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Full text of "Cornélie, ou, Le latin sans pleurs"

I 



CORNËLIE 

ou 

LE LATIN SANS PLEURS 



DU MÊME AUTEUR: , 

Manuel de Philoltgie classique, a vols. 
A^otlo, Histoire géyit'tale des Arts, i vol. 
Orpheus, Histoire gf nivale des religions, i vol. 
Eulalie, ou le grec sans larmes, i vol. 




BUSTE DE JEUNE FILLE. 

(MUSEE NATIONAL DE NAPLBS) 



SALOMON REINACH 

Agrégé de grammaire 



CORNÉLIE 



ou 



LE LATIN SANS PLEURS 



PARIS 

LIBRAIRIE HACHETTE 

1912 



À TOUTES LES CORN EUES 






A VANT-PROPOS 

Il faut un peu de grec à notre éducation esthé- 
tique, un peu iihis de latin à notre éducation morale. 
Les Romains ont été les phis grands des moralistes, 
parce que leur esprit était plus porté à la pratique 
qu'à la spéculation ; ce que nous appelons la morale, 
li est-ce pas la règle pratique des mœurs? Avec 
leur langue précise, concise, frappant des formules 
comme des médailles, les moralistes et les poètes de 
Rome ont parlé pour tous les hommes et pour tous 
les siècles. Ils ont jeté les plis de la toge sur des 
mnximes d'action et d'endurance qu il faut recevoir 
deux sous ce vêtement. Aucune éducation esthé- 
tique ou littéraire ne tient lieu de celle que donne 
la sagesse romaine. Aussi n'ai-je pas seulement 
enseigné ici les rudiments dune langue ; fai 
tenté, en choisissant mes exemples, dinsinuer dans 
Vâme de la jeunesse studieuse quelque chose de la 
plus grande école de vertu qui fut jamais 

S. R. 



LETTRE PREMIERE 

On vous a dit, ma chère Coniélie, que le latin 
est beaucoup plus facile que le grec. Cela est 
vrai, et par plusieurs raisons r 

1°. Le latin s'écrit avec les mêmes caractères 
que le français ; 

2°. Il n'a pas de dialectes, étant lui-même un 
dialecte de la grande famille des langues italiques, 
dont les autres dialectes, comme Tombrien et 
l'osque, ne sont connus que par des inscriptions ; 

3". Son vocabulaire est beaucoup moins riche 
que celui du grec, surtout en mots composés ; 

4°. Ce vocabulaire est Tancêtre du nôtre, à 
tel point que les trois quarts des mots français 
ressemblent aux mots latins dont ils dérivent ; 

5°. Enfin, la littérature latine ne commence 
guère qu'en Tan 200 a.J.C, avec Plante le 
Comique, pour briller d'un dernier éclat, avec le 
poète Claudien, vers l'an 400 ; cela fait six siècles, 
tandis qu"il s'en est écoulé dix entre Homère et 
Plutarque, qui n'est pas le dernier en date des 
bons auteurs grecs. Il est vrai qu'on n'a jamais 
cessé d'écrire et de parler le latin, qui a été la 
langue internationale des savants et reste celle de 



2 FACILITÉ RELATIVE DU LATIN 

rF,o;lise romaine; mais à la suite des invasions 
barbares dans FOccident de TEurope au V'^ siècle, 
le latin a disparu bientôt connue langue du peuple ; 
dans TEnipire romain d'Occident, là où il n'a pas 
été remplacé par les langues des conquérants ger- 
maniques (comme dans Touest et le sud de TA 11e- 
magne et en Angleterre), il a donné naissance, en 
se transformant, aux langues romanes, dont le 
français, Titalien, l'espagnol, le portugais et le 
roumain sont, à Theure actuelle, les représentants. 
Quand une langue n'est plus parlée par le peuple, 
elle a cessé de ^ ivre ; le fait (ju'elle reste la langue 
d'une élite n'empêche pas qu'elle soit morte. 

" Puisque le latin est facile, m'écrivez-vous, 
je désire que vous m'en fassiez connaître les 
règles principales afin que je puisse bientôt lire 
Virgile à livre ouvert." Sans vouloir vous dé- 
courager, ma chère Cornélie, il faut que je vous 
mette sérieusement en garde. Si beaucoup d'élèves 
font si peu de progrès dans l'étude du latin, cela 
vient précisément de ce qu'ils en méconnaissent la 
difficulté. Alors que celle du grec tient surtout 
à son excès de richesse, celle du latin est une 
conséquence de sa pauvreté. Le latin n'a pas 
d'article, il sous-entend très souvent les pronoms, 
il cherche la brièveté, il use beaucoup de fornuiles, 
de locutions qu'il faut connaître et dont on ne 



DIFFICULTE DU LATIN 3 

))C'ut (k'viner le sens. Surtout il emploie les luêines 
mots — les petits mots, en particulier — avec des 
significations très différentes, ce qui est pour nous 
une source continuelle dY'rreurs. La ressemblance 
des mots latins avec les nôtres est souvent trom- 
peuse ; on croit trop vite avoir compris, et Ton 
comprend de travers. En présence d'un texte 
latin a traduire, tous les élèves savent qu'ils doivent 
^ faire le mot à mot," c'est-à-dire trouver la con- 
struction grannnaticale de la phrase et la ramener 
à la construction fran<;aise équivalente; mais si le 
sens propre des termes leur échappe, ils ne parvien- 
dront pas à découvrir celui de Tensemble. Pour 
faire une version latine convenable, Cornélie, il ne 
suffit pas de savoir la grannnaire et de feuilleter 
avec conscience un lexicpie : il faut .mvo'ir du latin. 
Il n'y a ({u'un seul moyen de savoir du latin : 
c'est cTen apprendre. Avant même d'avoir vu toute 
la grammaire, il faut orner sa mémoire de phrases 
latines choisies, en prose et en vers. Je vous en 
citerai dans chacune de mes lettres et je compte 
que vous les retiendrez fidèlement. Il importe 
[)eu ([ue vous i-épétiez ces phrases avant d'être en 
état de les ex}jli(|uer grannnaticalement : n'avez- 
\ous pas procédé de même pour l'étude de votre 
langue maternelle ? C'est aussi par de courtes 
l)hrases, et non par des règles, que je vous 

B 2 



1 liOLE DK LA MEMOIRE 

enseignerai la syntaxe. Pourquoi apprendre par 
cœur des règles ? Il vaut bien mieux apprendre 
des exem})les, savoir les réciter sans broncher cjuand 
on vous en propose la traduction fran^'aise. l^ne 
règle est toujours «assez connue lorscjue Texeniple 
qui en résume renseignement est présent à la 
mémoire. Moi-même je lis couramment le latin 
et je récris avec facilité ; croyez-vous (pie je sache 
par cœur les règles ? Non, mais je me rappelle les 
exemples que j'ai appris à Técole et d'autres qu'y 
ont ajoutés mes lectures ; c'est à la lumière de ces 
phra.si's-tijpi's, si je puis dire, que je comprends 
les auteurs latins ou que je les imite. Vous me 
direz (jue vous ne songez pas à écrire en latin ; 
d'accord ; mais (piand vous serez assez exercée pour 
bien traduire, vous aurez acquis sans vous en 
douter, et sans avoir pâli sur des fhhfic<i, le savoir 
nécessaire pour écrire correctement, si le c(cur vous 
en dit, rien qu'en faisant appel à vos souvenirs. 

I^s Grecs, nos maîtres, avaient raison de croire 
que Mnémosyne, la mémoire personnifiée, est la 
mère des neuf Muses. I^i mémoire seule, sans le 
jugement et la réflexion, ne suflit à rien, mais elle 
est indispensable à tout ; ceux qui disent (ju'ils 
ii'ont pas de mémoire sont des paresseux qui se 
trompent eux-mêmes, car comment auraient-ils 
pu, sans mémoire, apprendre le riche vocabulaire 
de la langue qu'ils parlent .'' Il y a des mémoires 



PRINCIPES DE LA VERSIFICATION 5 

exceptionnellement douées, mais tout individu 
normal en a reçu sa part et il ne dépend que de 
lui d'en profiter. 

Les vers sont plus faciles à retenir que la 
prose, à condition qubn en saisisse la mesure. 
Je vais donc employer la fin de cette première 
lettre à vous donner des notions élémentaires à ce 
sujet. 



* 

* * 



Dans un vers fran(^-ais, on compte les syllabes ; 
vous savez que le vers de la tragédie classique, dit 
alexandrin., en a douze. En latin, le nomlire des 
syllabes importe peu ; on compte par pieds, c'est- 
à-dire par unités de durée. Cela n'est pas encore 
clair, mais vous allez comprendre à l'instant. 

Voici un vers d'Ovide dit hcxamctre (du grec 
hcx, " six " et mctron, " mesure ") : 

Donec crisfe/ix, multos mimcmhis cnniros. 

Traduisons d'aljord : Donec, tant que ; eris, tu .seras ; 
felix, heureux (d'où félicité) ; nnmerahis, tu compteras, tu 
nombreras ; multos, (de) nombreux (d'où multitude) ; amicos, 
amis. 

"Tant que tu seras heureux, tu compteras de 
nombreux amis." 

Ce vers se compose de six pieds, c'est-à-dire de 
six groupes de syllabes longues et brèves dont 



6 LHEXAMÈTRE 

chacun équivaut à deux longues. Une syllabe 
longue est Téquivalent d'une noire en musique ; 
une syllabe brève est Téquivalent d'une croche. 
En français, toutes les syllabes se prononcent à 
peu près également vite ; mais en latin, comme en 
grec, une syllabe est toujours longue ou brève. 
Ainsi Raina, Rome, se prononce RôriM, le signe _ 
mar([uant la longue et le signe <^ la brève; caiiis, 
" chien," se prononce ccuus, parce que les deux 
syllabes de ce mot sont brèves ; cemere, " voir,"" se 
prononce cë7'?ië7-e, parce que la première syllabe est 
longue et les deux autres brèves ; aiidax, " auda- 
cieux," se prononce aïtdâx, parce .que les deux 
syllabes de ce mot sont longues. Cest bien com- 
pris ? Revenons à notre vers. 

Voici connnent il se divise en six pieds : 

Dôiirc e^rlsfë\ruc, mïil\tôs nuvie\râb1s a\mlcôs. 

Vous voyez cjue le premier pied se compose d'une 
longue et de deux brèves, ce qui équivaut à deux 
longues ; le second et le troisième, de deux longues 
chacun ; le quatrième et le cinquième, d'une longue 
et de deux brèves ; le sixième de deux longues. 
Ces pieds sont donc égaux, en ce sens qu'on met 
le même nombre de fractions de seconde à pro- 
noncer chacun d'eux. 

Sachez qu'une longue suivie de deux brèves 
s'appelle un dactyle (du grec dactylos, doigt) et 



QUANTITÉ DES SYLLABES 7 

qu'une longue suivie d'une autre longue forme un 
■s'pondti' (du grec spondè, libation, parce que la 
gravité du spondée convenait aux chants religieux 
qui accompagnaient certaines offrandes). Cernerc 
est un dactyle, midax est un spondée. xVinsi 
riiexamètre cité comprend un dactyle, deux spon- 
dées, deux dactyles et un spondée pour finir. 

À côté du dactyle _ w ^^ et du spondée , il 

faut connaître les noms de deux autres pieds ; le 
trochée _ ^ (du grec tTckhô, "je cours"") et V nimbe 
«_/ _ (du grec 'uij)to, "je jette.") MWs (doux, 
d"ou iiiHïgrr) est un trochée, ferôd' est un iambe. 

Connnent savoir ({u'une syllabe d'un mot latin 
est longue ou brève, puis(jue nous prononçons le 
latin // la fra/^'dise, c'est-à-dire snns mar(|uer la 
qimniiU? Il y a pour cela des régies, dites de 
prosodie, tjue je ne vous enseignerai pas ; je vous 
dirai seulement l'essentiel, sans tenir compte des 
exceptions (jui sont nombreuses. Toute syllabe 
où une voyelle est suivie de deux consonnes est 
longue, même si la seconde consonne commence le 
mot suivant ; toute syllabe où il y a deux voyelles 
— comme au dans audax — est hmgue aussi. La 
quantifc des syllabes finales des sulistantifs et des 
adjectifs peut varier suivant le cas auquel le mot 
est employé: ainsi rosâ, "la rose,"" se comj)Ose 
de deux brèves, tandis que 7-o.<tâ " j)ar la rose'"" 
se compose d'une brève et d'une longue. La 



8 LONGUES, BRÈVES, COMMUNES 

dernière s^^llabe d'un vers est toujours considérée 
comme longue, parce que la voix s'y arrête un 
peu ; on la niarcjue du signe ^ et on la qualifie 
de " commune." H y a des syllabes " comnmnes,*''' 
c'est-à-dire longues et brèves à volonté, dans 
beaucoup de mots latins : ainsi Ton trouve égale- 
ment tcnPhrae et tënïhi-ae (ténèbres) ; on écrira 
donc tënibrae. 

Lire un vers en y distinguant les longues, les 
brèves et les pieds qu'elles forment, s'appelle le 
scander. Ceux qui scandent à vue d'œil les vers 
latins ont généralement oublié les règles de la 
prosodie ; ils ont seulement logé dans leur mémoire 
un nombre de vers suffisant pour qu'ils puissent 
presque toujours, à défaut de règles, citer des 
exemples. Vous trouverez des milliers de vers 
latins, sin'tout des hexamètres, scandés dans le 
Thcftanms pocticns de Quiclierat ; mais il suffit 
d'en avoir retenu cinq cents pour être rarement 
embarrassé. 

Vous avez vu que l'hexamètre ou vers de six 
pieds se compose de six spondées ou dactyles. 
Mais il ne se compose jamais imirpinnimt de 
spondées ou de dactyles ; il faut toi/Joiirs cjue 
l'avant-dernier pied soit un dactyle et le dernier 
un spondée. Par un motif (jui nous échappe, cela 
est indispensable à l'euphonie. 

Quand, dans un vers, un mot se terminant par 



KÉLISION 9 

une voyelle ou par un m se trouve placé devant 
un mot commençant par une voyelle, la syllabe 
terminée par une voyelle ou par un 7n s'élide, c'est- 
à-dire qu elle ne compte pas ; on la prononce à 
mi-voix, comme à la dérobée. Je cite comme 
exemple un vers de Virgile, où l'on rencontre à la 
fois les deux espèces d'élision : 

Vëstrum hoc \ aûffurï^ûm vc.s\trr)(jne In \ nûmmë \ 
Trôja est} 

Ifoo aïKjnrinm, cet augure ; vestrnm, (est) vôtre ; (jïie, et; 
Troja est, Troie est; m, dans; vestro numiue, votre puis- 
sance. 

" Cet augure est pour \'()us et Troie est sous 
votre protection." 

Vous voyez que vestrum hoc, [vc.s']froqûr in et 
Troja est se réduisent (par Télision de mm, de (pic 
et déjà) à deux longues. 

Les poètes latins ont écrit de longs poèmes tout 
en hexamètres, comme V Énckîe de Virgile et les 
Métamorphoses d'Ovide. Mais Thexamètre peut 
aussi alterner avec un vers plus court qu'on ap- 
pelle pentami'tre (du grec pente, cinq, et mctron, 
mesure), parce qu^il a deux demi-pieds de 
moins que l'hexamètre. La réunion d'un hexa- 
mètre et d'un pentamètre forme ce qu'on ap^ielle 

1 Virgile, ^neïf/e,ii. 703, 



10 LE PENTAiMETRE 

un distique (du grec dis et st'uhos, " double 
ligne "). Tibulle, Properce, Ovide ont écrit de 
beaux poèmes en distiques. Voici un distique 
d'Ovide dont vous connaissez déjà le premier vers : 

Dônëc erisfëlur, mïdtôs ninnemlfts am'tcôs ; 
Tc/npÔrâ \ s't fuë\r'mt \ nûbilâ, | fiôlîis c\rls.^ 

Si tempora, si les temps ; /«erm^, seront devi'nii s ; mibilc, 
nuageux ; eris solus, tu seras seul . 

" Heureux, tu compteras des amitiés sans nombre ; 
Mais tu resteras seul si le temps devient sombre.''*' 

Le second vers, que Ton écrit en retrait sur 
la droite, est un pentamètre. En réalité, il a six 
pieds connue Thexamètre, mais avec cette diffé- 
rence qu'il y a un si/encc, c'est-à-dire un arrêt de 
la voix écjuivalent à une longue, au milieu et à la 
fin du vers : 

Tcmpnrn \ ,û fUeflut — | iiûbUâ \ .soins c\r~ts — 

La première et la seconde moitié du pentamètre 
se composent donc chacune de deux pieds et demi ; 
mais il faut noter (]ue, dans la seconde nioitic de 
ce vers, les deux pieds entiers sont toujours des 
dactyles. C'est là encore une exigence de l'euphonie. 

Le pentamètre accompagne toujours l'hexa- 
mètre ; l'oreille ne tolérerait pas la succession de 
1 Ovide, Tristes, i. 9, 5-6. 



LE VERS lAMBIQUE 11 

plusieurs pentamètres, mais elle trouve beaucoup 
de charme à écouter un distique. Si vous ne 
réprouvez pas encore, cela viendra bientôt. 

Il y a d'autres espèces de vers que Thexamètre 
et le pentamètre. Les comédies de Plante et de 
Térence, les fables de Phèdre, les odes d'Horace, 
les tragédies de Sénèque sont écrites dans des 
mètres différents, dont les règles sont beaucoup 
plus compliquées ; je veux vous citer connne exem- 
ple, avant de finir, un beau vers iambique d'une 
tragédie de Sénècjue, Heixule furieiuv : 

Non est I ad âstrâ 7n5l\lfs ë | târis | v/u. 

E terris, depuis les terres (la terre) ; ad astra, jusqu'aux 
astres ; via mollis, une voie molle (douce) ; «o/i est, n'est 
pas. On peut traduire librement par ce vers français : 

" Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire." 

Notez que le vers iambic(ue comprend six pieds ; 
les pieds pairs, 2, 4 et 6 sont nércssahrmcnt des 
iambes; ce sont eux qui donnent sa couleur.au vers. 
Les Romains terminaient généralement leurs 
lettres par une de ces deux formules : Vale. qui 
signifie : " porte-toi bien " — tout le monde se 
tutoyait à Rome — ou : VaJe et me ama, " porte- 
toi bien et aime-moi." Permettez-moi de choisir 
la seconde, si je ne vous ai pas trop ennuyée. 

S. R. 



POST-SCRIPTUM 

J'allais oublier de vous parler de la prononciation du 
latin ! Voici, en peu de mots, ce que vous devez savoir. 

En Fiance, depuis des siècles, on prononce le latin 
comme si c'était du français, avec trois réserves importantes : 
P II n'y a pas d'e muet, seulement des c. 2° Les tinalos m 
et n n'ont jamais le son sourd ; ainsi en (voici), jam (déjà) 
se prononcent enn, jamm, et non comme le français camp, 
pan. 3" Toutes les autres consonnes liualesse])rononcent ; 
ainsi petit (il demande) se lit pétitt ; tempus (temps) se lit 
tempuss. Nous prononçons de même les mots latins fran- 
cisés comme oninllms (voiture "à tous"), rebiis (explication 
ou expression d'idées "par les choses"). 

Vous pouvez vous en tenir à ces rèj^dcs, qui 'permettent 
parfaitement de sentir l'harmonie de la prose et des vers 
latins, ou le manque d'harmonie, quand elle fait défaut ; 
mais il faut savoir (pie la prononckdion des Romains 
e'tait tonte différente de la nôtre. 

1° Ils n'assourdissaient jamais m et n, même dans le 
corps des mots ; mo)uimentum se lisait nwnonmenntofimjn. 

2" Ils ne connaissaient pas le son français n, mais pro- 
nonçaient o>i : ainsi tempub se lisait temmpoitss. 

3" Ils prononçaient le c, suivi d'une voyelle, comme 
notre k : ainsi César s'appelait Kaesar, d'oii les Germains 
ont tiré leur mot Kaiser ; Cicéron s'appelait Kikero. Dans 
les mots comme concio (assemblée), (|u'(m écrit mieux 
contio, le c suivi de deux voyelles se prononçait comme 
le t dans nation. 

4" Ils distinguaient la i[uantité des voyelles ; ainsi dans 

12 



PRONONCIATION DU LATIN 13 

qituque (aussi), Vo avait le son du français coq ; dans pômum 
(pomme), il se pr.monçait comme dans môme. 

5° Mais surtout ils mettaient l'accent, c'est-à-dire qu'ils 
élevaient la voix sur une syllabe dans chaque mot qui en 
comptait plusieurs. Un mot de deux syllabes est toujours 
accentué sur la première : témpiis. Si un mot a trois 
syllabes ou davantage, l'accent porte sur l'avant-dernière 
quand elle est longue : Romdnns ; il porte sur la précédente 
si l'avant-dernière est brève : Gîcêro. La quantité de la 
dernière syllabe n'a pas d'influence sur la position de 
l'accent. Vous voyez que, pour accentuer correctement, 
il faut savoir la quantité ; les Romains n'avaient pas besoin 
de l'apprendre. 

En lisant le latin comme si c'était du français, nous 
insistons toujours un peu sur les syllabes finales : temjnîs, 
Komanûs. Les Romains auraient trouvé cela barbare ; 
mais comme nous n'apprenons, pas le latin pour le parler et 
que les étrangers le prononcent aussi mal que nous, à leur 
manière, je ne vois pas grand inconvénient à conserver la 
prononciation française i;suelle. Mieux vaut faire' abstrac- 
tion de l'accent et de la quantité que de les marquer de 
travers. 

J'ajoute ceci, que vous comprendrez sans peine si vous 
savez une langue accentuée, anglais, allemand ou italien. 
Les modernes, quand ils aecentuerd une syllabe, ajyjnnent 
sur elle, alors que les anciens, comme vovis l'avez vu, accen- 
tuaient des syllabes qui restaient l)rèves : Gîcero. ÎSTous 
ne savons pas trop comment ils s'y prenaient et pouvons 
nous abstenir de le rechercher. 



DEUXIÈME LETTRE 

Ma chère Cornélie, 

Je (lois vous avertir d'abord que les substan- 
tifs latins prennent différentes formes suivant les 
rapports qu'ils expriment, c'est-à-dire aux diffé- 
rents cas (de casiis, signifiant chute ou fin) du 
singulier et du pluriel. .Viiisi "Paul'" se dit 
Pdulus et " Pierre ^ se dit Pctrns ; mais " P.hu1 
aime Pierre"" se dit Paulus amat Pctruin, phrase 
où Petrum, complémejit direct du verbe anuit, est 
ce (]u'on appelle V accusatif àc Pctiiis. 

De cette différence essentielle entre le français 
et le latin — comme toutes les langues romanes, le 
français a perdu les cas — en découle une autre 
qu'il faut vous signaler avec insistance. Puisque 
la forme des noms latins explique leur rôle dans la 
phrase, Vordre des mois peut être plus libre qu'en 
français, sans préjudice de la clarté. Ainsi l'on 
dit également bien Paulus amat Petrum et Petrum 
amat Paulus, alors qu'en français " Paul aime 
Pierre" et "Pierre aime Paul" expriment des 
idées très différentes. Cette liberté de la construc- 
tion latine est plus grande encore dans la poésie 

14 



UN PRECEPTE DE LUCAIN 15 

qu'en prose. Je prends comme exemple ce bel 
hexamètre de Lucain, (jui résume avec force et 
concision les maximes morales de Caton d'U tique : 

Non sib}, sëd tôtl geoutûm se crëdërë mundô.^ 

Mot à mot : " Credere se, croire soi ; genitiim, né ; nonsihi, 
non pour soi ; sed niundo toti, mais pour le monde tout 
entier," — c'est-à-dire : "Se croire né, non pour soi-même, 
mais pour le monde entier." 

Voilà, Cornélie, un joyau de la sagesse antique; 

seiTez-le précieusement dans votre écrin, je veux 

dire votre mémoire. 

* 
* * 

Abordons maintenant la déclinaison des sub- 
stantifs. Je vous ai dit ([ue le latin n'a pas 
d'article : pan'is signifie à la fois le pain, un pain, 
et du pain. 

En français, le substantif ne change de forme 
f[u'au pluriel ; quelques substantifs ont aussi une 
forme spéciale pour le féminin (chasseui; chas- 
seresse). Les relations du substantif avec ce qui 
précède ou ce qui suit sont indiquées par des 
prépositions ou par Tordre des mots (Je dis à Paul, 
faime Paul). En latin, ces relations sont mar- 
quées par un changement de la terminaison ; ces 

^ Lucain, Pharsale, ii. 383. 



16 LES CAS ET LES GENRES 

différentes manières de finir un nom sont dites cas 
et leur ensemble constitue la décUnaison. 

Il y a en latin six cas : le nominatif, le vocatif, 
le génitif, le datif, Vaccusatif et Vablatif (formule 
nniénionique des initiales : mtgdaa) : Paul (sujet), 
Paul! de Paul, à Paul, Pcml (complément direct), 
de ou par Paul. 

Il y a cinq déclinaisons, qui se distinguent par 
le génitif singulier, indi(|ué dans tous les diction- 
naires. Pour les connaître, il suffit de retenir la 
déclinaison des onze mots suivants : rosa (rose), 
dominus (maître), puer (enfant), templum (temple), 
lahor (travail), avis (oiseau), corpus (corps), cubi/e 
(lit), manus (main), cornu (corne), dies (jour). 

llyatrois^e/i.e.?. le masculin, le féminin et le 
neutre, indicjués pour chaque mot dans les dic- 
tionnaires. Les noms d'honnnes, de peuples, de 
fleuves sont du masculin ; les noms de fennnes et 
d'^arbres, du féminin. Les noms d'animaux sont 
masculins ou féminins. Les mots indéclinables, 
comme fas, la loi divine, nefas, le péché, sont du 
neutre. 

Le nominatif et le vocatif aux deux nombres 
sont toujours semblables, sauf au singulier des 
noms comme dominus; il est donc inutile de 
vous indiquer la forme de ce cas. La nominatif et 
Taccusatif sont identiques dans les noms neutres ; 
le datif et Tablatif pluriel sont toujours identiques. 



PREMIERE DECLINAISON: 'ROSA' 17 



PREMIERE DÉCLINAISON. 

Cette déclinaison a le génitif singulier en ne 
(prononcez é) ; elle ne comprend que des noms 
féminins, excepté ceux (jui désignent des hommes 
j)ar leur profession (poeta, poète ; nmita, marin ; 
(igr'uola, agriculteur). 







SlNGLXIER. 




Nom. 


Voc. 


Ros-a {féminin) 


La Rose 


a ni. 




Ros-ae 


De la Rose 


Dut. 




Ros-ae 


À la Rose 


Ace. 




Ros-am 


La Rose 


Abl. 




Ros-â {on écrit 


De la Rose on 






aussi Ros-â) 


par la Rose 






Pluriel. 




Nom. 


Voc. 


Ros-ae 


Les Roses 


Géu. 




R os -arum 


Des Roses 


Bat. 




Ros-is 


Alix Roses 


Ace. 




Ros-as 


Les Roses 


Abl. 




Ros-is 


Des Roses ou 
parles Roses 



Maintenant que vous connaissez Tordre des cas 
et leurs équivalents franc^ais, je pourrai abréger en 
vous enseignant les autres déclinaisons, 
c 



18 DEUXIEME DECLINAISON 



DEUXIÈME DÉCLINAISON. 

Elle a le génitif singulier en i et comprend des 
noms masculins et féminins en us (type dom'mu.s), 
des masculins en er et en ir (type puer) et des 
neutres en um (type templum). 

Le vocatif singulier des noms en its se termine 
en e ; il n'est àowc pas identique au nominatif. 

I. Singulier: Dcmnn-ns {\e nmître), domi7i-e ! 
domvi-i, dornin-o, domin-um, 
domtn-o. 
Pluriel : Dom'm-i, domin-orum, domin-is, 
domin-os, domin-is. 

II. Singulier : Piœr (Fenfant), puer-t, puer-o, 
puer-um, puer-o. 
Pluriel : Puer-i, puer-orum, pîter-is, puer- 
os, puer-is. 

III. Singulier : Templ-um (le temple), templ-i, 
templ-o, templ-um, tempî-o. 
Pluriel : Templ-a, templ-orum, tempî-is, 
templ-a, templ-is. 

Il y a quelques observations à faire. D'aboixl, 
trois mots en us de la deuxième déclinaison sont 



SUBSTANTIFS EN 'ER^ ET EN 'IR^ 19 

(lu neutre et ont raccusatit' singulier iclenti([ue au 
nominatif (ces noms ne sont pas usités au ])luriel) : 
ce sont vulgti.s (le peuple), virus (le poison) et 
pehigïis (la haute nier). Odiprofatnim vidgiis, dit 
Horace;^ ce qui signifie: "Je hais le vulgaire 
profane/'' L^iccusatif xulgiifn n'existe pas en bon 
latin, bien (jue les journalistes parlent souvent 
(lu vulgnm jHcnM, ce qui signifierait, à les en croire, 
"le vulgaire troupeau." C'est un barbarisme; 
mais les journalistes ont parfois oublié le latin. 

P^n second lieu, beaucoup de noms en r?- rejettent 
IV aux cas autres cjue le nominatif et le vocatif 
singulier : ainsi inag'ister, maître, fait 7/iag'istri, 
mag'istro, mag'istnim, et, au pluriel, magistri, 
inaghtrorum, mag-i.stri.s\ maglstros. 

Le mot v'ir, homme (en particulier Itommc de 
cœur, iVoù le précepte : Vir esta ! sois un homme !) 
fait au génitif pluriel vinh/i ou virorum. Ces 
contractions iVorum en um sont fré(|uentes en 
poésie. \'irgile apostrophe ainsi Fltalie : 

Sahr, magna parais fruguu), Saturn'ia iclhis, 
Mdgna virîim I . . .^ 

c'est-à-dire : " Salut, grande mère de fruits, 
Saturnienne terre, grande (mère) (riiommes ! " 

' H(jrace, Odes, iii. i, 1. 
- Virgile, Ge'oryiqites, il. 173. 
C 2 



20 TROISIÈME DÉCLINAISON : 'LABOR' 

En français : " Salut, terre de Saturne, grande 
mère de moissons, grande mère d'hommes de 



cœur ! " 



TROISIÈME DÉCLINAISON. 

Le génitif singulier est en i«, le génitif pluriel 
en nm ou en ium. En général, les noms dits 
" impairs," cpii ont au génitif une syllabe de plus 
qu'au nominatif (connue lahor, gén. laboris, travail) 
ont le génitif pluriel en um ; les noms "pairs" 
(comme avis, gén. avis) ont le génitif en ium. 

I. Singulier : Lahor (le travail), lahor-is, 
hibor-i, îahor-cm, lahor-e. 
Plural Labor-es, labor-um, labor-ibus, 
labor-es, labor-ihus. 

Tous les noms en or sont masculins, excepté 
arbor, soroj; uxor (arbre, sœur, épouse), qui sont 
féminins, et marmor, cor (gén. corclis), aequor 
(marbre, cœur, mer) qui sont du neutre, ont 
l'accusatif singulier en -or et font au pluriel 
martnora, corda, aecpiora. 

Sept noms qui ne sont pas impairs ont pourtant 
le génitif en nm : ce sont pater, mater, frater 
(père, mère, frère) ; jnvenis, senex (^jeune homme, 
vieillard) ; can'is, volucris (chien, oiseau). 



SUBSTANTIFS PAIRS ET IMPAIRS 21 

Le génitif singulier est donné par les lexiques; 
il est le modèle sur le{|ucl se forment les autres 
cas. Ainsi cor (neutre), faisant au génitif cordis, 
fera au datif cordi, au nom. pluriel corda. On 
dit : Sursum corda ! " Haut les cœurs ! " 

IL Singulier : Av-is (Voiacsiu), at'-'is,av-},av-ctn, 
av-e. 
Pluriel : Av-es, av-ium, av-ibiis, av-cs, 
av-ibus. 

Avis est féminin ; mais d'autres noms (jui se 
déclinent de même sont masculins, comme collis 
(colline), ensis (épée). 

La troisième déclinaison comprend encore des 
noms neutres, les uns "impairs," les autres "pairs,"" 
dont le nominatif et Taccusatif pluriel se terminent 
en a. Les noms neutres en e, al, nr prennent à 
ces cas la terminaison ia et font Tablatif singulier 
en /". 

III. Singulier: Corp-ns (le corps), coj-p-oris-, 

corp-ori, corp-us, corp-orc. 
Pluriel : Corp-ora, corp-orum, corp-oribus, 
corp-ora^ corp-orihuft. 

Comme c'est un nom " impair," le génitif pluriel 
est en um, non en ium. 



22 QUATRIÈME DÉCLINAISON: 'M ANUS' 

IV. Singulier : Cubil-e (le lit), cubil-isy cubil-i, 
cvbil-e, cubil-i. 
Pluriel : Cubil-ia, cubil-iutn, aibil-ibu.y, 
cubil-ia, cubil-ibus. 

Ce nom étant " pair,'"' le génitif pluriel est en 
rum. 



Q UA TRIEME DECLINA LSON. 

Elle a le génitif singulier en fis et comprend, 
outre des noms masculins et féminins, quel([ues 
noms neutres, indéclinables au singulier. 

I. Singulier: J/r/;i-«,y(fém.,lamain), waw-T.v, 
?nan-ui, 7nan-um, man-u. 
Pluriel : Man-ûs, man-nuvi, îmm-ibns, 
man-us, man-ibiis. 

Virgile montre Dédale essayant de ciseler en 
or la chute de son fils Icare, mais la douleur 
paralyse son génie : IVr patrhie ccâdcrc nianu.9,^ 
mot a mot : " Trois fois les mains paternelles 
tonibè7rnf,'''' cest-k-dïre : '''' Trois fois ses mains de 
père retombèrent impuissantes.'''' 

^ Virgile, Enéide, vi. 33. 



CINQUIÈME DÉCLINAISON: 'DIES' 23 

Ia.'S noms neutres de la (juatricme déclinaison 
ne se déclinent qu''au pluriel : 

II. Corn-uti (pluriel de corv-u^ la corne), corn- 
iiuni, coj'u-ibm, coiii-ua, corii-iburS. 



CIXQ l 'lÈME DÉCLINA ISON. 

Le génitif singulier est en ei. Ces noms en es 
sont tous du féminin, excepté du'fi (jui est aussi 
du masculin. 

I. SiN'GULiER : Di-Fs (le jour), d'i-ëi, di-ei, di- 
em, di-ë. 
Pluriel : Di-ës, di-ermn, di-ebus, di-e.s\ 
di-ebus. 

11 Mie reste à vous signaler certaines irrégu- 
larités. 

Quel(|ues noms féminins en a ont le datif et 
lablatif pluriel en nbus (forme du latin archaupie) ; 
•dum JiHabus (aux filles), deabiis (aux déesses). 

Deu.s fiit au nominatif et au vocatif pluriel 
Dû ou Di. D'i nic/'ncs! (sous-entendu décernant)^ 
c'est-à-dire : " Que les dieux décident mieux ! " 
" (}ue les dieux détoiu-nent de nous ce malheur ! '"' 
FÛius et quelques autres noms en ius ont le 
vocatif singulier en i : fil'i, mon fils! 



24 OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES 

Quelques noms en is de la troisième déclinaison 
ont Taccusatil singulier en im, Tablatif en i : sitim, 
siti (de s'ftis, la soif). 

Bo,<i, bœuf, génitif bovis, fait au pluriel bôûm 
(gén.), bubiis (datif et ablatif). 

Quelques noms en ei' dérivés du grec ont 
Taccusatif singulier en a et non en em: aëra^ 
aethera (Pair, Téther). Ils sont inusités au pluriel. 

Donms, la maison, se décline ainsi : 

Singulier : Domûs, domûs, domui, domum, domo. 
Pluriel : Domûs, domuum ou domorurn, dovi- 
ibus, domos, domibus. 

Vous voyez que ce substantif très usité se 
décline en partie sur dom'mus, en partie sur manus. 
Domi, peu employé connue génitif, Test souvent 
comme adverbe, dans le sens de à la maison. " Le 
père est-il à la maison .? " se dirait ; Estne domi 
pater ? 

La déclinaison des noms composés obéit à des 
règles très simples : 

1". Si le nom est composé de deux nominatifs, 
on les décline Tun et Tautre : respublica (répu- 
blique), accusatif rempîiblicam, ablatif repiibUcâ. 

2°. Si le nom est composé d'un nominatif et 
d'un autre cas, le nominatif se décline seul : pater- 
familms (père de famille, vieille forme de pater- 



RÉSUMÉ DES DÉCLINAISONS 25 

famU'mc, qui n'est pas usité), gén. patrisfamiUas^ 
ace. patremfamiUas. 

Enfin, je vous avertis que certains mots latins 
empruntés au grec se déclinent comme les mots 
grecs correspondants ; ainsi héros (héros) fait à 
iaccusatif pluriel hcroas ; poema (poème) fait à 
laccusatif pluriel pocmata. 

* 

* * 

Voici un tableau d'ensemble des déclinaisons : 

I. Ros-a, ae, ae, am, à. — Ros-ae, arum, is, as, is, 
II. (1) Damin-HS, e! i, o, um, o. — Domin-i, orum, is, 
os, is. 

(2) Puer, piier-i, o, iim, o. — Puer-i, orum, is, os, is. 

(3) Templ-rnn, i, o, nm, o. — Templ-a, orum, is. a, is, 
III. (1) Lah-or, is, i, em, e. — Labm'-es, um, ibus, es, 

ibus. 

(2) Av-is, is, i, em, e. — Av-es, inm, ibvs, es, ibus. 

(3) Corp-KS, 07-is, ori, us, are. — Cœyor-a, um, ibus, 

a, ibus. 

(4) Cubil-e, is, i, e, i. — Cnbil-ia, ium, ibus, ia, 

ibus. 
1\' . Man-us, us, ui, um, u. — Man-us, uum, ibus^ 

us, ibris. 
V. Di-es, ei, ei, em, e. — Di-es, eriim, ebus, es, ebiis. 

Comme vous voyez, ce n'est vraiment pas bien 
difficile. 

Je termine par un hexamètre de Virgile qui est 



26 UN VERS DE VIRGILE 

de circonstance, car il est l'équivalent poli du 
français : " En voilà assez ! " 

ClaiidUëjâm rlvôs, pûërJ, sût prâta h)hërï.nt." 

Mot à mot : " Fermez déjà (à jn-éseni) les ruisseaux 
{canaux d'irrigation), enfants; assez les jrre's ont bu." — 
En français: "Fermez les rigoles, enfants; les prairies 
ont a.«sez bu." 

Vous reconnaissez dans t'ivos Tacc. plur. de 
rivus (2ème déclinaison); dans pueri le vocatif 
plur. de pner (même déclinaison) ; dans pj-ata le 
nominatif plur. de pratum (même déclinaison). 

Comme les prés de votre mémoire ont assez bu, 
je les laisse s'imprégner de ces eaux bienfaisantes 
et vous dis bonsoir. 

S. R. 

2 Virj^ile, Bucoliques, iii. 111. 



TROISIEME LEITIIE 

Mil chère Coniélie, 

Je ne pense pas que vous soyez jamais 
embarrassée par la rencontre cFadjectifs latins, 
car ils se déclinent connue les substantifs, et 
s'accordent avec eux. Pouilant, je vais entrer 
dans (juelques détails, ne fût-ce que pour vous 
apj)rendre des mots nouveaux. 

Les adjectifs suivent la première, la seconde ou 
la troisième déclinaison. Les uns ont trois ter- 
minaisons au nominatif, une pour cha([ue genre 
(hoiiK.-i, bon, bona, bonnm ; piihher, beau, pnlchra, 
puhlnuin) ; d'autres n'en ont (jue deux, dont la 
première {is\ sert pour le masculin et le féminin, 
la seconde {é) pour le neutre (Icri.s, léger nu 
legi-re, neutre Icir) ; d'autres enfin n'ont au 
singulier cpTune terminaison pour les trois genres 
ij'i'liv, heureux). 

Les adjectifs en er, a, um perdent en général 
l'r au génitif comme magi.ster ; les exceptions les 
plu.N importantes sont (ifipci- (dur), liber (libre), 
m'mer (malheureux), tener (tendre), et les composés 

27 



28 DÉCLINAISON DES ADJECTIFS 

dejero et de gero, comme fmgifer (fécond), armi- 
ger (qui porte des armes). Ainsi sacer, sacré, fait 
au gén\t\i sacri, tandis que miser fait miseri. \,q 
poète Stace, parlant d'un autel {ara) de la 
Clémence, dit que les malheureux Tout rendu 
sacré : miseri fecere sacram. 

Les adjectifs en is, e se déclinent comme avis et 
euhUe, avec cette réserve que les adjectifs en is ont 
Tablatif singulier en i et non en e. 

Quant aux adjectifs en er, is, e, la déclinaison 
en est identique à celle de levis, sauf que le nomi- 
natif et le vocatif masculin sont en er. Rappelez- 
vous cet hexamètre de Virgile : 

Par lev'ibus ventis volucrique simillirna somno} 

"Pareille aux légers vents et à l'ailé très semblable som- 
meil," en français : " Pareille aux vents légers et très 
semblable au sommeil ailé." Vulucri est le datil" singulier 
masculin de volucer, féni. volucris, neutre volucre. Ovide 
parle d'une flèche ailée, volucris arundo. Simillima est le 
superlatif féminin d'un adjectif en is, e, signifiant sem- 
blable, similis (d'où similitude). 

Les adjectifs ayant une seule terminaison pour 
les trois genres se terminent tous par s, x^ l ou r, 
par exemple sapiens (sage), felix (heureux), vigil 
(vigilant), par (égal). 

^ Virgile, Enéide, ii. 794, 



COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 29 



DEGRÉS DE COMPARAISOX. 

Il y a deux degrés de comparaison, le comparatif 
et le superlatif : Jaccpœs est plus grand (pie Paul 
(comparatif) ; Jacques est le plus grand de ses 
camarades (superlatif). F]n latin, un superlatif 
comme maximus signifie également le plus grand 
et très grand. 

En règle générale, le comparatif d'un adjectif 
se forme en ajoutant au génitif privé de la termi- 
naison la syllabe ior au masculin et au féminin, 
ius au neutre ; le superlatif se forme en y ajoutant 
issinius, issima, issimum. Ainsi alt-us, haut, fait 
au comparatif altior et altitis, au superlatif a/tis- 
simus, altissima^ altissimum. 

Il y a des exceptions assez nombreuses. Ainsi 
plusieurs adjectifs en is, comme similis., ont le 
superlatif sur le modèle de simiUimus, dont vous 
venez de voir un exemple. Tous les adjectifs en 
er, plus i^etus (ancien, fomie archa'ùjue vête?-), ont 
le superlatif en errimus : "le plus beau" se dit 
pidcherrimus ; " le plus ancien," Tetcrrimu.<i. 

Magnus, grand, fait au comparatif major., au 
superlatif maximus. 

Les adjectifs en dicus, ficus., volus forment leur 
comparatif et leur superlatif comme si le génitif 



30 FORMES IRRÉGULIÈRES 

était en dicent'i,s, ficcntu', volentis. Ain.si le com- 
paratif de malcd'icus, médisant, est malcdiccntior 
(de malediccns)^ le superlatif mahd'icentïsshnus. On 
a de même, de magmificus, le comj)aratif magm'i/i- 
centior ; de benevolus (bienveillant), le superlatif 
hcncvolentissimiis. 

Certains comj)aratifs et superlatifs très employés 
servent à exprimer les degrés de comparaison des 
positifs qui leur correspondent par le *sens ; mais 
ils n^ont pas plus de rapports avec ces mots Cjue le 
positif mnnvais, du latin populaire marifathis, et 
le comparatif yji;r, cjui n'est autre que le comparatif 
latin pejo7\ ■ 

Voici ces comparatifs et superlatifs à retenir ; 

CoMP. SUIEKL. 

De bonus, bon, melior et optimus. 

De malus, mauvais, pejor et pessimus. 

De par mis, petit, minor et 7nini'mns. 

De tnuUi, nombreux, plures et plnrhni. 

Certanis adjectifs, notamment ceux en eus et îns, 
n'ont pas de (legrés de comparaison : on dit ina^ïs 
idoneus, plus apte, ou maxime egregius, très 
excellent. 

Personne n'a mieux décrit qu'Ovide cet état de 
faiblesse morale ou l'on s'écarte du devoir tout 
en sachant bien ce qu'il exige : 



PASSAGES DOVIDE ET DE TACITE 31 

. . . Vidœ meliora prohoquc. 
Détériora .fcquor . . .^ 

"Je vrvÎR les Choses iiieilleures (neutre) et je (les) ap- 
prouve, (mais) les pires je (les) suis," c'est-à-dire : "Je vois 
le bien et je l'approuve, mais je m'attache au mal." De- 
terior est un comparatif de deter, "mauvais," qui «st 
inusité au positif. 

Beaucoup de dédicaces latines à la divinité 
suprême, gravées sur des marbres, connnencent 
par les lettres I . O . M. Ces trois lettres signi- 
fient l(ovi) O(ptimo) ^[{aj'imo), c'est-à-dire " à 
Jupiter (génitif Jovis, d'où notre mot jovial) très 
bon (et) très grand." Le latin supprime souvent 
le conjonction et. 

Je vous citerai encore cette petite phrase très 
profonde de Tacite, qui dit tant de choses en 
quatre mots : Corruptissimâ repiibîirâ pliirlmie 
hges^ " très corrompue (étant) la républi(|ue 
[ablatif], très nombreuses (sont) les lois," c'est-à- 
dire : "Dans un Ëtat très corrompu, les lois sont 
très nombreuses "" ou " Plus TEtat est corrompu, 
plus il y a de lois." 

^ Ovide, Métamm-phoses, vii. 20, 21. 
- Tacite, Annales, iii. 27 



32 



NOMBRES CARDINAUX 



NOMS DE NOMBRE. 

On distingue 1° les nombres cardinmix, comme 
ww, deux, trois ; 2° les nomlres ordinaux, comme 
premier, second ; 3° les nombres distribut ifs, 
comme un à un, deiix à deux. 

Les Romains employaient dqs chiffres d'un 
sj'stème particulier et fort incommode que vous 
connaissez sans doute déjà, puisque nous nous en 
servons encore (par exemple : tome xxii, chapitre 
xiii). Voici les nombres cardinaux qu'ail est 
indispensable de savoir: 



1. 


I. Unus. una, 'iinum. 


20. 


XX. Viiiinti. 


2. 


II. Duo, duae, duo. 


30. 


XXX. Triginta. 


3. 


III. !r/-es(inasc.etféiii.), 


40. 


XL. Quadra- 




tria. 




cjinta . 


4. 


IV. Qiiatiior (indécli- 


50. 


L. Quinqva- 




nable comme 




giida. 




les suivants). 


60. 


LX. Sexaginta. 


5. 


V. Qninque. 


70. 


LXX. Sephiaginta. 


6. 


VI. Sex. 


80. 


LXXX. Odoginta. 


7. 


VII. Septem. 


90. 


XC. Nonaginta. 


8. 


VIII. Oeto. 


100. 


C. Centuvi. 


9. 


IX. Novem. 


200. 


ce. Ducenti, ae. 


10. 


X. JJecetn. 




a. 


11. 


XI. Vndecim. 


600. 


DC. Sexcenti, ae, 


12. 


XII. Ihiodecim. 




a. 




• . • 


1000. 


M. Mille 


15. 


XV. Quindecim. 


2000. 


MM. Duo milia. 



DÉCLINAISON D^'UNUS' ET DE 'DUO^ 33 

Sexcenti et mille ne signifient pas seulement 
600 et 1000, mais "un très grand nombre," 
comme quand nous disons: "j'ai mille ennuis." 
Un Romain pouvait dire: "J'ai six cents 
ennuis." 

Plusieurs nombres cardinaux se déclinent ; 
comme on les rencontre à cha(|ue pas dans les 
auteurs, je vous conseille d'apprendre ces décli- 
naisons très exactement. 

1. Unus, 7ina, unum ; génitif un'ius pour les 
trois genres (et non imi .') ; datif uni pour les trois 
genres (et non uno.'); ace. unu7n^ iinam, unum; 
abl. uno, unâ, uno. 

Les mots très usités sohis (seul), lotus (tout 
entier), nullus (nul), uUus (aucun), uter (lequel 
des deux), alter (Pautre), neuter (ni Tun ni Tautre) 
se déclinent comme unus ; on a donc les génitifs 
nuUius, utrius, nlterius, neutrius, les datifs nulli^ 
utri, alteri, neutri. 

2. Dtu), duae, duo,, génitif duorum, duanim^ 
duorum ou dtium, datif duohus, duabus, duohus, 
accusatif duo ou duos, duas, duo, ablatif, duohus, 
duabus, diu)bus. Le mot cnnbo, tous deux, se 
décline de même : " à tous deux " se dit 
urnbobus. 



34 DÉCLINAISON DE 'TRES; 'MILIA,' &c. 

3. Très (inasc. et fém.), tria; gén. trmm pour 
les trois genres ; datif et ablatif tribus ; accusatif 
treSy tria. 

4. Milia, gén. milium, dat. et abl. milihus. On 
écrit jnille, mais milia (milliers). 

5. Dîicenti, ae, a ; sexcenti, ae, a, etc., se décli- 
nent régulièrement, mais le génitif est toujours 
en icm : sejccentum librariim pondus, le poids de 
six cents livres (libra, unité de poids, valant 327 
grammes ; le livre qu'on lit se dit liber). 

Voici un hexamètre de ma façon où sont réunies 
deux formes importantes de la déclinaison des 
nombres cardinaux : 

Unius ob meritum veniam concède duobiis. 

" D'un pour le mérite, la grâce accorde à deux,"" 
c'est-à-dire : " Pardonne à deux en faveur d'un 
seul." 

Dans la traduction latine de l'Ancien Testa- 
ment, appelée Vulgate {vulgata, la traduction 
accréditée^ on trouve ce mot souvent cité : Vae 
soli ! ^ " Malheur à {cehd qui est) seul ! " 

Les Romains de bonne naissance étaient désignés 
par ce qu'on appelle les trois noms, tria nornina : 

^ Ecclesiastes, iv. 10. 



NOMBRES ORDINAUX 35 

Marciis (abrégé M.) Tulliiis Cicero, Mmrus étant 

le prénom, TiiU'uts le nom et Cicero (de cicer, 

ciceris, pois chiche) le surnom 

* 
* * 

Passons aux nombres ordinaux, (|ui sont des 

adjectifs en î/.v, a, uni, se déclinant connne bonus, 

bona, bonuin. 

1. Primus. 8. Octavus. 

2. Secundus, 9. Nonus. 

3. Tertius. 10. Decimus. 

4. Quartus. 20. Vicesimus. 

5. Quintus. 30. Tricesimus. 

6. Sextus. 100. Centesimus. 

7. Septimus. 1000. ]\Iillesimus. 

Stace a écrit ce commencement d'hexamètre f|iie 
Ton attribue souvent à Lucrè<;e : Prinnu<i in orbe 
deosfecit timor,^ c''est-à-dire : timor primn.<i in orbe 
fecit deos, " la crainte la première sur la terre a 
fait les dieux,"' " la crainte des mortels a fait naître 
les dieux.*" 

Pour exprmier que le livre d'un auteur prolixe 
devient trop gros, Juvénal dit que " la millième 
page s'élève,"' millc-mna pagina surgit, et il ajoute 
plaisamment qu'elle est ruineuse par le papyrus 

^ Stace, Théhaïde, iii. 661. 
D 2 



36 NOMS TIRl^S DE NOMS DE NOMBRE 

qu'elle consomme, vmUâ damnosa papyro. 
Papyrus, mot grec, est féminin.^ 

Les nombres ordinaux ou leurs dérivés en nis 
ont souvent été employés comme noms propres à 
Rome : par exemple Qmnhis Curt'mfs^ Thistorien 
d'Alexandre le Grand, que nous appelons Quinte 
Curce ; Sextus Poinpeius, le fils de Pompée ; 
Septimius (et non Sept'imtis) Severns, Tempereur 
que nous appelons Septime Sévère ; Cains Octavius 
(et non Octnvus) Angiistus, l'empereur que nous 
appelons Octave Auguste, etc. 

NOMBRES DISTRIBUTIFS. 

Sînguli, ae, a signifie " un à un : " ainsi leo 
coepit vesci singulis, dans une fable de Phèdre, 
signifie : " le lion commença (à les) manger les uns 
après les autres." Faute de retenir cela, vous 
ferez un gros contre-sens chaque fois que vous 
rencontrerez le mot singuli. 

Bini signifie "deux par deux," terni "trois 
par trois," c^em "dix par dix," centeni "cent par 
cent."" Ces mots ne sont pas très usités. 

Il faut aussi dire un mot des adverbes numéraux, 
qui répondent à la question " combien de fois .? " 
en latin quoties. Les quatre premiers sont très 
1 Juvénal, Satires, vii. 100-101. 



NOMBRES DISTRIHUTIFS 37 

employ<5s : semel, une fois ; 6/5, deux fois ; ter, trois 
fois ; qiiater, ([uatre fois. On trouve aussi decies, 
dix fois, vicies, vingt fois, centies, cent fois, milies, 
mille fois. 

Virgile montre Didon, abandonnée par Enée, 
se frappant trois et (quatre fois la poitrine : 

Terque quaterque manu pectus percussa dé- 
corum.^ 

" Et trois et (|uatre fois de (sa) main (sa) 
poitrine ayant frappé belle," c'est-à-dire : " Ayant 
frappé trois et quatre fois de sa main sa belle 
poitrine." Comme le remarquait Fénelon, Virgile 
nous intéresse à Didon j)ar sa beauté. — Vous avez 
déjà vu ce petit mot g'z^e, signifiant "et," qui 
s'ajoute aux mots et ne se trouve jamais seul. 

Retenez encore cette expression de Virgile, 
pour dire qu'un honnne garde le silence pendant 
dix jours : Bis quinos silet ille dies,^ c'est-à-dire 
ille silet, il se tait, bis quinos dies, (pendant) 
fleux fois cinq jours. Ai-je encore besoin de vous 
dire que c'est là le commencement d'un hexamètre. 



— ^ —WV./ _V^*-/ _ 



Valedico tihi, ce qui signifie "je te dis adieu,' 
mot a mot "je te dis porte-toi bien." 

S. R. 

' Virgile, Émide iv. 589. 2 Xbid. il. 126. 



QUATRIEME LETTRE. 

Ma chère Cornélie, 

Je vais vous parler d'abord des pronoms — 
personnels, réfléchis, possessifs, démonstratifs, re- 
latifs, interrogatifs, indéfinis, corrélatifs. Si vous 
voulez retenir cette liste des divers pronoms, 
observez les majuscules de ces trois mots, dont le 
dernier, qui est latin, a passé dans notre langue 
familière au sens de " tout de suite"": Pour Ré- 
PonDRe IllICo. Cette mnémonique vous fait 
sourire ; vous avez raison, mais n'en faites pas 
fi. J'ai sans cesse recours à une formule de ce 
genre pour me rappeler, sans erreur possible, la 
succession des douze premiers Césars : Ccsautica, 
clauncgalo, vivestido =Cés(ar), Au(guste), Ti(bère), 
Ca(ligula), Clau(de), Né(ron), Gal(ba), O(thon), 
Vi(tellius), Ves(pasien), Ti(tus), Do(mitien). Un 
des premiers devoirs de la pédagogie n'est-il pas 
d'économiser l'effort et de le réserver pour ce qui 
est vraiment utile '^ 



PRONOMS rp:RSOx\NELS 39 

PRONOMS PERSONNELS. 



ui 



Le pronom de la première personne (celle q 
parle) est ego, pluriel nos. 

SiXGULiER. Pluriel. 

Nom. Ego, J(? ou mol Nos, nous 

Gén. Mei, de moi Nostrum ou nostri, de 

nous 
Ddt. Mihi, h vioî Nobis, à nous 

Ace. Me, moi Nos, nous 

Abl. Me, de ou par moi Nobis, de ou par nous 

Nostrum s''emploie comme synonyme de ex 
nohi.s : Unus ttostnan (et non pas nostri) " un de 
nous."" Mais on dit : Mémento nostri (et non pas 
nostrum) : " souviens-toi de nous." 

T.e jironom de la seconde personne (celle à qui 
Ion parle) est tu, pluriel vos. 

SINGLT.IER. Pluriel. 

N^om. Tu, tu ou toi Vos, vous 

Gén. Tui, de toi Vestrum ou vestn,de vous 

Dat. Tibi, à toi V'obis, à vous 

Ace. Te, toi Vos, vous 

AU. Te, de ou par toi Vobis, de ou par vous 



40 PRONOM RÉFLÉCHI 

Vestrum est synonyme d'ex vobis : Unus vestrum 
" un de vous."''' Mais on dit : Memini vestri, " Je 
me souviens de vous." 

Les Romains disaient toujours tu (et non 
vos) en parlant à une seule personne, même à 
l'empereur ; mais ils disaient souvent nos, 7iostr7im, 
nostri en parlant d'eux-mêmes. Ainsi ; înemcnto 
nostrl peut signifier : " Souviens-toi de moi." 

Les pronoms de la troisième personne (celle de 
qui Ton parle) se rendent en latin par des démon- 
stratifs ; il en sera question plus loin. 



PRONOM RÉFLÉCHI. 

Le pronom réfléchi n'a pas de nominatif; il est 
des trois genres, et le même au pluriel qu'au 
singulier. 

Gén. Sui, de soi, de lui-même, d'' elle-même, d'etix- 
ou d'elles-mêmes. 

Dat. Sibi, à soi, à elle-même, à eux-mêmes, etc. 

Jcc. Se, soi. 

Abl. Se, de ou par soi. 

On emploie souvent la forme redoublée sese. 
Virgile décrit ainsi deux forgerons : 



rUONOMS POSSESSIFS 41 

Illi inter sese magna vi brachia tolhint.^ 

"Eux entre soi (avec) grande force les bras ils 
soulèvent," c'est-à-dire : *' Ensemble, d'un effort 
puissant, ils lèvent les bras.'' Reniarc^uez Tèlision 
un peu dure, illi inter, et le fait qu'il n'y a qu'un 
seul dactyle dans ce vers ; Virgile fait ainsi, en 
exprimant l'effort, de l'harmonie imitative. 

Le pronom réfléchi est très employé en latin, 
même là où nous ne songerions pas à employer en 
français soi, mais où nous dirions lui-même ou 
eux-mêmes. 



PRONOMS POSSESSIFS. 

Ces pronoms — meus, tuns, noster, vester, -mus, 
mien, tien, notre, votre, son — se déclinent connue 
les adjectifs terminés de même, au masculin, au 
féminin et au neutre. Par exemple : mens, mea, 
meicm, à l'ablatif meo, meà, meo ; noster, nostra, nos- 
tnim, à l'accusatif nostrtim, nostram, nostr^im. Il 
n'y a aucune irrégularité, excepté le vocatif singulier 
de meus qui est yni : " mon fils ! " se dity//i mi ! 

Un vieux pronom possessif peu usité est cujus, 
qui signifie " à qui appartenant ? " Une (?glogue 
(le Virgile commence ainsi : 

* Virgile, Géorgiques, iv. 174. 



42 UN VERS DE VIRGÎl.E 

Die mihi, Darnoeta, aijum pecufi f An Melihoei ? ^ 

" Dis-moi, Damctas, à qui ce troupeau ? Est-ce 
(celui) de Mélibée ? " 

"Est-ce "est un équivalent français de an; en 
réalité, an est une particule interrogative et non 
un verbe suivi d'un pronom. 

PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 

Il y en a six : i-v, ca, id ,- hk; hnœ, hoc ; illc, illa, 
illud ; i.stc, ida, idud ; ipse, ipsa., ipsum ; idem, 
cadem, idem. 

1. IS, EA, ID, /■/, elle, ce. 

Singulier. Pluriel. 

N'om. Is, ea, id li, eae, ea 

Gén. Ejus (des trois Eorum, earum, eorum 

<renres) 

Dat. Ei {des trois lis oii eh {des trois genres) 

genres) 

Ace. Eum, eam, id Eos, eas, ea 

Abl. Eo, eâ, eo lis ou eis {des trois gen- 

7rs) 

ï Virgile, Bucoliques, iii. 1. 



PRONOMS DÉMONSTRATIFS 43 

2. HIC, HAEC, HOC, celui-ci, celle-ci, ceci. 

Singulier. Pluriel. 

Nom. Hic, haec, hoc Hi, hae, haec 

Gén. Hujus (des ti-ois Horuni, harum, horum 

genres) 

Dat. Huic (des trois His {des trois genres) 

genres) 

Ace. Hune, hanc, hoc Hos, has, haec 

Ahl. Hoc, hâc, hoc \i\îy {des ti'ois genres) 

Hic signifie cehii-ci, oppose' à illc, (jui signifie 
celui-là ; mais les bons auteurs emploient souvent 
ces mots Tun pour l'autre. La particule ce, 
ajoutée à hic, haec, hoc {hicce, hiijusce, haecce, etc.) 
donne à ces pronoms un sens iwÏQwûi : celui-ci 
même, de celui-ci même, celle-ci même. 

'6. ILLE, ILLA, ILLUD, celui-là, celle-là, cela. 

Singulier. Pluriel. 

Xoin. Ille, illa, illud Uli, illae, illa 

Gén. Illius {des trois Illorum, illarum, illo- 

genres) rum 

Dat. Illi {des trois gen- Illis {des trois genres) 

res) 

Ace. Illum, illam, illud Illos, illas, illa 

Ahl. lUo, illa, illo Illis {des trois genres) 



44 PRONOMS RELATIFS 

4. ISTE, ISTA, ISTUD, celui-là (quelquefois 
en mauvaise part). 

Se décline comme ille, illa., iïlud. " Cet homme- 
là,"''' avec une nuance de mépris, se dirait : iste 
homo. 

5. IPSE, IPSA, IPSUM, moi-même, toi-même, 
Ini-viême. 

Sauf qu^on dit ipmim et non ipsud, ce pronom 
se décline comme ille. 

6. IDEM {Idem), EADEM, IDEM Odem). 

Se décline connue is, ea, id : eumdem, ejiisdcm, 
eâdem, etc. Le nom. masc. sing. idem est pour 
isdcm, inusité ; c''est pourquoi Vi initial est long. 

Homo ip.s'e signifie "Thomme lui-même" et 
idem homo siç^nifie " le même homme."" 

PRONOMS RELATIFS. 

1. QUI, QUAE, QUOD, gui, lequel 
Singulier. Pluriel. 

Nom. Qui, (juae, quod Qui, quae, quae 

Gén. Cujus (des trois Quorum, quarum, quo- 

genres) rum 

Dat. Cui (des trois gC7i- Qnihus (des trois genres) 
res) 



LE 'QUORUiAr 45 

Singulier. Pluriel. 

Arc. Quem, quam Quos, quas, quae 

qiiod 

Jbl. Quo, qua, quo Quibus((/é'* trois genres) 

Quand, dans une assemblée délibérante, il n'y a 
pas le nombre de membres requis pour que le 
vote soit valable, on dit que le quorum n'est pas 
atteint. Il n'y a pas un homme instruit sur mille 
qui comprenne cette expression. Elle dérive 
d'une vieille formule de l'administration anglaise 
du moyen-âge, qui parlait encore latin. On dé- 
signait, pour faire fonctions de juges, un certain 
nombre d'hommes, dont (quorion, dont ou des- 
quels) tels et tels étaient indispensables pour 
procéder à certaines enquêtes ; ceux-là — les plus 
instruits — étaient qualifiés de gtiorum judges, 
"juges quorum.'''' Ce mot latin passa, en changeant 
de sens, dans la langue parlementaire anglaise, et 
de là dans celle de tous les parlements du monde, 
({ui sont nés du parlement anglais. 

2. Composés de QUI. 

Dans QUICUNQUE, quaecunque, qnodcunque, qui- 
conque ; QUIDAM, quaedam, quoddam ou quiddarn, 
certain ; quilibet, qiuielibet, quodlibet, ou quidlibet, 
qui l'on voudra ; quivis, quaevis, quodvîs ou quidvis, 



46 PRONOMS INTEKROGATIFS 

même sens — la première partie du compose, qui, 
se décline exactement connue qui., quae, quod, les 
autres syllabes restant les mêmes. 
Horace écrit : 

Non cuivis hom'mi contingit adiré Coiiiithum} 

'■'■Non contingit, il n'est (pas) donné ; cuir.is homini, à 
n'importe quel homme ; adiré Corinthum, d'aller (ù) Co- 
rinthe," c'est-à-dire : " Il n'est pas donné à tout le monde 
d'aller à Corinthe." Cette ville de Grèce était célèbre 
pour ses plaisirs coûteux ; les riches seuls pouvaient songer 
à s'y divertir. 



PRONOMS INTERROGA TIFS. 

Ces pronoms sont: 1. quis? 2. les composés de 
q7iis ; 3. les adjectifs nter, qualis, q%iantus, qnotus, 
quntusqimque. 

1. Qui s ou qiii, quae ou qua, quod ou quid, 
" qui ? " se décline comme qui relatif. Il y a une 
nuance de sens entre quis et qui. QUIS dirit hoc? 
"Qui dit cela P"' QUI homo est? "Quel homme 
est-il ?"' Connue qici, quod interrogatif est adjectif 
et doit être accompagné d'un nom ; quid est sub- 
stantif et s'emploie seul. Ainsi on dira nescio 

1 Horace^ Épîtres, i. 17, 36. 



PRONOMS INDEFINIS 47 

QflD^ "je ne sais quoi,"' mais nescio c^COB an'niid/, 
*'je ne sais (|uel animal.''"' 

2. Les composés de quis, savoir guis'nam et 
erfjuh, se déclinent comme quis, les syllabes nam 
et ec restant invariables. Le sens est le môme, un 
peu renforcé. 

3. Clc?; iitra, ut non (lequel des deux ?) se dé- 
cline comme umis, una, unum. Qiialis (quel ?) se 
décline comme levis ; qiiantus et qiiotus (combien 
grand ? combien nombreux ?) se déclinent comme 
honu.s: Dans qitotusquisqne (en combien petit 
nombre ?), les deux mots se déclinent ; mais le 
nominatif et Taccusatif sont seuls usités. Pour 
(lire: "Combien peu de femmes peuvent être 
ficres de leur beauté?"" Ovide écrit: Forma quo- 
taquaeqiie supcrbif, littéralement " de (sa) beauté 
combien-peu-nombreuse s'enorgueillit ? " — exemple 
frappant de cette concision qui fiiit du latin une 
langue difficile, alors même cjue Ton en comprend 
tous les mots. 



PRONOMS INDÉFINIS. 

Il est absolument nécessaire de connaître ces 
pronoms, qui sont d'un emploi continuel dans les 
auteurs : 



48 ' QUIS ' ET ' qui; ' ULLUS; ' NULLUS ' 

1. Quh ou rjiii, quac ou qua, quid ou qnod \ 
neutre pluriel, qua ou quae. La forme quis ne 
s'emploie en général qu^après les mots si, lïisi, ne \ 
ailleurs on emploie qtiL — Si quis te interroget, si 
quelqu'un finterroge ; nisi quis dicat, à moins 
que quelqu'un ne dise ; ne quis dii'af, que personne 
ne dise. 

2. Aliquis, aliqun, aliquid et aîiquod ; pluriel, 
aliqîii, aliquac, aliqîia, quelqu'un, quelque chose. 
Le satirique Perse se moque des poètes qui cher- 
chent l'emphase et la qualifie de grande aliquid, 
" quelque chose de sublime," en attachant un sens 
ironique au mot grande. 

3. Quisquam, quidquam (sans féminin ni pluriel), 
chacun. 

4. Ullus, aucun ; se décline comme unus (p, 33). 

5. A^ullus, nul, aucun ; se décline comme imus. 
Horace dit de lui-même qu'il n'est assujetti à 

jurer suivant les paroles d'aucun maître. Ce vers 
est devenu proverbial pour signifier l'indépen- 
dance de l'esprit, par opposition à nos penchants 
crédules et servi les : 

Nnllius addictus jnrare in verba magistri} 
^ Horace, Èpîtres, i. 1, 14. 



'QUIDAM; 'ALIUS' 'NEMO^ 49 

'■^ Addidus, assujetti ; jnrarc, h, jurer ; in verba, suivant 
les paroles ; nullins magidri, de nul maître," 

6. Qn'uhitu, qitdixldfn, (julddiim ou f/iiochhnn, un 
certain. Nous disons (juc'l(|UC'fois en f'rancjais "un 
(luidani"; \'ictor Hugo a terminé ainsi un vers 
lies Châtiments, où (juklam rime avec macadatn. 

7. Al'mSy alia, aliud, gén. a/iu.s\ dat. aliî^ autre; 
se décline connnc nnus. 

8. A lier, aJtera, alterwîi, gén. alternes, dat. 
(lUer'i, autre ; se décline connue ^imis. 

Je cite encore im hexamètre d'Horace : 

Cui placet alterms, sua nhmriim est odio so7's.^ 

" A qui plaît (le sort) d'antrui, son (pro])re) sort sans doute 
est ù haine," c'est-à-dire: "Celui (lui admire la condition 
d'antrui di'-teste la sienne," 

9. A/i(/iiot, indéclinaljle, ne se joint qu''à des 
sulxstantifs pluriels : aliquot hommes, quelqiics 
hommes. 

10. Nemo, personne, n'a (jue le datif nemini et 
Taccusatif neminem ; il emprunte le génitif et 
Tablatif à nul/us {milîins, mdlo). — " Qui lira mon 
li\re,^" demaïuîe Perse au début de ses Satires. 

^ Horace, Epît^-es, i. 14, 11. 



50 PRONOMS CORRÉLATIFS 

Son interlocuteur répond : Vel duo vel nemo, 
"ou deux ou personne," ce que nous rendrions 
par: "un ou deux honnnes peut-être." 

11. N'ihU ou /î?7, rien, indéclinable, est toujours 
employé connne substantif. Nthil ho?-urn signifie 
" rien de tout cela." 

1 2. Uterqiœ, utraqiie, utrumqiie^ génitif ut7'iu.9q7ie, 
datif ntriqiie, chacun (en parlant de deux). 

13. Xeide?; neutra, neutrum, génitif neiiinus, 
datif neutri, aucun des deux. 

14. Quant7iscu7nque, qïiantactinupie, quanhim- 
cnmqiie, si grand que Ton voudra. 



PRONOMS CORRÉLATIFS. 

Apprenez à les connaître par des exemples. 

QUOT homincs; TOT scntentiae (autant d'honnnes, 
autant d'opinions).— Qf/^A^Ti/if vinî, TANTUM 
aqwte (autant de vin que d'eau). — QUALIS pater, 
TALISjilnifi (tel père, tel fils).— Ji/ UNUS, negat 
ALTER (l'un dit oui, l'autre dit non). 

Voici d'admirables vers de Juvénal où vous 
trouverez quelques-uns des pronoms énumérés dans 
ma lettre : 



DEUX PASSAGES DE JUVKNAL 51 

E,i()nplo (juodcui/Kjuf iiialo coi/iniitliiur, ip.si 
D'ispUcct auctor'i. Prima est hacc ultio, quod se 
Jud'ire mino norens ahsohùtur . . .^ 

Mot à mot : " Qiiodcutnqiie, quelque (acte) qui ; commit- 
tltnr, est commis; malo exemplo, en mauvais exemple; 
(li.'^plicet, déplaît ; anctori ijisi, à (son) auteur lui-même. 
llaec ultio, cette vengeance ; est prima, est la première ; 
quod nemo, (à savoir) que personne ; ahsolrilur, (n')est 
alisous ; se jndice, soi-même (étant) juge." Eu français : 
"Ttiute mauvaise action pèse à son auteur. C'est le 
premier cliâtiment : personne ne s'absout à son propre 



Sentez-vous, Cornélie, ce qu'il y a (ràpreté et 
de pa.ssion contenue dan.s ces vers ? Juvénal n"'a 
rien de la douceur de Virgile, de la bonhomie 
d'Horace, de la facilité aimable d'Ovide. Fne 
autre citation de Juvénal va vous en convaincre: 
il s'agit d'un mauvais riche, Pacuvius, qui tient 
-m'tout à la vie et à l'argent, prêt à tout d'ail- 
leurs pour les conserver : 

Vivat Paeuvius, quaeso, vel Kestora fotum ! 
Possideat, quantum rapuH Nero ! Montilms 

au mm 
Exaeijiu't, nec amet qiwmquam, nec ametur ab 

ullo? 

^ Juvénal, S(xtirps, xiii, 1-3. 
2 Ibid., xii. 127-130. 

E 2 



52 LE STYLE MORDANT 

Quaeso, je (le) demande ; Pacuvliis vivat, que Pacuvius 
vive ; vel Nestora totnm, même tout Nestor [c'est-à-dire 
aussi vieux que Nestor, qui vécut, dit-on, 120 ans ; cette 
expression est d'une concision forcée et voulue]. Pomdeat 
quantum New rapuit, qu'il possède autant que Néron a 
dérobé [Néron s'enrichissait des biens de ceux qu'il con- 
damnait à mort] ; exaequet atirum montibus, qu'il égale 
(son) or aux montagnes ; nec amet q'uemquam, et qu'il 
n'aime personne ; 7iec ametur ab nUo, et qu'il ne soit aimé 
de personne. En français : " Que Pacuvius vive, je le 
demande ; qu'il vive autant que Nestor ; qu'il possède 
autant de richesses qu'en déroba Néron ; qu'il accumule 
des montagnes d'or ; mais aussi qu'il n'aime personne, que 
personne ne l'aime ! " 

J''ai choisi ces vers à cause des pronoms, mais 
j'en aurais trouvé mille autres du mCme caractère. 
Vous aurez fait un grand progrès quand vous serez 
devenue sensible à ce style mordant. 

Vale et mémento mei, 

S. R. 



CIN(»)l lÈME LEITRE 

Ma chère Cornclie, 

Puisque j'ai fini ma dernière lettre par du 
Juvènal, je veux vous donner en counneiK^'ant 
celle-c-i un peu d'Ovide, dont le style ainia})le et 
caressant fait contraste. Exilé à Tomes sur la 
.Mer Noire, par Teffet de la mauvaise humeur 
d'Auguste, Ovide, dans une élégie adressée à la 
postérité, rappelle ses goûts d'enfant pour la 
poésie ; ce sont des distiques : 

1. At mihijam puero caeîestia sacra placehant, 
9.. Inquc s-iium fwthn Musa tfahcbaf opus. 

3. Sat'pc patcr dixit : " Studïnm quid inutile 

tentas ? 

4. Maconides nidlas ipse reliquit opes.'''' 

ô. Motus eram dictis totoque Hel'uone reUcto, 

6. Scr'ihere conahar verba soluta modis : 

7. iSponte suti Carmen numéros vcniehat ad aptos, 

8. Et, quod tentabam dicere, versus erat} 

1 Ovide, Tristes, iv, 10, 19-26. 
53 



51 UNE 'CITATION DT)VIDE 

1. At mihi jam puero, mais à moi déjà (encore) enfant ; 
sacra caelestia placehaivt, les mystères célestes plaisaient. 

2. Inqne sxmm ojyits, et dans son travail ; Musa trahehat 
furtim, la Muse (m')entraînait à la dérobée. 

3. ^aepe pater dixit, souvent (mon) père me dit; qttid 
tentas stndluvi inutile ? pourquoi tentes-tu une étude 
inutile ? 

4. Maeonides ipse, le Méonide [Homère, né en Méonie] 
lui-même ; reli(piit nidlas opes, (n')a laissé aucunes ri- 
chesses. 

5. Eram mohis dictis, j'étais touclié (de ces) paroles ; 
totoque Helicone relicto, et tout l'Hélicon [la colline des 
Muses en Béotie] ayant été abandonné (par moi), 

6. Gonabar scrihcre, j'essayais d'écrire ; verha soluta 
modis, des paroles affranchies de mesures ; 

7. Sponte su(%, (mais) de son propre gré ; carmen veniehat 
ad numéros apto.% le chant venait aux nombres appropriés, 

8. Et quod tent(dmvi scribere, et ce que je tentais 
d'écrire ; versus erat, était un vers. 

J'emprunte une élégante traduction : " Mais 
pour moi, dès l'enfance, les mystères sacrés furent 
pleins de charmes et les Muses m'attirèrent en 
secret à leur culte. Souvent mon père me disait : 
' Pourquoi tenter une étude stérile ? Homère 
lui-même est mort dans l'indigence.' J'étais 
ébranlé par ces paroles ; je disais adieu à l'Hélicon 
et tâchais d'écrii'e sans m'astreindre au rythme 
poétique ; mais les mots venaient d'eux-mêmes 
remplir le cadre de la mesure, et chaque pensée 
que j'exprimais était un vers." 



ADVERBES 55 

0\ide caractérise ainsi, avec une grâce char- 
mante, son incomparable facilité ; elle Tentraîne 
souvent, il faut bien le dire, à écrire des vers très 
négligés et même plats. 

Je vais vous parlei* aujoindliui des adverbes, 
des prépositions et des conjonctions, réservant le 
verbe pour ki fin, avant de passer à la syntaxe. 

ADVERBES. 

1. Poril MARQLER LE TEMPS*. HocUc (aujoU]-- 

dliui); rn/y (demain); hcri (hier); /;/•/'(/ /r (la veille) ; 
po.stridie (le lendemain) ; (ji/onchn/i ou ul'im (autre- 
fois) ; S(i€pe (souvent) ; inipcr (récemment) ; 
iiimqnam (jamais) ; postea ou deinde (ensuite) ; 
j(im (dcjà) ; niinc (maintenant) ; tum ou tune 
(alors). 

^. Porii interroger: Cur ou qnamohjrm? 
(})our{[Uoi .'') ; (piare? (piomodo? (comment.''); 
(111 ou anne ou mom ? (est-ce que f). 

3. PorR ASSURER : AYicu/i (inême) ; ite (ainsi); 
ct'iit' ou Mme ou profcrto (certes, assure'ment); 
(ju'idet/i, toujours après un nom (en effet) ; ('(pudcm 
[même sc-ns (|ue ego qiàdem] (en effet); .sci/'icef (à 
savoir) ; ergo (donc) ; eiiim ou etenim (en effet). 



56 . ADVERBES 

4. Pour nier : jVo71 ou haud (non) ; minime 
(nullement). 

5. Pour marquer le doute : Forsan ou 
Jorsitan ou fartasse (peut-être). Forte ne signifie 

pas " peut-être," mais "par hasard." 

6. POT^R MARQUER LA CONFORMITE : itu (ainsi) ; 

tnnqiatm ou quasi (comme si) ; quemadmodiim (de 
même que) ; nt ou sic ou sinit ou velut (comme). 

7. Pour marquer l'union : simul ou una (en- 
semble) ; pariter (pareillement). 

8. Pour marquer la division : aliter ou alias 
(autrement). 

9. Pour montrer : En ou ecce (voici, voilà). 

10. Pour marquer le di':sir : Uthumh (plût au 
ciel que . . . !) 

11. Pour exhorter: Eia ou âge ou agediim 
(eh bien ! courage !). 

12. Pour marquer la manière : docte (savam- 
ment) ; fortiter (bravement) ; cito (rapidement). 
Ces adverbes se forment des adjectifs correspon- 
tlants, doctus,Jbrtis, citns. 

1 3. Poi'R marquer la quantité : parum (troj) 
peu) ; patdum ou pauhdum (un peu) ; multum 
(beaucoup) ; satis (assez) ; nimis (trop). 



» 



SENS DE 'PARUM' 57 

14. Pour marquer le lieu : Ubi (où) ; ihï 
(là) ; nw^qucmi (nulle part) ; aUcuhi (quelque part) ; 
obviam (en face) ; pone (derrière) ; prope (près) ; 
longe (loin) ; procul (au loin). 

Ecrivez chacun de ces adverbes latins sur une 
fiche, avec la traduction au revers ; brouillez les 
fiches et apprenez à dire Téquivalent latin ou 
l'équivalent français à première réquisition. En 
moins d'une heure, \ous aurez tout retenu. 

Lucain apostrophe César et lui demande : Quïd 
satis est, si Romn parum ? ^ " Qu'est-ce qui est 
assez (pour toi), si Rome est trop peu ? " " Que 
te faut-il donc, puisque Rome ne te suffit pas.^" 
Je vous cite ce début d'hexamèti'e pour bien vous 
persuader que parum doit toujours se traduire par 
t7-op peu ; un Romain qui aurait àev[\ax\à6 parum 
aquae dans mie auberge, au* lieu de paulum aquae, 
n'aurait reçu, à juste titre, qu'une goutte d'eau. 

Les adverbes admettent généralement des degrés 
de comparaison lorsque les adjectifs d'où ils dé- 
rivent les admettent eux-mêmes. 

1°. Le comparatif d'un adverbe est pareil au 
neutre du comparatif de l'adjectif: ainsi dor/ius- 
signifie à la fois " plus savant '" (au neutre ) et 

^ Lucain, Pharscde, v. 274. 



58 COMPARAISON DES ADVERBES 

" plus savamment." Cependant on dit mng'is 
(plus) et non pas niqjus. Dm (longtemps) fait 
diutiuft, saepe (souvent) fait saephis, alors qu'il 
n'existe pas d'adjectifs correspondants. Potins, 
dont le positif est inusité, signifie " plutôt." 

On peut d'ailleiu's employer, au lieu du com- 
paratif adverbial, le positif de l'adverbe avec mag'is, 
plus : magis docte équivaut à doctius. 

2*^. Le superlatif d'un adverbe se forme du 
superlatif de l'adjectif en changeant tis en e: 
ductissime, " très savannnent." Mérita (justement) 
et tuto (sûrement) ont un superlatif en o : meri- 
tissimo, tidis.ùmo. Diu (longtemps) fait dintissimc ; 
niiper (récemment) fait wiperrime ; saepe (souvent) 
fait saepissivie, alors qu'il n'existe pas d'adjectifs 
correspondants. Un très grand nombre de super- 
latifs sont en wn, identiques au superlatif neutre 
des adjectifs : iiuuriiniim ou maxime (le plus, beau- 
coup). On dit jn-imnm (d'abord) et primo (en 
premier lieu), mais non prime. 

On peut employer le positif de l'adverbe avec 
maxime, admodum, plane (beaucoup, tout à fait) 
au lieu du superlatif: phme egregie équivaut à 
" tout à fait bien." 



PRÉPOSITIONS 59 



PREPOSITIONS. 

Trente-trois prépositions latines se construisent 
avec l'accusatif, douze avec l'ablatif, trois avec 
l'accusatif ou Tablatif suivant qu'on exprime on 
non le mouvement, deux avec le génitif. 

Avec l'Accusatif : Ad (auprès ou pourj ; 
adversum (contre ou vis à vis) ; ante (avant) ; 
apud (auprès ou chez) ; circa^ circiter^ circuni 
(autour ou environ) ; cis, citra (en deçà) ; contra 
(contre) ; erga (à l'égard de) ; eoctra (en dehors 
de) ; infra (au-dessous de) ; înter (entre ou parmi ) ; 
intra (au-dedans de) ; juxia (à côté de) ; oh 
(à cause de ou devant) ; prope (près de) ; pênes 
(en la puissance de) ; per (par) ; pone (derrière) ; 
post (après) ; praeter (en dehors de) ; propter (à 
cause de) ; secundum (selon) ; secus (le long de) ; 
subtei- (sous) ; supra (au-dessus de) ; trans (a 
travers) ; versus (vers) ; idtra (au delà de) ; usrpie 
(jus(iuà). 

Avec l'Ablatif : A ou ah {ah devant les voyelles 
et cei-taines consonnes; ahs devant te; marque 
Téloignement ou Torigine, en français " de "") ; ahs- 
que (sans); clam (a Tiiisu de); coram (en présence 
de) ; Clan (avec) ; de (de) ; e ou ex (de) ; palam (en 



60 UN VERS DE VIRGILE 

présence de) ; prae (devant) ; jrro (pour) ; sine 
(san.s) ; tenus (juscju'à). Ce dernier mot veut 
Tablatif avec un complément au singulier : cajmlo 
tenus, jusqu'à la garde (de Tépée), et le génitif 
truand le régime est au pluriel : aurnim te?ius, 
jusqu'aux oreilles. 

Avec l'Accusatif ou i,' Ablatif : In (dans) ; 
sub (sous) ; super (sur). Ainsi stare in monte, " se 
tenir siu' la montagne,"" mais aseendere in montem, 
" monter sur la montagne." Sicptr se construit 
avec Tablatif dans le sens de " concernant "" ; 
Virgile écrit, à la fin de ses Géorgiques : 

Haec super arvorum cultu pecorisque caneham} 

Canebam haec, je cliautais ces choses ; super cv.ltu arvorum 
pecorisque, au sujet de la culture des champs et (de l'élevage) 
du bétail. 

Avec i-e Génitif : Ergo (à ca,use de) ; instar 
(à l'exemple de). 

Remarc[uez encore que cimi (avec) se met 
toujours après les pronoms ??^£', te, nobis, vobis, 
se, quibus : on dit mecum, tecum, nobiscum, vobis- 
Ctim, secum, quibîiscum, et non pas ciirn me, cum 
te, etc. 

^ Virgile, Géorgiques, iv. 559. 



CONJONCTIONS 61 

CONJONCTIONS. 

Je vous cleniande encore un effort de mémoire 
poiu" les conjonctions, qui peuvent se classer 
ainsi : 

1, Poi'R JOiNDiiE : Dans le sens de "et, aussi, 
même " : Et, (pic (après un mot), r/c, atquc, (jnoquc, 
ct'inm.—Pnieterca signifie "en outre." 

2. Pour séparer : Dans le sens de " ou "" : aui, 
vel, ve (après un mot). Sive signifie "soit"" et 
s'oppose généralement à lin autre sive. Xcc et 
netjue signifient " ni, ne pas." 

Î3. Pour coxcltre : Dans le sens de "donc"": 
crgn, igifu?; kleo, iiaqiic (c'est })ourc|uo];. 

4. Pour marquer opposrnox : Dans le' sens de 
"mais": sed, sedenim, at, autnn, vcro (ces deux 
derniers après un mot). Dans le sens de "si," 
"même si," "quoi([ue": si, etsi, etiamsi, licct, 
(jiKimquam, quamvis, tametsi. Dans le sens de 
"(|ui plus est," "à la vérité": imo, imo vero, 
quin, quin etiam. 

5. Pour rendre raisok : Dans le sens de " car, 
en effet": Nam, namqne, enim (après un mot), 
etenim. Dans le sens de " parce cjue " : (ptod, quia, 
yroptcna quod, quoniam. \ax particule ne inter- 



62 INTERJECTIONS 

dit, : ne hoc facias, ne fais pas cela. Ita ut signifie 
" en sorte ([ue." 

6. Pour marquer une condition : Dans le 
sens de "pourvu que"": diim, dummodo. Dans 
le sens de " si "' : si, si modo. Nisi signifie " à 
moins que " ; modo ne signifie " poui'vu que . . . 
ne pas/'' Modo 7ie hoc dicas, " pom'^'u que tu ne 
dises pas cela." 

7. Pour marquer le doute : Sens d"*" est-ce 
que ? " : An, num, iitrum, ne (après un mot). 



INTERJECTIONS. 

Enfin, les interjections les plus usitées sont : A 
(ah !), o (ô ou oh !), heu (hélas) et tvic (malheur à). 
Je vous ai déjà cité la parole de TEcriture, vae 
sali ,• je vous rappelle celle du chef gaulois Brennus, 
exigeant de Rome vaincue des conditions très 
dures : Vae vkiïs ! " Malheur aux vaincus ! "" 



* 
* * 



Maintenant, quelques exemples littéraires pour 
vous rafraîchir. 

De Virgile : forsan et haec olim meminisse jnvahît 
(fin d'hexamètre).^ 

Virgile, ÉrJide, i. 203. 



UN PASSAGE DE SÉNEQUE 63 

Formn olim, pcut-i-tre un jour; juvabit mcminissc, il 
sera aj^nréable de se rappeler ; et haer, aussi ces choses. 
" Peut-être aimera-t-on à s'eu souvenir un jour." 

Je ne vous ai pas encore cité de phrase de 
Sénèqiie, le plus spirituel de tous les moralistes 
anciens, auquel notre Montaigne doit au moins 
autant qu'à Plutarque. En voici une : 

Sirut in arvo quod segeti proscis.siitn est, uliqui 
flores mternascuntur, non tamen huic herbulae, 
qiuimzns delectet oculos, tantiim uperis insumptian 
est : aîiud fuit serenti propositum, hoc supei-venit ; 
sic et voluptas non est merces, nec causa viHutis, 
sed accession 

Sicut in arvo, comme dans un champ cultivé ; quod pros- 
ci-isjim e^t segeti, qui a été labouré (en vue de) la moisson ; 
aliqni flores intertiascuntur, quelques fleurs naissent entre 
(les épis); non tamen, (ce) n'(est) pourtant (pas); hvic 
herlndae. pour cette herbette ; qnamvis delectet octdos, bien 
qu'elle charme les yeux ; tantnm operL^i insumptum est, (que) 
tant de travail a été entrepris ; propositum 'ierentifuit aliud, 
le dessein (présent) au semeur a été autre ; hoc supervenit, 
cela est venu par surcroît ; sic et voluptas, de même au.-si 
le plaisir ; non est merces nec causa virtidis, n'est pas la 
récompense ni la cause de la vertu ; sed accessio, mais 
l'accessoire (de la vertu). 

En français : " Dans un champ labouiv en vue 
de la moisson, il naît quelques Heurs ; cependant 

^ Sénèque, De la rie heureuse, chap. 9. 



64 ENCORE DU SENEQUE 

ce n'est pas pour cette petite herbe, bien (jU'ellc 
cbanne les yeux, iju'on a })ris tant de peine : le 
semeur a eu lui autie but ; cela est venu par sur- 
croît. De même le plaisir nVst ni la récom})ense 
ni le motif de la vertu ; il en est raccessoire." 

NV'st-ce pas une jolie idée d'assimiler le j)laisir 
que cause une bonne action à ces fleurs (jui naissent 
parmi les blés ? Sénè(|ue déclame souvent, il se 
paye de mots, il se contredit ; ainsi j)ersonne n'a 
pu encore découvrir s'il croyait ou non aux dieux. 
Mais ce j)récepteur de Néron, ce confesseur laïc 
du jeune Lucilius est un écrivain d'une vivacité 
charmante et un profond connaisseur du cd'ur 
Inimain. Si la conspiration de Pison contre Néron 
avait réussi, il serait peut-être devenu empereur; 
liome aurait eu Marc-Aurèle un siècle plus tôt, 
avec des germes moins dévelop})és de décadence. 

Encore trois petites phrases de Sénèque : 

An'unufi vHiorujn ir/nmaii.s' nos increparc alios, 
mm (pùa od'it, .scd tu rcmcd'mm jnbct} 

Anhaus immuni.s vitiorum, une âme exempte de vices; 
nos jnbet increpare alios, nous ordonne de gourmander les 
autres ; no)i <jnia odit, non parce qu'elle (les) hait ; spâ in 
remedium, mais en vue d'un remède. 

' Sénèque, De la vie heureuse, chap. 26. 



TOUJOURS DU SÉNÈQUE 65 

" Une âme affranchie de vices nous ordonne de 
gourniander les autres, non par haine conti'e eux, 
mais pour les guérir." 

Marcel sine adversarlo vhius ; fnnc apparet 
quanta sit, cum quid possit patientia ostendit} 

Virtiis marcet sine adversarlo ; la vertu se dessèche sans 
adversaire; apparet tune quanta sit, elle apparaît alors 
combien grande elle est ; cura patientia ostendit, lorsque la 
patience montre; q^nd possit, ce qu'elle peut. 

" La vertu se dessèche sans adversaire ; elle ne 
paraît dans sa grandeur que lorsque la patience 
montre ce qu'elle peut." 

Stiidiorum sahdarium, etiam cit?'a effectum, 
laiidanda tractafio est? 

Tractatio studiorum salutarium, le maniement des études 
salutaires ; etiam, citra effectum, même en deçà de l'eflfet ; 
laudanda est, est louable. 

" L'application aux études salutaires est louable, 
même sans qne Ton obtienne le résultat désiré." 

Cette phrase pourrait servir de devise à ceux 
qui pensent que Tétude du latin et du grec, même 
imparfaite, est chose utile à Tesprit. Ne sentez- 
vous pas déjà, Cornélie, qu'ils ont raison ? 

S. R. 

^ Sénèque, De la rie heureuse, chap. 20. 
^ Id., De la Providence, chap. 2. 
F 



SIXI1:ME LEITHE 

Ma clù'ie Cornélie, 

Bien qiron distinguo cjuatre conjugaisons, 
les verbes latins ne présentent ])as de difficultés 
sérieuses; il suffit de savoir parfaitement conjuguer 
sum (je suis) et Tun des verbes en o — amo, par 
exemple — pour se rendre maître du reste en peu 
de temps. 

Dans notre langue, les personnes du verbe se 
distinguent tant par la terminaison (J\iime, tu 
aimes) cjue par le pronom personnel qui précède 
chacune d'elles. En latin, le pi'onom ne précède 
que par exception, et les terminaisons seules 
suffisent à indicjuer les personnes : amo, amas. 
Cest dire qu'il faut faire grande attention à ces 
terminaisons et ne pas croire, comme les mauvais 
élèves, qu'une personne d'un verbe latin peut se 
traduire n'im{)orte connnent, au petit bonheur. 

Les verbes actifs se conjuguent à l'actif et au 

passif, les verbes neutres à l'actif seulement. Il 

y a six temps: le présent, l'imparfait, le parfait, 

le ])lus-que-parfixit, le futur, le futur passé {j'aime, 

J\it mais, J'ai aimé, J''avais ainié, j\iimerai, J''aurul 

66 



LES QUATRE CONJUGAISONS 67 

aimé). Il y a trois modes : riiulicatif, le sub- 
jonctif et riniperatif, suivant (jue Taction désignée 
par le verbe est considérée connne réelle, connue 
conditionnée ou connne Tobjet d'un ordre. Lïn- 
finitif, le gérondif, le participe et le supin sont 
des formes du verbe employé connue substantif 
ou comme adjectif ; jV reviendrai. 

Les quatre conjugaisons se distinguent par la 
forme de Tinfinitif présent et de la première 
personne du singulier du présent de l'indicatif: 

P. Infinitif are, 1ère p. sing. prés. ind. ô (pour 
a-o) : amâj-e, (aimer) ; amo (j'aime). 

2". Infinitif ëre, 1ère p. sing. prés. ind. ëo : 
monëi-e (avertir) ; moneo (j''avertis). 

3°. Infinitif ëre, 1ère p. sing. prés. ind. o .* légère 
(lire) ; hgo (^je lis). 

4". Infinitif Ire, 1ère p. sing. prés. ind. ?o : audïre 
(entendre) ; aud'iu, (j'entends). 

Il faut ajouter quelques verbes, comme accïpio 
(je reçois), qui intercalent un i à certains temps, 
participant ainsi de la 3ème et de la 4ème 
conjugaison. 

Les dictionnaires donnent, pour chaque verbe, 
le présent, le parfait et le supin ; de ces trois 
formes on déduit les autres, comme vous le verrez ; 

F 2 



68 LE VERBE 'SUM' 

quand une de ces formes nuuujue, les formes 
dérivées man(|uent également. 

Certaines formes du verbe au passif ne peuvent 
s'exprimer, en latin connne en français, qu'avec 
le secours d'un verbe auxiliaire (comparez amatus 
sum et "j'ai été aimé"). Le français se sert de 
deux auxiliaires ; le latin n'en connaît qu'un seul, 
le verbe irrégulier sum (je suis), infinitif esse 
(être). C'est par la conjugaison de ce verbe qu'il 
faut commencer 

Présekt de l'Ixdicatif. 

Sum Je suis 

Es Tu es 

Est // est 

Sumus Nous sommes 

Estis Vous êtes 

Sunt Us sont 

Le poète Térence a écrit ce beau vers iambique 
(dont je ne vous explique pas en détail la mesure, 
c[ui est compliquée) : 

Homo sum, hnmani nihil a me alîenum puto.^ 

"Je suis homme et je considère que rien 
d'humain ne m'est étranger." 

^ Térence, Lliomme qui se tourmente^ i. 1, 25. 



UN X)ISTIQUE D'OVIDE 69 

Imparfait de l'Indicatif. 

Eram X et ai s 

Eras Tu étais 

Erat // étaU 

Eramus Noils étions 

Eratis Vous étiez 

Erant Ils étaient 

Une lettre d'Ovide commence par ce joli 
distique : 

Haec mea, si casu miraris, epistola quure 
Alterius digitis scripta sit: aegcr eram} 

Si casu miraris, si par hasard tu t'étonnes ; quare haec 
mea epistola, pourquoi cette mienne épître ; sit scripta 
digitis alterius, soit écrite par les doigts d'un autre ; aeger 
eram, (c'est que) j'étais malade. 

" Tu seras peut-être surpris de voir ma lettre 
écrite par une main étrangère : c'est que j'étais 
malade." 

Futur de l'Indicatif. 
Ero Je serai 

Eris Tîi seras 

Erit // sera 

^ Ovide, Tristes, iii. S, 1-2. 



70 LE VERBE 'SUM' 

Eriinus Nous serons 

Eritis Vous serez 

Erunt Ils seront 

Notez la forme erunt, et non erinf, qui n'existe 
pas, et retenez ce pentamètre d'Ovide : 

Me tamen extincto fuma superstes erii.^ 

" Moi pourtant (étant; mort, (ma) renommée sera sur- 
vivante"; c'est-à-dire: "Ma renommée me survivra." 



Parfait de l'Indicatif. 

Fui J'ai été ou je fus 

Fuisti Tu as été ou tu fus 

Fuit II a été ou il fut 

Fuimus Nous avons été ou nous fumes 

Fuistis Vous avez été ou vous fûtes 

Fuerunt ou fuere Ils ont été ou ils furent 

Au moment de la })ri.se de Troie, Virgile fait 
dire à Enée : Fuhnûs Trocs, fiiU lUon ! ^ " Nous 
avons été Troyens, Ilion a été ! " c'est-à-dire : 
" 11 n'y a plus ni Troie ni Troyens ! " 

^ Ovide, Tristes, iii. 7, 50. 
2 Virgile, Enéide, ii. 325. 



LE VERBE 'SUM' 

Plus-que-pahfait nE l'Indicatif. 
Fueram J'avais été 



71 



Fueras 
Fuerat 
Fueram us 
Fueratis 
P'uerant 



Tu avais été 
Il avait été 
Nous avions été 
Vous aviez été 
Ils avaient été 



Futur Antérieur 

Fuero 

Fueris 

Fuerit 

Fuerinnis 

Fueritiis 

Fuerint 



DE l'Indicatif. 

J'aurai été 
Tu auras été 
Il aura été 
Nous aurons été 
Vous aurez été 
Ils auront été 



Présent du Subjonctif. 



Si m 


Que je sois 


Sis 


Que tu sois 


Sit 


Quil soit 


Simus 


Que nous soyons 


Sitis 


Que vous soyez 


Sint 


Qu'ils soient 



72 



LE VERBE 'SUM' 



Imparfait du Subjonciif. 
Esseiii ou Forem Que je fusse ou je serais 

Que tu fusses ou tu serais 
Qu'il fut ou il serait 
Que nous fussions ou nous 

serions 
Que vous fussiez ou vous 

seriez 
Qu'ils fussent ou ils seraient 



E.sses ou Fores 
Esset ou Foret 
Essenius 

Essetis 

Essent ow Forent 



Parfait du Subjonctif. 

Fueriin Que j'aie été 

Fueris Que tu aies été 

Fuerit Qu'il ait été 

Fueriiiius Que nous ayons été 

Fueritis Que vous ayez été 

Fuerint Quils aient été 



Plus-que-Parfait du Subjonctif. 



Fuissem 
Fuisses 
Fuisset 
Fuissemus 

Fuissetis 
Fuissent 



Que j'eussse été 
Que tu eusses été 
Qu'il eut été 
Que nous eussions 

été 
Que vous eussiez été 
Qu'ils eussent été 



ou j'aurais été 
ou tu aurais été 
ou il aurait été 
ou nous aurions 

été 
ou vous auriez été 
ou ils auraient été 



UN PRECEPTE D'HOUACE 73 

Si mens non laeva fuisset,^ dit TEnee de 
Virgile : "Si (mon) esprit n'eût pas été égaré." 



Impératif. 
Es OM esto Sois 

Esto Qu'il soit 

Este ou estote Que vous soyez 

Sunto , Qu'ils soient 

"Que nous soyons" se dit simus, 1ère pers. 
du pluriel du subjonctif. 

Voici un précepte littéraire d'Horace : 

Xon satis est pulchra esse poemata: dulcia simto^ 

"Il ne suffit pas que les poèmes soient beaux : 
qu'ils soient agréables " (c'est-à-dire : " il faut 
encore qu'ils plaisent"). 





Infixitif. 




Présent : 


Esse 


Être 


PARFArr : 


Fuisse 


Avoir été 


Futur : 


Fore 


Devoir être 



1 Virgile, Enéide, ii. 54. 

2 Horace, Epître aux Pisons, 99. 



74 COMPOSES DE 'SUM' 

Participe. 

Prksext : Elis, gên. entis, Étant (seulement dans le 

bas latin et celui du moyen Jigc). 
Futur : Futurus, futura, futurum. Devant cire 

Genus onine futurum (V'irgile) ^ : " toute la race 
future."'"' 

Rappelez-vous TAgrippine de Racine disant à 
Néron : 

Et ton nom para/tra, dans la race future, 
Aux 2^lus cruels tyrans une cruelle injure ! 

Le verbe sum n'a ni supin ni gérondif (p. 67). 
Plusieurs verbes composés se conjuguent sur 
sum, à savoir : 

Absum, ab-es, ab-fui, ab-esse, être absent. 
Aclsum, ad-es, ad-fui, ad-csse, être présent. 
Desum, de-es, de-fui, de-esse, manquer. 
Insum, in-es (parfait manque), in-esse, être dans. 
Subsum, sub-es (parfait manque), sub-esse, être 
sous. 

Le verbe prosum, pour prod-sum, admet un 
d devant les formes d'esse qui commencent par 

1 Virgile, Enéide^ iv. 622. 



UN DISTIQUE DE lU PILIUS 75 

uiif vo3clle : prod-es, pro-fui, prod-ero, prod- 
esse, " être utile."' 

Le dernier bon poète de Rome, Rutilius Nania- 
tianiis, qui écrivait après la prise de la ville par 
Alaric en 410, fait un éloquent éloge des bienfaits 
de la civilisation romaine et s'adresse ainsi à la 
capitale du monde : 

Fecidi patriam diversis gentihus unam ; 
Profuit injustis, te doviinante, capi.^ 

FiriMi }X(triaiu unam, tu as fait une patrie xuiique ; 
dirersis gentihus, aux divers peuj)les ; profait injvdis, il a 
été utile aux luécliants ; capi te dominaiite, d'être pris 
(soumis), toi (les) dominant. 

''Tu a.s donné aux ilifférents peuples ime 
même patrie ; ce fut un bonheur, même pour les 
méchants, d'être soumis à tes lois." 

Dans tous les composés de swm, excepté ahsum, 
les formes /bref, fore sont inusitées. 

Le plus employé des composés d'esse est possum 
{yionv potis-sum), "je puis " ; il se conjugue comme 
suni, mais avec quelques différences : 

^ Rutilius, Itinéraire, i. 63, 64. 



76 



LE VERBE 'POSSUM' 



Indicatif. 



Subjonctif. 



Présent : Possnm, potes, potest, 1 Possim, possis, etc 

possumus, potestis, possunt. j 
Imparfait : Poteram, poteras, ' Possem, posses, etc 

etc. 
Futur : Potero, poteris, etc. 
Parfait : Potui, potuisti, potuit, 

etc. 
Plus-que-Parfait : Potueram, 

potueras, etc. 
Futur Antérieur : Potuero, po- 

tueris, etc. 



Potuerim, potueris, etc. 
Potuissem, potuisses, etc. 



Infinitif Présent : Posse. 



Inf. Parfait : Potuisse. 



Au neuvième chant de V Enéide, deux jeunes 
héros troyens, Nisus et Euryale, sont allés com- 
battre pendant la nuit. Euiyale tombe aux mains 
des Rutules ; Nisus accourt à son aide et lance 
des javelots sur les ennemis. L'un d'eux, pour se 
venger, veut tuer Euryale ; alors Nisus sort des 
ténèbres qui le protègent et s'écrie : 

Me, me! adsum quifeci ! In me convertiteferrum, 
O Eutn li ! Mea fraus omnis ; nihil iste nec ausus 
Nec potuit: caelum hoc et conscia sidéra testor.^ 

^fe, me, moi, c'est moi ! adsum, je suis présent ; quifeci 
qui ai fait (cela) ; o Rutidi, ô Rutules; convertite ferrum in 
me, tournez (votre) fer contre moi. Fraus mea omnis, la 

1 \'irtrile, Enéide, ix. 427 et suiv. 



NISUS ET EURYALE DANS MIUtILE 77 

fraude (l'attaque nocturne) est toute mienne ; iste, celui-là ; 
Hfc nii,-!HS nihil, et n'a rien osé ; nec potnit, et n'a pu (le 
taire) ; teiitor caelum lior, j'atteste ce ciel (étoile) ; et sidéra 
confia, et les astres conscients (qui savent comme moi). 

" Moi ! . . . c''est moi ! . , . Me voici qui ai 
tout fait ! Tournez vos armes contre moi, ô 
Rutulcs ; c'est moi le coupable ! Cet enfant n'a 
rien fait, n'a rien pu faire ; j'en atteste ce ciel et 
ces astres témoins ! " 

Prière inutile ; Euryale tombe, percé d'une épée : 

Purpureus veliiti cum flos succisus aratro 
Languescit 7noriens,lassovepa pavera collo 
Demisere caput, pluviâ cum forte gravantur. 

Veluticum flos purpureus, coxavae lorsqu'une fleur pur- 
jjurine ; succisiis aratro, tranchée par la charrue; languescit 
inoriens, languit mourante; lassove papavera collo,'on [re] 
que des pavots le col las ; demisere caput, ont baissé la 
tète; cum farte gravantur pluviâ, lorsque par hasard ils 
sont alourdis par la pluie. 

" Ainsi une fleur brillante, que la chairue a 
tranchée, languit et meurt ; ainsi le pavot, af- 
faissé par une pluie violente, se penche sur sa tige 
et baisse la tête." 

Si l'on voulait chicaner, on pouiTait redire à 
demisere, qui est un parfait, alors (|ue languescit et 
gravantur sont au présent ; mais Virgile exprime 
Faction habituelle de la pluie sur les pavots et 
le temps au'il emploie pour cela est ce qu'on 



78 DIFFICLUTÉ DE TRADUIRE 

appelle le "parfait (riuibitude." La cliicaneur 
serait donc un ignorant. 

Nisus se preci})ite au milieu des ennemis, 
tue le meurtrier d'Euryale et tombe lui-même, 
percé de coups, sur le corps de son ami. Alors 
le poète parle en son nom : 

Forlunati anibo! Si quid mea carmina jjossunt, 
Nulla dies unqumn memori vos eximet aevo ! 

Fortunati amho, heureux tons les deux ! Si mea car- 
mina jwssunt quid, si mes chants peuvent quelque chose ; 
mdla dies iinquam, aucun jour jamais ; vos eximet, ne vous 
effacera ; aevo m,emori, du temps qui se souvient. 

" Couple heureux ! Si mes vers ont quelque 
pouvoir, vous vivrez à jamais dans le souvenir 
des hommes ! " 

Vous voyez " cju^on doit traduire librement et 
parfois paraphraser ; notre langue n'a même pas 
un équivalent du beau mot memor. 

Cornélie, si vous n'êtes pas de pierre, vous 
admirerez ces vers comme moi. Vous y trouve- 
rez des beautés qui sont particulières à Virgile, 
fleurs écloses de son âme tendre et passionnée. Lu- 
crèce, Ovide, Lucain, Juvénal ont leurs beautés, 
qui sont d'un autre ordre ; quand Virgile est 
tout à fait virgilien, il les dépasse, 

Vale et me ama, 

S. R. 



SEPriEME LETTRE 

Ma chère Cornélie, 

Nous allons conjuguer mno, verl)e de la 
première conjugaison, en grand dc'tail ; mais, 
après cela, je ne vous traiterai plus connue une 
petite fille qui ne sait pas réfléchir et je conjuguerai 
les autres verbes en abrégeant. 

VEBBE ACTIF AMO, 'SFaime." 
Présent de lTndicatif. 

Ani-o J'aime 

Ani-as Tu aimes 

Am-at II aime 

Am-anius Nous aimons 

Ani-atis Vous aimez 

Ani-ant Ils aiment 

Imparfait de lTxdicatif. 

A ni-abani J'aimais 

Am-abas Tu aimais 

Am-abat II aimait 

Am-abarnus Nous aimions 

Ani-abatis Vous aimiez 

Am-abant Ils aiTnaient 

79 



80 LE VERBE 'A:\I()^ 

Parfait de l Indicatif. 

Am-avi J^ai aimé ou f aimai 

Am-avisti Tu as aimé ou tu aimas 

Ani-avit II a aimé ou il aima 

Am-avinius Nous avons aimé ou nous aimùmts 

Am-avistis Vous avez aimé ou vous aiwMes 

Ani-averunt) j, , • > n • ^ ± 
Ils ont aime ou us aimèrent 
on ain -avère j 



Plus-que-Parfait de l'Indicatif. 

Am-averam J'avais aimé 

Am-averas Tu avais aimt^ 

Am -avérât II avait aimé 

Am-averanms Nous avions aimé 

Am-averatis Vous aviez aimé 

A m -avérant Ils avaient aimé 



Futur de l'Indicatif. 

Am-abo J'aimerai 

Am-abis Tu aimeras 

Am-abit II aimera 

Am-abimus Nous aimerons 

Am-abitis Vous aimerez 

Am-abunt Ils aimeront 



LE VERIiE 'AAIO' " gl 

Futur Passé. 

Am-avero J'aurai ainiv 

Ani-averis Tu auras aimé 

Am-avent n aura aimé 

Am-avenniiis Nous aurons aimé 

Am-aventis Vous aurez aimé 

Am-averint Us auront aimé 



I.MPKRATIF. 

Am-a ow am-ato Aime! 

-^'"-ato Qu'il aime! 

Am-ennis Aimons! 

Ani-ate ou ain-atote Aimez! 

'"^'"-'^"to Qu ils aiment! 



PrKSEVT bu SuBJOKfTIF. 

^•"-^ni Que faime 

^'"-^^ Que tu aimes 

^■^'"-^'""•^ Que nous aimions 

Am-et)s Çj^g ^^^^^ aiîniez 

^'^-^^^ Qu'ils aiment 

G 



82 



LE VERBE *AMO' 



Imparfait du Subjonctif. 

Ani-arem Que f aimasse ou f aimerais 

Am-ares Que tu aimasses ou tu aimerais 

Am-aret Quil aimât ou il aimerait 

Am-aremu. Que nous aimassions ou nous aime- 
rions 

Am-aretis Que vous aimassiez ou vous aimeriez 

Ani-arent Quils aimassent ou ils aimeraient 



Parfait du Subjonctif. 



Am-averini 

Ani-averis 

Am-averit 

Ani-averimus 

Am-averitis 

Am-averint 



Que j'aie aimé 
Que tu aies aimé 
Qu'il ait aimé 
Que nous ayons aimé 
Que vous ayez aimé 
Quils aient aimé 



Am-avissem 
Am-avisses 

Ani-avisset 
Am-avissemuiî 



Plus-quk-Parfait du Subjonctif. 

Que f eusse aimé ou j'aurais aimé 
Que tu eusses aimé ou tu aurais 

aimé 
Qu'il eût aimé ou il aurait aimé 
Que nous eussions aimé ou nous 

aurions aimé 






LE VKRRi: ^AMO' 88 

Ain-avissetis Que vous eussiez aime ou roti-i 

auriez aiim' 
Ain-avisseiit Qu'ils eussent ou ils auraient 

aimé 

IxFixiTiF Présent. 
Am-are Aimer 

Infinitif Parfait. 
Ani-avisse Avoir aimé 

Paritcipe Présent. 

Ain-ans, am-antis Aimant 

se décline connne prudens 

Participe Futur. 

Am-aturus, am-atura, ani-aturuni Devant aimer 

se décline comme bonus, bona, bonum 

Supin. 
Am-atuui () aimer. 

Gérondif. 
Ani-andi (Taimer 

Am-ando en aimant 

(ad) Am-andum à aimer ou pour aimer 

Vous voyez que ce qu'on aj)pelle le gérondif 
a le mrme sens que les cas de l'infinitif considéré 

G 2 



84 



EMPLOI DU SUPIN 



comme un nom. (^)uaiit au supin, cVst raccusatif 
d'un substantif veibal inusité, amaius, qui se 
décline sur manus ; Taccusatif amatmn sert à 
Tactif, Tablât if amatu (à être aimé) au passif. Ire 
oratum signifie "aller prier" (de oro, orare, 
prier) ; dignns memoratu signifie " digne d'être 
connnémoré" (de memoro. memorare, commé- 
morer). Mais ces expressions ne 3ont pas fréquentes 
du tout. 

Maintenant (|ue vous êtes "ferrée" sur amo, je 
vais vous donner parallèlement la deuxième, la 
troisième et la quatrième conjugaison. Je mets 
un astérisque aux formes dangereuses, à celles 
qui pourraient vous faire trébucher. 

ACTIF. 



Ile CONJUG. 


Ille CONJUG. 


n> CONJUG. 


Pr 


ÉSENT DE l'INDICAT 


IF, 


J avertis 


Je lis 


J'eiUends 


Mon-eo 


Lég-O 


Aud-io 


Mon-es 


Leg-is 


Aud-is 


Mou-et 


Leg-it 


Aud-it 


Mon-enius 


Leg-imus 


Aud-imus 


Mon-etis 


Leg-itis 


Aud-itis 


Muii-ent 


Leg-uut 


Aud-iunt 



AUTRES CONJUGAISONS ACTIVES 85 



ne CONJUG. 


me CONJUG. 


IVe CONJUG. 


Imparfait de l'Ixdicatif. 


J'avertissais 


Je lisais 


J'entendais 


Mou-ebara 


Leg-ebani 


Aud-iebam 


Mou-ebas 


Leg-ebas 


Aud-iebas 


Mon-ebat 


Lpg-ebat 


Aud-iebat 


Mon-cbamus 


Leg-ebaiims 


Aud-iebamuo 


Mon-ebatis 


Leg-ebatis 


Aud-iebatis 


Mon-ebant 


Leg-ebant 


Aud-iebaiit 


Parfait de l'Indkatik. 


J'ai averti ou 
j'avertis 


J'ai lu on je lus 


J'ai entendu ou 
j'entendis 


Mon-ui* 


Lêg-i * 


Aud-ivi nu aud-ii * 


Mon-uisti 


Leg-isti 


Aud-ivisti ou -isti 


Mon-uit 


Leg-it 


Aud-i\it vu -iit 


Mon-uimus 


Leg-imus 


Aud-ivimus ou 
-iiœus 


Mon-uistis 


Leg-istis 


Aud-ivistis ou -iis- 
tis 


Mon-uenmt ou 
mon-uëre 


Leg-erunt ou Leg- 
-êre 


Aud-iverunt ou 
-iciunt ou Aud- 
ivrie ou -icre 


Plus-qi 


■e-Parfait de l'In 


niCATIF. 


J'avais averti 


J'avais la 


J'avais entendu 


Muu-uerain 


Leg-eram 


Aud-ieraiu 


Mon-ueius 


Leg-eias 


Aud-ieras 


Mon-uerat 


Leg-crat 


Aud-ierat 


Mûu-ueramus 


Leg-eramus 


Aud-ieramu3 


Mon-ueratis 


Leg-eratis 


Aud-ieratis 


Mon-uerant 


Leg-erant 


Aud-ieraut 



86 



'MONEO' 'LEGO' 'AUDIO' 



ne CONJUG. 



Ilie CONJUG. 



IVe CONJUG. 



FUTUK iSlMPLE DE L'InDICATIF. 

J'avertirai Je lirai J entendrai 



Moii-ebo 

Mon-ebi.s 

Mon-ebit 

Mon-ebirauo 

Mon-ebitis 

Mon-ebuut 



Leg-am * 
Leg-es 
Leg-et 
Leg-emus 

Leg-et is 
Leg-ent * 



Aud-iam * 

Aud-ies 

Aud-iet 

Aud iemus 

Aiid-ietis 

Aud-ieut 



Futur Antékieur de l'Indicatif. 
J'aurai averti 1 J'aiwai lu J'aurai entendu 



Mon-uero 




Leg-ero 


Aud-ivero ou -iero 


Mon-ueris 
Mon-uerit 
Slon-uerimus 




Leg-eris 
Leg-erit 
Leg-erinius 


Aud-iveris ou -ieris 
Aud-iverit ou -ierit 
Aud-iverimus ou 


Mon-neritis 
Mon-uerint 




Leg-eritis 
Leg-erint 

Impératif. 


-lerimus 
Aiid-iveritis ou 

-ieritis 
Aud-iverint ou 

-ierint 


Avertis ! 




IJsI 


Entends ! 


SIoTi-e ou mon-eto 
Mon-eto 

Mou-ete ou -etote 
Mon-ento 


Leg-e ou -ito 

Leg-ito 

Leg-ite ou -itote 

Leg-uuto 


Andi ou aud-ito 
Aud-ito 

Aud-ite ou -itote 
Aud-iunto 



'MONEO' 'LEGO' 'AUDIO' 



87 



ne CONJUG. 



Tlie CONJUG. 



IVe CONJUG. 



Présent du Subjonctif. 



Que j'avertisse 


Que ji 


M(jn-eam 


Leg-ara * 


Mou-eas 


Leg-as 


Mon-eat 


Leg-at 


Mon-eamus 


Leg-anius 


Mon-eatis 


Leg-atis 


Mon-eant 


Leg-ant * 



lise 



Que j'entende 

Aiid-iam 

Aiid-ias 

Aud-iat 

Aud-iamus 

Aud-iatis 

And-iant 



Imparfait du Subjonctif. 



{Jiu j'avertisse ou 
j'avertirais 

Mon-erem 

Mon-eres 

Mon-eret 

Moii-eremu. 

Mon-cretis 

Mon-eient 



Que je lusse ou 
je lirais 

Leg-erem 

Leg-eres 

Leg-eret 

Leg-ereraus 

Leg-eretis 

Leg-erent 



Que j'entendisse ou 
j'entendrais 

Aud-irem 

Aud-ires 

Aud-iret 

Aud-iremu8 

Aud-iretis 

Aud-irent 



Que j'aie averti 

Mon-uerim * 

Mon-ueris 

Mon-uerit 

Mon-uerimus 

Mun-ueiitis 

Mou-uerint 



Parfait du Subjonctif, 
Que j'aie hi 

Leg-erim * 
Leg-eris 



Leg-erit 
Leg-eriuiU 
Leg-eritis 
Leg-eriiit 



Que j'aie entendu 

Aud-ierim • 

Aud-ieiis 

Aud-ieiit 

Aud-ieriiuus 

Aud-ieritis 

Aud-ierint 



88 



'MONEO; 'LEGO; 'AUDIO' 



W CONJUG. 



III« CONJUG. 



IV» CONJUG. 



Plus-que-Parfait du Subjonctif. 



Que j'eusse averti 
ou j'aurais averti 

Mon-uissera 

Mon-uisses 

Mon-uisset 

Mon-uissemus 

Mon-uissetis 

Mon-uissent 



Que j'eusse lu ou 
j'aurais lu 

Leg-issem 

Leg-isses 

Leg-isset 



Leg-issemus 



Leg-issetis 
Leg-issent 



Que j'eusse entendu 
ou j'aurais entendu 

Aud-ivissem ou 

-issem 
Aud-ivisses oti 

-isses 
Aud-ivisset ou, 

-isset 
Aud-ivissemus ou 

-issemus 
Aud-ivissetis 

-issetis 
Aud-ivissent 
' -issent 



ou 



ou 



Avertir 
Mon-ere 

Avoir averti 
Mon-uisse 



Présent de l'Infinitif, 
Lire 
Leg-ere 



Entendre 
Aud-ire 



Parfait de l'Infinitif. 



Avertissant 

Mon-ens, gén. mon- 
eutis, etc. 



Avoir lu 
Lëg-isse 

Participe Présent. 
! Lisant 1 



Avoir eniendv, 
Aud-ivisse ou aud- 



isse 



Entendant 



Leg-ens, gén. leg- | Aud-iens, gén. aud- 
entis, etc. \ ientis, etc. 



LE VERBE 'ACCIPIO' 



89 



1I« CONJUG. 


nie CONJUG. 


ive coyjuG. 




Participe Fvtur, 




Devant avertir 


Devant lire 


Devant entendre 


M()n-iturus(a, um"^ 


Lec-turus(a, uni) 
Supin. 


Aud-iturus (a, um) 


A avertir 


A lire 


A entendre 


Mou itum 


Lec-tum 

Gérondif. 


Aud-itum 


D'avertir 
en avertissant 
pour avertir 


De lire 
en lisant 
pour lire 


Uenteiidre 

en entendant 

pour entendre 


Mon-endi 
Mon-endo 
{ad) Mon-endum 


Leg-endi 
Leg-endo 
{ad) Leg-enduni 


Aud-iendi 
Aud-iendo 
{ad) Aud-iendura 



Une douzaine de verbes très usités, sur le modèle 
iXaccipio, accipere, "recevoir," se conjuguent sur 
lego (et non sur audio), mais insèrent un i avant 
la terminaison à certains temps. Je souligne les 
formes iVaccipio où Vi est inséré : 



I. IsnicAiiF Prksekt : Accip-io, is, it, imus, 
itis, iunt. — Imparfait : Accip-teiiam, iebas, etc. — 
Parfait : Accep-i, isti, etc. — Plcs-qi'e-Parfait : 
Accep-eram, es, etc. — Fitur : Accip-iam, ies, etc. 
— FcTua passé : Accep-ero, eris, etc. 



90 FORMATION DES TEMPS 

II. Lmpkratif : Accip-e ou ito, accip-ito, accip- 
ite ou -itote, a,ccip-iunto. 

III. Subjonctif Présent : Accip-iam, tas, etc. 
— Imparfait : Accip-erem, es, etc. — Parfait : 
Accep-erini, is, etc. — Plus-que-Parfait : Acccp- 
issem, es, etc. 

IV. Infinitif Présent : Accip-ere. — Parfait : 
Accep-isse. — Participe Présent : Accip-iens, 
ientis, etc. — Futur : Accep-turus, a, uni. — Supin : 
Acceptuin. — Gérondif : Accip-iendi, iendo, 

iendum. 

* 

* * 

Quatre verbes très usités, dico (je dis), duco (je 
conduis), facio (je fais), fero (je porte) font à 
Tinipératif die, duc, fac, fer, au lieu de diee, duce, 

etc. 

* 

* * 

LfC bon abbé Lhomond, mort en 1794, auteur 
d'une Grammaire latine élémentaire qui a eu des 
centaines d'éditions, a résumé comme il suit ce 
qu'on appelle la formation des temps. Ne pouvant 
mieux dire, je le copie : 

Présent de l'Infinitif. 
Otez-en la dernière syllabe, vous aurez l'impé- 
ratif: 

Aina, mone, lege, audi. 



FORMATION DES TEMPS 91 

Ajoiitez-y m, vous aurez Timparfait du sub- 
joiiftif : 

Amare-in, monere-m, legere-m, audire-m. 

Présent de lTxdkatif. 

1" Dans les deux premières conjugaisons, chan- 
ge/, en aho, ébo, vous aurez le futur, am-abo, 
mon-ebo ; dans les deux dernières, changez o en 
am : leg-am, audi-am. 

'■Z" Dans la première conjugaison, changez o en 
em, vous aurez le présent du subjonctif am-em ; 
dans les trois autres, changez o en am : mone-am. 
leg-am, audi-am. 

Parfait de l'Ixdicatif. 

Changez i en eram, vous aurez le plus-que- 
parfait : 
Amav-erain, monu-eram, leg-eram, audiv-eram. 

Changez * en ero, vous aurez le futur passé ; 
Amav-ero, monu-ero, leg-ero, audiv-ero. 

Changez i en erim, vous aui-ez le parfait du 
subjonctif: 
Amav-erim, monu-erim, leg-erim, audiv-erim. 

Changez i en issem, vous aurez le plus-que- 
parfait du sui)jonctif : 
Amav-issem, Dionu-issem, leg-issem, audiv-issem. 



92 DEUX DISTIQUES D^OVIDE 

Slpin. 

Changez um en urus, vous aurez le participe 
futur : 
Am-aturus, mon-iturus, lec-turus, aud-iturus. 

* 
* * 

Après cette ingestion de verbes actifs (ce ne 
sera pas, j'espère, une indigestion), vous avez droit, 
ma chère Cornèhe, à un entremets de johs vers. 
Voici de TOvide pour vous servir. Cela fait partie 
d'une lettre supposée de Léandre à son amie Hèio ; 
il lui rappelle comment il traversait THellespont à 
la nage pour aller la saluer dans la tour qu'elle 
habitait : 

Unda repercussae radiahat imagine Lunae 
Et nitor in iacita nocte diurnus erat, 

Nullaque vox, nostras nullum veniebat ad aures 
Praeter dimotae corpore murmur aquae} 

Unda radiahat imaçjine Lunae repercussae, l'onde rayon- 
nait de l'image de la lune reflétée ; et, in nocte tacità, et 
dans la nuit silencieuse ; erat nitor diurnus, était l'éclat 
du jour ; nidliK/ue vox, nidlum murmur, et aucune voix, 
aucun murmure ; veniebat ad nostras aiires, (ne) venait à 
nos oreilles ; jyraeter (murmur), hors le murmure ; aquae 
dimotae corpore, de l'eau écartée par (mon) corps. 

1 Ovide, Héroides, xviii. 77-80. 



DEUX VERS DE VIRGILE 93 

" l/oiide rayonnait de Fi mage reflétée de la 
lune et la clarté, dans la nuit silencieuse, était 
celle du jour. Nulle voi^î, nul son ne frappait 
nos oreilles, que celui de l'eau écartée par mon 
corps/' 

Quel enchanteur que cet Ovide ! L'harmonie 
douce de ses vers ne vous fait-elle pas songer à 
I^martine? Comparez inaiiitenant ce "clair de 
lune" de N'irgile à celui d'Ovide : 

Aspirant aurae in noctem, nec candida cursum 
Luna negat ; splendet tremulo suh lumine 
pontus} 

Aurae aspirant hi noctein, les brises s'élèvent A'ers la 
nuit ; yiec candida htna np(jat cnrsnm, et la blanche lune 
ne refuse pas (d'éclairer) la course ; ponfus spUndet sid» 
Inniine tremulo, la mer resplendit eous la lumière trem- 
bl.inte. 

" L^ne bnse légère sY^lève aux approches de la 
nuit ; la lune, de sa blanche clarté, favorise le 
voyage, et la mer resplendit sous cette lumière 
tremblante."" 

Ne cherchons pas a donner le prix, Cornélie ; 
Virgile et Ovide écrivaient le latin comme nous 
ne récrirons jamais, ni vous ni moi. 

S. R. 

1 Virgile, Enéide, vii. 8 -9. 



HUITIEME LETTRE. 

Ma chère Cornélie, 

On peut simplifier la conjugaison du passif. 
Les formes composées avec le verbe sum sont 
tellement transparentes c{u"'il est inutile de s''en 
charger la mémoire, ou, du moins, de s'astreindre 
à les réciter^ Nous allons commencer par amor, 
le passif cVamo, avec formes et traductions com- 
plètes ; après quoi je vous offrirai le tableau des 
trois autres conjugaisons passives en ne traduisant 
(j[ue les premières personnes du singulier. 

VERBE PASSIF. 
AMOU, "Je suis aimé." 

Prksext de l'Indicatif. 

A m -or Je suis aimé (ou aimée) 

Am-aris ou am-are Tu es aimé 

Am-atur II est aimé 

Am-amur Nous sommes aimés 

Am-amini Vous êtes aimés 

Am-antur ' Ils sont aimés 

94 



COiNJUGAISON D^'AMOR' 95 

Imparfait de l'Indicatif. 

Am-al);ir J'Hais aimé 

Am-abaris ou ain-abare Tu (tais limé 

Ain-abatur II était aimé 

Ain-abanuir Nous étions aimés 

Am-abamini Vous étiez aimés 

Am-abantur Us étaient aimés 

Parfait de l'Indicatif. 

Ain-atus suiii (es, est) J'ai été aimé (et non 

pas je suis aimé, qui 
se dit am-or) 

Ani-ati sumus (estis, Nous avons été aimés 
sunt) 

Plus-que-Parfait de l'Indicatif. 

Am-atus erani ou fue- J' avais été aimé (et non 
ram (eras, erat) pas fêtais aim,é, cjui 

se dit am-ahar) 

Ain-ati eramus ou fue- Nous avions été aimés 
ramus (eratis, erant) 

FiTCE DE l'Indicatif. 

A 111 -aboi- Je serai aimé 

Ain-aberis ou am-abere Tn seras aimé 
Ani-abitur II sera aimé 



96 CONJUGAISON D^'AMOR' 

Am-abiniur Nous serons aimls 

Am-abiniini Vo^is serez aimes 

Ani-abuntur Ils seront aimes 



Futur Antérieur de l'Ikdkajjtf. 

Am-atus ero ou fuero J'aurai cté aimé (et non 
(eris, erit) je serai aimé, c[ui se 

dit am-abor) 

Ani-ati erinius ou fueri- Nous aurons été aimés 
mus (eritis, erint) 

Impératif. 

A m -are ou ani-atof Sois aimé ! 

Ani-ator Qiiil soit aimé/ 

Ani-emur Soyons aimés ! 

Ani-aniini Soyez aimés f 

Ani-antor Quils soient aimés ! 

Présent du Subjonctif. 

Am-er Que je sois aimé 

A m -eris ou am-ere Que tu sois aimé 

Ani-etur Qu'il soit aimé 

Ani-eniur Que nous soyons aimés 

Ani-eniiui Que vous soyez aimés 

Am-entur Qu'ils soient aimés 



CONJUGAISON D^'AMOR' 97 

Imparfait du Subjonctif. 

Am-arer Que je fusse aimé 

Ani-arerls ou am-arere Que tu fusses aimé 

Am-aretur Qu'il fût aimé 

Am-aremur Que nous fussions 

aimés 

Ani-areniini Que vous fussiez aimés 

Ani-areiitur Qu'ils fussent aimés 

Parfait du Subjonctif. 
Ain-atus sini ou fuerim Que faie été aimé 
Am-ati sinms ou fueri- Que nous ayons été 
mus aimés 

Plus-que-Parfait du Subjonctif. 
Am-atus essem ou fuis- Que f eusse été aimé 

se m 
Am-ati essemus oî< fuis- Que nous eussions été 

semus aimés 

Infinitif Présent. 
Am-ari ou {plus nnci- Être aimé 
cnnement) am-arier 

Parfait de l'Infinitif. 
Am-atus. am-ata, am- Avoir été aimé 
atum esse ou fuisse 

H 



98 AUTRES CONJUGAISONS PASSIVES 

Futur de lInfixitif. 
Aui-atuni iri Devoir être, aimé 



Participe Passé. 

Aiii-atns, am-ata, am- Aimé 
atiim 

Participe Futur. 

Am-andus, am-anda, Devant être aimé 
am-andmii 







Supin. 




Am-atii 


À être 

* 
* * 


aimé 


Je passe aux trois autres conjugaisons passives 


Ile COXJUG. 


nie CONJUG. 


IVe CONJUG. 




Présent jm t/Indicat 


IF. 


Je suis averti 




Je suis lu 


Je suis entendu 


Mon-eor 




Leg-or 


Aud-ior 


Mon-eris ou -ère 

Mon-etur 

Mon-emur 

Mon-emini 

Mon-entur 




Leg-eris ou -ère 

Leg-itur 

Leg-imur 

Leg-imini 

Leg-untur 


Aud-iris ou -ire 

Aud-itur 

Aud-imur 

Aud-imini 

Aud-iuntur 



CONJUGAISONS PASSIVES 



99 



ne CONJUG. 



me CONJUG. 



IVe CONJUG. 



Imparfait de l'Indicatif. 
Tétais averti Tétais ht J'étais entendu 



Mon-ebar 
Mon - ebaris 

-ebai"e 
Mon-ebatur 
Mon-ebamur 
Mon-ebamini 
Mon-ebantur 



Oit 



Leg-ebar 
Leg-el)aris ou -eliarp 

Leg-ebatur 
Leg-ebamur 
Leg-ebamiiii 
Lefr-ebaiitur 



Aud-iebar 
Aud-iebaiis ou 

bare 
Aud-iebatur 
Aud-iebamnr 
Aud-iebamini 
Aud-iebantur 



le- 



Paufait de l'Indicatif. 

J'ai été averti Tai été lu ' J'ai été entendu 

Mon-itus sum ou , Lec-tus sum o?( fui, Aiid-itus suni ou 
fui, eto. I etc. . fui, ek-. 

Plu-s-que- Parfait de l'Indicatif. 



T avais été averti 

Mun-itus eram om 
fueram, etc. 



Savais été lu 

Lec-tus erara ou 
fueram, etc. 



J'avais été entendu 

Aud-itus erani ou 
fueram, etc. 



Je serai averti 

Mon-ebor 

ilon -eberis OK ebere 

Moii-ebitur 

ilon-ebimur 

Mcu-ebimini 

Mon-ebuntur 

H 2 



Futur de l'Indicatif. 

I Je serai lu Je serai entendu 



Leg-ar 

Leg-eris ou 

Leg-etur' 

Leg-emur 

Leg-emini 

Leg-entur 



-ère 



Aud-iar 

Aud-ieris ou 

Aud-ietur 

Aud-ieraur 

Aud-iemini 

Aud-ieutur 



lere 



100 'MOxNeor; 'Legor; 'AUdior^ 



ne CONJUG. 



me COXJUG. 



IVe CONJUG. 



Futur Antérieur. 
J'aurai été averti J'aurai été lu 1 J aurai été entendu 



Mon-itiis ero 
fuero, etc. 



OlL 



Lec-tus ero ou fue- 
ro, etc. 



Aud-itus ero 
fuero, etc. 



ou 



Sois averti 
etor 



Mon-ere ou 
Mon-etor 
Mon-emini 
Mon-entor 



Impératif. 

Sois lu 

Leg-ere ou -itor 
Leg-itor 
Leg-imini 
Lecr-uiitor 



Sois entendu 

Aud-ire ou -itor 
Aud-itor 
Aud-iniini 
Aud-iuntor 



Présent du Subjonctif. 



Que je sois averti 

Mon-ear 

Mon-earis ou -eare 

Mon-eatur 

Mon-eamur 

Mon-eamini 

Mon-eantur 



Que je sois lu 



Leg-ar 

Leg-aris ou 

Leg-atur 

Leg-aniur 

Leg-amiiii 

Leg-antur 



are 



Que je sois entendu 

Aud-iar 

Aud-iaris ou -iare 

Aud-iatur 

Aud-iamur 

Aud-iinini 

Aud-iantur 



Imparfait du Subjonctif. 



Que je fusse averti 

Moii-erer 

Mon ereris ou -erere 

Mon-eretur 

Mon-eremiir 

Mon-eremini 

Mon-erentur 



Que je fusse lu 



Leg-erer 
Leg-ereris ou. 



erere 



Leg-eretur 
Leg-eremur 
Leg-eremiui 
Leg-ereûtur 



Que je fusse entendu 

Aud-irer 

Aiid-ireris oz( -irere 

Aud-iretur 

Aud-iremur 

Aiid-irerHini 

Aud-irentur 



CONJUGAISONS PASSIVES 



101 



ne CONJUG. 



me CONJUG. 



IVe CONJUG. 



Parfait du Subjonctif. 



Que j'aie été averti 

Mon-itus sim ou 
fuerim, etc. 



Que j'aie été lu 1 Que j'aie été entendu 

Lec-tus sim ou , Aud-itus sim ou 
. fuerim etc. | fuerim, etc. 



Plus-que- Parfait du Subjonctif. 



Que f eusse été averti \ Que j'eusse été lu 

Mon-itus essem ou j Lec-tus essem ou 
fuissem, etc. fuissem, etc. 



Q'ue j'eusse été en- 
tendu 

Aud-itus essem ou 
fuissem, etc. 



Être averti 
Mon-eri 



Infinitif Présent. 
Etre lu 
Leg-i 



Être entendu 
Aud-iri 



Parfait de i/Infixitif. 



Avoir été averti 

Mon-itus, mon-ita, 
mon-itum esse Oit 
fuisse 



Avoir été lu 

Lee - tus, lec - ta, 
lec-tum esse ou 
fuisse 



Avoir été entendu 

Aud-itus, audita, 
aud-itumesseoii 
fuisse 



Devoir être averti 
Mon-itum iri 



Futur de l'Infinitif. 
Devoir être lu 
Lec-tum ii-i 



Devoir être entendu 
Aud-itum iri 



102 



ACCIPIOR^ 



ne COMJUG. me CONJUG. 



IVe CONJUG. 



Averti 

Mon-itus, mon-ita, 
mon-itum 



Pakticipe Passé. 

Lu 

Lec-tus, lec-ta, lec- 
tum 



Entendu 

Aud-itus, aud-ita 
aud-itum 



Participe Futur. 

Devant être averti I Devant être lu, I Devant être eidendu 
Mon-endus (a, uni) j Leg-endus (a, mn) | Aud-iendus (a, um) 





Supin, 




}i être averti 


A être lu, 


À être entendu 


Mon i tu 


' Lcc-tu 


Aud-itu 



Les verbes accipio (je reyoïsj, adspicio (je 
regarde), facto (je fais), jacio (je jette), etc., se 
conjuguent au })assif sur legor, mais prennent un 
i avant la terminaison aux temps ou aux personnes 
où ils le prennent aussi à Tactif (voir page 89). 

Ainsi Ton dit accipior, accipiuntur, accipiebar, 
accipiar (je suis re<^'u, ils sont reçus, j"'étais 
reçu, je serai reçu [futur] ou que je sois reçu 
[subjonctif]). 



VERBES DÉPONENTS 103 

Il y a des verbes, dits verbes déponents^ dont la 
signification est active (comme imitor, jïraite) 
ou neutre (comme morior, je meurs), qui ont 
uniquement la forme passive et se conjuguent 
comme les verbes passifs. La seule différence, 
cest qu'ils ont aussi le participe présent actif en 
ans, eus, le participe futur en rus, le supin en um et 
le gérondif ; leur participe passé de forme passive a 
le sens du participe passé actif français (imitatus, 
ayant imité). 

Par exemple, morior signifie "je meurs"'; 
moi'iebar, ^'' i\e mourais'"; moriar, "je mourrai"; 
moriens, " mourant " ; Tnoriturus, " devant mou- 
rir""; mortuus, "mort." 

TJtor signifie "je me sers"; usurus, "devant 
se servir"; utens, "se servant"; icsus, "sVtant 
servi ; utendus,^'' de\a.nt servir ou être utile." Tout 
cela ne présente aucune difficulté ; il est inutile 
de conjuguer tout au long les verbes déponents. 

Il y a des verbes déponents qui se conjuguent 
comme accipior ; par exemple: ingred-ior^ "je 
sors," infinitif ingredi ; pat-ior, "je soufi're," 
infinitif pati. Ingredir'i et patiri n'existent pas. 

Dans certains verbes, dits semi-déponents, le 
parfait et les temps qui en dérivent ont la forme 
du pa.ssif, alors que les autres temps se conjuguent 



104 FORMATION DES TEMPS PASSIFS 

comme ceux des verbes actifs. Tels sont gaudeo, 
"je me réjouis,"'' parfait gavisus sum ; soleo, "j'ai 
coutume," parfait solitus sum. Gauduit ou soluii 
seraient d"'afFreux barbarismes. 

* 

* * 

Pour la formation des temps du passif, il me 
suffit de vous faire remarquer : 

1'' que rimpératif passif est toujours semblable 
àTinfinitif actif: amare signifie à la fois "aimer"" 
et " sois aimé." 

2" que les temps simples du passif se forment 
de ceux de Tactif en ajoutant r à ceux qui sont 
terminés en o : amo, amor ; amabo, amàbor — et 
en changeant m en r aux temps de Tactif qui sont 
terminés en m : amdbam, amabar ; audirem, 
audirer. 

3" que Taccusatif masc. sing. du participe passé 
passif est identique au supin (que donnent les 
dictionnaires) : amatum, nomin. sing. amatus. 

* 

* * 

Horace dit que le héros qui a rendu de grands 
services au monde est en butte au dénigrement et à 
Tenvie ; mais après sa mort on lui rend hommage : 
extinctus amabitur idem.^ "Mort, le même 
(homme) sera aimé." 

^ Horace, Épîtres, il. 1, 14. 



LIDÉE DE LA GLOIRE 105 

L^ne idée analogue est exprimée par Ovide : 

Pascitur in vivis livor : post fata quiescit, 
Cum suus ex merito quemqiœ tuetur honos. 

Ergo etiam, cum me supremus adederit ignis, 
Vivam, parsqiie mei multa super st es erit.^ 

Livor pascitur in vivis, l'envie se repaît dans les (des) 
vivants ; quiescit post fata, elle repose après les destins 
(accomplis) ; cum suns honos, lorsque son propre honneur ; 
ex merito, d'après le mérite ; tuetur quemque, protège 
chacun. Ergo etiam, donc aussi ; cum ignis supremus, 
lorsque le feu suprême (du bûcher) ; me adederit, m'aura 
consumé (de ad-edere, manger entièrement) ; vivam, je 
vivrai ; parsque multa mei, et une part grande de moi- 
même ; erit s^iperstes, sera survivante. 

" L'envie se repaît des vivants ; ^ elle se calme 
après la mort, alors que chacun est protégé par la 
gloire qu'il a su mériter. Lors donc que la flanune 
saprême m'aura consumé, je vivrai et une grande 
partie de moi-même triomphera de la mort." 

Cette idée consolatrice de la gloire posthume 
revient sans cesse dans les œuvres des anciens ; elle 
s'éteint au moyen-âge pour reparaître à l'aurore 
de la Renaissance et devenir de nouveau, pour 
les modernes, le plus noble stimulant de l'énergie 
exercée dans l'intérêt de tous. 

> Ovide, Amours, i. 15, 32-42. 

- Triste amante des morts, elle hait les vivants (Voltaire). 



106 UN PASSAGE DE I.UCAIN 

Voici, dans le même ordre d'idées, un des plus 
beaux passages de Lucain. César, abordant en 
Asie, va visiter les ruines de Troie : 

Jam sïlvae stériles et putres robore trunci 
Assaraci pressere doinos, et templa deorum 
Jam lassti radiée tenent, ae tota tegiintur 
Pergama dtimetis : etiam periere riiinae . . . 
() saeer et magnus vatinn labor ! Omnia fato 
Eripis, et populis donas mortalibus aevum. 
Invidiâ sarrae, Caesar, ne tangere famae ; 
Xam si quid Lattis f as est promittcre Musis, 
Quantum Smijrnaei durabunt vatis honores., 
Venturi me tecpie legent : Pharsalia nostra. 
Vivet, et a nullo tenebris damnabitur aevo?- 

Jitm silvae stériles, déjà les forêts stériles ; et trunci putres, 
et les troncs pourris ; pressere rohore domos Assarari, ont 
pressé de (leur) bois les demeures d'Assaracus (fils de Tros 
et roi de Troie) ; et tenent radiée jam lassa, et tiennent 
d'une racine déjà lasse ; temphi dennnn, les temples des 
dieux ; ac Pergama tota, et les PergHmes tdut entières 
(Pergamnm, forteresse de Troie ; au pluriel en poésie) ; 
tegimtur dvmetis, sont couvertes de buissons ; ruinae eti^tm 
periere, les ruines mêmes ont péri. ... labor sacer et 
magmisvatum, ô labeur sacré et grand des jjoètes (magnus, 
nominatif, est ici pour le vocatif magne) ; eripis omnia fato, 
tu arraches tout au destin ; et donas aemim poprdis morta- 

1 Lucain, Pharsale, ix. 9G6-986. 



CÉSAR A TROIE 107 

libns, et tu donnes la durée aux peuples mortels. Caesar, 
ne tangere invidi^ famae sacrae, César, ne sois pas touché 
par l'envie d'une gloire faciée (en parlant ainsi à Jules 
César, Lucain cherche une équivoque, car l'empereur 
Néron, qui était jaloux du poète, s'appelait aussi César ; 
il lui lait donc un reproche dissimulé); mnn si fan est, car 
s'il est permis; promittere quid Musis Latiis, de promettre 
quelque chose aux Muses latines; quantuin durabunt 
honores vatù Smtjrnaei, tant que dureront les honneurs du 
poète Smyrnéen (une tradition faisait naître Homère à 
Smyrne); venturi melegent tenue, les (hommes) à venir me 
liront et toi aussi (liront mes vers et tes exploits, ceux de 
Jules César); Fharsalia nostra rtre^, notre (ma) Pliarsale 
vivra; et dfimnahitnr tenehris a nnllo aevo, et (ne) sera 
condamnée aux ténèbres par aucun âge. 

" Dt'jà les forêts et les troncs pourris ont écrasé 
de leur poids les demeures d'Assaracus, enibra.ssant 
de leurs racines lassées les temples des dieux ; 
Perframe tout entière est couverte de broussailles ; 
les ruines mêmes ont péri. . . . O labeur sacré et 
magnifique des poètes ! Tu arraches toutes choses 
au destin ; tu donnes Tinnuortalité aux peuples 
mortels. Cé.sar, ne .sois pas jaloux d'une gloire 
sacrée ; car s''il est permis de faire des promesses 
aux Muses latines, tant que des honneurs seront 
rendus au poète de Smyrne, les hommes à venir 
nous connaîtront Tun et Pautre ; ma Pharsale 
vivra et aucun siècle ne la condamnera à roubli." 

Lucain n'est pas toujours aussi abondant (|ue 



108 CÉSAR EN ITALIE 

dans ce passage, écrit dans une heure d'angoisse, 
alors qu'il savait que sa vie était en jeu, engagé 
qu'il était dans une conspiration contre Tempereur. 
Il cherche souvent l'effet dans la concision ; en 
voici un exemple. 

Quand César, au début de la guerre civile, en- 
vahit l'Italie, il est reçu partout avec crainte ; 
Lucain, qui exècre l'usurpateur, dit que César 
préfère la crainte à l'amour : 

Non illmn laetis vadentem coetibus urhes, 
Sed tacitae videre metu, nec constitii unquam 
Obvia turha duci. Gaudet tamen esse timori 
Tarn tnagno populis, et se non mallet amari.^ 

Urhrti nnn. illuiii videre vade)item, les villes ne le virent 
(pas) s'avançant ; coetibus laetis, avec des concours joyeux 
(de peuple) ; sed tacitae metu, mais muettes de crainte ; 
nec unquam. turha coiistitit, et jamais une foule ne s'arrêta ; 
obvia duci, allant au-devant du chef; gaudet tamen, (César) 
se réjouit cependant ; esse tatn magna tiinori populis, d'être 
à si grande crainte aux peuples ; et non unallet se amari, 
et il ne préférerait pas soi être aimé. 

" Les villes ne saluèrent pas sa marche par de 
joyeux concours de peuple, mais restèrent muettes, 
frappées de crainte. Jamais une foule ne vint au- 
devant du chef. Lui, cependant, se réjouit d'être 

^ Lucain, Pharsale, iii. 80-83. 



UN PASSAGE DE TACITE 109 

un tel objet de terreui: parmi les hommes ; il ne 
préférerait pas être aimé."''' 

Lucain est un auteur très difficile ; les traduc- 
tions qui existent de son poème sont mauvaises et 
il paraît presque impossible d^en faire une bonne. 

Je ne vous ai pas encore donné d'exemple de 
la prose de Tacite, que Racine appelait avec 
raison " le plus grand peintre de Tantiquité." Je 
choisis un passage où il montre les Romains, au 
lendemain de la mort d'Auguste, " se ruant vers 
la servitude" aux pieds de son successeur Tibère : 

At Romae ruere in servitium consules, patres, 
équités : quanto quis illustrior, tanto magis falsi 
ac jestinantes ; vultuque coiwposito, ne laeti ex- 
cessu Principis neii tristiores primordio, lacrimas, 
gaudium, questus, adulationes miscehant} 

At Romae, mais à Rome ; consules, patres, équités, 
consuls, sénateurs, chevaliers ; 7-ue7'e in servithim,, (de se) 
ruer vers la servitude ; quanto ilhistrior quis, d'autant 
plus illustre (était) (quelqu'un ; tanto vutr/is falsi ac 
festinantes, d'autant plus (ils étaient) faux et empressés ; 
vultuque composito, et le visage composé ; ■)ie laeti excessu 
Frincipis, de peur (qu'ils ne parussent) joyeux de la mort 
de l'empereur (Auguste) ; neu tristiores primordio, ni trop 
tristes du début (du règne de Tibère) ; miscebant lacrimas, 
yaudium, qii^stus, adulationes, ils mêlaient les larmes, la 
joie, les plaintes, les adulations. 

1 Tacite, Anncdes, i. 7. 



110 LE STYLE DE TACITE 

"Cependant, à Rome, consuls, sénateurs, cheva- 
liers se ruent vers la servitude ; les plus illustres 
sont les plus faux et les plus empressés. On se 
compose le visage, de peur de paraître, ou joyeux 
à la mort d'un prince, ou triste avec excès au 
début d'un règne ; les larmes, la joie, les regrets, 
les flatteries se confondent.*" 

Quel tableau, mais aussi quel langage ! Sentez- 
vous la concentration de la pensée, l'accent et ]a 
verdeur de chaque mot ? Quardo quis illustrior 
est au singulier ; aussitôt après, nous avons le 
pluriel avec falsi et festiîiantes, ce qui est correct, 
mais imprévu ; puis, après la proposition ne laeti 
. . . primordio, le verbe manque, il faut que la 
pensée le complète. Ce style est, en prose, l'équi- 
valent de celui de Juvénal en vers ; mais Tacite 
est un penseur plus profond que Juvénal et ne se 
contente pas de développer avec éloquence des 
lieux communs. 

Un autre grand prosateur latin, Cicéron, char- 
mant écrivain, penseur médiocre d'ailleurs, rappelle 
\ irgile par son style fluide son élégance naturelle 
et soutenue. Jugez-en : 

Qui potest esse vita vitalis, ut ait Ennius, quae 
non in amici miituâ benevolentiâ conquiescat ? 
Quid dulcius quam hahere quocum omnia audeas 



UN PASSAGE DE CICÉRON 111 

sic loqui, ut tecum? Quis esset tantus jructiis m 
prosperîs rébus, nisi haberes qui illis aeque, ac 
tu ipse, gauderet ? Adversas vero ferre difficile 
esset, sine eo qui iïlas gravius etiam quam tu 
ferret} 

Qui viia pofest esse vitalis, comment la vie peut-elle être 
vivable ; iit ait Ennius, comme dit Ennias (poète latin 
mort en 169 a.Cli.); qnae non conqniescat, qui ne repose 
pas ; in mutud benevolentiâ amici, dans la bienveillance 
réciproque d'un ami? Quid dvIcAus quam hahere, quoi de 
plus doux que d'avoir; (inocuni atideas loqui omnia, avec 
qui tu oses parler de toutes choses ; sic id tecum, ainsi 
qu'avec toi-même ] Quis esset fructus tantus, quel serait 
le profit si grand ; in rébus jn'osperis,-dans les circonstances 
heureuses ; nisi haberes qui gauderet illis, si tu n'avais 
(quelqu'un) qui se réjouît d'elles ; aeque ac tu ipse, autant 
que toi-même ? Vero difficile esset, d'autre part il serait 
difficile ; feiTe adversas (s.-entendu res), de supporter les 
(circonstances) adverses ; sine eo, sans celui ; qui gravius 
etiam quam tu ; qui plus péniblement même que toi ; 
illas ferret, les supporterait 

" Comment la vie peut-elle être vivable, suivant 
l'expression d'Ennius, lorsqu'elle ne se repose pas 
dans la bienveillance réciproque d'un ami ? Quoi 
de plus doux que d'avoir quelqu'un à qui Ton ose 
parler comme à soi-même ? La prospérité aurait- 
elle tant de charme, si Ton n'avait quelqu'un pour 

' Cicéron, De V amitié, chap. vi. 



112 CICÉRON ET TACITE 

s'en réjouir autant que soi ? Et, d'autre part, il 
serait difficile de supporter l'adversité sans un ami 
qui s'en affligerait plus cruellement encore que 
vous-même." 

Il a existé des savants, à l'époque de la Renais- 
sance, cjui, connue le Limousin JNIuret, mort en 
1585, ont su tellement s'approprier le style de 
Cicéron qu'on a peine à distinguer l'original de 
leurs copies ; l'un de ces humanistes, qu'on ap- 
pelait des cicêroniens, a même publié, sous le 
nom de Cicéron, un ouvrage de sa façon, qu'il 
prétendait avoir trouvé dans un manuscrit et qui 
a passé quelque temps pour authentique. Mais 
personne n'a jamais écrit du Tacite ; on peut 
imiter la surface d'un style, non sa profondeur. 
Lire Tacite la plume à la main et en faire des 
extraits est un plaisir que j'ai connu autrefois et 
que je vous souhaite de goûter à votre tour. 

Bonsoir, 

S. R. 



NEUVIÈME LETTRE 



Ma chère Cornélie, 

J'ai déjà conjugué su7n et possiim. D'autres 
verbes irrégulier.s, non moins souvent employés, 
sont fero (je porte), volo (je veux), nolo (je ne 
veux pas), malo (je préfère), eo (je vais), fio (je 
deviens). Je souligne les formes irrégulières 
pour les recommander à votre attention. 

FERO, je porte (parftiit tuli, infinitif /erre, 
supin Jatum). 



PASSIF. 

Feror, ferris ou fe^re, 
fertur, ferimur, feri- 
niini, feruntur 



ACTIF. 

Indicatif Présent : Fero, /ers, 

feH, ferimus, fertis, 

feront 
„ Imparfait : Ferebam, Ferebar, aris, etc. 

as, at, etc. 
„ Parfait : Tuli, tulisti, 

etc. 
„ Plus-que-Parfait:Tu- 

leram, as, at, etc. 
„ Futur : Feram, es, et, 

etc. 
I 113 



Latus s\im ou fui, etc. 

Latus eram ou fnerani, 

etc. 
Ferai', fereris, etc. 



114 



LE VERBE 'FERO^ 



ACTIF. 



PASSIF. 



Indicatif Futur Antérieur : Latus ero ou fuero. etc. 

Tulero, is, etc. 

Impératif : Fer owfnio, ferto, Ferre ou fertor, fertor, 

feramus, /erie ou /»•- feramur, ferimini, fe- 

tote runtor 

Subjonctif Présent : Ferani, Ferar, feraris, etc. 
as, at, etc. 

„ Imparfait : Ferrem, es, Ferrer, ferreris ou fer- 

et, etc. rere, etc. 

„ Parfait : Tulerim, is, Latus sim on fuerim, 

it, etc. etc. 

„ Pl.-que-Parfait : Tu- Latus essem oii fuisseni, 

lissem, es, et, etc. etc. 

Infinitif Présent : Ferre Ferri 

„ Parfait : Tulisse Latum esse on fuisse 
Participe Présent : Ferens, 
entis, etc. 

„ Futur : Laturus, a, um Latum iri 
Supin : Latum 



GÉRONDIF : Ferendi, o, um 



Participe Passé : La- 
tus, a, um 
„ Futur : Feren- 
dus, a, um 

Supin : Latu 



Toutes les formes irrégulières présentent la 
suppression d\in i ou d\m e. Les seules qui 
soient fréquentes dans les textes sont, à Tactif, 

Jers, fert, ferte, fe^re (pour ferere) ; au passif, 

fertur, ferrer, ferri. 



LES VERBES ' VOLO; ' NOLO; ' MALO ' 115 

VOLO, je veux. 

Indicatif Pr:ésent : Volo, vis, vult, volumits, vidtis, 

volunt 

, Imparfait : Volebam. as, at, etc. 

„ Parfait : Voliii, voluisti, voluit, etc. 

„ Plus-qie-Parfait : Voluerani, as, at, etc. 

„ Futur : Volam, voles, volet, etc. 

,, Futur Antérieur : Voluero, is, etc. 
Subjonctif Présent : Velim, is, it, etc. 

„ Imparfait : Vellem, es, et, etc. 

„ Parfait : Voluerim, is, it, etc. 

„ Plus-que- Parfait : Voluissem, es, et, etc. 
Infinitif Présent : Velle 

„ Parfait : Voluisse 
Participe Présent : Volens, entis 

Il n'y a pas d'autres formes. 

NOLO (c'est-à-dire non volo), "je ne veux 
pas," et MALO (c'est-à-dire magis volo), "je 
préfc're," se conjuguent connue il suit. 

Indicatif Présent : Nolo, non Malo, mains, mandt, 

vis, non vnlt, nohimiis malumus, mavidtis, 

non v^iltis, nolunt malunt 

„ Imparfait : Nolebam, Malebam, as, etc. 
as, etc. 

,, Parfait : Xolin", nolu- Maliii, isti, etc. 
isti, etc. 

„ Plus-que-Parfait: No- Maltieram, as, etc. 
hieram, as, etc. 

I 2 



116 LE VERBE 'EO^ 

Indicatif Futur : Nolam, noies, Malam, es, et, etc. 
nolet, etc. 
„ Fut. Ant]5rieur : No- Maluero, is, it, etc. 
luero, is, it, etc. 
Impératif : Noli ou nolito, {manque) 

nolito, nolite ou noli- 
tote, nolunto 
Subjonctif Présent : Nolim, Mcdim, malis, etc. 
is, etc. 
„ Imparfait : Nollem, es, Mallem, es, etc. 

etc. 
,, Parfait : Noiuerim, is, Maluerim, is, it, etc. 

it, etc. 
„ Plus-que-Parfait: No- Maluissem, es, et, etc. 
luissem, es, et, etc. 
Infinitif Présent : Nolle Malle 

„ Parfait : Noluisse Maluisse 

Participe Présent : Nolens {manqué) 

Par une raison qui nous écliappe, nolam et 
malam sont très rares, tandis qu'on trouve souvent 
nolet, malet. 

EO, je vais (parfait ivi, supin itum, inf. ire). 

Indicatif Présent : Eo, is, it, imus, itis, eunt 
,, Imparfait : Iham, as. at, etc. 

Parfait : Ivi ou ii, iisti, iit, etc. 
Plus-que-Parfait : Iveram ou ieram, as, at, 

etc. 
Futur : Ibo, ibis, ibit, etc. 
Futur Antérieur : Ivero ou iero, ieris, ierit, 
etc. 



M 
>) 






UN VERS DE VIRGILE 117 

Impératif : I ou ito, ito, eamiis, etc., ou itote, eunto 
Subjonctif Présent : Èam, eas, etc. 

„ Imparfait : Ire m, ires, etc. 

„ Parfait : Iverim ou ierim, ieris, etc. 

,, Plus que-Parfait : Ivis.sem ou iissern, es, etc. 
Infinitif Présent : Ire 

„ Parfait : Ivisse 
Participe Présent : lens, euntis, cunii^ etc. 

,, Futur : Iturus, itura, iturutu 
Supin : Itum 
GÉRONDIF : Enndi, eundn (ad) eundum 

Virgfle dit de la Renommée qu'elle acquiert des 
forces en marchant : vires acquirit eundo.^ 

Il n''existe du passif que des formes imperson- 
nelles, bailleurs très employées : itur (on va), 
ibitur (on ira), eundum est (on doit aller). 
L'infinitif iri ne subsiste que dans des formes 
composées comme amatum iri, " devoir être aimé." 
Voici un vers célèbre de Virgile : 

M acte nova virtute, puer, sic itur ad astra. ^ 

Vocatif d'un inusité mactus, qui signifie " pour- 
vu de," macte est synonyme de " sois pourvu de," 
c'est-à-dire " arme-toi ! " 

" Arme-toi d'un nouveau courage, enfant ; c'est 

^ Virgile, Enéide, iv. 175. 
* Ibid., ix. 641. 



118 UN PASSAGE DE SÉNÈQUE 

ainsi que Ton monte aux astres ! " Voilà une 
belle devise pour un jeune aviateur. 

Virgile dit ailleurs : Itur in antiquam silvam,^ 
ce (jui signifie : " On se rend dans une antique 
forêt." 

Vous trouverez itur et eundum réunis dans ce 
beau passage de Sénèque : 

Nihil magis praestandum est quam ne pecorum 
ritu sequamur antecedentium gregem, pergentes 
non quâ eundum est, sed quâ itur. Argumentum 
pessimi turha est.^ 

Nihil est magis praestandum, rien n'est plus devant être 
accomj)li ; quam ne sequamur., que nous ne suivions pas; 
ritu pecorum, à la manière des bestiaux ; gregem ante- 
cedentium,, le ti'oupeau des précédents ; pergentes non quâ 
eundum est, marchant non par où il faut aller ; sed quâ 
itur, mais par où l'on va. Turha est argumentum pessimi. 
la foule est l'indice du pire. 

" Rien n'est plus à éviter que de suivre, à la 
manière du bétail, le troupeau de ceux qui pré- 
cèdent, en passant, non par où il faut aller, mais 
par où Ton va. . . . L'exemple de la foule est le 
plus mauvais de tous."" 

1 Virgile, Enéide, vi. 179. 

2 Sénèque, De la vie heureuse, chap. 1 et 2. 



LE VERBE 'FIO 119 

Pénétrez-vous, ma chère Cornélie, du fond et de 
la forme de cette phrase ; c'est du latin aussi concis 
qu'expressif. 

FIO, ;e deviens (parfait faclus sum, infin. fieri). 

Ce verbe, chez les bons auteurs, sert de passif 
à facio (faire) ou bien est neutre dans le sens de 
" devenir." Il s'écarte de la quatrième conjugaison 
à rimparfait du subjonctif et à Tinfinitif, qui sont 
empruntés à la seconde. 

Indicatif Présent : Fio, fis, fit, fimus, fitis, fiunt 

„ Imparfait : Fiebam, as, at, etc. 

,, Parfait : Factus sum, es, etc. 

,, Plus-que-Parfait : Factus eram, etc. 

„ Futur : Fiam, fies, fiet, etc. 

„ Futur Antérieur : Factus ero, eris, etc. 
Impératif : (Inusité sauf^^e, " devenez ") 
Subjonctif Présent : Fiam, fias, fiât, etc. 

„ Imparfait : Fierein, fieres, etc. 

„ Parfait : Factus sim, etc. 

„ Plus-que-Parfait : Factus essem, etc. 
Infinitif Présent : Fieri 

,, Parfait ; Factum esse ou fuisse 

,, Futur : Factum iri 
Participe Passé : Factus 

„ Futur : Faciendus 
Supin : Factv. 
GÉRONDIF : Faciendi, faciendo, (ad) faciendnm 

Ovide écrit, à propos d'une chose inattendue : 



120 VERBES DÉFECTIFS 

Omntà jiim f'mnt,JUrl quœ pôssS negûhùm} 

"Toutes choses déjà se font, que je niais 
pouvoir se faire,*" c'est-à-dire : " Tout ce qui me 
semblait impossible se réalise."' Remarquez, en 
scandant, {|ue i est long dans Jiunt et bref dans 
fîeri. On peut appliquer ce vers aux miracles de 
la science moderne dont nous sommes témoins. 



VERBES DEFECTIFS. 

Les verbes UTéguliers (|ue vous venez de voir 
sont en même temps défectifs ; mais on appelle 
plus pai'ticulièrement ainsi les verbes qui possè- 
dent seulement un petit nombre de temps. 

Ces verbes sont • 

AIO, f affirme, usité seulement à quatre per- 
sonnes de rindicatif présent : aio, ais, ait, aiunt ; 
à l'imparfait, aiebam, et à la Sème personne du 
parfait : ait. 

INQUAM, je dis. Très usité à l'indicatif pré- 
sent: inquam, inquis, inquit, inquimus, inquitis, 
inquiunt. On trouve l'imparfait inquibat, le 
futur inquies, inquiet et le parfait inquit. 

' Ovide, Tristes, i 8, 7. 



LES VERBES 'MEMINi; 'ODi; kv. 121 





MEMINI 


ODI 


COEPI 


NOVI 


INDICATIF. 










Futur Ant. . 


Meminero 


Odero 


Coepero 


Novero ou 




(je me souvi- 


(je haïrai) 


(je cummen- 


noro (je con- 




endrai) 




cerai) 


naîtrai) 


Parfait . . 


Memini, isti, 


odi, isti, 


coepi, it.ti, 


novi, isti, it, 




it, etc. 


etc. 


etc. 


etc. 




(je me souviens) 


(je hais) 


(je commence) 


(je sais) 


Pl.-q.-Parfait 


Memineram, 


oderain, etc. 


coe])eiaiii, 


noveram ou 




etc. 


(je haïssais) 


etc. 


noram 




(je me souve- 




f je comma'çais) 


(je connais- 




nais) 






sais) 


IMPÉRATIF. 


Mémento, 
lueuientote 
(souvietis-toi) 


(nutnquf) 


(manque) 


(manque) 


SUBJOXCTIF. 










Parfait. . . 


nieiiiiieriin, 


oderitn, 


coeperam, 


iioveriin ou 




etc. 


etc. 


etc. 


noriin 




(Que je me 


(que je haïsse, 


(que je com- 


(que je con- 




souvienne. 


je haïrais) 


mence, je com- 


naisse, je 




je me soiivien- 




mencerais) 


connaîtrais) 




drais) 








Pl.-Q.-Pabfait 


ineminissem, 


odissem, 


coepi.ssem, 


uovissem, 




etc. 


etc. 


etc. 


etc. 




(Que je me 


(Que j'eusse 


(Que j'eusse 


(Que j'eusse 




fusse souvenu) 


haï) 


commencé) 


connu) 


INFINITIF. 










Parfait . . 


Meminisse 


odisse 


coepisse 


novisse 




(se souvenir) 


(haïr) 


(commencer) 


(connaître) 


PARTICIPE. 










Futur . . . 


(manque) 


osurus 


coeptnrus 


(manque) 


Pass^ . . . 


(manque) 


osus (dans 

les composés 

comme 

perosus) 


coeptus 


(manque) 



Voilà les formes usitées de quatre verbes 
qui n'ont pas de présent : MEMINI, "je me 



122 UN DISTIQUE DE CATULLE 

souviens '\ ODÏ, "je hais''; COEPI, "je com- 
mence"; NO VI, "je sais." Ce dernier a la forme 
d'un parfait de nosco, "je connais"; mais il y 
a une diflerence de sens. Je peux dire novi 
CorneUam, parce (|ue je vous connais depuis 
l()nfrtenij)s ; mais si vous me présentiez votre amie 
Hache], (pie je n'ai jamais vue, je devrais dire 
nosco Eachel (les noms bibli(jues sont indécli- 
nables.) En un mot, nosco signifie "je commence 
à connaître" et novi "je connais déjà." 

\'ous vovez (jue le futur antérieur a le sens 
d'un futur, le parfait celui d'un présent, le plus- 
que-parfait celui d'un imparfait. 

Un berger d'une églogue de ^'irgile dit, en 
parlant d'im air qu'il a entendu chanter: Numéros 
memini, si verha tenerem ! ^ " Je me souviens 
de l'air {des nombres) ; si (seulement) je retenais 
les {)aroles ! " 

Le poète Catulle, contemporain de Jules César, 
a écrit ce distic}ue passionné et douloureux : 

Odi et amo. Quare id faciam, fortasse re- 
quiris : 
Nescio ; sed fleri sentio et excrucior. ^ 

1 Virgile, Bucoliques, ix. 45. 

2 Catulle, Poèmes, Ixxxv. 



TROIS VERS DE VIRGILE 123 

Odi et amo, j'aime et je hais. Requiris fartasse, tu 
demandes peut-être; quarefaciam icZ, pourquoi je fais cela. 
Nescio, je ne sais ; sed sentio fieri, mais je sens (cela) se 
faire ; et excrucior, et je suis tourmenté. 

" J'aime et je hais en même temps. ' Comiiient 
cela .^ ' demandes-tu. Je Tignore, mais je le sens, 
et je suis au supplice." 

Le président Hénault, mort en ITTO, est 
Fauteur d'un bel hexamètre que Ton attribue 
souvent à Horace : 

Indocti discant et ament meminisse periti. 

" Que ceux qui ne savent pas apprennent et 
que ceux qui savent aiment à se souvenir." 

Dans rÊïicide, lorsque le père d'Énée, Anchise, 
re(,-oit son fils aux Enfers et lui révèle les grandes 
destinées qui attendent ses descendants, les 
Romains, il termine sa prophétie par ces vers 
admirables, qui font contraster le génie politique 
de Rome avec le génie artistique et scientifique de 
la Grèce : 

Tu regere imperio populos, Rmnane, mémento; 
Hae tibi erunt artes, pacisque imponere 

morem 
Parcere suhjectis et debellare superbos.^ 

1 Virgile, Enéide, vi. 85.0-852 



124 VERBES IMPERSONNELS 

"• Toi, Romain, souviens-toi de soumettre les 
peuples à ton empire. Ce seront là tes arts : 
imposer les lois de la paix, épargner les vaincus 
et dompter les superbes." 



VERBES IMPERSONNELS. 

On appelle ainsi les verbes qui n'ont que la 
Sème personne du singulier ; ils sont très fréquem- 
ment employés, en particulier : 

OPORTET (il faut); o^wrtehat, oportuit, 
ojjortuerat, etc., o'portere, oportuisse. 

DECET (il convient; d'où décence), decehat, 
decuit, decuerat, etc., decere. 

IJCET (il est permis ; d'où licence), lîcebat, 
licuit, licuerat, etc. licere. 

LIBET (il plaît ; d'où ad libitum), lihebat, 
libuit, libuerat, etc., libère. 

LIQUET (il est clair ; d'où liquide), liquebat, 
liquit, liquerat, etc., liquere. 

Il faut à ces verbes en joindre cinq autres qui 
sont d'im emploi constant et qui se conjuguent, 
à la troisième personne du singidier seulement, 



LES VERBES ' PAENITET; ' PUDET ' 125 

avec me, te, illum, illam, ou un nom au singulier, 
nos, vos, illos, illas ou un nom au pluriel. Ce 
sont : 

Pdenitet {(Voù pénitence), je me repens ; pudet 
(d'où pudeur), j'ai honte ; piget, je suis fâché ; 
taedet, (d'où Tanglais tedious), je suis ennuyé ; 
miseret (de miser, misérable), j'ai compassion. 

Ainsi Ton dira : Paulum paenituit, Paul se 
repentit ; me miseret pauperum, j'ai pitié des 
pauvres ; puderet iïlum culpae suae, il aurait 
honte de sa faute ; me taedet vitae, j'ai assez de 
la vie. 

Mais il n'est pas indispensable ({ue le pronom 
ou le nom complément soit exprimé. Ovide, exilé 
parmi les Gètes sur la Mer Noire, avait écrit un 
petit poème dans la langue de ces barbares et il 
s'en accuse (que ne donnerions-nous pas pour le 
posséder !) : 

Ah ! pudet, et Getico scripsi sermone libellum ! ^ 

" Ah ! j'ai honte, j'ai aussi écrit un petit livre 
en langue gétique ! " 

Paenitens signifie " se repentant " ; paenitendus 
(a, um) signifie "dont on doit se repentir"; 

^ Ovide, Pontiques, iv, 13. 19. 



126 DEUX VERS DE JUVÉNAL 

fudendiLS (a, um) signifie " dont on doit avoir 
honte," c'est-à-dire " honteux." 

rlu vénal écrit à un noble dégénéré 

Incipit ipsorum contra te stare parentum 
Nobilitas, claramquefacem praeferre pudendis} 

Nohilitas parentum ipsorum, la noblesse de tes ancêtres 
eux-mt^mes ; incipit stare contra te, commence à se dresser 
contre toi ; (que) praeferre fac.em claram, et porter nre 
tori;he éclatante ; pudendis, sur (tes) actions honteuses. 

" La noblesse même de tes ancêtres vient déposer 
contre toi et jeter sur ton ignominie une éclatante 

lumière."" 

* 
* * 

J*'ai fini avec les verbes, ma chère Cornélie ; 
mais il ne faut pas vous figurer cjue leur étude ne 
présente pas d^iutres difficultés. Munie de votre 
dictionnaire, vous pourrez toujours savoir, par 
exemple, que disco, j'apprends, fait au parfait 
didici ; que posco, je demande, fait au parfait 
poposci ; (|ue augeo, j''augmente, fait au par- 
fait auxi ; que rumpo, je romps, fait au parfait 
rupi., etc. Mais ceux ([ui savent le latin n'ont pas 
besoin pour cela de leur dictionnaire, ou plutôt 

^ Juvénal, Satires, viii. 137-8. 



TEMPS PRIMITIFS DES VERBES 127 

ils s'en sont servis assez longtemps pour n'y avoir 
plus recours que de loin en loin. Je ne songe pas 
a vous faire apprendre des " listes de temps primi- 
tifs " ; ce serait à vous dégoûter pour toujours des 
études latines. Mais je vous recommande, quand 
vous lirez du latin en vous aidant d'une traduction 
— éditions Hachette, Garnier ou Didot ^ — de ne 
pas passer à côté d^une forme verbale qui vous 
frappe sans chercher, dans votre lexique, les temps 
primitifs du verbe : indicatif présent, parfait et 
supin. Si vous avez du zèle, poussez-le jusque 
inscrire ces formes sur une fiche ; on n'apprend 
vraiment bien que ce qu'on a noté soi-même. 
Experto crede, ce qui signifie : " Crois en celui qui 
en a fait Texpérience " 

S. R. 

^ Je vous signale particulièrement les auteurs publiés 
par Hachette avec traduction juxtalinéaire et traduction 
en " bon français " ; vous jjouvez lire ainsi Horace, Virgile, 
César, etc. 



DIXIÈME LETTRE. 

Ma chère Cornélie, 

Les grammaires, même les plus simples, ont 
le tort creiîseigner la syntaxe latine en tenant 
trop grand compte de la syntaxe française et des 
manières de parler propres à notre langue, qu'on 
appelle gallicismes. Ainsi Ton nous apprend 
que " le livre de Pierre " se dit liber Pétri, mais 
que " la ville de Rome " se dit urbs Borna, parce 
que de, lorsqu'il signifie " qui s'appelle," ne se rend 
pas en latin. C'est bon pour les écoliers qui 
doivent faire des thèmes ; mais vous, qui devez 
seulement lire et traduire, je ne crois pas qu'il 
vous vienne à l'esprit de rendre urbs Borna par 
" la ville Rome " ; vous savez trop bien le français 
pour cela. Vous ne feriez pas non plus comme ce 
candidat au baccalauréat qui, ayant à traduire 
rex Prusias — ■ vous savez, ce Prusias roi de Bith}^- 
nie.qui joue un si triste rôle dans le Nicomède 
de Corneille — écrivit bravement: "le roi de 
Prusse." Il n'y a que les garçons pour commettre 
de ces étourderies-là ! 

■ 128 



REGIME DES ADJECTIFS 129 



ADJECTIFS. 

Sachez (jue beaucoup d'adjectifs se construisent 
avec le génitif ou le gérondif en di : avidus 
kiiulum (avide de louanges) ; cupidus videndi 
(désireux de voir). Il en est de même des par- 
ticipes présents : amans doctrinae (aimant la 
science). 

D'autres adjectifs se construisent avec le datif 
ou Taccusatif avec ad, par exemple : id mihi utile 
est (cela m'est utile) ; pronus ad irarn (porté à la 
colère). On dit aussi, avec le gérondif en dum : 
promis ad irascendum {d'irascor, je me mets en 
colère). 

D'autres adjectifs enfin se construisent avec 
l'ablatif: dignus laude (digne d'éloge), ou avec 
le supin en u : mirahile dictu ou visu (chose 
étonnante à dire ou à voir). 

En poésie surtout, on trouve des adjectifs con- 
struits avec l'accusatif dit " explicatif " : nnda 
pedem, " nue quant au pied," c"'est-à-dire " le pied 
nu " ; n'igrantes terga juvenci, " des bouvillons 
noirs quant aux dos " (pluriel pour le singulier), 
c'est-à-dire " des bouvillons au noir pelage." Voici 
un exemple de Virgile, décrivant un messager de 
Jupiter; 

E 



130 COMPARATIFS ET SUPERLATIFS 

Oinnia Mercurio simUis, vocemque colorcmqiie 
Et a-'ines Jîuvos et inembra décora juventue.^ 

Similis oinnia Mercurio, setnblal)le en tout à Mercure ; 
vocemque, et quant à la voix ; coloremque, et quant à la 
couleur; et crines Jlavos, et quant aux cheveux blonds; 
et membra dec<yra juventae, et quant aux membres beaux 
de jeunesse. 

" Semblable en tous points à Mercure ; même 
voix, même teint, même cheveku'e blonde, même 
beauté juvénile des membres."" 

Après un comparatif on trouve le nom à Tablatif : 
doctior Petro (plus savant que Pierre); on dit aussi 
doctior quam Petrus. Quand on compare deux 
adjectifs, on les met tous les deux au comparatif: 
felicior est quam prudentior (il est plus heureux 
que prudent). 

Après un superlatif, le nom pluriel se met au 
génitif, à l'ablatif avec ex ou à Taccusatif avec 
inter : altissima arborum, ou ex arboribics, ou 
inter arbores (le plus haut des arbres). 

Le superlatif latin suivi de quisque (chacun) 
équivaut à un superlatif pluriel en français : 
optimus quisque illi favet (les plus honnêtes gens 
le favorisent ; mot à mot, chacun le meilleur le 
favorise). 

* Virgile, Enéide, iv. 558-9. 



REGIME DES VERBES 131 



VERBES. 

Tous les verbes actifs et plusieurs verbes dé- 
ponents se construisent avec Taccusatif: amo 
patrem (j'aime mon père); imitor magistrum 
(j'imite mon maître). Il en est de même des verbes 
juvare, manere,Jugere, etc. Exemples: Musica 
me juvat et delectat (la musique me réjouit et me 
divertit). — Gloria aeterna nos manet (une gloire 
éternelle nous attend). — Multa nos fugiunt, 
fallunt, praetereunt (bien des choses nous échap- 
pent, nous trompent et nous passent). 

La plupart des verbes neutres et des verbes 
déponents, ainsi (jue beaucoup d'autres verbes, se 
construisent avec le datif, il faut savoir par cœur 
les exemples suivants : Studeo grammaticae 
(j'étudie la grammaire) ; defuit officio (il a 
manqué à son devoir) ; calamitas tibi imminet 
(un malheur te menace) ; hoc mihi contigit (cette 
chose [heureuse] m'est arrivée) ; hoc mihi accidit 
(cette chose [fâcheuse] m'est arrivée) ; homo 
minatur mihi (un homme me menace). 

Le verbe esse, signifiant "causer," se construit 
avec deux datifs : hoc erit tibi dolori (cela te 
causera de la peine). On trouve aussi deux datifs 
dans des expressions comme celle-ci : mtio veHere 

K 2 



132 COIMPLEMENX INDIRECT 

aliquid cilicui (faire un crime à quelqu'un de 
quelque chose). 

Les verbes signifiant abondance ou disette, le 
verbe gaudere et quekjues verbes déponents se 
construisent avec Tablatif : nullà re caret (il ne 
niancjue de rien) ; gaudere felicitate aliéna (se 
réjouir du bonheur d'autrui) ; fungor officio (je 
m'acquitte de mon devoir). 

Le verbe misereri se construit avec le génitif: 
miserere pauperum (aie pitié des pauvres). Les 
verbes signifiant " se souvenir " se construisent 
avec le génitif ou l'accusatif : vivorum memini 
nec possum oblivisci mortuos (je me souviens des 
vivants et ne puis oublier les morts). 



Complément Indirect. 

En général, on le met au datif: do vestem 
pauperi (je donne un vêtement au pauvre). Mais 
les verbes minari etgraiulari veulent leur complé- 
ment direct au datif et le complément indirect à 
l'accusatif: minari ynortem alicui (menacer quel- 
qu'un de moYÏ); gratulari victoriam alicui {îèW- 
citer quelqu'un d'une victoire). 

Les verbes docere (enseigner), celare (cacher), 
rngare (demander) se construisent avec deux 



COMPLEMENT DES VERBES PASSIFS 133 

accusatifs : doceo pueros grammaticam (j'enseigne 
aux enfants la grammaire). 

Les verbes signifiant accuser^ condamner, 
absoudre, convaincre, veulent le complément in- 
direct au génitif ou à Tablatif : insimulare ali- 
quemfurti on furto (accuser quelqu'un de vol). 

Avec le verbe moneo, le pronom complément 
indirect se met à Taccusatif : hoc unum te moneo 
(je t'avertis d'une chose). 

Complément des Verbes Passifs. 

En général, ce complément se met à l'ablatif 
avec a ou ab si c'est un nom de personne, à 
l'ablatif sans préposition si c'est un nom de chose : 
amor a pâtre; moerore conficior (je suis aimé de 
mon père; je suis accablé de chagrin). Mais 
avec quelques verbes et les participes en dîis, da, 
dum, le datif est plus usité : Haec sententia 7vihi 
prohatur (cet avis est approuvé par moi) ; mihi 
colenda est virtus (la vertu doit être praticjuée 
par moi ; je dois prati(|uer la vertu). 

Complément des Verbes Impersonnels. 

Les cinq verbes paenitet, pudet, piget, taedef, 
miseret (p. 125) se construisent ainsi : me paenitet 



i;it EMPLOI DES PJIONOMS 

culpae îueae (je me repens de ma faute ; mot à 
mot : il me repent de ma faute). 

Est, refert, interest, employés impersonnelle- 
ment pour signlHcr "il appartient à, il est de 
Tintérét de," se construisent ainsi : interest disci- 
puli (il importe à Télève) ; ad ho?iorem nostrum 
interest (il importe à notre honneur); refert m en 
unius (il importe à moi seul, construction 
exceptionnelle). 

Opiis est, signi fiant " il est besoin de," se 
construit ainsi : mihi opus est amico (j'ai besoin 
d\ni ami). 

Vkrbe Complément p^'N Ai tuf. Verbe. 

On emploie souvent le gérondif: te hortor ad 
legendum (je t'exhorte à lire) ; consumit tempus 
legendo (il passe son temps à lire, c'est-à-dire en 
lisant). 

PRONOMS. 

Voici <|uel(jues exemples types (|u'il est bon de 
retenir : Puer quem paenitet (l'enfant (pii se 
repent) ; mitte quem voles (envoie qui tu vou- 
dras) ; uter est doctior, tune an f rater ? (lecpiel est 
plus savant, de toi ou de ton frère ?) ; cui non 



INTERROGATION, RÉPONSE, &c. 135 

opiis est amicis ? (qui n'a pas besoin d'ainis ?) ; 
quid virtute 'pidchrius ? (({uoi de plus beau que 
la vertu ?) ; quota hora est ? (quelle heure est-il ?). 
— Je vous répète qu'il vous suffit de réciter 
l'exemple latin à l'appel de l'exemple français, et 
réciproquement. Ces petites phrases bien sues 
servent de talismans pour la lecture des auteurs ; 
elles me reviennent sans cesse à l'esprit quand je 
lis du latin. 



Interrogation, Rkponse, Défense. 

Vous ne serez pas embaiTassée par ces petits 
mots intraduisibles, an, ne, num, si vous retenez 
les exemples suivants : Vidistine patrem ? Vidi 
(as-tu ^■u ton père ? Je l'ai vu). — Nonne vides 
solem ? (ne vois-tu pas le soleil ? — Bonusne est 
an malus ? (est-il bon ou méchant ?). — Verumne 
est annon ? (est-ce vTai ou non H). — Verumne est, 
an falsum ? (est-ce vrai ou faux ?). — Quaeritur 
verum sit necne (il demande si c'est vrai ou non). 
— Mené ftigis ? Non tefugio (est-ce moi que tu 
fuis ? Je ne te fuis pas). Le latin ne répond pas 
d'ordinaire : oui (qui se dit ita, certe, maxime) ni 
non (qui se dit minime), mais répète le verbe de 
la question : DoTmime ? Non doi'mio. " Dors-tu ? 
Je ne dors pas." 



136 EMPLOI DES PARTICIPES 

I^a réponse se met au même cas que le verbe 
demanderait dans une phrase ordinaire: Quem 
miseret pigromm? Neminem (cpii a pitié des 
paresseux:' Personne). — Ciijusnam est loqui ? 
Tuum (à qui est-ce de parler ? À toi ; c'est-à- 
dire, tuum est loqui). 

Iji défense s'exprime par ne avec le subjonctif 
ou Tindicatif ; ou trouve aussi les impératifs noU, 
yarce, suivis d'un infinitif: Domo ne exeat {(\\\\\ 
ne sorte pas de la maison) ; ne saevi (ne te fâche 
})as) ; 7ioli me tangere (ne me touche pas) ; 
parce plorare (ne pleure pas, épargne-toi [la 
peine] de {)leurer). 

PAIiTICIPES. 

I>e latin enijiloie les participes beaucoup plus 
volontiers cjue le franc^'ais ; cela donne plus d'unité 
et de cohésion à la phrase. Exemples classiques : 
Clamor militum nrhem, invadentium (la clamein- 
des soldats qui envahissaient la ville) ; urhem 
captant hn.si'i.s diripuif (l'eiuiemi pilla la ville qu'il 
avait prise). 

Une des pai'ticularités de la langue latine est 
l'emploi fré(|uent du participe à V ablatif absolu. 
Il en reste des traces en fian(,ais : "■' Le repas fini, 
nous allâmes au bois." Mais le latin se sert volon- 



EMPLOI DES PRÉPOSITIONS 137 

tiers de Tablatif absolu là où le français reunit 
deux propositions par et ou qui. Exemples : Par- 
tibus factis, sic locutus est leo (les parts furent 
faites et le lion parla ainsi ; nous dirions aussi ; 
les parts faites, le lion parla). Urbe capta, hostis 
castra movit (la ville fut prise et Tennemi leva le 
camp ; la ville prise, Tennemi leva le camp). 
L'ablatif absolu, marquant connue une parenthèse, 
se trouve aussi sans que le verbe soit exprimé. 
Romulo rege (ou régnante), romanum imperium. 
crevit (sous le règne de Romulus [Rotnulus étant 
roi\ la puissance romaine s'accrut). \ ous savez 
déjà que le verbe sum n'a pas de participe présent 
en latin classique ; ens, d'où le neutre pluriel 
entia, " substances, entités," appartient à la 
langue philosophique du moyen âge. 

L'ablatif absolu est souvent employé en latin 
dans un sens un peu vague, marquant simplement 
une relation avec ce qui précède ou ce qui suit. 
Par exemple : dejecto lumina vultu (Virgile), 
les yeux avec une expression d(.jetée, le regard 
attristé. 

PRÉPOSITIONS. 

Questions ue Lieu : Les prépositions fran- 
çaises répondent aux questions de lieu ubi (oîi 



138 QUESTIONS DE LIEU 

Ton est), quo (où Ton va), unde (d'où Ton vient), 
quà (par où Ton passe) : "Je suis h Konie, je vais 
à Home, je viens de Home, je j)asse par llonie.'''' 
En latin, on se sert moins souvent des préposi- 
tions et Ton emploie les noms de ville ou de lieu 
à différents cas. Ix's exemples suivants suffiront 
à vous avertir: Natus est Athenis (il est né à 
AtluiK's); habitat Lugduni (il habite à liVon). 
Ce Lugduni n'est pas un génitif"; c'est un ancien 
cas appelé locatif, ijui subsiste dans certaines 
langues de la famille à lacjuelle appartient le 
latin, j)ar exemple le sanscrit (de l'Inde) et le 
lithuanien. Il en reste d'autres traces en latin 
dans les prépositions connue uhi (où), ibi (là) 
et dans des expressions connue domi (à la 
maison), Jmnii (à terre). On dit procumbit 
humi (il tombe à terre), et non pas humo. — On 
dit encore: Bedeo Eœnd, rure (je reviens de 
Rome, de la campagne) ; sitientes ibimus Afros ^ 
ou ad Jfro.s (nous irons chez les iVfricains altérés) ; 
ibain forte vin sacra '^ (je passais par hasard par 
la \()ie sacrée, grande rue de Rome). 

Questions de Te.mts: L'indication du temps 
ne se' met pas au nominatif, mais à l'ablatif ou à 
l'accusatif: Veniet horâ tertiâ (il viendra à la 

* Virgile, Bucoliques, i. 65. 

* Horace, Sath-es, i. 9. 1. 



CONSTRUCTION DES ADVERBES 139 

troisième heure) ; regnavit très annos (il régna 
trois ans) ; multos annos utor familiariter pâtre 
iuo (je suis lié avec ton père depuis nombre d'an- 
nées) ; annos centum natus decessit ou annum 
centesimum agens decessit (il est mort à IVige 
de cent ans). 

Mestre, Valeur : Ces indications comportent 
remploi de Taccusatif ou de Tablatif: Vélum 
longum très ulnas (un voile long de trois aunes) ; 
decem ah hoc loco passus ou passibus cecidit (il 
est tombé à dix pas d'ici) ; Mc liber constat viginti 
assibus (ce livre coûte vingt as). L'as, monnaie 
romaine, valait environ six centimes. 



ADVERBES. 

Excepté obviant, qui se construit avec le datif 
{ire obviam alicui, aller à la rencontre de ((uel- 
qu\ni) et pt'idie, postridie, cjui veulent le génitif 
ou Faccusatif {pridie Calendarum ou Calendas, 
la veille des Calendes, c'est-à-dire la veille du 1er 
du mois), tous les adverbes se construisent avec le 
génitif: multum aquae (beaucoup d'eau); nusquam 
gentium (nulle part au monde ; gentes, les nations, 
les hommes, les "gens"); illins ergo vênimus 
nous sommes venus à cause de lui). 



110 lllXiDIK DES CONJONCTIONS 

CONJONCTIONS. 

Elles se construisent avec rindicatif ou le 
subjonctif; cela (K'jK'nd beaucouj) de la nuance de 
sens exprimée et des habitudes de Fauteur. On 
peut dire ceci : 

1". I^)rs(|ue cum sii^nilie " puis(|ue, vu que," il 
piend le subjonctif: Qiiae cum ita sint (puis(ju''il 
en est ainsi). 

2". I^)rs(jue ut signifie "à supposer cjuc,''"' il se 
construit toujours avec le subjonctif. Voici un 
exemple tiré d'un Ix'au passage où Juvénal expose 
les inconvénients de vieillesse: 

Vt vigeant sensus animi, duceiida tamen su)it 
Funera natorum, rogus aspiciendus amatae 
Conjugis etfratris, plenaeque sororibus urnae. 
Ilaec ddta jwena diu viventibus, 7d renovatà 
Semper clade domus, multis in luctibus inque 
Perpétua moerore et nigrâ veste senescant.^ 

Vt sfnsus animi vigeant, à supposer que les facultc'S de 
l'ânie subsistent; tamen f^tnrra naforum diicenda svnt, 
pourtant les funérailles des enfant* doivent être conduites; 
rogiai conjugis amatae et fratris, le bûcher d'une épouse 
aimée et d'un fr6re ; aspicietidv.i (s.-entendu ext), doit être 
rpi,'ardé ; nrnaeiiue ple>}tae sororihux, et des urnes jileines 

» Juvi'nal, Satires, x. 240-24.'). 



SIX VERS DE JUVENAL 141 

(des ceudres) de sœurs (s. -entendu "doivent être re- 
gardées") ; haec poeivx dald (es/) civentibns diu, cette i)eine 
a été infligée à ceux qui vivent longtemps ; ut senescant, 
(à savoir) qu'ils vieillissent ; clade domus semper renovatâ 
(al)latif absolu), le désastre de leur maison étant toujours 
renouvelé; in litctihus riiultis, dans des deuils nombreux ; 
itique moerore perpetiu), et dans un chagrin perpétuel; et 
veste nùjrâ, et dans un vêtement noir. 

"À supposer que le vieillard conserve les 
facultés de son esprit, il n''en devra pas moins 
conduire la pompe funèbre de ses enfants, con- 
templer le bûcher d'une épouse chérie ou cVun 
frère, les urnes pleines des cendres de ses sœurs. 
Telle est la peine d'avoir trop vécu : la maison 
incessamment renouvelée par la mort, la vieillesse 
condamnée à des deuils nombreux, à un chagrin 
continuel, au port de vêtements noirs.'" 

Ces vers sont tellement pleins de mots et de 
sens qu'il est difficile de les traduire. Il y a, dans 
le latin, quelque chose de lourd, de las, de funèbre 
qui s'harmonise à merveille avec le sujet. Ne 
trouvez-vous pas admirable cette fin de vers : 
plenaeque sororihus urnae ? C'est comme le son 
du glas. — Mais je me rappelle que je vous ai cité 
ce passage à cause du début du premier vers ; quel 
ridicule contre-sens ne ferait-on pas (je l'ai vu 
faire dix fois par des élèves) en traduisant ut 
vigeant par " afin que subsistent " "^ 



142 rijorosmoN iminitive 



ISTKRJECTIONS. 

Certains mots servant (rinterjections se con- 
struisent avec le datif: Vae victis! (malheur 
aux vaincus!). D'autres fois on enij)K)ii' Paccu- 
satif: O J'ortunatos agricoles! (ô heureux a<^ri- 
culteui*s!). On trouve aussi Taccus^itif seul : Me 
miserum ! (malheureux que je suis!). 



PHUPOSITIOS ISFINITI VE. 

Ave- l'emploi <le Tablatif absolu, celui di' la 
proix)iiition in/initive {n[[viu\v/.\ vous allez com- 
prendre) est le caractère le plus original de la 
langue latine compan'i' à la nôtre. Je nrexplicpie. 

En français, nous usons et nous abusons de que, 
connne le Ws-latin abusait de quod ; il en résulte 
de vt'-ritables caco])lionies : "Je t'ai dit quW 
voulait qu on renteiidit," Kn latin chissi(jue, on 
ne dit pas cela, mais "je t'ai dit lui vouloir être 
entendu," tihi dixi illum cupere audiri. Kn un 
mot, le latin aime les constructions ou l'infinitif 
tient la j)lace d'une atitre forme verbale; il affecte 
la construction in/utitive. 



LE 'QUE RETRANCHÉ' 143 

Dans les anciennes i^rannnaires, on appelait 
cela la "règle du que letranclié." Ce nom est 
impropre, parce (jue les Romains, dans leur 
ignorance naturelle de la langue française, ne 
pouvaient pas "retrancher" le que français; il 
est toutefois moins impr()j)re (ju^il ne paraît, 
puiscjue le latin populaire, dont le bas-latin n'est 
que Tavénement dans la littérature, disait cer- 
tainement credo quod fies (je crois que tu pleures) 
au lieu du latin correct credo te flere. 

La traduction française littérale d'une proposi- 
tion infinitive latine ressemble à du "petit nègre," 
mais elle est pourtant intelh'gible : Speraham me 
brevi rediturum esse, "j'espérais moi bientôt 
devoir revenir." Mone illmn me advenisse, 
"avertis-le moi êti-e arrivé." J ussit eum venir e, 
" il ordonna lui venir." Il n'y a pas de difficulté 
pour le sens. Je me dispenserai donc de vous 
donner d'autres exemples, le but que je poursuis 
étant seulement de vous armer contre les difficultés 
de la lecture et de la version. 

I^e dernier des grands poètes latins, Claudien, 
(|ui a célébré les dernières victoires de Rome au 
début du \^ siècle, a écrit de bien beaux vers à 
propos de la disgrâce méritée d'un nommé Rufin, 
tjui fut ministre de l'empereur Théodose et de son 
fils Arcadius: 



144 VERS DE CLAUDIEN 

Sucpe mihi dubiam iraxit senientia meniem 
('urarent Supcri terras, an iikUus inesset 
Hector et incerto fluerent mortalia casu. . . . 
Abstulit hune tandem Bufini poena tumidtum, 
Ahsolvitque deos. Jam non ad culmina 

rerum 
Injustos crevisse queror : toUuntur in altum 
Ut lapsu graviore ruant. . . .^ 

Saepe senientia irtuit mihi mentem dnhiam, souvent une 
(double) opinion tira (en sens contraire) à moi (mon) esprit 
incertain ; Siiperi curarent terras (de savoir si) les dieux 
d'en haut avaient souci des terres (de la terre) ; an inessH 
nnUus rector, ou s'il n'y avait aucun guide ; et mortalia 
fluerent cumi incerto, et si les choses mortelles coulaient 
}»ar un hasard incertain. Tandem poena i?i/^rii, enfin le 
châtiment de Rufin ; ahstnlit (parfîiit de anferre) hune 
tumidtum, a mis fin à ce trouble (de mon esprit) ; ahsol- 
vitque deos, et a absous les dieux. Jam non querm; déjà 
(maintenant) je ne me plains plus ; injustos crevisse ad 
odinina 7-erum, que les (hommes) injustes aient crû jusqu'au 
faîte des choses (honneurs) ; tolluntur in altum, ils sont 
portés en haut ; nt miant lapsu graviore, pour qu'ils 
tombent d'une chute plus lourde. 

" Deux sentiments contraires ont souvent partagé 
mon esprit incertain : les dieux s'occujjent-ils de 
la terre .'' ou bien nV a-t-il aucun guide et les 
choses humaines flottent-elles au gré du hasard ? 

^ Claudien, contre Rufin, i. 1 et suiv. 



ÉPOQUES DE LA LITTÉRATURE 145 

La châtiment de Rufin a enfin dissipe ce trouble 
de mon âme. Je ne me plains plus que les 
méchants soient portes au faîte des honneurs ; 
ils ne s'élèvent si haut que pour tomber d'une 
plus lourde chute." 

Ce sont là de beaux vers, mais on ne peut dire 
que le style en soit pur. Le premier vers est mal 
écrit ; il ne s'agit pas d'une opinion {sententia), 
mais de deux opinions. Au vers .5, auferre 
tumultum est une singulière ïm;on de dire : " dis- 
siper un trouble." Les poètes du siècle d'Auguste 
écrivaient mieux ; ce siècle est la fin et l'apogée 
de Vâge d'or de la littérature latine. Lucain, 
Pline le jeune, Tacite appartiennent déjà à la 
latinité d'argent; l'époque de Claudien est Vâge 
de fer, mais il y reste des paillettes d'or. 

Je ne vous cite pas d'exemple du comique 
Plaute, dont la langue est très archaïque et 
difficile. Mais je veux terminer cette lettre 
par quel(jues vers de Lucrèce, poète mort en 41 
avant notre ère, c'est-à-dire trois ans après Jules 
César. C'est encore du vieux latin, mais avec de 
merveilleuses qualités de vigueur ; le poème de 
Lucrèce, de naturâ rerum (de la nature des choses) 
est pénible à lire, souvent aride, mais plein de 
beautés de premier ordre: 



146 VERS DE LUCRIX'E 

Suave, mari magno turhaniihus aequora ventis, 
E terra magmim alterius spectare lahorem ; 
Non quia vexari quemquain est jucunda volup- 

tas, 
Sed quihus ipse malis careas, ea cerner e suave 

est. 
Suave etiam helli certamina magna tueri 
Per cam})0!< instructa, tuâ sine parte pericli. 
Sed nil dulcius est hene quam munita tenere 
Editai doctrinû sapientuni templa serena, 
Despicere xinde queas alios passimque videre 
Errare atque viam palanfes quaerere vitae! ^ 

Snnve, (il esi) doux, c'est (chose) douce. Pour traduire 
un neutre latin, il faut souvent, eu français, ajouter le mot 
cJujse, comme dans ces mots de Virj^ile : Varima et mutabile 
seinper feminn (la femme est toujours chose variable et 
changeante ; et l'homme aussi, n'est-ce pas ?). Ventis txirhan- 
tihvs tteijUorn mûri miujno, les vents bouleversant les flols 
(sur) la vaste mer ; spectare e terra, (de) regarder de la terre ; 
magnum Itihorem (tllerin.s, la grande épreuve d'un autre ; 
710» qriid est j>i4nn(hi rolnptns, non que ce soit nn agréable 
plaisir; quemtpiam rexari, que quelqu'un soit maltrailé(Hous 
nos yeux) ; sed snare est, mais il est doux ; cernere va {mala), 
(lie) voir ces (maux) ; quilnm malis careas ipse, desauels 
maux tu sois exempt toi-même. Suave etiam, (i) est) doux 
aussi ; tneri magna cetiamina helli, de regarder les grands 
combats de la guerre ; instmcta per campos, disposés ù 



^ Lucrèce, De la nature des choses, ii. 1 et suiv. 



BUT DU POÈME DE LUCRÈCE lt7 

travers les champs; sine luâ parte peridi, «ans ta part de 
danger. Sed nihil didcius est, mais rien n'est plus doux ; 
qitam tenere templa serena, que d'occuper les temples 
sereins ; bene mnnita, bien fortifiés ; édita doctrinâ 
sapientum, élevés par la science des sages ; iinde rpteas 
despicere alios, d'où tu puisses regarder-de-haut les autres ; 
passimrpie, et cà et là ; videre errare, (les) voir errer ; at(pie 
palanten, et marchant à l'aventure ; quaerere viam vitae, 
chercher la voie de la vie. 

" Il est doux, (juand la vaste nier est bouleversée 
par les vents, d'assister du rivage aux rudes épreuves 
d'autrui ; non pas qu'on trouve une jouissiince 
dans les souffrances d\m autre honnne, mais parce 
qu'il est doux de voir des maux dont on est 
exempt. Il est doux aussi de contempler les luttes 
terribles de la guerre se déroulant dans la plaine, 
sans prendre part au danger. Mais rien n'est 
plus doux que d'occuper les temples sereins, élevés 
et fortifiés par la science, d'où l'on peut voir à 
ses pieds les autres hommes errant à l'aventure, 
cherchant le chemin de la vraie vie." 

Ce sentiment n'est pas très charitable, mais 
lATcrèce n'était pourtant pas un égoïste, puiscju'il a 
écrit un long poème pour enseigner aux Romains 
la philosophie scientifique d'Epicure, qui devait 
les délivrer des craintes superstitieuses, en par- 
ticulier de celles de l'autre vie: 

L 2 



U8 T.K SAClillICK iririIIGKNIK 

Et nictus illcforas pracceps Acherontis agcndus, 

Funditns humanam qui vitum turbat ab imo, 

Omnia suffundens mortis nigrore, neqite ulhim 

Essevolnptatem liquidam puramque relinquit} 

Et )ix»'t\is ille Aihfi'Difls, et cette crainte «le l'Acliéron 
(tin des fleuves de l'Euler) ; ffj/ou/it-s (es/) /(;;((.s jinierejis, 
doit être jetée à la porte lête-en-avant ; ijui turlHit funditns 
rilinn hiun^muin ah imo, (jiii Iroulde profondément la vie 
liuniaine dej)uis le fond ; siiff}indens oinnia nnjrore morti.s 
arrosant toute? choses de la noirceur de la mort ; neqne 
rdiminit ullam rolnptatem. et ne laisse aucun plaisir ; 
liquidam puranti/ue, clair et pur. 

'* Il faut cluisser .sans inc-iiagcmcnt de nos esprits 
cette terreur de l'Acliéron, (|Mi trouble le tond 
niêino de la vii- humaine, (|ui npand sur tout les 
sondjres teintes de la mort et ne nous laisse goûter 
aucune joie paisible et pure." 

Lucrèce nVst pas nioins sévère pour la supersti- 
tion stuj)i(le (|ui, sur la foi d'un oracle, lil mourir 
rinn(K-ente Ipliigénie alin (Tassuri-r aux (îrecs des 
V -nts favorables : 

Aulide quo })nrto Trivid'i virginis nram 
J phifinassdi turparunt sanguine foede 
Ductores Dnnaiim delecii, prima virorum, 
Exitus ut classi felix faxistusque daretur. 
Tantum religio potiiit suadere malorum!^ 

' [.ucrèce, l)f la nature des clioses, iii. 37-40, 
2 ll'id. i. 78-80, 94-9Ô. 



LUCRECE ET LA SUPERSTITION 149 

Quo pacto, (le cette manière ; Aulkle, à Aulis (port de 
Béotie) ; dnctores delecti Danaum, les chefs' choisis des 
Danaens (des (îrecs) ; prima inronnn, l'élite des guerriers 
[prima, pluriel neutre, locution imitée du grec] ; turimmnt 
foede, souillèrent honteusement ; aram vinjinls Triviaï, 
l'autel de la vierge protectrice-des-carrefours [Trivia, sur- 
nom de Diane, de très viae, d'où trivial ; le génitif Triviaï 
est archaïque] ; sançpnne Iphianassaï, du sang d'iphianassa 
[autre nom d'Iphigénie ; ce génitif a la forme archaïque] ; 
nt exilns felix faustiisqne, afin qu'une sortie heureuse et 
favorable ; daretur classi, fût lionnée à la flotte. Tantinn 
relitjio, tant la religion ; pijtuit snudere inalorum, a pu 
conseiller da maux. 

" Ainsi, à Aulis, lautel de la vierge Trivia fut 
honteusement souillé du sang (riphigénie par les 
chefs choisis des Grecs, élite des guerriers, afin 
d"'assurer à la flotte une heureuse sortie du port. 
Tant la religion a pu conseiller de forfaits ! "' 

Il va sans dire, Cornélie, que ce jugement sévère 
ne s'appliciue qu'à la religion païenne; mais 
Lucrèce, né Romain et avant notre ère, ne pouvait 
^)as eu connaître de meilleure. 

lîonsoir, 

S. R. 



ONZIKMK LKITRE 

Je irai pas fini, chcre Conu-lie, avec les petites 
phni-scs (jifil faut savoir par cieur afin de n'être 
{)a.s arrête, en lisant, par des expressions analogues. 
Quand on les rencontre ensuite dans un texte, on 
a plaisir à les saluer comme de vieilles connais- 
sances. Forsan ethaec olim meminisse juvahit, 
dit \ irgile ; je vous ai déjà expli(|uê cela (p. ()2). 

Xon cuiquam aiictor esse velim ut Ovidiurn 
imitetur (Je ne voudrais conseiller à j)ersonne 
d'imiter Ovide). — Cura ut valeas, ne in morhum 
incidas (Tais en sorte de te bien porter, de ne 
pas tomber malade). — Mone illum uf sihi caveat 
(Avertis-le de se garder). — Litteras ad me yerfe- 
nndns curavit (Il m'a tait porter une lettre). — 
Xihil nieâ refert utrum dires sim an jmuper ou 
divesne sim an jxiuper (Il nrimjiorte peu d'être 
riche ou pauvre). — Timeo ut dolorem sustineas 
(Je crains [et je me demande] conniient tu suj)- 
porteras la douleur). — Cave ne cadas (Prends 
garde de ne jias tomber). — Cave ut recte eîoffuaris 
(l'rendsgarde de parlercorrectement). — Da operam 



PHRASES A RETEMll 151 

ut omnia sint parata (Prends garde on fais en 
sorte (jue tout soit prêt). 

Dignus est cui faveam (Il mérite que je le 
favorise). — Quis ùnpedit quin p'oficiscaris ? (Qui 
fempêclie de partir ?) — Xon possum non loqui 
(Je ne puis m'enipêcher de parler). — Per me non 
stat quin sis beatus (Il ne tient pas à moi que tu 
ne sois heureux). — Praesume anima multa tibi 
esse patienda (Attends-toi à souffrir l)eaucoup de 
choses). — Moi'bus causa fuit ciir te non inviser im 
(La maladie m'a empêché de te voir). — Non est cur 
sileas (Tu n'a pas de raison de te taire). — Dubito 
valeatne an aegrotet (Je ne sais s'il se porte bien 
ou s'il est malade). — Memini me légère [et non 
legisse] (Je me rappelle avoir lu). 

Adolescentibus non modo non invidetur, verum 
etiam favetur (Non seulement on ne veut pas 
nuire aux jeunes gens, mais on les favorise; exemple 
de l'emploi impersonnel des verbes neutres au 
passif). — Videre est homines qui honores non 
appetant (On voit des honnnes (jui ne recherchent 
pa.s les honneurs). — Vulpes negavit se esse culpae 
proximam (Le renard nia qu'il fût coupable; 
exemple de se, dont on ne trouve pas récpiivalent 
en français, parce que se se ra})j)orte a vidpes, 
sujet princi})al de la ])hrase). — Suum Caesari 
gladium restitui (j'ai rendu son épée à César). — 



152 EXEMPLES TYPIQUES 

Uosies orohant ut sihi parceretur (Ia's ennemis 
Mijipliaient (ju'on les épargnât ). — Pater amatliberos 
suos, at eorum (et non sua) vitia odit (Un })ère 
aime ses entants, mais il hait leurs viees). — Non 
is sum qui tu (Je ne suis pas tel que toi). — Quis 
hujusmodi pueros non amet ? (Qui iraimerait de 
tels enfants ?) — Ea esse débet Uheralitas ut nemini 
noceat (E-i libéralité doit être telle (juVllc ne nuise 
à pei-sonne). — Ea est Romana gens quae vida 
quiescere nesciat {\je peuple romain est tel qu'il 
ne peut se reposer étant vaineu, e'est-à-dire qu'il 
ne peut se résilier a la défaite). 

Eiim ne vidi quidem (Je ne Tai pas même vu). 
— Eum amo perinde ac si sit frater meus (Je 
Taime eomme .s'il était mon frère). — Pauci atque 
admodum jxinci /loinluf.s (Peu et même très peu 
d'honnues). — Posco atque adeo flagito (Je demande 
et même je supplie). — Alius est atque erat olim 
(Il est autre (pfil n'était -autrefois), — Aliter loqui- 
tur, aliter sentit (Il parle d'une fâ(,on, il pense de 
l'autR-). — Quaere uter utri insidias fecerit (De- 
mande Cjui est celui des deux (pli a tendu des 
embûches à l'autre). — Quivis alius pojmlus ac 
Romanus despondisset animum (Tout autre 
peuple (jue le peu[)le romain eut perdu courage). 
— Alii aliis rébus delectantur (Ixîs uns aiment 
une chose, les autres une autre). — Alii alio 



LOCUTIONS LATINES 153 

dilapsi sunt (Ils s'échapperont les uns d'un côté, 
les autres de Tautre).— ^^m aliis opitulemur 
(Aidons-nous les uns les autres). — Alterutrum ad 
te mittam (Je fenverrai Tun ou Tautre). 

Siccine amicos tuos défendis ? (Est-ce ainsi 
que tu défends tes amis ?) — Te ipsum quaero 
(C'est toi-même que je cherche). — Non quin exi- 
stimem te esse malum (Non c^ue je pense que tu 
sois méchant). 

Quanti tihi constitit haec domus? (Que fa 
coûté cette maison ?) — Utinamfactus essem con- 
silii tui certior (Plût au ciel (juc j'eusse été informé 
de ton dessein !) 

Paulisper attende (Attends un peu). — Tantil- 
lum ou paulum ou aliquantulum aquae (In 
peu d'eau). — Quotusquisque est disertus ! (Com- 
bien peu d'honmies sont élo([uents !) 

Philosophi cum veteres tum recentiores (Les 
philosophes, tant anciens (jue modernes). — Tanto 
praestat divitiis sapientia ! (Tant la sagesse 
l'emporte sur les richesses !) — Senedus tantum 
honornbatur Lacedaemone quantum ubi maxime 
(La vieillesse était honorée a Lacédémone autant 
qu'en aucun lieu du monde). — Quam maximis 
itineribus poterat Galliam petivit (Il gagna la 
Gaule aussi vite que possible, c'est-à-dire par très 
grandes étapes). 



l.n rilKASES A RETENlll 

Adeone ercit stultiis ut arhitraretar . . . (Etait- 
il assez fou pour penser . . . ?) — Plura admisit 
scelera quam cujus (poin- ut ejus) judices misereat 
(Il n commis trop de erimes j)()ur (pie les juges 
aient pitié de lui). — Pluris te facio, qvMin ut te 
vituperem (Je t'estime trop pour te blâmer). — 
Pauciores ludiehat milites quam qui vincere posset 
(Il avait trop peu de soldats pour vaincre).^ 

Vix advenit cum in morhum. incidit (A peine 
aiTivé il tomba malade). — Maturius solito surrexit 
(Il se leva j)lus tôt (jue de coutunie). — Plus aequo 
te amo (Je t"aimc ])lus (pie de raison). — Proxime 
cum te vidi {\ax dernière fois (pie je t'ai vu). — 
Viginti amios post Urhem conditam (\ ingt ans 
après la fondation de la \ ille, c'CvSt-à-dire de 
Rome ; on place la fondation de Home en 75ii). 

Cicero stahat a senatu (Cieeron était du ])arti 
du sénat). — Remoto joco (Plaisanterie à part). — 
Hic illi necopinanti nuntius advenit {Un message 
lui arriva à Timproviste). — Vix 7ne adspicit, nedum 
omet (Il me regarde à peine, loin de m'aimer). 

Memoria minuitur nisi eam exerceas (La 
mémoire diminue si on ne Texerce pas). — Ut sine 
ingénia ars Jiihil valet, ifa arte miiltum juvatur 
ingenium (Si Part ne peut rien sans les facultés 
naturelles, eelles-ei, d\in autre e(')té, sont bien 
secondées par Tart). — Veni si licet ; sin minus, 



EXEMPLES TYPIQUES 155 

scribe ad me (V'iens si tu peux ; sinon, t'cris- 
moi). 

Mihi proficîscendum est (Il faut (jue je parte). 
— Nunc est bibendum (Maintenant il faut boire, 
c'est le moment de boire). — Serviendum est patriae 
(Il faut servir sa patrie). — Aquâ et igni civi 
interdicere (Interdire à un citoyen Teau et le feu, 
c''est-à-dire Texiler). — Pedibus ire in sententiam 
alicujus (Approuver Topinion de quel(|u\in ; locu- 
tion empruntée à un usage du sénat romain, où 
tous ceux qui votaient dans un sens marchaient 
pour se ranger d'un même côté). 

Tantum non cecidit (Il a mancjué tomber). — - 
Jam in eo erat ut oppidum caperetur (Déjà la 
forteresse était sur le point dY-tre prise). — Jam 
prope erat ut sinistrum cornu pelleretur (I/aile 
gauche était sur le point d'être repoussée). — 
Jamjam oppido potiturus erat (Il était sur le 
point de s'emparer de la forteresse). 

Sustinuisti id negare? (Tu as eu le front de 
nier cela t) — Id nihil aliud quam dolorem meum 
exidcerat (Cela ne fait ({u'aigrir ma douleur). — 
Nihil mihi longius est quam ut te videam (Rien 
ne me tarde plus c(ue de te voir). — Nihil mihi 
antiqiiius est quam ut te videam (Je n'ai rien 
plus a cœur que de te voir). — Frustra clamitas 
(Tu as beau crier). — Aganius pingiii Minervâ 



156 LOn-riONS LATINES 

(Agissons avec le ^ros l)()n sens, uv. cherclioiis pas 
finesse). — Iram tuam pro nUiilo duco (Je nie 
uKXjue (le ta colère). — Criticonim cavillationes 
non flocci ou non nauci J'acio {Jv nestinie pas à 
un poil (le laine, à un zeste de noix les chicanes 
(les criti(jues). — Invitus recessit (Il se retira malgré 
lui). — Invita Minervâ versus facere (laire des 
vei*s en dépit de Minerve; Boileau dit: Rimer 
malgré Minerve). — Titus Berenicen dimisit in- 
vitus invitam (Titus renvoya Bérénice malgré lui 
et malgré elle). — Adversante ou répugnante naturâ 
(Malgn-, :i Tcncontre de la nature)- 

tSujnmâ arbore (Kn haut de raii)ie). — Medio 
foro (Au milieu du f()rum).--/wi^s mons (Le j)ied 
de la montjigne). — Domus interior (L'intérieur de 
la maison). — Vere primo (Au connnencement du 
printempsl — Extremn aestate {.\ la fin de Tété). 
— A pueris ou a teneris ou a teneris unguiculis 
(Dès renfance, dès la plus tendre enfance). — Quinto 
quoque anno census hahetur (On })rocède au 
recen.sement tous les cin(| ans). 

« 

Vous me demandere/ peut-être, chère Cornélie, 
pour(|Uoi je vous ai donné toutes ces phrases en 
bloc, au lieu d'inscrire le latin dans une colonne et 
la traduction en face. C'est précisément pourtjue 



CONSEILS POUR COMPJtKNDRi: 1.57 

vous soyez oblitrce de faire ce ])etit travail vous- 
même ! Rien n'iiiij)riine des suites de mots dans la 
mémoire comme Teffort nécessaire pour les copier 
correctement. Vous pouvez aussi transcrire cha(}ue 
phrase sur une fiche, avec la traduction au revers ; 
en maniant ces fiches, vous vous interrogerez vous- 
même et contrôlerez la fidélité de vos souvenirs, 

* 
* * 

Je voudrais maintenant vous donner quelques 
conseils relatifs à Tintelligence des textes. Bien 
entendu, je ne possède pas de recette pour " com- 
prendre les versions"" ; mais à force d'avoir fait des 
contre-sens moi-même et d'en avoir vu faire aux 
autres, je crois m'êlre formé une idée assez nette 
des précautions à prendre pour les éviter. 

Il V a des textes latins que personne ne com- 
})rend, cjuelques-uns parce (ju'ils font allusion à 
des choses ou à des usages (jue nous ignorons, 
beaucoup d'autres parce tjue les copistes du moven 
âge ont mal copié des manuscrits plus anciens, 
sauté des mots ou même des lignes, estropié des 
noms propres, etc. Mais un professeur qui se 
respecte — ils se respectent tous — ne vous donnera 
jamais à traduire un de ces textes inintelligibles ; 
vous devez toujours admettre, a priori, que le 



158 CArsi: I)F,S CONTRE-SENS 

texte qu'on vous propose a un sens et (pi'il ne s'y 
trouve pas d'absurdités. 

C'est preeisi'inent ce (jue les élèves oublient. 
Alors (ju'ils rougiraient eux-mêmes d'écrire des 
bêtises, des phrases vides de sii^nitication, ils en 
prêtent généreusement aux anciens (ju'iis tradui- 
sent, man|uant ainsi, (|u"ils en aient conscience ou 
non, leur })eu d'estime poiu" ces maitres. 

Nous vous péni'trere/ de l'idée contraire, ma 
chère Cornélie, et après avoir construit grammati- 
calement une phrase, sans rien laisser en dehors de 
la construction — omettre un mot est le plus sûr 
moyen de mal comprendre la {)hrase — vous cher- 
cherez à mettre votre traduction en accord non 
seulement avec le texte, iiniis avec le conieMte, 
cVst-à-dire avec ce (|ui précède et avec ce (|ui 
suit, c'est-M-dii'e, encore et surtout, avec le bon 
sens. 

Je vais vous citer un souvenir personnel. Au 
Concours général de seconde, en ISTîi, on nous 
dicta en Sorbonne un texte de Cicéron où il y 
avait un piège : trois mots dilliciles. Je les 
trailuisis de travers, faute d'avoir suivi le principe 
que je viens de vous donner. Voici la phrase : 

Si implarahiles iracnndiae sint, summa est 
ncerhitas ; sin nutem exordhiles, snwina levitas ; 



UN EXEMl^LP: DE CICÉRON 159 

quae tamen (ut in iiiali.s) acerbitati anieponenda 
est} 

Les mots difficiles sont dans la parenthèse. 

Si iracundiae sint implaeahiles, si (tes) colères sont 
implacables; est arerbitas summa, c'est une dureté suprême ; 
sin antem exorabiles, si au contraire elles sont exorables ; 
summa levitas, (c'est une) suprême légèreté ; quae tamen, 
larpielle (légèreté) cependant ; . . . est anteponenda acerbi- 
tati, est préférable à la dureté. 

Que signifie ut in malis ? Grannnaticalenient, 
malis peut être le datif-ablatif pluriel de malus, 
méchant ; de mâlum, mal ou mallieiu- ; de mâhim, 
ponnne ; de mâhis, ponnuier ; de mâlus, mât de 
navire. Laissons les mâts et les pommes, qui 
n'auraient rien du tout à voir avec le contexte. Mais 
je me souviens d'avoir traduit, après de longues 
hésitations: "comme il arrive aux méchants." 
CV'tait inepte, car il s'agit de deux défauts, dont 
Tun est moins vilain que Tautre ; que viennent 
faire ici les méchants .'' Le vrai sens a été très 
bien rendu par mon camarade Lévy-Bruhl, bien 
connu aujourd'hui par ses beaux ouvrages de 
philosophie, qui obtint le premier prix. \'oici 
comment il rendit la phrase : 

^ Cicéron, Lettre à son frère Qidntus, i. 1, 13. 



ICO l'MolS STHOriIKS IVITORACE 

"Si vos coUrcs sont iinj)lîiial)k'.s, tYst le conibir 

(le la rii^uciir; si elles sont faciles à fléchir, eV-st le 

comble dt.' la faiblesse ; et, mal 'jmur mal (eVst-à- 

diix' : comme entre deux maux), il faut encore pré- 

fcrer cette dernière à la rigueur." 

« 
« » 

Cela dit, je vais terminer cette lettre par trois 

strophes Ivricjues (riloracc (jui vous donneront 

une idée de cette poésie aimable, mais souvent 

obscure. 

Diffugrre uires. rcdennt jam gramina cnm])is 

Arhorihusque comae ; 
Mutât terra vices et decrescentia riixis 

Fbimina praetereunt. 

NUf-t diffnij''rf, les iipiges se sont dissipées ; jam grnminn 
rfilfintt (Yini//i.<, iléjà les herbes reviennent aux clianijis; 
iirhnrihitiuitif mmaf, et aux arlires les clievelures ; terra 
mutât rjtv.s, la terre éprouve des chan^emoiils ; et Jinviina 
derrf-Hft-utia, et les Heuves décroissant ; jn-aetereunt ri}uis, 
C!'ulent le Inn;^' des rives. 

Frigora mitescunt Zephyris; ver proterit aestas, 

I lit erit lira simul 
Pomifer autuynnusfruges effvderit ; et mox 

Bruma recurrit iners. 

Fri'iora mitescunt Zepfu/ris, les froids s'adoucissent par 
les Zéphyrs ; aestas proterit ver, l'été cljas.ie le printemjis ; 



LA SUCCESSION DES SAISONS 161 

interitura simnl, (l'été) qui doit disparaître en même temps 
que ; autumiins pomifer, l'automne porte-fruits ; effnderit 
frwies, aura produit ses récoltes; et mox bruma iners recurrit, 
et bientôt l'hiver stérile revient-en-courant. 

Damna tamen celeres reparant caelestia lunae : 

Nos, ubi decidimus 
Qvo pater Aeneas, quo dives Tullus et Ancus, 

Pulvis et umbra sumus} 

Tamen, cependant ; lunae celeres, les lunes rapides ; 
reparant damna caelestia, réparent (leurs) dommaf:;es célestes 
(c'est-à-dire que la lune se retrouve toujours entière au ciel 
après avoir per<la des quartiers en décroissant) ; nos, ubi 
decidimus, (mais) nous, quand nous tombons ; quo j^ater 
Aeneas, où (est tombé avant nous) le père Enée ; '/ko dives 
Tullus et Ancus, où (sont tombés) le riche Tullus (Hostilius) 
et Ancus (Marti us, rois de Rome) ; sumus pulvis et umbra, 
nous sommes de la poussière et une ombre. 

"Les neiges ont disparu ; les près reverdissent ; 
les arbres se parent de feuilles nouvelles ; la terre 
renaît et les rivières coulent assagies le long de 
leurs rives. 

" Le froid s"'adoucit sous Thaleine des zéphyrs ; 
Tété chasse le printemps et doit disparaître a son 
tour quand Tautomne aura porté ses fruits ; bientôt 
revient le stérile hiver. 

" La lune, dans le ciel, sait réparer les pertes 

^ Horace, Odes, iv, 7, 1, 

TU 



1G2 T.A POÉSIE ITHORACE 

(ju'elle éprouve ; mais nous, une fois descendus la 
où donnent le sage I^iée, le riche Tullus et Ancus, 
nous ne sommes plus (jue de la poussière et une 
ombre.'' 

Vous avez remar(|ué (|uc ces strophes charmantes 
se composent chacune de deux hexamètres, suivis 
de la seconde moitié d'un pentamètre. .J'ai choisi 
des strophes faciles ; encore, dans celles-ci, le vers 
sur la lune exige-t-il de la réflexion })our être 
compris. Iji simplicité et l'enjouement (rilorace 
ne sont (pTapparents ; sa poésie Ivriijue est souvent 
très artificiel le ; dans ses Satires et Êfitres, il est 
le Boileau, mais dans ses Odes il est le Théophile 
(îautier des Romains. 

VaU ! 

S R. 



DOUZIEME LETTRE. 

Ma cnère Coniclie, 

Je vais employer cette dernière missive à 
enrichir votre anthologie latine. Si je me donne 
ce plaisir, c'est avec la conviction cjue vous pren- 
drez la peine correspondante et que toutes ces 
lignes choisies par moi se fixeront dans votre 
mémoire pour n'en plus sortir. 

Un petit fragment de IV'locjuence de Cicéron 
doit' ici trouver sa place. Voici le début fameux 
de la Première Catilinaire, c'est-à-dire de Tinvec- 
tive prononcée par Cicéron au sénat contre C'ati- 
lina, qui préparait mie révolution sociale. 

Quousqiie tandem ahutere, Catilina, patientiâ 
nostrà ? Quamdiu etiam furor iste tuus nos 
eludet? Queni ad finem sese effrenata jadahit 
audacia ? . . . Patere tua consilia non sentis ? 
Constrictam jam omnium horum conscientià 
teneri conjurationem tuam non vides ? . . . O 
temporal mores/ Senatus haec intell gît, 
consul videt ; hic tamen vivit. Vivit ? Imo 
M 2 163 



16; DÉBUT D'UN DISCOURS DE CICÉRON 

vero etiam in senatum venit ; fit pnhlici consilii 
jxirticeps ; notât et désignât oculis ad caedem 
unumqucmquc nostrorum . . . Ad mortem te, 
Catilina, duci judsu conaidis jampridem oporte- 
bat ; in te conferri pestem illam, quam tu in nos 
omnes jamdiu machinaris ! 

Qxiousqne tandem, Catilina, jus(|ii'à quand enfin, Cati- 
lina ; aliulere paiientiO, nostnl ? abuseras-tu de notre 
patience? Quamdiu eliam, cnniltien de temps encore ; iste 
fnror tnns, cette fureur tienne; nus elndet, nous jouera? 
Quem ad finem, jusciuTi quelle fin ; andacia effretiata, (ton) 
audace effrénée; sese jactabit, se donnera carrière? Non 
sejitis tua consilia patere, ne sens-tu pas que tes desseins 
sont révélés ; ?i<»» ndfs tiinm ci>nj}(rati(>nem, ne vois-tu pas 
(<iue)ta conjuration ; jam teneri runstrirtam.esl déjà tenue 
enchaînée; canscientiù omnium h(yrum, par la connaissance 
(({u'en ont) tous ceux-ci (les niaj^'istrats et les sénateurs). 
tempora ! morex! () temps ! O mœurs! Semdus in- 
telligit haer, le. sénat coni prend ces choses ; ctnisid videt, le 
consul les voit ; tamen hic i^ivit, cepen<lant celui-ci vit 
(encore). Imn vero, bien plus ; venit etiam in senatum, 
il vient nu'nie au sénat ; Jit particeps publici consilii, il 
devient participant du conseil jiublic ; notcd et desi(j7i(d 
oculis, il note et il désigne des yeux ; ad caedem, pour le 
meurtre ; imum'piemfjue nostrorum, un chacun de nous. 
Oporfebat, il fallait (il aurait fallu) ; Catilina, Catilina ; 
te duci jampridem ad mortem,, que tu fusses conduit depuis 
longtemps a la m^prt ; jumu ronsulis, par ordre du consul ; 
conferri in te pestent illam, que l'on tournât sur toi cette 
destruftion ; quam, tu jamdiu machinaris in nos, que toi 
depui.s longtemps tu machines contre noua ! 



INVECTIVE CONTRE CATILINA 165 

"Jusques à quand, Catilina, abuseras-tu notre 
patience ? Combien de temps encore serons-nous 
le jouet de ta fureur? Jusqu'où s'emportera ton 
audace effrénée? . . . Tu ne sens donc pas que 
tes projets sont découverts ? Tu ne vois pas que 
ta conjuration est déjà enchaînée et paralysée par 
la connaissance qu en ont tant de témoins? . . . O 
temps ! ô mœurs ! Le sénat comprend, le consul 
voit, et cet homme vit encore ! Que dis-je ? Il 
vit ! Bien plus, il vient au sénat, il prend part 
aux conseils de la République, il note et désigne 
des yeux ceux d'entre nous qu'il veut immoler. 
Il y a beau temps, Catilina, que le consul aurait 
dû t'envoyer à la mort et retourner contre toi 
le glaive que tu aiguises depuis longtemps contre 
nous." 

Cicéron fut traité lui-même par Marc-Antoine 
comme il eût voulu que l'on traitât Catilina : 
massacré sans jugement. L'histoire du dernier 
siècle de la République romaine n'est qu'une 
longue série de proscriptions sanglantes ; mais il 
y eut alors quelques hommes, connne Cicéron lui- 
même, Caton et Brutus, qui consolèrent l'humanité 
et lui donnent encore de haut des exem-ples. 

Sous l'Empire, dans les écoles des rhéteurs et 
dans l'opposition lettrée, Caton devint un héros, 



166 ÉLOGE DE CATON PAR SÉNÈQUE 

presque une idole. Tônioin ces lignes déclama- 
toires, mais vibrantes de Sénèquc, dont le neveu, 
le poète Lucain, n'a pas moins éloquemment 
glorifié Caton : 

CatOjCum ambitu congressus,multiformi malo, 
et cutn poteutiae immensd cupiditate, quant totus 
orhis in très divisus satiare non poterat, adversiis 
vitia civitdtis degenerantis et pessum suri mole 
sidentis sfetit sol us, et cadentem rcmpuUlicmn, 
quantum modo vnâ retra/ii manu poterat, reti- 
nuit : doner vel ahreptus, vel abstractus, comitem 
se diu sustentatae ruinae dédit, simulque extincta 
sunt quae ne,"as erat dividi : neque enivi Cato 
]X)st libertatem rixit, ncc libertas post Cutonem} 

Cutn ci>ngri'.t.-iiis mm umhitii, C'atnn s'élaiit iitlaqné à la 
liri;,'ue ; nrnln multijormi, m;il à formes multiples ; et cum 
immenml oifiiditdte jHitentiae, et il l'immense avidité de 
pouvoir; i/ uni orhin lotus divisus in très partis, que le 
monde entier (l'Empire romain) divise' en trois j)art!5 (lors 
de la formation du triumvirat de César, Pompée et Crassus, 
en l'an 6n a. Clir.) ; non ]x>tcrat sufinre, n'avait pu ras-saf^ier 
(car Césiir voulut être feiU maître) ; stetit soins, se tint 
debout seul ; ndvprsns vitin ci ritatis degenerantis, couXre les 
vi" os d'une cité qui déi^énéniit ; et sidentis pessvm, et qui 
s'affaissait en las (adverbt-) ; .s»'(7 mole, par son propre 
poids; et refinuit refnpnblicnm rarlentem, et il retint la 



' Sénèqiie, De la constaïux du sage, chap. 2. 



CATON, HEROS DE L'OPPOSITION 167 

République qui tombait; quantum modo poterat retrahi 
unâ manu, autant du moins qu'elle pouvait être retenue 
d'une seule main ; donec vel ahreptus vel abstractus, ju.sqa.'a 
ce que soit entraîné, soit arraché ; comVem se dédit, il se 
donna comme compagnon ; ruinae diu su.stentatae, à une 
ruine longtemps soutenue ; simnlque extincta snnt, et en 
même temps furent anéanties; quae nefas erat dividi {deux 
choses) qu'il était iiupie de séparer (qui ne pouvaient pas 
sans impiété être séparées); neque enim Cato vixit post 
libertatem, ni en efl'et Caton (ne) vécut après la liberté ; nec 
libertas post Catonem, ni la liberté après Caton. — Vous 
savez que Caton, après la mort de Pompée, poursuivit la 
guerre contre César et, enfermé dans Utique, s'y donna la 
mort (46 a. Ch.). 

" Caton, aux prises avec la brigue, mal à formes 
multiples, et avec Tambition sans bornes du pouvoir, 
que le monde entier partage entre trois honunes 
n'avait pu satisfaire, demeura seul debout en face 
des vices d'une cité dégénérée et (|ue son poids 
entraînait à Tabîme, et retint la République qui 
tombait, autant qu'elle pouvait l'être par une 
seule main ; tant qu'enfin, entraîné ou arraché 
lui-même, il se fit le compagnon d'un édifice en 
ruine longtemps soutenu par lui, et l'on vit suc- 
comber à la fois ce que la loi divine ne permettait 
pas de séparer : Caton ne survécut pas à la liberté, 
ni la liberté à Caton." 

Après cette prose harmonieuse, revenons aux 
vers. V'oici un joli distique du poète élégiaque 



1 68 DISTIQUES DE TIBl LLE ET D'OVIDE 

Tibulle, le Musset de la littérature romaine ; il 
s'adresse à une amie : 

Te spedem, suprema mihi cinn venerit hora, 
Te teneam ynonens déficiente manu} 

" Puissé-je te voir, quand viendra pour moi la 
dernière heure ! Puissé-je te tenir en mourant 
d'une main di'faillante! "" 

Tibulle mourut jeune ; Ovide, (jui s"'inspira de 
lui, l'avait connu. Il nous le dit dans de très 
beaux vers écrits en exil, où il raconte sa vie, ses 
succès précoces et ses malheurs : 

Saepe siios solitus recitare Propertius ignes, 
Jure sodalitii qui mihi junctus erat ; 

Et tenuii no-stras numerosud Horatius aures, 
Du m ferit Ausoniâ car mina culta lyrû. 

Virgilium vidi tantum nec avara Tibullo 
Tempus amicitiae fata dedere meaer 

Saepe Fro])ertim solitn.f (est), souvent Properce eut 
riiabitude ; recitare suos i'ines, (de me) réciter ses feux (ses 
pcièmes dumour) ; f/»a' mihi ernt jnnctit^, (lui) qui m'était 
uni ; pire sodalitii, par le droit de ia camuraderie ; et 
tinmerosiis HoratiuK, et l'iiarmonieux Horaco ; tenuit 
nostros aures, a retenu nos (mes) oreilles ; dum ferit 

1 Tibulle, Élégies, i. 1, 59-60. 

2 Ovide, Tristes, iv. 10, 45 et suiv. 



DISTIQUE DE PROPERCE 169 

cannina culta, tandis qu'il frappe (fait retentir) des chants 
raffinés ; lyrâ Aiisoniâ, sur la lyre ausonienne (italienne). 
Viditantiiin Virgilium, j'ai vu seulement Virgile; necavara 
fata dedere tempus Tibullo. et les avares destins n'ont 
pas donné le temps à Tibulle ; meae amicitiae, de mon 
amitié. 

" J'écoutai souvent Properce, dont je fus le 
camarade et Tami, reciter ses poèmes d"'amour ; 
rharmonieux Horace charma aussi mes oreilles en 
tirant des chants pleins dV'légance de la lyre 
ausonienne. Virgile, je Tai vu seulement, et les 
destins jaloux ravirent trop tôt Tibulle à mon 
amitié.*" 

Properce aussi avait du talent, bien que ses 
ignés nous laissent bien froids aujourd'hui ; ses élé- 
gies sur les origines de Rome émeuvent davantage. 
Il eut aussi le mérite d'admirer profondément 
Virgile et de célébrer son Enéide avant qu'elle ne 
vît le jour : 

Cedite, Romani scriptores ; cedite Graii : 
Nescio quid majus nascitur Iliade} 

Cedite^ cédez (le pas) ; scriptores Eomani, écrivains 
romains ; cedite Graii, cédez (le pas, écrivain?) grecs ; 
nescio quid, je ne sais quoi ; majiis Iliade, de plus grand 
que l'Iliade ; nascilur, naît (en ce moment). 

1 Properce, Élégies, ii. 34, 65-66. 



170 VIRGILE, AITGUSTE ET OCTAVIE 

" Arrière, écrivains de Rome et de la Grèce ! 
Il naît ]c ne sais quelle œuvre qui sera plus grande 
que ni'iade ! " 

IjËm'ide ne fut publiée qu'après la mort de 
\ irgile ; mais, de son vivant, il en avait lu des 
morceaux à des amis, entre autres 'le passage du 
W livre ou Anchise, aux Enfers, montre à Enée 
le jeune Marcellus. Ce prince était le fils d'Octavic, 
la sfrur d'Auguste, et destiné à succéder a son oncle ; 
une maladie mystérieuse renleva à lYige de vingt 
ans (23 a. C'ii.). Lors<jue \ irgile donna lecture 
de ce passage à Auguste et à Octavie, elle eji fut 
si émue (péelle s'évanouit entre les bras de Tem- 
pereur ; puis elle fit remettre au j)oète 10,000 
sesterces (environ i2,00() fiancN) pour cluujue vers. 
Il existe à Toulouse et à Bruxelles deux tableaux 
d'Ingres (|ui représentent cette lecture ; ce sont les 
plus touchantes de ses (euvres. 

Atque hic Aeneas — una namque ire videhnt 8f 

Egregium jormâ juvenem et julgentihus armis, 8< 
Sed frons Inetn parum et dejecto lumina vultu : 
" Quis, pater, iUe virum qui sic comitatur euntem ? 
Filins, ayine aliquis magnâ de stirpe nepotum? 
Qui strepitus circa comitum ! quantum instar in 

ipso est ! 
Sed nox atra caput tristi circumvohit umhrn.^^ 8i 



ELOGE DE MARCELLUS PAR VIRGILE 171 

Tum pater Anchises, lacrimis ingressus ohortis : 
" nate ! ingentem luctum ne quaere tuorum : 
Ostendent terris hune tantum fata, neque ultra 
Esse sinent. Nimium vohis Romana propago 
Visa potens,Superi, propria haec si dona fuissent. 870 
Quantos ille virûm magnam Mavortis ad urbem 
Campus aget gemitus ! Vel quae, Tiberine, videbis 
Funera, cum tumulum praeterlabere recentem! 
Nec puer Iliaca quisquam de gente Latinos 
In tantum spe tollet avos, nec Romula quondam 875 
Ullo se tantum tellus jactahit alumno. 
Heu pietas ! heu prisca fides f invictaque bello 
Dextera ! Non illi se quisquam impune tulisset 
Obviu^ armato, seu cum pedes iret in hostem, 
Seu spumantis equi joderet calcaribus arrnos. 880 
Heii, miserande puer ! si qua fata aspera rmnpas, 
Tu Marcellus eris ! Manibus date lilia pîenis, 
Purpureos spargam flores animamque nepotis 
His saltem accumulem donis et fungar inani 
Munere! "... 885 

Atque hic Aeneas, et ici Enée; namqne videbat ire una, 
car il voyait aller ensemble (avec Marcellus l'aucien, vain- 
queur du Gaulois Yiridomar et de Syracuse défendue par 
Archimède) ; jitvenern egreyium forma, un jeune homme 
remarquable par sa beauté ; et fulyentibus armis, et par ses 
armes éclatantes ; sed frons laeta parum, mais (son) front 
(était) trop peu gai (triste) ; et luinina, et ses yeux ; dejedo 
vnltii, d'une expression déjetée. Quis ille, ])ater, quel est 



172 LE GRAND DETAIL DE RO]\IE 

celui-là, (mon) përe ; q>ii sic comitatur viiiim euntem, qui 
acconipaj^Tie ainsi le héros marchant (Marcellus l'aneù-n). 
Fili'is. anne aliijtiis, est-il (son) fils, ou i(Uelqu'un; de 
magnâ stirpe nejxitnin, de la f^ramle descendance de (ses) 
neveux ? Qui strepitus comitum cirra, quel bruit de com- 
pagnnns autour ; quantum i)ist<ty in ipso, quel ^'laud-air- 
de-dignité (est) en lui-même ; sed vox atra, mais la nuit 
noire ; circumi-olat caput trisli umbra, vole autour de (sa) 
tête (et l'enveloppe) d'une ombre triste. Tinn pnfev 
Anchises, alors le père Anchise ; iugressiis lacrimis obaHis, 
ayant commencé (avec) des larmes n:ii>santes ; o nate! ô 
(mon) fils ; ne quatre ingentem Ivrtum tuvrum, ne cherche 
pas (à connaître) le grand deuil des tiens ; fa(a hunr 
ostendent tantuin terris, \es destins le montreront seulement 
aux terres (à la terre) ; neque sinent esse '\dtra, et ne (lui) 
permettront |ias de vivre au-delà.^ Superi, Ri>ma7\a pro- 
pago. Dieux d'i-n haut ! la race romaine ; vobis visa nimium 
potens, vous (eût) paru trop puissante ; si hatc dona, si 
ces dons ; fuissent propria, (lui) avaient été (faits) en 
propre. Quanfos gemitus vinhn, quels grands gém'ssenients 
d'hommes; aget Ùle campus, poussera ce champ (de Mars 
à Rome) * ; ad urbem mognam Marorti», vers la gran<le ville 
de Mavors (Mars); rvl i/uae fuiieia videhis, ou (juelles 
funérailles verras-tu ; Tibenne, dieu du Tibre ; cum prae- 
terlnbere, lorsque tu couleras le long de ; tumidum rerentrm, 
(sa) t<»mbe récente ! Nec fptis(juavi fruer, et aucun enfant : de 
gente Tliacâ, de la race dllion (de Troie) ; ti>lhi ar(>.< hitinos 
in tantum spe, nV-lèvera (ses) aïeux latins autant par 
l'espérance; nec quondnm terra Bomula, ni jamais la terre 
Romuléenne (de Romulua) ; se jactabit tantnm, (ne) 



' Notez ces vers funèbres, lourds de spondées. 
- Oii eurent lieu les obsèques du jeune Marcellus. 



SUR LA TOMBE DE MARCELLUS 173 

s'enorgueiUira autant ; ullo ahimno, d'aucun nourrisson, 
jffeu^ietos, hélas, piété ; heit prisca Jides, hélas, antique 
foi ; deoderaque invicta bello ! et main droite invaincue à la 
guerre ! No7i quisqnant, personne ; se tulisset impune, se 
serait porté impunément; obvins illi ai'mato, au devant de 
celui-là armé ; sen cnm iret in hostem pedes, soit qu'il 
marchât contre l'ennemi à pied ; seu foderet calcorilms, 
soit qu'il creusât de (ses) éperons ; armos equi spumantis, 
les flancs d'un cheval écumant. Ileii, miserande puer, 
hélas ! malheureux enfant ; si qiia rumpas fata aspera, 
si de quelque manière tu peux rompre les destins cruels ; 
tu Marcelhis eris, tu seras Marcellus ! Date lilia plenis 
mrtjw6îts, donnez les lys à pleines mains; spargam flores 
pnrpureos, que je répande des fleurs purpurines; (que) 
saltem accumidein anirnam nepotis. et que du moins je 
comble l'âme de (nion) descendant ; his donis, de ces dons ; 
et fungar inani mimere, et que je m'acquitte d'un vain 
devoir. 

" Alors Enee (car il voyait marcher à côté de 
Marcellus un jeune homme remarquable par sa 
beauté et Téclat de ses armes, mais le front sombre 
et le regai'd attristé) : ' O mon père, dit-il, quel 
est celui qui accompagne le héros dans sa marche ? 
Est-il son fils, ou quelque autre rejeton de sa 
grande race ? Quel bruyant cortège Tenvironne ! 
Quel air de dignité est le sien ! Mais une nuit 
noire enveloppe sa tête d'une ombre sinistre.' Le 
vénérable Anchise reprend en versant des larmes : 
'0 mon fils, ne cherche point à savoir le deuil 
immense de ta famille ! Ce jeune homme, les 



174 LE PATHÉTIQUE DE VIRGILE 

destins ne feront que le montrer à la terre' et ne Vy 
laisseront pas séjourner. Dieux, la race romaine 
vous eût paru trop pm'ssante si elle avait pu con- 
server pour elle un tel don! Quels gémissements du 
peuple s'élèveront du champ funèbre vers la grande 
ville de Mars ! Et toi, dieu du Tibre, quelles 
funérailles tu verras sur tes rives en coulant auprès 
de sa tombe récente ! Jamais enfant du sang 
troyen n'élèvera aussi haut les espérances de ses 
aïeux latins ; jamais la terre future de Romulus 
ne s''enorgueillira autant d'un de ses fils. O piété, 
ô vertu auticjue, ô main invincible à la guerre ! 
Nul ne se fût avancé impunément au-devant de 
lui, soit qu'il marchât à pied contre l'ennemi, soit 
(lu'il pressât de l'éperon les flancs d'un cheval 
écumant. Hélas, enfant infortuné, si de quelque 
manière tu peux échapper aux rigueurs du sort, 
tu seras Alarcellus ! Donnez des lys à pleines 
mains ; que je répande des fleurs éclatantes ; que 
je prodigue du moins ces offrandes à l'âme de mon 
tlesccndant et que je m'acquitte envers elle d'un 
vain honnnage ! ' " 

Pour ne point admirer ces vers, il faudrait être 
un sauvage ; mais l'admiration ne doit pas nous 
aveugler. Ici, comme si souvent chez Virgile, la 
déliciitesse et Témotion l'emportent sur la clarté. 



DIFFICULTÉS D^INTERPRÉTATION 175 

V^oyons d"'abord l'étrangeté même de la concep- 
tion : ce jeune Marcellus (lui, douze siècles avant 
de naître, parait déjà tout triste d'être con- 
damné à mourir jeune. J'ai l'idée que Virgile 
a décrit une sorte de tableau du monde infernal, 
où Marcellus figurait à «pied en compagnie du 
vieux Marcellus de Syracuse, avec une expres- 
sion de mélancolie (|ue l'artiste, chargé de la 
commande, lui avait fort naturellement donnée, et 
sans doute aussi une auréole sombre, rappelant le 
deuil de sa mort prématurée. Beaucoup de 
détails qui paraissent très étranges dans la descrip- 
tion de l'Enfer de Virgile s'expliquent si l'on 
admet qu'il décrivait des tableaux. Mais que 
signifie la fin du discours d'Anchise ? Pourquoi, 
aux Enfers, tant de siècles avant la naissance de 
l'enfant, jette-t-il déjà des fleurs sur sa tombe, 
alors (|ue cette tombe n'existe pas '^ Ici encore, 
il faut admettre que dans le tableau vu par Virgile 
et connu d'Auguste était fig-urée la tombe de 
Marcellus au Champ de Mars, sur laquelle le vieil 
aïeul Anchise versait des fleurs. Et que veulent 
dire au juste ces mots célèbres : Tu Marcellus 
eris ? Le seul sens admissible est celui-ci : " Tu 
seras un autre Marcellus, égal à l'ancien." Mais 
Virgile ne dit pas cela ; il l'indique seulement 
d'une manière vague ; emporté par le sentiment, 



176 ESSAIS DE TRADUCTION EN VERS 

par rdoqueiice émue, il n'a pas exprimé complète- 
ment sa pensée. Cet exemple n'est pas isolé. 
Il ne faut pas oublier, (juand on lit VÉncide, que 
Virgile, la laissant inachevée, avait exprimé le 
v<eu cpron brûlât le manuscrit, désir dont ses amis 
et exécuteui-s testamentaires, \arius et Tucca, 
eurent mille fois raison de ne pas tenir compte. 
Tel (ju'il est, cependant, ce chef d\ruvre nVst pas 
sans taches; il y en a même aux plus beaux 
endroits. 

Voici conmient labbé Delille a rendu la fin de 
ce passage fameux, dans sa traduction de VKnéide 
(l.S()4.) (ju^on a le tort de ne plus lire aujourdlmi : 

Ah ! jeune infortuné, diurne d'un sort plus doux, 
Si tu peux du destin vaincre un jour le courroux, 
Tu seras Marcellus ! ... Ah ! souffrez que j'arrose 
Son tombeau de mes pleurs. Que le lys, que la rose, 
Trop stérile tribut d'un inutile deuil, 
IMeuvent h pleines mains sur son triste cercueil 
Et nu'il reçoive au moins ces offrandes légères, 
Brillantes comme lui, comme lui passagères ! 

Il y a moins dVlégance, mais ])lus de nerf dans 
cette traduction allemande de Norden (1905) : 

^Yeh dir, armes Kind ! D;iss dir's gelange, 
Deines Damons Fesseln doch zu brechen : 
Was fiir ein Marceljer wùrdest du ! 
Keicht mir Lilien lier mit voUen Hànden, - 



LA DOLLEUR DE CORNELIE 177 

Dass ich ihre Puipuiblùten strene : 
Dièse letzten, uiidankbaren Spenden 
Will ich meines Enkels Seele weili'n ! 

Rien n'est plus intéressant que de comparer des 
traductions en vers ; elles révèlent à la fois le 
génie de la langue traduite et celui des langues 
dont se sont servis les traducteurs. 

* 
* * 

Virgile est mort à cinquante-et-un ans ; Lucain, 
qui avait été très précoce, se tua à vingt-six ans, 
en Tan 65, laissant la Pharsale inachevée. Mais 
il y a dans ce poème des beauté* si hautes qu'on 
peut se demander si Lucain, épargné par la 
jalousie de Néron, n'aurait pas été le plus grand 
des poètes latins. Je vais vous enseigner quelques 
vers de lui (|ui décrivent la douleur de votre 
malheureuse homonyme, Cornélie, après l'assas- 
sinat de son époux, le grand Pompée : 

, . . " Nunquam venlemus ad enses 
A ut laqueos, mit pi'aaip'ites per inania salins: 
Tiirpe moii post te solo non passe dolm'er 
Sic uhïfata, caput ferali obduxit amictu 
Den'evitcpie pat'i tenebras puppisqiw cavernîs 
DeUtnit saez-nmque arrte complexa dolorem 
Pei-fruïtur lacrimis et amat pro conjuge hictum?- 

^ Lucain, Pharsale, xi. lOG-112. 

N 



178 LE PATHETIQUE DE LUCAIN 

(Paroles de Coinûlie) : Nnuqnam veniemus ad enses, 
jamais nous (n'en) viendrons (je n'en viendrai) aux ëpées ; 
(lut laqneos, ou aux lacets (nœuds coulants pour i<e pendre) ; 
aut sultits praecipites per itiania, ou aux sauts la-lête-en- 
avant à travers les (espaces) vides. Titrpe non passe mo7'i 
pust te, il est honteux de ne pouvoir mourir après toi ; 
solo dolore, parla seule douleur. — Ubi sicfata, quand ainsi 
(elle eut) parlé ; obdnxit caput amictu ferali, elle couvrit 
sji tête d'un voile funèbre ; dfcrevltque pati tenebnts, et 
décida de supporter les ténèl)res ; dellhiitqne caiiernis 
pitjypis, et se cacha dans les fonds du navire ; roinplecatpie 
arde, et ayant emhnissé étroitement ; s(ienim duloreni, sa 
douleur cruelle ; perfinitur Incrimis, elle jouit-à-fond de 
ses larmes ; et nmat Inctnm pro cunjuye, et aime (son) 
deuil à la place de (son) époux 

" Non, jaiiiais je iren viendrai à nie percer (rime 
épée, à nie jicnclre, à nie précipiter dans le vide ! 
Apres toi, il serait lionteiix de mourir autrement 
que par la seule douleur." Ayant ainsi parlé, elle 
couvrit sa tête d'un voile de deuil, se condamna à 
vivre dans les téiu-hres, se cacha dans la cale du 
navire; embrassant étroitement sa cruelle douleur, 
elle jouit avec transports de ses larmes et, à la 
place de son époux, elle aime son deuil.'' 

Ma traduction n'est ciu'une trahison ; mais si 
j'ai réussi à vous donner un peu le sentiment du 
latin et du cjénie latin, vous conviendrez avec moi 
c)ue les deux vers : 



LA SENSIBILITÉ DE JU VÉNAL 179 

Turfe mori post te solo non posse dolore . . . 
Perfruitur lacrimis et amat pro conjuge luctum 

sont parmi les plus beaux que puisse prononcer 
une bouche humaine. Trouverait-on mieux dans 
aucune littérature ? 

Cet hcToïsme cornélien de la morale romaine 
nous porte parfois ù méconnaître, dans les poètes 
latins, une sensibilité profonde, une pitié sans 
emphase dont Virgile, le plus chrétien des païens, 
n"'a pas été seul à donner Texemple. Témoin ces 
vers ex([uis de Juvénal, tpii sait être tendre comme 
il sait s'irriter et instruire : 

. . . Mollissima corda 
Humano generi dare se naturi f.tetur 
Quae lacrimas dédit : haec ncstri pars op'Ama 

sensus . . . 
Naturae imperio gemimus cum fumis aduliae 
Virginis occurrit, vel terra dauditur infans 
Et minor igné rogi . . . } 

NatHrafatetur, la nature témiàgne ; se dare carda mol- 
lissima generi humano, soi (elle) donner des cœurs très 
compatissants au genre humain ; qnae dédit lacrimas, (elle) 
qui (lui) a donné des larmes ; haec pars nostri sensus optima, 
cette part de notre sensibilité est la meilleure. Gemimus 

^ Juvénal, Satires, xv. 131, 138 et suiv. 



180 UN PRÉCEPTE DE JU VÉNAL 

imperio naturae, nous gémissons par ordre de la nature ; 
oim occnrrit, lorsque se présente (à nous); fmms virçiinis 
udultae, le convoi d'une vierge adulte ; vel iiifans dauditur 
terra, ou qu'un enfant est enfermé dana la terre ; et minor 
iyne rotji, et trop petit pour le feu du lû< lier (à Rome, les 
tout jeunes enfants étaient inhumés, jamais incinérés). 

" Ea nature, par le don des larmes, témoigne 
(jirelle a doué le genre humain d'un cœur c'om})a- 
tissant ; c"'est la meilleure part de nous-mêmes . . . 
Cest par ordre de la nature que nous gémissons 
lors(|Uc nous rencontrons le convoi funèbre d'une 
jeune fille adulte, on cjuand la terre reçoit le corps 
d'un entant trop petit pour le bûcher.'" 

Je ne vous ai rien dit des grandes colères de 
rJuvénal, dont les éclats semblent aujourd'hui un 
peu factices ; mais voici un conseil de conduite 
(ju'il nous donne et dont je ne voudrais pas vous 
priver : 

Su7)i7mtm crede nef as animam praeferre pudori 
Et propter vitam vivendi perdere causas.^ 

Crede nefas suinminn, crois (que c'est) le crime (l'impiété) 
suiirême ; praeferre aniviam prtduri, de préférer la vie 
{anima, vie ; unimns, âme) à l'honneur {pudar, à la fois 
honneur et pudeur, le souci de la dignité chez l'homme 
comme chez la femme) ; et perdere propter vitam, et de 

^ Juvénal, Satires, viii. 83-84. 



DEUX VERS DE VIRGILE 181 

perdre pour (l'amour de) la vie ; causas vivcruli, les raisons 
de vivre. 

" Regarde comme le crime suprême de préférer 
Texistence à rhoniieur et de renoncer, pour vivre, 
aux biens qui font le prix de la vie.*"^ 

Remarquez cette belle expression concise : Vi- 
vendi perdere causas, intraduisible littéralement 
dans une langue moderne. La sagesse romaine 
perd la moitié de sa force persuasive pour qui n'en 
reçoit pas directement les leçons. 

Mais il est temps de finir : 

Et jam tempus equf<m jumantia solvere colla. ^ 

" Il est temps de délivrer (du joug) le col fumant 
de nos coursiers." 

Je veux seulement, chère Cornclie, vous dédier 
ce qui précède en citant un dernier vers de Virgile 
que je me permets très discrètement de modifier : 

Accipe et haec, manuum quae sunt monumenta 
mearum ! ^ 

S. R. 

^ Virgile, Géorgiqnes, ii. 542. Equûm pour equm-^nn. 
^ Id., Émide, iii. 486 : " Reçois aussi ces (présents), qui 
sont un ouvrage de mes mains." 



TAlîLi: DES :\IATIERKS 



l'AOES 



Lettre I. -F;uilit.' du latin, p. 1.— Difficulto du 
latin, \>. 2.— Il faut apprendre des phrases, p. 
3.— Miit'ninsyne mère des Muse?, p. 4. — Prin- 
cipes de la versification latine, p. 5. — L'hexa- 
niè're, \\ 6.— Quantité des syllabes, p. 7.— 
Syllabes longues, brèves et conununes, p. 8. 
— L'élision, p. 9.— Le pentamètre ; disli<iue 
d' Ovide, p. 10.— Le vers iambicjue ; vers de 
Sénèque, p. IL— La prononciation du latin, 
]). 12. — L'accent et la quantité, p. 13 . • 1-13 

Lettre IL — La déclinaison latine, p. 14. — Un 
précepte de Lu<-ain, p. 15.— Les cas et les 
genres, p. 16. — Première déclinaison : rvsa, 
p. 17. — Deuxième déclinaison : dominns, 
puer, templnm, p. 18. — Noms en » /• et en ir, 
p. 19.— Troisième declinais<m : litlior,ip.20. — 
Sulistantifs pairs et impairs ; déclinaison d' 
avis et de corpus,]\ 21. —Quatrième déclinai- 
son : mamis, p. 22. — Cinquième déclinaison : 
dies, p. 23. — Irréf^ularités, noms composés, p. 
24.— Tableau d'ensemble des déclinaisons, p. 
25.— Un hexamètre de Virgile, p. 26 . . 14-26 

Lettre III. — Déclinaison des adjectifs, p. 27. — 
Un vers de Virgile, p. 28.— Comparatifs et 

]82 



TABLE DES MATIERES 183 

PAGES 

superlatifs, p. 29. — Formes irrégulières, p. 
30. — Vers d'Ovide ; une ligne de Tacite, 
p. 31. — Nombres cfivdinaux, p. 32.- — Décli- 
naison à'unus et de duo, p. 33. — Déclinaison 
de très, milia, ducenti, ji. 34. — Nombres ordi- 
naux, p. 35.— Noms propres tirés des noms de 
nombre ; nombres distributifs, p. 36. — Un 
vers de Virgile, p. 37 27-37 

Lettre IV.— Diverses classes de pronoms ; utilité 
des formules mnémoniques, p. 38. — Pronoms 
personnels : ego, nos, tu, vos, p. 39. — Pronom 
réfléchi, p. 40. — Pronoms possessifs, p. 41. — 
Pronoms démonstratifs : is, hic, ille, pp. 42, 
43. — Iste, ipse, idem, p. 44. — Pronoms rela- 
tifs, quiet ses composés, pp. 44, 45. — Un vers 
d'Horace, p. 46. — Pronoms interrogatifs : quis 
et ses composés, toter, qmdis, etc., pp. 46, 47. 
— Pronoms indéfinis : quis, aliquis, nJlus.etc, 
pp. 47, 48. — Vers d'Horace et de Perse, pp. 
49, 50. — Pronoms corrélatifs, p. 50. — Beaux 
vers de Juvénal, p. 51. — Style mordant de 
Juvénal, p. 52 38-52 

Lettre V. — Vers d'Ovide sur sa facilité poétique, 
pp. 53, 54. — Adverbes, pp. 55, 56.^ — Sens de 
parum, " trop peu," p. 57. — Comparatif et 
superlatif des adverbes, p. 58. — Prépositions, 
pp. 59, 60.— Conjonctions, pp. 61,62. — Inter- 
jections, p. 62. — Un vers de Virgile, p. 62. — 
Un passage de Sénèque, p. 63. — Maximes 
morales de Sénèque, pp. 64, 65 . . . 53-65 



184 TABLE DES MATIÈRES 



PAGES 



Lettre VI. — Les quatre conjugaisons; verbes 
actifs et passifs, pp. 66, 67. ^Le verbe suvi, 
p. 68 — Un distique d'Ovide, p. 69. — Citations 
d'Ovide et de Virgile, p. 70. — Conjugaison 
de sum, pp. 71, 72. — Un précepte littéraire 
d'Horace, p. 73. — Composés de sum, p. 74. — 
Un distique de Rutilius, p. 75. — Le verbe 
jmssnin, p. 76. — Passage de Virgile sur la 
mort de Nisus et d'Euryale, pp. 76, 77. 
Difficulté de traduire le latin ; beauté du 
style de Virgile, p. 78 . . . . . 66-78 

Lettre VII. — Conjugaison du verbe actif mno, 
pp. 79-83. — Le gérondif et le supin, pp. 83, 84. 
— Conjugaison des verbes actifs mojieo, lego, 
audiof pp. 84-88. — Le verbe accijno, p. 89. — 
Formation des temps de l'actif, pp. 90, 91. — 
Deux distiques d'Ovide, p. 92. — Deux vers 
de Virgile, p. 93 ... . . 79-93 

Lettre VIII. — Les formes passives ; conjugaison 
du verbe passif amor, pp. 94-98. — Conjugai- 
son des verbes passifs moneor, l&jor, audior, 
pp. 98-102. — Le verbe accipior, p. 102. — Les 
verbes déponents, p. 103. — Formation des 
temps du passif, p. 104. — Vers d'Horace et 
d'Ovide sur l'envie ; l'idée de la gloire, pp. 
104, 105. — Un passage de Lucain ; César sur 
les ruines de Troie, pp. 106, 107. — Autre 
exemple du Lucain ; César en Italie, p. 108. 
— Quelques lignes de Tacite, p. 109. — 
Quelques lignes de Cicéron, pp. 110, 111. — 
CicéronetTacite, p. 112 .... 94-112 



\ 



TABLE DES MATIERES 185 

Pau ES 

Lettre IX. — Verbes irréguliers; conjugaison 
de fera, pp. 113, 114. — Conjugaison de vola, 
nolo, malo, pp. 115, 116. — Conjugaison d't'o, 
pp. 116, 117. — Formes impersonnelles du 
passif: ilni\ eundum ed, pp. 117, 118. — 
Exemples de Virgile et de Sénèque, pp. 117, 
118. — Conjugaison de Jio, p. 119. — Un vers 
d'Ovide, p. 120. — Verbes aio,mquam, p. 120. 
— Verbes memini, od>, coe^ji, novi, p. 121. — 
Un distique de Catulle, p. 122. — Trois vers 
de Virgile, p. 123. — Verbes impersonnels, p. 
124. — Paenitet, pndet, p. 125. — Deux vers de 
Juvénal, p. 126. — Néce.«sité d'apprendre par 
l'usage les temps primitifs des verbes, p. 127 . 113-127 

Lettre X. — Les gallicismes, p. 128. — Construc- 
tion des adjectifs, p. 129. — Construction des 
comparatifs et des superlatifs, p. 130. — 
Régime des verbes, p. 131. — Le complément 
indirect, p. 132. — Les compléments des 
verbes pa.ssifs et imper.sùnnel.«, pp. 133, 134. 
—Emploi des pronoms, p. 134. — Interroga- 
tion, réponse, défense, pp. 135, 136.^Emploi 
des participes; l'ablatif absolu, pp. 136, 137." 
— Emploi des prépositions, p. 137. — Ques- 
tions de lieu, pp. 137, 138. — Questions de 
temps, de mesure, de valeur, ])p. 138, 139. — 
Construction des'adverbes, p. 139. — Construc- 
tion des conjonctions, p. 140. — Six vers de 
Juvénal, pp. 140, 141. — Les interjections, p. 
142. — La proposition infinitive, le "^we 
retranché," pp. 142, 143.— Un passage de 
Claudien, p. 144. — Les âges de la littérature 



isfi r\iu.i: i)i> M \iii,in:s 

latine, p. 145— Quelques vers de Lucrèce, 
I»j>. 145 ■ : ■ ' ' " T e 

!.. 147.- I . s 

fausse» rvlit^ions de Bt)n tenij>e, pp. 148, 141) . 128-149 

Lkttre XI.- ty|ii«|u«,'s k retenir, 

pp. 150 .. • •.,...- jKiur cunipremlre Ira 

textes ; )M)ur(jUi>i miuvent on les comprend de 
travers, pp 157. 158 -Un exemple «le 
Cict'n-n, V'- l''^. 159- Troix xtr-.j.hes lyri- 
nue-* .111 1'. IGO lfi2 ' : tire aiii- 

ru-iel de la j. H. -rare, p. 102 . l.M» ]V.-2 

I.nTRE N" ' 'K- la p^^•nli^re ('otilinnirt 

de < ir,3. H'.4. Culte de la 

Il r Km pi II', j>p. l('r>, 

I' , 'j ..- Il, pp. KJC, IfiT. — 

\> >U Ti dOvid.', p. 108.— 

I' . p. U>9.— I.,ecfure fnile 

Imi ,... le et à Oeinvie ; l'éloge 
unMin» du jeune Marcel lus, pp. 170. 171.— 
I, ' ilfuil de Home; Ar ir la 

t-4:.. . .M.in"«'llu.«, l>p 172,17:5 . .;:. ultés 
lie ce Ijeati pas-sa-^'e ; Viruile a dû di-crire une 
p»«inî' ■ 171,17' " lif de trndiiction 

en Vf; lift et .1 in, Jip. 17<i, 177. 

- Description par Lucain de la douleur de 
1 ( (. 1 . - Il 

. ;1V1..^;. , ,;. 

j>p. 17y, iMt). — l'n pn-eepte de conduite lire 
ne Jn vénal, r '■"" l> - ver» île Virgile, 
p. IHl . ... 1G3 181 

Tadi.e dks MATI^R^|^ IbiJ 186 



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