurs de
Dieu & la vraye Foy fe con=^
Tervailent feulement en (e-
cret; mais que clans toute la
lucce filon de l'ancien peu -
pie, la vraye doctrine avoic
toujours éclate. Car il y a
cil une continuelle fuccef-
fion de Prophètes, qui loin
d'adhérer aux erreurs du
peuple , ou de les diffimu-
1er , s'clevoit contre avec
force , &: cette fuccelTion
cftoit fi continuelle, que le
Saint Efpnt ne craint point
de dire que 'Dieti fc rekvoit -■ Paraîj^.
. ■ ^7 j^ , ' ^ XXXVI. u.
de mut & des le matin ^ &]cï.x\.r.
avertijfoiî tous les jours fcn ^•^^^' ^
72. Conférence avec M. CUuât
peuple par la bouche de fis Pro-
phètes : exprcflion la plus
puiffante qui fe puiiTe ima-
giner pour faire voir que la
vraye Foy n'a jamais cfté
un fcul moment fans publi-
cation, ni le peuple fans a-
vertiflcment. Qui^ainfi ne
ioit, nous venons de voir
que dans tout le règne
d'AchaZj Ifaïe n'avoit cef-
fé de prophetifcr: Se fous
Manailes, où il fcmble que
l'abomination fufh montée
au comble , puis que ni
la pénitence de ce Roy,
ni la famtcté de ]ofias fon
petit - fils ne purent faire
rétrafter la fcntence don -
née contre ce peuple, Dieu
fc fouvcnant toujours des
abomi-
fur U matière de lEglife.^ 75
abominations de Manaiîcs :
dans ce temps, dis-jc, nous
avons vcû que Dieu faifoit
parler fes Prophètes ; &:
qu'une grande partie du
peuple les ait fliivis publi-
quement , il paroift en ce
que ce Prmce impie ^^ re- 4.Rcg
gorgerjerufàlem de fan g inno-
cent , marque certaine qu'il
trouva une g-randc rcfiftan-
ce à fes idolâtries. On tient
mefme qu'il fit mourir Ifaïc
comme fes prcdeceffcurs a-
voicnt fait mourir les autres
Prophètes qui les repre -
noient; &: cette hiftoire s'eft
conlcrvce dans l'ancienne
Tradition conforme à la pa-
ic^lc de Noftrc Seigneur,
qui reproche aux Juifs d'//-
D
74 Conférence avec M. Claude
M.itt.xxïiL voir fait mourir les Prophètes y
' '' & au difcours de Saint Ef-
Act. VI 1.52. tienne qui dit, qi^'il n'y 4
aucun Prophète quils n*ayent
perfecutL
Ces Prophètes faifoicnt
partie du peuple de Dieu;
cç:^ Prophètes retenoient
dans le devoir une partie
confiderablc &: des Pref-
tres &: du peuple meime;
c^'^ Prophètes qui confir-
moient leur million par des
miracles vifibles , cmpef-
choicnt que la corruption
ne gagnait; tout, &: pendant
qu'une effroyable multitu-,
de, & pcut-cftre le gros de la
Svnao;oaue eftoit entraifné
dans l'idolâtrie, ils confer-
voient la Tradition de lave-
fùf U matière de lEglifè. 7)
ncc clans le peuple d'Hrael.
Ezcchicl qui parut un peu ezccIv.xliv.
après, nous le fait voir lors '^
qu'il parle des Prcjlrcs & des
Lévites enfans de Sadoc, qui
dans le temps de l'égarement
des cfifans d' Ijrael ont ton-
jours ûb/crvé les cérémonies du
Sancfuaire. Cctix-la, pourdut-
il, me ferviront, & faroijiront
devant moy pour m' offrir des
vi^limcs , dit le Seigneur. La
fuccellion , non - Iculemenc
celle de la chair , mais en-
core celle de la Foy &: du
minillcre, s'eftoit confcrvéc
dans ces Prcftres &: dans
ces Lévites, que la grâce de
Dieu 6l la prédication des
Prophètes avoient retenus
dans le Tervicc.
D i\
y 6 Conférence â^jcc M , Claude
Et il faut remarquer que
Dieu n*a jamais fait plus é-
clater ce mmifterc des Pro-
phètes, que lors que l'im-
piété lembloit avoir pris le
deflus^ en forte que dans
le temps où le moyen ordi-
naire d'inftruire le peuple
cXloit non pas détruit, mais
obfcurci, Dieu préparoit les
moyens extraordinaires &
miraculeux.
A cela on peut ajoufter,
que ce moyen extraordinai-
re, c'eft à dire, le minifte-
i-c prophétique, avant laça-
ptivité eftoît comme ordi-
naire au peuple de Dieu,
ou les Prophètes faifoient
comme un ordre toujours
rabfiftant , d'où Dieu tiroût
fur Li matière de l'EgUfè, 77
continuellement des honi-
mes divins , par \x bouche
dcfquels il parloit luy-mcf-
mc hautement & publique^
ment à tout (on peuple.
Depuis le retour de la
captivité jufqu'à Jésus-
C H R I s T, il n'y eut plus
d'idolâtrie publique ^ du-
rable. On Içait ce qui arri
va fous Antiochus rilludrci
i^nais on içait auHr le zelc
de Mathatias, &: le grand
nombre de vrais Fidèles
qui fe joignit a (Ii mai ion ,
& les victoires éclatantes de
Judas le Machabéc &: de
fes frères : ibus eux &: leurs
fucccilcurs la profeihon de
la vraye Foy dura jufqua
J r <^ us-CiiR î ST. A la iÎK
D n;
7? Conférence avec M, Claude
les Pharifiens introdiiifoient
dans la Religion &: dans le
culte beaucoup de fupcrfti-
tions. Comme la corruption
alloit prévaloir , ] e s u s -
Christ parut au monde.
Jufqu'à îuy la Religion scC
toit confervée. Les Do-
cteurs de la Loy avoient
beaucoup de maximes &: de
pratiques pcrnicicufes qui
gao-noicnt &: s'établifl'oicnt
peu à peu : elles dcvcncient
communes, mais elles n'ef-
toient pas paflées en dogmes
de la Synagogue. C'cft pour-
qucy ]esus-Christ di-
foit encore : Les Scribes é*
les rharifiens finî û^\s fur la
chaire de Moïjè ; faites der.c
tout ce qu'ils vous difent , mais
fur la mathre de iBglife. 19
ne faites p.^ fdon leurs œu -
rvrcs. 11 ne cciW cl'honorcr
Ic miniftcrc des Prcftrcs: il
leur renvoya les lépreux fé-
lon les termes de la Loy :
il fréquenta le Temple i &:
en reprenant les abus , il
demeura toujours attache
à la Communion du peuple
de Dieu , ^ à l'ordre du
miniftcrc public.
On en vint enfin au point
de la chcutc &: de la répro-
bation de l'ancien peuple
marquée par 1rs Ecritures
^ par les Prophètes, lors
que la Synacroguc condany
na j E sus -C HR iST &: la
dodrinc. Mais alors j e s u s^
Christ avoir paru ; il a-
voit commence dans le fcin
D lin
îo Conférence avec M, Claude
de la Synagogue à affcm^
bler fon Egliie qui devoit
fubfifter éterneliemerit.
Il clt donc conftant, pre-^
micrement qu'il y a toû«
jours eu un corps vifibîc
du peuple de Dieu, conti-
nue par une fuccciïion non
Hiter rompue , de la Com-
munion duquel il n'a ja-
mais efté permis de fe ie-
parer. 2. Toujcurs une fuc-
ceffion de Pontifes ^ de
Preftres defcendus d'Aa-
ron , &: de Lévites fortis
deLevi^fans que jamais on
ait eu befoin que Dieu fuf-
citaft des gens d'une foçon
extraordinaire. 3. Iln'eftpas
moins confiant quelavrayc
Foy a toujours efté pub'li
fur U mature de l Ezlif- *>!
qucmcnt dcciarcc , laiis
qifon puillc allcgucr un rcul
moment où la protcllion
n'en aie cftc aiiiVi claire que
la lumière du Soleil : chofc
qui fciit voir combien o\\
fe trompe quand on croit
que pour maintenir Tellat
extérieur de TEglife, il fuf-
fit de pouvoir nommer de
temps en temps de préten-
dus docteurs de la vérité.
Car s il V a quelqne temps
où la protclFion de la Foy ait
celle dans l'Eglife, (on cftat
eft pire que ccluy de la Sy-
nagoguc, d'autant plus que
dés-Ui clic perd la fuccef-
lion^ ainfi que je viens de
dire.
Apres que j'eus dit ces.
D V
II.
82 Conférence avec M. Claude
chofcs 5 on employa quel-
que temps à les repaflTer; ô^
cependant Madame la Com-
tefïe de Royevint dire que
M. Claude confcntoit à la
conférence, qui feroit, fi je
Fagrcois , chez elle fur les
trois heures.
Je fus au rendez -vous 5
où je rencontray M. Clau-
de. On commença par des
honneftetcz réciproques ^ &
il témoigna de fa part un
grand refpeft. Apres cela
fentray en matière, en dc^
mandant l'explication des
quatre Ades tranfcrits dans
mon livre 5 &; mentionnez
cyndeflus.
Après que j'eus expliqué
la difficulté en peu de mots,
fur là matière de l'Eglifi. ^
telle quelle eft propoil.
i\\\\^X Exfojltior^ , cv que je
l'avois rcpccce à Mademoi
(elle de Duras , j'ajoufta^-
que M. Claude devoit cftix
d'autant plus preft a y re
pondre, que je ne luydifois
rien de nouveau, puis qu ap~
paremmont le Traité dt i' Ex-
fojition eftoit tombe entre
fesmams -, &:que c'efloit u-
ne grande (atisfaclion, que
dans un entretien delà na-
ture de celuy-cy, on puft
s'alTeurer qu'il n'y auroit
point de furprife.
M. Claude prit la paro-
le, ^ après avoir réitère tou-
tes les honnell:et':z qu'il a-
vcMt faites, '-n termes encore
plus civils, il déclara d'a-
D vi
§4 Conférence avec M. Claude
bord que tout ce que j'avois
objeaé de leur Difcipline
&: de leurs Synodes dans
mon Traité, & encore à prc-
fent, eftoit rapporté de très-
bonne foy.fans rien altérer
dans les paroles : mais que
pour le fens il me prioit de
trouver bon qu'il me dift,
qu'encore qu'il y euft, ain-
fi que je l'avois remarqué ,
com.me divers degrez de
jurifdidion établis dans leur
Difcipline, la force de la
déciiîon devoir eftre rap^
portée par tout à la feule
parole de Dieu. Quant à ce
que j'objedois, que la pa^
rôle de Dieu avoit elle pro»
pofée dans le Confiftoire,
dont on pouvoit appcllcr '
pir U matière de l'Êglife. 85
d'où il s'cnfuivoic, avois-
jc infcrc , que la dccifion
dcrnicre , dont il n'y a plus
d'appel , appartenoit à la
parole de Dieu non prifc
en elle -mef me, mais entant,
que dcxlaréc par le dernier
lugcment de TEglife : ce
n'elloit pas là leurpcnfée;
car ils tenoicnt que la de-
cilion eftoit attachée toute
cnriere à la pure parole de
Dieu , dont l'Eglilc dans
Tes a(l?mblces prcmiTcs «Sj.
dernières ne faiibit que
l'indication: mais que cq^
divers degrcz avoient cftci
établis pour donner le loiiir
a ceux qui crroicnt , de fc
lecannoiltre. CVil: pour-
quoy on ne proccdoit pas
Î6 Conférence avec M. Claude
d'abord par excommunica-
tion, le Confiftoire efperanc
qu'une plus grande affem-
blèe, telle que feroit le Col-
loque, &: enfuite le Syno^
de Provmcial compofé d'un
plus grand nombre de per-
fonnes , peut - eftre plus
refpeûécs , & en tout cas
moins fufpe£tcs au contrc-
difant , le difpolcroient à
entendre la vérité. Que le
Colloque & le Synode Pro-
vincial ufoicnt de pareille
modération par la mcime
raifon de charité : mais
quaprcs que le Synode Na-
tional avoir parlé, comme
c'cftoit le dernier remède
humain, il n'y avoir plus
rien à cfpcrer , & qu'on
fur U maîUre de lEglïJe, ^j
proccdoïc aiilli à ladcrnicre
Sentence, en ufant de l'ex-
communication^ comme du
dernier effort de la puilTan-
ce Ecclcfiaftique. Que delà
U ne hilloit pas conclure
que le Synode National fe
tinft infaillible ^ non plus
que les précédentes affcm-
blccs j mais feulement qu'a-
prés avoir tout tente , on
venoit au dernier remède.
Pour la promcflc qu'on
faifoit avant le Synode Na-
tional, qu'elle n'eftoit fon-
dée que fur Fcfperancc
qu'o^ avoit que ra{f:^mbléc
fuivroit la parole de Dieu,
& que le Samt Efprityprc-
fideroit,cc qui ne marquoir
pas qu'on en cuft une en-
88 Conférence avec M. Claude
tiere certitude -, Se au reftc
que le tcïmc per/uade.c ^ue ,
eftoit une manière honncfte
d'exprimer une condition
fans bleffer la révérence
d'une fi grande aiîcmblce
ni la préfomption favorable
qu'on devoir avoir pour fon
procédé.
Quant à la condamnation
des Indcpendrns , il me pria
d'obfervcr , que fur fautori
té deTEglife &: de fcs aflcm-
blécs^il y avoir quelque cho-
fc dent ceux de fi Religion
convcnoicnt avec nous &c
quelque chofe dont ils con-
vcnoicnr avec les Indcpcn
dans. : avec nous, que Icv
afiemblées Ecclefiaftiqucs
eftojient neceffaires ôc mi-
fur la matière de l'Eglife. 89
les , & qu'il falloit ctablii-
quelque fubordinacion: a\ ec
les Indcpendans , que ces
aflemblées , pour nombreu-
. fes qu'elles fuflcnt , n'cf-
toicnt pas pour cela infliil-
libles. Cela eftanc, qu'ils a-
voient dcu condamner les
Indepcndans, qui non feule-
ment nioienc 1 inf 'illibilii-e,
mais encore l'utilité & la
ncccdit'j de ces air.:mblées
& de cette fubordination.
C'cil en ccli, difoit-il, que
coniiilc i'Indcpcndantiimc,
fî on peut ufer de ce mot.
Il ajoufta que le fouftcnir,
c'eftoit en eftct renverfer
l'ordre, & donner lieu à au-
tant de religions qu'il y
i^o'r de paroiilcs , parce
^o Conférence avec M, Claude
qu'on oftoit par là tous les
moyens de convenir. D'où
il concluoit qu'encore qu'on
fuft d'aceord que les affem-
blées Ecclcfiaftiques n'cf-
toient pas moyens infailli-
bles 5 c'eftoit aiîez pour les
maintenir &; condamner les
Indépendans, que ce fuiT.'nt
moyens utiles.
Pour le Synode de Sainte
Foy 5 qu'il s'agiffoit ou de
rendre les Luthériens plus
dociles en les faifant^difoit-
il , rapprocher de nous , ou
en tout cas d'établir une to-
lérance mutuelle i ce qui n'o-
bhgeoit pas de rien îuppri-
mer ou ajoufter dans la Con «
feilion de Foy, qui fut tou-
jours tenue pour inébranla-
fiiY la matière de iLglife, <j)\
blc. Et qu'au rcftc, quoy-
qu'on cufl: donn/' plein pou^
voir à quatre Mnuftrcs , je
fçavois bien que tels actes
eitoicnc toûjiuirs fujcrs à ra-
tification 3 en cas que les
procureurs euiTcnt outrc-
pailc leurs inftruûions : té-
moin les ratifications nc-
cclTciires dans les traitez ac-
cordez par les Plénipoten-
tiaires des Princes, ôc autres
exemples femblables , où il
y a toujours une condition
d'obtenir du Prince la rati-
fication ; condition qui fans
eftre e>; primée, cfl: attachée
naturellement à de telles
procurations.
A près avoir dit ces chofes
par \.\\^ difcours afifez lono-.
t>i Conférence avec M Xlaude
fort net 5 ^ fort compofé ,
il ajoufta qu i! croyoit, équi-
table comme 3'eftois^que je
voudrois bien luy avouer ^
que de mefme que dans les
chofes où j'aurois à luy ex-
pliquer nos fentimens &:
nos Conciles, par exemple
c^luy de Trente , il elloit
j^ifte qu'il s'en rapportaft à
ce que je luy en diroisjauflî
eftoit-il jufte que je m'en
rapportafle à luy dans l'ex-
plication qu'il nous donnoit
des articles de leur Difcipli-
ne &: des fentimens de leur
Religion, eftant certain qu'il
n'y en avoir point d'autres
parmi eux que ceux qu'il me
venoit d'expofer.
Je repris fur ce dernier
fur il phitiere de lEgllfe, 5>5
mot, que CQ: qu'il difoit 'î^-
roic vcncablc , s'il s'a^-if-
ioïc limplemcnc d'expliquer
leurs rites , il on pouvoir
ufer de ce mot, bc la ma-
nière d'adminiftrer la paro«
le ou les Sacremcns, ou de
tenir les Synodes ; qu'en
cela je le croirois , comme
mieux inftruit : mais qu'icy
je prétendois qu'il leur cf-
toit arrive comme à tous
ceux qui font dans l'erreur;
c'eft de tomber en contra-
diclion , &: d'eftrc forcez
à établir ce qu'ils avoîcnt
nié. Que je fçavois qu'ils
nioient qu'il falluft fc fou-
mettre, ians examiner, au
jugement de l'Eglife j mais
qu'en mcimc temps je pré -
^ 4 Conférence avec M . cUude
teîidois cette infaillibilité de
l'Eglife fi necclTairc , que
ceux mcfmc qui la nioient
en fpeculation^iic pouvoicnt
s'empcfcher de l'établir
dans la pratique, s'ils vou-
loient Gonferver quelque or-
dre parmi eux. Aurcftc^ que
s'il s'agifloit icy de montrer
quelque contradidion dans
les fcntimens de TEo-life Ca-
thohque , je ne pretendrois
pas l'obliger à recevoir l'ex-
plication que je luy donne-
rois de ^zs fentimens &: de
^Q-s Conciles , &: qu'alors
il luy feroit libre de tirer
de leurs paroles telle in-
duaion qu'il luy plairoit ;
qu'aufli ne penfois-jc pas
qu il m'en refufaft autant :
far la matière de l'E^lifè. 95
de qiioy il convint fans dif-
jfîculcc.
Je n'avois pas dcficin de
m'aircftcr beaucoup fur le
Synode de Sainte Foy, qui
m'eut, ce me fembloit, jet-
te trop loin des deux pro-
poficions dont je voulois ti-
rer l'aveu, je répondis donc
feulement, que je me rcn-
dois à la railon qu'il alle-
guoit fur la ncccflité d'une
ratification, quoy-qu'cn ma-
tière de Foy , tels pouvoirs
& tels compromis fuU'enc
un peu extraordinaires ; &:
qu'au refte je voulois bien
crou'c que le delTcin du Sy-
node n'avoir pas cfté que
les députez rcnverfaffent
tout. Mais que ce qui me
^ 6 Conférence avec M. Claude
touchoit, àc à quoy il ne fem<
bloitpas qu'il euft répondu,
c'eft que le Synode avoir
douté de fa Confeilion de
Foy, puis qu'il permcttoit
d'en faire une autre, &: que
je ne voyois pas comment
cela s'accordoit avec ce
qu'on nous dit encore , que
cette Confeffion de Foy ne
contcnoit autre chofe que
la pure parole de Dieu, à
laquelle tout le monde fçait
qu'il n'y a rien à changer.
Quant à ce qu'il avoit dit,
qu'il s'agifloit ou de rame-
ner les Luthériens à des
fentimens plus équitables,
ou en tout cas d'établir une
tolérance mutuelle , deux
chofes y réfiftoient. i. Qu'il
far h matière de l'EgUJe, ^f
cdoit parle d'un pouvoir
de décider tout point de
doûrine : ce qui rcgardoit
inanifeftement la réalité,
dont les Luthériens n'a*
voient jamais voulu fe re-
lafcher. i. Que pour établir
une tolérance niucucUc, il
ne falloir pas dreiFcr une
Confclfion de Foy commu--
nc, mais feulement établir
cette tolérance par un Dé-
cret Synodal , comme oii
îivoit fait à Charenton.
M. Claude répondit que
le point de dodrinc à déci-^
der eftoit, fi on pouvoir éta«
blir une tolérance mutuelle,
&: que la Confeffion de Foy
commune n'cuft fait autre
chofc qu'énoncer cette co«
E
^S Conférence avec M. Claude
kraiiee : ce qu'il ne nioit
pas pouvoir eftre fait dans
un Synode, comme il falloit
que je convinfTe qu'il pou-
voir fe faire auffi par une
ConfefTion de Foy , où il y
en auroit un article exprés.
Je luy répondis que cela,
ne s'appelleroit jamais une
Confeflion de Foy commu-
ne , bc luy demanday s'il
croyoit que les Luthériens ,
ou eux, deuffent retrancher
quelque chofe de ce que di-
foient les uns pour la réali-
té, &: les autres contre. Il
4ît que non. Et de là, dî™
fois -je, chacun demeuroit
dans les termes de fa Con-
fefTion de Foy , fans qu'iil
y cuft rien de commun quf
/Sr U matière de l'EgUje. ^9
l'article de la tolérance. Il
y avoit, dit - il, beaucoup
d'autres points dont nous
convenions. D'accord, ré-
pondis -je ; mais ce n'eltoic
plus fur ces points qu'il y
ûvoit à s'accorder: il s'agif^
foit du point de la rcalitc
&: de quelques autres , iuc
quoy on ne pouvoit faire de
Confcllion de Foy commu-
ne, fans que l'un des par-
tis changcall, ou que tous
les deux convinlTent d'ex-
prelfions ambiguës, que cha-
cun tireroit à fes fentimcns ;
chofe tentée plufieurs fois,
comme M. Claude luy-
mefmc en conviendroit de
bonne foy. Il en demeura
4i'accord^(3c rapporta mefmç
E ij
ïôô Conférence avec M. Claude
l'AiTemblee de Marbourg^
&: quelques autres tenues
pour ce fujct. Je conclus
donc que j'avois raifon de
croire que le Synode de
Sainte Foy avoit un pareil
dcffein, &: que c'euft efté
fe moquer du monde , que
d'appcller Confcflion de
Foy commune celle qui euft
fait paroiftrc de fi mani-
feftes oppofitions fur des
points fi importans de la do-
ârine Cbrefticnnc. A quoy
j'ajouftay encore^ qu'il cftoic
d'autant plus certain, qu'il
s'agifToit en effet d'une Con-
fcflion de Foy, comme je
difois, que les Luthériens
s'eftant déjà expliquez plu -
fleurs fois contre la toleran^»
fuY h fnatiere de iBglife. lot
ca^ il n'y avoir rien à cfpc^
ver d'eux que par le moyen
dont je parlois. La cliofe
en demeura là -, &: je dis
feulement , qu'après cela
chacun n'avoit qu'à penfcr
ce qu'il devoir croire en fa
confcience d'une Confef-
iîon de Foy que tour un
Synode National avoir coa-
Icnri de changer.
Lors que M. Claude a-
voir dir que le fermenr de
ic iounierrrc au Synode Na«
rionalenfermoir une condi<
tion, j'avois inrcrrompu pat-
un pcrir mor. Oui, difois-
jc , ils efperoienr bien du
Synode, lans ccrrirude rou-
tcfois-, &: en arrendanr l'é-
vcucmcntj ils ne lailloicnt
E iij
ïôi Conférence dvecM. CUudt
pas de jurer de fc foumet-
tre. M. Claude m' ayant icy
averti que je l'avois inter-
rompu, &: me priant de luy
permettre de dire tout, je
me teûs. Mais après avoir
difcuté l'affaire de Sainte
Foy, je luy dis qu'il me fen>
bloit neccffaire avant que
-de paflcr outre, que je luy
diffe en peu de mots ce que
jl'avois conceu de fa doctri-
ne, afin que nous ne par-
laffions point en l'air. Je luy
dis donc. Vous dites. Mon-
fieur,que ces mots, rer/ua"
dez^que nous femmes, que Vlet^
y fréfedera y & "vous conduira,
par fen Saint BJprit en toute
vérité & équité far la regU
de fa parole i font une ma^
fur la matière de tEgliJè. 109
nicrc honncftc de propofcr
une condition. Il en con--
vnit. Rcduifons donc , re-
pris - je, la propofition en
conditionnelle^ éc nous ver-^
rons quel en fera le fcns.
Je jure de me foumettre à
tout ce que vous déciderez,
fuppofc ou à condition que
ce que vous déciderez fe-
ra conforme à la parole de
Dieu. Un tel ferment n'efi.
autre chofe qu'une illufioii
manjfefte , puis qu'en foy
il ne dit rien , &: que je le
pourrois faire à M. Claude
comme luy à moy. Mais en
cela il n'y auroit rien de
fcrieux ; éc marque qu'on
veut quelque chofe de plus
particulier^ c'eft qu'on ne
E iiij
Î04 Conférence dvec M, Claude
fait ce ferment qu au Syno-
de où Ton prononce en der-
nier refTort, quoy-qu au fens
de M» Claude il y euft au»
tant de raifon de le faire
des le Confiftoire à qui on
doit fe foumettrc aufli-bien
qu'au Synode^ fuppofé quil
ait la parole de Dieu pour
guide
En cet endroit je me teûs
un peu de temps -, & voyant
qu'on ne difoit mot^ je re«
pris ainfi. Mais enfin donc 3
Monfieur, fi j'ay bien com-
pris voftre dodrine , vous
croyez quun particulier
peut douter du jugement de
i'Eglife, lors mefme qu elle
prononce en dernier ref^
foni Non^ Monfieur ^^ re-
fur Id matière de l'BgUje. lo j
partit M. Claude : il ne £iut
pas dite qu'on puiife dou-
ter ; il y a toutes les appa-
rences du monde que TE-
glife jugera bien. Qm die
apparence , Monfieur , rc-
pris-je aulTitoll:, dit un dou»
te manifeile. Mais , dit M,
Claude , il y a plus : cair
3 E s u s-C H R I s T ayant
promis que tous ceux qui
clicrcheroicnt,trouveroicntj
comme on doit prcfumci:
qu'on cherchera bien , on
doit croire qu'on jugera
bien, «5^: il y a dans cette
alTeùrance quelque chofc
d'indubitable. Mais quand
on verra dans les Conciles
des cabales, des fadions^
des interclls diffcrens ^ on
E V
10 é Conférence avec M. Claude
peut douter avec raifon fi
dans une tcilc aiTcmblce il
Bc fe méfiera point quelque
chofe d'humain & de dou-
teux. Je vous prie , Mon-
iieur, repartis-je , lailTons à
part tout ce qui n'eft bon
qu'à jetter de la poudre aux
yeux. Tout ce que vous ve-
nez de dire de cabales , de
faftions, d'interefts, cfb ab»»
folumcnt inutile , & ne ferc
par confequent qu'à em-
barraffcr. Il n'y a rien, dît
M. Claude 3 de moins inu-
tile. Et moy je fouftiens ,
luy dis - je , que vous allez
convenir qu'il n'y a rien de
plus inutile. Car je vous dc^
mande, Monfieur, fnppofc
qu'il ne paruft dans le Con-
fur Lî wâtiere de l'EgUfc. 107.
cilc ni faûions, ni cabales,
fuppofc mefme qu'on fuit
ailcdrc qu^il n'y en cuft
point, & que tout fc paf-
faft dans l'ordre, faudroit-
il recevoir la dcciiion lan^
examiner? Il flillut dire que
non. D'où je conclus aulli-
toft; 3 'a vois donc rai Ton de
dire que tout ce que vous
avez dit comme fort conlî-
derable de fcidions & de
cabales, n'eft au fond qu'un
amufement; Ôc enfin qu\ui
particulier, une femme, un
ignorant, quel eiu'il foit,peuc
croire , èc doit croire qu'il
luy peut arriver d'entendre
mieux la parole de Dieu
que tout un Concile, fuft-il
»Ulçmblc des quatre parties
E Vf
îo8 Conférence avec M.Claude
du monde &: du milieu, &S
que tout le refte de TEgli-
fe. Ouï, dît -il 5 il eft ainfu
Je rcpctay deux ou trois fois
la propofition accordée , a -
jouftant toujours quelque
eirconftancc plus forte, mais
évidemment contenue dans
ce qui eftoit accordé. Qu9y^
mieux, difois -je, que tout
le refte de l'Eglifc enfem*
ble , & que toutes ks af-
femblées, fuifent-elles conv
pofces de ce quil y a de
plus faint &: de plus éclaire
dans rUnivers ? Car tout
cela après tout, ce n'eft que
des hommes, après lefquels^
félon vous, chacun doit en«
core examiner. Un particu-
lier croira qu'il povu'ra avoir
fur U DUtltre de l'EglîJê, le^^
plus de raifon , plus de grâ-
ce , plus de lumière , plus
enfin le Samt Efpric que
tout le relie de l'Ea-life! U
fallut que tout cela paflafts
&: je pouvois ajoufter plus
que tous les Percs,plus que
tous les fieclcs pailcz, à re-
prendre immédiatement de-
puis les Apoil:res.Mais,pour-
iliivis-je, s'il cft ainfi, com-
ment cvitez-vous les incoiv
veniens des Indcpendans,
& quel moyen refte à TE-
glifc d'empefchcr qu'il n'y
ait autant de religions, je
ne dis pas qu'il y a de pa-
roiflcs , mais qu'il y a de
telles: Nous avons, dit-iK
les Svnodes, qui lont des
)ycns d'cmpclchcr de £
mo
îïo Conférence /tvcc U.Claude
grands maux , moyens non
pas infaillibles 5 mais néan-
moins utiles, ainfi que j'ay
dit. Car encore qu'un Paf-
teur qui prefchc ne foit pas
infaillible, fon miniftere ne
laiiîe pas d'eftre utile, par-
ce qu'il indique la vérité.
Or une grande aiîembléc
compofce de plus de per-
fonnes & plus dodes fera
encore mieux cette indica-
tion. II me femble, Mon-
fieur, repartis-je, que vous
rapportez tout à Tinflru-
ûion : or ce n'efi: pas prc-
cifément l'intention ni l'info
titution des Synodes ; car
iouvent un particulier fça^
vaut donnera plus d'inftru-
â:ion que tout un Synode
fur U matière de l'BgUfc, ni
cnfcmblc. Ce qu'il faut
donc attendre d'un Syno-
de , n'cil pas tant Tinib-u-
clion, qu'une dccifion par
autorité , à laquelle il faille
céder ; car c'cft de quoy
ont befoin &: les ignorans
qui doutent, & les fuper-
bes qui contrcdifent. \Jn
particulier ignorant, fi vous
le remettez à luy-mefme,
vous avouera qu'il ne fcait
à quoy fe refoudre j &: loin
d'abbatre l'orQ-ueil dans un
Synode 3 vous le portez à
fon plus haut point , pui5'
que vous obligez un parti-
culier a croire qu'il peut
mieux entendre l'Ecriture
que tout le Synode &: tout
îc reftc de l'Ecrlife : ^ le
lit Conférence avec M, Claude
Synode luy~mefme , fuft-it
aficmblé de toute l'Eo-lifc ,
interroge par celuy dont il
examine la foy, s'il n'eft pas
encore obligé à examiner a-
prés le Synode, ^ s'il ne
peut pas arriver que luy
particulier entende mieux
l'Ecriture que tous les Paf-
teurs aflemblez, le Synode^
mefme univerfel/clon vous^
luy doit déclarer qu'il le
peut fans doute» La pré-
fomption^Moniieur, ne peut
pas aller plus loin. Et re-
marquez 5 s'il vous plaid,
que ces alTemblées que vous
propofez comme moyens u-
tiles, ne font plus moyens
utiles dés que chacun peut
croire qu'il en aura un meii^
fur la nidùere de ttgUfe. 115
leur, ^ le fcul qui puille
eftrc fcùr, c cfl; a dire, ce-
luy d'examiner par foy-meC
me, &: n'en croire que foa
jugement. Voilà, Monfieur,
rfndcpcndannfmc tout en-
tier : car enfin les Indc-
pendans ne réfutent ni de
tenir des Synodes pour s'c-
clanxir mutuellement par la
Conférence, ni de recevoir
ces Synodes, quand ils trou-
veront que ces Synodes au-
ront bien dit. Ils en ont te-
nu, vous le fçavez. Il avoua
qu'ils en avoient tenu un
pour drelTcr leur Confcifioii
de Foy. Un ou pluficurs, il
ne m'importe, repartis -je;
ils ne les rejettent donc pas
abfolumcnc, 6c Us n'y rc-
î î 4 Conférence Avec M. Claude
jettent précifcment que ce
que vous y rcjettez, qui eft
l'obligation de s'y foumet-
tre fans examiner. Et fur
cela , pour me réduire en
peu de paroles 5 voicy quel
lut mon raifonnement. Les
Indcpendans veulent bien
les afTemblées Ecclefialli-
ques pour rinfl:ru6T:ion -, touc
ce qu'ils ne veulent pas,
c'eft la déciiion par autori-
té que vous ne voulez non
plus qu'eux : vous elles donc
en tout point conformes,
&; vous n'avez pas deû les
condamner. Vous ne voyez
donc pas , Monfieur, reprit
M. Claude, que nous ne
nions pas qu'il n'y ait une
Wtorité dans les Synodes,
furUmâûcre delEgUfe. iij
tclle que l'autoritc paternel-
le, telle que Tautorité des
magiftrats, telle que Tauto-
ricc qu'a un maiftrc fur Tes
difciples, & un pafteur fur
fon troupeau -, toutes ces
Qutoritez ont leur ulagc, &
ne doivent pas cfkre rejet-
tces fous prétexte que les
pcres <Sj les magiftrats & les
maillres peuvent le trom-
per : il en fera donc de mcf-
mc de fautoricé de l'Egli fc.
Mais Monfieur , repondis-
je, les Indepcndans ne nient
pas l'autorité paternelle , ni
l'autorité des magiftrats, ni
fautoritc des maiftres (ur
leurs difciplcs, ou celles des
paftcurs far les troupeaux.
Ils ont des padeurs^ Mon-
îi <^ Conférence avec M, Claude
lieur, pour qui ils veulent
iiuffi-bien que vous qu'on
ait quelque dcfercnce; &: à
plus forte raifon ne nie-
ront-ils pas qu'il n'en faille
avoir pour tout un Synode.
Si donc vous les accufez de
nier l'autorité des Synodes,
il fautajoufter quelque cho=^
le a ce qu'ils en croyent^
& il n'y a rien a y ajoufter
que ce que nous en croyons^,
qui eft qu'il s'y faut fou«
mettre fans examiner.
Apres cela on fut un peu
de temps à ne répeter de
part & d'autre que les mcf
mes chofes. Ce qu'ayant
fait ob fer ver à M. Claude^
je luy dis r Enfin, Monfieur,
on difputeroit fans fin y cha-
fir la matière de l'tglïfe. Î17
cun n'a plus qu'à examiner
en la conlcicncc, &: devant
Dicu^ s'ilfc fcnt capable de
mieux entendre rEcriturc
que tous les Conciles &
que tout le rcfte de TEgli-
fe, &: comment un tel fen-
timcnt peut s'accorder avec
la docilité & avec l'humili-
tc des enfans de Dieu. 3'in-
culquois en peu de mots
quel orgueil c'eftoit de croi-
re qu'on puft mieux enten-
dre la parole de Dieu que
tout le refte de l'Eglife, &:
que rien n'cmpcfchoit après
cela qu'il n y euft autant de
religions que de teftcs.
M. Claude me dit icy, qvi'il
s'étonnoit que cette propo-
lition me parull fi étrange.
ïiS Conférence avec M. Claude
qu'un particulier puft croi-
re qu'il luy pouvoir arriver
de mieux enceiidre l'Ecri-
ture Sainte que toute l'E-
glife affemblée ; que le cas
cftoit arrivé , &: qu'il pou-
voir m'en donner beaucoup
d'exemples : le premier dans
le Concile de Rimini,où le
mot de confubftantiel fut
rejette , & rArianifme éta-
bli. J'interrompis, pour luy
dire: Où nous jettcz-vous,
Monfieur? Du Concile do
Rimini vous nous mènerez
au faux Concile d'Ephefc,
au Concile de Conftancc,
à celuy de Bafle, à celuy de
Trente : quand aurons nous
achevé, s'il faut faire icy
paiTer tous les Conciles^ Jç
fuY U mâtîere de l'BgUJe. 119
vous déclare que je ne veux
point me jetccr dans cctcc
diicuirion, puis que mcimc
noftre qucflion peut cftrc
vuidcc par quelque chofe de
plus prccis. Mais puis que
vous avez parle du Concile
de Rimini, dites -moy, je
vous prie , Monfieur , ii les
Pères de ce Concile demeu-
rèrent long-temps dans leur
dccifion erronée? Hé, ]c J^: demu d:?,^
d-1 ■» r r '1 équivoque 5c
it-il , Moniicur, qu ils imparfikc
en revinrent bientoft.Ditcs, ('^'ji-;^^"''^*
dites, luy repartis-je, qu'auf.
litoft après que l'Empe-
reur Confiance proteélcur
déclaré des Ariens & perfe-
cutcur des Fidèles leur eût
permis de fe retirer, cesE-
vcfqucs réclamèrent haute-
T 10 Conférence avec M, Claude
ment contre la violence d>C
la furprife qui leur avoic
efté faite. Ne m'obligez pas,
Monfieur , à raconter cet-»
te hiftoire que vous fçavcz
aufli-bien que moy , &: a-
voûez qu'il efh injufte de
comparer un Concile qui
eftoit un brigandage mani-,
fefte 5 aux AfTemblées te-
nues canoniquemcnt & fe-*
Ion l'ordre. Hé, Monfieur,
ne difons-nous pas , reprit
M.Claude, que le Concile
de Trente n'a cflé ni libre
ni canonique? Vous le ditcs^
Monfieur, &: nous le nions;
&c il n'cft pas queftion icy
de cette difpute. Il eft queU
tion de fçavoir fi vous pou-
"^ez éviter l'Indcpcndan-
tifmc i
fir h matière de tËglife, m
tifmc, pour me fcrvir de
volh'c terme que je trouvo
fort bon ; & s'il y a dans
voftre dodrine quelque re-
mède contre cette infup-
portable prcfomption d'un
particulier qui doitcroire/c-
Ion vos principes, qu'il pcuc
mieux entendre l'Ecriture
que les Conciles univcrfcls
les mieux ailcmblez & les
mieux tenus , &: que tout le
verte de l'Eglifc cnfcmblcv
Laillons donc , fi vous le
voulez, reprit M. Claude,
le Concile de Rimini ; voi-
cy un autre exemple incoii-
tertablc : c'cft le jugemenc
de la Synagogue lors qu'elle
condamna] ES us-Christ,
^ dcclara par confequenc
F
112. Conférence avec M. Claude
qu'il n'efloit point le Meflie
promis par les Prophètes.
Dites - moy , Monfieur , un
particulier qui eût cru alors
que Noftre Seigneur eftoic
le vray Chrift, n'eût -il pas
mieux jugé que tout le ref^
te de la Synagogue enfem^
ble? Voilà donc un cas in -
dubitable où Ton peut fans
préfomption faire ce que
vous trouvez fi préfom-
ptueux. En effet, pourfui-
vit-il, ce n'eft pas une pré-
lomption de ne pas donner
à rtglife ce qui n'appar-
tient qu'à Dieu feuL On ne
iuy peut rien donner de
plus grand , que de le croi-
re à l'aveuo-le comme vous
voulez qu'on croye l'Egli-
î., Cor. I. u.
fur U matière de l'E'^ll/e. iij
le. Mais vous fçavcz que
Saine Paul , pour ic mouis
autant infpirc que IXglifc,
ne laiflTc pas de déclarer
aux Coruithiens qu il ne 'veut
f oint dominer fur leur F oy. L'E-
glifc le doit encore moins
faire que luy. Il ne faut
donc pas la croire fimple-
ment fur fa parole j il faut
examiner après clic, & fc
lervir de fa raifon, comme
firent ceux de Bcroée, qui A£\. xvii
cxaminoient les Ecritures,"'
pour voir fi les chofes y ef-
toicnt comme Saint Paul
les avoit prefchées.
Quand M. Claude fe fut
tcû , Voilà, dis-jc, bien des
chofes : mais il ftut premiè-
rement reprendre cet exem-
Fn
Î14 Conférence avec M. Claude
pie inconteftablc que vous
nous avez promis. Sur cela je
luy remontray que TEglifc
Chrefticnne avoit de grands
privilèges au dellus de la
Synogogue, mefme à conli-
derer la Synagogue dans le
temps de fa plus grande
o-loire : mais fans parler de
cela, que c'eftoit une étran-
irechofe de comparer la Sy-
nagogue tombante, au point
où fon endurciffement ô^
fa réprobation eftoit mar-
quée clairement par les Pro^
phetes, avec TEglife Chref-
ticnne, qui ne doit jamais
tomber. Mais enfin , Mon-
f leur 5 reprit -il 5 on euft pu
faire alors à ce particulier
le mefme armmcBt que
fur Li wAtiere de l'Eo^Uf?. n^
vous nous faites. Allctrucr
ics Prophéties, ce n choit
îicn 5 car c'cfloit de Tappli-
cation de ces Prophéties à
Jésus - Christ que b
Synagocrue doutoit. Ainfi un
particulier ne pouvoit plus
croire en J E sus-C h ri s t,
/ans cron-e en mefmc temps
qu'il entendoit mieux !'£-
Cîiru.rc que toute h Svna-
goguc; & voii:i l'argument
qî-ic vous nous faites.
II y avoit peu de monde
dans la Conférence, (5c tous
ciloicntHuguenots,cxcept6
Alidame la Marefchale de
Lorge. Je vis deux de ces
Meilleurs fc regarder en
cet cndroitlun l'autre avec
tomphifance. Je fus touche
Fiij
ïiê Conférence avec M, Claude
qu'un raifonnement fi vifi-
blcmcnt mauvais fift une
telle impreiîion fur ces ef-
prits; ë£ je priay Dieu de
me faire la grâce de détrui-
re par quelque chofc de
net la comparaifon odieufe
qu'on faifoit de fon Eglife
toujours bien-aimée avec la
Synagogue infidèle, dans le
moment qu'il avoit marqué
pour la répudier.
Vous dites donc , Mon-
fieur, dis -je à M. Claude,
que l'argument que je fais
peut autorifer l'erreur des
particuliers qui condam-
noient Jésus- Christ
fur la foy de la Synagogue,
&: au contraire condamner
de préfbmption ceux qp^-
fuY II matière de l'Eo^li/ê. îiy
cruiciic Jésus- Christ
fcul pkiftofr que la Synago-
gue coucc entière. Oûï^
Monlicur, la ciiofe eft ain-
il; & il répéta de nouveau
fon raifonnemcnt. Voyons,
dis-je 5 fi mon argument a
cette malheureufc conic^
quence. Il confifte à dire,
Monfieiir, quVn niant l'au-
torité de l'Eglife , il n'y a
plus de moyen extérieur
dont Dieu Te puille fcrvir
pour dilfiper les doutes des
ignorans ,cV infpirer aux Fi-
dèles rhumilité ncceflairc.
Afin qu'on puft faire un tel
argument du temps que
1 E s u s - C H R I s T fut con-
damné, il faudroit dire qu'il
n yavoit alors aucun moyen
F inj
xtî Conférence avec U. Claude
extérieur , aucune autorité
certaine à laquelle on deùc
necelTaircment céder. Or,
Moniîeur , qui le peut dire,
puis que ] e s u s^C h R i s x
eftoit fur la terre , c'eft à di-
re, la vérité mefme qui pa-
roiffoit viiîblement au mi-
lieu des hommes, le Fils E-
ternel de Dieu , à qui une
voixd'enhaut rendit témci-
gnacre devant tout le peu-
^irtu.îii. 17. pie , Cefi icy mon fis bien ai-
mé, écoutez.-lej qui pour con-
jErmer fa miffion reflufci-
toit les morts, guerilToit les
aveugles-nez, & faifoit tant
de miracles , que les Juifs
confeffoient eux - mefme s
que jamais homme n'en a-
XQit tant fait l H y avois,
fttY II mdtlere de lËgUfe. ri<y
donc , Monlîcur , un moyeu
cxccncLir,unc auconcc viii-
blc. Mais clic cftoit contcfl
rcc : il cic vray , mais elle
cftoit infoilliblc. Je ne pré-
cens pas , Moniieur , que
rautoncc dcrEglifc ne ioit
jamais contcftcc; je vous c-
coutc^vouS) Monlîcur , qui
la conccftcz : mais je dis
qu'elle ne doit pas l'eftrc
par les Chrétiens. Je dis
qu'elle eft infaillible; je dis
qu'il n'y eiic jamais aucun
temps où il n'y ait cia fur
la terre une autorité tI-
fiblc dsH parlante à qui il
faille céder. Avant Je s u s-
Ch r 1 s T, nous avions la Sy^
jiagogue -, au point que la'
Synagogue dcvoit défaillir ^
ip Conférence avec M. Claude
] E s VI s-Ch r I s t parut luy^
mefme y quand Jésus-
C HR iST s'cft retiré , il a
laifle fon Eglifc à qui il a
envoyé fon Saint Efprit.
Faites revenir Tesus-Christ
enfeignantj prefchant, fai-
fant des miracles , je n ay
plus befoin de l'Eglife : mais
aufli cftez-moy l'Eglife, il
me faut Jes us-Christ
en pcrfonne parlant , pref-
ehant , décidant avec des
miracles àc une autorité in-
faillible. Mais vous avez fa
parole. Oui fans doute nous
avons une parole fainte &:
adorable , mais qui fe laiffe
expliquer &: manier comme
on veut, ô£qui ne réplique
rien à eeux qui remendent:
fur Lî matière de tEgUfe. lyr
mal. ]c dis qu'il faut un
moyen extérieur de le ré-
foudre fur les doutes, & que
ce moyen foit ccrtam. Et
fans recommencer les rai-
fons dcja alléguées, mainte-
nant qu'il ne s agit que de
repondre àvoftre objection
fur l'erreur de la Synaeo-
gue qui condamnoit JE s u s-
C H R I s T , je dis que tant
s'en huit que vous puiilicz.
dire quil n'y eût point a-
lors de moyen extérieur af^
feure ni d'autorité parlan-
te à laquelle il filluil fou-
mettre fon jugement, il y
en avoit une, la'plus h.iute &:
la plus mfaillible quifufc]a-
mais,qui eft celle de j e s u s-
C H R I s T i & ainfi qu^il n'y
F vj
j}2. Conférence avec M, Claude
eût jamais de temps où Ton
pvift moins faire Targument
4ont je me fervois contre
les Proteftans 5 qui eft qu'ils
manquent d'un moyen ex-
térieur infaillible pour ter-«
miner les doutes fur les E-
critures.
Apres que j'eus dit ces
choies, je fentis qu'il n'y
avoit rien à me répliquer.
En effet j on ne me dit mot
fur tout cela 3 quoy-que je
me teialTe pour écouter ce
qu'on auroit à répondre.
Je ne veux pas dire par
là que M. Claude foit de-
meure muet. C'eft un cifet
qu'il ne faut gucres atten-
dre dans les conférences de
cette nature. Il répéta qucL
fliY II m.tture de l'ËgliJe. Ij;:;
que chofc de ce qu'il a-
voit dcja die , ^ infiila de
rioiivcau fur ce que l'Apof-
rrc luy-mcimc avoir décla-
ré, qu'il ne domirioit pas fur-
ies confcicnces.
Je fus ravi qu'il revinft
à ce partage que j'avois cii
dcilcm d'expliquer d'abord;;
mais il flilluc aller au plus
preifc, qui cftoit l'exemple
de la Synagogue. Cela cf-
tanc hiic, je demandayfeu-
Icmcntà M.Claude fi quand
TAportrc avoir dir aux Co-
linrhiens, Nous ne dominons
fds fur voflrc Foy^ il vouloir
dire qu'il falloir examiner
^iprcs luy. Il vir bien que
non^ &: l'avoua. Je conclus ::
LM'glifc^ MonfiGur, ne prc-
Î34 Conférence avec M\CLitids
tend ne n fias dominer à la
foy, quand elle veut quon
Fen creye dans fes déxi-
fions, parce quelle ne fe
donne pas cette autorité par
elle^nv^fmej non plus c^m
Saint Paul , mais au Saint
Eiprit qui rinfpire. Vous
égalez donc^ dit M.Claude,
à Saint Paul auteur de ré^
relation 3 l'Eglife qui n'en
cft que finifl.: interprète.
Non, Monfieur^repartis-je,
je n'égale pas l'Eglifc à
Saint Pcîulî mais je dis que
prétendre qu'on en doive
cflre cru fans examiner .
quand on croit 2ip\' feule -
ment comme un inftrnment
dont le Saint Efprit fe fert,
ce n eft pas dominer fur la
fur la matière de l'EgU/c. 155-
conllicncc, comme l'exem-
ple de Saint Paul le dé^
montre. Au rcftc, je ne pré-
tends pas égaler l'autorité
de l'Eglifc à l'autorité A-
poftolique. Les Apoftres ef-
toient auteurs de révéla-
tion , comme vous l'avez
fort bien ditj c cft à dire,
qu'ils avoient rcccû les pre-
miers les veritcz qu il plai-
foit àDieu de révéler de nou-
veau : l'Eglife n'eft qu in-
terprète &déporitaire. Mais
en fauvant cette différence
cflcntielie entre les Apof-
tres &: l'Eglife, je dis que
f Eglilc eft autant infpircc
pour interpréter, que les A-
poltres pour établir; &:quc
tenant la grâce d'interprc-
^yê Conférence avec M. Claude
ter du mcfme Efprit, qui a
donne la première révéla^
tion aux Apoftres , elle ne
domine non plus fur les
confeiences en interpré-
tant, que les Apoftres en cta-
bliftant: mais que les uns
iiC les autres y font domi-
ner le Saint Efprit, félon la
inefure qui eft donnée à
chacun. Il faudroit prou-
ver, dît M. Claude, que
l'Eglife a receû une pareil-
le grâce. Il ne faut point
prouver, repris-je auffitoft^
il faut feulement montrer
que le paflage que vous aU
Icguez ne conclut pas.
A cela il ne fut rien dite
MaiSj (i je m'en fouviens
Ibien^ M. Claude exagéra
(ur la 7nAticre de t'EgUfe. 137
lin peu, combien il cfloii:
ttranirc que nous vouluf-
fions obliiicr les hommes
<î croire 1' Ee;li ic comme
Dieu mefmc ilir la iunple
parole 5 lans le Icrvir pour
mterpreter l'Ecriture Sain-
te de la rai Ton que Dieu
meime nous avoir donné :,-
que ce n'cftoit pas ainlî
qu'avoienr fait ceux de Bc-
riKC ; ^ que l'Apoilire, fé-
lon nous, auroit eu e;rand
tort de leur lailler examiner
les prédications.
Je répondis qu'il y avoic
une extrême diîïercnce en-
tre les Fidèles déji enfans
de rE^j;liic ^ loumis à ion
autorité, &: ceux qui dou-
loicnt encore s'ils entre •
îj8 Conférence avec M. Claudi
roient dans fon fein : que
ceux de Bcroée cftoient
dans ce dernier eftat^ àc
que rApoftre n'auroit eu
garde de leur propofer l'au-
torité de l'Eglife dont ils
doutoient : mais que ce n'ef-
toit pas de la mcfme forte
qu'on avoir inftruit les fidè-
les après le Concile de Je-
rufalem. Là les Apoftres
décident par l'autorité du
Aa.xv.z8. Saint Efprit: Il a fcmblébon,
difcnt-ils , au Saint Ej}rit o*
à nous» Que font après ce-
la Pavil & Siîas porteurs de
la lettre du Concile > Us
^ei. XVÏ.4. farcouYotent Us Eglifes, com-
me il rft écrit dans les
AéVes : Qu^^y , pour y faire
examiner le Décret du Con^
fur U màîuYedel'Eglife. 139
cilc de Jcrufalcm r C'eût cf-^
té examiner après le Saint
Efprit mermc. Quoydonc?
Ils farcouroicnt les Eglifis ,
leur enfeignant de garder ce
qui avoit cjlé jugé par les A^
Vo fixes & les Anciens dans
'^erufdlem. Voila l'ordre : l'c^
\amen dans le Concile \
robciiTance fluis examiner
après la dccifion; l'examen
à ceux de Beroce , c'eil à
dire , à ceux qui n'eftant
point dans l'Ec-life , n'ont
point encore d autorité qui
les rco;lc ; i ou million fans
examiner à ceux qui cftant
dc].i dans rE<j,lire , n'ont
quà écouter f.^s dxrcts.
C ' c 11 1 a 1 c u r b on Ii c u r d ' e ft r c
d.ip.s un corps qui conduit
Î40 Conférence avec U. Claude
par le Saint Erprit,ne fe pui f-
ie jamais tromper, & d'efhre
délivrez par là du pcrii d'un
examen dont la fui icroit
peut-eftrc Terreur.
Il y avoit dcja prés de
quatre heures que la Con-
férence duioit. J'avois dcja,
de l'aveu de M. Claude , u«
ne des propolkions que je
voulois luy faire ccnfellcr,
c'eft à dire, que chaque par-
ticulier doit croire qu il peut
mieux entendre l'Ecriture
Sainte que les Conciles u-
niverfels &rque toutlerefte
del'Eghfe. Il falloit encore
qu'il avouaft l'autre propo-
rtion non moins importan-
te ; & voicy comme Dieu l'y
€€)nduifit.
fur h matière de l'Ëgli/e, 141
Comme il avoir beaucoup
parle de cette dominatioa
de rEglifcfar lesconfcien-
ces, répétant trois ou quatre
fois que nous luy rendion<;
le refpea qui n'elloit dcii
qu'à Dieu feul, quand nous
la croyions {ans examiner,
je dis qu'il ne talloit point
trouver ii étrange une cho-
fe qu'ils failoient aulli-bien
que nous i&: fur cela je dc-^
manday fi un Fidèle qui re-
cevoit la première fois des
mains de TEglife l'Ecriture
Sainte, cftoit obligé à dou-
ter , & en fuite à examiner
file livre qu'elle luy mettoit
en main eftoit véritable-
ment infpiré de Dieu ou
non. Si ce Fidclc cxamiiit
i^T^Conference avec M. Claude
&: doute, il renonce à la Foy j
^ il commence la lecture
de l'Evangile par un a£te
d'infidélité i &: s'il ne doute
pas, il reçoit donc fans exa-
miner l'autorité de l'Eglifc
qui luy prefente l'Evangile.
A cela voicy la réponfe de
M. Claude. Le Fidcle que
vous fuppofez qui n'a pas leù
l'Ecriture Sainte, &: à qui on
la met en main , à propre-
ment parler, ne doute pas, il
ignore: il ne fçait ce que c'eit
que cette écriture qu'on luy
dit eftre infpirée de Dieu.
Il a oui dire à fonPere&rà
ceux qui l'ont inftruit qu'el-
le eftoit divinement infpi-
rée : il ne connoift encore
d'autre autorité que celle-là ;
fur la matière de l'Bglife. 145
6^ pour ce qui efl de TEcri-
turCjil ne fçaicceque c'eft.
Aiuli on ne peut pas dire
qu'il foie infidèle ni incré-
dule. Et je vous prie, Mon-
lieur, dit - il , que je vous
flillc fur TEglife le mefme
argument que vous me fai-
tes fur l'Ecriture. Le Fidèle
a qui on propofe l'autorité
de rEo-life , ou il la croit
fans examiner, ou il en dou-
te. S'il doute, il cft infidèle:
s'il ne doute pas, par quelle
autre autorité cll-il afïcùré?
L'autorité de l'Eglifc cft-ce
une chofc évidente par clle-
mcfme, &: ne faut-il pas la
trouver par quelque exa-
men? Voilà vofhre difficulté
que vous avez à foudre
l^^Confennce âvcc U. Claude
ûullibien que moy : ou quit-
tons-la tous deux, ou la ré-
folvons tous deux enfem-
ble. Je vous déclare pour
moy, que je répondray pour
l'Ecriture ce que vous me
répondrez pour TEglire.
]e vous entens, répon-
dis - je : mais avant que je
vous explique comment le
Clireftien croit à TEglirc ,
il faut bien établir le fait
dont il s'agit. N'eft-il pas
confiant, Monfieur, parmi
vous aufli-bien que parmi
nous, que lors qu'on mon-
tre l'Ecriture Sainte aux en-
fans qu'on élève dans l'E-
glife , on la leur montre
comme un livre infpirc de
Dicu \ U je demande s'ils
fur U matière de l'Egli/e. r4f
ne peuvent pas quand on
leur en fait lire quelque
chofe , avant que de com-
mencer , faire cet acte de
foy : "fe CYoy certainement
que ce que je m'en v^ li*
re cft U farole de Dieu ? M.
Claude répondit icy, que
ceux dont je luy parlois n*a-
voient point encore de foy
divine fur l'autorité de TE-
criture , mais une fimple
perfuafion humaine fondée
lur la déférence qu'ils a-
voient pour leurs parcns,6^
qu'ils n cftoicnt que Cate-
cumenes. Catecumcncs ,
Monfieur,'il ne faut pas s'il
vous plaift parler ainfi. Ils
font Chrcftiens , ils font
bapcifcz ; ils ont en eux le
G
14^ Conférence avec M. Claude
Saint Efprit &: la Foy infu-
li 5 ils font dans l'alliance,
£blan vous -, ils ont reccû le
Baptefme comme un fceau
<le ralliancc à laquelle ils
font admis ; & comme l'al^
ijancc eft fcellée en eux par
ce fceau extérieur du Ba-
ptefme, le Saint Efprit la
îçelle intérieurement dans
leurs coeurs. Recoiinoiffez
voftre dodrine. Sur cela ,
4ît Monfieur Claude, vous
l^avez qu'on pourroit con-
tefter ; mais j'avoue ce que
vous dites. Et bien donc,
s'il eft ainfi, repartis-je, ils
font par la grâce du Sainç
Efprit &: la Foy infufe, en
eftat de faire un aûe de
foy quand la Foy leur fera
furU matière de l'BgUJe, T47
prcfchcc; &: je demande (î
quand on leur montre l'E-
criture reconnue par toute
l'Eglife pour parole infpi-
rée de Dieu , ils ne font
pas en cftat de faire avec
toute l'Eglife cet ade de
foy : Je croy que cette Ecri-
ture efl la parole de Dieu ^
comme je croy que Dieu efl,
M. Claude ne voulut ja-
mais avouer cela, &: il ré-
pondit toujours qu'ils n'a-
voient encore fur T Ecritu-
re qu'une perfuafion hu-
maine , &: que la foy divi-
ne ne leuren viendroitquc
lors quils Tauroient Icuc,
S'ils n'ont, dis -je, qu'une
perfuafion humaine , ils
n'ont (ju'unc perfuoiion
G ij
14? Conférence anjec 14, Claude
douteufe; ^ par confequenc
ils doutent de ce qui eft
félon vous tout le fonde-
ment de la F oy : en un mot ,
ils font infidèles. Non, dît-
il, ils font fimplement igno-
rons 5 & il faut bien que
vous en àiÇitz autant de la
foy qu'on a en TEglife : car
ce n'eft pas une affaire de
petite difcuffion, de difcer-
ner quelle eft la vraye Egli-
fc, & avant qu'on foit en
cftat de le fçavoir par foy-
mefmejon l'ignore; ou Ton
n'en a tout au plus qu'une
firnple perfuafion humaine
fur la foy de fes parens . Ainfi
encoreunefois ce que vous
direz fvir l'Eglife, je vous le
diray fur l'Ecriture. Voyons^
fur U matière de tBgUfe. Î49
Monficur, repris-je, (i vous
le direz 5 ou fî vous aurcr
raifon de le dire. Vous
m'avouez donc qu'unCliref^
tien baptifc, qui n'a pas Icû
ni entendu lire TEcriture
Sainte, n'eft pas en cftat
de faire cet adc de foy „-
Je cYoy que cette Ecriture efi U
farcie de Dieu , corr^me je croy
ijue Dieu efi. Voilà un ter-
siblc inconvénient ; qu'un
Fidèle ne puiiTe pas faire
un ade de foy fi effentiel.
Cela n'cft point parmi nous :
car le Fidèle qui reçoit
l'Ecriture Sainte des mains
de l'Eglife, fait avec toute
l'Eglife cet acte de foy:
Je croy y comme je croy qut
Vicf^ efi j que cette Ecriture
G iij
ijo Conférence 4vecM. CUude
efi la parole de celuj en qui jt
sroy Et je dis qu'il ne peut
faire cet ade de foy^ que
parlafoy qu'il a déjà à Tau-
torité de TEglife qui luy
prefente TEcriture. Il faut
icy, pourfuivis-jc, expliquer
à fond 5 mais fimplcment
toutefois, dans quel ordre
font inftruits les Chrefticns
de la vérité de l'Ecriture.
Je ne parle pas des Infidè-
les, je parle des Chreftiens
baptifez ; & je vous prie
qu'on remarque bien cette
diftindion. Il y a deux cho^
fes icy à confidcrer. L'une
eft: qui nous infpire l'ade
de foy par lequel nous
croyons l'Ecriture Sainte
comme parole de Dicui 6^
fur h matière de PEgli/e, i^t
nous convenons que c'eft
le Saint Efprit : fur cela nous
fommcs d'accord. L'autre
chofe à confiderer, c'cft de
quel moyen extérieur le
Saint Efprit fc fcrt pour
nous faire croire l'Ecriture
Sainte; & je dis que c'eft
l'Eglife. Qujiinfi ne foit, il
n'y a qu'à voir le Symbole
des Apoftrcs , c'eft à dire la
première inftrucVion que le
Fidcle reçoit : il n'a pas leii
l'Ecriture Sainte, &: déjà il
croit en Dieu, &: en J e s u s-
C H R I s T , & au Saint Ef»
prit, ^ l'Eglife Univerfelle,
On ne luy parle point de
l'Ecriture; mais on luy pro-
pofc de croire l'Eglife Uni*
vcrfclic aullicoft qu'on luy
G iiij
"îp Cenferenee ÂVêc U. Cîauât
propofe de croire au Saint
Efprit. Ces deux articles
entrent enremble dans fon
cœur, le Saint Efprit & l'E-
glife, parce que qui croit
au Saint Efprit croit auffi
neccflairement l'Eglife Uni«
verfelle^ que le Saint Efprit
dirige. Je dis donc que le
premier ade de foy, que
le Saint Efprit met dans le
cœur des Chreftiens bapti-
fez, c'eft de croire avec le
Père , le Fils , &: le Saint
Efprit, l'Eglife Univerfelle;
hc que c'eft - là le moyen
extérieur , par lequel le
Saint Efprit infinuë dans
les cœurs la foy de l'Ecri-
ture Sainte. Si ce moyen
ai'eft pas certaixi^ la foy ç0
fur U mAtiCYt de Vtglifi, lyj
rEcriturc fera par confc-
qucnc doutcufe. Mais com-
me le Catholique a toujours
trouve ce moyen certain,
il n'y a aucun moment ou
il n'ait pu dire : 'je croy ,
comme je croy que Dieu ejl,
que Dieu a parlé aux hom-
mes, & que cette écriture ejl
fa parole. Et la raifon pour
laquelle il peut flaire d'a-
bord cet a£te de foy, c'clt
qu'il n'a jamais douté de
l'autorité de TEglife , &:
que c'eft la première chofc
que le Saint Efprit luy a
mifc dans le cœur avec Ix
f oy en Dieu &: en Jésus*
Chr ist.
Quant à ce que vous me
demandez, comment il croie
G V
1^4 Conférence 4^'HM. Claude
à l'Eglife, ce n cft pas là pré-
ci fément noflre qucftion : il
fuffit que nous voyions qu'il
y croit toujours ^ puis que
c'eft: la première choie que
le Saint Efprit luy met dans
le cœur 3 &: que c'eft le
moyen extérieur par lequel
il luy fait croire T Ecriture
Sainte, écriture dont il n'a
garde de douter jamais, nuis
qu'il n'a jamais douté de
l'Eglife qui la luy prcfente*
Voilà, Monficur, noftre do-
ftrine; 6^ parce que cette
doftrine n'eft pas la vof-
tre, vous tombez neceflai-
rcmentdan:> rinconvenienc
que j'ay marqué : parce que
vous ne croyez pas l'auto-^
nté de l'Eglife comme une
fur la matière de l'EgliJe. ifj
choib qui ne peut man-
quer , on vous marque un
point où vous ne pouvez,
fane un a£l:e de foy fur TE-
cnturc , &: où par confe-
quentvouscclTez d'cftre ft-
dele.
M. Claude me dit icy que
l'enfant qui recitoitle fyn>
bole parloït comme un per-
roquet, fans entendre ce
qu'il difoit, &: qu'amfiilnc
falloit pas in fifter beaucoup
fur cela : ^ qu'au reftc j'a-
vançois gratuitement que
croire l'Eglife Univcrfellc
fufl le premier atSle de foy
que le Saint Efprit mcttoit
dans le cœur du Chreftiea
baptifé, pour luy infmuer
par ce moyen la foy en TE-
t^ê Conférence avec M, Claude
criture Sainte : enfin que je
ne répondois pas à ce qu il
fne demandoit fur l'Eglife,
ni comment nous commen-
cions à y croire j car, dît-il,
le Saint Efprit eft le princi-
pe de croire , ô^ non le mo-
tif de croire: qu'il falloit
donc que j'explicafTe com-
ment nous croyions à TE-
glife 5 &: par quel motif; ^
que de la manière dont j'en
par loi s 5 il fembloit qu.'on y
cruft par enthoufiafme éc
fans aucune raifon qui nous
induifift à le faire.
Je répondis fur cela que
je ne prétendois pas qu'on
cruft à l'Eglife par enthou-
fiafme s qu'il y avoit pour la
•îcconnoiftre 4ivers motifs
J%Y la mntiere de ttgU/e. \^J
de crcdibilicc que le Saine
Efprîtfuggcroit à fc s Fidè-
les comme il luy plaifoit;
qu'il ne les ignoroit pas,
mais qu'il n'eftoit pas quef-
tion d'en parler icy. Il s'a-
git de fçavoir, difois-je, fi le
moyen extérieur dont le
Samt Efpnt fc fert pour
nous faire croire l'Ecriture
Sainte, n'cft pas i'autoritc
de TEglife. Je ne parle pas
gratuitement quand je dis
que c'eft la première chofe
que le Saint Efprit met dans
le cœur des Chreftiens ba-
ptifez ; car dés le Symbole
on leur parle de l'Eglile U-
niverfelle,&; on la leur pro-
pofe à croire, fans leur par-
ler de r Ecriture. Il ne ierc
îjS Conférence avec M, Claude
de rien de dire que les en-
fans répètent d'abord com-
me des perroquets & le
Symbole &c le nom de TE-
glife Univerfelle. LaiiTons,
difois-je^le perroquet qui ne
parle que par mémoire : ve-
nons au point où le Chref-
tien a l'ufage de la raifon ^
&: où il peut faire un afte
de foy. Par où commence,
ra-t-il, fi ce n'eft par où on
a commencé de Tindruire?
Il croit donc l'Eglife Uni-
verfelle, avant que de croi-
re l'Ecriture. En effet, fai-
tes lire , je ne dis pas à un
enfant, mais à quelque hom-
me que ce foit^lc Cantique
des Cantiques , où il n'eft
parlé de Dieu ni en bien
fur U matière de tEglifé. î5'9
m en mal : de bonne foy^
il ne croit ce livre infpirc
de Dieu qu'à caufe de la
tradition, premièrement de
la Synagogue, &: féconde-
ment de TEglife Chreftien-
ne , c'eft à dire en un mot,,
par l'autorité de l'Eglifc U-
niverfelle. Mais tenons-
nous ànoilre point. Regar-
dons le Chreflien au mo-
ment qu'on luy propofe l'E»
criture Sainte comme paro-
le de Dieu. C'eft le Saine
Efprit qui le luy fait croi-
re ; nous fom^mes d'accord
de ce point : mais nous dif-
putons du moyen extérieur
dont le Saint Efprit fe fcrt .
]c dis que c'eft l'Eglife, puis
que c'eft clic en effet qui
ï^ô Conférence avec M. Claude
îuy propofe TEcriture Sain^
te; puis qu'il a crû l'Egli-
fe devant que d'ouir FE-
cricure; puis qucn ouvrant
TEcriture ^ il eft en eftat de
dire : Je croy cette Ecriture
comme je croy que Dieu eft.
Vous dites qu'il ne peut
pas faire cet adc de foy : il
n'eft donc pas Fidèle, &: fou
Baptefme ne Iuy fert de
rien. Il faut l'inftruire com-
me un Infidèle ^ en Iuy di-
fant : Voilk l'Ecriture que je
croy inîjirée de Dieui lis mon
enfant y examine y njoy fi c*esi
^ la vérité me/me ou une fable.
VEglife la croit inï^irée de
Dieu s mais l'Eglife fe put
tromper y & tu n'es fas en
tliat défaire avec elle cet a^t
fur h mâtiert de lEgUfi. ï6t
iie foy : Je croy , comme je croy
i^uc Dieu efiy que c'eft luy-
me/me qui a injpiré cette E-
criture. Si cette manière
d'inftruirc fait horreur aux
Chrefticns , &: mené ma-
nifeftement à l'impiété, il
faut que le Chreftien puif-
fc faire d'abord un ade de
foy fur l'Ecriture que TE-
glife luy propofc ; il faut
par confequent qu'il croye
que TEglifc ne fe trompe
pas en luy donnant cette
Ecriture. Comme il reçoit
d'elle l'Ecriture , il en re-
çoit d'elle -mefmc l'inter-
prétation , &: clic ne domi-
ne non plus fur les con-
fcicnces en obligeant tes
cnfans à croire fcs mtcrpre-
ïêi Côfiferenee anjec M, Claude
tarions fans examiner,qu'el-
ie y domine en les obli-
geant à croire fans exami-
ner l'Ecriture mefme.
Par cet argument, Mon-
fieur, reprit M. Claude ,
vous feriez conclure cha-
cun en faveur de fon Eglr-
fe. Les Grecs , les Armé-
niens, les Ethiopiens, nous-
mefmes que vous croye:^
dans Terreur, nous fommes
néanmoins baptifcz; nous
avons par îe Baptefme, ôi
le Saint Efprit &: cette foy
infufe dont vous venez de
parler. Chacun de nous a
reccû l'Ecriture Sainte de
l'EgUfc où il a eflé baptifé:
chacun la croit la vraye E-
glife énoncée dans le Sym»
fur là ntâtiCYt dt l'ÊgUje. i&^
bolc ; bc dans les commcn-
ccmcns on n'en connoifl
pas me (me d'autre. Que il
comme nous avons receu
fans examiner l'Ecriture
Sainte de la main de cette
Eglife où nous fommcs , il
nous en faut auffi comme
vous dites recevoir à l'a-
veugle toutes les interprc*
tarions , c'cft un argument
pour conclure que chacun
doit demeurer comme il eft,
&: que toute Religion cil
bonne.
C'eftoit en vcritc ce qui
fc pouvoir objcfter de plus
fort ; &: quoy -que la folu-
tion de ce doute me paruft
claire, i'cftois en peine com-
Uicnt je pourrois la rendre
i€4 Conférence avec M. Claude
claire à ceux qui m'écou-
toient. Je ne padois qu'en
tremblant, voyant qu'il s'a-
giffoit du falut d'une ame^
^ je priois Dieu qui me
faifoit voir fi clairement la
vérité, qu'il me donnaft des
jparoles pour la mettre dans
fon jour : car j'avois à fai-
re à un homme qui écou-
toit patiemment, qui par«
loit avec netteté ô£ avec
force , &: qui enfin poufibit
les difficultez aux dernières
prccifions.
Je luy dis que première-
ment il falloit diftinguer
îcur caufe d'avec celle des
Grecs , des Arméniens , bc
des autres qu'il avoit nom-
mez , qui errent à la vérité
fur là mâture de l'BgUfi. i6^
en ce qu'ils prennent une
faulVe EgliTe pour la vraye
Eirlife ; mais qui croycnc
du moins comme indubita-
ble, qu'il faut croire à la
vraye Eglife quelle qu elle
foit , &: qu'elle ne trompe
jamais Tes enfans. Vous cf-
tcs, luy difois- je, bien plus
à l'ccart; car je vous puis
reprocher, non feulement
que comme les Grecs &: les
Ethiopiens vous prenez une
fauife Eglife pour la vraye;
mais ce qui eft incontcfla-
ble, àc ce que vous nous
avouez , que vous ne vou-
lez pas mefme qu'on cm
croye la vraye. Apres cette
diftinction qui m'a femblc
ncccflaircj venons à voftre
t^6 Conférence avec M. Claude
difficulté. Diftinguons dans
la croyance des Grecs, &:
des autres fauflcs Eglifesce
qu'il y a de vray , ce qu el-
les ont de commun avec la
vraye Eglife Univerfelle, en
un mot, ce qui vient de
Dieu d'avec ce qui vient
de la prévention humai-
ne. Dieu met par fon Saint
Efprit dans le cœur de ceux
qui font baptifez dans ces
Eglifes, qu'il y a un Dieu
^ un Jesus-Christ &:
un Saint Efprit. ]ufques icy
Terreur n'y eft pas ; tout
celaeft de Dieu: n'eft-il
pas vray? Il en convint. Ils
croyent qu'il y a auffi une
Eglife Univerfelle : n'ont-
ïh pas raifon en cela, ^
fit ta matière de l'EgllJe. 1^7
n'cft-cc pas une vérité ré-
vélée de Dieu qu'il y en a
une en effet? J'attendis Ta-
veuj &: après qu'il eût eftc
donné , j'ajoullay que les
Grecs &: les Ethiopiens cf-
toient difpofez à croire fans
examiner tout ce que la
vraye Eglifc leur propofoit.
C'eft ce que vous n'approu-
vez pas, Monfieur: en cela
vous vous éloignez de tous
les autres Clîi'eftiens qui
croyent unanimement qu'il
y a une vraye Eglife qui ne
trompe jamais fes enfans.
Moy qui croy cela avec eux,
je compte cette croyance
parmi les cliofes qui vien*
nent de Dieu : mais voicy
oùcon-unenccntlcs prcvcn-
i<^8 Conférence avec M. Claude
dons humaines. C'eft que
ce baptifé féduit par fes pa-
rens ^ par fes pafteurs,
croit que l'Eglife où il eft,
cft la véritable , àc il attri-
bue en particulier à cette
fauffe Eglife tout ce que
Dieu luy fait croire en gé-
néral de la vraye. Ce n'eft
pas le Saint Efprit qui luy
met cela dans le cœur : n'eft-
il pas vray l II eft vray fans
«doute. En cet endroit il
commence à croire mal. Icy
<îonc commence Terreur j
icy la Foy divine infufe par
le Baptefme commence à
périr. Heureux ceux en qui
les préjugez humains font
joints à la vraye croyance
^ue le Saint Efprit mec
dans
fîir la matière de Itglife, r^9
dans le cœur. Ils font
exempts d'une grande ten-
tation & de la peine terri-
ble qu'il y a à diftingucr
ce qui eft de Dieu dans la
Foy de leur Eglife, d'avec
ce qui eft des hommes. Mais
quelque peine qu aycnt les
hommes à diftinguer ces
chofcs, Dieu les connoift
&: les diftingue ; &: il y au-
ra une éternelle différence
entre ce que fon Saint Ef-
prit met dans le cœur des
haptifez quand il les difpo-
fe intérieurement à croire
la vraye Eglife, bc ce que
les préventions humaines
y ont ajouftc en attachant
leur cfprit à une fauffc E-
gliic. Comment ces bapti-
H
ï7o Conférence avec M. Claude
fez pourront dcmefler ces
choies dans la fuicc, bc par
quels moyens ils peuvent
fortir de la prévention qui
leur a fait confondre l'idée
de la fauiTe Eglife où ils
font, avec la Foy de la vray e
Eglife que le Saint Efprit
leur a mife dans le cœur a-
vccle Symbole, ce n'eft pas
de quoy il s'agit j ô^ il fuffic
que nous ayons veu dans
tous les baptifez une croyan-
ce de r Eglife qui leur vient
de Dieu didinguéc de la
pcnfcc qui leur vient des
hommes. Cela eftant , je
foufticns qu à cette croyan-
ce de l'Eglife que le Samc
Efprit nous met dans le
cœur avec le Symbole, efl
fir h matière de l'EgUJe, tyi
attachée une ferme foy,
qu^il faut croire cette Etril-
le aulli certainement que le
Saint Efprit à qui le Sym-
bole mcfme la joint immé-
diatement i ^ que c'eft à
caufe de cette foy à TEfrli-
fc que le Fidèle ne doute
jamais de l'Ecriture.
Je m'arreftay un moment
pour demander fi on m'en-»
tendoit. M. Claude répon-
dit qu'il m'entendoit par-
faitement. Et fi cela eft,
Kiy dis-jc, vous devez voir
l'inconvénient où vous jet-
te voftrc croyance, &: vouv
devez voir aulli que j? n'y
luis pas dans la mienne.
Vous dites que non -feule-
nicnp il ne faut pas crou'c
X72- Conférence âvccM, Claude
la faufle Eglife, mais quii
ne faut pas mefiiic croire
la vraye , fans examiner ce
quelle dit; & vous parlez
en cela contre tout le refte
des Chreftiens. Mademoi-
felle de Duras interrompit
en ce lieu: Voilà, dît -elle,
à quoy il faudroit répondre
par où'i &: par non. Je le
dis en effet, reprît M.Clau-
de , & je n'ay point hcfité à
le dire d'abord.Tant mieux^
repartis -je: on va bientoft
voir qui a raifon de nous
deux, bc en Teftat de clar--
té où les chofes ont cite
mifes par nos difcours ré-
ciproques, le foible paroii-
tra bientoft de part ou d'au-
tre. Des que ^ous^ pofez
fîir U matière de l'E^lifè. ly^
pour certain qvic rEglifc,
mcdnc la vrayc, nous peut
tromper, le Fidclc ne peut
pas croire fur la feule fov
de TEglifc que f Ecriture
cft la parole de Dieu. Il le
peut croire d'une foy hu--
maine, reprit M. Claude^
mais non pas d'une foy di-
vine. Or la foy humaine ,
->rcpris-je, eft toujours fau-
tive & douteufe: il doute
don.c il cette Ecriture cft
infpircc de Dieu ou non.
M. Claude me pria icy de
me fouvcnir de ce qu'il m'a-
voit déjà dit, qu'il n'cftoic
pas dans le doute , mais
dans l'ignorance. Comme
un liomme, dît-il, qui ne fc
connoill pas en diamans^
H lii
î 74 Conférence avec M. Claude
qu'on Iiiy demande , en luy
en montrant quelqu'un^ s'il
croit ce diamant bon ou
mauvais ; il n'en fçait rien ,
èc ce qu'il a n'eft pas un
doute, mais une ignorance.
De mefme^ quand un maif«
tre enfeigne quelque opi-
nion de philofophie , le dif-
ciple qui ne fçait pas enco-
re ce qu'il veut dire , n'a
pas de doute formel; il eft
dans une fimple ignorance,
Ainfi en eft - il de ceux à
qui on donne la première
fois l'Ecriture Sainte. Et
moy , dis - je , je foufliens
qu'il doute , & que ccluy qui
ne fe connoift pas en dia-
mans doute fi celuy qu'on
^uy prefente eft boa oumau-
fur la matière de Hlglife, 17 j
vais , &: que le difciplc dou-
te avec rai Ton de tout ce
que luy dit l'on maiftre de
philofophic jufqu'à ce qu il
y voye clair, parce qu'il ne
croit pas fon maiftre infail-
lible ; &: que par la mefmc
raifon, ccluy qui ne croie
pas l'EgliTe infaillible, dou-
te de la vérité de la parole
de Dieu qu elle luy propo-
fc. Cela s'appelle ignoran-
ce, ^ non pas doute, di-
foit toujours M. Claude i &^
moy je fis cet argument.
Douter c'cft ne fçavoir pas
fi une chofe eft ou non :
IcChrcftien dont nous par-
lons ne fçaitfi l'Ecriture eft
véritable ou non; il en dou-
te donc.Dkcs-moy, qu'eft-
H iiij
17 6 Conférence Avec M.Claude
ce que douter, fi ce n'eft
ne fçavoir pas lî une chofc
cft au non? A cela nulle ré-
ponfe, finon que ce Cliref-
tien ne doutoit en aucune
forte de l'Ecriture , mais
qu'il l'ignoroit feulement.
Mais, difois-je, il n'eftpas
comme un Infidele.qui n'en
a peut-eftre jamais ouï par-
ler. Il fçait que l'Evangile
de Saint Mathieu & les E-
piftres de Saint Paul font
Icxxés dans l'Eglife comme
parole de Dieu, &: que tous
les Fidèles n'en doutent
pas. Peut -il croire avec
eux auflî certainement qu'il
croit que Dieu eft, que cet-
te parole eft infpirée de
Dieu > Vous avez dit qu'xl
Jur la matière de lEglifè, ijy
ne peut pas faire cet aclc
clc foy : qui ne peut fau'C
un aftc de foy fur un arti-
cle qu'on luy propofe, fliic
du moins pour ainiî parler
un aftc de doute. M. Clau-
de rcpondoit toujours, qu'il,
cftoit dans une pure igno-
rance. Et bien laid'ons-là
les mots : il n'en doute pas
(î vous voulez; mais il ne
fçait fi cette Ecriture eft
une veritc ou une fable ; il
ne fçait fi TEvangilecdunc
hiftoire infpircc de Dieu ^
ou un conte invente par les
hommes. Il ne peut donc
pas fur ce point faire un
aftc de foy divine, ni di-
re : Je CYoy y comme Dieu ejî^,
que l'Evangile efl de Die^
H V
1 7^ Conférence avec M, Claude
nie/me. N'avouez- vous pas
qu'il ne peut faire cet a-
de, &: qu'il n'a autre cho-
fe qu'une foy humaine? 11
avoua encore franchemenc
qu'il n'y connoilToit autre
chofe. Hé bien, Monfîeur^
c'eft afTez. Enfin donc il y
a un point où tout Chref-
tien baptifé ne fçait pas il
l'Evangile n'eft pas une fa-
ble : on luy donne cela à
examiner : voila où il en
faut venir quand on donne
à examiner après l'Eglife.
On peut difcourir fans fin :
nous avons tout dit de parc
&: d'autre , 5.:: on ne fe -
roit plus que recommencer.
C'eft à chacun à examiner
en fa confcience comment il
fur U matière de lEglifc, ly^^
peut (ouftcnir qu'un Chrcf-
ncn baptifc doive avoir elle
un moment ilins fçavoir fi
l'Evangile cft une vente ou
une fable , ^ qu'il faille
entre les autres queftions
qu on peut faire dans la vie,
luy donner encore celle-là
à examiner. U me parut à
la contenance de Mademoi-
felle de Duras qu'elle m'a-
voit entendu : j'attendis
pourtant un peu j ^ M.
Claude fe leva.
Mademoifelle de Duras
fc leva avec nous , &: nous
dit en s'approchant : Mais je
voudrois bien avant qu'on
fe retiraft, qu'on dift quel-
que chofe fur la fcparation.
La chofc eft faite, luy re-
H vj
iSo Conférence avec M. cUudt
partis-je. Du moment qu il
cft certain qu on ne peut
examiner après l'Eglife fans
tomber dans un orgueil in-
fupportable, &: fans clouter
de l'Evangile, il n'y a plus
rien à dire. Chacun n'a plus
qu'à confiderer s'il veut
qu'on doute un feul mo-
ment de l'Evangile , &: en-
core s'il fe fent capable de
mieux entendre l'Ecriture
que tous les Synodes du
monde , & que tout le ref -
te de l'Ecrlife univerfelle.
Mais, puis que Mademoi-
felle fouhaite quelque par-
ticulier éclaircilTement fiu*
la féparation , je vous prie ,
dis-jeàM. Claude, don-
jncz, « moy encore un mo-
furU matière de tEglife. i%\
ment. Je vous vas propofcr
des £ucs cilcnticls dont U
faudra, ii je ne me trompe,
que vous conveniez bien-
toll:. Je vous demande, Mon-
iieur, fi les Ariens fe font
Icparez de l'Eglifc , &: iî
leur fcde quand clic parut
n'eftoit pas nouvelle? Us ne
fe font pas, dît -il, feparez
de l'Eiîlife ; ils l'ont cor-
rompue. Il fe mit a reprc-
fenter avec beaucoup d'e-
xagération , comme ils a-
voient entrai fnc toute l'E-
glife. Cela n'eft pas ainfi,
Monficur: vous fçavez que
Saint Athanafc, Saint Bafi-
le , Saint Grégoire de Na-
zianz'^ , tant d'autres faints
Evcfques tenoient pour la.
lîi Conférence avec M, Claude
veritc^ &: qu'un grand peu»
pie les fuivoit. Vous fçavez
que tout l'Occident, & Ro-
me mefme, malgré la cheû-
te de Libérais, eftoit ortho-
doxe. Mais laiffons tout
cela, luy dis-je; en quelque
nombre qu'ils fe foient fe»
parez , il y avoit une Eglife
devant eux avec qui ils ont
rompu , &: contre qui il s
ont fait une autre Egli -
fe. Non, dît -il, ils f'ont
corrompue. Hé , Monfieur,
quelle difficulté eft - ce là?
Tous les hérétiques ne fc
font jamais feparez qu'en
corrompant quelques - uns
des enfans de rEghfe , àC
fe feparant avec eux de TE-
glife où ils avoient tous efté
fur Lt matière de FEglife. 1S5
bapcil'cz. Mais enfin diccs-
moy, Monficur, la fcdc des
AiicnSj &: cette Eglilc qu'on
nomme Anennc, n'cftoit-
cUe pas nouvelle? Si vous
voulez dire , Monfieur, me
repartit-il , qu'Arius ait par-
le le premier contre la di-
vinité du Fils de Dieu, il
n'eft pas vray. Origene de-
vant luy & Juftin martyr a-
voient dit la mefme choie.
Ha, Monfieur, qu'un mar-
tyr ait nié la divinité du
Fils de Dieu, je n'en croi-
ray jamais rien. Pour Ori-
gene, vous fçavcz qu'on l'a
allégué pour & contre ; c'eft
un auteur ambigu &: fuf-
pcû. Mais, Monfieur, laif-
f ons les faits incertains , tai-
f84 Conférence dvecM. Claude
chons de trouver un fait
dont vous &c moy conve-
nions. Cette iede qui après
la condamnation prononcée
contre Arius , fe joignit à
ce Preftre excommunié, SC
forma une Ei^life contre TE-
glife, n'eftoit-elle pas nou-
velle > Il fallut bien Tavoûër»
Pour luy prouver fa nou-
veauté, failoit-il remonter
jufqu aux Apoftres , 6c ne
pouvoir - on pas luy dire ;
£gi^Je feparée de cette aU"
ire BgUji m K^ritis eB ne
Ô* ou tl a receu le Baptef-
me y vom n'estez, fus hier
ni avant hier <' Ouï , dît M.
Claude. N'en peut -on pas
dire autant de l'Eglife Ma-
cédonienne qui nioit la di-
fur U matière de V'EgUfe. iSy
vinitc du Saint EfpriCj des
Nciloriciis qui icparoicntla
pcifoniic de Jesus-Christ \
des Eutyclncns qui confon-
doiciic les deux natures , ^
des Pclagiens qui nioicnt le
pcchc originel & la grâce
de Jesus-Christ? Ne
pourroit-on pas leur dire
llins remonter aux Apof-
tres : ^^îind njous ejks ve-
nus dUr monde , vous avez,
trouvé ÏBglïfi haptîfant les
petits cr^funs en rémijjlofi
des pcchiz, , (^ demandant
U convcrfion des pécheurs
(^ des infidèles ? Donc ce
qu*ont combatu tous ces
hérétiques & tous les au-
tr.^s que vous &: nous con-
noiironSjCiloitcru non-icu-
ïSéT Conférence avec M, Claude
Icment du temps des A^où
très 5 mais hier ô^ avant hier »
&: dans les temps où les
hérefîarques font venus, &:
ils trouvoient TEglife dans
cette croyance. Mais , ré-
pondit M. Claude, il y a
deux manières d'établir l'er-
reur j l'une découverte, &:
l'autre cachée ô^infenlible,
Arreftons là, Monfieur, luy
dis-je : nous devons propo«
fer des faits conftans dont
les deux partis conviennent;
je ne conviens point de
cette manière infenfible d'é-
tablir l'erreur. Hé, dît-il, la
prière des Saints &: le Pur-
gatoire, voulez-vous dire,
Monfieur , que vous les
trouverez du temps des A-
fur la matière de VEglife. ity
poftrcs ? Non,Monricur, rc-
pris-jc: jc ne vcuxncn di-
re là-dclTus , car vous n en
conviendriez pas; &: je veux
dire des chofcs dont vous
conveniez. Ufez-en demef-
me avec moy.Cciuy qui ti-
rera plus d'avantage iolidc
des faits avouez par ion ad--
ver faire, aura un o;rand ar-
gumcnt que la veiitc eft;
pour luy : car le propre de
la vente eft de fc foullcnir
par tout , & de condamner
l'erreur par les faits me fine
que l'erreur avoue. Et puis
que vous me parlez de la
prière des Saints: vous ef-
tcs de bonne foy \ n'ell_il
pas vray que M. D ai lié nous
accorde trciz-c cens ans
ï88 Conférence avec M, Claude
d'antiquité? Treize cens ans,
Monfieiir, répondit -il, ce
n'cft pas tous les temps de
FEglife. j'en conviens, luy
dis-je^ mais enfin, Tadver-.
lairc me donne déjà treize
cens ans; il me donne Saine
Grégoire deNazianze,Sainc
BariIc,Saint Ambroife, Saint
Jerofme, Saint Chry folio-
me, Saint Auguftin. Tout
cela, dit M. Claude, des
hommes. Des hommes tant
qu'il vous plaira: mais en-
fin nous avons treize cens
ans de l'aveu de noftrc ad-
veiTaire pour la prière des
Saints , &: pour l'honneur
des Reliques ; car ces deux
chofes ont efté jointes en-
semble félon M. Daillé'
fur h mdikre de tF.gUJè. i8^
vous le fçavcz. Et pour la
pricrc des morts , combien
nous a donne M. Blondcl?
Il cil: vray, dit M. Claude,
que c'eft la plus ancienne
erreur de rEglifc. Quatorze
cens ans d'antiquité, Mon-
fieur, cVft luy, dis -je, ce
que nous accorde M. Blon-
del. Je ne dis pas cccy pour
faire préjuger la vérité de
noftre doclrine;cc n'eft pas
de quoy il s'agit : mais je le
dis pour montrer que nous
ne Tommes pas fans dcfcn-
Ic fur ces exemples d'er-
reurs infenfiblcment répan-
dues , puis que déjà nous
avons de votlre confentc-
mcnttreizc&: quatorze cens
ans. Venons donc à des
î9o Conférence avec M. Claude
faits conftans dont je puiiTe
convenir. Car pour vous ,
*vous* convenez que les A-
riens^lesNeftoriens, lesPe«
lagiens , & en un mot tous
les hérétiques fe font éta-
blis 3 comme j'ay dit. Ils
n'ont point trouvé d'Eglife
à laquelle ils fe foient unis.
Ils en ont érigé une autre
qui s'eft feparée de toutes
les autres Eglifes qui ef-
toient alors. Cela eft cer-
tain : n'eft- il pas confiant?
j'attendis : M. Claude ne
contredit pas ; je ne crus
pas le devoir prelTer davan-
tage fur une chofe confian-
te 6c déjà avouée. Mainte-
nant, luy dis-je, comment
ie font établies les Eglifes
fur la matière de iL^lïfe. 13;!
orthodoxes? Quand les par-
ticuliers &: les peuples , par
exemple les Indiens, fe (ont
convertis , n'ont - ils pas
trouve une Eglife déjà éta-
blie à laquelle ils fe font
unis? Il l'avoua. En avez-
vous trouvé une dans tou-
te la terre à laquelle vous
vous foyez unis? Ell-ce l'E-
glife Grequc , ou Armé-
nienne , ou Ethiopique que
vous avezembralTce en qui-
tant l'E^iliie Romaine? Ne
peut -on pas vous marquer
la date pîécife de vos Egli-
ies , & dire à toute cette
Eglife, à toute cette focie-
té extérieure dans laquelle
vous eftcs Miniftre , Vous
ne fiiez pa^ hier ? Mais dit:
î9i Conférence Avec U. Claude
icy M. Claude 5 n'eftions-
nous pas de cette Eglife?
Nous n'en fommcs pas for-
tis 5 on nous a chalTez. Oi\
nous a excommuniez dans
le Concile de Trente. Ainfî
nous fommes fo rti s : mais
nous avons emporté TEgli-
fe avec nous. Quel difcours,
Monfieur, luy dis-je] Si on
ne vous en euft pas chalTez,
y fufliez vous demeurez ? A
quoy fert donc ce comman--
dénient tant répète parmi
vous , Sortez, de Bahylone ,
mon peuple ^T)c bonne foy,
dites-moy 3 fufllez-vous de-
meurez dans FEglife, fi elle
ne vous euft pas chaffczf
Non , Monfieur , alTeûré -
ment, dît M. Claude. Que
lert
fur la matière de lEglifè. 193
fertdonc, rcpris-j-?, de di-
re icy qu'on vous a chafTjz?
C'rft, dit-il, que c'cll un
fait véritable. Hc bi-^n ,
Monii^ur , pourfaivis-j^ , il
eft véritable : cela vous cft
commun, (ne vous fafchez
pas du mot que j: vais di-
re, ) cela, dis-j ^, vous cft
commun av^c tous bs hé-
rétiques. L'Eglife où ils a-
voient rec^ù le B.iptefmc
les a chaflc:, les a excom-
muniez. Ils cuiT^nt peut-ef.
tre bien voulu y demeurer
pour corrompre &: pour fe^
duirc; mais l'Eglife les a rc-^
tranchez. Et quant à cz que
vous dites que vous efti?z
dans cette Eglife qui vous
a chaflez, &: que vous avez
I
ï5)4 Conférence avec M, Claude
emporté l'Eglife avec vous^
quel hérétique n'en peut
pas dire autant l Ce n'efl:
pas des Payens que les an-^
ciens hérétiques ont com^
pofé leur Eglife; c'eft des
Chreftiens nourris dans TE-
gUfe. Aufli n'avez-vous pas
formé la voftre en amaflanc
des Mahometans; j'en con-
viens : mais en cela vous ne
fortez pas des exemples des
anciens hérétiques , & ils
ont tous pu dire auffi-bien
que vous , qu'ils ont efté
condamnez par leurs par-
ties. Car on ne les a pas
fait afleoir au nombre des
Juges, quand on a condam-
né leur nouveauté. Mais 5
Monficur, reprît M. Clau-
fkr U matière de VBglïfe, i^j
de , nous ne convenons pas
de ccccc nouveauté. Ce qui
cfl; dans l'Ecriture, n'eftpas
nouveau. Patience, Mon-
fieur , je vous prie , luy ré-
pondis - je : aucun des an-
ciens bcreciques n'efl cow -
venu de la nouveauté de fa
dodrine -, ils ont tous allègue
pour eux l'Ecriture Sainte :
mais il y avoit une nou-
veauté qu'ils ne pouvoient
contefter; c'cft que le corps
de leur Eglife n'eftoit pas
hier^ & vous cw eftes de-
meuré d accord. He bien,
dit enfin M. Claude, fi les
Ariens , fi les Neftoriens, fi
lesPclagicnsavoient eu rai-
lon dans le fonds, ils n'cuf-
fcnt point cd tort dans la
19^ Conférence avec M. Claude
proccdure. Tort ou non,
luy dis -je, Monfrur, ccft
Iclonds delà queftion:mais
toujours dcm':ure-uil pour
confiant que vous avc^z le
mcfme procédé qu'eux, la
mefme conduite ^ les m:'f-
mes dc^en es; en un mot,
qu'en fermant voftreEglife
vous avez fait comme ont
fait tous les hérétiques , ^
que nous faifons ce qu'ont
fait tous les orthodoxes.
Chacun peut juger en fa
confcience à qui il aime
mieux reffcmbler, bc je n'ay
plus rien à dh'e.
M. Claude ne fe tcût pas
en cette occalion , &: il me
dît que cet argument ef-
toit excellent en faveur des
Jur la matière de l'Eglîfe, 197
Juifs &: des Payons, &: qu'ils
pouvoicncfouftcnir leur cau^
fe par la raifon dont je me
fcrvois. Voyons, luy dis-je,
Monficur, &: fouvcnez-vous
que vous nous promettez le
mcfmc arn;ument. Le mcf-
me, reprit - il , lans dou-
te. Les Juifs &: les Payens
ont reproche aux Chreftien s
leur nouveauté; vous Icfça-
vez : les écrits de Celfe en
font foy, &: tant d'autres,
j'en conviens, luy dis -je,
mais eft-cc la tout? Et il
cftoit vray, pourfuivit - il,
que le Chrlllianifmc eftoit
nouveau, a le recrarder dans
l'eftat immédiatement pré-
cèdent. Quoy, luydis-je,
quand J e s u s - C h r 1 s i
lin
15>8 Conférence avec M. Claude
commença fa prédication,
on Itiy pouvoir dire, comme
)e vous dis, que dans TE-
glife eu il cftoit né, on ne
parloit pas hier de luy ni
de fa venue? Et qu'eftoic~ce
donc que Saint Jean BaptiC
te , &: Anne la Propheteffe,
&: Simcor, & les Mages, 6^
les Pcntifes ccnfultez par
Herode,lcrs qu'ils répondi-
rent que le lieu de fa naif-
fance eftcit Bethléem ? Fal-
loit-il remonter jufqu'à A-
braham pour prouver l'an-
tiquité des promeiTcs? Y a-
t-il eu un fèul moment où
le Chrift n'ait pas efté at-
tendu dans l'Eglife où il eft
né ; fi bien attendu que les
Juifs l'attendent encore? li
fuY U matière de l'Eglife. 199
cft bien vray , Monficur ,
?u'il falloit voir arriver une
bis cette nouveauté , &c ce
changement du Chrift at-
tendu au Chrift venu. Mais
J E s u s-C H R I s T pour cela
n'eft pas nouveau, ilefi hier,
îi efi auiourd'hny , & fera aux
fiecles des fiecles. H cft vray ,
repartit M. Claude, mais la
Synagogue ne convenoit pas
que ce 3 E s u s fuft le Chrift.
Mais,rcpns je, la Synagogue
n'a point condamne Saint
Jean Baptifte^ mais la Syna-
gogue a oui, fans rien dire^
&:'les Mages, &: Simeon,
& Anne. 1 e s u s-C h R i s t
a recueilli dans la Synago-
gue, vrayc Eglife alors , les
cnfans de Dieu qu'elle cori-
I iiij
Hcb XlLl.
200 Conférence avec M, Claude
tenoit. La Synagogue à la fin
Vk condamne. Mais Jésus-
Christ avoir déjà fondé
fon Eglifc. Il luy donne {a
dernière forme auUkoil a-
prés {a mort , 6c le nouveau
peuple a fuivi l'ancien uns
interruption : voilà d-^s v?-
ritezincontcfhables. Et pour
ce qui eft du Paganifm'^,
il eft vray que les Payons
ont reproché aux Chrefticns
leur nouveauté. Mais qu'ont
lépondu les Chreftiens ?
N'ont -ils pas fait voir clai-
rement que les Juifs avoient
toujours crû le mefmc Dieu
que les Chreftiens ado -
roient, & attendu le mef-
me Chrift ? que les Juifs
croyoicnt tout cela hier, 6^
fur la mMÏçrede lEglife. loî
avant hier, & toujours fans
intcrruppon? Mais, Mon -
ficui*, encore une fois, dit
M. Claude^ les Gentils ne
convenoient pas de tout ce-
la? Quoy, repris-jc, yavoit-
il parmi eux quelqu'un af-
fez dcraifonnable pour dire
qu'il n'y euil jamais eu de
Juifs , ou que ce peuple
n'euft pas attendu un Chriil:,
^ n'euft pas adore un fcul
Dieu, Créateur du Ciel hc
de la Terre? Ne faifoit-on
pas voir aux Paycns le com-
mencement manifefte de
leurs opinions, & la date,
je ne dis pas des auteurs de
leurs fentimens , mais de
leurs Dieux mcrmcs,&: cela,
par leurs propres hiftoircs ,
I V
lût Conferefice avec M, Claude
par leurs propres auteurs,
par leur propre Chronolo-
gie ? Croyez - vous qu'un
Fayen euft pu faire avouer
à un Chreftien que la Reli-
gion d'un Chreftien eftok
nouvelle , & qu'il n'y avoit
jamais eu de focieté qui euft
eu la mefoic croyance que
les Chreftiens avoicnt alors,
comme je vous fais avouer
que tous les hérétiques que
vous &: moy rcconnoifTons
pour tels , font venus de
cette forte , 6c que vous a-
vez fait comme eux? Voi-
là, Monfieur, comme vous
prouvez que les Juifs & les
Payens pouvoient fouftenir
leur caufc par le mefme ar-
gument dont je me fers :;
fur la matière de l'Eglfè. iOy
pcrfonnc ne le pourra ja-
mais, &: pcrfonnc ne pourra
jamais nier le fait confiant
que j'avance, qui cft que
nous faifons comme tous les
Orthodoxes, &: vous, com-
me tous les Hérétiques.
Là finit la converfation.
Elle avoit duré cinq heures
avec une grande attention
de toute l'aiTemblce. On
s'eftoit écoute Tun l'autre
paifiblcment: on parloir de
part ôc d'autre alfez fer-
ré; de à la réfcrvc du com-
mencement où M. Claude
étendoit un peu fon dif-
cours 5 dans tout le relie il
alloit au fait , &: fe prefen-
toit à la difficulté fans re-
culer. Il cft vray qu'il tcn-
Iv;
204 Conférence avec M. Claude
doit plûtoft à m'envcloper
dans les inconvcniens oùic
Tengagcois , qu'a montrcr
comme il en pouvoir fortir
luy-mefme : mais enfin tout
cela elloit de la caufc ; &: il
a dit aircûrcment tout ce
que la ficnne pouvoit four-
nir dans le point où nous
nous cillions renfermez.
Pour moy je n'avois gar^
de d'en fortir ^ puis que
c'eftoitceluyfur lequel Ma-
demoifcUe de Duras de-
mandoit cclairciffcment. El-
le me parut touchée: je me
retiray toutefois en trem-
blant, &: craignant toujours
que ma foiblefle n'euft mis
fon ame en péril , ^ la ve-
nté en doute.
fur Id fn.uicrede l'Eglifi. 2.05
Je la VIS le lendemain, je ^
fus eonfolc de voir qu'elle
.uoïc parfaitement enten-
du tout ce que j'avois dit.
C/eil ce que je luy avois
promis. Je luy avois repre-
fenté que parmi les diffi-
cultczimmcnfesque Eufoit
naiftre parmi les hommes
Tciprit de chicane ^ &: la
protondeur de la doûrmc
Chrcftiennc, Dieu youloit
que (es cnf.ms eufient un
moyen aife de Ce ré foudre
en ce qui re^ardoit leur
faluti que ce moyen cfloit
l'autontc de lEglifci c^uc
ce moyen cftoit ailé à eta~
bhr,a'ife à entendre, aifc
A fuivre-, fi aifc, difois-je,
K fi clair, que quand vous
I j ï.
ite de U
Coi te 'eh
10 6 Confererice avec M, Claude
n'entendrez pas ce que je
diray fur cela, je confcns
que vous croyiez que j'ay
tort. Cela en effet doit
cftre ainfi, quand la matiè-
re eft bien traitée : mais je
n'ofois pas me promettre
de l'avoir dignement trai-
tée. Je reconnus avec joyc
&; avec action de grâces,
que Dieu avoit tout tour-
né à bien. Les endroits
qui dévoient fraper, frape-
rent. Mademoifelle de Du-
ras ne pouvoit comprendre
qu'un particulier ignorant
puft croire fans un orgueil
infupportable, qu'il luy pou-
voit arriver de mieux en-
tendre l'Ecriture que tous
les Conciles Univerfcls ô^
fur U muiitrc de l'Bglïfe. toy
que tout le rcftc de l'Egli-
fc. Elle avoit vcù aufli-bicii
?uc moy , combien eftoit
oible l'exemple de la Sy-
nagogue quand elle con-
damna Jésus-Chris T>
&: combien il y avoic peu
de raifon de du-e que les
particuliers qui croyoient
bien, manquaiTent pour fc
rc foudre d une autorité ex-
térieure, lors qu ils avoicnt
en la perfonne de Jesus-
Christ la plus grande &:
la plus vifible autorité qu'il
foit poffible d'imaginer. Je
repaffay fur le doute où il
falloit eftre touchant l'E-
criture fi on doutoitdcl'E-
glife. Elle dît qu'elle n'a-
voit jamais feulement fon-
loî Conferer^ce avecMXUude
gé qu'un Chrefticn puft
douter un moment de l'E-
criture j & au refte elle en-
tendit parfliitcmcnt^quere»
jettant le nom de doute ^
M. Claude avoit reconnu
la chofe en d'autres ter-
mes : ce qui ne fervoit qu'à
faire paroiftre combien cet-
te chofe eftoit dure & à
penfer &: à dire , puis que
forcé de l'avouer, il n'avoit
pas cru le devoir faire en
termes fimples. Car enfin
ne fçavoir pas fi une chofe
eft ou non , fi ce n'eft dou-
ter, ce n'eft rien. Il parut
donc dairement que les
deux propofitions dont il
s'agilToit eftoient établies:
^ je fis voir en peu de mots
fuY U matière de HdtC^^ ^05>
:^ Madcmoifcllc de Duras,
que Ton EgUr-, ^n croyant
deux chofes auHi étranges,
avoit change tout l'ordre
d'uiftruu-e 'les enfans de
Di ^u , pratic[ué de tout
temps dans TEglife Chrcf-
ti:nne.
U ne falloir pour cela que
liiy repeter en peu de mots
ce qu elle m'avoit oui dire,
&: ce qu elle avoir oui ac-
corder a M. Claude. Di?u
me mit pourtant dans le
cœur quelque chofc déplus
explique-, &: voicy ce que
)c luy dis.
L'ordre d'inftruire les en-
fans de Dieu, cil de leur
apprendre avant toutes cho-
ie le Symbole des Apol-
iio Conférence avec M.Claude
très : Je croy en Dieu le Père y
é" en Jesus-Chr is t,
^ au Saint Efprit , la Sainte
Eglife ZJmverjille, la Commu-
nion des Saints , la rémijjîon
des fechtz., Sc le refte. Au-
tant que le Fidèle croit en
Dieu le Père , 6c en fon
Fils Jes us-Christ,
&: au Saint Efprit , autant
croit-il P Eglife Univerfelle,
où le Père 5 oii le Fils, où
le Saint Efprit eft adore.
Autant 5 dis -je , qu'il croit
le Père, autant croit-il TE-
glife qui fait profefTion de
croire que Dieu Père de
Jesus-Christ a adopté
des enfans qu'il a unis à
fon Fils. Autant qu'il croit
au Fils^ autant croit -il l'E-
fur la matière de l'Eglife. ih
glifc qu^il a aflcmblce par
fon Sang, qu'il a établie par
fa doclrinc, qu'il a fondcc
fur la pierre , &: contre qui
jl a promis que les portes
d'Enfer ne prévaudroient
point. Autant qu'il croit au
Saint Efprit, autant croit-
il cette Eglifc à qui le Saint
Efprit a cftc donne pour
dodcur. Et celuy qui dit ,
/f crcy en Dieu , cn^ Jésus-
C H R I s T 5 dr au Saint Ef-
prit , quand il dit, Je croy ,
il profelfe : // croit de cœur p^om.
pour la juflice, & il confjfc de
bouche pour le falut , comme
dit Saint Paul , &: il fçait
que la Foy qu'il a , n'cft
pas un fentiment particu-
lier. Il y a une Eglife, une
Dan. I Î./4
VU. 14.
iï2 Conférence 4vec M. Claude
focicté d'hommes qui croit
comme luy : cVft TEglifc
Univcrfclie qui n'eft pas icy,
ni là, ni en ce temps ni en
un autre. Elle n'eft pas ren-
fermée dans une feule con-
trée comme l'ancienne E-
glife Judaïque; elle ne doit
point finir comme elle ; 6^
fon Royaume ne doit po'mt paj^
fer à un autre peuple yCovavac.
il eft écrit dans Daniel. Elle
eft de tous les temps &: de
tous les lieux, &: tellement
répandue , que quiconque
veut venir à clic, le peut. El-
le n'a point d'interruption
dans fa fuite: car il n'y a
point de temps où on n'ait
pu dire , Je croy l'Bglife Uni-
verfclle, comme il n'y en a
fur U matière de l'Eglifè. 215
point où on n ait pu du-c,
J<: croy en Dieu le Pire, & en
fon Fils , & ^u Saint EJ}rit.
Cette Egliie cft faintc, par
ce que tout ce qu cU? en-
fcign- cfl faint i parce qu'el-
le enf igné toute la dodri-
ne qui fait les Saints , c'cft
à du-c toute la dodruic de
3 E s u s - C H R I s T ; parce
quelle enferme tous les
Saints dans fon unité. Et
ces Saints ne doivent pas
cftre feulement unis en cf-
prit: ils font unis extérieu-
rement dans la communion
de cette Eglife-, &: c'eft là
ce que veut dire la com-
munion des Saints. Dans
cette EgUfe Univerfelle ,
dans cette communion des
Il 4 Conférence av<c M, Claude
Saints , eft la rémiffion des
pcchez. Là eft le Baptefmc,
par lequel les péchez font
remis ; là eft le minifterc
Matt. xvL des clefs , par lefquelles ce
Toan. XX. . ^, \^ .ri
(fut eH remis ou retenu Jur U
terre , efi remis ou retenu dans
/^aV/. Voilà donc dans cette
Eglife un miniftere exte«
rieur , 6^ qui dure autant
quel' Eglife, c'eft à dire tou-
jours , puis qu on croit cct«
ce Eglife en tous les temps^
non comme une chofe qui
ait efté, ou qui doive cf-
trc, mais comme une chofc
qui eft aûuellement.Voyez
donc à quoy cette Eglife
eft attachée , & ce qui eft
attaché à cette Eglife. Elle
eft attachée immédiatement
fur U matière de l'BgliJe, il j
au Saint Efpi'it qui la gou-
verne i^i? croy AU Saint Ef-
frity la Sainte Bglije Vnivcr-
fille. A cette Eglife cft at-
tachée, la communion des
Saints , la rcmillion des pé-
chez 5 la rcfurredion de la
chair, la vie éternelle. Hors
de cette Eglife il n'y a ni
communion des Saints , ni
rcmilTion des péchez, ni rc-
furredion pour la vie cter^
nelle. Voilà la Foy de TE-
gUfc établie dans le Sym-
bole. Il ne parle point de
l'Ecriture. Eft - ce qu'il la
méprife? A Dieu ne plaife.
Vous la recevrez des mains
de l'Eglife -, &: par ce que
jamais vous n'avez doute
de l'Eglife , jamais vous ne
zîé Conférence avec M. Claude
douterez de rEcriture que
TEglife a receûë de Di^u^
de Jesus-Christ, &:
des Apoftres, qu'elle con-
ferve toujours comme ve-
nant de cette fourcc, qu'el-
le met dans les mains de
tous les Fidèles.
Il me fembla que cette
doctrine vraymenc fainte ^
ô^apoflolique, faifoit l'eftet
qu'elle dcvoit faire : mais il
y a, dis-)-", encore un mot.
C'eil ce que j? difois à M.
Claude 5 5<: je le réduis
maintenant à ce raifonnc»
ment très- iîmple que tout
le monde peut également
entendre , je veux dire le
fçavant comme 1 ignorant,
& le particulier comme le
pafteure
fuY U THAtiere de l'EgUfe, 217
paftcur. Le Chrcfticn ba-
ptiic, avant que de lire PE-
cncure Sainte, ou peut fai-
re cet ade de foy, Je croy
ijue cette -parole efi injpirée de
DkU' comme je croy que Bieti^
tfty OU il ne le peut pas f*u'-
re. S'il ne le peut pas fai-
re, il en doute donc; il cil
rcduit à examiner fi l'Evaiv
gilc n'eft pas une fliblc :
mais s'il le peut faire, par
quel moyen le feta-t-il? Le
Saint Efprit le luy mettra
dans le cœur. Ce n'efl pas
repondre ; car on eft d'ac-
cord que la foy en l'Ecri-
ture vient du Saint Efpric,
Il eft qucftion du moyen
extérieur dont le Saint Ef-
prit fc fcrt, &:ilne peut y
K
%iî Conférence avec M, Claude
en avoir d'autre que l'auto»
i'ité de PEglife. Ainfi cha«
que Chreftien reçoit de 1*E-
glife, fans examiner, cette
Ecriture , comme Ecriture
infpirée de Dieu.
Paffons encore plus avant.
L'Eglife nous donne-t-cUe
feulement l'Ecriture en pa-
pier^ l'écorce de la parole ^
le corps de la lettre? Non
fans doute } elle nous don-
ne refprit, c'eft à dire, ic
fens de l'Ecriture : car nous
donner l'Ecriture fans le
fens , c'cft nous donner un
corps fans ame , & une let-
tre qui tue. L'Ecriture, fans
fa légitime interprétation^
l'Ecriture dcftituée de fon
fens naturel 3 c'eft un cou«
fur la matière de l'Ëglij7. lî^
tcau pour nous égorger,
L'Aricn s'eft coupé la gor-
ge par cette Ecriture mal
entendue ; le Neftorien fc
l'cft coupée ; le Pelagien fc
l'eft coupée. A Dieu ne
plaife donc que l'Eglife nouç
donne feulement FEcritu-.
re , fans nous en donner le
fens. Elle a receû lun &:
l'autre cnfemble. Quand el-
le a receû l'Evangile de
Saint Mathieu &c f Epiftrc
aux Romains, Se les autres,
elle les a entendues : ce
fens qu'elle a receù avec
l'Ecriture, s'eft confcrvc a-
vec l'Ecriture •,& le melhie
moyen extérieur dont le
Saint Efprit fc fert pour
nous faire recevoir l'Ecrt*
%io Conférence avec M. Claude
turcSaiatCj il s'cnfcrt pour
nous en donner le (ens ve-
ïitable. Tout cela vient du
jncfme principe; tout cela
cft de la fuite du mefme
defTcin. Comme donc il n'y
a rien à examiner après TE-
glife 5 quand elle nous don-
ne l'Ecriture Sainte; il n'y
a rien à examiner quand el-
le l'interprète, ô^ qu'elle en
propofe le fens véritable.
JEtc'eftpourquoy vous avez
veû qu'après le Concile de
Jerufalem Paul &c Silas ne
difent pas , Examinez, ce de-
treti mais ils enfeignent aux
Eglifes à obtcrvcr ce qu'a-
voient juge les Apoftres»
Voilà comme a toujours
procédé VL^lik.Jc ne croh
fur h mdiUfe de Itglife. i?t
rois pas l'Evangile, die Saint cent. "p^.
Augaitiii Jlje n'cftois touché ^' ''''"''
de l'autorité de l'EglifcCathoU"
que. Et un peu après : Ceux
a rjui fay crâ quand ils m ont
dit. Croyez, a l Evangile, te les
croy encore quand ils ?ne di^
Cent, Ne croyez, vas à Manichée,
Cette Ibeieté de Pailcurs é-
tablie par J e s us-C fi Pv i s r
<^^ continuée jufquW nous,
en me donnant l'Evancrile,
m'a dit aulli qu'il Falloir de-
r:(T:er les hérétiques &: les
mauvaifes doctrines ; je croy
Tun &: Tautre cnfemble, &r
par la mcfme autorite.
C\[\ la manière dont: les
Chrefticns ont elle mllruits
des les premiers temps ^
dans Icfqucis on a loudenii
K iij
t%^ Cûnferemedn)ecM. Claude
aux hérétiques qu'ils n*ef^
toient pas recevables à diC-
Tettaii pr«. putet dc l'Ecriturc ^ farce
à^TetAt^'j?. que fins Ecriture on leur put
montrer que l'Ecriture n*eji
foint a eux ; qu'il n'y a rien
de commun entre eux &:
TEcriture.
Et remarquez, s'il vous
plaift, que toutes les focie-
tez Chreftiennes^excepté les
Eglifes nouvellement Ré-
formées, ont confervé cette
ynaniere d'inftruire. Nous
difions M. Claude &: moy^
que TEglife Greque, TE-
thiopienne, l'Arménienne,
& les autres , fe trompoient
à la vérité en fc croyant la
vraye Eglife ; mais toutes
croycnt du moins qu'il n'y
Jùr h mAtiert de l'EgliJe. ii^
a rien à examiner après la
vrayc Eglifc.
Il n'y a point d'autre ma-
nière d'enfeigner les Fidè-
les. Si on leur dit qu'ils peu-
vent mieux entendre l'Ecri"
ture Sainte, que tout le reftc
de FEglife enfemble , ou
nourrit l'orgueil, on oile la
docilité.Nul ne le dit,que les
Eglifcs qui fe difent Réfor-
mées. Par tout ailleurs^on die
comme nous faifons, qu/il y
aune vrayc Eglife, qu'il faut
Grou"c fans examiner après
elle. Cela cft crû non-feule-
ment dans la vraye Eglife^
mais dans celles qui imi-
tent la vrayc Eglife.
L' Eglifc Prétendue Ré-
formée cft la feule qui ne
K iiij
JLZ4 Conférence avec M. Chudt
le dit pas. Si la vraye Eo-lf.
fc, quelle qu 'elle foit, le dit ;
l'Eglifc Prétendue Réfor-
mée n'eft donc pas la vraye
Eglife , puis qu'elle ne le
dit pas.
Qu'on ne nous dife pas :
l'Ethiopienne le dit^laGre-
que le dit, l'Arménienne le
dit , la Romaine le dit \ à
qui croiray-je?
Si voftre doute confiftoit
\ choifir entre la Romaine
& la Grcquc, il faudroit en-
trer dans cet examen. Mais
maintenant on convient
dans voftre Religion que
l'Eglifc Greque , que l'E-
glifc Ethiopienne &: les au-'
très ont tort contre la Ro-
mamej &: fi elles eftoient
fur U mAtiere de ttglife. ^i%
vraycs Eglifcs , en quittant
la Romaine, qui, fclon vous
ne Tcftoit pas , vous euiliez
cleii rechercher leur com-
munion.
Elles ne font donc pas h
vraye Eglilc. Vous ne Tef^
tes pas non plus : caria vrayc
Eglilb croit qu il faut croi-
re fins examen ce qu'en-
feigne la vraye EgUfe. Vous
cnfeignezle contraire.Vous
vous dites la vraye Eglifc,
^ vous dites en niefmc
temps qu'il faut examinei:
après vous : c'efk à dire,
qu'on peut (q damner cii
vous croyant. Vous renon-
cez donc dcs-là a l'avanta-
ge de la vraye Eglife. Vous
n'cilcs pas la vravc Eglilc ;
'k V
xiê Conférence avec M, Claude
il vous faut quitter : c'eft
par là qu'il faut commen-
cer. Si quelqu'un eft tenté
en vous quittant de s'unir
à l'Eglife Greque^ on luy
répondra,
Mademoifelle de Duras
ayant entendu ces chofes,
il me fembla qu'après cela
non ne la pouvoit troubler
que lUiabitudc contradéc
dés l'enfance , 6^ la crainte
d'affliger Madame fa Mère,
pour qui je fçavois qu'elle
avoir toute la tendreffe &^
tout le rcfpeft qu'une merc
de cette forte mérite. Je
vis mefme qu elle eftoit pei-
née des reproches qu'on
îuy faifoit, d'avoir des def-
fcins humains, &: fur tout
ftir la matière de l*ËgU/è. 117
d'avoir attendu à douter
de fa Religion, après une
donation que Madame {x
mère luy avoit fliitc. Vous
fçavcz bien, luy dis -je, en
voftrc confcience, en quel
cftat vous eftiez quand cet-
te donation vous a efté fai-
te i 11 vous aviez quelque
doute, &: fi vous Tavez fup-
primé dans la veûc de vous
procurer cet avantage. Je
n'y fongeois pas feulement,
répondit -elle. Vous fçavezi
donc bien , luy dis -je , que
ce motif n'a aucune part à
ce que vous faites. Ainfi de-
meurez en paix; pourvoyez
à voftre filut, &: laiilcz di-
re les hommes : car cette
apprehenfion qu'on ne vous
K vj
2i8 Conférence âvêèc M. claud.
impute des veûës humaines,
eft une forte de vcûë hu-
maine des plus dchcates &:
des pkis à craindre.
Elle louhaka que je répc-
tafle en prefcnce de M,
Coton ce qui avoit efté dit,
par un deiir qu'elle avoit
qu^il s'niftruififl: avec elle.
On le fit venir j on convint
à.Qs faits. M. Coton me
fit avec une extrême dou-
ceur quelques objeâions
fur la doctrine que j'avois
expliquée. ] y répondis. Il
me dît , qu'il n'eiloit pas c-
xercé dans la difpute , ni
verfé dans ces matières. II
difoit vray; il fe remettoit
à M. Claude. Je priay Dieu
de réclaircr^ & je partis
fir h maîlere de l'Ëglife. ii5>
pour revenir à mon devoir.
Apres une converfatioa
que nous cufmes encore à
Saint Germain Mademoi-
iellc de Duras &: moy dans
l'appartement de Madame
la Ducheile de Richelieu,
elle me dît qu'elle le croyoic
en cllat de prendre dans
peu (a réfolution, (Se qu'il ne
luy reftoit qu'a prier Dieu
de la bien conduire. Le
fucccs fut tel que nous \c
fouhaitions. Le zi.Mars je
retournay à Paris pour re-
cevoir Ton abjuration. Elle
la fit dans TEglife des RR.
PP. delà Doclrme Chrcf-
tienne. L^cxhortation que
je luy fis ne rcndoit qu'l
iuy reprclentcr qu'elle rcx*-
%p Confifer^c^ân^tc M. Claudi
troit dans TEglifc que ks Pe»
res avoient quittée ; qu'el-
le ne fe croiroir pas do-
rénavant plus capable que
TEglife 5 plus éclairée que
TEglife^plus pleine du Saint
Efprit que PEglifc; qu'elle
recevroit de TEglife, fans
cxamnier^ le vray fens de
î'Ecriture , comme elle en
recevoit TEcriture mefme^
qu'elle alloit dorénavant
baftir fur la pierre , ôd qu li
falloir que fa foy frudifiaft
en bonnes œuvres. Elle (qïi^
tit la confolation du Saint
Esprit, & TaiTiftance fut é-
difiée de fon bon exem*
pie.
RÉFLEXIONS
s UR UN ECRIT
D F M. C L A U D E.
i5>
REFLEXIONS
SUR UN ECRIT
DE M. CLAUDE.
ON cl vcu dans l'Avcr-
cillcmcnc qui cil à la
tclcc de ce livre , qu'après
que M. Claude eue leu moni
récit, il hc une rcponle à
rniftruLlion que j'avois don-
née à Mademoifelle de Du-
ras, &: qu'il y joignit une
Relation de nollre Confé-
rence, qu'il avoit taitc,à ce
qu'il marque dans cet écrit
rue { me, des le UndeniMn dâ
no (Ire entreviue.
J'ay rcccù de divers en-
^34 Réflexions fur un écrit
droits, &: mefme des Pro-
yinces les plus éloignées, cet
écrit de M. Claude avec fa
Relation : mais la copie la
plus entière 6c la plus cor-
rede que j'en aye veiaë nVa
cfté communiquée par M.
le Duc de Clievreufe , qui
Favoit eue d'une Dame de
qualité de la Religion Pré-
tendue Réformée. J'ay veu
auffi entre les mains de M.
de Chevrcufe une déclara-
tion fgnée de M. Claude,
où il avoue tout Tccrit ^ de
forte qu'on ne peut douter
qu'il ne foit de luy.
Je trouve beaucoup de
chofes dans cet écrit, qui
confirment manrfcftcmcnt
tout ce qu on vient de lire
de M. Claude. ^ i]^
dans le mien. Je ne précens
pas relever icy toutes ces
chofes 5 ni repondre à cel-
les où M. Claude me pa-
roift, par le défaut de fa
caufe, auffi peu d'accord a-
vec luy - mefme qu'avec
nous. Pour faire de telles
remarques , il faut qu'un é^
crit foit entre les mams de
tout le monde , &: que cha-
cun puiffe voir fi on en rap-
porte bien les paffages, &:
fi on en prend bien le fens
&: la fuite ; il faut en un
mot qu il foit public. Il le
fera quand il plaira à M.
Claude. Je fcray, en atten-
dant,quelqucs reflexions fur
des chofes dont je ne croy
pas qu'il puiffc difconvcnirj,
i5^ Reflétions fuY un écrit
& qui peuvent beaucoup ai*
der les Prétendus Refor-
mez à prendre une bonne
réfolution fur la matière que
nous avons traitée.
X'7?^w fuf Ma première réflexion cft
fe^::£'^ ^^ la réponfb que foit M,
*;^r^r7.. ^i- Claude aux Aftcs tirez de
(ipiine iUs laDiiciplmede ics E^^lifes.
i^f^nl^i Je me fuis fervi de ces.
Actes pour montrer qu'il
efloit fî neceflaire à tous les
particuliers dans les qucf-
tions de la Foy de fc fou-
mettrc à l'autorité infailli-^
ble de l'Eglifc,que les Pré-
tendus Réformez, qui la rc-^
jettoient dans la fpccula-
tion, fc trouvoicnt forcez
en mefmc temps à la re-
connoijQ-rc dans la pratique.
de M. Claude. 23 7
Ce qu'il y a de plus prcl-
fant dans ces Adcs , c'eft
qu'au feul Synode National,
a l'excluiion des Conliftoi-
res , Colloques &: Synodes
Provuiciaux,e{l: attribuée la Difdp.chif*.
dernière &fnale réfolutïon far vid. liip'."
la parole de Dieu. Mais parce p- ^'•
que c'eil ii dernière & finale
réfolutïon:, les Enjlifcs &: les
Provinces en députant à ce
Synode jurent folennelle-
mcnt de fe fiumettre à tout ce dî^ci'p. ch. 9,
qui fera conclu dans cette af çci\.y-^j^a,'
fcmbléc , pcr/ùadées que Dieu y ^^]\.y'
fréfidera far fin Saint BJprit
& f^y fa far oie. Ainfi, parce
qu'on croit devoir une lou-
miilion entière a cette fcn-
rence luprénic quand elle
fera prononcée^ on jure de
ijS Réflexions fir un écrit
s'y foumettre avant mefme
qu elle Tait efté ; c'eft agir
confequemment. Mais fi a-
prés une promeffe confir-
mée par un ferment fi (o-
lennel^on prétend fe laifiTer
encore la liberté d'exami-
ner, j'avoue que je ne fçay
plus ce que les paroles fi-
gnifient, &: il n'y eût j-mais
d'évafion mentale fi pleine
d'illufion &: d'équivoque.
On peut bien croire^ fans
que je le dife , que les Mi-
niftres fe fentent preflez par
un raifonnement fi clair •
dans de telles occafions, où
la vérité fe découvre avec
tant d'évidence 3 plus on a
d'efprit , plus on fent la
difficulté^ & plus on fe trou-
de M. Claude. 15^
vc cmbaraiTc. AulTin'y a-t-il
rien de plus vilible que rem-
barras qui paroift dans la
rcponfe de M. Claude, je
dis me fine dans fa réponfe
telle qu'il la marque dans la
propre Relation.
Elle fe réduit à dire qu'on
fait ce ferment, parce qu'on
doit bien prc fumer d'une
telle affcmblce; &: au fur-
plus que ces paroles, Notis
jurons de nom foumcttrc k
vojlre ajfemblée, perjuadcz. que
Dieu y préfidera, enferment
une condition fins laquelle
la promellc ainfi jurée n'a
point (on effet. C'efh tout iRep.p.34^
ce qu'on peut répondre.
L'Anonyme qui a dédié (on
livre à M.Conrart^m'a faic
^4^ Réflexions fur un écrit
le premier cette rcponfe.
hap. 55. p. Un autre Anonyme, dont le
livre eft intitulé, le déguifc-
Nog.r.p.ch. ment d€?naf(jué,V2LÎà\tc après
''- '- '''• luy. M. Noguier, & M. de
rag.i^s. Brueis autre Auteur qui a
répondu à VBxpofltion,n ont
eu que cela à dire. M. Ju-
rieux s'en eft tenu à cette
Prcferv. art. répoufe dans fon Préferva-
tirj & leulement il explique
plus limplement que les au-
tres, que toute cette per-
iliafion qui fcrt de fonde-
ment au ferment ^ eft une
daufe de civilité des termes de
laquelle il ne faut f oint ahufer,
M. Claude n'a point eu
d'autre réplique , & c'eft la
feule qui paroift encore dans
fa Relation.
Ainfî
de M. Claude, z^\
Ainfi ce ferment fi fc-
rieux & fi folcniicl de cous
nos Reformez &: de leurs
Eglifes en corps à leur Sy-
node National fe réduit à
cette propofinon, qui ne fe^
roit au fond qu'un mutile
comphment: Nom jurons dc^
vant Dieu de nom foumettre
à tout ce que vom déciderez.,
ft njûîis déàdc':^ par fa parole
comme nous le préjunions CT
nous ie [ferons.
Mais pourquoy donc ne
pas énoncer ce grand fer-
ment c\\ CCS termes , fi ce
n'eft qu'on a bien veù qu'en
fe rcduifmt à ces termes
on ne difoit rien , & qu'on
a voulu dire, ou fcmblcr
dire quelque choie >
L
arr. 3. Obf.
^àf% Réflexions fur un écrit
Pour moy 5 plus je confi-
jdere ce qui fe trouve dans
la Dircipline à^$ Prcc^n-
dus Réformez fur ce fer-
Bicnt de leurs Eglifes , plus
je le trouve éloigné du iens
qu'on y veut donner.
Je trouve premièrement,
comme je Tay remarque
dans la Conférence, que ce
ferment ne fe Lit que pour
le Synode National, c*eft à
dire , pour ccluy cU fe doit
faire U dernière ^ finale rifo-
lution par la parole de D'eu;
èc le Synode National de
Caflres a déclaré ^non nu*
fer oit point es lettres d'tnnjoy
portées par Us députel des
Eglifs particulières aux CoUo^
.^tées & Synodes FTQvincim^
de M. Claude. 245
de cUufès de fourni ffion s i
ABSOLUES ^/^^ ce//es ^ui
font inférées es lettres des Fro<
'v in ce s aux Synodes Natio-
naux. Pourquoy, fi ce n'cft
pour faire voir la différence
qu'il y a encre la dernière
décifion^ ^ toutes les au-
tres >
En effet, quand j*ay re-
cherche en quoy coniifloit
cette différence, j'ay trouvé
une autre forte de foumif-
fion pour les Colloques 6c
pour les Synodes Provin-
ciaux. Cefi que ceux qui nrdp.ch.^
font accufez d'altérer la (ai- *'' ^''
ne doctrine font obUgez
préalablement défaire promijfe
exprejfe de ne rien Jïmer de
leurs opiniêns avant la convo-
Z44 Reflétions fir un écrit
Cation du Colloque , oti du Sy -
node Provincial. C'eft un rè-
glement de Difcipline &: de
Police. M lis quand on vient
au Synode où le doit faire
ceUe dernière & finale réfolu^
tiony les particuliers à la vé-
rité réitèrent la mefme pro-
meflc i mais on ne s'en tient
pas là 5 &: les Eglifes en
corps y ajouftent ce grand
ferment de fe foumettre en
tout &: par tout à la déci-
iîon 3 perfuadées que Dieu
mefme en fera l'auteur.
Une fimple préfomption hu-
maine, comme l'appelle M.
Claude, une cLaufe de civili^
îê y comme la nomme M. Ju-
rieux,ne peut pas eftre la ma-
tière àc le fondcmenr d un
de M. Claude. Z4y
ferment : aulB voyons-nous
que non- feulement les par-
ticuliers , mais les Confiiloi-
res &: les Provinces entières
fentircnt dans ce ferment
quelque chofe de plus fort
qu'on ne veut prefentement
nous y ftiirc entendre , en
forte qu'elles y firent une
grande rcfiftancc qui ne put
ellre vaincue que par un
long-temps , & par les Dé-
crets réitérez des Synodes
Nationaux.
Je voy durer cette réfif- Dirdp.ch «.
tance jufqu'à l'an i6n. En T\l^^^:
cette année & au dellus
je trouve prefque toujours
dans les Synodes Natio -
naux, des Provinces entiè-
res cenfurces ^ parce que
L iij
ij^6 "Réflexions fur un écrit
léîir députation, ou, comme
ils parlent , leur envoy , ne
contcnoit pas cette claufe
de fourni (Tion. Les Eglifcs
avoient de la peine à faire
un ferm:*nt fi peu conve-
nable à la dodrine qu'on
leur avoir infpiréc, & à ju-
rer 5 contre les principes de
la nouvelle Reforme, une
telle foumiffion à une Af-
femblée , qui après tout,
quelque nom qu'on luy don-
naft , n'eftoit qu'une AiTem-
bléc d'hommes toujours ,
félon CCS principes, fujets à
faillir: mais il y fallut paf-
fer. On vie qu'on ne faifoir
rien , fi a la fin on n'obli-
geoit les hommes à une fou^
million abfoluë y & que leur
de M. Claude. 247
lailTcr Tcxam-n libre après
la dcrnicrc &: finale rcfolu-
tion , c cftoïc nourrir Tor-
cTiv-il , la diffcnfion ^ le
fchifmc
Ainfi, contre les princi-
pes de laRcformation pré-
tendue , il f-iUut donner
d'autres idées , & on réib-
Jut de s'attacher immuable-
ment à la foumiffion ^ au
ferment dans les termes que
nous avons marquez.
La raifon dont on (c fer-
Vît au Synode de la Rochel-
le pour obliger les Provin--
ces à cette cUufe de fou-
mijfion aux chofcs qtit fi-
roient ré foin es dans le Syno-
de National, c'efl: qu'elle
cdoit mcejjaire à la validité '^^*-
L iiii
^4^ 'Réflexions far un écrit
des conclu fions de L'ÂJftmhlée.
En général pour valider les
Ades dune affemblée, il fuf-
firoit que ceux dont elle fe-
roic ccmpofée euflent un
pouvoir d'y porter les fuf-
frages de ceux qui les au-
roient envoyez; & les dé-
putez tant des Colloques
que des Synodes Provin-
ciaux venoient toujours
munis de tels pouvoirs. Mais
il falloir quelque chofe de
plus fort au Synode Natio-
nal s &: comme il s'y agif--
foit de la dernière réfolutiony
pour valider un tel Afte, Ôc
îuy donner toute fa force ,
on jugea qu il devoir eftre
précédé d'une foumiflion
aufli abfoluc que la rcfolu-
de M* Claude. 145»
tion en dcvoic paroiftrc ir-
révocable.
A cette dccilion du Sy -
node de la Rochelle , cclay
de Tonncins ajoulta que U ibia.
Joumijjlon firoit fromife en
propres termes a tout ce c^tii fi-
roit conclu é* arreflé sans
CONDITION ET MODI-
FICATION. Maintenant,
ce n'eft plus qu'une cUufè
de civilité , &: une promellc
conditionnelle qu'on fcroit
fi on vouloit non - feule-
ment au Synode Provincial,
&: au Colloque &: au Con-
filloire, mais encore à tout
Miniftrc particulier. On ne
la fait néanmoins ni à ces
Miniftrcs particuliers, ni à
ce ConUlloirc,ni à ces Col-
L V
ifà Reficxions fur un écrit
tbqiics , ni à 'cé*s Synodes
Provinciaux : pourquoy , 11
ce n'eft pour réfcrver quel-
que choie de particulier &
de propre à rÀjGTcmbiée où
fe devoir faire Ufnale refo-
lution y après laquelle il n*y
a plus qu'à obéir > Mais ii
tout ce qu'il y a icy de par-
ticulier & de propre, au fond
n'eft que des paroles \ eftoit-
ce de quoy occuper les E-
glifes de la nouvelle Réfor-
me & cinq ou fix de leurs
Synodes Nationaux >
C'eft ce qu'il falloit ex-
pliquer j 11 on vouloir dire
quelque ehofe : c'eft fur
quoy on ne dit mot, quoy-
que cette difficulté, par ma-
nière de dire . faute aux
de M, Claude. i^i
y-nix , ^ que )c l'ayc cx^
pr':ir mcnc rclcvcc.
Eniin, pour rcduirc mon
raifonncmcnc rn peu de
mots , tout Icrmcnt doit
cftrc fonde iur une vérité
certaine &: connue. Or cet-
te promelTe faite au Syno-
de national, ^ confirmée
par le ferm'^nt folenncl de
toutes les Eglifes Préten-
dues Reformées, isous ju-
Yons & poi'Ktîons de ftiivrc
njos dkijicns , fcrfuadi^i que
njons yigeYL7j)uh ; cette pro-
mellc , "dis -je , de qu Iquc
manière qu'on la tourne,
n'a de certitude que dans
l'un de CCS deux iens. Le
premier, Nous jurons & po-
p.ettons de fùivre njos déci-
L Y,
ijx Réflexions fir un écrit
Jionsy fi nous trouvons que
vous jugiez, bien : choie à
la vérité très-certaine, mais
en mefme temps illufoire,
puis qu'il n'y a perfonnc fur
la terre à qui on n'en puifl'c
ditè'-autant \ &c comme je
l'ay iemarqué dans la Con-
férence , M. Claude me le
peut dire aulfi - bien que
moy à luy. Le fécond. Nous
femmes fi perfitadez, que vous
jugerez bien , que nous jurons
(^ promettons de feiïvre vos
décifions y auquel cas le fer-
ment efl faux, il on n'eil en-
tièrement aifeûré que l'Af-
femblée , à qui on le fait,
ne peut mal juger.
Les Prétendus Réformez
a' ont maintenant quàcboi-
di M. Claude. ^^Jj
lu- entre ce> deux feus, dcnu
l'un eft upc lUufion mani-
feltc , &: l'autre , qui paroift
aulH le feul natiuel, luppo-
fe clairement rinfaillibilixe
de TEglife.
Et il ne faut pas répondre
icy que cette foumiirion
ne regarde que l'ordre pu-
blic èc la difcipUne ; car en
matière de Foy , une déci-
sion n'oblige à rien moins
qu'à ce qu'a dit l'Apoftre
Saint Paul/c'eft dire, ipam.x.i^.
troïre de cœur, & àconfcjfer
de bouche. Et nos Reformez
eux - mefmes l'entendent
amfi , lors qu'ils déclarent
dans leur Difcipline , que
l'etfet delà décifion dernière
é finale du Synode Natio-
p. p
2.5-4 Réflexions fkr un écrit
vid fup. nal, c'cft o^dvfi y acqulcfiede
point en foini y *in,cc txprés
deja%jcti dt la docfrine montrai'-
re, Celuy donc qui jure de
fe foumettre à la décifion
qu'on fera dans une aflcm-
blce, jure de croire de cœur^
&: de confeffer de bouche
la doctrine qu'on y aura dé-
cidée.
Mais pour faire cette pro-
mefle , &: la confirmer par
ferment, il faut que raflem-
blée à qui on la fait . ait
une promefle divme de l'af-
fiftance du Saint Efprit; c'eft
à dire , qu elle foit infail-
lible.
M. Claude infinua dans
la Conférence, qu'il y avoir
€n effet une promefle aivi-
de M. CUttde. ijy
ne , que ceux qui cherche-
roicnt y trouverokht; &: que
le (erment de fcs Eglilcs
pouvoit avoir fon fonde-
ment dans cette affeùran-
ce. Mais jamais il ne forti-
ra par cette rcponfc de Tcm-
barras où il ert. Car afin de
rendre le ferment confor-
me à la promeflc , il doit
cftre conditionnel, comme
la promeilc Tefl: : &: comme
J E s u s - C H R I s T a dit 5 i"/
vous cherchez, bien, vous trou-
verez. , le fcns du ferment
ferok auffi , Si vous fuîtes
vojlre devoir , nous vous erh
croirons; ce qui feroit re-
tomber dans la pitoyable il-
lufion que nous avons re-
icttce.
2.^6 Réflexions far un écrit
Afin donc de pouvoir fai-
re fans temerïté le ferment
dont il s'agit, il faut eftre
fonde fur une promelTe ab-
foluë de Dieu, fur une pro-
meffe qui nous afleûrc mef
me contre les iniîdelitezdes
hommes, enfin fur une pro-
melfe telle que Jésus-
C H R I s T la fait à fon Egli-
fe y lors qu'il l'aflcûre indé-
finiment &abfolument,que
M«tt. XVI. les portes d'Enfer ne frévaié-
dront point contre elle.
Tant que nos Réformez
s'obffineront à nier que Tau-
torité des décifions de TE-
glife foit fondée fur cette
promeiTc, leur ferment fera
toujours une illufion ou une
t^emerité manifefte; &: ils fe
de M. Claude. 257
trouveront forcez ou à dcfc-
rer plus ati'rft ne veulent à
l'autorité dcVEglilc^ou à re-
connôiftrb qu'ils ontimpofé
partie magnifiques paroles
à la crédulité des peuples :
puis qu'après avoir diftingué
de toute autre déciiion la
dernière dccifion deTEglifc
par un caradere fi marqué
^ par la proteftation d'une
foumillion (î particulière, att'
fond H fe trouvera quune
telle fonmilTion confirmée
p.if un ferment i\ fingulicr
liVil pas d'une autre natu-
re m d'un autre genre que
celle qu'on doit naturelle-
ment à toute ailemblée Ec-
clcfiaftique, &: à tout pa{-
tcur leo-itime i c cft a dire ^
258 Referions fur An écrit
qu'on pourra toujours en ve-
nir à de nouveaux doutes,
&: toujours examiner y^^/^/
la dtr Jire vifolution , comme
on feroit après toutes les
autres.
Il cft iiinfi en effet félon
les principes de la nouvel-
le Réforme : mais les prin-
cipes de la nouvelle Réfor-
me n'ont pu changer la con-
dition necelTaire de r huma-
nité 3 qui demande, pour
emp?fcher les divifions 6^
mettre les cfprits en repos,
une décifîon finale &: indé-
pendante de tout nouvel
examen général &: particu-
lier.
L'Eglife Chreftienncn'cft
pas exempte de cette loy j
de M. Claude. l^J
èc pKis elle cft ordonnée,
plus fa conftitucion dépend
d'une entière foumiifionde
i'cfprit, plus elle a befoin
d'une fcmblable autorité.
C'eft pourquoy dés Torigi-
ne du Chriftianifme, Dieu
mcfme a mis dans le cœur
de tous les vrais Chrefti ^ns
qu'il ne faut plus chercher
ni examiner après l'Eglife.
Cett^ inviolable Tradition a
fait fon eff:t dans nos Ré-
formez malgré leurs princi-
pes, je ne m'en étonnepas. B»r.desp.s.
Saint Bafilc a dit tres-facrc-^"
ment & tres-veritablcmenc
que la Tradition faifoit di-
re aux hommes plus qu ils
ne vouloient, 6c leur infpi-
roit des chofcs contraires à
léo Réflexions fkr un écrit
leurs fcncim^ns. Et fi nos
Réformez ne veulent pas
devoir à la Tradition cette
réfolution dernière &: fina-
le , ni cette foumiffion fi {q-
lennelbment jurée : c'eft
donc la ncceiTicé & Texpc-
tîcnce qui l?sy aura forcez 5
c'eft qu'il faut pouvoir met-
tre fin aux doutes &: àTexa-
men des particuliers par
une autorité abfoluë, fi on
veut avoir la paix & entre-
tenir r humilité ; c'eft que fi
on n'a pas 5 ou fi on n'exer-
ce pas cette autorité , il faut
faire femblant de l'avoir &
de l'exercer, bc du moins en
donner l'idée ; c'eft en un
mot qu'on peut difcourirô^
répondre du moins de pa-
fiiXtoj: , l:tr
d€ M. Claude, i^i
rolc à des argumcns , mais
que ri<^norancc , l'infirmi-
tc, &:rorgucïl naturel àrcf-
prit humain demande d'au-
tres remèdes.
l'av prétendu faire voir
dans la Conférence , qu'en « "^ "'^^ ^''•^-
niant l autorité inraillible vouces'-arM.
di-T^ ir -- U^J-.^^ CLti'.de dans
e 1 Eglile, on tombe dans uco.frcnce,
ces deux inconvcniensi &: Zl"lj!''r'
ie ne dis pas dans l'un des frcfint uiréi
deux 5 mais dans tous les dt
deux inévitablement. Le pre-
mier, eft qu'on oblige cha-
que particulier, pour igno-
rant qu il puillccllre, à croi-
re qu avec cela il peut mieux
entendre la parole de Dieu
que les Synodes les plus u-
nivcrrels,&: que tout le ref-
te de TEglifc cnfcmble. Le
i6i Béjlextùnsfur un écrit
fécond, qu'il y a un temps
où un Chreftien baptifc
îi'eft pas en eftac de taire
un ade de foy fur l'Ecritu-
re Sainte ; mais que, malgré
qu'il en ait , il fe trouvera
obligé de douter fi elle eft
infpiréc de Dieu.
Je n'ay veû aucun des Pré-
tendus Réformez, à qui C(zs
deux propofitions n'ayent
fait horreur, &: qui ne m'ait
dit, que non feulement il
ne les croiroit jamais, mais
qu*il dét^'fteroit ceux qui les
croyent. Voyons donc com-
me il demeure établi par la
Conférence , qu'elles font
des fuites deladoûrinedes
Prétendus Réformez , &:
des fuites fi manifeftes,
de M. Claude. ^^$
quelles font avouées par les
Miniftrcs.
Et déjà, fins farcir de la
R lation de M. Claude, luy-
nicfm'" il y tranch^ le mot:
qu\)prcs touc" afT^mblce
ELclcfhiftique chaque parti-
culier doit examiner li elle
a bien entendu la parole
de Dieu, ou non. Comme
il avoir parlé des mterefls
humains , qui fouvent, di-
foic-il, ofFufqumt la vcricc
dans les Alfemblces l?s plus
auth'^ntiques&lcs plus uni-
verfelles de TE^life: pour
détruire cette réponfe , &:
montrer au fond que ce
n'eftoit qu'un:: chicane, je
luy avois demandé (î tout
fe paffant dans Tordre, U
2.^4 Réflexions fur un écrit
fans qu'il paruft aucun inte-
reft .humain dans les déli-
bérations, il ne faudroit pas
encore que chaque particu-
lier cxaminafl. Il avoir avoué
qu'il le falloir ; &: il Favoûë
encore dans fa propre Rela-
tion 5 fouftenant qu'il n'y a
nulle abfurdité, ni nul or-
gueil à un particulier , de
croire qu'il puifle mieux en-
tendre la parole de Dieu que
toutes les Aflemblées Eccle-
fiaftiques^ quelque bon or-
dre qu'on y garde , bc de
quelques pcrfonnes qu'elles
puiflcnc cllre compofées.
Voilà une propofition &:
une dodrine qui paroiftra
afFrcufe à tout efprit doci-
le. Mais afin que la chofe
foie
de M, Claude^ I05
foit plus Icnfiblc , faifons
rapplicacion de cette do-
£lnne à un exemple parti-
culier.
L'Eglife Calviniennc, de-
puis fîx à fept- vingts ans
qu elle a commence de sc^
rablir, n'a tenu aucune Af-
fcmblcc plus authentique
m plus folcnnelle que le
Svnode de Dordrecht. Ou-
tre toutes les Egli fes de^
Païs-Bas, toutes les autres
de mcime croyance, celles
d'Angleterre^ celle de Ge-
nève , celles du Palatinar,
celles de Hcflc , celles de
Suiilc , celle de Brème, &:
les autres de Langue AUe^
mande , s y font trouvées
par leurs Députez, & i'onc
U
%6C, Réflexions fir un écrit
rcceû s Se afin que rien n y
manquaft , fi les Eglifes Pre^
tendues Réformées de ce
Royaume furent empef-
chécs de s'y trouver, elles
en adoptèrent toute la do-
arine au Synode National
de Charenton en 1631. où
tous les articles de Dor-
drecht , traduits de mot à
mot , furent embraffez &C
jurez par tout le Synode,
Se en fuite par toutes les
Provinces &c toutes les Egli-
fes particulières. Depuis ce
temps aucun des Prétendus
Réformez ne réclame con«
rre ce Synode. Il n y a que
les Arminiens qu'on y con-
damna, qui en blafment la
cloftrinc &: en racontent
de M. Claude. %(^-7
les cabales &: la paie qu'y a
eu la politique &: les intc-
refts de la Mailbn d'Oren-
gc. Tout le rcfte a ployer
&: s'il y a quelque chofe
qu'on puiiTe dire receù d'un
confcntcment; unanime par
routes les Eglifes de la Rc-
fonnation Prétendue , c'eft
fans doute les décrets de ce
Synode. Et néanmoins je
fouiliens à M.Claude, qu'in-
terrogé Il \n\ particulier ç
quel qu'il foit de (on Ecrli-
fe, peut fe rcpofcr fur une
autorité aufll grande parmi
les fiens, que celle-là, fans
examiner davantage; fi on
le preiVe de répondre par
OUI ou par non dans une
quellmn (l précife &: dan«
M u
z68 Réflexions fur un écrit
un fait fi bien articulé , il
faudra qu'il difc que non ,
^ qu'enfin maigre tout ce-
la, ce n'eft que des hom-
mes, quelque habiles, quel-
que éclairez, quelque iaints
qu'on les imagine , toujours
fujets a faillir , dont fi on
fui voit les fentimcns à l'a-
veuo;lc ^ fans examen ^
on cgaleroit les hommes à
Dieu. Ainfi, félon les ma-
ximes de la nouvelle Re-
forme, tout particulier, &;
îufqu'aux femmes les plus
ignorantes , doivent croire
qu'elles pourront mieux en-
tendre l'Ecriture Sainte ,
qu'une Aficmbléc compo-
fée de tout ce qu'il y a de
plus grand dans toute l'E-
de M. Claude, i(<cj
gliic, quil rcconnoift pouK
la iculc où Dieu cft fcrvi
piircmciic ; & non -feule-
ment de cette Ail'jmblce,
mais de tout le refte de TE-
glife, cV de tout ce qu'il eu
coimcKil- dans tout l'Uni-
vcrr. Voilà ce que M. Clau-
de m'a avoué; voilà en fub-
rtancc ce qu'il dit encore
dans ia propre Relation; 6C
voilà ce que tout Miniftrc,
bon crvc malo-rc qu'il en air
a\oucra dans une Confé-
rence en pj-efcncc de qui
on voudra , à moins qu'il
s obftine à ne vouloir point
parler prccifemcnt: auquel
cas on verra qu'il biaife ,
& cette teraiverfition fera
plus tortc qu'un aveu , puis
M lij
V^o Réflexions fur un écrît
qu*outre quelle fera voir
que l'aveu eft inévitable ^
elle fera voir de plus qu'on
en fent les pernicicufes con-
fequences.
Et ce que je dis du Sy-
node de Dordrecht , on
forcera M. Claude &: tout
autre Miniftre à le dire du
Concile de Nicée, du Con*
cile de Conftantinople, de
celuy d'Ephefe , de celuy
de Calcédoine &: des autres
que nous recevons eux &:
nous d'un commun accord :
&; quand ils le diront , ils
ne diront rien de nouveau,
ni qui foit inufité dans leur
Religion. Calvin l'a dit en
termes formels, lors qu'en
parlant en général des Con»
de M. Claude, ijl
elles de tous les ficclcs prc-
cedens, il a écrit ces paro-
les : ^^ ne frétens f<ts en ce iv. bainu:.
lieu qu il faille condamner tous
les Conciles y & cajjer tous leurs
Décrets, r^/^^^/^/jr^pourfuit-il,
'VOUS m oh je lierez, que je les
range tellement dans l' ordre ^quc
je permets à tout le monde in-
différemment de recevoir ou de
rejetîcr ce que les Conciles au»
ront établi y nullement y ce ne(l
fasla ma fcnfée. Vous diriez;
qinl s'en éloigne beaucoup*
La majellc des Conciles, &:
rautorité d'un fi grand nom
le frape d'abord; mais la
fuite de fa doctrine luy fait
biciitofl: oublier ce qu'il fem-
bloit vouloir dire à leur a-
vantagc : car voicy comme
M iiij
vji^ Reflexions far un écrit
il conclut. Lors y dit -il, qut
ton allegtie l'autorité d'un Con'
eikyje defire premièrement qui
l'on confldere en quel temps y
d^ pour quel fujet il a eflé af*
Jemblê ) c^ quelles perfonnes y
ifnt ajji/lé j après que l'on exa-
mine le point principal félon
la régie de l'Ecriture y de forte
que la définition du Concile ait
fin poids y & quelle fît com-
me un préjugé , mais qu'elle
n'empefihe p,ts l'examen. C'cft
à quoy aboutit enfin cet-
te foigneufc recherche du
temps, du fujet &: des per-
fonnes 5 à faire qu'en quel-
que temps que fe foit tenu
un Concile, quelque matiè-
re qu'on y ait traitée , bc de
quelques perfonnes qu'il ait
de M. clan de. 173
clic compofc, îûHt le monde
indï;fcrcmmcnt , car c'cft de
qiioy il s'agir, en examine
le point principal par la pa-
role de DicLi^ (S^ croye qu'il
peur mieux en rendre cette
divine parole que tous les
Conciles.
Voilà jufqu'où ces Mef^
lieurs pouilent Tcxamen :
ils le pouilent mefme bien
plus avant, puis qu'ils veu-
lent qu'on examine après
les Apoftres. Ce n'cft pas
une confequence que je ti-
re de leur doctrine; c'cfl:
leur propre propofition &r
leur doclrme en termes for-
mels, Scelle de M. Claude
Qi\ particulier. Car fur ce
que j'ay dit dans V Exvoji-
2-74 Réflexions fur un écrit
^x^,-kt\:^A tion y qu'après le Concile
de Jeruralcm &: la dcciiion
des Apoftrcs, où ils dirent.
Au. XV. 18. // ,1 lemhlé bon ati SaintEJprit
& a nous y perfonne n'avoir
plus rien à examiner , &:
Aa,xvi.4. qu'en effet Paul & Barnabe
avec Sil^y comme il eft écrie
dans les Adcs, alloient par-
colorant les Bglifes-, à* leur en--
feignant , non point à exa-
miner ce qu'avoient fait les
Apoftres , vc\:û^ a fuivre leurs
Ordonnances : parce que j'ay
conclu de -là qu'ils don-
noient la forme à tous les
ilecles fuivans , &r nous ap-
prenoient comme en tous
les temps les Fidclcs dé-
voient , fans examiner, fc
foiimettrc aux décifions de
de M, Claude. 275
rE2;lirci après divcrfcs rc-
ponlcs, toutes vaines, il a
tallu à la lin me répondre
nettement , qu'on devoit
cneore examiner après le
Concile des Apoftres. C'eft
l'Anonyme^ c'eft le premier
qui a répondu à VExpoJi^
tion y qui l'a écrit en ces
termes : On ne voit p^té que
les ApoJIres publient leur dé-
cîfion avec un ordre ahfolu d'y
ohcïr : mais ils envojent Paul,
B.irnahas , & Silas pour inf-
trnire les Fidèles de garder cette
ordonnance y c'efl a dire évi-
demment, pour leur en perjua^
der Us motifs & les fonde ^
mens -, ce qui ne dit pas quon
leur défcndifl d'examiner.
Ccft ce que dit l'Ano-»
M V)
z7^ Réflexions fur un écrit
nyme: Tendroit cft remar--
quablc, on le trouvera dans
l'article xix. de la premiè-
re Rcponfe dans la quatriè-
me &: dernière remarque
qu il fait fur le Concile des
Apoftres , en la page 328.
Ce n'eft pas un fentiment
particulier de cet Auteur^
puis qu'on a mis à la telle
l'Approbation des quatre
Miniftres de Charenton ,
oii M. Claude fe trouve
nommé ; afin qu'il ne difc
pas que je luy impute une
doûrine étrangère , en luy
imputant celle de cet Ano«
nyme.
Ainfi ce n'eft pas les Juifs
&: les Gentils mcredules;
c'eft les Fidèles bc les EgU«
^li M. Claude. irjy
fcs Chrcllicnnes qui doivent
examiner après les A po lires,
& après les Ape:)fi:rcs aileni-
blez,6J après qu'ils ont pro-
noncé 5 // a fanhlc bon au
Sat/ït F- [prit O^ a nous ; & ce
prodige de doctrine eft en-
Icio-nc daPiS une Eiilife qui
le vante de n'écouter que les
pures paroles des Apollrcs.
Voila jul qu'où les Mniiil-res
& les Prétendus Réformez
6c M. Claude en particulier
font forcez par leur croyan-
ce à pouilcr la neceflité de
Texamen.
Il ne redoit plus qu'à di-
re qu'il falloir encore exa-
miner après Jesus-Christ,
^ qu'avec tous les miracles
ce toute rautonté que fon
5,78 Réflexions Jur un écrit
Père luy avoit donnée , ii
n'en avoit pas affez pour
oblig^er les hommes à le fui-
vre fans examen & fur fa
parole : M. Claude Ta dit
dans noftre Conférence, Ô6
le dit encore dans fa Rela«
tion.
Je prie le fage lefteur de
croire que dans une matière
de cette importance je ne
veux ni impofer, ni exagé-
rer : qu'il me fuive feulement
avec attention , &: il verra
la vérité manifefte.
On a veû que j'objcctois
dans la Conférence, qu'à
moins de reconnoiftre une
autorité vivante ^parlante,
à laquelle tout particulier
fuft oblige de fc foumcttrc
de i\î. Claude. 179-
fans examiner, on rccUiiioïc
les particuliers à la prc-
Ibmption de croire quils
pouvoienc mieiiK entendre
r Ecriture Sainte que tous les
Conciles enfemblc &: que
tout le relie de l'Eglife.
Pour me prouver qu'en ce-
la il n'y avoir rien de Ç\ or-
gueilleux , ni de il abfur-
de, M. Claude me répondit
que du temps que Jésus-
Christ clloit fur la terre,,
le cas cftoit arrive où un par-
nculicr devoir élever fonju-
eemcnt au dellus de la Sv-
nagoguc allcmblee quicon-
damnoit J e s u s-C h R i s t ;
ce qui loin d'eftrc un icnti-
mcnt d'oriTueil , eftoitTacte
d\uie Foy parfaite.
lîo R cflexîons fur un écrit
Cette réponfc^ je ravoûc,
me fit horreur : car afin de
la fouftenir , iî falloit dire
que dvi temps que la Sy-
nagogue jugeoit 3 E s u s-
Christ, &: qu il eftoit
luy-mcfme fur la terre, il
n'y avoir point fur la terre
d'autorité vivante oC par-
lante à laquelle il falluft cé-
der fans examen; de-fortc
que Ton de voit examiner
-après J e s u s-C h R i s t , &:
qu'il n'ejftoit pas permis de
l'en croire fur fa parole. Je
fis cette réponfe à M. Clau-
de , & luy montray que loin
qu'il falluft alors que cha-
cun fe detcrminaft par un
examen particulier , ô£ s'é-
Icyaft au delTus de toute au-
de M. CLuidc. iSi
toricc vivante & parlante, il
y en avoit une alors, la plus
irrandc qui hit jamais ou
qui puille eftrc, qui cil celle
de J E s u s - C H R I -S T & de
la vente nicimc -, à qui le
Père rcndoit publiquement
tcmoi^na^c par une voix
venue du Ciel , par les mi-
racles les plus grands ^S^lcs
plus vifibles qu'on euft ja-
mais faits, bc enfin par les
moyens les plus cclatans
aulli-bien que les plus cer-
tains que la Toute puiilan-
ce divine ait pu pratiquer.
Si je remarque dans la
Conférence qu'il n'y eue
point de rtponfe à ce rai-
fonnement , on lent bien
que c'cft qu'en ctfct il nV
z^i Réflexions Jur un écrit
en doit point avoir. M. Clau-
de dit néannionis dans lli
Relation qu il me répondit
que les miracles de J e sus-
Christ faifoicnt un des
fujcts de la queftion ^ qu'il
y a de faux miracles dont
Moïfc au Deuteroncme a-
voit averti les Ifraëlites de
fe donner garde; que la Sy-
nagogue avoir jugé que les
miracles de J e s u s~Christ
cftoient faits au nom de
Beelzebub ; o^ enfin une au-
torité ne décide rien que pre"
mierement elle ne foït recene^
& que celle de^Esn s-Christ
^;e l'efiûif pas encore, puis qu'il
s'dgijfck de la recevoir ou de
la rejetter. Je fuis obligé d'ob-
fcrver qu'alTeûrcment je
de U. Chu de. 2S3
n'entendis ncn de tout cela
dans Li Confcrcncc; bc o\\
\a voir qu'en ciïct il vaut
mieux le taue, que de du'e
de telles chofcs. Mais puis
que M. Claude veut les a-
voir dites, il faut donc qu'il
difc encore qu'à caufe que
les miracles de Jésus-
Christ eftoient re):ttcz
comme des lignes trom-
peurs par des envieux, par
des opiniaftres, en un mot
par les emiemis déclarez de
la venté, ces miracles nef-
roient pas allez convaincans
pour pouvoir obliger les
hommes à en croire J es us-
Chris t fur Gi parole fans
examiner davantage -, &:
qu'après par exemple qu'il
184 Réflexions Jur un écrit
T"3n. XI. eût refufcicc le Lazare en
*'^' témoignage exprés que Dieu
'l'av oit envoyé y ceux qui vi-
rent de leurs propres yeux
un fi grand miracle, eftoient^
Je ne dis pas recevables,
mais expreffement obligez
à examiner fi Jesus-Christ
cftoit vrayment envoyé de
Dieu. Il faut, dis-je, pouf-
ibr jufiqu'à cet excès la ne-
ce fil té de r examen : autre-
ment il fera vray, comme
)e l'ay dit , qu'il y avoir
alors une autorité vifible Ôo
palpable à laquelle tout de-
voit céder fans examiner 5
de-fiDrte qu^il n'y eût jamais
de temps où l'on fuft: moins
expofé à la tentation de
l'orgueil en s'élevant au
de li.CUude. iS^-
dclTus de route autorité vi-
vante & parlante, puis que
celle de J e s u s - C h k i s t,
la plus vivante ^ la plus
parlante audi-bicn que la
plus i^rande «SiT la plus in-
faillible qui hit jamais, ci-
toit alors fur la terre , &:
qu'on ne s'elevoir au delliis
de la SvnagOi:^ue qu'en fc
foumcttant à Jesus-Christ,
dont les miracles, comme
il dit luy-mcfmc, oftoîent y
toute cxcuje a ceux qui ne ^^
croyoicnt pas en luy : ce
que FAllemblée qui le con-
damna reconnut li bien, que
refulant obdinément de
croire en J e s u s-C h r i s r,
elle ne trouva ni d'autre rc-
ponlc à les mitviclcs , ni
1Î6 Réflexions Jur un écrit
Toan. XI. d'autres moyens de luy rc-
joaa. XII. fift^^' '^^^ ^c s'^i"^ défaire,
^'^- &: fe défaire avec luy de
Lazare mefmCjpour ctouf-*
fer , fi elle euft pu par un
mefme coup avec les mira-
cles qu'elle avoit veûs la
mémoire de celuy qui les
avoit faits.
Il ne faut donc plus icy
éblouir le monde par de
frivoles réponfes , ni faire
perdre aux ledeurs la fuite
d'un raifonnement en intro-
duifant des queftions inuti-
les. Je veux dire qu'il ne
fert de rien d'émouvoir icy
la queftion des fignes trom-
peurs, ni de répondre que la
Synagogue doutoit de la ve-^
rite des miracles de J e s u s-
de M. cUude, 187
Christ. Il s'aiz;it unique-
ment de fçavoir il ce doute
nVlloit pas l'effet d'une ma-
lice évidente, d>C enfin s'il
n ert pas certain parmi les
Chreftiens qu'il y avoit dans
les miracles de Jésus-
Christ une fi pleine dc-
monftration de la puiflance
divine, ^ une li claire con-
firmation de la million de
J E s u s-C H R I s T , que tout
cfprit raiibnnable fuil obli-
o-c de céder fans examiner
davantage, en iorte qui! y
cuti; alors une autorité vi-
vante &: parlante , à laquel-
le il n'y cuft rien à oppofeu
qu'une malice groffiere 6^
une manifelle obftmation.
Voilà de quoy il s agit ^ ^
iSS Reflexions Jur un êcrli
il après cette explication de
îa qucftion on croit fe faii-
ver encore, en difant avec
M. Claude, que l'autorité de
J E s u s-C H R I s T r/eftoit pas
recette, il faut aller plus loin,
6c dire àjEsus-CnRiST
mefme avec les Juifs : l'eus
Joan. VIII. %rous rendez témoignage à vous-
mejme'^voflre té?noignage n'efl
•pas recevahle. Alors nous
repondrons avec Jésus-
iMj. iMj. Christ : ^oy-^ue je me
rende témoignage à moy-mej^
me y 771 on témoignage efl 'vé-
ritable. Et encore : ^Je ne
fuis pas fcul , mais mon Te--
re qui m'a envoyé rend aufjï
témoignage de m oy. Et cnco-
>an.y. ;f. yq ; ^^^ mlracks que mon Père
m\i donné de faire , ces mira-
de M, Claude, 28^
des rendent témoignage que
mon Père m'a envoyé. Et eu-
fin: Leur péché n a plus d'ex- joan
^^(y^ •' J^ j^ n'avois pas fait au ''* '-^
milieu d'eux des miracles que
nul autre n'a faits y ils n'au-
r oient point de péché ^ & main^
tenant ils les ont veu, é- ils
haïjfent O" moy é* mon Pore.
C'cft à dire, que les mira-
cles font clairs , que lauto-
ntc cft iiicontei1:ablc,&:quc
la rclillance ne peut plus
avoir de fondement qu'une
haine aveugle.
3'attens qu'on réponde
encore, que Jesus^Christ
ajoufte après tout cela: ^^;f. jm
dez> les Ecritures , elle s- me [mes
rendent aujjl témoignage de
rnoyi 6c qu'on ofc conclure
. XV
v.»
19 <^ Beflexïons JuY un écrit
de - là qu'on pouvoir &r
qu'on devoir examiner après
3 E s u s-C H R I s T, en forre
que ccrre parole qu'il a pro-
noncée nous dcmonrrc, non
pas dans les Ecritures , une
furabondance de convi-
ction 3 mais dans la perfon-
ne de J e s u s-C H R i s t une
uifuffifance d'autorité. Si on
fait encore cette objedion,
il n'y aura plus qu'à fe taire,
(&: à laifTcr jesus-Christ
défendre fa caufe.
En attendant nous con-
clurons que c'eft l'autorité
mefme de Je sus-Christ
que nous révérons dans fon
Eglife. Si nous difons qu'il
faut croire l'Eglife fans exa-
miner , c'cft à çaufe que
de M. Claude. 191
Je sus-Christ qui l'cn-
Icignc &: qui la conduit ,
cil au dcilus de tout exa-
men. Nous ne laillcronspas,
en imitant j esu s-Chrisf,
de du'c encore pour comble
de conviction à tous les
ennemis de l'Eglifc, Sondez,
les Ecritures : nous les con-
fondrons par cette Ecritu-
re à laquelle ils difent qu'ik
croycnt , & nous les ver-
rons lucconiber encore dans
cet examen ; mais ce fent
après les avoir forcez à rc-
connoiftre qu'il le fliut fou-^
mettre, fans examiner, à
rautorite de l'Eglilc, dans
laquelle cet F/prît quejESUs-
Christ a envoyé pour te-
nir la place, parle toujours.
N 11
±^t Réflexions fur un écrit
Il n y a donc rien de
moins à propos que Texem-
ple de la Synagogue, & nos
Prétendus Reformez defti-
tuez de cet exemple qui
faifoit leur fort , demeu-
rent feuls à fe croire , cha-
cun en particulier, capables
de mieux entendre l'Ecri-
ture Sainte que tout ce qui
a dans TUnivers Tautorite
de l'interpréter &: de juger
de la dodrine, &: que tout
ce qui leur paroift de Fi-
dèles dans le monde : ce
qui eft l'erreur précife des
Indépendans , ou quelque
chofe de pis.
On dira que ce particu--
lier qui examine après TE-
ghfc^ fera toujours bien ai-
dt M. Claude, 25^3
fcurc de n clhx pas fcul de
Çon rciicimcnt , puis que
toujours il rcftcni quelque
clcù cache qui peiifcra conv
mcluy: comme il ians rcfu*
ter cette vifion, ce n'cfloit
pas un orgueil aRez detefta^
blede le mettre feul audel-
fus de tout ce qu'on \'oit (^C
de tout ce qu\^n entend
parler dans tout le rcfte de
l'Ecrlife. On dira encore:
ce n'cft poHit orgueil de (c
croire éclairé par le Saint
Eiprit. Mais au contraire^
c'ell le comble de Torgucil
que des particuliers ofcnt
croire que le Saint Efprit
les mll:ruiie, &: abandonne
à Terreur tout ce qui pa-
roi 11 de Fidèles dans le
N 11)
2-5)4 'Réflexions fur un écrit
rcfte de l'Eglife. Et il ne
fcrt de rien de répondre,
comme fait M. Claude dans
Jean. III. 8. fa Relation^ que iBjprit fou-
fie ou il njeut : car il faudroit
montrer que cet efprit qui
fe repofe fur les humbles ^
ne laiffe pas de foufler fur
ceux qui fe croyent eux
feuîs plus capables d'enten-
dre l'Ecriture Sainte que
tout le refte de TEglife,
puis qu'ils examinent après
elle ; ^ non - feulement de
foufler fur eux, mais enco-
re de leur infpirer luy-mcf-
me cette iupcrbe penfée.
Mais enfin , quoy qu'il en
foit, &c fans difputer davan-
tage puis que ce n'en cft
pas icv le lieu, nous avons
de A/. CUude. 295;
montre que c cft un dogme
avoue dans la nouvelle Ré-
forme , que tout particulier
doit examiner après l'Egli-
fe, &: par confequcnt doit
croire qu'il fc peut faire
qu'il entende mieux l'Ecri-
ture qu elle &: toutes fcs
Afrcmbiécs. Ceux a qui cet-
te prciornption iaïc horreur^
ou qui en s'examinant ne
trouvent point en eux-mcl-
mes cette faulVe c.ipacitc,
n'ont qu'à chercher leur fa-
lut dans une autre Eglifc
que dans celle où on pro-
feiTe un dogme fi prodi-
gieux.
La féconde abfurditc /""/ "^';^'
. fit X, eu. fr.r
que 1 av promis de rai rc '.'•?. r./'v Pro-
avoiicr a M. Claude &: a x„^cc]^^.Ar.
N iiij
19^ Réflexions fur un écrit
aandejanf touc boii Protcftant , c'eft
.•-2 Confereitce: 3\ • 1 -n
.xi^hcati.n de qu à îiioins de rcconnoiltre
ÏJa""/o à^^f TEglife une autorité
ifcn/?u«i,6- après laquelle il ne faille
o.ni^ l autorité -l * .
infauiiLie de plus cxaminer ni douter ,
VEéiUejlne ^ - - - '
nture.
on eft forcé à mettre un
::Sfi^' point où le Fidèle en âge
de raifon ne puiffe pas faire
un aclc de foy fur l'Ecritu-
re , & où par confequent il
faille douter fî elle eft vé-
ritable ou fauffc. 3'ay afli-
gné pour ce point de dou-
te tout le temps où un
Chreftien, par quelque cau-
fe que ce (bit, n'a pas leù
l'Ecriture Sainte. M. Claude
fc récrie icy contre une fi
déteftable propofition ; 5^
moy je perfifte à dire, non-
feuicment qu i) Ta avouée
de M. Claude. :^v7
dans la Conférence , mA\<
mciinc qu'en quelque ma-
nière qu il ait icv taiche de
tourner les chorcs,il n^a pu
Il bien faire qu il ncl'avouall
encore dans fa Relation.
A la vérité , c'eft icy
un des endroits où )c re-
connois le moins nos vé-
ritables difcours. Mais il
Y en a encore allez pour
le convaincre , puis que fi
cette Relation devient pu-
blique , tout le monde ver-
ra qu'il y rcconnoill en ter-
mes formels , ^^e celuy 6jui
n'd p.is leil encore l'fcriture
Sainte y la croit parole de Vint
de foy humaine .farce cjne Jon
fere le liiy a dit , ce qui ejl un
dlxt de Caîccumtne ; & que lors
N V
2.5>S Refiexîôns fir un icnt
quil a leû luj/'mejhie ce livre y
& qu'il en a fenti l\fficace, il
la croit parole de Dieu, non
plus defoy humaine, farce que
fin fer e le luy a dit y mais de
foy dinjine y farce qu'il en a
finti luy-mejrne immédiatement
la divinité : & cejl la l'ejlat
de Fidèle.
Il eft donc vray qu'il a
reconnu ce temps que j'en-
treprens de faire voir, où
un Chreftien baptîfé n'eft
pas en eftat de faire un aûe
de foy furnaturelle &: divi-
ne fur TEcriture Sainte, puis
qu'il ne la croit parole de
Dieu que de foy humaine.
6^ que la foy divine ne
peut venir qu'après la le-
vure.
de M. Claude. 299
De quelque manière qu'il
tourne cette foy humaine,
c\4l une propoiîtion qui fait
horreur , -qu'un Chrellien
baptile &: en âge de rai-
fon , ne puiiTe pas faire fur
r Ecriture un aftc de cette
foy par laquelle nous Tom-
mes Chreftiens. Car de-L\
il s'en lu it que le Chrcilien
qui va lire la première
fois r£criture Sainte , ne
doit ni fe porter de luy-
mefme, ni eftrc induit par
pcrfonnc a dire en Tou-
N'rant : "^e croy , comme je croy
que Duu. cfiy que l'Ecriture que
"je m en uxs lire, eflfa j}aroU.
'Il faut" au contraire luy fai-
re dire: Je m'en njiU cxami-
rn-r fi ciorcfihi'var/t (^ dans le
N vj
300 Réflexions fir un écrit
refle de ma 'vie je dois lire
cette Ecriture avec une telle foy,
C'eft renvcrfcr tout l'ordre
de rinftruûion ; c'eft per-
dre le fruit du Baptefme;
c'eft réduire les Chreftiens
à inftruire leurs enfans ba-
ptifez comme s'ils ne l'ef-
toient pas , &: qu'ils euffent
encore à délibérer de quel-
le Religion ils doivent eftrc.
Et ce que dit M. Claude
fur l'Ecriture, il faut qu'il
le difc fur la foy de la Tri-
nité, fur celle de l'Incarna-
tion, fur celle de la Miffion
de Jesus-Chr isT &: de
la Rédemption du genre
humain. Car ce qui force
M. Claude & tout Protef-
tant à due que le Fidèle
de M. Claude. 301
qui n'a pas Icù rEcricure
Sainte ne peut croire que
de foy humaine qu'elle Ibit
inipuécdc Dieu, c'cft qu'au-
trement il faudroit rccon-
noillre un adc de foy di-
vine lur la feule autorité de
l'Eglife : ce qui feroit re-
connoirtre cette autorité
comme infaillible, &: ren-
verfer par les fondemcns
toute la nouvelle Réforme.
Mais le mefmc argument
revient fur tous les articles
de noilrc Fov ; &c file Fidcle
peut croire d'une foy divi-
ne 6C la Trinité &c l'Incar-
nation ÔJ la Miifion de
j E s u s-C H K I s T fur la feu-
le autorité de l'Eglifc &C
avant que d'avoir Ici^i l'E-
301 Reflexions fur un écrit
criturc Sainte , je conclu-
ray toujours avec une pa-
reille certitude que l'auto-
rité de l'Edife fera infailli-
ble. Il faut donc par la con-
fequcnce du principe de
M. Claude &: de tous les
Proteftans , il faut , dis - je,
en rcduifant les Chreftiens
qui vontlire TEcriture Sain-
te à une fimple foy humai-
ne fur cette Ecriture , les y
réduire tout d'un coup fur
les points les plus effenticis
de noftre croyance.
Ce n'eft pas la la métho-
de de nos pères ; ce n'eft
pas ainfi qu'ils ont appris aux
Chreftiens à mftruire leurs
cnfans. Quand ils les ontba-
ptifez dans leur bas âge^
Je M. Clatide. 305
o\\ a dic en leur nom Credo y
7^ croy. N'importe que nos
'Reformez ayent changé
cette Formule i elle cil: de
la première antiquité, 6c le-
ra toujours (ainte &: véné-
rable malgré eux. Mais cet-
te Formule dont on ufe en-
vers les cnfans nous fait
von que lors qu'Us auront
ruiai;e de la raifon , il fau-
dra d'abord leur apprendre
a faire un ade de foy , &:
ne point perdre de temps à
les y exciter. Us en feront
donc capables: ils pourront
dire le mefmc Credo qu'ils
auroient dit fi on les avoit
baptifez en âge de connoii-
fancc-, & les 'réduire à une
fov fimplcmcnt humaine,
304 Réflexions fur un écrit
c'eft leur ofter la grâce de
leur Baptefme , & juftifier
la pratique auHi-bien que la
dodrine des Anabaptiftes.
Et je conjure Mcfficurs
de la Religion Prétendue
Réformée de ne croire pas
que je leur allègue icy les
Anabaptiftes par une ma-
nière d'exagération, ou pour
les rendre odieux : cç^^ ma-
nières ne font pas dignes
de Chreftiens. je fouftiens
au pied de la lettre que la
doctrine qu cnfeigneicy Mo
Claude , & que tous les
Proteftans doivent enfei-
gner avec luy, introduit l'A-
nabaptifme.Car s'il faut te-
nir en fufpens les ades de
foy divine jufqu'à ce qu'on
de M. Claude, 3oy
ait Icd l'Ecriture Sainte &:
qu'on foit niftruit par foy-
m.^imc-, fi tous les aû^squi
précèdent cette mllruclion
ne font pas des aûes de
Chreftiens, puis qu'ils n'ont
pour fondement qu'une foy
hiimanie : il faut par la mef-
me raifon différer le Baptef-
me ]iifqu\a ce temps, & ne
pas faire des Chreftiens qui
dans l'âge de raifon foient
incapables de produire des
acles de leur Religion.
C'eO en vain que M. %f/''/V^'^
Claude nous repond qu il r. ^..r .w.
nous tera pour l hglile le r,,,|,_,,/.j;.
mefme argument que nous i;^^^;::^
luv faifons pour l'Ecriture; «... /«t /.^
ear il huidroit pour cela, o;<;,r.
que comme nous luy mon-
3oé Reflexions fur un écrli
irons un certain point, qui
mcfme dans l'ufagc de la
raifon précède ncceffaire-
ment la leclure de FEcritu-
re 5 il pcuft auffi nous en
montrer un qui préccdaft
les enfeio-nemens de TEçli-
le : mais c'eft ce qu'il ne
trouvera jamais. Quoy qu'il
faffe, nous luy marquerons
toujours avant la lc£îurc de
l'Ecriture un certain point ^
qui eft ccluy où l'Eglife
nous la met en main : mais
avant TEglilc il n'y a rien 5
elle prévient tous nos dou -
IQS par les mftruûions.
C'eil: une erreur de s'ima-
giner qu'il £ullc toujours
examiner avant que de croi-
re. Le bonheur de ceux qui
de M. Claude, 307
naiffcnr, pour ainfi dire, dans
le fciii de la vrayc EgliTc,
c'cft que Dieu luyait donne
unctcllcautorité,qu on croit
d'abord ce quelle propofe,
&: que la foy précède ou
plutoft exclut l'examen.
De demander maintenant
par quels motifs Dieu nous
fait fentir Fautontc de (on
Eo;life, c'cft fortir vifible-
ment de la queftiom U ne
manque pas de motifs pour
attacher fes cnfans a fon
Ei^life, à laquelle il a don-
ne des caracleres fi particu-
liers ,^ fi cclatans. Cela mef-
me , quV^Ue ell la feule de
toutes les focietez qui font
au monde, a laquelle nul
ne peut montrer fon com-
308 Réflexions fur un écrit
mcncemcnt ni aucune in*
tcrruption de fon eftat vifi-
ble hc extérieur par aucun
fait avéré, pendant quelle
le montre à toutes les au-
tres focietez qui Fenviron-
nent par des faits qu'elles-
mefmcs ne peuvent nier^
cela mefmc eft un caractère
fenfible , qui donne une in-
violable autorité à la vraye
Eglife. Dieu ne manque
pas de motifs pour faire
fentir à fcs en fan s ce cara-
ûere fi particulier de fon E-
glife. Mais quels que foient
ces motifs , &: fans vouloir
icy les étaler parce que ce
n'en eft pas le lieu, il cft
certain qu'il y en a ; puis
qu'enfin il faut pouvoir croi-
de M. Claude. 509
re fur la parole de rEglilc
avant que d'avoir leu TE-
cricurc Sainte, &: que dans
la première milruclion que
nous recevons , lans nous
parler de TEcriture, on nous
apprend a du"e comme un
ade fondamental de nof-
tre Foy , Je croy l'EgUJe Ca-
tholique.
M. Claude nous dit que
pour autorifer la méthode
par laquelle nous préten-
dons mettre la foy de TE-
glife comme le fondement
de tout le refte, il faudroic
dans le Symbole avou* com-
mencé par du*e , 'Je croy l'E-
glife i au lieu qu'on y com-
mence par dircj^i^ croy en
Dieu le Fere , & en jefm
roy
'h
jio Réflexions fuY un écrit
Chïifl , & au Saint EJprit. Et
il ne fonge pas que c'effc
FEglife elle - mcfme qui
nous apprend tout le Sym-
bole ; c'eft fur fa parole
que nous difons , Je croy en
Dieu le Père , d" en Jefit^s-
Chrifi fon Fils unique , ôc le
refte j ce que nous ne pou-
vons dire avec une ferme
foy , fans que Dieu nous
mette en mefme temps dans
lecœurqueTEglife qui nous
î'enfeigne ne nous trompe
pas. Apres donc que nous
avons dit fur fa parole , Je
crey au Père , é* au Fils , d^
au Saint Efprity &: que nous
avons commencé noftrc
Profeifion de Foy par les
perfomies divines que leur
de M. Claude. jii
m:ijcfl:c mec au dcflus de
tout , nous y ajoutions une
famcc rcfl:xion fur TEgli-
{c qui nous propofc ccccc
croyance, ^, nous difons,
"Je CYoy l' Eglifî: Catholique. A
quoy nous joignons aufli-
toll après toutes les grâces
que nous recevons par (o\\
mniillere, Li Communion des
Saints , la rémijjion des pè-
che':^ , la bienhcurenfe réjur-
reciion , & enfin la vie éter-
ntlle.
C'efl: vouloir embrouiller cinq^.it^at
les choies, que de nous al- c- ^,r., m.
ecruer icy avec M. Cl^iuac .t//,.,,,,^/'^-
TEgl.fb Grcque, l'Arme- |!;^^fX;
niennc, TE^voticnne ou TE- /^'«Wu/;/ci.-
thiopique &: celle des Coph- loircmbyo-.'.ii-
tes , 6c tant d autres qui^H^uf-u
jii Réflexions fur un mît
refondre u tic fc vaiitcnc pas moins
^'^''"^''' d'cftre FEglifc véritable que
faitTEglife Romaine. Ceux,
dit-on, qui font cîevez dans
ces Eglifes en révèrent Tau-
torité: chacune de ces E-
glifes a des fedateurs auffi
zelez que la noftre. Le zèle
véritable &: pur n'a point
de marque fcnfible : cha-
cun attribue le fien comme
nous faifons à la grâce du
Saint Efprit, &: fe repofant
fur l'autorité de PEgUfe où
il fe trouve , il dit que le
Saint Efprit fe fert de cette
autorité pour le conduire
à la foy de l'Ecriture & à
toutes les vcritez du Chrif-
tianifme.
Ceft à peu prés l'objc-
de M. Claude. 515
ûion de M. Claude ; &:
c'cll ainfi quelquefois que
lors qu'on ne peut fe dé-
baraflcr, on croit fe fauvcr
en tafchant de jetter les au-
tres dans un embaras fem-
blable au lîen. Mais il ne
gagnera rien par cette a-
drellc: car Qwi-.n pour queL
le caufc prctend-ii comba-
tre? eft-ce pour rindirfjren-^
ce des Religions? Veut- il
dire avec les impies , qu'il
n'y a pas une Eglifc vérita-
ble où l'on agfUe en q'Xcz
par des mouvemens divin .:?
&: lous prétexte que le Dé-
mon , ou 11 l'on veut la na-
ture, f çavent imiter, ou pour-
mieux dire contrefaire ces
nu)uvemcns,{bufticndra-t-ii
O
314 Reflexions fur un écrit'
que ces mouvcmcns font par
tout imaginaires c A Dieu
ne plaife : nous voulons tous
deux éviter cet ccueïl. Il
avouera donc avec moy
qu'il y aune vraye Eglife,
quelle qu elle foit,où le Saint
Efprit agit , encore qu'à ne
regarder que le dehors , on
ne puilTe pas toujours ii aifé-
ment difcerner qui font
ceux où il habite. Julqucs
icy nous fomnies d'accord;
voyons iufqu où nous pour-
rons marcher enfemble.
Nous convenons qu'il y a
une vraye Eglifc où le Saint
Efprit agit: nous convenons
qu'il fe fcrt de moyens ex-
térieurs pour nous mettre
îa vérité dans le cœur : nous
de M, Claude, 51 5*
convenons qu'il le fcrt de
rF4!;lire U de l'Ecriture.
No lire queflion eft de fça-
voir par où il commence,
fi c'elt par l'Ecriture ou par
l'Eglilc; iî c'ell, dis-je, par
l'Ecriture qu'il nous taie
croire à l'Eglife, ou ii c'eit
plutoll: par l'Eglilc qu'il
nous fait croire à T Ecritu-
re, je dis que c'eft par TE-
glife que le Samt Efpric
commence; &: il faut bien
qu'il ioit fainfi , puis que
conilamment c'cil: TEelife
qui nous met en main TE-
criture. M. Claude ncan^
moins me quitte icy , &;
commence à marcher tout
ieiil : mais il tombe des le
jprciTuer pas dajas le prcci-
31 6 i? éfiexhns fur un cent
pice. Car la peur qu'il a de
reconnoiftre dans la vraye
EgUfc une infaillible auto-
rité , ^ de croire que fur la
parole de l'Eglife , mefmc
véritable, on puiiTe faire un
aûe de foy divine &: furna-
turcUe fur la vérité de l'E-
criture, l'oblige à dire qu'il
n'eft pas poffible de conv
mencer la ledure de rEcri-
ture Sainte par un tel ade
de foy ; &: que tout acte de
foy qui précède cette leétu-
re , eft un aûe de foy hu-
maine. Voilà Teftat déplo-
rable où il met le Chreftien
qui va lire l'Ecriture Sainte
pour la première fois. M.
Claude ne peut fortir de
cet abifmc fans revenir à
deU.Chude. 317
l'endroit où il a commence
de me quitter, &: dire en-
fuite avec moy qu'il y a une
vraye Eglife, quelle quelle
foit , dont le Saint Efpric
inlpu-e d'abord la vénéra-
tion aux vrais Fidèles ; que
par cette vénération qu'il
leur met d'abord dans le
cœur, il les attache à l'Ecri-
ture que cette Eglilc leur
prefcnte; que cette Eglife
cxi^c aulTi de tous ceux
qu'elle peut inftruire, qu'ils
adorent fur fa parole l'in-
f^ulliblc vcrite de cette Ecri-
ture , &: ne reconnoift pas
pour fcs en f JUS ceux qui
n'ont pour cette Ecriture
qu'une foy humaine.
Mais , dit-on , l'Eglife
O ii|
3îS Réflexions fur un écrit
Romaine n'eft pas la feule
à s'attribuer cette autorité :
l'Eglife Greque, &: d'au-
tres Egliies veulent aufli
qu'on les en croye fur leur
parole, ô£ enfeignent que
c'eft le moyen de lire l'E-
criture Sainte avec une fou-
miffion de foy divine. Hé
bien, s'il eft ainfi, il ne refte
plus quà choifir entre ces
Eglifes. Mais dés -là &: du
premier coup l'Eglifc Cal-
vinienne eft tombée : elle fe
dégrade elle mefme, pour
ainfi parler, du titre d'E-
glife, puis qu'elle ne fe fcnt
pas aflez d'autorité pour
faire faire à tous ceux qu'el-
le commence à inftruire un
ade de Chreftien , & ua
de M, Claude. 315)
aftc de foy divine , p^vs
mclmc fur la vcrirc de TE-
cricurc , d'où on iuppoic
qu elle doic apprendre rou-
tes les autres.
Mais M. Claude deman-
de comment on choilira
entre ces Egliies. Sera-ce
parcnthoufialme? Ce feroic
par enthoulialme , comme
je Tav remarque dans la
Corf'M-cnce , li T'E^rlife ve-
riraMe n'avoir pas (es cara-
ctères particuliers qui la dif^
tingucnt des autres. Elle a,
fans aller plus loin ni ap-
profondir davantage, ia fuc-
ceflion où perfonne ne luy
montrera par aucun fait po-
fitif aucune interruption y
aucune innovation, aucun
O iiij
310 Réflexions fir un écrit
changement. C'eft dequoy
nulle faufle Eglife ne fe
glorifiera jamais auffi clai-
rement que la véritable ^
parce que s'en glorifiant el-
le fe condamneroit vifible-
ment elle-mefme. Il y aura
donc toujours dans l'inflru-
ôion que TEglife véritable
donnera à fes enfans fur
fon eftat , quelque chofe
que nulle autre Sccle ne
pourra ni n'ofera dire. C'eft
par là que nous convain-
crions ^ s'il en eftoit quef-
tion, les Grecs, les Ethio-
piens 5 les Arméniens &:
les autres Scdes qui fcm*
blent à cet égard plus dé-
cevantes à caufe de l'ap-
parence de fucceffion qu'el='
de M. Claude. 311
les montrent ; qui aufli leur
donne lieu de s'attribuer
avec un peu plus de fonde-
ment l'autorité de rEglifc.
Mais pour rEgliie Calvi-
nienne^ c'eft fait d'abord,
puis qu'elle n'a pas mefmc
une fuccelfion apparente &^
colorée , ^ qu'elle n'ofe
cUe-mefme , comme nous
venons de le voir par l'aveu
de M. Claude , s'attribuer
cette autorité, fans laquelle
jl ne peut y avoir m d'inf-
truclion certaine, ni de fon-
dement alleùré d'une foy
divine , m enfin d'Eglifc.
Ce feroit donc bien en vain
que nous perdrions icy le
temps à difputer aux Egy-
ptiens ^aux Grecs la fticcct
O V
32.2- Reflétons fur un écrit
iion dont ils fe vantent. Ce
ne fcroit pas un grand tra-
vail de leur marquer le point
manifefte de leur innova-
tion. Les Prétendus Réfor-
mez le fçavent auffi-bien que
nous, 6^ eux-mefÎTies quand
ils veulent ils le leur mon-
trent. Ainfi quand ils nous
prcffent de le faire, ce n'eft
pas qu'ils croyent nous en-
gager à une chofc impoflî-
ble , ou mefme obfcure &:
difficile : mais c'eft en un
mot que dans une caufe lî
mauvaife c'eft toujours ga-
gner quelque chofe que de
ie-jetter à l'écart, &: faire
perdre la fuite d'un raifon-
nement.
Ainfî j'ay eu raifon de di-
de M. Clan de. ;i|
rc à MadcmoifcUc de Y)\\
nis dans une des Inftru-
clions de ce livre, que (î
quelqu'un dégoullé de l'E-
gliic Calvinienne clloic ten-
te d'cmbr aller la Relicrion
des Cophtes ou celle des
Grecs, il (croit temps alors
de leur montrer dans cq^
Fgliies ce point inévitable
de leur nouveauté qu'elles
ne peuvent nier non plus
que les autres Sccles : mais
que comme les Calviniftcs
a qui nous avons a raire en
convenoient, <5^ que pcrfon-
ne ne iongeoit à les quit-
ter que pour venir à nous ;
quand nous obligions à les
cjuiLter en montrant de Fa-
vlu de leur Mini lire les
O vj
314 Réflexions fir un écrit
énormes ab fur direz de leur
ilodrine , l'ouvrage eftoit
confommé^ô.: rour le refte eu
cette occafion ell:oit inutile.
Et afin qu'on entende
bien la méthode de la Con-
férence 3 U. l'eftat de la
queibon qui y eft traitée,
il ne s'y agifloit pas diredc-
jnent d'établir 1 Eglife Ro-
maine , mais de montrer
feulement qu'il y a une
vraye Eglife quelle qu'elle
foit, à laquelle il fe faut
foumettre ians examiner : ^
au refte que cette Eglife
ne peut pas eftre la Calvi-
nienne, puis qu'elle-mefmc
veut qu'on examine après
elle 5 ce qui luy fait avouer
les ab fur direz -que nous
de M. Claude. 31^
avons remarquées, (SiT perdre
par cet aveu le titre d' Eglile.
Cela fait, il ne s'agit plus
de preicher l' Egli Te Romai-
ne, c'eft à dire ce corps d'E-
glilc dont Rome eil le Chet ;
*puis qu'a celuy qui veut choi-
lir entre deux Eglifes, en ex-
clure Tune c'eft établir l'au-
tre , finis qu'il foit befoin
pour cela de diiputer davan-
tao;e. Outre que l'Eglife Ro-
maine porte 11 évidemment
ces beaux caractères de la
vraye Eglile, qu'il n'y a guc-
res d'homme de bon fens,
mefme parmi nos Reformez,
qui ne convienne, que s'il y
a au monde une autorité à
laquelle il faille céder, c'eft
celle de cette E2:Ufc.
^i6 Réflexions fur un écrit
Mais en tout cas , quand
on voit les abfurditcz qu*on
eft force d'avoûër dans le
Calvinifme faute d'avoir
reconnu dans Tautorité de
PEglife les véritables prin-
cipes de rinftruûionChref
tienne , on fe retire bien-
toft d'une Eglife dont la
méthode ô^ l'iiiRruftion eft
fi manifeftement défeâueu-
fe ; &: on eft affez folUcité
par le refte de Chriftianifme
qu'on fent en fon fond , à
retourner à F Eglife d'où o\\
eft forti.
ft'xioTTfvr On voit dans les difcours
?/rX'k> d^ M. Claude, que preffé
alitant qn il par cc dcfaut d'autorité qui
jeut cetiedij- ^ . i,- n n • 1
fute^^i vinj- ruine toute l inicriiction dans
l'Jn;/!''' ^on Eglife, il aftcclc de ré-
de M. CUude, ^7
iîuirc iioltrc dirputc à riiii-
truclion des ciifans, &: qu'il
croit trouver quelque avan-
ça i];e a taux dépendre cette
milruclion,des parens &: des
nourrices que l'on connoid
plus dans cet âge que TE--
glife &: les Miniftrcs. Par
ce moyen il croit nous ca-
cher l'autonte de l'Ecrlilc
dans les premiers exercices
&: les premiers actes que
nous faiions de la Foy a-
vant que d'avoir icu l'Ecri-
ture Sainte. Mais il falloit
foncier premièrement, que
l'argument que je luy fai-
iois ne regardoit pas ieule-
mcnt les cnfans : les cn-
fans ne font pas les fculs
Chrcfticn,-^ qui n'ont pas Icii
c. 4
318 Réflexions fur un écrit
TEcriture. M. Claude n'i^
gnorepas qu'il n'y ait eu au
commencement du Chrif-
tianifme, non pas des hom-
mes particuliers 5 mais des
nations entières, qui au rap-
îren.iib.iii. port de Saint Irenée, n'a-
voient point l'Ecriture Sain-
te 5 6^ fans la lire ne laif-
foient pas d'eftre de par-
faits Clireftiens. Il s'agit
donc entre nous en gêne-
rai de tous ceux qui n'ont
pas leù r Ecriture Sainte, en
quelque âge qu'ils foient^
&: de quelque manière qu'il
foit arrivé qu'ils n'auront
pas fait cette ledure. Car
c'eft de ceux-là, & fi l'on
veut c'eft de ceux dont par-
le Saint Irenée ou de leurs
de M. CUude, 515?
fcmblablcs,qiic je demande
fur la foy de qui ils croycnt
rEcricurc, &: ic prcparcnc
a la lire comme cftant infpi-
rcc de Dieu. S'ils n'ont
qu'une foy humaine , com-
me le dit M. Claude , ils
ne font pas Chrcfticns; &^
s'ils ont une foy divine
comme il le faut avouer à
moins que de tomber dans
une ablurdité qui fait hor-
reur, il cft donc vray que
la foy divine , fins qu'où
ait Icù l'Ecriture, fuit immc-
diatcmcnt la dodrine de
TEo-lifc, &: en établit fin-
faillible autorité. C'eft iur
cette autorité que tout
Chrcfticn qui prend en main
l'Ecriture, commence par
330 Réflexions fhr un écrit
croire d une ferme foy que
tout ce qu'il y va lire eft di-
vin : &: il n'attend pas qu'il
kilt tout leû pour croire la
^^crité de cette Ecriture; il
croit le premier chapitre a-
vnnt que d'avoir leû le fé-
cond, bc il croit le tout a-
vant que d'avoir vcû la pre-
mière lettre &: que d'avoir
feulement ouvert le livre,
11 ne forme donc pas fa foy
par la ledure de l'Ecriture :
cette Icdure trouve la foy
dcja formée \ cette ledu-
re ne fait que confirmer à
un Chrefticn tout ce qu'il
croyoit dcja, &: tout ce qu'il
avoit dcja trouvé dans la
croyance de l'Eglife. Il a
donc crû avant toutes cho=-
de M. Claude. 331
{c^ que rEglifc ne le trom-
poic pas,&: c'cft: par la qu'il
a commence à faire des
adcs de Chrefticn. Les en-
fans ne font pas inftruics
par une autre voyc. Quand
ils écoutent leurs parens ,
c'eft FEglife qu'Us écou-
tent , puis que nos parens
ne font nos premiers do-
cleurs que comme cntans
de TEglife. C'eft pour cela
que le Saint Efprit nous
renvoyé à eux : Interrogez»
njofire père , d^ il vous l'an-
nonccra ; demandez, a vos an^
ce (Ire s, & ils vous le diront.
Saint Bafilc , un fi grand Ep. 7?.
Théologien , fc juftific, 6£
tout enfemble il confond
ivjs hérétiques , en leur aile-
331 Réflexions fur un écrit
giiant la foy de fa mère tt
de fon ayeule Sainte Macri-
^.Tim.r.;. ne ; ô^ il imite Saint Paul
qui loue Timothée d'avoir
une foy fincere telle qt^elk fef-
toît trouvée premièrement dans
fi mère Eunice d^ dans Loide
fon ayeule. G'eft à dire que
la dodrine doit toujours ve-
nir de main en main , &:
qu'il y aura toujours une
vraye Eglife , à laquelle ja-
mais perfonne ne pourra
montrer fon commence-
miCnt, ni trouver dans fon
eftat CCS marques d'inter-
ruption &: de nouveauté que
toutes les autres Seftes por-
tent fur leur front. Les pa-
rons Chrefticns attachez à
cette Eglife ^ y attachent
de M. Claude, 333
leurs cnfans, ^ les mettent
aux pieds de fes Muiiilrcs
pour y eftre uiftruits.
II ne faut pas s'imaginer
que les cnfans en qui larai-
Ibn commence à paroiftrc,
pour ne fçavoir pas arranger
leurs railbnnemens foicnt
mcapables de rciVentir l'im-
preflion de la venté. Ou
les voit apprendre à parler
dans un âge plus infirme
encore : de quelle forte ils
l'apprennent, par où ils font
le difcernemcnt entre le
nom ^ le verbe, le fubftan-
tif & l'adjeftif, ni ils ne le
fçavent, ni nous qui avons
appris par cette méthode
ne le pouvons bien expli-
quer j tant elle cil profonde
534 Bejlcxions/ur un écrit
6c cachée. Nous apprenons
à peu prés de mefme le lan-
crao-e de rEo:lifc. Une fe-
crête lumière nous conduit
dans un cftat comme dans
l'autre; là c'eft la raifon &C
icy la foy. La raifon fe dé-
veloppe peu à peu, 6c la foy
infufe par le Baptefme en
fait de mefme. Il faut des
motifs pour nous attacher
a Tautorité de TEghfe i
Dieu les fçait ^ &c nous les
içavons en général : de queh
le forte il les arrange, 6c
comment il les fait fentir à
ces âmes innocentes, c'eft
le fccret de fon Saint Ef-
prit. Tant y a que cela fe
fait , &: il eft certain que
c'eft par là qu'il commence»
de M. Claude. 55 ^
Comme c'cll là le premier
acte deChrcftieii que nous
failbns , ^ que c'eil liir ce
fondement que tout eil baf-
ù , c'elt aulîi ce qui fub-
iille toujours. Viendra le
temps que nous içaurons
plus diîlinctement pour-
quoy nous croyons; «Se l'au-
toricé de TEglife de jour
en jour deviendra plus fer-
me dans noflre cfprit. L'E-
criture mefme fortifiera les
liens qui nous y attachent:
mais il en hiudra toujours
revenu- à Torigme , c'ell à
dire, à croire fur l'autoritc
de l'Eglifc. En quelque âge
que Von foit , c'eR par là
que Xow commence à croi-
re l'Ecriture : on commue
53^ Réflexions fuY un écrit
aufli fur le mefmc fonde-
ment ; &: Saint Auguftin
eftoit déjà confommé dans
la fcience Ecclcfiaftiquc ,
font. ïp. quand il a dit qu'il ne croi-
Yoit pas a L Evangile Ji i auto-
rité de l'Bglife Catholique ne
l'y ohligeoit, ]c pourrois, s'il
en eftoit queftion , montrer
le mefme fcntiment dans
les autres Pères. C'eft qu'il
faut toujours remonter au
premier principe, bc c'eft ce
premier principe qui nous
attache à PEglife. Qiipn
ne nous reproche point
ce cercle vicieux : PEglifc
nous fait croire l'Ecriture,
l'Ecriture nous fait croire
FEghfe. Cela eft vray de
part Ô.: d'autre à divers é-
gardsa
de M, Claude. y^y
gards. L'Eglifc &:rEcricurc
(onc ccllcmcnc faites Wmc
pour l'autre , &: s aflortif-.
fcnt l'une avec l'autre lî
parhiitcmcnt, qu'elles s>n.
tre-fouftiennent comme les
pierres d une voûte &: d'un
édifice fe tiennent mutucL
Icment en eilat. Tout cil
pleni dans la nature de pa-
reils exemples. Je porte le
ballon fur lequel je m'ap-
puyc: les chairs lient (5^ cou-
vrcnt les os qui les foullien-^
ncnt; &: tout s'aide mutuel^
lement dans l'Univers. 11 en
cft amii de l'Eglifl* & de
l'Ecriture. Il n'y avoir qu'u-
ne Eglife, telle que Jesus^
C H R I s T l'a fondée , a qui
on pufl: adrellcr une Ecri-
P
35S Repxions Jkr un écrit
turc telle que nous l- avons;
c'eft à dire , qui ofeft pro-
mettre à FEglife où Gçttc
Ecriture avoitcftéfaite^^une
éternelle durée. Si quel-
qu'un reçoit F Ecriture, par
l'Ecriture je luy prouveray
FEglife j qu'il reconnoiffc
FEglife 3 par FEglife je luy
prouveray FEcriture : mais
comme il faut commencer
de quelque cofté, j'ay fait
voir aflez clairement par
Faveu de M.Claude, que i\
on ne commence par FE-
glife, la divinité de FEcri-
ture & la foy qu'on y doit
avoir efl en péril. C'eft
pourquoy le Saint Efprit
commence noftre inftru-
dion par nous attacher à
^ ' de M,Ciaud$ir ^^9
TEglifc :^€ croy CEglifeCa-
îhoUqut. Parmi nos adver-
faircs il faut tout examiner
Avant que de croire j ^. il
foi^t cxammer avant toutes
chofcs rEcnaue , par la-
i.]ueUc o\\ examme tout le
reite. Ce n'efl: pas aflcz d'en
avoir leù quelques verfçts
détachez , quelques chapi-
tres, quelques livres : jufqu'à
ce qu'on ait tout leù , tout
confère , tout examiné , la
Foy demeure en lufpens ,
puis que c'cll par cet examen
qu'elle {c forme. Parmi les
vrais Chreftiens o\\ croit
d'abord : Ta foy t'A fauve ^ dit
Jesus-Chkist. Ta foy y remar-
que TertuUien dans ce divin Tcituu j
ouvraçrc des Prelcripcions,
340 Rejkxionsfir un écrit
fjr non pas d'efire exercé dans
les Ecritures, \\ n'eft pas be-
foin de pafl'cr par des opi-
nions , par des doutes , par
?p-7:?. les incertitudes d'une foy
humaine. y^ n'ay jamais chan-
ge y dit Saint Bafile : ce qut
jay cru dés l'enfance n'a fait
que fe fortifier dans la fiiite
de rage. Sans fajfer d'un fin-
timent a un autre ^ je n'ayfait
que perfeBionner ce qui rnd
efié donné d'abord par mes fa-
rens. Comme un grain qu'on
jtme , de petit qu'il efioit dé-
ment grand ) mais demeure
toujours le mefme en foy ^ &
fans changer de nature il ne
fait que prendre de laccroiffe-
mentiainfimafoy s'eftaccru'é,.»
C^ cela ry^ft pas un change-
de M.CUmcU. 341
ment ou l'on fujfc de ce qui efi
fis au meilleur y mais un ac-
complijfcment de l'ouvrage dé^
ja commencé ^ & la confirma-
tion de la Foy par la connoif
fancc. De cette forte on ne
paflc pas, comme parmi nos
Reformez , d\in ellat de
doute à un eilat de certi-
tude-, (H] , comme M. Clau-
de aime mieux le dire, d'u-
ne io\' humaine à une foy
divine. La foy divine le dé-
clare d'abord dés les pre-
mières inftruclions de TE-
glife; ôiT cela ne feroit ja-
mais, n'eltoit que fon infail-
lible autorité prévient tous
nos doutes & tout examen.
C'ell amfi , comme dit
vSaint Augullm, c'ell ainfi,
P m
ront
Mail. 4
^^ Réflexions /kr un écrit
Ep. dis-je, que croyent ceux cfui
ne pouvant parvenir a Pinttii<
gence, mettent leur falutcnfcm-
retê parlajïmpiicité de leurfày.
S'il falloit toujours examiner
avant que de croire, il fau-
droit commencer par exa-
miner fi Dieu, eil, & écouter
durant quelque temps avec
une efpcce de fufpenfion
d'efprit , les raifonnemens
des impies : c'eft à dire, qu'il
faudroit pafler à la croyan-
ce de la divinité par^ l'a-
théifme, puis que l'examen
fe le doute en eft une efpc-
ce. Mais non : Dieu a mis
fa marque dans le monde
qui eft l'œuvre de fes mains^
&:par cette marque divine il
imprime avant tous les dou-
de M. Claude. 343
tes le lentiiTicnc de la divL
mec dans les amcs. De mcf-
me il a mis la marque dans
Ton Eglifc, ouvrage le plus
parfait de la lageile. A cet-
te marque le Saint E>fprit
fliit rcconnoiftrc la vrayc
Eglifc aux enfans de Dieu,
6c ce caradcre fi particulier
qui la dillmguc de toucc
autre aflcmblée luy donne
une h grande autorité, qu\u
vaut tous les doutes ^ tou-
tes les opinions on admet
fans héfitcr, fur fi parole,
non - feulement l'Ecricure
Sainte, mais encore toute la
faine doclrinc. C'eft ainfi
que lont mftruics lcsenfan$
iào la vraye Eglifc : ceux qui
ont crtc élevez, dans une
P iiij
344 Réflexions fur un écrit
Eglife étrangère, dés qu'ils
fentcnt qu'elle vacille en
quelque partie que ce foit
de fon inftruftion, doivent
tendre les bras à l'Eglife
qui a raifon de ne vaciller
jamais 5 parce qu'elle n'a ja-
mais ni varié ni vacillé; &;
ils fentent qu'il y faut ren-
trer 5 parce qu'il n'en falloir
jamais fortir.
j/|.fKW7^/- On peut juger maintenant
^utMcùu- fi j'ay deu eftre embarrafle
ti{!iltfoT d^ '^ promcfTe que j'avois
^tte f avais fç^l^ç. ^^ Madcmoifellc de
paru emuarajjc i r • -r
m cet endroit Dutas , (xc Tà\xc reconnoil-
^cud^i^ute. ^^^ ^ y^ Claude un mo-
ment où par les principes
de fa Religion un Chref-
tien n'avoit qu'une foy hu-
maine fur la vérité de l'E-
de M. Claude. 54?
eiiturc. Comment pom'iois-
je cilrc cmbarraiîc d'une
chofc que M. Claude avoua
dans la ConfcL-cncc,&: qu'il
avoue encore dans fa Rela-
tion , quoy-qu il ait aftoibli
&: ma preuve &: fon aveuî
Il eft vray qu'il ne veut pas
lafcher le mot de doute:
mais je n'ay pas prétendu
faire iormer à ia langue cz^
deux fyllabcs ; l'équivalent
me fuffit. C'eft un allez
o;rand excès de réduire le
Chrcfticn qui va lire l'Ecri-
ture Sainte a eilrc incapa-
ble d'une foy divine : k
contenter en cet eftat d'u-
ne foy humaine, c'eft tou-
jours trop évidemment re-
noncer au Chriftianilmc.
P Y
^^6 Beflexions fiiY un^crit
<^ue je ycniloisjde l'aveuiq^l
M. Claude. ,Qije s'4 dip,que
l^'^foy' humaine qu^il ripus^
yance icy- exclut le doute ^^^
&:reirembre a ce^e qui aoùs!
fl^ircroire qu il y i^ unis y illç^
4.Ç Çonftantinpple , ou quaî
y a eu autrefois un Alexan-
are j.quoy- que nous ne le
fçacliions que par des hom-
mes : a la venté cen cft pas.
affez pour un Chrcftien qui
doit agir par le motif d'une
foy divine ; mais c'en. c.R
toujours affcz pour confond
dre M. Claude , puis que ,
félon cette réponfe^ FEglife
auroit toujours une autorité
égale à celle qu'a pour aiiiQ
dire tout le genre humain^
''■ de MVClatide: ^^ ' : Ç^J
quand il dcpofc imanimc-
mcnc d'un fait fcnfible. Ainfi
de quelque manière que M.
Claude nous explique fa
foy humaine, la viftoire de^
la vérité que je fouftenois
demeurera affeùréc de fon
aveu : puis que s'il dit que
fa foy humame exclut tout
doute , il y fuppofe une vé-
rité nihiillible ; &: s'il dit
qu clic lailVc un doute , il
aura enfin proféré ces fata-
les fyllabcs qu'il cvitoit.
Dans une caufe fî afTcûrce,
fi j'ay tremblé pour autre
chofc que pour le péril de
cciix à qui )c craignois de
rie pouvoir ou pat ma foi-
bîcffe ou par leur préoccu-
pation faire entrer la vérité
P vj
34^ Réflexions fur un écrit
aflfcz avant dans le cœur,
)'ay mal entendu la vérité
que je défendois. Cepen-
dant 3 parce que j'ay dit
dans le récit de la Confé-
rence qu'à l'endroit où M.
Claude m'objeûa l'Eglife
Greque &: les autres , je
trcniblay dans l'apprehen-
(ion qu'une objeûion pro-
pofée avec tant d'adreffe &:
d'éloquence ne mift une
ame en péril: M. Claude a
pris ce moment pour me
faire paroiftre abbatu. J^y ^
dit-il , on fait dire avec véri-
té qu'on vit que l^ejprit de M,
de Condom n'efioit fas dans
fin eflat ordinaire, & que cette
liberté qui luy efl: fi naturel-
le diminua fenfiblment. Je
de M. CUudc. 349
veux bien dire à mon toiir
quc mon tremblement d'où
on tire cet avantage fut in-
térieur, &c }'ay peine à croi-
re que M. Claude cuft pu
s'en appercevoir fi je ne l'a-
vois raconté moy - mefmc
de bonne foy dans mon ré-
cit. Mais qu'importe quel
ait elle ni Tcrtct m le fujet
de ma crainte ? On dira fi
\on veut que déconcerte
par robjeclion de M. Clau-
de, )'ay voulu couvrir le dé-
sordre où je fuis tombé vi-
(iblement, par le tremble-
ment que je feins d'avoir
pour le fallut d'une amc qui
attcndoit fon inftruûion de
mon fecours. Je l'avoùcray
fi \on vcut^ ou plulloft pour
3^0 2? eflexions fur un écrit
t ne point mentir je le laiflc-
- J^^y pâffer fans oppofitièn.
Je veux bien avoir treniblé
devant M . Claude, pourtéiï'
que mefme en trembliint
j'aye dit la vérité. Je Tay
dite: il n'y a qu'à voir quel-
les ont efté mes réponfes,
& fi j'en ay moins tiré de
la bouche de M. Claude
l'aveu que j'en prétendoisi^
Après cela,plus j'auray trem**
blé & plus j'auray efté foi -
ble 3 plus il fera affeûré
que c'eft la vérité qui mé^
fouftenoit. ^ '^
nuUitmt^é^ Il y a un endroit de la
{r:;:;./;-:. conférence que M. Claude
l/'c^n P^^^ ^^ quatre mots. C'eft'
^cona. dans u ccluy où jc luy fis voir Thof^
efifxi>çjé(U nble eltat de Ion Jigaie^
10, it it.vjuc
de M. CUude. jfi
qui s'cCcibhc, à l'exemple de ^ .. ^^^^^ dont
toutes les taullcs Eglifes/i;;:'^/,^/^^
en Te ieparant de tout cc^
qu'il y avoitd'EglifesChref-
tienncs dans l'Univers, &:
fans trouver aucune Eglifc
qvu penfaft comme elle dans
le temps quelle s'établit:
de "forte quelle ne tenoit
par aucune continuité , ni
au temps qui précedoit, ni
à aucune Eglife Chreftien-
nc qui paruft alors dans le
monde. Ce fait pafTa pour
confiant; 6c quelque court
qu'ait efté M. Claude dans
le récit de cet endroit , il
en dit aflbz pour faire voir
qu'en avouant ce fait impor-
tant 5 il a tafché feulement
de couvrir la honte d'un
351 Reflexions fur un écrit
tel eftat par Texcmple des
Apoftres lors qu'ils fe répa-
rèrent de la Synagogue.
Je ne répeteray pas ce que
je dis fur ce fujet : on Ta veù
dans la Conférence j & M.
Claude qui n'en rapporte
qu'un mot, ne m'obligea au-
cun nouvel éclairciffement.
Mais je diray feulement qu'il
donne une idée bien fauflc
de cet endroit de la difputc,
La compagnie fe leva , dit-il,
& la conver/ation qui conti-
nua, encore quelque temps , de^
'vint beaucoup plus confu/è, d^
il y fut parlé de diverfes chofes.
Je ne fçay pourquoy M.
Claude veut que noftrecon-
verfation ait efté confufe :
elle ne le fut en aucun en-
de M. Claude. 35-5
droit , & le fat moins , s'il
Çc peut, dans ccluy-cy que
dans tous les autres. Il cft
vray qu'on s'cftoit lève , &:
qu une partie des allillans
s'cftoicnt retirez ; mais nous
demeurafmcs de pied ter-
me M. Claude &: mov Tun
devant l'autre. Madcmoi-
fclle de Duras parut avoir
redoublé (on attention, bc
après tant de principes cx-
pofez la difpute devait plus
vive ^ plus concluante que
jamais. Si on parla de di-
verfes chofes , ce ne fut pas
vaguement, bc tout tendoit
au\nerme but. On le peut
voir en liianti &: fi on ne
veut pas m'en croire , quand
M. Claude fera paroillrc fa
354 Réflexions fur un écrit
Relation, on verra que ce
peu qu'il dit demande na*
turcUement tout ce que je
recite. Tant y a, qu il fut
avéré que les Prétendus Re-
formez , en cti'bliiî'ant leur
Eglife 5 avoient fait tout le
contraire de ce qu'ont toil-
jours fait les Orthodoxes ,
&: précifcment ce qu'ont
fait tous les Hérétiques s &:
M. Claude prellé far cette
matière , ne put dans toute
l'Hiftou-e du Cliriftianifme
marquer une feule Eelife
vraymcnt Chreftienne, fon-
dée comme les Eglifes de
la nouvelle Réforme.
On peut juger maintenant
quelle apparence il y a que
ce qu'ont fait tous les hé^
de M. Claude, 3T5
rctiqucs contre la pratique
de tous les Orthodoxes puif-
fc jamais cftre autonfe par
l'exemple des Apoftres lors
qu'ils ie fcparerent de la Sy-
nagogue. Mais comme M.
Claude met le fort de (.\ de-
icnfc dans cet exemple, je le
prie d'ajoufter aux faits coni-
tans que je luy ay alléguez
fur ce fuiet,ces courtes réfle-
xions : qu'encore que Jesus-
Chkist autorife de luy-
mcfmc n'eut befoin d'au-
cune fuicepour fc faire croi-
re, néanmoins pour nous in-
culquer combien il cil: ne-
ccilaire à la véritable Reli-
crion d'avoir une fuite tou-
jours mAnifeft?, il a voulu
en venant au monde y trou-
35 é Refiesions fur un écrit
ver une Egliie aduellement
fubfiftente dans tout fon
cftat : qu'il eft né, àc qu'il a
vécu dans cette Eglife a-
ctuellement fubfiftente, c'eft
à dire , dans la Synagogue,
àc qu'il a tellement voulu
former fon Eglife au mi-
lieu d'elle, que mefme les
Saints Apoftres après (on
Afccnfion &: la defccnte du
Saint Efprit, ont perfifté pu-
bliquement dans le fervicc
du Temple ; qui eftoit alors
la marque la plus authen-
tique de communion : qu'on
ne voit pas en effet , quoy
qu'on puft ordonner contre
eux, qu'ils s'en foient jamais
retirez, tant que le Temple
a fubfifté àc que la Syna-
de M, Claude, 557
goguc a pu confcrvcr ou
fa forme cxtcncurc ou mcf-
mc quelque apparence de
fou efl:at ancien : que Dieu
qui vouloir enfin que les
liens fuilcnt entièrement fe-
parez d'avec les Juifs, avoir
auparavant ctcmt dans ce
peuple in<^rat , par une ma-
nifcftc réprobation, avec le
Sacrifice ^ le Sacerdoce,
toutes les marques d'Egli-
{c^ en forte qu'il paruft que
la Synagogue tomboit plù-
toll en ruine avec (on Tem-
ple, que les enfuis de Dieu
ne s'en cloignoient : que
loin de lailTcr alors aucune
efpcrancc a ce peuple, com-
me il avoit fait autrefois
dans Tancicnne tranfmigra-
358 Méfierions fur uri écrit
tion &: à la ruine du pre-
mier Temple 5 il avoir aon-
né au contraire toutes les
marques poflibles d'une im-
placable fureur : qu'ajfîn
qu'une telle cheûte du peu-
ple autrefois cleû, &: le di-
vorce déclaré à la Synago-
gue autrefois epoufe ne puft
donner le moindre prétex-
te de foupçonner à Tavenir
aucun événement fembla-
ble,il avoit fait dénoncer
par tous fes Prophètes cet-
te cheûte àc ce divorce fu--
tur, comme un exemple n-
nique de fa colère , &: avoit
protefté en mefme temps
que rien de tel n'arriveroit
à cette Eglife avec laquelle
il faifoit une alliance ctér-
de M. Claude. 359
acUc : qu'avec tout cela &:
encore que la réprobation
de la Synagogue fuft clai-
rement expliquée dans TE-
criture, & mefme que If s
Apollres , fans rien inno-
ver clans la doctrine, ne fif-
fent que fuivrc celuy que
jufqu'à eux fans aucune
interruption on avoit tou-
jours attendu 3 néanmoins
parce qu'il y avoit quelque
rupture avec la Synagogue
autrefois Eglife véritable ;
pour les autorifer dans cette
aaion , il n'avoit rien fiU
lu de moins que J e s u s-
Christ prefent fur la ter-
re avec toute l'autorité du
Père Eternel : en un mot,
que pour s'éloigner des fcn-
3^o Réflexions Jur un écrit
timens de la Synagogu*,
quoy-que d'ailleurs convain-
eue par les Ecritures , il fal-
luft que J E s U S-C H R I s T
la pierre angulaire, en qui
tout devoir eftre uni, parufl
vifiblemcnt avec les mar-
ques incontcftables de ù\
miffion.Je laiffe maintenant
a confiderer {\ un exemple
de cette nature peut don-
ncr quelque occaiion de fc
feparer jamais de l'Eglifc de
Jes us-Christ , ou de
dire que cette Eglife fon-
dée fur la pierre deuft tom-
ber , ou que la fucceffion
dont Jes us-Christ
eft la fource , puft fouffrir
quelque mterruption ; &: fi
tout ne crie pas pliltoft icy
contre
de M.Claude. ^Ci
contre une telle entrcprife.
jufqu'icy nous avons vcû^w-,.^^^
ce qui rccrarde la Confe- it ^■■'f^inUtr.
1 ^, .1 de iK^Jijr:
rcnce, &: la manière dont ^,e ucu...
M.Claude la raconte. l\tl^:;!r
faut maintenant confiderer 7f / *'^ ^^-
ce qu'il oppolc aux Inltru- pm fenchc
ftions qui l'ont précédée. 'j^^Tfie ïdu.
Il y repond amplement sup.Avrrt.
dans Tccrit dont nous avons ,^^^'^-^''' "
dcja parle. Cet écrit n'a au-
cun titre , (5c il eft f'iit en
forme de Lettre. Pour nous
furc mieux entendre, don-
nons -luy un nom 5 & ap-
pelions -le La Refonfc ma-
nu fcrïte de M. Claude. Com-
me on a veu que la Confé-
rence fut précédée de ma
part de deux Inftruclions , yj^^^^^^^,
dont la première établie h
^€i Reflétions (ïiY un écrit
perpétuelle viabilité de TE-
swp.p.iTi. glife, & la féconde éclair-
cit quelques objedions ti-
rées du Livre des Rois :
M. Claude a fuivi cette di-
vifion. Il divife auffi fa Ré-
ponfe en deux parties : la
première ell fubdiviféc en
quatre qucftions. Dans la
première, il traite de l'Egli-
fe UnivcrfcUe , dont il eft
parlé dans le Symbole , ^
me blafine de n'y avoir pas
compris avec tous les Bien-
heureux Efprits, les Saints
qui naiftront jufqu'à la fin
du monde. Dans la féconde^
il examine fi l'Eglife peut
cftre définie par fa Com-
munion extérieure , comme
il fuppofe que je lay fait.
de M. Claude. 36J
Il parle dans la troi firme
cîc kl pcrpctiicllc vilibilicc
de TEglilc ; ^ recherche
dans la quatrième à quel-
le Eglile appartiennent les
promclles de j esus-Christ ,
Il c'etl à celle que j'ay po-
iee ou à celle qu'il a éta-
blie. Il tire cniuite onze
conlequences de la doclri-
nc qu'il a expliquée ^ & pailc
à la leconde parti? , où il
loultient l'\s paiVig-s du Li-
vre des Rois. Voilà Tidcc
de Ion ouvrage.
C'eftdans ces quatre quef-
tions àc dans ces onz ^ con-
lequences qu^il attaqu ^ de
toute fa force la dodrinc
que i\iy enfeiancc fur la
pcrpetu.clle vilibilité de TE-
Sel
3<^4 Réflexions fur un écrit
elife : mais on va voir qu'il
ne la pu raire qu aprcs
s'en eflre formé une faulle
idée.
Pour montrer que l'Egli-
fe dont il eft parlé dans le
Symbole devoit eftre toù-
i-Tap.p.y. JQ^^5 vifible , i'ay dit que
tous les Chreftiens entcndoïent
far le nom d'Eglife une Socieîé
qui fait profejfion de croire la
do^rinede^ e sus-Christ,
& de fe gouverner par fa pa-
role j d'où il s'enfuit quelle eji
n)ifîhle, 6c liée par une Com-
munion fenfible &c extérieu-
re .Voilà comme j'ay d'abord
pofé ma thefe, &c c'eft auffi
ce que j'avois à établir.
Il ne s'agiffoit pas^ com-
me Me Claude le fuppofc^
de M, Claude. 3 6*5
de donner une parfaite dé-
finition de l'Eglife , ni d'ea
établir Tunion intérieure
par le Saint Efprit, parla
Foy , par la Chanté : c'eft
chofe dont nous conve-
nons ; &: la queftion n'eftanc
que des marques extérieu-
res de cette union, j'avois
tout fait en montrant que
ces marques extérieures
font infeparables de l'Egli-
fe, &: par confequent quel-
le ell: toujours viiîble.
Cependant furcequej'ay
dit , qu'on entend par le
mot d'Eglife une Société qui
fait profefjion de croire la do'
clrinc ^^ J E s u s - C h R I s T^
M. Claude me veut faire
accroire dans toute fa Ré-»
f^66 Reflexions fuY un écnt
ponfe manufcritc, mais pni>
cipalcmenc dans la deuxiè-
me & quatrième queftion,
que je regarde i'Eglife com-
me une Société Jimpkment
extérieure :, conftituée en (on
effence par une flmfle pro^
fefîon de croire y lans croire
en effet , do}7t toute la nature
^ l'ejfence confijk en de /im-
pies dehors O en des api^ar en-
ce s , fins rêdlîtc y dont l'uni-
té n'efl quune unité de pro-
fejjlon y une unité extérieure y
en forte que l'intérieure n'y [oit
que par accident ; & que quand
il n'y auroit ni Fidèles ni juf-
îes y & qu'elle fuft toute com-
posée d'hypocrites y elle ne laif-
Jeroit p(t5 d'eftre la vrayeZglifi
de Jesus-Christ.
de M. Claude. 3^7
VoïKi en effet une affreu- *
fe ulee de rri;lii- , 6j je ne
mcTonne pas que M. ÇXwi^
d'- en ait horreur: aufli eil-
clle autant él(Me;neec1e mon
clprit (Se cle Tclprit de tous
les Catholiques, que le Ciel
Tell c!es iaiters -, cv' je ne;
icMv ccMunient IM. Claude
a pu hre mes Inltrueliens
iansv vou' tout le eontrairc
(le ee iju'il m nnpole.
Puis que le lecteur a main-
te iruu CCS Inftruclions de-
vant les yeux , je le prie C\c
\cs repailjr dans cet impn-
nié. Il y trouvera a la véri-
té qu'il cil de rellencc de
VEi^liic d'cilre \iliblc par vu.fup.p,::,
la Prédication 6c par les
Sacrcmcns : mais il y trou^
Qjiij
3^8 Réflexions fur un écrit
vera auflî que les Bleus & les
Saints en font la ^Im nohlt
fartiez quîls y font fanffifcz^
qu ils y font régénérez., fouvent
mefine par le miniflere des ré-
f rouiez. ; quil ne les faut pas
confiderer comme faijant dans
tBglife un corps à part , mais
comme en faifant la plus belle
& la plus noble partie.
sup. p. 13. O^^ y trouvera qu'il eft de
TeiTence de TEglife , parce
qu'eUeeflfaintCy d'enfeigner tou-
jours conflammenty é' fans va-^
rler, une fainte doÛrîne : mais
on trouvera auffi que cette
fainîe doÛrine qu'elle ne cejfe
d'enfeigner, enfante continuel*
lement des Saints dans fin uni-
té y & que c'eftpar cette do^ri-
m qu'elle injlrmt ç^ entretient ^.
de M. Claude, ^^9
JaKS fon fan Us Elcus de
Ditu. Eft-cc là ce qu'on ap-
pelle une iimple profeilioii
delà doftrine de Jesus-
Christ uns réalité , &:
un pur amas d'hypocrites ?
On y trouvera' que l'En- s^pr
fer ne peut prévaloir con-
tre la focicte viiiblc ^ ex-
térieure de r Emilie : mais
on y trouvera auili que c'cll
à caufe qu'il m peut f^ts pré-
valoir contre les Eleùs qui (ont
il partie la plu^pure, é*lapli44
Jpiritucllcde cette EgHfe.C^^y
dis-)c, pour cela que ne pou^
qj.int prévaloir contre les Bleus,
il ne peut non plus prévaloir
contre l'Eglifc qui les enfeignCy
ou ils confcjfent l'Evangile, &
OH ils reçoivent Us Sacrcmens^
yjo R e flexion 5 fur un écrit
Ainfi, loin qu'on puifTe croi-
re que cette Eglife qui fub-
fiftc éternellement ^ puiflc
félon nos principes fubfif-
ter fans les Eleûs: on voit
au contraire que nous re-
gardons les Elcûs comme
fiifant la partie la plus cf-
fentielle &r la force de cette
Eglife.
On y trouvera qu'il eft de
l'efTcnce de l'Eglifc jufqu à.
laréfurreûion (rénérale, d'à-
voir le miniftcre Eccleiîaf-
tique qui la rend viiible:.
mais on y trouvera aulllque
l'effet de ce minilb^re, eft
d'am'.n^r les en fans de
Dieu à la parfaite ilature
de Jesus-Christ, c'eft
à dire à la perfeclioa^ qui
de M. cUude. 371
îiprcs les avoir rendu fcUnts
les rendra (rlorieux en corps
i<c en amc.
Enfin on y trouvera la snr,p,4i
Communion extérieure & in-
térieure des Fidèles 4^•r^ JESUS'<
Christ, ci^ des fidèles en-
trc eux: Communion intérieu-
re pAr il Lumté , ô' dans le
Sdint Efprit qui notis anime ;
?nais en me [me ttivps extérieur
rc d.ins les Suremins-, dans U
Co/^fijjlon de la Fûj, & dans
tout le minifiere extérieur de
De là je conclus que ce supp.4.
n'csl pas Jèulement la foeietê
des Prcdejlinez, qui fuhfiflera
a jamais ; mais que e'efl le
corps ^jijihle ou font renfermez.
Us rrcdeftinex., qui les prefcbe,
) VJ
f/% Réflexions fir un écrit
qui les en feigne , qui les régé-'
nere far le Baptejme , qui les
nourrit far lEuchariJlie y qui
leur adminiflre les clefs y qui les
gouverne & les tient unis fat
la difciplineyÇi^i forme em
EUX ] E sus-Christ: c'eji
€e corps vifihle qui fïihfiftera
éternellement.
On voit par là que loin
de faire une Eriife dont la
Communion loir purement
extérieure de fa nature , ^
intérieure feulement par acci»
dent y le fond de TEglife
eft au contraire la Com-
munion intérieure dont la
Communion extérieure eft
la marque , &: que TefFet de
cette marque eft de défi-
gner que les enfans de Dieu
de M. Claude. 37î
font gardez & renfermez
fous ce fceau. On voit aullî
que les Elcus font la fin
dernière pour laquelle tout
fe fait dans rEglirc,&: ceux
à qui doit (crvir principale-
menttout fonminiftere: de-
forte qu'ils font la partie la
plus c{rcntielle,&: pour ainfi
dire le fond me fine de l'E-
glifc.
Si donc j'ay plus parle de
la Communion extérieure
que de la Communion mte-
ricure de TEglifc , on voit
bien que ce ne peut cftre
que pour la raifon que j'ay
dite ; c'cft à dire, que les
Prétendus Reformez de-
meurant d'accord avec nous
que le fond^ pour amfi par*
574 Réflexions fur un écrit
1er, de TEglilc, eftoit Çon
union intérieure, je n'avois
à établir que l'extérieure,
dont ces Mclîîcurs nous
conteftent la necelîité.
Ainfi , lors que j'ay dit
d'abord dans mon Inftru-
â:ion que l'Eglife eftoit la
Société qui confeiloit la
yrayc Foy, M. Claude de-
voir entendre que cette con-
feffion de la bouche n'ex-
cluoit pas la croyance du
cœur, mais la fuppofoit plû-
toft dans la partie vivante
^ cflcntielle de FEglife
dont je ne parlois pas alors,
parce que ce n'cftoit pas la
queftion que j'avois à pro-
pofer & à ré foudre. Con-
clure de ce lilence que je
de 3/. Claude. $7 y
n admets point d'autre u-
mon eiVentielle au corps de
l^Eglile que cette union ex-
térieure , c'eft de mefmc
que il quelqu'un ayant en-
trepris d'expliquer lealc-
ment ces ligatures extérieu-
res qui tiennent le corps
humain uni au dehors ,
êc renferment , pour ainiî
parler , dans une melmc
continence avec les mem-
bres vivans les ongles, les
cheveux , les humeurs pec-
cantes , &: mefine les mem-
bres morts qui ne (eroienc
pas encore retranchez du
corps , on luy faiibit accroi-
re qu'il ne connoirt dans le
corps humain aucun autre
pvmcipc d'union -, ^ diïc
37 <^ Réf. étions fur un écrit
fous ce prétexte , que félon
les principes de cet hommCj
il pourroit y avoir un corps
humain qui ne feroit que
cheveux éc ongles &: mem-
bres pourris &: humeurs
peccantes , fans qu'il y euft
en effet rien de vivant: c'ejft
ce que fait M. Claude lors
qu'il conclut de mon dif-
cours, que TEgHfede Jésus*
Christ pourroit n'eftre
qu'un amas de méchans &C
d'hypocrites.
Mais cecy s'éclaircira da«
vantage dans la fuite par
les propres principes de M,
Claude : il me ftiffit en cet
endroit de luy faire voir
que cette Eglife purement
extérieure, qu'il appelle l'E-
de M, Claude] 577
glifc des Cardinaux BcUar-
min &: du Perron, &: de
M. de C. cfl: une Egkfe qui
ne fubfiftc que dans fa pen-
fce ; &: on peut croire par
la manière dont U a jugo
de mes fentimens, qu'il n'a
pas mieux entendu ceux de
CCS illuftres Cardinaux.
Pour montrer que le mot Dixinne 7^/-
A'Eglifc fignifie dans le Sym- ^::U&
bole des Apoftrcs une ^-':-;t!^^^_
elife vifible, i'ay pôle pour fo<mcr^ ncre-
fondement que dans une WL^bjc rj.i
Confcillon de Foy telle ;;L /;:-.V,;;^;;
qucftoit ce Symbole, les 7^- ;/^ j;^^-
mots cftoicnt employez en atudijjiuu.
leur fignification la plus na-
turelle &: la plus fimple ;
^ )'ay ajouflc que le mot
à'B^lifc fignifioit fi natu-
37^ Rejlexlons fur un écrit
rcUcmcnt rEglife vifible ^
que les Prctcndiis Réfor-
mez auteurs de la chimère
d'Eglife invilible, dans tou^
te leur Confcilion de Foy
n employoicnt jamais en ce
fcns le mot à' EgUft ^ mais
feulement pour exprimer
TEglife vifible revefl-uë des
Sacremcns &; de la parole
^K de tout le minifterc pu-
blic. On peut voir les paf-
fages de cette Confelfion
de Foy que j'ay rapportez^
avec les confequences que
j'en ay tirées.
Ce n'cfc pas moy qui ay
fait le premier cette remar-
que : elle eA- d'un Synode
National des Prétendus Ré-
formez. Ces Meilleur $3 qui
de M. Claudf. 5751
avoîcnc ranc prcfchc l'Ej^li-
{binviliblc, cn: qui prcllcz
fur Li iiiccclliv)!! avoicnc ;ip-
piî\'c liir ce toiidcmcnr Fin-
\ilîblc (uccciîion dont ils le
fcrvoicnr,hircnt: étonnez de
n'en AYoïï pis dit lin icul'
mot dans leur Confeilion
de Fov , où nu contraire le
mot a E(:d:j^ ('? pr?nd tou-
jours p'.rjT Fi^'.dile viiible.
Surpris de ce hme^a-^re li na-
turel aux C lire il: 1 en s , mais
Il peu contorme aux princi-
pes de leur Reforme, ils fi-
rent ce D:cret en 1(^03.
dans 1j Synode de Gap au ^y^i. àzcrs^
chapitre qui a pour titre, Sur ^Zll^^^':
Li Co-ifjjlon de Voy. C'eft
par où commrncent tous
les Synodes, ^ la prcmicrc
}Bo Réflexions fur un écrit
chofe qu'on y fait 5 eft de
revoir cette Confeffion de
Foy ; ce qui donnoit lieu
aux Imprimeurs de la réim-
primer avec ce Titre dé-
fendu dans les Synodes :
syn. de Pri- Confeffiûn de Foy des Edifes
Reformées 3 reveue o* corrigée
far le Synode NationaL Mais
venons au Décret de Gap :
en voicy les termes. Les
Frovinces feront exhortées de
fefer aux Synodes Frovin^
ci aux en quels termes l'Arti^
de XXV. de la Confeffion de
Foy doit efire couché :, dautant
qu'ayant a exprimer ce que
nous croyons touchant l'Fglife
Catholique dont il eflfait rnen-^
tion au Symbole y il ny a rien
m ladite Confeffion quifefuij^
de M. Claude. 381
Je prendre que four lEgUfe
militante & 'vijihle ,• comme
aujji au xxix. Article, elles
verront s'il efl bon d'ajoujlcr
le mot pure k ccluy de vrayc
Egliie qui efi audit Article:
Cr en général tous viendront
prépart:^^ fur les matières de
L'Eglife.
Nous avons rapporte la v.fap.p.i».
fub (lance de cet Article
XXV. On peut voir dans le
mcfme endroit les Articles
XXVI. XXVI I. ^ XXVIII.
Et pour r Article xxix. il
porte que U vraye Bglife doit
estre gouvernée félon U police
1 que Noflre Seigneur Jésus-
! Christs établie , ceft quil
y ait des Pafteurs , des fur-
vcillans & des Diacres, afn
3§i Rejïexîons Jùr un écrit
ciue la pure docfrine ait fin
cours y & que les ajjlmhlées fi
fajf.nt au nom de Dieu.
L'addition du mot de m-
re E<7jife qu'on déliberoit
d'ajoufier à ccluy de vraye ^
eft fondée fur une doûrine
des Prétendus Réformez ,
qui dit qu'une njraye Eglifi
peut n'eftre pas pure , parce
qu'avec les veritez effentiel-
les elle peut avoir des er-
reurs méfiées, je dis mef-
me des erreurs groifieres
&: confiderables contre la
Foy. Et c'eft un des myf-
teres de la nouvelle Ré-
forme que M.Claude nous
expliquera bientoft : mais
ce n'eil pas icy de quoy
il s'agit. Ce qu'il y a d'im-
de M. Clauda. 385
portant, c'clT: que ces gens
qui le diient envoyez de
Dieu pour reirulacer la pu-
re doclrme de l'Evano;ilc
ayant à expliquer, comme ils
le déclarent eux - melîncs
dans leur Confelîion de Foy^
l'Egli/c dont il ejl fuit men-
tion dans le Symbole , n'a-
voient neanmoms parle que
de [E'{iiQ militante c^ vi fille.
J'en dirols bien la raifon :
cc[\ que cette Eglife dont
il eH fuit mention dans h
Symbole y cfl: en ciïet F Eglife
vifible ; c'ell que le mot d'£-
glife naturellement cmpor^
te cette vifibilitc, & que le
mot de Catholique, bien loin
d'y déroger, la fuppofe; c'cft
que dans une Confelîion de
384 Réflexions fur un écrit
Foy il arrive fouvent dépar-
ier fuivant les idées natu-»
relies que les mots portent
avec eux , plûtoft que félon
les rafinemens &: les dé-
tours qu'on invente pour fe
tirer de quelque diflficulté.
Ainfi FEglife invifible ne fc
prefenta point du tout à nos
Réformez lors qu'ils dref«
fer en t leur Confefllon de
Foy; le fensd'Eglife vifiblc
y parut feul : on ne vit rien
en cela que de naturel juf-
qu'en i 6 o 3. En i 6 o 3. on k
réveilla ; on commença à
trouver étrange qu'une E-
glife qui fondoit fa fuccef-
lion fur l'idée d'Eglife in-
vifible bc d'Eglife des Pré-
deftineZ;, n'en euft pas dit
un
de M, Claude. 38^
vn fcul mot dans i\\ Con-
fcllion de Foy, & cuft Luf-
fc pour confiant que la fi-
gnifîcation naturelle du mot
^EgUfe cmportoit toujours
une (ocizti vifible; de-forte
qu'à bien parler on ne pou«
voit plus montrer la (liitc
de TEglife fans montrer la
fuite de fa vifibilite: choie
entièrement impolîible à la
nouvelle Réforme. C'ell ce
qui portoittout le Synode à
vouloir retoucher à cet Ar-
ticle, ^ à exhorter les Pro-
vinces à venir ^rcfics fur les
waticres de l'Eglifi , qu'on
n'avoit jamais bien cnten-
duc^s parmi les nouveaux
Reformez, qu'on n'y entend
pas encore , ^ qui feront
R
58(5 Reflexions fîiY un écrit
Catholiques tous ceux qui
fçauront les bien entendre^
Mais c'cftoit une aftairc
bien délicate de retoucher
à cet Article. C'eftoit réveil-
ler tous les cfprits; c'eftoit
trop vifiblement marquer
le défaut , &: donner lieu
aux Imprimeurs de mettre
plus que jamais, ConfeJJion
reveuè d^ corrigée. Ainlî en
1607. au Synode de la Ro-
chelle, on réfolut de ne rien
ajoufler ou> diminuer aux Ar-
ticles XXV. & XXIX. & ne
toucher de nouveau à la ma*
tiere de l'Eglife. Par la déci«
fion de ce Synode, la feule
Eglife vifible paroi ft dans
la Confelfion de Foy des
Prétendus Réformez : TE-
de M. Claude. 387
glifc invifiblc n'y a point
de parc , & on fc tire com-
me ou peut des conicqucn-
ccs.
Celle que je tire eft faf- v.fap.
cheufe : car fi l'Eglife ne '^•
paroiil que comme vilîble
dans la Confcilion de Foy
des Prétendus R cFormcz, 6c
que d\ulleurs ils nous van-
' cnt cccce Confeilion de Foy
ommc conforma en tout
-;oint à l'Ecricurc , il faut
qu'ils nous difent que cette
manière d'expliquer l'Eglife
vient de l'Ecriture, &: que
c'cft de l'Ecriture qu'elle
a paûc naturellement dans
le langage ordinaire des
Chrciliens, dans les Con-
tenions de Foy, ^ par cou-
j8S Réflexions Jttr un écrit
fcquent dans le Symbole^
qui de toutes les Confef-
fions de Foy n efl pas feu-
lement la plus autorifée,
mais encore la plus fimple,
\^l man. j^^ Claude nous répond
^ue l'tifage change \ que far la
fuite des temps les noms s éloi-
gnent founjent de leur première
dr naturelle fignijî cation ; ^
qu'au refte quand il feroic
vray , comme je l'ay dit, que
le mot à'Eglifc pris fimplementy
fignifieroit l'EgUJè 'vifîble, le
mot à'umverfelie changeroit
cette fignification. Mais il
ne nous échapera pas par
ce fubterfuge : car il nous
demeure toujours un rai«
fonnemcnt accablant pour
toute la Réformation pré*
de M, Claude. 389
tendue. Le voicy tire des
propres principes qu'elle pô-
le. Le mot ^^Bglijè doit ie
prendre dans la Confcllion
de Foy de l'Egiife Préten-
due Reformée, comme il {c
prend naturellement dans
i Ecriture : autrement dans
un article fondamental de
la Rclio-ion Chrclliennc
cette C>onl:ellion de Foy ne
ie (ercMt point contorméc,
comme elle s'en vantera l'E-
criture Sainte. Or dans cet-
te Confcllion de Foy le mot
à' Eglifc fe prend pour une
focieté vifiblc : cette Pro-
poikion cil avouée dans le
Synode de Gap , comme
nous venons de le voir.
C'Cil donc amfi que le met
R iij
59 © ^ eflextons Jur un ecrk
diEgliJe fe prend naturelle^
ment dans l'Ecriture. Mais
il fe prend dans le Symbo-
le au mefme fcns qu'il fe
prend dans l'Ecriture j M,
Claude &: les Proteiftans ne
le nieront pas : il Te prend
donc également , &: dans
l'Ecriture &: dans le Sym-
bole pour une Eglife vi-
fible ; &: le terme de Ca-
tholique ou d'univerfclle mis
xcp. man, dans le Symbole , comme
M. Claude Tavoûë , pour
diftinguer tout le corps de
l'Eglife vrayment Chref«
tienne répandue par toute
la terre , de toutes les faujfes
Bglijès , & de toutes les Bgli-
fes particulières , lom de ren=
dre rEgUfe invifible , la
de M. Claude. 39?
rend d'autant plus vifiblc
qu elle la Icpare plus vili-
blcmcnt de toutes les fauf-
fcs Eglifes, &: met cxpref-
fcmcnt dans fon fcin toutes
les Egliics particulières, fi
vifiblcs &: Il marquées par
leur commune Profeflion
Ac Fov, &: par leur com-
mun cTouvcrncment.
Mais fans difputcr da- Onvcme %-
vantagc, nous n avons qu a '^ur m. ci>.-
ccoutcr M. Claude, &: en- t^'':::j:îu
tendre ce qu'il nous accor_ /;^'-'^''''f'.; -
<Xc dans la Rcponle manul- ^nc:dûi,rt
ente lur la perpétuelle vili- „ unn^^Ut.
bilitc de l'Egliie. Et pluft
à Dieu que je pulTc icy
tranlcrirc tout cet ouvrage i
On V verroit bien des cho-
fcs favorables à noflre do-
R luj
35^2' Réflexions fur un écrit
drine que je ne puis bien
faire entendre que lors qu'il
fera public. Mais ce n'eft
pas à moy à le publier , &:
je me fuis contenté de tranf
crire au long autant qu'il a
efté neccffaire les paflaees
que 1 on va voir, tels que je
les ay trouvez dans le ma-
nufcrit de M. le Duc de
Chevreufe, avoué comme je
lay dit par M. Claude luy-
mcfme.
Que fi l'on trouve qu'il
parle de l'Eglife d'une ma-
nicre nouvelle dans la Ré-
formation prétendue, il ne
faut point fur cela faire
d'incident pour deux rai-
fons. La première , parce
-qu'il eft vray qu'il a enfei-
de M. Claude. p]
gnc à peu prcs Li mcfmc
dovi^nnc dans les autres li-
vres , quoy - qu'il l'aie icy
expliquée plus à fond 6C
avec plus d'ordre que ja-
mais. La féconde, c'eft qu'il
prétend ne rien dire de nou-
veau ; chofc dont nous de-
vons nous ré)oi^iïr,n'y ayant
rien de plus defirable que
de voir accroillrc le nom-
bre des principes &: des ar-
ticles dont nous pouvons
convenir.
Entrons donc de tout nof-
trc cœur dans ce deflein
charitable : voyons dequoy
M. Claude convient avec
nous, & rapportons fa do-
dnnc dans le mcime ordre
dont il la propofe dans i^i
R V
35^4 Réflexions fur un écrit
troiiiémc & quatrième quef^
tion 5 & eiifuite dans fes
onze confcqucnces.
Ce que je trouve d'abord
cft 5 qu'il eft confiant qu'en-
core que U vraye Eglijè foit
méfiée avec les méchans dans
une mefine Confijjlon, elle ne
laififè fa4 d'cfire vifiihU dans le
mélange y comme le bon f'O"
ment avec Ijvroye dans un
mefihie champ , dr comme les
bons foififons le fient avec les
mauvais dans un me fine reîz,.
Cela va bien, pourfuivons.
Ce mélange empefihe bien le
difcernement lujle des perfion*
nés y mais il n'emfefiihe fas le
difiernement ou la difiïnciion
des ordres des perfinnes, mef-
me avec certitude. Nous ne fia-
de M. Claude, 59 y
njons pis certainement quels
font en fartïculier les vrais Fi-
dèles y ni quels font les hypocri-
tes : mais nom f: Avons certaine-
ment qu*ily a de vrais Fidèles,
comme il y a des hypocrites j ce
quifujfit pour faire la vifibili-
té de lavraye Eglifi. J'cconte
cccy avec joyc : affcùrcmenc
nous avancerons. M. Clau-
de nous donne dcja pour
V confiant qu'il y aura toujours
un corps viliblc, dont o\\
pourra dire , La font les
vrais Fidèles.
Je continue a lire ia Rc-
ponic , ^ )c trouve qu'il
nie reprend d'imputer aux
Prétendus Reformez, qu'ils
ne croyent pas que le corps
ou Dieu a mis , iclon Saint
R vj
35><^ Réflexions fur un écrit
Paul , les uns Afofires , les
autres Docteurs y les autres Paf-
teursy bc le refte, foit TE-
glife de Jes us -Christ.
Que je fuis aife d'cRre re-
pris 5 pourveû que nous a-
vancions ! Tant y a qu'il eft
conftant que le Corps de
Jesus-Christ, qui cil
l'Eglife, fera toujours com-
pose de Paileuis , de Do-
cteurs, de Prédicateurs, ^
auffi de peuple : il eft donc
par confequent toiljours
tres-vifible, &r la fuite des
Pafteurs auffi-bien que celle
du peuple y doit cflre ma-
nifefte.
M. Claude confirme icy
fon difcours par un pafTagc
de M. Meftrefac ^ qui dcci-
de M. Claude. 397
de y// 7/ ne faut f M ih archer
L'Eglïfc de Dieu hors de t'eftat
njïjikle du miniflere & de U
parole. Tant mieux, &: je fuis
ravi que M. Claude trouve
dans Ion E^life beaucoup de
fcctaceurs de cette doctrine.
j'avois eu peur que les v.fupp. 7.
Aliniftres ne voulullent pas
trouver l'Eiilif^ vifible dans
ce partage de Saint Paul aux
Ephcficns, où l'Eglifenous EpUcf.v.- >
€il propofccyS;^/ ride & fins
tache; èc je m'eftois mis en
peine de prouver que cette
Eglife marquée par Saint
Paul ejloit vi/ible, puis qu'cK
le cRoit lavée pdr le Baptejme
& par la parole. M. Claude
entre d'abord dans mon fcn-
timcnt. Il dic que dans ce
59^ Réflexions fur un écrit
paiTage il faut entendre à la
vérité l'Egltfe qui eH déjà au
Ckly mais aujji l'Egli/e ^ifihle
qui efl fur la terre:, comme ne
faifant enfemble quun mef
me corps , & il cite encore
icy M. Meftrefat. Je rcçoy
cette dodrine; &: fi quel-
qu'un de nos Réformez ^
fuffe M. Claude luy-mefme^
m'objedc jamais qu'il ne
faut pas tant appuyer fur la
vifîbilité de TEglife ^ puis
qu'il y a du moins une par-
tie de cette Eglife qui eft
invilible, c'eft à dire celle
qui eiï dans le Ciel , je ré-
pondray que cela ne doit
point nous cmbarafTer, puis
qu'enfin par cette dodrine
de M. Meftrefat ^ de M.
de M. Claude, 599
CK'.udc , cftant en commu-
nion avec la partie vil'iblc
de ri: g] lie , je luis alleùré
d\' eilrc aulli avec la partie
nivilîble qui eft dcja dans
le Ciel avec Jesus-Christ;
de - forte qu'il cil; bien cer-
tain que tout fe réduit en-
fin à la vilibilite.
M.Claude palVe de-la aux
objedions qu'on peut faire,
& il décide d'abord (jue U
'vi/ihilitê de l' Eglifi cH une
'vijibilitê de miniflcre. Il fau-
dra donc à la fin, que com-
me il reconnoill: dans l'E-
glifeunc perpctuclle ^afibili-
té,il en vienne à nous mon-
trer une fucccflion dans le
miniilcre, &: en un mot wwz
iuicc de leo-itimcs Paftcurs.
400 Refit xîon s fur un écrit
Il s'objcftc qM le ininifierè
eji commun aux bons & aux
méchans , d'où il fcmble
qu'on pourroit conclure
contre fa dodrine que les
bons &r les méchans corn-
pofcnt rEglifc.Etilrcpond^
quejl dans l'ufage le mimjlere
ejl commun aux bons & aux
méchans y ce ne si que ^ar ac*
cident^ & far la fraude de l'en^
mmi j que de droit il n' af par-
ti ent qu'aux vrais Fidèles , é'
que la furnaturelle deflination
n'eU que four ^/^x.Tout cela
cft clair, excepté ce mot , le
miniftere n'appartient de droit
quAux vrais Fidèles. Car
comme on pourroit enten-
dre par là qu'il n'y a que les
vrais Fidèles qui (oient Paf-
de M. Claude. 401
rcurs Icgitimcs , on tombe-
roi c dans rinconviciit d'a-
voir à examiner chacun en
particulier ii les Pafteurs eu
ciFer font de vrais Fidèles,
A: de croire qu'ils ceflcnt
d'eilre Paileurs ,' quand ils
ceilcnt d^ellrc gens de bien,
fuft-ce fans fcandalc: per-
jiicïcufe doctrine de'^iclcf
qui mcctroit toute FEgUlc
en confufioni En éloignant
ce mauvais Tens qui ne peut
pas citre de Telprit de M.
Claude, je luy avoue tout
ce qu'il avance ; car fans
doute il n'ell pas du pre-
mier dcilcin de Jésus-
Christ qu'il y ait des
]vli mitres trompeurs : cela
jVarrivc que par la malice.
401 Réflexions Jur un écrit
de rennemi. La deftination
du miniftere eft pour les
vrais Fidèles ; ] e s u s -
Christ ne l'a pas établi
pour appellcr dans l'Eglifc
des trompeurs &: des hypo*
entes ; qui en doute? Mais
néanmoins ces trompeurs ^
ces hypocrites peuvent eftre
affez deTEglife pour y eftre
Paftcurs légitimes : &: les
vrais Fidèles ayant à vivre
jufques à la fin des fiecles
fous l'autorité de ce mi-
niftere mcilc, il faudra donc,
fans examiner fi les Minif-
trcs font bons ou mauvais^
nous en montrer une fuite
toujours manifcftc, fous la-
quelle fe foit confervé le
Peuple de Dieu.
de M. Claude. 403
Plus jc continus ma Ic-
<^urc, plus jc trouve cette
vente évidemment décla-
rée. Car entrant dans la qua-
trième queftion, je remarque
bien que M. Claude y prc-^
tend montrer que les palFa-
ges où Je sus-Christ
promet à l'Eglife de la
conlcrver toujours fur la
terre , regardent unique-
ment la l'ocieté des vrais Fi-
dèles : mais il ne laiil'c pas
d'avoi^ier toujours égale-
ment que cette Eglife ne
ceiVe jamais d'eftre vifiblc^
& que Jesus-Christ
l'a ain{î promis.
3'ay prétendu démontrer v.rup. p. j^,
TEglife vifiblc dans ces pa- rf,,'.''^"^''^
rôles, Tt^ es Pierre , & /urU'''' ^'''^'
404 Reflexions fur un écrit
cette fi erre f établir dy mon £-
glifey & les fortes d Enfer ne
f revaudront point contre elle.
On a pu voir les raifons
dont je me fuis fervi pour
le prouver, M. Claude re-
çoit cette doctrine avec içis
preuves ^ & il avoue que
l'EgliJe dont il efl parlé dans
ce fajjlige efi en effet une Egli-
fe conftffanîe y une Eglife qui
publie la Foy , une Eglife a qui
Jesus-Christ a donné
un mini fier e extérieur ^ une £«
glife qui ufe du miniftere des
clefs , & qui lie & délie , une
Eglife par confequcnt qui a
un extérieur O' une vifihilite,
C'eft une telle Eglife, que
Je»us-Christ a promis
en cet endroit de confer-
de M. Claude. 405*
ver toujours fur la terre ;
M. Claude ne peut pas iouf-
fru* qu'on luy àiictjf^'e/Ie ceffi
d'cjlrc j &c ainfi elle ell tou-
jours avec tout ce minifte-
rc , qui luy cft eilentiel: ce
qui fil it que M. Claude con- v. %..>.;<.
dut avec moy, ^ue leminif sc'iccir^"^''*
îerc Ecclcjiafiique durera fins
difionîinuer jufcjuk la réjîtr^
re[îi on générale^ Se qu'il avoue
fans peine que cette promcf-
fe de ]ESiis-CHiusrj Je /eray Man.x
toujours avec vous, regarde la
perpétuité du miniftere Ec-
clefiaftique. Je sus-Christ
fromet, dit -il, d'ejlre anjec lE-
gli/ê, de baptifer avec elle ^ (^
d'enseigner avec
elle sans interru-
F T I N jus QJi A LA P I >J
xvin
4ô 6 R éJte>cions fur un écrit
DU MONDE. Il y aura
donc toujours des Docteurs
avec lefquels Jésus-
Christ enfeignera , &: la
vraye prédication ne cefle-
ra jamais dans fon Eglife,
Mais ce miniilerc durera-
t-il toujours fi pur que per-
fonne n'y foit admis que
des gens de bien > Nous a-
vons veù que M. Claude
ne le prétend pas. En effet
il n'y a point de promelTe
de cette perpétuelle pure-
té : la promefTe eft que
quelles que foient les mœurs
de ces Miniftres, Jésus-
Christ agira toujours,
baptifcra toujours , e n-
s E I GN ERA TOUJOURS
avec eux j &: l'effet de et
de M. Claude, 407
miniftcrc , qnoy-quc mcllc,
icraccl, que fous ion auto-
rité l' E'^iife fera toujours nji-
Jiblc , non P^m a la ^icrïtc , Jit
M. ClauQ?, d'une njcue dif-
tincfcy qui dïlle jufqii à dire a-
l'ec certitude y Tels & tels per-
fonm llementfont vrais Fidèle s ;
mais d'une veue indijlincle ,
<jHi ^ft pourtant certaine,
^ qui vajufqua directes vrais
Fidèles de J E S u s-C H R l s T
font II, ff avoir dans cette
PROFESSION EXTE-
RIEURE.
N'appelions pas fi l'on
veut du nom à'Fgli/e toute
cette prof cfflon extérieure : abC
tenons-nous de ce nom, puis
que M. Claude y répugne;
èc comme de vrais Ch^ef-
4c8 Réflexions fur un écrit
tiens raifonnables &: paci-
fiques , tafchons de conve-
nir de la chofe. Cette frofef-
fion extérieure qu'on peut tou-
jours défigner, & pour ainii
dire montrer au doigt, eft
méfiée de bons &: de mau-
vais j le miniftere qui la gou-
verne eft méfié auffi. M .Clau-
de convient de tout cela : on
peut dire néanmoins. Sous
ceminiftere ô^ dans cette fro-
fcjfion extérieure font les vrais
Fidèles : c'efl ce que nous
venons d'entendre de la
bouche du mefme Miniftre.
Si donc, fclon fa doûrinc^
la focieté des vrais Fidèles
fubfifte toujours , &: tou-
jours demeure viiible fur la
terre, fi on la peut toujours
montrer
de M. Claude, 40^
montrer dans une profef-
fion extérieure , &: que ce
Toit là rculcmcnt qu elle foie
vilible, comme M. Claude
le dit : il s'enfuit non-feule-
ment que les vrais Fidèles
feront toujours fur la terre,
mais que cette profelfion
mcflce de bons &: de mau-
vais 5 où on trouve ces vraisî
Fidèles, où on les montre,
où on les défigne, fera tou-
jours auiTi j c'cft de quoy
nous convenons avec M.
Claude. Mais comme tous
ces palTliges font difperfez
deçà &: delà dans faRcpon-
fc , en voicy un où il a pris
fom de tout ramaffer.
C'cft après fa quatrième
qucflion, &: dans fa fcptic-
S
410 Reflexions fur un îcrlt
me confequcnce, que ce Mi«-
niftre tarchant d'expliquer
1 Article xxxi. de la Confef-
fion de Foy, où il eft dit que
de nos jours y Sc avant laRé-
formacion, l'eflat de VEglife
efloït interrompu ; il dillingue
Tcftat de l'Eglife interrompt,
pour un temps d'avec TE-
glife qui jamais n'eft in-
terrompue félon {as princi-
pes, &: il définit ainfi TEgU-
îè. VEglife, dit -il 5 ceft les
wrais Fidèles qui font frofeffion
de la vérité Chrefienne y de U
fieté, d^ d'une véritable Sain^
teté fous un miniftere qui luy
fournit les alimens necejfaires
four la vie J^iritueUe. fins luy
enfoufiraire aucun. Nous dé-
couvrirons en fon lieu le fe^
de M, Claude. 411
crct de CCS alimcns fpiri-
tiicls. En attendant conve-
nons avec M. Claude, que
l'Eglife fubfifte toujours, &:
fublîlle toujours vifible, puis
que par fa définition clic
n'eft autre c\\o(c que Userais
Fidèles qui font profes-
sion DE LA VERITE^
C H RESTIENNE foUS U
miniftere Ecclefiafiique, Voili
un fondement inébranlable.
Voyons ce que nous pour-
rons baftir delTus : mais a-
vant que de baftir, nous al-
lons voir tomber les objc-
^ions.
M. Claude m'objccle prc- Do«vn
\ttmt
mierement qu'en vain je ^t'^;-,.
veux établir ma focietccom- C,''^" "^■'-
r' \ X nions de M,
polcc de bons ^ de mau- ^^^'-^^ '^'»'
Si,
^11 Rejlexîons fir un écrit
ifi^p^-rfa vaisjô*: fon éternelle durée.
ëecirpie. ^ * rr • • i
lur ces promelles inviola-
bles de Jesus-Christ,
T« es Pierre s &: Je fuis tou-
jours Avec vous. Ce n'eft
Rép. man. point, dit-il, des mécbans qu'il
peut eflre dit y que t Enfer ne
f révaudra point contre eux > ce
n'eft point avec des méchans
& des hypocrites que Jésus-
Christ a promis d' eflre
toujours ,• &: ces promeffes
ne regardent que les vrais
Fidèles . Ajouftons, félon les
principes de M. Claude ^^
qiic fi ces promefTes ne re-
gardent que les vrais Fi-
dèles 5 elles les regardent
du moins dans ce miniftere
&: dans cette profeflion ex-
térieure : l'objeftion en met
de M. Claude. 415
jnc temps fera rcfoluc. Car
enfin fi les vrais Fidèles
doivent tcuijoLirs eftrc dé-
montrez &; toujours eftrc
vifibles, iclon M. Claude,
dans cette profefTion ex-
térieure où les bons font
meilczavcc les médians ; il
s'enfuit que ce compofc, de
quelque nom qu'on l'ap-
pelle, paroiftra toujours fur
la terre. Or nul ne peut
5»\iflcLircr qu'une focietc
fubfiftc toujours , àc tou-
jours dans \\\\ eftat vifible,
fi Dieu ne l'a promis. S<^^
promefles regardent donc
mcfme ce mélange; &:non-
feulement les vrais Fidèles ,
mais avec eux toute la (o-
cicté où ils doivent, fcloti
S iij
4Î4 Kepxions JÙY un écrit
fes décrets, toujours paroif-
tre. Par confequent il nous
faut entendre ces promef-
fes de Jésus -Christ
autrement que M. Claude
ne Fenfeigne. Les promef-
fes de J E s u s - C H RI s T ne
regardent pas les méchans
tout feuls , ni pour l'amour
d'eux : s'il ne difoit que cela,,
il auroit raifon; mais ces pro-
mciîes que J e s u s-Christ
fait à fes Fidèles enfer-
ment aufïi les méchans qui
font méfiez avec eux. Quand
Dieu promettoit par ics
Prophètes à l'ancien peu-
ple de luy donner des moif-
fons abondantes , avec le
grain il promettoit aufïi
la paille j ô^ conferver k
de M. Claude. 415
moiilon , c'cft conserver la
paille avec le grain. Ainlî
promettre l'Eglife &: ion
ctcrncUe durée, c'eft pro-
mettre avec les Eleûs , les
mechans, au milieu defquels
Dieu les enferme. Les mé-
dians mefmc dans l'Egli-
fe font pour les Juftcs, com-
me la paille dans la moiffori
cft pour le grain -, &: comme
Dieu ne promet la paille ni
feule, ni pour clle-mcfme,
il ne promet les mechans ni
fculs,ni pour cux-mcfmes.
Mais néanmoins tout ce
compofc fubfiftera en vertu
de la promcflc divine juf-
qu^a la dernière feparation,
où les mechans , comme la
paille, feront jcttez dans ce
S iiij
'J^i6 lejîexlons Jhr uf^ écrit
feu qui ne s'éteindra jamais^
Jesus-Christ fera tou-
jours en attendant avec tout
' le compofé, y confervant
dans tout le dehors la faine
dodrine qu'il fçait porter
au dedans jufques dans le
cœur de ceux qui vivent;
de mefme que la nourriture
prefentée à tout noftre
corps par la mefme voye, ne
vivifie que les membres qui
font difpofez à la recevoir.
Une féconde objedion de
M. Claude va tomber par
le mefme principe.
K^p.man. H m'objcctc qu'cn défi-
^■'^' niffant l'Eglife Catholique
dont il eft parle dans le
Symbole , je ne parle que
de l'Eglife qui eft aduelle-
de M. Claude, 417
ment fur la ccrrc, au lieu d'y
comprendre tous les EIclis
qui ont elle, qui font, &:
qui feront, &: enfin avec les
iaints Ano-es toute la Jeru-
lalemceleile. Je luy ay déjà
répondu, que je n'ay voulu
ni deîi dchmr l'Eglifc que
par rapport à nollre fujct,
àc à fa vilibilité. Mais j'a-
joulle qu'en diiant cela, fé-
lon les propres principes de
M. Cluide, j'ay tout dit:
car, (^\ov\ luy, dj?is la profcf-
Jlon cxtcricure y c'clt à dn^c,
dans ce qui rend rE<j;lifc
vilible, on peut deligner les
vrais Fidèles, avec lefquels
tous les Saines, en quelque
temps «S£ en quelque lieu
qu'ils puillent cilrc, (ans en
S Y
41 8 Réflexions fur un écrit
excepter les faints Anges 5
Rrp. man. font unis. VEgUfe qui efifur
la terre y dit M. Claude , ejl
une avec celle qui eft déjà re-
cueillie au Ciel j & avec celle
que Dieu fera naïfire jufqu'à U
fn des générations y qui toutes
trois enfemhle n'en font qu'une y
qu'on appelle lEglife Vniver*
/elle. Dieu foit loué : quand
j auray trouvé la profcffion
extérieure qui rend l'Egli-
fe vifible, M. Claude nous
a déjà dit que j'auray trou-
ve les vrais Fidèles , ceftà
dire, félon luy, la vraycE-
glife afbucUement prefentc
fur la terre ; & il nous die
maintenant qu'avec cette
Eglife j'auray trouvé par
mefmc moyen &: celle qui
de M. Claude, 41^
cft dcja dans le Ciel 6^ celle
que Dieu fera naiftre dans
tous les ficelés fui vans. Nous
n'avons donc qu'a nous en-
quérir de l'Eglife qui cft fur
la terre & de la profelFion
extérieure qui nous la dc-i
montre, aiTcurez d'y avoir
trouvé , fans nous cnquc-^
rir davantage , la parfliitc
Communion des Saints &: \x
Société de tous les Eleûs.
Au rcftc , quand j'ay en-
tendu fous le nom à'EgliJc
Catholique l'Eglife qui efl
iur la terre , j'ay parlé avec
tous les Pères. Ils joignenc
ordinairement au'^titrc d'j?-
glife Catholique celuy de ré-
fandne par toute la terre , toto
Qrbe dtjfufa, A ce titre de
S vj
jfio Refiexî fins fur un écrit
Catholique ils joignent auflî
le titre èi Afoftoitqne -, 5c c'eft
ainfî qu'il cft mis dans le
Symbole de Nicée, où fc
voit la plus autentique auf--
fi-bien que la plus parfaite
interprétation du Symbo-
le des Apojftres. Ce titre
à'Apoflolique fait partie de
la Catholicité derEglife^^:
nous montre entre autres
chofes qu'elle eft defcen-
due des Apoftres par la per-
pétuelle fucccflion de k$
Pafteurs, 5c par les chaires
Epifcopales établies par tou-
te la terre. Tous les Saints
dont les âmes bienheureufes
font avec Dieu ont efté con-
ceûs dans cette Eglife; tous
Êcux qui viendront; y feront
de M. Claude. 411
pareillement rcgcncrez: de-
force qu'il n'y en aura ja-
mais aucun qui n'ait fait
une partie cflentielle de ce
corps dont Jésus- C h r i s t
cil le chef. Pour les Anges,
à ne regarder que la directe
fignitication des mots , ils
n'ont jamais fait partie de
cette Eglifc fondée par les
Apoilres, & répandue par
toute la terre où elle doit
fiirc fon pèlerinage; &: en-
core que Jesus-Christ foit
leur chef, il reft d'une façon
plus particulière des Fidèles
lavez dans fon Sang, &: re-
nouveliez par fi paroi'-. Mais
les Anges , quoy- qu'unis à
T E s u s-C H R I s T d'une autre
forte ; font nos frcrcs, & uc
'4^2. Réflexions fur un écrit
font pas étrangers à l'Eglifc
Catholique, dont au contrai»
re ils font établis à leur ma-
niere cooperateurs & miniC
trcs.C'eft une venté confian-
te, mais dont je n'avois que
faire en ce lieu : il fuffifoic
de marquer dans le Sym«
bole ce que nos Pères y ont
trouvé exprcffément &; im-
médiatement défigné parle
mot à'Bglife Catholique, en y
ajouilant le titre à' Jpoftoli*
que fi naturel à la Catho-
licité, & réloge d'eftre ré-
pandue par toute la terre,
Connoiftre la dodrine de
cette Eglife, c'eft connoif-
tre la doctrine de tous les
Eleûs. On ne voit dans le
Ciel ^ dans les fplendeurs
de M. Claude, 42?
des Saints , que ce qu'on
croie dans cette Eglifc; àC
les faints Anges, qui, com-
me dit l'Apollre Saint Paul, Eph.iii.iu
ont appris par l'Eglifc de Ti
hauts fecrets de la Sagef-
fe divine , en refpcdcnt la
croyance. Ainfi tout (e rc-
duiiant, comme je l'ay dé-
jà dit , à la vifibilitc , M.
Claude ne veut que irx fai-
re perdre le temps &: me
jctter à l'écart , quand il
veut que je traite icy autre
chofc, pour faire connoiftrc
cette Eglife Catholique qui
eft confeiTcc dans le Sym-
bole.
11 ne me rcfte maintenant Tfdvir^ep-
qu a exhorter Mclheurs ac flexion: que
là Religion Prétendue Kc- ^^^ çu^uk
'4M Réflexions fur un écrit
«e«fr.^Mef formée & M. Claude luy^
-^eiigicnTrc- melme. S il me le permet, a
tendue l{efor- - , r
mée qi'.'rin'y tircr Ics coiilequences ma-
t«,n' ItLe nifcftes des principes qu il
dans VE^ije ^ pofcz i alots ils ne pour-
rontplus relilter a la vente,
&: demeureront convaincus
qu'il n'y a de falut pour eux
qu'en retournant au fein de
l'Eglife Romaine.
1'/"^ ^]' Nous avons vcû que pour
«c %. vérifier les promcfïcs de l'E-
vangile, M. Claude s'eft o-
bligé à rcconnoiftre une E-
glife toujours vifible, puis
que l'Eglife qui n'eft pas
vifible n'eft pas Eglife, &r
que félon la définition qu'il
Vàf.f. 410. nous a donnée, l'Eglife y c'eji
les vrais Fidèles qui font fro-
fejjion de la vérité Chreflienne
de M. Claude, 41 j
Jif^ un minijlere qui luy four-
nit les alimens neccffàircs pour
h T'/V Jpirituclle. Ces Fidcles
ne font donc pas un corps en
lair, puis qu'ils font profes-
sion DE LA VERITE fius
un mini(leYe Ecclcfiaflique tou-
jours fubfiftant i & que com-
me nous Tavons veû, il doit
y avou'^ fans aucune interru-
ption 5 une profeflion exté-
rieure dont on ait pu dire,
La font Us vrais Fidèles.
Anifi il ne iuffit pas de
nous allecTuer vacruemcnt
• 1
des Fidcles cachez: on s'o-
bliiie à nous montrer fans
interruption , premièrement
une focictc vilihle dont on
ait pii dire, ils font la-, c'eft
là qu ils fervent Dieu en cf-
42.^ Réflexions fur un écrit
prit 6c en vérité ; c'eft-la
qu'ils confclTcnt TEvan-
gilc.
Et ce ne fera pas affez
qu'on nous montre ces Fi-
dèles difperfez: il faut fe-
condement qu'on nous les
montre recueillis fous l'au-
torité du miniftere Eccle-
fiaftiquc^avec la prédication
de la Parole , avec Tadmi-
nifiraticn des Sacremens^
avec l'ufage des Clefs &:
tout le gouvernement Ec-
clcfiaftique.
Par confequent ce qu'on
nous doit montrer eft une
focicté de Paftcurs &: de
Peuples: d'où il s'enfuit en
troifiéme lieu qu'on doit
pouvoir nous nommer ces
de yf. Claude. 4-"^
Payeurs , puis que la faite
en cil manit-cftc.
De chercher tout cela
ilins rEglile Prétendue Ré-
formée telle qu elle eil main--
tenant feparée de l'EgUic
Romaine, c cft à dire de ce
Corps d'Eglife qui rccon-
noift l'Edife Romaine ^ le
Pape pour fon Chehceit a
quoy Kl. Claude ne fongc
feulement pas: il luy furtit
que jufquau temps de la le-
paration des Prétendus Ré-
formez , il trouve tout cela
dans TEglife Romaine mef-
me. Les'vrais Fidèles y ef-
toient tant que ceux qui
ont compofe la Ré forma-
tion prétendue y eftoicnt:
quand ils en font lortis^
42.^ Réflexions fur un icrit
on qu'ils en ont efté chaf-
fez 5 ils ont eniporté l'Egli-
fe avec eux , comme M«
Claude Ta dit dans la Con-
férence.
y. fup. ipi. Ce difcours plus fembla-
blc à une raillerie qu à un
difcours ferieux , eft néan-
moins celuy qu'on tient fe-
rieufement dans ia nouvel-
le Réforme, jufqu'à lafcpa-
ration de cts^ nouveaux Ré-
formez ^ la fuite des vrais
Fidèles, c'eft à dire^ félon
M.Claude, de la vraye E-
glifc vifîble, fe perpetuoic
dans l'Eglife Romaine, &: ce
n'efl: que depuis leur fépara-
tion qu'elle a ceffé de les
contcnir.Telleeft la fuite de
4'' &";e^': ""' l'Eglifc vifxblccque M. Clau-
de M. Claude. 419
de ccablic dans fa Rcponfc
maiiulcritc: îufqu'à la (cpa-
racion, les vrais Fidèles que
contcnokrEgliie Romaine ;
depuis la fcparation, les Pré-
tendus Reformez qui font
fortis de fon fein.
Mais leurs Pafteurs d'où
font - ils venus ? Se font-
ils aulfi détachez avec ces
prétendus Fidèles du Corps
de l'Eglifc Romaine pour
perpétuer dans l'Eglifc
ainfi Réformée le minif-
tcre Ecclefiaftiquc > Nul-
lement : ce n'eft pas ainfî
que M. Claude l'entend. \h\è:_
Les Fidèles détachez de l'E-
glife Romaine ont tout d'un
coup dépofé tous les Paf-
teurs qui cltoicnt ^upara-
?,cp. m an.
430 Réflexions far un écrit
vant; c'cft à dire, qu'aupa-
ravant les Evefques &: les
Preftres Catholiques avec
le Pape à leur tcfte^ eftoient
les Pafteurs établis par Jésus»
Christ-, car il en falloïc
de tels mx 'vrais Fidèles
qu'ils contenoient dans leur
unité : au moment que la
Réforme a paru, les voilà
tout d'un coup dépofez ^ &
le minifterc fe retire de leurs
mains.
Mais quel droit ont eu des
particuliers de dépofTedcr
ainfi tout d'un coup &: en
un moment tous leurs Paf-
teurs? C'eft que ce font les
vrais Fidèles à qui le minifte-
re appartient de droite qui ont
pu par coiifequent en dif»
de M. Claude. 43T
pofcr, Toftcr aux uns ^ le
don lier aux autres. Il ne
£iuc point, dit M. Claude, R<p-mA'V4^
S imaguier la lucceilion des
Paftcurs dans cette ordinaire
tranfmijjion que les Uiniftres
en font de l'un i l'autre , &
cfuon appelle la ficcejjlon ex-
térieure & ferfonnelle : il s'agit
de fçavoir s il ne peut pas ar-
river quelquefois que l'Egli/è,
c'cft à dire les vrais Fidè-
les , ojlera fon rninijlere de la
main de ceux qui en ont trop
^ifihlemcnt abusé, & quelle le
donnera a d autres.
Voilà la queftion en gé-
rerai, comme la propofc M.
Claude i ^ l'application qu'il
en fait en particulier, c'eft
que les Frclats Latins qui oc- cour.s.t.ir
432' Keflextons fur un écrit
cupoient le mïnijhre Bcckfiaf"
tique du temps de nos Pères d*
qui fi fint ajjcmble:^ au Con-
cile de Trente , aymt fait des
deciftons de Foy incompatibles
Avec lefalut, (^ ayant pronon-
cé des anathejmes contre ceux
qui ne s'y feumettroient pasy les
Prétendus Réformez ont eu
raifon de regarder ces Prélats
comme des Minijires qui s'ef»
t oient eux - mefines dépouillez,
du minijlere^ & de le donner
a d'autres perfonnes*
Il falloit donc du moins,
fclon ces principes, atten-
<lre les décidons de Tren-
te ; &: puis qu'avant ces
décidons tant d'Eglifes fc-
parées de Rome s'eftoient
déjà données des Fadeurs^
là
de M. CUudf. 435
la Reformation aura corn*
mcncc par un attentat ma-
nifcllc. Mais ne prcflons
pas tant M. Claude, &:fan$
mfifter rigourcufement fur
le Concile de Trente,prions-
Ic feulement de nous mar-
quer quelque jour à peu
prés le temps où il permet-
tra aux vrais Fidèles d'cftrc
demeurez fous le minifterc
de l'Eglife Romaine. En at-
tendant , contentons - nous
d'obferver cette nouvelle
doârine: qu'il peut arriver
que tous les Palleurs de l'E-
glife dépoffedez tout d'un
coup deviennent en un mo**
ment des particuliers , &:
que fans qu'ils ctabliifent
ii'iiutrcs Paftcurs pour leur
T
434 ^cfexîons fir un écrit
f accéder s les njrais Fidèles ^
nullement Pafteurs , mais
Aqs particuliers feparez de
toute Egliiè aduellcment
cxiftcnte ; de leur feule au-
torité confèrent le minif-
t€re à d'autres , les éta-
bliiîent , les ordonnent ,
les inftallcnt. C'eft ce que
M. Claude explique encore
dans la fuite par ces mots*,
cem. 10. que ces Pafteurs, auparavant
fculs en fonction , font pri-
'vez. de droit y d^ le mmtjlere
revenu de droit à cette partie
de la focieté dans laquelle fe
fint trouvez, les vrais Fidèles y
e'eft à dire les Prétendus
Reformez feparez de TE-
glife Romaine &: de tou-
te PEglife fubfiftente alors
de M. Claude, 45$:
dans le monde . Qj^c la fc-
paration donne d'aucorkc ^
de privilège i
Telle ell la doctrine de
M. Claude : fi j'akcre , fi
j'exagère, fi je diminue, qu'il
publie (ans difterer Ion é--
crit pour me confondre.
Mais fi c'ell la fa doctrine,
je conjure nos Réformez de
coniiderer quels prodiges de
doclrjnc il faut cnfrio-ner
pour défendre leur Retor-
me.
Car premièrement , 011
me lira-t-on, dans quel E-
vangile, dans quelle ÉpilTire,
dans quelle Ecriture de
l'ancien ou du nouveau TeC
tamcnt, que tous les Paf-
T curs de rEgUfc deuUeat eu
T 1]
43^ Réflexions fur un êcYÎi
un moment tomber de leur
chaire, 6^ devenir des par-
ticuliers aufquels on peûft
6^ on deûft dcfobé'ir impu-
nément ?
Je sus-Christ nous
a-t-il caché ce grand Myf-
tere? &: ne nous aura-t-il
pas précautionné contre cet-
te horrible tentation de foa
Eglife ? Mais ce n'eft pas
tout: après nous avoir mon-
tré dans l'Ecriture cette
chute univcrfcUe de tous
ks Pafteurs, il y faut trou-
ver encore ce miniftere reve-
nu de droit aux particuliers
qui jamais n'en ont efté rc-
veftus. Et comment l'en-
tend M. Claude ? Eft-ce que
ecs particuliers^ dt droit de*
de U. Claude. 437 1
viennent Miniftrcs, fans que
pcri'onne les ait ordonnez 3
ou que fans eftrc Minillres,
ils ciyent le droit d'établir de
leur feule autorité desMinif-
tres dans l'Eglife?Qif on le
montre dans l'Ecriture, ou
qu'on renonce pour jamais
à la prétention de n'avoir
que l'Ecriture pour guide.
Je trouve dans l'Ecriture
que J r. s u s - C H R I s T dit Jo^"- xx.
à (es Apoftres ; Comme mon
Tere m' a cnuoyé, dinfi je "vous
îvrjoye. Je trouve dans l'E- xic.i 5.*:.:
cri cure que les Apoftres
amll envoyez en envoyent
d\iutres , & fe conficrcnc
des fuccelleurs. Mais que
tons leurs fuccelleurs cftant
tout d'un coup déchus ^
T ii|
4|S Refiexhns fur un êcrît
privez de droit de leur mi-
îiiftere, ce miniftere revien-
ne de droit aux Fidèles, à qui
perfonne ne l'avoit jamais
donné , pour en difpofer
à leur gré : ni rEcriture
ne Fa dit , ni les fiecles
fuivans ne Tont imaginé 5
c'cft un monftrc dont la
nailTance cftoit réfervée au
temps de la nouvelle Ré-
forme.
Le miniftere, dit-on, ap-
partient de droit à l'Eglife.
Sans doute, il appartient à
TEglife, comme les yeux ap«
partiennent au corps. Le
miniftere n eft pas à luy-
înefmc, non plus que les
yeux. Le miniftere eft éta-
bli pour eftre la lumière de
de M. Claude, 4y9
TEglifc , comme les yeux
font la lumière, ou comme
les appelle 1 E sus-Christ,
le flambeau du corps. S'cn-
fuit-il que lors que le corps
a perdu Tes yeux, il puiffeles
refaire de luy-mefmer Non
fans douter il aura bcfoin
de la main qui les a faits la
première fois, &: il n'y ^^ra
jamais qu'une nouvelle créa-
tion qui puiffe réparer Tou-
vrarrc que la première crca-
tion avoir formé. De cette
forte, fi l'Eglife Catholique
pouvoit, comme on a voulu
fe rimacTiner dans la nou-
velle Reforme, perdre tout
d\in ciuip tous fcs Minif-
trcs, fans qu^ils fe fuirent
vl-^nnez félon Tordre de
T mi
44^ Réflexions JuY nn écrit
Je sus-Christ des fuccef-
fcurs 5 il faudroit que Jésus-
Christ rcvinft fur la terre
pour rétablir cet ordre facré
par une création nouvelle.
On veut bien trouver
dans le fcin de l'Eglife Ro-
maine ces vrais Fidèles dont
on CQVCi'ço^Q d'abord l'Egli-
fe Réformée : pourquoy ne
t^oudra-t-on pas détacher de
mcfme les Pafteurs de cette
Eglife Réformée ^ des Paf-
teurs qui eftoient en charge
dans l'Eglife Romaine? Le
miniilcre doit eftre niellé
comme le peuple , ^ il
doit y avoir toujours de
bons Pafteurs parmi les mau-
vais, comme il y a toujours
de vrais Fidèles parnu les
de M. Claude, 441
faux Chrcilicns. Pourquoy
cionc a-t-il fallu dire dans la
nouvelle Reforme ^ dans
l'Article x x x i. de f^i Con-
fcllion de Foy , que l'cjht
de iBglïfi ejloit interrompu ?
Pourquoy a-t-il fallu avoir
recours ^ ces gens extraordi-
nairewent fit [citez, four drejfer
de nouveau l'Eglifè (jui efhit
en ruine & dejolation ? C'eft
qu'il a fallu parler non pas
fclon ce qm le devoit hiire
dans Tordre établi par ]ESUS-
C h r i s t , mais félon ce
qui s'eft fait contre tout or-
dre. Ce il que la nouvelle
Reforme s'eft fait des Paf-
teurs qui en eftet ne te-
noicnt rien des Pafteurs qui
ciloienc en charge aupara-
T V
442> Repxions fur un icYîi
vaut; &; c'cfc pourquoy il a
bien fallu j malgré qu'on eu
cûft, leur atttibuër 5 quoy-
que fans preuve , une voca--
non extraordinaire. Mais au
fond 5 la raifon vouloir au-
tre chofe : &: pourquoy n'a-
t~on pas parlé fuivant la rai^
fon 5 fi ce n'eft encore une
fois, qu'il a fallu accommo-
der non pas ce qui fe fai-
foit à la règle , mais la rè-
gle à ce qui s'eft fait >
Mais 5 dira-t-on, fi quel-
que Eglife, par exemple l'E-
glife Greque , nous mon-
tre la fucceflion de fes Paf-
teurs 5 la tiendrez - vous
vrayeEglife? Nullement, fi
l'y puis montrer d'autres
marques d'innovation qu'el-
de M. CUîidc, 443
îc ne puiiTc nier-, comme je
fcrois fans beaucoup de pei-
ne , s'il en cftoit queRion.
Mais avec nos Rctormcz,.
la preuve cfl: faite , puis
quils confcfTcnt eux-mef-
mcs rmtcrruption dont il
s amt
M Claude pallie comme Apr^s u <.
}1 peut cet cftaî interrompu de
lE<dîfc, reconnu fi précifc-
ment dans fa ConfelFion de
Foy. Nous dipnguons,à\i-\\j .
lE^life d'avec fin ejlat. L'E-
glffè y ce font Us vrais Fidèles
<]Hi font profcjfion de la vérité
Chreflienne, de la pieté, & d'u-
ne véritable fiinteté fim un
mniflcre qui Iny fournit les
dnncns neceffiires pour la vie
■llritHcUc fans luy en joufl■rai-
444 ^c flexion s fur U7^ écrit
re aucun. Son csUt naturel &
legitme y efl cCcflre déchargée
Auîî'nt que la condition de mi-
litante le peut permettre , dté
mélange m pur des profanes
& des mondains , de n'efre
point couverte ç^ comme en^
fevelie par cette paille & cet^
te ^zanie d'eu luy viennent
mille maux , d'avoir un minif
tere dégagé d'errettrs y de faux
cultes y d'ufages fuperftitieux ,
un minijlere pofjedé par des
gens de bien y qui le tiennent
par de bonnes voyes y & qui
fervent eux -me/mes de bon
exemple. Ccfl céttfat quenotts
croyons avoir efé interrompu.
Pourquoy fc charger de
tant de paroles , &: à caufe
qu'elles font pompcufcs ne
de M. Claude. 445
prendre pas garde qu'elles
inni; vaincs, pour ne pas di-
re trompeuics, &: contrai-
res manitellemencà l'Evan^
gile? Car peut-on plus clai-
rement abuler le monde,
que d'cxagcrer, comme on
fait icy , ce miniftirc fojjidê
far des gens de bien , qui le
tiennent par de bonnes voyesy
G" qui fervent eux-mcfines de
bon exemple ? Eft-cc que Tau-
roricc du minifhcre Eccleriar-
tique dépend de ladifcuflioa
de la vie<Sc du bon exemple
de ceux qui en font reveftus^
& que quand ils feroicnc
au m le and aie ux &:aufll per-
vers que les Scribes &: les
Pharillcns,il ne faudroit pas
dire encore , non pas avec
44^ Reftex ions fur un écrit
Mm.. XXIII. Jesus-Christ, lls font
fur la chaire de Moïfé , mais
ce qui eft bien plus augufhc,
ils Ibnt fur la chaire de
Jesus-Christ &: des
Apoftres ? Laiflbns néan--
moins ces chofes , & ve-
nons à cet eftat interrompu
de l'Art, x x x i. que M .Clau-
de entreprend icy de nous
expliquer. Cet eftat inter-
rompu eft allégué pour fon-
der la neceifité d'une 'voca-
tion extraordinaire dans les
Prétendus Réformateurs i
car écoutons comme parle
cet Article. îl a fallu quelqtie-
fois^ (^ notamment de nos jours ^
m l'eflat de l'EgliJè eftoit in-
terrompt y que Dieu fufiitafl
^ens d'une façon extraordinaire
de U. Claude, 447
pour driffir de nousjcau l'Egli-
fi Vous le voyez, Mciricurs,
cet eflat interrompu de lEglïfl
cft allc^uc feulement pour
fonder Li 'vocation extraordi-
riaircàc vos premiers Réfor =
mateurs. Mais pour fonder
■à. neceilité d'une vocation
extraordmaire , il ne fuffic
pas que le minifterc loit
;mpur; il faut que le minii-
tcre ait ceifc. Qii^and vous
cftes venus, Meilleurs, ce
nviniftere Ecclefiaftique a-
voit-il celle? Nullement,
vous répondra M. Claude,
car autrement TEglife au-
roit celle -, puis que TEglife,
félon luy , comme vous ve-
nez de fentcndre, n'efl: au-
tre chojc que les ^rais Fi-
44S Refltxïons fuY un écrit
deles qui font profejfion de Li
njeriîé sous un minis-
tère qui lîiy fournit les ali'
mens necejfaires. Et il nous a
déjà dit fouvcnt que TEgli-
fe n'cft jamais fans le minif-
tcre. Ceft pourquoy dans
cet endroit , où il tafche à
rendre raifon de cet ejlat in"
terrompu , après avoir expli-
qué par tant de beaux mots
Imipureté qu'il fe reprefen-
te dans le miniftcre avant la
Réformation ; VEglife , a-
joufte-t-il, na fas cefé, clic
n'a point entièrement ferait^ fi
njîfibilité ni fon minijkre , à
Vieu ne fUife. Voyez com-
me il fe récrie contre cette
abomination, de dire que le
fniniftere puiffe eftre perdu
de M. Claude. 44^
dans rEglifc. Il n'y a donc
jamais de nccciïicc de vo-
cation extraordinaire dans
les Miniftrcs, puis que pour
tran (mettre le muiillerc à
la tacon ordinaire , il n'efk
pas requis que le minifterc
foit pur : il luffit qu'il foir.
Et quand pour le tranfmct-
tre on demanderoit, comme
parle M. Claude, non-lcu-
iemcnt des Miniftres de
bonne doclrine^ mais encore
de bonne njie (y* de bon esem-
pic, il cfh aulli allcurc qu'il
y en aura toujours de tels
dans la iocictc du peuple
de Dieu , qu'il cil adcùrc
qu'il y aura toujours de vrais
Fidclcs, puis que tour, (Scie
miniilcrc autant que le pei>
4P Reflexions fur un écrit
pie, y doit eftre mcllé de
bien & de mal jnfqua la
dcniicre fcparation & au
dernier jugement. Ainfi la
vocation extraordinaite de
tous coftczeft exclue de FE-
glife de Je s u s-Christ, &:
n'y peut eftre qu un foible
refuge d'une caufe déplorée.
Et pour voir quel renver-
fement de Tordre de ]esus-
Christ introduit icy M.
Claude, il n'y a qu'à confî-
dercrlcs promeffcs de Jesus-
Christ, bc voir où il luy
a plu d'établir principale-
ment la force de fon Egli-
fc. Elle eft forte , elle eft
Mau.xvi invincible, varce que Jesus-
Christ a dit que l'Enfer
ne pévaudïûït foint contre
de U. Claude. 4)r
tUe: mais il n'a dit que l'En-
fer ne prév.tndroit point contre
elle y qu'après avoir dit, Tti es
Pierre , é' fir cette pierre je
haHïray mon Bglife ,• ^ en
ajouftant auiritoft aprcs. Je
te donnera) les clefs du RoyxU'
me des deux, C'cil donc dans
le minifterc confcffanc &:
annonçant T e sus -Christ,
& niant de l'antoritc des
clefs, que Je sus -Christ
a établi principalement la
force de '^ow Eglife. Et à
qni a-t-il dit, yi' fuis avec ujh.wvhu
'VOUS lufqua la confommation
des ficclcs, fi ce n'eit à ceux à
qni il a dit, En feignez, & hapti-
fez .^ Toute rE<j;life*efl: conv
prife dans cette promeile :
qui ne le fçait pas ? Mais c'eft
4y^ Kefiexïons fur un écrit
que J E s u s-C H R I s T a vou.
lu montrer la vérité de cette
doclnne fi bien expliquée
ïL'^Pa;' P-^ Saint Cyprien : VEglifi
ne quitte f oint Jesus-Chkist^
& ceftU lEglifei le peuple uni
avecfgn Eve/que y & le trou-
-peau attaché à fon Pafteur:ovL
jl cfl clair qu'il faut enten-
dre, comme il dit ailleurs^
icc. lègues, & à toute l'unité de
TEpifcopat, fi fouvcnt éta^
blie dans fcs écrits. C'cft
d^onc avec raifon que Jesus-
Christ a voulu marquer
la fuite de Ton Eglife par
celle du minifterc, ^ oa
voit manif-oftcmcnt que c'eft
à ceux qui r^n feignent qu'il
a "^oiilu iXiïc^ Je fais toujours
ît-' unit
de M. chu de. 4^3
âZ'CC ^jous. Et ce qu'il y a icy
de plus admirable, c'cll que
ces proinclles lonu il cvi-
denres , que contre les pre-
vcncions de la Religion, M.
Claude a efte force a les
reconnoiftrc telles que je
viens de les expliquer. Car v. r^r. x:.
nous l'avons entendu nous ^v;' "'"^
dire que c'eit en erfec d'u-
I ne Emilie confellante, d'u-
\ ne Egliie qui public la foy,
^\ d'une Ei^liic qui ufe du mi-
I nillere, que] e sus-Christ
a prononcé, que l'Enfer ne
prevaudroit point contre cl-
ic. Et parce que T e s u s-
Christ, après avoir dit ,
£/;//>;;fc o^ hdpifcz., ajouf
te , T:' flïs Jl'JCC "lÔUS i M. ^^•-*
Claude conclue coimne nous
454 R^fl^icîons fur un écrit
que Jes us-Christ en
cfcc defigne une Eglifi qu il
alleûre cCefirc avec elicy de ba-
pijtr Avec die , é* d'enfei-
gner avec elle fans interru'-
pion jufqua la fin du monde.
C'eft donc la {uccefTion ^
la perpétuité du miniftere
qui cft comprifc principale-
ment dans cette promeffe %
c'eft là principalement que
J E s u s-C H R I s T établit la
force &: l'éternelle durée de
fon Eglife. Cependant con*
tre tout cet ordre, on nous
montre le miniftere fi foi-
ble ôc tellement delaifle de
I E s u s-C H R I s Tj qu'il tom-
be tout entier en un mo-
ment ; & au contraire , les
Fidèles particuliers û forts y
de M. Claude, 4^5
qu'eux Iculs rctabliflcnt touc
le muiillcrc extraordinain-
mcnt fuJcitéM^is avoir cgard
à la iucccliion ui à l'auco-
ritc de toute l'adminiltra-
tiou précédente. Qui ne voie
donc qu'on rcnvcrfc touc
dans la nouvelle Reforme >
&C que de dire avec elle ,
que Dieu a voulu confer-
ver de vrais Fidèles dans
fon Eglifc, pour en depo-
fer par leur moyen tous
les Paftcurs, 6c enfuite en
établir d'autres extraordi-
nairement à leur place; peu,
dant qu'il n'a pas voulu coii^
ferver de bons Paileurs
pour tranfincttre le minif-
tcrc par les voyes commu-
acs établies dans fa parole
45^^ Réflexions JuY un écrit
&: toujours obfervécs dans
^o\\ Eglife: c'eft dire qu'il
a voulu former une Eglife
d'une manière contraire à
celle qu'il a révélée &: qu'il
a toujours fait fuivre à fon
Eglife ? Ou plûtoft 5 c'eft
dire qu'il a voulu que cette
Eglife formée d'une ma-
nière fi nouvelle parmi les
Chreftiens^portajft dans ^q\\
origine, fans le pouvoir effa-
cer jamais^ le carafterc ma*
nifefte de fa fauffeté.
Mais venons à ces vraà
Fidèles que M. Claude nous
vante. Je ne me conten«
te pas de leur contefter le
pouvoir qu'il leur a don-
né de dépofer tous leurs
Paftcurs & d'en faire d'au-
tres:
de M, Claude. ^^j
tr(fs: je disque ces vrais Fi-
dèles n'ont jamais cflé. H
tant pourtant bien, félon ce
Miniilre , qu'ils ayent cilc
vrais Fidèles, mcfmc dans le
fem de TEglifc Romaine :
car puis que, félon fadodri-
ne, il faut reconnoiilrc, fans
aucune interruption, un mi-
niilcre Ecclefiailique, &: une
proteilion extérieure donc
on ait pu dire , La font Us
vrais Fidèles , ils eftoient
vrais Fidèles fous ce mi-
fiiftere &: dans cette profcf-
fion d'où jIs font (orcis. Je
demande, communiquoient-
ils au facrifice où on prie
les Saints , où on honore
leurs Reliques &: leurs Inu-.
gcs^ ou o\\ nomme le Pape
V
4J^ Réflexions Jtir un écrit
comme le chef des Or-
thodoxes , où on adore
Jesus-Christ comme
prefcnt en corps &; en ame ,
où on l'offre, où on reçoit
le Saint Sacrement fous une
cfpece ? Ne communicj^uer
pas à ce Sacrifice, & refufer
d'y recevoir rEuchariftie,
c'eftoit fe fcparer manifef-
tement, & on fuppofe qu'ils
ne le faifoient pas encore :
mais s'ils y communiquoicnt
en demeurant vms Fidè-
les, dans quelle erreur font
maintenant tous nos Réfor-
mez, qui ne fecroyenti;r^/V
Fidèles que depuis qu'ils ont
ceifé d'y communiquer >
Ainfi CCS vrais Fidèles
font des gens en Tair : ces
de M. Claude. 45-^
fcpt mi/ie tant vjnccz dans v R.-g.xix,
là nouvelle Réforme <SJ par Rép nuu.
M. CLniae,non feulement " ^""'
ne paroilfent pas, mais ne
font pas, puis que devant
la feparation il n'y a per-
ionnc qui ne communique
au Sacrifice &: \ VHoiXvc
que nos Réformez reirar-
dent comme le Baal devant ^ nc^. xî «..
lequel il ne falloir point '^'
courber le o;enou/iI.
On dit e]ue Q^^^rais Fidè-
les, qui par leur acluclle (<z.
paration ontcompofé la Ré-
forme, cltoient auparavant
fcparez de cœur de fido-
latrie publique. Mais pre-
mièrement cela ne fuffit pas :
fecondemcnt , cela n'eltpaç.
Cela ne fulîItpasfelonM.
Y n
^(jo Keflexions fur un écrit
Claude , puis qu'il veut une
Eglife toujours vilîble ; puis
qu'il nous a tout à l'heure
défini r Eglife, /^j- vrais Fidc-
Us QJil FONT PROFESSION
DE LA yi.Kn:)i\de la pieté y
de la fdinteté véritable. Donc
où manque la profeflion, il
n'y a ni de vrais Fidèles ^ m
de vrayc Eglife.
Mais de plus, vifiblement
cela n'eft pas : autrement
quand Luther parut, &: que
Zuinglc innova, il faudroic
que leurs difciples cullenc
fait cette déclaration : Voi-»
là ce que nous avons toù«
jours cru; nous avons tou-
jours eu le coeur éloigne de
la Foy Romxine , & du Pa-
pe, &; des Evefques ^ 6^ de
de M. CLiude. 4«^i
Il profcncc réelle , &: de la
Mcilc, &: de la ConfcUion^
&: de la Communion Ibiis
\\m cfpccc, (Se: des Reliques,
bc des Imaa;cs , &: de la
pnere des Saints, ÔJ du mé-
rite des œuvres. Où font
ceux qui ont parlé de cette
iorter M. Claude en pour-
ra-t- il nommer un feul ?
Au contraire, ne voit -on
pas tous CCS Reformvz à
toutes les pages de leurs li-
vres parler comme retirez
nouvellement des ténèbres
de la Papauté, &: Luther le
n;loriher à leur teftc d'avoir
elle le premier à annoncer
l'Evangile j tous ces Retor-
mez luy applaudir a la re--
icrvc de Zuingle qui luv
V 111
^éz Reflexions fur un icrït
difputoit cet honneur; luy
cependant rcconnoiftrc qu'il
avoit cftc le Moine de la
meilleure foy, le Preftre le
plus attaché à fon facrifîce^
& en un mot , le flm zélé
de tom les Papaux? Les au-
tres ne tiennent -ils pas le
xncfme langage? Où font-
lis donc ces 'vrais Fidèles de
M. Claude, qui non-feule-
m?ntn'oibicnt déclarer leur
Foy tant qu'ils cjftoient dans
le fcin de l'Eglilc Romaine,
mais qui après en ellrc for-
tis n ont ofé dire qu'ils a-
voient toujours tenu dans
leur cœur la mefme Foy ?
Mais voicy la ruine entiè-
re de la nouvelle Réforme,
Daus la définiùoii que M^
de M. Claude. ^G)
Claude vient de nous don-
ner de la vrayc E^J:lire, Ccft,
diMl, les Z'rus Fidèles ejui fonù
profijjlo» de la vérité Chreflieri-
ne (qus un miniflcrc qnï lay
fournit les dmens neeeffaires
fifi<i lu y en foufimire aucun. Si
avant la Réformation il n'y
avoit point de telle Eg;lile ,
Li vraye Ev^UTe n'eftoit plus-
contre la iuppoiition de M.
Claude-, &: s^il y avoit une
telle F '-life où on fill p RO-
•^ -' /
}• I. s s 1 G N D E LA V ERITE ^
Cr qui donnafl par [on mirnf-
tire aux en fans de Dieu les
alimcns neciffiires sans leur
EN SOUSTRAIRA A U C U N,
a quov clloit neeedair'" la
fcparation des Prétendus
Reformez?
Y iiij
^^^^épxhns fur un icrît
.va /'"'-^^^^ qu'on
sert avife roue d'un coup
dednclaMc/rc,&d'ciifci.
gncr toutes Jes doctrines
que nos Réformez ont allé-
guées pour caufe de leur
rupture ? Le penfer ÇcaXc.
?^"''/^^eroitrabfurdité
^f abfurditez. Mais peut-
cftre qu'en enfeignant tou-
tes ces doftrines on n'avoit
pas encore fongé à excom-
jpunier ceux qui s'y oppo-
foient D'où viennent donc
tant d'anathémes contre
y^i-engçr, contre \^, Vau-
dois & les Alb,geo,s , con-
Hu/'ï ^-J-f & Jean
Hus & tant d'autres que
nos Reformez veulent corn,
Pter parmi leurs anceftres»
de M, Chtidt» 4^5^
Quoy donc, ceux qui avant
la Rctormation prcccnduc
faiioicnc pYofcjJion de la vé-
rité Chrc [tienne y c'cft à dire,
iclon M. Claude, de la do-
ctrine Rctormcc , n'avoicnt-
lis pas encore trouve Tin-
vcntion de faire fchifnie,
& tout le monde cftoit-il
d'accord de les foufFrir ?
Mais quand tout cela fcroic
véritable, les affaires de la
Reforme n'en iroient pas
mieux : puis que toujours
avant qu'elle fuft , il flm-
droit rcconnoiftre un minif
tcre,ou ians enfeicrner ni
que le pécheur fuft jullific
par la icule foy &: la feu-
le imputation de la jufticc
de J £ b u s - C H R î s T . m
Y y
^66 Réflexions fur un écrit
que Dieu dans le nouvea^i
Teftament euil horreur des
Sacrifices célébrez dans u-
ne matière fenfible ^ ni qu il
vouluft cftre prié iciiï à
Texclufion de cette prière
inférieure & fubordonnée
qu'on adrcilc aux Saints .
ni enfin aucun des articles
qui diftinguent nos Réfor^
mcz d'avec nous , encore
qu'ils y mettent leur falut;
on ne laiflaft pas de fournir
aux enfans cieBieu tom lésait-
mens necejfaires a la ^vie Jpirï"
îuelle y SANS L E l-l B. EN
SOUSTRAIRE AUCUN.
Quji opéré la Réforme , fi
toutes QQSs chofes ne font
pas des alimens nccefiaires;
il mefme la Coupe facréc^.
de iV. Cldudc, 4^7
<?j par confcqucnt ia Ccnc,
qui , icloa les Prctcndus Re-
formez , ne peut rubfiller
i'ans la communication de
cette coupe , n'eft pas de
ces alimcns necellaires a la
foy du Chrertien ? Qi^'on:
s'eft tourmenté en vain ^
mais qu'on a mal -à- propos
cauTe tant de troubles, 6C
répandu tant de (an^^ , H'
ces choies ne (ont pas ne--
ce lia ires :
Peut-eftrc quil faut re-
J.iiire ce*^ alimens ncceffiu-
.is au Symbole des Apol-
trcs, ou en (jeneral .i l'Ecri-
turc. Mais TEgliie Soci-
niciine retient ce Symbole
\: cette Ecriture -, de iortc
<.|ac le miniilere d\me EgU-
V VI
4^8 Réflexions Jfir un écrit
le Socinicnnc euft fourni ^.
fclon cette l'cgle, aux en fans
de Dieu tous les alimens ne-
i'cjfaires fans leur en fou flr aire
aucun. Que fera -ce donc à
la fin que ces alimens ne«
ccfï^iires? & fi on les four^
nit fans en fouftraire aucun,
feulement en propofant le
Symbole &: F Ecriture, quoy-
qu'on enfcigne d'ailleurs^
dans quelle hérefic ont -ils
manqué ?
Rép. man. Pus M. Claudc fait icy
d'eftorts pour fe dégager ^
plus il s'embarrafife. Car a-
prés avoir établi comme
une vérité fondamentale ^
que Dieu conferve toujours
dans le miniftere tout ce qui
eft ntccffaire ^our y nourrir les
4<3
de M. Claude. 4^^5
lYAîs Fidèles y & les conduire
ait (Alut, il dit qu'il ne s'en
luit pas delà que le miniftert
fuit exempt de toute erreur,
mcfinc dans les dccifions,
mais que Toit qu'elles nin-
terejfcnt pas fcnjiblement U
confcicnce, ou mefme quel-
les intereiftnt le falut , on ufe
de II lihertc de U confcience
pour rejettter le mal , & pour
confer'vcr la pureté. Ainli tout
fc rcduiroit à la liberté de
conicicncej &: quelque er-
reur qu'on enfcigne dans
le miniftere, pourveu qu'on
ne force pas à en fuivrc
les dccHions , &: qu'on y
fouftVe toutes les doûrines
contraires bonnes ou mau-
vaiics , c'en cil aiTcz pour
47^ Réflexions fur un écrit
faire dire à M. Claude ^
que le mïniftere fournit tom
ks alïmens mcefliïres aux en-
fans de Dieu fans leur en fou f
traire aucun. 'Kiuis fclon cet-
te prétention il n'y auroic
point de focicté dont le
minifhere fournift davanta^
^e tous les alimens necef-
laires qu'une fociete de So-
ciniens qui fe glorifie de
ne vouloir damner pcrfon-
ne. Si on dit parmi nos Ré"
formez qu'une Eglife Soci-
nienne renverfe le fonde-
ment en niant la divinité
de J E s u s - C K R I s T .
on y dit auili qu'on ne le
renverfoit pas moins avant
leur Réformation par les
idolatrics^qui félon eux re-
de M. Clandd. 471
G:noicnt par tout. Ec fi 011
veut enfin s'nnagnicr qu'il
clc plus dangereux de de-
trunx le ton clément par
louftradion avec les Soci-
niens qu'avec rEgliib Ro-
mairiC par ces additions pré-
tendues ou'on traite d'idola-
trie : outre toutes les ioui-
iraclions que nous y venons
de montrer ielon les prin-
cipes de nos Reformez &::
melinc avant leur Reforma-
tion ; ce leroit une extra-
vaL!;ance inouïe, de croire
qu'il hift plus aile a ces vrais
l-idclesqui dévoient fliire le
diiecrncment des doclnncs
fous un minifterc plein d'er-^
reurs, de retrancher ce qui
excède que de fupplccr u
4*i tuncxîcns jur un écrit
ce qui manque j ou qu'on
renvcrie plus ccrcamcmcnc
le tondemen: de la Fov en
diminuant qu'en ajoiiftanr.
rEcriiure avant tant de tois
compris fous une commune
maledicl:on tant ceux qui
diminuent que ceux qui a-
jouftent.
Il vaudroit donc mieux
pour M. Claude laïUer 1^,
coût ce miniirere ^ la per-
pétuelle viiibilite de TEgli-
le 5 pour dire qu'"il luffic
enfin , toute cette vilibih-
te eiiant renverice , que
Dieu ait ziïàc TEcriturc
Sainte où les Fidèles, loir
cachez , loit découverts ,
ioit duperiez , ioit rciinis .
foi; touioUiS iublîllens, loic
df M. CUudé, 475
quclquctois tout -à -fait c-
cciiTts , trouveront claire-
ment, ielon les principes 5
Tins aucun befoui du minif-
tcrCjtous les alimcns ncceC
faire s. Car auifi à quoy leur
cil: bon un mmiCtere où Ter-
reur domine? &: l'Ecriture
ne leur feroit-elle pas plus
commode (Se plus inftrucli-
ve toute feule: Voilaceque
de vr oient dire les Protei-
tans , pour éviter les mcon-
veniens où nous les jettons.
Mais M. Claude n^a o(c le
faire «Se ne Tofera juiiais,
parce qu^il v trouveroit des
inconveniens encore plus
mfupportables <Sc plus vili-
blcs. C'eftcn unmot qu'il a
fcnci qu^à force de poulfcr
474 ^^flexhns fur un écrit
indépendcmmcnt de tout
miniftcrc Eccleliaftiquc l'au-
torité & la fLiffifancc^ pour
ainfi parler, de l'Ecriture, à
la fin il faudroit détruire
l'Ecriture mefmc.
En effet 5 il a trouvé dans
rEcriturc, que l'Ecriture ne
devoir pas eftre comme la
Philofbphie de Platon, la
règle d'une Republique en
idée, mais d'un peuple tou-
jours fuh liftent que cette
Ecriture appelle Eglife. Il a
trouvé que ce peuple de-
voir eftre toû}:>urs vilible
fur la terre, puis qu'il de-
Rom. X, 10. voit non- fîuk^y--ent croire de
cœur^ mais encore confejfer de
hûuihc, èc pour ufer de (es
termes , f-'ire ^rofcjjion de U
V. Tup. 410,
de M. Claude. 475*
'verîté Chrcflicnnc. Il a trouvé ^
que l'Eciicurcavoit c(lc mi-
le en dcpod: encre les mains
d'un tel peuple pour en cftrc
la règle immuable j quelle y
auroit toujours des Inter-
prètes établis de Dieu au-
teur de cette Ecrit urc,auiri'
bien que fondateur de cq
peuple -, (S^ qu'ainli le mi-
niitcre dellinc de Dieu à
cette interprétation eftoic
éternel autant que l'Egliic
melmc.
S'il cent CCS o-tandes pa- ^^^^'- ^*^-
rôles , Bleu conjirve toujours
dans te mini ficre public tout ce
qui cfl neajfdire pour conduire
les vrais Fi de le s au fàlut , il
ne peut fonder cette alleii-
lancc llir aucune jnduftri«
47^^ c flexions fur un écrit
humaine. Que Dieu laifTc
le miniftere Ecclefiaftique à
luy-nicfme, il faut qu'il com-
be. Si donc on eft afTcûré
que Dieu y confcrvcrA ton-
jours tout ce (jui cjl nccejjaire
au fatut , il faut que Dieu
mcfme lait promis , &: Té-
ternité du miniftere ne peut
eftre fondée que fur cette
promcfTc. M. Claude la trou-
ve aufli dans ces paroles^
um.xw. ru es Pierre, 6i lercfte.Ceft
de là qu'il conclut avec nous^
que ] E s u s - C H R I s T 5 en
parlant à une Eilife cjui con-
fcffe y &C confclTc fans diffi-
culté par {es principaux Mi-
niftrcs , puis que c'cft par
Saint Pierre au nom des A-
poftres y à une Eglife atta-
de M ^ Claude, 477
chcc a un miniJUre extérieur,
(^ ufant de Li fuijjance des
clefs , liiy a promis que f En-
fer ne prévaudroit pirtt contre
elle ; contre elle , par confc-
qucnt fouftcnuc par ce mi-
niitcrc : & c cft pourquoy
il aircurc que Dieu confrve
toujours dans le miniflere pu-
blic tout ce (]ui ejl neajfiire atâ
falut des enfans de Dieu.
Une autre promcllc de
Jesus-Chrit adrcffée ^'î^^^^^j^^^
ceux qui bnptifent & a ceux
(jui enjeïgnenty ^ conclue par
CCS puiilances paroles ^ Je
feray tûiêjOiirs avec vous juf-
au a il confommation des Jic-
des y fait dire à M. Claude ibi4,
aulli-bicn qu'à nous, que
3 £ s u s-C H K 1 s T promet à
47 3 Re flexion s fuY un écrit
TEglifc d'eflre avec elle , de
baptifer avec elle y é" d' E N-
SEIGNER AVEC ELLE,
SANS INTERRUPTION,
j U S QJ^' A LA FIN DU
MONDE. Ainfi , fclon ce
Minillrc, cette promefTe re-
garde TEglife comme atta-
chée au miniftere Ecclefiafti-
q<ue,ce qui auffi luy fait con-
clure que Je sus-Christ
?7e permet jamais que U cor-
ruption foît telle dans le mi*
niflere qu'il n'y ait encore Juf-»
fifamment dequoy entretenir la
V R A Y E F o Y de fes E^
kùs Jusqu'à la ein du
M o N D E.
Enfin, un troificmc parta-
ge , &: c'eft celuy de Saint
t-2\u ïv. Paul auxEphcûcnSj luy fait
de M. Claude, 47^
conclure avec nous , ^//f /d' k^f. mi«%
^yiimfhrc durera jujqu a la Jm
^Y-S' SIECLES, ET DURERA
DANS UN DEGK-E &dans
îiH cjlat fit ffifant four édifier le
Corps de Chrif, & vowk a-
'vl E N E K TOUS LES EleÛs A
A p E R E E c T I o N dont par-
k Saint raiiL II faudra donc
que Dieu s'en nielle, <5c fans
(on (ecours toujours prcfent
iri\ ne pourroic elperer une
tell: habilite ni une telle in-
tein-ite dans le munllcre.
"Apres avoir ainfi com-
mence à croire , il talloïc
achever l'ouvrage, &: don-
ner gloire à Dieu julqucs
au bo\ic. W. Claude n'clloit
pas loin du Royaume de
Dieu quand U difoit , que
4§c5 Réflexions Jur un ecrti
Dicufe rcndroit aflcz fupe-
rieur à l'infirmitc humaine ^
pour confervcr toujours ^
malgré les efforts de l'En*
fer 5 une Eglife qui confef«
fcroit la vérité ^ &: un mi-
niftere extérieur qui fourni
roit aux vrais Fidèles les
alimcns neceffaires au falut.
Il devoit donc achever, 6c
croire que la mefme main
qui empefcheroit l'Enfer de
prévaloir contre le miniftere
jufqu à en ofter ces alimens
necellaires , Tempefcheroit
aufli de prévaloir jufqu à y
faire dominer aucune er-
reur; d'autant plus, que ce
qu'il a cru enferme mani-
feftemcnt ce qui refte à
croire. Car s'il a crû fur la
foy
de M. Claude. 4S1
foy de la promcfTc divine
qu'il y auroic toujours une
ligliic,avcc laquelle Je sus-^
Christ ne ccllcroïc d'en-
Tcigncr , c'eft à dn-e fans
ditiiculté, qu'il ne cefTeroïc
d'eniiigncr avec \qs Do-
fteurs de cette Eglife : il
falloit croire par mefmc
moyen qu'il y cnieigneroïc
toute venté , Jesus-Christ
n'ellant pas vcnu,(Sv: n'ayant
pas envoyé ion Saint tlprit i
ies Apollres pour leurenfet-
gncr quelques veritez, mais
pour leur cn(c\<ync\: toute ve-
nté , comme luy- mefmc l'a
déclare- dans fon Evanailc.
Et il ne lerviroit de rien
'c dire que M. Claude
; romec feulement dans le
X
Join. 5C/^.
j^îi Réflexions Jur un écrit
miniftere, des alimens fuffi-
fans ; ce qui pourroic ne
comprendre que les fondc-
mens de la foy , à la maniè-
re dont nos Réformez les
trouvent parmi les Luthé-
riens. Car la dodrinc de
3esus-Christ ne con-
tenant rien qui ne foit utile,
conformément à cette pa-
ïf.xLviii. l'olc 5 Je fuis le Seigneur qui
^^* fenfeigne des chofes utiles ; fi
on ne trouve dans le minif-
tere la doélrine de ] e s u s-
Christ toute entière, on
n'y trouvera jamais ce degré
requis par M. Claude, ni cti
ejîat surFiSANT four amener
tûH6 les EkÛs A LA PERFE-
G T I G N dont parle Saint FauL
Ce fcroit donc quelque
de M, Clmdc. 4^j
CÎiofc, de croire que par la
promcilc Dieu conferveroic
fans interruption dans le
miniftere Ecclefiaftique tou-
tes les veritez eilcntieiles :
car ce feroit reconnoiftrc
dans TEglife avec laquelle
Jes us-Christ cn-
fcigne, un commencement
d'autorité infaillible, en rc-
connoiilant cette auoritcdu
moins à l'égard de ces pre-
mières ventcz du Chrii-
tianifme. Mais pour achever
l'ouvrage, &: ne pas croire
à demi, il faut croire enco-
re que J E s u s-C H R I s T,eii
cnfeignant, enfcigne tout,
bc confeiTcr dans Ton Eelifc
une intaïUibilitc abfoluc.
Ainii il ne faut pas dire
.484 Réflexions fuY un écrit
avec les Miniftrcs &: leur
troupeau incrédule : Ce mi-
nifterc Ecclefiaftiquc , c'cfh
des hommes fujcts à faillir;
on peut douter après eux:
car cela c'eft fuccomber à la
tentation, ou ne plus croire à
lapromeffe.Il faut dire, c'ell:
des hommes avec qui ]esus-
Christ promet d'eftre, &:
d'enfeigner toujours : alors,
malgré la foiblelTe humai-
ne , 6^ tous les efforts de
îiom.îv.ïg. l'Enfer, on croit contre Vef-
ferance en ej^erance , qu'on
trouvera éternellement dans
leur commune Prédication,
non pas quelques veritez,ou
feulement les vcritez prin-
cipales, mais l'entière pléni-
tude des veritez Chreflien^
de M. Claude. 48)
lies. Quoy qu'on difc , ce
nci\ pas croire à l'aveugle
c]uc de croire ainfi, ou c'cfb
croire à l'aveugle , comme
Abraham, fur la parole de
Dieu mcf'mc &: fur la foy
de Tes promcfTcs.
Combien donc cfl infup-
portable la doftrine de M.
Claude, qui après avoir re-
connu tant de magnifiques
promcllcs de Jésus-Christ
en faveur de ce miniftcre
iacrc : replongé tout d'un
coup je ne fçay comment
dans les ténèbres de fa fe-
ÔlC d'où il commençoit à
iortir, nous montre le mi-
ni (le re fi abandonne de
J E s u s-C H R I s T , qu'il n'y
a plus de icmcde à fes cr-
X lij
'4^6 Refiexhns fir un êcrh
reurs , qu'en dépofant tout
d'un coup tous ceux qui font
dans la chaire \ Quel rap-
port de CCS promeiTcs fi bien
reconnues avec une corru-
ption fi univerfelle >
M. Claude n'auroit donc
qu'à s'écouter un peuluy-
mcfme pour venir à nous :
après avoir reconnu^ en ver-
tu de la promefle divine. Té-
ternitc du miniîlere Eccle»
fiafli que dans ceV estât
SUFFISANT qu'il uoiis rc*
prefente ; pour y trouver
toujours toute 'uerité ,i\vi2M^
roit plus qu'à penfcr que
cette aflîftance imparfaite ^
&: pour ainfî dire^cedemi-
fccours de J E s u s-Ch R I s T
envers fon Eglife^ n'eft au
de M. Claude, 487
o;nc ni de fa iao-cfTc, ni de
Ïa puillancc -, citant aiîcurc
d'ailleurs qu'il n'y a de vraye
iuffi lance dans le mniiftcrc
que par la pleine manil:cf-
cacion de la vente rcvclcc
de Dieu , conformément à
cette parole de l'Apollrc :
2<iûus nous faifons approuver ^- cor. i y.
devant Dieu a toute bonnc""^'^'
confcience par la m anïfe fiction
de la vente. D'où il conclue
auflltoft après , que Jl noflrc
Evangile, c'eft-à-dire très-
certainement noftre Prcdi-
\ cation , eB couverte encore,
ce n'cfi que pour ceux qui pe-
î riffentj afin de nous l'aire
' entendre que la Prédica-
tion toujours claire &: tou-
jours iinccrc dans l'Eglifc
Xiii|
488 Reflétions [uY un écrit
Catholique , n'a d'obfcuritc
que dans les rebelles ^ dont
le Démon, le 'Dieu de ce fie-
de y &: refpvit d'orgueil, 4-
njeugle les entendemens, com-
me pourfuit le mefme A-
poftre , afin qu'ils ne njoyent
-pas la lumière rejplendijfante de
la Prédication de VBvan(rîle,
Il eft maintenant aifé de
voir que toutes les ilibtili-
tez de M. Claude ne fervent
qu'à le confondre. Que luy
fert^en reconnoiflant laper*
petuelle vifibilité de PEgli-
fe, d'avoir tafchc d'cluder
les fuites de cette dodrine^
en rcduifant l'Eg-life aux
vrais Fidèles ? Je le veux;
que par tout où il trouve
lË'glife il entende les vrais
de M. Claude. 489
Fidèles ; qu'il explique mcf-
mc, s'il veut, ces paroles,
Dites -le k l'E^ii/e y dites - le sun.xy nu
aux vrais Fidèles ; démef- '^"^
lez-les parmi la troupe, èC
îucTcz avant le Seigneur : ou
parce qu'il s'agit icy trop vi-
iiblcmcnt, comme luy-mcf-
me le reconnoift, de l'EgliJeK^)?. mxa.
rej)nfentce far je s PafleHrs y^'"^'
qu'il dilc que ces Fadeurs
reprcicntent les vrais Fidè-
les qu'on ne connoiil pas,
6c agiilent en leur nom. Que
fcrviront après tout ces ex-
plications, puis qu'enfin, fe-
Ion luy^ cette vraye Egli-
fe (c trouvera toujours
viliMc & ces vrais Fidèles
toujours ious un minirtcrc
public, Jesus-Chkist
45>® RéflcxîO>Js Jûr un écrit
permettant fi peu d'en fépa-
rer fon Eglife, que mefmc
après ct% paroles , 'Dites -le a.
VEglifcy & s il n'écoute l'EgU-
glifi qiiil vom fiit comme un
gentil y pour montrer com-
bien redoutable eft le juge»
ment de TEglife, il expri-
me incontinent l'efficace du
Watt. XVII. miniftere par ces mots : Tout
ce que votis lierez^ fur la terre
Jera lié dans le ciel, &: le refte
que tout le monde fçait>
Ainfi je conclus toujours é-
galement, que l'Eglife qu'il
nous faut montrer sans
INTERRUPTION, foit qUC CC
foit les feuls vrais Fidèles^ ou
fi l'on veut les feuls Eleûs,.
foit que ce foie en un cer-
tain fens les mcchans mcflcz
1^
de U. Claude. 491
avec cux,<!<: ceux qui croycnt
pour un temps Tclon l'cxprcf- Mact, xiu,
lion de l'Evangile, cft une *''
Eglilc toujours recueillie
fous un miniftere viiiblc ,
bc un corps toujours fubfif-
tant de peuple avec des Paf-
teurs , où la vérité foit prcf-
chce, non pas en cachette,
mais fur les toits, Qu^on Mate, x, ^y
tourne tant qu'on voudra,
c'cfl: une Eiilifc de cette
nature & de cette conftitu-
tion qu'il nous faut mon-
trer dans tous les temps, de
l'aveu de M. Claude. La fai.
rc difparoidre un feul mo-
ment, c'cft l'ancantir tout-
à-fait , &: renverfer les pro-
mclTcs de TEvano-ilc dans
te qu elles onc de plus (cn-
X vj
49^ Réflexions fur un écrit
fiblc Ô^ de plus éclatant : Lt
faire paroiftre toujours, c'cfh
établir invinciblement TE-
glife Romaine. Ainfî ce que
nous explique M. Claude
avec tant de foin, outre qu il
efl faux 3 laiflc la difficulté
toute entière , & fa caufe
en auifi mauvais cftat qu el-
le eftoit avant fes défcnfcs.
Mais afin qu'on ne dife pas
que nous nous femmes con-.
tentez de le réfuter , di-
ibns-luy la vérité en peu
de mots.
Le fond de l'Eglife c'eft
les vrais Fidèles , &: ceux-là
principalement qui per/eve^
rnnt jufqtià U fin , demeu-
rent éternellement en Jesus-
ChrisTj &:]esus-Christ
de M. Claude. 495
en eux, c'cll a dire les Eleûs.
Les mechans qui les envi-
ronnent font compris à leur
manière fous le nom d'E-
o-liie , comme les oneles ,
comme les cheveux, com-
me un œil crcvc 6c un bras-
perclus qui peut - élire ne
reçoit plus de nourriture,
cft compris fous le nom du
corps. Tout eft à ces vrais
Fidèles. Le miniilere fous le-
quel ils vivent eft à eux au
fens que Saint Paul a dit:
Tour eft a vous , fou Paul y foït ^- cor. 1 1 1.
Apolh, ou Ccph.u. Non que la '^*
puilfancc de leurs Pafteurs
vienne d'eux, ou qu'ils puif-
fent feuls les établir, & 1-s
dcpofer; a Dieu ne plaife:
ccccc puiilancc paftoralc 6c
494 Reflexions fuY un écrit
apoflolique vient de celuy
>aa. XX, q^i ^ dit : Comme mon Fera
m'a envoyé, ainfi je vous en^
voye. C'cft ce qui fait dire à
S» Paul dans le mefme lient
^;^;''ïli' ^'efl'Ce qu^'A^ollOy & qn'e fi-
xe que F ml? Les Miniftres de
celuy a qui vom avez, cru , o*
chacun félon que Dieu luy a
donnée à vous d'eftre Fidè-
les, 6^ à nous d'eftre Paf-
teurs. C'eft pourquoy il a-
Wit ^ jouftc encore : Nous femmes
ouvriersy ou pour mieux dire^
€Ooperateurs de Dieu. Ces Mi-
niftres 6c ces ouvriers éta-
blis de Dieu font auffi Mi-
niftres des Fidèles, & en ce
fens font à eux, parce qu'ils
a. cot. î Y. font leurs ferviteurs en Jésus-
Christ?, établis dans la
de 14. Claude, 4^^
chaire, non pas pour cux-
mcfmcs , car pour eux il
leur rutfuoir d'citre de lim-
pies Fidèles, mais pour édi-
fier les Saines. Qui dciirc
d'eftre dans la Communion
de ces Saints , n'a que faire
de ie tourmenter a les dif-
cerner d avec les autres :
car encore qu'ils ne fojent
connus &: parfaitement dif-
ccrnez que de Dieu feul,
on eft aflcLiré de les trouver
fous le miniftere public &:
dans la profcifion extérieu-
re de l'Eglife Catholique.
Il n'y a donc qu'à y demeu-
rer pour eftre aflcùrc de
trouver les Saints ; parce
que cette profellion , & la
parole des Prcdicaccurs tout-
49^ Réflexions fur un écrit
jours féconde , qui ne man-
que jamais d'en engendrer,
les tient toujours infépara-
blement unis à la fainte So-
ciété où ils l'ont rcccûë.
C'eft pourquoy quand j esus-
Christ promet d'cnfei-
gner toujours avec fon E-
glife, il comprend tout dans
cette parole , &: rendant
par la vertu de cette pro-
jnefTe l'Eglife infaillible au
dehors dans la manifefta-
îion de la vérité, il la rend
dans l'intérieur toiijours fé-
conde. Si les Prédicateurs
de la vérité font par leur vie
corrompue indignes de leur
miniftere, Dieu ne laiffe pas
de s'enfervir pour fanftifîer
fes Fidèles ^ car il cfl- puif«
de M. Claude. 497
flint pour vivifier, mcfmc par
les morts i & \m bras pour-
ri peut devenir agillant en-
tre Tes mains. Au rcfte, ces
vrais Fidèles connus de
Dieu leul animent tout le
minillcrc Eccleiiaftique : un
petit nombre de ces Saints
cachez furflt {ouvent à ren-
dre efficaces les prières de
toute une EgliTc ; la con-
verlion des pécheurs fera
fouvent aulfitoft l'clfet de
leurs gcmillcmens fecrets
que le fruit des Prédica-
tions les plus éclatantes.
C'efl pourquoy Saint Aii-
gullin attribue les falutai-
res effets du minifterc à
CCS bonnes amcs,pour Icf^
quelle 6 U par IcfqucUcs le
498 Repliions Jur un écrit
Saint Efprit eft pleinement
ilans l'Eglife. Mais que
la puiflance Ecclefiaftiquc
pour cela dépende d'eux,
c'eft ce que Saint Auguftin,
ni aucun des faints Dodeurs
n a jamais penfé j &: M,
Claude qui les cite , ne les
entend pas. On le verra
pleinement quand il publie»
ra fon écrit : il nous fuffit,
en attendant, d'avoir mon-
tré qu'il eft de ceux, & Dieu
veuille qu'il n'en foit pas
jufqu'à la fin, qu'il eft, dis-
je, de ceux dont parle Saint
Tit. lîî. 11. Paul, qui Je condamnent eux^
mefmes,
Ceft en effet, félon cet
Apoftre, le vray caraderc de
toutes les hérefies \ & aucu«
de M. Clatéde. 49^
ne focictc n'a jamais porté
plus vifiblcmcnt ce caradc-
rc marque par Saint Paul,
que TEglifc Prccenduc Ré-
formée.
Elle {^c condamne elle- v. fur. r.
mefme, lors qucn olant al- ^^'^' ^' ''^'
feurcr qu'elle (bit infailli-
ble, clic fe voit néanmoins
contrainte d'agir comme fi
elle l'eflioit , èc de rendre
tcmoiiinacre à rEo-lifc Ca-
oc c
tholiquc en Tmiitant.
Elle fe condamne elle- i.Rcf.p.Ui.
mcfme 5 lors qu'elle élevé
tous les particuliers qu'elle
en feigne au deilus de fon
propre jugement; &:les for-
çant, quelque ignorans qu'ils
{c fcntf^nt,à examiner après
cUcj fans les rendre capables
joo Bejîexîons fur un écrit
elle les rend feulement in-
dociles & préfomptueux.
><d'p.^"^.& Elle ^ condamne elle-
^^' mcfme, puis qu'en vantant
\qs Ecritures, elle ne fe fcnt
pas afTez d'autorité pour les
faire recevoir à fes fecla»
teurs fur fa parole, &: laiffe
fes propres en fans, à qui elle
les prefcnte à lire, dans les
incertitudes d'une foy hu-
maine.
î.Ref.pojo. £ii^ ^. condamne elle-
mcfme , lors que forcée d'a-
vouer qu'elle ne s'efl: éta--
blie qu'en rompant avec
tout ce qu'il y avoit d'Egli-
fcs Chrefticnnes dans le
monde , elle fe donne le
propre caractère de toutes
les faulTes Eglifcs.
de M. Claude. 5;or
Enfin clic ic condamne ^ i^ y i--
ciic-mclinc,lors que torccc :6i. sc icq.
à rcconnoiilrc la pcrpctucl-
Ic vilibilitc de l'Eglifc dans
l'indcfcLlibilicc du miniftc-
rc, elle ne peut fe fouftenu'
lans rcconnoiilrc d'aillé ur
dans le miniîtcrc une corru-
ption uni\ crlcUc, & fans au-
torifcr les particuliers con-
tre toute la iucccllion de
l'Ordre Apoftolique.
CHie fi elle fe condamne
cllc-niefme en tant de for-
tes^ qu'il luy feroit lalutai-
rc de fe condamner enfin
elle-mefme , en retournant
dans le icin de TEelife Ca-
tholique, qui ne ceire de k
rappcllcr a ion' unité !
Qu^e ces Meilleurs ne nous
foz. Refle^cions fur un écrit
parlent plus des abus qui
nous font gcmir. Ceft mai
remédier aux maux de i'E«
glife que d'y ajoufter ccluy
du fchifme. Sont-ils fi heu-
reux, ou pour mieux dire fi
orgueilleux & fi aveugles ^
qu'ils ne fcntcnt rien à dé-»
plorer parmi eux> 6^ veu-
lent-ils autorifer tant de
îç:Qi.Q% forties de leur fein^,
qui en fe plaignant de leurs
dcfi^rdres dans ce mefinc
cfprit de chagrin fi^ipcrbe
avec lequel ils ont autre-
fois tant exagéré les noftrcs^
font tous les jours fchifme
avec eux comme ils l'ont
fait avec nous ? Que n'écou*
tent-ils plûtoft la charité
mcfme^ l'unité mcfmc, ^
de M, Claude, yoj
TEglifc Catholique, qui leur
dit par la bouche de Saine
Cypnen : AV -.^ous pcrjiuidiT^ ^'^..^k u"
fxs , nos chers i"reies tk: nos
chers cnfans , que "jons puif-
Jicz, jamais 'Lcfi?idre l Ev.in-
gllc ^^ J E s U s - C H R 1 s T r/î
"VOUS fcpar.un de fon troupcaUy
de Jon unité CT de fi puis. De
bons fcldats qui Je plaignent
des de /ordres qu ^ils voient dans
l'armée, doivent demeurer dans
le camp pour y remédier d'un
€ommun Avis fous l'autorité
du Capitaine y ^ non pas en
forcir pour expofer Tarmec
ainfi defunic aux invalions
de l'ennemi. Fuis donc que
l'unité Ecclefiaflique ne doit
point eflre deebirce, & que d'ail-
leurs (lOKS ne pouvons pas quit-
J04 Aefl^fir un écrit de M. e,
ter lEgUfe four aller a vous,
revenez.) revenez ^làtoft à l'E-
glife voftre mère d^ a nojlre
fiaternité : cejl à quoy nom
vom exhortons avec tout l'ef-
fort d'un amour vrayment jror
terne L Amen^ Amen,
Extrait dh Privilège dn Rsy»
PAk Lettres Patentes du Ro j,
données à Chayillc le i 2.
A.oufl 1(^82. /ignées J LIN a£iï-
KJES ,
K\s,&c fcellccs du grand Sceau
lie cire jaune , il cft permis à
Meilire Jacques Bf. nigne
B o s s u E T Evelque de Mcaux,
Confeillcr du Roy en les Con-
feils, cy- devant Précepteur de
Monfeigneur le Dauphin,
premier Aumofnicr de Madame
la D A u p H I N E , de faire im-
primer par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir, en telle forme
ôc de tel caradere qu'il trou-
vera bon , toHs les Livres ^hU
aura compofez. , oh ejuil jugera k
fropos défaire i?nprimcr pour futi'
litépfièli^ue. Se ce pendant vingt
années, fait Sa Majeftc très-
cxprefîés défenfes à tous Impri-
meurs ou Libraires autres que
celuy qui aura cfté choili par
ledit Seigneur Evefque, & à
routes pcrfonnes, de quelque
qualité ou condition qu'elles
Joicnt^ d imprimer ou faire ini-
y
primer lefdits Livres, fous quel-
que prétexte que ce foit, mef-
îne de rraducStion, à peine de
fîx mille livres d'amende, paya-
ble fans déport par chacun des
contrevenans , de confifcation
des exemplaires contrefaits , ôc
de tous dépens > dommages ÔC
intercfts , comme il cfl porté
plus amplement par icfdites
Lettres.
^eglftrè fnr le Livre de la Com^
munauté des Imprimeurs çfr Li^
hraires de Paris ^ le 17. Aoujl
Jé82. Signé, C. An-got, Sindic
H .Jf^