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Full text of "Conseils et instructions aux demoiselles pour leur conduite dans le monde"

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CONSEILS 



AUX DEMOISELLES 

l*OUR LEUR CONDUITE DANS LE MONDE 



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LES OEUTBES DE H» DE MUHTEIIOM COHFREHNENT : 

l" LETTKES SUB L'ÉDUCATION DBS FILLES ] vol 

2* BNTXETIItNg SUR L'ÉDUCATION DES FILLES. ... 1 

3* LBTTKIS HIBTOBIQDES BT ÉDIFIANTES 2 

4* CONSEILS BT IHSTBOQTIONS llUX DEHOIBELLIS 

rODH LEUR COKDUITE DAKS LE HONDE 1 TOl 

50 COBRBBPONDANCE GËNËRALB f 

6" HÉMOIHES, GONVEESATIOnS, ÉCRITS DIVERS. . . I TOl 

Chaemi d» «i oweragii m ttni tifarimtéU 



HISTOIRE DE LA MAISON ROYALE DE SAINT-CYR 



leric de «.-k. BOURDIER et C'*, 30, i 



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CONSEILS 

ET mSTRP gnONS. 

AUX MMilSELLES 

POUR LEUR CONDUITE DANS LE UOADE 
PAR H- DE UAINTËNOIV 

AVBC UNE INTRODUCTION ET DES HOTES 

PAR TH. LAVALLÉE 



TOME DEUXIÈME 



PARIS 

CHARPENTIER, LIBRAIRE-ËDITEUR 



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CONSEILS El mSTRTOTIONS 

DE M" DE MAINTENON 

AUX DEMOISELLES 

POUn LEUR C0HDU1IB DANS lE HORDE 



TROISIEME PARTIE. 

PSOVSRBES. 



PROVERBE PREMIER'. 



l.*»CCAfll«K WAtT LE LABBOIt'. 



U. DlIVERBOIS. U" DEFBESNE5. 



SCiiNE PREMIÈRE. 
H. DOVER&OIS. 
Il y a longtemps, monsieur, que je souhaite ce 
jour ; et je suis ravi de voir un homme d'une si grande 
réputation. 

■ Ce Proveifae et Ica Iroia Eulvanlg élaient deellnés anx quatre 
cIiHM, Rolt enEemble, Mit séparément. 

* Voir, pour la moraltlé de ce Proverbe, la Contiersatim sur 
U Danger des occasion), l. i,f. 441. 

II. 1 

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2 CONSEILS ET ISSTm;CTIONS AUX DEMOISELLES. 

M. DESMARNES. 

Je suis fort content de la mienne, si elle me donne 
quelque part à votre estime. 

H. DUVERBOIS. 

Comment pourroît-on vous la refuser , vivant 
comme vous faites ? 

H. DESHARNES. 

Je lAche de me conduire de sorte qu'on n'ait rien 
à me reprocher. 

H. DUVERB0I8. 

Vous y avez bien réussi, monsieur; mais on ne 
s'en tient pas à ne vous rien reprocher, et la voix 
publique chante vos louanges. 

H. DESHARHES. 

J'ai eu le bonheur de ne me jamais trouver dans 
de mauvaises affaires. 

H. DUVERBOIS. 

C'est que vous avez eu l'habileté de les éviter. 

H. DESMARNES. 

Non, je ne me souviens point d'avoir eu besoin de 
conduite; si j'ai de la réputation, je vous assure 
qu'elle ne m'a pas beaucoup coulé à établir. 

M. SUVEBBOIS. 

Vous ajoutez la modestie à toutes les qualités qui 
~ sont en vous, et ce n'est pas une des moindres^ 

H. DESXARHES. 

Quand vous me verrez de près, vous découvrirez 
peut-être bien des défauts ; mais j'aime encore mieux 
m' exposer que de ne pas profiler du bonheur qui 
nous rejoint. 

LJiinml.GoOglc 



TROIStËHE PAATIE. — fROVBHBE I. 3 

H. DtJVERBOlS. 

J'en ai trop de joie pour ne tous pas voir te plus 
que je pourrai; mais une affaire pressée m'oblige 
présentement à vous quitter. 

SCËNE DEUXIÈME. 

m"" dcmay. 
Je suis bien surprise de trouver une si bonne 
compagnie sans cartes; il me semble qu'on ne fait 
plus autre chose. 

K™ LAROCHE. 

Je n'û jamais voulu en souffrir chez moi, et mes 
amis ont la complaisance de s'en passer. 



On n'a pas besoin de secours avec vous, madame, 
mais peu de personnes sont capables de soutenir la 
conversation. 

m"' dcmay. 

C'est un grand plaisir que le jeu ! 

M"* LACODR. 

Il occupe, sans avoir besoin d'avoir de l'esprit. 
m"" defresnes. 

Qu'en veut-on faire? Et comment est-il possible 
de ne pas prendre plaisir à causer avec une personne 
qu'on aime P 

M™ LAROCHE. 

Pourquoi vient-on chercher avec empressement 
une amie, pour demander des caries en entnmt dans 
sa chambre? 



i.Google 



4 CtMSElLS BT INSTRUCTIONS AUX WIIOISELLES. 

h"" DCMAT. 

Il faut avouer qu'il n'est pas uécessaire d'être 

amies pour jouer, et que tout est bon pourvu que 
l'on ait de l'argent. 

m" defreshes. 
C'est là encore un des inconvénients du jeu, de 
vivre en mauvaise compagnie. 

h"' LAROCHE. 

Il n'y a rien qui peut me résoudre à jouer. 

m" defbesses. 
Allons faire un tour dans votre beau jardin; nous 
prendrons l'air en causant ensemble. 



SCÈNE TBOISIÈME. 
M™ LACOUR. 

Tout le bien que j'ai oui dire de vous, monsieur, 
m'oblige à vous donner une marque de ma conGance, 
quoique je n'en sois pas connue. 

H. DESVARNES, 

Je ne vous tromperai pas, madame ; en quoi puis- 
je vous servir? 

a™ LICOUR. 

J'ai joué et gagné mille pistoles; je ne veux pas 
que mon mari en ait connaissance ; je vous conjure 
de les garder. 

H. DESHARNES. 

J'aurois voulu faire pour vous quelque chose de 
plus dillicile', je les recevrai quand il vous plaira, et 
vous les rendrai de même. 



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TROISIÈHB PARTIE. — PROVERBE I. 
M"' LACOUll. 

Je TOUS demande un grand secret. 

H. SESHARNES. 

Il sera gardé sans nulle exception. 



SCÈNE QUATRIÈME. 

MARTIN. 

Ob étois-lu caché? it y o longtemps que je te 
cherche. 

ROBERT. 

Tu me cherchoîs mal, car je ne suis pns difficile à 
trouver. Qti'as-tu à me dire? 

MARTIN. 

Des choses étonnantes, mon ami, et je suis hors 
de moi. 

ROBERT. 

Est-ce en bien ou en mal ? 

MARTIN. 

,.Ed bien, et très-bien. Écoute une aventure qui 
n'a pas sa pareille. 

RORERT. 

J'écoute de toutes mes oreilles. 

MARTIN. 

N'ayant pas grand' chose à faire, je me promenois 
hier dans les rues, parce que j'étouffoîs dans im gre- 
nier où je loge ; il vint un carrosse à toute bride -y je 
crois que le cocher étoit fou; mais enfin m'étanl 
rangé pour le laisser passer, je vis une femme de 
l'autre cûlé de la rue qui ouvroit sa fenêtre et qui 



i.CooyIc 



6 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DBIOISELLES. 

la referma aussitdt : c'étoit une dame, et une assez 
grande maison. J'ai continué à regarder; elle rou- 
vrît sa fenêtre et avança là tête pour voir s'il n'y avoit 
personne en bas, et se retira ; je m'en allai au bas de 
cette fenêtre, et j'entendis un moment après qu'elle 
disoit : eËtes-vous là? — Oui, dls-je » en contrefais 
sant ma voix. « Je m'en vais, dit-eUe, commencer 
par ce que vous savez; le reste ne peut être prêt 
de deux heures; aUez faire uD tour, et revenez. ■ 
Je répondis oui, et en même temps je vis quelque 
chose qui me vint donner sur le nez; j'y portai la 
main, c'étoit ce petit coffre que tu vois, avec une 
corde qui avoît aidé à le descendre ; je m'en fus bien 
vile. 

ROBERT. 

Es-tii accoutumé à ces aventures-là, ou à de pa- 
reilles ? 

MARTIN. 

Non, je n'ai jamais eu un sou du bien d'autrui. 

ROBERT. 

Mais pourles pierreries, tu n'en as pas de scrupille? 

MARTIN. 

Je ne les cherchois pas ; voudrois-tu les rendre ? 

RORERT. 

C'est ton affaire ; mais que veux-tu de moi ? 

MARTIN. 

Que tu partages mon bonheur et m'aides à le 
cacher ; je ne suis pas fin, tu es habile, conduis tout 
ceci ; car je ne sais que faire de ceS pierreries. 

ROBERT. 

Elles sont dangereuses, car il y a des personnes 

. ,., 1. Google 



TROrSIËHB PARTIE. — PROVRRBE I. i 

qui les reconnoissent comme des visoges; il ne fnu- 
dra pas s'en déraire sitât, et je ne sais si nous ne se- 
rons pas obligés de passer en pays étranger. 

MARTIN. 

Je ne.nne sens pas de joie ; ce qui ne pouvoit être 
prêt dans deux heures, c'est, je m'imagine, la dame 
qui se faisoit enlever. Le malheureux aura une 
femme sans pierreries, et nous des pierreries sans 
femme ; mais quoi qu'il arrive, voilà notre fortune 
faite. 

ROBERT. 

Oui, pourvu que nous ne soyons pas pendus I 



SCENE CINQUIÈME. 
H. DUVERBOIS. 

Je suis encore effrayé de ce que je viens de voir. 

M. DESMARNES. 

Vous le paroissez en effet, 

M. DUVERBOIS. 

M"' Lacour se coucha hier en bonne santé, on l'a 
trouvée morte ce matin dans son lit. 

H. DESHARNES. 

Voilà qui est affreux ! qui soupçonne-t-on ? 

H. DUVERBOIS. 

JenesaiSjCt jem'y en vais pour en être instruit. 

SCÈNE SIXIËUE. 
M. BESMABNES. 

Qu'est-ce que ceci ? à qui rendrai-je le dépôt qui 



8 CONSEILS ET INSTROCTIONS ADH DEMOISELLES. 

m'a été confié?... Personne n'en a connoissance, 
pourquoi le rendrois-je?...Mais où seroit l'hoDueur 
que j'ai eu jusqu'ici?... Il n'y anul témoin, me voilà 
à mon aise... $i cette femme l'avoit dit, je me per- 
drais; elle ne l'aura pas dit, il y alloitde son intérêt. 
Je la trompe dans la confiance qu'elle a eue eb moi ; 
elle n'a plus besoin de son argent... C'en est fait, 
je succombe, puisqu'il n'y aura pas de témoin. 



SCÈNE SEPTIÈME. 
H. DUVERBOIS. 

Est-ce la perte de M"" Lncour qui vous rend si 
triste î II est vroi que sa mort fait frémir. 
m"* lahoche. 

J'en suis bien fâchée, mais j'ai un autre sujet de 
peine. 

H DEVERBOIS. 

Je n'ose vous le demander. 

m""' LAROCHE. 

Je veux bien vous le dire pnr la confiance que 
j'ai en vous, quoique mon mal soit sans remède, 

H. DUVERBOIS. 

Et que peut-il arriver à une personne aussi sage 
que vous? 

M°" LAROCHE. 

Je ne le suis plus, et c'est le jeu qui m'a démontée. 

H. DUVERBOIS. 

Vous, le jeu ! et connoissez-vous les cartes ? 



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TROIEIËME I>ARTIE. — PROVERBE I. 9 

U"'. LAROCHE. 

Je n'avois jamais voulu les connoltre et avois la 
force de résister à toutes mes amies qui vouloient 
jouer chez moi ; je me trouvois heureuse de m'étre 
garantie des chagrins et des mouvais procédés que 
le jeu leur attiroit souvent; mais, pour mon mal- 
heur, j'allai hier chez M*" Dumsy, je la trouvai 
jouant avec trente femmes. On me proposa de 
nnettre une pislole sur une carte, je résbtai ; on me 
pressa , je crus devoir me rendre pour ce mo- 
ment, et, sans m'asseoir, je jetai ma pistote. Je lo 
perds; j'en mets une autre, je k perds de même; je 
me veux acquitter, j'en mets deux, les voilà per- 
dues, et moi piquée, je prends un siège, je m'em- 
bar(]ue, et enfin je perds une somme que je n'ose 
proférer, qui m'affligera et m'incommodera toute 
ma vie. 

H. DUVERBOIS. 

Vous avez raison de dire que ce malheur est sans 
remède-, je ne puis que vous plaindre et blâmer les 
maris qui souffrent de tels dérèglements. 

L'occasion /ail le larron. 



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10 CONSBtLS ET INSTRUCTIONS AUX DEMO I SEL LES. 



PROVERBE II. 



M. DUCHITEAU. 
M" DERMOKVILLE. 
M" DUVEHSÛIS. 



JUSTINE, 1 
SUZANNE, J " 



SCÈNE PREMIERE. 
JUSTINE. 

J'ai rencontré ce matin ta sœur au marché qui 
m'a dit que tu chercbois conditioD. 

SUZANNE. 

Je n'en cherche plus , je suis raccommodée avec 
ma maltresse. 

JUSTINE. 

Je t'aurois offert de venir avec moi, car madame 
cherche une fille pour ses enfants, 

SUZANNE. 

Chez toi ! je n'y voudrois pas demeurer. A vivre 
comme vous faites, sans voir de monde, sans Faire 
honne chère, j'aimerois autant être dans un cloître! 
On rît chez nous jour et nuit, et nous y dépensons 



TBOISIÈHE PAKTIE. — PROVERBE II. 1 1 

plus en une semaine que vous ne faites chez vous en 
un an. 

JUSTINE. 

Tes proËts stwl-ils grands, et amassea-tu quelque 
chose? 

SUZANNE. 

Non , mats je me divertis bien. 

JUSTINE. 

Il est vrai que nous vivons de ménage ; mais cela 
n'empêche pas que je ne gagne , et nous sommes 
daçs une grande paix. 

SUZANNB. 

Qu'est-ce à dire paix ? j'aime le bruit, le tinta- 
marre, le désordre, le grand monde, le bel air. 

JUSTINE, 

A la bonne heure; tu es placée selon toabitmeur, 
et moi selon la mienne. 



SCÈNE DEdXIËME. 
H"* SERHONVILLE. 

te ne fais que d'apprendre que vous êtes ici, et 
on dit qu'il y a trois mois. 

H. DU CBATBAl). 

Il est vrai , outdame , nous y sommes venus pouf 
un procès que j'espère gagner. 

H*™ SERHONVILLE. 

Madame votre femme est à plaindre d'avoir élé 
obligée de sortir de sa province et de îiiso une dé- 
peasequ'elle aura peine à soutenir. 



i.Google 



12 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 
M. DU COATEAU. 

Eq quelque lieu qu'elle soit, elle ne fait pas 
grande dépense; elle a tant d'ordre et de pré- 
voyance dans les alTaires, que, dès qu'il a failli par- 
tir, elle a trouvé tout ce qui nous étoit nécessaire. 

M°" BEaMONVILLE. 

Vous n'avez pas emprunté pour venir ici? 

H. DU CBATEAV. 

Je n'ai pas emprunté un sou depuis que je suis 
marié. 

M™* nERMONVlLLB. 

Ce que vous dites n'est pas croyable. 

H. DU CHATEAU. 

Je vous pardonne d'en douter, car moi-même j'nl 
de la peine n le comprendre ; il n'y a pourtant rien 
de plus vrai. 

m"^ derhonville. 

J'aurois une grande curiosité de savoir la conduite 
de madame votre femme, si je pouvois le demander 
sans indiscrétion. 

H. DU CHATEAU. 

Je ferai plus, en faveur de noire ancienne connois- 
sance, et je vais vous conter mon histoire. Je voulus 
épouser mademoiselle de Liney sur l'air de sagesse 
que je lui voyois; sa modestie à l'église, la simpli- 
cité de son habillement, son silence en compagnie, 
et une certaine douceur qui se faisoit remarquer en 
tout, me firent craire que je serois heureux avec 
une personne qui me paroissoit au-dessus de la foi- 
blesse des femmes; on m'en vouloït dégoûter, sur 



THOISIÈHE PARTIE. — PROVERBE II. 13 

son peu de bien, mois je passai oulre, et il n'y a |>as 
(le jour que je n'en remercie Dieu. 
m"* dermontille. 
Ce n'est donc pas vous qui l'avez formée à votre 
mode. 

H. DU CHATEAU. 

Non, je l'ai trouvée au-dessus de ce que j'aurois 
pu lui demander. Dès le lendemain de nos noces, je 
la priai de conduire notre petite maison, et je lui 
montrai l'état de nos affaires, qui n'éloient pas trop 
bonnes; elle me demanda si je lui donnois tout 
pouvoir, et je l'en assurai ; elle commença par re- 
trancher la moitié de ce que j'avais réglé pour elle, 
sans toucher à ce qui étoit pour moi ; elle s'occupa 
tout entière de son salut, de son ménage, de ses 
enfants dès qu'elle en eut, et se défit bientôt par là 
de la compagnie qui venoit chez moi, et qui me fai- 
soit de la dépense , me disant que nos vrais amis 
nous demeureroient et s'accommoderoient de nos 
manières, et qu'il ne faUoit pas se ruiner avec les 
autres. 

U"* DEBMONVILLE. 

Oi!i avoit-elle pris ce fonds de raison et desogesse ? 

M. BU CHATEAU. 

J'en ai bien profité; car, sans entrer dans un dé- 
tùlqnivous ennmefmt, vous saurez qu'elle a rac- 
commodé nos affoires. Je ne suis point riche, mais 
je ne crois pas qu'il y ait dans notre province un 
gentilhomme si à. son aise que moi. 

■"•^ DERMONVfLLE. 

Je vous conjure d'entrer dans le détail; je suis 



14 CONSEILS KT INSTRUËTIONS AUX DMOtSELLEâ. 

ebarmée de ce que vous dites, bien loin de m'en" 
nuyer ; mais soufTcez mes questions : ne tous faUes- 
Tous pas haïr eu vivant si serrés et solitaire ? 

H. DU CHATEAU. 

Nous ne sommes hais ni I'ud ni l'autre, nous re- 
cevons nos amis, mais simplement, sans vanité, ne 
donnant que le nécessaire, de bonne grice, avec 
joie, et il me semble qu'on est content de noua. 

H"" DBBBtONVlLLE. 

En qu(H consiste ce ménage et cette épargne? 

H. DU CHATEAU. 

A ne rien perdre, à se passer de peu, à avùr lu 
petit nombre de valets. 

m"* DERMONVILLE. 

Comment les affectionner, si on ne iait pas leur 
fortune P 

H. DU CHATEAU. 

Ma femme les traite avec douceur, elle kur rend 
justice, elle leur donne , elle leur apprend J> ^»r- 
gner, elle les tient dans leur état et elle est tri^ 
aimée. 

H*" »EiUIOHTlLLG. 

Vous dites à se passer de peu? mais il faut des 
meubles, il faut vivre, tout cela va loin. 

H. DU CHATEAU. 

Quand on se cfmtente du nécessaire, il ne va pas 
loin; nos meubles sont simples et fort cosservés; 
c'est la vanité qui ruine tout le monde. 

M°" DERMONVILLE. 

N'est-elle pas honteuse d'être plus mal meublée 
•t {dus mal vêtue que ses voisines ? 

. ,., i.Google 



nOlUÈMB PARTIE. — PBOVERBS II. 16 

H. DO CHATEAU. 

Elle en raille la première, et dit qu'elle met bob 
honneur à ne pas emprunter, À TÏvre de ce qu'elle a, 
età donner le plus qu'elle peut à son mari et i ses 
enfonts. 

H°°* DERHONVILLE. 

Et quaod, après tout cela, arrive une grêle, un 
feu, un accident? 

H. DU CHATEAU. 

Elle le prévient , et met quelque chose à part 
pour ces aventures-là. 



SCÈNE TROISIÈME. 
M"' DUYERNOIS. 

Voici une surprenante nouvelle : on dit que 
M. de Rémont fait une manière de banqueroute. 

m"' CLAlItFÀlT. 

Cela n'est pas possible, il étoit riche et n'a jamais 
fait aucune dépense, à quoi se seroit-il ruiné ? 

W' DlIVERBOIS. 

On dit que c'est sa femme. 

M"* CLAIRFAIT. 

Elle ne paroissoitpas plus dépenser que lui. 

M"* DUVEBN018. 

Pardonnez -moi, elle recevoit du monde, ten'oit 
table, avoit beaucoup de domestiques, et tout pa- 
roissoît en désordre chez elle. 

H"" CLAIRFAIT. 

Toutes ces dépenses éloient peu de chose, à pro- 



16 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEHOISELLES. 

portion des grands biens qu'il y avoit dans cette 
maison. 

M"' DUVERM0I8. 

Il n'y a point de richesses qui ne finissent quand 
on vitdans le désordre. 

M"" CLAmFAIT. 

A quoi peut aller ce désoiiire? un peu trop de 
dépense en habits ; en vérité, on en a bien pour une 
somme médiocre. 

m"' duvernois. 

On dépense trop en habits, on joue, on ne paye 
pas, on achète pour contenter les mai'chands qui se 
ruinent aussi par leur avidité, et donnent à crédit; 
on veut un grand train, les valets mal payés servent 
mal; les chevaux meurent, il en faut d'autres; les 
créanciers se lassent d'allendre, on a des procès; 
comme ils sont mauvais, on les perd, et on est con- 
damné aux. dépens; il n'y a point d'argent pour 
payer ; on saisit les terres, on les décrète, et voilà où 
en est M. de Rémont ; toutes ses terres sont dans cet 
étnl-là, et il aime mieux tout abandonner que de 
passer sa vie à plaider. 

m"' clairfait. 

S'en prend-il à sa femme ? 

M"* DUVERNOIS. 

'Oui, assurément ; ils en sont brouillés à se séparer. 

M"" CLAIRFAIT. 

Et les enfants? 

m"" DUVERNOia. 

Ils savent très-mauvais gré à leur mère, elle est le 



TROISIÈME PARTIE. — PROVERBE II. 17 

mépris de tous ceux qui la connoissent; et ceux qui 
lui ont aidé à se ruiner ne la regardent pas. 
m"" clairpait. 
Voilà une grande ingratitude. 

M°* DUVEEMOIS. 

C'est un triste personnage d'avoir i s'en plain- 
dre -y je m'en vais voir ces malheureux, ils me font 
pitié. 

SCÈNE QUATBIÈUB. 

SUZllNNE. 

OÙ étois-lu cacliée, je te cherche depuis ce 
matin ? 

JUSTINE. 

Que me veux-tu ? 

SDZANME. 

Aller avec toi si tu pouvois m'y faire entrer. 

JtSTiNE. 

Tu t'ennuierois chei nous, il n'y a ni bruit, ni 
tintamarre. 

SUZAMIE. 

Sais-tu déjà ce qui nous est arrivé? 

JUSTINE. 

Si je le sais ! on en parle tout haut dans les rues, 
et ta maîtresse est la faille du monde. 

SUZANNE. 

On a bien raison , je n'ai jamais vu une femme si 
insensée. Je voudrois qu'elle fût bien loin ; voilà mes 
phis belles années perdues. 



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18 CONSEILS ET INSmUCTIONS AtlX DEMOISELLES. 
JUSTINE. 

Ne t'n-t-elle pas payée ? 

SUZANNE. 

Payée ! elle n'a pas le sou, la pauvre misérable ! 

JUSTINE. 

Mais tu t'es bien divertie , et tu avdis le bel èir I 
Cotite-moi, je t'en prie, cbmment on s'est ruiné eh 
si peu de temps. 

SUZANNE. 

Ma maîtresse ne pensoit jamais à ses affaires ; elle 
donnoit a toute dépense, elle ne compjoit jamais ; 
elle jouoit son argent comptant , et acbetoit à cré- 
dit; elle dormoit jusqu'à midi, et veilloit toute la 
nuit. Nous faisions tout ce que nous voulions; cha- 
cun tiroit de son côlé ; grande chère et volée par les 
domestiques. 

JUSTINE. 

Hais faisoit-elle comme cela dès qu'elle fut ma- 
riée? 

SUZANNE. 

On dît que non, que petit à petit elle en est ve- 
nue là; elle aimoit l'ajustement et le plaisir; une 
femme sans courage qui ne vouloit point se donner 
de la peine ! 

JUSTINE. 

La voilà bien, elle s'en repentira à loisir. 

SUZANNE. 

Prends pitié de moi , elle deviendra ce qu'elle 
pourra. 

JUSTINE. 

Quoi 1 tu ne l'aimes point ? 

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TtlOISIËHF. PARTIE. — PIIOTEhBe II. 16 

SUZANNE. 

Le moyen d'aimer une folle ! je tâchois de m'en 
diverlir, mais dans le fond je ne pouvoista souffrir. 

JUSTINE. 

Viens voir ma maltresse pour juger de la diffé- 
rence qu'il y a de femme à femme. 

Les femmes font et défont Us 



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20 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

PROVERBE m. 

T«IIT TATT L'KOJUIE, VAUT VAUT I.A TBBRK. 



M. DE SAINT-DIDIER. . 
M. UE SOHBREIIIL, ' 

CONSTANCE, I 

ADÉUIDR, ' 



SCÈNE PREMIÈBE. 

M. DE SOHBREl'IL. 

Soyez le bien venu, monsieur; il y a longtemps 
que i'avois envie d'avoir l'honneurde vous voir. 

H, DE SAIHT'DIDIER. 

Je ne le désirois pas moins ; mais j'ni tant d'af- 
faires chez moi, que je ne puis guère quitter. 

M. DE SOHBREUIL. 

Pour moi, je n'ai point d'affaires ; j'ai abandonné 
mon bien, parce qu'il ne me rapportoit que très- 
peu de chose. Que pouvez-voiis faire du vôtre qui 
vaut encore moins que le mien ? 

H. DE SAINT-DIDIER. 

Je le fais valoir avec de la peine et du soin ; mais 
il me suffit pour ma subsistance et celle de toute ma 
fomille. 



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TROISIÈME PARTIE. — PROVERBE III. 21 

H. J)E SOMBREUIL. 

Ce que vous dites n'est pas possible ; je connais ce 
que vous avez, vous ne sauriez aller au bout de l'an- 
née. 

Tt. DE SAINT-DIDIER. 

Je vous surprendrois donc bien, si je vous faisois 
voir que j'en ai de reste, que j'envoie de l'argent à 
mon fils à l'armée, et que je pourrois bien marier 
ma fille etnée ! 

H. DB SONBREUIL. 

Vous avez donc In pierre pbilosophale? 

H, DE SAI»T-D1D1ER. 

Je ne l'ai point, mais je travaille : je me lève ma- 
tin, je me couche tard, nous sommes sobres, et trou- 
vons moins de honte à ne mangcr^quelquefois que 
du pain et des légumes que d'être à charge à nos 
amis, ou d'aller mendier du secours. 

M. DE SOMBREUIL. 

Un homme de votre condition vivre de légumes ? 

H. DE SAINT-DIDIER. 

Nous n'en vivons pas toujours, et nous Fiiisons 
quelquefois très-bonne chère par le gibier que je lue 
et par noire basse-cour^ mais si nous pouvions ven- 
dre ce que nous mangeons, nous le ferions volon- 
tiers, ne comptant point pour un malheur de vivre 
de poin; mon bonheur est d'avoir une famille qui 
pense comme moi. 

H. DE SOHBREIÎII.. 

Oïl trouvez-vous de l'argent pour habiller vos en- 
fants? 



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32 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEKOISBLLES. 
H. DE SAINT-DlDiBR. 

Ma femme et mes &\\os filent la toile et l'étofTe 
dont nous avons besoin. 

H. DE SOMBREmL. 

Vous les élevez donc en servantes? Ont-elles ou- 
blié leur naissance ? 

H. DE SAINT-DIDIER. 

Elles s'en souviennent pour ne faire jamais de 
bassesses, pour s'élever par leur courage au-dessus 
de leur fortune ; et ces personnes qui ne sont vêtues 
que de la toison de leurs moutons, ont assez de gé- 
nérosité pour être ravies que le profit de leurs épar- 
gnes soit employé pour celui de la famille qui en a 
le plus besoin. 

. U. DE SOHBREDIL. 

J'ai été contraint de retirer mes enfants du ser- 
vice du Roi ; nous cherchons les uns et les autres à 
nousdonneràquelque particulier*, en attendant, tout 
nous manque, 

H. DE SAIHT-DIDIEB. 

Je vous plains du parti que vous prenez. 

SCÈNE DEUXIEME. 
CONSTANCE. 

Quel plaisir de vous retrouver après une si longue 
séparation, ma chère sœur ! 

ADÉLAÏDE. 

Il est est bien grand pour moi j mais vous me pa- 
roissez en mauvais état c* 



i.GoogIc 



TKOlSlilIC PARTIE. ~- PROTERBI III. S3 

CONSTANCE. 

Vous n'ètra pas de même, ee me semble ; quel 
bonheur avez-vous trouvé ? 

IDÉLAlDE. 

Quand la perte de nos biens nous sépara, je son* 
geti ppomptement à ce que je pouvois faire pour ne 
pas tomber dans la nécessité ; je pris courage, je me 
mis dans une chambre et j'attirai de petites filles 
chez moi -, je m'appliquai à leur montrer tout ce 
qu'on m'avoit appris dans ma jeunesse. Les parents 
en furent satisfîyts, et il y eut de l'empressement à 
m'en donner. Ce travail me fournit abondamment 
de quoi vivre ; je pris un plus grand logement, et je 
continue dans cet emploi, le trouvant également boQ 
pour ma fortune et pour mon salut. 

CONSTANCE. 

Je vous admire 1 mais je n'aurois jamais la force 
d'en faire autant, et j'aime mieux manger en repos 
ce que je puis trouver dans la charité de ceux qui 
ne connoissent pas ma misère. Voilà tout ce que 
j'ai fait depais que je vous ai quittée. 

ADÉLAÏDE. 

Quoi 1 vous ne voudriez pas venir partager mon 
travail et mon bien P 

CONSTANCE. 

Kon, je ne saurois rien faire. 

ADÉLAÏDE. 

Ce malheur est plus grand que la misère. J'admi- 
tm l'autre jour deux jeunes garçons de notre quar- 
tier : l'un est né bien fait, l'autre estropié à n'avoir 
que les bras do Ubres, et tous deux du» une ex-* 



24 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

Irème nécessité; celui qui est sain demande Vau- 
mône, et l'estropié gagne par son travail de quoi 
subsister et de quoi nourrir un autre misémble, qui 
lui rend les services dont il a besoin. 

CONSTANCE. 

Je n'ai jamais pu comprendre qu'on pût vivre do 
son travail, et j'aime mieux mourir à l'bdpital. 

SCÈNE TROISIÈME. 
LA ROCHE. 

Bonjour , camarade ; que viens-tu chercber en 
province ? 

GERHilN. 

Se viens faire une recrue, mais je n'en peux venir 
à bout, et je m'en vais tout quitter, ne pouvant sou- 
tenir la peine qu'il y a dans le service ; en avez-vous 
fait autant P 

LA ROCHE. 

Quitter leserviceP moi! Je prétends iairc une 
grande fortune ou mourir en chemin. 

GBHHAIN. 

Comment pouvez-vous subsister? Vous voilà sans 

plumes, sans rubans, sans cravate ; avez-vous tout 

vendu pour vivre? Pour moi, j'en suis là, le vin est 

cher, il est impossible de vivre de notre paye. 

LA nocBE. 

Je n'ai rien vendu; n'ayant personne à voir îci, 
j'ép^gne tout ce que j'ai, je ne bois point de vin, 
je vis souvent de fromage ; mais ma recrue est par- 



moisiÈHE PARTIE.— pbovb;idb m. 25 

tie, je vais la rejoindre dès que j'aurai vendu quel- 
que arpent de vigne qui me reste, et j'espère pa- 
rolire bientôt fort leste à la tête d'une très-belle 
compagnie. 

GERMAIN. 

Je me sens du courage pour les occasions ; mais 
je n'ai point celui de me pnsser des choses néces- 
saires, j'en aurois de la honte. 

LA ROCHE. 

Il faut avoir en tout du courage, il n'y a rien de 
honteux que de mal faire. 

Tant vaut Phomme, tant vaut la tare. 



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iS CONSEILS et INSTRUCTIONS AUX DBH0t8BLLl!S. 



PROVERBE IV. 



en wmcEAXT on deviei>t vvmciEK*». 



scène première, 

m"° d'albért. 
Vous souvenez-vous encore de M"' de Coucy? 

M°" LUCINDE. 

Oui, je nt'en souviens fort bien et de toutes ses 
imbécillités. 

m"' d'albért. 
Vous vous souvenez de l'étonnement de son mari, 
qui disoit qu'il avoit cru épouser une femme- de 
vingt ans, et qu'il se trouvait avec un enfant a qui 
il falloit apprendre les choses les plus communes. 
m"" mciNDE. 
Je me souviens de tout ; mais à quel propos vou-^ 
lez-Yous m'en rafraîchir la mémoire ? 
m"* d'albért. 
C'est pour vous apprendre qu'elle est ici, et pour 
Vous prier d'aller la voir. 



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TBOniftlIB PMriE. — PROTERBE IT. S7 

■"• LDCINDB. 

Elle ne saura pas me recevoir, et je ne fwaj que 
Vembarrasser et l'ennoyer, 

«"• d'auébt. 

Vous ne ferez ni l'un ni l'autre, et je viendrai 
savoir ce qui se sera passé entre tous, 

«"• LDQHDE. 

Ce que vous me dites me fait penser qu'elle est 
pis que jamais, et que vous voulez vous en divertir. 

■"• ALBERT. 

Je vous prie de la voir, c'est tout ce que vous 
tirerez de moi. 

M"' LVCINDE. 

Je le ferai dès aujourd'hui, car vous excitez ma 
curiosité. 

SCÈNE DEUXIÈME. 
H. LEBRUN. 

On dît que M"* de Coucy est arrivée ici ; en savez- 
vous qudque chose? 

m"' brenier. 
Non; quel intérêt y prenezi-vous ? 

H. LEBRUN. 

Je vais avoir un procès avec elle. 
m"" brenier. 

Vous en sortirez bien, selon toutes les appa- 
rences, car j'ai oui dire que son mari est toujours à 
la guerre, et pour elle je ne pense pas qu'elle sache 
se défendre. 



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28 CONSEILS ET mSTBUCTIONS AUX DUOISBLLeS. 
H. LBBRUN. 

Pourquoi ? 

M*" BRBItlER. 

C'est une fille nourrie dans un couvent jusqu'à 
vingt ans, et qui naturellement ne paroissoit pas 
avoir beaucoup d'intelligence. 

H. LEBRUN. 

Elle aura des gens d'affaires, et elle est en lieu de 
trouver conseil. 

M"" BHEraER. 

Quand on ne se mêle pas soi-même de ses affaires, 
elles ne vont pas bien. 

M. LEBRUH. 

Je târberai de profiter de son peu d'habileté. 



SCÈNE TROISIÈME. 

m" lucikde. 

Quoiqu'il y ait bien longtemps que je n'aie eu 

l'honneur de vous voir, je ne vous ai point oubliée, 

madame, et vous voyez comme je m'empresse dès 

que je vous ai sue ici. 

M""" DE corcï. 
Je n'osois me flatter d'un pareil bonheur, ma- 
dame, et j'étois bien résolue de vous prévenir, 
pour voir si vous vous souviendriez de moi ; j'ad- 
mire votre bonté de me venir chercher. 

m"" LUCINDE. 

Madame, votre mari est-il ici avec vous? 



TROiSIÈHE PAItTIE. — PnOVERBE IV. 30 

M™ DE COUCY. 

Non, madame, il serl l'été et l'hiver, et à peiae 
le Yois-je quelques mois dftns l'année. 

■"' LUCIMDE. 

C'est donc vous qui gouvernez votre famille et vos 
utTaires? 

, m"* BE COUCY. 

Oui, madame, je fais ce qui m'est possible pour 
répondre à la confiance que mon morî a pour moi, 
en ne négligeant rien de tout ce qu'il a ^andonné 
à ma conduite. 

m"" lucimdb. 

Avez-vous beaucoup d'enfants? 

m"" de COITCY. 

J'en ai trois, deux garçons et une fille. 

m"* LUaMDE. 
Je les crois bien petits. 

m"* de coccy. 
La fille est l'atnée : elle a près de liuit ans ; les 
garçons sont demeurés chez moi, et je n'ai ici 
que mtt fille. 

m" lucinde. 
C'est apparemment celle que tous aimez le mieux, 

B™ DE COUCT. 

Je les aime également; mais j'ai cru qu'il éloit 
plus raisonnable de ne pas laisser ma fitle avec des 
valets, 

m"* LUCiNDE. 

Vous en prenez soi» vous-même? 

M"' DE COUCY. 

J'y suis obligée, madame, et je tâche de la faire 



30 CONSEtLS ET INSTROCTIONS AUX (ffiHOISBLLES. 

profiler mieux que je n'ai fait de l'éducation que 
j'u eue. 

M™ LUCIHDE. ... 

Elle sait donc mille choses? 

m"" db codct. 

Je ne m'applique qu'à une seule, qui est de la 
rendre parfaite chrétienne ; avec cela , elle sera 
bonne à tout. 

M"* LTICinDE, 

Quoi ! TOUS en faites une dévote? 

«"• DE COUCY. 

Je fais de mon mieux pour lui inspirer une dévo- 
tion qui édiGe tout le monde, et qui ne déplaise 
à personne. 

M"* LUCITJDE. 

Elle est donc déjà Bérieuse? - 

M"" DE CODCT. 

Elle est fort sage , très^ouce , et se porte sans 
peine à tout ce que je désire. 
. . - m"' lucinde. 

Vous voyez bien, madame, que je ne puis vous 
quitter, et que je ne pense à m'en aller que par 
discrétion. 

m"* BE COUCY. 

i C'est par bonté pour une personne que vous con- 
ooissez depuis longtemps, 

SCÈNE QUATRIÈME. 
H. LEBRCff. 

J'ai su, madame, que vous étifez ici, et j'ai cru 



TnOBltVB FAHTIE. — raOTEnDB IV. 31 

ilevoir vous avertir nioi-méme que je ne puis me 
dispenser de plaider contre vous. 

H*" DE COUCT. 

Faut-il, madame, que je parle de mes afiatres 
devant vous ? 

M™ UlCINDE. 

J'en serai ravie si je jie vous incommode point. 

■"" DE COUCT. 

J'avois déjà été JHformée, monsieur, de votre des- 
sein ^ mais je n'ai point voulu vous prévenir, et je 
n'ai qu'à vous remercier de rhonnëtelé que vous 
me marquez en venant me ie dire voys-méme. 

H. LEBRUN.' 

A qui Taut'il que je m'adresse, dans les suites que 
cette affaire pourra avoir? 

a'" DE COUCT. 

À moi. 

H. LEBRUN. 

: Quoi ! c'est vous qui vous mêlez d'un procès ? 
m"" de coucï. 
Et qui donc, moftsieur, puisque mon mari est 
absent? 

H. LEBRUN. 

Savez-vous quelles sont mes prétentions? 

M"' DE couci. 
Oui. 

U. LEDRUN. 

Je crois que vous ne les trouverez pas mal 
fondées. 

M"' DE COUCT. 

Nous ennuyons M™' Lucinde de les discuter de- 



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3-2 CONSEILS ET INSTRCGTtOKS AUX DEMOISELLES. 

vant elle ^ mais j'en ai assez vu pour ne pas douter 
que vous ne perdiez votre procès, 

N. LEBRUN, 

Je vois bien que j'ai affaire avec une plus forte 
partie que je ne le pensois; je m'en vais tâcher de 
me bien défendre. 

SCÈNE CINQUIÈME, 

«"■ LUCINDE. 

Est-ce pour cette affaire, madame, que vous fites 
venue à Paris? 

M"' DE COCCY. 

Pour celle-là, et pour plusieurs outres que je vou- 
drois finir avant que mon mari revienne ■, il me fait 
espérer qu'il viendra m'y trouver à ta lin de la cam- 
pagne. 

M™ LUCINDE. 

Vous êtes bien à plaindre d'être si peu avec lui! 

m"* de codc.y. 
Son absence est le seul chagrin de ma vie; mais il 
faut savoir le supporter pour son avancement dans 
le monde. 

m"' Lucnros. 
Voici M, d'Albéry qui parolt, et qui veut renou- 
veler son ancienne counoissance. 



SCÈNE SIXIÈME. 

H, d'albéry, 

M. Lebrun a su, madame, que j'étois connu de 



TROiSIËHE PAIlTie. ~~ MOVRKBE IV. 3» 

VOUS, el il m'a chargé de lÂolicr de vous persuader 
d'accommoder le procès qu'il a conlre vous. 

M°" DE COUCÏ. 

Vous serez bien faliguée de rocs affaires, ma- 
dame, cependant il me parolt que vous voulez (jue 
je les fasse devant vous. 

M"" LUCTMDE. 

Il le faut bien, à moins que vous ne me chassiez; 
car il m'est impossible de sortir d'ici. 
m"* de couct. 

il ne tiendra qu'à vous, monsieur, d'être notre 
arbitre, et je vous remets mes intérêts entre les 
mains. 

M™ LUCIHDB. 

Mais vous voyez bien qu'il ne parle d'accommode- 
ment que parce que son affaire est mauvaise. 

M" DE COIICT. 

Il est vrai, madame, mais il en faut profiter ; il 

me coûtera autant à plaider qu'à lui céder quelque 

cbose, outre que ce qu'on peut finir avec douceur 

ne se doit jamais faire par violence. 

H. d'àlbérv. 

C'est donc tout de bon, madame, que vous voulez 
que je me cbarge de cet arbitrage? 

m"' de COl'CY. 

Oui, monsieur, je vous en donne ma parole, et je 
vous la garderai comme si j'élois un homme. 
H. d'aiaért. 

Il n'y en a point que j'estime autant que vous, et 
je suis si charmé de votre mérite que je ne songe 



34 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

plus qu'A, m'approctier de vous; je crois pouvoir 
m' expliquer devant M°*° Lucinde. 
m"" de couct. 
Vous le pouvez, monsieur, elle ne nous doit pas 
être suspecte. 

H. d'albéry. ' 
Je vous demande H"* votre fille pour mon ûls 
unique. 

M~ DE COUCT. 

Je connois l'avantage qu'il y auroit pour .elle et 
pour toute notre famille, mais ne savez-vous pas 
qu'elle n'a que huit ans? 

H. d' ALBERT. 

Je le sais, madame, mais nous pourrions tes ac- 
corder, et attendre qu'ils fussent en âge. 
M°" DB coucr. 

A quoi servent ces engagements? Si votre bonne 
,vo1ûnté pour elle continue, nous ne vous la refuse- 
rons pas, et si elle change, je ne voudrois pas me 
servir de vos promesses pour vous faire faire ce ma- 
riage malgré vous. 

H. d'albérï. 

On ne peut résister à vos raisons; je m'en vais 
trouver M, Lebrun, pour avoir le plaisir de tra- 
vailler pour vous. 

M™ LCCniDE. 

Je suis si étonnée de tout ce que j'entends, que je 
crois rêver. Quoi ! madame, vous êtes en tout la plus 
habile femme du monde et la plus raisonnable! 
m"' de couct. 

Ne craignez pas, madame, de me dire que je ne 

Ljiinmi.Google 



TROISlBlB PARTIE. — PHOTEMI IV. 35 

l'ai pas toujours élé; je ne le suis encore guère, 
mais la nécessité de se mêler de tout dans la famille 
apprend bien des choses. 

m"* lucinde. 
Vous pourriez entendre sans peiae ce qu'on vous 
diroit du temps passé ; mais j'aime bien mieux savoir, 
si vous voulez me le dire, comment vous avez fait 
pour devenir ce que vous êtes. 

M™ DE CODCT. 

L'envie de plaire à mon mari, d'é(re estimée de 
lui, et de m'acquérir de la réputation, me Gt biflntdt 
sentir que je n'y parriendrois pas sans peine; j'im- 
plorai le secours de Dieu, je travaillai, j'essuyai quel- 
ques confusions sur mon extrême ignorance, mais 
je ne me rebutai point; je renonçai aux plaisirs, je 
me donnai tout entière à mes devoirs; je soufTris plus 
qu'une autre par le peu de facilité naturelle que 
j'avois; mais je m'en trouve bien récompensée, 
madame, par l'estime que jrous me témoignez. 

Kn forgeant on devient forgeron. 



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S8 CONSEILS ET INSTRUCTIONS At'X DEMO f SELLES. 

PROVERBE V. 

V»1]«01]K8 rÊCHE «(!■ B» FKEMD US 



M" DUCEAUX, dime de proiiD 
M"" BESJiHDINS, 

DESTLGNES, 

DUietL, 

DUBBEUIL, 



SCÈNE PREMIÈRE. 

m"" DUCEAUX. 
3e suis éLonnéc de la grandeur de Paris, et quoi- 
que j'en eusse oui dire, je ne laisse pas d'en être 
surprise. 

m'" desjardins. 
On dit qu'il n'y a rien dans le monde qui en ap- 

' Ce Provcibe el les «li (|iil «uivent étalent deslinés aux dc- 
molielles de la classe bleue. Pour des personnes qu) avaient de dli- 
sCrt à vingt ans, ils ne présentent qu'une inslrucllon peu élendtic 
el peu élevée, encore bien que leur utllilë morale et pralique soit 
incontetlable. Haisil nefaut pat oublier que les Proverbes étaient 
tnrtout des exercices et des amusements , où les demoiselles ap - 
prenaient il bien parler, à bien pronweer.A se tenir en public, etc. 
EnDn ils ont une imporlanre très-rccllc pour l'étude des mœura 
de l'époque, de l'œuvre de H""^ de Ma 'U tenon, de son esprit et l'c 
son cpraclère. 



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TROISIËMB CAItTIE. — PROVEnBE V. 37 

proche, et tous ceux qui ont )e plus voyagé en con- 
viennent. 

m"' duceaks. 
Quelque beau qu'il soit, je regrette souvent ma 
province et les personnes que j'y ai laissées. 

h"* DESJARDITJS. 

Il ne tiendra qu'à tous de faire des connoissances 
ici; vous pourrez choisir, car il y en a de toutes 
façons. 

m" duceacx. 

Je n'affecterai ni de voir personne, ni de voir 
beaucoup de monde; vous n'êtes pas sans amies, et, 
selon toutes les apparences, vos connoissances se- 
ront les miennes. 

h"' DESJARDraS. 

J'en ai plusieurs; mais je suis sujette aux amies 
qui ont des entêtements ; je voudrois les leur ôEer, 
et je ne puis en venir à bout. 

M™ nUCEÂVX. 

Sont-ce déjeunes personnes? 
h"* ueisiardins. 
Toutes jeunes, pleines d'esprit, et d'ailleurs fort 
aimables. 

M™ DUCE AUX. 

Voilà ce qu'il me faut, car j'aime les jeunes per- 
sonnes, et je voudrois leur faire entendre raison. 

h'" DESJABDlNfi. 

Vous me paroissez toute propre à l'inspirer. 

m"' duceaui. 
J'ai un grand zèle là-dessus, et j'étois fort envi- 
ronnée de jeunesse dans ma province. 

'>. * 

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38 conseils et instructtons aux demoiselles. 
m"° desjardins. 
Vous verrez, madame, que j'ai de quoi exercer 
votre zèle ; mais il faut vous laisser en repos, et son- 
ger à vos affaires. 

M*"' DUCEAUX. 

Je n'ai pas tant de goût pour les procès que pour 
prêcher la raison aux jeunes personnes, et j'espère 
que vous et vos amies serez ma consolation quand 
j'aurai été solliciter mes juges. 

h'" DSSJARDUjg. 

Je n'oublierai rien de tout ce qui mé lers {>(»- 
sifoie pour VoD3 faire airaer Paris. 



SCÈNE DEtJXiËHÉ. 

m"° desvignes. 
Je n'ai jamais entendu dire tant de bien d'une 
personne que j'en entendis dire hier de cette 
M"^ Duceaux qui arrive de la province. 

U"° DUTEU.. 

Je ne la connois point; qu'est-ce donc que ce 
mérite nouveau qui Sût tant cb bruil ? 

■"• IffiSViGNES; 

On dit que sa réputation est graiide àiàia sa pro- 
vince ; elle est venue ici pour un grand procès. 

m'" DUTEIL. 

Ferez-vous connoissance avec elle? 

h"° DESVIGNES. 

J'en ai bien envïe, sur îé portrait qu'on fn'èn ferit. 



TR01S1ÈI(E PARTIE. — PRO.YERÇE Y- Sfi 

m"* DUTGIL. 
^ivou^en étçs contente, qw^dTQM^V^'liZYge, 
faites-moi part du plaisir qu'il y a de coDn(dtre i(pê 
personne de ce mérite- là. 

h"' QGBVlGms. 
Je n'y manquerai pas. 



SGÈKE TROISIÈME. 
mV*. SBSJARDntS. 

i» veux vous inener au premier jour chez M*^* Du- 
ceaux, qui est une personne admirable. 
m'" dubredil. 
Est-elle divertissante P car c'est ce qu'il me faut. 

h"* desjardins. 
C'est la raison même. 

»"• DUÏREOIL. 
Ce {l'e^t pas ^ssez pour moi, je ye^iL rire liien 
plus q^e Raisonner. 

m"' DBaiARDINS. 

Elle est gaie, 

«"•'dobubdil. 
Allons-y donc tout à l'heure! 

m"' DESJABDmS. 

II faut prendre son temps. 

m'" DIIBREU<p. 

Il fst toujours temps de rire, et puisqu'elle e^t 
gaie, je m'en vais la voir sans vous. 

LJnnzPfl.GoOgle 



40 COXSBILS BT ISSTRCOIOSS AUX DF.XOISELLEB. 
h"* DESJÀRDI5S. 

^ Quoi 1 sans vous faire présenter? et tous lui direz 
qui TOUS êtes? 

m'" dubrecil. 
Pourquoi non? je ne veux jamais remettre ce qui 
peut me faire plaisir. 



SCÈNE QDATRIEUB. 
h"" DBSTlGCfES. 

J'ai TU M"'Duceaus; c'est une personne admi- 
rable. 

m'" DE«»EV1LLE. 

En quoi consiste son mérite ? 
m'" desvignes. 

En tout ce qui peut se trouver dans une femme 
accomplie. 

m"* deknevillb. 

C'est une provinciale qui n'a jamais vu la cour-, à 
quoi lui servira son mérite ? N'est-elle pas au déses- 
poir de n'être pas à la cour? 

m"' dkvignes. 

Elle parolt très-contente de son état; c'est une 
femme qui a de l'esprit, mais encore plus de raison ; 
qui sait s'accommoder de tout ; qui est pleine de 
bonté, de douceur; qui voudroit toujours faire du 
bien ; qui fait aimer la vertu ; qui joint une piété 
solide à une complaisance dans tout ce qui n'est 
point un mal, et qui a une humeur qui la fait aimer 
de tout le monde. 



i.GoogIc 



troisiëïe tartie. — prd\'erbe v. 41 

h"* DENNEVILLE. 
Voilà beaucoup de bicu de perdu si elle ne fuit 
connollre son niérito à la cour. 



SCÈNE CINQUIËUB. 

m"" outeil. 
Cette dame de province, qui fait tant de bruit 
d.ins notre quarticrj est-elle riche? 
h"° desjardins. 
Médiocrement, si j'en juge par son train et sa dé- 
pense; il ne parott ni avarice ni désordre. 
m"* dutëil. 
Vous croyez qu'elle ne pense pas à épargner et à 
amasser de l'argent? 

h'" desjakiiims. 
Je ne l'ai pas oui dire. 

m'" bdteil. 
Elle n'a donc point d'esprit ni de conduite? et je 
rabats beaucoup de son mérite. 

m'" DESiABDINS. 

Jo compte pourtant de vous faire faire connois- 
sanoe avec elle, et je lui ai promis de lui amener 
toutes mes amies. 

m'" BIÏTEÎL. 

J'irai quand vous voudrez. 



i.Google 



42 CONSEri-S ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 
U'" DESJARPINS. 

Je VOUS y iloone rendez-vous demain, à deux 
heures après midi. 

m"" DUTEIL. 

Je n'y manquerai pas. 



SCÈNE SIXIÈME. 
u"" DUCEADX. 

Je m'ennuyois déjà de n'avoir point l'honneur 
de vous voir, mademoiselle, et on est bientôt ac- 
coutumée à vous, jusqu'au point de ne pouvoir s'en 
passer. 

V DEBJARMNS. 

Je serois bien heureuse que vous fussiez ainsi 
pour moi ; car la discrétion est la seule raison qui 
m'a empêchée de venir plus tôt. 

M"' Dl'CEAUX. 

Voici une journée de repos; on ne va point au 
Palais. 

V"° DESJARDINS. 

Je l'ai sii, et j'ai pris ce jour-là pour vous pré- 
senter mes amies. 

m"' duceaux. 
Je serai ravie de les voir. 

h"* desjaudiks. 
J'espère que vous en convertirez quelques-unes. 

M"' DUCEAUX, 

J'y ferai tous mes efforts, car je hais les entête- 
ments; ils sont très-opposés à la raison. 



LJiinml.GoO'îll- 



TROISIÈME PARTIE. — PROVERBE V. 43 

h"* DESJARDfHS. 

Voici M'" Desvignes que je vous présente; c'est 
la plus poncluelle au rendez-vous que je leur ai 
donné. 



SCÈNE SEPTIÈME. 



H"° DESVIGNES. 

M'^ Dubreuil me suit de près. 

h"* desjabsins. 
La vpilâ, madame. 



SCÈNE HUITIÈME. 



«'" DUBREUIL. 

J'étois déjà venue ici de mon chef, madame, mais 
je ne vous trouvai pas. 

M"" DUCEAUX. 

Je suis bien fâchée, mademoiselle, que vous ayez 
pris celte peine sans que j'en aie profité. 
m'" desjardins. 

Vous ne vous plaindrez pas, madame, que mes 
amies ne soient empressées pour vous ; voici M'" Du- 
teil, et celle-ci M"' Denneville. 

M"* DUCEÀUX. 

Autant que j'en puis juger, mademoiselle, vous 
choisissez bien vos amies. 

m"* dubreuu.. 
A quoi nous divertirons-nous? 



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44 CONSEILS ET insthuctions aux demoiselles. 

M™ DTIGEAUS. 

A la conversation, qui ne doit pas être ennuyeuse 
en une telle compagnie. 

h"° DESJARDINS. 

M"' Dubreuil aime à se divertir, 

h"* dubbeuil. 
J'en conviens, et je crois que j'ai raison. 

m"* dcceaux. 
En fi«oi, mademoiselle, mettez- vous votre plaisir? 

m"° bcbuedil. 
A ne rien refuser de ce qui peut m'en faire. 

M°" DUCEAVX. 

Cette passion deviendra votre supplice. 

m"* DUBREUIL. 

Pourquoi ? 

M™" DUCEAUS. 

N'avez-vous pas expérimenté vous-même que les 
plaisirs ne répondent jamais à l'idée qu'on s'en est 
faite, et qu'on ne se divertit guère les jours qu'on a 
destinés à son plaisir? 

m"' dubreuil. 

C'est vrai; mais j'espère toujours qu'à force de 
chercher j'en trouverai davanlage. 

m"" DUCEAIX. 

Vous l'espérez en vain j vous ne seri'Z jamais con- 
tente. 

m"" DLHIEL'IL. 

D'où vient? 

M™° DUCEAUX. 

C'est que notre cœur est fait pour quelque chose 



TROISIÈME PARTIE. — PROVERBE V. 45 

(le plus grand que ce que vous vous proposez; lout 
ce qui est moins que Dieu ne peut le remplir. 
h"* dubreuil. 
Ces réflexions sont trop sérieuses pour une per- 
sonne de mon &ge et de mon humeur, 

m"" DUTEIL. 

Je suis ennemie des plaisirs, parce qu'ils sont 
d'une grande dépense. 

m"* desjardins. 
H'" Duteil vous montre son foible en attaquant 
celui de M"° Dubreuil. 

»"' DtCEÀlIX. 

Quoi! M'" Duteil aime autant l'argent que 
M"* Dubreuil aime les plaisirs? 
m'" duteil. 

Il est vrai que je fais consister le bonheur dftus 
les richesses. 

m"" Dl'CEAUX. 

CeUe passion vous rendra malheureuse, 

m'" duteil. 
J'espère qu'elle fera mon bonheur. 

m"" duceaux. 
Vous dîtes cela pour vous divertir, et pour nous 
fiiire disputer; car il n'est pas possible que vous le 
[n-'osiez. 

m'" duteil. 
Quoi ! vous Irouvez étrange que j'aime ce qui fait 
l'objet des désirs de tout le monde ? 
m"' denneville. 
L'usage de l'argent est Dgréable, surtout quand 
oit en peut donner, 

LJnnwi.Google" 



CœiSEILS ET niSTRrCTIOTC AUX DKVOISELLia. 



Vwlà ce que je ne comprends pas, et j'aurois ane 
grande peine à m'en défaire. 

M* DEX^ETILLB. 

Tous ne comprenez pas le plaisir d'en f^irç itux 
autres? 

M* DCTBIL. 

J'en connois nn plus grand, qoi est celtù de le 
garder et de l'augmenter tous les jours. 

■■* Di'CEACX. 

Voilà un triste défaut. 

h"* DCTEiL. 

n n'y a là ni tristesse ni défaut ; rien n'est si sage 
que d'amasser de l'aient, rien n'est » sage que 
d'en aroir beaucoup. 

M™ DDCEICX. 

A quoi TOUS sert-il si vous n'en usez point? 
m"" DITTEU.. 

Le plaisir est de le garder, de le voir, de le comp- 
ter, de l'augmenter, et de penser qu'avec ce secours 
rien ne peut manquer. 

a™ DUCEACX. 

Hais vous manquez de tout pour le garder. 

m"' DCTEIL. 

Je ne souffre point de cette privation; car la joie 
de ne le pas dépenser me console de tout. 
m"* desjardins. 

Quoi ! lorsque vous avez froid, vous aimez mieux 
ne pas vous chauffer que d'acheter du bois? 

m'" DDTEIL. 

Sans doute. 



i.GoogIc 



TROISIÈME PARTIE. — PROVERBE V. il 

M™ DUCEAUX. 

Vous passerez voire vie dans la soutTrance, et 
laisserez de L'argent à des gens qui se moqueront de 
vous. 

U^" DESJARDIKS A M™ DUCEAVX. 

Je vois bien, madanie, que vous ne guérirez pas 
M"° Duteil; peut-élre réussiriez-vous mieux à trai- 
ter la passion que M"* Desvignes a pour les livres. 



Ce {ilaiâr est innocent. 

H*" DCCHAV^. 

Il est bim sérieux et bk» ftnitile^ 

m"* DESVKNES. 
Cowaù«t pouvess-Vons le croire mutile? 



C'est qu'il n'est utile ni au bien général, ni â'iA 
société particulière. 

M"" DUCEAUS. 

Non-seulement le goût de la lecture est inutile ; 
mais il est souvent dWgeréus. 

h'" desvighes. 
Vous croyez donc que je lis de mauvais livres? 

M*"' DUCEAUX. 

Les lectures les plus innocentes excitent au moins 
la curiosité. 

m"* desvignes. 
Ne comptez-vous pour rien de savoiri* 

M°' DUCEAUX. 

Non, si-ce savoir ne fait notre salut ou notre bon- 
heur. 

mnmi.Google 



48 conseils et instructions aux demoiselles. 
m"° desvignes. . 
J'aurai le plaisir d'être savante. 

M""" DUCEAUK. 

La science est si peu le partage de notre sexe, 
que lorsque l'on veut louer une femme qui en a, on 
dit qu'elle cache si bien ce qu'elle sait, qu'on ne 
s'en aperçoit jamais; n'est-ce pas un travail bien 
inutile que celui qui nous donne un talent qu'il faut 
tenir caché? 

m"' DESJABtIKS. 

Pour une première fois, voilà très-agréablement 
disputer; mais M"' Denneville a besoin de vous, 
madame, sur son entêtement pour la cour. 

}t°" DUCBADX. 

Je me trouverois bien heuveuee si je pouvois lui 
persuader qu'elle n'y trouvera rien moins que son 
bonheur. 

m"° denneville. 

Je n'en croîs pas un si grand sur la teire que 
celui des courtisans. 

M"* DtCEiUX. 

Vousl'ont-ils dit? 

m'"" denneville. 
Non, mais je vois leur grandeur ; ils sont avec le 
Roi et tous les grands; ils habitent des palais et sont 
enviés de tout le monde. 

m"* duceaux. 
Ils feroient plus de pitié que d'envie, si on con- 
noissoità fond leur état. 

m'" denneville. 
Que peuvent-ils souffrir? 



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TROISIËXE PAItTIE. — PROVERBE V. 49 

m"" DUCEAUX. 

Une contrainte continuelle que l'on peut appeler 
une dure servitude. 

h'" DEMIMtVILLE. 

En quoi consiste-t-elle ? 

m"' duceaux. 

Dans la nécessité de se déguiser toujours, de pa- 
roitre triste, si tes princes le sont, quoiqu'on ne le soit 
pas; de marquer de la joie si cela leur convient, 
quoiqu'on soit pénétré de chagrin, de s'ennuyer tou- 
jours, parce qu'on ne fait jamais sa volonté, de 
parler contre ses senti meuts pour s'accommoder aux 
leurs, d'entrer dans toutes leurs passions, de socri- 
fier son repos, sa santé, et souvent sa conscience. 
m"* denneville. 

Rien n'est si triste que le portrait que vous me 
faites do la cour. 

m"" duceaux. 

Il est encore flatté, et je ne crois pas une plus 
malheureuse vie que celle de la cour, surtout pour 
les personnes droites, sincères; le salut y est difficile 
et la tranquillité impossible. 

m'" DEWMEVILLE. 

le me rends -, car je veux me sauver, et vivre en 
paix. 

Toujours pêche qui en prend un. 



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50 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 



PROVERBE VI'. 






SCÈNE PREMIÈRE. 
M°" DE ROMILLT. 

()tim'assu^queje puis VOUS con&erVéâucelionde 
ma fille; vous sentez-vous capable du soin qu'il en 
faut prendre, et de l'assiduité qu'il faudra avoir au- 
près d'elle ? 

m"" LUPtltS. 

Je n'ai nulle capacité, madame, mais de Vassi- 
duité, je puis vous en répondre, puisqu'elle dépend 
de moi. 

M°" DE RÛMILLY. 

Ne comptez pas sur moi pour vous aider, car j'ai 
_ tant d'affaires que je ne saurois m' occuper d'elle. 

' Pour la claue bleue. 



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THOISIÈME PARTIE. — PROVERBE VI. iX 

m"* SUPCIS. 
Je VOUS rendrai compte de temps en temps de sa 
conduite et de la mienne. 

M"" »E ROBILLT. 

\enez le plt^s t<lt que vous pourrez; pia fil|e est 
d'uu âge trop dtipgeretis pour la laiisser sur $a boii;iQe 
foi. 

m"' DUPCIS. 

Voulez-Touç qu'elle soit toujours enferntée, et 
qu'on la traite durement? 

»■' DE BOWLIT. 

Non ; donnez-lui toute la liberté que vous croirez 
pouvoirluiaccordersansdaoger, etnela rendez pas 
malheureuse. 

M"' Dupins. 

Je me conformenû en tout, madame, à vos inten- 
tions. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
M""^ DE ROMILLT. 

Je vais vous donner une gouvernante, ma fiQe, 
qui m'a paru fort raisonnable. 

m'" de ROmLLT. 

Elle ne m'est pas nécessaire; et je ne vois pas 
pourquoi vous vous déQez de moi. 

H*" DB ROWLLT. 

Je nç me défie point} mais il servit demauvaise 
grâce que vous allassiez seule, et vous devez être ra- 
vie des soins que je prends de vous. 



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s2 conseils et instructions aux dehoiselles. 
m"* de ROMILLT. 
Je le serois, si vous aviez assez bonne opinion de 
moi pour me confier ma propre conduite. 
m"" de bomillt. 
Vous ne savez pas ce que vous demandez ; la bien- 
séance ne permet pas de laisser une fille sur sa 
bonne foi. 

m"' de BOHILLY (à part). 
Si la gouvernonte me fait de la peine, je la lui 
rendrai bien. 

m"^ de romilly. 
Que dites-vous entre vos dentsP 

m"' DE ROMIIXT. 

Que je n'ai qu'à obéir. 



SCÈNE TROISIÈME. 

H. d'avrancues. 
M'" de Romilly devient grande ; elle est Irès- 
riclie, je suis bien tenté de l'enlever. 

H. DUCLC8BAU. 

Vous basuxlerez votre vie; vous savez la sévérité 
des lois pour ce crime-là ' . 

H. d'avranches. 

Elle n'a point de père; on apaisera la mère assez 
aisément. Je lui vois peu de parents. 

M. DUCLCSBAU. 

Pourquoi ne songez-vous point plutôt à la persaa- 

■ Le rapt était puni de morl. L'enlèvement de riches tiéri- 
Uëreg n'était pas à cette époque un crime Irés-iare. 



TROISIÈME PABTIE.— PROVERBE VI. 53 

der qu'à l'enlever? Si elle vous veut épouser, l'aQ^ire 
sera bien moins difficile pour vous. 
H. d'avrahches. 
Vous avez raison ; maïs comment la persuader? 
Ou ne peut l'aborder. 

M. ducuiseau. 
Il faut gagner quelque domestique. 

H. d'avrahches. 
Ce sera difficile, et on vient de lui donner tout 
nouvellement une gouvernante fort appliquée, etque 
que l'on dit incorruptible. 

■. DOCLCSEAU. 

Laissez<moi faire, je n'oublierai rien pour que 
vous l'épousiez sans l'enlever. 



SCÈNE QUATRIÈME. 
. M"* DUPIIS. 
Je vous trouve bieo familier avec votre maî- 
tresse, vous lui parlez librement^ contentez-vous de 
la servir, ou je vous ferai cbasser. 

LA VIOLETTE. 

On ne chasse que les chiens. Voyez uii peu ma- 
dame la gouvernante, qui ne fait que d'entrer chez 
nous, et qui veut dter les domestiques! 

«"' DUPUIS. 

Vous êtes un insolent ! je m'en ploindrai à Ma- 
dame. 

LA VIOLETTE. 

Et à Monsieur aussi, si vous voulez. Les vieilles 



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34 COKSErLS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

sont au monde pour faire enrager ta jeunesse I Je 
suis tenté de lui casser la tète. 



SCÈNE CINQUIEMp. 
M. DUCLIISSA11. 

Tu me parois en colère, La Violette? Qui est-ce 
qui te fâche ? je t'offre mon service. 

LA VIOLETTE. 

Je n'ai pas l'honneur de vous connottre, mon- 
sieur. 

H. DUCLUSEAU. 

Et moi, je te connois bien par tout ce qu'on m'a 
dit de toi, et si tu cherchois condition, je t'ofTrirois 
la mienne. 

L4 TIOLETTE- 

' Il faudra peut-être bien en venir là, car 'nous 
avons une vieille qui fera déserter 4a maison ; mais 
j'aime ma mattresse. 

H. DUCLUSEAU. 

On dit qu'elle est Lien aimable. 

LA VIOLETTE, 

Ohl monsieur; c'est la meilleure personne du 
monde, qui n'aime qu'à rire, qui esl libre avec nous 
comme si nous étions autant qu'elle. 

M. DUCLtISEAU. 

Tu lui parles quand tu veux? 

LA VIOLETTE. 

Oui assurément', elle a une maudite gouvernanle 



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TKOISIËME fAHTIE. ~ PItOVERBB TI. 65 

qui veut nous en enipëcher, mais nous savons bien 
la tr6inper. 

M. DUCLUSEAU. 

Comment fais-tu? 

LA. VIOLETTE. 

J'y vais le matin, dans le temps que la vieille, qui 
croit qu'elle dort, va à la messe dire toutes ses pate- 
DÔtres. 

H. DCCLUSEAU. 

Si tu voulois me faire le plaisir de lui rendre une 
lettre, je te donnerois dix pistoles. 

'LA VIOLETTE. 

Je suis 0dèle, monsieur. 

H, mChVSEAV- 

Je n'en doute pas; mais cette lettre ne lui fera 
pas de mal, et lu ne feras pas une infidélité. 
LA violette'. 

En effet, qud mal lui fera une lettre? et j'aurai 
dix louis. 

M. DUCLUSEAD. 

Je n'en demeurerai paa là. 

LA VIOLETTE. 

Je suis à vous, monsieur, pour tout ce qu'il vous 
plaira. 

SCÈNE SIXIÈME. 



Je lit puis répondre de mademoiselle votre fill^, 
madame, tant qu'elle aura La Violette pour laquais. 



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56 CONSEILS ET INSTBCCTIOSS AUX DEMOISELLES. 
M™ DE ROMILLT. 

Pourquoi? c'est un bon garçon, qui est de mes 
terres; je ne veux point le chasser. 
m"' dupuis. 

Il est trop familier avec elle, il entre partout; je 
le trouve quekiuefois dans sa chambre avant qu'elle 
ne soit éveillée. 

M°* DE ROMILLT. 

Il l'a vue naître, et je vous assure qu'il n'y entend 
pas QnessQ , 

M™ DUPUIS. 

Je suis pourtant avertie qu'il sort souvent, qu'il a 
de l'argent, et qu'il a des conversations avec des gens 
qui rôdent autour de la maison. 
m""" de bomilly. 

Vous vous alarmez de tout , et je vous réponds 
que La Violette est un innocent; soyez en repos sur 
ma parole. 

SCÈNE SEPTIÈME. 
U"' GERHEUIL. 

Je m'intére.sse trop à ce qui vous touche, pour ne 
pas vous avertir qu'on dit que M, d'Avranches a des 
desseins sur votre fille, et qu'il est souvent avec un 
de ses amis autour de votre maison. 

M°" DE BOMILLÏ. 

Vous m'obligez sensiblement de me donner cet 
avis; j'en protUerai au plus tôt, et j'en aurai une 
étf rnelle rcconnaissnnce. 



i.GoogIc 



TROISIÈME PARTIE. — rBOVEBBE VI. 67 

m"' GERMEUIL. 

11 n'y a rien si difficile que de garder une fille. 

M™ DE ROHILLT. 

Vous m'avez donné une si grande inquiétude, 
qu'il faut que je vous quitte pour aller parier à la 
gouvernante de ma Qlle. 

h"" gerheuil. 

La voici qui vient bien à propos. 

6CËNB HUITIÈME. 
m"" ddpdis accotiranl, effrayée. 
Ah! madame.... 

m"* de rohilly l'in/errompanl. 
Écoutez-moi, je tous prie, sans m'interrompre; 
j'entendrai une autre fois vos plaintes. Je veux que 
vous chassiez La Violette, que ma fille ne sorte plus 
du tout, qu'elle couche dans ma chambre, et qu'elle 
ne soit jamais sans vous ou moi ; ôtez-liii son écri- 
(oire, cherchons-îui une chambre qui n'ait point de 
vue sur le dehors. 

n"" Dt'Piis. 
Madame.... 

»" DE ROMILLÏ, 

Avez-vous le courage de me parler d'autre chose, 
dans l'inquiétude où vous me voyez? Prenons toutes 
sortes de précautions pour la bien garder. 

M™' DUPCIS. 

Eh ! madame, quelles précautions ! elle est enlevée ! 
Fermer V écurie quand les chevaux sont pris. 

L.inv. i.Google 



58 cffiisEiu ET ixsniccntKts ÂVX. POIOISBIIES. 



PROVERBE VII'. 



SCfiNE PBEUIERB. 
m"* de NECFCHiTEL. 

Je viens me réjouir avec vous, madame, de l'éta- 
blissement que vous prenez j je désire de tout moa 
cœur qu'il soit heureux. 

H*"* DE HERCOUR. 

J'ai lieu de l'espérer ; j'épouse un homme riche, 
et je suis résolue de jouir de tous les plaisirs de la 
vie. 

■"* DE MEDFCHATSL. 

Vous êtes trop sage pour n'avoir point d'autre 
vues eu vous mariant, et on est toujours trompé 
quand on compte sur tant de plaisirs. 

U"' DE MERCODR. 

Pourquoi serois-je trompée? Je serai riche et li- 

' Ponr la classe bleue. 



i.Google 



TRdlSIÈHË PARTIE. — PROVERBE VU. 50 

lire, je suis jeune et gaie, voilà tout ce qu'il faut pour 
passer une heureuse vie. 

h"' de hevfchatbl. 
Vous tiertez k seule qui auriez trouvé ce secret; il 
n'y a point de bonheur parfait sur la tïrre. 

M™ DE HERCOUR. 

Je ne m'alLendois pas, madame, à un sermon, il 
est peu à propos dans un temps de joie. 

M"' DE NEUFGHATEL. 

Je croyois la religion et la raison propres pour 
tous les temps ; mais je vous importune, madatne, et 
je prends congé de Vous. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
LAFLEUB. 

Tb mallresse épouse mon maître! qu'elle me (ait 
pitié! 

JASMIN. 

Pitié ! nous comptotis que nous allons être les gens 
du monde les plus belireux. 

Tu m'en diras des nouvelles avant qu'il soit trois 
mois. Cependant allons au cabaret. 

JASUIN. 

Allons, j'en ferai les frais dans l'espérance que tu 
me les rendras au double. 

LAFLEDR. 

Alors comme alo'fs, allons toujours boire. 



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60 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

SCÈNE TROISIÈME. 
m"" de plorval. 
Qu'il y a longtemps que je désire ce moment, ma- 
dame, et que j'ai de joie de vous avoir retrouvée ! 

M™* DE CHOm. 

Je n'en ai pas moins ^ mais nous sommes entraî- 
nées par les occasions : je passe ma vie avec des gens 
qui ne me conviennent pas, et je ne vous vois point, 
vous que je préfère à toute autre. 

M"* DE FLORVAL. 

Vous me faites justice, car j'ai les mêmes senti- 
ments pour vous ; mais dites-moi de vos nouvelles; 
je voudrois savoir tout ce qui vous est arrivé, et tout 
ce qui doit vous arriver. 

M™' DE CHOIN. 

Ma fortune est médiocre, ma vie est assez languis- 
sante; mais j'ai pris la résolution d'être religieuse, 
et j'entre dans un couvbnt au premier jour. 

M™ DE FLORVAL. 

Y a-t-il longtemps que vous y pensez? 

U™ DE CHOIH. 

Il y a un mois. 

M°" DE FLORVAL. 

Un mois! mais il faut des années pour s'assurer 
de la vocation. 

M°" DE CUOIN. 

Qu'est-ce que la vocation ? 

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thoisiéhe partie. — proveabe vii, 61 

m"' de plorval. 
Cest d'être appelée, et que Dieu nous marque 
qu'il nous veut dans cette vocation, 

M"* DE CHOIN. 

Je n'ai point pensé à tout cela; je m'ennuie, je 
ne suis pas contente de ce que je fais ; je serai seule 
et libre dans un couvent, et je n'aurai point à être 
occupée des autres, comme je le suis de ma famille ; 
je veux chercher le repos. 

■"* DE FLORVAL. 

Ce ne sont pas là des motifs pour être religieuse; 
TOUS allez vous rendre malheureuse. 
h"* de CBora. 

Ma raison et mon courage me soutiendront, si 
Dieu ne le fait pas. 

M°" DE FLOaVAL, 

Si vous le cherchiez, il vous soutiendroil; mais 
vous ne cherchez que du repos, 
m"" de CHom. 

Vous êtes trop dévote pour mot, je ne veux point 
de conseils dans une résolution prise. 



SCÈNE QUATRIÈME. 
PËTROMILLE. 

Je vous cherche partout, madame; venez au se- 
cours de ma maltresse, elle est prête à se déses- 
pérer. 

M°" DE NEUFCHATEL. 

Qud malheur lui est-il arrivé? 



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éi CONSBILS ET MSntVCnOllS AUX MIKKILLES. 
pfitttOtJlU.E. 

Tous les malheurs à la fois ; mais venez vite. 

SCÈNE CINQUIÈME. 
H™ DE HEBCOUR. 

Venez vnr, madame, la plus malheureuM peniHHH 
du monde. 

M"" DB nEITCB&TKL. 

L'état où je vous vois m'eJfraye. 

■"* DE HBRCOUil. 

Il n'y a que vous qui puissiez me seco.urir. 

»•• DE NEDPCHATEL. 

Je le ferai en tout ce qui me sera possible. 

M** DG HERCOliE. 

11 faut me séparer de mon mari. 

M"" DE NEVPdU.IXL. 

Y consentira-t-il ? 

m"' de «ercour. 
Non ^ mais je ne puis vivre avec lui. 

• U"' DE NEUFCHATEL. 

Ce que vous voulez est impossible. 

■" DE HERCOim. 

Comment? je passerai ma vie avec lui! Il me mal- 
traite, il me laisse manquer de tout, il me renferme. 

H°" DE NEUFCHATEL. 

11 est le maître, et vous n'avez point d'autre parti 
i prendre qu'à vouloir ce qui lui plûra. 
M"* DE hercouh. 
Est-ce là ce que j'attendois de "roln amitié? 



nMHfcXE PARTIK. — NAVKIWC V|L «t 

M"* hb ikcfoiatel. 
' Votre mal est sans remède; voos «Vez hùt un 
marché qui ne se peut rompre, et i\ n'f a personne 
qui puisse vous secourir. 

SCÈNE SIXIÈME. 
m"' oe florval. 
Je viens voir, iDvdame, commcTit vous vous trou- 
vez après avoir exécuté une résolulion qui me pa- 
roissoit bien légèrement prise. 
m" de choir. 
Venez-vous, madame, m'iusulter, et savez-vous 
déjà que je suis au désespoir ? 

m"* de PLOnVAL. 
Je ne le savois pas ; mais je n'en suis point sur- 
prise, et vous vous repentirez longtemps de ce que 
vous avez fait sur de si mauvais fondements. 

«"• DE CHOIN. 

Je ne prétends point m'en repentir longtemps, 
car je veux sortir, et il n'y a point d'extrémité où je 
me jette plutôt que de demeurer ici. 

H" DE FLORVAL. 

Vous n'en pouvez sortir. Faites de nécessité vertu, 
rappelez toute votre raison. 

M™ DE CHOIN. 

Elle m'est inutile. 

M™ DB FLORVAL. 

Je vous l'avois bien dit; il faltoit consulter Dieu, 
TOUS le trouveriez présentement. 

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64 coNseiLs rr instructions aux dbnoiulles. 

H"' DB CHOIN. 

Sonl-c8 là les consolotions d'une amie, et no me 
donoerez-Tous ({uelque invention pour me tirer de 
l'état où je suis? 

M"* DE PLORVAL, 

Vous y êtes liée, il faut y demeurer, et ne pas 
ajouter le désespoir à vos autres malheurs. 



SCÈNE SEPTIÈME. 
LAFLEUR. 

Qu'est-ce que je vois! N'eslri'e pas Jasmin ? 

JASMIN. 

Oui, c'est moi, qui m'en vais aux galères. 

LAFLEUR. 

Qu 'as-tu donc fait? 

JASHiN. 

J'ai volé mon maître pour le punir de son avarice, 
et on m'a condamné. AJde-^oi de ton crédit pour 
avoir ma grâce. 

LAFLEDR. 

Je n'ai point de crédit; prends patience, va-t'en 
ramer pour le service .du Roi, tu n'as plus d'autre 
parti à prendre. 

Où la chèvre ett liie, il faut qu'el/e brmi'e. 



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TBOISIÉKE PARTIE. — PRnVKnilE Vttr. 



PROVERBE VIU', 



M" HAITIN. 
MËLANIE, I 

ALFHONSME, I °°° 
LAVB&MIHE, liqiuia. 
UN PROCUHEUB. 



5CËNG Ft^BUIÈRE. 

h£lame. 

Que j'm de joie de vous revoir, après une si longue 

absence que je n'espérois plus me retrouver avec 

vous! 

ALPHONSINK. 

11 ne faut désespérer de rien, et j'avois toujours 
une. certaine confiance au fond du cœur, qui me di- 
soit que nous nous verrions encore. 

■ Pour 11 IÀ!H». bleue. — Ce Proverbe renferme des dëlail! pi- 
quants, mais son ulilité morale me paraît turl douleuee ; Il £eii>ble 
en effet que eei traits d'é^prlt contre de ridicules prvenue pou- 
vaient plutAt augmenter que diminuer les préjuges de nalHance 
deAdemolselIcg, et le mépria qu'elles avalent DatureUemeDtpout 
toal ce qui n'élalt pas de la nohiesie. 

e. 



1. Google 



66 CONSBII.S ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISBLLES. 
HÉLANIE. 

Votre fortune est-elfe toujours mauvaise? 

ALPHONSINE. 

Elle l'est plus que jamais : j'ai perdu mon père, 
et avec lui le peu de bien que je pouvois avoir, et je 
viens à Paris pour servir. 

MÉUNIE. 

Voilà une grande conformité dans notre état ; j'y 
suis pour la même intention, aimant mieux servir 
loin de mon pays qu'avec des gens de ma connois- 
sance. 

ALPHONSTNC. 

Je pense comme vous, et de plus les provinces 
sont trop misérables pour gagner quelque chose-, on 
le peut plus aisément à Paris. 

HÉLAKIE. 

Avez-vous quelque connoissance qui puisse vous 
chercher une condition? 

ALPB0M8INE. 

Oui, j'ai une marraine qui connolt bien des geMi 
et qui a de la bonté pour moi. 

HÉLANIS. 

J'ai un procureur chez qui je loge, qui «ip^ me 
placer. Adieu, je vous désire autant de booli^irqu'à 
moi-même. 

ALPBOnSUIE. 

Je serois ravie que nous trouvassions qu^quo 
chose de bon. 



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TItaiSrtiiE CARTIE. — PROVERfe VIII. 67 

SCÈNE DEUXIÈME. 

LE PHOCUREfJI). 

On me promet iHie honne place pour vous, made- 

moisolle ; ce sont des gens fort nchps , qui font 

grande dépense: ils sont ui\ peu difficile^ à servir, 

et veulent de grands respects. 

HÉLANIE. 

Il faut bien en avoir pour les maîtres, et je me 
soumettrai à tout. 

LE PROCUREUR.' 

Ce sont des gens sans naissance, et qui ont lait 
une grande fortune. 

HÉLUNIE. 

Cç n'est pas aux rnalheureux k choisir ; je ferai d^ 
mon mieux pour les contenter. 

LE PROCUREm. 

Vous voulez donc que je conclue avec eux? 

HÉLAniE. 

Vous m'obligerez, et j'espère que vous n'aurez 
point de reproche de vous être môle de moi. 



SCÈNE TBÛISIÈME. 

HÉLAfllE. 

Étes-vojis placée? 

ALPHOJCSINE. 

Oui, avec-ies plus lioDnètfs gens du moadç. 

HÉLANIB. 

Vous en jugez Jjiepi vite ; les commencements s^nt 



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68 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AL'X DEMOISELLES. 

presque toujours beaux, mais il n'en sera peuUfttre 
pas toujours de même. 

AtPBONUNG. 

J'avoue que je porte un peu vite mon jugement 
des gens chez qui je suis, el si je ne oraignoîs que 
VOUS ne vous moquassiez de moi, je vous diroîs que 
je répondrai qu'ils ne changeront pas. 

MÉLINIE. 

Sont-ce des personnes riclies et puissantes? 

- ALPBONSINB. 

Ce sont des gens d'une grande naissance et d'une 
assez petite fortune ; mais je préférerois leur vertu, 
leur douceur et la règle de leur conduite à tout ce 
que je pourrois trouver ailleurs. Hais c'est trop 
parler de ce qui me regarde ; étes-vous dans quelque 
espérance? 

■ÉLANIE. 

On me doit mener au premier jour chez une dame 
fort riche. 

iLPHONBlHE. 

Dieti veuille qu'elle joigne i ces avantages ceux 
que je compte pour beaucoup plus ! 



SCÈNE QUATRIÈME. 
LE PROCUREDR. 

Votre future maîtresse vous demande. 

MËLANIE. 

Irai-je seule, ou si vous me mènerez vous-mèmeP 



■IIIOISIÈW PARTIE. — PHOVERDE VIII. 69 

LE PROCimniR. 

Je ne le puis présentement \ j'irai bientât vous y 
trouver. Voilà un de ses laquais qui vous y suivra. 

SCÈNE CINQUIÈME. 



Venez, mademoiselle, et gardez-vous bien de faire 
attendre ma maîtresse, 

HÉLiMIE. 

Est-elle impatiente? 

LAVfRBURE. 

Ce n'est pas par impatience j mais elle prétend que 
les personnes de qualité ne doivent jamais attendre. 

MÉLAME. 

De quelle maison est-elle? 

LAVEnnURE. 

Elle est de la rue de La Halle. 

HËLAKIE. 

Je ne demande pas où elle demeure, mais ce que 
cVst que son nom, sa maison, sa famille. 

LAVEKDURE. 

Son nom est la petite Margot, fille de la grosse 
Margot, qui étoit la plus habile de Paris dans son 
métier. 

HiLANIE. 

Ne raillez point, je vous prie, et instniiseî- moi 
d'une maison où je vois demeurer. 

LAYERDtniE. 

Vous aile; venir chez nous ? 



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70 CONSEILS ET INSTKUCTIONS AUX KHOOELLES. 
HÉLANIE. 

Je le crois, i moins que je ne déplaise à êiadame. 

LA VERDURE. 

Voici la vérité : notre dame est fille unique d'une 
harangère, qui a amassé beaucoup de bien ; elle en 
a hérité seule, ses frères et sœurs étant morts; on l'a 
mariée à un laquais qui a fait sa fortune chez un 
traitant, et ces deux personnes ensemble sont très- 
Hehes, font grande dépense, et sont très-difficiles i 
servir. Mais voilà notre logis. 



SCÈNE SIXIËUG. 
m"" MABTffl. 

Étes-vous celle dont mon procureur m'a parlé? 

HÉLANIE. 

Oui, madame. 

M"' MABTiN. 

Vous a-t-il dît combien vous êtes beureuse de 
venir chez moi? 

HÉLANIE. 

Il m'a fait espérer que je le aeroîs. 

M"' MABTm. 

)1 faut me servir à table, car une personne comme 
moi ne reçoit rien de la main d'un laquais. 

HÉLANIE. 

J'obéirai, madame. 

M"" MARTIN. 

Apportez-moi un siège.... Quoi! c'est un siège en 
effet que vous m'apportez. Cotnment pourez-vous 



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TdOISlÈME fARTlE. — PROVERBB Vîll. 71 

MOire <iue jè seroîs «ssise «utrement que dans une 
ditiseihns? 

HÉLAHIE. 

Je vous demande pardon ! 

M" MARTIN. 

Cela est trop libre, de me demander pardon! Ne 
me parlez jamais que je ne l'ordonne. Voici mon- 
sieur qui vient, sortez, et ne venez dans ma chambre 
que lorsque je vous ferai appeler. 



SCÈNE SEPTIÈHB. 
LA VERDURE. 

Ehbienl mademoiselle, qu'en dites-TOUSP N'est- 
elle pas gracieuse? 

HÉLANIE. 

Oà faut-il que j'aille, quand je ne serai pas dans 
sa chambre P 

LA VERDURE. 

Venez chez ses enfants, leur faire la cour; ntais 
gardez-vous bien de les loucher, de les c&resser; il 
feuties divertir sans les approcher. 



SCÈNE HUITIÈME. 
AUBONSINE. 

le suis venue vous cfawcber pour savoir si voua 
«tes «nfionditioa. 

hëlanie. 
Oui^ nrtats je entfss bien d'avoir bieiUiU à en sor- 



7% CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

tir. Les gens chez qui je sais pamissent bien diffi- 
ciles à contenter ; je ne sais si c'est ma faute ou la 
leur. Comment vous traite votre maîtresse? 

ALPHONSINE. 

Comme si j'élois sa sœur, excepté que je la sers-, » 
mais elle reçoit mes services, et les demande avec 
tant de douceur et de bonté, que je me trouve con- 
solée d'avoir à servir. 

HÉLANIB. 

Ëtes-vous souvent auprès d'elle? 

ALPHONSINE. 

Presque toujours. 

HËLANIE. 

Vous passez donc votre vie debout? 

ALPHONSIKE. 

Je suis debout pour l'habiller, et après cela je suis 
assise. 

HËLANIE. 

Vous vous asseyez devant vos maîtres? 

ALPHONSINE. 

Est-ce que vous ne l'osez devant les vôtres? 

HÉLANIE. 

Pour me bien éclaircir, contez-moi vos journées. 

ALPHONSINB. 

Ma maltresse se lève à une lieure réglée; elle 
n'appelle personne , et prie Dieu assez longtemps 
pour me donner celui dont j'ai besoin. Je vais dans 
sa cbambre lui donner une écharpe; elle va Ha 
messe, et j'y vais avec elle; au retour, elle s'ha- 
bille sans y donner beaucoup de soin; elle lit tout 
haut ou me fait lire en travailUnl assise auprès 



TUOIStËMB PARTIE. — PlIOVEHBe VIII. 73 

d'elle. On dine, je mange avec elle, s'il n'y a point 
trop de monde; elle demeure «[uelque temps avec la 
compagnie, s'il y en a, il m'est libre d'y demeurer 
ou d'aller où je veux ; quonil il n'y a personne, elle 
est (i»elque temps avec son mari ; elle reprend son 
ouvrage dès qu'il est sorti; elle me parle avec une 
bonté charmante; on fait encore quelque lecture; 
«lie prie Dieit, et je puis faire mes prières auprès 
d'elle ou aller dans ma cbambrc ; on soupe comme 
on a dtné, on cause quelques- instants après te sou- 
per, et ensuite elle se coucbe. 

HÉLAKIE. 

Son mari est donc de même humeur qu'elle? 

ALPHOSSISE. . 

C'est la bonté et la politesse mêmes; il ne reçoit 
pas le plus petit service de moi, sans m'en faire des 
excuses; et il faut que tous les gens me servent 
comme si j'étois la fille de la maison. 

HÉLAME. 

Vous êtes bien heureuse. 

ALPHONSir^E. 

Instruisez-moi, comme je vous ni instruite, puis- 
que je ne prends pas moins de part à votre bonheur 
qu'au mien. 

MÉLAME. 

Ma mallresse se lève un jour à sept heures, un 
jour à midi, parce qu'elle prétend que les gens de 
qualité en usent ainsi. Elle prend un bouillon, se 
met à sa toilette, où elle est jusqu'à deux heures, et 
de très-mauvaise humeur; elle fait apporter tous ses 
habits , et ne sait celui qu'elle veut mettre ; elle 



74 CONSEILS ET IKSTRUCTIONS AUS DEIOISBUBS. 

groode sans cesse de ce qu'on touche les choses 
qu'on lui donne ; ellem'a reproché de ne pas savoir 
vivre avec les grands ; elle m'appelle campagnarde, 
gueuse, misérable. Son mari se fait déchausser pu- 
moi, si son valet ne s'y trouve pas; ils parlent en- 
semble de leurs richesses ; ils cherchent à se foire 
traiter en grands seigneurs, et ne le savent pas. Je 
suis tout le jour debout ; ma maltresse ne travaille ja- 
mais; elle attend compagnie, et il n'en vient guère, 
ce qui ta met de mauvaise humeur; tous leurs gens 
vont les quitter et je crois faire de même. 

// n'eut rien de si orgueilleux qu'un gitteux revêtu. 



i.GoogIc 



nMNHtME TARTie. — PROVERBE IX. 75 

d. 

PROVERBE IX'. 

LA TmiCHBBlE KM MEWWKtrE X«1]«*inUI A ■•> 



FiiaonHAOB*; 

M-' AMONT. . M»" MËRIC. 

M"* AKONI. ■■■ TALC». 

H. DESTIBAt. ■■• BENRIBT. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
M™ AMOirr. 
J'ai fait tout ce qu'il m'a été possible pour tous 
bien élever, ma fille ; c'est à vous présentement à pro- 
fiter de ce que vous avez appris. 
m"* amony. 
J'en ai bien envie, ma mère, et vous me trouverez 
toujours la même docilité que si j'étois enfant. 

■ Pour la duee hiau. 

* Le Bujet, raTTangemeot et l'utlUté morale de ce provKbe 
sont également médiocreB. Od y remarque des maiijnea i l'endroit 
des femmes, d'une grande dureté, d'une grande injaallu. H'°° de 
HainteiiM), on an trouve plus d'une preuve dans ses écrite, avait 
généralement beaucoup de déSance et même peu d'eetloie pour 
lea personnes de son eexe, et elle avait la franchise dangcreneede 
le dire. Les personnes de ton sexe le lui ont bien rendu ; car 
c'tÊi pindpalement cbez ellcsqu'elle a IrooTé, qu'elle trouve au- 
core Kn plus grandi ennemie. 



i.Google 



70 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DF.MOISKLLES. 
M"" AMONY. 

La raison doit vous en donner encore davanliige. 
Les enfants sont d'ordinaire dociles par cminle, mais 
à l'Age où vous êtes, vous devez vous désirer au- 
tant de mérile i]ue je vous en soulinile, et être ravie 
qu'on vous fournisse les moyens que l'expérience 
apprend aux vieilles personnes. 
m"" Auo^r. 

Ne vous rebutez jamois de me donner vos avis, 
je ne me rebuterai pas de les suivre. 

M" AMOMY. 

J'en oi un par oii je veux commencer, qui sans 
doute vous surprendra, c'est de ne vous lier d'ami- 
tié avec aucune femme. 

h'" aiiony. 

J'avoue qu'il me surprend, car je croîs que vous 
approuveriez encore moins que je me liasse avec un 
homme, et cependant il est diUicile de vivre sans 
amis. 

M"' AMOSÏ. 

Il est plus aiséde trouver des omis que des amies; 
les femmes s'ennuient les unes les autres. Une 
vieille prude ne vous divertiroit peut>étre guère, et 
les autres vous feroient repentir de la confiance que 
vous auriez eue en elles.- 

m"* amoky, 

Unjhomme est encore pis, car on basarderoit sa 
réputation en le voyant et en lui parlant souvent. 
M™' amo»y. 

11 faut les prendre sages, et d'une réputation 
établie ; j'ai un ami que je veux vous donner. 



TMISrÈJIB PARTrr. — PROVEnBF- IX. 77 

m"* AMONT. 

te le prendrai volontiers de votre main, ma mère, 
et je ne croirai jamais me tromper en me laissant 
conduire par vous. 

M™ iMONï. 

Allez dans votre chambre faire des réflexions sur 
tout ce que nous avons dit, cor il n'y a rien de plus 
propre à former le jugement ; il ne faut guère parler 
et s'accoutumer à penser. 



SCÈNE DECXIÈUE. 

H. DESTIRAL. 

■ Je suis venu ici bien des fois sans vous trouver, 
madame, et je m'ennuyois fort d'ëlre si longtemps 
snm avoir l'honneur de vous voir. 

M™ AMOSÏ. 

Il est vrai, monsieur, que j'ai sorti souvent depuis 
quelques jours. J'ai mille cboses à faire pour ma 
fille, dont je suis présentement tout occupée. 

H. DESTIRAL. 

EU! pourquoi, madame, l'êtes-vous plus qu'à l'or- 
dinaire? 

M™ AHONY. ^ 

C'est qu'elle est grande, et que j'avois toujours 
compté la mettre dans le monde au retour de la cam- 
pagne, et vous savez qu'il y a déjà trois mois que 
j'en suis revenue^ mais ce pas-là pour ma fille est si 
considérable, que je ne puis presque m'y résoudre. 

M. DESTIRAL. 

Vous avez grande raison de le regarder comme 



i.GoogIc 



78 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DBHOlâGLLES. 

imporUint; prenez garde surtout aux femmes qu'elle 
verra, 

m"* AlIONT. 

Je connois si bien ce danger, que je l'ai déjà pré- 
venue; mais, j'ai bien envie de lui donner un véri- 
table ami, afin qu'elle voie que je ne suis pas seule 
qui pense de cette façon. 

M. DESTIRAL. 

Ce n'est pas un mauvais parti ; un honnête homme 
lui donnera de meilleurs conseils qu'une femme, 

M"' AMONT. 

Je n'en ai pas d'autre à lui offrir que vous. 

11'. DESTIBAL. 

Je ne mérite celte distinction que par ma Qdélité, 
et te sincère attachement que j'ai pour vous. 

«"• AMONT. 

' Je vous confie quelque chose qui m'est plus cher 
que moi-même, et vous ne pouvez après cela douter 
de mon -estime : voyez-la donc, et l'entretenez au- 
tant que vous pourrez. 

M. DESTIRAI.. 

Je le ferai avec joie. 



SCËNE TROISIÈME. 

m'" amont. 

Voulez-vous, mademoiselle, pendant que nos 

mères s'entretiennent, que nous allions faire un 

tour de jardin P 



i.Google 



TWUSIËMB PARTIE. — PHOVEABE IX. 79 

h"* HÉBIC. 
J'eD serai ravie, pourvu que nous ne marchions 
guère ; je suis très-paresseuse. 
m'" amont. 
Nous trouverons des bancs partout-, en voilà déjà 
un. Mais d'où vient qu'à votre âge vous êtes pares- 
seuse P 

m'" HÉRIC. 

Je n'aime qu'à causer. Les exercices, les jeux, et 
tous les goûts de la jeunesse m'ennuient. 
m"" amomt. 

Je ne suis pas de même ; tout m'amuse ; j'ume i 
marcher, à sauter, à danser, à jouer à toutes sortes 
de jeux d'exercice ou d'esprit. 

»"* HÉRIC. 

N'aimez-vous pas mieux vous servir de votre es- 
prit que de celui des autres? 
m"" auont. 
J'aimerois fort à avoir de l'esprit; mais le mien 
ne me fournit pas encore grand' chose : je n'ai pres- 
que rien vu-, je ne veux point parler de mon pro- 
chain ; je crains trop de dire des sottises. 
h'" héric. 
On n'en dit pas quand on a de l'esprit. 

m'" amony. 

J'ai pourtant oui dire à des personnes qui en 

avoient beaucoup, qu'elles ne pouvoienl s'empêcher 

de rougir quand elles se ressouvenoient de celles 

qu'elles avoient dites dans leur jeunesse, 

M"* MÉBIC. 

Bon , bon! c'est qu'on veut toujours nous rete- 
nir,™ i.GoogIc 



go CONSEILS ET INSTHUCTIOSS AUX MHOÎSEI.LES. 

rir, et moi je veux me divertir; et comme j'aime à 
parler, je veux parler. 

m"" amowy. 
Je crois qu'il est temps d'aller trouver ma mère, 
et qu'elle s'en ira bientôt. 

m'" méric. 
Je ne songeois pas qu'elles fussent au monde. 

«"• AMONï. 

Je n'oublie pas la mienne, et je serois bien em- 
barrassée, si je me trouvois sans elle, 
m'" méric. 
Vous êtes timide. 

m"" amony. 
Très- fort. 

h"^ méric. 
Je ne crains que les bétes. 

m'" amonï. 
Et moi je n'en crains aucune, mais je crains beau- 
coup de faire des fautes; allons, mademoiselle, 
voilà madame votre mère. 



SCÈNE QUATRIEME. 

H. DESTIHAL. 

Madame votre mère m'ordonne d'avoir l'Iionneur 
de vous voir souvent, mademoiselle ; je ne sais si 
vous le trouverez bon, 

m'" amonï. 

Tout ce que fait ma mère ne peut èlre mauvais , 
et je suivrai en tout ses sentiments. 



i.GoogIc 



TIIOrsiÈltE PARTIE. — PROVEnBE IX. 81 

H. DESTIKAL. 

Elle TOUS aime tendrement et n'est occupée que 
de VOUS; votre entrée dans le monde lui fait 
grand'pcur. 

m'" AMORT. 

Et à moi aussi, car elle m'a bien instruite du dna- 
ger qu'on y court. 

H. DESTlRAt.. 

Vous BVPz une timidité qui vous empêchera de 
vous commettre. 

m"' .iMONV. 

Il est vrai, monsieur, que je ne crois pas manquer 
par me trop avancer; mais ja manquerai par ne 
pas me mettre où je dois être; et on me reprocha 
hier, dans une visite oi*! je suivois ma mère, que je 
ne parlois pas assez. 

^ H. IIKSTIIIAI.. 

Comptez, mode^noiselle, que ces reproches sont 
des louanges, et que les fautes que vous ferez en 
vous reculant trop , ne vous attireront jamais de 
confusion; au contraire, on vous dira de monter 
plus haut. Voilà trop d'avis pour une première 
visite, je prends congé de vous. 
m'" amony. 

Je serai toujours ravie de vous entendre. 



SCÈNE CINQUIÈME. 
m"' VALCIN. 
Ilésislerez-vous toujours aux instances que vos 
proches et vos amis vous font pour vous marier? 



82 CONWaS ET INSTRCCTIONS AUX BBII0I8CLLE3. 
H. DBSniUL. 

Il est cniel de vouloir que je me marie par «om- 
plaisance, n'y ayant aucune îocliDation. 
m"" valcir. 

Tout te monde se marie, et tous seriez ravi de 
trouver compagnie chez vous quand vous y re- 
venez. 

H. DBSTntiL. 

J'acbèterois peut-être bien cher cette compt^ie. 

M"' VALCIN. 

Peut-on acheter trop cher la douceur de la vie ? 

U. DESTIRAL. 

Eh bien I madame, mariez-moi donc puisqu'on 
le veut, mais comptez que je ne me mêlerai point 
de mon mariage, et que vous pouvez tout conclure 
sans moi. 

H°" VALCIN. • 

Comment! tous ne saurez pas qui vous épou- 
serez? 

H. DESTIRAL. 

Non , je me trouverai à l'église pour ngner et 
me marier tout de suite. 

m"* talcin. 

Vous ne voulez pas voir la figure de votre 
femme? ni savoir son nom, son âge, son bien, sa 
naissance? 

H. DESTIRAL. 

Tout cela m'est indifTérent; je vous demande 
seulement qu'ellesoit sage. 



i.GoogIc 



TROfSI&IIE PARTIE. — PROVEKBB IX. 83 

M"* VlLCiH. 

Est-ce sérieusement que vous me parlez ainsi ? 

H. DESTIRAL. 

C'est si sérieusement, que si vous en usez autre- 
ment, je ne me marierai point. 

m"' VALCIN. 

Il faut servir nos amis à leur mode ; je vais y tra- 
vailler. 



SCÈNE SIXIÈME. 

m'" amont. 
Je reçus hier une visite de M'" Méric, elle me 
parolt peu raisonnable et peu respectueuse pour sa 
mère. 

H. DESTntAL. 

C'est peutrëtre que vous l'êtes un peu trop avec 
la vôtre ? 

h'" amont. 

Peut-on en faire trop pour une mère, et une 
mère à qui je dois tout ? 

H. DESTIRAL. 

Vous ne lui devez pas plus que les autres. 

m'" amont. 
Ah! monsieur, ne savez-vous pas les soins qu'elle 
a eus pour moi ? 

H. DESTIRAL. 

Cest que vous ne connoissez que ceux-là, mais 
elle n'a fait que ce que font toutes les mèrest 



;, Google 



84 conseils et instrtirttions aux demoiselles. 
m"* AMONY, 
Vous me surprenez fort ; je croyois lui avoir Je 
grandes obligations. 

M. DESTIRAt. 

Vous ôtcs bonne et un peu innocente ; quanJ 
voire esprit sera plus ouvert, vous verrez les choses 
comme elles sont. 

m"' amony. 

Je ne demande qu'à les voir, et je soubailc fort 
d'avoir de l'esprit. 

H. DESTIRAL. .' 

Je suis ravi de vous voir ce goàt-là, et de ne pas 
vouloir être de ces femmes qui ne savent que cer- 
tains devoirs qui ne son! que pour les petits esprits. 
m"* amony. 

On m'udit de vous croire en tout; c'est à vous 
de m' éclairer. 

M. DESTIKAL. 

Je le ferai de mon mieux , mais gardrz-moî le 
secret; tout le monde n'est pas capable des maximes 
que je veux vous donner. 

M"" AMONY. 

Je suis secrète. 

M. DESTIKAL. 

Mois le serez-vous pour votre mère? 

m'" amosy. 
Je ne lui ai jamais rien caclié jusqu'ici. 

H. DESTIRAL. 

U faut que vous appreniez à lui cacher quelque 
chose, si vous voulez que je vous parle comme à une 
personne raisonnable. 

LJiinml.GoOglc 



TDOiSIÈMB PARTIE. — MtOVEttOB IX. 85 

m'" AMOMY. 

Esl-ce que ma mère ne l'est pas ? 

H. DESTIRAL. 

Elle l'est autant que son médiocre esprit le lui 
permet, mais je crois que Je vôtre sera plus élevé. 
m'" amony. 

Faites de moi ce que vous voudrez, pourvu que 
j'aie du mérite. 

H. DBSTIRIL. 

Promettez-moi donc le secret ? 

m"" ahonv. 
Je vous le promets, monsieur, et je vous le gar- 
derai fidèlement. 

Ji. DESTIRAL. 

Je vous conduirai en tout ; il faut d'ubont com- 
mencer par oublier tout ce que madame votre mère 
vous R dit, et prendre d'autres idées. 
m"' amokv. 

Elle m'a toujours parlé chrétiennement et rai- 
sonaablemenL 

H. DESTIRAL. 

Il faut être chrétienne, mais non pas petitement, 
ni comme une bourgeoise. 

m'" amosy. 
Que faut-il foire? 

H. DESTIRAL. 

Il faut donner toutes les marques extérieures tie 
religion, et du rtstene vous en pns tourmenter. 
m"* amony. 
Et sur cet honneur qu'on m'a tant recommandé? 



«0 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEIKHSCLLES. 
M. DESTIBàL. 

Il faut tout de même en parottre remplie, mais 
ne vous en pas contraindre selon les occasions. 
m'" amony. 
Tout ce que vous me dites, m'étonne ! 

H. DESTIBAL. 

N'en soyez pas surprise, ce sont les premières 

impressions qui sont les plus difficiles à effacer, 

mais j'espère tout de votre esprit, et d'une certaine 

élévation de cœur que je vois en vous avec plaisir. 

m'" amonï. 

Est-il vrai, monsieur, qu'il y ait quelque chose de 
bon en mpi? Encore une fois, je m'abandonne, et 
je veux vous croire en tout, sans écouter mes répu- 
gnances mal fondées. 



SCÈNE SEPTIÈME. 
CASCAHET. 

Bonjour, La Rose, qu'est-ce que lu as? il semble 
que lu as perdu tous tes parents? 

LA ROSE. 

Je me trouve mal, et prêt à rendre tripes et 
boyaux. 

CASCARET. 

Est-ce que tu as bu? Tu devrois y être accou- 
tumé. 

LA ROSE. 

Oui, j'ai bu \ mois ce n'est pas du vin ordioaire. 



i.Google 



TROUIËHE MftTIE. — PIIOYBRW IX. S7 

CABCARET. 

Ce n'est pas de L'eau qui te met comme tuesP 

LA ROSE. 

J'avois mis quelque drt^eg tians du vin pour 
attraper mes camarades; je ne sais s'ils s'en sont 
doutés; mais en&n il n'y a que moi qui ai bu de ce 
que j'avois a^ptété pour eux. 

CASCàRET. 

En bon françois tu voulois les empoisonner P 

LA ROSE. 

Non, je voulois rire~ 

CASCARET. 

Ris donc tout ton soûl, adieu. 



SCÈNE HUITIÈME. 

m"" VALCIM. 
J'ai une aventure singulière  vous conter: savez- 
vous que monsieur Destiral est marié? 

M"" HENRIET. 

On vient de me le dire. 

«" VALCIN. 

Vous en a-t-on dit les particularités? 

M"' HENRIET. 

Non. 

m"* ViLClN. 

Les voici : vous saurez qu'il ne s'est rendu pour 
le mariage qu'à l'importunité de ses amis et de 
ses proches, et à condition que je le marierois sans 
qu'il en entendit parler, que pour aller à l'église. 



i.GoogIc 



88 COKSKiU ET l?(STIICatO:(5 AUX DEHOISELLES. 

Je t'ai fait comme il l'a voulu; il a signé le contrat. 
Enentrantilaïuiroisse.ilest allé tout droit se met- 
tre à genoux, pendant que la fille signolt aussi ; on 
les a fiancés et mariés tout desuite ; on lui a dît en 
sortunt qu'il falloît donner la main à sa femme ; il l'a 
fait et l'a vue. Jamais homme n'a été plus surpris 
que de se trouver marié avec une personne qu'il 
voyoit tous les jours. 

M™ HENHIET. 

Mais comment avez-vous pu conduire la mère et 
la fille à un mariage si bizarrement fuit? 

M°" VALCm. 

Il est si avantageux pour elles, que je n'ai pas eu 
de peine a les persuader. 

La tricherie en revient toujours à son maître. 



L;n,-,7Pfi.GoOgle 



TBOISIÈME PARTIE. — PROTEItllE X. 



PROVERBE X'. 



fKi cwnrvK «Ava a 



ALFHONSINF, amie de Hélin 
M" LËTËQUE. gouieniBiile t 
HADELON, remiiic de chambri 



SCËNB PnEUlËRE.' 
HÉLAHIE. 

Madame votre mère me fait un grand plaisir, 
mademoiselle, en vous envoyant ici, 

ALPHONSIHE. 

Je serois venue plus tôt, si madame votre mère y 
avoit consenti -, mais il parott qu'elle ne veut pas que 
vous la perdiez de vue. 

HÉLAHIE, 

Il est vrai que je ne la quitte guère ; je passe une 
triste vie auprès d'elle -, ëtes-vous aussi malheureuse ? 

> Pour la ctasH bleue. 



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90 CONSEILS ET INSTRUCTIONS ACX HSMOISEUES. 
ALPHONSINE. 

Je De crois pas Vétre auprès de ma mère, qui a 
mille bontés pour moi . 

HÉLAWE. 

Mais à quoi vous divertissez-vous? 

ALPB0NSn4E. 

Je travaille dans sa chambre ; je vois les personnes 
qui y viennent j je me promène le soir avec elle. 

HÉLANIE. 

Il n'y a rien là de divertissant. 

ALPHONSINE. 

Qu'appelez-vous donc se divertir? et quelle idée 
avez-vous des plaisirs? 

HÉLANIE. 

J'en al une bien différente de ce que vous venez 
de me dire. 

ALPHONSINE. 

Mais quoi encore? 

HÉLANIE. 

Je fais consister le plaisir dans la liberté de faire 
tout ce que je voudrois. 

ALPHONSINE. 

Que peut-on vouloir autre chose que de vivre avec 
les personnes avec lesquelles nous devons vivre et 
de tourner nos plaisirs selon les leurs? 

HÉLANIE. 

Je crois que voici une des femmes de madame 
votre mère qui vient vous quérir. 

ALPBONSINE. 

It est vrai, mademoiselle, et il faut obéir, quelque 
peine que j'aie a vous quitter. 



i.GoogIc 



SCÈNE DEUXIÈME. 
H. lUBTY. 

VoDleZ'Vous passer vos jours dans la retraiteP et 
ne soDgez-vous pas à vous marier, et à avoir une 
maison agréable pour vous et pour les autres? 

M. DAIGREFEmL. 

Je suis un peu tenléde me marier; mais je crains 
qu'en cherchant à devenir plus heureux que je ne 
suis, je ne me rende misérable. 

M. MARTT. 

Pwirquoi cratgnez-vous si fort l'engagement? 

M. DAIGREFECIL. 

Cest qu'on ne peut plus s'en dédire. 

M. MAKTT. 

J'entends dire beaucoup de bien de W* Méla- 
nie, fille de M"' de Suffrin. 

H. DAICREFEUIL. 

Je sais que sa mère la lient bien renfermée, et 
cette conduite convient à mon humeur. 

H. HABTY. 

Voulez-vous que je travaille â cette affaireP 

H. DAIGREFEUIL. 

J'y consens ; mais ce n'est pas sans répugnance. 



SCÈNE TBOISIÈME. 
HÉLANIE. 

Je suis dans la joie, ma chère ; j'ai entendu quej- 



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93 CONSEILS ET INSTRl'CnOKS AUX REiMISGLr.ES. 

qucs mots qui me font croire qae je senti bientiM 
mariée. 

M*" LÉVËQUB. 

Je De m'accoutume [toint à entendre les filles 
parler librement de leur mariage. De mon temps 
elles rougissoient dès qu'on en disoit un mot devant 
elles. 

HÉLAME. 

Cette mode est passée, ma cbère \ il faut songer à 
son établissement. 

m"* lévéque, 

Miiis c'est à votre père et à votre mère à y penser, 
et après cela, ils vous choisissent tm mari, selon 
leurs goùls; ainsi je ne vois nulle utilité, mais beau- 
coup d'efTronterie, à voir les filles à marier, dire 
hautement qu'elles meurent d'impatience d'être 
mariées. 

HÉLiNlE. 

C'est qu'on les contraint trop présentement. 

U™ LÉVÉQUE. 

Bien moins qu'on ne faisoit autrefois ; mais c' est 
qu'elles sont plus libertines. 

MÉLANIE. 

Enfin, je vois être heureuse, et jouir de toute ma 
liberté. 

M""' LÉVÉQUE. 

Et qu'en ferez-vous de cette liberté? 

MÉLANIE. 

Je fais cent projets pour tourner ma vie de la ma-' 
nière la plus agréable. 



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TAOTSIÈMG PARTIE, — PROVERBE X. 93 

M"" LÉVÉQl'E. 

ConCe2-moi quelques-uns de ces projets. 

HÉLAME. 

Vous n'en serez pas contente; je veux élre bien 
sage, mais il est vrai que je veux me bien divertir. 

M"* LÉVËQIB. 

Il est difficile de joindre l'un avec l'autre. 

HÉLAME. 

Je me lèverai tard, et je me coucherai encore 
plus tard; je m'ajusterai beaucoup; je ferai con- 
noissance avec des personnes aussi gaies* que moi 
pour prendre nos plaisirs ensemble; je serai en état 
d'en donner, car, surtout je veux faire de la dé- 
pense. 

- m"" i^véque. 

Vous vous perdrez avant qu'il soit un mois. 

NÉLANIE. 

Je ne me perdrai pas; voire ùge vous fait regar- 
der les choses trop sérieusement; laissez-moi votre 
fille pour me réjouir par avance avec elle de tout ce 
que nous ferons. 

M°" LÉVÉÛKE. 

Vous l'entretiendrez une autre fois. Voîci madame 
votre mère qui vient avec un homme. 



SCÈNE QUATRIÈME. 
M™* DE SUFFKm. 

Soi'tez, ma fille, avec votre gouvernante, j'ai af- 
faire. 



i.GoogIc 



04 CONSEILS KT INftTRUCTION& AUX- 
H. HARTT. 

Vous ne roulez pas, madame, que j'aie VhOBnwr 
de vous parler devant elleP 

H*" DE StIFFRIN. 

Il faut traiter nos affaires tête & tête. 

tl. BURTY. 

Je TOUS ai tout dit, madame, en vous demandaut 
mademoiselle votre fille pour H. Daigrefeuil. 
m"" db sufprin. 

C'est une proposition si avantageuse pour elle, 
que je ne puis la refuser. J'ai la procuration de sou 
père, qui est absent, et ainsi nous pouvons dresser 
les articles. 

M. HARfr. 

Voua n'avez qu'à ordonner de tout, madame, et 
prendre le jour avec vos gens d'affaires. M. Diùgre- 
feuil désire que ce mariage se fasse promptement, 
sans dépense et sans éclat, 

m"' de SDFPRDi. 

. Rien n'est plus sage, et j'ose vous dire que c'est 
tout à fait de mon goût. 



SCÈNE CINQUIËHB. 

HÉLANIE. 
Viens, ma chère Madelon, je veux m'abandonner 
avec toi à la joie oîi je suis de tous les plaisirs que je 
vais avoir. 

MADELON. 

Croyez-vous que vous serez heureuse ? 



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TKOmkVB PARTIE. — PROVERBE S. 95 

HÉLiHIE. 

J'en réponds, et je ne vais plus songer qu'à foire 
ma volonté, et à chercher tout ce qui pourra me 
faire plaisir. 

HADELON. 

Demeurerai-je avec vous? 

HÉLATJIE. 

Oui, je veux que tu parlEiges mon bonheur. 

MADELON. 

Je suis bien d'humeur à partager votre joie ; mais 
qu'est-ce donc que nous ferons? 

HÉLANIB. 

J'aurai du bien, un grand domestique, un car- 
rosse, six chevaux, de belles bardes. 

MADELON. 

Oui ; mais vous aurez des compagnies dont je ne 
pourrai être. 

MÉLANIE. 

Ne te mets pas en peine; je fournirai à tout, et 
quand je me serai bien divertie avec les dames, je 
me divertirai bien avec toi. 

HADELON. 

Comment arrangez-vous vos journées? 

MÉLANIE. 

Je me lèverai quand je me réveillerù ; nous dé- 
jeunerons ensemble ; nous mangerons tout ce qui 
nous viendra en fantaisie; après cela je m'habillerai 
avec tous ces ajustements que ma mère me refu- 
soit; je dlUerai, nous irons à la Comédie, â l'Opéra, 
& la promenade, et nous courrons les rues, car tout 
me sera nouveau, ayant été aussi renfermée. 



,>.,le 



96 CONSEILS ET INSTBUCTI6N$ AUX DEMOISELLES. 
MABELON. 

Je YOudrois y déjà être. 

BÉLANtE. 

Celui <]ue j'épouse a une belle mitison de cam- 
pitgne ; j'irai pour deux ou trois jours, et nous pas- 
serons les nuits dans les jardins, et le jour au Ut 
quand il fera chaud. 

NADELON; 

N'aurez-vous personne qui voua contraigne ? 

MÉLAtflE. 

Non; ma mère ne me garde point avec elle, et je 
serai ma maîtresse en tout. 

MABELON. 

Encore une fois, je voiidrois que ce jour fût ar- 
rivé. 



SCÈNE SIXIÈME. 

ALPHOKSINF. 

jamais mariage n'a été plus vite que celui qui 
vient de se faire chez vous. 

M"' LÉVÉUUE. 

' Il est vrai, mademoiselle ; mais il me semble que 
ces afTaires ne peuvent trop tôt se conclure. 

ALPHOSSJNE. 

, M'" Mélanie .est-elle bien contente? 

M'"* LÉVÉQUE. 

Elle ne connoit gtière encore ce "qu'elle s îra. 

ALPHOKSISE. 

On dit qu'elle épouse yn bonnôte homme.. 



i.GoogIc 



TROISIËHB PARTIE. — PROVERBE X. 97 

M°" LÉVÉQUE. 

Je l'ai oui dire ■, mais je serai bien troin|ie, si elle 
ne trouve en lui un gouverneur plus sévère que 
madame sa mère, 

ALPBONSINE. 

Les voici, relirons-nous. 



SCÈNE SËPTIÈMF. 
H. DAIGREPEUJL. 

Je me trouve trop heureux de vous avoir épouïée, 
madame; mais afin qu'il n'y ail jamais de malen- 
tendu entre nous, ne serez-vous pas bien aise que je 
vous explique franchement ce que je désire de vous ? 

HÉLAME. 

Vous me ferez le plus grand plaisir du monde, 
car j'ai bien envie que vous soyez content de moi. 

H. DAIGREFEVIL. 

J'ai désiré vous épouser sur ce que j'ai su de 
l'éducation que madame votre mère vous a donnée, 
et je ne me serais jamais résolu à prendre une tiilc 
nourrie dans le monde. 

HÉLiNrE. 

Est-ce que vous ne l'aimez point ? 

' M. DAIGBEPEIIIL. 

Non certainement, je ne l'aime point; et il faut 
que vous soyez de même; j'ai du bien raisonnable- 
ment, qu'il faut ménager et même augmenter pour 
nos enfants ; je ne vous veux aucun ajustement. 



98 CONSEILS ET IHSTRDCTHHtS AUX DEMOISELLES. 
HÉLÀNIE. 

Mais je vous déplairai, si je suis trop oégUgée. 

H. DAIGRBFEUIL. 

IL faut être propre, mais non pas ajustée ; que dé- 
sirez-vôus présentement? vous voilà établie, pour- 
quoi voudriez-vous'vous parerP 

HÉLANIE. 

Pour vous uniquement. 

U. DUGREPBUIL. 

Je vous en tiens quitte. Vous ne vous parerez pas 
pour moi, puisque je vous déclare que j'en serois 
f&ché et même scandalisé. Vous dépenserez peu; 
nous irons seuls à la campagne pour épai^er. Il 
vous viendra des enfants qui vous occuperont, et 
dont vous devez être la gouvernante. Vous verrez 
madame votre mère tant que vous voudrez; vous 
aurez soin de faire vivre dans l'ordre notre petit do- 
mestique; vous travaillerez pour meubler notre 
maison ; il me semble que voilà les règles de con- 
duite d'une honnête femme, et je crois que vous 
voulez l'être. 

HÉfANlE. 

Me laissera-t-on ma gouvernante et ma fille? 

H. DA1GR£F£U1L. 

Votre gouvernante n'a plus affaire auprès de vous. 
Vos intérêts sont les miens ; je ne vous laisserai 
rien faire de mal à propos. Pour votre jeune femme 
de cbambra, elle ne vous convient pas; c'est une 
évaporée» peu propre à vous donner des avis. Mais 

LJiinml.GoOglc 



TIUHSIftHB PARTIE. — PIIOTERBE X. 99 

en voilà assez pour un jour; je vous quitte et re- 
viendrai dîner avec vous. 

HÉLAME. 

Ofi suifhje, et qui me consolera dans la douleur 
qui m'accd)1e ? 

Qui compte tatu son hâté compte deux fait. 



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100 CMSCILS ET INSTPtCTIONS AUX DEïOlSELLEa. 



PROVERBE XI'. 



U" OH BEADFRI^. M"* SAIHT-DtDIEII. 

M"' nu CASIBL, aitj do M" DR SÉNANGK. 

H-' de Deiupr«. M" BONKARTEL. 
M" DE TURAHNE. 



SCÈNE .PREMIÈRE. 
M°" DE TURANNB. 

Je vis hier la plus aimable personne du inonde. 

m"" SAINT-DIDIER. 

Et qui ? 

m"" dk turahne. 
C'est M"* de Beaupré ; elle est vive, bien faite, et 
de fort bonne conversation. 

m"' SAIHT-DIDIER. 

A-t-elle une bonne conduite? 

m" de turanng. 
Je ne m'en suis point informée; vous êtes tou- 
jours occupée de la réputation ! 

< PoQT la claue bleue, ■ 

* Avec ce proierbe trivial. H'" deUainlenon a traej qnolquei 
■cènes de Irèt-bon goût , Inspirées par une »ageise pleine d'in- 
dulgence. Le personnage de M» du Cailel eil excellent. 



TBOISIÈME PARTIE. — PBOVERItE \\. 101 

m"* SAIMT-DIDIKR. 
J'avoue que c'est ce que je trouve d'essentiel, et 
que je ne puis compter les autres avantages quand 
celui-là manque, 

M™ DE TUIUMIE. 

La réputation dépend souvent autant des autres 
que de nous-mêmes, et nous avons beau faire des 
merreilies, le monde dira du mal s'il lui platt. 

h""' SAINT-DIDIER, 

Le monde est méchant et injuste ; mais ce qui est 
faux ne subsiste pas, et quand les médisances n'ont 
point de fondement, elles tombent d'elles-mêmes, 

M™ DE TURANNE. 

Le mal qu'on dît est toujours dit. 

«■"• 8A1MT-DUHER. 

Il est vrai ; mais cette légère impression s'efface. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
h"° de beaupré. 
Vous me témoignâtes hier tant de bontés, que je 
n'ai pu attendre plus longtemps à vous en remer- 
cier. 

m"» de turanme. 
Je n'ai pas cessé de penser a vous, madame, et 
j'en parloîs à M'^ Saint-Didier, quand vous êtes 
arrivée. 

B"" SAIMT-riDlER. 

il est vrai, madame est charmée de vous à ne 
s'en pouvoir taire. 



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lOS CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX 
M°" DE BEAL'PRÉ. 

Je me trouve bien heureuse de ne pas lui dé- 
plaire, et je tâcherai de conserver un si grwid bien 
par toutes sortes de soins. 

M™ DE TURANNE. 

Je crois que vous en recevez plus que vous n'en 
rendez, et il me semble que vous êtes fort environ- 
née. 

M"* DE BEÂBPRÉ. 

Je ne sais pas; le monde cherche ceux qui ont du 
goût pour lui ; je vais souvent t^ez M™ d'AIbe : 
sa maison est ouverte à toutes sortes de plaisirs. 

m"' SAlNT-DmiER. 

Ne craignez-YOus point que cette société ne nuise 
à votre réputation ? 

H°" DE KAUFRÉ. 

Je ne fais point de mal, et ne me mets point en 
peine du reste. 

m"" SAINT-DIDIER. 

Quoi ! vous ne comptez pour rien qu'on vous croie 
comme M"' d'AIbe, et comme la plupart des femmes 
qu'elle voit? 

m"' de beaupré. 

Je ne voudrois pas mériter qu'on tint de moi de 
pareils discours, mais je veux me divertir, et cette 
msison-l y est très-propre. 

M"' SAIST-DIDIER. 

Vous vous perdez, madame, et je ne puis le voir 
sans peine. 

H™' DE BEAUPRÉ. 

* Vous êtes trop bonne; ne vous inquiétez pas pour 



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TR0I«£KE partie. — PROTKRBB XI. 103 

moi, c'est mon aSaire, et je ne sais pas venue ici 
pour chercher des avis ; je m'en vais chez M"" d' Albe, 
oi!i les discours sont moios sérieux. 



SCÈNE TROISIÈME. 
m"" SE SÉNANGE. 

C'est un triste personnage que celui que je vais 
faire, en vous parlant sur votre fille; jamais per- 
sonne ne s'est perdue si vite; est-il possible que vous 
l'ignoriez? 

11°"' DC CASTEU 

Non, je ne l'ignore pas, et j'en suis touchée comme 
je le dois. 

m"' de sénawgb. 
Ne lui en avez-vous point parlé ? 

M"' DU CASTEL. 

Plusieurs fois, sans en avoir rien obtenu, ni dimi- 
nué une seule de ses visites chez M°" d'Albe. 
m""' de sénange. 
Son mari n'est-il point averti? 

m"* du CASTEL. 

Non pas par moi, et je ne crois pas qu'il le soit 
par d'autres. 

H*" DE SÉNANGE. 

Quoi! il n'y a personne qui puisse rien sur l'es- 
prit de celte pauvre femme ? 

«"" du CASTEL. 

Je n'en connois point; et je ne la crois pas en état 
d'écouter qui que ce soit. 



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104 CO^tSBILS ET IltSniCCTIOXS AD\ DEXOI!tElLES. 
H"" DE BfiNAKGB. 

Elle ne paroissoit point mal née. 
m"" du castel. 

Elle ne l'est pas-, aussi ses inclinations éloient 
bonnes ; la mauvaise compagnie l'a perdue, et l'ar- , 
deur qu'elle avoit pour le plaisir -, elle ea trouve chez 
M"* d'Albe, rien ne peut l'en retirer. 

H™ DE SÉNINGE. 

Vous êtes bien à plaindre I 

M" DU «ASTEL. 

C'est une consolation de Vélre par vous ; mais qui 
est-ce qui vient nous troubler? 



SCÈNE QUATRIÈME. 
H"* HONHARTEL. 

Je vins hier vous chercher plus d'une fois, ma- 
dame, pour vous parler d'une chose importante, et 
qui vous regarde. 

m"" du castel. 

Je vous en fais remise par avance, de quelque 
nature qu'elle soit. 

h"* hokhaetel. 

Elle ne peut que vous affliger; mais je suis trop 
votre amie pour ne vous pas dire que la conduite de 
madame votre Olle ne se peut plus tolérer, et que 
vous ne pouvez vous dispenser d'y apporter re- 
mède. 



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TamsifiiiE PAitT[i!. — pnovenee xi. I05 

M"* DU CASTEL. 

J'ai usé tous ceux que j'ai crus bons, et je ne sais 
plus que r&ire. 

M"* DE SÉSAKGE. 

Quoi! vouilricz-vous In laisser en repos pendant 
qu'elle déshonore sa famille, el vous accable de dou- 
Içjir? 

H™ DU CASTEL. 

. Mon dessein n'est pas de la laisser en repos; mois 
je ne vois point de remède qui ne soit en quelque 
façon plus grand que le mal. 

m"" monmartel. 
Y a-t-îl un plus grand mal que celui de la loisser 
fure? et pourquoi n'en pas avertir son mariP 

m"' du CASTEL. 

C'est un si grand mal d'avertir un mari sur ce 
qui regarde sa femme! et les suites en peuvent être 
Si longues, et peut-être si funestes, que je ne crois 
pas le devoir faire. 

H"' DE SÉNAHGE. 

Elle ne mérite pas tant de ménagements, et quand 
il devrait lui en col^ter la vie, je la poiisseroîs à l'ex- 
trémité plutôt que de souffrir ce qu'elle fait. 

M"' DU CASTEL. 

Vous n'êtes pas mère, madame, et ne sentez point 
une certaine tendresse que rien ne peut effacer tout 
à fait. 

V™ HONHARTEL. 

Est-ce que vous croyez que son mari se porteroit 
aux dernières violences? 



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106 conseils et instrdctidn9 aux deh0ibu.lg3. 
m"* bu CàSTEL. * 

Non, mais le divorce seroit sans relour et â'un 
grand scandale-, une femme peut toujours revenir 
quand elle n'a point quitté son mari, 

M"" DE SÉNAWGE. 

J'admire votre prudence, et j'avoue que je ne la 
comprends pas: 

m"' DD CASTEL. 

C'est mon affaire plus que la v6lre ; vous avez sa- 
tisfait par vos avis à l'amitié, laissez-moi le soin du 
reste. 



Il vaut mieux laisser son enfant morveux, que de lui 
arracher le nez. 



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TBOISIÉWE PARTIE. — PROVEMBB XII. 



PROVERBE XII'. 



A BKHBMI VOKDWB KIED 1BE«IIBB UE VBNT. 



SCÈNE PREMIÈRE. 

M°" d'armagnac. 
Quelque joie que j'aie de vous voir chez moi, ma- 
dame, je suis fâchée du désordre où vous voyez ma 
maison. 

«°" DURAND. 

Elle est si belle et si grande qu'il y a plusieurs en- 
droits à habiter pendant qu'on travaille aux autres. 
M™ d'abhagnac. 
Vous trouvez cette maison grande! je n'y trouve 
pas la moitié de ce qu'il me faudroit. 
m"" doramd. 
R faut que vous ayez une quantité prodigieuse de 
gens pour la remplir! 

H°" d'ahiugnac. 
Je ne songe point à la remplir, mais à jouir de 

■ Ce ProTïibe et lu oue suivants étaleot desUnéa i la elaue 



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108 COItSBILS ET INSTRUCTIONS AUX DEl|OrSELLES. 

plusieurs appartemenls pour moi, el d'en avoir pour 
toutes \& saisons. 

M""* DURAND. 

Un appartement commode ne vous suffit pasi* 
h""" d' armagnac. 

Et à qui, madame, pourroit-il suffire? Moi, je lo- 
gerois l'été dans un appartement chaud, et l'hiver 
dans un appartement froid ! qui peut soutenir une 
telle misère ? 

M"" DURAND. 

Il ne faut pas disputer des goûts; mais le mienne 
seroit pas si insatiable que le vôtre. 
M"' d'armagnac. 
Je vais vous conduire où vous devez loger. 

m"* DURAND. 

Ne me traitez pas avec cette cérémonie, je vous en 
conjure. 

M™ d'arhagnac. 

Puisque vous ne le voulez pas absolument, je vous 
laisse avec M"° de Villeneuve, qui saura vous mener 
partout. 

SCÈNE DEUXIÈME. 
m'*' de VILLENEUVE, 

Vous 6Les apparemment, madame, du voisinage 
et des amies de cette maison ? 

m"" DURAND. 

Oui, madame, j'en ai une peîile à une lieue d'ici. 

m"" de VILLENEUVE. 

Je ne crois pas que M"" d'Armagnac vous y ronde 

Goo>îlc 



TROISIÈME PARTIE. — PROVBUBE XII. 109 

une visite -y car il me paraît qu'elle veut toujours être 
dans un palais. 

H"' DUHAMD. 

H est vrai qu'elle est bien étonnée que je puisse 
vivre dans une petite terre, et dans un logement où 
il n'y a que le nécessaire. 

M"' DE VILLENEUVE. 

En eCTet, madame, n'y soufTrez-vous pas un peu, 
et surtout quand vous sortez de -ce lieu-ci ? 

M°" DURAWD. 

Je sais accommoder mon goût à mob état; je ne 
changerois pas ma condition pour celle deM°" d'Ar- 
magnac. Mais ta voici tout échauflce. 



SCÈNE THOISIÈME. 
v."' d'abhagnac. 
A.vec plus de cinquante domestiques que j'ai, je 
ne suis pas assurée de vous donner un bon souper, 
et je crois que mes gens ont pris à lâche de me déses- 
pérer aujourd'hui. 

m"' DURAND. 

Ne vous fâchez pas, madame ; nous ne sommes pas 
accoutumés à la magnificence comme vous; et il y 
en aura trop pour nous. 

M"* d'armagnac. 

Je suis contrariée! partout on a péché sans rien 
prendre pour ce soir; on revient de la chasse sans 
une pièce de gibier. Adieu. 



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110 COMSËILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

SCÈNE QUATRIÈME. 
m"* DimAHD. 

Voilà une étrange inquiétude! 

n^ DE VILLENEOTK. 

Vous ne vous en donnez peut-être pas tant dans 
votre petite maison. 

M°" DURAND. 

1[ est vrai, madame'-, je suis fort tranquille; rien ne 
me manque de tout ce que je puis désirer. 

M"^ de VILLENEUVE. 

C'est peut-être votre modération qui vous rend 
heureuse, car il n'est pas possible que vous n'ayez 
ea petit les peines que W' d'Armagnac a en grand. 

m"" DURAND. 

Je voudrois mériter les louanges que vous me 
donnez, mais je vous assure que j'ai très-peu de 
choses à souârir. 

M™ DE VILLENEUVE. 

Quand on se foit un malheur de ne pas avoir de 
tout en abondance, peu de personnes sontheureuses. 

M™ DDBAND. 

Mon abondance est proportionnée à mes besoins; 
j'ai peu de domestiques, mais ils me servent par&i- 
tement ; j'ai peu d'enfants , et ils ne me donnent 
que du plaisir. 

m"" de VILLENEUVE. 

Hais quand, sur ce peu de bien, il vous arrive une 
grftle, un incendie, le vol d'un valet, n'en ètes-vous 
point f&cbéeP 



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TBOISlkH FAKTIB. — PROTKRBB XII. 111 

M™ DDRAHD. 

U ne m'est jamais rien arrivé de tout ce que vous 
venez de dire. 

H"* DE ViLLENBDVE. 

Quoi ! vos terres rapportent également tous les 
ans? , 

m"* DURAND. 

A peu près ; si une chose manque, une autre vient 
. en quantité, et l'une remplace l'autre. 

H™ DE VILLENEUVE. 

Ne sentez-vous pas la peine des maladies? 

M™ DnB&ND. 

Je suis fort saine, mes enfants sont vigoureux, et 
je n'ai jamais vu mon mari incommodé. 



SCÈNE CINQUIËHE. 

M™ DE CLERHONT. 

Sauvez-vous, mesdames, le feu est ici. Le vent 
qui vient de ce câté-la ne laisse pas lieu d'espérer 
qu'on puisse l'éteindre. 

M°" DE VILLENEUVE. 

OÙ est la pauvre M"' d'Armagnac ? 

H°" DE CLERHONT. 

Elle se désespère. . 

M°" DCRAHD. 

D'oii vieDt que mon fils est ici? 

H. DURAND FILS. 

Je vous cherche, ma mère, pour vous dire que le 
feu prit hier chez vous. 



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112 CONSEILS ET IKSTRUCTtONS AUX HF-IIO [SELLES. 
M*" DURAMD. 

Eh bien? 

M. DURAND nia. 

Il fut éteint en un moment par l'offection de vos 
gens, et le vent qu'il avoit fait tout le jour cessa 
comme par miracle. 

M™ DURAND A M" DE VILLESEUVE. 

Vous voyez, madame, que je vous ai dit vrai, et 
que les accidents ne sont pas pour moi. 

A ùrebis tondue Dieu mesure le vent. 



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TROISIËME PARTIE. ■ 



PROVERBE XIIP. 



M-* OLtTIEB. LOUiSON. 

M. LECOQ, inarchiad. MARmkTTE, 

ll"REl|y. CLAUDINE, 



SCÈNE PREUIËRE. 
M"" OLIVIER. 

IL esl tein|)s <Ie se faire habiller d'hiver; avez-vous 
quelque heau velours? 

H. LECOQ. 

Oui, madame, vous n'en trouverez pas de pareil 
dans tout Paris. 

s" OLIVIER. 

Mais est-il aussi bon que beau? car je veux qu'un 
hahil me dure longtemps. 

H. LECOQ. 

Vous n'en verrez jamais la tin ; il est épais, garni, 
mollet et je n'en ai point eu de si beau depuis que je 
suis marchand. 



■ Pour la c\aVM jaune. 



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114 CONSEILS ET INSTHUCTIONS AUX DSHOtULLES. 
M™ OUVIER. 

Vous m'en répondez? 

U. LECOO. 

Oui, madame, sur mon honneur, et vous me sau- 
rez bon gré de vous l'avoir donné. 
m" olivier. 
£st-il bien cherP 

M. LECOQ. 

Non pas , si on regarde ce qu'il vaut ; mais il est 
vrai qu'il est plus cher que les autres parce qu'il est 
meilleur. 

m"" OUVtEB. 

J'aime ce qui dure longtemps; je le prends sur 
votre parole. 

SCENE DEDXIËME. 

m"" olivikk. 
Louison? 

LOUISO». 
Madame. 

M™ OLIVIER. 

Ne perdez pas un moment à envoyer ce velours à 
mon tailleur ; c'est un habit tout uni ; je veux l'avoir 



LOUISON. 

Vous l'aurez aisément, madame; les habits sont 
bientôt Faits quund il n'y a point de chamarures. 



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PARTIE. — PROVERBB XIII. 115 

SCENE TBOISIÈHE. 
HARINETTE. 

Que je suis aise de te trouver ! où as-tu été cachée 
depuis si longtemps ? 

CLAUDINE. 

Je sers une dévote qui ne fait pas faire grand che- 
min, et toi où es-tu? 

MABmETTE. 

Je suis chez un riche marchand qui fait bonne 
chère et qui me promet de gros gages. 

CLAUDINE. 

Je ne te porte point d'envie, car je suis en repos 
chez ma bonne sainte , et j'espère me sauver avec 
elle. 

HARINETTE. 

J'espère faire ma fortune, et je me tue de travail 
pour demeurer où je suis. 



SCENE QUATRIÈME. 
LOUISON. 

Ah! madame, votre habit! 

M" OLIVIER. 

Il est déjà fait ! voilà une grande dihgence. 

LOUISON. 

Il n'est point fait et ne le sera jamais. Ce velours 



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110 CONSBtL liT INâritlTCriOMS aux DEI[OISEl.l.Bi. 

ne vaut rien, il se déchire dès qu'on y touche, et ne 
peut soulTi'ir l'aiguille. 

M"' OLIVIER. 

Voilà une grande tromperie, mais n'en dis mot; 
envoie chercher le marchand. 

LOUISOH. 

Le voici qui vient tout à propos. 



SCÈNE CINQUIÈME. 
M"" OLIVIER. 

J'alloîs vous envoyer chercher pour vous proposer 
un mariage. 

H. LECOQ. 

Vous avez bien de la honte, madame, et je serai 
trop heureux d'être marié de votre main. 

M°" OUVIGR. 

C'est la fille d'un marchand, elle est bien faite, 
sage, unique et aura dix. mille écus, 

M. LECOQ. 

Vous pouvez conclure, madame, et le plus tdt pos- 
sible est le meilleur, de peur qu'un autre ne m'en- 
lève un si bon parti. 



SCENE SIXIEME. 



LOUISON. 
Esl-ce ainsi que vous vous vengez? 



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TROtSlËKE PARTIE. — PnOVBRBE Xltl. 117 

m"* OUVIEB. 

Ne dis rien encore une fois, il se repentira de 
in'avoir trompée'. 



SCÈNE SEPTIÈME. 
CLAUDINE. 

Ha sainte maltresse est bien aisée à servir et me 
donne le temps de te voir. 

HARINETTE. 

Je suis trompée, mon marchand m'a mise dehors 
sans me donner un sou. 

CLAUDINE. 

C'est r&cbeux, mais il Caut bien lui pardonner. 

HARINETTE. 

Pardonner ! ce n'est pas là ee que je lui prépare. 



SCÈNE HUITIÈUB. 
H. LECOQ. 

Je ne crois pas qu'il y ait plus malheureux homme 
que moi; j'ai épousé une femme que j'ai cru pouvoir 
aimer, et qu'on m'assuroit qui étoit riche; et je 
trouve qu'elle n'a pas un sou vaillant, qu'elle a une 

' U personnoge de Mme Olivier M odlecx. On ne pcnt douter 
que les demoiselles en étaient arerlicB, ainsi que de la moralitâ 
fort pea chcëtienDe du proTerbe* 



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lis coNseas n* instrcctioks aux DmonuLES. 
humeur insupportable, et que sa personne est encore 
plus désagré^Ie que tout le reste. 

H™ REMT. 

Je vous cherchois pour vous apprendre que vous 
êtes volé , et ii faut que ce soit quelque domes- 
tique ; car on n'u rien laissé, et on a été dans tous 
les endroits de la maison : on soupçonne votre 
servante. 

H. LBCOQ. 

Me voilà donc réduit à rhApilal ! Qu'ai-je feit poor 
essuyer une telle chute? 

Hpx BKMT. 

C'est à vous à l'examiner : nous nous attirons 
quelquefois nos disgr&ces. Adieu. 

A micAant trompeur^ trompeur et dtmi. 



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TROISIÈME PARTIE. — PHOVEnBE XIT. 



PROVERBE XIV'. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
H. DE SAINT-EREtEST. 

J'ai envie de me marier ; mais je voudrois faire un 
bon choix et pouvoir élre heureux avec celle que 
i'épouserois. 

H. DDVAL. 

On trouve assez de filles à marier ; mais vous êtes 
peut-être difficile. 

H. SE SAlNT-ERfJEST. 

Non: maisjeroudrois seulement de la sagesse, de 
la douceur. 

H. DDVAL. 

Ne TOUS souciez-vous pas de la richesse? 



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120 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 
H. DE SAINT-ERNEST. 

3e voudrois trouver (put ensemble , s'il éloit pos- 
sible; mais je sais qu'il ne faut pas l'espérer. 

M. DUVAL. 

I.aissez-moi faire; je vais cltercher sans faire de 
bruit. 

H. DE SAtNT-ERNEST. 

Vous serez cause de mon bonheur. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
M"" d'aLENÇON. 

Est-il vrai, madame, que vous mariez mademoi- 
selle votre fille ? 

m"" de LUÇaY, 
Non, madame, ma fille me restera sur les bras, 
n'ayant pas de bien. 

M"" d'alekçon. 
La mienne m'est demandée par plusieurs per- 
sonnes; mais nulle proposition ne se conclut, et. 
voilà trois à quatre affaires rompues, les unes après 
les autres, sans que j'en comprenne la raison. 
k"" de luçay. 
Je voudrois ëlre aussi assurée de l'établissement 
de la mienne que je le suis de la vôtre. 
m"* d'alençow. 
Mais comment voulez-vous la marier en la cachant 
toujours ? 

M°" DE LUÇAÏ. 

Je suis ravie de son goût pour la retraite, et j'ou- 



i.Googlc 



THOl^ÈHB PARTIE,— PDOVEnBE XIV. 121 

rois bien de la peine à la montrer , car elle craint le 
monde et aime la solitude. 

M"' d'alençoh. 

Je garde une conduite bien différente; je mène ma 
CUe partout, afin que quelqu'un me la demande. 
m"' de luçay. 

Ma fille va i l'église dés le matin pour n'y voir 
personne de connoissance; eile revient tire et tra- 
vailler, soulager son père et moi des soins de notre 
domestique; elle nous console dans nos peines, et 
il faut que nous l'aimions autant que nous Le faisons 
pour dt^irer de la voir établie, car ce sera pour nous 
une dure séparation. 

m"" d'alençoh. 

Vous me surprenez, en me disant qu'elle est gaie, 
en fusant la vie qu'elle fait; mais il est tard, il faut 
que je vous quitte. 



SCÈNE TROISIÈME. 

H. DUVAL. 

J'ai deux filles à vous proposer, mais três-dilTé- 
rentes l'une de l'autre. La première est M"° d'Alen- 
çon; elle est belle et riche, propre au monde-,etle 
l'aime et s'en fait aimer, et vous attirera bonne et 
grande compagnie. La seconde est M'^ de Luçay; 
elle n'est pas belle, elle n'est pas riche, elle passe sa 
vie à servir son père et sa mère ; elle ne fait aucune 
dépense ; elle se caclie le plus qu'elle peut ; elle est 
douce, gaie, modeste, adorée de ses domestiques, 



12S CONSEILS ET INSTRDCTlONS ADX IWIIOISSLUS. 

qui en disent des merveilles; j'en ai gagné un (jui . 
m'a Tait le portrait que je vous fais. Je me suis in- 
formé d'elle dans le quartier où elle demeure; et 
quelque soin qu'on prenne & se cacher, j'ai vu que 
sa réputation se répand, et qu'on parle d'elle très- 
avantageusement. 

M. DE SAINT-ERNEST. 

je ne puis résister, mon cher ami, à aller de- 
mander M"° de Luçay à M. son père. Je serai trop 
heureux s'il veut me donner sa ûile. 

Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. 



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TROISIÈME PAUnS. — PROVBABK XV. 183 



PROVERBE XV'. 






H» DE BRIINCOURT. LAFLEUR. 

■I» DE CLAinriUB. LAFOBEST. 

— JÂEJIUF. 



SCÈNB PREMIÈRE. 
LAFLEUR . 

Bonjour, mon ami; où es-tu présentement? 

LAFOREST. 

Cuisinier chez M. le duc de la Feuillade, et toi ? 

LAFLECR. 

Je suis toujours cocher chez M"' la présidente de 
Nisan. 

LAFOREST. 

Comment te portes-tu ? Ton visage me marque du 
chagrin. 

LAFLEUR. 

J'en ai aussi un très-grand. 
* Poiir la classe jaune. 

LJnnzPfl.GoOgle 



124 CONSEILS ET INSTftDCnONS AUX fiEHOtSBLLES. 
LAP0RE8T. 

Est-ce que ton maître est mal content de toi? 

LAPLEUR. 

Ce n'est pas là ce qui me met en peine. 

LAFOREST. 

Et quoi donc? 

LAFLEUR. 

C'est que le prince Eugène a reçu un renfort, et 
que j'ai peur qu'il ne batte M. de Vendôme '. 

LAFOREST. 

Pourquoi le battroit-il? Vivent la France elles 
François! ce sont les plus braves gens du monde. 

LAFLEDR. 

Et M. de Bavière sera-t-il de notre côté ou non "? 

LAFOREST. 

Je n'en sais rien, mais je n'en suis pas inquiet. 

SCÈNE DEUXIÈME. 
JASMIN. 

Monsieur demande à dîner , et il n'y n rien de 
prêl. 

LAFLEiiR {tout joyeux), 
\jb duc de Bourgogne commande en Flandre^. 

JASMIN. 

Muis il n'est pas question du duc de Boui^ogne, 
cl il faut dincr. 

■ Dana la guerre de la siieccsilon d'Espagne. 

* I. 'électeur de Bavière était alors l'allié de la Franco. 

• l,e peuple vil en elTct atec plaisir le petit-fils de Louis XEV 
prendre la commandemonl do l'armée de Flandre en n08; mais 
>ca laccéj du prinee ne tépondireDl pas à ces espérances. 



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TROISIËHG PlnTIE. — PROVEBBE XT. 125 

LAFLEUR. 

Allons en quelque lieu retiré parler à noire aise 
des grandes affaires. 

SCÈNE TROISIÈME. 

M"* DE FOnTANGE. 

Je suis fâchée, monsieur, de la peine que je vous 
donne de venir ici ; mais j'ai grand besoin de votre 
secours. 

LE MÉDECIN. 

De quoi vous plaignez-vousP 

M™ DE FONTANGE. 

Je crois être hydropique. 

LE MÉI>ECIN. 

Je vous souhaiteroîs la santé du Roi ; je le vis hier 
dîner et marcher tout le jour ; il est comme il étmt 
 l'âge de vingt-cinq ans. 

m"' de fontahce. 

n est bien heureux ! mais je ne suis pas de même, 
et mon mal augmente si fort que je crains de n'aller 
pas loin. 

LE HËDECIN, 

On revient de Marly, la cour ne fut jnmais plus 
belle; elle est remplie de princes et de princesses, 
de généraux; tous les officiers sont. ici présente- 
ment. On est pressé dans la chambre du Roi à ne pas 
pouvoir se retourner. On a fait dix maréchaux de 
France. 

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IS6 CONSEILS ET INSTRCCTIONS AUX DEMOISELLES. 
M™* DE FONTÀUGE. 

J'ai une soif continuelle ; ne me doonerez-vous 
pas quelque soulagement? 

LE MÉDECIN. 

Je veux être ce soir au coucher du Roi, et demain 
au lever de Monseigneur. Je verrai dîner M. le duc 
de Bourgogne, et je songerai ensuite a ce qu'il vous 
faut. Vous me paroissez triste, vous devriez voir la 
cour, vous seriez ravie. 

M°" DE FOHTAHGE. 

Il n'y a plus de cour pour moi, monsieur*, je vous 
remercie de votre visite. 



SCÈNE QUATIIIËUE. 
M"* DE CLAIRVILLE. 

Que Je suis lasse d'entendre parler de ménage et 
d'éducation d'enfants I je n'ai jamais vu de femmes 
si femmes que celles qui sortent de ma chambre. 

M"' DE DRIANCOUR. 

Vous ne pouvez mieux adresser ces plaintes qu'à 
moi, qui ne puis m'accommoder de mon état. 

m"' DE CLAIRVILLE. 

On veut nous renfermer avec nos maris et notre 
famille. 

M°' DE BBIANCOUR. 

Ou dans le soin de nos affaires et de nos valets. 

V°" DE CLAIRVILLE. 

Ce n'est donc pas là voire inclination ? 



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TROISIËHB PARne. — PBOTEBBE XV. 1S7 

M*" DE BRUNCODR. 

NoD certainement, et je n'ai de plaisir qu'à en- 
tendre parler de la science. 

M™ DE CL*mVILLE. 

Ma passion est la guerre, et je passerois ma vie à en 
discourir. Que les hommes sont heureux d'aller par- 
tout, d'être libres, de voir tous les jours des choses 
nouvelles, et de commander à des régiments tout 
entiers ! 

m"" de BRlANCOïft. 

Qu'ils sont heureux d'avoir tant de livres qu'ils 
veulent! Savez-vous qu'il y en a un tout nouveau de 
M. de Meaux? Il est bien écrit, les preuves qu'il 
avance sont convaincantes, ses citations sont justes 
et bien choisies. 

M"* DE CLWRVILLB. 

On vient de faire des maréchaux de France j quel 
bonheur ! une pauvre femme n'en peut avoir de 
pareil ; .mais évitons ces deux hommes qui viennent. 

SCÈNE CINQUIÈME. 

M. pÈrRIEB. 

M'apportez-vous mes papiers, et la consultation 
que vous deviez faire? 

M. SEVESTRE. ' 

Elle n'est point prête ; vous aurez vos papiers de- 
main; j'ai été si occupé de certains vers que je fais 
présentement, que je n'ai pu m'occuper d'autre 
chose. 



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128 CONSEILS r.T ISSTItUCTIONS At3K DF.UOISKLLES. 
H. PERRIER. 

Uo avocat faire des vers! 

H. SEVESTRE. 

C'est un tangage qui me charme, et j'aimepois 
mieux avoir été Corneille ou Racine que d'êlre 
chancelier. 

H. PERRIER. 

Vos affaires ni les miennes ne se trouveroient pas 
bien (le celte inclination. 

H. SEVESTRE. 

Il n'est rien tel que de lire des vers ou d'en fuire. 

SCÈNE SIXIÈME. 
LAFLECR. 
A quoi vous amusez-vous là, ma heltc Gllei* 

SUZËTTE. 

Je garde les vaches de mon [lère et de tout lo 
village. 

LAFLEUn. 

Laissez ce soin à quelque misérahle, et venez avec 
moi; je vous épouserai, et vous Imbillerai en de- 
moiselle. 

SUZETTE. 

Ce n'est pas là jnon clal; .mon père cl ma mère 
m'ont chargée de ces vaches cl je ne les quitterai pas. 

LAFLEim. 

Venez seulement tiiirc un tour avec moi à la ville, 
et vous reviendrez à vos vaches. 



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TROIStËHB PARTIE. — PROVERBE Vt, 129 

8UZETTE, 

J'en suis chargée, et pour rien du monde je ne les 
perdrois de vue, c'est ma seule affaire. 

Si chacun faûoit son milùr, les vaches aeroient 
mieux gardées. 



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130 GOKSEILB ET INSTRUCTIONS ADX OHOIULLES. 



PROVERBE XVI'. 



i.'KAii 9VI caniA vaut t 



H» AUBILLiC, gouTci 



SCÈNE PBEMIËRE. 
M"' DD CASTEL. 

Je ne me sens pas de joie de vous voir, madame, 
et voici un moment que j'attends depuis longtemps 
avec une grande impatience. 

m"" DO LUC. 

Je n'en avois pas moins de mon cdté; mais je me 
sens encore plus de plaisir que je ne croyois. 

M™ DO CASTEL. 

C'en est un grand de revoir une amie telle que 
TOUS l'êtes ; mais combien de temps faudra-t-il pour 
nous dire tout ce qui nous est arrivé depuis notre 
séparation ? 

M°" DU LUC. 

Je meurs d'envie de vous parler de ma fille. 
' PooT la dtstt Jaune, 



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TROISIËVE PARTIE. — PROVERBE XTI. ISI 

M™ DU CASTBL. 

Et moi de la mienne. 

M™ DU LUC. 

La vôtre est-elte déjà grande ? 

M°" DU CASTEL. 

Elle a seize ans, et la vôtre ? 

M"* DU LUC. 

Elle ea a près de dix-huit. 

M"' DC CASTBL. 

E^t-elle bien née et bien faite? 

m"" BU LUC. 

Elle n'a de défaut que d'être trop sage. 

M™ DC CASTEL. 

Je ne vous ferai pas les mêmes plaintes, la mienne 
est d'une vivacité qui me fait trembler. 

M"" DU LIIC. 

Voioi ma fille avec sa gouvernante, je suis ravie 
de vous la montrer. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
m"" AURILLAC. 
Madame, j'ai voulu mener mademoiselle à la pro- 
menade, comme vous me l'aviez ordonné; elle n'a 
jamais voulu y aller ; et ayant su que vous n'étiez 
pas loin, je viens vous demander vos ordres. 

M™ DU LUC. 

Pourquoi, ma fille, ne voulez-vous point vous 
divertir ? Votre langueur me fait craindre que vous 
ne tombiez malade. 



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132 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX ItEHOISELLES. 
EMILIE {d'un ton languUsant). 
Je suis bien partout, madame, et je me passe 
aisément de plaisir, 

U"" DU CASTEL. 

A voire âge, mademoiselle? et que feroz-vous 
donc qusnd vous serez plus vieille? 

EMILIE. 

J'en serai bien aise, car on ne me parlera plus de 
me divertir, et je rêverai tant que je voudrai. 

M"' DO CASTEL. 

Vous aimez à rêver? 

EMILIE. 

C'est mon seul goût ; j'y passerois ma vie. 

M"' DU LUC. 

Voilà son bumeur, qui me met an désespoir. 

M"' DO CASTEL. 

Eli! pourquoi, madame? laissez-la rêver; cela 
est plus aisé que de garder mon étourdie de fille, 
qu'on ne peut tenir. 

M™ DU LUC. 

Je voudrois que nous en pussions ebanger. Adieu, 
nous nous reverrons bientôt. 

SCÈNE TEIOISIÈME. 
8UZANME. 
Bonjour, ma obère amie, nous voici enQo en- 
semble après une longue séparation. 

. ,., i.GoogIc 



TROISI&HE PARTIE. — PROVBRDE XVI. 133 

LOUISE. 

Nos maîtresses paraissent ravies de se revoir ; no 
nous quitlons plus. 

SUZANNE. 

• Il ne tiendra pas à moi; mais nous avons chez 
nous une lendoro qui nous allristc tous, et qui me 
tiendra à la maison parce qu'elle y est toujours. 

LOUISE. 

Nous avons une éveillée, qui ne donne pas un 
moment de repos, et je crains qu'elle ne donne 
quelque déplaisir à sa mère. 

SUZANNE. 

La nôtre pourra ennuyer la sienne, mais il n'y a 
que cela à craindre. 

LOUISE. 

Voyons-DOU3 souvent, te reste ira comme il 
pourra. 



SCÈNE OUATRIÈME. 
M°" DU Castel à Clotilde. 
Je vous veux donner une amie qui est ausii sage 
que vous des folle. 

CLOTILDE. 

Je m'en accommoderai fort bien, madame, elle 
me rendra peut-être plus sage el je la réjouirai. 
m"" du castel. 

La voici , je vous laisse avec elle pour qu'elle soit 
plus en liberté. 

n. 12 

LJnnmi.GoogJe 



134 CWtSEILS ET INSmOCTtONS AUX KHOISELLES. 
SCÈNE CINQUIÈME. 
ÉHILIB. 
Ma mère a voulu que je vous vinsse voir, made- 
moiselle, et que je vous demandasse votre amitié. 

CLOTILDE. 

J'en aurais fait toutes les avances, et je crains 
qu'elle ne vous ait contrainte. 

ÉHILIK. 

J'aime fort ma chambre, et j'avoue que j'ai de la 
peine i en sortir. 

CLOTU.DE. 

Eh ! quel plaisir trouvez-vous dans votre chambre? 

EMILIE. 

J'en trouve à tout ce que je fais; uu ouvrage 
m'occupe, un livre m'entretient; je cause avec tout 
ce qui est avec moi-, je chante et danse toute seule, 
et je ne connois point l'ennui. 

CLODLDE. 

C'est que vous êtes trop sage, ou du moins trop 
sérieuse. 

EMILIE. 

Tout est à craindre des filles qui ne le sont pas. 

CLOTILDE. 

Je suis gaie, mais j'aimerois mieux mourir que de 
manquer à aucun de mes devoirs. 

SCËNE SIXIËUE. 
SUZANNE, accourant éperdue^ 
Que je vous plains, madame, et qui l'eût jtwnaia 
cru? 



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TnmnKMB part». ~ pioTEmE xvi. 115 

M™ WJ UJC. 

Quoi doDcI 

SUZANNE. 

Je n'ai pas la force de vous le dire, 

M°" DU LCC. 

Ne me fais point mourir d'inquiétude. 

SUZ&NNE. 

Votre fille.... 

M"' DU LUC. 

Eh bien? 

SUZANNE. 

Votre fille est... 

M"* DU LUC. 

Malade? 

SUZANNE. 

C'est bien pis. 

m"' bu LUC. 

Comment! ma fille est morte? 

SUZANNE. 

Encore pis. 

M"' DU LUC. 

Explique-toi? 

SUZANNE. 

Votre fille s'est fait enlever!., elle a si bien rêvé, 
qn'elle a donné tous ses rendez-vous à un homme 
qui lui écrivoit de belles lettres sur ses rêveries; ils 
s'en sont allés tous les deux. 

M" DU LUC. 

Je suis au désespoir, courons-y chercher quelque 
remède. 



i.GoogIc 



136 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEKOtSELLBS. 
SUZANNE. 

Il viendra trop tard. Elle est bien loin. 



SCÈNE SEPTIÈME. 
m"' du CASTEL. 
Qu'est-ce que j'apprends ? Le prince de Tarenle 
vous aime el veut vous épouser! 

CLOTILDE. 

, Il m'a fait parler par M"" de Saint-Marc. 
m"" du castel. 
Qu'avez-vous répondu? 

CLOTILDE. 

Que j'étois très-offensée qu'il s'adressât à moi, et 
qu'il falloit aller à vous, ne voulant jamais que ce 
que TOUS voudrez. 

M"" DU CASTEL. 

Comment ! vous accommoderiez-vous que je re- 
fusasse une telle fortune? 

CLOTILDE. 

Je serois persuadée que vous auriez de bonnes 
raisons, et je ne m'en mf^tlrois point en peine. 

M™ DU CASTEL. 

Vous seriez soumise à un tel refus! et que pour- 
ro!s-je après cela vous proposer ? 

CLOTILDE. 

Qui vous voudriez , et je le recevrois de votre inain. 

M"* DU fiASTEL, 

Et si je ne vouloîs point vous marier? 



i.GoogIc 



mOIBlBHB PARTIE. — PROVERBE KV[. 137 

CLOTILDE. 

Je demeurerois auprès de vous, et j'espère que 
vous ne me verriez jamais y changer d'Uumeur, ni 
manquer à ce que je vous dois. 
m"" du castel. 

Ah ! pauvre M"* du Luc ! que nous avons mal 
connu nos iilles! et que j'ai de sujets d'aimer la 
mienne ! 

L'eau qui coule vaut mieux gue celle gui croupit. 



LJnnmi.GoOglc 



188 CONSULS n IHSTBDCTIOMS AUX peiOlSBUKB. 

PROVERBE XVII'. 
m£ch4nt «uvbikb H'* «amah bon •vriL. 



1- Doniic. 


M~ KOBIN, 


■• DE SAINI-CTH. 


THÉRÈSE, 


"• DOEBAC. 


JUSTINE. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
M™ DE BUNT-CYR. 

Puis-je VOUS demander, sans être indiscrète, si 
quelque chose vous afflige? 

M" DORBAC. 

Ma patience est à bout sur Téducation de 'ma fille. 

«"• DE SAINT-CYR. 

N'est-ce point que vous la voulez trop parfaite? 

M"" DORBAC. 

Non, mais je ne puis venir à bout des moindres 
choses; et m'en occupant depuis le matin jusqu'au 
soir, je ne puis lui apprendre ce que tous les enfants 
savent. 

m" BE SAIST-CYR. 

Je suis plus heureuse dans mes enfants; j'en ai 
beaucoup, et pas un ne m'embarrasse. 

' Pour la i:\aiKjaune. 

Ljiinmi.Google 



raoniKHi Mxm. — ntomiBB xtd. 139 

m"* dorbac. 
Donnez-moi vos conseils, je vous en conjure. 

M™ DE SAINT-CTR. 

Je ne sais rien là-dessus de particulier; je t&che 
de leur faire entendre raison, je mêle la douceur à 
la fenneté, et j'attends avec patience que Dieu bé- 
nisse ce que je fais. 

N*" DORBAC. 

Je n'ai point encore essayé de la douceur. 

M"' DE SAlNT-CTR. 

C'est pourtant par où il faut commencer. 

M"* DORBAC. 

Je veux vous croire, et je vous dirai comment je 
m'en se[ai trouvée. 



SCËNE DEUXIÈME. 
JtIBTIHB. 

Nos maltresses sont ensemble, et nous donnent 
le temps de nous voir. 

TBËHÈSe. 

Je ne sais comment elles se cherchent, car je n'ai 
jamais vu deux personnes si différentes. 

JUSTINE. 

La mienne est la douceur même, et d'une égalité 
d'humeur qui est surprenante. 

THÉRÈSE. 

La mienne n'est ni rude ni méchante, mais tout 
l'embarrasse ; le soin de sa fille l'inquiète, elle ne 
sait ni s'en faire aimer ni s'en faire craindre. 



.«le 



HO CONSEILS ET INSTHUCnONS AUX DEM0ISBU.e3. 
iUSTtHE, 

Est-ce qu'elle est mal née? 

THÉRÈSE. 

Non, elle est bonne enfant avec nous autres. 

JUSTINE. 

Votre maîtresse n'a-t-elle que cette fille-là? 



Elle en a perdu une qui lui donnoit autant de 
peine , et dont elle nous conte tous les jours des 
merveilles. 

JUSTINE. 

D'ailleurs est-elle aisée à servir? 

TB^ÈSE. 

On ne Tait jamais à sa mode ; elle changé" souvent 
de domestiques, et je ne crois pas qu'elle en trouve 
jamais à son gré. 

JUSTINE. 

Voici ces dames qui reviennent; adieu, je te prie 
que ce ne soit pas pour longtemps. 



SCÈNE TROISIÈME. 
M"* DORBAC. 

J'ai essayé de la douceur avec ma fille, comme 
vous me Vuviez conseillé, mais elle fait plus mal 
que jamais. 

m"" de SAIiST-CyB. 

J'ai envie de vous la demander, pour voir de pris 
ce que c'est que son humeur. 



i.GoogIc 



TROISIÈME PARTIE. — PItOTERBB XVH. 141 

M"" DORBàC. 

Vous me ferez un extrême plaisir, mais je crains 
qu'elle ne vous ïncomniode. 

M"* DE SAINT-CTR. 

A parler franchement, je n'ai pas de logement de 
resle, prenez pendant ce temps-là un de mes cn- 
fanls. 

m" DORBAC. 

J'en serai ravie ! garçon, fille, donnez-moi ce que 
vous voudrez. 

M°" DE SAIHT-CYB. 

Voilà qui est fait; un garçon, c'est moins em- 
barrassant, je vais vous l'envoyer et emmener ma- 
demoiselle votre fille. 



SCÈNE ÇhUATRIÉHE. 
M"* DORBAC. 

Je prends pour quelque temps auprès de moi le 
(ils de M"* de Saint-Cyr, ayez-en soin ; servez-le, et 
me rendez compte de tout ce qu'il fera. 

M"' HORW, 

Je n'y manquerai pas, madame. 

m"" DORBAC. 

Il ne vous donnera pas grand'peine; on dit que 
ces enfants-là sont Irés-bien nés. 

m"* HORIN. 

On le dit, et que madame leur mère est une hc- 
bile femme. 



i.Google 



142 CONKILS ET imTdDCTKMa AUX BnMUILLKS. 

m"' domac. 
Je U crois très-habile, mais il y a des gens heu- 
reux en tout Appelez Thérèse, et qu'eÙe m'apporte 
mon ouvrage. 



SCÈNE CINQUIÈME. 

H"* DORBAC. 
Avez-Tous de ta soie et des aiguilles? 

THÉRÈSE. 

J'ai couru tous tes marchands; on m'assure que 
ce que je vous apporte est tout du meilleur. 

H** DORBIC. 

Quelle aiguille ! elle est grosse cotnme les doigte. 

THÉRÏSE. 

En Toilâ des petites, 

h" imjiibac. 
Je ne puis l'enfiler; la soie est trop grosse; ahl 
quel canevas! il m'est impossible de travailler. 



SCÈNE SIXIÈME. 
M"* DE SAINT-CTR. 

Ne perdons pas de temps, mademoiselle, et soyez 
usez nmple pour me dire de bonne foi les sujets 
que madame votre mère a à se plaindre de vous. 

■"* DORBAG. 

Je ne les ai jamais bien compris, car j'ù toujours 
eu une grande envie de lui plaire. 



i.GoogIc 



THMHtM» PAKTIK. — PROTEMB XVII. 143 

M"" DE SAIHT-GTII. 

Qu'est-ce qu'elle désiroit de vous? 

m"* dobbac. 
Taotôt une chose et tantôt uDe autre. 

m"" BE SAINT-CYR. 

Qa«! des choses opposées? 
h"* dorbac. 
Quelquefois. 

■"* DB S&INT-CYR. 

Elle est donc un peu bizarre? 
m"* mrbac. 
Je ne le crois pas, ntadaote; il y avoit sans doute 
de ma faute. 

M""" DE SAINT-CYR. 

Vous parloit-elle souvent? 

m"' dorbac. 
Dans de certains temps. 

M"" DE SAWT-CïB. 

Ex^|eoit-eSe que vous ne parlassi^ guère? 

If"° DORBAC. 

Selon l'humeur oi!i elle étoit. 

M™ DE SàlMT-CY». 

Voudrez-vous bien suivre ce que je vous dirai? 

■"* DORBAC. 

Oui, madame, je le ferai es tout. 

m" de SAINT-CTH. 

ie n'aime pas les filles qui parlent. 

h"" DORBAC. 

ie me tairai autant que vous le voudrez. 

m"* DE SAIHT-GYR. 

JftTeux que Toa travaille. 



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144 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DBIIOISEUES. 
m'" DORBAC. 
C'est mon inclinalion, et quand cela ne seroit pas, 
je le ferois pour vous obéir. 

m"' be SAINT-CïR. 
11 faut avec moi être diligente, se lever le matin, 
être peu occupée de sa personne, et donner tout son 
temps à des clioses utiles. 

m'" dorbac. 
J'espère faire tout ce que vous me marquez. 

m"" de saint-cïr. 
Qu'est-ce qui vous déplaira le plus? 

h"' dorbac. 
Je ne sens en moi aucune répugnance. 



SCÈNE SEPTIÈME. 

H"' DORBAC. 

Me ramenez-vous déjà ma fille, madame? je me 
doutois bien qu'elle vous montreroit bientôt tous 
ses défauts. 

m"' de saint-cïr. 

Je ne devrois pas, miidame, juger d'elle si promp- 
tement, mais je suis si surprise de ce que je vois en 
elle que je n'ai pu attendre si longtemps pour vous le 
dire. C'est un ange ; j'ai eu avec elle une conversation 
qui m'a surprise; sa douceur est charmante, son es- 
prit passe son âge, son cœur m'a encore fait plus de 
plaisir; elle conserve pour vous une tendresse et un 
respect qui lui font prendre sur elle tout ce qui s'est 
passé entre vous; elle agit comme elle parle, elle 



i.GoogIc 



TROISIËMB PARTIE. — PROVERBE XVII. H5 

est déjà odorée chez moi ; et si elle continue comme 
eHe commence, ce dont je répondrois après ce que 
jVi vu, je crois, madnme, que je l'adopterois et tous 
laisserois mon fils. 

m"" borsac. 
Je n'en suis pas si contente; il fait un bruit hor- 
rible ; j'ai voulu lui parler là-dessus, il l'a très-mal 
reçu, et nous ne serons pas longtemps amis. 

M" DE 8AINT-CTR. 

tl éloit chez moi doux comme un mouton. Voici 
M"" Morin qui vient pour vous parler. 
m"* horin. 
Monsieur de Salagnac voudroit vous parler. 

H*^ DORBAC. 

Permettez-moi de sortir un moment. 



SCÈNE HUITIÈME. 
m"" de SAIBT-CïR. 
Pendant que M°* Dorbac n'y est pas, dites-moi 
des nouvelles de mon fils. 

M"" MORIN. 

Il est digne de vous, madame, et de l'éducation 
que TOUS lui avez donnée. Nous l'aimons tous, et 
craignons que vous ne le repreniez. 

Méchant ouvrier n'a jamais bon oùlii. 



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146 CONSEILS ET INSTRCCTIONB AUX DEMOISELLES. 

PROVERBE XVni'. 
«m m VAR mnvxam, ■•> i.avF i 



[. GAUtIGB. M" BONNEFOY. 

!■• GAUTIER. BERTIHE, \^^^^^, 



SCËNB PBEMIËItB. 
BERTINE. 

Est-ce toi, Marotte? et je ne me trompe point ? 

BUBOTTE. 

C'est moi-même, Berline, qui suis ravie de te 
voir; depuis quand es-lu en ce pays? 



D'hier; et ma maltresse a grande envie de voir 
la tienne ; n'es-tu pas toujours chez M"" Gautier ? 

■ Pour la olasse patine. 

■ La moraixé de ce pioterbe «'accorde pen avec le< préceptes 
que H™' de Maintenon doimait aux demoisellea Eur la SouiMaaloD 
dea TemmeE envers leurs marts. (Voir t. I, p. 10, 32, 3tS, etc.) 
Ne serait-ce poiDt qua M"" Gautier, se modèle de douceur, cette 
brebis que le Joup mange, est M-"' de Maintenon elle-mémep Et ce 
^overbe ne eeralt-il pas une aorte d'épigramme i l'adreaae de 
Lonla XIV? Ou peut le aoup^nner d'après les entretiens de celts 
dameatecU'~>deG1aplan.Vo[r£effi'ei^(ji/'.,t. II, p. 153,etla 
•t la Convinatitm XLVlll. 



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TnoniÈiiB PARTIE. — PRovEtiBB xrtn. 147 

■ABOTTE. 

• Vraiment, oui ; je ne crois pas que js la quitte 
jamais. 

BEHTINE. 

Tu es donc fort bien P 

MAROTTE. 

C'est ta douceur même, et je fais depuis le matin 
jusqu'au soir ce que je veux ; et toi, comment es^u P 

BERTINE. 

Je suis avec une résolue qui se fait servir pour 
son argent, et avec qui il ne faut pas avoir les deux 
pieds daus un soulier. Adieu, il faut que je m'en 
aille. 

MAROTTE. 

Je serois dehors tout le jour que la mienne ne me 
diroit pas un mot. 



SCÈNE DBUXIËUB. 

M" d'acvebs. 
La première chose que j'ai faite en arrivant ici 
a été de m'informer de vous, ma chère cousine, 
mourant d'impatience de vous embrasser. 

m"" GAUTIER. 

Je vous aurois prévenue, si je vous avois su ar- 
rivée. 

M"" d'aiivbrb. 

Dites-moi donc de vos nouvelles; êtes-vous heu- 
reuse? 



i.Google — 



IK CONSEILS ET INSTnrCTIûNS AUX DESOISEl'LES, 
m" GAUTIER. 

Je le suis fort, et je n'ai pas moins d'empresse- 
ment de savoir si vous l'êtes. 

m"' d'advehs. 

Je n'ai pas mal rencontré, j'ai épousé un homme 
qui a de la naissance, du bien, une assez bonne hu- 
meur; mais il faut tenir ferme avec lui, car sans 
cela il exigeroit hien des choses que je ne veux pas 
faire. 

Vf" GAUTIER. 

Comment ! est-ce que vous résistez & votre mari P 

M™ d'auvers. 
Oui, vraiment, je lui résiste; ne résistez-voas 
pointP 

M"* GAUTIER. 

J'en serois bien f&chée, et je ne connois d'autre 
volonté que la sienne. 

m"" d'auvers. 

Que je TOUS plains! mais le voici; je me retire 
un moment. 



SCÈNE TROISIEME. 
H. GAUTIER. 

Vous me voyez d'assez mauvaise humeur, ma- 
dame. 

h"* GAUTIER. 

J'en suis bien fÂcliée ; n'en pourrois-je savoir la 
cause ? 



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TROtSIËHE PARTIE. — PROVERBE XVI[[. iK 

a. GAUTrER. 

C'est vous-mdme, madame, et la dépense que 
vous faites ea habite. 

M"' GAUTIER, 

J'ai cru ne vous point déplâtre par là, je n'en 
ferai plus. 

H. GAUTIER. 

Hais vous serez de mauvaise humeur i votre 
lour : il faut retrancher vos njustements. 

M™ GAUTIER. 

Je neveux que vous plaire; et si vous m'aimez 
autant en gritelfe', je ne porterai plus d'autres 
habits. 

M. GAUTIER. 

Je vous en aimerai bien davantoge. 

■"* GAUTIER. 

Oubliez donc le passé, et jo vous assure que vous 
n'aurez pas sujet de vous plaindre de l'avenir. 

SCÈNE OnATRIËME. 
U" BOSMEFOY. 
Qu'est-ce que cet habillement-ci? vous voilà 
comme une touriëre, est-ce une gogeure? 

M"' GAUTIER. 

Non, c^esl l'habit que j'ai choisi pour toute ma 
vie. 

* ËlotTe grtae-de laine que potlalenl Ici rcmme.4 du peuple cl 
rrtnin? rouvenh. 



i.GoogIc 



150 CONSEILS ET INSTRUCTIONS XCX DEHOISELLES. 
M"' BONNEFOY. 

Vous voulez donc vous faire moquer de vous? 

m"' GAUTIER. 

Ceux qui se moqueront auront tort, et je ne crois . 
pas être digne de moquerie en me mettant au-dessus 
de la vanité de mon sexe. 



Vous êtes trop sage pour votre âge; vous voudrez 
vous parer quand vous serez vieille. 
M™ cautieb. 

J'espère que je ne perdrai pas la raison à t» 
point-li. 

SCÈNE CINQUIÈME. 
H. GAUTIBR. 

J'ai une proposition à vous faire qui vous sur- 
prendra et vous afQigera peut-être, 

M"' CtUTlKR. 

Elle m'ofDigera si elle vous afflige. 

H. GAUTIER. 

Non, elle ne me fâche point, pourvu que vous y 
consentiez. 

m"' GAUTIER. 

Pouvez-vous en douter? 

H. Gautier. 
Je veux quitter Paris et me retirer à ma maison 
de campagne. 

M"' GAUTIER. 

Quand voulez-vous partir? je suis prête. 



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TROISltlIB PARTIE. — raovBRBB XVUI. 
M. GAUTIER. 

Le plus tât serait le meilleur. 

M™ GAUTIER. 

Vous n*aTez qu'à dire. 

H. GAUTIER. 

Demain à la pointe du jour. 

U°* GAUTIER. 

Je ne vous ferai point attendre. 



SCÈNE SIXIËUE. 
H™ d'aUTERS. 

Je ne fus jamais plus surprise que d'apprendre 
que vous étiez partie de Paris sans dire adieu à per- 
sonne, et ayant emmené tout comme si vous n'y 
deviez plus revenir. 

M"^ GAUTIER. 

Je n'y retournerai plus. 

«■' d'auvers. 
Vous voilà confinée à la campagne pour le reste 
de vos jours? 

M"' GAUTIER. 

Oui. 

M"' n'AUVERS. 

Vous allez mourir d'ennui. 

m"" GAUTIER. 

Pourquoi ? n'ai-je pas dû prévoir, en me mariant, 
que je ne ferois plus ma volonté ? 



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152 conseils et rustrucnons auk demoiselles. 
«■• d'auvers. 
Je compreods qu'on peut le prévoir; mai!< com- 
ment s'y résoudre? 

m"' GAUTIER. 

Si je m'étois trouvée incapable de cette résolu- 
tion, je ne me serois pas mariée. 
M™ d'auvers. 

Voici votre tyran qui vient; je sors, ne pouvant 
le soufTHr. 

SCfïNE SEPTIÈME. 
H. GAUTIER. 

Votre cousine va bien vite; à peine sommes-nous 
arrivés que la voilà ici. 

B™ CAUnEB. 

J'en ai élé surprise comme vous. 

H. GAUTIER. 

Elle m'importune fort, et vous me ferez plaisir 
de ne la plus voir. 

M"' GAUTIER. 

Voilà qui est fait; je me charge qu'elle n'y re- 
viendra plus. 

H. GAUTIER. 

Ne voyons plus personne, je vous en prie. 

M™ GAUTIER. 

Je le veux, puisque vous le voulez. 

Qui se fait brebis, le loup la mange. 



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TnOISieUE PARTIE. — pnovEimE xts. 



PROVERBE XIX'. 



H** DE MlBEun.. FA^ICHRTTE. 

H"* DE MlRElta. CHARUIT. 

M'» DE ■tNAKS. LA HOSB. 
H» DE gAIHt-AHDBe. 



SCÈNE PREIIIËBE. 
h"* de MAREUIL. 

Je suis ravie de vous voir, ma chère amie, et 
d'apprendre l'état de votre fortune. 
h"* de hénars. 

Elle est toujours mauvaise, mais j'espère qu'elle 
va devenir meilleure : on me propose un mariage. 

h"* de HAREUIL. 

Quoi ! vous vous résoudriez à vous marier & votre 
fige? 

h"* de BitoARS. 

Comment t à mon ègn ! suis-je trop vieille à vingt 
ans? 

h"* de MAREUIL. 

Non, assurément; vous n'êtes pas vieille, je vous 
trouve beaucoup trop jeune, 

■ Pour 11 claue faune. 



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ift4 conseils et instructions aux dbmoisciles. 
h"* de HÉNARS. 

Je n'aurois jamais pensé que vous trouvassiez 
qu'on fût trop jeune à vingt ans pour se marier, et 
dans uD temps oà l'on voit marier des Biles à douze 
ans'. 

h'" de vareuil. 

Croyez-vous qu'on s'en trouve bien? Cest la plus 
grande folie du monde de laisser faire un marché 
pour toute sa vie à une enfant à qui on ne confieroit 
pas le choix de sa jupe. 

h"* de HÉNARS. 

C'est au père et à la mère à marier leurs enfants. 

h"* de HAREUIL. 

Oui, mais c'est aux jeunes mariés à en acquitter 
les obligations ; et ils ne les connoissent guère quand 
ils s'engagent. 

h"* de HÉNARS. 

Je ne m'étonne plus si vous n'£tes pas mariée ; je 
ne pouvois en comprendre la raison. 

h"* de HAREUIL. 

Il n'y a rien qui presse. 

h"" de HÉNARS. 

Mais ne craignez-vous point que votre mari ne 
vous en aime moins quand vous ne serez plus jeune? 

m'" de HAREUIL. 

J'aime mieux qu'il m'eslime que de m'aimer. Et 
où voyez-vous que ces jeunes femmes sont si aimées, 
si elles ont un mari assorti à leur âge? Il ignore 
comme elles comment il faut vivre dans le mariage; ' 



< Voir 1. 1, p. 39. 



i.Google 



TROISIÈME PARTIE.'— PROVBRBB SIX. IM 

et on est brouillé ensemble dans l'âge ou l'on aurait 
dû se marier. Si elles en prennent un vieux, il s'ac- 
coutume à les traiter en enfant, et n'en revient 
jaaiBis. 

h"* de hésars. 

Vous me persuaderiez par la forcetie vos raisons, 

si la coutume n'étoit pour moi; mais je vois un de 

mes gens qui me cherche et qui me force à vous 

quitter. 

SCÈNE DEUXIÈME. 

FANCUETTE, en fiant. 
H*"* de Saint-André vous attend chez vous, il y a 
longtemps. 

h"* de hémars. 
D'où vous vient cette envie de rire ? 

FANCHEXTE. 

C'est qu'elle nous a fait entendre que nous irions* 
bientôt à vos noces. 



SCÈNE TROISIÈME. 
M™ DE SAIHT-AMDRÉ. 

Je viens au-devant de vous par l'impatience où 
je suis de vous entretenir. 

u'" DE HÉNABS. 

Je suis très-fàchée de vous avoir fait att^endre. 

a.°" DE BAIMT-ANDRÉ. 

Il ne tiendra qu'à vous d'être bienlât établie. 



i.GoogIc 



156 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DE1I01MLI.ES. 

M. de Vaulx vous demande en mariage. Vos parenU 
y consentent, trouvant l'affaire bonne. Y donnerez- 
vous votre consenteroeot? 

m"* de mënars. 
De tout mon cœur, rien ne me paroissant si mau- 
vais dans le monde que le personnage d'une vieille 
fille. 

M"" DE SilNT-AMDRÉ. 

Vous êtes encore jeune, et peut-être trouveriez- 
vous un meilleur parti. 

h"* DB HÉIfARS. 

n DO faut pas quittw le certain pour de simples 
espérances. 

SCÈNE OUATSIËUB. 
CHARLOT. 
Te voilà dans un triste équipage, que ne tàches- 
Xa de servir? 

LA ROSE. 

On me propose bien des conditions, mais elles 
sont si mauvaises que je les reruse. 

CHARLOT. 

Il n'y en a pas qui ne vaille mieux que de mourir 
de faim comme tu fais. 

LA ROSE. 

Je souffre, m^s je crains de changer souvent de 
maître; rien ne fait tant de tort que d'avoir été de 
condition .en condition. 

CHARLOT. 

En effet, il y a des gens qui vous refusent aussitôt 



TROISIÈMB PARTIE. — PROVERBE XtX. 157 

qu'on leur dit qu'on a été en difTérentes maisons ; 
j'en suis là; et je me prépare à quitter encore celle 
où je suis. On dit que H"* de Hénars se marie, 
tâche de te fouirer là. 

LA ROSE. 

J'en ai oui parler, mais ces gens-là ne me pUi-: 
sent pas. 

CHÀRLOT. 

Pour moi , je t'admire de vouloir choisir; étant 
ausn pressé que tu l'es par la misère. 

U. ROSE. 

Il faut avoir de la patience; il viendra quelque 
chose de meilleur; H'" de Ménars ne m'a jamais 
paru être élevée pour être une bonne maltresse et 
pour bien régler une maison. 

CHARLOT. 

Tant mieux ; c'est dans le désordre qu'on Tait ses 
affaires. 

LA ROSE. 

On ne gagne jamais rien à vivre avec des gens 
déraisonnables, et tu l'éprouveras à la fin. 



SCÈNE CINQUIËMB. 
M°" DE HAREUIL. 

Vous me jetez dans un grand embarras, ma fille ; je 
ne sais ce que vous voulez ; on vous propose àea ma- 
riages, VOUS les refusez ; on veut vous mettre auprès 



15S CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

d'une princesse, et vous négligez cet bonnear, 
comme si vous n'aviez besoin de personne, 

h'" de HAREQIL. 

Je ne vous désobéirai jamais; j'avoue que tant 
que vous me laisserez la liberté que tous m'avez 
donnée jusqu'ici, je ne me presserai pas. 
m"* de lUnEUlL. 

Mais qui vous dit que vous trouverez quelque 
chose de meilleur que ce qu'on vous offre ? 

■"* DE MAREUIL. 

Si je ne trouve rien de meilleur je demeurerai 
comme je suis. 

■■" DK MÂlIEniL. 

Sans établissement P 

h"* de I1AH£D1L. 

Il vaut mieux n'en point avoir qu&d'ea prendre 
un mauvais. 

h"* de UARECIL. 

On dira que personne n'a voulu de vous. 

m"° DE MAHEUIL. 

Je ne fais point dépendre mon bonbeur de l'opi- 
nion des autres; et puisque vous me permettez de 
dire la mienne, je crois qu'il ne faut rien précipiter 
dans une affaire d'où dépend tout le reste de la vie, 

H*"* DE MARECIL. 

Hais vous vieillissez tous les jours ! 

It"* DE HIREUIL. 

Je serai plus raisonnable, et celui qui me voudra 



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TH0IS1ËME PARTIE. — PROVERBE HX. 169 

SCËNE SIXIÈME. 
M™ DE 3A1NT-ANDRÉ. 

Je d'û pu VOUS demander plus tât si vous êtes 
aussi heureuse dans votre nouvel état que je l'ai 
désiré. 

m"" de hémàrs, od m™ de vaclx. 

Mon bonheur est passé; et j'en vois assez pour 
vous assurer que je passerai une triste vie. 

H™ DE S&INT-AADRÉ, 

n n'est pas possible qu'en si peu de temps. . . 

M"" DE VAIILX. 

Je n'ai que trop vu ; mais c'est un mauvais parti 
que celui de se plaindre , et je n'en veux jamais 
parler. . 

SCÈNE SEPTIÈME. 
M™ BE BAREOIL. 

Je ne crois pas que vous rebutiez la proposition 
que j'ai à vous faire; je ne puis le croire moi-même, 
et je crains que ce ne soit un songe : un seigneur 
de la cour, Irès-honnCte homme, riche, et résolu de 
chercher la douceur dans son mariage, me fait de- 
mander ma fille aînée sans aucun bien; il dit qu'il 
en a assez pour lui et pour elle , qu'on lui a dit qu'elle 
avoit du mérite, et que c'est la seule chose qu'il 
désire; y consentez-vous? 

h"* de haredil. 

Quel âge a-t-il? 



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160 CONSEILS ET INSTRrCTIOKS AUX DEHOIBBLLEB, 
h" de MARETIL. 
Il n'est pas jeune-, c'est un homme revenu de 
toutes les folies do la jeunesse , qui veut trouver son 
plaisir chez lui. 

h"* de iuredil. 
Voilà ce que je crois de meilleur, et j'y consens 
dès que vous te voulez. 

SCÈNE HUITIÈME. 

CBARLOT. 
M"* de Mareuil se marie ; voilà une bonne maison ; 
veux-tu y enlrerP elle épouse un grand seigneur. 

LA' ROSE. 

De tout mon cœur ; on m'a dit des merveille de 
l'un et de l'autre. 

On ne perd rien pour attendre. 



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TROISIÈMB PAtlTtR. — PnOVEBBR XX. 



PROVERBE XX'. 



M** D'A HLON VILLE. ■■• DE BUCHAI 

LE COMTE, Km Hli. M" DE Lit BtRI 

LE MARQUIS DE DeTll[T»E. U. GUIÏBAR», co 
LBCOXTE D'IRUNCOIR. 



SCÈNE PREUlÊttE. 

M"" d'arlohville. 

Vous voilà grand, mon fils, en âge d'entrer dans 

le monde ; le meilleur avis que j'ai à vous donner, 

c'est de chercher toujours les lionnètes gens. 

LE COHTB. 

C'est bien mon intention, madame, et de vous 
donner toute la satisfaction que je pourrai pour 
vous récompenser, autant que je le puis, des soins 
que voua avez eus pour moi. 

M"' d'aRLON VILLE. 

Vous avez raison d'appeler cela une récompense, 
et je n'en désire point d'autre que de vous voir un 
honnête homme. Mais voici M™ de Buchan. 

■ Pour la «lawe jatme. 



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16S CORBEILS ET INSTRUCTIONS AUX DENOIBELLBB. 
LE COMTE. 

Elle paraît affligée. 

SCÈNE DECXIËUB. 
)i°' d'arlonville. 
Vous m'alarmez, madame, par l'état où je tous 
vois. 

M°* DE BUCHAIf. 

Il est vrai que je suis transportée de colère et 
dans une grande affliction. 

m"° d'arlomtille. 
Qui peut TOUS mettre dans un tel étatP 

M"' OB BUCHAS. 

Le mariage de ma fille est rompu : M. d'Arlin- 
courm'a envoyé demander toutes les paroles qu'il 
m'avoil données el ne me fait seulement pas l'hon- 
neur de m'en dire la raison. 

m"" d'ablonville. 

Ce procédé-là est très-étrange entre des gens de 
condition; il faut pourtant qu'il dise à quelqu'un 
pourquoi il se dédit. 

■■"* DE BUCHAN. 

Hélas! madame, de quel préteite qu'il se serre, 
. le mariage est toujours rompu; el il étoit si avanta- 
geux, que je ne m'en consolerai jamais. 
m"' d'arlonville. 
Vous en retrouverez quelque autre ; ne vous lais- 
sez point abattre par la douleur. 



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momÉIIIB PARTIE. — MtDTBME XX. 1S3 

H"* DE BDCHAN. 

La mienne sera aussi longue que ma vie. 
M"' d'ablonville. 

Ce seroit la première; on se console de tout; 
mais je voudrois que la raison fit sur vous ce que le 
temps fera sûrement. 

M"* DE BOCHAM. 

Adieu, madame, je ne veux point vous faire souf- 
frir de l'état où je suis. 



SCÈNE TROISIÈME. 

LE COMTE. 

Bonjour, marquis; où allez-vous si paré? 

LE MAROUIS DE BÉTHUNE. 

Voir des femmes et jouer avec elles. 

LE COMTE. 

Sont-ce des femmes de condition ? 

LE MARQUIS. 

Non, mais assez jolies, de bonne humeur, et qui 
sont ravies de me voir. 

LE COUTE, 

N'y a-t-il que des femmes dans votre société? 

LE HARdUlS. 

pardonnez-moi, il y a des hommes. 

LE COMTE. 

Qui sont-ils P 

LE MARQUIS. 

Leurs noms ne vous seroient pas connus, quand 
je vous les nommerois, 



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16t CO^SEILS BT INSTRtlCTICMS AUX ftEROISELLES. 
LE COMTE. 

Je suis trompé, marquis, ou c'est 1& une mau- 
vaise compagnie. 

LB KARQUIS. 

Je vous l'avoue ; mus si vous saviez ee qu'il y a à 
souffrir avec les honnêtes gens, vous n'auriez pas le 
courage de vous y exposer. 

LE COMTE. 

Vous me surprenez en me voulant persuader 
qu'oii est plus à son aise dans une mauvaise compa- 
gnie que dans une bonne, 

LE MARQUIS. 

Je vous en ferai tomber d'accord, mon cher 
comte, quand je vous aurai appris ce que j'en at 
éprouvé. En sortant de l'académie ', je m'informai 
des plus bonnètes gens, pour entrer dans leur com- 
merce; je cherchai dans ma famille quelqu'un qui 
me présentai je fus reçu assez froidement; je re- 
tournai de mon chef; à peine me regardoit-on ; je 
voulus parler, et je m'aperçus que, se regardant 
d'intelligence, ils se moquoient de ce que j'avois 
dit; je pris le parti de me (aire, mais je me lassai 
de les écouter. 

LE COMTE. 

J'aimerois mieux faire ce personnage-là avec des 
gens de mérite que de me faire admirer des sots; 
et après avoir bien écouté, vous auriez parlé à votre 
tour. 



1 Les académies ëtalent des eapèees d'écoleg ûù ies jeones geo- 
tiUbommps apprenaient l'escrime, l'équltation, In dan», elc. 



TRÛIUÈNB PARTIE. — PROVERBE XX. 165 

LB MARQUIS. 

Je VOUS avoue que je n'eus pas cette patience. Un 
de mes camarades me mena chez les personnes 
dont je vous ai parié; on me reçut avec empresse- 
ment; on admira lout ce que je disois, et je irouvui 
cet état-là tout aussi doux que l'autre m'avoit paru 
dur et ennuyeux. 

LE COHTE. 

Elles Bont donc sottes vos amies? 

LE MARQUIS. 

Oui, et c'est ce qui fait qu'elles admirent tout ce 
que je leur dis. 

LE COMTE. 

Hais ne vous ennuyez-vous point de les entendre? 

LE MARQUIS. 

Quelquefois, mais je n'ai point le courage d'es- 
suyer les dégoûts que j'ai eus. 

LE COMTE. 

Ils n'auroient pas toujours duré ; vous seriez de- 
venu raisonnable avec des gens qui le sont, et enfin 
vous leur auriez plu par votre complaisance, et au- 
riez été ensuite de ces honnêtes gens qu'il faut que 
la jeunesse cherche si elle veut réussir. 

LE MARQUIS. 

Vous parlez en homme qui n'a pas connu le trislc 
état d'être compté pour rien, de se taire toujours et 
d'avoir à être complaisant pour les autres, afin d'at- 
tirer leur approbation. 

LE COMTE. 

Cette approbation mérite bien d'èlre achetée. 



tOO CONSULS SI INSTRUCTIONS AUX DBWHSILLKS. 
LE HIBQUIS. 
Faites-en l'épreuve; mais venez voir mes amies, 
et vous jugerez si on n'est pas à son aise chez elles. 

LE CONTE. 

Je le veux bien, pour une fois s 



SCÈNE QUATRIÈME. 

M~ d'arlontille. 
Tout le inonde est étonné de ce que vous avez 
fait, monsieur, en rompant votre mariage : on en 
cherche la raison *, et pour 1» trouver, on dit des 
choses hien désagréables de vous et de M"' de ' 
Bucban. 

LE COMTE d'aRUHCOCR. 

Je suis bien fâché de l'avoir exposée à ces dis- 
cours ; mais il n'y a pas moyen de se marier sans 
espérer d'être heureux, et je n'aurois pu t'étre avec 
elle. 

«"• d'àrlonville. 

Son humeur est douce, sa figure ne déplaît pasj 
je ne puis comprendre (jui a p;i vous en dégoûter. 

LE COMTE d'aRLINCOOR. 

Ses amies, madnme, en sont l'unique cause; je 
veux estimer ma femme: et si... 



SCÈNE CINQUIÈME. 

h'°* de la barhe. 
Ahl madame, voici un grand accident! votre Bis 



i.GoogIc 



TROIÙËMB PARTIE. — PROVERBE XX. 167 

s'est trouvé dans une maison où il y avoit du désor- 
dre. La police y a été appelée ; on a envoyé les Tem- 
mes à l'hôpital général', et les hommes ont voulu 
>e défendre; votre fils a été blessé et mené en 
prison. 

m"* d'ari-omville. 

J'y coursl... Mais jamais on n'a traité de cette 
sorte un homme de sa qualité ; je m'en plaindrai. 
h"' de la barre. 

Je vais envoyer chercher le commissaire pour lui 
demander raison d'une telle conduite : mais le voici. 



SCÈNE SIXIËUB. 

H. GGÉRARD. 

J'ai appris avec bien du déplaisir qu'un de eus 
m^sieurs qui se sont attirés une si mauvaise aSaire 
est fils de H. le comte d'Arlonville. 

Il°" DE LA BARRE. 

J'allois vous en faire des plaintes; c'est un 
homme de qualité, et vous allez fâcher bien des gens 
qui s'intéressent à lui. 

H. GGÉRARD. 

J'ai fait ma charge; je ne puis refuser de veiller 
sur tous les désordres qui arrivent dans le quartier 
dont je suis chargé. 

M°°* DE LA BARRE. 

n faut savoir distinguer les personnes. 



( bliAplUl EëD«rtl de la Salpétrïère, toiid^ pu t^uli XIY. Oo 

} antermait lai femmei de manrBlae. vie. 



i.GoogIc 



168 CONSEILS ET tKSIItUCTIOSS AUX DErfOISELLBS. 
H. GUÉRARD. 

Comment les distinguerois-je, quand elles ne se 
tlistinguent pas elles-mêmes? et puis- je deviner que 
M. le comte, qui a du mérite et de la naissance, se 
trouve arec des canailles qu'il Taut punir? 

Dis-moi qui lu hantes, je te dirai qui lu es. 



i.Google 



TROISltME TARTIE. — PROVF.nBE XXI. 



PROVERBE XXP. 



«AMT TA lA fSVCHB A I.'C&fl fVA I.A VIH I 



H** DBHOmiAT,ic(D«TCun. M^'DUBOtS, 
M- D-tTRIHCOUH. M-' de non: 

M" m SAmt-FABGROI. MARIE, iirTu 



5CËNB PRBHIËHE. 
M°" DE BONNAT. 

Suzon, Marie, venez vite m'habiller; je dois aller 
au bal à sept heures. 

MARIE. 

C'est s'y prendre de bonne heure, mais nous n'y 
gagnons rien, car vous n'en reviendrez pas plus lot. 
m"" de monhat. 
Il me parolt encore trop court, et je pnsserois ma 
vie i me dÏTertir. 

■"• DUBOIS (d'un air mécontent). 
C'est pour cela que vous êtes au monde. 

) I>oiuUcluM>ai(iw. 

n. 45 

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170 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AOX DEMOISELLES. 
M°' DE HONNAT. 

Dépêchons, car j'entends M<°* de Saint-Fai^eot 
qui me vient prendre. 



SCÈNE DEUXIÈME. 

M™ DUBO». 
Voilà une étrange fureur pour )e plaisir! 

MARIE. 

Comment ne l'avez-vous pas rendue plus raison- 
nable? 

m"* DUBOIS. 

J'ai fait de mon mieux; mais on ne peut tourner 
à bien une personne qui aime mieux se divertir que 
de travailler à établir sa réputation. 

MARIE. 

La voici; par quel bonheur revient^lle si tdt? 



SCÈNE TB0I5IËHE. 
H°" DE HONNAT. 

Je suis au désespoir! il n'y a point eu de bal. 

HAIIIE. 

Voici des visites qui vous en consoleront. 



SCÈNE QUATRIÈME. 
M™ DE HONNAT. 

Par qut Ile aventure ai-je l'honneur de vous voir, 
madame, à une heure aussi indue pour vous? 



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troisiëhb partib. — proverbe xxi. 171 
m"' d'avhimcoub. 
L'amitié sincère que j'avois pour madame voire 
mère me feroit faire quelque chose de plus difficile, 
pour venir vous représenter que tous vous perdez 
par la liaison que vous avez avec H°" de Saint- 
Fargeot. 

m"" de monnay. 
Pourquoi me perdrois-je, ne faisant point de mal, 
et ue voulant que me réjouir ? 

M™ d'avrincour. 
C'est ce dessein de se réjouir qui perd les per- 
sonnes de notre sexe ; et quand une femme ne s'ac- 
commode pas des amusements qu'elle trouve chez 
elle, sa réputation est bientôt perdue. 
m"" de honnat. 
Voici M"' de Saint-Fargeot qui me contraint de 
vous quitter. 



SCÈNE CtNQUlËHB. 
M°" DE SAINT-FARGEOT. 

Je viens pour vous consoler de ce que nous n'a- 
vons pas été au bal ce soir. 

m"" de honnat. 
Vous me faites plaisir, car je suis bien affligée. 

m"° de saint-fakgeot. 

Il ne tiendra qu'à vous que M . le comte de Vaulx 

ne vous en donne un, et dès demain si vous voulez. 

m"" de MONDAT. 

Je veux me divertir, mais je ne veux point faire 
de mal, et il y en auroit peut-être à recevoir ce bal. 



1. Google 



Vi CONSEILB ET IXSTBIXTIONS AUX DEMOISELLES, 
M™ DE SAINT-FARCEOT. 

Quoi ! VOUS me refusez ? 

m"" DE MONMAÏ. 

Oui ; je crains qu'on r.e trouve à redire à ce que 
je Tais. 

m"' de SAIKT-FARCEOT. 

Vous êtes de mauvaise humeur, mais j'espère 
qu'elle ne durera pas. Adieu. 



SCÈNE SIXIÈME. 
m"' de homnav. 
Que je m'ennuyol je no peux demeurer seule, je 
vais chez M"" de Saint-Fargeol. 

«■" DCBOIS. 

Vous ne devriez point y aller, et vous vous repen- 
tirez à loisir de n'avoir pas voulu croire vos vérita- 
bles amis, 

M°" DK MOHNAY. 

Si je croyois ceux que vous appelez mes amis, je 
passerois une triste vie. 

M"' DUBOIS. 

Ne trouvez-vous de joie que dans le grand 
monde ? les plaisirs innocents n'ont pas de suites 
fAcbeuses. 

M™ DE MOKNAÏ. 

Ebl quelles suites auront ceux que je prends? 

M"* DDBOIS. 

La perte de votre réputation, le mépris des bon-* 



TROIBlfiMB PARTIE. — PROVERBE XK). 173 

nétes gens, et de ceux mdmes qui vous fiattent pré- 
sentement, une vieillesse honteuse. 
m"" de monnav. 
Où trouvez-vous des vieilles honorées? 

M™ DUBOIS. 

Il est facile de vous donner des exemples de l'un 
ou de l'autre. 

M"* DE HONHAY. 

Vous me ferez plaisir. 

M™ DUBOIS. 

Peut-on voir une plus heureuse femme que 
H" d'Avriacour ? elle s'est renfermée dans sa jeu- 
nesse pour conserver sa réputation, qui est notre tré- 
sor ; elle en a joui de bonne heure ; son mari lui con- 
fioit toutes choses; elle étoit maltresse absolue chez 
elle; il suffisoit qu'elle fût en un lieu pour que tout 
ce qui se passoit fût approuvé ; on lut conSoît toutes 
les jeunes personnes. Celle estime dure toujours ; on 
peut dire que son mari et ses enfanis l'honorent et la 
respectent, parce qu'ils savent quelle a été sa con- 
duite. 

M"' DE MONHAT. 

Et l'autre? 

M"* DUBOIS. 

C'est M*^ de Beaugran : elle a négligé sa réputa- 
tion étaal jeune, aussi l'a-l-elle perdue ; son mari en a 
souffert, et il l'a fait souffrir à son tour. Elle n'ose 
dire un mot chez elle de peur d'essuyer des repro- 
ches; le soin de sa maison ne lui est pas confié; ses 
enfants la méprisent parce qu'ils ont oui parler de 
ses folies; elle baisse les yeux dès qu'on parle de 



174 COqSBILS ET INSTROCTIom AUX DU0I8EUES. 

vertu et de conduite ; ses filles cherchent des f« 
d'honneur pour les mener à la campagne, et elle de- 
meure confuse et humiliée, se repentant, mais trop 
tard par rapport au monde. 

U°" DE HOintÀT. 

Voilà un triste portrait ; mais je suis sûre de moi, 
et n'irai pas plus loin que je ne voudrai. 

SCÈNE SEPTIÈME. 
M™ DE SAIHT-FARGEOT. 

Je viens vous chercher, et vous proposer une col- 
lation à un quart de lieue d'ici, dans un beau jardin 
avec une musique*, si vous voulez me croire, voa» 
ne manquerez pas de plaisir. 

Bi°" DE MONNÀT, après avoir hésité. 

Allons!... jouissons du présent, l'avenir ire 
comme il pourra I 

Tant va la crucKe à l'eau qu'à la fin elle se brise. 



i.Google 



TMIHfcNK PARTIE. — PKOTERBE ZXII. 

PROVERBE XXIP. 



K. DE BBLLEGAHDB. M" DE MIHCOUBT, m loor. 

1UG08TB, I H. DK SA[NT-CTPBIEN. 

ALFRED, t "* L'ÉPINE, Ttlil d'ABgnXt. 

H» DE BRUBGAHDB. LA SAIIËE, i*l«l d'Alfrtd. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
H. DE BELLEGARSE. 

Vous voilà grands, mes enfants, il est temps de 
prendre un parti , et de voir ce que vous voulez 
foire. 

AUGUSTE. 

Si vous me donnez la liberté de dire mon senti- 
ment, je veux aller à la guerre. 

ALFREO. 

j'ai la même intention. 

M. DE bellegaude. 

Ce sentiment est (ligne de votre naissance , mais 
je n'ai pas assez de bien pour fournir à tout ce qu'il 
faudra pour deux. 

> Pour la cIbbm fawu. 



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170 CONSEILS ET INSTIltICTIONS AUX nENOI SELLES. 
ADflUSTE. 

Je me conlenterai de tout, et si je n'ai que deux 
chevaux, je tâcherai de m'en passer. 

ALFRED. 

li est impossible de se passer d'un assez grand 
équipage. 

H. DE BELLECARDE. 

Surtout quand on est de votre humeur, car vous 
voudrez sans doute être bel esprit à l'armée comme 
ici, et porter une bibliothèque. 

ALFRED. 

Il y a tant d'heures vides à la guerre, qu'en effet 
je serai bien aise de lire. 

H. DB BELLEGARDF. 

Faites chacun un mémoire de ce que vous vou- 
driez, et je verrai ce que je pourrai faire. 

AUGUSTE. 

Le mien sera bient6t fait. 

ALFRED. 

Il sera difficile que nous n'oubliions bien des 
choses. 

SCÈNE DEUXIÈME. 

LA RAHÉE. 

Sais-tu la nouvelle? nos maîtres vont à la guerre. 

L'ÉPmE. 

Et quand? 

LA RAHÉB. 

Il faut du temps pour s'y préparer. 

i.Goo^le 



troiwéme pabtie.— pbovebbb xxii. 177 
l'épihe. 
Je suis tout prêt, moi, et je parlîrois sur l'heure. 

LiL RAMtE. 

Tu es un habile homme. Et de quoi vivras-tu? 

l'épine. 
De ce que je vis à peu près ici. 

Là RASÉE. 

Qui te le donnera? 

l'épike. 
Celui qui me le donne ici. 

Li RAHÉB. 

Oui, on mettra partout un pot-au-feu, et on son- 
nera la cloche pour t'appeler à dîner. 
l'épine. 

Tout cela ne m'embarrasse point; je n'ai pas tant 
d'esprit qae vous-, si je n'ai pas de potage, je man- 
gerai autre chose. 

LA R&HÉB. 

Co|;nment portcras-tu tes bardes? 

l'épine. . 
Je n'ai point de bardes. 

LA BAHÉE. 

Est-ce que tu ne changeras pas de chemise? 

l'épine. 
J'en achèterai une à la première ville, ainsi je 
n'aurai point la peine de la porter si loin. 

LA RAHÉB. 

Et ta robe de chambre? 

l'épine. 
Est-ce que des gens comme nous ont des robes de 

. ,. 1. Google , 



178 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX I 

chambre? Il y a trente ans que les gentflshommes ■ 
de vingt mille livres de rente D'en avoient point. 

LA RAMÉE. 

Ils étaient bien sots de ne pas prendre leurs com- 
modités. 

l'épine. 

Je ne sais ce que c'est que commodité, mais rien 
ne m'incommode. 



SCÈNE IROISIËUE. 
H. SE BBLLEGARDE. 

Sont-ce vos mémoires? 

AUGUSTE. 

Oui, monsieur, voilà le mien. 

H. DE BELLEGARDE Kl. 

« Deux chevaux pour moi, un pour mon valet, mon 
linge ordinaire, dix louis pour joindre le régiment, 
après quoi je vivrai de ce que le Roi me donne. » 

ALFRED. 

Je n'ai mis que ce qui est absolument nécessaire. 

H. DE BELLEGARDE Ht. 

«Six chevaux pour ma personne, quatre pour mes 
valets, deux pour porter ma tente et mes coffres, 
deux pour ce qu'il faut pour ma cuisine, un pour 
l'office; il faut de la vaisselle d'argent, de la batterie 
de cuisine, du linge de table, le linge de ma per- 
sonne, quatre ou cinq habits, quelques confitures, 
quelques drogues en cas de maladie, de la bouffe 
pour moi, de la chapdelle pour mes gens (on n'en 



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TROISIËMB PAKTIE. — PROVERBE XXII. 179 

trouve pas |»arlout de belle), du sucre pour six 
mcHs, du lard à larder (il est souvent mauvais); de 
bonne huile, car on ne peut s'en passer ; des olives, 
des anchois, des truffes, etc. <• 

ALFRED. 

J'oublie une infinité de choses, car on ne peut 
penser à tout. 

H. DE BELLBGARDE. 

Il est dommage que vous n'ayez pas eu plus de 
temps. Je vais voir ce que je pourrai faire. 

SCËNB QUATRIÈMB. 
AOGOSTE. 

Qoand voulez- vous que je parte i* je brûle de servir 
mon Roi et de fûre mon métier. 

H. DE BELLEGÀRDE. 

Ne Toulez-vous point attendre votre frère? il faut 
da temps pour rassembler tout ce qu'il demande, 

AUGUSTE. 

Je ferai ce que vous voudrez, quoiqu'il m'en coûte, 

M, DE BELLEGARDE. 

Hais n'aurez*vous point de peine à voir un tel 
équipage à votre cadet, pendant que vous n'aurez 
presque rien ? 

AUGUSTE. 

Je suis incapable d'envie ni de trouver à redire  
ce que vous ferez; je me trouve bien plus heureux 
que lui de ne point avoir tant de besoins. 

H. DE BELLEGAHDE. 

Si je snivois mon inclination, vous ne seriez pas 

Google 



180 CONSULS ET INSTKUCnOKS AUX DENSISELLES. 

le plus mal traité; il faut que ceux qui gouvernent 
ménagent la foiblesse des uns, pendant qu'ils sont 
chinnéS'du courage des autres. 

AUGUSTE. 

Agissez entre nous avec une entière liberté, je 
vous en conjure; je suis plus satisEait de ne vous 
Aire point i chaîne, qu'il ne le sera d'avoir tout ce 
qu'il demande. 

SCÈNE CINQUIÈME. 

M™' DEMtnCOIJRT. 

Vous êtes triste et j'en comprends la ruson. 

M*"' DE BELLEGARDE. 

Il est vrai, je ne puis voir partir mes enfants pour 
un métier si dangereux sans en sentir de la douleur. 

H"' DE MIRCOUHT. 

On ne peut vous blâmer; mais il faut s'armer de 
courage et d'espérance qu'ils seront heureux; je 
suis assurée que vous ne les voudriez pas dans une 
autre profession. 

U"' DE BELLEGARDE. 

Je l'avoue, étant née demoiselle, je me sens portée 
aux inclinations de la noblesse, et si je pouvois être 
assurée qu'ils seront heureux, je serois ravie de les 
voir dans le chemin de k réputation et de la fortune. 

SCËNE SIXIÈME. 
H. DE BELLEGARDE. 

Voici des nouvelles de vos enfants ; H. de Saint- 



LJnnzPfl.GoOgle 



TROlSifejlË l'AIlTIE. — PliOVEIIBE XXII. 181 

Cyprien, en revenant, les a rencontrés ; il m'assure 
qu'ils se portent bien. 

H. DE SAIKT^TPBIEM. 

Je les ai laissés en bonne santé à leur seconde 
journée. 

H"* DE BELLEGARDE. 

Oserois-je vous demander comment ils commen- 
cent leur voyage? 

U. SB SAINT-CYPAIEN. 

Cela mérite de vous être raconté en détail, et je 
m'en suis instruit avec plaisir, 

u" DE BELLEGARDE. 

Vous ne doutez pas que nous ne soyons bien aises 
de l'entendre. 

M. DE SAlMT-CypRlEK. 

Vos enfants partirent ensemble, résolus d'aller 
coucher au même lieu. Le cadet envoya un de ses 
gens retenir la meilleure cliambre de rhôlellerie; 
l'alné ne s'en soucia point 5 ils arrivèrent. Le cadet 
va se débotter et se reposer ; La Ramée entre dans 
la cbambre et n'y trouve pas la moilié de ce qu'il 
auroit voulu pour souper. L'alné entre dans une 
chambre basse pour se chaulîer; il apprend que 
c'est celle de l'hâte et qu'il est malade j il s'approcbe 
de son lit, il le console, il lui rend service et ne 
l'abandonne pas. L'Ëpine trouve l'hôtesse bien em- 
barrassée d'un cnrant^ il le prend dans ses bras, le 
fait jouer, manger, et l'endort après l'avoir bien 
bercé ^ il va ensuite à l'écurie voir si les chevaux 
sont bien, et se couche sur un peu de paille, ayant 
appris que son maître ne veut poiiit quitter son 
II. 16 



1S2 CONSEILS ET INSTHUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

malade, et qu'il a mangé un morceau au chevet de 
son lit. 

Il faut compter le lendemain : l'hâte et l'hdtesse 
ne veulent rien prendre d'un homme qui leur a été 
utile. Cependant La Ramée est aux prises avec eux, 
ne voulant pas payer la bonne chère que votre cadet 
a faîte; c'est un vacarme dans toute l'hàteUerie qui 
rassemble tout le quartier. Vos enfants sortent et 
entendent des injures et des louanges. Us arrivent 
i la seconde journée, et apprennent que le pont qui 
devoit leur faire passer la Seino est rompu, et qu'il 
n'y a pas encore de bac établi, ni même le moindre 
bateau. Votre atné a bientôt pris son parti ; il passe 
la rivière à la nage avec son cheval ^ l'Épine fait de 
de même, ils continuent leur voyage; et je crois 
qu'Alfred reviendra sur ses pas, car je l'ai trouvé 
bien embarrassé. 

M. DE BELLEGARDE. 

C'est un grand mérite qu'une bonne volonté. 
A botme volonté point de chandelle. 



i.GopgIc 



PARTIE. — PROVBME XXIII. 



PROVERBE XXIIÏ'. 



I.A VAMn^IABIT^ ESOBUBKB I.E B 



M» DE COURTILLI. M. DE SlINT-ALBIR. 

H" DE BiRAUX. M. DE LA BERtSAY. 

M-* DE LAUNEY. VINCEHT. 

M" DE BOCHEFOm. NICOLAS. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
H*" SE BARAUI. 

Je n'ai point de regret de toutes les peines que 
j'ai prises pour vous trouver, puisqu'enfin j'y suis 
parvenue. 

m"* de codsville. 

J'admire votre bon cœur d'avoir conservé pour 
moi tant d'amitié. 

Il~ DE bàbauï. 

Il faudroît, madame, que je l'eusse bien mauvais, 
si j'avois oublié toutes les ohligalions que je vous 
ai; elles me sont présentes, quoiqu'il y ait bien des 
années , et je ne comprends pas qu'elles puissent 
s'effacer de mon cœur. 

t Pour la HMMimme. 

LJnnzPfl.GoOgle 



184 CONSEILS KT INSTItUCTIO.NS Al'X DBUOIâELLES. 
U™ DE COUHVILLE. 

Que VOUS êtes heureuse de ne pas comprendre 
l'ingratitude, qui est si commune ! 

h"* de BARÀUl. 

Est-il possible qu'on en trouve souvent ? 

m"' de COURVILLE. 

Rien n'est si ordinaire : j'ai connu des personnes 
qui la portoient jusqu'au point de haïr celles qui les 
avoient obligées et de désirer leur mort, se trou- 
vant trop chaînées d'avoir à montrer une recon- 
noissance qu'elles ne senloient pas. 
m"" de baracx. 

Voilà qui est eflroyable I mais je croîs que de tels 
exemples sont rares. 

H** DE COURVILLE. 

Peut-être le sont-ils d'une pareille méchanceté ; 
mais comptez que les bons cœurs sont bien rares; 
aussi tout le monde s'en pique, et peu méritent 
cette louange. 

Il"" DE BABACX. 

Quand on est né avec un mauvais cœur, peut-on 
le redresser P 

M™ DE COURVILLE. 

On l'a quelquefois mauvais i un certain point, 
qu'il est diflîcile de le rendre bon; mais l'étude do 
la vertu n'est guère tout à fait inutile. 

M°" DE BARADX. 

Que peut-on faire là-dessus? 

M™' DE COURVILLE. 

S'exciter à In vertu , la considérer, se faire vio- 



TBOISIËHE PARTIK. — PROVERBE XXIIt. 185 

lenca pour cacher les bas et injustes sentimeals de 
SOD cœur. 

h"* de baraux. 
Ce traTail me parolt grand : heureux qui oalt 
avec un boa cœur I 

H™ VE COURTILLE. 

Le bon cœur qu'on reçoit de la nature, ou pour 
mieux dire de la gr&ce, ne laisse point d'avoir be- 
soin d'être éclairé. Un bon cœur ne veut point faire 
de bassesse; mais il ne sait pas toujours ce que 
c'est que la bassesse, et jusqu'oïl il faut porter la 
noblesse du cœur. 

h" de BARÂtlX. 

J'ai grand regret, madame, que noire conver»- 
tioo soit interrompue. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
M*" DE COURVILLE. 

Est-il possible, madame, que vous trouviez du 
temps pour moi dans la faveur oîi vous élca présen- 
tement? 

M™ DE LAOHET. 

La honlé dont la princesse m'honore ne me fait 
point oublier mes anciens amis. 

M™ DE COURVILLE. 

Cela est admirable, madame*, je vous assure aussi 
que personne n'a pris plus de part que moi à votre 
élévation; j'ai toujours été persuadée que votre 
mérite feroit quelque chose d'extroordJnaù'e. 
te. 



LJnnmi.GoOglc 



186 CONSEILS ET ISSTntCTlONS AUX DEMOISELLES. 
M"" DE LAUNET. 

11 y a plus lie bonheur que lie mérite ; il est vrai 
que la princesse a une inclination pour moi qui est 
surprenante. 

M°" DE COURTILLE. 

Je crois que vous y répondez par un sincère atta- 
chement. 

M"' DE LADNEÏ. 

It est vrai que je l'aime de tout mon cœur et ^e 
je suis sensible aux marques de son attention. 

M°" DE COURVILLK. 

Elle fait donc votre bonheur? 
m"* de launet. 
, Elle le fait tout entier; ses moindres caresses me 
sont précieuses; un regard, un sourire, un air d'in- 
telligence, tout cela me charme et me soutient le 
temps que je ne la vois pas. 

m"' de courville. 
Étes-vous souvent avec elle ? 

M™ DE LAONET. 

Pas trop. Ses journées sont trop remplies ; elle a 
une cour à recevoir, et je ne l'entretiens que des 
moments. 

m"" de courville. 
. Vous ne la voyez pas agir avec les autres? tous 
n'entrez pas dans ses plaisirs? 

M™ DE LAUNET. 

Non, je ne la vois que tèle à tète. 

M™ DE COURVILLE. 

Et une de ses audiences vous soutient jusqu'à' 
l'autre? 



i.GoogIc 



TROrSlËMB PARTIE. — PROVEnDE XXIII. IB7 

M™ DE LitNEy. 

Oui, car j'estime sa personae et ses faveura; et 

quand je considère que je suis la personne du monde 

à qui elle témoigne le plus d'amitié, la moindre 

marque qu'elle m'en donne fait mon bonheur. 

m"' de counviLLE. 

Si j'aimois une personne au point que vous l'ai- 
mez, je voudrais la voir plus souvent. 

H°" SE LAUNET. 

Vous ne vous figurez pas combien les caresses de 
ces personnes-là sont précieuses. 

H"" DE CODBVILLE. 

 les crois délicieuses, et c'est pour cela que je 
voudrois en jouir. 

H"" DE LADNET. 

n faut que je vous quitte pour aller la trouver ( je 
dois me rendre chez elle & huit heures. 



SCÈNE TROISIÈME. 
VIKCENT. 

Est-il vrai, Nicolas, que tu vas épouser la femme 
le chambre de M°" de Barauxi* 

MICOLAB. 

Je Tespère, mais je n'en suis point encore assuré. 

VlNCEnT. 

A quoi tient-il? 

NICOLAS. 

C'est que je n'ose lui demander. 



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1S8 CONSEILS ET IXSTriCCTlONS AUX DEMOISELLES. 
VIHCEMT, 

Commentl tu n'oses pas parler à une femme qae 
tu veux épouser? 

NICOLAS. 

Non vraiment, je ne l'ose ; et si tu la connoissois, 
tu verrois qu'on ne lui parle pas comme cela ; c'est 
un grand esprit. Elle ne rit jamais ; on tremble 
quand on l'approche; tout le monde la craint, on 
dit que c'est une merveille. 

VINCENT. 

Ne crains'tu poiut celle merveille-là? 

MC0L.V8. 

Ail ! non , je me trouverois trop heureux d'être 
son mari. 

VIKCEMT. 

Et tu la craindi-ois toujours? 

NICOLAS. 

Je le crois*, mais elle sera ma femme, et ce m'est 
d'un grand honneur. 



scène quatrieme. 

m"" de rochefort. 
Savez-vous que la princesse parlit hier pour un 
voyage de trois jours, et qu'elle a emmené M"* de 
Lâuney avec elle ? 

m"* de barauï. 
Je ne le savois pas j je crois M™ de Launey trans- 
portée de joie. 



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TnoiSlÈHE PARTIE.— PROVEnBB XXIU, 189 

M"* DE nOCHEPORT. 

Elle a bien raison ; je la trouve bien heureuse 
d'être amie d'une princesse. 

H"' DE BABAUX. 

Ce bonheur présent fera peut-être son malheur & 
l'avenir. 

H™ DE ROCHEFORT. 

Pourquoi? 

m"* de BIRAUS. 

Parce qu'elle perdra t6t ou tard la princesse, ou 
ses bonnes gr&ces. 

M'"* DE R0CBEF0HT. 

Oq n'auroit jamais de plaisir, si on faisoit tou- 
jours des réflexions sérieuses. 
h" de bàraux. 

On auroit efTectivement moins de plaisir, mais 
on auroit aussi moins de peine. Allons-nous-en, 
madame, voilà des gens qui ne nous cherchent pas 
et qui sont à occupés, qu'ils ne nous voient pas. 

SCÈNE CINQUIÈME. 
■■ DE SAINT-ALBIN. 

Non, je ne puis revenir de mon étonnement. 

■. DE LA SERISAT. 

A qui en avez vous donc ? Vous est-il arrivé quel- 
que déplaisir? 

H. DE SAINT-ALBIN. 

Oui, et un des plus grands que je puisse recevoir. 



190 CONSEILS ET INSTRnCTIONS AUX DEXOISELLBB. 
H. DE hà. SEtllSlT. 

Voulez-vous m'en faire part ? 

M. DE SAIHT-ALBIH. 

Rien n'est plus fâcheux que de se mécompter: 
j'avois la plus grande estime qu'on puisse avoir pour 
M. d'Almary; tout ce qu'il me disoitme charmoit; 
tous ceux qui m'en parloient confirmoient les sen- 
timents que j'avois pour lui. Le hasard l'a amené 
dans ma maison. Comme je ne l'attendois pas, je 
n'ai pas eu de chambre à lui donner ; je lui ai offert 
la moitié de la mienne et nous n'avons pas été deux 
heures ensemble que je l'ai ru fou et extravagant : il 
a fait faire et défaire son lit quatre fois de suite^ Q 
a pensé battre son valet ; il sortoit de table, il a 
fallu lui redonner à manger; il s'est endormi sur 
une chaise, parce que son lit s'est trouvé trop bon; 
il s'est éveillé en faisant un bruit horrible, sans se 
soucier de m'éveiller. Enfin, c'est un homme insup- 
portable, je m'en vais tâcher de m'en défaire. 

SCENE SIXIÈME. 
vracENT. 
Est-il possible que tu sois déjà msriéP 

NICOLAS. 

Oui, je le suis, et très-mal marié. 

VIHCENT. 

Tu parles ainsi de ta merveille? 

NICOLAS. 

Quelle merveille I Mon pauvre ami, je suis le plus 
malheureux de tous les hommes! 

. ,., i.Google 



TROISIËUE PARTIE. — PltOVERBC XXIll. 191 

VINCENT. 

Comment donc? n'a-t-elle pas toujours ce grand 
esprit, ce sérieux que tu admirois tant ? 

NICOLAS. 

Je DO l'admire plus; c'est une des plus agréables 
femmes que je pourois trouver et des plus sottes ! 

VIWCEKT. 

Et tu n'oserais rien lui dire ? 

NICOIAS. 

Je lui ai fort bien dit; je ne la considère plus; 
mais à quoi cela me sert-il? He voilà lié pour ma 
rie. La mode ne viendra-t-elle point de se déma- 
rier? 

VINCENT. 

Allons au cabaret noyer nos chagrins dans le vin. 

scène septième, 
m" de uuneï. 
J'arrive, et je mourois d'envie de vous trouver 
seule, car j'ai bien des choses à vous dire. 

M™ HE COURVILLE. 

Ce ne peut être que des confidences agréables, 
Venant d'où vous venez. 

m"' de ladneï. 

Ah! madame, qu'il y a peu de gens qu'on puisse 
voir souvent I 

M"* DE COURVILLE. 

Comment! madame, j'ai compté qu'un séjour avec 

Google 



192 CONSEILS ET INSTRL'CTIOXS AUX DEHOISELLES. 

la princesse vous avanceroit plus dans son cœur que 
cent audiences comme celles qu'elle vous donne. 

M°" DE L4UNET. 

Peu de personnes peuvent être vues de près. 

H™ DE COUBVILLB. 

Qu'avez-vous découvert? 

M"" DE UUNEÏ. 

Mille défauts, un très-petit esprit, une grande 
bizarrerie, mille foiblesses. 

U"' DB CODRVILLE. 

Ne connoissiez-vous pas son esprit? 

«■• DE LAUnEY. 

Le peu qu'elle me disoit me paroissoit admirable; 
son amitié et la mienne me prévenolent, son rang 
m'tmposoit, le plaisir d'être distinguée me dîsposoît 
à trouver tout délicieux. 

h"* de COURVILLE. 

N'a-t-elle pas ta même amiljé, le. même rang qui 
reud ces distinctions précieuses ? 

M" DE LlUKET. 

Oui, mais tout cela ne peut l'emporter sur tout 
ce que j'ai vu. 

M™ DB COURViIXE. 

Qu'avez-vous donc pu découvrir en deux jours ? 

M"' DE LAUiVEÏ. 

Je m'en vais vous en faire jugo : elle monta dans 
son carrosse d'assez mauvaise humeur, parce qu'elle 
s'étoit levée un peu plus malin qu'à l'ordinaire -, elle 
gronda d'abord de ce qu'on alloit trop vite, témoi- 
gnant de grandes frayeurs de verser; elle se plai- 
gnit ensuite de ce qu'on nlloit trop lentement, 



mOISIÈME PARTIE. — PnOTERBE XXIII. 193. 

disant que le cœur lui en faisoit mal; elle fut gaie 
avec excès, triste de même. Nous arrivimes enfio ; 
l'appartement qu'on lui avoit pré|)aré ne lui plut 
pas; on voulut lui représenter que son séjour serait 
court, elle ne se rendit poini, il fallut tout détendre. 
Pendant ce temps-là, elle disoit mille choses pi- 
toyables; enGn, c'est une personne qui se laisse aller 
à tous ses mouvements sans se servir de sa raison, et 
j'aimerois mieux vivre avec une bonne boui^eoise 
bien raisonnable qu'avec elle. 

■"* DE CODRVILLE. 

Tous mettez la raison au-dessus de la grandeur ? 
y pensez-vous bien? et quelle raison pouvoit vous 
donner la joie que je vous ai vue de votre faveur 
auprès de la princesse? 

m"' de LArmtT. ' 

La faveur donne une joie plus sensible, elle flatte 
la vanité ; mais on ne peut s'accommoder longtemps 
de ce qui choque la raison. 

La familiarité engendre le mêprù. 



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194 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES- 
PROVERBE XXIV. 



M. DE HSHOUBS. K"> DE VALENCE. 

M. DE CABAGNjLC. ' MlEr.UBSlTB, I 

NX DB MiNDOH. HARIINE, (*" 



SCÈNE PREMIÈRE, 
t s. DE NEUOURS. 

On dit* monâeur, que tous achetez une terra de 
conséqaencet el érigée ea DiorquisaU 

M. DE CABAGNAC. 

n est vrai, monsieur; il est difficile de se passer 
d'une maisoD de ca[n|)agne. 

H. DE KEHOUHS. 

n faudrait bien s'en passer si l'on n'avoit pas de 
quoi l'acheter. 

H. 0E CABAGMAC. 

J*ai quelque chose et j'emprunte le reste. 

M. DE NEMODRS. 

Je n'aimerais pas emprunter pour acheter. 

I Ce ProTwbe et lej sept laiTODtB étalent detUndi à la elutb 
verte. 



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TROISIÈME PARTIE. — PROVERDE XXIV. 195 

H. DE CABIGNAC. 

Vous serez donc bien étonné quand je voua dirai 
que je suis en marché d'une cliarge & la cour. 

H. DE HEIIOITBS. 

Est-ce que vous renoncez au service ? 

H. DE CABAGttAC. 

Teu serois bien fâché. 

H. DE NEMOURS. 

Quoi! vous voulez Être courtisan, officier et gen- 
tilbomoie campagnard? 

H. DE CâBAGNAC. 

Oui, et on ne parott établi qu'à ces condiUons-là; 
je me marierai mieux. 

H. DE IŒH01IRS. 

Avec tout ce que vous venez de me dire , vous 
traitez un mariage? 

M. DE CABACNAC. 

Il est vrai qu'il y en a un sur le tapis. 

H. DE NEMOunS. 

La moindre de vos affaires me ferait tourner la 
tête. Hais voici deux dames à qui il faut céder la 
place; elles me paroissent bien sérieuses. 

SCÈNB DEUXIÈME. 
H°" DE HANDON. 

Vous VOUS mettez dans la dévotion depuis huit 
jours, et vous ne voulez plus voir qui que ce soit. 



190 r.ON£EILS ET l!ïSTntCTIO!IS AUX DEXOlBEtLEB. 
m"» dB VAtEKCE. 

Non, j'ai commencé par tracer le plan de la vie 
queje veux faire. 

M"* DE MAHDOH. 

Voudriez-vous me le conGer? 

h"* de valekce. 

Je n'y aurai pas de peine : je veux me mettre 
dans une chambre seule; je n'en sortirai que pour 
aller à l'église; je me servirai toute seule : il me 
faudra peu de chose, car je compte de jeûner quatre 
fois la semaine; je ne porterai point de linge; je 
coucherai sur la dure; je lirai, prierai et travaille- 
rai tout le jour. 

H°" DE HANDON. 

Quels seront vos délassemeuls? 
m"' de valence. 
Je n'en veux pas d'autres que la silence et 1» 
solitude. 

M"* DE HANDON. 

Vous aurez de la peine à soutenir ce projet. 

m'" de valence. 
Je n'en suis pas en peine; je vous dis adieu pour 
toujours. 

SCÈNE TROISIÈME. 
■ARTIXE. 

Est-ce toi, ma chère Marguerite? j'ai de la peine 
à te reconnoltre. 

MARGUERITE. 

C'est moi-même, il est vrai que je me meurs. 



TROISIËXe PARTIE. — PnOVKRBB SXIV. 197 

HARTIHE. 

On m'a dit que tu étois si bien placée. 

MARGUERITE. 

Ou t'adit vrai, mais j'ai trop do peine. 

HARimE. 

Qu'est-ce que tu fais?. 

HARGDEIIITB. • 

Je sers ma maltresse en tout et partout; je suis 
sa femme de chambre, sa cuisinière, son laquais, sa 
couturière, sa blancbisseuse ; en un mot, je suis de 
tout métier. 

MARTINE. 

Est-ce que tu es tonte seule? 

MARGUERITE. 

Et par ma faute. Ma maltresse vouloit partager en 
deux tout ce que je viens de le dire; mais j'ai eu 
peur qu'une antre partageât aussi les profits et 
peut-éire ramilié de madame, qu'elle ne me débus- 
quât, et j'ai entrepris de tout faire. 

MARTINE. 

Tu as fort bien fait, car tu auras tout. 

MARGUERITE. 

Mes liériliera auront tout, car pour moi je sens 
bien que je ne ferai pas de vieui os. 

MARTINE. 

Tu terepensdoDcP 

MARGUERITE. 

Oui. vraiment, je me re[>ens, car je sens que tout 
m'échappe des mains, et que je n'en aurai que le mal. 



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198 CONSEILS ET INSTnUCIIOXS AII\ DENOISELLES. 

SCÈNE QUATRIÈME. 
H™' DR MANDON. 

Cest un grand malbeur de ne point prendra 
conseil et d'abonder dans son sens. 

H. DE NENOimS. 

On trouve souvent des personnes de ce caractère; 
mais avez-vous quelques raisons particulières de 
faire cette réQexion? 

M°" DE MAMDOM. 

Oui, je suis tout affligée de la ridicule s(Aae que 
H"* de Valence donne présentement. 

H. DE NEMOURS. 

Quoi! cette grande dévotion! Peut-elle mieux 
faire? 

h"* de handon. 

Elle a entrepris au-dessus de ses forces, et la voilà 
dégoûtée, changeant de conduite, vêtue d'incarnat, 
et déchaînée pour tous les divertissements. 

H. DE «EHOURS. 

Sa piété n'a guère duré. 

m"* de «andûk. 

Elle ne pouvoit pas durer, n'ayant d'autre conseil 
que le sien , et ayant voulu commencer par où i 
peine pourroit-on finir. 

H. DE NEHOTIRS. 

Auriez-vous voulu qu'elle eût résisté & de si bons 
mouvements? 

U" DE lUNDON. 

Les bons mouvements doivent être réglés-, la 
vraie piété n'est ni étourdie ni imprudente; mais 



LJnnzPfl.GoOgle 



TBOISIËHE PARTIE. — PROVERBE XXIV. 199 

il falloit prendre un bon conseil, qui anroit conduit 
ces mouvements à une beureuse fin. 



SCÈNE CINQUIÈME. 
M. DE HEHOIIRS. 

Il court des bruits sur vous, monsieur, dont je 
voudrois bien m'éclaircir par moi-mftme; vous savez 
que c'est par l'intérêt que J'y prends. 

H. DE CABAGNAC. 

Je connois votre amitié pour moi, et vous pouvez 
me questionner sans que je vous accuse d'indis- 
crétion. 

H. DE NEHOURS. 

Est-il vrai que le mariage dont on parloit pour 
vous est rompu? 

H. DE CABAGNAC. 

Non pas encore tout à fait; mais il s'y trouve de 
grandes difficultés. 

,■. DE REHOCRS. 

Si grandes qu'on m'a assuré que celle que vous 
aviez fait demander se marie au premier jour. Mais 
est-il vrai aussi que vous n'auriez point la charge 
que TOUS comptiez avoir, et qu'un autre a couru sur 
voire marché? 

H. DE CABAGNAC. 

On m'a manqué d.e parole. 

H. DE HEHOURS. 

On prétend que votre argent n'étoit pas prêt. 



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200 CO:iSEILS ET INSIRUCTIONS AUX DEMOISIÎLLES. 
H. DE CUIGMAC. 

Tout cela ne m'afflige pas tant que d'avoir mol 
pris mes mesures pour l'achat d'une terre , dont 
j'avois envie. Je l'ai achetée hien cher, j'y ai fait 
bâtir, et je la perds par un retrait lignager (1). 

H. DE NEHOIIRS. 

Vous m'affligez sensiblement par tous ces contre- 
temps. 

M. DE CABAGMC. 

Ils me mettent hors d'état de continuer le service, 
el je ne sais en eflet ce que je deviendrai \ j'aban- 
donne tout; mes créanciers en sortiront comme ils 
pourront. 

H. BB NEMOURS. 

Cela s'appelle une banqueroute. 
H. DE cabagmac. 
J'en connois toute la bonté, mais j'y suis forcé. 

M. DE NEMOURS. 

Il n'est pas temps do vous faire des reproches 
d'avoir trop entrepris, ce seroit insulter à votre 
malheur. 

Qui trop embrasie mal élreint. 

* •■ Retrait UgnagerKi.i\.^ahtié\m lignager M\xtAt»mtL\at 
d'un lien acquéreur ou d'un adjiKtlcalaire par décret un ani^len 
prt^re de m Taoïille vendu par son parent. ■ ( Diet, de Trévoux.) 
Un lignager était une personne de la même purenlé, du méma 
lignage. Le relrail Ugnazcr avait ëlé inlroduil dans U plupart det 
eoutumea de France pour conEerver les héritage» dans let tamlliei 
Doblei, 



LJnnml.GOOgle 



moisiÈJiE PAKTiE. — rnovEro:; sxv. 2( 
l'ROVEnBE XXV'. 

l'i*KlI.l.ES 9AU M.* CMAT «WI BOST. 



H" DE KOMTHEUIL. 

U» DB PIRHIN, 

II-* DE RIGOULT, 

M» DE lOItllE,' 

M-* DE CACË, 

AMiLIE, Bill da >■■• d« HoalnulL, 

EUGÉNIE, BUi di H"* d< RI|oall. 



SCÈNE PREMIÈRE. 

■°" DE FinKIN, 

Que j'iii de peine, madame, de vous voir toujours 
chagrine, sans que vous puissiez vous mettre au- 
dessus de ce qui tous en donne I 

h"* de HONTREDIL. 

Le moyen d'être insensible au malheur d'avoir 
une fille unique faite comme la mienne ! 

H*** DE FlRMi:(. 

Elle ne fait mal à personne, et ne s'en fait point 
a elle-même. 

Il<~ DE HOTREUIL. 

Il est vrai, madame, mais j'avoîs espéré qu'elle 
feroit le bonheur de ma vie, 

■ Pcat U claaie vtrU. 



i.GoogIc 



202 CONSEILS ET INSTKUCTIOSS AUX DEMOISELLES. 
H"" DE PIRHIN. 

Pourquoi faire dépendre votre bonheur d'une 
autre? 

H°" DE HONTREUIL. 

Cette autre m'est bien proche, elle est bien faite, 
elle ne manque point d'esprit, mais elle n'en fait 
aucun usage, et passe les journées à traTailler sans 
dire un mot. 

m"" »e FraMiN. 

11 y a bien des mères qui s'accommoderoient de 
ce qui vous afflige -, mais allons faire un tonr de jar- 
din pour vous divertir un peu. 



SCÈNE DEUXIÈME. 

h"* de BIGOULT. 
Je suis bien surprise de ce qu'on m'a dît : H"* de 
-Hontreuil se fait un malheur de ce que sa fltle 
n'aime pas les plaisirs. 

m"" DB tORllE. 
Il fautflvouer qu'on est bien ingénieux à se tour- 
menter; elle devrait être ravie de ce qui l'afflige;' 
aimeroit-elle mieux une ûlle qui se perdit de répu- 
tation? 

m"' de BIGOULT. 

Non, nuis il y a un milieu entre ces extrémités. 

h"' de lorhe. 

Ce milieu est diflieile à tenir, et il faut être bien 

habile et bien heureuse pour sauver sa réputation 



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TBOISIËME PARTIE. — PROVERBE XXV. 203 

de la malignité et des occasions qui se trouvent 
dans le monde. 

M"* DE niGODLT. 

n faut servir nos amis à leur mode et tâcher de 
divertir cette fille mélancolique, puisque la mère le 
veut. La voici. 



SCËNE TROISIÈME. 
■■* DE MOKTEEUIL. 

Je VOUS cherche, madame, pour vous prier de 
voir si TOUS ne pourriez point changer ma âlte. 

H™ DE RIGOULT. 

le voulois TOUS demander à la voir. 

M*" DE HONTRECIL. 

11 faut donc que vous ayez encore la peine de 
l'aller chercher jusque dans sa chambre. 

M°" DE RIGOULT. 

Je ferois quelque, chose plus difficile pour vous 
j^re. Adieu, je lui Tais faire une visite. 



scène quâtriëhb. 

h"" de rigodlt. 

Il faut vous chercher, mademoiselle, si on veut 

avoir l'honneur de vous voir, car on ne vous trouve 

en aucun lieu* 

Améub. 
Bai! bal! 



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304 CONSEILS ET tNSTRtJCTlONS AUX DEHOISELLES. 
M™ DE mCOULT. 

Vous trouvez-vous mal? 



Je ne suis pas bien éveillée. 

U"* DE BICOULT. 

Il fait le plus beau temps du monde, venez vous 
promener, 

AUÉLIE. 

Je ne saurais. 

m"* de RICODLT. 

Qui vous en empêche P madame votre mère m'a 
permis de vous mener où je voudrois. 

AMÉLIE. 

Pourquoi? 

M"* DE RIGOOLT. 

Pour vous divertir et vous tirer de la langueur 
oà vous Êtes. 

AMÉLIE. 

Je suis bien. • 

M™ DE RtGOULT. 

Quoi I vous me refusez, et vous ne sortirez pas de 
votre chambre? 

AMÉLIE. 

Non. 



SCÈNE CINQTJIÈMB. 
H"! DE UONTIIEUIL. 

Avez-vous réussi, et ma Bile veut-elle voir le 
monde? 



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TttOlMÈUE PAnTIE. — PBOVEllCE XSV. 205 

M" DS mCOOLT. 

Elle ne veut pas seulement prendre l'air. 

H" DE MONTREDIL. 

Quoi! elle vouso refusée? 

il"" DB RIGOULT, 

A peine en ai-je retiré deux mots de suite. 

H~ DE MONTREtJIL. 

Voici Eugénie qui est la gaieté même, envoyons- 
la tenter encore notre mélancolique. 



SCÈNE SIXIÈME. 

EUGÉNIE. 

Je vous entends, madame, et je suis prête à vous 
obéir; mais voici qui est surprenant, mademoiselle 
votre fille est hors de sa chambre. 

■™ DE MONTREUil.. 

Je m'en vais, ma présence l'embarrasseroit. 

SCÈNE SEPTIÈME. 
EL'GÉNIE. 
Qui a pu, mademoiselle, vous faire sortir de votre 
chambre ? 

AMÉLIE. 

Les visites. 

EUGÉNIE. 

En recevez-vous beaucoup? 



18 

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206 CONSBtLS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOIKUES. 
AMÉLIE. 

Trop. 



EHes soDt souvent ennuyeuses; mais altoits faire 
une collation sur l'eau, il y fera délicieux par le 
chaud d'aujourd'hui. 

AMÉLIE. 

Adieu. 

EGGÉKIE. 

Vous préférez la solitude k ce que je yous pro- 
pose? 

AMÉLIE. 



Oui. 



^CÈNE uniTlÈHB. 



H™ DE FIRMIH. 

Eh bien! madame, tous les soins de vos amies 
sont-ils inutiles auprès de votre mélancolique ? 

M"" DE MONTREOIL. 

H" de Gacé l'a emmenée avec elle en lui pro- 
mettant de la solitude et lui préparant des plaisirs; 
je ne sais ce qu'ils auront produit. Hais les voici de 
retour. 

SCÈNE NEUVIÈME. 
M*" DE GaCË. 
Je vous ramène votre flile, aussi vive sur la joie 
qu'elle y étoit opposée. 

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THOlSlfelE PARTIE. — PROTEUBE XXV. S07 

AMÉLIE. 

Oui, ma mère, je ne demande qu'à me dÎTertir; 
que feroDS-noos ce soir? 

M** SE HOUTItECIL. 

La journée est si avancée qu'il n'y a plus qu'à 
•ooper et se coucher. 

ASÉUB. 

Non, ma mère, je ne puis demeurer seule; al- 
lons chercher compagnie, ou envoyez prier quel- 
qu'un de venir. 

H°" DE HONTBECIL. 

Vous attendrez à demain, et nous verrons ce que 
nous ferons. 

AMÉLIE. 

Si vous me voulez faire ennuyer, j'irai chercher 
à me divertir hors de chez vous. 

H™ DE M0HTREU1L. 

He voilà bien pis que je n'élois, et punie de' ma 

sottise. 

yèvgiHez pat le chat gui dort. 



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S08 COHSKILS ET INSTHICTIONS AUX DEUOISELLES. 



PROVERBE XXVI'. 



». DE IIAUTIEUX. 
M" DS MAUÏIEUX. 
M. FHEMlLLr. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
M. DE FREHltXT. 

Je m'intéresse trop à ce i^ui vous touche pour 
n'être pus en peine d'un bruit qui court. 

H. DE HAUVIEUX. 

Quel bruit? 

H. De FREHILLT. 

On dit que vous n'êtes pas bien ensemble, ma- 
dame votre femme et vous, et que vous l'emmenez 
en Gascogne. 

H. SE HAUVIEUX. 

Laissons dire tout co qu'on voudra, puisque aussi 
bien nous ne pouvons l'empëchcr. 

U. DE FREUILLT. 

Que voulez-vous que vos amis répondent quand 
on leur en parlera ? 

' Pout la c'asîe perle. 



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TROISIÈME PARTIE. — PROVERBE XWl. 209 

M. DE HAUVlEUt. 

Tout ce qu'ils jugeront à propos. 

H. DE FREMILLY. 

Ce sera une cbose bien fâcheuse si vous Taites un 
éclat dans le monde. 

H. DE UAUVIEUX. 

Alors, comme alors, nous verrons ce qu'il y nura 
à faire. 

H. DE FRENILLV. 

J'envie votre tranquillilé; mais voilà madame 
voire femme, et il est de la discrétion de ne pas 
demeurer en tiers. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
M°" DE M AU VIEUX. 

On m'assure, monsieur, que vous êtes résolu 
d'aller à votre gouvernement, et pour si longtemps 
que vous voulez m'y mener et toute votre famille. 

H. DE MAUVIEUX. 

On vous a dit vrai. 

■ m"" de mauvieui. 
J'ai quelque sujet de me plaindre d'apprendre vos 
volontés par d'autres que par vous. 

H. DE HAUVIEUX. 

Je n'ai chargé personne de vous le dire. 

m""' de MAliVIElIX. 

CompteZ'VOUS partir bientôt? 

H. DE HAUVIEUX. 

De demain en huit jours. 



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210 C0NSBIL3 ET INSTRUCTIONS AUX fiBIIOISBLI.ES. 
h"' de HAUVIEUX. 

Je ne puis en si peu de temps avoir tout ce qu'il 
me faut. 

M. DE HiUVlEDI. 

Mous partiroDs de demain en huit jours... Adieu, 



SCÈNE TROISIÈME. 

h"* de mauvieux. 
Sais-tu la nouvelle, et que nous noos en allons, 
pour le reste de nos jours, dans le fond de ta Gas- 
cogne? 

HOKORINE. 

Vous, en Gascogne I Je ne crois pas que vous 
soyez assez sotte pour cela. 

M"" DE MAUVIEUÏ, 

C'est tout de bon que mon mari y est résolu. 

HONORINE. 

Eh bien! qu'il y aille tout seul, s'il a tant d'envie 
d'aller, et, pour nous, demeurons toujours dans la 
bonne ville. 

m"* de MiCVIEtiX. 

Il parott bien résolu Ià>dessus. 

HOnORIHE. 

Soyez encore plus résolue que lui, et dites fran* 
chement que vous ne voulez pas y aller. Mais voici 
madame votre mère, que dira-t-elle là-dessus '? 

e petite cousine des ser- 



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troisièîie partie. — protrrbe xxvi. sit 

scëhe quatrième. 

h" de sougnac. 
Qu'est-ce que j'enteods, ma fille? OD dit que voua 

nous quittez? 

m'* de MAUVIECX. 

Oai, ma mère, H. de Hauvieiix veut s'en aller 

dans son gouTUnement. 

H~ DB SOUGNIG. 

Je ne lui ai pas donné ma fille pour en faire une 
provinciale, et voàs n'irez pas assurément. 

BOMOniHE. 
Boa, madame 1 ne aoufirex pas un« telle clidse, 
BOUS mourrions d'ennui dans ce vilain pays. 

U" DE HAOVIEDX. 

Puisque ma mère est pour moi, il n'y aura rien 
qui puisse me faire partir. 

M" DE SOLIGNAC. 

Je ne vous abandonnerai pas i une telle fureur. 
Allez, voici un homme qui parolt me chercher. 



SCÈNE CINQUIÈME. 
H. DE PREHILLT. 

Je suis trop des amis de toute votre famille, ma- 
dame, pour ne pas vous dire le chagrin où je suis 
de la scène que vous donnez dans le monde. 

M"' DE SOLIGBAC. 

Quelle scène, monsieur? est-ce parce que je ne 
veux pas que ma lille s'en aille ? 



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212 CONSEItS ET IXSTRUCTIOHS AUX DRHOISELLES. 
H. SE FltEHILLT. 

Oui, madame, od dit que vous voulez vous y 
opposer; M. de Mauvieus. n'est pas homme à se 
rendre ; ainsi, vous allez faire un grand bruit inu- 
tilement. 

M*" DE BOLIGNAC. 

li ne sera point inutile, car ma fille ne partira pns. 

H. DE FREHILLY. 

Mais monsieur son mari n'est-il pas son matlre? 
et comment pouvez-vous l'en empêcher? 

M"" DE SÛUGNiC. 

En le ploidaot, en le persécutant, et en lut arra- 
chant ma fille des mains plutôt que de la laisser 
partir. 

H. DE HAUVlEUX. 

Cette violence n'est pas d'une personne sage. 

M™ DE SOLrGNlC. 

Je n'ai que faire de vos avis... Alîeu. 



SCÈNB SfXtËME. 
». DE FREHILLY. 

Ne feriez-vous pas mieux de ccder à l'orage pour 
un temps, et ensuite vous fei'iez ce que vous vou- 
driez? 

H. DE HAUVIEUX. 

Tout cela n'est que du bruit, je partirai dans 
huit jours. 



LJnnzPfl.GoOgle 



TROISIÈNe PAATIE. — PROVERBE XXVI. 213 

H. DE FREHILLT. 

J'en doute à tout ce que je sais <ju'od vous pré- 
. pare. 

M. DK lUUTIEtJX. 

N'en soyez point en peine, nous partirons le jour 
que j'ai marqué. 



SCÊNB SEPTIÈME. 
H*" DE SOLIGNAC. 

Je viens vous demander à vous-même s'il est vrai 
que vous vouliez emmener ma fille en Gascogne. 

M. DE HAUVIEUX. 

Oui, madame. 

M"" DE SOIIGSAC. 

Et vous croyez que je le souffrirai! non, je ne le 
souffiirai pas, et il n'y a point de violence ofi je ne 
me perle pour vous en empécticr. 

M™ DE UAU VIEUX. 

Qu'ai-je fait pour mériter un tel traitement, de 
me vouloir arracher de toute ma famille pour aller 
avec des Gascons? 

HONORINE. 

Quelle cruauté de nous emmener à plus de deux 
cents lieues! c'est le bout du monde; il faut que 
j'aime bien ma maîtresse pour ne la pas quitter. 

m"' de SOLIGNAC. 

Je m'en vais présenter ma requête au Parlement, 
pour demander que ma fille soit remise entre mes 



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214 CONSEILS BT mSTRUCnottS AUX DBKOISBLLES. 
M"" BB HAUTIEUX. 

Que prétendez-vous en m'emmenant par force ? 
Je ne vous laisserai pas un moment en repos, et 
TOUS aurez toujours & vos cdtés une femme déses- 
pérée. 

HONORINE. 

Je cnerai dans tous les chemins qu'on nous 
emmène malgré nous. 

If™ SB SOLIGNAC. 

Vous ne daignez pas nous répondre P Y eut-il 
jamais une telle cruauté, un tel mépris! Est-ce 
comme cela qu'on traite une femme de ma condi- 
tion, et votre belle-mère ? Vous êtes le plus méchaot 
de tous les hommes. 

!!■" DE MAUTIEDX. 

Je suis bien malheureuse d'avoir pour mari un 
homme plus dur qu'un rocher. 

BOHORINE. 

Voyez'le , s'il dira un mot qui nous console \ Je 
m'en vais me désespérer. 

M*"* DE MjUIVIEIIX. 

Cette affaire ici pourra bien devenir crimioeUc; 
je me tuerai plutôt que de partir. 

h"" BB SOLieifAC. 

Étes-vous content de nous réduire toutes au 
désespoir ? Mais si nous mourons, nous ne mour- 
rons pas seules. 

H. DB MAUVIEUX. 

Il faut partir dans huit jours. 



LJnnzPfl.GoOgle 



TROISl&HB PARTIE. — PROVERBE ILXVI. 315 

SCÈNE HUITIÈME. 
H. DE FREUILLT. 

Après tout ce vacarme, les voilà partis le jour et 
l'heure que M. de Uauvieux avait marqués. 

U. D'iUBIGNV. 

Comment a-t~il pu emmener ces femmes empor- 
tées? 

M. DX FREHELLT. 

Avec le même sang-froid que vous lui connoissez, 
U a pris sa femme par la main et l'a conduite au 
carrosse sans dire un mot; elle crioit et a fait quel- 
ques dîFKcultés de marcher; il a fait signe à son 
valet de lui prendre l'autre main; et quand elle a vu 
qu'elle ne seroit pas la plus forte, elle a pris son 
parti. 

u. d'acbighy. 

Et la servante ? 

s. DE FREHILLT. 

La servante crioit comme si on l'eût écorchée, 

mais elle alloit toujours ; il est monte en carrosse le 

dernier, s'est mis auprès de sa femme et il pourra 

bien faire son voyage sans lui dire un mot. 

H. d'aubignt. 

Je l'admire, car pour moi j'aurois renoncé à tout 
plutôt que d'essuyer tant d'injures et tant de bruit. 

Son cheval de irompeite Tie t'effraye pas du bruil. 



i.GoogIc 



216 CONSEILS ET INST!Ii;CTI0N3 AU\ UEUOiSELl.ES. 



PROVERBE XXVII'. 



fflll rKBHn ■'BIISI&«B< 



SCÈNE PREMIÈRE. 
H™ DE MÉRANIE. 

Je suis ravie, mademoiselle, de vous savoir sortie 
de Saint'Cyr, et j'espcrc que vous aurez un peu de 
bonté pour moi. 

HORTEKSE. 

Ma mèffi m'a dit, madame, que vous étiez son 
amie ; ainsi je crois ne pouvoir mieux faire que de 
vous coDJurer d'être la mienne. 

M"" DE UÉRASIE. 

Ce seraavec bien du plaisir; il faut songer à vous 
divertir. 

HORTENSE. 

Je suis encore assez jeune pour en avoir envie; 
mais je crains tout, et j'ai si peur de mal faire, que 



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TBMSIÉIIE PARTIE. — PBOVEHBE XXVH. 217 

j'ùmerois mieux me renfermer dans une chambre 
que d'aller chercher les plaisirs. 

H™ DE NÉRAHIG. 

C'est l'éducation du couvent. On vous a peint le 
monde horrible, mais il ne l'est pas tant qu'on vous 
l'a dit. 

HORTENSE. 

le TOUS suivnû partout; ne me laissez pas faire la 
moindre faute sans m'en avertir. 

■■^ DE MÉRANIE. 

Fiez-voiis à moi, vous êtes en sûreté. 

SCÈNE DEUXIÈME. 
H. DE HiniNVAL. 

On dit que M'" Hortense est sortie de Saint-Cyr 
et que c'est une vraie innocente. 

H*"" DE HÉRANIE. 

U est vrai, elle a peur de son ombre et est fort 
entêtée de sa réputation. 

H. DE HËUINVAL. 

Ne me ta ferez-vous pas voir ? 

h"" de HÉRANIE. 

Vous n'aurez qu'à venir chez moi quand vous 
saurez qu'elle y sera. 

H. DE UÉRINVAL. 

Que ce soit le plus tôt que vous pourrez, je vous 
prie. 



LJnnmi.Google 



318 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

SCÈNE TROISIÈME. 
M. DS HÉRINVAL, 

Je ne pensois pas trouver ici une si boime com- 
pagnie. 

H'»* DE llâlIAHIB. 

J'espère que j'aurai souvent celle-ci, madame sa 
mère veut bien me la conGer. 

H. DE HÉHINVAL. 

EUe ne peut la mettre en meilleures mains. 

h'"* de IIÉRANIE. 

Mademoiselle ne fait que sortir de Saint-Cyr, et 
vous lui en voyez encore l'habit. 

H. de HÉRINVAL. 

Je crois qu'elle te quittera bientôt ; il ne convient 
ni â sa naissance ni à son &ge. 

HORTEnSE. 

Il convient fort à ma fortune ; et quand on n'a 
point de bien, il ne faut point songer à faire «>mme 
ceux qui en ont. 

H. DE HÉRINVAL. 

Ah ! mademoiselle, il faut être comme lea luU^. 

m"* de hérahib. 
il faut bien se mettre un peu ea jeune penonne. 

HORTENSE. 

Ne pouvant être selon ma condition, j'aime mieux 
me jeter dans l'extrémité de la modestie, et faire au 
moins voir par là que je sais me mettre au^dessoi 
des foiblesses de notre sexe. 



i.Google 



TROrSIËHB PARTIE. — PROVERBE XIVII, 219 

», DS HÉRtNVAL. 

Cela est admirable, mais je crains de faire ma vi- 
site trop longue et prends congé de tous. 

SCÈNE QUATRIÈME. 
H*" DB KiRAinE. 

Voilà uD fort honnête homme, et de ces connois- 
■ances qui ne peuvent vous faire tort. 

HORTKNSE. 

M'en osaurez-TOUB? 

11'°'' DE HÉRANIS. 

Je vous en réponds j mais voua ayez été trop 
sérieuse, et il faut vous accoutumer à la compagnie. 

nORTEHSE. 

Je craignois d'avoir trop parlé. 

M°' EE MÉRANIE. 

Au contraire ; mais le voici qu! revient, il ne s'est 
pas mal trouvé de votre compagnie. 

SCENE CIKQUIËME. 
K. DE KÉRINVAL. 

J'ai trouvé, en m'en retournant chez moi, ce mar- 
chand, et j'ai pris ces bagatelles pour les présenter 
à mademoiselle. 

HORTETtSE. 

Je ne reçois point de présents, monsieur. 

i.Google 



220 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 
M. DE HÉRINVAL. 

Je ne serois pas assez hardi pour vouloir vous en 
faire de considérables, mais ce ne sont que des ru- 
bans, qui ne se rerusent jamais. 

HORTEHSE. 

Je n'en porle guère, et je vous prie, monùeur, 
de me dispenser de recevoir ceux-là. 

H. DE NÉBINVAL. 

Ce seroit m'offenser, et madame vous dira que 
ce sont de ces choses qui se donnent et se repren- 
nent les uns des autres sans aucune façon. 

H"" DE HÉRANIB. 

Vous pouvez les prendre, mademoiselle, et je ne 
voudrois pas vous conseiller une chose qui pourroit 
être blâmée. 

HORTENSE. 

Je ne puis vaincre la répugnance que je sens là- 
dessus. 

H. DE HÉRinVAL. 

Je ne puis souffrir ce refus, et je laisse cette cor- 
beille à mademoiselle. 



SCÈNE SIXIÈME. 
m"" DE HËRANie. 

Vous ne devez pas refuser des bagatelles, comme 
des rubans ou autres choses; voyons ce qu'il y a. 

HORTEHSE. 

Ah! madame, ces rub:ins cachoient une iuGnilé 



..Google 



TROISIËHB PARTIE. — PROVERBE XKVII. 321 

de bijoux ! voilà des belles, des étuis, des érenlails ! 
rien n'est si beau ! 

h"* de HÉaAME. 

U n'y a rien là qui soit considérable; prenez, et 
vous en parez un peu, il Faut que jeunesse se passe. 

HORTENSE. 

Partageons-les donc ensemble, je vous prie. 

H™ DE HÉRÀNIE. 

Je prends un éventail, puisque vous le voulez. 

SCÈNE SEPTIËUE. 
M"" DE SAINT-MARC. 

Qu'entends-je dire, ma chère nièce 7 à peine êtes- 
VDus sortie de Saint-Cyr que vous faites parier de 
vous! On m'assure que vous avez vu M. de Mérinval 
deux fois en un jour et qu'il vous a fait un présent, 

BOilTENSB. 

Cela est vrai, mais je n'ai rien fait sans le conseil 
de l'amie de ma mère. 

M'* DE SAINT-MARC. 

Votre mère est une innocente qui croit tout ce 
qu'on lui dit ; n'est-ce point M™ de Méranie à qui 
elle vous a confiée? 

HO&TENSE. 

C'est elle-même. 

m"' de saint-marc. 

Ah ! ma chère nièce, vous fites perdue! c'est «ne 
*9. 



..Google 



222 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DCHOISELLRS. 

femme trés-dangereuse ; ne U voyez jttnais, je vous 
en conjure. 

B0RT13iSE. 

Je lui ferai fermer ma porte, après ce que tous 
m'en dîtes, car j'aimerois mieux mourir que de per- 
dre nia réputation. 



SCËNB HUITIÈME. 
LAFLEUS . 

MadoDoiselle, M. de Hérinval vous demande. 

HORTENSK. 

Le recevrai-je, ma tante ? 

m"* de 8A1NT-MARC. 

Gardez-vous-en bien. Dis-lui que ma nièce est 
sortie. 



SCËNB NEUVIÈME. 
LIFLEUR. 

Mademoiselle est sortie, monsieur. 

M. DE HËRINVAL. 

Je sais qu'elle ne l'est point; dis-lui qu'il faut 
que je la voie. 

LAFLECR. 

Vous ne pouvez pas la voir, puisqu'elle n'y est 
pas. 

». DE HËRINVAL. 

EUe y est, je la verrai. 



LJnnzPfi.GoOglc 



TMI81ËIIE PARTIE. — PROTERM: XXVII. 89S 

LAFLEUR. 

On ne voit pas 1«s gens malgré eux. 

H. DE MÉRINVAL. 

Laisse-moi passer, ou je te donnerai sur les 
oreilles; encore faut-il que je voie si mes rubans lui 
siéent bien. 

Qui prend s'engage. 



i.Google 



m CONSEILS ET INSTTtL'C nOXS ADX DEMOISELLKS. 



PROVERBE XXVHl'. 



BMTmE l»EVK VEKVES VUE IKITBK. 



M" nn SAINT-MARC. Ml» DALINGRE. 

Il" D'AT.INCHE. M'" DliHOUTIEB. 

M"' nuMOUTEEB. M"* D'ITRY- 

M" DIÏRr, MAKIK. 



SCÈNE PREMIÈRE. 

m"' d'alincbe. 

Je t'avoue, ma pauvre Marie, que je suis prête à 



HARIE. 

Et qu'est-ce que vous avez? vous êtes demoiselle, 
vous êtes jeune, vous aurez de quoi vous marier : 
(jue voudriez- vous davantage? 

m'" d'alinche. 

Je donnerai tout cela pour un peu de liberté. 

MARIE. 

Comment liberté ! est-ce que vous êtes en prison ? 

h'" d'alingre. 
Je ne suis guère mieux. 

■ Pour la claeae verle. 



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TROISIËHE PARTIE. — PROVERBE XXVIFI. SIS 

MARIK. 

Vous êtes comme les autres, avec père et mère, 
quevoulez-vousdavantage? 

m"* d'alingre. 

Quoi! tu ne me trouves point malheureuse de ne 
me pas divertir et d'être toujours avec ma famille? 

MARIE. 

Pourquoi ne vous divertissez-vous pas avec votre 
famille? nel<^ez-vous pas avec elle? ne mangez- 
vous pas avec elle? ne vojez-vous pas la compagnie 
qu'elle voit? ne riez-vous pas tous ensemble? 
m"* d'alingrb. 

Oui, mais tout cela avec contrainte, avec dépen- 
dance, et je voudrois être maltresse. 

HARIE. 

Où avez-vous donc été nourrie ? je ne vous entends 
point avec votre dépendance, qu'est-ce que cela veut 
dire? il me semble encore une fois que vous êtes 
comme les autres. 

h"" d'alingre. 

Je voudrois du plaisir; j'ai passé dix ans dans un 
couvent à garder une règle, j'avois espéré de la 
liberté; je me trouve encore pis ici. 

lURlE. 

Vous ne gardez point de r^le; mais qu'appelez- 
vous liberté? 

m'" d'alingre. 
D'aller où je voudrois. 

MARIE. 

Si vous aviez alTaire à moi. je vous ouvrirois la 



1. Google 



316 GONSBrie et instructions aux DEHOmLLBS. 

porte; où iriez-Yous ? nous vous verrions bientôt re* 
venir. 

h"* d'àuncke. 
Je ne le crois pas. 

HAÎtlE. 

Hais qu'est-ce donc c[ue vous croyez que les au- 
tres font? pour moi, je n'ai guère vu de personne 
plus heureuse que vous. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
m"° d'alimgrb. 
Ma fille, à quoi vous amusez-vous? allez dans la 
chambre de votre père ; il se trouve mal, une affaire 
pressante m'oblige de sortir, ne le quittez pas. 
m'" d'alisgre (tout bas). 
He voilà bien pour ma journée. 
M™ d'alingre. 
Ne laissez entrer personne dans sa chambre. 

h"" D'AilHCRE. 

Et queferai-je tout le jour? 

m"" d'alingre. 

Portez un ouvrage et un livre, et soyez toujours 

près de lui pour observer ce qui lui arrivera et pour 

lui rendre les services dont il aura besoin. 

m"' d'alwghe. 

Que ne suis-je encore dans mon couvent! 



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TROtSIfiME PARTIE. — raoVBIl'Bi XXVIIt. 337 

SCÈNE TROISIÈME. 
H** DUMOUTIER. 

Habillez-vous pour aller vers le soir chez M"' d'A- 
lingre, elle a une fille à peu près de voire fige. 
h"* ddmoutier. 

J'en û oui parler, j'ai grande envie défaire ami- 
tié avec elle. 

W" DUMOUTIER. 

Il ne faut pas aller ai vite en amitié, on se trompe 
souvent. 

h'" DUMOUTIER. 

On dit qu'elle est jeune et gaie, c'est ce que je 
cherche. 

M™ DUMOUTIER. 

Cest de quoi faire bien des sottises. 

m"* DUMOUTIER. 

Je suis lasse de ne voir que des gens plus vieux 
que moi. 

m"* DUMOUTIER. 

Voilà ce qui s^appelle une sottise, car je suis plus 
vieille que vous. 

m"" DUMOUTIER. 

Je l'ai dit sans y penser, je vous en demande 
pardon. 

M°* DUMOUTIER. 

Vous parlez auparavant de penser, et il faudroit 
faire le contraire ; mais allez vous habiller plus pro- 
prement. 



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228 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

SCËNE QUATRIËHS. 

m"' d'alingre. 
ÂTTéte-toi un moment pour causer avec moi. 

MARIE, 

Qui est auprès de monsieur ? 

h'" d'alingre. 
Personne, mais je me meurs d'ennui. 

MARIE. 

Si quelque accident altoit lui arriver P 

m"* d'alingre. 
Qu'est-ce qui lui arriveroit? 

MARIE. 

Rien, peut-être un transport au cerveau, peut- 
Aire une mort subite ; mais quand il ne lui arrive- 
roit que le chagrin de voir que vous ne pouvez durer 
auprès de lui, et à vous d'avoir à mentir à madame 
votre mère, qui vous demandera si vous ne l'avez 
point quitté. 

m"* d'alingre. 

Ce n'est pas là un grand mensonge. N'est-il venu 
personne ici? ma mère reviendra-t-elle bientôt? est- 
ce que le jour se passera sans voir qui que ce soit? 
encore si la chambre donnoit sur la rue ! 

MARIE. 

Vous n'avez pas plus de raison qu'un enfant; je 
ferai mieux d'aller à mes affaires que de vous en- 
tretenir... Mais voici madame. 
m'" d'alimcbe. 

Je m'en vaU vite auprès de mon père. 



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THOISIËME PARTIE. — PROVERBE XXVUl. 229 

SCÈNE CINQUIÈME. 

M"' d'aLIMGRE. 

Marie, qu'on laisse entrer M™ Dumoutier si elle 

vient ici, comme je l'eBpëre} en attendant je vois 

voir notre malade. 



SCÈNE SIXIËUE. 

MARIE. 

Vous allez être bien contente, j'entends frapper 
à la porte, c'est peut-être M"' Dumoutier. 
a"* d'aloîcbe. 

Qui que ce soit il n'importe, pourvu que ce soit 
compagnie. 

MARIE. 

Vous êtes taillée à être bien malheureuse. 



SCÈNE SEPTIÈME. 
M*" d'alincre. 
Je vous demande pardon, madame, de vous avoir 
fait attendre, j'étois avec M. d'Alingre qui est ma- 
lade. 

m"* dumoutier. 
Quelque impatience que j'aie de me retrouver 
avec vous, je ne voudrois pas vous incommoder. 
M"" d'alingre. 
Passons dans cette ruelle, j'ai à vous parler d'une 



230 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DBKOISELLES. 

affaire; voilà deux, demoiselles qui ne seront pas 
fàcbéesd'étre ensemble. 



SCËNE HUITIËUB. 
m"* d'alincre. 
Que je suis aise, mademoiselle, d'être avec vous 
et de pouvoir vous entretenir avec liberté ! 
m"* dumoutier. 
Je suis tout de mftme, il faut faire une grande 
amitié ensemble. 

m"' d'alincrb. 
Vous diverLissez-vousbien? 

m"* dohoutier. 
Pas autant que je le voudrots. 
h"" d'aukgre. 
Vous avez U un joli damas. 

■"* DUHOUTIER. 

N'est-il pas vrai? j'aime tant le bleu ! 

m'" b'alingre. 
Et moi le vertl mais on ne veut pas m'en donner. 

h"* dumouder. 
Avez-vous été vous promener? 
h'" d'alinghEi 
Nous n'allons guère qu'à l'église. 

■'" nUHOUTIEit. 

Qu'y fmtes-vous? 

ii"* D'AUBCRBi 

Je m'y ennuie; je regarde tout le inonde j il y 



TROISIÈME PARTIE.— PROVERBE XXVIU. 331 

avoit hier une CUe dont le rayon avoit plus de quatre 
doigts par-dessus le mieu. 

k"* ddmodtier. 
Et moi, j'en ai vu une qui n'avoitrien sur elle qui 
ne toi prétintailU. 

x'" d'jLLINGRB. 

Aimez-vous cette mode-là? 

M"* DUMOUTIER. 

Tout & fait; je sais si bon gré à celle qui a monté 
les falbalas ! 

■"* d'jxihgrb. 
Oh! qu'ils sont jolis ! Sontrce les princesses de la 
COUP qui donnent toutes ces modes? 
m"" dcmoctier. 
Je ne sais, mais je voudrois bien le savoir. J' es- 
père avoir cet été un habit citron et vert de mer. 
m'" d'aungre. 
J'aime le bleu et le rouge ensemble. 

m"" DUMOUTIER. 

Savez-vous qu'on prétintailla les mouches? 

m"' d'alingre. 
Ma mère ne veut pas que j'en mette. 

m'" DUMOUTIER. 

1^3 aimez-vous P 

m"' d'alikgrE. 
J'aime tout ce qui est du moade. 

m"* DUMODTIEIl. 

Je le comprends bien ; vous devez vous être au- 
tant ennuyée que moi dans le couvent. 



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iZi COXSEILS ET IKSTRUCTtOtlS AUX DEHOISELLES. 

h'" d'alihgrb. 
C'est une étrange coutume d'enfermer ainsi les 
filles. 

m'" duhoutier. 
Elles ne sont guère mieux avec les mères. 

h'" d'alingre. 
Oh ! voici une dame qui a encore une jeune fille 
comme nous. 



SCENE NEUVIÈME. 
M™ d'aUWCRE. 

Je vous suis bien obligée, madame, de l'honneur 
que vous me faites, et d'y ajouter le plaisir de voir 
mademoiselle voire fille. 

M™ d'ivry. 
J'avois de l'impalience de vous la présenter. 

m"" d'aungbk. 
J'espère que nous la verrons quelquefois, et je 
crois que ces demoiselles seront bien aises de la voir 
entre elles. 

m"* d'ivet. 
Laissons-les faire connoissance. 

H'™ DIIHOUTIER. 

Elles l'auront bientôt faite. 

M°" d'ivrt. 
La mienne est froide et timide. 



i.GoogIc 



TRDISIËHE TARTIE. — - PROVERBE UVIIU 333 

SCÈNE DIXIÈME. 

h"' d'alihcre. 
Nous voici deux amies qui sommes bien aises de 
TOUS voir. 

m"* d'iyrt. 
Vousmefailesl'une et l'autre beaucoupd'booDeur. 

h'" duhoutier. 
Il faut que nous fassions une grande amitié. 

■'" d'àlimgre. 
Ohl oui, nous nous réjouirons bien ensemble, 

h"* DUHOL'TIER, 

Pourquoi étes-vous vêtue si simplement ? 

m'" d'itrt. 
C'est le goût de ma mère, et je m'y accommode 
sans peine. 

h"* d'àungre. 
Vous n'aimeriez pas mieux avoir une belle robe? 

m"* d'ivry. 
Je la aimois fort quand j'étois enfant. 

m"* duhoutier. 
Et vous ne les aimez plus? 

«"* d'ivry. 
EBes me sont indifTérenles. 

m"" d'alincre. 
Ëles-Tous heureuse ? 

m"" d'ivry. 
Tout à fait. 



LJnnmi.Google — 



834 con&ejls et instructions aux demoiselles, 
m"*. DUMOCTIEB. 
Que faites-vous du malin jusqu'au soir? 

m'" d'ivry. 
Je suis avec ma mère ou avec mes sceurs et ma 
famille. 

m"' d'alingre. 
Sortez-vous souvent? 

m"' d'ivht. 
Selon les besoins de dos affaires. 

m"' dumoutieb. 
Avec qui vous divertissez-vous ? 

m'" d'ivrt. 
Avec mes proches. 

«"• d'alingre. 
Et à quoi ? 

m"* d'ivrt. 
A travailler, à lire, à causer ensemble. 

h"' DUHOITIER. 

Je mourrois d'ennui i votre place. 

m"* d'alikgre. 
Vous êtes trop sage pour nous. 

m"* DDMOOnER. 

Pensez-vous tout de bon à ce que vous dites? 

m"' d'ivrt. 
Je crois, mesdemoiselles, que vous pensez tout de 
même et que vous ne me faites toutes ces questions 
que pour me connottre. 

h"* d'alinore. 
Nous ne vous trompons pas, nous n'aspirons qu'à 
la liberté et au plaisir. 



i.Google 



taoimëie pautie. — proverbe xxviii. s35 
«"• d'ivrt. 
Si cela «st, je ne vous conviens pas, je n'aspire 
qu'à faire mon devoir le plus exactement qu'il m'est 
possible. 

Entre deux vertes une mûre. 



LJnnzPfl.GoOgle 



236 CONSEILS ET INSTnUCTJOnS AUX DEMOISCLLES. 



PROVERBE XXIX'. 



DE SAIflT-ËVROH. 


Hi» IrOBLtNGBS. 


DE SAINT-ÉÏROH. 


CÉCILE. 


bE TOLNEÏ. 


BUPEBASIB. 


DE MABIGNY. 


JKiNME, nnulc. 



SCÈNE PBfiUlÊRE. 

m"*" de saimt-évrom. 

Il y a si longtemps que je ne vous ai vue, ma 

elière amie, que je puis bien vous demander s'il ne 

vous est rien arrivé de considérable. 

M°" DB VOLHEY. 

Un procès m'a occupée depuis tout ce temps-là 
et me rend très-malheureuse. 

m"* oe saint-évbon. 

C'est à mon sens un des plus grands malheurs qui 
puisse arriver; mais n'en espérez-vous pas voir 
bientôt la fin? 

> Pour la cIbbm verte. 



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TROISIÈME PARTIE. — PnOVEnDE XXIS. 2Î7 

M™ DE VOLNBT. 

Je fais mon possible pour le faire juger ; je ne sais 
si j'y parviendrai. 

m"" de saint-évrom. 

Je voudrois y pouvoir contribuer; mais voici le 
temps des vacances, venez vous reposer avec moi à 
ma maison de campagne. 

M™ DE VOUiET. 

J'en serai ravie et je reprendrai des forces pour 
solliciter. 



SCÈNE DEUXIÈME. 

h"' de saint-évbon. 
Réjouissons-nous, madame, le séjour de la cam- 
pagne y convie, 

m"' de volney. 
Que vous èles heureuse de n'avoir point de 
procès! 

h"* de saiht-évron. 
Je les crains fort, mais après tout il faudroït bien 
les prendre en patience. 

M"" DE VOLNEÏ. 

Il n'y a point de patience à l'épreuve d'un procès. 

m"' de SAiNT-ÉVRON. 

On me vient avertir que voilà deux ou trois per- 
sonnes qui viennent voir ma mère. 



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238 CONSEtLS ET INSTRUCTIONS AUK DEMOISELLES. 

SCÈNE TBOISIËHB. 

Il""* DE SAIMT-ÉVBOH à M"" de Marigny qui entre tvi- 
vie de M"" d'Orîanges, Cécile et Euphrasie. 
Vous me surprenez, madame ; mais je n'en suis 
que plus aise de l'honneur que vous me faites en 
venant ici et y amenant une si bonne compagnie. 

M™ DE MARIGNT. 

Nous avons cru ne vous point déplaire, et si je 
ne suis point capable par moi-même de contribuer 
au plaisir, je vous amène de quoi réparer ce qui me 
manque. 

M"* DE SAtNT-ÉVHON. 

J'ai ouï parler de M'" Cécile, et qu'avec le raraîte 
qu'elle a, elle a encore celui d'une belle voix. 

CÉCILE. 

Je chante un peu et je m'offre à le faire autant 
que vous le voudrez. 

M"' DE MARIGHT. 

H'" d'Orîanges a fait un voyage qui lui a donné 
des cODUoîssances très-agréables. 
m"* d'orlamges. 

J'avois besoin de ce secours pour pouvoir dire 
quelque chose. 

M"" DE SAINT-ÉVEOM. 

Mais on m'a dit qu'Euphrasiea été élevée à Saint- 
Cyr j je serois ravie d'en entendre parler, 

EUPHRASIE. 

Vous n'avez, madame, qu'A ordonner. 



LJnnmi.GoOglc 



TROIBIÈMB PARTIE. •— PROVERBE XUX. 230 

M"' DE SAlWTrÉVRON. 

Allons retrouver M"" de Voloey, afin qu'elle par- 
tage le plaisir que j'espère d'une telle compagnie. 



SCÈNE QUATRIÈME. 
M"" DE SAIMT-ÉVROM. 

Voilà bien du monde, Jeanne, que leur donil&- 
raS'tu à souper ? 

JEANKE. 

Je n'en sais rîon^ nous allons être tuées de tra- 
vail*, ces bonnes dames ne sauroient se tenir chez 
elles. 

a" DE SAINT-ÉVRON. 

Je voudrois qu'elles y Tussent ; maïs il faut faire 
bonne mine. Qu'y a-t-il ici ? 

JEAflNE. 

Il faut tout mettre à la fois et tuer toute voire 
basse-cour. 

m"* de BAlPiT-ÉVRON. 

Mais cette vianâe-là sera bien dure? 

JEANNE. 

Qu'elles en aillent cbercher de tendre. 

M°" DE SAIMT-ÉVRON. 

Prends courage et fab du mieux que tu pourras; 



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240 COSSEtLS ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

SCÈNE CINQUIÈME. 
M"' DE 8A1NT-ÉVR0N. 

Établissons-nous sur ce gazon, il vaut mieux que 
les meilleurs sièges. 

Il"" DE VOUtET. 

n y en a d'admirables dans la lerre qu'on me 
dispute. 

m"' de MABIGNT. 

Je ne sais rien de plus délicieux que d'être le soir 
dans un jardin. 

m"" de sâint-évrom. 
Ajoutez, et d'y entendre chanter. 

CÉCILE. 

C'est assez, madame, je vais vous obéir. 

M™ DE VOLMEY. 

On est heureux de n'avoir pas d'autres affaires. 
(Cécile chante.) 
m"" de MARiGNT à M"" d'Orlanges. 
Je ne crois pas, mademoiselle, que dans votre 
voyage vous ayez entendu une plus belle voix. 
m"* d'oriapces. 
Elles sont assez rares en Espagne, et le roi n'en 
cherchera pas, il n'aime point la mu?ique '. 



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TBOISièHE PARTIE. — PROVERBE XSIK. 341 

M"" DE VOLMET. 

A-t-il du goût pour les aQaires ? 

m'" d'ohlasges. 
Oui, il s'applique bien plus qu'on ne l'espéroit 
d'un prince de son âge ; il aime fort la chasse. 

m"* de gAINT-ÉVROIl. 

Je comprends bien ce goùt-Ià, rien n'est si agréa- 
ble que la chasse. 

CÉCILE. 

Je ne crois pas qu'Euphrasie connoisse ce plai- 
sir-là, 

H™ DE VOLNEY. 

Ni qu'elle connoisse le malheur d'un procès. 

EUPHRASIE. 

n est vrai que j'ignore l'on et l'aulre. 

■■• DE SAINT-ÉVRON. 

Ce qu'on nous conte de l'éducation de Saint-Cyr, 
mademoiselle, nous parolt dans votre modestie. 

EOPHRASIE. 

Je voudrois bien, madame, avoir répondu aux 
soins des Dames de Saint-Louis, car je puis vous 
assurer qu'ils sont encore plus grands qu'on n'a pu 
TOUS le dire. 

M"' DE VOtNEÏ. 

Mon procès me mettra en état d'y placer une de 
mes filles. 

m"" de SAlNT-ÉvnON. 

Hais comment, mademoiselle, peut-on avoir un 
grand soin de deux cent cinquante filles à la fois? 



S42 CONSEILS ET INSTBCCTIONS AUX DEMOISELLES. 
EUPHRASIE. 

Vous ne sauriez comprendre avec quelle facilité 
elles sont gouvernées. 

M™ DE VOLMTT. 

Ces dames-là n'auroient pas tant de l(Mtir si elles 
avoieat un procès. 

// aouvient toujours à Rabin de utjiûtea. 



LJnnmi.GoOglc 



TROrSIÈHE PABTIE. — PROVERBE KXX, 



PROVERBE XXX'. 



D. WAwmm WAU i.b ■mim rn. m kb van. 



■• D'OSFEltL, leur Aile. 
. DK StNTAL. 
[. DUBREUIL. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
H. DE SAINT-HAUR. 

On m'avertit de tous côtés que vous faites une 
dépense excessive en habits, en chevaux, en chiens 
et en tout ce qui peut ruiner. 

JULES. 

J'avoue que je suis accoutumé à la dépense, et 
que j'aurois de la peine à me contraindre lâ-dessus. 

H, DE SAINT-HAUR. 

II faut bien vous contraindre, ou vous serez ex- 
posé à devoir à tout le monde et à voir saisir par 
vos créanciers tout ce qui est à vous. 

JULES. 

J'espérois que vous ne me laisseriez pas dans une 
pareille estrémité. 

> Pour U clsBM verte. 

LJnnzPfl.GoOgle 



M CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DBHOISBLLES. 
H. DE SAINT-HAUR. 

Je ne saurois souffrir le désordre ; il faut régler sa 
dépense sur ce qu'on a. 

JULES. 

Je Tais faire de mon mieux pour ne vous pas dé- 
plaire. 



SCÈNE DEUXIÈME. 

M. OUDREUIL. . 

Il faut que M. de Saint-Maur ait des trésors 

caches, car le bien que nous lui conDOÎssons ne 

pourroîl suffire à tout ce que nous lui voyons faire. 

H. DE SINVAL. 

Il est vrai que les autres ont pour l'ordinaire une 
passion qui les dérange un peu ; mais pour lui, il 
donne à tout, et je ne sais ce qu'il aime le mieux 
ou de la bonne chère, ou des meubles, ou du jeu, 
ou de la charae, et en un mot de tout ce qui peut 
contribuer au plaisir. 

M. DUBREUIL. 

Son fils aîné marche sur ses traces, et se ruinera 
si on lui laisse de quoi se ruiner. 

H. DE SINVAL. 

Il n'y aura pas de presse à épouser cet homme-Ii. 

SCÈNE TROISIÈME. 
M™ DE SAINT-MAUR. 

J'ai prié deux de mes amies de venir dlncr avec 
vous ; je crois que vous en serez bien aise. 



i.GoogIc 



TBOISIÉME PARTIE. — PROVERBE XXS. 245 

H. DE SAlNT-MAUn. 

Pas trop : tous ces repas-là ne laissent pas que de 
coûter beaucoup. 

m"" de 841NT-MAUB. 

Je n'aurois jamais cru que vous eussiez regardé 
de si près à la dépense, mais à l'avenir je ne vous 
amènerai plus personne. 

M. DE SAINT'HAUR. 

Vous me ferez plaisir ^ vivez en solitude, ne cher- 
chez point de société, vous n'en serez que plus heu- 
reuse. 

m"* de saint-haur. 

Je vois bien qu'il faut que je fasse mon bonheur 
moi-même et que j'ai besoin de raison. Voici ma 
fille. 

SCÈNE QUATRIÈME. 
H. DE SAI»T-HA<}R. 

Ah! ma fille, j'ai à vous parler sur votre jeu; 
vous passez les nuits à jouer, n'avez-vous pas de 
bonté ? 

M™ d'orfeuil. 

Je ne fais que tout ce que le monde fait, et il me 
semble que les femmes n'ont plus d'autres occupa- 
tions. 

M. bE SAINT-HAUR. 

Votre mari est bien fou de le souffrir; mais pour 
moi, je ne le souffrirai pas, et je ne veux plus que 
vous jouiez. 

St. 

LJnnmi.GoOglc 



246 conseils et in£tkuctio^s aux demoiselles, 
m"' d'orfeuil. 
Que voulezrvous que je fasse depuis le matin jus- 
qu'au soir? 

M. DE SAINT-HAUR. 

Que vous lisiez, que vous travailliez, que vous 
ayez soin de votre famille. 

M"" d'orfeuil. 

Ce n'est plus la mode, et vous parlez du temps 
passé, 

H. DE SAINT-HAim. 

Vous êtes une impertinente ; je parlerai à votre 
mari, et nous vous enfermerons plutôt que de con- 
sentir à la vie que vous faites. 

M™ d'orfedil. 

Je suis honnête femme, 

H. DE SlIM-MÂint. 

Eh ! n'y a-t-il qu'une sorte d'honnêteté ? Appre- 
nez, ma fille, que l'honnêteté consiste à s'acquitter 
de tous ses devoirs. 



SCËNG CINQUIÉAfE. 

JULES. 

Vous me voyez de mauvaise humeur, ma sœur. 

m" d'orfeuil. 
Je ne suis pas fort contente de mon cêté. 

JULES. ' 

Mon père me désespère par ses continuelles ré- 
primandes sur ma dépense. 



L;nnmi.Go.Ogle 



THMSitlIE PAMIE. — PROVERBE XXX. 247 

m" d'orfeutl. 
Il me persécute sur mon jeu ; Toid ma mère, qui 
ne souffre pas moins que nous. 



SCÈHB SIXIÈME. 
niLES. 

Nous nous plaignons ma sœur et moi de l'injus- 
tice de mon père, qui fait toutes les dépenses à ta 
fois, et qui ne nous en peut souffrir aupune. 

M"** DE BAINT-HADR. 

Il est votre maître et le mien, vous ne devez pas 
l'appeler injuste, et, quoi qu'il fasse, ne manquez 
jamais à votre devoir. 

JULES. 

Le vdtre est bien sévère, car je crois que tous 
auriez bien autant sujet que nous de vous plaindre 
de lui. 

m" de SÀirrMuuR. 

A quoi servent tes plaintes? il n'en faut point 
faire, mais prendre tout sur soi sans espérer de 
persuader les autres. 

M™ d'okfeuil. 

U est vieux et veut se divertir ; je suis jeune, et 
il veut que je m'enferme avec ma famille. 

M"" DE SAINT-MAUR. 

Je ne conviens point qu'il ait des défauts; mais 
quand cela seroit, ils ne vous dispensent pas du res- 
pect que vous lui devez. 



i.Googli.- 



248 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEIDISELLES. 
JULES. 

Il est difficile d'ûtre aussi vertueuse que vous 
l'êtes, et je comprends plus aisément la colère de 
ma sœur que votre patience.' 

m"* de SAIWT-MAUR. 

La colère fait faire mille fautes dont on se repent 
trop tard ; on ne peut trop tdt ^accoutumer à la 
patience. 



SCËNE SEPTIÈME. 
H. DE SAINT-N&UR. 

Je vous prie, madame, de nous préparer un 
grand repas pour demain. Je vous annonce plus de 
quinze personnes pour dîner avec vous. 

M°" DE SÀIHT-HAUR. 

Je m'en vais faire mon possible pour obéir à vos 
ordres, et j'espère que vous serez content. 

Il n'aime point le bruit s'il ne le fait. 



i.Google 



TnOISIËHB PARTIE. — PROVERBE XXXI. 249 



PROVERBE XXXI'. 



PIRSONMAGEi: 
M-* DKSGHANGKS. M"» DB SAIHI-TINCENT. 

H" DE TIENNE. H. DE S-UNT-HILAIRE. 

H" DE SUHTILLE. MAUION. 



SCENE PREMIÈRE. 
M"' BESCRATIGES. 

Je suis bien embarrassée de ma fille, je voudrois 
l'établir, je ne puis lui rien donner. 
m"' de viehne. 

Pourquoi? vous avez du bien, pour qui le gardez- 
vous ? 

H°" DESGRAMGES. 

J'en ai peu ; je le garde pour moi . 

m"* de vienne. 
Tout le monde vous blâme de ne pas marier votre 
fille unique. 

■ Poar la cIobw vtrle. . 



LJnnzPfl.GoOgle 



SM) C0NSetL8 ET INSTRUCTIONS AUX DEMOISELLES. 
SCÈNE DEUXIÈME. 

m"* de SAIHT-VINCENT. 
Est-il vrai que vous mariez mademoiselle votre 
fiUe? 

M"" DESCRÂNGES. 

Non, ma cousine, il n'est pas vrai, je n'ai pas de 
quoi. 

m"' de SÀlNT-vraCENT. 

Vous voulez dooc mourir sans la voir établie. 

VJ°' DESCRÂNGES. 

Je ne suis pas encore morte, et je veux vivre à 
mon aise. 

m"" de SAIHT-VINCEWT. 

Vous ne vivez pas à voire aise, vous vous épar- 
gnez tout. 

H""* DESCRANGES. 

it fais comme je l'entends, et je ne vais point 
cliez vous me mêler de vos affaires. 



SCËNË TROISIÈME. 
H. DE SAINT-HILAIRE. 

Ma pauvre Marion, il faut que tu me serves pour 
me faire épouser M"* Desgranges ; je n'en serai 
point ingrat. 

NARION. 

Je VOUS entends, monsieur, mais ma maîtresse ne 



i.Google 



TKOISIËHE PARTIE. — PROVERBE XXtt. S5I 

se résoudra jamais à se défaire de son argent ; j'y 
TBÎs travailler de mon mieux. 



8CËNB QUATRIËHE. 
U" DESCRAHGES. 

Marion ? 

HARION. 

Madame P 

h"° desgranges. 
Tu es toute ma consolation, et la seule qui ne me 
conseille point de marier ma fiile. 

HARION, 

Il n'y a rien qui presse, mais il faudra bien y 
venir. 

U*" DESGRANGES, 

Te voilà comme les autres. Qu'est-ce qui t'a 
changée? 

lUHION. 

La raison qui veut qu'on établisse ses enfants. 

a^ OESGHANGES. 

Sors de ma chambre ù coucher et va chercher 
M" de Surville. 

SCÈNE CINQUIEME. 
m"' de VIEIWEi 

je vous cherche partout, ma cousine, pour .vous 
exhorter de parler à M^'Dflsgratiges sur le mariage 
de mademoiselle sa lllitt. 



i.GoogIc 



252 CONSEILS ET INSinuaiONS AUX DBIIOISEI.LES. 

m"" de scrtille. 
Je le désire autant que vous, mais ma sœur ne se 
dérera jamais de son bien. 

M™ DE VIENNB. 

Ne vous retenez point, tous avez plus de crédit 
sur son esprit que personne. 



SCËNÊ SIXIÈME. 
h"* SE3GRAHGE3. 

Ahl ma chère sœur, venez me consoler, on me 
persécute pour marier ma fille. 

H°" DE SURVILLE. 

Vous seriez bien folle; gardez-vous de vous dé- 
pouiller de voire bien. 

h"' desgranges. 
Il n'y a que vous qui m'aimiez ; que ferai-je après 
avoir donné ce que j'ai ? 

m"" de surville. 
Il faut bien vous en donner de garde, à moins 
que vous ne trouvassiez un homme qui la voulût 
pour rien. 

M"* DESGRANGES. 

Il ne s'en trouve plus. 

m"' de surville. 
S'il s'en trouvoit, lui donneriez-vous ? 

m"' DE8CRANGE8. 

Pourvu qu'il ne m'en coûtât pas un sol. 

»"" DE 8URV1LLE. 

Vous feriez les frais de la noce ? ■ , 



LJnnmi.Google 



TROISlâUE PARTIE. — PROVERBE XXXI. 253 

h"* DESCRANGES. 

Ne m'en parlez pas ; mais, ma sœur, je mangerois 
en un jour de quoi vivre en un moisi 



SCÈNE SEPTIÈME. 

H™ DE VIENNE. 

M'avez-votis rieo ohteauP 

H*" DE NmVILLE. 

Nous n'en tirerons jamais rien. Voici M. de 
Saint-Uilaire ; voyons ce qu'il nous proposera. 



SCÈNE UDITIËME. 
H. DE SAINT- HtLURG. 

Efa bient mesdames, viendrons-nous ù bout de 
notre affureP 

M™ BE SURVILLE. 

Non , h moins que vous ne preniez M'" Desgr anges 
pour rien. 

M. DE SAINT-HILAIRE. 

Volontiers, si la mère assure son bien. 

M"" DE SURVILLB. 

Nous y allons travailler. 

M°" DE VIBNNB. 
Faisons un dernier effort auprès de notre avare, 
et joignons-nous toutes pour lui parler. 

n. U 

L;nn7H. i.GoOgle 



S54 CONSEILS ET i:tSTRUCTIONS AUX DEKOISGLI^S. 

SCÈNE NEUVIÈME. 

U"' DGSGRANGES. 

Vous VOUS êtes donc loutes donné un readez-TOUS 
ici? , 

m"" »e tienne. 

Il faut que tous preniez une dernière résolution 
sur le mariage de mademoiselTe TOlre flHe, afin que 
nous ue vous importunions plus. 

H°" DBSGRAMGEft. 

Elle est toute prise ; je ne yeux point la imrier. 

■AIUOK. 

Madame a raison; quelle sotte donneroit son 
bien ? 

h"' de survillb. 
Et si on ne demande que les frais de U noce? 



Je ne les donnerai pas. 

M°" BE vienne. 
Effectivement, c'est trop. 

HiniON. 

Que ce monsieur les fasse, s'il veut. 

m"* dësgranges. 
Vous êtes toutes raisonnables, il n'y a que nul 
sœur qui veut me tirer mon bien. 
u°" DE suhvilLe^ 
Mariez votre fille comme votre première béritière^ 

M"" DÈSCBANOES. 

Ne me demandera-t-on rien de plus? , 

. ,., 1. Google 



rnOtSlÈlTR PARTIR. — PflOVRnBE XXXL 855 

H'" DE SURYILLE. 

Non. - 

h"' desgiumges. 
J'y consens. 

lUSION. 

C'est eacore trop. 

I^ DeSGBAMGCS. 

Voilà qui est fait. 
Ils t'entendent tout comme larront en foire. 



i.Google 



S96 C0NUE1LS ET msTKuaiOHS AtlH DEMOISELLES. 



PROVERBE XXXir. 



FBklOIlHAail; 

K" H amX. M"* BB miSONNltyi. 

V SAVâBO. M'U HE HARTOII. 

■"• m TAUBBBCIl. 



SCÈNE PREMIËRB. 
h'" de TÀUDREUIL. 

J't^jproche de vingt ans et je sortirai bientôt d'ici. 

h"" de maisonheuve. 
Oi croyez-vous aller ? 

m"* se VAUD&BIUL. 

Dans le monde, et ma mère espère me mettre au- 
près d'une princesse. 

m"* de harviixe. 
On dit qu'il faut avoir du bien pour soutenir les 
dépenses qu'il faut faire chez ces personnes-là. 
m"* de v&vdreuil. 
Si elles veulent qu'on dépense auprès d'elles, il 
faut bien qu'elles y contribuent. 

< Pour la clagge verle. 



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TMHSIËMB PARTIE. — PROVERBE XXXII. 257 

■"* DE MAitTILLE. 

Elles donnent en effet quelque cbose; mais non 
pu «pprocfaant de ce qu'elles veuleDtqu'oQ dépense. 

■"* JX lUlSOiniEUVE. 

Pourquoi exigent-elles cette dépense? 

h"* de HARTILU. 

Pour leur faire honneur dans le inonde et qu'on 
croie qu'elles donnent beaucoup. 

h"* de haisonnecte. 

Je o'aimerois 'guère cette sorte d'établissement; 

car, après tout, c'est dépendre toujours d'un autre. 

1^" de vaudheuil. 

n est vrai que la dépendance est grande ; inais on 

Toit la cour, et on est toujours avec les grands. 

m"* de HAISOIfflBUTE. 

J'aimeroîs mieux ma liberté que toute autre cltOH, 

et je veux me retirer chez moi avec mes proches. 

m"* de vaudreuil. 

Ces proches vous laisseront-ils, cette hberté ? et 

n'aimeriez-vou3 pas mieux ohéir à une princesse 

qu'à une mère? 

m"* de maisonhecve. 
Non, car ma mère m'aimera plus que votre prin- 
cesse ne vous aimera, et me traitera avec plus de 
bonté et de douceur. 

h'" de vaudrecil. 
A. la vérité, il y a de la douceur dans cette sorte 
de vie, mais elle est sans éclat. 

h'" de maisonneuve. 
A qu<M sert Féclat, si nous sommes malheureuses? 



298 CONSeiU et instructions aux 0ElieiSNJ.B8. 
h"* de T&CDUnt,. 

Let autres nous croient benreoBes; et m ToîM>n 
pas tout le monde désirer la grandeur et \t» hon- 
neurs? 

H*** H MÂSmiht, 

Je ne voudroîs aucun des deux partis que vous 

wviiagec, nuùs me retirer daus un couvent sans m'y 

lier, y faire du bien, y Aire considérée, aimée, 

servie et yjouird'uiie entière liberté. 

m"* de TAUlHtBUIL. 

Cette idée n'efface point la mienne; une prineeiie 
me plaît davantage, tout le reste me parott triste. 

m"* BB lUttTIUf. 

Vous le trouverez, commcil vous plaii^, mademoi- 
selle, mais je ne me vois pa» seule ici de mon senU- 
ment, et les plus nusonnables en seroient 
m'" bb vaubbeuil. 
Vous le croyez raisonnable, parce qu'il est le vMre, 
et je pense de même sur le mien, 

m"* DE maisomneuVb. ' 
Je sais assez que vousvoulez toujours l'emporter! 

. m"* »E VAUBBEUn.. 

" J'ai autant de droit de décidw que vous. 

m"* de 1URVU.LB. 

Et vous, n'6n avez-vous pas niTiine ni l'autre plus 
que inoî ? Je tous trouve admirables de ma compter 
pour rien. 



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TftOlll&HE PARTIE. — PflOVCMB XUII. t59 

SCËNE DBUXIËIIB. 
■"• DE CmitT. 

Vous êtes bien jinues, mesdemoiselles; et il n'y 

t personne ici qui ne crût que vous vous querellez. 

H'" BATAR». 

Je ne ta-ois pas même qu'on en puisse cktater. 

■"• DE VACDREUIL. 

n est vrai que nous parlions avec quelque chaleur; 
nous vous faisons jugesde notre dispute si vous vou- 
lez nous entendre. 

m"' de CHIHT. 

J'entendrai tout ce que vous voudrez médire. 

H*" DE VAUDREUiL. 

Nous faisons des projets sur notre établissement 
et nous ne pensons pas de même : je veux entrer 
chez quelque princesse. M"' de Maisonneuve veut 
aller près de madame sa mère, et M"* de MarviQe se 
retirer dans un couvent, où elle fera du bien et sera 
considérée. • 

M"" DE CLUKT. 

Hélas I mesdemoiselles, de quoi disputez-vous? 
M"* de Vaudreuil a perdu un procès qui ta met & la 
mendiàté; M" de Maisonneuve cherche à servir.... 

M°" SAVARD. 

Jeconnoisvos familles; H"^ de Marville compte 
mettre mademmselle sa fille avec elle, vivre de leur 
travail et de ce qu'eDe aura de Baint-Cyr. 

Le disputer de la chape à Févê^w. 

Ljiinmi.Google 



360 CMSKILS ET IHSntCCTWra ACX DBIWISEUES. 



PROVERBE XXXni'. 



rikiOHHAOïa: 

M» LESAGS. H. TILLARD. 

H» MAURICE. FAHCHETTE. 

M~ Dl LOlfCHinS. MARGUIRCTC. 
LS C* DE SURTIILE. 



SCËNE PREMIERE. 
m"* MAURICE. 

Vous me paroissez triste depuis quelque temps ; 
oserois-je vous en demander le sujet? 

■~* LBSÀGE. 

Je o'ai point de sujet d'affliction, Diais je me 
trouve embarrassée de l'emploi qu'on m'a donné. 

M™ NADRICE. ■ 

Pourquoi être embarrassée ? n'Ues-Tous pas Is 
première où vous fttesp 

H™ LEBAGE. 

C'est justement ce qui. fait mon inquiétude ^ je 
suis plus contente d'obéir que de commander. 



i.GoogIc 



TnorsrÈME paiitie. — pHorBitne xxxiti. 201 

H'** HAinilCE. 

Je ne pense pas de même : je ne crois rien de 
si heureux que de ne pas obéir. 

■"* DE LONCHUIPS. 

Je ne vous comprends pas ni l'une ni l'autre, et 
je me trouveroia également disposée à être la pre- 
mière ou la dernière. 

H'* MAURICE. 

Est- il poistble que de si différents états tous 
soient égaux? 

m"' DB LOMCHAMPS. 

Ouij je trouve qu'il est très-agréable d'ordonner, 
et que c'est un grand repos d'obéir. 

H*" HAURIGE. 

Repos d'obéir! rien ne me fait tant de peine. 

m"" lesage. 

Pourquoi ? on n'est chargé que de soi, et tout est 

fait dès qu'on veut bien faire ce qu'on vous ordonne. 

H™ HADRICE. 

Je ne me trofiverois pas si chargée des autres que 
je le suis de moi-même. 

h"" lebage. 
Je crois que vous n'avez jaoïaiB commandé. 

U"* HAURiCE. 

Faites-moi donc comprendre en 'quoi consiste la 
difficulté? 

H™ LEBAGE. 

Je crains de fAcbcr ceux qui me sont confiés, je 
crains de ne pas acquitter ma conscience du soin 



262 CONSEILS BT INSTRDCTIOKS AUX DgHOISBURS. 

que j'en dois avoir; De comptez-vous celu pour 
rien? 

M™ MACRICE.. 

Je ferais de mon mieux, sans m'inquiéter. 



SCËNE DEUXIÈME. 
LB COMTE DE SUETILU!. 

J'ai demandé avec empressement un gouverne- 
ment de province, et je l'ai obtenu. 

H. VILLARD. 

Vous Toilà donc au comble de la joie? Cest le 
plus agréable établissement, qu'an homine puisse 
avoir. 

LE COWTE DE SunVIIiE. 

Je vais être accablé d'affaires ; il faut représmtnr 
et fûre une grande dépense. 

H. vnXAItD. 

Vous avez aussi un grand revenu; on vous fimi 

la cour, et vous n'aura plus à la faire. 

LE COMTE DE SURVILUB. 

Il faut rendre compte de tout aux Quaistreï et 
suivre tes ordres qui viennent par eux; on parolt 
en autorité et Von est dans la dépendance. 

H. TILLABB. 

Votre bmille jouira plus que vous de l'agréoMnt 
de votre place. 

LB COM» DE SnaVlLLE. 

Ma femme est accoutumée à la cour et ne peut 
souffrir la province ; j'aurai de la peine à donner 



;, Google 



I PARTIS. — PBOVEHBE XXXIII. 263 

une boDDQ éducation à mes enfants; tl y a peu 
d'hoonëles gens qui veulent se confiner loin du 
inonde, ou il Coût leur faire de tris-arantageuMS 
conditions. 

H. TILLABD. 

Vous voyez tout ce qui peut vous fAcher, et je ne 
Toyoîs que grandeur et plaisir pour vous. 

LE COMTE DE SURVILLE. 

C'est que vous en jugiez par les apparences. Je 
vous quitte, ayant bien des ordres à donner. 



SCÈNE TROISIËUE. . 

MARGUERITE. 
La fortune t'en a bien voulu, te voilà étoffée 
comme une financière. 

FANCHETTE. 

Je n'en ai pas plus d'argent pour cela et il ne 
m'est pas libre d'épargner. 

HARGHEHiTE. 

Voudrois-tu te plaindre encore? et n'es-tu pas 
trop heureuse d'être dans une grande maison , goQ< 
remante de trois beaux enfants, où rien ne te Rian" 
que, vêtue comme une reine, après avoir été misé-* 
fable dans ton village? 

FANCHETTE. 

J'étois contente dons mon village ; quftnd j'avois 
ub morceau de pain, je le mangeois comme je vou- 
lois; je iiie reposois, je dofmois mon soûl, per- 
sonne ne crioit après moi, je ne crîois après per- 



264 CONSEILS ET IKSTftUCnOSS AUX DEMOISELLES. 

sonne. Je goaverae des enrants; je meurs de peur 
qu'il ne leur mésarrive; on me querelle s'ils ont 
niBUTais visage; l'un a eu la petite vérole, j'ai été 
quatorze jours sans me dépouiller ; l'autre a mal aux 
dents. Ma condition ne mécontente point; je vou- 
drais amasser, mais on veut que je mette tout sur 
moi pour faire honneur à mes maîtres. 

MARGUERITE. 

Je n'entends rien à ton discouars, et je te trouve 
assez heureuse de iaire bonne chère et d'être ha- 
billée. 

Il iCy a pat de plut en^arrassé que celui qui tient 
la queue de la poêle. 



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TROISIÈME PAfiTIE. — PRÛTEnUE X&IIV. 



PROVERBE XXXIV. 



TBIr HAITME TBL VAKET. 



rBKBOHHASBs: 

H» W MEHTILU. K1M8. 

H-* DB VEBNEUIL. UBSULE. 

CIT^RIHE. 



SCÈNE FREHIËRB. 
HABIE. 

R y a longtemps que je vous cherche, ma'clière 
sœur; que je suis aise de vous voir! 

CATHERINE. 

Je ne me sens pas de joie ! où avez-Tous donc été 
cachée si loBgtempsP 

MARIE. 

Je n'ai pas fait grand chemin, j'en suis eDcore. à 
ma première condition. 

CATHERINE. 

Et moi, j*en ai fait plusde vingt. 

MARIE. 

Et enûn, ètes-vous bien? 

< Ce proVcTlie et les huit iuItbdU étalent dettinés à la clause 
rmtge. 



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S66 CONSEILS ET INSntUCrrOKS aux DBIOtSELLES. 
CATHERtNB. 

Chez un vrai démon. 

MARIE. 

Et moi chez un ange du paradis. 

CATHEBIHE. 

Je suis chez M*" de Merville, qui ne garde pas 
une fille un mois de suite, et je n'y demeure que 
parce que je ne sais où douner de la tfite. 

MARIE. 

Ha maltresse a trente-cinq ans ^ il y en a vingt 
qu'elle est mariée ; elle n'a eu que deux filles avant 
moi, dont la première est morte ; elle a marié la se- 
conde , et lorsqu'on lui disoit qu'elle ne Taisoit pas 
bien de s'en détaire, elle répondit : Pourquoi l'em- 
pécberai-je de s'établir? est-ce parce qu'elle me sert 
bien? 

CATHERINE. 

Mon démon ne m'eu diroit ^s autant, il me fait 
enrager; aussi je le lui rends bien. 

MARIE.' 

le crains de faire attendre ma maltresse, nous 
nous reverrons. Adieu. 

CATHEROfEt 

E^r1ons-en encore, car elle me parolt admirable. 
Comment vous traite-t-^Ue quand vous êtes ma- 
lade? 

MARIE. 

Elle me vient voir ; quand elle est dans ma cfaam- 
bre, elle me sert, et quuid je nele veux pas souffrir, 
elle me dit : Je servirois bien un malade à rhdpitst, 



TRUSIBKB I'AHTIE. — rROVSRBB XXXIV. S67 

comment ne servirai-je pas une Olle qui n'est peut- 
être malade que pour m'aroir trop bien Berrie? 



J'ai traîné trois mois d'une fièvre sans que la 
mienne m'ait demandé ce que j'avois, ne mangeant 
que de vilains restes qui me faisoient mal au oœur. 

MARIE. 

- Il fant bien manger les restes de ses roattrei; 
mais le Roi s'accommoderoit de ceux de la mienne. 

CATaEHlNB. 

Comment cela P 

HAniE. 

Elle prend tout ce qu'elle veut d'une grande pro- 
preté sans rien gâter, ni sans peler le dessus ; en un 
mot, comme si elle le gardoit poar un prince, et 
une de ses amies lui en ayant demandé un jour la 
ruson, elle répondit qu'elle neSBvoitpas traiter ses 
domestiques comme des chiens. 

CATHERINE. 

Je m'en vais revo)r<mon démon-, comme nous 
logeons ici prés, nous nous reverrons on antre jour. 

MARIE. 

Adieu. 



SCÈNE DEÙXtÈHE. 
M*^ DE HERTILLB. 



Catherine P 

Madame? 



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366 CONSEILS ET INSTBDCnONS AUX DBHOISELLIS. 
M"" DE MERVILLE. 

D'où viens-lu donc, grande bète? il y a deux heu- 
res que je t'attends ; mon dîner tout à l'heure ! 

CATHEKINE. 

Votre dîner ? il n'est pas prêt. 

H™ DE MERYILLE. 

Comment, sotte ! il n'est pas prêt ! je dois aller à 
deux heures chez mon rapporteur : mon dloer tout 
à l'heure! 

CATHERIKE. 

Vous irez donc sans dîner, car il ne sera pas prêt. 

M"' DE HERVILLE. 

J'ai envie de te casser la tête. 

CATHERINE. 

le m'en coosolerois, car vous seriez pendue.. 

H'"' DE HERVILLE, 

Je m'en vais. Qu'à mon retour tout soit prêt. 

6CËME TROISIÈME. 
m"" DE VERHECIL. " 

Marie ? 

MARIE. 

Madame ? 

m"" db vernecil. 

Je dois aller demain chez M™ de Flavigny ; ma 
garniture neuve n'est point hianche, ma jupe n'est 
point achevée, je voudrois être propre. 

MARIE. 

Oui, madame, tout cela sera prêt. 



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TROISIÈME PABTIK. — PROVERBE XXXIV. 269 

H<" DE VERNEUIL. 

It n'est pas pOEsible, quand même tous y passeriez 
la nuit. 

HABIB. 

Je compte bien la passer, et tout cela sera prêt. 

m"* de TER>EUi[.. 

Vous vous ferez malade. 

MARIE. 

Non, madame, et je me reposerai quand tout cela 
sera fait. 

H'"* DE TERKEUIL. 

Quelle fille! 

SCàNE QUATRIÈME. 
■"*• DE MERVILLE. 

Vous haussez les épaules contre votre femme de 
chambre ; j'en fois autant de la mienne, et je m'en 
vais la chasser. 

M™ DE VERHEDIL. 

Ce que TOUS prenez pour une plainte est une ad- 
miration : cette fille est un trésor. 



SCÈNE CINQUIÈME. 

URSULE à M"" de Merviîle, 
Madame, on vient d'enlever Mademoiselle votre 
fille; votre femme de chambre l'a livrée à cenx 
qui l'emmènent. 



i:,in-H. i.Google 



S70 COKSEILS ET ISSrnUCTIONS AUX BEHOISELLCS. 
SCÈNE SIXIÈME. 

HABIE. 
Madame, j'ai un avis important à vous donner : 
on veut marier ntoosienr votre fils à une fille qui o'a 
rien-, personne ne le peut mieux savoir que moi : on 
m'a offert dix mille livres pour y contribuer; je ne 
l'aurois pas voulu pour un royaume. 

M™ DE VEBMEDIL. 

Dieu seul peut récompenser Votre fidélité. 
Tel maître tel valet. 



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THOniAlE PÀKIIE. — PROVERBE UXV, 



PROVERBE XXXV '. 



M"* ra MÏRANGB. M" DK TntLT. 

M»" DB rOUHKOH. ■" DM LiNDRT. 

M»: PB «UnHOWtT. 



SCËNE PREHIËBB. - 
■"* DE MteANaE. 

n me parott, mademoiMne, que vous n'ètés pas 

en bonne santé. 

■"• »B TOmiHON. 

Rést vrai, mademoiselle, j*aî une ébullitïonpar 
tout le corps qui m'incommode fort. 
m"* de méramCe. 

C'est que vous vous échauffez le sang h trop tra- 
vùtler. 

m"^ de TOtJRNOR. 

Vous jugez favorablement de tout; je crois que 
mon mal est peu de chose, mai» il m'ineommode 
fort par la grande démaoKeaiscm.. 

' Pour U classe rougt, 

Ljiinmi.Google 



272 CONSeiLS ET iNRTRlICTIOHS AUX DEM0[SBLI,E8. 
h'" de HËftANCE. 

Od dit qu'il ne faut point se gratter. 

m'" de todrnok. 
Je vous quitte, si vous le trouvez bon, pour aller 
esisayer du bain. 

SCÈNE DEUXIÈMB. 
■'" DE SEHNECOCST. 

Je vien)S d'apprendre un secret qui m'^nse : 
H. de Villefort et H. de Haisonneuve' 86 aoDt que- 
rellés. 

h''* de MËRiNGE. 

Pourquoi? 

h"* de BEKKECOCnT. 

Ils prétendoient tous deux à la même émarge, et 
li-dessus ils se sont pris de paroles. 

x"* DE HÉRAnfiE. 

Je croîs qu'il ne faut pas parler de ce Jémdlé', il 
pourroit avoir de malbeureuses suites. 

m"* de SEERtECOUBT. 

Je n'en parlerai à personne. 



SCÈNE TROISIÈUB. 
M™ DE VERLT. 

J'arrive de la campagne, mademoiselle, ti tods 
avez toujours été ici; oseraï-je vous demandu* s'il f 
a quelques nouvelles? 



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TnOIStÈHB PARTIE. — PnOVEKBE XXXV. 2/3 

■'" DE SF.TiHBCOl!RT. 

J'en sais une, mais il f<iut la tenir secrète : H. de 
Villefort et M. de Maisonneuve ont eu un grand 
déxoélé. 

■" DE TEBLT. 

Ils étoient si ktons amis! 

m'" de sepinecoubt. 
S'ils continuent, ils seront encore plus grands 
ennemis. 

M™ DE TEHLT. 

Mais ils ne se sont pas battus ? 

m'" de senhecourt. 
Non pas jusqucs ici , mais cela pourroit bien 
arriver 



scène quatrième. 

m'^ de hérahge. 
Je viens savoir, nudemoiselle, comment vous 
TOUS portez, 

m"» de tournon. 
Bien pis que je n'étois; je me suis grattée, mon 
ébullition s'est écorcbée, et si j'étois moins saine, 
on me menace que je pourrais avoir la gangrène. 

h'" de HÉRINGE. 

Vous m'effrayez; cst*il possible qu'un si petit 
mal puisse devenir si considérable? 
m'" de tour>on. 

Vous êtes trop bonne de vous y intéresser^ mais 
voici M"' de Lnndry qui me parolt tout effrayée. 



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274 CONSEILS ET MSTHUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

SCÈNE CISQUIEUB. 
■■• DE LANDRY. 

Ab I quel malheur, mademoiselle I M. de ViUefort 
et H. de Haisonneuve se sont battus, le prenûer a 
été tué et l'autre est blessé à mort. 

h"* de TOCTfflON. 

J'en su!s au désespoir, et quand ont-ils eu i dé- 
mêler ensemble? 

m"" de lamdht. 

Ils pensoient à la même charge, ils s'étoîent 
querellés, mais ils en étoîent demeurés là, sans 
l'indiscrétion de M"° de Sennecourt, qui sut leur 
démêlé et le redit à des personnes qui le redirent 
ensuite, et ce bruit devenant public, ces pauvres 
gentilshommes se crurent obligés, en honneur, à se 
battre. 

m"* bk TOrKKW. 

Il faut chasser H"* de Sennecourt du commerce ', 
et, pour moi, je ne veux plus la voir. 

n™ DB LANDRT. 

Je suivrai votre exemple, et je suis 8(h:e que plQ- 
sieurs autres feront de même. 

Trop gratter ««'(, trop parler nuit. 
* C'nt-à-dire de la soclilé. 



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TROIStÉHE PABTIB. — PROVERBE XXXTI. S7i 

PROVERBE XXXVI >. 

■E VZIIX aUXE*, l-E BEmHubmE A TCmBC. 



•• Il M" DK SAIHT-CUIR. 

<* DBCUJNI. 

» St GKIHDVIUI. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
M" LA HiAQUlSE DE SAINT-CLAIR. 

J'avais une grande impatience de votre retour, 
madame, et votre voyage m'a paru bien long. 

M"" DE CLUMÏ. 

H ne m'a paru long que par t'envîe que j'ayois 
d'avoir l'honneur de vous voir; car, du reste, je me 
troavois fort bien à la campagne. 

H"* LA MARQUISE DE &AlNT-CLAia. 

Vous savez le plaisir que je trouve dans votre 
commerce, mais j'avoue que pour cette fois ici je 
suis un peu intéressée. 

M™ DE CLimï. 

Serai-je assez heureuse pour pouvoir vous rendre 
quelque service? 

' PuuT la cluK rouget 

LJnnzPfl.GoOgle 



s76 conseils et in'stltcctions aux demoiselles, 
h"* la vahquise de saut-clair. 
Oui, et un des plus grands que je puisse recevoir. 

M™ DB CLUNÏ. 

Expliquez-TOUS promptement, madame, je meurs 
d'envie de m'employer pour vous. 

m"' la marquise de saint-clair. 

Vous pourriez faire le mariage de ma QUe avec 
M. de La Houssaye, qui est un très-bon parti. 

M"° DE CHJNV. 

On dit qu'il est difficile en femmes, mais je vais y 
travailler, 

M*"' LA marquise tIE SAIKT-CLAIR. 

Si vous y réussissez, je vous devrai la fwtune de 
ma fille et mon repos.. 



SCÈNE DEUXIËUE. 
m'"° oe cra»dville. 
N'êtes-vous point engagée pour mademoiselle 
votre fille? H. le marquis de Bellecourt m'a priée 
de vous la demander en mariage. 

m"" la HAHQUISE de SAIHT-CLAIR. 

Je vous suis très-obligée et vous me ferez plaisir 
de travailler à cette affaire. ' 

M*" DE GRAMDVILLE. 

11 a dix mille livres de rente, il ne doit rien, et 
sera content si vous donnez cent mille francs à 
mademoiselle votre fille. 

m"" la marquise de saint-clair. 

Faites les conditions de ma fille les plus avanla- 



TDOISIËICK PARTIE. — PROVeRBE !CXXVI. 377 

geuses que vous pourrez, mais ne rompez pas ce 
mariage, car il me parolt très-bon. 



SCÈNE TROISIÈME. 
H. DE U BOtISS&YE. 

Elst-il vrai que M"" la marquise de Saint-Clair 
marie sa fille? 

PAQUETTE. 

Qui voua l'a dit, monsieurî' je croyois que ce fut 
un grand secret. 

H. DE LA HOUSSAÏE. 

Vous l'a-t-elle confié ? 

PIQUETTE. 

Non, mais j'ai écouté quand elle parloit k M" de 
Grandville. 

H. DE LA HOUSSATE. 

L'affaire est-elle bien avancée ? 

PAQCETTB. 

Je crois que oui. 

H. DE Là HODSSATE. 

Comment sf appelle le futur époux ? 

PAQUETTE. 

H. le marquis de Beilecourt. 

H. DE LA HOUSSATE. 

Tû as entendu qu'elle pense au marquis de Belle- 
court? 

PAQUETTE. 

Je l'ai entendu de mes deux oreilles. 



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S78 CONSBIU ET INSTflUCTIONS AUX DEMOISELLES. 

SCÈNE QUATRIÈME. 
M. DE LA. HOUSSiTE. 

Je vous prie de me rendre ma parole, madame, 
j'ai des raisons pour ne plus penser à épouser M"» de 
Saint-Clair. 

m"* de CLumr. 

J'ai donné la mienne sur la vôtre, c'est me ftir* 
un affront. 

H. DE LÀ. UOUSSAYE. 

Je suis au désespoir, mais rien au monde ue me 
fera faire ce mariage. 



SCÈNE CINQUIÈME. 
M"' DE CLUNÏ. 

Notre mariage est rompu, sans que j'aie pu en 
savoir la raison. 

m™ LA MARQUISE DE -B&INT-CLAIB. 

Ce seroit un étrange procédé, les choses étant 
aussi avancées. 

m"* de clunî. 

J'ai voulu me fâcher, mais j'ai trouvé H. de la 
Houssaye si résolu, que tout ce que j'aurois dit au- 
roit été inutile. 

Tt"' LA MARQUISE DE SAIHT-CLAIIt. 

n faut s'en consoler. (A pari.) îe me meurs de 
dépit. 



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TRaiatÉMB PARTIE. — PROVEROE XXXVI. 979 

SCÈNE SIXIÈME. 
m"* se GRAIfDVILLE. 

Je ne me mêlerai de ma vîe de maritge, on n'en 
a que du déplaisir. 

M™ Ll MARQUISE DE SAINT-CLAIR. 

Pounjool ? 

M""* DE GRANDTILLE. 

M. le marquis de Bellecourt ne veut plus de votre 
fille, après m'avoir priée de vous la demander, 

H™ LA MARQDISB SB BAINT-CLAIH. 

Il faut avouer que je suis bien malheureuse. 
Entre deux selles, le derrière à terre. 



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280 COKSBIIS ET [NSTUDCTtONS AUX D&HOI^UES. 



PROVERBE XXXVil'. 



FBBIONHAGBi: 
It" DR COCBVil. If" DE SAimUlB. 

M" BB SilNT-MAVBICB. ««"«K POBBAC. 



SCENE PREMIÈRE. 
M™ DE COimVAL. 

J'ai un grand chagrin dans l'esprit. 

m"" de SAIRT-MAURICE. 

Pourroit-on sans indiscrétion vous e 
le sujet? 

m"* de coortal. 

C'est que je prévois que M" de Sainvilte et moi 
serons bientôt mal ensemble, 

m"* de 8AIMT-MAUBICE. 

Pourquoi ? 

m"* de courval. 
Elle me doit de l'argent qu'elle ne me veut point 
payer, cependant j'en ai grand besoin. 

1 Pour la àaitt rtmgt. 

Ljiinmi.Google 



TnOlUÈHE PARTIE. — PROVERBE XXXVK. 281 
■■• DB SAINT-MAWBICE. 

La voici qui vient avec M"" de Forbac, éloignons- 
nous un peu. 



SCÈNE DEUXIÈME. 
M°* DE SAINVILLE. 

Il faut avoir affaire aux gens pour les connotlre. 
J'aurois cru M" de Courval la personne du monde 
la plus raisonnable; cependant elle ne l'est pas du 
tout. 

m"" de forbac. 

Elle le parott en tout; quel sujet avez-yous de 
vous plaindre d'elle? 

M°" DB 8AINVILLE. 

Elle ne veut point sortir d'affaire avec moi. 

b"^ de forbac. 
Elle fait les mêmes plaintes de vous. 

M™ DE SJJNVILLE. 

Elle veut que je lui paye ce que je lui dois sans 
examiner ce qu'elle me doit. 

M™ DE FORBAC. 

Commence?, toujours par la payer. 

m"" de saintille. 
Et après cela, il faudra que j'attende de sa bonne 
volonté qu'elle me paye quand il lui plaira. 

s"" 1)E FORBAC. 

Laissez-moi faire, je vais travaillera cette affaire. 



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S8S CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DGMOtSELI^. 
SCÈNE TROISIËUE. 

m"' BE forbac. 
Nous ne devons pas laisser brouiller dos amies 
ensemble, M"' de Courval et M"" de Sainviile. 

M™ DE SAINT-MAURICE. 

Je crois que nous aurons bien de la peine à l'em- 
pëcher, car elles sont fort aigries l'une conb« l'autre. 

m"" DB rOBBAC. 

Faisons de notre mieux pour les rendre raison- 
nables. 

«"• BE SAIMT-MACRICE. 

De tout mon cœur, ne perdons pas un moment. 



SCÈNE QnATIIlËHB. 
M™ DE COURVAL. 

H" de Saint-Maurice a voulu que je voufi vinise 
voir et que nous traitassions aous-m6mes nos af- 
faires. 

M™ DB 8AIRVItLB. 

J'ai bien envie de lei finir. 

M™ DB GOURVAL. 

Vous n'avez pour cela qu'à me payer les dix mille 
écus que vous me devez. 

m"* de 8AINVILLE. 

Cela est prêt; mais i) faut aussi que tous me 



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TlonitMB PARTIE. — provbube x\xvii. S83 
payiez les quarante mille francs que mon mari 
pi4U au Tfttre. 

«■" DE COURTAL. 

Ne me compterez-vous pas l'intérêt de mon ar- 
gent? 

M™ DE SAINTILLE. 

Oui, pourvu que tous comptiez aussi les intérêts 
du mien, 

m"" de codrval. 

Voyons, il y a huit ans que vous me devez dix 
mille écus, c'est mille cinq cents livres d'intérêts 
par an : en tout, c'est douze mille livres; et avec 
le principal, c'est quarante-deux mille livres. 

H°" DE 8AINV1LLG. 

Et TOUS TOUS me devez depuis quinze ans quarante 
mille francs, c'est deux mille francs d'intérêt par 
an : en tout, c'est trente mille francs; avec le prin- 
cipal, c'est soixante-dix mille francs. 

M"" DE COURVAL. 

Ne me payez-vous pas les frais que j'ai faits pour 
VOUS poursuivre? 

M" DE SAtNVILLE. 

J'en veux croire votre conscience. 

M" DE COURVAL. 

Ils vont à plus de six mille francs. 

H™ DE SAINVILLE. 

Eh bien, pour tout finir, en voulez-vous quatre? 



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384 CONSt^lLB ET INSTRCCTIONS AUX 
M" DE COimVAL. 

Volontiers^ mais reodez-mot donc aiisà votre 
amitié. 

H™ DE SAINVILLE. 

De tout mon cœur, et jamais rien ne pourra nous 
séparer. 

Les bons comptes font les bons amis. 



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TROISltlME PARTIE. — PROVERBE XXXVIII. 



PROVERBE XXXVIII', 



«•■r« CB 9VM amifti-E m'erv r*a i 



W" DE HAINTBNON. JANMBTON. 

TICTÛRISE. FANCHON. 



SCÈNE PREMIÈRE. 

VICTORINE. 

Madune, votre retour de Mar1y me comble de 
joie, parce qu'il me procure l'honneur de vous voir; 
mais en même temps il m'afflige, parce qu'il tous 
prive d'un séjour si délicieux. 

MADAME; 

Cette privation ne me coûte rien. 

VICTORIÏÏE. 

Est-il possible que vous puissiez sans regret vous 



t U™ de UalnUnon le met en scène dans cr PrOTerbe et ré- 
lite une pitlle de ce qu'elle B dit danB la ConvertaHm Ll. 

* Pcar U cUsie Touge. 



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38(1 CONSEILS BT IN9TRUCTI0XS AUX I 

arracher d'un lieu où la magnificence du Roi est le 
comble des plaisirs qu'on y trouve? 

■ADAHB. 

S'il y a du plaisir, il est contre-balancé par d'au- 
tres endroits qui le rendent fatigant. 

VICTORINE. 

Eh ! qui trouvez-vous qui vous incommode? est-ce 
le logement P il est vrai qu'il n'est pu fort commode 
pour des personnes qui sont à l'étroit ; mais ne lo- 
gez-vous pas dans l'appartement du Roi? 

MADAME. 

Oui, ma cbambre va de plain-pied dans l'apparte- 
ment du Roi ; il l'a fait meubler et tapisser de même 
que la sienne. 

VICTORINE. 

. Je ne comprends pas q\i'on ne se trouve pas infi- " 
niment heureuse avec tant d'avantages. 

MADAME. 

Si cette condition a ses plaisirs, elle a aussi ses 
contraintes; la Provideoce en a disposé de manière 
qu'il y a partout du mélange. 



SCÈNE DEtIXIËHE. 

FANCHOK. 
Vous servez une maîtresse qui est heureuse comme 
une reine, et je ne sache personne qui ait autant de 
commodités et si peu de contrainte. 



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[ PARTIE. — PHOVEIIBB XXXVIII. 287 
iANMBTOM '. 

Si peu de coalrainte, je ne sache personne qui en 
«it autant. 

PANCHON. 

Comment ceUP ne fait-elle pas tout ce qu'elle 
nat depuis le matin jusqu'au soir? 

JANNBTON. 

Dites plutôt que depuis le matin jusqu'au soir 
elle prend sur elle-même pour se rendre commode 
aux autres. 

FAKCHON. 

Et à quoi, bon Dieu! peut-elle se rendre accom- 
modante? EUe ne voit que le Roi au-dessus d'elle, 
encore fait-il tout ce qu'il peut pour la rendre heu- 
reuse; et j'ai oui dire qu'il a fait meuhler sa cham- 
bre de mâme que la sienne, jusqu'à la faire tapisser 
d'une tapisserie à fond d'or. 

JAMHZTON. 

11 est vrai; mais sous cette tapisserie il y avoit 
une muraille nouTellement plâtrée, qui, dès la pre* 
mière nuit qu'elle y coucha, lui donua une fluxion 
sur les yeuX'Ot sur les dents, dont elle se sent en- 
core; et toutes les nuits qu'elle passa dans cette belle 
chambre, y a-t-elle fermé l'œil? surtout la pre- 
mière, qui lui parut fort ennuyeuse. 
FAKCSON. 

Mais ne s'en dédommagea-t-e!le pas le lendemain 
en se reposant? 

* Voir lui c«Ue Jeanne ou Jannclon les Entreliens sur l'Édw 
cation, p. il <. 



LJnnzPfi.GoOglc 



288 CONSEILS ET INSTRUCTIONS AUX DEHOlBEtLES. 
JAKKETON. 

Bon Dieu, (juel repos ! elle se leva dès six heures ; 
à peine fut-elle habillée, qu'il fallut recevoir mon- 
seigneur l'archevêque, avec qui elle avoit à traiter 
d'affaires très-sérieuses ; au sortir de Là, sa chamhre 
fut remplie de princesses et d'autres dames sans 
qu'elle pût trouver un moment de repos après une 
nuit si fâcheuse'. 

FAHCHOIf. 

Il faut qu'elle soit d'un tempérament bien déli- 
cat, puisqu'une muraille nouvellement plâtrée dé- 
traque sa santé. 

JARHETOM. 

Toute roBusta que vous nte voyez, j'en ai été 
aussi incommodée qu'elle, car 11 me prit un rhuma- 
tisme depuis tes pieds jusqu'à la tête; de sorte que 
madame s'étant levée et m'ayant dit la douleur 
qu'elle sentoit, je lui dis que j'étois bien fichée de 
ne pouvoir la soulager parce que je n'en pouvois 
plus, de manière qu'entre ces quatre belles mu- 
nùUes couvertes d'or, je passai une nuit plus fâ- 
cheuse que dans une chaumière. 

Tout ce qui reluit n'est pas or. 

1 Volt la Lettres kislorigua et idijlanlts, l. ll,p. 153, oik 
V de BUintf non raumle une de kb Journées. 



i.Google 



TnOlSIËIIE PARTIE. — PROVERBE \XXIX. 



PROVERBE XXXtX'. 



' DE NEVERS. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
M"' DE NEVER8. 

Je suis bien lasse de M™ Belfort ; elle vient tous 

]esiours(]tnerc}iezmo),eUeni'im|iortunetoutàlait. 

M"' d'orville. 

Est-il possible qu'on vienne sans Ctre priée et 
qu'on ne craigne point d'inawimoder? 

M"" DE NEVERS. 

Les personnes remplies d'elles-mêmes sont ordi- 
nairement indiscrètes, parce qu'elles ne font point 
d'attention aux autres. 

M™' d'orville. 

Il faut leur fiiire sentir leur indiscrétion, 

' Pour la classe ronge. 

II. i"t 

Ljiinmi.Google 



990 CON^UU BT nBTBOCTIONB AUX MIKHSRLLES. 
M" BE RBTERS. 

J'en ai envie*, la voici, donnons-lui un mauvais 
repas. 

SCÈNE DEUXIÈME. 
M™ BELPORT. 

Je viens dîner avec vous, madame. 

m"* de nevers. 
Vous vous eo trouverez ma), aiadame, je n'ai 
point à dîner aujourd'hui. 

M™ BELFORT. 

S'il y en a pour vous, il y en aura bien aussi pour 
moi, il me faut peu de cbose, 

m"" OK DEVERS. 

Qu'avooMUMis iei ? 

M*" d'ORVILLE. 

Rien, on s'attendoit que vous dîneriez dehors. 

■™ BB JŒVERB. . 

Donnez-nous donc votre dîner. 

U"^ fc'OBVILLB. 

Noua coropUoiu diacuoe de D<Mre c6té lUIer dinar 
en ville. 

H™ DE NEVUW. 
Quoi ! tout de bon, nous n'avons rien P 

M°' D^OHVILLE. 

Un reste de p&lé froid. / . 



LJnniPfi.GoOglc 



TMMin» tAKtlB. — FlUITBItte XXXIX. 291 

m"" BELrOKT. 

C'est assez ; mangeons, madame, et venez ce soir 
chez moi : j'ai du mwiton de Beauvais, des perdrix 
d'Auvergne \ amenez quelques-unes de vos amies et 
nous nous réjouirons ensemble. 

H** DB NiVeRS. 

C'est bien payer la mauvaise chère ijue je vous fais, 

M™ BELFOBT. 

Adieu, jusqu'à ce soir. 

M™ DE NEVERS, 

Adieu, je n'y manquerai pas. 



SCÈNE TROISIÈME. 

M*^ DE NEVERS. 

Madame Beifort est-elle ici f 

SOPBIE. 

Il n'y a personne ; madame ne soupe pas ici, 

■'°* DE NEVERS. 

C'est pour moi qu'elle fait dire qu'elle n'y est pas, 
a&fa que nous soyons toutes deux en repos. 

SOPBIE. 

Entrez si vous voulez, mais vous ne l'y trouverez 



M™ DE NEVERS. 

Comment je ne souperai pas? 



i.Google 



202 CONSEILS ET mSTMICriONS Atll DBMMW'LBB. 
SOPHIB. 

Non, pas ici certaiaement. 

M™ DE HEVBRS.' 

Voilà un affront qu'on m'a fait exprès. 
A ban chat bon rat. 



LJnnzPfl.GoOgle 



TiU»&l£ll8 PARTIE. — PROVERBE U. 



PROVERBE XL*. 



•IcmiiiKllu du Saint-Cjr. 



SCÈNE PREMIÈRE. 
M™ DE SAIHT-LiUREHT. 

Vous viendrez demain avec moi à Paris ? 

h"* DENISE. 

Oui, madame. 

âCËNE DEUXIÈME. 
U°" DE DUnTAL. 

On dit que la mode présentement est de prendre 
LUprès de soi des demoiselles de Saint-Cyr. 

* Poat la classe To^e. 

2&. 

LJnnmi.Google — ^ 



294 CONSEILS ET INSTRCCTKHn kVt DeWHSELLBS. 
H™ ÀRHOLD. 

M"* de Saint-Laurent en s déjà une ; j'en aï pris 
deui pour être avec mes filles, et j'en ai encore une 
que je connois , que je voik chutoenù si vous le 
voulez. 

H™ DE DtlRTÂL. 

Il fout bien hire cdmnie le» soIriB, enrey*»-!*- 
moi, je vous prie. 

8CÈKE TROISIÈME. 
m"" de SAIMT-LàUREWT. 

Faites venir M"* Denise, je m'ea vais partir pour 
Paris. 

HEtntlETTE. 

Elle est encore au lit. 

m"' de S&raT-LÀURENT. 

Cela n'est pas possible, en quelque état qu'elle 
soit. 



La voici un peu négligée pour aller ti 



SCÈNE QUATRIEME. 
h'"' de SjUNT'LAintENT. 

D'où vient que vous n'dte» pas b^iHée ? 

m'^ DENISE. 

Je ne savois pas qu'il fallût Vétr*.' 



i.GoogIc 



noKiMR Mine. — HUnnH XL. 995 



Comment ! ne vous dis-je pas hier que vous vïen-. - 
driez avec moi? 

B*^ OBNHB. 

Oui, madame, mais je ne savois pas à quelle 
heure vous partiriez, 

H*" IIS 8A1IIT-LMIRENT. 

Ne vous en ètes-vous point informée ? 

H"* DENISE. 

Vous ne m'aviez pas dit de m'en informer. 

m"" de SAMT-LàUREMT. 

Me voilà donc réduite à aller seule. 



SCÈNE CINQDIÈUE. 
M"* AKIfdlA. 

Suivez, je vous prie, mes filles k la promeiMide, ne 
les quittez pas. 

M* STLTie. 

Je n'y manquercù pas. 

M™ ARNOLD. 

Vous, ayez soin de tous mes papiers pour m'en 
rendre compte. 

m"* AHTOIHETTE. 

Oui, madame. 

M"' MKOU). 

Je ne prétends pas que vous me serviez comme' 



i.Google — I 



296 CONSEILS ET INSTBUCTIONS AUX DEMOISEIXES. 

une femme de chambre, mais que vous soyez appli- 
<fuée à me soulager, étant accablée d'aBaires. 

Il'" AWTOIWETTB. 

Je serai trop heureuse de vous être bonne à quel- 
que chose. 

SCÈNE SIXIEME. 
H*" ARNOLD. 
Vous Toilà déjà revenue de la promenade? où sont 
mes filles? 

m"" SYLVIE. 

Je n'en sais rien. 

m"" arnolb. 
Ne vous avais-je pas dit de les suivre P 

■'" STLVIE. 

Oui, au jardin ; maisje les ai quittées dès qu'elles 
sont rentrées dans la maison. 

M™ ARNOLD. 

Allez les chercher au plus vite. 

m"" SYLVIE. 

Je m'en y vais. 



SCËNE SEPTIËHE. 
M°" DE SAINT-LAURENT. 

Âvez-vous arrêté les parties de ce marchand, 
comme je vous l'avois dit ? 



i.GoogIc 



TROISIÈMB PAftTIE. — PHOVEBBE XL. 297 

«"• DENISE. 

Oaî, madame. 

M"' DE SAINT-LAUREWT. 

À quoi se montenUelIes ? 

h'" DENISE. 

A 2,347 livres. 

m"" de 8AII1T-LAUREHT. 

Et à combien les avoll-il mises ? 

m'" DENISE, 

A 2,347 livres. 

m"* de SAINT-LAURENT. 

Vous ne lui avez donc rien rabattu ? 

M* DENISE. 

Non. 

H™ DE SAINT-LAURENT 

Combien me vend-ît les damas ? On dit qu'ils sont 
diminués de prix. 

m'" DENISE. 

Je n'en sais rien. 

H™ DE SAINT-LAURENT. 

Et les étoffes ? 

H"* DENISE. 

Je n'ai regardé que le total des parties. 
m"" de saint-lacrkmt. 

Appelez-vous cela les arrêter P Je n'ai pas besoin 
de secours pourvoir la somme qu'il met-, mais vous 
deviez tacher de rabattre quelque chose. 

LJnnzPfi.GoOglc 



398 CONSEILS BT llfSTKOCnONS AUX OEIOfSELLES. 
M* DENISE. 

Je D'y ai pas pensé. 

M™ DE SAIKT-LAimENT. 

Avez-vous vérifié avec mes femmes, si j'ai le reçu 
de tout ce qu'il a écrit? car si cela est, il doit être 
encore dans mes habits. 

■"* DERISB. 

Non. 

H"' DE BAfRT-LApRENT. 

Hais, mademoiselle, qu'avez-vouscruaToiràfaire 
pour la commission que je vous ai donnée ? 

m'" DENISE. 

Rien que de vous dire le total. 

m"" de SAINT-LAURENT. 

Je veux croire que cet homme est fidèle ; mais la 
charité n'empêche point les précautions r^sonna- 
bles; il peuts'ètre trompé, et je paye peut-être plus 
que je ne dois. 

h"" DENISE. 

Cela s'est fourni avant que je ne fusse ici. 

m"' de SAINT-LAURENT. 

Et il ne vous importe, pourvu que' vous ne soyez 
pas grondée. 

M* DÉMISE. 

Il n'y a. point de ma fiiute. 

M"* DE 8AINT-LA«RMT. 

Presse-l-il pour être payé? croyez-vous qn'il ait 
besoind'argent?' 

LJnnzPfl.GoOgle 



tuuiiiis rARTiB. — navsitw xf.. 409 
Je n'en sais rien, 

■"" DE Uarr-LAUXENT. 

Voili un bon exercice de {latience, et qui me 
coûte plus que de faire mes affaires moi-mAme. 



SCÈNE HUITIÈME. 

M*" ARNOLD. 

Tous mes papiers sont-its en bon ordre? 

m"* ANTOINETTE. 

Personne ne les a touchés depuis que vous me les 
avez confiés. 

M™ ARNOLD, 

liOs avez-vous arrangés, liés, étiquetés? 

m'" ANTOINETTE. 

Non, madame. 

M*** ARNOLD. 

C'est-à-dire que tout cela n'est pas fini ; par où 
commencez-vous? 

h"* ANTOQJJSTTE. 

Je n'y ai pas touché. 

H™ ABMOLD. 
Est-ce là le soin que vous aviez promis d'enlTe<- 
prendre ? 

m"* ANTOINETTE. 

Il n'y en a pas un de perdu, je les ai bien aenéa. 



i.Google 



300 CMSBILS ET IHSTRUCnONS ASX nUDISELLES. 
U" ARHOLD. 

Mais, mademoiselle, je n'avois qu'à les mcLlre 
sous la clef sans tous aa cbai^r -, j'ai cru que vous 
alliez déméleF la confusion où ils sont, avec tant 
d'ordre que si je vous demandoia un papier vous 
n'eussiez qu'à le prendre sans avoir à le chercher. 

k'" ANTOINETTE. 

Je le ferai. 

M"" ARNOLD. 

Fermez la porte, mademoiselle, elles sont faites 
pour cela. 

m"' ANTOINETTE. 

Je la croyois fermée. 

M"' ARNOLD. 

Y avez-vous regardé ? 

m"° ANTOINETTE. 

Non. 



SCÈNE [NEnVIÈUE. 

m"" de durtal. 
Je doute que la mode des demoiselles île Saint- 
Cyr dure longtemps ; j'en ai une qui me fera perdre 
l'esprit. 

" M*" DU CHATELET. 

Comment! on dit qu'elles sont si sages, si bien 
instruites et si raisonnables. 



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THOISltHB PARTIE.— PSOVBRBB XL. 301 

M" DE DURTAL. 

Je veux le croire; mais on ne peut pas se confier 
à elles ; jugez-en par ce que je vais vous dire. 

J'allai l'autre jour à Notre-Dame pour entendre la 
messe; j'avois cette demoiselle, elle se metâerrière 
moi, car je lui avois recommandé de ne pas s'éloi- 
gner : la messe finie, je m'en allai, et ijuand je fus 
arrivée, je dsniandai cette fille pour venir travailler 
dans ma chambre ; on ne la trouve point -, nous 
voilà bien effrayées ; je demande si elle n'est point 
rentrée avec moi. On m'assure que non. Je renvoie 
à Notre-Dame, on la trouve à la porte, le peuple 
assemblé autour d'elle qui lui demandoit son nom, 
et la rue de la personne chez laquelle elle demeuroiL 
Elle savoit mon nom, mais elle ignoroit la rue, 
le quartier, s'il étoit près, s'il étoit loin ■, si la porte 
étoit cochère ou non, si la maison était grande ou 
petite ; enfin, on n'auroit pu rien comprendre de ce 
qu'elle vouloil. On me la ramène, je la gronde de 
cette aventure qui pourroit perdre sa réputation ; 
elle me répond qu'elle ne m'a pas vu sortir, parce 
quVIle regartloit les tableaux qui sont dans l'église. 
m"' du chatelet. 

Voilà qui est d'un enfant de sept ans. 
m"" de dcrtal. 

Il y en a bien d'autres : je lui dis un jour de ve- 
nirdèslematînécrire sous moi un grand nombre de 
lettres*, je l'attendis bien longtemps, je la demandai, 
on médit qu'elle dormoit ; je l'envoyai éveiller, elle 
vint. D'où vient, lui dis-je, que vous n'êtes pas 
II, 26 

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303 CONSULS 8T iMThDCTKtfS AUX OlltMni.LES. 
venue? Oo ne m'a pu éveillée, répondit-elte. En 
aviei-voua cbai^ qutilqu'qor' Non, madamo, dit- 
elle froidement, je ne savois pas à quelle heure il 
falloit TOUS aller trouver* ËsHL possible, lui dis-j^> 
que, depuis que vous éteg ioi, vous ae sachiez pas 
l'heure de moq tâtmI ? 

■** BB CHATSUT. 

Est-ce qu'elle n'a pas d'esprit? 

U"* DE DDRTAL. 

Elle ep 8i elle fait mille choses, elle est sage, 
bien iostruiie ; mais incapable, et ne s' avisant de 
rien. La voici. 

SCÈNE DIXIËHB. 
M" DB DURTAL. 

Vous ne me rapportez point mon manchon? 

h"" idélaIde. 
Il n'étoit pas sur la t^le oi!i vous croyez l'avoir 
laissé. 

m"" de DHRTlt. 

N'avez-vous pas regardé sur les autres? 

k'" ADÉLàIDE. 
Non. 

M°" DE DURTAL. 

Quoi! vos yeux sont assez axes pour ne voù* 
qu'une table dans une chambre quand il y en a plu- 
sieurs ! 



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THOISIËHE PAHTIE. — PROVERBE XL. 303 

m'" ADÉLAÏDE. 

Je ne les ai pns vues. 

M" DE DURTAL. 

Eh bien ! madame, vous ai-je exagéré ? 

M°" DD CBATELET. 

Cela est surprenant, mais le temps la formera. 

M*" DE DUKTAL. 

I) en coulera (|ue1que chose à ceux qui les vou- 
dront former, et à elles bien des confusions. 

// ne voit pas plut loin qtie son nêx. 



PIN DU DËUXIÈHE TOLUHE. 



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TABLE 

Dl! TOMK DEUXIÈME. 



TROISIÈHI': PARTIE. 

rHOVËRBES. 

I 

Pbovkrbe 1".— L'occasion bit le larroD 

Pmovehbe II. — Les TemniM fcnl el défont les mai- 

Proverbe m, — Tant vaut l'horame, tant vaut la 
lerre - . . 

Proverbe IV. — En forgeant on devient forgeron. . . 

PaovEKBE V. — Toajonn pèche qui en prend un. . . 

Proverbe VI. — Fermer la porte de l'écurie quand les 
chevaux sont pris 

Proverbe VIL — Où la chèvre est liée il faut qu'elle 

Proverbe VIII. — Il n'eil rien de si orgueilleux qu'an 
gneux revêtu 

Proverbe IX. — La Irlcherie en revleat loujoan! à son 
maître. 

Proverbe X. — Qui compte sans son hfiie compte deux 
fols 

Proverbe XI. — II vaut mieux laisser son enfant mor- 
veux, que de lui arracher le nex 

Proverbe XII. — A brebis londoe Dieu mesure le «ent. 
26 



306 TABLE. 

V»gtt 

Pkoverbe Xlll. — A méchaDt trompeur, li'Ompeur et 

demi 113 

Proverbe XIV. — BODne renommée vaut mleni que 

ceinture dorée US 

Proverbe XV. — Si cbacua fa[soU son métier, les va- 
ches seroient mieux gardées 123 

Proverbe XVI. — L'eaa qui coule vaut mjenx que celle 

qui croupit 130 

Proverbe XVII. — Hécbant ouvrier n'a jamais son 

outil 13S 

Proverbe XVIII. -- Qui se fait brebis, le lonp le mange. 146 

Proverbe XIX. — On ne perd rien pour attendre. . . 1S3 
Proverbe XX. — Dis-moi qui tu hantes, je te dirai 

qui tu es • 161 

Proverbe XKI. — Tint va 11 cmohe t l'eau qu'à la fl» 

ellt: se brise 160 

Proverbe XXII. — A boane volonté point de Gbandflle. 17S 
Proverbe XXIII, — La familiarité engendre le mépris 183 
Proverbe XXIV, — Qui trop embnsae mal étreint. . 104 
Proverbe XXV. -> N'éveilles pas lecbM qui dort. . . iOI 
Proverbe XXVI. -~ Bon cheval de trompette ne s'ef- 
fraye pas du bruit i08 

Phoverbb XXVII. — Qui predd s'engage 119 

Proverbe XXVIII. — Entre denxvertas une mûre. . . SU 
Proverbb XXIX. — Il loavient toujours à Robin de m* 

nûtes 9B6 

Proverbe XXX. — Il n'iime pas le brnlt s'il ne le fait, ta 
Proverbe XXXi. — Ils s'entendent tous .comme lar- 
rons en foire Ut 

Proverbe XXXII. — Le disputer de la chape i l'éTëque. SSe 
Proverbe XXXIII. — 11 d'} a pat de i^us enbirraué 

que celui qui tient la queue de la poile HO 

pROVEKBi XXXIV. —Tel tutu«r l«l «aieU SUt 



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TÀitLB. 30? 

P»gM 

fBOTinBB XXXV. — Trop gratter ciill, trop parler 



Pbovbubs XXXVI. — Entre deni selles, le derrière k 

terre , 275 

Provebgb XXXVtl. — Les bons comptes ToDt tes bons 

■mis 280 

Phoverbe XXXVlll. — Tontce qui brille n'est pas or. 38tt 

Proverbe XXXIX. — A bon chat bon rat 289 

Proverbe XL. — II ne Toit pas pins loin que sonnez. . SOS 



Imprimerie de P.-A. BOURDIGB el 



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