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Full text of "Correspondance des beys de Tunis et des consuls de France avec la cour, 1577-1830. Publiée sous les auspices du Ministre des affaires étrangères, avec une introduction et des notes"

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CORRESPONDANCE 

DBS 

BEYS DE TUNIS 

ET DBS 

CONSULS DE FRANCE 

AVEC LA COUR 
1577 — 1830 

PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES 
AVEC UNB INTRODUCTION BT DBS NOTES 



EUGÈNE PLANTET 



TOME DEUXIÈME 
(1700-1770) 



PARIS 

A.NC1KNNE LIBRAIRIE GERMER BA.ILLIÈRE ET C" 
FÉLIX ALGAN, ÉDITEUR 

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108 



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CORRESPONDANCE 

DtS 

BEYS DE TUNIS 

ET DES 

CONSULS DE FRANCE 

AVEC LA COUR 
1700 — 1770 



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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



Le Marquis de Marigny, Surintendant des Beaux-Arts sous Louis XV, 
et sa collection de statues. I vol. in-8 avec héliogravures (Paris, Quanti», 
4880). 

Recueil da faz-iimilés poir servir à l'histoire de la paléographie 

moebrae (avec la collaboration de H. Jean Kaulek). Un atlas grand 
in-4" (P.o-is, Armand Colin, i8S9). 

Mouley Ismael, Empereur du Maroc, et la Princesse de Conti. 
Brochure in-8 avec gravures hors texte (Paris, f89il. 

Correspondance des Doys d' Alger avec la Cour de France (lîiTO- 
1830), avec introduction, éclaircissements et notes, 2 vol. grand in-8 
{Paris, F. Akan,i8S9). 
Ouorage récompense par l'Académie des sciences morales et politique*. 

Correspondance des Beys de Tunis et des Consuls de France avec 
la Cour (1577-1830), avec introduction, éclaircissements et noies, 1 vol. 
grand in-8 (Paris, F. Akan, 1893). Tome I (1577-1700). 

Ouvrage récompensé par l'Académie des sciences morales et politiques, 
et publié sous les auspkcs du Ministre des Affaires étrangères. 

SOUS PRESSE POUR PARAITRE PROCHAINEMENT 

Correspondance des Beys de Tunis et des Consuls de France 
avec la Cour, avec introduction, éclaircissements et notes. Tome [II 
terminant le présent ouvrage (1770-1830). 



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CORRESPONDANCE 

»KS 

BEYS DE TUNIS 

ET DES 

CONSULS DE FRANCE 

AVEC LA COUR 
1577 - 1830 

PUBLIÉE SÛU.i LES AUSl'lCES DU MISBTRE DES AFFAIRES ÉriiAXliÈRES 

AVEC CNE INTRODUCTION ET DES NOTES 

EUGÈNE JLANTET 



TOME DEUXIÈME 

(1700-1770) 



PAHlb 

ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BA1LLIÈRE ET I 

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR 

108, BOULEVARD SAINT-CEUIIAIS, 108 



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t. Ll*iz : Z:igliouan "u lieu di Lnjjlioujui. 

IC. Lisez : 7000 piastres au lieu de 2000. 

16. Note sur La Calipie. Ajoutez : Pclilo ville Ou littoral sui' 
In HéRi'uee. 

0X Lisez: Avanie nu lien de A ronce. 

'ja. Lifz : 1-e Conseil île marine au lùu de l.c O" de Potilcha 
lit. Note 1. Lùez; 1723 a« /i« u ,/ t - (724. 
i«5. L;«es : Taulniie au «eu Je Tuilnnl. 
20S». LUiz : 4000 an tien de 40 000. 
26C. Nolo 1. Liiez : de Sa iil-Gervni* nu li-u de Pignon. 
33S. Lis-z : l.ogicr u» (i.w <(e I/mjuAî. 



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INTRODUCTION 



Des liens communs d'intérêt, des témoignages mutuels de sym- 
pathie et d'amitié, la politique très ferme de la Cour de Versailles 
et les prodiges de patience de ses agents consulaires avaient créé, 
pendant le xvn' siècle, des rapports étroits entre la Régence de 
Tunis et notre pays. Civiliser la Barbarie semblait être, en ce 
temps-là, la tâche la plus ingrate et la plus rude qui fut jamais. 
Dans ce coin de terre africaine où gouvernaient des Princes sans 
dynastie, esclaves d'une milice indifférente à tout progrès, quel 
espoir pouvait-on nourrir avant d'avoir aboli la piraterie et l'es- 
clavage, tempéré le fanatisme, enseigné le droit des gens, imposé 
le respect d'autrui? Pourtant la France, au bout d'un siècle, devait 
étonner l'Europe par l'importance des résultats acquis. Son 
influence était prépondérante auprès des Souverains du Bardo; ses 
relations de commerce étaient favorisées par des privilèges exclu- 
sifs; des traités formels étaient en vigueur. Ses Consuls et ses 
marchands vivaient à peu près tranquilles dans un Fondouk, sur 
lequel flottait bien haut leur pavillon national. Souvent aux 
prises avec de graves difficultés pour développer autour d'eux les 
mœurs de la chrétienté, ils n'étaient pas exempts de souffrances, 
d'avanies, de dénis de justice. Sans doute la lutte n'était pas ter- 
minée, et c'est ce que nous avons exposé dans le premier volume 
de cet ouvrage (1577-1700). Mais a l'époque où nous allons 
reprendre l'examen des papiers d'Etat, au début du xvm" siècle, 
les relations franco- tunisiennes vont certainement se ressentir de 
l'heureuse impulsion qui leur a été donnée. L'œuvre commencée 
réclame de nouveaux et lourd? sacrifices. Toutefois ses bases 



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II INTRODUCTION 

sont solides ; son couronnement dans l'avenir ne dépend plus que 

d'une vertu difficile à pratiquer, la persévérance. 

Le second volume de la Correspondance des Beys de Tunis et des 
Consuls de France avec la Cour embrasse une période de soixante- 
dix années (1700-1770). Il contient, comme le précédent, tous les 
documents propres à éclairer l'histoire du Protectorat tunisien : 
lettres des Souverains, des Ministres et des Consuls, instructions 
diplomatiques, rapports des officiers de marine, relations de voyage 
des Envoyés extraordinaires, délibérations de la colonie du Fon- 
douk, rapports commerciaux, projets de conquête, conventions et 
protocoles. On n'y trouvera pas moins de seize traités, précédés 
de quinze expéditions entreprises, par ordre du Roi, pour faire 
prévaloir les droits de la Nation dans la Régence, et rappeler ses 
habitants au respect de la foi jurée. L'accueil si favorable et si 
flatteur qu'a obtenu le tome I", la récompense dont il a été honoré 
par l'Académie des sciences morales et politiques, nous ont 
prouvé que tant de recherches patientes comblaient une lacune 
regrettable dons les annales du nord de l'Afrique, et que ce travail 
répondait au but patriotique que nous nous étions proposé d'at- 
teindre. Aucun récit, quelque éloquent qu'il puisse être, ne sau- 
rait, en effet, remplacer ces chroniques au jour le jour. En les 
parcourant nos lecteurs pourront suivre, avec les preuves les 
plus indiscutables sous les yeux, le développement lent, mais 
continu, de la civilisation en Barbarie. Ils sauront apprécier les 
labeurs incessants et parfois héroïques des agents de France, et 
mesurer les étapes qui restent à franchir avant d'assister au 
triomphe d'une politique opiniâtre autant qu'avisée. Us puiseront 
aussi dans un passé si fécond en enseignements des exemples 
réconfortants et des leçons nécessaires. 

Le Consulat de France à Tunis était, en 1700, aux mains d'un 
homme extrêmement habile, Auger Sorhainde. Diplomate con- 
sommé, très ferme dans ses revendications auprès des « magnifi- 
ques Seigneurs », mais ne demandant jamais rien qu'il ne fut sur 
d'obtenir, il avait réussi, après dix ans de séjour au Fondouk, à 
inspirer autour de lui autant de sympathie que de respect. 11 était 
alors aux prises avec le Bey Amurath, au sujet de la cession pro- 
jetée du Cap-Nègre à deux négociants français. On se souvient 
que le commerce de cette place avait été formellement réservé 
à des Compagnies marseillaises, et que « les Puissances de Tunis » 
avaient reconnu ce privilège dans les stipulations de 1666, 1685 



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INTRODUCTION III 

et 1699. Or Àmurath, sans éprouver un grand désir d'être agréable 
à de nouveaux concessionnaires, voulait exiger d'eux, dans un 
traité secret, qu'ils lui rendissent un compte fidèle de leur gestion, 
et que les bénéfices de leur exploitation fussent réservés en partie 
au Beylik. Sorhainde ne fut pas dupe de ces menées. Il les. 
dénonça à la Cour, et lui montra les dangers que courait la place 
du Cap-Nègre, en dépit des protestations d'amitié du Bey. Celui-ci 
écrivait en effet à Louis XIV, le 12 mai 1700 : « Nous ne cher- 
chons pas à enlever les Français du Cap-Nègre pour le donner h 
une autre nation ; au contraire, pour témoignage de notre vénéra- 
lion et amitié pour Votre Majesté, notre véritable intention est de 
mettre en possession, avec un plus grand titre, d'autres Français. 
La bonne intelligence qui est établie entre nous est si claire que 
le soleil qui reluit au milieu du ciel. » 

Amurath ne s'était pas arrêté à l'intention de doter les frères 
Bourguet. Sans se soucier d'obtenir l'assentiment de la Cour de 
France, il leur avait fait par écrit une donation en règle de notre 
comptoir, violant formellement l'engagement par lequel « le Cap- 
Nègre devait toujours être donné a bail aux Compagnies agréées 
par le Roi ». Et cette violation était d'autant plus flagrante que le 
Seigneur tunisien avait donné un sauf-conduit à ses deux protégés, 
au cas où le Consul eût voulu les expulser; une petite troupe de 
spahis avait même été mise à leur disposition pour les aider à 
chasser les colons français. Il devenait urgent d'employer la 
menace, sous peine de perdre une de ces concessions dont 
Louis XIV voulait conserver l'héritage « à quelque prix que ce 
fût ». Le marquis de Nesmond, lieutenant général des armées 
navales, reçut le 18 août 1*700 des instructions ostensives, c'est-à- 
dire destinées à être officiellement communiquées au Bey. Il devait 
demander à ce dernier « les raisons de son procédé avec les Fran- 
çais » et une réparation telle que la Cour put compter sur une 
conduite toute différente a l'avenir. Le marquis était chargé, en 
outre, de lui déclarer « que si satisfaction n'était pas donnée 
sur-le-champ au Roi, il irait bloquer les ports de Bizerte, Port- 
farine et La Goulette, en attendant qu'on le fit repentir de sa 
mauvaise foi ». Louis XIV voulait qu'il parlât « haut et ferme », 
et qu'il démontrât combien une rupture complète exposerait le 
Bey & être détrôné. Deux officiers de l'escadre descendirent à 
terre, montrèrent à Amurath les instructions précitées, et celte 
première démarche suffit pour rappeler le Prince au respect des 



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IV INTRODUCTION 

droits acquis. Par le traité du 31 octobre, celui-ci révoqua la 
donation qu'il avait osé faire au préjudice de la Compagnie 
d'Afrique; il confirma, de plus, moyennant 1,000 piastres de 
redevance annuelle, « la possession et la jouissance paisibles 
de la place du Cap-Nègre à cette Compagnie, pour tout le temps 
qu'elle souhaiterait, attendu, dit le Bey, l'utilité qui en revenait à 
lui et à ses sujets ». 

Le Seigneur barbaresque avait d'ailleurs, en ce moment, de 
plus graves soucis en tète. Extravagant et cruel, il n'avait pu par- 
venir au pouvoir, l'année précédente, qu'au milieu d'une révolu- 
tion, et, pour le conserver, il s'était fait beaucoup d'ennemis.. 
Plusieurs d'entre eux avaient été mis à mort pas son ordre, peu 
après son avènement, entre autres Ramadan, son oncle, el Mazoul, 
son favori. Mais de plus en plus avide de sanglants spectacles, 
il venait de déclarer imprudemment la guerre aux Algériens. 
Nous ne le suivrons pas sur les confins de sa Régence et sous 
les murs de Constantine. Pendant un an et demi, on le vit 
s'acharner contre ses dangereux voisins, sans que cette activité 
présomptueuse le rendit plus populaire. Aussi haï dans son camp 
que dans son palais, il devait fatalement succomber, pendant cette 
campagne, sous le poignard d'un Agha (8 juin 1702). 

Ibrahim-el-Chérif, son meurtrier, n'allait pas conserver le m 
pouvoir plus longtemps que lui. Aucun fait important pour la 
politique française n'apparatt pendant son règne, mais la forme 
du gouvernement de la Régence subit, à cette époque, une modifi- 
cation qu'il convient de signaler. Très ambitieux, Ibrahim résolut 
de concentrer dans ses mains tous les pouvoirs. A cet effet, il fit 
proclamer Dey une de ses créatures, Kara Mustapha, qu'il déposa 
d'ailleurs trois mois après, afin d'accaparer ce titre pour lui-même. 
La Cour de Constantinople, sachant combien était illusoire sa 
suzeraineté sur la Tunisie, n'opposa pas la moindre résistance à 
cette nouvelle usurpation. Elle la sanctionna, au contraire, et aux 
deux dignités de Bey et de Dey qu'Ibrahim s'était conférées, elle 
poussa la complaisance au point de lui permettre d'ajouter celle 
de Pacha. C'en était fait, dès lors, du pouvoir des Deys, déjà fort 
affaibli depuis plusieurs années. Les successeurs d'Amurath pour- 
ront désormais octroyer à un fantoche, au gré de leur fantaisie, 
le titre de Dey, obtenir du Grand-Seigneur des iirmans d'investi- 
ture pour des Pachas honoraires; mais ils vont confisquer à 
jamais, à leur profit, l'autorité et l'influence de leurs rivaux. Ils 



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INTRODUCTION V 

supprimeront ainsi cette concurrence néfaste de chefs d'État dont 
leur pays avait seul à souffrir. N'est-il pas curieux, en effet, de le 
constater en passant? Les Deys occupèrent de bonne heure, sans 
trop de contestation, la première place à Alger; les Beys luttèrent, 
à Tunis, jusqu'à l'époque où nous sommes, pour diriger les affaires ; 
& Tripoli seulement, les Pachas purent conserver fidèlement à la 
Porte la souveraineté absolue de son domaine. 

Les rapports de Sorhain.de avec Ibrahim, empreints à leur début 
d'une cordialité apparente, étaient en réalité fort tendus. Avec son 
énergie accoutumée le Consul avait exigé, contre le gré du Prince, 
l'application du tarif douanier do 1685; peu après il avait refusé 
de livrer un Français a son tribunal. 11 n'en fallut pas davantage 
pour être condamné lui-même aux arrêts et à la chaîne pendant 
lieux jours. Dans une lettre où perçaient à la fois son hypocrisie et 
son ressentiment, le Bey se plaignit à Louis XIV « des actions de 
néant de cet agent qui ne lui convenait point ». Il demanda son 
rappel sans préciser aucun grief, et protesta plus que jamais de 
son dévouement personnel « au grand Empereur, au plus glorieux 
des Rois chrétiens, à l'appui des plus majestueux monarques de la 
religion de Jésus ». La guerre qu'il eut à soutenir contre les Tri- 
poli tains et les troubles fomentés près des frontières de Constan- 
Une ne lui laissèrent pas le temps de nuire aux intérêts français. 
Vaincu et fait prisonnier par des soldats algériens, Ibrahim fut 
détrôné, le 10 juillet 1705, et remplacé par un Agha des spahis du 
nom d'Hossein. 

Ce nouveau personnage devait avoir l'étrange fortune de fonder 
la dynastie qui règne aujourd'hui sur la Tunisie. Les quelques 
ouvrages relatifs à l'histoire de cette Régence ne sont pas plus 
d'accord sur son nom véritable que sur le lieu de sa naissance. 
On le dit tantôt fils d'un renégat grec, Ali, recruté dans le Levant, 
tantôt descendant d'un Corse, AU-el-Turki, ancien esclave à 
Tunis; ailleurs encore on l'appelle Ali Orsino, fils de fienedetto 
Orsini, né à Sartènc en 1642 et capturé par des corsaires en 1661 
sur les plages de son pays, à un endroit qu'on appelé encore 
Tegghia dei Turki (Rochers des Turcs). Quoi qu'il en soit, Hossein 
avait su mériter de bonne heure la charge d'Agha, et chacun se 
plaisait à reconnaître en lui une rare intelligence, dont il fit 
d'ailleurs bon usage dès qu'il eut entre les mains les rênes du 
gouvernement. Son règne fut doux et pacifique ; il choisit des minis- 
tres sages, gouverna avec fermeté, et pendant les trente années 



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VI INTRODUCTION 

qu'il demeura au pouvoir, il protégea réellement ses sujets. Enfin 
certains faits, acquis à l'histoire, témoignent qu'il pratiqua la 
reconnaissance, vertu fort rare chez les Princes. On ne peut attri- 
buer qu'à son orgueil et à son avarice tes difficultés qui surgirent, 
de temps à autre, entre lui et les Français. 

Peu après son avènement, Hossein avait déclaré au Consul 
Sorhainde qu'il voulait vivre en bons termes avec lui et régler 
toutes choses de concert, « ne désirant que la justice »; il avait 
également protesté de son désir d'entretenir « la bonne intelli- 
gence » avec la Cour de Louis XIV. Pourtant un événement, 
peu grave en apparence, allait bientôt amener entre les deux pays 
une première rupture. L'intendant de la marine, Bigot de Gas- 
tines, chargé d'inspecter les Échelles du Levant et de Barbarie, 
débarquait, en effet, au bout de quelques jours a La Goulette, Il 
venait régler & l'amiable certaines discussions pendantes entre la 
Compagnie d'Afrique et la Régence. Par un excès de scrupule 
d'étiquette, le Bey lui refusait l'entrée de son palais, à moins 
qu'il ne consentit à retirer ses chaussures; de son côté de Gas- 
tines, ne voulant pas se soumettre à cette condition humiliante, 
quittait Tunis et remettait à la voile, sans avoir pu s'acquitter de 
sa commission. C'était, comme on le voit, une de ces petites 
avanies coutumières aux « illustres et magnifiques Seigneurs », 
et à laquelle on n'eût point attaché d'importance en Algérie. Mais 
ici la Cour de Versailles veillait scrupuleusement à ce qu'aucune 
atteinte, quelque légère qu'elle pût être, ne fût portée à son pres- 
tige. La querelle allait bientôt s'envenimer, à la suite de cer- 
taines prises effectuées par des corsaires, prises ayant donné lieu 
à quelques représailles de la part des Provençaux. Hossein-Bey va 
réclamer ses marins d'une façon hautaine. Sur le refus du Consul, 
il contraint les marchands établis à Tunis à lui payer i2 t 000 pias- 
tres, a titre d'indemnité; il menace même Sorhainde de le jeter 
au bagne avec ses nationaux, s'il n'obtient pas satisfaction dans 
le délai d'un mois. De nouvelles vexations sont commises tous 
les jours vis-à-vis des agents du comptoir du Cap-Nègre, et de 
quotidiennes entraves sont apportées à l'exercice de leur com- 
merce. Des bâtiments français sont insultés, pillés ; leurs équi- 
pages sont mis aux fers. En vain un officier du Roi, M. de 
Goyon, vient tenter de s'entendre avec le Divan tunisien, en lui 
apportant une lettre de remontrances du Roi de France. On s'en- 
tête de part et d'autre. « M. de Gastines n'a fait que son devoir, 



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INTRODUCTION VII 

écrit Pou tchar train, Secrétaire d'Etat de ta marine, en refusant de 
quitter ses souliers à la porte du Bardo, et en laissant au Consul 
le mémoire des demandes qu'il avait à faire. Comme de pareils 
procédés seraient injurieux pour Sa Majesté s'ils restaient sans 
réparation », une escadre de trois navires, commandée par le capi- 
taine Laigle, mettra le Bey à la raison, s'il né donne pas entière 
satisfaction au commissaire Michel, chargé de la réclamer. Les 
Instructions de la Cour, datées du 15 octobre 1110, sont énergi- 
ques et rigoureuses. Laigle devra surtout avoir en vue « le bien 
du commerce »; il attaquera, quand il le jugera opportun, et 
enlèvera de vive force les corsaires, pressera les résolutions du 
Prince, répandra dans la populace des mémoires détaillés sur les 
dangers que lui font courir l'avarice de son maître et ses infrac- 
lions aux traités. « Il mettra, de plus, cette nation en garde contre 
sa crédulité pour les propos des Anglais, qui l'assurent de la fai- 
blesse de la marine royale, pendant que dans le seul arsenal de 
Toulon il y a vingt vaisseaux de guerre, armés en course, qui 
n'attendent plus que l'ordre de chercher les Tunisiens. » Ce n'est 
pas la première fois que l'Angleterre, fidèle à sa politique colo- 
niale, cherche à contrecarrer par des procédés condamnables 
l'influence française en Afrique. Nous avons déjà signalé, dans 
nos précédents volumes, la vigilance avec laquelle les Consuls 
savaient déjouer, sans scandale et sans coups de force, les com- 
plots tramés dans l'ombre par son ambitieuse rivale. Les docu- 
ments officiels fourniront fréquemment encore l'occasion de 
démasquer les intrigues des agents britanniques à Tunis, et de 
vanter l'adresse avec laquelle on s'appliquait, au Fondouk de 
France, à « les balancer ». 

Quoi qu'il en soit, il suffit au capitaine Laigle de faire acte de 
présence dans la Régence pour obtenir immédiatement justice. Le 
Bey s'était sans doute flatté que Louis XIV, à ce moment en 
guerre avec presque toute l'Europe, ne pourrait intervenir effi- 
cacement en Barbarie. L'apparition de l'escadre le fit revenir de 
celte erreur. Le commissaire Michel fut admis sans la moindre 
difficulté à l'audience d'Hossein; celui-ci, sans même oser lui 
demander le baise-main, s'excusa publiquement des violences 
exercées contre le Consul et ses protégés, délivra les Français 
en esclavage dans ses bagnes, et renouvela solennellement, le 
16 décembre 1710, toutes les stipulations de 1685. Deux jours 
après la signature du nouveau traité, ce Prince confirma par 



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VIII INTRODUCTION 

lettre à Louis XIV ses intentions bienveillantes : « A présent, 
voilà que nous avons renouvelé les conditions de la paix et de 
l'amitié. En conséquence, nous devons vivre les uns avec les 
autres en bonne intelligence et demeurer inébranlables dans 
l'exécution des articles et des promesses sans tes enfreindre en 
aucune manière ; au surplus il faut que les portes des bons 
offices restent toujours ouvertes entre les deux partis. » 

Cependant Sorhainde avait perdu, aux yeux d'Hossein, une 
grande partie de son ancien crédit. Sa situation, même après le 
renouvellement du traité de paix, demeurait assez délicate. 
Encore la Compagnie d'Afrique se plaignait-elle amèrement que 
ses intérêts eussent été négligés dans ce traité, et en rejetait-elle 
la faute sur le Consul. Il convient d'ajouter que Sorbainde, par 
Bon grand âge et par l'affaiblissement d'une santé qu'il avait, en 
somme, usée au service de son pays, avait tous les droits à une 
retraite honorable. 11 fut donc remplacé, au mois de juillet 1711, 
par P. V. Michel, que 6a récente négociation avec les Puissances 
de Tunis venait de désigner à la faveur du ministère. Cet ancien 
Secrétaire d'ambassade à Constantinoplc, qui récemment avait 
rempli avec succès une mission en Perse, ne s'était pas habitué à 
servir son pays avec économie. Tous ses prédécesseurs avaient 
gémi les uns après' les autres de l'insuffisance de leurs appoin- 
tements; tous s'étaient excusés du « ton plaintif » de leurs 
dépèches, en suppliant « Messieurs du commerce de Marseille 
de venir voir ici comme on gagnait son pain ». Michel vil tout de 
suite qu'avec ses 5,000 livres, réduites à 3,200 par le change, il 
ne pourrait se tirer honorablement d'affaire. A son tour il se plai- 
gnit d'être moins bien traité que ses collègues d'Alger et de Tri- 
poli, le premier ayant 9,000 livres, le second 6,500, avec des 
charges égales aux siennes. Au mois d'août 1714, il supplia le 
comte de Ponlcharlrain de lui accorder un autre emploi. Mais, 
sans faire droit a ses requêtes, le Secrétaire d'Etat de la marine 
le laissait se débattre au milieu des difficultés de tout genre que 
lui suscitait l'avarice du Bey Ilossein. Ce Prince s'était constitué, 
en effet, le seul marchand de ses États; il achetait tout de ses 
sujets, et nul autre que lui ne pouvait vendre à des chrétiens. On 
devine quelle plus-value résultait pour le blé et pour les marchan- 
dises de première nécessité d'un semblable monopole. Gênée dans 
son commerce, la Compagnie d'Afrique réitérait sans cesse ses 
doléances, demandait à être déchargée du payement des lismes, 



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INTRODUCTION IX 

et rendait le Consul responsable d'un état de choses aussi 
fâcheux. A toutes les réclamations que présentait ce dernier, le 
Bey faisait la sourde oreille, « ne voulant pas la guerre mais des 
cadeaux >>. Quand Michel menaçait ce Prince de nos vaisseaux, 
celui-ci demandait d'oublier le passé, ajoutant « qu'il se souciait 
peu de s'attirer sur les bras les forces du Roi de France ». Cepen- 
dant les réclamations de la Compagnie d'Afrique étaient devenues 
plus pressantes. Plusieurs marchands, disait-elle, s'entendaient 
avec le Bey pour la ruiner tout à fait. Aussi, voulant donner 
satisfaction aux actionnaires dans la mesure du possible, la Cour 
jugea-t-elle utile d'interdire aux armateurs sans privilège tout 
commerce avec la Régence, pendant un délai de six mois (ordon- 
nance du 15 novembre 1714). Une mesure aussi radicale risquait 
fort de porter aux négociants français à Tunis un coup fatal. 
Michel le sentit bien et s'efforça, avec tous les ménagements 
nécessaires, de faire partager ses craintes à Pontchartrain. Il y 
réussit pleinement, car le Roi consentit à lever l'interdiction dont 
nous venons de parler. Le Bey, do son coté, finit par témoigner 
des sentiments plus équitables, et tout sembla rentrer pour quel- 
que temps dans l'ordre. 

Sur ces entrefaites Louis XIV mourait, et différents Conseils 
étaient créés pour remplacer les Secrétaires d'État. C'était au 
Conseil de Marine, institué par ordonnance du 3 novembre 1715 
et présidé par le comte de Toulouse, «mirai de France, que les 
Consuls devaient, à l'avenir, rendre compte de toutes les affaires. 
Mais une période assez longue de désordre et d'abandon allait 
suivre la mort du Roi. Michel se plaint souvent, dans ses corres- 
pondances, de l'oubli dans lequel on laisse les intérêts français 
en Barbarie. « Depuis la nouvelle de la démission du comte de 
Pontchartrain, dit-il, il n'a reçu aucune lettre au sujet des chan- 
gements survenus dans la Marine»; il n'a pu savoir qu'une chose, 
c'est qu'il y a un Conseil dont il doit prendre les ordres. Cependant 
ses dépêches- sont, depuis cette époque, adressées très réguliè- 
rement à ce Conseil de Marine. II faut lui rendre cette justice, il 
n'y passe sous silence aucun fait intéressant pour le nouveau 
gouvernement de la métropole. Deux incidents, au surplus, vont 
montrer qu'il ne manqua dans sa gestion ni d'énergie ni de 
souplesse. 

Nous l'avons dit précédemment, les exactions que les rési- 
dents français avaient a souffrir de la part des Beys étaient sou » 



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X INTRODUCTION 

vent encouragées par le Consul d'Angleterre. Il arriva que ce 
dernier, dans son désir de nous discréditer aux yeux d'Hussein, 
perdit un jour toute mesure, et fomenta ses intrigues avec un 
tel cynisme que Michel dut le mettre en interdît par une ordon- 
nance en bonne et due forme. 11 faut lire l'étrange et sugges- 
tive délibération des nationaux français à Tunis, en date du 
14 mai 1716. C'est un bien frappant exemple de ce que pouvait 
produire, de ce côté de la Méditerranée, un conflit aussi aigu des 
intérêts européens. « Il y a longtemps, dit le préambule, que 
nous nous étions bien aperçus des mauvaises démarches du sieur 
Laurenzo Ricardo, Consul anglais, dans tout ce qui concernait 
la gloire du Roi et l'intérêt de la nation établie en cette Échelle ; 
cet agent ne cherche qu'à détruire le commerce de nos marchands 
par des voies indignes d'un pays en paix avec la France. » Et 
Michel de conclure, sur les instances de tous les négociants com- 
posant le corps de la nation, à « la nécessité de se venger de 
procédés si contraires à la bonne foi ». L'ordonnance, en effet, 
porte défense à tous Français d'avoir affaire, même indirectement, 
à son collègue britannique, aux blanchisseuses du Fondouk de 
laver son linge, au boulanger de lui fournir du pain, au portier 
de ne laisser pénétrer aucun Anglais, sous peine de rembar- 
quement. 

Mettre un de ses collègues en quarantaine, c'était alors de 
bonne guerre et la mesure pouvait être opportune. Michel eût 
volontiers verbalisé de même façon, s'il l'eut pu, contre le Bey, 
quand ses plus énergiques réclamations auprès du Prince ne 
trouvaient plus aucun écho. En effet, tant que les avanies des 
Tunisiens étaient manifestes, que les pirateries des corsaires 
étaient publiquement reconnues et constatées, il pouvait parler 
haut, menacer même, les traités à la main. Mais que dire lorsque, 
par hasard, les torts étaient du côté des Français? Le cas était 
rare sans doute; il arrivait pourtant, et c'est pourquoi le Consul 
s'impatientait si fort au moment où nous sommes. Des pèlerins 
de la Régence s'étaient embarqués pour La Mecque sur un bâti- 
ment de Provence. Ils avaient été capturés, au mépris du droit 
des gens, sur les côtes de Sicile où les avait jetés la tempête, et 
le représentant de la Cour de France à Tunis avait été mis en 
demeure de faire réclamer, par son gouvernement, l'élargissement 
des prisonniers. Michel sollicita du Conseil de marine, au sujet de 
cette affaire, des instructions qu'on lui fit attendre près de deux 



t,zed,yGOOg[e 



INTRODUCTION XI 

ans. Réduit à l'impuissance dans bien des occasions où les cor- 
saires eussent mérité un châtiment, menacé d'aller rejoindre an 
bagne les équipages de nos navires marchands, il tint tète à 
l'orage et réussit à faire patienter « les Puissances ». Cependant 
ses nationaux eurent beaucoup a. souffrir de la mauvaise humeur 
des Tunisiens. Les choses en vinrent à un tel point qu'ils ne se 
crurent plus en sûreté, et qu'ils délibéreront, dans leur assemblée 
du 8 juin 1718, « de supplier le Conseil de marine de faire revenir 
les captifs de Sicile, afin que leurs biens et leur vie ne demeu- 
rassent pas exposés à la fureur d'une populace que le Bey était 
incapable de maintenir ». Le Conseil parut alors se décider k 
intervenir. Au mois de février 1119, une frégate portant pavillon 
fleurdelysé mouillait en vue de La Goulette; mais Duquesne- 
Monnier, son commandant, l'un des neveux du grand Duquesne, 
avait des ordres beaucoup trop conciliants pour qu'aucun arran- 
gement fût pris avec lui d'une façon durable. Il était réservé à 
Denis Dusault, le plus habile et le plus éminent des négociateurs 
français dans les États barbaresques, de terminer l'affaire des 
Tunisiens de Sicile et d'imposer à Hossein le traité centenaire 
do 1720. 

Qu'on nous permette de rappeler ici les quelques pages de la 
Correspondance des Deys d'Alger où nous avons tracé (le pre- 
mier, croyons-nous) le portrait de ce personnage, fait l'éloge de 
ses talents et consigné les fruits de sa carrière. La lettre de 
créance qu'il emportait dans son voyage à Tunis montre bien 
dans quelle estime le tenait la Cour de France. « Sa personne, dit 
Louis XV au Bey, vous sera d'autant plus agréable que sa longue 
expérience dans les choses de Barbarie lui a valu la considéra- 
tion de toutes les Puissances, parce qu'il a toujours su, par sa 
sagesse et sa capacité, accorder les intérêts des nations avec une 
satisfaction commune. Nous espérons donc que vous le recevrez 
favorablement et que, considérant les avantages que votre Répu- 
blique peut se promettre de notre amitié, vous serez bien aise d'en 
resserrer le nœud par un renouvellement de traité. » Signalons 
également les Instructions du nouveau monarque à son ambassa- 
deur extraordinaire. Nos lecteurs les trouveront à la date du 
8 août 1719, et la sévérité des injonctions royales ne les satisfe- 
ront pas moins que la précision du style. Dusault devait négocier 
« sans s'assujettir à rien de honteux ni de déshonorant pour la 
gloire de Sa Majesté, ni de préjudiciable aux intérêts de la 



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XII INTRODUCTION 

nation ». Il avait à se plaindre des contraventions aux traités, 
à en demander réparation, à rétablir les anciens privilèges de 
douane et de préséance,- à terminer toutes les contestations, à 
obtenir enfin des chefs de la Régence « le respect absolu de la 
navigation des armateurs français ». A peine arrivait-il à Tunis, 
dans les premiers jours de janvier 1720, qu'il se faisait adresser 
des excuses, par l'Agha de La Goulclle, « sur ce qu'on ne l'avait 
pas salué assez vite à son débarquement ». Il commençait par 
distribuer tous les présents qu'il avait eu soin d'apporter et gagnait 
secrètement les principaux officiers du Divan. Dans les audiences 
du palais du Bardo, il amenait le Bey a concevoir une haute con- 
sidération pour lui, à accepter des transactions sur les affaires en 
litige; il discutait une à une, avec une finesse acquise par qua- 
rante-trois années de services diplomatiques, les stipulations du 
traité qu'il allait obtenir le 20 février. Ce traité prévoyait le cas 
où la Couronne de France, dont la bonne volonté n'était pas mise 
en doute, ne pourrait délivrer tous les Tunisiens enfermés dans 
tes bagnes de la Sicile, et l'article xxvn donnait, sur ce point 
spécial et très important, toute satisfaction à la France : « Au cas 
que M. Dusault ne puisse pas, dans le terme d'un an, retirer les 
Turcs qui ont échoué en Sicile, en représailles desquels des étran- 
gers ont été retenus à Tunis, cela n'apportera aucune atteinte au 
traité de paix renouvelé, et personne, tant d'une part que de 
l'autre, n'aura rien à répéter a ce sujet. » Afin de faciliter les 
relations de commerce et d'amitié entre les deux pays, il était 
entendu dans l'article xxi qu'un agent tunisien « de qualité » 
viendrait résider à Marseille, où il devrait se prêter à éviter tout 
conflit à venir. Un religieux de l'ordre de la Trinité, le H. Ber- 
nard, qui se chargea de ramener à Toulon plus de soixante captifs 
français, rachetés pour 200 piastres par tête (800 livres), a raconté 
toutes les péripéties do ces négociations dans son Voyage pour la 
rédemption des captifs à Alger et Tunis en 17W. On y trouvera 
d'intéressants détails, qui permettront d'apprécier davantage les 
qualités et les services de Denis Dusault. 

Mais revenons au Fondouk où Michel a fait place, en 1718, à 
Joseph Bayle, ancien Consul à Alicante. C'était « un fort bon 
homme, avait écrit Dusault, et dont se louaient les Puissances ». 
Le fait est qu'il avait secondé de son mieux dans sa mission L'En- 
voyé extraordinaire, et qu'il avait fait preuve, sinon d'une grande 
habileté, au moins de beaucoup de zèle. Aussi, dès que « la bonne 



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m 



INTRODUCTION XIII 

intelligence » fut rétablie, crut-il pouvoir demander au Ministre 
une augmentation d'appointements. Il exposa comme ses prédé- 
cesseurs que, dépourvu de fortune personnelle, il lui était impos- 
sible de faire face aux exigences de son poste. Toutes ses repré- 
sentations demeurèrent sans résultat. Aussi Bayle, découragé, se 
relâcha peu à peu dans l'exercice de sa charge; il laissa même 
s'écouler une année entière sans envoyer ses comptes à la Chambre 
de commerce de Marseille. Cette négligence avait-elle pour but, 
comme on parut le croire au ministère, de dissimuler certaines 
recettes, et d'attendre que le casuel devint plus rémunérateur? 
On ne sait. Mais la Chambre de Marseille ne fut pas la seule à se 
plaindre de ce Consul. La Nation française à Tunis l'accusa for- 
mellement, en 1722 et 1723, « de ne point donner au commerce 
toute la protection désirable ». « M. Bayle, lisons-nous dans les 
procès-verbaux de ses délibérations, a ruiné les affaires de 
l'Echelle et travaille à présent à ruiner les particuliers. Il a mis 
les uns en prison, il a fait des procès aux autres; il n'y a personne 
qui soit à l'abri de ses détours et de ses chicanes, et c'est la 
seule chose où il s'applique... Nous supplions humblement la 
Cour de vouloir bien y mettre ordre. » Il est juste d'ajouter, 
pour la défense de cet agent, que les marchands nous paraissent 
avoir exagéré leurs plaintes. La situation de la colonie française 
était alors assez florissante, puisque 103 bâtiments de Provence 
étaient entrés à La Goulette dans la seule année 1723, que leurs 
importations s'étaient élevées â 115, 948 piastres en marchandises 
et leurs exportations & 37, 235 piastres. Toujours est-il que Bayle 
fut rappelé par le Conseil de marine et remplacé par Jean Pignon, . 
habile négociant de Marseille, que nous verrons diriger plus tard 
la Compagnie royale d'Afrique. Celui-ci ne devait résider au Fon- 
douk que jusqu'en 1729, mais, pendant ces six années, il allait 
travailler avec un soin plus désintéressé à resserrer davantage 
les liens qui rattachaient la France à la Tunisie. 

A peine était-il installé qu'arrivait à La Goulette, au mois de 
mai 1724, le vicomte Picon d'Andrezel, ancien intendant à Per- 
pignan, qui venait d'être nommé ambassadeur à Constantinople. 
Chargé de s'arrêter quelques jours à Tunis et de renseigner la 
Cour sur les dernières difficultés des marchands avec le Consul, 
il lui était prescrit de voir le Bey, de se plaindre de nouvelles 
violences exercées par ses corsaires, et de « lui parler avec fer- 
meté mais aussi avec la modération nécessaire pour ne point 



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XIV INTRODUCTION 

aigrir les esprits ». D'Andrezel apportait de la part de Louis XV 
des présents considérables. It fut reçu par Hossein avec des hon- 
neurs exceptionnels; son vaisseau fut salué de vingt et un coups 
de canon, tandis que celui de Duquesne l'avait été seulement de 
quatorze. Le Prince l'envoya chercher dans son carrosse, le fit 
asseoir à côté de lui sur le même sopha, le prit par la main pour 
lui faire visiter ses appartements. 11 se montra très satisfait des 
lettres qui lut étaient remises de la part de « l'Empereur de 
France » et du comte de Maurepas, le nouveau Secrétaire d'Etat 
de la marine. Lorsque l'ambassadeur se plaignit des infractions 
aux traités récemment commises, Hossein lui répondit « qu'il 
avait donné des ordres pour châtier les coupables, et que si jus- 
tice n'avait pas encore été faite, il fallait l'attribuer uniquement 
au mauvais état de santé de son kaznadar chargé de les exé- 
cuter ». Répondant quelques jours après aux deux lettres dont on 
vient de parler, il exprima à Louis XV combien il avait été satis- 
fait de la manière gracieuse et obligeante avec laquelle « son 
illustre et magnilique ami d'Andrezel » était venu le voir. « Nous 
demeurons très ferme, disait-il en terminant, dans l'exacte obser- 
vation des traités qui sont depuis si longtemps établis entre nous, 
et il n'y a aucune apparence de changement ni d'instabilité. » En 
un mot, satisfaction pleine et entière était donnée aux réclama- 
tions de la France. Il convient de rendre à chacun la justice qui 
lui est due. L'heureuse issue de celte intervention ne doit pas 
être attribuée uniquement à la diplomatie de M. d'Andrezel, mais 
encore à l'excellente impression que Pignon, le nouveau Consul, 
avait su produire sur l'esprit du Bey. Ce Prince en rendit témoi- 
gnage à l'ambassadeur lui-même et, dans des lettres postérieures, 
au Roi et à Maurepas. 

c Le poste de Tunis, avait écrit Dnsault, exige de la vertu, de 
la prudence et surtout de la fermeté. » Pignon n'a pas tardé à 
s'en apercevoir, et s'est trouvé bientôt dans la nécessité de sévir, 
quoique à regret, contre les Pères Capucins desaervant, sogs le 
protectorat de la France, la chapelle Saint-Louis du Fondouk. 
Avant de préciser des faits, arrêtons-nous un instant pour rap- 
peler les origines de la Mission de Tunis. Il importe, en effet, de 
les bien connaître, car nous n'apportons ici, selon notre habitude, 
que les témoignages de l'histoire, et n'avons rien de plus à cœur 
que d'éviter tout reproche d'erreur ou de partialité. Par un bref 
du pape Urbain VIII, du 20 avril 1624, un ancien captif, le 



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INTRODUCTION XV 

P. Ange de Corniglione, de l'Ordre des Capucins, avait été autorisé 
sur sa demande a se rendre à Alger ou en tout autre lieu des 
pays harbaresques, pour apporter aux chrétiens retenus en escla- 
vage les consolations et les secours de leur religion. Hais supposé 
qu'il soit réellement venu dans ces contrées, il n'a laissé nulle 
trace de son passage. Douze ans après, la famille génoise des 
Lomellinî, qui possédait depuis un siècle l'Ile deTabarque, demanda 
pour le service spirituel de ses corailleurs des Capucins de la pro- 
vince de Gènes. Ceux-ci s'établirent en cette lie au nombre de 
quatre, et leur supérieur reçut de la Propagande, le 30 janvier 
1636, le titre de Préfet apostolique, avec juridiction sur les cités de 
Tunis et de Constantine où se trouvaient des captifs chrétiens. Une 
redevance annuelle de cent écus était affectée à leur subsistance. 
Mais soit que les guerres incessantes auxquelles les deux Régences 
étaient en proie à cette époque aient empêché ces religieux 
d'exercer leur ministère, soit que les ravages de la peste, alors 
fort répandue en Barbarie, les aient dispersés, soit enfin que la 
maigre subvention de la Propagande les ait contraints de renoncer 
à leur œuvre, toujours est-il que la fondation italienne disparut 
bientôt après. D'ailleurs les Capucins n'élaient pas sortis de 
Tabarque. L'église de Tunis, en particulier, était à cette époque 
desservie par deux religieux esclaves, le P. François Preste, de 
l'Ordre des Minimes, qui resta en cette ville de 1625 a, 1629, et le 
Trinitaire Vincent Marc, qui y fut captif de 1627 à 1645. 

C'est alors que fut véritablement fondée, par les 61s de saint 
Vincent-de-Paul, la Mission de Tunis. En effet, en 1645 et 1647, 
trois Français, membres de la Congrégation des Lazaristes, étaient 
venus demeurer au Consulat de France, avec l'assentiment de 
Lange Martin, titulaire du poste, pour assister les esclaves, et la 
Propagande avait érigé pour eux le royaume de Tunis en Vica- 
riat apostolique. Sans revenir sur tout ce qui a été dit à ce sujet 
dans notre premier volume, qu'il suflise de rappeler l'élévation 
de l'un de ces religieux, le P. Le Vacher, à la dignité consulaire, 
après la mort de Martin, les longs travaux qu'il accomplit, de 
1648 à 1666, dans ses multiples et délicates fonctions de mission- 
naire et de représentant du roi, les basses intrigues dont on usa 
pour lui enlever sa charge, les mauvais procédés dont il fut la 
victime avant de quitter Tunis. Le P. Le Vacher dut, en effet, 
passer en France, en 1666, sur l'ordre de ses supérieurs, pour 
rendre compte à la Cour de la manière dont on avait dépossédé 



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XVI . INTRODUCTION 

du Consulat de Tunis la congrégation de la Mission. Il espérait 
revenir bientôt après en cette ville, mais pour ne pas laisser en 
souffrance, durant son éloignement, le ministère spirituel, il 
racheta pour le remplacer deux Capucins sardes, alors esclaves, 
leur confiant à la fois le soin de la paroisse Saint-Louis qu'il avait 
fondée dans les locaux du Fondouk 1 , et le service religieux de 
tous les bagnes tunisiens. Les négociations relatives à la propriété 
du Consulat traînant en longueur, le P. Le Vacher fut provi- 
soirement envoyé à Alger. On l'y maintint à la suite des compé- 
titions qui devaient enlever aussi la. Mission de Tunis à la congré- 
gation des Lazaristes. 

Les deux Capucins rachetés par le Vicaire apostolique n'avaient 
pas tardé à profiter de leur liberté pour rentrer en Italie. Mais 
alors que ces religieux désertaient leur poste, les supérieurs de 
leur Ordre résolurent de prendre pied dans une contrée sur 
laquelle ils n'avaient eu, vingt ans auparavant, qu'une juridiction 
nominale. Ils en firent la demande en Cour de Rome et, après 
quatre années d'instances, ils obtinrent de s'établir à Tunis sous 
la dépendance du Vicaire apostolique d'Alger. Le supérieur des 
Capucins reçut le litre de Préfet apostolique; les Lazaristes con- 
servèrent ainsi tous leurs droits sur cette Mission. Bien souvent 
réclamés par les esclaves, les marchands, le Consul et l'ambassa- 
deur de France auprès du Saint-Siège, ceux-ci demandèrent à 
rentrer dans la capitale de la Régence, prouvant par de longs 
mémoires qu'ils ne l'avaient jamais abandonnée. La Propagande 
se contenta, chaque fois, de soumettre de nouveau les Capucins à 
leur autorité. Ajoutons enfin que les bénéfices du protectorat 
de la France furent définitivement concédés aux missionnaires 



1. Un mémoire conservé dans les archives de l'Ordre des Lazaristes, à Paris, nous 
a autorisé n dire, au tome I". p. xïiii, que le Fondouk de Tunis avait élé cons- 
truit en 1583. Nous nous sommes convaincu depuis de noire erreur, grâce à des 
renseignements 1res obligeamment Tournis par M. Gleizes, de la Congrégation de ta 
Mission, auquel on devra bientôt un ouvrage approfondi sur Jean Le Vacher, 
Consul de France à. Tunis el i Alger. Avant le P. Le Vacher, il n'est point question 
du Fondouk comme résidence du Consul et des marchands. Jusque-là, au con- 
traire, les Français habitent dans des maisons particulières, el la demeure du 
Consul ne s'appelle jamais que la maison consulaire. Thévenot nous apprend dans 
sa Relation de voyage fait en Levant (Paris, tfifii] que, lors de son passage h. Tunis 
en 1659, • les Français demeuraient chacun dans leur maison, mais qu'on leur 
faisait bâtir un hoiel assez commode pour les y loger tous avec leur Consul -. La 
construction du Fondouk est due par conséquent au P. Le Vacher, alors titulaire 
du poste. Celte dénomination de Fondouk n'est d'ailleurs mentionnée dans les 
actes qu'A partir du 25 octobre 1661. à propos de parts de loyer que doivent 
payer les négociants (Acte» notariée de la chancellerie de Tunis). 



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INTRODUCTION XVII 

italiens par l'article xix du traité de 1685, renouvelé en 1720 
(article xxv). Cet article est ainsi conçu : 

« Les Pères Capucins et autres religieux missionnaires à Tunis, de 
quelque nation qu'ils puissent être, seront désormais traités et tenus 
comme propres sujets de l'Empereur de France, qui les prend sous 
sa protection, et en celle qualité ils ne pourront être inquiétés ni en 
leur j)ersonne, ni en leurs biens, ni en leur chapelle, mais maintenus 
par le Consul français comme propres et véritables sujets de l'Em- 
pereur de France. » 

Gomme leurs prédécesseurs, ils continuèrent à habiter le Fon- 
douk des Français. Aussi les actes relatifs à leur gestion préfec- 
torale portèrent la mention suivante : 

Consulat de France. 

Hospice assigné aux Capucins de Tunis dans le Fondouk, 

Résidence du très illustre Consul de France. 

Cette tutelle était conforme aux traditions diplomatiques dans 
tes pays de Capitulations; elle était le résultat d'une conception 
généreuse, mais c'était, selon nous, une grande imprudence. 
Introduire des étrangers, fussent-ils des moines, dans la colonie 
du Fondouk, où les Français avaient déjà assez de mal à s'en- 
tendre, c'était exposer les Consuls à de fâcheux conflits avec les 
nouveaux venus, naturellement fort jaloux de garder une indé- 
pendance de fait. De plus, il eût été sage d'épargner à nos natio- 
naux le spectacle de nouvelles rivalités d'influence, rivalités si 
fécondes en désagréments sous chaque latitude, et plus à redouter 
encore dans une région où nous tenions à jouir, en tant qu'Euro- 
péens, d'une suprématie séculaire. Qu'on en juge par ce qui va 
suivre ! Les dépêches consulaires sont là pour le prouver : les Capu- 
cins italiens ne se sont pas toujours montrés dignes de la protec- 
tion royale. Mis aux fers dans un bagne en 1685, par ordre du Dey 
Ahmed, ils se sont recommandés à la pitié de Seignelay et n'ont 
été remis en liberté que sur les instances de Lemaire; mais, peu 
d'années après, Pontchartraîn a donné des ordres pour qu'on les 
aidât à fonder un hospice à Portfarine, et ce son t eux, dit Sorhainde, 
qui ont le plus entravé ses démarches, en « voulant agir trop vite 
et sans conseils ». Pendant le mois de novembre 1724, le Ministre 
de la marine entretient Ma* Maffeï, Nonce du Pape, des mesures 
qu'il convient de prendre pour rétablir l'intelligence entre les 
Capucins, le Consul de Tunis et les marchands français. La Pro- 



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XVIII INTRODUCTION 

pagande a révoqué le Préfet apostolique et presque tous les mis- 
sionnaires, elle les a remplacés par d'autres religieux du même 
Ordre, moins turbulents que ces derniers, el pour répondre au 
désir que lui a exprimé le Nonce, Maurepas s'est engagé a protéger 
encore la Mission. D'une lettre de M. Duchesne, Vicaire aposto- 
lique à Alger, du 18 juillet 172i, il ressort qu'à cette date les 
Capucins ont dû abandonner Rizerie, où le P. Le Vacher avait 
fondé une chapelle, « personne ne voulant plus ni les loger ni les 
nourrir à cause qu'ils s'étaient comportés avec peu d'humilité 
envers leurs bienfaiteurs ». Un an après, le 27 décembre 1725, 
tous les marchands français se réunissent sous la présidence du 
Consul, se plaignent des agissements des Capucins et délibèrent 
sur les moyens de les rappeler à leurs devoirs. Maîtres des cha- 
pelles des bagnes comme de la chapelle du Fondouk, ils y chan- 
tent YExaudiat el le Domine salvum pour l'Empereur d'Allemagne, 
y font crier : Vive l'Empereur! et non : Vive le roi! « comme il 
s'est pratiqué de tout temps ». « Celte conduite, dit le procès-verbal 
de la délibération, est défavorable au Roi et injurieuse à la nation 
française, d'autant que lesdits Pères ont déclaré au Consul qu'ils 
voulaient dire leurs oraisons en faveur de qui il leur plaisait. » 
Aussi le corps de la nation est-il d'avis de ne plus accorder de 
logement dans le Fondouk à ces missionnaires, mais « de les 
regarder désormais comme ennemis de la France, par la liaison 
qu'ils ont avec les ennemis de leur commerce et de leur pays ». 
Et le Consul Pignon de les faire appeler, de les mettre en 
demeure de rendre au Roi, leur protecteur, les honneurs qu'ils lui 
doivent, leur permettant même de céder une des chapelles des 
bagnes au Consul impérial, « dans laquelle ils pourront faire 
tout ce qu'ils voudront ». Sur leur refus, il les oblige à rendre 
les ornements et les clefs de la chapelle Saint-Louis, et charge 
un Récollet esclave de célébrer à leur place le service dominical. 
Bien que les marchands aient requis leur expulsion du Fondouk, 
il a cru devoir l'éviter, écrit-il à Maurepas en janvier 1726, « pour 
ne pas exposer la religion chrétienne à la risée des Maliomélans 
et des Juifs ». Le Préfet l'a supplié de lui rendre la chapelle 
Saint-Louis, et il a bien voulu accéder à son désir, « à condi- 
tion qu'on n'y criât plus par deux fois l'invocation : Viva Carlo 
Sexlo H noslro Imperatore! Mais le Préfet a répondu « qu'il 
n'osait pas exiger cette condition de ses religieux, obstinés à 
ne vouloir suivre que leur passion ». De guerre lasse, Pignon a 



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INTRODUCTION XIX 

supplié la Cour « d'envoyer à Tunis un prêtre français comme 
celui d'Alger » à la place des Capucins. Là-dessus, Maurepas lui 
ordonne, le 20 février, de faire sortir du Fondouk les quatre mis- 
sionnaires dont il se plaint et de les priver désormais de toute 
protection. Pleine liberté lui est laissée pour installer & leur place 
un religieux Récollet, un Jésuite, ou un Trinitaire, « de préfé- 
rence un Français ». 

Les Capucins n'ont obéi que « sous la menace de la con- 
trainte ». Ils ont été habiter quelque temps avec les esclaves, au 
bagne de Sainte-Croix, puis au bagne de Saint-Léonard. « Ces 
religieux, dit le Consul, ont été désapprouvés de tous, même du 
représentant de la nation allemande », et te Bey les a menacés de 
tes faire embarquer s'ils manquaient à l'avenir au respect dû aux 
Français. Us continueront, au surplus, à se montrer revêches au 
sujet des prières publiques, car le Vicaire apostolique d'Alger les 
invitera encore, au mois de mai 1786, à chanter YExaudiat pour 
le Roi de France. 

A son arrivée à Tunis, le successeur de Pignon, Saint-Gervais, 
a trouvé les Capucins fort disposés à rentrer sous la protection 
française. De sages avertissements leur ont été sans doute adressés 
de Rome, car ils ont fait des démarches pour que cette protection 
fût rendue à leur Mission, et on leur a répondu qu'ils devaient 
la mériter. Le nouveau Préfet, « très attentif à ses devoirs », 
parait vivre, en 1730, en bons termes avec le Fondouk, et ses 
subordonnés sont « moins turbulents » que les précédents. Ils 
promettent plus qu'ils ne tiennent, car deux d'entre eux sont 
bientôt signalés comme enclins à l'apostasie , et leur Préfet demande, 
inutilement il est vrai, qu'on les rappelle. Saint-Gervais doit en 
référer lui-même au Procureur général de leur Ordre. Des négo- 
ciations actives sont poursuivies par le duc de Saint-Aîgnan, 
Ambassadeur près du Saint-Siège, et Maurepas lui demande 
avec instance, en 1732, quelles sont les raisons qui s'opposent au 
remplacement des coupables. 

En 4736, il est encore question des Capucins dans nos dépêches 
consulaires. Ils ont racheté deux esclaves avec l'argent que ces 
derniers avaient volé à Ali-Bey . Ce Prince les a fait jeter dans un 
cachot sans lumière et sans air, avec de lourdes chaînes aux pieds. 
Le Consul de France, Gautier, s'efforcera d'adoucir leur captivité, se 
cotisera avec son collègue de Hollande et tous les esclaves chré- 
tiens pour réunir les 3,500 piastres nécessaires à leur rançon, elles 



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XX INTRODUCTION 

fera remettre en liberté. Mais « afin d'éviter à ces malheureux 
de nouvelles vexations de la part du Bey »>, qui ne veut plus les 
tolérer, il leur assignera provisoirement un refuge dans le comptoir 
du Cap-Nègre. C'est un P. Trinitaire, administrateur de l'hôpital 
d'Espagne, qui se chargera du service des missionnaires en leur 
absence. Pendant ce temps le gouvernement de Louis XV renou- 
vellera ses démarches auprès de la Propagande pour obtenir 
l'envoi de quatre prêtres français « comme ceux qui composent la 
Mission d'Alger ». Des Capucins de Livourne feront agir, d'autre 
part, auprès du Bey pour obteair le retour de leurs confrères à 
Tunis. La Propagande fera la sourde oreille, et les Pères expulsés, 
triomphant des répugnances d'Ali, reviendront s'installer, en avril 
1738, non plus dans un bagne d'esclaves, mais dans une maison 
commode, près du Consulat de France. 

Quelques années se passent et la mauvaise fortune va frapper 
de nouveau à la porte des missionnaires. Après la prise de 
Tabarque et la destruction du Cap-Nègre, le nombre des captifs a 
considérablement augmenté dans la. capitale de la Régence. Les 
Capucins exercent leur charitable ministère avec zèle et dévoue- 
ment, mais les besoins se multiplient et les ressources font totale- 
ment défaut. Us ont du mettre en gage le mobilier et les reliques 
de leur chapelle ; le Préfet a des dettes criardes ; il a même dissipé, 
en 1744, six à sept mille piastres que lui ont confiées des esclaves. 
Le cas est grave et réclame à la fois la diligence et le dévouement 
du Consul. « Si le Bey, dit Fort au Ministre, vient à savoir ce qui 
se passe, les Capucins seront mis aux fers jusqu'à entier payement 
de leur dette et la Mission ne sera plus tolérée. » Les victimes, 
bien entendu, rendent notre agent responsable du malheur qui 
leur arrive. Il faut, dans l'intérêt des résidents français, obtenir du 
Saint-Siège le remboursement des dépôts dans le plus bref délai 
possible, et l'abbé de Canillac s'y emploie pendant trois ans de 
concert avec Maurepas. 

Le budget des missionnaires n'ayant pas été modifié, on les 
voit supplier le Consul, en décembre 1750, de plaider en leur 
faveur auprès de la Propagande. Leurs dépenses, en effet, dépas- 
sent annuellement de huit cents piastres les recettes. Il leur faut 
payer un loyer de mille piastres et ils se trouvent à découvert, eu 
ce moment, de trois cents sequins « dont les esclaves réclament le 
payement ». Le Bey serait ravi, écrit Fort, de sévir contre la Mis- 
sion. Aussi la Cour intervient-elle encore a Rome en faveur de 



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INTRODUCTION XXI 

ses protégés, en donnant au duc de Nivernais des instructions 
conciliantes. Nous n'entendons plus parler des Capucins pendant 
dis ans, bien que, dans cet intervalle, leur caisse, leur mobilier 
et leurs archives aient été deux fois saccagés. Mais en 1*762, la 
discorde ayant éclaté entre eux et leur supérieur, ils viennent 
demander au Consul de juger leurs différends, et de Sulauze est 
contraint de dénoncer leur Préfet : « Il serait à désirer, écrit-il au 
Ministère, que la Mission n'eût pas à sa tète un supérieur aussi 
antifrançais. 11 est si attaché au Consul impérial qu'il a été cause 
de toutes les tracasseries survenues au sujet de sa chapelle, et 
qu'il ne vient officier au Fondouk qu'avec la plus grande répu- 
gnance. » A son tour, de Saizieu raconte, l'année suivante, que 
les esclaves ont menacé la Mission de la piller, qu'il a fallu donner 
asile au P. Préfet dans sa maison de campagne et lui promettre 
de faciliter son départ de la Régence. La fuite du Préfet, l'abandon 
de l'hospice des esclaves ont fait scandale. Il faudra de nouveau 
recourir au Nonce, pour avoir à Tunis- des religieux « plus capa- 
bles et plus édifiants ». Ajoutons enfin qu'AIi-Bey ordonnera la 
fermeture de la maison des missionnaires en 1765, trouvant plus 
naturel que ceux-ci se soumettent à la vie commune des esclaves. 
C'est encore le Consul de France qui fera révoquer cet ordre et 
qui, deux ans plus tard, interposera ses bons offices auprès du 
Prince pour qu'il construise à ses frais un logement et une 
chapelle à l'usage de la Mission. Ces locaux une fois édifiés 
sur un ancien bagne d'esclaves ne pourront, |il est vrai, servir 
aux Capucins, en raison du loyer excessif qu'Ali voudra leur 
imposer. 

Si nous nous sommes étendu un peu longuement sur ce sujet, 
c'est qu'il nous a paru nécessaire de préciser le rôle des agents 
français, et la nature des rapports que leur avaient imposés les 
traités à l'égard des missionnaires. Il convient d'ajouter qu'avec la 
subvention de cent écus fournie par la Propagande, les six cents 
livres allouées par le Consul pour le service de la chapelle Saint- 
Louis, un casuel fort modique et pour ainsi dire facultatif, ces reli- 
gieux ne pouvaient que végéter misérablement. Ce n'est pas qu'ils 
se soient montrés, la plupart du temps, au-dessous des difficultés 
de leur tache; mais pour entretenir leur esprit de sacrifice, en 
même temps que leur soumission a l'autorité française, il eût 
fallu des Préfets plus prudents et plus éclairés que ceux qui leur 
lurent donnés à l'époque qui nous occupe. Plus tard, leurs sue- 



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XXII INTRODUCTION 

cesseurs mirent plus de courtoisie, plus de respect même, dans 
leurs relations officielles avec les représentants du Roi; leurs 
services furent plus appréciés et leurs travaux plus féconds. Mais 
les passions politiques ne s'opposèrent pas moins à ce qu'on les 
regardât « comme propres et véritables sujets de l'Empereur de 
France ». Dans le dernier volume de cet ouvrage, nous dirons 
dans quelles circonstances un illustre et regretté cardinal, 
M ïr Lavigerie, mit fin à cet état de choses, en 1881, en obtenant 
pour lui-même, de la Cour romaine, le titre d'administrateur du 
Vicariat apostolique de Tunis, puis d'archevêque de Carthage, et 
eu réunissant sous sa haute juridiction toutes les œuvres africaines 
dont une convention récente a fait l'apanage définitif de l'Église 
de France. 

Mais il est temps de revenir en arrière, et de poursuivre 
l'examen rapide des relations de la Cour de Versailles avec la 
Tunisie sous le règne d'Hossein-ben-Ali. Par un des principaux 
articles des traités, les corsaires ne pouvaient attaquer ni pour- 
suivre leurs ennemis en vue des terres de la domination fran- 
çaise. Plusieurs d'entre eux s'étaient enhardis, cependant, à 
croiser près des lies d'Hyères et à pourchasser des Génois, sans 
épargner les Provençaux qu'ils trouvaient sur leur passage. Au 
mois de novembre 1725, Maurepas avait adressé à Ilossein une 
longue lettre de plaintes, et ce Prince lui avait répondu humble- 
ment que, loin d'approuver ses sujets, il avait réitéré ses ordres 
les plus sévères pour que le pavillon royal fût respecté par eux, 
sous peine de mort. « Sa Majesté Impériale, avait répliqué le 
Ministre, m'a marqué être satisfaite des assurances que vous 
continuez de donner pour l'observation des traités, mais elle a 
trouvé désagréable qu'avec de si bonnes intentions il fût toujours 
commis des contraventions de votre part... Il est porté par lesdits 
traités que tes corsaires de votre République ne feront point de 
prises plus près de dix lieues des eûtes de France, et celte condi- 
tion n'est pas exactement observée. » Pignon était venu demander 
au Bardo le châtiment des coupables ; le « magnifique Seigneur » 
lui avait fait, comme de coutume, l'aveu de son impuissance et 
avait ajouté : « Vous savez combien j'ai défendu à mes corsaires 
d'insulter le pavillon de votre Empereur. Je sais combien il 
m'importe d'entretenir une bonne correspondance avec la France, 
d'autant qu'il ne me revient rien des infractions de mes gens; 



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INTRODUCTION XXIII 

mais tous savez aussi que je n'ai pas la même autorité sur mes 
sujets que voire maître a sur les siens, et je causerais une sédi- 
tion si je faisais mourir un reïs pour avoir insulté un chrétien. » 
Cette souplesse cauteleuse et savamment calculée du Prince bar- 
barcsque avait fini par irriter Louis XV et par le décider à faire 
entendre une autre voix que celle de la raison. 

Une escadre de cinq navires partit pour La Gouletle en 1727. 
H. de Mons la commandait, mais ses négociations n'aboutirent 
pas plus que celles du Consul. Uossein se fît un jeu d'éluder 
toute satisfaction, en promettant seulement de punir ses marins 
quand il aurait examiné leur faute. A la Cour de Versailles on 
eut la prudence d'attendre des circonstances plus favorables pour 
imposer au Bey un changement d'attitude; elles ne tardèrent pas 
d'ailleurs à s'offrir.'En effet, l'année suivante, Ali, neveu d'Hos- 
sein, se mettait à la tête d'une bande de mécontents et recrutait 
dans les montagnes une véritable armée pour détrôner son oncle. 
Pignon ne manquait pas de signaler, dans ses dépèches, les dan- 
gers que courait alors le successeur d'Ibrahim ; il assurait « que 
le moment était venu d'obtenir, sans coup férir, toutes les répa- 
rations nécessaires et un traité avantageux ». Aussitôt Louis XV 
ordonnait à l'intendance de Toulon de faire construire trois 
galiotes à bombes, et chargeait M. de Grandpré, chef d'escadre 
de ses armées navales, de compléter cet armement avec un 
nombre respectable de galères et de gros vaisseaux. Un commis- 
saire général de la marine, le chevalier d'Héricourt, recevait de 
son côté des instructions fort détaillées (18 mat 1728) pour hâter 
les préparatifs de l'expédition tunisienne. Nous devons signaler 
aussi certain Projet de descente à Tunis el d'un bombardement, qu'un 
ancien captif avait fait parvenir à la Cour à la même époque, et 
dont la publication nous a semblé digne d'intérêt. Il est plus que 
probable qu'il fut étudié de près, et que si ses conclusions ne 
parurent pas opportunes, ses descriptions et ses renseignements 
furent utilisés en haut lieu. La campagne ne pouvait être que 
désastreuse pour Hossein, et les prévisions du Consul devaient 
se réaliser. Lorsque l'escadre française eut jeté l'ancre dans 
la baie de Carthage, le Bey, menacé de tous côtés, ne put se 
dispenser de faire sa soumission, et la paix fut conclue, sui- 
vant l'expression du secrétaire-interprète Pétis de la Croix, 
« aux conditions les plus glorieuses pour le Roi et les plus avan- 
tageuses pour la nation qui aient été jusqu'ici obtenues en 



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XXIV INTRODUCTION 

Tunisie ». Le traité du 1" juillet 1728, renouvelant tous ceux qui 
l'avaient précédé, reçut des additions favorables au commerce 
des Marseillais et des dispositions restrictives de la piraterie 
barbaresque. Ainsi tout corsaire surpris, dans l'étendue de 
dis lieues des côtes de France, à la poursuite d'un bâtiment quel- 
conque devait être dorénavant arrêté, confisqué et jugé de bonne 
prise par l'intendance. En outre il était stipulé : 1" une indem- 
nité de 8,000 piastres en compensation des dommages dus par 
les reïs; 2° le bannissement perpétuel des marins coupables; 3° la 
restitution des esclaves français et des étrangers capturés sous le 
pavillon du Roi; 1" la liberté de vingt captifs chrétiens de toute 
nationalité. Le Prince s'engageait encore à faire exprimer ver- 
balement à la Cour son repentir par des ambassadeurs extraordi- 
naires, et souscrivait à la formule de pardon ainsi conçue : 

« Les Pacha, Dey, Dey, Divan, Agha des Janissaires et Milice 
de la ville et du royaume de Tunis déclarent par notre bouche à Sa 
Majesté Impériale qu'ils se repentent des infractions qu'ils ont com- 
mises aux traités de paix quelle avait bien voulu leur accorder; 
qu'ils ont une vraie douleur et un sincère regret de celles quùonl 
pu être faites par leui-s corsaires el autres sujets de la République 
et de tous les justes sujets de plaintes qu'ils ont donnés à Sa Majesté 
Impériale; qu'ils la supplient très humblement de les oublier, sous 
la promesse publique et solennelle qu'ils font d'observer dans la 
suite, avec une exactitude infinie, les articles et conditions desdits 
traités, et d'employer tous les moyens les plus convenables pour 
empêcher leurs sujets d'y contrevenir. » 

On aimait peu les Envoyés musulmans à la Cour de France. 
Le souvenir de Suleyman-Agha, délégué du Grand Seigneur en 
1669, pour lequel Lionne, Arvieux et Molière s'étaient tant rois 
en frais, sans qu'il en résultât autre chose qu'une déconvenue, 
ne plaidait guère en faveur des diplomates tunisiens. Les ambas- 
sadeurs d'Alger, en 4690, n'avaient laissé derrière eux qu'une 
belle et pompeuse harangue à Louis XIV, pleine de déclamations 
imagées et de promesses vaines. Quant aux Envoyés du Maroc, 
en 1699, les résultats de leur coûteux voyage n'avaient pas été 
plus fructueux, et leur duplicité n'avait pas moins déplu que leurs 
usages. Toutefois, trois officiers d'Hossein, Youssouf-Khodja, 
Hadji Hassan, Ahmed, suivis de onze domestiques, avaient déjà 



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INTRODUCTION XXV 

passé la Méditerranée, avant la signature du traité de paix, pour 
épargner sans doute à leur pays le châtiment d'Alger et « le 
fracas extraordinaire » des bombes de Duquesne. Aussi Maurepas 
écrivait-il, dès le 13 octobre 1721 : « L'envoi des Tunisiens n'est 
qu'un moyen de prévenir la juste indignation du Roi dont leur 
République redoute les conséquences, mais ils seront retenus à 
moitié chemin jusqu'à ce que leur maître ait obtenu la permis- 
sion de les présenter à Sa Majesté. » L'histoire de leur voyage 
en France est retracée avec détails dans la correspondance offi- 
cielle du Consulat; c'est ainsi que l'on peut y suivre pour ainsi 
dire au jour le jour les faits et gestes de ces personnages. Ce qui 
frappe en premier lieu, ce sont toutes les mesures de précaution 
prescrites à ses agents par la Secrétairerie d'État de la marine, 
afin de n'être pas dupée par les promesses des Africains. Les 
instructions remises notamment à Pétis de la Croîs, chargé 
d'accompagner nos Tunisiens (21 septembre), ne sauraient sug- 
gérer plus de circonspection, plus de méfiance à leur égard. 
Débarqués à Toulon le 7 septembre, ils ont été conduits en dili- 
gence à Chalon-sur-Saône et y sont arrivés dans les premiers 
jours d'octobre. Le Secrétaire-interprète leur apprend là qu'ils 
doivent attendre la conclusion de la paix avant de continuer leur 
route, et, sous prétexte de les protéger, il les tient en captivité 
à l'auberge du Faucon, « située au centre de la ville, loin de la 
rivière et tout près de la citadelle ». Les portes de la cité so:it 
soigneusement gardées par une compagnie de bourgeois « qui 
explorent aussi la Saône et font une ronde perpétuelle ». On 
monte la garde jour et nuit devant leur porte; on les enferme au 
coucher du soleil. De la Croix veille constamment sur leurs 
démarches, les fait suivre à travers les rues, intercepte leur cour- 
rier, passe incessamment la revue des maîtres et des serviteurs. 
11 a fini par connaître, malgré leur dissimulation, les ordres du 
Bey, leur maître. 11 paraît qu'à Tunis on ne veut plus traiter 
d'aucune, affaire avec Pignon. « Si le Roi, ont-ils déclaré, ne veut 
pas leur accorder un autre Consul à sa place, qu'il ordonne au 
moins que l'on y envoie un chien avec une lettre attachée au col; 
le Bey sera content et accordera toutes les satisfactions pour les- 
quelles ils consentent à rester en otages. » En vain s'efforceront-ils 
de démontrer dans leurs dépêches « au très débonnaire Maurepas, 
le Vizir magnifique et l'arbitre des deux nations », qu'ils sont 
chargés d'une mission toute confidentielle, qu'ils ne peuvent corn- 



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XXVI INTRODUCTION 

muniquer leurs pouvoirs que devant l'Empereur de France et 
que, s'ils désobéisseol, ils sont exposés à périr. Le Ministre leur 
répondra qu'ils n'ont qu'à prendre patience et qu'ils continueront 
d'ailleurs à être traités avec des égards, mais que « Sa Majesté 
n'admettra aucune de leurs propositions que le Bey n'ait com- 
mencé à la satisfaire ». Malgré ces déclarations, ils supplieront 
encore la Cour de les laisser partir, en protestant de leur unique 
désir de concilier toute chose et d' « ajuster les affaires ». 

Enfin la paix est signée à Tunis le l" juillet. Après dix mois de 
séjour à Chalon, les Envoyés de la Régence ne seront plus traités 
désormais comme des otages, mais comme des hôtes de distinc- 
tion que l'on sera bien aise d'éblouir. « Vous nous aviez promis, 
écrivent-ils, de nous faire sortir de cette auberge où nous sommes 
restés dans un exercice continuel de patience, en attendant une 
nouvelle heureuse. Enfin, elle est arrivée! » Polis de la Croix va 
les guider de nouveau dans leur voyage et les conduire à la Cour. 
Ils arrivent à Fontainebleau le 10 octobre, et, dès le lendemain, 
vont présenter leurs hommages au comte de Maurepas, au comte 
de Toulouse, au cardinal Fleury. Dans la matinée du 14 a lieu 
l'audience de Louis XV. C'est au cours de cette audience, et dans 
les formes les plus solennelles, que Youssouf-Khodja déclare à 
Sa Majesté Impériale, dans une harangue à la fois très humble et 
très noble, avoir été envoyé par son souverain « pour lui témoi- 
gner la véritable douleur et le sincère repentir qu'il a eus de tout 
ce qui s'est passé, pour lui en demander pardon, et pour le sup- 
plier très humblement de l'effacer de sa mémoire ». 

Los détails du cérémonial et la chronique des honneurs dont 
fut l'objet celte ambassade se trouvent dans la Relation de ce qui 
s'est passé à Fontainebleau et à Paris à l'occasion des Envoyés de 
Tunis. Bornons-nous à dire ici qu'on promena pendant un mois 
Youssouf-Khodja et sa suite à travers toutes les splendeurs de la 
capitale. La Comédie italienne et la Comédie française, les Tuile- 
ries, les Gobetins, les écuries, les pompes de la Samaritaine, les 
palais du Luxembourg et du Louvre, l'Opéra, la machine de 
Marly et les grandes eaux furent pour eux autant de surprises 
et de sujets d'émotions. Versailles et Trianon, Saint-Germain, 
Meudon, Saint-Cloud, la savonnerie et la verrerie de Chaillot, 
la ménagerie, les chasses royales, les émerveillèrent tour à tour, 
frappant leur imagination, fascinant leurs regards, et leur faisant 
eooeevoir une considération sans bornes pour « le plus grand 



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INTRODUCTION XXVII 

Potentat de la religion de Jésus ». Qu'il devait être plaisant pour 
leur cicérone de recueillir les impressions, d'écouter ies réparties 
que faisaient naître en leur esprit tant de spectacles si nouveaux 
pour eux! L'Observatoire leur parut « un tissu d'inventions 
au-dessus de la nature ». Descendu dans les souterrains de la 
montagne Sainte-Geneviève, « le bonhomme Hadji Hassan crut 
un instant n'en plus jamais sortir »; il maudissait le Secrétaire- 
interprète, et, l'appelant à son secours : « Vous rendrez compte 
à Dieu, lui disait-il, de m'avoir enterré tout vif, car je ne peux 
plus remonter. » La dépense des ambassadeurs avait été réglée 
pour chacun d'eux à 100 livres par jour, non compris le loyer 
de deux carrosses et de l'hôtel de la rue Saint-Avoye où on les 
avait installés. Lorsqu'ils reprirent, le 11 novembre, la route de 
Chalon-sur-Saône, leur joie fut inexprimable à la vue des pré- 
sents qui leur furent distribués. Youssouf-Khodja, pour sa part, 
emportait 3,000 livres, un beau diamant, une chaîne et un 
médaillon en or, les estampes des palais et des jardins du Roi . De 
retour à La Goulette le 14 février 1729, sur la frégate Zépkir, 
cet Envoyé s'empressait de remercier Maurepas de toutes ses 
bontés. Il adressait encore, pendant plusieurs semaines, des lettres 
de gratitude au Secrétaire d'Etat, « voire aussi vingt bouteilles 
d'eau de fleurs d'oranges »; loin de justifier les méfiances que de 
fâcheux précédents avaient fait concevoir au moment de son 
arrivée, il intervenait auprès du Pacha de Tripoli, et s'employait 
de tout son cœur à le réconcilier avec la France. 

A Tunis comme à Alger les traités les plus solennels n'étaient 
que des armistices. Celui de 1728 n'aboutit qu'à une trêve de deux 
ou trois années, encore que le Consul se plaignit, pendant ce 
temps-là, de quelques rapines de corsaires incorrigibles. En 1732, 
les contraventions ne se comptent plus. Boyer de Saint- Gervaîs, 
qui a remplacé Pignon au mois de novembre 1729, déplore dans 
toutes ses dépèches l'impossibilité où il se trouve de se faire resti- 
tuer des cargaisons pillées, tandis que le Bey Hussein, presque 
toujours disposé à renouveler ses défenses, reste incapable de 
les sanctionner par des mesures de rigueur. Dans la plupart des 
réponses de Maurepas à son agent, il n'est question que de prises 
illégales sur les côtes de France, de représentations sévères, 
d'indemnités à débattre. Mais la Cour s'est convaincue de l'inuti- 
lité des expéditions armées chez les Barbaresques. Elle a reconnu, 
de plus, que les ruptures avec les « magnifiques Seigneurs » sont 



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XXVIII INTRODUCTION 

presque toujours néfastes à notre commerce africain, et que les 
plus fières escadres sont incapables d'atteindre la piraterie indi- 
viduelle, telle que les reïs la pratiquent. On va revenir au système 
moins dispendieux des croisières, employé au xvn* siècle. En 
outre, le Ministère, usant de diplomatie, s'attachera plus que 
jamais k développer les relations commerciales des deux pays. 
Bientôt les capitaines de Gencien, de Langerie, de Caylus, d'Astour 
et de la Valette sont chargés de montrer le pavillon du Roi dans 
les parages fréquentés par les pirates. Après eux, Duguay-Trouin, 
que ses exploits ont déjà rendu fameux et dont la réputation de 
bravoure inspire une frayeur salutaire, a mission d'assurer, avec 
ses frégates, la navigation des bâtiments français dans la Médi- 
terranée (instructions du 9 mai 1731). Si le chevalier de Luynes 
doit faire entendre au maître du Bardo que « Sa Majesté est 
justement offensée de ses procédés, et qu'il ne peut se dispenser 
d'accorder des satisfactions proportionnées aux dommages de ses 
gens » (instructions du 8 juin 1733), il lui est prescrit toutefois 
de ne parler qu'avec mesure et « sans menaces », car Louis XV 
veut, avant tout, n'apporter aucune entrave au commerce des 
marchands établis en Tunisie. C'est encore dans l'intérêt de ces 
derniers qu'interviendra Sa Majesté à la Cour d'Espagne, pour 
faire relâcher environ cent vingt Tunisiens captifs. Lorsque le 
Secrétaire d'État de la marine annoncera au Bey, en 1735, le 
succès des instances du comte de Vaulgrcnant, Ambassadeur a 
Madrid, il aura soin d'ajouter : « Je ne doute pas que l'estime 
et la considération dont l'Empereur de France vous a donné des 
marques si évidentes, en cette occasion, ne vous portent de plus en 
plus à favoriser les Français et à maintenir de votre part la bonne 
intelligence qui doit régner entre vos sujets et les siens. » 

Cette année-là, de graves événements vont se produire dans 
la Régence. Malgré les qualités dont il a fait preuve pendant un 
long règne, Hossein n'a pu échapper au sort de la plupart de ses 
prédécesseurs. Son neveu Ali-Pacha, peu satisfait du titre de Bey 
du camp qui lui a été conféré, lui a fait une guerre acharnée. 
Tantôt vaincu et réfugié dans les montagnes, tantôt vainqueur et 
harcelant sans cesse son adversaire, il a fini par se rendre maître 
de la plus grande partie de ses Etats. Hossein, chassé de Sousse, 
s'est retiré à Kairouan; Sidi Younès, fils aîné d'Ali, l'a obligé 
de quitter cet asile, l'a pourchassé sans relâche, et, l'ayant fait 
prisonnier, lui a tranché lui -môme la tête, de sorte qu'Ali est resté 



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INTRODUCTION XXIX 

le seul maître du royaume. Fourbe, cruel, avare et débauché, ce 
Prince s'est rendu bien vite odieux à ses sujets. Quant à la Nation 
française, elle a bientôt connu toute la mesure de ce qu'elle pou- 
vait attendre d'un tel despote. Saint-Gervais avait dû demander 
m retraite pour cause d'infirmités et laisser non poste à Gautier 
au commencement de mars 1734. Voici comment ce nouveau 
Consul dépeint dans ses dépèches le caractère d'Ali : « Il est bien 
étonnant que ce Bey, qui n'est pas encore paisible possesseur de 
ce pays, ménage si peu les Puissances d'Europe. Il n'en connaît 
pas les forces, et les personnes qui pourraient l'en instruire ne 
sauraient l'approcher. Lorsqu'il a besoin de quelqu'un, il rampe 
totalement; le lendemain il est furieux contre celui-là même qui 
lui a fait plaisir. Toutes les fois que je vais lui parler, il me dit 
qu'il sait faire la guerre, et que nous sommes fort heureux qu'il 
ne nous l'ait pas déclarée. » Tantôt nos armateurs sont obligés 
de payer une sorte d'indemnité avant d'obtenir justice contre 
des corsaires, tantôt leurs marchandises sont surtaxées de droits 
de douane hors de coutume. Ont-ils affaire au Bardo, on les 
traite de juifs, de chiens, de canailles. En 1740, Ali ne garde 
plus aucun ménagement pour le représentant du Roi; il exige, 
sous peine de mort, qu'il vienne lui baiser la main dans chacune 
de ses audiences. Gautier a préféré quitter son poste et revenir à 
Marseille, plutôt que de se soumettre à une pareille humiliation. 
Ses nationaux l'ont tous encouragé à la résistance, et, dans l'une 
de leurs assemblées, ils ont délibéré « que le Consul de France 
dérogerait à son caractère, s'il consentait à une exigence de cette 
espèce et à une telle innovation ». Celui-ci rend compte au 
Ministre, le 24 mars, de ses derniers démêlés avec le Bey, et 
termine fort judicieusement par les réflexions suivantes : « S'il 
avait dépendu de moi de lui accorder le baise-main, aurait-il été 
content? Point du tout; il m'aurait attaqué demain sur l'épée, 
un autre jour sur le pavillon. Il ne songe qu'à tourmenter son 
peuple et les nations, mais comme la nôtre est la plus nombreuse 
et d'un plus grand commerce, il a plus d'occasions d'exercer 
sa rage. » 

Ali-Bey n'avait point caché à Gautier son intention de tirer 
vengeance des Français, accusés, fort injustement d'ailleurs, 
d'avoir ravitaillé Hossein pendant le siège de Sousse. Peu après, 
Maurepas apprit que, sans avoir reçu la moindre provocation, il 
avait envoyé ses galères au Cap-Bon pour intercepter leurs navires. 



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XXX INTRODUCTION 

La sagesse commandait de laisser le Prince aux prises avec las 
Algériens sur ses frontières, les rebelles de ses provinces et les 
conspirateurs de son palais. La vacance du Consulat, dans ces 
conditions, était chose sans importance. Aussi la Cour ne son- 
gea-t-elle qu'à sauvegarder les intérêts de la colonie française. 
Les frégates de MM. Marquèzc, de Bompart, de Saurîns, de 
Massiac, de Bargemont et du Revest se succédèrent sans inter- 
valle, le long des cotes tunisiennes, pour escorter les bâtiments 
marchands. Les Instructions remises à chacun do ces officiers se 
référèrent bien plus à la protection du commerce qu'à des actes 
de représailles, et la rupture aurait duré, sans doute, autant que 
le gouvernement d'Ali, sans l'aventure de Tabarque. 

La conquête de celte petite île avait été depuis plus de cent ans 
le rêve des diplomates et des voyageurs au courant des choses 
barbaresques. Se souvient-on de Sanson Napollon et de ses négo- 
ciations laborieuses en $628, de ses vues sur» ce poste militaire de 
premier ordre », des instructions que Richelieu lui adressa « pour 
retirer des Génois ledit lieu de Tabarque et s'y fortifier », 
enfin de l'assaut fameux où il trouva la mort en 1633? N'avons- 
nous pas montré dans de nombreuses lettres Lemaire, Michel et 
Pignon, entre autres Consuls, engageant la Couronne à planter 
sa bannière sur les remparts de cette place? Pontchartrain avait 
attaché à l'acquisition de Tabarque une telle importance qu'il 
l'avait proposée à la Compagnie d'Afrique en 1*715, en promettant 
de lui rembourser cette dépense à l'expiration de son bail. Dix 
ans après, le docteur Peyssonnel, en mission savanie dans l'Afrique 
du Nord, avait fait à Maurepas, suivant ses ordres, une description 
très détaillée de l'île — nous avons publié cette description à sa 
date — et l'avait accompagnée des considérations suivantes : 
<■< L'acquisition de Tabarque serait d'une grande conséquence 
pour la France, et le commerce en retirerait des avantages con- 
sidérables. La Compagnie d'Afrique serait maîtresse des prix 
d'achat de toutes les marchandises d'Alger à Tunis... Celte île 
serait un refuge pour les employés de tous nos comptoirs en cas 
de guerre; ce serait le principal magasin, la caisse et le dépôt de 
la garnison,... ce serait un lieu de relâche pour les bâtiments 
français; la France y aurait un boulevard contre ses ennemis et 
une place avec laquelle elle ferait la loi à toute la Barbarie... 
Jamais l'occasion n'a été plus belle; MM. de Lomellini, lassés de 



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INTRODUCTION XXXI 

leur lie, seraient charmés de trouver à la vendre pour plusieurs 
raisons;... ce serait un grand mal s'ils la vendaient aux Anglais. » 
En 1731, le Ministre, croyant le moment favorable, avait avisé 
le chevalier de Caylus, alors en croisière, de ses projets sur 
Tabarque, en le priant d'étudier le moyen de les servir. « Sa 
possession, d'après cet officier, serait le plus sûr moyen de se 
faire respecter et craindre en Barbarie. » C'avait été l'objet, un 
peu plus tard, d'une négociation secrète à Gênes. M. Coutlet, Consul 
de France, avait recula mission de traiter avec MM. deLomellini, 
au cas où ces derniers consentiraient à céder leur principauté. 
Les Génois s'étaient montrés plus que jamais embarrassés de ce 
domaine, des conférences avaient eu lieu, le marché même avait été 
conclu au prix de 100,000 piastres. Mais au moment précis où 
l'affaire allait aboutir, le Bey Ali, apprenant ces démarches, s'était 
hâté de réduire les Tabarquins à son obéissance. En 1742, 
<< Tabarque n'était plus, au dire de M. de Massiac, qu'un rocher 
escarpé du côté de la mer, fortifié au sommet, avec 100 hommes 
de garnison que l'épouvante seule déconcerte ». Renouveler 
l'assaut de Sanson Napollon, chasser la garde tunisienne et 
donner à la France un poste d'observation inexpugnable sur la 
côte d'Afrique, c'était, pour un jeune officier de marine de vingt- 
sept ans, plein de courage et de zèle, une entreprise hardie, glo- 
rieuse, digne de son ambition et de son Rot. De Saurins, souvent 
appelé Saurins-Murat dans nos dépêches, l'avait conçue au cours 
de sa croisière sous les ordres de M. de Massiac, et l'avait aussitôt 
proposée à Maurepas. Le Ministre l'approuva, et son Mémoire 
pour- servir d'Instruction, du 23 mars 1742, ne peut laisser aucun 
doute sur les encouragements officiels qui lui furent donnés. 

Nous avons été tenté de refaire de cette campagne un récit plus 
complet, plus nourri de piquants détails que celui de Rousseau 
dans ses Annales tunisiennes. Mais rien .ne saurait remplacer les 
relations si touchantes des officiers qui y prirent part; elles offrent 
un tel intérêt par elles-mêmes qu'il y aurait présomption à vou- 
loir les commenter. On ne lira pas moins avidement les corres- 
pondances qui les accompagnent. Le débarquement nocturne dans 
l'île, l'attaque du 4 juillet, la vaillance des Français succombant 
sous le nombre, l'héroïsme de leur chef, les noms des officiers 
morts ou blessés, la retraite des uns, l'esclavage des autres, enfin 
le pénible voyage des prisonniers à Tunis, l'exposition des vivants 
et des morts sur la place publique, la revue lamentable passée au 



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XXXII INTRODUCTION 

Bardo, tout cela ne saurait rester inaperçu dans ce volume. De 
Saurins, couvert de blessures, avait été relevé respirant à peine. 
Interrogé par l'Agha du château, il eut encore le courage d'as- 
sumer toutes les responsabilités, déclarant qu'il avait pris sur lui 
d'attaquer Tabarque dans l'espoir de mieux, mériter les faveurs 
royales. 

Cependant l'expédition, quoique permise à Versailles, avait été 
certainement hasardée par cet officier. Afin d'apaiser la fureur et 
le ressentiment du Bey, la Cour prit le parti de la désavouer, et 
pour rendre ce désaveu plus vraisemblable aux yeux de notre 
ancien allié, elle résolut de révoquer le directeur du comptoir de 
La Calle, qui avait fourni les troupes. 11 fallait arriver à un accom- 
modement, car la vie des nombreux captifs enchaînés aux bagnes 
ne dépendait plus alors que d'un incident fortuit. Or, parmi 
ces derniers, il s'en trouvait un nommé Fort, dont le père, 
négociant à Marseille, était l'ami du Kaznadar, Celui-ci, par 
bonheur, était un habile homme, fort capable de servir d'intermé- 
diaire officieux, et d' « ajuster les intérêts de tous ». On le fit 
passer à La Calle; de là il manda à son (ils qu'il aurait bientôt la 
joie d'aller solliciter sa liberté, que le Roi désapprouvait l'expédi- 
tion de Tabarque, et qu'en ce qui le concernait il venait d'être 
désigné pour remplacer l'agent de la Compagnie d'Afrique. Il 
s'arrangea pour que cette lettre fût interceptée par les gens du 
Bey. Ali, charmé d'apprendre que Louis XV blâmait la conduite 
de ses officiers, fit venir Fort au Bardo. L'armateur marseil- 
lais y arriva le 12 octobre; il put ainsi, conjointement avec M. de 
Massiac, entamer les négociations qui aboutirent au traité du 
9 novembre. La paix, il faut l'avouer, fut conclue à des conditions 
peu flatteuses pour l'amour-propre de la nation française. Ainsi 
il fut stipulé, dans une convention secrète, que le Consul baiserait 
la main du Bey toutes les fois qu'il irait le voir. Il fallut bien céder 
sur cet article-là, car Ali se montra intraitable à cet égard. Un 
présent de 10,000 sequius fut accordé à SidiYounès; le Cap-Nègre 
fut rendu à la Compagnie d'Afrique moyennant la redevance de 
8,000 piastres. Quant à l'île de Tabarque, tous les efforts se bri- 
sèrent contre l'entêtement des Princes. « Tout espoir de l'obtenir 
n'est pas perdu, écrira Fort au Ministre, mais il faudra bien des 
ménagements, et on n'y parviendra qu'avec le temps et la patience. » 
A quoi Maurepas répondra: « Ne manquez pas, du moins, de sus- 
citer toutes sortes d'obstacles aux nations qui voudraient s'en 



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INTRODUCTION XXXIII 

emparer. » Les Consuls ne feront qu'obéir à cet ordre en suppo- 
sant, avec une habileté consommée, aux démarches de la Cour de 
Turin en 1750, de l'amiral anglais Keppel en 1751, d'une Com- 
pagnie génoise en 1752, des Danois en 1756 et en 1760, des 
Génois en 1757, des Vénitiens en 1764, des Anglais en 1770. 
Tous les anciens traités furent confirmés; cinq cent trente 
employés, matelots, officiers ou soldats virent tomber leurs 
chaînes, les bâtiments détenus purent mettre à la voile, le com- 
merce fut restauré avec tous ses privilèges. Fort, qui s'était 
révélé diplomate, demeura à Tunis comme Consul suppléant et 
fut titularisé par le Roi l'année suivante. Ce n'est pas que sa con- 
duite ait été universellement approuvée. La Compagnie d'Afrique 
se plaignit amèrement que ses intérêts eussent été par trop négli- 
gés; à la Cour même, on déclara que le négociateur avait été trop 
conciliant, dans sa hâte d'arriver au résultat que, d'ailleurs, tout 
le monde souhaitait. « Il m'a paru, lui écrivit Maurepas le 9 jan- 
vier 1743, que vous aviez beaucoup pris sur vous de signer le 
traité tel que vous me l'avez envoyé. » Pour combler certaines 
lacunes on lit un supplément, en trois articles, au traité du 
9 novembre. Fort, secondé par l'interprète de Fiennes, dut renou- 
veler ses démarches; elles furent courtes. Le Bey, en cette cir- 
constance, voulut donner un gage de sa bonne volonté et apposa 
son sceau, le 24 février, au traité complémentaire qu'on lui 
demandait. Puis il écrivit à Louis XV pour lui exprimer toute la 
joie qu'il éprouvait d'être rentré dans ses bonnes grâces. Il fit 
passer en France « les deux personnes de son royaume les plus 
qualifiées en charges et en dignités » avec mission de remettre 
sa lettre en mains propres à Sa Majesté. Les Envoyés d'Ali furent 
reçus à Versailles dans les derniers jours de mai, s'acquittèrent 
avec honneur de leur commission, et présentèrent au Roi, de la 
part de leur maître, huit magnifiques chevaux. 

Le rétablissement de la paix eut pour conséquence, quelques 
années plus tard, une réglementation plus étroite du commerce de 
l'Échelle de Tunis, réglementation qui paraît aujourd'hui bien 
singulière. Nous la trouvons dans une dépèche ministérielle du 
3 novembre 1748. Six maisons françaises seulement se virent 
reconnaître le droit de négocier à Tunis, chacune d'elles ne pou- 
vant avoir qu'un régisseur, « afin de faire un profit plus considé- 
rable pour se rapatrier après les dix années de résidence » {Ordon- 
nance de 1731), et chaque régisseur que deux commis, « afin de 



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XXXIV INTRODUCTION 

ne pas multiplier le trop grand nombre des nationaux et les dis- 
cussions domestiques qu'il entraîne ». En outre, on ne devait 
garder que le nombre d'artisans absolument nécessaire au service 
de la Nation. Le Consul était invité à faire repasser en France 
tous ceux qui étaient « mariés, inutiles ou de mauvaise conduite », 
ainsi que les négociants non compris dans cet arrangement. Enfin 
chacun des régisseurs devait fournir à la Chambre de commerce de 
Marseille un cautionnement de 30,000 livres. C'était la main-mise 
voulue et savamment combinée sur le commerce tunisien, mais le 
prétexte invoqué était de forcer en quelque sorte, par des règles 
aussi sévères, les régisseurs des maisons françaises à faire « une 
fortune honnête » pendant dix ans et à revenir ensuite la dépenser 
dans leur pays. On sait, du reste, qu'au siècle dernier il fallait 
supporter bien d'autres entraves à la liberté commerciale. Nous 
avons eu le soin de mentionner les circulaires relatives aux certi- 
ficats de la Chambre, dont les négociants des Echelles devaient 
se pourvoir, aux dépôts de chancellerie attribués aux hôpitaux de 
Marseille après dix années, à la défense d'acquérir des immeubles 
à l'étranger, ou de s'y marier avec des femmes françaises, « à 
cause delà jalousie qu'ont les Français entre eux ». 

En fait, les six maisons françaises admises à résidence firent 
d'assez brillantes affaires pendant les quelques années qui suivi- 
rent. Mais, en 1153, leur prospérité reçut une grave atteinte, par 
suite de la guerre civile fomentée par Sidi Younès. Ce Prince, 
d'abord traité en suspect, puis en ennemi, par son père, reçut ur 
ordre d'exil auquel il refusa de se soumettre. Il parvint à se 
rendre maître, par surprise, du palais heylikal, et sut augmenter 
bientôt, grâce à ses libéralités, le nombre de ses partisans. Ali, de 
son celé, fit le siège de sa capitale, prit les rebelles par la famine 
et retourna en vainqueur au Bardo, après avoir contraint son dis 
à s'enfuir dans les montagnes. Désireux d'impressionner vivement 
ses sujets et de détruire jusqu'aux derniers vestiges de la révolte, 
le Bey fit un coup de maître. Une escadre de six vaisseaux com- 
mandée par le chevalier de Villarzel passait alors en vue de La 
Goulet te : Ali fit croire aux Tunisiens qu'elle avait été destinée par 
le Roi de France a lui venir en aide. Dans ce but, il invita M. de 
Villarzel à descendre à terre, et promit de le dispenser de la for- 
malité du baise-main s'il lui rendait visite en son palais. C'était 
l'occasion d'affirmer solennellement dans ce pays, une fois de 
plus, la prépondérance des Français. Le lieutenant général ne la 



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INTRODUCTION XXXV 

laissa point échapper; il se présenta au Bardo avec tous ses offi- 
ciers, fut reçu par Ali avec les plus grands honneurs et contribua, 
par cette habile condescendance, à l'affermissement du pouvoir 
de ce souverain. 

Quatre ans après, une nouvelle guerre entre les deux Régences 
d'Alger et de Tunis était fatale au Bey régnant. En vain ce Prince 
avait tenté de conjurer le danger dont il était menacé en envoyant 
à son puissant voisin de riches présents. Le fils d'Hossein-ben-Ali, 
■on prédécesseur, avait trouvé des protecteurs au palais de la 
Jenina; de son côté le Bey de Gonstantine, à la tête d'un corps 
d'armée, s'était fait fort de le replacer sur le trône. Le 3 août 
1156, Tunis tombait au pouvoir des assaillants et Mohammed 
était proclamé Bey, conformément aux promesses du vainqueur. 
Toutefois cette révolution, faite au profit du légitime souverain, ne 
s'était pas accomplie sans de graves dommages pour la nation 
française, car le pillage avait été la première conséquence de la 
conquête. L'hospice des Capucins italiens, l'hôpital des Trinitaires 
d'Espagne, les logements du Fondouk, ainsi que la chapelle 
Saint-Louis et les archives, furent complètement saccagés, et le 
Consul de France, du Grou de Sulauze, qui avait succédé à Fort 
au mois d'août 4754, dut chercher un asile avec ses nationaux, 
pu-dessus les toits, au Consulat d'Angleterre que les pillards 
avaient épargné. Le Journal du siège de Tunis, que nous publions 
plus loin, constitue la relation la plus exacte que l'on puisse avoir 
de ces graves événements; c'est, de plus, un document précieux 
pour l'histoire politique de la Régence. Renvoyons encore nos 
lecteurs aux pièces officielles pour tout ce qui concerne « le sac- 
cagement » du Consulat. Ils jugeront, d'après les lettres échan- 
gées avec la Cour et les divers procès-verbaux des délibérations 
de la Nation, des inqualifiables violences des soldats algériens, 
des sacrifices qu'ils imposèrent de force aux résidents français, de 
la détresse à laquelle ils les réduisirent et de l'importance des 
pertes qu'ils firent subir à chacun d'eux. 

Dans la première visite que de Sulauze avait rendue au nouveau 
Bey, ce Prince, tout désireux qu'il fût de s'affranchir de la tutelle 
du Dey d'Alger, s'était montré fort réservé, en raison des ména- 
gements qu'il devait à l'envahisseur et de l'affluence dea Turcs 
qui assistaient à l'audience. Mais il avait fait appeler secrètement 
ce Consul dès le lendemain, l'avait fait asseoir à côté de lui sur 
son divan et lui avait déclaré, en lui serrant les mains et les 



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XXXVI INTRODUCTION 

larmes aux yeux, « qu'il n'était pas venu pour envahir le royaume 
en étranger, mais seulement pour recouvrer celui de son père, 
qu'Ali avait usurpé; qu'il ne voulait faire de mal à personne mais 
au contraire tout le bien qu'il pourrait; enfin qu'il n'avait pas été 
aussi sensible au pillage du Bardo et de ses autres palais qu'à 
celui du Fondouk français ». Mohammed, avait annonce le repré- 
sentant du Roi, était dans les meilleures dispositions à l'égard de 
tous les marchands, et répondait pour l'avenir de leurs personnes 
et de leurs biens. Il avait d'ailleurs écrit, le 24 mars 1757, « au 
modèle des grands Princes du peuple du Messie, son majestueux, 
sincère et grand ami Louis XV », pour lui faire part de son avè- 
nement, en déclarant que la concorde entre son pays et ta France 
ne souffrirait jamais aucune atteinte, et en demandant à Dieu « de 
lui faire la grâce de gouverner comme l'avait fait son père ». 
Enfin Moras et Berryer, Secrétaires d'État de la marine, n'avaient 
pas manqué de répondre à toutes ces protestations par tes plus 
flatteuses missives. Malheureusement Mohammed mourait presque 
subitement, en février 1759, sans avoir pu réaliser les espérances 
qu'avaient fait naître ses heureux débuts. Comme il ne laissait 
pas de fils en âge de monter sur le trône, ce fut son frère Ali qui 
lui succéda. D'une nature droite et d'intelligence élevée, quoique 
d'un caractère plus faible que celui de Mohammed, ce souve- 
rain se montra, pendant les vingt-trois années de son règne, 
chaud partisan de l'entente franco-tunisienne et des progrès de la 
civilisation dans son pays. En veut-on quelques exemples? A la 
demande de M. de Sulauze, il consentit à construire à ses frais 
un hôpital et une église pour les missionnaires Capucins. Dans la 
plupart des cas de prises maritimes, il convoquait au Bardo tous 
les corsaires, leur rappelait, en présence du Consul de France, les 
règles de conduite qu'ils devaient suivre pendant leur navigation, 
et leur faisait redouter les plus sévères représailles chaque fois 
qu'il leur arrivait de trahir « l'amitié du Roi ». Sous son gouver- 
nement, le, commerce prit peu à peu un développement considé- 
rable. Il avait été réduit à l'état le plus lamentable après l'invasion 
algérienne. Quelques chiffres vont suffire pour en donner une 
idée : dans les états des armements de Marseille avec l'Echelle de 
Tunis, nous avons compté 78 bâtiments en 1721, 50 en 1735, 98 
en 1740, et 17 seulement en 1759. Il fallut augmenter les droits 
existants sur les marchandises et sur les navires, pour combler le 
déficit de la caisse de la Nation. Ces surtaxes aggravèrent le mal 



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INTRODUCTION XXXVII 

parce que ces marchandises, frappées de droits excessifs, no trou- 
vèrent plus de débouchés. Les négociants français se virent con- 
traints de rembourser de leurs deniers les dettes en souffrance. En 
même temps l'on rétablit les anciens droits, et les objets d'impor- 
tation, ainsi dégrevés, n'eurent plus à redouter la concurrence. 
Cette habile décision fut prise au début du Consulat de Barthé- 
lémy de Saizieu. 

Cet agent s'était distingué dans les fonctions d'attaché d'am- 
bassade, puis de secrétaire intime du duc de Praslin. Il connaissait 
a fond les affaires barbaresques, qu'il avait suivies de près dans 
les bureaux de la marine. Aussi, quand de Sulauze demanda sa 
retraite en 1763, le Ministre, voulant donner à son collaborateur 
une preuve de sa haute estime et récompenser son zèle, l'cnvoya- 
t-il à Tunis comme en un poste d'honneur. De Saizieu exerça, du 
reste, les devoirs de sa nouvelle charge avec autant d'intelligence 
et d'activité qu'à Versailles. Ali-Bey, bientôt gagné par la noblesse 
de son esprit et l'aménité de son caractère, avait pour lui autant 
de considération que d'amitié. 11 le lui prouvaà plusieurs reprises, 
en donnant à la plupart de ses négociations une solution conforme 
aux intérêts français. Ainsi, pour qu'il n'attendit pas ses audiences 
dans une salle publique, comme tous les visiteurs qui se présen- 
taient à son palais, il lui lit préparer un appartement spécial, 
exemple sans précédent et regardé par le corps consulaire comme 
u une distinction aussi commode que flatteuse ». En 1765, la 
France ayant conclu avec le Dey d'Alger une convention relative 
aux corsaires marocains, de Saizieu obtint du Bey que ces mêmes 
corsaires ne pourraient ni trouver asile ni vendre leur butin dans 
aucun port de Tunisie. Trois ans plus tard, le 14 mars 1768, il 
réussit à faire signer par AH un traité avantageux pour la Compa- 
gnie d'Afrique. Le comptoir du Cap-Nègre était abandonné, mais 
nos colons pouvaient établir leur exploitation dans un autre port, 
à Bizerle. Ce traité, rédigé par l'écrivain Ali-el-Abbas, fixait à 
deux années la durée du privilège du commerce et de la pêche; 
il laissait au gouvernement français seul le droit de la proroger 
ou, au contraire, d'y renoncer, s'il le jugeait à propos. Or, si l'on 
s'en rapporte à l'historien Hadji Hamouda-ben-Abd-ul-Aziz, le 
souverain tunisien n'avait pas cru souscrire à une pareille clause. 
Le texte même de cette clause était le résultat d'une erreur 
imputable au secrétaire du Prince. Quoi qu'il en soit, lorsque les 
deux années furent révolues, le successeur de Mohammed pré- 



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XXXVIII INTRODUCTION 

tendit mettre fin à la concession française. Ce fut un des malen- 
tendus qui provoquèrent, en 1770, de nouvelles hostilités entre 
les deux nations. Il y en eut d'autres,, parmi lesquelles nous 
devons indiquer l'annexion de la Corse & la Couronne de France, 
et la prétention qu'eut le Bey de légitimer les prises effectuées par 
ses galères sur les nouveaux sujets du Roi. Dans une lettre osten- 
sïve, datée du 9 janvier 1769, le duc de Praslio prit la peine de 
réduire à néant les réclamations d'Ali : « Les traités que nous 
avons avec la Régence de Tunis regardent tous les sujets qui sont 
ou peuvent se trouver sous la domination française. Les Corses 
Bont passés sous notre domination par un traité qui les a fait 
changer de maîtres, et il serait aussi absurde d'en excepter aujour- 
d'hui ceux qui ne connaissent plus d'autre souveraineté que celle 
de Sa Majesté que de supposer qu'on peut distinguer les Bretons 
ou les Provençaux des sujets des colonies de l'Amérique et de 
l'Inde. C'est la sujétion actuelle qui fait le droit du Prince et du 
pavillon, et non l'origine des peuples et des provinces; c'est pour 
cela que les Mabonais sont réputés Anglais, et qu'ils ont navigué 
sous la bannière française & l'époque où le Roi était en possession 
de Minorque. Il en est de même des colonies qui ont été cédées 
de part et d'autre entre la France, l'Angleterre et l'Espagne à la 
fin de ladernière guerre... Le Bey de Tunis est le premier qui ait 
avancé un principe contraire à celui qui fait le lien des nations, 
et il est le seul en Barbarie qui fasse naître un incident aussi peu 
compatible avec l'honneur de la Couronne et le droit qu'elle doit 
soutenir... C'est lorsqu'il a reçu la loi de ses voisins qu'il devrait 
apprécier mieux l'intérêt que la France a pris à sa tranquillité. 
J'ai encore confiance que mieux éclairé sur les conséquences 
qu'il n'a pu prévoir, il changera ses dispositions au gré de Sa 
Majesté. » 

La fermeté de ce langage ne parut pas impressionner Ali. Bien 
plus, les intrigues de Paoli et de son agent a Tunis, le lieutenant 
Paciola, le poussèrent à la résistance en lui faisant espérer le 
développement de l'insurrection corse et l'intervention anglaise. 
Au mois de février, le Consul de France estimait que toutes ses 
représentations 'demeureraient inutiles si elles n'étaient appuyées 
par une démonstration navale. Le Bey s'était décidé, disait de 
Saizieu, à ne restituer ses prises corses que « pour de l'argent »; 
il avait même exprimé le désir de recevoir un tribut annuel pour 
compenser les pertes que devait lui causer, à l'avenir, la con- 



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INTRODUCTION XXXIX 

quête de l'Ile. La guerre hit ouvertement déclarée dans le courant 
de mai 1770. Trois navires, commandés par le chevalier d'Oppède, 
vinrent mouiller à La Goulette (instructions du 30 avril); ils furent 
rejoints, peu après, par une escadre de dix-neuf vaisseaux sous 
les ordres de M. de Broves, lieutenant général et commandant en 
chef de l'armée navale (instructions du 4 juin). Nous avons donné 
la liste des officiers faisant partie de cette expédition. On y 
trouvera des noms connus dès cette époque pour être digne- 
ment portés, entre autres ceux de Morics, la Brillanne, Coriolis, 
Glandevez, Raymondis, Fontebelle, Clapiers, Laubespin, Rafélis- 
Broves, Suffren et Missiessy. Nous devons signaler aussi les , 
lettres de Broves au Bey et au Divan tunisien comme autant de 
modèles du style approprié aux négociations barbaresques. 

Avant les hostilités, le Consul s'était hâté de passer, avec sa 
famille, & bord de L'Alalanie. Ses nationaux avaient, pour la 
plupart, sollicité du Bey l'autorisation de rentrer en France, et 
leur loyal adversaire la leur avait accordée, dédaignant d'exercer 
contre ces marchands sans défense de trop faciles représailles. 
Bien plus, il n'omit rien, pendant la durée de la guerre, pour 
que leurs intérêts commerciaux fussent sauvegardés; il constitua 
même des gardiens spécialement chargés de veille/ sur leurs biens 
et sur leurs demeures. A la fin de juin, un parlementaire, détaché 
de l'escadre de M. de Broves, vint apporter l'ultimatum où se 
trouvaient énumérées toutes les « réparations » exigées par 
Sa Majesté : restitution des esclaves corses, prorogation du pri- 
vilège de la pêche du corail, châtiment des corsaires coupables, 
payement d'une forte indemnité. Ali crut devoir repousser ces 
sommations impérieuses, mais il proposa d'entrer de suite en 
accommodement. On négocia en effet; les choses traînèrent en 
longueur, et l'escadre française, laissant à La Goulette les trois 
frégates qui l'avaient précédée, alla bombarder successivement 
Portfarine, Sousse et Bizerte. Dès que le commandant en chef 
eut ramené ses vaisseaux au cap Carthage, les négociations furent 
reprises; cette fois elles aboutirent, grâce à l'intervention de 
Hustapha-Khodja, gendre du Bey, que de Saizieu avait su gagner 
à la cause française. Satisfaction était donnée au Roi sur tous 
les points importants, et en particulier sur l'annexion des Corses. 
Par suite des deux traités du 13 septembre, plus de quatre-vingts 
captifs recouvraient leur liberté et la Compagnie d'Afrique con- 
servait ses privilèges. Conformément à la coutume, Ali- Bey 



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XL INTRODUCTION 

désignait des Envoyés extraordinaires pour apporter à Louis XV 
l'hommage de sa soumission. II adressait lui-même à la Cour de 
France l'expression de sa plus sincère et de sa plus respectueuse 
amitié, et le duc de Praslin lui répondait en ces termes : « C'est 
contre son gré que Sa Majesté Impériale a employé d'autres 
moyens que ceux de la négociation. Il ne doit plus être question 
désormais que de rendre la paix inviolable et utile pour le com- 
merce. Je suis entièrement convaincu que le royaume de Tunis 
a un intérêt essentiel à ne rien faire qui détourne les avantages 
de son trafic et de ses liens avec la France. Les Français doivent 
adopter de leur côté des maximes d'une utilité réciproque, et je 
ne puis assez vous dire tout le désir que j'ai de voir dorénavant 
la bonne intelligence et la confiance inaltérables. » 

Là s'arrête le second volume de la Correspondance des Beys- 
et des Consuls de Tunis avec la Cour de France. Sans doute toute 
trace de barbarie n'a pas encore disparu dans la Régence, mais 
la marche de la civilisation est incessante. Les soixante-dix années 
qui viennent de s'écouler ont réellement fait la Tunisie plus 
française. S'il a paru nécessaire de rappeler, autant que le per- 
mettait le cadre de ce travail, les différentes ruptures que cau- 
sèrent les infractions au droit des gens et aux traités, on ne 
saurait énumérer ici tous tes services rendus par notre pays au 
gouvernement beylical : avances d'argent, secours en temps de 
guerre contre les Algériens, fournitures de vivres à Toulon, 
intervention diplomatique auprès des Puissances étrangères T 
envois de chirurgiens, de fondeurs de canons, d'ingénieurs civils. 
La préférence des Beys pour les Français se fait sentir à tout 
instant, qu'il s'agisse de la concession privilégiée du Cap-Nègre, 
de ventes de blés, d'exportations de chevaux arabes, de restitu- 
tions de prises, d'honneurs au corps consulaire. Dès l'année 1709, 
Hossein s'engage sur parole « à ne rien accorder aux Anglais 
qui put nous déplaire ». Est-il question de droits de douane, de 
rançons d'esclaves? La France bénéficie d'un tarif inférieur à 
celui des autres nations. Retenons un exemple plus frappant 
encore de cette amitié réciproque : Pour s'affranchir du joug 
d'Alger, en 1758, Mohammed-Bey sollicite instamment le Protec- 
torat français. Il demande à Louis XV, à plusieurs reprises, de 
lui prêter un corps de troupes de 6,000 hommes, s'engage à le 
transporter à ses frais dans ses Etats, à l'entretenir à sa solde, à 



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INTRODUCTION XLI 

lui donner pour garnison une ville maritime fortifiée telle que 
Sousse ou Bizerte, et a abandonner Tabarque en échange d'un 
pareil service. 

Le Consul de France a le privilège d'entrer au Bardo avec 
« des escarpins de cuir », l'épée et l'uniforme de commissaire de 
la marine, alors que nul ne peut y pénétrer avec des chaussures 
ou des armes. Il a la prééminence sur tous ses collègues (articles 
xvm, xiv et xm des traités de 1685, 1720 et 1742); c'est un 
droit qui ne peut souffrir, dît le Ministre Rouillé, « ni discussion 
ni explication ». Aussi tous les agents des Puissances euro- 
péennes rendent-ils leur première visite au représentant du Roi. 
Aux fêtes du Beïram, la musique du Bey va jouer devant tous les 
Consulats, et c'est le Résident français qui jouit de la première 
aubade. Toutes les fois qu'un vaisseau de la marine française 
vient mouiller à La Goulette, le pavillon royal est salué d'un plus 
grand nombre de coups de canon que celui des autres nations 
(articles xxyhi et xxm des traités de 1685, 1720 et 1742). L'escadre 
du prince de Listenois, en 1766, n'obtient pas moins de 29 coups 
pour le pavillon, de 13 coups pour le commandant, alors que les 
pavillons étrangers en ont de 3 à 21, les Envoyés 9 au plus. Le 
traité de 1728 (article vm) établit d'ailleurs une règle générale 
en matière de privilèges : 

« La nation française commuera de jouir des mêmes privilèges 
dont elle a joui jusqu'à présent, et qui seront plus grands que ceux 
de toutes les autres nations, ainsi qu'il est porté par les traités. Il 
ne sera accordé aucun privilège à d'autres nations qui ne soit 
dans le moment commun à la française, quoiqu'ils ne fussent pas 
spécifiés dans le présent traité ou les précédents. » 

Est-ce à dire que, pour conserver dans leur intégrité tant 
d'avantages, les Consuls de Tunis, leurs traités à la main, n'aient 
eu qu'a remplir les devoirs incombant aux agents similaires des 
autres Échelles? Il est peu de pages dans ce livre qui ne fassent 
ressortir les exigences exceptionnelles de leur tâche. Comme au 
siècle précédent, il leur faut déjouer sans cesse les intrigues de 
leurs rivaux, parer leurs coups, lutter contre la jalousie des uns 
et la mauvaise foi des autres, pousser jusqu'au scrupule la sur- 
veillance de leurs prérogatives, avoir l'œil ouvert a la fois sur 
la colonie du Fondouk, le comptoir du Cap-Nègre et l'Ile de 
Tabarque. Comme autrefois, ils ont à réclamer tantôt la liberté 
d'innocents captifs, tantôt des compensations proportionnées aux 



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XLII INTRODUCTION 

méfaits des corsaires. I) n'y a pas d'années sans contestations 
pécuniaires ou sans procès maritimes. Or les agents du Roi ont 
l'ordre de ne rien laisser passer. C'est de la fermeté constante de 
leur politique que dépend tout leur prestige, encore qu'ils doivent 
s'accommoder de l'humeur changeante des Princes auprès des- 
quels ils sont accrédités. Leurs appointements sont toujours fort 
insuffisants. Afin d'entretenir « la bonne correspondance » et de 
« laisser ouverte la porte des bons offices », ils ont à supporter 
bien des dépenses imprévues, à distribuer bien des cadeaux hors 
de la coutume, quoique la France soit à peu près la seule Puis- 
sance chrétienne exempte de tribut. Le système des croisières 
étant toujours en vigueur, des officiers de la marine royale des- 
cendent constamment à terre, demandent l'hospitalité au Consul, 
et les honneurs qui leur sont dus lui sont parfois fort onéreux. On 
en peut avoir une idée en lisant le Journal du séjour de Vescadre 
du prince de Listenois dans la rade de Tunis, en 1766. La Cour 
ne leur alloue pendant longtemps que 5,000 livres, chiffre infé- 
rieur, nous l'avons dit plus haut, à celui que perçoivent leurs 
collègues des autres Régences. Aussi Sorhainde, Michel, Bayle, 
Saint-Gervaîs, Pignon, Fort et Sulauze déclarent-ils, l'un après 
l'autre, qu'ils ne se tirent pas d'affaire sans emprunter aux Juifs 
à 20 ou 30 pour 100 et sans ruiner leur patrimoine. Les sollici- 
tations les plus pressantes sont nécessaires pour que leur traite- 
ment soit porté à fi, 500 livres en 1744, à 8,500 livres en 1757, à 
9,500 livres en 1767. Encore ce dernier chiffre est-il jugé insuffi- 
sant, puisque le Ministère accorde à de Saizieu des gratifications 
exceptionnelles. 

Aussi parcimonieuse que par le passé, la Chambre de com- 
merce ne ratifie qu'à grand'pcine les comptes qu'on lui présente, 
continue à réglementer, à prêcher l'économie, à refuser d'établir 
à Tunis un drogman français comme à Tripoli, sans concevoir 
tous les inconvénients d'un interprète indigène. Les négociants 
composant le corps de la nation française ne souffrent pas moins 
des entraves qu'elle apporte à la régie de leur commerce. Leurs 
délibérations sont souvent annulées, leurs demandes rejetées sans 
raison plausible. Pour ne citer qu'un exemple, ils n'ont même 
pas le droit, en i 730, de faire venir et d'entretenir à leurs frais 
un médecin « po Ur j^s faire mourir méthodiquement et suivant 
les règles de l'art II v a bien parmi eux quelques turbulents 
contre lesquels j] , ' sévir de temps à autre, quelques fauteurs 



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INTRODUCTION XLIII 

de désordre qu'on est contraint d'expulser. Mais les querelles si 
fréquentes, pendant le xvu* siècle, entre lès gens du Fondouk ne 
sont plus qu'accidentelles; l'entente est unanime avec le Consul 
dans toutes les occasions où l'intérêt national est en jeu. D'ail- 
leurs la colonie française a de plus fréquents rapports avec la 
métropole. La vie commune au Consulat tend à disparaître, plu- 
sieurs marchands ayant fait d'assez bonnes affaires pour s'ins- 
taller plus commodément en ville. Toutefois les assemblées se font 
toujours chez le représentant du Roi, dans un salon que ses com- 
patriotes peuvent fréquenter a toutes les heures du jour. Les répa- 
rations et la garde du Fondouk, l'entretien de la chapelle Saint- 
Louis restent a la charge de la Nation. Celle-ci, plus disciplinée, 
est devenue plus laborieuse et, par suite, plus respectable. Elle 
s'intéresse à la prospérité de la dynastie d'Hossein, participe dans 
une mesure notable à la vie publique, fait promouvoir autour 
d'elle les usages et les progrès de la chrétienté. Pendant la der- 
nière période dont nous devrons bientôt nous occuper pour corn- 
pléter nos Annales, on verra tous les Français résidant en Tunisie 
considérés à juste titre, suivant l'expression consacrée dans un 
article du traité de 1142, comme des « enfants du pays ». 



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LISTE DES DEYS DE TUNIS 

(1700-1705) 



Kaouadji Mohammed mars 1701-juîIlet 1702. 

Kara Muslapha juillet 1702-octobre 1702. 

Ibrahim-el-Chérif, Bey, Dey et Pacha, octobre 1702 juillet 1705. 



LISTE DES BEYS DE TUNIS 
' (1705-1770) 



Hossein ben Ali juillet 1705-septembre 1735. 

Ali septembre 1735-août 1756. 

Mohammed août 1756-février 1759. 

Ali février 1759-mars 1782. 



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LISTE DES CONSULS ET VICE-CONSULS 
DE FRANCE A TUNIS 

(1700-1770) 



Auger Sorhainde 7 février 1690-8 juillet 1711. 

Pierre-Victor Michel 8 juillet 1711-13 juillet 1717. 

Joseph Bayle 13 juillet 1717-22 décembre 1723. 

Pierre-Jean Pignon 22décembrel723-7septemhrel729. 

Jacques Boyer de Saint-Gervais. 7 septembre 1729-24 juillet 1733, 
Jean Boyer, Vice-Consul . . . : . . 24 juillet 1733-4 mars 1734. 

Jean-Louis Gautier 4 mars 1734-19 avril 1743. 

François Fort 19 avril 1743-8 mai 1732. 

Félix Fort (fils du précédent), Vice-Consul. 8 mai 1752-22 avril 

1754. 
Jean-Baptiste-Joseph-Michel du Grou de Sulauze. 22 avril 1754- 

29 novembre 1762. 
Antoine -Etienne-Lazare- Barthélémy de Saizieu. 29 novembre 

1762-28 mai 1770. 
Joseph Lions, Vice-Consul. . . 28 mai 1770-25 août 1770. 



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LISTE DES ENVOYÉS EXTRAORDINAIRES 
DE FRANCE A TUNIS 

(1700-1770) 



Nesroond 1700 

Gastines 1700 

Ribeyrette 1700 

Cbampigny 1701 

Gastines (2" foi») 1705 

Goyon 1708 

igle 1710 

chel 1710 

iqueane-MoDnier 1713 

iquesne-Monnier (2°fois) 1714 

Mous 1715 

quesne-Monnier (3* fois) 1717 

Maillet 1717 

iquesoe-Monnier (4* fois) 1719 

sault 1720 

la Varenne 1720 

icou 1720 

kndrezel 1724 

Watan 1725 

lysse 1726 

Mons (2- fois) 1727 

Vguilhon 1727 

léricourt 1728 

quesne-Monnier (5* fois) 1729 

Gencien 1730 

Langerie 1730 

guay-Trouin 1731 

Caylus 1731 

la Valette 1732 



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LISTE DBS ENVOYÉS EXTRA. ORDINAIRES XLVII 

De Luynes 1733 

Du Castellet 1733 

De Marqufeze 1741 

De Saurins-Murat 1742 

Fort 1742 

De Massiac 1742 

De Revest 1748 

De Villarzel 1752 

Trineano 1757 

DeDampierre 1763 

De Chabert 1764 

De Sade. / 1764 

De Champorcin 1765 

De Listenois 1766 

D'Oppède 1770 

DeBroves 1770 



LISTE DES ENVOYÉS EXTRAORDINAIRES 
DE TUNIS EN FRANCE 

(1.700-1770) 



Abmel-Khodja. 1716 

Mehemed-Chaoucb 1716 

Hadji Hassan 1727 

Youssouf-Kbodja. 1727 

Ahmed 1727 

Ahroed-Agha 1733 

Hadji Abdallah-Agha 1733 

Ali-Agha 1743 

Mehemed-Khodja 1743 

Ibrahim-Khodja 1770 

lbrahira-Chaouch 1770 

HoBsein 1770 

AU 1770 

Soiiman 1770 

Mahomet 1770 

Cassem. . . .• 1770 



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LISTE DES TRAITÉS ENTRE LA FRANCE ET TUNIS 

(1700-1770) 



Comptoir français du Cap-Nègre 31 octobre 1700. 

Paix et commerce 16 décembre 1710. 

Comptoir du Cap-Nègre 3 juin 1111. 

Renouvellement du traité de 1710 28 février 1713. 

Paix et commerce 20 février 1720. 

Paix et commerce 1" juillet 1728. 

Paix et commerce 9 novembre 1 742. 

Comptoir du Cap-Nègre et Compagnie d'Afrique. 

13 novembre 1742. 

Ratification du traité de 1742. 9 janvier 1743. 

Supplément au traité de 1742 24 février 1743. 

Convention relative aux corsaires marocains. 21 mai 1765. 

Compagnie d'Afrique 14 mars 1768. 

Reconnaissance provisoire de la réunion de la 

Corse à la France 4 octobre 1769. 

Compagnie d'Afrique 12 février 1770. 

Articles préliminaires de paix 25 août 1770. 

Paix et commerce 13 septembre 1770. 

Compagnie d'Afrique 13 septembre 1770. 



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CORRESPONDANCE 

DES BEYS ET DES CONSULS 

DE TUNIS 
AVEC LA COUR DE FRANCE 



AMUHATH, BBY DE TUNIS ', A LOUIS XIV. 

i. — Tunis, 12 mai 1 700. — « Noua présentons nos prières et nos 
très agréables saluts à la présence du plus glorieux parmi les puissants 
Princes de la nation chrétienne, très estimé parmi les plu» grands de 
la religion du Messie, qui met la paix parmi les peuples chrétiens, sei- 
gneur de la renommée et de l'honneur, notre très cher ami l'Empereur 
de France et de Navarre Louis quatorzième de nom, à qui Dieu augmente 
sa gloire et lui montre le vrai chemin de la j ustice. 

Sachez, mon bien-aimé Empereur, que non seulement nous prions 
Votre Majesté d'accepter notre bienveillante et sincère intention envers 
votre personne royale, mais que nous prions encore le souverain Dieu 
qu'il augmente journellement vos glorieux royaumes, lesquels sont 
aujourd'hui l'étonnement et l'admiration de tout l'univers. 

Par le dernier traité de paix * fait avec le Consul Sorhainde 9 , nous 

1. Sidi-Amuralh, fils d'Ali-Bey, enfermé au chtteau de Sousse par ordre de son 
oncle Ramadan -De y, réussit h s'échapper et fomenta la guerre civile afin de s'em- 
parer du pouvoir. Vainqueur, il fut proclamé Bey à Kairouan, le H mars 1693, et 
confirmé par le Divan le 13 du même mois. Extravagant et cruel, il fit aussitôt 
mettre à mort Ramadan et exila à Laghouan le Dey Mohammed -Khodj a qu'il rem- 
plaça par Dell-Mohammed, une de ses créatures. Après avoir, à plusieurs reprises, 
guerroyé contre les Algériens, il trouva la mort, comme il avait trouvé le pouvoir, 
dans une révolution. Il fut assassiné, le S juin 1703, par Ibrahim-el -chérit, Agha 
des Spahis. Voy. Mémoires historiques sur le gouvernement de l'ancien et du nou- 
veau royaume de Tunis, par Sain t-Gervais, p. 54, — Etat des royaumes de Barbarie, 
p. 181, — Mémoires pour servir à l'histoire de Tunis {Voyages de Paul Lucas, t. Il, 
p. 138). 

ï. Ce traité avait été signé le 26 juin ISS». Il confirmait celui de 1685 et renou- 
velait l'acte assurant aux Français • la possession et jouissance a toujours du 
Cap-Nègre ». 

3. Auger Sorhainde, nommé Consul de la nation française & Tunis le 7 février 



Digitizedr.y G00gle 



2 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1700] 

avons donné des marques à Voire Majesté de notre sincère intention 
pour la continuation d'une parfaite intelligence, aussi nous espérons 
avoir l'honneur d'être toujours dans votre royale bienveillance. Cepen- 
dant nous faisons savoir à Votre Majesté que nous voulons faire une 
donation et présent de la place du Cap-Nègre ', lieu de notre domaine, 
à Jean et Gaspard Bourguet *, français de nation, pour reconnaître un 
service considérable qu'ils nous ont rendu. Mais parce que le dit Consul 
nous a fait savoir autrefois que Votre Majesté protégeait une Compa- 
gnie habitant au dit lieu du Cap-Nègre *, nous n'avons pas voulu mettre 
en possession les dits frères Bourguet, jusques à ce que nous en ayons eu 
donné avis à Votre Majesté. Et comme divers de nos sujets qui sont aux 
environs du dit Cap-Nègre se sont plaints diverses fois des mauvais pro- 
cédés de la dite Compagnie, nous le faisons savoir à Votre Majesté, en 
quoi il lui plaira de reconnaître la sincérité de nos dites protestations, 

1690. Ses provisions furent renouvelées le 3i décembre 1692 el le 1" mai 1691. Il 
exerça ces fonction» jusqu'au S juillet 1711. — Voy. sa correspondance avec la 
Chambre de commerce de Marseille, inventoriée par Octave Teissicr, SAA, 509. 

1. Le Cap-Nègre est situé sur le territoire tunisien, à 20 lieues a l'est de Bone. 
Des marins provençaux s'associèrent, en 1478, pour pêcher le corail de Tabarque 
jusqu'à Boue. En 1520, un Parisien, un Normand et un Breton s'établirent au 
Cap-Nègre pour commercer avec les Arabes au nom d'une Compagnie dont le siège 
était au Havre. Ce poste fut occupé en 1543 par des Génois, installés k Tabarque; 
ils furent plus tard chassés par des corsaires. En 1631, Sanson Napollon, gouver- 
neur du Bastion et de ses dépendances, voulut joindre le Cap-Nègre 4 nos conces- 
sions d'Afrique. Nous avons raconté, dans le premier volume, son audacieuse expé- 
dition à l'Ile de Tabarque et sa mort en 1633. Les Français occupaient encore le 
Cap-Nègre lorsque Sanson Lepage succéda, en 1634, à Sanson Napollon. D'ailleurs, 
dans lous les actes datant de celte époque, le Cap-Nègre est compris parmi les 
dépendances de nos établissements en Barbarie. Toutefois l'occupation de ce comp- 
toir ne Larda pas h être interrompue. Nous essayâmes, en 1841, de le reprendre, et 
Montmeillan, ayant débarque à La Goulette avec une escadre, demanda que le Cap- 
Nègre fût remis, comme autrefois, aux mains du Roi. Les négociations durèrent 
jusqu'au traité du 2 août 1666, signé au Bardo par Murat-Bcy, Mehemet-Bey et le 
chevalier d'Arvieux. Les Anglais, qui convoitaient depuis longtemps le Cap-Nègre, 
finirent par s'en emparer. Ils en furent eux-mêmes dépossédés par le Bey de Tunis 
en 1685, après que Louis XIV eut contraint les Puissances barbaresques à faire la 
paix. Enfin, le 28 août 1685, les Pacha, Dey, Divan el Milice de Tunis accordèrent aui 
sieurs Gautier et Révolal, marchands de Marseille, le droit d'exercer le commerce 
au Cap-Nègre. Depuis celte époque, ce poste n'a pas cessé d'appartenir k la France, 
malgré différentes tentatives des Anglais, notamment en 16U3 et 1693, pour s'en 
emparer de nouveau. 

2. Les frères Jean el Gaspard Bmirguel étaient deux négociants de nationalité 
française. Le premier faisaii le commerce h Cènes; le second s'était établi h Tunis 
en 1663, et le Consul Soruauide lui avait souvent reproché de conspirer avec le 
Consul anglais, pour nous enlever le Cap.Negre. 

3. La Compagnie du Cap-Nêgre tui fondée par le sieur Gauthier, de Marseille, 
avec le concours du gouvernement, en 1685. Elle fut défi n Hivernent constituée el 
entra en exercice te Sjuin 1686. Son siège social était à Marseille. En 1688, la guerre 
d'Alger et la peste l'obligèrent & abandonner le Cap-Nègre, mais elle y rentra au 
mois d'août 1691, et son traité avec la Régence de Tunis fui renouvelé en 1693. La 
Compagnie du Cap-Nègre fut réunie en 1705 a celle du Baslion de France. Elle fut 
complètement absorbée, en 1719, par la Compagnie perpétuelle des Indes. 



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[1100] AVEC LA COUR DE FRANCE 3 

la priant de ne pas nous refuser la demande que nous lui faisons avec 
tant de désir. 

De plus, nous ne cherchons pas à enlever les Français du Cap-Nègre 
pour le donner a une autre nation; au contraire, pour témoignage de 
notre vénération et amitié pour Votre Majesté, notre véritable intention 
est de mettre en possession, avec un plus grand titre, d'autres Français, 
aussi bien véritables sujets de Votre Majesté que les autres, et pour 
marque du contenu ci-dessous on voit que la bonne intelligence et fidé- 
lité qui est établie entre Votre Majesté et nous est si claire que le 
soleil lorsqu'il reluit du milieu du ciel sur nous. C'est pourquoi nous 
attendons de votre incorruptible justice, qui se voit dans toutes vos 
grandes actions, l'effet de notre demande, et de recevoir bientôt l'hon- 
neur de votre réponse, de quoi nous serons très contents. Nous prions 
Dieu qu'il vous conserve toujours dans la grandeur où vous êtes. 

Donné à Tunis dans le milieu de la lune de Zilkadé 4111, qui répond 
au 12- de mai 1700*. » 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS. 

2. — Tunis, 15 mai 1700. — Il s'agit du prêt de 12,000 piastres 
consenti au Bey, sur sa demande, pour l'aider à payer la solde de 
sa milice. Cette somme, avancée par le Consul et par les marchands 
français, rapportera 8 0/0 d'intérêt, jusqu'à sa restitution. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



GASPARD ET CLAUDE BOUSQUET AU C M DE PONTCHARTRA1N ». 

3- — Tunis, 20 mai 1 700. — Us sollicitent l'adhésion du Roi à la 
donation de la place du Cap-Négre dont les veut gratifier Amurath- 
Bey. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



(. Une lettre portant la même date et conçue presque dans les mêmes termes 
fut adressée par Amuralh-Bey au Secrétaire d'État de la marine {Affaires étran- 
tbt>, C" 4e Tunis). 

LJcr&ng Phélypeaui, (Ils et successeur de Louis Phèlypeauï, comle de Pont- 
(birtraiD. Ce dernier fut élevé par Louis XIV a. la dignité de chancelier après avoir 
eiercé les fondions de Secrétaire d'Étal de la marine de 1690 a 1699. 



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CORRESPONDANCE DES DEYS ET DBS CONSULS [1700] 



AUGEH 90RHAIRDB ' AU C l ° DE FOHTCB ART RA1H. 

4. — Tunis, 26 juin HOO. — Amurath-Bey est parti le 5 courant 
pour la frontière algérienne \ On doute qu'il aille au delà; toutefois 
Tripoli vient de lui envoyer un secours de mille spahis. 

Sorhainde proteste contre le don de la place du Cap-Nègre fait par 
Amurath-Bey au sieur Gaspard Bourguet qui donne, ainsi que ses asso- 
ciés, un mauvais exemple par l'exercice public de la religion réformée. 
Il demande au Ministre l'autorisation de les faire embarquer. 

(Affaira étrangère», C" de Tunù.) 

AUGEH SORHAUfDB AU C'° DE PORTCHARTRAIH. 

5. — T'unit, 30 juin 1700. — Le traité secret entre les frères 
Bourguet et le Bey stipule qu'ils dirigeront le commerce du Cap-Nègre 
pour le compte de ce Prince. Le don fait par Amurath dissimule le projet 

' de déposséder de ce poste la nation française. Sorhainde aurait fait 
arrêter les frères Bourguet s'il n'avait craint de se compromettre aux 
yeux du chef de la Bégence. Il attend des ordres pour agir. 

• (Affaire» étrangère», O" de Tunis.) 

LE C 1 * DE PONTCHARTRAIN A ADGER SORHAlltDK. 

6. — Versailles, 7 juillet i 700. — Le Ministre lui recommande de 
faire un bon accueil et d'accorder sa protection au Père Feuillée, 
Minime, correspondant de l'Académie des sciences, qui va dans les 
Échelles de Barbarie, pour y faire des observations astronomiques *. 

(Mariât, B' 6B, f. 94, p.) 

i.Voy. noie 3, p. 1. 

2. Am Lirait) -Bey, qui nu rêvait que sang et carnage, fil rassembler eitraordinai- 
rement le Divan et le força a décréter la guerre contre Podjak d'Alger. Il prit le 
commandement des troupes et pénétra en Algérie. N'ayant pas su profiler d'une 
première victoire, il faisait depuis cinq mois le siège de Conslantine lorsque le 
nouveau Dey, Hadji Mustapha, envoya des troupes au secours de cette ville. Une 
seconde bataille fut livrée le 3 octobre 1100, près de Medjaz-el-Ahtnar. Amur&lh- 
Bey, vaincu, se replia sur Tunis où les Algériens ne jugèrent pas h propos de le 
poursuivre. — Voy. Annales tunisiennes, p. 82 et 83. — Voyants dt Lucas, t. II, p. 211- 
284, _ el Correspondance des Deys d'Alger avec la Cour de France, t. II, p. 9. 

3. Le P. Louis Feuillée, mathématicien el botaniste. Voy. l'article de M. Feuillée, 
son neveu, dans le Dictionnaire historique de Uoriri. 



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[1700] AVEC LA COUR DE FRANCE 



JEAN ET GA9FARD BODRGUBT AU C ta DE PONTCHARTRAIN. 

7. — Tunis, i 2 juillet 4700. — lia insistent pour avoir l'autori- 
sation du Roi, afin de s'installer au Cap-Nègre. Sorhainde les a calom- 
niés; ils n'ont jamais eu en vue, en acceptant cette donation, d'autres 
intérêts que ceux de la France. 

(Affaire» étrangères, C 1 » de Tunti.) 

LE C" 1 DE FONTCHARTRAIN A AUGBR SORHAINDE. 

8. — Versailles, t4 juillet i 700. — Il l'entretient du prêt de 12,000 
piastres que le Itey de Tunis a exigé de la nation au moment de faire la 
guerre aux Algériens. Le Consul aurait dû s'opposer a cet emprunt. 
Si Amurath ne rembourse pas cette somme dans le plus bref délai, Sa 
Majesté enverra des vaisseaux pour empêcher les bâtiments tunisiens 
de sortir des ports. 

(Marine, B*151,f. tO.) 

ÀUGER SORHAINDE AU C" DE PONTCHARTRAIN. 

9. — Tunis, 2 S juillet 1700. — Les frères Bourguet se sont placés 
sous la protection du liey. Trois marchands français favorisent leur 
projet de s'emparer du Cap-Nègre. Sorhainde demande, pour le 
bien de la nation, qu'ils soient chassés de l'Echelle. 

Àmurath-Bey, arrivé près de Constantine, a battu le 7 courant les 
Algériens et mis la ville en état de siège '. 

(Affàirei étrangères, C" de Tunit.) 

INSTRUCTIONS DE LOUIS XIV AU H 11 DE NESHOND FOUR LE VOYAGE 
QU'IL VA FAIRE A TUNIS *. 

10. — Versailles, 18 août 1700. —« ...Vous passerez le détroit sans 
perte de temps pour vous rendre devant Tunis et demander au Bey les 

1. Voy. la noie 2, p. 4. 

2. André, marquis de Mesmond, chevalier de Malte en 1659, lieutenant de vais- 
seau en 1662, capitaine en 1667, chef d'escadre en 16SS. lieutenant général des 
armées navales du Roi en 1693. Son dis, le chevalier de Nesmond de Brie, devint 
commandant de la marine à Brest. 



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6 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1700] 

raisons de son procédé avec mes sujets, et en même temps une répara- 
tion sur laquelle je puisse m'assurer qu'il tiendra avec eux & l'avenir 
une meilleure conduite et plus conforme aux traités qu'il a confirmés 
et renouvelés depuis son avènement au Beylik. 

Pour vous expliquer les motifs des plaintes que vous aurez a faire au 
Bey, vous êtes informé que, par le traité de paix conclu en 1683 avec 
ses prédécesseurs ' , il est stipulé que les Français jouiront du Cap-Nègre 
et qu'il en sera toujours fait bail à la Compagnie que j'aurai agréée. Cette 
condition a été remplie par Hehemet * et Ramadan-Beys *, et le Bey a lui 
même accordé par un acte authentique cet établissement à la Compagnie 
qui le possède & présent à perpétuité *. Cependant, j'apprends qu'avant 
de partir pour sa campagne contre les Algériens il en a fait un don par 
écrit aux nommés Bourguet, français religionnaires retirés a Tunis, 
qu'il leur a même donné un sauf-conduil pour mettre le Consul hors 
d'état de les renvoyer en France pour être punis de leur téméraire 
entreprise, et offert une troupe de spahis pour en prendre possession. 
Une contravention aussi formelle à des traités observés de ma part avec 
tant de ponctualité, et une mauvaise foi aussi indigne d'un Prince, 
m'ont justement ému contre ce Bey, et je veux qu'en lui demandant 
qu'il révoque ce don et qu'il vous remette ces deux particuliers, ou du 
moins qu'il les chasse du royaume de Tunis, vous lui déclariez que s'il 
n'y satisfait pas sur-le-champ, vous détacherez le nombre de vaisseaux 
que vous jugerez nécessaire pour rester à l'entrée de ses ports et 
enlever tous les bâtiments tunisiens qui en sortiront, en attendant que 
sur le compte que vous me rendrez de ce qui se sera passé je donne mes 
ordres pour le faire repentir d'avoir osé violer un traité qui a fait la 
sûreté de ses prédécesseurs. 

Vous aurez encore & demander à ce Bey le remboursement de 
12,000 piastres qu'il a contraint le Consul et la nation française de lui 
prêter avant son départ pour faire la guerre aux Algériens; celui de 
8,000 piastres que son oncle Ramadan devait a la Compagnie du Cap- 
Nègre pour des étoffes et marchandises fournies à l'occasion de son 
mariage, et 12,000 piastres pour le prix d'un bâtiment naviguant sous 
pavillon vénitien, pris par un armateur français et enlevé par deux 
corsaires de Tunis dans sa route a Marseille, que le Divan avait 
injustement confisqués et dont Ramadan avait promis, peu avant sa 

1. Vov. le Irailè du Cap-Negre du 23 août 1665, t. 1, p. 3U-31S. 

2. Voy. sur Méhémel-Bev, 1.1, p. 366-369; 373-37*. 

3. Voy. sur Ramadan-Bey, l. I. p. 569-570; 57i-577. 

4. Cet acte est du 26 juin 1699. Il existe aux Archives de la marine, Levant et Bar- 
barie, B' 525. 



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["00] AVEC LA COUR DE FRANCE 7 

mort, au Consul qui l'a réclamé en mon nom, de payer ce prix, duquel 
je veux bien que l'armateur se contente quoique inférieur de beaucoup 
à la valeur de cette prise. 

Vous pouvez même, pour ce qui concerne ces remboursements, entrer 
en négociation et vous relâcher de l'obligation de les faire sur-le-champ, 
pourvu que le Bey donne des assurances et des assignations dont les 
intéressés soient satisfaits. Vous saurez du Consul s'il a quelqu'autre 
motif de se plaindre du Bey, pour l'ajouter à ceux que je vous explique 
et l'obliger d'en donner raison. Il aura de la peine à. s'en dispenser, 
puisque, outre leur justice, il ne voudra pas s'exposer à une rupture 
qui ne peut que lui être funeste dans ses suites et très désavantageuse 
au commerce des Tunisiens, surtout dans la conjoncture de la guerre 
qu'il a commencée contre les Algériens, a l'événement de laquelle il 
a craint d'être exposé, puisqu'il a engagé le Consul à lui promettre 
de tenir une barque prête pour se sauver avec sa famille. Si, cepen- 
dant, il refusait la juste satisfaction qu'il doit, mon intention est 
qu'après avoir tenté les voies de menaces et autres que vous estimerez 
propres à le porter & la raison, vous détachiez mes vaisseaux, Le Pru- 
dent, Le Saint-Louis, Le Trident et L'Adélaïde, pour croiser devant les 
ports de Tunis, de Porlefarine et de Bizerte ', et que vous donniez 
ordre aux capitaines de prendre tous les bâtiments appartenant aux 
sujets du royaume de Tunis qui y entreront et en sortiront et de les 
envoyer & Toulon. 

Vous les chargerez aussi de visiter tous ceux des étrangers qui y 
aborderont, à la réserve des Anglais, pour enlever les Tunisiens et leurs 
effets qu'ils y trouveront et les rapporter à Toulon lorsque j'enverrai 
d'autres vaisseaux pour les relever, et vous reviendrez ensuite dans ce 
port, après avoir donné à ceux qui resteront à la mer tous les vivres 
dont vous pourrez vous dégarnir pour qu'ils la tiennent plus longtemps 
sans inquiétude. • 

(Marine, B' 31, f. 110.) 



AOGEB SOBIIAINDB AU C"-' DE POKTCHARTRAtN. 

11. — Tunis, 7 septembre 1700. — Il a reçu l'ordre de faire embar- 
quer les sieurs Bourguet sur le premier bâtiment prêt à partir pour 
Marseille etde les faire remettre au représentant de M. Lettre t, intendant 



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8 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [1700] 

de justice en Provence '. Afin de ne donner eux Turcs aucun sujet de 
plainte, Sorhainde propose d'attendre, pour exécuter cet ordre, le retour 
du Bey de Tunis. 

{A/fairet étrangère*, C" de Tunis.) 

LE Uf DB LANGEROn * AU C** DB FORI'CHARTBAIIf. 

12. — Toulon, 4 octohre 1 700. — 11 est de toute nécessité d'envoyer 
des vivres à l'escadre commandée par le H" de Nesmond devant Tunis, 
parce que le Bey deviendra plus traitable s'il sait que les vaisseaux du 
Roi sont en état de bloquer ees ports. 

{Marine, B> HO, f. Si.) 

AMUHATH, BBV DB TUNIS, A LOUIS XIV. 

13. — Tunis, 28 octobre 1700. — « Louis XIV, Empereur de France, 
Roi de Navarre, qui êtes le plus glorieux des grands Princes de la reli- 
gion chrétienne et choisi entre les plus magnifiques potentats de la loi 
de Jésus pour médiateur des affaires de toute la "République chrétienne, 
qui portez le manteau royal de la grandeur et de la majesté, qui pos- 
sédez les vraies marques d'honneur et de gloire, notre très cher et très 
parfait ami, Dieu veuille donner un heureux succès & vos entreprises et 
vous conduire au droit chemin, qui est celui du salut. Après avoir pré- 
senté à Votre Majesté les plus purs de nos vœux, accompagnés de notre 
amitié, nous lui dirons que le commandant de dix de vos navires. Mon- 
sieur le marquis de Nesmond, lieutenant général, étant arrivé en notre 
haute présence, avec une instruction ' par laquelle vous nous faites 
savoir que deux Français frères, l'un appelé Jean Bourguet et l'autre 
Gaspard Bourguet, nous ayant requis de leur octroyer le lieu appelé le 
Cap-Nègre, de laquelle chose nous vous aurions informé aussitôt, et les 
sieurs de Gastines, commissaire, et de Ribeyrette, capitaine, étant venus 

1. Pierre Cardin Lebret, seigneur de Flacourt, maître des requêtes en 1616, 
intendant du commerce h Limoges en 16*1, à Grenoble en 1682, à Lyon en 1686, à 
Aix, enfin premier Président au Parlement de Provence de 1687 à 110*. Voy. sa 
correspondance administrative & la Marine, B* 59 et suiv., — cl à la Chambre de 
commerce de Marseille, BB, 140, ISS, 174, 1RS, 239, 261 Cl 266. — Voy. aussi in inten- 
dant sous Louis XIV, Élude mr radminittration de Lebret en Provence, par Marchand 
(Paris, 1889). 

2. Joseph Andraull, m* 1 de Langeron, enseigne de vaisseau en 1670, capitaine en 
1611, chef d'escadre en 1689, lieutenant général des armées navales en 1691. — Voy. 
d'intéressants détails sur sa carrière dans Abraham Duguesne et la marine de son 
temps, par Jfll, t. II, p. 393. 

3. L'instruction royale était • oslensive -, c'est-à-dire destinée à être officielle- 
ment communiquée au Bey. 



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[1700] AVEC LA COUB DE FRANCE 9 

en ce pays pour apporter la réponse de Votre Majesté, ont fait savoir que 
ces deux frères ne sont pas d'origine française et que Votre Majesté 
ne trouve pas bon qu'ils s'établissent dans le dit lieu de Cap-Nègre ; 
nous, après avoir entièrement compris quels étaient vos désirs, avons 
jugé a propos de renouveler la ferme du dit lieu à ceux de vos négo- 
ciants qui le possédaient auparavant, en la même manière et sur le 
même pied qu'ils l'avaient, ayant appris que cela vous est agréable, et 
afin que personne n'y apporte aucun obstacle, nous en avons renouvelé 
et ratifié les articles. Nous avons aussi parfaitement compris ce qui est 
déclaré par vos capitaines ', & savoir de vous envoyer ces deux frères 
Jean et Gaspard Bourguet, mais comme ils se sont établis sous notre 
protection, nous prions très humblement Votre Majesté, non seulement 
de leur pardonner, mais encore de leur permettre de s'établir dans 
notre patrie, sans plus nous les redemander; car l'amitié et bonne 
intelligence qui sont entre les deux pays sont plus claires que le soleil 
en son midi. Et Dieu veuille perpétuer la prospérité de Votre Majesté. » 
{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

RENOUVELLEMENT DU TRAITÉ DU CAP-NÈGRE. 

14. — Tunis, le 3i octobre 1700. — « Nous, Amuralh, Bey du 
royaume de Tunis, Soliman-Pacha, Mohamed-Dey, Mohamed, Agha des . 
Janissaires, Boulouk-Bachis, Oda-Bachis et autres officiers du Divan et 
de la Milice de ce royaume, 

Voulant rendre témoignage des sincères intentions que nous avons 
de vouloir maintenir et conserver le nommé Jean Gautier *, français de 
nation, et sa Compagnie dans la pleine jouissance et possession du Cap- 
Nègre et de son commerce, suivant le traité que nous en avons accordé 
ensuite au nommé Auger Sorhainde, Consul de France près de nous, et 
l'agrément donné au dit Jean Gautier et sa Compagnie par le très puis- 
sant, très glorieux et très invincible Prince Louis XIV, par la grâce de 
Dieu Empereur de France et Roi de Nararre, et étant requis de la part 
de Monsieur le marquis de Nesmond, lieutenant général des armées 
navales de Sa Majesté, chargé de ses ordres, par l'organe de Monsieur 
de Gaslines, commissaire général, et de Monsieur de Ribeyrette, capi- 
taine entretenu dans la marine, envoyés vers nous par Monsieur le 
général marquis de Nesmond, commandant les vaisseaux de Sa Majesté 

i. Voy., plus haut, l'instruction de Louis XIV au marquis de Nesmond. 
î. Jean Gautier, associé à Thomas Bévolat et C", marchands de Marseille, con- 
cession noires du Cap-Nègre. Voy. p. 2. 



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10 CORBESPONDANCE DES BEVS ET DES CONSULS [1700] 

mouillés en cette rade de La Goulette, de vouloir révoquer le don ou 
promesse que nous pourrions avoir fait du dit Cap-Nègre aux nommés 
Jean et Gaspard Bourguet, français de nation, rebelles aux ordres de Sa 
Majesté, et de vouloir de nouveau confirmer la dite Compagnie de Jean 
Gautier, qui est établie depuis quatorze ans en vertu des traités et de 
l'agrément de Sa Majesté, dans la possession et jouissance paisible du 
dit Cap-Nègre et de son commerce, sans permettre qu'elle soit troublée 
et inquiétée par qui que ce soit, et nous ayant requis, de plus, de 
ne point accorder aux dits Jean et Gaspard Bourguet, ni à tous autres, 
aucun établissement sur la côte voisine du Cap-Nègre pour y faire 
aucun commerce qui puisse préjudicier à la dite Compagnie, 

Nous, ayant agréables les demandes a nous exposées par les dits sieurs 
de Gastines et de Ribeyrette, envoyés de la part de Monsieur le mar- 
quis de Nesmond, général des armées navales de l'Empereur de France, 
chargé des ordres de Sa Majesté, déclarons que si nous avions fait 
espérer aux nommés Jean et Gaspard Bourguel frères de les gratifier de 
la possession du Cap-Nègre pour des services qu'ils nous ont rendus, ce 
n'a été qu'à condition de l'agrément de l'Empereur de France, leur 
maître, et non autrement, mais apprenant à présent qu'Us sont devenus 
rebelles aux ordres de Sa Majesté, nous révoquons par ce présent acte 
public tout ce que nous avons pu faire et dire à cet égard en leur faveur, 
avons confirmé et confirmons la dite Compagnie de Jean Gautier 
dans la pleine et paisible possession et jouissance du dit Cap-Nègre et de 
son commerce pour tout le temps qu'elle voudra et qu'elle sera agréée de 
l'Empereur de France, avec les mêmes droits, privilèges et immunités 
dont elle a joui par le passé en conséquence des anciens traités, pro- 
mettons de l'y maintenir et conserver de toute notre autorité, sans per- 
mettre d'y être troublée ni inquiétée par qui que ce soit, à condition 
néanmoins de payer au profit de notre trésor les redevances et lismes 
accoutumées'. En outre, promettons de ne permettre ni accorder aux 
dits Bourguet ni autres aucun établissement dans aucun endroit delà 
côte voisine du Cap-Nègre, qui puisse porter quelque préjudice a la dite 
place ou à son commerce, voulant et entendant que la dite Compagnie 
de Jean Gautier y soit maintenue dans une parfaite et entière possession 
et jouissance pour tout le temps qu'elle souhaitera et qu'il sera du boa 
plaisir de Sa Majesté, attendu l'utilité qui en revient à nous et a nos 
sujets. Et pour témoignage de notre foi et parole, nous avons signé le 
présent acte et fait apposer nos tappes ou cachets. 

1. Voy. les traités du Cap-Negre des 2 août 1666, 28 juin 1672, !<t el 30 aoùl *6SS. 
10 juin 1698 et 23 juin 1699, au tome 1". Les lismes étaient de 1,000 piastres. 



Digfedsy G00gle 



[1100] AVEC LA. COUR DE FRANCE M 

Fait et publié à Tunis dans la lune de Djemazi-el-essel de l'année 
de l'hégire 1112, qui répond au 3i d'octobre 1700. » 

Le marquis de Nbsmomd, de Gastines, de Ribeyrette. 
(Sceaux des Puissances de Tunis.) 

{L'original est a ta Marine, B 7 S3f .) 

AUGBR SORUAINDB AU C L " DB PONTCHAI1TRAIN. 

16. — Tunis, 3 novembre 1700. — Amurath-Bey, entièrement battu 
parles Algériens ', est arrivé à Tunis le il octobre. Il a accordé la con- 
firmation du traité du Cap-Nègre en faveur de la Compagnie qui le 



A l'égard des nommés Cosme Bardon, Simon Herlet et Louis Bayen, 
ses complices, le Consul s'en rapporte h ce que M. de Nesmond en écrira 
et au témoignage de MU. de Gastines et de Ribeyrette. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LE C"> DE PONTCU.ARTRAIN A AUGBR S0RIIAINDE. 

16. — Tunis, 4 novembre 1 700. — Ordre est donné aux sieurs Cosme 

Bardon, Simon Herlet et Louis Bayen de terminer les affaires qu'ils 

peuvent avoir dans ce pays, de ce jour à quatre mois, et de se tenir 

prêts & venir rendre compte de leur conduite au Conseil de Sa Majesté. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



MÉMOIRE ENVOYE PAR M. DE LA J03QWERB ■ SUR QUELQUES PLACES MARITIMES 
DB TUNIS. 

17. — Tunis, 4 novembre 1 700. — « L'escadre commandée par M. le 
marquis de Nesmond partit de la rade de Toulon le 25 juin; elle arriva 
a La Goulette le 11 octobre... Il y a deux forts à La Goulette en très 
mauvais état : celui qui regarde la rade est un demi-bastion, sans 
fossé, où il y a huit ou dix pièces de canon aisées à prendre ; l'autre, 
un petit carré qui est un peu avant dans les terres à demi-portée de 
canon. Toutes les défenses en sont ruinées.... Tunis est fort grand. Il 
est entouré d'une muraille basse dont la plus grande partie n'est que 
de terre. 11 y a dans l'une des extrémités de la ville un fort que les 

t. Vov, la noie S, p. 4. 

!• Capitaine de la marine royale. 



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12 CORRESPONDANCE DBS BEÏS ET DES CONSULS [1700] 

Turcs nomment château. 11 domine assez la ville, mais sans aucune 
défense. L'étang en est & une bonne portée de canon. Cette conquête 
serait aisée à faire, si le transport des choses nécessaires à un siège 
n'en faisait pas la difficulté, mais les forts de La Goulette suffiraient 
toujours pour en imposer aux corsaires... » 

(Marine, B' / II), /. 101.) 



AUGER SORBAIItDE AU C u DE PONTCHÀHTRAIH. 

18. — Tunit, 23 novembre i 700. — Le Ministre a suspendu l'exécu- 
tion de Tordre du Roi concernant l'embarquement des sieurs Bourguet 
jusqu'à l'arrivée de Monsieur le marquis de Nesmond qui avait ordre 
d'obliger le Bey à réparer les contraventions faites au traité de paix, 
particulièrement en ce qui concerne le Cap-Nègre, ou de lui déclarer la 
guerre. 

Si l'on pouvait s'assurer du Génois qui se vante de savoir où est le 
prétendu trésor de Sousse, ce serait le meilleur moyen de détacher le 
Bey des Bourguet qui le tiennent par l'espoir qu'ils lui donnent de le 
lui procurer, et en prenant les mesures nécessaires pour la sûreté de ce 
Génois, on rendrait un notable service au Prince avec lequel on pour- 
rait faire des conventions. 

Sorhainde se plaint de l'insuffisance de ses appointements ' en raison 
des dépenses auxquelles l'assujettit son poste, qu'il considère comme 
plus dispendieux encore qu'Alger et Tripoli. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunit.) 



IE C" DE PONTCHABTRA1N AU H" DE NESMOHD. 

19. — Venaillei, 24 novembre i 700. — Le Ministre le félicite du 
succès de sa négociation avec le Bey de Tunis. Sa Majesté approuve que, 
pour la terminer plus promptement, il se soit restreint dans Res récla- 
mations concernant l'emprunt de 10,000 piastres fait par ce Prince à la 
nation et qu'il ait obtenu de lui la renonciation du don du Cap-Nègre 
aux frères Bourguet. 

{Marine, 0* 1SI, f. 348.) 

i. Les appointe me ii ( s .j Consul de France A Tunis étaient alors de 5,0u0 livres. 



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J 



[1701] AVEC LA COUR DE FRANCE 



AUSSI SORHAIUDE AU C ,e DE POHTCHARTRAIIl. 

20. — Tunis, i S décembre 1700. — Le Consul propose d'établir à 
Cadix et & Carthagène des barques armées pour escorter les bâtiments 
marchands le long des cotes où croisent, pendant sis mois de l'année, 
de mare à septembre, les galiotes des Salétins '. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



AUGIR SORHAINDE AD C* DE PONTCHARTRAIN. 

21. — Tunis, 8 juin 1701 . •— La révolution survenue à Tripoli le 
19 avril a été confirmée ici par l'arrivée de Kalil, Bey de cette Régence, 
au Bardo le 15 mai. 11 fut accueilli par Amurath-Bey avec beaucoup 
d'honneur. La cause de sa chute est son despotisme, qui lui avait attiré 
la haine universelle du peuple. 

(Affaires étrangères, C"* de Tunis.) 

22. — Toulon, 15 juin 1701. — Instruction à de Vauvré* pour le 
choix des chevaux que le Roi désire faire acheter en Barbarie. 

(Marine, B' 11i, f.SOB.) 



ADGBR SORHAINDE AU C" DE PONTCHARTRAIN. 

23. — Tunis, 12 août 1701. — Le Consul a appris les démarches des 
Etals généraux auprès des Républiques de Barbarie pour les pousser à 

I. Les corsaires de Salé étaient les plus redoutés par les marchands chrétiens 
fréquentant les côtes du Maroc. — Voy. Mémoire sur les forces maritimes des Salé- 
tixs et la manière de les détruire (Affaires étrangères, Mém. et doc. Maroc, t. IJ, 
t. «). 

!. Jean-Louis Girardin de Vauvré, conseiller du Roi en ses conseils, Intendant de 
la Marine et fortifications de Provence en 1680, exerçait encore cette charge en 1101, 
lors du siège de Toulon par le duc de Savoie. 11 avait épousé en 1680 Louise Bel- 
lintani, Hlle de l'inspecteur des manu raclures, et il en eut un (Ils, baptisé le 1 no- 
vembre 1899 bous les noms de Louis-Alexandre de Girardin (Archives communales 
de la ville de Toulon, t. 11, p. 336 et 420 de l'Inventaire de M. Tcissîer). Un de ses 
frères, Etienne -Girardin, religieux de Sainte-Croix de la Bretonnerie, fut béni abbé 
de Beaubec par l'évéque de Perpignan le 7 juin 1C82, dans l'église Sainl-Viclor, a 
Paris. Un autre fut lieutenant civil au Chàtelet et plus lard ambassadeur de France 
a Constantinople, de 1083 & 1689. Enfin un troisième fut chanoine régulier de Saint- 
Victor. — Voy. le Mercure galant, juin (682, p. 108 et suiv., — les Lettres de Coibert, 
t. 111. p. 336 et suiv., — les Archives historiques de ta Chambre de commerce de 
Marseille, S. 11, 1, de l'Inventaire, — et la correspondance de Vauvré avec la Cour 
à cette époque [Marine, m, 30, 34, 31, etc.). 



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14 CORRESPONDANCE DES BEYS ET LES CONSULS [1701] 

déclarer la guerre à la France. Il rappelle qu'au mois d'août 1699 il a 
donné avis de quelques propositions de paix avec la Hollande, qui 
avaient été faites au Bey par un Juif venu d'Alger, et des condition» 
onéreuses auxquelles le Bey avait promis de souscrire. Aujourd'hui, ce 
dernier manque d'argent et de munitions, et serait moins exigeant. 
Mais il ne voudrait à aucun prix d'une guerre avec la France. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunit.) 

AUGBH SOHHÀIHDK AU C* DE PONTCRABTRAIN. 

24. — Tunis, J8 novembre i701. — Depuis quelque temps, le 
Consul a donné peu d'informations sur le commerce du Cap-Nègre, 
croyant que la Compagnie ne laisserait rien ignorer de l'état des 
récoltes et des ordres donnés pour arrêter les mouvements des Maures 
voisins de la place, mais a l'avenir il ne se reposera de ce soin sur per- 
sonne. 

La récolte dernière a été plus que médiocre, les Maures n'ayant 
apporté au Cap-Nègre, pendant les mois de juillet, août et septembre, 
que 1,800 mesures de blé. Quant aux insultes faites par quelques-uns 
d'entre eux, le Bey a donné satisfaction au Directeur ' en punissant les 
auteurs par des taxes pécuniaires et en défendant aux cheîks de per- 
sister à demander des emprunts el des gratifications. 

A l'égard des sommes que le Bey doit & la nation et à la Compagnie, 
le Consul lui ayant déjà fait sommation & deux reprises d'exécuter la 
parole donnée, le Bey a répondu que l'état présent de ses affaires ne 
lui permettait pas de payer, et que cela viendrait en son temps. 

Sur les avis qui arrivèrent le 16 septembre dernier de la fuite d'une 
partie des intéressés de la Compagnie du Cap-Nègre *, quelques-uns 
de nos marchands, s'imaginant que cet établissement allait être a 1 en- 
chère, firent des propositions très avantageuses au principal Ministre, 
qui ne voulut pas les écouter. 

Le Bey parait déterminé non seulement à se défendre, mais encore à 
aller chercher les Algériens chez eux, et dans ce but il augmente sa 

1. Gaspard La Pérouze êiail l'agent de la Compagnie au Cap-Nègre, sous les 
ordres de Sorhainde; Falgerolle exerçait les mêmes Tondions & Tunis. 

2. Les principaux associés de la Compagnie, Jean-Baplisle Millau, Pierre Charte») 
Nicolas Simon cl Nicolas Charpentier, nommés en celte qualité en 4684, ayant fa» 
faillite, prirent la fuile en Espagne après s'être concertés pour détruire leur* 
papiers les plus compromettants. Voy. Mémoire contenant les circonstances <*' * 
qui s'est pratiqué dans ta banqueroute du Cap-Nigre (Affaires étrangères, ConsvuA 
de Tunis). 



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[1701] AVEC LA COUR DE FRANCE 15 

milice. Ces préparatifs foot croire à la guerre pour l'été prochaio et 
par conséquent à la ruine du Bey et de ses peuples. 

{Affaires étrangère», C" de Tunis.) 



AUGES S0RHA1NDE AU C 14 DE PONTCBARTRAIN. 

25. — Tunis, îî novembre i701. — Appelé à Marseille pour 
diriger la régie et l'administration du commerce du Cap-Nègre, il estime 
qu'en restant à Tunis il pourra mieux suivre la liquidation des enga- 
gements de la Compagnie avec le Bey et ménager ses différents inté- 
rêts. 11 préférerait être chargé de la régie et surveillance du commerce 
en Barbarie et il attend de nouveaux ordres. 

(Affaira eirangèi-es, C" de Tunis.) 



AUGEB SORBAINDE AU C'= DE PONTCBARTRAIN. 

26. — Tunis, S décembre 1 701 . — Le Divan de Tripoli ayant, à l'ins- 
tigation des Algériens, interdit tout commerce avec Tunis, le Bey a 
frappé Tripoli de la même interdiction. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



AUGER SORBA1NDE AU C 1 " DE PONTCHABTRAIN. 

27. — Tunis, 12 décembre 1701. — Les insurgés demandent la 
paix au Bey, offrant de lui payer les arrérages qu'il réclame s'il con- 
sent à se retirer; le Bey a accepté ces propositions. Il sera â Tunis dans 
hait jours '. 

Si le traité est fidèlement exécuté, on peut espérer une bonne 
récolte l'année prochaine. La venue seule des Algériens est à craindre 
et se confirme de plus en plus, car Sorhainde apprend de Bône que le 
30 novembre six vaisseaux d'Alger y avaient débarqué des bombes, un 

I. Amuralh-Bev n'avait pas renoncé à se venger des Algériens qui lui avaient 
infligé, bous les murs de Constantin», une humiliante défaite. Il venait de fomenter 
de nouveau la guerre civile et de lever une armée, sous prétexte d'impôts à per- 
cevoir, avec l'arrière-pensée d'envahir, nu moment propice, ta Régence voisine. La 
mort ne lui laissa pas le temps de mettre ce dernier projet à exécution. 



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16 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1705] 

mortier, des boulets et douze affûts de canon, après quoi ils avaient 
mis à la voile pour aller au Levant chercher les galères de Tunis, les 
mener à Alger ou les brûler. 

Au retour du Bey à Tunis, Sorhainde renouvellera auprès de lui 
ses instances pour le payement des sommes dues à la Compagnie du 
Cap-Nègre et à la nation française. 

[Affaira étrangères, C" de Tunis.) 

AUGER SORHAINDE AU C 1 * DE POlfTCHARTRAIN. 

28. — Tuuif, 14 décembre i70i. — Sorhainde a vu le Kiaya du Bey 
et lui a dit que Monsieur de Champigny ' était venu, par ordre du Roi, 
réclamer l'exécution de la parole donnée par le Bey de payer à la Com- 
pagnie du Cap-Nègre et à la nation les sommes qu'il doit leur restituer. 
Le Kiaya a promis qu'il en informerait le Bey et qu'à son retour de Béja' 
il aiderait le Consul a lui persuader d'écouter l'expédient que celui-ci 
lui proposera pour s'acquitter, qui sera de compenser les redevances 
du Cap-Nègre. 

(Affaires étrangère», U" de Tunis.) 

UGER SORHAINDB AU C" DE PONTCHARTRÀIH. 

25 février i 702. — Le Bey, de retour à Tunis, a con- 
on des 2,000 piastres qu'il touche annuellement comme 
i Compagnie du Cap-Nègre. 

ît se prépare à déclarer la guerre a Tunis, et le Bey se 
le recevoir. Une tentative d'alliance avec Tripoli, faite 

échoué. Les Maures de la campagne se soulèvent. 
(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

AN BT GASPARD BOURGUBT A DE SALABERRY ». 

24 mars 1 702. — Les sieurs Bourguet, qui ont abjuré 
e, demandent l'agrément de la Cour pour prendre pos- 

rquis de Champigny, garde de la marine en 1610, enseigne de 
apitaine en 1080, chef d'escadre en 1707, lieutenant général en 
bailli de Bellefonlaine. 

gence, a dix lieues de Tunis. 

lis du comte de Pontchar train au Secrétariat d'Étal de ta marine. 



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[1702] AVEC LA. COUR DE FRANCE 17 

session de la Galipie ' dont le Bey leur a fait don. Les Hollandais en ont 
offert 10,000 piastres par an qui ont été refusées. 

(Affairet ttrangb-e», C" de Tunis.) 

THAITK DE LA GALIPIE. 

31. — T'unis, mars 1 702. —• « Le Bey et le Divan de Tunis ont donné 
à perpétuité aux Bourguetle poste de la Galipie comme Échelle franche, 
avec la permission d'y bâtir des magasins moyennant 7,000 piastres de 
redevance annuelle. Les limites sont tout le cap Bon jusqu'à Sfax ' ; 
ils pourront dans cette étendue acheter toute sorte de marchandises et 
les faire voilurer par terre pour les embarquer. S'il arrivait une guerre 
entre la France et ce royaume, il ne serait fait aucune insulte aux 
Bourguet ni à leurs commis, qui pourront continuer tranquillement leur 
commerce à l'exclusion de tous les autres. Tous leurs bâtiments seront 
exempts d'ancrage et autres droits et de toute inspection de la part des 
officiers de la Régence tunisienne. » 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

AUGER S0RIIA1NDB AU C 18 DE POEJTCBARTRAIH. 

32. — lunit, 27 juillet 1702. — 11 fait connattre la dernière révo- 
lution survenue à Tunis par la mort tragique d'Amurath-Bey et l'ex- 
tinction de sa famille. Ibrabim-Chérif, son meurtrier et son successeur, 
entend tenir tous les engagements d'Amurath-Bey '. 

{Affaires étrange,*», C" de Tunis.) 

I.Ë C'« DG rOKTCBARTAin A AUGER S0RHA1HDE. 

33. — Versailles, 2 août 1 702. — La Cour attend de lui les rensei- 
gnements les plus précis sur le changement de gouvernement à Tunis, 

1. On appelait souvent ainsi l'Ile de La Gaiite, à 20 lieues de Biierte. 

2. Port de Tunisie, dans le golfe de Gabès. C'est l'ancienne Taphura ou Taparura 
des Romains. 

3. Amurath avait quitté Tunis dans les premiers jours du mois de mai 1702. 
Cest près de Béja qu'il tomba, le 8 juin, sous les coups de son meurtrier. Les 
complices de l'assassin firent aussitôt périr plusieurs membres de la famille du 
Bey, qui auraient pu empêcher Ibrahim de recueillir les fruits de son crime. Kara- 
Xustapba fui nommé Dey de Tunis le 32 juillet 1702, sous l'obéissance absolue 
d'Ibrahim -Chérit. Hais le 21 octobre suivant Ibrahim déposa Kara-Mustapha el prit 
lui-même le titre de Dey. La Cour de Constanlinople accepta le fait accompli el 
laissa l'usurpateur prendre a son gré les titres de Bey, de Dey et de Pacha. 



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18 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [1703] 

sur le renouvellement des traités avec le nouveau Bey et sur la situa- 
tion de la Compagnie du Cap-Nègre. 

[Manne, B* IIS, f. Ht.) 
AUGEB SOBHAIKDE AU C" DE POEITCHARTHAIH. 

34. — Tunis, 28 août 1 702. — lia averti les capitaines el patrons 
des bâtiments français de la guerre déclarée par la France aux Anglais 
et aux Hollandais. 

Le nouveau Bey a de bonnes intentions et est fort bien disposé pour 
la France, mais il est à craindre que son régne ne soit de courte durée. 
(Affaire» étrangère», C" de Tunit.) 

ALGER SOHHAINDE AU C 1 * DE POKTCHAHTRAIN. 

36. — Tunit, 12 janvier 1703. — lia reçu au commencement du 
mois cinq Turcs de Tunis et de Tripoli qui s'étaient sauvés d'un vais- 
seau génois et réfugiés à Antibes. En l'absence du Bey le Consul les a 
présentés au Kiaya eu lui faisant sentir la continuation des bontés du 
Roi pour le gouvernement de la Régence. 

Dès que le Bey sera de retour, Sorhainde fera en sorte d'obtenir la 
confirmation du traité de paix ; mais pour celui du Cap-Nègre, il est pru- 
dent d'attendre des circonstances plus favorables, à cause des clauses 
avantageuses à la Compagnie qui y sont insérées et qui pourraient 
effaroucher les Turcs. 

Le Bey lui a fait remise de la somme que la Compagnie paye chaque 
année au Divan, soit 7,000 piastres, et le Consul espère obtenir sem- 
blable concession pour les années suivantes jusqu'à entière compensa- 
tion des créances de la Compagnie et de la nation, qui s'élevaient à 
25,000 piastres et ont été réduites a 15,000. 

(Affaires étrangère», O" lie Tunit.) 

LE C 1 * DE POKTCHARTRAIK A AUGBR SORUA1KDE. 

36. — Versailles, 21 février i 703. — Il devra requérir la plus com- 
plète satisfaction pour les récentes contraventions commises par le Bey 
de Tunis et qui ont motivé des plaintes des Provençaux. 

[Marine, B* m, f. tôt.) 



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[1703] AVEC LA COUR LE FRANCE 



AUGBR SOBHAWDE AU C" DE P0NTCBABTRA1N. 

37. — TuttU, iSmai 170$. — A la demande du Consul d'Angleterre 
le Bey a accordé aux corsaires flessinguais l'autorisation d'amener leurs 
prises dans ses ports sous pavillon anglais. Sorhainde n'a pu obtenir 
du Prince qu'il révoquât celte concession. 

(Affaire» étrangères, C*' dé Tunis.'' 



ALiGEH SORHAINDE AU C 1 " DE POKTCHARTRAIN. 

38- — Tunis, 14 mai 1705. — Le Bey acontraint le Consul d'Angle- 
terre à payer une tartane commandée par le patron Melchior Couture, 
de Mar ligues, qui avait été prise et brûlée en vue du port par des vais- 
seaux anglais. 

La sédition fomentée par Àhmet ben Soliman-Bey, dont les partisans 
deviennent de plus en plus nombreux, fait craindre une révolution. Le 
Bey est parti le 12 avec un camp de 200 pavillons afin de contenir les 
tribus dans le devoir '. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



AU6ER SORBAIHDE AD C 1 * DB POHTCHARTRAIH. 

39. — Tunis, 3 septembre i 7 OS. — Le Bey est de retour de sa cam- 
pagne ; il a obligé Ahmet Ben Soliman à se retirer sur le territoire algé- 
rien. Cette retraite à fait rentrer dans l'obéissance quelques tribus 
que Soliman avait gagnées à sa cause, 

La permission que le Consul anglais avait demandée au Bey pour 
les corsaires flessinguais n'a eu jusqu'à présent aucune suite. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



1. Ahmet Ben Soliman avait Tait prisonnier, dans les premiers jours du mois de 
mai, Hossein, Kiaya du Bey, avec toute sa cavalerie. A cette nouvelle Ibrahim se 
tnità la lête de son camp et marcha contre le rebelle, dont il eut facilement raison, 
ru l'insuffisance des forces dont ce dernier disposait. Voy. Voyages de Paul Lucas, 
t. II, p. 3*0 et suiv. 



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CORRESPONDANCE DES BEVS ET DES CONSULS [1703] 



AUGER SORHAINDE AU C" DE l'ONTCUARTHAIH. 

40. — Tunis, 22 octobre 1 703. — Le Bey a révoqué la remise qu'il 
avait faite à la Compagnie de Cap-Nègre, de sa redevance annuelle 
de 7,000 piastres, en compensation des sommes dues à ladite Compagnie 
par ses prédécesseurs. En outre ce Prince exige que les 7,000 piastres 
de l'année dernière lui soient payées. Sorhainde, ayant refusé d'obéir à 
cette injonction, a été mis aux arrêts par ordre du Bey et détenu du 
vendredi au samedi soir. Dans le cas où le Roi voudrait envoyer une 
escadre pour demander au Bey raison de son injustice, il conviendrait 
d'attendre le 13 mars prochain, le Bey devant s'absenter et ne revenir 
k Tunis qu'à cette époque. Sorhainde croit qu'il suffirait de déclarer 
au Bey que le Roi, informé qu'il est du des sommes considérables & la 
nation française et h la Compagnie de Cap-Nègre par les Puissances 
de ce gouvernement, veut empêcher la. ruine de ses sujets résidant h 
Tunis et leur a ordonné de se retirer. Un tel langage produirait le 
meilleur effet, parce que tout le commerce de Tunis se fait par les Fran- 
çais ou sous le pavillon français. 

(Affaire* étrangère!, C- de TunU.) 



ÀUGF.tt S0RHA1HDE AD C 10 DE PONTCHABTBAIIf. 

41. — Tunis, 13 novembre 1703. — Une escadre anglaise de cinq 
vaisseaux a mouillé au Cap Carthage le 24 octobre, elle a été détachée 
de la flotte d'Angleterre et de Hollande le 10 ou le 12 du même mois 
pour venir demander au Bey la confirmation des traités faits avec ses 
prédécesseurs '. Il a été envoyé six vaisseaux a Alger pour le même motif. 
La négociation a été onéreuse aux Anglais, car les droits de douane 
dont le précédent Bey leur avait accordé la réduction à 3 0/0 ont été 
fixés de nouveau & 8 0/0. L'escadre anglaise a appareillé le 8 de ce 
mois pour aller à Tripoli et est revenue le 1 1 avec une tartane française 
dont elle s'était emparée la veille. Sorhainde a réclamé au Consul 
d'Angleterre le patron de celte tartane, retenu prisonnier par le com- 
mandant anglais. La flotte anglo-hollandaise est composée de 56 vais- 
seaux de ligne, 10 frégates, 8 brûlots et 8 galiotes & bombes. 

(Affaires étrangères, C" de TunU.) 

i. Voy. sur celte négociation anglaise Voyage) de Paul Lucas, t. II, p. 318. 



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[1704] AVEC LA COUR DE FRANCE 



AUGER SORHAIHDE AD C u DE PONTCOARTRAIN. 

42. — Tunis, 24 novembre i 703. — Le Bey refuse d'exécuter le 
traité de 1685, relatif aux droits de douane, et exige le retour de 
l'ancien tarif (10 0/0) '. Le Consul insiste sur la retraite de la nation, qu'il 
présente comme le moyen le plus sûr de ramener le Bey à des sentiments 
plus justes, et il demande que le transit des bâtiments de Provence soit 
suspendu pendant quelques mois. 

(Affaires étrangères, <?■• de Tuait.) 



ADGBH SORHAtNDE AD C" DE r-OKTCHAUTBAlH. 

43. — Tunis, 13 mai 1704. — Sorhainde a expliqué au Bey l'intérêt 
qu'il avait & se maintenir en bonne intelligence avec la France par 
l'observation exacte des traités. Il serait a désirer que l'escadre vint 
avant le 26 courant, époque à laquelle le Bey doit s'absenter pour ne 
revenir qu'en août. Abmet Ben Soliman, concurrent du Bey, est mort, 
à la grande joie du peuple qui voit disparaître la crainte d'une guerre 
intestine. La ligue qui semblait se former entre Tripoli et Alger contre 
le Bey n'aura très probablement pas de suites. 

La récolte parait devoir être bonne, et il serait à souhaiter que la 
Compagnie de Cap-Nègre mit moins d'indifférence à profiter de cette 
occasion pour relever l'état de ses affaires. 

(Affaires étrangères, C" de Tunii.) 



AUGER SORHAIHDE AD C*° DE POKTCHARTRAtK. 

44. — Tunis, 2 août 1 704. — M. le chevalier de Broglie, commandant 
le vaisseau du Roi L'Heureux retour, ayant appris que la flotte ennemie 
était passée dans ces mers, avait dépéché une petite tartane pour 
porter à Tripoli et à Tunis l'ordre de retenir les bâtiments marchands. 
Celte tartane, ayant rel&ché à La Galipie, fut prise par un corsaire de 

1. Le traité de 1085 fixait h 35 piastres au maximum pour chaque bâtiment le 
droit d'ancrage que devaient payer, pour entrée el sortie, les vaisseaux marchands, 
poivres, barques et larlanes portant pavillon de France. 



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22 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1704] 

ce gouvernement. Le Bey, à qui Sorhainde s'en est plaint, s déclaré 
ce bâtiment de bonne prise et en a refusé la restitution. 

L'arrivée d'une forte escadre est de plus en plus nécessaire pour 
mettre le Bey à la raison. 

(Affaires étrangères, C* de Tunis.) 



ACGER SORHAINDE AU C" DE PONTCDARTRAIN. 

45. — Tunis, i octobre 1 704. — Il a obtenu la restitution du bâti- 
ment qui, envoyé de Halte par H. le chevalier de Broglie, avait été pris 
par un corsaire de ce gouvernement. 

La nation a été obligée de payer au Consul anglais la somme de 
1,800 piastres, en dédommagement d'une prise indûment faite sous les 
forts de La Goulette par le capitaine Honoré Brémond, de Cassis. 

(Affaires étranger*», O" de Tunis.) 



AUGER SORHAINDE AU C" DE POHTCH ART BAIN. 

46. — Tunis, 7 novembre 1704. — Sorbainde donne avis que le Bey 
est parti le 25 octobre a la conquête de Tripoli avec 10,000 hommes '. 

Cette campagne sera vraisemblablement fatale au Bey. Personne, en 
son absence, n'ayant qualité . pour négocier, il est à souhaiter que les 
vaisseaux du Roi n'arrivent pas avant son retour. 

(Affaire* étrangères, C' K de Tunis.) 



1. Ibrahim déclara la guerre au Bey de Tripoli a la suite du refus de celui-ci de 
restituer au Bey de Tunis plusieurs chevaux d'un très grand prix, présent du Pacha 
d'Egypte, dont Kalil-Bey n'avait pas craint de s'emparer, alors qu'ils traversaient 
la Régence de Tripoli. En outre, Kalil-Bey venait de capturer encore un corsaire 
tunisien et tout son équipage qui avaient été contraints de relâcher, avec uns 
riche cargaison, dans ce pays. Ibrahim exposa ces griefs au Divan de Tunis, qui 
souscrivit aussitôt aux projets belliqueux du Bey. Ce Prince croyait pouvoir comp- 
ter, pour cette expédition, sur l'appui dil gouvernement algérien. Ce fut le con- 
traire qui arriva, et sous prétexte qu'Ibrahim avait interdit l'exportation des 
céréales dans les pays musulmans, le Dey d'Alger lit cause commune avec ses enne- 
mis. Mais Ibrahim ne laissa pas aux Algériens le temps de prendre l'offensive. 
Parti de Tunis le 25 octobre, il battit le 10 décembre les Tripolitains et mit le 
siège devant leur capitale. 



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[1708] AVEC LA COUR DE FRANCE 



LE DE PORTCHABTRAIN A I.EBRET *. 

47. — Marly, 1 ? décembre i 704. — « Le Coneul de Tunis, le Vice- 
Consul et le drogman de Candie se plaignent de ce que leurs appointe- 
ments ne leur sont pas payés. 11 leur en est dû plus d'une année, et ils 
sont obligés pour vivre d'emprunter à 20 0/0 l'an. Examinez la cause 
de ce retard et donnez les ordres nécessaires pour y remédier... » 

(Marine, fli 71, f. 179.) 
LE G 1 " DE PONTCHABTRAIÏI A LEBBBT. 

48. — Versailles, 2 f janvier 1705. — Il le félicite d'avoir terminé 
l'affaire de la Compagnie du Cap-Nègre en mettant les intéressés en état 
de faire homologuer leur accommodement '. 

{Marine, tt> 73, f. tO, v.) 



AUGKH SOBHAMDB AU C" DE PONTCHABTBAIN. 

49. — Tunis, 10 mars 1 705. — Le Bey, forcé par la peste de lever le 
siège de Tripoli », est revenu le premier de ce mois, mais dans des dis- 
positions plus mauvaises que jamais à l'égard de la nation. Des femmes 
turques ayant été surprises au Fondouk * dans la chambre d'un sieur 
Constant Boyer où elles avaient été amenées par un Juif, la chose fit 
éclat et le Bey, l'ayant apprise dès le lendemain de son arrivée, fit 
demander au sieur Sorhainde de lui livrer le Français dans la chambre 
duquel on avait trouvé des femmes. Le Consul, ayant refusé, fut arrêté 
par ordre du Bey et mis à la chaîne. Sa détention dura quarante-huit 

1. Voy. note 1, p. 8. 

2. Voy. les arrêts dea 30 septembre et 8 octobre 1101, relatifs aux dettes de la 
C" du Cap-Negre. Ils ordonnaient que quatre intéressés régleraient les affaires de 
la dite C" bous 1b surveillance de Lebret : Bégon, Sorhainde, Michel et Dusault. 

3. Il v avait quelques jours a peine qu'Ibrahim avait mis le siège devant Tripoli 
lorsque les habitants demandèrent à faire la paix, en offrant de payer une assez 
forte indemnité de guerre. Mais te Bey de Tunis n'y voulut point consentir et la 
guerre continua. Sur ces entrefaites, la peste fil invasion dans son armée, la panique 
y pénétra avec elle, et le 11 janvier Ibrahim fut contraint de lever le siège et de 
regagner Tunis. 

t. Résidence du Consul et des marchands français à Tunis. — Vov. t. !, p. 25t, 
n. 3, et p. 362, n. 1. 



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84 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1705] 

heures; ensuite le Bey lui dit qu'il souhaitait qu'il fût remplacé dans 
le consulat et l'invita à écrire à ce sujet comme il le ferait lui-même 
de son côté. On espère que les Algériens, qui menacent de venir au 
printemps, délivreront le pays de l'oppression de ce Prince. 
La peste a commencé à se Taire sentir à Tunis ', 

[Affaires étrangères, C" de TunU.) 



AUGEH SOROAlIfDE AU C 1 " D8 PONTCHARTRAIN. 

50. — Tunis, 13 mars 1 705. — Une barque sicilienne ayant enlevé 
en vue du port de La Goulette, en novembre 1704, une tartane anglaise, 
le Bey a décidé que, si la prise n'était pas restituée dans deux mois, 
la nation française en paierait intégralement la valeur. 

{Affaire* étrangères, C de Tunis.) 



1BRAUIM-EL-CI1ÉRIF, BEY DE TUNIS, A LOUIS XIV. 

SI. — Tunis, 6 avril 1705. — « Grand Empereur, qui êtes le plus 
glorieux des grands Rois chrétiens et l'appui des plus majestueux et 
magnifiques Princes de la religion de Jésus, après avoir rendu a Votre 
Majesté Impériale tous les respects et saluts qui marquent les vœux 
que nous faisons pour elle comme notre parfait ami, priant Dieu qu'il 
la perpétue dans la gloire et l'élévation qu'elle mérite, nous dirons que 
nous jouissons d'une parfaite santé, toujours occupé à prier le Seigneur 
pour nos bons amis, de quoi je prends à témoin sa divine Majesté, et la 
supplie de ne jamais éloigner sa grâce de nous afin que nous fassions 
toujours le bien suivant sa volonté, 

Ensuite nous dirons à Votre Majesté Impériale, comme à notre par- 
fait ami, que la foi et les traités de paix qui sont établis entre nous sont 
toujours fermes et stables k l'ordinaire, sans aucune altération, refroi- 
dissement ni changement en aucune manière; nous sommes sincères et 



1. La peste sévit à Tunis quelques semaines après le retour d'Ibrahim dont 
l'armée venait d'être elle-même, sous les mura de Tripoli, décimée par te fléau. Bile 
ne dura pas moins de six mois et 111 «,U00 victimes dans la seule ville de Tunis. 
Malgré toutes les précautions, la colonie française du Fondouk paya un large tribut 
A l'épidémie. On eut, notamment, à déplorer la mort du Préfet apostolique, le Père 
Parfait, et, peu après, celle de son successeur, le Père Joseph-Mario. — Voy. quel- 
ques détails dans les Mémoirei pour servir à l'histoire de ta mission des Capucins 
dans la Régence de Tunis, par le P. Anselme des Arcs (Rome, 1889), p. 85. 



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[4703] AVEC LA COUR DE FRANCE 2B 

véritables amis. En cette qualité de véritables et sincères amis noue 
disons à Votre Majesté Impériale que le Consul Sorhainde, qui réside 
auprès de nous en celte ville de Tunis, ne nous convient pas; peut-être 
même que Votre Majesté n'approuve pas les actions de néant qu'il fait. 
C'est pourquoi, o notre parfait ami, ayez la bonté de déposer et de 
retirer d'auprès de nous le dit Consul et de nous envoyer en sa place 
quelqu'aulre de vos officiers en qualité de Consul, parce que le susdit 
n'est convenable ni à l'un ni a. l'autre parti. » 

{Affaires étrangères, ff" de Tunis.) 

AUGER SORHAIHDE AU C te DE POHTCHÀRTRAIK. 

52. — 7'unt'j, 22 avril Î705. — Le Bey, ayant reçu avis que le Dey 
d'Alger * devait partir vers le 20 ou 2Î> du présent mois pour venir lui 
faire la guerre, se dispose à partir lui-même dans trois jours. On ne 
doute pas que cette campagne ne soit fatale au Bey. 

L'intelligence entre Alger et Tripoli est complète. Il serait bon d'at- 
tendre l'issue de la campagne avant de faire aucune démonstration 
au sujet des affaires pendantes, tout changement de gouvernement ne 
pouvant qu'être favorable aux Français. Malgré la guerre il serait dési- 
rable que la Compagnie du Cap-Nègre profitât de l'abondance probable 
de la récolte pour relever l'état de ses affaires. La peste continue à 

sévir. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

AUGER SORHAINDE AU C 1 * OS P0NTCHARTRA1N. 

63. — Tunis, 25 mai i 705. — Le Bey et ses principaux officiers ont 
fait partir leurs familles de Tunis. La peste sert de prétexte à ce départ, 
mais le Dey ayant quitté Alger le 26 avril pour venir à Tunis, personne 
ne doute que le Bey n'abandonne la défense de la ville '. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

1. Mustapha. Yoy. Correspondance des Deys trAtger, t. 11, p. 20. 

ï. A la nouvelle que le Dey d'Alger Mustapha se disposait à marcher contre 
Tunis, Ibrahim Tortilla la ville du Kef, l'une des places les plus importantes de la 
Régence, et alla a la rencontre de son ennemi. Abandonné par une partie de ses 
soldats, il n'en repoussa pas moins avec énergie les conditions de paix humiliantes 
qui lui furent proposées le T juillet 4105. Après de nouveaux combats, Ibrahim 
succomba sous le nombre; il fut fait prisonnier et traité fort durement par le 
vainqueur. Le 8 juillet 1705, son frère Mohammed, qui commandait la place du 
Kef, fut obligé de capituler, et tomba également entre les mains des Algériens. 
• Il n'y a pas de doute, écrivit le Consul d'Alger Durand, qu'après les avoir [ait 
chanter pour savoir leurs caches, on ne leur fasse passer le pas. ■ 



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CORRESPONDANCE DES BEÏS ET DES CONSULS [1705] 



LE C'° DE PONTCDARTRAIN A AUQBR SORilAllfDE. 

54. — Versailles, 10 juin 1705. — Les contraventions du Bey de 
Tunis ne peuvent être plus longtemps supportées. On enverra le sieur 
Dusault ' pour tenter de négocier avec lui dès que la peste aura dispara 
de la Régence. 

(Slarine, B>lti,f. 70t.) 



LE C 1 '' DE POHTCUARTRA1N A M. BBGON '. 

56. — Versailles, 10 juin 1705. — Le Roi approuve le projet de 
réunir le Cap-Nègre et le Bastion de France en une nouvelle Compagnie '. 
(Marine, P, f. US.) 



AUGEH SORBAINDE AD C l ° DE PONTCuARTRAIÏI. 

56.— Tunis, 28 septembre 1705. — Il est douteux que le Dey 
d'Alger se rende maître de Tunis à cause de la faiblesse de ses troupes 
et de la résolution de la tarife * et des habitants de défendre la ville s 
tout prix. 

Le Bey qui a succédé à Ibrabim-Chérif [ et le Dey ' sont actuellement 

1. Voy. noire notice sur le diplomate Denis Dusault au t. I, p. 413, n. 1. 

2. François Bégon de Monlfermeil, grand maître des eaux et forcis du Berrî cl 
du Blésois, commissaire des comptes de la Compagnie du Cap-Nègre. 

3. Voy. la note I, p. 30. 

4. Corporaliou des Janissaires turcs. 

5. Le successeur d'Ibrahim fut Hossein-ben-Ali, ancien Agha des spahis, fils d'un 
renégat corse. Le Dey d'Alger, ayant besoin d'argent pour payer sa milice, continua 
la campagne qu'il avait si bien commencée; il envahit son territoire et le menait 
de venir assiéger sa capitale. « Que ne retournez- vous a Alger? vinrent lui dire lei 
envoyés du Divan de Tunis. Le but de votre expédition n'esl-il pas atteint? Eo 
marchant sur Tunis, votre intention était de châtier Ibrahim, et le sort des 
armes, en voua donnant la victoire, vous a rendu maître de sa vie. [Têtes-voui 
pas amplement satisfait? Quant a nous, représentants de la population tunisienne, 
nous devons être en dehors des conséquences de celte lutte, aujourd'hui termi- 
née. • Le Dey d'Alger n'en continua pas moins t'investisse ment de Tunis, en refu- 
sant d'entamer les négociations proposées. Il eut lieu de s'en repentir, car la défec- 
tion de plusieurs tribus le contraignit à lever le siège, le 5 septembre, en aban- 
donnant une quantité considérable de vivres et de munitions. — Voy. les Voyage* 
de Paul Lucas, t. Il, p. 354, — les Annales tunisienne», p. 493, — et Correspondance 
des Deys d'Alger, t. Il, p. 31. 

6. Mohammed-Khodja-et-Azear, un des familiers de Hossein-ben-Ali, qui l'avait 
r Dey en prenant lui-même le pouvoir. 



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[1705] AVEC LA. COUR DE FRANCE 87 

trop occupés de la guerre pour qu'on puisse leur parler d'affaires. Si les 
Algériens succombent, comme c'est probable, le royaume devra son 
salut au nouveau Bey. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 



AUGER SORHAINDE AD C 10 DU PONTCHARTE1AIN. 

57. ; — Tunis, 7 novembre 1705. — Après avoir refusé la paix que 
lui offraient les Puissances de Tunis, le Dey d'Alger a été contraint, 
dans la nuit du 6 au 7 novembre, de lever le siège de cette ville '. Le 
nouveau Bey de cette Régence parait disposé à maintenir les traités. 

Sorhainde a insisté auprès du Prince pour qu'il écrivit au Roi et lui 
fit part de son avènement et de ses bonnes dispositions envers la nation. 
Ce dernier s'est érigé en maître souverain, ce qui ne plaît pas au peuple, 
habitué à la domination des Deys. 

{Affaires étrangères, C* de Tunis.) 



LOUIS XIV A UOSSEIN-BEN-ALI, BBY DE TUNIS. 

58. — Marly, i i novembre i 705. — « Très illustre et magnifique 
Seigneur, 

Nous avons appris, par le compte qui nous a été rendu de ce qui 
s'est passé dans l'invasion des Algériens dans le royaume de Tunis, 
leur retraite précipitée et le choix qu'on a fait de vous pour le gouver- 
nement de ce royaume. Nous chargeons le sieur dejGastines, L'un de 

i. Les Tunisiens avaient à plusieurs reprises Tait demander la paix à Mustapha. 
liais celui-ci, comptant sur le nombre de ses soldats pour vaincre la résistance 
des assiégea, avait refusé ces ouvertures. En Tait, Hossein-ben-Ali n'avait guère 
que 18,000 hommes pour défendre la ville. Toutefois, à la suite de plusieurs 
défaites subies par tes Algériens, ceux-ci se découragèrent, et à son tour Mustapha 
demanda la paix aux Tunisiens. Très fiers de leurs premiers succès, les assiégés 
se montrèrent pleins d'arrogance et signifièrent aux envoyés du Dey qu'ils ne con- 
sentiraient A entrer en pourparlers qu'après la levée du siège, l'évacuation com- 
plète du territoire et une large indemnité. Blessé au vif par celte réponse, le Dey 
se résolut à continuer la lutte. Mais les ravages de la peste et une nouvelle et 
vigoureuse sortie des assiégés le forcèrent à prendre la fuite. De retour dans sa 
Régence, Mustapha tomba victime d'une sédition fomentée par les principaux 
Janissaires, mécontents de ne pas recevoir une augmentation de paye à la Un de 
la campagne. Ces derniers proclamèrent Hossein Dey d'Alger et étranglèrent son 
malheureux prédécesseur, après lui avoir Tait subir mille outrages. — Voy. Cor- 
respondance des Deys d'Alger avec la Cour de France, t. II, p. 37, n. 2, — Annales 
luniiiennes, p. 95 et suîv. 



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28 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1705] 

dos intendants de la Marine, qui passe en Levant pour en visiter les 
Echelles, de tous féliciter sur cet heureux événement et de vous 
assurer de la continuation de notre bienveillance et de la résolution où 
nous sommes de faire ponctuellement exécuter les traités de paix. En 
même temps, nous lui donnons ordre de se plaindre d'une contraven- 
tion qui y a été faite par le Bey votre prédécesseur et de vous 
demander justice pour ce qui est do, par lui et par les Beys qui l'ont 
précédé, tant à nos sujets qui résident a Tunis qu'à la Compagnie du 
Cap-Nègre dont le discrédit est venu en partie du refus ou du retarde- 
ment de ce payement. Nous espérons que vous l'écouteres favorable- 
ment et que vous chercherez à maintenir une bonne correspondance 
avec nos sujets, ponr augmenter, s'il est possible, la considération que 
nous avons pour vous dont on nous a marqué le mérite et les bonnes 
qualités, et nous attendons de ses nouvelles sur ce sujet. Et la présente 
n'étant à. autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait, illustre et magni- 
fique Seigneur, en sa garde. » 

(Marine, B* ISS, f. H07.) 
LE C" DB POHTCIIARTRAIH A DB GASTIlfXS ». 

59. — Marly, H novembre i 705. — « ...M. deGastines, en se rendant 
è> son poste, s'arrêtera devant Tunis et s'entendra avec le Consul Sor- 
hainde pour obtenir des Puissances la réparation des contraventions 
au traité de paix et le payement des sommes dues à la Compagnie du 
Cap-Nègre par les précédents Beys de cette Régence.... » 

(Marin*, fli 73, f. JOS.) 



AUG1ÎH SOHHAIttDB AU C" DE POltTCHARTRAIlf. 

80. — Tunis, 26 novembre il 05. — Le Bey * de Tunis s'est aliéné 
tous les esprits par sa tyrannie et sa mauvaise foi. Le Dey * a été con- 
traint de se retirer pour n'en pas être la victime. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



1. Louis Bigot de Gastines, conseiller d'État et intendant de la marine, Tenait 
d'être chargé d'une importante mission au Caire, h Atep, a Alexandrie, a Seyde et 
a Saint-Jean d'Acre. — Voy. Archives de la Chambre dt commerce de Marseille, Bfl' 
de l'inventaire d'Octave Teisaier. 

2. Hossein-ben-Ali. 

3. Mohammed -Khodj a. 



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[1706] AVEC LA COUR DE FRANCE 



AUGEB SOBBAINDK AU C ,e DE POSTCIIARTHAIN. 

61. — Tunis, 15 décembre 1705. — 11 y a eu réconciliation appa- 
rente entre le Dey et le Bey, mais étant donnée la fermeté du Bey à ne 
pas se départir de l'autorité de ses prédécesseurs, on ne doute point 
que son rival ne succombe bientôt, ce que tous désirent. 

Pour préparer les voies à la négociation dont a été chargé M. de Gas- 
tines, Sorhainde a pressenti le Dey sur les griefs et prétentions qui 
doivent lui être présentés; il n'a trouvé en lui aucune hostilité. 

(Affaire» étrangère», C" de Tunit.) 



AUGEB SORHAINDE AU C" ! DE FONTCHARTRAIS. 

62. — Tunis, 4 janvier 1 706. — Mohammed -Khodja, Dey de Tunis, a 
été victime de la catastrophe dont il était menacé, et Hossein-Bey est 
en possession de ce gouvernement '. Il fit hier son entrée à Tunis mais 
exigea au préalable qu'on lui apportât la tête du Dey, ce qui fut 
exécuté. 

Kara Mustapha, qu'Ibrahim avait fait Dey en 1702 et qu'il relégua 
trois mois après a Honastir *, a été rappelé par Hossein-Bey et rétabli 
dans sa première autorité, qui cédera néanmoins à celle de ce Bey '. 

Le Dey, avant de se réfugier dans l'asile qui n'a pu le sauver de la 
mort, a fait prier Sorhainde de lui procurer un bâtiment français pour 
s'enfuir, lui offrant pour cela 2,000 sequins. Ce Consul, feignant de le 
vouloir servir, donna ordre pendant la nuit bu seul bateau qui se 
trouvait en rade de lever l'ancre et de s'en aller à Portefarine, et le 



1. Ambitieux et résolu, Mohammed- Khodja avait résolu de restaurer à son profit 
le pouvoir, très étendu, dea anciens Deys. Malheureuse meut pour lui, il ne fit pas 
assez mystère de ses projets. Hossein-ben-Ali, qui n'avait pas tardé à les pénétrer, 
s'éloigna momentanément de Tunis, où il ne se croyait plue en sûreté, et, le 
26 décembre, proclama Dey Kara Mustapha, qu'lbrahim-el-Chérif avait autrefois 
exilé & Monaslir. De son côté, Mohammed -Khodja écrivit albrahim-el-Chérif pour lui 
offrir te Beylikat. La lutte entre les trois partis était donc ouverte; elle se termina 
par le triomphe d'Hussein, qui fil trancher la léte à ses deux ennemis et resta seul 
maître du pouvoir. 

2. Port de Tunisie, à huit milles à l'est de Sousse. 

3. En voulant rétablir l'ancien pouvoir des Deys, Mohammed -Khodja ne réusait 
qu'a en faire disparaître les derniers vestiges. Désormais les Deys ne seront plus 
que des fonctionnaires honoraires, et le pouvoir tout entier sera concentré dans 
les mains des Beys. 



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30 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [1106] 

lendemain s'excusa de ne pouvoir servir le Dey, la barque étant partie 
dans la nuit. 

(Affaira étrangère*, C" de Tunit.) 



LE C'° DR POHTCHABTItAIN A LEBRET. 

63. — Marly, 6 janvier 1706. — Le Ministre parle d'une combi- 
naison qui permettrait do réunir en une seule Compagnie celles du Cap- 
Nègre et du Bastion de France \ sans avoir recours aux négociants de 
Marseille, dont les tergiversations ont fait perdre une année entière et la 
meilleure partie de la récolte. 

(Affaira étrangère», C" de TtsmiM.) 

ALGER SOBHAINDE AD C 1 " DE FOrîTCllARTRAIH. 

64. — TunU, 12 janvier 1 706. — Ibrahim-el-Cbérif, ayant été averti 
par le Dey du danger de son retour par terre, s'embarqua a Bone le 7 
de ce mois et arriva le 9 a Bizerte. L'Agha en ayant donné avis au Bey, 
celui-ci envoya sur-le-champ a Bizerte et Portefarine des officiers avec 
des détachements de cavalerie. Le Janissaire envoyé à Portefariue 
surprit Ibrahim, s'empara de sa personne et lui fit trancher la tête, 
qui, apportée à Tunis, fut montrée au public à l'endroit même où il 
avait fait exposer celle d'Amurath, son bienfaiteur '. 

Ces divers événements affermissent le gouvernement présent, fort 
bien disposé pour la nation française, de sorle que les affaires au 
pays sont dans une excellente situation. 

M. de Gastines ne devra désormais être chargé des lettres du Roi 
que pour Hossein-Bey, Kara Mustapha-Dey et, si on le juge à propos, 
pour le Divan. 

(Affaira étrangères, C" de Tunis.) 

\. Voy. les arréls des 30 septembre, 8 et 28 octobre, 5 décembre 1701; î* i*"" 

vier 1703; 12 janvier, 4 juin, 31 juillet et 15 décembre 1103; 1* janvier, 5 août l'<*< 
H février, 11 mars, H avril 1705 et fi janvier 1106 sur la liquidation des dettes de 
la C" du Cap-Nègre. — Voy. aussi Mémoire de M. Bégon sur la prétentions de l'an- 
cienne C" du Cap-Nègre, 1106 {Archives da colonies', C" d'Afrique). Les créancier! 
de ta société en faillite reçurent 64 0/0, après la liquidation du sieur Guitlon, syndic 
de Marseille. 

2. Ibraliim-el-Chérif ignorait encore la mort de son protecteur lorsqu'il arriva à 
Bizerte. Il commit l'imprudence de rester seul dans sa barque pour attendre des 
nouvelles. Pendant ce temps, deux corsaires avaient été envoyés à sa recherche, 
l'un de Bizerte, l'autre de Porlefarine. Ils rencontrèrent sa barque entre les deu* 
ports, le reconnurent, et, après lui avoir coupé la léte, la portèrent au cbàteau. U 
Bey, en signe de rejouissance, fil tirer 29 coups de canon. — Voy. Voyage de Lucas. 
t. Il, p. 400 elsuiv. 



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["06] AVEC LA COUR DE FRANCE 



LOUIS XIY AU DIVAN DE TUNIS. 

66. — Versailles, iO février 1 706. — « Très illustres et magnifiques 
Seigneurs, 

Nous apprenons avec joie, par les lettres de notre Consul & Tunis, 
que des troubles qui avaient agité ce royaume pendant quelque 
temps se sont heureusement terminés par la prudente conduite du 
Seigneur Bey dont nous estimons beaucoup la personne. Nous avons 
chargé le sieur de Gastines, l'un des intendants de notre Marine, que 
nous envoyons au Levant, de s'arrêter a Tunis pour vous témoigner 
la part que nous prenons au rétablissement de votre tranquillité, et 
pour vous assurer.qu'elle ne sera point troublée par nos sujets, auxquels 
nous- avons donné des ordres précis d'entretenir toujours une bonne 
correspondance avec ceux du royaume de Tunis, et comme elle avait 
été altérée par les injustices des précédents Beys qui ont contrevenu 
au traité de paix et refusé de restituer ce qu'ils avaient emprunté de 
dos sujets, nous chargeons aussi le sieur de Gastines d'en conférer 
avec vous, ne doutant pas que vous ne désiriez de vous conserver 
notre bienveillance en convenant des moyens de réparer et d'établir 
solidement pour l'avenir le commerce de la Compagnie du Cap-Nègre 
qui nous est avantageux. Et la présente n'étant & autre fin, etc.. » 
{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



LE C" DE PoNTCUAKTAAIN A DE GASTINES. 

66. — Versailles, iO février 1706. — «... Les nouvelles qui me sont 
venues de Tunis me font espérer que vous y trouverez le gouvernement 
disposé à une négociation favorable et prompte. Vous avez des lettres 
du Roi pour le Divan afin qu'il ne vous manque rien de ce qui pourra 
y contribuer. Si vous jugez qu'il soit nécessaire d'augmenter les pré- 
sents destinés aux Puissances, faites-le; vous en serez remboursé. » 
(Marine, B 1 73, f. m.) 



LE C" DE FORTCHARTRAIN A AUGER SORUA1NDE. 

67. — Vénalités, i 7 février 1 706. — On loue sa conduite et son 
désintéressement pendant les dernières révolutions de Tunis. Il doit 



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32, CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [WW\ 

préparer les voies à la négociation de M. de Gastines, et s'entremettre 
pour la formation en une Compagnie unique du Cap-Nègre et du Bas- 
tion de France. 

(Marine, B* I9S, f. 4SI.) 

ÀUGKH SORHAINDE AU C w DK POHTCHARTHAIJI. 

68. — Tvnit, $3 février i 706. — L'absence du Bey, parti à Km- 
proviste le 30 janvier pour réprimer, sur les confins de Tripoli, le sou- 
lèvement d'une nation de Maures, et son refus de déléguer ses pou- 
voirs à son Kiaya, ont seuls empêché d'aboutir la négociation dont 
M. de Gastines était chargé '. Les intentions du Bey étant bonnes, 
Sorhainde espère que les choses n'auront pas à souffrir de ce contre- 
temps. 

Le Consul a obtenu du Dey 1h suspension du payement des lismes* 
dues par la Compagnie du Cap-Nègre jusqu'au retour du Bey dont it 
espère en obtenir la remise... H. de Gastines est parti le 20 courant... 
La paix est rétablie entre Tripoli et Tunis, et Alger a fait au Bey des 
ouvertures de paix. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

H0SSEIN-BEN-AL1, BEY DE TUNIS, A AUGBB SOIIHA1NDE. 

69. — Au camp du Djertd », 28 février 1 706. — Le Bey proteste de 
ses bonnes intentions envers la Couronne de France et envers te 
Consul. Dès son retour a Tunis, ils régleront entre eux toutes choses, 
car it ne désire que la justice... 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

AUGER SORHAINDE AU C" DE PONTCHARTRAtH. 

70. - Tunis, 5 mars 1 706. — Malgré la promesse faite de sus- 
pendre le payement des redevances du Cap-Nègre jusqu'au retour du 
Bey, le Dey et le Kiaya l'ont obligé à payer 1,166 piastres 1/2. de la 
paye courante. Le Bey l'a ordonné ainsi, s'excusaut sur l'épuisement 

1. Voj". le Mémoire des demandes faites par ordre du Roi 4 Kara-Mustapha, Dey 
de Tunis, les it et il février 1106 {Affaires étrangb-es, C" de Tunû). 
i. Redevances. 
3. Région du sud-ouest de la Tunisie. 



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[1706] AVEC LA. COUR DE FRANCE 33 

actuel de ses financée et promettant qu'à son retour il accorderait une 
compensation ou trouverait quelqu'autre moyen de noua satisfaire. 
{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

ABGEH SORHAINDE AU C DE PONTCHABTRAni. 

71. — Tunù, 17 mar$ 1 706. — Le sieur Terrât, marchand français, 
mort de la peste, avait obtenu il y a un an une permission de la Cour 
pour la sortie de Toulon de 30 pièces de canon de fer et de 18 bou- 
lets, à condition de les échanger contre du salpêtre. Il serait bon 
d'exclure les particuliers de ces marchés et que le Consul en eût la 
commission, ce qui lui donnerait, ainsi qu'à la nation, du poids auprès 
des Puissances. 

(Affaires étrangères, C l de Tunis.) 

IB C'° DE POITTCBABTRAm A DE GASTIHB9. 

72. — Versaillet, 3 1 mari 1 706. — Le Ministre espère que le Consul 
. Sorhaînde mènera à bonne fin la négociation de paix avec le Bey et que 

M. de GastineB, lorsqu'il s'arrêtera à Tunis, à son retour, n'aura qu'à 
la ratifier. 

(Marine, B* 78, f. SB.) 

AUflER SORHAINDE AU C" DE PONTCHARTHAIN. 

78. — TunU, X mai 1706. — Un corsaire tunisien s'est emparé d'un 
bâtiment français dont le capitaine Truc, de Marseille, croyant avoir 
affaire à un Flessinguais ou à un Anglais, avait arboré le drapeau 
livournaÎB. Le Bey a donné ce prétexte pour déclarer ce bâtiment de 
bonne prise. 

{Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 



AUBER SORHAINDE AU C" DE PONTCHARTHAIN. 

74, — Tunis, 19 mai 1706. — Le Bey a promis de restituer la prise 
faîte du bâtiment du capitaine Truc de Marseille quand il aura la 
preuve que ce bâtiment est réellement français. 11 a fait à Sorhaînde 



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34 CORRESPONDANCE DES BKYS ET DES CONSULS [1706] 

remise de trois payes s'élevanl a 3,500 piastres en déduction des 
créances de la Compagnie do Cap-Nègre et de la nation. 

{Affairée étrangère*, O" de Tunis.) 

AOGIB SOEHAIHDE AU C** DE FOHTCHAB.THAIN. 

75. — Tunit, Si juin i 706. — Le Bey part dans six jours pour le 
camp d'été, d'où il ne reviendra qu'à la fin de septembre. Il a montré 
jusqu'ici une certaine froideur, mais au retour de M. de Gaslines tout 
s'arrangera sans aucun doute à la satisfaction de tous les intéressés. 

La récolte est bonne, et si la Compagnie envoie au Cap-Nègre les fonds 
qu'on lui a demandés elle y fera 30 & 40,000 charges de blé en juillet, 
août et septembre... 

Il est venu à Tunis un Capidji de la Porte qui a passé a Alger. Il est 
chargé des ordres du Grand Seigneur pour rétablir la paix entre ces 
deux États, mais le peu de cas que font de pareils ordres les Puissances 
barbaresques fait croire que les Tunisiens devront acheter la paix aux 
Algériens. 

(Affaire» étrangère», C" de Tunis.) 



LE C"> DE POUTCHARTRAra A ÀHGEH SORBAIKDB. 

76. — Vertaillet, 1" septembre 1706. — Les Anglais convoitent les 
comptoirs de la nouvelle Compagnie d'Afrique ' et se font des alliés 



i. La nouvelle Compagnie d'Afrique tul constituée par arrêt royal du 
9 octobre 1706. Elle entra en possession le 1" janvier 1707, et tout le commerce 

attribue aux anciennes Compagnies du Cap-Nègre et du Bastion de France, sup- 
primées par le même arrêt, lui fut dévolu, h charge par elle de racheter, dans le 
délai d'un an et moyennant 150,000 livres, les établissements du Cap-Nègre, du 
Bastion de France et les comptoirs qui en dépendaient. Il était en outre stipulé 
que tous les bâtiments, propriétés, armes et munitions de guerre des dites places 
lui appartiendraient sans qu'elle pût être inquiétée ni évincée pour aucune raison 
par les créanciers des anciennes Compagnies, et que ceui-ci ne pourraient, bous 
aucun prétexte, en raison de leurs créances, agir contre la nouvelle Compagnie, 
quand même les anciens intéressés du Cap-Negre violeraient leur traité, ni faire 
saisir ses effets entre les mains des particuliers. La Compagnie d'Afrique était 
constituée pour six ans. Le Roi lui accorda l'entière exemption du droit de coltimo 
sur les marchandises venant des places et cotes de Barbarie dont les anciennes 
Compagnies payaient la moitié, ainsi que des droits de convoi, table de mer, poids 
et casse foraine, elc. En outre les intéressés étaient déchargés de toutes fonctions 
publiques. — Voy. Les grandes Compagnies de commerce, par Pierre Bonnassteux, 
p. 190 et suiv., — Proposition pour prendre intérêt dans une nouvelle Compagnie 
tous le nom de Compagnie d'Afrique, Marseille, 13 septembre 1706 (Affaires étran- 
gères, Consulat de Tunis). 



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[1707] AVEC LA COUR DE FRANCE 38 

dans les Régences d'Alger et de Tunis par les présents qu'ils prodi- 
guent. Ces Puissances se croiront le droit de disposer des nouveaux 
établissements si le payement des liâmes par les Français est suspendu. 

(Marine, ffi 7», f. ISS.) 

ÀUGEIl SORHAINDE AD C" DE PONTCHABTBAM. 

77. — Tunis, £6 novembre 1 706. — Toutes ses instances auprès du 
Bey pour la restitution de la prise du bâtiment du capitaine Truc n'ont 
abouti qu'A la mise en liberté du capitaine et a la promesse de rendre 
l'écrivain et le nocher; mais il espère néanmoins obtenir un succès 
complet. 

L'extrême besoin d'argent dans lequel se trouve le Bey a empêché 
Sorhainde d'obtenir de lui une prorogation de la remise des redevances 
affectées à la paye de la milice. 

(Affaira étrangère», C>" de Tunis.) 
LK G 10 DE POirrCHABTBjUEl A DE GASTIKES. 

78. — VertaiUes, Smart 1707. — Le Roi met a sa disposition Le Fen- 
dant et Le Vermandois pour lui permettre, en revenant des Echelles du 
Levant, d'aller à Tunis terminer la négociation avec le Bey, par rap- 
port aux affaires du Cap-Nègre '. 

(Marine, W 7S, f. 7S.) 

LE C ts DB PONTCHARTEAIH A AUGBR SORHAINDE. 

79. — Versailles, 9 mars i 707. — Ha appris avec peine les nou- 
velles chicanes du Bey de Tunis & propos d'une prise d'un bâtiment 
anglais par une barque d'e Trapani. La Cour va renvoyer M. de Gastines 
pour régler ces discussions et maintenir le traité de paix dans toute son 

intégrité. 

(Marine, B* too, f. sse.) 



AUGBR SORHAINDE AD C te DE PONTCHARTRAIN. 

80. — Tunis, 3 mai i 707. — Malgré le succès qu'on devait attendre 
de la négociation dont H. de Gastines était chargé, elle a néanmoins 



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CORRESPONDANCE DES DEYS ET DBS CONSULS [1707] 

é par l'obstination du Bey qui n'a voulu lui donner audience qu'a 
dition qu'il retirât ses chaussures, ce qui a été refusé. 
de Gastines a laissé a Sorhainde le mémoire contenant les 
ides qu'il avait ordre de Taire au Bey an nom du Roi. 

{Affaire* étrangère*, C" lie Tunit.) 



LE C" DE POIfTCHAHTHAIH A DE GAST1KI8. 

— Marly, £5 mai 1707. — Afin d'éviter les conséquences 
ises qui pourraient résulter d'une nouvelle entrevue du Bey et de 
Gastines, Sorhainde est chargé de poursuivre les négociations 
dernier n'a pu terminer. 

{Marine, B 1 , /, *«.) 



L8 C" DE POirrCUASTEAIH A AUUKH SOHHAOTDE. 

— Marly, 1" juin 1707. — Le Ministre approuve pleinement la 
te de H. de Gastines. Cet officier n'a fait que son devoir en refu- 
e quitter ses souliers à la porte du Bardo * et en laissant au 
le mémoire des demandes qu'il devait lui faire. 

(Marine, B* t01,f, SU.) 



AuesR sotuuntDR au c" dk pokichabtbaiii . 

— Tunit, 2$ juillet 1707. — Des corailleurs siciliens et napoli- 
it fait avec le Bey un traité par lequel, moyennant 30 piastres 
nique, il leur permet de se retirer dans les ports de sa dépen- 
3t d'y acheter les provisions dont ils pourront avoir besoin, 
ide, à qui ils ont demandé protection, ne la leur a. accordée 
adition qu'ils n'empiètent pas sur les mers du Bastion et du Cap- 
et le Bey, sur sa demande, leur a fait défense expresse d'en 
îer. 

(Affaire» étrangère*, C" de Tunit.) 



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[1707] AVEC LA COUR DE FRANCE 



AUGBR SORUAIIfDE AD C w DE PONT CH ART RAI If. 

84. — Tunis, SÔ septembre 1707. — Le Bey, qui jusqu'ici s'était 
retranché derrière son indigence pour éviter de faire droit aux 
demandes contenues dans le mémoire de 11. de Gastines, dit aujour- 
d'hui nettement qu'il n'entend pas répondre des dettes de ses pré- 
décesseurs et veut qu'on ne lui parle plus de ce genre de récla- 
mations. 

{Affaire» étrangères, C" de Tunii.) 



AFGEB SORHAI1IDK AD C l * DE POSTCBARTHAIS. 

86. — Tunii, 4"octoore 4707. — Il s'est opposé de tout son pou- 
voir au traité bit par le Bey avec les pécheurs siciliens et napolitains 
pour la pèche du corail a La Galite *, en représentant le droit du Cap- 
Nègre sur cette Ile; mais le Bey, s'appuyant sur ce que La Galite était 
inoccupée par la Compagnie, a maintenu le traité. Un des patrons des 
corailleurs ayant été tué par un Turc sans provocation, Sorhainde 
n'a pu refuser d'accorder la protection que ces gens lui ont demandée 
auprès du Bey, mais c'est le seul cas où il se soit employé à leur égard. 
(Affaires étrangère», O" de Tunis.) 

86. — Paris, 4 novembre 1 707. — « Extrait des papiers et mémoires 
concernant l'Ile de Tabarque*, les traités faits avec HM. Lomellini, de 
Gènes, le procès pendant entre eux et le Patrimoine royal du Roi d'Es- 
pagne, les ordres et les consultes du Conseil d'Italie, et les autres 
pièces dont Sa Majesté a ordonné qu'on lui rendit compte. > 

(Affaira étrangères, Mim. et Doc. Afrique, t. VIII, f. *M.) 



LE C" DE POHTCBABTRAIR A CHAVIGNOT '. 

87. — Veriaillet, 30 novembre i707. — Le Ministre blâme la tolé- 
rance de Sorhainde à l'égard des pécheurs siciliens qui font la contre- 
bande aux environs de La Galite. Le sieur Chavignot est prié de s'em- 

LVoy. p. il. 

î. Voy. 1. 1, p. 15, notas i et 8. 

3. Directeur de la Compagnie d'Afrique h Marseille. 



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38 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DBS CONSULS [1708] 

ployer activement au payement intégral des créanciers de l'ancienne 
Compagnie du Cap-Nègre. 

{Marine, F" 78, f. aei.) 

LE C" DE PONTCBARTRAM A CHAVICKOT. 

88. — Marly, 14 décembre 1707. — Sorhainde a fait des remon- 
trances au Bey relativement à la pèche de corail à laquelle se livrent en 
contrebande les patrons siciliens près de La Galite. Hais ce Prince ayant 
prétesté que cette pèche est abandonnée de la Compagnie d'Afrique, il 
serait bon que sans augmentation de dépenses on put y envoyer de La 
Cslle ' ou du Bastion * quelques patrons coraïlleurs. 

{Morine, F 75, f. 170.) 



AOGER SORHAINDE AU C"> DE PO KTCI1AR TRAIN. 

89. — Tunit, 16 janvier 1 708. — Le Bey a donné sa parole de ne 
plus écouter aucune proposition au sujet de la pèche du corail à La 
Galite. Ses dispositions à l'égard des revendications dont H. de 
Gastines était chargé sont toujours les mêmes; il Tait la sourde oreille 
quand Sorhainde le presse à ce sujet et il est à craindre qu'on n'en 
tire rien avant que la paix soit bien établie en Europe. 

[Affaire) étrangère*, C" de Tunis.) 



AUGER SORHAIKDB AU C 1 " DE POHTCHARTRAIK. 

90. — Tunis, 10 juin 1708. — Le Consul rend compte de l'arrivée 
du vaisseau La Perte, commandé par le chevalier de Gouyon. Cet officier 
a dit au Bey que le Roi l'envoyait tout exprès à Tunis pour savoir si les 
Puissances de cette Régence étaient revenues a des sentiments plus équi- 
tables h notre égard. Hais le Prince a persisté dans son dessein de ne 
pas payer les dettes de ses prédécesseurs. 

[Affaire* étranger*, C* de Tunis.) 



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[1708] AVEC LA COUR DE FRANCE 



AUGSR 50BHAINDS AU C'° DE PONTCHAnTBAIN. 

91. — Tunis, 1 2 juillet 1708. — Les felouques siciliennes sont reve- 
nues sur la cote pour faire la pèche du corail sous la protection do 
gouverneur de Tabarque, qui leur donne asile dans l'Ile et leur permet 
de pécher dans les mers du Bastion et de Tabarque. Sorhainde en a 
donné avis à la Compagnie pour qu'elle y apporte remède; il a écrit 
an gouverneur de Tabarque pour se plaindre de la protection qu'il 
accorde aux usurpateurs et n'a pas encore reçu sa réponse. 

La récolte est assez abondante, mais le Bey veut obliger le directeur 
du Cap-Nègre à lui acheter 100 kaffis de blé à 10 piastres le k&M ', 
prix excessif que néanmoins la Compagnie sera forcée d'accepter, de 
crainte de perdre infiniment plus en refusant *. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

AOGEIt SOHHAIHDB AU C 1Q DE FONTCHARTRAIH. 

92. — Tunis, 9 août i 708. — Le gouverneur de Tabarque se défend 
de protéger les corailleurs siciliens et prétend au contraire les avoir 
empêchés de saccager la place de La Calle, mais la conduite qu'il a 
tenue depuis, à l'occasion de 4,000 piastres que ces étrangers ont enle- 

1. Mesure de capacité alors en usage à Tunis, Le kafli équivalait à environ trois 
charges et demie de Marseille. La charge étant de 160 litres, 1 kaffl représentait 
360 litres. 

!. La Compagnie du Cap-Nègre, constituée par le traité de 1683, fut réunie à la 
Compagnie du Bastion en 1693; elle en fut séparée en 169i. Le traité du Cap-Nègre 
a été renouvelé par Amurath-Bev le 38 juin 1690. Enfin le 1" janvier 1701 les deux 
Compagnies du Cap-Nègre et du Bastion furent définitivement réunies et formèrent 
ta Compagnie nouvelle dont il a été parlé plus haut. On pouvait tirer du Cap-Nègre, 
chaque année, 60,000 mesures de blé, rendant à Marseille 54,000 charges, produi- 
sant environ '. 972,000 1. 

Sur quoi il fallait déduire le montant de l'achat 430,000 1. 

Le nolis à 3 francs la charge elles frais (62,000 

Le prix des tributs, liâmes, etc., aux Puissances de Tunis 
et aux Maures 34,000 646.0M 

Bénéfices sur les blés du Cap-Nègre 326,800 

La nouvelle Compagnie d'Afrique exploitait le Cap-Nègre, La Celle, Bone, 
Collo, Stora, Tarcul, Gigellv, Bougie. Après la fusion de 1707, elle possédait 
40 bateaux, péchant chaque année 160,000 caisses de corail à 150 fr. l'une. Au Cap- 
Nègre, cette Compagnie entretenait 1 agent, 1 aumônier, 1 caissier, 1 teneur de 
livres, 1 garde-magasin, 2 commis aux mesures, 1 chirurgien, 1 garçon -chirurgien, 
1 iracheman, 1 commis aux vivres, 1 cuisinier, 4 domestiques, 1 menuisier, 1 char- 
pentier, 1 maçon, S boulangers, 1 palefrenier, 1 forgeron, 1 boucher, 1 Menehl*- 
teur, 2 mesureurs, 1 capitaine d'armes et 13 soldats. 



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CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1708; 

s à la Compagnie d'Afrique, le rend suspect. Le Bey a témoigné de 
faits un vif déplaisir et un grand ressentiment contre Tabarque dont 
. juré la ruine. Sous prétexte que les Français faisaient venir de 
ourne bous leur nom des marchandises appartenant aux Juifs, le Bey 
lécidé, pour complaire a, son Kiaya, qui est le grand douanier de 
wys, qu'à l'avenir les Français qui feraient venir des marchandises 
Livourne payeraient 10 0/0 ou qu'il confisquerait ces marchandises. 
(Affaire! étranger**, C" de Tunis.) 

AOGBB SOKHAIBDE AD C" DK POirrCHARTRAIH. 

3. — Tuait, 29 août 1 708. — Le sieur La Pérou» \ qui avait été 
imé directeur du Cap-Nègre, vient d'être révoqué pour avoir acheté 
Bey 1,000 kafBs de blé a 10 piastres le kaffi. Cette révocation a mis 
Bey fort en colère contre la Compagnie marseillaise et il serait 
dent de maintenir le sieur La Pérouze. 

(Affaire* Étrangère*, C*" de Tunis.) 

LE C w DE POHTCHARTUIH AUX 1EITÉRBSSBS DB LA C ! * D*AFRIQCB. 

4. — Versailles, 1 4 septembre 1708. — 11 ne faut pas indisposer 
ley en persistant à lui refuser la redevance, fort minime, de deux 
ses de corail qu'on avait l'habitude de lui donner gratuitement. La 
r leur fera restituer par les patrons de Trapani les 4,000 piastres 
ils leur ont volées. 

(Marine, JP 7 5, f, BIT.) 
LE C 10 DB POBTCH ARTHA1H A ALGER SORBAINDS. 

>B. — Vertaillet, £1 novembre 1708. — Le Kiaya du Bey de Tunis 
tend assujettir au droit de 100/0 les marchandises envoyées en celle 
elle par les négociants français qui réaident à Livourne. Cette vexa- 
i est l'effet de l'antipathie et de l'inimitié existant entre le Consul 
e Kiaya. Il est à désirer que Sorhainde fasse cesser cette mauvaise 
position, qui ne peut que nuire au service. 

(Marine, B» Ht, f. 4tt.) 

Voy. sa correspondance avec la Compagnie d'Afrique aux Archives dtt &&>• 
i Compagnie! d'Afrique et du Bastion de France. Cette révocation ne fut pal 



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f!709J AVEC LA COUR DE FRANCE 



LE C'° DE PONTCHARTHAIR A AUGEH SORHAINDE. 

06. — Versailles, 1S décembre i 708. — Le Ministre reproche amè- 
rement à Sorbainde de ne pas accorder & la Compagnie d'Afrique une 
suffisante protection, on de manquer d'influence auprès du Bey. 

{Narine, B' 57, f. 801.) 
ACGEB SORHAIUDE AD C» fiB PONTCHARTRAIN. 

97. — Tunis, 8 mars 1 709. — Sorhainde signale l'arrivée à La 
Goulette d'une escadre anglaise composée de trois vaisseaux. Prévenu 
par Sorhainde de l'arrivée de ces navires, le Bey a donné sa parole 
de ne rien accorder aux Anglais qui pût déplaire à la nation française. 

(Affaire! étrangères, C" de Tunis.) 

98. — Versailles, 9 mars 1709. — Ordre du Roi portant défense 
à la Compagnie d'Afrique de vendre et de porter ses blés a l'étranger, 
sous peine de punition corporelle, de confiscation des chargements et 
de 10,000 livres d'amende, « le besoin dans lequel on se trouve, a Mar- 
seille et en Provence, de cette denrée, donnant lieu de craindre une 
disette entière ». 

(Marine, B' TS, /. M.) 



AUGER SOBHAMDB AD C™ DE PONTCHARTRAIH. 

99. — Tunis, i 8 mars i 709. — Le Dey d'Alger a écrit au Bey qu'il 
avait résolu d'attaquer Tabarque avec toutes ses forces, et lui a 
demandé d'autoriser le passage de ses troupes. Le projet des Algériens 
lui étant suspect, le Bey a répondu qu'il avait résolu d'eu faire lui-même 
la conquête, mais il est probable que son puissant voisin n'y renoncera 
pas facilement. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



Arasa sorhainde ao c'° de pohtchartraih. 

100. — Tunis, $ avril 1709. — Le sieur La Pérouze, directeur de la 
Compagnie d'Afrique au Cap-Nègre, se soumet de bonne volonté aux 
ordres qui lui sont donnés et demande que si la Compagnie ne juge pas 



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4Î CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17091 

a propos de le confirmer dans sa direction, elle lui permette au moins 
de la continuer jusqu'à la récolte prochaine. 

Sorhainde ignore ta véritable situation des Algériens au sujet de 
Tabarque ainsi que les projets du Bey de Tunis. 

[Affaire* étrangère!, C" de l'uni».) 

LE C" DE PONTCHABTIAIH A CHAYiQItOT 

101. — Versailles, 24 avril 1 709. — Le Roi approuve qu'il passe eo 
Barbarie avec les vaisseaux que Sa Majesté a accordés à la Compagnie 
d'Afrique '. Le Ministre lui recommande de gagner autant que possible 
les bonnes grâces de Sorbainde et d'être 1res prudent dans ses rapports 
avec les Puissances d'Alger et de Tunis. Il devra aussi se mettre en 
mesure de terminer l'affaire de nos nationaux avec les Juifs de Tunis 
qui, une fois désintéressés, ne seraient plus redoutables. Tout est à 
craindre aujourd'hui de leur part pour le comptoir du Cap-Nègre. 

Le Ministre écrit en même temps au Consul Sorhainde de prêter tout 
secours au sieur Chavignot dans ces circonstances. 

(Marine, B' 1», f. *M.) 

LR C*" DB POHTCHÀRTHAIH AUX INTÉRESSÉS DE LA C 1 * D'AFRIQUE. 

102. — Marly, S mai i 709. — Le Ministre les encourage a profiter 
de l'abondante récolte qui s'annonce en Barbarie pour augmenter leur 
commerce dans- une large mesure. 

Pour éviter les plaintes des Échevins, ils pourront donner ordre à ceux 
qui commandent leurs bâtiments d'aborder en droiture dans les lieux de 
leur destination pourvu que ce soit ceux où l'on peut faire quarantaine 
et où toutes les précautions de salubrité sont prises. Le Roi leur don- 
nera sa protection en toute occurrence, et Sa Majesté approuve qu'ils 
aient donné l'ordre au directeur du Cap-Nègre de traiter avec le Bey de 
Tunis pour tous les blés et orges qu'il pourra avoir. Le Consul Sorhainde 
devra les assister de tout son pouvoir; mais avant toutes choses, il 
faut qu'ils arrivent à désintéresser les Juifs de Tunis, dont la ven- 
geance est a redouter. 

(Marine, F 7$,f.1Qt.) 



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[1709] AVEC LA COUR DE FRANCE 



AUGER SORHÀlIfDB AD C' u DE POHTCHABTBA1N. 

108. — Tunis, 40 mai 1709. — /.'Éclatant a accompli un brillant fait 
d'armes dont H. Cassai-, son commandant, lui rend compte en ces 
termes : 

« Il y a quatre jours que j'ai fait rencontre de quinze vaisseaux de 

• guerre anglais contre lesquels je me suis battu depuis sept heures dn 

* soir jusqu'à six heures du matin. J'en ai dématé cinq, dont deux sont 
■ de la force de LE 'datant et les trois autres de 34 a 60 canons. Tout 
« cela ne se fait pas sans qu'il en coûte cher. J'ai eu 18 hommes tués et 
« 32 de blessés... » 

(Affaire» étrangère*, C* de Tuni*.) 



ISClW POilTCHAKTRAIN A CHAVIGHOT. 

104. — Vcnaillu, £2 mai 1709. — Le Consul d'Angleterre ayant 
échoué dans ses tentatives auprès dn Bey de Tunis en vue d'acheter 
tous les blés de la récolte prochaine, le Ministre invite le sieur Chavi- 
gnot a profiter de cet échec pour conclure avec le Bey et d'accord avec 
te sieur Sorhainde uu marché avantageux. D'ailleurs le projet du Dey 
d'Alger sur Tabarque .étant contraire aux intérêts du Bey de Tunis et 
dn commerce en général, la Compagnie d'Afrique pourrait proposer au 
Bey de l'entraver à condition qu'il lui vendrait ses blés de préférence. 

Quant an sieur La Pérouze, il peut et doit refuser des secours au 
gouvernement de Tabarque. 

(Marine, B' 79, f. tîi). 



LE C 1 " IIK POirrCBABTRAIH A LEBMT '. 

106. — Versailles, 10 juillet 1709. — Le Roi approuve de point en 
point tout ce que H. Lebret se déterminera & ordonner pour parer anx 
nouvelles difficultés suscitées par l'avarice du Bey de Tunis. Il devra 
employer toute son influence pour fournir du crédit et des fonds A la 
Compagnie, et ne pas négliger les services du sieur La Pérouze qui, 
dit-on, a. plus de crédit que personne auprès des chefs de la Régence. 

Toutefois il devra se souvenir que Sa Majesté ne veut pas recourir 
* la violence pour amener le Prince A composition. 

(Marine, IP 79, f. *««.) 
1. TOT. P- 8. 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1109] 



LE C" DE PONTCHARTHAIH A LKBBBT. 

106. — Versailles, 1 7 juillet i 709. — « En obligeant la Chambre de 
Marseille à payer les 15,000 écuB qu'elle doit & la Compagnie d'Afrique, 
tous faites le bien de toute la Provence et les 241 habitants que voui 
avez taxés par forme d'emprunt au mois d'avril dernier a 1,000 livres 
seulement chacun ont bien mauvaise grâce de n'y avoir pas encore 
satisfait. Il y a plus de mauvaise volonté que d'impuissance chez eux 
et je crois que vous serez réduit à taxer a 2,000 livres ceux qui ne se 
seront pas acquittés au temps fixé. Je prendrai même pour les y con- 
traindre les ordres du Roi quand vous le jugerez nécessaire... » 

{Marine, B' 79, f. 11*.) 
AUC1KH SOBHAIKDE AU C M DK PONTCHABTRAIK. 

107. — Tunû, 7 septembre i 709. — M. Bosquet, commandant le 
vaisseau du roi L Entreprenant, a livré le 22 août, contre une escadre 
anglaise composée de cinq vaisseaux de guerre, un combat qui a doré 
de 9 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir et qui s'est terminé 
par la retraite de cette escadre. 

{Affaires étrangères, O" de Tunis.) 

AUGBR SOBHAIKDE AD C M DE rOSTCHABTRAin. 

108. — Tunis, 17 novembre 1709. — Une nouvelle révolution s 
éclaté à Tripoli. En l'absence de Kalil-Bey, la taïffe s'est révoltée, 
a nommé Ibrahim-relB pour commander à sa place et an Bey pour 
gouverner la campagne. Kalil-Bey a pris la fuite. 

[Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

ADGEH SORHAINDE AU C" DE PONTCHARTHAIH. 

109. — Tunis, / décembre 1 709. — Le 29 novembre trois vaisseau* 
hollandais ont mouillé à Carthage. Le commandant était chargé d'une 
lettre des États généraux pour le Bey, tendant A renouer les négocia- 
tions de paix. 

Sur la réponse dilatoire de ce Prince, ces vaisseaux sont partis le 1 
du courant. 

{Affaires étrangères, C de T'unit.) 



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[1710] AVEC LA COUR DE FRANCE 



AUGBB SORHAIKDBAO C ta DE PORTCHARTHAIK. 

110. — Tunit, 30 décembre 1709. — ï.e capitaine Laigle, de la. marine 
française, commandant Le Phénix, est Tenu à La Gonlette le 23 novembre, 
en partit le 29 pour aller en croisière et revint le 4" décembre avec 
une Date hollandaise, La Ville de Riga, qu'il avait prise à la vue de 
trois vaisseaux de ce gouvernement. Le Bey, sous prétexte que ses 
vaisseaux avaient pris part au combat, exigea les trois quarts de cette 
prise, et tous les efforts du Consul ne purent avoir d'autre résultat que 
de te faire consentir a accepter une somme de 12,000 piastres que 
la nation s'engagea à lui payer dans quatre mois. 

(Affaire/ étrangères, P" de Tunis.) 

AUSRR SORHAINDE AU Cf 1 DB P0KTCHABTRA1H. 

111. — Tunis, 5 janvier f 7*0. — Sorhainde envoie copie des articles 
publics et secrète concernant ta négociation de la paix entre les États 
de Hollande et le gouvernemeut de Tunis, qui lui ont été confiés par 
on de ses amis, Ministre du Bey '. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 
LE (f OK POHTCHÀRThAIH AUX DÉPUTÉS DB LA CHAMBRE DB MARSEILLE. 

112. — Versatile*, S 2 janvier 1710. — Le Ministre les invite à pro- 
curer à la Compagnie d'Afrique le plus possible de bâtiments à voiles 
pour aller charger les blés dont ses magasins sont encombrés & la cote 
d'Afrique. 

(Manne, B' «5, f. U.) 

AU6ER S0BHA1NDE AU C w DE POIiTCHÀHTHÀIH. 

113. — 'J'unis, 8 mai 1710. — Le Bey a confisqué la prise de la 
barque La Vierge du Rosaire, commandée par le patron Joseph 
Arnaud, de Marseille, sous prétexte qu'au moment où les corsaires 
tunisiens s'étaient emparés de cette barque, elle venait d'arborer le 
pavillon de Malte. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

i. U traité de 1104, intervenu entre la Hollande et Tunis, fut confirmé le 
'*' décembre 1108 par les Étals généraux. — Voy. le texte de ce traité dans les 
■Iwnitt tunisiennes, p. 519. 



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CORRESPONDANCE DES BEY8 ET DES CONSULS 



[1740] 



U 11" DE POHTCflABTBAlIlA AUGKE SOBHAIHDB. 

114. — Marly, 9 juin 4710. — Le Ministre déplore l'avanie de 
42,000 piastres imposée par le Boy de Tunis k la nation, au sujet d'une 
prise hollandaise menée a La Goulette par le sieur Laigle. 

(Marine, B* tU, f. 4M.) 

LE C" DE PONTCHABÏHA1H A ARHOUL '. 

115. — Versailles, 2 juillet 1710. — Le Ministre ne peut permettre 
aux marchands français d'aller directement, chercher dn blé dans les 
concessions de la Compagnie d'Afrique sons prétexte que cette der- 
nière n'a pas dans ses greniers les 60,000 charges de provision qu'elle 
s'est engagée a- fournir aux Échevins de Marseille. Ce serait causer un 
préjudice aux Intéressés qui payent des liâmes aux Puissances du paya 
et entretiennent des commis dans les «omptoirs. 

(Marine, B* «5, f. 1S7.) 
AUGES SOBBAIHDE AD C 1 " DE POKTCHABTBAIK. 

116. — Tunis, £2 juillet 1710, — Le Bey réclame la restitution de 
marchandises tunisiennes prises par le capitaine Laigle sur un vais- 
seau anglais. 

{Affaira étranger*!, P" de Tiaii.) 

AUGEB SOBHAMDK AD C" DK POMTCHAHTHAIH. 

117. — Tunis, 26 juillet 1710. — Il s'occupe toujours de la prise 
faite par le capitaine Laigle. Le Bey, qui d'abord se contentait de la 
restitution des marchandises des Tunisiens, exige maintenant celle de 
la prise elle même, s'appuyant sur ce que le capitaine) pour s'emparer 
de ce vaisseau, s'est servi d'une barque française mouillée sou» le fort 
de La Galipîe et a appareillé pour le joindre au large. 

Sorhainde croît voir dans cette conduite du Bey un calcul de sa 

1. Pierre Araoul, chevalier, seigneur de Rochegude, d'Bschesinel, La Garde et 
autres lieux, conseiller d'honneur au Parlement d'Aix, intendant des galères à Mar- 
seille, puis intendant général de la marine à Toulon. — Voy. sa correspondance aux 

Archives de laville de Toulon, EE, 55 de l'inventaire d'Octave Teissier, — à la Chambre 
de Commerce de Marseille, BB, 170 et 365, — et à In Marine, B», 11, 25, S3, 30, et B», 
18 et 19. Voy. aussi l'arrêt du 21 mai 1710 commettant le sieur Arnoul • pour artir 
inspection sur la C d'Afrique après la mort de Lebret ■. 



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[1710] AVEC LA COUR DE FRANGE 41 

politique cauteleuse. Il veut jeter de la poudre aux yeux des Anglais 
par une apparente justice et, lorsqu'il se relâchera de cette sévérité 
Affectée, s'en faire un mérite auprès de la nation française. 

(Affaira étrangères, C 1 "' de TvnU.) 

AUGER SORHAINDE AU C" DE PONTCHARTRAnf. 

118. — Tunis, 25 août 1710. — Le Bey se montre intraitable sur 
la restitution de la prise faite par le capitaine Laigle, et le Divan 
menace de mettre au bagne le Consul et la nation si cette restitution 
n'est effectuée dans le délai d'un mois. 

Le directeur du Cap-Nègre ayant refusé d'acheter du blé que le Bey 
voulait lui vendre à un prix excessif, ce Prince l'a fait transporter dans 
ies magasins de la place, a interdit totalement le commerce en atten- 
dant la décision de la Compagnie, et a déclaré ne plus vouloir les Fran- 
çais au Cap-Nègre, étant dans l'intention de remettre ce poste aux 

Anglais ou aux Génois. 

(Affaire* étrangère*, C" dé l'unis.) 



AUGBH SORHAIKDE AU C l ° DE PONTCHARTRAIIf. 

119. — Tunis, 23 septembre 1740. — Le Dey a fait appeler 
Sorhainde et lui a demandé de déclarer que les effets des Tunisiens 
intéressés dans le chargement de la prise du capitaine Laigle leur seraient 
rendus dans un temps déterminé, sans préjudice toutefois du reste de 
cette prise. Le Consul ayant répondu qu'il ne pouvait s'engager qu'à 
employer ses offices, le Dey ordonna a son chaouch de le mener au 
. château. Le Bey, ayant appris l'arrestation de Sorhainde, le fit aussitôt 
relâcher. Hais il a forcé La Pérouze, le directeur du Cap-Nègre, a ache- 
ter son blé, en le menaçant de ne pas le laisser sortir de Tunis, où H 
l'avait appelé. Le Consul croit que les Puissances de Tunis se désiste- 
raient au sujet de cette prise pourvu que les effets des Tunisiens fussent 
restitués. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



LOUIS XIV AU DIVAN DE TUIUS. 

120. — Marty, 15 octobre 1710. — a Illustres et magnifiques 
Seigneurs, 
Nous n'avons pu apprendre sans une extrême surprise les vexations 



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48 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1710] 

que vous avez commises depuis quelques années contre nos sujets qui 
font le commerce dans votre État et qui y sont établis, particulièrement 
contre les commis de la Compagnie d'Afrique, au mépris des traités de 
paix et conventions qui ont été faits avec nous, que nous avons ponc- 
tuellement fait exécuter de notre part; le sieur Sorhainde, notre Consul, 
ayant voulu s'en plaindre et représenter en dernier lieu en plein Divan 
que ce qu'on prétendait au sujet d'une prise anglaise faite par un de 
nos officiers, entre La Galipie et le Cap Bon, était aussi injuste qu'im- 
possible a exécuter, sans aucun égard pour son caractère a été jeté 
en prison dans le château pour quelques heures; et comme de pareils 
procédés sont contraires à toute sorte de droits et seraient injurieux 
& notre gloire s'ils restaient sans réparation, nous avons fait armer 
trois de nos vaisseaux du port de Toulon et donné ordre au sieur Laigle, 
capitaine de frégate, qui les commande, d'aller vous la faire demander 
et en convenir en notre nom avec le sieur Michel 1 , qui vous remettracette 
lettre et vous expliquera nos intentions. Si voua ne vous y conformez 
point, ce sera une marque du peu de disposition que vous avez montré, 
depuis que nous sommes en guerre avec nos ennemis, a entretenir la 
bonne correspondance qui était auparavant entre les Français et les 
Tunisiens, et vous vous imputerez les maux qu'une rupture avec nous 
peut attirer aux sujets de la République. Nous souhaitons que vous 
preniez des résolutions plus convenables a leurs intérêts, h l'ancienne 
amitié et à la bienveillance que nous avons toujours eues pour vous et 
que nous conserverons avec plaisir si vous nous en donnez lieu et si 
nous pouvons compter certainement sur une conduite plusjuste et plus 
régulière de votre part avec nos sujets. En cas que vous vous y déter- 
miniez, et au renouvellement des traités, après les satisfactions qui 
nous sont dues, nous donnons pouvoir au sieur Laigle d'y consentir en 
notre nom et nous ratifierons volontiers ce qu'il aura fait. Et la pré- 
sente n'étant à autre fin, nous prions Dieu, etc. » 

(Affaires tlrangèret, C" de TunU.) 



LE C* 8 DE PONTCDARTAAIIf AO DIVAN DE TUHIS. 

131. — Vertailtet, 1 5 octobre i 710. —«Très illustres etmagnifiques 
Seigneurs, 

La lettre que l'Empereur mon maître vous écrit expliquant les motifs 



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1171 0] AVEC LA COUR DE FRANCE 49 

pour lesquels Sa Majesté envoie trois vaisseaux & Tunis, je n'ai rien 
à y ajouter sinon que je suis très fâché que vous ayez donné lieu 
a son ressentiment en vous éloignant des termes de ta justice et des 
égards que vous lui deviez et h ses sujets, en oubliant les marques de 
bienveillance qu'elle a toujours données à la République et la bonne 
correspondance qu'elle a régulièrement fait observer par ses sujets avec 
les Tunisiens dans toutes les occasions, conformément aux traités faits 
entre les deux nations. Je souhaite beaucoup qu'après que l'officier 
qui commande les vaisseaux qu'elle envoie vous aura informés des 
intentions de l'Empereur mon maître, vous preniez les résolutions qui y 
conviennent pour me donner lieu de continuer à vous marquer ma con- 
sidération et de vous assurer que je suis, etc. » 

[Marine, B* iis, /. S09.) 

MÉMOIRE POUR SERVIR D'INSTRUCTION A AUGER SORHAIKDE, 
CONSUL A TUNIS. 

122. — Marly, /.5 octobre 1 7 10. — « Le Roi, sachant que depuis le 
mois de mai 1707, que le sieur de Gastines a été obligé de sortir de Tunis 
sans avoir obtenu audience du Bey à cause d'une condition extraordi- 
naire et injurieuse qu'il voulait exiger de lui en l'admettant dans son 
Divan, le sieur Sorhainde a sollicité en vain le renouvellement des 
traités et les restitutions ou remboursements dont cet Envoyé était 
chargé de former les demandes ; que le Bey, au contraire, se porte dans 
toutes les occasions a des vexations et injustices insupportables à 
l'égard du corps de la nation, de la Compagnie d'Afrique et des cor- 
saires français qui font des prises sur les cotes ou les conduisent dans 
les ports de cet Etat; qu'il a imposé mal à propos et sans fondement 
à la nation une avanie de 12,000 piastres, sous prétexte d'une prise 
faite par un corsaire français, du produit de laquelle on lui a offert les 
trois quarts pour trois navires tunisiens qui prétendaient s'être trouvés 
à vue, quoique dans le fond, et suivant les lois de la guerre et de 
la course, ni lui ni les reïs ne dussent rien prétendre, parce qu'ils 
n'avaient contribué en aucune sorte à la faire prendre; 

Que ne se contentant pas des lismes qui lui sont régulièrement 
payées par la Compagnie, il a forcé l'année dernière son directeur a lui 
payer 40,000 piastres de 3,000 kaffis de blé qu'il aurait eus des Maures 
pour moins de 16,000 et que, voulant continuer la même vexation, 
il a défendu aux Maures d'apporter des grains aux comptoirs, fait gar- 
der les chemins par ses spahis, et fait emplir les greniers de la Com- 



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50 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1710] 

pagnie de blés qu'il veut l'obliger de prendre au prix qu'il lui plaît de 
fixer, avant de permettre que ses commis en puissent acheter dans les 
campagnes ; 

Qu'il a souffert que, sous le feu de ses forteresses et autres endroits 
de sa côte, les Anglais aient enlevé on coulé bas à coups de canon 
plusieurs bâtiments français, sans en procurer aucune restitution au 
commerce ; 

Qu'il a au contraire réclamé tontes celtes que les Français ont faites 
sur cette nation, et menacé en dernier lieu le sieur Sorhainde de le taire 
mettre & la chaîne, s'il n'en faisait dans un terme bref rendre une que 
le sieur Laigle a menée a Halte, témoignant par ses procédés une par- 
tialité qui n'est pas excusable; 

Qu'il a usé- de la même menace a l'égard du directeur de la Compa- 
gnie d'Afrique, et de celle d'accommoder tes Anglais de ses traités, con- 
cessions et établissements, s'il ne lui donnait incessamment comptant 
24,000 piastres pour 2,000 kaffis de blé; 

Que, sans égard pour les justes remontrances du Consul, il a confisqué 
et fait vendre a son profit la barque du patron Joseph Arnaud de Mar- 
seille, muni d'un passeport de France, et mis son équipage aux fers, 
sous prétexte qu'à la vue des vaisseaux de Tunis qu'il croyait ennemis, 
il avait arboré pavillon de Halte ; 

Sa Hajesté, voulant faire rentrer le Bey dans son devoir et rétablir 
la nation, de même que la Compagnie d'Afrique, dans la jouissance pai- 
sible des privilèges qui leur sont accordés par les traités ou conven- 
tions à la faveur desquels le commerce se fait en ces Etats, a jugé à 
propos de faire armer deux vaisseaux et d'en donner le commandement 
au sieur Laigle, capitaine de .frégate, pour porter ses ordres au dit 
sieur Sorhainde, qui en concertera l'exécution avec lui. Sa Hajesté a 
expliqué au premier que son intention est qu'il se rende incessamment 
devant le port de Tunis, pour arrêter l'escadre du Bey lorsqu'elle 
viendra désarmer, à moins que les Puissances du pays ne donnent sur- 
le-champ les satisfactions convenables au sieur Sorhainde de toutes les 
infractions commises et des sûretés suffisantes pour l'exécution des 
capitulations et traités à l'avenir. 

L'intention du Roi eslque, pour les obtenir, le sieur Sorhainde, aussitôt 
après l'arrivée du sieur Laigle en rade, expose complètement dans la 
première assemblée du Divan, dont il demandera même la convocation 
s'il est nécessaire, toutes les injustices et violences du Bey sans excep- 
tion; qu'il déclare que sa conduite à l'égard du sieur de Gastines n'a 
pas permis à Sa Majesté de lui dépêcher un autre Envoyé ni de souffrir 



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[1710] AVEC LA COUR DE FRANCE SI 

que son Consul même lui communiquât ses instructions; et qu'il y 
remontre fortement et avec hauteur que Sa Majesté est si justement 
indignée de tous ses procédés qu'elle attend de l'ancienne alliance des 
Dey et Puissances du pays avec la nation qu'ils les désavoueront par un 
acte authentique, qu'ils s'obligeront de restituer ce qui a été injuste- 
ment usurpé sur ses sujets, et donneront des satisfactions convenables 
des infractions commises contre la foi des, traités et capitulations ; 
que, faute par eus d'entrer dans les justes ressentiments du Roi, ils 
doivent prévoir que Sa Majesté ne pourra 86 dispenser de s'en venger 
par la force. , 

II sera bon qu'il répande en même temps parmi la taïlfe et la populace 
des mémoires contenant en détail les effets de l'avarice du Bcy, ses 
extorsions et violences, comme des suites de sa crédulité pour les 
propos des Anglais, qui le préviennent que les forces maritimes de 
France sont affaiblies, pendant que du seul arsenal de Toulon il y a 
vingt vaisseaux de guerre à la mer armés en course, qui n'attendent 
que l'ordre de chercher les Tunisiens. La liste des capitaines entretenus 
dans la marine, qui les commandent, est ci-jointe, et les équipages du 
sieur Laigle en feront foi. 

Le Roi lui donne la liberté d'assembler les principaux de la nation, 
s'il le juge à propos, avant de faire aucune démarche, et d'embarquer 
avec les meilleurs effets ceux qui craindront pour eux et pour leurs 
marchandises les premiers mouvements d'une émotion populaire. Et 
comme c'est pour leur bien et en vue de les mettre à l'abri de toute 
insulte à l'avenir que le Roi adresse ces ordres au sieur Sorhainde, Sa 
Majesté trouvera bon qu'il concilie autant qu'il se pourra leurs intérêts 
avec l'honneur de la nation, mais il observera qu'il doit promptement 
exécuter sa commission, parce que le sieur Laigle ne peut rester long- 
temps mouillé dans une rade foraine comme celle de La Goulette, sans 
danger évident d'y être insulté par des forces ennemies supérieures, et 
c'est ce qu'il faut soigneusement éviter. 11 concertera avec ce com- 
mandant les plus justes mesures qu'il pourra lui proposer pour la 
sûreté de son mouillage et pour l'exécution des ordres portés par cette 
instruction, et rendra compte amplement, par les premières occasions 
et par duplicata, du succès de sa négociation. » 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



[1710] 



MÉMOIRE POUR SERVIR D'IKSTHUCTION AU SIEUB LAIGLB, 
MTOïÊ A TOMS. 



123. — Marly, i 5 octobre i710. — «S& Majesté ayant chargé le sieur 
Laigle d'aller à Tunis pour porter au sieur Sorhainde, Consul de la 
nation, ses ordres et en concerter avec lui l'exécution, elle les lui 
envoie et lui observe en même temps que, comme il est informé de l'im- 
portance qu'il y a, pour le succès de son voyage, qu'il arrive dans ce 
port avant que les reïs soient venus désarmer, Sa Majesté attend de 
sou activité qu'il fera toute la diligence praticable pour appareiller des 
rades de Toulon incessamment. 

11 fera sa route directement à celle de La Goulette et ne se détournera 
ni pour courir sur les bâtiments qu'il rencontrera & la mer, ni pour 
croiser sur ceux de Tunis dans les parages ou il croirait pouvoir les 
joindre, étant à présumer que, pendant le temps qu'il emploierait a les 
chercher, ils rentreraient dans leurs ports. 

Il est donc d'une conséquence extrême qu'il prévienne assez leur 
retour pour donner le temps au Consul de la nation de déclarer en 
plein Divan les intentions de Sa Majesté et de pressentir les disposi- 
tions des officiers qui le composent, afin que si elles se trouvent moins 
favorables qu'il n'y a lieu de l'espérer, la nation s'assemble et délibère 
si elle juge nécessaire que la guerre soit déclarée, ou que, pour faire 
rentrer le Bey danB son devoir et l'y forcer par un soulèvement du 
peuple, le sieur Laigle attaque et coule bas ou enlève de vive force les 
corsaires de cet État, lorsqu'ils viendront prendre le bord. 

Le Roi, n'ayant d'autre motif, dans la commission dont il charge le 
sieur Laigle, que le bien du commerce, a jugé à propos qu'il n'entre- 
prenne rien sans la participation des marchands autorisés par le 
Consul, et lui recommande d'exécuter de sou mieux ce qu'ils exigeront 
de praticable de lui et des forces qu'il commande. C'est pourquoi, la 
bienséance ne permettant pas qu'il aille souvent à terre, il doit compter 
qu'il sera ponctuellement informé des délibérations qui ne pourront se 
faire a son bord. 

Il est bon qu'il soit pareillement instruit que le sieur Sorhainde a 
ordre de presser vivement les résolutions du Bey et de son Divan, do 
même que celles du corps de la nation en cas de besoin, afin que les 
vaisseaux qu'il commande ne soient pas trop longtemps exposés a la 
rencontre des escadres ennemies qui pourraient relâcher dans ces rades, . 
et qu'après avoir exécuté les intentions de Sa Majesté il puisse encore 



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[1710] AVEC LA COUR DE FRANCE 53 

les employer utilement à la course avant qu'ils aient besoin d'une nou- 
velle caréné. » 

[Marine, B» 225, f. 804.) 

LUCIDE POKTCHARTRAIH A AUGER SORHAINDE. 

124. — Marty, 15 octobre 1740. — Il l'entretient des mauvais pro- 
cédés du Bey de Tunis à l'égard de la nation et de ses violences envers 
le Consul et le directeur du Cap-Nègre. 

Sa Majesté a résolu de déclarer la guerre aux Tunisiens s'ils ne font 
immédiatement réparation de tant d'injustices. Elle envoie a cet effet 
le sieur Laigle avec deux vaisseaux de guerre, ainsi que L'Entrepre- 
nant, armé par la Compagnie d'Afrique. Le sieur Michel a ordre de 
s'embarquer et d'agir sons ses ordres pour tout ce qui concerne sa 
commission. Sorhainde devra leur remettre un mémoire de tous les 
sujets de mécontentements du Roi et veiller a la sûreté de la nation. 

(Marine, B* fil, f. SOS.) 
LE C l " DE POHTCBARTHAin A CHARONNIER '. 

126. — Marly, 15 octobre 1710. — Le Roi a armé plusieurs vais- 
seaux destinés à punir les exactions du Bey. Pendant que le capitaine 
Laigle tiendra la mer, le sieur Charonnier assistera & toutes les délibé- 
rations qui auront Heu à Marseille, et & son retour à Toulon il ins- 
truira Sa Majesté de tout ce qui se sera passé dans l'intérêt du commerce. 
(Manne, B> 85, f. 170.) 



ORDRE DU ROI 
POUR EMBARQUES ET RAHBIfBR EH FRANCK DM MARCHAND DE TUNIS. 

1*6. — Marly, 15 octobre 1710. — Sa Majesté étant informée de la 
mauvaise conduite du sieur Claude Balp, second député de la nation 
française établie à Tunis, et voulant y pourvoir, elle mande et ordonne 
au sieur Sorhainde, Consul de la dite Echelle, de le faire embarquer 
Bar le premier vaisseau qui en partira pour retourner à Marseille et 

{.Commissaire, puis inspecteur général de la marine h Toulon. — Voy. sa corres- 
pondance aux Archives de la mile de Toulon, inventaire d'Octave Teissier, BB, 887, 
IN et 18*, -. et aux Archives de la marine, série B 1 . 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1710] 

ut au capitaine ou patron de le recevoir et remettre aux officiers 
imirauté de celte ville à son arrivée. 

(Marine, JP 83, f. 17* p.) 



LE C" DR PONTCHABTRAIlt A MICHEL '. 

7. — Marly, 15 octobre 1710. — Le Ministre lui ordonne de 
marquer avec le sieur Laigle et, comme délégué de celui-ci, i'in- 
; du pouvoir de traiter avec les Puissances barbaresques de la paix 
la guerre. 

(Marine, B' ts, f. SS.) 



LK C'" DR POHTCHARTRAtn A AHKOUL. 

8. — Marly, 15 octobre 1710. — « Le Roi a résolu de tirer ven- 
:e des exactions du Bey de Tunis. Dana ce but, Sa Majesté envoie 
ur Laigle avec deux vaisseaux et ['ordre de mouiller en rade de La 
:tte. L'Entreprenant l'accompagnera dans celte expédition, et la 
lagtùe d'Afrique armera en toute hâte d'autres bâtiments. Le capi- 

Laigle est investi du commandement et du pouvoir de négocier 
le cas où les Puissances du pays feraient des ouvertures. Le sieur 
si s'embarquera avec lui et agira sous ses ordres en toute occa- 
C'est lui qui portera au Divan ou au Bey les paroles ainsi qu'il 
été réglé entre te commandant, le Consul et lui. Vous ferez embar- 

avec lui le sieur Rougier, interprète, ou tout autre capable. 
faut du' sieur Michel, empêché légitimement, le Roi désigne le 

Expilly ' pour le remplacer dans cette mission, 
mande, par l'ordre de Sa Majesté, au sieur Laigle et, en son absence, 
Cbaronnier de se rendre immédiatement a Marseille afin de s'ins- 
t a fond des mesures que vous serez convenu de prendre avec la 
>agnie d'Afrique et, & Toulon, avec M. de Bellefontaine *. Celui-ci a 
: de faire embarquer sur V Entreprenant cinquante soldats surnu- 
ires qui seront à la solde du Roi, ou davantage si vous le juges 
isaire... Recommandez sur tout cela lé secret le plus absolu. Je 

envoie -cette lettre par le sieur Michel lui-même. » 

(Marine. Wit.f. Ut.) '■ 

'oy. p. M, 

ilulairs du Consulat da Tripoli. 

b bailli de Belle ton laine, lieutenant (entraide* armés» nivale* du Roi, corn- 
ant le port de Toulon. 



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[1710] AVEC LA COUR DE FRANCE 



HOSSBIN-BEN-ALI, BBV DE TONS, A LOUIS XIV. 

129. — Tunis, 4 novembre 17iO. — « Après avoir présenté à Sa 
Majesté l'Empereur de la nation chrétienne, l'invincible et souverain 
Monarque Louis le Grand, les vœux et les saluts les plus purs et les plus 
sincères, nous faisons savoir à Votre Majesté Impériale que, depuis les 
plus anciens temps, la République de Tunis est ferme et stable dans la 
paix et la bonne intelligence avec vos sujets, dont les marchands abordant 
a nos Échelles y sont reçus en toute sûreté, y débitent et vendent leurs 
effets et marchandises et en tirent celles que bon leur semble sans que 
personne les inquiète en aucune manière. Hais dans ces temps-ci, les 
marchands de notre pays étant rencontrés en mer par les vaisseaux 
corsaires de France, ils en sont inquiétés et maltraités et leurs mar- 
chandises enlevées et déprédées. Ce qui les ayant obligés à en porter 
leurs plaintes par devant nous et à nous exposer leurs affaires et le 
sujet de leur mécontentement, nous aurions appelé votre Consul qui 
est ici, lui recommandant de juger le procès de ces Musulmans et de 
faire savoir leurs affaires & vos Ministres d'État pour que justice soit 
rendue, mais n'en pouvant tirer aucune réponse, remettant toujours et 
donnant des délais, voyant que ces affaires se négligeaient et tiraient 
en longueur sans qu'il se terminât aucune chose, et les marchands pro- 
priétaires des effets pris et déprédés ne pouvant patienter davantage.,., 
à ces causes et en conséquence du traité de paix qui est entre nous et à 
la réquisition des dits marchands qui nous ont demandé des lettres et 
la permission d'aller en personne réclamer leurs effets devant Votre 
Majesté, fondé sur votre amitié, nous avons écrit cette lettre que nous 
avons mise entre les mains des marchands propriétaires. Lorsque, s'il 
plaît a Dieu, ils seront heureusement arrivés a votre haute Cour, nous 
espérons que Votre Majesté leur fera rendre justice et ordonnera la 
restitution de leurs effets et marchandises parce que cette affaire pour- 
rait avoir des suites qui contreviendraient à la paix et causeraient des 
troubles. Donc, il y a. quelque temps qu'un vaisseau marchand fran- 
çais, commandé par le capitaine Brémont, ayant chargé a Sousse ' des 
olives et de l'huile d'olive, et faisant route pour Alexandrie, fut pris 
par un vaisseau hollandais, et ensuite l'un de vos vaisseaux corsaires, 
commandé par le capitaine Laigle, s'est emparé du dit navire et, l'ayant 
envoyé & Livournê, les huiles ont été vendues à la vne de nos gens, et 

1. Ville et port de la Régence, au sud-est de Tunis. 



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B6 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1710] 

le provenu d'icelles a été mis en dépôt entre les mains du Consul fran- 
çais résidant & Lîvourne pour la somme de S, 000 piastres. 

Plus, des marchands de nos sujets et des pèlerins musulmans de La 
Mecque s'étant embarqués & Alexandrie sur un bâtiment d'une de nos 
Échelles appelé Mariana, avec leurs effets et marchandises, et étant en 
route pour se rendre ici, ils furent obligés d'échouer à La Galipie sur 
les cotes de notre pays et sur nos terres. Ils furent aperçus par le dit 
capitaine Laigle, qui retira le dit navire, le remit a flot et l'emmena, 
portant a Halte les effets de nos marchands pèlerins. 

II y a aujourd'hui cinq mois que nous n'avons pu avoir aucune 
raison ni réponse de votre Consul sur ce sujet. C'est pour cela que le 
porteur de cette lettre, Sîdi Mehemed Cbérif, fils d'Ahmed Ketkhoda 
(de la race du Prophète), étant parti il y a quelque temps du port 
d'Alexandrie avec quelques marchandises pour passer & Lîvourne, a 
été pris par le même capitaine Laigle, et il est présentement à Mar- 
seille. Nous espérons que Votre Majesté lai fera restituer ses effets. Il 
est accompagné du sieur Hadji Mehemed Ben Scheviané et ils vont 
ensemble à votre Cour. Lorsqu'ils y seront arrivés, s'il plaît à Dieu, à 
bon port, nous nous promettons que vous leur ferez rendre justice, afin 
que la paix et la bonne intelligence qui sont entre nous ne reçoivent 
point d'altération par des contraventions aussi formelles que celles-là 
aux conditions des traités. Nous espérons aussi que la porte des bons 
offices sera toujours ouverte entre les deux partis; telle est notre 
intention, avec l'aide de Dieu, et notre désir. » 

(A flaires étrangère*, C" de Tuai*.) 



LE C" DE POTTCHAHTBAIK A LA PÉHOUZK l . 

130. — Marly, 5 novembre / 7 * 0. — Le sieur La Pérouze est chargé 
de tenir le Ministre au courant de tout ce qui se passera dans les con- 
férences qui auront lieu à bord des vaisseaux envoyés par le Roi pour 
mettre le Bey & la raison, et de lui faire savoir s'il est vrai que le grand 
âge du sieur Sorhaînde ou quelque autre motif l'ait empêché de s'op- 
poser avec fermeté aux diverses entreprises du chef de la Régence. 

a ... Vous me rendrez également compte de ce que vous aurez fait 
par rapport au remboursement de ce qui est du aux Juifs de Tunis. 

Dès que le commerce sera entré dans une phase plus tranquille, je 
signalerai votre dévouement à la reconnaissance des directeurs de la 



l. Vor. p. i* et ». 



t,zed,yGOOg[e 



[1710] AVBC LA COUR DE FRANCE 51 

Compagnie. En attendant, dites-moi si le commis principal qui régit le 
comptoir de La Galle remplit son devoir avec exactitude et capacité... » 

[Marine, B'< 8S, f. US.) 
LE C M DB PONTOIAHTRAin AUX IHTÉHESSÉS HE LA COMPAGHIK D'AFBIQUE. 

131. — Marly, 5 novembre iliO. — Avant de condamner la conduite 
du sieur Sorhaînde par rapport aux nouvelles complications survenues 
avec le Bey de Tunis, il convient d'attendre ses éclaircissements. Il est 
' très vraisemblable que l'influence des Anglais est la seule cause du 
mal, et qu'à la vue des navires commandés par le sieur Laigle le Bey 
rentrera dans le devoir sans nécessiter une déclaration de guerre. 

(Manne, B ' 85, f. Ht.) 
TRAITÉ CBHTBKAIHB DU 16 DÉCBIIBRE 1710. 

1S2. — « Traité fait pour le renouvellement des capitulations et arti- 
cles de paix et confirmation d'iceux, accordés et arrêtés par nous, Guil- 
laume Laigle, capitaine de frégate, commandant l'escadre, mouillée a 
La Goulette, de très excellent, très puissant et très invincible Prince 
Louis XIV», par la grâce de Dieu Empereur de France et Roi,de Navarre, 
au nom de l'Empereur son maître, aux très illustres Pacha, Bey, Dey, 
Divan et autres Puissances de la ville et du royaume de Tunis. 
I 
Semblable a, l'article I du traité de 1685. 

II 
Semblable a l'article V du traité de 1685. 

III 
Semblable a l'article VI du traité de 1683. 

IV 
Semblable a l'article VU du traité de 1683. 11 ne contient pas la clause 
qui interdit aux vaisseaux tunisiens de faire des prises dans l'étendue 
de dix lieues des côtes de France. 

V 

Tous les Français pris par les ennemis de l'Empereur de France qui 

seront conduits à Tunis et autres ports du dit royaume seront mis aus- 



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58 CORRESPONDANCE DES DEYS BT DES CONSULS [1110] 

sitôt en liberté, oans pouvoir être retenus esclaves, et si les vaisseaux 
de Tripoli, Alger, et autres qui pourront être pareillement en guerre 
avec l'Empereur de France, mettaient à terre des esclaves français, ils 
ne pourront être vendus dans l'étendue de ce royaume, si ce n'est que 
le Consul de France voulût les acheter. En ce cas les Puissances de 
Tunis seront tenues à s'employer pour les lui faire avoir au meilleur 
marché qui se pourra, et pareille chose se pratiquera en France à 
l'égard des habitants du dit royaume de Tunis. 

Semblable & l'article XI du traité de 1685. 

Vil 
Semblable à l'article XII du traité de 1685. Il contient en outre ci 
qui suit : et la même chose s'observera en France pour les sujets de 
cette République. 

V11I 

Semblable & l'article XIII du traité de 1685. 

IX 

. Semblable a l'article XIV du traité de 1685. Il contient de plus \i 

clause suivante : et les Tunisiens jouiront en France de la même 

faveur. 

X 
Semblable à l'article XV du traité de 1685. 

XI 
Semblable & l'article XVI du traité de 1685. 

XII 
Semblable à l'article XVII du traité de 1685. 

XIII 
Semblable à l'article XVIII du traité de 1685. Il ne contient pas, la 
clause relative aux Français qui voudraient se faire Turcs. 

XIV 

Semblable k l'article XIX du traité de 1685. 

XV 
Semblable à l'article XX du traité de 1685. 

XVI 
- Semblable à l'article XXI du traité de 1685. 



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[J710] AVEC LA COUR DE FRANCE 59 

XVII 
Semblable à J'article XXII dit traité de 1685. 

XVIII 
Semblable à l'article XXIII du traité de 1683. 

XIX 
Semblable & l'article XXIV du traité de 1685. Il contient en plus ce 
qui suit : 

S'il venait à se sauver des esclaves sur les bâtiments marchands, le 
commandant de Tunis pourra les y faire chercher, en quoi le Consul 
sera obligé de l'aider. 

XX 
Semblable à l'article XXV du traité de 1683. 

XXI 
Semblable à l'article XXVI dû traité de 1683. 
XXII - 

Si le présent traité, conclu par le sieur Laigle, pour l'Empereur dé 
France, et les Pacha, Bey, Dey, Divan, autres Puissances et Milice de 
la ville et du royaume de Tunis, venait à être rompu, — ce qu'à Dieu 
ne plaise! — le Consul et tous les marchands français qui seront dans 
l'étendue du dit royaume pourront se retirer partout où bon leur sem- 
blera, sacs qu'ils puissent être arrêtés pendant le temps de' trois mois. 

XXIII 

Semblable à l'article XXVIII du traité de 1685. 
XXIV 

Semblable à l'article XXIX du-traité de 1685. 
XXV 

Les articles ci-dessus seront ratifiés et confirmés par l'Empereur de 
France et les Pacha, Bey, Dey, Divan, autres Puissances et Milice de la 
ville et du royaume de Tunis, pour être observés par leurs sujets pen- 
dant le temps de cent ans, et alin que personne n'en prétende . cause 
d'ignorance seront publiés et affichés partout où besoin sera. 

Fait et' arrêté entre le dit sieur Laigle, pour l'Empereur de France, 
d'une part, et les.dUs Pacha, Bey, Dey, Divan et Milice de la dite ville 
et du dit royaume dé Tunis, le 16 décembre 1710. » 

LAIGLE. 

(Sceaux de» Puiuance* de Tunis.) 
-;.._'. . : {L'original est aux AriMvtsdeia marine, B' S3X.) 



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CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [1110] 



HOSSBIN BBH ALI, BBY DB TUNIS, A LOUIS XIT. 

183. — Tunis, i 8 décembre 17iO. — * Après avoir présenté nos saints 
respectueux a sa haute et glorieuse Majesté Louis le Grand, Monarque 
et chef des chrétiens et conquérant de ses empires par son invincible 
puissance, Empereur de France et Roi de Navarre ; nous dirons & Votre 
Majesté Impériale que la lettre sublime que vous noua avez fait l'hon- 
neur de nous envoyer, dont le capitaine Laigle, commandant trois de 
vos navires de guerre et muni de vos pouvoirs, était porteur, accom- 
pagné du commissaire H. Michel, par vous envoyé pour négocier avec 
nous, est heureusement arrivée ; que, lecture faite, nous en avons entendu 
la teneur avec toutes ses circonstances. A Dieu ne plaise qu'il arrive et 
que nous ayons fait aucune chose qui puisse donner atteinte et contre- 
venir aux conditions des traités de paix contractés entre nous, depuis 
une si longue suite d'années, et principalement depuis l'heureux temps 
de notre gouvernement, pendant lequel non seulement les vaisseaux 
français et leurs marchands vont et viennent aux ports et Échelles de 
ce royaume en toute liberté, mais encore les marchands français éta- 
blis en cette ville de Tunis y vivent en entière sûreté, aucun ne leur 
faisant souffrir de perte ni de dommage dans leur commerce et trafic'. 
Il n'y a que depuis quelque temps qu'à cause de la grosse guerre que 
vous avez contre toute l'Europe, quelques-uns de vos navires cor- 
saires ont fait du tort et dommage aux Tunisiens, tant marchanda que 
musulmans pèlerins de La Mecque, qui vont et viennent par mer en 
Egypte et qui, voyant la perte de leurs biens et effets, sont venus plu- 
sieurs fois en notre présence les réclamer, lesquels nous avons aussi 
redemandés à votre Consul qui est ici. Et parce que ces actions sont 
directement contraires a la paix, il est vrai que cela a causé quelque 
peine. Mais s'il plaît à Dieu, comme nous sommes résolu a observer non 
seulement les anciens traités contractés entre nous, mais encore le nou- 
veau, en faisant pourtant des instances pour que les effets de nos sujets 
ne soient pas perdus, et an cas qu'il arrivât encore de semblables choses 
dans la suite, pourvu que l'on nous rende justice, il sera, s'il plaît a 
Dieu, impossible qu'il se commette en aucune manière la moindre con- 
travention. A présent voilà que de concert avec le dit sieur capitaine 
Laigle nous avons renouvelé le traité de paix où toutes les conditions 
de l'amitié sont spécifiées et confirmées. En conséquence de quoi nous 
devons vivre les uns avec les autres en bonne intelligence et être fermes 
et inébranlables dans l'exécution des articles et des promesses de ce 



t,zed,yGOOg[e 



[1710] AVEC LA COUR DE FRANCE 61 

traité sans les enfreindre en aucune manière; et au surplus il faut que 
les portes des bons offices restent toujours ouvertes entre les deux 
partis. 

Votre Majesté Impériale saura aussi que, par l'entremise du capitaine 
Laigle et du sieur Michel, de concert avec votre Consul, non seulement 
les capitulations ont été renouvelées, mais même nous avons fait ôter 
les fers a tous les Français qui se sont trouvés détenus esclaves dans 
notre royaume, et ils ont été mis en pleine liberté. En considération 
de cette marque d'amitié, nous prions Votre Majesté que, comme il y a 
des sujets du royaume de Tunis détenus esclaves dans les galères de 
France, elle en fasse faire la recherche et perquisition et ensuite les 
fasse mettre en liberté ; nous nous en reconnaîtrons très obligé a Votre 
Majesté Impériale. Et le salut. » 

{A/fairts ttrangère», C" de Tunit.) 



HOSSBUI BEN ALI, BKÏ DR TUNIS, AU C l " SB POlfTCBARTIUIlt. 

184. — Tunis, 18déccmbre i7i0. — « Après avoir salué Son Excel- 
lence Monsieur Phélipeaux de Pontchartrain, Ministre d'État de l'Em- 
pereur de France et de Navarre Louis le Grand, nous vous faisons 
savoir que la lettre d'amitié que vous nous avez envoyée par le capi- 
taine Laigle, commandant trois de vos vaisseaux de guerre, accom- 
pagné du Commissaire M. Michel, est heureusement arrivée, que nous 
en avons fait la lecture et que nous sommes parfaitement informé 
de tout ce qu'elle contient. Il est plus clair que le soleil que nous 
sommes ferme dans la paix contractée avec vous depuis les anciens 
temps jusqu'à présent, puisque les Français qui vont et viennent aux 
ports et Échelles de ce royaume, et même les marchands français qui 
sont établis ici, ne sont molestés en aucune manière. contre la teneur 
des traités. Il n'y a que depuis quelque temps que vos vaisseaux cor- 
saires ont pris et déprécié les biens et effets, non seulement des habi- 
tants de Tunis, mais encore des pèlerins musulmans qui vont et 
viennent d'ici en Egypte, et d'autant que ces actions sont directement 
contraires aux articles des traités, parce que nous avons réclamé nos 
biens vous trouvez cela mauvais et traitez nos demandes de contra- 
ventions. Mais nous prétendons faire des instances très fortes pour que 
les conditions des traités soient exactement observées. Donc il faut que 
nos effets soient restitués et que les biens des particuliers qui ont été 
lésés leur soient rendus; après quoi, et n'arrivant plus d'actions sem- 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1111] 

blés, il est impossible que de noire part il se pusse aucune cbo» 
; puisse donner du chagrin et causer du ressentiment. Présentement, 
concert avec le dit capitaine Laigle et avec le Commissaire envoyé, 
is avons confirmé le traite de paix qui' est entre nous et nous 
rons renouvelé . Et, s'il plaît à Dieu, la bonne intelligence entre lu 
ix partis est rétablie comme étant plus utile et plus à propos. Au 
te il faut que les portes des bons offices restent toujours ouvertes, 
us saurez de plus que, par l'entremise du capitaine et du nouveau 
îsul et de concert avec eux, non seulement les traités ont été con- 
nés et renouvelés, mais aussi que tous les esclaves français qui» 
it trouvés dans ce royaume ont été tirés des fers et mis en pleine 
erté. C'est pourquoi, en considération de ces marques d'amitié, 
js espérons que les Tunisiens esclaves détenus dans les galères de 
ince, après une exacte recherche et perquisition, seront aussi mis 
liberté, et nous vous en aurons une grande obligation. Et le salât, m 
{Âffairea étrangères, C" de Tunis.) 

MIGUEL ' AU C" DE POHTCHAHTRAIB. 

136. — Bone, â janvier 1711., — Hichel rend compte de la négo- 
tion dont le Roi l'a chargé sous les ordres du capitaine Laigle, auprès 
i Puissances de Tunis. Il a été admis sans difficulté à l'audience du 
r qui a fait publiquement ses excuses des violences exercées contre 
Consul et la nation française. Il a renouvelé l'ancien, traité de paix et 
ivre les Français capturés sous pavillon étranger. 

(Affaires étrangères, C' H de Tunit.) 

LB r."' DE FOKTCHAIiTRAlN A ARKOUL >. 

L86. — Versailles, 4 février 1711. — Le Roi a donné au Consul de 
lis l'ordre de faire passer en Provence sans distinction tous les 
mçais résidant sans permission dans son département. Cet ordre 
orise le Consul a. relever avec fierté la première infraction que le 
r fera aux traités, et par ce seul motif les intéressés de la Compa- 
ti d'Afrique sont en droit d'attendre de lui plus d'équité et de bien- 
lance. 

(Marine, B 1 », f. S3.) 

Voy. p. 66. 

Voy. p. *6. 



z e d, y Goog[e 



I 



[1711] AVEC LA COUR DE FRANCE 



LE C* DE POHTCBART11AIH A MICHEL. 

137. — Versailles, 35 février 1711 . — Le Ministre demande an 
sieur Michel, dont il a appris l'arrivée à Toulon, de lui envoyer sans 
plus tarder le traité fait avec les Puissances de Tunis et leurs lettres, 
ainsi que toutes les pièces relatives & la négociation, et des renseigne- 
ments détaillés sur l'état du commerce de la nation et des affaires de 

la Compagnie d'Afrique. 

{Marine, B' 89, f. 4t.] 



LE C le DE PONTCHARTRAIH A MICHEL. 

138. — Versailles, £5 mars 1711. — Le sieur Michel a envoyé au 
Ministre les mémoires que celui-ci lui avait demandés concernant les 
négociations avec les Puissances de Tunis et le traité qui en a été la 
conséquence, mais la traduction turque n'étant pas absolument con- 
forme à la traduction française, cet agent est prié de rechercher la 
cause de ces différences et d'y remédier dans la mesure du possible, 
afin que Sa Majesté puisse ratifier le traité. 

(Manne, B' 89, f. S4, v.) 

LE C" DE POnTCHARTRAIH A MICHEL. 

139. — Versailles, 1" avril 1711. — Les intéressés de la Compa- 
gnie d'Afrique se plaignent de ce que leurs intérêts ont été complète- 
ment négligés dans le traité qui vient d'être renouvelé à Tuais. Michel 
devra s'efforcer de leur donner satisfaction. 

(Manne, IP 8», f. 86, v.) 

LE C" DE PONTCHARTRAIIt A MICHEL. 

140 . — Versailles, 1 5 avril 1 7 1 1 . — On le met en garde contre la 
perfidie du Gouverneur de Tabarque vis-à-vis du sieur La Pérouze et 
contre les injustices du Bey à l'égard de la Compagnie d'Afrique. 

[Marine, & 88,'f. es.) 

AUGES SORHAIESDE AU C" DE PONTCHARTHAIK, 

141. — Tunis, 26 mai 1711. — Sur la prise anglaise faite par le 
capitaine Laigle on a restitué aux armateurs tunisiens des marchan- 



t,zed,yGOOg[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1711] 

es valant à peu près 2,000 piastres. Ils en réclament encore 9,000. 
itefois le Bey a bien voulu admettre que, le navire étant resté échoué 
x jours sur la côte, ces marchandises avalent pu être pillées par 
Maures, et il a réduit la somme réclamée a. 4,500 piastres. 
{Âffairet Hrangeru, C" de Tunis.) 



CONVENTION IBLATTfB AD COMPTOIB DU CAP-HÈGHE, 

DU 3 1U1N nu. 

42. — « Nous Hossein-ben-AH, Bey du royaume de Tunis, déclarons, 
le présent écrit, avoir convenu avec le sieur Gaspard La Pérouie, 
icteur au Cap-Nègre et agent près de nous pour les Messieurs de la 
apagnie d'Afrique, & présent possesseurs de la dite place du Cap- 
;re, que moyennant la quantité de 1,000 kaffis de blé, mesure de Tuais, 
t le dit sieur La Pérouze, au nom et comme porteur des ordres delà 
i Compagnie, s'oblige à prendre de nous chaque année à raison de 
piastres le kaffl, et de plus les lismes accoutumées qui se payent à 
maison du Pacha, nous aussi, nous nous obligeons, par ce présent 
it, à maintenir et Favoriser la dite Compagnie d'Afrique dans la 
sible possession du Cap-Nègre, pour tout le temps qu'elle voudra, 
dant notre régne, comme aussi a lui accorder toute sorte de pro- 
ons en tout ce qui regardera son commerce et partout, sans lui 
iorter de notre part aucun empêchement, ni permettre qu'il lui en 
; fait par les Maures de ta campagne, ni aucun autre de nos vas- 
x ; promettant de plus de faire jouir la dite place de toute sorte de 
rté et tranquillité pour son commerce avec tous les Maures de 
i'e obéissance, lesquels, sans exception aucune, pourront à l'avenir 
t négocier et porter leurs denrées à la dite place du Cap-Nègre, et 
:hàlier ceux de nos sujets qui interrompront en aucune manière le 
imerce de la dite place. Et attendu que, dans les magasins du dit 
i-Nègre, il se trouve la quantité de 500 kaffls de blé, a nous appar- 
ent, que nous prétendions obliger la dite Compagnie d'Afrique à 
evoir pour son compte, au prix de 10 piastres le kaffl, sur ce qui 
is a été représenté par le dit sieur La Pérouze que ce blé n'était pas 
bonne qualité pour avoir souffert, nous avons convenu avec lui, 
t pour favoriser sa mission prés de nous que la dite Compagnie 
frique, qu'il recevra pour compte d'icelle les dits 500 kaffis de blé, 
prix seulement de 6 piastres le kaffl, lesquels seront a compte 
1,000 kaffis pour cette récolte prochaine, de manière qu'il ne res- 



t,zed,yGOOg[e 



[ilii] AVEC LA COUR DE FRANCE 65 

tera plus & recevoir pour cette année que 500 autres k&ffis de blé nou- 
veau, qui nous seront payés au prix de 10 piastres le kaffl, comme il 
est ci-dessus expliqué. Et pour assurance de ce traité, nous en avons 
fait faire cet écrit avec notre tape, pour être remis au dit sieur La 
Pérouze. 

Fait dans notre Bardo de Tunis, le 17* de la tune Rebi-el-ewel, l'an 
de l'hégire 1123, qui répond au 3 juin 1711 de l'ère chrétienne. » 

(Sceau du Bey de 7W»û.) La Pébouze. 

[L'original est aux Archives de la marine, fli 534.) 
àl'GBR SOKHAIHDE AU C u DE PONTGHAHTHAIK. 

143. — TunU, 5 juin iJii. — Le Directeur du Cap-Nègre a conclu 
avec le Bey un traité & 10 piastres le kaffl sans compter le payement 
des redevances ordinaires; il promet de protéger la Compagnie d'Afrique 
et de la laisser jouir en liberté de toute l'étendue de son commerce. 

On a eu avis que le projet de paix entre Tunis et les Hollandais avait 
été approuvé à Amsterdam et que dans peu il viendrait une escadre 
pour conclure un traité. Le Bey a, paratt-il, déclaré ne pas vouloir en 
faire, mais il est probable que son intérêt l'y poussera. » 

[Affaires étrangère», C* de Tuait.) 
AUGER 50MMIRDB AD C ,a DE POirrCBARTEAUl. 

144. — Tunis, 2 S juin 1711. — Un vaïBseau appartenant au sieur 
Marco Patelin, sujet du Grand Seigneur, faisant les voyages de Tunis à 
Halte et vice versa pour le rachat des Tunisiens prisonniers dans cette 
fie, avec passeports du Grand Maître et des Pacha et Dey de ce gouver- 
nement, a été arrêté le 10 avril, au port du Monastir, par le capitaine 
Noël Guigues, de la Seyne, pour avoir été trouvé sans passeport, et 
emmené à Toulon* Les Puissances demandent la restitution de cette 
prise, faite dans un de leurs ports eu violation du droit d'asile. 
Sorh&iude envoie l'original des passeports de ce vaisseau et appuie 
auprès de la Cour la réclamation des Tunisiens. 

(Affaires étrangères, G* de Tunis.) 



t,zed.yG00g[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1711] 



LE G" DE WRTCHÀRTBAW A (3IAVIGB0T. 

— Marly, le 8 juillet Î71 i . — La Compagnie d'Afrique deman- 
changement de Sorhainde, qui a perdu tout prestige aux yeux 

, le Ministre expédie au sieur Chavignot les provisions de Consul 
i sieur Michel, que son expérience de la langue et des mœurs 
i désigne pour cet emploi. 

(Marine, V SS, f. («.) 

— Marly, S juillet 17H. — Provisions de Consul à Tunis pour 
■ Pierre- Victor Michel ', successeur d'Auger Sorhainde, admis à 
ite. 

(Marine, B* 19, f. ISS.) 

AUGER SORHAINDE AU C" DE POKTCHARTRAIN. 

— Tunis, Sa juillet 17 H. — Le bruit court à Marseille qu'il 
e révoqué & la sollicitation de la Compagnie d'Afrique, qui 

d'avoir sacrifié ses intérêts auprès du Bey lors de la négocia- 
is. Laigle. 11 s'en remet sur ce sujet à l'équité du Ministre, 
ïey de Tripoli a été assassiné le 4 courant par Mahamoud, son 
ir, qui se proclama lui-même Bey de cette Régence. On croit 
Bassin, ancien Khodja de Kalil-Bey, n'a usurpé le trône que 
conserver à son ancien patron et bienfaiteur, qu'on assure être 
; pour rentrer dans son ancien gouvernement ; il est à présumer 
raire qu'il se maintiendra de tout son pouvoir, mais on ne 
is qu'il ne succombe et que Kalîl ne reprenne une troisième fois 
landement... » 

(Affaires étrangère*, C" de Tunis.) 
AUGER SORHAIRDB AU C* DB POSTCHARTRAIK. 

— Tunis, 8 août 17 H. — Il a reçu avis de la nomination 
ichel au consulat de Tunis. 

léfend d'avoir négligé les intérêts de la Compagnie d'Afrique 
lu Bey. 11 a au contraire insisté avec force et publiquement 
e le Bey se départit de ses prétentions injustes. Il a informé ce 

mis de M. de Monlmorl, intendant des galères en 1683, Secrétaire d'ara- 
Conslantinople en 1103, Envoyé extraordinaire en Perse en 1106, en mis- 
lis en 1110. — Voy. sa correspondance avec la Chambre de commerce de Mar- 
\A, SOS, de l'inventaire d'Octave Teissier. — On ne doit pas le confondre 
i-Baptiste Michel, négociant à Marseille, intéressé de la Compagnie 
, ancien Consul a Tunis de IG85 à 16UQ. 



z e d, y Goog[e 



111 11] AVEC LA COUR DE FRANCE 67 

Prince des erreurs de traduction qui ont empêché le Roi de foire expé- 
dier la ratification du traité fait par M. Laigle. 

Depuis l'assassinat commis par Hahamoud, dernier Bey de Tripoli, 
sur son prédécesseur, il a été à son tour détrôné par Karamany. 
(Affaire* étrangère*, C* de Tunit.) 

ÀU6ER S0R11AINDE A MICHEL. 

149. — Tunis, 9 août 1711. — Il le félicite de sa nomination, dont il 
a donné avis au Bey. 11 serait a propos qu'avant son départ de France 
Hichel eut des ordres du Ministre pour terminer la discussion concer- 
nant les effets des Tunisiens pris par H. Laigle, ainsi que celle concer- 
nant le vaisseau arrêté au port du Monastir par le capitaine Noël 
Guignes, de la Seyne, et conduit a Toulon. 

(Affaire* étrangère*, C" de Tunis.) 

LE C° DE POHTCHARTIA1N A HICHEL. 

150. — Versatile*, 1 1 août 1744. — Sa Majesté veut qu'en partant 
de Marseille le sieur Michel reçoive du trésorier de la Chambre les 
avances qu'elle fait aux Consuls nommés & l'une des Échelles, soit pour 
leur passage, soit pour les présents & distribuer aux Puissances du pays. 

(Marine, fil 89, f. 1t3 v.) 

LE C u DE POHTCHARTRAIH AUX DÉPUTÉS DE LA CHAMBRE DE MARSEILLE. 

151. — Fontainebleau, 21 août 1711. — Le sieur Laigle a pris des 
fonds que la Compagnie d'Afrique avait embarqués sur L'Entreprenant 
la somme de 700 piastres, qu'il a distribuée en présents et gratifica- 
tions aux Puissances de Tunis pour se les rendre favorables dans la 
négociation dont il a été chargé l'hiver dernier. Sa Majesté a jugé 
que cette dépense devait être supportée par le commerce. Les députés 
de la Chambre de Marseille devront donc rembourser cette somme aux 
Directeurs de la Compagnie. 

{Marine, fil 89, f. 159 0.) 

LE C" DB MRTCBABTBA1N A MICHEL. 

152. — Paris, 1 6 teptembre 1711. — Le sieur Michel est autorisé 
parle Roi & profiter du départ du Diamant* pour se rendre à Tunis, 



t,zed,yGOOg[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1711] 

Il aj esté ne permettra pas qu'il se détourne de son chemin, 
ce serait autoriser la Compagnie à demander un dédomma- 
je l'état des fonds publics ne permet pas de lui donner. 

{Marine, fl 1 8», f. 178.) 
I POHTCHARTHAIlt AUX DIRECTEURS DB LA C0MPAG1I1E D'AniQUE. 

- Marly, 14 octobre 1711. — Dans la disette dont on est 
l doit non seulement leur être défendu de transporter des 
'étranger, mais encore leur être ordonné d'en faire entrer la 
le partie a Marseille. Les Échevins devront les encourager par 
rocédés et en tenant leurs engagements plus fidèlement qu'ils 
lit jusqu'à présent. 

[Marine, B' M, f. 1*0 r.) 

Ratification du traité du 16 décembre 1710. 

Marly, 1 4 octobre 1711. — « Nous, ayant agréable le susdit 
ous et un chacun des points et articles qui y sont contenus 
s, avons iceux, tant pour nous que pour nos héritiers succès- 
pereurs de France, acceptés, approuvés, ratifiés et confirmés, 
, approuvons, ratifions et confirmons, et te tout promettons 

et observer sans aller ni venir au contraire en quelque sorte 
e que ce soit. En foi de quoi nous avons signé le dit acte, 

notre sceau ordinaire et fait contresigner par notre con- 
nus nos conseils, Secrétaire d'Etat et de nos commandements, 
eur de nos ordres, le sieur comte de Pontchartrain, etc.. » 
(Affaire* étrangère*, C" de Tunis.) 

LE C 1 * DB PORTCHARTRAIN A MICHEL. 

- Vertaillei, 25 novembre 1711 . — L'ordre a été donné à 
I d'assembler les Députés de la Chambre de commerce, les 

de la Compagnie d'Afrique et les principaux armateurs du 
le pour régler a l'amiable le payement de l'avanie de 12,000 
Tiposée par le Bey de Tunis sur les nationaux à l'occasion 
■. hollandaise La Ville de Riga. Il est nécessaire de finir prome- 
tte discussion, pour faire cesser les intérêts usuraires de la 
npruntée à ce propos. 



«dr* Google 



[1712] AVEC LA COUR DE FRANCE 69 

u Sa Majesté approuvera que le sieur Michel change le cérémonial 
suivi par son prédécesseur, s'il est vrai qu'il soit tombé dans des 
négligences et soumissions indignes du caractère dont il était revêtu. 
Mais il devra auparavant étudier les anciens usages afin de prendre 
garde de rien innover. » 

(Marine, B' 89, f. XÎS v.) 

MICHEL AU C" DE POtfTCBARTIUIlt. 

156. — Cagliari, 26 janvier 17 i 2. — Michel, qui a été pris par un 
vaisseau anglais le jour de Noël, demande qu'il lui soit donné recours 
contre le capitaine Augier, commandant le vaisseau La Fortune, pour 
les effets que sa témérité lui a fait perdre. 

[Affaira itmgèm, C" de Tunis.) 

LE C 1 " DE P03TCHÀRTRÀIN A MICDRÏ. 

157. — Marty, 27 janvier 1712. — Un corsaire anglais a pillé et 
brûlé le bâtiment du capitaine Bois, de Toulon, échoué dans les terres 
du royaume de Tunis. Le sieur Michel devra faire entendre au Bey et 
au Divan que, s'ils laissent impuni un pareil attentat, le Roi sera auto- 
risé à les soupçonner de partialité en faveur de ses ennemis. 

[Marine, & 89, f. H v.) 

MICHEL AU C" DE POSTCHÀRTRÀIH. 

158. — Tunis, 12 février 1712. — « Parti de Cagliari le 5 courant, 
il est arrivé à Tunis trois jours après, non sans avoir été assailli, le 8, 
â Portefarine, par le sieur André Fougasse, de la Ciotat, qui prétendait 
faire de bonne prise le bâtiment sur lequel se trouvait ce Consul. 

Michel, accompagné de Sorhainde, alla chez le Bey le 11 ; il entra au 
Divan avec son épée et salua le Bey du chapeau seulement. Ce dernier 
lui déclara qu'il était le bienvenu, en y ajoutant quelques flatteries. 

La somme empruntée par l'Échelle, au sujet de l'avance de 12,000 
piastres imposée par le Bey â l'occasion de la flûte hollandaise La Ville 
de Riga prise par feu M. Laigle, augmente si rapidement par les 
intérêts usuraires qu'on est obligé de payer que, pour libérer la nation 
de cette dette, Michel a résolu d'arrêter le premier bâtiment français 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1712] 

du Levant et de lui prendre des marchandises qu'on vendra 
>ayer cette somme. Michel espère que le Ministre approuvera 
^solution dictée par la nécessité. » 

{Affaira étrangtrtt, C 1 " de Tuait.) 

MICHEL AU C M DE POHTCHARTRA1N. 

. — Tunit, 21 mars 1712. — Miche! est en excellents termes 
: Bey. Les propriétaires des effets trouvés sur le vaisseau pris a 
îpie par feu H. Laigle ont été trouver ce Prince pour réclamer 
ls prétendent leur être encore dû, mais il les a toujours renvoyés. 
,• voulait arrêter un bâtiment français en représailles du vais- 
rec pris a Monastir par le capitaine Guignes, mais le Bey le loi 
îdu. Toutefois il y a lieu de suspecter la sincérité de ce dernier, 
§venances étant probablement intéressées. 

{Affaire! étrangère!, C" dt Tunù.) 
KECHIL AU Cf DE PONTCttABTKAIB. 

. — Tunis, 25 mars 1712. — Michel n'a rien obtenu du Bey 
ement à la prise, par un corsaire anglais, du bâtiment du capi- 
Sois, de Toulon. 

a actuellement deux affaires avec ce Prince, concernant d'une 
es prétentions relatives aux effets des Tunisiens trouvés sur le 
au anglais pris a La Galipie par M. Laigle, et d'autre part ses 
itions au sujet d'huiles .chargées par les Tunisiens sur un vais- 
rançais pris par un hollandais et repris par M. Laigle. Il espère 
1er heureusement ces deux discussions. 

(Affaire* étrangère!, C" de Tunù.) 

LE C 18 DE POSTClIABTtUIII A CUAYIOltOT. 

. — Marly, 10 avril 1712. — Le Ministre loue la Compagnie 
jue de la résolution qu'elle a prise de faire venir en Provence 
es grains qu'elle pourra tirer de ses comptoirs de Barbarie, en 
; la disette dont on est menacé. Il lui recommande particulière- 
a communauté de Toulon qui a payé plus régulièrement qu'une 
les secours qu'elle a reçus de la Compagnie en pareille occasion, 
ropos du projet de division de la Compagnie d'Afrique en deux 



«dr* Google 



[17121 AVEC LA COUR DE FRANCE 71 

Sociétés, le Roi juge qu'aile se soutiendra mieux en réunissant en une 
seule caisse les fonds et avances des actionnaires, au lieu que, séparées, 
elles se détruiront l'une l'autre et se trouveront journellement en con- 
currence. 

(Marin*, B' 89, f. 88.) 



DÉLIBÉRATION DB LA RATION FRANÇAISE A TUNIS '. 

162. — Tunis, 2 mai 1712. — 11 est de toute nécessité de mettre un 
portier à. la porte du Fondouk pour veiller a la sécurité de la nation, 
■ un grand nombre de Turcs et Maures s'introduisant journellement a 
la porte des appartements des marchands sans aucune nécessité, ayant 
parfois un couteau à la main et feignant d'être ivres pour chercher 
querelles et causer des avanies ». Michel a fait choix d'un nommé 
Hussein, auquel il a promis un traitement de 12 piastres par quartier. 
Le Consul et les marchands français supplient le Ministre, au nom de 
la nation tout entière, d'approuver la dépense qui sera faîte a ce sujet. 
[Archive» de la Résidence française à Tunis, Begistrt des Délibération*, t.i,f.S9.) 



MICHEL AD C" DE FONTCBABTRAIN. 

168. — Tunis, S mai 1712. — Le bruit de la continuation de la 
guerre s'étant répandu, le Bey a paru reprendre ses premiers airs de 
fierté a l'égard de la nation ; mais Michel continue d'être en bons termes 
avec les Puissances, dont il croît qu'il n'y a rien a redouter. 

Pour terminer l'affaire de La Galipie et désintéresser les Tunisiens, 
dont les revendications s'élèvent & 2,500 piastres, Michel tirera une 
lettre de change sur les armateurs de feu M. Laigle et en agira de même 
pour les 3,200 livres accordées & Hadji Ahmet, Tunisien. Il évitera 
ainsi les intérêts usuraires des emprunts faits à Tunis \ 

(Affaires étrangères, O™ de Tuni».) 



LE C" DE PONTCHAHTBAIN A ARNODL. 

164. — Vendîtes, 4 mai 1712. — Quelques-uns des plus riches 
négociants de Marseille se chargent de faire valoir, sans les diviser, les 

1. Enregistrée par Jean-Baptiste Vitalis, chancelier du Consulat. 
i. L'intérêt de l'argent prêté par lea Juifs de Tunis était alors, le plus souvent, 
de 3 0/0 par mois. Il s'élevait parfois Jusqu'à 3 et S 0/0. 



t,zed, y G00g[e 



72 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1712] 

établissements de Tuais et autres lieux de Barbarie aux mêmes clauses 
et conditions que celles de la Compagnie d'Afrique, dont te traité expire 
è la fin de cette année. Quant au privilège exclusif que la nouvelle 
Compagnie demanderait relativement & la fourniture des vivres des 
galères, il est impossible de le lui accorder, le traité fait à ce sujet 
ayant encore quatre ans a courir, mais elle pourrait convenir avec le 
munitionnaire d'une certaine quantité de blé a fournir dans les ports 
de Marseille et Toulon, ce qui serait toujours un débouché pour elle. 

[Marine, B> 89, f. 4t.) 

165. — Tunis, 9 mail 7 12.— Traité fait entre le Bey de Tunis et le 
sieur Vincent Denoux, Français, pour bâtir une fabrique de savon et 
d'huile à Sousse. 

(Marine, B : 484.) 



MICHEL AD C"> DE FOttTCHABTRAIfl. 

166. — Tunis, 25 mai 171 S. — Michel a appris la mort du Dau- 
phin, de la Dauphine et du Duc de Bretagne; il fera faire un service 
funèbre dans la chapelle consulaire. Il demande qu'il soit donné ordre 
aux corsaires français de se faire voir quelquefois dans les ports de 
Tunis dans l'intérêt de la nation et des corsaires eux-mêmes qui pour- 
raient y faire des prises nombreuses. 

Le Bey, ayant été averti que son Kasnadar avait des relations 
galantes avec sa femme, a fait étrangler le dit Kasnadar, et la femme, 
qui se trouve enceinte, a été enfermée jusqu'à l'accouchement, après 
quoi on la noyera suivant l'usage du pays. 

{Affaire! étrangère*, O* de Tunis.) 



KtCBBL AU C'° DE PONTCHARTRAIlf, 

167. — Tunis, 23 juillet 1712. — Le Bey, ayant perdu patience au 
sujet des marchandises des Tunisiens qui se trouvaient sur le vais- 
seau anglais pris par feu M. Laigle a La Galipie, a obligé le sieur 
Herman, qui a entre les mains des fonds appartenant au principal 
intéressé, & lui payer la somme qui lui est due. 

(Affaires étrangères, O" de Tunis.) 



«dr* Google 



[1712] AVEC LA COUR DE FRANCE 73 

MICHEL AU C" DB POÏlTCHABTuAItl. 

168- — Tunis, le 4 août 1712. — Il a déclaré au Divan que lee 
Tunisiens embarquant des marchandises sur les bâtiments de nos 
ennemis devraient faire enregistrer leurs connaissements dans la chan- 
cellerie du Consulat. Les Puissances ont approuvé cette mesure. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

169. — Marseille, 5 août 1712. — Propositions de la nouvelle Com- 
pagnie d'Afrique, pour être subrogée, au 1" janvier 1713, aux droits de 
celle dont le traité expire au 31 décembre 1712 '. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 
MICHEL AU C 1 * DE POHTCHABTBAIH. 

170. — l'unis, 6 septembre 1712. — Les vaisseaux hollandais qui 
sont venus faire la paix à Tunis sont partis pour Tripoli le 3 courant. 
Après avoir donné au Bey un carrosse doré, 10 pièces de canon de fer 
du calibre 12, montées sur leurs affûts, 2,000 boulets de différents 
calibres, 400 quintaux de poudre, 400 sabres et 400 canons de mous- 
quet, ils ont fait un traité de paix presque semblable à celui de la 
France, à la réserve que leurs vaisseaux de guerre salueront les pre- 
miers ceux de Tunis. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 
MICHEL AU C u DE PONTCHARTRAlN. 

171. — Tunit, 1$ septembre 17 12. — Michel, ayant appris la nou- 
velle de l'avantage remporté par les troupes en Flandres ', a ordonné 

1. Le privilège accordé, par arrêt royal du S octobre 1706. à une Société de négo- 
ciants formée sous le nom de Compagnie d'Afrique, pour une durée de six années, 
expirait le 31 décembre 4712, puisque cette Société était entrée en possession le t Br jan- 
Tier 1707. Le Roi avait, dès le 21 mai 1710, chargé le sieur Arnoul, Intendant de 
ses galères, de recevoir les propositions de ceux qui voudraient lui succéder. C'est 
le 30 juin 1713 que les fondateurs de cette Société nouvelle s'engagèrent, par acte 
sous seing privé, a payer à l'ancienne la somme de 150,000 livres pour la propriété 
des places du Cap-Nègre, du Bastion de France et lieux en dépendant. La première 
se trouva subrogée k tous les droits de la seconde, sans avoir à répondre aux enga- 
gements pris ou aux dettes contractées avant le 1" janvier 1713. La nouvelle Com- 
pagnie était formée, comme l'ancienne, pour une durée de six années; le fonds social 
était de 720,000 livres, la raison sociale : Compagnie d'Afrique, et le siège social 
h Marseille. — Voy. Arrêt du tS août 1713, qui homologue les propositions de la 
nouvelle Compagnie d'Afrique. (Marine, Bi 89, f. 77.) 

1 La bataille de Denain, du Si juillet 1712, gagnée par le maréchal de Viltnrt, 
au marnent où commençaient les négociations d Ulrecbt. 



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74 CORRESPONDANCE DES BEÏS ET DES CONSULS [17U] 

des réjouissances publiques. Il se plaint de ce que la Chambre de com- 
merce l'oblige a supporter le change qui réduit ses appointements à 
3,200 livres'. 

{Affaires ttrangèru, C 1 " de Tunii.) 

LE {:"> DE PONTCHARTBAin A MICHEL 

172. — Fontainebleau, 14 septembre 1712. — Le Ministre lui 
défend de prendre a l'avenir, sous prétexte de servir les intérêts de 
I Échelle de Tunis, les fonds embarqués sur des bâtiments marchands 
destinés aux pays du Levant ou de l'Archipel. 

« La suspension d'armes entre la France et l'Angleterre est un 
événement propre à en imposer au Bey de Tunis... Le projet delà 
Hollande d'avoir un Vice-Consul a Tunis causerait un préjudice aux 
Français. 

A l'égard du portier turc que les marchands de l'Échelle ont décidé 
d'établir pour la garde du Fondouk de France, c'est une dépense qui 
regarde le corps de la nation de Tunis et non la Chambre de Marseille. • 
(Marine, l)~ 89, f. S4 v.) 

MICHEL AU C" DE PONTCHÀRTRAIH. 

173. — Tunis, 31 octobre 1712. — Un vaisseau anglais, venu de 
Mahon à La Goulet te pour porter la nouvelle de la suspension d'armes 
aux corsaires de cette nation, a fait avec le Bey un troc de cinq pièces 
de canon contre 250 kaffis de blé destinés à la subsistance de la gar- 
nison de Port-Mahon. L'apparence d'une paix générale a fort amélioré 
les rapports de la nation avec les Puissances de Tunis. Michel espère 
obtenir la ratification du dernier traité que le Bey n'a pas voulu 
signer encore. 

(Affaira étrangères, C" de Tunis.) 
MICHEL AU C'° DE P0NTCHABTRA1N. 

174. — Tunis, 7 décembre 1712. — Michel fait l'historique des 
affaires de l'Échelle depuis son arrivée à Tunis et des considérations 
qui l'ont fait agir. 

[Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

i. Les appointements du Consul de France à Tunis étaient alors de 5,000 livres; 
aon chancelier n'avait que 300 livres. Ces 5,000 livres, changées en piastres h 3 livres 
15 sols, seule monnaie avant cours à Tunis, ne produisaient que 1,333 piastres 1/3, 
desquelles il fallait déduire 60 piastres 2/3 d'assurance à raison de S 0/0. — Voy. 
1. 1, p. S61. 



t,zed,yGOOg[e 



[1713] AVEC LA COUR DE FRANCE 



MICHEL AU C ta DE PONTCHARTRAIN. 

175. — Tunis, i I décembre i 7i2. — Le Bey a eu un fils le 24 no- 
vembre. Il l'a appelé Ali, mais, par avarice, H n'a prescrit aucune 
réjouissance, 

Un corsaire algérien, ayant relâché à l'île de la Lampedouse ', pilla la 
chapelle de la Vierge et enleva l'ermite, prêtre français au sujet duquel 
Michel a écrit & M. de Clairambault ', qui ne manquera pas de le récla- 
mer. L'action de ce pirate a été généralement désapprouvée a Tunis, 
où les habitants ont une grande vénération pour la Madone de Lam- 

pedouze. 

(Affaira étrangère!, C" de Tunis.) 



MICHEL AU C 19 DE PONTCBABTRAIN. 

176. — Tunii, 16 janvier 17 i 3. — Le vaisseau du Roi Le Fleuron, 
commandé par M. de la Garde, mouilla a La Goulette, le 10 cou- 
rant au soir, pour débarquer l'agent que la Compagnie d'Afrique a 
envoyé à Tunis J , quelques employés pour Cap-Nègre et La Calle et la 
somme de 42,000 piastres. Il est reparti le 12, après avoir remis la dite 
somme an Consul. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

HEltOUVELLBHEKT DO TRAITE DU 16 DÉCEMBHK 1710. 

177. — Tunis, £8 février 17Î3, — « M. le comte Duquesne *, chef 
-d'escadre des armées navales, chargé des pouvoirs de l'Empereur de 
France, étant venu dans ta rade de Tunis pour renouveler le traité fait 
le 16 décembre 1710 entre la France et la République de Tunis, le dit 
sieur comte Duquesne, au nom de l'Empereur, et lea très illustres Pacha, 

i. Ile des Deui-Sfcilea, dans la Méditerranée, entré Tunis et Halle. 

2. Pierre de Clairambault, premier commis de la Secrétairerie d'État de la marine. 
Son frère Charles de Clairambault, d'abord premier commis du bureau des fonds, 
A la Marine, devint commissaire général en 1699 et commissaire ordonnateur en 4103. 
— Voy. Mémoire sur les bureaux de la marine, par Laffllard (Archives de la marine). 

3. Le sieur Paiy. 

i. Duqueane-Monnier, qu'il faut distinguer de son frère Duquesne-Guiton, tous 
deux neveux d'Abraham Duquesne. Il s'était distingué depuis longtemps déjà dans 
le service de la marine et avait eu un bras emporté dans un combat contre les 
Hollandais. En 1101, il avait commandé 16 bâtiments de guerre et capturé un convoi 
de 15 navire» transports appartenant aux Anglais. — Voy. d'intéressants détails 
sur sa carrière dans Abraham Duquesne et la marine de son temps, par Jal, l. II, 
p. S67 et suiv. 



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76 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1713] 

Bey, Dey et Divan de la République de Tuais ont renouvelé le dit traité 
en son entier avec les mêmes clauses et conditions, pour avoir lien a 
l'avenir et demeurer ferme et stable entre les sujets des deux États, en 
foi de quoi ils ont signé le présent acte. » 

(Sceaux des Puissance! de Tunis.} Duqceske. 

(Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 

MICHEL AU C l « DE POHTCHARTBAIH. 

178- — Tunis, 2 avril 1713. — Les Maures se sont révoltés contre 
La Calle ' ; il y a eu cinq pêcheurs de corail tués, trois blessés et trois 
faits prisonniers. Cet événement est d'autant plus regrettable qu'on ne 
saurait châtier ces Maures qui habitent des montagnes inaccessibles 
sur la frontière de Tunis et d'Alger. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.} 

M1CHRL AU C'° DE FONTCHARTRAIIf. 

179. — Tunis, 22 avril 17i3.— Michel se plaint de l'insuffisance de 
ses appointements, qui sont inférieurs à ceux de ses collègues d'Alger 
et de Tripoli ', quand ses dépenses sont plus élevées, el qui se trouvent 
encore diminués et réduits à cause du change que la Chambre de Mar- 
seille l'obligea supporter au lieu de le traiter comme son prédécesseur 
à qui elle en tenait compte. 

11 demande, si on ne veut pas augmenter ses appointements, qu'on ait 
la bonté de lui faire donner une gratification annuelle par la Compagnie 
d'Afrique en raison des soins qu'il prend des intérêts de cette Société- 
(Affaires étrangères, C 1 de Tunis.) 

MICHEL AU C" DE POflTCHARTRAIN. 

180. — Tunis, 13 juin / 7* 3. — Il y a à Tunis une mosquée, lapins 
ancienne de toutes, que les Turcs révèrent infiniment, et la légende do 
pays assure que les Français se rendront maîtres de Tunis quand cette 
mosquée disparaîtra. Or, pendant les derniers mauvais temps, elle a été 

(. Comptoir principal des concessions françaises en Algérie (Voy. t. I, p. 10, ■•'! 
p. 500, n. 4; p. 5B5, n. 1, el la Correspondance des Deys d'Alger avec ta Cour et 
France). 

2. Son collègue d'Alger avail 9,000 livre», celui de Tripoli 1,000 livres; »W 
avons dit plus haut qu'il n'avait que 5,000 livres. 



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[1713] AVEC LA COUR DE FRANCE 77 

détruite par la chute de son minaret, et les Tunisiens sont d'autant 
plus intrigués que la nouvelle de la paix générale d'Europe se cou- 
firme de plus en plus. On ne parle plus que de cet accident dans toutes 
les maisons de Tunis. 

(Affaires étrangères, O" de Tunis.) 

MICHEL AU C M DE FORTCHAHTBAIH. 

181 . — Tunis, 1 3 juin 171 S. — Le Bey est fort irrité contre Tabarque 
au sujet de quelques cables que les habitants ont refusés aux Tunisiens, 
et il a interdit tout commerce avec cette lie. On doit croire que la réso- 
lution dans laquelle paraît être le Bey de maintenir cet ordre dégoûtera 
tout & fait MM. Lomellini, de Gènes, et qu'ils chercheront à s'en débar- 
rasser. Ce serait là un poste fort avantageux pour la Compagnie 
d'Afrique. 

(Affaires étrangère», C" de Tutti*.) 

mener, au c 1 " de pohtchartrain. 

182. — Tuait, 16juillet 1713. — M. Duquesne-Monnier ', comman- 
dant le vaisseau du Roi Le Parfait, relâcha à Bizerle le M juin avec un 
convoi et eu repartit le 23 après avoir reçu un exprès pour l'informer 
de la paix avec les Hollandais. 

Des négociants français prêtent leur nom aux Juifs malgré les défenses 
du Roi et au grand préjudice du commerce de la nation ; Michel demande 
l'autorisation d'intercepter tes lettres des marchands soupçonnés qu'il 
ne peut accuser sans preuves. 

(Affaire» étrangères, C u ' de Tutti*.) 
MICHEL AU C" DE POSTCHARTBAIK. 

188. — Tuait, 21 août 1 713. — L'avidité du Bey lui a fait com- 
mettre, au préjudice de la Compagnie d'Afrique, une infraction qui 
mérite d'être réprimée. La Compagnie a'étant engagée par un traité A 
prendre tous les ans 1,000 kaffis de blé du Beylik au prix de 10 piastres 
le kafiï, le sieur La Pérouze, directeur de Cap-Nègre, payait en aspres * 

i. Voy. la note *, p. 15. 

S. Les monnaies employées à Tunis étaient : 1» bourbine, la douzième partie 
d'un aspre; Vaspre, la cinquante-deuxième partie de la piastre; la karoube, valant 
3 aspres 1/* et pesant exactement 1 gramme de notre système décimal ; la piastre, 



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78 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1713] 

les 1,000 piastres à mesure que ce blé était livré, mais cette année le 
dit La Pérouie étant passé en France au moment de la récolte, le Bey 
profita de son absence pour se faire payer, par le nouveau directeur, 
jeune homme de vingt-deux ans, nommé Vainc, les 1,000 IcafBs de blé en 
piastres effectives et avant livraison. Ce directeur, n'ayant pas toute II 
somme en caisse, paya S,000 piastres en remettant une lettre pour 
toucher les 5,000 autres du sieur Paty, agent de la Compagnie a Tunis. 
Celui-ci, ayant fait des difficultés pour payer, fut arrêté malgré les 
remontrances et les menaces du Consul, qui fut chassé du Bardo Bans 
qu'on lui permit de voir le Bey. Le sieur Paty a été obligé de payer, 
d'où il résulte pour la Compagnie une perte d'environ 800 piastres. 

{Affaires itrungbrei, C" de Tunis.) 
MICHEL AD C" DE POBTCHAITUIB. 

184. — Tunis, 22 octobre 171 3. — 1! y a quatre ans, soixante cora- 
lines siciliennes vinrent faire une grande pèche de corail sur ces côtes, 
après en avoir obtenu la permission du Bey moyennant 4,000 piastres. 
Elles avaient choisi l'Ile de La Galite pour s'y retirer lorsqu'elles ne 
pourraient tenir la mer, mais elles s'en retournèrent en Sicile sans 
payer au Dey les 4,000 piastres promises. Ces coralines n'osaient plus 
paraître, mais le Bey envoya un Juif en Sicile pour traiter avec les 
chefs de cette entreprise. Ceux-ci acceptèrent la proposition qui leur 
était faite, et l'un d'eux, nommé Dominique Saporita, est venu a Tunis 
pour faire avec Hossein un nouveau traité. Il est dorénavant permis aux 
coralines de Sicile d'aborder à Bizertc, où elles peuvent se retirer, el 
de faire la pèche du corail depuis là jusqu'au Cap Blanc, mais à la con- 
dition que tout le corail sera mis en magasin a Bizerte et vendu au Juif 
qui est passé en Sicile. 

(Affaire» étrangères, C- de Tunis.) 

LE C 1 " DE rOlrrCHARTRAin  MICHEL. 

185. — Versailles, 13 décembre 1713. — « ... Les dernières nou- 
velles de Tunis informent que le Bey a interdit la traite des blés pour 

vendre plus cher aux Catalans et aux autres étrangers. Les 

lot 15 karoubes, el le sequm lermahboub, piÈce d'or en usage dans loule 
ie, désignée a Tunis sous le nom de sultan™ el valant de i piastres 1/i 



t,zed,yGOOg[e 



[ilU] AVEC LA COUR DE FRANCE 79 

intéressée en la Compagnie d'Afrique, ainsi troublés dans la libre jouis- 
sance des Concessions, ont demandé au Roi qu'il lui plût de vou- 
loir bien les dispenser du payement des lismes. Sa Majesté, désirant 
venger de pareilles infractions au traité, prie M. Arnoul de rassem- 
bler les intéressés en la dite Compagnie et MM. de la Chambre 
pour délibérer : 1" sur les moyens les plus prompts pour retirer des 
États de Tunis le corps de la nation et ses effets ainsi que ceux de la 
Compagnie; 2' sur le nombre et la force des vaisseaux et frégates 
nécessaires a l'expédition, dont le but sera d'abord la capture de quel- 
ques corsaires tunisiens. Leurs équipages amenés à Marseille seraient 
mis sur les galères. Si l'on juge devoir pousser les représailles pins 
loin, H. Arnoul voudra bien en informer le Ministre en joignant a son 
mémoire le coût approximatif de l'expédition. » 

(Marine, B' 93, f,l4,) 

MICHEL AD C" DE PONTCEAKTRAW. 

186. - — Tunii, 9 janvier 1714. — Il estime que la retraite de la 
Dation française n'est pas une démarche suffisante pour persuader aux 
Puissances que l'intention du Roi est de se venger par les armes des 
infractions qu'elles ont commises. Leur sécurité à cet égard s'appuie sur 
plusieurs raisons. En premier lieu elles savent que feu H. Sorhainde 
avait reçu il y a trois ans les mêmes ordres; en second lieu le commerce 
français s'accroît au lieu de cesser, et en troisième lieu elles croient que 
les Français ne pourraient abandonner le Cap-Nègre à la rage des 
Maures. 

Michel ne croit pas utile de prendre les vaisseaux de Tunis; ce serait 
débarrasser le Bey du souci de la taîffe, qui pourrait le déposer, et en 
même temps diminuer la paye de la milice. Mais si on persistait dans 
l'intention de prendre ces vaisseaux, il serait bon que cette expédition 
fût faite sous pavillon espagnol, pour qu'en cas d'insuccès la nation ne 
pût être inquiétée; dans le cas contraire le Consul pourrait prendre les 
mesures nécessaires pour éviter les premiers effets de la fureur des 
Tunisiens. 

{Affaire! étrangères, C" de Tunii.) 



MICHEL AU C" 1 DE PORTCHARTRA1N. 

187. — Tunis, 1 1 janvier 1714. — L'interdiction du commerce n'a 
produit jusqu'ici aucun effet dans ce pays. Tunis peut se passer momen- 



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80 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17U] 

tanément du commerce français, mais il ne lui convient pas d'entre- 
prendre la guerre et le Bey veut envoyer un ambassadeur en France. 
(Affaire* étrangère», C" de Twtit.) 

LB C M J)F. POI1TCHARTBAUI A AMIOOX. 

188. — Veriaillet, 8 février 1714. — Pour répondre aux provo- 
cations du Bey de Tunis, Sa Majesté & décidé de faire rentrer en France 
avec leurs effets le plus grand nombre que l'on pourra des Fronçais 
établis dans cette Échelle; le sieur Michel reçoit des ordres en consé- 
quence. 

(Marine, 8* S3, f. 7.) 

MICHEL AU C" DE POSTCHÀtlTRAIK. 

189. — Tunit, 17 février 1714. — Michel a obtenu du Bey la 
disgrâce du reïs Charoadouk qui avait arrêté, contre tout droit, la 
barque du capitaine Brest. Ce corsaire a été privé pour toujours du 
commandement des vaisseaux, qui a été donné 4 Abdi-reïs, ami des 
Français. 

{Affaira Étrangère!, C*' de Tunit.) 

MICHEL AU C" DE P0NTCI1ARTRÀIN. 

190. — Tunis, 1 7 mars 1714. — La Compagnie d'Afrique se plaint 
de la négligence apportée par le Consul dans la sauvegarde de ses 
intérêts. Pour sa défense, Michel rappelle au Ministre la plainte portée 
récemment contre lui par cette Compagnie au sujet de forts et de 
magasins bâtis entre le Bastion de France et Cap-Nègre, lesquels bâti- 
ments n'ont jamais existé. La Compagnie d'Afrique ne doit attribuer 
qu'à elle-même l'état peu satisfaisant de son commerce '. Elle n'a fait 
aucun présent aux Ministres du Bey pour les engager a favoriser la 
traite du blé. Mais la principale cause de la disette de blé a été l'im- 
prudence qu'a eue la Compagnie d'envoyer au Cap-Nègre un vaisseau 



1. Voy. États de* dtpente* de la Compagnie d'Afrique à La Caile et au Cap-Ktpt, 
de 1711 à 1717, — les arrêts ries 24 avril 1113 el îî juillet 1715 relatifs au payement do 
ses créanciers, — la correspondance de Sorhainde avec la Compagnie, etc. (Archive* 
de* colonie», Compagnie* du Bastion de France et du Cap-Nègre, lS0i-tllS). 



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(1714] AVEC LA COUR DE FRANCE 81 

anglais charger des grains, ce qui a fait croire au Bey que les Français 
voulaient vendre du blé aux étrangers pour les empêcher d'acheter le 
sien. Ce Prince a aussitôt interdit l'entrée du blé dans la place. Pour 
(aire cesser les plaintes de la Compagnie contre le Consul, il serait utile 
qu'il fût intéressé dans ses affaires'. 

(Affaire* étrangère*, C m de Tunis.) 

MICHEL AU C° DE PONTCHABTRAIN. 

191. — Tunis, 17 aorii 1 714. — Un domestique du Consul Michel 
a été assassiné dans la nuit du 40 au 11 en se rendant au Cap-Nègre. 
Le Bey veut obliger tous les villages environnant le lieu du meurtre & 
trouver les assassins et faire une justice exemplaire. Comme on le voit, 
la conduite des Puissances envers la nation s'est beaucoup améliorée, 
mais Michel n'a pu encore obtenir la restitution des 528 piastres prises 
au capitaine Brest. 

(Affaires étrangère!, C" de Tunis.) 



INSTBUCTIOfl QUE LE SOI VEUT ETRE SUIVIE EXACTEMENT 
FAR LE SIEUB DUQUESNE, CAPITAINE DE VAISSEAU ». 

192. — ■ Marly, 1 6 mai 1714. — « Sa Majesté ayant choisi le sieur 
Duquesne pour commander son vaisseau Le Diamant, qui est destiné 
pour le passage du sieur marquis de Prye * en Sicile, et les vents se 
trouvant favorables pour relâcher à quelqu'une des Échelles de Tunis, 
Alger et Tripoli, Sa Majesté ordonne au sieur Duquesne d'aller se pré- 
senter au mouillage de celle qui sera le moins éloignée, de faire avertir 
sur-le-champ le Consul de la nation de son arrivée et de concerter avec 
lui les motifs de sa mission, qu'il conviendra au bien du service et du 
commerce qu'ils fassent notifier aux Puissances du pays. 

... A l'égard des Tunisiens, il s'informera, du sieur Michel, de quelle 
manière les agents de la Compagnie d'Afrique et les autres marchands 
de la nation sont traités a présent dans ce gouvernement, et pour peu 
qu'il reconnaisse des sujets de plaintes un peu graves, il verra avec ce 
Consul et les Directeurs des principaux comptoirs ce qu'il conviendra 

I. Nous avons dît au tome I à quelles accusations Était exposé te Consul de 
France en qualité d'associé de la Compagnie. La Cour avait fini par interdire 
formellement h cet agent d'avoir une part d'intérêt. 
ï. Duquesne- Monnier. (Voy. la note 4, p. 15.) 
3. Louis, marquis de Prye, ambassadeur à Turin de UU à 1720. 



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83 CORRESPONDANCE DBS HEÏS ET DES CONSULS [1714] 

de déclarer au Divan, avec les motifs de son voyage, à proportion des 
bons ou mauvais procédés que l'on a pour les sujets du Roi. 

11 observera, en abordant aux ports de ces deux derniers Étals de 
Barbarie (Tuais et Tripoli), de faire beaucoup valoir, sans affectation, 
la force et le nombre des vaisseaux du Roi qui sont devant Barcelone, 
de ceux qui se préparent & Toulon pour le passage de l'Ambassadeur 
de France à la Porte » et des autres de Messieurs Cassart ' et de Roquo- 
modor ', qui sont rentrés ou attendus dans ce port, afin de ne pas 
laisser ignorer aux Barbaresques les mouvements de la marine qui 
doivent les contenir... 

Sa Majesté lui recommande de tenir les soldats et gens d'équipage 
du Diamant bien disciplinés dans tous les ports où il relâchera, etc.. » 
(Marine, B* HO, f. 3t.) 

LE C" DE POSTCHARTRAIN AUX INTÉRESSÉS DE LA COMPAGNIE D'AFRIQUE. 

193. — Versailles, 23 mai 1114. — Le Roi punira les infractions 
du Dey d'Alger et du Bey de Tunis, mais Sa Majesté estime qu'avant 
de prendre aucune résolution, il faut attendre le retour de M. Duquesne, 
commandant Le Diamant. 11 a ordre de mouiller dans chacune de ces 
Échelles et même dans celle de Tripoli, pour voir sur les lieux mêmes 
quelles sont les contraventions aux traités des Puissances barbares- 
ques et leur en demander réparation. II est a présumer qu'en face des 
bâtiments de guerre dont le Roi peut disposer, elles rentreront dans le 
devoir. 

D'ailleurs les Consuls d'Alger et de Tunis ont ordre de protester 
contre les permissions, que les Siciliens ou Génois pourraient avoir 
obtenues, de pécher le corail dans les Concessions de la Compagnie. 
Dans le cas où elle apprendrait par ses commis que l'on n'a tenu 
aucun compte de ces protestations, elle se considérera comme auto* 
risée par le Roi a armer un brigantio ou autre bâtiment de rame et & 
chasser les pêcheurs interlopes. 

(«urine, Bi $3, f. 19 t>.) 

1. Pierre l'uchot, seigneur de Clinchamp, comte des Alleure, page de Mile de 
Montpensier, maréchal de camp, ambassadeur en Prusse et près de l'Électeur de 
Cologne de 1695 à 1108, à Constantinoplede 1110 a 1716. - -Voy. Mémoire sur Combat- 
sade de France en Turquie, par Ch. Schefer, p. 252 (Paris, 1817). 

2. Capitaine de la marine royale, commandant Le Parfait. — Voy. Inventaire ita 
archive* historiques de la Chambre de commerce de Marseille, par Octave Teissier 
(Marseille, 1818), p. 262. 

3. Voy. sur cet officier Inventaire de* Archives communales de la ville de Toulon, 
par Octave Teissier (Toulon, 1B67, p. 423). 



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[HU] AVEC LA COUR DE FRANGE 



MICTIEL AU C"> DB FORTCHARTRAIH. 

194. — Tunis, 16 juillet 17/4. — Depuis l'avènement d'Hosseiu- 
ben-AIi la liberté du commerce a cessé avec la bonne foi; le Bey est le 
seul marchand de cet État, il achète tout de ses sujets et nul autre que 
lui ne peut vendre aux chrétiens. Les piastres effectives étaient la 
monnaie ordinaire du pays, mais il les a abolies et converties en aspres 
dont il faut 52 pour faire la piastre de 4 livres, et tous les payements se 
font aujourd'hui en paquets de dix piastres de cette monnaie. Aussi 
l'argent atteint à un prix si élevé que les Puissances ont secrètement fait 
offrir à quelques marchands français, pour un écu en espèces de France, 
une piastre et demie en aspres du pays. Pour éviter l'exportation des 
espèces, Michel a promis à un Juif 10 0/0 des captures qu'il lui fera 
faire, en lui donnant sa parole de ne pas le dénoncer. 

{Affaira étrangère», C" de Tunis.) 



MICHEL AU C" 1 DE PONTCHARTRAIlt. 

196.'— Tunis, £5 juillet 171 4. — Le sieur Au ban el, délégué parla 
Compagnie d'Afrique ponr venir attendre M. Duquesne et soutenir avec 
lui les intérêts de cette Compagnie auprès du Bey, est arrivé hier. 
Michel l'a logé chez lut et ils ont commencé leurs conférences sur les 
meilleurs moyens de rétablir les affaires dans la Régence. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 

H1CDEL Ad C'" DE PONTCHARTRAIN. 

196. — Tunis, 9 août 1714.— M. Duquesne étant arrivé à La Gou- 
lette le 7 courant, M. Aubanel se rendit à son bord, et Michel travailla 
le reste de la journée h obtenir des ordres pour faire saluer le vaisseau 
du Roi et disposer l'entrée des canots et chaloupes de ce vaisseau dans 
le Bogas on étang de Tunis. Le lendemain ce Consul porta lui-même 
les ordres & l'Agita du château de La Goulette et alla ensuite saluer 
M. Duquesne, qui lui fit connaître l'objet de sa mission. Ce capitaine 
est descendu aujourd'hui a terre. 

Le Bey doit être de retour demain ou après demain. Michel aplanira 
la difficulté que ce Prince a toujours faite de donner audience aux 



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84 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1714] 

Envoyés du Hoi avec leurs souliers, après quoi il contribuera de toul 
son pouvoir au succès de la négociation. 

(Affaires elrangertt, C" de Tunis.) 

MICHEL AD C" DE POnTCHARTRAm. 

197. — Tunis, 15 août 1714. — « Le Bey étant arrivé le 10 au 
matin, Michel se rendit dans l'après-midi au Bardo avec toute la nation 
pour lui faire son compliment, et en fut reçu si gracieusement qu'il en 
profita pour lui demander audience pour M. Duquesne avec les sou- 
liers, audience que le Bey accorda pour le 12 au matin. 

H. Duquesne se rendit chez le Bey accompagné du Consul, du sieur 
Aubanel, intéressé en la Compagnie d'Afrique, des deux députés et de 
quelques marchands de la nation. Après avoir attendu une demi-heure, 
M. Duquesne fut introduit devant le Bey, qui le fit asseoir et ordonna 
qu'on servit te café; ensuite ce capitaine dit au Bey que l'Empereur de 
France l'avait envoyé avec un seul vaisseau pour lui marquer le dessein 
de rester en bonne correspondance avec la république, mais qu'il avait 
ordre de s'informer s'il y avait eu quelque infraction pour ce qui 
regardait tant la Compagnie du Cap-Nègre que le corps de la nation en 
général, et ajouta, en sortant un mémoire de sa poche, que le Consul 
aurait l'honneur de lui expliquer les griefs que le Roi avait contre son 
gouvernement, espérant que le Bey y remédierait pour se conserver la 
bienveillance du plus grand Prince de la chrétienté. Hossein demanda à 
H. Duquesne s'il avait des lettres du Roi ou du Ministre pour le Divan; 
sur sa réponse négative il refusa de l'entendre, et l'invita à retourner 
en France prendre une lettre du Roi, disant que quand ce capitaine 
reviendrait & Tunis il écoulerait tout ce qu'il aurait à lui dire. A quoi 
Michel, par ordre de M. Duquesne, répondit sur un ton menaçant que 
M. Duquesne allait s'en retourner a Toulon prendre plusieurs autres 
vaisseaux du Roi qu'on y armait et reviendrait voir le Bey ; puis 
M. Duquesne se leva et partit sans saluer le Bey, ce que Michel fit à 
son tour... » 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



MICHEL AD C" DE POSTCHAKTRAÎH. 

198. — Tunis, 19 août 1714. — M. Duquesne est parti hier pour 
se rendre à Messine. Michel prie le Ministre de lui accorder le poste de 
Tripoli en échange de celui de Tunis. 



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[1714] AVEC LA COUR DE FRANCE 8B 

Les chefs de la Régence paraissaient plus humiliés qu'à l'ordinaire. Le 
Bey a permis au Consul de faire partir tous les bâtiments français 
retenus à cause de l'armement des vaisseaux de Tunis. Cet agent 
espère épargner à la Compagnie d'Afrique le payement en piastres 
effectives du blé qu'elle s'est fait livrer. 

[Affaires étranger*!, C"" de Tunis.) 

MICHEL AU C" DE PONTCnARTRAIN. 

199. — Ttmit, 6 septembre 1714. — Il s'est appliqué & découvrir 
des animanx rares, mais on ne lui a jamais apporté que des autruches, 
des lions, des tigres et des chats sauvages, qu'il ne juge pas dignes d'un 
voyage en France. Il continuera ses recherches, et s'il lui arrive quelque 
animal rare il l'adressera à M. Aruoul. 

Il s'est présenté le 4 courant chez le Bey, où il n'était pas allé depuis 
le départ de H. Duquesne- Il a été reçu avec des marques de distinction 
inusitées et, s'excusant sur une prétendue erreur de son drogman de la 
réception faite à M. Duquesne, le Prince lui a déclaré qu'il fallait 
oublier le passé et qu'il ne voulait pas s'attirer sur les bras les forces 
du Roi. Michel répondit que si Sa Majesté n'avait pas déjà châtié les 
infractions qui avaient été commises, il ne fallait l'attribuer qu'à la 
longue guerre dont il venait de sortir victorieux, mais que la Cour 
conservait contre lui quelque ressentiment, et qu'on ne pouvait en 
prévenir les suites qu'en observant les traités et qu'en rendant à 
l'avenir justice aux Français. 

Le Bey a rendu depuis quinze jours deux services essentiels au Cap- 
Nègre en faisant faire une trêve de six mois à deux nations maures 
dont les différends troublaient la traite des blés et en obligeant d'au- 
tres nations à payer au Cap-Nègre, en argent ou en blés, des sommes 
qu'elles lui avaient empruntées. D'un autre coté le sieur Aubanel a 
écrit du Cap-Nègre à Michel que les magasins sont pleins et que les 
choses vont actuellement à souhait. 

{Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 



LE C u DE PONTCHAHTHÀIN AUX INTÉRESSÉS DE LA COMPAGNIE D'AFRIQUE. 

200. — Fontainebleau, le 10 octobre 1714. — Le Ministre se féli- 
cite de n'avoir pas fait part au Roi de leur dessein d'abandonner leurs 
Concessions de Tunis, puisque la situation, devenue meilleure depuis le 



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86 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1714] 

passage de M. Duquesne, commandant un navire du Roi, leur permet 
d'ajourner cette résolution désespérée. Us devront se concerter avec 
M. Arnoul sur les moyens à prendre pour continuer à en imposer au 
Bey, et s'ils croient absolument nécessaire de faire paraître encore à La 
Goulette les deux vaisseaux du Roi lors du passage du marquis de 
Somme' et du retour de M. des Alleurs, ils devront l'écrire au Ministre. 
(Marine, fl' M, f. 73 v. et 73.) 

MICHEL AU C" DE POSTCEUKTRÀ1H. 

301. — Tunis, 11 octobre 1714. — Les galiotes de Bizerte ont 
arrêté le bâtiment du patron Barthélémy Lion, d'Antibes, dont le 
pavillon a été déchiré et l'équipage bétonné et mis au bagne. Michel 
a obtenu la liberté du patron Lion et de son équipage et l'ordre de 
restituer son bâtiment. Il poursuit actuellement les reïs qui ont déchiré 
le pavillon de Sa Majesté et bétonné ses sujets. 

(Â/fairei élrangiret. C" de Tirait.) 

ORDONNANCE PORTANT DÉFENSE DE COMMKRCKft EN TUNISIE PERDANT SIX MOIS. 

202. — Versailles, 31 octobre 1714. — « De par le Roi, sur ce 
qui a été représenté a Sa Majesté par les intéressés en la Compagnie 
d'Afrique que plusieurs marchands français ruinent entièrement son 
commerce en fournissant au Bey de Tunis les moyens d'acheter de la 
première main en société avec eux les blés de ses sujets et de les 
revendre ensuite à de hauts prix aux commis de la Compagnie, ce qui 
la met hors d'état de soutenir ses engagements et de faire venir en 
Provence et dans les provinces voisines la sixième partie des grains 
que l'on a tirés jusqu'à présent de ses Concessions et l'oblige d'aban- 
donner celles de Tunis, à moins qu'il ne plaise au Roi défendre pen- 
dant un temps limité tout commerce dans ce gouvernement a ses 
protégés autres que les intéressés en la dite Compagnie sous peine de 
confiscation des bâtiments et marchandises, n'y ayant point d'autre 
voie de réduire le Bey de cet État à l'exécution exacte de ses traités, à 
quoi Sa Majesté voulant pourvoir et procurer à ses provinces voisines 
de la Méditerranée les secours de blé qu'elles ont coutume de tirer de 
Barbarie, vu l'avis du sieur Arnoul, intendant des galères a Marseille, 



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[1114] AVEC LA COUR DE FRANCE 87 

ayant l'inspection du commerce du Levant et des affaires de la Compa- 
gnie d'Afrique, Sa Majesté a fait et fait défense à tous capitaines, 
patrons ou négociants français de commercer directement ou indirec- 
tement dans l'étendue du gouvernement de Tunis pendant six mois a 
compter du 15 novembre prochain, à peine, contre les contrevenants, 
de confiscation des bâtiments et chargements au profit de la Compa- 
gnie, et au Consul de la nation française en cette Échelle d'y recevoir 
aucun bâtiment étranger naviguant avec pavillon de France, à l'excep- 
tion de ceux qui appartiendront ou seront frettés pour compte de la 
dite Compagnie... » 

(Marine, & 93, f. 79.) 
LE C" DR PONTCHARTRAIN AUX INTÉRESSÉS DE LA COMPAGNIE D'AFRIQUE. 

203. — Versailles, 7 novembre i7i4. — « ... Sa Majesté, ne voulant 
vous refuser aucun des secours que vous pouvez désirer pour le maintien 
des Concessions accordées à la Compagnie, m'a permis d'ajouter aux 
instructions que M. Duquesne recevra, pour sa campagne prochaine 
en Levant, l'ordre de mouiller en allant dans les rades de Tunis avec les 
deux navires de guerre qui seront sous son commandement et inter- 
peller de nouveau le Bey sur les infractions qu'il a commises directe- 
ment contre les conventions. 11 sera porteur d'une lettre de créance 
qui ne permettra pas au Barbaresque de douter de sa mission ni du 
ressentiment du Roi. Déjà il en a vu les effets par l'interdiction du 
commerce et le rappel de tous les sujets du Roi accusés d'être seB 

complices... » 

(Marine, B' 83, f. 81.) 



MICHEL AU C* 3 DE PONTCHARTRAIN. 

204. — Tunis, t2 novembre i714. — Le reïs qui avait arrêté le 
patron Lion est à la chaîne depuis quinze jours et a déjà souffert la 
bastonnade. Michel l'y laissera quelque temps encore; après quoi il 
demandera sa grâce, la clémence exercée à propos produisant dans ce 
pays meilleur effet que la dernière sévérité. 

(Affaires étrangères, C" 1 de Tunis.) 

DÉLIBÉRATION DE LA RATION FRANÇAISE A TUNIS. 

205. — Tunis, 24 novembre 1 7i4. — « Sur l'avis donné à M. Michel, 
Consul de France en ce Royaume, que le nommé Honoré Brochier, de 



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88 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1714] 

Casais, âgé d'environ quinze ans, s'était rendu au Barde pour se faire 
Turc, le dit sieur Consul a fait assembler la nation française établie 
sur cette Échelle pour prendre avec elle les mesures convenables 
pour retirer ce jeune homme du danger où il se trouve, et comme la 
chose ne peut se faire sans quelques dépenses, tant au Bardo que 
pour faire conduire seulement le sieur Brochior au Cap-Nègre pour j 
être embarqué, la dite nation a délibéré de dépenser jusqu'à la somme 
de 65 piastres afin d'éviter le scandale que semblables apostats cau- 
sent dans ce pays. » 
(Archive* de la Résidence française à Tunis, Registres des délibérations, t. I, f. 19.) 

MICHEL AU C 1 * DE FONTCHABTRAIH. 

206. — Tunis, 6 décembre 1 7 1 4. — Si la Compagnie d'Afrique avait 
été prise au mot lorsqu'elle a demandé a résilier son traité avec le 
Cap-Nègre, il est certain qu'elle le regretterait aujourd'hui, car cette 
colonie donnera a elle seule, cette année-ci, des bénéfices considéra- 
bles. Il est donc indispensable de lui donner, comme autrefois, la pro- 
tection de la Cour '. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

MICHEL AU C" DB POIfTCBARTRAIN. 

207. — Tunis, 10 décembre 1714. — La disette ayant cessé, l'or- 
donnance du Roi qui interdit tout commerce avec les Tunisiens amè- 
nera la ruine des marchands français. Michel est persuadé que la 
Ministre ne voudra pas le permettre, d'autant plus que le Bey est tout 
à fait disposé à mieux traiter les Français a l'avenir. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LE C |B DE P0NTCHARTRA1N A ARlfOUL. 

208. — Vertaillet, 26 décembre 1714.— Le sieur Vairac, directeur 
de la Compagnie du Cap-Nègre, a fait un séjour à Tunis, et sous pré- 
texte qu'il avait été révoqué par la Compagnie, a manqué & tous les 
égards qu'il devait au Résident représentant le Roi, affectant de ue 

1. La C" d'Afrique importunait la Cour par le récit de ses difficultés constantes 

avec le Bey de Tunis, qui accaparait tous les blés et les revendait pour son compte. 
— Vov. État des profits et perles de la C" <f Afrique de 1713 à III 8, —État des dépensa 
faites annuellement au Cap-Sègre et à La Catle, soit en moyenne 89t,183 I. pou' 
ces deu* comptoirs, — et les arrêts des 24 avril 1713, 22 et 31 juillet l'IIS (Archim 
des colonies, Q- d'Afrique). 



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[1715] AVEC LA COUR DE FRANCE 89 

jamais entrer dans sa maison ni dans la chapelle consulaire. Si le sieur 
Vairac est à Marseille, H. Arnoul est prié de lui Taire rendre compte de 

cette conduite. 

(Marine, B^ 93, f. 96 v.) 

LB C u DE POKTCHARTBAIN AUX INTÉRESSÉS DE LA COMPAGNIE D'AFRIQUE. 

309. — Versailles, 23 janvier 1715. — Le Ministre engage les 

intéressée à acheter l'Ile de Tabarque, qui appartient a MM. Lomellini, 

de Gènes. Ceux-ci sont décidés aujourd'hui & la vendre, a cause des 

troubles et des mauvais procédés dont ils ont à se plaindre de la part 

du Bey de Tunis. 

(Marine, Bi 93, f. S v.) 



MICHEL AU C" DE PONTCSABTRAIN. 

210. — Tunis, 13 février 1715. — Le Bey, de retour à Tunis le 
1" février, s'est montré mécontent de ce que la Compagnie d'Afrique 
l'accusait d'être associé avec tes marchands français pour la traite des 
blés. Michel lui a demandé de faire cesser les entraves apportées a l'en- 
trée des grains au Cap-Nègre. Le Bey lui a répondu que cette place le 
rendait esclave de la France; cependant il paraît disposé à remettre 
les choses dans l'état ordinaire. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



LE C w TIE PONTCHARTRAIN A ABHOCL. 

211. — Versailles, 27 février 1715. — Le Roi a suspendu en 
faveur de quelques marchands l'interdiction du commerce tunisien. 
M. Arnoul devra veiller à ce qu'ils n'en abusent pas et à ae que le Bey 
ne se méprenne pas sur le sens de cette faveur. 

(Marine, B> 93, f. tt.) 



MICHEL AU C" DB POSTCHARTRAIB. 

212. — Tunis, 1 1 mars 1715. — Les ordres du Ministre pour l'in- 
terdiction du commerce avec Tunis s'exécutent ponctuellement, et les 
six bâtiments français qui sont venus charger des huiles n'ont ap porté 
aucune marchandise de France, ce qui commence & intriguer le Bey, 
auquel on a fait voir que cela était un prélude de rupture. 



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90 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1715] 

Sollicité par ses Ministres d'envoyer un ambassadeur en France, le 
Bey n'a pu s'y résoudre, sous prétexte que ce serait s'avouer coupable; 
il veut auparavant voir les lettrée que doit lui apporter M. Duquesne; 
il fera ensuite ce qu'il jugera convenable pour conserver la bienveil- 
lance de la Cour de France. 

(Affaire* étrangère*, C* de Tunù.) 
LE C" DE FONTCHABTRAIN A AHROUL. 

213. — Versailles, 13 mars 1715. — Le Ministre insiste sur les 
avantages qu'il y aurait pour les intéressés de la Compagnie d'Afrique à 
acheter Tabarque et leur assure le remboursement du prix de cet éta- 
blissement à la fin de leur traité, comme des magasins, bâtiments et 
matériel qu'ils ont achetés de la Compagnie qui les a précédés. La 
Compagnie actuelle, composée des plus riches négociants de Marseille, 
doit non seulement acquérir Tabarque, mais encore le Cap-Roux, afin 
de réunir dans ses mains toutes les Concessions de la côte barba- 
resque. 

(Marine, Bi », f. M v.) 

LB C M DB POnTCHABTRAIÏI A AHROUL. 

314. — Versailles, 24 avril 1715. — Les intéressés de la Compa- 
gnie d'Afrique hésitent à acquérir l'Ile de Tabarque, parce qu'ils 
craignent de provoquer la jalousie du Bey de Tunis. 

Le Roi ordonne à M. Arnoul de rassembler de nouveau les intéressés 
de la Compagnie, dans l'espoir de les décider à conclure cette affaire 
au mieux de leurs intérêts. 

(Marine, B> 93, f. 37.) 

kICHEL AU C** DR PONTCHARTRAIN. 

21B. — Tunis, 14 août 1715. — L'affaire du Cap-Roux, qui avait 
attiré sur ces cotes un si grand nombre de coralines de Lipari, a échoué 
par la mort du Juif qui était a ta télé de cette entreprise, et le Bey a 
congédié les coralines, de sorte qu'il est probable que le Cap-Roux 
retournera au pouvoir de Tabarque et, les choses se trouvant dans leur 
premier état, la Compagnie d'Afrique n'aura plus lieu de se plaindre 
du tort que lui faisaient ces coralines. 

Michel a envoyé à M. Arnoul un oiseau curieux; c'est un oiseau de 



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[171SJ AVEC LA COUR DE FRANCE 91 

proie apprivoisé, de la grosseur d'une poule, d'un plumage admirable 
et dont la tête est fort extraordinaire. Il a été apporté de Kairouan et 
est appelé touchard par les Maures. 

(Affaire! étrangère», C" de Tunis.) 

MICHEL AU C* DE POHTCHARTRAIH. 

216- — Tunù, S 6 août 17 i 5.— Le Bey, arrivé & Tuaie le 14 courant, 
a reçu très gracieusement le Consul Michel qui était allé, suivant 
l'usage, avec la nation, lui faire compliment de son retour. 

(Affaira étrangères, C 1 *' de Tunis.) 

MIUWL AU C 18 DE PONTCBABTRAIlf. 

817. — Tuai», 16 septembre 1715. — Le Bey semble vouloir per- 
sister dans son entêtement a ne pas se soucier des menaces de la 
France. L'interdiction du commerce aura toujours produit un bien en 
empêchant d'une part le trafic que les Juifs faisaient à Marseille en se 
servant de quelques Français établis à Tunis, et en permettant d'un 
antre côté de débiter avec plus de bénéfices les marchandises de France 
qui se trouvaient invendues à Tunis. 

Michel a cru devoir autoriser l'entrée des vins, qui se consomment 
beaucoup à Tunis. C'est une denrée que la Provence a intérêt à débiter. 
Il prie le Ministre d'approuver cette mesure. 

{Affaire! étrangères, C" de Tunis.) 
MICHEL AU C* DE POHTCHARTRAIH. 

318. — Tunù, 29 décembre 1715. — « Depuis la nouvelle de la 
démission du c" de Pontcbartrain, Michel n'a reçu aucune lettre de 
France au sujet des changements survenus après la mort du Roi, si ce 
n'est qu'il y a un Conseil de marine ' établi ; les Consuls doivent rendre 

I. Après la monde Louis XIV fi" septembre 1715), la Régence constitua divers 
conseils, destinés à remplacer les Secrétaires d'État et a administrer les affaires 
jusqu'à la majorité de Louis XV, en 1723. Le Conseil de marine, institué par 
ordonnance royale du 3 novembre 1713, était compose du maréchal d'Estrées, pré- 
sent, du maréchal de Tessé, du marquis de Coetlogon, de MM. de Bod repos, 
Ferrand, de Vauvré, de Clairambault et La Chapelle. Au* termes de celte ordon- • 
unce, le comte de Toulouse (Louis-Aiexandre de Bourbon), amiral de France, était 
membre de droit du Conseil de marine, et le présidait quand il jugeait a propos 
d'r assister. La correspondance était presque toujours revêtue de sa signature, en 
même temps que de celle du maréchal d'Estrées. 



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92 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [17)6] 

compte de leurs affaires & ce Conseil ; mais n'ayant reçu aucun ordre, 

il continuera d'informer le c- de Pontchartrain de ce qui se passe à 

Tunis. » 

{Affaire! étrangère!, C 1 " de Tunis.) 



MÉMOIRE DE CB QUI S'EST PASSÉ A TUNIS, CONCERNANT L'EXÉCUTION DIS OHDBK 

DU BOi DONT ÉTAIT CHARGÉ M. DE MOUS, CAPITAINE DB VAISSEAU 1 . 

A DÉFAUT DB M. LE COMTB DBS ALLBURS. 

219. — Janvier 1716. — « Les vaisseaux du Roi, commandés par 
M. de Mons, mouillèrent à la rade de La Goulette le 24 décembre. 
H. de Mons et le c" des Alleurs, ayant appris par le Consul que le Dey 
se trouvai! bien avant dans les terres et ne pourrait pas revenir avant 
quarante jours, résolurent de ne pas l'attendre. Les vaisseaux du Roi 
furent salués, dès le lendemain de leur arrivée, de 21 coups de canon, 
par les forts de La Goulette. Le jour suivant, M. de Mons descendit à 
terre et fit dire au Dey * qu'il ne se présenterait à son audience qu'après 
avoir conféré avec le directeur de la Compagnie d'Afrique*. En atten- 
dant l'arrivée de celui-ci, M. de Mons se fit mettre, par le Consul, au 
courant des affaires de l'Échelle et régla & l'amiable quelques diffé- 
rends. Le directeur de la Compagnie d'Afrique n'arrivant pas, M. de 
Mons, suffisamment instruit par le Consul et par l'agent Paty des griefs 
de la Compagnie, se rendit à l'audience du Dey le premier jour de l'an 
et lui fit d'abord connaître qu'il avait reçu du Roi les pouvoirs néces- 
saires pour agir eu la place du c" des Alleurs, Agé et infirme et n'ayant 
pu, pour cette cause, descendre à terre. Ensuite il exposa l'objet de sa 
mission, qui était de renouveler le traité de paix après avoir obtenu 
réparation des contraventions faites par le Divan au dit traité. Le Dey 
fit alors toutes sortes de belles promesses pour l'avenir, mais sur l'ar- 
ticle des réparations exigées par le Roi il se défendit du mieux qu'il 
put. Ce que voyant, M. de Mons affirma très énergiquement qu'il ne 
fallait pas songer a renouveler le traité avant que toutes les infractions 
commises aient été réparées, et il fit donner sur-le-champ au Dey lec- 
ture du mémoire de ces infractions, dressé par le Consul. Cette lecture 
terminée, M. de Mons pria les Puissances de rendre compte au Bey, 
dès son retour, des plaintes que contenait le dit mémoire et il se 
retira, assez satisfait, en somme, de la manière dont il avait été reçu. 

Pendant son séjour à Tunis, M. de Mons a entendu faire, sauf quel- 



i. Joseph de Mons, plus tard chef d'escadro des a 

2. Kara Mustapha. 

3. Gaspard La Pérouze. 



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[1716J AVEC LA COUR DE FRANCE 93 

qaes réserves, les plus grands éloges du Consul, dont la Compagnie 
d'Afrique n'a aucune raison de se plaindre. 

Le lendemain de l'audience, H. de Mons revint à bord et rendit 
compte & H. des AUeurs de la mission qu'il venait de remplir. » 
{Affaires étrangère!, Afrique, t. S, f. 137.) 



MICHEL AD CONSEIL DR MARINE'. 

220. — Tunis, i 6 février 1716. — L'interdiction de commerce, qui 
Ta finir au i" mars, a été de quelque utilité, les Puissances de Tunis 
étant revenues de leurs mauvais procédés envers la nation. Michel pro- 
pose, en conséquence, de rétablir la liberté du commerce. Il a obtenu 
pour l'ermite français de l'île de Lampedouze un commandement du 
Bey, qui défend a ses sujets de l'inquiéter quand ils seront obligés de 
relâcher à cette île. 11 espère, avec ses collègues d'Alger et de Tri- 
poli, voir pendant l'été une escadre de vaisseaux de guerre rendre 
visite à ces Républiques pour les contenir dans leur devoir et les obliger 
à rendre à la nation quelques privilèges qu'elles ont abolis pendant la 
dernière guerre. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



HICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

221. — Tunis, 1" mars 1716. — Le commerce des Français à Tunis 
serait très avantageux si on pouvait trouver le moyen d'empêcher 
que, lorsque les marchandises de Levant et de Barbarie sont demandées 
s Marseille, une grande quantité de marchands n'en envoyassent 
prendre à la fois, d'où il résulte qu'a Tunis le nombre des demandes 
(ait hausser le prix des marchandises, tandis qu'en retour a. Marseille 
le nombre des offres le fait baisser. C'est ainsi que le marchand français 
>e ruine au bénéfice du turc. 

11 serait bon, en attendant qu'on puisse faire quelque chose a ce 
sujet, de laisser aux capitaines et patrons leur libre arbitre sur le choix 
du lieu de leur destination, de façon à éviter autant que possible que 
les marchands se nuisent les uns aux autres. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

L.Voy. la note 1, p. M. 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



[1716] 



MICHEL AU CONSEIL DU MABIRB. 



223. — Tunis, 8 avril 1716. — Des vaisseaux étrangers viennent a 
Tunis avec pavillon blanc, an grand préjudice dea provençaux; pour 
remédier à cet état de choses, il faudrait défendre aux officiers de 
l'Amirauté en Provence de délivrer aucun passeport aux bâtiments 
d'origine étrangère. 

Si l'escadre qu'on prépare & Toulon est destinée à visiter les Répu- 
bliques de Barbarie et qu'elle comprenne deux bombardes, il sera 
nécessaire de tenir deux frégates au Cap-Nègre pour soutenir celte 
place, tandis que le reste de l'escadre pourra demander raison au Bey 
des injustices passées. Car il serait à craindre que les Puissances, qui 
souhaitent depuis longtemps de faire valoir elles-mêmes le commerce 
de cette colonie, ordonnassent secrètement aux Maures des environs de 
saccager la place, quitte a s'en excuser ensuite en arguant que les 
Maures savaient qu'il y avait des bombardes françaises à La Goulette 
«t n'avaient pu douter de la rupture entre la France et Tunis. 
(Affaires étrangère*, C l de Tunis.) 



MICHEL AU CONSUL DK MARINE. 




■ 223. — Tunu, 3 mai 1716. — Le Bey est parti le 24 avril pour une 
maison de campagne qu'il possède du côté de l'ancienne Carthage. H 
en est revenu le 27 avec les fièvres et s'est mis au lit, où ses favoris seuls 
peuvent l'approcher. 

Michel, étant allé au Bardo pour découvrir ce qui s'y passait, reconnut, 
par les amitiés que lui firent les Ministres, que la maladie du Bey est 
plus grave qu'on ne le dit. S'il venait a mourir, il y aurait sans doute 
des troubles dans le pays, son fils aîné n'ayant que sept ans et Je Bey 
ayant deux frères et un neveu qui se disputeraient le gouvernement '. 
{Affaira étrangères, C 1 " de tunii.) 



donna le jour à trois fils : M ah m ed -Bey, l'atné, qu'il avait eu d'une 

ise, Mahmoud et Ali. A la naissance de Mahmed-Bey, événement qui 

au neveu d'Hussein, Ali, toute espérance de régner après lui, le Bey 

ce dernier, pour le dédommager, le titre de Pacha, ce qui ne l'empêch» 

tard, de se révolter contre Hossein. — Voy. Hiitoirc générale de la Tunisie, 

la Rive, p. 33t. 



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[1716] AVEC LA COUR DE FRANCE 95 

LB C'° DE PONTCBARTBAIN A AHROUL. 

234. — Veriailles, 13 mai 1716. — Les négociants de Marseille 
peuvent reprendre leur commerce avec Tunis, cette Régence nous 
témoignant des dispositions plus amicales. 

(Marine, F 93, f. 73.) 

DÉLIBÉRATION DE LA RATION FRANÇAISE A TCIIIS. 

226. — Tunit, 14 mai 1716. — Ordonnance du Consul, qui défend 
i tout sujet du Roi, sous peine de désobéissance, d'avoir affaire direc- 
tement ou indirectement au sieur Ricardo Laurenzo, Consul anglais 
en ce dit royaume, aux blanchisseuses du Fondouk et du dehors de 
laver son linge, au boulanger de donner du pain, et au portier du dit 
Fondouk de n'y laisser rentrer aucun Anglais. 

a II y a longtemps que nous nous étions bien aperçus des mauvaises 
démarches du sieur Laurenzo Ricardo, Consul d'Angleterre, dans tout 
ce qui concernait la gloire du Roi et l'intérêt de la nation établie sur 
cette Échelle, mais nous n'aurions jamais cru que son envie fût portée à 
ne rien oublier pour engager ces Puissances à se brouiller avec la 
France, ce qui vient de se passer au sujet d'une barque française arrêtée 
injustement par un corsaire du Dey de ce royaume. Le dit Consul 
anglais s'est transporté à Portefarine pour en acheter le chargement, 
avant d'attendre la justice que noua avions lieu d'espérer d'une pareille 
infraction A nos traités, ne prouvant que trop que ce Consul ne cherche 
qu'à détruire le commerce de la nation dans ce pays par des voies 
indignes d'un sujet dont le Souverain se trouve en paix avec la France. 
Et voulant, h l'instance des principaux négociants composant le corps 
de la nation française dans ce pays, témoigner notre ressentiment 
contre un procédé si contraire a la bonne foi, défendons, sous peine de 
désobéissance, à tous les Français vendant dans ce Royaume, d'avoir 
affaire directement ou indirectement au sieur Laurenzo Ricardo, 
Consul anglais, aux blanchisseuses du Fondouk et du dehors de laver 
le linge de sa maison, et A notre boulanger de lui fournir du pain, 
comme aussi, enjoignons au portier du dit Fondouk de n'y laisser entrer 
aucun Anglais, sous les mêmes peines ci-dessus, et au chancelier du 
Consulat d'enregistrer la présente ordonnance et l'afficher A la porte 
de la chancellerie, afin que personne n'en prétende cause d'ignorance. » 



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96 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1716] 

MÉMOIRE DBS PLAINTES DBS DÉPUTÉS DU COMMERCE DK FRANCE 
SUR LES CONTRAVENTIONS DES TUNISIENS. 

226. — Tunis, 1 9 mai 1716. — « Le Bey de Tunis, infiniment avide 
d'argent et affermi dans son gouvernement par un nombre prodigieux 
de cruautés qu'il exerce depuis bien des années, avait commis tant de 
vexations contre les gens de la nation française, et particulièrement 
contre les intéressés de la Compagnie d'Afrique, que le Roi prit, au 
mois de décembre 1710, la résolution d'envoyer dans ses rades trois vais- 
seaux de force armés en guerre, pour compte des particuliers. Le sieur 
Laigle, qui les commandait, se contenta, suivant ses instructions, pour 
toutes réparations, de faire signer un renouvellement des traités par ce 
Bey. Ce traitement trop favorable n'a servi qu'à le rendre depuis plus 
entreprenant et, malgré les grosses redevances qu'il reçoit a la fin de 
chaque quartier sans faute de la Compagnie, il continue d'acheter de 
première main les grains, cires, laines et autres marchandises des habi- 
tants du pays que les gens de cette Compagnie se trouvent forcés 
d'acheter des siens bien chèrement. 

11 garde enfin, depuis dix années entières, beaucoup moins de mesure 
avec la France que tous les autres Barbaresques et mérite par consé- 
quent à plus juste titre qu'on lui fasse entendre, avec plus de fermeté, 
que s'il ne se conduit tout autrement à l'avenir, Sa Majesté ne pourra 
s'empêcher de lui faire sentir les effets de son juste ressentiment. 

Le sieur Michel, Consul de cette Echelle, rendra compte des nouvelles 
injustices que ce Bey peut avoir fait souffrir a la nation depuis qu'il n'< 
eu occasion d'écrire au Conseil et sur celles qui sont portées par le 
présent mémoire ainsi que sur les autres que le sieur des Alleurs ' 
apprendra des Consuls et marchands résidant en Barbarie. L'intention 
de Sa Majesté est qu'il s'explique avec les Dey, Bey et Divan de 
chacun de ces États, avec plus ou moins de hauteur et de fermeté 
suivant l'importance des faits dont la nation française a lieu de se 
plaindre... » 

(Manne, fl' 93, f. 90.) 

MICHEL AU CONSEIL DB MARINE. 

- Tunis, 23 mai 1716.— Le Bey s'est relevé de sa dernière 
mais comme il continue à se moquer des menaces du Consul, 



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[1716] AVEC LA COUR DE FRANCE 97 

il serait urgent de remédier à cet état de choses en lui prouvant qu'on 
n'est pas disposé à la même patience que par le passé. 

Le 29 avril le patron Joseph Maure!, deMartigues, ayant abord de son 
bàliment quinze passagers embarqués a Tabarque, fut pris par un cor- 
saire de Tunis, le pavillon lacéré et l'équipage mis au bagne, sous 
prétexte qu'il était génois, malgré le passeport do l'amiral. Michel a 
obtenu du Bey la restitution du patron, de l'équipage et des passagers. 

Un brigantin de Bizerte a pris sur un bâtiment français deux capucins 
italiens et un marchand de Cagliari. Michel a obtenu la restitution de 
ces passagers, mais non le châtiment du reïs. 

{Affaire» étrangère), C" de Tunie.) 

MICHEL AU CONSEIL DE MABINK. 

228. — Tunis, 24 mai 1716. — Une ordonnance du Roi permet 
aux jeunes gens de s'établir à Tunis avec leurs femmes et leurs filles. 
Michel fait observer que le Fondouk de la nation est une maison où les 
négociants logent en commun et qu'il pourra résulter de grands incon- 
vénients de l'admission des femmes et des filles, ce qui augmentera la 
jalousie qu'ont déjà les négociants entre eux. 

Il envoie à M. Arnoul une tête en marbre trouvée dans les ruines 
de l'ancienne Carthage. Elle remonte à une période antérieure a l'ère 
chrétienne et présente ceci de singulier que le nez et les oreilles sem- 
blent rapportés. 

* {Affairée étrangère*, C" de Tuni».) 

MICHEL AD CONSEIL DE MARINE. 

229. — Tuni», 28 mai 1716. — Le Bey a élé repris par les fièvres, 
ce qui retarde la restitution du bâtiment et des marchandises du patron 
Maurel. Il est peu probable que les Puissances de Tunis veuillent les 
confisquer, malgré leur insolence et le peu d'attention qu'elles prêtent 
aux réclamations du Consul. Celui-ci espère que le Conseil profitera de 
celte nouvelle infraction aux traités pour en faire de vifs reproches au 
Bey. 

La Compagnie d'Afrique vient de faire passer à Tunis, pour avoir 
soin de ses intérêts, le sieur Merlet, ancien marchand de ce pays, qui y 
a laissé de mauvais souvenirs; il & été plusieurs fois expulsé de la 
colonie, et la Compagnie elle-même le fit emprisonner il y a deux ans. 



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$8 CORRESPONDANCE DES BBVS ET DES CONSULS [1"16] 

C'est un homme d'un esprit dangereux, qui a agi sans patriotisme en 
envoyant des blés au secours de Barcelone révoltée. Les Puissances de 
Tunis ont été aussi étonnées que le Consul de le voir revenir pour sou- 
tenir dans ce pays les intérêts d'une Compagnie qui avait été obligée 
de le faire arrêter. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

Q0SSEIÎ1 -BEN-ALI, BEV t>B TUNIS, AU HKGEHT. 

230. — Tunit, 16 juin i~i6. — « Le plus glorifié entre les Princes 
de la croyance de Jésus, le choisi entre les Princes de la religion du 
Messie, l'arbitre de toutes les affaires de l'Empire de France qui, par la 
force de votre prudence et la justesse de vos avis, disposes et réglez 
toutes choses avec ordre, notre ami duc d'Orléans. 

Après vous avoir assuré de nos devoirs, nous vous informons que 
l'équité avec laquelle vous rendez la justice, étant parvenue jusqu'à nos 
oreilles et nous ayant été réitérée, nous a engagé à écrire a Votre Altesse 
Royale cette lettre d'amitié, pour vous prier d'avoir égard à la bonue, 
droite et sincère intelligence avec laquelle nous avons depuis longtemps 
été l'ami de l'Empire de France. Nous vous prions que cette même 
intelligence et amitié soit continuée de votre part. Nous avons député 
deux des principaux de notre Porte, nommés Ahmet Khodja et Mehemed 
Chaouch, auxquels nous avons remis une lettre pour l'Empereur de 
France au sujet de quelques affaires. Nous vous supplions de leur 
accorder votre protection et leur procurer l'honneur de salue» l'Empe- 
reur de France et de contribuer n tout ce qui pourra les renvoyer ici 
contents; cela fera revivre et continuer l'ancienne amitié qui est entre 
nous, et eu reconnaissance nous vous prions de nous marquer ce que 
nous pouvons faire ici pour voire service, auquel nous nous déclarons 
entièrement dévoué eu toutes choses. Nous vous souhaitons continua- 
tion de santé et prospérité. » 

{Affaires étrangère; C" de Tunit.) 

MICHEL AU CONSEIL DE NARINE. 

231. — Tunis, 2i juin 1716. — Michel ayant appris que le sieur 
Herlet avait résolu de faire embarquer les Envoyés du Bey, sans lui en 
donner avis, sur In barque du patron Bërautl, il défendit à celui-ci de 
recevoir aucun passager sans sa patente ou un ordre de sa pari. 

Michel a assemblé la nation et les capitaines français qui se trouvent 



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[1716] AVEC LA COUR DE FRANCE • 99 

à Tunis pour savoir si un capitaine ou patron pouvait embarquer 
qui que ce fût sans la patente ou l'ordre du Consul. L'avis unanime 
étant que non, ce Consul a confirmé l'ordre donné au patron Béraud, 
ajoutant qu'il n'empêcherait ni le Bey ni le Dey d'envoyer en France, 
mais qu'ils devraient s'adresser à lui. 

(Affaire» étrangère», O" de Tunis.) 

LE CONSEIL DE MARINE A MICHEL. 

232. — 24 juin 1716. — Le Conseil lui demande quelles mesures 
il y aurait lieu de prendre pour le rachat des esclaves. 

(Marine, B* ÎU, f. S9.) 

MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

383. — Tunis, 11 juillet 1716. — Michel n'a pu qu'avec beaucoup 
de peine, malgré son bon droit, tirer du bagne les huit passagers et les 
trois matelots enlevés une seconde fois sur la barque du patron Maurel, 
quoiqu'ils aient été pris sous le pavillon du Roi el avec le passeport du 
Bey. Cette dernière insulte prouve la nécessité de réprimer les mau- 
vais procédés des Puissances, qui n'ont même pas châtié les auteurs de 
cette infraction '. 

Michel demande son changement, quand même on n'aurait qu'un 
poste moins important à lui confier. 

{Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 

MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

234. — Tunis, 22 juillet 1716. — Michel a fait embarquer autant 
qu'il lui a été possible les Français inutiles à Tunis, mais il n'a pas sa 
liberté d'action à cause des liaisons existant entre plusieurs négociants 
français et les Puissances de ce pays, qu'il est obligé de ménager; c'est 
ce qui lui a fait écrire au Conseil qu'il jugeait nécessaire que le com- 
mandement de la première escadre de nos vaisseaux prit connaissance 
de la conduite de ces gens-là, sans qu'il parut que la chose vint du 
Consul. 

(Affaire) étrangères, C' de Tunis.) 

I. Voy. la déclaration de MM. Jean Bogo, Consul de Gênes, Hudson, Consul de 
Hollande, et Bigaai, Consul de Toscane, cl l'extrait des registres de la chancellerie 
du Consulat de Tunis, 20 juin 1716 [Affaires étrangères, C" de Tunis). 



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100 CORRESPONDANCE DES BEïS ET DES CONSULS [1716] 

MICHEL AU CONSEIL DE MAMKK. 

236. — 7 unis, 1 août 1716. — Voici le dixième bn liment français 
arrête' injustement pendant le règne d'Hossein-Bey. Michel fera ce qu'il 
lui sera possible pour avoir raison de cette nouvelle infraction. 

Un brigantinde Bizerle ayant arrête il y a deux mois un bâtiment de 
Minorque portant pavillon anglais, le Rey l'avait déclaré de bonne prise, 
mais cinq vaisseaux de guerre anglais qui ont mouillé à La Gouletlt- 
tireront sans doute une entière satisfaction de celle injustice. C'est 
ainsi qu'il faut traiter ces Puissances dont on n'obtiendra jamais rien 
parla douceur. 

(Affaires étrangère», C" de Tuais.) 

MICUEL AU CONSEIL DE HARlIfB. 

236. — T'unit, 27 août 1716. — Le Bey, étant de retour, a reçu fort 
civilement le Consul, qui est allé, suivant l'usage, avec la nation, lui 
faire son compliment. Michel lui demandera la restitution de la barque 
de feu le capitaine Barthélémy et le châtiment des reïs qui ont commis 
les dernières contraventions aux Imités. 

[Affairti étrangères, C" de Tunis.) 

MICUEL AU CONSEIL DE MARINE. 

237. — Tunis, 28 août 1716. — Michel est allé chez le Bey pour se 
plaindre des brigandages commis par les reïs des vaisseaux de celte 
République, et l'a mis en demeure de restituer la barque de feu le 
capitaine Barthélémy avec son équipage et son chargement et de 
châtier les reïs coupables, ou de lui permettre de se rembarquer avec 
la nation. 

Le Bey, ayant écouté Michel attentivement, lui a promis d'assembler 
le Divan pour tacher de lui donner satisfaction. L'équipage lui a été 
remis, de sorte qu'il ne reste plus a poursuivre que la restitution de la 
barque et du chargement pillé et le châtiment des reïs. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

238. — Tunis, 1 7 septembre 1716. — II est allé le 11, avec toute la 
— ■: — visiter le vice-amiral Baker, commandant l'escadre anglaise. 



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[1716J AVEC LA COUR DE FRANGE 101 

qui lui a rendu 8a visite le 12 et lui a appris qu'il partait mécontent du 
Bey et qu'il regrettait les présents qu'il lui avait apportés. 

{Affaires étrangh-es, C" de Tunis.) 

LOUIS XV A ÎIOSSEIN-BEN-ALI, BEY DE TUNIS. 

239. — Versailles, i 8 septembre 1 716. — « Illustre et magnifique 
Seigneur, 

Nous avons cru devoir vous donner part de notre avènement au 
trône Impérial de France et, de l'avis de notre très cher oncle le duc 
d'Orléans, Régent, charger le sieur comte des Alleurs, notre Ambassa- 
deur extraordinaire a la Porte ottomane, do renouveler en notre nom 
les traités ci-devant accordés à la République de Tunis par le feu 
Empereur, notre très honoré bisaïeul, de glorieuse mémoire, ne dou- 
tant point que, suivant votre justice ordinaire, vous ne lui procuriez, 
avant toutes choses, la satisfaction dont il vous requerra sur les 
infractions commises par les Tunisiens contre les droits de notre Cou- 
ronne impériale et les intérêts de nos sujets. » 

(Marine, B> SU, f. 11».) 

LE CONSEIL DE MARINE A HUSSEIN- BEN -ALI, BEY DE TUNIS. 

240. — Versailles, 4 8 septembre il 16. — « Très illustre et magni- 
fique Seigneur, 

L'Empereur de France ayant chargé M. le comte des Alleurs, son 
Ambassadeur à la Porte, de vous remettre la lettre ci-jointe que Sa 
Majesté Impériale vous écrit, le Conseil de marine profite avec plaisir 
de cette occasion pour vous assurer de son estime particulière et vous 
marquer qu'étant établi par Sa Majesté Impériale pour la direction de 
toutes les affaires concernant la marine et le commerce du Levant, il 
aura toutes les attentions que vous pourrez désirer à maintenir la 
bonne correspondance qui doit être entre les sujets de Sa Majesté Impé- 
riale et ceux de la République de Tunis, et a faire exécuter ponctuel- 
lement les traités que M. des Alleurs est chargé de renouveler avec 
elle, et comme le Conseil ne doute point que vous n'ayiez les mêmes 
dispositions, il vous prie, trës illustre et magnifique Seigneur, d'être 
persuadé qu'il sera bien aise d'avoir de nouvelles occasions de vous 
faire connaître la parfaite considération qu'il a pour votre personne et 
les Puissances de la République. » 

{Marine, B* 2*4, f. 170.) 



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CORRESPONDANCE DES BBY3 ET DES CONSULS [1716] 



MÉMOIRE SU» LE COMMERCR QUE LA NATION FRANÇAISE PEUT FAIRE 
CHAQUE ANNÉE DANS LE ROYAUME DE TUNIS. 

341. — Tunis, 1$ octobre i 7 1 6. — « Le commerce d'importation de 
France à Tunis a pour objet : les draps, les laines, le vermillon d'Es- 
pagne, les cardes de Marseille à carder la laine, le papier, les peignes 
de figuier de Lyon, le léton, les galles d'Alep, l'alun de Rome, la 
garance, le sucre blanc, le poivre, le gingembre, les clous de girofle, la 
canelle, la noix muscade, le safran d'Avignon, le camphre, le benjoin, 
le bois du Brésil, le bois de Campèche, les amandes douces, l'étain 
d'Angleterre, les clous pour menuiserie, le soufre, le sapin, la quincail- 
lerie, le vin rouge de Provence, l'eau-de-vie. Les autres marchandises 
qui se consomment a Tunis viennent d'Italie par l'intermédiaire des 
Juifs. 

Le commerce d'exportation de Tunis en France comprend : les cuirs 
et poils salés, la cire jaune, certaines espèces de laines, les éponges, le 
crin, les nattes, les plumes d'autruche, les huiles, les grains, les blés, 
l'orge, les fèves, les pois cbiches. 

Le grand obstacle au commerce est l'avarice du Bey qui le monopo- 
lise et vend tout a des prix excessifs. Les Juifs le flattent en lui faisant 
pour l'Italie des achats considérables et sont par là devenus très puis* 
sants. Le Consul hollandais est le seul qui ne se mêle d'aucun négoce... ■ 
(Affaire! étrangères, Afrique, t. VIII, f. «Ai.) 



MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

242. — Tunis, 1ô octobre 1716. — Il serait & désirer que le comte 
des Alleurs fût porteur d'une lettre du Roi pour le Bey afin d'éviter le 
refus fait a H. Duquesne d'entrer en négociation a raison du défaut de 
lettres de créance. 

(Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 



MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

243. — Tunis, 19 novembre t7i6. — Le vaisseau La Patronne de 
Tunis a coulé bas le 5 courant. La perte de ce bâtiment, jointe à l'échec 
qu'ont subi les armes ottomanes, a beaucoup abattu la morgue du 
Bey, ce qui ne pourra que tourner au bénéfice de la nation. Il serait à 



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[1717] AVEC LA COUR DE FRANCE 103 

souhaiter que les vaisseaux du Roi parussent A Tunis avant le départ 
du Bey. qui aura lieu le 8 décembre. 

[Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LOUIS XV A ÎIOSSEIN-BBN-ALI, BBV DE TUNIS. 

344. — Paris, 22 novembre il itï. — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 

La lettre que vous nous avez écrite le 16 juin dernier nous a été 
présentée par Ahmet Khodja et Mebemed Cbaouch et, de l'avis de 
notre cher oncle le duc d'Orléans, Régent, nous avons chargé noire Con- 
seil de marine de s'occuper des demandes qui y sont contenues '. Comme 
vous aurez lieu d'être content de l'attention que nous y avons faite, 
nous comptons aussi que de votre part vous aurez la même attention 
à tout ce qui pourra maintenir la bonne correspondance entre nos 
sujets et ceux de la République de Tunis, et dans cette confiance nous 
vous souhaitons, illustre et magnifique Seigneur, toute la prospérité 
que vous pouvez désirer. » 

(Marine, B* ti*, f. 11g.) 



MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

245. — Tunis, 24 novembre 1~ IS. — Quelques esclaves napolitains 
s'étant rachetés, mais n'ayant pas encore complètement payé leur 
rachat, les Puissances prièrent Michel de défendre au patron Ambroise 
Jourdan de les embarquer. Ce Consul fit la défense requise au patron 
Ambroise Jourdan, qui promit d'obéir et lit tout le contraire, s'étant 
accommodé avec les Napolitains et les ayant emmenés en Italie sans 
prendre la patente du Consulat. Il en résulte que les Puissances ont cru 
à la connivence de Michel, ne pouvant supposer qu'un patron fran- 
çais pût désobéir & son Consul. 



(Affaires étrangères, P" de Tunis.) 



MICHEL AU CONSUL DE MARINE. 

246. — 'J'unis, 2 janvier ili'. — Les deux vaisseaux du Roi qui 
ont passé H, le marquis de Bonnac ' & Constantinople mouillèrent à La 

IVov. les délibérations du Conseil de marine, le 20 novembre lltfi. {Marine. H 1 
l f. Ut.) 
ï. Toy. la noie 1, p. 86. 



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104 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [111'] 

Goulettc Le 24 décembre. Michel alla a bord le lendemain pour rendre 
ses devoirs à M. le comte des Alleurs et à M. de Morts 1 , et envoya au Cap- 
Nègre un ordre de H. le comte des Alleurs ' au directeur de cette place, 
pour qu'il se rendit à Tunis et conférai avec lui des intérêts de la Com- 
pagnie. H. de M on s a reçu audience du Dey et lui a exposé les griefs 
du Roi avec toute la fermeté possible. 

(A/faire» étrangère! , O" de Tunis.) 

CIRCULAIRE AUX CONSULS ET VICE-CONSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE. 

247. — Paris, 1 6 janvier 17 17. — « Le Régent a bien voulu, sur les 
instances du Conseil, vous décharger pour l'avenir, à compter du pre- 
mier jour de l'année courante, du payement des 6 0/0 que l'on retenait 
par forme de dlme sur vos appointements et autres attributions. » 

{Marine, BT- 105, f. 7*.) 
MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

248. — Tunis, 16 janvier 1747. — Les députés de Tunis en France' 
arrivèrent le 5 courant a La Galipie, mais ils évitèrent de rencontrer les 
vaisseaux du Roi et ne vinrent à Tunis que le lendemain. Ces députés 
se louent des bons traitements qu'ils ont reçus en France; l'avenir fera 
voir si les Puissances en témoigneront quelque reconnaissance. 

La nation est fort tranquille, et Michel est persuadé que le peu d'at- 
tention qu'a accordé le Conseil aux plaintes faites contre lui par les 
députés de Tunis lui vaudra une plus grande considération de la part 
du Bey. II en profilera pour engager ce dernier à remplir plus exacte- 
ment son devoir envers la France. 

{Affaire» étrangère*, C' n de Tunit.) 

MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

249. — Tunis, 19 janvier 1717. — Le sieur Merlet, au lieu 
d'attendre les vaisseaux du Roi pour soutenir ses accusations contre le 
Consul, s'est absenté pour éviter un éclaircissement. La tranquillité de 
la nation ne sera jamais entière tant qu'on laissera à Tunis un mar- 
chand dont l'esprit est aussi inquiet et remuant. 

(Affaire* étrangères, C" de Tunû.) 

p. 92. 
p. 82. 
■I Khodja. et Mehcmeii Cbaouch. 



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1.1717] AVEC LA COUR DE FRANCE 105 

XICHEL AD CONSEIL DE MARINE. 

250. — Tunis, 9 février 1717. — Les revendications touchant 
les dettes antérieures au Bey actuel ont d'autant moins de chances 
d'aboutir qu'il faudra employer la force pour obtenir la restitution de 
ce qu'il a pris lui-même. Michel attendra l'arrivée des vaisseaux du Roi 
pour parler aux Puissances de ces anciennes discussions, et si le Conseil 
approuve ce sentiment, il faudra que les vaisseaux soient à Tunis avant 
la fin de juin, époque à laquelle le Bey doit s'absenter. 

(Affaire» étrangères, C u ' de Tuais.) 

M1CUBL AU CONSEIL DB MARINE. 

261. — Tunis, 1" mars 1717. — Michel rend grâce au Conseil de 
l'avoir affranchi de la retenue de 6 0/0 que ia Chambre du commerce 
retenait sur ses appointements. 

{Affaires étrangère», C M de Tunis.) 

MICHEL AU CONSEIL DR MARINE. 

252. — Tunis, 22 mars 1717. — Le Consul insiste sur la nécessité de 
plus en plus pressante d'envoyer des vaisseaux de guerre à Tunis, Alger 
et Tripoli, pour terminer les anciennes discussions avec ces Républi- 
ques et renouveler les traités pendant que la France est en paix. 

(Affaires étrangère», C' 1 de Tunù.) 

LE CONSEIL DE MARINE A DE M0N3. 

253. — Part'*, 12 avril 1717. — On a lu à M. le duc d'Orléans la 
relation de son voyage et celle de ses négociations à Tunis '. 

S. A. R. s'est montrée fort satisfaite de sa conduite pendant toute 
cette campagne et le Conseil saura le faire valoir a l'occasion. 
(Marine, B» X50, f. 67.) 

LE CONSEIL DE MARINE A MICHEL. 

254. — Paris, 21 avril 1717. — Michel devra obtenir du Bey et 
du Divan de Tunis réparation des pillages et violences commis en 

I- Voy. celte relation, p. 92. 



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106 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS |t71ï] 

mer par un corsaire tunisien contre le nommé Catelin, patron de Marti- 



(Maiine, A' 103. f. St.) 



LE CONSEIL DE MARINE A MICHEL. 

256. — Paris, 5 mai il il . — Les Puissances de Tunis se plaignent 
de nouveau de ce que l'on retient encore en Sicile les Tunisiens qui 
firent naufrage sur cette cote l'année dernière avec la barque du patron 
Aguitou. Le sieur Michel peut rassurer sur ee sujet le Bey et les chefs 
du Divan. La Cour s'occupe de cette affaire et leur donnera satisfac- 
tion. 

(Mariât, ffl 10$, f. 8« r.) 



MICHEL AU CONSEIL DB MARINE. 

256. — 7 unis, 16 mai il il ' . — Le Consul est venu protester contre 
la capture de quatre Français par un relis de Bizerle. Le Bey a répondu 
• qu'il n'entendrait rien jusqu'il ce que l'affaire de Sicile fat terminée 
et qu'il était surpris de voir réclamer ces gens-là tandis que moi j'étais 
à la veille d'être fait moi-même esclave ». 

Michel ne doute pas que le Conseil ne réfléchisse sur la continuation 
des mauvais procédés de ces Barbaresques, qui rendent leur châtiment 
déplus en plus nécessaire. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



MUSTAPHA I, 1IEV l)K TUNIS, AU COMTE DB TOULOUSE *. 

267. — Tuait, mai il il. — « Illustre chef du Conseil de l'Empereur 
de France, Monseigneur le comte de Toulouse, après vous avoir assuré 
de dos très humbles devoirs, ayant appris, par les personnes qui ont été 
de notre part ci-devant dans vos quartiers, que vous commandiez géné- 
ralement la marine en France, je vous écris cette lettre d'amitié et en 
particulier, pour vous informer que votre Consul n'a point suivi vos 
ordres ', ni écouté ce que vos gens lui ont dit au sujet de la barque 

1. Kara Nustaplia. Voy. la noie ], p. T.\. 

S. Louis- Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse, amiral de France, membre 
de droit et président du Conseil de marine. 

S. Voy. Mémoire de V Envoyé de Tunis du il novembre l: 16, réclamant la destilu- 
lion du Consul Michel (Affaires étrangères, C* de Tunis). 



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[1717] AVEC LA COUR DE FRANCE 107 

génoise ' qu'il a toujours soutenu opiniâtrement être française, et pour 
laquelle il s'est rendu caution, duquel cautionnement nous pouvons 
aisément nous faire faire raison. Cette lettre d'amitié est pour vous 
informer de la conduite de ce Consul, et pour vous prier de nous mar- 
quer vos dernières intentions, d'autant que nous saurons bien nous en 
délivrer, ce que nous vous prions de ne point trouver mauvais, car 
c'est un homme qui n'est pas digne du poBte qu'il occupe et qui causera 
du bruit entre vous et nous. Vous avez de bons sujets en France, il y 
eu a même ici; quoi qu'il en soit, nous vous prions d'ordonner à quel- 
qu'un de remplir sa place, d'autant que cet homme ne nous convient 
pas. Nous vous informons aussi que quelques Turcs s'étant embarqués 
sur un de vos vaisseaux avec dessein d'aller à La Mecque en pèlerinage, le 
dit vaisseau, faisant eau, a été dans le port de Syracuse où les dits Turcs 
ont été pillés et faits esclaves '; nous en avons parlé au susdit Consul, 
lequel nous a dit qu'il avait écrit en France, et que nos gens ne seraient 
point esclaves ni leurs effets perdus. Nous vous prions d'ordonner qu'on 
y fasse attention. Et le salut. » 

(Affaires itrangèi-es, C" de Tunis.) 

NICHBX AU CONSEIL IIS XARIIfB. 

268. — Tunit, 24 juin 1717. — Michel a appris d'un des favoris du 
Bey que, dans un Conseil tenu il y a peu de jours par les Puissances de 
ce gouvernement, il a été résolu qu'aucun passager français ne pour- 
rait venir à terre si à l'arrivée des vaisseaux du Roi l'affaire de Sicile 
n'était pas terminée à leur satisfaction. Le Consul croit le Bey capable 
de prendre un tel parti. M. de Maillet 3 l'a informé de l'honneur que 
lui fait le Conseil en lui confiant la mission de renouveler les traités 
avec les Puissances barbare aqu es. Cet ancien Consul s'en acquittera 
dignement grâce à son expérience et à sa capacité. 

(Affaires étrangère*, C" de Tunis.) 

1. La barque du patron Haurel, de Martigues. 

a. H s'agit du bateau du patron Aguilon, de Marseille, qui avait fait naufrage en 
Sicile, l'année précédente. 

3. Ancien Consul à, Livourne de 1112 à 1116. Cet Envoyé s'embarqua a Toulon, au 
mois de janvier 1118, sur le vaisseau de M. Duquesne-Monnier. M. de Maillet était 
chargé de ■ reconnaître les véritables causes pour lesquelles le commerce des 
Français n'était pas aussi amplement rétabli qu'il était à désirer, depuis la cessa- 
tion de la guerre, dans les Échelles barbareaquss », — Voy. Mémoires d'observations 
dit sieur de Maillet sur la visite qu'il a faite en 17 IR dans tes Échelle* du tenant 
et de Barbarie (Archives de la Marine, Levant et Barbarie, B l , ÏSS). 



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108 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1117] 

259. — Vertailles, i 3 juillet if il. — Provisions de Consul à Tunis 

pour le sieur Joseph Bayle ', successeur de Michel, renouvelées le 

30 juillet 1720. 

(Marine, B? 108, f. 13t.) 



HICDEL AU CONSUL DK MARINE. 

260. — TVmif, 15 juillet i717. — Le Bey, étant parti pour son 
camp d'été d'où il ne reviendra que dans les premiers jours de sep- 
tembre, a donné à son Kiaya l'ordre de ne laisser débarquer personne 
si les vaisseaux du Roi arrivaient à La Goulette en son absence el si 
l'affaire de Sicile n'était pas terminée à l'honneur des Tunisiens. 
(A/faires étrangère!, O" de Tunii.) 



LE CONSEIL DE NARINE A MICHEL. 

261. — Paru, Si juillet 1717, — Des corsaires tunisiens viennent 
encore d'enlever neuf hommes près de la Sardaigne. Ils appartenaient 
au patron Magalon, de Marseille, qui avait fait naufrage; il y avait 
parmi eux cinq Italiens. Le sieur Michel a ordre de les réclamer tous, 
s'il peut prouver aux Puissances que le bâtiment était français cl 
naviguait avec pavillon de France, sinon, de se faire rendre par pro- 
vision les Français en attendant l'arrivée de M. Duquesne. 

(Marine, W toi, f. 77 o.) 

MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

262. — Tunis, 3 août 1717. — Le Bey se plaint de ce qu'on fait 
espérer depuis six mois la liberté de ses sujets prisonniers et mal- 
traités en Sicile. 11 veut que le Consul envoie un bâtiment pour prendre 
ces gens. Il a répondu que cette affaire ne dépendait pas uniquement 
de la France, sans quoi le Bey aurait reçu depuis longtemps satisfac- 
tion, mais qu'il s'agissait de retirer des mains du Roi de Sicile un bien 
qu'il prétend lui appartenir par droit d'épave. 

{Affairet étrangère*, O" de Tunis.) 

i. D'abord Consul A Alicante de 1701 à 1702; il obtint, «n quittant Tunis, le pw" 
de Salonique, qu'il occupa de 1727 à. 113S. — Voy. sa correspondance avec la Chambre 
de commerce de Marseille, S. AA, 446, 508 et 668 de l'inventaire de M. Teissier. 



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[1717] AVEC LA COUR I)B FRANCK 



H1CUEL AU CONSEIL DE MARINE. 

283. — Tunis, 18 août 17/7. — Michel rend grâce au Conseil de sa 
nomination au Consulat de Tripoli. Il attendra & Tunis M. Duquesne et 
se rendra ensuite & son nouveau poste. 

(Affaires étrangèret, C" de Tunis.) 

204. — 31 août 1717. — « État des dépenses faites par le sieur 
Michel, Consul à Tunis, pour l'entretien de la chapelle Saint-Louis de 
la nation française au dit Tunis, du 9 février 1713 au 31 août 1717, 
c'est-à-dire cinq ans et demi, savoir : 

Cierges pour l'autel Saint-Louis 502 1. 16 s. 

Huile d'olive pour la lampe du dit autel 336 » 

6 cierges pascals Façonnés 81 » 

Fleurs et ornements de la dite chapelle 167 05 

Viande, vin, fruits et autres choses nécessaires 
aux repas des missionnaires dans les hos- 
pices pendant les fêtes de la Saint-Louis. . . 81 » 

Total Û67 21 » 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

MICHEL AD CONSEIL DE MARINE. 

265. — Tunis, 1" septembre 1717. —Le Bey a déclaré qu'il n'auto- 
riserait pas l'achat de chevaux que le sieur Marcou est venu faire a 
Tunis jusqu'à ce que ses sujets détenus en Sicile soient de retour avec 
leurs effets; il a déclamé ensuite contre la France en termes que la 
bienséance ne permet pas de rapporter. 

(Affairée étrangère», C" de Tunis.) 



MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

266. — Tunis, 4 1 septembre 1 7 1 7. — Michel a fait part au Bey de 
sa nomination au Consulat de Tripoli et lui a annoncé qu'il n'attendait 
que l'arrivée de son successeur pour se rendre à son nouveau poste. 
Ce Prince prétend ne le laisser partir qu'après qu'il aura payé 
30,000 piastres pour la valeur du bâtiment du patron Joseph Maure). 
(Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 



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110 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [11(7] 

LOUIS XV A DUQUBSNB-M0NN1EH '. 

267. — Paris, 20 septembre i~i~. — 111e charge de se rendre avec Is 
Henry et La Vestale à Alger, Tunis et Tripoli, pour informer de son avè- 
neinent les Chefs de ces Régences et pour renouveler les traités de paix. 

{Marine, Bl 10.1, f. W v.) 

MÉMOIRE POUR SERVIR D'INSTRUCTION A nUQUBSNE-HONNIBR, 
CHEF D'ESCADRE DES AHMÉES RAVALES EN BARBARIE. 

268. — Paris, 20 teptembre i 7 i 7. — « ... Sa Majesté désire qu'il 
embarque et donne sa table au sieur de Maillet, qui est commis pour 
agir sous ses ordres dans les négociations dont il est chargé et prendre 
connaissance de divers détails, concernant les sujets du Roi, aux- 
quels le sieur Duquesne n'aura pas le temps de vaquer par lui-même 
pendant qu'il sera occupé à traiter avec Les Puissances barbares- 
ques... Des différents sujets de plainte contre chacun de ces gouverne- 
ments, il choisira les plus grands et insistera pour les réparations avec 
plus ou moins de fermeté a proportion des bienséances qu'il y faudra 
pour obtenir quelque satisfaction. Il leur fera sentir que ce serait mal 
répondre de leur part à l'exactitude avec laquelle le Roi a fait observer 
les traités par ses sujets, s'ils se dispensaient de châtier ceux du gou- 
vernement qui ont exercé contre les Français des pillages ou des actes 
d'hostilité. Il tirera enfin de chacune de ces nations le parti le plus 
honorable et le plus glorieux pour la nation française, et en renouve- 
lant les traités, il y fera insérer des articles portant promesse, de la 
part des Puissances, de ne plus souffrir ni laisser impunis des faits 
pareils à ceux dont les navigateurs et commerçants français ont eu 
de justes sujets de se plaindre... Sa Majesté lui permet, quand il arri- 
vera dans les rades d'Alger et de Tunis, d'arborer la cornette sur le 
vaisseau Le Henry, a moins qu'il ne s'y rencontre quelque escadre 
étrangère avec le commandant de laquelle cela puisse lui attirer 
quelque discussion... s 

(Marine, W tos, f. 109.) 

MÉMOIRE POUR SERVIR D'INSTRUCTION A DE MAILLET, 
CHARGÉ FAR SA MAJESTÉ DR LA VISITE DES ÉCHELLES DE BARBARIE '. 

269. — Paris, 20 septembre 1717.— •> ... Le Roi connaissant la 
capacité du sieur de Maillet et son expérience du commerce de Levant 



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[1747] AVEC LA COUR DE FRANCS 111 

et de Barbarie, Sa Majesté, de l'avis de M. le duc d'Orléans, Régent, l'a 
choisi pour aller reconnaître dans les Échelles où il y a des corps de 
marchands français établis, en commençant par celles d'Alger et de 
Tunis, les véritables causes pour lesquelles le commerce de ses sujets 
n'est pas aussi amplement rétabli qu'il serait a désirer depuis la cessa- 
tion des guerresqui en avaient interrompu le cours... Pendant le temps 
que H. Duquesne sera occupé a traiter avec les Puissances (de Tunis), 
l'intention de Sa Majesté est que le dit sieur de Maillet examine, avec 
le Consul et les principaux négociants de l'Échelle, les moyens les 
plus efficaces pour le rétablissement du commerce et qu'il en envoie 
un mémoire au Conseil de marine... 11 dressera également un mémoire 
exact des quantités et prix courants de chaque denrée ou production 
du pays que l'on en peut tirer par année, de même, un mémoire des 
denrées du cru du Royaume et marchandises que l'on peut débiter 
dans la même Echelle par année, etc... 

Comme la Compagnie d'Afrique, par la pèche du corail et l'extrac- 
tion des grains qui lui sont libres au moyen des lismes qu'elle paye 
aux Puissances de Tunis, fait le principal commerce de cette Échelle, 
Sa Majesté désire que le sieur de Maillet explique par un mémoire 
séparé combien elle paye de redevances ordinaires par an et en pré- 
sents extraordinaires aux Chefs principaux de cet État, ses autres frais 
et ses bénéfices, etc.. Le sieur de Maillet prendra connaissance des 
sujets de plainte que les marchands français et protégés pourraient lui 
porter contre le Consul et son chancelier, et après avoir pris l'avis de 
M. Duquesne, terminera toutes sortes de différends le plus possible à 
l'amiable... 

Il sera aussi nécessaire que le sieur de Maillet prenne une connais- 
sance exacte des forces que chacune des Puissances barbaresques peut 
à présent mettre en mer, distinguant le nombre et la force des bâti- 
ments d'État d'avec ceux qui appartiennent aux particuliers... » 
(Marine, B' fOS, f. lût.) 

LOUIS XV A HOSSKIN HEN-ALI, BEV DB TUH1S. 

270. — l'arit, 20 teptembre ilil . — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 

Nous avons dès l'année précédente donné nos ordres au sieur comte 
des Alleurs, notre Ambassadeur a la Porte ottomane, de mouiller 
dans les rades de votre gouvernement en revenant de Constanlinople, 
afin de vous donner part de notre avènemeut au troue impérial de 



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112 CORRESPONDANCE DBS BBYS ET DBS CONSULS [1711* 

France. Il était chargé en même temps de renouveler en notre nom les 
traités ci-devant accordés à la République de Tunis par le feu Empe- 
reur, notre très honoré Seigneur et bisaïeul, de glorieuse mémoire, mais 
comme les vents contraires et ses indispositions l'ont forcé de venir eo 
droite route aborder dans nos ports, nous avons fait choix de la per- 
sonne du sieur Duquesne, l'un des officiers généraux entretenus dans 
notre marine, pour remplir les commissions dont le sieur des Alleurs 
n'a pu s'acquitter. Nous lui avons donné nos pouvoirs de convenir 
avec vous et les Chefs du Divan de Tunis des choses justes et raison- 
nables qui pourront affirmer et rendre stables l'ancienne alliance et 
la bonne correspondance que nous désirons maintenir entre les 
sujets des divers États, promettant d'avoir pour agréable et ratifier ce 
qui sera réglé entre vous et le dit sieur Duquesne. En effet, nous ne 
doutons pas que vous lui donnerez et ferez donner avant toutes choses 
les satisfactions convenables dont il vous requerra sur les infractions 
commises par les Tunisiens, soit en mer ou a terre, contre les droits et 
prérogatives de notre Couronne impériale, les intérêts de nos sujets et 
les termes de nos Capitulations et traités que nous avons toujours fait 
observer religieusement par nos sujets. Comme nous sommes persuadé 
qu'il trouvera en vous toutes les dispositions nécessaires pour cet effet, 
vous devez l'être aussi de la sincère affection que nous aurons tou- 
jours pour la République de Tunis. » 

(Narine, fli 103, f. 3 v.) 



MICHEL AU COSSEIL DE MARISE. 



271. — Tunis, 9$ septembre 1717. — Le Bey a appris avec inquié- 
tude qu'Hadji Ben Mustapha, parent d'Ibrahim -Bey, son prédécesseur, 
se trouve sur les frontières de ce royaume du côté de Tripoli, avec un 
corps de cavalerie, et qu'il veut le déposer. Le Bey a mis à prix la têle 
de ce rebelle et n'épargnera rien pour empêcher le malheur dont il est 
menacé. Michel est allé le voir et l'a trouvé dans la consternation. Il n'a 
jamais été mieux reçu et l'on peut être assuré que si l'entreprise d'Hodji 
Ben Mustapha a des suites on fera ce qu'on voudra du Bey. 

Le sieur Marcou a uni son achat de chevaux dans les montagnes voi- 
sines du Cap-Nègre et n'attend plus que deux tartanes de Marseille 
pour les embarquer. 

[Affaira étrangère!, O" de Tunit.) 



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(1717] AVEC LA COUR DE FRANCE H3 

272. — Tunis, 29 septembre il il . — Mémoire des plaintes du 
Consul et des marchands français contre le Bey de Tunis. 

(Marine, BMOS,f. 109.) 

273. — Marseille, 29 septembre 1717. — Mémoire contenant les 
sujets de plaintes de la Compagnie d'Afrique contre le Bey de Tunis. 

(Marine, Archives des colonies, Compagnies d'Afrique.) 

MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

274. ■ — 7 unis, 14 octobre 1717. — Hadji Ben Huslapha, qui avait com- 
mencé à soulever ce pays, s'est laissé prendre par un corps de cavalerie 
que le Bey avait envoyé du cûté de Tripoli. Sa (été fut coupée et exposée 
pendant trois jours sur la porte du château. La mort de ce rebelle a 
rendu le calme au pays, qui commençait à se révolter. 

Le Kiaya de Bizerte fit donner des coups de bâton, ces jours passés, à 
un matelot français, sous prétexte qu'il avait mal parlé de la foi maho- 
métane. Michel attend avec impatience M. Duquesne pour demander de 
cette insulte une satisfaction convenable. 

Le Bey continue a ne vouloir entendre parler d'aucune affaire avec la 
France, jusqu'à ce que celle de Sicile soit terminée, 

(A/faires étrangères, C" de Tunis.) 

LE CONSEIL DR MABISE AUX INTERESSES DE LA COMPAGNIE d'aFBIQUE. 

276. — Paris, 20 octobre 1717.— MM. Duquesne el de Maillet ont 
reçu des ordres pour la défense de leurs intérêts au cours de la mis- 
sion dont ils sont chargés à Tunis. Conformément à leur désir, un de 
leurs associés, le sieur Taxil, est admis à faire partie de la suite de 
M. Duquesne '. 

[Marine, B? 103, f. 111.) 

LOUIS XT A nOSSElN-BSN-ALI, BBÏ DE TUNIS. 

276. — Paris, 27 octobre 1717. — « Illustre cl magnifique Sei- 
gneur, 

Nous avons jugé qu'après ce que notre Conseil de marine vous a fait 
expliquer de nos intentions par le sieur Michel, notre Consul au dépar- 

î à Duquesne, 5 janvier et 6 avril 1118. 



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114 CORRESPONDANCE DES BEVS ET DES CONSULS [1718 

terrien t de Tunis, touchant l'un de nos sujets, Jean-Rapti6te Maurel, d 
Marti gués, cette affaire devait être terminée sans retour, mais comm 
nous sommes informé qu'il vous reste encore quelques doutes à ce sujet 
nous avons résolu, de l'avis de notre très cher et très aimé oncle le du 
d'Orléans, Régent, de vous faire savoir que le sieur Michel, notre Consul 
en tout ce qu'il a fait, dît et écrit en faveur du dît patron de Martiguet 
a suivi ponctuellement nos ordres et instructions, étant du devoir de s 
charge de donner toute protection et assistance & ceux de nos sujets qu 
naviguent sous notre pavillon et comme étant les alliés de notre Cou 
ronne. C'est pourquoi nous espérons que le sieur Michel, ni tous autres 
nos Consul et sujets étant dans votre gouvernement, ne seront plu 
inquiétés & ce sujet; et la présente n'étant a autre Un, nous vous sou- 
haitons, illustre et magnifique Seigneur, toutes sortes de prospérités. > 
(Marine, tV 10S, f. fît.) 

MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

277. — Tuni», 27 octobre il il . — 11 serait & souhaiter que 
H. Duquesne vint a Tunis avant le 23 novembre, époque du départ dt 
Bey pour son camp d'hiver. Le Consul rappelle que son prédécessew 
et lui ont représenté plusieurs fois que la douceur ne peut avoir aucun 
succès a Tunis tant que le Bey régnant sera maître du gouvernement 
(Affaire» étrangère*, C" de T'unù.J 



MICHEL AU CONSEIL DE MARINE. 

278. — Tunis, 37 février iliS.— Michel rend compte de l'arrivée 
de M. Bayle, son successeur, sur une barque française venant de 
Cagliari. 

(Affaira étrangère*, C'"- de Tunis.) 



MICHEL AU CONSEIL DE UAM3K. 

879. — Tunis, i3 mars ili 8. — Michel a accompagné M. Bayle, son 
successeur, aux premières audiences des Puissances de ce gouverne- 
ment. Il a été assez bien reçu par rapport à la situation présente, mais 
partout on lui a parlé des Tunisiens détenus en Sicile de manière à lui 
faire connaître qu'il faut s'attendre a des représailles si cette affaire 



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[1718] AVEC LA COUR DE FRANCE 118 

n'est pas bientôt finie, ou si les vaisseaux du Roi ne paraissent à Tunis 
pour tacher de calmer les esprits. 

{Affaira étrangères, 0" de Tunit.) 
M1CDEL AU CONSEIL DE MARINE. 

280. — Tunis, 17 mars il 18. — M. de Clairambault, Consul à 
Livourne *, l'a avisé dn pillage d'un de nos bâtiments par une galiote de 
Bizerte. Michel a reçu ses provisions pour le Consulat de Chypre, aux- 
quelles il ne s'attendait pas, au lieu de celles do poste de Tripoli. Sa 
présence étant inutile a Tunis, il profitera d'une occasion, qu'il aura 
dans une vingtaine de jours, pour se rendre a Alexandrie et de la à 
Chypre. 

(affaires étrangère; O" de Tunis.) 

LE CONSEIL DE MARINE A AKEIOUL. 

281. — Paris, 2 1 mars 1718. — La Compagnie d'Afrique demande 
a être déchargée de la régie de ses Concessions du Cap-Nègre pour se 
consacrer à celles du Bastion et des États d'Alger '. Le duc d'Or- 
léans prie M. Arnoul de réunir les directeurs de cette Compagnie pour 
leur dire que le bien du service s'oppose à ce projet; il examinera avec 
eux les moyens a prendre pour leur permettre de soutenir toutes leurs 
Concessions & la fois, et dans le cas où ces mêmes directeurs persiste- 
raient à vouloir se retirer à la fin du traité, M. Arnoul fera le néces- 
saire pour former nne nouvelle Compagnie. 

{Marine, B> 10S,f.SS t.) 

BAYLE A H0SSE1N-BKI!-AL1, BKY DB TUNIS. 

282. — Tunit, i 1 avril 1718. — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 

Il a paru au Consul do France, dans les audiences que Votre 
Excellence lui a données, qu'elle était portée a observer exactement 
les traités qui ont été faits entre l'Empereur des Français et elle, et 
parce qu'il sait que de sou coté la France ne fera jamais rien qui 

I. Jean de Clairambault, troisième frère du premier commis de la Marine, ancien 
Consul à Alger de 1105 à 1111. — Voy. la noie 2, p. 15. 

t. Le» Barbaresques entendaient toujours par l'expression du Bastion rétablisse- 
ment primitivement fondé par les Français près de La Calle, et transféré dans cette 
dernière localité en 1419. — Voy. la Correspondance de» Deys d'Alger avec la Cour 
<U France, t. II, p. 133, n. 3, — et Archive* des colonies. Compagnies d'Afrique. 



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116 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [171? 

puisse y donner la moindre atteinte, et juge qu'on verra toujour 
régner une heureuse paix, le Consul est persuadé des bonnes inten 
lions de Votre Excellence. Mais comme il est déjà arrivé beaucou 
d'infractions de la part de ses sujets dont on demandera réparalioi 
dans la suite, et dont l'empereur son maître a été vivement touché, i 
a aussi lieu de juger que les imprudents qui les ont faites sans s 
soucier des suites qu'elles peuvent avoir, continueront les violence: 
contre les sujets de Sa Majesté, et qui l'obligeront à en prendre uni 
juste vengeance, il représente à Votre Excellence que pour prévenu 
les malheurs qui en pourront arriver il serait bon qu'elle fit publier i 
Bizerte, d'où les commandants des galioles ont commis de si grand; 
excès, une ordonnance portant défenses a tous capitaines, matelots et 
soldats, de faire aucun mauvais traitement aux Français, qu'ils rencon- 
treront à la mer, a peine de la vie et que cette ordonnance fusse 
exécutée à la rigueur, elle ne fera en cela qu'imiter les précautions 
qu'on a prises en France pour que les Français traitent en amis tes 
Tunisiens sujets de Votre Excellence, qui peut s'assurer moyennant 
cela de la plus intime correspondance de la part de celle puissante 
couronne. » 

LE CONSEIL DR MARINE A LRBRET. 

283- — Paris, S 6 mail" i S,— Les marchands de Marseille chargés 
delà régie des places du Cap-Nègre et du Bastion de France jusqu'à la 
fin de l'année courante demandent la permission d'abandonner ce 
commerce, et le duc d'Orléans, voulant empêcher ces établissements de 
tomber aux mains des étrangers, prie M. Lebret de pourvoir a la for- 
mation d'une nouvelle Compagnie. 

[MaAnt, B* 105, f. Si v.) 

DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS. 

284. — Tunis, 8 juin 1718. — La nation assemblée supplie le Con- 
seil de marine défaire revenir au plus tôt les esclaves de Tunisie qui 
ont été pris sous le pavillon français et sont détenus en Sicile, aOn 
que les biens de ladite nation et la vie de ceux qui la composent ne 
restent pas exposés à la fureur d'une populace que le Bey est inca- 
pable de maintenir. 

(Archiva de la Résidence française à Tunis, registre des délibérations de la nalio* 
n' i, VIII, p. 49.) 



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[1718] AVEC LA COUR DE FRANCE 



BAÏLE AU CONSEIL DE MARIN E. 



285. — Tunis, 1 2 juin 171 8. — Le Bey a donné l'ordre & tous ceux 
qui naviguent sous son pavillon de bien agir avec tes Français, et il a 
édicté les peines les plus sévères contre ceux qui y contreviendraient. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



BAÏLE AU CONSEIL DE MARINE. 

286. — J'unis, 8 septembre 1718. — Les précautions qu'il a prises 
auprès du Bey pour contenir les corsaires de Tunis n'ont pas empêché 
qu'un reïs, ayant rencontré à la hauteur de Païenne une tartane fran- 
çaise venant de Gênes, la prit et en tirât trois balles de drap ainsi que 
deux Génois et un Catalan qu'il a amenés a Tunis. H aurait amené la 
tartane elle-même sans la crainte d'être pris par deux bâtiments qui, 
tenant à lui, l'obligèrent à fuir en abandonnant sa prise. Bayle a 
envoyé au Bey un mémoire à ce sujet et en a obtenu la promesse que si 
ce bâtiment était reconnu pour français les marchandises ainsi que les 
esclaves seraient rendus et le. reïs châtié. 

Il a remis au Bey les cinq esclaves tunisiens auxquels le Roi a 
accordé la liberté, et il a été chargé d'en remercier Sa Majesté. 
(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



LE CONSEIL DE MARINS A BAÏLE. 

287. — Paris, 22 septembre 1718. — La révolution qui a éclaté en 
Sicile oblige de suspendre les négociations commencées pour le rachat 
des Tunisiens, qui y sont retenus en esclavage depuis si longtemps. 
C'est une raison à donner au Bey lorsqu'il insistera sur ce sujet. 
(Marine, Ri 10$, f.HB.) 



BAYLE AU CONSEIL DE MARINE. 

288. — Tunis, 20 novembre 1718. — Deux patrons français, ayant 
embarqué des huiles en contrebande a Sousse, ont été emprisonnés. 



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[1719] AVEC LA COUR DE FRANCE 119 

t ion le sieur Bernard Maurice, qui passe a Tunis pour acheter des chevaux 
et les conduire en Italie, et comme il est persuadé que vous pouvez con- 
tribuer & sa sûreté et a l'exécution de la commission dont il est chargé, 
il a souhaité que je vous le recommande. Je le fais avec d'autant plus 
de plaisir que je désire extrêmement de contribuer a la satisfaction de 
H. le comte de Kœnigsegg, et je puis vous assurer en même temps que les 
bons offices que vous rendrez en cette occasion au sieur Maurice seront 
très agréables à Son Altesse Royale. » 

{Affaire! étrangère*, C' de Tuait.) 

292. —Paris, 1" juin i7i\). — Propositions présentées au Roi par 
les Directeurs de la Compagnie des Indes, pour entrer en possession 
du commerce fait ci-devant par la Compagnie d'Afrique '. 

{.Affaire» étrangère.', C" de Tunii.) 



LOUIS XV A UOSSEIR-BBH-AU, BEY DE TUHIS. 

203. — Parit, 8 août ili'J. — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 

Nous avons appris avec plaisir vos dispositions favorables pour le 
maintien des traités que le feu Empereur, notre très honoré Sei- 
gneur et bisaïeul, avait fait avec vous et la République de Tunis et 
pour la continuation de la bonne correspondance entre ses sujets et 



I. Les pouvoirs de la Compagnie d'Afrique étaient expirés le 31 décembre 1718. 
La Compagnie des Indes fui subrogée, k partir du 1™ janvier 1119, dans tous ses 
droits, propriétés, franchises et privilèges, jusqu'au 31 décembre 17*2, moyennant 
le payement du prix des ustensiles, baleaui, agrès et autres effets se trouvant dans 
les Concessions de la Compagnie d'Afrique aux Étals d'Alger et de Tunis, ainsi que 
de la valeur des bâtiments, armes et munitions de guerre de ces places, estimés 
150,000 1. La Compagnie des Indes s'engageait k employer la somme de deux mil- 
lions de livres au commerce des Concessions d'Afrique. Elle n'était tenue d'aucun 
des engagements pris ni des dettes contractées jusqu'au 1*' janvier 1119. Lee 
propositions de la Compagnie des Indes furent présentées au Roi le I" juin 1119. 
Le 4 juin intervint l'arrêt du conseil accordant k la nouvelle Compagnie pour une 
durée de 24 années, puis a perpétuité par édit de juin 1125, le privilège exclusif 
du commerce en Barbarie. — Voy. la lettre des intéressés delà C d'Afrique à Dusault, 
1S janvier 1119, pour supplier ce dernier de sauver leur Compagnie et la tirer de la 
ruine, — les lettres de Taiil au comte de Toulouse, 30 janvier, 4 et 20 juin 1119, 
sur la cessation du commerce de la C 1 * d'Afrique, — la lettre des intéressés de la 
C" d'Afrique au comte de Toulouse, 2 juillet 1119, accusant réception de l'arrêt qui 
lUribue leurs privilèges commerciaux à 11 C des Indes. • Us sont pénétrés de 
reconnaissance pour le Conseil de marine, qui les délivre ainsi d'un écrasant 
Urdeau. > (Archive» des Colonie», Compagnie» d'Afrique.) 



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■120 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1719] 

les nôtres. Le dessein que nous avons de conserver la paix avec elle 
et de l'affermir d'une manière inaltérable nous avait engagé a vous 
envoyer le sieur Duquesne, l'un des officiers généraux de nos armée? 
navales, pour en renouveler les traités, concilier avec vous les moyem 
de rendre leur exécution facile et certaine, et terminer les discussion! 
qui auraient pu y causer quelque obstacle. Mais nous avons vu avec 
peine qn'il est revenu avec les vaisseaux qu'il commandait sans avoir 
rempli notre satisfaction à cet égard, et nous aurions pu croire, sur son 
rapport, que vous êtes éloigné des sentiments que nous désirons que 
vous ayiez pour nous et pour nos sujets, si vous ne nous aviez assuré 
vous-même du contraire. Dans cette confiance et pour ne manquera 
rien de ce qui peut vous persuader de la bonté et de la sincérité des 
nôtres, nous avons pris la résolution, de l'avis de noire très cher et très 
aimé oncle, le duc d'Orléans, Régent, de vous envoyer le sieur Dusault'. 
Sa personne vous sera d'autant plus agréable que sa longue expérience 
à traiter avec les Puissances de Barbarie lui a attiré de l'estime dans 
les Républiques parce qu'il a toujours su, par sa sagesse et sa capacité, 
accorder les intérêts îles nations avec une satisfaction commune. Nous 
espérons donc que vous le recevrez favorablement et que, considérant 
les avantages que la République peut se promettre de la continuation 
de notre amitié et de la paix avec la France, vous serez bien aise d'en 
resserrer le nœud par un renouvellement de traité qui en assure li 
solidité. Nous chargeons le sieur Dusault de vous remettre quelques 
présents de notre part, que nous vous prions d'agréer comme une 
marque de notre bienveillance et de la considération particulière que 
nous avons pour votre personne et pour la République de Tunis. » 
{Marine, Bi 108, f. ttii »-) 



MÉMOIRE FOUR SERVIR D'INSTRUCTION AU SIEUR DUSAULT 
DANS SON VOïAGB BU BARBARIE. 

294. — Paris, 8 août 1719. — « ... Après que le sieur Dusault aura 
fini à Alger tout ce qu'il aura eu à y traiter, il se fera passer a Tunis 
où, à son arrivée et avant de descendre à terre, il fera avertir le sieur 
Bayle, Consul, pour prendre avec lui les mêmes informations et les 

1. Voy. la lettre de Dusault à l'abbé Dubois, 21 décembre 1119 : • Je vais meure 
a la voile pour me rendre A Tunis pour le renouvellement du traité, de même que 
celui que j'ai fait h Alger, celui-ci étant une route ouverte pour s'y soumettre a'M 
le même respect et la même vénération. ■ (Affaire* (trangèrei, C" de Tunis.) 



«dr* Google 



[1719] AVEC LA COUR DE FRANCE 121 

mêmes mesures qu'il aura prises & Bon arrivée à Alger, afin de se con- 
duire suivant les circonstances dans lesquelles se trouveront alors les 
affaires de la nation. Le sieur Duquesne n'ayant pu traiter avec le Bey 
pour des difficultés de cérémonial, le sieur Dusault concertera avec le 
sieur Bayle le moyen de les éviter, sans cependant s'assujettir à rien 
de honteux ni de déshonorant pour la gloire de Sa Majesté, ni de préju- 
diciable aux privilèges de la nation, et comme ces difficultés ne peuvent 
être que l'effet d'une prévention mal fondée de la part du Bey contre 
la personne du sieur Duquesne, Sa Majesté espère qu'il aura une opi- 
nion plus avantageuse du sieur Dusault, et qu'il traitera avec lui dans 
de bonnes intentions, ainsi qu'il en a assuré Sa Majesté par la lettre 
qu'il lui a écrite, à laquelle Sa Majesté a fait réponse; elle sera 
remise au sieur Dusault pour la présenter au Bey et lui servir de lettre 
de créance pour l'effet de sa commission. 

Les ordres dont le sieur Duquesne était chargé consistaient à faire 
renouveler les anciens traités, se plaindre do plusieurs contraventions 
qui y ont été faites, en demander réparation et le payement de sommes 
dues par le Bey. Sur ce dernier point il est probable que le sieur Dusault 
n'obtiendra aucune satisfaction, ces demandes ayant été souvent renou- 
velées sans succès, mais il sera nécessaire d'y insister pour donner 
lieu au Bey d'abandonner ses prétentions. 11 veut qu'on paie aux Tu- 
nisiens 20,000 écus d'un prétendu billet fait par le feu sieur Michel. 
Consul a Tunis, au sujet d'une barque que les Puissances firent relâ- 
cher; qu'on renvoie 40 Tunisiens qu'un patron français aurait pris après 
leur naufrage et vendus pour des planches; enfin qu'on rende la liberté 
aux Tunisiens détenus en Sicile et qu'on leur restitue leurs effets. 
Aucune de ces demandes n'est de bonne foi... Sa Majesté désire que 
les anciens traités soient renouvelés, avec promesse de les exécuter, et 
qu'il y soit expressément dit que le Bey et les Puissances de Tunis 
renoncent à troubler la navigation des Français sous aucun prétexte, 
particulièrement pour la détention des Tunisiens retenus en Sicile, sauf 
»u sieur Dusault a donner les promesses verbales que Sa Majesté con- 
tinuera ses instances pour procurer leur renvoi autant qu'elle pourra... 
Afin de mieux déterminer les Tunisiens & un accommodement, Sa 
Majesté désire que le sieur Dusault distribue au Bey et à ses principaux 
officiers les présents qu'il aura destinés pour cette République, et il 
fera valoir la liber té des Turcs des galères, sujets de la République, que 
Sa Majesté a bien voulu accorder, mais pour faire prendre une résolu- 
tion au Bey et aux Puissances telle qu'on peut la désirer. 
Le dernier traité, fait par le sieur Laigle avec la République de Tunis, 



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ljâ CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [H19] 

n'a pas été ratifié par ce Bey parce qu'il contient des changements 
auxquels il n'entend pas se soumettre. On ne pourrait faire celte ratifi- 
cation qu'en accordant aux sujets de Sa Majesté les mêmes privilèges 
dont jouissent les Anglais dans ses États, lesquels consistent a ne payer 
aux douanes que 8 0/0 des marchandises qu'ils font venir d'Italie pour 
leur compte, sous leur bannière, pendant qu'on en fait payer il aux 
Français et aux Juifs. Le sieur Duaault se concertera a ce sujet avec le 
Consul entre les mains duquel le traité est resté sans ratification. Oo 
pourrait en établir un nouveau sur les bases de celui fait autrefois par 
H. le maréchal d'Estrées 1 . » 

{Marine, fll 103, f. 10t.) 



BAYLE AU CONSEIL DE MARINE. 

205. — Tunis, 19 août 17 19. — Le sieur Delmas, agent de la Com- 
pagnie des Indes au Cap-Nègre, lui a envoyé la copie collationnée des 
propositions de la Compagnie au Roi pour entrer en possession du 
commerce précédemment fait par celle d'Afrique, avec l'arrêt qui 
l'homologue. Il n'oubliera rien de ce qui dépend de son emploi pour 
exécuter les ordres du Conseil. 

[Affaire* étrangères, C" dt Tunii.) 

BAYLE AU CONSEIL DE MARINE. 

296. — Tunii, 18 septembre 17 19. — Deux bâtiments français ayant 
été pris par des corsaires tunisiens, le Bey, sur la plainte du Consul, a 
ordonné la restitution de ces bâtiments ainsi que de leurs chargements 
et a fait châtier les reïs, qui furent mis aux fers au sortir de l'audience 
et dont le plus coupable reçut cinq cents coups de bâton. 

Le Consul est persuadé que le Bey veillera à ce que pareille chose ne 
se reproduise pas; il a mit publier le jugement qu'il venait de rendre 
pour effrayer les armateurs, et il est convenu que le Consul ne déli- 
vrera aucun passeport directement aux reïs, mais qu'il les enverra 
à son Kaznadar, qui les contraindra au respect du au pavillon de 
France. 

(Affaira étrangère*, P" dt Tunis.) 

émoire de la Chambre de commerce de Marseille remit à M. Dutouli, 
lordinaire du Roi en Afrique, pour le renouvellement de* truite* de pair 
', Deys et Milice* de Tripoli, Tunit et Alger, Marseille, 18 septembre 171* 
angèrt*, Tunis). 



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["19] AVBC LA COUR DB FRANCE 



LK CONSEIL DE MARINE A BAYLE. 

297. — Pari», 27 septembre 1719. — Le Régent a été informé que 
le nommé Quarantaine, patron du pinque Saint-Joseph le Bon Patleur, 
parti de Tunis pour Djerba 1 , où il devait prendre un chargement d'huiles, 
est allé, à l'insu du Consul, charger des marchandises en contrebande 
dans un lieu désert, prés de Porte farine, et qu'il a portées à Halte sans 
aucune patente. En punition de cette contravention, les officiers de 
l'Amirauté de Marseille ont ordre de faire mettre ce patron pendant 
un mois en prison, lorsqu'il sera de retour, afin de servir d'exemple 
aux autres. 

(Mariât, B< 40g, f. Ht.) 



LE CONSEIL DB HARINE A BAYLE. 

298. — Paris, 30 octobre i 7 19. — Le Consul a obtenu la restitu- 
tion de deux bâtiments français pris par des corsaires de Tunis et la 
punition des reïs. Ces faits peuvent être considérés comme le premier 
fruit de la mission du sieur Dusault auprès du Bey de Tunis. 

(Manne, tV !0S,f.ft8 v.) 



CIRCULAIRE AUX CONSULS DE TUNIS ET DE TRIPOLI. 

299. — Versailles, 13 novembre 1719. — Le Roi envoie le sieur 
Harcou en Barbarie pour y acheter des chevaux destinés au service 
des haras de Sa Majesté. Le Conseil lui recommande de donner à 
cet agent tous les secours qui pourront dépendre de sa protection. 

(Marine, fl' /M, f. t79 v.) 



LE CONSEIL DE MARI11B A DUSAULT. 

300. — Paris, 22 novembre 1719. — Le sieur Dusault devra s'en- 
tendre avec le Consul Bayle, pour obtenir la restitution de la prise du 
Saint- François, dont le capitaine Riouflc, d'Antibes, a été capturé par 
un corsaire de Tunis. 

[Marine, B~> iOS, f. 180 v.) 

I. Ile de Djerba, dans le golfe de Gabès. 



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CORRESPONDANCE DES BBYS ET DBS CONSULS TiSS] 



CIHCUI.AIRE AUX CONSULS DU LEVANT ET DK BARBARIE. 

301. — Versailles, 29 décembre 1719. — Sur quelques usages à 
changer dans les Échelles à l'égard des chanceliers, qui ne pourront élre 
parents des Consuls et Vice-Consuls jusqu'au troisième degré inclusive- 
ment. 

[Marine, C 10Ê, f. 901.) 



DUSAL'LT AU CONSEIL DE MARINE. 

302. — Portefarine, 23 janvier 1 720. — « En arrivant ici, je ne 
trouvai pas a propos de saluer les forteresses de ce fort; le Kiays et 
l'Agha me Tirent des excuses de ce qu'ils ne commençaient pas à me 
saluer, ayant envoyé un exprès aux Puissances pour en prendre les 
ordres. 11 leur fut ordonne de me saluer de 21 coups de canon, auxquels 
j'ai répondu coup pour coup comme h Alger... Il me parait, par ce que 
j'apprends du Consul, venu ici en dt': pu talion avec la nation, qu'on est 
très disposé à régler toutes les affaires a l'amiable avec moi. Il pense 
que la manière dont je les ai finies à Alger est un grand préjugé pour 
que le Roi ait toute satisfaction du Bey de Tunis... Il y a ici dix tar- 
tanes chargées de blé, et il y a grande quantité de grains dans les ma- 
gasins pour en secourir la Provence '. Il y a abondance de blés et 
d'huiles dans tous les ports de ce royaume, mais partout ailleurs qu'au 
Cap-Nègre il faut traiter avec le Bey, ce qui, joint a la cherté des 
piastres en Provence et des bâtiments à noliser, rend le commerce dif- 
ficile... a 

[Affaira étrangères, C" de Tunis.) 

LE CONSEIL DE KARIKË A BAïLE. 

303. — Paris, 8 février 1 720. — •< L'Empereur ayant pris la résolu- 
tion de faire mettre en liberté les Turcs, leurs femmes et leurs enfants 
qui étaient embarqués sur le vaisseau du capitaine Aguiton, naufragé 
en Sicile, et qui peuvent être actuellement en sa puissance, dans ce 
royaume et dans celui de Naples, le Conseil a mandé, par ordre de 

i. l.'n état du commerce de Marseille avec l'Échelle de Tunis donne la lis le îles 
armateurs qui ont envoya de France dans la Régence, pendant l'année i'itU 

18 bâtiments. 



t,zed,yGOOg[e 



[17Î0] AVEC LA COUR DE FRANCK 128 

M. le Régent, & H. de Vincelles, chargé des affaires du Roi a Naples',de 
faire retirer et bien traiter tous ces Turcs et de les faire embarquer sur 
uue tartane française qu'il nolisera exprès pour les transporter a 
Tunis. 

' ... Vous ferez valoir aux Puissances les effets de la protection de 
Sa Majesté et les engagerez a faire cesser tous les désordres que les 
corsaires faisaient au commerce des bâtiments français sous prétexte 
de la détention de ces Turcs. A l'égard de ceux qui pourraient encore 
rester sur les galères de Sicile et qui ne sont pas au pouvoir de l'Empe- 
reur, le Roi fera volontiers continuer ses instances pour leur liberté. » 
[Marine, Bi 4 OS, f. «.) 

THA1TÊ CENTENAIRE DU 20 FÉVRIER 1720. 

804. — « Traité pour le renouvellement des Capitulations et articles 
de paix et confirmation d'iceux, accordés et confirmés par nous, Denis 
Dusault, Envoyé extraordinaire et plénipotentiaire de très excellent, 
très puissant et très invincible Prince Louis XV, par la grâce de Dieu, 
Empereur de France et Roi de Navarre, aux très illustres Pacha. Bey, 
Dey, Divan, Agha des Janissaires et Milice de la ville et du royaume de 
Tunis. 

I 

Semblable à l'article 1" du traité du 30 août 1685. 
II 

Il y aura paix entre l'Empereur de France et les très illustres Pacha, 
Bey, Dey, Divan, Agha des Janissaires et Milice de la dite ville et 
du dit royaume de Tunis et leurs sujets, et ils pourront réciproquement 
faire leur commerce dans les deux royaumes et naviguer en toute 
sûreté, sans en pouvoir être empêchés, pour quelque cause et sous 
quelque prétexte que ce soit. 

III 

Il a été convenu de part et d'autre de la restitution de tous les 

Français détenus esclaves dans les royaume et domination de Tunis, 

et de ceux du corps de la Milice du royaume qui sont sur les galères 

de France. Suivant les râles qui en seront fournis, ils seront rendus 

r des armées du Roi, chargé 



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126 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1720] 

réciproquement de part et d'autre, sans qu'on puisse, sous quelque pré- 
texte que ce soit, retenir aucun bâtiment, marchandises, argent, robes, 
ni les gens trouvés sur les prises. 

IV 
Semblable a l'article V du traité de 1683. 

V 
Semblable à L'article VI du traité du 30 août 1683. Il ne contient pis 
la phrase suivante : sans qu'ils soient obligés de payer pour raison de 
M aucun droit ni ancrage. 

VI 
Semblable à l'article VII du traité de 4685. 

VU 
Semblable à l'article VIII do traité de 1683. 

VIII 
Les Pacha, Bey, Dey, Divan, Agba des Janissaires et Milice de la dite 
ville et du dit royaume de Tunis donneront, dès à présent, ordre & tous 
leurs Gouverneurs de retenir les dits esclaves, et de travailler a les 
faire racheter par le Consul français au meilleur prix qui se pourra, et 
pareille chose se pratiquera en France à l'égard des habitants du dit 
royaume. 

IX 

Semblable à l'article XI du traité de 1685. II contient en outre ce qui 

suit : ce qui aura pareillement lieu à l'égard des étrangers passagers 

trouvés sur les vaisseaux de la dite ville et du dit royaume de Tunis, 

et des sujets du royaume sur des vaisseaux étrangers. 

X 
Semblable à l'article XII du traité de 1683. 

XI 
Semblable a l'article XV du traité de 1683. 

XII 
Semblable a l'article XVI du traité de 1683. 
XIII 
3 a l'article XVII du traité de 1685. 

XIV 

: à l'article XVIII du traité de 1685. 



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[17*0] AVEC LA COUR DE FRANCE 127 

XV 

Semblable a l'article XX du traité de 1683. 

XVI 
S'il arrivait quelque différend entre un Français et un Turc ou 
Maure, ils ne pourront être jugée par les juges ordinaires, mais bien 
par le Conseil des dits Pacha, Bey. Dey, Divan, Agba et Milice de la dite 
ville et du dit royaume de Tunis, ou le Commandant dans les ports où 
les différends arriveront. 

XVII 
Semblable & l'article XXII du traité de 1685. 

XV11I 
Semblable & l'article XXIII du traité de 1685. 

XIX 
Semblable a l'article XXIV du traité de 1685. 

XX 
Semblable à l'article XXV du traité de 1685. 

XXI 
Et pour faciliter l'établissement du commerce et le rendre ferme 
et stable, les très illustres Pacha, Bey, Dey, Divan, Agha et Milice de 
Tunis enverront, quand ils le jugeront à propos, une personne de 
qualité d'entre eux résider & Marseille, pour entendre sur les lieux les 
plaintes qui pourront arriver sur les contraventions au présent traité, 
auquel il sera fait dans la dite ville toute sorte de bon traitement. 

XX If 

Semblable à l'article XXVI du traité de 1683. 

XXIII 
Semblable à l'article XXVIII du traité de 1685. 

XXIV 
Si le présent traité de paix, conclu entre le dit sieur Dusault, pour 
l'Empereur de France, et les Pacha, Bey, Dey, Divan, Agha des Janis- 
saires et Milice de la dite ville et du dit royaume de Tunis, venait a être 
rompu, — ce qu'A Dieu ne plaise ! — tous les marchands français qui 
seront dans l'étendue du dit royaume pourront se retirer où bon leur 
semblera, sans qu'ils puissent être arrêtés pendant le temps de trois 



«dr* Google 



128 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1130] 

XXV 

Semblable à l'article XIX du traité de 1685. 
XXVI 

Semblable à l'article XIV du traité de 1685. 
XXVI 1 

Au cas que H. Dusault ne puisse pas, dans le terme d'un an, retirer 
les Turcs qui ont échoué en Sicile, en représailles desquels des étran- 
gers sont actuellement retenus, comme les Espagnols à Alger, cela 
n'apportera aucune atteinte aux traités de paix renouvelés, et personne, 
tant d'une part que d'autre, n'aura rien à répéter à ce sujet. 
XXVIII 

Les articles ci-dessus seront ratifiés et confirmés par l'Empereur de 
France et les Pacha, Bey, Dey, Divan, Agha des Janissaires et Milice de 
Tunis, pour être observés par leurs sujets pendant le temps de cent ans, 
et afin que personne n'en prétende cause d'ignorance seront publiés et 
affichés partout où besoin sera. 

Fait et publié en la maison du Koi a Tunis, le Divan assemblé, où 
étaient les très illustres et magnifiques Seigneurs Hossein-Bey, Gou- 
verneur du royaume de Tunis, Mustapha, Dey et chef de la Milice, 
l'Agha du Divan, tous les anciens officiers et toute la Milice, même les 
capitaines de vaisseau, en présence de M. Dusault, Envoyé extraor- 
dinaire et plénipotentiaire de l'Empereur de France, et du sieur 
Defiennes, Secrétaire-interprète de Sa Majesté. Ainsi le présent traité, 
renouvelé et publié, sera observé très exactement, et ceux qui y contre- 
viendront seront châtiés sévèrement. Écrit le 12 de la lune de Rebi-el- 
Aker, l'an de l'hégire 1132, qui est le 20 février 1"20. » 

(Sceau des Puissances de Tunis.) Dusault. 

{L'original est aux Archives de la marine, B' 53*.) 

DUSAULT AU COXTg DE TOULOUSE. 

306. — Tunis, 28 février 1720. — Parti d'Alger le 5 janvierpour 
venir à Tunis, Dusault envoie au comte de Toulouse le traité qu'il vient 
de conclure avec les Puissances de ce pays. Il espère que le Roi et le 
Régent en seront satisfaits et il attend l'arrivée de l'Envoyé de Tripoli 
pour se rendre dans ce royaume, où il espère obtenir le même succès et 
terminer ainsi la paix avec les trois Régences. 

{Affaires étrangères, O" de Tuais.) 



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[1720] AVEC LA COUR DE FRANCE 



DUSAULT AU COMTK DE TOULOUSE. 

806. — Ttorit, 28 février 1720. — Le Bey est de retour de son 
camp d'hiver depuis le dernier jour de janvier. 

Dusault est aussitôt entré en négociation avec lui. Il a commencé par 
offrir les présents, qu'il a fait valoir autant que possible, puis il a remis 
une lettre de créance du Dey d'Alger, qui traite le Bey de frère et l'invite 
a avoir toute confiance dans le diplomate français. Cette lettre a ins- 
piré aux Puissances une grande considération pour Dusault et a beau- 
coup facilité les négociations. Il a établi, comme il l'avait fait à Alger, 
l'impossibilité où se trouve le Roi, dans la conjoncture présente, de 
retirer les esclaves de Sicile, et il a réglé toutes les prétentions réci- 
proques de façon qu'aucune revendication ne puisse s'élever dans 
l'avenir. 

H. Bayle, Consul a Tunis, lui parait « un fort bon homme » pour lequel 
les Puissances ont beaucoup d'estime et dont se louent tous les mar- 
chands français. 

{Affaire! étrangère; C" de Tunit.) 



nOSSEIN-BBK-ALI, BEY DK TUNIS, A LOUIS XV. 

307. — Tunis, 5 avril i 720. — « La gloire des plus majestueux 
Monarques de la croyance de Jésus, le choisi entre les Princes de la reli- 
gion du Messie, l'arbitre de tontes les nations chrétiennes, Seigneur 
de majesté et d'honneur, patron de louange et de gloire, Louis XV, 
Empereur de France et de Navarre, duquel la fin soit comblée de félicité. 

Après avoir souhaité a Votre Majesté toutes sortes de prospérités, 
elle sera informée que la lettre d'amitié qui a été envoyée de sa part 
nous ayant été remise par le sieur Dusault, Envoyé extraordinaire et 
plénipotentiaire, nous en avons compris tout le sens, lequel est au sujet 
de la bonne correspondance. Le dit sieur Dusault nous a représenté 
avec prudence et capacité l'envie que vous marquez avoir de renouveler 
Inanciens traités. Le désir sincère que nous avons de les maintenir et 
Ure observer régulièrement par nos sujets nous a engagé à les faire 
revivre en les renouvelant, espérant qu'ils seront exactement observés 
par les sujets de Votre Majesté ; ainsi, par ce renouvellement, vos sujets 
et les nôtres pourront négocier par mer et par terre avec tranquillité 
et sûreté, s'il plaît au Dieu de miséricorde, lequel nous prions de nous 
accorder a tous sa bonté, la santé et la prospérité. Le dit sieur Dusault 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1110] 

vos magnifiques présente, que nous avons reçus avec beau- 
îent; nous vous remercions. Nous avons remis au dit sieur 
e Ambassadeur, quelques esclaves français auxquels nom 
liberté pour être envoyés à Votre Majesté ; nous avons aussi 
ieur Dusault quelques chevaux pour Votre Majesté, laquelle 
d'agréer le peu que nous lui envoyons. Nous avons recom- 
re susdit Ambassadeur certaines choses dont nous avons 
reur desquelles nous prions Votre Majesté de recommander, 
nous soient envoyées conformément au mémoire qui a été 
sieur Dusault. Nous vous offrons nos services en tout ce 
. de nous et, s'il plaît & Dieu, nous n'omettrons rien de ce 
s marquerez, en considération de l'amitié qui vient d'être 
i nous. Nous vous souhaitons une longue vie remplie de 

[Affaire* élrangèret, C" de Tunii.) 
DUSAULT AD COMTB DK TOULOITSK. 

■mit, 15 avril il 20. — Il a appris que l'Empereur a 
Ires a Naples et a Messine pour la restitution des esclaves 
Sicile. Le Bey a fait un présent de chevaux pour Sa 
mimaux ont été embarquée pour Toulon, 
directeur général de la Compagnie des Indes pour Alger 
irrivé dans ce pays. C'est un honnête homme qui parait 
ien conduire les affaires; Dusault lui rendra auprès des 
ub les offices nécessaires pour qu'il puisse développer 
it le commerce des établissements. 

{Affaire* étrangères, C" <U Timit.) 

•m, 21 avril 1 720. — Arrêt supprimant les droits de Con- 
par les Consuls en leur faveur, et leur accordant un trai- 

ommes que le Roi veut être payées par les trésoriers de la 
es appointements des Consuls du Levant et de Barbarie : 

atements et table 5 000 livres, chancelier 700, ci S 700 

— 9000, chancelier 4 000, drog- 

man 600, ci 10 600 

— 6 500, chancelier 1 000, ci 7 500 » 

. *S2, noies t et S; p. 4M, note 1; p. 476, note I, 



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[1730] AVEC LA COUR DE FRANGE 



LE CONSEIL DE KAHIHB A DUSAULT. 

S10. — Paris, 22 avril i 720. — Le Conseil félicite H. Dusault du 
succès de ses négociations avec les Puissances d'Alger et de Tnnis. Il 
espère qu'il réussira de même & Tripoli où il devra se rendre sans 
tarder davantage. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

DUSAULT AD COMTE DE TOULOUSE. 

811. — Tunis, 16 mai i 720. — Dusault, qui se préparait à se rendre 
à Tripoli, a été retenu par la difficulté qu'il a rencontrée pour le rachat 
des esclaves, effectué aux meilleures conditions possibles. Il a embarqué 
ces derniers sous la conduite du R. P. Joseph Bernard ', de la Rédemp- 
tion de la Trinité. 

Le sienr Marcou, envoyé a Tunis acheter des étalons pour les haras, 
a Tait l'acquisition de soixante chevaux sans s'être assuré de la permis- 
sion du Bey; Dusault a obtenu a titre personnel la permission d'en 
embarquer vingt, mais il serait bon d'écrire une lettre au Bey au nom 
dn Roi pour lever toute difficulté. 

Lee sieurs Bourguet, résidant à Tunis depuis vingt-cinq a vingt-six 
ans, y ont toujours tenu une conduite coupable; ils ont été les espionB 
perpétuels de l'agent consulaire, et ont créé de grands ennuis aux 
sieurs Sorhainde et Michel, ses prédécesseurs, qui ont voulu les faire 
embarquer. Dusault a cru devoir défendre toute relation entre eux 
et les Français. 

(Affaira étrangère», C" de Tunis.) 
LOUIS XV A nOSSEIN-BBH-ALI, BBY DE TUNIS. 

312. — Paris, 26 mai i 720. — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 
Nous avons appris que le nommé Harcou, envoyé par nos ordres en 

I. Voy. États des esclave* rachetés à Tunis en mai HÎO du département des Pères 
de la Merci, conduits par le P. Bernard, rédempteur de COrdre de la Trinité, 
embarqué» sur le vaisseau ■ Le Saint- François », commandé par le capitaine Eydoux, 
de Cassis (Affaires étrangères, C" de Tunis), — et Voyage pour la rédemption des 
captifs à Alger et Tunis, fait en ITtO, par les P. P. François Comslin, Philémon de 
la Motle et Joseph Bernard [Paris, 1721), p. 191 et suivantes. On trouvera dans cet 
ouvrage de précieux détails sur la négociation de 1120 h Tunis; le P. Bernant y 
démontre avec quelle habileté Dusault put obtenir GO esclaves au prix très modéré 
de 200 piastres par tèle. La piastre valait alors i livres 10 sols. 



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*32 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES 

Barbarie pour chercher des chevaux propres poui 
acheté environ soixante dans le royaume de Tunis 
les laisser embarquer pour les passer en France, c 
l'avis de notre très cher oncle le duc d'Orléans, Ré 
cette lettre pour vous prier de vouloir bien accor 
sortir ces chevaux qui sont destinés pour notre se 
en avez toujours usé. Nous espérons cette marque 
nous engagera d'autant plus a vous persuader de I 
eu aurons des occasions favorables. » 

(Marine, l 
BAYLB AD CONSHIL DE MARINE. 

313. — Tunis, 28 mai 1 720, — Dusault est par 
rant. La déférence que lui doit le Consul l'a obligé 
Conseil pendant son séjour, cet Envoyé s'en rap 
sieur Dusault a écrit lui-même sur tout ce qui a'« 
arrivée. Il est parti content de sa négociation et 
homme habile et à la satisfaction de tous. 

{Affairt* étrangères 

LE CONSEIL DE MARINE A DUSAULT 

314. — Paris, 24 juin i 720. — Le ftégent appi 
a fait des esclaves français qui étaient à Tunis; ma 
ces Français étaient des déserteurs des troupes du I 
au service des Vénitiens '. 

(Marine, , 

BAYLB AU CONSEIL DB MABtNB. 

315. — Tunis, 19 juillet i 720. — Étant dépou 
sonnelle, il ne peut se contenter de ses appointer 
d'une façon honorable aux dépenses du Consulat, e 
vouloir bien le mettre sur le même pied que le Con 

(Affaires étrangère* 

1. Il avait trouvé a Tunis «esclaves français pris sous 
sont, comme ceux d'Alger, des libertins qui s'en retourne 
l'étranger, accoutumés au libertinage des Vénitiens... • Letti 
de marine, 23 janvier 1120. (Affaires étrangères, C" de Tuni. 

2. Voy. le montant des appointements consulaires A Alger 



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[1720] AVEC LA COUR DE FRANCE 



BAYLK AU CONSEIL DE MARINS. 

316. — Ttmit, 30 août 1720. — Un bâtiment français, commandé 
par le patron Jacques Fustignan, de Cassis, a été pris par une galiote de 
Tunis, qui l'a mené a Portefarine quelques jours avant le départ du Bey 
pour son camp d'été. Ce Prince Ht arrêter d'abord le rers et l'équipage 
de la galiote dans le dessein de les châtier, et condamna en même 
temps les armateurs à faire rendre ou a payer tout ce qui avait été pris, 
ce qui n'a été encore exécuté qu'en partie. 

(Affaire» étrangères, C" de Ttmit.) 



BAYLE AC CONSEIL DE MARINE. 

817. — Tunis, 6 octobre 1730. — M. le marquis de LaVarenne* est 
arrivé le l n de ce mois à la rade de La Goulette avec l'escadre qu'il 
commande. H s'est décidé à ne rien demander encore aux Puissances 
de Tunis, qui paraissent disposées à exécuter les traités. Quant à la 
détention des bâtiments français, il a jugé a propos de faire dire au Bey 
de l'abréger autant qu'il se pourrait, ce que ce dernier a promis. Le 
marquis a envoyé au Bey M. d'Astour, major de l'escadre *, qui lui a fait 
compliment de sa part et lui a parlé de l'exécution des traités en 
homme poli et discret; il y a lieu de croire que ce Prince est dans 
Jes meilleures dispositions a l'égard de la France. 

(Affaire» étrangère!, C' M de Tunis.) 



LE CONSEIL DE MARINE A DUSAULT. 

818. — Pari», 30 octobre 1720. — « S. A. R. le Régent attendra 
votre arrivée à Paris pour l'examen de vos traités, mais elle estime que 
vous auriez pu vous dispenser de les faire imprimer. Elle désire que 
vous n'en distribuiez aucun, que vous retiriez les exemplaires qui 
pourraient en rester chez l'imprimeur et même que vous en fassiez 
rompre la planche si elle subsistait encore... » 

(Marine, Bi 108, f. 17Î.) 

1. Antoine d'Arc y, sieur de La Varenne, chef d'escadre des armées navales 

2. Fils du maire de Toulon a cette époque, et plus lard commandant de vaisseau. 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17H] 



LE C !e DB TOULOUSE A HOSSKIN-BEK-ÀL1, BIT DR TUEtlS. 

. — Versailles, 31 décembre 17X0. — « Très illustre et magnifique 
ur, 

appris avec beaucoup de joie que le plus grand nombre des 
i rebelles, qui s'étaient soulevés dans vos Étals, se sont soumis à 
ibéissance, et que vous êtes sur le point de dissiper entièrement 
•ubles qui y avaient été suscités. Je tous félicite de ce succès 
il vous rendre bientôt la tranquillité, et je vous souhaite un 
long et heureux. 

i le temps que vos Envoyés venaient d'accomplir le traité de 
. de bonne intelligence qui a été renouvelé avec vous, Sa Majesté 
aie a appris avec déplaisir que deux galiotes de Tunis avaient 
n bâtiment français mouillé aux lies de Saint-Pierre, et blessé 
itaine et un matelot. Elle est persuadée que cet attentat a été 
s contre vos ordres, et que dès le premier avis que vous en aurei 
is aurez fait restituer les effets qui ont été volés, etchatier les com- 
nts des galiotes comme ils l'ont mérité. On ne peut qu'attendre 
itisfactioD des assurances que vous avez données de votre dispo- 
sincere & maintenir l'exécution du dernier traité, et vous devez 
tre persuadé que Sa Majesté Impériale le fera exécuter exacte- 
tar ses sujets. Je vous prie de me croire toujours votre parfait et 
! ami. » 

(Affaires étrangère», C" de T'unit.) 



LE CONSEIL DE HAR1HE A UAïLE. 

. — Paris, 1 1 juin 1121 . — « Le Conseil a rendu compte à 
légent des instances que vous avez faites auprès du Bey de Tunis 
engager à vous remettre le forban et les gens de son équipage 
3 sous la forteresse de Sousse sous le pavillon français. S. A. R. 

par les circonstances qu'il n'y avait pas lieu à réclamation. 

avis donnés au Bey de Tunis de la maladie contagieuse qui 
i Toulon ne sont que trop véritables, et il a pu justement refuser 
ports l'entrée des bâtiments qui en venaient, mais comme la 
est rétablie & Marseille et qu'elle s'est conservée à Antibes, 
.at et quelques autres ports de Provence, de même que dans tous 
u Languedoc, et que le Roi a permis d'armer dans tous ces ports 
ontinuer le commerce du Levant et de Barbarie, vous aurez soin 



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[1721] AVEC LA COUR DE FRANGE 135 

d'en prévenir le Bey, afin que lorsqu'il s'en présentera quelques-uns 
dana les ports de ses États avec patentes nettes, il donne ses ordres 
pour les faire recevoir. » 

[Marine, W Ht, f. Ht e.) 



BAÏLE AU CONSEIL DE SABINE. 

321. — Tunis, 6 août i12i. — L'entrée des ports du royaume est 
toujours interdite aux bâtiments venant directement de France en 
raison de la peste de Provence. Cependant, quelques capitaines ayant 
fait offrir de l'argent au Bey pour pouvoir débarquer le vin dont leurs 
bâtiments étaient chargés, le Consul a défendu de débarquer à l'avenir 
des marchandises sans son ordre. 

Un corsaire ayant pris un petit bâtiment commandé par le patron 
Raphaël, de Cannes, et y ayant fait quelque pillage, Bayle s'en plaignit 
au Kiaya qui commande en l'absence du Bey. Ce Prince a fait rendre 
aux armateurs tout ce qui avait été pris et a fait châtier le reïs. 

{A/faire» étrangère», 0" de Tunis.) 



LE CONSEIL DE MARINE A BAYLE. 

332. — Paru, le 20 août H2i. — Le Conseil approuve les ins- 
tances qu'il a faites auprès du Bey de Tunis pour la liberté de cinq Fran- 
çais et de l'Espagnol tirés du pinque du patron Clergé, de Marseille, quel 
que soit d'ailleurs le résultat des procédures qui seront faites par rap- 
port à la capture de ce bâtiment. 

(Marine, IP fit, f. 1S9v.) 



LE CONSEIL DE MARINE A BATLE. 

323. — Paru, 26 novembre 172i. — « Vous avez été informé de la 
prise, faite il y a plusieurs mois par des corsaires de Tunis, du pinque 
Le Jêsut-Maria, capitaine Joseph Clergé, de Marseille. Us firent pas- 
ser sur leur bord la plus grande partie de l'équipage, des Génois et des 
Espagnols qui y étaient embarqués. Ce bâtiment fut ensuite repris par 
un vaisseau de Malte. Le Conseil désire que vous lui fassiez savoir ce 



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[1722] AVEC LA COUR DE FRANCK 137 

député de la nation a Tunis. Comme les échevins et députés de la 
Chambre du commerce de Marseille se plaignent non seulement de 
votre procédé & l'égard de ce député, mais eijcore de ce que vous avez 
fait mettre son frère dans les prisons du Bardo sur de simples soup- 
çons, prétendant que ce député avait écrit au Conseil et entretenu, 
malgré vos défenses, quelques relations avec le Consul anglais, le Con- 
seil désapprouve une pareille conduite, qui ne peut que faire perdre àla 
nation son prestige aux yeux des Turcs. 

Ordre vous est donc donné de mettre en liberté le sieur Villet et son 
frëre s'ils ne Je sont déjà... Lorsque vous croyez avoir de justes sujets 
de vous plaindre de quelques-uns des membres du corps de la nation, 
vous devez en écrire au Conseil et prendre ses ordres sans user vous- 
même de répression violente, sauf le cas de nécessité grave, et dans ce 
cas même vous ne devez jamais exposer un Français à la juridiction 
des Turcs en le faisant jeter dans leurs prisons... » 

(Marine, B? Ht, f. tt.) 

LES DÉPOTÉS DR LA RATION FRANÇAISE A TUNIS AU CONSUL DE MAH1RE. 

327. — Tunis, 6 mai i 722. — « M. Bayle, notre Consul, a ruiné les 
affaires de cette Echelle et travaille à présent & ruiner les particuliers. 
Il a mis les uns en prison, il fait des procès aux autres ; il n'y a personne 
qui soit à l'abri de ses détours et de ses chicanes, et c'est la seule chose 
où il s'applique. S'il nous arrive ta moindre affaire, nous sommes trop 
heureux si nous avons des amis qui puissent nous tirer d'intrigue, mais 
nous ne pouvons compter sur aucune protection de sa part. Nous sup- 
plions humblement le Conseil de vouloir bien y mettre ordre. » 

(Affaire! étrangères, C" de Tunit.) 

BAYLE AU CONSEIL DE XARINB. 

328. — Tunit, 9 mai 1122. — D'après l'usage établi et observé de 
tout temps dans le royaume de Tunis, les esclaves ne peuvent faire de 
donations entre vifs ni tester; les biens qu'ils peuvent acquérir appar- 
tiennent de droit à leurs patrons, qui s'en emparent après leur mort. 

Le Bey a enfin donné l'entrée aux bâtiments et aux marchandises 
•venant directement de France ', sous deux conditions : la première, de 

I. Voy. Liite des b&timtntt français et étranger* entrés dont le royaume de 'l'unis 
en octobre et en novembre llti, ci : Si navires français et \ sugliui [Marine, ffl M7t). 



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tESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17Ï 

taine de vingt jours, et la seconde, de faire transport* 
des bois a Tabarque. 

{Affaira étranger**, C" de Ttaàt.) 



LK CONSBIL DE MAH1NK A BATLE. 

13 mai 1722. — Le Conseil approuve les instant* 
du Bey de Tunis pour obtenir la liberté des cinq Frai 
;nol pris sur le pinque du capitaine Joseph Clergé... 
ntinuellement de ce que le Consul de Tunis ne dooi 
) toute la protection désirable ; cette négligence ml 
ser a la nation l'entrée de ses bâtiments ou & les frappi 
émentaire... Il est inexplicable que le sieur Bayle a 
le oppression, qu'il ne doit à aucun prix laisser su) 

(Marine, B' Ht, f. « v.) 



BAYLB AU CONSEIL DE MARINE. 

20 juillet 1722. — Le peu de succès qu'il a obten 
iberté des cinq Français et de l'Espagnol pris sur '. 
:ron Clergé lui fait craindre l'inutilité de nouvelle 
sujet. Il exécutera cependant les nouveaux ordres i 



ce de la peste à Marseille a fait interdire de nouves 
nents qui viennent directement de France. 

(Affairât étranger»!, C* de Tunis.) 

Iles, 29 juillet i 722. — Circulaire aux Consuls à 
■barie, les autorisant a juger les affaires civiles et 
députés de la nation ou les deux principaux négt 

(Marine, B' 112, f. 133.) 
BAYLE AU CONSEIL DE MARINE. 

9 janvier 1723. — Bayle avait obtenu qu'il ne ft 
t ordinaire sur l'entrée des vins et eaux-de-vie, mai 
. Le Bey a frappé l'entrée de ces marchandises d'u 



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[17Ï3] AVEC LA COUR DE FRANCE 139 

impôt de 10 piastres par tonneau, et sur la plainte du Consul il 
lai a fait répondre que cet impôt avait pour but d'empêcher le com- 
merce des spiritueux, interdit par la religion musulmane. Le Consul 
a vainement essayé jusqu'à présent de faire revenir le Bey sur cette 
décision. 

Bayle a reçu de H. le commandeur de Montgontier les Maures pris sur 
la barque du patron Clergé et les a remis au Kiaya. Le Bey étant & son 
camp d'hiver, le Kiaya a rendu cinq Français en échange de ces 
esclaves. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LE CONSEIL DR HARINE A BAYLE. 

838. — Paris, 3 février 1723. — Le Conseil approuve les représen- 
tations qu'il a faites au Bey sur les droits d'entrée des vins que celui-ci 
a établis ; et il lui enjoint de mettre fin aux discussions perpétuelles qui 
existent entre lui et les marchands français. 

(«urine, tV tU, f. M.) 
LB CONSEIL DE URINE A BATLK. 

334. — J*arii, 17 février 1723. — Le Consul n'envoie aucun 
compte a la Chambre de commerce de Marseille depuis un an, en dépit 
de l'arrêt de 1694 qui y oblige le sieur Bayle... Cette négligence paraît 
avoir pour but de cacher la recette du droit de Consulat sur les bâti- 
ments qui ont fait le commerce en Italie l'année dernière. 

Le Père Lorenzo Monasterio, Trinitaire * espagnol à Tunis, se plaint 
de ce que le Consul s'oppose à la fondation d'un hôpital dans cette ville 
pour le secours des esclaves espagnols. 

(Marine, W 1l*,f. 3Î v.) 

LE P. FRANÇOIS DE MODBHE, PRÉFET APOSTOLIQUE >, AD C 1 * DE TOULOUSE. 

336. — Tutti*, 25 février 1723. — Ce religieux se plaint des in- 
anités faites à un prêtre de la mission par un sieur Etienne de Les- 

1. Voy. t. I, p. 89, note 3, — Correspondance des Deys d'Alger avec ta Cour di 
Fronce, L I, p. Ml, note S, — et Mémoire pour servir à l'histoire de la mission de» 
Capucins dans la Régence de Tunis, par le P. Anselme des Arcs, déjà cité, p. 34. 

î. Titre donné par la Congrégation de la Propagande, en 1872, au P. Charles 
d'Aucune et S ses successeurs, mis a la tête de la mission des Capucins à Tunis. Le 
litre de Vicaire apostolique appartenait au Préfet résident à Alger, supérieur hiérar- 
chique des missionnaires français ou italiens dans les deux Régences. 



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140 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1723 

trade, négociant français. Il réclame aussi contre les calomnies laissée 
impunies par le sieur Bayle, Consul, dont cet individu serait une créa 
tare. 

(A/fain* itrangèrtt, C de Tout.) 

LE CONSEIL DE MARINE A BAYLE. 

336. — Paris, 9 mari i 723. — Les dissensions entre le Consule 
les négociants de Tunis continuent. Si ces nationaux persistent à vou 
loir se soustraire a leurs devoirs et aux honneurs qu'ils doives 
rendre au Consul dans les circonstances officielles, le Conseil prendn 
les ordres du Roi pour réprimer les plus mutins. En attendant, il serai 
à propos que le sieur Bayle écrivit un mémoire sur les devoirs réci 
proques du Consul et de la nation, que ce mémoire fût lu, discutée 
approuvé dans une assemblée des intéressés et envoyé ensuite u 
Conseil pour en recevoir la ratification. 

{Marine, B' H4, f. <7 t.) 

LES DÉPUTÉS DK LA RATION FRANÇAISE A TUNIS AU CONSEIL DE MARINE. 

837. — Tunis, 29 mari 1 723. — Nouvelles plaintes sur « les tyrannies 
et les mauvais traitements u du Consul Bayle. Ils se verront forcés 
d'abandonner l'Échelle si cet agent est maintenu à son poste. 

(Affaires étranger**, C" de ïïtmt.) 

338. — Paris, 27 avril 1 723. — Ordonnance qui règle les attribu- 
tions dont doivent jouir les premiers députés de la nation dans les 
Echelles du Levant et de Barbarie, lorsqu'en cas de mort ou d'absence 
des Consuls ils en rempliront les fonctions. 

«... L'intérimaire jouira, pendant qu'il en fera l'exercice, des deui 
tiers des appointements et attributions réglés au dit Consul dans la dite 
Echelle, au moyen de quoi il sera chargé des mêmes dépenses consu- 
laires... L'autre tiers restera dans la caisse de la Chambre du com- 
merce de Marseille pour être employé aux charges ordinaires de 11 
dite Chambre... » 

(Marine, B' 444, f.Kv.) 



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fl 723] AVEC LA COUR DE FRANCE 



DÉURÉRATION DR LA RATION FRANÇAISE A TUNIS. 

339. — Tunit, 1™ juin 1723. — Défense a été faite au sieur Joseph 
Martin, de Saint-Tropez, commandant le pinque Joseph, qui avait nolisé 
verbalement son bâtiment à un Grec pour aller charger du vin à Nègre- 
pont ', de mettre son nolisement à exécution. 

V à tunit, Regittre det délibération! de la nation 



LE CONSEIL DB MARINE A RAYLB. 

340. — Pari», 6 octobre i 723. — Une contravention des plus graves 
a été commise par un reïs de Tunis nommé Akhmet. Ce dernier, ayant 
rencontré le pinque du capitaine Louis Bérengier, de Marseille, 
l'aborda après avoir tiré sur lui son artillerie et sa mousqueterie 
quoique le capitaine lui eût fait connaître qu'il était Français. Il fit 
main basse sur lui et son équipage; les blessés furent transportés sur 
la galïote du reïs et mis aux fers. Pendant ce temps-là, le pinque 
français était entièrement dévalisé. Le capitaine Bérengier reçut cent 
coups de corde et l'écrivain en reçut quinze pour les obliger tous deux 
à signer une déclaration en faveur du reïs, déclaration qu'ils ont fini 
par donner pour sauver leur vie, celle du reste de l'équipage et le 
bâtiment... Devant la gravité de ce fait et la valeur incontestable des 
témoignages, Sa Majesté désire que le Consul obtienne du Bey une 
audience particulière et lui demande une prompte réparation en impo- 
sant an coupable une punition proportionnée à son crime. 

(Marine, & H4, f. US.) 



LES DÉPUTÉS DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS AU CONSEIL DB MARINE. 

341. — Tunis, 25 octobre 1 723. — « Jamais la nation n'a été si peu 
protégée et si maltraitée par son Consul. C'est un homme qui fait tout 
«ans prendre l'avis de personne. 11 entend la procédure & fond et c'est 
la seule chose & laquelle il s'attache pour mettre la nation en désordre. 
Enfin ses manvais traitements nous empêchent de songer h notre com- 
merce... 11 prend le parti des douaniers et des Turcs contre nous. Les 

t. Ile de Grèce, dans l'Archipel. 



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US CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [17J3J 

frères Villet, se retirant le 3 septembre dernier à l'entrée de la nuit de 
la maison du Consul anglais, contiguè au Fondouk français, ont été 
assaillis par trois Turcs et fort maltraités. Le Consul a mis tout en œuvre 
pour étouffer l'affaire au lieu de protester comme c'était son devoir 1 . * 
[Affaira étrangère*, C de Tunis.) 

LE CÛBSUL DE HAR1NE A BAYLE. 

843. — Paris, i novembre 1 7*3. — Si la paix se faisait entre l'Em- 
pereur, les Vénitiens et la République, les conséquences en seraient 
fatales au commerce de la nation dans la JtédiUrranée. Le sieur 
Bayle devra suivre cette affaire avec beaucoup de discrétion, et pro- 
filer de ses relations avec quelques officiers du Divan pour insinuer 
que cette paix serait contraire même aux intérêts de la RépubbqM 
de Tunis, puisque, tous les bâtiments d'Italie pouvant naviguer sous 
le pavillon de Venise et sous celui de l'Empereur, les Tunisiens n'au- 
raient plus d'occasions de faire la course. 

{Marine, F iU, f. US.) 

LE C* DE MAUHEPAS * A BAYLE. 

343. — Parti, /7 novembre i723. — Le capitaine Liouty, de Bar 
affilie, commandant la barque Notre-Dame de Bon Voyage, venant 
d'Alicante, ayant été rencontré sur la hauteur d'Antibes par un corsaire 
de Tripoli nommé Hamet, armé a Tunis, ce corsaire a déchargé sur lai 
sa mousqueterie, puis l'a abordé, pillé, et a tellement maltraité les 
passagers que l'un d'entre eux, gentilhomme de Barcelone, ayant reçu 
cent coups de bâton, est dans un tel état qu'on sera obligé de lui couper 
un pied. Sa Majesté, indignée, fait demander au Bey par l'entremise du 
Consul de Tunis une réparation à de tels outrages. 

(Marine, B' H4 X f. J7#.) 

1. Voy. les pièces de procédure envoyées par les frères Villet sur cette teutau'« 
d'assassinat, et dans lesquelles le Consul est accusé d'avoir été complice des assail- 
lants. {Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

2. Jean-Frédéric Phélipeaux, fils de Jérôme Phélipeaux, comte de Pontcbartrain- 
Le comte de Haurepas fut nommé le 13 novembre 1733 Secrétaire d'État de la 
Marine. Il n'avait alors que vingt-trois ans. Il devint Ministre d'État en 1TJ8. 

Jusqu'à sa nomination, les Consuls continuèrent h s'adresser au Conseil de marias, 
bien que le poste de Secrétaire d'Étal de la marine ait été dévolu h Joseph-Jean- 
Baptiste Fleuriau, seigneur d'Arme non vil le, d'octobre 1718 au 8 avril 17Î2, puis s 
Charles-Jean- Baptiste Fleuriau, comte de Morville, fils du précédent, du 9 avril ITtt 
au 12 novembre 1723. 



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[1723] AVEC LA COUR DB FRANCE 143 

344. — Vertaillet, 22 décembre 4723. — Provisions de Consul i 
Tunis en faveur de Pierre-Jean Pignon \ successeur de Bayle. 

* (Marine, fl» Ht, f. 300.) 

LE C" DE KAUREPAS A BATIE. 

346. — Paru, 29 décembre 1723. — Ce Consul est rappelé en 
France et devra remettre tous les papiers du Consulat au sieur 
Pignon, qui le remplacera à Tunis *. 

(Marine, B' m, f. 309.) 

LE C 1 * DB HÀCBBPÀB A PIGHON. 

346. — Parti, 29 décembre 1723. — « Le Roi a bien voulu vous 
accorder l'emploi de Consul à Tunis aux lieu et place du sieur Bayle. 
Le motif qui a déterminé Sa Majesté à rappeler ce Consul est la mésin- 
telligence qui a régné de tout temps entre lui et la nation... J'ai cru 
devoir vous en informer afin que vous évitiez les mêmes difficultés, très 
préjudiciables au service du Roi et a la prospérité du commerce. Vous 
étudierez sur place les torts de chacun et le mémoire que vous en 
enverrez servira à faire justice à tous. 

11 y a un fait particulier sur lequel Sa Majesté souhaite être éclairée : 
on prétend que les sieurs Villet frères, négociants & Tunis, sortant 
le 3 mars dernier de la maison du Consul anglais, furent assommés à 
coups de massue par deux Turcs qu'on assure avoir été payés a cet 
effet par le sieur de Lestrade, autre négociant. Comme l'on n'a pu, è 
défaut de preuve, découvrir la vérité, vous tâcherez de vous la pro- 
curer afin de faire un exemple et de démasquer les auteurs ou les 
calomniateurs. » 

(Marine, fli ***, f. SOI.) 



1. Cousu] s, Tunis jusqu'en (7S9, au Caire de 1139 à 1132, Président de la Com- 
pagnie d'Afrique en 1141. Voy. sa correspondance avec la Chambre de commerce 
de Marseille, S. AA, 509 de l'inventaire de M. Telssier. 

1. D'après un état du commerce de Marseille a Tunis pour 1133, cent trois bali- 
Dentl importèrent cette an nie-Il a Tunis pour 118,048 piastres de marchandises; ils 
en exportèrent pour 37,33; piastres. 



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CORRESPONDANCE DES BBYS ET DBS CONSULS [1124] 



BAÏLE AU G 10 DR MAUKBPAS. 

# 

unis, i 3 janvier 1 724. — Le Bey, sur les instances du 
ktié le rels qui avait malmené le Capitaine Berengier et sot 
ceux qui avaient insulté les capitaines Joseph et Jeu 
Marseille. 

(A/fairet étrangère*, C" de Tunit.) 



APtîClKS MISSIONNAIRES DB TUNIS AU C" DE KAUBBPAS- 

mis, / 6 janvier i 7 24. — Les Capucins missionnaires d< 
lignent de ce que le sieur Bayle, Consul, se soit servi d'ut 
lirais, accusé et condamné par le Bey pour assassinat, et 
renégats, pour les outrager. 

(Affaire» étrangère), C" de Tunis.) 



LB G" 1 DB XACREPAS A PIGNON. 

iris, i" man i 724. — Le Ministre lui envoie les instruc- 
res pour la réception de M. d'Andrezel ' a Tunis et pour lu: 
ission auprès du Bey. 

(Marine, IV 119, f. S7.) 



i dit au tome I" qu'à U Un de l'année 1611 le P. Le Vacher, de 1< 
; 1b Mission, dut cesser ses fonctions de • missionnaire el Vicaire 
Tunis et se retirer k Alger, après avoir fondé 1a première chapeili 
jnisie dans le Fondouk ou Consulat de France. Il fut rempli» 
PP. Capucins de la province de Rome, qui depuis lors deaaertireni 
placée sous le vocable de Saint-Louis. Ils demeurèrent jns- 
ondouk, sous le protectorat de la France, protectorat formellement 
nu par les traités. Plusieurs de nos agents eurent avec ces Capucin; 
ultès, et c'est ce qui motiva, à celte date, leur transfert et leur 
s le bague de Sainte-Croix, puis en 1118 dans le bagne de Saint- 
fixèrent délinilivemenL en 1135 dans une maison particulière, non 
t de France, moyennant un loyer annuel de 1,000 piastres, 
nia d'Andrezel, ancien intendant a Perpignan, Ambassadeur à Coni- 
ïi a 1121. 



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[17Ï4] AVEC LA COUR DE FRANCE 



MÉMOIRE POUil SERTIR D'UISTRUCTIOH AU TICOMTE d'AHDBBZEL *, 

sua CE qu'il aura a faire es barbarie. 

850. — Paris, 8 mari 1724. — «... Sa Majesté se persuade aisé- 
ment qu'une personne revêtue d'un caractère distingué et de confiance 
et de la capacité du dit sieur d'Andrezel, soutenue d'ailleurs de la pré- 
sence de quatre vaisseaux de Sa Majesté, fera plus d'impression dans 
l'esprit des Puissances barbaresques que n'ont pu le faire jusqu'à 
présent les différentes plaintes des Consuls. 

Les ordres que Sa Majesté a donnés pour l'armement de ses vaisseaux 
ne laissent pas douter qu'ils ne soient prêts à partir des rades de 
Toulon dans les premiers jours du mois prochain pour porter d'abord 
le sieur d'Andrezel à Alger, puis & Tunis, suivant les instructions du 
sienr de Grandpré qui les commandera. Le dit sieur d'Andrezel donnera 
l'ordre au Consul de venir a bord, l'informera de sa mission et lui fera 
rendre compte de l'état des affaires de la nation. 

... Lorsque le dit sieur d'Andrezel sera au fait de la situation et 
qu'il se sera concerté avec le sieur Pignon sur la manière dont il devra 
faire la distribution des présents que Sa Majesté lui a remis pour les 
Puissances, il renverra ce Consul avec un de ses gentilshommes, le sieur 
Le Noir, interprète \ qui le suivra, et quelques officiers des vaisseaux qui 
seront nommés par le sieur de Grandpré pour aller faire compliment 
au Bey et lui demander audience, et sur le rapport qui lui sera fait, il 
conviendra avec le sieur de Grandpré de l'ordre de sa descente à terre 
et des officiers des vaisseaux qui devront l'accompagner a son audience. 
Depuis les dernières guerres que la France a eu & soutenir, tes étran- 
gers ont insinué que les forces maritimes du royaume avaient diminué, 
et les Barbaresques l'ont cru, ce qui explique leur audace. Il sera bon 
que le sieur d'Andrezel les désabuse de cette opinion... Quoique le dit 
sieur d'Andrezel doive parler avec confiance, même avec fermeté, dans 
le Divan de cette République, lors de ses audiences, H y apportera 
cependant la modération nécessaire pour ne point aigrir les esprits et 
concilier toutes choses; il s'informera de la conduite du Consul vis-à-vis 
de la nation et réciproquement... » 

(Marine, B' il», f. 71.) 

I. Le vicomte d'Andrezel venait d'être nommé Ambassadeur b Constanlinople, où 
il succédait au marquis de Bonnac. C'est au mois de mai lia l qu'il arriva à Tunis, 
il débarqua à La Goulellc avec une escadre de quatre vaisseaux et tut reçu par 
Houein-Bey avec les plus grands honneurs.— • Voy. la relation de «on voyage, p. 150. 

•■ Urogman & Chypre en 1741. 

10 



Digfedsy G00gle 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [Htt] 



LE C." DE XAUHKPAS AU V* n'ANDREZEL. 

361. — Paris, 8 mars i724. — «... Je voua envoie les instructions 
que le Roi m'a ordonné d'expédier, par lesquelles Sa Majesté vous 
explique ses intentions sur ce que vous avet à négocier près les Répu- 
bliques d'Alger, Tunis et Tripoli, en y passant suivant vos ordres avant 
de vous rendre à Constantinople. 

... A l'égard des contraventions commises par les Tunisiens, elles 
consistent en ce qu'au mois d'avril 1721 le reïs d'une de leurs 
galiotes, rencontrant le pinque Jésus-Maria-Josepk, commandé par le 
capitaine Clergé, Français, le pilla et en tira cinq Français de l'équi- 
page et un Espagnol passager. lies autres sont des violences exercées 
par les corsaires de la République contre les capitaines Etienne de Mans, 
Louis Bérengier, Joseph Liouty et Jean Rougier. Les faits en sont si 
graves que le Consul a eu des ordres pressants et réitérés d'en deman- 
der la réparation. Si vous n'en pouvez obtenir, il sera au moins néces- 
saire que vous engagiez le Bey à donner des ordres précis pour qoï 
l'avenir il ne soit plus commis de pareilles infractions, en lui marquant 
que, s'il en était fait de nouvelles, Sa Majesté donnerait ordre aux com- 
mandants de ses vaisseaux d'arrêter ceux de la République. 

Vous serez informé par le Consul qu'il a été établi par le Bey, dans 
certaines occasions, quelques impositions sur l'entrée du vin que les 
Français avaient chargé pour Tunis, ce qui est contre les privilèges 
dont ils doivent jouir; si ce droit subsistait, vous en demanderiez la 
suppression. Je ne sais si vous trouverez encore sur l'Échelle le sieur 
Bayle, qui a eu ordre de revenir à cause de sa désunion avec la nation 
pendait tout le temps qu'il a exercé l'emploi de Consul à Tunis. Deui 
négociants de cette ville, nommés Villet, ayant été assassinés a coups de 
massue par deux Turcs, on a prétendu qu'un nommé de Lestrade, autre 
négociant, et seul de la cabale du sieur Bayle, était l'auteur de cet assas- 
sinat. On n'a pu dans l'examen des procédures connaître la vérité, et 
des plaintes réciproques ont été portées au Roi qui a enfin pris le parti 
de rappeler le Consul et de nommer à sa place le sieur Pignon. Sa Majesté 
désire que vous tachiez de découvrir la vérité afln de pouvoir agir en 
conséquence et faire justice à chacun. .. » 

(Marine, B' US. f. .53 v.) 



«dr* Google 



[1724] AVEC LA COUR DE FRANCE 147 

LOUIS XT A H03SE1H-BEN-ALI, BEÏ DE TUNIS. 

362. — Paris, 8 mars 17 '24. — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 

Nous envoyons le sieur vicomte d'Andrezel, notre Ambassadeur extra- 
ordinaire, & la Porte ottomane, et lai avons ordonné, en y allant avec les 
vaisseaux que nous avons fait armer pour l'y transporter, de passer a 
Tuais pour vous témoigner, de notre part, les sentiments d'amitié et de 
considération que nous conservons pour votre personne et pour les 
Puissances de la République. Nous l'avons en même temps chargé de 
vous réitérer les représentations que notre Consul a dû vous faire en 
différentes occasions sur les contraventions qui ont été faites par les 
reîs de la République aux traités de paix que nous avons fait renou- 
veler avec elle. Nous vous prions de l'écouter favorablement et de 
nous donner les satisfactions qu'il vous fera connaître ne pouvoir 
nous être refusées avec justice, afin que nous puissions être assuré 
que vous avez les mêmes intentions que nous pour le maintien de la 
paix et de la bonne correspondance entre les sujets de la République 
et les nôtres. C'est ce que nous désirons le plus, et que vous soyez bien 
persuadé de l'estime très particulière que nous avons pour vous et des 
vœux que nous faisons pour votre santé et le bonheur de votre gou- 
vernement. Et la présente n'étant a autre fin, etc. » 

(Marine,^ il 9, f. Ut.) 

LE C le DE HAURKPAS A I10SSE1N-BEN-ALI, BEY DE TUNIS. 

353. — Paris, 8 mars 1724. — « Très illustre et magniaque Sei- 
gneur, 

Je me fais beaucoup de plaisir de joindre à la lettre que l'Empe- 
reur mon maître vous écrit les premières assurances de mon estime 
et de ma parfaite considération pour votre personne et pour les Puis- 
sances de la République de Tunis, et de mes dispositions a vous rendre 
service dans les occasions favorables qui pourront se présenter. Je me 
croirai heureux si, en me trouvant chargé de l'administration du ser- 
vice de la marine de France, je jouis de la même satisfaction que mon 
père et mon aïeul, lesquels, en ayant été honorés longtemps pendant le 
damier règne, ont toujours vu maintenir la paix et la bonne correspon- 
des entre les Français et la République. Je l'espère d'autant plus 
que, les intentions de l'Empereur mon maître étant que cette paix soit 



«dr* Google 



148 CORRBSPOHDANCK DBS BBYS BT DBS CONSULS [17Î4J 

toujours exactement observée par ses sujets, je n'aurai, en suivant ses 
ordres pour tout ce qui peut 7 contribuer, qu'à suivre en même temps 
mon inclination; soyez-en, s'il vous plaît, bien persuadé et qu'on ne 
peut être plus sincèrement que je ne suis, etc. » 

(Hflriw, r ut, f. ut.) 

UC"M HA01BP1S A FI6H09. 

364- — Paris, 15 mari i 724. — Ce Consul devra prêter son con- 
cours an sieur Peyssonnel \ médecin, qui doit aller de la part du Roi 
herboriser aux cotes de Tunis. 

(Manne, B* Ht, f. lie.) 

PlfiMOH AU C* ME MACUFAS. 

866. — Tunis, 1 7 avril 1 724. — Il est arrivé à La GouleUe le 8 cou- 
rant. Le commerce des bâtiments français dans cette Échelle n'est pu 
troublé, mais il est peu important, le Bey ne voulant pas permettre II 
sortie des huiles ni des grains. 

Le Bey témoigne des meilleures intentions pour l'exécution des 
traités de paix et le maintien de la bonne intelligence avec la France. 
Quant aux contraventions commises par les corsaires de cette Répu- 
blique, 11. Bayle a obtenu réparation pour quelques-unes; le reis et 
quelques matelots de la galiote qui pilla le capitaine Jean Rougîer sont 
morts sous le bâton; les armateurs ont été condamnés à restituer ce 
qui a été pris. Pignon pressera l'exécution de cette sentence. A regard 
de l'insulte faite au patron Joseph Liouty par un pinque, le Kaznsdar, 
qui en était l'armateur, a destitué le reis, l'a fait mettre en prison et 
a promis de payer tout ce qui a été pris. 

Le Bey, depuis la peste de Provence, & imposé l'entrée du vin ■ 
raison de 10 piastres par tonneau. H. Bayle a fait ce qu'il a pu pour 
obtenir la suppression de ce nouveau droit, mais n'a pu y réussir. 
Pignon ne négligera rien pour faire entendre au Bey que cette contra- 
vention aux traités déplaît a Sa Majesté. 

(Affaire» étrangère*, C de Tuait.) 

i. Jean-André Peyssonnel, frère de Charles Pc y ssonnel, secrétaire de l'ambassade 
de France A ConstanUnople en 1735, puis Consul a Smjrne de llfl A (TH. Les bio- 
graphes les confondent souvent. — Voy. leur biographie dans la préface des Voyog» 
de Peyssonnel et Deifontaina dans Ut Rtgencet de Tunis et d'Alger, publiés \*t 
Dureau de la Malle (Paria, 1838). 



t,zed.yG00g[e 



[1724] AVEC LA COUR HE FRANCK 



CIRCULAI» AUX CONSULS ET VICE-CONSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE. 

356. — Paris, 14 mai il 24. — Précautions à prendre contre la 
peste. Les Consuls ne recevront dans leur Échelle aucun négociant sans 
un certificat de la Chambre de Marseille. 

{Htarine, S* 119, f. 171.) 



HOSSEIK-BElt-ALI, REÏ DE TUNIS, A LOUIS XV. 

867. — Paris, 22 mai 1724. — « Après avoir rendu nos respects 
très humbles à Votre Majesté comme des marques do notre sincère 
amitié, nous prions le Seigneur qu'il lui plaise la conserver en conti- 
nuelle prospérité. 

L'illustre et magnifique Seigneur vicomte d'Andrezel, que Votre Ma- 
jesté a envoyé en qualité d'Ambassadeur à l'excelse Porte ottomane, est 
passé par ici. Nous ne pouvons exprimer à Votre Majesté combien nous 
sommes satisfait de la manière gracieuse et obligeante avec laquelle 
il nous a parlé et de la lettre qu'il nous a remise de la part de Votre 
Majesté. Nous supplions très humblement Votre Majesté d'être bien 
persuadée que nous demeurons très ferme dans l'exacte observation 
des traités qui sont depuis si longtemps établis entre nous, et que par 
la grftce de Dieu, ni de la part du Divan et de la Milice, il n'y a nulle 
apparence de changement ni d'instabilité. 

Après le départ de l'Ambassadeur de Votre Majesté, nous lui avons 
écrit cette lettre pleine d'amitié; nous espérons que Votre Majesté 
voudra bien aussi donner ses ordres pour que les traités soient observés 
de sa part avec la même exactitude, et que si des corsaires ont même 
par le passé commis quelques contraventions aux traités, sur l'avis que 
nous avons eu soin d'en donner à son Consul en cette ville, elle aura 
fait punir les coupables. Nous prions le Seigneur de vous procurer 
« tous les moyen» de faire le bien et une fin heureuse. » 

[Affairée étrangère!, C" de Tunù.) 



BEK-ALI, BKY DE TUNIS, AU C u DE HAUBBPAS. 

368. — TunU, 23 mai i 724. — « Après avoir présenté & Votre 
Grandeur les marques de notre sincère et véritable amitié, nous lui 



z e d, y Goog[e 



ISO CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17!*] 

faisons savoir que l'illustre et magnifique Seigneur vicomte d'André»!, 
envoyé en Ambassadeur & l'excelse Porte ottomane, ayant passé par a 
pays et s'étant présenté à notre audience, il nous a fait de votre part 
toutes les politesses et les gracieusetés possibles. Il nous a remis les 
lettres dont vous l'aviez chargé pour nous; après quoi, ayant pris congé 
de nous, il est parti pour se rendre où les ordres de l'Empereur son maître 
l'appelaient. Hais avant son départ nous lui avons remis celte lettre 
d'amitié et nous l'avons prié de vous la faire tenir. 

Soyez persuadé que nous sommes dans une sincère intention de 
demeurer ferme dans l'étroite observation des traités que nous avons 
depuis si longtemps avec vous, et que, tant de notre part que de celle 
du Divan et de la Milice, il n'y sera, s'il plaît au Seigneur, pas contre- 
venu en la moindre chose. Nous espérons que de votre côté vous 
voudrez bien observer la même exactitude sur ce sujet. ■ 

(Affaires étrangères, C" dt l'uni*.) 

RELATION DE CE QUI S'EST PASSÉ A TUNIS PENDANT LE SEJOUR 
DU VICOMTE D'aNDKEZEL, DU 22 AU 26 MAI. 

359. — Tunis, 26 mai i 724. — « Le vicomte d'Andrezel a été reçu, 
par ordre du Bey, avec les plus grands honneurs. Ce Prince l'a envoyé 
chercher à, la Marine dans son propre carrosse. Le vicomte d'Andrezel 
lui a remis tout d'abord la lettre, du Roi et celle du comte de Maurepas, 
que le Bey a paru lire avec plaisir. Aux plaintes du vicomte d'Andrew! 
concernant les infractions faites au traité par quelques-uns des cor- 
saires de la République, le Bey a répondu qu'il avait donné les ordres 
nécessaires pour que ces infractions fussent châtiées, et que si justice 
n'avait pas encore été faite, il fallait l'attribuer uniquement au mau- 
vais état de la Banté du Kaznadar chargé de les exécuter. Le nouveau 
Consul, dont il est très satisfait, pourra d'ailleurs rendre témoignage 
de ses bonnes dispositions à l'égard de Sa Majesté. Le Bey a l'ait beau- 
coup d'amitiés aux personnes de la suite du vicomte d'Andrezel et lui a 
promis de le recevoir le lendemain en audience particulière et de lui 
faire visiter ses appartements. Le vicomte d'Andrezel a été reconduit, 
toujours dans le carrosse du Bey, à la maison du Consul où il a reçu la 
visite des Consuls d'Angleterre, de Hollande et de deux Ministres du 
Divan. 

Le Bey a envoyé des cadeaux considérables aux vaisseaux du Roi : 
8 bœufs, 30 moutons, 2000 pains pendant trois jours dont H. da 
Grandpré a fait faire la distribution. 



t,zed,yGOOg[e 



[1724] AVEC LA COUR DE FRANCE 151 

Le Consul a discuté le mémoire des plaintes de Sa Majesté avec un 
des Ministres, qui a consenti à Tapostiller de manière à ce que le Roi 
soit satisfait. Le 24, ie grand écuyer est venu chercher M. d'Andreze) 
dans le carrosse du Bey, pour l'audience particulière qui lui avait été 
promise. Le vicomte d'Andrezel s'était Tait faire, poor la circonstance, 
des escarpins de cuir noir, personne ne pouvant entrer avec des sou- 
liers dans l'intérieur des appartements du Bey. Celui-ci l'a fait asseoir 
à côté de lui, sur le même sopha. Après les compliments d'usage, le 
vicomte d'Andrezel lui a fait remarquer que le dernier article du mé- 
moire n'avait pas encore eu son entier effet. Il a répondu que le Consul 
en rendrait bientôt un compte satisfaisant, et sur la nouvelle de l'arrivée 
de l'escadre hollandaise a Alger, a déclaré qu'il ne regardait comme de 
vrais amis que les Français. 11 a en outre accordé au vicomte d'Andre- 
zel la translation au bagne de Tunis d'un prêtre maltais, esclave a 
Djerba, avec autorisation d'y exercer les fonctions de son ministère. 
11 a accepté avec force remerciements une montre d'or a répétition, 
garnie d'une chaîne et d'un cachet également en or, que lui offrit le 
vicomte d'Andrezel ', et a fait reconduire ce dernier avec le même céré- 
monial qu'à l'arrivée. 

Le lendemain 25, le Dey a fait présenter ses compliments au vicomte 
d'Andrezel, qui lui a rendu visite le jour même, en présence du Consul, 
et lui a recommandé Les chrétiens, les missionnaires et les Français, sans 
oublier de lui faire des présents ainsi qu'aux principaux officiers du Divan. 
Le 26, le Bey a fait remettre au vicomte d'Andrezel, par Hassan- 
Kbodja, secrétaire d'État, la réponse aux lettres qu'il lui avait remises. 
C'est encore dans le carrosse du Bey que le vicomte d'Andrezel s'est 
rendu de la maison du Consul à la Marine, où l'ont accompagné plu- 
sieurs officiers du Bey et toute la nation, et lorsqu'il s'est rembarqué on 
lui a rendu les mêmes honneurs qu'à son arrivée à Tunis. » 

(Affaire* étrangère», C" de Tunis.) 

LE C to LK HAUBEPAS A PIGHOS. 

360. — Tunis, 15 juin 1 724. — Pignon a rendu compte au vicomte 
d'Andrezel des contraventions commises aux traités de paix renouve- 

1. Voy. l'État de* prétérits à distribuer aux Puissances de Tunit, 8 mars 17M : ■ A 
chacun des Dey, Bey et Pacha une montre d'or a double boite et a répétition avec 
des chaînes d'or, et pour les officiers, suivant l'usage, 1S montrée d'argent, 15 aunes 
de drap écarlate, IS aunes de velours, !S aunes de drap de Carcassonne, 2 fusils 
et 4 paires de pistolets, soit, au total, pour 12.34B livres. ■ (Marine, #■' 119, f. Ht.) 



Diglz,d:>yCOOg[e 



tESPONDANCE DES BEVB ET DES CONSULS [1724] 

BMDces par M. Dusault, et des satisfactions obtenues. 
>nial observé a son égard, H. d'Andrezel en a été d'an- 
it qu'il s'y attendait moins. Les vaisseaux français ont 
coups de canon, tandis que If. Duquesne De le fut que 

(Marine, S'il», f. 30t.) 



DE RADBEPAS A IlOSSËIN-BStl-ALI, DEY DE TUH1S. 

, /" novembre i 7 24. — « Très illustre et magnifique 

la lettre que vous avez bien voulu m 'écrire le 23 mai 

i y était jointe pour l'Empereur mon maître, et l'ayant 

Impériale, elle m'a ordonné de vous marquer le plaisir 

i fait en lui renouvelant les assurances des sentiments 

tour elle et pour la politesse et les honneurs avec 

■3. reçu H. d'Andrezel, son Ambassadeur & la Porte, sans 

sfactions que vous lui avez promises sur quelques 

lu traité de paix dans lesquelles quelques-uns des 

république sont tombés, et de vous réitérer en même 

, qu'elle aura toute l'attention possible & ce qu'aucun 

;n commette de pareilles. Leur conduite passée doit 

lin de celle de l'avenir, el c'est parce qu'elle a toujours 

:oul ce qui est porté par le traité qu'elle doit espérer 

nisiens y répondra, et que si quelques-uns cependant 

core les mêmes fautes dont vous les avez châtiés, vous 

< faire punir si sévèrement que l'exemple soit capable 

i8 hardis dans leur devoir. Je suis en mon particulier 

il des marques que vous me donnez de votre estime. 

mériter dans toutes les occasions et de vous persuader 

jnne qui soit avec plus d'attachement et de considé- 

i, etc. * 

(MarMt.Bi 41», f. 306.) 

LE C" DE HAURKPÀS A PIGNON. 

, i" novembre 1724. — Hustapba-reïs, commandant 
'unis, ayant relâché a Toulon, a pu y faire le rechange 



z e d, y Goog[e 



[1724] AVEC LÀ COUR DE FRANCE 188 

de ses cordages sans les payer ; le Consul devra à l'occasion faire valoir 
ce bon procédé auprès du Bey, afin qu'il en agisse de même dans ses 
ports avec les vaisseaux du Roi. 

((Marine, B* 11», f. SOS o.) 



LE C'° DE MAURBPAS AU HOBCE DU SAIHT-SIEÛI *. 

363. — Parti, i " novembre i 724. — « Votre Excellence a bien voulu 
me remettre un mémoire pour m'informer des mesures que la Sacrée 
Congrégation avait prises pour rétablir l'intelligence entre les Capucins 
de Tunis, le Consul et la nation française, laquelle avait reçu ci-devant 
quelques altérations, en révoquant le Préfet de la mission et la plus 
grande partie des missionnaires, que l'on a remplaces par d'autres 
religieux du même ordre, plus prudents et plus sages que ceux qui ont 
été rappelés. J'écris au sieur Pignon, Consul, pour lui en donner avis, 
avec des ordres précis pour le rétablissement de la tranquillité et pour 
défendre toute innovation contre la subsistance et l'honneur de ces 
religieux an sujet de la chapelle consulaire de Tunis, ainsi que vous 
m'avez marqué le désirer *. » 

(Marine, B' 119, f. 307.) 



LE C" DE MAUHEPAS A PIGKOlf. 

364. — Part», i" novembre 1724. — Il lui exprime sa satis- 
faction de la réception que le Bey a faite a M. le vicomte d'Andrezel 
et l'engage à poursuivre l'accomplissement des restitutions commen- 
cées. Le vicomte d'Andrezel a rendu bon témoignage de ses rapports 
avec la nation. Les dépenses extraordinaires nécessitées par le passage 
fc Tunis de cet Envoyé du Roi vaudront au Consul une gratification. 

Quant a l'affaire des Capucins de Tunis, les religieux ayant été 
changés, le Consul contribuera de son mieux au maintien de la paix 
entre tous et fera en sorte de ne rien innover contre la subsistance et 
l'honneur de ces religieux au sujet de la chapelle consulaire. 
{Marine, & H9,f. 34.) 

I. Monseigneur MaiTeï, archevêque d'Athènes. 
1. Voy. la noie 1, p. 14*. 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1738] 



LE C* DE KAUBRPAS A P1GNOH. 

365. — Paru, i S décembre i 724. — Va corsaire de la République 
de Tunis nommé Hamet, commandant un pinque forcé par le mauvais 
temps et dématé, a dû relâcher à Toulon et il lui a été fourni a crédit 
par l'arsenal des vivres, agrès, etc. Comme ces occasions se renouvel- 
lent souvent et amèneraient des abus si l'on ne s'y opposait, le Consul 
devra s'informer auprès du Bey si l'armement de ce pinque est pour son 
propre compte ou celui de quelques particuliers, et dans ce dernier m 
en exiger le payement. Le crédit qu'on a fait & ces armateurs est déjà 
une grande faveur que Sa Majesté ne leur accorde qu'en considération 
du Bey. Tandis que le Roi usait de bons procédés envers la République, 
un corsaire de Tunis a attaqué le patron Bouchet, de Martigues, l'a tué 
à coups de canon, et a pillé son vaisseau. Le Consul devra demander 
au Bey de la part du Roi la punition exemplaire de ce corsaire. 
(Marine, fl' Ht, f. il.) 



LE C" DE MADBEPAS A PIGNON. 

366. — Paru, 7 février i 725. — Il sera remboursé au Consul par 
la Chambre de commerce de Marseille 600 livres pour les dépenses 
extraordinaires que lui a occasionnées le séjour dans la rade de Tunis 
- des quatre vaisseaux du Roi portant M. d'Andrezel et sa suite. 

(Marine, Bf> lit, f. 10.) 



LE C" DE MAURBPAS A PIGROIf. 

367. — Parts, 2i février 1725. — Les religieux de la Mena' des 
provinces de Castille et d'Andalousie, qui doivent partir incessamment 
pour aller faire le rachat général de tous les esclaves espagnols qui se 
trouveront à Tunis et autres lieux de cette République, ont fait prier 
le Roi de leur accorder sa protection pour le succès de leur mission. Ss 
Majesté enjoint au Consul de les assister en toutes choses, etc. 
{Marine, B^ 1M, f. SB.) 

1. Voy. t, I, p. 89, noie 3, — et Corrttpondana: des Deyt d? Alger mwe ta C«r * 
France, l. i, p. ibl, noie t. 



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[1725] AVEC LA COUR DE FRANCE 158 

LE Cf' DE «AURKPAS A PIGNON. 

368. — Vertaillea, 21 février 4725. — Ordre du Roi pour faire 
repasser en France le sieur de Lestrade, marchand français établi a. 
Tunis, k cause de sa mauvaise conduite. 

(Marine, B> Ht, f. it.) 

IB C ln DE MAUREPAS A PIGNON. 

389. — Paris, £1 février 1 725. — II n'est pas permis aux ConsulB de 
faire donner la bastonnade aux matelots déserteurs, mais il faut les 
envoyer en France aux officiers de L'Amirauté pour les faire punir. 

(Marine-, B' ISS, f. 60.) 
PIGNON AU C u DE KAUBBPAS. 

370. — Tunis, 31 mars 1725. — Depuis le départ de M. d'An- 
drezel, le Consul a obligé les propriétaires des galiotes qui pillèrent 
le bâtiment du capitaine Jean Rougier à payer un acompte de 1,000 
piastres, et le Bey a promis que, s'ils ne payaient pas le reste avant 
deux mois, il ferait séquestrer leurs biens jusqu'à complet payement, 
(Affaire' étrangère*, C" de Tunis.) 

{TTllCULAIKB AUX CONSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE. 

371. — VertaiUet,4 avril 1725. — Défense est faite aux négociants 
de leur Échelle de rien mettre dans leurs paquets qui soit susceptible 
d'apporter la peste dans le Royaume, tel que le poil d'animal en bourre 
à titre d'échantillons, mousselines, draps, etc., sous peine de révocation 
pour les Consuls, et de rappel en France pour les marchands. 

(Marine, fi' jtï, f. St.) 

PIGNON AU C" DE MAUHEPAS. 

878. — Tunis, 15 avril 1725. — Les vaisseaux du roi L'Invincible et 
t* Tigre, commandés par H. le chevalier de Yatan ', mouillèrent a 

1. Claude Aubéry d« Valu), chevalier de Halte, chef d'escadre dès armées navales 
™ wi, grand bailli de Lyon, commandeur de Mouehalu. 



«dr* Google 



1B6 correspondance: des beys et DES CONSULS [172T. 

la rade de La Goulette le 2 courant. Pignon, étant allé a bord de L'In- 
vincible, convint avec H. le chevalier de Yatan de la conduite à tenir 
pendant son séjour. Tous deux se rendirent auprès de celui qui com- 
mande en l'absence du Bey, et lui représentèrent vivement que si ce 
Prince s'opposait & la liberté du commerce du Cap-Nègre, la rede- 
vance de 8,000 piastres ne lui serait plus payée et qu'on l'obligerait 
à indemniser la Compagnie. Le Bey, informé de cette résolution,* 
répondu qu'il ne consentirait pas a la sortie du blé tant qu'il serait 
aussi rare qu'il l'est actuellement dans son royaume, et que si le com- 
merce des autres denrées ne suffisait pas pour dédommager la Com- 
pagnie des 8,000 piastres de redevance que lui paye le Cap-Nègre, il ne 
s'opposait pas h ce qu'on abandonnât cette place. Cette réponse semble 
autoriser les projets que le sieur La Pérouze* a attribués aux Anglais 
sur la place du Cap-Nègre, mais Pignon assure qu'il n'en a jamais été 
question et que la crainte de se voir privé de son emploi a seul engagé 
le sieur La Pérouze à forger ce projet. 

{Affaira tirangirt*, C" de Tanù.) 

Vf. C u DE HÀURKPÀS A MGlfON. 

373. — Paris, i 8 avril i 725. — - Il doit faire valoir aux yeux du Bey 
le bon procédé du Roi consistant dans la fourniture gratuite de bois et 
de cordages qui a été faite a Toulon au commandant de La Patronne, 
de Tunis. Quant au reîs tunisien qui avait tué un capitaine français et 
blessé un de ses officiers, la peine du bannissement n'est pas un châ- 
timent suffisant; le Consul devra en obtenir du Bey un autre plus sévère. 
Usera fort A propos de l'informer par la même occasion que le Roi fait 
armer deux de ses vaisseaux a Toulon pour les faire naviguer pendant 
l'été sur les côtes de Barbarie. Ils paraîtront devant Tunis. 

Enfin, quoique la Chambre de commerce de Marseille ne doive 
accorder a aucune femme l'autorisation de passer en Levant et en Bar- 
barie, sauf & celles qui vont rejoindre leur mari ou leur père, ob 
sollicitera une exception en faveur de la femme de ménage demandée 
par le Coasul de Tu nia. 

{Marine, i)' 1M,f. *'«.) 



1. Voy. la correspondance de La Pérouze, directeur du Cap-Nègre, avec l'abbé 
Aaguel, directeur de la Compagnie dea Iodes à Paris, et de l'abbé Raguet * Taiil, 
directeur à Marseille (Marine, !}■ 191 et 303). 



«dr* Google 



[-1725] AVEC LA COUR DE FRANCE 



PKYSSOm M. ' AU C u DE HAUHEPAS. 

374. — La Calle, 25 avril i 725. — Le docteur Peyssonnel, alors 
en voyage scientifique dans les trois Régences barbaresques, adresse 
au Ministre un mémoire qui, suivant lui, peut être extrêmement utile a 
l'Etat. Il s'agit de l'Ile de Tabarque, dont il propose l'acquisition. « J'ai 
cru que j'en devais donner la description à Votre Grandeur, ellui mon- 
trer combien elle porte préjudice a notre commerce, les avantages que 
nous en retirerions si nous pouvions l'obtenir et les moyens qu'il y 
aurait pour faire celte acquisition. » 

• L'Ile de Tabarque est a une portée de fusil de la terre ferme, 
vis-à-vis les ruines de l'ancienne ïabarca; elle est presque triangu- 
laire, ayant un mille de circuit, contenant une montagne escarpée du 
côté du nord et une pente un peu aisée du coté du sud, par où elle 
regarde la terre ferme. Au haut de la montagne, il y a un château 
d'une très bonne bâtisse; le coté du nord de ce château est posé sur 
un rocher escarpé, très élevé et inapprochable ; une tour se trouve 
du coté du couchant, surmontée d'un donjon avec quatre pièces de 
canon de bronze aux armes do MM. de Lomellini de Gènes; deux 
bastions assez réguliers battent l'Ile et la terre ferme; un demi-bas- 
lion défend le côté de l'est où est la porte avec un pont-Ievis. L'Ile est 
d'ailleurs bien fortifiée; sa situation la défend du côté du nord et de 
l'ouest; du coté du levant elle a un bon bastion au bord de la mer, une 
tour octogone au milieu de l'Ile; les magasins sont au sud-est, où il y 
a un endroit pour aborder et charger les bâtiments. On y trouve une 
batterie au ras d'eau et deux redoutes élevées. Les vaisseaux mouillent 
là devant, à l'abri d'un banc de roche sur lequel on pourrait jeter un 
beau mole et où ils seraient après en toute sûreté, car le mouillage y 
est bon. En descendant vers le sud, il y a d'autres fortifications et une 
muraille de circonvallation ; vis-à-vis la terre ferme, il y a une plage ou 
rivage de sable où abordent les chaloupes et où l'on tire à terre les 
bâtiments destinés pour la pèche du corail. Cette plage est à couvert de 
la mer par l'Ile et par un banc de rocher sur lequel on a commencé 
de jeter un mole, qui garantît et qui forme un port très assuré, même 
bon pour les galères, défendu du côté du couchant par des fortifications, 
de sorte que cette Ile est hors d'état de craindre tous les Turcs et tes 

l. Voy. p. 148. 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES HEYS ET DES CONSULS Ittffi 

a Barbarie, auxquels je crois qu'il serait impossible de 1 
ir peu qu'elle soit défendue et secourue, 
tt habitée par des Génois qui commercent avec les Maure 
jui y font la pêche du corail. La Compagnie, qui fait ce corn 

une lisme au Bey de Tunis et donne quelques caisses d 
ty d'Alger pour la sûreté des bateaux corailleurs ; elle donn 
ques lismes aux nations voisines de l'Ile pour engager le 
t faire aucun dommage aux marchands et pour lesindem 
épenses que l'hospitalité qu'ils pratiquent envers ceux qt 
t avec 111e leur cause. 

erce de cette île est le même que celui que nous faisons a 
:l à. La Galle. Voire Grandeur sait qu'il consiste en blé, cin 
s, laines, elc. La Compagnie entretient de plus quaraul 
nés chacun de six hommes pour la pêche du corail, qui bie 
irait toutes les dépenses de l'île. Ces dépenses consistent e 
l'un directeur, de quelques commis, de soixante ou quatn 
ats, cinquante crocheteurs pour le transport des marchas 
es ces personnes avec leurs familles font le nombre d 
.s âmes, qu'on compte aujourd'hui dans cette lie. Le con 
Génois porte un préjudice notable & celui que les Françai 
-Nègre ; le commerce de La Calle et du royaume d'Alger e 
ement. 

ion de l'Ile de Tabarque serait d'une grande conséquene 
mee, et le commerce en retirerait des avantages considéra 
npagnie serait maltresse des prix d'achat de toutes les mai 
lepuis la ville d'Alger jusqu'à celle de Tunis, et elle aura 
enrées qui s'y recueilleraient; ainsi, en achetant a bas prii 
)stacle et sans même qu'il fût possible aux habitants à 
autres qu'à elle, la France jouirait de toutes ces denrées 

la Compagnie profiterait beaucoup. Seule maîtresse d 
le vendrait bien chèrement aux Hollandais, si mieux efl 
nvoyer elle-même aux Indes ou en Guinée. 
Tabarque, déjà très bien fortifiée, serait un lieu de refug 
iployés des autres comptoirs d'Afrique. Lorsque, pendant I 
erait obligé de les abandonner, la Compagnie ne souffrira 
-tes considérables comme celles qu'elle a supportées lorsu 
lu Bastion ' ; ce serait le principal magasin, la caisse et l'en 
' aurait une garnison considérable. 

in de Prince, près de La Calle. — Vov. a ce sujet la Correspondant* d> 
avec la Cour dt France. 



t,zed,yGOOg[e 



[HiS] AVEC LA CODA DE FRANCE 159 

Comme il n'y a point de port assuré dans la Barbarie, il serait facile 
d'en construire un bon à Tabarque par des môles qu'on jetterait 
sur les bancs de rochers dont j'ai eu l'honneur de voua parler, où 
les bâtiments de la Compagnie seraient en toute sûreté et ne seraient 
pas exposés à périr, comme il arrive très souvent au Cap-Nègre. Non 
seulement ce port serait favorable aux bâtiments de la Compagnie, 
mais ce serait un lieu de relâche pour les bâtiments français en temps 
de guerre; la France y aurait un boulevard contre ses ennemis et 
une place avec laquelle elle pourrait donner la loi a toute la Bar- 
barie. Car avec deux galères seulement, en cas de besoin, elle mettrait 
à la raison le Bey de Tunis et le Dey d'Alger. 

Votre Grandeur saura que l'Ile de Tabarque fut donnée aux deLomel- 
lîni pour la rançon d'un nommé Dragut, fameux corsaire d'Alger, que 
Jean Doria prit vers l'an 1530. Ce don fut confirmé par les firmans du 
Grand Seigneur Selim II. MM. de Lomellini la mirent après sous la pro- 
tection de l'Empereur Charles-Quint, Roi d'Espagne, qui s'obligea d'y 
(aire bâtir un château et d'y entretenir une garnison, a la charge que 
MM. de Lomellini lui donneraient le cinq pour cent de tout le commerce 
qui s'y ferait. L'accord fut tenu, le château bâti, maisles Rois d'Espagne 
négligèrent de payer la garnison et MM. les Génois prétendent y avoir 
suppléé et avoir de plus payé le cinq pour cent. Enfin le Ministre du 
Roi d'Espagne s'est retiré de l'Ile , et aujourd'hui le château fait battre le 
pavillon génois au lieu du pavillon espagnol qui y battait autrefois. L'île 
appartient à deux maîtres. MM. de Lomellini en ont une partie; le char 
teau est a l'Espagne ; il faudrait donc que la Cour de France s'accom- 
modât avec celle d'Espagne, que celle-ci cédât à la France les droits 
qu'elle a sur le château, et qu'ensuite une Compagnie de marchands 
s'accordant avec MM. de Lomellini, ceux-ci lui cédassent tous 
leurs droits. Je ne crois pas qu'il soit difficile d'obtenir ce premier 
article de l'Espagne; MM. de Lomellini font un compte d'apothicaire et 
lui demandent les frais de la garnison depuis un temps infini, ce qu'ils 
font monter a des sommes exorbitantes. 

Quant à la seconde clause, jamais l'occasion n'a été plus belle; je suis 
usure que MM. de Lomellini, lassés de leur Ile, seraient charmés 
de trouver & la vendre, pour plusieurs raisons. La politique du Bey de 
Tunis étant de faire lui seul tout le commerce de son royaume, il ne 
permet ni au Cap-Nègre ni à Tabarque de négocier; les mêmes préju- 
dices qu'ils portent à notre commerce, nous le portons au leur, et 
puisque la place du Cap-Nègre nous est aujourd'hui onéreuse, â com- 
bien plus forte raison le doit être celle de Tabarque où les piastres pour. 



«dr* Google 



10 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [178] 
commerce sont de poids, où les dépenses sont plus considérables, 
où le commerce est dirigé Dieu sait comment. MM. de Lomellini 

it affermé leur île pour dix ans, et le bail est sur sa fin ; les fermiers 
ont perdu considérablement, et je doute qu'ils en puissent trouver 
autres après le bail de ceux-ci. Ce serait uu grand mal s'ils venaient 
ors à la vendre aux Anglais. 

L'acquisition de cette lie ne sera jamais a charge & l'Étal; la Com- 
ignie qui y sera entretiendra la garnison; la seule pèche du corail 
ifflt pour l'indemniser des dépenses. Il paraît convenable, au cas où 
>us aurions cette place, qu'elle soit gouvernée comme le sont les 
mptoirs de ce pays. Ce doit être une place de commerce et non de 
terre ; un officier gouverneur et un directeur marchand vont rarement 
intelligence, et les affaires du commerce ne profilent pas; la science 
iris ce pays n'est pas de commander a, ceux de sa nation, de savoir 
trt de la guerre, c'est de savoir ménager les Maures, brouiller une 
ition contre une autre lorsqu'il le faut, entretenir la paix entre elles si 
le est nécessaire, les punir ou les gracieuser suivant l'occasion ; il Tant 
i homme nourri dans ce pays et qui sache ce manège pour y bien réussir 
pour donner des profils à la Compagnie pour laquelle il travaillera. 

11 est & craindre que les Puissances de ce pays ne prennent ombrage 
) cette acquisition, mais il faudra alors que MM. les Consuls auprès 
elles leur fassent entendre que nous n'y entrons que comme mar- 
landset fermiers de MM. de Lomellini et que nous prétendons payer 
s mêmes lismes et droils... » 

{Affaire! étrangères, C" de Tunù.) 

LE C* DE MAUHBPAS À PIGNON. 

37B. — Pari», 9 mai i 735. — Le Bey, ayant fait saisir à la Corn- 
ignie des Indes quelques chevaux à leur sortie du Cap-Nègre, non 
ulement les a confisqués, mais encore a réclamé 4,000 piastres à la 
impagnie, sous prétexte que quelques Maures ont été blessés dans la 
Lgarre. L'intention du Roi est que te Consul en porte plainte au Bey 
obtienne la restitution des chevaux. 11 n'est sorte de vexations que 
tte Compagnie n'ait eu à souffrir depuis qu'elle a été substituée à la 
impagnie d'Afrique '. Le bruil court, d'ailleurs, que le Consul anglais 

l. La Compagnie perdait, chaque année, plus de 100,000 livres, par suite des frais 
régie, du prix des denrées, des mauvaises récoltes, et de l'hostilité des arma- 
irs de Marseille, jaloux de ses privilèges exclusifs. — Voy. sur les dépenses et la 
îie de la Compagnie des Indes au Cap-Nègre tes correspondances de Taxil, agent 
farseille, de La Pérouze, agent au Cap-Nègre, de Paget, agent a Cagliari, de Pat? 



Digfedsy G00gle 



[1725] AVEC LA COUR DE FRANCE 161 

sollicite du Bey, en faveur des Trapsaais, la permission de pécher le 
corail dans les mers de Tunis, ce qnî serait un attentat au privilège 
exclusif que possède sur. ce point la Compagnie des Indes. Le Consul 
ne devra rien négliger ponr y mettre obstacle et en instruira H. de 
Vaf.an, commandant les vaisseaux du Roi, afin qu'il puisse lui prêter 
son appui lorsqu'il sera devant Tunis. 

(Marine, B' lit, f. US r.) 

PIGNON AU C" : DE MAUREPA9. 

376. — Tunis, 29 mai 1 725. — Le Bey a rendu une ordonnance, 
dont il a envoyé copie dans tous les ports de son royaume, et par 
laquelle il est défendu aux corsaires, sous peine de la vie, de faire la 
moindre insulte aux bâtiments français. 

{Affaire» étrangères, C île Tuait.) 

PIGNOK AU C>* DE HAURBPAS. 

377. — Tunis, 1 8 juillet 1725. — Il n'a pu s'occuper officiellement 
des contraventions commises par le Bey, relativement à son traité de 
commerce avec la Compagnie du Cap-Nègre ', parce que ni le sieur 

et Cauvin, agents s Tunis, de l'abbé Raguet, directeur & Paris, de-David, agent h 
Gènes pour l'entrepdt et la vente du corail, — Mémoire concernant le* colonies du 
Cap'Nêgrt et du Bastion de France, par Taiil, — les Etale de situation de caisse des 
comptoir* de Barbarie (Marine, B 1 SOS, et Colonies, Compagnies d'Afrique). — Voy. 
aussi Les grande» Compagnie* île commerce, par lion nasale m, p. 283 et suiv. 
1. Dépenses du comptoir du Cap-Sigrt de i'Oi à 1714 : 





1101 à 1113 


1114 a 1118 


il!» a 1134 


303 

IIS 

t 913 

135 

16 101 
23 581 

5 112 
49 180 

1249 

2 0110 
134 

3 036 


Piailna. 

6M 

94 

2129 

101 

15 315 

22 489 

4 599 

49130 

2 818 

1391 

104 

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Piaalrw. 
259 

1398 

289 

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21849 
5 385 
60 008 

688 
313 
1843 






Artillerie et mu ni lions de guerre. 
















[1 08 494 


191733 


116129 



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162 CORRESPONDANCE DES BKYS ET DES CONSULS [17&] 

La Pérouze, ai le sieur Paty, agent de cette Compagnie '.n'ont la copie de 
ce traité, et que d'ailleurs il n'est pas fait mention du Cap-Nègre dans 
les instructions que lui, Pignon, a reçues avec sa nomination de Consol. 
La place du Cap-Nègre a été autrefois fort utile à la France; il n'es 
est plus de même aujourd'hui que les Français tirent des blés du 
Levant non seulement pour eux, mais pour leurs voisins, et on pour- 
rait l'abandonner sans aucun dommage. Si la France voulait avoir un 
établissement solide dans le royaume, elle devrait acheter l'Ile de 
Tabarque, qui ne paie que 6,000 piastres de redevances au Bey et dont 
le commerce est beaucoup plus considérable que celui du Cap-Nègre. 
La chose serait facile, car M. Lomellîni, de Gènes, à qui cette lie 
appartient, serait heureux de la lui céder, 

{Affaires étrangères, C" de Jmtis.) 



PIGNON AU C" DE MADREPAS. 

378. — Tunis, 6 août i 725. — Les vaisseaux du Roi commandés par 
H. le chevalier de Vatan mouillèrent à la rade de La Goulette le t cou- 
rant et furent salués le 3 de 21 coups de canon. Pignon a écrit immé- 
diatement au sieur La Pérouze, directeur du Cap-Nègre, de se rendre 
d Tunis pour conférer avec H. de Vatan sur les représentations à faire 
au Kiaya du Bey, qui commande en son absence, au sujet du commerce 
du Cap-Nègre. 

{Affaires étrangère», C' de Tmii.) 



LE CH r DK VATAN AU C" DB HAUBBPAS. 

379. — En rade de TunU, i 9 août i 725. — Il est arrivé a Tunis la 
2 courant. 11 a examiné avec le sieur Pignon, Consul, les griefs réci- 
proques de la France et du Bey, et il en résulte : l' que les plaintes du 
Bey contre le sieur La Pérouze, en ce qui concerne le commerce de 
cire qu'il a.faiten contrebande, sont fondées; 2» que sa prétention d'uter 
à la Compagnie des Indes la liberté du commerce de ses colonies, notam- 
ment du Cap-Nègre, n'est pas fondée. Pour l'amener à composition, l» 
Compagnie pourrait retirer l'agent qu'elle entretient a Tunis et bus- 

1. A Tunis. — Voy. sa, correspondance aux Archives de* colonies, cartons <&&**• 
pagnits d? Afrique. 



t,zed,yGOOg[e 



("25] AVEC LA COUR DE FRANCE 163 

pendre le payement des 8,000 piastres de redevances. Or le Bey a besoin 
d'argent et ni ce Prince ni la population ne veulent la guerre avec 
la France. 

(Marine, & J78.) 



380. — 23 août 1 725. — Relation de ce qui s'est passé entre l'ar- 
mée d'Alger et celle de Tunis. 

[Affaires étrangère*, Afrique, t. XV, f. 179.) 



LB en 1 ' DK YATAN AU C'° DE MÀUHEPAS. 

381. — En rade de Tunis, 29 août i 725. — En l'absence du Bey, i\ 
a expliqué a, son Kiaya qu'il était venu à Tunis pour demander à ce 
Prince pourquoi H ûtait & la Compagnie des Indes la liberté du com- 
merce de ses colonies, puisqu'elle lui paye, conformément aux traités 
et pour jouir de cette liberté, 8,000 piastres par an. Le Kiaya s'est 
récusé, déclarant qu'il fallait en référer au Bey. Le chevalier de Vatan 
a donc écrit à ce Prince, au camp de Béja, situé & 40 lieues de Tunis. 
Celui-ci a répondu qu'aucun traité ne l'obligeait à donner du blé à la 
place du Cap-Nègre, que les 8,000 piastres de redevance sont payées 
par elle pour l'établissement et pour la traite de ses autres denrées, et 
qu'enfin, si elle ne veut pas continuer à payer ces 8,000 piastres, elle 
n'a qu'à abandonner cet établissement. Quant aux Anglais, il est faux 
qu'ils aient pensé à s'établir au Cap-Nègre, et s'ils avaient cette inten- 
tion, les Maures ne leur permettraient pas de la réaliser. La Compa- 
gnie a un moyen de contraindre le Bey & laisser à son commerce une 
entière liberté, c'est de suspendre le payement de la redevance de 
8,000 piastres dont le Bey a absolument besoin. 

{Marine, B* 17».) 



LB tf» DB KAUREPAS A PIGNON. 

382. — Pans, 26 septembre 1725. — Le Ministre reproche au 
Consul de n'écrire ni assez souvent ni d'une manière assez détaillée. On 
ne saurait assez le renseigner sur tout ce qui intéresse le commerce ou 
leservice du Roi. 

(Marmc, B' 33», [. 107.) 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BBYS ET DBS CONSULS |lïï 



P1GNOK AU C* DE MAUREPAS. 

363. — Tunis, 30 octobre 1725, — Pignon a reçu de M. de Mo 
Consul a Livourne ', la déclaration du capitaine Jacques de Cugis, < 
La Ciotat, dans laquelle il est dît que cinq esclaves turcs, embarqués 
Malte pour Marseille, lui ont été enlevés par un corsaire de Tunis do: 
le reïs, nommé Hamet, a Tait bafonner cinq hommes de l'équipage de 
capitaine et a commis quelques extorsions. Pignon a porté plainte ; 
Bey, qui a promis de punir le reïs et de faire restituer les esclaves . 
retour du corsaire, mais il est fort douteux qu'il rende les esclave 
car les docteurs de la loi s'y opposeront, et le Bey ne voudra pas ajout 
ce sujet de mécontentement à celui qu'a causé la paix qu'il a faite av 
l'Empereur et qui a failli amener un soulèvement. Pignon demande 1 
ordres du Ministre pour le cas où il ne pourrait obtenir la restituât 
de ces esclaves. 

Le Consul envoie cinq autruches, deux poules de Pharaon et i 
chat sauvage très curieux qu'on appelle dans le pays l'Espion du lio 

{Affaire* étranger**, C de Tunit.) 



LE C" DB MAUHKPAS A HUSSEIN- BUÏ-ALI, BEY DE TUKIS. 

384. — Paris, 1 4 novembre 1 725. — « Très illustre et magniuqi 
Seigneur, 

L'Empereur mon maître devait s'attendre, après les assuraoa 
que vous lui avez données si souvent de faire châtier les sujets de 
République de Tunis qui auraient commis des contraventions au 
traités de paix, qu'il n'arriverait plus rien de semblable a lavent 
Cependant, dans le même temps que vous réitériez ces promesses a 
commandant des deux vaisseaux ' que Sa Majesté a envoyés à Tua 
au mois d'août dernier, vos corsaires continuaient leurs brigai 
dages sur les bâtiments qu'ils rencontraient a la mer. Le capitain 
Barthélémy, de Marseille, commandant le pinque La Vierge de miser 
corde, parti du Levant avec un chargement de blé pour le compte d( 
négociants de cette ville, étant à la hauteur des îles de Sfax, fut abord 

I. Le chevalier de Moy, Consul a Livourne de 11S0 a 1730. — Voy. m corr» 

pondante avec la Chambre de commerce de Marseille, S. AA, AS9 de l'infcnuire t 
H. Teissicr. 
ï. Le chevalier de Valan. 



«dr* Google 



[1728] AVEC LA COUR DE FRANCE 16B 

le 8 septembre par trois galiotes de Tunis qui le menèrent a Sfax. Ile 
l'y ont détenu jusqu'au 19 du même mois, lui ont consommé toutes ses 
provisions de bouche, lui ont pris deux sequins, neuf piatoies, d'autres 
effets avec les hardes de l'équipage, qui a été maltraité de coups de 
bâton. Pendant ce temps ce capitaine vous a envoyé son passeport 
pour vous justifier qu'il était Français et pour se plaindre de la vio- 
lence et, n'en ayant eu aucune satisfaction, il n'est revenu qu'avec 
peine au port de Marseille par le manque de tout ce qui lui avait été 
pillé. Un autre capitaine nommé de Gugis, de LaCiotat, commandant le 
vaisseau L'Stpérance, revenant aussi du Levant avec un pareil charge- 
ment de blé, ayant été rencontré le 4 octobre sur les Iles Taulard par 
un vaisseau tunisien de 16 canons et de 300 hommes d'équipage, com- 
mandé par le reïs Hamet, a été forcé par ce corsaire de mettre son 
canot a la mer et d'aller à son nord lui montrer son passeport. Quoique 
ce reïs l'ait reconnu en bonne forme, il a retenu le capitaine et ses 
gens dans son vaisseau et a armé le même canot de douze Turcs, les- 
quels ayant été au vaisseau français, ils y ont excédé de coups ce qui 
restait d'équipage, ont enlevé cinq Turcs que l'agent de Sa Majesté 
Impériale avait achetés à Malte pour le service de ses galères et qu'il 
avait fait embarquer pendant cette expédition. Le corsaire s'était mis 
en état de tirer son artillerie en cas de résistance, et comme il n'y en a 
pas eu, il n'a permis au capitaine français de retourner à son bord 
qu'en le forçant de lui signer un billet dans lequel il lui a fait déclarer 
que les cinq Turcs avaient été pris par son équipage sans sa partici- 
pation, et de lui envoyer encore des vivres, des provisions et des instru- 
ments nécessaires a la navigation. 

Ces violences, si contraires aux traités que Sa Majesté Impériale a 
bien voulu renouveler avec la République, lui ayant été rapportées, 
elle en a été extrêmement surprise, mais elle veut bien encore sus- 
pendre les mesures qu'elle serait dès a présent en droit de prendre 
pour en avoir raison, et conservant toujours les dispositions favorables 
qu'elle a eues pour la République, elle m'a ordonné de vous écrire que, 
justement indignée du manque d'égards marqué en ces dernières occa- 
sions pour elle et pour ses sujets, rien ne la peut persuader que vous 
ne les autorisez pas, qu'en faisant punir avec la dernière sévérité les 
reïs des trois galiotes et leurs équipages qui ont arrêté et retenu le 
capitaine Barthélémy, encore plus celui du vaisseau qui a forcé le capi- 
taine de Cugis & venir & son bord et l'y a aussi retenu, et en faisant 
payer par les uns et par les autres la valeur des pillages qu'ils ont faits 
et le dommage que les capitaines français en ont souffert, et qu'en 



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166 CORRESPONDANCE DES REYS ET DES CONSULS [17: 

rendant et en faisant passer à Marseille les cinq Turcs enlevés par 
rets Hamet dont j'envoie les noms au sieur Pignon, Consul, en rei 
boursant le prix de leur achat sur le pied de 600 francs qu'ils t 
coûtés chacun. 

J'ajouterai même que, quand ce corsaire n'aurait rien pris sur 
vaisseau français, il serait toujours très punissable pour avoir forcé 
capitaine de mettre sa chaloupe à la mer pour lui porter son passep. 
contre la disposition du 4' article du traité de paix '. Les intentions 
Sa Majesté Impériale ont toujours été de maintenir la bonne correspc 
dance avec les Puissances de Tunis. Vous devez, en lui donnant la sat 
faction qu'elle vous demande, lui marquer l'attention que méritent s 
justes plaintes. Elle attend même que vous serez d'autant plus dîspo 
à la lui donner lorsque vous saurez que, depuis les sujets qui donne 
lieu à ces plaintes, un autre raïs de la République, nommé Mahomt 
commandant une barque de dix canons et de 131 hommes d'équipap 
ayant relâché par le mauvais temps dans la rade de Marseille le 38 < 
mois passé dans de pressants besoins, les Échevins et Députés < 
commerce de cette ville les lui ont fait donner. Le sieur Pignon, q 
vous remettra cette lettre, a ordre de me faire savoir quelles sont 1 
résolutions que vous aurez prises. Je souhaite qu'elles soient ass 
justes pour que l'Empereur mon maître en soit content et que je puis 
toujours conserver pour votre personne les sentiments d'estime et i 
considération avec lesquels je suis, etc. » 

{Marint, B» 1ti, f. 3SS v.) 
DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS '. 

365. — Tunis, 27 décembre 1 725. — « Ce jourd'hui, la nation frai 
çaise résidant en cette Échelle de Tunis, assemblée dans la maiso 
consulaire, a fait représenter a M. Pignon, Consul de France, qu'i 
avaient appris que les Pères Missionnaires Capucins dans le royauir 
faisaient chanter l'Exaudiat et disaient la même oraison qui se dit poi 
Sa Majesté Très Chrétienne, au nom de l'Empereur, pour complaire a 
Consul delà nation allemande qui réside dans ce pays; que cette coi 
duile ne pouvait qu'èlre défavorable au Roi et injurieuse à la nalio 
française, d'autant plus que les dits Pères ont déclaré à M. le Gonsi 
qu'ils étaient les maitres dans leurs églises et qu'ils voulaient dit 



«dr* Google 



[1726] AVEC LA COUR DE FRANCE 167 

cette oraison en faveur de qui il leur plaisait, aa mépris du droit que 
Sa Majesté a sur leur église, puisque le Bey ne les permet qu'eu consé- 
quence de nos traités de paix, et de la protection qu'elle accorde a la 
mission depuis sou établissement. Sur quoi les Députés, au nom de la 
nation française assemblée, ont prié H. le Consul de parler aux dits 
Pères missionnaires pour les porter & ne chanter VSxaudiat dans leur 
église que pour Sa Majesté, et à ne pas permettre qu'on crie Vive l'Em- 
pereur au lieu de Vive le Roi, comme il s'est pratiqué de tous temps, et 
ont déclaré, en cas de refus, ne vouloir plus donner le logement dans le 
Fondouk français aux dits Pères missionnaires, qu'ils doivent désormais 
regarder comme ennemis de la France par la liaison qu'ils ont avec les 
Ennemis de leur commerce dans le pays. » 

[Archives de la Résidence française à Tunis, Registre des délibérations de la nation, 
n- 1, XI, p. 7t.) 



l'IGNOt» AU C" DE MAUREPÀS. 

386. — JTuiiw, 29 décembre 1 725. — Pignon se plaint des agisse- 
ments de quatre religieux italiens qui ont été envoyés a Tunis. Ces 
religieux, sujets de l'Empereur, poussent le mépris de la nation fran- 
çaise jusqu'à exclure le Consul et les marchands des cérémonies reli- 
gieuses et à exciter les esclaves a s'opposer par la force à leur entrée 
dans leur église. 

Le Consul fit appeler ces religieux et les mit en demeure de rendre 
au Roi les honneurs qu'ils lui devaient, leur permettant de céder une 
de leurs chapelles au Consul impérial, dans laquelle ils feraient tout ce 
qu'il leur demanderait. Us répondirent qu'ils étaient les maîtres dans 
leurs églises et y prieraient publiquement pour qui il leur plairait, sans 
que le Roi de France pûl s'y opposer. Sur celle réponse le Consul les a 
obligés à rendre les ornements et les clefs de la chapelle, et il a fait 
appeler un Père récollet esclave pour desservir la chapelle. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



PIGSOH AU C" DE KAURBPAS. 

387. — Tunis, 8 janvier i 726. — Pignon signale encore la conduite 
scandaleuse que tiennent les Pères Capucins missionnaires dans leur 
église, au mépris de ce qui est dû à. Sa Majesté. La nation avait requis 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1726 

ulsion, mais Pignon l'a refusée pour ne pas exposer la religioi 
îe à la risée des Hahométans et des Juifs, 
i il a fait écrire au Préfet * de venir réprimer la conduite d< 
ieux; ce Père vint témoigner qu'il était fâché de la vivacit 
uelte les Capucins avaient parlé et pria Pignon de lui rendre l< 
e la chapelle, ce qui lui fut accorde personnellement. Le Cousu 
lui dit que depuis que son collègue allemand n'allait plus dan: 
ise on ne chantait plus YExaudiat, « mais que le célébran 
rés la messe la prière Qutesumu» pour l'Empereur, et qu'élan 
riait deux fois : Viva Carlo Sexto il noslro caro Jmperatore » 
i conduite irriterait Sa Majesté beaucoup plus que la précé 
r ils ne pourraient plus alléguer que c'était le Consul allemani 
f obligeait. Le Préfet répondit qu'il n'oserait en parler a ce 
, obstinés à ne vouloir suivre que leur passion. 
Faiblesse du Préfet et du dérèglement des religieux il resulU 
nécessaire que la Sacrée Congrégation ordonne une réparatioi 
ses faites à Sa Majesté pour établir la paix parmi les catholi 
'elle envoie un prêtre français comme celui d'Alger ', el qu'élit 
a colonie des Capucins contre lesquels la Sacrée Congrégatioi 
s plaintes depuis plus de trente ans. 

(A/fairet étrangère*, C" de Tunis.) 

CIRCULAIRE AUX CONSULS DU LEVANT BT DE BARBARIE. 

— Vertailles, 6 février 1726. — Sur les mariages des drog- 
û servent sous leurs ordres dans les Échelles avec des filles 
is. Ils ne doivent les tolérer qu'avec la permission de l'Ambas- 
e France & Gonstantinople. 

(Marine, iV 435, (. 57 v.) 



LE C" DE KAOREFAS A P1GH0K. 

- M arly, 20 février 1726. — Le Roi, prévenu que le Vice-Préfel 
lis autres Capucins missionnaires & Tunis refusent de réciter 

re Théodore de Pavie. 

.rabert Duchesne, membre de la Congrégation de le Mission, Vicaire spos- 
ilger et Tunis, résidant A Alger, de 1705 A 1731. — Voy. sur ses .services 
nte nolice qui lui est consacrée dans les Mémoires de ta Congrigatim dt 
(Paris, 1864), t. II, p. 510 et suiv. —Voy. aussi, fa son sujet, le Voyage pour 
ion des captif» en 47tO, par les PP. Comelin, de la Motte et Bernard, p. lS- 



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[1726] AVEC LA COUR DE FRANCE 169 

dans leur église les prières accoutumées pour Sa Majesté et de lai 
rendre tous les honneurs qui lui sont dus et rendus dans les autres 
églises du Levant et de Barbarie, veul qu'à la réception de cette lettre 
le Consul les Tasse sortir du Foodouk, les oblige à lui remettre les orne- 
ments et les clefs de la chapelle consulaire et les prive désormais de 
tout secours et protection. Dans le cas où cet acte d'autorité provoque- 
rait quelques révoltes parmi ces religieux ou les esclaves étrangers, le 
Consul devra en appeler au Bey en lui communiquant les ordres motivés 
du Roi. 

Jusqu'à nouvel avis, le Consul pourra faire desservir la chapelle con- 
sulaire par le Récollet esclave, ou l'un des autres religieux trinitaires ou 
jésuites qui sont à Tunis, et de préférence un Français, 

(Marine, W lis, f. et v.) 



II C u DE MAUBEPÀS A PIGNON. 

890. — Marhj, 20 février 1 726. — M. de Beauvais, ordonnateur des 
galères de Marseille, a informé le Ministre que les cinq Turcs enlevés 
sur le vaisseau du capitaine de Cugis parles reïs tunisiens ont été rendus ; 
la question de restitution est donc terminée. Il ne reste plus qn'à pour- 
suivre celle des effets et la punition de ce corsaire. 

(Marine, fl' ils, f. es t.) 



QI-ALI, BSV DE TUNIS, AU C l " DE MA D REPAS. 

391 . — Tunit, Avril i 726. — * Très illustre et magnifique Seigneur 
comte de Maurepas, Ministre d'État du plus grand et plus puissant des 
Princes chrétiens l'Empereur de France, qui êtes notre parfait ami. Après 
tous avoir présenté les vœux qui conviennent a notre amitié, nous vous 
dirons que nousavonsreçu la lettre d'amitié que vous nous avez fait l'hon- 
neur de nous écrire le 14 novembre dernier ', par laquelle vous nous mar- 
quez que le capitaine Barthélémy, de Marseille, commandant le pinque 
Notre-Dame de miséricorde, chargé de blé, retournant en cette ville, a été 
pris par trois galiotes tunisiennes, qui, l'ayant conduit à Sfax, lui ont fait 
plusieurs insultes et mauvais traitements et pris de force neuf sequins; 
que la même année le capitaine de Cugis, de La Ciotat, commandant un 

1. Voï. p. (64. 



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170 CORRESPONDANCE SES BBYS ET DES CONSULS [17* 

vaisseau français retournant à Marseille, a fait rencontre, près des lli 
Taulard, d'un corsaire de Tunis qui, lui ayant fait mettre sa chaloupe 
la mer pour lut apporter son passeport, a ensuite été dans le vaissef 
français et y a pris de force cinq esclaves mahométans achetés a Ha) 
et les a emmenés dans son navire. Nous avons fort bien compris tout 
contenu de votre lettre sur ces articles, mais permettez-nous de toi 
représenter, notre parfait ami, que les circonstances de ces affaires i 
vous ont pas été fidèlement rapportées. Cependant soyez, s'il vous plal 
persuadé que nous n'approuvons en aucune manière ces sortes de ma 
versations et que nous sommes dans la résolution d'observer inviolabl 
ment les traités faits entre noue. Votre Consul aussi bien que I 
négociants français établis eu cette ville savent parfaitement bien qi 
nous punissons très sévèrement les auteurs de contraventions bu 
moindres que ces dernières. Au surplus, pour vous instruire au vr 
des causes de l'accident arrivé au pinque français de la part des galiot 
tunisiennes, il faut vous informer que le capitaine Barthélémy était 
l'ancre ; les trois galiotes lui ont été dessus, portant pavillon mahomèta 
sans que le pinque ait fait mine seulement de montrer le sien, ce q 
le leur faisant prendre pour un bâtiment ennemi, elles s'en sont emp 
rèes; mais lorsque nos gens sont entrés, l'équipage se dit français; s 
cela le commandant des galiotes leur a dit qu'il les mènerait toujou 
au port, où ils pourraient faire leurs représentations aux Puissances i 
pays, dont Us suivaient les ordres. Le fait nous ayant donc été rappor 
et votre Consul nous ayant produit le passeport du pinque, nous l'avoi 
examiné et, ayant reconnu qu'il était effectivement français, nous l'avoi 
aussitôt fait relâcher avec tout l'équipage et puni sévèrement les cap 
taines des galiotes de la contravention par eux commise. Pour les ne 
sequins que le capitaine dit lui avoir été pris, il a été prouvé eu not 
présence qu'il les a lui-même employés à payer ceux qu'il a envoy 
de Sfax a Tunis, chargés de son passeport en règle, et depuis lors ju 
qu'à sou départ nous avons mis ordre a ce qu'il ne lui arrive auct 
mal ni aucune violence. Cet accident fait voir qu'il est nécessaire qi 
vous ordonniez aux capitaines de vos bâtiments marchands d'observé 
suivant la disposition du traité, lorsqu'ils entreront dans nos port 
d'arborer leur pavillon, de mettre leur chaloupe à la mer et de se pr 
senter eux-mêmes aux officiers qui commandent dans les dits ports 
de leur faire voir leurs passeports, et lorsqu'ils rencontreront de m 
vaisseaux en mer, de ne point se déguiser, mais de mettre suivai 
l'usage la chaloupe à la mer et de se rendre à bord de nos vaisseai 
pour se faire connaître eux-mêmes, au lieu qu'à présent ils se dégn 



z e d, y Goog[e 



[1726] AVEC LA COUR DE FRANCE 171 

sent lorsqu'ils rencontrent de nos vaisseaux et commettent en leur 
endroit plusieurs contraventions aux traités auxquelles cous espérons 
que vous ne les autorisez pas. 

Passons à présent aux cinq esclaves mahométans enlevés du vais- 
seau du capitaine de La Ciotat, par un corsaire tunisien, sur les lies 
Taolard; ce navire n'était pas encore de retour lorsque votre Consul 
nous en a porté ses plaintes, sur lesquelles nous avons envoyé ordre a 
notre lieutenant de faire mettre en prison le capitaine du dit navire et 
tes autres officiers si tût qu'ils seraient arrivés, et de nous envoyer les cinq 
esclaves mahométans ; mais une tempête ayant obligé le corsaire de 
relâcher en Sicile et de mouiller au port de Milaxzo ', votre agent en 
cette ville, qui avait appris l'enlèvement des cinq esclaves, s'est trans- 
porté lui-même à bord du tunisien, où il les a repris, en sorte qu'ils 
doivent & présent vous avoir été renvoyés. Pour le capitaine corsaire 
et ses officiers, ils ont été par notre ordre rigoureusement punis aus- 
sitôt après leur arrivée, d'autant qu'il est très certain que nous n'avons 
jamais autorisé ceux qui ont commis des contraventions aux traités 
faits entre nous. Nous souhaitons au surplus que les liens de notre 
amitié se resserrent toujours, s 

(A/faire* Hrangëret, C*' d* Tunit.) 

taxil * a l'abbé bagubt *. 

892. — Marteille, 19 avril 1726. — Malgré tous ses soins, il n'a pu 
retrouver les actes et conventions qui furent passés avec les Puissances 
du pays pour l'établissement des comptoirs que la Compagnie des Indes 
possède aux côtes de Barbarie. Ces pièces se sont égarées en passant 
successivement d'une Compagnie a l'autre et sont tombées en lam- 
beaux. Il s'efforce d'y suppléer en entretenant l'abbé Raguet de tout 
ce qu'il a pu savoir lui-même et de tout ce que sa mémoire peut lui 
fournir. 

Suit l'historique de la fondation du Bastion de France, de La Galle 
et du Cap-Nègre pour la pêche du corail. 

* ... Le Cap-Nègre est situé sur une langue de terre qui avance dans la 
mer un demi-quart de lieue, courant a l'ouest-nord-ouest; le com- 
mencement de cette langue ou de ce cap est un pays plat et qui va 
ensuite en se levant et forme une colline qui a environ quatre cents 

1. Ville de Sicile, dans la baie du même nom, sur la mer Tyrrbéniennc. 
1 Agent de la Compagnie des Indes à Marseille. 
3. Directeur de la Compagnie des Indes à Paris. 



z e d, y Goog[e 



172 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17 

pas de large, environnée de trois côtés de la mer. Le mouillage 
trouve du coté de l'ouest, le fond en est mauvais et coupe les cables 
bâtiments qui s'y trouvent dans les mauvais temps; c'est ce qui I 
que ce port est toujours dangereux et qu'il arrive de fréquents ni 
f rage s. 

Cette anse ou ce port finit à une plage ou rivage de sable ; il s'y p 
sente d'abord une grande muraille où il y a des coulisses par ou l'on I 
passer le blé des magasins pour l'embarquer avec plus de diligen 
car, comme le port est dangereux, il n'y a point de pays où l'on chai 
plus promptement et où les bâtiments restent moins de temps mouill 
L'on y charge de deux à trois mille charges par jour. Les vaisseaux s. 
toujours expédiés en deux ou trois jours. Il y a de grands magas 
capables de contenir soixante mille charges de blé. Ils soutiennent 
grand terre-plein, qui est la place du marché, qu'on appelle Bazar, 
marché est entouré des halles où l'on reçoit les marchandises et 
blés qu'on jette dans les magasins ; l'entrée de la place se trouve à c 
du marché; de là, l'on monte sur une jolie terrasse où il y aseptpiè 
de canon. Vis-à-vis est la maison du directeur de la Compagnie, et d 
rière elle diverses loges pour les employés; plus haut est l'église, 
sur le haut du cap il y a une forteresse mal bâtie et mal fortifiée a' 
des pièces de canon. 

Les Français y ont un comptoir ou un établissement à l'instar 
celui qu'ils formèrent sous Henri IV au Bastion de France dans 
royaume d'Alger ', c'est-à-dire que sous prétexte de la pèche du con 
en payant 7,000 piastres au Bey et 1,000 au Dey de Tunis, ils ont la p 
mission de pécher et de négocier exclusivement à tout autre marcha 
avec les Maures du royaume. Ils payent 1,000 piastres de liâmes ou 
présents aux nations maures voisines de la place pour les engager à 
faire aucun dommage aux Arabes qui apportent des marchandises 
pour les indemniser de l'hospitalité qu'ils exercent à leur égard. 

Le principal commerce consiste en blé. On y achète aussi de la ci 
de l'huile, des cuirs et quelques légumes lorsque la disette est 
France ; on a tiré jusqu'à 100,000 charges de blé de ce pays, qui ont ■ 
d'un grand secours à la Provence, soit par la proximité, soit par le [ 
de risques qu'il y a à transporter le blé en temps de guerre. Ainsi l'é 
blissement du Cap-Nègre a toujours été regardé comme une chose t 
utile et nécessaire à notre royaume : cet établissement avait été co 
menée par des particuliers de notre nation. 

I. Voy. Correspondance det Deyi d'Alger avec la Cour de France, Introducli 
pages xiii ii un, et xxivu à mu. 



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[1726] AVEC LA COUR DE FRANCE 173 

Les Génois le prirent et les Anglais le possédèrent après eux, mais 
depuis l'an 1686 il est toujours resté aux Français, qui l'ont occupé sous 
le nom de la Compagnie du Cap-Nègre. Cette Compagnie a souvent 
changé d'intéressés; elle est aujourd'hui réunie à la Compagnie des 
lndès; elle y entretient un directeur qui est gouverneur de la place, 
quatre on cinq commis, un aumônier, un chirurgien et environ quatre- 
vingts personnes pour la garde ou pour le service du comptoir. » 
(Marine, tV, 1. 1$9.) 

PlGlfOK AD C l " DB HAURBPAS. 

393. — 7 unit, 20 mai i 726. — Il a exécuté les ordres da Roi concer- 
nant les Capucins italiens. Le Préfet, à qui il lésa communiqués, en fut 
consterné et ne s'est, résolu a obéir que sous la menace de la contrainte. 
H fit présenter un protêt dans lequel lui et les autres missionnaires 
déclarent ne pas vouloir se soustraire à la protection du Roi et n'avoir 
rien fait pour s'en rendre indignes. 

Ces Pérès ont été désapprouvés de tous, même du prétendu Consul de 
la nation allemande. Le Bey a dit que s'ils manquaient de respect au Roi 
il les ferait embarquer. Pour éviter toute contestation il serait a propos 
que la Propagande ordonnât, par un décret, qu'en reconnaissance de la 
protection que le Roi accorde aux missions on dirait tous les dimanches 
et fêtes la prière pour Sa Majesté dans leurs églises, qu'il y aurait un 
prie-dieu et une chaise de fondation à la place d'honneur pour le Consul 
de la nation française, et que quand il irait à la messe ou & l'office on y 
chanterait VExaudiat et on y ferait les acclamations accoutumées. 
(Affaire* étrangère*, C" de Tunis.) 

LE C'" DB HAUHEPAS A HOSSEtN-BBN-ALI, BEV DB TUNIS. 

394. — Versailles, 29 mai 1726. — « Très illustre et magnifique 



J'ai lu à l'Empereur mon maître la lettre que vous m'avez fait l'hon- 
neur de m'écrire le mois d'avril dernier. Sa Majesté Impériale m'a 
marqué être fort satisfaite des assurances que vous continuez de donner 
d'ane ferme résolution d'observer les traités qu'elle a faits avec vous, 
nais qu'il était en même temps désagréable qu'avec de si bonnes inten- 
tions il fut toujours commis des contraventions de la part de vos 
sujets. Les deux dernières dont je me suis plaint & vous par ses ordres 
et pour lesquelles vous me marquez avoir puni ceux qui y sont tombés 



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74 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [1136 

'ont rien de douteux dans les faits. Si le capitaine Barthélémy avai 
langue de se faire connaître aux re-ïs de Sfax en ne mettant point soc 
avilloQ, il devait au moine, après avoir été connu, être relâché, ni 
ti être rien pris et ne le pas consommer en frais en le retenant. L 
>rsaire qui a enlevé les cinq Turcs appartenant & Sa Majesté Impérial* 
'avait aucun prétexte pour le faire, et c'est une insulte faite à soi 
avillon en même temps qu'on prenait ce qui lui était propre. Ils on 
'A rendus, mais les fautes sont faîtes et le dommage tombe toujoun 
îr les Français quand il n'est point réparé. Il n'est point juste di 
ur imputer la cause sur la supposition qu'ils ne mettent point leui 
ivillon. Ils n'en font aucune difficulté lorsqu'ils ont reconnu pou 
nia ceux qu'ils rencontrent & la mer, et si dans la crainte de ne les ps 
ouver tels par quelque déguisement, ils se font forcer, on doit le 
scuser, ne les point maltraiter, piller ni retenir. Il n'arrive rien di 
ireiT de la part des commandants des vaisseaux de Sa Majesté Irapé 
aie à l'égard de ceux de la République, qui ne reçoivent d'eux que de 
iarques d'amitié et tes secours dont ils peuvent avoir besoin par» 
d'elle leur recommande d'en user ainsi. Indépendamment de ces sorte: 
e contraventions qui intéressent les sujets de Sa Majesté Impériale 
s'en commet encore d'autres auxquelles elle n'est pas moins sensible 
est porté par les traités que les corsaires de la République ne feron 
îint de prises plus près de dix lieues des cotes de France. Cette cou 
tion n'est point exactement observée puisque l'un d'eux, nommi 
ïaban-Reïs, après avoir fait de l'eau sous le château de l'Ile d< 
orquerolles', a arrêté en vue de cette place un bâtiment génois qu'i 
ensuite abandonné après lui avoir enlevé une partie de son char 
imeiU. Le sieur Pignon, Consul, a dû vous en faire des plaintes 
. vous demander la punition de ce corsaire et la restitution di 
i qu'il a pris, parce que de pareils faits troublent le commerce d< 
i Majesté Impériale par l'éloignement qu'auraient les étrangers d'ei 
îre aucun avec eux sans la confiance de leur sûreté, en naviguant su 
s eûtes de France, dans la distance des dix lieues stipulée dans let 
aités faits avec les Puissances de Barbarie. Sa Majesté Impérialr 
ipère de vos dispositions à les maintenir que vous écouterez favorable 
ient ses représentations et que vous lui accorderez les satisfactions d< 
istice qu'il est chargé de vous demander'. Je ne puis, au surplus, von 



1. Une des Iles d'Hyères (Var). 

S. Voy. Lettre du comte de Maurepai à M. Mithan, intendant de la marine à Ta» 
n, i septembre 1126, sur les infractions aux traités de paii commises parle 
inisieos (Marine, B* ne, f. Ht). 



t,zed.yG00g[e 



[1726] AVEC LA COUR DE FRANCE 175 

marquer combien je suis reconnaissant des témoignages d'amitié que 
tous voulez bieu me donner en particulier. Je tous supplie d'être per- 
suadé que je ferai toujours tout ce qui me sera possible pour vous 
engager & me les conserver. Je ne manquerai point à ces sentiments 
tant que la bonne intelligence sera entre les deux nations. Ce sont mes 
désirs comme les vôtres et de vous donner en toute occasion des mar- 
ques de considération pour votre personne et vous assurer qu'il n'y 
en a aucune autant que je suis, etc. » 

(Manne, W /«, f. 17t.) 

PIGNON AU C'* DE MAOREPAS. 

306. — TunU, 14 juillet 1726. — Pignon a fait au Bey des repré- 
sentations relatives & la prise d'une barque génoise. Le Prince lui a 
répondu : « Vous savez combien j'ai défendu à mes corsaires et a ceux 
des particuliers d'insulter le pavillon français. Je sais combien il m'im- 
porte d'entretenir une bonne correspondance avec la France, d'autant 
plus qu'il ne me revient rien des infractions que font mes corsaires, 
mais vous savez que je n'ai pas la même autorité sur mes sujets que 
le Roi de France a sur les siens ; que je causerais une sédition si je fai- 
sais mourir un corsaire qui aurait insulté les chrétiens. Cependant, 
depuis que vous êtes ici, j'en ai puni fort sévèrement, et vous m'êtes 
témoin que je n'ai refusé aucune satisfaction; c'est donc sans raison 
que vous me faites des menaces. Attendez pour cela que j'aie manqué 
aux traités en vous refusant les satisfactions que je puis vous donner, 
mais ne me faites plus de menaces. » Il répliqua qu'il n'en avait fait 
aucune, mais qu'étant son ami il avait voulu lui montrer qu'il devait 
craindre les effets du ressentiment de Sa Majesté. 

(Afiaim étrangères, C" de Tunù.) 

396. — Versailles, 20 juillet 1 726. — Ordonnance qui défend & 
tout Français de se marier dans les Échelles du Levant et de Barbarie 
avec des femmes françaises établies dans les dites Échelles, et qui pres- 
crit aux filles des dits Français de revenir en France. 

LE C'° PB HAUBBPAS AU NONCE SU SAINT- SI ÈQE '. 

397. — Vertaitlet, 26 août 1726.— ■ Monsieur, en attendant que 
j'aie reçu des lettres du sieur Pignon, Consul a Tunis, sur ce que Votre 

t. Voy. la note I, p. 153. 



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176 CORRESPONDANCE DES BEYB ET DBS CONSULS [17» 

Excellence représente de la conduite violente qu'il a exercée contre 1< 
Capucins missionnaires établis dans cette Échelle, je tous dirai que si I 
plainte n'avait pour fondement que l'ordre qu'il a donné à ces religieo 
de sortir du Fondouk, qui est le quartier des Français, et de lui remelti 
les ornements et les clefs de l'église, il a été autorisé à le faire pi 
ceux que je lui ai envoyés de la part du Roi, qui portent même de fair 
cesser les secours et la protection que la nation leur accordait. Voti 
Excellence peut être persuadée que Sa Majesté ne peut y avoir él 
engagée que par un motif pressant de l'ingratitude de ces religieo 
qui, oubliant la protection qu'elle leur accorde, refusent dans leur églii 
les prières accoutumées pour Sa Majesté. 

... Il ne parait pas vrai que le Consul leur ail défendu, ainsi que 1< 
Missionnaires le supposent, de recevoir dans leur église le Consul c 
l'Empereur. Il leur a seulement déclaré qu'il entendait qu'ils rendisse! 
au Roi les honneurs qu'ils devaient à Sa Majesté. Ce que m'a mandé 
sieur Pignon pourrait être suspect de quelque partialité s'il n'était soi 
tenu par une délibération du corps de la nation, qui lui a représenl 
qu'il ue pouvait, sans s'exposer à de justes reproches, souffrir l'injui 
faite à Sa Majesté par ces religieux et leur mépris pour les Français... 
Votre Excellence doit être persuadée que l'objet sur lequel Sa Majesl 
s'attache toujours est celui du maintien de la religion dans les pays d 
Levant et de Barbarie, et qu'elle ne l'abandonnera jamais pourvu qu 
les Missionnaires ne se rendent pas indignes de sa protection. * 
{Marine, Al /fi, (. it7.) 

L6 C DE HAUREPAS A PIGNON. 

398- — Fontainebleau, S octobre 1 726. — La tartane Saint-Antoint 

commandée par le capitaine Augier, a été prise avec des Tunisiens pu 

deux galères d'Espagne. Sa Majesté a donné ordre d'en porter plaint* 

au Roi d'Espagne et d'insister pour qu'on relâchât le bâtiment avec si 

cargaison et tous les Turcs qui y étaient embarqués. Le Consul peul 

en assurer le Bey de Tunis. 

[Marine, B? US, f. t73.) 

LOUIS XV A H0SSEM-BBN-AL1, BEY DE TÇHIS. 

399. — Fontainebleau, J3 novembre 1726. — « Illustre et msgni- 
fique Seigneur, 
Nous avons donné nos ordres au sieur Fraysse de se rendre à Tuais 



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[1727] AVEC LA COUR DE FRANCE 177 

et dans les autres lieux de votre gouvernement pour y acheter des 
chevaux propres pour les haras de notre Royaume, et nous vous fai- 
sons cette lettre pour vous prier de vouloir bien accorder la permission 
de les laisser sortir, ainsi que vous l'avez Tait en pareille occasion, 
puisqu'ils sont destinés pour notre service. Nous ne pouvons clouter 
que voua nous donniez cette nouvelle marque de votre amitié parce que 
vous devez être persuadé de la notre... Et la présente n'étant à autre 
fin, etc. » 

[Marine, B' US, f. 4S%.) 

LK C" DE MAUREPAS A HUSSEIN -BEH -ALI, BEY DE TUNIS. 

400. — Paris, 13 novembre 4726. — « Très illustre et magnifique 
Seigneur, 

L'Empereur mon maître désirant faire acheter a Tunis et dans les 
autres lieux de votre gouvernement une quantité de chevaux barbes 
pour les haras de son royaume et de son service, Sa Majesté Impériale 
a chargé le sieur Fraysse d'y passer pour en faire l'achat, et elle m'a 
ordonné en même temps de vous envoyer la lettre ci-jointe qu'elle vous 
a écrite pour vous prier d'en permettre la sortie. Je profile de celte 
occasion pour vous renouveler les assurances de la considération que 
j'aurai toujours pour votre personne et qu'on ne peut être plus que je 
ne le suis, etc. » 

(Marine, Bl 113, {. Ht i>.) 

PI6H0H AU C" DE MAUREPAS. 

401. — Tunis, 18 décembre 1726. — Il se plaint de la continua- 
tion des mauvais procédés des Missionnaires Capucins à l'égard des 
Français. Il insiste pour que la chapelle consulaire, qui est sous le 
vocable de saint Louis, et dans laquelle les Missionnaires ont exercé 
de tout temps les fonctions curiales, Boit desservie par un prêtre ou un 
religieux français, sous l'autorité du Vicaire apostolique des missions 
qui réside à Alger '. 

{A/fairet. étrangère', C" de Tunis.) 

402. — Versailles, 4 février 17 27. — Ordonnance portant règle- 
ment sur ce qui doit être observé dans les Échelles du Levant et de 

1. Voj. p. 144 «( 108. 



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1*38 CORRESPONDANCE DES BEY3 ET DES CONSULS [17 

Barbarie de la part des Juifs et autres étrangers qui y jouissent di 
protection de la France. 

(Affaires étrangère», C" de Tunis.) 

PISKOK AD C" DE HAUBBPAS. 

403. — Tunis, le 12 mars 1727. — Deux galiotes de Tunis se si 
encore emparées d'une tartane française, les reïs ont insulté le pavilli 
maltraité le patron et l'équipage et pillé le bâtiment. Pignon, ayi 
porté plainte au Bey, a obtenu la restitution du bâtiment et de l'équipi 
ainsi que la plus grande partie des effets pillés, mais non la punit 
des reïs coupables. En présence de pareils faits, Pignon estime c 
dans l'intérêt du commerce français une répression rigoureuse s'i 
pose. 

(Affairée étrangère!, C" lie Tutti*.) 

LE C" DE UÀURF.PÀS A PIGNON. 

404. — Versailles, 26 mars 1727. — De concert avec l'agent 
la Compagnie des Indes ', le Consul devra représenter au Bey '. 
inconvénients qu'il y aurait a permettre aux Trapanais la pèche 
corail sur les côtes de Tunis, dont cette Compagnie a le privilège exe 
sif. Il devra en outre faire valoir aux yeux du Bey le succès des instant 
du Roi de France auprès du Roi d'Espagne tendant à obtenir le rem 
à Tunis des Turcs pris par les galères de ce dernier sur le bâlime 
du capitaine Augier, et envoyer un mémoire contenant le détail ii 
privilèges que la nation de Tunis a perdus depuis le traité de pa 
renouvelé par feu le sieur Dusaulten 1720. Il est très à propos qu'il i 
s'absente pas avant l'arrivée à Tunis des vaisseaux qui vont s'y rend 
par ordre du Roi. 

(Marine, B' ItS, f. S9 t.) 

MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D' INSTRUCTION AD SIEUR DE MORS*, 
CHEF D'ESCADHE DES ARMÉES RAVALES. 

406. — Paris, avril 1727. — n Dès son arrivée à Tunis, le sieur d 
Mons fera venir à son bord le sieur Pignon, Consul, pour savoir à 

1. Paty, agent à Tunis, ou La Pérouze, agent au Cap-Nègre. 

2. Voy. sa mission à Tunis en illt, p. 83, — et les lettres du Ministre à M- i 
Mons, cher d'escadre des armées navales du Roi, 3, 5 et (S mai 1127 (Narine, l 
SIS, f. SS, 90 et 101). 



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[ilfî] AVEC LA COUR DE FRANCE 179 

lui l'état des affaires de la nation dans cette Échelle et se régler sur la 
manière dont il en usera avec le Bey. Sa Majesté n'a eu, depuis le 
dernier Imité renouvelé avec cette République, que des sujets de plaintes 
assez légers des contraventions qui y ont été commises par les corsaires, 
mais il ne fera ni instances ni représentations pour la réparation, et si 
dans les occasions de politesse le Bey le prévenait de ses bonnes dispo- 
sitions, il se contentera de lui marquer le gré que Sa Majesté lui saura 
de sa justice, et qu'il l'en informera, laissant au Consul le soin de l'en 
presser suivant les ordres qu'il en a, et qu'à son égard il n'a paru avec 
son escadre devant Tunis que pour l'assurer des bonnes intentions de 
Sa Majesté pour la République et protéger la navigation des sujets de 
Sa Majesté. Il se conduira au surplus de manière à faire concevoir a 
cette République une haute opinion des forces maritimes de Sa Majesté, 
de son attention a maintenir exactement les traités qu'elle a faits et que 
les Tunisiens n'y peuvent manquer de leur part sans craindre son 
ressentiment. 

... Le sieur de Mons pouvant rencontrer pendant sa navigation des 
vaisseaux et galères de différents Princes et États, Sa Majesté a jugé 
a propos de lui expliquer la conduite qu'il doit tenir à l'égard des 
saints. Il ne saluera point les vaisseaux anglais dans quelque mer qu'il 
les rencontre et quelques pavillons qu'ils portent,. et il ne leur deman- 
dera aucun salut. Il en sera de même pour les places de la domination 
du Roi d'Angleterre s'il est obligé d'y entrer, et il observera d'ordonner 
aux capitaines des vaisseaux de son escadre, en cas de séparation, de 
ne saluer aucun vaisseau d'Angleterre et de n'en point exiger de salut. 
U doit être informé que le Pape a trois étendards : le premier, de la 
chrétienté, qui porte le crucifix; le second, de l'Eglise, portant saint 
Pierre et saint Paul; et le troisième, de Sa Sainteté comme Prince 
temporel, où sont représentées les armes de sa maison, tel que le porte 
ordinairement le commandant de ses galères. U saluera ces trois éten- 
dards et se fera saluer par les autres galères particulières. A l'égard des 
vaisseaux et galères des autres nations, il se conformera aux règle- 
ments de 1665 et & l'ordonnance de la marine de 1689. Si les vaisseaux 
espagnols refusaient de saluer les premiers, il s'abstiendra des voies de 
tait pour les y contraindre et en donnera avis afin que l'on en porte 
des plaintes. U est informé qu'on ne salue l'étendard du Grand Seigneur 
que lorsqu'il est arboré sur les galères, ou le pavillon amiral arboré sur 
les vaisseaux, soit que le Capitan-Pacha se trouve embarqué en per- 
sonne ou que ce soit le commandant des vaisseaux, et qu'ils ne rendent 
jamais le salut aux vaisseaux de guerre d'aucune nation. Comme le 



«dr* Google 



RRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17? 

pourrait rencontrer quelqu'une de ses escadres dai 
rbarie, il sera bon qu'avant de saluer il envoie un officie 
tan-Pacha ou commandant des vaisseaux sous prétest 
t, et qu'on lui fasse entendre qu'on le saluera, mais qu 
le l'Empereur de France étant accoutumés qu'on leu 
mand ils saluent les premiers, on ne doute pas qu'il o 

salut, et on ne le saluera qu'après qu'il l'aura promi 

(Affaires étrangère», C" de Tunis.) 



LE C» DB HADHEPAS A PIGNON. 

•tailles, 28 avril 1727. — Le Roi a fait armer pou 
lies de Barbarie cinq de ses vaisseaux, commandés pa 
orsqu'il sera mouillé dans celle de Tunis, le Consu 
rner sur la situation des affaires dans la Régence. 
e Sa Majesté est qu'il soit demandé au Bey réparatioi 
fractions faites aux traités et la punition des corsaire 

[Marine, Bi 191, f. SI v.) 

'on, 24 mai 1727. — Procédure à l'occasion des inirac 
sur les cotes de Provence par des corsaires tunisien) 
;ffe de l'Amirauté de Toulon.} 

(Affaires étrangères, C' de Tunii.) 

PIGNON AU C" DI MÀUBEPAS. 

ù, 25 mai 1727. — Pignon, ayant appris les actes d 
oetilité commis par des petits vaisseaux de Tunis sur h 
:e, en a porté plainte au Bey. Ce Prince, intimidé psi 
a Toulon en ce moment, a promis de nous donner salis 

(Affaires étrangères, C de Tunis.) 



LE C" DE MAURBPAS A PIGNON. 



ailles, 30 mai i 727. — Depuis ce qui lui a été écrit su. 
s des corsaires tunisiens sur les cotes de Provence 



«dr* Google 



[1727] AVEC LA COUR DE FRANCE 181 

H. de la Varenne », commandant a Toulon, a été obligé de détacher de 
l'escadre, pour les réprimer, une frégate commandée par le comte 
d'Miers *. II a arrêté une galère de 20 canons et de 473 hommes d'équi- 
page qui se tenait a proximité des terres malgré la foi des traités. 
Les succès des corsaires ne pouvant être pires, l'intention de Sa 
Majesté est que le Consul n'attende pas l'arrivée de l'escadre a Tunis 
pour en demander justice au Bey. Des 22 esclaves qui étaient sur la 
galère, le Roi a bien voulu n'en retenir qu'un seul, parce qu'il était 

français. 

(Marin», Bi tîg, f. to v.) 



ORDONNANCE DU CONSUL DB FRANCE A TUNIS. 

410. — Tunis, 8 juillet 4727. — « Sur ce qui nous est revenu qu'un 
Français établi sur l'Échelle, au mépris du respect qu'il doit & son Roi, 
non seulement informait le Consul anglais, ennemi de la nation fran- 
çaise, des discours que nous tenions au sujet des contraventions que 
les corsaires tunisiens avaient commises à nos traités, mais même qu'il 
n'a pas discontinué d'avoir avec lui une liaison fort étroite, et sachant 
qu'il n'a pas tenu & lui que toute la nation française n'ait été écharpée 
par la canaille il y a peu de jours : nous avons estimé convenable au 
bien de la nation et à sa sûreté de rendre une ordonnance par laquelle 
défendons a tout Français, de quelque sexe et condition qu'il soit, d'avoir 
aucuo commerce, directement ou indirectement et sous quelque pré- 
texte que ce puisse être, avec le dît Consul anglais, sous peine d'être 
puni comme traître à son Prince; et pour qu'on n'en prétende cause 
d'ignorance, nous voulons que lecture en soit faite en pleine assemblée 
par le sieur Pierre Sauveur, chancelier de notre Consulat, et qu'elle soit 
enregistrée dans la chancellerie. » 



PIGNON AU C lB DB HAURBPAS- 

411. — Tunit, 1" août i727. — Le Bey vient de nommer trois 
Ambassadeurs pour venir en France. Pignon croit devoir les envoyer à 

1. Voj. plus baut, p. 133, el les lettres du Ministre h M. de la Varenne sur sa 
croisière contre les Tunisiens, 2 mai, 23 juillet el 13 août 1727 (Marine, B' fît, 
(. M, ISS et UT). 

i. Commandant L'Invincible. — Voy.les lettres du Ministre au comte d'illiera sur sa 
niaiion dans les eaux tunisiennes, S et 16 mai 1127 (Marine, B' 37S, f. H et 16%). 



t,zed, y G00g[e 



182 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1 

Toulon, d'où on les fera conduire & Marseille si on le juge à pro; 
mais il estime qu'il serait bon de les y retenir jnsqu'a ce que le Be; 
donné satisfaction au sujet des contraventions commises, ce qui < 
nera le temps de préparer l'armement nécessaire pour venir, au j 
temps prochain, châtier les corsaires. 

{Affaira étrangères. C" de Tunis.) 



LOUIS XV A HOSSBIfl-BBlf-ALI, BBY DE TUNIS. 

412. — Venaillet, 13 août 1727. — « Illustre et magnifique 
gneur, 

Mous avons donné ordre au sieur d'Aguilhon, commissaire de 
haras, de se rendre à Tunis et dans les autres lieux de votre gou 
nement pour y acheter des chevaux propres pour nos dits haras 
nous vous faisons cette lettre pour vous prier de vouloir bien accoi 
la permission de les laisser sortir, ainsi que vous l'avez fait eu pan 
occasion, puisqu'ils sont destinés pour notre service. Nous ne pouî 
douter que vous ne nous donniez cette nouvelle marque de votre an 
parce que vous devez être persuadé de la notre. Et la présente n'él 
a autre fin, nous vous prions, etc. ' » 

{Marine, fi' 118, f. 97.) 



PIGNON AD G" DE MAOHBPAS. 

413. — Tunis, 17 août 1727. — Les trois Ambassadeurs qui 
Bey envoie en France partent aujourd'hui; il leur a été formcllem 
recommandé d'éviter une rupture . 

Depuis le départ de l'escadre du Roi la nation jouit d'une libc 
sans exemple; il n'est pas de satisfaction que Pignon ne reçoive e 
obtiendrait celles qu'on lui a refusées s'il pouvait donner au Bey I' 
surance que, pendant la campagne prochaine, les armes du Roi as 
ront pas d'une manière offensive contre Tunis. 

{Affaires étrangères, C" de Tuait.) 



I. Une lettre semblable et datée du même jour fut adressée par le comte 
Maurepas au Bey de Tunis. [Manne, B* itS, f. 97.) 



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f1727j AVEC LA. COUR DE FRANCE 



HOSSKIN BEN-AU, BEÏ DE TUNIS, A LOUIS XT. 

414. — Tunis, 17 août 1727. — « ... Quand nous avons appris par 
le Consul français que notre vaisseau était allé sur les côtes de France ', 
nous en avons été très fâché, car nous défendons les dites cOtes à nos 
corsaires, et nous attendions avec impatience le retour de notre vaisseau 
pour en punir le re'fe. Quand la première barque corsaire qui avait 
commis des hostilités fut arrivée, nous mimes le reïs en prison et nous 
attendions le retour des autres pour les punir tous & la fois, lorsque les 
vaisseaux de Votre Majesté sont arrivés. Le Consul nous a dit qu'Us 
venaient de Tripoli, qu'ils allaient a Alger et qu'ils n'avaient rien à 
(aire ici. Trois jours après, il nous a dit qu'ils voulaient partir; nous lui 
répondîmes que cela nous ferait plaisir parce que leur séjour nous obli- 
geait a doubler la garde des esclaves. Après il changea de discours et 
nous dit que le Commandant voulait venir nous parler, sur quoi nous 
lai dîmes qu'il serait le bienvenu, et le jour après il nous dit qu'il ne 
pouvait pas venir parce qu'il était malade, a quoi nous répondîmes que 
puisqu'il ne voulait pas venir il pouvait faire & sa commodité ses provi- 
sions et continuer sa route. Après nous vîmes arriver notre vaisseau 
portant pavillon blanc, et nous apprîmes que nos gens étaient enchaînés. 
Tout le peuple se souleva a cette nouvelle; le Consul, que nous vou- 
lûmes faire appeler, avait fui avec le député qui emportait son argent et 
ses papiers, et les deux personnes qui étaient venues acheter des che- 
vaux. Le Consul avait envoyé sa vaisselle et autres choses précieuses 
chex le Consul de Gènes, ce qui nous a obligé de faire détenir les trois 
canots des vaisseaux de guerre dont les équipages et tes officiers sont 
restés dans la maison du Consul. Nous avons envoyé de nos gens pour 
empêcher qu'ils ne fussent insultés, et de cette manière nous avons 
calmé le peuple. Le Consul est cause de tout le désordre qui est sur- 

1. Un corsaire tunisien avait été surpris par u 
près des Des d'Hyères, un bâtiment italien. Le c 
France ordonna qu'il fût conduit a Tunis sous 
saisi. M. de Hons avait été chargé de demander la punition du reïs. En arrivant 
* La Goulette, il avait permis a plusieurs officiers d'aller à Tunis pour s'y délasser. 
Mais le Commandant du vaisseau d'escorte ayant oublié de Taire substituer le pavil- 
lon tunisien au pavillon français, qu'on avait arboré sur le bâtiment capturé, le 
fcv prétendit que son rets avait été attaqué le premier, puisqu'on lui avait enlevé 
■oo pavillon national. Il Ht arrêter les officiers français et se refusa h toute négo- 
ciation avant d'avoir obtenu la restitution de son navire. M. de Mons se vit con- 
Itint de satisfaire s. cette exigence et perdit ainsi tout le fruit qu'on attendait de 
<a mission. 



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COKRBSPONDANCB DBS BEYS ET DES CONSULS [17 

, car il est fou. Ce que nous demandons a Votre Majesté c' 
le ait la bonté d'envoyer une personne plus raisonnable a' 
îlle nous ajusterons toutes choses, et quand le Consul a dît 
mandant de ue rendre notre vaisseau qu'après que nous aurit 
■dé les satisfactions qu'il nous demandait, le Commandant 
adu qu'il n'avait point d'ordre, qu'il n'en voulait rien taire, 
le Consul qui a fait tout le mal, comme Votre Majesté pourras' 
er du Commandant. Et le salut. » 

{Affaires étrangères, C" de Tant*.) 



nsTHucnoKs données par le bet de Tums a ses ambassadeurs '. 

5. — Tvnit, i 727. — «... Quand vous serez en France, vous fei 
>tre mieux pour éviter que nous n'ayons la guerre. Voici ce que vc 
: mot à mot au premier Ministre, après avoir répondu aux demain 

vous fera : tout le désordre survenu, c'est le Consul qui l'a cri 
a mauvaise tête. Vous prierez le premier Ministre de notre part d'< 
r un homme plus raisonnable, avec lequel nous pacifierons ton 
:s, et vous lui direz que le Consul, qui est fou, a fait tout le mal, 
tous voulons la paix; que le Consul a dit qu'il ferait soulever le pi 
■e nous. La chose a été attestée par un Juif, un Français et un Ti 
msidération, et cela parce qu'il n'a point de bon sens, et si le pi 

Ministre ne veut pas le croire, il pourra s'en informer; un de i 
ves, qui entend le français, l'a entendu, et le Consul a dît au Go 
iant de venir avec les cinq vaisseaux se mettre auprès des et 
s de La Goulette et les canonner, et qu'alors il y aurait des p 
tous couperaient la tète si nous ne prenions pas la fuite. Si un Ti 
i Maure avait tenu de pareils discours, nous l'aurions fait mour 

parce qu'il est Français et fou, nous n'avons pas voulu lui fa: 
al en considération du Roi. » 

(Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 



LE C" DE HA1IHEPAS A PÉÏ'IS DS LA CROIX *. 



6. — Fontainebleau, 20 septembre i 727. — Le Roi l'a nommé 
té d'interprète pour aller & Cbalon au-devant des trois Tores 



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[1727] AVEC LA COUR DE FRANCE 185 

Tunis. L'intention de Sa Majesté est qu'ils y soient retenus jusqu'à ce 
qu'ils aient fait connaître le motif de leur voyage *. 

[Marine, 1P fis, f. 110.) 



MÉMOIRE POUR SERVIR D'iEfSTRUCTIOK AU SIEUR PÉTIS DE LA CROIX, 
SECRÉTAIRE-INTERPRÈTE DU ROI. 

417. — Paris, 21 septembre 1727. — «Le sieur de la Croix sera 
informé que, Sa Majesté ayant plusieurs sujets graves de se plaindre du 
Bey et de la République de Tunis et pour lesquels elle leur a fait 
demander ces réparations sans aucune satisfaction, il est à présumer 
que leurs Ambassadeurs ne sont chargés d'autres commissions que celle 
de convenir de ces réparations. Mais comme les promesses de ces sortes 
de Puissances, quelque solennelles qu'elles puissent être, n'ont presque 
jamais un effet certain, Sa Majesté ne veut point qu'ils viennent jus- 
qu'à sa Cour, qu'elle n'ait su auparavant les ordres dont ils sont chargés 
non seulement sur les dispositions du Bey et de la République, maïs 
encore si on s'est mis en état de faire ces réparations ou au moins si 
elles ont été commencées, de manière que l'exécution du tout ne puisse 
manquer ni être douteuse. 

Pour suivre exactement les intentions de Sa Majesté, le premier soin 
du sieur de la Croix, lorsqu'il sera arrivé a Chalon, sera de savoir si les 
trois Envoyés et le sieur de la Magdeleine s y sont aussi arrivés. Dans ce 
cas, il devra loger dans la maison où ils seront; il fera part au sieur de 
la Magdeleine des ordres dont il est chargé, afin que, d'intelligence, ils 
concourent a les bien remplir. 11 saura de lui quelle a été la conduite de 
ces Envoyés parce qu'ils auront été ensemble et leurs différents carac- 
tères pour régler celle qu'il devra tenir avec eux. Il leur expliquera que 
Sa Majesté l'a envoyé exprès au-devant d'eux pour leur demander de sa 
part la remise ou au moins la communication des dépèches dont ils sont 
porteurs, s'ils en ont de particulières, sans laquelle remise ou commu- 
nication ils ne peuvent espérer la continuation de leur voyage, attendu 
qne Sa Majesté, justement indignée des actions commises par les cor- 
saires de ta République contre les Français, en contravention au traité 
de paix, et en particulier de celles du Bey qui, au lieu de tes faires cesser 

i. Voy. les instructions du Ministre h MM. Million, intendant à Toulon, et Char- 
ron, commissaire général de la marine à Lyon, sur le voyage des Envoyée de Tunis, 
les f, 2, 2t septembre et 1- octobre 1721 {Marine, B* Ï78, f. 150, 1SS, M, /« 
tt 170). 

t. Interprète attaché à l'intendance de Toulon. 



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CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [11? 

mnition, semble les approuver par sa tolérance, ne voua 
aucune proposition de la part de cette République. 11 poun 
ue si Sa Majesté a bien voulu suspendre jusqu'à présent l'eff 
jste ressentiment, ce n'est que par pure condescendance, pui 
eut châtier les Tunisiens sans causer aucun dérangement 
i parties de son service, et il leur expliquera en même temps qu 
té ne se contentera point de simples paroles et veut que 1 
lui lui sera demandé par les Ambassadeurs soit précédé d'ut 
on réelle et effective. H. Mithon marque que le plus vieux di 
oyés, nommé Hadji-Hassen, est chargé par le Bey de présent* 
à Sa Majesté, et qu'un autre, nommé Youssouf-Khodja, doit set 
et informer son maître de leur succès. Il ajoute que ce Tut 
être distingué parce qu'il est très attaché aux intérêts de I 
tais qu'il convient que les deux autres ne s'aperçoivent pas de 
larliculiers qu'on pourrait avoir pour lui. Il les retiendra c 
ialon jusqu'à ce qu'ils aient remis leurs dépêches, 
sieur de la Croix pourra manger et converser avec les Envoyé 
rant cependant de telle manière ses discours, particulièremet 
ijets de plainte de Sa Majesté contre la République, qu'il lei 
user que Sa Majesté est déterminée à la châtier. Il restera 
vec ces Envoyés autant de temps qu'ils y seront retenus, s' 
autrement ordonné, continuant d'observer leur conduite poi 
: compte le plus souvent qu'il lui sera possible. » 

(Marine, B' 128, f. Ht.) 



PROJET DE DESCENTE A TUNIS ET D'UN BOMBARDEMENT, 
FIN d'kmpécheb CETTE PUISSANCE de PAIRE des ESCLAVES '. 

- Toulon, 23 septembre 1727. — « La ville de Tunis, capitale di 
, est située sur le bord d'un étang qui a communication ave 
ar deux petites embouchures; elle est distante de la grand 
3ux bonnes lieues ; la dite ville est assurément hors d'insult 
utes les forces maritimes qu'on pourrait y envoyer. Sur le 
ne de ces embouchures ou canal il y a un petit château, garn 
gtaine de petites pièces de canon, que je ne crois pas être au 
huit livres de balles, suivant que l'on peut en jugera un cou; 
e ce château ; il y en a un autre plus petit, de figure ronde 
ut avoir douze pièces de canon, aussi de petit calibre, qui sont 



r Raynaud. 



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[1727] AVEC LA COUR DE FRANCE 187 

tant & l'un qu'à l'autre château, presque tous de fer. Le Gouvernement 
de Tunis entretient cinquante Turcs de garnison dans ces deux châteaux 
avec un Agha. Si l'on voulait insulter les dits châteaux, je suis assuré 
qu'en quatre jours, qu'ils soient canonnés par deux vaisseaux d'une 
artillerie de vingt-quatre a dix-huit livres de balles, il n'y a point de 
doute qu'on n'en fasse des monceaux de pierres, et cela sans que nos 
vaisseaux courussent presque aucun risque; voilà tout le dommage 
qu'on pourrait faire à la ville et à la rade de Tunis. 

Sortant de la rade de Tunis, au nord-ouest, à dix lieues de distance, 
sous le cap Zebi ', on trouve une rade et un port appelés Portefarine. 
C'est une rade où il faut entrer la sonde a la main, ayant devant soi 
des chaloupes, parce que la pointe au nord et celle au sud, qui forment 
la dite rade, ont sons l'eau des bancs de sable où il y a petit fond 
qu'il faut éviter; au fond de la dite rade par ouest, se trouve le châ- 
teau et darse de Portefarine; du commencement du golfe jusqu'au 
port, il peut y avoir une bonne lieue. La dite rade est sure par toute 
sorte de temps ; le dit port ou darse pourrait contenir une vingtaine de 
vaisseaux, les plus grands de cinquante pièces de canon. 

Les Tunisiens ont leur arsenal dans le dit Portefarine, où il y a tou- 
jours du bois pour construire un ou deux vaisseaux, des mâts, cables, 
brayes, goudron et généralement tout ce qui peut leur être nécessaire 
pour armer leur petite escadre, tantôt composée de petits vaisseaux et 
pour le plus de quatre, en quoi consistent aujourd'hui toutes leurs 
forces. Le plus gros est monté de quarante-quatre pièces de canon de 
six à huit livres de balles; je ne sache pas s'il pourrait en avoir quel- 
qu'un de douze livres; pour équipage, il y a cent Turcs, cinquante 
esclaves pour la manœuvre et cent cinquante Maures qui servent de 
canonniers; les autres vaisseaux sont montés depuis trente-six jusqu'à 
vingt pièces de canon, ces dits équipages à proportion. Ces deux vais- 
seaux sont de la République : ils font deux sorties toutes les années, 
une en avril, restant dehors ordinairement cinquante jours, et l'autre 
en septembre pour le même temps. Il y a de plus dans le dit port trois 
ou quatre petites barques ou pinques que des particuliers arment de 
quatre jusqu'à huit petites pièces de canon avec quarante jusqu'à 
quatre-vingts hommes d'équipage, la plus grande partie des Maures 
n'ayant point de temps fixe pour leur sortie, mais presque toujours au 
printemps et en automne. 

Voilà au juste, ou peu s'en faut, toutes les grandes forces maritimes 

1. Zebid, sur la côle du golfe Arabique. 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BEY8 ET DES CONSULS [1727] 

■publique de Tunis, que deux de nos frégates seraient plus que 
tes pour mettre en poussière si l'on voulait en venir à un 
. Puisque l'on est sur l'article des forces maritimes, il faut 
r qu'entre Tunis, Portefarine et Bizerte, il sort tous les étés, pour 
is, cinquante bâtiments de rames depuis dix jusqu'à dix-huit 
lesquels apportent un nombre considérable d'esclaves qu'ils 
ire le long des côtes de Sardaigne, Corse, Italie et Espagne, 
n'y en a pas une qui osât attaquer une de nos barques en mar- 
e qui aurait deux ou quatre pièces de canon avec vingt hommes 
âge. 

riens à Portefarine. Pour insulter le dit pays, je crois qu'un de 
sseaux qui le canonnerait mettrait bientôt tout cela en pou» 
ar les murailles de la marine sont fort mauvaises et leur 
e fort petite et mal montée. Il est vrai qu'il y a deux ou trois 
pièces de canon de fonte avec des balles de pierre du poids 
cents livres, maïs elles sont montées sur la terre, et je crois 
ne pourraient tirer qu'un coup et que même il n'irait pas bien 
l'égard du bombardement, l'endroit étant fort petit, les bombes 
.ient pas un grand mal, parce qu'à la réserve du port et quel- 
agasins, tout le reste ne consiste qu'en des maisons avec des 
séparés les uns des autres ; il est vrai qu'on pourrait leur fermei 
en bâtissant un vaisseau de six à sept mille quintaux, et le cou- 
jnd devant son entrée. On ne peut pas faire autre chose au dil 
fine sans faire un débarquement a terre. A huit lieues ou envi- 
l'ouest du cap Zebi, on trouve un golfe dans renfoncement 
il y a une jolie ville appelée Bizerte. Sa situation est sur le 
; la mer, elle est défendue par quelques petits forts, mais tou- 
r r ec la même artillerie, c'est-à-dire petite et méchante. Nos vais- 
euvent mouiller si prés qu'ils veulent, n'y ayant rien à craindre 
Il est fort aisé de canonner et bombarder le dit Bizerte. Voilà 
qui est digne de remarque a l'ouest de Tunis. Je viens a l'est 
nt de la rade de Tunis par nord-nord-est, a dix lieues, on 
e cap Bon ; quand on l'a doublé par sud-est, on trouve un cap 
uel il y a une forteresse appelée Galipie ' ou il n'y a rien à 
; là on entre dans le golfe de la Mamette ' au fond duquel il y a 
le appelée Sousse, ville très riche, étant la seconde après 
par son gros trafic d'huile, s'y embarquant toutes les années 



te ville du littoral souvent confondue avec l'Ile de La Galile. 

'urd'hui Hammamet. 



«dr* Google 



[1727] AVEC LA COUR DE PRANCE 189 

pour Alexandrie d'Egypte trente à quarante mille quintaux, le tout sur 
des bâtiments français. La ville est, de plue, toute remplie de métiers 
de toilerie. On distribue toutes ces toiles dans le royaume de Tunis et 
autres lieux de Barbarie. Nos Français y font aussi plusieurs charge- 
ments de laioes qu'on porte a Marseille. La dite ville est située sur le 
rivage de la mer, formant nue espèce d'amphithéâtre. Elle est fermée 
partout par des murailles assez bonnes, tant sur mer que du côté de la 
terre, mais sans fossés en dehors, ni remparts en dedans, qui ne sont 
point par conséquent a l'épreuve de nos canons de dix-huit à 
vingt-quatre livres de balles, qui les détruiraient bientôt; nos vaisseaux 
pouvant mouiller à un coup de mousquet de la ville, il est très facile 
de la canonner et bombarder. Au haut de la ville et dans son enceinte, 
il y a une espèce de château, garni d'une vingtaine de petites pièces de 
canon, avec trente ou quarante Turcs et un Agha de garnison; les 
murailles de la marine sont aussi montées d'une vingtaine de canons 
dn même calibre, c'est-à-dire de six à huit livres de balles, presque 
tous de fer; il est vrai qu'il y en a un de fonte de vingt-quatre livres de 
balles qui fut pris par la galère de Jannon Khodja, autrefois capitaine 
corsaire ; en cas d'insulte, il faudrait que tous ces canons fussent tirés et 
pointés par des Maures, qui ne savent pas peut-être ce que c'est qu'un 
canon. Pour des munitions de guerre, j'ai entendu dire qu'il y en a très 
peu, je laisse à penser ce que ce serait. 

Il me reste encore à parler d'une ville que les Tunisiens ont à 
l'extrémité de leur pays tirant au sud, appelée Sfax, dont le peuple 
est assurément le plus méchant de tout le Royaume. Elle est située 
est et ouest avec la pointe la plus méridionale de l'Ile de Kerquenis ', 
impraticable pour des gros bâtiments, étant certain que nos vaisseaux 
n'en peuvent approcher de cinq a six lieues par rapport a ces petits 
fonds, et même il leur faudrait de bons pilotes pour approcher & cette 
distance. La dite ville est située sur les bords de la mer, toute muraillée, 
mais Bans canons, si ce n'est dans un petit coin où il y a une espèce de 
château qui est dans la ville gardé par un Agha turc avec un chaouch 
seulement, où il peut y avoir sept à huit pièces, mais toujours de 
méchante et petite artillerie. La ville, quoique petite, est assez riche 
par son commerce d'Alexandrie et par les laines que les Français y 
viennent charger, mais surtout par les grandes fabriques de toiles qui, 
comme a Sousse, se répandent dans toute la Barbarie. La dite ville est 
exempte de garnison turque, parce qu'elle est obligée d'entretenir 

1. Aujourd'hui Kerkenn, près de Stai. 



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* CORRESPONDANCE DES BBYS ET DES CONSULS [173 

.q galiotes de dix-huit à vingt bancs pour garder la côte contre I 
■sairea de Malte; les dites galiotes n'arment jamais qu'il n'y ait no 
le qu'il y a quelque Maltais sur leurs côtes; pour lors, dans s 
ures de temps, elles sont armées avec quatre-vingts ou même ce 
ures chacune, mais assurément il n'y a pas vingt fusils da 
ique galiote; elles ont deux petites pièces de canon de deux livr 
balles ; leurs équipages sont les habitants de la ville, lesquels so 
liges de quitter leur travail pour s'embarquer dessus. De plus, au c 
y&, il y a une quarantaine de petites barques appelées garboui, 1e 
ailes font le commerce de presque toute la côte et surtout < 
rba ' et de Tripoli ; les dits bâtiments se construisent pour la plupf 
dit Sfax. 

*our insulter ce pays, H n'y faudrait que deux bonnes barques ■ 
it pièces de canon, de cent cinquante hommes d'équipage, avec dei 
liotes de seize & dix-huit rames; pour empêcher qu'aucun bàtime 
pôt entrer ni sortir du pays, on pourrait faire mouiller nos bàtimec 
in mille et demi du rivage, et les barques avec des pièces de hi 
dément pourraient fort bien canonner le pays et y mettre l'alarm 
a galiote à bombes pourrait mouiller a demi-lieue de la ville sur d 
ds d'eau, et trente ou quarante bombes qui tomberaient dans 
ie la brûleraient presque toute, parce qu'il n'y a point de jardii 
is bien des maisons les unes sur les autres, pour ainsi dire, et tout 
aplies de marchandises avec beaucoup d'huile. 
)n ne parle point de l'Ile de Gerba, parce qu'elle est moralement ho 
a suite par sa situation. 

Vprès avoir parlé de ce qui concerne les côtes maritimes > 
yaume de Tunis et de ses forces, on dira deux mots de ses forces < 
re. La République pour tous soldats de paye a environ 2,500 Turc 
deux tiers servent de garnison à toutes les forteresses du pays 
ir armer les vaisseaux de la République, et vont au camp ou 
petite armée qui sort toutes les années avec le Bey pour aller fai 
îtribuer les Maures de la montagne, appelés ordinairement Bédouit 
utre tiers, composé des gens vieux ou de charges, reste à la ville • 
nis. La dite République a de plus une quinzaine de mille Maur 
elle paye très peu de chose ; ceux-ci servent à faire figure, pourain 
e, quand le Bey va au camp pour prendre les contributions d 
iouins. "Voilà en quoi consistent les troupes réglées de la dite Rép 
que. La vérité est qu'en cas d'alarme sur leurs cotes, tout le peupl 

. Ile de Djerba, dans le golfe de Gabes. 



t,zed,yGOOg[e 



[1727] AVEC LA COUR DE FRANCE 191 

sans être commandé, sort comme il peut, armé ou non armé; pour 
lors tout cela est innombrable, mais tout cela ne doit être compté ni 
pour hommes ni pour soldats, et je ne crois pas qu'ils puissent tenir 
seulement dix jours, puisque les villes resteraient désertes et qu'il faut 
pourtant manger. * 

Je vus toucher le plus succinctement qu'il me sera possible quelque 
chose du gouvernement du royaume. 

L'autorité souveraine parait aujourd'hui être entièrement sous Bos- 
sein-ben-A.li, Bey régnant, en ce que tous les trésors du pays sont entre 
ses mains, et que de plus il retire tous les revenus du royaume et qu'il 
fait la paye aux soldats, lequel dispose aussi de toutes les charges du 
Gouvernement, en quoi il se conduit par pure politique en contentant 
les grands du pays et faisant en sorte que leur fortune dépende de sa 
conservation. C'est-à-dire qu'il ne lui est pas libre de faire ce qu'il 
veut et est au contraire obligé de faire dans certaines occasions ce que 
les grands veulent, et comme ces grands sont tirés ordinairement du 
commun du peuple, ils ont beaucoup de liaison avec lui et le font mou- 
voir & leur fantaisie. 

Hossein-ben-Ali régnant a été un homme d'assez d'esprit et de con- 
duite pour un Maure de Tunis; vingt années d'un régne florissant pour 
lui, jointes aux grandes richesses qu'il a amassées, l'ont un peu aveuglé 
et lui ont fait oublier ce qu'il est; joignez a cela des canonnière qu'il a 
auprès de lui, qui, peu zélés pour la France, parce qu'ils n'ont pas le 
bonheur de la connaître, le poussent à la mépriser et y excitent encore 
la populace. Je soutiens donc que si présentement le Bey voulait faire 
punir quelqu'un de ceux qui sont venus croiser sur nos eûtes il n'en 
serait point le maître, et que la Milice et la populace se mutineraient 
toute contre lui, ce qui vient de l'ignorance où ces Milice et populace 
sont de la puissance du Roi; et quand quelqu'un du pays qui a été 
en France et sait quelque chose de la puissance du Roi veut le lui repré- 
senter, il passe pour un menteur et pour un chrétien, ce qui est la 
pluB grande injure qu'on lui puisse dire, ce qui l'oblige à se taire et 
à les laisser agir suivant leur peu de génie. 

J'ai cru & propos de donner l'éclaircissement ci-dessus des places et 
forces maritimes du royaume de Tunis, de même que de ses troupes et 
de son gouvernement, pour mieux faire voir la facilité qu'il y aurait à 
réduire ce peuple & la raison. 

Je croîs qu'on pourrait abattre l'orgueil des Tunisiens de la manière 
qu'on va l'expliquer. Si on veut le faire avec éclat et qui serve en 
même temps à tenir en crainte les autres Républiques d'Alger et de 



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192 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [172 

Tripoli, il faut un armement de 4 vaisseaux au-dessus de 60 pièces ■ 
canon avec leur artillerie, de 24, 18 et 12 livres de balle, y joind 
3 frégates comme La Loire avec 4 barques dé 6 à 8 pièces de cano 
années de 150 hommes d'équipage, plus 3 galiotee & bombes et 4 galiot 
a rames de 16 a 18 bancs chacune, avec 2 petites pièces de canon t 
80 a 100 hommes d'équipage. Cet armement étant fait, il faut insult 
tout à la fois les places dont on a donné la description, afin de mett 
tout & coup le désordre et la confusion dans le pays et obtenir pi 
tôt ce que le Roi souhaite ; pour cet effet, il faut distribuer l'escadre < 
la manière suivante : 

Un vaisseau avec une frégate sont plus que suffisants pour battre 
mettre en poudre les châteaux de La Goulette; joignez-y une barqi 
avec une galiote à rames, pour se tenir et croiser & l'embouchure < 
golfe, afin d'empêcher qu'aucun bâtiment ne puisse passer : voilà 
rade de Tunis battue et bloquée. 

Dans le temps que ces vaisseaux entreront dans La Goulette, il fa 
envoyer un autre vaisseau avec une frégate dans le golfe dePortefarii 
avec une bombarde et une galiote & rames, non seulement po 
canonner et bombarder la place, mais pour empêcher aussi qu'auci 
de leurs bâtiments qui sont dans leur port puisse sortir. On fera ail 
en même temps un autre vaisseau avec une frégate et une galiote 
bombes devant Bizerte pour canonner et bombarder de même. Pare 
ordres seront donnés à l'autre vaisseau et bombarde d'aller insuit 
de la même manière Sousse. Il reste encore 3 barques et 2 galiotes 
rames, dont 2 tant de l'un que de l'autre doivent être envoyées et po 
tées devant Sfax, pour empêcher que personne ne puisse ni entrer 
sortir de la dite ville; c'est tout ce qu'on peut faire au dit pays à moi 
qu'on ne veuille y mettre pied à terre. L'autre barque et galiote cro 
seront le long des côtes pour empêcher qu'aucun bâtiment n'en puis 
approcher, de quelque nation qu'il soit. 

Il est certain que toutes ces attaques étant faites dans le même temp 
elles feront soulever généralement tout le pays, et qu'on verra aecoui 
de toutes parts plus de 100,000 hommes sur tons les rivages, et p. 
conséquent tout commerce sera interrompu, la culture des tern 
négligée, et après le dommage qu'on fera aux places et la mortali 
ou carnage que feront nos canons, les peuples qui ne sont du tout poi 
accoutumés à la guerre, se voyant surpris et attaqués de tons côt 
sans pouvoir trouver aucun secours, crieront en même temps contre 
Gouvernement et demanderont qu'on voie la fin de cette guerre. Poi 
lors, il est certain qu'il faut de nécessité que le Bey envoie a nos Con 



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(17x7] AVEC LA COUR DE FRANCE 193 

mandants pour savoir ce qu'ils souhaitent (supposé que dans un tel 
soulèvement il ne soit point massacré); c'est alors qu'on pourra 
demander, presque & coup sur d'obtenir tout ce qu'on voudra, et je 
crois même qu'il ne serait pas impossible de faire payer par dessus les 
frais de l'armement, le Bey ayant des trésors immenses et le peuple 
étant très riche. Si on refusait de satisfaire aux demandes, on conti- 
nuerait de tenir le pays bloqué sans qu'aucun bâtiment puisse entrer ni 
sortir d'aucun de leurs ports, en feignant de temps en temps de vouloir 
débarquer pour tenir le peuple en alarme. J'oserais répondre sur ma 
tête que dix jours, pour le plus tard, de pareilles manœuvres ne seraient 
point encore passés qu'on obtiendrait tout ce qu'on demanderait, car 
les places qu'on attaquerait sont d'un grand commerce, et d'ailleurs ils 
ne peuvent guère se passer de nos bâtiments français pour transporter 
leurs effets en Turquie, en Egypte et aux côtes de Barbarie pour en 
rapporter ce qui leur est nécessaire. 

Quand ils auraient été une fois attaqués et humiliés, de cette façon, 
eux et les autres Républiques de Barbarie se souviendraient de cet 
exemple, et le nom français serait en respect dans toute la Barbarie; 
autrement, nonobstant toutes les promesses qu'on pourrait faire, si le 
peuple n'est pas châtié, ils n'en exécuteront rien parce que le Bey ni le 
Gouvernement ne sont pas bien les mailres de la populace, que l'opu- 
lence et l'oisiveté ont tout à fait enorgueillie. 

Je ne trouve aucun inconvénient qui puisse faire manquer l'effet du 
présent projet, si ce n'est que les Algériens se missent de la partie en 
voulant leur donner du secours par mer avec leur escadre de 7 & 8 vais- 
seaux de 44 à. 50 pièces de canon ; et quand même ils l'entreprendraient, 
ils ne pourraient le faire qu'on n'en fût averti à l'avance, et tous les 
vaisseaux qui seraient & Bizerte se joignant avec ceux qui seraient 
devant Portefarine et aLaGoulette, ils seraient plus que suffisants pour 
repousser les Algériens et lès empêcher de faire aucune entreprise. 

La nation française à Tunis se trouve aujourd'hui très petite, et notre 
Consul M. Pignon, qui est un homme de premier mérite, trouvera aisé- 
ment les moyens de la faire embarquer et de s'embarquer lui-même, 
quand les avis lui en seront donnés par quelque capitaine ou patron 
qu'on choisirait, pour ce sujet, homme d'esprit et fort secret, lequel 
commanderait quelque barque paraissant caravaner avec ordre d'agir 
de concert. 

Tout ce qu'il faudrait observer dans cette affaire, ce serait d'avoir 
une quantité de bons pilotes de la côte de Barbarie, ce qui ne serait 
pas bien difficile, y ayant en Provence une quantité de patrons qui ont 

13 



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194 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [175 

longtemps caravane dans ce pays-là, pour eu savoir tons les inouillag» 
non seulement des Yilles à attaquer, mais encore d'une quantité d'à 
très mouillages, de même que des environs où l'on peut faire du bi 
et de l'eau. » 

(Marine, B 7 »l.) 



PÉTIS DE LA CBOIX AU C w DE KACRIPAS. 

419. — Chalon-sur-Saône, 29 septembre f727. — À son arrivée 
s'est mis en relation avec H. Burgat, subdélégué de l'Intendance, 
avec M. de Saumaize, commandant de la citadelle, qui se sont mis à ! 
disposition pour lui faciliter l'exécution de ses ordres. L'auberge t 
Faucon, située au centre de la ville, loin de la rivière et assez rappr 
chée de la citadelle, a été choisie pour loger les Tunisiens. Les porl< 
de la ville et les passages de la rivière seront gardés par unecomp' 
gnie de bourgeois sous la surveillance des invalides, qui feront m 
ronde perpétuelle. Si la conduite des Tunisiens oblige de mettre cl 
gardes & leur porte, H. de Saumaize y mettra des invalides. Il atler 
les Envoyés et, dès leur arrivée, il rendra compte des dispositions c 
il les aura trouvés. 

(Affaire* étrangère*, C" de Tunii.) 



PÉTIS DE LA CROIX AU C 1 * DE MAUBEPAS. 

420. — Ckalon-sur-Saône, 6 octobre 1727. — Les trois Envoyés A 
Tunis ' sont arrivés le samedi 4 courant, accompagnés du sieur de 1 
Magdeleine et suivis de six domestiques. Il les a fait conduire en cai 
rosse à l'auberge du Faucon, où on leur a choisi un logement. Toute 
les tentatives qu'il a faites pour obtenir de ces Tunisiens la remise o 
au moins la communication de leurs ordres et de leurs lettres son 
restées sans résultat. Deux invalides montent la garde de sept heure 
du matin à neuf heures du soir, heure & laquelle de la Croii fai 
fermer la porte de l'auberge, et personne ne sort plus sans sa permis 
sion. 11 a fait défendre aux bateliers de passer ni mener personne qui n 
leur fût bien connu : outre cela, il y a une garde de trente bourgeois qu 
gardent quatre par quatre les portes de la ville et les issues de la rivière 
ils ont ordre de ne laisser entrer ni sortir aucun étranger sans qu'i 

t. Hadji- Hassan, Youssouf-Khodja et Ahmed. 



t,zed,yGOOg[e 



[tf*7] AVEC LA COUR DE FRANCK 193 

dise qui il est et où il va. La nuit, les portes de la ville sont fermées 
et la garde doublée sur la rivière, de telle sorte qu'il eat impossible 
aux Tunisiens de s'échapper. L'interprète de la Croix veille constam- 
ment sur leurs démarches et fait tous les jours cinq ou six revues des 
maîtres et des domestiques '. 

(Affaire) étrangère*, <7" de Tunis.) 



DE LA EAGDELEINK AU C* DE *AUBEPAS. 

421. — Chalon-sur-Saône, 1 octobre 1 727. — Le sieur de la Mag- 
deleine envoie l'état des dépenses faîtes pour les trois Envoyés de Tunis 
et leur suite; ce compte B'élève à 1,492 1. 7 s. 4 d. 

(Affaire* étrangères, C" de Tunit.) 

LE C 18 DE MALREPAS A l'ÉTIS DE LA CHOIX. 

422. — Fontainebleau, 4 4 octobre 1727. — Les Envoyés du Bey de 
Tuais ayant refusé de remettre leurs lettres de créance, le Roi a décidé 
de ne plus insister sur ce sujet et de se contenter d'avoir, s'il est pos- 
sible, une explication précise relativement à leur mission. Si leurs pou- 
voirs ne sont pas suffisants, ils doivent écrire au Bey pour en demander 
déplus étendus. Dans le cas où ils prendraient ce parti, le sieur Pétis 
de la Croix devra faire en aorte de savoir ce qu'ils écriront et en rendre 
compte. 

(Affaire* étrangère*, C' de Tunis.) 



LE C** DE HAUBEPAS A PIGNOK. 

428. — Fontainebleau, 43 octobre 4 727. — L'envoi des trois offi- 
ciers du Bey est un moyen de prévenir la juste indignation du Roi dont 
la République de Tunis redoute les conséquences; mais ils seront 
retenus à moitié chemin jusqu'à ce que leur maître ait obtenu de 
Sa Majesté l'autorisation de les lui présenter, et qu'il lui ait d'ailleurs 
donné toute satisfaction sur tout sujet de plainte. Le Consul peut 
assurer le Bey que Sa Majesté donnera audience aux Ambassadeurs dès 

i. Vov. les détails de cette ambassade dans les lettres de de la Magdeleine au 
Ministre, les 3 et S octobre 1121 (Affaire* étrangère*, C» de Tmit). 



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190 CORRESPONDANCE DBS DEYS ET DES CONSULS [17 

qu'il se sera conformé à ses désira, et qu'en attendant ils seront ci 
venablement traités '- 

(Marin*, H~> IIS, f. iii t.) 
PÉTIS DK LA CROIX AU C u DE KAURBPAS. 

424. — Ckalon-tur-Saônc, 13 octobre 1727. — Malgré la sorn 
lance étroite exercée sur les Envoyés du Bey, de la Croix n'oublie r 
pour leur persuader qu'ils sont en pleine liberté, et Us ne savent | 
bien encore ce qu'ils en doivent penser. Us ont appris avec un grs 
plaisir l'ordre donné par le Roi pour que leurs hardes ne fussent j 
visitées et ont cru qu'ils en pouvaient tirer un indice de leur proeb. 
élargissement, mais de la Croix a eu soin de leur signifier que l'inu 
tion de Sa Majesté n'avait été que de leur permettre de faire usi 
de leurs coffres, mais que jamais ils ne sortiraient de Chalon qu 
n'eussent obéi aux ordres du Roi. Ils s'excusent sur l'impossibilité 
ils sont d'enfreindre ceux du Bey sous peine de la vie. 

[Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

PÉTIS DE LA CHOIX AU C te DE MA U REPAS. 

426. — Chalon-sur-Saône, 15 octobre 1727. — La mission c 
Envoyés du Bey paraît se réduire à deux points : le premier, à convei 
des réparations que le Bey doit faire au Roi pour les contraventio 
commises; le second, à obtenir de Sa Majesté le rappel du Corn 
Pignon et le châtiment du comte d'illiers, capitaine du Tigre *, mi 
ils ont ordre du Bey de n'insister sur ce second point qu'autant que ci 
pourra se faire sans porter obstacle à la paix. 

{Affaire* étrangère*, C" de Tunis.) 



PËTIS DE LA CROIX AU C w DE HAUBEPAS. 

426. — Chaton- tur-Saône, 20 octobre il 27 . — De la Croix a connu 
nique aux Envoyés les ordres du Roi. L'explication la plus précise qu 
apu tirer d'eux au sujet de leur .mission est que le Bey, ayant perdu ton 

i. Voy. les lettres du Minisire à l'élis de la Croix des S el 21 octobre 1727, co 
cernant la surveillance des Envoyés tunisiens (Affaires étrangère!, C" de Tunis). 
■ 2. Accusé d'avoir emmené des esclaves tunisiens sur son navire. Voy. la noie 



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[1727] AVEC LA COUR DE FRANCE 197 

confiance dans le sieur Pignon, ne veut plus a aucun prix traiter avec 
lui des satisfactions dues au Roi pour les contraventions commises par 
les corsaires de la République. Il a fait passer en France ses trois 
Envoyés avec une lettre pour Sa Majesté et une autre pour le Ministre, 
en conformité desquelles il leur à ordonné de demander au Roi d'en- 
voyer de sa part, & Tunis, un homme de confiance pour traiter avec lui 
des satisfactions qu'il désirera et être témoin de leur exécution. 

Les Envoyés eont si persuadés que leur maître ne traitera plus d'af- 
faires avec le sieur Pignon qu'ils ont dit que « si le Roi ne veut pas 
envoyer un autre Consul a Tunis, qu'il ordonne au moins que l'on 
y envoie un chien avec une lettre attachée au col, et que le Bey sera 
content et accordera les satisfactions pour l'exécution desquelles ils 
consentent volontiers & rester en otage », Quant a leurs pouvoirs, il 
parait qu'ils sont suffisants puisqu'ils se portent garants des répara- 
tions a nous accorder. 

. (Affaires étrangère», C"< de Tunii.) 

LES ENVOYÉS DE TUNIS AU C" DE HAUBBPAS. 

427. — Chalon-sur-Saône, 20 octobre 1 727. — « Très puissant, très 
excellent, très débonnaire Ministre, Conseiller d'État magnifique, sou- 
lien du monde, arbitre des affaires des nations, notre très magnifique 
Seigneur, après avoir présenté nos respects et nos hommages a Votre 
Grandeur de haute réputation et l'avoir assurée des voeux que nous 
faisons pour elle, nous vous informons de notre état qui est que, par 
la grâce de Dieu, nous sommes arrivés a Toulon en bonne santé le 
7 septembre de la présente année; aussitôt l'Intendant de Toulon ' nous 
a envoyé son Secrétaire ', qui nous a dit que votre Consul avait informé 
depuis un mois M. l'Intendant que nous étions nommés pour venir 
en France, qu'il en avait aussitôt donné avis au très magnifique Empe- 
reur de France son maître, et qu'il comptait recevoir dans deux ou 
trois jours au plus tard les ordres de Sa Majesté sur ce qu'il aurait 
à faire. Nous étant donc conformés a cet ordre, deux jours après, le 
même Secrétaire est revenu à bord et nous a dit que les ordres de 
Sa Majesté étaient arrivés, qu'ils portaient que si les Ambassadeurs de 
Tunis arrivaient en ce port on leur y fit faire la quarantaine et qu'on 
les y reçut avec civilité, enfin qu'on les mît sous la conduite du sieur 



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198 CORRESPONDANCE DES BEÏS ET DES CONSULS [Vit 

de la Magdeleîne, l'un de ses officiers, et qu'on les fit partir au pins l 
avec lui pour se rendre incessamment auprès d'elle. Nous noussommi 
donc conformés aux ordres magnifiques de Sa Majesté Impériale, et i'o 
nous a fait partir en pen de jours : la diligence de la route a été tel 
qu'en douze jours nous sommes arrivés & Chalon où H. de la Croi: 
interprète de Sa Majesté, est venu au-devant de nous et nous a fait de 
cendre dans la maison qui nous était destinée, et le lendemain noi 
a parlé en ces termes : — « Je viens de la part du très magnifique Emp 
reur de France mon maître et du très excellent Ministre mon Seigneo 
pour vous demander la remise de vos lettres de créance et de r< 
ordres et, si vous ne pouvez pas me les remettre, pour que vous ayez à c 
les communiquer, parce que l'indignation de l'Empereur mon malt 
est telle qu'il ne veut point que vous paraissiez devant lui. » — Ce q 
a jeté vos serviteurs dans une grande surprise. Nous lui avons demao< 
ce que signifiait cette déclaration, a quoi il nous a répondu : — * No 
ne vous reconnaissons point comme Ambassadeurs, et jusqu'à ce q 
les difficultés que nous avons avec Tunis soient finies à la satisfa 
tion de Sa Majesté Impériale, il vous est défendu de sortir de cel 
ville, soit pour avancer en avant, soit pour retourner en arrièi 
soyez-en bien informés. » — Nous lui avons aussitôt répondu que no 
étions prêts a obéir aux ordres de Sa Majesté Impériale, mais que le B 
notre maître nous avait défendu de remettre ni communiquer à person 
les lettres d'amitié dont il nous a chargés pour Sa Majesté Impérii 
et pour Votre Grandeur avant d'être arrivés auprès d'elle ; qu'ainsi no 
ne pouvions le faire, et nous l'avons prié d'en informer Votre Grandei 
parce que, comme nous savons qu'elle n'ignore pas les usages des Réf 
bliques de Barbarie, noua espérons qu'elle ne voudra pas nous je 
dans un malheur certain qui nous arriverait si nous désobéissions. Q: 
torze jours après Votre Grandeur a envoyé des ordres qui contenait 
que, puisque la crainte nous empêchait de remettre nos lettres, uo 
eussions à écrire au Bey de Tunis que l'intention de l'Empereur est q 
nous demeurions en cette ville jusqu'à ce qu'il ail exécuté entièren» 
les satisfactions demandées de la part de Sa Majesté Impériale. ( 
Monseigneur, nous n'avions pas reçu de semblables ordres. Le Bey no 
maître nous a chargés de lettres d'amitié conformément à l'ancien 
union et à la bonne intelligence qui règne entre les deux nations, 
vous nous faites la grâce de nous permettre d'aller auprès de vous 
de conférer avec vous, nous espérons, avec l'aide de Dieu, procui 
l'avantage des deux nations; mais si vous nous refusez cet honnei 
ayez au moins agréable d'envoyer à Tunis un homme de votre part, 



t,zed,yGOOg[e 



[1727] AVEC LA COUR DE FRANCE 199 

que tous jugerez à propos, avec ira de noue trois, et les deux autres 
demeureront ici en otage et serviront de caution que les réparations 
seront faites conformément aux articles des Capitulations et qu'il n'ar- 
rivera rien qui puisse altérer l'ancienne amitié et la bonne correspon- 
dance, car, très excellent Seigneur, que cette affaire se termine par la 
voie de votre Consul, c'est une chose qui ne sera absolument jamais. Au 
reste nous n'avons pas cru devoir écrire au Bey notre maître ni l'in- 
former de ce qui nous est arrivé, de peur que peut-être, ne concevant 
pas bien ce que nous lui manderions, il ne crût que nous sommes ici 
prisonniers. Si néanmoins Votre Grandeur juge à propos que nous le 
fassions, elle n'a qu'à nous envoyer ses ordres, de même que pour 
envoyer un de nous trois a Tunis; nous sommes prêts à y obéir. » 

{Affaires étrangère*, C" de Tunis.) 
PÉT1S DE LA CROIX AD C° DE KAUREPAS. 

428. — Chalon-tur-Saône, 24 octobve 1727. — Après bien des 
démarches et des pourparlers, de la Croix est enfin parvenu a avoir 
communication de la lettre du Bey au Roi, ainsi que des instruc- 
tions que le Bey a données, écrites de sa main, & Youssouf-Khodja. 
Apres les titres les plus honorables que les Républiques de Barbarie 
aient jamais donnés au Roi, le Bey déclare à Sa Majesté qu'il a toujours 
été et sera toujours ferme et inébranlable dans l'observation des traités 
existant entre la France et Tunis. 11 se plaint ensuite du sieur Pignon, 
qui depuis un an ou environ cherche a troubler la bonne intelligence 
entre les deux États. Il assure le Roi de la disposition ou il est de 
châtier d'une manière exemplaire les nouvelles infractions aux traités, 
et supplie Sa Majesté d'être persuadée qu'il n'a eu aucune part aux 
contraventions et n'y a donné aucun consentement. Ensuite il raconte 
l'arrivée de l'escadre de M. de Hons ' et termine par une plainte contre 
M. le comte d'Illiers, qui a distribué des esclaves tunisiens sur les 
vaisseaux de l'escadre. Dans le cours de cette lettre il prie le Roi d'en- 
voyer à Tunis un homme sage qui s'informera comment les choses se 
sont passées et avec lequel ii ajustera toutes ces affaires. Il finit en 
disant que, persuadé des mauvaises intentions du Consul, H prie Sa 
Majesté d'avoir égard aux représentations que lui feront de sa part ses 
Envoyés. 

(Affaira étrangère», C" de Tunis.] 

1. Voj. la note 1, p. 1S1. 



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CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1737] 



LK C" DE MAUREFAS AUX ENVOYÉS DB TUNIS. 

429. — Fontainebleau, 39 octobre 1727. — « Magnifiques Seigneurs, 
J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite le 20 de ce mois pour m'in- 
former de la conduite qui a été tenue & votre égard depuis votre débar- 
quement a Toulon jusqu'à votre arrivée à Chalon, où l'Empereur mou 
maître a envoyé le sieur de la Croix avec ses ordres pour vous empêcher 
de passer plus avant pour venir a sa Cour. Les insultes et les contra- 
ventions des corsaires tunisiens sont si graves que Sa Majesté Impé- 
riale n'en pourrait dissimuler son juste ressentiment sans Taire tort è 
sa gloire; ainsi elle veut, avant que de reconnaître en vous le caractère 
dont vous prétendez être revêtus, ne vous admettre à aucune proposi- 
tion ni négociation, que leBey n'ait commencé a donner des satisfac- 
tions réelles et effectives, s'il ne veut attirer sur lui et la République des 
malheurs qu'il ne peut trop prévenir. J'ai rendu compte & Sa Majesté 
Impériale de la proposition que vous faites d'envoyer une personne de 
sa part a Tunis pour Taire convenir le Bey de ces satisfactions et les 
voir effectuer, afin qu'à son retour, et sur les preuves qui en seront don- 
nées, Sa Majesté Impériale puisse être persuadée que le Bey et la 
République ne manqueront plus à l'avenir & l'exacte observation des 
traités. Elle entrera volontiers dans cet expédient, pourvu qu'elle 
sache de quelle manière sera reçue a Tunis la personne qu'elle y 
enverra. Il faut donc que vous écriviez au Bey pour le prévenir de 
cette disposition et lui marquer d'expliquer les siennes sans perdre 
un moment. Vous pourrez charger de votre lettre le sieur de la Croix 
pour l'envoyer a Marseille où je donnerai les ordres nécessaires pour 
la Taire passer par la première occasion à Tunis, et sur la réponse que 
vous aurez, Sa Majesté Impériale verra quelles mesures elle aura à 
prendre. Il serait inutile, au surplus, que l'un de vous accompagnât la 
personne que Sa Majesté Impériale enverra. Elle traitera seule avec le 
Bey et, afin qu'il n'ait aucun sujet de craindre que le Consul y ait quelque 
part, elle pourra lui donner ordre de sortir de Tunis pour revenir en 
France lorsque la personne envoyée sera débarquée, puisque sa con- 
duite est devenue suspecte et désagréable au Bey. Mais il faut user de 
diligence et savoir dans peu ses intentions. En attendant qu'il s'en 
soit expliqué par une réponse, vous continuerez d'être traités avec la 
même douceur, la même sûreté et les mêmes égards que l'on a eus 
pour vous jusqu'à présent. Je souhaite Torique le Bey soit résolu a 



t,zed,yGOOg[e 



[11ÎT] AVEC LA COUR DE FRANCE 201 

donner à Sa Majesté Impériale les satisfactions qu'elle désire, afin de 
rétablir la bonne correspondance qui a ci-devant été gardée récipro- 
quement entre les Français et les Tunisiens et que Sa Majesté Impé- 
riale maintiendra de tout son pouvoir, lorsqu'elle aura des preuves 
réelles de l'attention du Bey a faire la même chose de son coté. Je vous 
souhaite une parfaite santé et vous prie de me croire votre très sincère 
ami. » 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



PIGNON AU C le DR MAUREPAS. 

430. — Sizerte, 4 novembre 1727. — Pignon s'est rendu à Bizerte 
pour observer les réparations que le Bey fait faire aux fortifications- de 
cette ville, qui consistent en un fort carré situé au nord de la colline, 
de peu de défense et dont le canon ne pourrait atteindre des vaisseaux 
mouillés a l'est. Ce fort est armé de huit mauvaises pièces de canon. 
A l'entrée du port existe une courtine flanquée de deux tours carrées, 
garnie de quatorze pièces de canon en assez bon état. Vers la plage, 
sur une petite émipence, est un fortin qui forme un triangle avec les 
deux fortifications précédentes, armé de quatre pièces de canon en 
boa état. La maçonnerie de ces fortifications est très mauvaise ; elles 
sont d'ailleurs défendues par des troupes résistantes. 

(Affaira étrangères, G" 1 de Tunis.) 



LES ENVOYÉS DE TUNIS AU G 1 " DE MAUREPAS. 

431. — Chalon-sur-Saône, 5 novembre 1 727. — « Très puissant, très 
excellent, très débonnaire premier Ministre, nous avons reçu la lettre 
dont vous noue avez honores, qui nous a remplis de joie. Nous sommes 
tout prêts & écrire au Bey notre maître, mais nous avons trouvé dans 
le mémoire des demandes du Roi deux articles qui nous ont frappés. Le 
premier est le denier dix et le quart en sus des sommes à restituer, et 
le second est le pardon que Sa Majesté désire qu'on lui demande, qui 
sont absolument défendus par la religion mahométane, parce que 
nous Bavons que ni le Bey ni le Divan ne consentiront jamais à 
des propositions qui seraient contraires a nos lois. L'appréhension 
que nous avons que celles-ci ne causent quelque froideur entre les 
deux Etats nous oblige de supplier . Votre Grandeur de vouloir bien 



t.zed.yGOOgle 



Î02 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DBS CONSULS [11 

supprimer ces deux articles; elle fera par la une action bien ni 
tante en ne demandant rien contre la justice et ne causant aucune al 
ration à l'amitié. Pour ce qui est des autres demandes de Sa Majei 
nous les lui exposerons volontiers dans la lettre que nous lui écriro 
et nous espérons que le Seigneur nous favorisera d'une heureuse réuts 
Cependant c'est à Votre Grandeur à en ordonner ce qu'il lui plaira. 
{Affaira étrangères, C" de Tiaiii.) 



LE C lc DE KAUBEPÀS A FÉTIS DI LA CHOIX. 

433. — Fontainebleau, 12 novembre 1 1%7. — En réponse a la lel 
des trois Envoyés du Tunis, par laquelle ils marquent la répugna 
qu'aura le Bey à demander pardon des offenses faites au Roi et à pa 
des intérêts et des dédommagements, en outre de la restitution 
bâtiments et effets pris par les corsaires, le sieur Pétis de la Cr 
pourra les assurer que Sa Majesté n'abandonnera pas ces deux artic 
mais qu'elle se prêtera à en modifier la forme de façon à ne pas bief 
la religion des Turcs '. 

(Affaires étrangère!, C*' de l'unit.) 

PIGNON AU C" DE MÀUKEt'ÀS. 

433. — Tunis, S décembre 1727. —Le Bey est parti depuis qui 
jours avec 4,000 hommes environ pour exiger la capilation 
Maures. On ne croit pas qu'il revienne de ce voyage, car sa tyrannie 
devenue insupportable à ses sujets, qui ont résolu sa perte. Il y a cou 
lui une puissante conspiration dont son neveu, Pacha de la Ré 
blique, est le chef et qui a pour complices le Dey, l'Agha du chftleai 
un Cheik des Maures de la campagne. Celui-ci est attendu dans dix 
douze jours. Le Pacha se rendra au château pour s'y faire proclamer I 
au bruit du canon, puis il passera au Divan pour s'y faire reconnsl 
et donner la paye aux troupes, qu'il augmentera de quatre livres < 
sols par mois; le même jour plusieurs des conjurés, qui sont auprès 
Bey, doivent le tuer et égorger ses quatre fils. Cette tragédie doit i 
suivie d'une seconde; il y a une autre conspiration qui doit faire pi 



1. Voy. aussi, sur la mission des Tunisiens, les lettres du Ministre à Pétis d 
Croix des 29 octobre, 2 novembre, 3 et 20 décembre 1721, If janvier et 4 len 
4728 (Affairte étrangère*, O" de Tunis). 



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[1798] AVEC LA COUR DE FRANCE SOS 

le Pacha, chef de la première ; elle est composée de plusieurs Tares 
considérables et des principaux cheiks des Maures qui doivent élire 
pour leur Souverain le petit-fils de Horad, mort Bey de Tunis en 1040 ', 
se déclareront contre le dit Pacha et le massacreront avec ses enfants 
pour que la race du Bey, dont il est le neveu, soit éteinte. Le Kiaya 
est informé de la première conspiration et garde le silence, se flattant 
que le Pacha aura le même sort que le Bey et qu'il leur succédera. 
Pignon a cru devoir informer le Ministre de ces nouvelles; effective- 
ment, si ces troubles se produisent, le Roi pourra profiter d'une occa- 
sion favorable pour obtenir tout ce qu'il voudra, comme le fit en 1685 
M. le Maréchal d'Estrées *. 

(Affaires étrangère!, C*' de Tunis.) 



PIGNON AU C" DE KAUBRFAS. 

434. — Tïiim, 5 décembre 1727. — Le Kiaya, qui commande à 
Tunis en l'absence du Bey, a déclaré ne pas vouloir permettre qu'aucun 
Français sortit de ce paye. Sur les plaintes que lui a faites Pignon au 
sujet d'une défense aussi contraire au droit des gens, il a répondu qu'il 
était obligé d'agir ainsi pour éviter les murmures de la populace qui, 
voyant embarquer les Français, s'imaginait que le Roi voulait faire la 
guerre à la Régence. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



LE C 10 DB MAUHBFAS A PIGNON. 

436. — Marly, 21 janvier 1728. — Le Consul devra éviter tout ce 
qui pourrait le faire soupçonner, lui et la nation, de prendre part à la 
révolution dont le gouvernement de Tunis est menacé. Sa Majesté 
approuve qu'il ait fait comprendre au Bey que la garde établie auprès 
de ses Envoyés ne peut rien avoir d'offensant pour eux ; au contraire, 
elle a pour but de leur faire honneur et de les protéger. 

Le Roi approuve également qu'il ait fait embarquer d'avance les 
femmes et les enfants pour faciliter la retraite de la nation si elle deve- 
nait nécessaire. Quant au sieur Bourguet, soupçonné de complicité avec 
le Bey contre l'exécution de ce projet, il pourrait être plus dangereux 

t- Voy. l I, p. 138. 
Voj., en ce qui concerne le maréchal d'Estrées, t. I, p. 333, n. 2, et p. 349. 



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304 correspondance: des beys et des consuls riiî8] 

de le faire repasser tout de suite à Marseille que de le laisser à Tunis; 
l'essentiel est de le faire surveiller, pour le faire punir ensuite. Le 
sieur Pétis de la Croix a su par les Envoyés de Tunis qu'il fallait moins 
accuser la République, que les Consuls de l'Empereur et du Roi d'An- 
gleterre du retard que le Bey apporte dans les satisfactions demandées 
par le Roi. Ces agents sont chargés par leurs maîtres d'en détourner 
le Bey et de lui offrir tous les secours qu'il a reçus jusqu'ici de la 
France pour son commerce. 

(Marine, B' tSI,f. H.) 

PÉTIS DE LA CHOIX AL' C" DE UAUREPAS. 

436. — Chalon-sur-Saône, 28 janvier 1728. — Les plaintes du 
Consul Pignon contre la tyrannie du Bey s'accordent mal avec les dires 
unanimes des Envoyés qui, tout en peignant naïvement ses défauts, 
s'accordent à reconnaître qu'il est le meilleur souverain du monde, 
constamment préoccupé du bien-être de ses sujets. '" ■ 

Le chef de la conspiration, d'après Pignon, est petit-fils d'un Bey 
nommé Osta-Morad, mort en 1640; il se nomme Hadji Hamouda. Les 
Envoyés le regardent comme un fou et, d'après leur rapport, il est si peu 
propre & être le chef d'une conspiration qu'il suffirait même qu'il en 
eût connaissance pour que son étourderie la fit aussitôt découvrir. Il 
est fort difficile a un Pacha de former de pareilles entreprises, car il 
lui est défendu de 'sortir de son palais, où il est assujetti à la surveil- 
lance étroite de plusieurs officiers du Divan qui sont témoins de toutes 
ses conversations. Dans ces conditions la conjuration parait chimé- 
rique. Les Envoyés, consultés sur l'effet que pourrait produire un chan- 
gement de gouvernement, ont assuré qu'un nouveau Bey ne pourrait se 
dispenser d'accorder les satisfactions demandées, et le ferait d'autant 
plus volontiers qu'il aurait besoin d'affermir son autorité et de pacifier 
la République. 

{Affaire! étrangère*, C" de Tunis.) 



CIRCULAIRE AUX CONSULS RU LEVANT ET DB HARBAHIG. 

437. — Marhj, 4 février i 728. — On leur indique dans quelle forme 
doivent être les étate du commerce qui se fait dans leur Échelle, 
états qu'ils doivent envoyer régulièrement tous les trois mois. Ils 
ferpnt connaître quelle est la réputation des draps et étoffes des manu- 



«dr* Google 



(1728] AVEC LA COCR DE FRANCE ' 2QK 

factures du royaume, les défauts de fabrique et de teinture & signaler, 
le prix courant des marchandises tant d'entrée que de sortie et le 
change réciproque de toutes les Échelles. 

(Marine, B' 13/, f. iO v.) 



PIGHOS AU C'° DH MAl'RKPAS. 

438. — Tunis, Si février 1728. —Ali-Pacha, neveu du Bey ', s'est 
enfui le 20 courant. Le Bey a mis à sa poursuite environ 1,500 hommes, 
divisés en quatre troupes, qui selon toute apparence ne l'atteindront 
pas. 

(Affaira étrangère», C de Tunis.) 



PBTIS DB LA CHOIX AU C, t0 DE UAUREPAS. ' 

439. — Chalon-sur-Saône, 23 février 1728. — Un des Envoyés, 
Hadji Hassan, est tombé dangereusement malade. De la Croix demande 
qu'en cas de décès il soit assigné un lieu honorable de sépulture et que 
ses coreligionnaires ne soient pas troublés dans la cérémonie qu'ils 
feraient & ses funérailles. 

Un domestique de Youssouf-Khodja ayant insulté le sieur de la Magde- 
leine, de la Croix s'en est plaint à son maître, qui le laissa libre de 
le châtier comme il lui plairait; il l'a fait conduire à la prison royale 
et mettre au cachot. 

(Affaira étrangères, C" de Tuait.) 



PIGNON AU C l ° DB MAURBPAS- 

440. — Tuait, 2 mart 172S. — Ali-Pacha n'a pas été rejoint dans 
sa fuite par les 1,300 cavaliers envoyés à sa poursuite, 11 s'est rendu sur 
les montagnes des Oussclètes, a trente lieues de Tunis, dont les habi- 
tants se sont souvent opposés à la domination des Beys. L'opinion com- 
mune est que le Pacha détrônera son oncle, qui prendra la fuite au pre- 
mier soupçon de défection des Turcs. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

la révolte d'Ali-Pacha les Annales tunisiennes, de 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DBS CONSULS [1138] 



LES ENVOYÉS Dl TUHIS AD C u DI MAUHKPAS. 

441. — Chalon-tur-Saône, iS mort 1798. — « Puissant, heureux, 
compatissant, grand Ministre, illustre conseiller qui par vos prudenta 
avis réglez les affaires de l'univers, notre Seigneur et maître; après 
avoir assuré Votre Grandeur de nos proronds respects, nous avons 
l'honneur de vous représenter que nous avons eu le bonheur d'être 
honorés par la réception des lettres qui nous ont été envoyées de 1» 
part de notre Seigneur et maître le Bey de Tunis. Mais l'affaire ne pou- 
vant pas être décidée par la médiation du Consul qui est à Tunis, il 
nous a ordonné de faire connaître à Votre Grandeur qu'il est nécessaire 
d'envoyer avec nous à Tunis une personne entendue et choisie de voire 
part, a laquelle on fera tous les honneurs c onr a nablea à l'ancienne 
intelligence, et que certainement tout sera terminé selon la justice et le 
droit convenables, et il nous a même constitués les cautions des événe- 
ments. Ainsi, nous prions Votre Grandeur de nous permettre d'être 
présentés devant vous et de faire partir au plus tôt la personne que vous 
voudrez envoyer; il n'y a que Dieu seul qui sait ce que nous, vos servi- 
teurs, souffrons depuis sept mois; il vaut mieux nous en délivrer. Ad 
reste cela dépend de Votre Grandeur. Vous êtes le maître d'ordonner 
ce qu'il vous plaira. Nous continuons nos vœux pour votre conserva- 
tion. * 

[Affaire» étranqirei, C"' de Tunit.) 



PIOItOR AU C u DE HAURKPAS. 

443. — Tunis, t5 mars 1728. — Les habitants des montagnes des 
Ousselètes ont déclaré au Bey qu'ils reconnaissaient le Pacha son neveu 
pour leur souverain et le défendraient jusqu'à la dernière goutte de leur 
sang. Celte déclaration irrita beaucoup le Bey dont l'armée est aujour- 
d'hui de 40,000 hommes, mais malgré de grands préparatifs pour atta- 
quer les montagnards par différents endroits on croit qu'il n'en fera 
rien, de peur d'être trahi par ses troupes, qui ne l'aiment pas; il tâchera 
ser la constance des assiégés et de les corrompre, 
troubles actuels fournissent au Roi une occasion favorable d'ob- 
lans coup férir toutes les réparations nécessaires et un traité de 
.vantageux. Il est même probable que ce traité sera suivi de près 
ne rupture avec l'Empereur, car le Bey l'a promise avant son 



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[1728] AVEC LA COUR DE FRANCE 201 

départ, et si le Pacha est victorieux, il permettra a ses sujets la course 
sur ceui de l'Empereur. 

(Affaire* étrangère», C" de Tunis.) 

LE C* DE MAUREPAS AUX ENVOYÉS DE TDHI8. 

443. — Versailles, 22 mars i 728. — « Magnifiques Seigneurs, j'ai 
reçu la lettre que vous m'avez écrite le 13 de ce mois pour m 'informer 
des intentions du Bey votre maître et des difficultés qu'il a faites d'ac- 
corder, a la réquisition du Consul, les satisfactions qui lui ont été deman- 
dées. Sur le compte que j'eu ai rendu & Sa Majesté Impériale, elle m'a 
paru peu satisfaite de ces retardement* qui semblent ne tendre qu'il 
éluder les satisfactions. Cependant elle a bien voulu, pour donner encore 
au Bey votre maître une marque de sa bonté et de son amour pour la 
paix, envoyer à Tunisie sieur de la Croix * pour être témoin des satis- 
factions et réparations qu'elle demande, et elle a consenti que Youssouf? 
Khodja, l'un de vous, y fût aussi envoyé, persuadée qu'il contribuera de 
tout son pouvoir a ce que les satisfactions et réparations soient faites 
uns aucun retardement. Ceux de vous qui resteront à Chalon seront 
regardés comme caution de la parole du Bey votre maître, ainsi que 
vous m'offrez de l'être, tant pour les satisfactions que pour la gracieuse 
réception que vous assurez devoir être faite à la personne qui sera 
envoyée, et ils continueront à y être traités avec la même douceur et 
les mêmes égards que l'on a eus pour vous jusqu'à présent. En atten- 
dant que j'aie pu prendre les mesures convenables pour vous procurer 
les commodités que vous pouvez souhaiter par rapport aux exercices 
de votre religion, je vous souhaite une parfaite santé et vous prie de 
me croire votre sincère ami. » 

(Marine, fli 1 SI, f. 35 e.) 

MEMOIRE POUB SERVIR D'INSTRUCTION A PÉTIS DE LA CROIX, 
EBVOïÉ A TUHIS. 

444. — Versailles, 22 mars i728. — « Le sieur de la Croix partira 
de Chalon le plus tôt qu'il lui sera possible avec Youssouf-Khodja, 
l'on des trois Envoyés que le Bey de Tunis a fait passer en France et 
auquel Sa Majesté a permis de retourner à Tunis. Il aura pour cet 
Eavoyé les mêmes intentions pendant leur route et observera a son 
égard tout ce qui lui a été prescrit a l'égard des trois ensemble. 



z e d, y Goog[e 



S08 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DSS CONSULS [ÏÏH] 

' Il prendra dans les fonds qui ont été remis a Chalon ceux qui lui 
seront nécessaires pour la dépense de leur voyage de Lyon à Marseille. 
Il b' adressera à Lyon au sieur Charron, qui a des ordres pour leur pro- 
curer un logement et les facilités convenables pour les voitures de Lyon 
4 Marseille, soit par eau soit par terre, ainsi que l'Envoyé le jugera le 
plus à propos, et pour cet effet il donnera avis au dit sieur Charron do 
jour de leur départ de Chalon, de celui auquel Us arriveront à Lyon et 
de la qualité des voitures que l'Envoyé aura choisie. 

En arrivant à Marseille, le dit sieur de la Croix trouvera un bâtiment 
prêt à faire voile pour Tunis suivant les ordres qui en ont été donnés 
aux Fchevins et Députés du commerce de Marseille. II trouvera aussi 
les fonds dont il pourra avoir besoin pour les dépenses du reste de son 
voyage, dans l'emploi desquels il lui est recommandé d'observer tonte 
l'économie possible. 

* Lorsque le sieur de La Croix sera arrivé a Tunis, il se dispensera, s'il 
le peut, de loger chez le Consul de France ou chez quelque négociant 
français qui pourrait être suspect aux Puissances dn pays, de même 
que chez ceux qui pourraient être suspects au Consul, notamment le 
sieur. Bourguel, et s'il est obligé de loger chez le Consul, il aura soin de 
marquer aux Puissances du pays que c'est sans affectation et par l'im- 
possibilité où il a été de faire autrement. 

Il conférera avec le Consul sur toutes les circonstances qui concer- 
nent le sujet de sa mission et prendra de lui tous les éclaircissement 
qu'il pourra lui donner, mais il aura attention a ce que ces conférences 
soient secrètes et ne soient point connues des Puissances dit pays, aux- 
quelles il témoignera toujours n'avoir d'intelligence avec le Consul que 
celle qui lui est indispensable et ne lui rien communiquer de ce qui se 
passe. Le dit sieur de la Croix observera de dire qu'il n'est chargé 
d'aucune satisfaction pour les réparations que Sa Majesté a demandées, 
qu'il n'est envoyé que pour presser le Bey de les donner comme ses 
Envoyés l'ont promis de sa part, et pour être témoin de leur exécution. 
... 11 sèmera le bruit de la prochaine arrivée d'une escadre que le Roi 
doit envoyer incessamment a Tunis et dont le commandant aura les 
ordres nécessaires pour recevoir le montant des réparations et con- 
firmer le traité d'union entre les Français et les Tunisiens. 
' Celle escadre devant partir au premier jour du moisde juin prochain, 
il est important de presser l'exécution des satisfactions, de manière 
que Sa Majesté puisse être informée de ce qui aura été décidé par le 
Bey et le Divan avant le départ de l'escadre, afin qu'elle soit en état de 
donner a celui qui la commandera des ordres conformes & ses intentions 



«dr* Google 



[17Ï8] AVEC LA COUR DE FRANCE 2ltë 

elauxcirconstanceB,etpourcetefletil est recommandé trèa expressément 
au dit sieur de la Croix de presser son arrivée à Tuais et d'être exact & 
informer de la situation dans laquelle il aura trouvé toutes choses eu 
arrivant, ce qu'il pourra faire en retenant les bâtiments français qu'il 
trouvera prêts à faire voile pour les cotes de France; et pendant son 
séjour il donnera avis journellement, ou au moins autant qu'il lui sera 
possible, de tout ce qui se passera et du progrès qu'il fera dans les 
affaires dont il est chargé. 

Comme Youssouf-Khodja a assuré que si on l'envoyait à Tunis les 
réparations demandées au Bey seraient accordées dans dix jours au 
plus, lorsque tout sera réglé de ce côté et qu'il ne s'agira que de la 
satisfaction à faire au Roi pour l'insulte faite à son pavillon, le sieur de 
la Croix pourra repasser en France avec Youssouf-Khodja ou avec celui 
que le Bey nommera en sa place pour venir joindre ses deux collè- 
gues et satisfaire & cet article, et en ce cas Sa Majesté leur accordera 
audience. 

Si cependant, contre toute attente, le sieur de la Croix trouvait le 
Bey dans des dispositions contraires à celles qu'il témoigne par ses 
lettres et résolu à risquer plutôt l'événement de la guerre qu'à accorder 
les réparations et satisfactions qui lui sont demandées et qu'il a pro- 
mises, le sieur de la Croix en informera le Consul, afin de prendre de 
concert les mesures nécessaires pour mettre la nation et le commerce 
de l'Échelle en sûreté, Sa Majesté ne présumant pas qu'en aucun 
cas leurs personnes puissent courir aucun risque. II aura soin d'en 
informer par une voie sûre le commandant de l'escadre des vaisseaux 
du Roi dès qu'ils paraîtront devant Tunis et suivra alors les ordres qui 
lui seront donnés. » 

(Marine, B* 1 31, f. 33.) 



PIGNON AU C'° DE MAUREPAS, 

446. — Tunis, 22 mars 1728. — Le Bey qui, à la tête de 
10,000 hommes, tâchait d'intimider les montagnards auprès desquels 
s'était réfugié le Pacha son neveu et de les corrompre par des présents, 
a été cependant forcé, le 1S courant, d'attaquer lui-même, à la tête de 
2,000 hommes, un des retranchements des ennemis pour faire cesser les 
discours des Turcs qui l'accusaient de poltronnerie. 11 fut bientôt obligé 
de reculer, et cette épreuve a complètement découragé ses troupes. Il a 
bit arrêter son frère aîné, père du Pacha, ce qui a excité les murmures 

14 



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210 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1728] 

des soldats, et il ne reste au Bey que l'espoir de lasser la constance 
des montagnards, ou de les porter, a force d'argent, a abandonner leur 
parti. 

(Affaira étrangères, P" de Tiau.) 



PÉTIS DK LA CROIX AU C l * DE HAURBPAS. 

446. — Chaton-tur-Saône, 28 mars 1728. — Les Envoyés de Tunis 
ont témoigné une grande joie a la lecture de la lettre du Ministre. Ceui 
qui restent ne sont point jaloux du départ de leur collègue, ils font des 
vœux pour le Ministre et ont prié de la Croix de lui représenter com- 
bien ils sont mal a Chalon et de le supplier de leur accorder une autre 
résidence. 

{Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 



PÉTIS LE LA CROIX AU C'° DE KAUBEPAS. 

447. — Marseille, 1 avril 1128. — Suivant les ordres du Ministre, 
de la Croix a fait toute la diligence possible et est arrivé dans cette 
ville avec Youssouf-Khodja le 6 courant. Il y a trouvé un vaisseau prêt 
a partir pour Tunis dans deux ou trois jours. Le sentiment général à 
Tunis et & Marseille est qu'il serait bon de hâter l'armement pour que 
l'escadre les portât & Tunis; sa présence le mettrait en état d'exiger 
et d'obtenir des réparations fort au-dessus de celles dont la Cour a 
bien voulu se contenter. 

{Affaire» étrangère», C"' de Tunis.) 



YOUSSOUF-KHODJA AU C" DE MAIIHEPAS. 




448. — Marseille, 7 avril i 728. — a Nous sommes arrivés en cette 
ville le 6 de ce mois en bonne santé. J'ai reçu en arrivant des lettres de 
Tuni s., et j'ai été extrêmement troublé en lisant leur contenu. Je vois 
me impossibilité entière à mon départ pour Tunis dans les cir- 
ées présentes où toute la République est en feu, d'autant plus 
jKiaya, qui m'écrit, me mande qu'il ne reste à Tunis aucun des 
•A et qu'ils sont tous dehors à la suite du Bey, en sorte que nous 
rrions traiter avec personne; d'ailleurs personne ne voudrait 



«dr* Google 



[1728] AVEC LA COUR DE FRANCE Mi 

ni oe pourrait nous écouter, chacun n'étant occupé en pareil cas que 
de ses propres affaires. Toute ma crainte est que Votre Grandeur ne me 
croie menteur, mais puisqu'elle a Sien voulu m'honorer de sa confiance 
et me charger du soîn de conduire cette affaire à sa perfection, j'ai cru 
pouvoir lui représenter qu'il vaut mieux attendre quelques jours a 
Marseille, jusqu'à ce que nous recevions de meilleures nouvelles; 
j'espère qu'elles ne tarderont pas. Je sais qu'il faut que les affaires se 
conduisent avec mesure; cependant le sieur de la Croix me presse de 
partir et semble vouloir m'y obliger, mais ce serait dommage par rap- 
port a. moi, et je sais que l'intention de Votre Grandeur n'est pas que je 
me jette dans un semblable feu. Elle connaît mon zèle pour le service 
de S. M. I. et le sien et mon attachement à la France. Un autre que moi 
serait peut-être moins attentif aux vrais intérêts de cet Empire et par- 
tirait à tout hasard, ce que je ne crois pas devoir faire ; cependant Votre 
Grandeur m'ordonnera ce qu'il lui plaira; je suis tout prêt à suivre ses 
ordres, ayant l'honneur d'être, etc. » 

(Affaira étrangères, C" de Tunis.) 

LE C ta DE HAOREPAS A Y0DSS0UF-KH00JA. 

449. — Versailles, 44 avril 1728. — « Magnifique et illustre Sei- 
gneur, sur le compte que j'ai rendu à l'Empereur mon maître de la 
lettre que vous m'avez écrite le 7 de ce mois. Sa Majesté Impériale a 
bien voulu consentir que vous restassiez à Marseille jusqu'à ce que vous 
eussiez d'autres nouvelles de Tunis. Je souhaite que vous en recevies 
bientôt qui vous permettent de vous y rendre pour terminer les affaires 
avant que l'escadre que l'Empereur fait armer arrive devant Tunis. Je 
vous prie de croire, etc. » 

(Marine, B' 131, f. 41 «.) 



PIGNON AU C l " DE MA CREPA S. 

450. — Tunis, 2i avril i 728. — La guerre quele Bey fait au Pacha 
son neveu sera de longue durée ; ses troupes, qui ont été battues toutes 
les fois qu'elles ont attaqué la montagne, ne veulent plus revenir à la 
charge, et les déserteurs vont grossir le parti rebelle. Malgré le bonheur 
qu'a le Bey de découvrir les conspirations qui se forment contre lui, 
on ne croit pas qu'il évite le sort de ses prédécesseurs. 

Pignon apprend que le Roi a trouvé à propos d'envoyer à Tunis 



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Ht CORRESPONDANCE DBS BBYS ET DES CONSULS [1728} 

H. Pétis de la Croix et Youssouf-Khodja, chargés de réclamer une 
réponse positive. L'occasion est favorable, et la situation des affaires 
du Bey ne contribuera pas peu & la fui faire obtenir. 

(Affaires étrangère*, C* de Tunis.) 

YOCSSOUF-KHOD1A AU C" DR HAUREPAS. 

461. — Marseille, 4 mai 1728. — Il a exécuté les ordres du 
Ministre et se porte garant que le Bey recevra Pétis de la Croix sym 
les plus grands honneurs. Cependant les préparatifs qui se font dans 
les ports de Marseille et de Toulon lui inspirent quelque crainte. Cer- 
tains secrets qu'il connaît lui font croire qu'il vaudrait mieux qu'il 
précédât a Tunis les vaisseaux du Roi '. 

(Affaire* étrangère*. C" de Tunis.) 

1B C' DB MAUBEPAS A PÉTIS DB LA CHOIX. 

462. — Venailles, 5 mai i 13.8. — Comme il y a lieu de croire que 
les affaires seront terminées avaut l'arrivée de l'escadre devant La 
Goulette, aussitôt qu'il la verra paraître il se rendra avec le sieur 
Pignon & bord du vaisseau monté par le commandant, pour exposer à 
MM. de Grandpré et d'Héricourt, chargés des ordres du Roi, la situation 
présente, et pour s'entendre avec eux. 11 pourra, avant de se rendre 
à bord du vaisseau, aller trouver le Bey et l'engager & y envoyer avec 
lui un de ses Ministres. 

(Marine, B* «/, f. 3 tO 

PIGSOlï AU C*" DE MAUBEPAS. 

463. — Tunis, 8 mat 1 7.28. — Le Bey, ayant fait attaquer les monta- 
gnards rebelles le 6 courant, a été battu; 2,000 hommes de ses troupes 
sont passés a l'ennemi et le reste a demandé à se retirer. Le Kiayael 
les autres Ministres on t résolu de fuir par mer si le Bey, comme ils le 
pensent, se réfugie à Alger. 

(Affaire* élrangèrei, C" de Tunis.) 

1. YousBouf-Khodja s'embarqua pour Tunis avec Pétis de la Croix sans attendri;» 
Marseille, comme le lui prescrivait la Cour. 

Digfedsy G00gle 



[1728J AVEC LA COUR DE FRANCE US 

LK C lc DE MÀUREPAS A DE GRAHDPBB ». 

464. — Versailles, 14 mai 1728. — « ... Gomme je ne doute pas 
que l'escadre que tous devez commander ne soit en état de sortir du 
port dans les premiers jours du mois prochain, je tous enverrai inces- 
samment vos instructions sur les différentes opérations que vous aurez 
à faire pendant la campagne. 

11 est bon que vous soyez informé que Sa Majesté a ordonné l'arme- 
ment de deux galères commandées par M. de Laubeepine, qui vous ira 
joindre a Toulon, si ces deux galères peuvent être prêtes avant le 
départ des vaisseaux, ou bien devant Tunis, si vous partez de Toulon 
avant qu'elles aient pu y arriver. » 

(Manne, B* îiO, f. Se.) 



IE C tK DE MAUREPAS A DE GBAKDPRE. 

466. — Versailles, 18 mai 1728. — « ... Sa Majesté veut que 
vous fassiez embarquer les quinze Turcs qui sont au lazaret sur les 
vaisseaux de votre escadre pour les conduire a Tunis, où vous ne les 
mettrez cependant à terre qu'après que vous aurez terminé toutes les 
affaires de cette République à la satisfaction de Sa Majesté. Vous aurez 
attention a ce qu'ils soient traités avec douceur pendant la navigation 
et qu'il ne leur soit fait aucune insulte, et si par les refus des Puissances 
de la République vous étiez obligé d'en venir aux actes d'hostilité, 
tous feriez mettre ces quinze Turcs sur les deux galères qui seront sous 
votre commandement, pour y servir comme ceux qui en composent les 
chiourmes. » 

(Marin*, B* tse, f. 58.) 

LB C"> DE MAUREPAS A DE GRAlfDPRÊ. 

466. — Versailles, 1 8 mai 1728. — o Je vous envoie les ordres et 
instructions de Sa Majesté sur les différentes opérations auxquelles 
elle a destiné l'escadre que vous devez commander. La plupart des 
infractions aux traités qu'ont commises les corsaires de Tunis ayant 
été à la cote de Provence et presque sous les yeux de l'intendant ', il 

1. Etienne-Nicolas de Grandpré, chef d'escadre des armées navales du roi. 
S- Jean-Jacques Mithon, chevalier, seigneur de Senneville, conseiller du roi, inten- 
tait de la marine a Toulon de 1720 à 1731. 



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214 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [1*! 

en a une connaissance parfaite et pourra vous donner des extraits 
dépositions et autres pièces sur lesquelles les plaintes qu'on en fore 
sont fondées ; il pourra même vous donner un état de l'estimation qo 
a mit faire des bâtiments et effets pillés et des dommages et inlért 
qui en résultent... 11 a été fait plusieurs plaintes de la part du sie 
Pignon et de ses prédécesseurs, Consuls à Tunis, contre le nomi 
Gaspard Bourguet, négociant français qui réside dans cette Eche 
depuis trente-cinq ans; il est accusé d'avoir des intelligences secret 
avec le Consul anglais au préjudice de la nation, de servir d'espi 
aux Puissances du pays et d'avoir même réclamé leur protection po 
se soustraire à l'exécution d'un jugement rendu contre lui par le Coqs 
confirmé par arrêt du Parlement de Provence. Vous tacherez d'allii 
ce Français à bord de votre vaisseau, ou s'il y vient de lui-même, vo 
le retiendrez et le ramènerez en France, à moins qu'il ne vienne à bc 
de justifier pleinement sa conduite par les informations que vous 
ferez conjointement avec H. d'Héricourt. » 

(Marine, B> SSO, f. 57.) 

MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION AD SIEUR D'HÉRICOURT, 
EH MISSION A TUMS '. 

467. — Pari», i 8 mai i 728. — « Sa Majesté ayant fait armer o 
escadre de ses vaisseaux qui doivent se rendre devant Tunis et Trip 
sous le commandement du sieur de Grandpré, chef d'escadre de : 
armées navales, pour contraindre ces deux républiques h lui dom 
des satisfactions proportionnées aux infractions faites aux traités r 
leurs corsaires, et particulièrement pour obliger celle de Tunis a répai 
l'insulte faite au pavillon de Sa Majesté dans la dernière campagne 
sieur de Mons, elle a nommé le sieur d'Héricourt pour servir sur ce 
escadre en la qualité de Commissaire général de la marine et po 
traiter aussi, conjointement avec le sieur de Grandpré, des satisfactio 
qui doivent être faites par ces deux républiques.. . Le sieur d'Héricoi 
doit être informé que, depuis quelque temps, il est survenu des troub 
a Tunis par la révolte d'un neveu du Bey qui s'est formé un fort pa 
pour déposséder son oncle et qui cause une guerre civile dans cet Et 
suivant les derniers avis qui en sont venus. Les troupes du Bey avait 
été battues par celles de son neveu et le parti de celui-ci grossis? 

1. Bénigne-Jérôme du Trousset d'Héricourt, chevalier, marquis du Boullav, bu 
d'OpBonville. conseiller du roi, conseiller d'honneur au Parlement d'Aix, coma 
naire général de la marine de 1722 & I7S8, intendant général des galères de 1 
4 174». 



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[1728] AVEC LA COUR DE FRANCE 215 

tons les jours. Si ces troubles subsistent encore & l'arrivée de l'escadre, 
les sieurs de Grandpré et d'Héricourt en profiteront autant qu'il leur 
sera possible pour étendre et augmenter les réparations que les Tuni- 
siens doivent faire à Sa Majesté, et sur ce qu'ils apprendront de la 
disposition de ces peuples soit sur l'oncle ou le neveu et des forces de 
l'un et de l'autre, ils traiteront avec celui qui aura le plus fort parti et 
qui paraîtra devoir l'emporter. Il y a lieu de croire que la crainte d'un 
bombardement, qui l'obligerait a partager ses forces et l'exposerait a 
succomber, le portera a tout promettre pour éviter d'être attaqué du 
côté de la mer. Dans ce cas, les sieurs de Grandpré et d'Héricourt en 
presseront d'autant plus l'accomplissement des satisfactions, et ils ne 
consentiront à aucun délai pour leur exécution. 

Le sieur d'Héricourt doit aussi savoir que les trois Envoyés arrivés en 
France au mois d'octobre dernier et qui ont été reçus à Chalon, ayant 
adressé au Bey un mémoire des réparations que Sa Majesté désire qui 
lui soient faites, ont reçu des réponses suivant lesquelles ils ont assuré 
que le Bey était disposé à donner les satisfactions demandées, et qu'elles 
seraient faites sur-le-champ si l'on renvoyait l'un d'eux a Tunis avec 
une personne pour être présente à ces réparations. En conséquence, il 
avait été permis à Youssouf-Khodja, l'un des troisEnvoyés, d'y retourner, 
accompagné du sieur Pétis de La Croix, qui reçoit ordre de presser 
l'exécution des promesses du Bey, pendant que les deux autres Envoyés, 
qui s'en étaient rendus caution, devaient rester à Chalon comme ils y 
sont encore avec leur suite. Mais Youssouf-Khodja ayant appris à son 
arrivée à Marseille les troubles survenus à Tunis et demandé à différer 
son départ, Sa Majesté y a bien voulu consentir et elle a jugé & propos 
de le faire embarquer sur l'escadre, parce qu'étant au fait des griefs 
que l'on a contre la République de Tunis et ayant été autorisé h pro- 
mettre les satisfactions demandées, il pourra contribuer à les faire 
faire plus promu te ment. 

Le sieur Pétis de La Croix sera aussi embarqué avec lui et servira 
d'interprète dans les négociations. Cependant, comme Youssouf-Khodja 
pourrait avoir changé de résolution et, étant parti pour Tunis, être 
arrivé avant l'escadre, en ce cas, le dit sieur d'Héricourt saura du sieur 
de La Croix quel est l'état du pays et celui auquel il aura mis les négo- 
ciations avec le Bey. On écrit en conformité au dit sieur de La Croix 
afin qu'il ait à se rendre a bord des vaisseaux lorsqu'ils seront en vue, 
•ans attendre que le commandant de l'escadre le fasse avertir. 

Sa Majesté ayant recommandé au sieur de Grandpré d'attendre, après 
avoir mouillé dans la rade de Tunis, que le sieur Pignon se soit rendu 



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216 CORRESPONDANCE DES BEYfi ET DES CONSULS [1728] 

à son bord, avant que de permettre à aucune personne de descendre des 
vaisseaux a terre, son intention est que, lorsque ce Consul sera arrivé. 
il rende compte au sieur d'Hérieourt ainsi qu'au sieur de Grandpre de 
la situation actuelle des affaires de Tunis et des dispositions du chef 
do la République à l'égard des satisfactions qui ont été promises; ■ 
après quoi, ils permettront à Youssouf-Khodja d'aller & terre, s'ils l'esti- j 
ment à propos, et chargeront le sieur Pétis de La Croix de l'accompagner ! 
et de dire a celui qui se trouvera chef de la République que l'Empereur 
de France, ayant envoyé une de ses escadres & Tunis pour être témoin j 
des satisfactions promises au nom du Bey par les Envoyés de Sa ] 
Majesté Impériale, ne compte pas qu'il doive y avoir aucun changement; 
que s'il se trouvait cependant quelque raison d t 'i m possibilité a l'exécu- 
tion de quelque article, ou que le chef de la République eût quelque 
équivalent à proposer, Sa Majesté lui doone encore vingt-quatre heures 
pour envoyer a bord de l'escadre deux de ses principaux Ministres en 
conférer avec les sieurs de Grandpre et d'Hérieourt qu'elle a chargés 
de ses pouvoirs, faute de quoi on prendra tout retardement pour un 
refus et l'on tiendra la guerre déclarée. 

Supposé que le chef de la République refuse d'envoyer deux de ses 
Ministres à bord et qu'il ne veuille point donner les satisfactions pro- 
mises. Sa Majesté a ordonné a M. de Grandpre d'agir alors offensive- 
ment. 

Hais auparavant, le sieur d'Hérieourt conférera avec lui et avec le 
Consul sur les moyens de mettre en sûreté les Français qui se trouveront 
à Tunis, a quoi les Envoyés qui sont k Chaton et les Tunisiens qui 
pourront aller & bord serviront utilement. 

Mais si, selon toute apparence, le chef de la République, voulant 
éviter d'être attaqué par mer, accepte la proposition qui lui sera faite 
d'abord d'envoyer des députés sur les vaisseaux pour entrer en confé- 
rence avec les sieurs de Grandpre et d'Hérieourt, et qu'il donne à ses 
députés les pouvoirs nécessaires pour convenir des principaux articles, 
l'intention de Sa Majesté est, qu'après les avoir réglés, s'il ne restait 
plus que quelques légères discussions, pour lesquelles il souhaitât que 
quelqu'un descendit des vaisseaux à terre avec espérance de satisfaction 
prochaine, le sieur de Grandpre renvoie un des députés a Tunis en 
— 'int l'autre a bord, et qu'ils fassent dire au chef de la République 
e sieur d'Hérieourt, chargé des pouvoirs de l'Empereur de France, 
■ndra à terre avec quelques autres officiers, mais que ne pouvant 
ir à sa parole après l'infidélité que le Bey a marquée en faisant 
er contre le droit des gens plusieurs officiers de l'escadre du sieur 



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[1728] AVBC LA COUR DE FRANCE 211 

de Wons, et Sa Majesté Impériale ne voulant pas que ses officiers soient 
exposes une seconde fois a un semblable traitement, elle lui a défendu 
d'en laisser aller aucun à terre, qu'il n'y eût auparavant six des prin- 
cipaux officiers de la République en otage sur les vaisseaux de son 
escadre, que les officiers de la République y resteront pendant tout le 
temps que les conférences dureront a terre et que cependant ceux de Sa 
Majesté Impériale auront la liberté d'aller et de venir à bord des vais- 
seaux sans que pour cela les otages soient renvoyés jusqu'à ce que les 
conférences soient terminées ou rompues. 

Les sieurs de Grandpré et d'Héricourt pourront se relâcher sur le 
nombre des otages,, mais ils n'en accepteront pas moins de quatre ou 
trois. 

Les préliminaires étant accordés, le sieur d'Héricourt descendra a 
terre avec deux ou trois officiers tout au plus et avec le sieur Pétia de 
la Croix, qui lui servira d'interprète. Il écoutera les propositions qui 
seront faites tant par le chef de la République que par ses Ministres, 
y fera les réponses et prendra le parti qui lui paraîtra le plus conve- 
nable, sans cependant rien conclure définitivement; alors il retournera 
a bord, où le conseil de guerre, composé des capitaines de vaisseaux et 
galères qui se trouveront dans l'escadre, sera assemblé; il y proposera 
les différents articles qui seront a régler et les différents partis qui 
pourront se prendre en conséquence. Les avis seront donnés par tous 
les membres du Conseil en la forme accoutumée, et la pluralité des voix 
l'emportera, soit pour conclure à agir offensive ment, ou a se contenter 
des satisfactions qui seront offertes, que l'on tâchera cependant de faire 
encore augmenter autant qu'il sera possible; en cas de diversité dans 
les avis, chacun sera tenu de rédiger le sien et de le signer en parti- 
culier, et le tout sera envoyé par les sieurs de Grandpré et d'Héricourt 
au Secrétaire d'État ayant le département de la Marine, pour en rendre 
compte à Sa Majesté. 

Les motifs de se déterminer a agir offensivement ou à accepter tes 
satisfactions qui seront offertes doivent se tirer du plus ou moins de 
mérite de ces satisfactions, dans lesquelles l'intérêt réel et pécuniaire 
est moins a considérer que les choses d'éclat et marquées qui pourront 
faire honneur au pavillon de Sa Majesté et celles qui pourront prévenir 
autant qu'il se pourra les violences des rcïs a l'avenir, en leur faisant 
craindre un châtiment plus sévère s'ils y retombent. 

Le sieur d'Héricourt doit être informé que le Bey de Tunis et ses 
Ministres ont témoigné beaucoup de mécontentement du sieur Pignon. 
Si, lorsqu'il sera à terre, il trouvait les Puissances du pays dans le 



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218 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [ 

même éloignement de ce Consul et qu'il jugeât que sa présence pei 
les négociations pût en empêcher ou retarder le succès, il lui ordoi 
d'aller a bord des vaisseaux ou de rester dans sa maison, sans lui 
mettre de l'accompagner aux audiences ni aux visites qu'il pourra 
ce Consul étant nommé au Consulat de Tripoli de Syrie. 

Le sieur d'Héricourt fera entendre au chef de la République et 
Ministres, s'il en est besoin, que Sa Majesté a bien voulu le rappel 
Tunis, sachant qu'il leur avait donné des sujets de plainte, et il leu 
valoir cette complaisance de Sa Majesté pour terminer plus proi 
ment et plus avantageusement la mission dont elle l'a chargé. 1 
cependant se conduire à cet égard de manière qu'ils ne puissen 
tendre à l'avenir que Sa Majesté rappellera les Consuls dont i 
seront pas contents, et il leur expliquerai cet effet qu'elle ne s'y dét 
nera qu'autant qu'elle ne sera pas satisfaite elle-même de leur con< 

Quelles que soient les raisons du chef de la République et d 
Ministres, Sa Majesté désire que les sieurs de Grandpré et d'Héri 
exigent absolument : 

1' Une somme d'argent de 20,000 piastres ou l'équivalent pour : 
rations de navires étrangers pris sur les cotes de Provence ou de 
lages faits sur des bâtiments français. 

2° Le châtiment des reîs qui ont fait ces prises ou pillages. 

3" La liberté des esclaves français pris sous pavillon étranger et 
des esclaves étrangers qui pourront avoir été pris sous le pavilli 
Sa Majesté. 

4° Quelques privilèges ou abolition de nouveaux droits établis si 
navires français qui font le commerce à Tunis. 

5° Une promesse formelle et par écrit du Bey ou de celui qui se 
vera chef de la République de demander pardon au Roi suivant h 
mule ci-jointe. 

Quoique Sa Majesté recommande aux sieurs de Grandpré et d'Héri' 
d'exiger ce qui est contenu dans les cinq articles précédents, el 
remet cependant a leur prudence de les étendre suivant les circonsta 
ou de se relâcher, s'ils ne peuvent faire autrement, sur le plus on s 
d'argent, des esclaves ou de châtiments. 

Comme il se pourrait que le chef de la République et ses Mini 
cherchassent à allonger les négociations pour avoir le temps de se 
parer i la défense et éluder les réparations qui doivent être faite 
sieurs de Grandpré el d'Héricourt presseront au contraire le résnltt 
conférences, et Sa Majesté leur permet même de les rompre si 
traînaient trop en longueur, son intention étant que son escadi 



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(1728] AVEC LA COUR DE .FRANCE 319 

reste que trois semaines on un mois tout au plus devant Tunis, en cas 
qu'il ne soit question que de négociations pour l'exécution des salis- 
factions. 

En cas que la République de Tunis convienne des réparations qu'elle 
doit faire, l'intention de Sa Majesté est que ces réparations, soient 
comprises en entier dans les traités qui seront renouvelés avec cette 
République ainsi qu'il a été pratiqué dans les traités faits eu 1683. Les 
sieurs de Grandpré et d'Héricourt auront attention surtout à y faire 
stipuler qu'il sera rendu et publié une ordonnance du Divan qui renou- 
vellera les défenses aux reïs de faire la course dans l'étendue de dix 
lieues des côtes de France, et qu'en cas que quelques-uns soient trouvés 
en contravention par les vaisseaux de Sa Majesté, ils seront arrêtés et 
traités comme pirates avec leurs équipages et bâtiments confisqués 
ainsi que leur chargement. 

Sa Majesté se remet au surplus de faire ajouter aux articles des pré- 
cédents traités tous ceux qui seront jugés être les plus honorables pour 
son pavillon et les plus avantageux pour ses sujets. La Compagnie des 
Indes a fait quelques représentations & Sa Majesté au sujet des infrac- 
tions qu'elle prétend être continuellement faites de la part du Bey de 
Tunis à son traité de commerce pour l'établissement de son comptoir 
du Cap-Nègre. Le mémoire en est joint aux instructions du sieur de 
Gr&ndpré, qui le communiquera au sieur d'Héricourt. Ils s'y feront de 
concert rendre un compte plus particulier, par l'agent de la Compagnie 
a Tunis ou au Cap-Nègre, des plaintes que la Compagnie peut justement 
faire et des conditions du traité auxquelles les Puissances de la Répu- 
blique ont contrevenu, et si les plaintes leur paraissent bien fondées, ils 
feront tous leurs efforts pour lui faire rendre justice et la maintenir 
dans tous ses droits et privilèges et pour établir son commerce d'une 
manière qui lui soit avantageuse, sans cependant rien innover. » 
(Marine, fl» MO, f. 60.) 



PIGRON AU C 1 * DE «AURKPAS. 

458. — Tunis, 26 mai 1728, — M. de la Croix est arrivé avec 
Ïoussouf-Khodj a le 22 courant ; il a eu audience du Kiaya le 23 et du Dey 
le 24. Le 25 le Bey lui a fait dire de se rendre à son camp, et il est a 
croire que la prudence du sieur de la Croix amènera dans peu de bons 
résultats. 

(Affaires itranghrtt, Q" de Tunis.) 



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CORRESPONDANCE DES BEV8 ET DEB CONSULS [1128] 



TRAITE CEHTBKAIBE DD l (r JUILLET 1728. 

59. — « Articles et conditions de paix accordés par Messieurs de 
ndpré et d'Héricourt, chef d'escadre et Commissaire général des 
ées navales de France, chargés des pouvoirs du très haut, très 
;llent, très puissant et très invincible Prince Louis XV, par la grâce 
)ieu Empereur de France et de Navarre, aux très illustres Pacha, 
, Dey, Divan, Agha des Janissaires et milice de la ville et du 
lume de Tunis, Bavoir : 

I 
n conséquence du repentir que les Pacha, Bey, Dey, Divan, Agha 
Janissaires et milice du royaume de Tunis témoignent de ce que 
Iques-uns de leurs capitaines et sujets ont fait différentes infractions 
traités de paix, et du pardon qu'ils en demandent et feront 
lander par leurs Ambassadeurs à l'Empereur de France suivent la 
ouïe convenue et jointe au présent traité, les conditions suivantes 
été réglées : 

II 

l'avenir il y aura paix et bonne intelligence entre l'Empereur de 
ace et la République de Tunis, et le dernier traité du sieur Dusaull, 
20 février 1720, sera exécuté dans tous ses points, et plus Ôdèle- 
it que par le passé de la part de la République, en y ajoutant les 
;les suivants. 

111 

sera délivré la somme de 8,000 piastres, qui seront remises en 
:ces & bord des vaisseaux du Roi, pour restitution des dommages 
lés aux bâtiments français ou étrangers, sur les cotes de France, 
les corsaires de la République. 

IV 
39 rets qui ont commis les derniers actes d'hostilité et contraventions 
traités {nommément Chaban, Redgeb, Garemus, Hehemet de Tra- 
i et le soldat qui a tiré sur le patron Martin, de Saint-Tropez) seront 
.iés exemplairement, en présence de l'interprète du Roi, et ensuite 
lis a perpétuité de l'étendue des terres de la République, par une 
e du Divan, qui sera publiée et affichée par toute la ville. 



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[1728] AVEC LA COUR DE FRANGE 221 

V 
Il sera rendu et publié une ordonnance du Divan, qui renouvellera les 
défenses aux reïs de faire la course, dans l'étendue de dix lieues des 
côtes de France, et en cas que lesdite reïs soient trouvés en contraven- 
tion par les vaisseaux de Sa Majesté, ils seront arrêtés et confisqués 
comme pirates, en quoi ne seront compris les bâtiments de la Répu- 
blique qui, étant poussés par un coup de vent, ou chassés par leurs 
ennemis, ou ayant besoin de vivres ou agrès, seront forcés de s'appro- 
cher des côtes ou de se réfugier dans les ports de France, sans avoir 
fait aucun désordre, auxquels bâtiments il sera donné au contraire 
tonte sorte de secours et de protection. 

VI 

Tous les esclaves français pris sons pavillon étranger, ou les étran- 
gers pris sous pavillon français, seront rendus et restitués sur-le-champ 
et remis à bord des vaisseaux de l'escadre de France, et il géra permis 
à deux officiers de l'Empereur de France de se transporter, avec un 
officier du Divan, dans les bagnes ou autres lieux où sont retenus les 
esclaves, pour prendre une liste exacte de leurs noms, sur laquelle ils 
seront remis en liberté. 

VII 

11 sera délivré, en outre, la quantité de vingt esclaves catholiques de 
toutes nations, qui seront choisis conjointement par le Consul et par 
un officier du Divan, et qui seront envoyés à bord des vaisseaux du 
Roi, avant la signature du présent traité. 

VIII 
La nation française continuera de jouir des mêmes privilèges et 
exemptions dont elle jouit jusqu'à présent, et qui seront plus grands 
que ceux de toutes les autres nations, ainsi qu'il est porté par les traités, 
et il ne sera accordé aucun privilège à d'autres nations, qui ne soient 
dans le moment communs a la française, quoiqu'ils ne fussent pas 
spécifiés dans le présent traité, ou dans les précédents. 

IX 

Tous les nouveaux droits de chaîne, boussole et autres, qui ne sont 
point compris dans les traités, seront abolis, et il sera défendu d'en 
établir de nouveaux, ni d'exiger aucun droit des capitaines et patrons 
français, lorsqu'ils achèteront et embarqueront les vivres, pain et bis- 
cuit qu'ils auront fait faire au boulanger français qui sert la nation. 



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222 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [ 

X 

Il sera dressé un tarif à l'amiable, entre le Consul de France 
Grand Douanier, pour fixer le nolis des bâtiments du pays, lora 
porteront les marchandises des Français a bord de leurs b&timen 
ce tarif sera publié et affiché par ordre du Divan, sans que les droi 
puissent être excédés a l'avenir sous aucun prétexte. 
XI 

Les vaisseaux français ne pourront, sous aucun prétexte, être re 
plus de dix jours dans les ports de Tunis, à l'occasion de la sort. 
vaisseaux du Bey, et l'ordre de détention sera remis au Consu 
prendra soin de le faire exécuter. 

XII 

Le Bey ne pourra troubler la liberté du commerce du Cap-f 
soit en défendant a ses sujets d'y porter les marchandises conv 
par les traités, comme blé, légumes, laines, huile, cire, cuirs et t 
marchandises du cru du pays, soit en exigeant qu'on les achète 
a des prix forts et au-dessus de leur valeur, soit en permet! 
d'autres nations la pèche du corail, qui est accordée exclusiven 
la Compagnie, et le Bey lui fera raison des pertes qu'elle a soûl 
les années dernières par l'inexécution des traités. 

XIII 

S'il arrivait qu'un forban, de quelque nation qu'il fût, vint à se 
gier à Tunis, après avoir fait des pillages à la mer, quand même 1 
page se ferait mahométan, le bâtiment avec l'argent et les effets 
seraient trouvés seront retenus parle Bey un on et un jour, pourd 
le temps au Consul de France de réclamer ce que le dit forban . 
pu piller sur des bâtiments français, et s'il est prouvé, dans le dit 
jour, que le dit forban ait enlevé quelque chose a un ou plusieurs 
ments français, les choses enlevées, ou leur valeur, seront rendu 
Consul de France, et les Français qui pourront se trouver par foi 
par surprise sur le dit forban seront mis en liberté. 

XIV 

FORMULE DU PARDON A DEMANDER A L'EMPEREUR DE FRANCK PAH LE 
AMBASSADEURS DE LA RÉPUBLIQUE DE TUNIS. 

Les Pacha, Bey, Dey, Divan, Agha des Janissaires et milice 
ville et du royaume de Tunis déclarent, par notre bouche, & Sa Ht 



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[1738] AVEC LA COUR DE FRANCE 223 

Impériale, qu'ils se repentent des infractions qu'ils ont commises aux 
traités de paix qu'elle avait bien voulu leur accorder, qu'ils ont une 
vraie douleur et un sincère repentir de celles qui ont pu être faites par 
leurs corsaires et autres sujets de la République, et de tous les justes 
sujets de plaintes qu'ils ont donnés & Sa Majesté Impériale, qu'ils 
supplient très humblement Sa Majesté Impériale de les oublier, sous la 
promesse publique et solennelle qu'ils font d'observer dans la suite, 
avec une exactitude infinie, les articles et conditions des dits traités, 
et d'employer tous les moyens les plus convenables pour empêcher 
leurs sujets d'y contrevenir. 

Les articles ci-dessus seront ratifiés et confirmés par l'Empereur de 
France et les Pacha, Bey, Dey, Divan et autres Puissances et milice de 
la ville et du royaume de Tunis pour être observés par leurs sujets pen- 
dant le temps de cent ans et, afin que personne n'en prétende cause 
d'ignorance, seront affichés et publiés partout où besoin sera. 

Fait et arrêté entre les dits sieurs de Grandpré et d'Héricourt pour 
l'Empereur de France, d'une part, et les dits Pacha, Bey, Dey, Divan 
et milice de la ville et du royaume de Tunis le 1" juillet 1728 '. » 
(Sceaux des Puissances de Tunis.) De GRANDPRE. 

D'Héricourt. 



PÉT1S DE LA CHOIX AU C" DE MAORKFA3. 

460. — Tuai*, S juillet 1 728. — De la Croix est arrivé le 22 mai à 
Tunis où il a été fort bien reçu. Il a été au camp du Bey, qui s'est 
montré tout disposé à lui donner satisfaction. Après six jours de rési- 
dence au camp il est revenu à Tunis, et il a travaillé avec lui jusqu'au 
17 juin a fixer les réparations que lui a réclamées le sieur Pignon. 
L'escadre du Roi, commandée par MH. de Grandpré et d'Héricourt, ayant 
paru, de la Groix est allé a bord pour rendre compte à ces derniers de 
tout ce qu'il avait fait. Il a travaillé au traité dont il a fait la traduction 
et a agi de concert avec le Bieur Pignon, de telle façon que ces Messieurs 
n'ont trouvé que très peu de difficultés. La paix est conclue aux condi- 
tions les plus glorieuses pour le Roi et les plus avantageuses pour la 
nation qui aient été jusqu'ici obtenues en Barbarie. 

{Affaires étrangères, O" de Tunis.) 



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CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [t"tt] 



PIGNON AU C" DE HAUHEPAS. 

61. — Tunis, 9 juillet 1728. — L'escadre des vaisseaux du Roi 
imandëe par MM. de Grandpré et d'Héricourt a mouillé le 17 juin à 
houlette. Ces Messieurs ont obtenu la restitution des pillages faits 
les corsaires de Tunis sur les côtes de Provence, la punition des reïs, 
iberté des esclaves faits en contravention des traités, vingt antres 
aves accordés en réparation de l'offense faite au pavillon, le pardon 
les Ambassadeurs de Tunis doivent demander au Roi en termes 
icrits par Sa Majesté, l'abolition des nouveaux droits, et enfin un 
plément au traité de paix de 1720 qui rétablit et augmente les pri- 
ses de la nation. 

(Affaire» étrangère*, C" de Tunit.) 



YOUSSOUF-KHODJA AU C" DE MA CREPAS. 

62. — Tunit, 1 juillet i 72 S. — 11 rend compte du siège du Kef 
t le Bey s'est rendu maître, et des négociations de paix qui ont en 
entre ce Prince et Pétis de la Croix. 

(Affairet étrangère», C" de Tunit.) 



DE GRANDPRÉ BT D'HÉRICOURT A U09SKIN-BBH-AU, BEÏ DB TUNIS. 

33. — Tunis, juillet i 728. — « Très illustre Bey, 
ous avons vu avec un sensible plaisir que Votre Excellence est entrée 
i les sentiments do paix et de justice qui sont l'unique objet des 
rs de l'Empereur de France notre maître. Nous sommes aussi très 
nnaissants de la grâce qu'elle nous a faite en particulier, en nous 
oyant deux esclaves italiens que nous lui avions demandés bien 
pour l'amour de la paix que par aucun autre motif. Nous rendrons 
pte à l'Empereur notre maître de la façon noble et gracieuse dont 
e Excellence s'est portée à lui accorder les demandes que nous vous 
is faites en son nom, et nous l'engagerons, autant qu'il sera en nom, 
us en marquer sa satisfaction. Nous sommes très parfaitement, 
tre Bey, vos sincères et fidèles amis. » 

(Affaire» étrangère», C lM de Tunit.) 



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[1728] AVEC LA COUR DE FRANCE 



RELATION DB CE QUI S'EST PASSÉ A VERSAILLES ET A PARIS 
A L'OCCASION DBS ENVOYÉS DB TUNIS. 

464. — Versailles, 1728. — « Le i*' article du traité conclu avec la 
République de Tunis au mois de juillet dernier étant que le Bey et la 
République feraient demander pardon au Roi par leurs Envoyés, 
Yoiissouf-Khodja, l'un d'eux, à qui Sa Majesté avait permis d'aller à 
Tunis déclarer au Bey ses volontés, repassa en France sur l'escadre 
de Sa Majesté, commandée par H. de Grandpré, et ayant repris ses 
lieux collègues a Chalon-sur-Saône, où Sa Majesté avait ordonné qu'ils 
demeureraient jusqu'à ce que leurs maîtres eussent accordé toutes les 
satisfactions qu'ils lui devaient, ces trois Envoyés arrivèrent à Fontai- 
nebleau le 10 octobre dernier, accompagnés de M. Lemoine, lieutenant 
de la Prévôté de l'hôtel du Roi, que M. le comte de Maurepas avait 
envoyé au-devant d'eux jusqu'auprès de Moret et qui les conduisit à 
nne maison qui leur avait été préparée. 

Le 11, les Envoyés eurent audience de M. le comte de Maurepas. 
ïoussouf-Khodja porta la parole comme premier Envoyé et compli- 
menta M. le comte de Maurepas, après quoi les Envoyés s'assirent sur 
des chaises qu'on avait placées vis-à-vis le fauteuil de ce Ministre. 

Le 12, Youssouf-Khodja eut une audience secrète de M. le comte de 
Maurepas. 

• Le 13, au matin, les Envoyés eurent audience de M. le cardinal de 
Fleury 1 , chez lequel ils ne s'assirent pas. L'après-midi les Envoyés se 
promenèrent en carrosse le long du canal. 

Le 14, sur les 11 heures du matin, les Envoyés furent & l'audience du 
Roi; ils se rendirent jusqu'au pied du fer à cheval dans deux carrosses 
de remise qui leur avaient été donnés pour leur séjour à la Cour et & 
Paris; suivis de leur cortège, ils traversèrent l'appartement du Roi, 
précédés du lieutenant de la Prévôté et accompagnés de l'interprète du 
Roi, et entrèrent dans le cabinet de Sa Majesté, qui les attendait assise 
dans un fauteuil de velours violet, ayant à sa droite M. le cardinal de 
Fleury et M. le comte de Maurepas, qui les présenta à Sa Majesté. 

Les Envoyés ayant fait au Roi trois profondes révérences, Sa Majesté 
se couvrit, et Youssouf-Khodja prononça la harangue suivante, qui fut 
expliquée mot a mot par l'interprète du Roi : 

1. André Hercule de Fleury, d'abord aumônier de Louis XIV, évêque de Fréjus 
en IBM, précepteur de Louis XV en 1115, cardinal et premier ministre de 1136 a 
1113. 



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226 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1728] 

Harangue de F Ambassadeur de Tunis à Louis XV. 

« Très haut, très puissant et très magnanime Empereur, dont 
la splendeur est semblable à la lumière du soleil. Dieu tout-puissant 
veuille remplir de prospérité les jours de Votre Majesté Impériale et lai 
accorder uu règne long et glorieux I 

L'union et la bonne intelligence qui ont existé de tout temps entre 
les sujets de Votre Majesté et la République de Tunis ont engagé les 
Pacha, Bey, Dey, Agha des Janissaires, et le Divan et la Milice qui la 
composent, à nous envoyer auprès de Votre Majesté pour lui témoigner 
la véritable douleur et le sincère repentir qu'ils ont de tout ce qui s'est 
passé qui a pu lui déplaire, lui en demander pardon et la supplier 1res 
humblement de l'effacer de sa mémoire. 

très invincible Empereur, le passé est passé et n'existe plus. 
Daignez être persuadé que jamais à l'avenir il n'arrivera rien de sem- 
blable et que la République demeurera toujours ferme et inébranlable 
dans l'exacte observation des traités que Votre Majesté Impériale a bien 
voulu lui accorder, et dans le maintien de la paix et de la bonne corres- 
pondance qui en doivent être les fruits. Combien nous estimons-nous 
heureux, très magnifique Empereur, de l'honneur que nous recevons 
aujourd'hui de présenter nos hommages à Votre Majesté, qui est l'appui 
du monde et dont le trône est environné d'éclat et de gloire ! 

Puisse le ciel vous accorder une longue suite d'années remplies de la 
félicité la pins parfaite et prolonger vos jours beaucoup au delà du> 
cours ordinaire de la vie humaine 1 » 

Le Roi répondit, adressant la parole à son interprète : « Je suis 
content de ce que vous me dites de la part du Bey et de la République 
de Tunis; ses Envoyés peuvent l'en assurer, a Après quoi Youssouf- 
Khodja présenta au Itoi la lettre du Bey enveloppée à la turque dans au 
sac de satin qu'il tenait sur un mouchoir en broderie d'or, et Sa Majesté 
l'ayant reçue et remise & M. le comte de Maurepas, les Envoyés firent 
la révérence et se retirèrent. Le cabinet du Roi, les appartements, la 
galerie et les antichambres étaient remplis des personnes de la Cour que 
la curiosité avait attirées à cette cérémonie. 

L'après-midi, le Ministre donna une audience secrète à Youssouf- 
Khodja, a qui on donna un pliant, et l'interprète du Roi, qui l'accom- 
pagnait, eut le même honneur. 

Le 15, les Envoyés eurent audience de M. le comte de Toulouse sur les 
dix heures du malin, et à midi ils eurent l'honneur de saluer la Reine 



«dr* Google 



[1728] AVEC LA COUR DE FRANCE 227 

dans le salon au bout de la galerie où elle passait pour aller à la messe. 

Youssouf-Khodja complimenta eu peu de mots Sa Majesté, puis on 
leur Gt visiter les appartements du château. 

L'après-midi ils furent conduits chez Mme la comtesse de Toulouse 
et chez Mme la comtesse de Maurepas, puis ils allèrent se promener 
dans le parc. 

Le 16, les Envoyés se trouvèrent au rendez-vous de la chasse du Roi ; 
ils admirèrent la magnificence et le nombre des chevaux et des équi- 
pages. 

Le 17, les Envoyés se rendirent à Paris; Us descendirent chez Bou- 
quot, baigneur, rue Sainte-Avoye, dont on avait loué la maison et où 
ils logèrent pendant tout leur séjour a Paris. 

Le 20, M. le comte de Maurepas donna ordre au sieur Duval de faire 
voir aux Envoyés toutes les curiosités de cette ville. 

Le 22 au matin, les Envoyés eurent audience de M. le comte de Mau- 
repas; le soir Us allèrent a la Comédie italienne, où on représenta Arle- 
quin fol à la Cour et Vile de la folie. 

Le 23, les Envoyés allèrent voir la belle maison de Mme la duchesse 
et le palais des Tuileries. 

Le 24, ils allèrent fa la Comédie française, où on représenta le Malade 
imaginaire et M. de Pourceaugnac. 

Les jours suivants les Envoyés furent conduits aux Gobelius, fa l'Obser- 
vatoire, aux Pompes de la Samaritaine et au pont Notre-Dame, au 
palais du Luxembourg, au vieux Louvre, aux Galeries et aux princi- 
pales églises de Paris. 

Le 28, les Envoyés allèrent à l'Opéra, où ils virent la tragédie de 
Tarsia et Zélie avec autant d'étonnement que de plaisir. 

Le 29, les Envoyés turent conduits a Saint-Germain-en Laye; ils 
virent en passant la machine de Marly; l'on ne peut mieux exprimer le 
jugement qu'ils en portèrent que par leurs propres paroles : « 11 n'y 
a jamais eu au monde, dirent-ils, que les Romains ou les Empereurs de 
France qui aient pu faire exécuter aussi remarquable ouvrage. » Ils 
virent le château de Saint-Germain et couchèrent dans la ville. 

Le 30, les Envoyés allèrent voir Marly, où on lit jouer les eaux. 

Le 31 , ils allèrent dès le matin voir les appartements de Versailles ; ils 
parurent éblouis de toutes les magnificences de ce superbe château, des 
richesses immenses qu'il renferme et de la délicatesse qui brille dans 
tous ses ornements; on les Ht passer dans l'appartement des Mesdames 
de France, où ils furent reçus par Mme la duchesse de Ventadour, qu'ils 
complimentèrent. 



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228 CORRESPONDANCE DES BEY8 ET DES CONSULS [1728} 

L'après-midi, ils allèrent voir les eaux, qu'on fit jouer exprès pour eux; 
ils ne pouvaient exprimer tout ce qu'ils pensaient de tant de beautés; ils 
dirent seulement, après les avoir vues, « qu'ils ne s'étonnaient plus 
que les étrangers qui n'avaient jamais vu Versailles ne voulussent point 
ajouter foi aux merveilles qu'ils en entendaient raconter, puisque ce 
palais est fort au-dessus de tout ce que l'esprit do l'homme peut conce- 
voir ». Us ajoutèrent qu'ils partaient avec le regret de ne pouvoir 
expliquer à leurs compatriotes les beautés qu'ils venaient de voir, el 
Youssouf-Khodja en demanda toutes les perspectives en estampes, que 
M. de Haurcpas lui a fait donner. 

Le 1" novembre au matin, les Envoyés furent conduits à la grande 
écurie; ils se récrièrent beaucoup sur la beauté des chevaux qu'on leur 
montra; l'après-midi, ils allèrent dans des chaloupes, par le canal, à 
Trîanon et à la ménagerie, dont l'appartement leur plut infinimentparl» 
délicatesse de ses peintures qui sont & fond d'or, ce qui est du goût oriental. 

Le 2, les Envoyés partirent de Versailles et allèrent voir Meudon, 
d'où on les mena dîner à Saint-Cloud, dont ils virent le château après 
dîner et retournèrent le soir a Paris par les Champs-Elysées. 

Le 3, les Envoyés allèrent a la Savonnerie et à la Verrerie de Gbaillot. 

Le 4, Youssouf-Khodja eut encore une audience secrète de H. le comte 
de Haurepas. L'après-midi les Envoyés rendirent quelques visites. 

Le 5, l'interprète du Roi remit aux Envoyés les présents dont Sa 
Majesté les a gratifiés. Us consistaient en chacun une médaille et une 
chaîne d'or de la valeur de 2,100 livres, la médaille ayant d'un coté le 
chiffre de Sa Majesté et de l'autre les armes de France et de Navarre, 
3,000 livres à Youssouf-Khodja, 1,000 livres à chacun des deux autres 
Envoyés et 1,200 livres a distribuera leurs domestiques. M. le comte de- 
Maurepas lit présent d'un diamant magnifique à Youssouf-Khodja. Le 
même jour les Envoyés eurent leur audience de congé de ce Minisire, 
ou il leur annonça que le Roi accordait au Bey leur 'maître la liberté 
de 16 esclaves turcs de ses galères, et le soir ils allèrent a l'Opéra. Ils 
employèrent les jours suivants à se préparer à partir. 

Le 9, les Envoyés allèrent voir l'hôtel de Toulouse, où M. de Yalio- 
court, Secrétaire général de la Marine, leur donna une collation magni- 
fique. Le soir ils allèrent voir l'opéra d'Alcesle. 

Le 11, les Envoyés partirent de Paris par le carrosse de Dijon, qui 
les a conduits jusqu'à Chalon-sur-Saône, d'où ils étaient venus jusqu'à 
Fontainebleau dans la même voiture. Ces Envoyés, quoique défrayés 
aux dépens du Roi pendant leur séjour en France, n'ont été traités el 
nourris en tout que comme des particuliers. Le sieur de la Magdeleiue, 



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[1728] AVEC LA COUR DE FRANCE 229 

prévôt de la Marine à Toulon, qui était chargé de leurs dépenses, avait 
ordre de H. le comte de Maurepas de ne les pas traiter autrement '. » 
{Affaire* étranger**, C" de Tunis.') 

LE C 10 DE MAUREPAS A DE GtUHDPRÉ ET D'HÉRICOURT. 

466. _ Venailltt, i i août i 728. — Le Ministre leur témoigne son 
entière satisfaction pour le succès de leur négociation et pour la con- 
clusion du traité obtenu du Bey de Tunis \ 

(Marine, B* tSO, f. 83 et SS.) 

HOSSB1K-BBH-ALI, BBY DE TUNIS, A LOUIS XV. 

466- — Tuni*, 1728. — « Au plus glorieux deB Monarques chré- 
tiens, élevé au-dessus des plus grands Rois de la religion du Messie, 
celui qui est orné de magnificence et environné de grandeur et de 
majesté et qui porte avec gloire la couronne de France et de Na- 
varre, le puissant Empereur Louis XV. Apres avoir présenté à Votre 
Majesté Impériale des vœux dictés par l'amitié, nous avons l'honneur de 
l'informer qu'étant ci-devant survenu ici entre les officiers de Votre 
Majesté Impériale et nous quelques difficultés sur certains sujets, nous 
jugeâmes à propos, pour le maintien de l'ancienne union, d'envoyer 
auprès de vous notre fils Youssouf-Khodja avec deux vétérans du Divan 
de notre République, chargés d'une lettre par laquelle nous informions 
Votre Majesté Impériale de tout ce qui s'était passé. Mais & leur arrivée 
en France vous les avez relégués dans un coin de votre Empire, sans 
daigner jeter les yeux sur leurs lettres, ni leur faire la moindre honnê- 
teté. Ce n'était pas ainsi que se comportaient les Empereurs vos prédé- 
cesseurs, et ces déportements n'auraient jamais paru convenables ni 
justes à ces grands Monarques. Enfin, après avoir retenu nos Envoyés 
l'espace de dix mois, vous avez fait relâcher le susdit Youssouf-Khodja 

I. La dépense des trois Envoyés de Tunis et de leurs onre domestiques a été réglée 
a 100 livres par jour pendant leur présence à Paris, non compris le loyer des deux car- 
rosses et de la maison où ils logeaient. A leur arrivéeà Toulon, leur dépense avait 
été réglée a 3 livres 10 sols par jour et par télé et celle de chaque domestique 
a. t livre IS sols. Au retour d'Youssouf-Khouja de Tunis, après la conclusion du 
traité do paix, la dépense de cet Envoyé Tut réglée à 6 livres 10 sols, non compris 
les voilures de roule. Les journées de l'interprète Pélis de la Croix turent payées 
S livres et celles du sieur de la Hegdeleine S livres. Le premier a reçu une gra- 
tification de 3,000 livres et le second de 500 livres. 

S. Voy. aussi la lettre du Ministre aux mêmes, 98 août 1728 (Marine, ti* tlO, 
f. M, 10* et 104). 



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230 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [17*8] 

et l'avez envoyé auprès de nous avec H. de la Croix, votre interprèle, 
pour régler les différends qui étaient entre nous et fixer les prétentions 
formées au sujet des prises faites injustement par nos corsaires. Comme 
a, leur arrivée nous ne nous sommes point trouvé & Tunis, parce que 
nous étions occupé hors de cette ville à certaines affaires de la Répu- 
blique, nous avons appelé auprès de nous H. de la Croix et Youssonf- 
Khodja, et nous avons fait a ce premier tous les honneurs et toutes 
les gracieusetés possibles, et lorsqu'il nous a informé du sujet de sa 
commission, nous l'avons fait reconduire à Tunis par notre premier 
Secrétaire et nous avons envoyé ordre au Dey de la République, à notre 
Kiaya et a notre dit premier Secrétaire, d'estimer à un prix raison 
nable la valeur des pillages commis injustement par nos corsaires, avec 
pouvoir de convenir du payement de la somme à laquelle ils auraient été 
estimés. 

A leur retour a Tunis il a été procédé de leur commun consentement 
à la susdite estimation par deux marchands français et deux autres 
nommés de notre part, laquelle estimation faite, la valeur des susdite 
pillages s'est trouvée monter a la somme de 4,791 piastres, de laquelle 
M. de la Croix étant satisfait, on se préparait à en faire le payement en 
entier lorsque l'escadre de Votre Majesté Impériale est arrivée ' . Aussitôt 
le Dey de notre République et notre Kiaya ont envoyé saluer le Com- 
mandant, par deux personnes de distinction qu'ils ont fait accompagner 
par Youssouf-Khodja, et M. de la Croix ayant expliqué au Commandant 
l'état de toutes les affaires, ces députés sont retournés à Tunis sans que 
le Commandant ait daigné seulement les regarder. Ensuite le Comman- 
dant a envoyé par II. de la Croix aux susdits officiers de notre Répu- 
blique uu mémoire signé de sa main et scellé de ses armes, rempli de 
demandes déraisonnables, injustes et même incroyables, à la vue des- 
quelles ils n'ont pu s'empêcher de se récrier. Sous quelles lois et dans 
quelle religion est-il donc permis de demander de l'argent et des 
esclaves contre les règles de la justice et les articles de la paix! Nous 
ayant cependant fait savoir le tout et que, de plus, le Commandant leur 
avait fait déclarer qu'il ne leur donnait que cinq jours pour accorder ses 
demandes et que, ce terme expiré, il prendrait tout délai pour une décla- 
ration de guerre, nous avons été surpris et étonné au dernier point que 
des demandes si injustes et des prétentions si déraisonnables pussent 
être émanées des ordres de l'Empereur de France, et nous avons fait 
partir sur-le-champ notre second secrétaire Hussein-reïs, avec ordre de 

1. L'escadre de MM. de Grandpré et d'Héricourt. 



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[1728] AVEC LA COUR DB FRANGE 231 

conférer avec les généraux de l'escadre et de lea prier, an nom de l'an- 
cienne amitié, de diminuer quelques-unes de ces demandes exorbitantes 
qui avaient été faites, ou au moins de se relâcher de la demande des 
esclaves, à laquelle on ne pouvait donner aucune couleur ni apparence 
de raison. Hais notre dit Secrétaire s'étant rendu & l'escadre et, ayant 
conféré avec les généraux suivant nos dits ordres, n'en ayant été nulle- 
ment écouté, il a été obligé de payer eans compte ni supputation les 
sommes injustement exigées, pour ne point blesser la considération que 
nous avons pour Votre Majesté Impériale. 11 s'est seulement restreint a 
demander qu'en place des esclaves que nous avons rendus Votre Majesté 
Impériale voulût bien en faire délivrer des Habométans et nous les ren- 
voyer, laquelle demande ayant paru raisonnable aux généraux de 
l'escadre, ils ont promis qu'aussitôt qu'ils seraient retournés auprès de 
Votre Majesté Impériale ils feraient tous leurs efforts pour l'engager 
à nous accorder cette grâce. Au reste, ce que nous avons remis & vos 
généraux consiste en trente esclaves et 8,000 piastres. Nous serions bien 
fâché que l'amitié dont Votre Majesté Impériale nous honore se chan- 
geât en haine pour si peu de chose. Et comme la paix et la bonne intel- 
ligence se trouvent renouvelées et augmentées, nous apporterons & 
l'avenir toute l'attention possible pour qu'il n'arrive rien qui puisse la 
troubler, et nous prions le Seigneur de nous en faciliter les moyens. » 
(Affaira étranger**, C 1 * 1 de Tunit.) 



LES ENVOYES DE TUIUS AU C te DE HAUREPAS. 

467. — Chalm-ntT-Saône, 1$ août 112%. — « Louanges à Dieu, et 
que le Seigneur vous garde, que votre vie et votre élévation aillent 
toujours en augmentant et que vous soyez toujours chéri de tout le 
inonde ! 

Monseigneur le comte de Maurepas, Ministre de l'Empereur de 
France, nous baisons vos nobles mains; grâces au ciel, par les nouvelles 
que vous avez reçues et que nous avons aussi apprises, vous êtes 
informé que Le Bey, notre maître, vous adonné toutes les satisfactions 
que vous aviez demandées et que la bonne intelligence avec la France 
est ancienne. Vous nous aviez ci-devant promis, Monseigneur, de nous 
taire sortir de cette auberge où nous sommes restés depuis onze mois 
Mec un exercice continuel de patience, en attendant une nouvelle 
heureuse. Enfin elle est arrivée. Votre Grandeur sait ce que c'est qu'un 



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232 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17*8] 

logis où tant de gens entrent et sortent à. toute heure. Vous êtes aussi 
informé que la ville de Chalon vend cette année le prix du jeu de l'ar- 
quebuse et que toutes les villes de cette province y envoyent les che- 
valiers de cet exercice, de manière que la ville est remplie de monde, et 
surtout notre auberge, où ceux de Dijon vont venir loger, ce qui nout 
oblige, Monseigneur, de vous supplier d'avoir la bonté d'ordonner 
que nous puissions partir d'ici, pour nous pouvoir rendre sons toi 
yeux, et nous vous le demandons pour l'amour de Dieu. Vous êtes 
informé qu'il y a onte mois que nous sommes dans l'exercice de It 
patience et que nous n'avons plus la force de continuer. Enfin nom 
sommes dans l'attente que vous aurez pitié de nous. » 

(Affaire) étrangère*, C™ de Tuni*.) 

CIHCULAIBE AUX CONSULS OU LEVANT ET DB BAHBABIE. 

468. — Fontainebleau, 8 septembre 1728. — Le Ministre leur 
envoie copie de l'ordonnance qui exclut du droit de négocier en 
France et des privilèges de la nation les fils de Français, nés en Levant, 
dont les pères sont morts et les mères, de nationalité étrangère. 

[Marine, B> tsi, f. /«.] 

P1GB0K AU tf DE KACHHPAS. 

469. — Tunis, 8 septembre 1728, — Les désordres se multiplient 
dans le royaume de Tunis, le parti du Pacha augmente de jour en 
jour et une révolution générale devient imminente. 

{Affaire» étrangère», C" de Tintù.] 

PÉTIS DB LA CBOiX AU C"' DE HAUBBPAS. 

470. —Marseille, 13 septembre 1728. — Il rend compte au Ministre 
qu'arrivé à Toulon le 8 courant avec Youssouf-Khodja, il en est 
parti le il et il est arrivé le même jour à Marseille. Youssouf-Khodj' 
a obtenu d'y séjourner jusqu'au i5, pour dresser une liste des esclaves 
tunisiens les plus âgés et les plus infirmes qui sont sur les galères et 
dont il veut demander au Koi la liberté. De la Croix compte arriver 
le 25 courant & Chalon, où il attendra les ordres du Ministre. 

{Affaire* étranger*!, C" de Tïoiii.) 



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[iliS] AVEC LA COUR DE FRANCK 



YODSSOCF-IflODIA AD tf" DE MAUHEPAS. 

471. — Ckalon-iur-Saôrte, 37 leptembre 1728. — « Très haut, très 
excellent et très magnifique Seigneur, 

Après avoir présenté a Votre Grandeur mes respects très humbles et 
fait les vœux les plus sincères pour votre conservation et votre prospé- 
rité, je vous dirai que je vous dois rendre mille très humbles grâces des 
marques de vos bontés pour moi. Je prie le Seigneur de vous combler 
de bonheur et de prospérité dans ce monde et dans l'autre. Je vous 
demande très humblement pardon de n'avoir pu vous l'écrire plus tôt, 
et je me flatte que votre générosité naturelle vous portera à me par- 
donner cette faute dont je suis plein de repentir et de confusion. 

J'ai l'honneur d'être, avec un très parfait respect, votre très humble 
serviteur et ami. a 

(Affaires étrangère*, C" 1 de Tunis.) 

LE C 1 " DE NAUBEPAS A PIGNON. 

472. — Marly, 15 octobre 1728. — Le patron Vida), de Hartigues, a 
été volé et saccagé par deux galiotes de Tunis. Le Consul devra s'en 
plaindre au Bey, mais ee régler, pour en demander réparation, sur les 
sentiments des Tunisiens par rapport à la rupture des Tripolitains ' . 

(Marine, B> ISt, f. ÎS4.) 

PÉT1S DE LA CHOIX AU C"' DE HADRBPAS. 

473. — Paru, 1 8 octobre 1 728. — De la Croix est arrivé h. Paris 
le 17 avec les Envoyés de Tunis. Ils sont descendus chez le sieur Bou- 
eaut, baigneur, rue Sainte-Avoye, où les Envoyés sont très bien logés et 
fort contents. D verra le sieur Duval et s'entendra avec lui pour leur 
faire visiter Paris. 

(Affaires étranger**, C" de Tunw.) 

1. Une escadre de huit vaisseaux de guerre, commandée par M. de Grandpré, se 
présent* devant Tripoli au mois de juillet 1128, avec la mission d'imposer à celle 
Régence le châtiment de ses corsaires, dont nous avions alors gravement à nous 
plaindre. Nos navires bombardèrent la ville, et un nouveau traité de paix fut 
conclu le juin 1139, par les soins de M. de l'Aubespine el du chevalier Goyon, 
capitaines de vaisseau, el de H. Pignon, Consul a Tunis (Recueil de traité*, par 
d'Haulerive et de Cussy, 1. 111, p. SOI). 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET SES CONSULS [1728] 



PÉTIS US LA CHOIX AU C lB DE XAUBBPAS- 

474. — Paris, 26 octobre i728. — De la Croix rend compte au 
Ministre des visites qu'il a fait faire a Paris aux Envoyés tunisiens. 

« Nous continuons exactement & conduire les Envoyés de Tunis déni 
fois par jour dans les endroits de Paris que l'on peut compter an 
nombre des raretés; ils sont extrêmement surpris en voyant les beaux 
ouvrages qui se font aux Gobelins, et l'Observatoire leur a paru un 
tissu d'inventions au-dessus de la nature. Je les ai fait descendre 
dans les souterrains, d'où le bonhomme Hadji-Hassan ne croyait pas 
pouvoir jamais sortir. « Vous rendrez compte à Dieu, disait-il très 
sérieusement, de m'avoir enterré tout vif, car je ne peux plus remon- 
ter. » De la Croix a pris des arrangements avec H. Dnval pour leur 
faire voir les maisons royales. 11 rappelle au Ministre qu'il lai a fait 
part de son intention de donner à Youssouf-Khodja 3,000 livres et un 
présent en étoffe d'or, 1,000 livres à chacun des deux autres Envoyés et 
1,000 livres à leurs domestiques. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



PÉT1S DE LA CROIX AU C 1 " DE HADBEPAS. 

475. — Paru, 2 novembre 1728. — Il ne saurait dire à quel point 
la vue des magnificences des maisons royales a ébloui les Envoyés de 
Tunis. Youssouf-Khodja ayant appris a Versailles que le Roi avait fait 
faire des estampes des perspectives des maisons royales ainsi que des 
jardins et des eaux, il désire en avoir pour montrer aux Puissances de 
Tunis une preuve de ce qu'il leur dira des beautés et des richesses de la 
France. De la Croix prie le Ministre de vouloir bien ordonner au garde 
des estampes de la Bibliothèque de lui remettra celles qu'il demandera 
pour cet Envoyé. 

(Affaires étrangère*, O" de Tunis.) 



LOUIS, XV A HOS3EIN--HES-ALT, BET DE TOIfIS. 

478. — Fontainebleau, S novembre 1 728. — « Illustre et magnifique 
Seigneur, 
Nous avons reçu avec plaisir vos Envoyés, et nous sommes satisfait 



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(1728] AVEC LA COUR DE FRANCE 235 

d'avoir vu par leurs discours l'accomplissement du dernier article 
du traité conclu avec vous par nos ordres le 1*' juillet de cette année. 
Nous nous sommes fait lire la lettre qu'ils nous ont présentée de 
votre part, et nous avons été aussi bien aise d'y voir les dispositions 
où vous êtes d'entretenir la paix et la bonne intelligence entre vous 
et nos sujets. Nous sommes aussi sincèrement disposé a les maintenir 
de notre part. A l'égard des autres articles de votre lettre, nous char- 
geons le sieur comte de Maurepus d'y répondre. Sur ce, nous prions 
Dieu qu'il vous ait, illustre et magnifique Seigneur, en sa garde. » 
(Marine, fl' 131, f. toe c.) 



LE C ! " DE MAOREPAS A HOSSBM-BEK-All, BBï DE TUNIS. 

477. — Fontainebleau, S novembre 1728. — « Très illustre et 
magnifique Seigneur, 

J'ai présenté vos Envoyés au trône de l'Empereur mon Maître, ils 
vous rendront compte de la manière dont ils ont été reçus de Sa 
Majesté Impériale et des bons traitements qui leur ont été faits par ses 
ordres. S'ils n'ont pas été admis dès leur arrivée a se présenter devant 
Sa Majesté Impériale, vous en savez les raisons, mais elles ne sub- 
sistent plus, et le souvenir doit en être effacé par l'exécution du traité 
de paix et de bonne intelligence qui a été renouvelé avec vous; au 
reste, vos Envoyés ont toujours été traités avec honnêteté, ils ont été 
défrayés de tout depuis qu'ils sont en France, et Sa Majesté a ordonné 
de leur continuer les mêmes traitements jusqu'à, leur embarquement 
pour retourner chez eux. 

Elle a été informée que le sieur Pétis de la Croix n'était convenu 
avec vos officiers que d'une partie des satisfactions lorsque l'escadre 
de ses vaisseaux est arrivée devant Tunis, et elle a trouvé que MM. de 
Grandpré et d'Héricourt n'ont rien demandé qui ne soit juste et rai- 
sonnable. Ils auraient pu exiger de plus grands dédommagements pour 
les prises et pillages faits injustement et contre la foi des traités par 
vos corsaires, mais Sa Majesté Impériale a bien voulu se contenter de 
ceux qui lui ont été accordés et des esclaves que vous avez fait délivrer 
pour suppléer aux réparations qui manquaient. Elle a même consenti 
qu'il fût remis à vos Envoyés 15 esclaves de votre religion, tant par con- 
sidération pour vous qu'a la réquisition qui en a été faite à MM. de 
Grandpré et d'Héricourt par Hassan-Khodja, Hussein-rets et Youssouf- 
Khodja. Sa Majesté a été très contente de ce dernier et il a rempli sa 



«dr* Google 



336 CORRESPONDANCE DES REYS ET DES CONSULS [1128] 

mission comme vous pouviez le désirer. Je vous écris cette lettre par 
Ordre de Sa Majesté Impériale et vous souhaite une parfaite santé en 
vous assurant, etc. » 

(Marine, tl< 131, f. 107.) 



YOUSSOUF-KBODIA AU C" DE MÀUREPAS. 

478. — Marteille, 6 décembre i~28, — « Mon très puissant, 1res 
excellent et très magnifique Seigneur, 

Après vous avoir présenté mes vœux et mes respects, je vous dirai 
que j'ai reçu le 4 de ce mois, en arrivant à Marseille, le passeport du très 
haut, très puissant, très sublime et très invincible Empereur, soutien dn 
monde, qui m'a causé une joie inexprimable. Je pense qu'il ne se pas- 
sera pas deux autres jours sans queje me rendeàToulon.oùje prendrai 
avec M. d'Héricourt des arrangements sur l'affaire que nous avons pro- 
jetée. Je me flatte qu'elle tournera a la satisfaction de Votre Grandeur. 

Je me suis soumis aux ordres que Votre Grandeur a envoyés au sieur 
de la Magdeleine pour tout ce qui concerne les esclaves. 

Votre Grandeur est sans doute informée qu'il est mort trois d'entre ceai 
que Sa Majesté impériale avait bien voulu accorder au Bey mon maître, 
J'en ai proposé trois autres à M. de Beauvais, dont deux sont Tunisiens, 
vieillards invalides, et le troisième est un vieillard bosnien. Je supplie 
Votre Grandeur de me les accorder, d'autant que dans les autres il n'y 
en a qu'un seul Tunisien, tous les autres étant étrangers. 

Je suis votre sincère ami et serviteur. » 

£"n marge est écrit : 

« Monseigneur, j'ai reçu deux lettres de Tunis, l'une du Kiaya, l'autre 
du Seigneur Uossein-Khodja, par lesquelles ils me donnent avis que les 
affaires du Bey mon maître seront par l'aide de Dieu terminées dans 
peu à son entière satisfaction, d'autant qu'il y a deux puissants Princes 
arabes qui s'étaient révoltés il y a plus de quatre ans ; l'un s'était retire* 
sur les terres d'Alger et l'autre sur celles de Tripoli; ce dernier, 
nommé Gédry, est revenu & la tète de 1,200 cavalière se soumettre an 
Bey, qui l'a reçu en grâce et l'a envoyé secourir l'armée qui tient la 
montagne d'Ousselète investie. L'autre Prince se nomme Ghaby; il est 
venu se soumettre avec 7,000 cavaliers et est rentré en grâce; d'un 
autre côté il est sorti de la montagne d'Ousselète 150 Arabes qui sont 
venus se soumettre et demander pardon au Bey qui le leur a accordé, eu 



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[1728] AVEC LA COUR DE FRANCE 237 

sorte que j'espère que tout sera paisible à Tuais avant que j'y retourne. 
Je prie le Seigneur que toutes dos autres affaires puissent se terminer 
aussi heureusement a la satisfaction de Votre Grandeur, a laquelle je 
souhaite une longue vie remplie de prospérité et une santé parfaite. 

Mon très excellent Seigneur, comme j'ai appris avec bien de la douleur, 
en arrivant à Marseille, les désordres commis par quelques-unes de nos 
galiotes, j'ai cru de mou devoir d'en informer Votre Grandeur et de la 
prier d'écrire à ce sujet au Bey mon maître et de me faire l'honneur de 
m'envoyer la lettre; Votre Grandeur fera là-dessus ce qu'elle jugera 
à propos. » 

{Affaire! étrangères, C" de Tunit.) 



DE LA HAGDBLEINB AU C» DE MAURBPAS. 

479. — Marseille, 6 décembre 1728. — Les Envoyés tunisiens sont 
arrivés à Marseille. Le vaisseau destiné à leur retour a Tunis est tout 
prêt; le fret en a été fixé à la somme de 1,000 livres. 

(Affaire» étrangère», C" de Tunis.) 



LE C M DE MAUREFAS A BOSSEIN-BEN-ALI, BEV DE TUNIS. 

480. — Versailles, 29 décembre 1728. — « Très illustre et magni- 
fique Seigneur, 

J'ai appris avec beaucoup de joie par Youssouf-Khodja , l'un de 
vos Envoyés auprès de l'Empereur mon Maître, que le plus grand 
nombre des Arabes rebelles qui s'étaient soulevés dans vos États se 
sont soumis à. votre obéissance, et que vous êtes sur le point de dissi- 
per entièrement les troubles qui avaient été suscités; je vous félicite 
de ce succès, qui doit vous rendre bientôt la tranquillité, et je vous 
souhaite un règne long et heureux. 

Dans le temps que vos Envoyés venaient d'accomplir le traité de paix 
et de bonne intelligence qui a été renouvelé avec vous, Sa Majesté 
Impériale a appris avec déplaisir que deux galiotes de Tunis ont pillé un 
bâtiment français mouillé aux Iles de Saint-Pierre et blessé le capi- 
taine et un matelot. Elle est persuadée que cet attentat a été commis 
contre vos ordres et que, sur le premier^vis que vous en aurez eu, vous 
avez fait restituer les effets qui ont été volés et châtier les comman- 
dants des galiotes comme ils l'ont mérité. On ne peut qu'attendre cette 
satisfaction des assurances que vous avez données de votre disposition 



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238 CORRESPOND ANGE DES BEYS ET DES CONSULS [1729] 

sincère s. maintenir l'exécution du dernier traité. Vous devez aussi être 
assuré que Sa Majesté Impériale le fera exécuter exactement par set 
sujets. » 

{Manne, S> 4Si, f. »S3 v.) 



YOD8SOFF-KBOWA AD C" »B MACRBPAS. 



481. — Marseille, 7 janvier 1 729. — Il informe le Ministrt 
qu'ayant terminé les affaires qui le retenaient en Provence, il se pré- 
pare à retourner a Tunis. «... Permettez-moi de voua représenter que 
tous les esclaves en général m'ont écrit pour me faire savoir qu'ils 
ont pris unanimement la résolution d'avoir une caisse dans laquelle 
ils mettront tous les jours chacun six deniers, qu'ils donneront, outre 
cela, chacun un sol par jour pour droit de chaîne ainsi qu'il se prati- 
quait autrefois, moyennant qu'on leur permette de travailler pour 
gagner quelque chose, et ils se cautionneront tous les uns les autres 
de façon que, s'il s'en sauve quelqu'un, les antres payeront sa valeur, 
ce qui ne laissera pas de produire & Sa Majesté Impériale onze ou 
douze francs par jour, de façon que ce sera un profit pour elle et on 
grand bien pour les esclaves, qui seront par ce moyen comme sont les 
esclaves de tous les autres royaumes. » 

(Affaires étrangtres, O" de Tunit.) 



PIGNON AU C"" OE MAUBKPAS. 

482. — Tunit, 15 février 1729. — Les frégates du Roi comman- 
dées par M. de Bandeville' ont mouillé à La Goulette le 11 courant; 
Pignon est allé le 12 a bord du Zéphir, où il a trouvé Youssouf-Khodja. 
Après avoir conféré avec H. de Bandeville sur les affaires de Tunis et 
de Tripoli, ce commandant lui a dit qu'il voulait envoyer un officiera 
terre pour faire complimenter le Kiaya et lui porter plainte de la part 
du Roi de l'insulte faite au patron Vidal, de Martigues. 

Le 13, M. Duquesne, lieutenant des vaisseaux du Roi, chargé de cette 
mission, vint a Tunis avec Pignon, accompagné de Youssouf-Khodja et 

a l'Envoyé tunisien Youssouf- 



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f!729] AVEC LA COUR DE FRANCE 239 

des esclaves que Sa Majesté a renvoyés au Bey ; le 14, ils allèrent voir te 
Kiaya, qui promit à H. Duquesne de lui donner satisfaction. 

[Affaire» étrangères, C' de Tuais.) 

LB C" SB KACREPAS A PIGNON. 

483. — Versailles, 9 mars i 729. — Il reçoit l'ordre d'insister pour 
obtenir réparation de toutes les infractions commises par les Tunisiens 
depuis le traité de paix récemment conclu. 

(Marine, W 13*, f. 63.) 

ÏOUSSOUF-RBODJA AU C DE MA U REPAS. 

484. — T'unit, / / mars 1 729. — Il est arrivé h Tunis le 14 février. 
Le Bey et les Ministres lai ont demandé des nouvelles des affaires 
de Tripoli 1 et ont été étonnés d'apprendre qu'on armait des navires 
en France, car ils avaient appris que le Consul à Tunis avait écrit au 
Pacha de cette Régence pour lui demander la pais, que ce Pacha avait 
répondu en l'invitant a se rendre à Tripoli et lui avait envoyé un 
passeport. 

{Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 
PIGNON AU C"> DB MAUREPAS. 

485. — T'unît, 1 8 mars i 729. — La frégate L'Astrée et la barque 
commandée par M. d'Astour 1 ont mouillé à La Goulette le 15 courant; 
le 17 M. d'Astour a débarqué avec les trois Envoyés de Tripoli, qui sont 
venus loger chez le sieur Pignon, ainsi que le Pacha le leur a ordonné; 
le premier des trois est Maure, homme de bon sens et de probité, le 
second est un Chérif, (ils de Turc, né à Tripoli, et le troisième un Turc 
du Levant. Ces deux derniers sont Aghas et ils paraissent tous les trois 
fort raisonnables; leur empressement à se rendre en France prouve la 
nécessité où se trouve le Pacha de faire la paix. Celui-ci parait d'ail- 
leurs la désirer sincèrement, aussi est-il nécessaire de ne pas le 
rebuter. 



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240 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17S 

Pignon se dispose a partir pour Tripoli, où il s'efforcera de renou- 
veler le traité qui nous liait a cette Régence. 

[Affaira étrangères, P" de Tunis.) 

PIGNON AU C" DE VAUREPAS. 

486. — Tunis, 1 9 mars i 729. — Avant de partir pour Tripoli 
Pignon a voulu savoir des Envoyés en quoi consistaient leurs pouvoirs. 
Ils les lui ont communiqués; le Pacha leur ordonne de demander la 
paix et de l'obtenir à quelque pris que ce soit, persuadé que par s» 
soumission il obtiendra quelque réduction sur les restitutions deman- 
dées qu'il n'est pas en état de faire. 11 leur a donné des pouvoirs suffi- 
sants pour terminer tous les différends et conclure un traité de paii 
dont il approuvera tous les articles. Les choses étant ainsi, Pignon » 
cru inutile de se rendre a Tripoli. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LE C" DE HAUREPAS A 0B BAWDETO.LE. 

487. — Paru, 23 mars 1 729. — On l'approuve d'avoir fait porter 
des plaintes au Kiaya, en l'absence du Bey de Tunis, sur les dernières 
infractions aux traités. 

(Marine, fl* isi, f. m.) 

PIGNON A0 C" DE HAUHEFAS. 

488. — Tunis, 28 mars i 729. — Une des raisons qui onl empêché 
Pignon de se rendre a Tripoli est la crainte que le Pacha ne le retint 
comme caution de ses Ambassadeurs. Ces derniers sont partis le 2ï cou- 
rant, malgré les conseils qu'on leur a donnés à Tunis pour les dissuader 
d'aller en France. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 
PIGNON AU C 1 " DE HAUBBPAS. 

489. — Tripoli, 20 mai i 729. — Sur le voyage qu'il a cm devoir 
faire à Tripoli, et les négociations qu'il a entamées dans cette ville afin 
d'y conclure la paix *. 

(Affaira étrangères, C" de Tunis.) 

1. Voy. la correspondance de Tripoli et l'État des dépenses faites à Tripoli pé- 
dant le séjour de M . Pignon pour conclure la paix, ci :),908 piastres (Affaires WrW- 
gères, C" de Tunis et de Tripoli). 



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[4729] AVEC LA COUR DE FRANCE 241 

490. — Compiègtie, 1" juin 1729. — Ordre donné au sieur La 
Pérouze, directeur pour la Compagnie des Indes au Cap-Nègre, de 
repasser incessamment en France et de s'embarquer sur la frégate com- 
mandée par M. de Banderille, à peine de désobéissance *. 

{Affaires étrangère», C" de Tunis.) 

491. — Compiègne, i"juin 1729. — Ordre du Roi pour faire recon- 
naître le BÎeur Soret * en qualité de directeur du Cap-Nègre a. la place 
du sieur La Pérouze. 

[Marine, W 13i, f. t, v.) 
LE ÇT DE tUUBIPAS A SORET. 

492. — Compiègne, 1"jutn i 729. — Le Roi a agréé sa nomination de 
directeur de la Compagnie des Indes au Cap-Nègre en remplacement 
du sieur La Pérouze. 11 se rendra donc incessamment a Tunis, où 
une- frégate du Roi ira le prendre pour le transporter audit Cap-Nègre; 
il remettra au sieur Pignon, Consul, ou au premier député de la nation 
à Tunis, le paquet qu'on lui envoie, contenant des ordres sur sa nou- 
velle charge. Comme il est essentiel que le sieur La Pérouze n'en 
soit point informé avant son embarquement pour la France, il se fera 
passer a Tunis pour un marchand ou un voyageur qui va faire des 
recherches en Levant. Il devra éviter dans sa nouvelle carrière les fautes 
qui ont amené la destitution du sieur La Pérouze; en particulier il 
évitera d'agir dans les affaires importantes sans la participation du 
Consul. 

[Marine, tV 1Si, f. I.) 

1. Il ie. retira chez le Consul de Hollande, puis à Tabarque et enfin à Gènes. 
Voy. les lettres de La Pérouze à Taiil, a Pignon, aux directeurs de la Compa- 
gnie des Indes; des directeurs de la C'* des Indes, et en particulier de l'abbé 
Raguel, directeur a Paris, à La Pérouze, relativement aux sujets de plaintes dont 
cet agent a été l'objet (Marine, Bi m, Î91 et 303, et Colonies, C" d'Afrique), — Mé- 
moire touchant le sieur La Pérouze, par Émcric, teneur de livres de la Compagnie 
des Indes au Cap-Nègre, le 18 novembre 1729, — et Mémoire de la Compagnie 
dei Indes au comte dr Maurepas, sur la conduite du sieur La Pérouze, directeur du 
Cap-Nègre, 24 mars 1729. Il résulte de ces Mémoires que l'agent La Pérouze tra- 
fiquait pour son propre compte el s'était rendu coupable de nombreuses malversa- 
tions (Affaires étrangères, C" de Tunis). 

2. Simon Soret. On ne doit pas le confondre avec son frère, religieux récollet, 
aumônier à La Galle. — Voy. sa correspondance avec les directeurs delà Compagnie 
des Indes ( Colonie* , C" d'Afrique), — Les grandes Compagnies de commerce, par 
Bonnassîeui, déjà cité, p. 218, — et Le comptoir du Cap-Nègre, par Albert Maire 
(Bulletin du Comité des travaux historiques, 1888, p. 103). Cette notice contient un 
certain nombre de lettres de Soret, découvertes par l'auteur aux Archives hospita- 
lières tP Avignon. 

10 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



PIGNON AtJ C" DE MAUHEPA5. 

». — Tunis, S juillet 1729. — Parti de Tripoli le 15 juin, t 
venu le 22 à La Goulette. M. de Goyon ' a envoyé saluer le 
romande en l'absence du Bey, et l'a informé de la paix qui 
conclue avec Tripoli. 

(Affaire» étrangère*, O" de Tunis.] 



LE C" DE MAUHEPAK A P1GNOH. 

[. — Marly, 6 juillet i729. — On lui accorde la permis» 

1er en France avant de se rendre au Caire, où il est nommé C 

(Marine, fl' 134, f. il.) 

LE C" DE MAUHEPAS A YOUSSOUF-XBODJA . 

. — Versailles, i 6 juillet i 729. — a ... J'ai été informé des 
événements de la guerre que le Bey votre maître soutient 
il Ml y a bien de l'apparence que les avantages qu'il a 

contribueront à forcer tous ceux qui lui sont opposés de s 

bientôt à son obéissance, et je m'intéresse assez à tout ■ 
irde pour le désirer. A l'égard de Tripoli, je suis persuad 
'acha n'avait pas demandé la paix à l'Empereur mon r 
qae vous lui eussiez écrit, tout ce que vous lui avez marqua 
re connaître qu'il était de son intérêt de prendre ce pa 

aisément déterminé. Vos bonnes intentions me sont cor 
pouvez-vous compter sur l'estime que j'ai pour vous et : 

que j'observerai à l'égard de tout ce que vous me man< 
ipte que vous voudrez bien continuer à m'informer de tout ( 
ra attention. Au reste je dois vous dire que votre prése 



y. la note I, p. 233. 

guerre soutenue par le Bey contre son neveu Ali-Pacha, qui avait g' 
le les montagnards des Ousseletes. Elle dura près de deux ans, a* 
.ires de triomphe et de défaite. Entre temps, le Bey réduisit h l'obéi 
s du Kef el de Bèja, qui s'étaient révoltées. Enfin ce Prince écrasa, à, 

du Sahel, l'armée d'Ali-Pacha, et celui-ci fui obligé de s'enfuir, avi 
mes, sur le territoire algérien. Ahdi-Dey leur donna asile et le Bey de 

rentra dans sa capitale, après avoir tenu la campagne pendant di 



«dr* Google 



f 1729 l AVEC LA COUR DE FRANCE 243 

vingt bouteilles d'eau de fleura d'oranges m'a fait beaucoup de plaisir. 
Je rous suis très obligé de votre souvenir, et je chercherai toujours à 
vous donner des marques du mien, dans toutes les occasions que j'en 
aurai. Je vous prie de me croire toujours, etc. » 

(Marine, Bi 1$i, f. SO.) 



PIGNOH AU C»° DE MAUBEPAS. 



496. — Tunis, 17 juillet 1729. — M. Soret, directeur du Cap-Nègre », 
est arrivé a Tunis le 8 courant. Il a conféré avec lui sur les moyens 
& employer pour accroître le commerce de ce comptoir. Personne à 
Tunis n'a deviné l'objet de la mission de M. Soret. 



■s étrangère*, C" de Tunis.) 



BOVBR ' AU C"> DE HACREFAS. 

497. — Tunis, 29 juillet 1729. — Le Bey est de retour a Tunis 
depuis environ quinze jours. Le Pacha, entièrement défait, s'est réfugié 
auprès d'un chef arabe sur les frontières d'Alger; le Dey de cette 
Régence 3 l'a fait venir auprès de lui. 

(Affairée étrangères, C" de Tunis.) 
PÈME ' AU C ,e DE MAUHEPAS. 

498. — Tunis, 2 août 1729. — Pêne informe le Ministre de sort 
arrivée à Tunis et du départ de M. Pignon, qui s'est embarqué pour Tri- 
poli le 27 juillet, sur la frégate du Roi Le Zéphir, commandée par M. de 
Bandeville. Les affaires de l'Echelle sont en très bon état, et celles du 
Bey ont entièrement changé de face depuis la mort de l'un des princi- 
paux chefs des rebelleB. 

{Affaires étrangères, C" de Tuait.) 

1. Voy. plus haut, p. 241. Sa correspondance officielle, déjà signalée, est des 
plus intéressantes, et mériterait a elle seule une étude spéciale (Colonies, C"* 
d'Afrique} . 

S. Jean Boyer, premier député de la nation française k Tunis, chargé de l'intérim 
du Consulat depuis le départ de Pignon. 

3. Abdi-Dey. Celui-ci ne consentit pas, malgré les instances du Bey, A mettre a 
mort Ali-Pacba, mais il promit de te garder prisonnier, moyennant une pension de 
1(1,000 sequina qu'Hossein paya régulièrement pendant plusieurs années. 

*. Chancelier du Consulat de France a. Tunis. 



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CORRESPONDANCE DES BKYS ET DES CONSULS [11B] 



PIGNON AU G" DE XADBEPAS. 

499. — Tunis, iS août il 29. — Après un second voyage à Tripoli, 
Pignon est revenu à Tunis le 9 courant & bord de la frégate du (toi h 
Zéphir. Le sieur La Pérouze, ancien directeur du Cap-Nègre, refwe 
d'obéir à l'ordre du Roi qui l'obligea revenir en France. Le Bey n'a 
pas voulu le forcer à s'embarquer, pour ne pas violer l'asile que lui a 
donné le' Consul de Hollande dans sa maison. Celui-ci est résolu à le 
protéger et même à le défendre contre ceux qui tenteraient de l'enlever 
de chez lut. 

{Affaire» litrangires, C" de Tmit.) 



YOUSSOUF-KHODJA AU C" DE MAUREPAS. 

600. — Tunis, 19 août 4729. — On est très surpris à Tunis de li 
conduite des directeurs de la Compagnie des Indes qui ont changé le 
directeur du Cap-Nègre, d'autant que le sieur La Pérouze est un très 
honnête homme qui connaît les mœurs du pays et en sait la langue, 
tandis que le nouveau directeur * ne sait tout au plus que la langue fran- 
çaise, et, pour remplir avec succès un poste en Barbarie, il faut de toute 
nécessité parler la langue du pays. 

(.Affaire» étrangère*, C" de Tuni») 



CIRCULAIRE AUX CONSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE. 

501 . — Vertailla , 4 septembre 1 729. — a Les vœux de la France ont 
été exaucés par la naissance d'un fils dont la Reine vient d'être heureu- 
sement délivrée *. Le Roi y est d'autant plus sensible que ce grand événe- 
ment, qui met le comble à ses souhaits et à ceux de ses peuples, assure 
le bonheur de son État. Sa Majesté m'a ordonné de vous en faire part 
Elle désire que vous en informiez les négociants français établis dans 
votre Échelle, étant persuadée qu'ils en seront pénétrés de joie et qu'Us 
donneront en celle occasion des marques de leur zèle sans qu'il soit 
nécessaire de les y exciter.... » 

(Manne, B> 13*, f. '54'.) 



t,zed,yGOOg[e 



[1729] AVEC LA COUR DE FRANCE 245 

602. — Versailles, 7 septembre 173.9. — Provisions de Consul à 
Tunis en faveur de Jacques Boyer de Saint Gervais, successeur de 
PignoQ '. 

(Affaire» étrangère*, C" de Tunû.) 



I.K C ta DE MAOREPAS A DB SAlBT-OKHVAtS. 

503. — Versailles, 14 septembre 1729. — Il devra s'embarquer a 
Toulon sur La Sybille et, en arrivant à son poste, il trouvera le sieur 
Pignon ou, en son absence, le premier député de la nation, qui le 
metra au fait de la situation des affaires de l'Échelle. 

(Marine, & lit, f. 16t.) 



PÊHB AU C 1 " DB MAUREPAS. 

604. — Tunis, 15 octobre 1729. — Le 30 septembre, six esclaves du 
Bey s'étant échappéB du Bardo tentèrent de fuir pendant ta nuit et 
s'emparèrent de la chaloupe d'un bâtiment français avec laquelle ils 
essayèrent de gagner le large. Le nocher du bâtiment auquel apparte- 
nait la chaloupe s'étant mis à leur poursuite, ils se sauvèrent a la nage 
à terre, et les gens du Bey n'en trouvèrent que quatre au lieu de six. 
Le Bey, les croyant cachés sur un des bâtiments mouillés a La Gou- 
lette, envoya visiter tous les navires sans distinction. Ceux qui avaient 
été chargés de cette commission, ne les ayant pas trouvés, prirent le gou- 
vernail et deux matelots du bâtiment dont les esclaves avaient enlevé 
la chaloupe. Le chancelier étant allé chez le Bey réclamer les matelots 
et le gouvernail, celui-ci lui fit rendre le tout, en s'excusant de cette 
violence. 

(Affaire* étrangère!, C" de Tunis.) 



PENI AU C' DB MAUREPAS. 

606. — Tunis, 19 octobre 1729.— Depuis la fuite du Pacha à Alger 
et l'arrestation de ses principaux partisans \ la tranquillité du royaume 
est complètement rétablie ainsi que la sécurité des communications. 

1. Voy. sn correspondance avec lu Chambre de commerce de Marseille, S. AA, 
W-331 de l'Inventaire de H. Teissier. 

2. Voy. la note 3, p. 242. 



z e d, y Goog[e 



246 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 1.11»] 

Les habitants des montagnes des Ousselates continuent seuls à se mon- 
trer rebelles, mais plusieurs chefs ont fait leur soumission, et l'on croit 
que le Bey ira prochainement soumettre les autres de gré ou de force. 
[Affaires étrangère*, <7" de Tunis.) 

LE C'* DE HAUKEPÀS A BOSSEIH-BBH-ALI, BEY DE TCH1S. 

500. — Versailles, 24 octobre i 729. — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 

Le sieur Pignon, qui est arrivé à Toulon dans les premiers jours de 
ce mois, me marque que vous lut auriez fait remettre les neufs Génois 
qui faisaient la pèche auprès de Saint-Tropez dans le mois de juin der- 
nier, el qui furent pris près des terres de France par une galiote de Tuais, 
si les preuves qu'il vous en a données vous avaient paru suffisantes. 
Vos dispositions & ce sujet m'ont fait plaisir, et du moment qu'il ne 
s'agit, pour obtenir cette satisfaction, que d'établir le fait plus qu'il ne 
l'est, je ne doute pas que vous ne fassiez remettre ces neuf Génois 1 au 
sieur de Saint-Gervais, que l'Empereur mon maître envoie à Tunis pour 
y remplacer le sieur Pignon. Il vous présentera à son arrivée une expé- 
dition en forme de la déclaration que les officiers de l'Amirauté de Saint- 
Tropez ont reçue au sujet de cette prise. Je suis persuadé qu'après 
avoir vu cette pièce, vous ferez mettre aussitôt ces Génois en liberté, et 
que vous chercherez par la à prouver a l'Empereur mon maître que 
vous n'avez d'autre intention que d'exécuter les traités qui ont été 
renouvelés avec vous. Sa Majesté impériale s'attend aussi que si le reïs 
qui a fait la prise retourne à Tunis, vous le ferez punir sévèrement de 
l'infraction qu'il a commise. Au reste, je vous prie d'être bien per- 
suadé de l'empressement que j'aurai a rendre compte à l'Empereur moi 
maître de la satisfaction que vous lui donnerez a ce sujet, et que, de ma 
part, je chercherai toujours à vous marquer que je suis, etc. ■ 
(Marine, B' 13t, f. US.) 

PÊNE AU C t0 DE MAUABPA5. 

607. — Tuait, 2 1 novembre i 729. — Le Bey a terminé la pacifica- 
tion de la montagne des Ousselètes * dont les différentes nations paye- 
ront chacune 50,000 piastres d'indemnité. 

(Affaires étrangères, C" de fiiMù.) 

i. Vov. a ce sujet la Correspondance des Deys d'Alger avec la Cour dt FraMt, 
t. II, p. 133 el suit. 
2. Voy. la note 2, p. 212. 



t,zed, y G00g[e 



[1729] AVEC LA COUR DE FRANCE 



BOVSR AU C le DE MAUREPAS. 

608- — Tunis, 23 novembre 1729. — Le reïs qui avait insulté une 
tartane française sur la cûte de Catalogne a été arrêté et mis en prison 
pendant quinze jours, après quoi il a reçu la bastonnade et a été 
dégradé. On a restitué le pavillon et 20 piastres, prix auquel ont été 
évalués les effets pillés. 

Il prie le Ministre de vouloir bien lui accorder ses appointements 
depuis le départ de H. Pignon. 

{Affaire* étrangères, C" de Tunïl.) 



PENE AU C'" DB HAUBEPAS. 

609- — 7 unis, 24 novembre i 729. — Ali- Pacha, qui s'était réfugié à 
Alger, a été mis en prison dans la maison du Dey, et sa suite a été ren- 
voyée. Cette nouvelle a fait plaisir au Bey, qui doit h ses prières et k 
ses présents le traitement fait & son neveu. Cet emprisonnement et la 
soumission complète des montagnards des Ousselètes vont rendre au 
royaume la paix dont il jouissait avant la fuite du Pacha '. 

{Affaire* étrangères, C- de Tunis.) 



LE C 10 DE MAUREPAS A BOYER. 

510. — Versailles, 7 décembre / 729. — Le Roi a été très satisfait des 
fêtes que les négociants ont données à Tunis s. l'occasiou de la nais- 
sance du Dauphin. Il approuve l'échange d'esclaves entre Tripolins et 
Tunisiens, auquel a contribué pour la paix générale le premier député 
de la nation. 

{Marine, B> 1Si, f. SU.) 



DE SAIHT-GERYAIS * AU C ll; DE MAUREPAS. 

511. — Tunis, 9 décembre 1729. — De Saint-Gervais annonce au 
Ministre son arrivée a Tunis. Parti de Toulon le 29 octobre, il a eu un 



«dr* Google 



248 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DBS CONSULS [1736) 

si mauvais temps qu'il a mis cinq semaines à faire une traversée qui se 
fait ordinairement en huit jours. 

Le Bey, qui est a deux journées de la ville, achève de pacifier les 
montagnards; le Kiaya et le Dey gouvernent sans obstacle. 

(Affaire* étrangères, C" de Tumt.] 
DE SilHT- GKRVÂIS AU C** DE HAUREPAS. 

512. — Tunit, 27 décembre 1729. — Un bâtiment français a été 
insulté par une galiote qu'on croit être de Biierle ; il fera les démarches 
nécessaires et, s'il y a lieu, demandera justice. 

(Affaires étrangères, C* de Tunit.) 

MÉMOIRE SUR LES COLONIES DU CAP NÈGRE ET DU BASTION DE FRANCE, 
FAR TAXIL '. 

513. — Janvier 1730. — « La colonie du Cap-Nègre est dans le 
royaume de Tunis éloignée d'environ 50 milles du Bastion de France. 

Cet établissement fut fait par les Français suivant un traité passé 
avec les Puissances de Tunis le 28 août 4685, sous le nom de Thomas 
Révolat, procureur de Jean Gauthier, confirmé par l'article 3° du traité 
de paix an-été par feu H. le Maréchal d'Estrées, commandant l'armée 
navale en Levant, avec les Pacha, Dey, Divan et autres Puissances du 
dit royaume de Tunis. Le même traité fui renouvelé par le sieur 
Sorbainde, Consul de la nation française a Tunis, l'un des intéressés 
en la Compagnie du Cap-Nègre, pour en jouir autant de temps qu'il 
plairait au dit Gauthier et sa Compagnie. 

Le 1* [ janvier 1707, cette Compagnie commença sous le nom de 
Compagnie d'Afrique, suivant les articles de société qui en fut faite el 
homologués par arrêt du Conseil en date du 9 octobre 1707, et elle a 
continué jusqu'au dernier décembre 1712. 

En 1712, il se forma une nouvelle Compagnie, sous le même nom, 
dont les articles furent pareillement homologués par arrêt du Conseil 
du 15 août 1712, jusqu'au dernier décembre 1718 *. Cette Compagnie 
comprend le Cap-Nègre et le Bastion de France. Ces deux colonies 

1. Directeur de la Compagnie des Indes h Marseille. Toute sa correspondance 
est aux Archiva des Colonies, C** d'Afrique. — L'agent de la Compagnie i Tuai» 
était alors le sieur Cauvin, que Sorel fit renvoyer en France, en raison de «s 
attaches avec l'agent La Pérouze. 

!. La Compagnie des Indes en avait pris possession, comme on l'a vu plus haut, 
en 1719. 



t,zed, y G00g[e 



[1730] AVEC LA COUR DE FRANCE 249 

étaient autrefois séparées et formaient deux Compagnies, lesquelles 
n'ont été réunies qu'au {"janvier 1707. Cette réunion a été jugée néces- 
saire, attendu que l'une se soutient par l'autre. 

Cap-Nègre. 

L'établissement du Cap-Nègre est très considérable par rapport aux 
bâtiments, aux fortifications et au grand nombre de magasins à mettre 
les blés. Les vaisseaux qu'on y envoie sont chargés en moins de vingt- 
quatre heures et les barques en huit ou dix heures. Les voyages de 
Marseille au Cap-Nègre et de retour au dit Marseille ou autres ports de 
Provence se font ordinairement en quinze, vingt ou vingt-cinq jours. 
Le principal commerce de cette colonie se fait en blé. On en peut 
tirer année commune 60,000 mesures de Maure sur le pied d'une 
piastre et demie ou deux piastres au plus, la mesure faisant 120,000 
piastres que nons évaluerons ici & 73 sols pièce, sur le pied des espèces 
a peu de chose près de cette valeur intrinsèque, soit une somme de 
326,000 livres de bénéfice annuel, déduction faite des frais, nolis et 
redevances. 

Le plus gros amas de blé se fait d'abord après la récolte, c'est-à-dire 
dans les mois de juillet, août et septembre, après quoi les Maures s'ap- 
pliquent à faire leurs semences. 

11 se fait au Cap-Nègre (outre le blé) un commerce en orges, fèves, 
cuirs, cires, laines et quelquefois en huiles ; le profit qu'on peut faire 
sur toutes ces marchandises est plus que suffisant pour payer les 
salaires et la nourriture des garnisaires et employés & la place. 

La Compagnie peut faire encore un commerce de marchandises de 
France h Tunis, où l'on pourrait gagner de quoi payer les lismes ou 
redevances qu'on est obligé de faire aux Puissances du pays. 

Récapitulation des produits. 
Bénéfice sur le commerce du Cap-Négre 326,000 1. ) 



Ce bénéfice sera augmenté par l'échange des piastres de haut poids 
pour des légères, ou en rognant les piastres de haut poids pour les 
réduire à celui de Livourne, qui sont les plus propres au commerce de 
la Compagnie. Ce dernier article donnera au moins 10 0/0 de béné- 
fice sur un fonds en piastres de la valeur de 8,000 livres que j'estime 
devoir être employé pour rendre ce commerce avantageux & la Com- 



«dr* Google 



250 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1130] 

pagnie. Ainsi ce sera encore une augmentation de bénéfice de 
80,000 livres. 

Total du produit des dites colonies chaque année : 788,365 livres. 

Pour retirer tout l'avantage de ce commerce, il est absolument néces- 
saire d'établir un bon ordre de régie qui prescrive à chaque employé 
en France et en Barbarie les fonctions qu'il doit Taire et le faire observer 
avec beaucoup de rigidité, car c'a été par la mauvaise régie que sont 
provenues les pertes que les précédentes Compagnies ont faites, et leur 
désunion entre elles, causée par leur intérêt particulier au préjudice de 
celui de leur Compagnie, et la brigue pour les emplois qui n'ont jamais 
été remplis que par des gens ignorants, sans expérience, ou gens qui 
n'ont regardé que leur intérêt propre. 

Il me reste à indiquer les employés qui sont absolument néces- 
saires pour faire ce commerce dans toute son étendue : 

A Marseille. 
Un directeur, un caissier, un teneur de livres, un garde-magasin, 
deux commis a ta direction, deux commis aux magasins et décharge- 
ment des blés, un commis à la recette des deniers, un concierge des 
bureaux, et, par-dessus le tout, un bon inspecteur ou syndic poar 
avoir l'inspection non seulement sur les affaires des dites colonies. 
mais encore sur toutes celles qui regardent la Compagnie dans les 
établissements qu'elle va faire à Marseille et qu'elle peut entreprendre 
dans la suite, comme le lieu le plus propre à y établir un entrepôt ponr 
son commerce et pour détruire les contrebandes qui se font par Cènes. 

Au Cap'Nègre. 
Un agent, un aumônier, un caissier, un teneur de livres, un garde- 
magasin, deux commis au mesurage ou a la recette des blés, marchan- 
dises et chargements des bâtiments, un maître chirurgien, un garçon 
chirurgien, un truchement, un dépensier ou commis aux vivres, un 
maître d'hôtel, un cuisinier et quatre domestiques, un menuisier ou 
charpentier, un maçon, un meunier, deux boulangers, un palefrenier, 
un forgeron, un boucher, un blanchisseur, deux mesureurs aux blés. 

Garnison. 
La garnison doit être composée d'un capitaine d'armes et de 15 sol- 
dats. Il doit y avoir aussi un capitaine de plage pour les chargements 
et 30 frégalaires ou gens de travail commandés par un chef qu'on 
appelle capitaine des frégalaires. 



«dr* Google 



[1730] AVEC LA COUR DE FRANGE 251 

La ville de Paris fut secourue par les blés du Cap-Nègre eu l'année 

1099. Le Roi accorda dix frégates pour transporter ces blés au Havre. 
Lyon et le Dauphiué ne s'en ressentirent pas moins en l'année 1709, 

et la Provence aurait été réduite à la famine sans le secours de cette 

colonie. » 

(Marine, fii *9S.) 

LE C" DE MAUHBPAS A DK SAI HT- GBR VAIS. 

514. — Versailles, 1 i janvier 1 730. — 11 lui donne l'ordre de porter 
plainte au Bey de Tunis contre le reïs d'une galiote de Bizerte qui a 
attaqué le patron Benêt de Berre, et d'insister sur les restitutions a 
obtenir. 

(Jforiiie, B> 137, f. «.) 
DE SAINT- GER VAIS AU C lf DE MAUREPAS. 

B15. — Tunis, 6 février 1 730. — Sept esclaves appartenant au 
Bey et au Kiaya se sont sauvés pendant la nuit. Ils ont pris a La 
Gonlette, sous les yeux des sentinelles, un petit bateau et ont rejoint 
le bâtiment du capitaine Audibert, de Marseille, dont ils ont enlevé la 
chaloupe. Le Kiaya a envoyé demander un ordre pour faire recher- 
cher les esclaves à bord des bâtiments; Saint-Gervais l'accorda immé- 
diatement, mais le Gardian-Bachi se rendit à La Goulette, fit arrêter 
Audibert et le mit au bagne. Sur les représentations du Consul, le capi- 
taine Audibert a été remis en liberté. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

DE SAIRT-GERVAIS AU C" DE MAUREPAS. 

516. — Tunis, 4 avril i 730. — « La nation me prie de représenter 
s Votre Grandeur le besoin que nous avons d'une personne qui soit eu 
quelque degré chirurgien et médecin, puisqu'il faut passer par les 
mains de ces Messieurs et que la Faculté étend impitoyablement ses 
droits sur toute la terre habitable. Forcés à subir ses lois, nous deman- 
dons en grâce à Votre Grandeur qu'il nous soit permis de faire choix à 
Marseille d'une personne qui sache nous tuer méthodiquement et sui- 
vant les régies de l'art. Pour engager à pareil déplacement un chirur- 
gien raisonnablement habile, si Votre Grandeur le trouve bon, nous lui 



t.»^ Google. 



252 CORRESPONDANCE DBS BBYS ET DES CONSULS [1734] 

ferons 500 livres d'appointements, le logerons au Fondouk et le ferons 
jouir de quelques autres petites douceurs attachées à la place. Noos espé- 
rons que dans l'espoir de gagner quelque chose dans un pays ou il n'y 
a ni chirurgien ni médecin, un homme tel qu'il nous le faut se donnera 
à nous pour 500 livres. Nous nous flattons que Votre Grandeur se por- 
tera volontiers a nous accorder une grâce dont nous voudrions bien 
pouvoir nous passer. » 
(Archives de la Résidence française à Tunis, Registre des délibérations, L I, f. II.) 



DE SAIHT-GBRVA1S AU C" DR XAUBEPAS. 

517. — Tunis, 24 avril 1730. — Un des Ministres du Bey est parti 
pour Alger le 3 courant; on croit que le but de ce voyage est d'obtenir 
du Dey qu'il fasse périr Ali-Pacha et son fils qu'il relient prisonniers. 
Toutefois on peut prédire que ce Dey ne voudra pas renoncer * tenir 
par ce moyen le Bey de Tunis dans sa dépendance et a tirer de lai <■« 
sommes considérables. 

{Affairée étrangères, C" de Tant».) 



LE C to DB HArjRBPAS A DE SA1NT-GEHVAIS. 

518. — Fontainebleau, 26 avril 1730.— Il a bien fait de prendreli 
défense du sieur Audibert dans les violences exercées contre lui et de 
se faire remettre ce capitaine. On approuve également qu'il se soit 
opposé fortement a. l'habitude prise par les Tunisiens de visiter 1» 
bâtiments français sans sa permission, et qu'il s'en soit plaint au Bej. 
(Marine, B' 137, f. 137 t.) 



DE SA1NT-GERVAIS AU C" DE MAUHEPAS. 

S19. — Tunis, mai 1730. — Le Consul envoie un placet au sujet 
de ses appointements. Il se plaint de ce qu'ils sont plus faibles qui 
Alger et a Tripoli, alors que les dépenses de son poste sont plus consi- 
dérables '. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

i.Ui 5,000 I., tandis que celui de Tripot! en a 6,000 et celui d'Alger 1,004. 



t,zed,yGOOg[e 



[1730] AVEC LA COUR DE FRANCE 



MÉMOiKli DO HOI POUR SERVIR D'iltSTBUCTIOK AD SIBUR DR GKHCIEN, 
CAPITAINE DE VAISSEAU '. 

620. — Versailles, 22 mai i 730. — « Sa Majesté, ayant décidé de 
faire paraître Le Lys et Le Triton sur les côtes de Barbarie, désire que 
le sieur de Gencien, à qui elle en a confié le commandement, se mette 
en état de partir au plus tôt pour se rendre directement de la rade de 
Toulon a celle de Tunis. A sou arrivée à Tunis, il se fera rendre compte 
par le sieur de Saiot-Gervais de l'état des affaires de cette Échelle 
depuis le dernier traité renouvelé avec la République de Tunis. La 
bonne correspondance entre les sujets de cet État et ceux de Sa Majesté 
s'est maintenue assez exactement, et il ne reste qu'une affaire h termi- 
ner, qui regarde la prise de sept Génois qui ont été enlevés au mois de 
novembre dernier, par un corsaire tunisien, sur la cote de Provence. 
Supposé qu'ils n'eussent pas encore été rendus, en conséquence de la 
demande que le sieur de Saint-Gervais a eu ordre d'en faire, le sieur 
de Gencien fera savoir au Bey de Tunis qu'il est chargé, par Sa Majesté, 
de les réclamer, et lui fera demander, avant que de descendre a terre, 
s'il est disposé & les lui remettre. 11 lui fera entendre, en même temps, 
qu'en cas de refus, il ne débarquera point et qu'il en rendra compte à 
Sa Majesté. Il aura la prudence de ne point user de menaces en cette 
occasion, et il fera seulement porter des plaintes au Bey sur ce qu'il 
retient sans fondement les Génois en question, pris en contravention des 
traités. S'ils sont rendus, comme il y a apparence, le sieur de Gencien 
fera au Bey les compliments ordinaires et descendra ensuite à terre, 
s'il y est invité suivant l'usage. Dans l'audience qu'il aura du Bey, il se 
contentera de lui dire que Sa Majesté, en le chargeant du commande- 
ment de ses vaisseaux pour protéger le commerce de ses sujets, lui a 
ordonné de passer a Tunis pour l'assurer qu'elle est toujours disposée 
à maintenir la bonne correspondance et à donner a la République des 
marques de son estime... 

Si, avant l'arrivée des vaisseaux de Sa Majesté devant Tunis, les 
sujets de cet État avaient commis quelques autres contraventions, le 
sieur de Gencien verra, avec le Consul, les démarches qu'il sera à pro- 
pos de faire... Il doit être informé de l'incident arrivé à Tunis en 1727, 
par la détention de plusieurs officiers, gardes de la marine et matelots 
de l'escadre commandée par le sieur de Mons. Pour prévenir de pareils 

i Barbarie Carres- 



«dr* Google 



254 CORRESPONDANCE DES BBY8 ET DES CONSULS '[ÏISt] 

dangers, le sieur de Gencien ne permettra aux officiers et gardes de la 
marine de descendre à terre que pour les affaires du service. Il n'en 
enverra pas plusieurs & la fois et, à moins d'une nécessité absolue, il 
ne leur permettra jamais d'y coucher. Il sera encore plus sévère en ce 
qui concerne les matelots qui pourraient avoir des disputes avec les 
habitants du pays... » 

(Marine, B> tel, f. IC<.) 

LE C 1 " DE XAUB.BPAS A DE SAINT-GRBVAIS. 

621. — Compiègne, MO juillet i 730. — Le Roi ne consent pas à te 
que la nation de Tunis fasse venir de Marseille un chirurgien à 
150 piastres par an. Sa Majesté sait que les chirurgiens qui ont pissé 
jusqu'ici dans cette Échelle s'y sont maintenus sans avoir besoin de te 
secours, la clientèle des Anglais, Juifs, etc., augmentant beaucoup 
leurs ressources. 

(Marine, fli 137, f. **S.) 

DE SAIItT-OBRYAIS AD C M DE MAUKKPAS. 

633. — Tunis, SO juillet 1730. — Les Capucins, désirant rentrer sous 
la protection du Roi, n'oublient rien pour la mériter et ponr effacer les 
mauvaises impressions causées par leur conduite passée '. 

Les supérieurs généraux font maisons nettes, remplaçant les per- 
sonnes à l'esprit inquiet et brouillon par des sujets attachés a la France. 
On a commencé par mettre a la tète de la maison un Préfet sage et 
attentif a. ses devoirs, dont Saint-Gervais dit beaucoup de bien. Il lui » 
donné pour ses supérieurs deux lettres attestant que le Consul et là 
nation en sont pleinement satisfaits. 

(Affaira étrangère», C" de Tunit.) 

LE C' a DE HAUBEPAS A DE GENCIEN. 

623. — Compiègne, 21 juillet i 730. — Le Roi est satisfait de la 
manière dont il a exécuté ses ordres pendant son voyage aux côtes de 
Barbarie. Sa Majesté approuve que dans les circonstances où il » trou« 
les affaires, il se soit rendu à l'audience du Bey de Tunis, et qu il ail 
été faire une visite aux Ministres de ce Prince. 

(Marine, B> XS3, (. »*.) 

1. Voy. p. 177. 



t,zed,yGOOg[e 



[1730] AVEC LA COUR DE FRANCE 285 

DE SADrr-GERVAlS AO C w DE KAUREPAS. 

624. — Tunù, £6 juillet i 730. — Le Bey s'occupe à ramasser le 
plus d'argent possible. Il accapara tous les grains à bas prix, pour 
les revendre lui-même & un taux beaucoup plus élevé, au grand détri- 
ment de la Compagnie d'Afrique. 

(Affairet étrangères, C" de Tunis.) 

LE C te DR HACREPAS A BOSSEIN-BEN-ALl, BEI' DE TUNIS. 

526. — Compiègne, 28 juillet i 730. — « Très illustre et magnifique 
Seigneur, 

J'ai appris que vous avez fait remettre au sieur de Saint -Servais 
les neuf Génois pris sur la côte de Provence par un corsaire de votre 
République. L'Empereur mon maître, à qui j'en ai rendu compte, a 
trouvé que la satisfaction que vous lui avez donnée en celte occasion 
n'aurait rien laissé à désirer, si vous l'aviez faite plus tôt. Cependant 
8a Majesté Impériale a été contente de voir que vous êtes toujours dans 
la disposition d'entretenir la bonne intelligence , et comme je ne doute 
point que vous ne continuiez A maintenir de votre part l'exécution des 
traités, je vous prie d'être persuadé que de la mienne je porterai tou- 
jours Sa Majesté Impériale A vous donner des marques de son estime 
et de sa considération. 

Quant à la réclamation que vous faites des esclaves qui se sont 
sauvés sur le bâtiment du capitaine Daniel, le sieur de Saint-Gervais 
ne doit point vous avoir promis leur rançon, puisqu'il n'est pas sûr 
que le capitaine ait été d'intelligence avec les esclaves. Ceux-ci ont 
mime déclaré le contraire à leur arrivée A Malte, ce que l'on vérifiera 
bien au retour du capitaine, qui est encore à la mer pour quelque 
temps. Aussitôt qu'il sera revenu, on l'arrêtera avec son équipage et 
l'on prendra toutes les mesures praticables pour découvrir la vérité. 
S'il est trouvé coupable, il sera puni sévèrement, et vous pouvez compter 
que Sa Majesté Impériale vous rendra à cet égard toute la justice que 
vous pouvez en attendre. » 

(Mm-ine, B> 137, f. 3 go.) 
CinCOUIRE AUX CONSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE. 

520. — VersoAllet, 20 teptembre i 730. — « La naissance d'un second 
fils, dont la Reine a été heureusement délivrée le 30 du mois dernier à 



z e d, y Goog[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS i 

s du malin, est d'une importance infinie pour la Franc* 
'autant plus sensible que ce grand événement assure d 
heur de son État. Sa Majesté m'a ordonné de vous en d 
je tous en informiez les négociants français établis dans 
n intention est qu'ils se dispensent de faire aucune f 
:e qui puissent leur causer de la dépense; ainsi il i 
on fasse cbanter un Te Deum en actions de grâces. » 
(Marine, ffi 437, f. tel-) 

DE SAINT -GKRVAIS AU C" DE MAURBPAS. 

Tunis, 25 septembre 1730. — II a remis au Bey lalet 
s Prince, lui ayant demandé ce qu'elle contenait, en a é 
l'a chargé de remercier la Cour et de l'assurer de se 
entretenir l'union entre les deux nations. 

(Affaira étrangère», C" de Ttmii.) 

Paris, 24 octobre 1730. — Propositions du sieur Jo 
le ses associés, pour se charger de la Compagnie d'A 
i années, & partir du I e ' janvier 1731, au lieu et place 
! des Indes *. 

(Affaira étrangère!, C" de Tunis.) 
DE SA1NT-GEHVAIS AU C" DE NAURBPAS. 

Tunis, 22 décembre 1730. — Le Préfet des Capuci 
le ses supérieurs n'aient encore fait aucune dén 

d'Anjou (30 août 1130-9 avril 1133). 

loir aussi mal administré BeBcomptoirsenBarbariequ'enAsie,la' 
es avait cédé ses privilèges d'exploitation des concessions il'Àfi 
fondée par un Marseillais, Jacques Auriol.au capital de 300,000 li 
our dix ans a partir du 1" janvier 1131 (Arrêt du 21 novembre 
: Fénix, maintenu par elle en qualité de directeur a La Colle 
uer habilement nos droits exclusifs de pèche el d'exportatioi 
-s de Tabarque que dans les dépendances des comptoirs. La si 
Ile Compagnie n'était cependant pas brillante. Celle qui l'avait 
e commerce des concessions complètement ruiné. En outre, Il 
>1 n'avait pas A payer moins de 74,460 livres par an de rede 
res barbaresques qui, de leur côté, lui refusaient trop souvent 
le eut pu compter. — Voy. Les grandes Compagnies de commert 
assieux, p. 195 et suiv., — Ordre que MM. Us intéressés de k 
que veulent être observés pour la régie de leur commerce en Barbe 
30 (Affaires étrangères, C" de Tunis), — Inventaire général de 
à la Compagnie d'Afrique, 31 décembre 1730, — Mémoire 
es Indes en Barbarie, 1730, par Laugîer de Tassy (Colonies, Comj 
- Procuration notariée à Jacques Auriol, du 27 octobre 1730, j 
iville Bourguel, Claude Baguet, Amyol, François Marguerit et M 
ingères, carton Concessions d'Afrique). 



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[17311 AVEC LA COUR DE FRANCE 237 

auprès du Minisire pour rentrer sous la protection de la France. 
Le Bey est parti le 25 novembre pour sa campagne d'hiver, qui se 
prolongera plus qu'a l'ordinaire à cause de quelques troubles, qui se 
sont produits sur les frontières de Tripoli. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 
LE C te DE MAUREPAS A DE SAINT-GERVA1S. 

630. — Versailles, 6 février 1731. — Il devra réclamer la restitution 
du pinque génois nommé Jésus-Maria- Joseph, pris par un corsaire de 
Tunis dans le golfe de Cavalaire, près Saint-Tropez ', au mois de sep- 
tembre dernier, et dont le patron, nommé Jérôme Rambaldo, et cinq 
autres Génois de son équipage sont depuis ee jour-là détenus en 
esclavage & Tunis. 

(Marine, B* HO, f. SS.) 

LE C 10 DE HAUBEPAS A DE SAINT- SERVAIS. 

531. — Versailles, 6 mars 1731. — Le Ministre lui demande de 
prêter son assistance auprès du Bey et des autres Puissances de Tunis 
a la nouvelle Compagnie d'Afrique. 

Les Capucins de Tunis ne pouvaient mieux faire, pour engager le Roi 
à les reprendre sous sa protection, que de choisir des religieux moins 
turbulents que les précédents. Aussitôt qu'il sera donné avis de leur 
rétablissement, on en préviendra le Consul. 

On approuve qu'il exige des soumissions des armateurs des bâtiments 
corsaires qui sortent de Tunis, pour empêcher qu'ils n'inquiètent nos 
bâtiments. 

(Marine, & HO, f. 111.) 

CIRCULAIRE AUX CONSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE. 

532. — Versailles, 21 mars 1731. — Ordonnance qui restreint & 
dix ans la résidence des marchands et artisans français établ is dans les 
Échelles de Levant et de Barbarie, « pour les empêcher d'y contracter 
des habitudes qui les retiennent à jamais loin du royaume et privent 
l'État d'un grand nombre de personnes sans diminuer le nombre de 
ceux qui vont journellement s'établir dans les Échelles ». 

(Marine, B> 140, f, 131.) 
1. Département du Var. 

H 



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CORRESPONDANCE DES BEY3 ET DES CONSULS [ 

LE C le DE MAfBEPAS A DE SAINT-GERVAIS. 

Versailles, 26 mars 1731 . — Le sieur Soret * sera maii 
recteur du Cap-Nègre par la nouvelle Compagnie d'Afr 
lieu de croire qu'elle sera contente de ses services. 

(Marine, fl 1 til,f.U3.) 

K C" DE MAURSPAS AUX INTÉRESSÉS DE LA C ie D' AFRIQUE. 

■ Versailles, 27 mars 1731. — Il les félicite de toute 
u'ils prennent pour bien établir leur commerce. Afin de 

d'en retirer plus de fruit, Sa Majesté fait armer à To 
e, Le Zéphyr, pour écarter des ports de Tunisie les bàtim 

qui vont y porter les blés et autres denrées au préjudic 
;nie. Sa Majesté fera faire aux Divans d'Alger et de T 

représentations nécessaires pour réprimer cet abus, el 
iront ordre d'y tenir la main. 

(Marine, B* Uù, f, tu.) 

LE C" DE MAUREPAS A DB SAINT-GERYAIS. 

Versailles, S mai 1731. — Il se rendra à La Galle su 
Zéphyr, commandée par le chevalier de Caylus ', pour 1' 
l'inventaire des effets laissés par la Compagnie des Indes 
ompagnie. 

r sa ires tunisiens ont pillé, le 22 mars dernier, au moutl 
es de Porquerolles, un bâtiment de Menton; ils ont ni 
.'équipage à terre. Il devra réclamer au Bey leur chàtirr 
(Marine, & HO, f. 119.) 

DU ROt POUR SERVIR D'INSTRUCTION Al' StBUR DCGUAÏ-TllOUi: 
LIEUTENANT GÉNÉRAL DE SES ARMÉES RAVALES \ 

Marlij, 9 mai 1731. — «Le Roi, estimant qu'il estdubie 
e d'envoyer quelques-uns de ses vaisseaux sur les côte 
t dans les Échelles du Levant, pour y protéger le comnn 

espondance de Sorel pour cette période est conservée aux Archive 
■npaipties et Afrique. Il était arrivé au Cap. Nègre le 18 août 1129 si 

correspondance aux Archive» de la Chambre de commerce de Mart 
t 189 de l'inventaire. 

luguay-Trouin, capitaine de vaisseau en 1697. commandant en 
re en 1712, puis membre du Conseil des Indes et lieutenant généra! 
.les. — Voy. sur sa carrière Les gloires maritimes de la France, 
neaud. p. 138 (Paris, 1866). 



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[1731] AVEC LA COUR DE FRANGE §39 

de ses sujets, a fait armer à Toulon, pour cet effet, L'Espérance., fa Léo - 
fard, Le Toulouse et L'Alcion ', sous le commandement du sieur Duguay- 
Trouin... L'objet de Sa Majesté, en mettant cette escadre à la mer, est 
de donner aux Barbaresques l'opinion qu'ils doivent avoir de ses forces 
maritimes, de les obliger à respecter son pavillon, et d'assurer le com- 
merce et la navigation des bâtiments français dans la Méditerranée. En 
conséquence, le sieur Duguay-Trouin mettra a la voile les premiers jours 
de juin, au plus tard. 

Lorsqu'il aura exécuté à Alger ce qui vient de lui être prescrit par 
Sa Majesté, il se rendra devant Tunis, où, étant arrivé, il fera venir le 
sieur de Sain t-Ger vais à bord pour causer avec lui sur la situation des 
affaires de l'Échelle, Depuis le dernier traité renouvelé avec la Répu- 
blique de Tunis, la bonne correspondance entre les sujets de cet Etat 
et ceux de Sa Majesté s'est maintenue assez exactement. Le Bey fit ren- 
dre l'année dernière sept Génois qu'un de ses corsaires avait pris sur la 
côte de Provence ; quant aux autres Génois esclaves A Tunis, on croit 
qu'ils avaient aussi été enlevés depuis sur la même côte. S'ils sont 
dans le cas d'être réclamés, le sieur Duguay-Trouin fera faire des ins- 
tances auprès du Bey pour qu'ils soient rendus, et il en sera de même 
pour les équipages qui ont été pris dernièrement sur les cotes de Lan- 
guedoc et de Provence par des corsaires barbaresques, si ces corsaires 
sont Tunisiens. Il demandera pareillement la punition des reïs et la 
restitution des pillages. 

Il ne descendra à Tunis qu'en cas qu'il y soit invité de la part du 
Bey et que cela soit utile pour entretenir la bonne intelligence. S'il va 
voir le Bey, suivant l'usage, il se contentera de lui dire que Sa Majesté, 
en le chargeant du commandement de seB vaisseaux pour protéger le 
commerce de ses sujets, lui a ordonné de passer à Tunis pour l'assurer 
qu'elle est toujours disposée a maintenir la bonne correspondance et à 
donner a la République des marques de son estime et de sa confiance. 
Sa Majesté ne lui prescrit rien sur le séjour qu'il doit faire dans la rade 
de Tunis, ce qui dépendra de la situation où il trouvera les affaires 
dans cette Échelle et du parti qu'il prendra de descendre à terre ou de 
s'en abstenir suivant les circonstances... 



1. Commandés par MM. de Garailly, de la Valette, le marquis d'Antin et le che- 
valier de Voisin, capitaines de la marine royale. L'escadre arriva h Tunis le 
» juin el repartit le 5 juillet, emmenant 7 esclaves génois que H. Duguay-Trouin 
fil restituer par le Bey de Tunis. Sur nos vaisscaui se trouvait également le voya- 
geur Tollot, qui accompagnait M. de La Condamine, membre de l'Académie des 
sciences. La relation très détaillée de ce voyage se trouve dans Nouveau voyage en 
levant en 1731, par Tollot, p. 6 à 95 (Paris, 1192). 



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ORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1 

séjour qu'il fera dans les rades de la cote de Barb 
avec soin et discrètement des forces maritimes de chi 
l il en rendra compte à son retour. 
nit de l'incident arrivé à Tunis en 1727, & propos d 
plusieurs officiers, gardes de la marine et matelots de 
jidée par le sieur de Mons. Pour prévenir un sembl 
eur Dugu&y-Trouin, sauf le cas de nécessité absolut 
s à ceux de son équipage de descendre à terre, en 
cher. 11 écoutera les représentations qui pourront lui 
i consuls contre les nationaux et réciproquement, < 
s concilier. Mais s'il y avait des discussions qu'il ne 
e mandera aux uns et aux autres des mémoires sur I 
utestations et, à son retour, il les enverra avec son 
d'État chargé du département de la marine. S'il lui ■ 
aies graves et bien fondées contre quelques négociant 
qu'il fallût y pourvoir sans retard, à la réquîsilior 
mdra le parti de faire repasser ces négociants en Fn 
;s procédures qui auront été faites contre eux... » 

{Marine, B" ÎSS, f. ttl.) 

lis, 9 mai /731. — Mémoire des pirateries faites sui 
ence et de Languedoc par des corsaires barbaresq 
nières représentations faites par M. de Gencien aux P 
is Républiques de Barbarie. 

{Mâtine, B* m, j\ Ut.) 



:ke poub servir d'instruction Al! C\J" DE CAÏLUS, 

CAPITAINE DE VAISSEAU '. 

rit/, 9 mai ilii. — « La frégate Le Zéphyr devant ■ 
irder les cotes de Provence et du Languedoc contre 
; corsaires barbaresques, et pour aller chasser les b 
pes qui font le commerce dans les concessions de 
Vfrique, Sa Majesté a donné le commandement de la 
ir de Caylus... 

>nc de la rade de Toulon le 1" du mois prochain et | 
la cote a la recherche des corsaires barbaresques q 

pondance de* Deys d'Alger avec la Cour de France, t. II, p. 151. 



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[1731] AVEC LA COUR DE FRANCE 261 

auront été vus. C'est surtout vers le temps de la foire de Beaucaire 
qu'ils viennent troubler la navigation des bâtiments italiens, espagnols 
et autres qui viennent & cette foire. Suivant les traités passés avec les 
Républiques de Barbarie, les corsaires ne doivent pas approcher les 
cotes du royaume h la distance de trente milles. Le chevalier de Caylue 
fera en sorte de joindre ceux qui croiseront dans la distance prohibée, 
de les combattre a outrance et de leur tuer le plus de monde possible. Il 
continuera de parcourir ces cotes jusqu'à la Un du mois de juillet, 
temps auquel les bâtiments marchands qui viennent à la foire de 
Beaucaire sont retournés dans leur pays, et il fera roule pour les cotes 
de Barbarie... Suivant les traités faits avec les Républiques d'Alger et 
de Tunis, la Compagnie d'Afrique doit avoir le commerce exclusif dans 
les concessions de La Calle et du Cap-Nègre; cependant, les bâtiments 
étrangers, même les français, y vont négocier, ce qui fait un tort con- 
sidérable à cette Compagnie. Le chevalier de Caylus a ordre d'arrêter 
tous ceux qu'il trouvera dans les mers de ces concessions, ou qui auront 
chargé des marchandises pour le compte des étrangers. 11 enverra 
directement dans les ports du royaume les prises qu'il aura faites, 
afin d'éviter les difficultés qui pourraient surgir si elles abordaient 
dans les ports d'Alger ou de Tunis... Quant à la prise des bâtiments 
uolisës par des Turcs, Maures ou Grecs pour aller soi-disant chercher 
des blés pour leur propre compte et qui, au lieu de les porter à Tunis, 
leur destination apparente, les transportent dans les pays étrangers, le 
chevalier de Caylus se concertera avec le sieur de Saint-Gervais... Il a 
été donné ordre à ce Consul de concerter pour cela des représentations 
aux Puissances des deux Républiques. Il protégera la pèche du corail 
qui est, suivant les traités faits avec Alger et Tunis, le privilège exclu- 
sif de la Compagnie d'Afrique. Il lèvera de Tabarque et de tous les ports 
de Barbarie qu'il aura occasion de reconnaître le plan le plus exact et 
l'enverra à Sa Majesté. Il passera le sieur de Saint-Gervais au Cap- 
Nègre pour faire l'inventaire des armes, munitions, canons, etc., et 
dresser l'état des lieux que la Compagnie doit rendre tels quels à 
l'expiration de son traité... 

11 est informé de l'incident survenu à Tunis en 1727, consistant 
dans la détention de plusieurs officiers... Si, lorsqu'il sera dans les 
rades de Tunis, le Consul le requiert d'appuyer auprès des Puissances 
de cette République les représentations qu'il aura à leur faire, le che- 
valier de Caylus chargera un de ses officiers de faire, de concert avec 
eux, les démarches nécessaires au service de Sa Majesté. » 

. {Marine, B'MJ. *».) 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



LE C™ DE MAUBEPAS AD CH" DE CATLUS. 

— Marly, 23 mai il Si. — Oa lui envoie le plan deTaban 
ère d'en vérifier l'exactitude sur les lieux mêmes el de doi 
signements les plus exacts sur le port de cette ile, sou eni 
due, etc. « Le Roi a l'intention d'acquérir cette île (cela 
dentiellement), attendu que le commerce de ceux qui la 
'ait le plus grand tort à celui de la Compagnie d'Afrique. 
il, il faut insinuer au directeur de La Calle et & celui du l 
'entraver le plus possible le commerce et la pèche des Ta 
In de les en dégoûter. » 

(Manne, fl* tSS, f. tfi.) 



LE C M DE MAUBEPAS A DE SAINT- G EB VAIS. 

— Fontainebleau, 20 juin 17 Si . — « Une galiote de Tunis é 
Toulon, vers le 3 juin dernier, sous le spécieux prétexte qu 
ircée par le mauvais temps, y reçut des secours par ordr( 
m ' qui lui fit dire de s'éloigner de nos cotes lorsqu'elle quitte 
parce que la frégate Le Zéphyr y faisait lâchasse aux corsai 
te galiote, qui n'y était venue que pour épier les batim< 
au lieu de s'éloigner des côtes, s'en fut a l'Ile de Gien, près 
pour y enlever un bâtiment génois qui avait pavillon impëi 
se défendit et obligea cette galiote à se retirer. Comme 

iule vers Marseille, elle fut rencontrée et reconnue par le c 
e Caylus, qui lui a fait tirer plusieurs coups de canon et 
i a Toulon '. » 

(Marine, B« 1*0, f. 33S.) 

DE SAINT-GERVAIS AU C" DE MAUBEPAS. 

— Tunis, i 4 juillet (73/. — M. Duguay-Trouïn, ayant mou 
ulette le 28 juin, n'a pas voulu descendre à terre, ses indispi 
d'autres raisons particulières ne lui ayant pas permis de ce 
.an ces de Saint-Gervais. 

[Affaire» étrangère», C" de Tunit.) 

la noie 2, p. 213. 

les lettres du comte de Maure pas au chevalier de Caylus, SS juin 
1731 (Marine, fl« US, f. 311, 319 et 3SÎ). 



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[1731] AVEC LA COUR DE FRANCE 263 

DB SAINT -GEBVÀIS AU C* DE HAUftBPAS. 

542. — Tunis, 23 juillet 1731 . — Les Tunisiens n'attendeot qu'une 
occasion de rompre arec l'Empereur, la paix leur faisant perdre 
100,000 piastres, qu'ils retiraient par an des esclaves qu'ils faisaient en 
Sicile et ailleurs. Le Bey a refusé un présent d'argenterie, valant 
environ 2,000 piastres, que le Consul impérial lui a ofTert, et il a 
dit assez sèchement & cet agent qu'il comptait sur un présent de 
20,000 piastres. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

DE SAINT-GERVAIS AU C" DE MAUREPAS. 

643. — T'unis, 24 juillet 1751. — Le Bey ne tient pas la promesse 
qu'il avait faite à de Sainl-Gervais d'obliger les armateurs à répondre 
des actes des reïa par des soumissions personnelles. Ces armateurs ont 
recours au Kiaya et au fils du Bey pour éluder cette obligation, de 
sorte que le Consul est obligé de lutter contre les Puissances mêmes du 
pays pour établir un ordre qui doit tourner à leur profit. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



LE C" DB MAUREPAS A DE SA1EIT- SERVAIS. 

544. — Fontainebleau, 25 juillet 17SI. — La présence de la frégate 
Le Zéphyr étant nécessaire dans les parages de Bône, Tarcut et Stora, 
elle n'ira pas te prendre à Tunis pour le conduire au Cap-Nègre. Il est 
donc plus à propos qu'il se rende par terre a Bizerte, où le directeur 
du Cap-Nègre lui enverra un bâtiment pour le transporter dans cette 
concession. 

(Marine, B H0, f. 3*7.) 
DB SAIirr-GRRVAIS AU C" DR MAUREPAS. 

545. — Tunis, 30 juillet 1731. — Il se plaint que la commerce ne 
soit pas libre, en dépit des bonnes dispositions apparentes du Bey pour 
la nouvelle Compagnie d'Afrique. Duguay-Trouin n'ayant envoyé que 
trois officiers à terre, deux jours avant le départ du Bey pour son 



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RRESPONDANCE DES BEYS BT DES CONSULS [W 

trouvé l'occasion de faire des représentations utiles. 
a que les événements se présentent sous un jour pi 

(Affaires étrangère*, C" de Tunis.) 
L'LAiriE ACX CONSULS DE LEVANT ET DE BARBARIE. 

■tailles, 29 août 173t. — Sur les ordres donnés s 
irseille de redoubler d'attenlion pour empêcher qu'il 
is les Echelles du Levant et de Barbarie aucun négocia 
français inutiles. 

(Marine, B 1 1*0, f. 487.) 

LE C" DE HAUREPAS A DE SAIST -GKRVAIS. 

tailles, 5 septembre 1 73 1 . — S'il avait insisté davaota 
jscadre commandée par M. Duguay-Trouin était à Tue 
fait renvoyer les six esclaves génois sans attendre 
;alioLc de Tunis prise par H. de Caylus, cette capti 

en toute justice. 

la Compagnie d'Afrique, il doit engager le Bey&défem 
aux Grecs de noliser des bâtiments étrangers pour al 
ains à Bûne et dans les autres villes des Etats d'Alger, 

Compagnie qui en a le privilège exclusif. 

(Marine, B< HO, f. 4êS.) 

t CH« DE CAYLUS AU GOUVERNEUR DE TABARQUE. 

arque, à bord du « Zéphyr », 16 septembre 1731 . — « 
*e, qui accorde une protection particulière à la nouvi 
Afrique et qui a envoyé la frégate que j'ai l'honneur 
r la côte pour protéger son commerce, m'a ordonné 
l'il ne veut pas que vos cor&lines se mêlent, comme el 
t, avec celles de la Compagnie, ni qu'elles pèchent à 
s concessions ' . Je ne doute pas que vous ne vous rend 

que le Dey a" Alger a donné le S juillet 'lit au sieur Fénix. f 
nifier aux gens de Tabarque, — Ordre que le Dey d'Alger a de 
>ugie el de Gigenj pour tes empêcher de faire transporter leurs n 
.'■que, au lieu de les vendre à la C d'Afrique, 17 juillet 1731, 
sieur Fénix a laissé à l'agent de la C" a Afrique, touchant les 
: qui viennent pécher le corail dans les mers du Bastion de Fra 
•es, C" d'Alger, et Colonies, C" d'Afrique), 



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[1731] AVEC LA COIÎR DE FRANCE 268 

à cet avertissement, que vous devez regarder comme un ordre, et que 
vous De fassiez à l'avenir votre possible pour maintenir la bonne intelli- 
gence qui doit être par toutes sortes de raisons entre vous et la Com- 
pagnie. Je ne manquerai pas de recommander la même attention & 
H. le directeur de la Compagnie ' de la part du Roi... » 

{Colonial, C" d'Afrique.) 

DE SA1NT-GERVA1S AU C* 3 DE HAUREPAS. 

649. — Tunis, £4 septembre 1731. — Le Consul se conformera 
exactement aux ordres du Ministre, au sujet des nolis interdits aux 
capitaines français qui allaient charger des grains à Bone et dans les 
autres ports des concessions de la Compagnie pour les porter dans le 
royaume de Tunis. Il y a lieu d'espérer que le commerce du Cap-Nègre 
retrouvera son activité par les soins de M. Soret, directeur du comptoir, 
très dévoué aux intérêts de la dite Compagnie, 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LE CE'- 1 ' DE CAYLOS AU C ,f DE MÀUKEPÀS. 

550. — Tabarque, à bord du « Zéphyr », 25 septembre 1 731. — H a 
été, selon ses instructions, a Tabarque, pour y faire des représenta- 
tions au gouverneur sur ce que ses coralines génoises vont pêcher dans 
les eaux des concessions de la Compagnie d'Afrique. 11 enverra un plan 
de Tabarque. « Ce serait une bonne acquisition à faire que celle de 
celte petite île; ce serait le plus sûr moyen de se faire respecter et 
craindre de la Barbarie *. » 

{Colonies, C d'Afrique.) 

MTBNTAIRE DO COMPTOIR DU CAP-NÈGRE. 

551. — Cap-Nègre, 1" octobre 1731 . — « Description des bâtiments 
et forts "du Cap-Nègre, avec l'état et inventaire des canons, armes et 
munitions de guerre qui sont dans la dite place, suivant la visite qui en 
a été faite le 21 septembre 1731 et jours suivants par le sieur Boyer de 

I. Jean-Baptiste Pénix, agent des concessions françaises d'Afrique depuis 1698, 
tuteur du premier dictionnaire français-lurc. — Voy. Mémoire sur le sieur J.-B. Finis 
{Affaires Étrangères, C" de Tunis). 

î. Vny. les lettres du c» de Maurepas au eh' de Caylus sur sa croisière dans tes 
eaux de Tabarque, 22 octobre et t décembre 1731 [Manne, B* US, f. SOt et 576). 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 
Gervais, Consul de France à Tunis, et parle sieur Sont, dir 
a Compagnie d'Afrique audit lieu '. » 

(Affaires étrangère», C" de Tuait.) 

DE 5AINT-&ERVAIS AU Cf DE HADREFAS. 

:. — Cap-Nègre, i 1 octobre i 73 1 . — Le commerce du Cap 
jellement bien et deviendra, s'il continue, plus avantageu 
ipagnie que celui de ses autres postes *. Cette bonne situât 
n'en pas douter, aux soins et & la conduite de H. Sor 
ce avec succès les Caïds et Cbeiks des différentes nations 
a place, et avec lesquels il n'est guère moins nécessaire d' 
intelligence qu'avec le Bey lui-même. 

(Affaira étrangères, C" de Ttoùt.) 

DE SAMT-GERVAIS AU C" DK KAUREFAS. 

:. — Tunis, 6 décembre 173i.' — Les intéressés de la Corn 
[ue se plaignent de la quantité considérable de cuirs envi 
à Marseille au grand préjudice de leur commerce. Or le 
s les envoient à leurs correspondants comme s'ils leur a 
, quoiqu'ils ne fassent autre chose que de prêter leur ne 
Ces manœuvres sont d'autant plus préjudiciables au comme 
ifs, qui ont la ferme de ces cuirs, certains de pouvoir les e 
sur compte a Marseille bous le nom des Français, les tienne 
xorbitant, tandis que sans cette certitude ils seraient obi 
mer aux Français à un prix convenable. 

(Affaire» étrangères, C de Tuna.) 

t inventaire est beaucoup trop étendu pour être publié ici; on 
s renseignements les plus curieux sur la colonie française du Cap- 
poque. MM. Pignon et Soret y passent successivement en revue, 
inutieui, les fortifications, le puits, la buanderie, la cave, les m 
;ur de la place, le bazar, le corps de garde, la salle d'armes, les casi 

du directeur, le logement du chirurgien, la niistrance, l'église et. 
: logement de l 'au manier, l'hôpital, la boulangerie, le moulin, la bo 
, le jardin, la forteresse, le four à chaux, etc. 
})', VÈlat des dépenses annuelles de la Compagnie Aunol, soit 

liv. L'agent de Tunis y est compris pour 500 I., le comptoir du Ci 
,391 1., les présenta pour 6,000 I., les redevances pour 74,460 1. — Vf 
'aire général des effets de la Compagnie et tous ses bilans, — le llém 
les places de Barbarie en 1730, par Tai.il, — les lettres de Pignon, i 
il, de Saint-Gervais, des intéressés de la Compagnie au Ministre 

et relatives au développement du commerce du Cap-Nègre (Coloni 

d'Afrique). 



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[1732] AVEC LA COUR DE FRANCE 267 

DE SAIHT-GERTA1S AD C' DB MAURBrAS. 

664. — Tunit, 6 décembre i 73 1 . — Le Bieur Merlet, négociant fran- 
çais, ayant commis une escroquerie au préjudice du sieur Labaume, 
second député de la nation, a décliné la juridiction du Consul et obtenu 
par surprise, du Kiaya, un jugement contraire a l'équité. De Saint Ger- 
vais fait appel, en cette affaire, & la justice du Ministre. 

[Affaire* étrangère*, C" de Tuait.) 



DB SÀIHT-GEUVAIS AU C u DB lUUHBPAS. 

666. — Tunis, 9 décembre 17 Si. — Les intéressés de la Compagnie 
d'Afrique se plaignent à tort que le comptoir de Cap-Nfegre leur est à 
charge; au commencement d'octobre il donnait déjà plus de 50,000 livres 
de bénéfices nets. Les transactions auraient été plus actives encore si 
les fonds n'avaient pas manqué, et si les intéressés n'avaient envoyé 
des piastres rognées, qui ont été refusées par les Maures. 

(Affaires étrangère*, C" de Tuni*.) 

666. — Janvier 1 732. — Mémoire instructif concernant les établis- 
sements et le commerce des colonies du Bastion de France et du Cap- 
Nègre sur la côte de Barbarie. 

{A/faire* étrangères, C d'Afrique.) 



DR SAIHT-GBRVA1S AU C" DE HAUBBPAS. 

857.— Tunis, 27 janvier 1732, — Deux Capucins italiens de la 
Mission tiennent une conduite scandaleuse. Le Père Préfet a écrit en 
vain aux supérieurs généraux à Rome pour qu'on les rappelât. De 
Saint-Gervaîs a pris le parti d'en référer lui-même au Procureur général 
à Rome. On est embarrassé pour punir ces moines libertins, dans la 
crainte qu'ils ne se fassent Turcs. 

[Affaire* étrangère», 0* de Tunis.) 



DE SAINT-GEHVAIS AU C 1 " DE MAURBpAS. 

568. — Tunis, 27 janvier 1732, — Un Carme de Barcelone, venu de 
Marseille déguisé en matelot, sous prétexte de racheter son parent, 



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CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS j 

t d'autre but que de se faire Turc, Prévenu par l'admiaisti 
Apital et le Préfet de la Mission, de Saint-Gervais a pris le 
e enlever cet homme et de le faire embarquer sur le batinu 
ine Chapuis, où il a été mis à la chaîne. Ce capitaine, qn 
Livoume, a ordre de le remettre, a son arrivée, entre les 
quisiteur. 

(Affaires étrangères, C" de Tuait.) 

LE C'° DE MAUREPAS A DE SAITTT-GBRTA1S. 

I. — Venailles, 5 mars 1 732. — Ordre du Roi pour faire re] 
ance le sieur Merlet, non seulement parce qu'il s'est adre 
pour en obtenir un jugement contraire à l'équité, mais auss 
déclina la juridiction du Consul de France. 

(Marine, tP US, f. Si.) 

LE C 1 " DE MAUREPAS A DB SA HIT-GBR VAIS. 

i. — Versailles, 23 avril i 732. — Le Roi a approuvé la co 
i tenue par rapport au religieux carme de Barcelone qui 
& Tunis dans le dessein de se faire Turc, 
iqu'il n'y ait pas de doute que les supérieurs des deux m 
qui mènent une vie scandaleuse à Tunis ne se déterminer 
.er, d'après ce que le Consul en a écrit an Procureur génf 
rdre à Rome, néanmoins M. le duc de Saint- Aignan ' est pi 
is ces faits, afin de les presser d'y remédier au plus l( 
pas déjà pris des mesures è cet effet. 

(Marin?, B> US, f. tl7.) 

DB SA1NT-GEHVAIS AU C M DE MAUREPAS. 

. — Tunis, 28 mai i732. — Le Consul a signifié au 

l'ordre du Ministre qui lui enjoint de repasser en F 

dre a produit un excellent effet sur la nation, à laquelle 

it depuis trente ans le plus mauvais exemple par de vi 

es avec les agents consulaires. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

jl-Hippolyte de Bauvillier duc de .Saint -Aignan, mattre de camp e 
adeur en Espagne de 1716 a 1719, à Rome de 1732 A 1740, pair de 
bre de l'Académie française en 1727. 



«dr* Google 



L1732] AVEC LA COUR DE FRANCE 269 

LE C." DR NADRBPAS A DE SAINT-GBRVAIS. 

662. — Compiègne, 9 juin i 732. — Le capitaine Joseph Valigranne 
se plaint d'avoir été maltraité par un corsaire tunisien armé a Alger; 
H. le bailli de Vatan ' ira sous peu demander au Bey de Tunis la puni- 
tion de cet homme. 

{Marine, Bf U3, f. m.) 



HOSSE1N -BEK -AU, BEY DE TUNIS, AD C" DE MÀDHEPAS. 

663. — Tunis, 22 juin i 732. — « Le plus glorieux entre les Sei- 
gneurs qui professent la loi de Jésus, le plus distingué parmi les grands 
qui observent la religion du Messie, arbitre des nations chrétiennes, 
grand Ministre d'État de l'Empereur de France, comte de Maurepas, 
notre ami; après vous avoir assuré de la sincérité de nos sentiments 
et de nos vœux pour la continuation de la bonne correspondance, vous 
saurez que le nommé Merlet, négociant français & Tunis, y a demeuré 
pendant plus de quarante années et s'y est acquis une entière confiance 
de tons les négociants musulmans et chrétiens par sa droiture dans 
son commerce, de sorte que nous avons tout sujet d'en être content et 
de rendre témoignage de ses attentions et applications continuelles 
pour contribuer, autant qn'il lui a été possible, & la conservation de la 
bonne intelligence qui est entre les deux États, ainsi que tout le monde 
sait. Néanmoins quelques négociants chrétiens, lui portant envie, ont 
fait certains rapports à son sujet a votre Consul, ce qui a causé du 
refroidissement entre eux ; le dit Consul, ayant cru ce qui lui a été rap- 
porté avec trop de facilité et légèreté, vous a écrit des choses peu con- 
venables et contraires à la vérité au sujet du dit Merlet, ce qui vous a 
engagé d'envoyer ordre audit Merlet de partir et d'aller comparaître 
devant vous. Aussitôt que le dit ordre est arrivé, il a quitté toutes ses 
affaires, nonobstant le dérangement que cela a causé à son négoce, 
pour obéir à vos ordres, et est parti pour aller se jeter à vos pieds. 
Nous espérons que vous voudrez bien pardonner tout ce qui a été écrit 
contre la raison au sujet du dit Merlet et que, lui accordant votre pro- 
tection, vous le renverrez le plus tôt que faire se pourra; nous vous en 
serons obligé. » 

(Affaire* étrangère*, Q" de Tunis.) 

I. Voy. la noie 1, p. 155, — et sur cette campagne la Correspondance des Dey* 
<f Alger, t. Il, p. 169. 



z e d, y Goog[e 



CORRESPONDANCE DES BEïS ET DES CONSULS 



DE SAIHT-GBRVA1S AU C" DE MA CE EP AS. 

(4. — Tunis, 5 juillet il 32. — Les vaisseaux L'Heureu: 
c, commandés par H. de la Valette \ ont mouillé à La Gou 
in. Le 27, H. d'Astour*, avec le commissaire ' et quelques o 
descendus à terre ; le 29, le Be y a donné audience et les cli 
passées avec dignité et politesse. Ils oui demandé au 
;clion pour le commerce et pour la Compagnie d'Afrique 
nses de ce Prince ont été conformes a ce qu'on pouvait dés 
{Affaira étrangère*, C" de Tunii.) 



DE 3AIHT-6ERTAIS AU C to DE HAUREPAS. 

5. — 7imU, iZjuillet 1752. — Le 6 courant deux batimec 
:ais, l'autre impérial, sont partis de La Goulette. Un renégi 
esclave du grand écrivain du Bey, s'est sauvé le jour mén 
i puisse savoir sur lequel de ces bâtiments il s'est emban 
i a fait arrêter un Capucin et un aubergiste soupçonnés de t 
lans cette évasion. 

[Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 



LE C u DE HAUREPAS A DE LA VALETTE. 

6. — Versailles, 5 août i 732. — Le Roi est satisfait de ce 
Tunis, en exécution des ordres qui lui avaient été donnés. 

i bien fait de ne pas insister sur la punition du raïs de la 
ie par M. le chevalier de Caylus, et de s'en rapporter po 
prédation du Consul deSaint-Gervais. 

(Marine, B> 991, f. tél.) 

DE SAINT-GERYAIS AU C u DE HAUREPAS. 

7. — Tunis, 8 août 1 732. — Un médecin de Leipzig, voyage* 
du Roi de Pologne et se trouvant actuellement au Cap- 

jy, la noie 1, p. 259. 



«dr* Google 



[1732] AVEC LA COUR DE FRANCE 271 

doit se rendre incessamment à Tunis, porteur d'une lettre de recom- 
mandation du Ministre pour le Consul. 

[Affaires étrangères, (?"' de Tunis.) 
DE SAINT -GERVAIS AU C'° DE MAUBEPAS. 

668. — Tunis, 10 août 1732. — Les Puissances de ce royaume sont 
dans un grand abattement, par suite de la prise d'Oran par les Espa- 
gnols le 30 juin dernier '. Les Tunisiens, malgré leur haine pour leurs 
voisins les Algériens, craignent de les voir bientôt chercher fortune 
dans leur pays. Le Bey en particulier redoute qu'Ali-Pacha ne recouvre 
la liberté et ne fomente des troubles dans la Régence. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

DE SAINT -GERVAIS AU C tn DE MAURE PAS. 

569. — Tunis, 10 août 1732. — Il a écrit au Procureur général de 
l'Ordre des Capucins au sujet du P. Jean-Baptiste, pour le prier de retirer 
ce moine. 11 a pu parvenir à le faire relâcher du bagne où on l'avait mis. 

(Affaires étrangère*, C" de Tunis.) 

LE C" DE MAU1EPAS A DE SAINT- GRAVAIS. 

670. — Versailles, i i août 1732. —Ce Consul devra demander jus- 
tice au Bey de l'insulte faite au capitaine Caxnoux, commandant le* vais- 
seau Le Saint-Louis, dit Le Triton, par Mehemet-reïs, corsaire tuni- 
sien, a la hauteur de Vile de Candie. 

(Marine, W 1*3, f. 374.) 

DE SAJNT-GERVAIS AU C u DE MAURF.FAS. 

671. — T'unis, 12 août 1732. — Le Dey d'Alger a fait passer a Tunis 
une caisse contenant une somme considérable et cherche à se sauver 
de sa capitale, mais il est fort douteux qu'il y parvienne. 

Le Bey est revenu du camp pour délibérer sur des secours demandés 

I. La (lotte espagnole du comte de Mortemart était venue le 1B juin 1733 assié- 
ger et reconquérir Oran, que les Turcs occupaient depuis tTOB. L'armée de Phi- 
lippe V comptait un grand nombre d'officiers français, la plupart chevaliers de 
Malle. — Voy. Mémoire sur ta conquête d'Oran par les Espagnols (Affaires étrangères. 
Mm. et Doc., t. XVI; — le récit détaillé de cette expédition dans Y Aperçu sur VÊtat 
d'Alger, à l'usage de l'armée expéditionnaire d'Afrique (Paris, 1830), p. ifl, — et 
Documents inédits sur l'histoire de l'occupation espagnole en Afrique, par Élie de la 
Primaudaie. 



z e d, y Goog[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS 
Dey d'Alger; il amusera les Algériens, fera montre de 
t et en fin de compte gardera auprès de lui ses troupes, de 
plus que jamais. 

{Affaires étrangère!, C de Tunis.) 



LE C 10 DR HAUREPAS A SORRT. 

— Marly, 27 août 1 732. — Le Ministre approuve les n 
jeteur du Cap-Nègre, prises en vue de rendre libre le con 
:omptoir, et notamment la promesse qu'il a faite aux prit 
s du Bey de leur donner des présents proportionnés ai 
u'ils rendront. 

[Marine, & US, f. êH.) 



DE SAINT-GERVAIS AU C w DE MAOBEPAS. 

— Tunit, 27 août 4 732. — M. Jean-Ernest Hebenstreit ', r 
jzig, est arrivé avec sa suite a Tunis. Le Consul l'a reçu 

l'a logé et nourri chez lui. La recherche qu'il fait d' 
: et d'animaux rares le retiendra probablement quelque 
s; il ira ensuite à Sfax, Djerba et Tripoli. 

{Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 



LE C'" DE HAUREPAS A HEYHIER. 

— Marly, i 8 septembre 1 732. — Sur les observations 
i Tunis et & Tripoli, au point de vue astronomique. 

(Marine, B 1 SU, f. U8. 



DE SAMT-GERVAIS AU C" DE HAUREPAS. 

— Tunis, 4 8 septembre 1732. — Les savants polonais 
i le 15 août se sont embarqués pour Tripoli le 16 courar 
ur séjour à Tunis, ils se sont occupés des curiosités c 
réuni quelques animaux rares, des autruches, des tigre: 

de proie. Ils s'embarqueront pour Marseille, d'où ils 

Paris. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



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[1732] AVEC LA COUR DE FRANGE 273 

LK C" DE IIAL'REPAS AU DUC DE SAINT-AIGNAN '. 

576. — Fontainebleau, 18 septembre 1732. — II est urgent de 
remédier à la conduite scandaleuse et irrégulière de deux missionnaires 
italiens à Tunis, et d*en obtenir d'autres de la Congrégation de la Pro- 
pagande. 

(Marine, fl' 143, f. ils.) 

MEMOIRE CONCERNANT LES RELIGIEUX ITALIENS ÉTABLIS A TUNIS'. 

677. — Tunii, octobre i 732. — « Les missionnaires de cette Échelle 
sont des Capucins italiens qui y sont envoyés et entretenus par la Con- 
grégation de Propagandd fide. 

Ne pouvant d'abord se maintenir d'eux-mêmes, ils se sont mis sous 
la protection du Roi. Ils ont servi de chapelains au Consulat, et leur 
église a été la paroisse de la nation. Depuis quelques années, croyant 
pouvoir se passer de protection, ils ont donné des preuves de leur haine 
pour les Français, et sont entrés par ce fait en graves dissentiments 
avec le Consul. 

Le Consul actuel, à son arrivée & Tunis en 1730, a trouvé ces mis 
sionnaires disposés à rentrer sous sa protection et à lui servir de chape- 
lains comme par le passé. Ils firent eux-mêmes des démarches pour 
obtenir que la protection leur fût rendue. On leur répondit que cela ne 
pourrait être qu'à condition que la demande en serait faite par la Cour 
de Rome, avec promesse qu'ils ne l'abandonneraient plus après y avoir 
été admis. La Cour de Rome n'a pas jugé a propos de faire cette 
demande, et les choses sont restées dans le même état. Cependant 
de Saint Ger vais, Consul de France, a été assez satisfait de ces mis- 
sionnaires dans les commencements, et la nation a continué a. se servir 
de leur église comme paroisse. » 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LE C u DE HAURBPAS A DE SAINT- GBR VAIS. 

578. — fontainebleau, /*' octobre 1732. — Le Ministre lui recom- 
mande de faire au Bey de Tunis de sévères représentations sur les bri- 
gandages toujours fréquents de ses rcïs dans les eaux de Provence. 

(Marine, IT> 14$, f. 439.} 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



CIRCULAIRE AUX CONSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE. 

579. — Versaillet, 29 octobre 1732. — Sur ce qu'il est d'usage 
les Échelles d'admettre les négociants français qui ont fait faillite 
charges de Député* de la nation, tandis que cet avantage leur est inl 
à Marseille. 

(Marine, fl 1 US, f. 497. 



LE C 1 " DB IUUBEPAS A DK SAINT-GERVAIS. 

BBO. — Paris, 29 octobre 1732. — Le capitaine Pierre Brune 
Cassis, a raconté au juge subrogé de la Vice-Amirauté de Manon la 
lence qui lui a été faite par un corsaire tunisien. Le Consul a ordre 
porter de vives plaintes au Bey et de demander réparation du d 
mage. 

(MariM, B* 1*3, f. 4SI.) 



LE C" DB HAURBPAS A DB SAWT-GERYA1S. 

581. — Fontainebleau, 99 octobre 1732. — LeRoiadonnél'ordr 
faire arrêter le patron Amphoux, de Marseille, pour avoir reçu à 
bord, contre la défense expresse de Sa Majesté, l'esclave du Grand 1 
vain du Bey de Tunis, qui s'était sauvé a la nage. De Saint-Ger 
devra assurer au Bey que non seulement le patron Amphoux sera] 
comme il le mérite, mais qu'il payera l'esclave, s'il en a le moyen. 
(Marine. B 1 143, f. 486.) 



LE €'" DE H AUHEPAS A DE SAIKT'GERVAIS. 

682. — VertaiUes, 10 décembre 1732. — Il est chargé de po 
plainte au Bey de Tunis sur les croisières des Barbaresqnes aux e 
de Provence, où ils capturent toujours des bâtiments contre la foi 
traités. Le dernier qu'ils ont saisi était chargé de bois pour le Ro 
venait d'Italie à Toulon. Si le bâtiment et le chargement ne sont p 
rendus, Sa Majesté prendra des mesures pour châtier tui-mêmi 
Régence. 

(Marine, B 1 U3, f. stt.) 



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11732] AVEC LA COUR DE FRANCE 



CIRCULAIRE AUX CONSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE. 

683. — Versailles, i 7 décembre i 7 32. — Sur l'ordonnance qui rèf 
le rang el la place des chanceliers dans les cérémonies publiques. 
(Marine, tV 1 43. f. 679.) 



DS SARIT-GERVAIS AU C tc DE MÀUREPA5. 

684. — Tunis, i 8 décembre i 732. — Le Consul informe le Ministre 
de la façon dont les marchands français négocient avec les Maures et 
les Turcs. « Lorsque les marchands sont convenus du prix de la mar- 
chandise, ce qui se fait en présence du Consul, le marchand turc ou 
maure fait transporter la marchandise chez lui, et le marchand français 
qui la vend ne prend d'autre précaution que d'écrire sur son livre le 
nom du marchand à qui il a vendu, la qualité de la marchandise et le 
terme qu'il accorde à l'acheteur pour le payement. 

Nos marchands ne vendent presque jamais argent comptant, mais 
toujours à terme, et s'il arrive dans le payement quelque contesta- 
tion, ce qui est extrêmement rare, ceux-ci sont crus sur la foi de 
leurs livres. Si par hasard quelque marchand discute son payement et 
si le Français a peur de perdre son argent, ce dernier peut faire arrêter 
sur-le-champ celui qui lui doit, Maure ou Turc, et le débiteur ne sort 
point de prison qu'il n'ait donné satisfaction. Telles sont, Monseigneur, 
les usages commerciaux de ce pays barbare ou il y a, comme Votre 
Grandeur le voit, beaucoup plus de bonne foi et de facilité qu'en 
France. » 

(Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 

LKtf°M HAUREPA.S A DE SA1HT-GERVA1S. 

585. — Versailles, 24 décembre 1732. — Le capitaine Amphoux, 
coupable d'avoir pris à son bord l'esclave fugitif du Grand Écrivain du 
Bey, n'a pu être encore arrêté, malgré toutes les mesures prises a cet 
effet. Le Consul devra assurer au Bey de Tunis que le châtiment de 
ce capitaine, pour être retardé, n'en est pas moins activement pour- 
suivi, mais il ne prendra aucun engagement quant au payement de 
l'esclave, attendu qu'il est avéré que le capitaine Amphoux ne possède 
aucun bien en France. 

(Jtfan'ne, B'- 143, f. 386.) 



t,zed,yGOOg[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



DE SAINT-GERYAIS At C w DE HAUBEPAS. 

. — Tunit, 28 décembre 1 732. — Le climat deTunisélant con 
inté, il prie le Ministre d'accorder sa place au sieur Pèn 
rec zèle depuis vingt ans comme chancelier et qui est estit 
les Puissances du pays. 

{Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 



LE C» DB HAUBEPAS A DE SAIÏfT-GERVAIS. 

.— Versailles, f 4 janvier 1733. — Il devra renouveler se 
auprès du Bey pour obtenir réparation de la capture du p 
de bois pour le compte du Roi. Ce pinque, arrêté et pillé p 
e barbaresque & une demi-lieue du cap de Saint-Tropez, 
a Toulon, portait le pavillon impérial et était monté \ 
Turrio. 

{Marine, B' us, f. îo.) 



LE C lc DE HAUBEPAS A DE SAINT-GERVAI5. 

— Versailles, i 8 mars 1733. — « Tous les dépôts existai] 
lerie de Tunis ont été faits depuis plus de dix ans. Ils son 
îent soumis aux prescriptions de l'ordonnance du 11 
1731, par laquelle tous les dépôts faits dans les chancell 
plus de dix ans, et non réclamés dans un an & compter du 
mblication de cette ordonnance, dans chacune des Ech 

être envoyés par les Consuls à la Chambre de commun 
le pour être partagés par moitié entre les hôpitaux du S 
it de la Charité de cette ville. Il est nécessaire que le Code 
ic pour ces anciens dépôts k ce qui est prescrit par cette oi 
et qu'il s'entende sur ce sujet avec les Echevins et les Déput 
-ce de Marseille. » 

{Marine, B' 1tS,f.H3.) 



DE SA1HT-6ERVAIS AD C" DE HABREPAS. 



— Tunis, 2 avril 1733. — Le Bey fait armer à Bizerte 
' pour la pèche du corail au préjudice du traité du la Comps 



z e d, y Goog[e 



[1733] AVEC LA COUR DE FRANCE 277 

d'Afrique. Il a fait détenir les bâtiments français pendant quarante 
jours au lieu de dix portés par les traités. On ne réduira ce Prince que 
par la force à l'observation des traités. 

{Affaire) étrangères, C" de Tunis.) 

DE SAINT-GBRVAIS AU C* 8 DE MAUREPAS. 

690. — Tunis, 12 avril 1 733. — Le Consul informe le Ministre que 
les savants polonais partent le 20 courant aussi riches d'antiquités 
qu'ils le laissent pauvre d'argent. Ils ont séjourné chez lui huit mois, 
pendant lesquels il a constamment tenu table ouverte sans que ces 
Messieurs aient songé & l'indemniser de ses dépenses. De Saint-GervaÏB 
envoie au Ministre copie des lettres qu'il adresse au Roi et au Ministre 
de Pologne pour obtenir un dédommagement. 

{Affaires ilraT.gères, C" de Tunis.) 



DB SA1NT-GBRVAIS AU C 1 " DE MAUKEPA5. 

591. — Tunis, 20 avril 1 733. — On a enlevé d'autorité a un capitaine 
français le biscuit qu'il faisait embarquer pour son équipage, malgré 
l'article du dernier traité qui autorise les Français à embarquer les 
vivres, pain et biscuit qu'ils auront fait faire au boulanger français qui 
sert la nation. Le Bey fait employer les bois de construction apparte- 
nant au Rot. Le Consul insiste pour que cette République soit réduite 
par la force à l'observation des traités. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



DE SAINT-GERVAIS AU C te DE HAUREPA5. 

592. — Tunis, 2i avril 1 733. — Récit de nouvelles infractions aux 
traités par les corsaires de Tunis, au détriment du capitaine Boudillon, 
de Marseille, auquel ils ont volé 5 passagers et 100 sequins. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

DE SAlirr-GBHVAlS AU C la DE KAUREPAS. 

593. — Tunis, 23 avril 1733. — Le Consul a envoyé la nation en 
corps auprès du Bey, pour réclamer satisfaction aux dernières infrac- 



«dr* Google 



278 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 

tions au traité. Ils ont trouvé ce Prince dans de meilleures disposi 
et ils ont cru devoir se contenter de restitutions partielles. 

{Affaires étrangères, (?" de Tunis.) 

DE SAINT-6ERYA1S AU C w DE MAUREPAS. 

694. — Tunis, 6 mai 1733. — Le Grand Écrivain du Bey, propri 
de l'esclave enlevé par le capitaine Amphoux, commence a s'inq 
du payement de cet esclave. Il a signifié au Consul que, si on ne 1 
tentait au moins en partie, il emploierait contre la nation son 
auprès du Bey. En présence des inconvénients qui pourrais 
résulter, de Saint-Gervaia a réuni la nation, qui a délibéré d'act 
au Grand Écrivain la somme de 600 piastres. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 

MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU CHEVALIER DB LUTH 
CHEF D'ESCADRE DB SES ARMÉES NAVALES '. 

595. — Versailles, 8 juin 1733. — « Sa Majesté, ayant fait : 
à Toulon les vaisseaux Le Conquérant, Le Toulouse, L'Heureux 
Tigre, en a donné le commandement au sieur chevalier de Li 
Elle désire qu'il arbore la cornette sur Le Conquérant et sorte de 1 
avec lesdits vaisseaux aussitôt que les vents le permettront. 1 
route directement vers la rade de Tunis, où, étant arrivé, il atl 
que le député de la nation faisant fonction de Consul vienne 
bord, pour lui rendre compte de la situation actuelle des affai 
l'Échelle et des satisfactions que le Bey aura données, au suj< 
infractions commises par les corsaires de cette République. 

Le chevalier de Luyncs verra en quoi consistent les diverses i 
tions de la part des Tunisiens dont le Consul a ordre de se pis 
Suivant les dernières lettres de ce Consul, le Bey avait pron 
rendre la tartane génoise enlevée près Saint-Tropez avec le cl 
ment de bois qui appartient au Roi, et de payer les pièces de bt 
lui avaient été prises. Le Bey avait aussi donné parole positive d( 
rendre les cinq Génois et tous les effets pris ou pillés sur le bai 
du patron Boudillon sur la côte de Sardaigne, et de châtier sévèr 
le reïs qui a insulté le pavillon d'une façon aussi marquée dan: 

1. Charles -Hercule d'Albert de Luyncs, garde de la marine en 1088, ense: 
vaisseau en 1689, lieutenant en 1690, capitaine en 1693, cher d'escadre en iî 
a cette date à la tête du Dépôt des cartes et plans de la marine, aujourd'h 
vice hydrographique. — Voy. sa mission à Alger dans la Correspondance d 
d'Alger, t. Il, p. 113. 



«dr* Google 



[1733] AVEC LA COUR DE FRANCE 279 

occasion. Si, lorsque l'escadre des vaisseaux de ea Majesté arrivera 
devant Tunis, le Bey n'avait point encore exécuté tout ce qu'il a pro- 
mis à cet égard, te chevalier de Luyues en exigera l'accomplissement. 
Et supposé que le bâtiment chargé de bois pour l'arsenal de Toulon 
n'eût point encore été renvoyé, l'intention de sa Majesté est que le 
chevalier de Luynes le fasse mettre en état de naviguer... 

A l'égard des autres infractions des corsaires tunisiens, Sa Majesté 
sonbaite que le chevalier de Luynes insiste pour obtenir des répara- 
tions convenables et surtout pour que les reïs qui les ont commises 
soient châtiés d'une façon qui puisse servir d'exemple aux autres. A cet 
effet, il fera entendre au Bey que Sa Majesté est justement offensée 
par de pareils procédés, et qu'il ne saurait se dispenser d'accorder les 
réparations qui lui auront été demandées, s'il veut entretenir la bonne 
intelligence et ne pas obliger Sa Majesté â prendre d'autres voies pour 
se faire faire raison de toutes ces infractions. Il est & propos que les 
officiers qui seront chargés d'aller parler au Bey sur ce sujet le fassent 
avec fermeté sans user de menaces, et qu'en lui faisant sentir que Sa 
Majesté ne pourrait souffrir le refus des justes satisfactions qu'on doit 
attendre de lui, ils l'assurent qu'elle est toujours disposée à maintenir 
la bonne intelligence et à donner à la République des marques de son 
estime... 

Le chevalier de Luynes se plaindra aussi de l'armement qui a été 
fait d'une coraline à Bizerte, pour pécher du corail dans les conces- 
sions de la Compagnie d'Afrique, et il fera au Bey toutes les instances 
convenables pour que celte Compagnie soit maintenue dans la jouis- 
sance de ses privilèges, conformément aux traités. Il fera également 
représenter au Bey que la détention qui a été faite dernièrement à 
Tunis des bâtiments français pendant quarante jours est une contra- 
vention formelle aux traités, suivant lesquels on ne peut les détenir 
pins de dix jours, & l'occasion de la sortie des vaisseaux du gouverne- 
ment, et il tâchera d'obtenir des assurances positives que cet article du 
traité sera régulièrement exécuté à l'avenir. Si, contre toute appa- 
rence, la présence & Tunis des quatre vaisseaux commandés, par le 
chevalier de Luynes et les négociations de celui-ci n'obtenaient aucun 
résultat satisfaisant, le chevalier de Luynes se contentera de faire 
sentir au Bey les conséquences d'uu procédé aussi irrégulier et aussi 
capable de déterminer Sa Majesté à lui en marquer son ressentiment, 
Uns en venir aux menaces ni & des démarches qui pourraient causer 
une rupture immédiate qu'il est à propos d'éviter, a cause des négo- 
ciants de la nation établis & Tunis et des bâtiments marchands fran- 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 
ii seraient exposés les uns à être faits esclaves et les i 
îvés par des corsaires tunisiens, avant qu'on eût pris 
ë cessai res tant pour mettre le commerce en sûreté qi 
idre par la force celte République a rentrer dans le devi 
.dant, supposé que le chevalier de Luynes fût obligé dt 
s sans avoir pu obtenir aucune satisfaction et qu'ensu 
, il rencontrât sans les chercher quelques bâtiments lu 
até lui permet de les arrêter et d'envoyer directement à 
l'il aura pris, sans faire paraître ces prises dans auci 
ques de Barbarie. Il ne descendra point à terre à 7 
u'il n'y soit invité par le Bey, et que tous les sujets de ; 
i a contre les Tunisiens n'aient été terminés d'une 1 
anle pour Sa Majesté. 11 ne se déterminera du reste 
le qu'autant qu'elle serait nécessaire au bien général. 
>rescrit rien sur la durée de son séjour dans la rade de 
pendra de la situation ou il trouvera les affaires dai 
.. Il s'informera avec soin et discrètement des forces mi 
: Bépublique, et il en rendra un compte exact à son reto 
i puisse juger de celles qu'il faudrait y opposer en cas ■ 

(Marine, fl> *$i, f. îit. 

LE C 10 DE MAUfiEPAS A BOÏER '. 

— Compiègne, 24 juillet 1 733. — De Sainl-Gervais, étani 
anément en France pour rétablir sa santé, l'a chai 
de l'Échelle de Tunis. Il devra poursuivre auprès du 
mt du rels qui avait arrêté le bâtiment du patron Boudil 
{Marine, B' 1tS, f. 3SI. 

BOÏER AU C' c DE MAU REPAS. 

— Tunis, 5 novembre 1733. — Les vaisseaux de 
ils qui croisaient sur le cap Bon ont pris le bâtiment c 
:an-Prançoîs Icard, de La Ciotat, parti de Tunis pour ! 
înt chargé pour le compte des négociants du pays et 
usagers. A cette nouvelle, le Bey a fait appeler Boyer 
iandé d'en informer le Ministre, afin que le Roi interp 

nier député de la nation française a. Tunis. Quelques lettres de 
un Échevina de Marseille sonl aux Archives de la Chambre de con 
I, S. AA, 509-537 de l'inventaire de M. Teissîer. 



«dr* Google 



[1733] AVEC LA COUR DE FRANCE 281 

autorité pour faire relâcher ses sujets et leurs effets pris, contre le 
droit des gens, sous le pavillon français. 

(Affaires étrangèret, C" de Tunis.) 

BOYKU AD C u ' DE MAUEEPAS. 

598. — Tunù, 14 novembre 1733. — La barque du Roi La Sibylle, 
commandée par H. le chevalier du Castellet, vient d'arriver a. Tunis. 
La nouvelle de la déclaration de guerre faite par 5a Majesté à l'Empe- 
reur était déjà publique. Boyer a informé les capitaines qui se trouvent 
dans le port des mesures prises par le Roi pour favoriser le commerce 
et assurer la navigation. 

{Affaires étrangères, C - ' de Tunis.) 

LE C 1 * DB HAUREPAS A SOHET. 

599. — Versatile», 1 6 décembre i 733. — Après avoir obtenu du Bey 
de Tunis la punition de quelques Némézins qui avaient entravé le trans- 
port des grains au Cap-Nègre, il a bien fait d'user d'indulgence à leur 
égard en demandant leur grâce au Chef de la Régence. Cet acte de 
bonne politique a eu les meilleurs résultats pour le commerce de la 
concession ; ceux-là mêmes auxquels le Bey a fait grâce, sur les instances 
du sieur Soret, sont les premiers à y conduire et à y escorter les étran- 
gers qui vont négocier dans cette place. Le Ministre le félicite de sa 
bonne administration '. 

(Marine, fl» US, (. 80t.) 
BOSSBIN-BER-ALI, BEY DE TUNIS, A LOUIS XV. 

600. — TunU, 31 décembre i 733. — « La gloire des grands Princes 
chrétiens, l'honneur des Rois de la nation du Messie, arbitre des affaires 
de la religion de Jésus, l'Empereur d'Italie, d'Espagne et de France, 
notre ami, Dieu donne une Tin heureuse a vos entreprises! 

Après avoir présenté à Votre Majesté Impériale les vœux qui con- 
viennent a notre amitié, nous l'informons que la confiance que les 
marchands de notre République ont dans les anciens traités que nous 
avons avec vous, et l'espérance où ils ont été de mettre leurs effets en 
sûreté sous la protection de votre pavillon, ayant porté plus de 120 de 



t,zed,yGOOg[e 



282 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1 

nos dits tant marchands que passagers à noiiser une polacre françai 
bord de laquelle ils se seraient embarqués avec leurs effets el marc 
dises sous le pavillon et la patente de France, du consentement de i 
Consul et en présence du chancelier, et étant partis de LaGouleltc 
auraient fait voile pour Smyrne ; qu'à la hauteur de la Pantellerie ' 
vaisseaux espagnols étant venus sur eus à f'improviste, le capil 
français les aurait assurés qu'ils n'avaient rien à craindre, qu'étant 
le pavillon français il ne leur serait fait aucun tort ni aucune pe 
qu'ayant mis aussitôt la chaloupe à la mer, il serait allé aux vaissi 
espagnols, lesquels, ayant armé leurs chaloupes, les auraient envoyt 
la polacre et en auraient enlevé tous les marchands musulmans 
auraient faits esclaves, auraient saisi et confisqué tous leurs effets et 
ayant dépouillés, les auraient conduits en Espagne dans un très piloy 
état. Et la nouvelle certaine de cet enlèvement étant parvenu 
Tunis, toutes les Puissances du Divan et de la République aura 
dit d'abord tout d'une voix : — Jamais l'Empereur de France ne 
mettra que les marchands musulmans soient faits esclaves ni 
leurs effets soient enlevés sous son pavillon, et nous sommes ass 
qu'aussitôt qu'il sera informé qu'un semblable désordre a été cou 
contre toute justice, il fera éclater sa colère impériale et donnera 
ordres pour la juste réparation de cette infraction. — Alors, du con 
tement de toutes les dites Puissances de la République et des s 
leurs qui composent le Divan impérial, les illustres Ahmed-Agh 
Hadji Abdallah-Agha, commandants des Janissaires, dont la loua 
soit augmentée 1 ont été choisis, nommés et envoyés auprès de V 
Majesté Impériale. Nous vous prions de donner à leur arrivée 
ordres qui conviennent à votre justice, & l'ancienne amitié, a la j 
et à la bonne intelligence qui régnent entre nous depuis si longlea 
pour que les affaires dont ils sont chargés soient expédiées selon If 
désirs et que tous les susdits marchands et passagers pris sur la 
polacre nous soient renvoyés, comme il est juste, avec les effets et a 
chandises qui leur ont été enlevés, d'autant plus qu'il ne serait 
raisonnable que de semblables injustices causassent du trouble et 
l'altération aux traités de paix et de bonne intelligence qui subsisl 
entre nous, et que d'ailleurs tout le monde sait qu'il est absolum 
impossible que les Espagnols s'excusent, en disant qu'il couviea 
l'honneur et a la gloire de Votre Majesté Impériale qu'ils enlèvent ai 
misérablement, sous le pavillon de France, des marchands tuuisi 

1. Pantelleria, lie de Sicile. 



z e d, y Goog[e 



[1784] AVEC LA. COUR DE FRANCK 283 

qui vont faire leur commerce, et qu'ils pillent et saisissent leurs effets 
et leurs marchandises. C'est pourquoi il est certain que si, comme 
nous l'espérons, Votre Majesté Impériale ne juge pas digne de sa gloire 
que la paix et l'amitié soient troublées et changées pour l'amour de 
l'injure et du tort que les Espagnols ont faits a nos marchands en leurs 
personnes et par la saisie de leurs effets, et en employant tous ses bons 
offices pour le réparer, elle nous renverra tous les dits marchands et 
passagers avec leurs effets. La paix et l'union en seront fortifiées et 
augmentées. » 

(Affaires étrangère», C" de Tunis.) 

BOÏER AU C" DR HAUKEPAS. 

601. — Tunit, 4 janvier 1 734. — Le Bey fait passer en France en 
qualité d'Envoyés deux Boulouk-Bachis du Divan, pour supplier le Roi 
de prendre des mesures auprès de la Cour d'Espagne et de faire relâ- 
cher ses sujets et leurs effets pris sur le bâtiment du capitaine Jean 
Icard. Us partiront dans trois ou quatre jours pour Toulon. L'un se 
nomme Ahmed-Agha, l'autre Hadji Abdallah. Ils sont accompagnés de 
deux Oda-Bachis et de neuf personnes. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 

602. — Versailles, 4 mars 1734. — Provisions de Consul a Tunis 
en faveur de Jean-Louis Gautier 1 , successeur de Boyer de Saint-Gervais. 

(Affaires étrangères, C" de Tunit.) 

LE C u DE MAUREFAS A GAUTIER. 

603. — Versailles, 24 mars i734. — « Les infirmités du sieur de 
Saint-Gervais l'ayant obligé de demander sa retraite, j'ai profité de 
cette occasion pour vous procurer ce Consulat, dont je suis persuadé 
que vous remplirez les fonctions A la satisfaction de Sa Majesté. Je 
vous envoie les provisions qui vous en ont été expédiées. Il est néces- 
saire que vous les présentiez a M. Lebret et que vous preniez de lui et 
des Échevins et Députés de la Chambre de commerce toutes les instruc- 
tions dont vous pourrez avoir besoin pour votre destination, où il est 
à propos que vous vous rendiez par la première occasion que vous 
aurez a Marseille. Le sieur Boyer, député de la nation a Tunis, vous 

t. Consul a Tripoli de Barbarie de 1741 à 1145, a Seyde de 1746 à 1753, à Tripoli 
de Syrie de 1755 à 1760. — Voy. sa correspondance de Tunis a*ec Ja Chambre de 
commerce de Marseille aux Archive» de la Chambre de commerce de Marseille, 
S. AA, B09-333 de l'inventaire. 



t,zed.yG00g[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i 

ait de la situation des affaires de l'Échelle, et je compte 
vrez avec tout le zèle et l'exactitude nécessaires. » 

(Marine, tV 149, f. 7i.) 

'■" DE HAUREPAS AUX BCHEYINS ET DÉPUTÉS DB LA. CHAMBRE 
DE COHHERCB DR MARSEILLE. 

Versailles, 24 mars 1 734. — L'intention de Sa MajesL 
des appointements du Consulat de Tunis soit payé au s 
Tvais jusqu'à l'arrivée de son successeur dans cette Éch 
(Marina, fli 149, f. lit t>.) 

MARCHÉ POUR LE TRANSPORT DES ENVOYES DE TUNIS. 

Lyon, 23 avril i 734. — Le Bieur Flandin, receveur de L 
rivera H. Charron, commissaire général de la marine 
' les Envoyés de Tunis de Lyon à Paris, avec leur suit 
ges, pour le prix total de 1,300 livres, payables à Pari) 
t de M. de la Hagdeleine *, charge de la conduite des 

(Affaira étrangères, C" de Tunis.) 
LE C l,! DB HAUREPAS A GAUTIER. 

Versailles, 29 avril 1734. — 11 devra prendre ses mes 
idre a Tunis par le premier bâtiment qui y sera expédi 
Sre audience qu'il aura du Bey, l'assurer de la bonne il 
; le Roi est disposé à entretenir avec sa République. E 
îe les deux Envoyés de Tunis et le but de leur voyag 
informera le Bey qu'ordre a été donné de les faire cond 
à Paris, od ils seront bien reçus, et que leur affaire est 
uivie auprès de la Cour d'Espagne. Sa Majesté ne négli 
eur faire donner satisfaction. 

[Marine, B -1 149, f. 108.) 

PÉnS DE LA CROIX ' AU C M DE HAUREPAS. 

Paris, 30 avril 1 734. — Il n'a pu trouver de logement; 
s de Tunis à meilleur marché qu'à l'hôtel de Suède, ru 

arron, commissaire de la marine a Lyon en 110?, puis commis 

te service des bois dans celle ville, retraité en 1744. Son fils, cou 

i en (133, devint commissaire général a Marseille en lliB, puis il 

i en 1131. 

e du roi, attaché & l'intendance de Toulon. 

e-interprèle du roi. 



«dr* Google 



[1734] AVEC LA COUR DE FRANCE 285 

Tournon, où avaient logé les derniers Envoyés de Tripoli. Ils y seront 
reçus avec leur suite et H. de la Magdeleine pour 300 livres par mois. 
Quand les Tripolitains arriveront, on pourra les loger dans le même 
hôtel au moyen d'une très légère augmentation de prix. Les Envoyés 
de Tunis ne peuvent arriver que le 8 mai, ainsi qu'il résulte du marché 
Tait par If. Charron. De la Croix pense qu'il serait a propos, comme 
cela s'est fait en dernier lieu pour les Envoyés de Tripoli, d'exempter 
les Tunisiens de la visite ordinaire. 

(Affaira étrangères, O" de Tunis.) 

LE C" DU HÀUHEPAS AUX INTÉRESSÉS DE LA C lc D'AFRIQUE. 

608. — Versailles, 24 mai 1 734. — Le Bey de Tunis réclame a la 
Compagnie d'Afrique 2,000 piastres par an à la place des 1,000 kaffis de 
blé qu'elle devait recevoir de lui '. Ordre est donné au sieur Gautier 
d'agir auprès du Bey pour le faire renoncer k cette demande. 

(Marine,»' 1 49, f. 176.) 

l.E C'° DE HAUREPAS A GAUTIER. 

609. — Versailles, 8 juin i 734. — L'ambassadeur de Venise ' sou- 
haiterait le rachat de huit Vénitiens qui sont esclaves à Tunis. Il ne faut 
prendre à ce propos aucun engagement et se contenter de s'informer 
du prix exigé pour leur rançon. 

(Marine, B* U9,f. 19T.) 

J.E C u DE HAUREPAS AUX ÉCHEViNS ET DÉPUTÉS DE LA CBAHBRS 
DE COMMERCE DE MARSEILLE. 

610. — Versailles, 14 juin i 734. — On les engage & tenir la main 
& ce qu'aucun négociant de Marseille ne prête son nom à des Juifs ou 
autres étrangers établis dans les Échelles de Tunis et d'Alger. 

(Marine, S' 149, f. tOO.) 

LE C lf DB HAUREPAS A PÉTIS PB LA CROIX. 

611- — Vertaillet, S juillet i 734. — Il n'y aura aucune difficulté, 
de la part de la Cour d'Espagne, pour la restitution des passagers et des 

du 3 juin 1711. Voy. p. et. 



z e d, y Goog[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 
ts que les Envoyés de Tunis sont venue réclamer, aussitôt q 
iriens auront rendu ce qu'ils ont pris aux Espagnols su 
ments. 

{Marine, B> iiS,f.*iS.) 
GAUTIER AU C° DE MAUREPAS. 

12. — Tuait y i 7 juillet i 734. — Dès son arrivée il est allé i 
Ce Prince s'est plaint aussitôt des lenteurs apportées par nou 

lire des Tunisiens pris par les Espagnols. Le Consul l'a assu 
tes intentions du Roi, et l'a engagé à patienter. 

{Affairet étrangères, C" de Tunis.) 

GAUTIER AU C u DB HAUREPAS. 

13. — Tunis, i i août i 734. — Il se plaint d'une lettre peu mi 
[. d'Astour. II est d'usage que, quand il arrive un vaisseau du 1 
laine écrive une lettre au Consul qui, après s'être muni d'une pi 
du Bey pour le salut, va a La Goulette, mais il n'y va pas pot 
ue qui n'a pas droit au salut. M. d'Astour n'ayant pas relàch- 
îe, Gautier croit ne pas avoir manqué a son devoir et demau 
es dans le cas contraire. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LE C"-' DE HAUREFAS AUX INTÉRESSÉS DE LA COMPAGNIE D' AFRIQUE. 

14. — Versailles, 27 août î 734. — Les Tabarquins contint 
er dans les mers des concessions au préjudice des traités et n 
érenses qui leur ont été faites, le directeur de la Compagni 

sur ce sujet d'énergiques représentations au gouverne 
irque. 

(Marine, IV US, f. 914.) 

LOUIS XV A HOSSEIN-BER-ALI, BEY DE TUNIS. 

6. — Versailles, 27 août 1 734. — « Illustre et inagnifiqm 
r, 

lettre que vos Envoyés nous ont présentée ' nous a été lue, el 
s chargé le sieur comte de Maurepas de vous expliquer nos i 



«dr* Google 



[1734] AVEC LA COUR DE FRANCE 287 

lions, sur les représentations qu'elle contient et sur tout ce qui nous a 
été exposé par vos Envoyés, au sujet des marchands et passagers de 
votre République qui ont été pris avec leurs effets, sur un bâtiment fran- 
çais, pardes vaisseaux espagnols. La considération que nous avons pour 
le Divan de Tunis et pour votre personne nous portera à continuer nos 
offices pour engager le Roi d'Espagne à eu ordonner la restitution, et 
satisfait de la disposition sincère où vous nous témoignez être de main- 
tenir la paix et la bonne intelligence qui a été établie entre vous et nos 
sujets par le dernier traité, nous vous exhortons à. continuer à l'ob- 
server religieusement de votre part, vous assurant qu'il sera toujours 
exécuté ponctuellement de la part de nos sujets par les ordres que nous 
leur avons donnés de s'y conformer avec exactitude. 

Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait, illustre et magnifique Seigneur, 
en sa sainte garde. » 

(Marins, B' U9, f. SOI.) 

LE C'° DE HAUBEPAS A 110SSEIN-BBN-ÀLI, BEV DE TUNIS. 

616. — Versailles, 27 août 1734. — « Très illustre et magnifique 
Seigneur, 

J'ai présenté vos Envoyés au trône de l'Empereur mon maître. 
11b vous rendront compte de la manière dont ils ont été reçus de Sa 
Majesté Impériale et des bons traitements qui leur ont été faits par ses 
ordres. Elle m'a ordonné de vous mander que l'on n'avait point attendu 
que vous eussiez eu recoure a sa protection pour réclamer les marchan- 
dises et les passagers que les vaisseaux étrangers ont pris sur un bâti- 
ment français qui sortait de Tunis. Lorsque l'on fut informé de cette 
prise, Sa Majesté Impériale chargea son ambassadeur impérial en 
Espagne ' d'en demander la restitution, mais la Cour d'Espagne a demandé 
de son coté qu'on lui fit rendre les Espagnols et les effets que les Algé- 
riens ont pris aussi sur des bâtiments français. Ce sont ces prises, faites 
par les Algériens, qui ont porté les Espagnols & prendre par représailles 
lesMusulmans qu'ils ont trouvés sur des bâtiments de différentes nations, 
et tes délais que la République d'Alger apporte à, en faire la restitution 
sont cause que l'on n'a pu encore obtenir de l'Espagne celle que vous 
désirez. Cependant, l'Empereur mon maître a donné ordre à son ambas- 
sadeur de faire de nouvelles instances pour tacher d'engager le Roi d'Es- 

1. Conrad Alexandre comte de Ro Item bourg, capitaine de cavalerie en (709, bri- 
gadier en 1118, Envoyé extraordinaire en Prusse de 1121 A 1121, ambassadeur en 
Espagne de 1130 à 1134, maréchal de camp en 1133, gouverneur du Quesnoy en 1134. 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [ 

accorder. Vos Envoyés ayant rempli leur mission et tro 
éjour ici ne saurait avancer la négociation de l'affaire i 
Cour d'Espagne et à Alger, Sa Majesté Impériale a coi 
retournassent. Je dois vous dire qu'elle est très satisfa 
e qu'ils ont tenue en ce pays-ci, qu'elle les a fait défra; 
.s qu'ils sont en France et qu'elle a ordonné de leur conl 
-. traitements jusqu'à leur sortie de ses États. Je vous soi 
: santé en vous assurant que je suis toujours votre pari 
li. » 

(Marine, B* 149, f. SOS.) 

Versailles, 29 août 1734. — État des présents qui di 
bues par le sieur Pétis de La Croix, Sécrétai re-interpri 
deux Envoyés du Bey de Tunis et aux gens de leur 
livres'. 

(Marine, B' 149, f. SOS bis.) 

LE C" DE HAUREPAS A GAUTIER. 

Versailles, i" septembre 1734. — On approuve sa répoi 
affaire des passagers et des effets pris par les Espagnols 
nt du capitaine Icard; il faut se contenter de l'assure 
mît toujours celte restitution. S'il se plaint de nouve 
aorte à cette solution, Gautier lui fera comprendre que 1 
prendre qu'aux Algériens, qui ne se pressent pas de ren 
mx Espagnols ce qu'ils leur ont pris. 

(Marine, BT- US, f. SOI.) 

LE C" DE HAUREPAS A GAUTIER. 

- Versailles, Sa septembre 1734. — Gautier a infor 

[ue l'on pourrait avoir les huit esclaves vénitiens qui 

ir 400 piastres chacun. Il a bien fait, pour n'en point 

op haut, d'utiliser pour celte négociation le même 

açais qui serl d'intermédiaire pour la rédemption de 

era à ne point perdre de vue le rachat de ces huit esc 

Rendra, pour prendre aucune décision a cet égard, le 

res du Ministre. 

(Marine, B' 149,f.3SI). 

ed-Agha 1,0001., à Uadji Abdallah-A^lin 1,000 1., a Hadji Ahmed-Oi 
ahim-Oilabaclii 500 I., a Youssouf ben Ahmed 480 )., aux huit 
l'ambassade, chacun 240 I. 



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[1734] AVEC LA COUR DE FRANGE 



DE LA HAGDELEINE ' AD C"' DB HAUREPAS. 

620. — Marmite, i S octobre 1 734. — Les Envoyés de Tunis et celui 
de Tripoli se sont embarqués le 12 courant. Leur conduite a été celle 
de soldats armés dans un pays conquis, et le premier d'entre eux a 
poussé l'extravagance jusqu'à prétendre qu'un vaisseau du Roi le 
transportât à Tunis. 

[Affaire» étrangère*, C" de Tunis.) 

LE C 1 " DE HAUREPAS A GAUTIER. 

621. — Fontainebleau, 20 octobre 17S4. — Les Envoyés de Tunis ont 
demandé à Al. d'Héricourt ' les sept Tunisiens provenant de l'équipage 
de la felouque prise à Lampedouze. Bien qu'il y ait lieu de croire qu'Us 
ont fait cette réclamation de leur chef, si le Bey en parle au Consul, 
celui-ci pourra lui faire espérer qu'ils lui seront renvoyés. 

(Alarme, B' 1*9, f. 373.) 

LB C" DE HAUREPAS A GAUTIEH, 

622. — Fontainebleau, 27 octobre 1734. — Lorsqu'il paraîtra des 
vaisseaux du Roi dans la rade de La Goulette, le Consul devra se rendre 
à bord du commandant; il aura soin d'envoyer toujours quelqu'un en 
son nom à ceux des petits bâtiments de Sa Majesté qui pourront y venir 
mouiller. 

(Marine, B' 149, f. 3SS.) 

GAUTIER AU C ,B DB HAUREPAS. 

623. — Tunit, 6 novembre 1 734. — Les Envoyés de Tunis, qui sont 
de retour depuis huit jours, se louent fort des bons traitements qu'ils 
ont reçus, et disent que le Ministre leur a promis que l'affaire des Tuni- 
siens pris par les Espagnols sur le bâtiment du capitaine Icard sera ter- 
minée dans six mois au plus tard. Mais le Bey, ayant appris la mort de 
plusieurs de ses sujets a Carthagène, par suite du travail excessif qu'on 
leur fait faire ou de la mauvaise nourriture qu'on leur donne, demande 
notre intervention pour qu'ils soient mieux traités à l'avenir. 

[Affaires ttrangeret, C" de Twiw.) 

t. Voy. la note a, p. 384. 
!. Voy. la noie t, p. 214. 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



LE C 16 DE MAUREPAS A GAUTIER. 

!4. — Vertailles, 15 décembre 17$4. — Sa Majesté a faitl 
;s de démarches pour obtenir la liberté des Tunisiens pris pi 
eaux espagnols. Le comte de Vaulgrenant, ambassadeur de F 
spagne ', annonce qu'elles ont abouti et que les Tunisiens ! 
s au sieur Fornaltz, député de la nation, faisant fonction de ( 
rthagène. Le Ministre donne ordre à celui-ci de noliser un bel 
exprès pour les renvoyer sans frais & Tunis. On ne sait si la 
n des effets qui leur ont été pris sera aussi ordonnée. Le C 
i faire valoir auprès du Bey les procédés d'amitié et de haute 
ince du Roi en celte circonstance, et ne point prendre d'en 
s avec lui quant à la restitution des dits effets. 
3 corsaires de Tunis ne cessent pas leurs brigandages sur les 
rance, contre la foi des traités. Un de ces corsaires s'est ei 
bâtiment catalan. Le Consul devra demander au Bey répar; 
ution et indemnité. 

(Marine, & U9, f. i€i.) 

LE C'° DE MAUREPAS A HUSSEIN -BBEI-ALI, BBY DB TUNIS. 

5. — Marly, 26 février 1 735. — « Très illustre et magninqm 

vous apprends avec beaucoup de plaisir que les instances réit 
la Majesté Impériale a fait faire à la Cour d'Espagne pour la 
i des Tunisiens et des effets qui avaient été embarqués s 
ne du patron Icard ont eu l'effet que Sa Majesté Impériale 
Elle a fait faire sur ce sujet par son ambassadeur de si press 
Hâtions au Roi d'Espagne qu'il lui a enfin donné cette salisfa 
'unisîens et les effets qui se sont trouvés ont été rendus, les ' 
au député de la nation à Carlhagène où ils étaient et les eff< 
de Varennes, Consul de France à Alicante '. Le député de la a 
thagène me marque qu'il a fait embarquer les Tunisiens sui 
ie qui a été frétée pour Tunis, où ils ont désiré qu'on les fit p 
attendre la remise de leurs effets, parce qu'ils étaient à Alic 

rançois-Marie de Villers la Fa je. comte de Vaulgrenant, colonel d'info 
», ambassadeur en Sardaigne en (73), en Espagne de 1731 à 1738, en I 
S, Plénipotentiaire en Pologne en 1745, ambassadeur en Espagne une se 
î 17(8. 
s 1731 à (738. 



«dr* Google 



[1735] AVEC LA COUR DE FRANCE 291 

Hais le sieur de Varennes a eu ordre d'adresser au sieur Gautier, Consul 
a Tunis, tous ceux que la Cour d'Espagne lui fait rendre. Cette res- 
titution a fait d'autant plus de plaisir à Sa Majesté Impériale que le Roi 
d'Espagne lui a fait dire par son ambassadeur qu'il ne l'a accordée que 
par considération particulière pour lui. Je ne doute point que vous ne 
perceviez avec la même satisfaction les nouvelles que je vous en donne, 
et que l'estime et la considération dont Sa Majesté Impériale vous a 
donné des marques si évidentes en cette occasion ne vous portent de 
plus en plus A maintenir de votre part la bonne intelligence qui doit 
régner entre ses sujets et ceux de votre République. 

Le sieur Gautier, qui vous remettra cette lettre, vous instruira de tout 
ce qui s'est passé en Espagne par rapport à cette restitution, dont il doit 
être informé par le député de la nation à Carthagène et par le Consul 
de France & Alicante. Je suis toujours, etc. » 

{Marine, IP lit, f. U.) 

BOSSEIN-BEN-ALI, BBV DE TUNIS, AU C" DE MAURE PAS. 

626. — Tunis, 20 mars 1735. — « Très excellent et très magni- 
fique Seigneur, notre ami, qui êtes le sublime Ministre et très honoré 
Conseiller du très haut et très puissant Empereur de France et d'Italie, 
la gloire des grands Princes chrétiens, l'ornement des puissants Poten- 
tats de la religion du Messie, l'arbitre des affaires de la République 
chrétienne, après vous avoir présenté nos vœux conformes à la très 
parfaite amitié qui est entre nous, nous informons Votre Sublime 
Grandeur que les 90 marchands nos sujets et 17 marchands tripolins 
qui, s'étant embarqués l'an passé sur une polacre française avec leurs 
effets et marchandises, avaient été injustement enlevés de la dite 
polacre par les Espagnols, ayant été délivrés des fers du Roi d'Espagne 
par l'entremise de l'Empereur de France et par les soins et bons offices 
de Votre Sublime Grandeur, et envoyés a votre Consul auprès de 
nous, il a désiré que nous en donnassions avis nous-méme à Votre 
Sublime Grandeur; c'est ce qui nous engage à vous écrire cette lettre 
d'amitié pour vous faire savoir que les susdits marchands sont arrivés 
ici & bon port au nombre de 107 personnes. Nous vous supplions de 
continuer les bons offices de votre protection pour faire rendre et ren- 
voyer ici au plus tôt les effets et les marchandises qui ont été enlevés 
auxdils marchands et qui sont demeurés au pouvoir du Roi d'Espagne, 
afin qu'il ne soit pas dit que sous votre Ministère ils aient perdu ce 



«dr* Google 



! CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1 

leur appartient. Ce sera une nouvelle preuve de votre attenti 
iserver la gloire de Sa Majesté Impériale, et nous tous prion 
point douter qu'elle ne serve beaucoup à conserver et mêi 
roître l'amitié et la bonne intelligence qui régnent entre les 
.ts. » 

(Affaires étrangères, Q" de Ttaiii.) 



LB C" DE 

Ï27. — Versailles, 6 mai i 735. — L'ambassadeur de Venise ' 
armé de l'insuccès de ses démarches par rapport au rachat des 
laves vénitiens. Sa Majesté a été bien aise d'apprendre que, su 
tances, le Bey lui a fait remettre l'équipage du pinque catalan 
- un corsaire tunisien sur la cote du Roussillon, à l'exceplic 
telol qui avait été envoyé a Tripoli de Barbarie et qu'il a prom 
idre ainsi que le pinque à son retour de Tunis. 

(Marine, & 15t, f. 17*.] 

HOSSEIN- BEN-ALI, BEÏ DE TUNIS, AU C" DE MÀUREPÀS. 

128. — Tunis, août i 735. — «Le plus grand des Ministres des m 
■é tiennes, le soutien des Seigneurs de la Cour où est profess 
igion du Messie, celui qui gouverne et termine les affaire 
jples chrétiens, le suprême Vizir de l'Empereur de Fr 
ïspagne et de la plus grande partie de l'Italie, notre ami, Moi 
comte de Maurepas, dont la fin soit heureusement terminée! 
ïir, en conformité de l'étroite amitié qui règne entre nous, présc 
Grandeur les saluts les plus dignes et les souhaits les plus sin 
us lui faisons savoir que, Sa Grandeur ayant bien voulu faire ex< 
que le zèle et la protection ont accoutumé d'exiger des Rois, 
ans reçu avec le papier venu de votre part des mains de Moi 
utier, votre Consul résidant ici, la plupart des effets et marchai 
nos négociants qui avaient été ci-devant pris sous le pavilli 
snce par les bâtiments d'Espagne armés en course. Nous eep 
'elle voudra bien encore, tant en conformité de la paix que pa 
rt à l'union et à l'amitié qui est entre nous, faire délivrer par : 
Espagne, votre ami et allié, le reste des effets et des marchanda 
i négociants et nous les Taire envoyer. » 

(Affaires étrangère!, C" de Tuaù.) 
. Voy. la note 1, p. Î81. 



«dr* Google 



{1735] AVEC LA COUR DE FRANCE 



GAUTIER AD C'° DE HAUBBPAS. 

629. — Tunis, 30 août 1735. — Le Dey d'Alger vient de déclarer la 
guerre & la Régence. Le Bey de Tunis est allé au-devant des Algériens 
avec ses pavillons; les deux armées sont en vue l'une do l'autre, et 
l'on attend anxieusement des nouvelles de la bataille '. 

[Affaire) étrangères, C 1 de Tunis.) 

GAUTIER AU C" DE HAUREPAS. 

630. — ■ 7 uni*, 9 septembre 1 735. — Les Algériens ont battu les 
Tunisiens. Le Bey et ses enfants ont pris la fuite. On dit qu'il est mort 
de ses blessures avec un de ses fils '.Le Divan a délibéré que la ville, ne 
pouvant résistera l'armée algérienne, devait ouvrir ses portes. Ali-Bey 
a fait son entrée & Tunis, et est allé s'installer au Bardo '. 

Une tartane du Roi commandée par M. Delcampes a mouillé hier 6, 
La Goulette. Elle accompagne six bâtiments venant des Échelles du 
Levant. 

[Affaires étrangère*, C" de Tunit.) 

• DÉLIBÉRATION DE LA DATION FRANÇAISE A TUNIS. 

631- — Tunis, 10 septembre 1735. — « ... Les troupes algériennes 
sont venues campera une lieue de Tunis; les soldats pénétrent dans la 

t. On n'a pas oublié qu'.-Vbdi, Dey d'Alger, ayant refusé de mettre à mort Ali, 
nereu d'Hossein-Bey, comme l'eût souhaite ce dernier, avait cependant promis de 
le surveiller étroitement, à la condition que le Bey de Tunis lui payerait réguliè- 
rement une pension de 10,000 sequins. Or Hossoin-Bey ayant cessé en 1733 de 
tenir ses engagements, Ibrahim, qui avait succédé à Abdi, Dey d'Alger, n'hésita 
pas à Taire cause commune avec son propre prisonnier; il marcha aussitôt, de con- 
cert avec Ali et le Bey de Conslantine, contre les Tunisiens. Los deux armées enne- 
mies se rencontrèrent sur les bords de l'oued Melianu, en aoiH 1135. Une colonne 
algérienne, commandée par Kelim, gouverneur de Conslantine, attaqua le camp tuai* 
sien et s'en rendit maître presque sans coup férir. — Voy. Annales tunisiennes, par 
Housseau, p. 113 à 116. 

2. Hossein-Bey n'était que blessé, mais la division commandée par son (lia 
Mohammed ayant été taillée en pièces par les Algériens, le t septembre 1T3S, il se 
relira & Kairouan avec les débris de son armée. 

3. Le père d'Ali et ses (Ils, Mehemmed et Soliman, Turent envoyés vers lui par les 
principaux chefs de la milice, pour lui présenter les clefs de la ville. Ali fit son 
entrée à Tunis le 1 septembre. Dix jours plus tard, l'armée algérienne leva le 
camp, après que le nouveau Bey eut acquitté la contribution du guerre et se Tut 

igagé en outre à payer annuellement, au gouvernement d'Alger, un tribut de 
,000 piastres. — Voy., sur tout ce qui concerne Ali-Pacha, Annales /un' 
116 el suiv. 



t,zed.yG00g[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 
:t y commettent le désordre, entrent de force daas les mais 
aitent ceux qui s'y trouvent. Il serait nécessaire de demand 
aux d'Alger une sauvegarde pour le Pondouk français et le 
lises qu'il contient. On délibère en conséquence qu'un prés 
;quins sera offert aux généraux d'Alger en café, sucre et 
nfitures, et qu'if sera donné également au Kaznadar d'A 
linistre qui l'approche, une montre d'or de 200 piastres. » 

iives de la Résidence française à Tunis, Registre des délibérations de la 
f. ST.) 



LE C'° DB MAUREPAS A GAUTIER. 

!. — Versailles, i 5 octobre i 735. — Il aurait dû tenir le M 
urant de la révolution qui a eu lieu dans le Gouvernent 
. Il devra s'&bstenir, ainsi que la nation, de tout ce qui pi 
1er de la partialité en faveur de l'un ou l'autre des compé 
;te Régence. 

(Marine, B* US, f. Ui.) 



LE C !,: DE MAUREPAS A SORET. 

ï. — Versailles, 15 octobre i 735. — 11 a bien fait de renfo 
jon du Cap-Nègre de 25 hommes, afin de mettre cette pi 
i contre les Maures du pays. 

(Marine, JP tsi, f. tSî.) 



GAUTIER AU C* 8 DE HAUBEPAS. 

1. — Tunis, 14 novembre 1 735. — II est ailé avec ses nat 
une première visite à Ali-Bey ', qui lui a signifié de ne plu: 
irdo dans sa chaise roulante. Il a ajouté qu'il ne voulait p 
lus les marchands venir chez lui sur des charrettes couve. 
s'opposerait à ce que notre pavillon continuât à flotter 
m consulaire. Pareille défense a été faite aux autres Consu 
vainement représenté les anciens usages. Il ne m'a mér 
de m'asseoir, contrairement à la tradition. Si ce Bey rè 
est perdu; c'est un véritable Néron, qui abhorre les cbi 



iy. la Dote 3, p. S 



«dr* Google 



[1735] AVEC LA COUR DE FRANCE 295 

flossein-bea-Ali, qui a échappé a ses blessures, avec ses enfants, est, 
à la tête d'une grosse armée, à 7 lieues -de Tunis '. 

Les Capucins étant venus dire la messe aux esclaves du Bardo, selon 
l'usage, le fiey leur a ordonné de ne plus venir, mais le Consul a obtenu 
le retrait de cette interdiction. 

La barque du Roi commandée par H. d'Aslour est arrivée depuis le 

20 septembre. Le Diamant et L'Aquilon, commandés par le chevalier 

de Caylus, ont mouillé en rade le 23 novembre '. Le château de La Gou- 

lette leur a rendu les honneurs ordinaires, mais ce n'a pas été sans 

peine. » 

[Affaire* étrangère*, C" de Tunis.) 



GAl'TIRR AU C lc DE MAUBBPAS. 

636. — 7'unis, 1 7 décembre i 735. — « Sur les remontrances que j'ai 
fait Taire au Bey par son Kaznadar, il a commencé à me faire asseoir 
et à me donner du café. Tous les autres Consuls travaillent a présent 
encore à ce sujet sans avoir rien obtenu. 11 m'a chargé de vous marquer 
qu'il fera exécuter le dernier traité dans tous ses points jusqu'à ce que 
rous trouviez bon de le faire renouveler en son nom. 

La nation a offert dernièrement un fusil au Bey. Ce dernier a demandé 
hier une paire de pistolets et un autre fusil, avec monture d'argent. 
Comme je prévois qu'il ne les payera pas, j'ai l'honneur de vous en 
informer, afin d'ordonner & la Chambre de commerce de me les envoyer 

pour les lui présenter. » 

(Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 

636. — Tunis, décembre 1735. — État du commerce de Marseille à 
l'unis en 1735, année dans laquelle il est arrivé 49 bâtiments pour 
marchandises ou pour caravane. 

Marchandises apportées directement de France. . . 55,279 piastres. 

Marchandises des pays étrangers venues de France. 134,161 — 

Marchandises importées de Tunis en France 71,728 — 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

1. Ayant réussi à reconstituer use armée, l'ancien Bey Hussein établit son camp 
près de Kai rouan, à El-Alem. Le 3 novembre 173S, il rencontra à Gharo-Cheou une 
division ennemie commandée par Younês, fils d'Ali-Pacha, et la tailla en pièces, 
nuis il oe sut pas profiter de sa victoire. Il laissa Younès se ravitailler, et battu è 
•on tour par ce dernier, il n'eut que le temps de se replier sur Kairouan. 

ï. Voy. la lettre du Ministre au chevalier de Caylus, 1* décembre 1135, lui mar- 
quant la nécessité de faire paralfrc de temps en temps son vaisseau devant Tunis 
(Marine, B> S99, f. 609). 



t,zed,yGOOg[e 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



LE C le DE MAUREPAS A GAUTIER. 

637. — Versailles, 3 janvier 1 736. — Le Ministre l'approuve d 
annulé la défense qui avait été faite par le Bey aux Capuci 
Tunis d'aller dire la messe aux esclaves, quoique ces religieux aif 
le tort de s'adresser dans ce but au Consul de Hollande. S'ils 
conduisent pas mieux à l'avenir à l'égard de la nation, il pourri 
dire la messe dans la chapelle de Saint-Louis par un prêtre escla 
ayant soin d'informer l'ambassadeur de France à Home des n 
qu'il aura eues pour agir ainsi. 

(Marine, II' ttS,f. S.) 



LE C'° DE MAUtlEl'AS A GAUTIER. 

638. — Venaitles, i 1 janvier 1736. — Le nouveau Bey lui 
témoigné des égards et ayant promis de Taire exécuter le dernier 
sur tous les points, on approuve qu'il lui ait fait offrir des présen 
la nation, et qu'il ait également songé aux deux généraux alg 
et au Kaznadar d'Ali-Bey pour se les rendre favorables. 

{Marine, B 1 fis, f. 11.) 



GAUT1EK AU C lp DE MAUHEFAS. 

639. — Tunis, Î7 avril 1736. — Le fils du nouveau Bey 
30 lieues de Tunis; il va faire le siège de Sousse et de Monaslir'. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis. 

LE C 10 DE HAUREPAS A GAUTIER. 

640. — Versailles, 14 juin 1736. — Le Consul devra répond 
nouveau Bey, s'il demande toujours un fusil et des pistolets, qt 
sera pas de la dignité du Roi de lui faire des présents tant qu'il i 
pas officiellement fait part de son avènement au Beylik ; cepend* 
Majesté consent à lui accorder sur ses instances les 12 Turcs 
Lampedouze. * 

(Marine, B? tSS.f. lit.) 
1. Voy. la note I, p. 295. 



«dr* Google 



[1736] AVEC LA. COUR DE FRANCE 



GAUTIER AU C" DE MAUBF.FAS. 

641. — Tunis, 22 juillet 1 736. — Les Capucins italiens, ayant Tait 
relâcher deux esclaves avec l'argent que ces mêmes esclaves avaient 
volé au Bey, ont été mis en prison et y sont restés jusqu'à ce qu'on leur 
ait envoyé les 2,000 piastres à restituer. Ali-Bey a déclaré qu'il ne 
souffrirait plus de religieux italiens ou espagnols a Tunis. Le Consul 
demande en conséquence qu'on lui envoie quatre prêtres français, 
comme ceux qui composent la Mission d'Alger. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

GAUTIER AU C t0 DE MAUREPAS. 

642. — Tunis, 13 août 1736. —Le Consul s'efforce d'adoucir la 
captivité et les souffrances des Capucins italiens '. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 
GAUTIER AU C 1 " DE MAUREPAS. 

643. — 7 unis, / 8 septembre 1736. — Pour retirer les Capucins italiens 
du cachot, où ils étaient exposés à périr, « leur chaîne étant attachée à 
la muraille, leur cachot sans fenêtre, réduits au pain noir et & l'eau, 
malgré toutes les remontrances du Consul », l'on a été obligé de 
payer au Bey 3,500 piastres. Les chrétiens esclaves à Tunis se sont' 
cotJBés pour trouver 2,000 piastres; le Consul de Hollande en a 
donné 750, et le Consul de France n'a pu se dispenser d'en fournir 
autant. Il a été passé ensuite un acte en chancellerie, par lequel les 
Capucins se sont obligés & rembourser le tout dans un délai de six mois. 
Pour éviter à ces religieux de nouvelles vexalions de la part du Bey, 
Gautier les a fait passer dans notre comptoir du Cap-Nègre. 

(Affaires étrangères, C 1 " de Tunis.) 

GAUTIER AU C"' DE MA CREPA S. 

644. — Tunis, 26 octobre 1 736. — Depuis que le nouveau Bey a fait 
prendre dans le Fondouk tous les effets qui appartenaient aux Maltais, 

e correspondance avec 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 
s matelots de Malte qui s'étaient embarqués sur un batimei 
i ae sont emparés de ce dernier et l'ont conduit à Hait 
Turcs. Le Bey a voulu forcer le sieur Gautier à accommode 
ire, mais le Consul a refusé de s'y engager. 

(Affaire* étrangères, C m de T'unit.] 



LE C" DE MACHKPAS A GAUTIER. 

46. — VertaMes, 30 octobre 1736. — Le Consul ne poi 
>enser de contribuer pour 750 piastres au payement des 3,5! 
, exigées par le Bey pour retirer les Capucins italiens du 
le Bey les avait fait enfermer et où ils étaient exposés è 
approuve que, pour soustraire ces religieux à d'autres mauvt 
ients de la part du Bey, il les ait fait passer au Cap-Nègre 
i gardés jusqu'à ce qu'ils aient satisfait à leurs engageme 
su] fera passer à ces religieux dans la chancellerie de son C 
acte par lequel ils s'engageront à rembourser dans le délai 
s les 3,500 piastres qui ont été payées pour eux. Avant de rei. 
Capucins par des prêtres de la Mission de France, il faut a 
éponse du duc de Saint-Aignan pour savoir si la Congréga 
pagandd fidc ne s'y opposerait pas. 

(Marine, B' ISS, f. 367:, 



GAUTIER AD C'° DE MAUREPAS. 

46. — Tunis, 10 novembre 1736. — Le Bey, qui n'a usé jt 
ers ses sujets que de cruautés inouïes, a fait étrangler Sta-î 
était le Turc le plus respectable de la Régence, sans qu'il y 
sa part la cause la plus légère d'un pareil traitement. 

(Affaires étrangères. C" de Timis.) 



GAUTIER AU C 1 " DE MAUREPAS. 

47. ~ Tunis, 29 novembre 1 736. — Le Bey a fait mettre à la 
:apitaine Joseph Patol, de Marligues, accusé d'avoir ra 
sse assiégée '. « Le Kaznadar, qui pour un barbare a un mer 



«dr* Google 



[1737J AVEC LA COUR DE FRANCE 299 

ticulier et qui aime beaucoup les Français, souffre de voir les vivacités 
et les mauvaises manières du Bey. 11 me presse de faire paraître bientôt 
ici des vaisseaux du Roi, étant le seul et unique moyen de contenir ce 
Prince. » 

(Affaire» étranger*!, C" de Tunii.) 



GAUTIER AU C 10 DE MAUREPAS. 

848. — Tunis, 6 décembre 1 736. — Le Consul intervient avec succès 
auprès du Ministre du Bey, pour qu'il soit fait meilleur accueil au 
Consul anglais, Richard Lawrence. 

(Affairet étrangère?, C" de Tunit.) 



LB CI' DS MAUREPAS A GAUTIER. 

649.— Vertaillct, 21 décembre i 736.— Plaintes portées contre lui 
parles capitaines et les patrons des bâtiments français, au sujet des dif- 
ficultés qu'il leur suscite pour leur commerce de vins dans son Échelle. 
On l'accuse de les contraindre, par voies indirectes, a les lui vendre à 
des prix dérisoires, et d'en retirer ensuite, en les revendant fort cher, 
un bénéfice dont ces négociants sont frustrés. 

(Marine. B~ 135. f. 459.) 



ALI, BEY DE TUNIS, AUX NÉMÉZ1NS '. 

660. — Tunit, 1" janvier 1737. — « A tous les chefs et principaux 
des Némézins, salut. 

Le gouverneur du Cap-Nègre nous a informé qu'il avait répondu pour 
voua de l'impôt qu'il a payé, et que vous ne l'avez pas remboursé*. Dès 
la présente reçue vous ne vous ferez faute de le payer en blé, si vous en 
avez. Si non, menez vos bestiaux à Tunis pour les vendre et satisfaire 
le dit chrétien, & cause du service qu'il vous a rendu. Salut. » 
(Coloniet, C" d'Afrique.) 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 



GAUTIER AU C' 1 -' DE MÀUBWAS. 

661. — l'unis, 21 février 1737, — Son collègue suédois Le 
passé un traité conforme au nôtre avec le Bey, au nom du Roi de S 
Le Bey ne voulait pas permettre à ce Consul d'arborer le pavillo 
dois. « 11 est bien étonnant que ce Bey, qui n'est pas encore p 
possesseur de ce royaume, ménage si peu tes Puissances d'Eur 
n'en connaît pas les forces, et les personnes qui pourraient le 
truire ne sauraient l'approcher. Lorsqu'il a besoin de quetqu 
rampe totalement; le lendemain il devient furieux contre celui-là 
qui lui a fait plaisir. Toutes les fois que je vais lui parler, il 
qu'il sait faire la guerre, et que nous sommes fort heureux qi 
nous l'ait pas déclarée... » 

(Affaira étrangères, C" de Tunis.) 



HKHSHKED, BEY DE SOUSSB ', A LOUIS XV. 

652. — 15 mart 1 737. — « De la part du serviteur de Dieu 
confie en son secours et lui demande pardon et miséricorde, d< 
qui recherche la justice et la destruction de l'injustice et de l'o 
sion, Mehemmed-Bey, père d'Abdallah, dont Dieu perpétue l'exce 
au plus grand des magnifiques Rois, notre sincère ami et allie. Sa ! 
Louis XV, Roi de France et de Navarre. 

Nous vous faisons savoir que nous sommes ferme et inébr; 
dans notre alliance avec Votre Majesté, d'autant que depuis treul 
ans que nous gouvernons nous en connaissons l'ancienneté; nons) 
renouvelée de temps en temps et nous n'y avons jamais commis! 
infraction, vos bâtiments ayant toujours navigué en toute sûi 
notre part et ne nous étant jamais écarté du respect qui es 
Votre Majesté. Au contraire nous avons toujours bien reçu vo 



i. Ce traité, du 23 décembre 1136, est publié dans les Annales tuniiin 
Rousseau, p. 5(3. 

2. Fils de Hosseîn-hen-Ali, l'ancien Bey de Tunis. Il s'était retiré à Kairou 
son père, après la défaite que leur avait infligée Younés. Il gouvernait, 
époque (1135), au nom d'Hossein-Bey, la place de Sousse, dont il ne sorti 
1739 pour se rendre* Constantine, dans le but de gagner le gouverneur de ce 
vince. N'ayant pas réussi, il passa à Alger et Ht la même tentative, égalen 
fructueuse, auprès du Dey Ibrahim. D'autre pari, Younès poussait avec acl 
siège de Kairouan, et Ali- Bey signait avec le Bey de Constantine un traité d'i 
offensive et défensive. — Voy. Annales tunisiennes, par Rousseau, p. 119 el 



"^ 



[1737] AVEC LA COUR DE FttANCE 301 

méats et leur avons Tait fournir tout ce dont ils ont pu avoir besoin, en 
sorte qu'ils sont toujours sortis de nos ports contents de nous, parce que 
nous avons toujours rempli les devoirs de l'amitié qui est entre nous, 
comme c'est la coutume des Hois qui sont anciens amis et alliés. 

Hais pour l'homme qui se dit maintenant souverain de Tunis, il est 
sans jugement et sans conduite, et il ne se fait connaître dans le monde 
que par ses extravagances, qui lui ont fait oublier les biens qu'il avait 
reçus 1 de nous et commettre les méchancetés dont l'univers est témoin, 
au point qu'il est inutile de les rapporter ici a Votre Majesté, parce 
que ses actions dénaturées ont été telles qu'on n'en avait peut-être 
point encore vu de semblables dans les siècles passés et qu'il a fait des 
maux et commis des cruautés qu'aucun Prince n'avait commises avant 
lui. 

Cet homme, non content des maux infinis qu'il a faits aux Musul- 
mans, moleste aussi et maltraite Les peuples alliés et les anciens amis 
de l'État, en sorte qu'il prend et pille tout ce qu'il trouve sur mer 
de Français, non seulement quand leurs bâtiments sont chargés de 
marchandises ou de passagers de Sousse ou de Monastir, mais 
quand même ils ne le sont pas; il excède les capitaines et leurs 
équipages de coups et de mauvais traitements, leur confisque leurs 
chargements, les jette chargés de fers dans des cachots et leur fait 
souffrir toutes sortes de tourments; et tout ce qu'il peut ainsi attraper 
de bâtiments chrétiens qui retournent en France ou aux autres pays et 
ports de la chrétienté, il suppose qu'ils vont a Sousse ou à Monastir et 
leur fait, sous ce prétexte, toutes sortes de mauvais traitements, contre 
toute raison et justice et contre le droit des gens, en quoi faisant il a 
d'autant plus de tort que les Français sont un peuple qui a reçu de Dieu 
la grâce d'être miséricordieux et bienfaisant envers les Musulmans, 
qui s'occupe à transporter les vivres et autres nécessités des pays où 
est l'abondance en ceux qui en ont disette, qui ne cherche en son com- 
merce que le bien général et l'utilité commune et qui incline volontiers 
aux pays où régne la justice et l'équité ; s'est pourquoi la bonne intel- 
ligence a été maintenue si longtemps entre eux et nous sans aucune 
altération depuis plus de trente-trois ans, de sorte que nous connais- 
sons tous les capitaines personnellement et qu'ils nous sont très atta- 
chés, parce qu'il ont été témoins de notre respect pour Votre Majesté 
et de notre zèle pour vos intérêts, ce qui fait qu'ils se portent d'incli- 
nation vers nous de préférence à tous autres. 

Delà vient le dépit de l'homme sans jugement en question; il vou- 
drait empêcher que nous ne fussions en paix et en bonne correspon- 



«dr* Google 



302 CORRESPONDANCE DBS BÏYS ET DES CONSULS [1137] 

daiice avec tous, mais la fermeté de notre alliance est connue de tout» 
les nations du monde. Qu'il examine le titre par lequel il règne à Tunis, 
il reconnaîtra que les droits de la souveraineté ne s'acquièrent pas par 
la tyrannie, mais qu'ils vont d'eux-mêmes a celui qui demeure ferme 
dans l'observation de la justice et dont les vertus sont connues de tout 
le monde et l'équité manifestée à tout l'univers et répandue sur toutet 
les nations. 

Au reste cet homme ne possède que la seule ville de Tunis et quelque 
peu de provinces sur lesquelles il ne peut compter, mais les Arabes 
d'Africa ne lui sont point soumis, non plus que les troupes de ce 
royaume, et il ne s'est emparé de Tunis, notre ville capitale, que par 
surprise et par la trahison des soldats. Car lorsque les Algériens ame- 
nèrent cet homme sans jugement, ils nous demandèrent la souveraineté 
d'Africa pour leur tenir lieu de tribut annuel, mais nous rejetâmes 
cette bassesse à laquelle cet homme sans jugement s'est soumis, s' étant 
engagé lâchement A leur payer un tribut annuel. Pour nous qui abhor- 
rons cette infamie, nous leur avons déclaré la guerre, dont il est advenu 
ce que Dieu avait déterminé dans ses décrets éternels, mais ils ne nom 
vaincront jamais à force ouverte ni dans un combat, si ce n'est par rose 
et tromperie, parce que grâce à Dieu nous ne sommes pas habile en et 
genre de guerre; nous avons soin seulement de nous maintenir dut 
les ville et port de Sousse qui ont été commis à notre administration 
avec les pays qui en dépendent; mon second frère commande l'armée 
victorieuse en qualité de Bey des troupes; il est actuellement à har- 
celer l'usurpateur qu'il assiège de toutes parts, en sorte que, s'il plait i 
Dieu, nous effacerons en peu de temps jusqu'à, ses traces; et mon troi- 
sième frère, ngé de vingt-cinq ans, est, avec notre père, que Dieu con- 
serve! chargé du Gouvernement de la grande ville de Kairouan qui est 
la capitale de la province d'Africa et la résidence des anciens Rois # 
Kalifes d'Afrique, plus grande et plus magnifique que la ville de Tunis; 
et la ville et province de Honastir est gouvernée par un Caïd qui est 
du nombre de nos serviteurs. 

Or tant que nous serons en possession de ces pays et provinces et 
que nous aurons une bonne armée a notre commandement, nolrt 
ennemi sera toujours réduit a la seule ville de Tunis, et il lui sera 
impossible de faire aucune entreprise contre nous, parce qu'il est trop 
neuf au Gouvernement et que nous y sommes plus habile que lui. Les 
bâtiments qui passeront de nos pays en ceux de Votre Majesté vous 
porteront de nos nouvelles et vous feront connaître en quelle puissance 
nous sommes actuellement; ils vous diront que tous les maux et mal- 



t,zed,yGOOg[e 



[1737] AVEC LA COUR DE FRANCE 303 

heurs qui arrivent journellement cesseraient si l'homme en question 
n'avait plus de pouvoir dans l'État, et il ne les occasionne que parce 
que, sentant bien qu'il perdra bientôt le commandement, il fait du pis 
qu'il peut et met tout sens dessus dessous. 

On nous a vu & la tête des affaires, on sait si jamais nous avons pré- 
variqué contre les lois et les usages ou contre la justice, si jamais 
nous avons troublé la paix qui est entre nous et nos amis et alliés; on 
a vu avec combien de fermeté et de constance nous sommes attaché à 
l'amitié qui est entre Votre Majesté et nous, sans avoir jamais montré la 
moindre inclination à un changement quelconque ; et lorsque Dieu nous 
aura rendu notre souveraineté, nous continuerons à demeurer in viola- 
blement attaché aux traités que nous avons ci-devant faits avec Votre 
Majesté et cela jusqu'au jour du jugement. 

La grâce que nous demandons a Votre Majesté et que nous espérons 
de son amitié, c'est qu'elle nous pardonne par sa clémence toutes ces 
malversations et qu'elle nous distingue et sépare de cet insensé qui 
attaque et maltraite et vos sujets et nous, et qui ose manquer au respect 
qu'il vous doit, parce que nous ne devons pas être confondu avec lui, 
nous qui suivons la justice dans toutes les affaires et qui sommes 
plein de zèle pour votre gloire et pour l'honneur de votre pavillon. 
C'est pour cela que nous vous avons expliqué ici la vérité de toutes 
choses avec un long détail par lequel vous verrez que nous sommes 
toujours en paix et en bonne intelligence avec vous. Nous prions Dieu 
tout- puissant de conserver Votre Majesté en parfaite santé et pros- 
périté. » 

{Affaire» étrangères, C" de Tunis.) 

GAUTIER AU C" DE HAUREPAS. 

663. — Tunis, 1" avril 1737. — Le nouveau Bey, sous prétexte 
qu'il n'y a plus d'hôpital de Turcs a Livourne, s'oppose à ce que les 
esclaves chrétiens aillent entendre la messe à Tunis les dimanches et 
fêtes. Aux instances du Consul, il a répondu que les Français pouvaient 
bombarder Alger et Tripoli, mais qu'il ne les craignait point. 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

LB C 1 ' DB HAUREPAS AUX INTÉRESSÉS DE LA C 10 D'AFRIQUE. 

854. — Versailles, 3 avril 1737. — La demande qu'ils ont faite de 
résilier leur bail, en raison du-préjudice porté a leur commerce par la 



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)4 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS 

s vol ut ion survenue à Tunis l'année dernière, ne peut être prise 
dération, attendu que, en vertu de l'article 12 de leur son mi i 
e peuvent y prétendre que s'ils sont en perte totale des 300,0" 
u'ils y ont placées. Us devront donc le continuer jusqu'en 174 
(Marine, B' iSS, f. te 

GACTIEB AD C ,e DE MAUHEPAS. 

665. — Tunis, 3 mai 1737.— Les Consuls de Suéde, M. L 
e Hollande, M. Hudson, qui sont les ennemis jurés du Consul 
srre, Richard Lawrence, ont suscité une nouvelle avanie du £ 
l dernière assemblée du Bardo. Le représentant britannique i 
êfense de se présenter au palais. M. Logier a disputé à Gi 
remière place auprès du Bey, et il a fallu l'intervention du K 
our faire rendre au Consul de France la place d'honneur qui h 
ent. 

(Affaires étrangère!, C"" de Tunù 



656. — Tunis, 39 mai 1737. — Les Capucins italiens ne s 
as être en mesure de s'acquitter des 3,500 piastres qu'ils on 
e rembourser a la nation française. M. Gautier attend, ainsi 
iclaves, avec une grande impatience, les missionnaires franc; 
ongrégation de Saint-Lazare qu'il a demandés. 

(Affaires étrangères, C" de Tttnii 



LE C" Dr HÀUHEPAS A GAUTIER. 

657. — Versailles, 30 mai 1737.— Le corsaire de Tunis so 
avoir coulé bas la tartane du patron Barratier paraît avoir 
ins un combat qu'il a livré à une barque napolitaine. Gau 
en de porter ses plaintes au Bey tant au sujet du patron Lauren 
int la tartane et l'équipage ont été arrêtés par des galiotes d 
l'au sujet des deux matelots français qui ont été enlevés sur la 
i patron Chastras, de Marseille. 



(Marine, IV 118, f. 18t. 



i. Vov. la note 3, p. 320. 



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|1737] AVEC LA COUR DE FRANCE 



LK C" DE MADREPAS A GAUTIER. 



668. — Vertaillet, £6 juin 1 737. — Le Bey ayant résolu, sur des 
rapports plus ou moins fondés, de renvoyer le Consul d'Angleterre, 
Gautier a bien fait de plaider la cause de son collègue. 

On écrit a M. de Satnt-Aîgnan pour le prier d'engager la Congréga- 
tion de propagande f de à pourvoir au remboursement des 3,500 pias- 
tres qui ont été avancées aux Pères capucins italiens, missionnaires à 
Tunis, et savoir si celte Congrégation ne s'opposera point à l'établisse- 
ment des prêtres de la Mission ' à Tunis. 

{Marine, «"■ 1SB, f. 135.) 

Utti.atM.Ut, BEY Dl SOUSSK, AD C» DE HADRBPAS. 

669. — 3 unis, 8 juillet il 'Al . — « De la part du serviteur de Dieu 
digne de louange, auquel il remet avec confiance toutes ses affaires, 
duquel il espère pardon et miséricorde au jour qu'il paraîtra devant 
lui, Mehemed-Bey, père d'Abdallah, et fils du haut et puissant Seigneur 
Hossein-Bey, desquels Dieu veuille conserver la puissance et maintenir 
l'autorité et la piété! au très sincère ami, Monseigneur le comte de 
Maurepaa, Ministre d'État. 

Nous vous considérons comme notre bon ami, 'duquel l'affection 
a surpassé notre attente. Vous savez les manières favorables avec 
lesquelles nous avons agi à l'égard de tous les Français pendant trente- 
trois années, et qu'ils n'ont point été inquiétés pendant notre temps, 
que nous nous sommes toujours comporté avec justice a votre égard 
pour répondre & vos attentions continuelles au sujet de l'envoi des bâti- 
ments pour le commerce. Cette lettre est pour vous marquer que nous 
espérons avec la grâce de Dieu retourner bientôt en notre pays, et que 
nous serons en état de reconnaître vos manières obligeantes a notre 
égard. Nous avons un vaisseau duquel nous voudrions confier le com- 
mandement au capitaine français Petit, de Toulon, et pour cet effet 
obtenir de vous un passeport de l'Empereur de France pour qu'il 
arborât le pavillon français et qu'il voyage&t avec notre vaisseau ; nous 
espérons qu'étant persuadé que cela nous fera beaucoup de plaisir, vous 
ne nous obligerez pas à vous réitérer nos instances pour vous avoir 

1. Voy. la note 3 du tome 1", p. 147. 



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306 CORRESPONDANCE DES REYS ET DBS CONSULS [1.T37: 

cette obligation, puisque vous devez être persuadé du zèle et de l'em- 
pressement avec lequel nous agirions en ce qui regarderait votre ser- 
vice en pareille occasion. Notre ennemi, que Dieu confonde! a Tait 
ses derniers efforts et se trouve sans troupes et sans vivres. Il ne 
lui est resté aucun de ceux qui s'étaient mis dans son obéissance; il 
s'est retiré avec tous ses efîets, ses canons et ses bombes, et a tout 
emporté avec lui. Ses troupes désertent tous les jours en grande quan- 
tité. Notre illustre père est allé à la ville de Kairouan où il est depuis 
huit mois, et les vivres ne lui manquent point. La cavalerie de notre 
ennemi est entièrement détruite par le manquement de fourrage; Dieu 
l'a rendu méprisable, il le fera périr en ce monde et le punira dans 
l'autre. Notre illustre père a envoyé le Seigneur Ali-Bey, qui est notre 
frère cadet, vers l'occident pour lever des troupes et prendre des vivres. 
Personne ne s'est opposé à ses entreprises, et plusieurs troupes se sont 
jointes aux siennes. Il est allé a Kairouan pour joindre notre illustre 
père dans l'intention d'aller attaquer notre ennemi et le prendre; mais 
lorsque ce misérable a été informé du projet de notre père et de notre 
frère, et qu'il a su que tous les peuples se soumettaient & leur obéis- 
sance et que leurs troupes étaient supérieures aux siennes en nombre, 
il a pris la fuite pour éviter la mort; notre père, que Dieu conserve! l'a 
poursuivi et a défait la plus grande partie de son armée, et a écrit » 
notre frère, que Dieu conserve ! d'attaquer la tête du reste de l'armée 
de notre ennemi. Nous espérons entrer bientôt dans Tunis, s'il plaît à 
Dieu, d'autant que? les habitants de cette ville nous ont écrit et promis 
fidélité ; plusieurs places et villes se sont réunies au parti de leur Prince 
en quittant celui de notre ennemi, ayant vu les ruines et les perles 
qu'il a causées aux peuples. Ainsi il ne reste plus personne qui s'oppose 
a nous; nous avons cru devoir vous informer de ces nouvelles, étant 
persuadé qu'elles vous feront plaisir, puisque vous prenez part à ce 
qui nous intéresse comme un bon ami ; ainsi nous vous marquons noire 
joie, étant persuadé de la sincérité de vos sentiments a notre égard. 
Soyez content de tous ces heureux événements dont Dieu digne de 
louange nous favorise; c'est lui seul qui peut nous accorder les heu- 
reuses réussites que nous espérons de ses grâces, puisqu'il peut tout a' 
qu'il est le principe de tous biens. Nous finissons en vous souhaitant 
prospérité et santé. » 

(Affaira étrangères, C" de Tunii.) 



t,zed,yGOOg[e 



[1737] AVEC LA COUR DE FRANCE 



BEÏ DE SOUSSE, A LOUIS XV. 

660. — Tunis, 20 juillet i 737. — « A l'Empereur le plus distingué 
entre ceux qui régnent de son temps, issu d'une famille qui règne 
depuis plusieurs siècles, l'appui des nations qui suivent la religion du 
fils de la Vierge Marie, qui est le Messie, et duquel les miracles sont 
admirés dans le pays des chrétiens ; vous êtes l'étoile polaire des Empe- 
reurs et des Rois, le mobile et l'espérance des grands sont entre 
vos mains dans tous les temps, le possesseur d'une couronne brillante 
qui est l'ornement le plus distingué des Empereurs. Nous souhai- 
tons que Dieu vous comble de ses grâces et de ses bienfaits, et que 
vous soyez toujours secouru par les faveurs du plus grand des Rois qui 
est la source de toutes bontés et le distributeur de toutes les grâces. 
Nous demandons et espérons que Votre Majesté voudra bien accorder 
un Consul auprès de nous à Sousse, où est présentement notre résidence, 
étant le lieu que nous avons regardé être digne de notre confiance pour 
la sûreté de notre personne, et une ville maritime à laquelle les bâti- 
ments pourraient aborder avec leurs effets, venant de toutes parts; maïs 
les mêmes bâtiments ayant cessé d'arriver à cause de l'absence d'un 
Consul, les habitants souffrent une disette fâcheuse. Si Votre Majesté 
veut bien nous accorder ce que nous lui demandons, elle rendra la vie 
à ces peuples, et si vous refusez ce qui vous est demandé, vous serez la 
cause de leur mort. Il convient mieux à un grand Empereur comme vous 
de conserver la vie des hommes que de leur procurer la mort, et de 
protéger les opprimés que de secourir les tyrans et les perfides ; celui 
qui s'est élevé contre nous est un cruel qui voudrait notre perte ; il traite 
les créatures de Dieu avec injustice, Musulmans, Chrétiens, Juifs et tous 
autres. Dieu suprême sait de quoi il est capable. Votre Majesté peut 
être informée de notre juste conduite à son égard et du bien que nous 
avons fait, et qu'il n'a jamais répondu à tous nos bienfaits qu'avec des 
ingratitudes et des mauvaises manières. C'est le plus méchant des 
hommes créés de Dieu, le plus indigne, le plus faux, et qui est du plus 
mauvais caractère qui puisse paraître devant Dieu, mais grâces au Sei- 
gneur de l'univers qui sait que sa révolution est proche et que sa Gn 
sera dans peu terminée! d'autant que ceux qui étaient de son parti sont 
dispersés. Si Dieu suprême permet que nous retournions à notre pays, 
nous reconnaîtrons les bontés de Votre Majesté, et en cas que nous ren- 
trions daos nos États, nous agirons selon notre devoir à votre égard, et 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1 

ferons plue que nous n'avons fait, en considération de ce qui 
ux grandes bontés de Votre Majesté ; ne refusez donc pas la g 
ous est demandée, et ne permettez pas que nos espérances si 
ta. Accordez-nous le secours que nous attendons de vos faveur 
ue nous serons en état de reconnaître vos bontés, nous donne 
irenves de notre reconnaissance par l'assiduité que nous au 
vos intérêts, en accordant a tous vos sujets ce qu'ils demander 
[u'un bienfait doit être récompensé par un bienfait. Nous finis 
liant Dieu et vous souhaitant toutes prospérités. » 

(Affaire» étrangère!, C" de Tunû.) 



6AUT1ER AU C u DE KAURBPAS. 

1. — Tuait, 24 juillet 1737. — Le Consul d'Angleterre \ a 
été contraint de s'embarquer, a reçu l'ordre de continuer 

ions, grâce aux présents qu'il a dû faire aux principaux offic 
Régence. 

{Affaires étrangiree, C" 1 de Tunù.} 



LE C* 8 DE MAURBPAS A GAUTIER. 

2. — Fontainebleau, 30 septembre i737. — Dix esclaves 
é pendant la nuit au mouillage de La Goulette la chaloupe du c 
André Marin, de LaCiotat, avec laquelle ils se sont sauvés 
Ire lui ordonne de faire payer par ce capitaine 500 piastres 
adar, pour le dédommager de l'évasion de l'esclave qui lui ap 
t. 

(Marine, F 5», /. SU.) 



GAUTIER AU C w DE MAURBPAS. 

3. — Tunis, i 8 novembre 1737. — Les deux armées d'Ali-Bey : 
mes à Tunis sans avoir fait aucun progrès. Les Maures ravagei 
■agne, et comme tout ce qui est nécessaire à la vie a augment 
pour cent, pour peu que la guerre civile continue on manquer 
dans la Régence. 

(Affaire» étrangère», C" de Tunû.) 



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[1738] AVEC LA COUR DE FRANCE 309 

GAUTIER AU C" DE MAUREPAS. 

664. — Tunis, 9 décembre 1737. — Le Bey a fait mettre à la chaîne 
le capitaine et l'équipage d'une polacre française capturée à Sousse avec 
son chargement, et a refusé plusieurs fois de rien restituer. Le Consul 
vient d'obtenir enfin satisfaction, sur la nouvelle venue de France que 
le Roi faisait armer des vaisseaux de guerre à Toulon. 

{Affaira étrangères, C" de Tunis.) 

LE C* DE MAUREPAS A GAUTIER. 

666. — Versailtes, 8 janvier 1 738. — La Cour juge a propos d'at- 
tendre, pour envoyer des vaisseaux à Tunis, que la situation du nou- 
veau Bey se soit affermie. 

{Marine, fl 7 <«/,/". M.) 

GAUTIER AU C" DE MAUREPAS. 

666- — T'unis, 25 janvier 1738. — Prise et esclavage dn capitaine 
Petit, de Toulon, et de 14 Français. Gautier supplie le Ministre de 
faire paraître des vaisseaux du Roi dans les eaux tunisiennes, « pour 
pouvoir jouir dans la suite de la tranquillité qu'ils lui apporteraient 
infailliblement ». 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

GAUTIER AU C" DE MAUREPAS. 

667. — Tunis, 1 8 février 1738. — Le Roi de Suède vient d'envoyer 
au Bey un présent de 24 pièces de canon, des boulets, du goudron, 
1,800 planches de construction, quelques montres d'or garnies de 
diamants et deux pendules. 11 s'est obligé en outre à faire construire 
deux vaisseaux de 40 pièces de canon pour la Régence. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

IE C" DE MAUREPAS A COUTtBT '. 

668. — Versailles, 5 mars 1738. — 11 serait bon de savoir a quelle» 

conditions H. Jacques Lomellini, gouverneur de Tabarque, consentirait 

à céder cette lie a la France. 

[Marine, tV 111, f. W.) 

t. Consul de France h Gènes de 4729 à 1135. On trouvera de nombreuses lettres, 
adressées par cet agent aux Échevins de Marseille, aux Archives de la Chambre de 
e de Marseille, 8. AA, 611 de l'inventaire. 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1738] 



COUTLET AU C'° DE MAUREPAS. 

689. — Gênes, 26 mars 1738. — lia vu M.Jacques Lomellini, gou- 
verneur de Tabarque, qui lui a paru plus que jamais embarrassé de 
celle petite île. Il l'a offerte à l'Espagne, qui n'en a pas voulu. Il lut a 
montré le plan de l'île, l'assurant qu'avec le Bastion de France nous 
serions à même de faire un établissement barbaresque très avantagent. 
« Si vous jugez, écrit le Consul au Ministre, qu'une pareille acquisition 
peut convenir à la France, je pourrais suivre et régler cette affaire... » 
(Colonie», C* d'Afrique.) 

GAUTIEH AU C° DE MAUREPAS. 

670. — Tunis, 45 avril i 738. Les Capucins missionnaires de 

Livoume ont fait agir auprès du Bey pour qu'il leur soit permis de 
venir encore s'établir à Tunis, ce qui leur a été accordé '. 

(Affaire* étrangères, C' de Tunis.) 

LE C"" DE MAUREPAS A GAUTIER. 

671. — Marly, 1" teplembre 1738. — Des représentations ont été 
faites par le Préfet de la Mission de Tripoli de Barbarie & la Congréga- 
tion de propagande fide, pour empêcher que des Italiens n'aillent abjurer 
leur religion dans cet endroit, ainsi que cela arrive très souvent. Ordre 
est donné au Consul de Tunis d'appuyer les démarches que feront les 
Missionnaires pour remédier à un pareil scandale. 

(Marine, B' M, f. SS1.) 

LE C* DE MAUREPAS A GAUTIER. 

672. — Fontainebleau, i3 novembre i738. — Le gouverneur de 
Tabarque a voulu bMonner le patron Hugues, de Marseille, et l'a foret 
de mettre & la voile malgré le mauvais temps, parce qu'il n'avait pis 
voulu lui vendre son chargement de vin au prix que ce gouverneur eu 

1. On a vu plus haut qu'ils avaient dû se réfugier au Cap-Nègre, en septem- 
bre 1136 (p. 297). Ils avaient confié la Mission au P. Serrano, de l'ordre de ta Tri- 
nité. En revenant à Tunis ils s'installèrent dans une maison particulière, près du 
Fondouk des Français, et ; restèrent jusqu'en 1845, époque a laquelle ils se 
fixèrent dans l'ancien hôpital des Trinilaires espagnols. — Voy. Mémoires pour sertir 
à l'histoire de la mission des Capucins à Tunis, par le P. Anselme des Arcs, déjà cité, 
p. 39. 



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[1738] AVEC LA. COUR DE FRANCE 311 

voulait donner. Sa Majesté ordonne qu'il soit demandé satisfaction 
pour cette offense à la République de Gènes. 

[Manne, sV 4SI, f. 4tS.) 

GAUTIER AU C'° DE MAUHEPAS. 

673. — Tunis, 17 novembre 1738. — On attend ici l'armée algérienne 

qui doit venir détrôner Ali-Bey. En attendant, la nation française a dû 

dépenser, en septembre 1735, 260 piastres pour la garde algérienne 

préposée an Fondouk et 700 piastres pour cadeaux divers au Bey de 

Constantine et à ses officiers. La Chambre de Marseille refuse d'acquitter 

cette charge. Le Consul prie le Ministre de donner ses ordres pour 

qu'une pareille dépense ne demeure pas à la charge des négociants 

français a- Tunis. 

(Affaires étrangères, C* de Tunis.) 

GAUTIER AU C" DE HAURBPAS. 

674. — Tunis, 4 décembre 1738. — Dix matelots maures ayant 
assassiné le capitaine François Chapus, la nation française a dû payer 
100 sequins pour obtenir la punition exemplaire de tous les coupables '. 
Ceux-ci ont été les uns étranglés sur la place publique, vis-à-vis du 
château, les autres pendus aux portes de la ville. 



675. — Tunis, 1738. — État du commerce qui s'eBt fait à Tunis 
en 1738. 

Nombre de navires qui ont mouillé & La Goulette : 98 bâtiments. 
Importation de marchandises du cru du royaume : 89,266 piastres. 
Importation de marchandises étrangères : 233,101 piastres. 
Exportation de Tunis pour la France : 24,156 piastres. 

[Affaires étrangères, C' u de Tmù.) 

676. — Tunis, 1738. — État des dépenses que la Compagnie 
d'Afrique fait chaque année pour la régie de son commerce en Tunisie, 
constatées sur celles de l'année 1738. 

I. Ordre a été donné le 13 mars 1139 h la Chambre de commerce de Marseille de 

rembourser a la nation française de Tunis les 100 sequins dont il s'agit. 



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312 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1139] 

Au Cap -Nègre : 

Piuln*. Aipra. 

Dépenses de commerce 1.251 24 

— table 6.317 06 

Salaires des employés 3.987 30 

— frégataires maures 1.328 17 

Lismes aux Némézins 718 13 

— Mogodis 349 06 

Matériel 43 19 

Munitions de guerre 54 04 

Meubles 553 23 

Bateaux et agrès 104 51 

A Bizerte : 

Salaire du commis audit comptoir 150 ■ 

A Tunis : 
Lisme qu'on y paye au Bey pour le Cap-Nègre, en 

6 payes égales 6.999 » 

Redevance au Doulety 1 .000 » 

Loyer de la maison 31 36 

Dépenses de commerce 132 14 

Présents aux Puissances 157 » 

Total des dépenses du Cap-Nègre et de ses dépen- 
dances 23.175 34 

(Affaire* étrangère», C" de Tuais.) 

GAUTIEH AU C" DE HADBEPA3. 

677. — Tunis, i8 février i 739. — Ali-Bey n'a ni Ministre ni favori, 
ce qui rend les affaires bien plus difficiles a traiter. Il se méfie de tout 
le monde. Le Kaznadar n'a aucune influence, et dernièrement son 
maître lui a demandé combien nous lui donnions pour soutenir nos 
intérêts. Le Consul manifeste ses craintes sur les dispositions du Prince 
a l'égard des Français. 

{Affaira itrangères, C" de Tunit.) 
GAUTIER AU C 1 " DE MAURBPAS. 

678.— Tunit, 26 mai 1739. — Le 111b aîné du Bey, après avoir 
promis à notre agent de s'employer pour la liberté du capitaine Petit 



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[1739] AVEC LA. COUR DE FRANCE 313 

et de son équipage, lui fit dire d'aller le demander au Bardo. Le 
Consul se rendit aussitôt à l'audience du Prince, qui refusa nette- 
ment de relâcher le marin. 11 ajouta qu'il ne craignait pas nos vais- 
seaux, mais qu'il les attendait de pied ferme, et qu'il renverrait le 
Consul et tous ses nationaux si leurs navires continuaient a porter des 
vivres à Sousse. Gautier croit qu'on sera forcé, pour mettre ce Bey à la 
raison, de faire bloquer l'entrée de La Goulette, Portef&rine et Bizerte. 
(A/fairei étrangères, C" de Tuni».) 

LE C" DE MAUBEPAS A GAUTIER. 

679. — Fontainebleau, 20 octobre i 739. — Il ne convient pas, quant 
à présent, de renouveler les traités que la France a passés avec la 
Régence de Tunis, ainsi que le demande le Bey, tant que son compétiteur 
sera en état de lui disputer le commandement. Il devra faire entendre au 
Ministre le plus attaché au Prince qu'il ne lui sera envoyé de présents, 
gages du renouvellement des traités, qu'autant que l'on sera assuré de 
ses bonnes dispositions envers les sujets de Sa Majesté. 

(Marine, B' ISi, f. 374.) 
DELIBERATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS. 

680.— Tunis, 20 octobre i739. — «Nous, Jean-Louis Gautier, Consul 
de France en cette ville et royaume de Tunis, nous paraissant que 
l'édifice d'une galerie serait nécessaire à un chacun, dans un temps soit 
de contagion, soit de guerre civile, et ne pouvant, dans ces temps de 
calamité, sortir du Fondouk, nous avons proposé à la nation de trouver 
les moyens pour y parvenir; sur quoi il fut convenu verbalement qu'il 
fallait s'adresser au Divan, propriétaire du Fondouk, pour en avoir la 
permission, et l'engager a faire la principale dépense, ce que nous 
ménageâmes avec le Khodja du Divan, qui promit de fournir générale- 
ment tous les matériaux nécessaires à cet édifice, pourvu que nous et 
la nation payassions le surplus, ce qu'ayant communiqué à la nation, 
elle promit aussi verbalement de payer avec nous au prorata le sur- 
plus, ce qui fut mis de part et d'autre à exécution. A cet effet, nous 
déclarons qu'attendu que ladite nation et nous avons fourni à notre 
particulier le prorata de tout ce qui a été nécessaire, tant pour achever 
la dite bâtisse que pour la décorer, elle sera a l'avenir à notre usage et 
à celui de toute la nation, ayant même encore payé tous conjointement 



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314 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSCLS [1140] 

la tapisserie, les chaises du salon et loua les vases de la galerie, nous 
réservant cependant l'inspection du dit salon et galerie pour nous ei 
nos successeurs, sans néanmoins que nous puissions être en droit, sou 
quelque prétexte que ce puisse être, non plus que les Consuls qui vien- 
dront après nous, d'en empêcher l'entrée et la jouissance, à quelque 
heure que ce soit, a chacun des négociants établis sur cette Échelle, 
& ceux qui viendront a l'avenir pour s'y établir. En foi de quoi nom 
avons signé, etc. » 



GAUTIER AU C' c DR MAU REPAS. 

681. — Tunis, 6 novembre i 739. — Le Bey n'a plus aucun ména- 
gement pour le Consul de France. Il ne recherche qu'une occasion pou 
mettre tous les Français à la chaîne et pour s'emparer de leurs effets. 
Notre agent n'a pu qu'à grand'peine empêcher que l'on ne brûlai vif un 
matelot grec catholique, qui refusait de prendre le turban. 

{Affaire» tlrangtrtt, C" de Tunis.) 

OAUTIER AU C ,e DE MA CREPAS. 

682. — Tunis, 30 janvier 1740. — Àlî-Bey veut augmenter les 
droits de douane pour l'entrée et pour la sortie des marchandises de 
son royaume, que jusqu'ici les Français ont payés au taux de 3 0/0. D 
ne craint pas de leur demander aujourd'hui la somme de 33 0/0. 

(Affaire» étrangères, C" de Tunit.) 

CIRCULAIRE AUX CO.NSULS DU LEVANT ET DE BARBARIE 

683. — Marty, i 5 février 1 740. — Les négociants établis dans les 
Échelles du Levant et de Barbarie ne se disposent pas i repasser en 
France & l'échéance du terme que le Roi a fixé pour leur résidente. 
Les Consuls devront faire savoir que le commerce du Levant sera interdit 
pour toujours aux négociants qui resteront dans le cas précité. 

(Marine, B> ,S7, {. M.) 
LE C*° DE MAUREPAS A GAUTIER. 

684. — Versailles, 26 février i 740. — Une insulte a été faite an 
patron Pierre Venel, de Martigues, et à son équipage, par un corsaire 



Diglz,d:>yCOO^[e 



[1740] AVEC LA COUR DE FRANCE . 315 

tunisien. Le Consul doit demander une satisfaction convenable au Bey 
de celte Régence. 

(Marine, B* i«7,f.7l.) 

DÉLIBÉRATION DE LA RATION FRANÇAISE A TUNIS. 

686. — 2"uni.t, 9 mars i740. — « Ce jourd'hui, la nation française 
résidant en cette Échelle de Tunis a été assemblée dans la maison con- 
sulaire par ordre de M. Jean-Louis Gautier, commissaire du Roi, Consul 
de France au royaume de Tunis, pour lui faire part des motifs qui 
avaient engagé le Bey a envoyer chercher son trucheman, lequel étant 
de retour, aurait exposé que le Bey lui aurait demandé pour quelle raison 
était-ce que le Consul ne lui baisait pas la main, comme le pratiquaient 
ordinairement les Consuls des autres nations, à quoi il avait répondu 
" que c'était un droit incontestable et un usage établi de tous les temps 
que les Consuls de France no baisaient pas la main aux Beys, et qu'il 
s'était par conséquent vu fondé a le suivre, ainsi qu'avaient fait tous 
ses prédécesseurs. Le Bey alors lui répliqua : — Dites de ma part au 
Consul de France que je prétends absolument qu'à l'avenir, lorsqu'il 
viendra au Bardo pour me parler, il ait a me baiser la main, ou 
qu'autrement, s'il n'est pas dans l'intention de le faire, je lui défends 
expressément d'y venir. — Le trucheman ayant pris congé de Son Excel- 
lence, le Bey te rappela en lui disant : — Je suis bien aise encore 
de faire signifier a voire Consul que si, à l'arrivée des vaisseaux du 
Roi, on ne veut point insérer dans le traité cette clause que les Con- 
suls de France baiseront la main du Bey toutes les fois que les affaires 
exigeront qu'il se présente devant lui, je ferai la guerre à la France. 
— Il le congédia ensuite après cette belle déclaration. 

Toute» ces raisons énoncées ci-dessus nous ont. engagé à convoquer 
la présente assemblée pour prendre les sentiments d'un chacun, tant 
sur ce qu'il convenait de faire pour le présent que sur ce qu'il convien- 
drait aussi pareillement de faire à l'avenir, et la dite assemblée, après 
avoir entendu l'exposé ci dessus par M. le Consul et avoir mûrement 
délibéré, a trouvé & propos qu'il ne convenait pas que H. le Consul fût 
au Bardo pour s'expliquer avec le Kaznadar sur cette matière, ni qu'il 
consentît à baiser la main au Bey; que Messieurs les Députés se porte- 
raient au Bardo pour s'expliquer avec le Kaznadar, tant sur la préten- 
tion mal fondée du Bey que sur la défense qui lui avait été faîte d'y 
aller; que dans la conversation qu'ils auraient avec ce Ministre, ils lui 
représenteraient qu'il ne devait pas ignorer que c'était un usage non 



z e d, y Goog[e 



316 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [17MJ 

seulement ancien, mais établi de tout temps, que les Consuls de Sa 
Majesté Très Chrétienne ne baisaient pas la main du Bey; qu'il y avait 
environ cinq ans que Son Excellence régnait sans avoir jamais parlé 
ni fait mention de cette prétention, et que le Consul de France déro- 
gerait à son caractère s'il consentait à une soumission de cette espèce 
et & une pareille innovation ; qu'il en informerait la Cour, et qu'il ne man- 
querait pas de faire savoir à Son Excellence ce qu'elle aurait déterminé 
à cet égard; qu'il était vrai que les Consuls des autres Puissances en 
cette dite ville baisaient la main au Bey, mais qu'outre que c'était un 
usage qu'ils avaient trouvé établi et pratiqué ainsi par leurs prédéces- 
seurs, il n'ignorait pas qu'ils étaient plus regardés comme des négo- 
ciants que comme des Consuls; qu'il ne devait pas non pins ignorer 
que le Grand Seigneur regarde le Roi de France Tort au-dessus de tous 
les autres monarques, et qu'il n'y a qu'a lui seul a qui il donne le titre 
de Padichah (qui veut dire Empereur) et que les Consuls de Sa Majesté 
dans toutes les Echelles du Levant avaient non seulement le pas et la 
préséance sur tous les autres Consuls, mais qu'ils étaient regardés et 
traités d'une manière plus distinguée et ptus honorable '. » 

(Archive* de la résidence françaUt à Tunir, Reg. dei Délit, de la Nation, I. XVI,p. W.l 

«AUT1KR AU C 1 * DB MAD1EFAS. 

886. — Tunis, 24 mars 1740. — Le Bey lui a demandé pourquoi il 
ne lui baisait pas la main, comme le font les autres Consuls. Le tru- 
cheman répondit que les Consuls de France n'avaient jamais baisé la 
main aux Beys, et que d'ailleurs il devait s'être aperçu de cet usage 
depuis cinq ans qu'il gouvernait. Le lendemain le Bey, pour se venger, 
fit donner l'ordre a notre agent de ne point sortir de la ville. La Dation 
française assemblée a décidé de suspendre le commerce de l'Échelle 
pendant une durée de six mois, et de la mettre en interdit *. 

<■ S'il avait dépendu de moi de lui accorder le baise-main, aurait-il 
été content? Point du tout; il m'aurait attaqué demain sur l'épée,on 

1. Le Bey ayant persisté dans aa résolution, malgré la démarche des dèpulés. le 
conseil se réunît de nouveau el décida que le Consul ne devait passe montrer 
"juins intraitable que le Prince. Rousseau raconte, dans ses Annnlti.nwt Gautier, 
dpignsnl d'être mis h mort, finit par se soumettre (le i mai 1740) aux eiigences 
d*Ali-Bey. Hais les documenta officiels contredisent cette version; Gautier ne cfdi 
pas et partit pour Marseille, en laissant la gérance du Consulat au 1" député 
Crazet. 

2. La Chambre de Marseille (il des représentations à la Cour au sujet de celte 
interdiction, qui n'eut pas lieu. 



adr* Google 



[1140] AVEC LA COUR DE FRANCK 317 

autre jour sur le pavillon. Il ne songe qu'à tourmenter son peuple et 
les nations; mais comme la nôtre est plus nombreuse et d'un plus grand 
commerce, il a plus d'occasions d'exercer sa rage... » 



(Affàt, 



i étrangires, C" de Tunis.) 



687. — Tunis, 25 avril 1 740. — État des salaires que la Compagnie 
d'Afrique paye annuellement à ses employés du Cap-Nègre. 

Étal-major. 

1 Directeur 

1 Aumônier 

1 Caissier 

1 Chancelier et garde-magasin. 



1 Commis à la mesure et aux vivres. . . . 
1 Commis à là mesure et h la direction. 

1 Maître chirurgien 

1 Trucheman 

1 Commis à la mesure 



Domestique». 



1 Maître d'hôtel.. 
1 Cuisinier 



1 Domestique 



2,000 livres. 
400 — 



100 

400 
400 
100 
200 



216 
216 
144 
144 
144 
324 



1 Visiteur à la plage 

i Maître maçon 

2 Maçons à 180 livres l'un 

1 Aide-maçon 

1 Maître forgeron 

i Aide-forgeron 

1 Menuisier et tonnelier 

1 Aide-menuisier et tonnelier. . 

1 Charron et scieur 

1 Garçon chirurgien 

1 Meunier 



240 
144 

360 
108 

252 
180 



A reporter. 9,200 livres. 



«dr* Google 



18 CORRESPONDANCE DES BEïS ET DBS CONSULS |t"4fl] 

Report. 9,200 livres. 

i Jardinier 180 — 

1 Boucher 180 - 

1 Aide aux magasins 232 — 

1 Maître boulanger 216 — 

1 Second — 168 - 

1 Aide — 144 - 

1 — — 108 - 

1 Pécheur 141 - 

2 Dépensiers à 144 livres l'un 288 — 

1 Scieur 144 - 

1 Palefrenier 144 - 

3 Cribleurs à 144 livres l'un 288 - 

1 Premier mesureur 232 - 

1 Second — 180 - 

3 Mesureurs subalternes a 144 livres l'un 432 — 

1 Clerc à l'église 108 - 

1 Infirmier 108 - 

2 Lavandiers à 108 livres l'un 216 — 

1 Cuisinier de la mistrance 108 — 

1 Faiseur de coudes 144 — 

Garnison. 

1 Capitaine d'armes 216 — 

4 Caporaux à 144 livres l'un 376 — 

i Tambour 108 - 

41 Soldais à 108 livres l'un 4,428 - 

Frêgataire*. 

1 Capitaine des frégataircs 216 — 

1 Patron de bateau 216 — 

3 Patrons de chaloupe a 144 livres l'un 432 — 

30 Frégataires a 108 livres l'un 3,2W - 

A Tunis, 

1 Agent 500 - 

A Bizerte. 

1 Agent 332 — 

23,2 90 livres. 
(Affaire! étrangira, C" de Tunis.) 



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[MW] AVEC LA COUR DE FRANCE 



LE C w DE HAUREPAS A GAUTIER. 

688. — Marly, 25 mai 1740. — « J'ai reçu votre lettre du 24 mars 
dernier et la délibération de la nation au sujet de la prétention qu'a 
émise le Bey que vous lui baisiez la main, à l'instar des autres Consuls, 
dans les visites publiques. J'approuve que vous avez refusé de vous 
soumettre à cet acte d'humiliation, qui serait une flétrissure pour le 
caractère du Consul. Il sera pris des mesures pour réprimer la témérité 
de ce Bey, s'il persiste dans son injuste prétention; en attendant, vous 
devez vous tenir dans l'éloignement qu'il a exigé de vous. 

L'interdiction du commerce de la marchandise et du fret avec Tunis 
a été suspendue sur les représentations des négociants de Marseille, qui, 
d'après les lettres de vos nationaux, ont prétendu que la mauvaise 
humeur du Bey n'a que vous pour objet... 

La conduite des nationaux dans cette occasion est absolument désap- 
prouvée ; au surplus vous devez être circonspect dans vos discours, tant 
avec eux qu'avec les gens du dehors. Vous savez l'attachement du 
Consul de Hollande pour le Bey ; mesurez donc vos démarches et vos 

discours... » 

(Marine, B' 187, f. 171.) 

GAUTIER AU G 1 ' DE MAU REPAS. 

689. — Tunis, 17 juin 1740. — De tous temps la douane de ce 
pays a été entre les mains du Kiaya. Le Bey l'a remise depuis quelques 
jours, moyennant 80,000 piastres par an, aux principaux Juifs livournais, 
qui ont voulu aussitôt changer les tarifs. Les députés de la nation fran- 
çaise, étant allés protester au Bardo contre cette innovation, furent aus- 
sitôt traités de Juifs, de chiens et de canailles et mis à la porte du palais 

parles hommes de garde. 

(Affaire) étrangères, C'" 1 de Tunis.) 

GAUTIER AD C M DE HAUREPAS. 

890. — Tunis, 1 7 août 1 740. — Le Bey ne traite pas mieux les Cou- 
lais étrangers que l'agent français. Il a mis aux arrêts dans sa maison 
le Consul d'Angleterre; il a fail une avanie de 2,000 sequins au Consul 
de Hollande ; il vient de faire donner 500 coups de bâton au trucheman 

dn Consul de Suède. 

(Affaire) étrangères, C" de Tunis.) 



«dr* Google 



320 CORRESPONDANCE DES BBYS ET DBS CONSULS [114f 

CROZET ■ AC C u DE HAURKPAS. 

691. — 7 unis, 23 août i 740. — La ville et le château de Monastir 
se sont rendus depuis huit jours au Bey *. Suivant toute apparence, 
Sousse ae soumettra aussi, les rebelles ne pouvant plus compter sur les 
secours des Algériens, décimés chaque jour par la peste. 

{A/fairei êtrangiret, C* de Tunû.) 

LE C* OU IUURBPAS A SORET. 

692. — Venailles, il décembre 1740. — « Le bail de la Compagnie 
d'Afrique pour le commerce exclusif des concessions devant finir le 3) 
de ce mois ', il a été écrit aux intéressés de cette Compagnie qu'en atten- 
dant qu'il ait été pourvu à une nouvelle administration, l'intention da 
Roi est que la direction de La Calle et du Cap-Nègre, les agences d'Alger 
et de Tunis restent supprimées à commencer du 1°' janvier prochain. 
Le service des légataires de ces comptoirs devra ae faire par les soldats 
de la garnison, afin de diminuer d'autant les dépenses pendant le com- 
mencement de l'année prochaine, alors qu'il ne se fera aucun commerce 
dans les concessions... » 

{Marine, B' (67, f. iST.) 

693.— Vertaillet, 22 février i74i.— Édit portant création d'une 
Compagnie perpétuelle pour faire le commerce exclusif des eûtes de 
Barbarie sous le nom de Compagnie royale d'Afrique *. 

* [Marine, &> 170, f. ii.) 

1. Louis Crozet, premier député de la nation française h Tunis. Voy. sa corres- 
pondance avec les députés de Marseille {Chambre de commerce de Marnille, S. AA, 
509-531 de l'inventaire). 

2. Voy. Annales tunisiennes, p. 130. 

3. La Compagnie Auriol existait depuis dii années, l'arrêt qui la subrogeait » li 
Compagnie des Indes ayant été rendu le 19 novembre 1730. Ses affaires étaient loin 
d'être florissantes. Dès la première année, son bilan accusait un déficit de 11,18 
livres; de 1133 à 1136, elle avait réalisé 200,000 I. environ de bénéfices annuels, nais 
te déficit avait reparu sans laisser l'espoir de parvenir a le combler. Lorsqu'elle 
arriva, à la fin de l'année 1140, a l'expiration de son privilège, cette situation ne 
s'était pas modifiée. — Voy. les Grandes compagnie» de commerce, par Pierre 
Bonnasaieux, p. 19* et suiv., — et Histoire de La Calle, par t'éraud, déjà cité. 

i. Cet èdit fut enregistré au Parlement de Provence, le 22 mars lit). La Com- 
pagnie royoleet perpétuelle d'Afrique était formée au capital de 1,200,000 livres, dont le 
quart avait été souscrit par la Chambre de commerce de Marseille; celle-ci s'ëtait 
en outre engagée A garantir le payement des intérêts des trois autres quarts. Li 
nouvelle Compagnie jouissait du privilège exclusif du commerce des ports du 
royaume d'Alger et de Tunis, sauf quelques villes oii le commerce était libre, 
moyennant un certain nombre de redevances ou lismes k payer annuellement ta 
Dey d'Alger, au Bey de Tunis et aux cheiks indigènes. Son principal comptoir était 



t,zed,yGOOg[e 



[1741] AVEC LA COUR DE FRANCE 3il 

CROZBT AU C" DE MAURE PAS. 

694. — Tunis, 1 7 avi-il i 741 . — Le Bey a fait arrêter dans la rade 
de La Goulette cinq de nos bâtiments, et tous les équipages ont été mis 
sans raison en esclavage. 

(Affaires étrangères. C" de Tunis.) 

CROZBT AU C'° DE MAUREPAS. 

696. — Tunis, 2 mai 1741. — Les Députés se sont transportés au 
Bardo pour communiquer au Bey les raisons qui ont occasionné la sus- 
pension du commerce. Le Bey n'a rien voulu entendre; il prétend tou- 
jours que la Cour de France lui fasse restituer les effets, marchandises 
et passagers qui avaient été détenus à Halte et embarqués sur des bâti 
meuts français. Lorsque les effets, marchandises et passagers seront 
arrivés à Tunis en bon état, il fera restituer de son côté les cinq bâti- 
ments qu'il avait détenus à cette occasion, et qui ont été conduits a 
son arsenal de Portfarine. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

DÉLIBÉRATION DE LA NATION FRANÇAISE A TUNIS. 

698. — Tunis, 6 mai 1 741 . — Deux bâtiments commandés, l'un par 
le capitaine Barcillon, l'autre par le capitaine Fougasse, tous deux de 
Smyme et chargés de graines pour Marseille, ont été attaqués et pris 
par quatre galiotea de Tunis à la hauteur du cap Bon. Le sieur Bigard, 



i La Calle, résidence du directeur générât. Ses affaires furent d'abord loin de pros- 
pérer. Elle recul, jusqu'en 1740, de la Chambre de commerce de Marseille, un 
secours annuel de 40,000 I. que le Gouvernement lui continua jusqu'en 1751. Le 
bilan de 1750 se solda par un bénéfice de 201,453 t., mais, à celte date, la Compa- 
gnie royale n'avait encore rien payé des 150,000 I. qu'elle devait à la Compagnie 
Auriol. Les actionnaires nommèrent, en 1755, un directeur principal que le ministre 
dut révoquer un peu plus lard, Armény de Bénèzel. Martin rétablit par sa bonne 
administration les affaires de la Compagnie. Au 31 décembre 1170, l'actif net était 
de 1,339,698 1., et l'on put distribuer un dividende de 6 0/0. Le président de cette 
société commerciale était alors M. de Montyon. Le décret de la Constituante des 
îi-29 juillet 1791 lui porta un coup fatal, et elle fut définitivement supprimée en 1702. 
Voy. les lettres de Villet, agent de la C" au Cap-Nègre; de Fougasse à La Calle; de 
Deflandre à Tunis; de Lablacbe, Isnard, de Verrayon, directeurs a Marseille; de 
V allât, directeur h Paris, au Ministre de la marine,— les bilans de 1741 a 1792, etc. 
{Marine, fl' 3S8, — Colonies, C" d'Af.-ique, — Affaires étrangères, C" d'Afrique), — 
les archives de ta C", ses livres, correspondances, mémoires, inventaires, etc., non 
compris dans le classement méthodique de M. Teissier (Chambre de commerce de 
Marseille). 

21 



«dr* Google 



322 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1741] 

second député de la nation, a demandé a ce sujet des explications au 
Bey. Ce Prince lui a répondu « que les ordres qu'il avait donnés à ses 
corsaires n'étaient que de prendre simplement nos bâtiments destinés 
pour Alger, et que si on avait pris ceux-ci, c'est qu'ils avaient tiré les pre- 
miers sur ses galiotcs; qu'ils n'avaient pas voulu mettre pavillon el 
qu'on avait tué onze de ses gens (ce qu'on sait être absolument faux); 
que quand ils seraient arrivés à Tunis il ferait assembler le Divan, et 
ferait faire un procès au capitaine français ». 

{Affaire* tlrangèrt*, C" de Tunis.) 

GROZET AU C* DE HA U REPAS. 

697. — Tunis, 1 7 mai i74t . — Le Bey a ordonné qu'on armât dans 
tous ses ports pour courir sur nos bâtiments. Il est sorti 14 ou 13 galiotes, 
qui n'ont rien amené jusqu'ici. 

{Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 

LE C" DE lUtRBPAS AUX ÉCUEV1HS ET DÉPUTÉS DE MARSEILLE. 

698. — Versailles, 2 juin 1741. — Le Roi a résolu de faire bloquer 
les ports de Tunis, et pour cet effet de faire armer a Malte deux barques 
et quatre galiotes pour servir, avec pavillon de Sa Majesté, sous les 
ordres du commandant des frégates du Roi qui doivent partir inces- 
samment. La Chambre est chargée d'emprunter pour cet armement 
l'argent qui sera nécessaire. 

11 conviendrait qu'elle traitât avec des armateurs maltais pour ces 
armements, et qu'une gratification fût promise aux équipages pour la 
capture de chaque corsaire, outre la portion de la prise qu'on leur 
accordera ' . 

{Marine, £' 170, f. 137.) 

LE C" DE HAUREPAS AU C 11 MARQUÈZE '. 

699. — Versailles, 12 juin 1741 . — Sur les services qu'il aura » 
rendre, avec la frégate L'Alalante qu'il commande, dans la nouvelle 
campagne contre les Tunisiens. 

(Marine, B* SIS, f. 149.) 

1. Arrêl du 2 juin permettant à la Chambre du commerce de Marseille &'">■ 
prunier la somme de 100,000 livres pour deux ans, b l'intérêt du denier vingt, po"' 
être employée aux armements que Sa Majesté lui a ordonné de Taire c noire l« 
Barbaresques [Marine, B'. 170, f. 147). 

2. Carde de la marine en 1689, enseigne de vaisseau en 1696, lieutenant enl'OI. 
capitaine en 1127, mort en n«. — Voy. sa correspondance avec le Sccrèiairc 
d'Etat de la marine relativement à celle campagne, — l'État des oirres el rafraî- 
chissements embarqués sur l'Atalante, montée par 220 hommes d'équipage, 29 oc- 
tobre 11*1, etc. (Manne, B', SI et 54). 



«dr* Google 



[1741] AVEC LA COUR DE FRANCE 323 

MÉMOIRE DU ROI POUR SERVIR D'INSTRUCTION AU C ls MARQUEZE, 
CAPITAINE DE VAISSEAU COMMANDANT M L'ATALARTB ». 

700. — Versailles, 12 juin 1741. — « Sa Majesté, ayant été infor- 
mée que le Bey de Tunis a fait arrêter et détenir plusieurs bâtiments 
français et que les corsaires de cette République continueront, selon 
toute apparence, leurs courses contre son pavillon, s'est déterminée à 
faire armer à Toulon sa frégate L'Atalante, dont elle a donné le com- 
mandement au sieur comte Marqueze, et elle lui explique ses inten- 
tions par la présente instruction. 

Les bâtiments qui doivent être armés a Malte par la Chambre de 
commerce de Marseille iront rejoindre le sieur comte Marqueze sur la 
cote de Tunis, à mesure qu'ils seront prêts, pour faire la course sous 
ses ordres contre les Tunisiens avec pavillon de Sa Majesté. 

Le cap Bon divisant le royaume de Tunis en cote du Nord et en côte 
du Sud, des vents contraires régnent alternativement sur l'une et 
l'autre de ces côtes. Pour profiter de ces circonstances, le sieur Mar- 
queze devra distribuer les bâtiments qui sont sous ses ordres de la 
manière suivante, savoir : deux frégates à La Galipie, l'autre au cap 
Zebi, une barque et deux galiotes aux Conillières, l'autre barque et 
deux galiotes à La Calle et & Tabarque... 

En tenant exactement ces différentes croisières, le sieur comte Mar- 
queze bloquera les ports de la République de Tunis, savoir: Sfax, 
La Goulette, Portfarine et Bizerte, afin d'empêcher les corsaires d'en 
sortir et les bâtiments neutres d'y entrer. Il arrêtera donc tous les 
bâtiments neutres qu'il rencontrera, et se saisira des passagers tuni- 
siens et de leurs effets. Ces susdits bâtiments seront envoyés et détenus 
à Malte jusqu'à nouvel ordre. 

Quoique l'Ile de Tabarque ne soit pas dépendante du royaume de 
Tunis, il convient d'empêcher que les Tunisiens ne débouchent leurs 
denrées par cette Ile et qu'ils ne reçoivent par la même voie les mar- 
chandises d'Europe dont ils ne sauraient se passer. Dans ce but, le 
comte Marqueze devra se saisir des marchandises qu'il trouvera sur les 
bâtiments neutres destinés pour ladite Ile, et des lettres qui ne seront 
pas adressées aux insulaires, et envoyer aussi a Malte ceux qui auront 
chargé des denrées pour Tabarque. Sa Majesté fera savoir prochaine- 
ment au propriétaire de Tabarque ' que cetle Ile ne produisant aucunes 

1. H. I.omellini. On trouve une correspondance importante du C" de l'ontchar- 
train sur le projet d'acqiiisiLion de Tabarque en 1112 el 1713 aux Affaires étran- 
gères, Mém. et Doc., t. IX, f. 33. 



«dr* Google 



324 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1141] 

denrées ni marchandises, et les bâtiments qui y abordent ne pouvant 
faire la traite de celles du royaume de Tunis avec lequel la France est 
en guerre, les chargements qui en proviendront à l'avenir seront adju- 
gés aux armateurs français qui les prendront. 

Le sieur comte Marquèze donnera et fera donner par les bâtiments 
employés sous ses ordres protection et escorte a tous les bâtiments de 
la nation, et il tachera de prendre tous ceux de la République de 
Tunis qu'ils trouveront le long de cette cote. Le sieur comte Marqueté 
et les commandants des autres bâtiments de son escadre tiendront 
toujours la mer sans relâcher dans aucune rade ou port et sans y faire 
de séjour, sauf en cas de force majeure, et leur séjour alors n'y sera 
que de vingt-quatre heures... 

Gomme il est probable que l'interdiction du commerce de Tunis 
augmentera la misère des habitants et soulèvera le mécontentement 
des soldats que le Bey ne pourra plus payer, et que celui-ci, voulant 
prévenir une révolte, proposera au comte Marquèxe d'envoyer des 
ambassadeurs au Roi ou demandera un armistice, ledit comte Mar- 
quèze ne consentira a l'une ou à l'autre de ces propositions qu'autant 
que le Bey lui aura renvoyé ies bâtiments français, équipages et effet* 
qu'il détient, et que la nation française qui réside à Tunis y aura recou- 
vré son entière liberté... » (Manne, B* sis, f. tse.) 

LE G 18 DU MAUREPAS AUX ÉCUBYINS ET DÉPUTÉS DE MARSEILLE. 

701. — Versailles, 14 juin 1741. — Pour croiser sur les côtes de 
Tunis, Sa Majesté a estimé à propos de faire armer L'Atalante, frégate 
de 30 canons, de préférence au Zéphyr, qui n'est pas prêt. 

On a prévenu la demande qu'ils avaient faite au sujet de ceux des 
bâtiments français qui pourraient être pris par les corsaires de Tunis 
et conduits dans les ports des contrées de Turquie. Le Ministre a 
recommandé à M. le comte de Castellane ' de faire défendre par les 
Ministres de la Porte aux Pachas et commandants des ports du Grand 
Seigneur d'y recevoir les corsaires tunisiens. 

{Marine, iï* 170, f. ISS.) 

MÉMOIRE SUR LA PRISE DB L'ILE DE TABARQUB PAR LB BEY DE TUNIS. ' 

702. — Tunis, 22 juin 174 1.— « Le 12 juin 1741, parut devant le 
Cap-Nègre une escadre de huit galiotes, commandée par Soliman-rets- 

1. Michel-Anne comte de Castellane, seigneur de Pïovyon, gouverneur de Niort, 
ambassadeur k ConsUnlinople de 1741 b. 1748, brigadier des armées du Roi en 174S, 
maréchal de camp en 1763. 

2. Dressé ù La Calle sur la déclaration du sieur Alexandre Napoly, drogmao i« 
Cap- Nègre. 



t,zed, y G00g[e 



[17«] AVEC LA COUR DE FRANCE 325 

Celui-ci demanda à parler aux deux commissaires chargés du gou- 
vernement de Tabarque, qui vinrent le trouver à la Marine, accom- 
pagnés seulement du chirurgien et d'un soldat. Dès qu'ils furent en sa 
présence, le commandant mit la main sur le sieur Giovanni Leone, l'un 
des commissaires, et fit signe aux officiers qui l'accompagnaient de se 
saisir de l'autre, du chirurgien et du soldat, ce qui fut fait ; le soldat, 
ayant voulu porter la main sur Bon épée, reçut un coup de sabre dont il 
mourut peu après. Le corps de garde du château, bien loin de sortir 
pour délivrer ses chefs, se contenta de fermer la porte sans tirer un 
coup de fusil, en sorte que les Tunisiens emmenèrent à leur gré leurs 
prisonniers sur les galiot.es. 

Quelque temps après, tes Tabarquins firent une sortie pour aller 
délivrer les prisonniers, mais ils ne persévérèrent pas. Alors le peuple 
délégua quatre envoyés pour aller parler au commandant turc ; ces 
quatre envoyés se laissèrent endormir par les belles promesses que le 
commandant leur fit de la part du Bey, et dès lors ils convinrent, au 
nom de tous les habitants de l'Ile, de la livrer au Bey et de travailler 
pour lui, comme ils travaillaient pour M. Lomellini, seigneur de l'île, 
espérant un état plus heureux dans ce changement de maître. 

Soliman-reïs, tenant toujours aux fers les deux commissaires et le 
chirurgien, dépêcha un courrier au Bey pour l'informer de tout ce qui 
venait de se passer. 

Les quatre envoyés étant de retour dans l'Ile et ayant fait le rapport 
de ce qu'ils venaient de promettre, furent désapprouvés par le plus 
grand nombre, qui délibéra de se mettre en état de défense, et pour 
cela on fit monter toutes les femmes et les enfants au château, on y 
transporta du blé en provision, et la plus grande partie des hommes 
armés restèrent pour garder les portes de la muraille qui ferme l'île. 
Cependant le parti des quatre envoyés soutenait qu'il valait mieux se 
rendre, appuyant leurs raisons sur le manque de blé. Ils en avaient 
cependant pour un mois, et en cas de besoin ils pouvaient se régler de 
façon à te faire durer un mois et demi. 

Le 17, le reïs Soliman reçut la réponse du Bey, qui renchérissait sur 
les promesses faites aux Tabarquins. Sur cela le commandant de la 
troupe tunisienne, composée de 300 hommes embarqués sur les galiotes, 
dit aux Tabarquins que, se trouvant extrêmement fatigué par l'ardeur 
du soleil, il les priait de lui donner l'entrée dans l'Ile, pour se mettre a 
couvert avec quatre ou cinq de ses officiers dans tel endroit que l'on 
voudrait bien lui donner. Cela lui fut accordé; ensuite Soliman-reïs 
demanda la même grâce pour lui et quatre ou cinq des siens, et elle lui 



«dr* Google 



326 CORRESPONDANCE DUS BEYS ET DES CONSULS [11*1] 

fut aussi accordée ; cela Tait, le reïs dépêcha un courrier au fils du Btj 
de Tunis, qui était en marche avec un camp volant composé d'environ 
2,000 cavaliers, tant Turcs que Maures campagnards, l'avisant que i'ik 
était presque à lui. Dans la nuit du même jour ce courrier fut de retour 
avec la réponse du fils du Bey, qui ordonnait au reïs d'ôter des gonds 
les portes de la muraille de l'Ile et de ne rien faire de plus, ce qui fut 
exécuté, et par un charme inconcevable les Tabarquins s'en réjouirent 
tellement qu'ils firent revenir du château dans leurs maisons leurs 
familles et leurs effets, et se regardant dès lors sous la puissance totale 
du Bey, de qui ils attendaient toute sorte de bons traitements, ils ne 
songèrent plus qu'à pousser des cris de joie. 

Le 18, sur les deux heures du matin, le fils du Bey parut sur la terre 
ferme, vis-à-vis Tabarque, avec son camp. Dès qu'on l'aperçut, on arbora 
au château te pavillon blanc en signe de paix et on le salua de vingt et 
un coups de canon ; en même temps le chancelier, le trucheman, un des 
religieux desservant la paroisse ', tous les autres employés et plusieurs 
principaux de l'île furent au-devant du fils du Bey, le saluèrent ara 
affection et furent reçus de même ; celui-ci fit venir en même temps les 
trois prisonniers, qu'il fit décharger de leurs fers, et tous les Tabarquins 
s'étant assis par Bon ordre, il leur promit de les traiter en père de 
famille, leur offrant des bâtiments français, parmi ceux que son père avait 
fait arrêter a Tunis, pour conduire en chrétienté les craintifs ou les 
mécontents, et que ceux qui voudraient rester béniraient le Seigneur et 
leur sort par les avantages qu'ils trouveraient sous sa domination. 

11 fut question de convenir d'un tribut en payement de tous ces avan- 
tages. Le Prince demanda qu'on lui remit une fois pour toutes, et dans 
deux ou trois jours, 100,000 piastres sévillanes, ou bien qu'on lui donnât 
le château pour y tenir une garnison commandée par un Agba, qui 
aurait des ordres précis pour veiller a la sûreté des habitants, tant 
contre les Maures que contre la garnison même, comme aussi contre 
toute nation qui serait assez téméraire pour venir attaquer une lie 
placée sous son auguste protection. 

Les Tabarquins consentirent à cette dernière proposition, n'étant pas 
en état de donner les 100,000 piastres, et au même instant le fils du 
Bey et sa suite passèrent & l'Ile avec tous les Tabarquins qui étaient 
avec lui. II envoya sur-le-champ trois Turcs pour prendre possession du 
château, et ces derniers en firent sortir tous les chrétiens. 11 s'y ache- 
mina en personne, avec plusieurs officiers de sa suite, fut salué en 



z e d, y Goog[e 



[17«] AVEC LA COUR DE FRANCE 327 

entrant de neuf coups de canon, et le pavillon de Tunis fut arboré. 

L'après-midi du môme jour 18, il fit entendre aux Tabarquins que, 
puisqu'ils étaient sous l'invincible protection du Bey son père, ils 
n'avaient pas besoin d'avoir des armes dans leurs maisons, qu'ils 
devaient lui apporter toutes celles qu'ils avaient, ajoutant que celles 
qui seraient reconnues appartenir à M. Lomellini seraient mises à la 
salle d'armes du château pour servir à la garnison et être employées à 
la sûreté des habitants et que celles appartenant aux particuliers leur 
seraient rendues. 

Le lendemain 19 au matin, il descendit à la Marine avec le tru- 
cbeman de l'Ile et celui du Cap-Nègre qui est Tabarquin, et qui ayant 
sa femme dans l'Ile était allé la réclamer. Le général témoigna qu'il 
serait bien aise de passer en revue tous les habitants pour en connaître 
le nombre et la qualité; cela fut fait, et tout le monde se rendit en 
foule vers ce nouveau Seigneur, qui fit séparer les hommes d'avec les 
femmes, et les fit sortir sur la plage ou ils furent enrôlés par leurs 
noms et qualités; ensuite on enrôla les femmes et les enfants, qu'on fit 
entrer dans l'église. Ce second enrôlement étant fait, le Bey revint à la 
Marine, où il fit enchaîner tous les Tabarquins, qui furent tout de suite 
embarqués sur les galiotes ou menés sur la terre ferme, après quoi il 
fit mettre des sauvegardes à L'église et aux magasins et tout de suite il 
livra les maisons des habitants au pillage. 

H se réserva toutes les statues de piété et les reliques de l'église pour 
les porter à Tunis et les exposer & la risée du peuple, ce qu'il a exé- 
cuté. Il prit vingt jeunes filles pour son sérail etquelques jeunes garçons 
pour le servir. 

Trois jours après, il commença d'en faire marcher par terre une cen- 
taine à Béja, ville à deux journées de Tabarque et à une du Cap-Nègre, 
ensuite 300 autres, et enfin il fit une troisième caravane de 180. 

Le 27, ce général fit partir pour Tunis une partie de l'escadre avec 
tous les petits bâtiments de l'Ile chargés de butin et particulièrement d'un 
grand nombre de fusils, de cinq canons de fonte et de plusieurs pierriers. 

Tout ce convoi entra au Cap-Nègre pour y prendre quelques rafraî- 
chissements, à l'exception d'un bateau chargé de pillage qui allait en 
droiture à Tunis, équipé seulement de cinq Turcs, lequel n'eut pas 
plutôt doublé le cap qu'il fut pris par deux galiotes chrétiennes qu'on 
croit être de Lipari ; celles de Tunis y accoururent, et les chrétiens 
abandonnèrent le bateau après en avoir enlevé les cinq Turcs et ce 
qu'il y avait de meilleur. 

Le 28, le fils du Bey partit avec son camp et le reste des infortunés 



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338 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1ÏH] 

Tabarquins, soit environ 300 hommes ou enfants, avec les officiers, les 
femmes et les filles de l'Ile. 

Le 1" juillet, il fil. son entrée triomphante dans Tunis, suivi de tons 
ses nouveaux esclaves, au nombre d'environ 800, et faisant porter 
devant lui, en guise de trophée, les crucifix et les statues de la Vierge 
et des saints, qu'il abandonna & la fureur du peuple, il fut salué de plu- 
sieurs coups de canon et reçu avec des acclamations générales. 11 fit 
enfermer toutes les femmes, filles et jeunes enfants au sérail, et mettra 
les hommes et les garçons au bagne des esclaves où on les fait tra- 
vailler, étant a observer que le sieur Giovanni Leone, premier commis- 
saire du gouvernement de Tabarque, est toujours aux fers. 

Dix-sept bateaux tabarquins, qui étaient h la pèche du corail avec 
ceux de la Compagnie d'Afrique, ayant été avertis par uu coup de 
canon qu'on tira de la place de La Galle qu'il y avait quelque nouveauté, 
ainsi qu'on a accoutumé de faire dans ce qui survient d'extraordinaire, 
se retirèrent avec les Français dans ce port, où ayant appris la perle de 
Tabarque, ils réclamèrent le pavillon et demandèrent asile, ce qui leur 
fut accordé par le gouverneur. Compatissant à la triste situation de 
ces pauvres gens qui étaient au nombre de 128, il leur accorda la pro- 
tection de la Compagnie, leur faisant en outre fournir journellement 
les vivres dont ils avaient besoin et généralement tout leur nécessaire, 
tant pour eux que pour leurs bateaux, en attendant les ordres delà Coar'.> 

(Affairas étrangère), C" de Tunis.) 
I.ËG&ÀND * A YOUNÈS-BRÏ '. 

703. — Cap-Nègre, 24 juin i!4i. — « Au grand, sublime, honorable, 
louable, magnifique, expert, libéral, magnanime, le fameux, le célèbre, 
l'attentif, l'heureux, le victorieux, le Seigneur Younès-Bey, que Dieu 
conserve 1 Ainsi-soil-il! Après vous avoir souhaité toute sorte de biens et 
de bénédictions, la paix et la grâce du Dieu très haut, ce qu'il con- 
vient vous faire savoir. Seigneur, c'est que te truebeman du Cap-îîégre 
nous a apporté une lettre de la part du gouverneur de cette place ', venue 
par son bateau, dans laquelle il nous demande les deux caisses du corail 
de redevance que notre place vous donne toutes les années. Sachez, 
Seigneur, que nous avons ordonné de les préparer à l'ordinaire et 

1. Voy. la lettre du Ministre du 10 septembre 17(2, p. 25B, — et les JMiwM 
pour servir à l'histoire de la mission des Capucins à Tunis, par le P. Anselme dM 
Arcs, déjà cilè, p. 12 et «. 

2. Agent du comptoir de La Galle, plus lard ebaneelier à Cagliari de 1714 S 1HI. 

3. Fils d'Ali. Bey de Tunis. 

4. Joseph Villel. 



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[1741] AVEC LA COUR DE FRANCE 329 

même plus belles et remises au dit liucbeman pour vous les porter. 
Nous sommes en quelque façon confus de n'avoir pas certains régals à 
pouvoir vous présenter; cependant nous avons donné au dit trucheman 
une caisse remplie de quelques bagatelles qui peut-être vous feront 
plaisir et une autre petite caisse dans laquelle il y a six branches de 
corail, les plus belles et les plus riches que nous ayons vues depuis 
quelque temps et qui étaient destinées pour nos Messieurs; nous vous 
prions, Seigneur, de recevoir ce présent en grâce de la part de votre 
serviteur, vous suppliant de recommander aux capitaines des galioles 
de votre haute Seigneurie, de ne point inquiéter ni épouvanter nos 
bateaux qui pèchent le corail, attendu que, tant eux que nous, sommes 
et devons être comptés au nombre de vos serviteurs et sujets, a l'effet 
de quoi nous prions le Seigneur qu'il vous conserve un très long temps 
eu Santé, » (Affaires étrangères, O" de Tunis.) 

704. — A bord du « Zéphyr », 11 juillet 1741. — Journal abrégé 
de M. d'Astour sur la prise de l'Ile de Tabarque par le fiey de Tunis '. 

[Marine, fi' 345.) 

CHOZET AU C 1 * DE HAURBPAS. 

705. — Tunis, £0 juillet 1741. — Le Bey s'étonne que depuis son 
avènement au Beylik la Cour de France n'ait fait aucune démarche 
pour le reconnaître. Il en conclut qu'on veut la guerre, « Plusieurs 
députés étant allés le saluer à son retour de la Marsa*, il leur ordonna 
qu'à leur arrivée au Fondouk, ou pour le plus tard le lendemain 
de bon matin, ils eussent a faire abattre le pavillon du Roi, et leur 
signifia que si quelqu'un de la nation venait à s'enfuir ou s'écarter, 
ils en répondraient, et a'adressanl après au drogman, il lui dit : — 
Prends bien garde que personne des Français résidant à Tunis ne 
s'enfuie et ne se eache, et sache que tu m'en répondras aussi. — Il 
ajouta a son ordinaire que la nation pouvait être tranquille, faire seB 
affaires et ne rien appréhender. Les dits députés, qui pensèrent qu'il 
ne leur convenait pas de répliquer, lui promirent d'exécuter ses ordres, 
et le remercièrent de sa bonne volonté et de ses sentiments à l'égard 

I. Le directeur de La Colle, Fougasse, ets.it allé en mission secrète à Gênes, 
pour s'entendre avec le Comul Coullel sur le projet d'acquisition de l'Ile par la 
C* d'Afrique. Les pourparlers allaient aboutir, le prix de 100,000 piastres ayant 
été convenu de part et d'autre, quand le Bey de Tunis, profitant d'une indiscrétion 
révélée par une lettre interceptée, se hala de conquérir Tabarque et de détruire le 
Cap- Nègre. 

î. liaison de campagne du Bey. 



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330 COURESPONDAHCE DES BEVS ET DES CONSULS [1741] 

du corps des négociants, et se retirèrent au Foodouk après celte gra- 
cieuse audience, a 

(Affairée étrangère», C" de Jma.) 

706. — Versailles, 35 août i74i. — Ordonnance du Roi portant 
défense à tous négociants français et étrangers, capitaines, patrons 
et commandants de navires avec pavillon de Sa Majesté de charger 
dans les ports des concessions d'Afrique aucuns fruits, denrées ou 
marchandises, voulant assurer de plus en plus aux intéressés de la 
Compagnie d'Afrique le privilège exclusif de ce commerce. 

(Marina, & 470,f.t33.) 

LB C'° MARQL'ÈZE AU C" DE HAUHEPAS. 

707. — Malte, 26 août 1741 . — Il rend compte de sa navigation 
et de la visite qu'il a faite au Cap-Nègre et & La Galle. Dans ce dernier 
lieu, ÎI a laissé deux brigantins, tant pour défendre contre les Tuni- 
siens ceux qui viennent y charger du blé que pour faciliter la pèche 

du corail. 

(Marine, B* st,f,ts.) 

FOUGASSE ' AU C" DE NAUREPAS. 

708.— T'unit, 30 août 1741.— Il raconte la prise du Cap-Nègre 
faîte par ordre du Bey de Tunis, le 16 août 1741 *. 

Sidi Younès, fils du Bey, arriva dans cette place avec 100 cavaliers 
et 4 galiotes qui abordèrent & la plage et pillèrent toutes les barques. 
On plaça les effets de la Compagnie dans un hangar, sous le sceau du 
Bey; le pavillon blanc du fort fut abattu. Les 13 employés de la Com- 
pagnie prirent la fuite, et le fils du Bey s'empara de tout le corail exis- 
tant en magasin; 50 Turcs vinrent occuper les bâtiments de la Com- 
pagnie et y tinrent garnison. 

(Colonies, C 1 " d'Afrique.) 

FOUGASSE AU C" DE MAUREPAS. 

709. — Tunis, 31 août 1741.— Le fils du Bey, Sidi Younès, à 
peine arrivé au Cap-Nègre, a pillé toutes les armes, l'argenterie de 

1. Jean Fougasse, directeur des concessions d'Afrique à La Colle. 

2. La France était, à ce moment, en pleine guerre avec la Régence et Gauthier 
avait, par ordre du Roi, quitl4 Tunis. C'csl dans ces circonstances, et aprèi H 
prise de Tabarque. qu'Ali-Pacha ordonna à son fils Yonnes de détruire l'établis- 
sement français du Cap-Nègre. — Voy. Annales tuniiiennts, par Rousseau, p. ,! f' 
— Voy. aussi le récit de DesfonLaines, dans son Voyage dans la Régence de fw 
publié par Dureau de ta Malle, t. H, p. 2.16 et suit. 



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1*741] AVEC LA COUR DE FRANCE 331 

l'église et de la table, lea magasins, etc. 11 ne reste plus que les 
murailles; tous les livres d'écritures sont également perdus. Le fiey 
l'appela au Bardo avec MM. Ville! ', Deflandre *, Maunier* et Napoly*; 
il leur montra une lettre de Villet à la Compagnie, où il était question 
d'une expédition française contre Tabarque, et leur déclara qu'il avait 
pris le Cap-Nègre à cause de cette lettre qu'il avait fait intercepter. 
(Colonie», C" d'Afrique.) 

710. — Marteille, 23 septembre i 741 . — État des effets, meubles et 
ustensiles qui existaient dans la place du Cap-Nègre le 15 août 1741, 
lorsqu'elle fut prise et rasée par le Bey de Tunis : 

Meubles au Cap-Nègre 3,488.27 

Matériaux 660.50 

Bateaux et agrès 675.39 

Artillerie et munitions de guerre 1,351 

Approvisionnements 7,783.32 

Argent en caisse 4,987.45 

Meubles a Tunis 88.11 

Meubles à' Bizerte 36.26 

19,070.30 
[Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

CBOZET AU C u DB MAUBEPAS. 

711. — Tunis, 30 septembre i 74/. — Deux officiers hollandais sont 
venus renouveler, avec deux vaisseaux, leur traité avec la Régence. Ils 
ont présenté au Bey un diamant estimé ici 3,000 piastres '. 

Nos écrivains et matelots venant de l'Ile de Tabarque sont exposés 

1. Directeur du comptoir du Cap-Nègre. 

1. Chancelier du Consulat de France a Tuais. 

3. Drogman du comptoir de La Calle. 

4. Drogman du comptoir du Cap-Nègre. 

5. Le traité dont il est ici question est celui qu'avait signé eu 1713 le gouverne- 
ment hollandais avec ta Régence. Ce Turent le sieur Adriano van Read, ministre 
plénipotentiaire, et le Consul Jos. Hudson qui signèrent le 9 septembre 1741 le nou- 
veau document au nom des États généraux. — Voy. Annale tunisiennes, par Rous- 
seau, p. 522. — Voy. aussi État des présents fait» au seigneur Ali-Dey par le comman- 
dant de* vaisseaux de la République de Hollande : un diamant, une montre enrichie 
de pierreries, un fusil, une paire de pistolets garnis d'argent, six pièces de drap de 
Hollande, deux pièces de velours, une pièce de brocart d'or et d'argent, une caisse 
contenant divers assortiments de porcelaine {Affaires étrangères, C" de Tunis). 



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332 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1141] 

journellement aux plus rudes travaux. On leur fait construire un châ- 
teau sur une élévation qui domine l'Ile enlevée aux Génois. 

{Affaire* étrangers, C" de Ttoû.) 



CROZBT AU C'° DE HAURKPAS. 

712. — Tunis, 30 septembre i'4 i . — « Nous sommes obligé de 
faire bien des dépenses pour donner de quoi vivre à tous les équipages 
français détenus dans ta Régence depuis l'affaire du Cap-Nègre, sans 
compter bien des dépenses extraordinaires que nous faisons pour parer 
bien des coups et conserver une espèce de liberté dans notre Fon- 
douk. » Le Vice-Consul prie le Ministre de bien disposer la Chambre de 
Marseille, « qui ne ratifie qu'a grand peine les comptes qui lui sont 
présentés ». 

{Affaires étrangères, C 1 "' de Tunis.) 



CHOZET AU C** DE MAL'REPAS. 

713. — Tunis, 8 octobre 1 741 . — Il a pu se procurer, par l'inter- 
médiaire d'un de ses compatriotes, esclave aTabarque, le plan du non- 
veau château que le Bey fait construire actuellement en face de 111e. 
Il envoie au Ministre ce plan, tracé d'une façon fort mdimentaire. 

{Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 

714. — Versailles, 14 novembre 1741. — Arrêt qui autorise les 
officiers de l'Amirauté de Toulon & juger les prises qui seront faites sur 
les Tunisiens. 

(Marine, fl» 313, f. SIS.) 



LE C w DE HAUHEPAS AUX ÉCUKVIKS ET DÉPUTES DE HÀHSKILÏ.E. 

715. — Versailles, 26 novembre 1741. — Le Bey de Tunis a fait 
subir aux marchands français une nouvelle avanie de 4,473 piastres. 

La Chambre ne peut éviter d'acquitter les lettres de change qu'ils 
ont dû tirer sur elle pour le montant de ce tribut.,. 

Le comte Marquèze doit retourner a sa croisière avec deux frégates et 
deux barques du Roi; par conséquent les armements projetés par le 
Bey ne porteront pas grand préjudice au commerce. 

(Marine, & 170, f. 33t.) 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANGE 333 

DE SAURINS- MURAT ■ AU C*° DE KAOKPAS. 

716. — A bord de « LaSybille», 3 février i742. — Il propose de s'em- 
parer de Tabarque par surprise avec deux galiotes a rames bien armées, 
qui seraient d'ailleurs plus propres que d'autres bâtiments h favoriser 
l'établissement de La Calle. a On lut assure qu'il n'y a que 20 hommes 
dans le château de Tabarque; cette Ile est située a quinze milles de La 
Calle; elle est séparée de la terre ferme par un canal de la largeur d'une 
petite portée de fusil, est presque ronde et d'environ une demi-lieue 
de tour. Une crête de montagnes d'environ quatre cents pas communs 
de hauteur règne du Sud-Est au Nord-Ouest, où est bâti un fort qui 
domine le reste de l'Ile et même une partie de la côte en terre ferme. 
11 serait inaccessible aux forces de la République de Tunis si on venait 
à s'en emparer. » 

(Marine, fi' 54, f. 249.) 
LE C° MARQUÊZ8 AU C lp DE MAURKPAS. 

717. — Toulon, i 8 février 1 742. — 11 demande une augmentation 
d'équipage pour L'Atalante et décrit les parages de la Régence de 
Tunis qu'on peut bombarder. 

Il propose d'armer pour cet effet les galiotes de Toulon qu'on 
employé™ avec les galères, vaisseaux et autres bâtiments que le grand 
maître de Halte * doit armer l'été prochain. 

{Marine, fl* §4, f.MOÂ.) 

PIGNON ' AU C tt DE HAUREPAS. 

718. — Mai seilie, 2 i février 1 742. — U lui soumet tout un plan de 
campagne offensive et défensive et des projets d'armements pour inter- 
rompre le commerce des neutres à Tunis, intimider le Bey au point 
de l'obliger à demander la paix, assurer la navigation, protéger le 
commerce de la Compagnie, enfin pour s'emparer de l'Ile de Tabarque. 
LeCheikde laMazoule, ennemi irréconciliable du Bey, qui a fait mourir 

i. De Saunns-Murat, lieutenant de vaisseau, commandant La Sybitlt, capitaine 
commandant La Pomone en 1738, se signala souvent par sa bravoure, notamment 
■bas ses croisières aux cotes d'Espagne et aux Antilles, et racheta si bien son 
taaec de Tabarque que le en" de Caylus le proposa pour la croix de Saint-Louis. 
Vov. sa correspondance officielle avec la Marine pendant aa campagne tunisienne 
"Je 1742 (Marine, B\ 51, S4 et «7). 

î. Le bailli d'Avernes de Bocage était alors chargé d'affaires du Roi à Halte 
[1126-11581, et le grand maître se nommait Emmanuel Pinto de Fonseca, de Portugal. 

3. Inspecteur du commerce du Levant et de Barbarie h Marseille. 



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334 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1742] 

son père, favoriserait cette attaque en se tenant sur les avenues de 
Tuais avec quinze cents chevaux et empêcherait l'arrivée des secours. 
(Marine, B* St, f. Ut.) 

LE C w DE MAl.'RKPAS A FOUGASSE. 

719. — Versailles, 23 mars i 742. — m M. de Saurins, qui retourne à 
La Calle avec deux brigantins que le Roi a fait armer et dont Sa Uajesté 
lui a donné le commandement, vous communiquera le projet d'une 
expédition qu'il pourra entreprendre, si les circonstances lai permet- 
tent de l'exécuter. Il aura besoin pour cela que vous lui fournissiez les 
secours qui dépendront de vous, et le Roi approuvera que vous lui don- 
niez tous ceux que vous pourrez lui procurer. Au surplus cette affaire 
demande beaucoup de secret, et il est nécessaire que vous l'observiez, 
soit que l'expédition puisse être exécutée, soit que les difficultés impré- 
vues ne laissent pas la liberté de l'entreprendre... » 

(Affaira étrangère», C" de Tunis.) 

LE COMTE DE KAUREPAS A DE SAURINS-MURAT. 

720. — Versailles, 23 mars i74%. — Le Ministre lui envoie son 
instruction sur son projet de s'emparer par surprise de l'Ile de 
Tabarque. •> S'il n'y a en effet que vingt hommes de garnison dans 
cette lie, l'entreprise projetée n'est pas impossible. It pourrait la tenter 
avec une partie des équipages des brigantins qu'il commande et ceux 
dos bâtiments corailleurs que le sieur Fougasse pourrait lui fournir. 
On donnera des ordres à celui-ci en conséquence, en lui recommandant 
de garder le plus grand secret. On donnera également des ordres à 
H. de Ville blanche ' pour qu'il lui fournisse, sans en connaître la desti- 
nation, un supplément de canonniers, fusils, munitions. •> 

(Marine, B' 318, f. /«.) 

MÉMOIRE DU ROI FOUR SERVIR D'INSTRUCTION AU SIEUR DE SAURINS-MURAT, 
LIEUTENANT DE VAISSEAU. 

721. — Versailles, 23 mars 1742. — « Sa Majesté ayant estimé i 
propos de faire armer au port de Toulon deux brigantins destinés a 
garder tes parages de Boue et de La Calle, tant pour protéger les bâti- 
ments de la Compagnie d'Afrique que la pèche du corail sur ces cotes, 

1. Franco is-Noêl Le Vasseur, chevalier, seigneur de Yilleblanche, commissure 
de ta marine & Toulon en 1700, à Saim-Malo en 1720, intendant de la marine i 
Toulon en 1737, conseiller d'ÉLat en 1751. — Voy. 6» correspondance officielle sur 
les affaires de Tunis et Tabarque de 17*2 à 1743 (Marine, fl», 5* et 55). 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 335 

en a donné le commandement au sieur de Saurins-Murat, à qui elle 
Tait connaître ses intentions par la présente instruction... 

En parlant de Toulon, il se rendra à La Galle ou il se fera rensei- 
gner par le directeur de la Compagnie d'Afrique sur la situation ou se 
trouveront les affaires du commerce de ladite Compagnie dans ses 
concessions. Il aura soin de se présenter de temps a autre dans les 
différents ports qui en dépendent et il s'entendra avec les directeurs de 
ces concessions sur les croisières qu'il conviendra de faire garder par 
ces deux brigantins. Il empêchera que les gatîotes que le Bey de Tunis 
tient à Tabarque n'inquiètent les bateaux de la Compagnie dans la 
pêche du corail. Il empêchera aussi que les Tunisiens ne débouchent 
leurs denrées par cette lie et ne reçoivent par la même voie les mar- 
chandises d'Europe dont ils ne peuvent se passer. Dans cette vue, il se 
saisira des bâtiments neutres destinés pour ladite île... Il visitera tous 
les bâtiments neutres qu'il rencontrera et se saisira des passagers 
tunisiens qu'il y trouvera, ainsi que de leurs effets, et les enverra à 
Toulon. Sont exceptés les bâtiments neutres qui sortiront des ports de 
Tunis et qui n'auront point a leur bord des effets appartenant aux 
Tunisiens. 

Pendant le séjour qu'il fera aux environs de Tabarque, il prendra 
une connaissance exacte de la manière dont le château est gardé, de 
la force de sa garnison, et de la possibilité d'exécuter le projet de s'en 
rendre maître par surprise. Il lui sera donné des ordres particuliers 
touchant cette entreprise, sur laquelle il est important qu'il garde le 
secret et pour laquelle il demandera au sieur de Villeblanche un sup- 
plément, de canonniers, fusils, munitions, etc., sans lui en dire la véri- 
table destination. Sa Majesté attend au surplus du zèle et de la pru- 
dence du sieur de Saurins-Murat qu'il ne la (entera qu'après avoir pris 
toutes les précautions possibles pour l'exécuter avec toute la sûreté 
qu'elle exige. II s'entendra avec le sieur de Massiac, auquel le Roi a 
donné le commandement de la frégate L'Aquilon et qui doit comman- 
der les autres bâtiments de Sa Majesté destinés à garder les croisières 
de la côte de Tunis, sur les mouvements des deux brigantins dans les 
parages de Bône et de La Calle. Il donnera et fera donner protection 
à tous les bâtiments français qu'il rencontrera, et prendra tous ceux de 
ta République de Tunis qu'il trouvera le long de la cote... Sa Majesté 
lui recommande aussi d'empêcher absolument les pillages qui pour- 
raient être faits par les équipages. Elle ne présume pas que les offi- 
ciers en soient capables, cependant il y veillera. Le sieur de Ville- 
blanche aura ordre de lui envoyer par les bâtiments de la Compagnie 



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336 CORRESPONDANCE DBS DEYS ET DES CONSULS [47-43] 

d'Afrique les nouveaux suppléments de vivres qui lui seront néces- 
saires ; cependant, s'il en manquait, il pourrait en demander an 
directeur de La Calle, et le Roi les remboursera a la Compagnie 
d'Afrique. Il informera à son retour de ceux qui auront eu le plus de 
zèle et d'application au service de Sa Majesté... » 

{Marine, B' SI», f. 1St.) 
CROZET AU C l * DE MAUREPAS. 

722. — Tunis, 24 mars i 742. — ■ Le Bey et ses enfants paraissent 
mieux disposés à l'égard de la France. 11 exige seulement, pour renou- 
veler la paix, que le nouveau Consul s'accommode de la cérémonie du 
baise-main. Le sieur Crozet lui a fait observer qu'il convenait aiant 
toute discussion d'envoyer un ambassadeur a la Cour. Le Prince a 
paru convenir de cette obligation. 

(Affaire! étrangère*, C" de Tunit.) 

P1GK0N AU C M DE HAURBPAS. 

723. — Marteille, 2 avril 1 742. — Après avoir conféré avee lui, 
M. de Saurins a renoncé a son projet de surprendre Tabarque, parce 
qu'il y a 250 hommes dans cette île au lieu de 20. Cependant la prise 
de Tabarque est le plus sûr moyen d'obliger le Bey de Tunis à faire la 
paix, et l'on peut s'en emparer en y faisant passer des frégates et des 
galères. Il conviendrait de prendre tout d'abord la batterie qui est i 
l'Est de l'Ile. 

(Manne, il» Si, f. lit.) 

DBFLANDHB * AU C'* DE MAUREPAS. 

724. — Tunis, i i avril i 742. — M. Fougasse, directeur du comp- 
toir de La Calle, entretient depuis longtemps une étroite correspondance 
avec Sidi Younès-Bey; il se sert comme intermédiaire auprès de ce 
Prince d'un jeune homme nommé Fort, qui était écrivain au Cap- 
Nègre, et du sieur Alexandre Napoly, de Tabarque, homme entière- 
ment dévoué au Bey et à sa famille. Il ne peut en résulter que d'excel- 
lents avantages. 

(Marine, B 1 46i, f. 13.) 
1. Ancien secrétaire du marquis de Villeneuve, ambassadeur à Constant) Doplt. 
nommé chancelier du Consulat de France à Tunis en remplacement du sieur 
Pêne, le 21 janvier 1739. 



«dr* Google 



11742] AVEC LA COUR DE FRANCE 



DE SAOHINS-MURAT AD C" DE HAURBPAS. 

725. — Toulon, 15 avril 1742. —• 11 entretient le Ministre de son 
projet d'entreprise sur Tabarque, pour laquelle il demande qu'il soit 
donné ordre & MM. de Massiac ' et de Bargemont * de lui fournir les 
secours nécessaires. 

(Marine, B' Si, f. 305.) 

LE C 1 ' DE HAURBPAS A CROZET. 

726. — Fontainebleau, 28 avril 1742. — « Les armements que Sa 
Majesté a ordonnés pour bloquer les ports de la Régence de Tunis, et 
qui doivent être rendus & leur destination dans tout le mois prochain, 
consistent en quatre galères et deux brigantins qui croiseront a l'est et 
à l'ouest de La Goulette, deux frégates et deux barques du Roi qui pren- 
dront leurs croisières devant Portefarine, Bizerte, Sfax et les autres 
ports de la côte de Tunis jusqu'à Tripoli, et qui empêcheront toutes sortes 
de bâtiments d'y entrer et d'en sortir. 11 n'y a pas lieu de douter que 
le Bey de Tunis, se voyant serré de si près et craignant quelque révolte 
de la part des Tunisiens qui se trouvent d'ailleurs dans une grande 
misère, ne fasse faire des propositions de paix plus convenables que 
celles dont il a déjà chargé quelques négociants de Tunis. M. de Mas- 
siac, capitaine de vaisseau, qui commande le blocus, a ordre de les rece- 
voir, et sur le compte qu'il en rendra Sa Majesté ne tardera pas à envoyer 
no commissaire sur les lieux pour terminer la guerre. » 

[Marine, B^ 173, f. 1)0.) 

CROZET AU C 1 * DE HAUREPAS. 

727. — Tunit, 9 mai 1 742, — Le (Ils du Bey, Sidi Younès, lui a 
ordonné d'écrire au Ministre qu'il était disposé a engager son père à 
faire la paix avec la France, et a nous donner toutes les satisfactions 
que le Hoi pourrait exiger, à condition que le nouveau Consul con- 
sentit au cérémonial du baise-main. 

(Affaire* étrangères, C" de Tunis.) 

1. Claude- Louis, marquis de Massiac, garde de ia marine à l'âge de sept ans en 
171», enseigne en 1110, lieutenant de vaisseau en 1710, capitaine en 1143, cher 
d'escadre et commandant de Ia marine à Toulon en 1731, lieutenant général en 
H5S, secrétaire d'Etat de la Marine en 1758, vice-amiral en 1164. Voy. sa corres- 
pondance avec la MariDe en 1743 (Marine, B*. Si). 

î. Christophe de Villeneuve de Bargemont, seigneur de Vaucluse, de Bargemont 
et de Sainl-Auban, capitaine, puis commandant des galères du Roi, Voy. sa corres- 
pondance avec la marine en 17*2 {Marine. fl>. Si). 

22 



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338 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [1742] 

LB C>" KABQUÈZB AU C* DE MAIREPAS. 

728. — Au golfe de Tunis, 11 mai1742. — « Ayant escorté les quatre 
bAtimenls dont j'avais été chargé en partant de Toulon jusqu'à Bone et 
LaCalIe, lieux de leur destination, je rencontrai les frégates 1^ Zéphyr 
si La S>/f>îllc. M. àeBomparl' me dit que M. le bailli de Bocage* lui avait 
recommandé, en partant de Halte, d'aller mouiller & Tunis, où il ne dou- 
tait pas, sur les avis qu'il avait eus, que le Bey ne lui fit faire quelque 
proposition. J'y fis roule avec les autres bâtiments et mouillai dans le 
golfe le 4 de ce mois, où, après avoir assuré le pavillon, je vis venir le 
lendemain un bateau avec le sieur Alexandre', jadis drogman du Cap- 
Nègre. Celui-ci me remit une lettre du sieur Crozct, député du commerce, 
par laquelle il me demandait de la part du Bey si j'étais venu pour 
communiquer quelque chose a ce Seigneur, à quoi je répondis qu'étant 
sur mes croisières, j'étais venu m'informer si le nommé Etienne Minuty, 
commandant un bâtiment, marchand, était du nombre de ceux pris par 
les corsaires tunisiens; que je n'avais aucune proposition à faire, mais 
que si le Bey en avait quelqu'une, il me la fit savoir, parce que je n'at- 
tendais que sa réponse pour mettre à la voile. 

Le lendemain 6, ce même drogman revint avec une autre lettre du 
sieur Crozet, portant que le Bey l'avait envoyé chercher pour lui com- 
muniquer des paquets qu'il avait reçus de Tripoli de Barbarie, parlés- 
quels le sieur Loques, chargé des affaires de Suéde en cette République, 
l'informait qu'il devait y avoir une trêve entre la France et son gouver- 
nement à compter du 1° [ de ce mois, et qu'il me disait que cette nou- 
velle était venue à Tripoli, pour en savoir la vérité par M. le bailli de 
Bocage pour qui il m'adressait une lettre, et que le Bey n'attendait que 
la réponse que ce bâtiment apporterait pour terminer toutes choses 
avec la Cour de France. 

Je répondis au sieur Crozet que les avis qu'on avait donnés au Bey, sur 
cette prétendue trêve, étaient d'autant plus faux qu'outre que je n'avais 
point d'ordres là-dessus, M. de Bompart u'en avait point entendu parler. 

Le 7, le sieur Bigard, député de notre commerce, étant venu k bord 

1. l.c ch" Maximin de Bompart, garde de la marine en 411 3, lieutenant de vais- 
seau en 173a, capitaine en 1746, gouverneur général des Iles du Vent en 175(1, ctef 
d'escadre en 1757, commandant de la marine à Toulon en 1762, lieutenant général 
des armées navales en 1164, grand 'croix de Saint-Louis en 1770, décédé à Toulon 
en 1773. — Voy. sa correspondance relative h eetto campagne, pendant Inquelle il 
commanda successivement La Sybille et Le ZSphyr (Marine, II*, SI et Si), — Un sieur 
de Bompart était, en 1777, chef d'escadre et vice-roi de la Martinique, après avoir 
été commissaire de la marine a Rochefort pendant 27 ans. 

2. Voy. la note 2, p. 333. 

3. Àleiandre Napoly. 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 339 

pour me faire des propositions de la part du Bey, et ayant une lettre du 
sieur Grozet par laquelle il me disait qu'il se rapportait & tout ce qu'il 
me dirait a ce sujet, il fut d'abord question d'envoyer des ambassadeurs 
en France, et de les faire passer sur un des bâtiments que je commande 
ou sur quelqu'autre que le Bey armerait à cette occasion. Je répondis 
que je ne pouvais en recevoir, mais que je me chargerais d'informer 
l'Empereur mon maître des propositions qu'il m'aurait faites, après 
qu'il aurait exécuté ce qui était porté par l'article 14 de mes instruc- 
tions, dont je donnai copie au sieur Bigard pour être communiquée au 
Bey, commençant par : — S'il arrivait que le Bey fit demander au sieur 
comte Harquèze la permission d'envoyer des ambassadeurs au Boi, etc. 

Le 9, le sieur Bigard revint avec une autre lettre du sieur Crozet dont 
j'ai l'honneur de vous envoyer copie, et comme il insistait beaucoup, 
Monseigneur, de la part du Bey, pour que je détachasse un bâtiment pour 
porter en France celle que le sieur Crozet vous écrit sous son ordre et 
dont le contenu me fut rapporté par le dit sieur Bigard, je répondis au 
sieur Crozet que cette lettre ne contenait rien de positif sur les affaires 
présentes, que je ne jugeais point expédient d'envoyer un bâtiment 
exprès en France, et que je profiterais de la première occasion qui se 
présenterait pour l'y faire passer. 

Ayant destiné la barque La SyHUe à garder. les croisières de Bône et 
La Galle, où les galiotes tunisiennes pourraient naviguer dans la saison 
où nous allons entrer, j'ai remis la dite lettre à M. de Castillon ', pour 
l'envoyer par quelque bâtiment qui pourrait charger à l'un ou à l'autre 
de ces endroits. » 

(Marine, B» 94, f. %H.) 

rOBT AU C" DE BAUHEPAS. 

729, — Tunis, 14 mai 1 142. — Malgré l'arrivée à La Goulette de 
deux frégates commandées par MM. le comte Marquèze et de Bompart, le 
Bey a rejeté les conditions de paix qui lui ont été faites, et déclaré qu'il 
continuerait la guerre si on n'acceptait pas sa prétention au baise-main. 

{Affaira étrangères, C" de Tunis.) 

DEPLÀNDRE AU C" DE HAUREPAS. 

730. — T'unis, i 8 mail 742. — « On parle fort ici de vendre Tabarque 
aux Anglais, et il y a plusieurs personnes qui s'emploient vivement 
pour cela et qui ne cessent de solliciter le Bey et ses enfants pour la 

1. Joseph de Castillon, garde de la marine en 1722, enseigne en 1731, lieutenant 
de vaisseau en 1740, capitaine en 17S1, puis commandant des troupes de la marine 
a Rochelort. Voy. sa correspondance a la Marine, B\ SS. 



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340 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1742] 

réussite de ce projet, qui, selon toutes les apparences, ne s'exécutera 
pas '. Les nations étrangères ne cessent pas cependant d'exciter le Bey 
contre la France; elles ont mis tout en œuvre pour nous perdre et 
détruire notre influence. • 

{Affaire* étrangère*, C* de Haut.) 

DU MASSIAC * AU C 1 " DB MAUHKFAS. 

781. — A bordde « L'Aquilon », 3 juin 1 742.—«... L'Ile de Tabarque 
n'est qu'un rocher fort escarpé du coté de la mer, fortifie sur le sommet 
et & très peu de distance de la terre ferme. Elle n'a guère que 400 hommes 
de garnison que l'épouvante seule déconcerte. Une petite armée de 2 ou 
300 soldats de bonnes troupes, bien armés et bien montés, en aurait vite 
raison. On peut bombarder Bizerte. Le Bey de Tunis ne cherche qu'à 
gagner du temps et à amuser le peuple, car il ne veut vraiment la paii 
qu'à condition que le Consul lui baise la main. Quelques bombes jetées 
sur La Goulette, Sousse et Bizerte pourraient l'obliger & la paix... » 

(Marine, B* 54, f. 13*.) 

DE SAURIHS-HIJRÀT A DB MASSIAC. 

782. — La Calte, 4 juin i 742. — 11 lui demande instamment des 
renforts d'hommes et de brigantîns pour s'emparer de l'Ile de Tabarque. 

(Marine, B* Si, f. Stt.) 

788. — Malte, 6 juin i 742. — Ordre donné par M. le bailli de Bo- 
cage aux patrons des felouques armées dans le port de Malte d'aller 
rejoindre les armements de Sa Majesté qui sont actuellement aux parages 
de Tunis. 

(Marine, fl' 54, f. «».) 

DE SAURINS-MURAT AU C** DE HAUBBPAS. 

734. — La Catle, 6 juin 1742. — 11 s'est rendu compte par lui- 
même des travaux de défense de l'Ile de Tabarque a son arrivée dam 
ce port; il dépèche une barque coraline a la baie de Tunis pour informer 
Messieurs de Massiac et de Bargemont ° de l'état de cette place, et leur 
demander une augmentation de forces qui le mette en état de tenter 
une entreprise, avant que le fort de terre ferme ne soit achevé et armé. 
(Marine, fl 1 54, f. 3tS.) 

1. Deux marchands anglais étaient venus a celle époque a Tunis, et intriguaient 
pour obtenir la cession dont il s'agit. 
i. Vov. la noie I, p. 331. 
3. Voy. la noie 2, p. 337. 



«dr* Google 



(1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 



LE C'* DE HADBËPAS AU C'° MARQUÈZE. 

736. — Versailles, i S juin 1 742. — 11 devra tenter d'obtenir des 
propositions de paix de la part du Bey de Tunis. 

(Marine, B* 3*8, f. 35t.) 



DE TILLIERS-DESCHAHPS » AU C" DE MAU REPAS. 

736. — Juillet 1 742. — a Nous partîmes, comme vous savez, hier, 
3 de ce courant, & sept heures et demie du soir, pour Taire descente à 
Tabarque avec deux brigaotins et onze coralines chargées, outre les 
équipages des deux brigantins, de deux cents hommes de La Galle aussi 
destinés à cette expédition. Nous sommes arrivés devant cette île à deux 
heures et demie du matin, sans aucun contre-temps. Notre débarque- 
ment a été aussi heureux, et tout nous promettait d'enlever cette place, 
suivant les faux avis que nous avait donnés un More servant d'espion à 
La Galle, et qui nous assurait qu'il n'y avait tout au plus que cent trente 
hommes à Tabarque. 

Nous voilà cependant débarqués et M. de Saurins, notre commandant, 
ne doutait plus de la réussite. On ne tira sur nous d'abord que très fai- 
blement, dans le dessein de nous engager, mais, à la pointe du jour, 
quand nous eûmes un peu avancé dans l'île, nous nous aperçûmes que 
l'espion maure, sur lequel nous comptions tant, avait disparu, et tout aus- 
sitôt nous nous trouvâmes attaqués par une mitraille innombrable qui 
débuta par faire sur nous un mal épouvantable. Les officiers, avec un 
détachement de quarante hommes chacun, comptaient attaquer chacun 
de leur côté les forts de l'tte, mais le trouble et la confusion s'étant 
emparés de ces troupes de matelots mal disciplinés, il fut impossible de 
leur faire remplir l'objet proposé. Nous ne laissâmes pourtant pas de 
nous avancer tous sous le château, où chacun malheureusement tira de 
son coté, afin de multiplier l'attaque, et le combat avait déjà duré une 
demi-heure quand M. de Saurins reçut un coup de feu à la jugulaire, 
-qui le mit hors de combat. On faisait feu de tous côtés avec la même 
chaleur, et quand on sut le malheur de H. de Saurins, chacun s'em- 
pressa pour le secourir. On assure même que le sieur Gadroy, son écri- 
vain, lui servit de rempart et débusqua plusieurs Mores qui voulaient 
l'approcher, jusqu'à ce qu'il fût blessé lui-même à la cuisse et tombât aux 



J. Écrivain du Roi h bord de la frègale -L'Inconnu. 



«dr* Google 



342 CORRESPONDANCE DES DEYS ET DES CONSULS [174*1 

pieds du commandant. Cependant les Français, accablés par le nombre 
plutôt que par défaut décourage, pliaient toujours de plus en plus. C'est 
alors qu'on songea à la retraite, mais trop tard, car les patrons génois 
des coralines refusèrent de venir nous rembarquer, craignant le feu des 
Mores. C'est alors, Monseigneur, qoe prévoyant partout ce que je voyais 
ce qui arriva, j'ai pris le parti de me jeter a la nage pour aller a bord 
des brigantins qui se trouvaient a près de deux lieues au large, afin de 
contraindre par la force les patrons corailleurs d'aller prendre notre 
monde & terre. Mais malgré mes menaces et mes prières on ne me ramena 
que vingt hommes en tout. Ha m'apprirent tous que M. de Saurins, 
n'ayant plus d'espoir de défense, avait parlé de se rendre, et qu'à ce 
bruit, un More était accouru pour arborer son pavillon dans cet endroit, 
mais qu'un de nos Français, piqué de ces rodomontades, l'élendit mort 
d'un coup de fusil, ce qui ranima tellement la fureur des Mores qu'ils 
coururent a M. de Saurins étendu par terre, le coupèrent en deux et le 
précipitèrent du haut des rochers, que ce fut là le signal de la déroute, 
et qu'on avait entraîné tous tes autres officiers vers le château avec la 
dernière violence. 

Sur ces tristes nouvelles, ne voyant aucune apparence de sauver per- 
sonne, j'ai pris le parti, Monseigneur, de vous ramener les brigantins 
et les onze coralines avec vingt hommes seulement de plus de trois cents 
qui s'étaient débarqués, et de vous envoyer la présente relation, vous 
priant de faire ordonner au plus tôt notre destination. » 

(lïariitt, £• Si, f. 408.) 

FOUGASSE ' A DE KASSIAC. 

737. — La Calle, 3 juillet 1 742. — L'attaque de Tabarque par 

M. de Saurins a complètement échoué. M. Fougasse demande des 

hommes et des munitions pour renforcer La Calle, les secours qu'il 

avait fournis & M. de Saurins l'ayant laissé sans défense ". 

{Marine, B* S*, f. ISO.) 
UEFLAITORK AU C" DE MAUBEPAS. 

788- — Tunis, 3 juillet 1742, — * Le caractère des Beys\ qui com- 
mandent tous deux à la fois, est si extraordinaire qu'il est fort difficile 
de pouvoir le définir. Us affectent de ne craindre personne et Us agis- 

1. Vos. la note i, p. 330. 

3. Un récit de cette malheureuse expédition, d'après un mémoire de Poiron, a i\t 
publié par Rousseau dans ses Annales tunisienne!, p. 428 et suir. — Voy. aussi Bit- 
taire $ Alger, par de Gramont, p. 300, — et BUtoire de La Calle, par Féraud, déjà ciu>. 

3. AH et Younes. 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 343 

sent envers tout le monde en véritables tyrans, se croyant a l'abri de 
tout, ne recevant conseil de personne, et se faisant un vrai plaisir 
d'embrasser toutes les occasions de nuire et de maltraiter tant leurs 
sujets que les étrangers, l'un détruisant le soir ce que l'autre Tait le matin. 
L'un d'eux vient de faire renier, & force de tourments, trois de nos 
mousses. Il y a quelques jours, il en fit autant & deux jeunes Tabar- 
quins. Il y a tout & craindre que ce Prince et ses enfants ne se portent 
è de pins grandes extrémités, et qu'A la fin ils ne nous sacrifient tous 
a leur fureur et à leur rage. Il y a quelque temps, l'un de ses enfants 
a déclaré qu'il voulait abattre le corps de logis que nous occupions, 
pour le faire rebâtir avec les tètes des Français. Dieu veuille nous déli- 
vrer de ces barbares ! » 

(Affaire* elrangiret, C" de Tunu.) 
DE CASTILLON ' AD C M DK MADHEPAS. 

739. — La Calle, à bord de « La Syàille », 4 juillet 1 742. — « Je 
partis le 29 juin de Tunis pour La Calle, par ordre de M. de Massiac, 
et j'arrivai le 2 de ce mois à l'entrée de la nuit devant cette place 
ou je mouillai, & la prière du sieur Fougasse et de H. de Saurins, que 
je trouvai prêt à exécuter ses projets surTabarque avec quatre cents 
hommes qu'il menait avec lui; il croyait, comme tous ses officiers et 
les principaux de La Galle, venir facilement a bout de son dessein, 
sur la déposition vraisemblable d'un More affidé qui répondait sur sa 
tête qu'on ne trouverait que cent hommes sur cette île. Malgré mes 
représentations réitérées et une lettre de M. de Massiac qui lui donnait 
L'eu d'espérer dans quelque temps un renfort de deux cents hommes, 
il ne crut pas devoir perdre une si belle occasion de se signaler, et 
voyant le mauvais état de mon équipage, il me pria seulement de me 
tenir sur les bords pour en imposer d'autant. 

Enfin, comme c'était une mission particulière pour lui, je ne crus 
pas devoir m'y opposer davantage. Il partit donc comme moi hier au 
noir, mais le calme qui le favorisait m'empêcha de le suivre, et je 
n'étais qu'a, deux lieues du mouillage, lorsque j'ai vu revenir avant 
midi tous les bâtiments partis d'hier, restés sous le commandement du 
sieur de Villiers, faisant fonction d'écrivain du Roi, échappé tout seul 
des deux états-majors, après avoir essuyé tout le feu de l'action et 
avoir fait deux lieues à la nage pour éviter le sort des autres. » 
(Vanne, B* Si, f. HO.) 

1. Voy. la noie 1, p. 339. 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1713] 



FOUGASSE AD C* DE MAUREPAS. 

740. — La Calle, 5 juillet i 742. — M. de Saurins a tenté son entre- 
prise sur Tabarque hier matin & la tête de 300 hommes. Le débarque- 
ment s'effectua sans obstacle deux heures avant le jour, etl'on pot s'em- 
parer de plusieurs postes dans lesquels on négligea de se retrancher, 
mais au matin les assaillants eurent à essuyer le feu de la garnison, 
évaluée à 6 ou 800 hommes; M. de Saurins fut tué et l'attaque repoussée. 
Les bateaux qui avaient amené les troupes, n'osant s'approcher, ne 
sauvèrent qu'une quarantaine d'hommes qui s'étaient jetés à la mer, 
et te reste fut tué ou fait prisonnier. 

(Affaires étrangère», C" de Tunii.) 



LE C" DE MAUREPAS A CR0ZKT. 

741. — Vertailtei, i i juillet 1 742. — Si le Bey se détermine à faire 
sortir les 9 ou 10 galiotes qui sont prêtes a Portefarine, il n'est point * 
craindre qu'elles nuisent au commerce des sujets du Roi, grâce an* 
frégates que Sa Majesté a envoyées croiser sur les cotes tunisiennes. 

{Marine, B"> r,3, f. Ht.) 



CR0ZET AU C" DE MADREPAS- 

748. — Tunis, 20 juillet il 42. — Il rend compte de l'entreprise 
de M. Fougasse sur Tabarque. M. de Saurins, qui commandait deui 
brigantins alors en croisière à La Calle, vint attaquer cette ile avec 
250 hommes; ils furent bientôt obligés de se rendre, après un combat 
acharné, et on amena a Tunis, le 15 courant, 224 Français, malades ou 
blessés pour la plupart, et qui furent mis h la chaîne. 

a Ali-Bey fit exposer à une petite place qu'il y a à côté de noire Pon- 
douk, derrière la porte actuelle de France, 27 têtes de Français tués i 
Tabarque; elles y sont restées deux jours. Nous avons jugé prudent 
d'aller voir le Prince et de lui témoigner combien nous étions mor- 
tifié, ainsi que la nation, de ce qui s'était passé à Tabarque. Il nous 
répondit que M. Fougasse était un traître, et que si le Roi ne lui don- 
nait pas satisfaction à ce sujet, il trouverait le moyen de se venger lui- 
même. Nous eûmes bientôt le déplaisir de voir arriver les prisonniers 
presque tous nus, et dont la plus grande partie étaient malades. Après 



«dr* Google 



[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 348 

qu'on les eut fait passer l'un après l'autre devant le Bey, le sieur Crozet 
lui demanda de vouloir bien lui faire la grâce de lui remettre les 
malades et les blessés, à quoi il se refusa. 

Nous eupplions Votre Grandeur d'apporter quelque remède a nos 
maux, qui deviennent tous les jours plus considérables. » 

{Affaira étranger*!, C" de Tunù.) 

743. — l'unit, Si juillet 1742. — Délibération de la nation fran- 
çaise à Tunis accordant des secours aux esclaves français pris a 
Tabarque. 

{Affairât étrangères, C" de Tunis.) 

CROZET AD C u DB HAUREPAS. 

744. — Tvnii, 23 juillet i 742. — Depuis la triste affaire de Tabarque, 
les Français sont exposés aux plus rudes travaux. Quelques instances 
qu'ait faites le Vice-Consul, il n'a pu obtenir qu'on les délivrât de la 
chaîne. 

« On dit qu'à la prochaine expédition que Youuès-Bey va faire, il 
mettra tout en œuvre pour réduire La Calle. Notre situation devient 
chaque jour plus mauvaise, et nous implorons le secours de votre pro- 
tection pour remédier à nos maux. » 

{Affaires étrangère», C" de Tunis.) 
LE C M DE MAUREPÂS A PIGNON'. 

745- — Versailles, 23 juillet 1 742. — « Depuis la rupture, j'ai pris 
tontes les mesures possibles pour assurer la navigation et protéger le 
commerce des sujets du Roi. Des accidents imprévus ayant empêché 
jusqu'ici que le succès ne répondit à mon attente, je ne serais pas éloigné 
de négocier par l'entremise du sieur Fort •, capable de s'en bien acquitter 
et qui a depuis longtemps des liaisons d'amitié avec la famille du Kai- 
nadar du Bey. Hais il me parait bien difficile, si l'on prend le parti de 
l'envoyer à La Galle, d'empêcher que le Bey ne soit prévenu de son 
départ par les avis que l'on ne manquera pas de donner de Marseille 
ou de Livourae, et qu'alors le Bey ne regarde les démarches que fera 
le sieur Fort comme un acte de faiblesse de la part de la France, capable 
de le rendre plus difficile sur les principaux points qu'il aura a traiter, 

1. Voy. la note 3, p. 333. 

2. François Fort, négociant à Marseille, dont le (Ils résidait à Tunis el gérait sa 
maison de commerce. 



«dr* Google 



346 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [i74ï] 

tels que celui du boisement de main, de la restitution du Cap-Nègre 
avec tous les effets qui s'y trouvaient, et de celle des chevaliers alle- 
mands pris Bur le bâtiment du capitaine Barcillou... 

Cependant, j'approuverai que vous concertiez avec le sieur Fort, et 
même avec le sieur Isnard ', si vous le trouvez nécessaire, les mesures 
qu'il conviendrait de prendre pour que cette négociation pût réussir.... 
Je serai bien aise que vous m'envoyiez un projet de l'instruction que 
vous estimerez devoir être donnée au sieur Fort. Il importe que cette 
affaire soit traitée avec autant de secret que de prudence. S'il était 
possible d'obtenir, a titre de compensation ou d'indemnité, que l'île de 
Tabarque fût cédée à. la Compagnie d'Afrique par un bail emphytéo- 
tique, ou de telle autre façon que le sieur Fort pourrait y parvenir, il 
serait plus aisé de se relâcher sur la prétention du Bey par rapport su 
baisement de main, ou de trouver quelque expédient pour y consentir 
verbalement et sans que cette condition fut insérée dans un traité, 
mais vous penserez sans doute qu'il est d'une conséquence extrême de 
se prêter aux fantaisies des Puissances barbaresques, et qu'après avoir 
accordé au Bey de Tunis une prérogative de cette espèce, dont ses pré- 
décesseurs n'ont jamais joui, il est fort a craindre qu'il n'abuse de cette 
condescendance pour élever dans la suite d'autres prétentions. ■ 
[Marine, B' tTS.f.OI.) 



DEFLANORB AD C u DE MAORKPAS. 

746. — Tunis, 24 juillet i 742. — « L'affaire de Tabarque doqs » 
tous jetés dans une consternation extraordinaire, et je ne sais que 
penser d'un tel projet, dont l'exécution a été funeste à tant de cens- 
projet, je dois dire, conçu contre toutes sortes de règles, et qu'on ï 
exécuté sans avoir pris les précautions et les mesures convenables. 
M. Fougasse pouvait-il s'imaginer que des Maures, qui se trahissent 
journellement entre enx, fussent capables de Ini garder la foi et le secret, 
et ne devait-il pas savoir que ces gens-ci ne s'étudient qu'à tromper et 
à trahir les chrétiens, dont ils sont les ennemis irréconciliablesT L'expé- 
rience journalière de leur fourberie devait l'en convaincre. Quelle idée 
de croire que 300 hommes, sans bombes, sans canons, sans un secours 
certain du côté de la mer et même sans retraite, seraient capables de 
prendre un château de la force de celui de Tabarque, que 50 hommes 

1. Jean -François Isnard, premier député du commerce de Marseille. 



«dr* Google 



[1742J AVEC LA COUR DE FRANCE 347 

sont en état de garder! Cet événement ne contribuera pas peu a rendre 
difficiles les négociations de paix. » 

(Affaires étrangères, C" de TunU.) 



DEFLANDBB AUX DIRECTEURS DE LA c" ROYALE D'AFRIQUE. 

747. — Tunis, 24 juillet i 742. — « On est venu exposer à Tunis, 
le 7 de ce mois, 27 têtes de nos compatriotes, qui faisaient partie de 
l'expédition de Tabarque. Le Bey en avait été averti par ceux-là mêmes 
à qui M. Fougasse se fiait le plus. Les officiers, soldats et employés A 
cette belle entreprise sont ici prisonniers, au nombre de 224. 

Les officiers du Roi sont MM. Saurins de Murât ', blessé en trois 
endroits, de Meyronel ', de Villeneuve *, Kellio ', Dagay s et de Gadroy ' ; 
MM. le chevalier de Thieuville 7 et de Gineste ' ont été tués. Les officiers 
de La Calle sont les sieurs Audibert, Jourdan et Vitalis. Tous ces Mes- 
sieurs sont au Bardo, enchaînés avec six autres patrons ou domes- 
tiques; il y a 40 blessés à l'hôpital, et le reste est enchaîné au bagne 
de Sainte-Croix. Il y en a 60 qui ont eu la chaîne au col pendant quel- 
ques jours; j'ajoute que ceux qui ont été tués ou blessés ne l'ont été 
qu'après avoir rendu les armes. 

Nous sommes tous ici, Messieurs, dans une affliction inconcevable, 
en pensant au triste sort de tant de braves gens. Fallait-il qu'un seul 
homme en sacrifiât tant d'autres et nous exposât tous A périr misé- 
rablement! Le Bey est furieusement irrité contre M. Fougasse; il a 
avoué qu'il ne pouvait digérer d'avoir été trompé et trahi de la sorte, 
par une personne qui ne cessait de lui donner les plus belles espérances 
du monde pour la paix. On ne nous regarde plus que comme des traî- 
tres, des lâches et des gens sans parole et sans foi... a 

(Affaire* étrangères, C" de TunU.) 



i. Voy. la note I, p. 333. 

ï. De Meyronel Saint-Marc, enseigne de vaisseau à bord de L'Assuré. 

3. De Villeneuve Mont, enseigne de vaisseau à bord de L'Assuré. 

i. Aslier de Kellio, commandant L'Inconnu. 

S. Enseigne de vaisseau en second sur L'Inconnu. 

t. Écrivain du Roi sur L'Assuré. 

1. Garde de la marine a bord de L'Assuré. 

t. Garde d* la marine a bord de L'Inconnu. 



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CORRESPONDANCE DES DEYS ET DBS CONSULS [1741] 



RELATION DS CE QUI SES! PASSÉ A L 'OCCASION DE L'ENTREPRISE DB TABAROCI, 
PAR LE BIBUR DB fiADROï '. 

748. — Le Bardo, 28 juillet 1 742. — r Je tous envoie le détail de notre 
malheureuse entreprise sur Tabarque. II. de Saurins m 'ayant demande 
si je ne serais pas fâché de le suivre, je lui répondis que je ferais « 
qu'il voudrait, et il me dit en badinant, étant a table, que je serais son 
aide de camp. Sur les cinq heures du soir on battit la générale et chacun 
se rendit & son détachement. Nous gagnâmes le bord de la mer pour 
nous embarquer; on fit appareiller les brigantins et on divisa les troupes 
sur onze coralines. M. de Saurins m'appela et me dit de m'emb&rquer 
dans une des coralines pour obliger les Tabarquins, desquels on se 
méfiait, & le suivre et pour les tenir en respect. Nous démarâmes sur les 
six heures du soir et nous arrivâmes a cette infortunée ile, le 4, sur les 
deux heures après minuit. H. de Saurins avait déjà embarqué ; il était sur 
le haut de l'Ile et nous cria : — A moi, Saurins! Sur cela on nous tira du 
château quelques coups de fusil qui occasionnèrent nos gens non encore 
débarqués à tirer et & crier : Vive le Bot, ce qui fit que j'en bourrai 
quelques-uns, que je renversai en leur disant qu'en tirant ainsi ils tue- 
raient ceux qui étaient devant, ce qui fut vrai, car à peine eus-je fait 
vingt-cinq pas, suivi d'un seul matelot, que je trouvai on de nos mate- 
lots qui avait été tué par on de ces coups de fusil. Je continuai mon 
chemin et, à environ cent pas, le matelot qui marchait devant moi fit 
tué, et un Turc caché derrière un figuier me tira un coup de fusil qui 
me passa, fort près, car la balle siffla aux oreilles, ce qui me fit jeter 
les yeux de tous cotés pour voir d'où venait le coup, et j'aperçus mon 
drôle qui rechargeait son fusil à l'abri de ce figuier. J'y courus dessus 
et de cinq ou six pas je lui lâchai mon coup de fusil qui le renversa 
par terre. Je rechargeai tout de suite et continuai mon chemin. Je 
joignis enfin H. de Saurins dans un lieu appelé Fournazi, où il y avait 
plus de 50 Turcs retranchés qui faisaient des fenêtres un feu d'enfer 
sur nous, auquel nous répondions de notre mieux. Enfin, fatigué de ce 
feu-là et voyant qu'on nous tuait notre monde, H. de Saurins nous dit: 
— Courage, mes enfants; il faut forcer ceci la baïonnette au bout du 
fusil. — En disant cela nous marchâmes droit à la porte pour en faire 
l'exécution, mais malheureusement notre sergent, un homme de La 
Calle et moi, qui étions près de M. de Saurins pour le suivre, nous ren- 
contrâmes dans le coin de l'escalier deux Turcs auxquels nous lâchâmes 

I. Aide de camp de M. de Saurins Murât. 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 349 

dos coups de fusil, qui les renversèrent, mais un d'eux en tombant tira 
son coup de fusil, qui blessa notre sergent & mon côté, lequel se sentant 
blessé cria : — Oht mon Dieut M. de Saurins! — ce qui fil que nous 
crûmes nous être mépris et avoir tué H. de Saurins qui était devant 
nous; cela nous empêcha de continuer notre chemin pour le suivre, 
ce qui fut .cause qu'il fut blessé à l'épaule en entrant dans une des 
chambres de cette maison. Un éclat de grenade lui emporta un mor- 
ceau de la main droite et nous le vîmes sortir, se soutenant sur les 
mains et les genoux. Alors nous le primes et le sortîmes hors de cette 
cour et le mimes derrière une muraille a l'abri, pour le faire reposer, 
ce qui découragea presque tout notre monde. Enfin, voyant que nous 
ne pouvions nous rendre maîtres de ce poste et que le jour se faisait, 
nous songeâmes à la retraite, mais les coralines qui nous avaient mis à 
terre avaient rebandé au large et nous laissèrent dans la dure nécessité 
ou de se faire tuer ou de devenir esclaves. Cela fit que nos gens prirent 
l'épouvante et la plupart se jetèrent à la nage; d'autres se cachèrent 
sous des rochers et abandonnèrent leurs armes. Enfin, voyant que nous 
étions perdus, nous fûmes obligés d'aller gagner un poste, la baïonnette 
au bout du fusil, pour nous pouvoir défendre jusqu'à la mort, et nous 
fîmes pour cela plus de six cents pas, tous à découvert et forcés de 
recevoir une grêle de coups de fusil sans en pouvoir donner. Les 
ennemis, s'apercevant que nos gens se jetaient & la nage, vinrent au 
nombre d'une centaine au lieu où j'étais avec H. de Saurins, de Mey- 
ronet et une trentaine de nos gens. Nous les reçûmes de si bonne grâce 
qu'ils furent obligés pendant deux fois de reculer, mais la munition 
nous manquant, nous fûmes obligés de nous rendre à leur discrétion ; 
il y en eut plusieurs qui furent fort maltraités, car ils eurent des coups 
de sabre, les uns sur la tête, les autres sur les bras et dans toutes les 
parties du corps. Ensuite ils coupèrent la tète aux blessés et aux morts, 
et aussi à ceux qui nageaient, car ils les prenaient par les cheveux avec 
un esquif et leur coupaient la tête, qu'ils gardaient sur le bord de ce 
bâtiment, lis en portèrent une trentaine à Tunis et les exposèrent pen- 
dant huit jours aux yeux du public. Cela fait, nous fûmes conduits dans 
différents endroits, et sur les quatre heures on me mena avec plusieurs 
autres dans un château qu'il y a en terre ferme, où nous fûmes tous 
mis a la chaîne au pied et couchés sur la dure, et pour nourriture on 
nous donna du fort mauvais biscuit et de l'eau. Nous sommes restés 
dans cette triste situation jusqu'au 10, où il vint une fort nombreuse 
escorte avec un ordre du Bey pour nous conduire au Bardo. Notre 
marche a duré six jours; les officiers étaient à cheval et les blessés 



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350 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [174!] 

aussi. Pour les autres ils étaient obligés de marcher, et l'ardeur du 
soleil nous Ût perdre deux hommes. Enfin, vous ne sauriez concevoir 
ce que chacun en son particulier a souffert. Nous arrivâmes enfin le 15 
au Bardo; en nous fit tous passer devant le Bey; on nous mit ensuite 
dans une prison avec la chaîne au pied, puis dans un réduit du Bardo 
où nous vivons sur nos crochets et où nous avons été obliges de nous 
faire faire des bardes, car quand on nous eut prie, on nous déshabilla 
complètement. » 

{Affaira étrangère*, Uém, et Doc. '/uni'», (. IX, f. St.) 



LE C'° DE HAUBBFA3 A P1GS0S. 

749. — Versailles, Si juillet i 749. — « L'issue fâcheuse de l'expé- 
dition que M. de Saurins, lieutenant de vaisseau, vient de faire a 
Tabarque ne pouvant qu'irriter de plus en plus le Bey de Tunis contre 
la nation et le déterminer peut-être à quelque entreprise violente contre 
les Français qu'il a en Bon pouvoir, il convient de prendre les mesures 
les plus promptes pour mettre la place de La Calle en étal de défense, 
au cas que le Bey de Tunis, qui vient de faire sa paix avec le Dey 
d'Alger, s'unisse à lui pour enlever celte place à la Compagnie d'Afrique. 

A cet effet, il a été déterminé de désavouer l'expédition de Tabarque, 
que M. de Saurins n'aurait jamais dû entreprendre avec le peu de forces 
qu'il avait, et que le sieur Fougasse n'aurait pas dû seconder... Pour 
rendre ce désaveu vraisemblable au Bey de Tunis, je vous marque par 
une lettre ostensible, ainsi qu'aux directeurs de la Compagnie d'Afrique, 
que l'intention du Roi est que le sieur Fougasse soit démis de sa place 
de directeur de La Calle et remplacé par le sieur Fort, dont la prudence 
lui esl connue. 

Il est nécessaire qu'à la réception de cette lettre vous fassiez appeler 
le sieur Fort, auquel vous ferez la confidence secrèle de son contenu; 
vous lui expliquerez que sa nomination de directeur de La Calle n'est 
qu'apparente, qu'il s'y rendra pour n'en faire les fonctions qu'extérieu- 
rement, mais que ce n'est effectivement que pour se mettre à portée 
d'entamer une négociation de paix avec le Bey de Tunis, le sieur Fou- 
gasse devant toujours rester a La Calle pour diriger les affaires de la 
Compagnie d'Afrique, quoique réduit à la qualité de simple employé. 

Au surplus, vous devez prévenir M. de Saurins que M. de Hassiac, qui 
commande L'Aquilon et les autres bâtiments du Roi qui croisent sur la 
côte de Tunis, étant chargé par Sa Majesté de recevoir les proposition* 



«dr* Google 



[174Î] AVEC LA COUR DE FRANCE 381 

de paix du Bey, il doit l'informer exactement de tout ce qui aura rap- 
port à sa mission. » 

(Marine, Bi 11&,f. SU.) 



LE C" DE HAUREPAS A DE HASSIAC. 

750. — Vertaillet, i" août 1742. — « Le Roi a appris avec peine 
l'insuccès du sieur de Saurins contre l'île de Tabarque, et craignant 
que le Bey de Tunis ne profite de ces circonstances pour s'emparer de 
la place de La Calle, il y fait passer un détachement de 100 hommes de 
troupes de la marine. 

Il est évident que le Bey n'en est que plus aigri contre les Français ; 
il faut donc arriver & un accommodement avec lui, à cause des suites 
fâcheuses qui en pourraient résulter pour ceux qui ont été pris dans 
cette fâcheuse expédition et qui sont détenus à Tunis. Parmi ceux-ci, 
il s'en trouve un nommé Fort dont le père, qui est a Marseille, est par- 
ticulièrement connu du Bey de Tunis. C'est par le sieur Fort père 
qu'on tentera cette négociation. Mais pour couvrir la mission, on le 
fera passer de France a La Calle sous prétexte d'y remplacer comme 
directeur de la Compagnie d'Afrique le sieur Fougasse, dont le Roi est 
très mécontent. C'est lui qui a poussé le sieur de Saurins à cette expédi- 
tion désastreuse, et lui a fourni a cet effet et sans ordre des secours. 
Le' sieur Fort écrira de La Calle à son fils qui est à Tunis, conformé- 
ment à ce qui lui est prescrit. 11 l'informera de sa nouvelle destination 
apparente. Il se dira venu pour remplacer le sieur Fougasse dont le 
Roi a désapprouvé la conduite, le sieur de Saurins ayant entrepris cette 
expédition de Tabarque sans y avoir été autorisé par le Roi. Il fera 
entendre à cette occasion que Sa Majesté aurait pris bien d'autres me- 
sures et déployé bien d'autres forces pour se rendre maître de cette 
Ile, s'il en avait eu le dessein, etc. Sur la réponse que lui fera son fils, 
il pourra alors entrer en matière sur la question de la remise et du 
renvoi des officiers, soldats et matelots faits prisonniers & Tabarque. 
Progressivement il pourrait obtenir du Kaznadar la permission de se 
rendre k Tunis pour voir son fils et, sur les lieux, il pourrait mieux 
alors entamer la négociation. 

Le sieur de Massiac secondera le sieur Fort avec tout le zèle dont 
on le connaît capable. Celui-ci le tiendra au courant de toutes ses 
démarches. S'il le trouve nécessaire, le sieur Fort fera entendre au 
Kaznadar et même au Bey de Tunis que si la paix se fait par son 
entremise, il pourrait être nommé Consul a Tunis. Celte considération 



«dr* Google 



352 CORRESPONDANCE DBS BEYS ET DES CONSULS [1141] 

serait peut-être plus décisive que toute autre, à cause des avantages 
que le Bey et le Kaznadar, qui a beaucoup d'amitié pour le sieur Port, 
croiront pouvoir en retirer. 

Ou dit que le Dey d'Alger a fait la paix avec le Bey de Tunis ; celte 
paix pourrait nous être désastreuse si le Bey de Tunis parvenait à 
s'allier contre nous avec les Algériens. 11 faut donc ne provoquer ceui- 
ci d'aucune façon, ne pas visiter leurs bâtiments, etc. Les 100 hommes 
de troupe de la marine qui viennent d'être envoyés a La Calle n'y 
doivent rester qu'autant que celte place serait menacée. H. de Massiac 
les renverra en France suivant les circonstances... » 

(Mariât, B* Sis.f.sta.) 

PIGNON AU C 1 * DE HAUItEPAS. 

761. — Marseille, 3 août 1742. — H. de Saurins n'est pas mort, 
mais blessé dangereusement. Il a été porté sur un brancard par huit 
Maures de Tabarque a Tunis. Messieurs de Thieuville et de Gineste 
sont morts; le reste des officiers a été conduit à Tunis. On a perdu 
dans cette affaire de cinquante à soixante hommes. 

(Mariât, B» SI, f. 177.) 

762. — Versailles, 12 août 1 742. ■ — Arrêt qui permet à la Chambre 
de commerce de Marseille d'emprunter pour cinq ans, et à l'intérêt du 
denier 20, la somme de 80,000 livres, pour être employée a l'acquitte- 
ment des dépenses extraordinaires faites par la nation, à Tunis, depuis 

la rupture avec cette Régence. 

(Marine, B' 173, f. HT.) 

LE C'* DE MAGREPAS A DEFLAHDRB. 

763. — Versailles, 15 août 1742. — Il ne doit rien omettre, de con- 
cert avec le sieur Crozet, pour que les Français qui sont détenus à Tunis 
s'y comportent d'une manière irréprochable. Au surplus, ils ne devront 
se mêler d'aucune négociation en dehors de leurs fonctions. 

(Marine, B' tTS, f.SOI) 

DE MASSIAC AD C 10 DB MAUHEPAS. 

764. — A bord de «L'Aquilon a, devant Tunis, 2 8 août 1742.—C'esUe 
fils aîné du Bey, général des troupes, qui règle tout aujourd'hui, el il est 



t,zed,yGOOg[e 



[114?] AVEC LA COUH DE FRANCE 3S3 

bien disposé pour les Français. En acquiesçant au baisement de main, 
on obtiendra ce qu'on voudra; le Bey et son fils ne désirent autre chose 
que de voir arriver une personne déléguée pour négocier la paix. 
H. de Massiac secondera dans ce but le sieur Fort avec tout le zèle 
dont il est capable. 

(Marine, B* M, f. 169.) 

PORT A DEFLANDRE. 

765. — La Calle, 2% août i 742. — « Le Roi, aussi mécontent de 
l'entreprise que le sieur de Saurins a faîte de son chef sur l'Ile de 
Tabarque que des secours qu'on dit que le sieur Fougasse lui a fournis 
pour cette expédition, a jugé à propos de me faire passer en cette place 
pour y informer sur la conduite dudit sieur Fougasse, et m'a ordonné 
de le destituer même, si je le trouve coupable d'avoir contribué au 
plus imprudent de tous les projets, ce que j'ai commencé de faire à mon 
arrivée ici, en lui substituant jusqu'à nouvel ordre le sieur Émeric *, 
caissier, avec lequel vous correspondrez pour toutes les affaires que 
l'agence dont vous êtes chargé exigera. » 

(Affaira étrangères, C" de Tunis.) 

DEFLAIfDRB AU C" DE HAURBPAS, 

766. — Tunis, 29 août 1742. — Les officiers, soldats et employés 
survivant a l'expédition malheureuse de Tabarque sont arrivés à Tunis 
au nombre de 224. Saurins était blessé; de Meyronet, de Villeneuve, 
Astier de Kellio, Dagay, de Gadroy, le chevalier de Thieuville, de 
Gineste, Audibert, Jourdan, Vitalis, principaux officiers de la petite 
armée française 1 , étaient chargés de chaînes. On les a conduits au 
Bardo; 40 soldats blessés ont été enfermés au bagne de Sainte-Croix, 
et le reste à l'hôpital. 

(Colonies, C* d'Afrique.) 

DR SAURIIfS-HURAT AU C' 1 DB HAURBPAS. 

757. — Le Bardo, 30 août il 42. — « Je ne me croirais plus en 
droit de vous rendre compte, ni de rien ajouter à celui que j'ai eu 
l'honneur de vous rendre, de l'événement de Tabarque, si je n'apprenais 

I. Joseph Émeric. 

ï. Dans l'Étal des personnes de La Calle qui ont servi à ^expédition de Tabarque, 
dressé par Fougasse en 1743, figurent Jean Audibert, Jean Vitalis, Barthélémy 
Jourdan, officiers; 4 caporaux, 33 soldats, 26 hommes de mistrancc, 5 frégatairea, 
et 49 corailleurs (Affaires étrangères, C" de Tunis). 

23 



zedsyGoOgle 



354 CORRESPONDANCE DES BEÏS ET DES CONSULS [1142] 

les ordres du Roi qui destituent M. Fougasse, accusé de m'en avoir 
imposé en me disant qu'il avait des intelligences dans cette place et 
conséquemment donné de faux avis. Je dois a la vérité le témoignage 
que j'ai l'honneur de vous rendre en sa faveur à cet égard. 

Ce directeur a été trompé comme moi, et je n'ai d'autre sujet de 
plainte contre lui, qui soit venu & ma connaissance avec certitude, que 
son procédé auprès du Bey de Tunis, peu de jours avant et après notre 
défaite, faute de réflexion sur les motifs de ma conduite et sur les con- 
séquences dont la sienne pouvait être suivie; mais permettez-moi encore 
de vous représenter, Monseigneur, parce que c'est une obligation dont je 
suis indispensablement chargé, que dans ces circonstances personne 
n'est moins coupable ou plutôt n'est plus digne de vos bienfaits et des 
grâces du Roi que Messieurs de Kellio, Dagay, de Meyronet, de Ville- 
neuve, qui, dans cette action, ont fait tout ce qu'on doit attendre des 
plus honnêtes gens et des meilleurs officiers dans une très cruelle situa- 
tion. Messieurs deGadroy,Audibert et Vitalis y ont parfaitement rempli 
les devoirs auxquels ils s'étaient engagés, aussi bien qu'une partie des 
gens de La Galle et des équipages des brigantins, mais le plus grand 
nombre des uns et des autres ont manqué de courage et de fermeté...» 
(Marine, B* 5J, f. 330.) 

LE C w DE MAUHF.PAS A CROZET. 

758. — Versailles, Si août 4742. — On lui recommande d'avoir 
avec M. Fort la correspondance la plus suivie sur les affaires de Tunis, 
et d'avoir pour son fils, qui est dans cette ville, tous les égards pos- 
sibles. 11 devra donner tous les secours qui dépendront de lui au* 

Français pris A Taharque. 

(Marine, B? 173, f. 34î.) 

LE C t0 DE MAUHKPAS AU C w DE CASTBLLANE '. 

759- — Versailles, 3 i août 1742. — " Depuis le commencement des 
hostilités des Tunisiens, Monsieur, et en suite de la prise qu'ils firent de 
l'Ile de Tabarque sur M. Lomellini, de Gênes, on s'était proposé de s'em- 
parer de celte lie, tant pour contenir ces corsaires dans le devoir que pour 
faciliter la pêche du corail à la Compagnie d'Afrique qui aurait pu y 
établir son principal comptoir. Dans cette vue, on avait chargé en der- 
nier lieu M. de Saurins-Murat, lieutenant de vaisseau, qui s'était offert 
pour celte entreprise, d'en faire l'expédition au moyen de certains 
secours qu'on lui avait indiqués, mais cet officier plein de valeur et de 
1. Voy. la noie 1, p. 33*. 



t,zed, y G00g[e 



[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 355 

zèle s'étanl abouché à La Galle avec le sieur Fougasse, directeur de la 
Compagnie d'Afrique dans cette concession, prit la résolution, de concert 
avec ce directeur, de surprendre l'Ile de Tabarque avec 300 hommes 
seulement, presque tous gens de mer et dont plus de la moitié corail- 
leurs génois employés au service de la Compagnie, au lieu d'attendre 
les secours qu'il aurait pu se procurer d'ailleurs. 

L'expédition a réussi aussi mal qu'elle avait été mal concertée. Le 
sieur de Saurins, trahi par un espion maure auquel le sieur Fougasse 
s'était confié trop légèrement, a trouvé le château de l'Ile garni de 
800 hommes au lieu de 150 seulement qu'on y avait supposés, et après 
un combat de deux heures î) a été enveloppé avec sa troupe, après 
avoir été dangereusement blessé. 

Il n'y a eu que quarante personnes qui soient revenues de cette expé- 
dition; il y en a eu un pareil nombre de tuées, parmi lesquelles il s'est 
trouvé deux gardes de la marine, dont le reste a été fait esclave, de 
même que le sieur de Saurins, que l'on dit avoir été transporté à Tunis. 

Cette expédition, quoique permise dans le fond, ayant été véritable- 
ment hasardée par le sieur de Saurins, sur les conseils du sieur Fou- 
gasse, il a été résolu, pour éviter que le Bey de Tunis ne se portât a 
quelque extrémité envers la nation en suite de cet événement, de le 
désavouer, et pour en rendre le désaveu plus vraisemblable aux yeux 
du Bey de révoquer le sieur Fougasse... » 

[Marine, fl 1 173, f. 34e.) 

LE C' DE MAURBPAS A DE MASS1AC. 

760. — Versailles, 2 septembre i 742. — « Il n'y a que la présence 
des frégates du Roi sur les côtes de Tunis qui puisse obliger le Bey a de- 
mander la paix. Sa Majesté attend donc de votre zèle que vous surmon- 
tiez toutes les difficultés que vous prévoyez à garder ceB croisières pen- 
dant l'hiver, et qu'à votre exemple les capitaines des deux frégates qui 
sont sous votre commandement tiendront la mer autant qu'il sera pos- 
sible. Le premier sera M. deBompart et l'autre M. deFraignes'... Réflexion 
faite, dans la crainte de porter ombrage au Dey d'Alger, on n'a point 
envoyé de troupes à La Calle, qui n'est pas menacée d'ailleurs par le 
Bey de Tunis, » 

Je suis bien aise de savoir que le sieur de Saurins-Murat est main- 
tenant hors de danger de ses blessures. » 

[Marine, B* 3)8, f. 59S.) 

ena M. Fort père h La Calle, puis à 



«dr* Google 



CORRESPONDANCE DES BEÏS ET DES CONSULS [17*î] 



PIGNON AU C w DE MÀUREPAS. 

761. — Marseille, 2 septembre 1742. — Il réclame des secours 
nécessaires aux officiers et équipages de l'expédition de Tabarque pri- 
sonniers à Tunis, au nombre de 224. 

(Marin*, fi' SI, f. Ml.) 



LE C" DE MAUREPAS A CROZET. 

762. — Versailles, 10 septembre 1742. — On lui recommande 
d'envoyer à la Chambre de commerce, tous les mois, un état de 1» 
dépense qui sera faite a l'occasion des Français et autres prisonniers 
qui ont été conduits à Tunis après l'expédition de Tabarque, el de 
s'entendre avec elle pour la remise des fonds dont il aura besoin. 

{Marine, B 1 173, f. 371.) 



FORT AU C" DR MAUREPAS. 

763. — La Catle, 1 5 septembre 1 742. — Il est arrivé à La Galle le 
26 août, sur La Légère, pour entrer en négociation avec le Bey de 
Tunis, lui exposer que le Roi désapprouvait l'expédition de Tabarque, 
et qu'il l'avait chargé de révoquer le sieur Fougasse et de négocier 
un accommodement. II a annoncé sa visite et s'est fait précéder d'un 
petit présent composé de 12 boites de confitures, de 12 pains de sacre 
et de 12 bouteilles de sirop de capillaire. 

Le Bey, ayant appris l'arrivée du sieur Fort à La Calle, a arrêté son 
fils, négociant à Tunis, et l'a retenu prisonnier ou Bardo. Dans son 
désir de faire la paix, il s'est ainsi assuré d'une correspondance avec le 
nouvel Envoyé du Roi. 

(Affaire* étrangère!, C" de Tunis.) 



FORT AU C" DE HA U REPAS. 

■ La Calle, 26 septembre 1 742. — Il va partir pour La Cou- 
d'entamer sa négociation avec les Puissances de Tunis. Son 
ionné avis qu'il était attendu avec impatience, et qu'on avait 
ir de voir mener à bien sa mission diplomatique. 

(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 



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[1142] AVEC LA COUR DE FRANCE 



76S. — Tunis, 29 septembre i 742. — Délibération de la nation fran- 
çaise a Tunis, qui décide de vêtir pour l'hiver les soldats et officiers 
pris à Tabarque, ainsi que les derniers esclaves capturés par les cor- 
saires de cette République. 

{A/fairet étrangère», C l de Tunit.) 



LE C" DE KAUHEPAS A DE MASSIAC. 

760. — Versailles, 1" octobre i 742. — Sur ce qu'il a fait répondre 
au Bey de Tuais par le premier député de la nation, les drogmans et 
le garde qu'il a envoyés à bord de L'Aquilon, lorsqu'il a mouillé à La 
Goulette. « Sa Majesté a approuvé qu'il se soit tenu sur la réserve sur 
la question de la paix, du moment que le Bey ne lui avait fait faire 
aucune ouverture à ce sujet, mais cependant, comme il convient de 
presser autant qu'il se pourra un accommodement avec la Régence de 
Tunis, de nouvelles instructions sont envoyées au sieur Fort par rap- 
port à la conduite qu'il doit tenir à l'égard des propositions de paix. 
Donc, s'il n'est pas encore à Tunis, le sieur Fort a ordre d'informer le 
Bey qu'il est chargé d'entamer la négociation, et que, s'il le désire, il 
se rendra auprès de lui & cet effet. Il y a lieu de croire que le Bey ne 
repoussera pas ces premières offres, d'autant plus qu'il a fait pressen- 
tir par la voie d'Alger qu'il serait bien aise de voir la paix se conclure 
avec la France. 

Lorsque le sieur Fort sera à Tunis, il demandera avant tout la liberté 
de tous tes Français détenus a Tunis, soit le 1" article des prélimi- 
naires de la paix ; il discutera ensuite les autres articles sur lesquels il 
a reçu des instructions particulières. S'il parvenait à se mettre d'ac- 
cord et à convenir d'une suspension d'armes ou armistice, son pre- 
mier soin sera de vous en informer. L'intention de Sa Majesté est que 
vous entriez alors dans les plus grands détails sur tout ce qui concernera 
la cessation des hostilités contre les Tunisiens, et que vous concertiez 
avec lui les moindres choses relatives a cet événement, en particulier 
pour recevoir a bord de cette frégate les envoyés du Bey, s'il se décide 
a vous en envoyer. 

Le sieur de Hassiac est autorisé par son instruction à faire tout ce 
qui sera nécessaire pour l'intérêt de cette négociation. C'est un des 
plus grands services qu'il puisse rendre que d'y contribuer. » 

Le Roi approuve qu'il ait refusé d'employer les forces de la Religion 



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358 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1T42J 

de Malte conjointement avec les bâtiments du Roi pour tenter une nou- 
velle entreprise sur l'île de Tabarque. 

{Marine, II* 318, f. Ut.) 



LE C" DE HAURBPAS A FORT. 

767. — Versailles, i" octobre i 742. — « Sur la demande que vous 
m'avez faite, Monsieur, de traiter de la paix entre la France et le Bey de 
Tunis, en cas qu'il en soit question pendant votre séjour a La Calle, j'ai 
engagé l'Empereur mon maître a y consentir, et Sa Majesté Impériale, i 
qui j'ai fait connaître votre zèle et votre prudence, veut bien vous per- 
mettre de recevoir les propositions qui pourront vous être faites de la 
part du Bey de Tunis et de m'en rendre compte. Pour vous rendre cette 
commission encore plus honorable auprès du Bey, j'ai déterminé aussi 
Sa Majesté Impériale à vous accorder le pouvoir de consentir de aa 
part à un armistice ou suspension d'armes, si le Bey vous paraît désirer 
la paix avec autant de sincérité qu'on me l'a assuré, et que pour pré- 
liminaires il veuille mettre en liberté tous les sujets de Sa Majesté qui 
sont détenus à Tunis, et rendre à la Compagnie d'Afrique le commerce 
du Cap-Nègre dont elle a été dépouillée injustement, en attendant 
qu'il soit convenu des autres articles. » 

(Mariât, B' 173, f. 439.) 



LE C l8 DE KAUBEPAS A FORT. 

768. — Versailles, 1" octobre 1 142. — « Considérant qu'il est extrê- 
mement important pour le bien du commerce de terminer cette affaire 
par une prompte négociation, tant par rapport à la situation fâcheuse 
où se trouvent le grand nombre de Français qui sont détenus à Tunis que 
par la difficulté de pouvoir garder les croisières pendant l'hiver, et par 
conséquent d'empêcher la sortie des corsaires des différents porta de 
cette Régence, il pourrait convenir, pour ménager la paix et obtenir des 
conditions plus avantageuses ou moins onéreuses, de faire quelques 
donatives au fils aîné du Bey, au Kaznadar ou autres Ministres dont 
le crédit et les bons offices pourront être utiles à Monsieur Fort Le 
Ministre approuvera à cet effet depuis 10 jusqu'à 20,000 piastres. 
Mais pour ne point faire connaître qu'il distribue ces présents par ordre 
du Roi, il en fera l'offre au nom de la Compagnie d'Afrique, qui eat 
prête à faire ce sacrifice pour obtenir la liberté de son commerce. 

Dans les commencements de la rupture, Sidi Younès-Bey proposa au 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANCB 359 

sieur Crozet, pour concilier le désir qu'avait le Bey son père que le 
Consul de France lui baisât la main avec la peine qu'avait le Gouver- 
nement, de France à consentir à cette nouveauté, de ne point envoyer 
de Consul à Tunis et n'y entretenir qu'un négociant en qualité de député 
de sa nation et sans provisions du Roi. H. Fort pourrait accepter cet 
expédient pour faciliter sa négociation, en attendant que l'on pût réta- 
blir le Consulat de Tunis. Il aura soin, au surplus, de renseigner M. de 
Hassiac sur toutes ses démarches, afin que cet officier puisse régler 
d'après cela le mouvement des bâtiments du Roi qu'il commande sur 
les côtes d'Afrique. » 

(Marin*, fl 1 473, f. 437.) 



LE C u DE HAUKEPAS A FORT. 

7B9. — Versailles, 1" octobre 1742. — Le sieur Crozet, député a 
Tunis, l'informe que le Bey de celte Régence paraît être dans des dispo- 
sitions favorables a un accommodement, et qu'il convient d'en profiter. 

En conséquence le sieur Fort devra s'annoncer auprès du Bey de 
Tunis, de manière a ce qu'il ne soupçonne pas qu'il a été envoyé exprés 
à La Galle pour y traiter de la paix. 

■ II se défendra autant qu'il se pourra sur l'article du baisemenl de 

main, mais s'il est absolument nécessaire de l'accorder pour parvenir a 

an accommodement, il pourra le faire espérer au Bey comme une grâce 

à laquelle le Roi consentira, sans qu'il en soit fait aucune mention dans 

le traité. » 

[Marine, B 1 173, f. i3S.) 



FORT A ALI, BEY DE TUNIS. 

770. — Tunis, i° octobre i742. — a Très illustre et très magnifique 
Seigneur, 

Je viens de recevoir dans ce moment une lettre du Ministre de l'Em- 
pereur mon maître qui met le comble a ma joie, puisqu'elle me con- 
firme qu'en cas que Votre Excellence fasse des propositions pour par- 
venir à un accommodement avec la France, j'aurai l'honneur de les 
recevoir. Je ne puis exprimer à Votre Excellence combien je suis flatté 
d'une commission aussi honorable et avec quel empressement je désire 
qu'elle me fasse part de ses intentions. J'espère de trouver dans mon 
zèle pour ma patrie et pour Votre Excellence les moyens d'ajuster les 
différents intérêts. J'avais eu un pressentiment secret, avant mon départ 



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360 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [174*] 

de France, du bonheur qui m'arme aujourd'hui, en demandant à la 
Cour la permission de traiter de la paix, en cas qu'il en fût question 
pendant mon séjour à La Calle, ce qui me fut accordé. 

Enfin, Monseigneur, voici l'occasion la plus favorable que je puisse 
trouver de faire valoir mes services à ma Cour et de vous donner des 
marques de mon zèle et de mon respect... » 

(Affaire! étrangère», C™ de Tunis.) 

LE C M DE MÀURHPAS A FORT. 

771. — Versailles, 19 octobre 1742. — « ... Malgré la prétention du 
Dey d'Alger sur l'île de Tabarque, il convient de ne traiter de la cession 
de cette lie pour la Compagnie d'Afrique qu'avec le Bey de Tunis, aui 
mêmes conditions qu'elle doit tenir de lui la place du Cap-Nègre,... 
Dans le cas où il y consentirait , M. Fort ne devra l'accepter qu'autant 
qu'il n'y laissera aucune garnison ni turque ni mauresque; outre 
qu'elle dérangerait extrêmement le commerce de la Compagnie 
d'Afrique et qu'elle deviendrait une occasion continuelle de donatives 
et peut-être d'avanies, il ne conviendrait pas que des sujets du Roi 
eussent une fréquentation journalière avec ces sortes de gens. » 

(Mflri/ie, fl' 173, f. 4SS.) 

FORT AU C M DE MAURBPAS. 

772. — Tunis, 20 octobre il 42. — 11 est arrivé le 12 octobre à 
Tunis, sur L'Aquilon, et il a eu le soin de faire venir à son bord deux 
otages tunisiens avant de débarquer. « Il ne faut pas penser pour le 
moment à demander Tabarque, même avec la destruction du château, ce 
qui me fait craindre qu'il n'y ait depuis longtemps quelque arrange- 
ment pris entre le Bey et le Consul anglais. Cela nous obligerait à 
rétablir Cap-Nègre, qui n'a plus une pierre bâtie. 

Le baiser de main fut la première demande que le Bey me fit. Je lui 
répondis vaguement, mais je crains bien que nul accommodement ne 
se puisse faire, sans que l'on ne se relâche sur cet article. » 

{Affaire» étrangères, C" de Tunit.) 

FORT Ali C" DE HAUREPAS. 

773. — Tunis, 28 octobre 1 742. — Ha été reçu avec bienveillance par 
Ali-Pacha, mais il prévoit que les négociations ne seront pas faciles à 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 361 

conduire à bonne fin. « Ces Puissances sont comme des ours les plus 
extraordinaires du monde, d'une cruauté sans égale. Mes amis et le 
Kaznadar m'ont prévenu qu'il serait inutile de se flatter qu'on se relâ- 
chera sur le baise-main. Ali m'a même demandé qu'il en soit fait un 
article spécial au nouveau traité. On s'était formé à l'idée de relâcher 
tous les Français pris au Cap-Nègre et en mer, en échange des esclaves 
que nous leur avons pris sur les bâtiments neutres; mais pour ceux de 
Tabarque, on espérait ou une rançon ou un échange d'homme par 
homme. L'entreprise de Tabarque portera un grand obstacle aux vues 
qu'on avait d'avoir cette lie à la place du Cap-Nègre. On est si outré que, 
lorsque j'ai voulu y toucher, le fils du Bey m'a dit de me taire. J'ai 
répondu qu'il faudrait démolir le château, afin que cette île nous fût 
donnée sans force, en dédommagement des bâtisses démolies au Cap- 
Nègre. Toutes mes raisons ne firent que m'attirer un sourire. 

Tous les papiers du Cap-Nègre furent brûlés lors du démolissement, 
en sorte que je suis en peine pour que les mêmes conditions et privi- 
lèges soient dans le traité. 

L'Envoyé de Naples n'a pu retirer d'ici un seul des 400 esclaves de sa 
nation, malgré tous les présents qu'il a offerts aux Puissances. » 
(Affaires étrangères, C" de Tunis.) 

DE SAUBIKS-MUftAT AD C" DE HADBEPAS. 

774. — Le Bardo, 29 octobre 1742. — « Je ne saurais rien ajouter 
pour le soin de ma justification au compte que j'ai eu l'honneur de vous 
rendre, quoique cet intérêt soit celui qui me touche le plus sensiblement 
et quelque pressant désir que j'aie de mériter une partie de vos bontés. 
Mais je vous supplie très humblement d'agréer les représentations les 
plus soumises que j'ai l'honneur de vous faire en faveur de Monsieur 
de Kellio et de Messieurs les officiers des brigantins. Ils n'ont aucune part 
aux fautes dont vous me jugerez coupable, et ils sont plutôt bien dignes 
de l'honneur de vos bienfaits. Pour moi, Monseigneur, je les ai si sou- 
vent éprouvés que je serai toute ma vie occupé des sentiments de la 
plus vive et la plus respectueuse reconnaissance, et qu'il ne me reste 
plus qu'à désirer de trouver les occasions de réparer mes fautes et mes 
malheurs, si je peux encore l'espérer de votre générosité. » 

(Marine, B* Si, f. 33t.) 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [174!] 



TRAITÉ DD 9 IfOVSMBBB 1742. 

775. — « Trailé fait pour le renouvellement des Capitulations et 
articles de paix et confirmation d'icelles accordés et arrêtés par nous. 
François Fort, écuyer de la ville de Marseille et commissaire du Roi, 
très excellent, très puissant et très invincible Prince Louis XV, par la 
grâce de Dieu, Empereur de France el Roi de Navarre, au nom de 
l'Empereur son matlre, aux 1res illustres et très excellents Sidi Ali- 
Pacha, Sidi Younès-Bey, Dey, Divan, Agha des Janissaires et Milice de 
la Ville et Royaume de Tunis, le présent traité fait pendant l'beureui 
règne de Sultan Mahmoud, Empereur de l'Empire ottoman. 

I 
Le présent traité se fera savoir a tous les sujets des deux Royaumes, 
afin qu'il soit exécuté selon sa forme et teneur. 

II 
Semblable Ô, l'article V du traité de 1685. 

111 
Semblable a l'article VI du traité de 1685. 

IV 
Semblable a l'article VII du traité de 1685. 11 ne contient pas la 
clause qui interdit aux vaisseaux de guerre tunisiens de faire des prises 
dans l'étendue de 10 lieues des cotes de France. 
V 
Semblable i l'article V du traité du 16 décembre 1710. 

VI 
Les étrangers passagers trouvés sur les vaisseaux français, ni pareil- 
lement les Français pris sur les vaisseaux étrangers, ne pourront être 
faits esclaves, sous quelque prétexte que ce puisse être, quand même le 
-vaisseau sur lequel ils auraient été prisse serait défendu, ni moins lenn 
effets ni marchandises retenus, lorsqu'il paraîtra qu'elles leur appar- 
tiennent, et que les passagers seront munis d'un passeport et de leurs 
polices de chargement, et la même chose se pratiquera en France pour 
les habitants du dit Royaume de Tunis, et il a été convenu encore que 
les vaisseaux ou bâtiments français devront avoir au-dessus des deui 
tiers de leurs équipages français. 



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[1142] AVEC LA COUR DE FRANCE 363 

VII 

Semblable à l'article XII du traité de 1685. Il contient en outre ce 

qui suit : Et la même cbose s'observera en France pour les sujets de 

cette République. 

VIII 
Semblable à l'article XIII du traité de 1683. 

IX 
Semblable & l'article XIV du traité de 1683. Il contient en outre ce 
qui suit : Et les Tunisiens jouiront en France de la même Faveur. 
X 
Semblable A l'article XV du traité de 1683. 11 contient en outre ce 
qui suit : Ne pourront les dits capitaines ou patrons débarquer ni embar- 
quer les marchandises qui se trouveront de contrebande et prohibées 
tant de part que d'autre, hormis que les dits capitaines ou patrons aient 
une permission expresse. Les bâtiments qui auront chargé des marchan- 
dises dans le paya des ennemis du Royaume de Tunis, et qui viendront 
les débarquer dans un des ports du Royaume, seront obligés de payer 
10 0/0, ainsi qu'il s'est toujours pratiqué. 

XI 

Semblable à l'article XVI du traité de 1685. Il contient en outre ce 
qui suit : Et la même chose se pratiquera en France a l'égard des Tuni- 
siens; et en cas que les Puissances de Tunis vinssent à avoir la guerre 
avec quelque nation que ce fût et qu'il leur fut pris sur les bâtiments 
français quelques-uns de leurs sujets, l'Empereur de France les récla- 
mera avec leurs effets, et la même cbose sera exécutée A l'égard des 
Français et leurs effets de la part des dites Puissances de Tunis. 
XII 

Semblable a l'article XVII du traité de 1683. 
XIII 

Semblable à l'article XVIII du traité de 1683. Il ne contient pas la 
clause relative aux Français qui voudraient se faire Turcs. 

XIV 
Semblable à l'article XIX du traité de 1683. 

XV 
Semblable à l'article XX du traité de 1683. 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 365 

pour donner des marques sincères de la bonne union qu'elles veulent 
entretenir à la postérité avec l'Empereur de France, rendront tous les 
Français et les étrangers avec passeports qu'elles ont pris tant en mer 
qu'en terre, pendant le cours de la guerre, et rendront encore tous les 
bâtiments qui ee trouvent avoir été détenus dans ses ports, en l'état où 
ils se trouvent, et le sieur Fort, au nom de l'Empereur de France, promet 
que tous les esclaves du Royaume de Tunis qui se trouvent sur ses 
galères, sans exception de temps jusqu'aujourd'hui, seront également 
rendus; et les dites Puissances de Tunis promettent encore protection 
au Consul français, a tous les Français qui commerceront dans leur 
Royaume, et même à ceux de la place du Cap-Nègre, qui seront égale- 
ment regardés comme enfants du pays: et pour définir totalement et 
entretenir la bonne union promise de part et d'autre, le sieur Fort, au 
nom de l'Empereur de France, a quitté toutes les autres prétentions 
que Sa Majesté pourrait avoir du passé jusqu'aujourd'hui, et les dites 
Puissances du Royaume de Tunis, de leur côté, ont également quitté et 
quittent toutes les prétentions qu'elles pourraient avoir eues jusqu'au- 
jourd'hui contre les Français. Les articles ci-dessus seront ratifiés et con- 
firmés par l'Empereur de France et les Pacha, Bey, Dey, Divan, et autres 
Puissances et Milice de la Ville et Royaume de Tunis pour être observés 
par leurs sujets, et afin que personne n'en prétende cause d'ignorance, 
seront publiés et affichés partout où besoin sera. 

Fait el arrêté entre le dit sieur Fort pour l'Empereur de France, d'une 
part, et les Pacha, Bey, Dey, Divan et Milice de la Ville et Royaume do 
Tunis, le 9 novembre 1742. » 

(Sceaux des Puissances de Tunis.) Foht. 

(L'original est aux Affaires étrangères, Salle des Traités.) 

CONTENTION SECRÈTE. 

776. — « Articles particuliers qui seront accordés au Bey de Tunis, 
après que la paix sera faite, savoir : 

1* Le Consul qu'il plaira a Sa Majesté de nommer pour rester à Tunis 
lui baisera la main toutes les fois qu'il ira le voir, ainsi qu'il s'était 
anciennement pratiqué et que les Consuls des autres nations et les 
grands du Royaume le pratiquent. 

2* Le steur Villet, ci-devant agent de la Compagnie d'Afrique au Cap- 
Nègre, n'y sera plus admis par la Compagnie, qui relèvera cette place. 

3° Le sieur Fort, au nom de la Compagnie, a abandonné tous les 



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[1742] AVEC LA COUR DE FRANCE 367 

quelles 8,000 piastres seront compris tous les droits, sans que personne 
quelconque puisse plus rien prétendre de lisme ou usance de la dite 
Compagnie. Les dites 8,000 piastres nous seront payées de deux en deux 
mois, et en six parties égales de 1,333 piastres un quart un huitième 
de la susdite monnaie, et les dits payements se feront en la maison du 
Pacha. 

La dite Compagnie continuera de payer aux Maures et Arabes, leurs 
voisins de la place du Cap-Nègre, les mêmes liâmes qu'elle payait avant 
la démolition du dit Cap-Nègre; ne pourront les dits Arabes prétendre 
le payement de leurs liâmes que du jour que nous commencerons de 
jouir de la nôtre, qui ne prendra son commencement que trois mois 
après que la dite Compagnie aura commencé de bâtir. » 

{Affaires étrangères, Salle des traités.) 

779. — Tunis, 15 novembre il 42. — « État des présents offerts 
à Ali-Pacha, Bey de Tunis, ainsi qu'à ses enfants et aux officiers du 
Divan, & l'occasion de la paix conclue entre la Cour de France et cette 
Régence le 9 novembre 1742, savoir : 

Au Pacha. 

1 pièce d'étoffe d'or, \ montre a double caisse d'or à répétition, 

1 tabatière d'or, 1 pot-à-eau d'argent avec son bassin, 1/2 pièce de 

drap écarlate, 36 boites de confitures, 30 pains de sucre, 36 bouteilles 

de sirop de capillaire. 

A Sidi Younèi, fils atné du Bey. — 

1 fusil et 1 paire de pistolets garnis d'argent, 1 pot-à-eau d'argent 
avec son bassin, 20 aunes de Damas cramoisi, 1/2 pièce d'étoffe d'or, 
1/2 pièce d'étoffe d'argent, 36 boites de confitures, 24 pains de sucre, 
21 pots d'anchois. 

A Sidi Mohammed, second fils du Bey. 

1/2 pièce d'étoffe d'or, 1/2 pièce d'étoffe d'argent, 1 montre à double 
caisse d'or, 1/2 pièce de drap d'Elbeuf pourpré, 24 boites de confitures, 
20 pains de sucre, 12 pots d'anchois. 

A Sidi Soliman, troisième fils du Bey. 
1/2 pièce d'étoffe d'or, 1/2 pièce d'étoffe d'argent, 1 montre à double 
caisse d'or, 1/2 pièce de drap bleu, 24 boites de confitures, 20 pains de 
sucre, 12 pots d'anchois. 



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iPONDÀNCE DES BEYS ET DES CONSULS "1743 

Au Kaznadar du Bey. 
le caisse d'or, 1/2 pièce de drap d'Elbeuf pourpré, 
12 boites de confitures, 12 canaveltes de rossolv. 
baril d'eau-de-vie. 

Au Kiaya. 
e caisse d'or, 1/2 pièce de drap bleu, 12 pains et 
onfltures,12 canavettes de rossolv, 6 pots d'anchois. 

Aux esclaves du Pacha, 

Grands Écrivains et autres Ministres. 
arlate, 3 montres d'argent, 9 douzaines de boites de 
; de sucre, 2 quintaux de sucre en pains, 24 cana- 
'. barils d'eau-de-vie, 12 pots d'anchois, 3 pois de 
24 bouteilles d'eau de la reine de Hongrie, 24 bou- 
s d'oranger, 36 savonnettes. » 

{Affaires étrangère*, Salle des traités.) 

FORT AU C tp DE MAUBEPAS. 

' novembre 1742. — Il a terminé sa mission et tait 
ûx, qu'il adresse au Ministère de la marine. 
ïs esprits si irrités, et cette affaire tant décousue, 
le la façon que Votre Grandeur le verra. Les secours 
il donnés à l'ancien Bey, à Sousse, nous avaient mis 
i-ci comme ses propres ennemis. L'entreprise sur 
. pas été un moindre sujet d'irritation. J'ai obtenu : 

us les esclaves; 

es bâtiments détenus et pris en mer. 

. qu'il a fallu accorder me va au cœur, mais sans 

ie se serait fait, et ces Puissances se seraient plutôt 

. que de s'en départir. La donation qu'il faudra 

l'est pas moins sensible. Cette somme est grande, 

oit grand aussi, et a l'estomac de même '. 



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[17421 AVEC LA COUR DE FRANCE 369 

La somme de 10,000 scquins ne me suffira pas. Je dois en donner 
encore 2,000 aux Ministres, et i) faudra de plus, pour nous conformer à 
ce que font les autres, des présents pour le Pacha et ses trois enfants. 
V. G. verra par le traité de Cap-Nègre que le Bey s'est approprié les 
1,000 piastres que la Compagnie donnait tous les ans au Dey de Tunis. 
Notre redevance étant de 7,000 piastres pour le Bey et de 1,000 pour 
le Dey, ce sera 8,000 qu'on sera obligé de payer. Vous ne sauriez croire 
combien il m'a été difficile d'obtenir le rétablissement de cette place. 11 
ne faut pas songer a remettre le sieur Villet a la tête de ce comptoir; le 
Bey ne saurait l'y voir, ni traiter avec lui. » 

(Affaira étrangère», C l de Tunis.) 
LE C le DE NAUHEPAS A CBOZET. 

781- — Versailles, 28 novembre f742. — Le Roi d'Espague a fait 
défendre à ses corsaires, dans tous les ports de ses États, d'arrêter les 
bâtiments français, bous prétexte qu'ils portent des Maures ou des effets 
qui leur appartiennent. On lui recommande de faire enregistrer celte 
décision dans la chancellerie du Consulat. 

{Marine, ff* 17», f. 384.) 

DE HASSIAC AU C l ° DB UAUREPAS. 

782. — A bord de « L'Aquilon», devant Tunis, 30 novembre i74£. — Il 
lui adresse une lettre du Bey pour le Roi, que M. Port lui a transmise. 
m Cette lettre est dans un sachet de satin et si fortement musquée qu'elle 
peut lui parvenir sans aucun risque de lui porter la peste. » 

(Marine, B* Si, f. 188.) 

AL!, BEÏ DB TUNIS, A LOUIS XV. 

783. — Tunis, 30 novembre i 742. — « Très haut, très puissant et 
très excellent Empereur de France, noire grand ami Louis XV, qui êtes 
la gloire et la splendeur des Rois de la religion chrétienne, le centre de 
la gloire et de la majesté; après vous avoir présenté nos vœux et nos 
heureux souhaits conformément à l'amitié, nous avons l'honneur d'in- 
former Votre Majesté que le sieur François Fort, personnage de distinc- 
tion de Marseille, étant arrivé ici de la part de Votre Majesté avec com- 
mission de rétablir la paix et de confirmer les anciens traités, nous 
l'avons reçu en qualité de commissaire de Votre Majesté avec tout l'hon- 



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370 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1742] 

oeur et la considération convenables, et ayant arrangé et disposé avec 
lui des articles de paix durables et capables d'entrelenirla bonne intel- 
ligence désirée, nous nous sommes prêté d'une façon pleine d'amitié 
aux propositions qu'il nous a faites, en sorte que de part et d'autre nous 
avons fait, consenti, promis et arrêté la paix et en avons conjointement 
réglé les conditions de manière que, toute cause d'inimitié étant ôtée, 
toute froideur changée en amitié et toute discorde bannie et effacée, 
tout le passé étant oublié et toutes les querelles et prétentions éteintes, 
les sujets des deux nations et leurs bâtiments respectifs aillent et vien- 
nent sûrement et sans crainte dans les États réciproques, sans qu'il leur 
soit donné aucune peine ni causé aucun trouble ni empêchement de part 
ni d'autre a leur commerce et à leurs affaires. Et pour que le traité qui 
contient les dits articles et conditions de paix soit ferme et stable a tou- 
jours, nous l'avons tant de part que d'autre signé et scellé de nos sceaux, 
et en avons fait l'échange avec votre dit commissaire; nous espérons 
que la durée de ce traité sera celle des siècles et que l'amitié et concorde 
que nous venons de renouveler avec Votre Majesté ne fera que s'aug- 
menter toujours, et nous lui écrivons la présente pour l'en assurer de 
notre part et lui souhaiter une continuation de règne et de prospérité. » 
(Affaire* étrangère», C" de TunU.) 

PIGNON AD C" DE NAURKPAS. 

784. — Marseille, i 7 décembre 1742. — Le sieur Fort n'a pu obtenir 
Tabarque pour la Compagnie; il estime que pour parvenir dans la suite 
à en avoir la jouissance, il conviendra d'abord de reprendre le Cap- 
Nègre. Il critique Fort, « quia trop pris sur lui dans cette occasion, car 
il a accordé 40,000 livres de redevance annuelle au Bey, à qui il n'en 
était donné que 17,600 avant la démolition du Cap-Nègre ». 

(Coloniei, C" £ Afrique.) 

LE C 1 " DE MAURKPAS A CB.OZET. 

786. — Versailles, 21 décembre 1742. — On approuve qu'il ait fourni 
aux Français prisonniers à Tunis les vêtements qui leur étaient 
nécessaires. C'est la Chambre de Marseille qui remboursera toutes les 
dépenses faites & l'occasion de l'expédition de Tabarque. 

{Marine, W 173, f. S9S.) 



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1*743] AVEC LA COUR DE FRANCK 



LE C* DE MAORBPAS A PIGNON. 

786. — Versailles, 26 décembre i 742. — M. Fort ayant été obligé, 
pour parvenir à un accommodement avec le Bey de Tunis, de promettre 
à son fils un présent de 10,000 sequins vénitiens, il faudra prendre avec 
M. de Villeblanche ' et avec la Chambre de commerce toutes les mesures 
nécessaires pour faire passer ces fonds a M. Fort par une des frégates 
du Roi. 

(Marine, Bi 113, f. HO.) 

FOUT AD C'° DE HAURKPAS. 

787. — Tunis, 3 i décembre i 742. — Les députés de la nation fran- 
çaise se sont plaints du sieur Deflandre, chancelier du Consulat, de 
MM. Villet, Heynard et d'autres négociants. Il est certain que ce sont 
les nationaux qui ont le plus contrarié, par leurs querelles et leurs 
intrigues, les négociations de la paix. Il demande des ordres sévères 
pour réprimer leur insubordination. 

[Affaires étrangères, V" de Tunis.) 

PORT AU C" DE HAUREPAS. 

788. — Tunis, 2 janvier i 743. — M. de Massiac est au mouillage a 
LaGouIette; il a reçu la permission de se pourvoir de ses besoins et de 
faire débarquer ses malades, au nombre de 80, qu'on a conduits a 
l'hôpital espagnol de Tunis. 

(Affaire» étrangère», C" de TtmU.) 

LOUIS XV A ALI, BF,ï DE TUNIS. 

789. — Versailles, 9 janvier il 43. — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 

Le comte de Maurepas, notre Ministre, nous ayant lu la lettre que 
vous nous avez écrite pour nous informer du traité de paix que vous 
avez conclu avec le sieur Fort le 9 novembre dernier, nous l'avons 
chargé d'y répondre et de vous témoigner notre satisfaction des dispo- 
sitions où vous paraissez être de vivre à l'avenir avec nos sujets en 

i. Voy. la note 1, p. 334. 



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37S CORRESPONDANCE DES BEïS BT DES CONSULS [1743] 

meilleure intelligence que par le passé. Sur ce, nous prions Dieu qu'il 
vous ait, illustre et magnifique Seigneur, en sa sainte garde. » 
(Marine, B> Ile, f. Si.) 

LE G' 1 ' DE MAUREPAS A ALI, BEÏ DE TUNIS. 

790. — Versailles, 9 janvier 1743. — « Très illustre et magnifique 
Seigneur, 

J'ai porté au trône de l'Empereur, mon maître, la lettre que vous lui 
avez écrite au mois de novembre dernier, et sur la lecture que j'en ai 
faite à Sa Majesté Impériale, elle m'a ordonné d'y répondre et de vous 
témoigner la satisfaction qu'elle a eue d'apprendre les dispositions où 
vous êtes de vivre à l'avenir en bonne intelligence avec ses sujets, par 
l'observation du traité que vous avez conclu avec le sieur Fort le 
9 novembre dernier. Cependant Sa Majesté, a qui j'ai rendu compte des 
différents articles qu'il contient, avait estimé à propos d'en suspendre 
la ratification, par rapport aux changements qui y avaient été faits et 
qui ne se trouvent point dans le traité qui a été passé avec le sieur de 
Laigle, auquel vous avez désiré qu'on se conformât en faisant adresser le 
présent. Et Sa Majesté ne s'est déterminée à le ratifier, sur la copie que 
le sieur Fort m'en a adressée, qu'en suite des assurances que j'ai don- 
nées à Sa Majesté que la plupart de ces changements ayant été faits 
sans votre participation, ou parle peu d'exactitude des interprètes, vous 
ne feriez aucune peine de les faire redresser et que vous écouteriez 
favorablement les représentations que le sieur Fort est chargé de vous 
faire à ce sujet. Quoique je sois fort aise en mon particulier que cette 
négociation ait été bientôt terminée, par rapport à la tranquillité qu'elle 
vous procurera et & vos sujets, je ne vous dissimulerai pas que le sieur 
Fort a beaucoup pris sur lui dans cette affaire qu'il a conclue avec vous, 
et que ce n'est pas sans peine que je l'ai excusé auprès de Sa Majesté 
Impériale du soupçon de partialité à votre égard, dont la promptitude 
de ses démarches aurait semblé le rendre susceptible. 

Vous aurez peut-être occasion d'éprouver dans peu de nouveaux effets 
de la clémence et de la générosité de Sa Majesté Impériale, a qui j'ai 
demandé la restitution des effets appartenant à vos sujets qui ont été 
pris par ses vaisseaux sur les bâtiments neutres. Si Sa Majesté Impé- 
riale veut bien, sur mes représentations, vous accorder cette grâce, je 
vous en ferai instruire par le sieur Fort. » 

(Marine, B~> t'a, f. Si.) 
1. Voy. p. 369. 



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(1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 



RATIFICATION DO TRAITÉ DU 8 HOVBMBBB 1742. 

791. — Versailles, 9 janvier 1743. — « L'Empereur ayant agréé le 
traité convenu le 9 novembre 1742 entre le sieur Port, directeur de la 
Compagnie d'Afrique, et les illustres et magnifiques Seigneurs les 
Pacha, Bcy, Divan, Aghas des Janissaires et Milice du Royaume de 
Tunis, pour l'établissement d'une paix solide entre ses sujets et ceux du 
Royaume de Tunis, Sa Majesté Impériale a trouvé le dit traité conforme 
a ses intentions en tous les articles qui y sont contenus; elle l'approuve, 
ratifie et confirme, et promet en foi et parole d'Empereur de le faire 
exécuter par ses sujets sans souffrir qu'il y soit contrevenu directement 
ni indirectement, en quelque sorte et manière que ce soit. » 

(Affaire» étrangère*, Salle des traité*.) 

IK C lB DK MAURKPAS A FORT. 

792. — Versailles, 9 janvier 1 743. — Il préviendra le Bey de Tunis 
qu'immédiatement après la conclusion de la paix, restitution sera faite 
des effets des sujets tunisiens qui ont été pris par les vaisseaux de Sa 
Majesté sur des bâtiments neutres, pendant la rupture avec ta Régence. 
De plus, il fera valoir aux yeux du Bey une telle condescendance, afin 
d'en obtenir les mêmes faveurs pour les sujets de Sa Majesté. 

{Marine, fl' 176, f. 3Î.) 

LE C'° DE HAUREPAS A FORT. 

793. — Versailles, 9 janvier i 743. — La frégate du Roi par laquelle 
il recevra cette dépêche porte en même temps les 10,000 sequins véni- 
tiens qu'il a promis au fils du Bey ou à ses principaux Ministres, pour 
la conclusion du traité, les présents qu'il a demandés et tous les Tuni- 
siens sans exception qui étaient esclaves sur les galères de Sa Majesté, 
dont la liberté a été stipulée dans l'art. XXV du traité. Pour faciliter le 
succès de ses demandes, M. de Massiac a ordre de garder le tout à bord, 
jusqu'à ce que M. Port lui fasse savoir qu'il peut les faire remettre, afin 
que l'appât de ces donatives détermine le Bey et son fils d'une manière 
favorable. Il devra aussi faire pressentir au Bey que si la Compagnie 
d'Afrique est obligée d'abandonner la place du Cap-Nègre par suite des 
conditions trop dures qu'il lui fait, il se verra privé des redevances 
qu'elle lui paye. 

(Narine, fl' 176, f. iû.) 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1743] 



LE C 1 " DE MAUIÎEPAS A FOBT '. 

794. — Venailles, 9 janvier 1743. — «J'aï reçu, Monsieur, la copie 
du traité que vous avez conclu avec le Bey de Tunis le 9 novembre der- 
nier et de la convention qui a été faîte le 13 pour le rétablissement de 
la place du Cap Nègre. 

Après avoir examiné tous les articles de ce traité, qu'on a voulu 
dresser sur celui qui fut passé avec M. de Laigle le 16 déeembie 1710, 
il m'a paru que vous aviez beaucoup pris sur vous de le signer tel que 
vous me l'avez envoyé, y ayant plusieurs articles} omis, ou changés 
d'une manière susceptible d'une exécution contraire à ceux qui sont 
portés dans les précédents traités. Comme l'Empereur ne se serait 
jamais déterminé a. le ratifier a de semblables conditions, j'ai bien voulu, 
pour le bien de la paix et du commerce, y engager Sa Majesté Impériale, 
en lui représentant que le Bey de Tunis ne ferait aucune difficulté de 
faire ajouter les articles qu'on a supprimés du traité de M. de Laigle et 
rectifier ceux qui sont susceptibles de discussions, dans la persuasion où 
je suis que ce sont de pures omissions involontaires. Cependant, afin que 
celte affaire ne souffre pas un plus long retardement, je vous envoie le 
traité ratifié, ne prévoyant pas qu'il puisse y avoir aucune difficulté 
qu'il en soit fait un particulier des articles omis ou changés. 

J'ignore si vous avez reçu des instructions particulières des directeurs 
de la Compagnie d'Afrique, pour vous être déterminé & convenir avec le 
Bey des articles qui la concernent, mais il me parait qu'elle est extrê- 
mement lésée parcelle convention, puisqu'indépendammentde la perte 
de tous les effets que le Bey lui a enlevés lors de la prise de ia place du 
Cap-Nègre, de sa destruction enlière dont il ne veut lui tenir aucun 
compte, et de la dépense considérable qu'elle serait obligée de faire si 
elle se déterminait à rebâtir les magasins elles logements nécessaires à 
son commerce et a ses employés, elle sera encore tenue de payer au 
Bey des redevances beaucoup plus fortes que celles qu'on payait aupa- 
ravant pour celte place. J'ai lieu de croire que vous ne vous êtes pas 
aperçu du préjudice que la Compagnie recevrait du nouveau traité, et 
que le Bey en rendra les conditions plus avantageuses & cette Compa- 
gnie lorsque vous lui aurez fait à ce sujet les représentations convena- 
bles. Au reste, le Bey trouve assez d'avantages dans l'acquiescement 

1. Cette lettre était désignée comme osteruive, c'cst-a-d ire que le Consul devait 
la faire passer sous les yeux du Bey de Tunis. 



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[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 875 

des articles particuliers pour ne pas se faire une peine d'ajouter ceux 
qui ont été omis ou changés. » 

(Marine, fli 176, f.SS.) 
LE C" DE MACREPÀS A FORT. 

795. — Vertaillet, 9 janvier i 743. — Indépendamment des change- 
ments et omissions qu'on lui a fait remarquer dans le traité qu'il a 
conclu avec le Bey de Tunis le 9 novembre 1742, il y a des inexac- 
titudes dans la traduction qui en a été faite en langue turque. Le sieur 
de Fieunes fils ' passera A Tunis en qualité d'interprète, pour corriger 
cette traduction et seconder M. Fort dans cette négociation difficile, mais 
il lui restera absolument subordonné en toutes choses. 

A propos du sieur Fougasse, il rendrait un service important si, de 
concert avec M. de Massiac, il pouvait obtenir du Bey qu'il fût rétabli 
dans la direction de La Galle. 

(Marin*, »' 178, f. 3t.) 

LE C" DE HAUREPAS A DE MASSIAC. 

796. — Versailte», 1 2 janvier 1143. — « On a bien reçu letraitéde 
paix que le sieur Fort a conclu avec le Bey de Tunis et que le Roi, 
quoiqu'il soit a modifier sur certains points, a ratifié pour ne pas 
retarder la liberté des Français prisonniers A Tunis. On le renvoie au 
sieur Fort afin qu'il tente de le faire compléter et d'en faire rectifier 
certains articles par le Bey de Tunis. De plus, la traduction turque 
n'étant pas absolument conforme au texte français, on fait passer A 
Tunis le sieur de Fiennes fils, interprèle du Roi, pour permettre au 
sieur Fort d'exiger du Bey que la traduction turque soit corrigée dans 
les articles qui ont été mal rendus. 

On recommande aussi au sieur Fort d'engager le Bey A ne pas impo- 
ser à la Compagnie d'Afrique des conditions aussi dures que celles 
qu'il avait fait insérer dans la convention particulière du mois de 
novembre dernier, en ce qui concerce le Cap-Nègre. S'il restitue les 
efTets pris dans cette place et qui appartenaient à la Compagnie, on 
lui rendra les effets pris sur des bâtiments neutres pendant la guerre 
avec la Régence de Tunis. 

On renvoie à Tunis par la frégate t'Atalante tous les Tunisiens 
esclaves sur les galères et ceux qui ont été pris pendant la guerre, 
mais H. de Hassiac devra les retenir à son bord, ainsi que les 10,000 

1. Jean-Baptiste de ï'iennea, secrélaire-in ter prèle du Roi. 



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376 CORRESPONDAÏTCE DES BEYS ET DES CONSULS [1743] 

sequins et tes présents qui ont été promis au fils du Bey de Tunis, 

jusqu'à ce que le sieur Fort lui ait fait savoir que ie traité de paix est 

complètement terminé. » 

(Marine, B*m,f. H.) 

LE C" DE MAUREPA8 A DE SAUR 1RS -MURAT. 

797.' — Versailles, 1 £ janvier 1743. — Sur l'insuccès de son entre- 
prise de Tabarque. On a pris une grande part à ce fâcheux événe- 
ment, et l'on est persuadé que s'il a échoué, c'est parce que l'ou s'est 
trompé sur les forces de la garnison de cette Ile. Il n'est pas néces- 
saire qu'il se rende à la Cour pour justifier sa conduite, mais il ne doit 
songer qu'à rétablir sa santé, dès qu'il sera rentré à Toulon. 

(Marine, B>3H,f. iS.) 

FORT AU C" DE MAUREFAS. 

798. — Tunis, 29 janvier 1 743. — Le capitaine Roux a fait naufrage 
avec son bâtiment, le 2 courant, dans le voisinage de La Galipie. 11 avait 
en consignation, pour le compte de la Compagnie, une somme de 
650 sequins et 350 marcs de vaisselle d'argent, qui n'ont point été recou- 
vrés. 

Le Bey avait offert de rendre Tabarque aux Génois moyennant une 
somme que M. Lomellini a refusée, ce dont ce Prince a été piqué. Tabarque 
étant devenue une charge pour le Bey, tout espoir de l'obtenir n'est pas 
perdu, mais il faudra beaucoup de ménagements, et on n'y parviendra 
qu'avec le temps et ta patience. 

Le Bey a nommé deux ambassadeurs pour venir en France et compte 
envoyer des chevaux au Roi par le retour des frégates. Fort croit qu'il 
ne convient pas de refuser cette ambassade. 

(Affaire* ttrangira, C" de Tunis.) 

SUPPLÉMENT AU TRAITE DU 9 NOVEMBRE 1743. 



799. — Tunis, 24 février 1745. — « Les Capitulations faites et 
accordées entre l'Empereur de France et le Grand Seigneur ou ses pré- 
décesseurs, ou celles qui seront accordées de nouveau par l'ambassa- 
deur de France a la Porte pour la paix et le repos des dits Étals, seront 
exactement gardées et observées, sans que de part et d'autre il y soit 
contrevenu directement ou indirectement. 



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[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 377 

II 

Quoiqu'il soit mentionné, dans l'article VI du traité, que les vais- 
seaux ou Mtiments devront avoir au-dessus des deux tiers de leurs 
équipages français, nous consentons néanmoins, pour marquer notre 
bonne amitié et intelligence avec l'Empereur de France, que la moitié 
des dits équipages soient français. 

III 

Les vaisseaux tunisiens ou bâtiments armés en guerre ne pourront 
faire la course ni aucune prise sur les cotes de l'auguste Empereur de 
France, et si quelqu'un est pris en faute, il sera arrêté pour être conduit 
dans notre Royaume, ou il sera sévèrement puni ; mais si, par la pour- 
suite de quelque ennemi ou par un temps contraire, quelqu'un des dits 
bâtiments se trouve forcé de se retirer dans les susdits ports, on lui don- 
nera tous les secours dont il aura besoin. » 

{Sceau du Bey.) Fort. 

(Affaire» étrangères. Salle des traites.) 
CllOZET AU C'" DE MAUHEPAS. 

800. — Tunis, 26 février 1743. — II envoie à la Chambre de com- 
merce l'état des dépenses faites jusqu'à la fin de janvier pour les Fran- 
çais et autres prisonniers conduits à Tunis après l'expédition de 
Tabarque, montant à 8,510 piastres, 6 aspres. Il lui reste à dresser un 
état de celles qui ont été faites depuis le premier de ce mois jus- 
qu'au jour de leur embarquement. 

Crozet a dû faire quelques dons aux Puissances pour épargner aux 
officiers et autres Français pris a Tabarque un traitement trop rigoureux. 
Cette dépense s'élève à environ 100 sequins, qu'il prie le Ministre de lui 
permettre d'ajouter aux dépenses du mois courant. Il demande qu'en 
raison des fatigues et des soins qu'il s'est imposés, on lui accorde en 
entier les appointements du Consulat. 

Pour la conclusion de la paix, le Bey a voulu que M. Fort fit l'office 
de Consul pour le soumettre en cette qualité au baise-main, que ce der- 
nier a été obligé de subir, afin de ne pas compromettre une paix aussi 
laborieusement conclue. 

M. de Massiac a jugé à propos, pour consolider la paix, de mettre pied 
à terre le 23 courant, accompagné de 17 officiers '. 11 a été salué par le 

1. Voy. Rôle des équipages et passagers qui ont été relâchés de Tunis le il fé- 
vrier 17iS et embarqtiéê par M. de Massiac pour rentrer en France, — et Cahier des 
procédures faites à l'Amirauté de Toulon, au sujet des prises franco-tunisiennes, f743. 
{Marine, B* Si. 



«dr* Google 



378 CORRESPONDANCE DES BRYS ET DES CONSULS [1743] 

canon des châteaux de La Goulette. Le Bey envoya recevoir H. de Mas- 
siac à la Marine avec une escorte et de» chevaux pour ce commandant 
et les officiers de sa suite. L'audience au Bardo s'est passée en compli- 
ments, et le Bey a prolesté de son désir de maintenir la bonne intelli- 
gence. 

{Affaira étrangère*, C" de Tunit.) 

LE C."- DE NAUREPAS A FORT. 

801. — Versailles, 1" mars 1743. — Etant données les circonstances 
présentes, on consente dissimuler les sujets de plaintes que l'on a contre 
les sieurs Villet et Deflandre, mais le Consul devra rendre exactement 
compte de leur conduite b. l'avenir. 

Le capitaine Roux n'ayant déclaré qu'après son arrivée à Tunis la 
perte des 650 sequinsel des 330 marcs de vaisselle d'argent qu'il « faite 
dans son naufrage, il y a lieu de faire une enquête sur la sincérité de 
ses allégations. 

La négociation de H. Fort devant être terminée, on ne s'explique pas 
pourquoi le Bey de Tunis veut envoyer des ambassadeurs au Roi. Néan- 
moins ils seront bien reçus, mais ils devront noliser un bâtiment exprès 
pour eux. . 

Si actuellement l'acquisition de l'Ile de Tabarque ne peut être utile- 
ment poursuivie, H faut que le Consul suscite du moins toutes sortes 
d'obstacles aux autres nations qui voudraient s'en emparer. 

{Marine, S> US, f. 164.) 

FORT AU C"* DE MAUREPAS. 

802. — Tunis, 6 mars i 743 . — lia reçu l'état des effets pris par les 
vaisseaux du Roi sur les neutres, montant à 157,915 livres. Il en aurait 
fait usage au cours de la négociation, s'il avait pu prévoir que ces effets 
seraient restitués. Il a cru gagner beaucoup, en amenant le Bey à se 
désister de sa prétention à ce sujet par l'abandon des effets pris en mer 
et à la Compagnie d'Afrique. La restitution de part et d'autre aurait 
d'ailleurs cause des discussions infinies, en raison de la mauvaise foi 
des Barbaresques. Le Bey s'en tient à la compensation convenue; il a 
nos effets, et ceux de ses sujets l'embarrassent peu, d'autant plus que 
les propriétaires en ont fait l'abandon aux assureurs de Livourne. 

Port n'a rien fait à ce sujet que de concert avec M. de Massiac, non 
plus qu'au sujet du présent de 10,000 sequins. Il n'en avait d'abord promis 
que 6,000, mais pour obtenir la restitution des capitaines Petit et 



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[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 379 

Salle et ne pas donner le temps aux Puissances de prendre connaissance 
de la valeur du chargement du capitaine Bergier dont le bâtiment a 
échoué, il a été oblige de le porter a. 10,000 afin de terminer promptement 
les négociations. 

(Affaires étrangère), C" de Tunis.) 



FORT AU C" DE HAUREPAS. 

803. — Tunis, 6 mars i 743. — Fort a reçu le paquet qui renfermait 
les lettres du Roi et du Ministre pour le Bey. 11 est allé avec la nation 
et M. de Fiennes les remettre à ce Prince, qui les a reçues avec joie et 
s'en est trouvé si honoré qu'il a cru devoir envoyer sa réponse par deux 
ambassadeurs. En remettant leurs lettres, ces derniers feront des 
excuses au Roi. Ils emmènent avec eux huit chevaux pour Sa Majesté 
et deux pour le Ministre. Le Consul a profité de cette occasion pour 
obtenir la liberté de cinq esclaves français déserteurs qu'il recommande 
à la clémence royale. 

Le Bey ayant désiré voir M. de Massiac avant son départ, Fort a 
écrit à ce commandant, qui descendit à terre le 23 février, accompagné 
de 17 officiers. Sa visite fut reçue avec tous les honneurs qu'on pouvait 
souhaiter, et le Boy a profité de celle occasion pour lui demander le pas- 
sage de ses Envoyés, qu'on n'a pas pu lui refuser. 

M. de Massiac n'a pu obtenir que le sieur Fougasse demeure à La Galle ; 
il lui a été seulement accordé un délai pour régler ses comptes. 
(Affaire] étrangères, C" de Tunis.) 



PORT AU C M DE HAUHHPA5. 

804. — Tunis, 6 mars 1743. — Le Vice-Consul a reçu les 10,000 se- 
quins destinés au fils du Bey et les présents que le Ministre a fait 
envoyer. 11 adresse à- ce dernier le supplément au traité que, de con- 
cert avec MM. de Massiac et de Fiennes, ils ont arrêté sans pouvoir 
obtenir davantage du Bey. 11 a fait débarquer les Tunisiens qui étaient 
a bord de L'Atalante, et a fait embarquer les 530 Français et étrangers 
pris sous le pavillon du Roi, tant sur les frégates que sur les bâtiments 
qui avaienlété capturés et qui se disposaient à partir. 

Les 10,000 sequins ont été remis au fils du Bey par le sieur de Fiennes, 
qui a aussi offert les présents au Pacha et à ses trois enfants. 

(Affaires étrangère», C" de Tunis.) 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1743] 



FORT AU C to DE MÀUHEPAS. 

806. — Tunis, 6 mars 1 "43, — LeBey, ayant vu que L'Atalante n'avait 
pas amené de Consul, s'imagina qu'on n'avait en vue que de retirer les 
prisonniers français et d'éluder le baise-main, ce qui l'indisposa si fort 
que, pour terminer les négociations, H. de Massiac fut obligé de donner 
au sieur Fort une commission pour remplir les fonctions de Consul jus- 
qu'à ce que le Roi y ait pourvu. 

{Affaires étrangères, C" de Tunû.) 



ALI, BEV DE TUNIS, A LOUIS XV. 

808. — Tunis, 9 mars f743. — « Très grand, 1res majestueux 
Empereur de France Louis XV, que le Très-Haut vous accorde des jours 
remplis de félicité et une fin heureuse! Soyez persuadé, grand Empe- 
reur, des vœux les plus sincères que je fais pour votre personne. La joie 
que m'a causée !a lettre dont Votre Majesté a bien voulu me favoriser 
est inexprimable. Le sieur François Fort, qui me l'a remise, a été témoin 
du plaisir sensible que j'ai ressenti, en apprenant par la même que Sa 
Majesté consent à accorder et ratifier une paix que je désirais avec tant 
d'ardeur, tant pour ma satisfaction que pour le repos et la tranquillité 
de nos sujets. Comme j'ai voulu aussi donner à Sa Majesté Impériale des 
marques de l'envie extrême que j'avais de gagner son amitié, j'ai accepté 
les trois articles de paix qui sont en forme de supplément au traité; je 
les ai signés et j'y ai fait poser, selon l'usage, mon sceau et celui de 
mon Dis. Votre Majesté Impériale sera aussi informée par la présente 
que ceux qui auront l'honneur de la mettre au pied de son trône, l'un 
nommé Ali-Agha, et l'autre Mehemed-Khodja, sont les personnes de mon 
Royaume les plus qualifiées en charges et dignités, et comme j'espère 
qu'ils s'acquitteront parfaitement de leur mission, j'ose me flatter que 
Sa Majesté, remplie de clémence, aura pour eux toute sorte de bontés. 
Je vous prie, très haut et très puissant Empereur, de vouloir bien 
accepter huit des plus beaux et des meilleurs chevaux qu'il m'a été pos- 
sible de trouver dans tout mon Royaume, et s'il y a quelque autre chose 
qui puisse lui être agréable, Sa Majesté n'a qu'à ordonner. La grâce 
enfin que je vous demande, très grand Empereur, est de vouloir bien 
accorder, pour le bien de notre République, au dit François Fort, média- 
teur de cette heureuse paix, le Consulat de Tunis, d'autant que c'est 
une personne dans laquelle j'ai toujours mis toute ma confiance, et qui 



«dr* Google 



[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 381 

est la cause que mon Royaume jouit d'une paix qui, avec la permission 
du Tout-Puissant, durera des années et des siècles. Au reste, très puis- 
sant Empereur, jouissez d'heureux jours et d'un long règne. » 

{Affaires étrangères, C" de Tunis.) 
FORT AU C" DE BAUHEPAS. 

807. — Tunis, 19 mars 1743. — Les frégates du Roi, qui étaient 
parties le 11 courant, ont été obligées de relâcher le 14 a La Gouleltè, 
où elles sont encore retenues par les vents contraires, ce qui a permis 
à deux bâtiments de se préparer a profiter de leur escorte. Il ne reste 
plus dans les ports de Tunis que neuf des bâtiments qui y étaient 
détenus; ils seront bientôt en état de partir, tous leurs agrès leur ayant 
été rendus. 

On assure que le Rey, qui part demain en voyage pour deux mois, a 
laissé l'ordre d'envoyer à Tabarque 400 hommes pour abattre le châ- 
teau, dont les matériaux seraient employés A construire un mole devant 
réunir l'île à la terre ferme. 

{Affaires étrangère», C" de Tunis.) 

- LE C" DE MAUREPA3 A CROZBT. 

808. — Vertailles, 28 mars 1 743. — Quelque satisfaisante que soit 
la conduite qu'il a tenue pendant la détention des Français â Tunis, il 
n'est pas possible de lui accorder plus des deux tiers des appointe- 
ments de Consul, qui lui ont été attribués pendant que le Consulat a été 

vacant. 

(Marine, B~> 173, f. SOS.) 

LE Q u DE MAUHEPAS A DE FIENNES '. 

809. — Versailles, £9 mars 1743. — L'intention du Roi est qu'il 
accompagne jusqu'à Paris les Envoyés que la République de Tunis se 
propose de faire passer en France à l'occasion du traité de paix. Il ne 
devra point les quitter pendant leur séjour à Toulon, ni pendant leur 
route. Il surveillera leur conduite et en rendra compte fréquemment. 

Il les fera traiter en route comme de simples particuliers, en leur 
faisant donner cependant tout ce qui leur sera nécessaire. Un archer 
de la marine leur servira d'escorte. M. de Villeblanche, suivant les 
ordres qu'il a reçus, lui remettra l'argent nécessaire pour leur dépense 

jusqu'à Paris. 

(Marine, Bi IIS, f. 19*.) 

1. Voy. la note 1, p. 375. 



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CORRESPONDANCE DES BEYS ET DE8 CONSULS [1743] 



LE C" DE HAUREPAS A DE VTLLEBLANCBE. 

810. — VemàUei, 30 mort 114$. — Les Envoyés que la République 

de Tunis fait passer en France à l'occasion du traité de paix arriveront 

incessamment à Toulon. Ordre lui est donné de les loger dans les 

appartements du Jardin du Roi. La nourriture de chacun d'eux ne devra 

pas monter a plus de 4 livres par jour et celle de chaque domestique 

à 1 1. 13 s. Leur séjour à Toulon ne devra pas dépasser cinq ou six 

jours. 

(Mario*, IT 176, f. 1»3.) 



LE C" DE MÀUBEPAS A CHARBON '. 

811. — Versailles, 30 mart 1743. — Les voitures ordinaires que 
H. de Villeblanche a ordre de faire fournir aux Envoyés de Tunis les 
conduiront jusqu'à Lyon. A leur arrivée dans celte ville, M. Charron 
devra leur procurer une auberge commode et, après un court séjour, il 
les fera partir pour Paris par les voitures ordinaires. 

(Marine, B' 1 €7, f. t»S.) 

FORT AU C* DE KACREPAS. 

812. — limita 10 avril 1743. — Le Vice-Consul envoie au Ministre 
deux états de dépenses; l'un, montant à 2,340 livres 19 sols, con- 
cerne celles qui ont été faites par les députés de la nation à l'occasion 
de la négociation du traité ; le second, de 4,276 livres 14 sols, regarde les 
dépensée de bouche faites par le sieur Crozet pour le môme motif depuis 
le 12 octobre 1742 jusqu'au 31 mars 1743. 

(Affaires étrangère!, 0" de Tunit.) 

LE C 1B DE HAUREPAS A FOHT. 

813. — Venailles, 10 avril 1743. — Le Père Serrano, directeur de 
l'hôpital a Tunis, demande à être indemnisé des dépenses extraordi- 
naires occasionnées à cet hôpital par les soins et les secours qui y ont 
été donnés aux Français pris a Tabarque et détenus à Tunis en très 
grand nombre. 

1. Voy. la noie I, p. 284. 



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[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 383 

« Cette demande est fondée. Mais quelle indemnité pourrait-on 

accorder à cet hôpital, étant donnés les frais immenses occasionnés 

par la conclusion du traité de paix et que M. Fort connaît mieux 

que personne?» 

(Marine, B^ ne, f, m.) 



LE C M DE MAUREPAS A DE MASSIAC. 

814. — Vertailles, 12 avril 1 743. — Le Ministre l'approuve d'Avoir 
donné Tordre au sieur Fort de remplir les fonctions de Consul a Tunis, 
sur la demande du Bey, puisque c'était le moyen de terminer la négo- 
ciation dont il était chargé, et d'avoir reçu sur ses frégates les deux 
Envoyés du Bey de Tunis. Il l'entretient de son arrivée à Toulon avec 
les trois frégates qu'il commande et les Français prisonniers esclaves & 
Tunis, au nombre de 481 . 

{Marine, B* 3îl,f. ISS.) 
FORT AD C" DB MAUREPAS. 

815. — Tunis, 13 avril 1743. — Le Vice-Consul envoie l'état des 
dépenses et des donatives particulières qu'il a faites, montant a 
12,942 livres 6 sols; celui des étoffes, confitures, liqueurs, etc., appar- 
tenant & la Compagnie, qu'il a fait venir de La Calle et qui ont été 
employées en présents avec les bijoux et autres effets envoyés de 
France; l'état général de la distribution qui en a été faite et le compte 
courant des sommes qu'il a reçues et de celle qu'il a payées. 

{Affaires étrangère*, C" de Tunis.) 

FOBT AU C" DB MAUREPAS. 

816. — Tunu, 15 avril 1743. — Le 13 courant, le Bey a envoyé 
chercher le Consul et la nation anglaise, pour leur déclarer que si on 
tardait à venir renouveler les traités et si on ne lui apportait pas les 
présents ordinaires en pareille occasion, il ferait abattre leur pavillon 
et leur déclarerait la guerre. 

{Affaires étrangère», C" de Tunis.) 
FOBT AD C 10 DE MAUREPAS. 

817. — lunii, 15 avril 1743. — Le Bey demande que l'on fasse 
construire & Toulon, pour son compte, six sandals dont il fera payer la 



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384 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1743] 

dépense sur l'état qui en sera fourni. Le sieur Fort, qui en envoie les 
dimensions, représente qu'Us sont absolument nécessaires pour faciliter 
le commerce des Français, et que l'on ne saurait les construire à Tunis. 

{Affaira étrangère», C" de Tunu.) 

LE C 10 DE MAUIIEPÀS A FORT. 

818. — Versailles, 19 avril 1 743. — Le Roi a ratifié les trois nou- 
veaux articles qu'il a obtenus du Bey de Tunis. 

En récompense des services exceptionnels qu'il vient de rendre a la 
France, Sa Majesté lui accorde le Consulat de Tunis et une gratifica- 
tion pour l'indemniser des frais de son voyage en Barbarie et des soins 
que lui et son (ils ont apportés au succès de leur mission '. 

Dès que les Envoyés du Bey de Tunis seront arrivés à Paris, il faut 

espérer que Sa Majesté voudra bien leur accorder une audience et agréer 

les chevaux qu'ils sont chargés de lui présenter de la part du Bey. Le 

sieur Fougasse ne pouvant décidément plus être toléré a La Calle par 

Ali-Boy, la Compagnie est prévenue d'avoir à le remplacer dans la 

direction de cette place. 

(Mariné, fli ut, f. ts*.) 

LE C" DE MAOHBFAS A CHOZET. 

810. — Venailles, 19 avril i 743. — Il devra désormais remettre 

a M. Fort, nommé au Consulat de Tunis, toutes les affaires de cette 

Échelle. II pourra demander le remboursement des dépenses qu'il a 

faites pendant la guerre de Tunis, mais aucune autre indemnité ne lui 

sera accordée. 

(Marine, fil f7t, f. iSS.) 

820. — Marly, 19 avril 1743. — Provisions de Consul à Tunis en 
faveur de François Fort *, successeur de Jean-Louis Gautier '. 

(Affaires étrangère», C" de Tuni».) 

LE C" DE HAUBBPAS A DUVAL *. 

821. — Versailles, 23 avril i 743. — « Le Bey de Tunis ayant fait 
passer en France deux Envoyés, pour présenter au Roi des excuses rela- 

{. Gratification de 8,000 livres pour François Fort, el de 3,000 livres pour son fils 
(Archive» de la marine, B' 176, f. 75). 

3. On devra consulter sa correspondance avec les députés de Marseille de 1742 
a 1752 (Chambre de commerce de Marseille, S. AA, 509-537 de l'inventaire). 

3. Nommé Consul à Tripoli. 

i. Commandant du guet a Paris. 



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[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 385 

tivement aux insultes commises par les corsaires de cette République 
contre le pavillon de Sa Majesté, H. Duval est chargé de ces Envoyés 
pendant tout le temps qu'ils resteront A Paris. Par conséquent, il devra 
s'assurer à l'avance d'un logement convenable ; il les fera servir dans 
la maison où ils logeront comme de simples particuliers. Il leur fera 
donner un carrosse de remise pour les conduire partout où ils devront 
aller, et il leur fera voir toutes les curiosités de Paris et les maisons 
du Roi. Leur dépense journalière ne doit pas excéder 100 livres, tout 
compris. 

(Marine, tV i7S, f, tet.) 
LE F. SEBRAHO ' AD C" DK HAUREPAS. 

822. — Tunis, 3 avril 1 743 . — Le Père Serrano, administrateur de 
l'hôpital espagnol de Tunis, expose que les blessés et malades français 
ont été soignés et guéris aux frais de l'hôpital, et demande instamment 
que cet établissement soit indemnisé des dépenses qu'il a supportées à 
ce sujet '. 

(Affaire* étrangères, C 1 " de Tunit.) 
LE C" DE MADHBPAS A F0KT. 

823. — Versailles, le 8 mai 1743. — Un bateau de l'tle de Gaprera, 
dépendante de Gènes, fut pris le 24 novembre 1739, à la hauteur de 
cette Ile, par un corsaire tunisien qui emmena six matelots en escla- 
vage. Comme ce bateau était au service des troupes do Roi qui étaient 
alors en Corse, les parente de ces matelots ont aujourd'hui recours à la 
France pour les réclamer. H. de Bertellet, Consul a Livourne, atteste 
que ce bâtiment venait en terre ferme, lorsqu'il fut pris, prendre des 
vivres pour les troupes françaises. Fort devra solliciter du Bey de 
Tunis la liberté des six matelots dont il s'agit. 

(Marine, B> 170, f. SOS.) 

LE C M DE HAUREPAS A CB0ZET. 

824. — Versailles, 15 mai 1743. — On remboursera à la Chambre 
de commerce les 1,204 piastres 34 aspres qu'elle a dépensées pour la 
subsistance des officiers du Roi et aotres Français pris à Tabarque. 

(Marine, tf 178, /, 333.) 

^. Le P. Joseph Serrano, de l'ordre de la Trinité, de 1s province de Cas tille. 
3. Voy. VÉtat de* malades soigné* à l'hôpital d'Espagne (Affaire* étrangère*, 
C" de Tunis). 



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386 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1743] 

LE C* DE RAURKPAS A FORT. 

825. — VersaiUes, 15 mai 1743. — « On verra s'il est possible de 
faire construire dans l'arsenal de Toulon les six sandals nécessaires 
pour le transport des marchandises de Tunis, ainsi que le Bey le désire, 
et s'il convient d'établir sur cette Échelle un drogman français. Le 
Consul a outrepassé les ordres qui avaient été donnés par rapport aux 
présents et aux dépenses qui ont été faites tant par lui que par le sieur 
Crozet. On ordonnera le remboursement des dépenses qu'il a faites 
depuis le 9 août 1742 jusqu'au 13 avril, soit 13,829 livres 4 sols. 
Les 114 livres 2 sols de surplus resteront & sa charge. Quant a la 
dépense .de bouche du sieur Crozet depuis le 12 octobre 1742 jus- 
qu'au 31 mars 1743, montant à 1,276 livres 14 sols, elle est étran- 
gère au service du Roi; on lui a accordé les deux tiers des appointe- 
ments du Consulat pour l'indemniser des dépenses extraordinaires 
suscitées par les circonstances. Si le sieur Fort lui est personnellement 
redevable de quelque chose, qu'il s'entende avec lui. On compte qu'il 
aura fait partir au plus tôt les deux bâtiments français qui restaient 
dans les ports de la République de Tunis. 11 ne doit pas rester un 
matelot français sur ce territoire... » 

{Marine, fli ils, f. 3SS.) 

LOUIS XV A ALI, BBV DE TUNIS. 

626. — Versailles, S juin 1743. — « Illustre et magnifique Sei- 
gneur, 

Nous avons reçu avec plaisir vos Envoyés, et nous avons bien voulu 
agréer les chevaux qu'ils nous ont présentés de votre part comme une 
marque du désir que vous avez d'observer le dernier traité de paix qui 
vient d'être conclu. Nous nous sommes (ait lire la lettre qu'ils nous 
ont remise, à laquelle nous chargeons le sieur comte de Maurepas de 
répondre. Nous souhaitons seulement que les sentiments que vous y 
témoignez soient aussi durables qu'ils paraissent sincères. Sur ce, noua 
prions Dieu qu'il vous ait, illustre et magnifique Seigneur, en sa garde. » 

{Marine, & t7t,f. 360 bU.) 
LE C M DR MAnftKPAS A ALI, BEV DU T0HIS. 

827. — Versailles, 2 juin 1743. — <• Très illustre et magnifique 
Seigneur, 
J'ai présenté vos Envoyés au trône de l'Empereur mon maître ; ils 



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[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 381 

voua rendront compte de la manière dont ils ont été reçus de Sa 
Majesté Impériale et des bons traitements qui leur ont été faits par ses 
ordres, qui leur seront continués jusqu'à leur embarquement pour 
Tunis, Sa Majesté ayant voulu qu'ils fussent défrayés de tout pendant 
leur séjour dans son Empire. 

Sa Majesté a été satisfaite des dispositions où vous paraissez être 
d'observer exactement à l'avenir le traité de paix qui vient d'être 
conclu et de l'empressement que tous avez témoigné pour y parvenir. 
Mais elle compte que vous n'apporterez pas moins de fidélité a son 
exécution. Je donnerai de mon coté toute l'attention nécessaire pour 
empêcher qu'il n'arrive dans la suite aucune contravention dont vous 
puissiez vous plaindre avec quelque fondement. 

Voub avez été prévenu sur la nomination du sieur Fort au Consulat 
de Tunis, que vous aurez sans doute déjà apprise, Sa Majesté ayant bien 
voulu le lui accorder en suite des représentations que je lui fis qu'on 
ne pouvait y destiner personne qui vous fût plus agréable. Par cette 
considération, je présume qu'il est inutile de vous le recommander, et 
que vous aurez pour lui, ainsi que pour les autres Français qui réside- 
ront dans vos États, les égards et les attentions qu'ils ont lieu d'attendre 
des sentiments que vous leur témoignez. 

Au reste, Sa Majesté a accepté avec plaisir les huit chevaux que 
voub lui avez envoyés. Je suis sensible à l'attention que vous avez eue 
d'en ajouter deux pour moi, et je vous en fais mes remerciements. 
Je n'ai que de bons témoignages à vous rendre de la conduite que vos 
Envoyas ont tenue depuis qu'ils sont en France, et j'ai lieu de croire 
qu'ils ne la démentiront pas jusqu'à leur retour. 

C'est par ordre de Sa Majesté Impériale que je vous écris cette 
lettre; je vous souhaite une parfaite santé en vous assurant que je suis 
toujours, etc. » 

(Marine, B' 418, f. $81.) 



IX C" DE MAUUPAS A PIGNON. 

838. — Venaillet, 12 juin 1743. — Le Ministre ordonne le rem- 
boursement à la Compagnie d'Afrique des avances qu'elle a faites pour 
le compte du Roi, à l'occasion de l'expédition de Tabarque et du traité 
de paix, soit 12,533 livres 8 sols 9 deniers. 

(Marine, 8i 11», f. 408.) 



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388 CORRESPONDANCE DES BEYS ET DBS CONSULS [1743] 

FOBT AU C" DB HAUBHFAS. 

829. — Tunis, SO juin 1743. — « Le Bey a reçu de Toulon des let- 
tres de ses Ambassadeurs, qui se louent des attentions de M. deMassiac; 
il m'en a témoigné de la reconnaissance. Il achète, ainsi que ses enfants, 
les denrées d'exportation, ce qui apporte de grandes entraves au com- 
merce; le seul remède serait une entente entre les négociants euro- 
péens, ce qu'il n'est pas possible d'espérer. 

La Compagnie n'a pas & craindre d'être obligée de relever les bâti- 
ments du Cap-Négre ni de payer aucune redevance au sujet de cette 
concession; le Bey préfère la liberté de ne laisser sortir de denrées 
qu'autant qu'il lui plaira. Il est allé à Tabarque, et il a pris la réso- 
lution de laisser subsister le château, qu'il considère comme une des 
fortifications les plus importantes de son Royaume. De plus, il a fait tra- 
vailler à. une jetée de pierre qui relie cette lie à la terre. Hais cette lie 
lui deviendra bientôt assez onéreuse, et ses ministres eux-mêmes pen- 
sent qu'il sera obligé d'en venir à la proposer à la France. » 

Le Consul ne pense pas que les trois articles qui forment te supplé- 
ment du traité du 4 février dernier exigent une ratification particu- 
lière du Roi, le Bey ne demandant rien a ce sujet. 

Une conspiration contre le Bey a été découverte le 24 mat, mais ce 
Prince est inquiet, à juste titre, des suites qu'elle pourra comporter. 
(Affaira étrangère*, C" de Tunis.) 

TORT AU C 10 DE MAURE PAS. 

830. — Tunis, 20 juin i743. — Le Consul a examiné le rôle que 
le Père Serrano, directeur de l'hôpital, lui a remis, par lequel il parait 
que, du 7 mai 1741 au 17 février 1743, il est passé une grande quantité 
de malades français dans son hôpital. Mais comme la nation a donné à 
ces malades les mêmes secours qu'aux autres prisonniers, le sieur Fort 
propose d'accorder au dit hôpital une aumône de 2,000 livres en dédom- 
magement des remèdes fournis. 

(Affaires (trangira, G" de Tunis.) 

LB C" DB MAURBPAS A AU, BBÏ DB TOHIS. 

831.— Versailles, 24 juin 1743. — « Très illustre et magnifique 
Seigneur, 
Je me suis occupé de prescrire des recherches au sujet des Tuni- " 



t,zed,yGOOg[e 



[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 389 

siens esclaves sur les galères de France que vous réclamez; après 
avoir fait faire toutes les recherches possibles pour découvrir ceux qui 
s'y trouvaient, on en a reconnu quatre originaires de Tunis, auxquels 
l'Empereur mon maitre a accordé la liberté, sur la demande que je lui 
en ai faite. Ils s'appellent Mahomet ben Saïd, Soliman ben Ahmet, 
Gbaban ben Hebrouk et Ahmet ben Ali Chérif. Il y a longtemps qu'Us 
auraient été relâchés s'ils n'avaient déguisé leur patrie par quelque 
motif particulier. Ils seront remis à vos Envoyés et ils passeront avec 
eux à Tunis sur le même bâtiment. Quant aux autres, il a bien été 
vérifié qu'il n'y en a aucun qui soit originaire du Royaume, et vous 
pouvez être persuadé qu'ils auraient été mis en liberté si on les avait 
reconnus pour tels. Je vous souhaite ta continuation d'une parfaite 
santé et je suis toujours votre parfait et sincère ami. » 

{Marine, B* 476, f. U*.} 
LE C la DE MAUKEPAS A FORT. 

832. — Versailles, le £4 juin 1743. — « A propos des sandals que 
le Bey de Tunis désire faire construire à Toulon pour le service du 
port de La Goulette, H. de Villeblanche a répondu qu'il n'y avait aucun 
charpentier dans cette ville qui connût ces sortes de bâtiments. S'il 
n'y en a pas à Marseille non plus, le sieur Truguet ', qui doit passer les 
Envoyés à Tunis, sera chargé d'en prendre les dimensions sur les lieux 
mêmes. M. Fort peut assurer le Bey qu'on n'apportera & sa commission 
aucune négligence. » 

{Marine, fl' 416, f. Ait.) 

LE C" DE HAUBBPAS A FORT. 

833. — Versailles, 24 juin 1743. — La Chambre de commerce de 
Marseille rejette la demande de la nation de Tunis, tendant à l'établis- 
sement d'un drogman français dans cette Echelle. 

{Marine, fl' 176, f. 4«.) 

LB C" DB HAUBBPAS A FORT. 

834. — Versailles, 15 juillet 1 743. — Le capitaine Pierre Bouage, de 
Cannes, a essuyé, ainsi que son équipage, toutes sortes de mauvais trai- 

1. Jean -François Truguet, ulors enseigne de vaisseau du Roi, nommé lieutenant 
en 1747, chevalier de Saint-Louis. Son Ole Laurent-François Truguet, né en 1751, 
devint amiral de France et Ministre de la marine. Voy. le Ptutarque provençal, 
par de La Londe, t. I", p. 333, — et Les gloires maritimes de la France, déjà cit. 
p. Ml. 



zedsyGoOgle 



390 CORRESPONDANCE DES BEVS ET DES CONSULS [1743] 

tements de la part d'un corsaire tunisien. Le Consul devra demander 
au Bey la punition de ce corsaire. 

{Marine, tP 177, f. ».) 

FORT AU C" DE HAtlRBPAS. 

836. — Tunit, 23 juillet i 743. — Les Envoyés de Tunis sont de 
retour et se louent des bons traitements qu'il ont reçus en France, mais 
le Bey et son fils aîné ont paru mécontente de ce qu'ils ne leur ont pas 
apporté quelque présent de la part du Roi. 

{Affaira étrangère!, <7" de Tmii.) 

LE C* DB MAUHKFAS A FORT. 

836. — Versailles, 24 juillet 1 743. — Le capitaine Langlade ayant 
été arrêté et conduit à Tunis par des corsaires de cette Régence pen- 
dant les dernières hostilités, le Bey avait fait armer en course son 
bâtiment, qui a fait naufrage. Aujourd'hui te capitaine Langlade le 
réclama. Il faut que le Consul oblige le Bey a indemniser l'armateur. 

(Marine, B> 177, f. 48.) 

LE C w DE HADRKPAS A FORT. 

837. — Versaillet, 7 août 1743. — ■ Les négociants de Marseille ont 
repris trop vite leur commerce avec la Régence de Tunis. Les envois 
qu'ils y font sont excessifs, et ils y perdront, vu la rareté des retours, 
surtout si le Bey et son fils s'approprient le commerce des marchan- 
dises du cru de leur pays. H. Port devra les entretenir tous deux dans 
les bonnes dispositions qu'ils témoignent a la Compagnie d'Afrique 
pour le rétablissement du Cap-Négre, et surveiller les agissements des 
autres nations par rapport & ce comptoir et à l'île de Tabarque. 

{Marine, V 177, f, 17.) 

LE C* DK HAUREPAS A TORT. 

838. — Versailles, 1 2 août 1743. — Le Roi accorde une indemnité de 
1,500 livres au Père Serrano pour les soins donnés aux Français dans 
l'hôpital de Tunis. 

(Marine, B> i77, f. >*.) 

FORT AU C"> DK KAUREPAS. 

839. — 7unU, 22 août 1 743. — Le Bey demande qu'on lui envoie 
de Tonlon, pour la reconstruction de la charpente du Bardo, soixante 



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[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 391 

poutres dont il payera la valeur et dont le sieur Fort donne les 
dimeosioDS. Le sieur de Lestrade, négociant à Marseille, est chargé de 
cette commission. 

(Affaires étrangère*, C" de Tunis.) 



FORT AU C w DE MAUREPAS. 

840. — Tunit, 22 août 1743. — Le Consul a reçu le mémoire du 
capitaine Langlade, qui demande à être indemnisé par le Bey delà perte 
de son b&timent, armé par les Tunisiens pendant les dernières hostilités. 
Le Bey a refusé, se basant sur l'article XXV du traité, où il est dit que 
« les Puissances de Tunis rendront encore tous les bâtiments qui ont 
été détenus dans leurs ports, ainsi que ceux pris en mer, en l'état où ils 
se trouveront ». 

(Affaira étrangère!, 0" d» Tunit.) 



LE C 10 DE MAUREPAS A FORT. 

841. — Versatile», 28 août i 743. — « Comment le Bey et son flls 
pouvaient-ils s'attendre à recevoir de nouveaux présents de la part de 
Sa Majesté, après les donatives considérables qui leur ont été faites? 
Néanmoins la récente restitution de deux esclaves entre les mains du 
sieur Port prouve que le Bey a été satisfait de l'accueil fait en France à 
ses Envoyés. » 

(Marine, B' t7T, f. HT.) 



FORT AU C* DE MAUREPAS. 

843. — Tunù, 1" septembre i 743. — Un nommé François Ferre, de 
Toulon, qui était venu à Tunis où il s'était abouché avec un des prin- 
cipaux Ministres pour fréter un b&timent, sans en donner avis au 
Consul, est retourné depuis a Toulon et y travaille, paraît-il, à faire 
un chargement de vin pour le compte du Ministre avec lequel il cor- 
respond. Ces manœuvres, qui tendraient a supprimer l'intermédiaire des 
négociants français, ont obligé le Consul à en informer le Ministre, pour 
qu'il donne à ce sujet les ordres qu'il jugera convenables. 

(Affairti étrangère», C" de Tunis.) 



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39Î CORRESPONDANCE DES BEYS ET DES CONSULS [1743] 

FOBT AU C" DB BAUREPA8. 

843. — Tunis, 12 septembre 1 743. — Il se plaint de la modicité de 
ses appointements, qui ne sont pas proportionnés aux dépenses obliga- 
toires qu'il doit supporter, et il prie le Ministre de vouloir bien lui 
accorder le tiers des appointements intérimaires de ce Consulat pen- 
dant l'absence de M. Gautier, qui sont restés entre les mains de la 
Chambre du commerce de Marseille, les deux autres tiers ayant été 
concédés au Vice-Consul Crozet. 

(Affaire* étrangère*, C" de Tunis.) 
FOHT AU C*° DB MAUBBPAS. 

844. — Tunis, 14 septembre 1743. — Le Bey demande que le 
Ministre veuille bien lui faire la grâce de lui envoyer un maître fondeur, 
de l'arsenal de Toulon, pour faire refondre & Tunis quelques canons 
hors de service. 

(Affaire» étrangère*, C m de Tuni*.) 

LE C" DS HAUREPA3 A FORT. 

845. — Fontainebleau, 24 octobre 4743. — Le Père Serrano, admi- 
nistrateur de l'hôpital de Tunis, a écrit à M. le Prince de Campo-Florido, 
ambassadeur d'Espagne à Paris *, pour se plaindre de la modicité de la 
gratification de 1,500 livres qui lui a été accordée pour les secours que 
les Français ont reçus dans cet hôpital, et dont le montant s'élèverait, 
dit-il, à 18,595 livres. Le Ministre demande au Consul Fort un supplé- 
ment d'information & ce sujet. 

(Marine, Bi m, /. U8.) 
LB C" DB MAUREPAS A CBOZET. 

846. — Fontainebleau, 24 octobre 1743. — En considération des ser- 
vices qu'il a rendus au commerce pendant la rupture avec la Régence 
de Tunis, et du surcroit de dépenses qu'il dit avoir supporté en rece- 
vant à sa table le sieur Fort et les officiers des frégates du Roi, Sa 
Majesté a bien voulu lui accorder les 2,126 livres qui constituent le 
solde des appointements afférents au Consulat de Tunis pendant qu'il 
était vacant. 

(Marine, B 1 177, f. X49.) 



t,zed.yG00g[e 



[1743] AVEC LA COUR DE FRANCE 



FORT AD C M DE HAUIEPAS. 



847. — Tunis, 11 novembre 474$. — Le Bey, h qui le sieur Fort a 
fait part des intentions du Ministre et de la permission qu'il a donnée 
de lui envoyer des bois de construction pour son palais, selon son désir, 
a paru y être sensible, et il n'est pas douteux que cela ne le confirme 
dans les bons procédés qu'il continue d'avoir pour la nation. 

(Affaira étrangères, C* 1 de Tunis.) 

tE C 1E DE MAUHBFAB A FORT. 

848. — Versatiles, 6 décembre 1 743. — Sur la demande du Bey de 

Tunis, le Roi permet au sieur Harivel, maître fondeur pour la marine, 

de passer a Tunis pour y fondre quelques pièces de canon. Le Consul 

devra faire valoir aux yeux du Bey cette nouvelle condescendance de 

Sa Majesté. 

(Marine, tV 177,f.»1i.) 

FORT AU C" DB MACREPAS, 

849. — Tunis, 16 décembre 1743. — Le capitaine Fabre, arrivé 
depuis quelques jours, a débarqué trois Maures qu'il avait embarqués à 
Malte pour les conduire a Tunis. A son bord se trouvaient également 
deux Maltais embarqués pour Marseille , dont l'un remit a un des 
Maures, qui est marabout, une lettre pour le Bey, lui déclarant que lui 
et son compagnon n'étaient venus a Tunis que pour se faire Turcs, et te 
priant de vouloir bien leur envoyer quelqu'un pour les faire descendre 
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