I
CORNËLIE
ou
LE LATIN SANS PLEURS
DU MÊME AUTEUR: ,
Manuel de Philoltgie classique, a vols.
A^otlo, Histoire géyit'tale des Arts, i vol.
Orpheus, Histoire gf nivale des religions, i vol.
Eulalie, ou le grec sans larmes, i vol.
BUSTE DE JEUNE FILLE.
(MUSEE NATIONAL DE NAPLBS)
SALOMON REINACH
Agrégé de grammaire
CORNÉLIE
ou
LE LATIN SANS PLEURS
PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE
1912
À TOUTES LES CORN EUES
A VANT-PROPOS
Il faut un peu de grec à notre éducation esthé-
tique, un peu iihis de latin à notre éducation morale.
Les Romains ont été les phis grands des moralistes,
parce que leur esprit était plus porté à la pratique
qu'à la spéculation ; ce que nous appelons la morale,
li est-ce pas la règle pratique des mœurs? Avec
leur langue précise, concise, frappant des formules
comme des médailles, les moralistes et les poètes de
Rome ont parlé pour tous les hommes et pour tous
les siècles. Ils ont jeté les plis de la toge sur des
mnximes d'action et d'endurance qu il faut recevoir
deux sous ce vêtement. Aucune éducation esthé-
tique ou littéraire ne tient lieu de celle que donne
la sagesse romaine. Aussi n'ai-je pas seulement
enseigné ici les rudiments dune langue ; fai
tenté, en choisissant mes exemples, dinsinuer dans
Vâme de la jeunesse studieuse quelque chose de la
plus grande école de vertu qui fut jamais
S. R.
LETTRE PREMIERE
On vous a dit, ma chère Coniélie, que le latin
est beaucoup plus facile que le grec. Cela est
vrai, et par plusieurs raisons r
1°. Le latin s'écrit avec les mêmes caractères
que le français ;
2°. Il n'a pas de dialectes, étant lui-même un
dialecte de la grande famille des langues italiques,
dont les autres dialectes, comme Tombrien et
l'osque, ne sont connus que par des inscriptions ;
3". Son vocabulaire est beaucoup moins riche
que celui du grec, surtout en mots composés ;
4°. Ce vocabulaire est Tancêtre du nôtre, à
tel point que les trois quarts des mots français
ressemblent aux mots latins dont ils dérivent ;
5°. Enfin, la littérature latine ne commence
guère qu'en Tan 200 a.J.C, avec Plante le
Comique, pour briller d'un dernier éclat, avec le
poète Claudien, vers l'an 400 ; cela fait six siècles,
tandis qu"il s'en est écoulé dix entre Homère et
Plutarque, qui n'est pas le dernier en date des
bons auteurs grecs. Il est vrai qu'on n'a jamais
cessé d'écrire et de parler le latin, qui a été la
langue internationale des savants et reste celle de
2 FACILITÉ RELATIVE DU LATIN
rF,o;lise romaine; mais à la suite des invasions
barbares dans FOccident de TEurope au V'^ siècle,
le latin a disparu bientôt connue langue du peuple ;
dans TEnipire romain d'Occident, là où il n'a pas
été remplacé par les langues des conquérants ger-
maniques (comme dans Touest et le sud de TA 11e-
magne et en Angleterre), il a donné naissance, en
se transformant, aux langues romanes, dont le
français, Titalien, l'espagnol, le portugais et le
roumain sont, à Theure actuelle, les représentants.
Quand une langue n'est plus parlée par le peuple,
elle a cessé de ^ ivre ; le fait (ju'elle reste la langue
d'une élite n'empêche pas qu'elle soit morte.
" Puisque le latin est facile, m'écrivez-vous,
je désire que vous m'en fassiez connaître les
règles principales afin que je puisse bientôt lire
Virgile à livre ouvert." Sans vouloir vous dé-
courager, ma chère Cornélie, il faut que je vous
mette sérieusement en garde. Si beaucoup d'élèves
font si peu de progrès dans l'étude du latin, cela
vient précisément de ce qu'ils en méconnaissent la
difficulté. Alors que celle du grec tient surtout
à son excès de richesse, celle du latin est une
conséquence de sa pauvreté. Le latin n'a pas
d'article, il sous-entend très souvent les pronoms,
il cherche la brièveté, il use beaucoup de fornuiles,
de locutions qu'il faut connaître et dont on ne
DIFFICULTE DU LATIN 3
))C'ut (k'viner le sens. Surtout il emploie les luêines
mots — les petits mots, en particulier — avec des
significations très différentes, ce qui est pour nous
une source continuelle dY'rreurs. La ressemblance
des mots latins avec les nôtres est souvent trom-
peuse ; on croit trop vite avoir compris, et Ton
comprend de travers. En présence d'un texte
latin a traduire, tous les élèves savent qu'ils doivent
^ faire le mot à mot," c'est-à-dire trouver la con-
struction grannnaticale de la phrase et la ramener
à la construction fran<;aise équivalente; mais si le
sens propre des termes leur échappe, ils ne parvien-
dront pas à découvrir celui de Tensemble. Pour
faire une version latine convenable, Cornélie, il ne
suffit pas de savoir la grannnaire et de feuilleter
avec conscience un lexicpie : il faut .mvo'ir du latin.
Il n'y a ({u'un seul moyen de savoir du latin :
c'est cTen apprendre. Avant même d'avoir vu toute
la grammaire, il faut orner sa mémoire de phrases
latines choisies, en prose et en vers. Je vous en
citerai dans chacune de mes lettres et je compte
que vous les retiendrez fidèlement. Il importe
[)eu ([ue vous i-épétiez ces phrases avant d'être en
état de les ex}jli(|uer grannnaticalement : n'avez-
\ous pas procédé de même pour l'étude de votre
langue maternelle ? C'est aussi par de courtes
l)hrases, et non par des règles, que je vous
B 2
1 liOLE DK LA MEMOIRE
enseignerai la syntaxe. Pourquoi apprendre par
cœur des règles ? Il vaut bien mieux apprendre
des exem})les, savoir les réciter sans broncher cjuand
on vous en propose la traduction fran^'aise. l^ne
règle est toujours «assez connue lorscjue Texeniple
qui en résume renseignement est présent à la
mémoire. Moi-même je lis couramment le latin
et je récris avec facilité ; croyez-vous (pie je sache
par cœur les règles ? Non, mais je me rappelle les
exemples que j'ai appris à Técole et d'autres qu'y
ont ajoutés mes lectures ; c'est à la lumière de ces
phra.si's-tijpi's, si je puis dire, que je comprends
les auteurs latins ou que je les imite. Vous me
direz (jue vous ne songez pas à écrire en latin ;
d'accord ; mais (piand vous serez assez exercée pour
bien traduire, vous aurez acquis sans vous en
douter, et sans avoir pâli sur des fhhfic<i, le savoir
nécessaire pour écrire correctement, si le c(cur vous
en dit, rien qu'en faisant appel à vos souvenirs.
I^s Grecs, nos maîtres, avaient raison de croire
que Mnémosyne, la mémoire personnifiée, est la
mère des neuf Muses. I^i mémoire seule, sans le
jugement et la réflexion, ne suflit à rien, mais elle
est indispensable à tout ; ceux qui disent (ju'ils
ii'ont pas de mémoire sont des paresseux qui se
trompent eux-mêmes, car comment auraient-ils
pu, sans mémoire, apprendre le riche vocabulaire
de la langue qu'ils parlent .'' Il y a des mémoires
PRINCIPES DE LA VERSIFICATION 5
exceptionnellement douées, mais tout individu
normal en a reçu sa part et il ne dépend que de
lui d'en profiter.
Les vers sont plus faciles à retenir que la
prose, à condition qubn en saisisse la mesure.
Je vais donc employer la fin de cette première
lettre à vous donner des notions élémentaires à ce
sujet.
*
* *
Dans un vers fran(^-ais, on compte les syllabes ;
vous savez que le vers de la tragédie classique, dit
alexandrin., en a douze. En latin, le nomlire des
syllabes importe peu ; on compte par pieds, c'est-
à-dire par unités de durée. Cela n'est pas encore
clair, mais vous allez comprendre à l'instant.
Voici un vers d'Ovide dit hcxamctre (du grec
hcx, " six " et mctron, " mesure ") :
Donec crisfe/ix, multos mimcmhis cnniros.
Traduisons d'aljord : Donec, tant que ; eris, tu .seras ;
felix, heureux (d'où félicité) ; nnmerahis, tu compteras, tu
nombreras ; multos, (de) nombreux (d'où multitude) ; amicos,
amis.
"Tant que tu seras heureux, tu compteras de
nombreux amis."
Ce vers se compose de six pieds, c'est-à-dire de
six groupes de syllabes longues et brèves dont
6 LHEXAMÈTRE
chacun équivaut à deux longues. Une syllabe
longue est Téquivalent d'une noire en musique ;
une syllabe brève est Téquivalent d'une croche.
En français, toutes les syllabes se prononcent à
peu près également vite ; mais en latin, comme en
grec, une syllabe est toujours longue ou brève.
Ainsi Raina, Rome, se prononce RôriM, le signe _
mar([uant la longue et le signe <^ la brève; caiiis,
" chien," se prononce ccuus, parce que les deux
syllabes de ce mot sont brèves ; cemere, " voir,"" se
prononce cë7'?ië7-e, parce que la première syllabe est
longue et les deux autres brèves ; aiidax, " auda-
cieux," se prononce aïtdâx, parce .que les deux
syllabes de ce mot sont longues. Cest bien com-
pris ? Revenons à notre vers.
Voici connnent il se divise en six pieds :
Dôiirc e^rlsfë\ruc, mïil\tôs nuvie\râb1s a\mlcôs.
Vous voyez cjue le premier pied se compose d'une
longue et de deux brèves, ce qui équivaut à deux
longues ; le second et le troisième, de deux longues
chacun ; le quatrième et le cinquième, d'une longue
et de deux brèves ; le sixième de deux longues.
Ces pieds sont donc égaux, en ce sens qu'on met
le même nombre de fractions de seconde à pro-
noncer chacun d'eux.
Sachez qu'une longue suivie de deux brèves
s'appelle un dactyle (du grec dactylos, doigt) et
QUANTITÉ DES SYLLABES 7
qu'une longue suivie d'une autre longue forme un
■s'pondti' (du grec spondè, libation, parce que la
gravité du spondée convenait aux chants religieux
qui accompagnaient certaines offrandes). Cernerc
est un dactyle, midax est un spondée. xVinsi
riiexamètre cité comprend un dactyle, deux spon-
dées, deux dactyles et un spondée pour finir.
À côté du dactyle _ w ^^ et du spondée , il
faut connaître les noms de deux autres pieds ; le
trochée _ ^ (du grec tTckhô, "je cours"") et V nimbe
«_/ _ (du grec 'uij)to, "je jette.") MWs (doux,
d"ou iiiHïgrr) est un trochée, ferôd' est un iambe.
Connnent savoir ({u'une syllabe d'un mot latin
est longue ou brève, puis(jue nous prononçons le
latin // la fra/^'dise, c'est-à-dire snns mar(|uer la
qimniiU? Il y a pour cela des régies, dites de
prosodie, tjue je ne vous enseignerai pas ; je vous
dirai seulement l'essentiel, sans tenir compte des
exceptions (jui sont nombreuses. Toute syllabe
où une voyelle est suivie de deux consonnes est
longue, même si la seconde consonne commence le
mot suivant ; toute syllabe où il y a deux voyelles
— comme au dans audax — est hmgue aussi. La
quantifc des syllabes finales des sulistantifs et des
adjectifs peut varier suivant le cas auquel le mot
est employé: ainsi rosâ, "la rose,"" se comj)Ose
de deux brèves, tandis que 7-o.<tâ " j)ar la rose'""
se compose d'une brève et d'une longue. La
8 LONGUES, BRÈVES, COMMUNES
dernière s^^llabe d'un vers est toujours considérée
comme longue, parce que la voix s'y arrête un
peu ; on la niarcjue du signe ^ et on la qualifie
de " commune." H y a des syllabes " comnmnes,*'''
c'est-à-dire longues et brèves à volonté, dans
beaucoup de mots latins : ainsi Ton trouve égale-
ment tcnPhrae et tënïhi-ae (ténèbres) ; on écrira
donc tënibrae.
Lire un vers en y distinguant les longues, les
brèves et les pieds qu'elles forment, s'appelle le
scander. Ceux qui scandent à vue d'œil les vers
latins ont généralement oublié les règles de la
prosodie ; ils ont seulement logé dans leur mémoire
un nombre de vers suffisant pour qu'ils puissent
presque toujours, à défaut de règles, citer des
exemples. Vous trouverez des milliers de vers
latins, sin'tout des hexamètres, scandés dans le
Thcftanms pocticns de Quiclierat ; mais il suffit
d'en avoir retenu cinq cents pour être rarement
embarrassé.
Vous avez vu que l'hexamètre ou vers de six
pieds se compose de six spondées ou dactyles.
Mais il ne se compose jamais imirpinnimt de
spondées ou de dactyles ; il faut toi/Joiirs cjue
l'avant-dernier pied soit un dactyle et le dernier
un spondée. Par un motif (jui nous échappe, cela
est indispensable à l'euphonie.
Quand, dans un vers, un mot se terminant par
KÉLISION 9
une voyelle ou par un m se trouve placé devant
un mot commençant par une voyelle, la syllabe
terminée par une voyelle ou par un 7n s'élide, c'est-
à-dire qu elle ne compte pas ; on la prononce à
mi-voix, comme à la dérobée. Je cite comme
exemple un vers de Virgile, où l'on rencontre à la
fois les deux espèces d'élision :
Vëstrum hoc \ aûffurï^ûm vc.s\trr)(jne In \ nûmmë \
Trôja est}
Ifoo aïKjnrinm, cet augure ; vestrnm, (est) vôtre ; (jïie, et;
Troja est, Troie est; m, dans; vestro numiue, votre puis-
sance.
" Cet augure est pour \'()us et Troie est sous
votre protection."
Vous voyez que vestrum hoc, [vc.s']froqûr in et
Troja est se réduisent (par Télision de mm, de (pic
et déjà) à deux longues.
Les poètes latins ont écrit de longs poèmes tout
en hexamètres, comme V Énckîe de Virgile et les
Métamorphoses d'Ovide. Mais Thexamètre peut
aussi alterner avec un vers plus court qu'on ap-
pelle pentami'tre (du grec pente, cinq, et mctron,
mesure), parce qu^il a deux demi-pieds de
moins que l'hexamètre. La réunion d'un hexa-
mètre et d'un pentamètre forme ce qu'on ap^ielle
1 Virgile, ^neïf/e,ii. 703,
10 LE PENTAiMETRE
un distique (du grec dis et st'uhos, " double
ligne "). Tibulle, Properce, Ovide ont écrit de
beaux poèmes en distiques. Voici un distique
d'Ovide dont vous connaissez déjà le premier vers :
Dônëc erisfëlur, mïdtôs ninnemlfts am'tcôs ;
Tc/npÔrâ \ s't fuë\r'mt \ nûbilâ, | fiôlîis c\rls.^
Si tempora, si les temps ; /«erm^, seront devi'nii s ; mibilc,
nuageux ; eris solus, tu seras seul .
" Heureux, tu compteras des amitiés sans nombre ;
Mais tu resteras seul si le temps devient sombre.''*'
Le second vers, que Ton écrit en retrait sur
la droite, est un pentamètre. En réalité, il a six
pieds connue Thexamètre, mais avec cette diffé-
rence qu'il y a un si/encc, c'est-à-dire un arrêt de
la voix écjuivalent à une longue, au milieu et à la
fin du vers :
Tcmpnrn \ ,û fUeflut — | iiûbUâ \ .soins c\r~ts —
La première et la seconde moitié du pentamètre
se composent donc chacune de deux pieds et demi ;
mais il faut noter (]ue, dans la seconde nioitic de
ce vers, les deux pieds entiers sont toujours des
dactyles. C'est là encore une exigence de l'euphonie.
Le pentamètre accompagne toujours l'hexa-
mètre ; l'oreille ne tolérerait pas la succession de
1 Ovide, Tristes, i. 9, 5-6.
LE VERS lAMBIQUE 11
plusieurs pentamètres, mais elle trouve beaucoup
de charme à écouter un distique. Si vous ne
réprouvez pas encore, cela viendra bientôt.
Il y a d'autres espèces de vers que Thexamètre
et le pentamètre. Les comédies de Plante et de
Térence, les fables de Phèdre, les odes d'Horace,
les tragédies de Sénèque sont écrites dans des
mètres différents, dont les règles sont beaucoup
plus compliquées ; je veux vous citer connne exem-
ple, avant de finir, un beau vers iambique d'une
tragédie de Sénècjue, Heixule furieiuv :
Non est I ad âstrâ 7n5l\lfs ë | târis | v/u.
E terris, depuis les terres (la terre) ; ad astra, jusqu'aux
astres ; via mollis, une voie molle (douce) ; «o/i est, n'est
pas. On peut traduire librement par ce vers français :
" Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire."
Notez que le vers iambic(ue comprend six pieds ;
les pieds pairs, 2, 4 et 6 sont nércssahrmcnt des
iambes; ce sont eux qui donnent sa couleur.au vers.
Les Romains terminaient généralement leurs
lettres par une de ces deux formules : Vale. qui
signifie : " porte-toi bien " — tout le monde se
tutoyait à Rome — ou : VaJe et me ama, " porte-
toi bien et aime-moi." Permettez-moi de choisir
la seconde, si je ne vous ai pas trop ennuyée.
S. R.
POST-SCRIPTUM
J'allais oublier de vous parler de la prononciation du
latin ! Voici, en peu de mots, ce que vous devez savoir.
En Fiance, depuis des siècles, on prononce le latin
comme si c'était du français, avec trois réserves importantes :
P II n'y a pas d'e muet, seulement des c. 2° Les tinalos m
et n n'ont jamais le son sourd ; ainsi en (voici), jam (déjà)
se prononcent enn, jamm, et non comme le français camp,
pan. 3" Toutes les autres consonnes liualesse])rononcent ;
ainsi petit (il demande) se lit pétitt ; tempus (temps) se lit
tempuss. Nous prononçons de même les mots latins fran-
cisés comme oninllms (voiture "à tous"), rebiis (explication
ou expression d'idées "par les choses").
Vous pouvez vous en tenir à ces rèj^dcs, qui 'permettent
parfaitement de sentir l'harmonie de la prose et des vers
latins, ou le manque d'harmonie, quand elle fait défaut ;
mais il faut savoir (pie la prononckdion des Romains
e'tait tonte différente de la nôtre.
1° Ils n'assourdissaient jamais m et n, même dans le
corps des mots ; mo)uimentum se lisait nwnonmenntofimjn.
2" Ils ne connaissaient pas le son français n, mais pro-
nonçaient o>i : ainsi tempub se lisait temmpoitss.
3" Ils prononçaient le c, suivi d'une voyelle, comme
notre k : ainsi César s'appelait Kaesar, d'oii les Germains
ont tiré leur mot Kaiser ; Cicéron s'appelait Kikero. Dans
les mots comme concio (assemblée), (|u'(m écrit mieux
contio, le c suivi de deux voyelles se prononçait comme
le t dans nation.
4" Ils distinguaient la i[uantité des voyelles ; ainsi dans
12
PRONONCIATION DU LATIN 13
qituque (aussi), Vo avait le son du français coq ; dans pômum
(pomme), il se pr.monçait comme dans môme.
5° Mais surtout ils mettaient l'accent, c'est-à-dire qu'ils
élevaient la voix sur une syllabe dans chaque mot qui en
comptait plusieurs. Un mot de deux syllabes est toujours
accentué sur la première : témpiis. Si un mot a trois
syllabes ou davantage, l'accent porte sur l'avant-dernière
quand elle est longue : Romdnns ; il porte sur la précédente
si l'avant-dernière est brève : Gîcêro. La quantité de la
dernière syllabe n'a pas d'influence sur la position de
l'accent. Vous voyez que, pour accentuer correctement,
il faut savoir la quantité ; les Romains n'avaient pas besoin
de l'apprendre.
En lisant le latin comme si c'était du français, nous
insistons toujours un peu sur les syllabes finales : temjnîs,
Komanûs. Les Romains auraient trouvé cela barbare ;
mais comme nous n'apprenons, pas le latin pour le parler et
que les étrangers le prononcent aussi mal que nous, à leur
manière, je ne vois pas grand inconvénient à conserver la
prononciation française i;suelle. Mieux vaut faire' abstrac-
tion de l'accent et de la quantité que de les marquer de
travers.
J'ajoute ceci, que vous comprendrez sans peine si vous
savez une langue accentuée, anglais, allemand ou italien.
Les modernes, quand ils aecentuerd une syllabe, ajyjnnent
sur elle, alors que les anciens, comme vovis l'avez vu, accen-
tuaient des syllabes qui restaient l)rèves : Gîcero. ÎSTous
ne savons pas trop comment ils s'y prenaient et pouvons
nous abstenir de le rechercher.
DEUXIÈME LETTRE
Ma chère Cornélie,
Je (lois vous avertir d'abord que les substan-
tifs latins prennent différentes formes suivant les
rapports qu'ils expriment, c'est-à-dire aux diffé-
rents cas (de casiis, signifiant chute ou fin) du
singulier et du pluriel. .Viiisi "Paul'" se dit
Pdulus et " Pierre ^ se dit Pctrns ; mais " P.hu1
aime Pierre"" se dit Paulus amat Pctruin, phrase
où Petrum, complémejit direct du verbe anuit, est
ce (]u'on appelle V accusatif àc Pctiiis.
De cette différence essentielle entre le français
et le latin — comme toutes les langues romanes, le
français a perdu les cas — en découle une autre
qu'il faut vous signaler avec insistance. Puisque
la forme des noms latins explique leur rôle dans la
phrase, Vordre des mois peut être plus libre qu'en
français, sans préjudice de la clarté. Ainsi l'on
dit également bien Paulus amat Petrum et Petrum
amat Paulus, alors qu'en français " Paul aime
Pierre" et "Pierre aime Paul" expriment des
idées très différentes. Cette liberté de la construc-
tion latine est plus grande encore dans la poésie
14
UN PRECEPTE DE LUCAIN 15
qu'en prose. Je prends comme exemple ce bel
hexamètre de Lucain, (jui résume avec force et
concision les maximes morales de Caton d'U tique :
Non sib}, sëd tôtl geoutûm se crëdërë mundô.^
Mot à mot : " Credere se, croire soi ; genitiim, né ; nonsihi,
non pour soi ; sed niundo toti, mais pour le monde tout
entier," — c'est-à-dire : "Se croire né, non pour soi-même,
mais pour le monde entier."
Voilà, Cornélie, un joyau de la sagesse antique;
seiTez-le précieusement dans votre écrin, je veux
dire votre mémoire.
*
* *
Abordons maintenant la déclinaison des sub-
stantifs. Je vous ai dit ([ue le latin n'a pas
d'article : pan'is signifie à la fois le pain, un pain,
et du pain.
En français, le substantif ne change de forme
f[u'au pluriel ; quelques substantifs ont aussi une
forme spéciale pour le féminin (chasseui; chas-
seresse). Les relations du substantif avec ce qui
précède ou ce qui suit sont indiquées par des
prépositions ou par Tordre des mots (Je dis à Paul,
faime Paul). En latin, ces relations sont mar-
quées par un changement de la terminaison ; ces
^ Lucain, Pharsale, ii. 383.
16 LES CAS ET LES GENRES
différentes manières de finir un nom sont dites cas
et leur ensemble constitue la décUnaison.
Il y a en latin six cas : le nominatif, le vocatif,
le génitif, le datif, Vaccusatif et Vablatif (formule
nniénionique des initiales : mtgdaa) : Paul (sujet),
Paul! de Paul, à Paul, Pcml (complément direct),
de ou par Paul.
Il y a cinq déclinaisons, qui se distinguent par
le génitif singulier, indi(|ué dans tous les diction-
naires. Pour les connaître, il suffit de retenir la
déclinaison des onze mots suivants : rosa (rose),
dominus (maître), puer (enfant), templum (temple),
lahor (travail), avis (oiseau), corpus (corps), cubi/e
(lit), manus (main), cornu (corne), dies (jour).
llyatrois^e/i.e.?. le masculin, le féminin et le
neutre, indicjués pour chaque mot dans les dic-
tionnaires. Les noms d'honnnes, de peuples, de
fleuves sont du masculin ; les noms de fennnes et
d'^arbres, du féminin. Les noms d'animaux sont
masculins ou féminins. Les mots indéclinables,
comme fas, la loi divine, nefas, le péché, sont du
neutre.
Le nominatif et le vocatif aux deux nombres
sont toujours semblables, sauf au singulier des
noms comme dominus; il est donc inutile de
vous indiquer la forme de ce cas. La nominatif et
Taccusatif sont identiques dans les noms neutres ;
le datif et Tablatif pluriel sont toujours identiques.
PREMIERE DECLINAISON: 'ROSA' 17
PREMIERE DÉCLINAISON.
Cette déclinaison a le génitif singulier en ne
(prononcez é) ; elle ne comprend que des noms
féminins, excepté ceux (jui désignent des hommes
j)ar leur profession (poeta, poète ; nmita, marin ;
(igr'uola, agriculteur).
SlNGLXIER.
Nom.
Voc.
Ros-a {féminin)
La Rose
a ni.
Ros-ae
De la Rose
Dut.
Ros-ae
À la Rose
Ace.
Ros-am
La Rose
Abl.
Ros-â {on écrit
De la Rose on
aussi Ros-â)
par la Rose
Pluriel.
Nom.
Voc.
Ros-ae
Les Roses
Géu.
R os -arum
Des Roses
Bat.
Ros-is
Alix Roses
Ace.
Ros-as
Les Roses
Abl.
Ros-is
Des Roses ou
parles Roses
Maintenant que vous connaissez Tordre des cas
et leurs équivalents franc^ais, je pourrai abréger en
vous enseignant les autres déclinaisons,
c
18 DEUXIEME DECLINAISON
DEUXIÈME DÉCLINAISON.
Elle a le génitif singulier en i et comprend des
noms masculins et féminins en us (type dom'mu.s),
des masculins en er et en ir (type puer) et des
neutres en um (type templum).
Le vocatif singulier des noms en its se termine
en e ; il n'est àowc pas identique au nominatif.
I. Singulier: Dcmnn-ns {\e nmître), domi7i-e !
domvi-i, dornin-o, domin-um,
domtn-o.
Pluriel : Dom'm-i, domin-orum, domin-is,
domin-os, domin-is.
II. Singulier : Piœr (Fenfant), puer-t, puer-o,
puer-um, puer-o.
Pluriel : Puer-i, puer-orum, pîter-is, puer-
os, puer-is.
III. Singulier : Templ-um (le temple), templ-i,
templ-o, templ-um, tempî-o.
Pluriel : Templ-a, templ-orum, tempî-is,
templ-a, templ-is.
Il y a quelques observations à faire. D'aboixl,
trois mots en us de la deuxième déclinaison sont
SUBSTANTIFS EN 'ER^ ET EN 'IR^ 19
(lu neutre et ont raccusatit' singulier iclenti([ue au
nominatif (ces noms ne sont pas usités au ])luriel) :
ce sont vulgti.s (le peuple), virus (le poison) et
pehigïis (la haute nier). Odiprofatnim vidgiis, dit
Horace;^ ce qui signifie: "Je hais le vulgaire
profane/'' L^iccusatif xulgiifn n'existe pas en bon
latin, bien (jue les journalistes parlent souvent
(lu vulgnm jHcnM, ce qui signifierait, à les en croire,
"le vulgaire troupeau." C'est un barbarisme;
mais les journalistes ont parfois oublié le latin.
P^n second lieu, beaucoup de noms en r?- rejettent
IV aux cas autres cjue le nominatif et le vocatif
singulier : ainsi inag'ister, maître, fait 7/iag'istri,
mag'istro, mag'istnim, et, au pluriel, magistri,
inaghtrorum, mag-i.stri.s\ maglstros.
Le mot v'ir, homme (en particulier Itommc de
cœur, iVoù le précepte : Vir esta ! sois un homme !)
fait au génitif pluriel vinh/i ou virorum. Ces
contractions iVorum en um sont fré(|uentes en
poésie. \'irgile apostrophe ainsi Fltalie :
Sahr, magna parais fruguu), Saturn'ia iclhis,
Mdgna virîim I . . .^
c'est-à-dire : " Salut, grande mère de fruits,
Saturnienne terre, grande (mère) (riiommes ! "
' H(jrace, Odes, iii. i, 1.
- Virgile, Ge'oryiqites, il. 173.
C 2
20 TROISIÈME DÉCLINAISON : 'LABOR'
En français : " Salut, terre de Saturne, grande
mère de moissons, grande mère d'hommes de
cœur ! "
TROISIÈME DÉCLINAISON.
Le génitif singulier est en i«, le génitif pluriel
en nm ou en ium. En général, les noms dits
" impairs," cpii ont au génitif une syllabe de plus
qu'au nominatif (connue lahor, gén. laboris, travail)
ont le génitif pluriel en um ; les noms "pairs"
(comme avis, gén. avis) ont le génitif en ium.
I. Singulier : Lahor (le travail), lahor-is,
hibor-i, îahor-cm, lahor-e.
Plural Labor-es, labor-um, labor-ibus,
labor-es, labor-ihus.
Tous les noms en or sont masculins, excepté
arbor, soroj; uxor (arbre, sœur, épouse), qui sont
féminins, et marmor, cor (gén. corclis), aequor
(marbre, cœur, mer) qui sont du neutre, ont
l'accusatif singulier en -or et font au pluriel
martnora, corda, aecpiora.
Sept noms qui ne sont pas impairs ont pourtant
le génitif en nm : ce sont pater, mater, frater
(père, mère, frère) ; jnvenis, senex (^jeune homme,
vieillard) ; can'is, volucris (chien, oiseau).
SUBSTANTIFS PAIRS ET IMPAIRS 21
Le génitif singulier est donné par les lexiques;
il est le modèle sur le{|ucl se forment les autres
cas. Ainsi cor (neutre), faisant au génitif cordis,
fera au datif cordi, au nom. pluriel corda. On
dit : Sursum corda ! " Haut les cœurs ! "
IL Singulier : Av-is (Voiacsiu), at'-'is,av-},av-ctn,
av-e.
Pluriel : Av-es, av-ium, av-ibiis, av-cs,
av-ibus.
Avis est féminin ; mais d'autres noms (jui se
déclinent de même sont masculins, comme collis
(colline), ensis (épée).
La troisième déclinaison comprend encore des
noms neutres, les uns "impairs," les autres "pairs,""
dont le nominatif et Taccusatif pluriel se terminent
en a. Les noms neutres en e, al, nr prennent à
ces cas la terminaison ia et font Tablatif singulier
en /".
III. Singulier: Corp-ns (le corps), coj-p-oris-,
corp-ori, corp-us, corp-orc.
Pluriel : Corp-ora, corp-orum, corp-oribus,
corp-ora^ corp-orihuft.
Comme c'est un nom " impair," le génitif pluriel
est en um, non en ium.
22 QUATRIÈME DÉCLINAISON: 'M ANUS'
IV. Singulier : Cubil-e (le lit), cubil-isy cubil-i,
cvbil-e, cubil-i.
Pluriel : Cubil-ia, cubil-iutn, aibil-ibu.y,
cubil-ia, cubil-ibus.
Ce nom étant " pair,'"' le génitif pluriel est en
rum.
Q UA TRIEME DECLINA LSON.
Elle a le génitif singulier en fis et comprend,
outre des noms masculins et féminins, quel([ues
noms neutres, indéclinables au singulier.
I. Singulier: J/r/;i-«,y(fém.,lamain), waw-T.v,
?nan-ui, 7nan-um, man-u.
Pluriel : Man-ûs, man-nuvi, îmm-ibns,
man-us, man-ibiis.
Virgile montre Dédale essayant de ciseler en
or la chute de son fils Icare, mais la douleur
paralyse son génie : IVr patrhie ccâdcrc nianu.9,^
mot a mot : " Trois fois les mains paternelles
tonibè7rnf,'''' cest-k-dïre : '''' Trois fois ses mains de
père retombèrent impuissantes.''''
^ Virgile, Enéide, vi. 33.
CINQUIÈME DÉCLINAISON: 'DIES' 23
Ia.'S noms neutres de la (juatricme déclinaison
ne se déclinent qu''au pluriel :
II. Corn-uti (pluriel de corv-u^ la corne), corn-
iiuni, coj'u-ibm, coiii-ua, corii-iburS.
CIXQ l 'lÈME DÉCLINA ISON.
Le génitif singulier est en ei. Ces noms en es
sont tous du féminin, excepté du'fi (jui est aussi
du masculin.
I. SiN'GULiER : Di-Fs (le jour), d'i-ëi, di-ei, di-
em, di-ë.
Pluriel : Di-ës, di-ermn, di-ebus, di-e.s\
di-ebus.
11 Mie reste à vous signaler certaines irrégu-
larités.
Quel(|ues noms féminins en a ont le datif et
lablatif pluriel en nbus (forme du latin archaupie) ;
•dum JiHabus (aux filles), deabiis (aux déesses).
Deu.s fiit au nominatif et au vocatif pluriel
Dû ou Di. D'i nic/'ncs! (sous-entendu décernant)^
c'est-à-dire : " Que les dieux décident mieux ! "
" (}ue les dieux détoiu-nent de nous ce malheur ! '"'
FÛius et quelques autres noms en ius ont le
vocatif singulier en i : fil'i, mon fils!
24 OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES
Quelques noms en is de la troisième déclinaison
ont Taccusatil singulier en im, Tablatif en i : sitim,
siti (de s'ftis, la soif).
Bo,<i, bœuf, génitif bovis, fait au pluriel bôûm
(gén.), bubiis (datif et ablatif).
Quelques noms en ei' dérivés du grec ont
Taccusatif singulier en a et non en em: aëra^
aethera (Pair, Téther). Ils sont inusités au pluriel.
Donms, la maison, se décline ainsi :
Singulier : Domûs, domûs, domui, domum, domo.
Pluriel : Domûs, domuum ou domorurn, dovi-
ibus, domos, domibus.
Vous voyez que ce substantif très usité se
décline en partie sur dom'mus, en partie sur manus.
Domi, peu employé connue génitif, Test souvent
comme adverbe, dans le sens de à la maison. " Le
père est-il à la maison .? " se dirait ; Estne domi
pater ?
La déclinaison des noms composés obéit à des
règles très simples :
1". Si le nom est composé de deux nominatifs,
on les décline Tun et Tautre : respublica (répu-
blique), accusatif rempîiblicam, ablatif repiibUcâ.
2°. Si le nom est composé d'un nominatif et
d'un autre cas, le nominatif se décline seul : pater-
familms (père de famille, vieille forme de pater-
RÉSUMÉ DES DÉCLINAISONS 25
famU'mc, qui n'est pas usité), gén. patrisfamiUas^
ace. patremfamiUas.
Enfin, je vous avertis que certains mots latins
empruntés au grec se déclinent comme les mots
grecs correspondants ; ainsi héros (héros) fait à
iaccusatif pluriel hcroas ; poema (poème) fait à
laccusatif pluriel pocmata.
*
* *
Voici un tableau d'ensemble des déclinaisons :
I. Ros-a, ae, ae, am, à. — Ros-ae, arum, is, as, is,
II. (1) Damin-HS, e! i, o, um, o. — Domin-i, orum, is,
os, is.
(2) Puer, piier-i, o, iim, o. — Puer-i, orum, is, os, is.
(3) Templ-rnn, i, o, nm, o. — Templ-a, orum, is. a, is,
III. (1) Lah-or, is, i, em, e. — Labm'-es, um, ibus, es,
ibus.
(2) Av-is, is, i, em, e. — Av-es, inm, ibvs, es, ibus.
(3) Corp-KS, 07-is, ori, us, are. — Cœyor-a, um, ibus,
a, ibus.
(4) Cubil-e, is, i, e, i. — Cnbil-ia, ium, ibus, ia,
ibus.
1\' . Man-us, us, ui, um, u. — Man-us, uum, ibus^
us, ibris.
V. Di-es, ei, ei, em, e. — Di-es, eriim, ebus, es, ebiis.
Comme vous voyez, ce n'est vraiment pas bien
difficile.
Je termine par un hexamètre de Virgile qui est
26 UN VERS DE VIRGILE
de circonstance, car il est l'équivalent poli du
français : " En voilà assez ! "
ClaiidUëjâm rlvôs, pûërJ, sût prâta h)hërï.nt."
Mot à mot : " Fermez déjà (à jn-éseni) les ruisseaux
{canaux d'irrigation), enfants; assez les jrre's ont bu." —
En français: "Fermez les rigoles, enfants; les prairies
ont a.«sez bu."
Vous reconnaissez dans t'ivos Tacc. plur. de
rivus (2ème déclinaison); dans pueri le vocatif
plur. de pner (même déclinaison) ; dans pj-ata le
nominatif plur. de pratum (même déclinaison).
Comme les prés de votre mémoire ont assez bu,
je les laisse s'imprégner de ces eaux bienfaisantes
et vous dis bonsoir.
S. R.
2 Virj^ile, Bucoliques, iii. 111.
TROISIEME LEITIIE
Mil chère Coniélie,
Je ne pense pas que vous soyez jamais
embarrassée par la rencontre cFadjectifs latins,
car ils se déclinent connue les substantifs, et
s'accordent avec eux. Pouilant, je vais entrer
dans (juelques détails, ne fût-ce que pour vous
apj)rendre des mots nouveaux.
Les adjectifs suivent la première, la seconde ou
la troisième déclinaison. Les uns ont trois ter-
minaisons au nominatif, une pour cha([ue genre
(hoiiK.-i, bon, bona, bonnm ; piihher, beau, pnlchra,
puhlnuin) ; d'autres n'en ont (jue deux, dont la
première {is\ sert pour le masculin et le féminin,
la seconde {é) pour le neutre (Icri.s, léger nu
legi-re, neutre Icir) ; d'autres enfin n'ont au
singulier cpTune terminaison pour les trois genres
ij'i'liv, heureux).
Les adjectifs en er, a, um perdent en général
l'r au génitif comme magi.ster ; les exceptions les
plu.N importantes sont (ifipci- (dur), liber (libre),
m'mer (malheureux), tener (tendre), et les composés
27
28 DÉCLINAISON DES ADJECTIFS
dejero et de gero, comme fmgifer (fécond), armi-
ger (qui porte des armes). Ainsi sacer, sacré, fait
au gén\t\i sacri, tandis que miser fait miseri. \,q
poète Stace, parlant d'un autel {ara) de la
Clémence, dit que les malheureux Tout rendu
sacré : miseri fecere sacram.
Les adjectifs en is, e se déclinent comme avis et
euhUe, avec cette réserve que les adjectifs en is ont
Tablatif singulier en i et non en e.
Quant aux adjectifs en er, is, e, la déclinaison
en est identique à celle de levis, sauf que le nomi-
natif et le vocatif masculin sont en er. Rappelez-
vous cet hexamètre de Virgile :
Par lev'ibus ventis volucrique simillirna somno}
"Pareille aux légers vents et à l'ailé très semblable som-
meil," en français : " Pareille aux vents légers et très
semblable au sommeil ailé." Vulucri est le datil" singulier
masculin de volucer, féni. volucris, neutre volucre. Ovide
parle d'une flèche ailée, volucris arundo. Simillima est le
superlatif féminin d'un adjectif en is, e, signifiant sem-
blable, similis (d'où similitude).
Les adjectifs ayant une seule terminaison pour
les trois genres se terminent tous par s, x^ l ou r,
par exemple sapiens (sage), felix (heureux), vigil
(vigilant), par (égal).
^ Virgile, Enéide, ii. 794,
COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 29
DEGRÉS DE COMPARAISOX.
Il y a deux degrés de comparaison, le comparatif
et le superlatif : Jaccpœs est plus grand (pie Paul
(comparatif) ; Jacques est le plus grand de ses
camarades (superlatif). F]n latin, un superlatif
comme maximus signifie également le plus grand
et très grand.
En règle générale, le comparatif d'un adjectif
se forme en ajoutant au génitif privé de la termi-
naison la syllabe ior au masculin et au féminin,
ius au neutre ; le superlatif se forme en y ajoutant
issinius, issima, issimum. Ainsi alt-us, haut, fait
au comparatif altior et altitis, au superlatif a/tis-
simus, altissima^ altissimum.
Il y a des exceptions assez nombreuses. Ainsi
plusieurs adjectifs en is, comme similis., ont le
superlatif sur le modèle de simiUimus, dont vous
venez de voir un exemple. Tous les adjectifs en
er, plus i^etus (ancien, fomie archa'ùjue vête?-), ont
le superlatif en errimus : "le plus beau" se dit
pidcherrimus ; " le plus ancien," Tetcrrimu.<i.
Magnus, grand, fait au comparatif major., au
superlatif maximus.
Les adjectifs en dicus, ficus., volus forment leur
comparatif et leur superlatif comme si le génitif
30 FORMES IRRÉGULIÈRES
était en dicent'i,s, ficcntu', volentis. Ain.si le com-
paratif de malcd'icus, médisant, est malcdiccntior
(de malediccns)^ le superlatif mahd'icentïsshnus. On
a de même, de magmificus, le comj)aratif magm'i/i-
centior ; de benevolus (bienveillant), le superlatif
hcncvolentissimiis.
Certains comj)aratifs et superlatifs très employés
servent à exprimer les degrés de comparaison des
positifs qui leur correspondent par le *sens ; mais
ils n^ont pas plus de rapports avec ces mots Cjue le
positif mnnvais, du latin populaire marifathis, et
le comparatif yji;r, cjui n'est autre que le comparatif
latin pejo7\ ■
Voici ces comparatifs et superlatifs à retenir ;
CoMP. SUIEKL.
De bonus, bon, melior et optimus.
De malus, mauvais, pejor et pessimus.
De par mis, petit, minor et 7nini'mns.
De tnuUi, nombreux, plures et plnrhni.
Certanis adjectifs, notamment ceux en eus et îns,
n'ont pas de (legrés de comparaison : on dit ina^ïs
idoneus, plus apte, ou maxime egregius, très
excellent.
Personne n'a mieux décrit qu'Ovide cet état de
faiblesse morale ou l'on s'écarte du devoir tout
en sachant bien ce qu'il exige :
PASSAGES DOVIDE ET DE TACITE 31
. . . Vidœ meliora prohoquc.
Détériora .fcquor . . .^
"Je vrvÎR les Choses iiieilleures (neutre) et je (les) ap-
prouve, (mais) les pires je (les) suis," c'est-à-dire : "Je vois
le bien et je l'approuve, mais je m'attache au mal." De-
terior est un comparatif de deter, "mauvais," qui «st
inusité au positif.
Beaucoup de dédicaces latines à la divinité
suprême, gravées sur des marbres, connnencent
par les lettres I . O . M. Ces trois lettres signi-
fient l(ovi) O(ptimo) ^[{aj'imo), c'est-à-dire " à
Jupiter (génitif Jovis, d'où notre mot jovial) très
bon (et) très grand." Le latin supprime souvent
le conjonction et.
Je vous citerai encore cette petite phrase très
profonde de Tacite, qui dit tant de choses en
quatre mots : Corruptissimâ repiibîirâ pliirlmie
hges^ " très corrompue (étant) la républi(|ue
[ablatif], très nombreuses (sont) les lois," c'est-à-
dire : "Dans un Ëtat très corrompu, les lois sont
très nombreuses "" ou " Plus TEtat est corrompu,
plus il y a de lois."
^ Ovide, Métamm-phoses, vii. 20, 21.
- Tacite, Annales, iii. 27
32
NOMBRES CARDINAUX
NOMS DE NOMBRE.
On distingue 1° les nombres cardinmix, comme
ww, deux, trois ; 2° les nomlres ordinaux, comme
premier, second ; 3° les nombres distribut ifs,
comme un à un, deiix à deux.
Les Romains employaient dqs chiffres d'un
sj'stème particulier et fort incommode que vous
connaissez sans doute déjà, puisque nous nous en
servons encore (par exemple : tome xxii, chapitre
xiii). Voici les nombres cardinaux qu'ail est
indispensable de savoir:
1.
I. Unus. una, 'iinum.
20.
XX. Viiiinti.
2.
II. Duo, duae, duo.
30.
XXX. Triginta.
3.
III. !r/-es(inasc.etféiii.),
40.
XL. Quadra-
tria.
cjinta .
4.
IV. Qiiatiior (indécli-
50.
L. Quinqva-
nable comme
giida.
les suivants).
60.
LX. Sexaginta.
5.
V. Qninque.
70.
LXX. Sephiaginta.
6.
VI. Sex.
80.
LXXX. Odoginta.
7.
VII. Septem.
90.
XC. Nonaginta.
8.
VIII. Oeto.
100.
C. Centuvi.
9.
IX. Novem.
200.
ce. Ducenti, ae.
10.
X. JJecetn.
a.
11.
XI. Vndecim.
600.
DC. Sexcenti, ae,
12.
XII. Ihiodecim.
a.
• . •
1000.
M. Mille
15.
XV. Quindecim.
2000.
MM. Duo milia.
DÉCLINAISON D^'UNUS' ET DE 'DUO^ 33
Sexcenti et mille ne signifient pas seulement
600 et 1000, mais "un très grand nombre,"
comme quand nous disons: "j'ai mille ennuis."
Un Romain pouvait dire: "J'ai six cents
ennuis."
Plusieurs nombres cardinaux se déclinent ;
comme on les rencontre à cha(|ue pas dans les
auteurs, je vous conseille d'apprendre ces décli-
naisons très exactement.
1. Unus, 7ina, unum ; génitif un'ius pour les
trois genres (et non imi .') ; datif uni pour les trois
genres (et non uno.'); ace. unu7n^ iinam, unum;
abl. uno, unâ, uno.
Les mots très usités sohis (seul), lotus (tout
entier), nullus (nul), uUus (aucun), uter (lequel
des deux), alter (Pautre), neuter (ni Tun ni Tautre)
se déclinent comme unus ; on a donc les génitifs
nuUius, utrius, nlterius, neutrius, les datifs nulli^
utri, alteri, neutri.
2. Dtu), duae, duo,, génitif duorum, duanim^
duorum ou dtium, datif duohus, duabus, duohus,
accusatif duo ou duos, duas, duo, ablatif, duohus,
duabus, diu)bus. Le mot cnnbo, tous deux, se
décline de même : " à tous deux " se dit
urnbobus.
34 DÉCLINAISON DE 'TRES; 'MILIA,' &c.
3. Très (inasc. et fém.), tria; gén. trmm pour
les trois genres ; datif et ablatif tribus ; accusatif
treSy tria.
4. Milia, gén. milium, dat. et abl. milihus. On
écrit jnille, mais milia (milliers).
5. Dîicenti, ae, a ; sexcenti, ae, a, etc., se décli-
nent régulièrement, mais le génitif est toujours
en icm : sejccentum librariim pondus, le poids de
six cents livres (libra, unité de poids, valant 327
grammes ; le livre qu'on lit se dit liber).
Voici un hexamètre de ma façon où sont réunies
deux formes importantes de la déclinaison des
nombres cardinaux :
Unius ob meritum veniam concède duobiis.
" D'un pour le mérite, la grâce accorde à deux,""
c'est-à-dire : " Pardonne à deux en faveur d'un
seul."
Dans la traduction latine de l'Ancien Testa-
ment, appelée Vulgate {vulgata, la traduction
accréditée^ on trouve ce mot souvent cité : Vae
soli ! ^ " Malheur à {cehd qui est) seul ! "
Les Romains de bonne naissance étaient désignés
par ce qu'on appelle les trois noms, tria nornina :
^ Ecclesiastes, iv. 10.
NOMBRES ORDINAUX 35
Marciis (abrégé M.) Tulliiis Cicero, Mmrus étant
le prénom, TiiU'uts le nom et Cicero (de cicer,
ciceris, pois chiche) le surnom
*
* *
Passons aux nombres ordinaux, (|ui sont des
adjectifs en î/.v, a, uni, se déclinant connne bonus,
bona, bonuin.
1. Primus. 8. Octavus.
2. Secundus, 9. Nonus.
3. Tertius. 10. Decimus.
4. Quartus. 20. Vicesimus.
5. Quintus. 30. Tricesimus.
6. Sextus. 100. Centesimus.
7. Septimus. 1000. ]\Iillesimus.
Stace a écrit ce commencement d'hexamètre f|iie
Ton attribue souvent à Lucrè<;e : Prinnu<i in orbe
deosfecit timor,^ c''est-à-dire : timor primn.<i in orbe
fecit deos, " la crainte la première sur la terre a
fait les dieux,"' " la crainte des mortels a fait naître
les dieux.*"
Pour exprmier que le livre d'un auteur prolixe
devient trop gros, Juvénal dit que " la millième
page s'élève,"' millc-mna pagina surgit, et il ajoute
plaisamment qu'elle est ruineuse par le papyrus
^ Stace, Théhaïde, iii. 661.
D 2
36 NOMS TIRl^S DE NOMS DE NOMBRE
qu'elle consomme, vmUâ damnosa papyro.
Papyrus, mot grec, est féminin.^
Les nombres ordinaux ou leurs dérivés en nis
ont souvent été employés comme noms propres à
Rome : par exemple Qmnhis Curt'mfs^ Thistorien
d'Alexandre le Grand, que nous appelons Quinte
Curce ; Sextus Poinpeius, le fils de Pompée ;
Septimius (et non Sept'imtis) Severns, Tempereur
que nous appelons Septime Sévère ; Cains Octavius
(et non Octnvus) Angiistus, l'empereur que nous
appelons Octave Auguste, etc.
NOMBRES DISTRIBUTIFS.
Sînguli, ae, a signifie " un à un : " ainsi leo
coepit vesci singulis, dans une fable de Phèdre,
signifie : " le lion commença (à les) manger les uns
après les autres." Faute de retenir cela, vous
ferez un gros contre-sens chaque fois que vous
rencontrerez le mot singuli.
Bini signifie "deux par deux," terni "trois
par trois," c^em "dix par dix," centeni "cent par
cent."" Ces mots ne sont pas très usités.
Il faut aussi dire un mot des adverbes numéraux,
qui répondent à la question " combien de fois .? "
en latin quoties. Les quatre premiers sont très
1 Juvénal, Satires, vii. 100-101.
NOMBRES DISTRIHUTIFS 37
employ<5s : semel, une fois ; 6/5, deux fois ; ter, trois
fois ; qiiater, ([uatre fois. On trouve aussi decies,
dix fois, vicies, vingt fois, centies, cent fois, milies,
mille fois.
Virgile montre Didon, abandonnée par Enée,
se frappant trois et (quatre fois la poitrine :
Terque quaterque manu pectus percussa dé-
corum.^
" Et trois et (|uatre fois de (sa) main (sa)
poitrine ayant frappé belle," c'est-à-dire : " Ayant
frappé trois et quatre fois de sa main sa belle
poitrine." Comme le remarquait Fénelon, Virgile
nous intéresse à Didon j)ar sa beauté. — Vous avez
déjà vu ce petit mot g'z^e, signifiant "et," qui
s'ajoute aux mots et ne se trouve jamais seul.
Retenez encore cette expression de Virgile,
pour dire qu'un honnne garde le silence pendant
dix jours : Bis quinos silet ille dies,^ c'est-à-dire
ille silet, il se tait, bis quinos dies, (pendant)
fleux fois cinq jours. Ai-je encore besoin de vous
dire que c'est là le commencement d'un hexamètre.
— ^ —WV./ _V^*-/ _
Valedico tihi, ce qui signifie "je te dis adieu,'
mot a mot "je te dis porte-toi bien."
S. R.
' Virgile, Émide iv. 589. 2 Xbid. il. 126.
QUATRIEME LETTRE.
Ma chère Cornélie,
Je vais vous parler d'abord des pronoms —
personnels, réfléchis, possessifs, démonstratifs, re-
latifs, interrogatifs, indéfinis, corrélatifs. Si vous
voulez retenir cette liste des divers pronoms,
observez les majuscules de ces trois mots, dont le
dernier, qui est latin, a passé dans notre langue
familière au sens de " tout de suite"": Pour Ré-
PonDRe IllICo. Cette mnémonique vous fait
sourire ; vous avez raison, mais n'en faites pas
fi. J'ai sans cesse recours à une formule de ce
genre pour me rappeler, sans erreur possible, la
succession des douze premiers Césars : Ccsautica,
clauncgalo, vivestido =Cés(ar), Au(guste), Ti(bère),
Ca(ligula), Clau(de), Né(ron), Gal(ba), O(thon),
Vi(tellius), Ves(pasien), Ti(tus), Do(mitien). Un
des premiers devoirs de la pédagogie n'est-il pas
d'économiser l'effort et de le réserver pour ce qui
est vraiment utile '^
PRONOMS rp:RSOx\NELS 39
PRONOMS PERSONNELS.
ui
Le pronom de la première personne (celle q
parle) est ego, pluriel nos.
SiXGULiER. Pluriel.
Nom. Ego, J(? ou mol Nos, nous
Gén. Mei, de moi Nostrum ou nostri, de
nous
Ddt. Mihi, h vioî Nobis, à nous
Ace. Me, moi Nos, nous
Abl. Me, de ou par moi Nobis, de ou par nous
Nostrum s''emploie comme synonyme de ex
nohi.s : Unus ttostnan (et non pas nostri) " un de
nous."" Mais on dit : Mémento nostri (et non pas
nostrum) : " souviens-toi de nous."
T.e jironom de la seconde personne (celle à qui
Ion parle) est tu, pluriel vos.
SINGLT.IER. Pluriel.
N^om. Tu, tu ou toi Vos, vous
Gén. Tui, de toi Vestrum ou vestn,de vous
Dat. Tibi, à toi V'obis, à vous
Ace. Te, toi Vos, vous
AU. Te, de ou par toi Vobis, de ou par vous
40 PRONOM RÉFLÉCHI
Vestrum est synonyme d'ex vobis : Unus vestrum
" un de vous."''' Mais on dit : Memini vestri, " Je
me souviens de vous."
Les Romains disaient toujours tu (et non
vos) en parlant à une seule personne, même à
l'empereur ; mais ils disaient souvent nos, 7iostr7im,
nostri en parlant d'eux-mêmes. Ainsi ; înemcnto
nostrl peut signifier : " Souviens-toi de moi."
Les pronoms de la troisième personne (celle de
qui Ton parle) se rendent en latin par des démon-
stratifs ; il en sera question plus loin.
PRONOM RÉFLÉCHI.
Le pronom réfléchi n'a pas de nominatif; il est
des trois genres, et le même au pluriel qu'au
singulier.
Gén. Sui, de soi, de lui-même, d'' elle-même, d'etix-
ou d'elles-mêmes.
Dat. Sibi, à soi, à elle-même, à eux-mêmes, etc.
Jcc. Se, soi.
Abl. Se, de ou par soi.
On emploie souvent la forme redoublée sese.
Virgile décrit ainsi deux forgerons :
rUONOMS POSSESSIFS 41
Illi inter sese magna vi brachia tolhint.^
"Eux entre soi (avec) grande force les bras ils
soulèvent," c'est-à-dire : *' Ensemble, d'un effort
puissant, ils lèvent les bras.'' Reniarc^uez Tèlision
un peu dure, illi inter, et le fait qu'il n'y a qu'un
seul dactyle dans ce vers ; Virgile fait ainsi, en
exprimant l'effort, de l'harmonie imitative.
Le pronom réfléchi est très employé en latin,
même là où nous ne songerions pas à employer en
français soi, mais où nous dirions lui-même ou
eux-mêmes.
PRONOMS POSSESSIFS.
Ces pronoms — meus, tuns, noster, vester, -mus,
mien, tien, notre, votre, son — se déclinent connue
les adjectifs terminés de même, au masculin, au
féminin et au neutre. Par exemple : mens, mea,
meicm, à l'ablatif meo, meà, meo ; noster, nostra, nos-
tnim, à l'accusatif nostrtim, nostram, nostr^im. Il
n'y a aucune irrégularité, excepté le vocatif singulier
de meus qui est yni : " mon fils ! " se dity//i mi !
Un vieux pronom possessif peu usité est cujus,
qui signifie " à qui appartenant ? " Une (?glogue
(le Virgile commence ainsi :
* Virgile, Géorgiques, iv. 174.
42 UN VERS DE VIRGÎl.E
Die mihi, Darnoeta, aijum pecufi f An Melihoei ? ^
" Dis-moi, Damctas, à qui ce troupeau ? Est-ce
(celui) de Mélibée ? "
"Est-ce "est un équivalent français de an; en
réalité, an est une particule interrogative et non
un verbe suivi d'un pronom.
PRONOMS DÉMONSTRATIFS.
Il y en a six : i-v, ca, id ,- hk; hnœ, hoc ; illc, illa,
illud ; i.stc, ida, idud ; ipse, ipsa., ipsum ; idem,
cadem, idem.
1. IS, EA, ID, /■/, elle, ce.
Singulier. Pluriel.
N'om. Is, ea, id li, eae, ea
Gén. Ejus (des trois Eorum, earum, eorum
<renres)
Dat. Ei {des trois lis oii eh {des trois genres)
genres)
Ace. Eum, eam, id Eos, eas, ea
Abl. Eo, eâ, eo lis ou eis {des trois gen-
7rs)
ï Virgile, Bucoliques, iii. 1.
PRONOMS DÉMONSTRATIFS 43
2. HIC, HAEC, HOC, celui-ci, celle-ci, ceci.
Singulier. Pluriel.
Nom. Hic, haec, hoc Hi, hae, haec
Gén. Hujus (des ti-ois Horuni, harum, horum
genres)
Dat. Huic (des trois His {des trois genres)
genres)
Ace. Hune, hanc, hoc Hos, has, haec
Ahl. Hoc, hâc, hoc \i\îy {des ti'ois genres)
Hic signifie cehii-ci, oppose' à illc, (jui signifie
celui-là ; mais les bons auteurs emploient souvent
ces mots Tun pour l'autre. La particule ce,
ajoutée à hic, haec, hoc {hicce, hiijusce, haecce, etc.)
donne à ces pronoms un sens iwÏQwûi : celui-ci
même, de celui-ci même, celle-ci même.
'6. ILLE, ILLA, ILLUD, celui-là, celle-là, cela.
Singulier. Pluriel.
Xoin. Ille, illa, illud Uli, illae, illa
Gén. Illius {des trois Illorum, illarum, illo-
genres) rum
Dat. Illi {des trois gen- Illis {des trois genres)
res)
Ace. Illum, illam, illud Illos, illas, illa
Ahl. lUo, illa, illo Illis {des trois genres)
44 PRONOMS RELATIFS
4. ISTE, ISTA, ISTUD, celui-là (quelquefois
en mauvaise part).
Se décline comme ille, illa., iïlud. " Cet homme-
là,"''' avec une nuance de mépris, se dirait : iste
homo.
5. IPSE, IPSA, IPSUM, moi-même, toi-même,
Ini-viême.
Sauf qu^on dit ipmim et non ipsud, ce pronom
se décline comme ille.
6. IDEM {Idem), EADEM, IDEM Odem).
Se décline connue is, ea, id : eumdem, ejiisdcm,
eâdem, etc. Le nom. masc. sing. idem est pour
isdcm, inusité ; c''est pourquoi Vi initial est long.
Homo ip.s'e signifie "Thomme lui-même" et
idem homo siç^nifie " le même homme.""
PRONOMS RELATIFS.
1. QUI, QUAE, QUOD, gui, lequel
Singulier. Pluriel.
Nom. Qui, (juae, quod Qui, quae, quae
Gén. Cujus (des trois Quorum, quarum, quo-
genres) rum
Dat. Cui (des trois gC7i- Qnihus (des trois genres)
res)
LE 'QUORUiAr 45
Singulier. Pluriel.
Arc. Quem, quam Quos, quas, quae
qiiod
Jbl. Quo, qua, quo Quibus((/é'* trois genres)
Quand, dans une assemblée délibérante, il n'y a
pas le nombre de membres requis pour que le
vote soit valable, on dit que le quorum n'est pas
atteint. Il n'y a pas un homme instruit sur mille
qui comprenne cette expression. Elle dérive
d'une vieille formule de l'administration anglaise
du moyen-âge, qui parlait encore latin. On dé-
signait, pour faire fonctions de juges, un certain
nombre d'hommes, dont (quorion, dont ou des-
quels) tels et tels étaient indispensables pour
procéder à certaines enquêtes ; ceux-là — les plus
instruits — étaient qualifiés de gtiorum judges,
"juges quorum.'''' Ce mot latin passa, en changeant
de sens, dans la langue parlementaire anglaise, et
de là dans celle de tous les parlements du monde,
({ui sont nés du parlement anglais.
2. Composés de QUI.
Dans QUICUNQUE, quaecunque, qnodcunque, qui-
conque ; QUIDAM, quaedam, quoddam ou quiddarn,
certain ; quilibet, qiuielibet, quodlibet, ou quidlibet,
qui l'on voudra ; quivis, quaevis, quodvîs ou quidvis,
46 PRONOMS INTEKROGATIFS
même sens — la première partie du compose, qui,
se décline exactement connue qui., quae, quod, les
autres syllabes restant les mêmes.
Horace écrit :
Non cuivis hom'mi contingit adiré Coiiiithum}
'■'■Non contingit, il n'est (pas) donné ; cuir.is homini, à
n'importe quel homme ; adiré Corinthum, d'aller (ù) Co-
rinthe," c'est-à-dire : " Il n'est pas donné à tout le monde
d'aller à Corinthe." Cette ville de Grèce était célèbre
pour ses plaisirs coûteux ; les riches seuls pouvaient songer
à s'y divertir.
PRONOMS INTERROGA TIFS.
Ces pronoms sont: 1. quis? 2. les composés de
q7iis ; 3. les adjectifs nter, qualis, q%iantus, qnotus,
quntusqimque.
1. Qui s ou qiii, quae ou qua, quod ou quid,
" qui ? " se décline comme qui relatif. Il y a une
nuance de sens entre quis et qui. QUIS dirit hoc?
"Qui dit cela P"' QUI homo est? "Quel homme
est-il ?"' Connue qici, quod interrogatif est adjectif
et doit être accompagné d'un nom ; quid est sub-
stantif et s'emploie seul. Ainsi on dira nescio
1 Horace^ Épîtres, i. 17, 36.
PRONOMS INDEFINIS 47
QflD^ "je ne sais quoi,"' mais nescio c^COB an'niid/,
*'je ne sais (|uel animal.''"'
2. Les composés de quis, savoir guis'nam et
erfjuh, se déclinent comme quis, les syllabes nam
et ec restant invariables. Le sens est le môme, un
peu renforcé.
3. Clc?; iitra, ut non (lequel des deux ?) se dé-
cline comme umis, una, unum. Qiialis (quel ?) se
décline comme levis ; qiiantus et qiiotus (combien
grand ? combien nombreux ?) se déclinent comme
honu.s: Dans qitotusquisqne (en combien petit
nombre ?), les deux mots se déclinent ; mais le
nominatif et Taccusatif sont seuls usités. Pour
(lire: "Combien peu de femmes peuvent être
ficres de leur beauté?"" Ovide écrit: Forma quo-
taquaeqiie supcrbif, littéralement " de (sa) beauté
combien-peu-nombreuse s'enorgueillit ? " — exemple
frappant de cette concision qui fiiit du latin une
langue difficile, alors même cjue Ton en comprend
tous les mots.
PRONOMS INDÉFINIS.
Il est absolument nécessaire de connaître ces
pronoms, qui sont d'un emploi continuel dans les
auteurs :
48 ' QUIS ' ET ' qui; ' ULLUS; ' NULLUS '
1. Quh ou rjiii, quac ou qua, quid ou qnod \
neutre pluriel, qua ou quae. La forme quis ne
s'emploie en général qu^après les mots si, lïisi, ne \
ailleurs on emploie qtiL — Si quis te interroget, si
quelqu'un finterroge ; nisi quis dicat, à moins
que quelqu'un ne dise ; ne quis dii'af, que personne
ne dise.
2. Aliquis, aliqun, aliquid et aîiquod ; pluriel,
aliqîii, aliquac, aliqîia, quelqu'un, quelque chose.
Le satirique Perse se moque des poètes qui cher-
chent l'emphase et la qualifie de grande aliquid,
" quelque chose de sublime," en attachant un sens
ironique au mot grande.
3. Quisquam, quidquam (sans féminin ni pluriel),
chacun.
4. Ullus, aucun ; se décline comme unus (p, 33).
5. A^ullus, nul, aucun ; se décline comme imus.
Horace dit de lui-même qu'il n'est assujetti à
jurer suivant les paroles d'aucun maître. Ce vers
est devenu proverbial pour signifier l'indépen-
dance de l'esprit, par opposition à nos penchants
crédules et servi les :
Nnllius addictus jnrare in verba magistri}
^ Horace, Èpîtres, i. 1, 14.
'QUIDAM; 'ALIUS' 'NEMO^ 49
'■^ Addidus, assujetti ; jnrarc, h, jurer ; in verba, suivant
les paroles ; nullins magidri, de nul maître,"
6. Qn'uhitu, qitdixldfn, (julddiim ou f/iiochhnn, un
certain. Nous disons (juc'l(|UC'fois en f'rancjais "un
(luidani"; \'ictor Hugo a terminé ainsi un vers
lies Châtiments, où (juklam rime avec macadatn.
7. Al'mSy alia, aliud, gén. a/iu.s\ dat. aliî^ autre;
se décline connnc nnus.
8. A lier, aJtera, alterwîi, gén. alternes, dat.
(lUer'i, autre ; se décline connue ^imis.
Je cite encore im hexamètre d'Horace :
Cui placet alterms, sua nhmriim est odio so7's.^
" A qui plaît (le sort) d'antrui, son (pro])re) sort sans doute
est ù haine," c'est-à-dire: "Celui (lui admire la condition
d'antrui di'-teste la sienne,"
9. A/i(/iiot, indéclinaljle, ne se joint qu''à des
sulxstantifs pluriels : aliquot hommes, quelqiics
hommes.
10. Nemo, personne, n'a (jue le datif nemini et
Taccusatif neminem ; il emprunte le génitif et
Tablatif à nul/us {milîins, mdlo). — " Qui lira mon
li\re,^" demaïuîe Perse au début de ses Satires.
^ Horace, Epît^-es, i. 14, 11.
50 PRONOMS CORRÉLATIFS
Son interlocuteur répond : Vel duo vel nemo,
"ou deux ou personne," ce que nous rendrions
par: "un ou deux honnnes peut-être."
11. N'ihU ou /î?7, rien, indéclinable, est toujours
employé connne substantif. Nthil ho?-urn signifie
" rien de tout cela."
1 2. Uterqiœ, utraqiie, utrumqiie^ génitif ut7'iu.9q7ie,
datif ntriqiie, chacun (en parlant de deux).
13. Xeide?; neutra, neutrum, génitif neiiinus,
datif neutri, aucun des deux.
14. Quant7iscu7nque, qïiantactinupie, quanhim-
cnmqiie, si grand que Ton voudra.
PRONOMS CORRÉLATIFS.
Apprenez à les connaître par des exemples.
QUOT homincs; TOT scntentiae (autant d'honnnes,
autant d'opinions).— Qf/^A^Ti/if vinî, TANTUM
aqwte (autant de vin que d'eau). — QUALIS pater,
TALISjilnifi (tel père, tel fils).— Ji/ UNUS, negat
ALTER (l'un dit oui, l'autre dit non).
Voici d'admirables vers de Juvénal où vous
trouverez quelques-uns des pronoms énumérés dans
ma lettre :
DEUX PASSAGES DE JUVKNAL 51
E,i()nplo (juodcui/Kjuf iiialo coi/iniitliiur, ip.si
D'ispUcct auctor'i. Prima est hacc ultio, quod se
Jud'ire mino norens ahsohùtur . . .^
Mot à mot : " Qiiodcutnqiie, quelque (acte) qui ; commit-
tltnr, est commis; malo exemplo, en mauvais exemple;
(li.'^plicet, déplaît ; anctori ijisi, à (son) auteur lui-même.
llaec ultio, cette vengeance ; est prima, est la première ;
quod nemo, (à savoir) que personne ; ahsolrilur, (n')est
alisous ; se jndice, soi-même (étant) juge." Eu français :
"Ttiute mauvaise action pèse à son auteur. C'est le
premier cliâtiment : personne ne s'absout à son propre
Sentez-vous, Cornélie, ce qu'il y a (ràpreté et
de pa.ssion contenue dan.s ces vers ? Juvénal n"'a
rien de la douceur de Virgile, de la bonhomie
d'Horace, de la facilité aimable d'Ovide. Fne
autre citation de Juvénal va vous en convaincre:
il s'agit d'un mauvais riche, Pacuvius, qui tient
-m'tout à la vie et à l'argent, prêt à tout d'ail-
leurs pour les conserver :
Vivat Paeuvius, quaeso, vel Kestora fotum !
Possideat, quantum rapuH Nero ! Montilms
au mm
Exaeijiu't, nec amet qiwmquam, nec ametur ab
ullo?
^ Juvénal, S(xtirps, xiii, 1-3.
2 Ibid., xii. 127-130.
E 2
52 LE STYLE MORDANT
Quaeso, je (le) demande ; Pacuvliis vivat, que Pacuvius
vive ; vel Nestora totnm, même tout Nestor [c'est-à-dire
aussi vieux que Nestor, qui vécut, dit-on, 120 ans ; cette
expression est d'une concision forcée et voulue]. Pomdeat
quantum New rapuit, qu'il possède autant que Néron a
dérobé [Néron s'enrichissait des biens de ceux qu'il con-
damnait à mort] ; exaequet atirum montibus, qu'il égale
(son) or aux montagnes ; nec amet q'uemquam, et qu'il
n'aime personne ; 7iec ametur ab nUo, et qu'il ne soit aimé
de personne. En français : " Que Pacuvius vive, je le
demande ; qu'il vive autant que Nestor ; qu'il possède
autant de richesses qu'en déroba Néron ; qu'il accumule
des montagnes d'or ; mais aussi qu'il n'aime personne, que
personne ne l'aime ! "
J''ai choisi ces vers à cause des pronoms, mais
j'en aurais trouvé mille autres du mCme caractère.
Vous aurez fait un grand progrès quand vous serez
devenue sensible à ce style mordant.
Vale et mémento mei,
S. R.
CIN(»)l lÈME LEITRE
Ma chère Cornclie,
Puisque j'ai fini ma dernière lettre par du
Juvènal, je veux vous donner en counneiK^'ant
celle-c-i un peu d'Ovide, dont le style ainia})le et
caressant fait contraste. Exilé à Tomes sur la
.Mer Noire, par Teffet de la mauvaise humeur
d'Auguste, Ovide, dans une élégie adressée à la
postérité, rappelle ses goûts d'enfant pour la
poésie ; ce sont des distiques :
1. At mihijam puero caeîestia sacra placehant,
9.. Inquc s-iium fwthn Musa tfahcbaf opus.
3. Sat'pc patcr dixit : " Studïnm quid inutile
tentas ?
4. Maconides nidlas ipse reliquit opes.''''
ô. Motus eram dictis totoque Hel'uone reUcto,
6. Scr'ihere conahar verba soluta modis :
7. iSponte suti Carmen numéros vcniehat ad aptos,
8. Et, quod tentabam dicere, versus erat}
1 Ovide, Tristes, iv, 10, 19-26.
53
51 UNE 'CITATION DT)VIDE
1. At mihi jam puero, mais à moi déjà (encore) enfant ;
sacra caelestia placehaivt, les mystères célestes plaisaient.
2. Inqne sxmm ojyits, et dans son travail ; Musa trahehat
furtim, la Muse (m')entraînait à la dérobée.
3. ^aepe pater dixit, souvent (mon) père me dit; qttid
tentas stndluvi inutile ? pourquoi tentes-tu une étude
inutile ?
4. Maeonides ipse, le Méonide [Homère, né en Méonie]
lui-même ; reli(piit nidlas opes, (n')a laissé aucunes ri-
chesses.
5. Eram mohis dictis, j'étais touclié (de ces) paroles ;
totoque Helicone relicto, et tout l'Hélicon [la colline des
Muses en Béotie] ayant été abandonné (par moi),
6. Gonabar scrihcre, j'essayais d'écrire ; verha soluta
modis, des paroles affranchies de mesures ;
7. Sponte su(%, (mais) de son propre gré ; carmen veniehat
ad numéros apto.% le chant venait aux nombres appropriés,
8. Et quod tent(dmvi scribere, et ce que je tentais
d'écrire ; versus erat, était un vers.
J'emprunte une élégante traduction : " Mais
pour moi, dès l'enfance, les mystères sacrés furent
pleins de charmes et les Muses m'attirèrent en
secret à leur culte. Souvent mon père me disait :
' Pourquoi tenter une étude stérile ? Homère
lui-même est mort dans l'indigence.' J'étais
ébranlé par ces paroles ; je disais adieu à l'Hélicon
et tâchais d'écrii'e sans m'astreindre au rythme
poétique ; mais les mots venaient d'eux-mêmes
remplir le cadre de la mesure, et chaque pensée
que j'exprimais était un vers."
ADVERBES 55
0\ide caractérise ainsi, avec une grâce char-
mante, son incomparable facilité ; elle Tentraîne
souvent, il faut bien le dire, à écrire des vers très
négligés et même plats.
Je vais vous parlei* aujoindliui des adverbes,
des prépositions et des conjonctions, réservant le
verbe pour ki fin, avant de passer à la syntaxe.
ADVERBES.
1. Poril MARQLER LE TEMPS*. HocUc (aujoU]--
dliui); rn/y (demain); hcri (hier); /;/•/'(/ /r (la veille) ;
po.stridie (le lendemain) ; (ji/onchn/i ou ul'im (autre-
fois) ; S(i€pe (souvent) ; inipcr (récemment) ;
iiimqnam (jamais) ; postea ou deinde (ensuite) ;
j(im (dcjà) ; niinc (maintenant) ; tum ou tune
(alors).
^. Porii interroger: Cur ou qnamohjrm?
(})our{[Uoi .'') ; (piare? (piomodo? (comment.'');
(111 ou anne ou mom ? (est-ce que f).
3. PorR ASSURER : AYicu/i (inême) ; ite (ainsi);
ct'iit' ou Mme ou profcrto (certes, assure'ment);
(ju'idet/i, toujours après un nom (en effet) ; ('(pudcm
[même sc-ns (|ue ego qiàdem] (en effet); .sci/'icef (à
savoir) ; ergo (donc) ; eiiim ou etenim (en effet).
56 . ADVERBES
4. Pour nier : jVo71 ou haud (non) ; minime
(nullement).
5. Pour marquer le doute : Forsan ou
Jorsitan ou fartasse (peut-être). Forte ne signifie
pas " peut-être," mais "par hasard."
6. POT^R MARQUER LA CONFORMITE : itu (ainsi) ;
tnnqiatm ou quasi (comme si) ; quemadmodiim (de
même que) ; nt ou sic ou sinit ou velut (comme).
7. Pour marquer l'union : simul ou una (en-
semble) ; pariter (pareillement).
8. Pour marquer la division : aliter ou alias
(autrement).
9. Pour montrer : En ou ecce (voici, voilà).
10. Pour marquer le di':sir : Uthumh (plût au
ciel que . . . !)
11. Pour exhorter: Eia ou âge ou agediim
(eh bien ! courage !).
12. Pour marquer la manière : docte (savam-
ment) ; fortiter (bravement) ; cito (rapidement).
Ces adverbes se forment des adjectifs correspon-
tlants, doctus,Jbrtis, citns.
1 3. Poi'R marquer la quantité : parum (troj)
peu) ; patdum ou pauhdum (un peu) ; multum
(beaucoup) ; satis (assez) ; nimis (trop).
»
SENS DE 'PARUM' 57
14. Pour marquer le lieu : Ubi (où) ; ihï
(là) ; nw^qucmi (nulle part) ; aUcuhi (quelque part) ;
obviam (en face) ; pone (derrière) ; prope (près) ;
longe (loin) ; procul (au loin).
Ecrivez chacun de ces adverbes latins sur une
fiche, avec la traduction au revers ; brouillez les
fiches et apprenez à dire Téquivalent latin ou
l'équivalent français à première réquisition. En
moins d'une heure, \ous aurez tout retenu.
Lucain apostrophe César et lui demande : Quïd
satis est, si Romn parum ? ^ " Qu'est-ce qui est
assez (pour toi), si Rome est trop peu ? " " Que
te faut-il donc, puisque Rome ne te suffit pas.^"
Je vous cite ce début d'hexamèti'e pour bien vous
persuader que parum doit toujours se traduire par
t7-op peu ; un Romain qui aurait àev[\ax\à6 parum
aquae dans mie auberge, au* lieu de paulum aquae,
n'aurait reçu, à juste titre, qu'une goutte d'eau.
Les adverbes admettent généralement des degrés
de comparaison lorsque les adjectifs d'où ils dé-
rivent les admettent eux-mêmes.
1°. Le comparatif d'un adverbe est pareil au
neutre du comparatif de l'adjectif: ainsi dor/ius-
signifie à la fois " plus savant '" (au neutre ) et
^ Lucain, Pharscde, v. 274.
58 COMPARAISON DES ADVERBES
" plus savamment." Cependant on dit mng'is
(plus) et non pas niqjus. Dm (longtemps) fait
diutiuft, saepe (souvent) fait saephis, alors qu'il
n'existe pas d'adjectifs correspondants. Potins,
dont le positif est inusité, signifie " plutôt."
On peut d'ailleiu's employer, au lieu du com-
paratif adverbial, le positif de l'adverbe avec mag'is,
plus : magis docte équivaut à doctius.
2*^. Le superlatif d'un adverbe se forme du
superlatif de l'adjectif en changeant tis en e:
ductissime, " très savannnent." Mérita (justement)
et tuto (sûrement) ont un superlatif en o : meri-
tissimo, tidis.ùmo. Diu (longtemps) fait dintissimc ;
niiper (récemment) fait wiperrime ; saepe (souvent)
fait saepissivie, alors qu'il n'existe pas d'adjectifs
correspondants. Un très grand nombre de super-
latifs sont en wn, identiques au superlatif neutre
des adjectifs : iiuuriiniim ou maxime (le plus, beau-
coup). On dit jn-imnm (d'abord) et primo (en
premier lieu), mais non prime.
On peut employer le positif de l'adverbe avec
maxime, admodum, plane (beaucoup, tout à fait)
au lieu du superlatif: phme egregie équivaut à
" tout à fait bien."
PRÉPOSITIONS 59
PREPOSITIONS.
Trente-trois prépositions latines se construisent
avec l'accusatif, douze avec l'ablatif, trois avec
l'accusatif ou Tablatif suivant qu'on exprime on
non le mouvement, deux avec le génitif.
Avec l'Accusatif : Ad (auprès ou pourj ;
adversum (contre ou vis à vis) ; ante (avant) ;
apud (auprès ou chez) ; circa^ circiter^ circuni
(autour ou environ) ; cis, citra (en deçà) ; contra
(contre) ; erga (à l'égard de) ; eoctra (en dehors
de) ; infra (au-dessous de) ; înter (entre ou parmi ) ;
intra (au-dedans de) ; juxia (à côté de) ; oh
(à cause de ou devant) ; prope (près de) ; pênes
(en la puissance de) ; per (par) ; pone (derrière) ;
post (après) ; praeter (en dehors de) ; propter (à
cause de) ; secundum (selon) ; secus (le long de) ;
subtei- (sous) ; supra (au-dessus de) ; trans (a
travers) ; versus (vers) ; idtra (au delà de) ; usrpie
(jus(iuà).
Avec l'Ablatif : A ou ah {ah devant les voyelles
et cei-taines consonnes; ahs devant te; marque
Téloignement ou Torigine, en français " de "") ; ahs-
que (sans); clam (a Tiiisu de); coram (en présence
de) ; Clan (avec) ; de (de) ; e ou ex (de) ; palam (en
60 UN VERS DE VIRGILE
présence de) ; prae (devant) ; jrro (pour) ; sine
(san.s) ; tenus (juscju'à). Ce dernier mot veut
Tablatif avec un complément au singulier : cajmlo
tenus, jusqu'à la garde (de Tépée), et le génitif
truand le régime est au pluriel : aurnim te?ius,
jusqu'aux oreilles.
Avec l'Accusatif ou i,' Ablatif : In (dans) ;
sub (sous) ; super (sur). Ainsi stare in monte, " se
tenir siu' la montagne,"" mais aseendere in montem,
" monter sur la montagne." Sicptr se construit
avec Tablatif dans le sens de " concernant "" ;
Virgile écrit, à la fin de ses Géorgiques :
Haec super arvorum cultu pecorisque caneham}
Canebam haec, je cliautais ces choses ; super cv.ltu arvorum
pecorisque, au sujet de la culture des champs et (de l'élevage)
du bétail.
Avec i-e Génitif : Ergo (à ca,use de) ; instar
(à l'exemple de).
Remarc[uez encore que cimi (avec) se met
toujours après les pronoms ??^£', te, nobis, vobis,
se, quibus : on dit mecum, tecum, nobiscum, vobis-
Ctim, secum, quibîiscum, et non pas ciirn me, cum
te, etc.
^ Virgile, Géorgiques, iv. 559.
CONJONCTIONS 61
CONJONCTIONS.
Je vous cleniande encore un effort de mémoire
poiu" les conjonctions, qui peuvent se classer
ainsi :
1, Poi'R JOiNDiiE : Dans le sens de "et, aussi,
même " : Et, (pic (après un mot), r/c, atquc, (jnoquc,
ct'inm.—Pnieterca signifie "en outre."
2. Pour séparer : Dans le sens de " ou "" : aui,
vel, ve (après un mot). Sive signifie "soit"" et
s'oppose généralement à lin autre sive. Xcc et
netjue signifient " ni, ne pas."
Î3. Pour coxcltre : Dans le sens de "donc"":
crgn, igifu?; kleo, iiaqiic (c'est })ourc|uo];.
4. Pour marquer opposrnox : Dans le' sens de
"mais": sed, sedenim, at, autnn, vcro (ces deux
derniers après un mot). Dans le sens de "si,"
"même si," "quoi([ue": si, etsi, etiamsi, licct,
(jiKimquam, quamvis, tametsi. Dans le sens de
"(|ui plus est," "à la vérité": imo, imo vero,
quin, quin etiam.
5. Pour rendre raisok : Dans le sens de " car,
en effet": Nam, namqne, enim (après un mot),
etenim. Dans le sens de " parce cjue " : (ptod, quia,
yroptcna quod, quoniam. \ax particule ne inter-
62 INTERJECTIONS
dit, : ne hoc facias, ne fais pas cela. Ita ut signifie
" en sorte ([ue."
6. Pour marquer une condition : Dans le
sens de "pourvu que"": diim, dummodo. Dans
le sens de " si "' : si, si modo. Nisi signifie " à
moins que " ; modo ne signifie " poui'vu que . . .
ne pas/'' Modo 7ie hoc dicas, " pom'^'u que tu ne
dises pas cela."
7. Pour marquer le doute : Sens d"*" est-ce
que ? " : An, num, iitrum, ne (après un mot).
INTERJECTIONS.
Enfin, les interjections les plus usitées sont : A
(ah !), o (ô ou oh !), heu (hélas) et tvic (malheur à).
Je vous ai déjà cité la parole de TEcriture, vae
sali ,• je vous rappelle celle du chef gaulois Brennus,
exigeant de Rome vaincue des conditions très
dures : Vae vkiïs ! " Malheur aux vaincus ! ""
*
* *
Maintenant, quelques exemples littéraires pour
vous rafraîchir.
De Virgile : forsan et haec olim meminisse jnvahît
(fin d'hexamètre).^
Virgile, ÉrJide, i. 203.
UN PASSAGE DE SÉNEQUE 63
Formn olim, pcut-i-tre un jour; juvabit mcminissc, il
sera aj^nréable de se rappeler ; et haer, aussi ces choses.
" Peut-être aimera-t-on à s'eu souvenir un jour."
Je ne vous ai pas encore cité de phrase de
Sénèqiie, le plus spirituel de tous les moralistes
anciens, auquel notre Montaigne doit au moins
autant qu'à Plutarque. En voici une :
Sirut in arvo quod segeti proscis.siitn est, uliqui
flores mternascuntur, non tamen huic herbulae,
qiuimzns delectet oculos, tantiim uperis insumptian
est : aîiud fuit serenti propositum, hoc supei-venit ;
sic et voluptas non est merces, nec causa viHutis,
sed accession
Sicut in arvo, comme dans un champ cultivé ; quod pros-
ci-isjim e^t segeti, qui a été labouré (en vue de) la moisson ;
aliqni flores intertiascuntur, quelques fleurs naissent entre
(les épis); non tamen, (ce) n'(est) pourtant (pas); hvic
herlndae. pour cette herbette ; qnamvis delectet octdos, bien
qu'elle charme les yeux ; tantnm operL^i insumptum est, (que)
tant de travail a été entrepris ; propositum 'ierentifuit aliud,
le dessein (présent) au semeur a été autre ; hoc supervenit,
cela est venu par surcroît ; sic et voluptas, de même au.-si
le plaisir ; non est merces nec causa virtidis, n'est pas la
récompense ni la cause de la vertu ; sed accessio, mais
l'accessoire (de la vertu).
En français : " Dans un champ labouiv en vue
de la moisson, il naît quelques Heurs ; cependant
^ Sénèque, De la rie heureuse, chap. 9.
64 ENCORE DU SENEQUE
ce n'est pas pour cette petite herbe, bien (jU'ellc
cbanne les yeux, iju'on a })ris tant de peine : le
semeur a eu lui autie but ; cela est venu par sur-
croît. De même le plaisir nVst ni la récom})ense
ni le motif de la vertu ; il en est raccessoire."
NV'st-ce pas une jolie idée d'assimiler le j)laisir
que cause une bonne action à ces fleurs (jui naissent
parmi les blés ? Sénè(|ue déclame souvent, il se
paye de mots, il se contredit ; ainsi j)ersonne n'a
pu encore découvrir s'il croyait ou non aux dieux.
Mais ce j)récepteur de Néron, ce confesseur laïc
du jeune Lucilius est un écrivain d'une vivacité
charmante et un profond connaisseur du cd'ur
Inimain. Si la conspiration de Pison contre Néron
avait réussi, il serait peut-être devenu empereur;
liome aurait eu Marc-Aurèle un siècle plus tôt,
avec des germes moins dévelop})és de décadence.
Encore trois petites phrases de Sénèque :
An'unufi vHiorujn ir/nmaii.s' nos increparc alios,
mm (pùa od'it, .scd tu rcmcd'mm jnbct}
Anhaus immuni.s vitiorum, une âme exempte de vices;
nos jnbet increpare alios, nous ordonne de gourmander les
autres ; no)i <jnia odit, non parce qu'elle (les) hait ; spâ in
remedium, mais en vue d'un remède.
' Sénèque, De la vie heureuse, chap. 26.
TOUJOURS DU SÉNÈQUE 65
" Une âme affranchie de vices nous ordonne de
gourniander les autres, non par haine conti'e eux,
mais pour les guérir."
Marcel sine adversarlo vhius ; fnnc apparet
quanta sit, cum quid possit patientia ostendit}
Virtiis marcet sine adversarlo ; la vertu se dessèche sans
adversaire; apparet tune quanta sit, elle apparaît alors
combien grande elle est ; cura patientia ostendit, lorsque la
patience montre; q^nd possit, ce qu'elle peut.
" La vertu se dessèche sans adversaire ; elle ne
paraît dans sa grandeur que lorsque la patience
montre ce qu'elle peut."
Stiidiorum sahdarium, etiam cit?'a effectum,
laiidanda tractafio est?
Tractatio studiorum salutarium, le maniement des études
salutaires ; etiam, citra effectum, même en deçà de l'eflfet ;
laudanda est, est louable.
" L'application aux études salutaires est louable,
même sans qne Ton obtienne le résultat désiré."
Cette phrase pourrait servir de devise à ceux
qui pensent que Tétude du latin et du grec, même
imparfaite, est chose utile à Tesprit. Ne sentez-
vous pas déjà, Cornélie, qu'ils ont raison ?
S. R.
^ Sénèque, De la rie heureuse, chap. 20.
^ Id., De la Providence, chap. 2.
F
SIXI1:ME LEITHE
Ma clù'ie Cornélie,
Bien qiron distinguo cjuatre conjugaisons,
les verbes latins ne présentent ])as de difficultés
sérieuses; il suffit de savoir parfaitement conjuguer
sum (je suis) et Tun des verbes en o — amo, par
exemple — pour se rendre maître du reste en peu
de temps.
Dans notre langue, les personnes du verbe se
distinguent tant par la terminaison (J\iime, tu
aimes) cjue par le pronom personnel qui précède
chacune d'elles. En latin, le pi'onom ne précède
que par exception, et les terminaisons seules
suffisent à indicjuer les personnes : amo, amas.
Cest dire qu'il faut faire grande attention à ces
terminaisons et ne pas croire, comme les mauvais
élèves, qu'une personne d'un verbe latin peut se
traduire n'im{)orte connnent, au petit bonheur.
Les verbes actifs se conjuguent à l'actif et au
passif, les verbes neutres à l'actif seulement. Il
y a six temps: le présent, l'imparfait, le parfait,
le ])lus-que-parfixit, le futur, le futur passé {j'aime,
J\it mais, J'ai aimé, J''avais ainié, j\iimerai, J''aurul
66
LES QUATRE CONJUGAISONS 67
aimé). Il y a trois modes : riiulicatif, le sub-
jonctif et riniperatif, suivant (jue Taction désignée
par le verbe est considérée connne réelle, connue
conditionnée ou connne Tobjet d'un ordre. Lïn-
finitif, le gérondif, le participe et le supin sont
des formes du verbe employé connue substantif
ou comme adjectif ; jV reviendrai.
Les quatre conjugaisons se distinguent par la
forme de Tinfinitif présent et de la première
personne du singulier du présent de l'indicatif:
P. Infinitif are, 1ère p. sing. prés. ind. ô (pour
a-o) : amâj-e, (aimer) ; amo (j'aime).
2". Infinitif ëre, 1ère p. sing. prés. ind. ëo :
monëi-e (avertir) ; moneo (j''avertis).
3°. Infinitif ëre, 1ère p. sing. prés. ind. o .* légère
(lire) ; hgo (^je lis).
4". Infinitif Ire, 1ère p. sing. prés. ind. ?o : audïre
(entendre) ; aud'iu, (j'entends).
Il faut ajouter quelques verbes, comme accïpio
(je reçois), qui intercalent un i à certains temps,
participant ainsi de la 3ème et de la 4ème
conjugaison.
Les dictionnaires donnent, pour chaque verbe,
le présent, le parfait et le supin ; de ces trois
formes on déduit les autres, comme vous le verrez ;
F 2
68 LE VERBE 'SUM'
quand une de ces formes nuuujue, les formes
dérivées man(|uent également.
Certaines formes du verbe au passif ne peuvent
s'exprimer, en latin connne en français, qu'avec
le secours d'un verbe auxiliaire (comparez amatus
sum et "j'ai été aimé"). Le français se sert de
deux auxiliaires ; le latin n'en connaît qu'un seul,
le verbe irrégulier sum (je suis), infinitif esse
(être). C'est par la conjugaison de ce verbe qu'il
faut commencer
Présekt de l'Ixdicatif.
Sum Je suis
Es Tu es
Est // est
Sumus Nous sommes
Estis Vous êtes
Sunt Us sont
Le poète Térence a écrit ce beau vers iambique
(dont je ne vous explique pas en détail la mesure,
c[ui est compliquée) :
Homo sum, hnmani nihil a me alîenum puto.^
"Je suis homme et je considère que rien
d'humain ne m'est étranger."
^ Térence, Lliomme qui se tourmente^ i. 1, 25.
UN X)ISTIQUE D'OVIDE 69
Imparfait de l'Indicatif.
Eram X et ai s
Eras Tu étais
Erat // étaU
Eramus Noils étions
Eratis Vous étiez
Erant Ils étaient
Une lettre d'Ovide commence par ce joli
distique :
Haec mea, si casu miraris, epistola quure
Alterius digitis scripta sit: aegcr eram}
Si casu miraris, si par hasard tu t'étonnes ; quare haec
mea epistola, pourquoi cette mienne épître ; sit scripta
digitis alterius, soit écrite par les doigts d'un autre ; aeger
eram, (c'est que) j'étais malade.
" Tu seras peut-être surpris de voir ma lettre
écrite par une main étrangère : c'est que j'étais
malade."
Futur de l'Indicatif.
Ero Je serai
Eris Tîi seras
Erit // sera
^ Ovide, Tristes, iii. S, 1-2.
70 LE VERBE 'SUM'
Eriinus Nous serons
Eritis Vous serez
Erunt Ils seront
Notez la forme erunt, et non erinf, qui n'existe
pas, et retenez ce pentamètre d'Ovide :
Me tamen extincto fuma superstes erii.^
" Moi pourtant (étant; mort, (ma) renommée sera sur-
vivante"; c'est-à-dire: "Ma renommée me survivra."
Parfait de l'Indicatif.
Fui J'ai été ou je fus
Fuisti Tu as été ou tu fus
Fuit II a été ou il fut
Fuimus Nous avons été ou nous fumes
Fuistis Vous avez été ou vous fûtes
Fuerunt ou fuere Ils ont été ou ils furent
Au moment de la })ri.se de Troie, Virgile fait
dire à Enée : Fuhnûs Trocs, fiiU lUon ! ^ " Nous
avons été Troyens, Ilion a été ! " c'est-à-dire :
" 11 n'y a plus ni Troie ni Troyens ! "
^ Ovide, Tristes, iii. 7, 50.
2 Virgile, Enéide, ii. 325.
LE VERBE 'SUM'
Plus-que-pahfait nE l'Indicatif.
Fueram J'avais été
71
Fueras
Fuerat
Fueram us
Fueratis
P'uerant
Tu avais été
Il avait été
Nous avions été
Vous aviez été
Ils avaient été
Futur Antérieur
Fuero
Fueris
Fuerit
Fuerinnis
Fueritiis
Fuerint
DE l'Indicatif.
J'aurai été
Tu auras été
Il aura été
Nous aurons été
Vous aurez été
Ils auront été
Présent du Subjonctif.
Si m
Que je sois
Sis
Que tu sois
Sit
Quil soit
Simus
Que nous soyons
Sitis
Que vous soyez
Sint
Qu'ils soient
72
LE VERBE 'SUM'
Imparfait du Subjonciif.
Esseiii ou Forem Que je fusse ou je serais
Que tu fusses ou tu serais
Qu'il fut ou il serait
Que nous fussions ou nous
serions
Que vous fussiez ou vous
seriez
Qu'ils fussent ou ils seraient
E.sses ou Fores
Esset ou Foret
Essenius
Essetis
Essent ow Forent
Parfait du Subjonctif.
Fueriin Que j'aie été
Fueris Que tu aies été
Fuerit Qu'il ait été
Fueriiiius Que nous ayons été
Fueritis Que vous ayez été
Fuerint Quils aient été
Plus-que-Parfait du Subjonctif.
Fuissem
Fuisses
Fuisset
Fuissemus
Fuissetis
Fuissent
Que j'eussse été
Que tu eusses été
Qu'il eut été
Que nous eussions
été
Que vous eussiez été
Qu'ils eussent été
ou j'aurais été
ou tu aurais été
ou il aurait été
ou nous aurions
été
ou vous auriez été
ou ils auraient été
UN PRECEPTE D'HOUACE 73
Si mens non laeva fuisset,^ dit TEnee de
Virgile : "Si (mon) esprit n'eût pas été égaré."
Impératif.
Es OM esto Sois
Esto Qu'il soit
Este ou estote Que vous soyez
Sunto , Qu'ils soient
"Que nous soyons" se dit simus, 1ère pers.
du pluriel du subjonctif.
Voici un précepte littéraire d'Horace :
Xon satis est pulchra esse poemata: dulcia simto^
"Il ne suffit pas que les poèmes soient beaux :
qu'ils soient agréables " (c'est-à-dire : " il faut
encore qu'ils plaisent").
Infixitif.
Présent :
Esse
Être
PARFArr :
Fuisse
Avoir été
Futur :
Fore
Devoir être
1 Virgile, Enéide, ii. 54.
2 Horace, Epître aux Pisons, 99.
74 COMPOSES DE 'SUM'
Participe.
Prksext : Elis, gên. entis, Étant (seulement dans le
bas latin et celui du moyen Jigc).
Futur : Futurus, futura, futurum. Devant cire
Genus onine futurum (V'irgile) ^ : " toute la race
future."'"'
Rappelez-vous TAgrippine de Racine disant à
Néron :
Et ton nom para/tra, dans la race future,
Aux 2^lus cruels tyrans une cruelle injure !
Le verbe sum n'a ni supin ni gérondif (p. 67).
Plusieurs verbes composés se conjuguent sur
sum, à savoir :
Absum, ab-es, ab-fui, ab-esse, être absent.
Aclsum, ad-es, ad-fui, ad-csse, être présent.
Desum, de-es, de-fui, de-esse, manquer.
Insum, in-es (parfait manque), in-esse, être dans.
Subsum, sub-es (parfait manque), sub-esse, être
sous.
Le verbe prosum, pour prod-sum, admet un
d devant les formes d'esse qui commencent par
1 Virgile, Enéide^ iv. 622.
UN DISTIQUE DE lU PILIUS 75
uiif vo3clle : prod-es, pro-fui, prod-ero, prod-
esse, " être utile."'
Le dernier bon poète de Rome, Rutilius Nania-
tianiis, qui écrivait après la prise de la ville par
Alaric en 410, fait un éloquent éloge des bienfaits
de la civilisation romaine et s'adresse ainsi à la
capitale du monde :
Fecidi patriam diversis gentihus unam ;
Profuit injustis, te doviinante, capi.^
FiriMi }X(triaiu unam, tu as fait une patrie xuiique ;
dirersis gentihus, aux divers peuj)les ; profait injvdis, il a
été utile aux luécliants ; capi te dominaiite, d'être pris
(soumis), toi (les) dominant.
''Tu a.s donné aux ilifférents peuples ime
même patrie ; ce fut un bonheur, même pour les
méchants, d'être soumis à tes lois."
Dans tous les composés de swm, excepté ahsum,
les formes /bref, fore sont inusitées.
Le plus employé des composés d'esse est possum
{yionv potis-sum), "je puis " ; il se conjugue comme
suni, mais avec quelques différences :
^ Rutilius, Itinéraire, i. 63, 64.
76
LE VERBE 'POSSUM'
Indicatif.
Subjonctif.
Présent : Possnm, potes, potest, 1 Possim, possis, etc
possumus, potestis, possunt. j
Imparfait : Poteram, poteras, ' Possem, posses, etc
etc.
Futur : Potero, poteris, etc.
Parfait : Potui, potuisti, potuit,
etc.
Plus-que-Parfait : Potueram,
potueras, etc.
Futur Antérieur : Potuero, po-
tueris, etc.
Potuerim, potueris, etc.
Potuissem, potuisses, etc.
Infinitif Présent : Posse.
Inf. Parfait : Potuisse.
Au neuvième chant de V Enéide, deux jeunes
héros troyens, Nisus et Euryale, sont allés com-
battre pendant la nuit. Euiyale tombe aux mains
des Rutules ; Nisus accourt à son aide et lance
des javelots sur les ennemis. L'un d'eux, pour se
venger, veut tuer Euryale ; alors Nisus sort des
ténèbres qui le protègent et s'écrie :
Me, me! adsum quifeci ! In me convertiteferrum,
O Eutn li ! Mea fraus omnis ; nihil iste nec ausus
Nec potuit: caelum hoc et conscia sidéra testor.^
^fe, me, moi, c'est moi ! adsum, je suis présent ; quifeci
qui ai fait (cela) ; o Rutidi, ô Rutules; convertite ferrum in
me, tournez (votre) fer contre moi. Fraus mea omnis, la
1 \'irtrile, Enéide, ix. 427 et suiv.
NISUS ET EURYALE DANS MIUtILE 77
fraude (l'attaque nocturne) est toute mienne ; iste, celui-là ;
Hfc nii,-!HS nihil, et n'a rien osé ; nec potnit, et n'a pu (le
taire) ; teiitor caelum lior, j'atteste ce ciel (étoile) ; et sidéra
confia, et les astres conscients (qui savent comme moi).
" Moi ! . . . c''est moi ! . , . Me voici qui ai
tout fait ! Tournez vos armes contre moi, ô
Rutulcs ; c'est moi le coupable ! Cet enfant n'a
rien fait, n'a rien pu faire ; j'en atteste ce ciel et
ces astres témoins ! "
Prière inutile ; Euryale tombe, percé d'une épée :
Purpureus veliiti cum flos succisus aratro
Languescit 7noriens,lassovepa pavera collo
Demisere caput, pluviâ cum forte gravantur.
Veluticum flos purpureus, coxavae lorsqu'une fleur pur-
jjurine ; succisiis aratro, tranchée par la charrue; languescit
inoriens, languit mourante; lassove papavera collo,'on [re]
que des pavots le col las ; demisere caput, ont baissé la
tète; cum farte gravantur pluviâ, lorsque par hasard ils
sont alourdis par la pluie.
" Ainsi une fleur brillante, que la chairue a
tranchée, languit et meurt ; ainsi le pavot, af-
faissé par une pluie violente, se penche sur sa tige
et baisse la tête."
Si l'on voulait chicaner, on pouiTait redire à
demisere, qui est un parfait, alors (|ue languescit et
gravantur sont au présent ; mais Virgile exprime
Faction habituelle de la pluie sur les pavots et
le temps au'il emploie pour cela est ce qu'on
78 DIFFICLUTÉ DE TRADUIRE
appelle le "parfait (riuibitude." La cliicaneur
serait donc un ignorant.
Nisus se preci})ite au milieu des ennemis,
tue le meurtrier d'Euryale et tombe lui-même,
percé de coups, sur le corps de son ami. Alors
le poète parle en son nom :
Forlunati anibo! Si quid mea carmina jjossunt,
Nulla dies unqumn memori vos eximet aevo !
Fortunati amho, heureux tons les deux ! Si mea car-
mina jwssunt quid, si mes chants peuvent quelque chose ;
mdla dies iinquam, aucun jour jamais ; vos eximet, ne vous
effacera ; aevo m,emori, du temps qui se souvient.
" Couple heureux ! Si mes vers ont quelque
pouvoir, vous vivrez à jamais dans le souvenir
des hommes ! "
Vous voyez " cju^on doit traduire librement et
parfois paraphraser ; notre langue n'a même pas
un équivalent du beau mot memor.
Cornélie, si vous n'êtes pas de pierre, vous
admirerez ces vers comme moi. Vous y trouve-
rez des beautés qui sont particulières à Virgile,
fleurs écloses de son âme tendre et passionnée. Lu-
crèce, Ovide, Lucain, Juvénal ont leurs beautés,
qui sont d'un autre ordre ; quand Virgile est
tout à fait virgilien, il les dépasse,
Vale et me ama,
S. R.
SEPriEME LETTRE
Ma chère Cornélie,
Nous allons conjuguer mno, verl)e de la
première conjugaison, en grand dc'tail ; mais,
après cela, je ne vous traiterai plus connue une
petite fille qui ne sait pas réfléchir et je conjuguerai
les autres verbes en abrégeant.
VEBBE ACTIF AMO, 'SFaime."
Présent de lTndicatif.
Ani-o J'aime
Ani-as Tu aimes
Am-at II aime
Am-anius Nous aimons
Ani-atis Vous aimez
Ani-ant Ils aiment
Imparfait de lTxdicatif.
A ni-abani J'aimais
Am-abas Tu aimais
Am-abat II aimait
Am-abarnus Nous aimions
Ani-abatis Vous aimiez
Am-abant Ils aiTnaient
79
80 LE VERBE 'A:\I()^
Parfait de l Indicatif.
Am-avi J^ai aimé ou f aimai
Am-avisti Tu as aimé ou tu aimas
Ani-avit II a aimé ou il aima
Am-avinius Nous avons aimé ou nous aimùmts
Am-avistis Vous avez aimé ou vous aiwMes
Ani-averunt) j, , • > n • ^ ±
Ils ont aime ou us aimèrent
on ain -avère j
Plus-que-Parfait de l'Indicatif.
Am-averam J'avais aimé
Am-averas Tu avais aimt^
Am -avérât II avait aimé
Am-averanms Nous avions aimé
Am-averatis Vous aviez aimé
A m -avérant Ils avaient aimé
Futur de l'Indicatif.
Am-abo J'aimerai
Am-abis Tu aimeras
Am-abit II aimera
Am-abimus Nous aimerons
Am-abitis Vous aimerez
Am-abunt Ils aimeront
LE VERIiE 'AAIO' " gl
Futur Passé.
Am-avero J'aurai ainiv
Ani-averis Tu auras aimé
Am-avent n aura aimé
Am-avenniiis Nous aurons aimé
Am-aventis Vous aurez aimé
Am-averint Us auront aimé
I.MPKRATIF.
Am-a ow am-ato Aime!
-^'"-ato Qu'il aime!
Am-ennis Aimons!
Ani-ate ou ain-atote Aimez!
'"^'"-'^"to Qu ils aiment!
PrKSEVT bu SuBJOKfTIF.
^•"-^ni Que faime
^'"-^^ Que tu aimes
^■^'"-^'""•^ Que nous aimions
Am-et)s Çj^g ^^^^^ aiîniez
^'^-^^^ Qu'ils aiment
G
82
LE VERBE *AMO'
Imparfait du Subjonctif.
Ani-arem Que f aimasse ou f aimerais
Am-ares Que tu aimasses ou tu aimerais
Am-aret Quil aimât ou il aimerait
Am-aremu. Que nous aimassions ou nous aime-
rions
Am-aretis Que vous aimassiez ou vous aimeriez
Ani-arent Quils aimassent ou ils aimeraient
Parfait du Subjonctif.
Am-averini
Ani-averis
Am-averit
Ani-averimus
Am-averitis
Am-averint
Que j'aie aimé
Que tu aies aimé
Qu'il ait aimé
Que nous ayons aimé
Que vous ayez aimé
Quils aient aimé
Am-avissem
Am-avisses
Ani-avisset
Am-avissemuiî
Plus-quk-Parfait du Subjonctif.
Que f eusse aimé ou j'aurais aimé
Que tu eusses aimé ou tu aurais
aimé
Qu'il eût aimé ou il aurait aimé
Que nous eussions aimé ou nous
aurions aimé
LE VKRRi: ^AMO' 88
Ain-avissetis Que vous eussiez aime ou roti-i
auriez aiim'
Ain-avisseiit Qu'ils eussent ou ils auraient
aimé
IxFixiTiF Présent.
Am-are Aimer
Infinitif Parfait.
Ani-avisse Avoir aimé
Paritcipe Présent.
Ain-ans, am-antis Aimant
se décline connne prudens
Participe Futur.
Am-aturus, am-atura, ani-aturuni Devant aimer
se décline comme bonus, bona, bonum
Supin.
Am-atuui () aimer.
Gérondif.
Ani-andi (Taimer
Am-ando en aimant
(ad) Am-andum à aimer ou pour aimer
Vous voyez que ce qu'on aj)pelle le gérondif
a le mrme sens que les cas de l'infinitif considéré
G 2
84
EMPLOI DU SUPIN
comme un nom. (^)uaiit au supin, cVst raccusatif
d'un substantif veibal inusité, amaius, qui se
décline sur manus ; Taccusatif amatmn sert à
Tactif, Tablât if amatu (à être aimé) au passif. Ire
oratum signifie "aller prier" (de oro, orare,
prier) ; dignns memoratu signifie " digne d'être
connnémoré" (de memoro. memorare, commé-
morer). Mais ces expressions ne 3ont pas fréquentes
du tout.
Maintenant (|ue vous êtes "ferrée" sur amo, je
vais vous donner parallèlement la deuxième, la
troisième et la quatrième conjugaison. Je mets
un astérisque aux formes dangereuses, à celles
qui pourraient vous faire trébucher.
ACTIF.
Ile CONJUG.
Ille CONJUG.
n> CONJUG.
Pr
ÉSENT DE l'INDICAT
IF,
J avertis
Je lis
J'eiUends
Mon-eo
Lég-O
Aud-io
Mon-es
Leg-is
Aud-is
Mou-et
Leg-it
Aud-it
Mon-enius
Leg-imus
Aud-imus
Mon-etis
Leg-itis
Aud-itis
Muii-ent
Leg-uut
Aud-iunt
AUTRES CONJUGAISONS ACTIVES 85
ne CONJUG.
me CONJUG.
IVe CONJUG.
Imparfait de l'Ixdicatif.
J'avertissais
Je lisais
J'entendais
Mou-ebara
Leg-ebani
Aud-iebam
Mou-ebas
Leg-ebas
Aud-iebas
Mon-ebat
Lpg-ebat
Aud-iebat
Mon-cbamus
Leg-ebaiims
Aud-iebamuo
Mon-ebatis
Leg-ebatis
Aud-iebatis
Mon-ebant
Leg-ebant
Aud-iebaiit
Parfait de l'Indkatik.
J'ai averti ou
j'avertis
J'ai lu on je lus
J'ai entendu ou
j'entendis
Mon-ui*
Lêg-i *
Aud-ivi nu aud-ii *
Mon-uisti
Leg-isti
Aud-ivisti ou -isti
Mon-uit
Leg-it
Aud-i\it vu -iit
Mon-uimus
Leg-imus
Aud-ivimus ou
-iiœus
Mon-uistis
Leg-istis
Aud-ivistis ou -iis-
tis
Mon-uenmt ou
mon-uëre
Leg-erunt ou Leg-
-êre
Aud-iverunt ou
-iciunt ou Aud-
ivrie ou -icre
Plus-qi
■e-Parfait de l'In
niCATIF.
J'avais averti
J'avais la
J'avais entendu
Muu-uerain
Leg-eram
Aud-ieraiu
Mon-ueius
Leg-eias
Aud-ieras
Mon-uerat
Leg-crat
Aud-ierat
Mûu-ueramus
Leg-eramus
Aud-ieramu3
Mon-ueratis
Leg-eratis
Aud-ieratis
Mon-uerant
Leg-erant
Aud-ieraut
86
'MONEO' 'LEGO' 'AUDIO'
ne CONJUG.
Ilie CONJUG.
IVe CONJUG.
FUTUK iSlMPLE DE L'InDICATIF.
J'avertirai Je lirai J entendrai
Moii-ebo
Mon-ebi.s
Mon-ebit
Mon-ebirauo
Mon-ebitis
Mon-ebuut
Leg-am *
Leg-es
Leg-et
Leg-emus
Leg-et is
Leg-ent *
Aud-iam *
Aud-ies
Aud-iet
Aud iemus
Aiid-ietis
Aud-ieut
Futur Antékieur de l'Indicatif.
J'aurai averti 1 J'aiwai lu J'aurai entendu
Mon-uero
Leg-ero
Aud-ivero ou -iero
Mon-ueris
Mon-uerit
Slon-uerimus
Leg-eris
Leg-erit
Leg-erinius
Aud-iveris ou -ieris
Aud-iverit ou -ierit
Aud-iverimus ou
Mon-neritis
Mon-uerint
Leg-eritis
Leg-erint
Impératif.
-lerimus
Aiid-iveritis ou
-ieritis
Aud-iverint ou
-ierint
Avertis !
IJsI
Entends !
SIoTi-e ou mon-eto
Mon-eto
Mou-ete ou -etote
Mon-ento
Leg-e ou -ito
Leg-ito
Leg-ite ou -itote
Leg-uuto
Andi ou aud-ito
Aud-ito
Aud-ite ou -itote
Aud-iunto
'MONEO' 'LEGO' 'AUDIO'
87
ne CONJUG.
Tlie CONJUG.
IVe CONJUG.
Présent du Subjonctif.
Que j'avertisse
Que ji
M(jn-eam
Leg-ara *
Mou-eas
Leg-as
Mon-eat
Leg-at
Mon-eamus
Leg-anius
Mon-eatis
Leg-atis
Mon-eant
Leg-ant *
lise
Que j'entende
Aiid-iam
Aiid-ias
Aud-iat
Aud-iamus
Aud-iatis
And-iant
Imparfait du Subjonctif.
{Jiu j'avertisse ou
j'avertirais
Mon-erem
Mon-eres
Mon-eret
Moii-eremu.
Mon-cretis
Mon-eient
Que je lusse ou
je lirais
Leg-erem
Leg-eres
Leg-eret
Leg-ereraus
Leg-eretis
Leg-erent
Que j'entendisse ou
j'entendrais
Aud-irem
Aud-ires
Aud-iret
Aud-iremu8
Aud-iretis
Aud-irent
Que j'aie averti
Mon-uerim *
Mon-ueris
Mon-uerit
Mon-uerimus
Mun-ueiitis
Mou-uerint
Parfait du Subjonctif,
Que j'aie hi
Leg-erim *
Leg-eris
Leg-erit
Leg-eriuiU
Leg-eritis
Leg-eriiit
Que j'aie entendu
Aud-ierim •
Aud-ieiis
Aud-ieiit
Aud-ieriiuus
Aud-ieritis
Aud-ierint
88
'MONEO; 'LEGO; 'AUDIO'
W CONJUG.
III« CONJUG.
IV» CONJUG.
Plus-que-Parfait du Subjonctif.
Que j'eusse averti
ou j'aurais averti
Mon-uissera
Mon-uisses
Mon-uisset
Mon-uissemus
Mon-uissetis
Mon-uissent
Que j'eusse lu ou
j'aurais lu
Leg-issem
Leg-isses
Leg-isset
Leg-issemus
Leg-issetis
Leg-issent
Que j'eusse entendu
ou j'aurais entendu
Aud-ivissem ou
-issem
Aud-ivisses oti
-isses
Aud-ivisset ou,
-isset
Aud-ivissemus ou
-issemus
Aud-ivissetis
-issetis
Aud-ivissent
' -issent
ou
ou
Avertir
Mon-ere
Avoir averti
Mon-uisse
Présent de l'Infinitif,
Lire
Leg-ere
Entendre
Aud-ire
Parfait de l'Infinitif.
Avertissant
Mon-ens, gén. mon-
eutis, etc.
Avoir lu
Lëg-isse
Participe Présent.
! Lisant 1
Avoir eniendv,
Aud-ivisse ou aud-
isse
Entendant
Leg-ens, gén. leg- | Aud-iens, gén. aud-
entis, etc. \ ientis, etc.
LE VERBE 'ACCIPIO'
89
1I« CONJUG.
nie CONJUG.
ive coyjuG.
Participe Fvtur,
Devant avertir
Devant lire
Devant entendre
M()n-iturus(a, um"^
Lec-turus(a, uni)
Supin.
Aud-iturus (a, um)
A avertir
A lire
A entendre
Mou itum
Lec-tum
Gérondif.
Aud-itum
D'avertir
en avertissant
pour avertir
De lire
en lisant
pour lire
Uenteiidre
en entendant
pour entendre
Mon-endi
Mon-endo
{ad) Mon-endum
Leg-endi
Leg-endo
{ad) Leg-enduni
Aud-iendi
Aud-iendo
{ad) Aud-iendura
Une douzaine de verbes très usités, sur le modèle
iXaccipio, accipere, "recevoir," se conjuguent sur
lego (et non sur audio), mais insèrent un i avant
la terminaison à certains temps. Je souligne les
formes iVaccipio où Vi est inséré :
I. IsnicAiiF Prksekt : Accip-io, is, it, imus,
itis, iunt. — Imparfait : Accip-teiiam, iebas, etc. —
Parfait : Accep-i, isti, etc. — Plcs-qi'e-Parfait :
Accep-eram, es, etc. — Fitur : Accip-iam, ies, etc.
— FcTua passé : Accep-ero, eris, etc.
90 FORMATION DES TEMPS
II. Lmpkratif : Accip-e ou ito, accip-ito, accip-
ite ou -itote, a,ccip-iunto.
III. Subjonctif Présent : Accip-iam, tas, etc.
— Imparfait : Accip-erem, es, etc. — Parfait :
Accep-erini, is, etc. — Plus-que-Parfait : Acccp-
issem, es, etc.
IV. Infinitif Présent : Accip-ere. — Parfait :
Accep-isse. — Participe Présent : Accip-iens,
ientis, etc. — Futur : Accep-turus, a, uni. — Supin :
Acceptuin. — Gérondif : Accip-iendi, iendo,
iendum.
*
* *
Quatre verbes très usités, dico (je dis), duco (je
conduis), facio (je fais), fero (je porte) font à
Tinipératif die, duc, fac, fer, au lieu de diee, duce,
etc.
*
* *
LfC bon abbé Lhomond, mort en 1794, auteur
d'une Grammaire latine élémentaire qui a eu des
centaines d'éditions, a résumé comme il suit ce
qu'on appelle la formation des temps. Ne pouvant
mieux dire, je le copie :
Présent de l'Infinitif.
Otez-en la dernière syllabe, vous aurez l'impé-
ratif:
Aina, mone, lege, audi.
FORMATION DES TEMPS 91
Ajoiitez-y m, vous aurez Timparfait du sub-
joiiftif :
Amare-in, monere-m, legere-m, audire-m.
Présent de lTxdkatif.
1" Dans les deux premières conjugaisons, chan-
ge/, en aho, ébo, vous aurez le futur, am-abo,
mon-ebo ; dans les deux dernières, changez o en
am : leg-am, audi-am.
'■Z" Dans la première conjugaison, changez o en
em, vous aurez le présent du subjonctif am-em ;
dans les trois autres, changez o en am : mone-am.
leg-am, audi-am.
Parfait de l'Ixdicatif.
Changez i en eram, vous aurez le plus-que-
parfait :
Amav-erain, monu-eram, leg-eram, audiv-eram.
Changez * en ero, vous aurez le futur passé ;
Amav-ero, monu-ero, leg-ero, audiv-ero.
Changez i en erim, vous aui-ez le parfait du
subjonctif:
Amav-erim, monu-erim, leg-erim, audiv-erim.
Changez i en issem, vous aurez le plus-que-
parfait du sui)jonctif :
Amav-issem, Dionu-issem, leg-issem, audiv-issem.
92 DEUX DISTIQUES D^OVIDE
Slpin.
Changez um en urus, vous aurez le participe
futur :
Am-aturus, mon-iturus, lec-turus, aud-iturus.
*
* *
Après cette ingestion de verbes actifs (ce ne
sera pas, j'espère, une indigestion), vous avez droit,
ma chère Cornèhe, à un entremets de johs vers.
Voici de TOvide pour vous servir. Cela fait partie
d'une lettre supposée de Léandre à son amie Hèio ;
il lui rappelle comment il traversait THellespont à
la nage pour aller la saluer dans la tour qu'elle
habitait :
Unda repercussae radiahat imagine Lunae
Et nitor in iacita nocte diurnus erat,
Nullaque vox, nostras nullum veniebat ad aures
Praeter dimotae corpore murmur aquae}
Unda radiahat imaçjine Lunae repercussae, l'onde rayon-
nait de l'image de la lune reflétée ; et, in nocte tacità, et
dans la nuit silencieuse ; erat nitor diurnus, était l'éclat
du jour ; nidliK/ue vox, nidlum murmur, et aucune voix,
aucun murmure ; veniebat ad nostras aiires, (ne) venait à
nos oreilles ; jyraeter (murmur), hors le murmure ; aquae
dimotae corpore, de l'eau écartée par (mon) corps.
1 Ovide, Héroides, xviii. 77-80.
DEUX VERS DE VIRGILE 93
" l/oiide rayonnait de Fi mage reflétée de la
lune et la clarté, dans la nuit silencieuse, était
celle du jour. Nulle voi^î, nul son ne frappait
nos oreilles, que celui de l'eau écartée par mon
corps/'
Quel enchanteur que cet Ovide ! L'harmonie
douce de ses vers ne vous fait-elle pas songer à
I^martine? Comparez inaiiitenant ce "clair de
lune" de N'irgile à celui d'Ovide :
Aspirant aurae in noctem, nec candida cursum
Luna negat ; splendet tremulo suh lumine
pontus}
Aurae aspirant hi noctein, les brises s'élèvent A'ers la
nuit ; yiec candida htna np(jat cnrsnm, et la blanche lune
ne refuse pas (d'éclairer) la course ; ponfus spUndet sid»
Inniine tremulo, la mer resplendit eous la lumière trem-
bl.inte.
" L^ne bnse légère sY^lève aux approches de la
nuit ; la lune, de sa blanche clarté, favorise le
voyage, et la mer resplendit sous cette lumière
tremblante.""
Ne cherchons pas a donner le prix, Cornélie ;
Virgile et Ovide écrivaient le latin comme nous
ne récrirons jamais, ni vous ni moi.
S. R.
1 Virgile, Enéide, vii. 8 -9.
HUITIEME LETTRE.
Ma chère Cornélie,
On peut simplifier la conjugaison du passif.
Les formes composées avec le verbe sum sont
tellement transparentes c{u"'il est inutile de s''en
charger la mémoire, ou, du moins, de s'astreindre
à les réciter^ Nous allons commencer par amor,
le passif cVamo, avec formes et traductions com-
plètes ; après quoi je vous offrirai le tableau des
trois autres conjugaisons passives en ne traduisant
(j[ue les premières personnes du singulier.
VERBE PASSIF.
AMOU, "Je suis aimé."
Prksext de l'Indicatif.
A m -or Je suis aimé (ou aimée)
Am-aris ou am-are Tu es aimé
Am-atur II est aimé
Am-amur Nous sommes aimés
Am-amini Vous êtes aimés
Am-antur ' Ils sont aimés
94
COiNJUGAISON D^'AMOR' 95
Imparfait de l'Indicatif.
Am-al);ir J'Hais aimé
Am-abaris ou ain-abare Tu (tais limé
Ain-abatur II était aimé
Ain-abanuir Nous étions aimés
Am-abamini Vous étiez aimés
Am-abantur Us étaient aimés
Parfait de l'Indicatif.
Ain-atus suiii (es, est) J'ai été aimé (et non
pas je suis aimé, qui
se dit am-or)
Ani-ati sumus (estis, Nous avons été aimés
sunt)
Plus-que-Parfait de l'Indicatif.
Am-atus erani ou fue- J' avais été aimé (et non
ram (eras, erat) pas fêtais aim,é, cjui
se dit am-ahar)
Ain-ati eramus ou fue- Nous avions été aimés
ramus (eratis, erant)
FiTCE DE l'Indicatif.
A 111 -aboi- Je serai aimé
Ain-aberis ou am-abere Tn seras aimé
Ani-abitur II sera aimé
96 CONJUGAISON D^'AMOR'
Am-abiniur Nous serons aimls
Am-abiniini Vo^is serez aimes
Ani-abuntur Ils seront aimes
Futur Antérieur de l'Ikdkajjtf.
Am-atus ero ou fuero J'aurai cté aimé (et non
(eris, erit) je serai aimé, c[ui se
dit am-abor)
Ani-ati erinius ou fueri- Nous aurons été aimés
mus (eritis, erint)
Impératif.
A m -are ou ani-atof Sois aimé !
Ani-ator Qiiil soit aimé/
Ani-emur Soyons aimés !
Ani-aniini Soyez aimés f
Ani-antor Quils soient aimés !
Présent du Subjonctif.
Am-er Que je sois aimé
A m -eris ou am-ere Que tu sois aimé
Ani-etur Qu'il soit aimé
Ani-eniur Que nous soyons aimés
Ani-eniiui Que vous soyez aimés
Am-entur Qu'ils soient aimés
CONJUGAISON D^'AMOR' 97
Imparfait du Subjonctif.
Am-arer Que je fusse aimé
Ani-arerls ou am-arere Que tu fusses aimé
Am-aretur Qu'il fût aimé
Am-aremur Que nous fussions
aimés
Ani-areniini Que vous fussiez aimés
Ani-areiitur Qu'ils fussent aimés
Parfait du Subjonctif.
Ain-atus sini ou fuerim Que faie été aimé
Am-ati sinms ou fueri- Que nous ayons été
mus aimés
Plus-que-Parfait du Subjonctif.
Am-atus essem ou fuis- Que f eusse été aimé
se m
Am-ati essemus oî< fuis- Que nous eussions été
semus aimés
Infinitif Présent.
Am-ari ou {plus nnci- Être aimé
cnnement) am-arier
Parfait de l'Infinitif.
Am-atus. am-ata, am- Avoir été aimé
atum esse ou fuisse
H
98 AUTRES CONJUGAISONS PASSIVES
Futur de lInfixitif.
Aui-atuni iri Devoir être, aimé
Participe Passé.
Aiii-atns, am-ata, am- Aimé
atiim
Participe Futur.
Am-andus, am-anda, Devant être aimé
am-andmii
Supin.
Am-atii
À être
*
* *
aimé
Je passe aux trois autres conjugaisons passives
Ile COXJUG.
nie CONJUG.
IVe CONJUG.
Présent jm t/Indicat
IF.
Je suis averti
Je suis lu
Je suis entendu
Mon-eor
Leg-or
Aud-ior
Mon-eris ou -ère
Mon-etur
Mon-emur
Mon-emini
Mon-entur
Leg-eris ou -ère
Leg-itur
Leg-imur
Leg-imini
Leg-untur
Aud-iris ou -ire
Aud-itur
Aud-imur
Aud-imini
Aud-iuntur
CONJUGAISONS PASSIVES
99
ne CONJUG.
me CONJUG.
IVe CONJUG.
Imparfait de l'Indicatif.
Tétais averti Tétais ht J'étais entendu
Mon-ebar
Mon - ebaris
-ebai"e
Mon-ebatur
Mon-ebamur
Mon-ebamini
Mon-ebantur
Oit
Leg-ebar
Leg-el)aris ou -eliarp
Leg-ebatur
Leg-ebamur
Leg-ebamiiii
Lefr-ebaiitur
Aud-iebar
Aud-iebaiis ou
bare
Aud-iebatur
Aud-iebamnr
Aud-iebamini
Aud-iebantur
le-
Paufait de l'Indicatif.
J'ai été averti Tai été lu ' J'ai été entendu
Mon-itus sum ou , Lec-tus sum o?( fui, Aiid-itus suni ou
fui, eto. I etc. . fui, ek-.
Plu-s-que- Parfait de l'Indicatif.
T avais été averti
Mun-itus eram om
fueram, etc.
Savais été lu
Lec-tus erara ou
fueram, etc.
J'avais été entendu
Aud-itus erani ou
fueram, etc.
Je serai averti
Mon-ebor
ilon -eberis OK ebere
Moii-ebitur
ilon-ebimur
Mcu-ebimini
Mon-ebuntur
H 2
Futur de l'Indicatif.
I Je serai lu Je serai entendu
Leg-ar
Leg-eris ou
Leg-etur'
Leg-emur
Leg-emini
Leg-entur
-ère
Aud-iar
Aud-ieris ou
Aud-ietur
Aud-ieraur
Aud-iemini
Aud-ieutur
lere
100 'MOxNeor; 'Legor; 'AUdior^
ne CONJUG.
me COXJUG.
IVe CONJUG.
Futur Antérieur.
J'aurai été averti J'aurai été lu 1 J aurai été entendu
Mon-itiis ero
fuero, etc.
OlL
Lec-tus ero ou fue-
ro, etc.
Aud-itus ero
fuero, etc.
ou
Sois averti
etor
Mon-ere ou
Mon-etor
Mon-emini
Mon-entor
Impératif.
Sois lu
Leg-ere ou -itor
Leg-itor
Leg-imini
Lecr-uiitor
Sois entendu
Aud-ire ou -itor
Aud-itor
Aud-iniini
Aud-iuntor
Présent du Subjonctif.
Que je sois averti
Mon-ear
Mon-earis ou -eare
Mon-eatur
Mon-eamur
Mon-eamini
Mon-eantur
Que je sois lu
Leg-ar
Leg-aris ou
Leg-atur
Leg-aniur
Leg-amiiii
Leg-antur
are
Que je sois entendu
Aud-iar
Aud-iaris ou -iare
Aud-iatur
Aud-iamur
Aud-iinini
Aud-iantur
Imparfait du Subjonctif.
Que je fusse averti
Moii-erer
Mon ereris ou -erere
Mon-eretur
Mon-eremiir
Mon-eremini
Mon-erentur
Que je fusse lu
Leg-erer
Leg-ereris ou.
erere
Leg-eretur
Leg-eremur
Leg-eremiui
Leg-ereûtur
Que je fusse entendu
Aud-irer
Aiid-ireris oz( -irere
Aud-iretur
Aud-iremur
Aiid-irerHini
Aud-irentur
CONJUGAISONS PASSIVES
101
ne CONJUG.
me CONJUG.
IVe CONJUG.
Parfait du Subjonctif.
Que j'aie été averti
Mon-itus sim ou
fuerim, etc.
Que j'aie été lu 1 Que j'aie été entendu
Lec-tus sim ou , Aud-itus sim ou
. fuerim etc. | fuerim, etc.
Plus-que- Parfait du Subjonctif.
Que f eusse été averti \ Que j'eusse été lu
Mon-itus essem ou j Lec-tus essem ou
fuissem, etc. fuissem, etc.
Q'ue j'eusse été en-
tendu
Aud-itus essem ou
fuissem, etc.
Être averti
Mon-eri
Infinitif Présent.
Etre lu
Leg-i
Être entendu
Aud-iri
Parfait de i/Infixitif.
Avoir été averti
Mon-itus, mon-ita,
mon-itum esse Oit
fuisse
Avoir été lu
Lee - tus, lec - ta,
lec-tum esse ou
fuisse
Avoir été entendu
Aud-itus, audita,
aud-itumesseoii
fuisse
Devoir être averti
Mon-itum iri
Futur de l'Infinitif.
Devoir être lu
Lec-tum ii-i
Devoir être entendu
Aud-itum iri
102
ACCIPIOR^
ne COMJUG. me CONJUG.
IVe CONJUG.
Averti
Mon-itus, mon-ita,
mon-itum
Pakticipe Passé.
Lu
Lec-tus, lec-ta, lec-
tum
Entendu
Aud-itus, aud-ita
aud-itum
Participe Futur.
Devant être averti I Devant être lu, I Devant être eidendu
Mon-endus (a, uni) j Leg-endus (a, mn) | Aud-iendus (a, um)
Supin,
}i être averti
A être lu,
À être entendu
Mon i tu
' Lcc-tu
Aud-itu
Les verbes accipio (je reyoïsj, adspicio (je
regarde), facto (je fais), jacio (je jette), etc., se
conjuguent au })assif sur legor, mais prennent un
i avant la terminaison aux temps ou aux personnes
où ils le prennent aussi à Tactif (voir page 89).
Ainsi Ton dit accipior, accipiuntur, accipiebar,
accipiar (je suis re<^'u, ils sont reçus, j"'étais
reçu, je serai reçu [futur] ou que je sois reçu
[subjonctif]).
VERBES DÉPONENTS 103
Il y a des verbes, dits verbes déponents^ dont la
signification est active (comme imitor, jïraite)
ou neutre (comme morior, je meurs), qui ont
uniquement la forme passive et se conjuguent
comme les verbes passifs. La seule différence,
cest qu'ils ont aussi le participe présent actif en
ans, eus, le participe futur en rus, le supin en um et
le gérondif ; leur participe passé de forme passive a
le sens du participe passé actif français (imitatus,
ayant imité).
Par exemple, morior signifie "je meurs"';
moi'iebar, ^'' i\e mourais'"; moriar, "je mourrai";
moriens, " mourant " ; Tnoriturus, " devant mou-
rir""; mortuus, "mort."
TJtor signifie "je me sers"; usurus, "devant
se servir"; utens, "se servant"; icsus, "sVtant
servi ; utendus,^'' de\a.nt servir ou être utile." Tout
cela ne présente aucune difficulté ; il est inutile
de conjuguer tout au long les verbes déponents.
Il y a des verbes déponents qui se conjuguent
comme accipior ; par exemple: ingred-ior^ "je
sors," infinitif ingredi ; pat-ior, "je soufi're,"
infinitif pati. Ingredir'i et patiri n'existent pas.
Dans certains verbes, dits semi-déponents, le
parfait et les temps qui en dérivent ont la forme
du pa.ssif, alors que les autres temps se conjuguent
104 FORMATION DES TEMPS PASSIFS
comme ceux des verbes actifs. Tels sont gaudeo,
"je me réjouis,"'' parfait gavisus sum ; soleo, "j'ai
coutume," parfait solitus sum. Gauduit ou soluii
seraient d"'afFreux barbarismes.
*
* *
Pour la formation des temps du passif, il me
suffit de vous faire remarquer :
1'' que rimpératif passif est toujours semblable
àTinfinitif actif: amare signifie à la fois "aimer""
et " sois aimé."
2" que les temps simples du passif se forment
de ceux de Tactif en ajoutant r à ceux qui sont
terminés en o : amo, amor ; amabo, amàbor — et
en changeant m en r aux temps de Tactif qui sont
terminés en m : amdbam, amabar ; audirem,
audirer.
3" que Taccusatif masc. sing. du participe passé
passif est identique au supin (que donnent les
dictionnaires) : amatum, nomin. sing. amatus.
*
* *
Horace dit que le héros qui a rendu de grands
services au monde est en butte au dénigrement et à
Tenvie ; mais après sa mort on lui rend hommage :
extinctus amabitur idem.^ "Mort, le même
(homme) sera aimé."
^ Horace, Épîtres, il. 1, 14.
LIDÉE DE LA GLOIRE 105
L^ne idée analogue est exprimée par Ovide :
Pascitur in vivis livor : post fata quiescit,
Cum suus ex merito quemqiœ tuetur honos.
Ergo etiam, cum me supremus adederit ignis,
Vivam, parsqiie mei multa super st es erit.^
Livor pascitur in vivis, l'envie se repaît dans les (des)
vivants ; quiescit post fata, elle repose après les destins
(accomplis) ; cum suns honos, lorsque son propre honneur ;
ex merito, d'après le mérite ; tuetur quemque, protège
chacun. Ergo etiam, donc aussi ; cum ignis supremus,
lorsque le feu suprême (du bûcher) ; me adederit, m'aura
consumé (de ad-edere, manger entièrement) ; vivam, je
vivrai ; parsque multa mei, et une part grande de moi-
même ; erit s^iperstes, sera survivante.
" L'envie se repaît des vivants ; ^ elle se calme
après la mort, alors que chacun est protégé par la
gloire qu'il a su mériter. Lors donc que la flanune
saprême m'aura consumé, je vivrai et une grande
partie de moi-même triomphera de la mort."
Cette idée consolatrice de la gloire posthume
revient sans cesse dans les œuvres des anciens ; elle
s'éteint au moyen-âge pour reparaître à l'aurore
de la Renaissance et devenir de nouveau, pour
les modernes, le plus noble stimulant de l'énergie
exercée dans l'intérêt de tous.
> Ovide, Amours, i. 15, 32-42.
- Triste amante des morts, elle hait les vivants (Voltaire).
106 UN PASSAGE DE I.UCAIN
Voici, dans le même ordre d'idées, un des plus
beaux passages de Lucain. César, abordant en
Asie, va visiter les ruines de Troie :
Jam sïlvae stériles et putres robore trunci
Assaraci pressere doinos, et templa deorum
Jam lassti radiée tenent, ae tota tegiintur
Pergama dtimetis : etiam periere riiinae . . .
() saeer et magnus vatinn labor ! Omnia fato
Eripis, et populis donas mortalibus aevum.
Invidiâ sarrae, Caesar, ne tangere famae ;
Xam si quid Lattis f as est promittcre Musis,
Quantum Smijrnaei durabunt vatis honores.,
Venturi me tecpie legent : Pharsalia nostra.
Vivet, et a nullo tenebris damnabitur aevo?-
Jitm silvae stériles, déjà les forêts stériles ; et trunci putres,
et les troncs pourris ; pressere rohore domos Assarari, ont
pressé de (leur) bois les demeures d'Assaracus (fils de Tros
et roi de Troie) ; et tenent radiée jam lassa, et tiennent
d'une racine déjà lasse ; temphi dennnn, les temples des
dieux ; ac Pergama tota, et les PergHmes tdut entières
(Pergamnm, forteresse de Troie ; au pluriel en poésie) ;
tegimtur dvmetis, sont couvertes de buissons ; ruinae eti^tm
periere, les ruines mêmes ont péri. ... labor sacer et
magmisvatum, ô labeur sacré et grand des jjoètes (magnus,
nominatif, est ici pour le vocatif magne) ; eripis omnia fato,
tu arraches tout au destin ; et donas aemim poprdis morta-
1 Lucain, Pharsale, ix. 9G6-986.
CÉSAR A TROIE 107
libns, et tu donnes la durée aux peuples mortels. Caesar,
ne tangere invidi^ famae sacrae, César, ne sois pas touché
par l'envie d'une gloire faciée (en parlant ainsi à Jules
César, Lucain cherche une équivoque, car l'empereur
Néron, qui était jaloux du poète, s'appelait aussi César ;
il lui lait donc un reproche dissimulé); mnn si fan est, car
s'il est permis; promittere quid Musis Latiis, de promettre
quelque chose aux Muses latines; quantuin durabunt
honores vatù Smtjrnaei, tant que dureront les honneurs du
poète Smyrnéen (une tradition faisait naître Homère à
Smyrne); venturi melegent tenue, les (hommes) à venir me
liront et toi aussi (liront mes vers et tes exploits, ceux de
Jules César); Fharsalia nostra rtre^, notre (ma) Pliarsale
vivra; et dfimnahitnr tenehris a nnllo aevo, et (ne) sera
condamnée aux ténèbres par aucun âge.
" Dt'jà les forêts et les troncs pourris ont écrasé
de leur poids les demeures d'Assaracus, enibra.ssant
de leurs racines lassées les temples des dieux ;
Perframe tout entière est couverte de broussailles ;
les ruines mêmes ont péri. . . . O labeur sacré et
magnifique des poètes ! Tu arraches toutes choses
au destin ; tu donnes Tinnuortalité aux peuples
mortels. Cé.sar, ne .sois pas jaloux d'une gloire
sacrée ; car s''il est permis de faire des promesses
aux Muses latines, tant que des honneurs seront
rendus au poète de Smyrne, les hommes à venir
nous connaîtront Tun et Pautre ; ma Pharsale
vivra et aucun siècle ne la condamnera à roubli."
Lucain n'est pas toujours aussi abondant (|ue
108 CÉSAR EN ITALIE
dans ce passage, écrit dans une heure d'angoisse,
alors qu'il savait que sa vie était en jeu, engagé
qu'il était dans une conspiration contre Tempereur.
Il cherche souvent l'effet dans la concision ; en
voici un exemple.
Quand César, au début de la guerre civile, en-
vahit l'Italie, il est reçu partout avec crainte ;
Lucain, qui exècre l'usurpateur, dit que César
préfère la crainte à l'amour :
Non illmn laetis vadentem coetibus urhes,
Sed tacitae videre metu, nec constitii unquam
Obvia turha duci. Gaudet tamen esse timori
Tarn tnagno populis, et se non mallet amari.^
Urhrti nnn. illuiii videre vade)item, les villes ne le virent
(pas) s'avançant ; coetibus laetis, avec des concours joyeux
(de peuple) ; sed tacitae metu, mais muettes de crainte ;
nec unquam. turha coiistitit, et jamais une foule ne s'arrêta ;
obvia duci, allant au-devant du chef; gaudet tamen, (César)
se réjouit cependant ; esse tatn magna tiinori populis, d'être
à si grande crainte aux peuples ; et non unallet se amari,
et il ne préférerait pas soi être aimé.
" Les villes ne saluèrent pas sa marche par de
joyeux concours de peuple, mais restèrent muettes,
frappées de crainte. Jamais une foule ne vint au-
devant du chef. Lui, cependant, se réjouit d'être
^ Lucain, Pharsale, iii. 80-83.
UN PASSAGE DE TACITE 109
un tel objet de terreui: parmi les hommes ; il ne
préférerait pas être aimé."'''
Lucain est un auteur très difficile ; les traduc-
tions qui existent de son poème sont mauvaises et
il paraît presque impossible d^en faire une bonne.
Je ne vous ai pas encore donné d'exemple de
la prose de Tacite, que Racine appelait avec
raison " le plus grand peintre de Tantiquité." Je
choisis un passage où il montre les Romains, au
lendemain de la mort d'Auguste, " se ruant vers
la servitude" aux pieds de son successeur Tibère :
At Romae ruere in servitium consules, patres,
équités : quanto quis illustrior, tanto magis falsi
ac jestinantes ; vultuque coiwposito, ne laeti ex-
cessu Principis neii tristiores primordio, lacrimas,
gaudium, questus, adulationes miscehant}
At Romae, mais à Rome ; consules, patres, équités,
consuls, sénateurs, chevaliers ; 7-ue7'e in servithim,, (de se)
ruer vers la servitude ; quanto ilhistrior quis, d'autant
plus illustre (était) (quelqu'un ; tanto vutr/is falsi ac
festinantes, d'autant plus (ils étaient) faux et empressés ;
vultuque composito, et le visage composé ; ■)ie laeti excessu
Frincipis, de peur (qu'ils ne parussent) joyeux de la mort
de l'empereur (Auguste) ; neu tristiores primordio, ni trop
tristes du début (du règne de Tibère) ; miscebant lacrimas,
yaudium, qii^stus, adulationes, ils mêlaient les larmes, la
joie, les plaintes, les adulations.
1 Tacite, Anncdes, i. 7.
110 LE STYLE DE TACITE
"Cependant, à Rome, consuls, sénateurs, cheva-
liers se ruent vers la servitude ; les plus illustres
sont les plus faux et les plus empressés. On se
compose le visage, de peur de paraître, ou joyeux
à la mort d'un prince, ou triste avec excès au
début d'un règne ; les larmes, la joie, les regrets,
les flatteries se confondent.*"
Quel tableau, mais aussi quel langage ! Sentez-
vous la concentration de la pensée, l'accent et ]a
verdeur de chaque mot ? Quardo quis illustrior
est au singulier ; aussitôt après, nous avons le
pluriel avec falsi et festiîiantes, ce qui est correct,
mais imprévu ; puis, après la proposition ne laeti
. . . primordio, le verbe manque, il faut que la
pensée le complète. Ce style est, en prose, l'équi-
valent de celui de Juvénal en vers ; mais Tacite
est un penseur plus profond que Juvénal et ne se
contente pas de développer avec éloquence des
lieux communs.
Un autre grand prosateur latin, Cicéron, char-
mant écrivain, penseur médiocre d'ailleurs, rappelle
\ irgile par son style fluide son élégance naturelle
et soutenue. Jugez-en :
Qui potest esse vita vitalis, ut ait Ennius, quae
non in amici miituâ benevolentiâ conquiescat ?
Quid dulcius quam hahere quocum omnia audeas
UN PASSAGE DE CICÉRON 111
sic loqui, ut tecum? Quis esset tantus jructiis m
prosperîs rébus, nisi haberes qui illis aeque, ac
tu ipse, gauderet ? Adversas vero ferre difficile
esset, sine eo qui iïlas gravius etiam quam tu
ferret}
Qui viia pofest esse vitalis, comment la vie peut-elle être
vivable ; iit ait Ennius, comme dit Ennias (poète latin
mort en 169 a.Cli.); qnae non conqniescat, qui ne repose
pas ; in mutud benevolentiâ amici, dans la bienveillance
réciproque d'un ami? Quid dvIcAus quam hahere, quoi de
plus doux que d'avoir; (inocuni atideas loqui omnia, avec
qui tu oses parler de toutes choses ; sic id tecum, ainsi
qu'avec toi-même ] Quis esset fructus tantus, quel serait
le profit si grand ; in rébus jn'osperis,-dans les circonstances
heureuses ; nisi haberes qui gauderet illis, si tu n'avais
(quelqu'un) qui se réjouît d'elles ; aeque ac tu ipse, autant
que toi-même ? Vero difficile esset, d'autre part il serait
difficile ; feiTe adversas (s.-entendu res), de supporter les
(circonstances) adverses ; sine eo, sans celui ; qui gravius
etiam quam tu ; qui plus péniblement même que toi ;
illas ferret, les supporterait
" Comment la vie peut-elle être vivable, suivant
l'expression d'Ennius, lorsqu'elle ne se repose pas
dans la bienveillance réciproque d'un ami ? Quoi
de plus doux que d'avoir quelqu'un à qui Ton ose
parler comme à soi-même ? La prospérité aurait-
elle tant de charme, si Ton n'avait quelqu'un pour
' Cicéron, De V amitié, chap. vi.
112 CICÉRON ET TACITE
s'en réjouir autant que soi ? Et, d'autre part, il
serait difficile de supporter l'adversité sans un ami
qui s'en affligerait plus cruellement encore que
vous-même."
Il a existé des savants, à l'époque de la Renais-
sance, cjui, connue le Limousin JNIuret, mort en
1585, ont su tellement s'approprier le style de
Cicéron qu'on a peine à distinguer l'original de
leurs copies ; l'un de ces humanistes, qu'on ap-
pelait des cicêroniens, a même publié, sous le
nom de Cicéron, un ouvrage de sa façon, qu'il
prétendait avoir trouvé dans un manuscrit et qui
a passé quelque temps pour authentique. Mais
personne n'a jamais écrit du Tacite ; on peut
imiter la surface d'un style, non sa profondeur.
Lire Tacite la plume à la main et en faire des
extraits est un plaisir que j'ai connu autrefois et
que je vous souhaite de goûter à votre tour.
Bonsoir,
S. R.
NEUVIÈME LETTRE
Ma chère Cornélie,
J'ai déjà conjugué su7n et possiim. D'autres
verbes irrégulier.s, non moins souvent employés,
sont fero (je porte), volo (je veux), nolo (je ne
veux pas), malo (je préfère), eo (je vais), fio (je
deviens). Je souligne les formes irrégulières
pour les recommander à votre attention.
FERO, je porte (parftiit tuli, infinitif /erre,
supin Jatum).
PASSIF.
Feror, ferris ou fe^re,
fertur, ferimur, feri-
niini, feruntur
ACTIF.
Indicatif Présent : Fero, /ers,
feH, ferimus, fertis,
feront
„ Imparfait : Ferebam, Ferebar, aris, etc.
as, at, etc.
„ Parfait : Tuli, tulisti,
etc.
„ Plus-que-Parfait:Tu-
leram, as, at, etc.
„ Futur : Feram, es, et,
etc.
I 113
Latus s\im ou fui, etc.
Latus eram ou fnerani,
etc.
Ferai', fereris, etc.
114
LE VERBE 'FERO^
ACTIF.
PASSIF.
Indicatif Futur Antérieur : Latus ero ou fuero. etc.
Tulero, is, etc.
Impératif : Fer owfnio, ferto, Ferre ou fertor, fertor,
feramus, /erie ou /»•- feramur, ferimini, fe-
tote runtor
Subjonctif Présent : Ferani, Ferar, feraris, etc.
as, at, etc.
„ Imparfait : Ferrem, es, Ferrer, ferreris ou fer-
et, etc. rere, etc.
„ Parfait : Tulerim, is, Latus sim on fuerim,
it, etc. etc.
„ Pl.-que-Parfait : Tu- Latus essem oii fuisseni,
lissem, es, et, etc. etc.
Infinitif Présent : Ferre Ferri
„ Parfait : Tulisse Latum esse on fuisse
Participe Présent : Ferens,
entis, etc.
„ Futur : Laturus, a, um Latum iri
Supin : Latum
GÉRONDIF : Ferendi, o, um
Participe Passé : La-
tus, a, um
„ Futur : Feren-
dus, a, um
Supin : Latu
Toutes les formes irrégulières présentent la
suppression d\in i ou d\m e. Les seules qui
soient fréquentes dans les textes sont, à Tactif,
Jers, fert, ferte, fe^re (pour ferere) ; au passif,
fertur, ferrer, ferri.
LES VERBES ' VOLO; ' NOLO; ' MALO ' 115
VOLO, je veux.
Indicatif Pr:ésent : Volo, vis, vult, volumits, vidtis,
volunt
, Imparfait : Volebam. as, at, etc.
„ Parfait : Voliii, voluisti, voluit, etc.
„ Plus-qie-Parfait : Voluerani, as, at, etc.
„ Futur : Volam, voles, volet, etc.
,, Futur Antérieur : Voluero, is, etc.
Subjonctif Présent : Velim, is, it, etc.
„ Imparfait : Vellem, es, et, etc.
„ Parfait : Voluerim, is, it, etc.
„ Plus-que- Parfait : Voluissem, es, et, etc.
Infinitif Présent : Velle
„ Parfait : Voluisse
Participe Présent : Volens, entis
Il n'y a pas d'autres formes.
NOLO (c'est-à-dire non volo), "je ne veux
pas," et MALO (c'est-à-dire magis volo), "je
préfc're," se conjuguent connue il suit.
Indicatif Présent : Nolo, non Malo, mains, mandt,
vis, non vnlt, nohimiis malumus, mavidtis,
non v^iltis, nolunt malunt
„ Imparfait : Nolebam, Malebam, as, etc.
as, etc.
,, Parfait : Xolin", nolu- Maliii, isti, etc.
isti, etc.
„ Plus-que-Parfait: No- Maltieram, as, etc.
hieram, as, etc.
I 2
116 LE VERBE 'EO^
Indicatif Futur : Nolam, noies, Malam, es, et, etc.
nolet, etc.
„ Fut. Ant]5rieur : No- Maluero, is, it, etc.
luero, is, it, etc.
Impératif : Noli ou nolito, {manque)
nolito, nolite ou noli-
tote, nolunto
Subjonctif Présent : Nolim, Mcdim, malis, etc.
is, etc.
„ Imparfait : Nollem, es, Mallem, es, etc.
etc.
,, Parfait : Noiuerim, is, Maluerim, is, it, etc.
it, etc.
„ Plus-que-Parfait: No- Maluissem, es, et, etc.
luissem, es, et, etc.
Infinitif Présent : Nolle Malle
„ Parfait : Noluisse Maluisse
Participe Présent : Nolens {manqué)
Par une raison qui nous écliappe, nolam et
malam sont très rares, tandis qu'on trouve souvent
nolet, malet.
EO, je vais (parfait ivi, supin itum, inf. ire).
Indicatif Présent : Eo, is, it, imus, itis, eunt
,, Imparfait : Iham, as. at, etc.
Parfait : Ivi ou ii, iisti, iit, etc.
Plus-que-Parfait : Iveram ou ieram, as, at,
etc.
Futur : Ibo, ibis, ibit, etc.
Futur Antérieur : Ivero ou iero, ieris, ierit,
etc.
M
>)
UN VERS DE VIRGILE 117
Impératif : I ou ito, ito, eamiis, etc., ou itote, eunto
Subjonctif Présent : Èam, eas, etc.
„ Imparfait : Ire m, ires, etc.
„ Parfait : Iverim ou ierim, ieris, etc.
,, Plus que-Parfait : Ivis.sem ou iissern, es, etc.
Infinitif Présent : Ire
„ Parfait : Ivisse
Participe Présent : lens, euntis, cunii^ etc.
,, Futur : Iturus, itura, iturutu
Supin : Itum
GÉRONDIF : Enndi, eundn (ad) eundum
Virgfle dit de la Renommée qu'elle acquiert des
forces en marchant : vires acquirit eundo.^
Il n''existe du passif que des formes imperson-
nelles, bailleurs très employées : itur (on va),
ibitur (on ira), eundum est (on doit aller).
L'infinitif iri ne subsiste que dans des formes
composées comme amatum iri, " devoir être aimé."
Voici un vers célèbre de Virgile :
M acte nova virtute, puer, sic itur ad astra. ^
Vocatif d'un inusité mactus, qui signifie " pour-
vu de," macte est synonyme de " sois pourvu de,"
c'est-à-dire " arme-toi ! "
" Arme-toi d'un nouveau courage, enfant ; c'est
^ Virgile, Enéide, iv. 175.
* Ibid., ix. 641.
118 UN PASSAGE DE SÉNÈQUE
ainsi que Ton monte aux astres ! " Voilà une
belle devise pour un jeune aviateur.
Virgile dit ailleurs : Itur in antiquam silvam,^
ce (jui signifie : " On se rend dans une antique
forêt."
Vous trouverez itur et eundum réunis dans ce
beau passage de Sénèque :
Nihil magis praestandum est quam ne pecorum
ritu sequamur antecedentium gregem, pergentes
non quâ eundum est, sed quâ itur. Argumentum
pessimi turha est.^
Nihil est magis praestandum, rien n'est plus devant être
accomj)li ; quam ne sequamur., que nous ne suivions pas;
ritu pecorum, à la manière des bestiaux ; gregem ante-
cedentium,, le ti'oupeau des précédents ; pergentes non quâ
eundum est, marchant non par où il faut aller ; sed quâ
itur, mais par où l'on va. Turha est argumentum pessimi.
la foule est l'indice du pire.
" Rien n'est plus à éviter que de suivre, à la
manière du bétail, le troupeau de ceux qui pré-
cèdent, en passant, non par où il faut aller, mais
par où Ton va. . . . L'exemple de la foule est le
plus mauvais de tous.""
1 Virgile, Enéide, vi. 179.
2 Sénèque, De la vie heureuse, chap. 1 et 2.
LE VERBE 'FIO 119
Pénétrez-vous, ma chère Cornélie, du fond et de
la forme de cette phrase ; c'est du latin aussi concis
qu'expressif.
FIO, ;e deviens (parfait faclus sum, infin. fieri).
Ce verbe, chez les bons auteurs, sert de passif
à facio (faire) ou bien est neutre dans le sens de
" devenir." Il s'écarte de la quatrième conjugaison
à rimparfait du subjonctif et à Tinfinitif, qui sont
empruntés à la seconde.
Indicatif Présent : Fio, fis, fit, fimus, fitis, fiunt
„ Imparfait : Fiebam, as, at, etc.
,, Parfait : Factus sum, es, etc.
,, Plus-que-Parfait : Factus eram, etc.
„ Futur : Fiam, fies, fiet, etc.
„ Futur Antérieur : Factus ero, eris, etc.
Impératif : (Inusité sauf^^e, " devenez ")
Subjonctif Présent : Fiam, fias, fiât, etc.
„ Imparfait : Fierein, fieres, etc.
„ Parfait : Factus sim, etc.
„ Plus-que-Parfait : Factus essem, etc.
Infinitif Présent : Fieri
,, Parfait ; Factum esse ou fuisse
,, Futur : Factum iri
Participe Passé : Factus
„ Futur : Faciendus
Supin : Factv.
GÉRONDIF : Faciendi, faciendo, (ad) faciendnm
Ovide écrit, à propos d'une chose inattendue :
120 VERBES DÉFECTIFS
Omntà jiim f'mnt,JUrl quœ pôssS negûhùm}
"Toutes choses déjà se font, que je niais
pouvoir se faire,*" c'est-à-dire : " Tout ce qui me
semblait impossible se réalise."' Remarquez, en
scandant, {|ue i est long dans Jiunt et bref dans
fîeri. On peut appliquer ce vers aux miracles de
la science moderne dont nous sommes témoins.
VERBES DEFECTIFS.
Les verbes UTéguliers (|ue vous venez de voir
sont en même temps défectifs ; mais on appelle
plus pai'ticulièrement ainsi les verbes qui possè-
dent seulement un petit nombre de temps.
Ces verbes sont •
AIO, f affirme, usité seulement à quatre per-
sonnes de rindicatif présent : aio, ais, ait, aiunt ;
à l'imparfait, aiebam, et à la Sème personne du
parfait : ait.
INQUAM, je dis. Très usité à l'indicatif pré-
sent: inquam, inquis, inquit, inquimus, inquitis,
inquiunt. On trouve l'imparfait inquibat, le
futur inquies, inquiet et le parfait inquit.
' Ovide, Tristes, i 8, 7.
LES VERBES 'MEMINi; 'ODi; kv. 121
MEMINI
ODI
COEPI
NOVI
INDICATIF.
Futur Ant. .
Meminero
Odero
Coepero
Novero ou
(je me souvi-
(je haïrai)
(je cummen-
noro (je con-
endrai)
cerai)
naîtrai)
Parfait . .
Memini, isti,
odi, isti,
coepi, it.ti,
novi, isti, it,
it, etc.
etc.
etc.
etc.
(je me souviens)
(je hais)
(je commence)
(je sais)
Pl.-q.-Parfait
Memineram,
oderain, etc.
coe])eiaiii,
noveram ou
etc.
(je haïssais)
etc.
noram
(je me souve-
f je comma'çais)
(je connais-
nais)
sais)
IMPÉRATIF.
Mémento,
lueuientote
(souvietis-toi)
(nutnquf)
(manque)
(manque)
SUBJOXCTIF.
Parfait. . .
nieiiiiieriin,
oderitn,
coeperam,
iioveriin ou
etc.
etc.
etc.
noriin
(Que je me
(que je haïsse,
(que je com-
(que je con-
souvienne.
je haïrais)
mence, je com-
naisse, je
je me soiivien-
mencerais)
connaîtrais)
drais)
Pl.-Q.-Pabfait
ineminissem,
odissem,
coepi.ssem,
uovissem,
etc.
etc.
etc.
etc.
(Que je me
(Que j'eusse
(Que j'eusse
(Que j'eusse
fusse souvenu)
haï)
commencé)
connu)
INFINITIF.
Parfait . .
Meminisse
odisse
coepisse
novisse
(se souvenir)
(haïr)
(commencer)
(connaître)
PARTICIPE.
Futur . . .
(manque)
osurus
coeptnrus
(manque)
Pass^ . . .
(manque)
osus (dans
les composés
comme
perosus)
coeptus
(manque)
Voilà les formes usitées de quatre verbes
qui n'ont pas de présent : MEMINI, "je me
122 UN DISTIQUE DE CATULLE
souviens '\ ODÏ, "je hais''; COEPI, "je com-
mence"; NO VI, "je sais." Ce dernier a la forme
d'un parfait de nosco, "je connais"; mais il y
a une diflerence de sens. Je peux dire novi
CorneUam, parce (|ue je vous connais depuis
l()nfrtenij)s ; mais si vous me présentiez votre amie
Hache], (pie je n'ai jamais vue, je devrais dire
nosco Eachel (les noms bibli(jues sont indécli-
nables.) En un mot, nosco signifie "je commence
à connaître" et novi "je connais déjà."
\'ous vovez (jue le futur antérieur a le sens
d'un futur, le parfait celui d'un présent, le plus-
que-parfait celui d'un imparfait.
Un berger d'une églogue de ^'irgile dit, en
parlant d'im air qu'il a entendu chanter: Numéros
memini, si verha tenerem ! ^ " Je me souviens
de l'air {des nombres) ; si (seulement) je retenais
les {)aroles ! "
Le poète Catulle, contemporain de Jules César,
a écrit ce distic}ue passionné et douloureux :
Odi et amo. Quare id faciam, fortasse re-
quiris :
Nescio ; sed fleri sentio et excrucior. ^
1 Virgile, Bucoliques, ix. 45.
2 Catulle, Poèmes, Ixxxv.
TROIS VERS DE VIRGILE 123
Odi et amo, j'aime et je hais. Requiris fartasse, tu
demandes peut-être; quarefaciam icZ, pourquoi je fais cela.
Nescio, je ne sais ; sed sentio fieri, mais je sens (cela) se
faire ; et excrucior, et je suis tourmenté.
" J'aime et je hais en même temps. ' Comiiient
cela .^ ' demandes-tu. Je Tignore, mais je le sens,
et je suis au supplice."
Le président Hénault, mort en ITTO, est
Fauteur d'un bel hexamètre que Ton attribue
souvent à Horace :
Indocti discant et ament meminisse periti.
" Que ceux qui ne savent pas apprennent et
que ceux qui savent aiment à se souvenir."
Dans rÊïicide, lorsque le père d'Énée, Anchise,
re(,-oit son fils aux Enfers et lui révèle les grandes
destinées qui attendent ses descendants, les
Romains, il termine sa prophétie par ces vers
admirables, qui font contraster le génie politique
de Rome avec le génie artistique et scientifique de
la Grèce :
Tu regere imperio populos, Rmnane, mémento;
Hae tibi erunt artes, pacisque imponere
morem
Parcere suhjectis et debellare superbos.^
1 Virgile, Enéide, vi. 85.0-852
124 VERBES IMPERSONNELS
"• Toi, Romain, souviens-toi de soumettre les
peuples à ton empire. Ce seront là tes arts :
imposer les lois de la paix, épargner les vaincus
et dompter les superbes."
VERBES IMPERSONNELS.
On appelle ainsi les verbes qui n'ont que la
Sème personne du singulier ; ils sont très fréquem-
ment employés, en particulier :
OPORTET (il faut); o^wrtehat, oportuit,
ojjortuerat, etc., o'portere, oportuisse.
DECET (il convient; d'où décence), decehat,
decuit, decuerat, etc., decere.
IJCET (il est permis ; d'où licence), lîcebat,
licuit, licuerat, etc. licere.
LIBET (il plaît ; d'où ad libitum), lihebat,
libuit, libuerat, etc., libère.
LIQUET (il est clair ; d'où liquide), liquebat,
liquit, liquerat, etc., liquere.
Il faut à ces verbes en joindre cinq autres qui
sont d'im emploi constant et qui se conjuguent,
à la troisième personne du singidier seulement,
LES VERBES ' PAENITET; ' PUDET ' 125
avec me, te, illum, illam, ou un nom au singulier,
nos, vos, illos, illas ou un nom au pluriel. Ce
sont :
Pdenitet {(Voù pénitence), je me repens ; pudet
(d'où pudeur), j'ai honte ; piget, je suis fâché ;
taedet, (d'où Tanglais tedious), je suis ennuyé ;
miseret (de miser, misérable), j'ai compassion.
Ainsi Ton dira : Paulum paenituit, Paul se
repentit ; me miseret pauperum, j'ai pitié des
pauvres ; puderet iïlum culpae suae, il aurait
honte de sa faute ; me taedet vitae, j'ai assez de
la vie.
Mais il n'est pas indispensable ({ue le pronom
ou le nom complément soit exprimé. Ovide, exilé
parmi les Gètes sur la Mer Noire, avait écrit un
petit poème dans la langue de ces barbares et il
s'en accuse (que ne donnerions-nous pas pour le
posséder !) :
Ah ! pudet, et Getico scripsi sermone libellum ! ^
" Ah ! j'ai honte, j'ai aussi écrit un petit livre
en langue gétique ! "
Paenitens signifie " se repentant " ; paenitendus
(a, um) signifie "dont on doit se repentir";
^ Ovide, Pontiques, iv, 13. 19.
126 DEUX VERS DE JUVÉNAL
fudendiLS (a, um) signifie " dont on doit avoir
honte," c'est-à-dire " honteux."
rlu vénal écrit à un noble dégénéré
Incipit ipsorum contra te stare parentum
Nobilitas, claramquefacem praeferre pudendis}
Nohilitas parentum ipsorum, la noblesse de tes ancêtres
eux-mt^mes ; incipit stare contra te, commence à se dresser
contre toi ; (que) praeferre fac.em claram, et porter nre
tori;he éclatante ; pudendis, sur (tes) actions honteuses.
" La noblesse même de tes ancêtres vient déposer
contre toi et jeter sur ton ignominie une éclatante
lumière.""
*
* *
J*'ai fini avec les verbes, ma chère Cornélie ;
mais il ne faut pas vous figurer cjue leur étude ne
présente pas d^iutres difficultés. Munie de votre
dictionnaire, vous pourrez toujours savoir, par
exemple, que disco, j'apprends, fait au parfait
didici ; que posco, je demande, fait au parfait
poposci ; (|ue augeo, j''augmente, fait au par-
fait auxi ; que rumpo, je romps, fait au parfait
rupi., etc. Mais ceux ([ui savent le latin n'ont pas
besoin pour cela de leur dictionnaire, ou plutôt
^ Juvénal, Satires, viii. 137-8.
TEMPS PRIMITIFS DES VERBES 127
ils s'en sont servis assez longtemps pour n'y avoir
plus recours que de loin en loin. Je ne songe pas
a vous faire apprendre des " listes de temps primi-
tifs " ; ce serait à vous dégoûter pour toujours des
études latines. Mais je vous recommande, quand
vous lirez du latin en vous aidant d'une traduction
— éditions Hachette, Garnier ou Didot ^ — de ne
pas passer à côté d^une forme verbale qui vous
frappe sans chercher, dans votre lexique, les temps
primitifs du verbe : indicatif présent, parfait et
supin. Si vous avez du zèle, poussez-le jusque
inscrire ces formes sur une fiche ; on n'apprend
vraiment bien que ce qu'on a noté soi-même.
Experto crede, ce qui signifie : " Crois en celui qui
en a fait Texpérience "
S. R.
^ Je vous signale particulièrement les auteurs publiés
par Hachette avec traduction juxtalinéaire et traduction
en " bon français " ; vous jjouvez lire ainsi Horace, Virgile,
César, etc.
DIXIÈME LETTRE.
Ma chère Cornélie,
Les grammaires, même les plus simples, ont
le tort creiîseigner la syntaxe latine en tenant
trop grand compte de la syntaxe française et des
manières de parler propres à notre langue, qu'on
appelle gallicismes. Ainsi Ton nous apprend
que " le livre de Pierre " se dit liber Pétri, mais
que " la ville de Rome " se dit urbs Borna, parce
que de, lorsqu'il signifie " qui s'appelle," ne se rend
pas en latin. C'est bon pour les écoliers qui
doivent faire des thèmes ; mais vous, qui devez
seulement lire et traduire, je ne crois pas qu'il
vous vienne à l'esprit de rendre urbs Borna par
" la ville Rome " ; vous savez trop bien le français
pour cela. Vous ne feriez pas non plus comme ce
candidat au baccalauréat qui, ayant à traduire
rex Prusias — ■ vous savez, ce Prusias roi de Bith}^-
nie.qui joue un si triste rôle dans le Nicomède
de Corneille — écrivit bravement: "le roi de
Prusse." Il n'y a que les garçons pour commettre
de ces étourderies-là !
■ 128
REGIME DES ADJECTIFS 129
ADJECTIFS.
Sachez (jue beaucoup d'adjectifs se construisent
avec le génitif ou le gérondif en di : avidus
kiiulum (avide de louanges) ; cupidus videndi
(désireux de voir). Il en est de même des par-
ticipes présents : amans doctrinae (aimant la
science).
D'autres adjectifs se construisent avec le datif
ou Taccusatif avec ad, par exemple : id mihi utile
est (cela m'est utile) ; pronus ad irarn (porté à la
colère). On dit aussi, avec le gérondif en dum :
promis ad irascendum {d'irascor, je me mets en
colère).
D'autres adjectifs enfin se construisent avec
l'ablatif: dignus laude (digne d'éloge), ou avec
le supin en u : mirahile dictu ou visu (chose
étonnante à dire ou à voir).
En poésie surtout, on trouve des adjectifs con-
struits avec l'accusatif dit " explicatif " : nnda
pedem, " nue quant au pied," c"'est-à-dire " le pied
nu " ; n'igrantes terga juvenci, " des bouvillons
noirs quant aux dos " (pluriel pour le singulier),
c'est-à-dire " des bouvillons au noir pelage." Voici
un exemple de Virgile, décrivant un messager de
Jupiter;
E
130 COMPARATIFS ET SUPERLATIFS
Oinnia Mercurio simUis, vocemque colorcmqiie
Et a-'ines Jîuvos et inembra décora juventue.^
Similis oinnia Mercurio, setnblal)le en tout à Mercure ;
vocemque, et quant à la voix ; coloremque, et quant à la
couleur; et crines Jlavos, et quant aux cheveux blonds;
et membra dec<yra juventae, et quant aux membres beaux
de jeunesse.
" Semblable en tous points à Mercure ; même
voix, même teint, même cheveku'e blonde, même
beauté juvénile des membres.""
Après un comparatif on trouve le nom à Tablatif :
doctior Petro (plus savant que Pierre); on dit aussi
doctior quam Petrus. Quand on compare deux
adjectifs, on les met tous les deux au comparatif:
felicior est quam prudentior (il est plus heureux
que prudent).
Après un superlatif, le nom pluriel se met au
génitif, à l'ablatif avec ex ou à Taccusatif avec
inter : altissima arborum, ou ex arboribics, ou
inter arbores (le plus haut des arbres).
Le superlatif latin suivi de quisque (chacun)
équivaut à un superlatif pluriel en français :
optimus quisque illi favet (les plus honnêtes gens
le favorisent ; mot à mot, chacun le meilleur le
favorise).
* Virgile, Enéide, iv. 558-9.
REGIME DES VERBES 131
VERBES.
Tous les verbes actifs et plusieurs verbes dé-
ponents se construisent avec Taccusatif: amo
patrem (j'aime mon père); imitor magistrum
(j'imite mon maître). Il en est de même des verbes
juvare, manere,Jugere, etc. Exemples: Musica
me juvat et delectat (la musique me réjouit et me
divertit). — Gloria aeterna nos manet (une gloire
éternelle nous attend). — Multa nos fugiunt,
fallunt, praetereunt (bien des choses nous échap-
pent, nous trompent et nous passent).
La plupart des verbes neutres et des verbes
déponents, ainsi (jue beaucoup d'autres verbes, se
construisent avec le datif, il faut savoir par cœur
les exemples suivants : Studeo grammaticae
(j'étudie la grammaire) ; defuit officio (il a
manqué à son devoir) ; calamitas tibi imminet
(un malheur te menace) ; hoc mihi contigit (cette
chose [heureuse] m'est arrivée) ; hoc mihi accidit
(cette chose [fâcheuse] m'est arrivée) ; homo
minatur mihi (un homme me menace).
Le verbe esse, signifiant "causer," se construit
avec deux datifs : hoc erit tibi dolori (cela te
causera de la peine). On trouve aussi deux datifs
dans des expressions comme celle-ci : mtio veHere
K 2
132 COIMPLEMENX INDIRECT
aliquid cilicui (faire un crime à quelqu'un de
quelque chose).
Les verbes signifiant abondance ou disette, le
verbe gaudere et quekjues verbes déponents se
construisent avec Tablatif : nullà re caret (il ne
niancjue de rien) ; gaudere felicitate aliéna (se
réjouir du bonheur d'autrui) ; fungor officio (je
m'acquitte de mon devoir).
Le verbe misereri se construit avec le génitif:
miserere pauperum (aie pitié des pauvres). Les
verbes signifiant " se souvenir " se construisent
avec le génitif ou l'accusatif : vivorum memini
nec possum oblivisci mortuos (je me souviens des
vivants et ne puis oublier les morts).
Complément Indirect.
En général, on le met au datif: do vestem
pauperi (je donne un vêtement au pauvre). Mais
les verbes minari etgraiulari veulent leur complé-
ment direct au datif et le complément indirect à
l'accusatif: minari ynortem alicui (menacer quel-
qu'un de moYÏ); gratulari victoriam alicui {îèW-
citer quelqu'un d'une victoire).
Les verbes docere (enseigner), celare (cacher),
rngare (demander) se construisent avec deux
COMPLEMENT DES VERBES PASSIFS 133
accusatifs : doceo pueros grammaticam (j'enseigne
aux enfants la grammaire).
Les verbes signifiant accuser^ condamner,
absoudre, convaincre, veulent le complément in-
direct au génitif ou à Tablatif : insimulare ali-
quemfurti on furto (accuser quelqu'un de vol).
Avec le verbe moneo, le pronom complément
indirect se met à Taccusatif : hoc unum te moneo
(je t'avertis d'une chose).
Complément des Verbes Passifs.
En général, ce complément se met à l'ablatif
avec a ou ab si c'est un nom de personne, à
l'ablatif sans préposition si c'est un nom de chose :
amor a pâtre; moerore conficior (je suis aimé de
mon père; je suis accablé de chagrin). Mais
avec quelques verbes et les participes en dîis, da,
dum, le datif est plus usité : Haec sententia 7vihi
prohatur (cet avis est approuvé par moi) ; mihi
colenda est virtus (la vertu doit être praticjuée
par moi ; je dois prati(|uer la vertu).
Complément des Verbes Impersonnels.
Les cinq verbes paenitet, pudet, piget, taedef,
miseret (p. 125) se construisent ainsi : me paenitet
i;it EMPLOI DES PJIONOMS
culpae îueae (je me repens de ma faute ; mot à
mot : il me repent de ma faute).
Est, refert, interest, employés impersonnelle-
ment pour signlHcr "il appartient à, il est de
Tintérét de," se construisent ainsi : interest disci-
puli (il importe à Télève) ; ad ho?iorem nostrum
interest (il importe à notre honneur); refert m en
unius (il importe à moi seul, construction
exceptionnelle).
Opiis est, signi fiant " il est besoin de," se
construit ainsi : mihi opus est amico (j'ai besoin
d\ni ami).
Vkrbe Complément p^'N Ai tuf. Verbe.
On emploie souvent le gérondif: te hortor ad
legendum (je t'exhorte à lire) ; consumit tempus
legendo (il passe son temps à lire, c'est-à-dire en
lisant).
PRONOMS.
Voici <|uel(jues exemples types (|u'il est bon de
retenir : Puer quem paenitet (l'enfant (pii se
repent) ; mitte quem voles (envoie qui tu vou-
dras) ; uter est doctior, tune an f rater ? (lecpiel est
plus savant, de toi ou de ton frère ?) ; cui non
INTERROGATION, RÉPONSE, &c. 135
opiis est amicis ? (qui n'a pas besoin d'ainis ?) ;
quid virtute 'pidchrius ? (({uoi de plus beau que
la vertu ?) ; quota hora est ? (quelle heure est-il ?).
— Je vous répète qu'il vous suffit de réciter
l'exemple latin à l'appel de l'exemple français, et
réciproquement. Ces petites phrases bien sues
servent de talismans pour la lecture des auteurs ;
elles me reviennent sans cesse à l'esprit quand je
lis du latin.
Interrogation, Rkponse, Défense.
Vous ne serez pas embaiTassée par ces petits
mots intraduisibles, an, ne, num, si vous retenez
les exemples suivants : Vidistine patrem ? Vidi
(as-tu ^■u ton père ? Je l'ai vu). — Nonne vides
solem ? (ne vois-tu pas le soleil ? — Bonusne est
an malus ? (est-il bon ou méchant ?). — Verumne
est annon ? (est-ce vTai ou non H). — Verumne est,
an falsum ? (est-ce vrai ou faux ?). — Quaeritur
verum sit necne (il demande si c'est vrai ou non).
— Mené ftigis ? Non tefugio (est-ce moi que tu
fuis ? Je ne te fuis pas). Le latin ne répond pas
d'ordinaire : oui (qui se dit ita, certe, maxime) ni
non (qui se dit minime), mais répète le verbe de
la question : DoTmime ? Non doi'mio. " Dors-tu ?
Je ne dors pas."
136 EMPLOI DES PARTICIPES
I^a réponse se met au même cas que le verbe
demanderait dans une phrase ordinaire: Quem
miseret pigromm? Neminem (cpii a pitié des
paresseux:' Personne). — Ciijusnam est loqui ?
Tuum (à qui est-ce de parler ? À toi ; c'est-à-
dire, tuum est loqui).
Iji défense s'exprime par ne avec le subjonctif
ou Tindicatif ; ou trouve aussi les impératifs noU,
yarce, suivis d'un infinitif: Domo ne exeat {(\\\\\
ne sorte pas de la maison) ; ne saevi (ne te fâche
})as) ; 7ioli me tangere (ne me touche pas) ;
parce plorare (ne pleure pas, épargne-toi [la
peine] de {)leurer).
PAIiTICIPES.
I>e latin enijiloie les participes beaucoup plus
volontiers cjue le franc^'ais ; cela donne plus d'unité
et de cohésion à la phrase. Exemples classiques :
Clamor militum nrhem, invadentium (la clamein-
des soldats qui envahissaient la ville) ; urhem
captant hn.si'i.s diripuif (l'eiuiemi pilla la ville qu'il
avait prise).
Une des pai'ticularités de la langue latine est
l'emploi fré(|uent du participe à V ablatif absolu.
Il en reste des traces en fian(,ais : "■' Le repas fini,
nous allâmes au bois." Mais le latin se sert volon-
EMPLOI DES PRÉPOSITIONS 137
tiers de Tablatif absolu là où le français reunit
deux propositions par et ou qui. Exemples : Par-
tibus factis, sic locutus est leo (les parts furent
faites et le lion parla ainsi ; nous dirions aussi ;
les parts faites, le lion parla). Urbe capta, hostis
castra movit (la ville fut prise et Tennemi leva le
camp ; la ville prise, Tennemi leva le camp).
L'ablatif absolu, marquant connue une parenthèse,
se trouve aussi sans que le verbe soit exprimé.
Romulo rege (ou régnante), romanum imperium.
crevit (sous le règne de Romulus [Rotnulus étant
roi\ la puissance romaine s'accrut). \ ous savez
déjà que le verbe sum n'a pas de participe présent
en latin classique ; ens, d'où le neutre pluriel
entia, " substances, entités," appartient à la
langue philosophique du moyen âge.
L'ablatif absolu est souvent employé en latin
dans un sens un peu vague, marquant simplement
une relation avec ce qui précède ou ce qui suit.
Par exemple : dejecto lumina vultu (Virgile),
les yeux avec une expression d(.jetée, le regard
attristé.
PRÉPOSITIONS.
Questions ue Lieu : Les prépositions fran-
çaises répondent aux questions de lieu ubi (oîi
138 QUESTIONS DE LIEU
Ton est), quo (où Ton va), unde (d'où Ton vient),
quà (par où Ton passe) : "Je suis h Konie, je vais
à Home, je viens de Home, je j)asse par llonie.''''
En latin, on se sert moins souvent des préposi-
tions et Ton emploie les noms de ville ou de lieu
à différents cas. Ix's exemples suivants suffiront
à vous avertir: Natus est Athenis (il est né à
AtluiK's); habitat Lugduni (il habite à liVon).
Ce Lugduni n'est pas un génitif"; c'est un ancien
cas appelé locatif, ijui subsiste dans certaines
langues de la famille à lacjuelle appartient le
latin, j)ar exemple le sanscrit (de l'Inde) et le
lithuanien. Il en reste d'autres traces en latin
dans les prépositions connue uhi (où), ibi (là)
et dans des expressions connue domi (à la
maison), Jmnii (à terre). On dit procumbit
humi (il tombe à terre), et non pas humo. — On
dit encore: Bedeo Eœnd, rure (je reviens de
Rome, de la campagne) ; sitientes ibimus Afros ^
ou ad Jfro.s (nous irons chez les iVfricains altérés) ;
ibain forte vin sacra '^ (je passais par hasard par
la \()ie sacrée, grande rue de Rome).
Questions de Te.mts: L'indication du temps
ne se' met pas au nominatif, mais à l'ablatif ou à
l'accusatif: Veniet horâ tertiâ (il viendra à la
* Virgile, Bucoliques, i. 65.
* Horace, Sath-es, i. 9. 1.
CONSTRUCTION DES ADVERBES 139
troisième heure) ; regnavit très annos (il régna
trois ans) ; multos annos utor familiariter pâtre
iuo (je suis lié avec ton père depuis nombre d'an-
nées) ; annos centum natus decessit ou annum
centesimum agens decessit (il est mort à IVige
de cent ans).
Mestre, Valeur : Ces indications comportent
remploi de Taccusatif ou de Tablatif: Vélum
longum très ulnas (un voile long de trois aunes) ;
decem ah hoc loco passus ou passibus cecidit (il
est tombé à dix pas d'ici) ; Mc liber constat viginti
assibus (ce livre coûte vingt as). L'as, monnaie
romaine, valait environ six centimes.
ADVERBES.
Excepté obviant, qui se construit avec le datif
{ire obviam alicui, aller à la rencontre de ((uel-
qu\ni) et pt'idie, postridie, cjui veulent le génitif
ou Faccusatif {pridie Calendarum ou Calendas,
la veille des Calendes, c'est-à-dire la veille du 1er
du mois), tous les adverbes se construisent avec le
génitif: multum aquae (beaucoup d'eau); nusquam
gentium (nulle part au monde ; gentes, les nations,
les hommes, les "gens"); illins ergo vênimus
nous sommes venus à cause de lui).
110 lllXiDIK DES CONJONCTIONS
CONJONCTIONS.
Elles se construisent avec rindicatif ou le
subjonctif; cela (K'jK'nd beaucouj) de la nuance de
sens exprimée et des habitudes de Fauteur. On
peut dire ceci :
1". I^)rs(|ue cum sii^nilie " puis(|ue, vu que," il
piend le subjonctif: Qiiae cum ita sint (puis(ju''il
en est ainsi).
2". I^)rs(jue ut signifie "à supposer cjuc,''"' il se
construit toujours avec le subjonctif. Voici un
exemple tiré d'un Ix'au passage où Juvénal expose
les inconvénients de vieillesse:
Vt vigeant sensus animi, duceiida tamen su)it
Funera natorum, rogus aspiciendus amatae
Conjugis etfratris, plenaeque sororibus urnae.
Ilaec ddta jwena diu viventibus, 7d renovatà
Semper clade domus, multis in luctibus inque
Perpétua moerore et nigrâ veste senescant.^
Vt sfnsus animi vigeant, à supposer que les facultc'S de
l'ânie subsistent; tamen f^tnrra naforum diicenda svnt,
pourtant les funérailles des enfant* doivent être conduites;
rogiai conjugis amatae et fratris, le bûcher d'une épouse
aimée et d'un fr6re ; aspicietidv.i (s.-entendu ext), doit être
rpi,'ardé ; nrnaeiiue ple>}tae sororihux, et des urnes jileines
» Juvi'nal, Satires, x. 240-24.').
SIX VERS DE JUVENAL 141
(des ceudres) de sœurs (s. -entendu "doivent être re-
gardées") ; haec poeivx dald (es/) civentibns diu, cette i)eine
a été infligée à ceux qui vivent longtemps ; ut senescant,
(à savoir) qu'ils vieillissent ; clade domus semper renovatâ
(al)latif absolu), le désastre de leur maison étant toujours
renouvelé; in litctihus riiultis, dans des deuils nombreux ;
itique moerore perpetiu), et dans un chagrin perpétuel; et
veste nùjrâ, et dans un vêtement noir.
"À supposer que le vieillard conserve les
facultés de son esprit, il n''en devra pas moins
conduire la pompe funèbre de ses enfants, con-
templer le bûcher d'une épouse chérie ou cVun
frère, les urnes pleines des cendres de ses sœurs.
Telle est la peine d'avoir trop vécu : la maison
incessamment renouvelée par la mort, la vieillesse
condamnée à des deuils nombreux, à un chagrin
continuel, au port de vêtements noirs.'"
Ces vers sont tellement pleins de mots et de
sens qu'il est difficile de les traduire. Il y a, dans
le latin, quelque chose de lourd, de las, de funèbre
qui s'harmonise à merveille avec le sujet. Ne
trouvez-vous pas admirable cette fin de vers :
plenaeque sororihus urnae ? C'est comme le son
du glas. — Mais je me rappelle que je vous ai cité
ce passage à cause du début du premier vers ; quel
ridicule contre-sens ne ferait-on pas (je l'ai vu
faire dix fois par des élèves) en traduisant ut
vigeant par " afin que subsistent " "^
142 rijorosmoN iminitive
ISTKRJECTIONS.
Certains mots servant (rinterjections se con-
struisent avec le datif: Vae victis! (malheur
aux vaincus!). D'autres fois on enij)K)ii' Paccu-
satif: O J'ortunatos agricoles! (ô heureux a<^ri-
culteui*s!). On trouve aussi Taccus^itif seul : Me
miserum ! (malheureux que je suis!).
PHUPOSITIOS ISFINITI VE.
Ave- l'emploi <le Tablatif absolu, celui di' la
proix)iiition in/initive {n[[viu\v/.\ vous allez com-
prendre) est le caractère le plus original de la
langue latine compan'i' à la nôtre. Je nrexplicpie.
En français, nous usons et nous abusons de que,
connne le Ws-latin abusait de quod ; il en résulte
de vt'-ritables caco])lionies : "Je t'ai dit quW
voulait qu on renteiidit," Kn latin chissi(jue, on
ne dit pas cela, mais "je t'ai dit lui vouloir être
entendu," tihi dixi illum cupere audiri. Kn un
mot, le latin aime les constructions ou l'infinitif
tient la j)lace d'une atitre forme verbale; il affecte
la construction in/utitive.
LE 'QUE RETRANCHÉ' 143
Dans les anciennes i^rannnaires, on appelait
cela la "règle du que letranclié." Ce nom est
impropre, parce (jue les Romains, dans leur
ignorance naturelle de la langue française, ne
pouvaient pas "retrancher" le que français; il
est toutefois moins impr()j)re (ju^il ne paraît,
puiscjue le latin populaire, dont le bas-latin n'est
que Tavénement dans la littérature, disait cer-
tainement credo quod fies (je crois que tu pleures)
au lieu du latin correct credo te flere.
La traduction française littérale d'une proposi-
tion infinitive latine ressemble à du "petit nègre,"
mais elle est pourtant intelh'gible : Speraham me
brevi rediturum esse, "j'espérais moi bientôt
devoir revenir." Mone illmn me advenisse,
"avertis-le moi êti-e arrivé." J ussit eum venir e,
" il ordonna lui venir." Il n'y a pas de difficulté
pour le sens. Je me dispenserai donc de vous
donner d'autres exemples, le but que je poursuis
étant seulement de vous armer contre les difficultés
de la lecture et de la version.
I^e dernier des grands poètes latins, Claudien,
(|ui a célébré les dernières victoires de Rome au
début du \^ siècle, a écrit de bien beaux vers à
propos de la disgrâce méritée d'un nommé Rufin,
tjui fut ministre de l'empereur Théodose et de son
fils Arcadius:
144 VERS DE CLAUDIEN
Sucpe mihi dubiam iraxit senientia meniem
('urarent Supcri terras, an iikUus inesset
Hector et incerto fluerent mortalia casu. . . .
Abstulit hune tandem Bufini poena tumidtum,
Ahsolvitque deos. Jam non ad culmina
rerum
Injustos crevisse queror : toUuntur in altum
Ut lapsu graviore ruant. . . .^
Saepe senientia irtuit mihi mentem dnhiam, souvent une
(double) opinion tira (en sens contraire) à moi (mon) esprit
incertain ; Siiperi curarent terras (de savoir si) les dieux
d'en haut avaient souci des terres (de la terre) ; an inessH
nnUus rector, ou s'il n'y avait aucun guide ; et mortalia
fluerent cumi incerto, et si les choses mortelles coulaient
}»ar un hasard incertain. Tandem poena i?i/^rii, enfin le
châtiment de Rufin ; ahstnlit (parfîiit de anferre) hune
tumidtum, a mis fin à ce trouble (de mon esprit) ; ahsol-
vitque deos, et a absous les dieux. Jam non querm; déjà
(maintenant) je ne me plains plus ; injustos crevisse ad
odinina 7-erum, que les (hommes) injustes aient crû jusqu'au
faîte des choses (honneurs) ; tolluntur in altum, ils sont
portés en haut ; nt miant lapsu graviore, pour qu'ils
tombent d'une chute plus lourde.
" Deux sentiments contraires ont souvent partagé
mon esprit incertain : les dieux s'occujjent-ils de
la terre .'' ou bien nV a-t-il aucun guide et les
choses humaines flottent-elles au gré du hasard ?
^ Claudien, contre Rufin, i. 1 et suiv.
ÉPOQUES DE LA LITTÉRATURE 145
La châtiment de Rufin a enfin dissipe ce trouble
de mon âme. Je ne me plains plus que les
méchants soient portes au faîte des honneurs ;
ils ne s'élèvent si haut que pour tomber d'une
plus lourde chute."
Ce sont là de beaux vers, mais on ne peut dire
que le style en soit pur. Le premier vers est mal
écrit ; il ne s'agit pas d'une opinion {sententia),
mais de deux opinions. Au vers .5, auferre
tumultum est une singulière ïm;on de dire : " dis-
siper un trouble." Les poètes du siècle d'Auguste
écrivaient mieux ; ce siècle est la fin et l'apogée
de Vâge d'or de la littérature latine. Lucain,
Pline le jeune, Tacite appartiennent déjà à la
latinité d'argent; l'époque de Claudien est Vâge
de fer, mais il y reste des paillettes d'or.
Je ne vous cite pas d'exemple du comique
Plaute, dont la langue est très archaïque et
difficile. Mais je veux terminer cette lettre
par quel(jues vers de Lucrèce, poète mort en 41
avant notre ère, c'est-à-dire trois ans après Jules
César. C'est encore du vieux latin, mais avec de
merveilleuses qualités de vigueur ; le poème de
Lucrèce, de naturâ rerum (de la nature des choses)
est pénible à lire, souvent aride, mais plein de
beautés de premier ordre:
146 VERS DE LUCRIX'E
Suave, mari magno turhaniihus aequora ventis,
E terra magmim alterius spectare lahorem ;
Non quia vexari quemquain est jucunda volup-
tas,
Sed quihus ipse malis careas, ea cerner e suave
est.
Suave etiam helli certamina magna tueri
Per cam})0!< instructa, tuâ sine parte pericli.
Sed nil dulcius est hene quam munita tenere
Editai doctrinû sapientuni templa serena,
Despicere xinde queas alios passimque videre
Errare atque viam palanfes quaerere vitae! ^
Snnve, (il esi) doux, c'est (chose) douce. Pour traduire
un neutre latin, il faut souvent, eu français, ajouter le mot
cJujse, comme dans ces mots de Virj^ile : Varima et mutabile
seinper feminn (la femme est toujours chose variable et
changeante ; et l'homme aussi, n'est-ce pas ?). Ventis txirhan-
tihvs tteijUorn mûri miujno, les vents bouleversant les flols
(sur) la vaste mer ; spectare e terra, (de) regarder de la terre ;
magnum Itihorem (tllerin.s, la grande épreuve d'un autre ;
710» qriid est j>i4nn(hi rolnptns, non que ce soit nn agréable
plaisir; quemtpiam rexari, que quelqu'un soit maltrailé(Hous
nos yeux) ; sed snare est, mais il est doux ; cernere va {mala),
(lie) voir ces (maux) ; quilnm malis careas ipse, desauels
maux tu sois exempt toi-même. Suave etiam, (i) est) doux
aussi ; tneri magna cetiamina helli, de regarder les grands
combats de la guerre ; instmcta per campos, disposés ù
^ Lucrèce, De la nature des choses, ii. 1 et suiv.
BUT DU POÈME DE LUCRÈCE lt7
travers les champs; sine luâ parte peridi, «ans ta part de
danger. Sed nihil didcius est, mais rien n'est plus doux ;
qitam tenere templa serena, que d'occuper les temples
sereins ; bene mnnita, bien fortifiés ; édita doctrinâ
sapientum, élevés par la science des sages ; iinde rpteas
despicere alios, d'où tu puisses regarder-de-haut les autres ;
passimrpie, et cà et là ; videre errare, (les) voir errer ; at(pie
palanten, et marchant à l'aventure ; quaerere viam vitae,
chercher la voie de la vie.
" Il est doux, (juand la vaste nier est bouleversée
par les vents, d'assister du rivage aux rudes épreuves
d'autrui ; non pas qu'on trouve une jouissiince
dans les souffrances d\m autre honnne, mais parce
qu'il est doux de voir des maux dont on est
exempt. Il est doux aussi de contempler les luttes
terribles de la guerre se déroulant dans la plaine,
sans prendre part au danger. Mais rien n'est
plus doux que d'occuper les temples sereins, élevés
et fortifiés par la science, d'où l'on peut voir à
ses pieds les autres hommes errant à l'aventure,
cherchant le chemin de la vraie vie."
Ce sentiment n'est pas très charitable, mais
lATcrèce n'était pourtant pas un égoïste, puiscju'il a
écrit un long poème pour enseigner aux Romains
la philosophie scientifique d'Epicure, qui devait
les délivrer des craintes superstitieuses, en par-
ticulier de celles de l'autre vie:
L 2
U8 T.K SAClillICK iririIIGKNIK
Et nictus illcforas pracceps Acherontis agcndus,
Funditns humanam qui vitum turbat ab imo,
Omnia suffundens mortis nigrore, neqite ulhim
Essevolnptatem liquidam puramque relinquit}
Et )ix»'t\is ille Aihfi'Difls, et cette crainte «le l'Acliéron
(tin des fleuves de l'Euler) ; ffj/ou/it-s (es/) /(;;((.s jinierejis,
doit être jetée à la porte lête-en-avant ; ijui turlHit funditns
rilinn hiun^muin ah imo, (jiii Iroulde profondément la vie
liuniaine dej)uis le fond ; siiff}indens oinnia nnjrore morti.s
arrosant toute? choses de la noirceur de la mort ; neqne
rdiminit ullam rolnptatem. et ne laisse aucun plaisir ;
liquidam puranti/ue, clair et pur.
'* Il faut cluisser .sans inc-iiagcmcnt de nos esprits
cette terreur de l'Acliéron, (|Mi trouble le tond
niêino de la vii- humaine, (|ui npand sur tout les
sondjres teintes de la mort et ne nous laisse goûter
aucune joie paisible et pure."
Lucrèce nVst pas nioins sévère pour la supersti-
tion stuj)i(le (|ui, sur la foi d'un oracle, lil mourir
rinn(K-ente Ipliigénie alin (Tassuri-r aux (îrecs des
V -nts favorables :
Aulide quo })nrto Trivid'i virginis nram
J phifinassdi turparunt sanguine foede
Ductores Dnnaiim delecii, prima virorum,
Exitus ut classi felix faxistusque daretur.
Tantum religio potiiit suadere malorum!^
' [.ucrèce, l)f la nature des clioses, iii. 37-40,
2 ll'id. i. 78-80, 94-9Ô.
LUCRECE ET LA SUPERSTITION 149
Quo pacto, (le cette manière ; Aulkle, à Aulis (port de
Béotie) ; dnctores delecti Danaum, les chefs' choisis des
Danaens (des (îrecs) ; prima inronnn, l'élite des guerriers
[prima, pluriel neutre, locution imitée du grec] ; turimmnt
foede, souillèrent honteusement ; aram vinjinls Triviaï,
l'autel de la vierge protectrice-des-carrefours [Trivia, sur-
nom de Diane, de très viae, d'où trivial ; le génitif Triviaï
est archaïque] ; sançpnne Iphianassaï, du sang d'iphianassa
[autre nom d'Iphigénie ; ce génitif a la forme archaïque] ;
nt exilns felix faustiisqne, afin qu'une sortie heureuse et
favorable ; daretur classi, fût lionnée à la flotte. Tantinn
relitjio, tant la religion ; pijtuit snudere inalorum, a pu
conseiller da maux.
" Ainsi, à Aulis, lautel de la vierge Trivia fut
honteusement souillé du sang (riphigénie par les
chefs choisis des Grecs, élite des guerriers, afin
d"'assurer à la flotte une heureuse sortie du port.
Tant la religion a pu conseiller de forfaits ! "'
Il va sans dire, Cornélie, que ce jugement sévère
ne s'appliciue qu'à la religion païenne; mais
Lucrèce, né Romain et avant notre ère, ne pouvait
^)as eu connaître de meilleure.
lîonsoir,
S. R.
ONZIKMK LKITRE
Je irai pas fini, chcre Conu-lie, avec les petites
phni-scs (jifil faut savoir par cieur afin de n'être
{)a.s arrête, en lisant, par des expressions analogues.
Quand on les rencontre ensuite dans un texte, on
a plaisir à les saluer comme de vieilles connais-
sances. Forsan ethaec olim meminisse juvahit,
dit \ irgile ; je vous ai déjà expli(|uê cela (p. ()2).
Xon cuiquam aiictor esse velim ut Ovidiurn
imitetur (Je ne voudrais conseiller à j)ersonne
d'imiter Ovide). — Cura ut valeas, ne in morhum
incidas (Tais en sorte de te bien porter, de ne
pas tomber malade). — Mone illum uf sihi caveat
(Avertis-le de se garder). — Litteras ad me yerfe-
nndns curavit (Il m'a tait porter une lettre). —
Xihil nieâ refert utrum dires sim an jmuper ou
divesne sim an jxiuper (Il nrimjiorte peu d'être
riche ou pauvre). — Timeo ut dolorem sustineas
(Je crains [et je me demande] conniient tu suj)-
porteras la douleur). — Cave ne cadas (Prends
garde de ne jias tomber). — Cave ut recte eîoffuaris
(l'rendsgarde de parlercorrectement). — Da operam
PHRASES A RETEMll 151
ut omnia sint parata (Prends garde on fais en
sorte (jue tout soit prêt).
Dignus est cui faveam (Il mérite que je le
favorise). — Quis ùnpedit quin p'oficiscaris ? (Qui
fempêclie de partir ?) — Xon possum non loqui
(Je ne puis m'enipêcher de parler). — Per me non
stat quin sis beatus (Il ne tient pas à moi que tu
ne sois heureux). — Praesume anima multa tibi
esse patienda (Attends-toi à souffrir l)eaucoup de
choses). — Moi'bus causa fuit ciir te non inviser im
(La maladie m'a empêché de te voir). — Non est cur
sileas (Tu n'a pas de raison de te taire). — Dubito
valeatne an aegrotet (Je ne sais s'il se porte bien
ou s'il est malade). — Memini me légère [et non
legisse] (Je me rappelle avoir lu).
Adolescentibus non modo non invidetur, verum
etiam favetur (Non seulement on ne veut pas
nuire aux jeunes gens, mais on les favorise; exemple
de l'emploi impersonnel des verbes neutres au
passif). — Videre est homines qui honores non
appetant (On voit des honnnes (jui ne recherchent
pa.s les honneurs). — Vulpes negavit se esse culpae
proximam (Le renard nia qu'il fût coupable;
exemple de se, dont on ne trouve pas récpiivalent
en français, parce que se se ra})j)orte a vidpes,
sujet princi})al de la ])hrase). — Suum Caesari
gladium restitui (j'ai rendu son épée à César). —
152 EXEMPLES TYPIQUES
Uosies orohant ut sihi parceretur (Ia's ennemis
Mijipliaient (ju'on les épargnât ). — Pater amatliberos
suos, at eorum (et non sua) vitia odit (Un })ère
aime ses entants, mais il hait leurs viees). — Non
is sum qui tu (Je ne suis pas tel que toi). — Quis
hujusmodi pueros non amet ? (Qui iraimerait de
tels enfants ?) — Ea esse débet Uheralitas ut nemini
noceat (E-i libéralité doit être telle (juVllc ne nuise
à pei-sonne). — Ea est Romana gens quae vida
quiescere nesciat {\je peuple romain est tel qu'il
ne peut se reposer étant vaineu, e'est-à-dire qu'il
ne peut se résilier a la défaite).
Eiim ne vidi quidem (Je ne Tai pas même vu).
— Eum amo perinde ac si sit frater meus (Je
Taime eomme .s'il était mon frère). — Pauci atque
admodum jxinci /loinluf.s (Peu et même très peu
d'honnues). — Posco atque adeo flagito (Je demande
et même je supplie). — Alius est atque erat olim
(Il est autre (pfil n'était -autrefois), — Aliter loqui-
tur, aliter sentit (Il parle d'une fâ(,on, il pense de
l'autR-). — Quaere uter utri insidias fecerit (De-
mande Cjui est celui des deux (pli a tendu des
embûches à l'autre). — Quivis alius pojmlus ac
Romanus despondisset animum (Tout autre
peuple (jue le peu[)le romain eut perdu courage).
— Alii aliis rébus delectantur (Ixîs uns aiment
une chose, les autres une autre). — Alii alio
LOCUTIONS LATINES 153
dilapsi sunt (Ils s'échapperont les uns d'un côté,
les autres de Tautre).— ^^m aliis opitulemur
(Aidons-nous les uns les autres). — Alterutrum ad
te mittam (Je fenverrai Tun ou Tautre).
Siccine amicos tuos défendis ? (Est-ce ainsi
que tu défends tes amis ?) — Te ipsum quaero
(C'est toi-même que je cherche). — Non quin exi-
stimem te esse malum (Non c^ue je pense que tu
sois méchant).
Quanti tihi constitit haec domus? (Que fa
coûté cette maison ?) — Utinamfactus essem con-
silii tui certior (Plût au ciel (juc j'eusse été informé
de ton dessein !)
Paulisper attende (Attends un peu). — Tantil-
lum ou paulum ou aliquantulum aquae (In
peu d'eau). — Quotusquisque est disertus ! (Com-
bien peu d'honmies sont élo([uents !)
Philosophi cum veteres tum recentiores (Les
philosophes, tant anciens (jue modernes). — Tanto
praestat divitiis sapientia ! (Tant la sagesse
l'emporte sur les richesses !) — Senedus tantum
honornbatur Lacedaemone quantum ubi maxime
(La vieillesse était honorée a Lacédémone autant
qu'en aucun lieu du monde). — Quam maximis
itineribus poterat Galliam petivit (Il gagna la
Gaule aussi vite que possible, c'est-à-dire par très
grandes étapes).
l.n rilKASES A RETENlll
Adeone ercit stultiis ut arhitraretar . . . (Etait-
il assez fou pour penser . . . ?) — Plura admisit
scelera quam cujus (poin- ut ejus) judices misereat
(Il n commis trop de erimes j)()ur (pie les juges
aient pitié de lui). — Pluris te facio, qvMin ut te
vituperem (Je t'estime trop pour te blâmer). —
Pauciores ludiehat milites quam qui vincere posset
(Il avait trop peu de soldats pour vaincre).^
Vix advenit cum in morhum. incidit (A peine
aiTivé il tomba malade). — Maturius solito surrexit
(Il se leva j)lus tôt (jue de coutunie). — Plus aequo
te amo (Je t"aimc ])lus (pie de raison). — Proxime
cum te vidi {\ax dernière fois (pie je t'ai vu). —
Viginti amios post Urhem conditam (\ ingt ans
après la fondation de la \ ille, c'CvSt-à-dire de
Rome ; on place la fondation de Home en 75ii).
Cicero stahat a senatu (Cieeron était du ])arti
du sénat). — Remoto joco (Plaisanterie à part). —
Hic illi necopinanti nuntius advenit {Un message
lui arriva à Timproviste). — Vix 7ne adspicit, nedum
omet (Il me regarde à peine, loin de m'aimer).
Memoria minuitur nisi eam exerceas (La
mémoire diminue si on ne Texerce pas). — Ut sine
ingénia ars Jiihil valet, ifa arte miiltum juvatur
ingenium (Si Part ne peut rien sans les facultés
naturelles, eelles-ei, d\in autre e(')té, sont bien
secondées par Tart). — Veni si licet ; sin minus,
EXEMPLES TYPIQUES 155
scribe ad me (V'iens si tu peux ; sinon, t'cris-
moi).
Mihi proficîscendum est (Il faut (jue je parte).
— Nunc est bibendum (Maintenant il faut boire,
c'est le moment de boire). — Serviendum est patriae
(Il faut servir sa patrie). — Aquâ et igni civi
interdicere (Interdire à un citoyen Teau et le feu,
c''est-à-dire Texiler). — Pedibus ire in sententiam
alicujus (Approuver Topinion de quel(|u\in ; locu-
tion empruntée à un usage du sénat romain, où
tous ceux qui votaient dans un sens marchaient
pour se ranger d'un même côté).
Tantum non cecidit (Il a mancjué tomber). — -
Jam in eo erat ut oppidum caperetur (Déjà la
forteresse était sur le point dY-tre prise). — Jam
prope erat ut sinistrum cornu pelleretur (I/aile
gauche était sur le point d'être repoussée). —
Jamjam oppido potiturus erat (Il était sur le
point de s'emparer de la forteresse).
Sustinuisti id negare? (Tu as eu le front de
nier cela t) — Id nihil aliud quam dolorem meum
exidcerat (Cela ne fait ({u'aigrir ma douleur). —
Nihil mihi longius est quam ut te videam (Rien
ne me tarde plus c(ue de te voir). — Nihil mihi
antiqiiius est quam ut te videam (Je n'ai rien
plus a cœur que de te voir). — Frustra clamitas
(Tu as beau crier). — Aganius pingiii Minervâ
156 LOn-riONS LATINES
(Agissons avec le ^ros l)()n sens, uv. cherclioiis pas
finesse). — Iram tuam pro nUiilo duco (Je nie
uKXjue (le ta colère). — Criticonim cavillationes
non flocci ou non nauci J'acio {Jv nestinie pas à
un poil (le laine, à un zeste de noix les chicanes
(les criti(jues). — Invitus recessit (Il se retira malgré
lui). — Invita Minervâ versus facere (laire des
vei*s en dépit de Minerve; Boileau dit: Rimer
malgré Minerve). — Titus Berenicen dimisit in-
vitus invitam (Titus renvoya Bérénice malgré lui
et malgré elle). — Adversante ou répugnante naturâ
(Malgn-, :i Tcncontre de la nature)-
tSujnmâ arbore (Kn haut de raii)ie). — Medio
foro (Au milieu du f()rum).--/wi^s mons (Le j)ied
de la montjigne). — Domus interior (L'intérieur de
la maison). — Vere primo (Au connnencement du
printempsl — Extremn aestate {.\ la fin de Tété).
— A pueris ou a teneris ou a teneris unguiculis
(Dès renfance, dès la plus tendre enfance). — Quinto
quoque anno census hahetur (On })rocède au
recen.sement tous les cin(| ans).
«
Vous me demandere/ peut-être, chère Cornélie,
pour(|Uoi je vous ai donné toutes ces phrases en
bloc, au lieu d'inscrire le latin dans une colonne et
la traduction en face. C'est précisément pourtjue
CONSEILS POUR COMPJtKNDRi: 1.57
vous soyez oblitrce de faire ce ])etit travail vous-
même ! Rien n'iiiij)riine des suites de mots dans la
mémoire comme Teffort nécessaire pour les copier
correctement. Vous pouvez aussi transcrire cha(}ue
phrase sur une fiche, avec la traduction au revers ;
en maniant ces fiches, vous vous interrogerez vous-
même et contrôlerez la fidélité de vos souvenirs,
*
* *
Je voudrais maintenant vous donner quelques
conseils relatifs à Tintelligence des textes. Bien
entendu, je ne possède pas de recette pour " com-
prendre les versions"" ; mais à force d'avoir fait des
contre-sens moi-même et d'en avoir vu faire aux
autres, je crois m'êlre formé une idée assez nette
des précautions à prendre pour les éviter.
Il V a des textes latins que personne ne com-
})rend, cjuelques-uns parce (ju'ils font allusion à
des choses ou à des usages (jue nous ignorons,
beaucoup d'autres parce tjue les copistes du moven
âge ont mal copié des manuscrits plus anciens,
sauté des mots ou même des lignes, estropié des
noms propres, etc. Mais un professeur qui se
respecte — ils se respectent tous — ne vous donnera
jamais à traduire un de ces textes inintelligibles ;
vous devez toujours admettre, a priori, que le
158 CArsi: I)F,S CONTRE-SENS
texte qu'on vous propose a un sens et (pi'il ne s'y
trouve pas d'absurdités.
C'est preeisi'inent ce (jue les élèves oublient.
Alors (ju'ils rougiraient eux-mêmes d'écrire des
bêtises, des phrases vides de sii^nitication, ils en
prêtent généreusement aux anciens (ju'iis tradui-
sent, man|uant ainsi, (|u"ils en aient conscience ou
non, leur })eu d'estime poiu" ces maitres.
Nous vous péni'trere/ de l'idée contraire, ma
chère Cornélie, et après avoir construit grammati-
calement une phrase, sans rien laisser en dehors de
la construction — omettre un mot est le plus sûr
moyen de mal comprendre la {)hrase — vous cher-
cherez à mettre votre traduction en accord non
seulement avec le texte, iiniis avec le conieMte,
cVst-à-dire avec ce (|ui précède et avec ce (|ui
suit, c'est-M-dii'e, encore et surtout, avec le bon
sens.
Je vais vous citer un souvenir personnel. Au
Concours général de seconde, en ISTîi, on nous
dicta en Sorbonne un texte de Cicéron où il y
avait un piège : trois mots dilliciles. Je les
trailuisis de travers, faute d'avoir suivi le principe
que je viens de vous donner. Voici la phrase :
Si implarahiles iracnndiae sint, summa est
ncerhitas ; sin nutem exordhiles, snwina levitas ;
UN EXEMl^LP: DE CICÉRON 159
quae tamen (ut in iiiali.s) acerbitati anieponenda
est}
Les mots difficiles sont dans la parenthèse.
Si iracundiae sint implaeahiles, si (tes) colères sont
implacables; est arerbitas summa, c'est une dureté suprême ;
sin antem exorabiles, si au contraire elles sont exorables ;
summa levitas, (c'est une) suprême légèreté ; quae tamen,
larpielle (légèreté) cependant ; . . . est anteponenda acerbi-
tati, est préférable à la dureté.
Que signifie ut in malis ? Grannnaticalenient,
malis peut être le datif-ablatif pluriel de malus,
méchant ; de mâlum, mal ou mallieiu- ; de mâhim,
ponnne ; de mâhis, ponnuier ; de mâlus, mât de
navire. Laissons les mâts et les pommes, qui
n'auraient rien du tout à voir avec le contexte. Mais
je me souviens d'avoir traduit, après de longues
hésitations: "comme il arrive aux méchants."
CV'tait inepte, car il s'agit de deux défauts, dont
Tun est moins vilain que Tautre ; que viennent
faire ici les méchants .'' Le vrai sens a été très
bien rendu par mon camarade Lévy-Bruhl, bien
connu aujourd'hui par ses beaux ouvrages de
philosophie, qui obtint le premier prix. \'oici
comment il rendit la phrase :
^ Cicéron, Lettre à son frère Qidntus, i. 1, 13.
ICO l'MolS STHOriIKS IVITORACE
"Si vos coUrcs sont iinj)lîiial)k'.s, tYst le conibir
(le la rii^uciir; si elles sont faciles à fléchir, eV-st le
comble dt.' la faiblesse ; et, mal 'jmur mal (eVst-à-
diix' : comme entre deux maux), il faut encore pré-
fcrer cette dernière à la rigueur."
«
« »
Cela dit, je vais terminer cette lettre par trois
strophes Ivricjues (riloracc (jui vous donneront
une idée de cette poésie aimable, mais souvent
obscure.
Diffugrre uires. rcdennt jam gramina cnm])is
Arhorihusque comae ;
Mutât terra vices et decrescentia riixis
Fbimina praetereunt.
NUf-t diffnij''rf, les iipiges se sont dissipées ; jam grnminn
rfilfintt (Yini//i.<, iléjà les herbes reviennent aux clianijis;
iirhnrihitiuitif mmaf, et aux arlires les clievelures ; terra
mutât rjtv.s, la terre éprouve des chan^emoiils ; et Jinviina
derrf-Hft-utia, et les Heuves décroissant ; jn-aetereunt ri}uis,
C!'ulent le Inn;^' des rives.
Frigora mitescunt Zephyris; ver proterit aestas,
I lit erit lira simul
Pomifer autuynnusfruges effvderit ; et mox
Bruma recurrit iners.
Fri'iora mitescunt Zepfu/ris, les froids s'adoucissent par
les Zéphyrs ; aestas proterit ver, l'été cljas.ie le printemjis ;
LA SUCCESSION DES SAISONS 161
interitura simnl, (l'été) qui doit disparaître en même temps
que ; autumiins pomifer, l'automne porte-fruits ; effnderit
frwies, aura produit ses récoltes; et mox bruma iners recurrit,
et bientôt l'hiver stérile revient-en-courant.
Damna tamen celeres reparant caelestia lunae :
Nos, ubi decidimus
Qvo pater Aeneas, quo dives Tullus et Ancus,
Pulvis et umbra sumus}
Tamen, cependant ; lunae celeres, les lunes rapides ;
reparant damna caelestia, réparent (leurs) dommaf:;es célestes
(c'est-à-dire que la lune se retrouve toujours entière au ciel
après avoir per<la des quartiers en décroissant) ; nos, ubi
decidimus, (mais) nous, quand nous tombons ; quo j^ater
Aeneas, où (est tombé avant nous) le père Enée ; '/ko dives
Tullus et Ancus, où (sont tombés) le riche Tullus (Hostilius)
et Ancus (Marti us, rois de Rome) ; sumus pulvis et umbra,
nous sommes de la poussière et une ombre.
"Les neiges ont disparu ; les près reverdissent ;
les arbres se parent de feuilles nouvelles ; la terre
renaît et les rivières coulent assagies le long de
leurs rives.
" Le froid s"'adoucit sous Thaleine des zéphyrs ;
Tété chasse le printemps et doit disparaître a son
tour quand Tautomne aura porté ses fruits ; bientôt
revient le stérile hiver.
" La lune, dans le ciel, sait réparer les pertes
^ Horace, Odes, iv, 7, 1,
TU
1G2 T.A POÉSIE ITHORACE
(ju'elle éprouve ; mais nous, une fois descendus la
où donnent le sage I^iée, le riche Tullus et Ancus,
nous ne sommes plus (jue de la poussière et une
ombre.''
Vous avez remar(|ué (|uc ces strophes charmantes
se composent chacune de deux hexamètres, suivis
de la seconde moitié d'un pentamètre. .J'ai choisi
des strophes faciles ; encore, dans celles-ci, le vers
sur la lune exige-t-il de la réflexion })our être
compris. Iji simplicité et l'enjouement (rilorace
ne sont (pTapparents ; sa poésie Ivriijue est souvent
très artificiel le ; dans ses Satires et Êfitres, il est
le Boileau, mais dans ses Odes il est le Théophile
(îautier des Romains.
VaU !
S R.
DOUZIEME LETTRE.
Ma cnère Coniclie,
Je vais employer cette dernière missive à
enrichir votre anthologie latine. Si je me donne
ce plaisir, c'est avec la conviction cjue vous pren-
drez la peine correspondante et que toutes ces
lignes choisies par moi se fixeront dans votre
mémoire pour n'en plus sortir.
Un petit fragment de IV'locjuence de Cicéron
doit' ici trouver sa place. Voici le début fameux
de la Première Catilinaire, c'est-à-dire de Tinvec-
tive prononcée par Cicéron au sénat contre C'ati-
lina, qui préparait mie révolution sociale.
Quousqiie tandem ahutere, Catilina, patientiâ
nostrà ? Quamdiu etiam furor iste tuus nos
eludet? Queni ad finem sese effrenata jadahit
audacia ? . . . Patere tua consilia non sentis ?
Constrictam jam omnium horum conscientià
teneri conjurationem tuam non vides ? . . . O
temporal mores/ Senatus haec intell gît,
consul videt ; hic tamen vivit. Vivit ? Imo
M 2 163
16; DÉBUT D'UN DISCOURS DE CICÉRON
vero etiam in senatum venit ; fit pnhlici consilii
jxirticeps ; notât et désignât oculis ad caedem
unumqucmquc nostrorum . . . Ad mortem te,
Catilina, duci judsu conaidis jampridem oporte-
bat ; in te conferri pestem illam, quam tu in nos
omnes jamdiu machinaris !
Qxiousqne tandem, Catilina, jus(|ii'à quand enfin, Cati-
lina ; aliulere paiientiO, nostnl ? abuseras-tu de notre
patience? Quamdiu eliam, cnniltien de temps encore ; iste
fnror tnns, cette fureur tienne; nus elndet, nous jouera?
Quem ad finem, jusciuTi quelle fin ; andacia effretiata, (ton)
audace effrénée; sese jactabit, se donnera carrière? Non
sejitis tua consilia patere, ne sens-tu pas que tes desseins
sont révélés ; ?i<»» ndfs tiinm ci>nj}(rati(>nem, ne vois-tu pas
(<iue)ta conjuration ; jam teneri runstrirtam.esl déjà tenue
enchaînée; canscientiù omnium h(yrum, par la connaissance
(({u'en ont) tous ceux-ci (les niaj^'istrats et les sénateurs).
tempora ! morex! () temps ! O mœurs! Semdus in-
telligit haer, le. sénat coni prend ces choses ; ctnisid videt, le
consul les voit ; tamen hic i^ivit, cepen<lant celui-ci vit
(encore). Imn vero, bien plus ; venit etiam in senatum,
il vient nu'nie au sénat ; Jit particeps publici consilii, il
devient participant du conseil jiublic ; notcd et desi(j7i(d
oculis, il note et il désigne des yeux ; ad caedem, pour le
meurtre ; imum'piemfjue nostrorum, un chacun de nous.
Oporfebat, il fallait (il aurait fallu) ; Catilina, Catilina ;
te duci jampridem ad mortem,, que tu fusses conduit depuis
longtemps a la m^prt ; jumu ronsulis, par ordre du consul ;
conferri in te pestent illam, que l'on tournât sur toi cette
destruftion ; quam, tu jamdiu machinaris in nos, que toi
depui.s longtemps tu machines contre noua !
INVECTIVE CONTRE CATILINA 165
"Jusques à quand, Catilina, abuseras-tu notre
patience ? Combien de temps encore serons-nous
le jouet de ta fureur? Jusqu'où s'emportera ton
audace effrénée? . . . Tu ne sens donc pas que
tes projets sont découverts ? Tu ne vois pas que
ta conjuration est déjà enchaînée et paralysée par
la connaissance qu en ont tant de témoins? . . . O
temps ! ô mœurs ! Le sénat comprend, le consul
voit, et cet homme vit encore ! Que dis-je ? Il
vit ! Bien plus, il vient au sénat, il prend part
aux conseils de la République, il note et désigne
des yeux ceux d'entre nous qu'il veut immoler.
Il y a beau temps, Catilina, que le consul aurait
dû t'envoyer à la mort et retourner contre toi
le glaive que tu aiguises depuis longtemps contre
nous."
Cicéron fut traité lui-même par Marc-Antoine
comme il eût voulu que l'on traitât Catilina :
massacré sans jugement. L'histoire du dernier
siècle de la République romaine n'est qu'une
longue série de proscriptions sanglantes ; mais il
y eut alors quelques hommes, connne Cicéron lui-
même, Caton et Brutus, qui consolèrent l'humanité
et lui donnent encore de haut des exem-ples.
Sous l'Empire, dans les écoles des rhéteurs et
dans l'opposition lettrée, Caton devint un héros,
166 ÉLOGE DE CATON PAR SÉNÈQUE
presque une idole. Tônioin ces lignes déclama-
toires, mais vibrantes de Sénèquc, dont le neveu,
le poète Lucain, n'a pas moins éloquemment
glorifié Caton :
CatOjCum ambitu congressus,multiformi malo,
et cutn poteutiae immensd cupiditate, quant totus
orhis in très divisus satiare non poterat, adversiis
vitia civitdtis degenerantis et pessum suri mole
sidentis sfetit sol us, et cadentem rcmpuUlicmn,
quantum modo vnâ retra/ii manu poterat, reti-
nuit : doner vel ahreptus, vel abstractus, comitem
se diu sustentatae ruinae dédit, simulque extincta
sunt quae ne,"as erat dividi : neque enivi Cato
]X)st libertatem rixit, ncc libertas post Cutonem}
Cutn ci>ngri'.t.-iiis mm umhitii, C'atnn s'élaiit iitlaqné à la
liri;,'ue ; nrnln multijormi, m;il à formes multiples ; et cum
immenml oifiiditdte jHitentiae, et il l'immense avidité de
pouvoir; i/ uni orhin lotus divisus in très partis, que le
monde entier (l'Empire romain) divise' en trois j)art!5 (lors
de la formation du triumvirat de César, Pompée et Crassus,
en l'an 6n a. Clir.) ; non ]x>tcrat sufinre, n'avait pu ras-saf^ier
(car Césiir voulut être feiU maître) ; stetit soins, se tint
debout seul ; ndvprsns vitin ci ritatis degenerantis, couXre les
vi" os d'une cité qui déi^énéniit ; et sidentis pessvm, et qui
s'affaissait en las (adverbt-) ; .s»'(7 mole, par son propre
poids; et refinuit refnpnblicnm rarlentem, et il retint la
' Sénèqiie, De la constaïux du sage, chap. 2.
CATON, HEROS DE L'OPPOSITION 167
République qui tombait; quantum modo poterat retrahi
unâ manu, autant du moins qu'elle pouvait être retenue
d'une seule main ; donec vel ahreptus vel abstractus, ju.sqa.'a
ce que soit entraîné, soit arraché ; comVem se dédit, il se
donna comme compagnon ; ruinae diu su.stentatae, à une
ruine longtemps soutenue ; simnlque extincta snnt, et en
même temps furent anéanties; quae nefas erat dividi {deux
choses) qu'il était iiupie de séparer (qui ne pouvaient pas
sans impiété être séparées); neque enim Cato vixit post
libertatem, ni en efl'et Caton (ne) vécut après la liberté ; nec
libertas post Catonem, ni la liberté après Caton. — Vous
savez que Caton, après la mort de Pompée, poursuivit la
guerre contre César et, enfermé dans Utique, s'y donna la
mort (46 a. Ch.).
" Caton, aux prises avec la brigue, mal à formes
multiples, et avec Tambition sans bornes du pouvoir,
que le monde entier partage entre trois honunes
n'avait pu satisfaire, demeura seul debout en face
des vices d'une cité dégénérée et (|ue son poids
entraînait à Tabîme, et retint la République qui
tombait, autant qu'elle pouvait l'être par une
seule main ; tant qu'enfin, entraîné ou arraché
lui-même, il se fit le compagnon d'un édifice en
ruine longtemps soutenu par lui, et l'on vit suc-
comber à la fois ce que la loi divine ne permettait
pas de séparer : Caton ne survécut pas à la liberté,
ni la liberté à Caton."
Après cette prose harmonieuse, revenons aux
vers. V'oici un joli distique du poète élégiaque
1 68 DISTIQUES DE TIBl LLE ET D'OVIDE
Tibulle, le Musset de la littérature romaine ; il
s'adresse à une amie :
Te spedem, suprema mihi cinn venerit hora,
Te teneam ynonens déficiente manu}
" Puissé-je te voir, quand viendra pour moi la
dernière heure ! Puissé-je te tenir en mourant
d'une main di'faillante! ""
Tibulle mourut jeune ; Ovide, (jui s"'inspira de
lui, l'avait connu. Il nous le dit dans de très
beaux vers écrits en exil, où il raconte sa vie, ses
succès précoces et ses malheurs :
Saepe siios solitus recitare Propertius ignes,
Jure sodalitii qui mihi junctus erat ;
Et tenuii no-stras numerosud Horatius aures,
Du m ferit Ausoniâ car mina culta lyrû.
Virgilium vidi tantum nec avara Tibullo
Tempus amicitiae fata dedere meaer
Saepe Fro])ertim solitn.f (est), souvent Properce eut
riiabitude ; recitare suos i'ines, (de me) réciter ses feux (ses
pcièmes dumour) ; f/»a' mihi ernt jnnctit^, (lui) qui m'était
uni ; pire sodalitii, par le droit de ia camuraderie ; et
tinmerosiis HoratiuK, et l'iiarmonieux Horaco ; tenuit
nostros aures, a retenu nos (mes) oreilles ; dum ferit
1 Tibulle, Élégies, i. 1, 59-60.
2 Ovide, Tristes, iv. 10, 45 et suiv.
DISTIQUE DE PROPERCE 169
cannina culta, tandis qu'il frappe (fait retentir) des chants
raffinés ; lyrâ Aiisoniâ, sur la lyre ausonienne (italienne).
Viditantiiin Virgilium, j'ai vu seulement Virgile; necavara
fata dedere tempus Tibullo. et les avares destins n'ont
pas donné le temps à Tibulle ; meae amicitiae, de mon
amitié.
" J'écoutai souvent Properce, dont je fus le
camarade et Tami, reciter ses poèmes d"'amour ;
rharmonieux Horace charma aussi mes oreilles en
tirant des chants pleins dV'légance de la lyre
ausonienne. Virgile, je Tai vu seulement, et les
destins jaloux ravirent trop tôt Tibulle à mon
amitié.*"
Properce aussi avait du talent, bien que ses
ignés nous laissent bien froids aujourd'hui ; ses élé-
gies sur les origines de Rome émeuvent davantage.
Il eut aussi le mérite d'admirer profondément
Virgile et de célébrer son Enéide avant qu'elle ne
vît le jour :
Cedite, Romani scriptores ; cedite Graii :
Nescio quid majus nascitur Iliade}
Cedite^ cédez (le pas) ; scriptores Eomani, écrivains
romains ; cedite Graii, cédez (le pas, écrivain?) grecs ;
nescio quid, je ne sais quoi ; majiis Iliade, de plus grand
que l'Iliade ; nascilur, naît (en ce moment).
1 Properce, Élégies, ii. 34, 65-66.
170 VIRGILE, AITGUSTE ET OCTAVIE
" Arrière, écrivains de Rome et de la Grèce !
Il naît ]c ne sais quelle œuvre qui sera plus grande
que ni'iade ! "
IjËm'ide ne fut publiée qu'après la mort de
\ irgile ; mais, de son vivant, il en avait lu des
morceaux à des amis, entre autres 'le passage du
W livre ou Anchise, aux Enfers, montre à Enée
le jeune Marcellus. Ce prince était le fils d'Octavic,
la sfrur d'Auguste, et destiné à succéder a son oncle ;
une maladie mystérieuse renleva à lYige de vingt
ans (23 a. C'ii.). Lors<jue \ irgile donna lecture
de ce passage à Auguste et à Octavie, elle eji fut
si émue (péelle s'évanouit entre les bras de Tem-
pereur ; puis elle fit remettre au j)oète 10,000
sesterces (environ i2,00() fiancN) pour cluujue vers.
Il existe à Toulouse et à Bruxelles deux tableaux
d'Ingres (|ui représentent cette lecture ; ce sont les
plus touchantes de ses (euvres.
Atque hic Aeneas — una namque ire videhnt 8f
Egregium jormâ juvenem et julgentihus armis, 8<
Sed frons Inetn parum et dejecto lumina vultu :
" Quis, pater, iUe virum qui sic comitatur euntem ?
Filins, ayine aliquis magnâ de stirpe nepotum?
Qui strepitus circa comitum ! quantum instar in
ipso est !
Sed nox atra caput tristi circumvohit umhrn.^^ 8i
ELOGE DE MARCELLUS PAR VIRGILE 171
Tum pater Anchises, lacrimis ingressus ohortis :
" nate ! ingentem luctum ne quaere tuorum :
Ostendent terris hune tantum fata, neque ultra
Esse sinent. Nimium vohis Romana propago
Visa potens,Superi, propria haec si dona fuissent. 870
Quantos ille virûm magnam Mavortis ad urbem
Campus aget gemitus ! Vel quae, Tiberine, videbis
Funera, cum tumulum praeterlabere recentem!
Nec puer Iliaca quisquam de gente Latinos
In tantum spe tollet avos, nec Romula quondam 875
Ullo se tantum tellus jactahit alumno.
Heu pietas ! heu prisca fides f invictaque bello
Dextera ! Non illi se quisquam impune tulisset
Obviu^ armato, seu cum pedes iret in hostem,
Seu spumantis equi joderet calcaribus arrnos. 880
Heii, miserande puer ! si qua fata aspera rmnpas,
Tu Marcellus eris ! Manibus date lilia pîenis,
Purpureos spargam flores animamque nepotis
His saltem accumulem donis et fungar inani
Munere! "... 885
Atque hic Aeneas, et ici Enée; namqne videbat ire una,
car il voyait aller ensemble (avec Marcellus l'aucien, vain-
queur du Gaulois Yiridomar et de Syracuse défendue par
Archimède) ; jitvenern egreyium forma, un jeune homme
remarquable par sa beauté ; et fulyentibus armis, et par ses
armes éclatantes ; sed frons laeta parum, mais (son) front
(était) trop peu gai (triste) ; et luinina, et ses yeux ; dejedo
vnltii, d'une expression déjetée. Quis ille, ])ater, quel est
172 LE GRAND DETAIL DE RO]\IE
celui-là, (mon) përe ; q>ii sic comitatur viiiim euntem, qui
acconipaj^Tie ainsi le héros marchant (Marcellus l'aneù-n).
Fili'is. anne aliijtiis, est-il (son) fils, ou i(Uelqu'un; de
magnâ stirpe nejxitnin, de la f^ramle descendance de (ses)
neveux ? Qui strepitus comitum cirra, quel bruit de com-
pagnnns autour ; quantum i)ist<ty in ipso, quel ^'laud-air-
de-dignité (est) en lui-même ; sed vox atra, mais la nuit
noire ; circumi-olat caput trisli umbra, vole autour de (sa)
tête (et l'enveloppe) d'une ombre triste. Tinn pnfev
Anchises, alors le père Anchise ; iugressiis lacrimis obaHis,
ayant commencé (avec) des larmes n:ii>santes ; o nate! ô
(mon) fils ; ne quatre ingentem Ivrtum tuvrum, ne cherche
pas (à connaître) le grand deuil des tiens ; fa(a hunr
ostendent tantuin terris, \es destins le montreront seulement
aux terres (à la terre) ; neque sinent esse '\dtra, et ne (lui)
permettront |ias de vivre au-delà.^ Superi, Ri>ma7\a pro-
pago. Dieux d'i-n haut ! la race romaine ; vobis visa nimium
potens, vous (eût) paru trop puissante ; si hatc dona, si
ces dons ; fuissent propria, (lui) avaient été (faits) en
propre. Quanfos gemitus vinhn, quels grands gém'ssenients
d'hommes; aget Ùle campus, poussera ce champ (de Mars
à Rome) * ; ad urbem mognam Marorti», vers la gran<le ville
de Mavors (Mars); rvl i/uae fuiieia videhis, ou (juelles
funérailles verras-tu ; Tibenne, dieu du Tibre ; cum prae-
terlnbere, lorsque tu couleras le long de ; tumidum rerentrm,
(sa) t<»mbe récente ! Nec fptis(juavi fruer, et aucun enfant : de
gente Tliacâ, de la race dllion (de Troie) ; ti>lhi ar(>.< hitinos
in tantum spe, nV-lèvera (ses) aïeux latins autant par
l'espérance; nec quondnm terra Bomula, ni jamais la terre
Romuléenne (de Romulua) ; se jactabit tantnm, (ne)
' Notez ces vers funèbres, lourds de spondées.
- Oii eurent lieu les obsèques du jeune Marcellus.
SUR LA TOMBE DE MARCELLUS 173
s'enorgueiUira autant ; ullo ahimno, d'aucun nourrisson,
jffeu^ietos, hélas, piété ; heit prisca Jides, hélas, antique
foi ; deoderaque invicta bello ! et main droite invaincue à la
guerre ! No7i quisqnant, personne ; se tulisset impune, se
serait porté impunément; obvins illi ai'mato, au devant de
celui-là armé ; sen cnm iret in hostem pedes, soit qu'il
marchât contre l'ennemi à pied ; seu foderet calcorilms,
soit qu'il creusât de (ses) éperons ; armos equi spumantis,
les flancs d'un cheval écumant. Ileii, miserande puer,
hélas ! malheureux enfant ; si qiia rumpas fata aspera,
si de quelque manière tu peux rompre les destins cruels ;
tu Marcelhis eris, tu seras Marcellus ! Date lilia plenis
mrtjw6îts, donnez les lys à pleines mains; spargam flores
pnrpureos, que je répande des fleurs purpurines; (que)
saltem accumidein anirnam nepotis. et que du moins je
comble l'âme de (nion) descendant ; his donis, de ces dons ;
et fungar inani mimere, et que je m'acquitte d'un vain
devoir.
" Alors Enee (car il voyait marcher à côté de
Marcellus un jeune homme remarquable par sa
beauté et Téclat de ses armes, mais le front sombre
et le regai'd attristé) : ' O mon père, dit-il, quel
est celui qui accompagne le héros dans sa marche ?
Est-il son fils, ou quelque autre rejeton de sa
grande race ? Quel bruyant cortège Tenvironne !
Quel air de dignité est le sien ! Mais une nuit
noire enveloppe sa tête d'une ombre sinistre.' Le
vénérable Anchise reprend en versant des larmes :
'0 mon fils, ne cherche point à savoir le deuil
immense de ta famille ! Ce jeune homme, les
174 LE PATHÉTIQUE DE VIRGILE
destins ne feront que le montrer à la terre' et ne Vy
laisseront pas séjourner. Dieux, la race romaine
vous eût paru trop pm'ssante si elle avait pu con-
server pour elle un tel don! Quels gémissements du
peuple s'élèveront du champ funèbre vers la grande
ville de Mars ! Et toi, dieu du Tibre, quelles
funérailles tu verras sur tes rives en coulant auprès
de sa tombe récente ! Jamais enfant du sang
troyen n'élèvera aussi haut les espérances de ses
aïeux latins ; jamais la terre future de Romulus
ne s''enorgueillira autant d'un de ses fils. O piété,
ô vertu auticjue, ô main invincible à la guerre !
Nul ne se fût avancé impunément au-devant de
lui, soit qu'il marchât à pied contre l'ennemi, soit
(lu'il pressât de l'éperon les flancs d'un cheval
écumant. Hélas, enfant infortuné, si de quelque
manière tu peux échapper aux rigueurs du sort,
tu seras Alarcellus ! Donnez des lys à pleines
mains ; que je répande des fleurs éclatantes ; que
je prodigue du moins ces offrandes à l'âme de mon
tlesccndant et que je m'acquitte envers elle d'un
vain honnnage ! ' "
Pour ne point admirer ces vers, il faudrait être
un sauvage ; mais l'admiration ne doit pas nous
aveugler. Ici, comme si souvent chez Virgile, la
déliciitesse et Témotion l'emportent sur la clarté.
DIFFICULTÉS D^INTERPRÉTATION 175
V^oyons d"'abord l'étrangeté même de la concep-
tion : ce jeune Marcellus (lui, douze siècles avant
de naître, parait déjà tout triste d'être con-
damné à mourir jeune. J'ai l'idée que Virgile
a décrit une sorte de tableau du monde infernal,
où Marcellus figurait à «pied en compagnie du
vieux Marcellus de Syracuse, avec une expres-
sion de mélancolie (|ue l'artiste, chargé de la
commande, lui avait fort naturellement donnée, et
sans doute aussi une auréole sombre, rappelant le
deuil de sa mort prématurée. Beaucoup de
détails qui paraissent très étranges dans la descrip-
tion de l'Enfer de Virgile s'expliquent si l'on
admet qu'il décrivait des tableaux. Mais que
signifie la fin du discours d'Anchise ? Pourquoi,
aux Enfers, tant de siècles avant la naissance de
l'enfant, jette-t-il déjà des fleurs sur sa tombe,
alors (|ue cette tombe n'existe pas '^ Ici encore,
il faut admettre que dans le tableau vu par Virgile
et connu d'Auguste était fig-urée la tombe de
Marcellus au Champ de Mars, sur laquelle le vieil
aïeul Anchise versait des fleurs. Et que veulent
dire au juste ces mots célèbres : Tu Marcellus
eris ? Le seul sens admissible est celui-ci : " Tu
seras un autre Marcellus, égal à l'ancien." Mais
Virgile ne dit pas cela ; il l'indique seulement
d'une manière vague ; emporté par le sentiment,
176 ESSAIS DE TRADUCTION EN VERS
par rdoqueiice émue, il n'a pas exprimé complète-
ment sa pensée. Cet exemple n'est pas isolé.
Il ne faut pas oublier, (juand on lit VÉncide, que
Virgile, la laissant inachevée, avait exprimé le
v<eu cpron brûlât le manuscrit, désir dont ses amis
et exécuteui-s testamentaires, \arius et Tucca,
eurent mille fois raison de ne pas tenir compte.
Tel (ju'il est, cependant, ce chef d\ruvre nVst pas
sans taches; il y en a même aux plus beaux
endroits.
Voici conmient labbé Delille a rendu la fin de
ce passage fameux, dans sa traduction de VKnéide
(l.S()4.) (ju^on a le tort de ne plus lire aujourdlmi :
Ah ! jeune infortuné, diurne d'un sort plus doux,
Si tu peux du destin vaincre un jour le courroux,
Tu seras Marcellus ! ... Ah ! souffrez que j'arrose
Son tombeau de mes pleurs. Que le lys, que la rose,
Trop stérile tribut d'un inutile deuil,
IMeuvent h pleines mains sur son triste cercueil
Et nu'il reçoive au moins ces offrandes légères,
Brillantes comme lui, comme lui passagères !
Il y a moins dVlégance, mais ])lus de nerf dans
cette traduction allemande de Norden (1905) :
^Yeh dir, armes Kind ! D;iss dir's gelange,
Deines Damons Fesseln doch zu brechen :
Was fiir ein Marceljer wùrdest du !
Keicht mir Lilien lier mit voUen Hànden, -
LA DOLLEUR DE CORNELIE 177
Dass ich ihre Puipuiblùten strene :
Dièse letzten, uiidankbaren Spenden
Will ich meines Enkels Seele weili'n !
Rien n'est plus intéressant que de comparer des
traductions en vers ; elles révèlent à la fois le
génie de la langue traduite et celui des langues
dont se sont servis les traducteurs.
*
* *
Virgile est mort à cinquante-et-un ans ; Lucain,
qui avait été très précoce, se tua à vingt-six ans,
en Tan 65, laissant la Pharsale inachevée. Mais
il y a dans ce poème des beauté* si hautes qu'on
peut se demander si Lucain, épargné par la
jalousie de Néron, n'aurait pas été le plus grand
des poètes latins. Je vais vous enseigner quelques
vers de lui (|ui décrivent la douleur de votre
malheureuse homonyme, Cornélie, après l'assas-
sinat de son époux, le grand Pompée :
, . . " Nunquam venlemus ad enses
A ut laqueos, mit pi'aaip'ites per inania salins:
Tiirpe moii post te solo non passe dolm'er
Sic uhïfata, caput ferali obduxit amictu
Den'evitcpie pat'i tenebras puppisqiw cavernîs
DeUtnit saez-nmque arrte complexa dolorem
Pei-fruïtur lacrimis et amat pro conjuge hictum?-
^ Lucain, Pharsale, xi. lOG-112.
N
178 LE PATHETIQUE DE LUCAIN
(Paroles de Coinûlie) : Nnuqnam veniemus ad enses,
jamais nous (n'en) viendrons (je n'en viendrai) aux ëpées ;
(lut laqneos, ou aux lacets (nœuds coulants pour i<e pendre) ;
aut sultits praecipites per itiania, ou aux sauts la-lête-en-
avant à travers les (espaces) vides. Titrpe non passe mo7'i
pust te, il est honteux de ne pouvoir mourir après toi ;
solo dolore, parla seule douleur. — Ubi sicfata, quand ainsi
(elle eut) parlé ; obdnxit caput amictu ferali, elle couvrit
sji tête d'un voile funèbre ; dfcrevltque pati tenebnts, et
décida de supporter les ténèl)res ; dellhiitqne caiiernis
pitjypis, et se cacha dans les fonds du navire ; roinplecatpie
arde, et ayant emhnissé étroitement ; s(ienim duloreni, sa
douleur cruelle ; perfinitur Incrimis, elle jouit-à-fond de
ses larmes ; et nmat Inctnm pro cunjuye, et aime (son)
deuil à la place de (son) époux
" Non, jaiiiais je iren viendrai à nie percer (rime
épée, à nie jicnclre, à nie précipiter dans le vide !
Apres toi, il serait lionteiix de mourir autrement
que par la seule douleur." Ayant ainsi parlé, elle
couvrit sa tête d'un voile de deuil, se condamna à
vivre dans les téiu-hres, se cacha dans la cale du
navire; embrassant étroitement sa cruelle douleur,
elle jouit avec transports de ses larmes et, à la
place de son époux, elle aime son deuil.''
Ma traduction n'est ciu'une trahison ; mais si
j'ai réussi à vous donner un peu le sentiment du
latin et du cjénie latin, vous conviendrez avec moi
c)ue les deux vers :
LA SENSIBILITÉ DE JU VÉNAL 179
Turfe mori post te solo non posse dolore . . .
Perfruitur lacrimis et amat pro conjuge luctum
sont parmi les plus beaux que puisse prononcer
une bouche humaine. Trouverait-on mieux dans
aucune littérature ?
Cet hcToïsme cornélien de la morale romaine
nous porte parfois ù méconnaître, dans les poètes
latins, une sensibilité profonde, une pitié sans
emphase dont Virgile, le plus chrétien des païens,
n"'a pas été seul à donner Texemple. Témoin ces
vers ex([uis de Juvénal, tpii sait être tendre comme
il sait s'irriter et instruire :
. . . Mollissima corda
Humano generi dare se naturi f.tetur
Quae lacrimas dédit : haec ncstri pars op'Ama
sensus . . .
Naturae imperio gemimus cum fumis aduliae
Virginis occurrit, vel terra dauditur infans
Et minor igné rogi . . . }
NatHrafatetur, la nature témiàgne ; se dare carda mol-
lissima generi humano, soi (elle) donner des cœurs très
compatissants au genre humain ; qnae dédit lacrimas, (elle)
qui (lui) a donné des larmes ; haec pars nostri sensus optima,
cette part de notre sensibilité est la meilleure. Gemimus
^ Juvénal, Satires, xv. 131, 138 et suiv.
180 UN PRÉCEPTE DE JU VÉNAL
imperio naturae, nous gémissons par ordre de la nature ;
oim occnrrit, lorsque se présente (à nous); fmms virçiinis
udultae, le convoi d'une vierge adulte ; vel iiifans dauditur
terra, ou qu'un enfant est enfermé dana la terre ; et minor
iyne rotji, et trop petit pour le feu du lû< lier (à Rome, les
tout jeunes enfants étaient inhumés, jamais incinérés).
" Ea nature, par le don des larmes, témoigne
(jirelle a doué le genre humain d'un cœur c'om})a-
tissant ; c"'est la meilleure part de nous-mêmes . . .
Cest par ordre de la nature que nous gémissons
lors(|Uc nous rencontrons le convoi funèbre d'une
jeune fille adulte, on cjuand la terre reçoit le corps
d'un entant trop petit pour le bûcher.'"
Je ne vous ai rien dit des grandes colères de
rJuvénal, dont les éclats semblent aujourd'hui un
peu factices ; mais voici un conseil de conduite
(ju'il nous donne et dont je ne voudrais pas vous
priver :
Su7)i7mtm crede nef as animam praeferre pudori
Et propter vitam vivendi perdere causas.^
Crede nefas suinminn, crois (que c'est) le crime (l'impiété)
suiirême ; praeferre aniviam prtduri, de préférer la vie
{anima, vie ; unimns, âme) à l'honneur {pudar, à la fois
honneur et pudeur, le souci de la dignité chez l'homme
comme chez la femme) ; et perdere propter vitam, et de
^ Juvénal, Satires, viii. 83-84.
DEUX VERS DE VIRGILE 181
perdre pour (l'amour de) la vie ; causas vivcruli, les raisons
de vivre.
" Regarde comme le crime suprême de préférer
Texistence à rhoniieur et de renoncer, pour vivre,
aux biens qui font le prix de la vie.*"^
Remarquez cette belle expression concise : Vi-
vendi perdere causas, intraduisible littéralement
dans une langue moderne. La sagesse romaine
perd la moitié de sa force persuasive pour qui n'en
reçoit pas directement les leçons.
Mais il est temps de finir :
Et jam tempus equf<m jumantia solvere colla. ^
" Il est temps de délivrer (du joug) le col fumant
de nos coursiers."
Je veux seulement, chère Cornclie, vous dédier
ce qui précède en citant un dernier vers de Virgile
que je me permets très discrètement de modifier :
Accipe et haec, manuum quae sunt monumenta
mearum ! ^
S. R.
^ Virgile, Géorgiqnes, ii. 542. Equûm pour equm-^nn.
^ Id., Émide, iii. 486 : " Reçois aussi ces (présents), qui
sont un ouvrage de mes mains."
TAlîLi: DES :\IATIERKS
l'AOES
Lettre I. -F;uilit.' du latin, p. 1.— Difficulto du
latin, \>. 2.— Il faut apprendre des phrases, p.
3.— Miit'ninsyne mère des Muse?, p. 4. — Prin-
cipes de la versification latine, p. 5. — L'hexa-
niè're, \\ 6.— Quantité des syllabes, p. 7.—
Syllabes longues, brèves et conununes, p. 8.
— L'élision, p. 9.— Le pentamètre ; disli<iue
d' Ovide, p. 10.— Le vers iambicjue ; vers de
Sénèque, p. IL— La prononciation du latin,
]). 12. — L'accent et la quantité, p. 13 . • 1-13
Lettre IL — La déclinaison latine, p. 14. — Un
précepte de Lu<-ain, p. 15.— Les cas et les
genres, p. 16. — Première déclinaison : rvsa,
p. 17. — Deuxième déclinaison : dominns,
puer, templnm, p. 18. — Noms en » /• et en ir,
p. 19.— Troisième declinais<m : litlior,ip.20. —
Sulistantifs pairs et impairs ; déclinaison d'
avis et de corpus,]\ 21. —Quatrième déclinai-
son : mamis, p. 22. — Cinquième déclinaison :
dies, p. 23. — Irréf^ularités, noms composés, p.
24.— Tableau d'ensemble des déclinaisons, p.
25.— Un hexamètre de Virgile, p. 26 . . 14-26
Lettre III. — Déclinaison des adjectifs, p. 27. —
Un vers de Virgile, p. 28.— Comparatifs et
]82
TABLE DES MATIERES 183
PAGES
superlatifs, p. 29. — Formes irrégulières, p.
30. — Vers d'Ovide ; une ligne de Tacite,
p. 31. — Nombres cfivdinaux, p. 32.- — Décli-
naison à'unus et de duo, p. 33. — Déclinaison
de très, milia, ducenti, ji. 34. — Nombres ordi-
naux, p. 35.— Noms propres tirés des noms de
nombre ; nombres distributifs, p. 36. — Un
vers de Virgile, p. 37 27-37
Lettre IV.— Diverses classes de pronoms ; utilité
des formules mnémoniques, p. 38. — Pronoms
personnels : ego, nos, tu, vos, p. 39. — Pronom
réfléchi, p. 40. — Pronoms possessifs, p. 41. —
Pronoms démonstratifs : is, hic, ille, pp. 42,
43. — Iste, ipse, idem, p. 44. — Pronoms rela-
tifs, quiet ses composés, pp. 44, 45. — Un vers
d'Horace, p. 46. — Pronoms interrogatifs : quis
et ses composés, toter, qmdis, etc., pp. 46, 47.
— Pronoms indéfinis : quis, aliquis, nJlus.etc,
pp. 47, 48. — Vers d'Horace et de Perse, pp.
49, 50. — Pronoms corrélatifs, p. 50. — Beaux
vers de Juvénal, p. 51. — Style mordant de
Juvénal, p. 52 38-52
Lettre V. — Vers d'Ovide sur sa facilité poétique,
pp. 53, 54. — Adverbes, pp. 55, 56.^ — Sens de
parum, " trop peu," p. 57. — Comparatif et
superlatif des adverbes, p. 58. — Prépositions,
pp. 59, 60.— Conjonctions, pp. 61,62. — Inter-
jections, p. 62. — Un vers de Virgile, p. 62. —
Un passage de Sénèque, p. 63. — Maximes
morales de Sénèque, pp. 64, 65 . . . 53-65
184 TABLE DES MATIÈRES
PAGES
Lettre VI. — Les quatre conjugaisons; verbes
actifs et passifs, pp. 66, 67. ^Le verbe suvi,
p. 68 — Un distique d'Ovide, p. 69. — Citations
d'Ovide et de Virgile, p. 70. — Conjugaison
de sum, pp. 71, 72. — Un précepte littéraire
d'Horace, p. 73. — Composés de sum, p. 74. —
Un distique de Rutilius, p. 75. — Le verbe
jmssnin, p. 76. — Passage de Virgile sur la
mort de Nisus et d'Euryale, pp. 76, 77.
Difficulté de traduire le latin ; beauté du
style de Virgile, p. 78 . . . . . 66-78
Lettre VII. — Conjugaison du verbe actif mno,
pp. 79-83. — Le gérondif et le supin, pp. 83, 84.
— Conjugaison des verbes actifs mojieo, lego,
audiof pp. 84-88. — Le verbe accijno, p. 89. —
Formation des temps de l'actif, pp. 90, 91. —
Deux distiques d'Ovide, p. 92. — Deux vers
de Virgile, p. 93 ... . . 79-93
Lettre VIII. — Les formes passives ; conjugaison
du verbe passif amor, pp. 94-98. — Conjugai-
son des verbes passifs moneor, l&jor, audior,
pp. 98-102. — Le verbe accipior, p. 102. — Les
verbes déponents, p. 103. — Formation des
temps du passif, p. 104. — Vers d'Horace et
d'Ovide sur l'envie ; l'idée de la gloire, pp.
104, 105. — Un passage de Lucain ; César sur
les ruines de Troie, pp. 106, 107. — Autre
exemple du Lucain ; César en Italie, p. 108.
— Quelques lignes de Tacite, p. 109. —
Quelques lignes de Cicéron, pp. 110, 111. —
CicéronetTacite, p. 112 .... 94-112
\
TABLE DES MATIERES 185
Pau ES
Lettre IX. — Verbes irréguliers; conjugaison
de fera, pp. 113, 114. — Conjugaison de vola,
nolo, malo, pp. 115, 116. — Conjugaison d't'o,
pp. 116, 117. — Formes impersonnelles du
passif: ilni\ eundum ed, pp. 117, 118. —
Exemples de Virgile et de Sénèque, pp. 117,
118. — Conjugaison de Jio, p. 119. — Un vers
d'Ovide, p. 120. — Verbes aio,mquam, p. 120.
— Verbes memini, od>, coe^ji, novi, p. 121. —
Un distique de Catulle, p. 122. — Trois vers
de Virgile, p. 123. — Verbes impersonnels, p.
124. — Paenitet, pndet, p. 125. — Deux vers de
Juvénal, p. 126. — Néce.«sité d'apprendre par
l'usage les temps primitifs des verbes, p. 127 . 113-127
Lettre X. — Les gallicismes, p. 128. — Construc-
tion des adjectifs, p. 129. — Construction des
comparatifs et des superlatifs, p. 130. —
Régime des verbes, p. 131. — Le complément
indirect, p. 132. — Les compléments des
verbes pa.ssifs et imper.sùnnel.«, pp. 133, 134.
—Emploi des pronoms, p. 134. — Interroga-
tion, réponse, défense, pp. 135, 136.^Emploi
des participes; l'ablatif absolu, pp. 136, 137."
— Emploi des prépositions, p. 137. — Ques-
tions de lieu, pp. 137, 138. — Questions de
temps, de mesure, de valeur, ])p. 138, 139. —
Construction des'adverbes, p. 139. — Construc-
tion des conjonctions, p. 140. — Six vers de
Juvénal, pp. 140, 141. — Les interjections, p.
142. — La proposition infinitive, le "^we
retranché," pp. 142, 143.— Un passage de
Claudien, p. 144. — Les âges de la littérature
isfi r\iu.i: i)i> M \iii,in:s
latine, p. 145— Quelques vers de Lucrèce,
I»j>. 145 ■ : ■ ' ' " T e
!.. 147.- I . s
fausse» rvlit^ions de Bt)n tenij>e, pp. 148, 141) . 128-149
Lkttre XI.- ty|ii«|u«,'s k retenir,
pp. 150 .. • •.,...- jKiur cunipremlre Ira
textes ; )M)ur(jUi>i miuvent on les comprend de
travers, pp 157. 158 -Un exemple «le
Cict'n-n, V'- l''^. 159- Troix xtr-.j.hes lyri-
nue-* .111 1'. IGO lfi2 ' : tire aiii-
ru-iel de la j. H. -rare, p. 102 . l.M» ]V.-2
I.nTRE N" ' 'K- la p^^•nli^re ('otilinnirt
de < ir,3. H'.4. Culte de la
Il r Km pi II', j>p. l('r>,
I' , 'j ..- Il, pp. KJC, IfiT. —
\> >U Ti dOvid.', p. 108.—
I' . p. U>9.— I.,ecfure fnile
Imi ,... le et à Oeinvie ; l'éloge
unMin» du jeune Marcel lus, pp. 170. 171.—
I, ' ilfuil de Home; Ar ir la
t-4:.. . .M.in"«'llu.«, l>p 172,17:5 . .;:. ultés
lie ce Ijeati pas-sa-^'e ; Viruile a dû di-crire une
p»«inî' ■ 171,17' " lif de trndiiction
en Vf; lift et .1 in, Jip. 17<i, 177.
- Description par Lucain de la douleur de
1 ( (. 1 . - Il
. ;1V1..^;. , ,;.
j>p. 17y, iMt). — l'n pn-eepte de conduite lire
ne Jn vénal, r '■"" l> - ver» île Virgile,
p. IHl . ... 1G3 181
Tadi.e dks MATI^R^|^ IbiJ 186
HithaTxt Ctajf d- ..1 Bungay.
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