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Full text of "Conference avec M. Claude, ministre de Charenton, sur la matiere de l'Eglise"



.^^HiMlliM^i 



M 




Library 

of the 

University of Toronto 



a>zJ 



CONFERENCE 

AVEC M. CLAUDE 

MINISTRE DE CHARENTON, 

SUR. 
LA MATIERE DE L'EgLISK. 

T.tr LMcJfire J a c clILE s B e N i g n F, 
B o s s u E T 5 Evcfqiie de C^ïeaux ^ 
Confciller du Roy en fis Confcils, cy- 
dcvant Précepteur de Monfeigmur le 
D A u p H I ^ y premier ^^umofnkr de 
UMadame /^ Dauphin e^ 




A PARIS, 

Chc7. Sebastien MABRr-CRAMorsT^ 
Imprimeur du Roy, lul" Saiiic Jact]u?s j, 



aux Cicognc 



M. D C. L X X X I I. 



^rERJISSEMENT. 

IE n'avois pas àcÇ-- 
fein de mettre au 
jour cette Conférence 
non plus que les Inf- 
trudions dont elle fut 
accompagnée. La Con- 
férence & les Inftru--- 
d:ions avoicntpour ob- 
jet la converfîon d'une 
perfonne particulière^ & 
ayant eu leur eflPet, rien 
n'obligeoit à en faire 
davantage de bruit. Mais 
comme je n'affcdois 
i ij 



iy4njenijjement 
pas d'en publier le récit, 
je n'affedois pas non 
plus de le tenir caché. 
J'en donnay un exem- 
plaire à Mademoifelle 
de Duras qui le fou- 
liaita : il eftoit jufte. 
Je confentis fans peine 
qu'on le communiquaft 
à quelques-uns de Mef- 
lîeurs de la Religion 
Prétendue Reformée , 
qui defirerent le voir, 
parce qu'on crut qu'il 
feroit utile à leur inf-> 
trudion. Cemefmemo- 



t^^ertijjement. 
tif nVa porte à le com- 
muniquer à quelques au- 
tres de ces Meflieurs, 
ou par moy-mefmc^ ou 
par des amis interpo- 
fez. Amfi il a pafie en 
plufieurs mains : il s'en 
cft fait des copies fans 
que je le fceufle ; elles fc 
font répandues -, elles Te 
font altérées : quelques- 
uns ont abrecré le récit 
que j'avois fait, ou l'ont 
tourné a leur moderenfin 
on l'a imprimé à Tou- 
louze fur une mauvaifc 
a iij 



x^venijjèmenî. 
copie 5 & je ne puis plus 
m'empefcher de le don- 
ner tel que je l'ay ré- 
digé moy - mefme avec 
beaucoup de fidélité & 
de religion. 

Au fortir de la Con- 
férence, je la racontay 
toute entière à M. le 
Duc de Richelieu & 
à Madame la DuchefTe 
fa femme en prefence de 
M. TAbbé Teftu. Le 
zèle particulier qu ils a- 
voient pour la conver- 
fîon de Mademoifelle de 



Inverti jpment. 
Duras le leur fie ainfi 
defircr. Je leur avois dé- 
jà recité les convcrfa« 
tions précédentes. Le 
lendemain , je fis le mef- 
mc récit à quelques-uns 
de mes amis particuliers^ 
du nombre defquels ef- 
toit M.rEvefquedcMi- 
repoix. J'eftois plein de 
la chofe, & je la racon- 
tay naturellement. Tous 
ces Meflieurs m'exhor- 
tèrent à la mettre par 
écrit pendant que j'en 
avois la mémoire fraiU 
i 111) 



che y & me firent voir 
par plufîcui s raifons^ que 
ce foin ne feroit pas in- 
utile. Je les crus. On me 
vit écrire avec la rapidi- 
té qui paroift lors qu'on 
écrit des faits qu'on a 
prefensj fans fe mettre 
en peine du ftile } & ces 
Melïîeurs remarquèrent 
dans la narration écri- 
te la mefme fîmplicité 
qu'ils avoient tous relTen^ 
tic dans le récit de vive 
voix. Mademoifelle de 
Duras reconnut dans 



%^venijjcment. 
mon difcours la vcrité 
toute pure ; & j'cfperc 
que ceux qui le liront 
fans prévention en au- 
ront la mefme penfée. 

Apres que mon recil" 
fe fut répandu comme 
je l'ay dit, il en tomba 
une copie entre les mains 
de M. Claude, ainfi qu'il 
le témoigne luy-mefme^^ 
& il répandit de Çon 
cofté, avec uneRéponfe 
aux Inftrudions que j'a- 
vois données en particu- 
lier à Mademoifellc de 



a V 



i^'vertiJJemPHt. 
Duras , une Relation de 
noftre Conférence fore 
différente de celle ~ cy , 
A dire franchement ce 
que je penfe, cette Rela« 
tion ne fait honneur ni 
à luy ni à moy : nous y 
tenons tour à tour de 
longs difcours aflez lan- 
guiffans, aflez traifnansj> 
aflez peu fuivis. Dans la 
Relation de M. Claude 
on revient fou vent d'où 
on eft parti , fans qu'on 
voye par ou on y ren- 
tre. Ce n'eft pas ainfi que 



^uertijjêment. 
nous aeifmcs , & noC 
trc difputc fut fuivie &C 
affez ferrée. Dans ces 
fortes de difputes ^ on 
s'échauffe naturellement 
comme dans une efpcce 
de lutte : ainfi la fuite 
eft plus animée que ne 
font les commencemenso 
On fe taftc , pour ainfi 
dire, Tun Tautrc , dans 
les premiers coups qu'où 
fe porte : quand on s'efl: 
un peu expliqué , quand 
on croit avoir découvert 
où chacun met la ditH-» 



culte , & avoir, pour ain- 
fî parler, fenti le foible, 
tout ce qui fuit eft plus 
vif ôc plus prefTant. Si 
tout cela fe trouve auffi 
naturel dans le récit de 
M. Claude que dans le 
mien, le leiteur en ju- 
gera. De la manière que 
le iîen eft tourné, plu- 
iîeurs auront peine à 
croire quilnaitpas efté 
du moms rajufte &c ra-^ 
commode fur la leâiure 
du mien. Mais je ne 
veux point m'arrefter à 



CCS reflexions. Tout le 
monde ne fçait pas fcn- 
tir dans les diicours, non 
plus que dans les ta- 
bleaux^ ce qu'il y a d'o- 
ri(TinaL& pour ainfî di- 
rc de la première main. 
Je ne veux non plus em- 
ployer icy le reproche o- 
dieux de mauvaife foy. 
On ne fe fouvient pas 
toujours fi cxa6temcnt 
ni des choies qui ont 
efté dites ^ ni de Tordre 
dont elles l'ont efté : fou- 
vent on confond dans 



%^'venijjèmenr, 
fbn efprit ce qu'on a 
penfé depuis, avec ce 
qu'on a dit en effet dans 
la difpute j & fans deC- 
fein de mentir il fe trou- 
ve qu'on altère la véri- 
té. Ce que je diray de 
M. Claude, il le pourra 
dire de moy, Noftre 
converfation s'eft faite 
en particulier, & aucun 
de nous ne peut produi- 
re des témoins indiffe- 
rens : ainlî chacun juge- 
ra de la vérité de nos 
récits fuivant fes pré* 



t^vertijfement. 
vendons. Je ne prêtent 
point tirer avantage du 
îliccés de la Conférence 
qui fut fuivie de la con- 
vcrfîon de Mademoifel- 
le de Duras : c eft l'œu- 
vre de Dieu dont il faut 
luy rendre grâces j c'eil 
un exemple pour ceux 
qui fe trouvent bien dif- 
pofez , mais ce n'eft pas 
un argument pour des 
opinialhes. Les Catho- 
liques regarderont ce 
changement d'une fa- 
con , &c les Prétendus 



x^njertîjjement. 
Réformez d'une autre. 
Ainfi quand nous nous 
mettrons M. Claude & 
moy à fouftenir chacun 
fon récit ^ il n'en réful- 
tera qu'une difpute dont 
le public n a que faire. 
Et qu'importe au fond^ 
dira le le6teur y qui des 
deux ait eu Tavantage } 
La caufe ne réfîde pas 
dans ces deux hommes 
qui fe montreroient trop 
vains ^ & par là mefme 
trop peu croyables3 s'ils 
youioient que tout k 



monde, & leurs amis 
aufli- bien que leurs ad- 
verfaires, les en crulTent 
également fur leur paro- 
le. Dans ces altercations, 
ce que le fage ledteur 
peut faire de mieux, c'eft 
de s'attacher au fond 
des chofcs , ôc fans fe 
foncier des faits per^ 
fonnels , confiderer la 
doclnnc que chacun a-* 
vance. 

La matière qui eft trai- 
tée dans tout ce récit eft 
aufli claire qu elle eft iru- 



LAnjeniJfement. 
portante. C'eftla matière 
de TEglife. Nos adverfai- 
res font peu de cas de cet- 
te difpute. Se on leur en- 
tend toujours dire qu il 
en faut venir au fond ^ 
en laiffant à part^ comme 
une formalité peu necef- 
faire, tous les préjugez 
qu'on tire de Tautorité 
de TEglife : comme fi 
ce n eftoit pas une par- 
tie elLncicUe du fond 
d'examiner par quelle au- 
torité & par quel moyen 
Jesus-Christ a voulu 



^venijjemcnt. 
que les Chrefticns fe ré- 
folufTent fur les difputes 
qui devoientnaiftre dans 
fonEglife. Les Catholi- 
ques prétendent que ce 
moyen 3 ccft d'écouter 
l'Eglife mefme. Ils pré- 
tendent qu'un particu- 
lier ne fe doit réloudrc 
qu'avec tout le corps, 6^ 
qu'il hafarde tout quand 
il le réfout par une au- 
tre voye. Ils prétendent 
que pour fc^avoir en quel« 
le Eglifc il faut demeu- 
rer^ il ne faut que f^avoir 



Deureron 
XXXII 



quelle eft celle qu'on ne 
peut jamais accufer de 
s'eftre formée en fe fé- 
parant , celle qu on trou- 
ve avant toutes les répa- 
rations; celle dont tou- 
tes les autres fe font fé- 
parées. Sans fortir de 
noftre maifon, nos pa- 
rens mefmes nous mon- 
treront cette Eglife. In- 
terroge:^ njoflre père , (^ il 
n,-o^ le dira; demande':^ a 
n)os anafires , &* ils njous 
l'annonceront. Selon cette 
tegle, quiconque peut 



i^vernjjcmenr. 
montrer à toute une E- 
crlife, à toute une fo- 
cieté de pafteurs &c de 
peuple 3 le commence- 
ment de fon eftre, & 
un temps quel qu'il foie 
durant lequel elle n ef- 
toit pas , l'a convain- 
cue dés-là de n eftre pas 
une Eglife vraymenc 
Chreftienne. Voilà nof- 
tre prétention; &c nous 
ne prétendons pas que 
dans cette queltion il 
s'agifTe d'une fîmple for- 
malité. Nous foullcnon*; 



iLÂ'vern^emem. 
iqu il s'agit d'un arti-* 
cle fondamental conte- 
nu dans ces paroles du 
Symbole , Je croy lEgliJh 
Catholique: article d'ail- 
leurs de telle importan- 
ce^ qu il emporte la dé- 
cifîon de tous les autres. 
Mais autant que ce point 
cft décifîf, autant eft-il 
clair, & on n'en peut 
pas parler long-temps 
lans que le foible paroil^ 
fe bientoft de part ou 
d'autre. Difons mieux : 
lors qu'un Catholique 



tant foit peu inibuit en- 
trcprcnd un Protcftanc 
fur ce point, ce Protef- 
tant , quelque habile &c 
quelque llibtil qu'il foit, 
fe trouvera infaillible- 
ment réduit j non pas 
toujours à fe taire , mais 
ce qui n'eft pas moins 
fort que le fîlence, à ne 
dire quand il voudra 
parler que de vifîbles 
abfurditez. 

C'eft ce qui eft: icy ar- 
rivé à M. Claude par le 
feul défaut de fa caufe : 



\^venïjjemem. | 

car enverra qu'il l'a dé- i 
fendue avec toute Tha- 
bileté poflîble, & fî fub- 
tilement que j e craignois 
pour ceux qui écou- 
toient j car je fçay ce 
qu'écrit Saint Paul de 
tels difcours. Mais en- 
fin, il le faut dire à plei- 
ne bouche : la vérité a 
remporté une victoire 
manifefte. Ce que M. 
Claude avoue ruine fa 
caufe : les endroits ou 
M. Claude eft demeuré 
fans réponfc/ont des en- 
droits 



t^vertijjemcnt. 
droits qui en effet n'en 
louffrent pouit. 

Et afin qu on ne dife 
pas que j'avance ce que 
je veux ; ou que je veux 
maintenant , contre ce 
que je viens de déclarer, 
qu'on m'en croye fur ma 
parole : deux chcfcs vont 
faire voir, quelque opi- 
nion qu'on veuille avoir 
de moy , qu'en ce point 
il faut me croire necef- 
fairement. 

La première ,c'eilqu'a^ 
puyé fur la force de Li 
c 



averti jjcmem. 
vérité & fur la promelTc 
î^'-^- , de celuy qui àk.quilnoM 
donnera une bouche ^ une 
parole à laquelle nos adver- 
faire s ne pourront pas rêfif- 
ter, par tout où M. Clau- 
de dira qu'il n'a pas a^ 
voué ce que je luy fais 
avouer dans le récit de 
la Conférence , je m'en- 
gage dans une féconde 
Conférence à tirer enco- 
re de luy le mefme aveu y 
&: par tout ou il dira 
qu'il n'eil pas demeuré 
fans réponfe^ je le for«- 



ceray, fans autre argu- 
ment que ceux qu'il a 
déjà ouïs y à des ré- 
ponfes fi vifiblement ab- 
furdes^ que tout homme 
de bon fens avoiiifra 
qu'il valoit encore mieux 
fe taire que de s'en eftrc 
fervi. 

Et de peur qu'on ne 
dife, car dans une affai- 
re où il s'agit du falut 
des âmes il faut autant 
qu'on peut tout préve- 
nir : de peur donc enco- 
re une fois qu'on ne dife 



que M. Claude peiit-eù 
tre aura pris un mauvais 
tour y par lequel il fe fe- 
ra engagé dans ces in- 
conveniens , je fouftiens 
au contraire que cet a» 
vantage ell tellement 
dans noftre caufe, que 
tout Miniftre^tout Do- 
cteur , tout homme vi- 
vant iuccombera de la 
mefme forte à de pareils 
argumens. 

Ceux qui voudront 
faire cette épreuve, ver- 
ront que ma promelle 



i^venijfement, 
îi'cft pas vainc. Que (i 
on dit que je prclume 
de mes forces ; mainte- 
nant que je m'exami- 
ne moy - mefmc devant 
Dieu 3 fî cette préfom- 

}moi\ m'avoit fait par- 
er^ je defavoûérois tout 
ce que j'ay dit. Au lieu, 
de me promettre aucun 
avantageje me tiendrois 
pour vaincu en ne me ''■ ^^%' 

f , I ^ XVU.4;^ 

haut qu en mon bras & 
en mes armes 5 &: loin de 
défier les forts^ à Texcm- 
pie de David^ je me ran- 
é iij 



gerois avec ceux dont le 
fr. ^3. mefme David a chanté, 
me les flèches des enfans les 
mt perce:(^j ^ que leur pro- 
pre langue^ trop foible pour 
les défendre^ s'efî enfin tour- 
née contre eux-mejmes. 

L'inftrudion que j'of- 
fre en général aux Pré- 
tendus Réformez, je l'of- 
fre en particulier à ceux 
du Diocefe de Meaux 
que je dois porter plus 
que tous les autres dans 
mes entrailles. Ceux qui 
xefuferont cette inftru- 



ûion Chrellicnnc, paci- 
fique 5 fraternelle &: pa- 
rernelle autant quç con-- 
cluantc & décifîve ^ je 
leur diray^ comme Saine 
Paul, avec douleur & o-c- 
miflemcnt, car on ne ie 
confole pas de la perte 
de Tes enfans & de fes 
frères , Je fuis net du fanz acI.xx. 
deux topu. 

Voilà la première cho- 
fe qui fera voir que je 
n'impute rien à M . Clau- 
de pour me donner de 
l'avantaee, La féconde. 
c liii 



fLAveniJfemtnt. 
ceft que M. Claude luy- 
mefme ^ au milieu de ce 
qu'il m'oppofe^ & parmi 
tous les tours qu'il don- 
ne à noftre difpute ^ a- 
voâë encore au fond ce 
donc il s'agilToit entre 
nous , ou le tourne d'u- 
ne manière à faire voir 
qu'il ne peut pas entière- 
ment le defavoûër. Mais 
tout cecy s'entendra 
mieux quand après les 
Inftrudions & la Con- 
férence on lira encore les 
Réflexions que je feray 



x^vemlfemcnt. 
fur récrit de M. Claude, 
Il faut de rattcntion 
pour prendre toute la 
fuite de ces Inftructions : 
car quelque facilité qu'il 
ait plu à Dieu nous faire 
trouver dans une matiè- 
re où il montre aux plus 
ignorans comme aux 
plus habiles la voye du 
falut ouverte, il na vou- 
lu décharger perfonne 
de l'attention dont il eft 
capable , & comme les 
entretiens qu'on va voir 
font nez à i'occafiondes 



articles xix. & xx. de 
mon Traité de VExpo/i- 
non, la ledlure de ces 
deux articles qui ne couf 
tera quun demi -quart 
d'heure , facilitera Tin- 
tcUigence de tout cet 
ouvrage , quoy-que j*cf- 
père d'ailleurs qu'il fe 
îbuftiendra par luy-meC- 
me. 

Au refte cette lecture 
ne fera pas inutile aux 
Catholiques : ordinaire- 
ment ils neghgent trop 
les livres de Controvcr- 



fc. Appuyez fur la foy 
de TEglife , ils ne font 
pas allez foigneux de 
s'inftruire dans les ou- 
vrages où leur Foy fe- 
roit confirmée, ôc où ils 
trouveroient les moyens 
de ramener les Errans. 
On n en ufoit pas ainli 
dans les premiers fîecles 
de l'Eglife : les Traitez 
deControverfc que fai- 
foicnt les Pères eftoienc 
recherchez par tous les 
Fidèles. Comme la con- 
vcrfation eft un des 



x^njertijjentent. 
moyens que le Saint Et- 
prit nous propcfe pour 
attirer les Infidèles & ra- 
mener les Errans, chacun 
travailloit à rendre la 
fienne frudueufe & édi- 
fiante par cette lecture» 
La venté s'infinuoitpar 
un moyen fi douxj & 
la converfation attiroit 
ceux qu'une difpute mé- 
ditée n auroit peut-eftre 
fait qu aigrir. Mais afin 
qu'on lile les ouvrages 
que nous faiions fiir la 
Controverfe comme ou 



fuAvertijJèmeni'. 
lifoit ceux des Pères, taf- 
chons comme les Percs 
de les remplir non feu- 
lement d'une dodrine 
exadc &c faine , mais 
encore de pieté &c de 
charité; & autant que 
nous pourrons, corri- 
geons les fechereffes , 
pour ne point dire Tai- 
greur , qu on trouve 
trop fouvent dans de 
tels livres. 



ti*>^ '%*?; C£*v (^fc^:) ^i?^^^ 

TABLE 

DES ARTICLES. 



CONFERENCE. 

I. l^Rt'paration a UCon- 
JL fcrence , & Inpu- 

cf ion particulière, f. /. 

II. La Conférence , ^^ 
ÎIL Suire de U Conféren- 
ce, 20S 

REFLEXIONS. 

PRemicrt Réflexion, fur U 
Reponfede M. Claude aux 
Acles tirez, de la DifiipUne des 
Frétcnd^s Reformez.,. 25^ 



T A B L t. 

Seconde Réflexion ^ fur une 
des Propojitions avouées far 
M, Claude dans la Conféren- 
ce, O" fuY V examen qu'il fre f 
criî après le jugement de l'E- 
glifi, ^ ^ 2(fi 

Trofiéme Rêfexion,fur une 
autre Propojition avouée par 
M. Claude dans la Conféren- 
ce : explication de la manière 
dinfiruire les Chreftiens y & 
que l'autorité infaillible de 
l'Eglife efl neccjfaire pour re- 
connoïftre & entendre l' Ecri- 
ture , 2pS 

^u^atrïémc Réflexion y fur 

ce que M. Claude nous fait 

fur lEglife la mefme difli- 

culté que nom luy faifons fur 

l'Ecriture y 30 s 

Cinquième Réflexion , f^r 

ce 



TABLE. 

(e que M. Claude nom ntkgue 
Hy l'Eglife Gnqut , & les 
autres janhLihlcs : que cejl 
^'ouloïr embrouiller la matiè- 
re , & non pis réfoudre U 
difficulté, ^ 3tt 

Sixième Réflexion, fur ce 
que U. Claude réduit au. tant 
quil i^eut cette dijpttte a l'inf 
trublion des enfans , 326 

Seftiémc Réflexion , fur ce 
que M. Claude a dit dans fa. 
Relation que j'avois paru em- 
barra(^^é en cet endroit de U 
di flûte y S44 

Huitième Réflexion, fur une 
autre Propofltion que M. Clau- 
de a'-JoAa dans la Conférence , 
Gu efl exposée la manier e dont 
foutes les faufles BgUfes fe font 
itéibliu^ i'><? 



1 A B L E. 

I^euvieme l(éjlexh^^,jur U 
mfihïlïte de iEglife : que 
UM, Claude ne combat la do- 
clrine que fay expliquée qu'a- 
frês s en ejlre formé une faujfe 
idée y 3^i 

Dixième Réflexion ^ fur U 
Confejfion de F oy des Préten- 
dus Reformez.: quelle ne re- 
ionnoifl foint d'Eglife qui ne 
foit vifihky & que M. Claude 
ne fatisfait fas à cette diji- 
fulté, 377 

Onz,iéme Réflexion y fur ce 

que lM. Claude reconnoifl 

luy-mefme la perpétuelle vif- 

bilité de l'Bglife : doBrine 

furfrenante de ce LMiniftrc. 

391 

J)ouz>iéme Reflexion, Veux 
principales objectons de M> 



TABLE, 

CLiude Ytfolués far fa dê^hi- 
ne y ^// 

Treiziane d^ dernière Refle- 
xion : tjue la doB me de M. 
Claude montre a Mepeurs de 
la Religion Prétendue Refor- 
mée y qu'il n'y a de fa lut pour 
eux que dans l'E^Ufe Romai- 
ne, 423 




iij 



CONFIREHCE 




CONFERENCE 

AVEC M. CLAUDE 



MINISTRE DE CHAR EN TON, 

Sur U nutierc de l'Eglifc. 

MA D E M O I s E LL E dc 
Duras ayant quelque /. 
doute fur fa Religion, m'a- i /7c'ô'! 're- 
voit fait demander par di- '!^'^^'^l 
vcrfes perfonnes de quali- '"«''f^- 
ce, il je voudrois bien con- 
férer en fa prefencc avec 
M.Claude. Je répondis que 
A 



% Conférence avec M, Claude 
je le ter ois de bon cœur , fi 
je voyoîs que cette Confé- 
rence mil necefTaire à (o\\ 
falut. Enfuite elle le lervit 
de Tentremifc de M. le Duc 
de Richelieu pour nVinvitei 
à me rendre à Paris le mar- 
di dernier Février 1678. ^ 
à entrer en conférence le 
lendemain avec ce Minif- 
tre fur la matière dont elle 
me parleroit. C'eftoit pour 
me Tindiquer qu'elle fou- 
kaita de me voir avant la 
Conférence. Comme je me 
fus rendu chez elle au jour 
marqué , elle me fit con - 
noiilre que le point fur le- 
quel elle defiroit s'éclaircir 
Q^\[Q,c (oi\ Muiiftre eftoit ce- 
l'Uv de l'autorité de l'Eg-lifc 



fur Lî matière de l'E^-UJe. ^ 
qiîi liiy IcmbkMr renfermer 
t-jute la controverfe. Il me 
parut qu'elle n'elloit pas en 
eftac de fe rcioudre fans cet- 
te Conférence, fi-bien que 
je la jugeayabfolument ne- 
ce ila ut. 

Je luy dis que ce n eftoic 
pas fan.s railbn qu'elle s'at- 
cachoit prmcipalement, &: 
mcfme uniquement, à ce 
point qui rcnfermoit en ef- 
t"et la deciiion de tout le 
relie, comme elle Tavoit re- 
marqué ; ^ fur cela je taf- 
chay de luy faire encore 

mieux entendre Tmiportan- 
ce de cet article. 

C'cli une chofe, luy dis- 
)e,aflcz ordinaire a vos Mi- 
les, de fe glonhcr quc 



jii^^- 



4 Coïiference ânjcc M. Claude 
la créance des fon démens 
de la Foy ne leur peut cf- 
tre contcllée. Ils difent que 
nous croyons tout ce qu'ils 
croyent , mais qu'ils ne 
croyent pas tout ce que 
nous croyons. Ils veulent 
dire par la qu'ils ont rete- 
nu tous les fondemens de 
la Foy , &: qu'ils n'ont re- 
jette que ce que nous y a- 
vons ajoufté. Ils tirent de 
là un grand avantage , àc 
prétendent que leur dodri- 
ne eft feùre àc incontefta- 
ble. Mademoifelle de Du- 
ras fe fouvint fort bien de 
leur avoir louvcnt oui te ^ 
nir de tels dilcours. ]c ne 
veux fur ccla^ pourfuivis- 
je^ leur faire qu'une remar-- 



fur U mâîUrt de tEglifi. 5 
que i c'cft que loin de leur 
accorder qu^ils croyent tous 
les fondemens de la Foy , 
au contraire, nous leur fai- 
fons \o\ï qu'il y a un arti- 
cle du Symbole qu'ils ne 
croyent pas , 6c c'ell: celuy 
de l'Eglife Vinivcriclle. Il 
cil vray qu'ils difcnt de bou- 
che , 'je crû}' l'E^Iifi CAtholi- 
que ou Z' hiver flic, comme 
les An-ns , les Macédo- 
niens, 6j les Socinicns di- 
icnt de bouche, 'je croy en 

J t s U s - C H R I s T , C/" ^/^ 

S.ùnt Ejprit. Mais comme on 
a railon d'acculer ceux-cy 
de ne croire pas ces arti- 
cles , parce qu'ils ne les 
croyent pas comme il niut, 
ni félon leur véritable m- 
A ii] 



é Conférence avec M, Claude 
telligcncc : fi on montre aux 
Prétendus Réformez qu'ils 
ne croycnt pas comme il 
tuut l'article de TEglife Ca- 
tholique , il fera vray qu'ils 
rejetteront en cftct un ar- 
ticle fi important du Sym- 
bole. 

Mademoifelle de Duras 

avoit leù mon Traité de 

ÏExpoJition , dz me fit con- 

noiftre qu'elle fe fouvcnoit 

d'y avoir veû quelque cho- 

fe qui revenoit à peu prés 

à ce que je luy difois : mais 

j'ajoullay qu'en ce Traité 

j'avois voulu dire les cho- 

fcs fort brièvement, &: qu'il 

eftoit à propos qu'elle les 

vift un peu plus au long. 

Il faut donc fcavoir , luv 



ftiY h niAttCYC de l'Eglifc. 7 

clis-jc, ce qu'on entend par 

•ce mot d'Eiilife Catholi- 
». , 

que ou Umverl'cllc ; (Se lur 
cela je po(ay pour fonde- 
ment que dans le Symbole 
où il s'agifloit d'expoler la 
Foy iimplement , il falloir 
prendre ce terme cie la ma- 
nière la plus propre, la plus 
naturelle &: la plus uiltcc 
parmi les Chreftiens. Or ce 
que tous les Chreftiens en- 
tendent par le nom d'E^li- 
le, c'eilunefocicte qui fait 
profellion de croire la do- 
ctrine de 1 E s u S-C H R I s T, 
& de le gouverner par la 
parole. Si cette focieté fait 
cette profelfion, par confe- 
quent elle eft vilible. 
Que cette rio;nificati(;n du 
A iiii 



^ Conftnnce avec M, Claude 
nom d'Eglife fuil: la propre 
^ la naturelle fignification 
de ce nom , celle en un mot 
qui cftoit connue de tout le 
monde & ufitée dans le dif- 
cours ordinaire, je n'en de- 
mandois pas d'autres té- 
moins que les Prétendus 
Réformez eux-mefmcs. 

Quand ils parlent de leurs 
prières Ecclefiaftiqucs , de 
la difcipline de l'Eglife, de 
la foy de l'Eglife, des Paf- 
teurs & des Diacres de l'E- 
glife 3 ils n'entendent pas 
que ce foicnt les prières 
des Prédeftincz^ni leur dif- 
cipline , ni leur foy; mais 
les prières, la foy & la dif- 
ciplnie de tous les Fidèles 
allcmblez dans la focic- 



fuY U matière de ï'ÊgUfe. y 
te cxccncurc du peuple de 
Dieu. 

Quand ils difcnt qu\ui 
homme édifie rEglifc , ou 
qu'il fcandalife l'Eglife, ou 
qu'ils reçoivent quelqu'un 
dans l'Eglile, ou quiis ex- 
cluent quelqu'un de l'Egli- 
fe , tout cela s'entend lans 
doute de la locictc exté- 
rieure du peuple de Dieu. 

Ils l'expliquent ainii dans 
la forme du Baptefme lors 
qu'ils d lient qu'ils vont re- 
cevoir Tenfant en U comfd- 
gnie de lEglïfe Cbreflienne y 
'^ pour cela qu'ils obligent 
Its parrains & marraines de 
l'injlrtùre en la doctrine la- 
'juelle efi receûe an peuple de 
Dieu ^ comme elle ejt, difent- 
A V 



ïo Confèrent a^vec M. Claude 

ils j femmairement comprifc en 

U Confcffion de Foy que nom 

avons tous : hc encore lors 

qu ils demandent à Dieu 

dans leurs prières Ecclelraf- 

tiques de délivrer toutes fes 

Bglifes de U gueule des loups 

ravijfans : 6c encore plus ex- 

preflcment dans la Confef- 

{ion de Foy, Article xxv. 

quand ils difent que l'Ordre 

de l'Eglifey qui a eflé établi de 

l'autorité ^^ Je s u s-Christ, 

doit efire facré y & pourtant 

que l'Eglife ne peut confiflery 

fin on qu'il y ait des F a fleur s 

qui ayentU charge d'enfeignen 

^ dans l'Article xxvi. que 

nul ne fe doit retirer à part^ 

mais que tous enftmhle doi^ 

'ycnt garder & entretenir l'u- 



fur Li ni^iiere de iBgUfi. '[ 
7iîtc de L'EgliJèJefûumcîtaHt a 
liijjlruciion eommune -, ^ccn- 
iindans l'Aiticlc \\\i\.quil 
fmt difccrmr foïgneufenunt 
quelle eft U ^raye Eglife , & 
que c'eji U compagnie des Fidè- 
les qui i accordent a Juivre la 
parole de Dieu é- la p^^re Reli- 
gion qui en dépend. Y)o\x x\s 
concluent, Article xxv 1 1 1. 
quûH la parole de Dieu nefl 
p<ts receite , 6^ qf^'on ne faa 
nulle prof Jfion de sajjujeùrl 
icelky cr ou tl n'y a nul ufage 
des Sacremensy a parler pro- 
prement y on ne peut piger qu il 
y Alt aucune Eglife. 

On voit par tous ces pal- 
labres, &: par Tufagc com- 
mun des Prétendus Rctor- 
mez, que la lignification du 
A v| 



i'2. Conférence azicc M. Claude 
mot d'Eglife propre, natu- 
relle &c ufitce de tout le 
monde, eft de la prendre 
pour la focietc extérieure 
du peuple de Dieu, parmi 
lequel, quoy- qu'il fe trou- 
ve des hypocrites & réprou- 
njez,) leur malice y difent-ils ^ 
ne peut effacer le titre d'Eglïfi, 
Article xxvii.C'eft à dire 
que les hypocrites mêliez a 
la focieté extérieure du peu- 
ple de Dieu ne luy peuvent 
ofter le titre de vraye Egli- 
fe, pourvcû qu'elle foit tou- 
jours reveftuë de ces mar- 
ques extérieures de faire 
profelfion de la parole de 
Dieu &: de Tufage des Sa- 
cremens,comme porte l'Ar-- 

ticlc XXYIïî, 



fur U matière de lEgliJc. \ \ 
VeMla comme on prend 
rEf^lifc lors qu'on en parie 
ilmplcmcnc, nAtiirellemcnc, 
proprement, fans conten- 
tion ni dilpiite; bc fi c'eft la 
manière ordinaire de pren- 
dre ce mot, nous avons rai- 
ion de dire que c'eft celle 
que les Apoftres ont em- 
ployée dans leur Symbole 
où il falloit parler de la ma- 
nière la plus ordinaire &: la 
plus fimple , parce qu'il s'a- 
gifloit de renfermer en peu 
de paroles la confeflion des 
fondemens de la Foy. 

En effet, il a pafle dans le 
difcours commun de tous 
les Chreftiens, de prendre 
le mot d'Eglife pour cette 
focietc extérieure du peu- 



1 4 Conférence avec M, Claude 
pie de Dieu. Quand on 
veut entendre par le mot 
d'EgUfe, la focieté des prc- 
dejftinez, on Texprîme, éc on 
ditl'Eglife des prédeftinez. 
Quand on veut entendre 
Hsb.xiï. par ce iwoty l'AJJcmhlée & 
'''" ^gl^-fe des premiers nez. qui 

font écrits dans le Citl , on 
l'exprime nommément com- 
me fuit Saint Paul. Il prend 
icy le mot dXglife dans 
une lîcrnification moins uli- 
tee 3 four la Cite du Dieu nji- 
'vanty la Jerufalem celé fie ch 
font flufiturs milliers à Anges 
(^ les ejprits des ju fie s fanUi- 
fez., c'cft à dire, pour le ciel 
où font recueillies les âmes 
faintcs. C'eft pourquoy il 
ajoufte un mot pour defi^- 



fur h matière de ÏEglïfe. 15 
gncr cette Eglilc-, c'cll /'£- 
olïjc des premiers mz, qui ont 
prcccdc leurs freucs dans la 
crloire. Mais quand on em- 
ployé limplement le mot 
d'Eglife fans rien ajouftcr, 
Tu (âge commun de tous les 
ChreilienSjfans en excepter 
les Prétendus Reformez, cft 
de le prendre pour fignifier 
raflcmblcc, la focietc , la 
communion de ceux qui 
confclfcnt la vrayc dodri- 
ne de J E s u s - C H R I s T . 
Et d'où vient cet ufage de 
tous les ChreftienSjfmon de 
l'Ecriture Sainte, où nous 
voyons en effet le mot d'E- 
glife pris communément en 
ce fens , en forte qu'on ne 
peut mer que ce ne foit la 



i<5 Conférence avec M. Claude 
fignification ordinaire & na^- 
turelle de ce mot. 

Le mot d'Eglife dans fon 
orio-jne fio-nifie Affcmblée,&: 
s'attribuoit principalement 
auxaffembléesque tenoient 
autrefois les peuples pour 
entendre parler des affaires 
publiques. Et ce mot eft 
employé en ce fens aux A- 
clics XIX. lors qvie le peuple 
d'Ephefe s'affembla en fu- 
reur contre Saint Paul : L'af- 
ftmhiee & ^'^g^^fe eftoit con- 
fu/e. Et encore ; Si vom de- 
mandez» (juelque chofc , cela Je 
pourra conclure dans une ajjlm- 
hlée ou Bglïfe deuemenî convo- 
quée. Et enfin : ^md il 
eût dit ces chojès y il renvoya 
l'Bglife ou lajftmhlce. 



fur la matière de l'Eglife. 1 7 
Vc^iKi Tufagc du mot d'E- 
glilc parmi les Grecs & 
dans la gcntilicc. Les Juifs 
&: les Chrcfticns fc font 
depuis fcrvi de ce mot pour 
fignifier rAllemblcc, laSo^ 
cictc, la Communauté du 
peuple de Dieu qui faicpro- 
fellion de le feivir. Il n'y 
a perfonnc qui ne connoif- 
fe cette fameufc vcrfion 
des Septante qui ont tra- 
duit en Grec l'Ancien Tef- 
tani'^nt quelques fiecles a- 
vant I E s u s-C h R i s t : de 
plus de cinquante pailao;es 
où ce terme ie trouve em- 
ploya dans leur verlion , il 
n V en a pas un feul où il 
ne fc prenne pour quelque 
aircmblee vifible, ^ il n'v 



i3 



iS Conférence avec M\ Claude 
en a que tres-pcu où il ne 
fe prenne pour la (ociecé 
extérieure du peuple de 
Dieu. C'eft auiîi le iens où 
l'employé Saint Eftienne. 
^a. VII. lors qu'il dit, que Moïfe fut 
en l'EgliJè on dans l'Jjfemblée 
AU defirt avec l'Ange cjui far- 
loit à luy y appellant du mot 
d'Eglife, félon l'ufage receù 
par les Juifs , la focicté vi- 
fible du peuple de Dieu. 

Les Chreftiens ont pris 
ce mot des Juifs^ & ils luy 
ont confervé la mefme li- 
gnification , l'employant à. 
fîgnifier r AiTembiéc de ceux 
qui confeffoient ] e s u s- 
C H R I s T, &: faifoient pro- 
fclîion de fa Doûrinc, 
Voilà ce qui s'appelle fmv 



fiiY Lx matière de l"Eglife. i^ 

rlctncnt Emilie, ou l'EiiliTe 

clcDicu&dcjESUS-CîiiusT: 

^ de plus de cent pailai!;cs 

oLi ce mot cil employé dans 

le Nouveau Tcrtamciit, à 

peine y en a-t-il deux ou 

crois où ccrte fii^nification 

luy foit contcftcc par les 

Minières ; ^ mcfmc dans 

les endroits où ils la con- 

tcftent, il eft clan- que c'eft 

fans raiion. 

Par excmnle, ils ne vcu- 
1 ' , 1 

Icnc pas que ce paiiagc de 

Sair.t Paul où il eft dit que 
1 E s u s - C H R I s T s'ell: f^t Ep^^- "*' 
une Eglifc glorieujè qui na ni 
tache, ni ride , ni rien de fem- 
hlihlc , mais quelle eH piinte 
f> fans tache, ils ne veulent, 
dis-lc, pas que ce paiTa^^c 



2.0 Conférence Avec M. Claude 
puiffe eftre entendu de FE- 
glifc viiible, ni mefme de 
FEglife fur la terre ^ parce 
que l'Eglifc ainii regardée , 
loin d'cflre fans tache, a 
befoin de dire tous les jours^ 
Tardoni ez - nous nos pcchcT. 
Et moy je dis au contraire, 
que c'ejft parler inanifefte- 
ment contre TApcflre, que 
de dire que cette E2;life 
glorieufc &: fans tache ne 
foit pas TEglife vifiblc. Car 
voyez de quelle Eglife par- 
ihid. 16. le Saint Paul : c'cfl de cclœ 
que ] E s u s-C h r i s t j ai- 
mée ^ four laquelle il sefl don- 
né, ajin de la fan cVî fier y U p ta- 
rifant dans l'eau ou elle cft la- 
'vee far la far oie de 'vie. Cette 
Eglife lavée dans Teau ^ 



fur la nuticre de lEglife. ii 
purihcc par le Baptcfmc, 
cette Eglife landificc par 
la parole de vie , foie par 
celle de la prédication, foit 
par celle qui cil cmploycc 
dans les Sacremens , cette 
E'^life e(l fins doute l'Euili- 
le viiible. La iainte locietc 
des prédeftinez n'en eft pas 
exclue, à Dieu ne plaife j 
ils en l'ont la plus noble 
partie : mais ils font com- 
pris dans ce tout. Ils y font 
mrtruits par la parole, ils y 
font purifiez par le Baptef- 
me; & fouvent mcfmc des 
reprouvez font employez à 
ces minifteres. Il les faut 
donc regarder dans ce paf- 
lao;c , non comme £ufinc 
un corps à part, mais com- 



21 Conftrmce avec M, Claude 
me faiian-t la plus belle &: 
la plus noble partie de oet- 
te iocieté extérieure. C'eft 
cette ibcieté que rApoilrc 
appelle l'Eglife. J e s u s - 
Christ Tainie fans dou- 
te : car il luy a donné le 
Baptefme-, il a répandu fon 
iangpourrairembler; il n'y 
a m appelle, nijuftifié;, ni 
baptifé dans cette Eglife , 
qui ne foit appelle, juftific 
ic baptifé au nom &: par 
les mérites de Jésus- 
Christ crucifié. Cette 
Eglife cft glorieufe , parce 
qu'elle glorifie Dieu publi- 
quement, parce qu'elle an- 
nonce à toute la terre la 
gloire de l'Evangile ^ de 
la Croix de Tesus-Christ. 



fur Lt matière de lEglifc. ^ 
Cette Egliiecll i^uiitc, par- 
ce quV^ic cnleignc toujours 
c oiilbimmcnt &: ians varier 
la lamte doclriiic qui cu- 
hintc cor.tiiiuellcmcnt des 
Shunts dans ion unité. Cet- 
te Eglitc n a ni tache ni li- 
de, parce qu'elle n'a ni er- 
reur , m aucune mauvaife 
maxime ; &: encore parce 
qu'elle inftruit ^ contient 
en Ion Icin les Eleùs de 
Dieu, qui quoy-que pé- 
cheurs lur la terre , trou- 
vent dans fa communion 
des moyens extérieurs de 
fe purifier, en forte qu'ils 
viendront un jour en un 
cllat très - partait devant 
J E s u s - C H K 1 s T . 

Voila pcut-eftre le fcul 



2-4 Conférence avec M. Claude 
paflage où l'on puilTe dire 
avec quelque forte d'appa- 
rence que le mot d'Eglifc 
pris lîmplement,fignifîe au- 
tre choie que la focieté ex- 
térieure du peuple de Dieu i 
&: vous voyez cependant 
combien il eft clair qu'il fe 
doit entendre comme tous 
les autres. 

Mais quand ainlî feroit 
que ce palTage bc deux ou 
trois autres aur oient une li- 
gnification ou douteufe ou 
mcfme éloignée de celle- 
cy 5 tous les autres partages 
y font conformes. Car qu'y 
a-t-il de plus fréquent que 
les palfages où il eft dit , 
qu'il faut édifier l'Eglife, 
qu'on a perfecutc TEglife , 

qu'on 



ySr U matière de l'Eglifi. 15 
qu'on loue Dieu au milieu 
de l'Eglifc , qu'on la faluc, 
qu'on la vificc, qu'on y éta- 
blit des Fadeurs 6j des E- 
vcfqucs pour la régir , &; 
autres femblables dont le 
nombre cfl: infini? 

Ainfi on ne peut nier que 
cette fignification du mot 
d'Ecrlifc ne foit la ficrnifica- 
non ordinaire, &: celle par 
conlequentqui dcvoit edre 
iuivic dans une Confeiriou 
de Foy auili fimplequ'eil le 
Svmbole des Apoftres. 

C'eft dans ce fens que Ta 
prife tout un grand Conci- 
le , le premier ^ le plus 
Taint de tous les Conciles 
iiniverfcls , lors que con- 
damnant Aruis, il prononce 

D 



poil Symb. 



±G Conférence avec M. cUuât 
conc. Nie. ainfi : 'Tous ceux qui dijè?jt 
que le Fils de Dieu a ejlé tiré 
du neanty la Sainte Eglife Ca- 
tholique & Afojlolique les a^ 
nathtmatife, 

C'eft Jesus-Christ 
luy-mefme qui nous a ap- 
pris à croire l'Eglife en ce 
fens. Car pour fonder cet- 
te Eglife, il eft forti du fein 
invifible de fon Perc , 6^ 
s'eft renduvifibleaux hom- 
mes ; il a affembié autour 
de luy une focieté d'hom- 
mes qui le reconnoiffoic 
pour maiftre: voilà ce qu'il 
a appelle fon Eglife. C'eil 
à cette Eglife prmiitivc que 
les Fidèles qui ont cru de- 
puis, fe font aggrcgcz , &: 
,c cft delà qu eft née l'EgU- 



fur h matière de lEglifè. 17 
\c que le Symbole appelle 
Univcrfelle. 

J E s u s-C H R I s T a em- 
ployé le mot d'Eglife pour 
iigiiifîer cette focietc viliblc, 
lors qu'il a dit by-mcimc 
qu'il falloit écouter l'Eglife : 
lïitcsUe k l'Eglïfcy &: encore 1^^^^^-^'''^^^ 
lors qu'il a dit : Tu es Pierre, M.tt. xvi. 
& fur cette Pierre je hapray '^' 
mon Eglifc, ^- les portes a En- 
fer ri auront point de force con^ 
tre elle, 

Pourquoy, difois-jc , Ma- 
demoiielle, pourquoy ceux: 
de voftre Religion ne veu- 
lent-ils pas entendre icv par 
le mot d'Eglife la focictc 
de ceux qui font profclîîon 
de croire en Jésus-Christ 
^: en l'Evangile, puis qu'il 



2.8 Conférence avec M. Claude 
cft certain que cette focic- 
té eft en effet la vrayc Egli- 
fe 5 contre laquelle TEnfcr 
n'a jamais eu de force, ni 
lors qu'il a employé les ty- 
rans pour la perfecuter , ni 
lors qu'il a employé les faux 
dofteurs pour la corrom- 
pre? 

L'Enfer ne prévaudra pas 
contre les prédeftinez ; il 
cft certain: car s'il n'a point 
de force contre cette (o- 
cieté extérieure , à plus for- 
te raifon n'en aura-t-il pas 
contre les éleûs de Dieu, 
qui font la partie la plus 
pure &: la plus fpirituelle 
de cette Eglife. Mais par 
la mefme raifon qu'il ne 
peut pas prévaloir contre 



fut la matière de tÉglifi. itp 
les clcùs 5 il ne peut pas 
prévaloir contre TÉglife qui 
les cnfeigne, où ils confef- 
fent l'Evangile &:oii ils re- 
çoivent les Sacremens. 

C'eftoit cette fociete ex~ 
tcrieure où les cleûs fer- 
vent Dieu qu'il falloit en- 
tendre par le mot d'Eglife, 
&: admirer enmefmc temps 
la force invincible des pro-- 
mcilcs de J e s us-Christ, 
qui a tellement aftermi la 
focietc de fon peuple , quoy- 
que foible à comparaifon 
des infidèles qui l'environ- 
noient au dehors , quoy- 
que déchirée par les hcre- 
tiques qui la divifoient au 
dedans , qu'il n'y a pas eu 
\\i\ fcul moment où cette 
B iij 



jo Conférence avec M. Claude 
Eglife n'ait efté veûë par 
toute la terre. 

Mais les Prétendus Re- 
formez n'ont pas ofé fouf- 
tcnir ce fens naturel de l'E- 
vano-ile. Car ils ont cfté 
forcez pour s'établir 5 de di- 
re dans leur propre Con- 
fcffion de Foy,Arricle xxxr. 
J^e te fiât de l'Bglifi a eflé 
iîiîerromfu -, (^ qtiïl l'a falliù 
dïijfer de nouveau , parce qu'el- 
le ejîoit en ruine & de/oU' 
tien. 

Et en effet, leur Eglife 
quand elle s'eft établie, n'eft 
entrée en communion avec 
aucune autre Eglife qui 
fuft alors fur la terre -, mais 
s'eft formée en rompant a^ 
vec toutes les Eglifes ChreC 



fir ht tndticre de Ihglïfe. yi 
tiennes qui cftoicnt au mon» 
de. 

Ils n'ont donc pas la con- 
folation qu'ont les Catholi- 
ques de voir la promelTc de 
3 E s u s-C H R I s T s'accom- 
plir vifiblcmcnt, 6^ (c iouf-- 
tenir durant tant de liecles. 
Us ne peuvent montrer une 
E^j;liie qui ait toujours efhe 
depuis que Jesus-Christ 
cfc venu pour la baftiu (ur 
la pierre-, & pour lauver (a 
parole, ils font obligez d'a- 
voir recours aune Eglile des 
prcdeftinez, que ni eux ni 
pcrfonnc ne peuvent mon- 
trer. 

Or T E s u s-Christ a vou- 
lu montrer quelque chofc 
d'iUuftrc &: de clair, quand 
B iiij 



ji Conférence avec M. Claude 
il a dit que fon Eglife, mal- 
gré les Enfers , feroit tou- 
jours invincible : il a, dis- 
je, voulu montrer quelque 
ehofe de clair ôc d'éclatant 
quipuft fervir dans tous les 
fiecles d'afleûrance fenfible 
& palpable de la certitude 
immuable de fes promcf- 
fes. 

Et en effet , regardons 
quand il a dit cette parole : 
Matt. XVI. r^f^ ^j PierrC) & fur cette Pier^ 
re je hafiiray mon Bglife , & 
les portes d'Enfer ne prévau- 
dront point contre elle. C'efl: 
lors qu'ayant demandé à ks 
Apoftres, ^/ dites-vom que 
je fuis ? Pierre répondit au 
nom de tous , Vous efles le 
Chrijl, le Fils du Diet^ vivanh 



fur Li matière de l'EgUfè. 53 
C'cft: fur cette ilkillre 
Coiifclfion de Foy que la 
chair &: le fang n'avoir 
point diclcc , mais que le 
Père Cclcftc avoit révélée 
à Pierre; c'cft, dis -je, fur 
cette illuftre Confcflion de 
Foy, qu'eft fondée & la di~ 
gnicé de Saint Pierre &r la 
fermeté inébranlable de l'E- 
glifc. Cette Eglife qui con~ 
fclTc que J E s u s-C h R i s r 
cft le vray Fils de Dieu, eft 
celle contre qui l'Enfer n'au- 
ra jamais de force, qui fub- 
iiftcra fans interruption mal- 
gré les efforts &: les artifi- 
ces du diable. 

Il paroift donc clairement 
que TEglife dont parle icy 
3 L s u s - C H R I s T , ert: une 



Ihld. V 



34 Conférence avec M. Claude 
Eglife confejflTantc , une E- 
glife qui publie la Foy , une 
Eglife par confcquent ex- 
terieuie &: vifible. Et voyez 
aufli ce qu'il ajoufte: Et je 
te donner ay les clefs du Roy au* 
rne des Cieux^ & tout ce que 
tu auras lié dans la terre fera, 
lié dans le ciel y ^ ce que tu 
auras délié en terre fera délit 
aux deux. 

Quelque chofe qu'il faille 
entendre par ces mots, foit 
la prédication , foit les cen- 
fures Ecclefiaftiques ^ ou le 
miniftere des Prefhres dans 
le Sacrement de Pénitence 
comme l'entendent les Ca- 
tholiques , toujours eft - il 
afleûré que voilà un mi- 
mftere extérieur donné à 



fur h mAÛm de l'T.gUfe. 35 
c'ccrc Eglilc : c'cll donc 
ccctc Eglilc qui confciVc la 
Foy, bc la contcllc princi- 
palement par la bouche de 
Saint Pierre -, c'cft cette E- 
glifc qui ufc du miniftere 
des clefs \ c'cft elle qui fera 
toujours fur la terre, ians 
que TEnfer puiile jamais pré- 
valoir contre elle. 

Et parce que Jésus- 
Christ vouloir qu'el- 
le full: toujours viiiblcmcnc 
iubfillente , il l'a revcftuc 
de marques fenfibles qui 
doivent toujours durer. Car 
voicy comme il envoyé fes 
Apoilres , &: ce qu'il leur 
dit en montant aux Cieux: 
Alk7y & en feigne'^ toutes les ^.^^.^v.;. 
Notions ) Us bavtijant an Nom " 
B VI 



XX ^ 



^6 Conférence avec M. Claude 
dn Père y du Fils y & du Saint 
B/prit y (^ leur apprenant a 
garder tout ce que je vous ay 
commandé. 'Et voicy , je fuis 
toujours avec vous , jujqu'a la 
fa du monde: avec vous en- 
feignant 5 avec vous bapti- 
iant, avec vous apprenant 
à mes Fidèles à garder tout 
ce que je vous ay comman^ 
dé, avec vous par confe- 
qucnt exerçant dans mon 
Eglife un miniftere exté- 
rieur : c'eft avec vous, c'eft 
avec ceux qui vous fuc cé- 
deront, c'eft avec la focieté 
aflemblée fous leur condui- 
te que je feray dés mainte- 
nant jufqu'à ce que le mon- 
de fîniflc j toûjoursj fins in- 
terruption: car il n'y aura 



jliY h m^itiere de ftglife. 37 
pas un icul moment où )c 
vous dclaiffc, &: quoy-qu'ab- 
fcncdc corps, je fcray tou- 
jours prcfcnt par mon Saint 

Efprit. 

En confcquence de cette 
parole, Samt Paul nous dit 
auffi que le minifterc Ec - 
clefiartique durera fans dii- 
contmuer jufqu'à la rcfur- 
reftion générale. Cduy qui ^pH^iy 
eft dcfundu, ccjl le mefmt qui 
efl monté au defus de tous les 
deux, afin qu'il remplifitoutes 
chofes, huy-mefime donc a établi 
les uns four eftre Apoftres, les 
autres pour epe Prophètes y les 
autres pour eftre Ev ange lifte s , 
les autres pour eftre Pajieurs 
Cr Dûch'urs , pour l'afemblage 
des Saints, pour l'œuvre Un' 



3^ ConfcYtnce avec M. CUude 
miniflete , four l'édif cation 
du Corps de Cbriji, jufqnÀ ce 
que nous nous rencontrions 
tous dans l'unité de la Toy é* 
de la connoijfance du Fils de 
Dieu en homme parfait a la 
mefurc de la parfaite jlaturt 
^^Jesus-Christ; c'cfl: 
à dire,jufqu'à ce que nous 
ayions atteint la perfedion 
de J E s u s-C H R I s T glori- 
fiez en corps & en ame: 
voilà le terme que Dieu a 
donné au miniftere Eccle- 
iîaftique. 

Les Prétendus Reformez 
ne veulent pas que l'Eglife 
vifible foit celle qui s'ap- 
pelle le Corps de JESus- 
C H R I s T : quel eft donc 
4. ô:c, ' ce corps gu Dieu a établi Us 



fir la matière de l'Eglife. 35> 
uns Apoflrcs , les autres Pro- 
fbtîcsy les autres Tafleurs & 
Dûifeurs ? Quel cft ce corps 
où Dieu a ctabli pluficurs 
membres bc cliver les grâ- 
ces , U grâce du miniftere , Li 
grâce de la doHyïnc , la grâce 
de l exhortation & de la con- 
folation , la grâce du gouver- 
nement ?Q^\ cft, dis-je, ce 
corps , fi ce n cft l'Eglile 
viiible? 

Mais ce qui fait que les Pré- 
tendus Reformez ne veulent 
pas avouer que ce Corps de 
Ji: sus-Christ tant re- 
commande dans l'Ecriture 
puifte eftre l'Eglifc vHîblc , 
c'cft qu'ils font contraints 
de du-e que TEglife vifiblc 
ceffe ijuclqucfois d^cftrc lui 



40 Conférence avec M. Claude 
la terre; &: ils ont horreur 
de dire que le Corps de 
jEsus-CHRisxne foie 
pas toujours, de peur de fai- 
re mourir J e s u s-C h R i s t 
encore une fois. 

C'eft donc fans difficuU 
té cette affemblée de Paf- 
teurs &: de peuples ; c'eft 
cette Eglife compofée de 
tant de membres divers 5 
par lefquels s'exercent ex- 
térieurement tant de faints 
minifteres ; c'eft celle-là qui 
cft appellée le Corps de 
Jésus -Christ; c'eft à 
ce corps aflemblé fous le 
miniftere des Pafteurs, qu'il 
a dit en montant aux Cieux : 
Vûicy y je fit s avec vous juf- 
^u'à U confommation des fie- 



fur h matière de l'Eglife, 41 
des, Ccliiy donc qui cft def- 
ccndu, c cft le mefmc qui 
cft monte, afin qu'il rem- 
plift toutes chofes,le ciel 
par fa perfonne &: par fa 
prefence vifible, la terre par 
fon efprit bc par fon affif- 
tance invifible, l'un & Tau- 
tre par ia vérité &: par fa 
parole. Et c'eft pour conti-^ 
nueren montant aux Cicux 
cette affiHance promife à 
fon Eglife, qu'il y a mis les 
uns Apoftres , les autres E- 
vangeliftes, les autres Paf- 
teurs &: Docteurs : chofe qui 
doit durer jufqu à ce que 
l'oeuvre de Dieu foit entiè- 
rement accomplie, que nous 
foyions tous hommes par- 
faits j &c que tout le corps 



41 Conférence avec M. Clai>de 
de l'Eglife foit arrivé à la 
plénitude & à la pcrfcûion 
de Jesus-Chr is t. 
♦ Ainfi l'ovivrage de Jésus- 
Christ cft éternel fur la 
terre. L'Eglifc fondée fur la 
confelTion de la Foy, fera 
toujours, & confeiTera tou- 
jours la Foy : fon miniftere 
fera éternel : elle liera &: 
déliera iufqu à la fin du 
monde ^ fans que l'Enfer 
l'en puilTe empcfcher s el- 
le ne difcontinuera jamais 
d'enfeigner les Nations : les 
Sacremens, c'eft à dire, les 
livrées extérieures dont elle 
eft reveftuë dureront toù- 
Mar.xxviiî. jours. Bnfdgmz> y & haptijez, 
les nations y & je feray toujours 
avec vons^ Toiites les fois qfie 



î. Cor. X 



fur h matière de lÈglïJe. 45 
n^OHs mangcYcT^de ce fain, & 
que vous boirez, de cette coupe, 
njûus annonccYcT^ U mort dtt 
Seigneur jufiifik ce quil vien^ 
ne. Avec la Ccnc durera ^ 
la confcllion delaFoy,6^ le 
miniftcrc Ecclciiailiquc , bC 
la Communion extérieure 
&: intérieure des Fidèles 
avec J E s u s - C H R I s T &: 
des Fidèles entre eux, juf- 
qu'à ce que Je sus-Christ 
vienne. La durée de TEgli- 
(c & du mmiftere Ecclc- 
fiaftique n'a ponit d'autres 
bornes. 

Ce n'eft donc pas feule- 
ment la iocieté des prédef- 
tincz qui fublîdera à jamais, 
c'eft le corps vifible où font 
renfermez les prédcftmczi 



44 Conférence avec M, Claude 
qui les prefche, qui les en- 
feigne , qui les régénère 
par le Baptefme , qui les 
nourrit par l'Euchariftie 5 
qui leur adminiftre les clefs^ 
qui les gouverne & les tient 
unis fous la difcipline, qui 
forme en eux Jésus- 
Christ : c'eft ce corps 
vifible qui fubiîftera éter- 
nellement, 

Et c'eft pourquoy dans 
le Symbole des Apoftres, où 
l'on nous propofe à croire 
les fondemens de la Foy, 
on nous dit en mefme temps 
de croire au Père , &: au 
Fils, & au Saint Efprit, ^ 
de croire la fainte Eglife 
Catholique &: la Commu« 
nion des Saints : Commu-^^ 



fur U matière de l'Egli/è. 45- 
mon intcncurc par la cha- 
rité , 6c dans le Saint Efprit 
qui nous anime, je l'avoùc; 
mais en mcfme temps Com- 
munion extérieure dans les 
Sacremens, dans la confef- 
fion de la Foy, (S<: dans tout 
le miniftere extérieur de 
l'EiTlife. 

Et tout ce que nous ve- 
nons de du"c ell renferme 
dans cette parole , "^e croy 
iBglife ZJnlvcrfdlc. On la 
croit dans tous les temps; 
elle eft donc toujours: on 
la croit dans tous les temps; 
elle enfeigne donc toujours 
la vente. 

Vos Minith'cs veulent 
que nous croyions que c'eft 
autre choie de croire l'E- 



4^ Conférence dvecM, Chuâe 
glife 5 c'eft à dire, croire 
qu'elle foic; autre chofedc 
croire à rEglii'e, c'eft à di- 
ix croire à toutes {<i^ déci- 
fions.Mais cette diftindion 
cft frivole. Qui^ croit que 
l'Egliie cft toujours, croit 
qu'elle eft toijjours confef- 
fant &: en feignant la véri- 
té. -C'eft à TEglife qui cow- 
fcftc la veritc, que Jésus- 
C H R I s T a promis que 
l'Enfer n'auroit point de 
force contre elle. Jamais 
donc la vérité ne ceifera d'y 
cftre confelfce ; &: par con- 
fequent en croyant qu'elle 
eft , on afleûre qu'elle cft 
toujours croyable. 

En eftet, il ne fa ffit pas, 
poiu- conferverlc nom d'E- 



pir It matière de l'EgUfe. 47 
faille , de retenir quelques 
points de la doclrme de 
J E s u s - C H R I s T : autre- 
Inent les Ariens, les Pcla-« 
criens, les Donatiiles , les 
Anabaptides , ^ les Soci- 
niens feroient de rEgliic. 
Ils n'en (ont pas toutefois: 
à Dieu ne plailc, que nous 
appcUions du nom d'Ei2;life 
cette confufion : Il ne faut 
donc pas feulement que TE- 
alifc conferve cjuelquc ve- 
nte : il huit qu'elle conferve, 
&: qu'elle enfeigne toute 
vérité ; autrement, elle n'cil 
pas l'Eglife. 

Et il" ne fcrt de rien de 
diftinguer les Articles fon-- 
dainentaux d'avec ks au- 
tres. Car tout ce que Dieu 



n. xLviîi. 



48 Conférence avec M , Claude 
a révclé doit eftre retenu. 
Il ne nous a rien révélé qui 
ne foit très-important pour 
noftre falut. Je fais le Sei- 
gneur qui fenfeigne des chojes 
utiles. Il faut donc trouver 
dans la Foy que FEglife 
en feigne la plénitude des 
veritez révélées de Dieu: 
autrement ^ ce n eft plus 
FEglife que Jesus-Christ 
a fondée. 

Que les particuliers puif- 
fent ignorer quelques arti- 
cles , je le confeffe aifé- 
ment : mais FEglife ne tait 
rien de ce que Jésus- 
Chri ST a révélé; &:c'efl 
ptourquoy les Fidèles qui 
ignorent certains articles 
en particulier, les conref- 

fcnt 



fuY li matière de l'Eglifi, 49 
fcnt ncanmoins tous en gê- 
nerai, quand ils difent : ?<r 
croy l'Bglife Vni'vcr/Î'iie, 

Voilà cette Eglife, difois- 
je, que vos Miniftres ne 
connoillent pas. Ils vous 
cnfcigncnt que cette Egli- 
fe vifible & extérieure peut 
céder d'eftrc fur la terre; 
ils vous cnfcignent que cet- 
te Eglife peut errer dans 
fcs décifions -, ils vous enfei- 
criicnt que croire à cette 
Eglife , c'eil croire à des 
hommes : mais ce n'eft pas 
ainfi que l'Eglife nous cfl: 
propofee dans le Symbole. 
On nous y propofe de la 
croire, comme nous croyons 
au Pcre, au Fils, &: au Saint 
Eipnti ^ c'cftpourquoy li 

C 



yo Conférence avec M, Claude 
foy de l'Eglife eft jointe à 
la foy des trois perfonncs 
divines. 

Ces chofes ayant efté di- 
tes àdiverfes reprifcs , mais 
à peu prés dans cette fuite,, 
j'ajouftay, que noftre do- 
ctrine eftoit 11 véritable fur 
ce point^que les Prétendus 
Réformez , qui la nioient, 
n'ont pu la nier tout-à-fait : 
c'eft-a-dire, que leurs Syno- 
des agiflfent d'une manière 
à faire entendre qu'ils exi- 
gent aufli-bien que nous une 
foumiffion abfoluë à Tautori- 
té &: aux décrets de l'Eglife. 

Là je fis voir à Made* 
moifelle de Duras les qua- 
tre ASccs de Mcffieurs de la 
Religion Prétendue Réfor- 



Jùr U mdtîere del'Egllfe. yr 
incc, que j'ay marquez dans 
V Ex pofition, Amclc xx. Elle 
les y avoir veùs; mais jclcs 
luy fis lire dans le livre 
meime de la Difciplinc. 

Le premier eft cire du Cha- 
pitre V. Titre des Confif- 
toircs, Article xxxi. où il 
cft porté, ^/^ les débats pour 
U doctrine feroient terminez, 
par la parole de Dieu, s' il Je peut ^ 
dans le ConJJfioire i Jinon que 
l affaire fer oit porta ati Colle que, 
de la au Synode Provincial, ^ 
enfin au National, ou l'entie-- 
re & finale réfoluîion fe feroit 
par la parole de Dieu y à la- 
quelle fi on rcfufoit d'aquief 
cer de point en point dr avec 
exprès dcftveu défis erreurs^ 
on feroit retranché delEgliCe. 
C ij 



fi Conferc'/ice avec M. Claude 
Ce n'eft donc pas , difois* 
je, à la fciile parole de Dieu 
précifément, comme telle, 
qu appartient Tenticre 6^ fi- 
nale réioÎLition , puis qu'a- 
prés qu'elle eft propoice , 
l'appel eft permis j mais à 
la parole de Dieu^entant 
qu'expliquée &: interprétée 
par le dernier jugement de 
l'Eglife. 

Le fécond Aûe eft tiré 
du Synode de Vitré, rap- 
porté dans le livre de la 
Difcipline. li contient la 
lettre d'envoy que font tou- 
tes les Eglifes quand elles 
députent au Synode Natio- 
nal : en voicy les termes. 
Islom f remettons devant Die tù 
de ncu^fûumettre a tout ce mi 



fuY ht ynatiere de PÊgU/è, j? 
fera rcfolu en voflrcfainîe Af- 
fewhlée , perfuadez. que nous 
fommes que Dieu y frefidera ^ 
(^ TOUS conduira far fin Saint 
T.Mt en toute vérité & équité 
yar la récrie de fa parole. Cette 
pcrfualion,clirois-jc, fi clic 
cil Iculcmcnt fondée fur 
une prciomption humaine, 
ne peut pas cftrc la matière 
d'un ferment {ifolcnnel par 
lequel on jure de fe fou- 
mettre à une rcfolution 
qu'on ne fçait p-^s encore: 
clic ne peut donceftre fon- 
dée que fur une promcife 
cxprclf ^ que le Saint Efprit 
prcfidera dans 1- dernier ju- 
gement de l'Eglife; «S.: les 
Catholiques n'en difcnt pas 
davantage. 

C i^j 



54 Conférence avec M. cUnàe 
Le troifiémc Acte qui le 
trouve encore dans le mef- 
me livre de la Difcipline, 
eft la condamnation des In- 
dépendans , fur ce qu'ils 
difoient que chaque Eglife 
fe devoit gouverner elle- 
mefmey^'^j- aucune dépendan- 
ce de ferfenne en matières Bc- 
clefiaftiques. Cette propoli- 
tion fut déclarée au Synode 
de Cbarenton , autant préju- 
diciable à l'Efiat qua l Egltfc^. 
On y jugea quelle ouvroit la 
forte a toute forte d' irrégula- 
rité z. & d'extravagances y en 
cfloit tous les remèdes y & don- 
noit lieu a former autant de re- 
ligions que de paroijfes Mais , 
difois-jc, quelques Syno- 
des qu'on tienne 3 fi on ne 



y7/r la maticre de l'tgUfe, ^ 

fc croit pas oblige a y iou- 

nicctre fon jiigcmcnr,on n'c- 

vitc pas les' inconvcnicns 

■<lcs Indcpcndans, 6^ on lail- 

ic la porte ouverte à établir 

autant de religions, je ne 

dis pas qu'il y a de paroif- 

Tes, mais qu'il y a de telles. 

On en vient àowc par ne- 

ceflkc à cette obligation 

defoumettrc ion ]ugeinenc 

ù ce que lEgUle Catholique 

en feigne. 

Ces trois AcVes font tirez 
du livre de la Difcipline, 
imprime à Cbarcnton l'an 

1667. 

Le quatrième fe trouve 

dans un livre de M. Blon- 

del, intitule A^es Authm- 

tujHCs , imprimé à Amder. 

C iiij 



fé Conférence avec M. Claude 
dam par Blacu Fan i 6 5 y. 

C'eft une rcfolution du 
Synode National de Sainte 
Foy 1578. qui nomme qua- 
tre Miniftrcs pour fc trou- 
ver à une Aflemblée où fe 
devoir traiter la réunion a- 
vec les Luthériens, en dref- 
fant un Formulaire de PrO' 
fi(jion de Foy commune. On 
donne pouvoir à co^^ Minil-» 
très de décider tout foint de 
doctrine & autres qui feront 
mis en délibération, & de con-* 
fentir a cette ConfeJJion de Foy 
fans me/me en communiquer 
da'vantage aux Eglifes , fi le 
temps ne permet p^ de le fai- 
re. De cet aftc je concluois 
deux chofes: l'une que tout 
le Synode compromet de fa 



fur la m au ère de l^glïfe. 57 
Foy encre les mains de qua- 
tre particuliers , chofe bien 
plus extraordinaire que de 
voir des particuliers fe fou- 
mettre à toute TEglile : l'au- 
tre, que rEglife Prétendue 
Reformée eft encore peu af- 
icurée de fa Confeffion de 
Foy , puis qu'elle confenc 
qu'on la change , &: cela 
dans des points aulFi impor- 
tans que font ceux qui font 
la difpute avec les Luthé- 
riens , dont l'un eft la réali- 
té. Si les Prétendus Réfor- 
mez ci'peroicnt que les Lu- 
thériens revinflcnt à eux, il 
n'y avoit nul befoin d'une 
nouvelle Confelfion de Foy. 
Amfi ce qu'on prétendoit, 
c'cll que les uns &: les autres 
C V 



î§ Conférence avec M. Claude 
demeurant dans leur fenti- 
ment 5 on fift une Confeflion 
de Foy dont les deux partis 
puflent convenir; ce qui ne 
fe pouvoir faire fans ajouf- 
ter ou fans fuppnmer quel- 
que chofe d'effentiel dans 
une Confeflion de Foy, 
qu'on nous donne comme 
n'enfcignant que la pure pa« 
rôle de Dieu. 

Mademoifelle de Duras 
m'avoua qu'ayant veû dans 
mon Traité ces Ailles &: mes 
réflexions, qui font les mef- 
mes que celles que je ve- 
nois de luy faire , elle ne 
fçavoit qu'y répondre ; àC 
que pour cela elle fouhai- 
toit d'entendre ce que ré- 
pondroit M. Claude tant 



jlir Lt matière de l'Eglïfc, y9 
fur CCS Adcs que llir les au- 
tres difficukcz qui rei^ar- 
dent l'autorité de rEglifc. 

]c luy dis qu'encore que 
ceux de la Religion agif. 
fcnt comme tenant l'auto- 
ntc de l'Egliie infaillible 
^ inconteftablc , il cftoic 
vray qu'ils nioient cette 
infaillibilité ; & j'ajouftay 
que c'eftoit une maxime 
confiante dans fa Religion, 
que tous les particuliers 
pour ignorans qu'ils fuilenc 
ciloient obligez de croire 
qu'ils pouvoicnt mieux en- 
tendre l'Ecriture Sainte que 
tous les Conciles &: que 
tout le refte de l'Eglife en- 
fcmble. Elle parut étonnée 
de cette propofition. Mais 
C VI 



€o Confi Ycnce avec M. Claude 
i'ajouftay qu on croyoit en- 
core dans la Religion quel- 
que chofe de bien plus é- 
trange , qui cftoit qu'il y a 
un point où un Chrcl>ien 
cft obligé de douter lî l'E- 
criture eft infpirée de Dieu; 
il TEvangile eft une ven- 
té ou une fable ; 11 J e su s- 
C H R I s T eft un trompeur,, 
ou le docteur de la vente. 
Comme elle parut encore 
plus étonnée de cette pro- 
pofition , je l'alTeûray que 
tant celle - la que l'autre 
que je venois de luy dire, 
cftoient des fuites necelfai- 
res de la dodrine receuc 
dans leur Religion fur l'au- 
torité de l'Eglife, & que je 
ne doutois point que je ne 



(liY li m.iîUre de l'E^life. 6^i 
pudc forcer M. Claude a 
le?) avouer. 

Je Uiy cxpliquAy les rai- 
fons de ce que j\ivois avan- 
cé, (Se luy fis voir en mel - 
me temps quelle marque de 
taullete c'eiloit parmi cux^ 
de voiv que d'un code ils 
niailent qu il falluft croire 
1-ans exammer ce que TE- 
rrliic decidoic,6<: que de l'au- 
tre ils hiiVent forcez pour 
établir l'ordre, d'attribuer à 
TEgliic rautoritc qu'ils luy 
auroient dcnice. 

Elle me fit connoiftrc 
qvi'elle entend oit ce raifon- 
ncmcnt , &: qu'elle (c fou- 
vcnoit de l'avoir leù dans 
mon livre-, mais qu'encore 
qu'elle ne vift rien à y î:c- 



€ï, Conférence avècM. Claude 
pondre, elle avoit peine à 
croire qu'on n'y répondift 
pas dans fa Religion. 

Madame la ComtefTe de 
Roye vint dire que M. Clau- 
de qui avoit promis de le 
trouver avec moy le lende- 
main , avoit receû défenfb 
de le faire, & ne le pou- 
voir plus. Mademoifelle de 
Duras témoigna efhre fort 
mécontente de ce procé- 
dé. Je voulus me retirer ^ &: 
la laifTer avec Madame fa 
focur : mais elle me pria de 
Kiy dire ce que je venois 
de luy rcprefenter. Te le fis 
en peu de mots, &: répon- 
dis à quelques objections 
qui me furent faites. 
Le lendemain matin Ma- 



ftiY Li matière de VEgllfe. C^j 
dcmoiicUc de Duras vint en 
mon loiz:is avec un honncf- 
te homme de la Religion , 
que je connoiilois, nomme 
M. Coton. Elle s'eftoit ier- 
vie de luy pour engager M. 
Claude à la Conférence, & 
il luy avoit rapporté que M. 
Claude Tavoit acceptée. EU 
le me pria de redire ce que 
i'avois dit la veille. Je le iis. 
^ ^I. Coton avoua qu'il 
ne içavoit que répondre., (S<: 
qu'il avoit grande paiîioFi 
d'entendre M. Claude fur 
cela. Luy &: Mademoifellc 
de Duras me firent quel- 
ques objections fur les ré- 
voltes fréquentes du peu- 
ple d'Ifracl qui avoit filou- 
vent abandonné Dieu^ Us 



^4 Conférence avec M. Cbude 
Rois & tout le f enfle y com- 
me parle T Ecriture Sainte; 
pendant quoy le culte pu- 
blic eftoit tellement éteint, 
qu'Helie croyoit eftre le feul 
ferviteur de Dieu, ^ qu'il 
n'apprit que de Dieumefme 
j^Res.xix. q^'^^ s eftoit rêfervc feft mille 
hommes qui n'avoient point 
jlechi le j^enouïl devant Baal. 

A cela je répondis , que 
pour ce qui regardoit He- 
îie, il n'y avoit aucune diffi^ 
culte, puis qu'il paroifl: par 
tes termes mefmes qu'il ne 
s'agiffoit que d'Ifraël où He- 
lie prophetifoit, àc que le 
culte divm loin d'eftre é- 
teint en Juda dans ce temps- 
là, y eftoit fous le règne de 
Jofaphat dans U plus grand 



fur U matière de lË^Ujc, ^§ 
Inlh'c où il cuft cftc depuis 
Salomon. La choie paiFa 
pour conilance, &: je remar- 
quay rculemcnt combien 
peu de bonue toy il y avoit 
aux Muiillres de produire 
toujours ce partage , après 
que le Cardinal du Perron 
y avoir donne une réponfe 
il decifive. 

Quant à ce qui crtoit ar- 
rive dans ]uda meimc, je 4.rcj;. xvi, 
dis que je voulois faire l'ob- x^vu^ 
jeclion encore plus forte 
qu'on ne me la faifoit , en 
confiderant l'état du peuple 
de Dieu fous Achazqui fer- 
ma le Temple , fit ficrificr 
aux idoles par Une Preilre 
du Seigneur èc remplit Jc- 
rufalem d'abominations j ôi 



^^ Conférence avec M. Clmdt 
fp.'f^-j.^f^-enfuitc fous Manafics, qn! 
xxxiii: enchérit fur les impietez 
crAchaz. Mais pour mon-* 
trcr que tout cela ne fai- 
foit rien à la queftion, je 
priay feulement qu'on re- 
marquait qu Ifiïc qui avoir 
vécu durant tout le recrue 
d'Achaz ^ pour toutes ces 
abominations du Roy, du 
Preftre Urie, & prefquc de 
tout le peuple , ne s'cftoit 
jamais fcparé de la Com.« 
munion de Juda, non plus 
que les autres Prophètes qui 
avoient vécu en ce temps hc 
dans tous les autres : ce qui 
montre qu'il y a toujours un 
peuple de Dieu , de la Com- 
munion duquel il n'eft ja- 
mais permis de fe feparer. 



Jîir Lî matière de l'Eglifi. €y 

Il clt écrit aulll que du4 r^ 
temps de ManaiVes , Dieu '" 
parla par la bouche de tous 
les Prophètes, &: menaçoit 
ce Rov itupie ^ tout le peu- 
ple. Mais ces Prophètes qui 
reprenoient &: déteftoient 
les impietez de ce peuple, 
ne le feparoient pas de la 
Communion. 

Et pour voir la chofe à 

fond , il t-aut, dilbis -j?, 

coniiderer la conllitution 

de l'ancien peuple. Il avoit 

cela de propre qu'il le muU 

tiplioit par la génération 

charnelle , ^ quc^ c'eiloit 

par la que s'en failoit la 

iucceiVion aulTi-bien que 

celle du Sacerdoce; que ce 

peuple portoit en fa chair 



\v 



68 Conférence avec M. CUude 
la marque deralliance , c'ell: 
à dire la circoncifion que 
nous ne lifons point avoir 
jamais efté difcontinuce; &: 
qu'ainfi quand les PontifcSj 
&: prefque tout le peuple 
aur oient prévariqué , l'eftat 
du peuple de Dieu fubfif- 
toit toûjom's dans fa forme 
extérieure , bon grc malgré 
qu'ils en euffent. Il ue pou- 
voit non plus arriver aucu- 
ne interruption dans le Sa- 
cerdoce que Dieu avoir at- 
taché à la famille d'Aaron. 
Mais il n'en eft pas de mef- 
me dans le nouveau peu- 
ple, dont la forme exté- 
rieure ne confiftoit en au- 
tre chofe qu'en la profef- 
ûon de la Dodrinc de Je- 



fur U tnattere de l'BgUfe, ^9 
5 u s - C H R I s T : de force 
que 11 hi confellion de Li 
vrayeFoy cftoic crcinre un 
Icul moment , l'Eglife qui 
n'avoit de fucccflion que 
par la continuation de cette 
profellion, ieroit tout-à-hiic 
éteinte, fans pouvoir jamais 
reilufcitcr dans fon peuple, 
ou dans fes pafteurs que par 
une nouvelle milfion. 

J'ajouftay au reftc , que je 
ne voulois pas dire que la 
vraye Foy ^ le vray culte 
de Dieu pull eftre tout-à- 
fait aboli dans le peuple 
d'Ifracl, en forte que Dieu 
n'ciift plus de vrais fervi- 
tcurs lur la terre. Mais je 
trouvois au contraire, pre- 
nucrcmcnc , qu il cftoit clair 



70 Conférence AvecU^cUude 
que malgré la corruption 
Dieu fe rciervoit toujours 
un affez grand nombre de 
fcrviteurs qui ne partiel* 
poient pas à Tidolatrie. Car 
il cela eftoit en Ifraël fchif« 
matique &: féparé du peu» 
pie de Dieu, comme Dieu 
me/me le déclare à Helie, 
à plus forte raifon en Juda, 
que Dieu s'eftoit rélervc 
pour perpétuer fon peuple 
ôc Ion Royaume jufqu au 
temps duMeflie. Lors donc 
qu'il eftoit écrit que le Roy 
ic tout le peuple avoient a- 
bandonné la Loy de Dieu, 
il falloit entendre non tout 
le peuple fans exception, 
mais une grande partie , &: 
fi Ton veut la plus grande 



JîiY II rnatïCYC de VtgUfi. 71 
partie du peuple, ce que les 
Minillres ne nioient pas. 
2. Qifil ne hilloic pas s'ima^ 
giner que les Terviceurs de 
Dieu & la vraye Foy fe con=^ 
Tervailent feulement en (e- 
cret; mais que clans toute la 
lucce filon de l'ancien peu - 
pie, la vraye doctrine avoic 
toujours éclate. Car il y a 
cil une continuelle fuccef- 
fion de Prophètes, qui loin 
d'adhérer aux erreurs du 
peuple , ou de les diffimu- 
1er , s'clevoit contre avec 
force , &: cette fuccelTion 
cftoit fi continuelle, que le 
Saint Efpnt ne craint point 
de dire que 'Dieti fc rekvoit -■ Paraîj^. 

. ■ ^7 j^ , ' ^ XXXVI. u. 

de mut & des le matin ^ &]cï.x\.r. 
avertijfoiî tous les jours fcn ^•^^^' ^ 



72. Conférence avec M. CUuât 
peuple par la bouche de fis Pro- 
phètes : exprcflion la plus 
puiffante qui fe puiiTe ima- 
giner pour faire voir que la 
vraye Foy n'a jamais cfté 
un fcul moment fans publi- 
cation, ni le peuple fans a- 
vertiflcment. Qui^ainfi ne 
ioit, nous venons de voir 
que dans tout le règne 
d'AchaZj Ifaïe n'avoit cef- 
fé de prophetifcr: Se fous 
Manailes, où il fcmble que 
l'abomination fufh montée 
au comble , puis que ni 
la pénitence de ce Roy, 
ni la famtcté de ]ofias fon 
petit - fils ne purent faire 
rétrafter la fcntence don - 
née contre ce peuple, Dieu 
fc fouvcnant toujours des 

abomi- 



fur U matière de lEglife.^ 75 
abominations de Manaiîcs : 
dans ce temps, dis-jc, nous 
avons vcû que Dieu faifoit 
parler fes Prophètes ; &: 
qu'une grande partie du 
peuple les ait fliivis publi- 
quement , il paroift en ce 
que ce Prmce impie ^^ re- 4.Rcg 
gorgerjerufàlem de fan g inno- 
cent , marque certaine qu'il 
trouva une g-randc rcfiftan- 
ce à fes idolâtries. On tient 
mefme qu'il fit mourir Ifaïc 
comme fes prcdeceffcurs a- 
voicnt fait mourir les autres 
Prophètes qui les repre - 
noient; &: cette hiftoire s'eft 
conlcrvce dans l'ancienne 
Tradition conforme à la pa- 
ic^lc de Noftrc Seigneur, 
qui reproche aux Juifs d'//- 
D 



74 Conférence avec M. Claude 

M.itt.xxïiL voir fait mourir les Prophètes y 

' '' & au difcours de Saint Ef- 

Act. VI 1.52. tienne qui dit, qi^'il n'y 4 

aucun Prophète quils n*ayent 

perfecutL 

Ces Prophètes faifoicnt 
partie du peuple de Dieu; 
cç:^ Prophètes retenoient 
dans le devoir une partie 
confiderablc &: des Pref- 
tres &: du peuple meime; 
c^'^ Prophètes qui confir- 
moient leur million par des 
miracles vifibles , cmpef- 
choicnt que la corruption 
ne gagnait; tout, &: pendant 
qu'une effroyable multitu-, 
de, & pcut-cftre le gros de la 
Svnao;oaue eftoit entraifné 
dans l'idolâtrie, ils confer- 
voient la Tradition de lave- 



fùf U matière de lEglifè. 7) 
ncc clans le peuple d'Hrael. 

Ezcchicl qui parut un peu ezccIv.xliv. 
après, nous le fait voir lors '^ 
qu'il parle des Prcjlrcs & des 
Lévites enfans de Sadoc, qui 
dans le temps de l'égarement 
des cfifans d' Ijrael ont ton- 
jours ûb/crvé les cérémonies du 
Sancfuaire. Cctix-la, pourdut- 
il, me ferviront, & faroijiront 
devant moy pour m' offrir des 
vi^limcs , dit le Seigneur. La 
fuccellion , non - Iculemenc 
celle de la chair , mais en- 
core celle de la Foy &: du 
minillcre, s'eftoit confcrvéc 
dans ces Prcftres &: dans 
ces Lévites, que la grâce de 
Dieu 6l la prédication des 
Prophètes avoient retenus 
dans le Tervicc. 

D i\ 



y 6 Conférence â^jcc M , Claude 
Et il faut remarquer que 
Dieu n*a jamais fait plus é- 
clater ce mmifterc des Pro- 
phètes, que lors que l'im- 
piété lembloit avoir pris le 
deflus^ en forte que dans 
le temps où le moyen ordi- 
naire d'inftruire le peuple 
cXloit non pas détruit, mais 
obfcurci, Dieu préparoit les 
moyens extraordinaires & 
miraculeux. 

A cela on peut ajoufter, 
que ce moyen extraordinai- 
re, c'eft à dire, le minifte- 
i-c prophétique, avant laça- 
ptivité eftoît comme ordi- 
naire au peuple de Dieu, 
ou les Prophètes faifoient 
comme un ordre toujours 
rabfiftant , d'où Dieu tiroût 



fur Li matière de l'EgUfè, 77 
continuellement des honi- 
mes divins , par \x bouche 
dcfquels il parloit luy-mcf- 
mc hautement & publique^ 
ment à tout (on peuple. 

Depuis le retour de la 
captivité jufqu'à Jésus- 
C H R I s T, il n'y eut plus 
d'idolâtrie publique ^ du- 
rable. On Içait ce qui arri 
va fous Antiochus rilludrci 
i^nais on içait auHr le zelc 
de Mathatias, &: le grand 
nombre de vrais Fidèles 
qui fe joignit a (Ii mai ion , 
& les victoires éclatantes de 
Judas le Machabéc &: de 
fes frères : ibus eux &: leurs 
fucccilcurs la profeihon de 
la vraye Foy dura jufqua 
J r <^ us-CiiR î ST. A la iÎK 
D n; 



7? Conférence avec M, Claude 
les Pharifiens introdiiifoient 
dans la Religion &: dans le 
culte beaucoup de fupcrfti- 
tions. Comme la corruption 
alloit prévaloir , ] e s u s - 
Christ parut au monde. 
Jufqu'à îuy la Religion scC 
toit confervée. Les Do- 
cteurs de la Loy avoient 
beaucoup de maximes &: de 
pratiques pcrnicicufes qui 
gao-noicnt &: s'établifl'oicnt 
peu à peu : elles dcvcncient 
communes, mais elles n'ef- 
toient pas paflées en dogmes 
de la Synagogue. C'cft pour- 
qucy ]esus-Christ di- 
foit encore : Les Scribes é* 
les rharifiens finî û^\s fur la 
chaire de Moïjè ; faites der.c 
tout ce qu'ils vous difent , mais 



fur la mathre de iBglife. 19 
ne faites p.^ fdon leurs œu - 
rvrcs. 11 ne cciW cl'honorcr 
Ic miniftcrc des Prcftrcs: il 
leur renvoya les lépreux fé- 
lon les termes de la Loy : 
il fréquenta le Temple i &: 
en reprenant les abus , il 
demeura toujours attache 
à la Communion du peuple 
de Dieu , ^ à l'ordre du 
miniftcrc public. 

On en vint enfin au point 
de la chcutc &: de la répro- 
bation de l'ancien peuple 
marquée par 1rs Ecritures 
^ par les Prophètes, lors 
que la Synacroguc condany 
na j E sus -C HR iST &: la 
dodrinc. Mais alors j e s u s^ 
Christ avoir paru ; il a- 
voit commence dans le fcin 
D lin 



îo Conférence avec M, Claude 
de la Synagogue à affcm^ 
bler fon Egliie qui devoit 
fubfifter éterneliemerit. 

Il clt donc conftant, pre-^ 
micrement qu'il y a toû« 
jours eu un corps vifibîc 
du peuple de Dieu, conti- 
nue par une fuccciïion non 
Hiter rompue , de la Com- 
munion duquel il n'a ja- 
mais efté permis de fe ie- 
parer. 2. Toujcurs une fuc- 
ceffion de Pontifes ^ de 
Preftres defcendus d'Aa- 
ron , &: de Lévites fortis 
deLevi^fans que jamais on 
ait eu befoin que Dieu fuf- 
citaft des gens d'une foçon 
extraordinaire. 3. Iln'eftpas 
moins confiant quelavrayc 
Foy a toujours efté pub'li 



fur U mature de l Ezlif- *>! 
qucmcnt dcciarcc , laiis 
qifon puillc allcgucr un rcul 
moment où la protcllion 
n'en aie cftc aiiiVi claire que 
la lumière du Soleil : chofc 
qui fciit voir combien o\\ 
fe trompe quand on croit 
que pour maintenir Tellat 
extérieur de TEglife, il fuf- 
fit de pouvoir nommer de 
temps en temps de préten- 
dus docteurs de la vérité. 
Car s il V a quelqne temps 
où la protclFion de la Foy ait 
celle dans l'Eglife, (on cftat 
eft pire que ccluy de la Sy- 
nagoguc, d'autant plus que 
dés-Ui clic perd la fuccef- 
lion^ ainfi que je viens de 
dire. 

Apres que j'eus dit ces. 
D V 



II. 



82 Conférence avec M. Claude 
chofcs 5 on employa quel- 
que temps à les repaflTer; ô^ 
cependant Madame la Com- 
tefïe de Royevint dire que 
M. Claude confcntoit à la 
conférence, qui feroit, fi je 
Fagrcois , chez elle fur les 
trois heures. 

Je fus au rendez -vous 5 
où je rencontray M. Clau- 
de. On commença par des 
honneftetcz réciproques ^ & 
il témoigna de fa part un 
grand refpeft. Apres cela 
fentray en matière, en dc^ 
mandant l'explication des 
quatre Ades tranfcrits dans 
mon livre 5 &; mentionnez 
cyndeflus. 

Après que j'eus expliqué 
la difficulté en peu de mots, 



fur là matière de l'Eglifi. ^ 
telle quelle eft propoil. 
i\\\\^X Exfojltior^ , cv que je 
l'avois rcpccce à Mademoi 
(elle de Duras , j'ajoufta^- 
que M. Claude devoit cftix 
d'autant plus preft a y re 
pondre, que je ne luydifois 
rien de nouveau, puis qu ap~ 
paremmont le Traité dt i' Ex- 
fojition eftoit tombe entre 
fesmams -, &:que c'efloit u- 
ne grande (atisfaclion, que 
dans un entretien delà na- 
ture de celuy-cy, on puft 
s'alTeurer qu'il n'y auroit 
point de furprife. 

M. Claude prit la paro- 
le, ^ après avoir réitère tou- 
tes les honnell:et':z qu'il a- 
vcMt faites, '-n termes encore 
plus civils, il déclara d'a- 
D vi 



§4 Conférence avec M. Claude 
bord que tout ce que j'avois 
objeaé de leur Difcipline 
&: de leurs Synodes dans 
mon Traité, & encore à prc- 
fent, eftoit rapporté de très- 
bonne foy.fans rien altérer 
dans les paroles : mais que 
pour le fens il me prioit de 
trouver bon qu'il me dift, 
qu'encore qu'il y euft, ain- 
fi que je l'avois remarqué , 
com.me divers degrez de 
jurifdidion établis dans leur 
Difcipline, la force de la 
déciiîon devoir eftre rap^ 
portée par tout à la feule 
parole de Dieu. Quant à ce 
que j'objedois, que la pa^ 
rôle de Dieu avoit elle pro» 
pofée dans le Confiftoire, 
dont on pouvoit appcllcr ' 



pir U matière de l'Êglife. 85 
d'où il s'cnfuivoic, avois- 
jc infcrc , que la dccifion 
dcrnicre , dont il n'y a plus 
d'appel , appartenoit à la 
parole de Dieu non prifc 
en elle -mef me, mais entant, 
que dcxlaréc par le dernier 
lugcment de TEglife : ce 
n'elloit pas là leurpcnfée; 
car ils tenoicnt que la de- 
cilion eftoit attachée toute 
cnriere à la pure parole de 
Dieu , dont l'Eglilc dans 
Tes a(l?mblces prcmiTcs «Sj. 
dernières ne faiibit que 
l'indication: mais que cq^ 
divers degrcz avoient cftci 
établis pour donner le loiiir 
a ceux qui crroicnt , de fc 
lecannoiltre. CVil: pour- 
quoy on ne proccdoit pas 



Î6 Conférence avec M. Claude 
d'abord par excommunica- 
tion, le Confiftoire efperanc 
qu'une plus grande affem- 
blèe, telle que feroit le Col- 
loque, &: enfuite le Syno^ 
de Provmcial compofé d'un 
plus grand nombre de per- 
fonnes , peut - eftre plus 
refpeûécs , & en tout cas 
moins fufpe£tcs au contrc- 
difant , le difpolcroient à 
entendre la vérité. Que le 
Colloque & le Synode Pro- 
vincial ufoicnt de pareille 
modération par la mcime 
raifon de charité : mais 
quaprcs que le Synode Na- 
tional avoir parlé, comme 
c'cftoit le dernier remède 
humain, il n'y avoir plus 
rien à cfpcrer , & qu'on 



fur U maîUre de lEglïJe, ^j 
proccdoïc aiilli à ladcrnicre 
Sentence, en ufant de l'ex- 
communication^ comme du 
dernier effort de la puilTan- 
ce Ecclcfiaftique. Que delà 
U ne hilloit pas conclure 
que le Synode National fe 
tinft infaillible ^ non plus 
que les précédentes affcm- 
blccs j mais feulement qu'a- 
prés avoir tout tente , on 
venoit au dernier remède. 
Pour la promcflc qu'on 
faifoit avant le Synode Na- 
tional, qu'elle n'eftoit fon- 
dée que fur Fcfperancc 
qu'o^ avoit que ra{f:^mbléc 
fuivroit la parole de Dieu, 
& que le Samt Efprityprc- 
fideroit,cc qui ne marquoir 
pas qu'on en cuft une en- 



88 Conférence avec M. Claude 
tiere certitude -, Se au reftc 
que le tcïmc per/uade.c ^ue , 
eftoit une manière honncfte 
d'exprimer une condition 
fans bleffer la révérence 
d'une fi grande aiîcmblce 
ni la préfomption favorable 
qu'on devoir avoir pour fon 
procédé. 

Quant à la condamnation 
des Indcpendrns , il me pria 
d'obfervcr , que fur fautori 
té deTEglife &: de fcs aflcm- 
blécs^il y avoir quelque cho- 
fc dent ceux de fi Religion 
convcnoicnt avec nous &c 
quelque chofe dont ils con- 
vcnoicnr avec les Indcpcn 
dans. : avec nous, que Icv 
afiemblées Ecclefiaftiqucs 
eftojient neceffaires ôc mi- 



fur la matière de l'Eglife. 89 
les , & qu'il falloit ctablii- 
quelque fubordinacion: a\ ec 
les Indcpendans , que ces 
aflemblées , pour nombreu- 
. fes qu'elles fuflcnt , n'cf- 
toicnt pas pour cela infliil- 
libles. Cela eftanc, qu'ils a- 
voient dcu condamner les 
Indepcndans, qui non feule- 
ment nioienc 1 inf 'illibilii-e, 
mais encore l'utilité & la 
ncccdit'j de ces air.:mblées 
& de cette fubordination. 
C'cil en ccli, difoit-il, que 
coniiilc i'Indcpcndantiimc, 
fî on peut ufer de ce mot. 
Il ajoufta que le fouftcnir, 
c'eftoit en eftct renverfer 
l'ordre, & donner lieu à au- 
tant de religions qu'il y 
i^o'r de paroiilcs , parce 



^o Conférence avec M, Claude 
qu'on oftoit par là tous les 
moyens de convenir. D'où 
il concluoit qu'encore qu'on 
fuft d'aceord que les affem- 
blées Ecclcfiaftiques n'cf- 
toient pas moyens infailli- 
bles 5 c'eftoit aiîez pour les 
maintenir &; condamner les 
Indépendans, que ce fuiT.'nt 
moyens utiles. 

Pour le Synode de Sainte 
Foy 5 qu'il s'agiffoit ou de 
rendre les Luthériens plus 
dociles en les faifant^difoit- 
il , rapprocher de nous , ou 
en tout cas d'établir une to- 
lérance mutuelle i ce qui n'o- 
bhgeoit pas de rien îuppri- 
mer ou ajoufter dans la Con « 
feilion de Foy, qui fut tou- 
jours tenue pour inébranla- 



fiiY la matière de iLglife, <j)\ 
blc. Et qu'au rcftc, quoy- 
qu'on cufl: donn/' plein pou^ 
voir à quatre Mnuftrcs , je 
fçavois bien que tels actes 
eitoicnc toûjiuirs fujcrs à ra- 
tification 3 en cas que les 
procureurs euiTcnt outrc- 
pailc leurs inftruûions : té- 
moin les ratifications nc- 
cclTciires dans les traitez ac- 
cordez par les Plénipoten- 
tiaires des Princes, ôc autres 
exemples femblables , où il 
y a toujours une condition 
d'obtenir du Prince la rati- 
fication ; condition qui fans 
eftre e>; primée, cfl: attachée 
naturellement à de telles 
procurations. 

A près avoir dit ces chofes 
par \.\\^ difcours afifez lono-. 



t>i Conférence avec M Xlaude 
fort net 5 ^ fort compofé , 
il ajoufta qu i! croyoit, équi- 
table comme 3'eftois^que je 
voudrois bien luy avouer ^ 
que de mefme que dans les 
chofes où j'aurois à luy ex- 
pliquer nos fentimens &: 
nos Conciles, par exemple 
c^luy de Trente , il elloit 
j^ifte qu'il s'en rapportaft à 
ce que je luy en diroisjauflî 
eftoit-il jufte que je m'en 
rapportafle à luy dans l'ex- 
plication qu'il nous donnoit 
des articles de leur Difcipli- 
ne &: des fentimens de leur 
Religion, eftant certain qu'il 
n'y en avoir point d'autres 
parmi eux que ceux qu'il me 
venoit d'expofer. 
Je repris fur ce dernier 



fur il phitiere de lEgllfe, 5>5 
mot, que CQ: qu'il difoit 'î^- 
roic vcncablc , s'il s'a^-if- 
ioïc limplemcnc d'expliquer 
leurs rites , il on pouvoir 
ufer de ce mot, bc la ma- 
nière d'adminiftrer la paro« 
le ou les Sacremcns, ou de 
tenir les Synodes ; qu'en 
cela je le croirois , comme 
mieux inftruit : mais qu'icy 
je prétendois qu'il leur cf- 
toit arrive comme à tous 
ceux qui font dans l'erreur; 
c'eft de tomber en contra- 
diclion , &: d'eftrc forcez 
à établir ce qu'ils avoîcnt 
nié. Que je fçavois qu'ils 
nioient qu'il falluft fc fou- 
mettre, ians examiner, au 
jugement de l'Eglife j mais 
qu'en mcimc temps je pré - 



^ 4 Conférence avec M . cUude 
teîidois cette infaillibilité de 
l'Eglife fi necclTairc , que 
ceux mcfmc qui la nioient 
en fpeculation^iic pouvoicnt 
s'empcfcher de l'établir 
dans la pratique, s'ils vou- 
loient Gonferver quelque or- 
dre parmi eux. Aurcftc^ que 
s'il s'agifloit icy de montrer 
quelque contradidion dans 
les fcntimens de TEo-life Ca- 
thohque , je ne pretendrois 
pas l'obliger à recevoir l'ex- 
plication que je luy donne- 
rois de ^zs fentimens &: de 
^Q-s Conciles , &: qu'alors 
il luy feroit libre de tirer 
de leurs paroles telle in- 
duaion qu'il luy plairoit ; 
qu'aufli ne penfois-jc pas 
qu il m'en refufaft autant : 



far la matière de l'E^lifè. 95 
de qiioy il convint fans dif- 
jfîculcc. 

Je n'avois pas dcficin de 
m'aircftcr beaucoup fur le 
Synode de Sainte Foy, qui 
m'eut, ce me fembloit, jet- 
te trop loin des deux pro- 
poficions dont je voulois ti- 
rer l'aveu, je répondis donc 
feulement, que je me rcn- 
dois à la railon qu'il alle- 
guoit fur la ncccflité d'une 
ratification, quoy-qu'cn ma- 
tière de Foy , tels pouvoirs 
& tels compromis fuU'enc 
un peu extraordinaires ; &: 
qu'au refte je voulois bien 
crou'c que le delTcin du Sy- 
node n'avoir pas cfté que 
les députez rcnverfaffent 
tout. Mais que ce qui me 



^ 6 Conférence avec M. Claude 
touchoit, àc à quoy il ne fem< 
bloitpas qu'il euft répondu, 
c'eft que le Synode avoir 
douté de fa Confeilion de 
Foy, puis qu'il permcttoit 
d'en faire une autre, &: que 
je ne voyois pas comment 
cela s'accordoit avec ce 
qu'on nous dit encore , que 
cette Confeffion de Foy ne 
contcnoit autre chofe que 
la pure parole de Dieu, à 
laquelle tout le monde fçait 
qu'il n'y a rien à changer. 
Quant à ce qu'il avoit dit, 
qu'il s'agifloit ou de rame- 
ner les Luthériens à des 
fentimens plus équitables, 
ou en tout cas d'établir une 
tolérance mutuelle , deux 
chofes y réfiftoient. i. Qu'il 



far h matière de l'EgUJe, ^f 
cdoit parle d'un pouvoir 
de décider tout point de 
doûrine : ce qui rcgardoit 
inanifeftement la réalité, 
dont les Luthériens n'a* 
voient jamais voulu fe re- 
lafcher. i. Que pour établir 
une tolérance niucucUc, il 
ne falloir pas dreiFcr une 
Confclfion de Foy commu-- 
nc, mais feulement établir 
cette tolérance par un Dé- 
cret Synodal , comme oii 
îivoit fait à Charenton. 

M. Claude répondit que 
le point de dodrinc à déci-^ 
der eftoit, fi on pouvoir éta« 
blir une tolérance mutuelle, 
&: que la Confeffion de Foy 
commune n'cuft fait autre 
chofc qu'énoncer cette co« 

E 



^S Conférence avec M. Claude 
kraiiee : ce qu'il ne nioit 
pas pouvoir eftre fait dans 
un Synode, comme il falloit 
que je convinfTe qu'il pou- 
voir fe faire auffi par une 
ConfefTion de Foy , où il y 
en auroit un article exprés. 
Je luy répondis que cela, 
ne s'appelleroit jamais une 
Confeflion de Foy commu- 
ne , bc luy demanday s'il 
croyoit que les Luthériens , 
ou eux, deuffent retrancher 
quelque chofe de ce que di- 
foient les uns pour la réali- 
té, &: les autres contre. Il 
4ît que non. Et de là, dî™ 
fois -je, chacun demeuroit 
dans les termes de fa Con- 
fefTion de Foy , fans qu'iil 
y cuft rien de commun quf 



/Sr U matière de l'EgUje. ^9 
l'article de la tolérance. Il 
y avoit, dit - il, beaucoup 
d'autres points dont nous 
convenions. D'accord, ré- 
pondis -je ; mais ce n'eltoic 
plus fur ces points qu'il y 
ûvoit à s'accorder: il s'agif^ 
foit du point de la rcalitc 
&: de quelques autres , iuc 
quoy on ne pouvoit faire de 
Confcllion de Foy commu- 
ne, fans que l'un des par- 
tis changcall, ou que tous 
les deux convinlTent d'ex- 
prelfions ambiguës, que cha- 
cun tireroit à fes fentimcns ; 
chofe tentée plufieurs fois, 
comme M. Claude luy- 
mefmc en conviendroit de 
bonne foy. Il en demeura 
4i'accord^(3c rapporta mefmç 
E ij 



ïôô Conférence avec M. Claude 
l'AiTemblee de Marbourg^ 
&: quelques autres tenues 
pour ce fujct. Je conclus 
donc que j'avois raifon de 
croire que le Synode de 
Sainte Foy avoit un pareil 
dcffein, &: que c'euft efté 
fe moquer du monde , que 
d'appcller Confcflion de 
Foy commune celle qui euft 
fait paroiftrc de fi mani- 
feftes oppofitions fur des 
points fi importans de la do- 
ârine Cbrefticnnc. A quoy 
j'ajouftay encore^ qu'il cftoic 
d'autant plus certain, qu'il 
s'agifToit en effet d'une Con- 
fcflion de Foy, comme je 
difois, que les Luthériens 
s'eftant déjà expliquez plu - 
fleurs fois contre la toleran^» 



fuY h fnatiere de iBglife. lot 
ca^ il n'y avoir rien à cfpc^ 
ver d'eux que par le moyen 
dont je parlois. La cliofe 
en demeura là -, &: je dis 
feulement , qu'après cela 
chacun n'avoit qu'à penfcr 
ce qu'il devoir croire en fa 
confcience d'une Confef- 
iîon de Foy que tour un 
Synode National avoir coa- 
Icnri de changer. 

Lors que M. Claude a- 
voir dir que le fermenr de 
ic iounierrrc au Synode Na« 
rionalenfermoir une condi< 
tion, j'avois inrcrrompu pat- 
un pcrir mor. Oui, difois- 
jc , ils efperoienr bien du 
Synode, lans ccrrirude rou- 
tcfois-, &: en arrendanr l'é- 
vcucmcntj ils ne lailloicnt 
E iij 



ïôi Conférence dvecM. CUudt 
pas de jurer de fc foumet- 
tre. M. Claude m' ayant icy 
averti que je l'avois inter- 
rompu, &: me priant de luy 
permettre de dire tout, je 
me teûs. Mais après avoir 
difcuté l'affaire de Sainte 
Foy, je luy dis qu'il me fen> 
bloit neccffaire avant que 
-de paflcr outre, que je luy 
diffe en peu de mots ce que 
jl'avois conceu de fa doctri- 
ne, afin que nous ne par- 
laffions point en l'air. Je luy 
dis donc. Vous dites. Mon- 
fieur,que ces mots, rer/ua" 
dez^que nous femmes, que Vlet^ 
y fréfedera y & "vous conduira, 
par fen Saint BJprit en toute 
vérité & équité far la regU 
de fa parole i font une ma^ 



fur la matière de tEgliJè. 109 
nicrc honncftc de propofcr 
une condition. Il en con-- 
vnit. Rcduifons donc , re- 
pris - je, la propofition en 
conditionnelle^ éc nous ver-^ 
rons quel en fera le fcns. 
Je jure de me foumettre à 
tout ce que vous déciderez, 
fuppofc ou à condition que 
ce que vous déciderez fe- 
ra conforme à la parole de 
Dieu. Un tel ferment n'efi. 
autre chofe qu'une illufioii 
manjfefte , puis qu'en foy 
il ne dit rien , &: que je le 
pourrois faire à M. Claude 
comme luy à moy. Mais en 
cela il n'y auroit rien de 
fcrieux ; éc marque qu'on 
veut quelque chofe de plus 
particulier^ c'eft qu'on ne 
E iiij 



Î04 Conférence dvec M, Claude 
fait ce ferment qu au Syno- 
de où Ton prononce en der- 
nier refTort, quoy-qu au fens 
de M» Claude il y euft au» 
tant de raifon de le faire 
des le Confiftoire à qui on 
doit fe foumettrc aufli-bien 
qu'au Synode^ fuppofé quil 
ait la parole de Dieu pour 



guide 



En cet endroit je me teûs 
un peu de temps -, & voyant 
qu'on ne difoit mot^ je re« 
pris ainfi. Mais enfin donc 3 
Monfieur, fi j'ay bien com- 
pris voftre dodrine , vous 
croyez quun particulier 
peut douter du jugement de 
i'Eglife, lors mefme qu elle 
prononce en dernier ref^ 
foni Non^ Monfieur ^^ re- 



fur Id matière de l'BgUje. lo j 
partit M. Claude : il ne £iut 
pas dite qu'on puiife dou- 
ter ; il y a toutes les appa- 
rences du monde que TE- 
glife jugera bien. Qm die 
apparence , Monfieur , rc- 
pris-je aulTitoll:, dit un dou» 
te manifeile. Mais , dit M, 
Claude , il y a plus : cair 
3 E s u s-C H R I s T ayant 
promis que tous ceux qui 
clicrcheroicnt,trouveroicntj 
comme on doit prcfumci: 
qu'on cherchera bien , on 
doit croire qu'on jugera 
bien, «5^: il y a dans cette 
alTeùrance quelque chofc 
d'indubitable. Mais quand 
on verra dans les Conciles 
des cabales, des fadions^ 
des interclls diffcrens ^ on 
E V 



10 é Conférence avec M. Claude 
peut douter avec raifon fi 
dans une tcilc aiTcmblce il 
Bc fe méfiera point quelque 
chofe d'humain & de dou- 
teux. Je vous prie , Mon- 
iieur, repartis-je , lailTons à 
part tout ce qui n'eft bon 
qu'à jetter de la poudre aux 
yeux. Tout ce que vous ve- 
nez de dire de cabales , de 
faftions, d'interefts, cfb ab»» 
folumcnt inutile , & ne ferc 
par confequent qu'à em- 
barraffcr. Il n'y a rien, dît 
M. Claude 3 de moins inu- 
tile. Et moy je fouftiens , 
luy dis - je , que vous allez 
convenir qu'il n'y a rien de 
plus inutile. Car je vous dc^ 
mande, Monfieur, fnppofc 
qu'il ne paruft dans le Con- 



fur Lî wâtiere de l'EgUfc. 107. 
cilc ni faûions, ni cabales, 
fuppofc mefme qu'on fuit 
ailcdrc qu^il n'y en cuft 
point, & que tout fc paf- 
faft dans l'ordre, faudroit- 
il recevoir la dcciiion lan^ 
examiner? Il flillut dire que 
non. D'où je conclus aulli- 
toft; 3 'a vois donc rai Ton de 
dire que tout ce que vous 
avez dit comme fort conlî- 
derable de fcidions & de 
cabales, n'eft au fond qu'un 
amufement; Ôc enfin qu\ui 
particulier, une femme, un 
ignorant, quel eiu'il foit,peuc 
croire , èc doit croire qu'il 
luy peut arriver d'entendre 
mieux la parole de Dieu 
que tout un Concile, fuft-il 
»Ulçmblc des quatre parties 
E Vf 



îo8 Conférence avec M.Claude 
du monde &: du milieu, &S 
que tout le refte de TEgli- 
fe. Ouï, dît -il 5 il eft ainfu 
Je rcpctay deux ou trois fois 
la propofition accordée , a - 
jouftant toujours quelque 
eirconftancc plus forte, mais 
évidemment contenue dans 
ce qui eftoit accordé. Qu9y^ 
mieux, difois -je, que tout 
le refte de l'Eglifc enfem* 
ble , & que toutes ks af- 
femblées, fuifent-elles conv 
pofces de ce quil y a de 
plus faint &: de plus éclaire 
dans rUnivers ? Car tout 
cela après tout, ce n'eft que 
des hommes, après lefquels^ 
félon vous, chacun doit en« 
core examiner. Un particu- 
lier croira qu'il povu'ra avoir 



fur U DUtltre de l'EglîJê, le^^ 
plus de raifon , plus de grâ- 
ce , plus de lumière , plus 
enfin le Samt Efpric que 
tout le relie de l'Ea-life! U 
fallut que tout cela paflafts 
&: je pouvois ajoufter plus 
que tous les Percs,plus que 
tous les fieclcs pailcz, à re- 
prendre immédiatement de- 
puis les Apoil:res.Mais,pour- 
iliivis-je, s'il cft ainfi, com- 
ment cvitez-vous les incoiv 
veniens des Indcpendans, 
& quel moyen refte à TE- 
glifc d'empefchcr qu'il n'y 
ait autant de religions, je 
ne dis pas qu'il y a de pa- 
roiflcs , mais qu'il y a de 
telles: Nous avons, dit-iK 
les Svnodes, qui lont des 
)ycns d'cmpclchcr de £ 



mo 



îïo Conférence /tvcc U.Claude 
grands maux , moyens non 
pas infaillibles 5 mais néan- 
moins utiles, ainfi que j'ay 
dit. Car encore qu'un Paf- 
teur qui prefchc ne foit pas 
infaillible, fon miniftere ne 
laiiîe pas d'eftre utile, par- 
ce qu'il indique la vérité. 
Or une grande aiîembléc 
compofce de plus de per- 
fonnes & plus dodes fera 
encore mieux cette indica- 
tion. II me femble, Mon- 
fieur, repartis-je, que vous 
rapportez tout à Tinflru- 
ûion : or ce n'efi: pas prc- 
cifément l'intention ni l'info 
titution des Synodes ; car 
iouvent un particulier fça^ 
vaut donnera plus d'inftru- 
â:ion que tout un Synode 



fur U matière de l'BgUfc, ni 
cnfcmblc. Ce qu'il faut 
donc attendre d'un Syno- 
de , n'cil pas tant Tinib-u- 
clion, qu'une dccifion par 
autorité , à laquelle il faille 
céder ; car c'cft de quoy 
ont befoin &: les ignorans 
qui doutent, & les fuper- 
bes qui contrcdifent. \Jn 
particulier ignorant, fi vous 
le remettez à luy-mefme, 
vous avouera qu'il ne fcait 
à quoy fe refoudre j &: loin 
d'abbatre l'orQ-ueil dans un 
Synode 3 vous le portez à 
fon plus haut point , pui5' 
que vous obligez un parti- 
culier a croire qu'il peut 
mieux entendre l'Ecriture 
que tout le Synode &: tout 
îc reftc de l'Ecrlife : ^ le 



lit Conférence avec M, Claude 
Synode luy~mefme , fuft-it 
aficmblé de toute l'Eo-lifc , 
interroge par celuy dont il 
examine la foy, s'il n'eft pas 
encore obligé à examiner a- 
prés le Synode, ^ s'il ne 
peut pas arriver que luy 
particulier entende mieux 
l'Ecriture que tous les Paf- 
teurs aflemblez, le Synode^ 
mefme univerfel/clon vous^ 
luy doit déclarer qu'il le 
peut fans doute» La pré- 
fomption^Moniieur, ne peut 
pas aller plus loin. Et re- 
marquez 5 s'il vous plaid, 
que ces alTemblées que vous 
propofez comme moyens u- 
tiles, ne font plus moyens 
utiles dés que chacun peut 
croire qu'il en aura un meii^ 



fur la nidùere de ttgUfe. 115 
leur, ^ le fcul qui puille 
eftrc fcùr, c cfl; a dire, ce- 
luy d'examiner par foy-meC 
me, &: n'en croire que foa 
jugement. Voilà, Monfieur, 
rfndcpcndannfmc tout en- 
tier : car enfin les Indc- 
pendans ne réfutent ni de 
tenir des Synodes pour s'c- 
clanxir mutuellement par la 
Conférence, ni de recevoir 
ces Synodes, quand ils trou- 
veront que ces Synodes au- 
ront bien dit. Ils en ont te- 
nu, vous le fçavez. Il avoua 
qu'ils en avoient tenu un 
pour drelTcr leur Confcifioii 
de Foy. Un ou pluficurs, il 
ne m'importe, repartis -je; 
ils ne les rejettent donc pas 
abfolumcnc, 6c Us n'y rc- 



î î 4 Conférence Avec M. Claude 
jettent précifcment que ce 
que vous y rcjettez, qui eft 
l'obligation de s'y foumet- 
tre fans examiner. Et fur 
cela , pour me réduire en 
peu de paroles 5 voicy quel 
lut mon raifonnement. Les 
Indcpendans veulent bien 
les afTemblées Ecclefialli- 
ques pour rinfl:ru6T:ion -, touc 
ce qu'ils ne veulent pas, 
c'eft la déciiion par autori- 
té que vous ne voulez non 
plus qu'eux : vous elles donc 
en tout point conformes, 
&; vous n'avez pas deû les 
condamner. Vous ne voyez 
donc pas , Monfieur, reprit 
M. Claude, que nous ne 
nions pas qu'il n'y ait une 
Wtorité dans les Synodes, 



furUmâûcre delEgUfe. iij 
tclle que l'autoritc paternel- 
le, telle que Tautorité des 
magiftrats, telle que Tauto- 
ricc qu'a un maiftrc fur Tes 
difciples, & un pafteur fur 
fon troupeau -, toutes ces 
Qutoritez ont leur ulagc, & 
ne doivent pas cfkre rejet- 
tces fous prétexte que les 
pcres <Sj les magiftrats & les 
maillres peuvent le trom- 
per : il en fera donc de mcf- 
mc de fautoricé de l'Egli fc. 
Mais Monfieur , repondis- 
je, les Indepcndans ne nient 
pas l'autorité paternelle , ni 
l'autorité des magiftrats, ni 
fautoritc des maiftres (ur 
leurs difciplcs, ou celles des 
paftcurs far les troupeaux. 
Ils ont des padeurs^ Mon- 



îi <^ Conférence avec M, Claude 
lieur, pour qui ils veulent 
iiuffi-bien que vous qu'on 
ait quelque dcfercnce; &: à 
plus forte raifon ne nie- 
ront-ils pas qu'il n'en faille 
avoir pour tout un Synode. 
Si donc vous les accufez de 
nier l'autorité des Synodes, 
il fautajoufter quelque cho=^ 
le a ce qu'ils en croyent^ 
& il n'y a rien a y ajoufter 
que ce que nous en croyons^, 
qui eft qu'il s'y faut fou« 
mettre fans examiner. 

Apres cela on fut un peu 
de temps à ne répeter de 
part & d'autre que les mcf 
mes chofes. Ce qu'ayant 
fait ob fer ver à M. Claude^ 
je luy dis r Enfin, Monfieur, 
on difputeroit fans fin y cha- 



fir la matière de l'tglïfe. Î17 
cun n'a plus qu'à examiner 
en la conlcicncc, &: devant 
Dicu^ s'ilfc fcnt capable de 
mieux entendre rEcriturc 
que tous les Conciles & 
que tout le rcfte de TEgli- 
fe, &: comment un tel fen- 
timcnt peut s'accorder avec 
la docilité & avec l'humili- 
tc des enfans de Dieu. 3'in- 
culquois en peu de mots 
quel orgueil c'eftoit de croi- 
re qu'on puft mieux enten- 
dre la parole de Dieu que 
tout le refte de l'Eglife, &: 
que rien n'cmpcfchoit après 
cela qu'il n y euft autant de 
religions que de teftcs. 

M. Claude me dit icy, qvi'il 
s'étonnoit que cette propo- 
lition me parull fi étrange. 



ïiS Conférence avec M. Claude 
qu'un particulier puft croi- 
re qu'il luy pouvoir arriver 
de mieux enceiidre l'Ecri- 
ture Sainte que toute l'E- 
glife affemblée ; que le cas 
cftoit arrivé , &: qu'il pou- 
voir m'en donner beaucoup 
d'exemples : le premier dans 
le Concile de Rimini,où le 
mot de confubftantiel fut 
rejette , & rArianifme éta- 
bli. J'interrompis, pour luy 
dire: Où nous jettcz-vous, 
Monfieur? Du Concile do 
Rimini vous nous mènerez 
au faux Concile d'Ephefc, 
au Concile de Conftancc, 
à celuy de Bafle, à celuy de 
Trente : quand aurons nous 
achevé, s'il faut faire icy 
paiTer tous les Conciles^ Jç 



fuY U mâtîere de l'BgUJe. 119 
vous déclare que je ne veux 
point me jetccr dans cctcc 
diicuirion, puis que mcimc 
noftre qucflion peut cftrc 
vuidcc par quelque chofe de 
plus prccis. Mais puis que 
vous avez parle du Concile 
de Rimini, dites -moy, je 
vous prie , Monfieur , ii les 
Pères de ce Concile demeu- 
rèrent long-temps dans leur 
dccifion erronée? Hé, ]c J^: demu d:?,^ 

d-1 ■» r r '1 équivoque 5c 

it-il , Moniicur, qu ils imparfikc 

en revinrent bientoft.Ditcs, ('^'ji-;^^"''^* 
dites, luy repartis-je, qu'auf. 
litoft après que l'Empe- 
reur Confiance proteélcur 
déclaré des Ariens & perfe- 
cutcur des Fidèles leur eût 
permis de fe retirer, cesE- 
vcfqucs réclamèrent haute- 



T 10 Conférence avec M, Claude 
ment contre la violence d>C 
la furprife qui leur avoic 
efté faite. Ne m'obligez pas, 
Monfieur , à raconter cet-» 
te hiftoire que vous fçavcz 
aufli-bien que moy , &: a- 
voûez qu'il efh injufte de 
comparer un Concile qui 
eftoit un brigandage mani-, 
fefte 5 aux AfTemblées te- 
nues canoniquemcnt & fe-* 
Ion l'ordre. Hé, Monfieur, 
ne difons-nous pas , reprit 
M.Claude, que le Concile 
de Trente n'a cflé ni libre 
ni canonique? Vous le ditcs^ 
Monfieur, &: nous le nions; 
&c il n'cft pas queftion icy 
de cette difpute. Il eft queU 
tion de fçavoir fi vous pou- 
"^ez éviter l'Indcpcndan- 

tifmc i 



fir h matière de tËglife, m 
tifmc, pour me fcrvir de 
volh'c terme que je trouvo 
fort bon ; & s'il y a dans 
voftre dodrine quelque re- 
mède contre cette infup- 
portable prcfomption d'un 
particulier qui doitcroire/c- 
Ion vos principes, qu'il pcuc 
mieux entendre l'Ecriture 
que les Conciles univcrfcls 
les mieux ailcmblez & les 
mieux tenus , &: que tout le 
verte de l'Eglifc cnfcmblcv 
Laillons donc , fi vous le 
voulez, reprit M. Claude, 
le Concile de Rimini ; voi- 
cy un autre exemple incoii- 
tertablc : c'cft le jugemenc 
de la Synagogue lors qu'elle 
condamna] ES us-Christ, 
^ dcclara par confequenc 
F 



112. Conférence avec M. Claude 
qu'il n'efloit point le Meflie 
promis par les Prophètes. 
Dites - moy , Monfieur , un 
particulier qui eût cru alors 
que Noftre Seigneur eftoic 
le vray Chrift, n'eût -il pas 
mieux jugé que tout le ref^ 
te de la Synagogue enfem^ 
ble? Voilà donc un cas in - 
dubitable où Ton peut fans 
préfomption faire ce que 
vous trouvez fi préfom- 
ptueux. En effet, pourfui- 
vit-il, ce n'eft pas une pré- 
lomption de ne pas donner 
à rtglife ce qui n'appar- 
tient qu'à Dieu feuL On ne 
iuy peut rien donner de 
plus grand , que de le croi- 
re à l'aveuo-le comme vous 
voulez qu'on croye l'Egli- 



î., Cor. I. u. 



fur U matière de l'E'^ll/e. iij 
le. Mais vous fçavcz que 
Saine Paul , pour ic mouis 
autant infpirc que IXglifc, 
ne laiflTc pas de déclarer 
aux Coruithiens qu il ne 'veut 
f oint dominer fur leur F oy. L'E- 
glifc le doit encore moins 
faire que luy. Il ne faut 
donc pas la croire fimple- 
ment fur fa parole j il faut 
examiner après clic, & fc 
lervir de fa raifon, comme 
firent ceux de Bcroée, qui A£\. xvii 
cxaminoient les Ecritures,"' 
pour voir fi les chofes y ef- 
toicnt comme Saint Paul 
les avoit prefchées. 

Quand M. Claude fe fut 
tcû , Voilà, dis-jc, bien des 
chofes : mais il ftut premiè- 
rement reprendre cet exem- 
Fn 



Î14 Conférence avec M. Claude 
pie inconteftablc que vous 
nous avez promis. Sur cela je 
luy remontray que TEglifc 
Chrefticnne avoit de grands 
privilèges au dellus de la 
Synogogue, mefme à conli- 
derer la Synagogue dans le 
temps de fa plus grande 
o-loire : mais fans parler de 
cela, que c'eftoit une étran- 
irechofe de comparer la Sy- 
nagogue tombante, au point 
où fon endurciffement ô^ 
fa réprobation eftoit mar- 
quée clairement par les Pro^ 
phetes, avec TEglife Chref- 
ticnne, qui ne doit jamais 
tomber. Mais enfin , Mon- 
f leur 5 reprit -il 5 on euft pu 
faire alors à ce particulier 
le mefme armmcBt que 



fur Li wAtiere de l'Eo^Uf?. n^ 
vous nous faites. Allctrucr 
ics Prophéties, ce n choit 
îicn 5 car c'cfloit de Tappli- 
cation de ces Prophéties à 
Jésus - Christ que b 
Synagocrue doutoit. Ainfi un 
particulier ne pouvoit plus 
croire en J E sus-C h ri s t, 
/ans cron-e en mefmc temps 
qu'il entendoit mieux !'£- 
Cîiru.rc que toute h Svna- 
goguc; & voii:i l'argument 
qî-ic vous nous faites. 

II y avoit peu de monde 
dans la Conférence, (5c tous 

ciloicntHuguenots,cxcept6 
Alidame la Marefchale de 
Lorge. Je vis deux de ces 
Meilleurs fc regarder en 
cet cndroitlun l'autre avec 
tomphifance. Je fus touche 
Fiij 



ïiê Conférence avec M, Claude 
qu'un raifonnement fi vifi- 
blcmcnt mauvais fift une 
telle impreiîion fur ces ef- 
prits; ë£ je priay Dieu de 
me faire la grâce de détrui- 
re par quelque chofc de 
net la comparaifon odieufe 
qu'on faifoit de fon Eglife 
toujours bien-aimée avec la 
Synagogue infidèle, dans le 
moment qu'il avoit marqué 
pour la répudier. 

Vous dites donc , Mon- 
fieur, dis -je à M. Claude, 
que l'argument que je fais 
peut autorifer l'erreur des 
particuliers qui condam- 
noient Jésus- Christ 
fur la foy de la Synagogue, 
&: au contraire condamner 
de préfbmption ceux qp^- 



fuY II matière de l'Eo^li/ê. îiy 
cruiciic Jésus- Christ 
fcul pkiftofr que la Synago- 
gue coucc entière. Oûï^ 
Monlicur, la ciiofe eft ain- 
il; & il répéta de nouveau 
fon raifonnemcnt. Voyons, 
dis-je 5 fi mon argument a 
cette malheureufc conic^ 
quence. Il confifte à dire, 
Monfieiir, quVn niant l'au- 
torité de l'Eglife , il n'y a 
plus de moyen extérieur 
dont Dieu Te puille fcrvir 
pour dilfiper les doutes des 
ignorans ,cV infpirer aux Fi- 
dèles rhumilité ncceflairc. 
Afin qu'on puft faire un tel 
argument du temps que 
1 E s u s - C H R I s T fut con- 
damné, il faudroit dire qu'il 
n yavoit alors aucun moyen 
F inj 



xtî Conférence avec U. Claude 
extérieur , aucune autorité 
certaine à laquelle on deùc 
necelTaircment céder. Or, 
Moniîeur , qui le peut dire, 
puis que ] e s u s^C h R i s x 
eftoit fur la terre , c'eft à di- 
re, la vérité mefme qui pa- 
roiffoit viiîblement au mi- 
lieu des hommes, le Fils E- 
ternel de Dieu , à qui une 
voixd'enhaut rendit témci- 
gnacre devant tout le peu- 
^irtu.îii. 17. pie , Cefi icy mon fis bien ai- 
mé, écoutez.-lej qui pour con- 
jErmer fa miffion reflufci- 
toit les morts, guerilToit les 
aveugles-nez, & faifoit tant 
de miracles , que les Juifs 
confeffoient eux - mefme s 
que jamais homme n'en a- 
XQit tant fait l H y avois, 



fttY II mdtlere de lËgUfe. ri<y 
donc , Monlîcur , un moyeu 
cxccncLir,unc auconcc viii- 
blc. Mais clic cftoit contcfl 
rcc : il cic vray , mais elle 
cftoit infoilliblc. Je ne pré- 
cens pas , Moniieur , que 
rautoncc dcrEglifc ne ioit 
jamais contcftcc; je vous c- 
coutc^vouS) Monlîcur , qui 
la conccftcz : mais je dis 
qu'elle ne doit pas l'eftrc 
par les Chrétiens. Je dis 
qu'elle eft infaillible; je dis 
qu'il n'y eiic jamais aucun 
temps où il n'y ait cia fur 
la terre une autorité tI- 
fiblc dsH parlante à qui il 
faille céder. Avant Je s u s- 
Ch r 1 s T, nous avions la Sy^ 
jiagogue -, au point que la' 
Synagogue dcvoit défaillir ^ 



ip Conférence avec M. Claude 
] E s VI s-Ch r I s t parut luy^ 
mefme y quand Jésus- 
C HR iST s'cft retiré , il a 
laifle fon Eglifc à qui il a 
envoyé fon Saint Efprit. 
Faites revenir Tesus-Christ 
enfeignantj prefchant, fai- 
fant des miracles , je n ay 
plus befoin de l'Eglife : mais 
aufli cftez-moy l'Eglife, il 
me faut Jes us-Christ 
en pcrfonne parlant , pref- 
ehant , décidant avec des 
miracles àc une autorité in- 
faillible. Mais vous avez fa 
parole. Oui fans doute nous 
avons une parole fainte &: 
adorable , mais qui fe laiffe 
expliquer &: manier comme 
on veut, ô£qui ne réplique 
rien à eeux qui remendent: 



fur Lî matière de tEgUfe. lyr 
mal. ]c dis qu'il faut un 
moyen extérieur de le ré- 
foudre fur les doutes, & que 
ce moyen foit ccrtam. Et 
fans recommencer les rai- 
fons dcja alléguées, mainte- 
nant qu'il ne s agit que de 
repondre àvoftre objection 
fur l'erreur de la Synaeo- 
gue qui condamnoit JE s u s- 
C H R I s T , je dis que tant 
s'en huit que vous puiilicz. 
dire quil n'y eût point a- 
lors de moyen extérieur af^ 
feure ni d'autorité parlan- 
te à laquelle il filluil fou- 
mettre fon jugement, il y 
en avoit une, la'plus h.iute &: 
la plus mfaillible quifufc]a- 
mais,qui eft celle de j e s u s- 
C H R I s T i & ainfi qu^il n'y 
F vj 



j}2. Conférence avec M, Claude 
eût jamais de temps où Ton 
pvift moins faire Targument 
4ont je me fervois contre 
les Proteftans 5 qui eft qu'ils 
manquent d'un moyen ex- 
térieur infaillible pour ter-« 
miner les doutes fur les E- 
critures. 

Apres que j'eus dit ces 
choies, je fentis qu'il n'y 
avoit rien à me répliquer. 
En effet j on ne me dit mot 
fur tout cela 3 quoy-que je 
me teialTe pour écouter ce 
qu'on auroit à répondre. 

Je ne veux pas dire par 
là que M. Claude foit de- 
meure muet. C'eft un cifet 
qu'il ne faut gucres atten- 
dre dans les conférences de 
cette nature. Il répéta qucL 



fliY II m.tture de l'ËgliJe. Ij;:; 
que chofc de ce qu'il a- 
voit dcja die , ^ infiila de 
rioiivcau fur ce que l'Apof- 
rrc luy-mcimc avoir décla- 
ré, qu'il ne domirioit pas fur- 
ies confcicnces. 

Je fus ravi qu'il revinft 
à ce partage que j'avois cii 
dcilcm d'expliquer d'abord;; 
mais il flilluc aller au plus 
preifc, qui cftoit l'exemple 
de la Synagogue. Cela cf- 
tanc hiic, je demandayfeu- 
Icmcntà M.Claude fi quand 
TAportrc avoir dir aux Co- 
linrhiens, Nous ne dominons 
fds fur voflrc Foy^ il vouloir 
dire qu'il falloir examiner 
^iprcs luy. Il vir bien que 
non^ &: l'avoua. Je conclus :: 
LM'glifc^ MonfiGur, ne prc- 



Î34 Conférence avec M\CLitids 
tend ne n fias dominer à la 
foy, quand elle veut quon 
Fen creye dans fes déxi- 
fions, parce quelle ne fe 
donne pas cette autorité par 
elle^nv^fmej non plus c^m 
Saint Paul , mais au Saint 
Eiprit qui rinfpire. Vous 
égalez donc^ dit M.Claude, 
à Saint Paul auteur de ré^ 
relation 3 l'Eglife qui n'en 
cft que finifl.: interprète. 
Non, Monfieur^repartis-je, 
je n'égale pas l'Eglifc à 
Saint Pcîulî mais je dis que 
prétendre qu'on en doive 
cflre cru fans examiner . 
quand on croit 2ip\' feule - 
ment comme un inftrnment 
dont le Saint Efprit fe fert, 
ce n eft pas dominer fur la 



fur la matière de l'EgU/c. 155- 
conllicncc, comme l'exem- 
ple de Saint Paul le dé^ 
montre. Au rcftc, je ne pré- 
tends pas égaler l'autorité 
de l'Eglifc à l'autorité A- 
poftolique. Les Apoftres ef- 
toient auteurs de révéla- 
tion , comme vous l'avez 
fort bien ditj c cft à dire, 
qu'ils avoient rcccû les pre- 
miers les veritcz qu il plai- 
foit àDieu de révéler de nou- 
veau : l'Eglife n'eft qu in- 
terprète &déporitaire. Mais 
en fauvant cette différence 
cflcntielie entre les Apof- 
tres &: l'Eglife, je dis que 
f Eglilc eft autant infpircc 
pour interpréter, que les A- 
poltres pour établir; &:quc 
tenant la grâce d'interprc- 



^yê Conférence avec M. Claude 
ter du mcfme Efprit, qui a 
donne la première révéla^ 
tion aux Apoftres , elle ne 
domine non plus fur les 
confeiences en interpré- 
tant, que les Apoftres en cta- 
bliftant: mais que les uns 
iiC les autres y font domi- 
ner le Saint Efprit, félon la 
inefure qui eft donnée à 
chacun. Il faudroit prou- 
ver, dît M. Claude, que 
l'Eglife a receû une pareil- 
le grâce. Il ne faut point 
prouver, repris-je auffitoft^ 
il faut feulement montrer 
que le paflage que vous aU 
Icguez ne conclut pas. 

A cela il ne fut rien dite 
MaiSj (i je m'en fouviens 
Ibien^ M. Claude exagéra 



(ur la 7nAticre de t'EgUfe. 137 
lin peu, combien il cfloii: 
ttranirc que nous vouluf- 
fions obliiicr les hommes 
<î croire 1' Ee;li ic comme 
Dieu mefmc ilir la iunple 
parole 5 lans le Icrvir pour 
mterpreter l'Ecriture Sain- 
te de la rai Ton que Dieu 
meime nous avoir donné :,- 
que ce n'cftoit pas ainlî 
qu'avoienr fait ceux de Bc- 
riKC ; ^ que l'Apoilire, fé- 
lon nous, auroit eu e;rand 
tort de leur lailler examiner 
les prédications. 

Je répondis qu'il y avoic 
une extrême diîïercnce en- 
tre les Fidèles déji enfans 
de rE^j;liic ^ loumis à ion 
autorité, &: ceux qui dou- 
loicnt encore s'ils entre • 



îj8 Conférence avec M. Claudi 
roient dans fon fein : que 
ceux de Bcroée cftoient 
dans ce dernier eftat^ àc 
que rApoftre n'auroit eu 
garde de leur propofer l'au- 
torité de l'Eglife dont ils 
doutoient : mais que ce n'ef- 
toit pas de la mcfme forte 
qu'on avoir inftruit les fidè- 
les après le Concile de Je- 
rufalem. Là les Apoftres 
décident par l'autorité du 

Aa.xv.z8. Saint Efprit: Il a fcmblébon, 
difcnt-ils , au Saint Ej}rit o* 
à nous» Que font après ce- 
la Pavil & Siîas porteurs de 
la lettre du Concile > Us 

^ei. XVÏ.4. farcouYotent Us Eglifes, com- 
me il rft écrit dans les 
AéVes : Qu^^y , pour y faire 
examiner le Décret du Con^ 



fur U màîuYedel'Eglife. 139 
cilc de Jcrufalcm r C'eût cf-^ 
té examiner après le Saint 
Efprit mermc. Quoydonc? 
Ils farcouroicnt les Eglifis , 
leur enfeignant de garder ce 
qui avoit cjlé jugé par les A^ 
Vo fixes & les Anciens dans 
'^erufdlem. Voila l'ordre : l'c^ 
\amen dans le Concile \ 
robciiTance fluis examiner 
après la dccifion; l'examen 
à ceux de Beroce , c'eil à 
dire , à ceux qui n'eftant 
point dans l'Ec-life , n'ont 
point encore d autorité qui 
les rco;lc ; i ou million fans 
examiner à ceux qui cftant 
dc].i dans rE<j,lire , n'ont 
quà écouter f.^s dxrcts. 
C ' c 11 1 a 1 c u r b on Ii c u r d ' e ft r c 
d.ip.s un corps qui conduit 



Î40 Conférence avec U. Claude 
par le Saint Erprit,ne fe pui f- 
ie jamais tromper, & d'efhre 
délivrez par là du pcrii d'un 
examen dont la fui icroit 
peut-eftrc Terreur. 

Il y avoit dcja prés de 
quatre heures que la Con- 
férence duioit. J'avois dcja, 
de l'aveu de M. Claude , u« 
ne des propolkions que je 
voulois luy faire ccnfellcr, 
c'eft à dire, que chaque par- 
ticulier doit croire qu il peut 
mieux entendre l'Ecriture 
Sainte que les Conciles u- 
niverfels &rque toutlerefte 
del'Eghfe. Il falloit encore 
qu'il avouaft l'autre propo- 
rtion non moins importan- 
te ; & voicy comme Dieu l'y 
€€)nduifit. 



fur h matière de l'Ëgli/e, 141 
Comme il avoir beaucoup 
parle de cette dominatioa 
de rEglifcfar lesconfcien- 
ces, répétant trois ou quatre 
fois que nous luy rendion<; 
le refpea qui n'elloit dcii 
qu'à Dieu feul, quand nous 
la croyions {ans examiner, 
je dis qu'il ne talloit point 
trouver ii étrange une cho- 
fe qu'ils failoient aulli-bien 
que nous i&: fur cela je dc-^ 
manday fi un Fidèle qui re- 
cevoit la première fois des 
mains de TEglife l'Ecriture 
Sainte, cftoit obligé à dou- 
ter , & en fuite à examiner 
file livre qu'elle luy mettoit 
en main eftoit véritable- 
ment infpiré de Dieu ou 
non. Si ce Fidclc cxamiiit 



i^T^Conference avec M. Claude 
&: doute, il renonce à la Foy j 
^ il commence la lecture 
de l'Evangile par un a£te 
d'infidélité i &: s'il ne doute 
pas, il reçoit donc fans exa- 
miner l'autorité de l'Eglifc 
qui luy prefente l'Evangile. 
A cela voicy la réponfe de 
M. Claude. Le Fidcle que 
vous fuppofez qui n'a pas leù 
l'Ecriture Sainte, &: à qui on 
la met en main , à propre- 
ment parler, ne doute pas, il 
ignore: il ne fçait ce que c'eit 
que cette écriture qu'on luy 
dit eftre infpirée de Dieu. 
Il a oui dire à fonPere&rà 
ceux qui l'ont inftruit qu'el- 
le eftoit divinement infpi- 
rée : il ne connoift encore 
d'autre autorité que celle-là ; 



fur la matière de l'Bglife. 145 
6^ pour ce qui efl de TEcri- 
turCjil ne fçaicceque c'eft. 
Aiuli on ne peut pas dire 
qu'il foie infidèle ni incré- 
dule. Et je vous prie, Mon- 
lieur, dit - il , que je vous 
flillc fur TEglife le mefme 
argument que vous me fai- 
tes fur l'Ecriture. Le Fidèle 
a qui on propofe l'autorité 
de rEo-life , ou il la croit 
fans examiner, ou il en dou- 
te. S'il doute, il cft infidèle: 
s'il ne doute pas, par quelle 
autre autorité cll-il afïcùré? 
L'autorité de l'Eglifc cft-ce 
une chofc évidente par clle- 
mcfme, &: ne faut-il pas la 
trouver par quelque exa- 
men? Voilà vofhre difficulté 
que vous avez à foudre 



l^^Confennce âvcc U. Claude 
ûullibien que moy : ou quit- 
tons-la tous deux, ou la ré- 
folvons tous deux enfem- 
ble. Je vous déclare pour 
moy, que je répondray pour 
l'Ecriture ce que vous me 
répondrez pour TEglire. 

]e vous entens, répon- 
dis - je : mais avant que je 
vous explique comment le 
Clireftien croit à TEglirc , 
il faut bien établir le fait 
dont il s'agit. N'eft-il pas 
confiant, Monfieur, parmi 
vous aufli-bien que parmi 
nous, que lors qu'on mon- 
tre l'Ecriture Sainte aux en- 
fans qu'on élève dans l'E- 
glife , on la leur montre 
comme un livre infpirc de 
Dicu \ U je demande s'ils 



fur U matière de l'Egli/e. r4f 
ne peuvent pas quand on 
leur en fait lire quelque 
chofe , avant que de com- 
mencer , faire cet acte de 
foy : "fe CYoy certainement 
que ce que je m'en v^ li* 
re cft U farole de Dieu ? M. 
Claude répondit icy, que 
ceux dont je luy parlois n*a- 
voient point encore de foy 
divine fur l'autorité de TE- 
criture , mais une fimple 
perfuafion humaine fondée 
lur la déférence qu'ils a- 
voient pour leurs parcns,6^ 
qu'ils n cftoicnt que Cate- 
cumenes. Catecumcncs , 
Monfieur,'il ne faut pas s'il 
vous plaift parler ainfi. Ils 
font Chrcftiens , ils font 
bapcifcz ; ils ont en eux le 
G 



14^ Conférence avec M. Claude 
Saint Efprit &: la Foy infu- 
li 5 ils font dans l'alliance, 
£blan vous -, ils ont reccû le 
Baptefme comme un fceau 
<le ralliancc à laquelle ils 
font admis ; & comme l'al^ 
ijancc eft fcellée en eux par 
ce fceau extérieur du Ba- 
ptefme, le Saint Efprit la 
îçelle intérieurement dans 
leurs coeurs. Recoiinoiffez 
voftre dodrine. Sur cela , 
4ît Monfieur Claude, vous 
l^avez qu'on pourroit con- 
tefter ; mais j'avoue ce que 
vous dites. Et bien donc, 
s'il eft ainfi, repartis-je, ils 
font par la grâce du Sainç 
Efprit &: la Foy infufe, en 
eftat de faire un aûe de 
foy quand la Foy leur fera 



furU matière de l'BgUJe, T47 
prcfchcc; &: je demande (î 
quand on leur montre l'E- 
criture reconnue par toute 
l'Eglife pour parole infpi- 
rée de Dieu , ils ne font 
pas en cftat de faire avec 
toute l'Eglife cet ade de 
foy : Je croy que cette Ecri- 
ture efl la parole de Dieu ^ 
comme je croy que Dieu efl, 
M. Claude ne voulut ja- 
mais avouer cela, &: il ré- 
pondit toujours qu'ils n'a- 
voient encore fur T Ecritu- 
re qu'une perfuafion hu- 
maine , &: que la foy divi- 
ne ne leuren viendroitquc 
lors quils Tauroient Icuc, 
S'ils n'ont, dis -je, qu'une 
perfuafion humaine , ils 
n'ont (ju'unc perfuoiion 
G ij 



14? Conférence anjec 14, Claude 
douteufe; ^ par confequenc 
ils doutent de ce qui eft 
félon vous tout le fonde- 
ment de la F oy : en un mot , 
ils font infidèles. Non, dît- 
il, ils font fimplement igno- 
rons 5 & il faut bien que 
vous en àiÇitz autant de la 
foy qu'on a en TEglife : car 
ce n'eft pas une affaire de 
petite difcuffion, de difcer- 
ner quelle eft la vraye Egli- 
fc, & avant qu'on foit en 
cftat de le fçavoir par foy- 
mefmejon l'ignore; ou Ton 
n'en a tout au plus qu'une 
firnple perfuafion humaine 
fur la foy de fes parens . Ainfi 
encoreunefois ce que vous 
direz fvir l'Eglife, je vous le 
diray fur l'Ecriture. Voyons^ 



fur U matière de tBgUfe. Î49 
Monficur, repris-je, (i vous 
le direz 5 ou fî vous aurcr 
raifon de le dire. Vous 
m'avouez donc qu'unCliref^ 
tien baptifc, qui n'a pas Icû 
ni entendu lire TEcriture 
Sainte, n'eft pas en cftat 
de faire cet adc de foy „- 
Je cYoy que cette Ecriture efi U 
farcie de Dieu , corr^me je croy 
ijue Dieu efi. Voilà un ter- 
siblc inconvénient ; qu'un 
Fidèle ne puiiTe pas faire 
un ade de foy fi effentiel. 
Cela n'cft point parmi nous : 
car le Fidèle qui reçoit 
l'Ecriture Sainte des mains 
de l'Eglife, fait avec toute 
l'Eglife cet acte de foy: 
Je croy y comme je croy qut 
Vicf^ efi j que cette Ecriture 
G iij 



ijo Conférence 4vecM. CUude 
efi la parole de celuj en qui jt 
sroy Et je dis qu'il ne peut 
faire cet ade de foy^ que 
parlafoy qu'il a déjà à Tau- 
torité de TEglife qui luy 
prefente TEcriture. Il faut 
icy, pourfuivis-jc, expliquer 
à fond 5 mais fimplcment 
toutefois, dans quel ordre 
font inftruits les Chrefticns 
de la vérité de l'Ecriture. 
Je ne parle pas des Infidè- 
les, je parle des Chreftiens 
baptifez ; & je vous prie 
qu'on remarque bien cette 
diftindion. Il y a deux cho^ 
fes icy à confidcrer. L'une 
eft: qui nous infpire l'ade 
de foy par lequel nous 
croyons l'Ecriture Sainte 
comme parole de Dicui 6^ 



fur h matière de PEgli/e, i^t 
nous convenons que c'eft 
le Saint Efprit : fur cela nous 
fommcs d'accord. L'autre 
chofe à confiderer, c'cft de 
quel moyen extérieur le 
Saint Efprit fc fcrt pour 
nous faire croire l'Ecriture 
Sainte; & je dis que c'eft 
l'Eglife. Qujiinfi ne foit, il 
n'y a qu'à voir le Symbole 
des Apoftrcs , c'eft à dire la 
première inftrucVion que le 
Fidcle reçoit : il n'a pas leii 
l'Ecriture Sainte, &: déjà il 
croit en Dieu, &: en J e s u s- 
C H R I s T , & au Saint Ef» 
prit, ^ l'Eglife Univerfelle, 
On ne luy parle point de 
l'Ecriture; mais on luy pro- 
pofc de croire l'Eglife Uni* 
vcrfclic aullicoft qu'on luy 
G iiij 



"îp Cenferenee ÂVêc U. Cîauât 
propofe de croire au Saint 
Efprit. Ces deux articles 
entrent enremble dans fon 
cœur, le Saint Efprit & l'E- 
glife, parce que qui croit 
au Saint Efprit croit auffi 
neccflairement l'Eglife Uni« 
verfelle^ que le Saint Efprit 
dirige. Je dis donc que le 
premier ade de foy, que 
le Saint Efprit met dans le 
cœur des Chreftiens bapti- 
fez, c'eft de croire avec le 
Père , le Fils , &: le Saint 
Efprit, l'Eglife Univerfelle; 
hc que c'eft - là le moyen 
extérieur , par lequel le 
Saint Efprit infinuë dans 
les cœurs la foy de l'Ecri- 
ture Sainte. Si ce moyen 
ai'eft pas certaixi^ la foy ç0 



fur U mAtiCYt de Vtglifi, lyj 
rEcriturc fera par confc- 
qucnc doutcufe. Mais com- 
me le Catholique a toujours 
trouve ce moyen certain, 
il n'y a aucun moment ou 
il n'ait pu dire : 'je croy , 
comme je croy que Dieu ejl, 
que Dieu a parlé aux hom- 
mes, & que cette écriture ejl 
fa parole. Et la raifon pour 
laquelle il peut flaire d'a- 
bord cet a£te de foy, c'clt 
qu'il n'a jamais douté de 
l'autorité de TEglife , &: 
que c'eft la première chofc 
que le Saint Efprit luy a 
mifc dans le cœur avec Ix 
f oy en Dieu &: en Jésus* 
Chr ist. 

Quant à ce que vous me 
demandez, comment il croie 
G V 



1^4 Conférence 4^'HM. Claude 
à l'Eglife, ce n cft pas là pré- 
ci fément noflre qucftion : il 
fuffit que nous voyions qu'il 
y croit toujours ^ puis que 
c'eft: la première choie que 
le Saint Efprit luy met dans 
le cœur 3 &: que c'eft le 
moyen extérieur par lequel 
il luy fait croire T Ecriture 
Sainte, écriture dont il n'a 
garde de douter jamais, nuis 
qu'il n'a jamais douté de 
l'Eglife qui la luy prcfente* 
Voilà, Monficur, noftre do- 
ftrine; 6^ parce que cette 
doftrine n'eft pas la vof- 
tre, vous tombez neceflai- 
rcmentdan:> rinconvenienc 
que j'ay marqué : parce que 
vous ne croyez pas l'auto-^ 
nté de l'Eglife comme une 



fur la matière de l'EgliJe. ifj 
choib qui ne peut man- 
quer , on vous marque un 
point où vous ne pouvez, 
fane un a£l:e de foy fur TE- 
cnturc , &: où par confe- 
quentvouscclTez d'cftre ft- 
dele. 

M. Claude me dit icy que 
l'enfant qui recitoitle fyn> 
bole parloït comme un per- 
roquet, fans entendre ce 
qu'il difoit, &: qu'amfiilnc 
falloit pas in fifter beaucoup 
fur cela : ^ qu'au reftc j'a- 
vançois gratuitement que 
croire l'Eglife Univcrfellc 
fufl le premier atSle de foy 
que le Saint Efprit mcttoit 
dans le cœur du Chreftiea 
baptifé, pour luy infmuer 
par ce moyen la foy en TE- 



t^ê Conférence avec M, Claude 
criture Sainte : enfin que je 
ne répondois pas à ce qu il 
fne demandoit fur l'Eglife, 
ni comment nous commen- 
cions à y croire j car, dît-il, 
le Saint Efprit eft le princi- 
pe de croire , ô^ non le mo- 
tif de croire: qu'il falloit 
donc que j'explicafTe com- 
ment nous croyions à TE- 
glife 5 &: par quel motif; ^ 
que de la manière dont j'en 
par loi s 5 il fembloit qu.'on y 
cruft par enthoufiafme éc 
fans aucune raifon qui nous 
induifift à le faire. 

Je répondis fur cela que 
je ne prétendois pas qu'on 
cruft à l'Eglife par enthou- 
fiafme s qu'il y avoit pour la 
•îcconnoiftre 4ivers motifs 



J%Y la mntiere de ttgU/e. \^J 
de crcdibilicc que le Saine 
Efprîtfuggcroit à fc s Fidè- 
les comme il luy plaifoit; 
qu'il ne les ignoroit pas, 
mais qu'il n'eftoit pas quef- 
tion d'en parler icy. Il s'a- 
git de fçavoir, difois-je, fi le 
moyen extérieur dont le 
Samt Efpnt fc fert pour 
nous faire croire l'Ecriture 
Sainte, n'cft pas i'autoritc 
de TEglife. Je ne parle pas 
gratuitement quand je dis 
que c'eft la première chofe 
que le Saint Efprit met dans 
le cœur des Chreftiens ba- 
ptifez ; car dés le Symbole 
on leur parle de l'Eglile U- 
niverfelle,&; on la leur pro- 
pofe à croire, fans leur par- 
ler de r Ecriture. Il ne ierc 



îjS Conférence avec M, Claude 
de rien de dire que les en- 
fans répètent d'abord com- 
me des perroquets & le 
Symbole &c le nom de TE- 
glife Univerfelle. LaiiTons, 
difois-je^le perroquet qui ne 
parle que par mémoire : ve- 
nons au point où le Chref- 
tien a l'ufage de la raifon ^ 
&: où il peut faire un afte 
de foy. Par où commence, 
ra-t-il, fi ce n'eft par où on 
a commencé de Tindruire? 
Il croit donc l'Eglife Uni- 
verfelle, avant que de croi- 
re l'Ecriture. En effet, fai- 
tes lire , je ne dis pas à un 
enfant, mais à quelque hom- 
me que ce foit^lc Cantique 
des Cantiques , où il n'eft 
parlé de Dieu ni en bien 



fur U matière de tEglifé. î5'9 
m en mal : de bonne foy^ 
il ne croit ce livre infpirc 
de Dieu qu'à caufe de la 
tradition, premièrement de 
la Synagogue, &: féconde- 
ment de TEglife Chreftien- 
ne , c'eft à dire en un mot,, 
par l'autorité de l'Eglifc U- 
niverfelle. Mais tenons- 
nous ànoilre point. Regar- 
dons le Chreflien au mo- 
ment qu'on luy propofe l'E» 
criture Sainte comme paro- 
le de Dieu. C'eft le Saine 
Efprit qui le luy fait croi- 
re ; nous fom^mes d'accord 
de ce point : mais nous dif- 
putons du moyen extérieur 
dont le Saint Efprit fe fcrt . 
]c dis que c'eft l'Eglife, puis 
que c'eft clic en effet qui 



ï^ô Conférence avec M. Claude 
îuy propofe TEcriture Sain^ 
te; puis qu'il a crû l'Egli- 
fe devant que d'ouir FE- 
cricure; puis qucn ouvrant 
TEcriture ^ il eft en eftat de 
dire : Je croy cette Ecriture 
comme je croy que Dieu eft. 
Vous dites qu'il ne peut 
pas faire cet adc de foy : il 
n'eft donc pas Fidèle, &: fou 
Baptefme ne Iuy fert de 
rien. Il faut l'inftruire com- 
me un Infidèle ^ en Iuy di- 
fant : Voilk l'Ecriture que je 
croy inîjirée de Dieui lis mon 
enfant y examine y njoy fi c*esi 
^ la vérité me/me ou une fable. 
VEglife la croit inï^irée de 
Dieu s mais l'Eglife fe put 
tromper y & tu n'es fas en 
tliat défaire avec elle cet a^t 



fur h mâtiert de lEgUfi. ï6t 
iie foy : Je croy , comme je croy 
i^uc Dieu efiy que c'eft luy- 
me/me qui a injpiré cette E- 
criture. Si cette manière 
d'inftruirc fait horreur aux 
Chrefticns , &: mené ma- 
nifeftement à l'impiété, il 
faut que le Chreftien puif- 
fc faire d'abord un ade de 
foy fur l'Ecriture que TE- 
glife luy propofc ; il faut 
par confequent qu'il croye 
que TEglifc ne fe trompe 
pas en luy donnant cette 
Ecriture. Comme il reçoit 
d'elle l'Ecriture , il en re- 
çoit d'elle -mefmc l'inter- 
prétation , &: clic ne domi- 
ne non plus fur les con- 
fcicnces en obligeant tes 
cnfans à croire fcs mtcrpre- 



ïêi Côfiferenee anjec M, Claude 
tarions fans examiner,qu'el- 
ie y domine en les obli- 
geant à croire fans exami- 
ner l'Ecriture mefme. 

Par cet argument, Mon- 
fieur, reprit M. Claude , 
vous feriez conclure cha- 
cun en faveur de fon Eglr- 
fe. Les Grecs , les Armé- 
niens, les Ethiopiens, nous- 
mefmes que vous croye:^ 
dans Terreur, nous fommes 
néanmoins baptifcz; nous 
avons par îe Baptefme, ôi 
le Saint Efprit &: cette foy 
infufe dont vous venez de 
parler. Chacun de nous a 
reccû l'Ecriture Sainte de 
l'EgUfc où il a eflé baptifé: 
chacun la croit la vraye E- 
glife énoncée dans le Sym» 



fur là ntâtiCYt dt l'ÊgUje. i&^ 
bolc ; bc dans les commcn- 
ccmcns on n'en connoifl 
pas me (me d'autre. Que il 
comme nous avons receu 
fans examiner l'Ecriture 
Sainte de la main de cette 
Eglife où nous fommcs , il 
nous en faut auffi comme 
vous dites recevoir à l'a- 
veugle toutes les interprc* 
tarions , c'cft un argument 
pour conclure que chacun 
doit demeurer comme il eft, 
&: que toute Religion cil 
bonne. 

C'eftoit en vcritc ce qui 
fc pouvoir objcfter de plus 
fort ; &: quoy -que la folu- 
tion de ce doute me paruft 
claire, i'cftois en peine com- 
Uicnt je pourrois la rendre 



i€4 Conférence avec M. Claude 
claire à ceux qui m'écou- 
toient. Je ne padois qu'en 
tremblant, voyant qu'il s'a- 
giffoit du falut d'une ame^ 
^ je priois Dieu qui me 
faifoit voir fi clairement la 
vérité, qu'il me donnaft des 
jparoles pour la mettre dans 
fon jour : car j'avois à fai- 
re à un homme qui écou- 
toit patiemment, qui par« 
loit avec netteté ô£ avec 
force , &: qui enfin poufibit 
les difficultez aux dernières 
prccifions. 

Je luy dis que première- 
ment il falloit diftinguer 
îcur caufe d'avec celle des 
Grecs , des Arméniens , bc 
des autres qu'il avoit nom- 
mez , qui errent à la vérité 



fur là mâture de l'BgUfi. i6^ 
en ce qu'ils prennent une 
faulVe EgliTe pour la vraye 
Eirlife ; mais qui croycnc 
du moins comme indubita- 
ble, qu'il faut croire à la 
vraye Eglife quelle qu elle 
foit , &: qu'elle ne trompe 
jamais Tes enfans. Vous cf- 
tcs, luy difois- je, bien plus 
à l'ccart; car je vous puis 
reprocher, non feulement 
que comme les Grecs &: les 
Ethiopiens vous prenez une 
fauife Eglife pour la vraye; 
mais ce qui eft incontcfla- 
ble, àc ce que vous nous 
avouez , que vous ne vou- 
lez pas mefme qu'on cm 
croye la vraye. Apres cette 
diftinction qui m'a femblc 
ncccflaircj venons à voftre 



t^6 Conférence avec M. Claude 
difficulté. Diftinguons dans 
la croyance des Grecs, &: 
des autres fauflcs Eglifesce 
qu'il y a de vray , ce qu el- 
les ont de commun avec la 
vraye Eglife Univerfelle, en 
un mot, ce qui vient de 
Dieu d'avec ce qui vient 
de la prévention humai- 
ne. Dieu met par fon Saint 
Efprit dans le cœur de ceux 
qui font baptifez dans ces 
Eglifes, qu'il y a un Dieu 
^ un Jesus-Christ &: 
un Saint Efprit. ]ufques icy 
Terreur n'y eft pas ; tout 
celaeft de Dieu: n'eft-il 
pas vray? Il en convint. Ils 
croyent qu'il y a auffi une 
Eglife Univerfelle : n'ont- 
ïh pas raifon en cela, ^ 



fit ta matière de l'EgllJe. 1^7 
n'cft-cc pas une vérité ré- 
vélée de Dieu qu'il y en a 
une en effet? J'attendis Ta- 
veuj &: après qu'il eût eftc 
donné , j'ajoullay que les 
Grecs &: les Ethiopiens cf- 
toient difpofez à croire fans 
examiner tout ce que la 
vraye Eglifc leur propofoit. 
C'eft ce que vous n'approu- 
vez pas, Monfieur: en cela 
vous vous éloignez de tous 
les autres Clîi'eftiens qui 
croyent unanimement qu'il 
y a une vraye Eglife qui ne 
trompe jamais fes enfans. 
Moy qui croy cela avec eux, 
je compte cette croyance 
parmi les cliofes qui vien* 
nent de Dieu : mais voicy 
oùcon-unenccntlcs prcvcn- 



i<^8 Conférence avec M. Claude 
dons humaines. C'eft que 
ce baptifé féduit par fes pa- 
rens ^ par fes pafteurs, 
croit que l'Eglife où il eft, 
cft la véritable , àc il attri- 
bue en particulier à cette 
fauffe Eglife tout ce que 
Dieu luy fait croire en gé- 
néral de la vraye. Ce n'eft 
pas le Saint Efprit qui luy 
met cela dans le cœur : n'eft- 
il pas vray l II eft vray fans 
«doute. En cet endroit il 
commence à croire mal. Icy 
<îonc commence Terreur j 
icy la Foy divine infufe par 
le Baptefme commence à 
périr. Heureux ceux en qui 
les préjugez humains font 
joints à la vraye croyance 
^ue le Saint Efprit mec 

dans 



fîir la matière de Itglife, r^9 
dans le cœur. Ils font 
exempts d'une grande ten- 
tation & de la peine terri- 
ble qu'il y a à diftingucr 
ce qui eft de Dieu dans la 
Foy de leur Eglife, d'avec 
ce qui eft des hommes. Mais 
quelque peine qu aycnt les 
hommes à diftinguer ces 
chofcs, Dieu les connoift 
&: les diftingue ; &: il y au- 
ra une éternelle différence 
entre ce que fon Saint Ef- 
prit met dans le cœur des 
haptifez quand il les difpo- 
fe intérieurement à croire 
la vraye Eglife, bc ce que 
les préventions humaines 
y ont ajouftc en attachant 
leur cfprit à une fauffc E- 
gliic. Comment ces bapti- 

H 



ï7o Conférence avec M. Claude 
fez pourront dcmefler ces 
choies dans la fuicc, bc par 
quels moyens ils peuvent 
fortir de la prévention qui 
leur a fait confondre l'idée 
de la fauiTe Eglife où ils 
font, avec la Foy de la vray e 
Eglife que le Saint Efprit 
leur a mife dans le cœur a- 
vccle Symbole, ce n'eft pas 
de quoy il s'agit j ô^ il fuffic 
que nous ayons veu dans 
tous les baptifez une croyan- 
ce de r Eglife qui leur vient 
de Dieu didinguéc de la 
pcnfcc qui leur vient des 
hommes. Cela eftant , je 
foufticns qu à cette croyan- 
ce de l'Eglife que le Samc 
Efprit nous met dans le 
cœur avec le Symbole, efl 



fir h matière de l'EgUJe, tyi 
attachée une ferme foy, 
qu^il faut croire cette Etril- 
le aulli certainement que le 
Saint Efprit à qui le Sym- 
bole mcfme la joint immé- 
diatement i ^ que c'eft à 
caufe de cette foy à TEfrli- 
fc que le Fidèle ne doute 
jamais de l'Ecriture. 

Je m'arreftay un moment 
pour demander fi on m'en-» 
tendoit. M. Claude répon- 
dit qu'il m'entendoit par- 
faitement. Et fi cela eft, 
Kiy dis-jc, vous devez voir 
l'inconvénient où vous jet- 
te voftrc croyance, &: vouv 
devez voir aulli que j? n'y 
luis pas dans la mienne. 
Vous dites que non -feule- 
nicnp il ne faut pas crou'c 



X72- Conférence âvccM, Claude 
la faufle Eglife, mais quii 
ne faut pas mefiiic croire 
la vraye , fans examiner ce 
quelle dit; & vous parlez 
en cela contre tout le refte 
des Chreftiens. Mademoi- 
felle de Duras interrompit 
en ce lieu: Voilà, dît -elle, 
à quoy il faudroit répondre 
par où'i &: par non. Je le 
dis en effet, reprît M.Clau- 
de , & je n'ay point hcfité à 
le dire d'abord.Tant mieux^ 
repartis -je: on va bientoft 
voir qui a raifon de nous 
deux, bc en Teftat de clar-- 
té où les chofes ont cite 
mifes par nos difcours ré- 
ciproques, le foible paroii- 
tra bientoft de part ou d'au- 
tre. Des que ^ous^ pofez 



fîir U matière de l'E^lifè. ly^ 
pour certain qvic rEglifc, 
mcdnc la vrayc, nous peut 
tromper, le Fidclc ne peut 
pas croire fur la feule fov 
de TEglifc que f Ecriture 
cft la parole de Dieu. Il le 
peut croire d'une foy hu-- 
maine, reprit M. Claude^ 
mais non pas d'une foy di- 
vine. Or la foy humaine , 
->rcpris-je, eft toujours fau- 
tive & douteufe: il doute 
don.c il cette Ecriture cft 
infpircc de Dieu ou non. 
M. Claude me pria icy de 
me fouvcnir de ce qu'il m'a- 
voit déjà dit, qu'il n'cftoic 
pas dans le doute , mais 
dans l'ignorance. Comme 
un liomme, dît-il, qui ne fc 
connoill pas en diamans^ 
H lii 



î 74 Conférence avec M. Claude 
qu'on Iiiy demande , en luy 
en montrant quelqu'un^ s'il 
croit ce diamant bon ou 
mauvais ; il n'en fçait rien , 
èc ce qu'il a n'eft pas un 
doute, mais une ignorance. 
De mefme^ quand un maif« 
tre enfeigne quelque opi- 
nion de philofophie , le dif- 
ciple qui ne fçait pas enco- 
re ce qu'il veut dire , n'a 
pas de doute formel; il eft 
dans une fimple ignorance, 
Ainfi en eft - il de ceux à 
qui on donne la première 
fois l'Ecriture Sainte. Et 
moy , dis - je , je foufliens 
qu'il doute , & que ccluy qui 
ne fe connoift pas en dia- 
mans doute fi celuy qu'on 
^uy prefente eft boa oumau- 



fur la matière de Hlglife, 17 j 
vais , &: que le difciplc dou- 
te avec rai Ton de tout ce 
que luy dit l'on maiftre de 
philofophic jufqu'à ce qu il 
y voye clair, parce qu'il ne 
croit pas fon maiftre infail- 
lible ; &: que par la mefmc 
raifon, ccluy qui ne croie 
pas l'EgliTe infaillible, dou- 
te de la vérité de la parole 
de Dieu qu elle luy propo- 
fc. Cela s'appelle ignoran- 
ce, ^ non pas doute, di- 
foit toujours M. Claude i &^ 
moy je fis cet argument. 
Douter c'cft ne fçavoir pas 
fi une chofe eft ou non : 
IcChrcftien dont nous par- 
lons ne fçaitfi l'Ecriture eft 
véritable ou non; il en dou- 
te donc.Dkcs-moy, qu'eft- 
H iiij 



17 6 Conférence Avec M.Claude 
ce que douter, fi ce n'eft 
ne fçavoir pas lî une chofc 
cft au non? A cela nulle ré- 
ponfe, finon que ce Cliref- 
tien ne doutoit en aucune 
forte de l'Ecriture , mais 
qu'il l'ignoroit feulement. 
Mais, difois-je, il n'eftpas 
comme un Infidele.qui n'en 
a peut-eftre jamais ouï par- 
ler. Il fçait que l'Evangile 
de Saint Mathieu & les E- 
piftres de Saint Paul font 
Icxxés dans l'Eglife comme 
parole de Dieu, &: que tous 
les Fidèles n'en doutent 
pas. Peut -il croire avec 
eux auflî certainement qu'il 
croit que Dieu eft, que cet- 
te parole eft infpirée de 
Dieu > Vous avez dit qu'xl 



Jur la matière de lEglifè, ijy 
ne peut pas faire cet aclc 
clc foy : qui ne peut fau'C 
un aftc de foy fur un arti- 
cle qu'on luy propofe, fliic 
du moins pour ainiî parler 
un aftc de doute. M. Clau- 
de rcpondoit toujours, qu'il, 
cftoit dans une pure igno- 
rance. Et bien laid'ons-là 
les mots : il n'en doute pas 
(î vous voulez; mais il ne 
fçait fi cette Ecriture eft 
une veritc ou une fable ; il 
ne fçait fi TEvangilecdunc 
hiftoire infpircc de Dieu ^ 
ou un conte invente par les 
hommes. Il ne peut donc 
pas fur ce point faire un 
aftc de foy divine, ni di- 
re : Je CYoy y comme Dieu ejî^, 
que l'Evangile efl de Die^ 
H V 



1 7^ Conférence avec M, Claude 
nie/me. N'avouez- vous pas 
qu'il ne peut faire cet a- 
de, &: qu'il n'a autre cho- 
fe qu'une foy humaine? 11 
avoua encore franchemenc 
qu'il n'y connoilToit autre 
chofe. Hé bien, Monfîeur^ 
c'eft afTez. Enfin donc il y 
a un point où tout Chref- 
tien baptifé ne fçait pas il 
l'Evangile n'eft pas une fa- 
ble : on luy donne cela à 
examiner : voila où il en 
faut venir quand on donne 
à examiner après l'Eglife. 
On peut difcourir fans fin : 
nous avons tout dit de parc 
&: d'autre , 5.:: on ne fe - 
roit plus que recommencer. 
C'eft à chacun à examiner 
en fa confcience comment il 



fur U matière de lEglifc, ly^^ 
peut (ouftcnir qu'un Chrcf- 
ncn baptifc doive avoir elle 
un moment ilins fçavoir fi 
l'Evangile cft une vente ou 
une fable , ^ qu'il faille 
entre les autres queftions 
qu on peut faire dans la vie, 
luy donner encore celle-là 
à examiner. U me parut à 
la contenance de Mademoi- 
felle de Duras qu'elle m'a- 
voit entendu : j'attendis 
pourtant un peu j ^ M. 
Claude fe leva. 

Mademoifelle de Duras 
fc leva avec nous , &: nous 
dit en s'approchant : Mais je 
voudrois bien avant qu'on 
fe retiraft, qu'on dift quel- 
que chofe fur la fcparation. 
La chofc eft faite, luy re- 
H vj 



iSo Conférence avec M. cUudt 
partis-je. Du moment qu il 
cft certain qu on ne peut 
examiner après l'Eglife fans 
tomber dans un orgueil in- 
fupportable, &: fans clouter 
de l'Evangile, il n'y a plus 
rien à dire. Chacun n'a plus 
qu'à confiderer s'il veut 
qu'on doute un feul mo- 
ment de l'Evangile , &: en- 
core s'il fe fent capable de 
mieux entendre l'Ecriture 
que tous les Synodes du 
monde , & que tout le ref - 
te de l'Ecrlife univerfelle. 
Mais, puis que Mademoi- 
felle fouhaite quelque par- 
ticulier éclaircilTement fiu* 
la féparation , je vous prie , 
dis-jeàM. Claude, don- 
jncz, « moy encore un mo- 



furU matière de tEglife. i%\ 
ment. Je vous vas propofcr 
des £ucs cilcnticls dont U 
faudra, ii je ne me trompe, 
que vous conveniez bien- 
toll:. Je vous demande, Mon- 
iieur, fi les Ariens fe font 
Icparez de l'Eglifc , &: iî 
leur fcde quand clic parut 
n'eftoit pas nouvelle? Us ne 
fe font pas, dît -il, feparez 
de l'Eiîlife ; ils l'ont cor- 
rompue. Il fe mit a reprc- 
fenter avec beaucoup d'e- 
xagération , comme ils a- 
voient entrai fnc toute l'E- 
glife. Cela n'eft pas ainfi, 
Monficur: vous fçavez que 
Saint Athanafc, Saint Bafi- 
le , Saint Grégoire de Na- 
zianz'^ , tant d'autres faints 
Evcfques tenoient pour la. 



lîi Conférence avec M, Claude 
veritc^ &: qu'un grand peu» 
pie les fuivoit. Vous fçavez 
que tout l'Occident, & Ro- 
me mefme, malgré la cheû- 
te de Libérais, eftoit ortho- 
doxe. Mais laiffons tout 
cela, luy dis-je; en quelque 
nombre qu'ils fe foient fe» 
parez , il y avoit une Eglife 
devant eux avec qui ils ont 
rompu , &: contre qui il s 
ont fait une autre Egli - 
fe. Non, dît -il, ils f'ont 
corrompue. Hé , Monfieur, 
quelle difficulté eft - ce là? 
Tous les hérétiques ne fc 
font jamais feparez qu'en 
corrompant quelques - uns 
des enfans de rEghfe , àC 
fe feparant avec eux de TE- 
glife où ils avoient tous efté 



fur Lt matière de FEglife. 1S5 
bapcil'cz. Mais enfin diccs- 
moy, Monficur, la fcdc des 
AiicnSj &: cette Eglilc qu'on 
nomme Anennc, n'cftoit- 
cUe pas nouvelle? Si vous 
voulez dire , Monfieur, me 
repartit-il , qu'Arius ait par- 
le le premier contre la di- 
vinité du Fils de Dieu, il 
n'eft pas vray. Origene de- 
vant luy & Juftin martyr a- 
voient dit la mefme choie. 
Ha, Monfieur, qu'un mar- 
tyr ait nié la divinité du 
Fils de Dieu, je n'en croi- 
ray jamais rien. Pour Ori- 
gene, vous fçavcz qu'on l'a 
allégué pour & contre ; c'eft 
un auteur ambigu &: fuf- 
pcû. Mais, Monfieur, laif- 
f ons les faits incertains , tai- 



f84 Conférence dvecM. Claude 
chons de trouver un fait 
dont vous &c moy conve- 
nions. Cette iede qui après 
la condamnation prononcée 
contre Arius , fe joignit à 
ce Preftre excommunié, SC 
forma une Ei^life contre TE- 
glife, n'eftoit-elle pas nou- 
velle > Il fallut bien Tavoûër» 
Pour luy prouver fa nou- 
veauté, failoit-il remonter 
jufqu aux Apoftres , 6c ne 
pouvoir - on pas luy dire ; 
£gi^Je feparée de cette aU" 
ire BgUji m K^ritis eB ne 
Ô* ou tl a receu le Baptef- 
me y vom n'estez, fus hier 
ni avant hier <' Ouï , dît M. 
Claude. N'en peut -on pas 
dire autant de l'Eglife Ma- 
cédonienne qui nioit la di- 



fur U matière de V'EgUfe. iSy 
vinitc du Saint EfpriCj des 
Nciloriciis qui icparoicntla 
pcifoniic de Jesus-Christ \ 
des Eutyclncns qui confon- 
doiciic les deux natures , ^ 
des Pclagiens qui nioicnt le 
pcchc originel & la grâce 
de Jesus-Christ? Ne 
pourroit-on pas leur dire 
llins remonter aux Apof- 
tres : ^^îind njous ejks ve- 
nus dUr monde , vous avez, 
trouvé ÏBglïfi haptîfant les 
petits cr^funs en rémijjlofi 
des pcchiz, , (^ demandant 
U convcrfion des pécheurs 
(^ des infidèles ? Donc ce 
qu*ont combatu tous ces 
hérétiques & tous les au- 
tr.^s que vous &: nous con- 
noiironSjCiloitcru non-icu- 



ïSéT Conférence avec M, Claude 
Icment du temps des A^où 
très 5 mais hier ô^ avant hier » 
&: dans les temps où les 
hérefîarques font venus, &: 
ils trouvoient TEglife dans 
cette croyance. Mais , ré- 
pondit M. Claude, il y a 
deux manières d'établir l'er- 
reur j l'une découverte, &: 
l'autre cachée ô^infenlible, 
Arreftons là, Monfieur, luy 
dis-je : nous devons propo« 
fer des faits conftans dont 
les deux partis conviennent; 
je ne conviens point de 
cette manière infenfible d'é- 
tablir l'erreur. Hé, dît-il, la 
prière des Saints &: le Pur- 
gatoire, voulez-vous dire, 
Monfieur , que vous les 
trouverez du temps des A- 



fur la matière de VEglife. ity 
poftrcs ? Non,Monricur, rc- 
pris-jc: jc ne vcuxncn di- 
re là-dclTus , car vous n en 
conviendriez pas; &: je veux 
dire des chofcs dont vous 
conveniez. Ufez-en demef- 
me avec moy.Cciuy qui ti- 
rera plus d'avantage iolidc 
des faits avouez par ion ad-- 
ver faire, aura un o;rand ar- 
gumcnt que la veiitc eft; 
pour luy : car le propre de 
la vente eft de fc foullcnir 
par tout , & de condamner 
l'erreur par les faits me fine 
que l'erreur avoue. Et puis 
que vous me parlez de la 
prière des Saints: vous ef- 
tcs de bonne foy \ n'ell_il 
pas vray que M. D ai lié nous 
accorde trciz-c cens ans 



ï88 Conférence avec M, Claude 
d'antiquité? Treize cens ans, 
Monfieiir, répondit -il, ce 
n'cft pas tous les temps de 
FEglife. j'en conviens, luy 
dis-je^ mais enfin, Tadver-. 
lairc me donne déjà treize 
cens ans; il me donne Saine 
Grégoire deNazianze,Sainc 
BariIc,Saint Ambroife, Saint 
Jerofme, Saint Chry folio- 
me, Saint Auguftin. Tout 
cela, dit M. Claude, des 
hommes. Des hommes tant 
qu'il vous plaira: mais en- 
fin nous avons treize cens 
ans de l'aveu de noftrc ad- 
veiTaire pour la prière des 
Saints , &: pour l'honneur 
des Reliques ; car ces deux 
chofes ont efté jointes en- 
semble félon M. Daillé' 



fur h mdikre de tF.gUJè. i8^ 
vous le fçavcz. Et pour la 
pricrc des morts , combien 
nous a donne M. Blondcl? 
Il cil: vray, dit M. Claude, 
que c'eft la plus ancienne 
erreur de rEglifc. Quatorze 
cens ans d'antiquité, Mon- 
fieur, cVft luy, dis -je, ce 
que nous accorde M. Blon- 
del. Je ne dis pas cccy pour 
faire préjuger la vérité de 
noftre doclrine;cc n'eft pas 
de quoy il s'agit : mais je le 
dis pour montrer que nous 
ne Tommes pas fans dcfcn- 
Ic fur ces exemples d'er- 
reurs infenfiblcment répan- 
dues , puis que déjà nous 
avons de votlre confentc- 
mcnttreizc&: quatorze cens 
ans. Venons donc à des 



î9o Conférence avec M. Claude 
faits conftans dont je puiiTe 
convenir. Car pour vous , 
*vous* convenez que les A- 
riens^lesNeftoriens, lesPe« 
lagiens , & en un mot tous 
les hérétiques fe font éta- 
blis 3 comme j'ay dit. Ils 
n'ont point trouvé d'Eglife 
à laquelle ils fe foient unis. 
Ils en ont érigé une autre 
qui s'eft feparée de toutes 
les autres Eglifes qui ef- 
toient alors. Cela eft cer- 
tain : n'eft- il pas confiant? 
j'attendis : M. Claude ne 
contredit pas ; je ne crus 
pas le devoir prelTer davan- 
tage fur une chofe confian- 
te 6c déjà avouée. Mainte- 
nant, luy dis-je, comment 
ie font établies les Eglifes 



fur la matière de iL^lïfe. 13;! 
orthodoxes? Quand les par- 
ticuliers &: les peuples , par 
exemple les Indiens, fe (ont 
convertis , n'ont - ils pas 
trouve une Eglife déjà éta- 
blie à laquelle ils fe font 
unis? Il l'avoua. En avez- 
vous trouvé une dans tou- 
te la terre à laquelle vous 
vous foyez unis? Ell-ce l'E- 
glife Grequc , ou Armé- 
nienne , ou Ethiopique que 
vous avezembralTce en qui- 
tant l'E^iliie Romaine? Ne 
peut -on pas vous marquer 
la date pîécife de vos Egli- 
ies , & dire à toute cette 
Eglife, à toute cette focie- 
té extérieure dans laquelle 
vous eftcs Miniftre , Vous 
ne fiiez pa^ hier ? Mais dit: 



î9i Conférence Avec U. Claude 
icy M. Claude 5 n'eftions- 
nous pas de cette Eglife? 
Nous n'en fommcs pas for- 
tis 5 on nous a chalTez. Oi\ 
nous a excommuniez dans 
le Concile de Trente. Ainfî 
nous fommes fo rti s : mais 
nous avons emporté TEgli- 
fe avec nous. Quel difcours, 
Monfieur, luy dis-je] Si on 
ne vous en euft pas chalTez, 
y fufliez vous demeurez ? A 
quoy fert donc ce comman-- 
dénient tant répète parmi 
vous , Sortez, de Bahylone , 
mon peuple ^T)c bonne foy, 
dites-moy 3 fufllez-vous de- 
meurez dans FEglife, fi elle 
ne vous euft pas chaffczf 
Non , Monfieur , alTeûré - 
ment, dît M. Claude. Que 

lert 



fur la matière de lEglifè. 193 
fertdonc, rcpris-j-?, de di- 
re icy qu'on vous a chafTjz? 
C'rft, dit-il, que c'cll un 
fait véritable. Hc bi-^n , 
Monii^ur , pourfaivis-j^ , il 
eft véritable : cela vous cft 
commun, (ne vous fafchez 
pas du mot que j: vais di- 
re, ) cela, dis-j ^, vous cft 
commun av^c tous bs hé- 
rétiques. L'Eglife où ils a- 
voient rec^ù le B.iptefmc 
les a chaflc:, les a excom- 
muniez. Ils cuiT^nt peut-ef. 
tre bien voulu y demeurer 
pour corrompre &: pour fe^ 
duirc; mais l'Eglife les a rc-^ 
tranchez. Et quant à cz que 
vous dites que vous efti?z 
dans cette Eglife qui vous 
a chaflez, &: que vous avez 

I 



ï5)4 Conférence avec M, Claude 
emporté l'Eglife avec vous^ 
quel hérétique n'en peut 
pas dire autant l Ce n'efl: 
pas des Payens que les an-^ 
ciens hérétiques ont com^ 
pofé leur Eglife; c'eft des 
Chreftiens nourris dans TE- 
gUfe. Aufli n'avez-vous pas 
formé la voftre en amaflanc 
des Mahometans; j'en con- 
viens : mais en cela vous ne 
fortez pas des exemples des 
anciens hérétiques , & ils 
ont tous pu dire auffi-bien 
que vous , qu'ils ont efté 
condamnez par leurs par- 
ties. Car on ne les a pas 
fait afleoir au nombre des 
Juges, quand on a condam- 
né leur nouveauté. Mais 5 
Monficur, reprît M. Clau- 



fkr U matière de VBglïfe, i^j 
de , nous ne convenons pas 
de ccccc nouveauté. Ce qui 
cfl; dans l'Ecriture, n'eftpas 
nouveau. Patience, Mon- 
fieur , je vous prie , luy ré- 
pondis - je : aucun des an- 
ciens bcreciques n'efl cow - 
venu de la nouveauté de fa 
dodrine -, ils ont tous allègue 
pour eux l'Ecriture Sainte : 
mais il y avoit une nou- 
veauté qu'ils ne pouvoient 
contefter; c'cft que le corps 
de leur Eglife n'eftoit pas 
hier^ & vous cw eftes de- 
meuré d accord. He bien, 
dit enfin M. Claude, fi les 
Ariens , fi les Neftoriens, fi 
lesPclagicnsavoient eu rai- 
lon dans le fonds, ils n'cuf- 
fcnt point cd tort dans la 



19^ Conférence avec M. Claude 
proccdure. Tort ou non, 
luy dis -je, Monfrur, ccft 
Iclonds delà queftion:mais 
toujours dcm':ure-uil pour 
confiant que vous avc^z le 
mcfme procédé qu'eux, la 
mefme conduite ^ les m:'f- 
mes dc^en es; en un mot, 
qu'en fermant voftreEglife 
vous avez fait comme ont 
fait tous les hérétiques , ^ 
que nous faifons ce qu'ont 
fait tous les orthodoxes. 
Chacun peut juger en fa 
confcience à qui il aime 
mieux reffcmbler, bc je n'ay 
plus rien à dh'e. 

M. Claude ne fe tcût pas 
en cette occalion , &: il me 
dît que cet argument ef- 
toit excellent en faveur des 



Jur la matière de l'Eglîfe, 197 
Juifs &: des Payons, &: qu'ils 
pouvoicncfouftcnir leur cau^ 
fe par la raifon dont je me 
fcrvois. Voyons, luy dis-je, 
Monficur, &: fouvcnez-vous 
que vous nous promettez le 
mcfmc arn;ument. Le mcf- 
me, reprit - il , lans dou- 
te. Les Juifs &: les Payens 
ont reproche aux Chreftien s 
leur nouveauté; vous Icfça- 
vez : les écrits de Celfe en 
font foy, &: tant d'autres, 
j'en conviens, luy dis -je, 
mais eft-cc la tout? Et il 
cftoit vray, pourfuivit - il, 
que le Chrlllianifmc eftoit 
nouveau, a le recrarder dans 
l'eftat immédiatement pré- 
cèdent. Quoy, luydis-je, 
quand J e s u s - C h r 1 s i 
lin 



15>8 Conférence avec M. Claude 
commença fa prédication, 
on Itiy pouvoir dire, comme 
)e vous dis, que dans TE- 
glife eu il cftoit né, on ne 
parloit pas hier de luy ni 
de fa venue? Et qu'eftoic~ce 
donc que Saint Jean BaptiC 
te , &: Anne la Propheteffe, 
&: Simcor, & les Mages, 6^ 
les Pcntifes ccnfultez par 
Herode,lcrs qu'ils répondi- 
rent que le lieu de fa naif- 
fance eftcit Bethléem ? Fal- 
loit-il remonter jufqu'à A- 
braham pour prouver l'an- 
tiquité des promeiTcs? Y a- 
t-il eu un fèul moment où 
le Chrift n'ait pas efté at- 
tendu dans l'Eglife où il eft 
né ; fi bien attendu que les 
Juifs l'attendent encore? li 



fuY U matière de l'Eglife. 199 
cft bien vray , Monficur , 

?u'il falloit voir arriver une 
bis cette nouveauté , &c ce 
changement du Chrift at- 
tendu au Chrift venu. Mais 
J E s u s-C H R I s T pour cela 
n'eft pas nouveau, ilefi hier, 
îi efi auiourd'hny , & fera aux 
fiecles des fiecles. H cft vray , 
repartit M. Claude, mais la 
Synagogue ne convenoit pas 
que ce 3 E s u s fuft le Chrift. 
Mais,rcpns je, la Synagogue 
n'a point condamne Saint 
Jean Baptifte^ mais la Syna- 
gogue a oui, fans rien dire^ 
&:'les Mages, &: Simeon, 
& Anne. 1 e s u s-C h R i s t 
a recueilli dans la Synago- 
gue, vrayc Eglife alors , les 
cnfans de Dieu qu'elle cori- 
I iiij 



Hcb XlLl. 



200 Conférence avec M, Claude 
tenoit. La Synagogue à la fin 
Vk condamne. Mais Jésus- 
Christ avoir déjà fondé 
fon Eglifc. Il luy donne {a 
dernière forme auUkoil a- 
prés {a mort , 6c le nouveau 
peuple a fuivi l'ancien uns 
interruption : voilà d-^s v?- 
ritezincontcfhables. Et pour 
ce qui eft du Paganifm'^, 
il eft vray que les Payons 
ont reproché aux Chrefticns 
leur nouveauté. Mais qu'ont 
lépondu les Chreftiens ? 
N'ont -ils pas fait voir clai- 
rement que les Juifs avoient 
toujours crû le mefmc Dieu 
que les Chreftiens ado - 
roient, & attendu le mef- 
me Chrift ? que les Juifs 
croyoicnt tout cela hier, 6^ 



fur la mMÏçrede lEglife. loî 
avant hier, & toujours fans 
intcrruppon? Mais, Mon - 
ficui*, encore une fois, dit 
M. Claude^ les Gentils ne 
convenoient pas de tout ce- 
la? Quoy, repris-jc, yavoit- 
il parmi eux quelqu'un af- 
fez dcraifonnable pour dire 
qu'il n'y euil jamais eu de 
Juifs , ou que ce peuple 
n'euft pas attendu un Chriil:, 
^ n'euft pas adore un fcul 
Dieu, Créateur du Ciel hc 
de la Terre? Ne faifoit-on 
pas voir aux Paycns le com- 
mencement manifefte de 
leurs opinions, & la date, 
je ne dis pas des auteurs de 
leurs fentimens , mais de 
leurs Dieux mcrmcs,&: cela, 
par leurs propres hiftoircs , 

I V 



lût Conferefice avec M, Claude 
par leurs propres auteurs, 
par leur propre Chronolo- 
gie ? Croyez - vous qu'un 
Fayen euft pu faire avouer 
à un Chreftien que la Reli- 
gion d'un Chreftien eftok 
nouvelle , & qu'il n'y avoit 
jamais eu de focieté qui euft 
eu la mefoic croyance que 
les Chreftiens avoicnt alors, 
comme je vous fais avouer 
que tous les hérétiques que 
vous &: moy rcconnoifTons 
pour tels , font venus de 
cette forte , 6c que vous a- 
vez fait comme eux? Voi- 
là, Monfieur, comme vous 
prouvez que les Juifs & les 
Payens pouvoient fouftenir 
leur caufc par le mefme ar- 
gument dont je me fers :; 



fur la matière de l'Eglfè. iOy 
pcrfonnc ne le pourra ja- 
mais, &: pcrfonnc ne pourra 
jamais nier le fait confiant 
que j'avance, qui cft que 
nous faifons comme tous les 
Orthodoxes, &: vous, com- 
me tous les Hérétiques. 

Là finit la converfation. 
Elle avoit duré cinq heures 
avec une grande attention 
de toute l'aiTemblce. On 
s'eftoit écoute Tun l'autre 
paifiblcment: on parloir de 
part ôc d'autre alfez fer- 
ré; de à la réfcrvc du com- 
mencement où M. Claude 
étendoit un peu fon dif- 
cours 5 dans tout le relie il 
alloit au fait , &: fe prefen- 
toit à la difficulté fans re- 
culer. Il cft vray qu'il tcn- 
Iv; 



204 Conférence avec M. Claude 
doit plûtoft à m'envcloper 
dans les inconvcniens oùic 
Tengagcois , qu'a montrcr 
comme il en pouvoir fortir 
luy-mefme : mais enfin tout 
cela elloit de la caufc ; &: il 
a dit aircûrcment tout ce 
que la ficnne pouvoit four- 
nir dans le point où nous 
nous cillions renfermez. 

Pour moy je n'avois gar^ 
de d'en fortir ^ puis que 
c'eftoitceluyfur lequel Ma- 
demoifcUe de Duras de- 
mandoit cclairciffcment. El- 
le me parut touchée: je me 
retiray toutefois en trem- 
blant, &: craignant toujours 
que ma foiblefle n'euft mis 
fon ame en péril , ^ la ve- 
nté en doute. 



fur Id fn.uicrede l'Eglifi. 2.05 
Je la VIS le lendemain, je ^ 



fus eonfolc de voir qu'elle 
.uoïc parfaitement enten- 
du tout ce que j'avois dit. 
C/eil ce que je luy avois 
promis. Je luy avois repre- 
fenté que parmi les diffi- 
cultczimmcnfesque Eufoit 
naiftre parmi les hommes 
Tciprit de chicane ^ &: la 
protondeur de la doûrmc 
Chrcftiennc, Dieu youloit 
que (es cnf.ms eufient un 
moyen aife de Ce ré foudre 
en ce qui re^ardoit leur 
faluti que ce moyen cfloit 
l'autontc de lEglifci c^uc 
ce moyen cftoit ailé à eta~ 
bhr,a'ife à entendre, aifc 
A fuivre-, fi aifc, difois-je, 
K fi clair, que quand vous 



I j ï. 

ite de U 



Coi te 'eh 



10 6 Confererice avec M, Claude 
n'entendrez pas ce que je 
diray fur cela, je confcns 
que vous croyiez que j'ay 
tort. Cela en effet doit 
cftre ainfi, quand la matiè- 
re eft bien traitée : mais je 
n'ofois pas me promettre 
de l'avoir dignement trai- 
tée. Je reconnus avec joyc 
&; avec action de grâces, 
que Dieu avoit tout tour- 
né à bien. Les endroits 
qui dévoient fraper, frape- 
rent. Mademoifelle de Du- 
ras ne pouvoit comprendre 
qu'un particulier ignorant 
puft croire fans un orgueil 
infupportable, qu'il luy pou- 
voit arriver de mieux en- 
tendre l'Ecriture que tous 
les Conciles Univerfcls ô^ 



fur U muiitrc de l'Bglïfe. toy 
que tout le rcftc de l'Egli- 
fc. Elle avoit vcù aufli-bicii 

?uc moy , combien eftoit 
oible l'exemple de la Sy- 
nagogue quand elle con- 
damna Jésus-Chris T> 
&: combien il y avoic peu 
de raifon de du-e que les 
particuliers qui croyoient 
bien, manquaiTent pour fc 
rc foudre d une autorité ex- 
térieure, lors qu ils avoicnt 
en la perfonne de Jesus- 
Christ la plus grande &: 
la plus vifible autorité qu'il 
foit poffible d'imaginer. Je 
repaffay fur le doute où il 
falloit eftre touchant l'E- 
criture fi on doutoitdcl'E- 
glife. Elle dît qu'elle n'a- 
voit jamais feulement fon- 



loî Conferer^ce avecMXUude 
gé qu'un Chrefticn puft 
douter un moment de l'E- 
criture j & au refte elle en- 
tendit parfliitcmcnt^quere» 
jettant le nom de doute ^ 
M. Claude avoit reconnu 
la chofe en d'autres ter- 
mes : ce qui ne fervoit qu'à 
faire paroiftre combien cet- 
te chofe eftoit dure & à 
penfer &: à dire , puis que 
forcé de l'avouer, il n'avoit 
pas cru le devoir faire en 
termes fimples. Car enfin 
ne fçavoir pas fi une chofe 
eft ou non , fi ce n'eft dou- 
ter, ce n'eft rien. Il parut 
donc dairement que les 
deux propofitions dont il 
s'agilToit eftoient établies: 
^ je fis voir en peu de mots 



fuY U matière de HdtC^^ ^05> 
:^ Madcmoifcllc de Duras, 
que Ton EgUr-, ^n croyant 
deux chofes auHi étranges, 
avoit change tout l'ordre 
d'uiftruu-e 'les enfans de 
Di ^u , pratic[ué de tout 
temps dans TEglife Chrcf- 

ti:nne. 

U ne falloir pour cela que 
liiy repeter en peu de mots 
ce qu elle m'avoit oui dire, 
&: ce qu elle avoir oui ac- 
corder a M. Claude. Di?u 
me mit pourtant dans le 
cœur quelque chofc déplus 
explique-, &: voicy ce que 

)c luy dis. 

L'ordre d'inftruire les en- 
fans de Dieu, cil de leur 
apprendre avant toutes cho- 
ie le Symbole des Apol- 



iio Conférence avec M.Claude 
très : Je croy en Dieu le Père y 
é" en Jesus-Chr is t, 
^ au Saint Efprit , la Sainte 
Eglife ZJmverjille, la Commu- 
nion des Saints , la rémijjîon 
des fechtz., Sc le refte. Au- 
tant que le Fidèle croit en 
Dieu le Père , 6c en fon 
Fils Jes us-Christ, 
&: au Saint Efprit , autant 
croit-il P Eglife Univerfelle, 
où le Père 5 oii le Fils, où 
le Saint Efprit eft adore. 
Autant 5 dis -je , qu'il croit 
le Père, autant croit-il TE- 
glife qui fait profefTion de 
croire que Dieu Père de 
Jesus-Christ a adopté 
des enfans qu'il a unis à 
fon Fils. Autant qu'il croit 
au Fils^ autant croit -il l'E- 



fur la matière de l'Eglife. ih 
glifc qu^il a aflcmblce par 
fon Sang, qu'il a établie par 
fa doclrinc, qu'il a fondcc 
fur la pierre , &: contre qui 
jl a promis que les portes 
d'Enfer ne prévaudroient 
point. Autant qu'il croit au 
Saint Efprit, autant croit- 
il cette Eglifc à qui le Saint 
Efprit a cftc donne pour 
dodcur. Et celuy qui dit , 
/f crcy en Dieu , cn^ Jésus- 
C H R I s T 5 dr au Saint Ef- 
prit , quand il dit, Je croy , 
il profelfe : // croit de cœur p^om. 
pour la juflice, & il confjfc de 
bouche pour le falut , comme 
dit Saint Paul , &: il fçait 
que la Foy qu'il a , n'cft 
pas un fentiment particu- 
lier. Il y a une Eglife, une 



Dan. I Î./4 
VU. 14. 



iï2 Conférence 4vec M. Claude 
focicté d'hommes qui croit 
comme luy : cVft TEglifc 
Univcrfclie qui n'eft pas icy, 
ni là, ni en ce temps ni en 
un autre. Elle n'eft pas ren- 
fermée dans une feule con- 
trée comme l'ancienne E- 
glife Judaïque; elle ne doit 
point finir comme elle ; 6^ 
fon Royaume ne doit po'mt paj^ 
fer à un autre peuple yCovavac. 
il eft écrit dans Daniel. Elle 
eft de tous les temps &: de 
tous les lieux, &: tellement 
répandue , que quiconque 
veut venir à clic, le peut. El- 
le n'a point d'interruption 
dans fa fuite: car il n'y a 
point de temps où on n'ait 
pu dire , Je croy l'Bglife Uni- 
verfclle, comme il n'y en a 



fur U matière de l'Eglifè. 215 
point où on n ait pu du-c, 
J<: croy en Dieu le Pire, & en 
fon Fils , & ^u Saint EJ}rit. 
Cette Egliie cft faintc, par 
ce que tout ce qu cU? en- 
fcign- cfl faint i parce qu'el- 
le enf igné toute la dodri- 
ne qui fait les Saints , c'cft 
à du-c toute la dodruic de 
3 E s u s - C H R I s T ; parce 
quelle enferme tous les 
Saints dans fon unité. Et 
ces Saints ne doivent pas 
cftre feulement unis en cf- 
prit: ils font unis extérieu- 
rement dans la communion 
de cette Eglife-, &: c'eft là 
ce que veut dire la com- 
munion des Saints. Dans 
cette EgUfe Univerfelle , 
dans cette communion des 



Il 4 Conférence av<c M, Claude 
Saints , eft la rémiffion des 
pcchez. Là eft le Baptefmc, 
par lequel les péchez font 
remis ; là eft le minifterc 
Matt. xvL des clefs , par lefquelles ce 

Toan. XX. . ^, \^ .ri 

(fut eH remis ou retenu Jur U 
terre , efi remis ou retenu dans 
/^aV/. Voilà donc dans cette 
Eglife un miniftere exte« 
rieur , 6^ qui dure autant 
quel' Eglife, c'eft à dire tou- 
jours , puis qu on croit cct« 
ce Eglife en tous les temps^ 
non comme une chofe qui 
ait efté, ou qui doive cf- 
trc, mais comme une chofc 
qui eft aûuellement.Voyez 
donc à quoy cette Eglife 
eft attachée , & ce qui eft 
attaché à cette Eglife. Elle 
eft attachée immédiatement 



fur U matière de l'BgliJe, il j 
au Saint Efpi'it qui la gou- 
verne i^i? croy AU Saint Ef- 
frity la Sainte Bglije Vnivcr- 
fille. A cette Eglife cft at- 
tachée, la communion des 
Saints , la rcmillion des pé- 
chez 5 la rcfurredion de la 
chair, la vie éternelle. Hors 
de cette Eglife il n'y a ni 
communion des Saints , ni 
rcmilTion des péchez, ni rc- 
furredion pour la vie cter^ 
nelle. Voilà la Foy de TE- 
gUfc établie dans le Sym- 
bole. Il ne parle point de 
l'Ecriture. Eft - ce qu'il la 
méprife? A Dieu ne plaife. 
Vous la recevrez des mains 
de l'Eglife -, &: par ce que 
jamais vous n'avez doute 
de l'Eglife , jamais vous ne 



zîé Conférence avec M. Claude 
douterez de rEcriture que 
TEglife a receûë de Di^u^ 
de Jesus-Christ, &: 
des Apoftres, qu'elle con- 
ferve toujours comme ve- 
nant de cette fourcc, qu'el- 
le met dans les mains de 
tous les Fidèles. 

Il me fembla que cette 
doctrine vraymenc fainte ^ 
ô^apoflolique, faifoit l'eftet 
qu'elle dcvoit faire : mais il 
y a, dis-)-", encore un mot. 
C'eil ce que j? difois à M. 
Claude 5 5<: je le réduis 
maintenant à ce raifonnc» 
ment très- iîmple que tout 
le monde peut également 
entendre , je veux dire le 
fçavant comme 1 ignorant, 
& le particulier comme le 
pafteure 



fuY U THAtiere de l'EgUfe, 217 
paftcur. Le Chrcfticn ba- 
ptiic, avant que de lire PE- 
cncure Sainte, ou peut fai- 
re cet ade de foy, Je croy 
ijue cette -parole efi injpirée de 
DkU' comme je croy que Bieti^ 
tfty OU il ne le peut pas f*u'- 
re. S'il ne le peut pas fai- 
re, il en doute donc; il cil 
rcduit à examiner fi l'Evaiv 
gilc n'eft pas une fliblc : 
mais s'il le peut faire, par 
quel moyen le feta-t-il? Le 
Saint Efprit le luy mettra 
dans le cœur. Ce n'efl pas 
repondre ; car on eft d'ac- 
cord que la foy en l'Ecri- 
ture vient du Saint Efpric, 
Il eft qucftion du moyen 
extérieur dont le Saint Ef- 
prit fc fcrt, &:ilne peut y 
K 



%iî Conférence avec M, Claude 
en avoir d'autre que l'auto» 
i'ité de PEglife. Ainfi cha« 
que Chreftien reçoit de 1*E- 
glife, fans examiner, cette 
Ecriture , comme Ecriture 
infpirée de Dieu. 

Paffons encore plus avant. 
L'Eglife nous donne-t-cUe 
feulement l'Ecriture en pa- 
pier^ l'écorce de la parole ^ 
le corps de la lettre? Non 
fans doute } elle nous don- 
ne refprit, c'eft à dire, ic 
fens de l'Ecriture : car nous 
donner l'Ecriture fans le 
fens , c'cft nous donner un 
corps fans ame , & une let- 
tre qui tue. L'Ecriture, fans 
fa légitime interprétation^ 
l'Ecriture dcftituée de fon 
fens naturel 3 c'eft un cou« 



fur la matière de l'Ëglij7. lî^ 
tcau pour nous égorger, 
L'Aricn s'eft coupé la gor- 
ge par cette Ecriture mal 
entendue ; le Neftorien fc 
l'cft coupée ; le Pelagien fc 
l'eft coupée. A Dieu ne 
plaife donc que l'Eglife nouç 
donne feulement FEcritu-. 
re , fans nous en donner le 
fens. Elle a receû lun &: 
l'autre cnfemble. Quand el- 
le a receû l'Evangile de 
Saint Mathieu &c f Epiftrc 
aux Romains, Se les autres, 
elle les a entendues : ce 
fens qu'elle a receù avec 
l'Ecriture, s'eft confcrvc a- 
vec l'Ecriture •,& le melhie 
moyen extérieur dont le 
Saint Efprit fc fert pour 
nous faire recevoir l'Ecrt* 



%io Conférence avec M. Claude 
turcSaiatCj il s'cnfcrt pour 
nous en donner le (ens ve- 
ïitable. Tout cela vient du 
jncfme principe; tout cela 
cft de la fuite du mefme 
defTcin. Comme donc il n'y 
a rien à examiner après TE- 
glife 5 quand elle nous don- 
ne l'Ecriture Sainte; il n'y 
a rien à examiner quand el- 
le l'interprète, ô^ qu'elle en 
propofe le fens véritable. 
JEtc'eftpourquoy vous avez 
veû qu'après le Concile de 
Jerufalem Paul &c Silas ne 
difent pas , Examinez, ce de- 
treti mais ils enfeignent aux 
Eglifes à obtcrvcr ce qu'a- 
voient juge les Apoftres» 

Voilà comme a toujours 
procédé VL^lik.Jc ne croh 



fur h mdiUfe de Itglife. i?t 
rois pas l'Evangile, die Saint cent. "p^. 
Augaitiii Jlje n'cftois touché ^' ''''"'' 
de l'autorité de l'EglifcCathoU" 
que. Et un peu après : Ceux 
a rjui fay crâ quand ils m ont 
dit. Croyez, a l Evangile, te les 
croy encore quand ils ?ne di^ 
Cent, Ne croyez, vas à Manichée, 
Cette Ibeieté de Pailcurs é- 
tablie par J e s us-C fi Pv i s r 
<^^ continuée jufquW nous, 
en me donnant l'Evancrile, 
m'a dit aulli qu'il Falloir de- 
r:(T:er les hérétiques &: les 
mauvaifes doctrines ; je croy 
Tun &: Tautre cnfemble, &r 
par la mcfme autorite. 

C\[\ la manière dont: les 

Chrefticns ont elle mllruits 

des les premiers temps ^ 

dans Icfqucis on a loudenii 

K iij 



t%^ Cûnferemedn)ecM. Claude 
aux hérétiques qu'ils n*ef^ 
toient pas recevables à diC- 
Tettaii pr«. putet dc l'Ecriturc ^ farce 
à^TetAt^'j?. que fins Ecriture on leur put 
montrer que l'Ecriture n*eji 
foint a eux ; qu'il n'y a rien 
de commun entre eux &: 
TEcriture. 

Et remarquez, s'il vous 
plaift, que toutes les focie- 
tez Chreftiennes^excepté les 
Eglifes nouvellement Ré- 
formées, ont confervé cette 
ynaniere d'inftruire. Nous 
difions M. Claude &: moy^ 
que TEglife Greque, TE- 
thiopienne, l'Arménienne, 
& les autres , fe trompoient 
à la vérité en fc croyant la 
vraye Eglife ; mais toutes 
croycnt du moins qu'il n'y 



Jùr h mAtiert de l'EgliJe. ii^ 
a rien à examiner après la 
vrayc Eglifc. 

Il n'y a point d'autre ma- 
nière d'enfeigner les Fidè- 
les. Si on leur dit qu'ils peu- 
vent mieux entendre l'Ecri" 
ture Sainte, que tout le reftc 
de FEglife enfemble , ou 
nourrit l'orgueil, on oile la 
docilité.Nul ne le dit,que les 
Eglifcs qui fe difent Réfor- 
mées. Par tout ailleurs^on die 
comme nous faifons, qu/il y 
aune vrayc Eglife, qu'il faut 
Grou"c fans examiner après 
elle. Cela cft crû non-feule- 
ment dans la vraye Eglife^ 
mais dans celles qui imi- 
tent la vrayc Eglife. 

L' Eglifc Prétendue Ré- 
formée cft la feule qui ne 
K iiij 



JLZ4 Conférence avec M. Chudt 
le dit pas. Si la vraye Eo-lf. 
fc, quelle qu 'elle foit, le dit ; 
l'Eglifc Prétendue Réfor- 
mée n'eft donc pas la vraye 
Eglife , puis qu'elle ne le 
dit pas. 

Qu'on ne nous dife pas : 
l'Ethiopienne le dit^laGre- 
que le dit, l'Arménienne le 
dit , la Romaine le dit \ à 
qui croiray-je? 

Si voftre doute confiftoit 
\ choifir entre la Romaine 
& la Grcquc, il faudroit en- 
trer dans cet examen. Mais 
maintenant on convient 
dans voftre Religion que 
l'Eglifc Greque , que l'E- 
glifc Ethiopienne &: les au-' 
très ont tort contre la Ro- 
mamej &: fi elles eftoient 



fur U mAtiere de ttglife. ^i% 
vraycs Eglifcs , en quittant 
la Romaine, qui, fclon vous 
ne Tcftoit pas , vous euiliez 
cleii rechercher leur com- 
munion. 

Elles ne font donc pas h 
vraye Eglilc. Vous ne Tef^ 
tes pas non plus : caria vrayc 
Eglilb croit qu il faut croi- 
re fins examen ce qu'en- 
feigne la vraye EgUfe. Vous 
cnfeignezle contraire.Vous 
vous dites la vraye Eglifc, 
^ vous dites en niefmc 
temps qu'il faut examinei: 
après vous : c'efk à dire, 
qu'on peut (q damner cii 
vous croyant. Vous renon- 
cez donc dcs-là a l'avanta- 
ge de la vraye Eglife. Vous 
n'cilcs pas la vravc Eglilc ; 
'k V 



xiê Conférence avec M, Claude 
il vous faut quitter : c'eft 
par là qu'il faut commen- 
cer. Si quelqu'un eft tenté 
en vous quittant de s'unir 
à l'Eglife Greque^ on luy 
répondra, 

Mademoifelle de Duras 
ayant entendu ces chofes, 
il me fembla qu'après cela 
non ne la pouvoit troubler 
que lUiabitudc contradéc 
dés l'enfance , 6^ la crainte 
d'affliger Madame fa Mère, 
pour qui je fçavois qu'elle 
avoir toute la tendreffe &^ 
tout le rcfpeft qu'une merc 
de cette forte mérite. Je 
vis mefme qu elle eftoit pei- 
née des reproches qu'on 
îuy faifoit, d'avoir des def- 
fcins humains, &: fur tout 



ftir la matière de l*ËgU/è. 117 
d'avoir attendu à douter 
de fa Religion, après une 
donation que Madame {x 
mère luy avoit fliitc. Vous 
fçavcz bien, luy dis -je, en 
voftrc confcience, en quel 
cftat vous eftiez quand cet- 
te donation vous a efté fai- 
te i 11 vous aviez quelque 
doute, &: fi vous Tavez fup- 
primé dans la veûc de vous 
procurer cet avantage. Je 
n'y fongeois pas feulement, 
répondit -elle. Vous fçavezi 
donc bien , luy dis -je , que 
ce motif n'a aucune part à 
ce que vous faites. Ainfi de- 
meurez en paix; pourvoyez 
à voftre filut, &: laiilcz di- 
re les hommes : car cette 
apprehenfion qu'on ne vous 
K vj 



2i8 Conférence âvêèc M. claud. 
impute des veûës humaines, 
eft une forte de vcûë hu- 
maine des plus dchcates &: 
des pkis à craindre. 

Elle louhaka que je répc- 
tafle en prefcnce de M, 
Coton ce qui avoit efté dit, 
par un deiir qu'elle avoit 
qu^il s'niftruififl: avec elle. 
On le fit venir j on convint 
à.Qs faits. M. Coton me 
fit avec une extrême dou- 
ceur quelques objeâions 
fur la doctrine que j'avois 
expliquée. ] y répondis. Il 
me dît , qu'il n'eiloit pas c- 
xercé dans la difpute , ni 
verfé dans ces matières. II 
difoit vray; il fe remettoit 
à M. Claude. Je priay Dieu 
de réclaircr^ & je partis 



fir h maîlere de l'Ëglife. ii5> 
pour revenir à mon devoir. 
Apres une converfatioa 
que nous cufmes encore à 
Saint Germain Mademoi- 
iellc de Duras &: moy dans 
l'appartement de Madame 
la Ducheile de Richelieu, 
elle me dît qu'elle le croyoic 
en cllat de prendre dans 
peu (a réfolution, (Se qu'il ne 
luy reftoit qu'a prier Dieu 
de la bien conduire. Le 
fucccs fut tel que nous \c 
fouhaitions. Le zi.Mars je 
retournay à Paris pour re- 
cevoir Ton abjuration. Elle 
la fit dans TEglife des RR. 
PP. delà Doclrme Chrcf- 
tienne. L^cxhortation que 
je luy fis ne rcndoit qu'l 
iuy reprclentcr qu'elle rcx*- 



%p Confifer^c^ân^tc M. Claudi 
troit dans TEglifc que ks Pe» 
res avoient quittée ; qu'el- 
le ne fe croiroir pas do- 
rénavant plus capable que 
TEglife 5 plus éclairée que 
TEglife^plus pleine du Saint 
Efprit que PEglifc; qu'elle 
recevroit de TEglife, fans 
cxamnier^ le vray fens de 
î'Ecriture , comme elle en 
recevoit TEcriture mefme^ 
qu'elle alloit dorénavant 
baftir fur la pierre , ôd qu li 
falloir que fa foy frudifiaft 
en bonnes œuvres. Elle (qïi^ 
tit la confolation du Saint 
Esprit, & TaiTiftance fut é- 
difiée de fon bon exem* 
pie. 



RÉFLEXIONS 

s UR UN ECRIT 
D F M. C L A U D E. 



i5> 

REFLEXIONS 

SUR UN ECRIT 

DE M. CLAUDE. 

ON cl vcu dans l'Avcr- 
cillcmcnc qui cil à la 
tclcc de ce livre , qu'après 
que M. Claude eue leu moni 
récit, il hc une rcponle à 
rniftruLlion que j'avois don- 
née à Mademoifelle de Du- 
ras, &: qu'il y joignit une 
Relation de nollre Confé- 
rence, qu'il avoit taitc,à ce 
qu'il marque dans cet écrit 
rue { me, des le UndeniMn dâ 
no (Ire entreviue. 

J'ay rcccù de divers en- 



^34 Réflexions fur un écrit 
droits, &: mefme des Pro- 
yinces les plus éloignées, cet 
écrit de M. Claude avec fa 
Relation : mais la copie la 
plus entière 6c la plus cor- 
rede que j'en aye veiaë nVa 
cfté communiquée par M. 
le Duc de Clievreufe , qui 
Favoit eue d'une Dame de 
qualité de la Religion Pré- 
tendue Réformée. J'ay veu 
auffi entre les mains de M. 
de Chevrcufe une déclara- 
tion fgnée de M. Claude, 
où il avoue tout Tccrit ^ de 
forte qu'on ne peut douter 
qu'il ne foit de luy. 

Je trouve beaucoup de 
chofes dans cet écrit, qui 
confirment manrfcftcmcnt 
tout ce qu on vient de lire 



de M. Claude. ^ i]^ 
dans le mien. Je ne précens 
pas relever icy toutes ces 
chofes 5 ni repondre à cel- 
les où M. Claude me pa- 
roift, par le défaut de fa 
caufe, auffi peu d'accord a- 
vec luy - mefme qu'avec 
nous. Pour faire de telles 
remarques , il faut qu'un é^ 
crit foit entre les mams de 
tout le monde , &: que cha- 
cun puiffe voir fi on en rap- 
porte bien les paffages, &: 
fi on en prend bien le fens 
&: la fuite ; il faut en un 
mot qu il foit public. Il le 
fera quand il plaira à M. 
Claude. Je fcray, en atten- 
dant,quelqucs reflexions fur 
des chofes dont je ne croy 
pas qu'il puiffc difconvcnirj, 



i5^ Reflétions fuY un écrit 
& qui peuvent beaucoup ai* 
der les Prétendus Refor- 
mez à prendre une bonne 
réfolution fur la matière que 
nous avons traitée. 
X'7?^w fuf Ma première réflexion cft 
fe^::£'^ ^^ la réponfb que foit M, 
*;^r^r7.. ^i- Claude aux Aftcs tirez de 
(ipiine iUs laDiiciplmede ics E^^lifes. 
i^f^nl^i Je me fuis fervi de ces. 
Actes pour montrer qu'il 
efloit fî neceflaire à tous les 
particuliers dans les qucf- 
tions de la Foy de fc fou- 
mettrc à l'autorité infailli-^ 
ble de l'Eglifc,que les Pré- 
tendus Réformez, qui la rc-^ 
jettoient dans la fpccula- 
tion, fc trouvoicnt forcez 
en mefmc temps à la re- 
connoijQ-rc dans la pratique. 



de M. Claude. 23 7 
Ce qu'il y a de plus prcl- 
fant dans ces Adcs , c'eft 
qu'au feul Synode National, 
a l'excluiion des Conliftoi- 
res , Colloques &: Synodes 
Provuiciaux,e{l: attribuée la Difdp.chif*. 
dernière &fnale réfolutïon far vid. liip'." 
la parole de Dieu. Mais parce p- ^'• 
que c'eil ii dernière & finale 
réfolutïon:, les Enjlifcs &: les 
Provinces en députant à ce 
Synode jurent folennelle- 
mcnt de fe fiumettre à tout ce dî^ci'p. ch. 9, 
qui fera conclu dans cette af çci\.y-^j^a,' 
fcmbléc , pcr/ùadées que Dieu y ^^]\.y' 
fréfidera far fin Saint BJprit 
& f^y fa far oie. Ainfi, parce 
qu'on croit devoir une lou- 
miilion entière a cette fcn- 
rence luprénic quand elle 
fera prononcée^ on jure de 



ijS Réflexions fir un écrit 
s'y foumettre avant mefme 
qu elle Tait efté ; c'eft agir 
confequemment. Mais fi a- 
prés une promeffe confir- 
mée par un ferment fi (o- 
lennel^on prétend fe laifiTer 
encore la liberté d'exami- 
ner, j'avoue que je ne fçay 
plus ce que les paroles fi- 
gnifient, &: il n'y eût j-mais 
d'évafion mentale fi pleine 
d'illufion &: d'équivoque. 

On peut bien croire^ fans 
que je le dife , que les Mi- 
niftres fe fentent preflez par 
un raifonnement fi clair • 
dans de telles occafions, où 
la vérité fe découvre avec 
tant d'évidence 3 plus on a 
d'efprit , plus on fent la 
difficulté^ & plus on fe trou- 



de M. Claude. 15^ 
vc cmbaraiTc. AulTin'y a-t-il 
rien de plus vilible que rem- 
barras qui paroift dans la 
rcponfe de M. Claude, je 
dis me fine dans fa réponfe 
telle qu'il la marque dans la 
propre Relation. 

Elle fe réduit à dire qu'on 
fait ce ferment, parce qu'on 
doit bien prc fumer d'une 
telle affcmblce; &: au fur- 
plus que ces paroles, Notis 
jurons de nom foumcttrc k 
vojlre ajfemblée, perjuadcz. que 
Dieu y préfidera, enferment 
une condition fins laquelle 
la promellc ainfi jurée n'a 
point (on effet. C'efh tout iRep.p.34^ 
ce qu'on peut répondre. 
L'Anonyme qui a dédié (on 
livre à M.Conrart^m'a faic 



^4^ Réflexions fur un écrit 
le premier cette rcponfe. 
hap. 55. p. Un autre Anonyme, dont le 
livre eft intitulé, le déguifc- 
Nog.r.p.ch. ment d€?naf(jué,V2LÎà\tc après 
''- '- '''• luy. M. Noguier, & M. de 
rag.i^s. Brueis autre Auteur qui a 
répondu à VBxpofltion,n ont 
eu que cela à dire. M. Ju- 
rieux s'en eft tenu à cette 
Prcferv. art. répoufe dans fon Préferva- 
tirj & leulement il explique 
plus limplement que les au- 
tres, que toute cette per- 
iliafion qui fcrt de fonde- 
ment au ferment ^ eft une 
daufe de civilité des termes de 
laquelle il ne faut f oint ahufer, 
M. Claude n'a point eu 
d'autre réplique , & c'eft la 
feule qui paroift encore dans 
fa Relation. 

Ainfî 



de M. Claude, z^\ 
Ainfi ce ferment fi fc- 
rieux & fi folcniicl de cous 
nos Reformez &: de leurs 
Eglifes en corps à leur Sy- 
node National fe réduit à 
cette propofinon, qui ne fe^ 
roit au fond qu'un mutile 
comphment: Nom jurons dc^ 
vant Dieu de nom foumettre 
à tout ce que vom déciderez., 
ft njûîis déàdc':^ par fa parole 
comme nous le préjunions CT 
nous ie [ferons. 

Mais pourquoy donc ne 
pas énoncer ce grand fer- 
ment c\\ CCS termes , fi ce 
n'eft qu'on a bien veù qu'en 
fe rcduifmt à ces termes 
on ne difoit rien , & qu'on 
a voulu dire, ou fcmblcr 
dire quelque choie > 
L 



arr. 3. Obf. 



^àf% Réflexions fur un écrit 

Pour moy 5 plus je confi- 
jdere ce qui fe trouve dans 
la Dircipline à^$ Prcc^n- 
dus Réformez fur ce fer- 
Bicnt de leurs Eglifes , plus 
je le trouve éloigné du iens 
qu'on y veut donner. 

Je trouve premièrement, 

comme je Tay remarque 

dans la Conférence, que ce 

ferment ne fe Lit que pour 

le Synode National, c*eft à 

dire , pour ccluy cU fe doit 

faire U dernière ^ finale rifo- 

lution par la parole de D'eu; 

èc le Synode National de 

Caflres a déclaré ^non nu* 

fer oit point es lettres d'tnnjoy 

portées par Us députel des 

Eglifs particulières aux CoUo^ 

.^tées & Synodes FTQvincim^ 



de M. Claude. 245 

de cUufès de fourni ffion s i 
ABSOLUES ^/^^ ce//es ^ui 
font inférées es lettres des Fro< 
'v in ce s aux Synodes Natio- 
naux. Pourquoy, fi ce n'cft 
pour faire voir la différence 
qu'il y a encre la dernière 
décifion^ ^ toutes les au- 
tres > 

En effet, quand j*ay re- 
cherche en quoy coniifloit 
cette différence, j'ay trouvé 
une autre forte de foumif- 
fion pour les Colloques 6c 
pour les Synodes Provin- 
ciaux. Cefi que ceux qui nrdp.ch.^ 
font accufez d'altérer la (ai- *'' ^'' 
ne doctrine font obUgez 
préalablement défaire promijfe 
exprejfe de ne rien Jïmer de 
leurs opiniêns avant la convo- 



Z44 Reflétions fir un écrit 
Cation du Colloque , oti du Sy - 
node Provincial. C'eft un rè- 
glement de Difcipline &: de 
Police. M lis quand on vient 
au Synode où le doit faire 
ceUe dernière & finale réfolu^ 
tiony les particuliers à la vé- 
rité réitèrent la mefme pro- 
meflc i mais on ne s'en tient 
pas là 5 &: les Eglifes en 
corps y ajouftent ce grand 
ferment de fe foumettre en 
tout &: par tout à la déci- 
iîon 3 perfuadées que Dieu 
mefme en fera l'auteur. 

Une fimple préfomption hu- 
maine, comme l'appelle M. 
Claude, une cLaufe de civili^ 
îê y comme la nomme M. Ju- 
rieux,ne peut pas eftre la ma- 
tière àc le fondcmenr d un 



de M. Claude. Z4y 

ferment : aulB voyons-nous 
que non- feulement les par- 
ticuliers , mais les Confiiloi- 
res &: les Provinces entières 
fentircnt dans ce ferment 
quelque chofe de plus fort 
qu'on ne veut prefentement 
nous y ftiirc entendre , en 
forte qu'elles y firent une 
grande rcfiftancc qui ne put 
ellre vaincue que par un 
long-temps , & par les Dé- 
crets réitérez des Synodes 
Nationaux. 

Je voy durer cette réfif- Dirdp.ch «. 
tance jufqu'à l'an i6n. En T\l^^^: 
cette année & au dellus 
je trouve prefque toujours 
dans les Synodes Natio - 
naux, des Provinces entiè- 
res cenfurces ^ parce que 
L iij 



ij^6 "Réflexions fur un écrit 
léîir députation, ou, comme 
ils parlent , leur envoy , ne 
contcnoit pas cette claufe 
de fourni (Tion. Les Eglifcs 
avoient de la peine à faire 
un ferm:*nt fi peu conve- 
nable à la dodrine qu'on 
leur avoir infpiréc, & à ju- 
rer 5 contre les principes de 
la nouvelle Reforme, une 
telle foumiffion à une Af- 
femblée , qui après tout, 
quelque nom qu'on luy don- 
naft , n'eftoit qu'une AiTem- 
bléc d'hommes toujours , 
félon CCS principes, fujets à 
faillir: mais il y fallut paf- 
fer. On vie qu'on ne faifoir 
rien , fi a la fin on n'obli- 
geoit les hommes à une fou^ 
million abfoluë y & que leur 



de M. Claude. 247 
lailTcr Tcxam-n libre après 
la dcrnicrc &: finale rcfolu- 
tion , c cftoïc nourrir Tor- 
cTiv-il , la diffcnfion ^ le 
fchifmc 

Ainfi, contre les princi- 
pes de laRcformation pré- 
tendue , il f-iUut donner 
d'autres idées , & on réib- 
Jut de s'attacher immuable- 
ment à la foumiffion ^ au 
ferment dans les termes que 
nous avons marquez. 

La raifon dont on (c fer- 
Vît au Synode de la Rochel- 
le pour obliger les Provin-- 
ces à cette cUufe de fou- 
mijfion aux chofcs qtit fi- 
roient ré foin es dans le Syno- 
de National, c'efl: qu'elle 
cdoit mcejjaire à la validité '^^*- 
L iiii 



^4^ 'Réflexions far un écrit 
des conclu fions de L'ÂJftmhlée. 
En général pour valider les 
Ades dune affemblée, il fuf- 
firoit que ceux dont elle fe- 
roic ccmpofée euflent un 
pouvoir d'y porter les fuf- 
frages de ceux qui les au- 
roient envoyez; & les dé- 
putez tant des Colloques 
que des Synodes Provin- 
ciaux venoient toujours 
munis de tels pouvoirs. Mais 
il falloir quelque chofe de 
plus fort au Synode Natio- 
nal s &: comme il s'y agif-- 
foit de la dernière réfolutiony 
pour valider un tel Afte, Ôc 
îuy donner toute fa force , 
on jugea qu il devoir eftre 
précédé d'une foumiflion 
aufli abfoluc que la rcfolu- 



de M* Claude. 145» 

tion en dcvoic paroiftrc ir- 
révocable. 

A cette dccilion du Sy - 
node de la Rochelle , cclay 
de Tonncins ajoulta que U ibia. 
Joumijjlon firoit fromife en 
propres termes a tout ce c^tii fi- 
roit conclu é* arreflé sans 

CONDITION ET MODI- 
FICATION. Maintenant, 
ce n'eft plus qu'une cUufè 
de civilité , &: une promellc 
conditionnelle qu'on fcroit 
fi on vouloit non - feule- 
ment au Synode Provincial, 
&: au Colloque &: au Con- 
filloire, mais encore à tout 
Miniftrc particulier. On ne 
la fait néanmoins ni à ces 
Miniftrcs particuliers, ni à 
ce ConUlloirc,ni à ces Col- 
L V 



ifà Reficxions fur un écrit 
tbqiics , ni à 'cé*s Synodes 
Provinciaux : pourquoy , 11 
ce n'eft pour réfcrver quel- 
que choie de particulier & 
de propre à rÀjGTcmbiée où 
fe devoir faire Ufnale refo- 
lution y après laquelle il n*y 
a plus qu'à obéir > Mais ii 
tout ce qu'il y a icy de par- 
ticulier & de propre, au fond 
n'eft que des paroles \ eftoit- 
ce de quoy occuper les E- 
glifes de la nouvelle Réfor- 
me & cinq ou fix de leurs 
Synodes Nationaux > 

C'eft ce qu'il falloit ex- 
pliquer j 11 on vouloir dire 
quelque ehofe : c'eft fur 
quoy on ne dit mot, quoy- 
que cette difficulté, par ma- 
nière de dire . faute aux 



de M, Claude. i^i 

y-nix , ^ que )c l'ayc cx^ 
pr':ir mcnc rclcvcc. 

Eniin, pour rcduirc mon 
raifonncmcnc rn peu de 
mots , tout Icrmcnt doit 
cftrc fonde iur une vérité 
certaine &: connue. Or cet- 
te promelTe faite au Syno- 
de national, ^ confirmée 
par le ferm'^nt folenncl de 
toutes les Eglifes Préten- 
dues Reformées, isous ju- 
Yons & poi'Ktîons de ftiivrc 
njos dkijicns , fcrfuadi^i que 
njons yigeYL7j)uh ; cette pro- 
mellc , "dis -je , de qu Iquc 
manière qu'on la tourne, 
n'a de certitude que dans 
l'un de CCS deux iens. Le 
premier, Nous jurons & po- 
p.ettons de fùivre njos déci- 

L Y, 



ijx Réflexions fir un écrit 
Jionsy fi nous trouvons que 
vous jugiez, bien : choie à 
la vérité très-certaine, mais 
en mefme temps illufoire, 
puis qu'il n'y a perfonnc fur 
la terre à qui on n'en puifl'c 
ditè'-autant \ &c comme je 
l'ay iemarqué dans la Con- 
férence , M. Claude me le 
peut dire aulfi - bien que 
moy à luy. Le fécond. Nous 
femmes fi perfitadez, que vous 
jugerez bien , que nous jurons 
(^ promettons de feiïvre vos 
décifions y auquel cas le fer- 
ment efl faux, il on n'eil en- 
tièrement aifeûré que l'Af- 
femblée , à qui on le fait, 
ne peut mal juger. 

Les Prétendus Réformez 
a' ont maintenant quàcboi- 



di M. Claude. ^^Jj 
lu- entre ce> deux feus, dcnu 
l'un eft upc lUufion mani- 
feltc , &: l'autre , qui paroift 
aulH le feul natiuel, luppo- 
fe clairement rinfaillibilixe 
de TEglife. 

Et il ne faut pas répondre 
icy que cette foumiirion 
ne regarde que l'ordre pu- 
blic èc la difcipUne ; car en 
matière de Foy , une déci- 
sion n'oblige à rien moins 
qu'à ce qu'a dit l'Apoftre 
Saint Paul/c'eft dire, ipam.x.i^. 
troïre de cœur, & àconfcjfer 
de bouche. Et nos Reformez 
eux - mefmes l'entendent 
amfi , lors qu'ils déclarent 
dans leur Difcipline , que 
l'etfet delà décifion dernière 
é finale du Synode Natio- 



p. p 



2.5-4 Réflexions fkr un écrit 
vid fup. nal, c'cft o^dvfi y acqulcfiede 
point en foini y *in,cc txprés 
deja%jcti dt la docfrine montrai'- 
re, Celuy donc qui jure de 
fe foumettre à la décifion 
qu'on fera dans une aflcm- 
blce, jure de croire de cœur^ 
&: de confeffer de bouche 
la doctrine qu'on y aura dé- 
cidée. 

Mais pour faire cette pro- 
mefle , &: la confirmer par 
ferment, il faut que raflem- 
blée à qui on la fait . ait 
une promefle divme de l'af- 
fiftance du Saint Efprit; c'eft 
à dire , qu elle foit infail- 
lible. 

M. Claude infinua dans 
la Conférence, qu'il y avoir 
€n effet une promefle aivi- 



de M. CUttde. ijy 

ne , que ceux qui cherche- 
roicnt y trouverokht; &: que 
le (erment de fcs Eglilcs 
pouvoit avoir fon fonde- 
ment dans cette affeùran- 
ce. Mais jamais il ne forti- 
ra par cette rcponfc de Tcm- 
barras où il ert. Car afin de 
rendre le ferment confor- 
me à la promeflc , il doit 
cftre conditionnel, comme 
la promeilc Tefl: : &: comme 
J E s u s - C H R I s T a dit 5 i"/ 
vous cherchez, bien, vous trou- 
verez. , le fcns du ferment 
ferok auffi , Si vous fuîtes 
vojlre devoir , nous vous erh 
croirons; ce qui feroit re- 
tomber dans la pitoyable il- 
lufion que nous avons re- 
icttce. 



2.^6 Réflexions far un écrit 

Afin donc de pouvoir fai- 
re fans temerïté le ferment 
dont il s'agit, il faut eftre 
fonde fur une promelTe ab- 
foluë de Dieu, fur une pro- 
meffe qui nous afleûrc mef 
me contre les iniîdelitezdes 
hommes, enfin fur une pro- 
melfe telle que Jésus- 
C H R I s T la fait à fon Egli- 
fe y lors qu'il l'aflcûre indé- 
finiment &abfolument,que 
M«tt. XVI. les portes d'Enfer ne frévaié- 
dront point contre elle. 

Tant que nos Réformez 
s'obffineront à nier que Tau- 
torité des décifions de TE- 
glife foit fondée fur cette 
promeiTc, leur ferment fera 
toujours une illufion ou une 
t^emerité manifefte; &: ils fe 



de M. Claude. 257 
trouveront forcez ou à dcfc- 
rer plus ati'rft ne veulent à 
l'autorité dcVEglilc^ou à re- 
connôiftrb qu'ils ontimpofé 
partie magnifiques paroles 
à la crédulité des peuples : 
puis qu'après avoir diftingué 
de toute autre déciiion la 
dernière dccifion deTEglifc 
par un caradere fi marqué 
^ par la proteftation d'une 
foumillion (î particulière, att' 
fond H fe trouvera quune 
telle fonmilTion confirmée 
p.if un ferment i\ fingulicr 
liVil pas d'une autre natu- 
re m d'un autre genre que 
celle qu'on doit naturelle- 
ment à toute ailemblée Ec- 
clcfiaftique, &: à tout pa{- 
tcur leo-itime i c cft a dire ^ 



258 Referions fur An écrit 
qu'on pourra toujours en ve- 
nir à de nouveaux doutes, 
&: toujours examiner y^^/^/ 
la dtr Jire vifolution , comme 
on feroit après toutes les 
autres. 

Il cft iiinfi en effet félon 
les principes de la nouvel- 
le Réforme : mais les prin- 
cipes de la nouvelle Réfor- 
me n'ont pu changer la con- 
dition necelTaire de r huma- 
nité 3 qui demande, pour 
emp?fcher les divifions 6^ 
mettre les cfprits en repos, 
une décifîon finale &: indé- 
pendante de tout nouvel 
examen général &: particu- 
lier. 

L'Eglife Chreftienncn'cft 
pas exempte de cette loy j 



de M. Claude. l^J 
èc pKis elle cft ordonnée, 
plus fa conftitucion dépend 
d'une entière foumiifionde 
i'cfprit, plus elle a befoin 
d'une fcmblable autorité. 
C'eft pourquoy dés Torigi- 
ne du Chriftianifme, Dieu 
mcfme a mis dans le cœur 
de tous les vrais Chrefti ^ns 
qu'il ne faut plus chercher 
ni examiner après l'Eglife. 
Cett^ inviolable Tradition a 
fait fon eff:t dans nos Ré- 
formez malgré leurs princi- 
pes, je ne m'en étonnepas. B»r.desp.s. 
Saint Bafilc a dit tres-facrc-^" 
ment & tres-veritablcmenc 
que la Tradition faifoit di- 
re aux hommes plus qu ils 
ne vouloient, 6c leur infpi- 
roit des chofcs contraires à 



léo Réflexions fkr un écrit 
leurs fcncim^ns. Et fi nos 
Réformez ne veulent pas 
devoir à la Tradition cette 
réfolution dernière &: fina- 
le , ni cette foumiffion fi {q- 
lennelbment jurée : c'eft 
donc la ncceiTicé & Texpc- 
tîcnce qui l?sy aura forcez 5 
c'eft qu'il faut pouvoir met- 
tre fin aux doutes &: àTexa- 
men des particuliers par 
une autorité abfoluë, fi on 
veut avoir la paix & entre- 
tenir r humilité ; c'eft que fi 
on n'a pas 5 ou fi on n'exer- 
ce pas cette autorité , il faut 
faire femblant de l'avoir & 
de l'exercer, bc du moins en 
donner l'idée ; c'eft en un 
mot qu'on peut difcourirô^ 
répondre du moins de pa- 



fiiXtoj: , l:tr 



d€ M. Claude, i^i 
rolc à des argumcns , mais 
que ri<^norancc , l'infirmi- 
tc, &:rorgucïl naturel àrcf- 
prit humain demande d'au- 
tres remèdes. 

l'av prétendu faire voir 
dans la Conférence , qu'en « "^ "'^^ ^''•^- 
niant l autorité inraillible vouces'-arM. 

di-T^ ir -- U^J-.^^ CLti'.de dans 

e 1 Eglile, on tombe dans uco.frcnce, 

ces deux inconvcniensi &: Zl"lj!''r' 
ie ne dis pas dans l'un des frcfint uiréi 
deux 5 mais dans tous les dt 
deux inévitablement. Le pre- 
mier, eft qu'on oblige cha- 
que particulier, pour igno- 
rant qu il puillccllre, à croi- 
re qu avec cela il peut mieux 
entendre la parole de Dieu 
que les Synodes les plus u- 
nivcrrels,&: que tout le ref- 
te de TEglifc cnfcmble. Le 






i6i Béjlextùnsfur un écrit 
fécond, qu'il y a un temps 
où un Chreftien baptifc 
îi'eft pas en eftac de taire 
un ade de foy fur l'Ecritu- 
re Sainte ; mais que, malgré 
qu'il en ait , il fe trouvera 
obligé de douter fi elle eft 
infpiréc de Dieu. 

Je n'ay veû aucun des Pré- 
tendus Réformez, à qui C(zs 
deux propofitions n'ayent 
fait horreur, &: qui ne m'ait 
dit, que non feulement il 
ne les croiroit jamais, mais 
qu*il dét^'fteroit ceux qui les 
croyent. Voyons donc com- 
me il demeure établi par la 
Conférence , qu'elles font 
des fuites deladoûrinedes 
Prétendus Réformez , &: 
des fuites fi manifeftes, 



de M. Claude. ^^$ 
quelles font avouées par les 
Miniftrcs. 

Et déjà, fins farcir de la 
R lation de M. Claude, luy- 
nicfm'" il y tranch^ le mot: 
qu\)prcs touc" afT^mblce 
ELclcfhiftique chaque parti- 
culier doit examiner li elle 
a bien entendu la parole 
de Dieu, ou non. Comme 
il avoir parlé des mterefls 
humains , qui fouvent, di- 
foic-il, ofFufqumt la vcricc 
dans les Alfemblces l?s plus 
auth'^ntiques&lcs plus uni- 
verfelles de TE^life: pour 
détruire cette réponfe , &: 
montrer au fond que ce 
n'eftoit qu'un:: chicane, je 
luy avois demandé (î tout 
fe paffant dans Tordre, U 



2.^4 Réflexions fur un écrit 
fans qu'il paruft aucun inte- 
reft .humain dans les déli- 
bérations, il ne faudroit pas 
encore que chaque particu- 
lier cxaminafl. Il avoir avoué 
qu'il le falloir ; &: il Favoûë 
encore dans fa propre Rela- 
tion 5 fouftenant qu'il n'y a 
nulle abfurdité, ni nul or- 
gueil à un particulier , de 
croire qu'il puifle mieux en- 
tendre la parole de Dieu que 
toutes les Aflemblées Eccle- 
fiaftiques^ quelque bon or- 
dre qu'on y garde , bc de 
quelques pcrfonnes qu'elles 
puiflcnc cllre compofées. 

Voilà une propofition &: 
une dodrine qui paroiftra 
afFrcufe à tout efprit doci- 
le. Mais afin que la chofe 

foie 



de M, Claude^ I05 
foit plus Icnfiblc , faifons 
rapplicacion de cette do- 
£lnne à un exemple parti- 
culier. 

L'Eglife Calviniennc, de- 
puis fîx à fept- vingts ans 
qu elle a commence de sc^ 
rablir, n'a tenu aucune Af- 
fcmblcc plus authentique 
m plus folcnnelle que le 
Svnode de Dordrecht. Ou- 
tre toutes les Egli fes de^ 
Païs-Bas, toutes les autres 
de mcime croyance, celles 
d'Angleterre^ celle de Ge- 
nève , celles du Palatinar, 
celles de Hcflc , celles de 
Suiilc , celle de Brème, &: 
les autres de Langue AUe^ 
mande , s y font trouvées 
par leurs Députez, & i'onc 

U 



%6C, Réflexions fir un écrit 
rcceû s Se afin que rien n y 
manquaft , fi les Eglifes Pre^ 
tendues Réformées de ce 
Royaume furent empef- 
chécs de s'y trouver, elles 
en adoptèrent toute la do- 
arine au Synode National 
de Charenton en 1631. où 
tous les articles de Dor- 
drecht , traduits de mot à 
mot , furent embraffez &C 
jurez par tout le Synode, 
Se en fuite par toutes les 
Provinces &c toutes les Egli- 
fes particulières. Depuis ce 
temps aucun des Prétendus 
Réformez ne réclame con« 
rre ce Synode. Il n y a que 
les Arminiens qu'on y con- 
damna, qui en blafment la 
cloftrinc &: en racontent 



de M. Claude. %(^-7 
les cabales &: la paie qu'y a 
eu la politique &: les intc- 
refts de la Mailbn d'Oren- 
gc. Tout le rcfte a ployer 
&: s'il y a quelque chofe 
qu'on puiiTe dire receù d'un 
confcntcment; unanime par 
routes les Eglifes de la Rc- 
fonnation Prétendue , c'eft 
fans doute les décrets de ce 
Synode. Et néanmoins je 
fouiliens à M.Claude, qu'in- 
terrogé Il \n\ particulier ç 
quel qu'il foit de (on Ecrli- 
fe, peut fe rcpofcr fur une 
autorité aufll grande parmi 
les fiens, que celle-là, fans 
examiner davantage; fi on 
le preiVe de répondre par 
OUI ou par non dans une 
quellmn (l précife &: dan« 
M u 



z68 Réflexions fur un écrit 
un fait fi bien articulé , il 
faudra qu'il difc que non , 
^ qu'enfin maigre tout ce- 
la, ce n'eft que des hom- 
mes, quelque habiles, quel- 
que éclairez, quelque iaints 
qu'on les imagine , toujours 
fujets a faillir , dont fi on 
fui voit les fentimcns à l'a- 
veuo;lc ^ fans examen ^ 
on cgaleroit les hommes à 
Dieu. Ainfi, félon les ma- 
ximes de la nouvelle Re- 
forme, tout particulier, &; 
îufqu'aux femmes les plus 
ignorantes , doivent croire 
qu'elles pourront mieux en- 
tendre l'Ecriture Sainte , 
qu'une Aficmbléc compo- 
fée de tout ce qu'il y a de 
plus grand dans toute l'E- 



de M. Claude, i(<cj 
gliic, quil rcconnoift pouK 
la iculc où Dieu cft fcrvi 
piircmciic ; & non -feule- 
ment de cette Ail'jmblce, 
mais de tout le refte de TE- 
glife, cV de tout ce qu'il eu 
coimcKil- dans tout l'Uni- 
vcrr. Voilà ce que M. Clau- 
de m'a avoué; voilà en fub- 
rtancc ce qu'il dit encore 
dans ia propre Relation; 6C 
voilà ce que tout Miniftrc, 
bon crvc malo-rc qu'il en air 
a\oucra dans une Confé- 
rence en pj-efcncc de qui 
on voudra , à moins qu'il 
s obftine à ne vouloir point 
parler prccifemcnt: auquel 
cas on verra qu'il biaife , 
& cette teraiverfition fera 
plus tortc qu'un aveu , puis 
M lij 



V^o Réflexions fur un écrît 
qu*outre quelle fera voir 
que l'aveu eft inévitable ^ 
elle fera voir de plus qu'on 
en fent les pernicicufes con- 
fequences. 

Et ce que je dis du Sy- 
node de Dordrecht , on 
forcera M. Claude &: tout 
autre Miniftre à le dire du 
Concile de Nicée, du Con* 
cile de Conftantinople, de 
celuy d'Ephefe , de celuy 
de Calcédoine &: des autres 
que nous recevons eux &: 
nous d'un commun accord : 
&; quand ils le diront , ils 
ne diront rien de nouveau, 
ni qui foit inufité dans leur 
Religion. Calvin l'a dit en 
termes formels, lors qu'en 
parlant en général des Con» 



de M. Claude, ijl 
elles de tous les ficclcs prc- 
cedens, il a écrit ces paro- 
les : ^^ ne frétens f<ts en ce iv. bainu:. 
lieu qu il faille condamner tous 
les Conciles y & cajjer tous leurs 
Décrets, r^/^^^/^/jr^pourfuit-il, 
'VOUS m oh je lierez, que je les 
range tellement dans l' ordre ^quc 
je permets à tout le monde in- 
différemment de recevoir ou de 
rejetîcr ce que les Conciles au» 
ront établi y nullement y ce ne(l 
fasla ma fcnfée. Vous diriez; 
qinl s'en éloigne beaucoup* 
La majellc des Conciles, &: 
rautorité d'un fi grand nom 
le frape d'abord; mais la 
fuite de fa doctrine luy fait 
biciitofl: oublier ce qu'il fem- 
bloit vouloir dire à leur a- 
vantagc : car voicy comme 
M iiij 



vji^ Reflexions far un écrit 
il conclut. Lors y dit -il, qut 
ton allegtie l'autorité d'un Con' 
eikyje defire premièrement qui 
l'on confldere en quel temps y 
d^ pour quel fujet il a eflé af* 
Jemblê ) c^ quelles perfonnes y 
ifnt ajji/lé j après que l'on exa- 
mine le point principal félon 
la régie de l'Ecriture y de forte 
que la définition du Concile ait 
fin poids y & quelle fît com- 
me un préjugé , mais qu'elle 
n'empefihe p,ts l'examen. C'cft 
à quoy aboutit enfin cet- 
te foigneufc recherche du 
temps, du fujet &: des per- 
fonnes 5 à faire qu'en quel- 
que temps que fe foit tenu 
un Concile, quelque matiè- 
re qu'on y ait traitée , bc de 
quelques perfonnes qu'il ait 



de M. clan de. 173 
clic compofc, îûHt le monde 
indï;fcrcmmcnt , car c'cft de 
qiioy il s'agir, en examine 
le point principal par la pa- 
role de DicLi^ (S^ croye qu'il 
peur mieux en rendre cette 
divine parole que tous les 
Conciles. 

Voilà jufqu'où ces Mef^ 
lieurs pouilent Tcxamen : 
ils le pouilent mefme bien 
plus avant, puis qu'ils veu- 
lent qu'on examine après 
les Apoftres. Ce n'cft pas 
une confequence que je ti- 
re de leur doctrine; c'cfl: 
leur propre propofition &r 
leur doclrme en termes for- 
mels, Scelle de M. Claude 
Qi\ particulier. Car fur ce 
que j'ay dit dans V Exvoji- 



2-74 Réflexions fur un écrit 
^x^,-kt\:^A tion y qu'après le Concile 
de Jeruralcm &: la dcciiion 
des Apoftrcs, où ils dirent. 
Au. XV. 18. // ,1 lemhlé bon ati SaintEJprit 
& a nous y perfonne n'avoir 
plus rien à examiner , &: 
Aa,xvi.4. qu'en effet Paul & Barnabe 
avec Sil^y comme il eft écrie 
dans les Adcs, alloient par- 
colorant les Bglifes-, à* leur en-- 
feignant , non point à exa- 
miner ce qu'avoient fait les 
Apoftres , vc\:û^ a fuivre leurs 
Ordonnances : parce que j'ay 
conclu de -là qu'ils don- 
noient la forme à tous les 
ilecles fuivans , &r nous ap- 
prenoient comme en tous 
les temps les Fidclcs dé- 
voient , fans examiner, fc 
foiimettrc aux décifions de 



de M, Claude. 275 
rE2;lirci après divcrfcs rc- 
ponlcs, toutes vaines, il a 
tallu à la lin me répondre 
nettement , qu'on devoit 
cneore examiner après le 
Concile des Apoftres. C'eft 
l'Anonyme^ c'eft le premier 
qui a répondu à VExpoJi^ 
tion y qui l'a écrit en ces 
termes : On ne voit p^té que 
les ApoJIres publient leur dé- 
cîfion avec un ordre ahfolu d'y 
ohcïr : mais ils envojent Paul, 
B.irnahas , & Silas pour inf- 
trnire les Fidèles de garder cette 
ordonnance y c'efl a dire évi- 
demment, pour leur en perjua^ 
der Us motifs & les fonde ^ 
mens -, ce qui ne dit pas quon 
leur défcndifl d'examiner. 
Ccft ce que dit l'Ano-» 
M V) 



z7^ Réflexions fur un écrit 
nyme: Tendroit cft remar-- 
quablc, on le trouvera dans 
l'article xix. de la premiè- 
re Rcponfe dans la quatriè- 
me &: dernière remarque 
qu il fait fur le Concile des 
Apoftres , en la page 328. 
Ce n'eft pas un fentiment 
particulier de cet Auteur^ 
puis qu'on a mis à la telle 
l'Approbation des quatre 
Miniftres de Charenton , 
oii M. Claude fe trouve 
nommé ; afin qu'il ne difc 
pas que je luy impute une 
doûrine étrangère , en luy 
imputant celle de cet Ano« 
nyme. 

Ainfi ce n'eft pas les Juifs 
&: les Gentils mcredules; 
c'eft les Fidèles bc les EgU« 



^li M. Claude. irjy 
fcs Chrcllicnnes qui doivent 
examiner après les A po lires, 
& après les Ape:)fi:rcs aileni- 
blez,6J après qu'ils ont pro- 
noncé 5 // a fanhlc bon au 
Sat/ït F- [prit O^ a nous ; & ce 
prodige de doctrine eft en- 
Icio-nc daPiS une Eiilife qui 
le vante de n'écouter que les 
pures paroles des Apollrcs. 
Voila jul qu'où les Mniiil-res 
& les Prétendus Réformez 
6c M. Claude en particulier 
font forcez par leur croyan- 
ce à pouilcr la neceflité de 
Texamen. 

Il ne redoit plus qu'à di- 
re qu'il falloir encore exa- 
miner après Jesus-Christ, 
^ qu'avec tous les miracles 
ce toute rautonté que fon 



5,78 Réflexions Jur un écrit 
Père luy avoit donnée , ii 
n'en avoit pas affez pour 
oblig^er les hommes à le fui- 
vre fans examen & fur fa 
parole : M. Claude Ta dit 
dans noftre Conférence, Ô6 
le dit encore dans fa Rela« 
tion. 

Je prie le fage lefteur de 
croire que dans une matière 
de cette importance je ne 
veux ni impofer, ni exagé- 
rer : qu'il me fuive feulement 
avec attention , &: il verra 
la vérité manifefte. 

On a veû que j'objcctois 
dans la Conférence, qu'à 
moins de reconnoiftre une 
autorité vivante ^parlante, 
à laquelle tout particulier 
fuft oblige de fc foumcttrc 



de i\î. Claude. 179- 
fans examiner, on rccUiiioïc 
les particuliers à la prc- 
Ibmption de croire quils 
pouvoienc mieiiK entendre 
r Ecriture Sainte que tous les 
Conciles enfemblc &: que 
tout le relie de l'Eglife. 
Pour me prouver qu'en ce- 
la il n'y avoir rien de Ç\ or- 
gueilleux , ni de il abfur- 
de, M. Claude me répondit 
que du temps que Jésus- 
Christ clloit fur la terre,, 
le cas cftoit arrive où un par- 
nculicr devoir élever fonju- 
eemcnt au dellus de la Sv- 
nagoguc allcmblee quicon- 
damnoit J e s u s-C h R i s t ; 
ce qui loin d'eftrc un icnti- 
mcnt d'oriTueil , eftoitTacte 
d\uie Foy parfaite. 



lîo R cflexîons fur un écrit 

Cette réponfc^ je ravoûc, 
me fit horreur : car afin de 
la fouftenir , iî falloit dire 
que dvi temps que la Sy- 
nagogue jugeoit 3 E s u s- 
Christ, &: qu il eftoit 
luy-mcfme fur la terre, il 
n'y avoir point fur la terre 
d'autorité vivante oC par- 
lante à laquelle il falluft cé- 
der fans examen; de-fortc 
que Ton de voit examiner 
-après J e s u s-C h R i s t , &: 
qu'il n'ejftoit pas permis de 
l'en croire fur fa parole. Je 
fis cette réponfe à M. Clau- 
de , & luy montray que loin 
qu'il falluft alors que cha- 
cun fe detcrminaft par un 
examen particulier , ô£ s'é- 
Icyaft au delTus de toute au- 



de M. CLuidc. iSi 
toricc vivante & parlante, il 
y en avoit une alors, la plus 
irrandc qui hit jamais ou 
qui puille eftrc, qui cil celle 
de J E s u s - C H R I -S T & de 
la vente nicimc -, à qui le 
Père rcndoit publiquement 
tcmoi^na^c par une voix 
venue du Ciel , par les mi- 
racles les plus grands ^S^lcs 
plus vifibles qu'on euft ja- 
mais faits, bc enfin par les 
moyens les plus cclatans 
aulli-bien que les plus cer- 
tains que la Toute puiilan- 
ce divine ait pu pratiquer. 

Si je remarque dans la 
Conférence qu'il n'y eue 
point de rtponfe à ce rai- 
fonnement , on lent bien 
que c'cft qu'en ctfct il nV 



z^i Réflexions Jur un écrit 
en doit point avoir. M. Clau- 
de dit néannionis dans lli 
Relation qu il me répondit 
que les miracles de J e sus- 
Christ faifoicnt un des 
fujcts de la queftion ^ qu'il 
y a de faux miracles dont 
Moïfc au Deuteroncme a- 
voit averti les Ifraëlites de 
fe donner garde; que la Sy- 
nagogue avoir jugé que les 
miracles de J e s u s~Christ 
cftoient faits au nom de 
Beelzebub ; o^ enfin une au- 
torité ne décide rien que pre" 
mierement elle ne foït recene^ 
& que celle de^Esn s-Christ 
^;e l'efiûif pas encore, puis qu'il 
s'dgijfck de la recevoir ou de 
la rejetter. Je fuis obligé d'ob- 
fcrver qu'alTeûrcment je 



de U. Chu de. 2S3 
n'entendis ncn de tout cela 
dans Li Confcrcncc; bc o\\ 
\a voir qu'en ciïct il vaut 
mieux le taue, que de du'e 
de telles chofcs. Mais puis 
que M. Claude veut les a- 
voir dites, il faut donc qu'il 
difc encore qu'à caufe que 
les miracles de Jésus- 
Christ eftoient re):ttcz 
comme des lignes trom- 
peurs par des envieux, par 
des opiniaftres, en un mot 
par les emiemis déclarez de 
la venté, ces miracles nef- 
roient pas allez convaincans 
pour pouvoir obliger les 
hommes à en croire J es us- 
Chris t fur Gi parole fans 
examiner davantage -, &: 
qu'après par exemple qu'il 



184 Réflexions Jur un écrit 
T"3n. XI. eût refufcicc le Lazare en 
*'^' témoignage exprés que Dieu 

'l'av oit envoyé y ceux qui vi- 
rent de leurs propres yeux 
un fi grand miracle, eftoient^ 
Je ne dis pas recevables, 
mais expreffement obligez 
à examiner fi Jesus-Christ 
cftoit vrayment envoyé de 
Dieu. Il faut, dis-je, pouf- 
ibr jufiqu'à cet excès la ne- 
ce fil té de r examen : autre- 
ment il fera vray, comme 
)e l'ay dit , qu'il y avoir 
alors une autorité vifible Ôo 
palpable à laquelle tout de- 
voit céder fans examiner 5 
de-fiDrte qu^il n'y eût jamais 
de temps où l'on fuft: moins 
expofé à la tentation de 
l'orgueil en s'élevant au 



de li.CUude. iS^- 
dclTus de route autorité vi- 
vante & parlante, puis que 
celle de J e s u s - C h k i s t, 
la plus vivante ^ la plus 
parlante audi-bicn que la 
plus i^rande «SiT la plus in- 
faillible qui hit jamais, ci- 
toit alors fur la terre , &: 
qu'on ne s'elevoir au delliis 
de la SvnagOi:^ue qu'en fc 
foumcttant à Jesus-Christ, 
dont les miracles, comme 
il dit luy-mcfmc, oftoîent y 
toute cxcuje a ceux qui ne ^^ 
croyoicnt pas en luy : ce 
que FAllemblée qui le con- 
damna reconnut li bien, que 
refulant obdinément de 
croire en J e s u s-C h r i s r, 
elle ne trouva ni d'autre rc- 
ponlc à les mitviclcs , ni 



1Î6 Réflexions Jur un écrit 
Toan. XI. d'autres moyens de luy rc- 

joaa. XII. fift^^' '^^^ ^c s'^i"^ défaire, 
^'^- &: fe défaire avec luy de 

Lazare mefmCjpour ctouf-* 
fer , fi elle euft pu par un 
mefme coup avec les mira- 
cles qu'elle avoit veûs la 
mémoire de celuy qui les 
avoit faits. 

Il ne faut donc plus icy 
éblouir le monde par de 
frivoles réponfes , ni faire 
perdre aux ledeurs la fuite 
d'un raifonnement en intro- 
duifant des queftions inuti- 
les. Je veux dire qu'il ne 
fert de rien d'émouvoir icy 
la queftion des fignes trom- 
peurs, ni de répondre que la 
Synagogue doutoit de la ve-^ 
rite des miracles de J e s u s- 



de M. cUude, 187 
Christ. Il s'aiz;it unique- 
ment de fçavoir il ce doute 
nVlloit pas l'effet d'une ma- 
lice évidente, d>C enfin s'il 
n ert pas certain parmi les 
Chreftiens qu'il y avoit dans 
les miracles de Jésus- 
Christ une fi pleine dc- 
monftration de la puiflance 
divine, ^ une li claire con- 
firmation de la million de 
J E s u s-C H R I s T , que tout 
cfprit raiibnnable fuil obli- 
o-c de céder fans examiner 
davantage, en iorte qui! y 
cuti; alors une autorité vi- 
vante &: parlante , à laquel- 
le il n'y cuft rien à oppofeu 
qu'une malice groffiere 6^ 
une manifelle obftmation. 
Voilà de quoy il s agit ^ ^ 



iSS Reflexions Jur un êcrli 
il après cette explication de 
îa qucftion on croit fe faii- 
ver encore, en difant avec 
M. Claude, que l'autorité de 
J E s u s-C H R I s T r/eftoit pas 
recette, il faut aller plus loin, 
6c dire àjEsus-CnRiST 
mefme avec les Juifs : l'eus 
Joan. VIII. %rous rendez témoignage à vous- 
mejme'^voflre té?noignage n'efl 
•pas recevahle. Alors nous 
repondrons avec Jésus- 
iMj. iMj. Christ : ^oy-^ue je me 
rende témoignage à moy-mej^ 
me y 771 on témoignage efl 'vé- 
ritable. Et encore : ^Je ne 
fuis pas fcul , mais mon Te-- 
re qui m'a envoyé rend aufjï 
témoignage de m oy. Et cnco- 
>an.y. ;f. yq ; ^^^ mlracks que mon Père 
m\i donné de faire , ces mira- 



de M, Claude, 28^ 
des rendent témoignage que 
mon Père m'a envoyé. Et eu- 
fin: Leur péché n a plus d'ex- joan 
^^(y^ •' J^ j^ n'avois pas fait au ''* '-^ 
milieu d'eux des miracles que 
nul autre n'a faits y ils n'au- 
r oient point de péché ^ & main^ 
tenant ils les ont veu, é- ils 
haïjfent O" moy é* mon Pore. 
C'cft à dire, que les mira- 
cles font clairs , que lauto- 
ntc cft iiicontei1:ablc,&:quc 
la rclillance ne peut plus 
avoir de fondement qu'une 
haine aveugle. 

3'attens qu'on réponde 
encore, que Jesus^Christ 
ajoufte après tout cela: ^^;f. jm 
dez> les Ecritures , elle s- me [mes 
rendent aujjl témoignage de 
rnoyi 6c qu'on ofc conclure 



. XV 



v.» 



19 <^ Beflexïons JuY un écrit 
de - là qu'on pouvoir &r 
qu'on devoir examiner après 
3 E s u s-C H R I s T, en forre 
que ccrre parole qu'il a pro- 
noncée nous dcmonrrc, non 
pas dans les Ecritures , une 
furabondance de convi- 
ction 3 mais dans la perfon- 
ne de J e s u s-C H R i s t une 
uifuffifance d'autorité. Si on 
fait encore cette objedion, 
il n'y aura plus qu'à fe taire, 
(&: à laifTcr jesus-Christ 
défendre fa caufe. 

En attendant nous con- 
clurons que c'eft l'autorité 
mefme de Je sus-Christ 
que nous révérons dans fon 
Eglife. Si nous difons qu'il 
faut croire l'Eglife fans exa- 
miner , c'cft à çaufe que 



de M. Claude. 191 
Je sus-Christ qui l'cn- 
Icignc &: qui la conduit , 
cil au dcilus de tout exa- 
men. Nous ne laillcronspas, 
en imitant j esu s-Chrisf, 
de du'c encore pour comble 
de conviction à tous les 
ennemis de l'Eglifc, Sondez, 
les Ecritures : nous les con- 
fondrons par cette Ecritu- 
re à laquelle ils difent qu'ik 
croycnt , & nous les ver- 
rons lucconiber encore dans 
cet examen ; mais ce fent 
après les avoir forcez à rc- 
connoiftre qu'il le fliut fou-^ 
mettre, fans examiner, à 
rautorite de l'Eglilc, dans 
laquelle cet F/prît quejESUs- 
Christ a envoyé pour te- 
nir la place, parle toujours. 
N 11 



±^t Réflexions fur un écrit 

Il n y a donc rien de 
moins à propos que Texem- 
ple de la Synagogue, & nos 
Prétendus Reformez defti- 
tuez de cet exemple qui 
faifoit leur fort , demeu- 
rent feuls à fe croire , cha- 
cun en particulier, capables 
de mieux entendre l'Ecri- 
ture Sainte que tout ce qui 
a dans TUnivers Tautorite 
de l'interpréter &: de juger 
de la dodrine, &: que tout 
ce qui leur paroift de Fi- 
dèles dans le monde : ce 
qui eft l'erreur précife des 
Indépendans , ou quelque 
chofe de pis. 

On dira que ce particu-- 
lier qui examine après TE- 
ghfc^ fera toujours bien ai- 



dt M. Claude, 25^3 

fcurc de n clhx pas fcul de 
Çon rciicimcnt , puis que 
toujours il rcftcni quelque 
clcù cache qui peiifcra conv 
mcluy: comme il ians rcfu* 
ter cette vifion, ce n'cfloit 
pas un orgueil aRez detefta^ 
blede le mettre feul audel- 
fus de tout ce qu'on \'oit (^C 
de tout ce qu\^n entend 
parler dans tout le rcfte de 
l'Ecrlife. On dira encore: 
ce n'cft poHit orgueil de (c 
croire éclairé par le Saint 
Eiprit. Mais au contraire^ 
c'ell le comble de Torgucil 
que des particuliers ofcnt 
croire que le Saint Efprit 
les mll:ruiie, &: abandonne 
à Terreur tout ce qui pa- 
roi 11 de Fidèles dans le 
N 11) 



2-5)4 'Réflexions fur un écrit 
rcfte de l'Eglife. Et il ne 
fcrt de rien de répondre, 
comme fait M. Claude dans 
Jean. III. 8. fa Relation^ que iBjprit fou- 
fie ou il njeut : car il faudroit 
montrer que cet efprit qui 
fe repofe fur les humbles ^ 
ne laiffe pas de foufler fur 
ceux qui fe croyent eux 
feuîs plus capables d'enten- 
dre l'Ecriture Sainte que 
tout le refte de TEglife, 
puis qu'ils examinent après 
elle ; ^ non - feulement de 
foufler fur eux, mais enco- 
re de leur infpirer luy-mcf- 
me cette iupcrbe penfée. 
Mais enfin , quoy qu'il en 
foit, &c fans difputer davan- 
tage puis que ce n'en cft 
pas icv le lieu, nous avons 



de A/. CUude. 295; 

montre que c cft un dogme 
avoue dans la nouvelle Ré- 
forme , que tout particulier 
doit examiner après l'Egli- 
fe, &: par confequcnt doit 
croire qu'il fc peut faire 
qu'il entende mieux l'Ecri- 
ture qu elle &: toutes fcs 
Afrcmbiécs. Ceux a qui cet- 
te prciornption iaïc horreur^ 
ou qui en s'examinant ne 
trouvent point en eux-mcl- 
mes cette faulVe c.ipacitc, 
n'ont qu'à chercher leur fa- 
lut dans une autre Eglifc 
que dans celle où on pro- 
feiTe un dogme fi prodi- 
gieux. 

La féconde abfurditc /""/ "^';^' 

. fit X, eu. fr.r 

que 1 av promis de rai rc '.'•?. r./'v Pro- 
avoiicr a M. Claude &: a x„^cc]^^.Ar. 
N iiij 



19^ Réflexions fur un écrit 
aandejanf touc boii Protcftant , c'eft 

.•-2 Confereitce: 3\ • 1 -n 

.xi^hcati.n de qu à îiioins de rcconnoiltre 
ÏJa""/o à^^f TEglife une autorité 
ifcn/?u«i,6- après laquelle il ne faille 

o.ni^ l autorité -l * . 

infauiiLie de plus cxaminer ni douter , 

VEéiUejlne ^ - - - ' 



nture. 



on eft forcé à mettre un 
::Sfi^' point où le Fidèle en âge 
de raifon ne puiffe pas faire 
un aclc de foy fur l'Ecritu- 
re , & où par confequent il 
faille douter fî elle eft vé- 
ritable ou fauffc. 3'ay afli- 
gné pour ce point de dou- 
te tout le temps où un 
Chreftien, par quelque cau- 
fe que ce (bit, n'a pas leù 
l'Ecriture Sainte. M. Claude 
fc récrie icy contre une fi 
déteftable propofition ; 5^ 
moy je perfifte à dire, non- 
feuicment qu i) Ta avouée 



de M. Claude. :^v7 

dans la Conférence , mA\< 
mciinc qu'en quelque ma- 
nière qu il ait icv taiche de 
tourner les chorcs,il n^a pu 
Il bien faire qu il ncl'avouall 
encore dans fa Relation. 

A la vérité , c'eft icy 
un des endroits où )c re- 
connois le moins nos vé- 
ritables difcours. Mais il 
Y en a encore allez pour 
le convaincre , puis que fi 
cette Relation devient pu- 
blique , tout le monde ver- 
ra qu'il y rcconnoill en ter- 
mes formels , ^^e celuy 6jui 
n'd p.is leil encore l'fcriture 
Sainte y la croit parole de Vint 
de foy humaine .farce cjne Jon 
fere le liiy a dit , ce qui ejl un 
dlxt de Caîccumtne ; & que lors 
N V 



2.5>S Refiexîôns fir un icnt 

quil a leû luj/'mejhie ce livre y 

& qu'il en a fenti l\fficace, il 

la croit parole de Dieu, non 

plus defoy humaine, farce que 

fin fer e le luy a dit y mais de 

foy dinjine y farce qu'il en a 

finti luy-mejrne immédiatement 

la divinité : & cejl la l'ejlat 

de Fidèle. 

Il eft donc vray qu'il a 
reconnu ce temps que j'en- 
treprens de faire voir, où 
un Chreftien baptîfé n'eft 
pas en eftat de faire un aûe 
de foy furnaturelle &: divi- 
ne fur TEcriture Sainte, puis 
qu'il ne la croit parole de 
Dieu que de foy humaine. 
6^ que la foy divine ne 
peut venir qu'après la le- 
vure. 



de M. Claude. 299 

De quelque manière qu'il 
tourne cette foy humaine, 
c\4l une propoiîtion qui fait 
horreur , -qu'un Chrellien 
baptile &: en âge de rai- 
fon , ne puiiTe pas faire fur 
r Ecriture un aftc de cette 
foy par laquelle nous Tom- 
mes Chreftiens. Car de-L\ 
il s'en lu it que le Chrcilien 
qui va lire la première 
fois r£criture Sainte , ne 
doit ni fe porter de luy- 
mefme, ni eftrc induit par 
pcrfonnc a dire en Tou- 
N'rant : "^e croy , comme je croy 
que Duu. cfiy que l'Ecriture que 
"je m en uxs lire, eflfa j}aroU. 
'Il faut" au contraire luy fai- 
re dire: Je m'en njiU cxami- 
rn-r fi ciorcfihi'var/t (^ dans le 
N vj 



300 Réflexions fir un écrit 
refle de ma 'vie je dois lire 
cette Ecriture avec une telle foy, 
C'eft renvcrfcr tout l'ordre 
de rinftruûion ; c'eft per- 
dre le fruit du Baptefme; 
c'eft réduire les Chreftiens 
à inftruire leurs enfans ba- 
ptifez comme s'ils ne l'ef- 
toient pas , &: qu'ils euffent 
encore à délibérer de quel- 
le Religion ils doivent eftrc. 
Et ce que dit M. Claude 
fur l'Ecriture, il faut qu'il 
le difc fur la foy de la Tri- 
nité, fur celle de l'Incarna- 
tion, fur celle de la Miffion 
de Jesus-Chr isT &: de 
la Rédemption du genre 
humain. Car ce qui force 
M. Claude & tout Protef- 
tant à due que le Fidèle 



de M. Claude. 301 
qui n'a pas Icù rEcricure 
Sainte ne peut croire que 
de foy humaine qu'elle Ibit 
inipuécdc Dieu, c'cft qu'au- 
trement il faudroit rccon- 
noillre un adc de foy di- 
vine lur la feule autorité de 
l'Eglife : ce qui feroit re- 
connoirtre cette autorité 
comme infaillible, &: ren- 
verfer par les fondemcns 
toute la nouvelle Réforme. 
Mais le mefmc argument 
revient fur tous les articles 
de noilrc Fov ; &c file Fidcle 
peut croire d'une foy divi- 
ne 6C la Trinité &c l'Incar- 
nation ÔJ la Miifion de 
j E s u s-C H K I s T fur la feu- 
le autorité de l'Eglifc &C 
avant que d'avoir Ici^i l'E- 



301 Reflexions fur un écrit 
criturc Sainte , je conclu- 
ray toujours avec une pa- 
reille certitude que l'auto- 
rité de l'Edife fera infailli- 
ble. Il faut donc par la con- 
fequcnce du principe de 
M. Claude &: de tous les 
Proteftans , il faut , dis - je, 
en rcduifant les Chreftiens 
qui vontlire TEcriture Sain- 
te à une fimple foy humai- 
ne fur cette Ecriture , les y 
réduire tout d'un coup fur 
les points les plus effenticis 
de noftre croyance. 

Ce n'eft pas la la métho- 
de de nos pères ; ce n'eft 
pas ainfi qu'ils ont appris aux 
Chreftiens à mftruire leurs 
cnfans. Quand ils les ontba- 
ptifez dans leur bas âge^ 



Je M. Clatide. 305 
o\\ a dic en leur nom Credo y 
7^ croy. N'importe que nos 
'Reformez ayent changé 
cette Formule i elle cil: de 
la première antiquité, 6c le- 
ra toujours (ainte &: véné- 
rable malgré eux. Mais cet- 
te Formule dont on ufe en- 
vers les cnfans nous fait 
von que lors qu'Us auront 
ruiai;e de la raifon , il fau- 
dra d'abord leur apprendre 
a faire un ade de foy , &: 
ne point perdre de temps à 
les y exciter. Us en feront 
donc capables: ils pourront 
dire le mefmc Credo qu'ils 
auroient dit fi on les avoit 
baptifez en âge de connoii- 
fancc-, & les 'réduire à une 
fov fimplcmcnt humaine, 



304 Réflexions fur un écrit 
c'eft leur ofter la grâce de 
leur Baptefme , & juftifier 
la pratique auHi-bien que la 
dodrine des Anabaptiftes. 

Et je conjure Mcfficurs 
de la Religion Prétendue 
Réformée de ne croire pas 
que je leur allègue icy les 
Anabaptiftes par une ma- 
nière d'exagération, ou pour 
les rendre odieux : cç^^ ma- 
nières ne font pas dignes 
de Chreftiens. je fouftiens 
au pied de la lettre que la 
doctrine qu cnfeigneicy Mo 
Claude , & que tous les 
Proteftans doivent enfei- 
gner avec luy, introduit l'A- 
nabaptifme.Car s'il faut te- 
nir en fufpens les ades de 
foy divine jufqu'à ce qu'on 



de M. Claude, 3oy 
ait Icd l'Ecriture Sainte &: 
qu'on foit niftruit par foy- 
m.^imc-, fi tous les aû^squi 
précèdent cette mllruclion 
ne font pas des aûes de 
Chreftiens, puis qu'ils n'ont 
pour fondement qu'une foy 
hiimanie : il faut par la mef- 
me raifon différer le Baptef- 
me ]iifqu\a ce temps, & ne 
pas faire des Chreftiens qui 
dans l'âge de raifon foient 
incapables de produire des 
acles de leur Religion. 

C'eO en vain que M. %f/''/V^'^ 
Claude nous repond qu il r. ^..r .w. 
nous tera pour l hglile le r,,,|,_,,/.j;. 
mefme argument que nous i;^^^;::^ 
luv faifons pour l'Ecriture; «... /«t /.^ 
ear il huidroit pour cela, o;<;,r. 
que comme nous luy mon- 



3oé Reflexions fur un écrli 
irons un certain point, qui 
mcfme dans l'ufagc de la 
raifon précède ncceffaire- 
ment la leclure de FEcritu- 
re 5 il pcuft auffi nous en 
montrer un qui préccdaft 
les enfeio-nemens de TEçli- 
le : mais c'eft ce qu'il ne 
trouvera jamais. Quoy qu'il 
faffe, nous luy marquerons 
toujours avant la lc£îurc de 
l'Ecriture un certain point ^ 
qui eft ccluy où l'Eglife 
nous la met en main : mais 
avant TEglilc il n'y a rien 5 
elle prévient tous nos dou - 
IQS par les mftruûions. 

C'eil: une erreur de s'ima- 
giner qu'il £ullc toujours 
examiner avant que de croi- 
re. Le bonheur de ceux qui 



de M. Claude, 307 
naiffcnr, pour ainfi dire, dans 
le fciii de la vrayc EgliTc, 
c'cft que Dieu luyait donne 
unctcllcautorité,qu on croit 
d'abord ce quelle propofe, 
&: que la foy précède ou 
plutoft exclut l'examen. 

De demander maintenant 
par quels motifs Dieu nous 
fait fentir Fautontc de (on 
Eo;life, c'cft fortir vifible- 
ment de la queftiom U ne 
manque pas de motifs pour 
attacher fes cnfans a fon 
Ei^life, à laquelle il a don- 
ne des caracleres fi particu- 
liers ,^ fi cclatans. Cela mef- 
me , quV^Ue ell la feule de 
toutes les focietez qui font 
au monde, a laquelle nul 
ne peut montrer fon com- 



308 Réflexions fur un écrit 
mcncemcnt ni aucune in* 
tcrruption de fon eftat vifi- 
ble hc extérieur par aucun 
fait avéré, pendant quelle 
le montre à toutes les au- 
tres focietez qui Fenviron- 
nent par des faits qu'elles- 
mefmcs ne peuvent nier^ 
cela mefmc eft un caractère 
fenfible , qui donne une in- 
violable autorité à la vraye 
Eglife. Dieu ne manque 
pas de motifs pour faire 
fentir à fcs en fan s ce cara- 
ûere fi particulier de fon E- 
glife. Mais quels que foient 
ces motifs , &: fans vouloir 
icy les étaler parce que ce 
n'en eft pas le lieu, il cft 
certain qu'il y en a ; puis 
qu'enfin il faut pouvoir croi- 



de M. Claude. 509 
re fur la parole de rEglilc 
avant que d'avoir leu TE- 
cricurc Sainte, &: que dans 
la première milruclion que 
nous recevons , lans nous 
parler de TEcriture, on nous 
apprend a du"e comme un 
ade fondamental de nof- 
tre Foy , Je croy l'EgUJe Ca- 
tholique. 

M. Claude nous dit que 
pour autorifer la méthode 
par laquelle nous préten- 
dons mettre la foy de TE- 
glife comme le fondement 
de tout le refte, il faudroic 
dans le Symbole avou* com- 
mencé par du*e , 'Je croy l'E- 
glife i au lieu qu'on y com- 
mence par dircj^i^ croy en 



Dieu le Fere , & en jefm 



roy 

'h 



jio Réflexions fuY un écrit 
Chïifl , & au Saint EJprit. Et 
il ne fonge pas que c'effc 
FEglife elle - mcfme qui 
nous apprend tout le Sym- 
bole ; c'eft fur fa parole 
que nous difons , Je croy en 
Dieu le Père , d" en Jefit^s- 
Chrifi fon Fils unique , ôc le 
refte j ce que nous ne pou- 
vons dire avec une ferme 
foy , fans que Dieu nous 
mette en mefme temps dans 
lecœurqueTEglife qui nous 
î'enfeigne ne nous trompe 
pas. Apres donc que nous 
avons dit fur fa parole , Je 
crey au Père , é* au Fils , d^ 
au Saint Efprity &: que nous 
avons commencé noftrc 
Profeifion de Foy par les 
perfomies divines que leur 



de M. Claude. jii 

m:ijcfl:c mec au dcflus de 
tout , nous y ajoutions une 
famcc rcfl:xion fur TEgli- 
{c qui nous propofc ccccc 
croyance, ^, nous difons, 
"Je CYoy l' Eglifî: Catholique. A 
quoy nous joignons aufli- 
toll après toutes les grâces 
que nous recevons par (o\\ 
mniillere, Li Communion des 
Saints , la rémijjion des pè- 
che':^ , la bienhcurenfe réjur- 
reciion , & enfin la vie éter- 
ntlle. 

C'efl: vouloir embrouiller cinq^.it^at 
les choies, que de nous al- c- ^,r., m. 
ecruer icy avec M. Cl^iuac .t//,.,,,,^/'^- 
TEgl.fb Grcque, l'Arme- |!;^^fX; 
niennc, TE^voticnne ou TE- /^'«Wu/;/ci.- 
thiopique &: celle des Coph- loircmbyo-.'.ii- 
tes , 6c tant d autres qui^H^uf-u 



jii Réflexions fur un mît 
refondre u tic fc vaiitcnc pas moins 
^'^''"^''' d'cftre FEglifc véritable que 
faitTEglife Romaine. Ceux, 
dit-on, qui font cîevez dans 
ces Eglifes en révèrent Tau- 
torité: chacune de ces E- 
glifes a des fedateurs auffi 
zelez que la noftre. Le zèle 
véritable &: pur n'a point 
de marque fcnfible : cha- 
cun attribue le fien comme 
nous faifons à la grâce du 
Saint Efprit, &: fe repofant 
fur l'autorité de PEgUfe où 
il fe trouve , il dit que le 
Saint Efprit fe fert de cette 
autorité pour le conduire 
à la foy de l'Ecriture & à 
toutes les vcritez du Chrif- 
tianifme. 
Ceft à peu prés l'objc- 



de M. Claude. 515 

ûion de M. Claude ; &: 
c'cll ainfi quelquefois que 
lors qu'on ne peut fe dé- 
baraflcr, on croit fe fauvcr 
en tafchant de jetter les au- 
tres dans un embaras fem- 
blable au lîen. Mais il ne 
gagnera rien par cette a- 
drellc: car Qwi-.n pour queL 
le caufc prctend-ii comba- 
tre? eft-ce pour rindirfjren-^ 
ce des Religions? Veut- il 
dire avec les impies , qu'il 
n'y a pas une Eglifc vérita- 
ble où l'on agfUe en q'Xcz 
par des mouvemens divin .:? 
&: lous prétexte que le Dé- 
mon , ou 11 l'on veut la na- 
ture, f çavent imiter, ou pour- 
mieux dire contrefaire ces 

nu)uvemcns,{bufticndra-t-ii 

O 



314 Reflexions fur un écrit' 
que ces mouvcmcns font par 
tout imaginaires c A Dieu 
ne plaife : nous voulons tous 
deux éviter cet ccueïl. Il 
avouera donc avec moy 
qu'il y aune vraye Eglife, 
quelle qu elle foit,où le Saint 
Efprit agit , encore qu'à ne 
regarder que le dehors , on 
ne puilTe pas toujours ii aifé- 
ment difcerner qui font 
ceux où il habite. Julqucs 
icy nous fomnies d'accord; 
voyons iufqu où nous pour- 
rons marcher enfemble. 
Nous convenons qu'il y a 
une vraye Eglifc où le Saint 
Efprit agit: nous convenons 
qu'il fe fcrt de moyens ex- 
térieurs pour nous mettre 
îa vérité dans le cœur : nous 



de M, Claude, 51 5* 
convenons qu'il le fcrt de 
rF4!;lire U de l'Ecriture. 
No lire queflion eft de fça- 
voir par où il commence, 
fi c'elt par l'Ecriture ou par 
l'Eglilc; iî c'ell, dis-je, par 
l'Ecriture qu'il nous taie 
croire à l'Eglife, ou ii c'eit 
plutoll: par l'Eglilc qu'il 
nous fait croire à T Ecritu- 
re, je dis que c'eft par TE- 
glife que le Samt Efpric 
commence; &: il faut bien 
qu'il ioit fainfi , puis que 
conilamment c'cil: TEelife 
qui nous met en main TE- 
criture. M. Claude ncan^ 
moins me quitte icy , &; 
commence à marcher tout 
ieiil : mais il tombe des le 
jprciTuer pas dajas le prcci- 



31 6 i? éfiexhns fur un cent 
pice. Car la peur qu'il a de 
reconnoiftre dans la vraye 
EgUfc une infaillible auto- 
rité , ^ de croire que fur la 
parole de l'Eglife , mefmc 
véritable, on puiiTe faire un 
aûe de foy divine &: furna- 
turcUe fur la vérité de l'E- 
criture, l'oblige à dire qu'il 
n'eft pas poffible de conv 
mencer la ledure de rEcri- 
ture Sainte par un tel ade 
de foy ; &: que tout acte de 
foy qui précède cette leétu- 
re , eft un aûe de foy hu- 
maine. Voilà Teftat déplo- 
rable où il met le Chreftien 
qui va lire l'Ecriture Sainte 
pour la première fois. M. 
Claude ne peut fortir de 
cet abifmc fans revenir à 



deU.Chude. 317 
l'endroit où il a commence 
de me quitter, &: dire en- 
fuite avec moy qu'il y a une 
vraye Eglife, quelle quelle 
foit , dont le Saint Efpric 
inlpu-e d'abord la vénéra- 
tion aux vrais Fidèles ; que 
par cette vénération qu'il 
leur met d'abord dans le 
cœur, il les attache à l'Ecri- 
ture que cette Eglilc leur 
prefcnte; que cette Eglife 
cxi^c aulTi de tous ceux 
qu'elle peut inftruire, qu'ils 
adorent fur fa parole l'in- 
f^ulliblc vcrite de cette Ecri- 
ture , &: ne reconnoift pas 
pour fcs en f JUS ceux qui 
n'ont pour cette Ecriture 
qu'une foy humaine. 
Mais , dit-on , l'Eglife 
O ii| 



3îS Réflexions fur un écrit 
Romaine n'eft pas la feule 
à s'attribuer cette autorité : 
l'Eglife Greque, &: d'au- 
tres Egliies veulent aufli 
qu'on les en croye fur leur 
parole, ô£ enfeignent que 
c'eft le moyen de lire l'E- 
criture Sainte avec une fou- 
miffion de foy divine. Hé 
bien, s'il eft ainfi, il ne refte 
plus quà choifir entre ces 
Eglifes. Mais dés -là &: du 
premier coup l'Eglifc Cal- 
vinienne eft tombée : elle fe 
dégrade elle mefme, pour 
ainfi parler, du titre d'E- 
glife, puis qu'elle ne fe fcnt 
pas aflez d'autorité pour 
faire faire à tous ceux qu'el- 
le commence à inftruire un 
ade de Chreftien , & ua 



de M, Claude. 315) 

aftc de foy divine , p^vs 
mclmc fur la vcrirc de TE- 
cricurc , d'où on iuppoic 
qu elle doic apprendre rou- 
tes les autres. 

Mais M. Claude deman- 
de comment on choilira 
entre ces Egliies. Sera-ce 
parcnthoufialme? Ce feroic 
par enthoulialme , comme 
je Tav remarque dans la 
Corf'M-cnce , li T'E^rlife ve- 
riraMe n'avoir pas (es cara- 
ctères particuliers qui la dif^ 
tingucnt des autres. Elle a, 
fans aller plus loin ni ap- 
profondir davantage, ia fuc- 
ceflion où perfonne ne luy 
montrera par aucun fait po- 
fitif aucune interruption y 
aucune innovation, aucun 
O iiij 



310 Réflexions fir un écrit 
changement. C'eft dequoy 
nulle faufle Eglife ne fe 
glorifiera jamais auffi clai- 
rement que la véritable ^ 
parce que s'en glorifiant el- 
le fe condamneroit vifible- 
ment elle-mefme. Il y aura 
donc toujours dans l'inflru- 
ôion que TEglife véritable 
donnera à fes enfans fur 
fon eftat , quelque chofe 
que nulle autre Sccle ne 
pourra ni n'ofera dire. C'eft 
par là que nous convain- 
crions ^ s'il en eftoit quef- 
tion, les Grecs, les Ethio- 
piens 5 les Arméniens &: 
les autres Scdes qui fcm* 
blent à cet égard plus dé- 
cevantes à caufe de l'ap- 
parence de fucceffion qu'el=' 



de M. Claude. 311 

les montrent ; qui aufli leur 
donne lieu de s'attribuer 
avec un peu plus de fonde- 
ment l'autorité de rEglifc. 
Mais pour rEgliie Calvi- 
nienne^ c'eft fait d'abord, 
puis qu'elle n'a pas mefmc 
une fuccelfion apparente &^ 
colorée , ^ qu'elle n'ofe 
cUe-mefme , comme nous 
venons de le voir par l'aveu 
de M. Claude , s'attribuer 
cette autorité, fans laquelle 
jl ne peut y avoir m d'inf- 
truclion certaine, ni de fon- 
dement alleùré d'une foy 
divine , m enfin d'Eglifc. 
Ce feroit donc bien en vain 
que nous perdrions icy le 
temps à difputer aux Egy- 
ptiens ^aux Grecs la fticcct 

O V 



32.2- Reflétons fur un écrit 
iion dont ils fe vantent. Ce 
ne fcroit pas un grand tra- 
vail de leur marquer le point 
manifefte de leur innova- 
tion. Les Prétendus Réfor- 
mez le fçavent auffi-bien que 
nous, 6^ eux-mefÎTies quand 
ils veulent ils le leur mon- 
trent. Ainfi quand ils nous 
prcffent de le faire, ce n'eft 
pas qu'ils croyent nous en- 
gager à une chofc impoflî- 
ble , ou mefme obfcure &: 
difficile : mais c'eft en un 
mot que dans une caufe lî 
mauvaife c'eft toujours ga- 
gner quelque chofe que de 
ie-jetter à l'écart, &: faire 
perdre la fuite d'un raifon- 
nement. 
Ainfî j'ay eu raifon de di- 



de M. Clan de. ;i| 



rc à MadcmoifcUc de Y)\\ 
nis dans une des Inftru- 
clions de ce livre, que (î 
quelqu'un dégoullé de l'E- 
gliic Calvinienne clloic ten- 
te d'cmbr aller la Relicrion 
des Cophtes ou celle des 
Grecs, il (croit temps alors 
de leur montrer dans cq^ 
Fgliies ce point inévitable 
de leur nouveauté qu'elles 
ne peuvent nier non plus 
que les autres Sccles : mais 
que comme les Calviniftcs 
a qui nous avons a raire en 
convenoient, <5^ que pcrfon- 
ne ne iongeoit à les quit- 
ter que pour venir à nous ; 
quand nous obligions à les 
cjuiLter en montrant de Fa- 
vlu de leur Mini lire les 
O vj 



314 Réflexions fir un écrit 
énormes ab fur direz de leur 
ilodrine , l'ouvrage eftoit 
confommé^ô.: rour le refte eu 
cette occafion ell:oit inutile. 
Et afin qu'on entende 
bien la méthode de la Con- 
férence 3 U. l'eftat de la 
queibon qui y eft traitée, 
il ne s'y agifloit pas diredc- 
jnent d'établir 1 Eglife Ro- 
maine , mais de montrer 
feulement qu'il y a une 
vraye Eglife quelle qu'elle 
foit, à laquelle il fe faut 
foumettre ians examiner : ^ 
au refte que cette Eglife 
ne peut pas eftre la Calvi- 
nienne, puis qu'elle-mefmc 
veut qu'on examine après 
elle 5 ce qui luy fait avouer 
les ab fur direz -que nous 



de M. Claude. 31^ 
avons remarquées, (SiT perdre 
par cet aveu le titre d' Eglile. 
Cela fait, il ne s'agit plus 
de preicher l' Egli Te Romai- 
ne, c'eft à dire ce corps d'E- 
glilc dont Rome eil le Chet ; 
*puis qu'a celuy qui veut choi- 
lir entre deux Eglifes, en ex- 
clure Tune c'eft établir l'au- 
tre , finis qu'il foit befoin 
pour cela de diiputer davan- 
tao;e. Outre que l'Eglife Ro- 
maine porte 11 évidemment 
ces beaux caractères de la 
vraye Eglile, qu'il n'y a guc- 
res d'homme de bon fens, 
mefme parmi nos Reformez, 
qui ne convienne, que s'il y 
a au monde une autorité à 
laquelle il faille céder, c'eft 
celle de cette E2:Ufc. 



^i6 Réflexions fur un écrit 

Mais en tout cas , quand 
on voit les abfurditcz qu*on 
eft force d'avoûër dans le 
Calvinifme faute d'avoir 
reconnu dans Tautorité de 
PEglife les véritables prin- 
cipes de rinftruûionChref 
tienne , on fe retire bien- 
toft d'une Eglife dont la 
méthode ô^ l'iiiRruftion eft 
fi manifeftement défeâueu- 
fe ; &: on eft affez folUcité 
par le refte de Chriftianifme 
qu'on fent en fon fond , à 
retourner à F Eglife d'où o\\ 
eft forti. 
ft'xioTTfvr On voit dans les difcours 
?/rX'k> d^ M. Claude, que preffé 
alitant qn il par cc dcfaut d'autorité qui 

jeut cetiedij- ^ . i,- n n • 1 

fute^^i vinj- ruine toute l inicriiction dans 
l'Jn;/!''' ^on Eglife, il aftcclc de ré- 



de M. CUude, ^7 
iîuirc iioltrc dirputc à riiii- 
truclion des ciifans, &: qu'il 
croit trouver quelque avan- 
ça i];e a taux dépendre cette 
milruclion,des parens &: des 
nourrices que l'on connoid 
plus dans cet âge que TE-- 
glife &: les Miniftrcs. Par 
ce moyen il croit nous ca- 
cher l'autonte de l'Ecrlilc 
dans les premiers exercices 
&: les premiers actes que 
nous faiions de la Foy a- 
vant que d'avoir icu l'Ecri- 
ture Sainte. Mais il falloit 
foncier premièrement, que 
l'argument que je luy fai- 
iois ne regardoit pas ieule- 
mcnt les cnfans : les cn- 
fans ne font pas les fculs 
Chrcfticn,-^ qui n'ont pas Icii 



c. 4 



318 Réflexions fur un écrit 
TEcriture. M. Claude n'i^ 
gnorepas qu'il n'y ait eu au 
commencement du Chrif- 
tianifme, non pas des hom- 
mes particuliers 5 mais des 
nations entières, qui au rap- 
îren.iib.iii. port de Saint Irenée, n'a- 
voient point l'Ecriture Sain- 
te 5 6^ fans la lire ne laif- 
foient pas d'eftre de par- 
faits Clireftiens. Il s'agit 
donc entre nous en gêne- 
rai de tous ceux qui n'ont 
pas leù r Ecriture Sainte, en 
quelque âge qu'ils foient^ 
&: de quelque manière qu'il 
foit arrivé qu'ils n'auront 
pas fait cette ledure. Car 
c'eft de ceux-là, & fi l'on 
veut c'eft de ceux dont par- 
le Saint Irenée ou de leurs 



de M. CUude, 515? 
fcmblablcs,qiic je demande 
fur la foy de qui ils croycnt 
rEcricurc, &: ic prcparcnc 
a la lire comme cftant infpi- 
rcc de Dieu. S'ils n'ont 
qu'une foy humaine , com- 
me le dit M. Claude , ils 
ne font pas Chrcfticns; &^ 
s'ils ont une foy divine 
comme il le faut avouer à 
moins que de tomber dans 
une ablurdité qui fait hor- 
reur, il cft donc vray que 
la foy divine , fins qu'où 
ait Icù l'Ecriture, fuit immc- 
diatcmcnt la dodrine de 
TEo-lifc, &: en établit fin- 
faillible autorité. C'eft iur 
cette autorité que tout 
Chrcfticn qui prend en main 
l'Ecriture, commence par 



330 Réflexions fhr un écrit 
croire d une ferme foy que 
tout ce qu'il y va lire eft di- 
vin : &: il n'attend pas qu'il 
kilt tout leû pour croire la 
^^crité de cette Ecriture; il 
croit le premier chapitre a- 
vnnt que d'avoir leû le fé- 
cond, bc il croit le tout a- 
vant que d'avoir vcû la pre- 
mière lettre &: que d'avoir 
feulement ouvert le livre, 
11 ne forme donc pas fa foy 
par la ledure de l'Ecriture : 
cette Icdure trouve la foy 
dcja formée \ cette ledu- 
re ne fait que confirmer à 
un Chrefticn tout ce qu'il 
croyoit dcja, &: tout ce qu'il 
avoit dcja trouvé dans la 
croyance de l'Eglife. Il a 
donc crû avant toutes cho=- 



de M. Claude. 331 
{c^ que rEglifc ne le trom- 
poic pas,&: c'cft: par la qu'il 
a commence à faire des 
adcs de Chrefticn. Les en- 
fans ne font pas inftruics 
par une autre voyc. Quand 
ils écoutent leurs parens , 
c'eft FEglife qu'Us écou- 
tent , puis que nos parens 
ne font nos premiers do- 
cleurs que comme cntans 
de TEglife. C'eft pour cela 
que le Saint Efprit nous 
renvoyé à eux : Interrogez» 
njofire père , d^ il vous l'an- 
nonccra ; demandez, a vos an^ 
ce (Ire s, & ils vous le diront. 
Saint Bafilc , un fi grand Ep. 7?. 
Théologien , fc juftific, 6£ 
tout enfemble il confond 
ivjs hérétiques , en leur aile- 



331 Réflexions fur un écrit 
giiant la foy de fa mère tt 
de fon ayeule Sainte Macri- 
^.Tim.r.;. ne ; ô^ il imite Saint Paul 
qui loue Timothée d'avoir 
une foy fincere telle qt^elk fef- 
toît trouvée premièrement dans 
fi mère Eunice d^ dans Loide 
fon ayeule. G'eft à dire que 
la dodrine doit toujours ve- 
nir de main en main , &: 
qu'il y aura toujours une 
vraye Eglife , à laquelle ja- 
mais perfonne ne pourra 
montrer fon commence- 
miCnt, ni trouver dans fon 
eftat CCS marques d'inter- 
ruption &: de nouveauté que 
toutes les autres Seftes por- 
tent fur leur front. Les pa- 
rons Chrefticns attachez à 
cette Eglife ^ y attachent 



de M. Claude, 333 
leurs cnfans, ^ les mettent 
aux pieds de fes Muiiilrcs 
pour y eftre uiftruits. 

II ne faut pas s'imaginer 
que les cnfans en qui larai- 
Ibn commence à paroiftrc, 
pour ne fçavoir pas arranger 
leurs railbnnemens foicnt 
mcapables de rciVentir l'im- 
preflion de la venté. Ou 
les voit apprendre à parler 
dans un âge plus infirme 
encore : de quelle forte ils 
l'apprennent, par où ils font 
le difcernemcnt entre le 
nom ^ le verbe, le fubftan- 
tif & l'adjeftif, ni ils ne le 
fçavent, ni nous qui avons 
appris par cette méthode 
ne le pouvons bien expli- 
quer j tant elle cil profonde 



534 Bejlcxions/ur un écrit 
6c cachée. Nous apprenons 
à peu prés de mefme le lan- 
crao-e de rEo:lifc. Une fe- 
crête lumière nous conduit 
dans un cftat comme dans 
l'autre; là c'eft la raifon &C 
icy la foy. La raifon fe dé- 
veloppe peu à peu, 6c la foy 
infufe par le Baptefme en 
fait de mefme. Il faut des 
motifs pour nous attacher 
a Tautorité de TEghfe i 
Dieu les fçait ^ &c nous les 
içavons en général : de queh 
le forte il les arrange, 6c 
comment il les fait fentir à 
ces âmes innocentes, c'eft 
le fccret de fon Saint Ef- 
prit. Tant y a que cela fe 
fait , &: il eft certain que 
c'eft par là qu'il commence» 



de M. Claude. 55 ^ 

Comme c'cll là le premier 
acte deChrcftieii que nous 
failbns , ^ que c'eil liir ce 
fondement que tout eil baf- 
ù , c'elt aulîi ce qui fub- 
iille toujours. Viendra le 
temps que nous içaurons 
plus diîlinctement pour- 
quoy nous croyons; «Se l'au- 
toricé de TEglife de jour 
en jour deviendra plus fer- 
me dans noflre cfprit. L'E- 
criture mefme fortifiera les 
liens qui nous y attachent: 
mais il en hiudra toujours 
revenu- à Torigme , c'ell à 
dire, à croire fur l'autoritc 
de l'Eglifc. En quelque âge 
que Von foit , c'eR par là 
que Xow commence à croi- 
re l'Ecriture : on commue 



53^ Réflexions fuY un écrit 
aufli fur le mefmc fonde- 
ment ; &: Saint Auguftin 
eftoit déjà confommé dans 
la fcience Ecclcfiaftiquc , 
font. ïp. quand il a dit qu'il ne croi- 
Yoit pas a L Evangile Ji i auto- 
rité de l'Bglife Catholique ne 
l'y ohligeoit, ]c pourrois, s'il 
en eftoit queftion , montrer 
le mefme fcntiment dans 
les autres Pères. C'eft qu'il 
faut toujours remonter au 
premier principe, bc c'eft ce 
premier principe qui nous 
attache à PEglife. Qiipn 
ne nous reproche point 
ce cercle vicieux : PEglifc 
nous fait croire l'Ecriture, 
l'Ecriture nous fait croire 
FEghfe. Cela eft vray de 
part Ô.: d'autre à divers é- 

gardsa 



de M, Claude. y^y 

gards. L'Eglifc &:rEcricurc 
(onc ccllcmcnc faites Wmc 
pour l'autre , &: s aflortif-. 
fcnt l'une avec l'autre lî 
parhiitcmcnt, qu'elles s>n. 
tre-fouftiennent comme les 
pierres d une voûte &: d'un 
édifice fe tiennent mutucL 
Icment en eilat. Tout cil 
pleni dans la nature de pa- 
reils exemples. Je porte le 
ballon fur lequel je m'ap- 
puyc: les chairs lient (5^ cou- 
vrcnt les os qui les foullien-^ 
ncnt; &: tout s'aide mutuel^ 
lement dans l'Univers. 11 en 
cft amii de l'Eglifl* & de 
l'Ecriture. Il n'y avoir qu'u- 
ne Eglife, telle que Jesus^ 
C H R I s T l'a fondée , a qui 
on pufl: adrellcr une Ecri- 

P 



35S Repxions Jkr un écrit 
turc telle que nous l- avons; 
c'eft à dire , qui ofeft pro- 
mettre à FEglife où Gçttc 
Ecriture avoitcftéfaite^^une 
éternelle durée. Si quel- 
qu'un reçoit F Ecriture, par 
l'Ecriture je luy prouveray 
FEglife j qu'il reconnoiffc 
FEglife 3 par FEglife je luy 
prouveray FEcriture : mais 
comme il faut commencer 
de quelque cofté, j'ay fait 
voir aflez clairement par 
Faveu de M.Claude, que i\ 
on ne commence par FE- 
glife, la divinité de FEcri- 
ture & la foy qu'on y doit 
avoir efl en péril. C'eft 
pourquoy le Saint Efprit 
commence noftre inftru- 
dion par nous attacher à 



^ ' de M,Ciaud$ir ^^9 
TEglifc :^€ croy CEglifeCa- 
îhoUqut. Parmi nos adver- 
faircs il faut tout examiner 
Avant que de croire j ^. il 
foi^t cxammer avant toutes 
chofcs rEcnaue , par la- 
i.]ueUc o\\ examme tout le 
reite. Ce n'efl: pas aflcz d'en 
avoir leù quelques verfçts 
détachez , quelques chapi- 
tres, quelques livres : jufqu'à 
ce qu'on ait tout leù , tout 
confère , tout examiné , la 
Foy demeure en lufpens , 
puis que c'cll par cet examen 
qu'elle {c forme. Parmi les 
vrais Chreftiens o\\ croit 
d'abord : Ta foy t'A fauve ^ dit 
Jesus-Chkist. Ta foy y remar- 
que TertuUien dans ce divin Tcituu j 
ouvraçrc des Prelcripcions, 



340 Rejkxionsfir un écrit 
fjr non pas d'efire exercé dans 
les Ecritures, \\ n'eft pas be- 
foin de pafl'cr par des opi- 
nions , par des doutes , par 
?p-7:?. les incertitudes d'une foy 
humaine. y^ n'ay jamais chan- 
ge y dit Saint Bafile : ce qut 
jay cru dés l'enfance n'a fait 
que fe fortifier dans la fiiite 
de rage. Sans fajfer d'un fin- 
timent a un autre ^ je n'ayfait 
que perfeBionner ce qui rnd 
efié donné d'abord par mes fa- 
rens. Comme un grain qu'on 
jtme , de petit qu'il efioit dé- 
ment grand ) mais demeure 
toujours le mefme en foy ^ & 
fans changer de nature il ne 
fait que prendre de laccroiffe- 
mentiainfimafoy s'eftaccru'é,.» 
C^ cela ry^ft pas un change- 



de M.CUmcU. 341 
ment ou l'on fujfc de ce qui efi 
fis au meilleur y mais un ac- 
complijfcment de l'ouvrage dé^ 
ja commencé ^ & la confirma- 
tion de la Foy par la connoif 
fancc. De cette forte on ne 
paflc pas, comme parmi nos 
Reformez , d\in ellat de 
doute à un eilat de certi- 
tude-, (H] , comme M. Clau- 
de aime mieux le dire, d'u- 
ne io\' humaine à une foy 
divine. La foy divine le dé- 
clare d'abord dés les pre- 
mières inftruclions de TE- 
glife; ôiT cela ne feroit ja- 
mais, n'eltoit que fon infail- 
lible autorité prévient tous 
nos doutes & tout examen. 
C'ell amfi , comme dit 
vSaint Augullm, c'ell ainfi, 
P m 



ront 
Mail. 4 



^^ Réflexions /kr un écrit 
Ep. dis-je, que croyent ceux cfui 
ne pouvant parvenir a Pinttii< 
gence, mettent leur falutcnfcm- 
retê parlajïmpiicité de leurfày. 
S'il falloit toujours examiner 
avant que de croire, il fau- 
droit commencer par exa- 
miner fi Dieu, eil, & écouter 
durant quelque temps avec 
une efpcce de fufpenfion 
d'efprit , les raifonnemens 
des impies : c'eft à dire, qu'il 
faudroit pafler à la croyan- 
ce de la divinité par^ l'a- 
théifme, puis que l'examen 
fe le doute en eft une efpc- 
ce. Mais non : Dieu a mis 
fa marque dans le monde 
qui eft l'œuvre de fes mains^ 
&:par cette marque divine il 
imprime avant tous les dou- 



de M. Claude. 343 

tes le lentiiTicnc de la divL 
mec dans les amcs. De mcf- 
me il a mis la marque dans 
Ton Eglifc, ouvrage le plus 
parfait de la lageile. A cet- 
te marque le Saint E>fprit 
fliit rcconnoiftrc la vrayc 
Eglifc aux enfans de Dieu, 
6c ce caradcre fi particulier 
qui la dillmguc de toucc 
autre aflcmblée luy donne 
une h grande autorité, qu\u 
vaut tous les doutes ^ tou- 
tes les opinions on admet 
fans héfitcr, fur fi parole, 
non - feulement l'Ecricure 
Sainte, mais encore toute la 
faine doclrinc. C'eft ainfi 
que lont mftruics lcsenfan$ 
iào la vraye Eglifc : ceux qui 
ont crtc élevez, dans une 
P iiij 



344 Réflexions fur un écrit 
Eglife étrangère, dés qu'ils 
fentcnt qu'elle vacille en 
quelque partie que ce foit 
de fon inftruftion, doivent 
tendre les bras à l'Eglife 
qui a raifon de ne vaciller 
jamais 5 parce qu'elle n'a ja- 
mais ni varié ni vacillé; &; 
ils fentent qu'il y faut ren- 
trer 5 parce qu'il n'en falloir 
jamais fortir. 
j/|.fKW7^/- On peut juger maintenant 
^utMcùu- fi j'ay deu eftre embarrafle 
ti{!iltfoT d^ '^ promcfTe que j'avois 
^tte f avais fç^l^ç. ^^ Madcmoifellc de 

paru emuarajjc i r • -r 

m cet endroit Dutas , (xc Tà\xc reconnoil- 
^cud^i^ute. ^^^ ^ y^ Claude un mo- 
ment où par les principes 
de fa Religion un Chref- 
tien n'avoit qu'une foy hu- 
maine fur la vérité de l'E- 



de M. Claude. 54? 
eiiturc. Comment pom'iois- 
je cilrc cmbarraiîc d'une 
chofc que M. Claude avoua 
dans la ConfcL-cncc,&: qu'il 
avoue encore dans fa Rela- 
tion , quoy-qu il ait aftoibli 
&: ma preuve &: fon aveuî 
Il eft vray qu'il ne veut pas 
lafcher le mot de doute: 
mais je n'ay pas prétendu 
faire iormer à ia langue cz^ 
deux fyllabcs ; l'équivalent 
me fuffit. C'eft un allez 
o;rand excès de réduire le 
Chrcfticn qui va lire l'Ecri- 
ture Sainte a eilrc incapa- 
ble d'une foy divine : k 
contenter en cet eftat d'u- 
ne foy humaine, c'eft tou- 
jours trop évidemment re- 
noncer au Chriftianilmc. 

P Y 



^^6 Beflexions fiiY un^crit 

<^ue je ycniloisjde l'aveuiq^l 
M. Claude. ,Qije s'4 dip,que 
l^'^foy' humaine qu^il ripus^ 
yance icy- exclut le doute ^^^ 
&:reirembre a ce^e qui aoùs! 
fl^ircroire qu il y i^ unis y illç^ 
4.Ç Çonftantinpple , ou quaî 
y a eu autrefois un Alexan- 
are j.quoy- que nous ne le 
fçacliions que par des hom- 
mes : a la venté cen cft pas. 
affez pour un Chrcftien qui 
doit agir par le motif d'une 
foy divine ; mais c'en. c.R 
toujours affcz pour confond 
dre M. Claude , puis que , 
félon cette réponfe^ FEglife 
auroit toujours une autorité 
égale à celle qu'a pour aiiiQ 
dire tout le genre humain^ 



''■ de MVClatide: ^^ ' : Ç^J 
quand il dcpofc imanimc- 
mcnc d'un fait fcnfible. Ainfi 
de quelque manière que M. 
Claude nous explique fa 
foy humaine, la viftoire de^ 
la vérité que je fouftenois 
demeurera affeùréc de fon 
aveu : puis que s'il dit que 
fa foy humame exclut tout 
doute , il y fuppofe une vé- 
rité nihiillible ; &: s'il dit 
qu clic lailVc un doute , il 
aura enfin proféré ces fata- 
les fyllabcs qu'il cvitoit. 
Dans une caufe fî afTcûrce, 
fi j'ay tremblé pour autre 
chofc que pour le péril de 
cciix à qui )c craignois de 
rie pouvoir ou pat ma foi- 
bîcffe ou par leur préoccu- 
pation faire entrer la vérité 
P vj 



34^ Réflexions fur un écrit 
aflfcz avant dans le cœur, 
)'ay mal entendu la vérité 
que je défendois. Cepen- 
dant 3 parce que j'ay dit 
dans le récit de la Confé- 
rence qu'à l'endroit où M. 
Claude m'objeûa l'Eglife 
Greque &: les autres , je 
trcniblay dans l'apprehen- 
(ion qu'une objeûion pro- 
pofée avec tant d'adreffe &: 
d'éloquence ne mift une 
ame en péril: M. Claude a 
pris ce moment pour me 
faire paroiftre abbatu. J^y ^ 
dit-il , on fait dire avec véri- 
té qu'on vit que l^ejprit de M, 
de Condom n'efioit fas dans 
fin eflat ordinaire, & que cette 
liberté qui luy efl: fi naturel- 
le diminua fenfiblment. Je 



de M. CUudc. 349 
veux bien dire à mon toiir 
quc mon tremblement d'où 
on tire cet avantage fut in- 
térieur, &c }'ay peine à croi- 
re que M. Claude cuft pu 
s'en appercevoir fi je ne l'a- 
vois raconté moy - mefmc 
de bonne foy dans mon ré- 
cit. Mais qu'importe quel 
ait elle ni Tcrtct m le fujet 
de ma crainte ? On dira fi 
\on veut que déconcerte 
par robjeclion de M. Clau- 
de, )'ay voulu couvrir le dé- 
sordre où je fuis tombé vi- 
(iblement, par le tremble- 
ment que je feins d'avoir 
pour le fallut d'une amc qui 
attcndoit fon inftruûion de 
mon fecours. Je l'avoùcray 
fi \on vcut^ ou plulloft pour 



3^0 2? eflexions fur un écrit 
t ne point mentir je le laiflc- 
- J^^y pâffer fans oppofitièn. 
Je veux bien avoir treniblé 
devant M . Claude, pourtéiï' 
que mefme en trembliint 
j'aye dit la vérité. Je Tay 
dite: il n'y a qu'à voir quel- 
les ont efté mes réponfes, 
& fi j'en ay moins tiré de 
la bouche de M. Claude 
l'aveu que j'en prétendoisi^ 
Après cela,plus j'auray trem** 
blé & plus j'auray efté foi - 
ble 3 plus il fera affeûré 
que c'eft la vérité qui mé^ 
fouftenoit. ^ '^ 

nuUitmt^é^ Il y a un endroit de la 
{r:;:;./;-:. conférence que M. Claude 
l/'c^n P^^^ ^^ quatre mots. C'eft' 
^cona. dans u ccluy où jc luy fis voir Thof^ 
efifxi>çjé(U nble eltat de Ion Jigaie^ 



10, it it.vjuc 



de M. CUude. jfi 

qui s'cCcibhc, à l'exemple de ^ .. ^^^^^ dont 
toutes les taullcs Eglifes/i;;:'^/,^/^^ 
en Te ieparant de tout cc^ 
qu'il y avoitd'EglifesChref- 
tienncs dans l'Univers, &: 
fans trouver aucune Eglifc 
qvu penfaft comme elle dans 
le temps quelle s'établit: 
de "forte quelle ne tenoit 
par aucune continuité , ni 
au temps qui précedoit, ni 
à aucune Eglife Chreftien- 
nc qui paruft alors dans le 
monde. Ce fait pafTa pour 
confiant; 6c quelque court 
qu'ait efté M. Claude dans 
le récit de cet endroit , il 
en dit aflbz pour faire voir 
qu'en avouant ce fait impor- 
tant 5 il a tafché feulement 
de couvrir la honte d'un 



351 Reflexions fur un écrit 
tel eftat par Texcmple des 
Apoftres lors qu'ils fe répa- 
rèrent de la Synagogue. 

Je ne répeteray pas ce que 
je dis fur ce fujet : on Ta veù 
dans la Conférence j & M. 
Claude qui n'en rapporte 
qu'un mot, ne m'obligea au- 
cun nouvel éclairciffement. 
Mais je diray feulement qu'il 
donne une idée bien fauflc 
de cet endroit de la difputc, 
La compagnie fe leva , dit-il, 
& la conver/ation qui conti- 
nua, encore quelque temps , de^ 
'vint beaucoup plus confu/è, d^ 
il y fut parlé de diverfes chofes. 
Je ne fçay pourquoy M. 
Claude veut que noftrecon- 
verfation ait efté confufe : 
elle ne le fut en aucun en- 



de M. Claude. 35-5 
droit , & le fat moins , s'il 
Çc peut, dans ccluy-cy que 
dans tous les autres. Il cft 
vray qu'on s'cftoit lève , &: 
qu une partie des allillans 
s'cftoicnt retirez ; mais nous 
demeurafmcs de pied ter- 
me M. Claude &: mov Tun 
devant l'autre. Madcmoi- 
fclle de Duras parut avoir 
redoublé (on attention, bc 
après tant de principes cx- 
pofez la difpute devait plus 
vive ^ plus concluante que 
jamais. Si on parla de di- 
verfes chofes , ce ne fut pas 
vaguement, bc tout tendoit 
au\nerme but. On le peut 
voir en liianti &: fi on ne 
veut pas m'en croire , quand 
M. Claude fera paroillrc fa 



354 Réflexions fur un écrit 
Relation, on verra que ce 
peu qu'il dit demande na* 
turcUement tout ce que je 
recite. Tant y a, qu il fut 
avéré que les Prétendus Re- 
formez , en cti'bliiî'ant leur 
Eglife 5 avoient fait tout le 
contraire de ce qu'ont toil- 
jours fait les Orthodoxes , 
&: précifcment ce qu'ont 
fait tous les Hérétiques s &: 
M. Claude prellé far cette 
matière , ne put dans toute 
l'Hiftou-e du Cliriftianifme 
marquer une feule Eelife 
vraymcnt Chreftienne, fon- 
dée comme les Eglifes de 
la nouvelle Réforme. 
On peut juger maintenant 
quelle apparence il y a que 
ce qu'ont fait tous les hé^ 



de M. Claude, 3T5 
rctiqucs contre la pratique 
de tous les Orthodoxes puif- 
fc jamais cftre autonfe par 
l'exemple des Apoftres lors 
qu'ils ie fcparerent de la Sy- 
nagogue. Mais comme M. 
Claude met le fort de (.\ de- 
icnfc dans cet exemple, je le 
prie d'ajoufter aux faits coni- 
tans que je luy ay alléguez 
fur ce fuiet,ces courtes réfle- 
xions : qu'encore que Jesus- 
Chkist autorife de luy- 
mcfmc n'eut befoin d'au- 
cune fuicepour fc faire croi- 
re, néanmoins pour nous in- 
culquer combien il cil: ne- 
ccilaire à la véritable Reli- 
crion d'avoir une fuite tou- 
jours mAnifeft?, il a voulu 
en venant au monde y trou- 



35 é Refiesions fur un écrit 
ver une Egliie aduellement 
fubfiftente dans tout fon 
cftat : qu'il eft né, àc qu'il a 
vécu dans cette Eglife a- 
ctuellement fubfiftente, c'eft 
à dire , dans la Synagogue, 
àc qu'il a tellement voulu 
former fon Eglife au mi- 
lieu d'elle, que mefme les 
Saints Apoftres après (on 
Afccnfion &: la defccnte du 
Saint Efprit, ont perfifté pu- 
bliquement dans le fervicc 
du Temple ; qui eftoit alors 
la marque la plus authen- 
tique de communion : qu'on 
ne voit pas en effet , quoy 
qu'on puft ordonner contre 
eux, qu'ils s'en foient jamais 
retirez, tant que le Temple 
a fubfifté àc que la Syna- 



de M, Claude, 557 
goguc a pu confcrvcr ou 
fa forme cxtcncurc ou mcf- 
mc quelque apparence de 
fou efl:at ancien : que Dieu 
qui vouloir enfin que les 
liens fuilcnt entièrement fe- 
parez d'avec les Juifs, avoir 
auparavant ctcmt dans ce 
peuple in<^rat , par une ma- 
nifcftc réprobation, avec le 
Sacrifice ^ le Sacerdoce, 
toutes les marques d'Egli- 
{c^ en forte qu'il paruft que 
la Synagogue tomboit plù- 
toll en ruine avec (on Tem- 
ple, que les enfuis de Dieu 
ne s'en cloignoient : que 
loin de lailTcr alors aucune 
efpcrancc a ce peuple, com- 
me il avoit fait autrefois 
dans Tancicnne tranfmigra- 



358 Méfierions fur uri écrit 
tion &: à la ruine du pre- 
mier Temple 5 il avoir aon- 
né au contraire toutes les 
marques poflibles d'une im- 
placable fureur : qu'ajfîn 
qu'une telle cheûte du peu- 
ple autrefois cleû, &: le di- 
vorce déclaré à la Synago- 
gue autrefois epoufe ne puft 
donner le moindre prétex- 
te de foupçonner à Tavenir 
aucun événement fembla- 
ble,il avoit fait dénoncer 
par tous fes Prophètes cet- 
te cheûte àc ce divorce fu-- 
tur, comme un exemple n- 
nique de fa colère , &: avoit 
protefté en mefme temps 
que rien de tel n'arriveroit 
à cette Eglife avec laquelle 
il faifoit une alliance ctér- 



de M. Claude. 359 
acUc : qu'avec tout cela &: 
encore que la réprobation 
de la Synagogue fuft clai- 
rement expliquée dans TE- 
criture, & mefme que If s 
Apollres , fans rien inno- 
ver clans la doctrine, ne fif- 
fent que fuivrc celuy que 
jufqu'à eux fans aucune 
interruption on avoit tou- 
jours attendu 3 néanmoins 
parce qu'il y avoit quelque 
rupture avec la Synagogue 
autrefois Eglife véritable ; 
pour les autorifer dans cette 
aaion , il n'avoit rien fiU 
lu de moins que J e s u s- 
Christ prefent fur la ter- 
re avec toute l'autorité du 
Père Eternel : en un mot, 
que pour s'éloigner des fcn- 



3^o Réflexions Jur un écrit 
timens de la Synagogu*, 
quoy-que d'ailleurs convain- 
eue par les Ecritures , il fal- 

luft que J E s U S-C H R I s T 

la pierre angulaire, en qui 
tout devoir eftre uni, parufl 
vifiblemcnt avec les mar- 
ques incontcftables de ù\ 
miffion.Je laiffe maintenant 
a confiderer {\ un exemple 
de cette nature peut don- 
ncr quelque occaiion de fc 
feparer jamais de l'Eglifc de 
Jes us-Christ , ou de 
dire que cette Eglife fon- 
dée fur la pierre deuft tom- 
ber , ou que la fucceffion 
dont Jes us-Christ 
eft la fource , puft fouffrir 
quelque mterruption ; &: fi 
tout ne crie pas pliltoft icy 

contre 



de M.Claude. ^Ci 

contre une telle entrcprife. 

jufqu'icy nous avons vcû^w-,.^^^ 
ce qui rccrarde la Confe- it ^■■'f^inUtr. 

1 ^, .1 de iK^Jijr: 

rcnce, &: la manière dont ^,e ucu... 
M.Claude la raconte. l\tl^:;!r 
faut maintenant confiderer 7f / *'^ ^^- 
ce qu'il oppolc aux Inltru- pm fenchc 
ftions qui l'ont précédée. 'j^^Tfie ïdu. 
Il y repond amplement sup.Avrrt. 
dans Tccrit dont nous avons ,^^^'^-^''' " 
dcja parle. Cet écrit n'a au- 
cun titre , (5c il eft f'iit en 
forme de Lettre. Pour nous 
furc mieux entendre, don- 
nons -luy un nom 5 & ap- 
pelions -le La Refonfc ma- 
nu fcrïte de M. Claude. Com- 
me on a veu que la Confé- 
rence fut précédée de ma 
part de deux Inftruclions , yj^^^^^^^, 
dont la première établie h 



^€i Reflétions (ïiY un écrit 
perpétuelle viabilité de TE- 
swp.p.iTi. glife, & la féconde éclair- 
cit quelques objedions ti- 
rées du Livre des Rois : 
M. Claude a fuivi cette di- 
vifion. Il divife auffi fa Ré- 
ponfe en deux parties : la 
première ell fubdiviféc en 
quatre qucftions. Dans la 
première, il traite de l'Egli- 
fe UnivcrfcUe , dont il eft 
parlé dans le Symbole , ^ 
me blafine de n'y avoir pas 
compris avec tous les Bien- 
heureux Efprits, les Saints 
qui naiftront jufqu'à la fin 
du monde. Dans la féconde^ 
il examine fi l'Eglife peut 
cftre définie par fa Com- 
munion extérieure , comme 
il fuppofe que je lay fait. 



de M. Claude. 36J 

Il parle dans la troi firme 
cîc kl pcrpctiicllc vilibilicc 
de TEglilc ; ^ recherche 
dans la quatrième à quel- 
le Eglile appartiennent les 
promclles de j esus-Christ , 
Il c'etl à celle que j'ay po- 
iee ou à celle qu'il a éta- 
blie. Il tire cniuite onze 
conlequences de la doclri- 
nc qu'il a expliquée ^ & pailc 
à la leconde parti? , où il 
loultient l'\s paiVig-s du Li- 
vre des Rois. Voilà Tidcc 
de Ion ouvrage. 

C'eftdans ces quatre quef- 
tions àc dans ces onz ^ con- 
lequences qu^il attaqu ^ de 
toute fa force la dodrinc 
que i\iy enfeiancc fur la 
pcrpetu.clle vilibilité de TE- 



Sel 



3<^4 Réflexions fur un écrit 
elife : mais on va voir qu'il 
ne la pu raire qu aprcs 
s'en eflre formé une faulle 
idée. 

Pour montrer que l'Egli- 

fe dont il eft parlé dans le 

Symbole devoit eftre toù- 

i-Tap.p.y. JQ^^5 vifible , i'ay dit que 

tous les Chreftiens entcndoïent 
far le nom d'Eglife une Socieîé 
qui fait profejfion de croire la 
do^rinede^ e sus-Christ, 
& de fe gouverner par fa pa- 
role j d'où il s'enfuit quelle eji 
n)ifîhle, 6c liée par une Com- 
munion fenfible &c extérieu- 
re .Voilà comme j'ay d'abord 
pofé ma thefe, &c c'eft auffi 
ce que j'avois à établir. 

Il ne s'agiffoit pas^ com- 
me Me Claude le fuppofc^ 



de M, Claude. 3 6*5 
de donner une parfaite dé- 
finition de l'Eglife , ni d'ea 
établir Tunion intérieure 
par le Saint Efprit, parla 
Foy , par la Chanté : c'eft 
chofe dont nous conve- 
nons ; &: la queftion n'eftanc 
que des marques extérieu- 
res de cette union, j'avois 
tout fait en montrant que 
ces marques extérieures 
font infeparables de l'Egli- 
fe, &: par confequent quel- 
le ell: toujours viiîble. 

Cependant furcequej'ay 
dit , qu'on entend par le 
mot d'Eglife une Société qui 
fait profefjion de croire la do' 
clrinc ^^ J E s u s - C h R I s T^ 
M. Claude me veut faire 
accroire dans toute fa Ré-» 



f^66 Reflexions fuY un écnt 
ponfe manufcritc, mais pni> 
cipalcmenc dans la deuxiè- 
me & quatrième queftion, 
que je regarde i'Eglife com- 
me une Société Jimpkment 
extérieure :, conftituée en (on 
effence par une flmfle pro^ 
fefîon de croire y lans croire 
en effet , do}7t toute la nature 
^ l'ejfence confijk en de /im- 
pies dehors O en des api^ar en- 
ce s , fins rêdlîtc y dont l'uni- 
té n'efl quune unité de pro- 
fejjlon y une unité extérieure y 
en forte que l'intérieure n'y [oit 
que par accident ; & que quand 
il n'y auroit ni Fidèles ni juf- 
îes y & qu'elle fuft toute com- 
posée d'hypocrites y elle ne laif- 
Jeroit p(t5 d'eftre la vrayeZglifi 
de Jesus-Christ. 



de M. Claude. 3^7 

VoïKi en effet une affreu- * 

fe ulee de rri;lii- , 6j je ne 
mcTonne pas que M. ÇXwi^ 
d'- en ait horreur: aufli eil- 
clle autant él(Me;neec1e mon 
clprit (Se cle Tclprit de tous 
les Catholiques, que le Ciel 
Tell c!es iaiters -, cv' je ne; 
icMv ccMunient IM. Claude 
a pu hre mes Inltrueliens 
iansv vou' tout le eontrairc 
(le ee iju'il m nnpole. 

Puis que le lecteur a main- 
te iruu CCS Inftruclions de- 
vant les yeux , je le prie C\c 
\cs repailjr dans cet impn- 
nié. Il y trouvera a la véri- 
té qu'il cil de rellencc de 
VEi^liic d'cilre \iliblc par vu.fup.p,::, 
la Prédication 6c par les 
Sacrcmcns : mais il y trou^ 
Qjiij 



3^8 Réflexions fur un écrit 
vera auflî que les Bleus & les 
Saints en font la ^Im nohlt 
fartiez quîls y font fanffifcz^ 
qu ils y font régénérez., fouvent 
mefine par le miniflere des ré- 
f rouiez. ; quil ne les faut pas 
confiderer comme faijant dans 
tBglife un corps à part , mais 
comme en faifant la plus belle 
& la plus noble partie. 
sup. p. 13. O^^ y trouvera qu'il eft de 
TeiTence de TEglife , parce 
qu'eUeeflfaintCy d'enfeigner tou- 
jours conflammenty é' fans va-^ 
rler, une fainte doÛrîne : mais 
on trouvera auffi que cette 
fainîe doÛrine qu'elle ne cejfe 
d'enfeigner, enfante continuel* 
lement des Saints dans fin uni- 
té y & que c'eftpar cette do^ri- 
m qu'elle injlrmt ç^ entretient ^. 



de M. Claude, ^^9 
JaKS fon fan Us Elcus de 
Ditu. Eft-cc là ce qu'on ap- 
pelle une iimple profeilioii 
delà doftrine de Jesus- 
Christ uns réalité , &: 
un pur amas d'hypocrites ? 

On y trouvera' que l'En- s^pr 
fer ne peut prévaloir con- 
tre la focicte viiiblc ^ ex- 
térieure de r Emilie : mais 
on y trouvera auili que c'cll 
à caufe qu'il m peut f^ts pré- 
valoir contre les Eleùs qui (ont 
il partie la plu^pure, é*lapli44 
Jpiritucllcde cette EgHfe.C^^y 
dis-)c, pour cela que ne pou^ 
qj.int prévaloir contre les Bleus, 
il ne peut non plus prévaloir 
contre l'Eglifc qui les enfeignCy 
ou ils confcjfent l'Evangile, & 
OH ils reçoivent Us Sacrcmens^ 



yjo R e flexion 5 fur un écrit 
Ainfi, loin qu'on puifTe croi- 
re que cette Eglife qui fub- 
fiftc éternellement ^ puiflc 
félon nos principes fubfif- 
ter fans les Eleûs: on voit 
au contraire que nous re- 
gardons les Elcûs comme 
fiifant la partie la plus cf- 
fentielle &r la force de cette 
Eglife. 

On y trouvera qu'il eft de 
l'efTcnce de l'Eglifc jufqu à. 
laréfurreûion (rénérale, d'à- 
voir le miniftcre Eccleiîaf- 
tique qui la rend viiible:. 
mais on y trouvera aulllque 
l'effet de ce minilb^re, eft 
d'am'.n^r les en fans de 
Dieu à la parfaite ilature 
de Jesus-Christ, c'eft 
à dire à la perfeclioa^ qui 



de M. cUude. 371 
îiprcs les avoir rendu fcUnts 
les rendra (rlorieux en corps 
i<c en amc. 

Enfin on y trouvera la snr,p,4i 
Communion extérieure & in- 
térieure des Fidèles 4^•r^ JESUS'< 
Christ, ci^ des fidèles en- 
trc eux: Communion intérieu- 
re pAr il Lumté , ô' dans le 
Sdint Efprit qui notis anime ; 
?nais en me [me ttivps extérieur 
rc d.ins les Suremins-, dans U 
Co/^fijjlon de la Fûj, & dans 
tout le minifiere extérieur de 

De là je conclus que ce supp.4. 
n'csl pas Jèulement la foeietê 
des Prcdejlinez, qui fuhfiflera 
a jamais ; mais que e'efl le 
corps ^jijihle ou font renfermez. 
Us rrcdeftinex., qui les prefcbe, 

) VJ 



f/% Réflexions fir un écrit 
qui les en feigne , qui les régé-' 
nere far le Baptejme , qui les 
nourrit far lEuchariJlie y qui 
leur adminiflre les clefs y qui les 
gouverne & les tient unis fat 
la difciplineyÇi^i forme em 
EUX ] E sus-Christ: c'eji 
€e corps vifihle qui fïihfiftera 
éternellement. 

On voit par là que loin 
de faire une Eriife dont la 
Communion loir purement 
extérieure de fa nature , ^ 
intérieure feulement par acci» 
dent y le fond de TEglife 
eft au contraire la Com- 
munion intérieure dont la 
Communion extérieure eft 
la marque , &: que TefFet de 
cette marque eft de défi- 
gner que les enfans de Dieu 



de M. Claude. 37î 
font gardez & renfermez 
fous ce fceau. On voit aullî 
que les Elcus font la fin 
dernière pour laquelle tout 
fe fait dans rEglirc,&: ceux 
à qui doit (crvir principale- 
menttout fonminiftere: de- 
forte qu'ils font la partie la 
plus c{rcntielle,&: pour ainfi 
dire le fond me fine de l'E- 
glifc. 

Si donc j'ay plus parle de 
la Communion extérieure 
que de la Communion mte- 
ricure de TEglifc , on voit 
bien que ce ne peut cftre 
que pour la raifon que j'ay 
dite ; c'cft à dire, que les 
Prétendus Reformez de- 
meurant d'accord avec nous 
que le fond^ pour amfi par* 



574 Réflexions fur un écrit 
1er, de TEglilc, eftoit Çon 
union intérieure, je n'avois 
à établir que l'extérieure, 
dont ces Mclîîcurs nous 
conteftent la necelîité. 

Ainfi , lors que j'ay dit 
d'abord dans mon Inftru- 
â:ion que l'Eglife eftoit la 
Société qui confeiloit la 
yrayc Foy, M. Claude de- 
voir entendre que cette con- 
feffion de la bouche n'ex- 
cluoit pas la croyance du 
cœur, mais la fuppofoit plû- 
toft dans la partie vivante 
^ cflcntielle de FEglife 
dont je ne parlois pas alors, 
parce que ce n'cftoit pas la 
queftion que j'avois à pro- 
pofer & à ré foudre. Con- 
clure de ce lilence que je 



de 3/. Claude. $7 y 

n admets point d'autre u- 
mon eiVentielle au corps de 
l^Eglile que cette union ex- 
térieure , c'eft de mefmc 
que il quelqu'un ayant en- 
trepris d'expliquer lealc- 
ment ces ligatures extérieu- 
res qui tiennent le corps 
humain uni au dehors , 
êc renferment , pour ainiî 
parler , dans une melmc 
continence avec les mem- 
bres vivans les ongles, les 
cheveux , les humeurs pec- 
cantes , &: mefine les mem- 
bres morts qui ne (eroienc 
pas encore retranchez du 
corps , on luy faiibit accroi- 
re qu'il ne connoirt dans le 
corps humain aucun autre 
pvmcipc d'union -, ^ diïc 



37 <^ Réf. étions fur un écrit 
fous ce prétexte , que félon 
les principes de cet hommCj 
il pourroit y avoir un corps 
humain qui ne feroit que 
cheveux éc ongles &: mem- 
bres pourris &: humeurs 
peccantes , fans qu'il y euft 
en effet rien de vivant: c'ejft 
ce que fait M. Claude lors 
qu'il conclut de mon dif- 
cours, que TEgHfede Jésus* 
Christ pourroit n'eftre 
qu'un amas de méchans &C 
d'hypocrites. 

Mais cecy s'éclaircira da« 
vantage dans la fuite par 
les propres principes de M, 
Claude : il me ftiffit en cet 
endroit de luy faire voir 
que cette Eglife purement 
extérieure, qu'il appelle l'E- 



de M, Claude] 577 
glifc des Cardinaux BcUar- 
min &: du Perron, &: de 
M. de C. cfl: une Egkfe qui 
ne fubfiftc que dans fa pen- 
fce ; &: on peut croire par 
la manière dont U a jugo 
de mes fentimens, qu'il n'a 
pas mieux entendu ceux de 
CCS illuftres Cardinaux. 

Pour montrer que le mot Dixinne 7^/- 
A'Eglifc fignifie dans le Sym- ^::U& 
bole des Apoftrcs une ^-':-;t!^^^_ 
elife vifible, i'ay pôle pour fo<mcr^ ncre- 
fondement que dans une WL^bjc rj.i 
Confcillon de Foy telle ;;L /;:-.V,;;^;; 
qucftoit ce Symbole, les 7^- ;/^ j;^^- 
mots cftoicnt employez en atudijjiuu. 
leur fignification la plus na- 
turelle &: la plus fimple ; 
^ )'ay ajouflc que le mot 
à'B^lifc fignifioit fi natu- 



37^ Rejlexlons fur un écrit 
rcUcmcnt rEglife vifible ^ 
que les Prctcndiis Réfor- 
mez auteurs de la chimère 
d'Eglife invilible, dans tou^ 
te leur Confcilion de Foy 
n employoicnt jamais en ce 
fcns le mot à' EgUft ^ mais 
feulement pour exprimer 
TEglife vifible revefl-uë des 
Sacremcns &; de la parole 
^K de tout le minifterc pu- 
blic. On peut voir les paf- 
fages de cette Confelfion 
de Foy que j'ay rapportez^ 
avec les confequences que 
j'en ay tirées. 

Ce n'cfc pas moy qui ay 
fait le premier cette remar- 
que : elle eA- d'un Synode 
National des Prétendus Ré- 
formez. Ces Meilleur $3 qui 



de M. Claudf. 5751 
avoîcnc ranc prcfchc l'Ej^li- 
{binviliblc, cn: qui prcllcz 
fur Li iiiccclliv)!! avoicnc ;ip- 
piî\'c liir ce toiidcmcnr Fin- 
\ilîblc (uccciîion dont ils le 
fcrvoicnr,hircnt: étonnez de 
n'en AYoïï pis dit lin icul' 
mot dans leur Confeilion 
de Fov , où nu contraire le 
mot a E(:d:j^ ('? pr?nd tou- 
jours p'.rjT Fi^'.dile viiible. 
Surpris de ce hme^a-^re li na- 
turel aux C lire il: 1 en s , mais 
Il peu contorme aux princi- 
pes de leur Reforme, ils fi- 
rent ce D:cret en 1(^03. 
dans 1j Synode de Gap au ^y^i. àzcrs^ 
chapitre qui a pour titre, Sur ^Zll^^^': 
Li Co-ifjjlon de Voy. C'eft 
par où commrncent tous 
les Synodes, ^ la prcmicrc 



}Bo Réflexions fur un écrit 
chofe qu'on y fait 5 eft de 
revoir cette Confeffion de 
Foy ; ce qui donnoit lieu 
aux Imprimeurs de la réim- 
primer avec ce Titre dé- 
fendu dans les Synodes : 
syn. de Pri- Confeffiûn de Foy des Edifes 
Reformées 3 reveue o* corrigée 
far le Synode NationaL Mais 
venons au Décret de Gap : 
en voicy les termes. Les 
Frovinces feront exhortées de 
fefer aux Synodes Frovin^ 
ci aux en quels termes l'Arti^ 
de XXV. de la Confeffion de 
Foy doit efire couché :, dautant 
qu'ayant a exprimer ce que 
nous croyons touchant l'Fglife 
Catholique dont il eflfait rnen-^ 
tion au Symbole y il ny a rien 
m ladite Confeffion quifefuij^ 



de M. Claude. 381 
Je prendre que four lEgUfe 
militante & 'vijihle ,• comme 
aujji au xxix. Article, elles 
verront s'il efl bon d'ajoujlcr 
le mot pure k ccluy de vrayc 
Egliie qui efi audit Article: 
Cr en général tous viendront 
prépart:^^ fur les matières de 

L'Eglife. 

Nous avons rapporte la v.fap.p.i». 
fub (lance de cet Article 

XXV. On peut voir dans le 
mcfme endroit les Articles 

XXVI. XXVI I. ^ XXVIII. 

Et pour r Article xxix. il 
porte que U vraye Bglife doit 
estre gouvernée félon U police 
1 que Noflre Seigneur Jésus- 
! Christs établie , ceft quil 
y ait des Pafteurs , des fur- 
vcillans & des Diacres, afn 



3§i Rejïexîons Jùr un écrit 
ciue la pure docfrine ait fin 
cours y & que les ajjlmhlées fi 
fajf.nt au nom de Dieu. 

L'addition du mot de m- 
re E<7jife qu'on déliberoit 
d'ajoufier à ccluy de vraye ^ 
eft fondée fur une doûrine 
des Prétendus Réformez , 
qui dit qu'une njraye Eglifi 
peut n'eftre pas pure , parce 
qu'avec les veritez effentiel- 
les elle peut avoir des er- 
reurs méfiées, je dis mef- 
me des erreurs groifieres 
&: confiderables contre la 
Foy. Et c'eft un des myf- 
teres de la nouvelle Ré- 
forme que M.Claude nous 
expliquera bientoft : mais 
ce n'eil pas icy de quoy 
il s'agit. Ce qu'il y a d'im- 



de M. Clauda. 385 

portant, c'clT: que ces gens 
qui le diient envoyez de 
Dieu pour reirulacer la pu- 
re doclrme de l'Evano;ilc 
ayant à expliquer, comme ils 
le déclarent eux - melîncs 
dans leur Confelîion de Foy^ 
l'Egli/c dont il ejl fuit men- 
tion dans le Symbole , n'a- 
voient neanmoms parle que 
de [E'{iiQ militante c^ vi fille. 
J'en dirols bien la raifon : 
cc[\ que cette Eglife dont 
il eH fuit mention dans h 
Symbole y cfl: en ciïet F Eglife 
vifible ; c'ell que le mot d'£- 
glife naturellement cmpor^ 
te cette vifibilitc, & que le 
mot de Catholique, bien loin 
d'y déroger, la fuppofe; c'cft 
que dans une Confelîion de 



384 Réflexions fur un écrit 
Foy il arrive fouvent dépar- 
ier fuivant les idées natu-» 
relies que les mots portent 
avec eux , plûtoft que félon 
les rafinemens &: les dé- 
tours qu'on invente pour fe 
tirer de quelque diflficulté. 
Ainfi FEglife invifible ne fc 
prefenta point du tout à nos 
Réformez lors qu'ils dref« 
fer en t leur Confefllon de 
Foy; le fensd'Eglife vifiblc 
y parut feul : on ne vit rien 
en cela que de naturel juf- 
qu'en i 6 o 3. En i 6 o 3. on k 
réveilla ; on commença à 
trouver étrange qu'une E- 
glife qui fondoit fa fuccef- 
lion fur l'idée d'Eglife in- 
vifible bc d'Eglife des Pré- 
deftineZ;, n'en euft pas dit 

un 



de M, Claude. 38^ 
vn fcul mot dans i\\ Con- 
fcllion de Foy, & cuft Luf- 
fc pour confiant que la fi- 
gnifîcation naturelle du mot 
^EgUfe cmportoit toujours 
une (ocizti vifible; de-forte 
qu'à bien parler on ne pou« 
voit plus montrer la (liitc 
de TEglife fans montrer la 
fuite de fa vifibilite: choie 
entièrement impolîible à la 
nouvelle Réforme. C'ell ce 
qui portoittout le Synode à 
vouloir retoucher à cet Ar- 
ticle, ^ à exhorter les Pro- 
vinces à venir ^rcfics fur les 
waticres de l'Eglifi , qu'on 
n'avoit jamais bien cnten- 
duc^s parmi les nouveaux 
Reformez, qu'on n'y entend 
pas encore , ^ qui feront 
R 



58(5 Reflexions fîiY un écrit 
Catholiques tous ceux qui 
fçauront les bien entendre^ 
Mais c'cftoit une aftairc 
bien délicate de retoucher 
à cet Article. C'eftoit réveil- 
ler tous les cfprits; c'eftoit 
trop vifiblement marquer 
le défaut , &: donner lieu 
aux Imprimeurs de mettre 
plus que jamais, ConfeJJion 
reveuè d^ corrigée. Ainlî en 
1607. au Synode de la Ro- 
chelle, on réfolut de ne rien 
ajoufler ou> diminuer aux Ar- 
ticles XXV. & XXIX. & ne 
toucher de nouveau à la ma* 
tiere de l'Eglife. Par la déci« 
fion de ce Synode, la feule 
Eglife vifible paroi ft dans 
la Confelfion de Foy des 
Prétendus Réformez : TE- 



de M. Claude. 387 
glifc invifiblc n'y a point 
de parc , & on fc tire com- 
me ou peut des conicqucn- 
ccs. 

Celle que je tire eft faf- v.fap. 
cheufe : car fi l'Eglife ne '^• 
paroiil que comme vilîble 
dans la Confcilion de Foy 
des Prétendus R cFormcz, 6c 
que d\ulleurs ils nous van- 
' cnt cccce Confeilion de Foy 
ommc conforma en tout 
-;oint à l'Ecricurc , il faut 
qu'ils nous difent que cette 
manière d'expliquer l'Eglife 
vient de l'Ecriture, &: que 
c'cft de l'Ecriture qu'elle 
a paûc naturellement dans 
le langage ordinaire des 
Chrciliens, dans les Con- 
tenions de Foy, ^ par cou- 



j8S Réflexions Jttr un écrit 
fcquent dans le Symbole^ 
qui de toutes les Confef- 
fions de Foy n efl pas feu- 
lement la plus autorifée, 
mais encore la plus fimple, 
\^l man. j^^ Claude nous répond 
^ue l'tifage change \ que far la 
fuite des temps les noms s éloi- 
gnent founjent de leur première 
dr naturelle fignijî cation ; ^ 
qu'au refte quand il feroic 
vray , comme je l'ay dit, que 
le mot à'Eglifc pris fimplementy 
fignifieroit l'EgUJè 'vifîble, le 
mot à'umverfelie changeroit 
cette fignification. Mais il 
ne nous échapera pas par 
ce fubterfuge : car il nous 
demeure toujours un rai« 
fonnemcnt accablant pour 
toute la Réformation pré* 



de M, Claude. 389 
tendue. Le voicy tire des 
propres principes qu'elle pô- 
le. Le mot ^^Bglijè doit ie 
prendre dans la Confcllion 
de Foy de l'Egiife Préten- 
due Reformée, comme il {c 
prend naturellement dans 
i Ecriture : autrement dans 
un article fondamental de 
la Rclio-ion Chrclliennc 
cette C>onl:ellion de Foy ne 
ie (ercMt point contorméc, 
comme elle s'en vantera l'E- 
criture Sainte. Or dans cet- 
te Confcllion de Foy le mot 
à' Eglifc fe prend pour une 
focieté vifiblc : cette Pro- 
poikion cil avouée dans le 
Synode de Gap , comme 
nous venons de le voir. 
C'Cil donc amfi que le met 
R iij 



59 © ^ eflextons Jur un ecrk 
diEgliJe fe prend naturelle^ 
ment dans l'Ecriture. Mais 
il fe prend dans le Symbo- 
le au mefme fcns qu'il fe 
prend dans l'Ecriture j M, 
Claude &: les Proteiftans ne 
le nieront pas : il Te prend 
donc également , &: dans 
l'Ecriture &: dans le Sym- 
bole pour une Eglife vi- 
fible ; &: le terme de Ca- 
tholique ou d'univerfclle mis 
xcp. man, dans le Symbole , comme 
M. Claude Tavoûë , pour 
diftinguer tout le corps de 
l'Eglife vrayment Chref« 
tienne répandue par toute 
la terre , de toutes les faujfes 
Bglijès , & de toutes les Bgli- 
fes particulières , lom de ren= 
dre rEgUfe invifible , la 



de M. Claude. 39? 

rend d'autant plus vifiblc 
qu elle la Icpare plus vili- 
blcmcnt de toutes les fauf- 
fcs Eglifes, &: met cxpref- 
fcmcnt dans fon fcin toutes 
les Egliics particulières, fi 
vifiblcs &: Il marquées par 
leur commune Profeflion 
Ac Fov, &: par leur com- 
mun cTouvcrncment. 

Mais fans difputcr da- Onvcme %- 
vantagc, nous n avons qu a '^ur m. ci>.- 
ccoutcr M. Claude, &: en- t^'':::j:îu 
tendre ce qu'il nous accor_ /;^'-'^''''f'.; - 
<Xc dans la Rcponle manul- ^nc:dûi,rt 
ente lur la perpétuelle vili- „ unn^^Ut. 
bilitc de l'Egliie. Et pluft 
à Dieu que je pulTc icy 
tranlcrirc tout cet ouvrage i 
On V verroit bien des cho- 
fcs favorables à noflre do- 
R luj 



35^2' Réflexions fur un écrit 
drine que je ne puis bien 
faire entendre que lors qu'il 
fera public. Mais ce n'eft 
pas à moy à le publier , &: 
je me fuis contenté de tranf 
crire au long autant qu'il a 
efté neccffaire les paflaees 
que 1 on va voir, tels que je 
les ay trouvez dans le ma- 
nufcrit de M. le Duc de 
Chevreufe, avoué comme je 
lay dit par M. Claude luy- 
mcfme. 

Que fi l'on trouve qu'il 
parle de l'Eglife d'une ma- 
nicre nouvelle dans la Ré- 
formation prétendue, il ne 
faut point fur cela faire 
d'incident pour deux rai- 
fons. La première , parce 
-qu'il eft vray qu'il a enfei- 



de M. Claude. p] 
gnc à peu prcs Li mcfmc 
dovi^nnc dans les autres li- 
vres , quoy - qu'il l'aie icy 
expliquée plus à fond 6C 
avec plus d'ordre que ja- 
mais. La féconde, c'eft qu'il 
prétend ne rien dire de nou- 
veau ; chofc dont nous de- 
vons nous ré)oi^iïr,n'y ayant 
rien de plus defirable que 
de voir accroillrc le nom- 
bre des principes &: des ar- 
ticles dont nous pouvons 
convenir. 

Entrons donc de tout nof- 
trc cœur dans ce deflein 
charitable : voyons dequoy 
M. Claude convient avec 
nous, & rapportons fa do- 
dnnc dans le mcime ordre 
dont il la propofe dans i^i 
R V 



35^4 Réflexions fur un écrit 
troiiiémc & quatrième quef^ 
tion 5 & eiifuite dans fes 
onze confcqucnces. 

Ce que je trouve d'abord 
cft 5 qu'il eft confiant qu'en- 
core que U vraye Eglijè foit 
méfiée avec les méchans dans 
une mefine Confijjlon, elle ne 
laififè fa4 d'cfire vifiihU dans le 
mélange y comme le bon f'O" 
ment avec Ijvroye dans un 
mefihie champ , dr comme les 
bons foififons le fient avec les 
mauvais dans un me fine reîz,. 
Cela va bien, pourfuivons. 
Ce mélange empefihe bien le 
difcernement lujle des perfion* 
nés y mais il n'emfefiihe fas le 
difiernement ou la difiïnciion 
des ordres des perfinnes, mef- 
me avec certitude. Nous ne fia- 



de M. Claude, 59 y 

njons pis certainement quels 

font en fartïculier les vrais Fi- 
dèles y ni quels font les hypocri- 
tes : mais nom f: Avons certaine- 
ment qu*ily a de vrais Fidèles, 
comme il y a des hypocrites j ce 
quifujfit pour faire la vifibili- 
té de lavraye Eglifi. J'cconte 
cccy avec joyc : affcùrcmenc 
nous avancerons. M. Clau- 
de nous donne dcja pour 

V confiant qu'il y aura toujours 
un corps viliblc, dont o\\ 
pourra dire , La font les 
vrais Fidèles. 

Je continue a lire ia Rc- 
ponic , ^ )c trouve qu'il 
nie reprend d'imputer aux 
Prétendus Reformez, qu'ils 
ne croyent pas que le corps 
ou Dieu a mis , iclon Saint 
R vj 



35><^ Réflexions fur un écrit 
Paul , les uns Afofires , les 
autres Docteurs y les autres Paf- 
teursy bc le refte, foit TE- 
glife de Jes us -Christ. 
Que je fuis aife d'cRre re- 
pris 5 pourveû que nous a- 
vancions ! Tant y a qu'il eft 
conftant que le Corps de 
Jesus-Christ, qui cil 
l'Eglife, fera toujours com- 
pose de Paileuis , de Do- 
cteurs, de Prédicateurs, ^ 
auffi de peuple : il eft donc 
par confequent toiljours 
tres-vifible, &r la fuite des 
Pafteurs auffi-bien que celle 
du peuple y doit cflre ma- 
nifefte. 

M. Claude confirme icy 
fon difcours par un pafTagc 
de M. Meftrefac ^ qui dcci- 



de M. Claude. 397 
de y// 7/ ne faut f M ih archer 
L'Eglïfc de Dieu hors de t'eftat 
njïjikle du miniflere & de U 
parole. Tant mieux, &: je fuis 
ravi que M. Claude trouve 
dans Ion E^life beaucoup de 
fcctaceurs de cette doctrine. 

j'avois eu peur que les v.fupp. 7. 
Aliniftres ne voulullent pas 
trouver l'Eiilif^ vifible dans 
ce partage de Saint Paul aux 
Ephcficns, où l'Eglifenous EpUcf.v.- > 
€il propofccyS;^/ ride & fins 
tache; èc je m'eftois mis en 
peine de prouver que cette 
Eglife marquée par Saint 
Paul ejloit vi/ible, puis qu'cK 
le cRoit lavée pdr le Baptejme 
& par la parole. M. Claude 
entre d'abord dans mon fcn- 
timcnt. Il dic que dans ce 



59^ Réflexions fur un écrit 
paiTage il faut entendre à la 
vérité l'Egltfe qui eH déjà au 
Ckly mais aujji l'Egli/e ^ifihle 
qui efl fur la terre:, comme ne 
faifant enfemble quun mef 
me corps , & il cite encore 
icy M. Meftrefat. Je rcçoy 
cette dodrine; &: fi quel- 
qu'un de nos Réformez ^ 
fuffe M. Claude luy-mefme^ 
m'objedc jamais qu'il ne 
faut pas tant appuyer fur la 
vifîbilité de TEglife ^ puis 
qu'il y a du moins une par- 
tie de cette Eglife qui eft 
invilible, c'eft à dire celle 
qui eiï dans le Ciel , je ré- 
pondray que cela ne doit 
point nous cmbarafTer, puis 
qu'enfin par cette dodrine 
de M. Meftrefat ^ de M. 



de M. Claude, 599 
CK'.udc , cftant en commu- 
nion avec la partie vil'iblc 
de ri: g] lie , je luis alleùré 
d\' eilrc aulli avec la partie 
nivilîble qui eft dcja dans 
le Ciel avec Jesus-Christ; 
de - forte qu'il cil; bien cer- 
tain que tout fe réduit en- 
fin à la vilibilite. 

M.Claude palVe de-la aux 
objedions qu'on peut faire, 
& il décide d'abord (jue U 
'vi/ihilitê de l' Eglifi cH une 
'vijibilitê de miniflcre. Il fau- 
dra donc à la fin, que com- 
me il reconnoill: dans l'E- 
glifeunc perpctuclle ^afibili- 
té,il en vienne à nous mon- 
trer une fucccflion dans le 
miniilcre, &: en un mot wwz 
iuicc de leo-itimcs Paftcurs. 



400 Refit xîon s fur un écrit 

Il s'objcftc qM le ininifierè 
eji commun aux bons & aux 
méchans , d'où il fcmble 
qu'on pourroit conclure 
contre fa dodrine que les 
bons &r les méchans corn- 
pofcnt rEglifc.Etilrcpond^ 
quejl dans l'ufage le mimjlere 
ejl commun aux bons & aux 
méchans y ce ne si que ^ar ac* 
cident^ & far la fraude de l'en^ 
mmi j que de droit il n' af par- 
ti ent qu'aux vrais Fidèles , é' 
que la furnaturelle deflination 
n'eU que four ^/^x.Tout cela 
cft clair, excepté ce mot , le 
miniftere n'appartient de droit 
quAux vrais Fidèles. Car 
comme on pourroit enten- 
dre par là qu'il n'y a que les 
vrais Fidèles qui (oient Paf- 



de M. Claude. 401 
rcurs Icgitimcs , on tombe- 
roi c dans rinconviciit d'a- 
voir à examiner chacun en 
particulier ii les Pafteurs eu 
ciFer font de vrais Fidèles, 
A: de croire qu'ils ceflcnt 
d'eilre Paileurs ,' quand ils 
ceilcnt d^ellrc gens de bien, 
fuft-ce fans fcandalc: per- 
jiicïcufe doctrine de'^iclcf 
qui mcctroit toute FEgUlc 
en confufioni En éloignant 
ce mauvais Tens qui ne peut 
pas citre de Telprit de M. 
Claude, je luy avoue tout 
ce qu'il avance ; car fans 
doute il n'ell pas du pre- 
mier dcilcin de Jésus- 
Christ qu'il y ait des 
]vli mitres trompeurs : cela 
jVarrivc que par la malice. 



401 Réflexions Jur un écrit 
de rennemi. La deftination 
du miniftere eft pour les 
vrais Fidèles ; ] e s u s - 
Christ ne l'a pas établi 
pour appellcr dans l'Eglifc 
des trompeurs &: des hypo* 
entes ; qui en doute? Mais 
néanmoins ces trompeurs ^ 
ces hypocrites peuvent eftre 
affez deTEglife pour y eftre 
Paftcurs légitimes : &: les 
vrais Fidèles ayant à vivre 
jufques à la fin des fiecles 
fous l'autorité de ce mi- 
niftere mcilc, il faudra donc, 
fans examiner fi les Minif- 
trcs font bons ou mauvais^ 
nous en montrer une fuite 
toujours manifcftc, fous la- 
quelle fe foit confervé le 
Peuple de Dieu. 



de M. Claude. 403 
Plus jc continus ma Ic- 
<^urc, plus jc trouve cette 
vente évidemment décla- 
rée. Car entrant dans la qua- 
trième queftion, je remarque 
bien que M. Claude y prc-^ 
tend montrer que les palFa- 
ges où Je sus-Christ 
promet à l'Eglife de la 
conlcrver toujours fur la 
terre , regardent unique- 
ment la l'ocieté des vrais Fi- 
dèles : mais il ne laiil'c pas 
d'avoi^ier toujours égale- 
ment que cette Eglife ne 
ceiVe jamais d'eftre vifiblc^ 
& que Jesus-Christ 
l'a ain{î promis. 

3'ay prétendu démontrer v.rup. p. j^, 
TEglife vifiblc dans ces pa- rf,,'.''^"^''^ 
rôles, Tt^ es Pierre , & /urU'''' ^'''^' 



404 Reflexions fur un écrit 
cette fi erre f établir dy mon £- 
glifey & les fortes d Enfer ne 
f revaudront point contre elle. 
On a pu voir les raifons 
dont je me fuis fervi pour 
le prouver, M. Claude re- 
çoit cette doctrine avec içis 
preuves ^ & il avoue que 
l'EgliJe dont il efl parlé dans 
ce fajjlige efi en effet une Egli- 
fe conftffanîe y une Eglife qui 
publie la Foy , une Eglife a qui 
Jesus-Christ a donné 
un mini fier e extérieur ^ une £« 
glife qui ufe du miniftere des 
clefs , & qui lie & délie , une 
Eglife par confequcnt qui a 
un extérieur O' une vifihilite, 
C'eft une telle Eglife, que 
Je»us-Christ a promis 
en cet endroit de confer- 



de M. Claude. 405* 
ver toujours fur la terre ; 
M. Claude ne peut pas iouf- 
fru* qu'on luy àiictjf^'e/Ie ceffi 
d'cjlrc j &c ainfi elle ell tou- 
jours avec tout ce minifte- 
rc , qui luy cft eilentiel: ce 
qui fil it que M. Claude con- v. %..>.;<. 
dut avec moy, ^ue leminif sc'iccir^"^''* 
îerc Ecclcjiafiique durera fins 
difionîinuer jufcjuk la réjîtr^ 
re[îi on générale^ Se qu'il avoue 
fans peine que cette promcf- 
fe de ]ESiis-CHiusrj Je /eray Man.x 
toujours avec vous, regarde la 
perpétuité du miniftere Ec- 
clefiaftique. Je sus-Christ 
fromet, dit -il, d'ejlre anjec lE- 
gli/ê, de baptifer avec elle ^ (^ 
d'enseigner avec 
elle sans interru- 

F T I N jus QJi A LA P I >J 



xvin 



4ô 6 R éJte>cions fur un écrit 
DU MONDE. Il y aura 
donc toujours des Docteurs 
avec lefquels Jésus- 
Christ enfeignera , &: la 
vraye prédication ne cefle- 
ra jamais dans fon Eglife, 
Mais ce miniilerc durera- 
t-il toujours fi pur que per- 
fonne n'y foit admis que 
des gens de bien > Nous a- 
vons veù que M. Claude 
ne le prétend pas. En effet 
il n'y a point de promelTe 
de cette perpétuelle pure- 
té : la promefTe eft que 
quelles que foient les mœurs 
de ces Miniftres, Jésus- 
Christ agira toujours, 
baptifcra toujours , e n- 

s E I GN ERA TOUJOURS 

avec eux j &: l'effet de et 



de M. Claude, 407 
miniftcrc , qnoy-quc mcllc, 
icraccl, que fous ion auto- 
rité l' E'^iife fera toujours nji- 
Jiblc , non P^m a la ^icrïtc , Jit 
M. ClauQ?, d'une njcue dif- 
tincfcy qui dïlle jufqii à dire a- 
l'ec certitude y Tels & tels per- 
fonm llementfont vrais Fidèle s ; 
mais d'une veue indijlincle , 
<jHi ^ft pourtant certaine, 
^ qui vajufqua directes vrais 
Fidèles de J E S u s-C H R l s T 
font II, ff avoir dans cette 

PROFESSION EXTE- 
RIEURE. 

N'appelions pas fi l'on 
veut du nom à'Fgli/e toute 
cette prof cfflon extérieure : abC 
tenons-nous de ce nom, puis 
que M. Claude y répugne; 
èc comme de vrais Ch^ef- 



4c8 Réflexions fur un écrit 
tiens raifonnables &: paci- 
fiques , tafchons de conve- 
nir de la chofe. Cette frofef- 
fion extérieure qu'on peut tou- 
jours défigner, & pour ainii 
dire montrer au doigt, eft 
méfiée de bons &: de mau- 
vais j le miniftere qui la gou- 
verne eft méfié auffi. M .Clau- 
de convient de tout cela : on 
peut dire néanmoins. Sous 
ceminiftere ô^ dans cette fro- 
fcjfion extérieure font les vrais 
Fidèles : c'efl ce que nous 
venons d'entendre de la 
bouche du mefme Miniftre. 
Si donc, fclon fa doûrinc^ 
la focieté des vrais Fidèles 
fubfifte toujours , &: tou- 
jours demeure viiible fur la 
terre, fi on la peut toujours 

montrer 



de M. Claude, 40^ 
montrer dans une profef- 
fion extérieure , &: que ce 
Toit là rculcmcnt qu elle foie 
vilible, comme M. Claude 
le dit : il s'enfuit non-feule- 
ment que les vrais Fidèles 
feront toujours fur la terre, 
mais que cette profelfion 
mcflce de bons &: de mau- 
vais 5 où on trouve ces vraisî 
Fidèles, où on les montre, 
où on les défigne, fera tou- 
jours auiTi j c'cft de quoy 
nous convenons avec M. 
Claude. Mais comme tous 
ces palTliges font difperfez 
deçà &: delà dans faRcpon- 
fc , en voicy un où il a pris 
fom de tout ramaffer. 

C'cft après fa quatrième 
qucflion, &: dans fa fcptic- 

S 



410 Reflexions fur un îcrlt 
me confequcnce, que ce Mi«- 
niftre tarchant d'expliquer 
1 Article xxxi. de la Confef- 
fion de Foy, où il eft dit que 
de nos jours y Sc avant laRé- 
formacion, l'eflat de VEglife 
efloït interrompu ; il dillingue 
Tcftat de l'Eglife interrompt, 
pour un temps d'avec TE- 
glife qui jamais n'eft in- 
terrompue félon {as princi- 
pes, &: il définit ainfi TEgU- 
îè. VEglife, dit -il 5 ceft les 
wrais Fidèles qui font frofeffion 
de la vérité Chrefienne y de U 
fieté, d^ d'une véritable Sain^ 
teté fous un miniftere qui luy 
fournit les alimens necejfaires 
four la vie J^iritueUe. fins luy 
enfoufiraire aucun. Nous dé- 
couvrirons en fon lieu le fe^ 



de M, Claude. 411 

crct de CCS alimcns fpiri- 
tiicls. En attendant conve- 
nons avec M. Claude, que 
l'Eglife fubfifte toujours, &: 
fublîlle toujours vifible, puis 
que par fa définition clic 
n'eft autre c\\o(c que Userais 
Fidèles qui font profes- 
sion DE LA VERITE^ 
C H RESTIENNE foUS U 

miniftere Ecclefiafiique, Voili 
un fondement inébranlable. 
Voyons ce que nous pour- 
rons baftir delTus : mais a- 
vant que de baftir, nous al- 
lons voir tomber les objc- 
^ions. 

M. Claude m'objccle prc- Do«vn 



\ttmt 



mierement qu'en vain je ^t'^;-,. 
veux établir ma focietccom- C,''^" "^■'- 

r' \ X nions de M, 

polcc de bons ^ de mau- ^^^'-^^ '^'»' 
Si, 



^11 Rejlexîons fir un écrit 
ifi^p^-rfa vaisjô*: fon éternelle durée. 

ëecirpie. ^ * rr • • i 

lur ces promelles inviola- 
bles de Jesus-Christ, 
T« es Pierre s &: Je fuis tou- 
jours Avec vous. Ce n'eft 
Rép. man. point, dit-il, des mécbans qu'il 
peut eflre dit y que t Enfer ne 
f révaudra point contre eux > ce 
n'eft point avec des méchans 
& des hypocrites que Jésus- 
Christ a promis d' eflre 
toujours ,• &: ces promeffes 
ne regardent que les vrais 
Fidèles . Ajouftons, félon les 
principes de M. Claude ^^ 
qiic fi ces promefTes ne re- 
gardent que les vrais Fi- 
dèles 5 elles les regardent 
du moins dans ce miniftere 
&: dans cette profeflion ex- 
térieure : l'objeftion en met 



de M. Claude. 415 
jnc temps fera rcfoluc. Car 
enfin fi les vrais Fidèles 
doivent tcuijoLirs eftrc dé- 
montrez &; toujours eftrc 
vifibles, iclon M. Claude, 
dans cette profefTion ex- 
térieure où les bons font 
meilczavcc les médians ; il 
s'enfuit que ce compofc, de 
quelque nom qu'on l'ap- 
pelle, paroiftra toujours fur 
la terre. Or nul ne peut 
5»\iflcLircr qu'une focietc 
fubfiftc toujours , àc tou- 
jours dans \\\\ eftat vifible, 
fi Dieu ne l'a promis. S<^^ 
promefles regardent donc 
mcfme ce mélange; &:non- 
feulement les vrais Fidèles , 
mais avec eux toute la (o- 
cicté où ils doivent, fcloti 
S iij 



4Î4 Kepxions JÙY un écrit 
fes décrets, toujours paroif- 
tre. Par confequent il nous 
faut entendre ces promef- 
fes de Jésus -Christ 
autrement que M. Claude 
ne Fenfeigne. Les promef- 
fes de J E s u s - C H RI s T ne 
regardent pas les méchans 
tout feuls , ni pour l'amour 
d'eux : s'il ne difoit que cela,, 
il auroit raifon; mais ces pro- 
mciîes que J e s u s-Christ 
fait à fes Fidèles enfer- 
ment aufïi les méchans qui 
font méfiez avec eux. Quand 
Dieu promettoit par ics 
Prophètes à l'ancien peu- 
ple de luy donner des moif- 
fons abondantes , avec le 
grain il promettoit aufïi 
la paille j ô^ conferver k 



de M. Claude. 415 
moiilon , c'cft conserver la 
paille avec le grain. Ainlî 
promettre l'Eglife &: ion 
ctcrncUe durée, c'eft pro- 
mettre avec les Eleûs , les 
mechans, au milieu defquels 
Dieu les enferme. Les mé- 
dians mefmc dans l'Egli- 
fe font pour les Juftcs, com- 
me la paille dans la moiffori 
cft pour le grain -, &: comme 
Dieu ne promet la paille ni 
feule, ni pour clle-mcfme, 
il ne promet les mechans ni 
fculs,ni pour cux-mcfmes. 
Mais néanmoins tout ce 
compofc fubfiftera en vertu 
de la promcflc divine juf- 
qu^a la dernière feparation, 
où les mechans , comme la 
paille, feront jcttez dans ce 
S iiij 



'J^i6 lejîexlons Jhr uf^ écrit 
feu qui ne s'éteindra jamais^ 
Jesus-Christ fera tou- 
jours en attendant avec tout 
' le compofé, y confervant 
dans tout le dehors la faine 
dodrine qu'il fçait porter 
au dedans jufques dans le 
cœur de ceux qui vivent; 
de mefme que la nourriture 
prefentée à tout noftre 
corps par la mefme voye, ne 
vivifie que les membres qui 
font difpofez à la recevoir. 
Une féconde objedion de 
M. Claude va tomber par 
le mefme principe. 
K^p.man. H m'objcctc qu'cn défi- 
^■'^' niffant l'Eglife Catholique 

dont il eft parle dans le 
Symbole , je ne parle que 
de l'Eglife qui eft aduelle- 



de M. Claude, 417 

ment fur la ccrrc, au lieu d'y 
comprendre tous les EIclis 
qui ont elle, qui font, &: 
qui feront, &: enfin avec les 
iaints Ano-es toute la Jeru- 
lalemceleile. Je luy ay déjà 
répondu, que je n'ay voulu 
ni deîi dchmr l'Eglifc que 
par rapport à nollre fujct, 
àc à fa vilibilité. Mais j'a- 
joulle qu'en diiant cela, fé- 
lon les propres principes de 
M. Cluide, j'ay tout dit: 
car, (^\ov\ luy, dj?is la profcf- 
Jlon cxtcricure y c'clt à dn^c, 
dans ce qui rend rE<j;lifc 
vilible, on peut deligner les 
vrais Fidèles, avec lefquels 
tous les Saines, en quelque 
temps «S£ en quelque lieu 
qu'ils puillent cilrc, (ans en 

S Y 



41 8 Réflexions fur un écrit 
excepter les faints Anges 5 
Rrp. man. font unis. VEgUfe qui efifur 
la terre y dit M. Claude , ejl 
une avec celle qui eft déjà re- 
cueillie au Ciel j & avec celle 
que Dieu fera naïfire jufqu'à U 
fn des générations y qui toutes 
trois enfemhle n'en font qu'une y 
qu'on appelle lEglife Vniver* 
/elle. Dieu foit loué : quand 
j auray trouvé la profcffion 
extérieure qui rend l'Egli- 
fe vifible, M. Claude nous 
a déjà dit que j'auray trou- 
ve les vrais Fidèles , ceftà 
dire, félon luy, la vraycE- 
glife afbucUement prefentc 
fur la terre ; & il nous die 
maintenant qu'avec cette 
Eglife j'auray trouvé par 
mefmc moyen &: celle qui 



de M. Claude, 41^ 
cft dcja dans le Ciel 6^ celle 
que Dieu fera naiftre dans 
tous les ficelés fui vans. Nous 
n'avons donc qu'a nous en- 
quérir de l'Eglife qui cft fur 
la terre & de la profelFion 
extérieure qui nous la dc-i 
montre, aiTcurez d'y avoir 
trouvé , fans nous cnquc-^ 
rir davantage , la parfliitc 
Communion des Saints &: \x 
Société de tous les Eleûs. 

Au rcftc , quand j'ay en- 
tendu fous le nom à'EgliJc 
Catholique l'Eglife qui efl 
iur la terre , j'ay parlé avec 
tous les Pères. Ils joignenc 
ordinairement au'^titrc d'j?- 
glife Catholique celuy de ré- 
fandne par toute la terre , toto 
Qrbe dtjfufa, A ce titre de 
S vj 



jfio Refiexî fins fur un écrit 

Catholique ils joignent auflî 
le titre èi Afoftoitqne -, 5c c'eft 
ainfî qu'il cft mis dans le 
Symbole de Nicée, où fc 
voit la plus autentique auf-- 
fi-bien que la plus parfaite 
interprétation du Symbo- 
le des Apojftres. Ce titre 
à'Apoflolique fait partie de 
la Catholicité derEglife^^: 
nous montre entre autres 
chofes qu'elle eft defcen- 
due des Apoftres par la per- 
pétuelle fucccflion de k$ 
Pafteurs, 5c par les chaires 
Epifcopales établies par tou- 
te la terre. Tous les Saints 
dont les âmes bienheureufes 
font avec Dieu ont efté con- 
ceûs dans cette Eglife; tous 
Êcux qui viendront; y feront 



de M. Claude. 411 
pareillement rcgcncrez: de- 
force qu'il n'y en aura ja- 
mais aucun qui n'ait fait 
une partie cflentielle de ce 
corps dont Jésus- C h r i s t 
cil le chef. Pour les Anges, 
à ne regarder que la directe 
fignitication des mots , ils 
n'ont jamais fait partie de 
cette Eglifc fondée par les 
Apoilres, & répandue par 
toute la terre où elle doit 
fiirc fon pèlerinage; &: en- 
core que Jesus-Christ foit 
leur chef, il reft d'une façon 
plus particulière des Fidèles 
lavez dans fon Sang, &: re- 
nouveliez par fi paroi'-. Mais 
les Anges , quoy- qu'unis à 
T E s u s-C H R I s T d'une autre 
forte ; font nos frcrcs, & uc 



'4^2. Réflexions fur un écrit 
font pas étrangers à l'Eglifc 
Catholique, dont au contrai» 
re ils font établis à leur ma- 
niere cooperateurs & miniC 
trcs.C'eft une venté confian- 
te, mais dont je n'avois que 
faire en ce lieu : il fuffifoic 
de marquer dans le Sym« 
bole ce que nos Pères y ont 
trouvé exprcffément &; im- 
médiatement défigné parle 
mot à'Bglife Catholique, en y 
ajouilant le titre à' Jpoftoli* 
que fi naturel à la Catho- 
licité, & réloge d'eftre ré- 
pandue par toute la terre, 
Connoiftre la dodrine de 
cette Eglife, c'eft connoif- 
tre la doctrine de tous les 
Eleûs. On ne voit dans le 
Ciel ^ dans les fplendeurs 



de M. Claude, 42? 
des Saints , que ce qu'on 
croie dans cette Eglifc; àC 
les faints Anges, qui, com- 
me dit l'Apollre Saint Paul, Eph.iii.iu 
ont appris par l'Eglifc de Ti 
hauts fecrets de la Sagef- 
fe divine , en refpcdcnt la 
croyance. Ainfi tout (e rc- 
duiiant, comme je l'ay dé- 
jà dit , à la vifibilitc , M. 
Claude ne veut que irx fai- 
re perdre le temps &: me 
jctter à l'écart , quand il 
veut que je traite icy autre 
chofc, pour faire connoiftrc 
cette Eglife Catholique qui 
eft confeiTcc dans le Sym- 
bole. 

11 ne me rcfte maintenant Tfdvir^ep- 
qu a exhorter Mclheurs ac flexion: que 
là Religion Prétendue Kc- ^^^ çu^uk 



'4M Réflexions fur un écrit 
«e«fr.^Mef formée & M. Claude luy^ 
-^eiigicnTrc- melme. S il me le permet, a 

tendue l{efor- - , r 

mée qi'.'rin'y tircr Ics coiilequences ma- 

t«,n' ItLe nifcftes des principes qu il 

dans VE^ije ^ pofcz i alots ils ne pour- 

rontplus relilter a la vente, 

&: demeureront convaincus 

qu'il n'y a de falut pour eux 

qu'en retournant au fein de 

l'Eglife Romaine. 

1'/"^ ^]' Nous avons vcû que pour 

«c %. vérifier les promcfïcs de l'E- 

vangile, M. Claude s'eft o- 

bligé à rcconnoiftre une E- 

glife toujours vifible, puis 

que l'Eglife qui n'eft pas 

vifible n'eft pas Eglife, &r 

que félon la définition qu'il 

Vàf.f. 410. nous a donnée, l'Eglife y c'eji 

les vrais Fidèles qui font fro- 

fejjion de la vérité Chreflienne 



de M. Claude, 41 j 
Jif^ un minijlere qui luy four- 
nit les alimens neccffàircs pour 
h T'/V Jpirituclle. Ces Fidcles 
ne font donc pas un corps en 
lair, puis qu'ils font profes- 
sion DE LA VERITE fius 
un mini(leYe Ecclcfiaflique tou- 
jours fubfiftant i & que com- 
me nous Tavons veû, il doit 
y avou'^ fans aucune interru- 
ption 5 une profeflion exté- 
rieure dont on ait pu dire, 
La font Us vrais Fidèles. 
Anifi il ne iuffit pas de 

nous allecTuer vacruemcnt 

• 1 
des Fidcles cachez: on s'o- 

bliiie à nous montrer fans 

interruption , premièrement 

une focictc vilihle dont on 

ait pii dire, ils font la-, c'eft 

là qu ils fervent Dieu en cf- 



42.^ Réflexions fur un écrit 
prit 6c en vérité ; c'eft-la 
qu'ils confclTcnt TEvan- 
gilc. 

Et ce ne fera pas affez 
qu'on nous montre ces Fi- 
dèles difperfez: il faut fe- 
condement qu'on nous les 
montre recueillis fous l'au- 
torité du miniftere Eccle- 
fiaftiquc^avec la prédication 
de la Parole , avec Tadmi- 
nifiraticn des Sacremens^ 
avec l'ufage des Clefs &: 
tout le gouvernement Ec- 
clcfiaftique. 

Par confequent ce qu'on 
nous doit montrer eft une 
focicté de Paftcurs &: de 
Peuples: d'où il s'enfuit en 
troifiéme lieu qu'on doit 
pouvoir nous nommer ces 



de yf. Claude. 4-"^ 
Payeurs , puis que la faite 
en cil manit-cftc. 

De chercher tout cela 
ilins rEglile Prétendue Ré- 
formée telle qu elle eil main-- 
tenant feparée de l'EgUic 
Romaine, c cft à dire de ce 
Corps d'Eglife qui rccon- 
noift l'Edife Romaine ^ le 
Pape pour fon Chehceit a 
quoy Kl. Claude ne fongc 
feulement pas: il luy furtit 
que jufquau temps de la le- 
paration des Prétendus Ré- 
formez , il trouve tout cela 
dans TEglife Romaine mef- 
me. Les'vrais Fidèles y ef- 
toient tant que ceux qui 
ont compofe la Ré forma- 
tion prétendue y eftoicnt: 
quand ils en font lortis^ 



42.^ Réflexions fur un icrit 
on qu'ils en ont efté chaf- 
fez 5 ils ont eniporté l'Egli- 
fe avec eux , comme M« 
Claude Ta dit dans la Con- 
férence. 

y. fup. ipi. Ce difcours plus fembla- 
blc à une raillerie qu à un 
difcours ferieux , eft néan- 
moins celuy qu'on tient fe- 
rieufement dans ia nouvel- 
le Réforme, jufqu'à lafcpa- 
ration de cts^ nouveaux Ré- 
formez ^ la fuite des vrais 
Fidèles, c'eft à dire^ félon 
M.Claude, de la vraye E- 
glifc vifîble, fe perpetuoic 
dans l'Eglife Romaine, &: ce 
n'efl: que depuis leur fépara- 
tion qu'elle a ceffé de les 
contcnir.Telleeft la fuite de 

4'' &";e^': ""' l'Eglifc vifxblccque M. Clau- 



de M. Claude. 419 

de ccablic dans fa Rcponfc 
maiiulcritc: îufqu'à la (cpa- 
racion, les vrais Fidèles que 
contcnokrEgliie Romaine ; 
depuis la fcparation, les Pré- 
tendus Reformez qui font 
fortis de fon fein. 

Mais leurs Pafteurs d'où 
font - ils venus ? Se font- 
ils aulfi détachez avec ces 
prétendus Fidèles du Corps 
de l'Eglifc Romaine pour 
perpétuer dans l'Eglifc 
ainfi Réformée le minif- 
tcre Ecclefiaftiquc > Nul- 
lement : ce n'eft pas ainfî 
que M. Claude l'entend. \h\è:_ 
Les Fidèles détachez de l'E- 
glife Romaine ont tout d'un 
coup dépofé tous les Paf- 
teurs qui cltoicnt ^upara- 



?,cp. m an. 



430 Réflexions far un écrit 
vant; c'cft à dire, qu'aupa- 
ravant les Evefques &: les 
Preftres Catholiques avec 
le Pape à leur tcfte^ eftoient 
les Pafteurs établis par Jésus» 
Christ-, car il en falloïc 
de tels mx 'vrais Fidèles 
qu'ils contenoient dans leur 
unité : au moment que la 
Réforme a paru, les voilà 
tout d'un coup dépofez ^ & 
le minifterc fe retire de leurs 
mains. 

Mais quel droit ont eu des 
particuliers de dépofTedcr 
ainfi tout d'un coup &: en 
un moment tous leurs Paf- 
teurs? C'eft que ce font les 
vrais Fidèles à qui le minifte- 
re appartient de droite qui ont 
pu par coiifequent en dif» 



de M. Claude. 43T 

pofcr, Toftcr aux uns ^ le 
don lier aux autres. Il ne 
£iuc point, dit M. Claude, R<p-mA'V4^ 
S imaguier la lucceilion des 
Paftcurs dans cette ordinaire 
tranfmijjion que les Uiniftres 
en font de l'un i l'autre , & 
cfuon appelle la ficcejjlon ex- 
térieure & ferfonnelle : il s'agit 
de fçavoir s il ne peut pas ar- 
river quelquefois que l'Egli/è, 
c'cft à dire les vrais Fidè- 
les , ojlera fon rninijlere de la 
main de ceux qui en ont trop 
^ifihlemcnt abusé, & quelle le 
donnera a d autres. 

Voilà la queftion en gé- 
rerai, comme la propofc M. 
Claude i ^ l'application qu'il 
en fait en particulier, c'eft 
que les Frclats Latins qui oc- cour.s.t.ir 



432' Keflextons fur un écrit 
cupoient le mïnijhre Bcckfiaf" 
tique du temps de nos Pères d* 
qui fi fint ajjcmble:^ au Con- 
cile de Trente , aymt fait des 
deciftons de Foy incompatibles 
Avec lefalut, (^ ayant pronon- 
cé des anathejmes contre ceux 
qui ne s'y feumettroient pasy les 
Prétendus Réformez ont eu 
raifon de regarder ces Prélats 
comme des Minijires qui s'ef» 
t oient eux - mefines dépouillez, 
du minijlere^ & de le donner 
a d'autres perfonnes* 

Il falloit donc du moins, 
fclon ces principes, atten- 
<lre les décidons de Tren- 
te ; &: puis qu'avant ces 
décidons tant d'Eglifes fc- 
parées de Rome s'eftoient 
déjà données des Fadeurs^ 

là 



de M. CUudf. 435 
la Reformation aura corn* 
mcncc par un attentat ma- 
nifcllc. Mais ne prcflons 
pas tant M. Claude, &:fan$ 
mfifter rigourcufement fur 
le Concile de Trente,prions- 
Ic feulement de nous mar- 
quer quelque jour à peu 
prés le temps où il permet- 
tra aux vrais Fidèles d'cftrc 
demeurez fous le minifterc 
de l'Eglife Romaine. En at- 
tendant , contentons - nous 
d'obferver cette nouvelle 
doârine: qu'il peut arriver 
que tous les Palleurs de l'E- 
glife dépoffedez tout d'un 
coup deviennent en un mo** 
ment des particuliers , &: 
que fans qu'ils ctabliifent 
ii'iiutrcs Paftcurs pour leur 

T 



434 ^cfexîons fir un écrit 
f accéder s les njrais Fidèles ^ 
nullement Pafteurs , mais 
Aqs particuliers feparez de 
toute Egliiè aduellcment 
cxiftcnte ; de leur feule au- 
torité confèrent le minif- 
t€re à d'autres , les éta- 
bliiîent , les ordonnent , 
les inftallcnt. C'eft ce que 
M. Claude explique encore 
dans la fuite par ces mots*, 
cem. 10. que ces Pafteurs, auparavant 
fculs en fonction , font pri- 
'vez. de droit y d^ le mmtjlere 
revenu de droit à cette partie 
de la focieté dans laquelle fe 
fint trouvez, les vrais Fidèles y 
e'eft à dire les Prétendus 
Reformez feparez de TE- 
glife Romaine &: de tou- 
te PEglife fubfiftente alors 



de M. Claude, 45$: 
dans le monde . Qj^c la fc- 
paration donne d'aucorkc ^ 
de privilège i 

Telle ell la doctrine de 
M. Claude : fi j'akcre , fi 
j'exagère, fi je diminue, qu'il 
publie (ans difterer Ion é-- 
crit pour me confondre. 
Mais fi c'ell la fa doctrine, 
je conjure nos Réformez de 
coniiderer quels prodiges de 
doclrjnc il faut cnfrio-ner 
pour défendre leur Retor- 
me. 

Car premièrement , 011 
me lira-t-on, dans quel E- 
vangile, dans quelle ÉpilTire, 
dans quelle Ecriture de 
l'ancien ou du nouveau TeC 
tamcnt, que tous les Paf- 
T curs de rEgUfc deuUeat eu 
T 1] 



43^ Réflexions fur un êcYÎi 
un moment tomber de leur 
chaire, 6^ devenir des par- 
ticuliers aufquels on peûft 
6^ on deûft dcfobé'ir impu- 
nément ? 

Je sus-Christ nous 
a-t-il caché ce grand Myf- 
tere? &: ne nous aura-t-il 
pas précautionné contre cet- 
te horrible tentation de foa 
Eglife ? Mais ce n'eft pas 
tout: après nous avoir mon- 
tré dans l'Ecriture cette 
chute univcrfcUe de tous 
ks Pafteurs, il y faut trou- 
ver encore ce miniftere reve- 
nu de droit aux particuliers 
qui jamais n'en ont efté rc- 
veftus. Et comment l'en- 
tend M. Claude ? Eft-ce que 
ecs particuliers^ dt droit de* 



de U. Claude. 437 1 

viennent Miniftrcs, fans que 
pcri'onne les ait ordonnez 3 
ou que fans eftrc Minillres, 
ils ciyent le droit d'établir de 
leur feule autorité desMinif- 
tres dans l'Eglife?Qif on le 
montre dans l'Ecriture, ou 
qu'on renonce pour jamais 
à la prétention de n'avoir 
que l'Ecriture pour guide. 

Je trouve dans l'Ecriture 
que J r. s u s - C H R I s T dit Jo^"- xx. 
à (es Apoftres ; Comme mon 
Tere m' a cnuoyé, dinfi je "vous 
îvrjoye. Je trouve dans l'E- xic.i 5.*:.: 
cri cure que les Apoftres 
amll envoyez en envoyent 
d\iutres , & fe conficrcnc 
des fuccelleurs. Mais que 
tons leurs fuccelleurs cftant 
tout d'un coup déchus ^ 
T ii| 



4|S Refiexhns fur un êcrît 
privez de droit de leur mi- 
îiiftere, ce miniftere revien- 
ne de droit aux Fidèles, à qui 
perfonne ne l'avoit jamais 
donné , pour en difpofer 
à leur gré : ni rEcriture 
ne Fa dit , ni les fiecles 
fuivans ne Tont imaginé 5 
c'cft un monftrc dont la 
nailTance cftoit réfervée au 
temps de la nouvelle Ré- 
forme. 

Le miniftere, dit-on, ap- 
partient de droit à l'Eglife. 
Sans doute, il appartient à 
TEglife, comme les yeux ap« 
partiennent au corps. Le 
miniftere n eft pas à luy- 
înefmc, non plus que les 
yeux. Le miniftere eft éta- 
bli pour eftre la lumière de 



de M. Claude, 4y9 
TEglifc , comme les yeux 
font la lumière, ou comme 
les appelle 1 E sus-Christ, 
le flambeau du corps. S'cn- 
fuit-il que lors que le corps 
a perdu Tes yeux, il puiffeles 
refaire de luy-mefmer Non 
fans douter il aura bcfoin 
de la main qui les a faits la 
première fois, &: il n'y ^^ra 
jamais qu'une nouvelle créa- 
tion qui puiffe réparer Tou- 
vrarrc que la première crca- 
tion avoir formé. De cette 
forte, fi l'Eglife Catholique 
pouvoit, comme on a voulu 
fe rimacTiner dans la nou- 
velle Reforme, perdre tout 
d\in ciuip tous fcs Minif- 
trcs, fans qu^ils fe fuirent 
vl-^nnez félon Tordre de 
T mi 



44^ Réflexions JuY nn écrit 
Je sus-Christ des fuccef- 
fcurs 5 il faudroit que Jésus- 
Christ rcvinft fur la terre 
pour rétablir cet ordre facré 
par une création nouvelle. 

On veut bien trouver 
dans le fcin de l'Eglife Ro- 
maine ces vrais Fidèles dont 
on CQVCi'ço^Q d'abord l'Egli- 
fe Réformée : pourquoy ne 
t^oudra-t-on pas détacher de 
mcfme les Pafteurs de cette 
Eglife Réformée ^ des Paf- 
teurs qui eftoient en charge 
dans l'Eglife Romaine? Le 
miniilcre doit eftre niellé 
comme le peuple , ^ il 
doit y avoir toujours de 
bons Pafteurs parmi les mau- 
vais, comme il y a toujours 
de vrais Fidèles parnu les 



de M. Claude, 441 
faux Chrcilicns. Pourquoy 
cionc a-t-il fallu dire dans la 
nouvelle Reforme ^ dans 
l'Article x x x i. de f^i Con- 
fcllion de Foy , que l'cjht 
de iBglïfi ejloit interrompu ? 
Pourquoy a-t-il fallu avoir 
recours ^ ces gens extraordi- 
nairewent fit [citez, four drejfer 
de nouveau l'Eglifè (jui efhit 
en ruine & dejolation ? C'eft 
qu'il a fallu parler non pas 
fclon ce qm le devoit hiire 
dans Tordre établi par ]ESUS- 
C h r i s t , mais félon ce 
qui s'eft fait contre tout or- 
dre. Ce il que la nouvelle 
Reforme s'eft fait des Paf- 
teurs qui en eftet ne te- 
noicnt rien des Pafteurs qui 
ciloienc en charge aupara- 
T V 



442> Repxions fur un icYîi 
vaut; &; c'cfc pourquoy il a 
bien fallu j malgré qu'on eu 
cûft, leur atttibuër 5 quoy- 
que fans preuve , une voca-- 
non extraordinaire. Mais au 
fond 5 la raifon vouloir au- 
tre chofe : &: pourquoy n'a- 
t~on pas parlé fuivant la rai^ 
fon 5 fi ce n'eft encore une 
fois, qu'il a fallu accommo- 
der non pas ce qui fe fai- 
foit à la règle , mais la rè- 
gle à ce qui s'eft fait > 

Mais 5 dira-t-on, fi quel- 
que Eglife, par exemple l'E- 
glife Greque , nous mon- 
tre la fucceflion de fes Paf- 
teurs 5 la tiendrez - vous 
vrayeEglife? Nullement, fi 
l'y puis montrer d'autres 
marques d'innovation qu'el- 



de M. CUîidc, 443 
îc ne puiiTc nier-, comme je 
fcrois fans beaucoup de pei- 
ne , s'il en cftoit queRion. 
Mais avec nos Rctormcz,. 
la preuve cfl: faite , puis 
quils confcfTcnt eux-mef- 
mcs rmtcrruption dont il 



s amt 



M Claude pallie comme Apr^s u <. 
}1 peut cet cftaî interrompu de 
lE<dîfc, reconnu fi précifc- 
ment dans fa ConfelFion de 
Foy. Nous dipnguons,à\i-\\j . 
lE^life d'avec fin ejlat. L'E- 
glffè y ce font Us vrais Fidèles 
<]Hi font profcjfion de la vérité 
Chreflienne, de la pieté, & d'u- 
ne véritable fiinteté fim un 
mniflcre qui Iny fournit les 
dnncns neceffiires pour la vie 
■llritHcUc fans luy en joufl■rai- 



444 ^c flexion s fur U7^ écrit 
re aucun. Son csUt naturel & 
legitme y efl cCcflre déchargée 
Auîî'nt que la condition de mi- 
litante le peut permettre , dté 
mélange m pur des profanes 
& des mondains , de n'efre 
point couverte ç^ comme en^ 
fevelie par cette paille & cet^ 
te ^zanie d'eu luy viennent 
mille maux , d'avoir un minif 
tere dégagé d'errettrs y de faux 
cultes y d'ufages fuperftitieux , 
un minijlere pofjedé par des 
gens de bien y qui le tiennent 
par de bonnes voyes y & qui 
fervent eux -me/mes de bon 
exemple. Ccfl céttfat quenotts 
croyons avoir efé interrompu. 
Pourquoy fc charger de 
tant de paroles , &: à caufe 
qu'elles font pompcufcs ne 



de M. Claude. 445 
prendre pas garde qu'elles 
inni; vaincs, pour ne pas di- 
re trompeuics, &: contrai- 
res manitellemencà l'Evan^ 
gile? Car peut-on plus clai- 
rement abuler le monde, 
que d'cxagcrer, comme on 
fait icy , ce miniftirc fojjidê 
far des gens de bien , qui le 
tiennent par de bonnes voyesy 
G" qui fervent eux-mcfines de 
bon exemple ? Eft-cc que Tau- 
roricc du minifhcre Eccleriar- 
tique dépend de ladifcuflioa 
de la vie<Sc du bon exemple 
de ceux qui en font reveftus^ 
& que quand ils feroicnc 
au m le and aie ux &:aufll per- 
vers que les Scribes &: les 
Pharillcns,il ne faudroit pas 
dire encore , non pas avec 



44^ Reftex ions fur un écrit 
Mm.. XXIII. Jesus-Christ, lls font 
fur la chaire de Moïfé , mais 
ce qui eft bien plus augufhc, 
ils Ibnt fur la chaire de 
Jesus-Christ &: des 
Apoftres ? Laiflbns néan-- 
moins ces chofes , & ve- 
nons à cet eftat interrompu 
de l'Art, x x x i. que M .Clau- 
de entreprend icy de nous 
expliquer. Cet eftat inter- 
rompu eft allégué pour fon- 
der la neceifité d'une 'voca- 
tion extraordinaire dans les 
Prétendus Réformateurs i 
car écoutons comme parle 
cet Article. îl a fallu quelqtie- 
fois^ (^ notamment de nos jours ^ 
m l'eflat de l'EgliJè eftoit in- 
terrompt y que Dieu fufiitafl 
^ens d'une façon extraordinaire 



de U. Claude, 447 
pour driffir de nousjcau l'Egli- 
fi Vous le voyez, Mciricurs, 
cet eflat interrompu de lEglïfl 
cft allc^uc feulement pour 
fonder Li 'vocation extraordi- 
riaircàc vos premiers Réfor = 
mateurs. Mais pour fonder 
■à. neceilité d'une vocation 
extraordmaire , il ne fuffic 
pas que le minifterc loit 
;mpur; il faut que le minii- 
tcre ait ceifc. Qii^and vous 
cftes venus, Meilleurs, ce 
nviniftere Ecclefiaftique a- 
voit-il celle? Nullement, 
vous répondra M. Claude, 
car autrement TEglife au- 
roit celle -, puis que TEglife, 
félon luy , comme vous ve- 
nez de fentcndre, n'efl: au- 
tre chojc que les ^rais Fi- 



44S Refltxïons fuY un écrit 
deles qui font profejfion de Li 
njeriîé sous un minis- 
tère qui lîiy fournit les ali' 
mens necejfaires. Et il nous a 
déjà dit fouvcnt que TEgli- 
fe n'cft jamais fans le minif- 
tcre. Ceft pourquoy dans 
cet endroit , où il tafche à 
rendre raifon de cet ejlat in" 
terrompu , après avoir expli- 
qué par tant de beaux mots 
Imipureté qu'il fe reprefen- 
te dans le miniftcre avant la 
Réformation ; VEglife , a- 
joufte-t-il, na fas cefé, clic 
n'a point entièrement ferait^ fi 
njîfibilité ni fon minijkre , à 
Vieu ne fUife. Voyez com- 
me il fe récrie contre cette 
abomination, de dire que le 
fniniftere puiffe eftre perdu 



de M. Claude. 44^ 
dans rEglifc. Il n'y a donc 
jamais de nccciïicc de vo- 
cation extraordinaire dans 
les Miniftrcs, puis que pour 
tran (mettre le muiillerc à 
la tacon ordinaire , il n'efk 
pas requis que le minifterc 
foit pur : il luffit qu'il foir. 
Et quand pour le tranfmct- 
tre on demanderoit, comme 
parle M. Claude, non-lcu- 
iemcnt des Miniftres de 
bonne doclrine^ mais encore 
de bonne njie (y* de bon esem- 
pic, il cfh aulli allcurc qu'il 
y en aura toujours de tels 
dans la iocictc du peuple 
de Dieu , qu'il cil adcùrc 
qu'il y aura toujours de vrais 
Fidclcs, puis que tour, (Scie 
miniilcrc autant que le pei> 



4P Reflexions fur un écrit 
pie, y doit eftre mcllé de 
bien & de mal jnfqua la 
dcniicre fcparation & au 
dernier jugement. Ainfi la 
vocation extraordinaite de 
tous coftczeft exclue de FE- 
glife de Je s u s-Christ, &: 
n'y peut eftre qu un foible 
refuge d'une caufe déplorée. 
Et pour voir quel renver- 
fement de Tordre de ]esus- 
Christ introduit icy M. 
Claude, il n'y a qu'à confî- 
dercrlcs promeffcs de Jesus- 
Christ, bc voir où il luy 
a plu d'établir principale- 
ment la force de fon Egli- 
fc. Elle eft forte , elle eft 
Mau.xvi invincible, varce que Jesus- 
Christ a dit que l'Enfer 
ne pévaudïûït foint contre 



de U. Claude. 4)r 

tUe: mais il n'a dit que l'En- 
fer ne prév.tndroit point contre 

elle y qu'après avoir dit, Tti es 

Pierre , é' fir cette pierre je 

haHïray mon Bglife ,• ^ en 

ajouftant auiritoft aprcs. Je 

te donnera) les clefs du RoyxU' 

me des deux, C'cil donc dans 
le minifterc confcffanc &: 
annonçant T e sus -Christ, 
& niant de l'antoritc des 
clefs, que Je sus -Christ 
a établi principalement la 
force de '^ow Eglife. Et à 
qni a-t-il dit, yi' fuis avec ujh.wvhu 
'VOUS lufqua la confommation 
des ficclcs, fi ce n'eit à ceux à 
qni il a dit, En feignez, & hapti- 
fez .^ Toute rE<j;life*efl: conv 
prife dans cette promeile : 
qui ne le fçait pas ? Mais c'eft 



4y^ Kefiexïons fur un écrit 
que J E s u s-C H R I s T a vou. 
lu montrer la vérité de cette 
doclnne fi bien expliquée 
ïL'^Pa;' P-^ Saint Cyprien : VEglifi 
ne quitte f oint Jesus-Chkist^ 
& ceftU lEglifei le peuple uni 
avecfgn Eve/que y & le trou- 
-peau attaché à fon Pafteur:ovL 
jl cfl clair qu'il faut enten- 
dre, comme il dit ailleurs^ 

icc. lègues, & à toute l'unité de 
TEpifcopat, fi fouvcnt éta^ 
blie dans fcs écrits. C'cft 
d^onc avec raifon que Jesus- 
Christ a voulu marquer 
la fuite de Ton Eglife par 
celle du minifterc, ^ oa 
voit manif-oftcmcnt que c'eft 
à ceux qui r^n feignent qu'il 
a "^oiilu iXiïc^ Je fais toujours 



ît-' unit 



de M. chu de. 4^3 
âZ'CC ^jous. Et ce qu'il y a icy 
de plus admirable, c'cll que 
ces proinclles lonu il cvi- 
denres , que contre les pre- 
vcncions de la Religion, M. 
Claude a efte force a les 
reconnoiftrc telles que je 
viens de les expliquer. Car v. r^r. x:. 
nous l'avons entendu nous ^v;' "'"^ 
dire que c'eit en erfec d'u- 
I ne Emilie confellante, d'u- 
\ ne Egliie qui public la foy, 
^\ d'une Ei^liic qui ufe du mi- 
I nillere, que] e sus-Christ 
a prononcé, que l'Enfer ne 
prevaudroit point contre cl- 
ic. Et parce que T e s u s- 
Christ, après avoir dit , 
£/;//>;;fc o^ hdpifcz., ajouf 

te , T:' flïs Jl'JCC "lÔUS i M. ^^•-* 

Claude conclue coimne nous 



454 R^fl^icîons fur un écrit 
que Jes us-Christ en 
cfcc defigne une Eglifi qu il 
alleûre cCefirc avec elicy de ba- 
pijtr Avec die , é* d'enfei- 
gner avec elle fans interru'- 
pion jufqua la fin du monde. 
C'eft donc la {uccefTion ^ 
la perpétuité du miniftere 
qui cft comprifc principale- 
ment dans cette promeffe % 
c'eft là principalement que 
J E s u s-C H R I s T établit la 
force &: l'éternelle durée de 
fon Eglife. Cependant con* 
tre tout cet ordre, on nous 
montre le miniftere fi foi- 
ble ôc tellement delaifle de 
I E s u s-C H R I s Tj qu'il tom- 
be tout entier en un mo- 
ment ; & au contraire , les 
Fidèles particuliers û forts y 



de M. Claude, 4^5 
qu'eux Iculs rctabliflcnt touc 
le muiillcrc extraordinain- 
mcnt fuJcitéM^is avoir cgard 
à la iucccliion ui à l'auco- 
ritc de toute l'adminiltra- 
tiou précédente. Qui ne voie 
donc qu'on rcnvcrfc touc 
dans la nouvelle Reforme > 
&C que de dire avec elle , 
que Dieu a voulu confer- 
ver de vrais Fidèles dans 
fon Eglifc, pour en depo- 
fer par leur moyen tous 
les Paftcurs, 6c enfuite en 
établir d'autres extraordi- 
nairement à leur place; peu, 
dant qu'il n'a pas voulu coii^ 
ferver de bons Paileurs 
pour tranfincttre le minif- 
tcrc par les voyes commu- 
acs établies dans fa parole 



45^^ Réflexions JuY un écrit 
&: toujours obfervécs dans 
^o\\ Eglife: c'eft dire qu'il 
a voulu former une Eglife 
d'une manière contraire à 
celle qu'il a révélée &: qu'il 
a toujours fait fuivre à fon 
Eglife ? Ou plûtoft 5 c'eft 
dire qu'il a voulu que cette 
Eglife formée d'une ma- 
nière fi nouvelle parmi les 
Chreftiens^portajft dans ^q\\ 
origine, fans le pouvoir effa- 
cer jamais^ le carafterc ma* 
nifefte de fa fauffeté. 

Mais venons à ces vraà 
Fidèles que M. Claude nous 
vante. Je ne me conten« 
te pas de leur contefter le 
pouvoir qu'il leur a don- 
né de dépofer tous leurs 
Paftcurs & d'en faire d'au- 
tres: 



de M, Claude. ^^j 
tr(fs: je disque ces vrais Fi- 
dèles n'ont jamais cflé. H 
tant pourtant bien, félon ce 
Miniilre , qu'ils ayent cilc 
vrais Fidèles, mcfmc dans le 
fem de TEglifc Romaine : 
car puis que, félon fadodri- 
ne, il faut reconnoiilrc, fans 
aucune interruption, un mi- 
niilcre Ecclefiailique, &: une 
proteilion extérieure donc 
on ait pu dire , La font Us 
vrais Fidèles , ils eftoient 
vrais Fidèles fous ce mi- 
fiiftere &: dans cette profcf- 
fion d'où jIs font (orcis. Je 

demande, communiquoient- 
ils au facrifice où on prie 
les Saints , où on honore 
leurs Reliques &: leurs Inu-. 
gcs^ ou o\\ nomme le Pape 

V 



4J^ Réflexions Jtir un écrit 
comme le chef des Or- 
thodoxes , où on adore 
Jesus-Christ comme 
prefcnt en corps &; en ame , 
où on l'offre, où on reçoit 
le Saint Sacrement fous une 
cfpece ? Ne communicj^uer 
pas à ce Sacrifice, & refufer 
d'y recevoir rEuchariftie, 
c'eftoit fe fcparer manifef- 
tement, & on fuppofe qu'ils 
ne le faifoient pas encore : 
mais s'ils y communiquoicnt 
en demeurant vms Fidè- 
les, dans quelle erreur font 
maintenant tous nos Réfor- 
mez, qui ne fecroyenti;r^/V 
Fidèles que depuis qu'ils ont 
ceifé d'y communiquer > 

Ainfi CCS vrais Fidèles 
font des gens en Tair : ces 



de M. Claude. 45-^ 
fcpt mi/ie tant vjnccz dans v R.-g.xix, 
là nouvelle Réforme <SJ par Rép nuu. 
M. CLniae,non feulement " ^""' 
ne paroilfent pas, mais ne 
font pas, puis que devant 
la feparation il n'y a per- 
ionnc qui ne communique 
au Sacrifice &: \ VHoiXvc 
que nos Réformez reirar- 
dent comme le Baal devant ^ nc^. xî «.. 
lequel il ne falloir point '^' 
courber le o;enou/iI. 

On dit e]ue Q^^^rais Fidè- 
les, qui par leur acluclle (<z. 
paration ontcompofé la Ré- 
forme, cltoient auparavant 
fcparez de cœur de fido- 
latrie publique. Mais pre- 
mièrement cela ne fuffit pas : 
fecondemcnt , cela n'eltpaç. 
Cela ne fulîItpasfelonM. 
Y n 



^(jo Keflexions fur un écrit 
Claude , puis qu'il veut une 
Eglife toujours vilîble ; puis 
qu'il nous a tout à l'heure 
défini r Eglife, /^j- vrais Fidc- 

Us QJil FONT PROFESSION 

DE LA yi.Kn:)i\de la pieté y 
de la fdinteté véritable. Donc 
où manque la profeflion, il 
n'y a ni de vrais Fidèles ^ m 
de vrayc Eglife. 

Mais de plus, vifiblement 
cela n'eft pas : autrement 
quand Luther parut, &: que 
Zuinglc innova, il faudroic 
que leurs difciples cullenc 
fait cette déclaration : Voi-» 
là ce que nous avons toù« 
jours cru; nous avons tou- 
jours eu le coeur éloigne de 
la Foy Romxine , & du Pa- 
pe, &; des Evefques ^ 6^ de 



de M. CLiude. 4«^i 
Il profcncc réelle , &: de la 
Mcilc, &: de la ConfcUion^ 
&: de la Communion Ibiis 
\\m cfpccc, (Se: des Reliques, 
bc des Imaa;cs , &: de la 
pnere des Saints, ÔJ du mé- 
rite des œuvres. Où font 
ceux qui ont parlé de cette 
iorter M. Claude en pour- 
ra-t- il nommer un feul ? 
Au contraire, ne voit -on 
pas tous CCS Reformvz à 
toutes les pages de leurs li- 
vres parler comme retirez 
nouvellement des ténèbres 
de la Papauté, &: Luther le 
n;loriher à leur teftc d'avoir 
elle le premier à annoncer 
l'Evangile j tous ces Retor- 
mez luy applaudir a la re-- 
icrvc de Zuingle qui luv 
V 111 



^éz Reflexions fur un icrït 
difputoit cet honneur; luy 
cependant rcconnoiftrc qu'il 
avoit cftc le Moine de la 
meilleure foy, le Preftre le 
plus attaché à fon facrifîce^ 
& en un mot , le flm zélé 
de tom les Papaux? Les au- 
tres ne tiennent -ils pas le 
xncfme langage? Où font- 
lis donc ces 'vrais Fidèles de 
M. Claude, qui non-feule- 
m?ntn'oibicnt déclarer leur 
Foy tant qu'ils cjftoient dans 
le fcin de l'Eglilc Romaine, 
mais qui après en ellrc for- 
tis n ont ofé dire qu'ils a- 
voient toujours tenu dans 
leur cœur la mefme Foy ? 

Mais voicy la ruine entiè- 
re de la nouvelle Réforme, 
Daus la définiùoii que M^ 



de M. Claude. ^G) 

Claude vient de nous don- 
ner de la vrayc E^J:lire, Ccft, 
diMl, les Z'rus Fidèles ejui fonù 
profijjlo» de la vérité Chreflieri- 
ne (qus un miniflcrc qnï lay 
fournit les dmens neeeffaires 
fifi<i lu y en foufimire aucun. Si 
avant la Réformation il n'y 
avoit point de telle Eg;lile , 
Li vraye Ev^UTe n'eftoit plus- 
contre la iuppoiition de M. 
Claude-, &: s^il y avoit une 

telle F '-life où on fill p RO- 
•^ -' / 

}• I. s s 1 G N D E LA V ERITE ^ 

Cr qui donnafl par [on mirnf- 
tire aux en fans de Dieu les 
alimcns neciffiires sans leur 

EN SOUSTRAIRA A U C U N, 

a quov clloit neeedair'" la 
fcparation des Prétendus 
Reformez? 

Y iiij 



^^^^épxhns fur un icrît 

.va /'"'-^^^^ qu'on 
sert avife roue d'un coup 

dednclaMc/rc,&d'ciifci. 
gncr toutes Jes doctrines 
que nos Réformez ont allé- 
guées pour caufe de leur 
rupture ? Le penfer ÇcaXc. 

?^"''/^^eroitrabfurdité 
^f abfurditez. Mais peut- 
cftre qu'en enfeignant tou- 
tes ces doftrines on n'avoit 
pas encore fongé à excom- 
jpunier ceux qui s'y oppo- 
foient D'où viennent donc 
tant d'anathémes contre 
y^i-engçr, contre \^, Vau- 
dois & les Alb,geo,s , con- 

Hu/'ï ^-J-f & Jean 
Hus & tant d'autres que 

nos Reformez veulent corn, 
Pter parmi leurs anceftres» 



de M, Chtidt» 4^5^ 

Quoy donc, ceux qui avant 
la Rctormation prcccnduc 
faiioicnc pYofcjJion de la vé- 
rité Chrc [tienne y c'cft à dire, 
iclon M. Claude, de la do- 
ctrine Rctormcc , n'avoicnt- 
lis pas encore trouve Tin- 
vcntion de faire fchifnie, 
& tout le monde cftoit-il 
d'accord de les foufFrir ? 
Mais quand tout cela fcroic 
véritable, les affaires de la 
Reforme n'en iroient pas 
mieux : puis que toujours 
avant qu'elle fuft , il flm- 
droit rcconnoiftre un minif 
tcre,ou ians enfeicrner ni 
que le pécheur fuft jullific 
par la icule foy &: la feu- 
le imputation de la jufticc 
de J £ b u s - C H R î s T . m 
Y y 



^66 Réflexions fur un écrit 
que Dieu dans le nouvea^i 
Teftament euil horreur des 
Sacrifices célébrez dans u- 
ne matière fenfible ^ ni qu il 
vouluft cftre prié iciiï à 
Texclufion de cette prière 
inférieure & fubordonnée 
qu'on adrcilc aux Saints . 
ni enfin aucun des articles 
qui diftinguent nos Réfor^ 
mcz d'avec nous , encore 
qu'ils y mettent leur falut; 
on ne laiflaft pas de fournir 
aux enfans cieBieu tom lésait- 
mens necejfaires a la ^vie Jpirï" 

îuelle y SANS L E l-l B. EN 
SOUSTRAIRE AUCUN. 

Quji opéré la Réforme , fi 
toutes QQSs chofes ne font 
pas des alimens nccefiaires; 
il mefme la Coupe facréc^. 



de iV. Cldudc, 4^7 
<?j par confcqucnt ia Ccnc, 
qui , icloa les Prctcndus Re- 
formez , ne peut rubfiller 
i'ans la communication de 
cette coupe , n'eft pas de 
ces alimcns necellaires a la 
foy du Chrertien ? Qi^'on: 
s'eft tourmenté en vain ^ 
mais qu'on a mal -à- propos 
cauTe tant de troubles, 6C 
répandu tant de (an^^ , H' 
ces choies ne (ont pas ne-- 
ce lia ires : 

Peut-eftrc quil faut re- 
J.iiire ce*^ alimens ncceffiu- 
.is au Symbole des Apol- 
trcs, ou en (jeneral .i l'Ecri- 
turc. Mais TEgliie Soci- 
niciine retient ce Symbole 
\: cette Ecriture -, de iortc 
<.|ac le miniilere d\me EgU- 
V VI 



4^8 Réflexions Jfir un écrit 
le Socinicnnc euft fourni ^. 
fclon cette l'cgle, aux en fans 
de Dieu tous les alimens ne- 
i'cjfaires fans leur en fou flr aire 
aucun. Que fera -ce donc à 
la fin que ces alimens ne« 
ccfï^iires? & fi on les four^ 
nit fans en fouftraire aucun, 
feulement en propofant le 
Symbole &: F Ecriture, quoy- 
qu'on enfcigne d'ailleurs^ 
dans quelle hérefic ont -ils 
manqué ? 
Rép. man. Pus M. Claudc fait icy 
d'eftorts pour fe dégager ^ 
plus il s'embarrafife. Car a- 
prés avoir établi comme 
une vérité fondamentale ^ 
que Dieu conferve toujours 
dans le miniftere tout ce qui 
eft ntccffaire ^our y nourrir les 



4<3 



de M. Claude. 4^^5 
lYAîs Fidèles y & les conduire 
ait (Alut, il dit qu'il ne s'en 
luit pas delà que le miniftert 
fuit exempt de toute erreur, 
mcfinc dans les dccifions, 
mais que Toit qu'elles nin- 
terejfcnt pas fcnjiblement U 
confcicnce, ou mefme quel- 
les intereiftnt le falut , on ufe 
de II lihertc de U confcience 
pour rejettter le mal , & pour 
confer'vcr la pureté. Ainli tout 
fc rcduiroit à la liberté de 
conicicncej &: quelque er- 
reur qu'on enfcigne dans 
le miniftere, pourveu qu'on 
ne force pas à en fuivrc 
les dccHions , &: qu'on y 
fouftVe toutes les doûrines 
contraires bonnes ou mau- 
vaiics , c'en cil aiTcz pour 



47^ Réflexions fur un écrit 
faire dire à M. Claude ^ 
que le mïniftere fournit tom 
ks alïmens mcefliïres aux en- 
fans de Dieu fans leur en fou f 
traire aucun. 'Kiuis fclon cet- 
te prétention il n'y auroic 
point de focicté dont le 
minifhere fournift davanta^ 
^e tous les alimens necef- 
laires qu'une fociete de So- 
ciniens qui fe glorifie de 
ne vouloir damner pcrfon- 
ne. Si on dit parmi nos Ré" 
formez qu'une Eglife Soci- 
nienne renverfe le fonde- 
ment en niant la divinité 
de J E s u s - C K R I s T . 
on y dit auili qu'on ne le 
renverfoit pas moins avant 
leur Réformation par les 
idolatrics^qui félon eux re- 



de M. Clandd. 471 

G:noicnt par tout. Ec fi 011 
veut enfin s'nnagnicr qu'il 
clc plus dangereux de de- 
trunx le ton clément par 
louftradion avec les Soci- 
niens qu'avec rEgliib Ro- 
mairiC par ces additions pré- 
tendues ou'on traite d'idola- 
trie : outre toutes les ioui- 
iraclions que nous y venons 
de montrer ielon les prin- 
cipes de nos Reformez &:: 
melinc avant leur Reforma- 
tion ; ce leroit une extra- 
vaL!;ance inouïe, de croire 
qu'il hift plus aile a ces vrais 
l-idclesqui dévoient fliire le 
diiecrncment des doclnncs 
fous un minifterc plein d'er-^ 
reurs, de retrancher ce qui 
excède que de fupplccr u 



4*i tuncxîcns jur un écrit 
ce qui manque j ou qu'on 
renvcrie plus ccrcamcmcnc 
le tondemen: de la Fov en 
diminuant qu'en ajoiiftanr. 
rEcriiure avant tant de tois 
compris fous une commune 
maledicl:on tant ceux qui 
diminuent que ceux qui a- 
jouftent. 

Il vaudroit donc mieux 
pour M. Claude laïUer 1^, 
coût ce miniirere ^ la per- 
pétuelle viiibilite de TEgli- 
le 5 pour dire qu'"il luffic 
enfin , toute cette vilibih- 
te eiiant renverice , que 
Dieu ait ziïàc TEcriturc 
Sainte où les Fidèles, loir 
cachez , loit découverts , 
ioit duperiez , ioit rciinis . 
foi; touioUiS iublîllens, loic 



df M. CUudé, 475 
quclquctois tout -à -fait c- 
cciiTts , trouveront claire- 
ment, ielon les principes 5 
Tins aucun befoui du minif- 
tcrCjtous les alimcns ncceC 
faire s. Car auifi à quoy leur 
cil: bon un mmiCtere où Ter- 
reur domine? &: l'Ecriture 
ne leur feroit-elle pas plus 
commode (Se plus inftrucli- 
ve toute feule: Voilaceque 
de vr oient dire les Protei- 
tans , pour éviter les mcon- 
veniens où nous les jettons. 
Mais M. Claude n^a o(c le 
faire «Se ne Tofera juiiais, 
parce qu^il v trouveroit des 
inconveniens encore plus 
mfupportables <Sc plus vili- 
blcs. C'eftcn unmot qu'il a 
fcnci qu^à force de poulfcr 



474 ^^flexhns fur un écrit 
indépendcmmcnt de tout 
miniftcrc Eccleliaftiquc l'au- 
torité & la fLiffifancc^ pour 
ainfi parler, de l'Ecriture, à 
la fin il faudroit détruire 
l'Ecriture mefmc. 

En effet 5 il a trouvé dans 
rEcriturc, que l'Ecriture ne 
devoir pas eftre comme la 
Philofbphie de Platon, la 
règle d'une Republique en 
idée, mais d'un peuple tou- 
jours fuh liftent que cette 
Ecriture appelle Eglife. Il a 
trouvé que ce peuple de- 
voir eftre toû}:>urs vilible 
fur la terre, puis qu'il de- 
Rom. X, 10. voit non- fîuk^y--ent croire de 
cœur^ mais encore confejfer de 
hûuihc, èc pour ufer de (es 
termes , f-'ire ^rofcjjion de U 



V. Tup. 410, 



de M. Claude. 475* 
'verîté Chrcflicnnc. Il a trouvé ^ 

que l'Eciicurcavoit c(lc mi- 
le en dcpod: encre les mains 
d'un tel peuple pour en cftrc 
la règle immuable j quelle y 
auroit toujours des Inter- 
prètes établis de Dieu au- 
teur de cette Ecrit urc,auiri' 
bien que fondateur de cq 
peuple -, (S^ qu'ainli le mi- 
niitcre dellinc de Dieu à 
cette interprétation eftoic 
éternel autant que l'Egliic 
melmc. 

S'il cent CCS o-tandes pa- ^^^^'- ^*^- 
rôles , Bleu conjirve toujours 
dans te mini ficre public tout ce 
qui cfl neajfdire pour conduire 
les vrais Fi de le s au fàlut , il 
ne peut fonder cette alleii- 
lancc llir aucune jnduftri« 



47^^ c flexions fur un écrit 
humaine. Que Dieu laifTc 
le miniftere Ecclefiaftique à 
luy-nicfme, il faut qu'il com- 
be. Si donc on eft afTcûré 
que Dieu y confcrvcrA ton- 
jours tout ce (jui cjl nccejjaire 
au fatut , il faut que Dieu 
mcfme lait promis , &: Té- 
ternité du miniftere ne peut 
eftre fondée que fur cette 
promcfTc. M. Claude la trou- 
ve aufli dans ces paroles^ 
um.xw. ru es Pierre, 6i lercfte.Ceft 
de là qu'il conclut avec nous^ 
que ] E s u s - C H R I s T 5 en 
parlant à une Eilife cjui con- 
fcffe y &C confclTc fans diffi- 
culté par {es principaux Mi- 
niftrcs , puis que c'cft par 
Saint Pierre au nom des A- 
poftres y à une Eglife atta- 



de M ^ Claude, 477 
chcc a un miniJUre extérieur, 
(^ ufant de Li fuijjance des 
clefs , liiy a promis que f En- 
fer ne prévaudroit pirtt contre 
elle ; contre elle , par confc- 
qucnt fouftcnuc par ce mi- 
niitcrc : & c cft pourquoy 
il aircurc que Dieu confrve 
toujours dans le miniflere pu- 
blic tout ce (]ui ejl neajfiire atâ 
falut des enfans de Dieu. 

Une autre promcllc de 

Jesus-Chrit adrcffée ^'î^^^^^j^^^ 

ceux qui bnptifent & a ceux 

(jui enjeïgnenty ^ conclue par 

CCS puiilances paroles ^ Je 

feray tûiêjOiirs avec vous juf- 

au a il confommation des Jic- 

des y fait dire à M. Claude ibi4, 

aulli-bicn qu'à nous, que 

3 £ s u s-C H K 1 s T promet à 



47 3 Re flexion s fuY un écrit 
TEglifc d'eflre avec elle , de 
baptifer avec elle y é" d' E N- 

SEIGNER AVEC ELLE, 
SANS INTERRUPTION, 
j U S QJ^' A LA FIN DU 

MONDE. Ainfi , fclon ce 
Minillrc, cette promefTe re- 
garde TEglife comme atta- 
chée au miniftere Ecclefiafti- 
q<ue,ce qui auffi luy fait con- 
clure que Je sus-Christ 
?7e permet jamais que U cor- 
ruption foît telle dans le mi* 
niflere qu'il n'y ait encore Juf-» 
fifamment dequoy entretenir la 
V R A Y E F o Y de fes E^ 
kùs Jusqu'à la ein du 

M o N D E. 

Enfin, un troificmc parta- 
ge , &: c'eft celuy de Saint 
t-2\u ïv. Paul auxEphcûcnSj luy fait 



de M. Claude, 47^ 
conclure avec nous , ^//f /d' k^f. mi«% 
^yiimfhrc durera jujqu a la Jm 

^Y-S' SIECLES, ET DURERA 
DANS UN DEGK-E &dans 

îiH cjlat fit ffifant four édifier le 
Corps de Chrif, & vowk a- 

'vl E N E K TOUS LES EleÛs A 

A p E R E E c T I o N dont par- 
k Saint raiiL II faudra donc 
que Dieu s'en nielle, <5c fans 
(on (ecours toujours prcfent 
iri\ ne pourroic elperer une 
tell: habilite ni une telle in- 
tein-ite dans le munllcre. 

"Apres avoir ainfi com- 
mence à croire , il talloïc 
achever l'ouvrage, &: don- 
ner gloire à Dieu julqucs 
au bo\ic. W. Claude n'clloit 
pas loin du Royaume de 
Dieu quand U difoit , que 



4§c5 Réflexions Jur un ecrti 
Dicufe rcndroit aflcz fupe- 
rieur à l'infirmitc humaine ^ 
pour confervcr toujours ^ 
malgré les efforts de l'En* 
fer 5 une Eglife qui confef« 
fcroit la vérité ^ &: un mi- 
niftere extérieur qui fourni 
roit aux vrais Fidèles les 
alimcns neceffaires au falut. 
Il devoit donc achever, 6c 
croire que la mefme main 
qui empefcheroit l'Enfer de 
prévaloir contre le miniftere 
jufqu à en ofter ces alimens 
necellaires , Tempefcheroit 
aufli de prévaloir jufqu à y 
faire dominer aucune er- 
reur; d'autant plus, que ce 
qu'il a cru enferme mani- 
feftemcnt ce qui refte à 
croire. Car s'il a crû fur la 

foy 



de M. Claude. 4S1 

foy de la promcfTc divine 
qu'il y auroic toujours une 
ligliic,avcc laquelle Je sus-^ 
Christ ne ccllcroïc d'en- 
Tcigncr , c'eft à dn-e fans 
ditiiculté, qu'il ne cefTeroïc 
d'eniiigncr avec \qs Do- 
fteurs de cette Eglife : il 
falloit croire par mefmc 
moyen qu'il y cnieigneroïc 
toute venté , Jesus-Christ 
n'ellant pas vcnu,(Sv: n'ayant 
pas envoyé ion Saint tlprit i 
ies Apollres pour leurenfet- 
gncr quelques veritez, mais 
pour leur cn(c\<ync\: toute ve- 
nté , comme luy- mefmc l'a 
déclare- dans fon Evanailc. 
Et il ne lerviroit de rien 
'c dire que M. Claude 
; romec feulement dans le 
X 



Join. 5C/^. 



j^îi Réflexions Jur un écrit 
miniftere, des alimens fuffi- 
fans ; ce qui pourroic ne 
comprendre que les fondc- 
mens de la foy , à la maniè- 
re dont nos Réformez les 
trouvent parmi les Luthé- 
riens. Car la dodrinc de 
3esus-Christ ne con- 
tenant rien qui ne foit utile, 
conformément à cette pa- 
ïf.xLviii. l'olc 5 Je fuis le Seigneur qui 
^^* fenfeigne des chofes utiles ; fi 

on ne trouve dans le minif- 
tere la doélrine de ] e s u s- 
Christ toute entière, on 
n'y trouvera jamais ce degré 
requis par M. Claude, ni cti 
ejîat surFiSANT four amener 

tûH6 les EkÛs A LA PERFE- 

G T I G N dont parle Saint FauL 
Ce fcroit donc quelque 



de M, Clmdc. 4^j 

CÎiofc, de croire que par la 
promcilc Dieu conferveroic 
fans interruption dans le 
miniftere Ecclefiaftique tou- 
tes les veritez eilcntieiles : 
car ce feroit reconnoiftrc 
dans TEglife avec laquelle 
Jes us-Christ cn- 
fcigne, un commencement 
d'autorité infaillible, en rc- 
connoiilant cette auoritcdu 
moins à l'égard de ces pre- 
mières ventcz du Chrii- 
tianifme. Mais pour achever 
l'ouvrage, &: ne pas croire 
à demi, il faut croire enco- 
re que J E s u s-C H R I s T,eii 
cnfeignant, enfcigne tout, 
bc confeiTcr dans Ton Eelifc 
une intaïUibilitc abfoluc. 
Ainii il ne faut pas dire 



.484 Réflexions fuY un écrit 
avec les Miniftrcs &: leur 
troupeau incrédule : Ce mi- 
nifterc Ecclefiaftiquc , c'cfh 
des hommes fujcts à faillir; 
on peut douter après eux: 
car cela c'eft fuccomber à la 
tentation, ou ne plus croire à 
lapromeffe.Il faut dire, c'ell: 
des hommes avec qui ]esus- 
Christ promet d'eftre, &: 
d'enfeigner toujours : alors, 
malgré la foiblelTe humai- 
ne , 6^ tous les efforts de 
îiom.îv.ïg. l'Enfer, on croit contre Vef- 
ferance en ej^erance , qu'on 
trouvera éternellement dans 
leur commune Prédication, 
non pas quelques veritez,ou 
feulement les vcritez prin- 
cipales, mais l'entière pléni- 
tude des veritez Chreflien^ 



de M. Claude. 48) 
lies. Quoy qu'on difc , ce 
nci\ pas croire à l'aveugle 
c]uc de croire ainfi, ou c'cfb 
croire à l'aveugle , comme 
Abraham, fur la parole de 
Dieu mcf'mc &: fur la foy 
de Tes promcfTcs. 

Combien donc cfl infup- 
portable la doftrine de M. 
Claude, qui après avoir re- 
connu tant de magnifiques 
promcllcs de Jésus-Christ 
en faveur de ce miniftcre 
iacrc : replongé tout d'un 
coup je ne fçay comment 
dans les ténèbres de fa fe- 
ÔlC d'où il commençoit à 
iortir, nous montre le mi- 
ni (le re fi abandonne de 
J E s u s-C H R I s T , qu'il n'y 
a plus de icmcde à fes cr- 
X lij 



'4^6 Refiexhns fir un êcrh 
reurs , qu'en dépofant tout 
d'un coup tous ceux qui font 
dans la chaire \ Quel rap- 
port de CCS promeiTcs fi bien 
reconnues avec une corru- 
ption fi univerfelle > 

M. Claude n'auroit donc 
qu'à s'écouter un peuluy- 
mcfme pour venir à nous : 
après avoir reconnu^ en ver- 
tu de la promefle divine. Té- 
ternitc du miniîlere Eccle» 
fiafli que dans ceV estât 
SUFFISANT qu'il uoiis rc* 
prefente ; pour y trouver 
toujours toute 'uerité ,i\vi2M^ 
roit plus qu'à penfcr que 
cette aflîftance imparfaite ^ 
&: pour ainfî dire^cedemi- 
fccours de J E s u s-Ch R I s T 
envers fon Eglife^ n'eft au 



de M. Claude, 487 
o;nc ni de fa iao-cfTc, ni de 
Ïa puillancc -, citant aiîcurc 
d'ailleurs qu'il n'y a de vraye 
iuffi lance dans le mniiftcrc 
que par la pleine manil:cf- 
cacion de la vente rcvclcc 
de Dieu , conformément à 
cette parole de l'Apollrc : 
2<iûus nous faifons approuver ^- cor. i y. 
devant Dieu a toute bonnc""^'^' 
confcience par la m anïfe fiction 
de la vente. D'où il conclue 
auflltoft après , que Jl noflrc 
Evangile, c'eft-à-dire très- 
certainement noftre Prcdi- 
\ cation , eB couverte encore, 
ce n'cfi que pour ceux qui pe- 
î riffentj afin de nous l'aire 
' entendre que la Prédica- 
tion toujours claire &: tou- 
jours iinccrc dans l'Eglifc 
Xiii| 



488 Reflétions [uY un écrit 
Catholique , n'a d'obfcuritc 
que dans les rebelles ^ dont 
le Démon, le 'Dieu de ce fie- 
de y &: refpvit d'orgueil, 4- 
njeugle les entendemens, com- 
me pourfuit le mefme A- 
poftre , afin qu'ils ne njoyent 
-pas la lumière rejplendijfante de 
la Prédication de VBvan(rîle, 

Il eft maintenant aifé de 
voir que toutes les ilibtili- 
tez de M. Claude ne fervent 
qu'à le confondre. Que luy 
fert^en reconnoiflant laper* 
petuelle vifibilité de PEgli- 
fe, d'avoir tafchc d'cluder 
les fuites de cette dodrine^ 
en rcduifant l'Eg-life aux 
vrais Fidèles ? Je le veux; 
que par tout où il trouve 
lË'glife il entende les vrais 



de M. Claude. 489 
Fidèles ; qu'il explique mcf- 
mc, s'il veut, ces paroles, 
Dites -le k l'E^ii/e y dites - le sun.xy nu 
aux vrais Fidèles ; démef- '^"^ 
lez-les parmi la troupe, èC 
îucTcz avant le Seigneur : ou 
parce qu'il s'agit icy trop vi- 
iiblcmcnt, comme luy-mcf- 
me le reconnoift, de l'EgliJeK^)?. mxa. 
rej)nfentce far je s PafleHrs y^'"^' 
qu'il dilc que ces Fadeurs 
reprcicntent les vrais Fidè- 
les qu'on ne connoiil pas, 
6c agiilent en leur nom. Que 
fcrviront après tout ces ex- 
plications, puis qu'enfin, fe- 
Ion luy^ cette vraye Egli- 
fe (c trouvera toujours 
viliMc & ces vrais Fidèles 
toujours ious un minirtcrc 
public, Jesus-Chkist 



45>® RéflcxîO>Js Jûr un écrit 
permettant fi peu d'en fépa- 
rer fon Eglife, que mefmc 
après ct% paroles , 'Dites -le a. 
VEglifcy & s il n'écoute l'EgU- 
glifi qiiil vom fiit comme un 
gentil y pour montrer com- 
bien redoutable eft le juge» 
ment de TEglife, il expri- 
me incontinent l'efficace du 
Watt. XVII. miniftere par ces mots : Tout 
ce que votis lierez^ fur la terre 
Jera lié dans le ciel, &: le refte 
que tout le monde fçait> 
Ainfi je conclus toujours é- 
galement, que l'Eglife qu'il 
nous faut montrer sans 

INTERRUPTION, foit qUC CC 

foit les feuls vrais Fidèles^ ou 
fi l'on veut les feuls Eleûs,. 
foit que ce foie en un cer- 
tain fens les mcchans mcflcz 



1^ 



de U. Claude. 491 
avec cux,<!<: ceux qui croycnt 
pour un temps Tclon l'cxprcf- Mact, xiu, 
lion de l'Evangile, cft une *'' 
Eglilc toujours recueillie 
fous un miniftere viiiblc , 
bc un corps toujours fubfif- 
tant de peuple avec des Paf- 
teurs , où la vérité foit prcf- 
chce, non pas en cachette, 
mais fur les toits, Qu^on Mate, x, ^y 
tourne tant qu'on voudra, 
c'cfl: une Eiilifc de cette 
nature & de cette conftitu- 
tion qu'il nous faut mon- 
trer dans tous les temps, de 
l'aveu de M. Claude. La fai. 
rc difparoidre un feul mo- 
ment, c'cft l'ancantir tout- 
à-fait , &: renverfer les pro- 
mclTcs de TEvano-ilc dans 
te qu elles onc de plus (cn- 
X vj 



49^ Réflexions fur un écrit 
fiblc Ô^ de plus éclatant : Lt 
faire paroiftre toujours, c'cfh 
établir invinciblement TE- 
glife Romaine. Ainfî ce que 
nous explique M. Claude 
avec tant de foin, outre qu il 
efl faux 3 laiflc la difficulté 
toute entière , & fa caufe 
en auifi mauvais cftat qu el- 
le eftoit avant fes défcnfcs. 
Mais afin qu'on ne dife pas 
que nous nous femmes con-. 
tentez de le réfuter , di- 
ibns-luy la vérité en peu 
de mots. 

Le fond de l'Eglife c'eft 
les vrais Fidèles , &: ceux-là 
principalement qui per/eve^ 
rnnt jufqtià U fin , demeu- 
rent éternellement en Jesus- 
ChrisTj &:]esus-Christ 



de M. Claude. 495 
en eux, c'cll a dire les Eleûs. 
Les mechans qui les envi- 
ronnent font compris à leur 
manière fous le nom d'E- 
o-liie , comme les oneles , 
comme les cheveux, com- 
me un œil crcvc 6c un bras- 
perclus qui peut - élire ne 
reçoit plus de nourriture, 
cft compris fous le nom du 
corps. Tout eft à ces vrais 
Fidèles. Le miniilere fous le- 
quel ils vivent eft à eux au 
fens que Saint Paul a dit: 
Tour eft a vous , fou Paul y foït ^- cor. 1 1 1. 
Apolh, ou Ccph.u. Non que la '^* 
puilfancc de leurs Pafteurs 
vienne d'eux, ou qu'ils puif- 
fent feuls les établir, & 1-s 
dcpofer; a Dieu ne plaife: 
ccccc puiilancc paftoralc 6c 



494 Reflexions fuY un écrit 
apoflolique vient de celuy 

>aa. XX, q^i ^ dit : Comme mon Fera 
m'a envoyé, ainfi je vous en^ 
voye. C'cft ce qui fait dire à 
S» Paul dans le mefme lient 

^;^;''ïli' ^'efl'Ce qu^'A^ollOy & qn'e fi- 
xe que F ml? Les Miniftres de 
celuy a qui vom avez, cru , o* 
chacun félon que Dieu luy a 
donnée à vous d'eftre Fidè- 
les, 6^ à nous d'eftre Paf- 
teurs. C'eft pourquoy il a- 

Wit ^ jouftc encore : Nous femmes 
ouvriersy ou pour mieux dire^ 
€Ooperateurs de Dieu. Ces Mi- 
niftres 6c ces ouvriers éta- 
blis de Dieu font auffi Mi- 
niftres des Fidèles, & en ce 
fens font à eux, parce qu'ils 

a. cot. î Y. font leurs ferviteurs en Jésus- 
Christ?, établis dans la 



de 14. Claude, 4^^ 
chaire, non pas pour cux- 
mcfmcs , car pour eux il 
leur rutfuoir d'citre de lim- 
pies Fidèles, mais pour édi- 
fier les Saines. Qui dciirc 
d'eftre dans la Communion 
de ces Saints , n'a que faire 
de ie tourmenter a les dif- 
cerner d avec les autres : 
car encore qu'ils ne fojent 
connus &: parfaitement dif- 
ccrnez que de Dieu feul, 
on eft aflcLiré de les trouver 
fous le miniftere public &: 
dans la profcifion extérieu- 
re de l'Eglife Catholique. 
Il n'y a donc qu'à y demeu- 
rer pour eftre aflcùrc de 
trouver les Saints ; parce 
que cette profellion , & la 
parole des Prcdicaccurs tout- 



49^ Réflexions fur un écrit 
jours féconde , qui ne man- 
que jamais d'en engendrer, 
les tient toujours infépara- 
blement unis à la fainte So- 
ciété où ils l'ont rcccûë. 
C'eft pourquoy quand j esus- 
Christ promet d'cnfei- 
gner toujours avec fon E- 
glife, il comprend tout dans 
cette parole , &: rendant 
par la vertu de cette pro- 
jnefTe l'Eglife infaillible au 
dehors dans la manifefta- 
îion de la vérité, il la rend 
dans l'intérieur toiijours fé- 
conde. Si les Prédicateurs 
de la vérité font par leur vie 
corrompue indignes de leur 
miniftere, Dieu ne laiffe pas 
de s'enfervir pour fanftifîer 
fes Fidèles ^ car il cfl- puif« 



de M. Claude. 497 
flint pour vivifier, mcfmc par 
les morts i & \m bras pour- 
ri peut devenir agillant en- 
tre Tes mains. Au rcfte, ces 
vrais Fidèles connus de 
Dieu leul animent tout le 
minillcrc Eccleiiaftique : un 
petit nombre de ces Saints 
cachez furflt {ouvent à ren- 
dre efficaces les prières de 
toute une EgliTc ; la con- 
verlion des pécheurs fera 
fouvent aulfitoft l'clfet de 
leurs gcmillcmens fecrets 
que le fruit des Prédica- 
tions les plus éclatantes. 
C'efl pourquoy Saint Aii- 
gullin attribue les falutai- 
res effets du minifterc à 
CCS bonnes amcs,pour Icf^ 
quelle 6 U par IcfqucUcs le 



498 Repliions Jur un écrit 
Saint Efprit eft pleinement 
ilans l'Eglife. Mais que 
la puiflance Ecclefiaftiquc 
pour cela dépende d'eux, 
c'eft ce que Saint Auguftin, 
ni aucun des faints Dodeurs 
n a jamais penfé j &: M, 
Claude qui les cite , ne les 
entend pas. On le verra 
pleinement quand il publie» 
ra fon écrit : il nous fuffit, 
en attendant, d'avoir mon- 
tré qu'il eft de ceux, & Dieu 
veuille qu'il n'en foit pas 
jufqu'à la fin, qu'il eft, dis- 
je, de ceux dont parle Saint 
Tit. lîî. 11. Paul, qui Je condamnent eux^ 
mefmes, 

Ceft en effet, félon cet 
Apoftre, le vray caraderc de 
toutes les hérefies \ & aucu« 



de M. Clatéde. 49^ 

ne focictc n'a jamais porté 
plus vifiblcmcnt ce caradc- 
rc marque par Saint Paul, 
que TEglifc Prccenduc Ré- 
formée. 

Elle {^c condamne elle- v. fur. r. 
mefme, lors qucn olant al- ^^'^' ^' ''^' 
feurcr qu'elle (bit infailli- 
ble, clic fe voit néanmoins 
contrainte d'agir comme fi 
elle l'eflioit , èc de rendre 
tcmoiiinacre à rEo-lifc Ca- 

oc c 

tholiquc en Tmiitant. 

Elle fe condamne elle- i.Rcf.p.Ui. 
mcfme 5 lors qu'elle élevé 
tous les particuliers qu'elle 
en feigne au deilus de fon 
propre jugement; &:les for- 
çant, quelque ignorans qu'ils 
{c fcntf^nt,à examiner après 
cUcj fans les rendre capables 



joo Bejîexîons fur un écrit 
elle les rend feulement in- 
dociles & préfomptueux. 
><d'p.^"^.& Elle ^ condamne elle- 
^^' mcfme, puis qu'en vantant 

\qs Ecritures, elle ne fe fcnt 
pas afTez d'autorité pour les 
faire recevoir à fes fecla» 
teurs fur fa parole, &: laiffe 
fes propres en fans, à qui elle 
les prefcnte à lire, dans les 
incertitudes d'une foy hu- 
maine. 
î.Ref.pojo. £ii^ ^. condamne elle- 

mcfme , lors que forcée d'a- 
vouer qu'elle ne s'efl: éta-- 
blie qu'en rompant avec 
tout ce qu'il y avoit d'Egli- 
fcs Chrefticnnes dans le 
monde , elle fe donne le 
propre caractère de toutes 
les faulTes Eglifcs. 



de M. Claude. 5;or 
Enfin clic ic condamne ^ i^ y i-- 
ciic-mclinc,lors que torccc :6i. sc icq. 
à rcconnoiilrc la pcrpctucl- 
Ic vilibilitc de l'Eglifc dans 
l'indcfcLlibilicc du miniftc- 
rc, elle ne peut fe fouftenu' 
lans rcconnoiilrc d'aillé ur 
dans le miniîtcrc une corru- 
ption uni\ crlcUc, & fans au- 
torifcr les particuliers con- 
tre toute la iucccllion de 
l'Ordre Apoftolique. 

CHie fi elle fe condamne 
cllc-niefme en tant de for- 
tes^ qu'il luy feroit lalutai- 
rc de fe condamner enfin 
elle-mefme , en retournant 
dans le icin de TEelife Ca- 
tholique, qui ne ceire de k 
rappcllcr a ion' unité ! 
Qu^e ces Meilleurs ne nous 



foz. Refle^cions fur un écrit 
parlent plus des abus qui 
nous font gcmir. Ceft mai 
remédier aux maux de i'E« 
glife que d'y ajoufter ccluy 
du fchifme. Sont-ils fi heu- 
reux, ou pour mieux dire fi 
orgueilleux & fi aveugles ^ 
qu'ils ne fcntcnt rien à dé-» 
plorer parmi eux> 6^ veu- 
lent-ils autorifer tant de 
îç:Qi.Q% forties de leur fein^, 
qui en fe plaignant de leurs 
dcfi^rdres dans ce mefinc 
cfprit de chagrin fi^ipcrbe 
avec lequel ils ont autre- 
fois tant exagéré les noftrcs^ 
font tous les jours fchifme 
avec eux comme ils l'ont 
fait avec nous ? Que n'écou* 
tent-ils plûtoft la charité 
mcfme^ l'unité mcfmc, ^ 



de M, Claude, yoj 

TEglifc Catholique, qui leur 
dit par la bouche de Saine 
Cypnen : AV -.^ous pcrjiuidiT^ ^'^..^k u" 
fxs , nos chers i"reies tk: nos 
chers cnfans , que "jons puif- 
Jicz, jamais 'Lcfi?idre l Ev.in- 

gllc ^^ J E s U s - C H R 1 s T r/î 

"VOUS fcpar.un de fon troupcaUy 
de Jon unité CT de fi puis. De 
bons fcldats qui Je plaignent 
des de /ordres qu ^ils voient dans 
l'armée, doivent demeurer dans 
le camp pour y remédier d'un 
€ommun Avis fous l'autorité 
du Capitaine y ^ non pas en 
forcir pour expofer Tarmec 
ainfi defunic aux invalions 
de l'ennemi. Fuis donc que 
l'unité Ecclefiaflique ne doit 
point eflre deebirce, & que d'ail- 
leurs (lOKS ne pouvons pas quit- 



J04 Aefl^fir un écrit de M. e, 
ter lEgUfe four aller a vous, 
revenez.) revenez ^làtoft à l'E- 
glife voftre mère d^ a nojlre 
fiaternité : cejl à quoy nom 
vom exhortons avec tout l'ef- 
fort d'un amour vrayment jror 
terne L Amen^ Amen, 




Extrait dh Privilège dn Rsy» 

PAk Lettres Patentes du Ro j, 
données à Chayillc le i 2. 
A.oufl 1(^82. /ignées J LIN a£iï- 

KJES , 



K\s,&c fcellccs du grand Sceau 
lie cire jaune , il cft permis à 
Meilire Jacques Bf. nigne 
B o s s u E T Evelque de Mcaux, 
Confeillcr du Roy en les Con- 
feils, cy- devant Précepteur de 
Monfeigneur le Dauphin, 
premier Aumofnicr de Madame 
la D A u p H I N E , de faire im- 
primer par tel Imprimeur qu'il 
voudra choifir, en telle forme 
ôc de tel caradere qu'il trou- 
vera bon , toHs les Livres ^hU 
aura compofez. , oh ejuil jugera k 
fropos défaire i?nprimcr pour futi' 
litépfièli^ue. Se ce pendant vingt 
années, fait Sa Majeftc très- 
cxprefîés défenfes à tous Impri- 
meurs ou Libraires autres que 
celuy qui aura cfté choili par 
ledit Seigneur Evefque, & à 
routes pcrfonnes, de quelque 
qualité ou condition qu'elles 
Joicnt^ d imprimer ou faire ini- 

y 



primer lefdits Livres, fous quel- 
que prétexte que ce foit, mef- 
îne de rraducStion, à peine de 
fîx mille livres d'amende, paya- 
ble fans déport par chacun des 
contrevenans , de confifcation 
des exemplaires contrefaits , ôc 
de tous dépens > dommages ÔC 
intercfts , comme il cfl porté 
plus amplement par icfdites 
Lettres. 

^eglftrè fnr le Livre de la Com^ 
munauté des Imprimeurs çfr Li^ 
hraires de Paris ^ le 17. Aoujl 
Jé82. Signé, C. An-got, Sindic 




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