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Full text of "Correspondance littéraire, philosophique et critique, adressée a un souverain d'Allemagne ..."

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CORRESPONDANCE 

LITTÉRAIRE, 

PHILOSOPHIQUE, CRITIQUÉ, etc. 



^IMM^ilM^ite 



Troisième et dernière Partie» 



T» If 



IMPRIMERIE DE J.-L. CHANSON. 



CORRESPONDANCE 

LITTÉRAIRE, , 

PHILOSOPHIQUE ET CRITIQUE, 

ADRESSÉE 

A UN SOUVERAIN D'ALLEMAGNE, 

PENDANT UNE PARTIE DES ANNEES I775-I776, ET PENDANT 
LES ANNÉES I782 A I79O INCLUSIVEMENT, 

PAR LE BARON DE GRIMM 
ET PAR DIDEROT. 

Troisième et dernière Partie, 
TOME PREMIER. 



<^^iL_'.''î-'r , 






'\ X ► 



• . • • • 



PARIS, 

F. BUISSON, LIBRAIRE, RUE GILLES-COEUR, N» lo. 

i8i3. 



• *• " • 



AVERTISSEMENT 

DE L'ÉDITEUR. 



JLe succès qu'ont obtenu les Cinq Preraiers 
Volumes (i) de la Correspondance duBaroi^ 
de Grimm a engage TËditeiitr à faire des 
recherclies pour s'en pa:*ôem*^ la suite, ^ 
il y a réussi. Les Cinq Nouveaux Volumes 
qu'il présente au Public commencent où 
finissent les premiers, et remplissenit Tinter- 
vaile de 178a à 1790 (2). Quelques lacunes 
<juî se trouvent dans le Manuscrit font poésa- 
mer qu'il y a eu quelques îii^rruptfiàns dans 

(1) Us ont été publiés en JttiHet iSia, «t t>nt en, trois 
mois après, une Seconde Édkion,-Qei% Cinq Vt>lnnies comt 
prennent la Correspondance des années 1770, 71, 7a, 78, 
74 ( 1 77S manque , ainsi que les six premiers mois de 1 776 ) ; 
^es Volumes renferment également la Correspondance d^ 
Tannée 1777 jusques «t compris Tannée 1781. 

(2) On y trouve aussi deux mois de la Correspondance do 
1775 et les six premiers mois de 1776, deux portions d'an^ 
nées qui manquent dans les Cinq Volumes ftubliés en iSi s^« 



îj AVERTISSEMENT 

la Correspondance même : difFérens voyages 
que le Baron de Grimm a faits en Italie , en 
Angleterre, en Allemagne et en Russie, au- 
torisent cette conjecture. 

Cette Continuation a été dirigée dans le 
même esprit et avec le même soin que les 
Cinq Volumes déjà publiés. La copie en 
aurait pu fournir la matière de Quinze; mais 
on en a supprimé tout ce qui a paru avoir 
peu d'intérêt pour le moment présent , comme 
des extraits de Livres entièrement oubliés 
aujourd'hui, et des analyses détaillées de 
Pièces de Théâtre, qui pouvaient satisfaire 
là curiosité d'un Etranger au moment où ces 
Pièces étaient données au Public, mais qui, 
aujourd'hui qu'elles sont imprimées, ne pour- 
raient intéresser que très-peu de lecteurs. 

On s'est attaché surtout à retrancher un 
grand nombre de Pièces devers qui, dans le 
temps , avaient le mérite de la. nouveauté , 
mais qui depuis ont été imprimées dans les 
Ouvrages de leui's Auteurs ou dans des 



DE L'EDITEUR. • iîj 

Recueib particuliers. On en a conservé seu- 
lement quelques-unes de ce genre, parce 
qu'elles sont courtes et queflep tiennent à 
quelque anecdote où à quelques réflexions'^ 
qui leur donnent une valeur particulière. Si 
d'autres Pièœs connues et imprimées ont 
échappé à l'attention de l'Editeur, elles doi- 
vent être en très-petit nombre- 

Les Cinq Nouveaux Volumes offrent la 
même variété de sujets, la même indépen- 
dance d'opinion, les mêmes agrémens de 
style que le Public éclairé et les meilleurs 
Critiques ont reconnus dans les Premiers 
Volumes ; et comme ceux-ci , ils sont semés 
de traits épigrammatiques , de Chansons 
malignes ou gaies, d'Anecdotes satiriques 
ou plaisantes, qui servent à faire connaître 
l'esprit du temps et le cours des opinions 
en yogue. 

On trouvera cependant dans cette Conti- 
nuation quelques articles qui paraîtront, 
aux gens de goût, peu dignes d'exciter leur 



îv AVERTISSEMENT DJE L'EDITEUR, 
intérêt; mais on a cru devoir les conserver ^ 
comme servant à former tuïe chaîne non 
interrompue dans rHistoire LittéraÎFe de la 
dernière moitié du Dix-hoitiëme^ëcle. Cette 
cônsidéradtm nous parait mériter l'indul- 
gence des esprits sévères^ qiri pourraient 
désirer qu'on eut réduit a un moindre vo-* 
lume la fin de cette Correspondance, qui, 
nous le répétons, aurait ,pu former fecile- 
pient Quinze Volumes si on Feât imprimée 
en totalité. 



CORRESPONDANCE 

LITTÉRAIRE, 
PHILOSOPHIQUE, 

CRITIQUE» etd. 



JANVIER 1775 (0. 



JM . l'àbbé Morellet se presse de nous cïédom% 
tnager dû silence qu'il avait gardé depuis quel* 
ques aiûnées. Sa Réfutation des Dialogues de 
l'abbé Galiani ïi été bientôt suivie de ses Ré** 
flexions sur les avantages de la liberté d^ écrire 
et ^imprimer sur les matières de t administra'- 
tion. Ces Réflexions furent écrites en 1764 à 
l'occasion de la Déclaration du Roi, du 28 Mars 
dç la inêine année , qui fait défenses d'impri- 
mer, débiter aucuns écrits, ouvrages et projets 
concernant la réforme ou l'administration des 
finances, etc. Elles ne paraissent que depuis 
peu de jours avec cette épigraphe : Ingénia 

(i) Le Lectear doit se rappeler que cette année 1775 manque tola-» 
lement dans les cinq volumes de cette Correspondance déjà publiés, en 
iSi9y ches^ V. BviMov; mais oft n'a puretronyer jusqai<» que let 
mois de Janyier etPénier da cctit ai^#«diiiié<y' 

I. I 



^ CORRESPONJlfAîîGE LITTERAIRE, 
elle tiçnAijsa puissance. Pans ime monarchie 
telle que la France ce coçtre-poids n existe réel- 
lement que dans Uppinign et dan^ la confiance 
partiçuliè^'e que peuvent mériter les tribunaux 
qui en ont été quelquefois les interprètes* 

Plus l'opinion a de force , plvis il est danger 
reux san^ doute d abandonner au ha$ai:d la 
conduite 4es ressorts qui la fopt mouvoir, ^t 
.n'estHîe pas ce qu'on risquerait d^ foire en per- 
inettant.à tout le monde d'écrire librement sur 
les principes de l'administration? Les avantages 
de cçtte liberté ont été souvent discutés depuis 
le commencement de ce siècle; majis a-t-on as- 
sez réfléchi sur les inconvéniens qui pouvaient 
en résulter? Essayons de justifier une mauvaise 
cause ; elle est trop abandonnée pour qu'il n'y 
ait pas quelque médite à la défendre. 

On n'a jamais, pins écrit, on n'a jamais plu» 
Ju que de nos jonrs. En concluera-t-on que les 
livres contribuent plus ou moins à diriger l'o- 
pinion publique ? Je suis bien tenté de croire 
que leur influence en a .plutôt diminué qu aug^^ 
mente., Quoi qu'il en .soit, cettç influence est 
facile, ou ne l'est pas. Si elle e?t réejle , ses 
cuites iq^ï. de la plus grande consé.queEjce, ^i 
elle ne I l'est pas, quel, bien peut -on espérer 
jSxis^e liberté plus, illimitée ?.. . , 

,.. C'est; un emploi vraiment sublime quç celui 
d'éclfi^irer ses semblabliçs ; mais qufll est jaiijour • 
d'hui 1/auteur assez fi^ivo^e ou assez sottement 
inodesti^.p.our ne pftsise içroirp appielé;^ ]çç;çnpljir 



■-•-•• •' JANVÎEft I775.- '' '■ "' ' i' 
tine- feiiictibn si auguste ? Pài?taS tous cfes grands? 
hom^iss qlir prétendent â ThroriheiïT de gdti- 
verrier le Monde du haiit deïetii^ galetas, n est- 
il pasT possible quil se'Wrtuvé pluè^ (l\ittlifc<-' 
bouilleur assez fahatiqùë** xiu assez* ^iélacjuent 
pottr écrire d'une maiiïèré •j^roj)rë^à^TCJ[)ahd'rë 
ûeà àlaViàês dans-l'e^prii^l ikWâtiorf à*é^- 
ûiter deS'Jit'éventions côtttiHérfesprôyety dfe Fîdi 
mifii^trâtfoh fes plus sàgèé ' 'k 'les' ^{\ià pàti'iB^' 
tiqùës?'QUel bien péUt 'céWpenser ^ih' *k^ 
atrisrfmïébté? Et séi*âl^t-^cln^ïoûjbUfs k^àiêûièM 
le- répara càmmé ' on ¥ àiii^i* ^été' de ^le^^^^ë^' 

' Leôdëfeiîsèù^s'dë^aKWéVtê'pakis^^^ 
en p*i*rtîîpé^ti^ lés' liômmës^feîsfeeitt^liiUs' pTii^^ 
losophes, et que les éiff4vadnsHè ètmfe^aîî' éxçèV 
lénceJ n ti^jr^r •;\ièi*ë aàiSfr'fe^eÏÏéttféUsé;'s^^ 




partftflîWïï e«à»IWë^ieai^ -tie v^éUlehï '|c 
voir que ia^ltfï««^d%* MrAWei'yinï ^léïik: d^ 
Mblëë$fes^W«^ncôas?4rfëfe^^lIs 
■pùut frien' les' calculs* ^èdrëtè '<3fe l'àihbùr^iîopi'ë 
^t^^ là Vàtiitëi Ils rie ^shivieiit point la riîaktfé 
irrégulière et violenté' ^és jpkssiôhs: Hè' àè^ Màt- 
tent de pouvoir çon^binei^.Iies.difiEéreos rapports^ 
de la société, toujours mobiles ^ toujours varia- 
bles, comçîie rpn, ,cQTX)j3tin^i des >pùiA$a»ces al- 
gébriques. Ikoublâenrtique dans miUe'dccasions 
Terreur est plus àf la portée 'du ^ëttjflfe que la 
vérité, parce qu'il est facîfé i4*eiTeur de frapper 



Ç CORRESPONDANCE UlTERAIRE, 

çl de $^dïurç Viw»ginatiopii au lien qjue le pli?» 
spuye^k Issl \érit^ ne i^^yieijt, sen^e quauiq 
yeux qui la clieixj^ej;!^ avec ui;ie swJ» eftiwe ajt-r 
tç^tioA.dpnt peu 4!]^<¥nwe)$ s<Vït icagpal^^ç. 
^ II, est ai&é de p^si^er à la nxul^itu^^ qx^'i^ 
îjei;ait p^U8j'.comiQpdç/p$ :par coti^éq^epf plu^ 
iu&jhç. (^nç. payera' L'^t quçl^ inpîft^ ,<ik^. wh 
p^fjs; qji'if ,^xigp,,..|q^eï^qu^.légMinap qp» P^i#P^ 
e tr»e ; c|b ty j)?ut; en ^ ^u jr^memp. Serait-jl. ^lussi aisé 
^e |uij[^re. MeatU;* /(jue ce^ impositions^ en ^ssui 
W^il^ iS^^P^^ l^^rih prQ«Pjérité;;p^vfcKq)^ i 
a^sure^ jep mcpiie.tgiflysle; bonheur ^t^l'aisç^pc^ 
de chaque particulier, et qu'en ouvrant àd2|î^îir 
tjjÇ^fJp.nQuyeUe^^pii;ff{eS;jieTiçhe§8€^^^ ell^s re- 
£li*ç^t jj^ponsil^leflp^f, W .<<>J^ l^i Wiip^^i^jif sui? 

t0utçsieS.pafl4e;5[4Çf-l'?^ 1 '.:: » 'j\./-m;. - 
.,,j^Pfi>peMVÇipt>,4»a^89ja (çt; X^l^q^cfi niêffie 

iaçfijps, 4ç^,s'é5}ïiavJfifei;[p9 '^YSMïrd^ Jmi i4pl^? 

SSÎ.?pS^iSW.fH^'W?StWP#g^^:d^^ 

G^rik ?.^I?at,^Q^î^;yi^t,J^pclt>}§^^f«^ i^ to^t^^^ 

i^^^tje;otiûn^.dupçi^le*f. . . i !o o- )-: ; 

r*'. 'jqfïf CotTPt.Kts siît'ttn viot donû'é; '-*' / 

*'•' ' Ce»l d la pTuiiie 

'*: K-').iQo*^nf4oU»duVêrit iforitio bonheur;''^ ' '' 



JANVIER r775. 

Channantes plumes, 
OèuTrez kà fronts , troublez léS Co^i. 
Malgré leàrs froides azÀertttmes'i 
Vous régnerez sur vos censeurs , 

C^rmantés' plumesl 

foutes les plumes , * 
ïlamcnant lafidëfité, 
Aibâns^ volages que nous fAoàies , 
L^AjmôttT.i^itta pthir là bèlnàté 
. < ;Tpiii^$:sespliuii«!S.. j'»î. 

bessus'lâi)lume, ' ' 

Qùblqti^il soil doux de $sMtirir; 
Il «st DDiinnit « et je présuma 
Qu*U est plus ;4o^ de y jtfii^lir 

Dessus. la pljome. r j* 



Etreïtw^ d^un ihœnhû '-èè' 'fnàdàrttè Jfécker? ^^ 

Mon cerveau se creusait à vous faii*^ ux^^'j^^renne^ . ^ ^ - 
XiOrsque le dieu d'fitlppocrène ! r* 

A mes yeur soudait! a pkfu. ^^ . ' 
Attiré ^ai^t-il dit, que ftî44tf?—'f' ' ' - ^'^ 
€^ qu'il voqsftieraiti^iearde'imse.:*: 'T 

Je veiix célébrer les Tertuf, . , . 

L'esprit, mille talens de plaire , 
Des époux comme il n'en est guère , ^ 

"Ùes irfmis" comme on n'en voit plus. -^ 
'Poii ]j>rDJet est beau , je radm'ît*eV * ■ >']'-\ 

Mais ;puur le remplir dignement;. ^ > 

Il te Atttt .emprunter nui lyre ; '. > 
Au^chw^re de Pierre-lcrGrani^. • » : . 



t CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Lettre de M. de Voltaire à M. le comte 
de Leçif^nhaupt (i ); 

De Ferncy, le x5 Déoembre 1774* 

Je vois que les plaisirs de Paris vous conso- 
lent un peu du malheur de la guerre que vous 
êtes obligé de faire; Vous n entendez parler que 
de Henri IV, conajoae à Stockholm il iLétàit ques- 
tion que du grand Ckistave'; mâis^je suis sûr 
qu'on n'a point joué le graud Qu^jt^ve aux ma- 
rionnettes. Chaque, peuple habilieaes^ héros à 
la mode de son pays. Je me sôuvieû» i{ue dans 
mon enfance Henri ÎV et le duc de Sully étaient 
connus à peine. Il y a trois ehoses dont les Pa- 
risiens n'ont entendu parler que vers l'an 1730, 
Henri. IV, l^Grgkyi^jyiQn et J-f 191^00^^ Nous 

venons un peu tard en tout genre ; mais au- 
jourd'hui iibus n'avons rien à regretter dans 
Faurore du règne le plu6 sage.çt le plus heu- 
reux. On dit sujTtQut que nousr avons un Mi- 
nistre des financés aussi sage qiïe Sully et aussi 
éclairé que Colbertf. Ces finaïices" sont le fon- 
dement de tout dans les empires comme dans 
les familles.' C'est pour dç Targçnt que l'on fait 
la guerre et qu'on plaide, Nou* avons une lettre 
de l'empereup Adrien, dans^ laquelle il dit qu'il 
est en peine de sav'oiî* qui aime |)ïuij l'argent, 
ou des prêtres de Sér'apîs, ou de ëeux des Juifs, 
ou de ceux des Chrétiens. Ceux qui vous font 

(i) Cette lettre ne se trouve point dans Tédition deftOEavre» d^ 
.Voltaire donnée par Beamnarchaift. 



JANVIER 1775. ' "é 

tin procès l^araissent Faimer beaucoup. Tal con- 
sumé tôû^^ toien à établir à Ferncy une aiiez 
grande colonie. J'ai changé le plus vilain des 
hameaux en xine petite •ville' assez jolie, ùù iï'y 
a «déjà cinq cài^osseà. Je vbddrâis avoir encore 
rhonneur.idé vousy receVdir lorsque voiis ret- 
tournerez dans vos terres; - ' ' ' ' 

Taà rhonrieur d^etre, etc. "^ '^ • 

' St^é lé vieux iiàâdade dé Feîiièy. 

.- .'1!.';:.-.- ■.' ♦ i •;?;;n; •;•; , > \-:. .^ 

On lae se lassé- point ide noosênnityei*' à lâl 
Comédie iiftalieuiie de YBenrtiJf^ de M. dé Rozoii 
L'extravagftpeë d&^ ce st|cbè^ ^esft^ d'âutsifit-^lnii 
eflBràyanie] qu'elle' nbus^tn^nâde.eâc^rê dff'itfm 
bientôt ^tït le méâié thékrè deux pièfceèdltl 
même ^ent^ëtràvL m^niie iiitte^'p», le Sié^e^d^ 
Paris t^t^fe^ Gkè^aKèr Bét^rdrVùût |pcU (Jù'^to' 
laisse hUre ût 'i/t. de Rôz^, i^èàtriti hoiAifi^'it 
mettre tôt|^ les héros d^' iCot^é^bistûire èn^ùpétd 
bouffon. Si ^'momS'to^ésdj&â'pài*odi)É^\vaieM 
quelque> gâie^jh «liais' eltes^sbnt plus 'tristes tn^ 
core qti'èltes ne^^ont plafîes et ^itlifcTlileia. '>^1 :> 
' L' AcaiJéiriîè royale de toûsftépie viéiit 4fe- l*fe^ 
preïidre 'rJ)^Aig^/ife de M. iOiuck: Quoiqiiiytéltty 
repriserait' stfivié ai^^ Béaudôup d:^empre«seJ 
ment', ot> est encore aujourd'hui, ce me sèinbléf 
aussi peâ' d'àefctord sur lé mérîlSéide ée npilvèata 
genre 'de nmsique qu'on l'état lor$qu'il parût lâi 
premièt'é feUs. Eés enthôûrfadtèis de Sàcchini et 
de Piccinî rfy ïrouveilt que du bruit et dies 
idées bâroqùès^^an^ goût {Sans génie et^méi»e 



^ CORRESPONDANGE ^OTERAIRE, 
8$^M expresaio^. Us lui TC{)ix>cbent^iMixmt dV^ 
yoir écrit un^ tr^éçUe aud$i 4^cbiravte qu'i/^Ai- 
gén^ie^ en «tyle : p^toral , et quelquefois même 
ça slyle dp jg^i^^S^^* Poui; mettre ^e comble 
à leurs blaspVn^D ils ne craigueut,pas de dwe 
l{^e;Ç^ qu'on yei4 )>ien appeler un genre nou^ 
veau n'est qu'un réchauffé diji.^y^tèn^e de Lulli^ 
avec moins d^^nobl^e, moins de grâce et 
moins de yariété qju'/^ en tr|[>^y;Ç dans les bons 
ouvrages de cet ancien compositeur. Les par- 
ti^a^si4u::cb^v«Jfteir Gludb pfétendentr «ic eon- 
XUmi} qu'il e§t) h Vj^reSiii^ tiui : ait saiisi le vwA 
«rf^t^e I de: , li^ jrmisique . dratnatèqupii • et qûfe 
pjfti^Qrtne xk)9i jîMWftis'r^u tiner de pli^s.t grands 
fS^tg^M^ qioyi^ft : te$. plusi ^«tiBflleej *t mélet 
j^skvd'iwrçftopiçr, kf^lns d'exfftessiani Ces ider- 
»^^^)Q»t pimQitt#\pwr eH4,/sa«iis eômpter l'ér 
k>^ttf»te dialeclit(|uç de l'abbé Ai^nsud^ t^ beaut 
bf ft^idft mftdeffli€li^elle lAif noud , !la tuperbe vois 
diî^^^Gro&^vfitffej^ia.piein de.jçbPllQar.'et d'adt 
ÛQ» dfi JUmyjéf H Ji^e^ fié vl 4bfti)lgeiA(9i?t remm^r 
quable .qrt'j^n|SM:ifeit |i la conduit^ itu poéme^ 
c'r^t^^'^udéBMWjiï^we^t i)ian!2t piLPMÎl çUfi->attêtne 
Wf^:Wllî^tîl)e.*iî:n!i9gP f^^ défcid^r là que*- 
r©lfe>e©.tP0:,AchiHe ^t: GsJ|iïj^a&, t'ar*iyée de la 
I>Âe^m ti«^gFé,kr)i<Pb?^.décpi?atJ<Hi)qw l'entour?^ 
ig^ f^itvP^s ^^$y gs?îknd4? iuapy^asioj^i pRrft€f qu'elle 
g $t ,beauj()Qup :<ttQp pr^ipitée , et ijue : Jes , té- 
}]9oiniS< les .plus ^Qtéfe^^s ^ ce grpi^eçnt tout 
Kw de n'y pa^. çTJ^vfi :eux-me!m0$i aw de s'en 
s^(Mici^pfo¥t peu>.r£li^iUn ^pee^t^elea d«'^nip( 



Yiphigime de Mj jGIihAl, touftjsei sbnt i^^ 
lefoiiB gue la itoine^esst venikelè'jentf ndi^, daA|l 
f heiiréu^ecappliclteuip i^'on lui jtfidte«Au cfaoâar : 

' ' Chantons , cnààtoiis notre Reine , 
'^'''' '^^^ Etquera^enqtÀrcncliahié' > :^. '-^- ' > 
' "oi'Mf; -Jfotisirétidià^J[littU^liiettr^iUc.:Kiv .) :.••>'! :1 <o 

îi'^t -f^B^r .%,ijfi.ç^r.çe?u,, et, >pys Ji|Çft,pfgar4f 

gyjrig^^s ppuYienJt,ê^.ç,K;9mjpaf^^f^ ^e^ )^lai»a dç 

„c^nws. jffpi^tlHMifçsWnnaeBfe j^^sipuraïuwi- 
WRuÇ^fiRliéïiS^^îip^ à la ÇoiBji^îB .^V'î^Çïpafe» 
-i$^î*»'^#nRft de!?ft|J^9#WQ, ckmt 1? p-ôpr^Éi€^ 

S^JIê^Ç^R^^ii^tdR^^açfiel^tt^leroi Jea»„ 

^jpfte^^uF. Faijt^n jjçmr «Çifii f^Be^w-çt :pçur 
W^4fin|piselle ï-ii^, âel«? pi*Ç«; pn^édég d'ttll 

:çç»,(^it1di^ny?i^j9^§^Bwpïàe=gî^^ ua« de» 



ii CORRESPÔNt>ANCE UT^RAIRE, 
plus détestables choses qu'où ait vues depuis 
long-temps. Lcprojetde TauteuF, connu d'ailleui^ 
assez avantageusement par.ses Fables.et par son 
Poème sur le jugement d^Pâï^is, était (si^t^Bt est 
qu*il eût un projet dans cet ouvrage ) de peindre) 
le ton et les niaeÙTs de *la petite.lK)urgeoisie..Il 
a cru que le moment le . plus prç>pre à rendre 
ce tableau d'une manière, .jxiquian.te. iseraît une 
collation donné6.yle«^urdçs Bois^ chiez quelque 
marchand de la rue Saint-Denis. C'est donc 
M: Pétau '^^ ne veut ji<$int' ticfeitier sa flllè'^âttf 
|)ètit Firibtl ; ';|[/àrce qu'il n'est^ ff^ iriche , let'^'if 
i'a prômisef iAi'vïeùx Ôrgbil , *Vi6he dWjitef J 
ïÂadame'P^tàiïpriitêgè les amoiit'saupétît^Ôïôn: 
!lfflrs'acdoSHe aviec un Gàscoii de ses anli^^jîôiir 
îrbfnper éoii faiîïrr. Le repas q^^bn doit (ïtiriiifer 
ce jour mèha'éfeiî fournit une bcîiàisiori mefvèïl- 
îéuse. Oti'^s'aTrartge *de inaTiih^t^^ ^qde MP Pétau 
ôit là "fève. Vhfi'ptésehtek'ce nouveau' Hoi ^lu- 
^îeuirs plàcets. lîy èria uft tjù*ili^îg'iie àVèc^K^ii- 
«cbup dé ^isirVièt,êè pkteê^ élst justeriiéhl? ié 
icfontrat de* mâîriagè de madfei*6iselleT^ftiÀ aVed 
4e petit FSribii. Toutes -ces snëhés, dW ttlk^'îfet^ 
'ttbtiiiqûë^ ^and carafiétèrë/ saïis esprit, sans vé- 
lrîté,:mémë*aesff6ite, aù^mèÊEitfSan^ folié pîai* 
i^nte, 'finisseht par uri'ta^dfevîHe où lautt^r a 
cru fairfe nné'ijKose" d&aï^iteiaiitè- eri fcôtifondàilè 
irigénieuéeiïl^ttf Moge'df* lidtiîà^XVI'awè fceluï 
de IM. Pëtàti:i Cette gâAbherie «I pWu d'aiitànt 
phïs impertitiéMe, qu'll^ aiaisséé;chappèi'^IiIu- 
«ieurs traits fort susceptiWtes 'tfUtte- interpréta- 



. .JANVIER 1775. 18 

tion peu respectueuse pouirr la mémoire 4e 
Liôuis XY. On axemarqué ^alre autres ces deux 

Il est des sages de vingt ans . ' - > 

.'- Et db^ étourdis de soixan^ 

Mademoiselle Luzi, qui a chanté cette plati- 
tude avec plus d'indiscrétion que de malignité > 
a pslssé douze heures au Port-FÉvêqùe. M. Im- 
tert y est depuis cinq ou six jours, et M. de Cré- 
Liflon son censeur a été interdit pour trois moisi 

bh, oh, qneile caoresse et qwAle mélodie!, 
^it le makre aussitôt. Holà , Martin b4ton I 
. . J)fartin bâton accourt , T&ne change de ton. 
Ainsi finit la comédie. 



• ; V" 



Oh a trop répété qu'il n appartient qu'aux ré- 
publiques de former des hommes vraiment élo- 
quens. La France a produit plus d'un orateur 
que les plus beaux siècles d'Athènes et de Rome 
n*ftussent point désavoué. Nous ne rapporterons 
point ici les Discours de M. de Malesherbes à l'oc- 
casion du rétablissement de l'ancienne magis- 
trature, parce qu'il n'y a point de papiers pu- 
blics où ils ne se trouvent. Mais après ces 
modèles de l'éloquence la plus simple et la plus 
touchante^ on croit pouvoir citer encore lé 
Discours de M. dEprémesnil à la première as- 
semblée du Châtelet , le 7 de Janvier. Comme 
ce morceau ne ser^ vraisemblablement jamais 



>i6 CQRRESPpNElAîrCE UTTËRAIRE, 
M' ée BhuU^d^^i .plusieurs fiièce^ nouyelles dé 
MM. Dorat^ P^T^i, .Imbert^ Berda , etc. Là fable 
intitulée le Conseil des aigles doit disposer TA- 
çadémie frapçj^se en faveur de M. Dorât, s'il 
çst yrai, comme on .la dit, que l'Académie res- 
semble à ces feinmes capricji^i^.es que l'on ne 
rend sensibles, qu'à force d'iadifférence ou de 
mépris. Y oyez la Feinte j?ar amour. . 



DrsGOims de M. d^ B^HsgeUn , arckes^éque d^Aix, 
à la rentrée du Parlement de Provence. 

Il est donc un terme à la dispersion des tri- 
bunaux, à l'exil dés magistrats, à cette éton- 
nante' révolution qui semblait avoir emporté 
cohime un torrent Tordre entier de la magis- 
trature. . / ^ 

Ainsi, quand tout a plié sous l'autorité sou- 
veraine , reste l'opinion publique qui persuade 
l'autorité même, et ne lui cède jamais. 

iL'opinion des sages , invincible par sa cons- 
tance et par sa modération , se répand par de- 
grés dans le calme et dans l'agitation oisive de 
nos sociétés. Elle pénètre dans le centre même 
de tous les intérêts; elle perce à travers les om- 
bres qui s'amassent sur le soir d'un long règne; 
elle embellit de sa lumière un règne vertueux 
q|ii çpmmence ; elle ne combat po^nt les rois , 
elle les éclaire et ramène l'empire de la justice 
sajis troubler le repos des peuples. 
, Jlpureux .peuples qui cultivaient en paix et 



JANVIER Ï795* ty 

sioi$sonnaieai/ sans crainte, tandis que nott 
conyersationft anjiméed et nos discussions utile» 
maintenaient les princuges de la sécurité pu^ 
bli(pie ! 411^ 

Oa aivu d« bons citoyens s'alarmer dans le 
secret pour le bien de leur pays. Que devieii* 
nenty dîsaient4k, les \m&. sacrées de la pro« 
priété?. Que devient k constitution de FEtat et 
sur quel autre fondement peut s'appuyer Taii-* 
toritéi <fau Primas que sui? les droits et la pro- 
priété des ^nvtoyens? . 

Afa l qu'ils apprennent à Cjonnaitre quel est 
le gouvernement doux, et Êicile d'une Nation 
éclairée, et par quel paisible retour se repliant 
sur hà^jàlème, le fleuve qui nous entraîne obéit 
à la nécitssité; de repfendre et de suivre son 
eours natoreL 

La eoBstiiation de l'Etat? Elle est fondée dans 
tût» les coeurs, elle retrouve un asile et un 
temple dans quiconque est instruit et vertueux; 
elle repose en sûreté ^ons l'âme d'un ministre 
que la fortune a comblé, de tous les biens de la 
&veuT etdela disgi^âce; et là, {dus forte et plus 
inébfanlable , elle se munit de réflexions libres 
et Traies sur les variations des cours , swt les 
intrigues des partis^ sur les malheurs des rois; 
elle attend qu'un jeune souvierain, agité du 
noble dé«ir de plaire à son peuple,. vienne la 
chercher de son premier regard au milieu de 
sa retraite et de son silence^ 

Revenea^ avec le ministre qui la conserva 



18 CORREStONDANCK LITTERAIRE, 
4ans son sein , interprètes des lois , dignes ap ' 
puis de Fautorité souveraine , ancieiïs magis- 
trats, dans quelque coin ignoré de la; .France 
que vous ayez été 4||^ersés ; et vous surtout 
dont cette province a consacré leS'iservriees par 
, SCS regrets et par ses vœux, rapportes^^noiis vos 
talens exercés . par. une expérientee. phis grave 
et plus imposante, et vos vertus, plus vënéra- 
kles.par vos malheurs. /. . . . . 

- Si pourtant nos coi^eetures les- plus^ justes 
ont été quelquefois déconcertées par nos èrain- 
tes , ^ rendons - nous compte à nous - munies 'de 
la véritable cause des» troubles et des change- 
Mens: ..'...-._ .. , . 

Lorsqu'après une longue trankpiiUité le pre- 
aaier ordre du royaume et l'ordre de ia* magis^ 
trature laissèrent éclater une soudainéi et vive 
opposition, on vit s'ébrhiilér toutj^à-'eoup.les 
principes simples et solides qui faisaient lalforce 
et la consistance de l'Etat. Les questiotis et les 
doutes en tout genre répandirent de sombres 
«luages sur la Nation et sur le Gouverniement. 
!L'opinion pubhque sembla se partager entre des 
lois contraires ,.et Tautorité flottante , incertaine, 
perdit ce point d'appui respectable qu'elle ^ac- 
guiert par la constance et par le repos. . 

A quoi nous ont seivi nos fatales divisions? 
Le clerg^, comme le peuple, a vu ses droits 
en péril et ses impositions s'accroître II n'a point 
acquis, il n'a point .demandé de nouveaux pri- 
vilèges^ et Mu^ dQuté* il a. craint que la perte: 



de. tçu^ileis pr^es 4« r|;tat. ^i 

■ ^êq^Sj^jjpag^stfats^ citoyens, quçl çepait, 
l'objet 4?; ïJotr;ei,£|a^iUoH,jiilQuse? Ce n«sît ^li 
de f réfljtpi ,4ç,J>ouvoiï:'quie.i)<^u;ï.Ayons be$oin9. 
il ijçu;! fe^t^e^,;tal^n» e^ des ;yejçtus. .Unissonsv 
nous.pî^^^aii;e ^^gpçFjIa : reiigipi^ >t.Içs,bQnp!e& 

çpunaijgafleçs.;j^tae^ «tjiiç^^éç^ïi^r.le Qouyer.., 
»eçpepf,,|^ç, tejç.^t la, .^^^^ 

coçamsçdg^à /î^, Rçi^ .,çp leuç ob^^agaj^, ^^^W^^ 
«•ois » ^»^î*?¥tft ^/:PÇ«:*W8^é?.î,çr9infprpn^M^aïîs^^ 

force et .<|m^,^t^nd au-#3 <^ ^çi^,, ;„,,.,!„,., 
bien .^^ . ^^t^ Ç ejJt^ ç^Ç.,3^i, ^^ijjflf.j^^^Çn^ 




1' t a.-' .aiyrrai .'.<imTT)'i*'| ?Mb 'HJp '"-^ 
-:;?Ul»mP/Î^WoS5fc»»^,^¥?ftî.44^'WW 






9.y 



:è6 CORRESPOSB AT^fcE llTtËR AII^E , 
f^ie^k'tnàtétkal Oe Catêhàt, liWcJu'tWié pe- 
tite brochure de quarante J)age» ; où UW rie 
tî^ou^è qu'une esquisse très-im^îâffldte dès prfn- 
dpaîes époques de «a vie, qudqties' anecdotes 
cotihuei, et beâucbiip' de réfleiiàhs, taiitôt tri- 
virf^; tantôt pt^cieuses ; et totijdutis étrahgèi*es 
àf Tbbj^t qu'au historien dé ce gt^nd^Httmine 
dfevait avoir en Sftie.* L*aùtre a pchï^ titré Iffé- 
moires pour sèrpir/à'lH hié ile Wicôtas dé Pati- 
nât ^ hti^chai âe'l^ncé , aVeç tiétte ié|Jigrapïïe r 
NiM'àppèterè bb jdctanohek.ltvilktr^i^jh 
âtftèii^ r^CTÙàf&i^ iinitil^iié itndbius * et intentai 
dj^ere. Ce petit Voliimé e^t de at:* ïétharqùifs* Aé 
lii'ëqiliti^C^st 'tin extfaïé $ittiplé !et mM\^rû\di 
froi» et *ec;y'ilriy'â6ïfe&iiie de ^ôîuAé^i {n-fôïîo, 
contenant totilîê'% Côrt^espondàrice'cie M. de' 
Cattnàxi'ses M^oh^^anic^^ mini«t!»e's,,ët liout cô 
^ëti'k pu tlëtèl^reV ehûti d^ Jiàpîeifà' relatif^ à' 

Aftièï^tUiili^ fourni à jIi.^ Cré- 

qiiic|wfeô«WÎ^ ét^Wh ôlii 

t*«g*ifest^iicèffe'iioin^^ la^ 

fèfttfe^^^He'fond. *^ ' '; "^'it ; 

-^^Là Me^ dû' inarëchaï^'de Catinîit ôlfrë Weu ^4 
Ifrâtids^véiièmëhs. ÎSà câ^îere iHiUtdVif^'^rie Tui 
iii lote%ift nî ]yAllàA|ë;-'A;r^c!^iioi^ 
nées dé^Sfefferdeiét dkla mrààifté*, it ri^^prôtiva 
guère que des pertes et des reverls. Ce ^'est 
dohc pà tant par ses'a'étlotti* qtféî par iôh* ca- 
ractère qu'il méHtë d*êtré corint//'IÏ'Wif san^ 
^clat comme sang faiblesse, et cfeïi'ëst^cjKl^n le 



^î ^^, ; JANVIER ÏT^S.:^ ^. ^ i flMl 

çaiyanjt^ 4^t^s Fintérieur 3a ç^pduite , dans sa 
vie doip<^ti4Ue. et privée ,, qu'on peut recon- 
naître 0a l.ui bçtte grandeur, aotique qui a fait 
dire àjeau-'^acques que de (tpus;iios héros^.mo- 
derjie3 'Catiuat était Iç seul qui pût être çom- 
;ppoaé aLi$k ho^unes illustres de P^tarque. IVon $ibi^ 
dit Sanadou^ d^ns l'épitaphe qu'il a composée 
^our |ui , mJ^ sibis^d Patries vicit: il ne cbuçrclm 
point à vaincre pour lui, mais:pour M Patrie. 
C*est laie, vrai. point de vue fous lequel la vie 
^ ioe citoyen respectable /eut. form^. un tableau 
aussi utile qu'intéressant; roais> pour exécuter 
.une si belle i/âée, il fallait avpixr les yeux de Plu- 
tarque ou ^ plume de JeanrXacques. Nous ver- 
rons si elle sera remplie par. M, de Guibert, qui 
travaille^ dit-on, dans ce momeiit à l'Eloge de 
Catinat^ sujet d^.prix que l'Académie fra^içaise 
doit donner cette année. C'est sans doixte da^s 
l'enthçusiasfnë que lui in^ire ce travail que 
M, de Guibert avait conçu le projet de consa- 
crer par quelque grand monument la cente- 
naire dfHL, maréchal de Tur^nne, en proposant 
pour cet. objet aux militaires une souscription 
pareille à celle qu^e les gçns de lettres, ont faite 
pour la staftie de JVI. de Voltaire. Il désirait 
d'aboiîd de faire ériger une colonne dans l'en- 
droit où Turenne a été tué , de faire faire en- 
suite sa statue par le plus célèbre de nos ar- 
tistes , et de la placer au champ de Mars, Il vou- 
lait encore qu'on instituât un prix de mille éçu& 
pour l'écrîiain gui , au jugement de l'Acad^nji^ 



^ CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
française, ferait* le meilleur panégyriitjaé de ce 
béros. La Cour n'a' pas jugé à propos d^accoriier 
son agrément à te pi*ojet. On a répondu qu'on 
ne pouvait point élever de monumens plus glo- 
rieux â la mémoire de M. de Tureilne que ceux 
qui existaient déjà;' qu'il était etiiseveli dans 
le tombeau de 'ses Rbis, qu'il avait été loué par 
les plus grands ôràfeurs de son siècle, et que 
rendroii: où il^avait été tué étant hors des li- 
mites du rovfcme , le monument qu'on y vou- 
*drait érigér^entraîniei'âil; fort inutilement dans 
lèfs embarra» d^uné iiégociation particulière et 
risquerait même d'être détruit à Ifa première 
■guerre. M. deGuibèrta brûlé son Prospectus; 
mais nous espérons qu*il n'abandonnera pas de 
même l'Eloge de M. de Catinat. En attendant 
que nous puissions avoir l'honneur dé vous en 
rendre compte , 'qu'il bous soit jlermis de rap- 
porter ici une anecdote de son héros qui ne se 
trouVe.dans aucuïi de ses historiens, mais que 
Jean-Jàcques a souvent entendu raèônter à des 
hommes qui Pavaient connu persoAnelliement. 
Dans le temps que M. de Catinat faisait la 
'guerre en Italie, un jeune officier plein de 
courage et de présoinption vint lui demander 
avec beaucoup d'empressement l'honneur ^e 
servir sous lui. Catinat le reçut sur la foi d'une 
"physionomie heureuse i et lui promit de l'emploi. 
Peu de jours après il l'envoie exécuter quel- 
'^ques ordres à la tête d'un petit? détachement. 
Il -est attaqué. A? peine l'actioii se %ouve-t-elle 



Janvier 1775. î^ 

engagée, que le jeune homme perd la tête et 
s'enfuit. Sa mauvaise conduite avait eu trop dç 
témoins pour être ignorée. M. de Catihat en 
sait tous les détails et le juge seul avec moins 
de sévérité. Il le. présente lui-même à tous le» 
officiers de sa compagnie et leur dit : Messieurs, 
je vous prie de rendre plus de justice à votre 
jeune camarade. J'ai voulu mettre son obéis- 
sance à l'épreuve, il.n!a rien fait que par mes 
ordres. Après l'avoir comblé de caresses en pu- 
blic, il le fait venir en particulier et lui repré- 
sente à quel point sa confiance se trouverait 
compromise s'il ne la justifiait pas incessamment 
par une réparation éclatante. Le jeune homme 
se jette à ses genoux , il lui doit mille fois plus 
que la vie , il brûle d'aller au devant des plus 
grands dangers. Le jour même il se distingua 
dans une action très-périlleuse, et fut depuis 
un des plus braves officiers de l'armée. Il est 
peu de traits sans doute d'un tact plus rapide 
et plus profond , peu d'exemples plus frappans 
de cet art si rare et si sublime d'élever même 
les âmes communes^ au-dessus d'elles-mêmes , 
ou de leur, rendre au mojqs toute l'énergie que 
des circonstances singulières ont pu leur ravir. 



Mademoiselle d'Albert vient de donner au 
public un Roman en quatre petites parties-, 
in*i2 , intitulé, les Confidences d'une Jolie /èmrfw^ 
Ce n'est pas son coup d'essai en ce gçnre , mais 
c'est le seul qui ait paru. Celui-ci n'aurai pas. 



^ 



a4 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
vraisemblablement dès suites aussi fâcbeuseft 
pour elle ^ue sa première production. Voici 
son hi^Toire. 

Mademoiselle d'Albert est née eiï Languedoc, 
^'une fiimille honnête, et très -mal partagée de 
la fortune. Lorsque Tabbesse de PanthemoBtt 
fut nommée à œtte al^aye, eHe se souvint 
qu'elle était parente éloigviée de mademoiselle 
d'Albert, et la demanda à h^^ paretis dans l'in- 
tention de se charger de son éducation et de 
«on sort. On la lui envoya. La jeune personne 
avait infiniment d'esprit, elle profita dès bon- 
tés de Tabbesse. Elle se distingua d'une manière 
assez marquée podr être préférée à beaucoup 
d autres pour tenir compagnie à mademoiselle 
de Bohan , depuis comtesse de Brionne , qui en- 
tra à Panthemont trois ans après mademoiselle 
d'Albert. Rien de ce qu^elle voyait et de ce 
qu elle entendait à Panthemont ne lui échap- 
pait. Elle y prit une connaissance assez Vraie d^ 
la ville et de la cour, et ce qu'elle en connais- 
sait lui fit deviner ce qu'elle n'en connaissait 
pas. Il y avait un an qu'elle accompagnait 
partout mademoiselle de Rohan, lors^qu'ii lui 
passa par la tête de faire un Roman fort gai^ 
fort plaisant. Elle le fit imprimer sans nom 
d'auteur ; mais on crut y reconnaître plusieurs 
personnages importans,* plusieurs faits récens 
assez mal déguisés et tournés en ridicule. Elle 
avait des confidentes jalouses de la place qu'elle 
occupait qui la nommèrent. Elle avoua, et son 



JANVIER t775. a5 

âiveu lui.coûlà sou état. Son ouvrage fut isaisi, 
jet Tou eu racheta jusqu'au dénier exemplaii^. 
Ou la peigrût d^ poiileurs odieuses , elle fut 
mise -k la Sa^tiUe^ . Le crédit de mademoiselle 
de Rohau l'en fit sortir au bout de quelques 
mois. ]SQe .obtiot la pecmis^îou ^e ^e i'etirer 
dans uu couvei^t k Mo^lhis^ et par la suite la 
même protectiau lui ;0t accorder unp peusiQu 
de huit cents hv^es sur le^ Etals de Languedoc. 
Elle est depuis quelque aj^^a^es retirée à Paris 
au coii^eut du PetilrÂaiiitrChaïamont. 

Le Boman ^i vievri; de^^orakine e^t trè$-iné* 
gaiement écrit. Il y a beçkucoup d'intérêt. L^s 
événemens ne âoot point invraisemblables , mais 
ils sont trop clairement arrangés à la conve- 
nance de Tcauteur* Les caraotères sont très-pi- 
quans et bien soutenus. Lr ^atrième partie 
me parait tres-supérJeuiBe awc trois autres. Il 
y a une vérité, une finesse, une dâioatesa^e 
dans les détails qui supposent dans l'auteur 
une grande connaissance du cœur humain. On 
ne peut s'empêcher de lui souhaiter un meil- 
leur isort, et de I4 $oupçonaer néanmoins de 
n'avpir ipis en li^uaii^^que -ce qu'elle a vu sous 
ses y^ux. 1] y a de# icboses «qiii ne se devinent 
pas. Le génie txio^ve un mot sublime ; mais 
cette succession de mouvemens eontriidictoires 
qui tourmentent une âme sensible quand «U^ 
est jointe à un caractère iaible , on ne les de- 
vine pas qua^d on place ^Qn personnage dans 
une posilion qui noii§ est tont-à-feit incannuf • 



a6 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
Coiriment une jeune fille, par exemple , pourra- 
t-elle peindre les soins , les sollicitudes , les 
espérances , tes 'découragemens de Tamour ma- 
ternel? Au moins faudra-iil qu'elle en ait éii 
témoin. ^ • 

Une chose dont je sais un gré infini à made* 
moiselle d'Albert^ c'est <ïe 'n'avoir corrigé au- 
cun de ses personnages à la fin de son Roman, 
pas même son héroïne. Cela me fiait oublier que 
t'est un Roman que j'ai lu. 

On me contait hier qu'une femme charmante, 
mais sans caractère , telle à - peu - près que 
l'héroïne de mademoiselle d'Albert, avait reçu 
la plus violente impression de la lecture de ce 
Roman. Elle y avait reconnu toutes les inconsé- 
quences et les dangers de son propre caractère. 
Fondant en larmes toute une journée, elle avait 
juré, protesté qu'elle mourrait plutôt que de 
rester roseau, et d'agir sans cesse contre ses 
résolutions. Le même soir elle ûtd' entratnement 
la démarche la plus inconsidérée qu'elle ait 
peut-être faite de sa vie. Voilà la vérité , et voilà 
ce que mademoiselle d'Albert a peint. Je vou-> 
drais qu'elle eût intitulé ce Roman la P^ie d'une 
jolie femme. Le titre qu'elle lui a donné est 
faux , et annonce un ton frivole et ginguet qu'il 
n'a pas. Ce sujet traité à la manière de Fielding 
ou de Richardson aurait été sublime. 



Un particulier ( on croit que c'est M. Elie de 
^eaumont, avocat au Parlement) avait prié 



JANVIER 1775. ^7 

l'Académie françatte 4^. voiitoî^ltien recevoir 
sous ses auspices un prix de cinq cents livres 
pour le discours qui développerait le mieux , 
au jugement de l'Académie , les n^oyens les pl^s 
propres à rétablir les moeurs, en supposant 
Jioujours les principes de tout gouvernement 
monarchique. Xi'Académie, ayant demandé, au 
ministère la pern^ission d'agréer cette proposi- 
tion, a été refusée. On a jugé apparemment quç 
la question était trop délicate ; peut-être aussi 
que l'expérience Tavait décidée depuis long- 
temps... 



.01:. 



^FÉVRIER r77§: 



»/'» 1 



* r" 



jAUf A7S opéra * comique n'avsfit fait autant de 
bruît que lu Fausse Magie avant de paraître. 
On en parlait depuis deux ans comme du chelf- 
d œuvre de MM.BÏal'montél et Grctri. Le poëte 
avouait que le fonds n'en était pas très-neuf; 
mais il se flattait de l'avoir rendu infiniment 
intéressant pat* tous les détails dont il lavait 
embelli. 11 disait franchement qu'aucun de ses 
ouvrages ne lui avait coûté plus de soins et plus 
de peines. Sûr du succès , la seule frayeur était 
qu'on ne trouvât la pièce trop gaie , et qu'elle 
ne fît mourir de rire la moitié des spectateurs. 
Il n'a été que trop bien ra'^suré sur cette crainte 
par la première représentation donnée le mer- 
credi, premier du mois. Malgré tous les charmes 
d'une musique enchanteresse qui seule aurait 
dû, ce semble, faire réussir le poème le plus faible^ 
l'ensemble du spectacle a été fort mal reçu. On 
ô critiqué , on a eu de Timpatience et de Fhumeur, 
on a mémç hué, et surtout on s'est obstiné à 
ne point rire. 

Nous ne prétendons pas juger entre le par- 
terre et M. Marmohtel. Peut-être un simple 
extrait suffirait-il pour prouver qu'une comédie 
de ce genre ne devait pas être jugée avec tant 
de rigueur. 



Chamon sur VzxT A.Momèsur iePrevétdes Mar- 
chands; par M. Pùreieh (peinât). 

Vante }*tgidi^toifnîiK>laAal; ' 
Bien fouqiu^JjedvgrcUisf^^ -.::;:. 
Tivre de gland^ coi|[ime,les l^êtes 
Et végéter au fond des^ opis., 
Quoique nous chantent lès poètes, 
Ke vauf pas nos mœurs et nos' Ipîs. 

Je respecte iiôsbôns aîetrx ^ ' 
Mais lètïé iâ!èclé ne vaut *pas iûiéux. 
Ces preux clievalier^.X{ft6!ronlpnM!. 
Toujours l)at.1M«^ potfrfcn&m^v [ 
Malgré leur airtiqueitanfehiwr, 
N'étaient pas de t^pIboiifiOl&g«tii^ 

Les Gloyij^ et jçs ChildebeKt^, 
Les Clotaire > les Dagobert 
Valaient-il» «lOtf^ t^i^Là^ ê^kêf < ' - ' 
Qui le soiilâl»id»ft^«illîétf P 1 ^'f^' » -' ' 
Pour moA ^aèmpl% JdisMA^fttf ifâfè"' '^ 
Devivreau4iitkfro«iMii^H^6fâlSi '' • ^ 

On voyait dansgpt^que;p^i|^^«ui ., - 
De père en fils un tyranneau 
Toujottx^ occupésit détruire. 
Leur morgue 4P ffilàfl îmÉëâser. 
Ces seigneyçsr^^i^^VfligiV^ V^^^n ? . • ■ 
Mais ils savaiepj^^oire elj jurQr.-,^^, . ,; ; . 



*>">{»• 



Lance ^étrtétsurttti fcfiéniîii,'^ 
Le guert^^éàiV^âsiâssin. 
Mauvais siQ^'^.^ in'éébanis màft!rés'^ 
Puis demandant !i Dieu paî^déù', 
Ils dôiiÀFëiit iétirs terres ^ùl pktà^ëi^ ; 
Pour fttoir f àbètdutîoii. ^*' ''^ ^ " ' 



y 



3o CORRESPONDÔlNCB «Tf ÇRAIRE, 

Sur des vitreàùx montés en plomb 

- liir '»'4S^.VoyaitnBlgpa8déwisitm.; .1 î- 

Et.cette.p9St4i[«fli^l^i«, j ,, . ,;.. 

Guerroyant et troublant FEtat, 

RessemblaH,llàHrt«aTpaidë^Bfiâ( >' - > 

Plus il est TieuxvplU»il.est^]Ht;^ i^^t n >i l 

; . .... ;i. .- • .? - i ' 
Avec un chevalier loyal. . ^ 

Une dame était à cbeyat „ ^ 

Teint brûlé , derrière en compote , 

^^ ^, - ' V * '..if ♦>*>.! 'arc* ♦ 

£t filant de tristes amours , 

Constante y bégueule .etd^vo^ç, ,^ . . 

Dans son cliâtea.u flanqué 4^ touvs* j ^ 

riion*rèila*fid«ité,' ' . - • i ^ • • 
Mais j'akû«>iu»i k pr^rAff^;--^^ ^^ f"f»l * 
Toutes ces .grandei Bérouîèft - ' ^ ^ , - • • ' 
Interrogées; sm^boudoirv '= î '"^^j- •'- 
Par nos agréables coquines 
Seraient coïkîibndues sans eîsbèirh 

Mes f^.« J4Miûssoiii& eupatx" î....: • / 
Du temps présQo^ii^^^éiçmiiKb'r ^ 
Ne Yant$Mpfi94tiayel6f ffsmm^i^ ?i. : 'î 
Du bonp}r^^40<tei|ips.jaài^i .. swi/ .(( 
L'avenir passe nos lumières , 
Le présttkffest le paradis; '' ^^' '/^^ ^- ' 

Régnai ncrtympSpîfi'frM?M?'4'i-lbi' ^* 
Le grandi ire de^ fte viWsî e*p&é2r.^' '^^ "^^ ^'"^' 
Amoroso ail' eslraiiço,, dj^.^og^^^^ft ^^,,. : 
Fui più padre che Prençe ^a tap^VlgWf- o. i . ; 

Nemico d;iA^eress5 ^ ^i\ç feHÂftjue ei«/li.;W. 
Tutto me stesso aJj5?yfî9,dpç^îi,«i,nGinDb ...u^I 
Nulla à mi^fl^U^f. mie^; %^^ fflWiSîftb .11 
Délia chiesa e diRoma iUçii,fi^f4if ^i^yu .^oi 



^ FEVRIER X775. 3i 

PortogallQ, Avignone e Beneyento • 
Per me tomando alla concordia usata, 
Mostra s' io vissî aile bell* opre intento. 

£ppùr^6tJfili AiôrteempîAe i^iéfàbt! ' :i > 

£Roiiia>a}i(&llaâéiil^â0l(m>8O èv«ht(^U ' > : '. l - .\ 
Otaeréedetniiw[i«li0K>Aomaîttgrata)! i: ;•, ^ .\.. \ 
■ ♦ • f . , , « 

L'auteur de ce* sbtinet est încoiinu. Les ûiis 

Fattribuent ^ M. l'abbé Métastase; les autres à 
M. Tabbé Galianî. ïl est digne de Fun et de 
1 autre. En yôici ' îà tfedùctioïl ' ' ' ' ' 

: • :. . .1',' .. - •: f •.:.; !■ •/ ^ • ..;• •; 

« Je régnais dans un temps de terreur et de crime. Je sus 
» vaincre et calmer la colère dés Rois. Ami de f étranger, jd 
* fa^'yAVL milieu de tant âe troubles, le père {âutôt qùe>lb 
» ^ttitierain de'moA.peï^kie. Sans intérêt personnel, >iiiiiblij 
» et>pîeBx^. je n^e doni^ai tout entier aiiK^a^vtes.'Saii&|ixV>€i 
» caper de. moi , s^ns in*occuper des miens ^ je n'eus en tu« 
h (}ue Fayantage de Dieu seul , de TËglise et de Rome. Le 
» Portugal , Avignon et Bénevènt , rendus a la paix par mèl 
» soins , attesteront Si j'ai' \cohsacré ma tira feîire 4e Botmès* 

> œuvres^ CepeAdant ^e ^éris d'unie oliDi^îfnpie , ^ n'ins^' 
» pire «wran J?«|pf«^ijJet!Rome^pp^a^I4i^à;0f Aouloureiw 4ré- 

> n^sfuint. Q ^arbarjî .r^çpmpe^e Î.6 Rpiîie .ingrate !» ^ , 

Sgan2fcreHÇj^(||^tà l\|$irtine ,^ Âans le Médecin, 
ma^ré hd : ^^aj^etifefen^ ma mie ^ votre 

peau vousjcf^n^çirfge;. . . rr^q^jpetite femme^ mq 
mie i vous yVpM^fer^^ |é^n7/er,.ftç^ J'entends d'ici 
le ci-devant ^,Qi-disa^t qratj^ur JLinguet eu dire 
autant au, véritsjblç dacf:wf;j! 4^ Sorbonne 
l'abbé .; et si; de la menace l'orateur yn.- 



32 CORRESPOIIDAÏÎCE LITTERAIRE, 
oblige , il va , dans un volume in-ra , relever toufli 
les paradoxes , toutes les contradictions et les 
atrocités sortis en dJ|£Géren& tqmps de la plume 
de Linguet! Ce volume est.intiliulé Théorie du 
Paradoxe; il estâmprimésas» nom d'aut^ir, 
mais il est haute,m:ent.avoué par l'Abbé. C'est un 
ouvrage très - plaisant , mai^ dont la lecture 
n'amusç pas assez, parce que la mca*cbe en efit 
uniforme et trop méthodique. Elle consiste i 
après avoir donné une définition du paradoxe 
et de ses différens genres , à extraire , d'un bout 
du yolumf k l'autre , toutes les* propositiopa 
hasardées par ^'orateur dans sea ouviraige» «hf 
la Théorie des Lois, la Lettre aux Docêeurs rho* 
dehies, etc. Chaque passage est euttetnêlé d'uit 
persiflage assez gai. Le^ propositions de Lingiiet 
ue^ontpouB la plupart riea moins que plaisan^ 
te»; j'en ex^eepteim pourtant eeUerci ; «Le blé est 
}> une mathéureufife' petite' produetioa qui ap^ 
» pelle la feitti atl lîtu de la chasser; qut paraît , 
» à ses fuqestes propriétés , un présent fait par 
^ ïa iiaturé dârià' sa colère , et dont Fépi can- 
» tient plus de lûathettt^ etiôbie ^ê de graihs. 
» . — Le pàih est une drogue ineiirtriére dont la 
» conniptiôfi est * ïe' premier' élément . . . • Nous 
» sommes obligée* de l'altérer par un poison 
» ( le levain ) pouV la Tendre moins itialsaine.... 
» Pareille à Ces poisons dont l'habitude nous 
» mène au tombeau, et dont la privation cause* 
i> rait également la înort, — les excès déshono- 
3^ rans, là mollesse criminelle qui énerve les 



JPÈTWER 1775. 3i 

à particuliers et les empires , la profusion des 
» resfiource^, le lui&e, etc. n'out jamais été que 
% dans les pays où il y a du froment^ des mou- 
» Uns et des boulaii|[ers. » 

A là viiigtième page de cette lecture il m'u 
semblé que TÂbbé avait travaillé surFidée d'un 
autre, et qu'il n'avait ^pas xsonçu lui-même le 
projet de ce persiflage. Il n'a pas tiré de cette 
plaisanterie tout le parti qu il aurait pu ; la page 
la plus piquante de son livre me paraît être là 
citation d'un passage de Quintilien, qui fait le 
portrait le plus exact et la ciitique la plus par- 
&ite du personnel de Linguet. 

Mais ^ monsieur l'Abbé , saver-vous que vous 
iatvez fait là un furieux pas de clerc en attaqfuant 
l'orateur Linguet ? £t dans quel moment ! Il a 
Un gràtid parti > et je ne sais pas , en vérité ^ com* 
foent vous vous eii tirerez. 

Un àrrét du conseil d^Etat avait rendu ^ il y t 
un on , la parole à Linguet , et avait cassé , quel^ 
que temps après, la décision des avocats qui la 
lui avait otée, et la confimiation que le Parle* 
ment avait donnée à leurs décisions. Il était 
question 9 à là rentrée de Tàncien I^rlemieùt^ 
de reprendre le procès de M. le maréchal de 
Broglie avec madame la comtesse, de Béthune ^ 
pour la succession de M. le baron de Thiers^ 
jpère de madame de Béthune et de madame la 
maréchale de Broglie. Gerbier devait être àvo^ 
cal du maréchal , et Linguet de la comtesse dé 
Béthune. Gerbier , qui avait senti qu'il ne serait 
t. 3 



34 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
peut-être pas bien reçu au Parlement , avait sol- 
licité une place chez Monsieur , et son projet 
^tait , l'ayant obtenue, de quitter le barreau. 
Linguet sut, de son coté , que les avocats se pro- 
posaient de revenir sur l'arrêt du Conseil, et 
qu'ils faisaient des assemblées où il était ques- 
tion de le rayer du tableau. Il fit un Mémoire 
contre eux avec tout le fiel, l'amertume et la vio* 
lence qu'on lui connaît dans ses écrits; il y atta- 
qua personnellement Gerbier. Dans le même 
temps, M. le comte de Guines, obligé de dé- 
fendre son honneur contre un tas de coquins 
qui l'attaquaient , se trouva forcé aussi de dévoi- 
ler quelques manœuvres de Gerbier, qui lui 
firent un très -grand tort. Toutes ces circons- 
tances réunies déterminèrent Monsieur à or* 
donner à Gerbier de se justifier avant que les 
lettres - patentes qui l'attachaient à sa personne 
lui fussent délivrées. Dès cet instant l'affaire de 
ces deuxavocats devint une affaire de parti. Celle 
. ,de Linguet s'est poursuivie , et malgré la cha- 
leur, la protection et la suite qu'y ont mises en sa 
faveur nombre de gens de qualité, il a été rayé 
^u- tableau , et ce jugement des avocats a été de 
nouveau confirmé par le Parlement actuel. Le 
jour de cett^ confirmation fut un jour célèbre. 
Linguet, mandé au Palais, s'y transporta accom- 
.pagné de madame la comtesse de Béthune et de 
jxombre de gens dé. la Cour. M. le copite de Lau- 
raguais et M. le prince d'Henin ne laissèrent pas 
séchapper une si^ belle occjasion de faire valoir 



FÉVRIER 1775. âS 

leur zèle patriotique ; et au moment de la publi» 
cation de la sentence , madame la comtesse de 
Béthune réclama son conseil , son avocat , son 
ami, se trouva mal, et aucun des grands mou- 
vemens pathétiques ne manqua à cette scène. 
Tous les partisans de Linguet n'ont cessé depuis 
de crier à l'injustice , et c'est ce moment que 
prend M. l'Abbé en vrai docteur de Sorbonne 
pour écraser ce digne concitoyen ! O temps ! ô 
mœurs! 

Quant à Gerbier, il s'est justifié aux yeux de 
Monsieur , qui a. daigné , d'après son Mémoire , 
lui Éaire délivrer ses patentes. Il est vrai que de- 
puis il a été assigné au Châtelet^ à la requête du 
procureur du Roi, pour être ouï relativement à 
l'affaire de M. le comte de Guignes. Il n'a ni 
autant de partisans ni autant d'audace que Lin- 
guet; il est faible, léger, et a un grand goût 
pour la dépense. Avec ces petits inconvéniens 
dans le caractère , on peut souvent se rendre 
coupable de fautes bien graves , de ces fautes 
qui perdent un homme dans l'esprit public, 
mais qui lui conservent du moins la pitié de ses 
amis : c'est, je crois, où il en est réduit. Voici 
l'opinion du public : 

CawhET'Sur Tsàv de la chanson de M^ de^ 
Beaumarchais. 

Maitre Gerbier a beau dire et beau foire. 
Sa lettre à tort 
Lui fait , ma foi , grand tort. 
Si la loi du plus fort 



36 correspondanc;e littéraire, 

"He ^nfe pas l'afTaire ^ 
Il perdra son honneur , 
Sa place ckez Monsieur. 
Maigre Gf rbîer a beau dire et beau fiiire. 



Pouf revenir à la théorie du paradoxe, il fauf 
convenir que si l'idée n'en est pas prudente,, 
ellç est au moins heureuse. Les Fapprochemens 
que M. FAbbé feit de différens passages de Lin- 
guet sont très - plaisans. Il ne lui a nianqué 
qu'un peu de verve pour faire de ce morceau 
un chef-d'œuvre de plaisanterie, et la &çqn 
n'en aurait pas été plus chère; car tel qu'il est^ 
Linguet emploiera vraisemblablement le reste 
de sa belle vie à s'en venger , et sa radiation du 
tableau des avocats hxi en laissera tout le loisir. 



Le nouveau recueil qu'on vient de recevoir 
du patriarche de Ferney offrira sans doute beau- 
coup de pâture nouvelle aux Clément , aux Ss^- 
batier et à tous leurs consorts. Ses meilleurs 
amis auraient bien désiré qu'il en eût suppri^ié 
au moins une partie. Ij2l pièce la plus considé- 
rable de ce recueil est t^ne Tragédie qu'il nous 
donne pour l'ouvrage H'^un jeune homme , mai$i 
dont il ne montrera poiQt, comme il le dit lui- 
même^ l'extrait baptistère. U est à craindre qu'il 
ne soit que trop bien marqué dans la pièce 
même. Dqp^ Pèdrey roi de CastiHe, annonce le 
même âge que les Pertharite et les Attila. U est 
aisé cependant d'y reconnaître eocore dans plu- 



FEVRIER 1775. ' iy 

si^Uri i^ndroits les traces d'uti génie vraiment 
dramatique^ des restes de thaleur et ce goût de 
siïtipllcité que l'on a trop perdu de vue. L'objet 
principal dti poète seiiible avoir été dé venger 
là métnùiré de Pierre- le -Cîrièl. Sélôîi lui, ce 
prince ne fut déclaré Bulgare et incrédule que 
pour avoir eu des maîtresses , et parce que Henri 
de Tf atistanlare , soi frère bâtard , qui firiit par 
Tégorgèr dé sa propre tnain, sut mettre adroî- 
teAent dans ses intérêts Charles V et là cour de 
Roïttfe. M. de Voltaire oublié doiic que ce roi^ 
souillé du meurtre de ses frères, s'était rendu 
plus odii^UiL encore par la tnort violente de sa 
felûûie Blanche de Bôurbbû, tju'il empoisonna 
p^our plaire à Marié de PadlUe. Ce sont dès faits 
dont il paraît difficile aujourd'hui de contester 
là Vérité. tjSL prudence avêb là^êïle te dieu de 
notre littérature sait plier ses ôpinlotis à 1 esprit 
et aux circonstances du momeùt ù'aurait-êlle pas 
dû l*etlgagèr à adoucir un peu là tirade suivante ? 
Cest don Pèdre qui parle t 

Moi je respecterais ces gothiques ramàs 
De privilèges vains que je ne connais pas, 
Xtemeh afimetis de troubles , de scattddes , 
^piè l'oti ose appeler nos h>tè lolidBilietitsdes ; 
€es iyntii féodaux, ces bardns lovrciUevs , 
Sous leuzs rustiques toiu indiens ongueilieux; 
Tous ces nobles nouveaux , ce sénat anarebiqu» 
Erigeant la licence en liberté publique; 
Cé% Etats désunis dans leurs vastes projets 
Sous l«s débris du trônts éctasaùi les sujets ! 

lia tragédie de don ï^èdre est précédée d^iine 



38 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
longue épître dédicatoire à M. d'Aleinbert, où 
l'on soufiFre de voir toute la peine que l'auteur 
s'est donnée pour louer les principaux membr^ft 
de l'Académie , les premiers aspirans , les dames 
et les grands qui protègent les lettres, enfin la 
ville et la Cour en gros et en détail. Il y a dans 
cette litanie d'éloges tant de sincérité, tant de 
délicatesse , tant de désintéressement, que ceux 
qui ont reçu leur part de l'encens se trouvent 
presqtie aussi confiis que ceux qui ont été ou- 
bliés. D'ailleurs , comme les petits intérêts dont 
il s'agit dans cette grande affaire risquent tou- 
jours d'être assez mal yus lorsqu'on en est à 
deux cents lieues , il est échappé au héros de 
notre siècle plusieurs bévues attribuées par lesu 
uns à sa malignité , par les autres à un sentiment 
que l'on n'aime guère mieux. MM. l'abbé Ar- 
naud et Suard n'ont pas été infiniment flattés de 
se voir loués sur un seul ouvrage qui n'est point 
d'eux, mais de l'Abbé. M. Marmontel est peu. 
reconnaissant de ce que depuis dix ani^ on ne 
parle jamais que de son quinzième chapitre de 
Bélisaire. LasBùffon, les d'Alembert ne compren- 
nent pas trop le profond respect avec lequel 
l'auteur de Mérope et de Mahomet traite Fau- 
teur de Pharamond et de Mékmiey et€î. L'éloge . 
de la Raison vaut mieux que celui de ces Mes- 
sieurs. H se trouve à la suite de la Tragédie, sous 
le titre êi Eloge historique de la Raison , prononcé 
dans une Académie de province par M, de Chant" 
bon: On y représente la Raisoii et la Vérité sa 



FÉVRIER 1775. 3g 

fille comme, deux voyageuses qui se sont riiesf 
plus d'une fois forcées à cacter leur rett^itè^ 
Elle* ne fiirent reçues à laGour de Charles-Quint 
et.de François P"* que camtne des jongleurs/ 
Mais il y a quelque temps qu'il leur prit envie 
d'aller à Rome. Ayant quitté cette ville fort con* 
tentes de Ganganelli, elles furent plus stirpriée$^ 
encore de trouver en Italie , au lieu du îû/aobia-» 
vélisme, une émulation entre les prirtce(î eties^ 
républiques , depuis Parme jusqu'à Turin, à qui 
rendrait les sujets plus heureux. A Venise^ elles • 
rencontrent avec beaucoup de^sati^actio<i iiin- 
procurateur de Saint^Marc , qui avec des^àeatix 
découverte par Frapaolo s'amusait à cou|»îtvleS' 
gri£Pes noires de l'Inquisition, Ce bon prêttfêr en> 
légua aussi une paire à M. d'Aranda« En' Aile-' 
magne , à quelques étiquettes près dont elles ont • 
encore à se plaindre , la Cour impériale le^ur plàît^ 
fort, et toutes deux se prennent d'une >grâAide' 
passion pour le jeune Empereur. Leu^ étontte-^ 
ment. redouble quand elles passent en "Suède. 
(c Quoi^ disent*elles , une révolution si difficile- 
» et si {>rompte, si périlleuse et pourtant si pai- 
» sible 1 Et dépuis aucun jour de perdu pôiir le^ 
» bonheundes^ peuples! » En Pologne, elles sont 
tentées de regagner le pùit» où elles' ont été* 
si long -temps ensevelies/ La Vérité y déplore' 
le sort d'un ; monarque vertueux , éclairé €ft 
humain ; elle ose espérer 'qu'il sera eâân plus' 
heureux. On avait dit à nos deux voyageuses 
qu elles trouveraient un philosophe à Berlin : 



40 eORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
^le^ n'y voient d ahord quç des batailloïift de 
garçons bien' fait$, le jarret tendu et se serrant 
meryeiUeusementd'ujie tmachine iijiernale.Ypilà, 
disent>«Ueis , d0 plaîdanAphilosopbe^ ! Cependant 
elles ne tardent pas à voir « Içur maître lisant 
3> Marc-Aurèle, écrivant sous la dictée de Mi» 
y^ nerveet dfef Grâces, et se moquant des ttien^ 
». fion^ea qui ont gouverné le monde. ]> Elles 
n'ont quun reproche à lui feire, c'est de s'être 
l^rouUlé. autrefois avec un de leurs plus fidèles 
ç^^rvit^urs; mais ai^urd'hui tout est répat*é à 
l^xxv^knde consôlatioa. De là elles courent en 
%U9^e. C'est à leurs yeux une création, un au^re 
ll^lviem. Elles aperçoivent de loin , sur un roeher 
^0,fifiXTt» précieuses, un cheval qui s'^ance 
vers le ciel , portant un héros vainqueur d'un 
9g^e héros» <» ^Icf ne se lassent point d'admirer 
>» Une f^mmê victorieuse des Ottoâians, lé]^ssia*( 
» trJiee. du plus vaste empire de l'ukûvl^rb^ qu^ 
^ cause, (iwsjun coin avec un philosophie , après, 
3^ avoir accordé la paijc au sultan ^ et liomié un 
)>. caïr<HiàeI et uii*bal. » La (Constitutûon usiique 
de l'A^ni^terre attire ensuite leurs suffrages; 
I9ais elles s'affligent de voir cette puissance 
J^FOUiiJi^e avec ses o^îbdQies et embarrassée dés 
deux £uMleauii: de sa fébc^té. . . . £Ues terminent 
^ufin kur vayis^^ en Fraise , wlauMM du nôu- 
^yeau tègue leur feit t)(Mioevoir les jdfus douces 



FËVRlEK 1775. 4* 

Histoites secrètes du Prppkète des Turcs ^ deux 
pàrtied in-il. Ah ! quel prophète et qUel auteur } 
C'est ràtMemêût qiie}x|)ie mousquetaire bien li- 
bertin qui n'a jamais lu que des contes de fées , 
qui s'est cru Mahomet en personne , parce qu'il 
a trompé trois ou quatre filles , et qu après avoir 
escaladé peut-être les janvs d'un eouvent, il a 
séduit quelques âcnftnes. Je prophétise atec plus^ 
de vérité qu'il ne »era lu de personne. 



Le Couronnement à^un Roi, essai allégorique en 
un acte et en prose ^ pur un avocat au Parle- 
ment de Bretagne* 

Redeunt saturnia régna. 

ViRC. 

Ce petit ^ame ailégorique i^ assea singulier par 
lui-même, )è pak*àîtra sans éoxâ» encot*e plus 
quand on saura qu'il Vient d'être représenté pu-, 
bliquement à Rentier péiidâiit la ténue des Etats. 
L'ouvrage , supprimé par des ordres supérieurs, 
dès la seconde représentation, est devenu fort 
rare. Il serait diffidie de le &tre coilinaitbe àuffi- 
samment par un. extrait. A travers beaucoup de 
détails hasardés \ absurdes et de inauvaisgout^ on 
y trouvera wà- faads de candeur admirable , un 
tour d'iiiiagîiMitidli trèslnsârre, et Sttif<>ut une 
naïveté tout-à-fait digtié de cfe faiôVeu de made- 
moiselle RerkaboA, que M. de Voltaire a rendu 
si célèbre sous le nom d'Hercule t Ingénu. 



4% CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Chaitson de M. Caron de Beaumarchais jouant 
un rôle de paysan dans une comédie donnée 
à la campagne pour la fête de M. Le Normand 
d'Étiolés. 

Mes chers amis , pouvez-vous m'enseigner 
Uii*bon seigheiir doot un chacun parle ? 
Je n'sais pas trop comment vous l'désigncr; 

C'pendant on dit qu*il a nom Charle ; 
Non , Charles-Quint , jami * ' 
••••••••••••• 

Qui dévasta la terre ronde ; . 

Mais le Chariot d'ici , pargiiéy 

Qui n'a d'autre souci , morgue f 
Que de rendre heureux le pauvre monde. ' 

Quand il promet , son bon cœur est Tgarant 
Qu'il ira pu loin que sa parole. 4 

C'pendant queutz'un m'a dit qu'il est Normand ; 

Oui^ mais c'est Le Normand d'Etiolé. , . 
Les.aut' seigneurs , jamif 
Ont des hauteurs , s'fit-i , . 

£t s'fbnt fuir partout à la ronde. 

Chez lui ses paysans , pargué , 

Sont comme ses enfans , morgue. 
Ça s'appelle aimer ie pauvre monde» 

Hier au soir, en pensant à Chariot, 

Je poussis un peu not' ménagère. * 

Non , non , Lucas , j'tentends à demi lAot ; 

J'nons qu'. trop d'enfans. — £h ! laiss'toi âdr« \ 
Chariot vient , et jami ; ' 
Les nourrira, s'fit-i; 

Tout r pays d' ses bienfaits abonde. 

Au seul nom d' Monseigneur , pargué y. 

Margot m'ouvrit son cœur , morgue. 
Tout ça £ût plaisir au pauvre monde. 



FEVRIER 1775. a 

Qhand le paysan a d' Tamour sans argent, 
Le plaisir va comme je te ponsse. 
Mais not seigneur qui sait c* qu'il faut aux gens, 
Leur fait la cadence du pouce. 
Allons , enfans , jarni , 
Mettez-vous dedans , s'fit-i ; 
Sans r mariage rien ne féconde. 
Vlà comme d'un seul mot , pargué , 
Not bien-aimé Chariot , morgue'. 
Vous fait z'engrainer le pauvre monde. 

L'hiver passé j'eus un maudit procès 

Qui m'donna ben de la tablature. 

J'm'en vas vous V dire : on m'aVait mis exprès 

Sou^ ste nouvel' magistrature. 
Charles venait , jarni , 
Me consolait , s'fit-i; 

Ami , ta cause est bonne et ronde. -— - 

Ah ! comme i m'ont jugé , pargué ! 

Com' v'ià qu'est ben troussé , morgue I 
Est-ce qu'on blâme ainsi le pauvre monde? < 

Monsieur 1' curé dît , pour étr^ recuré, 

Faut tous les ans aller à confesse. * 

C'est un devoir : chacun a beau 1' savoir « . 

On y va com' les chiens qu'on fesse. 
Mais quand il faut , jarni , 
Viiir au château , s'fit-i , 

Fêter Charl' , Manon , à la ronde , 

Etre ou non invité épargné , 

Pour boire à leur santé , morgue , 
Dam', f^ut voir courir le pauvre monde I 

Si j'sis jamais marguillier z'une fois , 
Que de fêtes j'ôt'rai dans not village ! 
La Saint-Martin ,: le Mardi-gras , les Roi* p 
Bon ceux-là, l'resl' nuit à l'oùyra^e* 



44 CORRESIHJNDANGÊ iïftERAIRE, 

Qu* ceux 4* Ift Tmftftâiim ^ à*â%-i ? 
Mah {k)ter dkârîe et Maiidii k btoMè , 
Com* nous 1^ i«tielldrbttls , |>ârgufé, 
Pour nos deux tottâl paCtK$ï^ ^ mtM'giié ! 
Tlà les saints épi'ïl fatit au ]^a^inre ïtlohàè. 



■ it tf ti Ml-fl ft 



Yehs de M\ Màfinûntél pour être tnU au bas 
du portrait de M. â^ Alemhert. 

Ce sage à Famitié rend un culte assidu y 
Se dérobe à là gMre «t »« btfdiè a l^ttTié ; 

Modeste fcô^Mie 1è géhiè , 

Et stliÉf^è ciMUttie )à Vèrtà^ ^ 

Il y a long-temps cju on n avait vu à l'Académie 
française une assemblée ausai brillante que celle 
du jeudi i6, jour d« la réceptton de M. de Ma- 
lesherbes. Ce qm pour tbttt isÂflf^è ft'efté qu'une 
couronne litïê^àîte ieit devenu fôûf luî une cou- 
ronne civique ; ètfAtîadémie, en décernant ces 
honneurs au .magistrat de la pairie^ au citoyen 
de la Nation, a paru remplir les fonctions du 
tribunal le pltife àiig*aèfte , de ritilètptètfe stiptéme 
de l'opinion pYibfiqire. 

Les sentimens de patrîotijsme que M. de Ma- 
lesherbes a déployés dans 1^ oiz^conslances les 
plus difficiles, l'éloquence n^ble «t touchante 
<pii règne dan^ tous seà Dist?6tty^, l'ëletidue et 
l'utilité de ^ hlMèfës, ne liôfit psfô iseîs seuls 
titres à la reconpaissance des lettres et de la 
philosophie. Si la liberté dé peixseï^ a fait quel- 
ques progrès en Fraftté, elle kl doit suttottt à la 
sagesse adroite d^ feôn adttiîûteCpàtîôn tant qu'il 



FfiVRIER 1375. 45 

fiit à la tête de la Uhrairie. Ev^ ^qn$ervant toutes 
les appaf^Qoe# d'uœ ti-è^rgrande fiévéyité, peut- 
être nécessaire^ pour réprimer des abus perni* 
cieux, au du moius pour ue pasi^fiafQucber l'au- 
torité om})rageuse, il faVori^it a^eo. la plus 
graude iudulgeuce l'impressÂQm et le débit des 
ouvrages lea plus hardis. Smt lui YEm^chpédie 
n'eut vraisemblablement jaiwis osé paraître. 

Ce cp;ii di^tiugue le plus le !Pi^ours de récep- 
tion de M. de ]Vf alesbérb^s, c'est im tou également 
digue et modeste. Moins di$u3) moina verbeux^ 
surtout pour la partie des éloges, son style eût 
^U^ doute eu plus de force et de couleur; mais 
ce défaut n'est-U pas plutôt celui du genre que 
celui de l'orateur ? H n'y a qu'un moyen de l'é^ 
viter : c'est d'éviter le genre ii^éme et de faire 
toute autre chose qu'up discours de réception. 
Qui l'eût pu (sûre avec plvis d'iutérét que M. de 
]VIalesherbe$, s'il n'avait pas craint que cette sin* 
parité même tii^t de l'afiectatiou? 

Peut-être u'a-^t<m jamais riei^ dit de plus flatteur 
aux gens de lettres que ce qu'il leur dit, quand 
il compare leur influence sur l'opinion publique 
à celle des anciens orateurs. « Dans un siècle où 
9 chaque citoyen peut parler à k Ifation entière 
s par la voj^ de l'impression, ceux qui ont le 
V taleut d'instruire le» hommes ou le don de lea 
p émouvoir, les gens de lettres , en un mot, sont 
3) au milieu du peuple dispersé ce qu'étaient les 
9 orateur^ de Rome et d'Athèuesrau milieu du 
» peuple asu^emblé. )^ . 



46 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 

L'application qu'il fait aux rois des vers que 
Virgile adresse aux Romains, dans le VI® livre de 
l'Enéide, a paru des plus heureuses. 

<c Vous ne direz point au maître d'un grand 
D empire que son goût toujours sûr doit inspi- 
» rer tous les artistes. Disons plutôt à tous les 
» Rois ce que l'antiquité' disait à Rome maîtresse 
» du monde ; Que d'autres fassent respirer le 
» marbre et l'airain, que d'autres décrivent le 
» mouvement des astres. Vous, Rois, n'oubliez 
» jamais que votre emploi est de régir les peu- 
» pies. » 

Ce n'est pas sans doute trop sérieusement 
que M. de Malesherbes cherche à nous persua- 
der que, quand le cardinal de Richelieu conçut 
le projet de créer en France un corps littéraire^ 
il avait prévu jusqu'où s'étendrait un jour l'em- 
pire des lettres chez la Nation qu'il avait entre- 
pris d'éclairer. Il est beaucoup plus probable 
que, s'il avait prévu les suites de son projet, il 
ne l'eût jamais exécuté. Si ce ministre eut quel- 
ques vues éloignées en formant cet établisse- 
ment, ce fut sans doute de lier l'intérêt des let- 
tres à ceux de l'autorité , et de retenir l'ambition 
littéraire dans une espèce de chaîne semblable 
à celle qui attache les grands aux honneurs de 
lu Cour. Mais ce qui paraîtplus probable encore, 
c'est que ses'pensées, loin de se porter sur l'avenir 
ou sur de grands intérêts, ne se portèrent que 
sur lui-même, sur ce qui pouvait amuser se& 
goûts personnels. L'établissement de l'Académie 



FEVRIER 1775. 4j 

ne fut probablement pour lui qu'une espèce de 
distraction, un joujou de sa toute-puissance, qui 
flattait ses prétentions, ses ridicules, et dont il 
comptait bien que sa vanité tirerait un jour un 
grand parti. Et voilà comme les fantaisies même 
d'un homme d'Etat, d'un génie entreprenant, ont 
toujours un caractère de gcandeur, et renferment 
souvent le germe des révolutions les plus utiles, 

La Réponse de M. l'abbé de Radonvilliers au 
Discours de M. de Males^ierbes n'est que plate 
et commune; et c'est un tort de faire si bien^ 
quand on a accoutumé ses auditeurs à un mé- 
rite plus réjouissant. 

M. l'abbé Delille, après ces Discours, nous a 
lu les deux derniers chants d'un Poëme sur les 
plaisirs de la vie champêtre, Fart de peindre la 
nature envers et celui d'en jouir. L'art de l'em- 
bellir sera le sujet de son premier chant, qui 
n'est pas encore fini. Cet ouvrage 'a paru man- 
quer d'idées , d'ensemble ; la marche n'en est 
pas assez poétique , et par-là même assez peu 
intéressante; mais les détails en sont charmans^ 
plusieurs tableaux d'une grande richesse , et des 
vers d'une facture admirable. On a beaucoup 
disputé. sur ces deux-ci: 

Je veux qu'un tendre ami , peuplant ma solitude. 
M'enlève doucement aux douceurs de Tétude. 

L'expression peuplant, à force de vouloir être 
énergique , pourrait bien n'être ni juste ni 
agréable ; doucement aux douceurs sent la re^ 
cberchê et la manière. ' 



4« C0R&ESP0NJ?ANt3B LITTERAIRE, 

La por^^noe iq }I. le duo de QiQÎstiil â fait 
applaudir k deux repi:isea le ver* 

C)imei4 ^ 99f icole » el Y^haive est fesmkr. 
Mais la distinction de l'agricote et du fennief 
n en ert pas pour cela plus ingénieuse. 

M. d'Aleipbert a terminé la séance par la lec 
ture de Y Éloge de Fabbéde ScUniJ^ieire. L'al>oiF 
dance de mots et de petites aneedotes répandus 
dans cet Éloge lui ont donné un ton si facétieux, 
quW Fa trouvé du moins peu convenable à la 
dignité de rassemblée : cela n empéfîhe pas qu'U 
ne soû; plein de choses piquantes. Quoique leil 
ouvrages de l'abbé de SaintrPierre respirent tcwis 
la bienfaisance et Fhumanité, ils sont beaucoup 
moins curieux que ne l'étaient sa personne et 
son caractère. Ses vues en politique sont bor- 
nées et chimériques ; mais il en eut de grandes 
et de vraies sur lui-même. Jean-Jacques Ta peint 
en disant î e^était la raison parlante, agissante^ 
ambidan^e. il craignait beaucoup moins le r^ 
proche d'être ridicule que le malheur de parta*' 
g^rles trafvers de son siècle. Religieux: observa^ 
leur de tout ce qui avait à ses yeux un caractère 
de raison et d'évidence, il ne faisait ]^s même 
comme les autres dans les petites choses , afin 
de s'habituer à n'être pas servile dans les grandes. 
En conséquence il, portait tx>ujours sa montre 
pendue à sa bcuitcmnière. ... 11 était si persuadé 
que tous les arts où il ne voyait pas une utilité 
immédiate tomberaient un jour dans le mépris ^ 
qu^après avoir entendu une tragédie pleine d'in^ 



FEVRIER 1775. 4j 

térét et de chaleur, mais qui ne présentait à son 
esprit aucune idée essentielleinent utile , il dit 
froidement : Cela est encore fort beau^ 

C'est d'après les conseils de l'abbé de Saint* 
Pierre que l'Académie .française a substitué les 
éloges des grands hommes de la Nation aux su- 
jets frivoles qu'elle donnait à traiter ci-devant 
pour le prix d'éloquence. Mais de ses mille et 
un projets ce n'est pas le seul^ dont l'expé- 
rience ait justifié les avantages : on lui doit plu- 
sieurs réformes faites dans la police de Paris et 
dans le règlement des Ordres monastiques. 



Pour se donner toute la considération d'une 
secte ou d'une religion nouvelle, il ne man- 
quait plus à MM. les Economistes que d'avoir un 
chef ^ une espèce de saint digne de la dévotion 
religieuse de leurs conventicules moraves. C'esl 
'ili. François QuesnajTy mort le 16 décembre 1774* 
qui leur a paru propre à remplir ce rang su- 
blime, et c'est le ao du même mois que sa ca- 
nonisation a été célébrée dans un Discours pro- 
noncé devant l'assemblée de ses disciples par 
M. le marquis de Mirabeau. Il faut lire ce Dis- 
cours imprimé à la fin du premier volume des 
Ephéméndes du Citoyen , pour croire que dans 
ce siècle et dans la Capitale de la France , qui se 
vante d'être la patrie des arts et du goût, on ait 
pu élever un monument si ridicule au fanatisme 
et àj'esprit de parti. Le capucin le plus exalté^ 
ce fou de Bohm^ qui remplit il y a quelques an- 
I. 4 



ço CORRESPONDANCB UTTERAIRE , 
r^ées V Ajyiemagne de des y iaions guostiques y n^eût 
pri$ ôccU d'ua autre tou Vfloge.de M. Queanay, 
s'il avait entrepris d en faire l'apothéose.Ceigrand 
homme qui a réformé TËucope, sans que TSu^ 
ïope s en soit aperçue, ce précepteur du genre 
humain, qui était à pein^ connu dans.son quar* 
twr> ce M. .Quesnay n est mis en parallèle ayec 
iSociâJte et Goniucius que pour donner lieu à 
M. de Mirabeau de prouver combien il leur fut 
supérieur. « Socrate, diton, fit descendre du ciel 
7^ la morale , notre maître la fit germer de la 
r^ terre. La morale du ciel ne rassasié que les 
j) âmes privilégiées, celle du produit net procure 
3» la subsistance aux enfans des hommes, etc. 
» Oui , l'antiquité eût placé notre maître aurdes^ 
9 sus^ bien au-dessus de Minos.et de Rhada-^ 
» mante , et le 4 juin, jour de sa naissance ^ sera 
n un jour de fête pour la postérité. » 

11 &ut que ces idées de morale, de physique 
et de produit net aient fermenté dans la tête de 
M. le Marquis comme celles des six aunes de 
drap dans la tête de M. Guillaume. Elles revien* 
oent sans cesse à propos de tout et hors de tout 
psopos. Quel tableau pathétique que celui des 
derme!rs instans de M. Quesnay! «On le trouva 
n dans cet état de tranquillité morale et de rési* 
A gruttion physique dans lequel il attendait d'or* 
» dinaire patiemment l'événement du combat 
» entre le mal et la nature. » . 

Quand le panégyriste de M. Quesnay se fâche , 
spn imagination est bien plus lucide encore. 



a Qu!importe, dit*il) au graad Ordre qui nous 
j> ouyre sou 5ein paternel , prêt à nous remettra 
^ dans la voie, dès Tinstant où le suicide habi^ 
)) tuel, déspiiiiais di^pouîllé des haillons et des 
n lambeaux de notre création, se laissera voir 
)) dans<sa. difformité; qu^ lui importe,- dis- je , 
» dans le temps jpême que T^rope entière se 
» réveille à la. voix de la vérité, écoute, croit, 
yi ou doute a|ui uioins , et cherche à connaître et à 
y> s'instruire,, que quelques enfans perdus de la 
n frivolité et de l'envie , et peut-être quelques 
^ émissaires ,àv. iponopole et de la corruption , 
}> tentent de les ridiculiser, ou les calomnient! x> 
. La plup grande partie de l'Éloge est écrite ainsi ; 
et de tout cet amphigouri de louanges qui élè- 
vent M. Quesnay jusqu'au troisième ciel il ne 
résulte que ceci ; c'est que WL le marquis de Mi- 
ra|)eau est tout bonnemehtle. Platon de oe So- 
cra|:e mo^^n^ , et qu'il doit à ses>seules instruc- 
tions toi^sl<^s ilôts de lumière que-ses oipinçages 
ont versés ^ur notre hcrfipon ,i ctc; 



Théâtre de campaffie , par V auteur de^yPro^ 
veihesdrama^ques. Quajtre grands volumes inrS*^. 

^Ces quatre gros voL sont dédiés au* aiinables 

sociétés de province ^ qu,e l'auteur trouve, très- 
supérieures à celles de. Paris, parce qu'on y sent 
bien mieuK ^ncOre qae dans cette malheureuse 
Capitale de quelle importance etdeqjjelle utilité 
peuvent être les Proverbes pour le progrès des 
mceiyrs «et pour le bonb&ur de la vie. On devin* 

4 



52 CORRESPONDANCE UTTÈRAIRE, 
aisément que ce nouveau recueil de Comédies^ 
prétendues ne peut être sorti que de la plume 
in&tigable de Fauteur du Théâtre russe , desr 
^musemens dramatiques, etc., en un mot, de 
M. de Carmontelle. Quelque inépuisable que soit 
la verve de ce célèbre écrivain , elle paraît un 
peu jrfus faible encore qu'à Tordinaire dans ce 
dernier ouvrage. Ils'eSt persuadé qu'à force de 
faire des Proverbes on devait finir nécessaire- 
ment par faire des Comédies, et pour ainsi dire, 
sans le vouloir, du moins sans y mettre beau- 
coup plus de façon. En conséquence il s'est seu- 
lement attaché à étendre un peu ses plans, ouy 
pour parler avec plus de précision , à les alon- 
ger. Tout ce qu'apioduit une si noble ambition ^ 
c'est que le seul genre d'esprit qui avait fait 1« 
succès des premiers Proverbes se trouve noyé 
dans ces nouvelles pièces au milieu d'un amia» 
de paroles sans caractère et sans intérêt. Cepen- 
dant, quelque dépourvues d'art et devraisem* 
blance que soient la plupart de ces composi*^ 
tions , il en est peu où Fon ne trouve une sorte 
d'invention, quelques aperçus comiques, quel- 
ques propos de caractère ou de condition vrai« 
•t plaisans. 

Cùmflueret luiulentus erat quod toUere velles^ 



ZéliSy OU la Difficulté d'être heureux y Homan 
indien , suj^^^ de Zima et des Amours de Ficto^ 
rine et de Philogène ^ pubUés par M. Dantu, Ces 
tfois Cpntes sont écrits dans la manière de M. de 



FEVRIER 1775* 53 

Voltaire. C'est peut-être le plus grand bien et le 
plus grand mal qu'on en puisse dire. Toute imi- 
tation qui demeure fort au-dessous de Toriginal 
n'a point de plus grand tort que celui de rappeler 
sans cesse le modèk dont elle n'a pu approcher. 
Dés trois Contes, celui qui nous a paru le moins 
éloigné de la touche de M. de Voltaire, c est Zima; 
mais il faut bien se garder de le lire après Mem- 
non, Babouc^ etc. Nous n'avons point l'honneur 
de connaître M.Dantu^ et il y a tout lieu de crx>ire 
que l'on n'a pris ce nom que pour en cacher 
un autre. 



Le Barbier de Séville^ ou la Précautioninutiley 
si long^1;ç.mps désirée , a paru enfin sijr la scène 
française le aS du mois passé. La pièce avsât été 
supprimée l'année dernière par des ordres su- 
périeurs , au moment où M. de Beaumarchais 
venait d'iatéresser tout Paris par ses Mémoires. 
Quoique cet intérêt se soit fort ralenti , jamais 
première représentation n'attira plus de monde. 
Cette grande affluénce était sans doute plus pro- 
pre à nuire au succès de l'ouvrage qu'à le favo- 
riser. Une assfemblée si nombreuse et si pressée 
risque toujours d'être tumultueuse ; et le mérite 
de la pièce , cotisistant surtout dans la finesse des 
ressorts qui lient Fintrigue, avait besoin, pour 
être senti, d'un auditoire plus tranquille. Aussi 
n'est-ce qu'à la seconde et à la troisième repré- 
sentation que l'on a rendu à l'auteur la justice 
qui lui était due ; aussi s'en est-il peu fallu qu'à 



54 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
lat première il ne soit tombé à plat ^ ^grâces au 
public mal disposé, grâces au jeu des' âcteiirs 
qui n'avait pas l'ensemble' et la rapidité quVxige 
une comédie de ce genre, grâces enfin» à M. de 
Beaumarchais lui -«même qui avait eii* la sottise 
de vouloir faire cinq actes d'un sujet' qui rfen 
pouvait fournir que trois ou quatre .Tô^t le inonde 
a reconnu ses torts. On a retrawchë plusieurs 
scènes inutiles , beaucoup de mots déplacés et 
d'un mauvais ton; on a réduit la piècé^bmme 
elle avait été faite d'abord en quatre stétèë , les 
acteurs ont mis infiniment plus de naturel et de 
vivacité dans leur jeu. Le public ne s'attend plus 
à voir un chef-d'œuvre ; ili même Im spèc^we à 
mourir d^ rire , et ^ ms^lgré le mauvais soit <ionl 
ce pauvre Barbier, fut mctiacé le ptènriet* jôttr^ 
«on succèss'accroît d'une re^ésetltation à l'autre. 

JShge historique de. Michel de Montaigne et 
Disseftationt sur sa reUgion^ par Dont de Vienne] 
historiographe de la ville de Bordeaux :^xsLMXj&xst 
de cette brochure croit rendre lé plus^gras^d ser- 
vice à l'église et à la religion en prouvant que 
Montaigne était bon' catholique. lîr est probable 
que M. l'Historiographe eût tâehé d«â protivef 
toutleitîontraire , si Montaigne était cncqiïé au 
nooa^re des vivans. A la bonne heureb ^' ' 



FEVRIER 1775. 55 

Le Commerce et le Goui^emement considérés rela- 
tivement Vun à Vautre. Ouvrage élémentaire^ 
par M. tabbé de Condillac, de VAcaaémie 
française et membre de la Société royale 
d' Agriculture d'Orléans. Un volume in-8° avec 
cette épigraphe. 

Vis consUî expers mole mit sud 

Vim temperatam Dt q^uoque prwehunt 

In melius 

Ce livre fait assez de bruit, d'abord pour avoir 
été arrêté , l'on ne sait pourquoi, à la Chambré 
syndicale, ensuite pour être un éloge très- 
métaphysique des systèmes du jour. Les Frères 
de la doctrine économique seront, je crois, 
obligés d'avouer eux-mêmes qu'il n'y a pas une 
vue nouvelle dans cet ouvrage , beaucoup de vé- 
rités communes , encore plus de notions vagues , 
incomplètes et fausses. Mais cela ne les . em- 
pêchera pas de le prôner avec enthousiasme , 
parce que c'est ainsi que l'esprit de parti loue , 
parce qu'il est impossible de ne pas approuver 
sans' mesure un auteur qui abonde dans notre 
sens, enfin parce que la confrérie doit se féli- 
citer que la lumière dti gouvernement agricole 
ait trouiré ^enfin un vengeur plus illustre que 
les Rdubaud, les Beaudeau et toute leur triste 
cohorte ,' sans en eicepter l'homme célèbre (i) 
dbfaï 'on 'biiblie toujours le nom , mais à qui 
l'Europe doit ^pendant le peu de bonheur 
dotitelle jouît', sHl en îkut croire frère Mirabeau 
et ses disciples. 

(r) François Qoesnay. ' i " ' ' ' 



56 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

L'ouvrage de M. l'abbé de Condillac peut 
être regardé comme le catéchisme de la science; 
il a le grand mérite d'expliquer avec une netteté , 
avec une précision merveilleuse ce que tout le 
inonde sait, et rien n'est plus séduisant dans 
une discussion de ce genre. Les hommes du 
inonde qui ontle moins réfléchi sur ces matières 
s'applaudissent intérieurement de saisir avec 
tant de facilité les principes d'un système qu'ils 
croyaient si supérieur à la capacité de leurs 
idées. Pour avoir retenu quelques définitions, 
quelques connaissances générales et élémen- 
taires , pour avoir appris à prononcer en termes 
dogmatiques ce que le simple bon sens ne laisse 
ignorer à personne , ils s'imaginent avoir pénétré 
tous les secrets de l'administration, et s'écrient 
dans leur ravissement comme M. Jourdain ; 
Oh la belle chose que de savoir quelque chose ! 
Il n'en est pas moins sûr qu'ils ne savent rien 
de plus que ce qu'ils savaient déjà. 

L'abbé de Condillac observe que chaque 
science demande une langue particulière, parce 
que chaque science a des idées qui lui sont 
propres. Sous ce rapport, la preipière partie de 
son ouvrage pourra paraître la plus utile. Il 
semble ne s'être proposé dans cette première 
partie que de déterminer toutes les notions, qui 
constituent la langue économique. Nous nous 
permettrons seulement de remarquer que, quel- 
que nécessaire que soit cette langue propre à 
chaque science, ce n'est peut-être pas le pre« 



FEVRIER 1775. S7 

mier objet dont on doive s'occuper, qu'il est sur- 
tout dangereux de l'entreprendre avant d'avoir 
fait toutes les observations que cette recherche 
exige. C'est pour avoir voulu déterminer trop 
tôt la langue métaphysique que nos pères ont 
erré si long-temps dans les subtilités ténébreuses 
de l'école. Les langues sont le dernier résultat 
de nos idées , elles sont pour ainsi dire l'ins- 
trument avec lequel nous combinons tous lefc 
rapports que notre esprit peut apercevoir. 91 
cet instrument est faux ou défectueux, nos com- 
binaisons ne le sont pas moins , et la difficjuité 
de rectifier nos erreurs devient extrême. 

Notre philosophe législateur n'emploie guère 
plus de trois ou quatre cents pages à définir ce 
que c'est que la valeur des chos^ , ce que sont 
les prix, leur variation, les marchés, le com- 
merce , les salaires , les richesses foncières et 
mobilières, les métaux, l'argent, le change, 
le prêt à intérêt , le monopole , le luxe , les imr 
pots, etc. , etc. Pour donner une idée de l'exac- 
titude et de la clarté de ses définitions, il suffira 
de citer celle d'un marché. « Ce concours, dit- 
» il, et le lieu où l'on apporte les denrées dont 
» on se propose de faire l'échange se nomment 
» marché , parce que les marchés s'y proposent 
» et s'y conduent. » Cela est admirable ! Ah ! 
que n'avons^nous étudié plus tôt pour savoir 
tout cela. 

Après avoir exposé d'une manière si lumi- 
, neuse les prépaiera élâmens de la science écono- 



&» CORRESPONDANCE LITl'ERAIRE, 
inique, M. FAbbë se parmét d'employer une 
logique un peu moins sévère, pour nous ap- 
prendre l'influence que le commerce et le gou- 
vernement doivent avoir l'un sur l'autre. Il se 
<x>ntente de prononcer que le commerce doit 
jouir d'uçie liberté entière; il ei^amine ensuite 
jde la manière du monde la plus vague l'infcon- 
vénient de toutes les lois qui ont porté atteinte 
à la liberté du commerce , les douanes , les péa- 
ges, les impôts sur l'industrie, les compagnies 
privilégiées et exclusives, les variations dans les 
monnaies, les emprunts publics, la police sur 
l'exportation et l'importation des grains, le luxe 
d'une grande Capitale, la jalousie désignations, 
etc. Cette seconde partie roule presque toute 
entière sur une seule idée :.le commerce devant 
jouir d'une. liberté absolue, toute loi prohibitive 
est pernicieuse. Rien de plus simple, comme il 
est aisé de lé voir, que cette manière de rai- 
sonner. On commence par mettre en principe 
ce qui est «a question , et puis il ne reste plus 
qu'à rapprocher de ce principe toutes les idées 
qu^ lui paraissent opposées pour démontrer 
qu'elles sont évidemment fausses. Le nouveau 
docteur avoue que dans les deux parties qui 
composent actuellement son ouvrage il ne rai- 
sonne que sur des suppositions, mais il nous en 
promet une troisième où il ^considérera le com- 
merce et le gouvernement d'après les faits. Si 
ses observations n'ont pas plus de justesse çt de 
précision que se$ hypothèses y nou$ risquons 



FEVRIER lyjS: 6p 

beaucoup de pei^çyéjrer encof e^ans notre igôo* 
rance. Attendona ce. dernier rayon de lumière 
$ikntio et spe. 

On ne péUt refiisêr à M. l'abbë de Condillac 

un esprit très- net et très-méthodique , les plu» 

grands talens pour l'analyse de toutes les notions 

élémentaires; il y.poi'te même plus que de Texacf 

titude et de la èlârté, une sorte d'invention et 

une invention qpielquefois très - ingénieuse. Le 

Traité des sensations est un chef-d'œuvre danis 

ce genre; mais il y a loin du talent de simplifiée 

un principe et de suivre strîctemeiit la <)halne 

des €onséquèiices:qui paraissent en résulter, ait 

talent d'applicpia: le principe avec justesse, et 

de cailcoler, si j'ose m'exprimer ainsi, toutes les 

aherrations auxquelles il peut être sujet dans: la 

pratique. Le jpremier de oes taiéns.jie supposée 

qa^un esprit sage ^ attentif, et leà ressources, or^ 

dtnaires d^urie bonne diâlectiijue ; l'autre de-> 

mande une pénétration rare, dès lumières vastes 

et profondes^ une sagacité très-exercée et la 

plus grande connaissance du' monde et des 

hommes. . :; . ; / ; . . 

On dirait que la nature , avîare de %es ^dons, 
^'accorde |)rcsque jamais up genre d^esprit ; 
un genre dé talent , sans;eii refuseo un autre , 
du moins au même degré; Les. esprits qui dis^ 
entent le; plus rigoureusement^ ces idées, pre^ 
mières qui serrent de base 'à. toutes nos con- 
naissances iont jScniveht lë.nloins capabdies da 



C6 CORRESPONDANCE LITTERAIRE , 
suivre ces mêmes idées dans les différentes mo- 
difications qu'elles subissent nécessairement, ap- 
pliquées aux choses même dont elles rie sont 
que l'image. Comme il est impossible de les dé- 
terminer alors avec la même facilité , avec la 
même précision que dans la simplicité de leurs 
premiers développemens, leur méthode habi- 
tuelle devient insuffisante. Obstinés à pour- 
suivre , ils se trompent ou se perdent dans un 
vague souvent plus funeste que l'ignorance et 
l'erreur, 

• C'est ainsi qu'après avoir divisé , subdivisé, 
analysé avec la plus grande subtilité toutes les 
idées qui peuvent déterminer la marche .que 
l'on doit suivre dans l'instruction d'un jeune 
prince, on conclut, par un effort dé génie, 
qu'il faut lui faire lire d'abord le Théâtriade 
Regnard et la Bible dé Royaumont.! C'est ainsi 
qu'après s'être donné beaucoup de peine pour 
ramener toutes les règles du style au principe 
de la liaison naturelle des idées , lorsqu'il s'agit 
d'en faire l'applieisition aux différentes parties 
de l'éloquence et de la .poésie , on retombe 
dans les observations les plus triviales ou dans 
les critiques les plus fausses. C'est enfin par 
la même, raison qu'après avoir déterminé avec 
l'exactitude la plus scrupuleuse toutes les ex- 
pressions du Dictionnaire économique, on se 
borne à nous apprendre vaguement ce que 
Ton trouve sur; toutes les pages barbouillées 

r 



FEVEIER 15175. 6f 

par les frères de l'Ordre : poirU de salut de la 
liberté , et pour répQxise à tQute$ le$ objections 
du monde, la concurrence. 

Si le chemin de la vérité était une grande 
route bien fréquentée , bien battue , la dialec-. 
tique la plus yi^lgaire suffirait sans doute pour 
nous y conduire ; mais , entourés oomme noua 
le sommes d'erreurs et de préjugés, n'ayant que 
des vues boroée$ et des conaaissances incer- 
taines, il faut l'envisageT plutôt comme un la^ 
byriathe où nous devons craindre à chaque ins- 
tant de perdre le seul fil qui puisse nous y^. 
guider* Il est rare d'y pouvoir suiyrè long-tlemps 
le même sentier sans en être plusjQU moins dé'^ 
tourné. Il est difficile de ne pas se laisser séduire 
aux plus spécieuses apparences. Sk>uvent il nQU$ 
arrive de trouver devant nous, des routes qui 
semblent opposées et qui se, réunissent, des 
routes qui se ressemblent , et dont Tune nous 
égare, tandis que l'autre nous eût conduits au 
but C'est là, si nous voulons éviter l'erreur, que 
nous avons besoin de rappeler toutes les res- 
sources de la réflexion et de l'expérience. Tant 
qu'il s'agit de suivre un mém^ principe et d'a- 
vancer toujours de conséquence en conséquence, 
notre esprit est à l'aise; mais c'est lorsque, éloi- 
gnés du premier principe, nous rencontrons 
des vérités rivales , ou qui semblent du moins 
l'être , c'est alors que , ppur sortir d'embarras , 
il faut plus qu'un esprit sage et une logique 
commune. Il n'appartient qu'au génie de sur- 



Ai CORRESPOWiPAirCE HTTERAIRE, 
monter les diffleoltés de 06 getffcr ; et pét$l é!fef 
H'ést-il aucune toienoe où 'iW^ett. rencontre 
davantage que daps la scienije de l'administra*- 
tïon. C'est ce dont M. l'abbé dè^Condillàc ne 
parait pas seulement se doUtèr. 8pn livre prouve 
ce.^que l'on soupçonnait dépuiçïôfcg-tctoptej-qiie 
la métaphysique n'est guètë-^rb^[M*è à gotiVeîhîei* 
kmonde^ ist qu'il n'est tied^de^^î aisé que de 
faire un ouvrage à4a4bîs trè^abèftWit ettt^ëS-^u- 
perficiel. Voilà tout lé fruit qii'e'iiëtis'avoiSS're^ 
ciseilli d'une lecture as^z pénible , J)krce qtiek 
s^lele pluscUir, mais sans itttét^tét'saftà cbti- 
Iror, lorsqu'il ne nous apprettil ttëià, est tiiï'ètyîè 
fort sec etfôrt entjuyeui. V ' '•' ' '' *^ "' ^ 



€^tPjJETs âmaclàme la cdthtesse^dé JBlôt'ék àci 
-envoyant un oranger^ pat M. ^ dé Lille y Càpi- 
^""tainédédragom. .»*'•' u:- 



Air du vaudeville d'Epicurç., 

De r^ui^bie et savate ;G|>è«ç ; ^ 
L'Evangilç , encore admiré j^ | ,,. . i 
Ordonna qu'à chaque déesse 
Un arbre serait consacré. 
Le myrte fut à la plus befle , 
. A. la plus sage rdiviei-^ • .. • 
Lepiu à'Ia.vieilleCybèle^. { : 
Mais à pas une Torauger. > 

Si ce n'était point un iiiystére. 
Verrai t-qn, sans être éfeonaé ,. 
L'arbre Je plus digne de plaire 
De to^t rpiympe abapdonné ? , . 



FETRIBR 1775* tài 

SaÎTanrringéaiens système - 1 
PeraDliquer^^^ion, ;; 

Tout est si^e» s^ymboky embièiçaç, ., 

£t rien ne s'y fait sans raison. 

L'arbre heureux en qui la nature 
Se plaît à montrer en tout temps 
Les fleurs, les fruits et la yerdure, 
L'été, fautomne et le printemps 9 ' • 

Fut véf erré powi aponagà 1 : . : > 

A la géante qui brillerait . y:: ...r / . • • 

Pes plus doux charmes de tqnf âge,. 
Quand l'Olympe la trouverait. 

Dajù l']^st^e que noQ^p^és^f^ < -\ .. 

D^baque déité les trai^ts I , ,^.. . 

L'une 0st belle , mais imprudente, . 

Une autre est sage sans atttaitii ' ' ' ' ' ' 

Or il fallait que la déesse ' > î: 

Réunit en toute saison* . . ' , "• . 

La fraiche9r avec la sagesse « ' -:,[ i 

Les grâces avec la raisom - 

Parmi ce qu'aux deux on adore 
Une belle divinité 
Ne s'éttnt point montrée encore. 
L'arbre sans patrone est resté j '^ 

Mais il trouve aux bords de la Seine 
Celle qui doit le protéger : 
filot, son destin vers vous Tentrainel - 
C'est pour vous qu'est fait i'ormiger. ■ 



Un certain M. de Miral;>eau, par son humeur 
impérieuse et ma^iussade , désolait toute une pe-J 
tite ville de province , où il était l'un des nota-^ 
blés. Ce n'était point Vami dos hommes, cai^ il 
se coutentei de les ennuyer et les ennuie enûcve« 



^/■^ 



U CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
Mirabeau le provincial moimit, et sa mort fîit 
une espèce de réjouissance publique. On a£fubla 
ses mânes de Tépitàphe suiTànte : 

Ci-git Mirabeau le bnital , 
Qui jurait bien et payait mal. 

Cette platitude parut un trait de génie et courut 
toute la ville. La veuve qu'avait laissée le défunt, 
et qui lui ressemblait , en fut instruite et fit ve- 
nir chez elle un avocat soupçonné d'être Fauteur 
du sarcasme. « £st'ïl vrai, Monsieur y que vous 
» ayez osé vous permettre une pareille atrocité? 
» — Hélas l oui. Madame y Pépitaphé est de moi; 
» je vous avouerai de plus que, pâkr ny pas 
i> revenir deux fois, f ai fait la vôtre en même 
9 temps : » 

Ci-gît Mirabeau lé brutal , • 
Qui jurait bien et payait lâal. 
Ci-git aussi sa Mirabelle , 
Qui ne fut ni bpnne , ni belle. 



L'abbé de Dangeau se plaignait amèrement 
fl'un de ses prosélytes. «Il ne crevait pas il y 
» a quinze jours àiix vérités les mieux démon- 
> trées, et, grâces à mes instructions, il est de- 
2» venu si crédule, que les légpndes. les plus 
jD absurdes lui semblent aujourd'hui des articles 
» de foi. » Il faut avouer, disait Bbileau en par- 
lant de quelques incrédules de cette espèce , il 
£iut avouer que Dieu a là de sots ennemis. 
: L'étude de la Granamaire ét^t la passion, do- 
minante de l'abbé de Dangeau. On parlait de 



FEVRifek 17:^5. Ç5 

^eique rëvôlufion à craindre dans les àBaires 
publiques; « Cela s^ J)eut, dit l'Abbé ; mais, quoi 
)) qu'il arrive, je suis toujours bien aise d'avoir 
» dans mon porte-feuille au moins trente-àixcon- 
)) jugâisons pà'rfctitement complètes. » Cette naif- 
veté ressemble du profond désespoir avec lequel 
je ne sais plus quel graminairi^n s'éci^iait un jour : 
Non! ies participes He sdnï^oint encote cotinus 
'm France!" ' ^ 

Ce furent ie zélé et te crédit de ï'abbé de 
Dangeàù 'qtii firent échouer le projet qtië Foil 
avait eu de faire recevoir à l'Académie îTrdnçaisei* 
comme aiii aUttës ÀcadéiriieS dii royaume, des 
fnémbres hohorairès. M. d'Alenibert, en eiÀlrànt' 
les obligations que lui avait â cet égard î'Acàdé- 
ihie,- s'est engage dans unfe censuré dès plus. 
viveis contré ces grands qui \ tie trouvant plus 
de rôles â jouei* ailleiirs, essayaient encore dé 
satisfaire leur anibition impérieuse dans une so -* 
ciété dévouée uniquement aux lettres et à l'é- 
galité. Il a comparé cette prétentioti puérile à 
telle du tyran de Syracuse , qui , chassé de son 
trône , se fit itiàître d'école à Corinthe, poUr re- 
bouver encore dans Cet fexefcice quelque ombré 
de sa puissance passée. Cette philippique n'a pas 
réussi également auprès de tout le monde ^ et 
l'Académie même â jugé que sa dignité se trou- 
vait un peti compromise dans la comparaison 
du tyran devenu maître d'école. . . . Non nostruni 
est tantas componere iites. 



66 CORRESPONDANCE UTTERAIRE. 

Couvres complètes d'Alexis Piron^ publiées 
par M. Rigolej de Juvi^ny^ conseiller honoram 
. au ParlemmtdeMetz^ de F Académie déficiences 
etbeïles'letlres de^Dijtm^y etc.; s,ept volumes iii-8^ 
Quelque peine que puissent prendre MM. les 
Editeurs, la postérité ne. s accoutumera jamais à 
associer les noms (Jç^^Piron et de Ji^yigny, le 
uom d'un homme q^iprit si modestement son 
parti de 'n'être rien, et celui d'un homme qui 
prétendit être tout, et qui, comnie Ton. voit, y 
réyasit si bien. Toute eette grande et J)eUe édi- 
tion pourrait fort bien être réduite, à deuf petits 
volumes, Sjans que la gloire de Piron e;^ souffrît 
ajucuâe atteinte; encore ces deux; y.oJiup;ies ne 
sera^e,nt-il3 guère coinposés que des ouvrages 
qui soïit ei^tr.e les maips de tout le fltionde , de 
l^MétromaniCf de Gustave, des Fiking^jtUf, d'une 
de^ji-douz^aine d'épigrammes , et d'un assez petit 
npçnbre de pièces fugitives, comme VMpttre à 
Tnademoiselle Çhéré, Danchet awp Chck^frEfy- 
s^e^ y ■ etc* 



Ç'£9T.ii}^^à]i4 toiti s^n^ <lçiijUe, pour la petite 
|}rO}Qhjare qi^i vient de psuraîtii? sur.lesrïftttuias^ 
opérof^ q^Ui^ e^lijû 4'étre l'ouyragê de M» Le Boîlii 
du Rftlley.j II est difiieUe dé.»e pas trouver itm 
peu lidîciille, qu'un homnie i^ng^ne dé faireimië 
poétii|i^^^n$ii^re poiu* nopé.pisouyer qu^ k g«ni^ 
dais? ieqp$i il a travaiJié «Ml^Ae tbus; le» geiwes 
le pl|]^ âublÎQie et le j^wirâxe;, que nps pia^ 
grai^^ xf^^^^ u'en oi^t :|^: eu l'idéêvie^ qufî 
lui $^1, é^t ré^ervée.la gloire de piroduiiT iin 
p)ie£d'çwvre qui fût le pn&mier modèle de sbxi 
^i. Qip^ iï'î3^i^piiaisjoii4le)r^lje.de M. Joaseairac 
p|ju$;4^^épi4ité. Ce défaut d?J^ien4éa^aen'ieixis^ 
pécfai^.piEits >^»e la bypçfeuï^ de Mil^, Sailli né 
/^çat çfçmpli? de vues ^xx^lic^le^^r^t peut-élK 
même a^se^ neuves. . ' .. 

. La lettre sur les dra^p^^ropéms est divisée paor 
articles, L'a.uteur éte^bU* ds'^bord.que les tragédies 
grçcqu^j^ 9 et surtout. ç^LLesudfJ^ipide , étaient 
cfe vr^is Qpéras. Il fonde.»^^ opinion .sur Téteà^ 
d^e reçsçiT^e 4^. cespQgçiçs, sjur les cbœurs quji 
ea fai/sai^Qt partie, efisuir. la 4iver$ité d9& mètres 
qii'pj^ y employait. M» 4p Y<^ltaire avance à-^peur 
près les méruf^ idée^ d^nis^ le discours qu'il a 
nxk^ k la tête de Sémiramis. Où trouver , dit-il , 
jan spectacle qui nous donne une image de la 
^pènç gr^cquii^ ? C'etst peutrétre dans nos tragé^ 

5. 



«U "^COR&ËSPÔPmÂNCE^ tITTERAÏÏti:, 

dies nommées opéccY cw^ cette ixâage subsiste.^ 
Lie récitatif itâlie^n* est précisément la Mélopée 
des anciens; c'est unçiléclajnation notée et sou^ 
tenue par des instrumens de musique , etc. 
^•iOflr lie î. nous àpjttPeîid pas une térité'bieH 
Honv^Qe-en nous assurant que le! sujet d'un 
âfameopéia doit étregi^and pou^ produire une 
action rapide, de» situations touchantes, uii in- 
térétivif.et soutenu ; imaib ce qu'oi* ajouté pourra 
paraître plus instructil^ c'est <jtiè lé^ sujeijs con- 
fiuarjspnt - préférables aux sujets! ^(Finretition , 
pafcç«^que-^^eKposition: '^ est plu^^fàéile, et que 
Kbu) est plus sûr d'éttduvoir le spfekîtateur |>our 
des pét»onnages dont l'histoire et lèis cai^àctèpes 
lui>sokitidiéjà connus. 'La. r^lé n'e^ pourtant pas 
sans exception; et puisque M. Le BiiHi 'prétend 
smÀT calqué' sa poétique de l'opé^à si# it^Hé de 
Iffioibien-liiéâtre, il h'igtïore pas saQS dôlite que 
héGr^eeê, ne s'intetdisaifent point dit. tout les 
sujets d'invention. Aristote dit -exprè&sëtnent 
tqfu'Agatlion s'était ^»jfe»iïdtftï^ès-^ dans ce 

^j^e: En* effet ,' si •lei> fictions ^pè^i^v^iavoil^ 
iûute>lart»râisembkn^e^^d«s faits historiques^ , si 
€^tes peuV'CXitétre e*p^séfes avec la nvéme clarté, 
îiourquoiine séraient^Ues pas susceptibles du 
m:ème itiàrét«!.Le plus grand nambre des spec- 
tateurs €5ô»naît-iltoiéÙK aujourd'hui Thésée, 
Agamemnx^n , qu'Oro^ane ou ^cjtÉ*Alzâre ? ' ^ 
, ! On remarque avé€^ beaucoup dé raiëoné que 
^u^lquespéines^quends paëtesd3npi(}Uési§»ê $ôiei)l: 
données /^ iU> n'ont ^^^yùe- jamais, pu dél^ober 



axts. si^ctsuteurs l'eo^ui; qu^ i^rtoitasateat^iés 
scènes, d'^f pc^tipix. On ^jtro«uY« ]& T^iion<^àm» 
rus^e;prer(què.çoi)staBj^.QÙ :U$ sofit à§<hite lenr 
«xp.o;^]|%n jjça.y^cii*, «.Tj9uj|3;-ex^Q8i^feriié. ce 

» c'^trà;fjire, pjr J[>jnpl9i .gae 4©: ppëtfi^ peut 

1 cifiny/i^^ ]:^dre,jçe,4)U6k,r^8pFJt^^lji^;.pré- 
» s^f^^, J,'ijp^9P,^écess^irje,dç.j^iHtv^»^.jW <ie 

Jig;ç|it^f,4|9j)S,lçîiQueM<».Uc^qaBt.à-ÇKéj^«;W^ 

preTOJ§fSjjp%rts.ï»q FW?^^'**^-^?'yHfS^P^;fi«'*» 
qu*,e%j^fi^ïfiçraijij,4?.#^ïifiMM:R"^,'j,.l <r 

«;l^çge^.ç^p?ftpJfiç,BeçffflftBa^s *t.qi^,if?an%s. 
se^m^tSfe^. *¥?«YÇ?i^ fftpj?«»ens, fi|^,^e.,nq^- 
veÛes pa|^Se:W, nlis^^l^ flçpsajs- ^ejrappeler 

4»e,(^^f^gl, #p à/(p^§ftlpijltipUer-^e? oop- 
*^?S|^V'^'vîite? tÇ<^«P?a4fe<f'?M.t^^'- 0'»;.s>st,fiÇ" 
'^**Pf «lè^^ él^^fiSm^M:?* i^yçlflppwept 



^ CORRESPONDAÎTéË ttÎTERAIRE, 

fÀka'Oanvtère» M de;} pàsjtionsj ^t^è 'âè faft 

infinimewe pliS» ^iffldîlè 'é plus pWHfeu^ël'- 

' T«ll!^si-'tai«e, (lit ri<Aré àiitèùV',! a ëit 'Biême 

:»- (JihgeretMc4ihs%i'tt&gédte lyriqtiéia'iifiiénei' 

,»^tio}d^!thviétnëm titAtim et produit 'i^ffal^ià- 

iw'>tpmënt par rsèttohl Ges iOHei'^è cêê&M- 

* 'mfe*H\ ^i aôritïé'èôîApîéniéht'aê îi'tf^^^dfe 

» i<^i«iftïâfre, exigentipi*èscfué tùti^àxUk^âhWnk 

«l) Hte pé^tàtién'- ét'VoUi Vu (îiÀ^I ktlttteor- 

:«f<lâtafid(é lès évtte^rftttâht qtfil'ëst'ïiossfbfé.!! 

'»»'«« a'aiUèufs esitentîëlv'dàtts Vx>fm.4?iig^'i\ë, 

-Wf^éftf^lfe dénbueméntitla Keiirétik'.^A'lAi'éiirf- 

-W ' hêWWSon d'un "bon ^iênyyAm,^ëA\Wt^- 

V I hiêihëfft a(ffectëeé*ëbrkrilëé paAf TùWi^^Îpâ- 

''9'WHi» ël de là nrasf^V^a Utedîtf d*éWie îîiifëhni 

-^«ët f^«$tii-ëé'i»ar UA- tf^iiéïiyirfè'ht*'èWi^fâf, 1# 

y> ract«9^ 'M'émïièi^t^iéyiïi^,y6é''M- 
■'im\^r\ cëi 'îi6'téé^"éê^Q^t^iië^mk"idixis la 
'«'fftiftyïïiblancë'tJbïiïHlâf 'àbttt "«i^eMiBlfei'', 'ïl 
-^i- fi\HidéHîrè1' nn^t««âtèWiteèlt'dii'ift^k-^e9W>/}« 

•'ï^ôtive'ié-teët «è wfr«i?ar À^s ^mé'n >■ >^' • ' 

'deffe^Wdé-tâit rMèxxr'misi SSHëiktmé'Sfmr 
mSk 'ârf o^ëfa''rèb^éift'^reS;''ëf^fë'iHi?Jtrc 

fkAê'è ;étsLMimm\ciknfdSé'èt 'plis'?a^i';']Ae 



JANVIER 1775. 71 

que roreillé, cet organe délicat, sensîbfeiV pa- 
resseux, retient toujours dans là dëcîaittâtioh 
chantée une partie du son qui l'avait* précé- 
demment frajipée , si celui qui succède nc^ éon- 
traste pas suiBsamment pour en effàfcéKlés. 
traces , été. ' 

La plus grande difficulté qiie trompe *Rt/ Le 
Bailli dans la comjfosition ci'iin opérâ-trngéâie , 
et pour lé poète et pout* lé musicien , c'e^ îa 
scène. Il croît que nos auteurs modernes,* et 
Quînault lui-niéme, ne l'ont pas assez s^ritie. 
« La précision , dit-il , qu'exige le draitifc-bjiérk 
» ne perhiét j^ àli poète d'y éfehdi^e à ^^oloht'é 
» le dial(>g\ïé qui doit f ^trfe hécessâirement 
» concis et'préské , ni d'y observer les nuances 
b lïécé'sèâÎTrtés pWdi' développer par diègt'ës l^s 
» sèntinîe^s fet ïès passions. 11 1au:t poulr ^ih^i 
^ dii^te qu'iU y séient jetés : tcKit Faft tfeHi^a^^ 
» sittonfe y 'cfôflsisle dlahsWfahflié raine '^"^'^t 
» T^trèiiit ¥u mbuveînên^"râ^de'ët':s^crâ?à^^^ 
» miîs Wàtturd ^ei$ passions; 'étflÎTitotiPcéfijUi 
» est rétfvra^^^t la prodiictibti de TesjifiPttcfît 
^ éWé feapftèyableiiie\it rejeté- diè Ma 
M. Sedûiiàe^iôlis donnait g^t PoMqire , tt'â^^- 
qiierait-îl ^as Aii drah^e et k Tk trîîgédie Ti>UP?e 
qu'on nous dit îci\de l'opéra? 'Mî/is qu'en ^lèii- 
'Serait Racine?'- -'^ : ""-'-'iî?»"'' ■ . '•'■•- 

Ajw*èà ^âvbir tébdu juîïtK?e' aftt'^clïaà'mé d^ Jîa 
vèT^siî8cà\ion dè'^JiitnMt, IVï.^'Lt Baitii Se^Wôit^ 
éri 'droit 'de • iiWis 'assurée "què-'iètf h'ëst j^'fJVlri 
le inôdaë^cjfà'fl ftût suivre, tf^éràtèis ïes f>efféb-' 



ya CORRESPONDANGî; LITTERAIRE, 
» tions qui distinguent et caractérisent ce poëte 
» tepdent à ainpllir et même à énerver Texpres-i 
» sion ipusicale. Il lui faut, je crois, ^oufïrirun 
» stylç plus concis , plus nervemc, jJus rapide, et 
» surtout plqs vari^. » Ce n'e$t pas tout. « Sou- 
3|) vent l'élégance et l'harmonie de la poésip 
» contrarient Tçxpression nm«icale , et quel- 
:» quefois un vers dont la disreté çhoqUie l'oreiHe 
,» produit un grand effet avec lechan^. » AU? 
M. Joi^se ! M. Josse ! , . . ' ) 

Pourquoi n'y aurait-il pas autant d'harmonies 
différentes pour les vers que pour l'eiçpressiQR 
music^lç? Ces vers ^i coqnus duT^^e : 
, Çhiama ^i hahitafor 4f Votnhr^ et^me j ' 

// rauço suon rfe la tartàrea trpr^b^y fi^c^ 

Ces vers ne brillent pas sa{n&4putepaT l^ur.dou- 
.peur ni par leur mollesse, mais; ei^ sont-ils n^oias, 

harnionieux?^^!; ne^QJ^trils pfis, quoique d'un 
^^gei^e, tirèsroppçsé, 1^ même pl^siït ^ l'QreilIe 
>flpie,tç5.plHs te«ulres^^s dç Quinau}|i?;On,saiit 
.bi^eft^cpj^^Jia rçç^erche 4^ne él^g^Roe cpcitinue 
ja^gu;çiuire ;çot:\vent.à rexpressiQnrj.fltaiB ce sçr 
-rait un gr^n4al>u&. de. croire qu'iil içfl^ impos- 
.^le 4'etre ^-IdL^foi^ harmoni^u^ . et concis , de, 
,^^i\n}T la forciç .et^a-grâce, la vérité des mou- 

,:y,çme^s ef la puret^,de l'expyeïs^ioi^. , 

if ous pensons d'ailleurs , comme, ^« ^p Bailfi , 
^jgn^y les, grapds,> v^eys ^opt^.xîexiXj q^i çonvien- 
^jpi^t^le miqujç au. récitatif -ohai^té ,, destiné à 
^liteo^id^e deç piçnsées nobles, et des se^f^timens élç- 



. JANVIER 1776- 7^ 

huit syllabes sont les plus prppres au sentimeat 
tendre ou douloureux; ceux de çixxq y. df^ sif ou 
de sept syljaîjes seront emplojés pju^ heur^se» 
ment à exprijnerla colore !Çt tous les éclats d-jûA 
caractère impétueux;. Nos ver§ de dix syllabes 
sont ceux qui se plieiit ?^veç plus de facilité à tp^s 
les tons; ç'ei^t presque le seul x^ètye qui; pv^i^fifs ' 
rendra yiyejniept toute passio;:^ retenue ou cp|i- 
centrée , tout mouvement qui exige, une^ çer^sbiijô 
réticence dans le style; . ^ ^ 

L'auteur J)rétènd que la coiijxç des. scènes xke 
saurait etrp fix^^ç par d^^ i:èjgles:cpnstanteSvq\je 
c'est à l'intelligence du poète, à son ^entiiïie.pt 
musical a pn décider, Il .est dp tpute vérité , que 
pans ce tact OQjiie 4it rien, et qvi'avec ç^tterçp^ 
source on e!5t aurde^sus dp toutes je^ règle§. Ilo^s 
pn voyopis çej)ë{tjlau| jip^ç qui nq\iç paraît a^se25 
généralem|^t^jiçe » ç'e§t que les a^irs qe ^ont bi^ 
^lacé^ qu'au ç9;jamençe.»ient, et fila fin df 3 /^c^- 

mterrom^u^^jjar^l^ 

et lan^it ll^il^^it qu'uç^e ^S^^^ 

irègie , c'e^t l^çr^^WP, 1^ siHia^tion dVp des peirf o^p- 

. neiges* cWge^f^U. milieu de I?t .^cprie ; mais il est 

yiDien rare que ^cé^teexçej^^^ ^)^Ae ayoirîfte.}^- 

''" « Quelque ^ ^Vlfi.^?' 

» siçien et le pôete , les paroles dans \ç q^ipfuçp 
>> dialogué, ^^,^JS^^S|^§ qui ^ ?î^,riï«Wt;,^ont 
» nécejs^airèm^^ élo;^flés.^^ppMç..quç .U9- 

p reilie jpi:|isse les suivr^^s^ps l^n^éffort p^.nibje 
f et fatigan^^^ i^lf^^^Sg»^^ K^^r^^^ 



'^H CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

• » Ifàlîens paraît lé seul propre à lâ scène et qui 

' » doive j ehïtét. » 

Il parait itiôono'evaWe que nos auteurs nio- 
^'dterhes ayant Ihttôdiiit les elioeurs dans leurs 
» J>oëïnes à Texèiriplé des anciens, aii lieu de, faire 
' coîïiine eux XùMs l'ébirs 'efibrtà jiôùr les intéresser 
'^FacAion^ leis aîérit presque tôUjôût-s laissés sans 
"îttt^rét et àân^' Aiôuveméttt. « L'habitude seule, 
'» dit'M. Le Bàiiïi; peut 'sans douté faire tolérer 
» ces personnages postiches quî/pl'antéis sur le 
''» théâtre comtt^e'dès tuyaux d*ôî*guè, ne sont 
S amenés sut* la scè'iié due po^r rçndrq de vaîris 



» sons. » 



' '«'Si c^est tirie fâAtè imiiardôniiame d*em- 

» ployer ïes cïiWgetaîens de lieu sans nécessité 

' » et ùniqueméîit jpôur faire j^araîtrê lihe déco- 

"» ràôôhiiôÏÏyélléVib'èri^'e^ plùs rè- 

S préhen^Blè' fbr$(jd*ô^ se ^sèït âe'c'e nâoyèn 




'^i dé' téînpisV|)îiïs'ti¥c^ysiiîri& éftébfè'arasVrvèr 
S)' 'dans ùti Biiék''^ué'^âtis toiiPe^^^^^ 




'^i "pWs' séiisftàé èt^choqùè davânWge la vraisem- 



e»fti/£efeW*^'feyé!ë*ia«rè'rfdrit'é^iiJd^^ poète 

* dieSCre*éfàluf«èVi|iiPft» èônti^«<Ai6è^^^ et ife» 

â&Û t&UYe i^^tëhmré în^i^'^è^-^t^ë l!e âétils 
àukcjûèly'îï i^ttWeiit ïé èaéfééJ^ét.'WiUVqiioS'éJs. 
pêrée •<4e 'àdMéi^ à m <^â^' l*ès^i«fé d'ifttëi^t 
tate ffa|éafë*^ettîe'setobîé ^sè'è^ttKïe? Pb^- 

pompe et cette variété de spèi^l^ê'-tpii rve ^- 







en voulant étendre et 
varier nos gôuts, <ï*ën âïlérèr le Caractère et de 
leur faire *^?âi«'*rfSîlèWt'fôrtfe et leur grâce 

naturelle. ; * ' ' ^, 

L article des fêtes ^t dp la q^^Sj^iest fort long, 
et Tunique èei^i.ide.j^'auteur ieçt.d^ nous en dé- 
goûter. On croiti|£i£ M; Le.Baîlii li'<à pas toujours 
pensé de mêjafe, 'ïftfew lïé^ If1»te^[jafe la première 
fois que les balife^c?tft'*iiïfSfe' plaindre de Fin- 
gratitude deTVfM'.'ïes^^poêt^^^/^Totite cette décla- 
mation ne dit ri^ii'ifè'^pTà^ Wcfè'kot de l'abbé 
Pellegrmasa sery^àtejlj^tai^^^^ du 

plan d'un opéra; ft^ijypau, ,Çt:s'ét8Ât endormi en 
cherchant inutilfimt^trlejino^îfiQideterminer son, 
troisième acte par usé f^» Set^wi^nte vint le ré- * 
^eiUer le lendeiiiiîfi^ ftfetitf^'W^iSS^ria qu'il était 



^6 CORRESP(HïDANCïS LrTTERAIRE , 
temps d'aller dire la ipess^, ¥)i la f^te^ fiah!^ dèn 
le poète encpfe moitié en^prq^i^y;^ fi'^est^rie^qufi 
4'€L^oir trouvé, lafét^y le difj^ile, ^^Ç de rameni)i. 
. , M. Le Bailli ^it sa hro<^urç.par. une fête qu'il 
;3e donne k li^irmênje , en ;fp\frimt ^y^Q beaiHîûup 
. dp aie vérité , tous ]es défzjft;^ , qi^'on . peut repro- 
.qhçrk VJmidedç Quip^u^t^'^t en exaltant jus- 
qu'au troisième ciel Le mérite»^* J^^i^éme^ ^l^g^ 
qui manquerait peut-êtrfç de.mf^d^stie s'il n'é- 
tait p;as. évident que Racine ,^1^, comte i^garqtfi 
,^t le che]valier Gluck ont ex^ }>eaucoup fl\^ ^ 
^part au siiccès^dç. qet ouyrfige quç M^ Le Bailli, 
OuiyJU. le ]^fi^(lh .\ i.;.v , ;' , uu.t. ■{ 

' ChanIsok' yhîée à .toçoasion' dé ! ta L'et&é de 
^ Ml* Le èaïtU chc Mollet, sur tes arafnés-Opefils. 



^yii.i^ \u 



A I' 



A vous initier 



Dans Içs profonds mystères 



/ïiSir.àî 






i\^ 



f Crblrtz-îvbus Wés* ^rSccptcs ? • » * M *) 

.••iuw/\ T. Oii,iinohsieu#Eé BfliÇi. ,vi.- » /">-î;'fO;^ 

-rjis .; ,^i)^;|^Q»dpnoad^tes?^,,.. ./. ^.^Mrf 

Quel ouvrage insipide ! 1 . r 

Qui, monsieur Le Bailh. / 

' • ' 'Saiiiéhfereut', sans gihie.^ i-' *^ • *'' *î 

^ ïtokv monsieur' Le^BâtlIii^'^ - ' ''^ 

• . .Waift.yiyê fpAigtfm. 'Mil} oii»r: . . i.'^-/^^ 



* - • JANVIER xyj'é. 751 

' I>e là scène lyrique 
Quinàult n'est plus le roi: 
Lisez iiia poétique, 
Vous direz tomme moi : 
Nous n'avons qu'un génie. 
Qui ? monsieur Lé BàilU* 
L!ltuteur dlphigënie, 
Alil monsieur Le BaiUi» 

Ajdmirez sa sagesse ; 
Modeste en ses essais , 
Par respect pour là Grèce 
Il parle mal français , 
Même *eh pillant Racine; 
Son génie affaibK » 

Dément son origine. 
Oui 5 monsieur Le Baillis 

Gai^dez-yom dans la Fable 
De choisir vos sujets; 
Point de Dieu, point de diable ^ 
Ni fêtes ni ballets. 
Cela sent trop l'enfance. 
Mais > monsieur Le Bailli, 
On peut aimer la danse (i), 
Héln I monsieur Le Bailli? 

Toi 5 chef die mes athlètes (a), 
Qui dans cepays-ei 
Sais mesurer les têtes , 
Soi» làoii, strperbe appui ; < 

[i) On fait aliusionicià mn opéra oublié depuU long-temps, et q4 
Ains sa nouveauté ne put se soutenir que par les ballets. 

(a) Les Mémoires s^ets àe l'Académie royale de musique assurent 
qtie M. Le Baflli avait? niis nH chapelier Aé «es amis à la tête de la ca- 
bale dont il crut avoir l^tÀàiA U jûiiiiïd« là ptttBiière représentation 



Ij^ CORRESPQîipArjC]Ç7^5rTERAIRE, 

Cours, gabal« au paçteri^f , 
Dafqi^d^je t'aisaUî, ... . 
La forme est ton afïalre. > 
Oui , i^onsieur Le î^af l)û . . • 



Atïtrb ChansQH^ 

Air : Toiu Us BouT^ôis'dè€hartres. 
AiAiables Mousquetaires; 

Favoris des Amours - 

' .\ / i. .. •' 
Déchirez^ vos baniiièr;es 

Et brisez vos tam][)ours. 

Ils ne vous servent qu'à battre la retraite ; 

On vous exile d/e Paris, 

Sur la requête des maris. 

Votre réforme est faite. 

Ralliant les Gendanap*. 
Et les Chevau-Légers , 
Briguez d'autres alarmes 
Et de plus doux dangeré. ' 
Dans le cœur de Cypris portez la' soubreveste; 
Consolez-vous, jeuies guerrier» , 
On voiis arrache Vos lauriers^ 
Mais le myrte vous irëste. 

Dans les troupes lé^^res ; 
De Gnide et de Paphos , 
Au rang des volontaires . 
Qu'on place nos héros, . 
Vainqueurs à F/ontenay, dans Paris infidèles. 
Ils ^nt la guerre , ils font l'toiour , 
Ils savent dompter tour-à-tour 
Les Anglais et les belles: 

Ainsi toujours volage , 
Le Français chante et ril; j: ^ 

Spii h|ii|i^i}r ^st.riqiag^ . 
Des plumes qpi'il chérit. . 



VaU au seii^ ^es plaisirs > 4^ pejuir qi^'il ne s-endqrme, 
Les Dieux , pour le dése|inuyer , 
Daignent parfois lui envoyer 
La grippe (i) et la'réforme. 



ËPITAPHE de tabbé de Voisenorij par 
M. Collardeau, 

Ci-gît un abbé libertin , 
Plein d*esphrit et d'humeur falote. 
Il était porteur de calotte , 
Mais c était celle de Cris^io. . 



La première nouveauté draç^tique que nous 
ayons eue cett;e année ne no.x^s gâter^ point trop 
sur celles qui poij^rroirt lasui:Y^e. C'jQsjtune comé- 
die lyrique en deux actes, mçj^éjç d'a^rietteiS, inti- 
tulée les Souliers mordorés ou la Cordor^iière, al-^ . 
lemande. Cette pièce a été reprjésentjéje pour ia 
première fois sur le. théâtre de la Comédie ita- 
lienne , le jei^di 1 1 Janvier. Lei paroles sont de 
M. Serière , Français d'origine , mo^s officier dans 
les troupes ^e.rÇfiipjer.e^r; la œu&ique est. du 
sieur Fricjzeri , l'auteur des Deux Miliciens. 

Le sujet des Souliers mpfi40(ré^.^Él pri^ d'un 
conte fort ancien, mais doi^. J ^gppre l'auteur. 
La décencç du théâtre n'ayj^nt^pap pern^i]^ que 
ce sujet fût traité sur la sqèçe copxm.e d^ns le 
conte, il est arrivé que, d'une ayentwe assez 
plaisantç, le poète n'a su faire qu'une ^^piègle- 
rie de jeune homme et une ei^piçgjierie froide > 
parce qu'ejle est insipide , s^i^^^^ paçûf e,t sf^n^ ia- 

(x) C'est ^ 9^ ^9V^ .A djwné tn, rhlOW .foLoitt régno cet liÎTer^ 



U CORRESPONDANCE tlTTéRAÎRË, 
térêt L'întrigue, Fôrdôrinance et* le style <le li 
jpièce ne méritent pas qu'on s'y arrête. ^ 

Quoique dans toute la musique de cette pièce 
il n'y ait pas un trait, de génie , rien de neuf ^ 
rien de piquant, on y a trouvé plusieurs airs 
. assez bien faits et d'un^ tournure agréable. C'est 
Fouvrage d'un aveugle; il compose sur un bu- 
reau où sont tendus des fils de soie dans le 
jnéme ordre où sont ti*acéès les lignés d'un pa- 
pier de musique. Il a de petites figuré* de bois 
de différentes formes, pour représenter toutesled 
notes et toutes les tïeh dont on peut avoir besoin 
pour écrire la musique ^ Chaque espèce a son 
tiroit particulier^ Fhâbitude lui a appris à les 
distinguer au toucher; il écrit ses compositions 
comme on imprime, et relit ses airsi eii les repas-» 
sant du bout ^es doigts^ 



LsTtRE de feu 'M, te président de Montesquieu (qui 
: ne se> trou^epoint dans le Recueil quon a pu- 
: blié de ses LeUres) à Vévêque ff^ àri?urton. 

' ^ PafrU ,* Max 1754; 

» J^ai reçu, Monsîeiit , avec Urie rédonnaissance 
très-gtainde les deux mâgnifitjues ouvrages que 
v6n^ avez eu la bonté 'de m'envoyèi', et là lettre 
que vous m'avez fait l'honneur de ^'écrire sur lei 
OEuvTésposthumes de M.BoIingbroke ; et comme 
cette lettre me paraît être plus à moi que les ou- 
vrages qui l'aceôtapagnent, auxquels tous ceux 
qui <>nt de la raison ont part, il ibfe semble que 
cette ktlrt^ n^'aiai^^'Uli plaisir particmifer/ 



JAiWffiR 1776. Sx 

J'^i lu quelques ouvrages de M. Bolîngbroke, 
et il m'est permis de dire comment j'en ai ëté 
affecté. Certainement il a beaucoup de chaleur, 
mais il me semble qu'il l'emploie ordinairement 
contre les choses^ et il ne faudrait l'employer 
qu'à peindre les choses. Or, Monsieur, dans cet 
ouvrage posthume dont vous me donnez une idée, 
il me semble qu'il vous prépare une matière 
continuelle de triomphe. Celui qui attaque la re- 
ligion révélée n'attaque que la religion révélée; 
mais celui qui attaque la religion naturelle attaque 
toutes les religions du monde. Si l'on enseigne 
aux hommes qu'ils n'ont pas ce frein, ils peu- 
vent penser qu'ils en ont un autre ; mais il leur 
est bien plus pernicieux de leur enseigner qu'ils 
n'en ont point du tout. Il n'est pas impossible 
d'attaquer Une religion révélée parce qu'elle 
existe par des faits particuliers , et qUe les faits, par 
lewnature,peuvent être une matière de dispute. 
Mais il n'en est pas de même de la religion natu- 
relle; elle est tirée de la. nature de l'homme dont 
on ne peut pas disputer, et du sentiment intérieur 
de l'homme tlitnt on ne peut pas disputer encore. 
J'ajoute à ceci, quel peut être le motif d'attaquer 
la religion révélée en Angleterre ? On l'y a tel- 
lement purgée de tout préjugé destructeur, 
qu'elle n'y peut faire de mal, et qu'elle y peut 
faire au contraire une infinité de biens. Je sais 
qu'un homme en Espagne ou en Portugal, que 
l'on va brûler ou qui craint d'être brûlé parce 
qu'il ne croit pas de certains articles dépendans 
I. 6 



Sa CORRESPON&ASFCE LITTERAIRE, 
ou non de la religion révélée, a un juste sujet 
de l'attaquer, parce qu'il peut avoir quelque es- 
pérance de pourvoir à sa défense naturelle; 
mais il n'en est pas de même en Angleterre, où 
tout homme qui attaque la reKgion révélée l'at- 
taque sans intérêt, et où cet homme , quand il 
réussirait, quand même il aurait raison dans le 
fond, ne ferait que détruire une infinité dé 
biens pratiques pour établir une vérité pure- 
ment spéculative. 

Lorsque JVÏ< le duc de Choiseul revint à Paris 
à la fin de Décembre ( 1775) il fut reçu froide- 
ment à Versailles; mais tous les soupers qu'il 
reçut et donna à Paris furent des fêtes bril- 
lantes. Voici dçs couplets composés à cette oc- 
casion : 

Couplets sur le retour de M. le dut de Choisekl^ 
pq^r M. le C. de B. 

Ici quiB tout soit réjoui ; 
Tûici la fin de notre énnûi : 
Quelqu'un nous revient «ujourd%ai 
Qui noua rendra gais comble loi. 

Lorsque jadis on l'exila , 
r CKeK lui toute la France alta^ 

Il fallut qu'on, le rappelât 
Pout que Parift se repe^uplàt» , 

Sait^on s'il se r<^osera. 
On bisn s'il recommencera; . 
Mai» bien fia qui s'en passera, 
£t plus fin qui s'en servira. 



JAIÏVIER i77& 8$ 

AtJTÉÉif Càupteù sUf le même sujets par il/, **% 
à M. te duc de ChoUeul 

Air de Joconde^ 

» 

Que dans ton aimable Ipisir, 
Sans ennui, salis aéPaire, 
Je reconnus avec plaisir 
Ton heureux caractère î 
Lorsqu'on a si long-temps conduit 
Et la paix et la guciTe , 
Il faut un excellent esprft 
Pour savoir ne rien faire. 

A madaîne de ChoUeuL 

Faite pour la société » 
Vous goûtiez la retraite ; 
Paris vous voit, est enchanté, 
Cfaanteloup vous regretté. 
Ost un avantage bien doux, 
C^est lé pk'eitiier des' vôtres , 
i^étrç'pltrtout bien avec vous y 
Et mieux avec les autres. . 

A madame âe Gtammont 

. î Même air. ... 

Ono^s^vtiiiitplàsla'qiàttcr v. t 

ÂJors qu'on Ta connue; -. , 
^ -On ne peut plus la reinplaç;<qr 
Alors qu'on l'a perdue. 
C^éttdant , s'il fajj^ir optef , 
^alliMfra4!9'mIeui: péut^tre 
. EtsÉe .«ajore à lan^etter 
QiiMe 3èp pj» la côQifoltre» ^ 

6, . 



84 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

^Madame du D^ffand appelle M. le. duc de 
Choiseul grand pupa, et madame la Duchesse 
grand'maman. Voici deux couplets qu'elle a 
faits pour eux : 

A la cadette des mamans , 

Des enfans la doyenne , 
Avant le jour des complimens 

Présente son étrenne. 
Tout prouve mon empressement , 

Ainsi que ma. constance y 
Puisque j*aime ma.grand'maman 

Du jour de sa naissance. 

Du grand papa 
Je ne suis plus petite fille 

Du grand papa , 
Quand on n'est plus jeune et gentille ^ 
On est exclu de la famille 

Du grand p^pa. 



Le gouvernement de. l'Académie royale de 
musique s'est vu cmenacé dé grandes révolutions. 
M. de Malesherbes et lat ville de Paris ayant for- 
tement désiré d'etjre défcarxassés 4;'unc province 
si bruyante et si difficile à conduire , il s'est pré- 
senté plusieurs compagnies qui en ont demandé 
la régie. Un jeutiè Américîâin , contlu sous le 
nom du chevalier de^Sàint-Géorgës, qui réunit 
aux mœurs les pllfs douces une adressé, incroya- 
ble pour tous les exercices du corps et de très- 
grands talens pour.la mu;^ique, était du.nombre 
des chefs d'une de ce&ueompÀgme». Mesdemoi- 
selles Arnoud^ Guimard ; Rosalie et autres n'en 



JANVIER 1776. -' 85 

ont pas été phitot informées , qu'elles ont adressé 
un placetà la Reine pour représentera Sa Majesté 
que leur hoirâeur et la délicatesse de leur con- 
science ne leur permettraient jamais d'être sou- 
mises aux ordres d'un mulâtre. Une considéra- 
tion si importante a fait toute l'impression qu'elle 
devait foire; mais, après beaucoup de projets et 
de discussions de ce genre , cette grande ques« 
tion vient d'être décidée enfin par la bonté du 
Roi, qui a bien voulu se charger de foire régir 
rOpéça ^pour son projjre coaaapte par MM. les 
Cntendatis et Trésoriers de ses ùienus plaisirs. Si 
la recette n'égale point la dépense , Sa Majesté 
y suppléera ; si elle produit quelque bénéfice , 
il sera partagé entre les acteurs qt^i auront le 
mieux mérité du public. 

L'opéra ^ Adèle est suivi avec plus d'empres- 
sement que jamais ) mais c'est depuis, qu'il est 
soutenu du ballet de Médée , qu'on vient de 
remettre avec quelques changemens qui ont 
parfoitètnent bien réussi. Ce baUety ou made- 
moiselle Heinel , mademoiselle Guimârdr et; le 
grand Vestiis se sont surpassés , est trèarpropre 
à donner une idée de la pantomime, dies an^ 
ciens et de l'extrême passion xjue \ëa Grecs et 
les Romains eurent long-rtâmps pour ce gente' 
de spectacle , qu'ils finirent même par préférer 
à tous les autrjes. Le ciel nous ptéseryera, j'i&»t 
père , d'Ua si grand malheuf . .Mais -il-foiut co^ii-' 
venir qu'avant d'avoir ^vu- ce ballet ^ .»nous nr'irur: 



$6 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
nous jamais soupçonné que la danse pût êtrt 
susceptible d'une expression si waie. et si tou* 
ehante. Nous ne pouvonis plus douter aç^jour* 
d'hui que la dapse ne soit un art d'irmtatiQn 
eonnne tous les autres. o^Cet art , dit M. Diderot, 
y> .est à la pantomime comme la poésie est à la 
» prose, ou plutôt comme la déclamation nata- 
!» relie est au chant : c'est une pantomûmé me- 
j) surée ;' c'est un poëmè/ et ce poëme devrait 
» avoir sa représentation séparée. » i (Ge que 
l'éloquence de notre philosophe développe si 
bien, les talens de Vestbis le démontveiit encore 
mieux. >- ^ - • 

Il faut que la pantomin|e , ainsi que toiis les 
autres arts-, ait un 'mod^e idéal ; et ce modèle 
idéal , n'est-ce pas l'assemblage heureux de ce 
que la nature pfire de plus parfait dans chaque 
genr(î , mais de ce qu'elle daigne rarj^ment réunir 
dans un mêm^ alq^et? Ce n'est pas tout. Si l'art 
atteint' quelquefois l'effet de la nature, s'il peut 
même le; «urpasser , c'est en exagémni tout ce 
qu'il itmiDe. H ne se contente pas de chercher les 
pfa|s>]9f]'d»»dJes beautés éparses à ses yeux ; il ne 
se/>ce^tei$>te «pas de les rapprocher et de les 
Joindre ^ il ieur donne encore un caractère ou 
pk»|cxrt, ou phis délicat , ou plus fin, ou plus 
snbïime ; mais pmir retrouver ensuite, le rap- 
pm^t (foi peut Ifer^des proportions ainsi exagé* 
ré^ ,'«pddr en d^^e^niiïier l'ensemble, il les 
sdume% à Qet èrdir^ hamtomeux qui , appliqué à 
l'éloquence, forme ce qu'on appelle le nombre 



JANVIER 1776. Bj 

^atoire , à la poésie le rhytluue , à la musique 
^t à la danse r?coord et la mesufe. 

Toute passion a sans doute des signes, de^ 
gestes qui lui sont propres; c'est au pantomimiç 
k les discerner et à les saisir ; mais croyez qu'il 
ferait peu defïet au théâtre s'il ne le» rendait 
pas avec plus de force et d'énergie qu'on n'en 
trouve communément dans la nature; et voil4 
pouiquoi les Athéniens n'étaient pas si ridicules 
4e trouver l'imitation du cri de je ne sais quel 
animal plus vraie que le cri même. Il n'es!; pw 
moins sûr que si ces expressions , nécessairement 
exagérées pour être sensibles , n'étaient pas rér 
glées par une mesure quelconque, on y vei^ 
rait plus de suite, plus d'ensemble, par consér 
quent pltts de vérité , parce que la vérité tient 
surtout à cet ensemble. L'ordre de la natufe 
ii'e&t pas toujours celui de l'art, mais c'est la 
nature qui nous en donne la première idée, eit 
nous suîvoïis encore sa marche lors même que 
nous semblons nous en éloigner le plus. ; 

Il résulte de ces réflexions, peut - être trop 
abstraites, que la danse n'6st pas plus de con* 
vention que la musique; qu'elle prête comme 
)a musique un nouvea^ diçgré de force aux 
expresÂo;]^s aati<relles de la passion, et qu'elles 
servent l'une» et lautré à en lier les rapports, 
à en soutenir le caractère et l'ensemble , .les 
gestes é^nt aussi naturels que fle^^ sons^ et égar 
lement^susceptibles de modiâisatifOns difiKé]:e^te« 
et d'accords harmonieux. /,;,. . :/ .: ♦!> 



B8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Système physique et moral de la Femme ^ ou 
Tableau philosophique de la constitution ^ de 
Vétat organique f du tempérament^ des mœurs 
et des fonctions propres au Sexe, par M. Roussel, 
Docteur en Médecine de VUniversité de Mont- 
pellier, avec cette épigraphe : Feminarum vero 
'virtus est, si spectetur corpus, pulchritudo; et 

si animas, temperantia et studium operis 

Arist. Rhetor. L I, c. 5. Si c'est , comme on le 
dit, Fessai d'un jeune homme , il annonce des 
•talens fort distingués. Quoiqu'on y trouve peu 
d'idées absolument neuves , beaucoup de vues 
superficielles et quelques opinions paradoxales, 
^'est un livre plein de philosophie et d'imagi- 
nation. Nous connaissons peu d'ouvrages de ce 
genre écrits avec autant de légèreté, d'agré- 
ment et de goût. Il arrive souvent au génie de 
M. Roussel de peindre avec les couleurs les 
plus vives ce qu'il ne songeait qu'à décrire. Il 
nous attache auit détails qui semblaient le 
moins susceptibles d'intérêt, parce qu'il y dé^ 
«couvre toujours quelque rapport moral auquel 
-notre esprit aime à se prendre» Tout s'anime 
sous sa plume, parce qu'il voit tout avec le re- 
gard d'une sensibilité douce et fine. Il prouve 
lîombien les moeurs donnent de vie et de grâce 
aux productions mêmes dont elles ne sont 
|)as l'objet principal. Son style , sans être par- 
(aitement pur, a le caractère et le ton de son 
sujetyUaie expression facile, moelleuse et quel- 
quefois brillante. 



JANVIER 1776. Sg 

Le livre de M. Roussel eût divisé en deux 
parties ; la première traite des dififéreoces géné- 
rales ; la seconde ^ des différences particulières 
qui distinguent les deux sexes. Si la première 
partie nous avait paru supérieure à l'autre, nous 
ne l'avions d'abord attribué qu'à notre igno- 
rance , les matières discutées dans la seconde 
partie étant plus éloignées de nos connaissances 
que celles dont il est question dans la première} 
mais nous avons été confirmés dans notre juge- 
ment par rautorité des»Tronchin et des Bor- 
deu. Toutes les recherches que fait Fauteur 
sur le mystère incompréhensible de la généra- 
tion , sur les aecouchemens et leurs suites , 
n'offrent que des idées infiniment communes 
ou infiniment hasardées. Le morceau de l'ou- 
vrage que nou3 avons lu avec le plus de plaisir, 
c'est le quatrième, chapitre du premier livre, 
des effets immédiats qui paraissent dériver de 
l'organisation des parties sensibles de la femme. 
Quoique la plupart des idées répandues dans 
ce chapitre aient été déjà développées par Rous^ 
seau dans le quatrième volume de son Émiie , 
il en est au moins plusieurs qui sont considérées 
ici sous un point de vue différent, et toutes ont 
une teinte qui leiu* est propre, et qui leur prête, . 
ce me semble , un intérêt nouveau. Quelque 
admiration qu'inspire le pinceaude JeanJacques , 
celui de M. Roussel conserve encore à côté de 
lui ses grâces et sa douceur. La sublimité de 
Raphaël n'empêctie pas qu'on ne se laisse en^ 



Q6 CORRESPONDAMCE LITTERAIRE, 
Gore séduire à la touche ingénieuse des Guide 
et des Vatteau. Si aotre jeune philosophe np 
patrie point des femmes avec autant d'éloquence 
et de pompe que M. Thomas , on croit s'aper* 
cevoir néanmoins qu'il les connaît davantage ; 
et n'est'Ce pas dire assez qu'il paye à leurs char- 
mes Un tribut plus virai, plus sensible, et par-Ii 
même plus flatteur ? Nous ne nous permetb?om 
point de citer icH tous les tableaux qui embel* 
lissent l'ouvrage de M; Roussel , il faut les voir 
dans leur cadre ; nous nous bornerons seuler 
ment à quelques traits qui , quoique détachés de 
la liaison où ils se trouvent, suffiront pour don^ 
per une idée de ses principes et de sa manière 
d'écarire. 

«c Si on considère que les caiuses physiques 
» de nos maux sont en très -petit nombre, et 

V que leur véritable source^ est dans les affec* 
» tions de notre àme , qui les perpétue par le 

V souvenir ou les multiplie par la crainte , on 
» verra que la femme , en qui la variété même 
» des sensattons s*oppose à leur durée , et qu'elle 
9 Àauve de cette opiniâtreté de réflexion qui Eut 
M le tourment de tant d'êtres pensans, estpeut- 
9' être moins éloignée que l'homme , de la féli- 
^ cité que comporte la nature humaine^ 

' ^ La nature, qui ne devait pas {»*évoir nos 
1» arrangemens civils , s^était contentée de faire 
3> les femmes aimables et lègues, parce que 
li cela suffisait à ses vues. Le même intérêt, qui 
» a voulu q«i'il y eû% une association constapte 



JAIfVIER ijfff. ^t 

^ fUllm les d0UK sexes, a aussi exigé d^elles des 
» sentiiQeQ^ plus stables que eeux que la nature 
» leiir avait donnés. Quoi qu'il en soit; c'est sur 
» oçtjtfi base chanceiaiite que sepose tout Té- 
p 4i6^^ de lâ wciété, et il n'est pas douteux: 
» qfj(on ne doive leur tenir compte de la vertu 
V du .de radresse avec laquelle dles le soutien- 
» nfffit..... 39 

«^;Le caractne de Thomme est toujours de 
» su|>9tituer des erreurs aux vérités qu*il ignore. 
» Cbtz les peuples qui croyaient que la divi- 
^ pitié daigne quelquefois se communiquer aux 
y^ hommes, il était naturel d'aftacher certain» 
y> signes sensibles à la présence du dieu qui de- 

» y^it parler Des mouvemens convulsils, un 

» regard effaré et des mots échappés par âan 
9 iMiQonçaieut que là divinité allait s'expliquer 
» p^ la bouche d'un mortel. On a dû être frappé 
» 4e la conformité de ces traits avec les syipp- 
?» tomes qui caractérisent les maladies convul^ 
2> sives».. Un des points de la doctrine d'Hippa- 
» crate sur la constitution des femmes est que 
» l'hUmide y domine ; et comme un des effets 
» de cette dispomtion est une certaine lendanoe 
2> 9M% affectio^^ spasmodiquej»^ lés femines ont 
» dû souvent retracer l'image des . persojanes 
» agitées par le sôufifle divin , et par-là paraître 
» plus propres que les hommes à jouer le rôle 
w de sibylles ou de devineresses » 

tf La promenade, au lieu d'imprimer un mou- 
» vement égal à tout le corps, ou du moins un 






p% CORRESPONDANCE trPTERAIRE , 
;» mouvement alternatif aux différens muscles , 
» ne fait mouvoir que les parties inférieures du 
D corps ; toutes les parties' supérieures restent 
j> immobiles. U y a encore cet inconvénient dans 
:» les promenades, surtout dans les promenades 
» solitaires des personnes d'une santé faible 
j» ou . d'une constitution mélancolique , c'est 
» qu'elles sont une occasion pour ces personnes 
:;i^ de se livrer à tout le vide de leur âme, à cette 
» intempérance d'idées qui les charment en fa- 
» tiguant les ressorts de leur esprit. 11 faut à 
:» l'homme un travail réel, et le plus avantageux 
» serait celui qui exercerait également le corps 
-0» et l'esprit, et qui maintiendrait un juste équi- 
i» libre entre les forces morales et les forces phy- 

/» fiiques » 

« Notre machine ne doit pas être plus réglée 
r» que l'élément qui l'environne. Il faut se re- 
» poser, travailler, se fatiguer même selonf que 
-» le sentiment de nos forces actuelles le permet. 
-» Ce serait une prétention ridicule que de vou- 
» loir ♦se réduire à une parfaite uniformité et 
'» garder toujours la même assiette, quand tous 
» les êtres avec lesquels nous avons les rapports 
9 les plus intimes sont dans une vicissitude con- 
» tinuelle. » ' 



JANVIER 1776. pj 

Le duc d'^mqjr, en ^eux. petits volumes 
m-8^,par M. de Carmontélle. C'est une suite de 
proverbes liés par une intrigue assez peu yrai^ 
semblable, mais pu Ton trouye, cooxme dans le^ 
Tros^erbes^ des détails d'une grande vérité et un 
dialogue souvent très-naturel. L*auteur s'est pir 
que de mettre plxts. de' sensibilité dans ce Roman 
que dans ses au tres^ouvr^ges; niais cela prouvé 
seulement qu'il ne faut se^pic^uêr de rien. Ce qui 
a mieux réussi à M; de Carmontélle que ces efforts 
de sensibilité^ ce sont 'quelques critiques fort ra^ 
sounables sxù: leq spectacles , sur le$ petites loges y 
et en. général sur: toutes les superfijpies ridicule^ 
de bisbciëÉé, que personne n'a jamais saisie^ 
avec plus dè^profôndôur et de gaiei^ que lui. * 



Eptire à Mide Mdnregardf Intendant génê^ 
rai des Postes dé France. Par M. Gtesset Cette 
Epitre fut envoyée avec tm pâté dé quatre câ-* 
nardsr dans le temps de la grippé. Sî le pâté ne 
valaitipas mieux ^tie l'Epître, citait un triste 
présent. On ne conçoit pas comïnctat le chantre 
de Ver vert 2i pu écrire de ]^areilles platitudes. Ed 
véritéj le voyage devantes ne fut pas plus funeste 
pour l'oiseau chéri desTisitandines que le séjoui* 
d'Amiens ne l'a été pour la muse de M. GressetJ 
si le langage qu'elle* J)ârle anjourd'huî h'est pas 
préèisément -Ce que lès' jèùriès- sœurs prenaient 
pbUTîdù grec, cén est-il moinis -barbare , moins 
étrange ? ' ' " ' 



».I1 f.T. 



fJÉyRlEK 1776. 



ÇttsERfATiôOT sUf' un passage des Coiùmeritaîres 
de Jules Césair. 

][l n'est p^KKl^e aucune afaiunikéy aiQetm^ieiiTe 
de folie ^i a'att occupé trQs^sétieusement'quet 
ques individus de l'espèce haBOtine , et rhistôire 
secrète de l'apopr et de ta sujilêrsfttioù en faui> 
lairait seule âs^e^ de preixves ; mais je ne pracse 
pas que des opinions adoptées: par la iBtfliitudey 
consacrées^ fjour aii^ dire y par k^sanction' ptt* 
Hicpe , aient pu usurper uo si gDapd erédibiatis 
avoir quel<iptié fondement raisbnqable, ôxi sans 
être appuyées d'une autorité infiniment spé-, 
cieuse.M. de Montesquieu dit qur leis; h^funsies 
£ripons eu, .détail sont en gros d^ très-honxiéte^ 
gens. Ne d^ra^to^upas avec autant de vérit^ f^^ 
les bomxqe^ foi^ en détail scooteifi ^p^ desi éjzes 
fort sensés?. Les hommes assemblés manq)i^Bt 
$ans doutfe asse^ souvent d^ âncyssç, de sagacité^ 
de prudence; mais il est rare qi^'ils se trom- 
pent sur des vues^générales lorsqu'elles n[exçè- 
dent pas au mcâas la portée d'une intelligence 
commune. • . . 

C'e&t en. partant de ce principe que j'ai tou- 
jours, cru ohsqrver que pajrini 4^s erreurs les 
plus géi:\éraleinent répandues^, même,,pfffpii 
celles qui nous paraissent aujourd'hui les plus 
extravagantes, il n'en-estpoint qui, rappelée à 



sa ptémièrtf origine^ ne tienne à ÛeÈ id^ed 
très-vraie» ou tÉès-^raise<«iWàble». Tout dépend 
des circonstances^ qui, sana poKvoir en àïté^ 
rer la nature, tn(kamorphaseht de miBe ma^ 
nîères d^rentes et le bien et fe mal, et lé 
juste et rinjtiste. La fohè des duels naquit dans 
HQ temps on la "Valeur était le garant de toutes 
ks autres vertus, la lâcheté la'preiive de tow 
les autres vices. L'abus des indulgences eut ré«> 
volté infailliblement les peulples lès ph» saperS'<^ 
tîtîe«ix s^ik n'aVaiè&t pas été Istmiliarisés depuis 
long-temps avec ee genre d'expiaitian^ par Tesf 
prit qui ré^naift alors dans la jurisprudence ci-» 
vile, et qui pouvait avoir été ititspÎRDé d'abord pas 
des vues de clésMfice et dliusnattité, mais qui 
était surtout awto^lsé p^ tes dâstinetions qu'une^ 
loïi^e suife de siècles àvak ^tablie$ entre les 
hommes. . 

De toutes les ini$tit«itionili^rgieused, i} n'en 
est point sans doute qui blesse davantage la na* 
ture et la r^aison que les Sdénfibes de victimes 
humaines; cependant nous lesi retrouvons chea 
kl plupart dés peujrfes de ï«itiq«ité-, chez^ des 
peuples même dont nous sommes forcés d'adfr 
mirer leslunôèi^s et dont iesiàoMrs ptd^liques 
annonce^ d^aifleuw* beatfGMqi)^ de justice et 
d'bumanité. Les J^nfs^ qc» eatent de la Divinité 
des idéels^ài subtitoes et sf pure», ont souillé plu- 
sieurs lem S^es autels du saàg' des hommes. Les 
peuples du Mexique et les sauvages' de l'Âme* 
riqûe Bién4io)[Kal&, avec un caractère paisible e^ 



96 CORRESPCHSDANCE LITTERAIRE, 
d€$ mœurs assez douces, ne nouirissaieiit leurs 
dieux que de saïig humain. Ces sacrifices hor- 
ribles n'étaient point inconnus chez les peuples 
les plus policés, tels que les Grecs, les Chinois, 
les Tyriens. On est peut-être encore plus surpris 
de les voir établis chez des nations aussi simples 
et dans leur culte et dans leur police que les 
Germains et les Gaulois. Comment expliquer les 
causés d'un phénomène si étrange et si malheu* 
reifsement universel? 

Je trouve dans les Commentaires de César mt 
passage qui me paraît très-propre k éclaircir 
cette question. Il parle des mœurs et de la reli- 
gion des anciens Gaulois, Liv. VI, page 97. 
Nqtio est omnis Galtorum adtr¥>dum dedita reU^ 
gionibus; atque ob eam causam, quisunt affècti 
gravioribus morbis , quique in prœUîs pericuUs- 
que versantury aut pro victimis hominçs immo- 
iant, àut se^immoUiUcros vox^enty âdministrisque 
ad ea sacrificia druidibus utantur; quodpro vUâ 
hominiSf nisi vità.hominis reddatUVy non posse 
uliter deorum. immbrtalium numen placàri ar^. 
Mtrantur .: puèlicèqjue ejusdem generis hahent 
instituts sacrificia; alii immani ,meÊgnitudine si- 
mulacra habent.:v^orum contéxta viminibm 
membra viyi& h(fmimbus comptent; quibus suc- 
censis; circumvenH ficmwiâ e^ïanim^ntur homi- 
nés; supplicia eçrum qui in fuifti àut [latrocinio , 
aut atiquâ noocSsint comprèhen^i^ grafiora dits 
imniôrtaUbus essezarbltrantur. Sfsd qtiiim ejus 
^a'eris copia déficit. etiam ad.imiocentiumsup^ 



FEVRIER .1776. 97 

pUcia descendant. « Les Gaulois sont iÇort su* 
» perstitieux,»et dans les grands dangers, soit 
» de guerre ou de maladie, sacrifient des hom- 
» mes ou font vœu d'en sacrifier, ce qui s'exé- 
» cute par le ministère des druides. Ils croient 
» qu'autrement Dieu ne peut être apaisé, et 
» qu'il faut la vie d'un homme pour en racheter 
» un autre, de sorte qu'il y eïi a des sacrifices 
» publics. En quelques endroits il y a des idoles 
» d'osier d'une grandeur extraordinaire qu'on 
» remplit d'hommes et le plus souvent de cri- 
» minels, et pi^iis on y met le feu. Ils ne croient 
» pas qu'il y ait de victime plus agréable à la 
» Divinité; mais ils brûlent quelquefois des in- 
» nocens faute de coupables. » 

En méditant les observations d'un historien 
si digne de foi , en comparant l'idée qu'il nous 
donne de la religion de nos ancêtres avec l'idéç 
que nous donne Tacite de celle des Germains^ 
en nous rappelant que chez ces deux peuple» 
les druides et les prêtres étaient chargjés de l'ad- 
ministration de la justice , .on est conduit, ce 
me semble, par les cQps^quences les plus nar 
turelles, à pie voir dans la première institution 
des sacrifices de victimes humaines qu'un or- 
dre de jurisprudence crimmelle, cpusacre dans 
l'origine, par des notions religijeusés , et dont 1^ 
fanatisme et la superstition ne firent qu'abuser 
dans la suite des temps. Ce que César sut voir 
dans les usages et dans les prs^tiques.^de l'an- 
cienne Gaule, ne le verrions^nôus pas égalç- 



5» CORRESPONDANCE LITTERAIRE^ 
itient dans lés usage^ et dans les pratiques de 
iôus lés peuplés imbus de semblstbles supersti- 
tions, si nous les observions avec lé méïhesoin? 
JLés sauvages de FÀriiëfique ne sactîfient pres- 
que jainais que des malfaiteur^ ou leurs enne- 
iriisf et leurs prisoniiierS. Rabbi-Bfekai dit positi- 
vement que lès pères et thèrès qui sactifiaient 
iéurs enfahs à Mâlôch lé faisaient dans la ferme 
J)érsuasion que la vertu de ces satriftces sauvait 
leurs autres énfans de la mort et leur assurait 
à tous une vie bienheureuse. Ils le faisaient donc 
par' lé même principe qili pointait autrefois les 
Grées à exposer Ifes érifâris qu'ils iië voulaient 
pais élever; él peut-être étàiéut-ils mains bar- 
bares en effet qùé ne lé Sont encore aujour- 
d'hui tant dé pèreÈ et de inèré^ qtii forcent 
leurs èrifàns à se réhfëtmé^ dàiïS tin dôître , et 
& môuï*ir ainsi inillé fois avant de vdir terminer 
le sûpiplice dé leur maltîétiréuse existence. 

Si Vdii entreprenait éjê t'ajipelër tant de su- 
jpérâtîtibhs différénteà ''àii tném'é principe , si 
Ton s'efforçait dé feinôhter jusqtfà la première 
institùtîisn dé cette dbctHiie hotribie et san- 
glante dëà Sâcrié&èèy, doctrine reçue chez pres- 
que toutes lék iffatîdhs de la terre, ne trouverait- 
on pas qiTélle est. fôhdëé sur les înêrùe^ idées 
qui ont iservi de basé à là législatio ri- politique 
relativement aux délits et aux peines, Vt qiii sub- 
sistent encore de nos jours dâfas t'dUte leur 
force? Il est des' crimes qui rie péuvéût être 
fpxpiés que par la mort* La vie d\ib lib'miiie hé 



FEVRIER 1776* 59 

peut être rachetée que par celle d'un autre, etc. 
Il paraît que les sacrifices qui nous inspirent le 
plus d'horreur , ces sacrifices que l'on nous a 
représentés arec raison comme l'excès le plus 
effrayant de l'idolâtrie, n'étaient, du moins dans 
l'origine , que des actes de dévouement volon- 
taire ou bien des actes de justice, ce que nous 
admùrons tous les jours au théâtre et dans nos 
romans, ou bien ce que les tribunaux les plus 
intègres nous forcent de révérer dans leurs ju* 
gemens. On fnourait pour ses dieux comme on 
meurt pour sa maîtresse , pour son ami , pour 
sa patrie. On était puni par les organes de la 
justice divine comme on l'eut été par ceux de 
la justice humaine. Gurtius se précipita dans un 
gouffre ouvert au milieu de la place publique 
pour conjurer les prodiges dont Rome était me*- 
nacée. Les plus anciens Sénateurs à l'approcha 
de Brennus se placèrent à la porte de leurs 
maisons dans des chaises d'ivoire , revêtus de 
toutes les marques de leur dignité , pour y at- 
tendre tranquillement l'ennemi et la mort ; per- 
suadés , dit Tite-Live , que le sacrifiice volontaire 
qu'ils faisaient de leur vie aux dieux infernaùt 
jetterait le désordre et la confusion parmi ks 
barbares. • 

Que l'intervalle d'une 4idée quelconque à là 
dernière conséquence qui en résulte est im- 
mense I Que l'esprit de l'institution la plus sim- 
ple et la plus naturelle devient raéconnaissabls 
après avoir subi pendant plusieurs siècles leê 






loo CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
outrages du temps et le choc continuel des pas- 
sions qui, sans oser la détruire, ne cessent'd'en 
miner ou d'en altérer les principes, en s'effor- 
çant tantôt dé les restreindre et tantôt de les 
étendre, de les adoucir ou de les exagérer, en 
y atta^cbant de nouvelles vues, de nouveaux 
intérêts, et en les rapportant à des motifs qui 
s'éloignent insensiblement du premier objet 
que rpn s'était proposé , finissent par lui être 
absolument contraires ! Ainsi ce qui, dans l'ori- 
gine , annonçait le culte le plus f^ur et le plus 
innocent, devient un sujet de scandale et de 
profanation , témoins les mystères de Cybèle 
et de Cérès. Ce qui n'était dans le principe 
qu'un acte de justice et peut-être d'héroïsme , 
n'ofifre plus qu'un excès de barbarie et d'atro- 
cité; témoins les sacrifices de victimes humaines. 
Il n'en est pas moins vrai que ces profanations 
et ces atrocités ne se fussent jamais établies, 
n'eussent pas même été tolérées, si, se couvrant 
du voile imposant de la religion, elles n'avaient 
su se lier à des idées vraiment morales, vrai- 
ment utiles, et surprendre par ce moyen la 
confiance et la vénération publique. > 

Si dans les premiers temps on ne sacrifiait 
aux dieux que des hommes criminels , qui in 
furto aut latrocinio , mut atiqua noxa suntcom- 
prehensi^ au lieu de regarder cet usage comme 
la preuve d'un culte atroce et barbare, ne pour- 
rait-on pas y reconnaître plutôt l'hommage qu'on 
croyait devoir à la justice divine et l'espèce de 



FEVRIER 1775. ioi 

respect que l'on conservait encore pour l'huma- 
nité même avilie ?.... Ces malheureux destinés 
à servir de victimes ont mérité leur sort, puis- 
qu'ils ont violé les lois qui assurent la confiance 
et la tranquillité publique : cependant ce n'est 
pas à. de simples mortels qu'il appartient de 
disposer de la. vie de leurs semblables; il faut 
que ce jsoit la Divinité même ou ses organes qui 
prononcent l'arrêt fatal; c'est aux Dieux seùk oii 
à leurs ministres qu'il appartient de punir, etc,^ 
Il ne s. agit point ici des conséquences dange- 
reuses qui pouvaient résulter d'un pareil prin- 
cipe, il s'agit seulement de montrer que^ le 
principe par lui-même tenait à des idées de 
clémence et de piété. 

On ne saurait arrêter sa pensée sur ces tristes 
objets, sans déplorer combien notre jurispru- 
dence criminelle est encore aujourd'hui sauvage 
et barbare. Comment nos législateurs h'ont-ils 
pas craint d'accoutumer lé peuple aux horreurs 
du spectacle le plus accablant ? Pourquoi les 
exécutions criminelles, nécessaires peut-être 
dans certaines circonstances, ne sont -elles pas.' 
du moins plus rares? et pourquoi ne leur im- 
prime-t-on pas un caractère et plus respectable 
et plus solennel ? Les lois , en ordonnant un^ 
deuil public , en faisant suspendre , quelques 
jours avant et quelques jours après l'exécution 
d'un arrêt de mort, toutes les affaires et tous les 
plaisirs de la société , ne rendraient pas seule- 
ment à rhumanité le tribut le plus juste, elles 



loa CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
redoubleraient , elles prolongeraient encore lé» 
impressions de douleur, de crainte et de re- 
mords que doit exciter naturellement la vue 
d un de nos semblables immolé à la ^vengeance 
publique; impressions qui devraient être, ce 
semble, le premier objet du législateur. Mais 
des vues de ce genre ne paraîtront que des 
rêves plus chimériques que tous ceux de Tabbé 
de Saint-Pierre , tant que les Puissances, trop oc- 
cupées à disputer ou va maintenir l'autorité sou- 
veraine, ne verront ni ce qui servirait à préve- 
nir une infinité de maux particuliers, ni ce qui 
pourrait, en perfectionnant le sens moral de» 
hommes, les rendre meilleurs et plus heureux. 



Vers de M. Marmontel à madame Necker, en 
lui envojant son buste. 

A rame la plus pujre, au plus sid[>lime cœur 
Que ces traits aprè^s moi rappellent ma ménioire. 

Son amitié fit mon bonheur. 

Son souvenir fera ma gloire. 



Repoiîse ^<0 madam^e Necier. 

]>$ soucis , tu le vois , ne troublent point son cœur , 
Il se. laisse adorer des Filles de mémoire; 
JUdo^eÀ ses amis le soin de son bonbeur , 
£t Tunivers prend celui de sa gloire. 



, FEVRIER «77^' r^A' 

Staitcks à Mademoiselle. ... * . 

Aimerai-je encor Rosette ? 
Si son sourife est €harma|:it , 
Son humeur est .te^ip coq^uette^; 
La mienne est d'être con^tanjt. 

Mais d'une ardenr si fidèle 
Hosette a su m*enâammer ! 
AhU*il faut aimer cçmme eJLe, / . 

Pourquoi fallait-U Taiii^er ? \ . , 

Dieu^ ! pouv^j e m>adyé|e?^djç î . ^^ v 

Hélas! peut-on le vouloir?, • \»3 

De son regard vif et tendre , ^ 

Amour, tu sais le pouvoir. 

Le doux parfum de sa bôuclie 
A la fraîcheur du matîii , . 
♦Et sur rherbe où son pîed toudie ' '^ 

' baissent la rose elle thyif. • < » > 

Dèft amans le phis Vidage 
' LesèvattoJjisousseslois^^ 
^ HUs î^te 4»x ç^w^ qu'elle ^g9ge S 

. 'Ço^r^^rait d'up npj^vef» cJbuoi^^ 

A»oprjaieçfewitRo»et|^, . 
. Elle 2i^s^ ^es dern^w^œ^pf , . . , \ \ 

Et fut-elle moins coquette , 
En serais-je plus heureux. 



Yers de m, le éomte d^Skàing u M. de Guiberf^ 
en lui ^envàyara un pàHrait du chevalier 
Boyard. - 
S*il eût été vivant, il vous Taurait offert. 
lYous avez "si Bien peiniles vertus dont il brlile, 
QcK /ce pprtrait dims.les mains de Ouiberl 
Secaioujcfir» pyp '^^V^ de fimilk. 



idi CORRESPONÔAJfciR LITTERAIRE, 

Vers de M. le chevaUet de Bouffters sur 
r histoire de Lot. 

'Il but, •,■■'•" • 

Il devint tendre , 
£t puis irful *' 



Zâr Arsacid£s, tragédie em six actes, par 
M. Pejraud de Beaussoly l'écitée au théâtre 
pour la première fois par les Comédiens fran- 
çais ordinaires au Roiy le mercredi a6 Juillet 
1775. Ces six actes ne sont pas moins embrouil- 
lés, moins ennuyeux à la lecture qu'au théâtre; 
mais le discours qui lès précède est un morceau 
vraiment origipal^ ,Qii^pd on aurait ;pris beau- 
coup de peine pour :mystifier'.l!a»ipur-propre 
d'un auteur sifflé ej p.o.\ir l'engagçr à déployer 
naïvement tous ses ï*idieules y il eut» ^té difficile 
d'en tirer plas-^e traits qu'il n'y en à dans cette 
charmante préfeiëè. M*' dé Beausiàôl y' expose les 
motifs qui Vont déterminé à f^endue, de son 
plany et les réfléxiohs philosophiques qui Vont 
invité à y employer trois femmes principales. Il 
parle aussi des act eurs et des actrices qu'il avait 
çh?iiîgés de ces^pri,i\ci|«^i^%i^.i;ôlç3ç ,/ 
. . Voici de quQ^e mdjiiçxe il répond au repro- 
che qu'on lui a fait àe s'être élevé au -dessus 
dune mesure consacrée par ..les. préceptes ffe 
toutes les Nations et de tQus les siècles^ s«.Ceux 
» qui s'amusent de cette critique , dît^il , n'igno- 
» rent pas que les géds de lettres forinent une 



FEVRIER 1776. îo5 

» république très-libre, et que dans cette ré- 
» publique les hardiesses du génie sont une des 
» libertés dont jouissent les citoyens qui la 
» composent. » Que cette réponse est ferme et 
triomphante ! Il ne s'agit plus que de prouver 
comment les six actes sont une de ces hardiesses 
du génie ; et dans les conclusions de ' cette es- 
pèce il ny a, comme on siait, que le premier 
pas qui coûte. L'auteur arrive à son but par le^ 
réflexions les plus sublimes et les plus pro- 
fondes , mais dont F^nalyse ne serait pas amu- 
sante. Il faut reiavôyer les curieux à l'ouvrage 
même. 

Mais il est impossible de ne pas citer l'éloge 
attendrissant que M. de Beaussol fait des vertus 
du sieur DalinVal^ mauvaise doublure de Brî- 
zard, et qui ne paraît jamais' sur la scène sans 
être hué impitoyablement. Âpres plusieurs com- 
plimens qu'il adresse à cet acteur sur sa proij 
fonde intelligence , il ajoute : « C'esttout-à-la-fois 
» un homme d'esprit, un aimable homme et un 
» homme aimable. » 

Cette répétitibti du même adjectif avant et 
après le substantif exprime des nuances bien 
déliées. On dissertait l'autre jour chei madame 
Necker, à propos de cette subtilité, sur la diffé- 
rence qu'il y avait entre une honnête femme et 
une femme honnête. M. l'Ambassadeur de Na- 
ples prétendit qu'une honnête femme est une 
femme sans amant ^ et une femme honnête cejle 
qui se permet d'en avoir , mais sans blesset* ni 



lofe CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
les bienséances, ni les devoirs de la société; il 
décida même que cette dernière façon de s'ex- 
primer , en mprajie comme en grammaire , était 
plus élégaate et plus naturelle. 



OEuvres diverses du comte-Antoine HamiUon^ 
tome VII, in- 12* Les pièce$ qui composent ce 
supplément n'ont point encore paru : elles ont 
é^ tjpouvées dans les papiers 4^ mademoiselle 
4ie Marmier, nièce de l'auteur 5 et quoiqu'elles 
lï'aient ni Fintérêt de ses Mémoires, iii l'agré» 
ment de ses Gonteç, on y retrouve presque par- 
tout cette touche vive et brillante qui n'appar- 
tenait qu'à lui. La plupart des morceaux recueillis 
dans ce volume x^e sont que des ouvrages du 
moment, et ont perdu leur plus grand prix. Ou 
lira cependant erj-core avec plaisir l'^pître au 
maréchal de Berwik sur la plui^ et le beay 
temps ^ l'Histoire de l'enchanteujr F^iistus, et 
l'Allégorie des rpches de Salisbury. On n'a ja- 
jn^is prodigué plus d'esprit sur un fo^4^ pltjs 
frivole et plus vain : c'est un soujfide léguer qui 
se joue de lui-même et qui iie pose sur rien... 
.Sa^ pensée, quelquefois ménie sf^n^ imag^, il 
trouve encore le moyen d'écrire ayec£nes$e et 
il'un ton agréable; enfin c'est toujours \e r^jrnage 
le plus ingé^ieux et le pîi^ élégant qu'iji soit 
possible d'imaginer. 



V Ecole des Maris y traduction de l'^ngl^is, en 
deux volumes. Point d'événemei>s , point de si- 



FEVRIER 1776. Ï07 

tuations, peu de caractères , encore moins d'es- 
prit , cependant une sorte d'intérêt ; voilà l'é- 
nigme que l'auteur de cet ouvrage semble avoir 
voulu donner à deviner à ses lecteurs. Tout le 
Roman pouvait fort bien se réduire à trois ou 
quatre lettres : il a su en faire un volume; et 
cette manière de parfiler un sujet n'est sans 
cloute pas sans talent, surtout lorsque ce parfi* 
lage éternel impatiente plutôt qu'il n'ennuie. 



MARS 1V76. 



l'art de la Toilette y ouvrage imité de F anglais 
de mylord Chesterfield. 

JLes Romains employaient souvent un proverbe 
dont on ne salirait assez admirer le sens profond, 
ex pede Herculem^ on reconnaît Hercule à son 
pied. Les Grecs , que de ressources n'offre point 
une grande érudition! les Grecs disaient, Ima- 
tion aner^ l'habit c'est l'homme. En effet, c'est 
dans les petites choses et surtout dans le choix 
des habits que le caractère des hommes se montre 
à découvert. Toutes les fois qu'il s'agit d'affaires 
importantes, on use d'une circonspection ex- 
trême. Le grand intérêt que l'on a presque tou- 
jours à se déguiser fait que l'on y réussit; mais 
sur les choses qui semblent à-peu-près indiffé- 
rentes, comme l'habillement , on se permet de 
laisser aller l'imagination à son gré, et c'est alors 
qu'on trahit souvent ce qu'on aurait voulu ca- 
cher avec le plus de soin. Il en résulte sans doute 
les désordres les plus funestes. Pour les prévenir, 
essayons d'établir des maximes si lumineuses, 
que tout le monde sache désormais à quoi s'en 
tenir, et laissons aussi peu de doutes sur cet im- 
portant objet que l'acte d'Edouard III sur les 
crin^es de lèse-majesté. 

L'habillement doit se rapporter à la per- 
sonne, comme le style au sujet. De ce prf;icii)e 



MARS 177^. 109 

dérivent toutes les règles de Fart que nous 
nous proposons d'enseigner. Il est clair, par 
exegaple, que le luxe des habits doit être en 
raison du rang et de la fortune ; tant qu'il suit 
cette proportion, c'est un faste utile qui sou- 
tient , l'indjustiie du pauvre aux dépens du 
riche ,* et tout est dans l'ordre. Une femme 
de condition mise comme la femme de mon 
fermier, ou la femme de mon fermier mise 
comme une femme de condition , seraient 
aussi ridicules qu'une pensée sublime en bouts 
rimes , ou le refrain d'un vaudeville en vers 
alexandrins* 

Nous recommandons aux femmes qui tien- 
nent le premier rang par leur naissance et par 
leur beauté le goût d'une simplicité élégante. Un 
âujet qui se suffit à lui-même n'a pas besoin d'or* 
nemens étrangers. L'art peut défigurer la plus 
belle nature , il ne peut guère espérer de l'em- 
bellir. Or une belle femme étant le plus beaa 
chef-d'œuvre de la belle nature, sa manière de 
s'habiller doit être entièrement épique , mais 
épique comme la muse de Virgile , noble , mo- 
deste et sans aucun mélange de clinquant. Nous 
lui interdisons en conséquence^ et sous telles 
peines qu'il appartiendra , toute espèce de chif- 
fons, de pomponnage, et en un mot tout ce qui 
peut ressembler aux concetti de la littérature 
moderne. Nous l'exhortons à se souvenir qu'il en 
est de l'habillement comme de l'expression , la 
plus simple est la seule qui ne fasse rien perdre 



iio CORRESPONDANCE LnTERAIRE, 
au sublime de la pensée , la plus heureuse est 
celle qui se confond avec la pensée et ne permet 
pas même qu'on Taperçoive. Il ne faut jamais 
rien avoir à dire de la toilette d'une très -belle 
femme, si ce n'est que l'on ne conçoit pas com- 
ment elle eût pu être autrement. Nous devons 
même ici rendre cette justice aux plus célèbres 
beautés que nous ayons vues en France et 
en Angleterre , c'est que de toutes les per- 
sonnes de leur sexe, ce sont celles dont l'ha- 
billement nous a toujours paru le plus exempt 
de ridicule et de recherche. Le bon sens de 
Délie se montre jusque dans sa parure ; elle 
ne parait ni négligée ni soignée^ mais simple 
et décente, dans ce juste milieu qui s'écarte 
également des exagérations de la mode, et de 
cette singularité qui cherche à se faire remar- 
quer^ ou de cette négligence dédaigneuse qui 
annonce une^ beauté trop fièi^e de ses avan- 
tages. 

Nos préceptes seront moins sévères potrf les 
femmes qui ne sont que jolies , pour celles 
dont les charmes naissent plutôt d'un certain 
air, d'un je ne sais quoi répandu sur toute 
leur personne que de la régularité de leurs 
traits ou de la dignité de leur figure. Nous 
leur abandonnons toutes les ressources de 
Tart, nous leur pardonnons même les incon- 
séquences que peut se permettre une imagi- 
nation vive et riante. Ce vSont des sujets de 
fantaisie susceptibles de tous les agrémeps que 



MARS 1776. III 

jpeuvent donner la magie du style et la variété 
des ton^. Qu'elles imitent donc dans leur ajus- 
tement tantôt le goût An sonnet , tantôt celui 
du msldtigal ou du rondeau , toutes les grâces 
du petit gilire ! On peut leur offrir pour modèle 
la jèuiïe FlâTia ; le soin de sa toilette n'est pas 
fe preidier soin qui l'occupe, mais c'est le 
jplus doux de ses amusemens. Quelque brillant 
que sdit l'éclat de sa parure, on n'y trouve 
rien de trop ; le caractère de ses traits sup- 
porté tout lé faste dont elle s'environne. Si 
elle dbit à ses atours quelque lustre qu'elle 
n'auràik point eu sans eux , on dirait aussi 
qu'elle leur prête en revanche une gi^âce qu'ils . 
auraient cherchée vainement partout ailleurs. 

Observations du Traducteur, 

Si la t'rancé a surpassé toutes les autres na- 
iioiis de l'Univers dans l'art sublime de la toi- 
lette , c'est , n'en doutez point , parce que la 
dasië des feinmes dont on vient de parler est 
plus nômbl^use en Francéique partout ailleurs. 
L'ancierinie coiffure gtecque conviendrait sûre- 
ment mieux aux beautés régulières que nos.coif 
fiires modernes ; mais je n'imagine pas qu'il y 
en ait jamais eu qui fut généralement plus avan- 
tageuse aux femmes qui ne sont que jolies que 
les coiffures françaises. J'avoue que celles du 
jour, qui ont tous les défauts d'un style gigan- 
tesque , atnpôulé , semblent faites pour ôter la 
physionomie aux visages qui en ont , ou pour 



113 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

en faire de vraies caricatures ; mais il n'en est 
pas moins sûr qu'elles donnent au moins une 
apparence de physionomie aux visages qui n'en 
ont point du tout. Il est aussi très-certain que 
ces coiffures diminuent les traits , efeque, mé- 
nagées avec un peu d'art, elles donnent plus de 
rondeur aux formes carrées , formes beaucoup 
plus comtnunes dans nos climats que la forme 
ovale. Ce n'est pas le pays des beautés régu- 
lières , c'est le pays des figures susceptibles 
d'agrémens où l'art de la toilette a du atteindre 
le plus haut degré de perfection. Une belle 
femme est toujours belle; une jolie femme a be- 
soin d'imaginer sans cesse àe nouveaux moyens 
de varier et de multiplier sa manière d'être, 
sûre que celle qu'elle reçut de la nature ne sau- 
rait plaire long -temps par elle-même. Il faut 
qu'elle s'étudie continuellement à dérober avec 
adresse ce qui pourrait déparer ses charmes , à 
faire deviner ceux dont elle est pourvue , mais 
qu'il est essentiel de cacher comme les autres. Il 
faut enfin qu'elle se souvienne toujours que ce 
qui n'est que joli a besoin de l'attrait de la nou- 
veauté pour être piquant ; et c'est de ce besoin 
que naît l'industrie prodigieuse avec laquelle 
nos modes se varient, se détruisent et se renou- 
vellent sans cesse. Les modes les plus ingé- 
nieuses, les plus agréables, sont, après un cer- 
tain temps , comme ces expressions originales 
qui , répandues dans la société , deviennent fa- 
milières, n'ont plus rien de piquant, et finissent 



'•' MARS 1776. ii3 

même par pe^re le caractère qui leur était 
propre. Ce n'est qu'en France qu'on a senti toute 
l'importance d^une observation si juste et si né- 
cessaire au bonheur de l'espèce humaine ; et 
notre commerce lui doit peut-être une partie 
de, la supériorité dont.il jouit depuis tant dç 
siècles. Jç .reviens à mon auteur. 

Il est un 'troisième ordre de femmes que je 
demanderai la permission de distinguer par le 
nom de visages neutres ; ce sont les femmes qui 
ne sont ni belles ni laides , et dont le seul mé- 
rite est une petite figure chiffonnée, avec des 
yeux vifs et sémillî^ns. Tout ce que je pi^is faire 
pour elles, c'est de permettre qu'elles imiltient 
dans leur habillement cette, tournure cpncisiç,. 
vive ' et naturelle qui < dpit caractérise» l'épi- ^ 
gramme,, et rien de plus. 

Après avoir déterminé ainsi ce qui convient 
aux trois classes de jnes concitoyennes aus&quj^Hei^ 
il peut être permis de se parer, savoir, aux belles^ 
aux jolies et à celles qui tiennent un cejtaiq mi- 
lieu entf e la laideur et la beauté , j'ajoute. que^ ce 
privilège est limité par le sens commun à un 
certain nombre d'années , passé lequel terme il 
doit être regardé comme nul. Arrivé à ce degré 
de latitude, Ton ne rencontre plus de vents fa- 
vorables ; il est temps de gagner le premier port 
et de baisser les voiles. 



I. 



^i4 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Cbmeryations du Trctdadeur* 

Qtmlque solennellement que Mylord se soit 
engagé à donner toute Tévidencé possible à ses 
principes, nous craignons beaucoup que ce pas- 
ffagé né laisse des doutes dans l'esprit de plus 
d'un lecteur. A Dieu ne plaise cependant que 
nous le soupçonnions d'astuce ou de mauvaise 
foi pour n'avoir pas déterminé avec plus de pré- 
cision l'époque fatale où la beauté doit renoncer 
à ses droits : cette époque varie nécessairement 
pour chaque individu. On ne citera point ici 
lès' exemples célèbrfes des Maintenon et des 
!Nrinon , qui sûrement ont été plus que belles 
, dans un âge fort avancé ; nous nous bornerons 
siefulement à demander très-respectueusèment à 
notre illustre auteur le tort que peut avoir, par 
e'xempte , mademoiselle * ** de conserver si bien 
et depuis tanf: d'années le même air qu'elle eut 
dfetns sa jeunesse , et de s*habiller en conséquence. 
Oti prétend qu'elle a toujours devant sa toilette 
le porttaît qu'elle fit foire d'elle à viingt ans, et 
qti'elle' né quitte jamais son miroir qu'il ne lui 
offre une image semblable à ce portrait Ce qu'il 
y a de certain , c'est que si l'illusion n'est pas 
piarfaite pour elle-même , il s'en faut peu qu'elle 
ne le soit pour ceux qui ne la voient qu'au 
théâtre. Lorsque G ** j^araît sur là scène, en- 
tourée d^un miage d'argent ou de roses, car ce 
n'est point un vêtement qui la couvre , c'est une 
WAé^ légère et brillante que le souffle amoureux 



llAftS 1776. tiS 

des zéphyrs yient de répandre autour d'elle ; 
n'est-ce pas Hébé elle-même ? Et depuis quinze 
ans, p'e&t-ce pas toujours la même Hébé? Tant 
que Tart peu! prolonger le moment heureux dé 
la jeunesse ^ pourquoi se refuser à ses ddux pres^ 
tigea? Tout ce que la ptudetice peut exiger sur 
ce point, c'est d'étudier les bornes de ce pou- 
voir nïagique^ et de ne point essayer taihement 
de les passer. 

Je touche à larticle le plus triste, et je treift- 
ï^le que la liberté avec laquelle je dirai mon avis 
ne déplaise. Puis-je m*empécher cependant de 
parler, et de parler sans égards pour les consé- 
quences qui en peuvent résulter? Mpn sujet 
m'entraîne et ne me pçrn»et pas de rien dissi- 
muler. Il s'^itj puisqu'il faut trancher le mot, 
de la classe des fermes laides, classe, je sui^ 
désolé de le dire, si nombrevieje et que je suis 
forcé de traiter avec une .sorte de rigueur^pour 
lui épargner non-seulement le mépris du public:^ 
mais encore s^n indignation, et, ce qui paraîtra 
cent fois plus terrible encore, des ridicules sawJ' 
nombre. ,. 

Défenses soient doncr faites à toute femme 
laide de ^rtir.du caractère humble de la prose 
et de la prose la plus.unie, tous les efforts 
qu'elle;. ferait ^ans un autre genre ne pouvant 
aller au-delà du burlesque et dune parodie par^ 
faitement mausss^de ou parfaitement risihk. ' = 

Une femme bide doit éviter soigneiisémehi 

8, 



1 16 CORRESPONDANCE UTTERAIRE , 
tout ca qui peut- attirer sur elle des yeuJ: qui 
luij ;e]:^. sauront toujours mauvais gré. Si^à force 
de parure , elle veut-forcer le public à supporter 
^difformité ^ qu'elle s'attende qu il enfera justice^ 
et que, nouvelle Méduse , en faisant siffler ses ser- 
pens pour pétrifier ceux. qui la regardent ^ elle 
trouvera quelque Persée qui lui emportera la 
tête et ce qui s'ensuit. Les femmes laides , qu'il 
serait plus sage de regarder comme un. troisième 
sexe que comme une partie du beau, devraient 
bien faire une renonciation solennelle de tous les 
soins dont il leur ^st impossible de jouir- elles 
devraient tourner leurs vues d'un autre côté , 
travailler à devenir de bons gentilshommes cam- 
pagnards, s^amùser-de la chasse, et ne plus 
chanter que des rondes et.des chansons à boire; 
si même elles pouvaient obtenir entrée, au Par- 
ement, du moihs', quant à moi, je n'y trouve- 
rais rien que de très -convenable. On me deman- 
dera peut-être colrimerit une femme peut savoir 
qu'elle; est laidey poiir prendre «es mesures eu 
(Conséquence. Je réponds qu'elle' ^n doit croire 
^s oreilles plutôt que séà yeux^feomptéz bien, 
Madame, que si votre oreille n'est point accou- 
tiumée au langage de la- galanterie ^ù de- la pas- 
ilipn:^;ce n'est pas raustéritéYjUi ai'pu votis sau- 
Yer d'un piège si dangereux, mc; ? - 
: Il est encore uijl ordre dé femmes qui méri- 
tent la censure la plus forte, leur conduite étant 
une . iniulte perpétuelle au setiscoiiimun. On 
PÇ^Vl^^^^^^der .cpiï^gjP;des ciSimiaels endùr- 



MARS 1776. 117 i 

cis. Ce sont les femmes sexagénaires ou au-delà, 
qui^ pour avoir été telles ou non dans le siècle 
passé , n'en sont pas moins tenues de prendre 
un habit grave dans celui-ci. On le* voit à tous 
les spectacles déployer ce que la parure et Tart 
peuvent imaginer de plus ingénieux pour se; 
rendre complètement ridicules. J'ai connu quel- 
ques-unes de ces trisaïeules qui croyaient briller 
de toutes les couleurs de l'arc - en - ciel, tandis 
qu'elles ne ressemblaient qu'au ver à soie mou- 
rant au milieu de ses propres filets. J'en ai vu d'au- 
tresqui étalaient encore avec le faste le plus inso- 
lent, à beau mentir qui vient de loin, ces charmes 
qu'aucune autre main que la main froide du 
temps. n'avait été tentée d'envahir depuis qua-? 
rante années. Le seul soin que nous puissions 
permettre à cet âge, c'est celui d'une extrême 
propreté. Si l'on ne peut renoncer entièrement 
à la parure, qu'elle se borne du moins au goût 
de l'élégie» du drame, ou tout au plus de l'hé- 
ïoïde; encore le goût de ce dernier genre de- 
vrait-il être réservé pour les deuils de Cour.*.. 



Observations du Traducteur. 
Si mylord Chesterfield avait connu madame 
Geoffrin, il l'eût citée ici comme un modèle du 
genre de toilette que peut supporter encore une 
belle vieillesse. Sa parure est noble à force de 
simplicité, agréable par son égalité même, et n^ 
laisse apercevoir d'autre recherche que l'atten- 
tion scrupuleuse d^ dérober aux yeux tout oc 



xi8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
qui pouirait les blesser; et c'est dé fort bonne 
heufe qu'elle a su adopter cette manière qui lui 
est absolument propre. Toutes les femmes, disait 
M. le duc de la R***, se mettent comme la veille; 
il n'y a que madame Geoffrin qui se soit tou- 
jours mise comme le lendemain. 

Ce qui a été, dit d'un sexe peut être appliqué 
à l'autre, mais avec des restrictions plus révères, 
les inconséquences de cette nature étant moins 
pardonnables aux hommes qu'aux femnaes. Quoi- 
qu'il fût aisé d'étendre les principes que nous 
venons de développer, nous croyons devoir nous 
arrêter ici pour ne pas lasser l'attention de nos 
lecteurs sur un sujet si grave et si profond^^oient 
abstrait. 

On vient de voir deux nouvelles débutantes 
au tliéàtre de la Comédie française, mademoi- 
selle Contât et mademoiselle Yadé, la fille du 
poète de ce nom. La première est une élève de 
madame Préville ; elle a paru infiniment mé» 
diocre dans la tragédie, mais elle a donné un 
peu plus d'espérance dans les rôles de Célimène 
et d'Agathe. Sa figure est agréable et spirituelle, 
6a voix faible et maniérée. Si son jeu ne prouve 
jusqu'à présent qu'une mémoire assez facile et 
lâe ia disposition à copier ses modèles , elle est 
<i'un âge qui ne permet pas qu'on la juge avec 
trop de sévérité. Sa rivale a la tête moins jolie, 
ynais un caractère de physionomie aimable, mal- 
gré les vices de sa ^ononciation , un son de 



MARS 1776. 119 

voix qui intéresse, une taille très - fine et très- 
élégante. Elle a joué en province et a reçu ici 
quelques leçons de mademoiselle Dumesnil. On 
est tenté de lui soupçonner une sensibilité asse2 
vive , mais elle manque de noblesse et de goût. 
Le caractère de ses traits et celui de son jeu rap- 
pellent trop souvent le genre de poésie où son 
père eut la gloire d'exceller. Madame Suin, qui 
est entrée à la Comédie depuis sept ou huit mois 
et qui se destine aussi à l'emploi de madame 
Préville , serait sans doute infiniment supé- 
rieure à ces débutantes, si elle était moins vieille 
ou moins laide. 



Cent Chevaliers français s'étaient réunis — 

Pour servir la patrie? — Non — La beauté ? — 
Non. — La religion? — Encore moins. Toutes ceis 
divinités du vieux temps sont un peu négligées 
de nos jours. Le but de ces Messieurs se bornait à 
donner une fête digne de nos mœurs douces, et 
pour laquelle ils avaient fait une souscription de 
cinq louis chacun.Cette fête devait consister dans 
une représentation de la Colonie, ou mesdemoi- 
selles du Té et d'Hervieux , nos plus célèbres cour- 
tisanes, s'étaient chargées des premiers rôles. Ce 
spectacle devait être suivi de quelques pièces 
du Théâtre de Collé, d'un bal et d'un grand sou- 
per où serait admise l'élite la plus brillante de 
nos jeunes nymphes. Mademoiselle Guimard 
«vait bien voulu prêter le temple qu'elle habite 
pour y célébrer cette délicieuse orgie. Tous les 



lao CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
préparatifs étaient faits. On av^it dressé quatre 
tables dans son jardin d'hiver, et, par un excès 
de décence, une cinquième destinée aux mères 
et aux tantes et à quelques abbés de leurs amis. 
Depuis huit jours on ne cessait de parler d'une 
soirée dont on se promettait tant de plaisir. Plu- 
sieurs de nos princes y étaient attendus. Nos 
faiseurs de calembours ne manquèrent pas d ap- 
peler messieurs les Souscripteurs les noui^eaux 
Chevaliers de cinq louis y et d'observer en même 
temps que cinq louis tout compris n^ était pas 
trop cher. On se riait des sarcasmes et du bruit 
impuissant de la haine et de Fenvie; mais leur 
cabale en instruisit malheureusement monsei- 
gneur TArchevêque , et la défense de donner 
une si- jolie fête fut reçue le jour même où eRe 
devait avoir lieu. La Société qui en avait formé 
le projet, forcée d'y renoncer, se vengea de 
^cette disgrâce par uh trait de piété qu'on ne 
saurait assez louer; mademoiselle d'Hervieux 
écrivit sur-le-champ une lettre infiniment res- 
pectueuse à M. le Curé de Saint -Roch pour le 
supplier de vouloir bien faire distribuer aux 
pauvres de sa parpisse les apprêts du souper 
que des ordres supérieurs venaient d'interdire. 



uàhl que c'est bétel par M. Timbré. — Quand 
Jean Bête est mort^ il a laissé bien des héritiers.-^ 
A Berne j de V imprimerie des Frères Calembour- 
diersy à la Barbe bleue, 10007006016. Brochure 
en papier puce. Il en est de ce titre comme du 



MARS 177^. lajt 

nom du prince Tarare , qu'on ne pouvait enten- 
dre sans en devenir l'écho. Jamais titre ae fiij 
plus scrupuleusement rempli. C est une polis- 
sonnerie dans le goût de la brochure de M. le 
marquis de Bièvre sur l'histoire de la'Comtesseï'- 
Tation qui fit beaucoup de bruit il y a quelques 
années. Nous ignorons le nom de l'auteur à qui 
nous devons ce nouveau chef-d'œuvre, mais oa 
nous a assuré, pour Thonneur des lettres et du 
goût du sièclç, que c'était encore l'ouvrage d'un 
homme de condition. 



Le Philosophe sans prétention^ ou F Homme 
rare , ouvrage physique y chimique ^ politique y 
moral j par M, de La Folie , de Rouen ^ un vo- 
lume in-8**. La moitié de ce titre ne dément-elle 
pa§ l'autre ? La prétention que l'auteur a eue 
d'égayer un sujet peu susceptible par lui-même 
dagrémens n'a servi qu'à donner à son style 
une aflfectation très-précieuse et souvent très-ri- 
dicule. On convient cependant qu'il a répandu 
dans ce petit ouvrage quelques vues de chimie 
et d'histoire naturelle, dont un meilleur esprit 
que le sien eût pu tirer parti. 



Fable orientale. 

Le jeune Scha-Abbas aimait son peuple et 
s'amusait à faire des questions. Ayant rencontré 
un jour dans ime allée solitaire de ^es jardins 
le philosophe Sadi, « Voua connaissez, lui dit- 



taa CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» il, les deux ministres qui ont gouverné Tem- 
» pire depuis que j'occupe le trône du monde; 
» on ne vit jamais des principes plus opposés, 
» une conduite plus différente. Comment mon 
> peuple trouve-t-il toujours également à se 
y> plaindre? » — Sire, lui répondit le sage, on 
peut faire le mal si bien et le bien si mal ! Il 
n'est qu'une manière d'être heureux; il est cent 
mille mahières de ne l'être pas. 



On a donné, le 6 Mars, à la Comédie frança^e, 
la première représentation ai Ahdolonyme^ pas- 
tonale héroïque ^ en trois actes et en vers^ par 
M. Collet, qui ne ressemble que de nom à 
M. Collé , • auteur de la Partie de Chasse de 
Henri IF y du Théâtre de Société^ et des meil- 
leures cJiansons que l'on ait&ites dans ce siècle. 
M. CoUet a eu l'honneur d'être attaché à feu 
madame la duchesse de Parme , et n'est connu 
.au théâtre que par une petite comédie en un 
acte, intitulée File déserte. Il faut encore le dis- 
tinguer de M. Collet, de Messine , qui fit , il y a 
deux ou trois ans , pour le théâtre de Ik Comé- 
die italienne^ Sara Th., ou la Fermière écossaisây 
comédie en deux actes ^ mêlée d^ ariettes. Abdx)- 
lonyme ou le Roi pasteur, n'est qu'une copie 
très-servile et très-fade du II Bè pastore de Mé- 
tastase ; nous nous dispenserons donc d'en re» 
tracer ici le plan. On ne sera point surpris 
qu*Uq sujet fait pour réussir à l'Opéra ait échoué 
sur u^ théâtre où Ton demande des situations 



'MARS 1776. lâî 

mieux préparées, un intérêt plus soutenu, nne 
action plus suivie et des caractères plus forte» 
ment prononcés. L'Alexandre de M. Collet n'a 
paru qu'un pédant hérissé de maximes et d'in- 
conséquences, son Abdolonyme un Roi plus 
mouton que pasteur, et son Elise une petite 
fille fort mai élevée. A quelques platitudes près, 
la pièce est assez naturellement écrite; mais ce 
style facile n'est pas un grand mérite lorsqu'il 
ne tient qu'à la faiblesse des images ou à une 
suite de pensées et de tournures également 
communes. On ne saurait rendre avec plus de 
vérité l'effet de cette comédie qu'en disant 
qu'elle a paru aussi parfaitement ennuyeuse qufe 
le serait , bien entendu pour des oreilles fran- 
çaises, un opéra sans musique. 



Shc^espearCj traduit de F anglais , dédié au 
Rqî^ avec cette épigraphe : Homo sum , humani 
nikil à me oMenum puto... Ter. , in-8**. 'Les gra- 
vures, dessinées par M. Moreau et exécutées par 
MM. Le Bas , Alli^unet , Saint-Aubin , Le Mire , 
Prévôt, Choffart, de Launay, se distribueront 
séparément et indépendamment de l'ouvragé. 

On attendait avec impatience ce nouveau 
Théâtre qui avait été annoncé par souscription 
dès le commencement de l'année dernière. Les 
auteurs de cette grande entreprise sont le comte 
de Gatuélan, M. Le Tourneur, le traducteur 
d'Young et M. Fontaine-Malherbe. Les deux 
premiers volumes de la traduction de Shakei^ 



*a< CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
peare contiçnnei^t la liste nombreuse des sous- 
cripteurs , une Epître dédicatoire au Roi , d'assez 
mauvais goiit, un petit Catalogue des bévues 
qu'a faites M.- Marmontel en parlant du Théâtre 
anglais, le Jubilé de Shakespeare, ou la Fête 
célébrée en l'honneur de ce grand homme, 
l'Histoire de sa vie et un Discours extrait des 
différentes préfaces que les éditeurs de Sha- 
kespeare ont mises à la tête de leurs éditions , 
un Avis de MM. les Traducteurs , Othello, ou le 
More de Venise , la Tempête et Jules César. 

Le bien et le mal qu'on dit d'un livre nouveau 
prouvent également le degré de sensation qu'il a 
pu faire , et celui que nous avons l'honneur de 
vous annoncer en est un exemple. Il y a long- 
temps que nous n'avons vu paraîli:e aucun ou- 
vrage qui ait mérité plus de critique et plus 
d'éloges, sut lequel on ait» disputé plus vive- 
ment^ sur lequel enfin l'opinion publique ait 
été plus partagée et plus incertaine. Ceux qui , 
nourris dès Tenfance dans la crainte et dans le 
respect de nos grands modèles, leur rendent ce 
culte exclusif et superstitieux qui ne diflfèré en 
rien de l'intolérance théologique , ont regardé 
les traducteurs de Shakespeare comme des sa- 
crilèges qui voulaient introduire au sein de la 
fatrie des divinités monstrueuses et barbares. 
,es dévots de Ferney n'ont pu voir sans beau- 
coup d'humeur un ouvTïige qui allait instruire 
la France de l'adresse àdt^iirable avec laquelle 
JW. de Volta^ire a ïsu s'approprier les beautés de 



MARS 1776. ïîr5 

Shakespeare , et- de la mauvaise foi moins ad- 
mirable, avec, laquelle il s'est permis ensuite de 
le traduire. Ceux qui ont voulu conserver un 
air d'impartialité ont rendu au plus beau génie 
de rAngletéit^è ta 'justice qui lui était due, mais 
sén sont vengés sut* les traducteurs. Les An- 
glais les plus jaldux de la gloit^ de leur théâtre 
se sont plalint ' de «ie qu'on * Favaii - traduit trop 
littéralement^; ; di'amres * ont trotrvé ' ^ue la tra^ 
ductioi;!, tré;s^3cacleà^c0ttai)i^»égj^rds, était très- 
infidèle à^afittes ; fe pluS gt^¥iVt àômbre eût 
déçiré qfu'^te fût? au mdiiïs^ jilus française. 
M. Marmobt^l a dit assez Jilfeisàminlent qu«^ le 
Sfaâljespeare^île' c^s''A^ssièUl[^^Vèssemblait à !ùa 
sauvage à qui Fott âUî^àit mis des^deritelles, quel- 
ques brodérieà , tm^ltitiiet ,îïef^(}uè *ïon aùraîl' 
laisséj d ailleiirs dans-son coi^tîitâé^ifi^^rel, Sfàxiir' 
QotfiEure' et sans fculottes.'Gètt»^ t«lâù<îlion n'a* 
vràiiHent réu^i 'qHi'aUj^pèfe' dé-' ceux iqui ne cfôil- . 
naissaient point le poète et qui brûlaient de le' 
canliaitreV^^i'l^t^î^^ j q^i V^^l d*^ré , sans se 
nueitre en peinié s'ite iisaiënt d<^ 1- stilglais ou àm] 
français. C'est ainsi, par exemple;' '^tie 'fa W 
M. Sedainé , et il en a été {^àietir€f jtyars àùa^' 
uneeqpepe d'ivresse qu'il est diffieifede rendre,^ 
mais qu'illest aièë d'imaginer-^ fMfar peu que* 
lîon>ic6ïiinai^e sa 'tournure 'et ses- ouvrages. 
«• Vos transpoi^tsv l^i ài-je dift, n^ ift'ëtehneirt ' 
» pqint, e'èsl} là' jcmjà'pti Ûha^i retrouve tt»^ 
j> père qu'il n*aja«flais vu>. «Ce niot a été répété 
jiveC' tant de complaisance^ par .lei» amis de 



^6 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

IMi. Sedaizie , ({ne l'on voudra hitn me partion- 

nn le ridicule d'oser le citev ici moi-mémec 

De Shakespéûre, ' 

• Il ne s'agit plus satus doute aujourd'bm d'exa* 
ipjiner si Shakespeare mérite en effet toute- k 
gloire dont il jouit depuis deux siècles ; et 
quaiKl la question ne serait point décidée encore^ 
serait-ce en France et sur une siûaple traduction 
qu'elle pourrait être jugée? Il; ast possible de 
vo^r usurper q[uelque temj^s, fiiaii3. âyéun titre 
légitime, une grande réputaii^n; nil^is celle? qui 
résiste aux efforts du temps, Celle; qui s'aflFermît. 
ejtqui s'accroît à n^e^ute que;l^,N4ttio^ns(*édiBre' 
et se perfectionne, ;4oit être fondée sur les ti- 
tres les plus jneont^tables ;: et. ia /Tbéàtte de» 
Sib^spear^ fie^r^^it pas enocire de hoé jtmrst 
l'iefrgueil et Varc^miration de sa patràe, s'iLn'ètait) 
pas rempli de ces bjèautés sublimcss qui sobé de 
tous les âges^ . : , ^ ! 

Çerait-ce ayj^jç pîtf* de justice xjûe l'on entn-^ 
pitMi4rait ^e discuter ici la préférence: que les 
.^lilglais <içmnei^t à leur théâtre sur tous le« aa^ 
très? C'est uoe su|>ériorijbé qUe ia France ne 
reconnaîtra sans doute jamais: ^fais peut^Ue 
ê&e juge dan§ sa propre catisè? Si le .procès 
était porté au. tribunal des différentes Nations 
d^i'Ëurope, il y a'jtout li$u de présumer que 
ii(9ijis le perdd:'ions en £sp$igi%e et ëa AUemàgne^ 
Kpus pourrioi^s nous en eonsolei* dans. Fespé- 
rat)iCç. dq le gagner en Italie ^.^ surtout dans 



/ 



MARS 1776. 1^ 

Tancieime Grèce. Mais des j-ugemeos si coàtra-^ 
dictoires n^annonceraient-ils pas encore le ménie 
esprit de partialité qui e^t fait pi^o^okoncer ainsi 
chaque peuple* •• 

S'il était possible de se dépouiUisr de tout 
esprit de parti, de toute espèce d? prévention 
nationale, ne dirait-on pas? Pow savoir qui mé- 
rite plus d'admiration de Shakespeare , ou de 
Corneille ou de Bacine, il faudrait voir d'abord 
quel est le point d'où ces génies â<>nt partis; e% 
peut-être sentirait-on, après un es^ao^tn apprô^ 
fondi, que la distance qu'il y a; d'un certain 
degré de perfectipn au dernier teriAe que l'art 
peut atteindre est .^n effet plus imynense^ phi» 
incomiaensMrable . que la distance qui paraît si 
se^sible entre la naissance de l'art et les pre^ 
miers degrés de son accroissement. U faudrait 
examiner encore les moyens §t les seçourâ que. 
chacun a pu trouver dans la c^r^ièr^ qu'il aVïtit 
à remplir; et peut-être r^Qon^B^ltrm^n àlor» 
que ces moyens et ces secour» qwifi»9blent far 
vorisçr le gépie en réprimept souvent les^éldnsii 
et, pour le sauver de qpelquesseri^^yrs, lui fQut 
perdre une partie denses foi^ceAj?)!/ de aon élieti 
gie. L'hpmme de ^énie qjuipfirlieitlûne Nation 
encore barbare lui commaiid^r ^^ disposé pouc 
aipsi dire de tous ses ^oû^ç ^tid^ toutes ^ea 
àfTectioçLS. Pour peu.quun p^u^ple^oommei^Kie à 
être pojiioé, lesmceurs, le^iAS^i^v^^ prévèn* 
tions de ce peuple sont autant de liens qlie 
Thomme de ^énie i»st fQrçéde x^apeoter, et qui 



j?8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE 
rendent nécessairement sa marche moins libre 
et moins hai#i^. • 

i lie juge qttï <!îpimparéi*ait îàreG impartialité le 
théâtre des deux Nations ne trouverait -il pas 
que 'si les plans de Shakespeare âônt plus vastes 
et plus varié*:, ceux de .Corrieflte et de Raicine 
e»t. uqe simplicité plus noble, aine conduite 
plttsi soutenue et plus régulière? Mais n'avoue- 
liait-il pas aussi qu^les premiers, dans leur plus 
gmdd désôt^ye , sont d un eflfet pltis théâtral et 
pîws! 'attachant? Oorament le Àifer, lorsque M: de 
Vôltairfe eil est cbrivenu'lui- même? « It^jr a 
i'ùw grand fonds- d'intérêt dans ces piècfes si 
«i^feiza^res W-^ ^aùVages; jVi vu jouet le César 
i de Shakéjg^e'aré , et f avôute que dès la pre- 
D>ï]^ière scènéyquàtfd' j'étendis' lé Ttibtttl'fë- 
»i pfôcher à Uo^ populace dé ïtbme son ingfrati-' 
}Èc? tjyide- envei^s^' Pbihpéé et soii iattachemerit à 
ii Gésâi^,' .vainqueur de PÔm'pëé , je commençai 
u-èi'étPe int^eSSéï^â être ieîiîû: îé tiè vis ensuite 
2ri kiitunéôMfjtE#^ sut' la scène qhi ii'è litie donhât 
«^ -iW^U curiosité, étVtosllgrë^tdrittdé ^disparates 
i^^ridicuiéSy^é sfeiflttlà <que làf pièce m attachait: » 
a'4axi«>tin baiïti^'^éiiaï^è*t'^''^c'Sfcâïei5pear^^^ est 
^ de tous les'^trtfu¥s,'tl^gi<Jbes cèîtlii ôù^'rdn i 
» trouve le iîidind'\*é ^èèsSèén^s^ de^puré çon- j 
* Veï'sati^n^'illy a^'pits^t^e tôùjoiirs quelque 
i «hiosedeîaotiv^tt^tlâiischadriiië dfe ses Scènes; 
» c'est |i b vérité 4àxx dépens de^ règles et de 
> la bienséanfcéf*iMA*s enfîn'iloattÀbhe. » 
-En recottttSîistJWiijùll y'a^dlfe^ rénsemble et 



tîâhiî \é détail des pièceé dé SShakespièàrë 'uh4^ 
louchte plus vigoureuse et plus originale ,'ttW 
ne révisera point sans douté aux chefë^d'oeUvré 
de la àcène française le mérite d'une exécu- 
tion plus pure et plus finie. Si l'on peut.repro-, 
cher à tthé poètes de s être écartée de la vérité 
de la nature en s efforçant de l'ertibelUr , ne . 
reprdcheï^a-t-on pas aussi aux Anglais de Fa* ♦. 
voir |>erdue de vue en se permettant de J'exa- 
géref?'Si le style de nos ouvttiges dramatiqueé' 
est Souvent froid et monotone , celui du Théâtre 
anglais n'est-il pas souvent très -gigantesque, 
très-ampoulé, et ne péche-t-il pas surtout par uri 
mélange de tons que le goût île saurait avouer? 
Il est assez ridicule sans doute de faire parlei^ 
les valets i[^o^)me les héros; mais il est beaucoup 
plus ridicule encore de faire parler aux héros • 
le langage du peuple. Il y. a certainement dtt€f 
nuance très-marquée entre le ton que dbit avoir 
un roi e^ Celui qui Con^vient à son Confident; 
mais il n'est ni vrai ni naturel qu'ils parlent une 
langue absolument différente , parce que ceux 
qui approchent leur maître doivent parler à* 
peu-près la même langue que lui. Il y a quelque 
chose de plus; dans tous les arts,- point de péri 
fection sans harmonie. Plus les figuil-és et les 
couleurs d'un tableau seront variées, plus le 
tableau sera sublime; mais si ces figures, ces 
couleurs ne sont pas liées par des rapports heu- 
reux el facij^ , si leur diversité peut inter- 
rompre Taceord génélal de toutes les parties ^ 
.1. 9 



i^3fc>, CORAESPÉîÔANCÊ LITTERAIRE, 
il. n'e9.fH^§vl(i^ra^|a^aî^ Un élùiaemble pa^faile' 
i^ept b^a^* I^;ovvi:age,pQUi:^a excitent ijiii jpramd 
intétel:, ji^tuèsrgrwcb iQppyçipem d'adipiç?jUon , 
inab il. laissera toujoui's infiniment à désirer au 
goût deé vraift artistes* 

S'il m'était permis d'exprimer pat une com* 
paràison limpression que m'ont faite Shsikes- 
peare et Racine, je dirais que je vois l'un comme 
une statue colossale dont l'idée est imposante et 
terrible, mais dont lexécution tantçt brote, 
tantôt qégligée, et tantôt du travail le.pliis pré- 
cieux, pi'inspire encore plus d'étonnei^^at que 
d'admiration. L'autre , comme une statue aussi 
l^gulière dans ses proportions que l'ÂpoUon du 
Belvédère, dontrensemble est plus céleste que la 
ixature moitié, et qui, malgré quelques détails 
fables et languisSans, me charme au moinstou" 
JQurs par la noblesse, Télégance et la pureté de 
son style. 

Le plus grand mal que pourrait produise est 
France la traduction de Shakespeare , ce serait 
de détourner nos jeunes gens de l'étude des seuls 
modèles dont l'imitation soit sans dangar; ce 
serait de les inviter à s'essayer vs^iaeme^t 4^^ 
un genre qui ne pourra jamais couvenir ni aux 
mœurs ni à l'esprit de la Nation. U est sans doute 
beaucoup plus aisé de violer toutes les.r^les de 
l'art que d'en observer une seule. Il n'est pas 
difficile sans doute d'entasser une £oule d'évé-' 
nemens les uns sur lés autres; de m^ler le, gro- 
tesque et le terrible, de passer d'un cabaret à 



kARs 1776. ^ m 

M éhaâÉp de bataille, et d'uti cimetière à un 
trône. Il y a bien inoÎBS de difficulté à rendre 
la natttre telle qu'elle se phîsente aux yeux, qu'à 
la chaisir toujours avec ce discerniement heu- 
reux qui suppose le goût le plus sûr et le ptud 
délicat. Enfin l'on parvient avec bien moins de 
peine à exagérer la nature qu'à l'embellir ; et si 
rien n'etst {^lus aisé que d'apereevoir les défaiitâ 
^}n déparent les plus belles productions de 
Shakespeare, il né le serait pas moins de lei^ 
imiter ; niais appartient - il à d'autre qu*à ce 
géûïé tout -puissant d'être sublime, même en 
Se mettatit au ' dessus de toutes les réglés, et 
àe faire srij^orter, à forôë de verve et d'imagi- 
Àatioil , ce qu'il y a dans ses pièces de plus in- 
vraisemblable et de plus monstrueux ? Quel autre 
^ue lui peut espérer dé conserver dans les corn* 
j^osttions les plus vastes et les plus compliquée^ 
éette luifaièrë niérvéilléusé qui né cesse d'en 
éclairer là marthe, et qui se répand, pour ainsi 
dire, d'elle-mênié sur toutes \m {Parties de son 
^ujet? Qui peut jamais se flatter âe soutenir ce 
grand fonds d'intérêt qu'il semblé interrompre 
iui-ménië volontaireniënt, et qu'il est toujôuri 
^r de relever avec la même énergie? Quel génie 
il péné^é jéitiais plus profondément danis tous 
les caractères et dans toutes les passions de la 
nature humaine? II est évident, par ses ouvrageié 
toéme, qu'il ne connaissait qu'imparfaitement 
lamiquité; s'il en eût bien connu les grâncii 



i3a CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
modèles, rordonoaace de ^r; pièces y eût gagnée 
sans doute; mais quabd il aurait étudié; les. An^ 
ciens avec autant de soin que nos plus grands 
maitree, quand il aurait vécu familièrement avec 
les héros qu'il s'est attaché à peindre, emt*il pu 
rendre leur caractère avec plus d'exactitude et 
de vérité ? Son Jules César est aussi plein de Plu- 
tarque que Britarmicus l'est de Tacite; et s'il n'a 
pas appris l'Histoire mieux que perspnne, il faut 
dire qu'il l'a devinée , au moins quant aux carac- 
tères , mieux que personne ne Fa jamais sue. 

Il sera toujours dangereux de vouloir trans- 
porter dans ime autre langue et ohe» un autre 
peuple les beautés qui caractérisent le Théâtre 
d'une Nation quelconque; mais l'entreprise sera 
plus ou moins hasardeuse selon le pins ou moins 
de rapport qu'il y aura entre les deux Nations ; 
et j'en vois infiniment peu entre les Français et 
les Anglais , surtout entre les Françai^s du siècle 
de Corneille et de Racine et les Anglais Aui $iècle 
de Shakespeare, le ne sais^ si les choses ont beau* 
coup changé depuis nos courses de chevaux dans^ 
la plaine de Neuilly , mais je sais bien que l'objet 
du Théâtre anglais m'a ^aru différer jusqu'ici 
totalement de l'objet que sembla s'être proposé 
le nôtre. Tout l'effort de l'un parait tendre à 
exciter les. affections les plus .vives y tout l'effort 
lie Tautre à les rappeler doucement et aies ren- 
dre à leur pente naturelle. L'un ne paraît occupé 
qu'à renforcer le caractère et les mœurs de hk 



MAÂS 1776. ' îâ8 

Kâlion, Tantre à les adoucit. L'un suppose une 
sorte' df^inertie dans l'imagination qui a besoin 
deseéoosses extraordinaires et 'violentes, Fautrc 
une grande souplesse , une grande facilité à re* 
cevoir toutes les impressions qui lui viennent du 
dehors, des Âmes naturellement sympathiques , 
et par conséquent fort disposées à iftii ter tout 
ce qui les frappe vivement. Si ces différences 
étaient aussi sensibles qu'elles nous le pafrais- 
sent, comment le Théâtre d'une Nation pourrait-il 
convenir à Fautre. Je dirai plus ; ces mêmes ta- 
bleaux que l'une a pu voir sans aucun risque, 
quelque terrible et quelqu'effrayante qu'en soit 
la vérité , n'y aurait-il pas un très -grand incon- 
vénient à les montrer à l'autre, et n'en pour- 
rait-il pas même résulter des effets très-contraires 
au but moral de la scène ? 

L'observation que nous venons de hasarder ne 
nous empêche pas de sentir quelles ressources 
Un génie vraiment dramatique peut tirer du 
Théâtre anglais pour enrichir le nôtre. M. de 
Volt;aire en a donné l'exemple, et il n'a point 
donné d'exemples qui ne soient des modèles. On 
ne peut douter que les plus grandes beautés ré- 
pandues dans sa Mort de César ne soient em-» 
pruntées de Shakespeare; on ne peut pas douter 
non plus que le germe d'Orosmane ne soit dans 
Othello. 

Si cet article ne passait pas déjà les bornes 
que nous nous sommes prescrites, nous pour- 
rions citer ici plusieurs morceaux de Zaïre , qui 



xSI GORRESPOITDAJïeS OTTERAIBB, 
pacaiigent daireQiçiit unités du Poète anghia, 
£t pourquoi M. ck Voltaire ue se s^aît-fl pas 
permis ce qu'oot osé Gûrneitte et Bai»«i^.? S'iU 
dit ensuite tant de m^ 4u même ouvrage dont 
il avait si bieii profité, c'est sans dou|e pour ep* 
pécher les autres de f^ire ce qu ils n'MU)ajientpa« 
su iaire fnis^i adroil^ngient que loi; et e'esl pei^tt 
étvfi ei^cpre une très-b(mne oeuvre. 



"^'l'^rv.rf/ifv 'viQu mrt 



7 AVRIL 1776. 



DahA la foule des brochures qu'onf fedt'iéèfofie 
les nouveaux projets' de radministraftioù , il' y. *b, 
un Mémoire à consulter .sur Féxistence actuelle 
des six corps et la conservation dé leurs pr ivî- 
léges y^qiJl mérite d'être distingué. Si ce Mémôiif'é , 
signe De La Croix ^ ésï èîi effet de M. Lingùëf , 
comme plusieurs personnes le lui ont âéti%^, 
il faut convenir que c'est peut-être roxîvràt^&'îe 
plus sagemettt écrit qiiî sciit jamais siSrfT dP^é itei 
phnne. On j discute avec beaucoup d^SmpàWlà- 
lité les pf iiicipes éconoînistès de feu Sï. W pW- 
sident Bigbt dé Safinte-Grbii, àiiteùl' de XEèsMsur 
tablas dès pHvîlèges^^cp^ijft étm^ 
commerce et de rindùstrie , }^iréé cKèSR^fe'^HVPe 
avoué' pfièf^ lâ secte et 'conèâcfé^soIènttèWSf^Ht 
danslesEJiHërnéridesdè'M. Fa^bé Baôd^Shfîà 
doctfitie dé feu M. le Présideiiè riôuai aVâitià^ 
été annonèée par M; Tàbbè Goyer, dàns'îskili 
Ckin^kt, histoire cockinckinoise, maïs ^lifcl \ifte 
forme plus ingénieuse, plus séduisante!, et ]^#^ 
même moins convenàHe à la xlignité màgiMhSfe 
des Freinés de l'Ordre par eiéeBence. '1 

M. de Sàinte^iroix envisagé la liberté du coAi- 
mterce sous un double point de vue. Le preriiîèlf, 
qtfi est relatif aux agens du édmmetce et 'de Pttf- 
dusti^ie, estf, difcil, lafacuRê dé îe Kvref kit gféife* 
lie £râ:vàil ourdie trafic ijïiïëo^fent à leitf géSft et 



*S« «MfcRESPOÎfDANCE LITTERAH», 
à leurs talçns; de le borner, de l'étendre, d*ei^ 
ch^n^er à leur gré; d/efn réunir plusieurs OH 
analogues ou contraires, d exercer en ui) mot 
tel négoce qu'il leur plaît et comme il leur plaît, 
\jU^yaiX<^T d'autre loi que leyr iaté^^^» ^t sans 

.^uq;per£îpnne puisse les 7, trouble;;^ j 

, ]i4^,fieqqfi4^ , quia rapport aux prQpriétaires et 
fu}x.c9ns(^inmateurs, e$|; le droit^d'^cbet^r et dç 
yej^e à leur gré, d? feire usagfs des ilenréf^s et 

jp^^rpj^ajidises qui, le\ir, conviennent-, 4(^voir le 
c^ljçjU^ibre de ceux .qu'ils veuleal: eipployer et 

Tpettre^^i^ peuvre daaS qja^lque gewe.d^ travail 
.qujç^cp soit, sans qu'^Uîçiip règ^e^j^ejp^ prohibitif 

.p\iijs&e les empécl^i^Z! de suivre lei^r volonté pro- 

-PPÇ dans l.'^^lplpi ^e^ xJb^ses et des permîmes. 

.^éfii^^î^Aç, sfmt^x^çjtg^; nîî^i? on ;0|>perye /jue Iji 
.^q9flditif)njdu m^f^a^^il^lî s\ 
^pi^^fftçïq^ çoiivçnfti^ j,^ i^ij^ux à s^tfqrÇunf? et à 
^f Sjgoju^, que peUe^dç rouvriçr quj e;xerce, Iç 
.méfi^T <m'il ^ choisi l^V^'^nie , nç soi^t pas n^al- 
lïi^uççï^ps pt qu-ellç^ pf spnt poii^t ^j^jijaires ^ 
4^^][i]^e|[*^;^.tpus deu:i&,s\ii^l!Lt ^^ur. 4^t\saa{s cpn- 
ftjc^ûçi^ç, tpus deux éjt^f^^ mém^ les^ n^^tr^s d'e^i 
.qh^f^ger^r&'ils e^^rejDt4'e^re^ hjBVireux ou 

plus riches dans upjiutre. Oiji ajouta ^çore q^iç 
.Ij^lijbjfjité illimitée qi^Jp l'on^ i^tdpnjP^er ^. Tou- 

jyxfpf^^Ç ^4H^V Biw?^ii?^^-DQétie^^,ftïValpg^^ ou 
jJflUtçfjiii^s ferait si.pçu.ppur soçf,b<(>ftti^jajÇy.q^'iJ[ 

^j^è}^quteipx(|ii!^ çp usât quan4>eUaiui s^^ 

ARfiWd^ç^ Oç ^ç^jçt^, enft^te §w j^^f^q^équeft- 



eesqf restent ^éDessaireU^eitt .dVn ayétèmf 
qui tendrait à jyi^CN^uil'^ la oOixftisiùn et le méf * 
iaog^ daos to^^t}eftr^ts< «Dispeagièez^dit notp^ 
>» aateur, d^f^iis^^ les artisamid^ l'apprentis^ 
» ^gè, ki«9w,i'i§iiamace9 l^rmiiladresse pénéi^ 

» régal ducoinpagit<>a» et iel compagnon Tégal 
p du lïmUr^ {/enân'levesç 1^ petite 6bstacle$i]ui 
D. s^rrétent U groc^èreté vUlageoide à Fentréç 
» d0s YiUesr et l'^mpech^nt de ^ y fixer'» vous, veiv 
» rez bientôt une foule de cultiv^tetus qui abani- 
» dQpneront leurs pénibles tra^aiix pour venir 
» se Uvrer à d'autres moins utiles a Thumanité..» 
Il efil de la sagpidse §i de Tinl^rét dû Gouverne- 
ment: ^e dimijrii^e)^ le nombre dea artisans et â^ 
conduire Fifedii^toer ^ perfcbtion; l^e systèttf* 
dQ.i|Vi> dp $Aii(]ii:é^Qix sjur 1^ çQi|im«rde tead 4 
xexi^e la dasarç^die^ j^bitanç^de^ vilUsplus nem- 
Jbmtt^;>etree ne doitpas êtrç;ie liat;>d;UB, éq^nor 
n^istÇj II prfHl^ir^it copfusjioa et iniperfeûtiob 
d^oftles art$ et ô^^tlf ra, et ce. 91e peut être là le 
d4sî|^ dVa citoyen éclairé,. etç;. . 

. « 1^ corpi$ «df ^ m^c^ban^s ^t l^^^conimunai^f ^a 
1» i^W^iet n^étierf sCËTii, continue M» de S^inte^ 
# Groix, de v^fittibjii^: privilèges, exclusifs d'au> 
» ,iemi flm^n^f^Sj qu'ils sonî siutpi^iKés parti 

OH,.répoQd4^Y^K^t dfs m^î^^i^ ^ù-oe iftot 
(4c privilège ei&çlimf) ne poUiTa»tîl pas se pjiir 
oer^^Gelui qiêi,avjeQdjç L'wgeiB^^a^jobeté une poc^ 
JioB 4«. 53«RP^ i]^»'»*y ^ pa« le pritiWgç .flXjQluSii ds 



Ir38 CORRESPOiW&ANiartâTTERAmE, 
)â cidtiver, de Taffi^nner, d>h Vëfcwow îë ;)^#hr^ 
s'il la yefid^ Siiffirftit*il de- €â»e «u prèprïé*' 
taire pour é'easpBTér légitiiAeimèlat dé w)à do- 
loaine ; Cette terr^ que vôûg etdttvez, je la 1»- 
Jbeurerais, )^ lîeiKftemeneeratt «(Munie vot^ i} 
doit donc m'étnégalÉméiit pimms de la cull^rer 
iBt d'en recu^ii^lçk fruiiié?..v 

M. de Saiiïte-Ctohc prétend cpie les <3orpi^ de 
jurandes affétent fkatis^ tout le royaume les -pro^ 
^rè» de l'industrie , raineiil les particuliers^ 
exercent sur le publié un monopole odieux, et 
enlèvent à P£tat des branches de comtnerce 
utiles. 

On lut denlaqidë quelles soM^- ees bratilâiès 
lie eonittieree que les jurandes enlèvent k 
l'Etat ; on lui demandé pMli^c^' riàdusiriè 
nyant fait si peu ûe piH^ès to Fr«is'ce/rétrâ» 
ger mari^ife taiiit d*empresëem<^nt pôtur se fÉ^ 
eurer nos scMrîes^ nos draperies, nos bijëtà 
lie toute espèise , nos g{(loii6 , nos ^labes, tids 
modes , ete. ; oti le prie eÉ^tP^eis^Hquèr pM^^^ 
quoi c'est précisément dans lès' vilfes où-' te& 
Jurandes e*eWîeht' le plus d*e?Hpite qaé les 
manufactures sdnt pkis flèrissântéë et c(ê^ h 
isommerce a pkis. <f actrtité v^ èolAime à Ly^v ^ 
Bordeaux/ â Dieppe, k V-^êm^ à Pttris,'e<c. 

M. de Sainte - Croix regarde son sysPlétaie 
itfomme fev^tiâfcfe' aux oû^ers <^t aux ^càtn^ 
inëtçaiis ; et si ^ Tort ' eA exemple quelques '^i 
sm» aveu , rio^-^^le¥âéii]|^^Q$ors: im maîtres et 
iikar^ftén^ V ^^^ ^^ft [ctdikt ipÂ- ^ispiMrit à 



r 



\e devenir, le refettent pour mm «t pmit HfMi 
enfkos; tom dieent qu'ib àîmem* mieux utft 
état stable avec lequel leurs pères ont existé 
honnêtement, dans le^el ils' se flattent de 
passer à )imr esmàple mie vie paisible i, où 
ils pourreot reisnplir leur devoir de pcrés Jké 
famine , aider le souverain qui' les protège^ 
honorer les* magistraefls qui les jugent, que 
d'errer dans ifii vide immense , confeqdus aveè 
une fonle d'intrtgans, d*usurier&, d'himinfeê 
serviles et sans honneur^ 

L'esprit de système, comme l'observe notre 
auteur, n^est arrêté par rien. M. de Sainte^ 
Croix a senti que la fîberté iHimttée aecordëé 
aux arts et tpétiers pouvait multiplier les trè^ 
mauvais ouvrages , et que ce ^r;|it taqt pift 
pour l'acquéreur, Mais une pareîH0 dtMeattê 
ne rembarrasse point. L'ouvrier^ setoU ïm ; doit 
avoir la liberté de mal faire, et si ottt0 m^rA^oA 
produisait deq ventes multipliées, il' est d'UM 
bonne administration de Taut^iser et de la sotfir 
tenir^ 

« Autoriser la mal-façon, parce qu'elle pr<^ 
^ duiimt^ des ventes multipliées ! 11 n^fst ftn 
» possible dé proposer une idée» plus eoiitraîre à 
^ toute raison , à' toute jusftice , au progrès d|îs 
I» arts, plus faite pour dégoûter dés paradoxei; 
» si fréquent daias un siècle qui devrait être celui 
^ de la viérité..... » 

Le reste dit, Mémoire coMi^ncra^lleaCiôll 
des principes qtve Ton vient d^ietpi^ier à ttétat 
^c(«»el de *tàai «erps établie à Pfprie; et Vhîstdtr^ 



«4o CORRESPONDANCE tITTERAIRE, 
ioytéressaate de levas priyiléges '$oi|s Henri XII ; 
fous Henri IV ^êl mus le ministère du ^aod 

Çolbert î ' 

Uerreur la^ plus, commune aus pbtlosof)he^ 
qui ont écrit sut T^^idnimslrMton'^: c'est de vou- 
loir transporter de» iiiées abistraîties*y des vériti^ 
|9a^aph]fsiquesvdanà:un oidrelde. choses qui en 
^ange. alKsolumeoi toil^ les ^rapports; Si les 
lois cte la soeiéténe sont^pis opposées à ceUes 
4e la nature y eUes^n'en pont pas moins très-dif- 
férentes. Les idées qui tienoent à la ppopriélé se 
concilieront toùjouirs difticilement avec celles de 
Tordre primitif oùiotts les biens, étaient en cam* 
œun* Toute idée d^ofaligiticÂi blessera toujours 
plus ou moins l'idée que nous ^rons de la li- 
berté naturelle. I^'inég^lité des condidoi^ ëtoih 
Kiera toujot;ùrs le sentiment qui nous ditqtie noua 
naissoâBd toùa; égaJax. Il 'est évident - que , dans 
l'étal social^ce qui. conviendrait le mieux à l'ia- 
diy^du n'cjst pâsi.loujours ce qui convient la 
wieujt à V^Wi, ];ia législation, la plus heureuse 
6erait sans doute celle où chacun jouirait 'sm$ 
l?é^rvetde;toui5 Iqs ^antages.qi^'Sl peut dâ^irer; 
in^is cette législation n'est qu'une belle dii^ 
mète ; il faut k tr^uv^e assez ;|uste, )6rs<^uie, pour 
défendre le plus.peiit^nombra dn.plué grande elle 
ne sacrifie pas Jr «multitude à ^eux qui doivent 
pdturisUemçiM: lî^ iliominer; il f^n^ la trouver assez 
juste, lorsqu'elle offre des dédomix^agelpens prO( 
pWfeQWMs; a^.jçw^g; qu'elle i»ppae i, et < qu'en 
éeh4)3ige4e(S^liJbffiïécéUeia5$|içe fitt à ch^^ 

çM» le fruit d^ j%pp industrie ejt ^ $(0p travail,; , 



Eîi conséquence de ces prmcipe^v '^s s6oI# 
^u'on puisse admettre dans ' l'était actuel - de& 
choses ^ ne faut^il pias convenir que tout règle- 
ment utile au bien général de la société, dût -il 
geoer dn grand nombre de particuliers, n'en est 
pas moins juste et désirable? Que les jurandes 
et les maîtrises soient des obstacles à l'établisse- 
ment d'une multitude d*ouvriers, s'il est prouvé 
qu'elles servent au progrès et à la perfection de 
l'industrie, par conséquent à la rijhesse et au 
bonheur de la Nation, en est-.il moins de l'in-s' 
térét public que les jurandes et les maîtrises 
soient conservées ? 

Favoriser tous ceux qui pourraient se destiner 
aux arts et aux métiers, les favoriser aux dépens 
de la IViâion entière , n'est-ce pas accorder ua 
privilège très-exclusif en affectant de les détruire 
tous? Accorder au contraire à une société quel^ 
conque, M vous voulez même à un seul homme , 
tel privilège exclusif qui pourra nuire à un grand 
nombre de particuliers, mais qui sera d'une uti- 
lité seosible pour toute la Nation, n'est-ce pas 
faire le bien général, quoiqu'on puisse être ac- 
cusé, de n'avoir fait que le bonheui* d'un seul et 
de l'avoir fait même aux dépens de plusieurs ? 

Si l'on réfléchissait sur la nature du cœor hu-^ 
main, sur. la marche habituelle de nos idées et 
de nos passions, on verrait bien que c'est faire 
pende el^se en faveur des arts et de Tindustrie 
que de leur accorder la liberté la plus illimitée , 

L'homme naît paresseux^ labandonner k lui-» 



i4% CÔRR£SPOSI)i^CË LI'rrEIÎAIRË, 
même, c'est le déTcmer à rinsoucianœ et à Foi- 
^veté. Pour Tengagc^ à sortir de son inertie na^ 
titrelle, il &ut Texciter par des distinctions, par 
des récompenses, l'irriter parles obstacles et lui 
donner des difficultés à vaiacre< Au lieu de dé^ 
Iruire les ressorts de l'én^ulation, ne deyrait-on 
pas s'occuper sans cesse à les rétablir, à les mul- 
tiplier, à leur donner plus de force et plus de jeu? 
H n'y a presqu'aucune institution sociale où l'on 
nereconnaissel'esptit de ces maximes,si simples et 
si naturelles qu'on les a regardées partout commei 
ht première base de l'éducation. Les rangs, les 
titres , les prix établis dans toutes nos prensions 
et dans touâ nos collèges, sont les premiers mo- 
tifs qui invitent liotre enfance à s'instruire. Ne 
œmmes-nous pas déterminés à travailler dans 
un â^ plus avancé par des motifs qui , pour avoir^ 
dés noms plus graves et plus pompeux, n'en sont 
pas moâns de la même nature ? Les ordres miii- 
laires, les honneurs da Louvre, les cordons, les 
titres de toute espèce, ont-^ils un autre objet ?^ 
Pourquoi la classe des arts et des métiers, de* 
toutes les classe.^ de la société celle qui a peut-être 
le plus grand besoin d'encouragement, en se- 
rait-elle seule privée? Pourquoi lui envier l'hon- 
neur de former un corps et d'y attacher des droits,' 
des avantaiges , des distinctions particulières? Les 
difficultés qui ne permettent pas à tout le monde 
de jouir des mêmes droits sont sans doute le seul 
moyen de leur conserver une valeur réelle et d^ 
ies faire désûrer afvec empressement; mais oui 



kVUL I77& 44» 

«st ie mal, ppurTu que ces difficuhés ne soient 
{las insurmontables , pourvu qu^Cfn puisse le» 
yaincrfs à fosce d'inleUigence ^ de talent et d'ac** 
tivité? Conamur mvetitum. Plus une chose est 
(Uffîcile, pénible, coûteuse, plus les hommes 
raimeiit, s'y attachent, en racolent, a Les ordres 
» reifigieux, nc^is dit Fabbé Galiani dans une de 
A ses dernières lettres, les ordres religieux lea^ 
)) plus austères sont ceux qui ont plus de goandi 
fr homme^é Reader les règles des Pères de Saint' 
>x Maur ou des Jési^s aisées, commodes, leur 
)) ordre est détruite Ainsi , je suis persuadé que 
» le système des Frères économistes a porté le 
» coup fatal aux manu&ctures de la France, Les 
» habiles artistes en partie sortiront, d'autres 
» se négligeront, et, au lieu d'établir l'émula*' 
» tion , oa aura oassé tous les ressorts vrais du 
» Cjpeur de l'homme. » 

Les avacices^en argent <|u'exigeat les jurandes 
des ouvriers q# aspirent à la ipaitrise , pourvu 
qu'ettes soie|it proportionnées aux bénéfices 
qu'on en peut espéi'er , semblent être encore 
une barriènp ^tîie pour éloigner du commerce 
et des aris des gens sans aveju qui, i$ 'ayant rien 
à perdre , seraient tentés dans mille occasions 
d'abtiser de la confiance publique. L^artisan qui 
dépose une partie de ses fonds poui» acquérir le 
droit d'exercer Un métier quelconque , donne 
pour ainsi dire au public un gage de son talent 
et de sa probité; il garantit, autant qu'il est 
possible 9 tous les engagemens qu'on pourra 
contracter avec lui. 



H4 CORRSSPONÔANCË tlTTERAiliËi 

Peut-être nous sommes-nous déjà trop étêâ< 
dus sur une question qui ne tient pas infiniment 
à la littérature ; qu'il nous mit permis d'ajouter 
une seule remarque : c'est que. tout ce qu'on 
vient de dire pourrait être fort juste relativement 
au pays où il ne s'agit que de maintenir l'indus- 
trie et d'en perfectionner les progrès , sans pou^ 
voir être appliqué à tel pays où l'industrie et les 
arts ne feraient que naître. Quoique l'homme 
soit partout le même , il n'est point de ciroons- 
tance qui ne modifie et stiH^ ressources et Âe& 
besoins^ 



Si le public s'est trompé dans le jugement qu'il 
a porté de l'opéra SAkeste, c'est bien la faute 
du public. M. Le Bailli du RoUet lui avait dit 
très-nettement ce qu'il en fallait penser, dans sa 
préface. Voici ses propres termes : « La musique 
» de cet opéra est ta plus passiannée ^ la plus 
» énergique 9 la plus théâtrale qu'on ait euten- 
» due sur aucun théâtre de l'Europe depuis la 
y> renaissance de ce bel art< » Ce qui nous étonne , 
c'est que M. Le Bailli ait daigné appuyer uni^ dé- 
cision , si imposante par eUe-n)4nie , de l'autorité 
du chevalier Planelli. « I colori di Rafaello e la 
» musica di Gluck, dit cet illi^str^ connaisseur, 
» que nous ne connaissons guère à Paris , quelli 
» e questa destinate à servire . £|11! espressione , 
)) vauno esai^inati nell'.azione. Solo allora di 
» puo giùdicare se più dile^i una[ boussola |>^a 
1» tinta che una tela animata dal penello d'Ur> 
» bino. » / 



AVRIL 1776. ' ,45 

Mais avant de parler de la musique ^Alceste^ 
arrêtons-houà au Poème dont le plan appartient 
en partie à M> Calzabigi, mais dont l'exécution 
est due toute entière aux rares talens de M. Lé 
Bailli du Rollet. 'Quelque long que soit Topera , 
la fable en est fort courte, et cette extrême sim- 
plicité est sans doute un mérite tout nouveau sur 
un théâtre où l'on a cru jusqu'à présent qu'où 
ne pouvait plaire que par la succession rapide 
des situations les plus merveilleuses et les plus 
variées. 

(L'ouvragé est aujourd'hui trop côntiu pour qu'il soit utile 
d'en donner l'analyse. -— Note de V Editeur. ) 

Ce Poème est conduit avec tant d'adresse, que 
l'intérêt diminue dans la progression la plus âd* 
mirable 4epuis la première scène jusqu'à la der- 
nière. Admète est si plat, si ridicule au second 
acte, qu'on se sait presque mauvais gré de s'être 
intéressé pour lui au premier ; et tout le troi- 
sième acte n'est qu'une froide répétition du se* 
cond. Quelle différence de ce Poème à celui de 
Quihault , qui , plein de chaleur, de mouvement 
et d'action, malgré quelques scènes épisodiques 
peu dignes d'un si beau sujet, entraîne, inité- 
ressè autant que celui-ci ennuie et fatigue! Est- 
il rien de plus sublime et dé plus théâtral que le 
moyen par lequel Admète apprend qu'Alceste 
s'est- dévouée pour lui ? Apollon a promis une 
gloire immortelle au cœur généreux qui se dé- 
vouera poui* son Roi. Il veut que , pour en con- 
i server la niémoire, les arts lui élèvent un pom- 
1. 10 



ï48 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
triste et Tûonotorie , barbare ou commun. Noiiâ^ 
ne déciderons point de si fameuses qtiereUes; 
mais il Abus paraît difficile de faire une nautique 
'bien variée sur un poëme où les mêmes situa- 
tions'^ lès' liiêmes mbuveraens reviennent sans 
cesse ^ où le chœur esfe continuellement sur la 
5cène pour rédire les mêmes choses et-'pour 
psalmodier éternellement sur le ton* îe plus fu- 
neste et le plus lugubre. 

Mademoiselle Rosalie, aujourd'hui mademoi- 
selle Le Vasseur, a rempli le rôle d'Alceste avec 
beaucoup d'iritelligehce. Quoique le caractère 
de sa figuire et l'habitude naturelle de ses traits 
soient peu favorables à l'expression dominante 
de ce rôïè, elle a trouvé moyen d'y suppléer à 
forcé d'art et d'intérêt. On a même osé douter 
que m'adem*oiselle' Arnoud l'eût joué mieux; on 
peut croire au moins qu'elle ne l'eût pas chanté 
avec autant de justesse. Il paraît que mademoi- 
"selle Le Vasseiir a fait une étude toute particu- 
lière de ce nouveau genre de musique, et qu'elle 
fcn a parfaitement' bien saisi la tournure et le 
goût. • 

:\ OE^vte^ diverses de M, le comte de Trèssauf 
Liâutenant'général des Années du Roi^^desAca- 
Âémies'deà Sciences de Paris, de 'Londres^ eic,^ 
^utt vol. in-8*^. Il y a dans ce volume beaucoup de 
prose et peu de vers; on eût désiréclféùtle'con- 
traire. Les poésies de M. deTressan ottl ùtïe tou- 
.<5h?&'infinimenta|Féabte^ une tournure légère et 



AVRIL 1776. • 149 

TacUe; c'est la fleur d'un esprit fin et délicat. L* 
prose n'a pas à beaucoup près le même mérite. 
Ce sont, d^^ discours académiques, un éloge 
de Stanislas et de longues dissertations sur l'es- 
prit, sur ïes différentes modifications dont il 
est susceptible et si^r le meilleur usage qu'on 
en peut faire pour son prp.pre bonheur et pour 
celui de la société. L'objet de ces dissertations 
est sans doute fort intéressant ; mais le fonds. 
en est ysé ; ce sont des idées qui ont été si fort 
rebattues depuis le livre d'Helvétius et celui de 
Duclos , qu'il, n'est pas aisé aujourcj'hui de leur 
prêter une grâce nouvelle ; et le style de M. de^ 
Tressan , plein de goût dans les vers , en man- 
que souvent dans la prose; il^na même aucun 
caractèreV aucune couleur décidée ; ce n'est ni 
le stylç d'un homme du monde, ni celui d'uu 
horiQhie ^e lettres. Ses réflexions sur l'esprit 
sont adressées à ses eiifans. Vous y trouvez tan- 
tôt des déclamations de rhéteur, tantôt de vaines 
subtilités, et le plus souvent des observation^ 
aussi superficielles qiie communes : ausài toiït 
ce gros volume a-t-il fait peu de sensation. I^a 
prose a écrasé les vers. Quoique les poésies fu- 
gitives rassemblées dans ce recueil soient en 
assez grand nombre,, il s'en faut bien que l'au- 
teur y ait versé tout son porte-feuille; on n'y 
retrouvé pas même les pièce§ de sociét^ qui ont 
contribué le plus à sa réputation. L'épigramnve 
contre M. de La Trimouille, que nous avons citée 
dans une de nos dernières feuilles, est peut-être 



^5o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
ikrie des plus agréables choses que M. dé Tres^ 
san ait faites. On imagine bien qu'il i^' a pas osé 
la conserver dans une édition dé ses , (MEùvres 
qu'il voulait avouer. Les mêmes inotifsl ont 
obligé de rejeter une infinité de; pièces du 
lïiême genre qui nous auraient paru beaucoup 
j^lus amusantes quie ses dissertations si longues 
et si paternelles. Tout le monde se souvient en- 
core de la jolie chanson sur madame de Boufflérs , 
aujoiird'hiii madame la maréchale de Luxëm- 
botii^ : 

Quand Boufïlers parut à la Cour, . . 

On crut voir la mère d'Amour , 
£t chacun Tâ'vâit à son tour, etc. 

Madame la Maréchale la rappelait l'autre jour 
elle-même à M. de Trèssan avec cette grâce que 
tfeffacent point les années. « Je me rappelle bien, 
» M. le Comte, la jolie chanson que vous avez 
faite pour moi*: Quianâ Èoufflers ^arut à la 
» Cour, on crut voir la rnère d'^mojur; j'ai ou- 
» blié le reste. >> 



» 



'Lettre à F Editeur des Lettres de Clênierit XI f^. 
Sur la crainte qu'on a que ce Pontife n^en soit 
pas TAxjTEvu, as^ec là Réponse âe t Editeur* Pe- 
tite brochure in-iîi. ï^a lettre ei ïâ réponse 
pouvaient bien être du même auteiir. Il me 
semble' qti^on y prouve d'une manière assez 
convaincante qu'une partie des lettres attribuées 
au pape Ganganeïli' sont véritablement de lui; 
mais que toutes soierit originales, Vest une au- 



AVRffi 1776. lïr 

tre question , et les incrédules penseront au 
moins qu'elle n'est pas encore décidée. 



Lettres chinoises^ indiennes et tartaresà M, Paw^ 
par un Bénédictin ^ avec plusieurs autres Pièces 
intéressantes. Un volume in -8®. Sous quelque 
habit qu'il plaise au Patriarche de Ferney de 
se montrer, il n'est pas difficile de le recon- 
naître. Oti a bien dit depuis quelques jours 
qu'il s'ctait fait moine, mais non pas dans 
l'ordre de Saint - Benoît ; c'est dans celui de 
Cliuii qu'on le soupçonne depuis la retraite de 
M. Turgot. Tout cela est fort indifférent aux Re- 
cherches sur les Chinois et sur les Indiens. Si 
Ton trouve dans les Let très du Bénédictin beau- 
coup d'idées qu'on avait déjà vues ailleurs, dans 
V Essai sur CHistoire générale , dans le Diction-- 
naire Philosophique^ et surtout dans la Philoso- 
phie de V Histoire^ de F abbé Bazin , on sait quç 
ce n'est pas sans intention que l'auteur répète 
si souvent les mêmes choses. Il est persuadé que 
certaines vérités ne sauraient être trop répétées, 
et il prend la liberté de regarder le genre hu- 
main comme un enfant à qui il faut faire mâ- 
cher et remâcher souvent la même leçon pour 
qu'il en profite. 

C'est le Poème de l'empereur Kien-L6ng qui 
fait le sujet de la première Lettre. Ce Poëme, in- 
titulé Moukden, a été traduit par le révérend 
père Amyot de la Compagnie de Jésus. On avoue 
que ce beau Poëme est fort ennuyeux, mais oa 



i3a CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
soutient qu'il n'en est pas moins admirable^ 
Kien-Long le Tartciro-Chinois étant le premier 
bel-esprit qui ait fait des vers^en langue tartare. 
Ce qui paraît plus merveilleux encore ^ c'est la 
modestie singulière avec laquelle il s'exprime sur 
ses vers dans le prologue du Moukden ; « L'Em- 
» pire 5 dit - il , page 34 , m'ayant été transmis, 
)) je ne dois rien oublier pour tâcher de^ faire 
» revivre la vertu de mes ancêtres; mais je 
» crains avec raison de ne pouvoir jamais les 
» égaler. » 

On réfute dans la seconde Lettre d'une ma- 
nière triomphante les doutes que pouvait faire 
naître la généalogie de l'empereur Kien-LoDg 
qui descend en droite ligne d'une Vierge céleste, 
sœqr cadette de Dieu, laquelle fut grosse d'en- 
fant pour avoir mangé d'un fruit rouge. On 
montre que cette aventure étant d'une vérité 
incontestable à la Chine , elle doit être vraie 
partout ailleurs. « Car enfin , dit-on , qui peut 
y^ être mieux informé de l'histoire de cette dame 
» ( la grand'mère de Kien-Long) que son petit- 
» ûls? L'Empereur ne peut être ni trompé ni 
» trompeur. Son Poème est entièrement dé' 
■» pourvu d'imagination ; il est clair qu'il n'a 
ji rien inventé. Tout ce qu'il dit sur la ville de 
)) Moukden est purement véridique , donc ce 
» qu'il dit de sa famille est véridique aussi, etc. » 

I.a troisième Lettre adressée à M. Paw prouve 
que les lettrés de la Chine ne sont pas plus athées 
que les nôtres. « Ce qui fait, dit Tauteur, que j'ad 



AVRIL 1776. i53 

•> mire Kien-Long etConfucius, c^est que J'un, 
» gouvernant son royaume , ne s'occupe que du 
|3) bonheur de sesisfijets, et que rautre,étant théo; 
» logien , ne dit d'injures à personne. Quand je 
» songe que tout cçla s'est fi^it à ^ix, mille lieues 
» de ma ville de ÎÉlomoraniin et à deux mille 
» trois cents ans du temps où je chante vêpres ^ 
7> je suis en extase... Vous souviendrez -vous^ 
» Monsieur , de celui qui écrivait : Les uns croient 
» que le cardinal Mazarin est mort, l^s autres 
» qu'il est vii^antf et moi je ne crois ni l'un ni 
» l'autre ? Je pourrais voîis dire , je ne crois, n^. 
» que les Chinois admettent un t)ieu , ni qu'ils 
3> soient athées. Je trouve seulement qu'ils ont 
» comme volis beaucoup d'esprit, et que Iç^i^ç 
)) métaphysique est tout aussi embrouillée qup 
>» la nôft'e.^> Rien iiè le prouve mieux sans d^te^ 
que le passage que Ton cite ensuite de la çiçé- 
face de l'Empereur. « J'ai toujours ouï dire qqe 
ï> si l'on conformé son cœur aux coeurs de ses an- 
» cétres, l'union régnera dans toutes les, fa- 
» milles ; et si on coniforme son cœur aux cœuri^ 
» du ciel et dé la ierrê, Tùnivers jouira d'une 
» paix profonde. Celui qui s'acquitte convena- 
» blement des cérémonies ordonnées pour ho- 
» norer le ciel et là terre à Téquinoxe et au 
» solstice, et qui a l'intelligence de ces rites^ 
» peut gouverner Un, empire aussi facilement 
» qu'on regardé dans sa main. De tels hommes 
» doivent attirer sur eux des regards favorables 
i> du souverain maître qui rèjgné dans le plus 



ï^ CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» haut dés cieux. » Bourdaloue n'a jamais rien 
dit de plus orthodoxe que ces dernières paroles, 
et le père Amyot jure qu*il les a traduites à la 
kttre, etc. . . . • 

()n discute dans là quatrième Lettre les preu- 
ves que l'on a forgées pour nous faire croire que 
l'ancien christiailisme n'a pas manqué de fleu- 
rir à la Chine. On examine surtout ce monu- 
ment antique fait en lôuS, celte tablette de 
inar^bré longue dé dix palmes, couverte de ca- 
ractères chinois très-fins et d'autres lettres in- 
connues, qui fut trouvée sous terre par le révé- 
i*etid père Ricci , par le jésuite Semedo et par le 
tl^Vérend père Trigaud, qui bâtissaient une inai- 
sWri et une église auprès de ïa ville de Sigan-Fou. 
Il est à remarquer que cette tablette est toute 
semblable à celle que d'autres missionnaires 
âVaîlent découverte auparavant dans le tombeau 
âh ï'apôtre saint 'ïhomas sur la côte du Malabar, 

Là cinquième Lettre est un éloge pompeux 
des lois et des moeurs de la Chine. Ou. en pourra 
juger par ce début. « Quand je contemple cent 
» cînqiiantd millions d'homrpes gouvernés par 
» treize mille 'six cents magistrats divisés en 
» différentes cours toutes subordonnées à six 
» 'cQurJi supérieures^ lesqiielles sont elles-mê^ 
S)' rncs sous l'inspection d'une cour suprême, 
>> cela me donné je lie sais quelle idée des neuf 
» chœurs dès Anges de saint Thomas d'Aquin. 
» Ce qui me plaît dé toutes ces cours chinoises^ 
5> c'est qu'aucune iie peut faire exécuter à mort 



AVRIL 1776. iS3 

I » le plus vil oilôyeû'à réxlrémiië de reihpire 
I » sans que le procès ait été eiiarhîhé ' tro'is foii^ 
)> paf lé grand conseil auquel préside ^Empereur 
» lui-même. Quand je rie connaîtrais de . W 
» Chine que cette seule loi , je dirais , voilà le peii-» 
» pie le plus juste et leplushumaib de l'univers. » 

L'auteur cite |)litsieurs senteiicfes de Confu- 
cius. -Qu'il nou$ s6it permis d^eii rapporter icii 
queîquès-unes. — ^ «1^6 sage craint quand le ciel 
ii est serein; dans la tempête il marcherait sûi^ 
)i les flots et sur lès vents. -^ Voulez ^ vous râi-^ 
» nutet' un grand pl*bj et, écrivez-le sur lat pdus- 
» sière , afin qu au moindre sérûpiilé il ri'eri 
» reste rien. — tJn riche iilotitràit ses bijbbk 
» à un stage ; je Vous remercie des bijoux ijùlé 
K vous me donnez, ditle^agé. Vf^itnent, je ne 
» voiles dorirle'J)as,' repartit le 'riche. Je vous 
» demandé pardon, répliqua lesâgé, vbUs riie 
» les donnez*, car vous les voyez et je les vois ; 
» j'eé' jouis cb'mrtîte' vous, 'etc. » ' 

Lettre sixièthé sur lësdis|^utes'déS i*évéreridà 
pères Jésuites à la Gliine. « Vous Setobl'ëz pieri- 
» ser qUe ce peuple n'est fait j^jibdi*' réussir que 
» d^S le* choses éifciles, mais qttî' sait si le tetAps 
» Aei viendra pas où lés Gliitibis aurotit àëîî 
» Cafeslùi et des Név^tbn ? il né fàiit qu'un hoiÂine 
3> ou plutôt qù'iiîlé fémiïie ; voyez dô qu'oiit'Fait 
» de nos jours Pierre I^"* et Càthérirife II. » 

Lettre septième isur là Fantaisie (Jti^otit elté quel- 
ques savans d^Euroj)è de faire dèécéndre lés Clu- 
xiôiidesEgyptirtià.' ^ . 'Ji ri 



x56 CORRESPONDANCE IITTERAIRE, 

Lettre huitième sur les dix anciennes- tribus 
qu'on dit être à la Chinç, 

Lettre neuvième sur un livre des Bracnlanes^ 
Ije plus ancien qui soit au monde. On nous ap- 
prend à distinguer le sacré Sçhasta-Bad, éérit il 
y a cinq miUe. années , dn f^eidam, qui est de 
quinze siècles plus moderpe. Ce Veïdam n'est 
qu'un fatras très-ennuyeux^ comparable à la. Lé- 
gende dorée y ^.nx Conformités de saint Fran- 
çois y elc. XlEzour-Veldam est .tout autre chose; 
c'est l'ouvrage d'un vTai sage qui s'élèyç avec 
force contre toutes les sotti^eis des Bracca^nes 
de son temps. Cet Ezourryeïdapa^ fiit écrit quel- 
que temps iayanÇ. Tinvasion d'Alexandre* C'est 
une dispiite de la philosophie pontre la théologie 
indienne. Mais je parie, dit l'ai^iteur, que I'Ezoutô 
Veidam i^'a fiuc^in crédit danp Ig ^pays , et que le 
y eidam y pa^ge. pour un livre céleste, . ^ . 

Voici le . çQn?rmenjcement du Schasta - Bad. 
« Dieu est un, créateur de tout, sphère uçivçr- 
» selle,6ain,i5,commencement,san$fin; Dieij.gpu- 
» v.erne tçAite la création . par une providence 
» générale résultante de ses éternels desseps. ,i 
:>) L'Eternel voulut, dans la plénitude du temps^ 
;►) communiquer de son essence et de sarspkn- 
» deur à deç.étres capables de les sentir. îUj^ n'é- 
» taient pas encore,rEternel voulut, etilsfurent» 
Lettre dixième sur le paradis |:eryestre de l'Inde* 
^ Lettre onzième sur le grand Lama et la Mé- 
tempsycose. C'est de toutes ces Lettres celle qui 
nous a paru la plus instructive .et la plus intimes- 



ÀVIilL 1776. i57 

santé. On y trouve la meilleure explication pos- 
sible de Topiniâtreté religieuse avec laquelle les 
peuples les plus instruits ont conservé tant de 
dogmes absurdes. « Informez, dit notre sage Bé- 
» nédictin , informez: un Chinois homme d'es- 
» prit, ou un'Tartare du Thibet, de certaines 
» opinions qui ont cours dans une grande par- 
» tie de rEurope^ ils nous prendront tous pour 
» ces bossus qui n'ont qu'un œil et une jambe, 
» pour des singes manques, tels qu'ils figti- 
» raient autrefois aux quatre coins des cartes 
» géographiques chinoises tous les peuples qui 
» n'avaient pas l'honneur d'être de leiir pays. 
» Quils viennent à Londres, à Rome ou à Pa- 
» ris, ils nous respecteront, ils nous étudieront, 
» ijs verront que , dans toutes les sociétés d'hpm- 
*» ines, il vient un temps où l'esprit, les arte 
Miiet les mœurs se perfectionnent. La raison 
» arrive tard, elle trouve là place prise par la 
» sottise ; elle ne chasse pas l'ancienne maî- 
» tresse de la maison, mais elle vit avec elle 
» en la supportant, et peu à peu s'attire toute 
* la considération et tout le crédit. Cest aînài 
> qu'on en use à RoMie même; les hommes d'E- 
» tat savent s'y plier atout, et4àissént la canaille 
» ergotante dans tous^ ses droits; » 

Lettre onzième ôur -Le Dante et sur un pauvre 
homme nommé MartinelS: On* se divertit beau- 
coup dans cette Lettre aux dépens du signor Mar- 
tinelli, qui, danséa préface de la nouvelle édi- 
tion qu'il a dotoé0d«i Dante, s'ëîst permis de dire 



'x6o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Je révais à resclarage 

De ceiLt'que souib^t FAmour; 

Je pensais à Tinconstance 

De nos Tolages bergers. 

Ah! les bois et le silence 

Pour les cœurs sont des dangers. 

Des bergers de nos campagnes j 

Un seul me semblait parfait. 
Est- il avec mes compagnes, 
Il est rêve ur et distrait. 
On lui doit la préférence , 
Disais-je, sur les bergers. 
Les bois , Tombre et le silence 

Pour les cœurs sont des dangers. 

• * 

Voyez avec la jeunesse 
. CoHÙne il est vif et pressant ! 
Près de la lente vieillesse 
Il est doux et complaisant. 

Comme il cliante ! Ali ! .comme il' danse ! \ 

Ah. ! mieux que tous nos bergers. 
Les bois , Tombre et le silence 
Pour les cœurs sont des dangers. 

Ainsi je rêvais aux charmés 
De ce i3erger séduisant , 
Quand , pour combler mes alarmes , 
Il parait au niême instant. 
D* Amour je sens la puissance. 
Nos deux coeurs sont engagés. 
Ah I les bois et le silence 
Pour les cœurs sont des dangio^. 



' On a remarqué que le Jubilé avait été célébré 
à Paris avec un^ déyotion et avec une régularité 
capable d'étonner des temps moins corrompus 



AVRIL 1776. i6t 

que le nôtre. Cette effervescence religieuse prou- 
verait-elle que la philosophie n'a pas encore fait 
tout le progrès dont on s'était flatté? Peut-être. 
Il ne serait pas impossible aussi que la piété eût 
eu moins de part à ces éclats de zèle que l'hu- 
meur dont on s'est pris depuis quelque temps 
contre le parti des philosophes, qui ne veut point 
reconnaître d'autres dieux que la liberté et le 
produit net. On a remarqué plus d'une fois que, 
dans les intérêts de leglise comme dans ceux 
du monde et de la cour, on faisait bien plus de 
choses par haine contre ceux que l'on désirait de 
perdre que par attachement pour ceux à qui on 
voulait le plus de bien. Il serait assez plaisant 
que la philosophie eût contribiié ainsi , sans le 
vouloir, à réchauffer la foi de son siècle. Ce Ju- 
hilé^ disait un de nos philosophes , a retardé 
F empire de la raison de plus de vingt ans^ NHm-^ 
porte ^ noies avons abattu *une forêt immense 
de préjugés. — Et voilà donc , Monsieur^ lui 
répondit une ferame, d'où nous viennent tant de 

fagots Le calembour n'est pas nouveau, je 

crois ; mais il a été remis avec trop de succès 
pour nous dispenser d'en faire mention. 



Oraison funèbre de très - haut et très -puissant 
seigneur Loms^Nicolas-Fictor de Félix y comte du 
Max, maréchal de France j chevalier des Ordres 
du Roi y ministre et secrétaire d'État au déparie* 
ment de la Guerre j etc. , prononcée dans VégUs^ 
de V Hôtel royal des Invalides ^ le a4 Avril l'j'jG^ 
I. II 



iSà CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
que Bayle était nx\ ignoraiiti sçin* esprit, et qu'un 
autre Cioso^ bomme de lettres, pour donnera 
ces compatriotes français m^e idée des poètes 
italiens et anglais , en avait traduit quelques mor- 
ceaux librement et sottement en vers d'un style 
de policbinelle. Une pareille impudence est re- 
Içvée comme elle méritait de Têtre. Ce qui pa- 
raîtra moins équitable, c'est que l,e divin Dante 
essuie une partie des traits dont on accable son 
triste commentateur. 

Ces Lettres sont suivies d'un Dialogue de 
,il/a.r///2e 4^ MadaurSy que , l'on peut regarder 
comme la profession de foi de l'auteur. Sa phi- 
losophie ressemble beaucoup à celle de Cicéroiu 
Ses preuvçs en faveur de Fimmortalité de Tâme 
sont d'un esprit qui doute, et les doutes qu'il pro- 
pose sur cette grande question sont d'une âme 
touJLe disposée à croire. Le morceau qui termine 
ce charmant ouvrage est de Téloquence la plus 
«ublime et la plus touchante. 
, <( J'aime donc ;la, vérité quand Dieu me la fait 
^ connaître. Je raime lui qui en est la sources je 
y> m'anéantis 4ev^iit lui qui m^a fait si voisin da 
r> qéant. Ilé$ignonS'nojus ensemble à ses lois uni- 
» verseUes^^iprévoçables, et disons. comme Epie- 
» tète : O DieuJ je. n'ai ja«nais accusé votre pro- 
» videucq. Ji'^ -éttébapaaJad^S parce que vous l'avez 
» voulu, etje-rai Foulu de mèvo^. J'ai été pau- 
» vre, parce que vous Tavetz .voulu, et j'ai été con- 
» tçnt de ma pauvreté. J'ai été dalis^la bassesse, 
» parce qup.voît*§ J'MVft;!^ VQjyilu,i.ûlgfe n'ai jamafi^ 



AVRIL 1776; i65 

bien Fallëgorie , Koan-Tchong la lui expliqua 
ainsi : « Vous savez , Sire , qu'on est dans l'usage 
» d'élever des statues au Génie du lieu : ces 
» statues sont de bois ; elles sont ornées et 
» peintes au dehors. Si par malheur un rat y 
» entre , on ne sait comment s'y prendre pour 
» l'en faire sortir : on ne peut pas se servir de 
» feu , crainte de brûler le bois ; on n'ose em- 
» ployer l'eau , pour ne pas gâter les couleurs ; et 
» enfin le rat reste à sa place , grâce aux égards 
» qu*on a pour la statue. Tels sont , Sire , dans 
» tout gouvernement ceux qui, dépourvus de 
)) talens et àe probité, ont cependant réussi à 
» gagner la faveur du Prince. Ils ruinent l'Etat;' 
» on le voit, on s'en désole, mais on ne sait 
«) comment faire pour y remédier. » 

J'approuve la morale de cette fable , et je suis 
très-fort de l'avis de Koan-Tchong , qu'il n'y a 
rien de plus terrible dans un gouvernement 
que le rat dans la statue ; mais ce que |e ne 
conçois pas si bien , c'est comment lui-même a 
pu être de cet avis, car l'Histoire porte qu'il 
était ministre , et par conséquent de l'espèce 
rat. Comme on ne dit pas précisément qu'il fût 
le premier ou le seul ministre de l'Empereur 
nous présumons qu'il était seulement du nom- 
bre de ceux qui ont le titre et la paye de ministre, 
sans aucun pouvoir, auquel cas on pourrait 
croire qu'il aura été fort aise de donner quelque 
coup de pâte, en passant à un confrère qti'il 
n'aurait pas osé attaquer ouvertement. 



t66 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 

Après ce que je viens de dire de la morale , 
je reviens à l'allégorie même, qui n'est pas pré'' 
cisément aussi parfaite que je l'aurais attendu 
d'un peuple si accoutumé à ce genre d'instruc- 
tion. Le parallèle entre TEmpereur ^t une^tatue 
de Hois est, par exemple, si peu respectueux, 
que j'aurais bien voulu que L'auteur nous eût 
dit comment le Prince prit la compal?aison , en 
supposant du moins qu'il en eût senti toute la 
force ; car , entre nous , il n'était question de 
rien moins que d'établir le rapport d'une tête 
sacrée aune tête de bois. Il est très-possible qu'un 
vrai rat pénètre dans une vraie statue sans en être 
aperçu ni senti ; mais l'est-il également qu'un mi- 
nistre tel qu'on nous le représente sans talens,, 
sans probité, aille ^^7îo/a/2^ jusqu'à la plus 
haute faveur, sans que le Prince .intérieurement 
ne s'écrie : Je sens un rat(i)? Cela nç peut pas 
être, et la seule supposition d'unç telle absur- 
dité était des plus injurieuses à la sagesse et à 
la pénétration royale de Hoeb-Kpng. Je sens 
bien qu'on peut dire en faveur de Koaii-Tchong 
que les Princes de l'Orient n'ont pas le degré 
d'esprit et de lumières qui distingue si avanta-: 
geusement ceux de l'Europe ; il se peut même 
qu'assoupis dans les bras de leurs maîtresses 
ou menés par des femmes hnpérieuses et intri- 
gantes, ils n'aient pas les mêmes faciUtés pour 
découvrir les artifices d'uii ministre ambitieux ; 

(î) Je sens un rat est nne cxpreision proyçl^bîajie et ^iii xeuX dii« 
«oujproaner çlu d.ui)|«j(\ 



4VÏIIL 1776. 167 

mais après taut^ lorsque le mal est venu r\$. 
point où semble le porter Koan-Tç^ong, il est 
impossible que Je cri universel,, les plaintes et la 
désolation d'un peuple rui^é , opprimé , ne par- 
viennent jusqu'au tr.ône çt ne réveillent enfin le 
Prince, à moins, qu'il ne soit en effet que d'un 
degré au-dessus de la statue. Dans ce cas -li , il 
faudrait en convenir, l'aliégorie du bois peint 
po^^^ajit être juste, ejt la: tête du Monarque ne 
serait, .plus à proprement parler que l'enseignç 
du gouvej*neme«tf:. ... 

Mais malheur^ui^me^t la conclusion quje 
Roan-Tchong tire de son allégorie. n!est pas 
moins faiisse et moins absurde j car, dit -il,, 
lorsque le rat est entré dans la statue, on ne 
sait.pascomment l'en tirer; on n.'t>se faire du 
feu, crainte de brûler le bois; on ne peut se 
«ervir de l'eau, de péucde gâter les couleurs; il 
faut absohiment que le rat reste dans son gite, 
parr,rjespjpet pour la statue. Tous ces égards si 
polis ^, ceci spit dit avec là soumission due à 
Roan.- Tchong , iraient beaucoup < mieux. 4 un 
courtisan irlandais qu'à un courtisan* cJaiomsi; 
car quîest^ce. autre chose 4 sinon de dire en très- 
bon hibernois queç paa: respect pour Ja statue'^ 
on la laissera déviorer entièrement y et cela de 
P^ur ée l'endommager un peu , tandis que la 
vraie :i»anière de lui montrer de l'affection se- 
rait de l'arracher kum danger manifesie, dut-ij 
même lui en.coiitfr un membre ou deux ; extré- 
«aité à laquelle on se trouve parfois réduit dans 



i6è CORRESPONDANCE LITTERAIRE 
certaines crises? Ce n'est pas après tout que Je 
ne rende justice à Koan-Tchong, en n'attri- 
buant pas son manque de raison à son manque 
d'esprit, mais plutôt à une logique ministérielle, 
qui n'est pas moins d'usage dans d'autres pays 
qu'à la Chine. Le fait est que le ministre perce 
ici , et non-seulement le ministre , mais le mi- 
nistre qui ne fait aucun cas de la judiciaire de 
son Prince, comme il parait par le raisonnemrent 
sophistique dont il se sert vis-à-vis de lut , et 
qu'il n'aurait certainement pas employé dans sa 
société ordinaire. Ce raisonnement consiste à lier 
si étroitement le rat et la statue, le Roi et le 
ministre , qu'ils ne forment plus pour ainsi dire 
qu'une seule et même chair, et qu'on serait tenté 
d'imaginer qu'ils croissent ensemble, comme les 
deux Hongroises qu'on montrait il y a quelques 
années à la Foire. Or il s'ensuivrait de là que 
quiconque attaquerait le rat, en d'autres termes 
le ministre, serait l'ennemi de la statue^ en d'au- 
tres termes celui du Roi, et que, par la même 
raison , les amis du rat ministre seraient regar- 
dés comme les amis de la statue Roi. 

J'avoue bien que cette idée d'union indisso- 
luble entre la statue et le rat serait très - favo- 
rable, au ministre, s'il pouvait se trouver un Roi 
assez imbécille ou une Nation assez sotte pour 
l'adopter; mais on ne me fera jamais croire qu un 
peuple aussi sensé qu'on nous représente le 
peuple chinois ait jamais pu^tre la dupe d une 
grossièreté si absurde , di| moins n'aura-t-elle 



AVRIL 1776. 169 

pas fait fortune hors de Fenceinte du palais. 

Examinons actuellement le sens littéral de 
Fallégorie.* Ces images peintes sont consacrées » 
à ce que l'on dit, au Génie du Keu; objets de la 
superstition publique , elles sont vraisemblable- 
ment l'ouvrage des bonzes, qui leur impriment 
le caractère sacré dont elles sont revêtues, et les 
présentent ensuite au peuple comme des images 
de la Divinité; mais ces images divines étant 
malheureusement de bois, des rats sacrilèges y 
pénètrent et menacent de ruine leur fragile exis- 
teHce: Quel parti prendre dans une extrémité 
pareille? Les laiâsét dévorer impunément, de 
peur que la statue n'en éprouve quelque légère 
atteinte, comme s'il n'y avait pas ciént mille 
moyens de faire déguerpir le rat sans faire le 
moindre mal à la statue ; par exemple , en la se- 
couant bien, n'est-il pas vraisemblable que l'ani- 
mal en serait tellement effrayé qu'il quitterait 
bientôt son gîte , crainte d'un plus grand mal- 
heur? 

Il y aurait encore un autre expédient, ce se- 
rait de mettre un chat aux trousses du rat; mais 
ce moyen-là ne serait pas absolument sans ris- 
que : le chat tuerait infailliblement le rat ; mais 
il pourrait fort bien arriver que , se trouvant si 
hien à sa place, il n'en voudrait plus sortit. 
Est-il possible , apt-ès tout, qu'un art aussi utile 
que celui d'attraper les rats soit inconnu au 
peuple le plus ingénieux de l'Asie? Si cela était 
ainsi , je conseillerais fort à notre Compagnie des 



I70 CORRESPONDANCE LITTERAIRE , 
Indes de charger deux ou trois chasseurs de rats 
sur les premiers vaisseatix qui partiront ; on 
pourrait sans doute en espérer des retours et 
des ava,ntages aussi considérables que ceux que 
Whillitgton retira jadis, de son chat :' tous les 
gens instruits savent son histoire (i). Il est vrai 
que ce noble art est hi^n tombé parini nous 
depuis quelques années , et que, si l'on; me fai- 
sait rhonne,ur de me consulter, j'aurais beau- 
coup de peii>er à trouver un seul chasseiir suffi- 
samment, éclairé , suffisamment honnête* . 

Mais ^peut-on s'imagiiier ^ans le vr^ que* la 
religion et la piété des.. boi|zes. leur permettent 
jamais de demeurer spectateurs traûq«|ille3 de 
tels outrages, ou que ce^x qui se vantai]^ de 
chasser le .diable ne puissent pas veùir à bout 
d'un rat? à moins qu'on n'ait assez peu de cha- 
rité pour, croire que , par, une espèce dé commu- 
tation, les bonzes pernjettent aux rats d'entrer 
dans leurs statues pour s'en délivrer eux-mêmes, 
cédant ainsi leurs dieux afin de sauver leur lard. 

ReVeno^îs à l'allégorie de Koan-^T^qj^i^n^. Un 
ministre sans taie ns, sans naérite, réussit à g^giier 
la faveur de son Prince; il pinrd toutî e« le voit, 
on s'en désole, mais on ne sait pas comment y 
remédier- Le remède est. cependant bif^n fçkcile: 
ôtez-lui le ministre , et préyepez ainsi sa rpine et 
celle de. la Patrie. Je ne doute nullement, comme 
le dit Ko.^n, que pendant l'opération l0 ministre 
ne s'écrie :- Vous attaquez le Roi, vous ctoupez le 

(0 Sotte légende. 



AVRIL 1776. / 171 

visage au Roi, c'est le Roi que vous blessez en 
ma personne; je ne doute point, dis-je, qu'il ne 
se serve du Roi comïne iîhèz nous les femmes 
grosses qu'on condamne à là mort se servent du 
fruit qu'elles portent dans leur sein pour sus- 
pendra l'exécution qui les menace ; je n'eji doute 
nullement, mais je suis aussi persuadé qu'en 
nommant des jurés experts, ils trouveraient, en 
faisant la visite, que ces Messieurs ne sont point 
dans les termes de la loi, q^e le rat et la statue 
sont deux corps distincts qu'on peut fort bien 
détacher l'un de l'autre sans faire le moindre 
mal à celui que Ton a envie de 'conserver. 

Je conclus de toute cette discussion qu'il faut 
adopter une partie de l'allégorie; c'est qu'il n'y 
a rien de plus pernicieux au bien de l'Etat qu'un 
ministre qui parvient sai^s^ i»éril;e et sans vertu à 
gagner la faveur, du PriiK^e ; mais j'en rejette ab- 
solument la suite, qu'on le voit, qu'on s'en dé- 
sole, et que; piar égard pour le^ftrtnce, on tiè sait 
comment y rem^l^r, j>ùisi[j(ué le respect même 
qu'on doit au P^^^^ "^î^^^iiga^er dans cette en- 
treprise, et qu'un bon sens ordinaire , aidé d'une 
vertu commune; est sûr d'y^f^Ussir. 



172 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
Sur V Amour-propre^ par M, Tahhé PorqueL 

De son esprit, dit-^o, çliacun pensç trop bien ; 

C'est le commun ayis : pour moi, jen^en croi3Tieiw 
Notre esprit a sa conscience ; 
De sa ûiiblesse im. ne fait point Faveu: 
Mais on la sent ; on est juste en silence 

$ur ce point délicat, bien qu'on ensouffire-un peu) 

Les plus sévères yeux sont peut-être l'es nôtres ; 

On ne se trompe point , on veut tromper les autres. 

Surprendre leur estime. est un larcin permis, 

£t nos dupes toujours sont nos meilleurs amis. 



Chai^son sur ce que Lanivée a reçu a5 louis pour 
ne plus chanter dans l'opéra ^'Adèle. 

Air : Les Jlfourgeois de Chartres* 

Voulez- vous savoir comme , 
'Et fort en raccourci, 
' X'ambassad«ur qu'on nomme' 
Le comte de irfercy 
Vient de Ésiire tm beau coup' qui prouve .de I«. tête. 
Un fat, lin sot^ ujie ca| 
Etant venus un Jseau, i 
Lui présenter requéfle ? ^ 



cat|a 



Vous.mé d^r^ pçut-étre 
Qu'un bon historien. 
Pour écrire à la lettre , 
Ne doit omettre rien. 
Mais de vous rien cacher je n'eus jamais l'envie^ 
Le fat, c'est monsieur Le Bailli (i), 
Le sot , monsieur de Margenci , 
La catin , Rosalie. 

(x) M. Le Bailli dn RoUiet^ 



AVRIL 177e, 173 

Cette reine impudente 
Des plus sales catins 
De sa bouche méchante 
Tira ces mots malins : 
On peut laisser Arnoud , on ne Taîme plus guèr« ; 
On peut laisser Le Gros brailler > 
Mais Larrivée il faut l'ôter, 
Cest l'ami du parterre. 

Le fat jusques à terre 
Baissant son dos voûté , 
Dit : Hélas! je n'espère 
Que dans votre bonté. 
Secourez, Monseigneur, de Gluck la rapsodie; 
Si l'on aime un bon opéra , 
Dites-moi ce que deviendra 
Ma pauvre Iphigénie* 

Le sot prit la parol« 
Pour confirmer cela, 
Mais à ce pauvre drôle 
Deux fois la voix rata -, 
Enfin , s'écria-t-il , faites que Larrivée 
Laisse son rôle au plat Durand , 
Et vous verrez dans cet instant 
Adèle abandonnée. 

Un discours aussi béte 
Charma l'ambassadeur. 
Çà , dit-il , qu'on s'apprête 
À payer cet acteur ; 
Quoiqu'il chante bien faux et soit même un peu grêle. 
Allons, qu'on ne m'en parle plus, 
Qu'on lui donne deux cent» ^Qus , 
Et qu'il nous quitte Adèle. 



1^4 CORRESPONDANCE LITTERAIRE. 

Aussitôt Larrivée 
Six cents francs a reçu ; 
Depuis cette journée 
On ne l'a plus revu. 
Tout cela n'y fait rien , la tragédie est belle ; 
•Malgré le fat, le sot, Tacteur, 
La catin et Tambassadeur , 
Le public aime Adèle. 



MAI 1776. 



L'école des mœurs, comédie en cinq actes et en 
vers, enterrée assez paisiblement ku théâtre de 
la Comédie française, le lundi i3 Mai, est de 
M. Fénouillot de Fâlbaire de Quingey. Sans avoir 
autant de célébrité' que de nom, il y a long- temps 
que M. de Quingei a fait ses preuves dans la car- 
rière dramatique, par V Honnête Criminel ^ que 
Ton joue en province avec une sorte de succès ; 
par les Deux Avares y que la charmante musique 
de Grétry à fait réussir à TOpéra-Comique; enfin 
par la. fameuse Banqueroute du Fabricant de 
Londres^ pièce plus mal reçue encore que ne l'a 
été FEcçle des Mœurs. Ceux qui connaissent per- 
sonnellement notre poète trouvent qa'il porte 
sur Son front la triste empreinte de ses catastro- 
phes littéraires. Il eât difficile d'imaginer une 
physionomie plus imbécille, plus pitoyablement 
pleureuse. Le sourire ne vient qU'à-regret sur ses 
lèvres, et sa démarche gaudie et languissante est 
tout-à*fait celle d'un drame qui chancelle et va 
tomber. 

Quelque faible que' soit le plan d'un ouvrage , 
quelque lourde qu*én soit la conduite, quel- 
qu'impuissante qu'en soit même Féîcécution, il 
peut s'y trouver encore un assez grand fonds 
d'intérêt; c'est ce que prouTent toutes les pièces 
de M. de Quingey, et celle que nous avons Thon- 



176 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
neur de vous annoncer, malgré son mauvais suc- 
cès, le prouve peut-rêtre mieux qu'aucune autre. 
L'objet de cette comédie est parfaitement moral; 
la fable en est assez bien conçue et pouvait pro- 
duire plusieurs situations nouvelles et des scènes 
infiniment touchantes. L'auteur n'a rien fait de 
tout cela , parce qu'il n'a aucune adtesse , aucune 
grâce dans l'esprit; parce que, sans verve et sans 
chaleur, il n'a pas même le talent qui semble y 
suppléer quelquefois, le talent d'écrire; enfin 
parce qu'il ne connaît ni le langage. ni le ton des 
sociétés qu'il a voulu peindre. 

Chaque genre a des machines et des moyens 
qui lui sont propres. Il faut des urnes , des lam- 
pes, des poignards à la tragédie, des diables, des 
tonnerres à l'opéra; la comédie sérieuse ne sau- 
rait se passer d'un métier de tapisserie, d'un jeu 
de trictrac ou d'une table à thé; aussi cette Jàble 
à thé est-elle la première chose qui se présente à 
nos yeux dans V Ecole des Mœurs, Pour varier 
une circonstance si intéressante , on a bien ima« 
giné quelquefois de prendre du vin de Rota, 
comme dans Lucile; mais cet ordre de beautés 
n'est pas inépuisable, et l'on ne trouve pas tous 
les jours des idées nouvelles. 

Quelque ennuyeuses qu'aient pu paraître et 
V Ecole des Mœurs et l'esquisse que nous ve- 
nons d'en donner, nous, avons la modestie de 
«roire que c'est bien plus la faute de M. de Fat 
baire ou la notre que celle de notre sujet. On 
l'eût traité peut-être avec plus de succès dans un 



MAI 1776. i^f 

romzn que dans une pièce dramatise; mais il 
n'en est pas moins vrai qu'avec un pareil fonds 
il ne fallait que du génie et du talent pour faive 
l'ouvrage du monde le plus instructif et le plus 
intéressant/ll est clair que M. de Falbaire li'erf 
eut jamais, puisqu'il en a fait une si mauvaise 
chose. Les caractères de son drame ne sont que 
grossièrement indiqués; on n'y trouve pas une 
seule scène qui soit du ton dont elle devrait être, 
pas une dont l'objet soit rempli , dont le style 
Boit seulement supportable. Comment, dit la. 
Reine en sortant à Le Rain , comment est-il possible, 
que Von ait reçu une si détestable pièce ? — C*est, 
Madame, répondit l'acteur avec la confusion 
la plus respectueuse, c^est le secret de la Corné'- 
die. L'auteur s'est plaint publiquement de l'in- 
justice des Comédiens qui , après avoir estropié sa 
pièce le premier jour, lui refusaient encore de ré* 
parer leurs torts par une seconde représentation^ 
Il est convaincu que ce n'est qu'à leur mauvaise 
volonté et à la corruption des mœurs publiques 
qu'il faut attribuer la chute de son ouvrage. A la 
bonne heure ; tout cela n'est-il pas dans la règle ? 



Le vieux Robbé , si honteusement fameux par 
les déréglem^ens d'une imagination vraiment cy- 
nique, mais souvent originale et forte, moins 
connu cependant par la singularité de ses écrits 
que par celle de son caractère , après n'avoir ot 
fert long- temps qu'un mélange monstrueux du^ 
libertinage le plus dégoùtajat y de l'impiété la 



tyS CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
plus déterminée et de la dévotion la plus supers- 
titieuse , s'est jeté enfin dans la réforme; et, pour 
preuve de sa parfaite conversion , il a fini par être 
l'ami intime du pieux Fréron , et l'ennemi dé- 
claré de tous- les philosophes. Il vient de publier 
en conséquence une longue satire où il en veut 
à toute la littérature. Ce riche Recueil de rimes et 
d'injures est dédié à M. le comte de Bissi, contre 
qui il avait fait une épigramme, et qui ne s'en 
est vengé qu'en lui donnant à dîner , trait de 
générosité mémorable, et digne , à son gré, 
dlêtre gravé en lettres d'or au temple de Mé- 
moire. Quoique cette satire soit en tout une 
trè$-mauvaiâe chose , on y trouve encore par-ci 
par-là des traits assez piquans , et même quel- 
ques vers heureux. Oa en jugera par le portrait 
de M. Dorât et par celui de M. de Voltaire , deux 
Tuorceaux qui sont un peu moins négligés que 
le r^esite. 

Léger poète , il est â>rt à ma guise* 
Trop fetiblement mmiiajit le burin , 
So^ Apollon n'est pas double de rein^ 
Mais dans ses vers .Dorât retient captives 
£n ce temps-<:i les Grâces fugitives. 
Souple , badin , délicat dans ses traits , 
B^une toilette il fait bien les apprêts, 
' Et le mignon d'iine main assee ^re 
Sait i Vénus attacher la ceinture. 
C'est, si Ton veut, un joU papillon 
Bariolé d'azur , de vermillon , 
Batifolant autour de la ruelle , 
Et qui voltige au gré de chaque belle. 
• A Tceil du sexe â est |oat pleiui d^appâ». 



ÉAï 1796. lya 

IVIalsy taon ami, pour Dieu ne cliaossez pas 
Le brodequin; la chaussure comique 
t^rimacerait su^ votre jambe ëtique , etc. 
— L'ambitieux du château de Ferué 
Crut que pour tout Dieu Tavait façonné. 
Le voilà donc qui tous lève boutique 
Universelle : ode , drame y critique , 
Philosophie , histoire , beaux romans , 
Factums, discours, opéras, vers charmans^ 
Complet Théâtre où la muse riante 
Ya contrastant avec la larmo^nte; ^ 
Satire , épitre , ouvrages mélangés 
De prose et vers se trouvent arrangés 
Sut son comptoir^ A tout genre il se guindé \ 
C'est le mercier le mieux fourni du Pinde. 
Du géomètre il emprunte le ton 
A d'Alembert, calcule avec Newton; 
Du grand Homère en épique s'accoste , 
Et court en fou les champs de l'Arioste. 
Rendons-lui gloire : en traitant, chaque objet 
Il n'est jamais au-dessous du sujet. 
Mais il n'est pas ce qu'il imagine être. 
Original ; partout il a son maître^ 

Essai sur les Causes principales qui ont contfi^ 
hué à détruire les deux premières races des Rois 
de France; ouvrage dans lequel on développe les 
constitutions fondamentales de la Nation fran- 
çaise dans ces anciens temps ; par M. Dumont , 
auteur de la Théorie du Luxe et de plusieurs 
autres ouvrages relatifs au commerce de tAngle'^ 
terre ; lui vol. in-8?. C'est l'ouvrage qui a rem- 
porté le prix proposé par l'Académie royale des 
Inscriptions et Bellès^Liettres en 1771. Le sujet 
de ce prix avait été énoncé ainsi : Pourquoi hs 

la. 



ï8o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
descendans de Charlemagne , princes ambitieux 
et guerriers , ne purent se maintenir aussi long- 
temps sur le trône des Français que les faibles suc- 
cesseurs de Clovis? Pour trouver le germe des 
événemens qiû conduisirent la race carlovin- 
gienne à sa perte , et rendre raison du peu de 
durée de son règne , l'auteur a cru devoir re- 
monter jusqu'aux premiers temps de la monar- 
chie. C'est dans les opinions , les usages, les lois, 
les coutumes établies dès-lors , qu'il découvre le 
principe qui renversa du trône les Carlovingiens. 
On voit qu'il n'a pu développer ce système sans 
examiner les constitutions de la France sous les 
deux premières races. Ce plan est vaste ; et quoi, 
qu'il ne lui ait pas donné toute l'étendue dont 
il était susceptible, son livre suppose des re- 
cherches immenses, des combinaisons fort in- 
génieuses , une critique très - éclairée et très- 
savante. 

L'hérédité des bénéfices, l'accroissement pro- 
digieux de la puissance des seigneurs est , selon 
M. Dumont, la première cause de l'affaiblisse- 
ment de l'autorité royale. Dès l'année 588, les 
seigneurs obligèrent Contran et Childebert II 
de leur accorder, à titre de propriété , la posses- 
sion irrévocable des concessions qui leur avaient 
^té faîtes par les derniers souverains , ou qui 
pourraient leur être faites désormais par ceux 
qui tiendraient le sceptre. L'usage die la recom- 
mandation et la çnxkàeuT^es pYérùgatives atta- 
chées à la dignité de maire achevèrent de vni- 



MAI 1776. i i8i 

ner la famille de Clovis, parce que ces deux cir- 
constances rompirent l'espèce d'équilibre qu'il y 
avait eu jusqu'alors entre les seigneurs. Tous 
luttant incessamment ensemble , ils s'étaient con- 
tenus respectivement. 

Par l'usage de la recommandation^ les seigneurs 
et même les hommes libres pouvaient recevoir, 
le dévouement de ceux qui se recomipandaient 
à eux , et porter eux-mêmes leur propre hommage 
à Un seigneur plus puissant. Ceux qui s'étaient 
une fois récommaridés étaient tenus , par hon- 
neur et par la religion du serment, de servir leur 
seigneur fidèlement et de toute l'étendue de 
leurs forces , au péril, de leur vie et de leur iox^ 
tune. Le maire du Palais , en vertu des préroga-. 
tives de sa charge , avait presque tdu$ les détails 
du gouvernement. Il exerçait de droit l'autorité 
souveraine durant les interrègnes , les minori-: 
tés, etc.; il disposait des plaçei. L'assemble des 
seigneurs l'élisait , et il ne pouvait être destitué 
qu'avec le consentement d'une pareille a^^aern-* 
blée. De ees.deux institutions coexistantes et 
jointes aux autres institutions dont on vient de 
parler, il résultait naturellement qu'il devait ea 
peu de temps se former au sein de la Nation un 
petit nombre de maisons très-puissantes.. Quel- 
ques-unes de ces maisons s'upissant et se foiidant 
en upe par des mariages ou des contrats d'air 
liance , la maison qui réunissait ainsi la puissance 
de plusieurs autres dut bientôt s'emparer de toute 
l'autorité , d'autant plus aisément que les Rois 



i8a CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
étaient isolés y sans famiUe, et qu'ayant perdu 
peu à peu leurs domaines propres et diminué 
l'étendue de leur pouvoir par des concessions 
de toutes natures , ils n'avaient à la fin , pour 
se soutenir , que la Justice de leurs droits. 

Après avoir montré comment la puissance des 
seigneuts parvint à renverser les Mérovingiens 
et comment leur chute totale ne fut retardée que 
parce que cette puissance avait eu des progrès 
moins prompts en Neustrie qu'en Austrasie, 
notre auteur fait voir; dans la seconde partie de 
son ou\Tage, que la plupart des constitutions 
politiques dont l'influence arracha la couronne 
aux successeurs de Clovis subsistèrent encore 
sous les descendans de Charlemagne. Il en con- 
clut que si l'énergie de ce principe, arrivée dès- 
lors à un haut point, dut augmenter encore d'in- 
tensité par sa nature et par les circonstances 
qui y loin delà c^ntrè-balancer^ l'ont. »d con- 
traire favorisée, on a, dans la plus grande acti- 
vité de ce principe, la raison de ce que les Car- 
lovingieris, quoiqu'ambitieux et guerriers, ne se 
sont pas maintenus aiissi long-temps surle trône 
que les faibles descendans de Mérouée. 
• Rien ne prouve mieux combien les préten- 
tions^ et les prérogatives de la haute noblesse 
s'accrurent sous la seconde race , que le grand 
nombre d'alliances qu'on lui vit contracte^ avec 
desmaisojis souveraines. Gefut presque toujours 
dans la famille des seigtieurs français que les 
Empereurs , les Rois , les Princes du sang d^ 



MAI 1776. ^ iZZ 

Pépin prirent leurs épouses , et que les Priticesse» 
de la Famille royale choisirei^t à leur tour de* 
époux. Dans Tépitaphe de Fastrade , une des 
épouses de Charlemagne , on parle de sa noblesse 
comme d'une noblessç égale à c^e de ce souve- 
rain : Fastrade n'était cependant que la fille de 
Raoul , seigneur franc , comte de Pranconie. On 
voit dans les! Chroniques du temps que plusieurs 
de ces seigneurs avaiexit, comme le Roi, une 
maison nombreuse , importe-étendard^degrands 
officiers de toute dénomiaiation , et des^ nobles 
potwr domestiques. 

Quoique les temps soient bien changé», quoi* 
que la politique et les mœurs actuelles aient dir 
miriué considérablement Finfluence et lès hon-^ 
neurs des familles les plus illustre» , l'esprit de 
la Noblesse française n'a pas encore perdu 8e& 
prétentions^ Ce quedijt ily a^q^ques mois la 
duchesse de Fleury ^ dansi une assemblée, nom^ 
breuse ^ ne tient-il pasde la fierté de ces anciens 
temps ? Elle parlait avec beaucoup de. vivacité 
de la manière dont M. Turgot se permettait d'at* 
taquer les premiers droits de la Noblesse. Mar 
dame de Laval soutint que l'on ne pouvait sç 
plaindre d'une chose que le Hoi n'exigeait 
qu'après en avoir donné lui*-méme l'exemple^ 
lui dont la Noblesse tenait tout s;onf lustre et 
toute son existence. « Vousm'étannez, lui répon- 
» dit la jeune -Duchesse : quelque respect que 
» j'aie pour le Roi, je n'ai jamais cru lui devoir 
» ce que je suis. Je sais que les Nobles ont fait 



i84 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» quelquefois des souverains ; ^mais , quoique 
9 vous ayez autant d'esprit que de naissance, 
p je vous défie , Madame , de me dire le Roi qui 
» nous a fait nobles. ^ Cela vaut bien Val menos 
du page espagnol. 

, Aux causes générales tirées de la constitution 
du gouvernement français auxquelles on doit 
attribuer principalement la chute des Carlovin- 
giens , il cfonvient de joindre deux causes acces- 
soires qui purent bien influer sur cette révcdu- 
tion , en favorisant le prompt développement 
des effets qui la produisirent. Premièrement, 
Charlemagne, ayant conquis la Lombardie moins 
par la force de ses armes que par la défection 
des seigneurs lombards , conserva au pays^ ses 
lois et ses usages. Les ducs et gouverneurs, en 
Lombardie, quoique subordonnésauRoi^ étaient 
de véritables souverains dans leur district. Les 
seigneurs français qui avaient de semblables em- 
plois dans les autres parties de TÉtat ambition- 
nèrent d'être sur le même pied, et tendirent in- 
cessamment à ce but. Secondement , la dignité 
impériale que Charlemagne avait recherchée 
avec empressement , cette dignité que ses des- 
cendans ambitionnèrent comme lui , fut cause 
que ceux-ci reçurent une infinité de mauvais ser- 
yices de la part des Papes, qui aspiraient à l'in- 
dépendance plus vivement encore qu'aucun des 
vassaux de l'empire. 

Je ne sais si notre auteur ne méprise point 
trop les atteintes que l'ignorance ef la supersti* 



MAI 1776.. x85 

tion ont pu porter à Tautorité royale. II croit 
qu'il n'y a jamais que le gros du peuple sur qui 
le Clergé puisse' prendre un grand ascendant , 
et que la tête du corps politique n'en reçoit pas 
l'impression ; il croit qu'avec le seul appui de la 
multitude on ne peut pas opérer des révolutions 
dans un grand empire, ni même y entretenir des 
troubles d'une certaine importance. Mais com- 
ment ne voit*ilpas que la superstition, arrivée à 
son dernier terme, gagne les chefs mêmes de 
l'État, les intimide et les subjugue ? Gomment ne 
voit-il pas qu'^i augmentant la puissance tem- 
porelle des Papes et de tout le Clergé , Charle- 
magne et ses descendans donnèrent à l^. supers- 
tition une force réelle et qui put contribuer 
beaucoup à fomenter les troublesMlt les divisions 
qui déchirèrent leur règne ? Des évêques même 
sévirent en état d'être chefs de parti, ou de fourr 
nir du moins aux seigneurs qui se liguaient aveo 
eux des secours très-propres à faire respecter 
les excommunications , les anathèmes , et tous 
les foudres de l'Eglise. 



M) Marmontel a changé le dénouement de la 
Fausse Magie. Il a supprimé le grand chœur des 
Bohémiens , le miroir magique et tout ce qui 
s'ensuit; à ce grand appareil, qui avait paru à-la- 
fois puéril et recherché , il a substitué assez heu- 
reusement l'idée de la Mandragore. On prédit 
au vieux DaUnle sort de l'amant le plus fortuné; 
mais Tinstant d'après on lui annonce que ces 



i86 CORRESPONDANCE HTTERAIRÈ. 
jours de fête vont se changer en jours de deuiL 
Il est écrit dans le livre des Destins que le pre- 
mier époux de Lucette doit mourir le lendemain 
de ses noces. Quel parti prendre? La Bohé- 
mienne lui conseille de fsiire épouser sa jeune 
pupille au vieux Dorimon : il en £era la folie«^ 
Cette idée le révolte : c est son meilleur ami. — 
Eh bien, à Liiival son neveu* — *Non, il ne peut 
consentir à lé perdre* Pour l'y déterminer, on 
lui raconte l'intrigue de ces jeunes ainans qui 
le trompent et qui abusent depuis long-temps 
dse sa confiance. Il se laisse enfin gagner ; mais 
après avoir donné son aveu à cet bymen funeste, 
lorsqu'il reçofit de Lucette et de son amant les 
pk» tendres protestations d'un attachement et 
d'une reconnaissance éternellë\,^ il est si Umché, 
qu'il s'écrie avec un attendrissesnent vraiment 
e^M»ique : Non, tune Fépouseras^pus.. On a beau 
fiéclarer à Linval le sort qui le menace ^ il n'en 
persiste pas moins dans ses vœux. « £k si j'étais 
» forcé de renoncer à ce que j'aime, ne fau- 
» drait-il pas également en mourir?» Le contrat 
signé, on instruit le pauvre vieillard du piège 
qui lui a été tendu, il yen console, et la pièce 
finit par un grand dbceur. Quoique ce dénoue- 
ment ait beaucoup mieux mi»sique le premier. 
l'Opéra n'a pas eu tout le suocuss qu'il semblait 
promettre : on ne l'a donné que trob ou quatre 
lois. Il faut convenir que les morceaux die ma > 
9ique que Ton a été obligé de refaire pour cenou- 
Teau dénouement sont assez faibles; il n'^esl pas 



MAI 1776. iSj 

moins vrai qi>3 toute la musiqiie du second acte 
est très-inférieure à celle du premier, qui est 
peut-être le chef-d'œuvre de Grétry. 

La clôture des spectacles n'a rieiï eu de fort 
remarquable. On a remis pourTAcadëmie royale 
de Musique l'opéra d'Ifihigénie^qui n'a pas fait 
le même plaisir que dans sa nouveauté, soit que 
l'exécution en ait été plus négligée , soit que nos 
oreilles soient devenues un jieu plus difficiles 
depuis le succès de ia Coionie, Les Comédiena 
français ont fini par Gustave. Le sieur Larive a 
été chargé du cbmpliment de clôture ; quoiqu'il 
n'y eût dans son discotirs qtie les formes d'usage, 
il a été infiniment applaudi et méritait de Tétre,' 
Depuis quejesuisleThéâtrCyet malheureusement 
pour moi il n'y a que huit ou neuf ans , je n'ai ja- 
mais rien entendu réciter avéti plus de grâce et 
d'une manière plus séduisante. Le compliment: 
de clôture de la Come'^die italienne a été plus 
facétieux que de coutume. Le sieur Trial a paru 
d'abord sur la scène en habit noir , et a com- 
mencé à haranguer le parterre du ton le plus 
digne et le pluspathétique, A la troisième phrase , 
on a entendu une voix: sortir de Torchestre el> 
dire avec beaucoup dliumetir, « Êst*il perniià 
j) d'ennuyer ainsi le public !» L'brateur a eu raii< 
d'être fort déconcerté et de chercher d'où pou- 
vait lui venir une apostrophe si singulière; it 
s est pïaînt, en avouant qu'il ne savait plus où 
il en était, mais qu'on n'avait jamais interrompu 
ainsi un acteur sur la scène ; il a reproché £^ \^ 



i88 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
sentinelle de ne pas faire son devoir. Tout ce 
bruit n'a point intimidé la voix de l'orchestre^ 
qui n'a fait que crier plus fort. La dispute s'est 
échauffée, et les spectateurs n'ont été bien sùrs 
du lazzi que lorsque l'homme de l'orchestre s'esl 
offert lui-même à monter sur les planches pour 
apprendre audit sieur Trial comment il fallait s'y 
prendre pour faire un compliment. C'était le 
sieur Thomassin. Grand brouhaha. Nouvelle dis- 
pute entre ces deux acteurs. à. qui parlerait le 
premier. Le reste de la troupe n'a pas noianqué 
d'y venir prendre part; et, pour terminer la 
querelle, on a décidé que Chacun chanterait son 
couplet à son tour. Tous ces couplets, parodiés 
sur les airs les plus goûtés du public , ont paru 
délicieux pour le moment ; mais M. Anseaume , 
qui en est Fauteur, est bien persuadé lui-même 
qu'il n'y en a pas un seul qui mérite d'être re- 
tenu. Il faut donc l'en croire. 



Dissertation sur les attributs de Vénus , qui 
a obtenu V accessit ^ au jugement de VAcatlémk 
royale des Inscriptions et Belles-Lettres^ à la séance 
publique du mois de Novembre 1 776 ;par M. de 
La ChaUj BibUothécaire ^ Secrétaire^ Interprète 
et Garde du Cabinet des pierres gravées de 
S. A. S. Monseigneur le duc d'Orléans. A Paris , 
de rimprimerie de Prault; brochure in-4°, en- 
richie d'un grand nombre de vignettes , culs-de- 
lampe , etc. , et surtout d'une très-belle estampe 
de la Vénus Anadyomène , gravée , d'après un 



^ MAÎ 1776. 1^9 

tableau original du Titien, par Auguste de Saint* 
Aubin. Le sujet proposé par l'Académie consis- 
tait à examiner quels furent les noms et les 
attributs divers de Vénus chez les différens peu- 
ples de la Grèce et de lltalie; quelles fureùt 
lorigine et les raisons de ces attributs ; quel a 
été son culte. L'Académie désirait surtout que 
tous ces objets fussent considérés sous le point 
de vue dont M. l'abbé de La Chau ne paraît pas 
s être occupé suffisamment. Il n'a fait que ras-^ 
sembler avec assez de confusion une multitude 
prodigieuse de passages grecs et latins pour ex- 
pliquer les différens noms donnés à Vénus. Il 
prouve, par exemple, très-savamment que Tépi- 
thète de Pomé la courtisane j et celle d!jindro- 
phonos rhomicidey ne lui ont été attribuées que 
par des raisons purement locales; la première, 
parce qu'une courtisane ayant adroitement dé- . 
livré la ville d'Abide , livrée au pouvoir des en3 
nemis , on avait élevé à la Déesse un temple , sous 
le titre àePoméj pour perpétuer le souvenir de 
l'avantage procuré par une personne de cet état; 
la seconde, parce que ce fut dans le temple de 
Vénus que Laïs fut tuée parles femmes de Thesr 
salie, jalouses de sa beauté , etc. 

De toute l'érudition que M. Tabbé de La Chau 
a prodiguée dans ses recherches, il résulte que 
Vénus est la nature modifiée sous une infinité 
de formes, et indiquée par mille caractères diffé- 
rens. Il rapproche de ce principe les idées qui 
en sont le plus éloignées en apparence ; et avea 



1 



apo CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
une méthode plus simple et des vues plus philo- 
sophiques, son système eût paru de la dernière 
évidence. M. Tabbé de La Chau nous annonce 
dans sa préface qu'il travaille de concert avec 
M. Tabbé Le Blond à la description des pierres 
gravées du cabinet de M. le duc d'Orléans , et 
qu'il se propose de faire paraître incessamment 
un choix des morceaux les plus intéressans de 
cette riche collection. 

Voici le charmant badinage dont le Patriarche 
de Ferney a bien voulu honorer l'auteur : 

«Monsieur, après avoir lu votre Vénus, j'ai 
dit entre mes dents : 

Intermissa Venus diii 
Tandem heUa moveSy incipè dulcium, 

MeUergnUa cupidinum 
,Circa centum hiemes flectere moUibus 

Heu durum imperiis, 

j> Je vous rends mille actions de grâce, Monsieur, 
de m'avoir fait l'honneur de m'envoyer votre 
Dissertation. Votre accdwzï, selon moi, signifie 
€LCcessit ad Dece templum. 

»Je crois fermement qu'il n'y a jamais eu de 
culte contre les mœurs, c'est-à-dire contre la 
décence établie chez une Nation. Le Phallus et 
le Kteis n'étaient point indécens dans les pays où 
l'on regardait la propagation comme un devoir 
très-sérieux. Je sais bien que partout les fêtes, 
les processions nocturnes dégénèrent en parties 
de plaisir. On voit , dans Plante , un amant qui 
avoue avoir fait un enfant, dan3 la célébratioo 



Mai 1776. ipi 

des mystères, à la fille de son ami , comme chez 
nous on fait l'amour à la messe et à vêpres; mais 
dans l'origine, les fêtes n'étaient que sacrées. Les 
prétresses de Bacchus faisaient vœu de chasteté. 
Si les jeunes filles dans Rome se montraient toutes 
nues devant la statue de Vénus dans une petite 
chapelle , c'était pour la prier de cacher les dé- 
fauts de leurs corps aux maris qu'elles allaient 
prendre. 

» Il est ridicule que de prétendus savans aient 
regardé les b tolérés comme des lois reli- 
gieuses, et qu'ils n'aient pas su distinguer les 
filles de l'Opéra de Babylone d'avec les femmes 
et les filles des Satrapes. 

» Votre ouvrage, Monsieur, est utile et agréable; 
je vous sais bon gré de l'avoir orné de monu- 
mens très-instructifs. Votre Vénus émergente est 
admirable , et pour votre Callipigi : 

En voyant cette belle estampe , 
Tout lecteur est bien conyaincn , 
Lorsque Vénus montre^son cul, 
Q-ue ce n*est pas un cul-de-lampe. 

» Vos recherches à l'occasion du temple d'Ery- 
cine sont aussi intéressantes que savantes. Enfin,, 
je vous crois interprète de la Déesse autant que 
de M. le duc d'Orléans. » 



Instruction pastorale de monseigneur VArche' 
vêque de Lyon [^Antoine Malyin de*Montazet)j 
sur les sources de V Incrédulité et lesfondemens 
de la Religion i un volume in- 8^. Des gens mal 



191 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
intentionnés ont prétendu que cette division de* 
sources de Fincrédulité et des fondemens de la 
religion était assez maladroite, et que les deux 
parties pourraient bien n'en faire qu'une. Quoi- 
que ce mandement n'of&e aucune nouvelle 
preuve eri faveur de la foi chrétienne, il en dé- 
veloppe quelques-unes avec beaucoup d onction. 
Tout l'ouvrage nous a paru très-édifiaht par l'es- 
prit de tolérance et de charité qu'il respire à 
chaque page; sous ce rapport, c'est vraiment 
l'œuvre d'un saint , et Fon peut dire que M. de 
Mont azet a rempli le plus sérieusement du monde 
la tâche qui lui avait été prescrite autrefois dans 
une épigramme assez méchante pour que la ma« 
lignite s'en souvienne encore : 

Sur Vair de Joconde, 
Pour la stérile Elîsabetli (i) 
Dieu remplit les oracles. 
Vous nous rappelez , Montazet , 
Le siècle des miracles. 
Par TOUS , aujourd'hui Mazaria 
Est mise au rang des mères; 
Vous n*ayez qu'à devenir saint 
Pour être un 4es saints pères. 



VanrBrocky ou le Petit Rolandf, Poème héroi' 
comique^ en huit chants. Qui pellunt muscasM- 
fiidœ laureaposcunt A Birmingham, et se trouve 
à Bruxelles. Ce petit chef-d'œuvre nous vient de 
Lille en Flandre. Nous en sommes redevables 
aux rares talens de M. Alexis Maton , qui nous a 

(i) Maxime U dnchcsM de Mazaria. 



MAI 1776. igï 

àéyd prouvé tout ce qu on pouvait attendre de 
l'heureuse fécondité d^ son génie par sa tragédie 
héroï'Comique des Innocens , par, son conte de 
Mikou et Mezi^ etc. Nous ne dirons rien du plan 
de Van-Brock, et par plusieurs raisons; la pre* 
mière , c'est que nous n'y avons rien compris. 
On nous fera grâce des autres. Quant au style, 
nous pensons ce que l'auteur en dit lui-même 
dans sa préface. « On s'est bien proposé le Lu- 
^ trin pour module; mais il serait téméraire de 
^ vouloir y atteindre; on a pris le parti de se 
^ livrer à son propre génie. » Pas toujours cepen- 
dant; car le seul joli vers que nous ayons re- 
marqué dans ces huit chants est de Benserade. 
Si tout n'^st pas à moi , tout est à mes regards. 

Le Nouveau Spectateur, ou Examen des nou^ 
celles Pièces de Théâtre, servant de Répertoire 
universel des Spectacles; par une Société d'ama- 
teurs et de gens de lettres les plus distingués f 
rédigé par M, Le Fuel de Méricourt , auteut 
des plates Lettres de M. Le Hic à madame Le 
Hoc , etc. ). Cet ouvrage sera composé de vingt- 
quatre cahiers de quatre feuilles chacun , in-S^ 
Il paraîtra régulièrement le 1 5 et le dernier de 
chaque mois. L'abonnement sera de 18 Kvres 
pour Piiris, et de 24 livres franc de port pour 
toute la France , et rendu aux frontières pour la^ 
commodité de» pays étrangers. L'idée de ce nou^ 
veau Journal serait admirable si elle était bien 
exécutée i mais c'est peut-être l'ouvrage qui à^r 



194 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
manderait le discernement le plus fin , le^goût 
le plus exercé, l'esprit le plus délicat. M: de 
Crébillon , le censeur de cette nouvelle Feuille , 
y trouve tçut le goût, toute Timpartialité ima- 
ginable. Le public n'y a vu jusqu'à présent que 
du barbouillage, des plaisanteries dû plus mau- 
vais ton, quelques sarcasmes, quelques anec- 
dotes, qui traînent les rues, beaucoup d'injures 
et un style souvent barbare. Nous ignorons qui 
a pu permettre aux auteurs d'insérer dans leur 
premier Numéro la lettre dont un souverain aussi 
digne d'encourager les talens que les vertus vient 
d'honorer M. Sedaine; mais un monument si 
honorable pour les lettres devait être consacré 
dans des fastes plus dignes des regards de la pos- 
térité que ceux de M. Le Fuel de Méricourt. 

anecdotes de la Cour et du règne d' Edouard lU 
roi d'Angleterre., par madame la marquise de T. 
jet madame E. D. B. ; un volume in-^**. Madame 
la*marquise de Tencin , auteur A\x Siège de Calais 
et du Comte de Commune ^ a écrit lès deux pre 
-mières parties de ce Roman, qui, à sa mort, ont 
été trouvées dans ses papiers. £t madame Elie 
de Béaumont , auteur des Lettres du marquis de 
Rosette y a bien voulu se charger de finir l'ou- 
vrage, «sans avoir d'autre guide dans ce travail 
» que l'Histoire d'Angleterre et sa propre imagi- 
» nation; » ainsi dit l'éditeur. On potrrrait ajou- 
ter qu'elle n'a guère eu besoin dn premi«»r de ces 
■guides , et qu'ellq a bien naénagé l'autre. Il n'y a 



MAI 1776. ^195 

rien dans ces anecdotes qui distingue les moeurs 
de la Couï? et du règne d'Edouard, des mœurs 
de toutes 1^ Cours el de tous les siècles. L'intri- 
gue qui y âonaine est froide, et si l'on y aperçoit 
quelques détails qUi semblaient susceptibles d'uu 
plus grand intérêt , ces détaib manquent de force 
et de développement. Ce n'est que par la grâce et 
la simplicité du style que cet ouvrage peut paraî- 
tre encore 4ign^ de la réputation de madame dje 
Tenciq; i^ais sur ce point on ne saurait refuse)* 
à madame de fieaumont le mérite d'avoir assez 
bien suivi son modèle. 



IbipromMû de f^ûitàire û une femme qui iui 
souhaitait enêore quatre-vingts^ ans de we. 

Vous' vôuféi retenir Mcrtt àriie fugitive , 
kh ! IfIddâMe , je le cr6i» bl^ : 

pé tout. te ^turTeti a f on ne veut perdre rien ; 
On vét|t qga^ soil e^ciave vive. 



Alceste^ sahsUllirer auli^tdle monde qa'Iphi- 
géftie et Orphée y S€f soutient eiïcore avec assez 
de succès. On a changé plu«ie|ir^ fois le dénoue- 
ment du Poème. De pareils raccommodages ne 
réunissent guère; pour quelques absurditéssup- 
pritBées^ il a feUu en adcaettre de nouvelles, et l'on 
ne gagne pas itoêiiiment au ehailge : Apollon avait 
d'ftbord été cblirgé seul du soin de rappeler Àl- 
eeftte à la vie «t au barihetir; aujourd'hui c'^st 
Hercule qui plrend sur lui cte qU*il y avait de plus 
difficile dans cette entrèpï^sei Quoiqu'il n'arrive 

ï3. 



,-96 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
pas comme les Dieux sur un nuage , on peut bien 
dire qu'il n'en tombe pas moins des nues au com- 
mencement du troisième acte. Le chœur l'instruit 
en pleurant du malheur d'Admète; il promet de 
consoler tout le monde, et l'opéra reprend son 
ancienne marche. Hercule ensuite venait l'inter- 
rompre au moment où les furies se disposent à 
enlever Alceste; quelques coups de massue en 
l'air ou sur les planchés faisaient retotrer les furies 
dans leurs gouffres et décidaient lestement cette 
grande aventure : ce^ lazzi ayant parti totit-à-fait 
ridicule, on a permis aux furies dé s'emparer 
de leur victime; on la -voit descendre aux som- 
bres bords, mais elle n'y demeure^'un instant. 
Admète, désespéré, veut se précipiter pour la sui- 
vre; Hercule ne liji e^ donnç pas le temps , il re- 
vient triomphant du fond des enfers et ramène 
Alceste dans ses bras; Le blond Ehébus^ qui n'a 
pas voulu renoncer à son rôle , paraît toujours 
avec le même empressement , débite de belles 
ariettes du haut de soa char, et finit par un feom- 
plimeiit pour le chevalier'Hercule, à qui il pro- 
met, comme de raison , un brevet d'immorta- 
lité, etc. 

Si l'on est assez généralement d'accord sur le 
Voëmed*y^lceste, il s'en faut bi'e» qu'<m le soit 
aussi sur la musique. De tous les-écrits où l'on a 
traité ce grave sujet, il n'en est point qui nous 
ait paru aussi agréablement faitjque la Soirée 
perdue de M. l'abbé Arnaud; mab nous n'avons 
vu ni lulUstes ni sacchinistes convertis par sa 



MA|[ 1776. i9f 

doctrine. On convient^ M. l'Abbé , qu un de. vos 
interlocuteurs paraît avoir toutrespritdu mondej 
mais on trouve qu'il n'a pas de grands frais 
à faire pour cela, grâce à l'attention que vous 
avez eue de l'entourer de gens qui ne lui disent 
que des bêtises ou qui n'ont jamais rien à lui 
répondre. On prétend que, sans être ni fanatique 
ni barbare, on aurait pu représenter au panégy- 
riste . du chevalier Gluck que la musique n'est 
point un^ langue à faire, que c'est une langue 
toute &ite et peut-être aussi perfectionnée qu'elle 
le 5era jamais ; que la première obligation d'un 
grand compositeur est de parler cette langue 
avec pureté, et de lui conserver, jusque dans les 
mouvemens les plus hardis, toute l'élégance et 
toute la noblesse dont elle est susceptible. En 
partant de ce principe , on aurait pu observer 
que ce n'est pas assez d'avoir l'intelligence du 
théâtre et des grands mouvemens de la scène , 
qu'il faut encore donner quelque attention aux 
détails, les écrire avec soin et en varier le plus 
qu'il est possible la forme et l'expression; qu'il 
en est du style dans la musique comme dans la 
poésie ; que ce style, adapté aux sentimens et aux 
idées, en fait le charme; qu'il en est un propre à 
chaque genre , dont il est essentiel de saisir le 
ton; qu'enfin c'est surtout par ce talent du 
style que le grand artiste et le grand poète se 
distinguent de l'homme vulgaire, que Racine est 
supérieur à Pradon et Sacchini à Desaides. Lors- 
que l'art est parvenu à un certain degré de per- 



fgS CORRESPONDANCE UTTERAIRE , 
fection, il ae suffit plus d'imaginer quelques 
combinaisons d'un gi^nd effet, il faut que Tea- 
semble de l'ouvrage nous enchante et nous at^ 
tache , il faut savoir déchirer le-cœnr sans blesser 
Toreille et le goût. Si quelques cris heureux de- 
vaient seuls décider du prix d'un ouvrage dra- 
matique, il n'est peut-être aucune pièce de 
M. Sedaine qui ne dût l'emporter sur tous les 
chefs-d'œuvre de Voltaire et de Racine. Pour- 
quoi ne pas suivre, en appréciant les talens des 
musiciens, la même logique que l'on suivrait in- 
failliblement si Ton voulait apprécier ceux du 
poète? On ne demande point à M. Gluck des ca- 
dences, des ports de voix, des roulades et tous 
ces petits agrémens que le bon goût dédaigne; 
mais ou se plaint de ce qu'il ne développe pas 
assez ses idées, de ce qu'il ne soutient pas et de 
ce qu'il ne varie point assez ses modulations; on 
se plaint de ce qu'il confond souvent des genres 
tout-à-fait'^ opposés; on lui reproche enfin de 
manquer d'élégance , de noblesse, et de donnera 
notre langue un accent tout-à-fait tudesque et 
sauvage. 

Quoique mademoiselle de TEspinasse ne laisse 
aucun ouvrage, du moins qui nous soit connu, 
sa mort a fait événement dans notre littérature, 
et ne doit pas être oubliée dans ces Mémoires. 
Sans fortune, sans naissance, sans beauté, elle 
était parvenue à rassembler chez elle une société 
Irè^-nombreuse , très- variée et très-assidue. Son 



MAI 1776- igg 

cercle se. renouvelait tous les jours, depuis cinq 
heures jusqu'à neuf du soir. On était sûr d'y trou- 
ver des hommes choisis de tous lesordres de l'État, 
de l'Église, de la Cour, des militaires, les étran- 
gers et les gens d^ lettres les plus distingués. Tout 
le monde convient que si le nom de M. d'Alem- 
hert, avec qui mademoiselle de l'Ëspinasse vivait 
depuis plusieurs années, les avait attirés d'abord, 
elle seule les avait retenus. Dévouée uniquement 
au soin de conserver cette société dont elle était 
rame et le charme, elle y avait subordonné tous 
ses goûts et toutes ses liaisons particulières. Elle 
n'allait presque jamais au spectacle et à la cam- 
pagne, et lorsqu'il lui arrivait de faire exception 
à la règle , c'était un événement dont tout Paris 
était instruit d'avance. Ses ennemis lui repro- 
chaient fort ridiculement de s'être mêlée d'une 
infinité d'affaires qui n'étaient point de son res- 
sort, et d'avoir favorisé, surtout par ses intri- 
' gues, ce despotisme philosophique que la cabale 
des dévots accuse M. d'Alembert d'exercer à 
l'Académie. Pourquoi les femmes , :qui décident 
de tout en France , ne décideraient-elles pas aussi 
des honneurs de la littérature ? Est-il plus diffi- 
cile de. faire un académicien qu'un ministre ou 
qu'un général d'armée ? Et comment refuseï^ 
son admiration à la femme isolée qui ne doit son 
pouvoir et sa faveur qu'à l'adresse et aux res- 
sources de son esprit? M. Dorât, qui a cru avoir 
à s'en plaindre , s'est permis de s'en venger dans 
uae pièce intitulée les Prôneun. Cet ouvrage 



200 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
n'aurait pas fait moins de bruit que la comcdîe 
des Philosophes ; mais il est resté jusqu'à pré- 
sent dans le porte-feuille Je l'auteur. Plusieurs 
personnes cependant en ont entendu la lecture, 
et y ont trouvé plus d'invention et plus de gaieté 
que M. Dorât n'en a mis dans se^s autres comé- 
dies. C'est un jeune homme que l'on veut initier 
dans les mystères de la philosophie moderne, 
et que l'on instruit en conséquence des moyens 
qui peuvent assurer le plus promptement une 
grande célébrité. M. d'Alembert et mademoiselle 
de l'Espinasse y jouent les premiers rôles. Un de 
leurs plus zélés admirateurs est un vieux courti- 
san qui a l'oreille fort dure, devant qui on lit le 
plan d'une tragédie nouvelle , et qui , voyant 
tout le n>onde s>extasier, crie encore plus fort 
que les autres: La voilà la bonne comédie^ etc.! 
Comme M. Dorât n'a pas donné sa pièce du vi- 
vant de mademoiselle de l'Espinasse, il est à 
présumer qu'il ne la donnera pas du tout, et 
qu'il en fera généreusement le sacrifice à sa mé- 
moire, du moins tant qu'il conservera encore 
quelque prétention à l'Académie. 

Tous les bruits que l'envie et la malignité 
ont répandus sur le compte de mademoiselle de 
l'Espinasse n'ont pu détruire l'idée qu'elle a 
laissée de son esprit. On n'eut jamais plus de ta- 
lens pour la société ; elle possédait dans le degré 
le plus éminent cet art si' difficile et si précieux 
de faire valoir l'esprit des autres^ de l'intéresser 
et de le mettre en jeu sa>n5 aucune apparence de 



MAI 1776. 201 

contrainte ni d'effort. Elle savait réunir les genres 
d'esprit les plus différens, quelquefois même les 
plus opposés; sans qu'elle y parût prendre la moin* 
dre peine, d'un imot jeté adroitement elle soute- 
nait la conversation , la ranimait et la variait à 
son gré. Il n'était rien qui ne parût à sa portée, 
rien qui ne parût lui plaire et* qu'elle ne sût 
rendre agréable aux autres ; politique , religion, 
philosophie , contes , nouvelles , rien n'était exclu 
de ses entretiens, et, grâce à ses talens , la plus 
petite anecdote y trouvait le plus naturellement 
du monde la place et l'attention qu'elle pouvait 
mériter. On y recueillait les nouveautés de tout 
genre et dans leur primeur. La conversation 
générale n'y languissait jamais, et, sans rien exi- 
ger, on faisait des aparté quand on le jugeait à 
propos; mais le génie de mademoiselle de TEs- 
pinasse était présent partout, et Ton eût dit que 
le charme de quelque puissance invisible rame- 
nait sans cesse tous les intérêts particuliers vers 
le centre commun. 

Pour porter à ce point l'art de la conversa- 
tion, il ne suffit pas sans doute d'être né avec 
beaucoup d'esprit et une grande souplesse dans 
le caractère , il faut avoir été à même d'exercer 
ses talens de bonne heure et de les former par 
l'usage du monde; c'est ce que mademoiselle de 
l'Espinasse avait su faire avec beaucoup de suc- 
cès dans la maison de madame la marquise du 
Defianddont elle fut plusieurs années demoiselle 
sh compagnie ; peut-être même n'eut-elle le mal- 



-a^oa CORRESPONDANCE LITl^ERAIRE, 
heur de se brouiller avec madame du Defl^nd 
que pour avoir trop bien ré;u5si. Ce qui pourrait 
&ire soupçonner cependant que d'autres rai- 
sons se joignirent à celle-là, c'est qu'en général 
mademoiselle de TEspina^se est infiniment plus 
regrettée de ses connaissances que de ses amis. 
Peut-on avoir tous les talens et toutes les vertus 
à-la-fois? 

Le nom qu's^vait pris mademoiselle de l'Espi- 
nasse est fort connu en Fraqce , mais ce n'était 
pas le sien ; elle était fille naturelle de madame 
d'Albon , qui n'a jamais osé la reconnaître , 
et dont elle n'a jamais voulu recevoir aucun 
bienfait depuis qu'elle a senti le prix de celui 
qui lui avait été Refusé. Les leçons de M. d'Alem- 
bert, Texemple même de son coura|;e, n'ont ja- 
mais pu la consoler du malheur de sa naissance. 
Elle était née avec des nerfs pi:odigieu$ement 
sensibles. Quoique sa figure n'eût jamais été 
jeune , et quoiqu'elle eût passé la saison des 
amours, on est persuadé qu'elle est n^prte la 
victime d'une passion malheureuse: c'était, dit- 
on, la cinquième ou la sixième qu'elle avait eue 
dans sa vie; et puis voyez s'il y a plus de sûreté 
avec là philosophie et les philosotphes qu'avec la 
grâce et ses directeurs 1 

Son testament a paru d'un genre assez origi- 
nal. Elle à légué ses meubles à M. d'Alembert, 
des boucles dé cheveux à tous ses fidèles , et s^ 
dettes à payer à M. TArchevêque de Toulouse. 
Ce n'est que depuis sa mort qu'on vient de de- 



^ MAI 1776. 2o3 

couYiir que madame Geoffrin lui faisait depuii^ 
plusieurs années une pension de miUe écus , fit 
c'était toute sa fortune. 



" Les Egaremens de TAmour^ ou Lettres de Fa- 
neUi et de Milfort, par M, Imbert; deux volumes 
in-80. Dans tous ces Egaremens, je n'ai vu que 
ceux de l'auteur qui m'ont paru manquer d'in- 
térêt et de vraisemblance. Son héros est un amant 
beaucoup plus opiniâtre que passionné, d'une ^ 
gaucherie et d'une dweté révoltante. Très - oc- 
cupé, très-épris (Jesa^eqaii^^e qui l's^dore , Mi^I^fort 
rencontre au bal paré uae oertaipe Sophie qui 
lui semble un prodige de beauté et de vertu; un 
regard qu'il jette sur elle chai;ige tout son être. 
Il parvient sans beaucoup de difficulté à obtenir 
la permission de la voir. U lui inspire bientôt 
tous les sentimei^ dont son cœur est embrasé ; 
mais dans un transport d'amour, ^\i moment où 
il allait être heureux, par une distraction des 
plus étranges et, qui n'esit nullement préparée, 
Tinfortuné découvre à Sophie quel est son sort. 
Je vous jure, lui dit-il, un amour éternel; je le 
puis. Je suis maître de mon cœur, que ne Je suis- 
je de ma main ! Ce mot est un coup de foudre. 
Sophie ne veut plus le Yoir.îVIilfort, désespéré, 
oblige sa fename de se retirer dans une de ses 
terres. Quelque tenxps après il répand la nou- 
velle de sa mort , et la force de se prêter à tout 
ce qui peut servir à confirmer ce bruit. On la 
transporte dans une espèce de bière, du château 



Mi CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
où elle avait été exilée d'abord , dans une terre 
plus éloignée, où elle n'est connue de personne 
et où on la garde à vue. C'est à la faveur d'un 
si beau stratagème qu'il épouse Sophie ; mais à 
peine a-l-il accompli son crime qu'il est dévoré 
de remords et qu'il tombe dans un état de lan- 
gueur. Des circonstances très-romanesques réu- 
nissent enfin Sophie et sa rivale. Cette catastro- 
phe précipite la fin malheureuse de Milfort et 
celle du Roman. Si la conduite de cet ouvrage est 
bizarre et peu vraisemblable, on voit pourtant 
qu'il en pouvait résulter plusieurs situation* 
intéressantes et même assez neuves; mais l'exé- 
cution en est si froide et si commune, qu'elles 
produisent peu d'effet. L'auteur n'écrit jamais 
dans le ton du sujet. Son style est toujours au- 
dessus ou au-dessous de la passion qu'il veut 
exprimer. On dirait qu'il parle une langue qui 
n'est pas la sienne , et qu'il a été obligé d*en con- 
sulter à tout moment le Dictionnaire pour trou- 
ver l'expression dont il avait besoin. 



Histoire naturelle de la Parole , ou Précis de 
r origine du Langage et de la Grammaire univer- 
selle y par M. Court de GébeUn, Extrait du Jl/o/zrfe 
piiniitify un volume in-S^. Il y a dans cet ou- 
vrage beaucoup d'érudition , et peut-être un peu 
moins de charlatanisme que dans le Monde pri- 
mitif. Cependant, quant à la partie philosophi- 
que , M. de Gébelin ne nous apprend rien que 
Dumarsais et le président Desbrosscs ne !nous 



MAI 1776. aoS 

aient dit avant lui. Ce qu'il y a de plus vraisem- 
blable dans ses Recherche* étymologiques , ne 
le doit-il pas à Bochart et à Péarson ? 



V Esprit des Voyages ^ des Mœurs et des Cou- 
tumes des differens Peuples ^ par M. de Meunier, 
auteur de la Traduction du Voyage de Malte et 
de Sicile, etc.; trois, volumes in-80. C'est une com- 
pilation faite ^vec assez de critique et de goût , 
mais qui ne repaplit que très - imparfaitement 
l'objet que TauteUr semble s'être proposé. 



JUIN 1776. 



M. de La Harpe vient de recevoir enfin la palme 
due à ses triomphes, et le jour où il a paru pour 
la première fois dans le fauteuil de TlnîmortÈilité î 
à été, sôusplus d'un rapport, un des jours les plus 
mémorables dt sa vie. J'ai vu peu de séances de 
l'Académie aussi nombreuses^ aussi brillantes; 
j'y ai entendu peu de Discours <|ui aient excité 
une sensation plus vive , et je ne pense pas que 
la fureur du panégyrique qui préside , comme j 
l'on sait à toutes les assemblées , ait jamais causé ! 
moins d'impatience et moins d'ennui. Ce n'est 
pourtant pas le Discours de M. le Récipiendaire , 
qui a réussi le plus ; quoique très-bien écrit , on l'a | 
trouvé long et monotone , lé fonds en a paru assez : 
commun et la manière froide et compassée. On y ; 
prouve, aussi bien qu'on aurait pu le faire dans 
aucun thème de l'Université, qu'il n'est point 
pour un homme de lettres de société préférable 
à celle de ses confrères. Le morceau de ce Dis- 
cours qui a fait le plus déplaisir, et que l'on peut 
comparer aux belles pages des Eloges de Racine 
et de Fénélon , c'eàt le tableau qui en fait pour 
ainsi dire l'exorde, et le voici : ' 

a Qu'est-ce donc, Messieurs, qu'un homme de 
» lettres ? C'est celui dont la profession princi- 
» pale est de cultiver sa raison pour ajouter à 
» celle des autres. C'est dans ce genre d'ambi- 



JUIN 1776. 207 

» tion, qui lui est particulier, qu'il concentre 
» toute l'activité, tout l'intérêt que les autres 
» hommes dispersent sur les différens objets qui 
» les entraînent tour-à-tour. Jaloux d'étendre et de 
» multiplier ses idées , il remonte dans les siècles 
» et s^atrancè au travers des monumens épars de 
» l'amiquité, pour y recueillir sur des traces 
» souvent presque ef&cées l'âme et la pensée 
» des grands hommes de tous les âges. Il con- 
» verse avec eux dans leur langue, dont il se sert 
» potir embellir la sienne. Il parcourt le domaine 
» de la littérature étrangère, dont il remporte 
j> dés dépOTlilles honorables au trésor de la lîtté- 
» rature nationale. Doué de ces organes heureux 
» qui font aimer avec passion le beau et le vrai 
» en tout genre, îl laisse les esprits étroits et 
» prétenus s'efforcer en vain de plier à une même 
» mesure tous les talehs et tous les caractères^ 
D et il jouit de la variété féconde et sublime de 
» la nature dans les différens moyens qu'elle a 
p donnés à Ses favoris pour charmer les hommes, 
» tes éclairer et les servir. C'est pour lui surtout 
» que rien n'est perdu de ce qui s'est fait de boa 
» ^ de louable; c'est pour une oreille telle qu'fe 
» la sienne que' Virgile a itiis tant de charme 
» dans l'harmonie de ses vers ; c'est pour un jugb 
» aussi sensible que Racine répandit un jour si 
» doux dans les replis des ânies tendres, que Ta- 
» cite jeta dés lueilrà affrieuses dans les profon-r 
» deurs de l'âme des tyrans; c'est à hil que s'a- 
> dressait Montesquieu quand il plaidait pour 



^o8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
.» l'humanité, Fénélôn quand il embellissait la 
» vertu. Pour lui, toute vérité est une conquête, 
» tout chef-d'œuvre est une jouissance, etc.» 

Après ce tableau , M. de La Harpe disserte assez 
longuement sur les avantages et sur les inconvé- 
niens qu'un homme.de lettres peut trouver dans 
la retraite ou dans le monde. Il conclut que le 
commerce des geus de lettres participe aux uns 
et i:emédie aux autres J mais toute cette discussion 
ofifre peu d'idées, peu de traits à retenir; en voici 
un cependant que l'on serait fâché d'oublier. «Il 
» en est, s'il est permis de le dire, il en est du 
j> talent comme de l'amour, qui ne confie volon- 
» tiers ses peines qu'à ceux qui ont aimé aussi. » 
Un mot plus ingénieux encore est celui qui ter- 
mine l'éloge que le nouvel acadécfiicien fait de 
M. Colardeau , son prédécesseur, mort peu de 
temps après son élection, sans avoir pu être 
reçu. «Son nom, inscrit daus vos fastes, était donc 
» tout ce qui devait vous rester de lui !... Il avait 
» traduit quelques chants du Tasse. Y avait-il 
» une fatalité attachée à ce nom? Et faut-il que 
» po,ur la seconde fois il n'ait pas été donné au 
» Tasse de monter au Capitole ?» 
. Si pendant tout le Discours de M. de La Harpe 
,1e public a eu le tort d'être beaucoup trop froid, 
oih doit lui rendre justice, il s'est singulièrement 
réchauffé à la Réponse de:^. Marmontel. Les 
portraits des deux académiciens à qui M. de La 
Harpe succède , si vous en exceptez quelques an- 
tithèses que le bon goût eût peut-êtrô dédai-s 



( JUl]fî 1776. 5îo9 

gnées, ont paru d'une louche noble et sensible , 
Tapothéose du récipiendaire infiniment originale 
et gaie; mais il est essentiel de suivre Tordre du 
discours. 

Notre orateur jette d'abord les yeux sur l'heu- 
reuse destinée de M. le duc de Saint- Aignan , qui 
n'a terminé sa carrière que dans son dix-neu- 
vième lustre, et qui, comblé de dignités , de ri^ 
chesses et de tous les biens que l'ambition peut 
désirer, a joui jusqu'au tombeau d'une sérénité 
inaltésable. il y a cinquante ans que l'Académie 
s'honorait de le posséder. Sa vie et celle de son 
père ont embrassé l'espace de trois longs règnes, 
les plus célèbres de la monarchie , les plus rem* 
plis de grands événem^ns et les plus féconds en 
grands hommes. « Quelle ample moisson de sa» 
» gesse entre un père né sous Henri IV et uu 
» fils mort sous Louis XVI, si l'un avait enrichi 
» l'autre des fruits de «on expérience! mais , âgé 
» de soixante^-seize ans lorsqu'il lui donna le 
» jour , à peine eut-rl le temps de le voir hàîtrcv 
» L'héritage de ses lumières fut donë perdu 
» pour cet enfant? Non ; il lui fut transmis par 
» un sage dépositaire , jpàr le duc de Beauvillîera 
» son frère, né trente*deux ans avant lui', pat 
» ce Beauvilliers, Yàtài de Fénélon, son émule 
» en vertu et son digne collègue dans cette édu* 
» cation fameuse dont le duc de Bourgogne fut 
, » le prodige , et qui sera long-temps le . plus 
I » parfait modèle dans Fart de former les boni 
» Rois. Il fut souvent admis aux études que lè 



Aïo CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» duc de Bourgogne faisait sous les yeux de té* 
y> nélon^ de ce génie bienfaisant à qui le Ciel 
» avait si éminemment accordé le don de ^en- 
» dre la vérité intéressante, la sagesse aimable 
» et la vertu facile... Soit à la Cour où il s'était 
» fait un port à l'abri des orages auprès de cette 
» Reine auguste dont l'estime lui tenait lieu de 
» la^plus brillante faveur, soit dans le monde 
>f que ses mœurs accusaient , mais que sa modes- 
» tie et sa candeur aimable consolaient de cette 
» censure, jamais il n'a connu de la prospérité 
» ni les dégoûts ni l'amertume ; et dans son rang 
» il est peut-être le seul homme de tout un 
>i siècle qui, constamment heureux, sans trou- 
» ble et impunément vertueux , n'ait pas même 
» irrité l'envie. Ce n'est donc pas lui qu'il faut 
» plaindre , etc.. 

» Mais qu'un }eune honwne à qui le Ciel n'a- 
» vait donné qu^ des talons , que dis-je ? àqui h 
» Ciel avait vendu si cher ces talens de l'esprit, 
» ces facultés de l'âme , cette organisation déli- 
/> cate , à laquelle il devait peut-être et la vivacité 
» brillante de son imagination et la finesse ex- 
» quise de son goût, et cette sensibilité qui dd 
» son coeur facile et tç|n4re se répandait avec 
» tant de charmes daQS.ses écrits; que ce jeune 
» homme à qui les lettf ^s tenaiept lieu de tous 
» les biens , ^>éme de 1^ santé^ qui suspendait 
» ses douleurs comra.e Orphée ^ digne d'en rap- 
» peler l'exemple par laf douceur de ses accens^ 
» qui n'avait d'autre c.onâ9lation daqs ses maux^ 



i) â*autre ambition', d'autre espérance, vouis te 
» savez[, Messieurs , que dé s'assurer du suffrage 
» de la poistérité en méritant le vôtre ; qui de*^ 
» mandait, comme la récomjpense de ses veilles 
» si douloureuses, l'honneur d'être assis parmi 
» vous; qui tournait ses regards mourans vers 
» cette place qui Tattcndait, et dont vôusl'aviea 
» jugé digne^ que cet infortuné jeune homme 
» vienne expirer , en vous tendant les bras , sur 
» le seuil de ce sanctuaire, sans que Timpi-^ 
» toyable ïiiort lui permette d'y pénétrer, c'est 
» un malheur d'autant plus cruel qu'il était 
» encore sans exemple. » 

En appréciant avec autant de justice que d'in- 
térêt les différens ouvrages de M. Colardeau ^ 
notre orateur continue d'employer les couleurs 
les plus doucies à peindre son caractère et ses 
mœurs» « Son aménité , dit-il, sa candeur , diMi"" 
» je cette faiblesse aimable, «e défaut si inté- 
i ressaut lorsqu'il ne va pas jusqu'au vice et 
» qu'il nié tient qu'à la délicatesse d'une âme 
» tendre, simple et docile aux mouvemens de là 
» bonté , son caractère enfin nous attirait vers 
» lui..; L'aK d'imiter était le sien par excel- 
» lence. ». Ni la tristesse monotone des sombres 
» esquisses d'Young, ni le coloris déjà si pur 
» et si brillant de la prose de Montesquieu , ni 
» le charme (Jue les vers de Quinault avaient 
>» substitué au presti^ des vers dii Tasse dans 
» !a peinture de Vuàrmide, rien ne l'intimidait* 
> Il avait fait une étude si assidue et si profond^! 



flia CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
T> des ressources de notre langue et des moyen* 
» de lui donner de la souplesse et de la grâce 
]» dans ses mouvemens variés ^ que les diffîcul- 
* tés à vaincre étaient pour lui un nouvel avan- 
3» tage, et que ce qui aurait fait le désespoir 
9^ d'un autre ne présentait qu'un attrait de plu» 
» à son émulation. Bien sans doute n'en était 
» plus digne que le Poème de la Jérusalem déli' 
%- xfréCj qu'il avait le dessein de traduire en vers* 
» Il en avait déjà tracé les premiers livres lors- 
% qu'il apprit que l'un de nous (M. Watelet) 
» s'occupait du même travail ; dès ce moment il 
» Y renonça* L'homme de lettres à qui il donnait 
» cette marque de déférence eut beau vouloir 
w s'y refuser; M. Colardeau, plus jaloux d'un 
ii bon procédé que d'un bon ouvrage., sortit 
» victorieux de ce combat de générosité... Il 
» n'avait pas encore brûlé ce qu'il avait écrit 
» de la Traduction du Tasse. Il a craint qu'après 
^ lui l'empressement à recueillir tous les fruits 
i de ses veilles ne fît ouUier sa résolution : 
» l'homme du monde qui se livrait le plus vo- 
» lontiers à ses amis et avec le moins de ré- 
» ^rve s'en est défié pour la première fois ; il 
9 a senti que le courage d'anéantir un de ses 
%' éprits serait au-dessus de l*eurs^ forces, et qu'il 
» n'était réservé qu'à lui seul; il s'est levé mou- 
n rant, et comme ranimé pour faire «une action 
» honnête, il s'est traîné Tiors» ée son lit , et de 
» ses défaillatiteà mains saisissant le papier , il â 
ir consommé son sacrifice.. . Le génie de M« Co' 



. JUIN 1776. sii3 

« lardesiu était' ami du calme ;'il se plaisait dans 
» ia solitude ; Hiàis il voulait qu'elle fût riante 
» ou doucement mélancôliqud Le chant des oi« 
» seaux ^tait pour lui une harmonie délicieuse ^ 
», il passait les nuits à l'entendre. Ecoute^ di- 
ï» -si^t-il à ;Son àmii qui veillait ftvec lui, écoute t 
n que la voix, du. rossignol est pure J que sàsacv 
» cens sont ïnék^imoç ! cUnsi dfivmient être mes 
» vers l ; JLe chanire dii prid temps «liait le seul 
D rivai dont il se permît: d'être envieux... i^r 
« entiçue^.dàsëitA) nife fait tant de îkat, qiieje 
» n^ aureit jwnàis la cruaiité de T^ej^ercer c&ntié 
yi personne, è , . . J. .\- / .. :> 

Quelque vivemeiitqu -aient ét|é sentis tous lés 
traits d'p^ tîibleàu si rare et ai.toul^hant, on eut 
dit en ' vérité qiic; ;V assemblée entière avait rév\ 
s«rvé tous les ^applandisisemtqns'pbirr k transir' 
tion "précimisè^par laquelle M». Marmcmtel s' avisai 
deprépîMferrÉtogeidéMi de La'Uak^pe^ Rien Wér 
tait ponrtantpltt&^mple : Voità, Monsieur^ dans 
iih homme^ é^r$resuw tàraàtèr^'iMéres^mt^ Que 
ne peut l'-à'^c^pàs da Moment! Géithot H simpfe 
(bt applaudi a^éitk^ilsport;ét'à'ei)a^ ou six rér 
pises , comi«esiîeÎ0«t (Vé 1? toeiiléui^ épigi*à*(ïii[ie 
qu'on eût jamais fahe. Il* «si vrai qu-il y avait âu' 
moins trots'bu^«jf«atrè centB coiripiices qwi'en 
firent ilçs honnisuni. 'Ce qu^ii jreul de plus dés-* 
Agréable dans oette a vjenlur^pour fit. de Là Harpe , 
c'est qu'à la sUifce des louanges qui Iwi furent 
donnée^ par son ûihistfe' èoirffèré , '^\ fâêiue^. 
3pplaudis^eœ<jïis 4e renouvelèréiit? eqeôr*' scrtjv 



n 1 4 CORRESPONDANCE LITTERAIRE , 
vent, toujours avec laiùéme chaleur^ ét^iptiisqu il 
feut le direi, aviep Icsiméiinîes-iéclats de rire. .Dn 
arrêta plusiieurs fois l'oBatéwrt aa milieu de sa 
phrase^ «t c'est avec une patience et» «ne rési- 
grialion tout-à-fait mérïtoî*€Jd'qiTè lîotateupise 
feissait interrompre. Avant ;>db faire Tenicrrijtter 
kî^mérite qui distingue les différentes prôduc- 
lions de M/^deLa Hifippe, iii*pjp»Hè avec' une 
douce iiidignaitionles? critique^ qoï s'étaient éle»- 
vécs contre. lui. Eh bién>! c'çst à îcette première 
partie dfe la ^période qnir. FcAb ibàii'des mains; 
Lorsqu'il repuàclie à la vanité 'des. petits talens 
d'accuser M. de L% Harpe , quoiqu'eUe ne le trou^ 
vât rien moins qwesédnisartt d'avoir âédkiit l*A- 
cadémie , c'est ce- malheureux hémistiche de rien 
moins que, séduisant swc leqmel o»; appuie et 
qU'pn ne se^.rlasse point d'appkucfer^ On; laisse 
pasaer légèrement 6e quedit M. .Maw3PioiîleLdtt 
cQwage avec leijuel nbtre jewi^e aicadëmicièn' dé-t 
feqdit toujours, là caûaedjj'bosi: goût ,• et loa 
éel^Iç.re» tt^asp wte . lorsque «w : f^anégyiisite 
a^topp queii)diin^)lesi^sp«ijtea))i^t^ra^^; x» lui 
avait ^ul^a^i queiqiiiefQis • plp$) de, modération y 
\^\ St^ ^ igoù^ n'ayant jl^ b^soifii d'être inélé du 



'M. 



il 7fHujt oe.<^4jailest'pfiufh:êtn9.i^sess(in9ipîd^à ran 
CQifter, ipais il ne fht.(|ue trop .plaisant pour les 
i.nt^relsés. JtmiâaiEIpgçsiie fituEL'^offeÉ.j^his con- 
^r^ûre^à celui/gu^oniem^devait naturellement atn 
tendre; ja^^% on tï^ fit'^pUis! 'ôraeUemqnt justice 
4^toçts:qu;ii>|ihic4i9iOft.dç le<^tre$; peut avoir eus 



JUIN 1776. âî5 

ayec ses rivaux, et je connais peu de scènes àe 
Comédie plus piquantes que ne le fut ccf singulier 
persiflage ; il eût été s^ns doute beaucoup plus 
original, si celui qui en fut l'objet *s'éltait mis à 
dialoguer avec le public , comme il â dit depuis 
qu'il en avait été tenté, 

On a beaucoup disputé dans le monde sur 
l'intention que pouvait avoir eue M. Marmdn^ 
tel en faisant un pareil discours* ïl est dif'^^ 
ficile de croire (Ju'elfe fût ti^ès-favorablè à M. de 
La Harpe , mais il est plus inipossible ènbore de 
supposer qu'il ait prévu toute la sensation que 
ferait ia naïveté de sejs Éloges- Quelque èppos'és 
que fuésien^ k]^ caractères de M. Colardeau et de- 
son suoceâsqur , il a pi»étendu les mettre en par 
rall^ et les lôUer l'u^ et l'autre , en leur rendant 
toute la justice qui leur était due ; mais c^ était un 
tour de force doiit Texécution â bien pu l'embar- 
rasser un ^eu. S'il n'a point eu d'autre projet que 
celui de louer, il faut convenir qu'il n'y a pas 
mis toute l'adrçsse intaginable; s'il n'a voulu que 
persifler,, convenons encore qu'il eût pu le faire 
avec plus de franchise et dç légèreté^ Maisrçpo^. 
SGns-nous surs l'exact^tHide de M. de La Harpe* i 
tout cela se retrouvera un jour ou l'autre , et tant 
mieux pour la galerice 

Ce qui a pu réparer un peu le froid accueil que 
l'on avait fait au premier Discours , et l'extrême 
gaieté qu'avait inspirée la fin du second^ c'est le 
succès de la lecture que M. de La Harpe fit en«. 



%^6 CORRESPONDANCE LITTERAIRE , 
suite du septième Livre de la Pharsaky qii'il se 
propose 4^ traduire toutç entière. Lucain est 
sans doute de tous les écrivains de l'antiquité 
fcelui qui peut perdre le moins à une traduction. 
Les beauté?; dont son Poëm^ étincelle tiennent 
beaucoup plus aux idées qu'au style , e^^poup 
l'erobellir, c'est beaucoup de savoir l'abiréger. On, 
peut dire de lui ce qu'on disait de je -ne sais plus 
quel Roi d'Espagne : Plus on lui ôte^.plus il e^t 
^and. Il y a sûrement dans Ja traduction , Oiu plu- 
tôt dans l'imitation de M. de La Harpe, d^ très-bel* 
les choses et des vers superbes ;inai$(quaud il y en 
jurait de fort négligés, le |)restige de;» letAiire 
permettrait diffîcilemept qu'on ^!çn," aperçût. 
Les inorceaux qui *ont frappé le plus sont la 
Comparaison de I4 gueure.des QéaeiÂ, et la Péin^ 
ture du bruit de lîarmé^ qui s'apprête à com- 
battre. Nous n'ayons pu retenir que les <Jeuit 
premiers vers , et ce ne spnt pas c^iç que jiou^ 
aurions choisis de préférence, ... 

Le Dieu qui sur le monde épanclie sa lumière 
Jamais d'un pas plus lent n^entva dans la caurièfiB. • - 

Ce début, en comparaison de rorigînaî^^ est fai- 
ble et languissant. Lucâin dit : 

Segnior Oceano qunm le.r çetenia vocàbat 
' Ludificus Titan numquam magii œthera contres 
Egii equos currumque polo rapiehte re(orsit 

Pour varier davantage les différentes, scènes do 
C^ette illustre séaqce , M. d'Aleml>ert nous a lu YjÉ^ 



logé de M. de Sacf^ moins xionmx par sa traduc- 
tion des Lettres de.PKne et par le Tftuté sur VA^ 
mitiéy que par l'amabilité de son ôaraotère et par 
ses liaisons intimes avec madaùield marquise de 
Lambert. Il s'est attaôhé à peindre les charmes 
d'une société si douce, et la douleur qui suivit 
leur séparation. Jamais M. d'Àlttiiberi n'a rîeii 
écrit avec plus d'âme et de sensibilité. Quoiqu'il 
ne lui soit pas échappé un seul mat sur sa propre 
situation , tout le m^ide a reconntf le iSentiment 
qui lui dictait des: plaintes si tendres, et tout le 
monde a paru les partager. Il faut bien que cette 
maniière indireete-dé^ faire- participer le public' à 
ses regrets ait été infiniment délicale* pour né 
point blesser ; eiie a même attendri , et la phi-^ 
losopbie et l'amitié ne pouvaient i»étfdrë , ce nié 
semble , à la mémoire de mademMsellè de l'Es- 
pinasse un hoâimagé plus flatteur* 4^ plu^B seri^ 

Sible, - - ."-i ;' . / V ': ^ ''f • '.jT 

- ; : I ? ' ' ■ ■ ' ; " . : • r > I . • ; . . : • : *. ; t 
Dés vingt tragédies quisoiit^UrrJe.lâbleau de 
la Comédie française en se dispûsait^au moins ;» 
noufs en donner. une, JSumti^, dèti/he Fèvre, 
lorsque réclipse^ÉoroéB' de mademoiselle H.,...., 
qui. devait jouer itm ides pribctpslux rôles de l;i 
pièce ,; en a ftit dnteBroinpi^ tou^a-cou^ies répé- 
ti lions. Quelque subite qu'aitëté cette catas-* 
trophe, elle a causé peu de surprise,* Aprfej avoir» 
fait dans sou début ies délices et l^a^M^ration ^e 
fout Paris ^ inademoiseUe R^.;.. était parvenue 



^i8 CORRESPONDAISCE. IITTERAIRE^ 
à se faire huer sur la scène, et à scandaliser dans 
le monde les^personnes même les moins suscep^ 
tibles de soandale. Jamais- idole ne fut encensée 
avec plu* d'îyrefise, jamais, idole ne fut brisée j 
«T^c plus:4^ m^i^isf U faut rendre justice à toute 
fqrt^,d[ç ^]^mj ^e a eu celui d'étonner dans 
l'espace die pç^u:d<sf .mois ia^viUe et la Cour par 
l'excès de si^^idéréglemens comme par les» rares 
p|[:odige/$.d^;6an innocence.. Avec mille écùs.de 
rei^tei^Ufh.^tvQuy^ le moyea,. depuis quatre.ans 
qu'elle étfiità l'a Comédie ^ lie faire pour plus de 
cent Ji^ille^éçiis 4e diettes. {^lecavait-dix oudouze 
chevauiç daii$f ^o;)« écurie ,tdèu^; ou trois petites 
maisons ,-iMiè;qbip2ainè db dôiùestiques choisis 
avec hea^cQup de: recherche^ et une garde^robe 
des plustriîdUes pouv: fenwpe ^ pour homme. 
Ausçi 4i^tr€îU^ sôu'vtnt,^ àrprn^os des embarras 
qui l'ont jTq^éiQjenfijll à s'^oigi^cr de Paris, qu'elle 
ne s'étonnait plus que les femmes ruinassent 
tous nos jeunes gens, et -que sa propre expé- 
rience Luiiao^t.tDofx biep rappris qile c'était de 
tous les goûts dw monde èe f>ier^< ruineux. Dans 
ce genre <le.]^loii« on petit dire qu'elle ne le céda 
guère aul plus grands hommesi de ^'^antiquitp, et 
mérita souvent ^Je^dôujDleiÎKiyftei que là flatteiie 
crut devoir mêler aux lauriers do ibéfôs qui vain- 
quit Rome et'Bojnpée* Lé 'sort qui se joue des 
plus brillplitejs; destinées n'ja point voulu que 
nètre héroine; .poursuivît pltisloâg^temps la car* 
rière où elte avait, débuté/àvec tant d'éclat. Ses 



créanciers oni ouvert enfin lo^jaux sur Iç dan^i^ 
auquel, les e3f:pQsa^t leur folle confiance, mais tppp 
t:ard,.X»e5 m€55ures,qu'ils.oi>t.Youlu.prendre {mwojç 
leur sûreté Di^l; d^terininé ^ jeune nymptie,|i ^'^^^ 
paraUre^.eftJ'fip?!;Sud^l^ais qu'elle, étjail^ys^^^ 
franq étrier;av,ec qn peti,t uniforme de ^vpgQtir^ 
et qujB sou^ ce, qqjs^tjunxe. elh^^i^,d^vQ^}j^Ti^\e^ç}^és 
plusieurs jor^s çhçz; un fefœjeçjde^ ^^Ifo^^.d^ 
Paris^ :g^, q^i,^Ue,^yait,;pçssqa4^jqu'|ji.n^^^ ^^ijçe 
d'honneuf l^obligeait de ,iuig([çt {dç^. chjpjccbfi» 
lin asile qui pAt la sauve^idWhpf^mipres.pcHiri 
suites, elcv ^^Jf^jl^t croit actuc^erçgnl..^ BrAixeJl^ 
ou à Spa. JErjattei|dant,.oft;i;^^;pq;rjien ![^e.^4^ 
pressé quç^it^.lifc faire rayes^Hil^l^au dp h (?Pr> 
médie et de mettre en séq^f^rp,l^<peu .4Ç;if9©4«^ 
qu'elle y pouvait avoir. Qqpiqu^.sa ms^^vy^s^ 
conduite p^tjâijiHujp.sur ses.^lgfls ,e)guqiqp^,iQîÇç^ 
de faire ,^uqn?ij>rQgrèïi ^]Siqs.$ftq.^n,\e|l^fiajf4t 
négligée au pp^tj^'oubli^^W «i©^ JP/TCiinJ^pes 
études, QfirfliÇ p^ut/s'empèçb^ .d«5 regrejt^^ 
3uperbes didpp^tions.que 1^ n^tui;e lui levait pro» 
diguées, lq,i)q^^lapl,us th^f tr^l^yju'on qij[| \ji^ 
depuis lfîpg^t,f5nps^,.rfirgp^e 4plMs,s^«>oi;e , jinq 
?»émoii:e.,étf\i;^ijante,, .e(t cçtte.^jinJtejligence facilq 
qui soijtyeij^j^i foisai^ devinçr^n^jetfprt cje g^'qn 
aurait été.tpnté,de.pr^ndrepouf ^e résultat fl'unç 
ré%xïOï^^^j[^iyie,et quinçipp^Y^j^^ qhçz .eUç 



u%B CORRESPONDANCE LITTERAIRE , 

ciér le Dramaturge,) lipux volumes in-8**. Il y 
tf'd^ns cet ouvrage, <iomme dans tout ce que 
iiôus avons vu de M. Mercier, des pensées et des 
situations originaleis et bizarres , de là candeur , 
dé'rhonnéteté, de îa forceet de la chaleur , un 
pliati broché à la hâte , des peinturés triviales et 
des détails de mauvalflf goût, I^*idée de Jézehne^ 
tnours seriible avoir été prise de Vjlgathon de 
Jff; Wieland; c^est au moins leiriemé fonds, plus 
^rosmèrement ébaudh^ et rhâ-bfllé à la tuo-. 
dérn^. Agathon débute par la déscripUon d'une 
fête dé Bacchuff*, Hzennemouts ^v celle d'uue 
Pt'gîe che« un fetniier général; AgâtlÎQii* résiste 
aU3C systèmes séduisans du philosopbé^ftippias , 
et se laisse cbirompré^par^es èiiehfeftfeniens dé 
la belle Danaë, Jéiennemour$ é^t W^ofeé de la 
tftiilosophie de îHonval , dont on a fèit' une es- 
pèce d'«thée fbrt'rtthe et fort hutoiUfri'Énàis il ne 
peut 6é défendre lofe^i-témps'dës^iëductions de 
TàSmiâble Flortàiobde, lAprès qiid(^ttîmps d'i* 
Vrésse, il 'se séttvierit d'une pëferté-IStikànne , sa 
^émièré pafeiofa-,^ comme Agatfcon^sê souvient 
db sa petite Psydh^, SîTuil a'^(Fè!év8ïti teinpfe 
de Delphes par des' prêtres fbùrtféii^bù 
qùés.; l'autre lé fiit à Strasbouirg ' chez; les* Jésui' 
tés'i cic, , etc, Le premier vôlùmçMe Vi^^^/z/z^» 
frioùts^Wi roU'irôiivëles conversatioiis du 'jeune 
homme avfc le philosophe de 'la fe^rtiê^^ëriérâle, 
le tableau de ses premières amours, et surtout 
]iês détails dé son ëdticaliôn chez' un curé de 



JUIN t'}'}6. ' !i2àa 

campagne et cKei les Frères de Saint-Ignace^ 
tout ce volume aHucaracAère > de l'intérêt , et la 
marche en est assez rapide ; mais il s^eri faut l?eau- 
coup que la seconde partiç ait le même mérite. 
Jézennemours et Monval ne font plus rien de ce 
qu'ils devraient faire ; leur caractète change ab-* 
solument ; et si Fauteur fatigué arrive enfin au 
terme de sa carrière , c'est à la faveur des recon- 
naissances lés pluà romanesques , et de mille évé- 
nemens précipités sans motif et sans vraisem-^ 
blance. Il est à remarquer qj^e c'est à l'époque oit 
il semble ayoir voulu s'éloigner de son guidé 
qu'il commence à s'égaref. Quoique Fouvrage de 
M. Wieland nous ait surtout intéressé par l'idée 
ingénieuse qu'il nous dontje de la philosophie , 
des arts et des irioeurs de Fancienne Grèce , noiig 
croyons qu'on (dïi aurait pu faire "une imitation 
très-utile et très -heureuse eu substituant à ce 
costume ' antique celui de notre siècle. Mais 
pourquoi ne pas donner à la copie toute Féten- 
due de Foriginal? Pourquoi ne pas Varier davan- 
tage le lieiï de la scène ? Potii^quoi ne pas mon-' 
trer Jézennemours duns les^ifFérentes situations 
où l'on Voit Agathon chez les prêtres , chez les 
philosophes^ , chez les feihm^es , à la Cour , dans 
la faveur et dans l'exil?* Pourquoi. ...? Voilà 
beaucoup de questions fort ridicules ou du 
moi^s foi^t indiscrètes. M. Mercier saft mieux 
que nous ce qu'il pouvait faire ; et s'il n a pas su' 
peindre avec plus de finesâe et dû vérité le cercle 



ûaa CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
étroit dans lequel il a bien Voulu se renfermef ^ 
comment eût-il rendu le reste du tableau ? 



* V Ecole .des Pères, par M. E. Rétif de La Bre* 
tonne , avec cette, épigraphe : Forme ton fils 
comme ta femm^ voudrait qu*on t^eut formé ; 
4lès^e ta fille comme tu voudrait quon eut élevé 
ta femme. (En France.) Trois gros volumes in-8°. 
Ce Roman ne mérite et n^'aura pas le succès du 
Paysan perverti ; mais il vaut mieux , à beaucoup 
d'égards , que la plupart des autres ouvrages du 
même auteur. On peut Regarder M. Rétif comme 
un des plus robustes cyclopes de la forge de 
Jean-Jacques. Il n'a certainement ni Téloquence, 
ni le goût du pfadosopbe Genevois, mais il en a 
quelquefois la force et l'originalité; il parait sur- 
tout en avoir épousé les principes et la philo* 
Sophie. Cette nouvelle production de sa plume 
infatigable est une espèce de caricature d'Emile, 
à l'usage des fermiers;et des macohands de la rue 
Saint-Denis ; cependant ^ au milieu d'un fatras 
de vues mal dirigées, et de situations communes 
et triviales, vous trouverez des idées fortes, des 
peintures neuves, et surtout des détails de la plus 
grande vérité. Toute la conduite de ce Ronian 
est extravagante ,. absurde ; mais , au moment où 
vous êtes prêt à jeter le livre , vous rencontrez 
une p^g€ heureuse et des morceaux de dialogue 
d'un naturel et d'une simplicité rarps. On ne s« 
fait point l'idée d'une tête plus singulièrement 



\ 



JUIN t^^: ' ^••: - •; ' : îia3 
t^rganisée^ rt'uh mélange plus étôntiànt .de plati-*^ 
tude et de génie , d'ignorance e t d'instruction , de 
sagesse et de folie. L'i&o/e des Pères tise tespire à 
la vérité que l'innoeence et la verttf ; mais ce 
genre n'est pas celui qui réussit le mieux à M» 
Rétif de La Bretonne ; c'est un champ trop uni , 
trop resserré pour: la biiiatretie de son imagina- 
tion. U n'a pu se tirer d'embarras qu'en exagé- 
rant les exagérations mêmes de Roussçau , et en 
déyeloppant tout ce: que ses paradoxes vertueux 
offrent de plus chimérique et de plus étrange. 
Il fait, un grand éloge de l'institution morave 
du comte de Zinzendorf , dont iLestropie le nom ; 
il voudrait établir wa^ communauté fondée à-peu- 
près sur les mêmes principes: Son livre finit par 
une petite Encyclopédie rustique atissi curieuse 
que tout le reste. *• p ;: : - 



Lettre de madame d'Epinay à M» tahbé 
Galianij du 29 Juin 1776. 

C'est certainement, mon dier charmant Abbé, 
une correspondance unique que làmotre. Nous 
nous écrivons toutes les semaines 4es lettres de 
trois ou quatre pages, dans lesquelles on ne 
trouve autre chose , sinon*, je me porte bien , je 
3ui8 malade, je suis gaie, je sura triste, il fait 
chawd, il fait froid. Un tel est parti i, un autre 
a.rriyçi, etc^; et 4ous /Sommes contens de nous 
<î^^mp d^s rois > nous nous trouvons de l'esprit 



§94 CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, 
comme qodtxe. Si par hasard un* courrier maii' 
que, voilà des plaintes, des cris; il semble que 
tout soit perdu'. Savez -vous que je commence 
à penser que nous sommes bien plus heureux 
que nous ne le croyons? Puisque vous Têtes de 
ma meilleure santé, je vous dirai qu'elle che- 
mine vers la rohusticité; et pour vous donner du 
nouveau, j'ajouterai que je me reiiaets non à 
travailler, mais à penser, et si ce bon état dure, 
je ne désespère pas de pouvoir continuer mes 
Dialogues sur TEducation. Il faut que je vous 
communique qoelques-unes des idées qui , tout 
en rêvant, m*ont passé par la tête. Je me suis 
demandé pourquoi les animaux, qui jusqua 
présent sont bien nos très - humbles servi- 
teurs , s'avisent de naître avec le degré de 
perfectibilité qui leur est propre, tandis que 
l'espèce humaine travaille, .depuis la naissance 
jusqu'à la mort pour n'atteindre qu'au degré 
qui lui est propre; et puis je me suis demandé 
si l'avantagé était pour eux où pour nous. Avant 
de vous dire ma réponse , .il faut que vous sa- 
chiez que j'ai fait mes deux questions à un 
homme d'esprit, à un savant, qui, au lieu de 
résoudre le problème, m'a dit : Lisez un livre 
de Bordeu qui vient de paraître- 

Lire ! moi lire ! ai-je dit. Jamais. Des faits tant 
qu'on voudra; mais en fait de raisonnement je 
ne lis quç dans ma tête. J'ai* deviné tout ce 
que je sais , et je devinerai ce que je ne sai« 



X JUIN 177^. aa5 

pas.... En vèrilé, l'Abbé , il y^ des momens où 
je suis assez folle , assez vaine pour croire que 
j'ai deviné le' monde. Je n'ai pourtant pas tout- 
à-fait deviné à n\oi toute seule la réponse à ma 
première question. J^ai bien dit, c'est que chaque 
espèce d'animaux n'est occupée que de ce qui 
lui est pt'opre; mais cçla ne me satisfait pas. J'en 
ai parlé au philosophe ( à qui, par parenthèse , 
vous devez toujours ufte réponse ) ; il m'a dit : 
J'y ai rêvé plus d'un jour. C'est que chaque espèce 
d'animaux a son organe prédominant qui là 
subjugue, et que l'homme a tous les siens dans 
un degré de faculté combinée, dont le centre 
est la t€te et la pensée. Il m'apporta un exemple, 
mais je ne puis pas vous le dire, vous le devi- 
nerez. Il naquit trois enfans jumeaux, il y a 
vingt ans , à Amsterdam , je crois ; ils étaient im- 
bécilles, féroces, sauvages; un seul de leurs or- 
ganes, dès l'âge de dix ans, était à son point de 
perfection et d'une perfection monstrueuse. Et 
quel organe ? devinez , car c'e^t précisément ce 
que je ne dirai pas. Eh bien, ces trois enfans 
n'étaient absolument propres qu'à une seule 
chose , et il n'y eut point de puissance humaine 
qui pût les empêcher de remplir leur vocation. 
Ils moururent épuisés avant l'âge , etc. Vraiment , 
lui ai-je dit, cela me fait résoudre un autre pro- 
blème, c'est de trouver pourquoi les gens de 
génie sont si bêtes. ... 

Quant à savoir de quel côté est l'avantage, je 
décide pour les animaux; ik n'ont ni la peur de 
i. i5 



«^26 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, . 
mourir, ni l'amour des ric^hésse^ ; ils n'en ont 
pas même le besoin,... 



Pourquoi V Homme' ne nait pas^ comme' 'les 
Animaux , as>ec le degré de perfection qui 
lui est propret* ' 

Ce problème est si peu de pure curiosité, que 
dç sa solution dépendent peut - être toute la 
psychologie et toute la morale. Quelque envie 
qu'ait eue Jean-Jacques de ramener les hommes 
au doux état de quadrupèdes, il a été forcé de 
convenir que la faculté de se perfectionner éta- 
blissait une différence spécifique de l'homme à 
l'animal ; et c'est dans cette faculté qu'il a trouvé 
la source funeste de toutes nos erreurs, de toutes 
nos peines et . de toute notre dépravation. Le 
plus sublime rêveur du siècle dernier , Pascal , 
n'a fondé son système que sur cette qualité dis- 
tinctive de l'homme. Nous naissons, dit-il, dans 
la misère et dans la faiblesse ; c'est la preuve du 
péché originel. Nous naissons avec le désir et 
les moyens de nous perfectionner ; c'est la preuve 
du bonheur auquel nous étions destinés, et que 
nous devons retrouver dans une autre vie. . . 

Avant de chercher à résoudre la question, 
essayons de la bien déterminer. Est-il absolu- 
ment vrai que les animaux naissent tous avec le 
degré de perfectibilité qui leur est propre? N'est -il 
pas évident d'abord qu'il faut en excepter ceux 
qui ont été assez mal avisés pour s'associer avec 



JUIN 1776. ^ ^'>^j 

nous ? Ceux à qui nous faisons habituellement la 
guerre n'acquièrent - ils pas un degré de pré- 
voyance qu'ils n'auraient point eu d'ailleurs? 
Ceux qui ont besoin de ruse ou d'adresse pour 
se plrôcurer leur subsistance ou pour veiller à 
leur sûreté ne deviennent-ils pas, à force d'ex- 
périence, jplus ingénieux et plus habiles? Enfin , 
à bien examiner les choses, netrouverait-ônpas 
qu'il est de cette perfectibilité comme de toutes 
les autres facultés de notre espèce, sur lesquelles 
nous ne différons des autres animaux que du 
moins au plus , ou du plus au moins ? Qui nous 
assurera même que les fourmis, les abeilles, les 
castors aient toujours vécu en société comme 
nous les voyons vivre aujourd'hui ? 

Il est évident que l'homme est infiniment su- 
périeur à tous les autres animaux, et par 1q 
système général de son organisation, et par 
l'usage heureux que l'expérience et la société lui 
ont appris à faire de ses forces et de ses lumières ; 
mais à quoi tient donc ce degré de perfectibilité 
qui paraît lui appartenir exclusivement, du moins 
sous deux rapports frappans? Le premier, c'est 
que le terme de ce progrès est à-la- fois plus 
vague et plus éloigné; l'autre, que la, marche en 
est plus lente et plus imperceptible. L'extrême 
différence que l'on peut remarquer entre l'ac- 
croissement de l'homme et celui de tous les autres 
animaux ne suffirait-elle pas seule pour expliquer 
Ténigme? De tous les êtres organisés l'homme 
est sans doute celui dont les forces croissent et 

i5. 



42» CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
se développent avec le plus de lenteur. Il passe à 
naître la moitié du temps destiné à remplir le 
cercle borné de son existence , et l'autre à mourir* 
X«e degré de perfection auquel il peut espérer 
d'atteindre , sans pouvoir être déterminé avec la 
dernière précision , l'e^t jusqu'à un certain point 
pour l'espèce comme pour l'individu, et, par- 
venu à ce degré , nous l'avons toujours vu forcé 
de s'arrêter ou condamné à déchoir. Qu'en con* 
cluerons-nous ? que l'homme est de toutes les 
combinaisons organiques la plus ingénieuse 9 la 
plus compliquée, la plus parfaite, mais par-là 
même aussi la plus lente à se former^ la plus 
subtile et la plus frêle. La grande souplesse que 
conservent ses fibres durant une si longue en- 
fance, la progression graduelle, mais insensible 
et lente de son accroissement, le rendent plus 
propre sans doute qu'aucun autre animal à rece- 
voir les différentes formes et les différentes mo- 
difications dont sa nature peut être susceptible; 
elles le rendent donc plus propre qu'aucun autre 
à participer aux avantages et aux inconvéniens 
de Téducation et de la société. 

Je pense, comme l'a dit l'abbe' Galiani, que la 
plupart des animaux ont un organe prédominant 
qui les subjugue et qui détermine exclusivement 
leur instinct; mais je ne crois pas la règle sans 
exception; et je ne sais pas non plus si la plupart 
des hommes ne ressembleraient pas encore à cet 
égard aux animaux, s'ils fussent demeurés isolés 
dans les forêts : ce qu'il y a de $ûr, c'est qu'au- 



JUIN 1775. 029 

jourd'hui rnéme, tout dénaturés que nous soioi- 
mes par nos institutions sociales, nous rencon- 
trons encore assez souvent des hommes qui pa- 
raissent déterminés par un ascendant invincible 
à s'appliquer à une seule chose, et seraient tout-^ 
à-fait incapables d'en faite une autre. Il y a cent 
mille à parier contre un que si La Fontaine n'a- 
vait pas fait des fables et Gessner des idylles, 
jamais ni Tun ni l'autre n'eussent rien fait. 

Quoi qu'il en soit , on ne peut nier que la per- 
fection idéale de l'^iomme ne consiste que dans la 
plus exacte proportion de toutes ses forces et de 
tous ses rapports, dans l'usage le plus constant 
et le plus varié de toutes les facultés qu'il a re- 
çues de la nature, ou qu'il a pu acquérir à force 
de génie et de travail. C'est là du moins Thomme 
social, l'homme citoyen de Platon. Quiconque, 
pour se dévouer à un seul objet, néglige tous les 
autres, est une espèce de monstre en morale, et 
peut devenir un être fort pernicieux à la société. 
Ne vous étonnez donc plus si le premier des 
législateurs bannit de sa république les artistes 
et les poêles. 

On peut avouer que les hommes qiii se sont 
appliqués toute leur vie au bel esprit ou à tout 
autre art quelconque se trouvent rarement être 
propres à autre chose. Madame dé Tencin, en 
appelant les gens de lettres de sa société ses bétes, 
se seryait-donc d'une expression beaucoup plu:^ 
simple, beaucoup plus philosophique qu'on ne 
serait tenté de le croire, surtout lorsqu'on se 



y 



â3o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
souvient qu'elle parlait des Fontenelle , des La 
Mothe et des Mairan. . . 

Ceci me rappelle un trait de M. de Montes- 
quieu , qu'on n'eût guère attendu de sa philo- 
sophie, et que son ami Tabbé Quesnel m'a ra- 
conté vingt fois. 11 l'avait prié , en partant pour 
sa terre, de Vouloir bien veiller ^ur l'éducation 
de son fils, qu'il venait de mettre au collège 
d'Harcourl. Revenu à Paris , il n'eut rien de plus 
pressé que d'aller demander des nouvelles du 
jeune homme au digne ecclésiastique à qui il 
l'avait recoriimandé pendant son absence. Ses 
mœurs ? — Ne laissent rien à désirer. — Son ca- 
ractère ? — Doux et liant ; tous ses camarades le 
chérissent. — Jusque-là sa tendresse paternelle 
semblait jouir de la satisfaction la plus entière. 
L'Abbé crut y ajouter encore en lui apprenant 
que ses maîtres étaient infiniment contens de 
son application, qu'il avait beaucoup de goût 
pour les sciences, et surtout pour l'histoire na- 
turelle , où il avait déjà fait des progrès étonnans 
à son âge. Ace mot, M. de Montesquieu pâlit, 
se jeta dans un fauteuil avec toutes les* marques 
du plus profond désespoir, ce Ah! mon ami, vous 
» me tuez : voilà donc toutes mes espérances 
j) perdues! Vous savez quel projet j'avais formé 
» pour cet enfant, la charge que je lui destinais; 
ï> c'en est fait, il ne sera jamais qu'un homme 
>; de lettres, un original comme moi, et nous 
3) n'en ferons jamais autre chose ». La moitié de 
la prédiction s'est accomplie : M. le baron de 



^ JUIN 1776. aît 

Montesquieu vit obscurément dans ses terres, 
occupé d'insectes, de messes et de papillons; car 
à son goût pour, l'histoire naturelle s'est joint 
encore une dévation très- outrée et très -minu- 
tieuse. 

Il sersfit temps sans doute de revenir à notre 
sujet; njiais, après l'écart que nous venons de 
faire, il vaut bien mieux attendre la réponse de 
l'abbé Galiani. 



Couplets de M. le duc de Nivernais y. sur F air 
de la romance du Barbier de Séville. 

D'aimer jamais si je fais la folie ^ 
£t que je sois le maître de mon choix , 
Connais, Amour, celle qui sous tes lois 
Pourra. fixer le destin de ma vie. 

Je la voudraîis moins belle que gentille , 
Trop de fedeur suit de près la beauté ; 
Yeux languissans peignent la volupté, 
Joli minois du feu d'amour pétille. 

Je. la voudrais sans goût pour la parure*. 
Sans négliger le soin de ses appas ; 
Quelque peu d'art qui ne s'aperçoit pas 
Ajoute encore un prix à la natui'e. 

Je la voudrais n'ayant point d'autre enviey 
D'autre bonheur que celui de m'aimer. 
Si cet objet, .\mour, peut se trouver, 
De te servir je ferai la folie. 



a3îi CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
Couplet de M^ Lemierre à mtidaine Seguier 
pour le jour de sa fête. 
Sur l'air précédent. 
De Marguerite on connaît la disgrâce. 
On la bannit de TOlympe chrétien. * 
Votre triomphe est plus sûr que le sien , 
Dans tous les cœurs vous gardez votre place. 



IiiiPROMPTU à madame la vicomtesse de Belsunce^ 
qui distribuait à sa société des cordons de mon- 
tre ^ talismans qu^elle avait imaginés ^ disait- 
elle^ pour se faire des amis. 

Qui reçoit ce cordon , ainsi le dit l'oracle, 

A rinstant devient votre ami. 
J'admire, je bénis, Eglé, ce doux miracle. 
Et j'y crois plus qu'à ceux de saint Rémi. 
Le prodige eut paru moins croyable , et pour cause. 
S'il pouvait empêcher qu'en voyant vos appas , 
Cet air si fin qui plaît et qui n'y songe pas. 
Ce sourire enchanteur et ces lèvres de rose , 
L'ami bientôt , £glé , ne devint autre chose. 



Nouveau Dialogue des Morts. 
Erasme ET LcTHEB. 

Luther. A vous une statue, ii vous! (i). 

Erasme. A moi. La Reine du monde pouvait- 
elle faire moins pour son panégyriste ? 

Luther, Oui , la Folie , la reine du monde. Ne 
voilà- 1- il pas une de ces vieilles impertinences 
dont vous avez rempli tous vos ouvrages? 

(x) La ville de Rotterdam , la pattilf d'Erasme , lai fit ériger anr 
âtatue après sa mort. 



f 

JUIN 1776, «33 

Erasme. Et dont le monde où nous sommes 
ne m'a pas encore désabusé. 

Luther. Eh bien, moi je pense avoir prouvé 
que la sagesse , lorsqu'un homme de courage , 
un homme tel que Martin Luther fait valoir s;es 
droits, en impose non - seulement à la Folie ^ 
mais à toutes les puissances du ciel et de la tenre. 

Erasme. Sans vouloir vous disputer vos scic- 
cès, vous pardonnerez à l'ami de la Folie de 
croire que, si vous aviez été moins des nôtriîs, 
vous n'auriez jamais pu faire de si grandes et 
de si belles choses. Vous lui pardonnerez d'oser 
vous dire que l'Histoire, ce riche tableau des ex- 
travagances humaines , n'en offre peut-être au- 
cune qui nous ait coûté aussi cher que vos sages 
leçons. 

Luther. Est-ce ma faute à moi si l'ambition 
des grands s'est mêlée mal -à ^propos de mes 
projets ? 

Emsme. Non; mais avouez aussi que cfest 
cette malheureuse ambition qui les a fait réus- 
sir; qu'ainsi, pour les affaires de" la religion 
comme pour toutes les autres, on ne parvient à 
rien dans le monde sans le secours de la Folie , 
pas même à faire de la raison. 

Luther. Savez- vous bien , monsieur le Railleur, 
qu'avec tout votre bel esprit il n'aurait tenu qu'à 
lïioi de vous faire griller en place publique ? sa- 
vez-vous bien que ce pauvre Michel Servet le 
lûérita beaucoup moins que vous ? 



a34 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Erasme. D'accord; mais à présent je nc^vous 
en dirai pas moins les mêmes chose!». 

Luther, kme de glace, à votre gre' la -vérité 
n'est donc qu'un jeu? à votre gré Ihomme de 
Jj^en, assez heureux pour la connaître , n'est 
donc pas obligé de l'annoncer à quelque prix 
que ^e soit? 

Erasme. J'admirerai , $i vous voulez , votre 
zèle. 11 n'en faut pajs moins pour devenir mar- 
tyr ou chef de secte; mais ce sont deux genres 
de gloire que je n'eus jamais la fantaisie de dé- 
sirer. Je vous 4irai même entre nous que cette 
vérité dont on parle tant, que je respecte fort, 
ne me paraît pas avoir été jusqu'ici d'un grand 
usage à l'humanité. 

Luther. Qu'osez-vous dire? vous confondez 
apparemment les vaines découvertes de la phy- 
sique et de la géométrie avec les sublimes vé- 
rités que nous enseignent la théologie et la 
morale. 

Erasme. Je serais bien fâché de les confondre. 
J^es connaissances que vous affectez de dédai- 
gner ont étendu la sphère des arts, ont aug- 
menté, sensiblement la somme de nos jouissan- 
ces; et si elles n'ont pas servi à nous rendre 
meilleurs, elles ont servi du moins à nous rendre 
plus heureux. G'est bien quelque chose. 

Luther. Plus je vous écoute, et moins je vous 
entends. » 

Erasme. Si votre théologie, votre métaphy- 
sique, votre morale étaient plus claires qu'elles 



ne le sont, nous nous entendrions mieux. Je 
conviens qu'il est peu de vérités dont la con* 
naissance ne puisse devenir utile; mais je suis 
persuadé qu'il en est beaucoup dont la recherche 
est vaine et, qui plus est, infiniment dangereuse. 

Luther, Il y a dans ce que vous venez dé dire 
quelque chose d'assez juste; mais ne me suis-je 
pas arrêté à propos ? n'ai-je pas fixé des limites 
convenables ? 

Erasme» Ce que vous avez fait serait trop 
long à discuter; mais il est certain qu'on ne 
s'est point arrêté avec vous, et que par la même 
raison qui vous a fait franchir les anciennes 
bornes, on a osé franchir celles que vous aviez 
posées avec tant de confiance. 

Luther, Hélas ! je. l'ai appris depuis que nous 
sommes ici. Si je l'avais prévu de mon vivant! 
mais c'est précisément là l'œuvre du diable. 

Erasme. Eh ! non ; c'est une suite naturelle de 
ce que vous avez fait , de ce que feront toujours 
ceux qui comme vous auront la manie des dé- 
volutions. Vous oubliez que le monde est ce 
qu'il est depuis plusieurs milliers de siècles , et 
vous vous imaginez qu'en soufflant un peu la 
poussière qui couvre le petit point que vous oc- 
cupez, vous pourrez changer tout le mouvement, 
tous les ressorts de cette machine immense. 

Luther, Mais n'ai-je pas fait changer en effet 
la face de l'Europe entière? 

Erasme, Oui , vous avez opéré des choses pro- 
digieuses; mais pe comptez- vous pour rien lé 



536 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
goût des arts que l'Italie emprunta une seconde 
fois de la Grèce, la découverte d'un nouveau 
monde, l'agrandissement de deux ou trois puis- 
sances, la poudre à canon, l'imprimerie et les 
lettres de- change? 

Luther. Vous reconnaissez du moins, sophiste 
opiniâtre , que l'espèce humaine s'est perfec- 
tionnée à beaucoup^ d'égards. 

Erasme. Un peu ; mais aux préjugés que vous 
avez pu détruire n'en avez -vous pas substitué 
d'autres? n'avez- vous pas prétendu accorder aux 
hommes la liberté de penser, et la leur refuser 
ensuite selon vos convenances ? Les grands et 
les philosophes n'ont-ils pas été beaucoup plus 
loin que vous n'auriez voulu ? et ne s'est-on pas 
moqué devons et de vos inconséquences, comme 
vous vous étiez moqué vous-même du Pape et 
de ses bulles ? 

Luther. Taiit pis pour les grands et pour les 
philosophes; le peuple cependant est devenu 
moins ignorant , moins malheureux, 

Erasme. Ah ! croyez qu'il a gagné bien plus 
au progrès sensible du commerce, du luxe et 
des arts, qu'au progrès trop douteux de la reli- 
gion et de la morale. De quelle instruction le 
commun des hommes peut-il être susceptible? 
!Nous ne saisissons, nous ne saisirons jamais que 
les idées que nos sens et nôtres imagination 
peuvent atteindre. Les meilleurs! esprits, en tâ- 
chant de s'élever à des idées plus abstraites, ne 
parviennent, à force de génie et de travail, qu'à 



JUIN 1776. aîy 

reconnaître Finceriitude de tous les principes 
et de toutes les notions reçues. Le doute et Tia* 
différence sont le triste fruit de leurs peines et 
de leurs veilles. Comment imaginer, après cela^ 
que la recherche de la vérité puisse convenir à 
l'homme , qui , pour être heureux , a besoin de 
croire, d'espérer et de craindre, qui en a telle- 
ment besoin, que, lorsqu'il cesse de croire, d'es- 
pérer et de craindre , il cesse aussi d'agir, et ne 
traîne plus qu'une existence parfaitement apa- 
thique , celle du vrai philosophe, le plus inutile 
et peut-être le plus infortuné de tous les êtres? 

Luther. Voilà vraiment un fort beau discours; 
mais je ne m'attendais guère à me voir confondu 
ainsi avec messieurs les philosophes. N'allez- 
vous pas me faire tout à l'hejzre encyclopédiste? 

Erasme. Cela serait beaucoup ,moins difficile 
que vous ne pensez ; il y a même à parier que 
sans vous et vos confrères jamais l'Encyclopédie, 
ne se fût avisée de paraître. 

Luther. Je vous connais , et je vous remercie 
de l'honneur que vous voulez bien me faire ; 
mais , de bonne foi, prétendriez-vous me prou- 
ver que j'ai rendu un mauvais service à l'huma* 
ni té en combattant de toute ma puissance lea 
préjugés destructeurs du fanatisme et de la su- 
perstition ? 

Erasme. Je ne dis point cela : j'ai seulement la 
vanité de croire que j'ai fait mieux que vous. 

Luther. Fort bien : en vous moquant de tout 
le monde? 



a38 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
- Erasme, Peut - être. J'ai osé combattre le» 
mêmes préjugés que vous, mais je ne les aï 
guère attaqués qu'avec l'arme du ridicule , et 
«ette arme est à*la-fois la plus douce et la plus 
sûre. J'ai tâche de miner le pouvoir du despo- 
tisme religieux sans le heurter de front ; et si 
TOUS aviez su vous contenter dé la même gloire, 
je présume que nous aurions préparé insen- 
siblement la révolution qui s'est faite dans les 
idées , et que nous l'aurions excitée ainsi sans 
aucune secousse violente , sans aucune fermen- 
tation fâchetise; peut-être mênle les esprits se 
seraient-ite contenus alors dans les l>ornes où 
vous désireriez de les voir aujourd'hui. It existe 
actuellement (i) un sage au pied du mont Jura, 
qui, en suivant cette méthode, mais, avec cent 
fois plus d'esprit que nous n'en avions tous 
ensemble , est parvenu à détruire lui seul plus 
,de préjugés , plus d'erreurs , que les théologiens 
et les philosophes de plusieurs siècles n'en 
avaient pu imaginer. 

Luther. Je n'entends et ne veux rien entendre 
à ces distinctions frivoles, à ces ménageniens 
pusillanimes. Si ce que nous savons de la vérité 
est peu de chose, nous n'en sommes pas moins 
obligés à dire ce peu que nous savons, avec 
toute la franchise et toute la fermeté d'une âme 
intrépide: 

Erasme. Je penserai comme vous lorsque je 
serai bien convaincu que ce peu de vérité intc- 

' (i) Ce DialogM « été écxit en 1776% 



:/ JUIN 1^76. 239 

rèsse ewentiellement le repoâ et la félicité des 
hommes. Jusque là je persisterai à garder le sh% 
hncé ou à/ me réjouir de leurs ridicules. Ce que 
»QU3 appelons du beau nom de philosophie ne* 
sert le plussouveut qu'à remplir notre kme d'in- 
quiétude et d'ennui. Le préjugé le;plus absurde, 
pourvu qu'il repose doucem en |; ma pensée, mç; 
détermine à contracter de bonnes. habitudes et 
me rend ainsi mon bonheur et mes devoirs 
plus lac^^es, me paraît préférable à toute l'or- 
gueilleuse sagesse des prétendus penseurs , et je 
ne mets aucune comparaison entre l'homme de 
génie qui trouvera le secret d'établir un préjugé 
vraiment utije , et celui qui fera les plus savanises 
découvertes qu'il soit possible de faire en théo- 
logie , en métaphysique et en morale. Le talent 
du premier, n'en doutez pas. Suppose non-seu- 
lement plus de calculs et de vues , mais encore; 
un plus grand caractère et des efforts infiniment 
plus rares. Je soupçonne fort que nous avons 
traité assez injustement les premiers inventeurs 
de plusieurs opinions religieuses , opinions de- 
venues ridicules aujourd'hui, mais qui dans 
l'origine n'en étaient pas moins des ressorts 
utiles pour porter les hommes au bien ou le§ 
détourner du mal. Ces ressorts ont pu être alté- 
rés par la suite des temps , et l'on a eu de la 
peine à découvrir leur véritable objet; la pre- 
mière idée pouvait n'en être pas moins heureuse. 
Il est fort naturel, par exemple , que la religion 
d un peuple barbare révolte des peuples plus 



a4o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
éclairés ; mais cette religion était cepefidant la 
seule qui pût convenir , la seule qui pût servir 
de freiiu à ses passions , la seule peut-être qui pût 
le disposer un jour à prendre des mœurs moins 
farouc^hes, un catactère moins barbare. 

Lui':hèr. A tnerveille! Mon ami; allez écrire 
tout «ceci , c'est un chapitre profond qui man- 
quait â votre Éloge de la FoUe. 



La Tektatioit, Conte ^ par M. le marquis de 
Saint' Marc. 

Soit médisance ou calomnie y 

On a toujours eu la manie 
De mal parler du froc. J'en veux parler aussi , 
Et sans préyention et fort en raccourci. 
Le Moiiie dont je vais raconter Fayenture 

Sans doute ^ura des partisans; 

Mais combien de nos jeunes gens 
Qui s*écrieront , la sotte créature ! 

Ne prononçons point sur cela. 

Car dans le monde, comme il ya , 
Rifîn n*est ou bien ou mal que suivant l'anditoire. 
Dépêchons donc ce conte ou plutôt cette histoire. 
Sans penser même à ce qu'on en dira. 
^ Une Princesse jeune et Helle 

Parcourait les détours d'un bois, 
Où, dans Tespoir flatteur d'une gloire étemelle, 
.Loge un essaim barbu des fils de saint François. 
Elle en trouve un cité pour sa vie exemplaire. 
U la voit , il s'éloigne. ... « Ah ! dit-elle , il me craint. 

» Je veux essayer de lui plaire ; 
» Tournons , pour m'amuser, une tête de saint. » ^ 
Comme on le pense bien, par sa suite applaudie. 
Elle va seule à lui , l'aborde et s'étudie 



JUIN 1776. a4i 

k déployer, en lui {parlant 9 

Tout ce que la coquetterie 

A de grâces et d'industrie 
lV>ixr donner de Tumour ou son équivalent. 

Soins superflus ; notre bon père 
finisse d'abord les yeux à son charmant aspect^ 
Képond^en peu de mots dictés par le respect , 

Et revient vite à son Bréviaire. 
Non, il ne m*ëntend pas. •• .Parlons plus clairement, 
- ï^ laissons là le sentiment, 
Dit-elle en soi ; puis elle lui propose * 

Ce qu'aux mondains sa bottebe-eù fleurissait la rose 

N'eût ^as offert in^un^ent. 
A. ce discours, 6 ciel ! point de réponse. 
Qa*est-ce , dit-elle enfin , que ce silence annonce ? 

Si le plaisir répugne à la dévoHon , 
C'est Tàffîtire au surplus d'une confession, 
lion , répartit le Père avec un t^^n sensible 
£t ressembUnt asaes à celui du désir, 

ri[on, il faudrait aussi le repentir. 

Qui 9 je le sens , me seirait impossible. 

M. de Saint -Foix , qui n'est pas moins connu 
par son humeur brusque et par son goût pour 
les duels que par son Théâtre et par ses Essais 
sur Pans , avait fait représenter le même jour 
trois de ses petites Comédies en un acte. Les deux 
premières furent médiocrement applaudies , la 
dernière fut trouvée détestable et tomba tout à 
plat. Rofaé , qui était au parterre , £t en tortant : 
Pour celle-ci force est qu'on y renifle j 
U Vk^t poltton si comm qui n'^ siffle. ' 

M serait difficile que la pièce fûit plus plate que 
lepigramme n'est barbare. ' 

I. —^ ^^ 



a4^ CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

La Bonne Femme ou le Phénix\^ pat^pidie à! Al 
ceste^ en deux actes, en ver,s, niélës de vaudevilles 
^et de dànses^a^té,représentée, pour la première 
fois, sur le théâtre de la Gomédie italienne, le 
dimanche 7 Juillet. . • 

Cette bagatelle a eu beaucoiip de succès ; l'idée 
en est folle ; et quoîqiié Texécution. en ^pit fort 
négligée, on y a trouvjé de la gaiqté;^t quelques 
isailli^s assez tieureuses.: . - . -l'i 



Molière y drame en cin^ actes) ^èn ptôse ^ imité 
de Goldoni , par M. Mèrdei^; uîi Vol. î^n-g^ilie sujet 
de ce drame est|}^ représentation Ae^ Tartuffe 
et le Mariage de Molière ayec la fille dç, (a comé- 
dienne Béjart. M. .Meijcier a suivi assez .exacte- 
ment l'original italien ; il eh a conservé les carac- 
tères et l'intrigue, si du moins Fôn peut appe- 
ler ainsi une îFablé ^àn^ mouvemëril; et sans action. 
Il s'est permis de donner au dialpg|],ç:pluff de dé- 
veloppement; quelquefois il nç. l'j^.irpndu. que 
pljiSvproUxe et plus ampoulé. Sans,fien;.cbaD§er 
.^ la marche de l'ouvrage , il.ya jiçté quelques 
^çè^^es flouvelljBÇ,; dani^ l' une ,^ le >;al,et de. ]\Iolière 
met en papillotes la Tradfiction. que son maître I 
avait faife. de Lucrèce; dans l'autre:, ,une jeune 
pprsoiine. ^yient se pTÇ$çpter à Molière ,ppi^ être | 
reçue dans sa troupe. Il appren^ .que.p'est une 
fille bien née.,, la jljétppw^ dç son.prgjet^ et lui 

subsistance honnête. Jj4fi..prepiièçç,d^,pç^.^é»^^ 
est g2Lie , l'autre est du Jaaoins fort déplacée au cb- 



quièitte a€lê, dont elle tétair^ lé diéhôûeihenti 
L'idée là 'pltis heurelisfe de M. Mercter est d'avoir 
imaginé 'de substituer au pei^sonnage très-iiisi* 
pide de Lëandre celui de Chapelle. Ce 'rôle sem- 
blait fait pour t^pandl^èistir toute la pièce une 
couleur très-piquante ;ntnais le Chapelle de no* 
XTtDramatiste n'est point dû tout celui que nous 
connaissions; il n'en a ni' l'ësjirit , ni le ton , ni 
Taimable folie. On lui fait dire cependant une 
excellente naïveté dans la scène où quelques 
jeunes l^eigneurs s'âvi^etit-d'àpprëcier fort légè^ 

remetit le mérite de Molière: Le Comte „ 

Térencë est plus sage. — Le Marquis: .'.'.. Scàrron 
pluî plaisant. — LaThôriMère. . . . . Ah! Messîeuts , 
Messieurs ', Scarroh , est-il pôssifcle !..'.'.'. — Cha- 
pelle...'.'. Ah! je prends lé parti de mon ami. La 
Thoriîièfe à raison dé se rédrier. De la justice; 
Molière Tant mieui que Sbàrron. *" ' 

L'originalité de ce jugement nous' rappelle le 
trait peu connu qui fut la véritable cause de la 
disgrâce de Racine. 'A un* dé ces soupers de 
Loui^ XIY et de madame de Maintenon , ou ce 
Poëtè avait souvent rhonnéut d'être admis , la 
conversation tomba sur le Théâtre de Molière / 
et l'on observa que ses premières pièces étaient 
remplies de scènes itïdëcéntès et dii plus mau- 
vais tôii.'Tbut courtisan qu'il était, Racine eut 
peut-être , la première fois dè^ sa vie , un liiornént 
de distraction, et dit-avéè beaucoup dè'vttacité : 
Sans doute^f ù^est ce misérable , ce' fiacre 'de 
Scàrron 'qui>f<ivaitgâtélCeriiOX. échappé fit une 

t6. 



s44 CORRESPONDANCE ïiTTERAIRE, 
impression que la Favoritene put jamais lui par^ 
donner , et qui le rendit mill^ fois plus odieux 
que ses Mémoires et son jansénisme. Nous de- 
Yons cette anecdote à madame du DeCfand, qui 
la tient de la première main. 



Mémoires turcs y par un jouteur turc , de (Qiifes 
les Jlcadémies mahométanes , Licencié en Droi^ 
turc, et Maitre-ès'Arts de l^ Université dfi Çons- 
tantinople ( c'est-à-dire par R^. iSA^coury Fer 
mier général , auteur de la Pariséidç j et.de plu- 
sieurs autres ouvrages du même gcjnre , trèp^fsi- 
ché de n'avoir pas encore obtenu le fau^euijl jgtça- 
démique, qu'il croit avoir mérité. «^ plus d'un 
titre. ) Nouvelle Edition. Deux petits vql^ in-^8®. Ce 
qu'il y a de pl^s remarquable dsinii cette nou- 
velle édition , c'est une Épître dédica(oire.£( ma- 
demoiselle du Thé , la plu3 célèbre çpurtisaiie 
du jour , ÉpUre où l'on a prétendu £ùre u^ne cri- 
tique 9 auss^ légère qu'ingénieuse , de^ yicest du 
.siècle. Pour êtpre un bon Roinan , il ne mspique à 
ces Mémoires que des ca^s^ç^ères , dç h^ vraij$çipQt- 
blance et des mesura ; povir é|re up joiî CQntç de 
Fées 9 rien que du eén^îe et de rinventioii. 



Depuis plusieu^rs^u^ée^ oçi voyait régner entre 
la Fraiice et l'Angleteri;^, V^çcord le pliis psu^ait;, 
l'union la plus touot^anl^ç;^ il n'y ei;^t jamais eqitre 
deux Nafioi^ voisines ^çt rivales un commerce 
de ridicules^ ^e mode^ et de goûts mieux établi. 
Si i^os épeesy i^os voitures, n,os jardins sont à 



JUiff 1776. 'a4& 

i'ânglaise, toute la Grande-Bretagne hé raffole 
pas moins de nos plumés^ de lïos pompons, de 
nos coliâchets de toute espèce. Ces sages insu* 
lâitei^ n'estiment gUèi^e môhis nos cuisiniei^s que 
nous n^estimoïïs leurs philosophes. Ils traduisent 
iios Drames, nos Brochures, comme rious'tra* 
diiisotfs leuf^ Roûià^s, leurs Yoyàges. Si leur^ 
jeunes lords viennent se miner en France pour 
dies {>rihce6jSiès d*Opérà , tios jeunet ducs à leur 
tour V6ttt se ruiner éil Angleterre pour àes che- 
'yà.tiiL dé tîôurse ? ei c*ést ainsi qu'on oublie le» 
vieilles haines^ et c'est ainsi que disparaissent 
peu à |>éû ces préjugés bài^barres qui èmpéôhaient 
les Nations de s'instruire et dé $e civiliser réci- 
proquement. 

TTous Voyons avec beaucoup d'aàiertumè et 
de dôûleitr qù*une hàrmorfié àî désirée et si pré^ 
cieu'se riàqife fort d'être troublée, et de l'être 
par tlne cireonstaùcé qui semblait faite pour 
raugmèntereiicore; c'est la mal heureuse traduc- 
tion de Shakespeare qui vient de susciter cet 
orage; M. de Voltaire , Quoiqu'il eût sans doute 
plus de raisofM que personne d'aimer là gloire 
de. ce gralSd homme , il'à pu a^prendk^e sans in- 
dignatibfï que dés Frài^ëàisaVsdeht eu là lâcheté 
de saei^fîer à cette idole éïrâhgèré les couronnes 
immortelles de Corneille et de Racine. Son ressen* 
timeilf |>àtriotiqué a déjà éclaté de la manière 
la plus' tive dans une lettre à M. lé comte d'Ar- 
gentà) , que nous avons eu l'honneur dé vous: 
envoyer k ttkds passé. Il n'a point cru devoiv,^ 



246 correspondance' utteraire , 

dans une affaire de cette ixppôrta,iîcp, s^^tt^tap'- 
porter uniquement au .zèl^e trop pacijSqi^e de 
son cherjinge; il vient d'içn appeler à r^iutorité 
mêmç 4^ r Académie; française. Ne^.doit^Qu.pafr 
regarder cette d^marohei comme une déc]:aratiiioa 
de guerre en forme 2 II ^&K diffioilp^ dq . prjévoir 
queUei^ en seront les suites ;.mais elles iif p^uyént 
qu'être i^finipient gr^v!qiç.*Qn.sait l0>ci|l};§. ido- 
lâtre que toute la NatiQp,^pglaise rend}^Kt|;éiiie 
de Shakespeare. I^rmettrid-t-çlJeià^rjA/ïîa,déniie 
française, de discuter: tranquillement les tîlr^ àe 
ce cujlte ?' R^connaîtrftit-eJJq la eoippétejQjce 40 ces 
jugàs jétrangers ?.Ne:çlJwf2i^ra-t-itUe piift4f ^.f^ir^ 
UU; parti- au sein m^m?i,(^ notre .littérature ? 
A-t-on oublié combien les querelles de ce genre, 
et poiur, des objets beauqf)up wojIrs. ^n^i^^ans, 
ont produit de haine^i, ^e sectes ^tjd^itfiîrfeays? 
Tous \^ e^vii&^fmkM^'A^^^ Mi^^^Vt^^e fer- 
meiita^^pû. D'un çpté;, l'pa se. prépaf^.à traduire 
y^fffffçgie.dç Sh<^^pJp4iir^ psLT is^^Làmn4^ Mon- 
tagueî'jd'un autrç içoIftoM» ;4eI^;Barp6> tou- 
jours inspiré p^r le çc^çme zèle, ir^v^iUe k un 
examejnj critiqu^ç d'Oijkèli^, et n(M^-$e[v&l<ei|ff nt de 
JLa conduite delà jpiè^^e., m^i^i ei]|c4)^f^ikiMStyle 
de rojiginaj .et âç..l^.ii:^duçtio>ï,.;^<M^'il ne 
sac}ie^s un mot d'aqgl^is.; Qu'^t-e^ttjW.cela 
fait? Lorsqu'on dispif^t, il y a.cisi^iiQte ou 
soixante ans , sur Homère , les gpjns .qui avaient 
alors le. plus d'esprit» et; qiji av;ai«enf;pri£;: parti 
contre le Poète, grep ^sayaient-ilsmipiivc.^a lan- 
gue? L'esprit supplée à tout, Yojyi^ ^cependant 



l'extrait ;de la lettre que M, de Voltaire a envoyée 
à M. d'Aleinbert, pour être lue à la première 
séance publique de r Académie.. .j 

a Messieui^ , le cardinal 4^ Richelieu ,1e grapid 
» Corneille, et George Scudéri ( qui], osait se 
» croirç json rival) soumirent à votre ji^uieinl; 
» \e Cidy tiré du Tbéatué. espagnol. Aujqijrd'Jjiui 
D npv^$ avonsrecouraà cette méuije décision îpir 
» partiale à l'occasion de quielques tragédi^js. 4^^? 
» ^lé^^ au. Roi votre protecteur^ , . . ^ 

» y^je j^arÇie de la Nation :ajpglaise; a érigé dcn 
» pui^peu un temple au fameo^.ÇQIiiédienrpQëte 
» Shakespeare , et a fondé ce qu^elle ^pjpel^^ pa 
» Jubilé en son honneur. Quelques Fraja^j^ pnj 
» tâ^hé d'avoir le même enthpusiaçpae* Ils. trans- 
» portent chez nous une. imag^ de. la divinité 4^ 
)> Shakespeare, comme . quelques autres iu^ta^ 
» teurs ont érigé depuis .ppu. à. Paris. un W^ 
» hall;, et çoflime d'autres se p.rpiBèn.enl; en frac 
» les HoaaliAs^* oubliant que^p. m jy^içptidu 

y> frjujLçais , comme çn . w^^fljnj^ t^t ^e inot^, de 
P la Jpjgue anglaise. \ v w . , :. . 

^ .î) Jiî^ Cour de Louis XIV payait poli .au^refçis 
» celledeÇJb^leslI; aujpurd'liui.Loft4fes,npu$ 
» tirs à^ la iaxbfrie.: .. .,, . ;;.'..; i , . 
f » Epfin.dqnjCj^iiyieç^i^^r^,. on y4?us,»aiwionce 
» u^e Tr^dy (^tjion dt^ l^hak^pe^re ,^t. pp? yous i«i&T 
» truit, f>Çj spnt le$i termçs,du;prpgraïnnie,jqu'/[/ 
» fut le dieu créateur dej(ait su^bJimPdu jfhéâtre^ 
» \q^i rççi{f.de, ses v^fiLin^ ïe^ooisfer^ceet la per- 
:ù fectioni.^, . / . • .^ .:; • t < • ■ ^ 



^48 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

» Les traducteurs ajoutent que Shakespeare^ 
» est vraiment inconnu en France, ou plutôt dé- 
» figuré. Les choses sont donc bien changées en. 
» France de ce qu'elles étaient il y a enviroa 
i> cinquante années, lorsqu'un homme, qui a 
» l'honneur d*être voire confrère, fut le premier 
]^ parmi vous qui apprit la langue anglaise , le 
» premier qui fit connaître Shakespeare , qui en 
% traduisit librement quelques morceaux en vers 
» (ainsi qu'il faut traduire les poètes), qui fit côn- 
» naître Pope , Dryden , Milton, le premier itiéme 
1^ qui osa expliquer la philosophie du grand New- 
» ton, et qui osa rendre justice à la sagesse pro- 
i ^{bïtde de Locke. 

» Non-seulement il y a encore de lui quelques 
»' morceaux de vers imités de Milton, mais il 
» engagea M. Dupré de Saint-Mairr à traduire 
» Milton , du moins en prose. 

» Quelques-uns de vons savent queî fixt le prix 
> de toutes ces peines qu'il prit tfenrichtr'Viotre 
» littérature de la Kttéràture anglaise, avec quel 
» acharnement il fut persécuté pour avoir osé 
» proposer aux Français d'augmenter leuYs lu- 
» mières par les lumières de cette Nation savante 
3» et philosophe. On regarda en France cette en- 
)9 treprtse comme uû crime de haute* trahison. 
» Ce déchaînement , ne discontinua: poiàt, et 
» l'objet de iant de haines ne prit enfin d'autre 
» parti que celui d*en rire. 

» Au milieu de ce déchaînement contre la lit- 
» térature et la philosophie des Anglais > elles 



JUIN 1776. 249 

» s'accréditèrent insensiblement en France. On 
» traduisit bientôt tdns leurs livrés; oh passa 
» d'une extrémité à Tautre : on rie gôûlaît plus 
» que ce qui venacit dé ce fa^s , ou qui passait 
^ pour eiiTetiir. Les lîbraiféô (qui sont des mar- 
» cbànds de'môdes)Veiïdâieiït des Romans an- 
» glàis, comtte-on vend des hibaris et des dén- 
» telles de point sons le nom ^Angteterfe. 

» Lé xtfémé qui a^aïît été là cause de cette ré- 
» volution dans les^ esprits fiit OÏ)ligé en 1760^ 
» par tiés taisons asse2 connues , de commenter 
» lés Tragécfies' du 'gl*iind Corneille , et vous con- 
» sultâ SËBsîdtimènt sur éét ouvrage. Il joignit à 
» la célèbre prèce de Cinna ûrié traduction du 
» Jûtes César Ae ShakeSjiéare , jpour servir à cdm- 
» parer la manièv-e dont le génie anglais avilit 
ii traité* la cottspïratibn de Brùtus et de Cassius 
» cbnïre Cééar , avec là manière dont Corneille 
» a traita (assez difîéi*eiïiment) la conspiration 
» de Cinn'a et d^Efniïïe contrei^ûgiiste. 

» Jamafis tJ*âdûétiv^ri ne fat si fidèle. L'original 
» anglais est tantôt en vers, tantôt en prose, 
^ tantôt en vers blancs, taiitôf en vers rimes; 
^ quelquefois le^ stylé est d'une élévation in- 
» eroyaMè : c'est César quî dît qù^il ressemble 
» à t Étoile polaire et à t Olympe. Vi?Lns un autre 
» encïroît il s'écrie : !£e danger sait bien qtle je 
» $ù:is plus dangereux que lûL Nous naquîmes 
» tous deux d'une même portée et Te mêrnejour^ 
» mais Je suis Tatné et le plus terrible. Quelque- 
» fois le style est dé la plus grande naïveté ; c*est 



aSo CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» la lie du peuple, qui parle. $cyi^}^g^e:fi\est 
» un savetier (jpi^propose à.ui:^,;;^iiateu|:',d^le 
» ressemeler. Le, cpo^meatiiteuc 4e^.Cprneil^e jtàr 
» cha de se prêter,, à cette ,gjç3^dç j^^^été. Non- 
«seulement il traduisit les ^ycprSj^J^ncs.e» vers 
» blancs, les veij^riraçs en vfjii'S .renies ^ila, prose 
» en prose,. inai§..jl rendit J^^v^yj^urG^]^^* U 
» opposa l'an^oul^^à, l'jei^^uîrQtii^ ^^ïv^éet 
» même la bas^es§|Ef çitovit.çjî gui e^tw^aïf^et bas 
» dans roriginal ^ ifjêtai|; la sev{|e;jflapiè^ 4?!^''^ 
'» connaître Sh^J^ç^pearéc II s ag^^^ait ^'u^ 
» tion de Uttër^turp et ^^qf^,dj'j|p,, marché de ty- 
» pographie ; il ne fallait, jp.as^^f^^^ le pwblic. 

, » Quand les traduçteyrçj Â^ ^^ke^f^e re- 
Vprochent à la France de j^'^ayoir^^ij^ui^e U^^c- 
» tîon.eîcacle de de popte, ils,(^ç;^^j^t dpiwî.tra- 
» âmv^ exs^çtera^ent,; ils perdçyaiepi^t.pas, (Jjèsla 
^)j ^première scène de Jul(^s\ Çf^àrj^^^xja^uXïler. , eux- 
» rnêmes leur cKefj de la Tra^i^e. Ils copipjij.fi.- 
» cfèlement leur modèle, je r?^vp]iieTi ea^^ntCQ^pi; 
j» sant sur le tbéâtre des cbarpjçïitiers;, de^bpu- 
» chers, dès cordonniers , des, savetiers avec. des 
V, sénateurs romains; mais ils|s\ipprimenttOjgi^^e$ 
» quolibets de ce ^avetier qui parle au sénateur, 
», ils ne traduisent pas la charmante équivoaue 
» sur le mot qui signine a/7ze,.et sur le mot qui 
» sismûe semelle' de soulier. Une telle .réticence 
i^n est-elle pas ui\ sacrilège envers leur dieu? 

' » Quel a été leùr.dessein. quand y dans là tragé- 
» die de V Othello , tirée de l'ancien Théâtre de Mi- 
V lan, ils ne feint rien dire au ^çeléf at lago et à 



» son co|!|ipaignop.BjOdérigç^^ ç|^ <^ ^ç S^isJkpskT 
» peare leu'r fait dire ? Morbleu! vous,éte^vç^^; 
» c^ ef t honteux, 3^f^ tUs-^e^-_^çftç^%{OpV:robe 
» ou crève 'votix^<^^y . ,i^ous ç,v^p(srdff ia Tnoifi4 
» d£ votre 4iJ]9..^^^<^^Jblefi\ vQU^^e&i^n 4e Gff«; 
» 2ffi «e ser^iraientfpf^ pjiejf^si^j^ î^a^fe.yom h 
» comTfiandait.'Fçfis avez dcti^ç^. ^çtm^tj^fo^f; 
? gendre un^çheval, (^ J^firbaf^.Kov^'i^eJf^p^ei 
r> J^mîrvo^^fif!(i(f-j^(s,,'i^pfif f^^4^ q^fVf^ 
» Jç cpuriiej)f^firçoii^gerpiqif>fi^^t^,d^<^, 
» de'mànègeDqûrb^^^^^^-;/hè^ 9» ^Çy^iippjc^ 
» plusieurs traits par respect p^^^jp^^tp i^s^em,- 
» ^lee.On ne^j^t^^ .pÇOÇiÇfpç^ç a^X^vï^ce 

» deyant la reijje. ^^îa),eth. ; ,^* ;,( .^j.p, .,.,; .,;„ „ 

" fierëfutlfi cr^^^^ijf^du Tjl;^|ijtr^f;?i.fîîg}çt^pye^ 
«.Npus AcJMfàerpit^ g^i^ipe^Ê.flp'iy'effipp^ili 
» sur tousse? ço^^teg^yoi:a|iq^jfl)^<îçj;tîii9çwnJ 
» l'Italie ayaif ^^^^Icjps» yh^^jj-e^^i^ègy^-rs, dè& Iç 
>.,quinziè^e^8i^«>Jp.^pp[^^,y^^it.,fiftlï|^.^çpJ<^lBg-„ 
f tepaps au^^ar^y^j^j .g^, J9u^f^l^^^9ft,ep,.Çftl^ 




» 4e t^nt de barb^^^^ de vraje^ 

» comédies du temps lÂeme du Dante^et c'est popr: 
? quoi Le Daiite mtitula comédies son Ènfep^spri 
» Purgatoire et soji Paradis. RiçcfpbQni cous ,ap; 



i5i CORRESPONfeÀffCÈ IITTERAIRE, 

» prend cfiiè K t'iofiana fut alors représentée i 

» Florence. 

' » Les Espafgtïols et Ifes Pratiçâis orit toujours 
» inrité HtaKè. ïîs èomniencérent ihàlheufeuse- 
ji nient par joWè*^ en plehi âiï' là Passion, les 
»\M[ystère«r, FAtocien et lé Nouveau Tèstâmenf. 
A Ces facétiéà scandaleuses^ ont duré Jusqu'à nos 
» jotrrs en Espàghè. Nous ^otii trop de preuves^ { 
» qu'où lés jbùâït à Tair au qùatoi^zièniè et au ! 
i qufînisiièTtte'iifèiîfe: Voici éè q[u'*èà rapporté là 
À Chibnîqaé irfe Metfc, coiràpMùsèé j^ar le curé dé 
09' Saint-Etrchatré'. 

» L'an r43 7 fût fart lé jeu ^ ta ï^assion de notre 
i-'Sëîghenr'îAi là ^Inînè de*Veîimiel, et fut Keu 
» un sire appelé seigneùt* iP^itîôté dôjto Nèulcfia- 
» tel, curé lïé Saint-Vïclodr ife IJletz , le^^^^ fut 
!»• ptesquté lïïôft eiï 'trbht 's'tf hé ifûi été secôurti ; 
1* et convînt ^uMti autre J>rétre fût mis à là 
i 'croix poW pârfei^é le pei*sôhhàj^ dé crucifie- 
» ment pour ce jour, et le lèhdèmiain ledit curé 
i de Saîtat-^lctbtiy'patfit la i^ésurrectioh et fit 
/ trè^-liatltèinent* stÂi personnage; et dura lëçlit 
B jeu jùsqù^à iuit. Et autf'é prêtre qui s'appelàiit 
t niàitrè Jean de N'îcey»^ ^tà étaii cËiapélain de 
i IVÏétrângé/fiit Juda8;ïe^uëi'fôt presque mort 
* en pettdahf, ésit le coeur ltiiif;iiïîit, et fut bico 
i hâtivement dépendu et portiê en voye. Et était * 
»' la gueule d^éhfèr très-bien faite avec deux gros^ 
i culs d'acier^ et elle ouvrai^ et douait quand tes 
» diables y voulaient entrer èl sortir. 



»Dësle temps 4^ Henri VIÏ il yeut un Théân 
» tre permanent établi ^ Londres , qui subsi^t^ 
» encore. Il était tre^ len yoguie dan^ ia jeunesse 
» de Shakespeare > puisque daiqs son Eloge on 1^ 
» loue d'avoir gardé les chevaux des curieux à 1% 
» porte. Il n'a donc pqint invçnté Tart théâtral, 
» il Ta cultivé avec de très-grands, sqccès. C'est k 
» vous, Messieurs, qui connaissez. JPofyeucte et 
» Athatie, avoir si c'est lui qui Fa perfectionné*. 

» Les traducteurs de Shakespeace . s'efibrcent 
» d'immoler la France à l'AngLetorre dans un oun 
» vrage qu'ils dédient au Roi d^ France. Aucua 
» de nos compatriotes , dont les pièces sont tra* 
» duites et représentées che^ toutes les Nation^ 
» de l'Europe et chez les Anglais même, n'est cit^ 
» dans leur préfs^ce de cent trente pages; le nqm^ 
» du grand Corneille ne s'y trouve pas une seul^ 
» fois. 

» Pourquoi veulent-ils humilier leur patrie ?: 
» Pourquoi disent-ils que dfe légers u^ristarquei 
» de Paris ontp^ dans Iffur étroite balance U 
» mérite <ie ShflJfespe<f're? qiCit rÇa jamais 'été 
» ni traduit ni connu en France; que les oradea 
* de ces petits fuges, ej^ntés def Nattions et des 
» arts sont reçus sans examen, et parviennent y êk 
^ force d'échos y à former une opinion? 
• »Rymer, en iSgS, dans un livre dédié au far 
» meyx comte Dorset, sur l'excellence et la cor- 
» ruçtiou de la Tragédie , pousse l'âcreté de s% 
» critique jusqu'à dire qailn'jr a point de sing^ 
» eri Afrique y point de babouin qui n'ait plus det 



!iU CORRESPONiBSWCE tÏTTEMlIlE, 

if goût <pi^'''î^akésp(edfè'.'' Permettez-moi , jiïes- 

»> sieurs, ^ô'pfeiitire url'ibuieii entre Ryiiier et 

* les tradiTctè^rt de SBiiké^slièaré, et de hé regar- 
iï^^der ce poète ni^ comme \itf dieu ni comme un 
*''sAnge. "^ '^'''' -""■' ' ''•* '*•''•••:* ' 

* « » J'ai exfofeé fidMënieiif iâ^Votr^é tribunal le 
» sujet delà' quièrellè eûtl'é la Ffance et' ces 
i 'traducteurs. 'Personne âî5:iliréiïient ne respecte 
» *plus qtie iîioi- les grands' 'h'oninî es que TAn- 
» gleterre 'a' produits, et j'en iai donné assez de 
» Jyreiives. Là vérité,' qu^dn ne peut déguiser 
3^ devant vous, rà'ordonne'de vous avouer que ce 
3> Shakespeare si sauvage avait du génie. Oui, 
» Messieurs, dàiis ce* chaos obscur, composé 
» de meurtreis et dé bouffonneries, d'héroïsme 
i' et de bàjssessié, de discours des Halles et de 

* grands intérêts, il y a des traits naturels et 
» sublimes. C'était ainsi que la Tragédie était 
» tr^tée en Espagne sous Philippe îr;"du vivant 
t de Shakesjpeare. Vous savez qu'alors l'esprit 
» de l'Espagne dominait' en Europe et jusque 
» dans l'Italie. Eopez de Véga eù est un grand 
» exemple. 

» Il était précisément ce que fut Shakespeare 
3) en Angleterre, un composé de grandeur et 
» d'extravagance ; quelquefois digne modèle de 
» Corneille , souvent travaillant; pour les Petites- 
» Maisons, et s'abandonnant* à là folie là plus 
» brutale, le sachant très-bien et l'avouanî-pu- 
» bliquement dans des vers qut'il Hous a ïaîssës. 
>y' Ses contemporains et encore plus ses prédé- 



• ' • JUIN i7;6.' '' ' ■ i55 

» cêsseurs firent de la scène espagnole un m.ôns- 
» tré qui plaisait â la* populace. Ce monstre fut 
p promené su^Iesthëâtres de Milan et de Naples. 
» H était impossible -que cette Contagion n'in- 
»'fectât pas rAtiglëterré. Elle corrompit le génie 
»*^e tous ceux qui travaillèrent pour le Théâtre 
» lotig-tempâ aTânt' Shakespeare. ' Le lord Bu- 
» kurst, Fun dès ancêtres du lord Dofset, avait 
» <^mposé la ttàgédiede Gorboduc. C'était un 
» bon Hoi, mari dîune bonne Reine. Us parta- 
» gèaient, dès le premier acte, leur royaume entre 
» les deux ehfahs , qui se querellèrent pour ce 
» partage. Le cadet donnait à Tàîné un souf- 
» flét au second acte; Taîné, au troisième acte', 
» tuait le cadet; la mère, au quatrième acte, tuait 
» Faîne; le Roi, au crnquièine acte'^ tuait la reine 
»'Gorboduc, et le peuple soulevé tuait le roï 
» Gorboduc, de sorte qu'à la fin il ne restait plus 
» personne. 

» Ces essais sauvages ne purent parvenir en 
» France. Ce royauriie alors n'était pas même 
» assez heurfeiiK pour être en état d'imiter les 
» vicqs et les folies des autres Nations. Quarante 
» ans de guerres civiles écartaient les arts et les 
» plaisirs. . Le fanatisme marchait dans toute la 
» France , lé poignard dans une main et le cru- 
» cifix dans l'autre. Les campagnes étaient -en 
» friche, les villes en cendres; Là* cour de Phi- 
» lippe II nY' était conniie que par le soin 
» qu'elle prenait d'attiser le feu qui nous dévo^ 
» Tait. Ce n'était pas le temps d'aVoir des Théâ- 



ft56 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

>» ires. Il a fallu attendre les jours du cardinal de 

p Richelieu pour former un Corneille,: et ceux 

» de Louis XIV pour nous honorer d'un Racine. 

» Mais tous nos gens de lettres demandent 

» comment en Angleterre les premiers de TEtat, 

» les membres de la So<iiété royale, tant d'hom- 

7> mes si instruits et si sages, peuvent encore sup- 

3> porter tant d'irrégularités et de bizarreries si 

» contraires au goût que l'Italie et la France ont 

9 introduit, chez les Nations policées, tandis que 

7) les Espagnçls ont enfin renoncé à leurs ^utos 

3» sacramentales ? Me trompé-je en remarquant 

» que partout, et principalement dans les pays 

» libres, le peuple gouverne les esprits supé- 

a> rieurs ? partout les, spectacles chargés d'événe- 

5) *mens incroyables plaisent au peuple. Il aime 

» à voir des changemens de scèjae , des couron- 

» nemens de Rois, des processions , des combats, 

» des meurtres , des sorciers , des cérémonies de 

» niariage, des entef remens; il y court en foule, 

» il y entraîne la bonne compagnie ,. qui par- 

» donne à ces énjormes défauts pour peu qu'ils 

>) soient ornés par des traits naturels et hardis. 

V Shakespeare a beaucoup de ces traits. L'amour 

y> de la gloire nation^^le se joint au plaisir que 

» font ces beautés. On finît par aiofier jusqu'aux 

» défauts qui les défigurent ; on les défend contre 

^ le reste de l'Europe. 

» Il est si vrai que l'Açigleterre a FEurope 
» contre elle cjx.cç seul point, qu'on n'a jamais 
» représenté sur aucun théâtre étrainger aucune 



JUIN 1776. 35; 

» deS: pièces de Shakespeare. Lisez ces pièces, 
3» Messieurs, et la raison pour laquelle on ne pçut 
» Içs jouer ailleurs se découvrira bientôt à votrç 
» discerneme;it. Il en est de celte espèce de tra- 
» gé(}ie comme il en était il n'y a pas long-temps 
» de notre musique ; elle ne plaisait qu'à nou^. 
» J'avr>ue qu'on ne doit pas condamner un ar- 
» tiste qui a saisi le govtf de sa Nation, m^^;ofi 
» peut le J)laindi'e de ^'avoir contenté que) le-^ 
^ Apelle et Phidias forcèrent lesi différens .fltal^ 
» de la Grèce et tout l'Empire romain àle^^df^i- 
» Fêr. Nous voyons aujourd'hui le Transyljçair^j 
» le Hongrolsii le Courïandais, jie ;réu^ir avec 
» l'Espagnol j le Français, l'Allemand, ritalieu'. 
» pour $et^tit également leji beautés dp .VirgiljÇ 
» et â'JIorade ^ quoique chacun, de .ce^, pei^^ej^ 
» proftfin^^e. diffét^mment k, langue d'Horaçi^^*^ 
» de Virgile,.' ' _: . ■';, ;;:, . ,.• ..,, , ;/v 

» Vous, ne tl-ouvez personne pn £ui^|^e ^j^ir 
» pense que lès gtand$ auteurs 4u siècle d'An- 
» gusie^^Qiçftl; au-dessous defsfifge^ ef.df^s ba- 
» 6oi^,.Saiis doute, .Paflfs^ln^ii^ et Çri^p^uô. 
» éerivîfQntiQ^aaitre Hof^^^^n yivanty.et Vir- 
» gilees^fïj^a'leisf tritiijue^ 4ej'JBpvius;jB^ai>t^^p^ès 
» l€îUT,i»orAv cfes gtandfij-hoinipes ont réuni les: 
» V<>iix4? toutes» les-NatiftBfi. D'où vient ce con- 
» cert éternel»? Il y adoncraii bou ^tun mauvais. 
» goût» ' . . • . , 

» On souhaite avec justice que ceux de T^SSA. les . 
» Académiciens q^ui ont fait une étude sérieuse 
» du Théâtre vciiiilent bien nous instruire sur 
If ly 



^58 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» les questions que nous avons proposées. Qu'ils 
» jugent si la Nation qui a produit Iphigérùe et 
* Athalie doit les abandonner, pour voir des 
» hommes et des femmes qu*on étrangle, de$ 
> éch'afaùds, des sorciers et des bouffons. » 



' Ml de La e, l'unde nos soÎKanjte Rois plé- 
béiens, célèbre par le faste de sa maison et par 
le mérite inestimable d'avoir formé le premier 
cuisinier de Pranèe,' est encore fort connu par 
utie infinité de petits ridicules qui ne contri- 
btiènt qu'à lé ' rendre plus aimable, tant leur 
boiihomie et leur gaieté soiit de bonne com- 
pagnie. Les seuls traVers que la société a delà 
peiné 'à lui pardonner sont ceux de faire quel- 
quefois' de taiâùvais Vei^s et de voiïloir peindre 
âbsokfaient tôùtê^^ maison à l'huife. Une autre 
faiblesse, mais qui n'a d'inconvénient queponr 
luL-Ynémè/est de'ci*aindre excessivement le ton- 
^ nerré.' Maderriè^isélle Quinault , dont la scène 
^.^ franç^wecoiisèi^Ve encore un souvenir précieux, 
\> et rtSilame d'Et^tiviUcP^ sœur de La.*..^,..e ont 
imagitiéèn cohSéqxiehëè'de lui di^nner, pour le 
jburdesk î^inQ^ la première un baril d'huile, et 
ràutré un tambour. Qûbiquè les chansons qu'on 
a' faites' à cette occasion'he soient qu*iine plai- 
. santerie de socWtë, éHéS' nous ôrit paru assez 
originales pour les cgnserver dans nos Annale* 
«M&crète^r"''- • \' '■•!'• •* \ - / '■> ' 






JUIN tjiB. fiSp 

PàH m. le comte d'Albaret 

Sur Voir des Latnpons^ 

De Laurent yantez le nom» 
A!b I quel lùaltre de maison I 
Cour y salon et péristyle ^ 
fi Téut ique tout soit à Tliuilek 
Lampon, camarade Lampon^ 

Chantons de ce beïiu seigneur 
L'esprit ainsi (}ue le cœur ; 
L*un est doux , Tàutre est Utile ^ 
Tous les deux domme de llimle« 
Lampon, camafade Lampon. 

Quand il compose. dès vert ^ 
Quelques-uns sont de travers^ 
Mais nous aimons tous son style^ 
Il est coulant comme Thuile. 
Lampon, camalbad^ LaiApon* 

Ecrire d'un stylf} (i^^ , 
C'est tirer l'huile d^ mjâ? \\ 
Ce seigneur est plu^ Uabile» 
C'est sur le mur qi^'il met l'hinie* 
Lampon ^ . camarade . t^ampon* 

Pour bouquet 4 MoiiséigneuE' 
Nous n'ofifrons point une Aeuf \ 
Ce présent serait fut il;Ç ^ 
Il lui faut un baril (ï^huile. . ' 
Lampon, camara4e Lançon* ■ i * • 

Que dira-t-îl de cetîi? 
Il répondra grand merci , 
lYous chantons dans cet asilé 
Un grand Monseigneur à rhuilt« 
lampon^ oamarade Lâmpon. ' ' 



^7- 



26o CORBESPONDANCE LITTERAIRE, 

Par m. F abbé Arnaud , de t Académie 
française. 

Sur Taîr : Lison dormait dans mz bocage , tic» 

Mon cher Laurent ,. poar votre fête , 
Je -viens vous olfifir mo» présent , 
Présent utile et fort honnête , 
Bien qu'il ne soit plein que de vent. 
Joujou de l'espèce enfantine ,. 
n peut prétendre à votre amour : . - * 

Cest un tambour , c'est un tamljiour» 
77'allez pas lui faire la ^line ; . ■ ' 

C'est un tambour , c'est un tambour , 
Il vous servira plas.d?ttn jour. ' ^ 

Si l'on entrevoit qu'uiiiimage ~ ' 
Obscurcisse notre hori;wn , ^ 

£t que de loin un giros or«ge 
Fasse entendre son carrillon. 
Au lieu de vous meCtM sous terre 
Ou de vous blottit dbtfis vn four , ' 
Vite au tambour, vite au tambour^ 
Devenez rival du fonneiTê: 
Vite au tambour^ vite au tambour; 
Battez jusqu'à vous rendre sou^d. 

Si jamais on vous importune 
Au pharaon , au biribb«y 
£t que l'appât de la fortune 
Tente un peu trop fort vos amis , 
Toulez-vous bientôt Je^conlbudre? 
Le moyen est facile et ooiart : 
Vite au tambour , vitie. «u tombonn » 
C'est le moyen de leur répondre;! 
Vite au tambour., vite pu tambour^ 
yons voilà quitte pour le jour. 



JUIN 1776. aSi 

Bref , mon bouquet pour chaque pdae 
Est un antidote excellent ; \ , 

Je n^excepte que la migraine , 
Oui , la migraine seulement. 
S*étourdir, c'est philosophie ; 
£n f5ttt point, surtout en amour. 
Vite au tambour, vite au tambour; 
Faire dû brttit, Yoilfl iâ vie. . ' 

Vite au tambour, vite au tambour. 
Sinon la nuit , du moins le jour. 

p£^â^£s détachées. 

La religion chrétienne , universelle dans «es 
principc'S, est par-là même peu susceptible d'une 
grande influence sur l'intérêt dominant de la 
société politique ; elle est bien plus propre au 
philosophe qu'au citoyen. Nos prêtres cepen- 
dant se sont efforcés de lui donner toute l'éner- 
gie d'une religion nationale; ils ont voulu lui 
subordonner tous les ressorts de l'Etat, en faire 
le mobile de tout. Lorsqu'on veut forcer les 
hommes ou les opinions à prendre un caractère 
qui n'est pas le leur, ce n'est qu'en les jetant 
dans l'extrênié qu'on y parvient , et c'est le parti 
qu'ont pris les chefs de iu>ti*e Eglise. Sans avoir 
eu les avantages d'une religion nationale , le 
christianisme en a eu toutes les prétentions, 
toutes les fureurs, et les a même infiniment exa- 
gérées. On pardonnait en Grèce à un Persan de 
n'être pa« de la religion grecque, comme on lui 
pardonnait d'être Persan ; mais, puisqu'il est dé- 
cidé que tous les hommes^ doivent être cbré- 



â«a CORRESPONDANCE LITTERAIRK, 
tiens , comment ne pas persécuter tous ceux qtu 
n^ le sont pas ? 

a II y a, disait le philosophe Anaxîmène^ 

» une forte objection contre l'existence de Dieu , 

» c'est l'existence du monde. Il y a une forte 

» objection contre Vimmortalité , c'est la mort, 

y II y a une forte objection contre la politique 

» et la morale, c'est l'histoire des passions, his- 

» toire qui comprend à-peu-près celle de tou5 

ji les Gouvernemens de la terre. » 

Les Chevaliers errans furent, du môms dans 
les i^remiers temps, ce qu'étaîent[Hercule et Thé- 
sée, les destructeurs des tyrans, les vengeurs 
d^ monde. La Grèce les eût adorés comme de& 
demi-dieux; nous en avons fait des objets de ri- 
dicule. Quand il n'y a plus de lois, ou quand 
les lois sont devenues barbares , la nature per- 
met qu'il s'élève des hommes assez sublimes 
pour y suppléer par leurs lumières ^ ou pour &'é* 
lever au-dessus d'elles par la force. 

- C'est dans le calme qui succède à l'orage, 
Aaaxs ce recueillement qui naît à la suite d'une 
vive inquiétude , que notre âme s'ouvre à de 
nouvelles lumières et se décide sur des lueurs 
qui jusqu'alors l'avaient laissée incertaine. 

Le dogme de la nécessité, du Fatum 9 n'a 
jamais été l'opinion dominante, qu'on n'y ait 
^jauté quelques modifications qui en détryi- 



JUIN 177R a63 

saient la force. Ce n'est qu^à ce prix que nous 
adoptons tous les principes qui blessent nos 
illusions l^bitueUes. 

De tous les prêtres du monde, ee sont les 
juifs, les turcs et les protestons qui ont eu le 
moins d'égards pour les femmes; ils ne leur ont 
laissé aucune part auB honneurs de la religion- 
L'Eglise de Rome a mieux connu ses intérêts. 
Charlemagne obligea les Saxons à reqdre à la 
sainte Vierge tous les respects qu'ils 'avaient 
rendes jusqu'alors à la déesse Herthu. Oh a dé^ 
libéré, d^ns une assemblée infiniment vénérable,, 
si Ton ne ferait pas de la Mère de notre Sei-- 
gneur la quatrième personne de la. Divinité. 
Après la bataille de Sçmpach, les Suisses ûreut 
une loi qui honore trop leur galanterie pour 
être oubliée. Cette loi défendait de violer les 
captives, et le défendait uniquement par res- 
pect pour la mémoire de la très-sainte Viei^^ 

Chaque lieu, chaque homme peut avoir soik 
dieu tutélaire; à la bonne heure; mais, pour 
être solidement étabH, le culte doit être au 
moins national. Les opinions ];eligiëuses que ca 
culte suppose n'acquièrent le crédit dont elles» 
ont besoin qu'à force de s'étendre et de sq 
communiquer. Ce n'est qu'autant que notre foi 
peut s'appuyer s«r la foi des autres qu'elle de-: 
vient ferme et puissante. Cette observation ex- 
plique peut-être la manie des pei;'séçutions:, mai^ 
ue.la justifie pas. . . -^ 



aÇ4 CORRESPONDAWOE LITTERAIRE, 

Le paradis des Rabbins brille p^r ses repas 
gigantesques; on croit y reconnaître V idéal de 
leur pàque. Le ciel des chrétiens ressemble 
beaucoup à une église. L'ëlyse'e des Grecs et des 
Romains est un parc délicieux ; leurs forets sa- 
crées en ont pu fournir le modèle. La plupart 
de nos paradis ne sont qfte Timage exaltée des 
cérémonies religieuses par lesquelles on nous 
prépare à la vie à venir. Celui de Mahomet, le 
paradis par excellence, enivre^ enchante tous les 
goûts de la sensualité la plus commune et la 
plus recherchée. C'est un conte digne des MiUe 
et une Nuits'^m^ï^ ^ soutenu de Tappareil impo- 
sant de la religion, il a subjugué la moitié de 
TAsie et de l'Afrique; il a fait supporter aux peu- 
ples les plus indomptables le joug le plus af- 
freux et le plus humiliant. 

Jj'ajuour et l'espérance. attachent ^ne âme 
tendre et sensible à la croyance du plus sublime 
des êtres. Il ji'en est pas de même des hpmmes 
vulgaires. Le même intérêt qui les attache à 
leurs tyrans les attache à leurs dieux, la crainte 
ou le mépris des lois , le besoin dé l'impunité. 
C'est le désir insensé, la folle espérance d'é- 
tendre leur empire sur la nature même , qui a 
fait imaginer aux hommes des dieux , des fées 
et des génies. Eh élevant ces êtres fantastiques 
au-dessus de la nature , ils, se flattèrent , dans 
leur démence , qu'à la faveur de cette protection 
chimérique ils échapperaient sans peine aux 



JUIN 1776. 265 

arrêts du sort, ou les changeraient même au gré 
de leurs vœux et dç leurs prières. 

Combien de choses (jue les hommes n'au- 
raient jamais ni conçues ni exécutées sans en 
avoir eu q[uelq[ue présage en songe ! Notre ima- 
gination , livrée à elle-même , redouble d'activité. 
11 semble qu'elle ose davantage à lombre pro- 
pice des rêves que sou$ la garde des sens qui 
l'observent ou la distraient. Voilà le principe des 
songes prophétiques employés si souvent par 
les poètes; et c'est ainsi que les plus ingénieuses 
fictions de l'art se retrouvent toutes ^ans la na- 
ture, la plus commun^. 

Peut-être n'y a-t-il jamais eu que deux es- 
pèces d'hommes sur la terre, les âmes fortes et 
les âmes faibles. Les unes ne peuvent être re- 
muées que par la force du raisonnement ou par 
l'énergie des passions; les autres demeurent con- 
tinuellement sous le charme de l'imagination et 
de la sensibilité. 

Avec de l'esprit et qudque intérêt dans la 
vie il serait biça diffîoilef de ne pas devenir 
niéchant si la nature n'y avait pas heureusement 
pourvu, en nous donnant je ne sais quelle 
ame qui nous rend toujours bêtes à propos. 

L'imagination est au bon sens ce que la 
uanière des lampions est à la clarté du jour. 
Comme toute la vie ne se passe guère qu'en dé- 



a66 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
corations, jugez si le grand jour est ce qui con- 
vient le mieux au bonheur. 

L*art, n'ayant, point les ressources de la na- 
ture, doit y suppléer par celles qui sont en son 
pouvoir. La nature a plus de richesses, Tart plus 
de choix. Si la nature est plus libre et plus 
variée dans ses mouvemens , l'art a plus d'élé- 
gance et de précision. Il existe au fond de notre 
âme un modèle de perfection qui nous est pro- 
pre , et ce modèle est supérieur à tout ce que 
nous voyons dans la nature. C'est pour cette 
raison seule que la jouissance anéantit le pres- 
tige et les douces illusions du désir. 
• * 

L'intéressante découverte qu'on a faite dans 
ce siècle : que les couleurs n étaient pas dans 
les objets, mêmes , ni le bien et le mal dans nos 
actions, mais dans la manièrt de les voir ou 
de les faire ! 



Elphire et Mélazoney ou Portraits des deux 
Cousines (i), par M. Je marquis de Pezai^ 

Prenez Elphire pour modèle, 
Si vous peigniez la yolupté* 
Voulez-vous peiiidre la gaieté? 
C'est Elphire, c'est encore elle. 
Je crois même que j'oserab , 
Sans vouloir lui faire injustice , 
Emprunter quelqu'un de ses trait» 

(i) M«)dame la comiosse de Stroganof et madame la princesse lîc 
DariatinsVi. 



JUIN 1776/ 3167 

Pour le portrait de la Malice ; 

Et je ne serau point surpris 

Que pp Part de Fenclianterèss* 

Le m^tne tableau ne fut pris 

Pour ^'emblème de la tendresse* 

Elle est jûquante avec candeur, 

Ingénieuse à-la-fois et naîre; 

Elle est touchante sans langueur, 

Et sans pétulance elle est vive. 
Son entretien séduit , et son silence plait ; 
Sa façon d*éeouter vaut celle de bien direj 

La grâce est tout ce qu'elle fait ; 

Et le goût, c'est Finstinct d'Elphire. 

En elle on peut voir tour^-tour, 
Ou ren&nt qui folâtre , ou la femme qui pense. 

Son défaut est Tindifférence , 
Mais elle y donne encore un faux air de Tamourv 

Quand on a répété « que Mélazone est belle ! » 
On croi^ ravoir louée, on n'a rien fait pour elle. 
Que l'on ôte à ses traits leur régul^^^ité , 
A. son sein la fraîcheur, à sa peau la finesse ; 
Seulement à ses yeux qu'on laisse leur tendresse, 
Et l'on verra combien la sensibilité 
A des charmes puissans plus sûrs que la beauté. 
On la croirait souvent pkts sensible qu'heureuse ; 
Alors on s'attendrît et Ton en veut aux pieux. 
Elle est belle, elle est tendre, elle est même rêveuse; 
£t je ne confiais rien de si doux sous les cieux 
Qu'un sentiment rêveur qu'expriment deux beaux yeus« 
Mélazone une nuit m'apparut dans un songe : 
Bcins ce rêve charmant tout ne fut pas mensonge. 
Mélazone y gardait son air timide et doux ; 
Mélazone y berçait l'Amour sur ses genoux. 
Elle parait son front de guirlandes nouvelles , 
Jetait un œil craintif sur ses flèehes cruelles , 
Et tout bas répétait cent fois en T embrassant : 
Aimable Dieu I cruel enfant ! 



*68 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Combien je t'aimerais si tu n^asrab point ^^'aUes { 
Je croirais volontiers que ce fot en ce jour 

Que , pour ia rendre, plus parfaite , 
^ Ce Trai Dieu, ce fripon d'Amour 

Sut nous, la rendre un peu coquette^ 

Mais ce ^'est point pour nos tourmens 
Que le désir de plaire éveille Mélazone. 
£lie veut plaire à t»tts et n'afflige personne. 
Aime à parler d'amour , k faire des Romans ; 
Mais paye en amitié tous les «oioa des amaas. 
Des plus, doux entretiens de la galanterie 
Elle aime le piquant, veut en cueillir la fleur. 
Sait en ôter Fépine, et la coquetterie 

S'épure en passaç^ par son cosur. 



Lettre sur J. J. Rousseau y adressée à un Prince 
d'jéllemagne, 

« Le nom de Rousseau est célèbre dans TEu- 
» rope , mais à Paris sa vie est obscure. On se 
i> souvient à peine qu'il y soit. Il a voulu fuir 
» les hommes, et les hommes l'ont oublié ; aussi 
» personne n'a été plus trompé que lui, car il 
» fuyait pour être recherché. Rousseau a mal 
» connu le public de Paris; ici, pour attirer la 
» curiosité , il faut la réveiller sans cesse et met- 
» tre souvent sa personne ou ses ouvrages sous 
» les yeux des spectateurs, et surtout de ceux qui 
» sont les trompettes de la Renommée; je veux 
» dire les gens de lettres et les grands. Quiconque 
» veut qu'on s'occupe de lui doit agir sans cesse 
» et se reproduire sous toutes les formes. C'est 
» là le principe de l'activité de Voltaire et le se- 
» cret de «on ambition. A cent lieues de la capi- 



JUIN 1776. 263 

» tàle il n'existe que poor elle , et dans elle. 
» Tous les hoît jours il envoie à Plarié une bro- 
» chure par la poste, et il attend sa destinée de 
» k poste suivante. Soixante ans de gloire ne le 
» rassurent pas assez pour Idi permettre un jour 
» de repos. Ce n'est pas assez pour lui d'être le 
» héros du siècle, il veut être la nouvelle dû 
9 jour, parce qu'il sait que la nouvelle du jour 
» £ût souvelit oublier te héros âkt Sfècle, et qué^ 
» pour la' foule oisive, dédaigneuse et inquiêté,- 
» qui remplit cette grande ville cotn^see d'é* 
» crrvains et de lecteurs^ lep«*és«nt est tout, et \è 
» passé n'est rien« Jugez si Rottsseau, qui depuis 
' dix. «ns vit dains la retraite' et dans le silenùe , 

> peut attirer l'attention surxê ibéâtre^ mouvant 
9 dte moire tittérsaurcr^ qui présente dans cesse de 
' nouvelles) scènes et de nouvesAix a*ctfeurs^. En 

> arrivant à fawisy il s'esH monll*é plusieurs fois 
» àtos un eafé , et il y avait fm^k'^u» le voir. 
9 U passerait aiçaiirdl'biaé da^a k gt'ande allée 
» des Tuileries et st|r les booleta-rds^ à Theurè 
» de la pvotoenade,' qu'on ne s^etl apercevrait 
» pto. * . (?; 

9i 0a vdus> a^tTMdpéi loi^squ'eift V^U£^ a d!ît qii'il 
« .^ait) btbiiètilérâité 6è Ckoiêf^^il tt'é^- a |>a» été 
» qnostion. • ' • 

» Vous me deilbaindez peut^étM si cette indif- 
» fëfence pour s» personne s'esVët^ndme jusqu'à 
» sesî ouvrages»; non , oh les lit toujours avec 
» plaisir, et je crois qu'on les lit^a toujours. L'^en^ 
» ibousiasme qa'ils ont excité d^abord a fait 



ayo CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» place au jugement tranquille des hommes 
y> éclairë3^ : on s'aperçoit de ce qui lui manque^ 
j> mais on sentira toujours ses. beautés* Il n'a ni 
If la raison profonde et piquante de Montes- 
» quieu, ni la chaimante naïveté de Montagne 
D que pourtant il cherche à imiter, ni la facilité 
» brillante et rapide , et le goût sûr de Voltaire 
» à qui l'on n'a pas dû le comparer; mais il a 
» souvent un^e chaleur naturelle et entraînante, et 
». une e'nergie de mouvemetis et d'expressions qui 
» n'est qu'à lui. Il est souvent inégal et difius, 
», mais en général l'abondance de son style nour- 
»j rit l'âme et l'esprit , et ne les fatigue point. Il 
» se joue .souvent de la vérité et de son lecteur, 
p et ses systèmes et ses plans pris en général 
»;sqnt presque toujours des erreurs brillantes; 
» mais il am/èae. toujours à la suite dfun faui 
» principe upe foule de vérités particulières qui 
» lui font pardonner. En le lisant, il faut «'em- 
' » |>arrasser peu du fond de la question , et saisir 
», toutes les be^uftés qui se présenlc^t à l'entoui*, 
» et c*est 1^ lire:QQmme il a ,éérit. Quoiqu'on ait 
» beaucoup accusé sa conduite, il est certain 
v: que ^ morale de' ses écrits est bdle, touchante, 
», et qu'îelle pcfîtei m fon^vdtticoéttip le sentiment 
» et le respect de la vertu. C'est que les imagina- 
» tions viveis se p^ssionn^j&t toujours pour le 
» sujet qu'elles traitant, et epaploient, pour pein- 
» dre le beau et U]ionnéte, cettemême énergieqiu 
» sert quelquefois à lés en écarter. Si nous con- 
» sidérûns c];iaci^Q; de seâ^écritsséparémient, oo 



JUIN 1776. a.74 

» trouvera que Touvrage qui commença sa répu- 
1 lation est celui qui en méritait le moins. Son, 
» Disceurs, couronné à Dijoa, n'estguère qu'une 
» déclamation él4gai)te sur un sujet qui n'était 
)• lui-même qu'un sophisme. Il ne fallait point 
» demander si les sciences et les lettres corrom- 
» paient les moeurs; cet énoncé seul révolte le 
)» hçn sens. H est ridicule d'imaginer que l'on 
» puisse corroiiîpre>^pn âme en cultivant sa rai- 
» son. L'homme n'eèt.^oint çorrpmpu parce 
» qu'il est éclairé; mais^ quand il est corrompu , 
» il peut se servir, pour ajouter à ses vices , de 
» ces mêmes luçc^ères qui pouvaient ajoutera 
» ses. vei^tijis, à^peu-'pr^.s comme )es bpns alimçps. 
» doppent la f<»rce et la vie à l'homme sain , et 
» tuent le malade. Il fallait donc prouver queja, . 
^ corrupjtiot^ ^st toujours ven(ue à la suite de la, 
» puissance .etjiçs Jetjrçsçn même Jemps, parce 
' qu'il ef t de la nature de l'hpmme^.et surto^t 
^ de rhomnip.ça société, d!user 4e, la force en, 
i> topt scqs. L^ prospérité et Je pouvoir ont dû 
» inultiplie^jS^-laripis les, moyens de connais-, 
» saçjçe et (^ porryption , comqae la clialeur, qui 
> fait circuler la; ;jèv^, forme en m^e temps les 
» vapeur^ qui ypat^prodiûre' l^s .oi;agps. Ce sujet, 
» ainsi oonsidéré^ aurait pu être tçès-phUoso- 
V phique; mai* l'auteur du PiscQurs ne voulait . 
>^ é^rci qiie singviier. C'était \e conseil que lui. 
», avait d^nné Diderot. Quel parti prendrez- vous, 
» dit7il,,^au Gçnpv,9is qui allait . composer pour 
« r^Vcadémie^ de .Dijon? Celui ^e» lettres, dît 



272- CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» JeanJacque». CTest le pont aux âties, reprît 
» Diderot ; prenez le parti eontt-aire, et vôrttt Ver- 
» rez quel bruit Von^ ferez. • 

» L'ouvrage eti fit beaucoup en effet. La thèse 
» eut d'autant plus d'éclat, qu'elle fut d'àcbord 
» mal combattue. Le Genevois battit avec l'arme 
» du ridicule des adversaires qui âVâiênt i^aisod 
» de mauvaise grâce.D'ailletirsIadîstouséioÉi Valait 
>ï mieux que le Discours , et Hbiisseau se trôu- 
» vait dans son élémeiit, qui est la dispute. Il 
» vînt pourtant un dernier enneitii (M. Borde 
» de Lyon) qiii écrivit avec beaticotij) d'esprit 
» et d'éloquence j triais la qtiérèRe comtiîeri^if à 
» vieillir. Lé public fit peu 'd*^cfenteil à ee not- 
» veau champion , et Roiïsàean tte réptfn^it 
» plus. ^ ' 

» Cependant, tel fat Feffct de Isf ^i^ute que 
» cette opinion , qui n'était pas la siéiihe et qu'il 
» n'atrait embrasséequepoùt être extraordinaire, 
» lut devirit pW)pre à force dé lafwirtenlip. Après 
» ïfc voir cotnmehicé par écrire coritte led Lettres, 
» il prit dé Fhtimeur contré ceiîri qùî tes eufti- 
» vfeient; il aVàrtrfëjà contre' etrt'uti lev^îft ^e 
» jalousie et d'aigreur. Ce prerhîfer'suecsès, pW 
» grand qti'ïl né l'avait attehidny I/ii avait fait 
» sentir sa fôtccf , qui se développait après avoir 
» été vingt ans étouffée datts TôbscnFÎté et la 
» misère. Ces Vitigt ans passés à rfetre rien toar- 
» mentaient alors son orgueil dans ses^prenaières 
» jouissances. Use souvenait 'que, étant commis 
»'chez M. Dupin^ il ne dînait pçiB à table le jour 



JUIN 1^76. '273 

» que les gens de lettres s'y rassemblaient; et il 
9 entrait dans le champ de la littérature comme 
» Marins rentrait dans Rome , respirant la ven- 
» geance, et se souvenant des marais de Min- 
» turne. 

•» Ces dispositions firent naître le Discours sur 
» VlnégéiUté, plus fort de choses et de style que 
^ celui de Dijon, mais tout aussi paradoxal et 
yi inspiré ^ar la haine des lettres et tendant à 
» prouver que tout homme qui pense est uii 
» animal déprstyé. Ces absurdités ne peuvent pas 
3) plaire aux bons esprits ; mais sa verve satiri- 
» que émeut et attache» C'est la conversation 
3p d'un sauvage qui amuse les hommes policés ei/ 
» leur disant des injure^ bizarres. 

» Ce goût pour lasatihe eut; encore une occa- 
» sion de se signaler dans' là querelle des bouf- 
» fons qtie' produisit la Lettre sur la musique. Cet 
» ouvrage^ rempli de bonsprincipes, n'a d'autre. 
» défaut que de. les poussCT trop loin. En gêné- 
» rai, Roi39S0au rappelle souvent ce que dit Ta- 
^; cite; j que c'est un talent bien rare de donner 
» des bornes à la vérité et à la sagesse, tenere 
» in sc^ienstiâ modum. Il prouve très-bien le» 
» défauts. de notre musique; mais il ajoute que 
y> noua !ae saurions eh avoiv une. Il donnait en 
» même temps le Devin du f^iilàge ^ moroean 
» plein de grâce et de mélodie; et depuis Jes 
» compositions de Duni, de Philidor, de Mon- 
» tigny, et les chefe-d'œuvre de Grétry^ contés 
^ dqhs toute l'Europe, où l'on ne connaissait^ 
i. 18 



a74 CORRESPONDANCE LITTERAIRE , 
>t encçr^ qi?e nps air^s c^ d^nse, ontplemement 
» réfuté RoiJâseau , qi^ peut-ètr^ a'a pas encore 
n change 4'avis, 

» Aprfs.ayoir prp^qrifiVQjpéra, ilaJéleva con- 
j> tre leThéâtre français, et voulut nous prouver 
»,que si l'un n'était y hoji^ç^k. mu^ eoi^uyer, 
Vf Tautr^ ïfS pouvait se.iryii: qu'à npius. oorrom- 
»> pfe. Û^ux. éqriy^ins^tr^Sr.^st^ngués ûirént ks 
^ défenseurs di; Igspôii<e. française, diAilembjact et; 
y^ Maififu^i^pàf LeuFS applogifîs. ao]>t bocmes , 
^ m^t^ on, sÀ^erj^it, Mi^u^ avoir tort commd 
» Ilpusswu. 

v>^^&j^, apr,ès c^s différentes exçuisions, il 
A ^ntra dpps un^ jnoùyeUe carr^ière , et voulut 
» rassembler ^ phil.o^pbîe^ ses querelles et ses 
n amoui)Sjcl^D9l4'e^pèced'ouyrage<|u'oDii^tkplus; 
3> d^Jis. ixn Biomaxk. hair.Nàuvelie Héhïse. parut, 
» fut lue ou.plutot ddvoiée avcéc UAfijincpo^rable 
» avijiUé, Les. fiçmmes/ passaient à le lire les 
». Quiis« qu'ellôs. ne pouraient pas nûeuiK. em« 
)) ployer^ et foudâieod: enMaf^mes. G^est( là,qu!il 
» QSQ ce que jamais. àuLromajocier' ÎL-aui^it ima- 
». ^i^t rendre. deux amaii&beut*eiix avant la. fin 
^ du.preinier volume, lorsqu'il eii» restç. trois, 
» dont tout. autre. n'aqriait: au. que faine; il est 
vi pQur.taiU t2ièa?%rai. que liouvrage; -malgcé les 
»j longueur^ , le& décLaniàtiûns;, be^ ioTraisem- 
x>; blaoce^^ les hpiu^lkeuFnsv^conduis^t le lecteur 
9-§u^qu^à)l^iih; mais il ri'.esipa&possiblede dissi* 
», )Qwié&qu!à.une seG0nd6ieetU£eiLne>pçI^,res' 
)^:.t^;4«. tout CQloâlmuM»iiidige8te'qui9'quelques 



\ 

\ 



JUIN 1776; ri^5- 

i moirëcâuifc supérieurs, pleins de passion etdfe 
» phitos€^phie. Le res^te ne peut plaire qù'âui 
j) jeunes têtes et aux femmes , pour qui tout e^l 
» bon dès qu'îl est question d'amour; On ne 
» peut nier que l'action ne kngnisse dès fe 
» second vofiime , que quantité de lettres ne 
» soi«it ou très-médiôferes cm de très-matayaîs 
>^ goût; que le mariage de Fhéroïne ne isoit ré- 
i) voilant ; que le caractère d'Edouard ne soit 
» une caricature, et ses amours en Italie une 
» énignie; qiif^ Claire ne soit une faible copie dé 
» miss^BovHe ; que les invectives âe V Opéra fràr^ 
» çaisne soient portées jusqu'à un emportemèn'f 
» ridicuïe ; que la satire d'esmoétirs françaises ne 
» soit pjéine' de fausisetés ou d'exagération,*^ 
» qu'en total la Nouvelle Hèlôïse ne soit uii 
^> mauvais Roman et un livre médiocre où if y ti 
^ de Beaux traits. ' ' ' 

» Emile est d'un ordre plus élevé; CW T^u- 
» vragé où Rousseau a mis Te plus de vérîtaWe 
» éloquence et dé vraie philosophie. Quoique le 
» plan d'éducation* qu'il' propose soit un exdès, 
» comme totft ce qu'il imaginé' en tout genre, il 
» est impossible, em le reduiisantj dé n^eh Jia* 
» profiter beaucoup. Il' emprunte les idées» dé 
M Locke sur Tenfance; mais Locke n'kvair feif 
» que raisonner, et Rousseau jpersuade. Il a tïïême 
» fait à beaucoup d'égards une sorte de révolu» 
» tion; ce qui , en philosophie comme en matière 
» de goût , est Ife jJlùs grand trîomptie. Ses carac- 
* tères sontint^resbÉins, etsadîctionadu charma 

18. 



ity6 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» et de la douceur. Quiconque aura des enfans 
9 à élever gagnera toujours à lire Emile; et la 
. » profession de foi du Ficaire Savoyard^ qui 
» n'est pas tout-à-fait un bon Traité de philoso- 
» phie , est une belle leçon de tolérance. 

» J'avoue que, dans le Cohtrat Social y l'étrange 
» emploi des termes politiques détournés de leur 
» sens ordinaire, l'affectation des calculs et des ana* 
^ lyses géométriques, l'obscurité et la sécheresse 
» me paraissent étouffer ce qu'on peut y décou- 
' ;» vrir de vérités utiles. Ce n'est d'ailleurs qu'un 
» Commentaire assez embrouillé du Gouverne- 
» ment cml de Locke. 

t) Les Lettres de la Montage ne sont J)onnes 
» que pour Genève. Je ne parle pas de quelques 
» morceaux peu importans, comme celui sur 
» Y Imitation théâtrale^ un autre sur la Paixper- 
» pétuelle , un fragment sur V Economie poU- 
» tique y etc. 

» Son ouvrage le mieux fait, le plus fini dans 
» toutes ses parties, c'est la réponse à l'Archevé- 
» que de Paris; c'est de tout point.unchef-d'œu- 
» vre ; on peut le proposer comme un modèle 
» de discussion, de bonne plaisanterie et delo- 
^ quençe ; il y prend tous les tons et n'abuse 
p d'aucun. Il est pressant dans sa dialectique, 
» pathétique dans ses mouvemens , véhément 
» sans être emporté , railleur sans sarcasme. Il 
» n'a rien écrit de plus beau que, le Discours du 
» Parvis de Surate, et peu de morpeaux dans 
» notre langue sont de la même beauté. 



JUIN 1776. , 277 

» On peut résumer que , n'ayant rien produit 
> qui suppose ni une grande iinagination, ni 
» un plan vaste , ni des vues profondes , il ne 
» faut point le mettre en parallèle avec les deux 
» plus grands hommes de ce' siècle , Voltaire et 
» Montesquieu, qui tous deux ont élevé ces 
» grands monumens qui honorent à jamais une 
» Nation , et qu'ayant trop d'erreurs dans sa 
» philosophie , et trop d'inégalité dans sou 
» style /c'est un homme de génie qui mérite 
» d être regardé comme le plus ingénieux des 
» sophistes et le plus éloquent des rhéteurs. 

» Il a écrit les Mémoires de sa vie, qui ne se- 
» ront pas le moins curieux de ses ouvrages, 
» ou comme Histoire , ou comme Roman. Ceux 
» qui les ont entendus disent qu'il avoue de 
» bonne foi ses travers et ses fautes, mais qu'il 
» est toujours intéressant.Xn ce cas, sou amour* 
» propre est satisfait* de toutes les manières. 
» D'ailleurs Rousseau doit exceller en écrivaht 
» sur lui-même , s'il est vrai que , pour bien 
» écrire , il faut surtout être plein de son 
» sujet » 

Vous serez peut-être bien aise de connaîtra 
une Lettre que J. J. écrivit, en 1761, à ta Boçnne 
qui l'avait soigné dans son enfance, et qui était 
restée à Genève. Cette Lettre a été copiée* sur 
l'original , et n'a jamais été imprimée. 

Montmorency 9 ata JaiUct 1761. 

« Votre Lettre , ma chère Jacqueline , est venuct 



^j& CORRESPONDANCE LITTERAIRE. 
» réjowr mon ce^T, dans un moment où ja n er 
» tai^ guère e^ état d'y répondre; je saisb ua 
» temps de relâch? j^our you^ remercier de vo^ 
» tre souvenir et de votre amitié [qui me sera 
» toujours chère; pour moi, Je n'ai point cessé j 
» de penser à tous et de vous aimer. Souvent 
» je. me suis dit dans mes souffrances , que , si i 
3) ma bonne J^K^uçline n'eut pa^ pris tant de ; 
» peine à me conserver étant petit , Je n'-^uraU 
3> pas souffert tant de maux étajat grai^ Soyez 
:^ persuadée que )e n0 eesserai Jamais de pren^ 
» dre le plus tendre intérêt à votre santé et à 
» votre bonheur, et que ^ *era to«iiJpiiirfi uu 
» vrai plaisir pour moi de recevoir de vps nou-: 
» velles. Adieu, ma o]iè<*e et bopiie Jacqueline; 
p) je ne vous parle pas de ma saaté pour ne pas 
^;vou^ affliger; que le bon Dieu cotiserveli^ 
71 vôtre , et vous combla de tous lea biens que 
s» vous désirée. , . 

a> Votre pauvre JeaiarJa.<;ques. qui voua emi 
» brasse de toiit ^Q^ iXBur^ 



, ( Les Lecteurs se rappelleront sqfis doute que 
dans les cinq Volumes de cette Cortesp^it^dance, 
publiés, en 1812, chez F. Buissoîr, 0/2 Vw>ave 
r année 1777, jusques et compris Ï.78Ï de ki 
Kié^e Correspondance. ) 



JAiNViÊR 1782. 



Lettre traduite de l'anglais, de M, dejjRantsay^ 
peintre du Jioi a Angleterre y par M. Diderot n 
qui^ elle <i été adressée. 

IL y îa eïiVifrdn ÙA ihôis i^liè je voiils envoyai par 
mon tr*9^igtte ami M. Birrke un ekeiïipîâîi^e des 
LaçoksdeSheiidan, ?és Odes de ifSmy; aVéc le 
poitwir gravé é!e M. Bènïlèy. Je dompte qu'ils 
Vôii's^miit parvenue ; liiàts , ki pai* ifirèlqu'âcci- 
dem Hd i^^taieht égafrës, je Voiis prte dé me le 
faire fekvoir, àfiii qu'bh p\iiisc Ifes recouvrer ou 
TOUS en eftVoyet d'àutt'fes. 

VoSlà cfe qu'un iiégoclânt arppellei*aît le néces- 
saifé; màia le hêdeèsdiré èàï bien bourt ferilTe gens 
qui (fâfi<|tlMl d'efeprit. Si î\)h se réduit au néces- 
saire «bkilu, aétèu îa ■jioési'e/îa jieiritare, toutes 
les bratifchès âgfrëàblès de là phifô^opHié, et sa- 
lut à la hâlurte dfe Rousseau, à la tiatùte à 
quatre p'ftés. Afin dbhc q^iiè <îfetté lettré ne res- 
semfcie paid toùt-à-feit & une lettté d'avis, j.'y 
ajduteriii qWfeïtJuèà rëflèxiotis sur le Traité dei 
Of^lmie dette Pêne, dont Srous et M. Suafd me 
parlâtes chez M\ le baron d'Holbach , lors dfe mon 
séjour à Paris. ' 

Je ti'ai feit qu'tlhè légère lefctui-é àé ce Traité , 
èl je Mè proposé de le relire attentivement e 
plus à laUit. A en juger au premier cbùp-d'tfcij 



38o CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
il me paraît renfermer des observations ingé- 
nieuses, entr^ lesquelles quelques-unes pour- 
raient peut-être avoir le bon effet qu'en attend 
Tauteur plein d'humanité ; mais ^ à considérer cet 
ouvrage comme un système, j'en trouve les fon- 
demens trop incertains, trop en l'air, pour sou- 
tenir un édifice utile et solide , que l'on puisse 
habiter en sûreté. La notion d'un contrat social 
où l'on montre le pouvoir souverain comme ré- 
sultant de toutes les petites rognures de la m)erté 
de chaque. particulier, notion qu'on :ne^^$aurait 
guère contredire ici sans être l'hérétiquie le plus 
maudit, n'est après tout qu'une idée métaphysi- 
que dont on né retrouvera la source dans aucune 
transaction réelle , soit en Angleterre , soit ail- 
leurs. L'Histoire et l'observation nous^ appren- 
nent que le nombre de ceux qui veillent actuel- 
lement à l'exécution de ce prétendu- contrat, de 
cet accord imaginé sur la formation des lois, 
quoique plus considérable dans un !]&tat que dans 
un autre, est toujours très-petit en comparaison 
du nombre de ceu;^ qui, sont obligés à 9bbserva- 
tion de ces lois. G'estgrai;iddomc9dgeque l'habile 
auteur de l'ouvrage en question n'ait pâ(^ pris le 
revers de sa méthode, et tenté, d'après une re- 
cherche sur l'origine actuelle et réelle des diffé- 
rens Gouvernemens et de leurs différentes lois, 
la découverte de. quelque principe général de 
réforme ou d'institution; sop succès en aurait, 
peut-être été plus assuré, et il se serait à coup 



JANVIER 178a; aS» 

sûr garanti de ces ambiguités, pour ne pas dire 
contradictions, où s'embarrassera toujours l'au* 
teur d'un système qui n'aura pâ^ été pris dans 
la nature. Celui-ci, par exemple, aroue que 
chaque homme, «n contribuant à sa caisse imagi* 
naire, n'y met que la plus petite portion possible 
de sa propre liberté , et qu'il serait sans cesse 
disposé à reprendre cette quote-part, sans la me- 
nace ou l'action d'une force toujours prête à l'en 
empêcher. La force doit donc être reconnue au 
moins comme le lien de ce contrat volontaire ; . 
et certainement si, pour quelque cause que ce fût, 
un homme se laissait pendre sans y être con- 
traint, il différerait peu ou point, du tout d'un 
homme qui dans les mêmes circonstances se 
pendrait de lui-même, sorte de conduite qu'au- 
cun fffincipe de morale politique n'a; encore en- 
trepris de justifier. Dans un autre endroit il re- 
connaît que les sujets n'auraient jamais accédé à 
de pareils contrats s'ils n'y avaient été contraints 
/'a7'/a/2ece$;f/té,expression obscure et susceptible 
de j^usieurs $ens, entre lesquels il est incertain 
que celui de l'auteur soit que ces c<Hitrats ont été 
volontaires et que les hommes y ont été amenés 
par le besoin ou la nécessité. Cela n'est point 
suffisamment expliqué. Lorsqu'au milieu des dif* 
acuités et des imperfections sans nombre d'une 
langue , quelle qu'elle soit , un auteur négligera 
de fixer par des exen^ples la signification de ses • 
mots^ il aura l>ien dç la peine à se préserver de 



àSd CORRESIKrirDAÎîeË ÊflTERAÏRE, 
Tainbiguité; sorte d'ëcùeH qaJévéterà «M^om 
celui qui s'en ttcirt à ia monâieipuremeiit ^cxffé^ii- 
nœntale; qu'il ait tort on qu'il oit Iraâ^oii', iliK^â 
toujours ekiir 'ét*inieUigfb!le..Â^rës ^tbut, si t^irt j 
Italien n'entend adttre ^cfaose par scm ccrntTKlM^ • 
eîal que ce qu^ont entendu qfu«iqules-UK)d de «M 
auteurs aurais ^ savoir l'oblîgaUbn weigte^ té- ' 
cîproque deâ puisstans dé ^roti^r iê» faible. ^ 
retour des sendces^qu'ife en eisi|;eim ^ ^ Ite* ftiifeteS 
4e servir les puissans eil retour delà pst^^^^icril 
qu'ils en obeîetinent , noiis:^in9^éS pffêU à tioti^ 
Tenir qu'un tel taxsité teontrat â é^i^ë dè|yUts là 
création du monde et subsista iatit qu'ii y àiiH 
deux honlmes vivant ensemble âH^ là sûrtslMdè 
la tarre« Mais avec quelle cirèoaispèction â'ïtftVe- 
Tcms-noos pm sut cette pauvre base Uil ëtlifi^ë 
de liberté civite, lôi!^sque ho^ touÀidëfërèDs 
qu'un contrat tacite de cette espèce ^b^iàtè ac* 
tbellement entre le ^and Mogis>l et se^ rejets, 
€û|bre les coloils de l'Aiiiërique et lëtiri» wë^tes, 
^nue le laboureur et son bdeuf ; que pëUt-él^éc)» 
dernier est de tous ks contrats tacitéi^ téïui \^ï à 
été le plus fidèlemeut et le plus p^uôtuëlkâii^t 
exécuté par les parties contractantes ! 

Mat^^pour en venir à quelque chose qui ait un 
rapport plus immédiat à la nature du Tltiîté des 
Délits^ il dit qu'en politique moi^ale il n'y a aucun 
aivantage permanent à espérer de tout ce qui n'est 
pas fondé sur les sentimens indélébiles du genre 
liumain ; et c'est là Mrtaineiiiefit ùrie de tes vé- 



;: .JANVIER 17»^, î à83 

ifkés inoonletetobbs à kiqueHe.deihvnl fake cme 
^gale aHetttiofi.etfCetix qui se proposent à'im^, 
tUner d^ JioÎAet ceux qui.ne.s&ipiiDposent que 
de les réformer^tiriftisv après le désirtde saprliptid 
çQi^A^imHian^ r^ a^îl^ans I^EOrainxe un isentiofiént 
pltt$:i^mtêraelVplpS'ii^^ff^E(>^tl>^ 1^ diteir dd 
kiS^périorhéetvdurooiiiniaiidement, setititiient 
quç ja .nécéàsilë «préseate pepit réprvmer , mais 
jaiaais ^deindl^ dans ie cœur d^anjcuii jsioiifei ? 
Peu sont eapiablèa de •Fenipiir.les devoirs de eh^fî 
tioiisaspiareEit.ài^étre; La chose ^élsant ainsi, si rt)ii 
veut^pj^évéaKir <les Suites dangereuses du passage 
cooAiaii^. de da puissance d'One main dans fine 
auti^ , il ie^at:d6qc nécsessaire qpe ceux qui en sont 
actuellement revêtus tœnt de tous les moytens 
dont ils peairent s^airiserpouir maintenir leuf au< 
toiité, si letir sahit est boitement iié a^ec oetle 
piiàssance. ; • 

JQe là naisfieiit quelques «onséquMM^es qui me 
paraissent, ne ^pôÛToir p^ fieucilement déodul^r 
de la .même source et dit métteeanai d'où l'au-' 
teur tire les siennes.. .. 

I.^/Gîcst que plus le hofnbue des- contracta^fts' 
actuek, maîtres ou éhe&, en quelque ^odnéié que, 
ce soit, sera'petit en oomparai80]i:dn corps en-^.^ 
tier , plus ia force et la célérité de la puissance- 
exécutrice doivent ^ pour la eécmûté de ces mai^ 
tresott chéfe^ s'augraentar, et cela à proportiçm 
du' nombre de ceux qui sont gouvernés, . ou , 
comme disent les géomètres, en raison înyerae' 
fip ^ux qui gouvernant 



a84 CORRESPONDANCE OWERAIRE, 

OP. Cest que la partie gouvernée étant tou- 
jours la plus nombreuse, ou ne peut Tempéchep 
de troubler la partie qui gouverne qu'en préve- 
nant son concert et ses complots. 

3^. C'est que^ dans le cas où le Gouvernement 
ne porte que sur une ou deux ja^pibes ^ il importe 
de prévenir et de punir, par un degré de sévérité 
et de terreur proportionné au péril , toute en- 
treprise, toute cabale, tout complot, tout con- 
cert, qui, plus il serait secret, plus il serait sage- 
ment conduit, plus sûrement il deviendrait fatal 
du moins aux chefs , si ce n'est à toute la Nation , 
à.moins qu'il ne fût étouffé dans sa naissance. 
, Ceux donc qui proposeraient, dans les Gou- 
vememens d'une certaine nature, de supprimer 
les tortures, les roues, les empalemens, les te- 
naillemens, le fond des cachots sur les soupçons 
les plus légers, les exécutions les plus cruelles 
sur les moindres preuves , tendraient à les priver 
des meilleurs moyens de sécurité, et abandonne- 
raient l'administration à la discrétion de la pre- 
mière poignée de déterminés qui aimeraient 
mieux commander qu'obéir; La cinquantième 
partie des clameurs et des cabales qui suffirent à 
peine, au bout de vingt années, pour déplacer 
Robert ^^Ipoole, aiuraiént en moins de deux 
heures, si on les avait souffertes à Constant!- 
nople, envoyé le Sultan à la tour Noire, et en- 
sanglanté Les portes du sérail de la chute des 
meilleures têtes du Divan. 
En un mot, les questions de politique nf se 



JANVIER 1782. a85 

traitent point par abstraction connue les ques* 
tions de géométrie et d'arithiftQtiquç. Les lois ne 
sefoimèrènt nujlepart, àpriori^mx aucun pria^ 
cipe général essentiel à. la nature humaine ; par-. 
tout elles découlèïent des besoins et des cir- 
coustances particulières des sociétés, et elles 
n'ont été corrigées par intervalles fu'à fnasure 
qi^e ces besoins, circonstances , ixéqessités réelles 
ou apparentes venaient à changOT. Un pMlp^v 
sophe donc qui se résoudrait à consacrer ses 
méditations et ses. veilles à, la réforme des lois, 
(et à quoi les pensées d'un pbilpsophç pour- 
raient-elles ^mi^v^t s'employer?) devrait. arrêter, 
ses regards sur^ une seule et unique .société à-la- 
fois; et si parmi ses lois et ses coutumes il en 
remarquait quelques-upesd'iiwUlement^évèrefi,, 
je lui conseÛleraiar de s'adresser à^ . ceux d'ep^tirc^ . 
les chefs de. cette société do^t il pourrait .se< 
promettre^ d'écl^^î* l'entendwi^entj.et.de Içur 
montrer que les besoins, les circonstances,. Ifs» 
nécessités et les d^^gefs.^ l'çcfiasipn desqu^J$ 
on a inventé .ces.sév4rit^s , ou p^ s^^istept; plji^, 
ou qu'on peut y po^urvoii; p%ç diçs njipyçpis plias 
dou?: pçur les sujets et, du mpifl^j^g^de^ntfsàrs 
pour les chefs. Les s^ntimeos 4ç, prti4 :q^P V-^Xter 
tout:puissan^ a ,plu^ ou moiîjif iÇpn?^^ d^^s, le 
cœur des hcfmmes, join^ à^l^.{>plii^i^e.cfs^^ 
munç et ordinaiï;e 4® s'épsif^ijierj^pt dcjgré su- 
perflu de sévérité, pe ppurr^iejijt moquer d'ob^ 
tenir un fayQrable accueil ^ une modeste, rer 



it86 CORREStÔNDA^ÈË LII^TERAÎRË, 
moatrànce âé^îoëttë viiât«^ife, elproâùire des effeU 
désirés ijue le- ton'^toU, fiei^ el iDJtn^ieux empê- 
chera il "vraislefEiblàMetoent; maisT si un philo- 
9(lp^é , et dans ce <|uUI proposé et' dahs la ma- 
nière dont II propèisie HeH vues sur* là rëforare des^ 
k)îb; obblîe qtié fes^honiniessoni hommes^ n'a 
atH^ti' ëgaiH^ à iénr fetblesise ^ ne consulte ni 
Jf^honneur , ni le bien-être , ni 'la* sécurité de 
ceux qui ont seufe' le pourôîi* de donner la 
^utetîon à ces lots, ou que peut-être il n'ait 
j«nnÉ^is pris la peiné de savdir qiîélfes sont lés 
persdbiies en qui. résidé Ce pouvoir; toutes ses 
peines^ n^aboutironf à rien ou' à ^eti * de cliose^ 
dû moins poun le moment. Etf vâîn se plaib- 
dra-t*il: de ce qae gB uomirti ûisciiino per lo 
più ' in abandons & piU ifh^oiicaiti rigolkmènti 
à^)âisbrézw^e de quèlU Vinierésèe dé quaWè dt 
ùppimVtiltë\prai ^pi^idè^ ^^!ëS^>y. ^? ^^ que les 
Ik^oÀnes pbuir* fetT^flùpàrt^du fefaipik^kbandbnnfent 
tes^nègréïhens lés'f)Ris nioportitti^ àt la discrétion 
dâ JéQui dôiit Fitïtérêf est de' s'b^oser aux plijs 
sîf!|[ë$llbi*/VCes'^ |ièt4bttiîes il 'en- 

tëttc^ «IW8.dWutelëtf^ riches ét^'lés- piiissanS^ lui 
(H:t^ût^qn%ni n'âSâhdbhna jimaiWà: leur cllseré- 
ttoh4à cûhfedtîoW'deà lois;' que tous ont égâle- 
inëirf*e«detout temps eiivië' è^ttîè prérogative/ 

pài^è qù41i'ëtàrè'il'<^ës«èùrs i>P(it>^^^^ la possé- 
dée tas lùi^tfiibitt'"^àé cèila n^é^t àMyé ni par 
afeéictent, [Hi pai^ bégli^eribe/^jti par abus ^ ni 



par mépris, maîsij^4^sloÂ$i^yai:i^le$ et éter-: 

la force, en.tpi^t ^% p^tiM^t OQ^^iPAiidat à la tù^ 
blessç., loi qqî ^'e^^qu^ç, et danA le i»aade pliy4 
isiqiie et dans le monde moral 9 ^t au ceatre db 
Paris^et del^on^es ;,:^t.<^& le.£op4 çles forets , 
et p^u^ les hoijcj^e^ et pariai h^ dwmaux, 

Ë^vaip s'iqdigKiiera-ViVde ç^t}U)9.1,e&k)is soolb 

néej^jpç^r I9. plup^f t. 4 ^njç ^éc^^siitë fortuite et; 

pass^ère- Us liji dir^t q^ue^ satn/^.la nécessité il 

lijj auraij: ppijQjt €^;4|3 Ipis du tpuA, et.qiîiie c'est à; 

la rn^^e nécessité qa^ç l^es^loi^ actji^j^ sont souri 

mii^s , prêtes à^ fî^dj^r pu à .4M>r^r q.ii^iad et tant 

^uljl ljÎ4 plaira, . ; f 

Çjj\jain ^'éççi^rart-il : FelicisçjwqUeil^pochis^ï 

sipi^. JSationi chç npia^s asp^ttç^w>chè iilei^i 

moùf dfille cqmbir^zionf. ^ vim^iti^m humaw\ 

faoï^sfe siiCc^dçrfiuU'eMram^ta dei mali un iwia*i 

mentoql^ benpy i^Q,;neq.GceleranQ ç.pf^^agff^ émr, 

terfpfidi çon bupnfi, i^ighl «#eMrei^ 1^ ^ès*p.etife 

uoiB^brede Natipns. qj^ji; n'att^ndjlfeec^tipeis queleî 

moi^yeçieat lent d^s .c^mbinajiskQilsi î^ dies ¥isK> 

çis8ii:u4es. liai^^iaibe^ fît nA\J^ à; Hf^tnézmté deat 

rpaji^ i^n>achémMie;n£;i(Lt m l^i^^i initia qui paR) 

de bonnes Iqiisi e^,^î?;r4gièi!ent liç^ pa^a^çs inteï-^[ 

m4(li^îr^a !..» HjSf lui diront qji'il .i^'est JKoutrà-faiti 

trompjé sur uij;pc>^it de fak, et t^^'i^^'yr ajamai^ 

eu (^ Kalions telles* qu'il les rt^p^ç^ilte^. Jls lui! 

%P«ftq*?€> s'U.veiijtse donnçrtoi: j>çillj9.d'«Kftçai^ 

n^ spi^^neu^ipenti r^H^stoiçCcj^tjl^l; aPS^kîves d^^ 



a88 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
Nations qu'il a vraisemblablement en vue, il 
trouvera que les lois qu'il préconise le plussent 
sorties de ces combinaisons, de ces vicissitudes 
humaines auxquelles il dispute si dédaigneuse^ 
ment le droit de législation. 
- Tout ouvrage spéculatif, tel que celui dei 
Dehtti e dette Pêne, rentre dans la catégorie 
des Utopies^des Républiques de Platon^ et autres 
politiques idéales, qui montrent bien Tesprit, 
l'humanité et la bonté d'âme des auteurs , mais 
qui n'ont jamais eu et n'auront jamais aucune 

influence actuelle et présenté sur les affaires 

Je sais bien que ces principesl généraux, qui 
tendent à éclairer et à améliorer l'espèce hu^ 
maine en général, ne sont pas absolument inu- 
tiles;' mai» je n'ignore pas qu'ils n'amèneront 
jamais une sagesse générale^ Je sais bien que la 
lumière nationale n'est pas sans quelque effet 
sur les chefs, et qu'il s'établit en eux, malgré 
eux, une sorte de respect. Je sais que cette 
lumière générale, tant vantée, est une belle et 
^oïdeuse chimère dont les philosophes aiment 
à se bercer, mais qui dispàraîtwît bientôt s'ils 
ouvraient ^Histoire et s'ils y voyaient à quoi 
les meilleures institutionià sont dues. Les I^a- 
tions anciennes ont toutes passé et toutes les 
Kfittions modernes passeront avaht que la phi- 
losophie' et son influence jsur les Nations aient 
corrigé une stule administration. Et poiil* en 
venir à quelque-chose qui vous soit propre, je 



JANVIER 178^. a^ 

Sais bien que la différence de la monarchie et 
du despotisme consiste dans les mœurâ^, dans 
cette confiance générale que chacun a dans les 
prérogatives de son état respectif; que le Sul- 
tan dit à Constantinople indistinctement de 
l'un de ses noirs et d'un cadi qui commet ime 
indiscrétion, qu'on lui coupe la tête, et que 
la tête du cadi et celle de Fesclave tombent 
avec aussi peu de conséquence l'une que l'au- 
tre; et qu'à Versailles on chasse très-diverse- 
ment le valet et le duc indiscrets; mais je n'i- 
gnore pas que le soutien général de ces sortes de 
mœurs tient à un autre ressort que les écrits des 
sages, qu'il, est même d'expérience et d'expé- 
rience de tout temps que les mœurs dont il s'agit 
sont tombées à mesure que les lumières géné- 
rales se sont accrues ; je me chargerais même de 
démoHtner que cela a- dû arriver , et que cela 
arrivera toujours par la njtture même d'un peuple 
qui s'éclaite. Je sais bien que- quand ce^ spr^es 
de mœurs, dont le monarque ressent et partage 
Tinfluence, ne sont plus, le peuple est au plus 
bas point de l'avilissement et de. l'esclavage, 
parce qu'alors il n'y.japlii^ qu'une condition, 
celle d'«clave. Je sais bien que plus céitff (chi^Ile 
d états est longue «t distincte, plu^ cb^^D :?st 
ferme sur son échelon , plus le monarque diffèir^ 
du despote et le despote du tyran; mais je défie 
l'auteur des Délits et des Peines et toysl^s philo- 
sophes ensemble de me faire voir que leurs ou- 
vrages aient jamais empêché cette échelle de se 



^o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
rs^ccourcir de plus en plus jusqu'à ce qu'enfin 
ses deux bouts se touchassent 



Vebs em^qjrés au Prince royal de Prusse j avec 
un^ miniature représentant Bagatelle, maison 
de M., le comte d'Artois y dans le bois de Bou- 
logne. . . 

Sonvènt les fils des Roîs , dans un modeste âsile 
. Chibrchant un doux lobir , un bonheur plus facile , 

Oa% daigné de leur rang mpdérer la' splendeur. 
. Frince , dont le grand non\ est promis à l'Histoire , 

Vous pourrez quelque jour cacher votre grandeur» 

Mais vous ne ferez pùint oublier votre gloire. 



Épigramme contre Madame 



* ♦ ♦• 



Églé, belle et poète-, a deux petits travers; 
£ile fait son visage et ne fait point ses vers. 

Cette Epigrâmqae très^maligne a été parodiée 
3e la manière suivante : 

Parodie de FÉpigratnme faite contSe madame 
de — (îj. 

Quoi que Ton dise , Églé , Se tes petits travers , 
L'Amour lit ton visage et les À{uses tes vers. 



Là Double Epreuve y ou Colinefté à la Cour, 
comédie lyrique en trois actes, a été représentée 
pour la première fois sur lé théâ^tre de TAcadé- 

(i) On Tavait attribuée faaMement à M. de La Harpe; elle, est de 
3W. Le Brtiii , d-devant secrétaire dé M. le prince de Conti, Fauteur du 
Poëmcde kiNmutty de ta Wâspretit^' de i'Qde à M. de. Btfffim, On 
donne la Parodie à M. de C***; , ,/. : . . 



JANVIER 1782: apt 

mie royale de Musique, le mardi premier. Les 
paroles sont de M. Lourdet de Santerre , maitre> 
des comptes, auteur du Sayetier et du Finan*. 
cier, de plusieurs autres opéras -comiques, eÇ 
de la plupart des fêtes données depuis quelques 
années dans les plus brillantes sociétés de soa 
illustre compagnie , la Chambre des Comptes. 
La musique est dp M. Grétry. 

Cet opéra , presque tombé le premier jour , a 
paru se relèvera la seconde représentation ^.mai* 
faiblement. C*est*d'un bout à l'autre Ninette à la 
Cour^ avec plus de prétention à la haute comé- 
die, beaucoup moins d'esprit etlîeaucoup moins 
de goût. Bans le Poème de Favart, le prince s'est 
pris de fantaisie pour la jeune villageoise, elle;- 
même se laisse éblouir un moment par les pro- 
messes dii Prince et par son goût naturel pour 
la coquetterie. Dans le nouveau Poëme, le Priiicè 
ne feint d'aimer Colinette que pour, exciter la* 
jalousie de la. Comtesse, dont il est amoureux, 
et qui né Wut être que son amie. Cette méta- 
physique de sentiment fait pour ainsi dire tout' 
ie nœud de la pièce; quelque froide, quelque 
déplacée qu'elle soit toujours au théâtre, et sur- 
tout dans un drame lyrique, elle aurait pu four- 
nir des détails agréables , quelques traits au moins 
d'un joli marivaudage; mais, grâce à l'adresse de 
M. Lourdei, elle ne sert véritablement qu'à dé- 
truire le peu d'intérêt dont un sujet si rebattu 
pouvait encore être susceptible. Ou a tâche 4'y 

19- 



292 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

suppléer par beaucoup de mouvement, par des 
ballets amenés plus ou moins heureusement. Il 
y en a trois au premier acte, une pipée, une 
chasse, la fête du mai; ainsi dans le même acte 
à-la-fois les plaisirs de l'automne et ceux du 
printemps : qu'est-ce que cela fait ? Pourquoi ne 
pas y joindre encore, comme dans une pièce 
de Nicolet , ceux dé l'hiver et de l'été ? 

11 n'y a rien de neuf, rien d'assez piquant 
dans la musique de cet opéra pour mériter d'être 
distingué; tout nous a paru d'une touche assez 
faible , assez commune, quoique souvent agréa- 
ble* Les scènes villageoises sont moins mal que 
les autres; le chœur du troisième acte fait de 
l'effet, mais il fait encore plus de bruit. Le seul 
mérite qui puisse soutenir cet ouvrage est dans 
la composition des ballets , en général bien 
groupés, bien dessinés, et formant souvent des 
tableaux pleins de. mouvement et, de variété. 
L'auteur des paroles a été gratifié , Je jo.ur même 
de la première représentation, de l'épigramme 
que voici par M. Destburnelles. 

Qui Tcut lutter SLvec Favart, 
S'il n'est pas&é m^itre en son art. 
S'expose à d'étranges mécomptes. 
Veux-tu charmer ton auditeur? 
Il faut, mon chet Maître des Comptes p 
Atoît recours au cdJTipc/fewr. 



JANVIER 1782. 2c>3 

MM. de P... et B.... , après avoir été gâtés par 
rindulgence ou plutôt par le roanvais goût 
du public, viennent d'éprouver enfin de sa 
part un petit retour d'humeur fort bien con- 
ditionné. Leur Gâteau des Bois y représenté, 
pour la première fois, sur le Théâtre de la Co- 
médie Italienne, le dimanche 6, jour de la 
Fête des Rois, a été dûment sifflé, et ce n'est 
pas sans peine que les acteurs sont parvenus à 
braver la tempête et à soutenir l'ouvrage jusqu'à 
la fin, ou peu s'en fout. Quoique cette bagatelle 
soit plus négligée entore que toutes celles qui 
font depuis dix-huit mois les beaux jours de ce" 
spectacle , la dififérence assurément n'est pas 
assez grande pour avoir pu mériter sans autre 
raison un accueil si différent de celui auquel on 
avait accouti^mé ces Messieurs et leurs chefs- 
d'œuvre. Il pis^urrait être fort curieux de cher- 
cher les causes décrètes d'un changement si su- 
bit, mais on vdtidra bien nous en dispenser. 
Est-ce la seule circonstance où nous ayons vu 
que, pour bien juger les sottises dont on s'esl 
une fois engoué, on attend volontiers qu'on ait 
çu le temps de s'en lasser? En peu de mots, 
voici la dernière production de MM. de P. . . 

et B 

Mademoiselle Denise, la fille d'un pâtissier, 
M. Martin, est aimée de M. Simon, 1^ fils du 
voisin M. Grégoire. Ce M. Martin, qui veut faire 
les Rois avec ses amis, et nommément aVec son 



294 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
intime M. Grégoire^ lui fait écrire par sa fille 
le billet suivant : 

Viens çà , mon cher amî .... tirer chez moi la fève , 
Tu me seconderas .... pour que mon vin s'achève ; 
£t j espère à la fin . . . • du plus gai des festins 
Que tu menlêverofi par tes joyeux refrains. 

Il change ensuite d'avis et déchire le billet en 
deux. Simon en trouve la première moitié : le 
voilà jaloux; et n'avait-il pas lieu de Fètre? Il 
boude. Cependant les convives se rassemblent, 
M. Grégoire, le bailli, le magister, le frater, le 
carrillonneur ; on se met à table ; on tire le gâ- 
teau , il s'y trouve deux fèves ; <î'est une espiè- 
glerie du petit frère de mademoiselle Denise. 
Grande querelle entre Martin et Grégoire pour 
la royauté. On propose enfin de remettre les 
fèves aux deux amans. La méprise qui les a 
brouillés est bientôt éclaircie par Theureuse at- 
tention que mademoiselle Denise a eue de con- 
server la seconde partie du billet; tout le monde 
est content, excepté les spectateurs. On finit par 
boire et pari chanter à tue-tête; le parterre hue 
du même ton, la toile tombe, et MM. de P... 
et B. .. comprennent encore moins que nous 
Tinconstance et la bizarrerie du public. 

Ils oqt forcé les Comédiens à donner la pièce 
une seconde fois; mais ayant reçu à-peu -près le 
même accueil, ces Messieurs ont eu la modestie 
d'an nonçer dans le Journal de Paris qu'ils avaient 
i^onsenti gé;néreusement à la retirer, pour ne la 



JANVIER 178a. 295 

remettre que le jour des Rois en un an. Quel 
excès de complaisance ! 



Principes établis par S. M. /. Joseph II y pour 
servir de règles à ses Tribunaux et Magistrats 
dans les matières ecclésiastiques. 

L'objet et les bornes de l'autorité du sacerdoce 
dans TEtat sont si clairement déterminés par les 
fonctions et les devoirs auxquels le Seigneur lui- 
même a borné les Apôtres pendant qu'il était sur 
la terre, qu'il y aurait de la mauvaise foi à vour 
loir statuer ou admettre aucun doute à cet égard ^ 
et de l'absurdité à oser prétendre que les succes- 
seurs des Apôtres doivent avoir de droit divin 
plus d'autqrité que n'en avaient les Apôtres eux- 
mêmes. 

Or personne n'ignore que notre Seigneur 
Jésus-Christ ne les a chargés que des fonetions^ 
purement spirituelles; i** de la publication de 
l'Evangile ; a® du soin de son culte ; 3«> de l'ad- 
ministration des Sacremens (en tant qu'ils sont 
spirituels );*4^ du soin et de la discipline de soa 
Eglise. 

Cest à ces quatre objets qu'était bornée Fau- 
toritc des Apôtres; et c'est par conséquent à ces 
mêmes objets seulement que peuvent prétendre 
leurs successeurs. Il s'ensuit que toute l'autorité 
quelconque dans l'Etat est et doit être aujour- 
d'hui du ressort privatif de la puissance souve-'. 
rame , ainsi qu'elle a été depuis la première ori- 



296 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
gine de tous les Etats et de toutes les sociétés 
jusqu'à rétablissement du christianisme, par le- 
quel cet ordre naturel des choses n'a nullement 
été ni pu être altéré, 

A l'exception de ces quatre objets, il n'y a 
donc aucune sorte d'autorité, aucune préroga- 
tive , aucun privilège , aucun droit quelconque, 
^n un mot , que le clergé ne tienne uniquement 
•de la volonté libre et arbitraire des Princes de 
la terre. 

Il est incontestable que tout ce qui a été ac- 
cordé ou établi par l'autorité souveraine , et qu'il 
dépendait de son bÔQ plaisir d'accorder ou de 
refuser , elle est en plein droit d'y faire des chan- 
gemens, et de le révoquer même tout -à-fait 
lorsque le bien général l'exige , et qu'aucune loi 
fondamentale de l'Etat ne s'y oppose , à l'instar 
de toutes autres lois, concessions, établissemens 
feits ou à faire , qu'il est de Ifi sagesse et même du 
devoir de la législation d'approprier aux temps 
^t aux circonstanciés.* 

Les dispositions des Conciles, lesquels , comme 
il est de fait, ne sont obligatoires que pour les 
Etats qui les oi^t admis ou reçus, sont dans le 
-même cas, attendu que celui qui aurait pu ne 
pas les admettre du tout doit pouvoir à plus 
forte rai^n en rectifier les dispositions, et même 
les révoquer entièrement, lorsque, au moyen de 
la différence de temps et de circonstances, la 
raisi!>n d'Etat et le bien public peuvent l'exiger. 

L'autorité du Sacertloce n'est pas même arbi- 



JANVIER 1782. !i97 

traire ni entièrement indépendante quant au 
dogme, au culte et à la discipline, le maintien 
de l'ancienne pureté du dogme ainsi que la dis- 
cipline et le culte se trouvant être des objets qui 
intéressent si essentiellement la sociétéret la tran- 
quillité publique,. que le Prince, en sa qualité 
de souverain chef de. l'Etat, ainsi que de protec- 
teur de TEglise, ne peut permettre à qui que ce 
soit de statuer sans sa participation sur des ma- 
tières d'une grande importance. 

L'objet et l'autorité du clergé étant donc bien ' 
clairement déterminé^ par les principes susdits, 
il s'ensuit que c'est d'après ces principes que 
doivent être décidés à Tavenir tous les cas de 
juridiction ecdésiastique. 



Jdèle et Théodore, ou Lettres sur F Educa- 
tion^ contenant tous les principes relatifs aux 
trois différens plans d'éducation des Princes^ des 
jeunes personnes et des hommes; par madame 
la comtesse de GenliSy trois volumes in-8<^. De 
tous les écrits de madame de Genlis , c'est celui 
qui a fait la plus grande sensation , qui a été \vt 
avec le plu$ d'avidité, jugé, avec le plus de rir 
gueur, prôné et dédaigné avec le plus d'achar- 
nement et de prévention. Si un pareil succès est 
dû en partie au genre même de l'ouvrage , les 
circonstances dans lesquelles il a paru n'ont pas 
peu contribué à en augmenter l'éclat; la singu- 
larité, peut être unique, du choix qui venait de 



zgS CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
nommer madame de Genlis gouverneur (i) des 
fils de M. le duc de Chartres^ avait fbfé pour 
ainsi dire tous les yeux sur elle. Comment n au- 
rait-on pas été fort curieux de savoir si son livre 
justifierait un événement si extraordinaire ou le 
ferait paraître plus ridicule? Les philosophes 
n'ont pu voir sans indignation que dans un ou- 
vrage agréablement écrit , c'est un mérite qu'il 
faut bien lui accorder, l'on se permettait encore 
de parler avec quelque respect de la religion, de 

* soutenir même qu'il n'est point de vertu véri- 
table qui ne soit fondée sur une piété solide. 
Les gens de lettres ont trouvé infiniment mau- 
vais qu'une femme si bien faite pour en juger 
ait osé leur reprocher «d'avoir la conversation 
» languissante et pesante; de ne point savoir 
y> écouter; de n'éprouver que le de'sîr de se faire 
» admirer, jamais celui de plaire; de manquer 
» d'égards et de politesse par un amour-propre 
» mal entendu, ou par le défaut d'usage du 
» monde; d'avoir un ton tranchant, de la sus- 
» ceptibilité ... ; ce qui fait qu'on ne trouve dans 

, ■» leursouvragesniFespritmletondumonde'»... 
Nos femmes à la mode, qui n'ont jamais vu 
peindre leurs ridicules , leurs folies , leurs tra- 
vers d'une manière plus vraie , plus légère, plus 

f x) Ce titre a été trouvé fti* plaisant à Versailles, que madame de 
Genlis n'en a conservé que le» fonctions ; c'est sans aucnne dénomina- 
tion particulière qu'elle est chargée de présider à réducation des en- 
^'ans de M. k duc de Ciiartres. 



JANVIER 1782. 299 

piquante , prétendent que c'est une chose hor- 
rible d'employer ainsi le talent que l'on peut 
avoir à tourner toutes les personnes de sa so-' 
ciété en ridicule , à faire d'un livre d'édupation 
un recueil de satires et de libelles. Les dévots , 
les prêtres seraient-ils plus contens? Point du 
tout ; ils assurent que la Sorbomie ne peut se 
dispenser de censurer l'ouvrage; qu'il y a une 
certaine Lettre , sur les cérémonies religieuses 
qu'on exige des mourans, qui contient les pro- 
positions du monde les plus mal sonnantes. Une 
autre impiété non moins grave , c'est d'oser dire 
qu'il n'y a point de livre de dévotion qu'on puisse 
laisser sans inconvénient entre les mains d'une 
jeune personne ; c'est le projet qu'annonce ma- 
dame de Genlis de publier elle-même un livre 
^Heures dans ses principes , comme si ce droit 
^^'appartenait pas exclusivement à Monseigneur 
1 Archevêque ! Mais c'est trop s^arrêter à tous les 
jugemens que l'esprit de corps , Tesprit de parti 
ou d'autres préventions ont pu répandre contre 
cet ouvrage ; essayons d'en donner u«e idée^lus 
juste, du moins plus impartiale. 

Ces Lettres sont une espèce de Roman d'édu- 
cation, ou plutôt une suite de petites histoires, 
de petit^ contes , de petits tabfeaux plus ou moins 
intéressans, tous relatifs à l'éducation, mais liés 
souvent par un fil imperceptible à l'objet prin- 
cipal. Le baron et la baronne d'Almane , tantôt 
retirés dans leurs terres, tantôt voyageant poui^ 
Hnstruction de leurs qnf^ns, rendent compte à 



3oo CORRESPONDANCE LIITERAIRE. 
leurs amis qu'ils ont laissés à Paris du plan d'é- 
ducation qu'ils ont formé , et An succès avec 
lequel ils le suivent Cette correspondance, qui 
fsLit le fonds de l'ouvrage , çst interrompue par 
les Lettres du comte de RoseviUe , chargé de l'é- 
ducation d'un Prince étranger ; le comte et le 
baron se communiquent mutuellement les ré- 
:sultats de leurs réflexions et de leur expérience. 
Ce qui varie plus agréablement le ton de ce re- 
cueil , ce sont les réponses que la baronne reçoit 
de la vicomtesse de Limours , de madame d'Os- 
talis, quelques Lettres détachées du chevalier 
d'Herbaiu, de la jeune dame de Valée, de son 
amie madame de Germeuil. C'est surtout dans 
ces dernières Lettres que le ton et les ridicules 
du jour sont peints avec le plus d'esprit, d'agré- 
ment et de vérité. 

• Si le système d'éducation de madame de Gen- 
lis ne présente aucune idée nouvelle , aucune 
que Liocke n'eût déjà indiquée, que Jean -Jac- 
ques après lui n'eût approfondie avec toute la 
puissance dé son génie, avec toute l'énergie de 
son talent, au moins en est-il plusieurs dont elle 
a su feire une application très-heureuse , quel- 
quefois peut-être un pf u maniérée , un peu mi- 
nutieuse, mais souvent aussi parfaitement sage 
et parÊtitement instructive. En s'appropriant 
si bien et les idées de Rousseau et celles de 
Jjocke , on eût désiré sans doute que madame 
de Genlis eût parlé surtout du premier avec 
plus d'égards; mais on ne lui en saura pas moins 



JANVIER 1782. 3oi 

beaucoup de gré d'avoir fait de nouveaux eiFort* 
pour répandre des vérités si utiles, en les dé- 
veloppant presque toujours avec plus de sagesse 
et de .mesure que Fun de ces philosophes, et 
sûrement avec plus de grâce et d'intérêt que 
Tautre. * 

Quoique le titre èi Adèle et Théodore Bimotïce 
assez fastueusement- que l'ouvrage contient tous 
les principes relatifs à l'éducation des Princes , 
des jeunes personnes et des hommes, on ne se- 
rait gftère étonné que beaucoup de lecteurs y 
trouvassent encore plus d'une lacune impor- 
tante ; mais la forme que l'auteur a jugé à propos 
de donner à ses instructions n'est-elle pas pré- 
cisément celle qui l'obligeait le moins de s'as- 
treindre à une méthode trop pénible ou trop 
rigoureuse? Ce qu'on ne trouve pas d ailleurs 
dans ces Lettres ne peut-on pas espérer de lé 
trouver dans les sources que madame de Genlii 
veut bien indiquer elle-même, dans les Conver- 
sations dEmiKe^dsins Télémaque, dans le Traité 
de Chanteresne^ qu'on croit être de Nicole , dans 
Locke j mérte dàûs Emile y pourvu qu'il soit Itt 
avec les dispositions convenables; mais, avant 
toutes choses, cela s'entend, dans son Théâtre 
d Education y danfs ses Anhàles de la VertUy 
dans ses Heures, dans ses Veillées du Château 
déjà sous presse , et dans plusieurs autres ou- 
vrages qu'elle a la bonté de nous promettre? 

Je sens aussi bien que messieurs les philoso- 
phes linconvéniènt qu'il y aura toujours à^vôu^ 



3o2 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
loir fonder la morale sur des bases qui lui sonl» 
étrangères , et que Tusage ou Tabus de la raison 
peuvent si facilement ébranler; cependant je ne 
puis m'empécher d'aimer beaucoup le genre de 
preuves qu emploie mada^me de Genlis pour la 
défense de la iPoi chrétienne; ce sont 'deux pe- 
tits Romans : l'un est l'Histoire très-intéressante 
d'un hôpital fondé par M. de Lagaraye , où Ton 
voit, comme le dit l'auteur lui-même, tout ce 
que la religion peut produire de grand , de bien- 
faisant, d'héroïque; l'autre est une espèce de 
Nouvelle , où l'on apprend claireçient qu'il n'est 
point de revers,, point d'infortune que la piété 
ne fasse supporter avec courage et résignation. 
On en pensera tout ce qu'on voudra, cette ma- 
nière de démontrer la vérité de la religion m« 
paraît tout aussi conséquei||te et be.^uçoup moins 
ennuyeuse que celle de$ Grotius, des abbés 
d'Houteville, des Bergier, et de tant d'autres 
grands docteurs. 

. Des gens qui veulent tout savoir assurent que 
la partie la, plus agréable des nouvelles Lettres 
sur l'éducation^.la partie des R^mao^^ est encore 
moins originale que tout le reste , que la plu- 
part de ces épisode^ sont traduits de l'allemand 
QU de l'anglais. Les deux queiiqus venons de ci- 
ter, l'Histoire de M. de Lagaraye et celle de la du- 
chesse de C***, ne ^ont pas au moins de ce nonoi' 
bre ; le fonds de l'une et de l'^Uitre , j^lous ne pou- 
vons eiï douter, est parfaitement vrai. Un repro- 
che plus, grave que l'on est. tenté de faire à lua- 



JANVIER 1782. 3o3 

âame de Genlis sur cette partie de son ouvrage, 
c'est d'avoir souvent gâté TefiFet des ^situations 
Ws plus touchantes »par des traits d'une sensi- 
bilité factice ou par des exagérations également 
frpidç^ et romsuaesques. Ces défauts ont paru 
d autant plvi$ reiparq,ujables, que le ton domi- 
nant de l'ouvrage est simple , pur et. naturel. 

La malignité) A'A'pas manqué de chercher des 
noms à tous les^portraits dontmadame de Genlis 
s'est permis d'égayer, ua livre qui ije spçablait pas 
trop susceptible ,;i^la yérité,, de oe genre d'agré- 
mens, mais quipouyait en avoir besoin. On a pré- 
tendu recpnn^îtpç dans madame de Surville celui 
de madame de Monte§son;dans madame de Va- 
lée celui de n^adaine la comtesse Amélie de Bou- 
fler$,Hdf2insi madame de Gerpaçijûl celui de ra'a- 
dame de Roqu^feuill^, etc.; naais le plus fr^p- 
pant.^e tous , . <?'est, spus le nom de .madame 
d'Olcy, celui. jje ^ ipadame de - Lj . . . . . e> du 
ïnoins s'il en, fafit croire les.pieill,eurs amis <lç 
celle-ci. Le !^uit qu'ils en ont fait dansr le monde, 
sous le pp^teoptje die vpnger une noircieur si cou- 
pable et si peu méritée , lui a donné tant de cé- 
lébrité que nouSj)çroy.on^, devoir^ en conserver 
ici le souvenir. ryojLpi donc ce fameux por- 
trait. 

«La fortune, im^mense qu'elle possède n'a pu 
» la tçQusoler encore du çhagcii;;! d'étfe la femme 
» d'un financier .j>,])'ayant poi^t assez d'esprit 
» ,pour^urmonte|r;,ime sembfôb^e faibl^^ elle 
2? ea soiiffre d'autant plus qu'dlene voit que 



3o4 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» des gens de la Cour, et que sans cesse tout lui 
» rappelle le malheur dont elle gémit en secreU 
» On ne parle jamais du R(h, de la Reine ^ de 
» Versailles , d'un grand habit , qu'elle n'éprouve 
» des angoisses intérieures si violentes qu'elle 
3 ne peut souvent les dissimuler qu'en changeant 
» de conversation. Elle a d'ailleurs pour dédom- 
» magement toute la considiéraHon que peuvent 
» donner beaucoup de faste , uîAe superbe mai- 
p son, un bon touper, et des loges à tous les 
» spectacles. Au reste, elle n'aime rien, s'ennuie 
» de tout, ne juge jamais que d après l'opinion 
» des autres, et joint à tous cesr travers de gran- 
T> des prétentions à l'esprit; beaucoup d'humeur 
3» etde caprices, et une extrêhie insipidité. Quoi- 
P que fort orgueilleuse d'être une fifle dte qua- 
» Uté , elle n'a pas montré le moindre attache- 
» ment pour son père , parbe <|u'il a quitté le 
» service et le mronde , et Qu'elle n'en attend 
» rien. Elle n'aime point madame de Valittont, 
» qu'elle ne regarde que cèinriië tine provin- 
» ciale, et elle a sans douté oiibbéiqu elle eut une 
» sœur religieuse, etc.» - ' 

Ou assure que madame de L. .• e, après 

l'avoir lu, s'est contentée de dire T ce Je ne sais 
» pourquoi madame de Genlis oublie un trait 
» dont personne ne devait se souvenii* aussi 
» bien qu'elle, c'est que ôette femme de finan 
9 ciel* a poussé l^isolence autrefois jusqu'à don- 
» ner des robes à unei Demoiselle de qualité de 
» ses amies » ; il est vrai que la Demoiselle né- 



JANVIER 1782. 3o5 

tait connue alors que par sa jolie voix et $on ta- 
lent pour la harpe. 

Eh! qu'est-ce que tout cela fait? Sans entre- 
prendre ni d'accuser, ni de justifier les intentions 
de l'auteur, nous osons croire <]pL Adèle et Théo- 
dore sera compté dans le petit nombre des ou- 
vrages où la raison et la vertu sont rendues aussi 
intéressantes qu'elles le paraîtront toujours lors- 
quelles n'auront point d'autre ornement que 
celui de leur grâce et de leur simplicité* natu- 
relle. Le style de madame de Genlis est assez 
dépourvu d'imagination , mais il plaît en général 
par une pureté très-facile et très-élégante. Sans 
peindre ses idées de couleurs bien vives , elle 
les dessine, si l'on peut s'exprimer ainsi, avec 
beaucoup dé justesse et de goût. Il y a de l'es- 
prit ^t de la grâce dans la composition de ses 
tableaux , ily a surtout infiniment de taleiït et 
d'originalité dans la manière dont elle a sfu ren- 
dre le ton^ les ridicules et les mœurs du jour, 
leur donner de la physionomie, ce qui semblait 
si difficile, etleUr en donner sans caricature , 
même sans effort et sans recherche. 



Si les Suisses ont été répandus long-temps 
dans toutes les parties du monde , sans exciter 
la curiosité des autres Nations. en faveur de leur 
pays , on leur fait aujourd'hui plus d*honneurs> 
Jamais les Voyages en Suisse n'ont été plus à la 
I. ao 



3o6 œRRESPONDANCE LITTERAIRE, 
mode. Cet empressement doit-il les flatter ou 
non ? Je l'ignore ; mais je sais bien que lei^r pai- 
sible bien-être n'avait aucun besoin de cette cé- 
lébrité ; peut-être même n'éprouveront-ils que 
trop tôt qu'il en ^t des Républiques comme des 
femmes dont Jean-Jacques a dit : Leur dignité 
est d'être ignorées^ leur gloire est dans leur pro- 
pre estime, et leurs plaisirs dans le bonheur de 
leurs familles. Ambitionner une autre dignité , 
chercher une autre gloire ou d'autres plaisirs , 
c'est risquer au moins de perdre l'avantage le 
plus essentiel de leur existence. 

Quoi qu'il en soit, dans le nombre des Voya- 
ges de Suisse qui ont paru depuis quelques an- 
nées, après avoir distingué ceux de MM. de Luc, 
de Saussure , plus particulièrement encore celai 
de M. Coxe , traduit et commenté par M. Ra- 
mond, de tous ceux que nous connaissons celui 
qui embrasse le plus d'objets curieux et inté- 
ressans , nous ne devons pas oublier la Des- 
cription des Alpes pennines et rhétiennes, dédiée 
à Sa Majesté très-chrétienne Louis XFl , Roi de 

France et de Navarre y p^r M. T.... B ^ chantre 

de V église cathédrale de Genève. Deux vol. in-8°. 
avec plusieurs gravures faites sur les dessins 
mêmes de l'auteur. - 

Ce n'est pas par une éloquence brillante , par 
le charme ou l'élégance de sa narration , ce n est 
point par son ramage enfin , tout chantre qu il 
est de la Cathédrale de Genève , que le nouveau 



JANVIER 1782. 307 

voyageur peut espérer de mériter l'attention du 
public ; mais l'exactitude et la fidélité de ses ob- 
servations , les travaux presque incroyables 
qu'elles lui ont coûtés, les périls continuels 
auxquels il s'est exposé pour vérifier ses décou- 
vertes , lui assurent sans doute des droits à la 
reconnaissance de tous ceux qui s'intéressent vé- 
ritablement aux progrès de l'Histoire naturelle , 
et surtout de l'Histoire des montagnes , partie si 
importante de la théorie générale du globe. 

Souvent minutieux, souvent d'upe affectation 
ou d'une emphase ridicule, d'autant plus dépla- 
cée qu'elle donne aux descriptions les plus 
vraies l'air romanesque et faux , on remarquera 
cependant avec plaisir que le style de M. B, .... . 
s'est élevé quelquefois pour ainsi dire forcé-, 
ment au ton naturel de son sujet par le carao* 
tère même de grandeur et de majesté des objets 
qu'il avait sous les yeux. Le court extrait que 
nous allons donner de son ouvrage en olfrira , 
je crois, plus d'une preuve. ^ 

C'est du lac de Genève que part notre voya- 
geur , et voici l'exacte description qu'il en donne : 

K On voit, dit-il, à droite, le lac détendant à 
ïi perte de vue jusqu'à Genève, repoussé d'un 
7> côté par de hautes montagnes, orné de l'autre 
y> par un magnifique coteau ; en face la belle 
ji perspective du Valais et des montagnes qui 
j> forment le péristyle. Entre Évian e tSaint-Gingo, 
V premier village du Bas-Valais, les montagnes 

ao. 



3o8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
j) plongent dans le lac comme un promontoire ; 
• » des ouvriers , occupés le long des rochers à en 
» détacher des parties , ne se tiennent que sur 
» de petits rebords, souvent à plus de deux cents 
» toises au-dessus de la surface du lac ; il en est 
» même qui sont suspendus par des cordes. 
» Cette situation ^fraie. les voyageurs ; leur 
» crainte augmente encore par les signes qu'on 
» leur fait de i écarter de cette plage dangereuse, » 
Notre auteur décrit ensuite les montagnes du 
Bas- Valais, leur magnifique aspect , les étonnans 
souterrains de Bex , la cascade du Pisse-Vache. 
De là il nous conduit à la vallée de Bagnes, qui 
fait une partie considérable du pays d'Entre- 
mont. Cette vallée, bordée de toutes parts de mon- 
tagnes et de glaciers , est défendue par des bois, 
de terribles avalanches qui autrefois ont ense- 
veli les bains de Bagnes. Après une pénible mar- 
che le long d'un désert , le voyageur parvient 
au bas de l'immense glacier dont il soupçonnait 
l'existence , et ^ui faisait le principal objet de 
son voyage. « Ce glacier , dont les couches sont 
» belles , descend d'une montagne si couverte de 
» neiges , qu'on a de la peine à y distinguer quei- 
» ques parties de roc. Ces neiges sont de la plus 
. » grande blancheur ; elles sont par bancs hori* 
» zontaux, ou plutôt ce sont des marches ma- 
» gnifiques qui semblent atteindre le ciel. Le 
» bas du glacier est terminé par un mur d'une 
» belle foriïie , titillé à-plomb , du haut duquel 



JANVIER 1782. 309 

» on voit descendre des filets d'eau qui donnent 
» naissance à un lac d'un aspect agréable. »• — • 
Ce n'est qu'avec des peines et des dangers infi- 
nis qu'il parvient sur le glacier même. Qu'on 
se figure une étendue de huit lieues de glace 
vive environnée de toutes parts de hautes' mon- 
tagnes, et aboutissant elle-même à une hauteuF 
si considérable , qu'elle pourrait devenir eucore 
un vaste sommet. En suivant la direction de cette 
vallée, du midi au nord, à droite se trouve uiie 
chaîne de monts couverts de neiges et de glaées j 
à la gauche , dans une étendue de six lieues',» des 
sommets , la plupart découverts de neige et dé*' 
vastes, des montagnes de granit et de débris 
feuilletés , partout Thorreur du plus profond 
silence et l'image de la nature morte. « Par inter- 
» valles, d'immenses crevasses tr^vailléefe pac 
» la nature de mille manières différentes ^ iîni^ 
» tant.parfaitement les restes d'un palais ou d*uii 
» temple ; la richesse et la variété des couleurs 
» ajoutaient encore à la beauté des formes.; l'or , 
» Fargent , Tazur s'y faisaient admirer. Ce qui 
» nous parut bien singulier encore , c'étaient 
» des arcades soutenant des ponts de neige 
» lancés d'un bord d'une crevasse à l'autre. » 
— C'est surceis ponts étranges et dangereux que 
notre voyageur se hasarde , et la fortune seconde 
son audace ; il fi:*anchit ces vastes gouffi:*es , tourne 
autour de plusieurs qui avaient plus d'une demi- 
lieue de diamètre , sort enfin du glacier , et à 



3iô CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
travers mille dangers parvient au pied du mont 
Vélan , l'un des plus hauts de la Suisse. 

L'idée que nous donne M. B du chemin 

de la Guemmi n'est pas indigne d'être remar- 
quée. « Représentez -vous, dit -il, un escalier 
» d'une vieille tour tournant sur lui - même , et 
* mis à découvert par la chute du mur de la 
» face , de manière que trente personnes , qu'on 
» supposerait monter à la file , se voient les unes 
» au-dessus des autres comme sur des balcons. 
» Ou voit ainsi avec des lunettes , depuis les 
» bains , les voyageurs monter et descendre 
» cette rampe , qui a près de neuf cents pieds de 
i> hauteur. Rien de plus magnifique que Tim- 
3> mense glacier où le Rhône prend sa source. 
» Là nous vîmes la large bouche du Rhône, 
» et le fleuve en sortir avec b?*uit. La voûte est 
»: d'une glace aussi transparente que le cristal; 
» des blocs de glace immenses , lancés du haut 
9 du dôme, représentaient les ruines d'un pa- 
V lais. Cette voûte , qui était à moitié fendue, 
9 laissait un passage libre aux rayons du soleil 
p qui 'pénétraient dans des abîmes obscurs, 
e tandis que des blocs excaves et concaves nous 
*» éblouissaient les yeux. Nous vîmes alors des 
^ tours de glace comme des maisons , qui ne 
j» tenaient à la masse entière que par des filets; 
^ le moindre bruit , le roulement d'une pierre 
» pouvait nous ensevelir sous leur ruine. » — 
Xi'hospice du Grimsel, les vallées de glace de 



JANVIER 1782. 3a 

l'Aar , le passage de la Fourche , le mont Saintr 
Gothard , les sources du Rhin , offrent mille dér 
tails auxquels les bornes de cet exlxait ne noxia 
permettent pas de noua arrêter. 

M. B ne se borne pas à nou& donner la 

juste hauteur du Mont-Blanc , le plus haut des 
Alpes, et Sur le sommet duquel on^'ne p^ut 
rester plusieurs minutes sans danger db péric 
par la rareté de l'air ; il le comparetavec les Coiv- 
dilières ; et d'après les observations iaites>swr ces 
montagnes de rAmériq:ae par Messieurs de l'Ar 
cadémie des Sciences^, et celles qu'il a Êtités luir 
même sur le Mont-Blanc, il conclut que ce,derr 
nier est bien plus élevé ; et que si le Chimbo- 
raco s'élève à une hauteur à-peu-près égale au- 
dessus du niveau de la mer, c'est que le àôl 
qui lui sert de base est près de moitié plus élevé 
que le pied des Alpes. 

Pour donner une idée de l'espèce .de talent 

que M. B peut avoir pour les peintures 

du genre gracieux , nous^ n'en citerons qu'un 
seul échantillon, et nos lecteurs trouveront 
sans doute que c'est bien asse^. Il s'agit de la 
délicieuse vallée de Lauterbrown; après avoir 
peint les mœurs doucçs çt innocentes de ses ha- 
bitans , l'auteur ajoute : 

« ÎTous vîmes de jolies plaines entrecoupées 
» par des canaux d'une eau limpide comme le 
» cristal, C'est là que ràmànt est sûr de trouver 
>^ son amante ; c'est là qu'il se plaît à la trans- 



3ia CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

a> porter d'une rive à l'autre avec la légèreté du 

» faon ; c'est là qu'il ressent une douce- émotion 

» lorsqu'il lui voit franchir d'un pas de biche 

» les jolies cascades et les torrens , images des 

3) passions de Vhomme. Et s'ils veulent étendre 

» leur empire par une vue plus vaste , ils montent 

» ensemble sur de belles collines , d'où ils ont 

» sous les yeux des aspects enchanteurs. La na- 

» ture devient alors pour eux plus belle ^tplus 

» variée; ils trouvent dans la pureté du ciel 

» une image de celle de leur âme , etdans/ey^ewj^ 

» enfantins de leur bétail le portrait de- leur in- 

TiThocente candeur, etc. » 

,')••.•. 1 

L'Ekigme, ou le Portrait d'une fernme célèbre. 

' Au' physique je suis du geni^ féminin , 
Mais: au moral je suis du masculin. , . 
Mon existence hermaphrodite 
Exerce maint esprit malin , * 
Mais la sïitité et son yenin 
- ^e sauraient ternir mon mërite. • • • '■ 
• î ; Je possède tous ks talens, 

Sans excepter celui de plaire ; .. 
.. . ' .. Voyez les fastes de Cythère 
£t la liste de mes amans. 
Et je pardonne aux mécontens 
"' ' ^ ' * Qui setâient de raVi^ contraire. ■ ♦ • 
Je sais assez passablement . .1 

•. ".;^ Llorthqgraphe et Tarithmëtique, ; ,, ■ 
Je. déchiffre un peu la musique^ , . . , ,, 
£t Za Harpe est mon instrument. 
A tous les jeux je suis savante : 
Au- trictrac , au trente et quarante , 



' JAiNVIER t78a. 3i3 

Au j eu des écliècs , au biribi , 

Au vingt et un*, au rever&i, 

£t par les leçons que je donne 

Aux enfan^ sur le quinola 

J'espère bien qu'un jour viendra 

Qu*ilà pourront le mettre à la bonne. 

C'est lé plaisir et le devoir 

Qui fontirempioi de. ma journée ; 

lie matin , ma tête estisensée , 

£lle devient faible .le soir/ 

Je suis monsieur dans le lycée , 

Et madame dans le boudoir. 



Extrait d'une Lettre de M, Thomas à madame 
Nechery^surlamortdeM. Tronchin, 

J'àiappris avec une bien Véritable douleur ïa* 
mort de cet homme respectable qiii était Vôtre 
âmi et mon bienfaiteur, même avant qu'il prît' 
sbin de ma sàtitév puisque c^élait lui qui conser- 
y^it la vôtrei' Cette triste nouvelle m'a frappé 
comme la chose dti monde la plus imprévue. Il 
me semble qiié- la mort de ceux que l'on res- 
pecte et que Ton aime soit un événement hors 
de la nature, et notre cœur né peut s'accoutu- 
lîier^aux cruelles le^hs qui nous soiit trop s6\x-> 
^eht données à ce sujet. La douleur que vousr 
^vei; dû éprouver ajoutait encore à la mienne ; 
je savais votre profond attachement pour lui , ^fc 
raiicierine et tendre amitié qui l'unissait à vc^sj 
n veillait sur vos jours, il a peut-être sauvé les? 
i^iens j j'ai perdu 'èh lui l'objet d'une double re- 



3i4 CORRESPONDANCE LlTtERAIRE, 
connaissance. Voilà soixante ans de travaux et 
de vertus écoule's ; il n'en reste plus de traces 
qu'au fond de quelques âmes sensibles et dans 
le souvenir de celui qui voit tout, et qui semble 
de temps en temps jeter la vertu et le génie sur 
la terre pour en orner le spectacle qu'il a sous 
les yeux; il Fa vu faire le bien en silence, tou- 
jours utile, toujours calme , aussi indifférent à 
l'admiration qu'à l'envie, simple comme un 
bomme supérieur à tout et qui a jugé même la 
renon^mée , n'ayant pas plus le faste des paroles 
que celui des actions^ ne confiant qu'à l'infor- 
tune le secret de ses vertus, et ne révélant au pu- 
blic son génie que par ses bienfaits^. Cet bomme 
célèbre , transporté parmi nous , n'a pris ni 
les vices de notre médecine, ni. ceux dé notre 
philosophie, ni ceux de nos moe^iiifs f il nckus a 
rappelé les mœurs des Rép:i4)liq,Uf^$ êt^ la phi- 
losophie B^rale des anciçn$k II, a. dél^a^rassé 
son art de la superstition, de l'habitude, des 
livres et des usages, créant par. son giénie des 
ressources qui n'étaient pas connues savant lui; 
il a fait avec chacun de ses. mîJades la méde- 
cine des caractères et celle des moeutô. a.ctuells& 
de la Natio£]b; on doit surtout \uï savoir? gp^ ^^ 
s'être défencfei de cet empressement inquiet d'a- 
gir, qui parmi nous est une espèce de^ vicç na- 
tional qui substitpke presque touj^ouBs le i^éde- 
cin à la natuce, et que les malades eux-mêmes 
semblent exiger p» rintkpatkxiC? uaturelle d« 



JANVIER 1782. 3i5 

leur état; ils sont comme des voyageurs pressés 
d'arriver, et qui ne croient point avancer 4u tout 
lorsqu'ils ne sentent pas un grand mouvement. 
Pour lui , accoutumé à observer la nature , il 
croyait surtout aux causes qui agissent lente- 
ment, et renonçait presqu à la gloire d une gué- 
rison pour la mieux assurer. C'est ce que j'ai 
éprouvé pour moi-même; ses sages conseils 
me guideront encore après qu'il n'est plus, et 
je devrai à cet esprit sage et profond les jours 
qui me sont encore réservés. 

C'est un nouveau portrait à ajouter à ceux du 
petit nombre d'hommes célèbres qui ont égale- 
ment illustré les sciences et par leur caractère 
et par leur tàleïit. Voilà donc tout ce qu oa peu€ 
faire pour eux, quelques vaines louanges, eï 
ces louanges sont prononcées sur uist toiftbeau!- 
Gomme ces hommages mêmes accuseM et la lai- 
blesse et la misère de notre natui*e'! Ah ! le plus^ 
bel éloge de cet homme respectable sera tou- 
jours au fond de votre cœur 



L'opér* ^Auicmsin ef IStcùleUey qui avait si 
peu réussi dâAd là nôïiveaiïté , tieiit d'être ^eiÉris 
au Théâtre ,. lé lundi 7 , ave^e te plus grand suetfès: 
M. Sedaine, èri faisant le sacrifice du troisième 
acte, a retrfenciié non-seulement la scène peut-* 
être la plus oi^igiiiale du Poème , mais enciore 
celle qui ert développait le mi^ux Taction, et qui 
semblait surïaut nécessaire pour en motiver k 
dénou^men*; iï n'y a substitué qu'un récit très- 



3i6 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
froid 9 très-insignifiant , lequel, attaché tant bien 
que mal à la fin du second acte, amène encore 
assez maladroitement le morceau d'ensemble 
qui terminait le troisième : il n'en est pas moins 
vrai que c'est à ce changement qu'il faut attri- 
buer tout le succès de cette réprise; L'acte que 
nous regrettons était indignement joué et ne 
l'aurait jamais été mieux sur ce théâtre. La 
marché de la pièce en est beaucoup moins vrai- 
semblable , mais elle est infiniment plus rapide, 
et c'est bien aujourd'hui le plus grand mérite 
qu'on puisse avoir aux yeux d'un public blasé 
par tous les chefs-d'œuvre de nos faiseurs de 
yaudevilles, de nos pantomimes, de nos bateleurs 
de la Foire, L'impatience est pour ainsi dire le 
premier sentiment qu'on apporte au spectacle; 
allez vile, plus vite, encore plus vite, à quelque 
prix que ce soit , et vous pouvez être sûr d'en- 
chanter votre auditoire. 
. M. Grétry a fait aussi quelques changemens 
à la musique ^Aucassin^ moi^s essentiels ce- 
pendant; excepté le duo des gardes dont H- 
dée^est si heureuse, et l'ariette du pâtre, 'au 
troisième acte , qui est du meilleur genre pos- 
sible, toute cette musique est un peu agreste 
et. plus bizarre encore, il faut l'avouer, quelle 
n'est neuve et piquante. On. dirait volontiers 
que le musicien et le poète, trop ^dèles au coS' 
tume dont ils ont voulu peindre les moeurs t 
tiennent souvent plu^duwelche que du français' 
Au reste, rien n'est si français , rien n est si 



JANVIER 1782. 317 

charmant que madame Dugazon dans le rôle 
de Nicolette ; il est impossible de le rendre avec 
plus de simplicité , de naturel et de grâce. 



Une reprise moins favorablement accueillie 
est celle de Manco-CapaCy premier inca du 
Pérou j tragédie de M. Le Blanc, auteur des 
Druides j représentée pour la première fois, avec 
. un succès médiocre, le 12 Juin 1763. On vieqt 
de la remettre au théâtre de la Comédie fran- 
. çaise ce lundi 28. 

Pour faire la critique de cette pièce il suffit 
peut-être d'en indiquer le sujet. C'est le con- 
traste de l'homme civil et de l'homme sauvage, 
le bonheur de la société mis en opposition avec 
celui de la vie libre, indépendante, dont jouit 
un peuple errant dans les forêts , sans gouverne- 
ment et sans lois; c'est, en un mot, le paradoxe 
de Jean-Jacques , dont l'auteur a fait une espèce 
de thème dialogué en cinq actes et eri vers, quel- 
quefois avec une sorte d'énergie , mais plus sou- 
vent encore avec une emphase très-gigantesque 
et très- verbeuse. En voulant donner à cette dis- 
cussion philosophique une forme théâtrale , il a 
bien fallu la lier à une action quelconque ; mais 
cette action , toujours subordonnée à la rhéto- 
rique* du poète , n'a presqu'aucun développe- 
ment qui puisse attacher. On ne s'intéresse point 
à l'amour de la princesse Imzaé pour Zelmis , 
un fils de l'inca , élevé dès sa plus tendre jeu- 
nesse chez les sauvages Antis qui l'avaient enleyé 



3i8 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
à son père ; on s'intéresse encore moins, s'il est 
possible , à la tendresse de Manco pour ce fils 
dont il ignore la destinée. La perfidie du grand- 
prêtre, rival de Zelmis, inspire encore plus 
de dégoût que d'horreur. Manco parle toujours 
en bon roi ; mais c'ett à-peu-près tout ce qu'il 
sait faire. Le chef des sauvages n'a qu'un cri, 
celui de l'indépendance, et, malgvéson bras in- 
dompté^ il se laisse enchaîner deux ou trois fois 
^n s'écriant toujours : Laissez-moi libre ^ ou croi- 
rez w,a fureur; ce rôle cependant est celui qui 
ofire sans contredit les détails les plus brillans, 
et la figure et le jeu du sieur Larive ont para 
très -propres à les faire valoir. 

Si M. Le Blanc avait le bonheur ou le malheur 
d'être lié plus qu'il ne l'est avec les philosophes, 
lui aurait-on pardonné les sages conseils qu'il fait 
donner à Manco par un deS grands de l'Empire? 

Vous deviez en tou» lieux, imposant au vulgaire. 
Régner et sur le trône et dans le sanctuaire ; 
Sans partager les droits du suprême pouvoir. 
Retenir en vos mains le sceptre et Tencensoir, 
Et ne point à nos yeux livrer Tobéissance 
Aux dangers , aux retours , aux chocs d'une balance 
Où rintérét du Ciel peut mettre un poids fatal, 
Donner au Prince un maître ou du moins un égal.... 

Nous pourrions citer encore plusieurs vers dignes 
des applaudissemens qu'ils ont reçus; bornons- 
nous à ceux-ci, où le sauvage invite son vain- 
queur à renoncer au pouvoir suprême, à '^ 
suivre. 



JANVIER 1782. 319 

Ah I crois-moi y retournons dans ces forêts tranquilles , 
Da bonheur des humains seuls et premiers asiles. 
Où le sauvage y errant sans travaux et sans soins, 
Vit au hasard des fruits offerts à ses besoins, 
Sans droits que ces besoins, Sans lois que la nature, 
Ignorant de vos arts la £EitaIe culture , 
Riche de tous les biens , mais sans propriété, 
£t souverain du monde avec égalité , etc. 



Réflexions sur Tétat actuel du Crédit pubUc de 
T Angleterre et de la France , brochure in-8 , 
suivie d'un tableau delà dégradation continuelle 
des effets publics d'Angleterre depuis 1776 jus- 
qu'en 1781 , avec le prix des effets publics en 
France depuis la même époque. On l'attribue à 
MM. Pancliaud, Beaumarchais, Clonard et com- 
pagnie. 

L'objet de cet écrit est de prouver combien 
l'état de nos finances est, à tous égards, supé^ 
rieur à celui de nos voisins; c'est ce qui avait 
déjà été démontré de la manière la plus évidente 
dans le Compte rendu de M. Necker. La difficulté 
n'était plus aujourd'hui que de trouver le moyen 
de donner une opinion avantageuse de l'état 
actuel de nos ressources , sans dire du bien de 
l'administration à laquelle on en est redevable, 
ou plutôt en tâchant d'en dire du mal, et ce 
problème était bien digne d'exercer toute l'ha- 
bileté de ces Messieurs. Quelque adresse cepen- 
dant qu'ils aient pu mettre en œuvre dans une 
fil louable entreprise, on ne sera point étonné 
qu'il leur soit échappé plus d'une gaucherie. 



3ao CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
N'en est-ce pas une, par exemple, assez imper- 
tinente de reprocher à M. Necker d'avoir porté 
sans nécessité son dernier emprunt de rentes 
viagères à lo pour cent, lorsqiii'on pouvait savoir 
que l'administration actuelle allait en ouvrir ua 
de 60 à 70 millions, à 10 pour cent depuis, la 
naissance jusqu'à 5o ans, à 1 1 depuis 5o jusqu'à 
60, et à 12 depuis 60 jusqu'au dessus? Les ré- 
sultats d'ailleurs qui .ont paru les plus dignes 
d'être remarqués dans cette petite brochure, les 
voici : 

a Pour subvenir aux emprunts continuels oc- 
» casionés par la guerre, il y avait deux partis 
» à prendre : l'un , d'offrir aux prêteurs un intérêt 
» plus modéré en faveur d'un plus grandaccrois- 
» sèment de capital; l'autre, c'était de ne se cons- 
» tituer débiteur que de ce qu'on empruntait 
3» réellement , en y att^hant l'intérêt quelconque 
» que les circonstances rendraient indispensable 
» au succès de l'emprunt. Les Anglais ont pré- 
» féré la première de ces voies à la seconde, au 
» très-grand détriment de leurs finances. Il y a 
j> déjà bien des années qu'ils suivent cette mau- 
» vaise méthode, dans la vue sans doute d'al- 
» léger un peu le poids de la charge annuelle 
» des emprunts, mais en le rejetant avec une 
» telle surcharge sur la postérité , qu'on ne peut 
» espérer qu'elle s'y soumette. En effet, pour les 
» 12 millions qu'ils ont empruntés en 1781, ik 
» ont donné aux souscripteurs 18 millions à 3 
» pour cent , et 3 millions à 4 , ce qui fa,it ai lûil- 



» m^pép^çit, préférés jà ç^^^ts,. des giçaijicfc, W-i) 
D.g^ei^r^ |f;s plus riches^ parée qu'il p^ye. aYè»> 
» unfi^^^ypplçu^e jçxaçUJpjd^Jusqu'îau! «pcymentî 
» où^)| cpçse de.pay^BT Jpyt-à-ffiit.... t|a.Frinoe.jî 
» au jçptjtrj^rp, a condujit^s fifiances cçpa^^c^ 
» vpit^Q^l^u.némenti çoy^H^r^ ceiles.^gi;a»<U; 
» pfo^P^iétai^çs de terres, jsaas. système i^uii^i*^- 
» prçsjiju'au.g?;é de leurs, wt^cqdans, et ,dan3 la. 
» négligence oii le mépris: (^e^cett^ séve^té d'Mi^ 
» ministraiion et de cette exactitude ponctuelle 
» qui contribue à reculer la nécessité des em- 
» prunts par les voies InéAii^é <^ui donnent la cer- 
» titude de les trouver aHiWQW^^^Ï du/besoin.... 
» Les véritables 40utieaar^dui.crédit sont mieux 
i» connus et pkii^' appréciés ^^ifif^ib né' l'avaient 
» jamais été"" en' France;* étl'tttr's^Jr accoutume 
» à introduire dans l^aclmtnistration des finances 
» une partie Ae pes priijpipes mei^caïUiles dont 
» l'Angleterre s'est si b ien tr ouvée. » — Conve- 
nez-en, Messieurs, à la bonne hçure; mais gar- 
dez* vous d'indiquer rèpoquè Jm cette heUreuâe 
révolution. ' •' 

« Si ce genre d'émpruQ,t Qe? rentes viagères) 
» est en effet pluà à ph^arge à l'Etat que des 
» rentes perpétuelles i::aah.Êtobles, il a au moins 
» un.avantsijge'bieja déci|d<é,sîijj;!tous le3 autres, 
» c'est quq ja nature elleT^^ioâ^ est^ cb^irgée. du^ 
» soin de l'amortir,,.. ». 

I. ^ a« 



I 

L 



3m correspond AlfcË LITTERAIRE, 

Il y'el, page 465 un paragraphe éntîél* «ut Yé- 
tkhhâsetûtà^ de la Caisse d'escompré;' otï ¥6n ne 
comprend rien, que Findignatîon'Hër'atiteurs 
d'a^'oif éké éloignés de radministrâtidn de cet 
utile établissement; mais les actiotmairà sé'flat- 
teuït que le Gouvernement n'épousera point la 
mauvaise humeur de ces Messieurs, et qu'il ne 
laissfera' qu'au temps et à la confiance publique 
le soin d'étendre et 'de perfectionnéi^ ùnë entre- 
prise si digne de sa protection , msià dont une 
marche trop ambitieuse ou trop préci^^itée déci- 
derait bientôt la ruine: 



Avec lB±f^e boutlié et nez grof , 
! CerUdn quidâlft^^s^f itiit à rire ' ^ 
D*nn homme Toàlé par le dxw. , 
Et TOUS , lui répond-il , beau sire l 
De là nature tous tenez 
Pomme de terre au lieu de nez., 
"' 2i plus bat le four poôr là cuira. 
f.\ : — -. / • .(' li \ 

. Autre.pàrM.Harduin^ 

Un Tieillard de cent ans apprenant le trépas 

De son Yoisin plus, que nonagénaire : 

Cet Hoinme était, dit-il, trop Valétudinaire, 

J'ai prédit^'îlife'Vivrait pas. 



• Tïous avons déjà eu Hiphneur de vous annon- 
cer V Histoire de ^icsste dëlVf. LeVè^que , comme 
la meilleure Histoire connue de cet empire, que 



JANVIER 1782. 323 

le caraotète de Pierre l^ et le génie de Cathe* 
nue II ont rendu plus illustre que toute la 
grandeur de sa puissance et toute Tétendue de 
sa vaste, domination. Personne, avant M.. Le- 
vesque, n'avait rassemblé autant de matériaux 
esseoiielsà rexëcv^ion d'un travail si difficile. 



I^jia^mentdeVmxieuTiurYHistoipede'Pierre' 
ie^Gmnd, par Voltaire ^ nous parsijt mériter 
d'étr^ rapporté en entier, « Si le célèbre^autéur, 
» dit-il, avait ét^ iniaux servi par ceux qui lui 
» convoyaient des notes, je n'aurais. pas o$é:écrire 
» sq^rès lui la vie de Pierre !«•. Il parait qu'on 
» m lui avait fait traduire que des extraits mal 
» faitset tronqués du Journal de Piertç^le-Grand. 
» On voit, dès le commencement de la guerre 
» de Suèdes qu'on lui laissait raèmé ignorer des 
» circonstances de la bataille de Narva , qui af- 
» faiblissent la gloire des.vainqueurs et la honte 
^ deairaiiiuouë. Un AUenliand, employé aur<^inet 
» et cbargé.d'envayer de» mémoires à Voltaire, 
» le > servait mal, papce qu'il croyait en avoir 
» reçu une offense et parce qu'il se projposait 
» d'écrire l'Histoire du même Prince* L'ouvrage 
» de Voltaire m'a fpurni un petit nombre de 
» &iits qu'il me paraît appuyer sur de bonnes 
» autorités. Ce grand homme connaissait les dé- 
3> faiiia de son livre; il disait quelquefois, je 
» ferai graver sur ma tombe : Ci-gUqûi a voubi 
» écrire r Histoire de Pierr€-le-Grand.y> 

VJBiftùire de Âussie y, dt M. Levesqûe, est-pré- 



324 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
cédëe de trois disserf ations fort savantes sur Tan- 
tiquité des Slaves, sur leqr langue et sur leur 
religion. 

Sans pouvoir revêtir de preuves suffisantes 
toutes les conjectures formées par différens au- 
teurs sur les établissemens des Slaves , il parait 
au moins démontre que ces peuples portent ce 
nom dejpuis un grand nombre de siècles; qu'ils 
sont sortis de TOrient coâïme toiis le» autres 
peuples; les Orientaux rendent eux*mémèà té- 
moignage à leur antiquité; que, quelles que 
soient les contrées où ils se sont répanidu» an- 
ciennement, ils restèrent en grand nombre dans 
la Russie, confondus alors avec d^autres Nations, 
sous le nom de Scythes, ou plutôt inconûtis à 
la plus grande partie de TËiurope, parce qu'alors 
on n'étendait pas encore si loin les bornes de la 
terre habitable. 

Les recherches de notre auteur sur le rapport 
de la langue de ces peuples aVec celle 4les anciens 
habitans du Latium tendent à prouver que h 
ressemblance ne porte à la vérité que sur les ex- 
pressions primitives des deux langues; mais que 
cette ressemblante .est si frappante, qu'on ne 
peut l'attribuer au hasard; et il en conclut^ ique 
les deux peuples doivent avoir nécessairement 
une même, origine. 

' L'article Ide la religion des Slaves est Xké d'un 
petit Dictionnaire de la Mythologie, slavonne, 
composé par M. Mikhaïl-Popof , et imprimé dans 
un recueil de se$ Œuvres, intitulé Dosougui^ 



JANVIER 17821. Îx5 

(le.sLai8Îrf);Ce morceau nous a paru trèâ^^pîquant. 

Les Roussalki étaient les nymphes des eaux 

et foifétB slavonnes; elles possédaient toutes les 

grâces de la jeunesse, relevées par le charmé d»^ 

la beauté. Quelquefois on les voyait peigner suv 

le nvfigè ieur ^evelureid'uii b^au vert dé mer ^ 

et d'autres fois dles ^ balançaient, tantôt d^ui^ 

mouvement jrapide, taniptavec une douce rsxA^. 

lesse, sur les branches flei^ibles des arbres. lisKiD 

draperie légère Volait au gré dés venta, èt-ddns 

ses diveroésionduiatiqna cachait et décotu^aiyi 

tour-à*tour les trésors dé la beauté... On aimé* A 

voir que l'imagination < dés Slaves ne; le. cédait 

poini à celle des Ghrecs.» Mfaîs itss'^taieiitîfiiituflib 

image Afirtn9efde>fleurs'9at3rtes,t{ii'îls appelaienll 

LéchiêF^il Quand ces Léehiés tiaarohaient parmf 

les herbes^ ils ne> s'élevafîen^ pas; au-dessus 

d elles ^ét'la irerdure naissante sùfSsait pourlea» 

cacher; maifi ( quand ils * se proïn^'naienJ: dàn> ^s 

&réls,.ik atfeignaient à'ia hauteur des. ar^rea 

les plus 'élevés. Ils pot^ssiuient desr cri^ afireuitt 

qui portaient au loin la terreur. Afeilheur à 

rhommc; témérfeiire.quiro^aitiraveï*ser les forétsjç 

les Lécfàég ^'emparaient de lux, le conduisaient 

de côté et 'd'autre jusqu'à la fin du jour, et Je 

transportent, à l'entrée de la nuit, dans*k«rs. 

cavernes, oùriisrprenaient plaisip à le cbatooill^ 

jusqu'à: iai^lnoitt î : 

Les. fQWtSti les fleuves^^a«ent:pour le4:Siav*^ 
des obJQl^d'ûne. vénération religieuse , et ^s^):^i 
les Dieux-fleaves il paraît cpjie le JBog , connu d^^ 



3a(r CORRESPONDANCE UTTERAIRE^ 
anmens.60ti8 lencw à^Jfypanis, tenait lé pre- 

. La manière la plus usitée de eonstdter $aTe- 
nir était de jeter en l'air des aaaeaiix ou' cerdes 
nommés :cm£{/v(if iU étaient blancs dNin côté et 
noirs!de>riautre. Quand le côté bhoïc se treuvaî^ 
en^desBus, le présage était heureux; mais^il était 
fdmeste^piand le oei^le, en tombant, montrait le 
ûèeé hoir /etc. 

« l'Ubst Slaves de Rkigen avairait des divinités qui 
hwt étaient propres ; et lapremîére de toittesétait 
S^iatoind' t>xk'S^éia9id-j le dteu du soleil et de la 
guerre./ Un cheTal blanc était consacra, «à ce 
dieu; ilti'étàit permis iftCsai prétrede lui eouper 
le crin et de le monter. On -peiMit^tpÊftSmUovid 
ie montait souvient Ini-méme poùntoombsrfire les 
emieibis',' et la preinre'en était sensible, g est 
Qu'après; avoir laisse} ce* cheval bienole^-et bien 
fttéiebéiàson râteKer,, on le trourvait souvent b 
limdemain conv^ert de isneur et dé boue. « . . Pobp 
Myopies présagés , ionidtspasa i t des Jàmdés dam m 
éertain'brdre pres<»'itët à uneoertaine^hauteur) 
à' la niunière d^ntle chacal •duidiéU'SluiCût par* 
daséùi oés diveéses'i^aiigées^ de lances, ôii jogeait 
U^ évéïiemens facvorables ou sinistrés ;* etc. 
' * L'Histoire suÈvié de l^finipn*e de-Rwft» ne re- 
mônle' qu'au neuvième siècle; mmsiune tradition 
consignée dans les plus ancienumiCharoniques 
ptocê dans leainquième la' ^ondatiim dé Kief et 
celle dé Novgorod. lie'plan de notre hisfdrien em- 
Wftésé toute la suite lîes eouveraiitSAà» Rossie, de- 



^n\fall(fif^X^Y3^ appiçf^i^^rdcr ^^i île 

de ^^(r^4]>!<P«m»nff i^»fi.-P9!e«^|^»iiimia; k 

lui-même de pou>^j%$^/WfMifl|{(ffy*i«kl^li(iP 
de «M lectaqrs. Son, oarrage insfnre un intérêt 

jïègR#> dq , Skivr^ierGft^t(.fdn. »roii^>KHi«iMBe 
^Ittg9«l «^KVMis trof) i»)»r^gê«v «tioe«ciibtnt:p9» . 

teur^<qJMsl|i |i^4<^'Au|«9»<iP«N.wt#«(^»]Mlf , 
i^pqÂi»ij>MiWtfl¥¥>ilil>»iiiik>r^ 



9à8 CORRESPOlmAfl^ Ù^TERAIRE, 
tant) d'orây^, ^e'<4i(né , il^ premièiW 'o^gines 
ïd^iinElirplt^ âèrnl 4â<ëiUltaàtibii nW*pour>âmn 

r4étidtftttl'â«m ^j^lMïé^tHkttMé^dit'suii- 

tdbi»>ia'MDr OkiJiate'>ët âî^é>)'Obéfti' ^Hëbta!, 
HRaiUe; ^-{>«¥àir>f^t«Stfetef À'^"^^ èShtie^ 

•«tviqdek|n«ii^«|!dàqe(ifl<t'aiiil |>i>e«ii^<il<«M'«<tB 

-«cilt*^«iox|tiia#e^Jttëè ^ «tf'iaitttifrflHili» à- 
,|im^|>fi«i»«tii>(#<&«fffèuH^>élM I^^Mt^ So- 
phocle «iâ)e<tN]M^4tos^qiM<il|(^è^)iliiusi^ 



lièt^fr'à nob^^ Tlîé&^6 nê^sotit guère pi^oprés li 
)1étendre. QtidtoiliPéedltes nouvelles peut-on se 
tm^à'y ié^ë éiièdf^a^i^s «ëubéà les richesse» 

KacÎB^ el ^MfËi^fe ^^Iie chat^' de là comédie 
ii€^sërait-il jm» 'énx^élÉié tëiîtpir et dhis Vaste et 
^^ uenf ? Un sè^- ^mMe jti^qu'à présent sëfii- 
èléf firvt>if ^Mi*d*4>art d* lé' mettre en valeur'; 
eetiâ^ seFai^îl'^â&né le plas-dHî&éile de tous ^ 
lat^jât41 pcMë hrï B#trl à Uii' dë^ âè pérfeetiôitï 
^t.pQur déseqpférèr1ouÀcetf3è*qtfi' Seraient ten- 
tés de -mâlreher'i^U^'sêS^ tracée ?iSah^ èntreprétf- 
dré(â^«xâ«itâef^des ^fltere*tëà^><î[Ueitibns, bôr'- 

i>ieii*>^âisi^ilS€tt^ dè^Méotidi^ teintés les autres. 
%lk 4X9LgéàiewÙMmi ^ n<od-'jbm^ plus d^o^- 
vrôgiW int^&WÉfcfi»4u''Hiéâllt Kiuéï^ èomédîé, 
tiif 9èrisût^c^f)às4Jiiit{uemerit parce que la pj^- 
mèvi ^ ;befttfcbup"^lu8 osé et* T-autre beaucoup 
m^ÀÊÀ ifiSie dàksie s^Ié pas^é^iEti transportatit 
^iv#àiNbilièM«m«êii^'k scène française une par; 
iie^dési^llMUt^dtif^èàtre anglais, M. de YoK 
ti$q^tt'â^ik]^gdëhfié à TacâHii de 'ses trag^- 
dièls^filuk tlè (o^èè él d^ëtend^ ? Qiké ^dé situa^- 
Û&Êkièiéé^fffimA» jâf^^^ttÉeMffiii^^ii jfias m^ 
^4q>èytâÉléM(^:G6i^ë)lIe et^Rs^tne b'autâtéïït 
4ft«(iiQt^èi(({ùW ték^l :Sa manîèt^e de peindfë 
l^dUètèltatî; ïm<niqims , tesopihions, n'a-t-ellè 
yiê étt ^uérallâlis^'p^s de ihouvement et phm 
dé^k^f^âfeés^l^Siiiiâtlail de 4^eillf>qUt:tfavaiUèreiA 
*â|»m kiyia^v^ftUtiMtilibidt^ san 



33o COaaEâ^QiriUKGE LCTTERÂIRÉ, 
génie y touu^ opt suivi de loipQia.iraute,npui^< 
qu'il avaif; iadiqu4Q»,etf aasi^.paitt^w A £w^ ^0 
Jbons ouy;:|^^ft, 41^; ppt t^kt^^ W^m som^pt 
da^. ouvrages à'ASktv libiébliiiefc^i jg^asièr^fi i 
la vérité , fs^s^ qp^M pmgi< d«(ïfcMtw pouvait 
^ijçe réussir. jikiimS^^^rmiiWiSt^^ 
Tenue u^is W.joiira plufr,tîti|i4@)tla prélQutîôQ 
de«^, p^H&.^rfée,; {Au9;:<)é$|»frP( , l'a i^fifiduc 
i^usse^ froif^f ia#ipidie; If/p^toti^u^ trsiiA&rjde 
Igpçaods carac^t^^Bf^ des {>ib9ai«3M (ortemeâl; pro- 
jgi^aées, d^ jridîiml^a tropi)p«iiBSX)u tropgros- 
3i^ra , elle s 4^^ reii£^Fméci idjM» à^l ^^TPl^ ^^^ 
.de l'esprit de ^o^îélé ; A h iof^e QOi«Mq<li, ^He 
;^ tâi^hé , de. ^uj^^er par Tipt^àl dlk T^in«A) ao^ 
s^illi^s op§^ale^ d'une jS0|t;i§(^ W4;^(^^i^P^ 
de^ pcortr^il»» d^< m2ijàmm^làg^itu^SigiM^ BoMr 
ne poin^ W^lidér par dfSr.peûMiWeN»* jip^'iQ^: ^^t 
UsquTçes 4xap yr^ifaY elifti^fr^ffuefwQéedV 
adoucir tous. 4es traits d^::f^s,*i|^èle£g çlk fia 
jplus osé saisir qoe des np$pife^yà»^ d^mf»f^' 
.tçre&; tput|9s.«^formes sp9&4w#i9ia«$^lMlî^' 
^maniéiréi^, . ^ joçiulei»? iMS^»^ siuasij^. Il 

,4fi«.suJRtsJiMi flm vkh^^^M i^pfe» btflf^fl*; 
>m<^s,.s'ilpûftr^ ?^Qait»^ ^ftpaiPfA^ft'fi^A^'*' 
"V^erait^il pa^ , i^t^te qmMii^^^t^^tmf^ff^ 
.fe[s mains^? Cetm^wntfml9iÙê\^W^T^^' 
.flueront j^waîftt^H poëteii>I»¥rt ?• 4^^^ t^^ 

•^ans un alltre^^6j^^^|M6t^||yIft!mtiâll^ 

J(an m^ïm r»iie»i Iggu^ îto lA jg^hiart i.à #^f^' 



JANVEEK lyfti. :. 33i 

cher ne f oumitait41ri pas au vmi ^énie de nou? 
veaux moyens 4e l^ rendr^e pl^ comiques ou 
plua odieux? Ge lie sont pas, jçnçore une fois, 
les sujets qui mandent au poêlée y. .c'est le ta- 
lent, avouons-le au^si, la liberté de les^. traîner 
avec succès. J^egoi^t du puU^Cvu'çst pfs devAPJtf 
meilleur y maïs il est bien plus Aé^\gn&iX. V,^ 
mourwpiopre des hommes e^t ,toujp)xrs le méi|ie( 
mais celui de iof^j^ siède^ pair^t plus: su^pr 
tible^ et la poliee de nos ^ilj^a^ syi. facile ,s^iDr 
dulgente àitant d'autres égaies i ^f; depuis [fort 
lohg^temps^s^ ce seul article ^p^jut-étre pli^ft^ér 
vèreetiplus ombrageuse quelli^)ii,e le fut jaipaî^ 
aousr^etmowi philosophe et $qus le: plus.absplA 
destRois...' >;!:.;i i^.t'. • i w 

< Gea réflenÊoMoe sont, ni r^atgol^gie ^i * h, crv 
tiqiie de tlai>J»o«Nrelle; ^m^^ fj^V>n yiemV^ép 
dornier au Théll^ifrançaÀS); |]k9i$[frAiitft9 àtVçt^r 
casion de cet oiTrage^ell^ffh^vrroDt pr^pa^ep 
dit) moins nos: .Utttetirs ailrîiiige^i^ H^^ f^W 
choyons ileilfoiti«i1 pQrter.v.p: i-mvr^ r.,r^T..,jj . .| 
'^^Fiuaeunf;€^tAédie «en <m^A^^^^t en^ v^r^, 
jjep#ésesitée !pow) 1^ . premip oe ioi» 4e yeadrQdti 
iS, est de îM; liantiery ^^'«r AeA'JmpmtwH. 
6e$t àbsoluinonble mtnjie.aujdtiiet presque Ijp 
méiàe foods d^âiferigue.imdc^liide.la .pÂèce«dfî 
if.«B.< Rousseaujcpii porte liddnlémeTtitr^^ etlV)(u 
nfàpaÀ bn<5orei0«iUié^tui!la>fabl6tdu ^éipha^ 
de Gresset fîit calquée aussi sur le même d^^jn» 
' IDami'iMleetè'aiitrè^pîsèMAf It FJUteuiréB^jbie 
«on çarat^re oui son ^laleiilïièigagner l'esprit 



Sîâ CORRESPOTmAlS(ÏÉ''ClTTERAmE, 
d'un bon hotorite 'pour e*t obtenir la main 
dune riche héritière; dans luxfe étPaulre, il se 
«ert du méîhe 'ttîoyen pour écarter son rival; 
c'est en paraissant vouloir le servir qu'il réussit 
à te bfouîllèr tetavec sa maîtresse et avec ses 
^arehs '; d^' «SYriéôhMances vêséez: semblables font 
itoatiquer, dans les deux pièees, 4e succès del'ar- 
office et dévoilent le Flatteur ara yeux de ses 
dl^l^s. L'iï^ttî^è'du Flatteur de Bcmsseau est 
;pllis sitti;ple^' e€ jAtts serrée ; <îèHe du flatteur de 
M.'^ritier, avtec ineints d'art et moins de vrai- 
sehibknce, 'aurait pu fournil?^' êe me semble> 
^es scènes plus varies et pluis comiques^ Le 
tiÀ$i«os des debx pièces est btbiipkis encore ub 
intrigant, un tracassier qu'un flattetu*; mais il 
eU difficile de présenté!* stvttfism/ént ce râAe au 
théâtre; et c/<]fàt peut-être Ur k(« ^ce radical da 
sujet: Lé vrai Flatteur est <uii' homme sans ca- 
ractère , par-là même dispo$é7à les prendre tous, 
xevtx mém«^'^$eiiabknt le {dàS' opposés^ et à 
les prendre sans autre motif* qtle^fe besoin et 
plaire , par fetbl^^e où par lâdieté: Ua tel per- 
«onnage ne sjerait peut-être pwiwflRgnc de' k 
«cène; ràais il ^''appartient iqu'à-Thomme de 
^éni^ de eiMèevotr lai mo^eiiB'.'de Prendre et 
personnage idsëàtiud', «dci le sAkéUrel en aciâons 
<d lioaginer 'une^ftd^i* assez i^uceoae pour ea 
dév'èlopper tous les! inc<mvèikm)S^rtmit le ridi- 
cule. ' «î^r 0* ^k'-' '-': . ; ''t^ -«.''; 1^- . x 

' ^Ifinique tilii^atier sût ^{oi»t»éHi»ès-^sîble- 
'mefnt sonrpryiiâf^'JtôteiBur le modèle qui ea 



JANVIER tySa. 33$ 

exktsât déjà au Théâitre , il pamt avoii: cherché 
à Je rendre impeu moins odieià; il ne l'avilil 
pas du moins jusqu'à lui prêter le |>rojet d'une 
escroquerie aussi infâme que l'est celle du dé* 
dit: de dix mille ^us 4ans la pièoe de Rous- 
seau. - . : . 

JL'ohjet des complaisances et des louanges 
pelades du Flatteur n'est pas simplement un 
hon homme comme Ghrysante, c'est un finan- 
<îièr qui a toute la spttise d'un parvenu^ ha 
M* Richard tcès-vain du titre de marquis qu'on 
lui aifait acheter à grands frais, et qui joint en- 
eorerà ce travers la manie du bel esprit; sous 
oe dernier rapport, le rôle est une espèce de 
caric^ure de celui de Franc-Aleu dans la Métro- 
manie. 

Dans la pièce de. Rousseau, l'homme mis en 
contraste avec le Flivi^ur est un. vieux dômes* 
tique, disanttrès-Cfiiniàtrément la vérité à son 
maître , et se désc^aiit souvent d'une manière 
as3e;& plaisante de. le voir toujours la dupe d'un 
fripo»^ Dans la pièçç de M. Lantier , c'est le frère 
^ême du financier, un homme qui éprouva 
beaucoup de malheurs, et qui croit devoir re- 
connaître par sa sincérité l'asile qije, voulut bien 
lui accorder lamitié de son frè»e. Sa fille, l'ur 
nique héritière de M. Richard, est l'objet des. 
vœux du Flatteur, et la mère .de cette jeune 
personne à un amour-propre très^seosible à la 
louange joint eo^ççr^ un vieux gpûl: pour la co- 
quetterie et l^suicfoup de curiosité. 



3S4 CORRESPONDANCE tlTTERAIRE, 

Yoilà d*abord, sans conapter les soubrettes^ 
ies valets et le sieur Germain, marchand or- 
fèvre, à qui l'on fait jouer le rôle d'un savant, 
d'un bel esprit, plus de personnages en mou- 
vement que dans la pièce de Rousseau, et siuv 
tout bien plus de moyens de faire ressortir le 
caractère du Flatteur, d'en varier les nimnces, 
d'embarrasser et de mettre son industrie eajeu. 

M. Lantier a^t^ilsu enprofiter?Non; plus com- 
pliquée à tous égards que celle de Rousseau , Fin- 
trigtie de sa pièce a paru cependant pli:^ faible, 
les liaisons moins naturelles , les scènes encore 
moins piquantes. Combien l'esprit de saisir une 
combinaison , plus ou moins ingénieuse , est 
loin du talent de la produire avec succèaj 

Le premier acte de cette comédie a été bien 
reçu; le second , où se trouve une longue dis- 
sertation sur la flatterie entre Dolct et son valet, 
dissertation très - emphatique et «très-déplacée , 
avec impatience ; le troiâèm^e, occupé princi- 
palement par la scène du cabinet, avec une 
sorte d'incertitude; le quatrièinre*, où le pauvre 
Richard est si grossièrement mystifié par le ri- 
-.dicule Germain , d'abord avec quelque plaisir , 
ensuite avec ennui ; le cinquième , avec beau- 
coup de froideur, et par -ci par -là quelques 
huées. • 

Il y a une très-grande inégalité dans le stjrle 
de cet ouvragé ; on y trouve quelquefois un ton 
au-dessus de celui qui convient à la comédie, 
comme au secoiid acte ;. j^kkdh souvent celui 



JANVIER t7S2. 335 

d'une faimliarité plate et bourgeoise. L'intrigue 
en est tour-à tour faible et forcée ; mais on ne 
peut refuser à l'auteur quelques éonceptions de 
scène assez coicniques , des détails pleins d'es- 
prit, de la prestesse .dans le dialogue , des mots 
de caractère très-heureusement saisis. 

Cette pièce n'a eu que quatre ou cinq re- 
présentations. Tfous attendrons qu'elle soit 
imprimée pour enpai?ler avçc pl^s de détails ^ 
si elle nous paraît mériter à. la lecture plus dç 
succès qu'elle n'en à obtenu au Théâtre. 

Romance de M. MarmonteL 

Sur rsâr de Maribqwugh, 

LISK. 

Quoi, sans vouloir l'entendre ^ 
réloigne Tamant le p^us tendre ! 
Quoi y sans vouloir l'entendre^ 
Le renvoyer ainsi I C*'^'*-) 

Voilà qu'il se retire. 
Contant aux écliô$ son martyre y 
Voilà qu'il se retire 
Plus pâle qu'un souci. 

Va-t-il se feire hermite? ^ 

Helas I qu'il revienhe au plus vite : 
Va-t-il se faire hermite 
Etmefadsscfrainsi! 

. Va-t-il pas à l'armée?' 
Mon Dieu , que j'en suis alarmée l 
Va-t-îl pas à l'armée ? 
J'en ai le cœur tr«nsL 

Pour abrég*^ sapefaiev 
S'il va se noyer dans la Scifie, 



^ CORRESPOIWANCE liTTÈRAIRE, 
Pour abroger ma peino, . , 
J'y veux aller aussi. 

VqUâ donc le salaire 
Des sQÎns qu*il a. pris de me plaire. 
Voilà doucle salaire 
Et tout le grand merci I 

Reviens , mon pauvre Biaise y . 
IfTon , plus de rigueurs , je m*apaise ; 
Reviens , mon pauvre Biaise , 
Mon cœur est adducL 

* Voyons sous la coudrette. 
Hélas ! en vain je le regrette. 
Voyons sons la coudrette.. 
Biaise, étes-vous ici ? 

Ah I s*il respire encore , 
Amour , dis-lui que je l'adore ; 
Ahl s'il respire enoore.... 
L*écho me répond. : SL 

Cest peut être un présage; 
Suivons les détours du bocage. 
Cest peut-étrç un présage ; 
Justement le voici. 



Etendu sur la mousse^ 
Il a pris la mort la plus douce. , 

Etendu sur la mousse » . . , . . « 
U est mort de souci. 

Approchons , mais je tremble . * , 
n respire encor , ce me semble. 
Ajiprochons , mais je tremble. . . 
Dormez-vous , mon ami ? 

BliAIAX.' . .', . 

Oui-dà y ne v<^ déplaise; 
Four rêver à vpM à non aise > 



JANVIER 1782. 337. 

Oni-dà , ne vous déplaise ^ 

Je m'étais endormi. 

* • 

Je TOUS aimais en songe, 

£t ce n*était pas un mensonge ; 

Je TOUS aimais en songe , 

Mais VOUS m'aimez aussi. 

Lis s. 

Je ne puis m'en dédire , 
Oui , quoi que le songe ait pu dire ^ 
Je ne puis m'en dédire , 
^out est vrai , Dieu merci. 

/ B1.AISE. 

lise , à ce doux langage 

^e sors du plus sombre nuage ; 

Lise , à ce doux langage 

Le temps s'est éclairci. 



L'élection d-e M. le marquis. de Condoroet 
à la place vacante à l'Académie française , par 
la mort (Je M. Saurin , est une des plus graD> 
des bataille^' que M» d'Alembert ait gagnées 
contre M. de Buffon. Ce dernier roulait abso^ 
lument qub0 donnât la préférence a M. Bailly, 
auteur de ï Histoire de V "Astronomie ancienne^ 
des Lettres sur V Atlantide et sur V Origine des 
Sciences; M. de Charafon , à la dernière élec^ 
tion , ne l'avait emporté sur lui que de trois ou 
quatre voix. Son npuveau conourrent avait no^r 
seulement nioins de titres littéraires que. lui; 
le seul qui! ait osé avouer jusqu'ici 0$tun mince 
tecu«il à! Éloges acadé^iii^ues ; on ne doit 
point compter ici ses Mémoires pour l'Aca- 
I. an 



3:i8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
demie des Sciences dont il est secrétaire ^ ce 
ne sont pas des ouvrages de littérature; tous ses 
autres écrits , la Lettre d'un Théologien à son 
Fils , où , à propos de Tabbé Sabathier ou Sabo- 
tier (r), il se moque tour-à-tour si gaiement de 
la religion et des prêtres; son Commentaire 
des Pensées de Pascal , Commentaire qui ren- 
ferme les principes les plus subtils d un athéisme 
décidé ; ses plates Lettres du Laboureur contre 
le Livre de M. Necker, de la Législation et du 
Commerce des Grains ; les infâmes libelles qu il 
osa faire depuis sur les opérations de ce grand 
ministre, tous ces écrits sans doute devaient 
paraître à l'Académie française autant de motifs 
d'exclusion ; mais que d'iniquités ne peut cou- 
vrir l'amour de la philosophie porté à un cer- 
tain degré ! C'est comme la foi , qui fait plus de 
miracles encore que la charité. Il n'en eslt pas 

. moins vrai que M. d'Alembert a eu besoin de 
toute l'adresse de son esprit, d^t^tite l'activité 
de sa politique , on l^assure méme^ de toute l'é- 

. loquence dé ses larmes pour décida le triomphe 
de son client; et saris une petite trahison de 
M. de Tressan , tant d'efforts , tant de soins 
étlaiènl encore pei^dus ; (îar M. de Condofcet n'a 
en qu'une seule Voix de plus que M. Bailly, seize 
cl>titrë quinze ; e^ voici Fhistofr è assex curieuse 
cîe - <3ette voix bien digne assurément d'être 
feôttiptëe. M; de f^ffon , à qui M. !àe Tressan 
doit sa placé à FAeédémie , crut bonnement*pou- 

(x) L*aateur âa iHctiônilaire des Tivif Siècles de hotrv Uttérvture, 



Voir sê*ôer à la parole qu'il lui avait <l6tthëe*dé 
servir M.; Bailly. M, d'Alèmbètt avait obtenu dé 
lui la même proiqeàse en fameur de M. de Ccmi 
dorcet ; mais y beaucoup meilleur géomètre qùé lé 
Pline frauÇÂÎs ^ il jugea trè«-bi€fltï qu'ude prbTcrefeié 
verbale du comte de ïre^san" u^étaitpas'd'une'dé* 
mon^b^atioti assez rigoureuse; en^onséquéhce; 
il se fit donner la voix^ont il avait besoin dans 
un billet convenablement câebeté , et ce {iètit 
tour de passe^passe a d'éèidé le succès d*tiné des 
plus illuatrés journées <j[u coti^clave aeàdétniqaèl 
Les gens du monde n'ont ^as été peu sUrpfîi dé 
voir les hommsesde lettres qui^paraissàient te plus 
attachés à M- Neteker, 'donner àVec tant dVW- 
pressement leur suffragie â)|i ffttis tiolént ^ ^6^- 
qu'au plus dbâsinténe^ jdè sèls ènneiÀis \ mats 
ces honnêtes :gens 4à^ ne * voiettf poiîit ^lie' léi 
con^îdératioàs pattioiilièbeis^ doivent toiijijûrls téi 
der à i'éflprît du corpSi, 'à^l'îft^^êt de celte pfiî^ 
l^sophiief au service de laqiiëUe persôhhe' ne 
h\ jamais plus dévowétjue lenfafquîs déifia?^ 
d(^cet. J^a Cour vemâtî die iK^faimet» iiti\ arôHé- 
vèque d'une piété , d^iin^ dévotibri-texfrabrdi-» 
nairejçai'étrtit*^il psis de laslageifesedeces MessièiirS 
de balancer un pareil choix par celui d'uti éon- 
frère pha iâdiée encore; que de coutûihe ? 

I^eDinrours du n'oaveaU'*récipie^àii*e, ffc'o- 
Boncé à k' séance publique du ûi, pour ^tre 
ToTivrage d'iin homme d'esprit, n'eii est pas 
^oins un assez mauvais Discours , sans chaFeiir, 
•ans hafrmofiie s «ans élégance , rempli d'idéeig^ 



34a CORRESPQNPANQB LITTERAIRE, 
compatibles avec le.progrès des lumières ; mais 
il n.eu est pas moins prouvé que l'éloquence et 
la poésie ont toujours précédé l'étude >des scien^ 
ces 'exactes et l'ont rarement suivie. Le célèbre 
Bacon l'a dit lui-même qiielque part| toutes les 
fois qu'on verra discuter avec beaiKîoup d'inté- 
rét les grandes questions du Gouvernement et 
de l'économie politique , les belles-lettres seront 
Nenitôt négligées.. D'ailleurs , comment' avouer 
de si bonne foi que la précision philosophique 
doit rendre néceâsairejnent les langue» moins 
hardies f moins fi^irées .leur commumquer de 
la sécheresse .et àéya^stérité^ sans vouloir con- 
venir en même temps, qu'elle prive ainsi Félo- 
quence et la poésie ^d'unci partie des ressources 
qu'il leur appartient d'employer pour nous inté- 
resser ou pour nous séduire ? 
. %n développant l'heureuse application que la 
plupart .des souverains de TEuropé ont faite de 
pos joars des lumières de la philosophie au 
boaheiur.de leurs peuples , on s'étonnera peut- 
être/ .cpie nolare orateur- ait oublié de parler et 
de Jos«ph II et de sort latuguste- frère ; mais 
c'est) une omissioa qu'il serait injuste de lui re- 
pro<^r.^.de$ ordres aupéiJieurs l'avaient exigée; 
on laroraint saiss dou^e de compromettre le 
Lycée, académique ave^ le Vatican ; cm a pensé 
0a«i$ doute que MM, les Quarante, n'étant pas 
déjà trop bien avec le Chef invisible de l'Église, 
ne devaient pas s'exposer à se mettre plus niai 
encore avec celui qui la représente. Quoi qu'il 



JATTVIER 1782. • 343 

en soit, le silence du philosophe a pam faire ici 
plus de sensation que tout ce qu'il aurait pu dire : 
Prjefulgebant eo ipso qtiod effigies eoîwn non 
visebantur,. 

Après avoir analysé assez longuement le diême 
qu'il s'était prescrit, M. de Condorcet a fait en- 
core un long panégyrique de son prédécesseur 
M. Saurin ; et dans ce panégyrique , à propos de 
Béi^erlejy une assez longue dissertation sur le 
drame. L auditoire a été d'autant plus ennuyé de 
toutes ces longueurs, qu'à tant d'autres qualités 
de l'orateur le récipiendaire joint encore celle 
d'avoir le débit le plus triste et le plus mo- 
notone.* 

La Réponse faite à ce Discours par M. le duc 
de Nivernois a soulagé notre attention ; elle à 
paru remplie de naturel ef de grâce ; la manière 
dont on y laisse entendre que, fort brutal dans 
«a jeunesse, M. Saurin l'avait été beaucoup 
moins dans un âge plus avancé , est aussi polie 
qu'elle est vraie. On a remarqué surtout une 
adresse infinie dans la transition qui amène FE- 
loge de M. le comte de Maurepas , dans la me- 
sure avec laquelle cet Eloge est fait , et dans le 
soin avec lequel il est placé précisément là où 
l'on était le plus sûr de le faire applaudir , à la 
période même qui termine le Discours. Il était 
impossible de rappeler plus naturellement à 
M. de Condorcet Tobllgation de remplir, en 
qualité de biographe de l'Académie des Sciences , 
la tâche qui lui est imposée à l'égard de la mé- 



844 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
inoire de M, de Maurepas , et la manière de la 
remplir convenablement. Ceci a paru d'autant 
plus piquant , que tout le monde sait combien 
M. de Condorcçt^ l'ami le plus fanatique de 
M. Turgot , détestait M. de Maurepas, et que de- 
puis long-temps il doit déjà un Eloge à cette fa- 
mille, dont il s'obstine à ne point s'acquitter , ce- 
lui de M. le duc de La Vrillière. 

M. l'abbé Delille a soutenu l'intérêt de cette 
jséance par la lecture du premier chant de son 
Poëme, et jamais lecture p'a été plus vivement 
applaudie. 

Celle que M. d'Alemtbert a faite ensuite de 
Y Éloge du marquis de Saint- Aulaire n'a pas eu 
le même bonheur : soit que l'attention fût déjà 
fetiguée ^ soit qu'il n'y ait point de prose assez 
piquante pour être geàtée après le plaisir qu'a- 
vaient fstit les vers de l'abbé Delille , l'impatience 
4u public s'est manifestée de la façon du monde 
la plus désobligeante pour l'auteur. Au moment 
où , après beaucoup de peines et d'ennuis , on 
le vit arriver enfin à l'époque de la mort de son 
héros, il partit de tous les coins de la salle un 
murmura de ah ! ! ! si expressif, qu'il était im- 
possible de s'y méprendre. Quel beau jour de 
perdu pour son ami Linguet ! 

Quoique nous ayons remarqué dans ce nou- 
vel Éloge de M. d'Alembert, copnme dans tous 
ceux que l'on connaît déjà de lui, plusieurs anec- 
dotes agréables, quelques traits dignes d'être 
recueillis, on ne peut dissimuler que ce ne soit 



un des plus (aibles. Le suj^ eii étaiti assez ingrat,* 
les détails .en ont paru long» et minutieux , lesr 
digressions forcées, les plaisanteries trop mes^ 
quines ou trop usées. Quelque bien que M. d'A-: 
lembert connaisse les effets du Théâtre acadé- 
inique , il a pu se tromper ^nà doute; mais pour 
avoir été sifflé une foiç dans sa vie justement ou 
non, un grand homme en serait-il moins grand, 
un philosophe en serait -il moins heureux? 



Troisième Voyage de Coohj ou Journal d'une^ 
Expédition faite dans la mer Pacifique du Su4 
çt du JVordy 1776, J777, 1778, J779 et 1780, 
traduit 4^ Vangla\Sy par M. Detneunier^ auteur 
4e la Traduction du FoyçLge de Malt^ et de Si^ 
cile de Brydone^ de quelques autres Yoyag^urs 
anglais; un volume in-8^ ; 

Ce Journal p est point celui de l'infortuné 
Cook , ni celui de M. Clarke , qui eut aprèâ lui le 
commandement de l'expédition ; il est d'un offi- 
cier qui montait la Découverte ^ Tun des deux 
vaisseaux de Gopkj mais comme il. a publié 
furtivement 30A ouvrage, il ne laisse point de- 
viner le grade qu'il y occupait. Quoique l'on ail 
raison de se tenir en garde contre les préven- 
tions d'un anonyme qui juge souvent son chef 
avec beaucoup de rigueuç, et peut-être aveé 
beaucoup de légèreté, il serait difficile de ne 
pas lui savoir gré de s'être pressé de satisfaire 
l'impatience qu'on av2|it de connaître les princi- 
pales découvertes de ce nouveau Voyage; on 



34« CORRESPONDAKCE LffTERAIRE, 
$aît que la Relation des capitaines tie paraîtra 
pas sitôt. Celle que nous avons Thonneur de 
TOUS annoncer renferme plusieurs détails cu- 
rieux que Ton ne trouvera peut-être ni dans le 
Journal de Cook , ni dans celui de M. Clarke , et 
pourra leur servir de supplément. La plus 
grande partie dé l'ouvrage porte un caractère 
d'exactitude et de simplicité qui inspire la con- 
fiance, et l'oft y reconnaît souvent l'expression 
d'une âme honnête et sensible. On lira sûrement 
avec plaisir le récit du retour d'Omaï dans sa pa- 
trie d'O - Taïti, avec intérêt celui des malheureux 
matelots égarés dans une île déserte , plusieurs 
observations nouvelles sur les mœurs et la po- 
lice des Zélandâis ; on ne sera point surpris de 
l'accueil distingué que nos voyageurs reçurent 
du gouverneur du Kamtchatka ; mais on sera 
touché de cette nouvelle preuve de la pf*ovidenee 
bienfaisante de Catherine II ; on ne pourra suivre 
enfin , sans la plus vive ëmotioti , le détail de 
toutes les circonstances qui précédèrent et qui 
suivirent' la fin déplorable de ce brave capitaine 
Cook, dont le courage, quelque témérité qu'on 
puisse lui reprocher, méritait sans doute une 
autre destinée. 



^ JAJ^VIER 1782. , 347 

Coi/>sfB, dans lesjersy a Ferdinand et Isabelle y 
après la découverte de VAméiique , Épttre qui 
a remporté le prix de V Académie de Marseille >, 
précédée d'un Précis historique sur Colomsb^ 
par M. le chevalier de Langèac, avec cette 
épigraphe : 

Ici tout çst merveille, ici tout est vérité. 
Racine le fils. 

Brochure assez volumineuse , in-S» , orne'e , avec 
tout le luxe typographique, et de gravures et de 
marges et de vignettes. 

Le Précis historique est extrait principalement 
de la P^ie de Colomb ^ par Ferdinand son fik, 
des Lettres de Pierre Martyr, de V Histoire de 
JSaint'Domingue y de celle de l'Amérique de Ro* 
bertson; on n'y apprend rien, mais on le lit 
avec intérêt, parce qu'il est écrit avec chaleur, 
et on le lirait avec plus de plailiir encore s\ 
le style, d'ailleurs asse% rapide, ne péchait pa$ 
quelquefois par trop de pompe , trop d'emphase. 

Le moment que le poète a choisi pour le sujet 
de son héroïde est celui où Colomb étant arrivé 
chargé de chaînes du Nouveau- Monde, et Fer- 
dinand et Isabelle ayant senti combien cet évé- 
nement devait nuire à leur gloire , s'empresser 
reut , pour réparer une si cruelle injure , d'inviter 
Tamiral à venir à la Cour, et lui envoyèrent une 
somme d'argent sans le rétablir dans ses droits. 
C'est à«cette invitation et à ce présent que Co- 



548 CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, 
lomb est censé répondre. Nous nous contente^ 
rons de citer les premiers ver» de l'Épître : 

Non, gardez loin de moi vos impuissans regret»! 
J« ne veux rien de vous , ni remords ni bienfiiite ; 
Je ne veux rien de vous , Ferdinand , Isabelle , 
G*est à deux univers que Colomb en appelle. 
Quand le faible opprimé s'adresse en vain aux lois. 
Le monde , en le jugeant , sait le venger des Rois , ete. 



Opinion d'un citoyen sur le Mariage et sur a 
Dot y brochure. 

C'est l'ouvrage d'un jeune homme. Son objet 
est de prouver 

i^. Que les inconvéniens de l'état actuel du 
mariage sont une des principales sources de la 
corruption des moeurs, du grand nombre des 
célibataires et du déficit qui ien résulte pour la 
population ; 

2®. Que la source de ces inconvéniens est la 
dot que les femmes apportent à leurs maris. 

En conséquence , il propose d'ordonner, par 
une loi, que les filles à l'avenir ne pourront ap- 
porter de dot sous aucune dénomination ; qu'elles 
ne pourront partager avec les mâles dans les suc- 
cessions de leurs parens , et qu'elles ne seront 
susceptibles d'aucuns legs , d'aucunes donations, 
du moment où elles seront femmes , mais seu- 
lement en usufruit, si elles restent filles ou 
veuves. 
. a II est temps, dit-il, que des souveraftis éclai- 



JANVIER 1782. 349 

» rés fassent adopter à leurs sujets, pour leur 
» bonheur individuel, une loi qu'ils se sont im- 
» piQts^e pour. le bonheur elle repos ^es Nations. 
9. Jadis les souverains , ne se mariant que dans 
it des vues d'agrandissement, prenaient des 
» épouses qui leur apportaient pour dot des 
» provinces entières; mais, au Jieu d'un accrois- 
» sèment réel de pui^apcfe,. il in'^n résultait le 
» plus souvent, pour leurs .peuples;, que des 
» guerres sanglantes et 4ésas|;reuses. De nos 
i> jours, au contraire^ les plus gretârdst monarques 
» ne consultent qiie leurs cœii»,'et ne demandent 
;» pour dot à leurs; £tugustes épciisers que des 
» agréniens et suHotlt dés terlitis ; ils sont magni- 
» fiquement récdiiipensés dé 'leur sage înodéra- 
» tion par le calme et le bonheur qui régnent 
» dans rintéfiétir de leur palais, et par la paix 
j> et la trang^uijtlitiè dont joujssçnt; jiçurs peu- 
;» pies, etc.» ,,;..,■ : . , . 



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MARS 1782. 



Stakces d'un ïeHne Homnié à rhadame de 
Lauzitn. 



Q. 



ruoî î vous daignez me consoler I 
Quoi ! mon malheur vous intéresse ! 
A vingt ans vous savez parler 
Avec tant d'Ame et de sagesse ! 

' De CCS yeux partout adores ' 

J'« vu s'échopper qiieiq«ies lârtnes ; 
Qui peiMt tenir à lapt de dnrflonB? 
Vous êtes belle , et voua pleim» I • 

Yertueiise et douce Julk^ i t . 
Si vous partagez mon ckagria^ . 
Je pardonne presq[u*au destin 
Les amertumes de ma vie. . ' 

En vous parlant de <vosbiftnf£tits, 

. . ^ . ' i , j ) i . . ' i> 

Déjà je ressens moins mes peines : , , 

Mon sang qui oouillai't aanà Hies veinei 

En ce moment circule en paix. *. 

De Vénus le charme invincible 
Est souvent funeste aux mortels^ 
Cest à Vénus sage et sensible 
Que l'univers doit des autels. 

BouTS-RiMiJs que Monsieur' as^ait donné à remplir 
à M, le m. de M. 

Cest en vain que de Rome aux rives du -^Danube) 

Notice antique muphti vient au petit '^ galop. * 

Aujourd'hui pierre ponce , ^lutrefois pierre -*- cube , 

Il distillait Tabsinthe, à présent le ^^ sirop. 

De son vieux baromètre en observant le — tube 9 

Il doit voir qu'on perd to^ lorsqu'on exige — ùop* 



Aucun des cl^fe-d'œuvre de J^arcine et de 
Voltaire n'attira, j)em- être une -phis gran^ af-* 
flqence de monde au Tfeéâlre que le drame d& 
m^()enioi&elle Rauc^ur, reppéseatévpoiiii&i pre^ 
njièrefo^s, le vendredi i". Cette pièce, era ttiois 
actes et en pçosie^a été iuaagiciée, comme tûms 
Ta vans dit,, ppwr faire •>ervii' ii^tilement les^ha-^ 
bi^ et les décorations de ia dimipline* miUtmre 
du Nordi et cet objet ne pouvait être «nieux 
rçrapli. Quoique le 3ucc^ dfe la pi:emièré re* 
présentation ait été plus, qu'équivoqije,. eite 
n'en a pas moin^ excité tapt de curio^té que 
Tempreâseiaent àx^ public, s'est. sixtitenu jusqu'à 
pnései^t; on en^.est, je crois, à la sixièmie re-^ 
pjrésentaii^n 5 avec uae. merveilleuse constaoos»! 
^n persi^ta^t à trouver Jer draine d^testaJbie, 
ïi^aiô l'^^tejffiT, /^Pi^s l'uniforme prussien, chtfr 
, ijaant, on ?te s'est point encore vlitôaé de vpijir 
s^er l'ugnet, -^^^udiP, l'witrei 11 y aurais en 
çérîté ,di8 i'humfti^r à^nç pa3 trouver <?e pavJta^ 
assez équitablçv,^, . ■ . ... v. v 



"'' Ijé'^v^ét^^^lÊénnetie.é du nouveau 

dîatnë ^;^À St^*" dit-on, ^S'unê pièce dp Théâtre 
àllfemànd j sQîvèîiit d'autres autorités, d'une pân- 
tëmime'^ûe l'auteur vii jouer dans ses courses 
du îford' £' V^^ôvie. Nous hV dominés pas encore 
en état decîaijPcîr' cette grande^éstion. 

*On ne perdra point ici son temps à prouver 
Combien la conduite de cette pièce est mons- 
trueuse, conibieû toute l'actiou en est folle ^ 



Kik CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
romanesque ; il n'en est pas Moins vrai que la 
stène ou Henriette ^e détermine à déserter est 
dWe conception osses théâtrale ; que celle du 
troisième acte entre son père* et le commandeur 
doit une grande partie dé soii' effet aiu jen de 
Mole; mais qve Tidéede cette situatioh est par 
elle-même infiniment toucbatltë. La pièce est 
aussi bien écrite qu'elle est bien pensée , et c'est 
tout dire : il y a pourtant, comtoe Fobservait 
quelqu'un, defr choses" gui passerodt très-sùre- 
ment en provorbes, telles \jiië cetlie grande 
maxime si philosophique et Si- neuve , la peur 
esù souvent pm que le mal; k la bonne heure. 
Nous espérons aussi que le roi d^e Prusse voudra 
bien lie pas «e>^venger trop séri^^semerit de la 
petâe impertiisetice que l'auteur s'est permis 
dejnetiire dansj^ bamclie d'ui^' soldat? i[missieQ ; 
'omi^çhezncés'^àtLÀly en tèfttps '^'pierre k . 
soldat est presque aussi bien tréùité qU6 tofficier; 
m:0h en temps de païcç, '. . ihàfét\V officier Veà 
à peine comme un simple soldat. ^ ii j j : . . 

^, L;Qpéra4'(^^^gf,,^^^cl^pQW^j^^ 
M. C<?sspç,.doi|p^^^po^r ïa, pzif^mjjçyjç £3}^, .spr le 
Tf^éâtre dj^ rijçafl^m^;;pyaledp ipijisiq.ue^lejour 
îi^eiîiç .de la première TCj>résen^^ ^ffenriette. 
au Théâtre français ,^n^a eyîité n^i m^^r^ures ni 
enthousiasme; c'est de la niu^igy^e,^t)i<en faite, 
mais sans espfit et saïis génie, ^ics Gluckistes 
en ont dît beaucoup de bien par' ^ecçrihais: 
sance, M. Gossec. s'éjant toujotip déclaré un 
des admirateurs* lès plus passiôniiës du talent 



MâRS 178a. . 55Î 

âe M.l.le chevalielr Ghick;fe. vieille ^âbatè 3 W 
Lullifite» lui a^u nu gfé' iûfiiii d'âVoir <ME)ni9ièrVè 
laixcien air>de LuUi surVoés paroles si ôoù^ueè 
d'Egée; à la Princesse, JSaitBS-ffuce à mon âge 
mfavem de )nagloire^^ eic,. Mais le serul mot^e^ 
qui ait été l^ten génëcdement applaudr^^et^qd^ 
nous a- pœarur mériter ^de^rjeted y ^st o^ti^i^diât 
troiaièaàe; acte ^,&' la beHi^ylEglé m'est tkm^ 
qu<»qpe le/chant'n'en»8oik pi'irès^neuf ,' nîctrti^ 
piquanty ilr est du tnoinsr 'd^n bo^l^fit^ ë^ 
duhe.joélodie agréables -^ r jr.. roif^>; i[ 
* C'est: Mil Jlïorel qui s'est csfeàrgël d'iâ«ang®^tè^ 
Poème vdo^i^daire ^Df^ùatre actes,"et*d*5^ à}c>ûi> 
ter les i^dfs-quepôilviiient^^iiger ét1tt'\ô>lif 8ffi? 
coupe -dcscair^ et 'la ii0uy0Ue''lmis<ki dcl^'lbëêèlés:^ 
Oh adst^que^^i les pajxiles dé Qtiinkiiit aTSlieâ^ 
été ^itée«t>fart lé^retiaiettl; ipar le 'pb#éè^^ûi^ 
les ^xwOtifinohtiïis^ irlld^li^l'avaient^^té '«i^ rë-^ 
taudbetrfe^t/ lourdifiuï^i psa^^e mti^éâVlMlà' 
est ass^ viaivmsfisieela: n^ it«iira pointàu'^tt^ê^^ 
de l'QdvDdgd^t3Dè$Hdâ^«ié ei der^rios :g^and^is^<féftt 
naissanodsiefc dernotpeol^ôn^f dut en» àiUs^i&.- 
Le spçotei(^ bde^ c€«t dpéwt lès* d^aillpùrs^ irès-^ 
nobte let Ttrèsfinléremiiiit); léi^bâljéts^kont iàiissi' 
bîeiti^esiéc^sitpaîilsî pkfçiént^'iêtfe ' depui» que' 
nous. à^xAii^perdu^ IVeiàisf ^ H^çitel et Théodore. 

Bst?€e>lE|pfimed)è direiciqûe'/toi?<?2Myi^a«4/*«^, 
peûteoôwédy»; en; iiuca«te^j|e M. de ïiâ><ibabçaus- 
sièrfe M^ûUiPides MafisyiçQmgésy< a ét;^ )dp»uée 
¥nè|S«j4fcfôil^sUrrl«;Çb^â6çô d^ 1* Ç<?fla^(ik ita- 



134 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
Ifjçnnç ,e|^«'2^euduc9X[> dno^è» ? Cest liu s6jât tiré 
49 ,Qil B/m$, le mé^etàip^Kt-près iqiie celui de 
ÇiUpin rifiml desom Mattrer par Le Sa^è. La pièce 
a été éaoUtée jusqa'k ;hi &a. avec un» patience 
4^piQ diéloges; BDttîavhi toile tonibante , elle a 
4té,si^ib..$î: diatîoct0inSenè:qi;p raôàéur se Test 
ItJlufKlHir éày etii'A!paE(jugé:àpTopoad'i6ss8iyer 
yg^^çcQii'dti ftrâTQ]^Hâon\du.piibUc;>i^^ 
f^ifiins,éova.ek &diq\jà yàent d'amdver au^^eup 
^aa9iQ9ljpeoiÉve:ûé^6adant cpe ee pid;))ici;n est 
pas toujours du mémeoktis. Id ' j ai -qudiqiie 
Pir'^M9^%>^'^Y^f^ TiJb'îpàiraâtre iHnU ht rèle 
d]Os€^i^f^.€^'ifl ê^mtgo^i ptus.dhiàelfçsaTec 
^^:^^uiceis, oi^'#e.i»irt/teUeitte;Bté'd^bumeut 
c$)4)ti;e^^i«^Qu'Qipt ]#!fe.l:^frmé«^^^^ dfittseyèpooîies, 
4ft ,aw*tfftji^iô^f^,.€t qHf'pii aiviairiJiîêtax, te 

aii^isie^v J^QrJb^aiv yéidjii^ ^pùi^Nlongfitcuaps^' à 
Vfivfàpl^/â^ emi&A^nl^ lies(il9i^A>àim0hà>été ar 
ijft^pjiîi^jÇS:^ airai^Qt piti^ .si pro^Uj^^iase»»! 
u|fiiinii9^A^/fopi#r toi^t) le M[^ék;tfub^/boéBe 
(oii !^Uiii'Qaf raît|plas>'iefaiiontF» sarcla) scède ; 
e» €0wéqu6i*e:»^;^ljwJaibi*êine:jd^ 
OOQgé i^ la- CkHxrfdk. ;Gir0ee àlaiproteelioA de 
la Goi^i! ,; il :i>IX3iri: rordrc.'dir J^iitiJj^iii^ii mmit de 
rfiixUiex ûtk jefifet psotl I^rnôle de:Pîerp^<^fe.*£r.uel. 
Le parterre Fa reç» à merveille , et lorsqu'il 
s^^estf d^anoé siir le dqvàntdë kbscéxûqploardire 
à'eesSiefiJSsieuvs cè'i^u6>il»du^ en 

ce moment beaueompd^vpéiue^ èiC^ttnpt^ndn: 
c ' Messieurs ,^ vous â)«> Vcij^at^pénéfiré'dèl^plus 



Mars ijfSi. âss 

» vive sensibilité; mais, pour vous rexprîmer^ 
» permettez -moi d'attendre te temps ôitma rei- 
» connaissance pourra paraître aussi pure , aussi 
» désintéressée que votre inidùlgence... », lav 
salle a retenti des plus vive« acclamations, et C€^ 
lui qu'on avait hué, il y a trois semaines /«ommie 
le dernier des hommes, s'est vu accueilli avec 
tous les honneurs qu'on pouti^it rendre à uïi 
héros pérsécirté. O Athéniens ié Athéniens? 



Œuvres complètes de M» rûhbé de Voisenon^ 
en cinq vôhimes in«-8<*, récuèitiies et publiées 
par madame 'k comtesse de Turpin. Il tCf a 
guère , dans ce volumineux recueil, que la Co- 
quette fixée , pièce froide, mais remplie d'esprit, 
quelques Contes, entre autres celui de Tant pis 
pour lui y Tant mieux pour eUeSy l'ouvrage le 
plus m^éntèWi que nous connaissions diâns ""ce 
genre, et un trè^-petit ndmbre de Pièces fugi- 
tives, cjui'méritassent véritablement d'être con- 
servées. Les Anecdotes littéraires. sont une es- 
pèce àHAnuy rempli des prévenjÎAQs les plus.im- 
justes, mais où l'on trouve à li^v^erà beaucoup 
de sarcasme^, -dé pointés, dé "niâlivàïà' c^îefci- 
bours, quelques mots heureux, quelques traits 
plaisans; tout le reste du recueil est composé 
de Prologues, de Comédies,- d'OpéW oublié^ 
depuis long-temps ou bien dignes de l'être ; 
Coulouf et Memnouy pour u'av^oir, p^ encore 
paru, ne mériteipt pas d'être: distingués; les 
Fragmens historiques wat le lâiniâtère de Colbert, 

a3, 



356 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
sur les guerres d'Espagne, de Hollande, de 
Gènes , d'Amérique , etc. , sur le commerce des 
deux Indes, n'offrent pas plus d'intérêt que 
d'instruction , et le Lecteur partage, en les lisant, 
tout l'ennui que l'auteur eut probablement lui- 
même à les écrire. 



Vers de mademoiselle Aurore ^Cjumteuse de 
t Académie royale de Musique ^ âgée de dix- 
sept ans, à madeinoiselle Raucour. 

Notre sexe dok slioriorer 
Alors qae votre gloire est en tous lîeax semée* 
Je n'ai su vos succès q;çi^ par la renommée , 

Et je voudrais les célébrer* 

Permettez que sous vos auspices 

Mes premiers vers soient adressés; 

Vous devez avoir les prémices 

Des arts que vous embellissez. 
Tandis qu au tendre amour vous dérobez vos veilles 

Pour les consacrer aux beaux-arts^ . 
Tandis que des neuf Sœurs vous fixez les regards^ 
Chanteuse , reléguée au pays des merveilles , 

• Moi , je cultive avec bien des efforts 
L'art futile et brillant de fiatter les oreilles ' 

Par Fassemblage des accords. ' 
Vous, appui du Théâtre où régnaient les Corneilles, 

Par votre art aimable, enchanteur.. 
Vous instrubez l'esprit et vous parlez an cœur. 



Vers de la même à M. le marquis de Saint-Marc, 
£h quoi I de ma muse naissante 
Vous daignez approuver l'essor I 
Quand nia lyre timide enfimte 
Des sons formés à peine encor. 



1 



MARS 1782. 3S7 

Saint-Marc , dans cet art sî gr^nd maître , 

A mes essais daigne applaudir : 

Il veut bien aider à fleurir 

Le faible talent qui vent naftre. 

Quoi ! du sommet de THéHcon 

Jusqu'à moi vous daignez descendre ! 

Ce procédé pourrait surprendre 

Dans un favori d* Apollon : 

le ne crois pas qu'on le condamne ; 

Vous savez qu'on a vu jadis 

Jupiter de l'humble Baùcis 

Ne pas dédaigner la cabane. 



RiÊPOicsE de M. le marquis de Saint-Marc. 

Je viens de recevoir, Mademoiselle, les vers 
chàrmans que vous avez daigné in'adresser* 
Comme je les louerais si je n'y étais beaucoup 
trop loué ! Vos vers en général sont pleins d'har- 
monie, de sens, de grâce, et, en quelque manière, 
de cette fraîcheur qu'annonce votre nom et que 
montre votre présence. Il semble que vous vous 
soyez peinte dans chacun d'eux , et l'on ne doit 
point être étonné que vous les ayez faits quand 
on a le bonheur de vous voir. Comme un émé- 
rite du Parnasse, j'ose vous exhorter à cultiver 
un art auquel vous prêtez déjà tant de charmes. 
Quels succès ne sont pas en droit d'attendre les 
Grâces réunies au vrai talent ! 

Rendez-moi donc> nouvelle Aurore ,' ' 

Rendez-moi donc mes jeunes ans. 
INouveau Titon , je vous implore , 
Faites-moi ressenti]^ encore 
Toutes les flamme» du printemps. 



z' 



3S8 CORRESPONDAÎîeE LITTERAIRE, 

,£a fayepr de mon joste liommage 

Allez faire un tour dans les Cicfux : 

Vous devez attendrir le^ DieuK, . 

Vous parlez si bien leur lapgag^. 



^ M. lé comte de Buffon^ sur le présent de 
fourrures que lui a envoyées Sa Majesté impé- 
riale de Russie , accompagnées des médailles 
d'or frappées sous son règne ^ et sur la demande 
quelle lui a faite de son buste ; par M^,de La 
Fertéf avocat au Parlement. 

Quelle louable jalousie 
• ' • Semble animer les souyerains ! 
, ^ Tributaire de ton ^énie y. 
Catherine sur toi répand à pleines mainsi 
Les richesses de là Scythie : 
Elle $e signale en ce jour , 
Catherine la Magnifiqae, 
Des Russes la gloire et Tamour. 
■ , ^ De la Sémiramis antique 

^ Ne me vantez plu^ la splendeur, . 
JutA jardins merveilleux d'où fuyait le bonheur* 
Apprécier Buffon , ajouter à sa gloire ; 
C'est avec lui s'inscrire ati teuîple de Mémbire ; ' 
- C'est se recommander ati^ siècles à venir. 
Rappelle y dans ion doux lo^àir ^ 
. Avec quelle grârt^ç touchant^ 
Catherine daigne embellir 
Les dons que ^a main te présente. . 
D*un règne glorieux ces nombreux monumens , 
Qui peuvent atteste!? un siècle de lumière , 
Ces médailles dont l'art surpasse la matière , 
£t ces riches toisons; Porgueil dë^ vétemeûs^. 
Ne valent pas d'une Majesté fière 
Les instances, le yioea|)res8ai&t 



MARS i^&i« 3Sj 

Pour obtenir la refl6eiiâ>l4nte image i 
Les nobles traits d'un grand homme et d'un sage* 
Houdon , elle a fait choix de ton cisean saTant, 

La Souveraine, anumie des. prodiges. 
Pour toi ce n'est qu*nn jeu de surprendre nos sen» 
. Par tes innombrables prestiges. 

Renoiiyelant Taudace des Titans, 

Veux-tu ravfip la céleste éthicelle? 

Transmettre au bloc Vàme de ton modèle ? 

Ne tente pas de coupables efforts , 
Puise-la dans ses yeux , cette flamme immortelle , 
Tu seras à-la-fois et sublime et fidèle. 
L'£nvie , en frémissant , tourmentera son mors. 
Buiïbn , tu n'as jamais aperçu la Furie , 
Tu plains les«nvieux , tu dédaignes FËnvie ; 
Ton laurier , toujours vert , toigotirs ohéci de» Dieux , 
TTa rien a redouter des autans furieux* 



Botiis*&iHis de madcanàde Lénoncourt, 

Tai quatre-vingt-dix ans, j'arrive d*^ *' ^^^Epidaure-;' 

Ësculape a reçu mon premier -*-i?ae v6to. ' 

On aime ses vieux jours autant cpie son '^^aufùtt* ' ) 

Oiacun sur mon voyage avait crié -^ Aof^» 

L'espérance soutient et le succès . *^restaure^^ '^ 

Me voici rajeunie et presque sans --—bobo. 

Mon fropt était ridé, mon teint celui d'un ^^Maure , 
Quand je parlais , mes dents partaientr ^ . ~-^ex abrupto^ 

Une setde restait^ servsmt de '^^mémekio. '" 

A. peine .ai^je topché le serp«nt (tue.* ' "^fadom^ . «; 

YteiHe comme Baucis et sourde comme — -/o. 

Je deviens aussi leste., aussi belle que ^-^Lftune»^ 

Remerciant le dieu , j'ai promis — inpettà 

Au moins cinq ou six fois d'y retourner ^^enùore^ " 



36o CORRESPONDANCE LITTERAIRE^ 

Lettre de M, le corritê de Buffon à Sa Majesté 
impériale Tltripérapice de toutes les Russies. 

D« Paris ^ lé x4 Déoeiiii»re 1781 (i). 

Madame , j'ai reçu, par Sf. le baron de Grimm, 
les superbes fourrures et la très-riche collection 
de médailles et grands médaillons ^que Votre Ma- 
jesté impériale a eu la bonté de m'envoyer. Mon 
premier mouvement , après le saisissement de la 
surprise et dé l'admiration, a été de porter mes 
lèvres sur la b'elïe et noble image de la plus 
grande personne de l'univers , en lui ofeant les 
très-respectueux sentimens de moi^ cœur. 

Ensuite, considérant la magnificence de ce 
don , j'ai pensé qtie* c'était un présent de sou- 
verain à souverain, et-que, si ce pouvait être de 
génie sugénie, j'étais «licore bien, au-dessous de 
cette tête céleste, digne de régir le monde en- 
tier, et dont toutes les Nations admirent et res- 
pectant également l'esprit sublime et le grand 
caractère. Sa Majesté impériale est donc si fort 
élevée aii-dessus de tout éloge, que |e' ne puis 
ajouter que mes voeux a sa gloire.! ''\ ' ' 

.Cet .ouvrage en chaînon , trouvé sur les bords 
de l'Irtich , est une nouvelle preuve de l'an- 
QJienneté des arts' dans son empire; le Nord, 
selon mes JS^oj^c^; est aussi le Herceau de tout 
ce que 1^ nature dan$ sa première force a pro- 
duit dé pjus grand, et mes vœux seraient de 
voir cette belle nature et les arts descendre une 

(i) On oroit cette Lettre et lasaÎTaate déjà imprimées. (iVbftr^r/*') 



[ 



MARS 178a. ' • Mr 

seconde fois du Nord au Midi ^ous l'^t^iwlaFd 
de son puissani; génies £n attejidant ce moment 
qui mettra.de nouveaux trophîées sm? ses cou- 
ronnes et qui ferait ,1a réhal;âlitatioi^ de cette 
partie croupissafite de l'Europe, je vais conser- 
ver ma trop vieille .santé sous les zibelines et 
les herminesr^ qui dèsrlors resteront seules en 
Sibérie , et que nous aurions de la peine à bar* 
bitifer en Grèce et en Turquie. 

Le buste auquel M. Houdon travaille n'ex- 
primera jamais aux yeux de ma grande Impéra- 
trice les sentimeifs vifs et profonds dont je suis 
pénétré ; soixante et quatorze ans imprimés sur 
ce marbte ne pourront que le refroidir encore. 
Je demande la' permission de le faire accompa- 
gner- d'une effîgie vivante; mon fils unique, 
jeurte officier aux Gardés, le porterait aux 
piôds de son auguste personne; il revient de 
Vienne et du camp de Prague où il a été bien 
accueilli, et puisqu'il ne m'est pas possible d'al- 
ler moi-méftie. faire tties remercîmehs à Votre 
Majesté impériale, je donnerai une partie dé 
mou cœur à ràon fils^ qui partage déjà tottte ma 
reconnaissante; caft je Substitue ces magnifiques 
médailles dâïïs^ma famille comme un moiiu- 
ment de gloire res^pectablç à jamsâs. Tout Paris 
vient chez moi pour les admirei* ; et chacun 
s'éèrie sur la noble munificence et les hautes 
qualités pérsô^nlieUes de mâr bienfaitrice : ce sont 
autant dé jouissances ajoutées à ses bienfaits 
réels;* j'en sens vivement le prix pat Thonnétir 



3$s CORRESPONDANCE UÏTERAIRË, 
quHIs me font, et je ne finirais jamaû cettd 
lettre, peut«éla*e ^^à trop longue, si je me U^ 
Trais à toute Teffosion de mon âme, dont tous 
les sentimens seront à jamais eonsacrés à la 
première et Tunique personne du beau sexe qui 
ait été supérieure & tous les grands hommes. 

C'est avec un très-profond respect^ et j'ose 
dire avec Tadoration la mieux fondée , qUe j'ai 
l'honneur d'être, Madame, de Votre Majesté im- 
périale le très-humble , etc. 



RÉPOi^SE de Sa Majesté impériale. 

De Pétenboorgi le iS j^éyrier 1782. 

Monsieur le comte de Biiff<m, je vîejn^ de 
Tecevoir, jjar :M, le baron de Grimm, la lettre 
que vous avez hieii voulu m'ôqrife en date du 
i4 Déceipbré d^ l'aqnée passée. Personne n'é- 
tait plus en droit que vous, Monsieur, d'être 
revêtu des fourrure de la Sibérie. Vos Epoques 
de la Nature ont donné k me^ yeux un sou- 
veau lustre à ces provinces dont les fastes ont 
^té si 4ong-temps plongés d^ms l'oubli le plus 
profond; il n'appartient qu'au gévJL^ orné d'aussi 
^ndes connaissances de deviaer pour ainsi 
dire le passée, d'appuyer ses conjectures de faits 
indisputablçs , de lir^ l'Histoire des pays et celle 
des arts dans le Jivre immense 4^ la nature. Les 
médailles frappées du métal que iU^is fournis- 
sent ces Qoatrées pourroi^t un; jour servir à 
QOQ^ter $il^s a|*$spnt dégéoéx^^làoù ils ont|>ns 



naissance (j);^c«e quHly a de sûr, c'eist que, lors* 
qu'on les fifappail;^ le chaînon qui esl en votre 
possession n^a point trouvé d^milateur ici. Que 
les zibelines conservent votre santé , Monsieur, 
jusqu'au temps où, elles s'habitueront aux cli- 
mats modérés. Quie votre buste , travaillé par 
Houdon, vienne dans ce Nord, où vous avez placé 
le berceau de tout- ce que la nature dans sa 
première force a produit de plus grand et de 
plus remarquable ; que M. vôtre Fils l'accom- 
pagne : il sera témoin de la r^nomii^é^ de son 
illustre père et de l'estime très -distinguée que 
lui porte. — Signé Cathêriwb. 



On vient de nous donner encore au Théâtre 
de la Comédie italienne detix nouveautés donfe 
les Fables de La Fontaine ont fourni l'idée , VÉ^ 
chpse totale et Y Amour et la FoUe, 

1] Éclipse totale j comédie en vers, mêlée d'a-^ 
nettes , représentée , pour la première foi^ , le 
jeudi 7, est l'ouvrage de deux jeunes militaires; 
les paroles, de M. de La Chabeaussière , auteui^ 
des Maris corrigés; la musique , de M. d'Alayrac^ 
connu déjà par pltlsî^urs compositions instru^ 
mentales remplies de talent et de goût fies deuxi 
auteurs sont gardes du corps de M: le comte 
d'Artois. Un tuteur astrologue qui se laisse tom- 
ber dans un puits en courant après sa pupille^ 
qui lui est échappée avec son amant pendàM 
qu'il observait l'éclii^Se , voilà toute l'intrigue et 

(1) Ce point histonç[ne ^oarrait être très-facilement contesté. {Notf- 



3«4 CORRESPOPfDANCE LITTERAIRE, 

toute l'action de la pièce ; elle n'a rien de neuf; 
elle porte sur des circonstances peu vraisembla- 
bles,, et que l'auteur n'a pasiméine su ménager 
^vec beaucoup d'adresse ; mais il en a tiré des 
scènes agréables, un dialogue vif et piquant, 
d'ingénieuses méprises , des jeux de mots pleins 
d'esprit et de gaieté , d'autant plus heureux qu'ils 
aemblent naître dii fond même de la situation. 
Une des plus jolies scènes est celle où Léandre, 
L'amant de la pupille, après s'être annoncé comme 
un des plus grands astronomes du siècle, pour 
démontrer la profondeur de là science , sous le 
prétexte de figurer plus clairement la marche des 
planètes, arrange tous les personnages de la 
soène comme il convient le. mieux à l'exécution 
de son projet. Tandis que Solstitius, le vieux as- 
txi>logue , est tout entier à l'observation de 1 e- 
clipse, nos amans et le bailli, qui favorise leitfs 
amours, s'échappent par la trappe d'un puits à 
Séc qui conduit à un souterrain de la maison voi- 
sine; Crispin, le valet de Léandre, demeure le 
dernier. Tous deux disent ensemble : Foici Fins- 
tant, l'heure fatale^ encore un moment , s'il vous 
plait. —Solstitius seul : L'y voilà, Vy voilà j té" 

çUpse est Crispin déjà dans le puits : Totde* 

•<— lies lumières suivent progressivement le mor* 
ceau de musique , qui finit en smorxando, et ce 
jeu de théâtre forme un tableau tout- à-fait co- 
mique.' 

^ Ce qui nous a paru faire le plus de plaisir dans 
la musique de X Éclipse totale, c'est Touverture 
et la chanson que chante Rosette, en attendant 



1 MARS 1782. 365 

le rendez -vous que lui avait donné Crispin. Il 
y a dans tout le reste des détails agréables , mais 
beaucoup de réminiscences, peu de traits ssrillans'. 
Les morceaux d'cfhsèmble pi*otivént que rautèûr 
au goût de son art joint encore une assez graiidé 
connaissance de la scène , et ce coup d'essai, ïel 
qu'il est, doit faire désirer qUe-M. d'Alayrac 
continue de consacrer au Théâtre une partie dé 
ses loisirs. L 

Ujémour et la Folie y représentée, pour îâf 
première fois, s^r le même' Théâtre le lende- 
main, est une comédie eh trois actes, en pros^ 
et en vaudevilles-; J)ar M. Dèrfontarnes. Les jëii-i 
nés filles du hameau ont résolu, Icf* beau projet 
pour ne point s'èniiuytrl de Conserver leur in- 
différence et 4e bouder TAmbur. Déguisié eA 
marchand, ce dieu vient leur 'tiffWr un elîti^ 
merveilleux, un -préservatif éontre ràmotar. 
Trompées par Tétiqùette du flàcohyèlles boiveA* 
k divine liqueur; qui les ré Ad totië^ atnouretl Ae» 
et les livre à là diBCrétionide leur^ amans.^ LeS 
vieilles sont tentées aussi d'en goûter; elleà iert 
éprouvent Le^aéfOfi çflet; ^aais.&n itiain. La Folie 
cependant, dont le hameaasuiviltùutjotirs les lois, 
revient d'un voyage qu'elle fit je nesaié où; les 
Ris et les Jeux ont disparu pendant; son absence; 
elle ne retrouve dtans ce séjour chéri que^des 
langueurs et^ de fkdes tendriisSk^.'^Dispute avec 
l'Amour , à qui elle proposé un combat singùlîë^,^ 
dans lequel du premier coup eHe lui fait perdre 
la vue. L'Amour demande justice ati tribunal du 
lieu ; le bailli en cfsile président ^ le bedeau plaidé 



366 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
pour l'Amour, un des bergers pour la Folie ; lé 
failli , c'est Mercury lui-même déguisé aipisi par 
Tordre de Jupiter, décide, comme dans la Fable, 
^ue le dieu restera aveugle, m|^9 que la Folie 
désormais lui seprira de guide..,.. Il n'y a dans 
pet opéra -vaudeville ni beaucoup d'esprit, m 
beaucoup de gaieté, quelque libre^ quelque ha- 
sardé qu'en soit le ton , pour ne rien dire de 
plus ; mais on y trouve des mouvemens descène 
assez rapides,- et dans Fensewbl^ uji- certain tu- 
multe, qui ne déplaît point, qui supplée inéme 
cga quelque manière, du mpi^Qç. à la représenta^ 
tion , à tout ce qui manque à c^t ouvrage pour 
être. vraiment agréabl^. - : 
. . C'est dans pette. pièée qtt«. M. Parisau a paisé 
V^ée du compliment dialogué par lequel les 
Coili^dieçis italiens :09tfâit lê.çlq^tuçê de leitf 
Tip^s^trie. VAvm^r y parait ayeiigle ^ c<mdutt pv 
}aL FoUe i il Iwfdi*;* «1 Prepds biiè*! gai?de et cbûi- 
^ .siai,le meiUew cbiemin...:N!e dirait-on pas, lui 
^ ifépond la f olif ^ que tu ^i& le premier que 
^ Reconduise?» ■ / ; 

' / ' Sur tùrt EéçeéSiai'^vaus / béUê^fidmmiê, 
. ' ^ <âlik-tlitâtoti}«ùi^:etnèct^îtldgitè^ 

^, . , Mou ami, je $çr»jde lisière', ^ 
A la moitié du genre humain. 

. Iris vie^t ,; de jgi part de Jupfter , lui ordonner 
de remontai?; ftu^^ ^i?Hx ; l'Am^lHç : ve«t résister, 
il aime la terre- '^ Jji$. La terre y ^! qu'y fais- 
tu?— Xa FoUe. Ge qu'il a taujQ:i*rs fait, à^ 
heureux et des dupes. — VAmouii Ty suis de- 



Tenu marchand., --r , Ins. C'est c^ qu'on te vef 
proche un pea. --.i'^-r^/noar* T!u ne m'ealeod^ 
psu?; j'y ve^ud^ deft rî^m > de* dfPgiAe® , deschaa^ 
son^..!^ tQr]rç;:ej»tiIe:4^ul séj^Miir q»i me cob^ 
Tienne , on m'y tsAit^ m te, w^vJ^^i^e.-^ Iris. X» 
t]^oi^era$. dans l'Q|ym|]f0 la wiême ;iadu%enQi^ 
et tun'y $eras.pa^.te.^pul dÎQu pmé du boohç ^ 
ie yokr : la FQFt^i^ est san^ yqus.^ Plutus a fo 
tue; très^ba$9ei i^k l'éèn^out , PlutU9 et la Forimiie 
n'en ^mrp^i vsi^vi^. tf^i» a^Y^ugles à qui l'umr 
vers Af^vtàmài^Wyii^nn ^ etc. . m 

Ge petit di^Wgiie .finit piàr iiq ira^deville dôbj^ 
Rowar ne. eàtc3?tfof> qrter l^ deirnicif ; aoupiet, «i TÎt 
y^fiftesit applaudi, .^qpi mérittiit bien de l'èn^f^ 
cbwitéç|^ B^aviie, DHgaaon./ ^'^ celui .d«Jb 

Jolie.. \ . ,>r. •;:;•■ -, .'::;v' .^ : - .-.î 

«9£ir Tair ^ Flonne. 

• : ) ;m 3; ' . 1. i ^ 1 *;i: .• . > ' v.'. . . ; ■ 1 

« Qtt'loïKnnrv rcRvmrnf »a cit} ^qp^'ï lue j r r*. • > 

.Jerç8tei9i.gpiMr.iQLasaii,t^.. ; _ T^ 

. \ Poin£ dç gati^té f;^A-l9 ^oUe I \ . . '^v' 

Point de bo^heur sans la^ gaieté. ' . 
* On i)réténd qu'à là gent Huihàiné ^ 

fe sers dt |;^liîe ëi pour toujcruî^; 

i .: II". :•. :..:.-', / ? ".? ."- '::...: : ; ' • t 

ffujmrs et tes éemùà deSénègme^QU/iseruir d'Jnàxh 
^«ictiùn}àla> kctm^dècePhilosophek 'IHur. M. Dtd« 
^^i)fleii3c YoliHnef in-S^; nouFoUe édîtiod. AliOni 
di^^C'est^^diareàibiuillon. Cette Qoi^ 
^ tpèat-çoiisidéirahfelnent au^eist^, et aoMB a 



3«é CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
paru en général jilus favorabiement accueillie en- 
vore qiie là pretaière. L'auteur avait d'aboMeute 
projet de* répondre en détail àtoutes les attaqua, 
à toutes lad objections qUé* Ini^aVàit faites l'es- 
saim bruyant dé nos journaliste^; depuis il a 
ébangé davis, et, choisissant dans le nombrié'dé 
ces critiques celles qui ^k:^vai^nt prêtct aux 
4éclairciss^men6 lès^ plus<intôt(Ëdsahs-ôu- Ids plus 
tililes, il sestdétenniné à'&2ré'>Biïlrert(miésses 
réponses dans la corps même^^die r-^uv^agÊ. L'a^ 
pologie de Sénèque «n' ejeft d^élMxe pli»'«(»fi» 
î>lète ou dû ^oioim ptus ingéÊftti^ey h dâfatr&e 
cbntre Jv h RouS9è&u \ diatribe qu^n âTai(; lii^^ 
vée siréioltante-, bean^Û^>{Ao^lété]idue ^mkùi 
vkùûyèe^t par-là-^m^^Qèf'^péW^èft'è^ m<4i» vio^ 
lente, moins odieuse. Mais si le fonds du livl*^* 
beaucoup plus riche qu'îf rie îëtait, la forme en 
est aussi pliiSliéRoiMue; âifxail^pnmdte son parti 
de voir l'auteur pass;er tout - âi-^dotip du palais 
des César au grenier'c^é'MM.'R'byou , Grosier et 
consors, de Paris à Rpmc|,^^}^ IRorae à Paris, du 
règne de Claude à celui de Lf^^û^ ?^Vy du collège 
de la Sorbonlœ à celui des Af^vres, s'adresser 
tantôt aux maîtres du mondé ,^^Mot; anxderniers 
roquets de la littérature, et, dans son enthou- 
siasmé drssnatiqliè, faire pKaà^Ieri^ uns, réfwn^ 
dré les >autres^^s'^^postrophd^ltirv- même, apt)8' 
trbpber seéleclevirs etleur^laissotv^^uveiit 1^' 
barrai de obJérchér- quel est lé personnage quoi 
£Mt parler^ oa cpjad é^ celuiaiSquel il s adiresse. 
s: :Cç désorsstee. est sans doute^ un. d!é£u3t ^ maîB ce 



MARS 178a. . 56$ 

défaut ne rçnd l'ouvrage ni moins original, ni 
moins piquant; il ne saurait détruire l'effet de. 
ces belles pages traduites de Tacite , que Tacite 
hii-méme n'eût pas autrement écrites s'il eût 
écrit dans notre langue, ni de beaucoup d'autres 
que ce grand écrivain n'eût pas désavouées, 
quoiqu'elles ne soient point de lui. Il m'est ar- 
rivé plus d'une fois, en relisant ce beau morceau 
surlerègnede Claude et de Néron, de vouloir com- 
parer avec l'original des paragraphes entiers que 
j'avais pris pour du Tacite tout pur, et de n'en 
pouvoir retrouver dans cet auteur ni le premier 
trait , ni même la plus légère trace ; j'ose assurer 
que le lecteur le plus familier avec la manière de 
Tacite pourra s'y laisser tromper sans peine. On 
ne saurait flonc avoir trop de regret que M. Di- 
derot n'ait pas eu le courage d'entreprendre la 
traduction entière de ce sublime historien ; elle 
lui avait été demandée par madame la Grande- 
Duchesse de Russie, et cette demande n'honore 
pas moins le goût de cette jeune princesse que 
le génie et les talens divers de notre philosophe. 
Cette nouvelle édition de V Essai sur Sénèque 
n'ayant paru que sous une permission tacite, 
l'auteur a eu la liberté d'y insérer beaucoup de 
choses qu'il avait été forcé de supprimer dans 
la première ; on pourra même trouver que cette li- 
bertéaétéportéefortloindansplusieursendrjoits, 
comme dansleparallèlejdu caractère de Claude et 
de celui d'un Roi qu'il n'est pas tUfficile de veooiy 
I. •a4 



370 CORRESPONDANCE LITTERAIRE , 
naître , puisqu'on cite de lui des mots connus de 
tout le monde. 

Nouveau Fojage en Espagne y fait en i^yi et 
en 1 778 , dans lequel on traite des Moeurs y du Ca- 
ractère y des Monumens anciens et modernes y etc. 
Deux volumes in-8®. Nous avons si peu de bons 
ouvrages sur TEspagne, que celui-ci ne pouvait 
manquer d'être reçu avec empressement , quoi- 
qu'il laisse encore beaucoup de choses à désirer 
et qu'il soit en général assez mal écrit On l'at- 
tribue à un médecin e^agnol, M. Peyron,et 
l'on assure que c'est M. l'abbé Morellet qui s'est 
chargé de le revoir , quant au style. Tel qu'il est, 
ce Voyage a paru infiniment^plus instructif que 
celui de Baretti , rempli de minuties j fort supé- 
rieur à celui de M. Silhouette , qui n'est qu ua 
ouvrage très-superficiel; moins diffus, moins pe- 
sant que celui de Colmenar; plus exact encore 
que ceux de Labbat et du religieux Lombard; il 
embrasse aussi ^us d'objets que celui de labbé 
Ponz, ouvrage d'ailleurs fort estimable quant 
à la partie des arts, dont cet auteur s'est essen- 
tiellement occupé. 

Un des morceaux les plus curieux du nouveau 
Voyage est la description très- authentique et 
très*circoastanciée de Vauto-dafé célébré sous le 
sègne de Charles II en 1680; ce qui n'est pas 
moins remarquable, c'esj; lextrait de la Consut 
tjUÂon présentée' à ce mém€ Charles U, par doa 



MARS 1782. 371 

Joseph de Ledesma, sur les abus sans nombre du 
tribunal de Flnquisition; il n'existe peut-être au- 
cun ouvrage plus propre à faire connaître le yé- 
ritable esprit de cette aflfreuse juridiction. On 
peut lire avec plus de tranquillité tout ce qui 
concerne la dernière victime d'une superstition 
si monstrueuse, depuis qu'on sait que cet il- 
lustre infortuné (1) coule aujourd'hui, à Paris, 
des jours paisibles, qu'il y jouit d'une assez 
grande partie de sa fortune ,. pardonnant en bon 
chrétien aux capucins, aux inquisiteurs, et tâ- 
chant d'oublier les persécutions des uns et le ca- 
téchisme des autres au milieu de nos spectacles, 
de nos philosophes, de nos Aspasies, quelque- 
fois même de nos Lais. 11 n'y a paS trop de tout 
ce qui peut distraire pour effacer de si tristes 
souvenirs- 

Histoire de la dernière Révolution de Suède ^ 
précédée d'une Analyse de V Histoire de ce pajrSy 
pour développer les causes de cet événement. Par 
Jacques Lescène-Desmaisons^ avec celte épigra- 
phe tirée de Pline : Cogitemus si majus Princi- 
pibus prœstemus obsequium qui servttute civium 
quant qui lihertate Imtantur. Un volume in-ia. 
Le tableau d'une époque si mémorable, et pour 
le bonheur de la Nation suédoise et pour la gloire 
de Gustave , demandait le pinceau de Salluste ou 
de Saint-Réal. M. Jacques Lescène-Desmaisons ne 
^possède assurément ni l'un ni l'autre ; son style 

(i) M. d*01iTadè», soos le nom de M; le comte de Yilo. 



3;^ CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
a de l'emphase et souvent même une impropriété 
d'expression tout^à-Êiit choquante; sa narration 
manque d'intérêt et de clarté. Les faits princi- 
paux sont indiqués, dit-on, avec assez d'exacti- 
tude ; mais la plupart des noms propres sont es- 
tropiés au point d'être pour ainsi dire mécon- 
naissables. On a trouvé une affectation ridicule 
dans l'emploi sans cesse répété de la dénomina- 
tion si extraordinaire des deux partis qui déchi- 
raient l'État avant l'heureuse révolution qui dé- 
livra la Suède de ses tyrans; il est vrai que ces 
noms de bonnets et de chapeaux, employés 
toujours très -gravement par notre historien, 
donnent souvent à ses phrases une tournure 
vraiment burlesque. U Analyse , qui précède 
l'Histoirt de la Révolution , est trop longue pour 
un précis, et Ton y remarque cependant des 
omissions essentielles. Comment lui pardonner, 
par exemple , d'avoir passé absolument sous si- 
lence et la translation de la couronne d'Ulrique- 
Éléonore au prince de Hesse, et l'époque qui fit 
passer cette couronne à la Maison qui la porte 
aujourd'hui ? 

La plus ^ande obligation que nous ayons à 
M. Desmaisons, c'est d'avoit recueilli, à la fin de 
son volume , quelques lettres du Roi, et ses dis- 
cours à la Diète et au Sénat , discours dignes d'un 
Roi citoyen , et dont la main même des Tacite et 
des Salluste eût craint sans doute d'altérer l'au- 
guste et noble simplicité. 



AVRIL 1782. 



DiiPUisplusieurs années il n'a encore paru'deRo* 
mandont le succès ait été aussi brillant que celui 
des Liaisons dangereuses^ ou Lettres recueillies 
dans une Société y et publiées pour f instruction de 
quelques autres f par M. C^"^"^ delT"^^^ avec cette 
épigraphe : J'ai vu les mceurs de mon temps, et 
fai publié ces Lettres. M. C*** de L*** est 
M. Chauderlos de La Clos, officier d'artillerie; 
il n'étaitconnu jusqu'ici que par quelques, pièces 
fugitives insérées dans \Almanach des Muses ^ 
et plus particulièrement par une certaine Epi^ 
tre à Margot j qui manqua lui faire une tracas- 
serie assez sérieuse à dause d'une allusion peu 
obligeante pour madame la comtesse du Barri, 
dont la faveur, alors au comble, voulait être res- 
pectée. 

On a dit de M. Rétif de La Bretonne qu'il était 
le Rousseau du ruisseau. On serait tenté de dire 
que M. de La Clos est le Rétif de la bonne com- 
pagnie. Il n'y a point d'ouvrage en efiet, sans 
en excepter ceux de Crébillon et de tous ses 
imitateiu^s, où le désordre des principes et des 
mœurs de ce qu'on appelle la bonne compa- 
gnie et de ce qu'on ne peut guère se dispenser 
d'appeler ainsi, soit peint avec plus de naturel^ 
de hardiesse et d'esprit : on ne s'étonnera do^c 
point que peu de nouveautés aient été x^^^% 



374 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
avec autant d'empressement; il faut s'étonner 
encore moins de tout le mal quç, les femmes se 
croient obligées d'en dire ; quelque plaisir que 
leur ait pu faire cette lecture , il n'a pas été. 
exempt de chagrin : comment un homme qui 
les connaît si bien et qui garde si mal leur se- 
cret ne passerait-il pas pour un monstre? Mais , 
ea le détestant , on le craint, on radmke,on le 
fête; l'homme du jour et son historien, le mo- 
dèle et le peintre sont traités à-peu-près de h 
même manière. 

En disant que le vicomte de Valmoiit, l'un 
des principaux personnages du nouveau Ro- 
man, parvient, à force d'in^igue et de séduc- 
tion , à triompher de la vertu d'une nouvelle 
Clarisse, abuse en même tem^ de l'innocence 
d'une jeune personne , les sacrifie l'une «t l'au- 
tre à l'aipiusemejat d'une courtisane et finit par 
les jéduire touie^ deux au désespoir, on pour- 
rait bien faire soupçonner que c'est là , selon 
toute apparence, le héros de notre Histoire. Eh 
bien, tout Stublime q^ii'il est dans son genre, ce 
caractère n'est encore que très - subordonné à 
eelui.de la marquise de Merteuii, qui l'inspire, 
qui le guide, qui le surpasse à tous égards, et 
qui joint encore à tant de ressources celle de 
Gonserver.la réputation de la femme du monde 
la plus vertueuse et la {dus respectable. Val- 
lont n'est pour ainsi dire que le mimstre secret 
Sies plaisirs, de ses haines et de sa vengeance; 
c'est tyi vrai Lovelace en femme *^ et comcaele* 




\ 



AVRIL 1782. 375 

femmes semblent destinées à exagérer toutes les 
qualités qu'elles prennent, bonnes ou mauvai* 
ses., celle-ci , pour ne point manquer à la vrai* 
semblance, se montre aussi très '-supérieure à 
son rival. 

On croit bien qu'après avoir présenté à ses 
lecteurs des personnages sd vicieux, si coupa* 
blés, Faucteùr n'a pas osé se dispenser d'en faire 
justice; aussi l'a-t-il fait M. de Yalmont et ma* 
dame de Merteuil finissent par se^brouiller, un 
peu légèrementàla vérité; mais des personnes de 
ce mérite sont trèsK^apables de se brouiller ainsi: 
M. de Yalmont est tué par rami qu'il a trahi; la 
conduite de madame de Merteuil est enfin démas-^ 
quée; pour que sa punition soit encore plus ef- 
frayante , on lui donne la petite-vérole qvd la 
défigure affreusement ; elle y perd même un 
œil, lety pour exprimer combien cet accident l'a 
rendue hideuse , on fait dire au marquis de'^'^'*^ 
que la maladie Va retournée , et qu'à présent 
son âme est sur sa figure^ etc. 

Toutes les circonstances de ce dénouement ^ 
assez brusquement amenées, n'occupent guère 
que quatre ou cinq pages ; en conscience , peut"» 
on présumer que ce soit assez de morale pour 
détruire le poison répandu dans quatre volumes 
de séduction , où lart de corrompre iet de trom* 
per se trouve développé avec tout le charme 
que peuvent? lui prêter les grâces de l'esprit et 
de l'imagination , l'ivresse du plaisir et le jeu 
très-entraînani; d'une intrigue aussi facile qu'in- 



376 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
génieuse? Quelque -mauvaise opinion qu'on 

. puisse avoir de la société en général et de celle 
de Paris en particulier, on y rencontrerait , je 
pense, peu de liaisons aussi dangereuses pour 
une jeune personne que la lecture des Liaisons 
dangereuses de M, d« La Clos. Ce n'est pas qu'on 
prétende l'accuser ici, «)mme l'ontfait quelques 
personnes , d'avoir imaginé à plaisir 'âes carac- 
tères tellement monstrueux, qu'il&i«ne peuvent 
jamais avoir existé : on cite plus d'une société 
qui a pu lui en fournir l'idée; mais, en peintre 
habile, il a cédé à l'attrait d'embellir ses mo- 
dèles pour les riendte plus piquans, ef c'est par- 
là même que la peinture qu'il en fait est deve- 
nue bien plus propre à séduire : ses lecteurs 
qu'à les corriger. 

Un des reproches qu'on a faits le plus géné- 
ralement à M. de La Clos, c'est de n'avoir pas 
donné aux méchancetés qu'il fait faire à ses hé- 
ros un motif assez puissant pour en rendre au 
moins le projet plus vraisemblable. Le motif qui 
les fait concevoir est en effet assez frivole; c'est 
pour punir le comte de Gercourt de l'avoir 
quittée pour je ne sais quelle Intendante , (jue 

' madame de Merteuil emploie : toutes les res- 
sources de son esprit et toute l'adresse de son 
ami à perdre la jeune personne qu'il doit épou- 
ser. c( Prouvons - lui , dit -elle à Valmont, qu'il 
» n'est qu'un sot ; il le sera sans doute un jour; 
» ce n'fst pas là ce qui m'embarrasse, mais le 
» plaisant serait qu'il débutât par-là,.. ^i^ 



AVRIL 1782. 37jr 

c'est, là l'ob^l^: vttiporiant de Unt d'iQtri^eiivde 
tant de perfidies. 

On peut ,douter si Yaimônt est -aâcnpureux de 
laimable présidente de Tourvél; en employant^ 
pour la séduire, 0ut l'artifice imagiûable, U.tteoâi'- 
ble qu*il n'ait d'autre but que celui d'assurer àù 
vice l'espèce d'avantage qu'il peut usuiper qu^l* 
ques.momens ^ur h^ vertu même la plus pute. 
Mais ne pourrait-on pas faire Iç w^ême reprodie 
au caractèrç que Richardsopi donii^ à Lovelace? 
XiOvelace est-il vrai,^)ent ai^Qureux de Clarine ? 
Comme Valmpnt ^ il ne chei?che que le ckà^me 
des longs combqts et les détails d^une pémid^ 
défaite. 

Ce n!est pas sa^ns quelque regyet.qu'on se per- 
met d'en convenir, mais l'expérience le prouve 
trop bien tous les jours : à en juger par la cônr 
duite de beaucoup de gens, il £s^i^t*bien que le 
vice ait ses plaisirs comme 1^- vertu; et cei.^ui 
constitue décidément le caractère du méchant 
comme celui de l'homme vertueux, c'est de l'ê- 
tre sans aucun objet d'utilité personnelle et pour 
le seul plaisir de l'être. La, société donne aux 
hommes taAt de besoins, tapi d'espèces d'amour- 
propre à cqnteuter, elle leur, laisse tant d'in- 
quiétude, tant d'activité dont on ne sait le plus 
souvent que/aire ! Si la bonne compagnie offre 
assez de gens, aimables qui ne trouvent que dans 
la tracasserie et dans les méchancetés de quoi 
occuper le vide de leur cœuï, l'inutilité de leur, 
fxisteuce, pourquoi refuser à madame de MeiN 



37« CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
feuil y au vicomte 4e Vaimont rboimeur d^avoir 
été de ce nombre? 

'Pour avoir «tie juste idée de tout le talent 
qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître dans 
l'ouvrage de M. de La Clos , il faut le lire d'an bout 
à l'autre ; il n'y en a pas moins dans Fensemble 
que. dans les détails. Les caractères y sont par- 
£iitémenfr soutenus; la naïveté de la petite de 
Volange est un peu béte , maïs elle n'en est que 
plus vraie, ^ ce personnage contraste aussi 
heureusement avec Tesprit de madame de Mer- 
teml que les vices de celle-ci avec la verta ro- 
teanesque de madame de Tourvél. L'extrême 
sécurité de madame de Volange sur la conduite 
de sa fille est peut-être ce qu'U y a de inoins 
vraisemblable dans tout l'ouvrage ; ^e est jus- 
tifiée cependaaeit autant qu'elle jpeut Pêtreetpar 
ï^âdresse de madame de Merteuil, et par cette 
iBoaifianoe qu'une femme, dont la vie fut tetjpjours 
irréprochable , prend si natureilement dans tout 
oc qui l'entoure. On peut croire «ans peine qu^ 
la fille d'une madaiûe de Merteuil serait à<;oup 
rôr mieux gardée que ne l'est la petite Ht Vo- 
lange; l'expérience du vice à suir ce foittt de 
^ands avantages sur les habitudes de la vertu. 
Parmi les épisodes qui enrichissetït^cette in- 
génieuse production on ne peut se irefaserau 
plaisir de citer celui de la fameuse av^mtnredes 
inséparables, dans laquelle le joli Prét^anj^'P^^ 
avoir triomphé glorieusement dans 'la voém^ 
nuit de trois jeunes beautés , oblige Te lende- 



AVRIL 1782. 879 

main leurs amans à lui pardonner cette triple 
trahison , et à se croire ses meilleurs amis. L'a- 
venture de maclame 4e Merteuil avec ce même 
Prévan est peut-être encore plus piquante. Son 
ami Valmont l'exhorte à s'en défiejr i; c< S'il peut 
» gagner seulement une apparence^ lui dit-il, il 
» se vantera, et tout sera dit ; les sots y croiront, 
y> les médians auront l'air d'y croire; quelles se- 
» ront vos ressources ?... » Madame de Merteuil 
lui répond; « Quanta Prévan,, je veux l'avoir 
» et je l'aurai; il veut le dire^ et il ne* le dira 
» pas; en deux mots, voilà notre Roman... » Et 
ce Roman n'en est pas un ; car madame de Mer- 
teuil tient parole. 

Il n'y a pas moins de variété dans le style de 
ces Lettres quHl n'y en a dans les différens ca- 
ractères des personnages que l'auteur fait pa- 
raître sur la scène. La Lettre du vicomte à son 
chasseur et la réponse de celui-ci ne^oiit pas au« 
dessous de celles de Lovelace et de son Joseph 
Léman; cependant elles n'ont d'autre rapport 
ensemble que celui d'être. également vraies^, éga-* 
lement originales. 

Thalie aux Com4^^M /ra/içaisy au sujet de 
V ouverture de leur nouvelle Sùlie. 

Ecoutez , messieurs les acteurs , ' 

Ecoutez ma plainte folâtre : 

Lorsque vous ckangez de Théâtre ,, ' 

ïf e pourrîez-vôus changer d'auteurs ? 

Melpomène , ma sœur altière , 

Peut encor descendre çbez vous ^ 



38o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

La Harpe , Dacb et Lemierre 

Lui rendent des soins assez doux. 

Mais comment y suis-je. traitée? 

Jadis on y suivait ma loi , 

£t maintenant, ah] je le vois, 

A peine y snis-je regrettée , 

A peine y songe>t^6n à moL 

Du lamentable La Chaussée ... 

Les lamentables successeurs 

De mes États m*ont expulsée. 

Et noyé mes ris dans les pleurs. 

Quoique veuve encor très- jolie , 
r . • D'un -vdlte de mélancolie ' ^ 

Par eux vftofi front fut revêtu^ 

Hélas ! dans ma, juste furie , * 

Faudra-t-il que je me marie 

Avec Boniface Pointu (i) ? . 



Enigme-Logôgriphb. 

iTenibraSsai tout , et mon génie 
Cueillit tous les lauriers destinés au talent : 
De l'empire des . arts usurpateur- brillant , 
. ' Lecteur , ppuc ^'^n^rer r£urop^ est réunte. 
Profond , lég^r ^ malin , agréable , érudit , 
Tour-à-tour faible et magnanime. 
Je suis moi-même une énigme sublime ^ 
Dont le mot n'est pas encor dit. 
£n attendant qu'on y réponde , 
Ecoute bien , : mon. premier nom 
Est tQut entier dans mon second. 
Et mon second remplit le monde. 
Le problème , lecteur , doit être résolu ; 
Si tu le lis deux fois , tu ne m'as jamais lu. 
(i) Personnage d'une comédie donnée dernièrement avec le pins 
grand succès sur le Théâtre de Jeanot, la suite de Jérôme el diEustacke 
Pointu^ 



AVRIL 1^82. 38i 

Les Comédiens français ont fait, le mardi 9; 
louverture de leur nouvelle salle du faubourg 
Saint-Germain par VIphigénie de B^cine, pré- 
cédée de V Inauguration du Théâtre français, en 
un acte et en vers de M. Imbert Ce serait ici le 
lieu de feire ou l'éloge ou la critique détaillée 
d'un monument commencé depuis tant d'années^ 
attendu depuis si long-temps, et que la magnifi- 
cence de nos Rois devait sans doute à la gloire 
des arts qui ont illustré la Nation; mais, dans la 
crainte de remplir mal une tâche qui suppose des 
connaissances dont nous sommes entièrement 
dépourvus, nous croyons devoir nous bornera 
quelques observations générales qui n'ont édiâp- 
pé à personne , et qui nous ont pa^u confirmées 
par l'opinion même des gens de Tart. 

La façade extérieure du bâtiment a été trouvée 
généralement beaucoup trop massive; rien n'est 
plus opposé au caractère d'élégance qui convenait 
si bien à un édifice de ce genre» Le vestibule 
intérieur de la salle forme une double galerie 
soutenue par une multitude de colonnes, dont 
le premier coup-d'œil offre un aspect assez pi- 
quant , assez agréable ; mais , examiné avec plus 
d'attention, on y trouve plus de singularité que 
de grandeur, plus de luxe que d'utilitéj on s'a- 
perçoit avec humeur que l'artiste a sacrifié au 
plaisir de faire une chose nouvelle, extraordi- 
naire, les convenance^ les pluà essentielles à 
Tusage du public j que les escaliers , trop roides 
et sans repos j pour ne pas occuper trop d'es- 



38a CORRESPONDANCE UTTEllAIRE. 
pace, sont très-incommodes à monter, plus in- 
commodes encore à descendre; que tous les 
passages d une partie de la galerie à Fautre sont 
ridiculement resserrés, et que la prodigieuse élé* 
vation de cette double galerie la rendra l'hiver 
d'un froid insupportable, en dépit de tous les 
poêles et de toutes les précautions qu'on pourra 
prendre pour la réchat^r. L'intérieur de la salle 
est d'une forme ronde ; le Théâtre, avancé sur un 
segment du cercle, n'en interrompt point la ré- 
gularité. Un lustre, suspendu au centre d'un dôme 
très-omé de sculptures, éclaire seul la salle, et, 
pour lui donner encore mieux l'air du soleil, on 
a imaginé très-ingénieusement de l'entourer de 
douze figures de carton représentant les douze 
signes du zodiaque, allégorie dont Taffectatioii 
précieuse et recherchée n'a pas paru d'un fort 
bon goût. Quoi qu'il en soit, on ne saurait nier 
que la forme intérieure de cette nouvelle salle 
ne surprenne d'abord par un ensemble assez 
vaste ,' assez imposant; mais l'avantage de ce pre- 
mier aperça n'empêche pas qu'on n'obserre 
ensuite que les pilastres* qui soutiennent ou 
paraissent soutenir les arcs du dôme sont du 
dessin le plus pauvre et le plus mesquin; que 
la coupe en est trop grêle, qu'interrompue mal- 
à-propos par une partie des loges , on en suit 
difficilement l'ordre et la base .• c'est ce défaut 
capital qui, joint à la blancheur uniforme de 
tous les ornemens de sculpture, a fait dire que 
la nouvelle salle ressembl^iit à çe$ boîtes de su- 



AVRIL 1780* 383 

cre dont on pare aujourd'hui nos desserts. Une 
faute plus essentielle encore que l'on reproche à 
MM. Peyre et de Wailly , c'est d'avoir si mal com- 
biné et le plan général de l'édifiée et la distri*» 
bution particulière des loges, qu'il s'y trouve un 
grand nombre* de places d'où l'on voit mal et 
d'où l'on n'entend guère mieux^ lia galerie qui 
domine autour du parquet forme une espèce 
d'avant-toit $ur les loges du rez-de-chaussée qui 
leur cache à-peu-près les deux tiers de la scène; 
elle a tellement forcé d'élever les premières et 
les secondes loges, que ces dernières le sont plu» 
que ne l'étaient dans l'ancienne salle les troi- 
sièmes ; de toutes ces^ loges on voit les acteurs 
comme dans le fond d'un puits. La voix va se 
perdre dans le centre du dôme et dans les angle^r 
multipliés de tous les omemeiis en bosse dont^ 
il est surchargé : les seules places où Ton puiiïsiir 
entendre sans un effort d'attention fatigant soM 
celles qui sont en face : on perd beaucoup dan^ 
les places de côté, même à Torchestre. Quelque 
grand que soit le lustre dont la salle est éclairée, 
il ne saurait l'éclaira* suffisamment ; il est im^ 
possible de distinguer les objets d'un rang d^ 
loges à l'autre; tout s'efface et se confond, et le^- 
femmes, faites pour parer le spectacle, sont ré- 
duites au plaisir qui leur est souvent le plus in- 
différent, celui de voir et d'écouter. Le Théâtre 
est fort large, mais il n'a point de profondeur , 
disposition peu favorable à l'effet des décora^^ 



384 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
tiails^ qui peut embarrasser le jeu de l'acteur et 
nuire à la pompe du spectacle. 

Mais en voilà sanjs doute, assez sur un objet 
qu'il faut laisser! discuter à des juges plus ins- 
truits. Il y a peu de chose à dire de la petite 
pièce de M. Imbert; ce^sont des scènes épisodi- 
qiies versifiées ^avec autant de facilité que de 
négligence^ et qui prouvent seulement qu'avec de 
l'esprit et de l'imagination M. Imbert a si peu 
de talent pour le. Théâtre qu'il n'en a pas même 
pour ce genre , de tous assurément celui qui en 
exige le moins. 

Il y a beaucoup d'esprit , beaucoup de raison, 
beaucoup de malignité dans la. comédie-vaude- 
ville représentée le même jour sur le Théâtre 
italien; mais la critique en a paru trop dure, 
trop amère; l'invention en est d'une allégorie 
trop alambiquée; et pour être plein de mots 
peureux, le dialogue n'en est pas moins dé- 
pourvu et de mouvement et de rapidité. Cette 
pièce, annoncée d'abord sans titre , a été donnée 
depuis sous celui du Public vengé ^ précédée d'un 
prologue intitulé le Poisson d'Avril; elle est de 
M. Prévôt, avocat au Parlement, et quoiqu'il ne 
soit plus jeune , nous croyons que c'est son pre- 
mier essai dans la carrière draûiatique; il n'est 
pas plu$ connu dan^ celle du barreau. 

Voici l'idée du prologue. Momus trouve le 
^ifQet du Public, oh! la bonne trouvaille par le 



AVRIL 178a. 385 

temps qui court ! Il en fait présent à la petito 
Thalie, fort occupée du compliment qu'elle doit 
faire, selon Tusage, au Public. On le voit paraîlrej 
la Muse, qui n'est pas encore prête, se sauve sbu8 
la toile. Momus , caché à l'avant-scène par les 
roseaux, écrit sur ses tablettes, et le Public s'a- 
vance en péchant du même côté; ce Public est 
de fort mauvaise humeur et d'avoir perdu son. 
sifflet et de n'avoir rien pris de la journée. Tan- 
dis qu'il s'en plaint, Momus attache ses tablettes 
à l'hameçon de la ligne et reste caché. Le Public 
retire la ligne, et trouve sur les tablettes le cou- 
plet que voici : 

Qui réclame uH sifflet de prix ? 

Momus promet de le lui rendre , ' 

S'il veut au spectacle aujourd'hui 

Sans rien critiquer tout entendre* 

Ce Btarcbë-là tous convient-il ? 

Il jette les tablettes en souriant, 
Ma fol , c*èst un poisson d'AvriL 

La petite Thalie re vient, ^remet humblement au., 
Public son sifflet et lui dit : . ^ 

Ne courbez pas sur nous ce sceptre rigoureux , ^ 

Le moment où Ton rentre est fait pour les keureux. 

Monseigneur est fort étonné, de trouver sur l'af- 
fiche : Les Comédiens italiens donneront aujour- ? 
d'hui le PubliCy comédie nouvelle. M'qfficherî 
de moi s' amuser l je vais faire beau bruit., ^,^ 
Calmez 9 lui répond Momus, calmez ce grand 
dépit; car on dirait, vous vous sifflez vous-même. 
Tous les personnages de lanoiivelle comédie- 



386 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
Yaudeville sont allégoriques. Le fond du Théâtn* 
représente un désert; la Vérité y parait endormie 
<laus les bras du Temps; on voit de côté et d'autre 
des'inscriptions et différens emblèmes de laré- 
Tolution des systèmes et des modes. L'Opinion j 
le Caprice, girouetj:e tenant le porte-feuille du 
Public, l'Amphigouri et toute sa troupe composée 
de la Cabale, du Paradoxe , de Nycticorax , du Dra- 
momane, de l'Harmoniche, avaient cherché de- 
puis long-temps à éloigner le Public de la Vérité- 
Le Génie national*, exilé par le mauvais goût, re- 
vient, après de loiigs voyages, en France sa patrie; 
il fait fuir tous les fantômes ridicules qui s'é- 
taient emparés du Public, lui ôte les lisières par 
lesquelles ils le tenaient attaché, et le réconcilie 
avec la Vérité , les Ris et les Grâces. Il est difficile 
de donner à un sujet allégorique beaucoup de 
mouvement et d'intérêt; le développement de 
celui-ci n'est souvent ni assez clair ni assez ra- 
pide; mais, à travers des longueurs qui ont dû 
huir^ au succès de l'ensemble, on n'a pu s'em- 
pêcher d'y applaudir un grand nombre de dé- 
tails , d'une critique vive et piquante. Dans les 
couplets de l'Agréable de ville, l'un des person- 
nages qui viennent faire leur cour au Public, on 
ar trouvé qu'il y en avait dont M. de Beaumar- 
chais pourrait avoir quelque raison de Se plain- 
dre , comme celui-ci : 

Mes procès, 

• Vos valets, " 

lelesgagiMy 



AVRIL 1782. 387 

3t faàê croire à mes propos, . 

Même à mes châteaux , , 

En Espagne, etc. 

tl y. a dans le rôle de madame ^îu Gosfltime où 
de .tnadençioîselle* Berlin, qui comme de raison 
vient au^si rendre compte au Public de ses sue-* 
ces, un madrigal asse^ agréable pour la Reine; 
mais la manière dont il est amené est si gauche 
qu'il n'a fait que peu d eflfet. 

Sur /'air de la Baronne, 

C'est un mystèr/e ; ^ . «^ 

l'rop tard mes cartons sont venus» 

C'*st un mystère» 
<SuruTï|B Grâce je voulus 
Spuiser tous lea dons de plaire , 
Elle avait tout pris chez Ténus» 

Ç*est un ^ystè^. . . , 



W l' - vM 



Dan^ 1^ foule à^ fr^s: dont eet ojifvrJBigr «ât 
rempli , i^çus fjçus ^^pntQpt^roïis d'bn ddoiéir 
encore dçuî ou trois quipOuçî^ont&iréregsrettèr 
que Vstuteur a ai|: pts sp en i^ire un ofiage plus 
heureux^ , . . 

« On trouvera ch^f mbi, dit madame du 
Yi Costi^nQ, d^s poupées à ressort qui repré«* 
t» âçnieronl les mœurs, les conditions, les c&i- 
»> raqières, et en six séances, au plus on aura 
j» le signalement d« toute la Nation. ' j:'' 

)i Depuis .mon exil , dit le Génie national ; j)ia 
)»; vu biea des pays; pas une Nation qui ne soit 
^ jaoa^urëuse de ma n^anière ; on n\e re^tfaettih^ 

25. 



m CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

» partout; je reviens ici, on y accueille tout, 

» hors moi , et j'y suis le seul étranger. » 

Nycticorax lui propose la lecture de quelque 
Philosophe anglais bien noir, bien penseur. 
,« J'aime mieux, lui répond-il , une soirée firan- 
.» çaise que toutes les nuits dé vos voisins. » 



Invention mécanique. On doit plus de décou- 
vertes utiles au hasard ou à l'instinct qu'aux 
réflexions les plus suivies, et les siècles d'igno- 
rance en comptent peut-être plus que les temps 
les plus éclairés. M. Véra, employé à la Poste, 
sans s'être occupé jamais d'aucune partie des 
mathématiques, vient de trouver, pour suppléer 
à la pompe , une machine dont les avantages et 
la simplicité ont attiré l'attentionde TAcadémie 
des Sciences. Une corde sans fin monte et des- 
^ cend sur deux poulies fixées perpendiculaire- 
tnpent l'una à l'autre : la poulie inférieure est 
plongée dans le réservoir d'eau, et la supé- 
rieure , élevée à l'endroit où l'eau doit monter, 
^st enfermée dans une caisse percée à son fond , 
pour laisser passer la corde : l'axe de la poulie 
supérieure en enfile une autre de plus petit 
•diamètre , qui communiicjùe par une- chaîne sans 
-fin à une grande roue fixée perpendiculairement 
là la portée de la main. Cette grande roué est 
mise en mouvement par une mantvelte, ou tel 
Âiitremoy en qu'ony voudra substituer ; son mou- 
iT^menl est transmis* par la ehaîne sans fin à la 
^irtite'pouUei.supérieiiref' etpar coAséqu^nt à U 



AVRIL 1782. 389 

poulie sjipérieiire de la corde, puisqu'elle a le 
même axe. Ainsi la corde sans fin monte con- 
tinuellement^ d'un côté , depuis le réservoir jus- 
qu'à la'caisse, et descend de la caisse au réser- 
voir sans interruption. Sa partie ascendante 
élève autour d'elle une colonne d'eau qu'elle 
dépose dans la caisse en roulant sur la poulie 
supérieure; de la caisse Feàu coule piar un 
conduit dans le bassin destiné à la recevoir. 
La quantité tfeau élevée dans un temps donné 
est proportionnée à la grosseur de la corde et 
à la rapidité dif mouvement. Une corde de spart 
de 21 lignes de circonférence, en sept minutes^ 
élève à 63 pieds aSg pintes d'eau. Une corde de 
chanvre de i5 lignes de circonférence emploie, 
onze à douze minutes pour élever aSo pintes 
à la même hauteur .. ; • 

L'Académie a fait à cette ingénieuse machine 
l'accueil le plus favorable ; cependant il s'en 
faut bien. qu'elle ait atteint le degré de perfec-' 
tion dont elle, est susceptible. 



M. M..; a renoncé, dit-on, à la sainte Eglise, 
pour épouser,' à Neuchâtel, la veuve d'un impri- 
meur. Ce qu il y a de certain, c'est qu'il vient 
à^ nous donner une seconde édition de son. 
Tableau de Paris, en quatre volumes , considé- 
rabletneiit augmentée, mais où Ton retrouve la 
même négligence , les mêmes absurdités , le 
raiême mélange de Vérités Utiles ,. de paradoxes» 



390 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
cxtravagans, de bouffissure, d'éloquence et de 
mauvais goût. - ' : 

Corps d'Extraits de Romans de* Chevalerie^ 
par M. lé Comte de Tressan , de l'Académie fran- 
çaise. C'est sans contredit le Recueil de tout 
ce que la volumineuse Bibliothèque des Romansi 
contient de plus agréable et de plus intéressante 
il n'y a aucun de ces. extraits qui ne plaise au 
lûoins par la grâce , la galanterie et la légèreté 
du style. 

Divertissement à la mode. 

liïTTRE. 

J'aime à rire. Un de mes amis, aussi gai que 
lAoi , vient de me faire le récit d'une aventure 
si plaisante , que je^ rii'émpresse de vous en faire 
part, afin que vous en fassiez vous-même part 
au public, qui aime à rire aussi. 

Mon ami se promenait, ii y a quelques jours, 
dans un jardin atigïaîs , voisin de Paris , ofù il 
admirait les gazons et les eaux, et le* arbres 
étrangers et les belles fabriques. Il regardait de 
loin s'avancer une compagnie' de femmes et 
d'hommes sur un deS; ponts qui décorent cet 
éiysée , lorsqu'il entendit des cris perçons , et 
vît , Tune après l'autre , tomber dans l'eau plu- 
sieurs personnes. II. s'approche et trouve une 
femme effrayée d'avoir vu disparaître sa fille et 
d'entendre ses cris, La jeune personne dans 
Veau jusqu'aux genoux, un petit hpmipe faible 
tdîïibé sur le visage , prêt à se noyer j un jeune 



AVRIL 178a. 59t 

homme sauté dans l'eau pour le sauver de ce 
danger, et pour aider la Demoiselle à regagner 
les bords; vous vous représentez aisément ce 
tableau^ et vous voyez combien il est comique. 
C'est, Messieurs, (ah ! ah 1 ah ! ) que ce pont est 
fait en bascule ( ah ! ah ! ah ! ) , et qu'en arrivant 
à une de ses extrémités ( ah ! ah ! ah ! ) il s'abaisse 
tout-à-coup ( ah ! ah ! ah! ), et ceux qui sont 
dessus tombent dans l'eau ( ah ! ah ! ah ! ) , au 
hasard de se rompre une jambe ( ah ! ah ! ah ! ) , 
ou de se tioyer ( ah ! ah ! ah ! ). Est-ce que vous 
ne trouvez pas cette sèène infiniment risible ? 
N'allez pas croire au moihs qu'il y ait eu ni 
jambe rompue , ni persomie de noyé ; non, on 
a remis, comme on a pu, le petit homme en 
voiture, et on l'a reiivoyé chez lui, où il n'est 
demeuré que huit jours îau lit; la Demoiselle 
en a été quitte pour son pieWot de taffetas que 
Teau et la boue ont perdu, et pour ne pouvoir 
prendre leron de son maître à chanter pour 
quelques jours. Quant à la mère, en passant une 
semaine sur sa chaise longue, elle s'est- remise 
des suites de son effroi , et vous voyez bien qu'il 
n'y .a xh^ à tout cela de tra(gique. 

Ce qui m'étpnne, c'est qiie ce moyen inno« 
cent paanque aux jardinfs d'Angleterre. J'eil ai 
vu beaycopp, et jamais je n'y ai trouvé de 
ponts tréb|ichans. Oa a bien raison de dire 
que ces Anglais sout triâtes; ils ne savent égayer 
ni les affaires ni les jardins. Je crois qu'il serait 
bon d'envoyer au Londçn ina^azine un dessixk 



39a CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
de ces ponts à basculé, et la mantère de les 
placer pour divertir les. gens qui ise promèfeent. 
Vous désireriez peut-être de savoir quel est le 
jardin où l'on peut se procurer un amusement 
si piquant ; mais mon ami n'a jamais voulu me 
le dire (i), sans que je puisse imaginer la rai- 
son de ce mystère, que je lui pardonne pour- 
tant, parce que je sais qu'il est aussi sag'e (|uegaL 
J'ai l'honneur d'être , etc. Signé Cac]|iKno. 

.Vers adressés à monseigneur le print^^ ffenride 

Prusse, à son départ de Spa^ au nom.deMade- 

, moiselle Paulirie , la fille de madart%edw Moléf. 

âgée de neuf ans; p^r M. Audibert^ deMar^ 

seille. , 

Quand vous parte», quand il faut qu*oai vOife quille y 

O Prince le plu§ acçoijt^pU ! ■ ? - 

Sachez de moi , qui n ai jam^i^. menti , 
Que tous les cœurs volent à votre suite , . s . 

' E^ qu'on ne craint que votre oubli. 

Partout on vous admire , on vous chérit ici. 



. Extrait dune Lettre du Roi de Prusse à 
M. d'Alembçrt. . // 

— Braschi vient de prouver que le Pape n'est 
pas infaillible, en faisant une détnarétUe aussi 
inutile que déplacée. Il semble que la Gourde 
Vienne veuille punir le Saînt-Siëge? des excès dé 
Grégoire Vil et d'Innocent IV. Au reste Je me 
porte bien ; je fais des vœux pour votre' santé, 
et j'abandonne à leur mauvaiis sort le Pape, VabW 

(;]^ Ce jasdin est oeluide Moiusean^ 



AVRIL 1783. àgST 

Baynal, lei fanatiques, les philosophes, les^ 
chartreux et surtout les Anglais. 



:3fo/ière à la nouvelle Scdle^ ou les Audiences 
de ThaUe^ comédie en un acte et en vers libres, 
jr^p^ésentée, pour la première fois, sur le riou- 
y®m..Xhéâ4Te du faubourg Saint-Germain, le ven- 
dredi 12, est demeurée >quelques jours anonyme, 
pn avait commencé par l'attribuer à M. Pa- 
lissot : o\x Fa rendue ensuite à M. de La Harpe y 
qui f n a vu bie^tpt le 3uccès. assez, décidé poiw 
oser l'avouer , sans avoir à craindre qu'un nom 
t.Qi^t àrla-fois,<si célèbre et si chanceux auThéâtrer 
put lui por^et encore malheur. 
. Si^ie.pla^ 4e cfîlte petite comédie n'est paa 
d'u^ invention merveilleuse , si l'idée n'en 6st 
pas bien neuve, rexécutîoa en est infiniment 
agré^lev: c'est ¥ne satire dialoguée d'une ma^ 
nière piqr^antç et spirituelle, où l'on trouve 
encore , plus de raison et. de. goût rue d'esprit 
et.djB gaieMf.MelpomcneetThalie viennent ins-; 
tajler Içcir^^ 9vjet$ dans leur nouveau séjour ;^ 
ell^ y (trouvent Molière; Apollon voulut bien» 
Ui. permettre d^ partager la fête. Les deux Muses,, 
après avoir fait aU père de \^ Comédie tout Tac*,* 
c^jjÂil. qu'il înéiiit^', Jinstruisen); , chacune à sa 
manière, dç. l'e^pritl^ dvi ton, d^es mœurs et du 
gQÙt de ïio^re siècle. Thalie, en le quittant y le 
cl^argp de recevoir pour elle^^tow les originaux 
qui se préseuterçnt à l'audience publiée par 
son ordre. Malht&uxeus^ment Je nombi*e de ces 



394 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
originaux n'eàt pas grand : c'est M. Baptiste, un 
garçon de café , qui s'est fait auteur ; M. Miso- 
grame, un négociant, fort ennuyé du bureau d'es- 
prit établi malgré lui, dans sa maison, par sa 
femme ; M. Claque , un chef de cabale , un capi- 
taine commandant au parterre, en un mot, le 
chevalier de La Morlière ; le Vaudeville , sous les 
jolis traits de mademoiselle Goiitât; la Muse du 
drame, c'est-à-dire Dugazon hafbillé en femme, 
sous une grande coiffe de cré^' ré'ildiiéê avec 
des rubans couleur de feu, une longue robe 
noire traînante, toute garnie de lambeaux de 
papier, sur lesquels* o» lit ces grands mots , ^h ! 
Ciel! Dieu ! grand Dieu l fi^ettu f Crithe ! Na- 
ture ! Ce dernier pare digneiiiélif la ^^ueue de la 
robe. L'auteur, après avoir fait parlet' tant <^*il 
;a voulu tous ces personnages, -fart ouvrir le fond 
du Théâtre ; o« voil ïes statuts <iè tous lés grands 
auteurs dramatiques^ ApoUôïï (?st e^ire Mel- 
pomène et Thalie; <ihacuhe d'elles conduit les 
auteurs de son genre; les autres Muses ont àUssi 
leur suite qui porte des guirlâncifed de flèuirs ^t 
des couronnes de laurier. On dànls^, àU cou- 
ronne les stàtoeà , et pour plaire* àf'tdut lé Snlôtide, 
mais surtout à'M. ^du Vatide^vllle ^ le 'ditêrtissè- 
ment finit par des tîôtiplets'; oth ne dispense pas 
même la Muse du drame d'y prendre part; cir 
n'est pourtant paà sans peine q[ù'eïfé s'y déter- 
mine; aussi rteti ' ri' est - il jjlîis lamentable que 
l'air sur lequel on lui fait célébrer les appas du 
drame. C'est lé ^àîdeTÎHe,' ^îomme de raison > 



quivtermine la ronde par un- compliment au 
parterre. ' 

..On ^ rçmîtrqué que les scènes épisodique» ' 
qui composent ce joli ouvrage étaient totitea 
fort longues; on aurait désiré qu'elles fussent et' 
plus courtes et plus variées, et Ton croit qu'il' 
n'aurait pas été difficile dVn rendre la liaison 
plus adroit^ et; plus haturellé. La scène deBap-^ 
tiste pa?aît avoir donné lieu plus particulière*' 
ment à eette critique par la manière très-insipide- 
dont elle finit, et peut-être au^si par la ma»ièi*e* 
fraide et pesante dont Bouret l'a jouée. Oii â re- 
proché à M, de La Harpe d-avoir fait de la Mu^é^ 
du, drame une caricature plu8 digme dès tr'é-^ 
teaux qu'il fronde que de la s<>ène où il veut- 
rappeler Molière; mais cette caricatuî*e est plai- 
sante; et pourquoi peindre autréiôént' un genre ^ 
qui^ à Jl'excteption de deux ott ttdi$ oUrtAges 
injtéx'essanSy. n'est connu que par des prddi^- * 
tions aussi ridicules que monstrueuses? tJn *ré- 
proçhe pliiSs» essentiel à faire à l'aiateur, c\fét 
qu'après avoir cbolsf Molière pour être le prin- 
cipal personnage de ôa pièce , il ne lui fasse A^s 
dire un seul mot qui soit propre à son caractère y 
un seul trait où l'on puisse reconnaître l'origi- 
nalité de son esprit et de son génie; ce S^oliè*^- 
là est un homme comme un autre ji[ occupe la 
scène depuis le commencement ju^u'à la finy 
et il ne fait, il ne. dit rien que M. de La Harpe 
n'eût pu jEaire et n'eût pu dite coimme lui. C^ 
défaut^ je l'iayoïAe, esttrès-gtand; maisc est atw&i 



3^6 CORRESPONDANCE UTTERÀIRE, ' 
sans doute celui qu'il était le plu& difBcile d*é- 
viter. Le rapport qu'on a trouvé entre Ghrysale 
^t Misograme n'ôte rien à mes yeuit au mérite 
de ce rôle ; ces deux personnages se ressemblent 
à la vérité, mais ils n'ont ni les mêmeë traits, 
ni les mêmes nuances. Le rôle peut-être le plus 
neuf de la pièce est celui de M. Claque; il est du 
meilleur comique. M. de La Harpe eut tropàsouf- 
frir des cabales dramatiques pour négliger une si 
belle occasion de s'en venger ; aussi Fa-tJl Êtit 
de verve , et il n'y a rien qui ne l'annonce. 

Au lieu de ^ous étendre davantage sur les 
critiques qu'on a faites d'un ouvrage qui, malgré 
toutes ces critiques n'en a pas moins réussi et 
n'en était pas moins fait pour plaire, il vaut 
mieux rappeler ici quelques-uns de ces détails 
cbarmans qui ^n justifient Iq kuccè&. 

. Thalie rappelle à MoUère'que les Comédiens 
conservent encore- aujourd'hui' le fauteuil sur 
lequel il ét^t assis, 

liais vraimetit ce fauteuil en vaut-fax8& t|uelqses autres ^ 

C'est dpmxafigf qtfll soit vacant. 
Ia gToire d-y siéger ne serait pas. vulgaire; 
Mais depuis bien long-temps, et c'est mon désespoir > 

Je n'y vois personne s'asseoir 
• / > Que le Malade imaginaire. * ^ 

Oui, dit Thàlie à Melpomèrie, -' 

Oui , sur la sèène en vain votre mérite brille ; 
"De' vôtre Agàhlemmin la tragique faniîlle , 
•Ayçjs tbu&se^'béro&9 n'a jamais obtenu 
Tout le succès. qa'pbti^At la £Eiinillé Pointu , etc. 

A la peinlupe qu4r Thalie etMèlpomènc font 



i AVRIL 1782. 397 

au mauvais goût qui règne aujourd'hui sur nos 
Théâtres, Mqlière répond : 

ToQJoixrS) quand t)ii se plaint, on exagère un pea.«.^ 
,Ckez le Français arâent, ingénieur , sensible y 
Cvqjez , en bien , en mal , tout changement possible... • 

C*est un riche rassasié , 
Au sein de Topulence inquiet et mobile , 
De ses propres trésors quelquefois ennuyé. 
Après les goûts usés* viennent les fantaisies , 
On cherche les Laïs après les Aspasies ^ 
£t de la nouYeauté llnVincible désir . . 
Aime plus- à changer qu'il ne songe i, choisir. « . • 



Éloge de M. le comte de Maurepas ^ prononcé^ 
dans la sécuice publique de T Académie royale 
des Sciences j le 10 As^ril \^%%^par M. le mar- 
quis de Condorcety secrétaire perpétuel da l'Aca- 
démie des Sciences et Vun des Quarante ; bro-§ 
chure in-80 , de l'Imprimerie royale. Quoiqu'im-? 
primé , cet ouvrage u'étant point public, et n'é- 
tant point destiné à l'être encore de quelque 
temps, nous nous empressons d'en transcrire 
ici les morceaux qui nous ont paru mériter le 
plus d'attention. . 

ce M. de Maurepas , . dit son panégyriste , 
» obligé de renoncer à l'honneur de rétablir la 
» marine militaire , sut rendre son ministère 
» brillant au milieu même de la paix, en faisant 
» servir la marintî au progrès des sciences , et le$ 
» .sciences au prpgi^ès de la marine ; thargé de 
» l'administration (les Académies , il réunissait 
» toute l'autorité nécessaire pour l'exécutioa 



396 CORRESPONDANCE tîtïËRAIRÉ, 

p de ses projets.* On compt<^ra toujours aii 

» nombre des événemens qui oit illustré no- 
» tre siècle Fentreprise de mesurer en niéme 
» temps deux degrés du méridien^ l'un sous 
» lléquateur, l'autre près du pôle boréal de 
» notre continent , opération qui était néces* 
* saire pour confirmer l'aplatissement de la terre 
9 découvert par Newton , ejt deir^i.t servir de base 
» à une détermination plus exacte de la figure 

» du globe » On doit à là protection de ce 

ministre leis découvertes de M. de Jùssieu dansla 
botanique ; celles de MM. Sevin çt Fourmont 
dans l'antiquité et dans les langues de la Grèce 
et de rOrient ; de M. Otter sur la Mésopotamie 
et les provinces méridionates de la Perse; TE- 
coledetaarine confiée aux soins de H. du Hamel^ 
école qui n'a pas formé , dit-on , un seul cons* 
tracteur, etc. 

' a Le café avait été transporté ^ en 1726 » 
» dans nos îles de l'Amérique , par M. Des- 
» dieux ; mais la Compagnie des Indes avait le 
» privilège d'empêcher cette production d'une 
» terre française de croître pour la France ; cet 
p abus fut détruit ; et une denrée , qui n était 
» qu'un objet de luxe et un plaisir de plus pour 
» le riche , devînt bientôt asse? commune pouf 
9 servir à la' consommation du peuple. Ne 
» doit-on pas regarder comme* bn bien pour 
^ l'espèce humaine l'usage des boissons, telb 
» que le café et le thé, lorsqu*il succède à celui 
t^ des liqueurs fortes, et qu il en émousse legou^ 



AVRIL 1782. 399 

» parmi le peuple ? L'abus de ces boissons ne 
9 conduit point à l'abrutiâsement et à la féro- 
» cité ; l'esprit d'agitation qu'elles procurent 
» et qui en fait le charme, ne coûte rien à la 
» raison ni aux moeurs , et elles préservent le 
D peuple , en diminuant sa passion pour les li- 
» queurs enivrantes , d'une des causes qui con- 
» tribuent le plus à nourrir dans cette classe 
» d'hommes la grossièreté , la stupidité et la 
» corruption. » 

M. de Maurépas , qui ne mettait de faste dans 
aucune de ses actions , n'en mit point dans la 
manière dont il supporta cet événement ( son 
exil ) : le premier jour f dii-il 9/ ai été piqué , le 
second fêtais consolé. Obligé de vivre dans les 
sociétés d'une ville de province ( Bourges ) , il 
s'en amusa comme de celles de Paris et de Ver- 
sailles ; il y trouvait les mêmes intrigues et les 
mêmes ridicules ; les formes , les noms seuls 
étaient changés. 

M. de Condorcet ne parle de l'époque où M. de 
Maurépas fut rappelé au ministère que pour 
avouer assez gauchement qu'il n'en veut rien 
dire ; il se bprpe k donner une idée générale du 
caractère que ce ministre a déployé le plus cons- 
tamment d^ns toutes les circonstances de sa vie 
publique et privée. 

fc Dans les différentes époques , dit-il , où il 
la eut part au Gouvernement ^ il sut se plier à 
n l'esprit dominant de chacune ; mais il n'en 
m «ouserva que ce qui s'accordait avec son ca- 



M 



4oo CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» ractère.Il avait appris, sous la' Régence, corn- 
» bien ceux qui gouvernent peuvent s'épargner 
» de tracasseries et d'importunités en iie met- 
» tant aux petites choses que le prix qu'elles 
» ont ; il avait pris , sous le cardinal de Fleuri , 
» rhabitude de la modération et de la modes- 
» lie, sans rien perdre de ce ton gai et facile 
» que, dans sa première jeunesse, ilavaitvurem- 
placer la dignité des ministres de Louis XIV. 
» Ses discours n'annonçaient qu'un homme de 
» bonne compagnie , doux , aimable ; sa maison 
» était celle d'un particulier riche, mais ami de 
» la simplicité et de l'ordre. 

» Son esprit était naturellement juste ; les cir- 
» constances de sa vie l'avaient empêché de se 
i> former à une application suivie et profonde ; 
9 cependant il ado{>tait sans peine des princi- 
» pes nouveaux , quoique c(3ntraires aux opi- 
» nions reçues et même aux siennes , lorsque 
» ces principes le frappaient par ce caractère 
9 de vérité et de simplicité qui trompe rare- 
» ment; également au-dessus des préventions 
» de rhabitude , des préjugés ie la jeunesse 
» et de ceux du ministre ; liiais il était trop 
» distrait par le courant des affaires , trop sou- 
» vent entraîné par les événemcns , pour mé- 
p diter un plan général d'après tes principes 
» dont il avait*reconnu la vérité, ou pour en 
» suivre rexécutioûavec constance. La finesse 
;• qu'on remarquait en lui n'était pas cette 
» subtilité d'un esprit faux et bizarre qui ne 



AVRIL i78ii 4ot 

ii trouve profond que ce qui est obâcur, et 
» vrai que ce qui est contraire à l'opinion des 
'» hommes éclairés ; sa conduite , ses discours 
» montraient combien il avait de finesse dans 
» lesprit; mais fallait-il examiner ou juger? un 
» sens droit et simple était son seul guide. 

y) Toujours accessible ^ cherchant, par la pente 
» naturelle de son. caractère , à plaire à ceux qui 
» "se présentaient à lui ; saisissant avec une faci- 
» lité extrême toutes les affaires qu'on lui pro- 
» posait j les expliquant aux intéressés avec une 
» clarté que souvent ils n'auraient pu eux'-mêmes 
» leur donner* . .*; adoucissant les refus par un 
» ton d'intérêt qu'un mélange de plaisanterie 
» ne permettait pas de prendre pour de la fatis^ 
» seté ; paraissant regarder l'homme qui lui par- 
» lait comme un ami qu'il se plaisait à diriger , à 
» éclairer sur ses vrais intérêts, et cachant enfin 
» le ministre pour ne montrer que Thomme ai- 
» mabie et facile. Tel fut, à l'âge de vingt ans , 
)) M. de Maurepas ; tel nous l'avons vu depuis à 
9 l'âge ide plus de quatre-vingts ans. ^ 



t. aô 



MAI 1782. 



Li premier essai d'un jeune homme dans une 
carrière devenue aussi difficile que celle du 
Théâtre inspire à -la -fois de l'indulgence et de 
Fintérêt; quelque défaut qu'on y trouve j on 
n'y cherche , on n'y voit que les germes du ta- 
lent qu'il annonce. C'est ce que vient d'éprou- 
Ver M. Laignelot, auteur diJgiSy tragédie en 
cinq actes et en vers, représentée, pour la pre- 
mière fois , le lundi 6 ; elle l'avait déjà été à Ver- 
sailles devant Leurs Majestés à la fin de 1779. Si 
ce jeune poé'te justifie un jour les espérances 
que ce premier ouvrage laisse concevoir de lui , 
c'est au sieur de La Rive que nous en aurons en 
quelque manière l'obligation. M. Laignelot , fik 
d'un pauvre boulanger de Versailles , avait pré- 
senté sa pièce aux Comédiens sans recomman- 
dation, sans preneurs. Rebuté, selon l'usage, as- 
*ez durement, il allait renoncer pour toujours 
au Théâtre, si le sieur de La Rive, frappé des 
beautés qu'il crut apercevoir dans cette trage'- 
die si maltraitée par ses c^imarades , n'eût pas 
pherché à intéresser en sa faveur M, le duc d^ 
Villequier et d'autres personnes de la Cour. 
Leur protection fit obtenir au jeune Laignelot 
une seconde lecture qui, soutenue encore du 
suffrage de quelques hommes de lettres , et par- 
ticulièrement de M. Thomas et dç M. Ducis, 



MAI 1782. 4oî 

reçut ^nfin un . accueil plus favorable. Grâce à 
tant de protectiou, il n'a guère attendu, pour 
être joué à Paris, que cinq ou six ans; suivant 
les règles ordinaires, il aurait bien pu en at- 
tendre dix ou douze. Quelle idée .ceci ne doit»- 
il point donner ou de l'indolence de la Comé- 
die, ou de la multitude et de la fécondité des 
talens qui se disputent à l'envi la gloire de l'oc- 
cuper et de l'enrichir ! • 

Le sujet de cette pièce porte en général un 
caractère trop austère pour être susceptible dâ^ 
l'espèce d'intérêt qui convient à nos usages et à 
nos mœurs. La conduite eii est faible^ embar- 
rassée et n'a rien d'attachant. Toute vertueuse 
qu'est la folie d'Agis, elle n'en est pas moins ex- 
travagante à nos yeux, et quelque sanglant que 
sôit le dénouement, il ne produit aucun effet* 
Cet ouvrage ïi'a donc pu réussir que par, les 
détails ; on a trouvé dans le second et dans lé 
troisième actes des morceaux pleiiïs de chaleur 
et d'élévation , des traits d'un caractère antique, 
de l'éloquence et; du mouvement. Le style en 
est souvent négligé; il a cependant en général 
une couleur BA&ez forte , assei^ dramatique; on 
y a trouvé même quelques vers dont Corneille 
n'eût désavoué peut-être ni l'expression ni lu 
pensée. • 

£t par ce démeoti que je donne à mon sang, 
Me crois- tu digne encor de ce sublime rang? 

les rôles d'Agésistrate et de Chélonis ont été 
remplis assez médiocrement par mesdemoiselles 

a6- 



4o4 CORRESPONDANCE IITTERAIRE, 
Thériard et Saint- Val ; le sieur de La Rive a laissé 
beaucoup de choses à désirer dans celui d'Agis; 
^^is le nouveau costume qu'il a pris pour ce 
rôle nous a paru pittoresque, historique , de très- 
bon goût et fait pour sa noble figure ; on en a 
été d'autant plus frappé que celui de tous les 
autres acteurs est parfaitement .ridicule , les nos 
étant habillés à la grecque, les autres à la ro- 
maine , et mademoiselle Saint- Val en guenille- 
grise et noire ^'pluS' débraillée et pliis braillante» 
f ncore que de coutume. 



PoRTRiJX de M. Vabbé DeUlle\ par madame du 

' 3 ; Mole.- • 

Iti pfit a tnan , siinpHcity a child, 
• ' Pope , Epitaphe de Gay. 

Je vais peindre un grand boçame et un homme 
que j^aime- L'entreprise pourrait ^embîer témé* 
raire pu susp^cti^j mai^j les car^p^ères du génie 
s'offrent assez sen^iblpment e,nAfî} pour suppléer 
au talent et rassurer contre les^Uiisions de l'a- 
mitié, :; . .. 

Rien ne pe^it se comparer Ai AW«: grâces de son 
esprit , ni à soA feu, ni à sa gaieté, ni à ses sail- 
lies^ ni à ses dLsp^atfs. Ses ouyrôgea. même n'ont 
ni le caractère, ni la physionomie de sa conver- 
sation. Quand on le lit, oi> loî^roil^ livré aux 
choses les plus sérieuses ; en le voyant,, on juge- 
rait qu'il n'a jaxflais pM y penseilj c'^t taur-à-tou:^ 
Jf maître et l'éppUe*. Jl ne s'informe guère de cet. 



IVIAI 1781. 4o5 

jqui occupe la société; les petits «événemens le 
touchent peu ; il ne prend garde à rien, à per- 
sonne, pas ménie à lui; souYetil, n'ayant rieil 
vu , rien entendu , il est à propos : souvent aussi 
il dit de bonnes naïvetés; mais il est toujours 
agréable ; ses idées se Succèdent en foule, et il les 
t^ommunique toutes ; il'n'a ni jargon , ni recher- 
cha; sa conversation est un heureux mélange de 
beautés et de négligencesV tin aimable désordre 
qui charme toujours et étonne quelquefois. 

Sa figure.... Une petite fille disait qu'elle était 
toute en zigzag. Les femmes ne remarquent ja- 
mais cequ'elle est, et toujours <îe qaelle exprime; 
elle est vraiment laide, mais bien plus curieuse, 
je dirais même intéressante. Il a une grande 
bouche; mais elle dit de beaux vers. Ses yeux 
sont un peu gris , un peu enfoncés ; il en fait 
tout ce qu'il veut, et la mobilité de ses traits 
donne si rapidement à sa physionomie un air dte 
sentiment , de noblesse et de folie , qu'elle ne lui 
laisse pas le temps de paraître laide ; il s'en bcf- 
cupe , mais seulement comme de tout ce qui est 
bizarre et peut le faire rire; aussi'le soin qu'il eh 
prend est -il toujours en contraste avec les occa- 
sions': on l'a vu se présenter en frac chez une 
Duchesse, et courir les bois^, à cheval, en m^iï- 
teau court. ' , , . 

Son âme a quinze ans, aussi est -elle facile à 
connaître ; elle est caressante , elle a vingt moù- 
vemens à- la -fois, et cependant elle n'est point 
inquiète ; elle ne se perd jamais dans^ l'avenir et 



4o6 CORRESPONDANCE LIITERAIRE, 
a encore moins besoin du passé. Sensible à Fex- 
eèSy sensible à tous les instans» il peut élre atta- 
qué de toutes les ipajiières ; mais il ne peut jamais 
être vaincu; sa déraison ou au moins sa gaieté 
viennent à son secours et le rendent 1 être le plus 
heureux : faut-il dire aussi que celte gaieté est 
quelquefois folâtre jusqu'à Finsouciance. Il ou- 
blie quelquefois qu'il est aimé; on craindrait 
qu'il pût se passer de l'être ; il serait souvent em- 
barrassé à la question imprévue s'il aîme ou s'il 
est aimé. 

Sa conduite est, comme son langage, fort aban- 
donnée. Les plaisirs de la ^nlle ne sont rien pour 
lui ; il ne sait point les chercher. Il se livre vo- 
lontiers à un seul objet; il ne s'ennuie jamais; 
il n'a besoin ni d'un grand monde , ni d'un grand 
théâtre , et parfois il oublie ce que la postérité 
lui promet ; bien vraiment Use laisse être heureux. 
Ainsi ne vous étonnez pas des heures qu'il vous 
donne ; sans doute il est bien chez vous , mais il 
est bien partout, même auprès de sa gouvernante: 
il joue à la peur lorsqu'il n'en fait pas une An- 
dromaque ou une Zaïre. Votre conversation l'at- 
tache, il est vrai; mais il passe aussi fort bien 
deux heures à caresser son cheval, que pourtant 
il oubUe aussi quelquefois, ou à s'égarer dans.les 
bois, où, quand il n'a pas peur, il rêye à la lune, 
à, un brin d'herbe , ou, pour mieux dire, à ^^ 
rêveries. 

Mais si oi^ ne peut le îouer pour le mérite 
jd'une vie unij^me, au moins n'a-t-il pas les dé- 



MAI 1782. 407 

fauts d'une vie déréglée ; si sa conduite n'est pas: 
sagement combinée , elle est pure ; et s'il n'a pas 
de grands traits de caractère, il yjjupplée par de» 
manières piquantes, la simplicité, les grâces, une 
gaieté si vraie, si jeune, si naïve et pourtant si 
ingénieuse, qu'elle le fait sans cesse entourer 
comme une jolie femme; enfin par un charme 
inexprimable qui vous inspire tout-à-la-fois ces 
mouvemens de curiosité et d'inclination qui ne 
sont ordinairement sentis que par. un charmant 
enfant ; et cette sorte d'attachement inaltérable 
qui semble être réservé pour les âmes plus in- 
férieures ; c'est le poète de Platon , un être sa- 
eré , léger et volage. 



Anecikjte généalogique. 

De Henri IV, Roi de France, en 1610, 
Henriette-Marie de France, mariée, en 1628, 

à Charles 1er Stuard , Roi d'Angleterre. 

Charles H son fils , Roi d'Angleterre , en 1682 , 

eut deux maîtresses : 

Barbe Villers , duchesse de Cléveland , 

dont 

Henri duc de Grafton y 

né en i663 , mort en 1690 ; 

grand-père de 
George , duc de Grafton , 

nomme, en 1782, 

garde des sceaux privés el 

ministre d'£tat d'Angleterre, 



4o8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Louise Keroual , duchesse de Portsmouth 

et d*Aubigny en France 9 

dont 

Charles, duc de Richmond. 



De Caroline sa fille, 
inariée à Henri Fox, mi- 
liislre da roi George II, 
descend 
Charles Fox, nommé, 
en 1 7 8 a, ministre et se- 
crétaire d'Etat d'An- 
gleterre. 



Des mâles de Rich- 
mond 

descend 
Charles , duc de HicV 
mond,pommé, eu 1 7 8 2 , 
grand-maitre de l'artil- 
lerie et ministre d'Etat 
d'Angleterre. 



D'Anne, mariée à Gniln 
laume d'Albermale , 

' descend 
Aagosi^ Keppel , nom» 
mé,en 17851, premier 
lord de l'Auiiranté e( 
ministre d* Angleterre. 



Le Poëfe supposé y ou lç$ Préparatifs de la Fête y 
comédie en trois actes, mêlée crariettes et dç 
vaudevilles , paroles de M. Laujeon, musique de 
M. Champeiu, a été représentée, pour la pre-» 
mière fois, sur le Théâtre de la Comédie italienne, 
le jeudi ^5 Avril. 

Il s'agit de donner une fête au Seigneur du 
village. Feriin, l'amant de Babet, en a composé 
le divertissement; mais, devant entrer au service 
de Monseigneur, il craint que le titre d'auteur 
ne lui nuise dans son esprit; il prie donc M. le 
Bailli de vouloir bien s attribuer son ouvrage. 
Celui-ci ne demande pas mieux 5 il est le rival de 
Perrin , et , profitant de ses droits prétendus d'aui 
teur, il s'empare, dans la pièce, du rôle de Fa- 
mant qui doit épouser Babet, Ce procédé brouille 
nos deux rivaux. On répète la pièce en présence 
du Seigneur, qui, instruit des supercheries et 
des prétentions du Bailli , déclare que la maiji 



MAI 1782. 409 

de Babet doit être le prix de celui qui a composé 
la fête. Le véritable auteur se fait alors connaître, 
et le BaîUi , confondu , perd à-la-fois tout ce qu'il 
voulait enlever au pauvre Perrin. Pour varier ua 
peu les mouvemens d'une action si simple, on 
a donné à Babet une rivale , c'est Georgette , qui 
convient mieux aux parens de Perrin , mais qui 
lui préfère un amant moins bel-esprit. Ce rôle a 
été joué par madame Dugazon avec une grâce 
infinie. ^ 

(Jomme drame ou comédie , cette pièce est fort 
médiocre; comme divertissement, elle n'a que le 
défaut d'être trop longue. On y trouve un grand 
nombre de tableaux frais et rians, des scènes 
dialoguées avec assez de finesse, d'une simplicité 
quelquefois un peu niaise, quelquefois un peu 
maniérée , mais souvent aussi délicate et vraiment 
naïve. C'est, après XAmouTeux de quinze ans^ 
ce que M. Laujpon a fait de plus agréable. La 
musique en est vive et brillante ; mais en général 
plus riche d'accômpagnemens que d'expression 
et de caractère. Toutes les compositions dé 
M. Champein ont donné lieu à la même critique. 

Le Vaporeux, comédie en deux actes et en 
prose, représentée, pour la première fois, par 
les Comédiens italiens , le vendredi 3, est d'un 
officier qui s'occupe depuis longrtempsdeThéâtre 
et de vers , de M. Marsolier de Vivetières. Ce n'est 
pas son premier ouvrage ; mais c'est le seul dont 
pn se souvienne dans ce moment, et nous le 



4io CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
croyons bien digne de faire oublier tous les 
autres. 

Le sujet du Vaporeux est à-peu-près le même 
que celui de Sidney; quoique la prose de M. de 
Vivetières ne soit pas faite pour lutter contre les 
vers de Gresset , la copie pourrait bien être su- 
périeure à l'original et par Tintérêt du plan, et 
par la vivacité des situations ^ et par le naturel 
des caractères et du dialogue. Le rôle de Saint- 
Far, du Vaporeux, beaucoup moins exagéré que 
celui de Sidney, est non -seulement plus lyai? 
mais aussi plus théâtral , plus propre à la Comé- 
die. L'idée qu'on suggère à madame de Saint- 
Far , de guérir son mari en feignant une mélan- 
colie beaucoup plus noire que la sienne , est une 
idée très-juste , très-philosophique , et elle four- 
nit^en même temps le motif d'une scène infini- 
ment touchante. Nous aurions désiré que cette 
scène fât mieux développée ; que celle où Blain- 
ville veut employer la force du raisonnement 
pour combattre les chimères qui troublent le bon- 
heur (Je son ami fût d'une morale moins com- 
mune ou du moins plus énergique et plus élo- 
quente; mais l'intention des deux scènes est 
heureuse et bien préparée. Tout le rôle du Jar- 
dinier, à quelques marivaudages près , est d'une 
gaieté fort naturelle et fort piquante ; celui du 
Valet, qui, pour flatter les caprices de son maî- 
tre, cherche à les contrefaire, se trahit à tout 
moment lui-même, et finit par craindre très-sé- 
ric^usement de se voir une des premières victimes 



MAI 1782. 4m 

de la triste folie qu'il croyait de son intérêt d'en- 
tretenir. Ce rôle est d'une conception assez neuve 
et d'un excellent comique. 

Mieux écrit, ce petit ouvrage pourrait être 
inis à côté des meilleures productions de ce 
genre ; tel qu'il est , il annonce du goût, de l'es- 
prit, un vrai talent pour le Théâtre, 



Il paraît qu'à Texemple des Vertus chrétiennes 
la Philosophie, leur rivale, cherche à se distin- 
guer aujourd'hui par de bonnes oeuvres, par 
des établissemens charitables et des fondations 
pieuses. Tant que, ce zèle portera sur des objets 
utiles à la société , quel que puisse en être le mo- 
tif secret , il méritera toujours la reconnaissance 
et l'estime des âmes honnêtes etsensibles. Il esta 
craindre seulement que ce zèle philosophique 
ne dégénère un jour, comme tant d'autres, en 
une vaine ostentation; que son activité ne de- 
vienne également puérile et superstitieuse, et 
qu'il ne finisse par s'occuper beaucoup plus des 
intérêts du parti dont on voudrait soutenir la 
considération que de ceux dont on voudrait pa- 
raître et dont il faudrait être en effet unique- 
ment occupé. Quoi qu'il en soit , on ne repro- 
xîhera plus à messieurs les Quarante , comme l'a 
fait Montesquieu, de n'avoir d'autres fonctions 
que de jaser sans cesse; les voilà chargés d'uu 
ministère vraiment respectable , d'un ministère 
qui peut se comparer en quelque manière k 
J'auguste dignité que la vertu de Catpii rendit 



JMti CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
si célèbre dans Tancienne Rome. Le legs de 
M. de Valbelle leur avait déjà donné le. droit pré- 
cieux de récompenser, par une pension de douze 
cents francs , Thomme de Lettres qu ils juge- 
raient le plus digne et le plus susceptible de 
cette distinction. Un autre bienfaiteur anonyme 
leur avait confié le fonds de la même rente pour 
être décerné au meilleur ouvrage qui aurait 
paru dans le cours de l'année. Tout nouvelle- 
ment on vient de leur envoyer encore une 
somme de douze mille francs pour la fondation 
d'un prix à donner aussi, tous les ans, à Faction 
la plus vertueuse qui se sera faite dans toute re- 
tendue de la ville et de la banlieue de Paris. Ce 
sera donc désormais à ce Corps de quarante 
têtes, qui jusqu'ici n'avait paru destiné trèsrin- 
justement qu'à s'occuper de figures, de méta- 
phores et d'antithèses , à décider en dernier res- 
sort et quel est le meilleur homme ^ et quel est le 
meilleur ouvrage , et quelle est la meilleure ac- 
tion ; qui sait si on ne le chargera pas encore, 
l'année prochaine, de décider aussi quelle a été la 
meilleure pensée ou le sentiment le plus ver- 
tueux? On a prétendu que le Corps des curés de 
Paris, jaloux des attributions qu'on venait d'ac- 
corder à'FAcadémie française, et qu'il aurait plu- 
tôt crues de son ressort que de celui de messieurs 
les Quarante , voulant user de représailles, allait 
fonder un prix pour le plus joli madrigal qui se 
ferait, tous les ans, dans l'étendue de leur dio- 
cèse; mais il y a lieu de croire que ceci n'est 



MAI 178a. 4i3 

qu'une mauvaise plaisanterie; quelle estFaotiou 
louable, mais un peu extraordinaire, qu'on ne 
cherche pas à rendre ridicule? 

Voici la Lettre du citoyen Fondateur du nou- 
veau prix, adressée à l'Académie française. Quel- 
que soin qu'il ait pris pour garder l'anonyme, 
on a cru le reconnaître , et Topinion la plus gé- 
nérale a nommé M. de Monthion, conseiller 
d'Etat • chancelier et chef du Conseil de mon- 
seigneur le comte d'Artois. 

<f Messieurs , tous les genres de talens ob- 
» tiennent des récompenses; la vertu seule n'en a 
» pas. Si les moeurs étaient plus pures et les 
» âmes plus élevées, là satisfaction intérieure 
» d'avoir fait le bien serait un salaire suffisant 
» du sacrifice qu'exige la vertu; mais pour la 
» plupaH des hommes il faut un autre prix , il 
» faut qu'une action louable soit louée. Ces 
» éloges but été le premier objet des Lettres, 
» et c*èst en effet la fonction la plus honorable 
» que puisse avoir le génie. ^ 

• » L'Académie française s*est rapprochée de 
» cette institution antique lorsqu'elle a proposé 
» à réloquence le panégyrique des Sully , des 
» d'Aguèssealu, des Fénélon, desCatinat, des 
» Montausier, et d'autres grands personnages; 
» mais il n'est • dans une N'ation qu'un petit 
» nombre d'hommes dont les actions aient un 
î# caracfcère de célébrité, et le sort du peuple 
y> est que ses vertus soient ignorées. Tirer ces 
». vertus de l'obscurité , c'est les récompenser et 






'4\4 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

j» jeter dans le public la semence des mœurs. 

» Pénétré de cette vérité, un citoyen prie TA- 
» cadémie française d'agréer la fondation d'un 
» prix dont voici l'objet et les conditions. 

» lo. L'Académie française fera , tous les ans, 
» dans une de ses assemblées publiques, lec- 
» ture d'un Discours qui contiendra l'éloge d'un 
» acte de vertu. 

v 2°. L'auteur de l'action célébrée , homme ou 
» femme, ne pourra être (Tun état au-dessus de 
» la bourgeoisie, et il est à désirer quil soit 
» choisi dans les derniers rangs de la société, 

» 3"*. Le fait qui donnera matière à l'éloge se 
» sera passé dans l'étendue de la ville ou de la 
» banlieue de Paris ^ et dans V espace des deux 
.» années qui précéderont la distribution du prix. 
3> A l'éloge seront jointes des attestations . du fait 
» propres à en constater la vérité. On choisit 
D Paris , parce que l'Académie, y étant établie, a 
» plus de facilité pour vérifier les faits ; d'ailleurs 
^ nulle part les mœurs du peuple n'ont plus 
» besoin de réforme que dans les Capitales. 

» 40. La fondation sera de douze mille francs ^ 
» et l'intérêt de cette somme sera employé à 
^ payer deux médailles, dont une pour l'auteur 
» du Discours, l'autre pour l'auteur de l'action 
» célébrée. 

» 5<*. Le Discours sera en prose ^ et ne sera pas 
» de plus d'un demi-quart d'heure de lecture ; 
30 un temps plus long ne serait employé qu'à 



MAI 178a. 4i5 

» des dissertations étrangères à Tobjet de Tins- 
» titution. 

» 6°. Cette somme de douze mille francs sera 
» placée en rente viagère sur la tête du Roi et 
jè sur celle de monseigneur le Dauphin , et le 
» Discours, lu dans la séance publique, sera pré- 
» sente à ce jeune Prince. Ainsi ses premiers 
» regards seront portés sur une classe d'hommes 
jn éloignée du trône, et il apprendra de bopne 
» heuve que parmi eux il existe des vertus. » 

L'Académie , ayant d accepter ces offres , a cru 
devoir proposer au Donateur les changemens 
qui suivent. 

j®. Le Discours, ou Récit ^ sera fait par le Di- 
recteur de la Compagnie. 

a?. L'Académie ne pourrait accepter la dona- 
tion proposée si elle renfermait la moindre dis- 
position qui pût intéresser personnellement 
quelqu'un de ses membres. En conséquence, le 
revenu annuel des douze mille francs sera en- 
tièrement employé à payer une seule médaille 
qui sera donnée pour prix de l'acte de vertu. ^ 

Le Donateur ayant adopté ces changemens, la 
Compagnie a , d'une voix unanime , de l'aveu 
du Roi son auguste protecteur,. accepté la do- 
nation. 

Elle annonce donc que, dans son assemblée 
publique du a 5 Août 1783, elle donnera ce prix 
pour la première fois, en se conformant aux 
dispositions prescrites par le Donateur et aux 
légers changemens qu'elle y a faits. 



4iB CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

Quelque multipliées que soient déjà les éJî-' 
lions de Y Encyclopédie , celle qui s'imprime ac- 
tuellement àParis/?ûr ordre de matières, et dont 
le sieur Pankoucke a fait publier un Prospec- 
tus fort étendu , ne peut manquer d'obtenir en* 
core Taccueil le plus favorable. Dans l'espace 
d'un mois, le sieur Pankoucke a reçu pour cet 
ouvrage plus de trois mille souscriptions. Un 
libraire de Madrid , don Santiago-Thevin , a fait 
traduire le Prospectus en espagnol par don Jo- 
seph Covarrubias; et S. E. don Beltran, évéque 
de Salaraanque, inquisiteur général, est à la tête 
des souscripteurs espagnols. On en prépare une 
traduction italienne à Florence, et la munifi- 
cence de S. A..R. le Grand-Duc a bien voulu, 
dit- on, faire avancer aux auteurs de l'entreprise 
une somme de soixante mille ducats. 

Le sieur Pankoucke a fait tirer deux exem- 
plaires de la nouvelle Encyclopédie sur grand 
papier de Hollande. Il se flatte toujours en se- 
cret qu'une Souveraine, qui s'intéresse si ma- 
gnifiquement à tout ce qui se fait en Europe de 
^and et d'utile , ne dédaignera point d'en re- 
cevoir l'hommage; il se flatte que l'honneur 
d'avoir été encouragé par elle ne manquera 
point à la gloire d'un monument destiné à ho- 
norer les lumières du siècle dont elle est rameur 
et l'admiration^ 



NouvELLiè addition (î j' à'îà tèérè \ûr là 

Je.yais j.el:er ;sans çrdrç^^.supjie papiçr, ^ftf 
phçïipmènes quine m'ét^çiç^ pas çj[)npiis, ^J 
gui sei:yiront de preuve* ojiç,4^, réfutaj^ipftr.à 
que^qup^. paragraphes, lie. aiafr,4r^(fr»^j; ^# 
j^veugies^Jl.j ^ tfenj«-4tfpi? .àj.tç^^T^g^^tre {^ 
que je l'écrivais; je l'ai reluq^f^;^ RSî&^lj^éïK^f 
je n'en sui^. pas t^op^,,^^éq(yl|g^^^,,Q^^ la 

première paxiiiçl.m'ea aitp*r*^iplq$>ii»t4i;€i3sante 
que la seconde^ et que~}'aie senti que celle-là 
pouvait être un peu. plu»::ëtëndue et celle-ci 
betauic^^p phis courte^ je. Ij^B; ^isaerAÎ; A^Unei et 
r^^tf ^ > telles^ que je les « ai . faites , j de pein!. ogim 
^ p?ge r4u' jepne bo^inme n'-^nçlevînt pa$}metlf 
lewe par la retojachiç. d^^ ^ic^ilUrd. G^ q,U|iljr)a 
<Je §i;ippQf'J:ahtie.^an?rJ€^iitJéi?$ etidân^ JWk^^ 
siottj jfi pr^iç qi|e/j,e.lfljcl|v^r<Dbdraî^ iouiâlemp»! 
aujpur4'fe|4i> 4t jfe.'W^i.aS^ d)é^ ;^^^n8»»tiiiiie 
capable de çpryigeîi qei-qU'il )^fj9i /de feépréJlién^ 
«ible. {^Jn p^ij^fre oél^l^r^ de ôft^ jours »0jïiploie 
les 4^*^iè?rçj& s^nnée^^.dd^ yi/e^à'^âter Ids chefen 
d'œoyre qv'iJ:a produite dftnselfl: yigup «c de àbn 
âge. Jte i^e.g^isM'îes d^fe^ll^îi qu'il yrematquid 
sontJfi^eUf »ais le ^jtfeftt.quiil^^.ri^ctJftferaiiiVou 
il .nei'çuÇjaiûÉ^i^ ^'iLpç^.^eS; imila^ioas de la 
naVMr^^JM^^i^ijXjdernièr^&iÂïftitfis de lart , ou, 
s'il le ppsséda, il le perdit, parce que tpu^rce 



4i8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
qui est de rhommje dépérit ,avec l'homme* Il 
vient un temps où 1^ goût donne des conseils 
dont on reconnaît la justesse, mais qu'on na 
J)lus là force'dé suivre. 'C'est la pusillanimité 
^Ui naît de la conscience de la faiblesse, ou la 
J^aressé^ qui éàtrutie des suites de la faiblesse et 
dé là pusillanimité, qui me dégoûté d'iiri travail 
iq[*d nûiTâfit pflû^tjài'ilriè servirait à i'âîtnélîora- 
éîon dé mon ôuvi-àgé. 
-^ * ' ' • ' )S6l{>é ^isnéscenièfH mature sanus ë^uuni , ne 
\,\\.^-Péiti^ad€xtt^ykum'rtdènd^ 



) i^.îUn artiste, qui j^os^ède à fond là théoriie de 
mfif^ »t et qtii-fte le cède à aucun autre dans la 
pratique, m'a asàiiré que c'était par* le tact et 
noti^'paj^ la vue ^tf il' jïi^geàit de la rondeur des 
pignons; qu'iUcfà foisait rbulét'^ioucemènt^iitre 
kipoucé^ei? rîndei^, et qûë^'étaît pal» Fimpres- 
sicini isu)cceis^^e qù^f ^ dit^^rnsât ide? légères' iné- 
gaKt<és:qui échsq)pepaiëht'à îkîhœilv " * 
. a*; On m'a parié dhiri aveugle qui connaissait 
aà toucher quelle tétait la couleur dés étoffes. 
:: j3^v J'en pourralsr ditbr tiitf qâi nuance des bou- 
quets avec cette :dé{4éàtëkse dont ji^. Rousseau 
se piquait lorsqu'il éijtifiiit'^ àés aAîs, sérieuse- 
ment ôti parplaiskntepié|iè dëssèiri d'buvrir 
une école où il dô^Àiiètàit^ leçons' tfto bouque- 
tières ^de^Parî^. • ' : . 1 j^j'i^>'i "^ '^ . > ^•'•- ■'•' : -■ 

,.. 4v-.J^î Jill® 4!Ai^iCTL*^*M vtt..ua.appareiUeur 
aveugle conduire un atelier nombreux avec au- 



Mai i;;8i* 4i5 

tant d'intelligence que s'il avait joui de ses yeux* 

5**. L'usage des yeux otait à un clairvoyant là 
sûreté de la main; pour se raser la tête, il écartait 
le miroir et se plaçait devant une muraille nue. 

L'aveugle qui n'aperçoit pas le danger en 
devient d'autant phis intrépide , et je ne douté 
point qu'il ne marchât d'un pas plus ferme sur 
des planches étroites et élastiques qui forme^» 
raient up. pont sur un précipice. Il y a peu dé 
personnes dont l'aspect des grandes profon-. 
deurs n'obscurcisse la vue». 

60. Qui est-ce qui n'a pas connu ou entendu 
parler du iameux Daviel ? j'ai assisté plusieurs 
fois à ses opérations. Il avait abattu la cataracte 
à un forgeron, qui avait contracté cette maladie 
au feu continuel de son fourneau ; et pendsoit 
les vingt-cinq années qu'il avait cessé de voir 
il avait pris une telle habitude de s'en rapporter 
au toucher, qu'il fallait le maltraiter pour l'en- 
gager à se servir du sens qui lui avait été reis* 
titué; Daviel lui disait, en le frappant, veux-tu 
regarder, bourreau*.. ! H marchait, il agissait; 
tout ce que nous faisons les yeux ouverts , il ïe 
faisait, lui, les yeux fermés. 

On pourrait en conclure que l'œil n'est pas 
aussi utile à nos besoins ni aus^si essentiel à 
iiotre bonheur qu'on serait tenté de le croire» 
Quelle est la chose du monde dont une longue 
privation qui n'est suivie d'aucune douleur ne 
nous rendît la perte indifférente, si le spectacle 
de la pâture n'avait plus de charme pour l'aveu- 



428 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
gle de Daviel ? la vue d une femme qui nous 
serait chère? Je n en crois rien, quelle que soit 
la conséquence du fait que je vais raconter. 
On s'imagine que, si l'on avait passé un long 
temps sans voir, on ne se lasserait point de re- 
garder; cela n'est pas vrai, (fuelle différence en- 
tre la cécité momentanée et la cécité habituelle! 

70. La bienfaisance de Daviel conduisait, de 
toutes les provinces du royaume dans son labo- 
ratoire , des malades indigens qui venaient im- 
plorer son secours, et sa réputation y appelait 
une assemblée curieuse, instruite et nombreuse. 
Je crois que nous en faisions partie le même jour, 
M. Marmontel et moi. Le malade; était assis; 
voilà sa cataracte enlevée; Daviel pose sa main 
sixT des yeux qu'il venait de rouvrir à la lumière. 
lïjQe femme âgée, debout à côté de lui, i^iontrait ' 
le plus vif intérêt au succès de l'opération; elle 
tremblait de tous ses membres à chaque mouve- 
znent de l'opérateur* Celui-ci lui fait signe d'ap- 
procher, et la place à genoiix en face de l'opéré; 
il éloigne ses mains, le malade ouvre les yeux, 
il, ypit, il s'écrie : ^h! c'est ma mère...! Je n'ai 
jamais entendu un cri plus pathétique; il me 
/semble que je Fentends encore. La vieille femme 
s'évanouit, les larmes coulent des yeux des as- 
sistans çt les aumônes tombent de leurs bourses. 

-8*. De toutes les personnes qui ont été privées 
^e la vue presque, en naissant, la plus surpre- 
naiite qui ajt existé et qui existera, c'est made- 
anoiselle Mélanie de Salignac, parente de M. de 



MAI 1782. ' 4ai 

La Fargue, lieutenant-général de^ armées du 
Roi , vieillard qui vient de mourir, âgé de qua-» 
tre-vingt-onze ans , couvert de blessures et com- 
blé d'honneurs; elleest fille de.madaroe de Blacy; 
qui vit encore, et qui ne passe pas un jour sans 
regretter une enfant qui faisait le bonheur de sa 
vie et l'admiration de toutes ses connaissances. 
Madame de Blacy est une femme distinguée par 
l'éminence de ses qualités morales, et qu'on peut 
interroger sur la vérité de mon récit. C'est sous 
sa dictée que je recueille de la. vie de mademoi- 
selle de SaUgtiac les particularités qui ont pn 
m'échapper à moi-même pendant un commerce 
d'intimité qui a commencé avec elle et avec sa 
famille en 1760, et qui a duré jusqu'en 1763, 
l'année de sa mort. 

Elle avait un grand fonds de raison, une don* 
ceur charmante , une finesse peu commune -dans 
les idées , et de la naïveté. Une de sçs tantes in- 
vitait sa mère à venir l'aider à plaire à dix-neuf 
ostrogolhs qu'elle avait à dîner, et sa nièce di- 
sait : Je ne conçois rien à ma chère tante; pour-^ 
quoi plaire à dix-neuf ostrogoths ? pour moi ^ je 
ne veux plaire qu'à ceux que f aime. 

Le son de la voix avait pour elle la mém« 
séduction ou la même. répugnance que la phy- 
sionomie pour celui qui voit. Un de ses parens*, 
receveur-général des finances, eut avec la iimille 
un mauvais procédé auquel elle ne s'attentjak 
pas, et elle disait avec surprise : Qui F aurait 
cru d'une voix aussi douce? Quand elle edten^ 



4asi CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

dait chanter, elle distinguait des voix brunes et 

des voix blondes. 

Quand on lui parlait, elle jugeait de la taille 
par la direction du son qui la frappait de haut 
en bas si la personne était grande, ou de bas en 
haut si la personne était petite. 

Elle ne se souciait pas de voir, et un jour que 
je lui en demandais la raison : « C'est , me répon- 
» -dit-elle , que je n'aurais que mes yeux, au lieu 
» que je jouis des yeux de tous; c'est que, par 
» cette privation, je. deviens un objet continuel 
P d'intérêt et de commisération ; à tout tnoment 
». on joa'oblige, et à tout moment je suis recoù- 
» naissante; hélas! si je voyais, bientôt on n^ 
» s'occuperait plus de moi. » 

Les erreurs de la vue en avaient beaucoup di- 
minué le prix pour elle. « Je suis, disait -elle, 
?» à l'entrée d'une longue allée; il y a à son ex- 
» trémité quelique objet : l'un de vous le voit 
V en mouvement, l'autre le voit en repos; l'un 
»: dit que c'est un animal, l'autre que c'est un 
» homme, et il se trouve, en approchant, que 
3> c'est une souche. Tous ignorent si la tour qu ils 
» aperçoivent au loin est ronde ou carrée. Je 
» brave les tourbillons de la poussière, tandis 
D^.que'ceux qui m'entourent ferment les yeux 
» et deviennent malheureux, quelquefois pen- 
:p dant ttne journée entière, pour ne les avoir 
^ ipas assez tôt fermés. Il ne faut qu'un atome 
»' imperceptible pour les tourmenter cnielle- 
»' ment.U, » A l'approche de la nuit, elle disait 



MAI 178^- 42S 

que notre règne allait firUr^ et que le sien allait 
commencer. On conçoit que, vivaht dans les té- 
nèbres avec l'habitude d'agir et de penser penr 
dant une nuit étemelle, l'insomnie, qui nous est 
si fâcheuse , ne lui était pas même in^portune. 

Elle ne me pardonnait pas d'avoir écrit qu^ 
les aveugles , privés des symptômes de la souf- 
france , devaient être cruels. — Et vous croyez y 
me disait -elle, que vous entendez la plainte 
comme moi? — Il y a des malheureux qui savent 
souffrir sans se plaindre. — Je crois , ajoutait- elle^ 
que je les aurais bientôt devinés et que je ne les 
plaindrais que davantage. 

Elle était passionnée pour la lecture et folle 
de musique. « Je crois , disait-elle , que je ne me 
» lasserais jainais d'entendre chanter ou jouer 
» supérieurement d'un instrument, et quand ce 
» bonheur-là serait, dans le ciel, le seul dont on 
» jouirait , je ne serais pas fâchée d'y être. Vous 
j) pensiez juste lorsque vous assuriez de la musi- 
)i que que c'était le plus violent des beaux-arts^ 
» sans en excepter ni la poésie ni l'éloquence j 
» que Kacine même ne ^'exprimait pas avec la. 
» délicatesse d'une harpe ; que sa mélodie était 
» lourde et monotone en comparaison de celle 
» de l'instrument, et que vous aviez souvent dé- 
» siré de donner à votre style la force et la légè- 
» reté des tons de Back. Pour mpi, c'est la plus 
» belle des langues qii^ je connai^sCt ]>alis les 
» langues parlées, miett^^ on prononce, plus on 
2» articule ses syllabes ^^ au lieu que^ dans la lan*- 



424 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
j> guc musicale, les sons les plus éloignés du grave* 
» à laigu et de l'aigu au grave sont ^lés et se 
y> suivent imperceptiblement; c'est pour ainsi 
» dire une seule ^èf longue syllabe, qui àcbaque 
» instant varie d'inflexion et d'expression. Tan- 
» jàis que la mélodie porte cette. syllabe à mon 
» oreille , l'harmonie en exécute sans confiision», 
» sur une multitude d'instrumens divers, deux, 
» trois, quatre ou cinq, qui toutes cohcourent 
» à fortifier l'expression de la première , et les 
» parties chantantes sont autant d'interprètes 
»- dont je me passerais bien ^ lorsque le sympho- 
» niste est homme de génie et qu'il sait donner 
» du caractère à son chant. 

» C'est surtout dans^le silence de la nuit que 
)> la musique est expressive et déliôteiise. 

» Je me persuade que ,distraits p^r leurs yeux , 
» ceux qui voient nie peuvent ni l'écouter ni 
» l'entendre comme je J'écoute et je l'entends. 
)> Pourquoi l'éloge qu'on m'en fait me paraît- il 
» pauTfe et faible? Pourquoi n*en ai -je jamais 
» pu parler comme J€i sens? Pourquoi m'arrête - 
• » je au milieu de mon discours^ cherchant des 
y> motS'^i 'peignent n^a sensation sans les trou- 
» ver*? 'Edt-ce qu'iUne seraient pas encore in- 
» ivêntés? Je né selurais comparer l'effet de la 
D musique qu'à l'ivresse que j'éprowrè^ lorsque , 
» après une longue absence, jemeprécipite entre 
» lés bras de fHa mère ^ K^^t la voi'x me^manque , 
» Hjàe les membres me o^mblent,'que les larmes 
» * ièbulent , que les genoux'ise dérobent sous moi i 



MAI 1782. > 425 

» je irais comme >sî J'allais inourir de plaisir. » 

Elle avait leséiitiTàeht lé plus délicat de la pUr. 
delir; et quand je' lui efl demandai lat toison : 
«' tj^ést', me diskif-eilè , Teffet des discours de mçt 
» mère; elle m'a replète tant de fois -que' la vue de 
» certaines pèirtiés du corps invitait au vice ^ et 
» je vbiià' avouerais', si j'osais , qu'il y a peu de 
» temps que'jel^ai comprise, et que peut-être il,à 
» fallu que je ^cessasse d'être innocente, » 
' Elle est morte d'une tumeur rfux parties natu- 
relles intérieures, qu'elle n'eut jamais le courage 
de déclarer. • 

Elle était, dans ses vétemens^ daiis son linge, 
sur |5a personne, d'une netteté d'autant plus re- 
cliefchée que , ne voyant point, elle n'était jamais 
asisez sûre d'avoir fait ce qu'il fallait pour épar- 
gner à ceux qui voient le dégoût du vice opposé. 
• Si on lui versait à boire, elle connaissait, au 
bruit de la liqueur en tombant, lorsque son 
verre était assez plein. Elle prenait les alimens 
avec une circonspection et une adresse surpre- 
nante. ■ 

Elle faisait quelquefois la plaisanterie de $e 
placer devant un miroir pour qe, pajçer^ et d'imi- 
ter toutes les mines d'une coquette qui se met; 
30US les armes. Cette petite jsiç^gerie était d'une 
vérité à faire .éclater.de rire. . ; ^ 

On s'était étudié, dès sa plus tendre jeunesse, 
à petfectionner les îsens qui luj.. restaient, et il est 
iÉieroyable jusqu'Où l'on y avait réu§si. Le tact 



426 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
lui avait appris, sur les formes des corps, des sin- 
gularités souvent ignorées de ceux qui avaient 
les meilleurs yeux. Elle avait Touie etTodoratex* 
quis; elle jugeait, à l'impression de Tair, deTétat 
de l'atmosphère, si le temps était ,nébuleux ou 
serein , si elle marchait dans une place ou datas 
une rue, dans une rue ou dans un cul-de-sac, 
dans un Keu ouvert ou dans un lieu fermé , dans 
un vaste appartement ou dans une chambra 
étroite. Elle mesurait l'espace circonscrit par le 
bruit de ses pieds ou le retentissement de sa voix. 
Lorsqu'elle avait parcouru une maison , la topo- 
graphie lui en. restait dans la tête, au point de 
prévenir les autres sur les petits dangers auxquels 
ils s'exposaient: Prenez garde ^ disait- elle, ici 
la porte est trop basse; là vous trouwrez une 
marche. 

Elle remarquait dans les voix une variété qui 
nous est inconnue, et lorsqu'elle avait entendu 
parler une personne quelquefois, c'était pour 
toujours. 

Elle était peu sensible aux charmes de la jeu- 
nesse et peu choquée des rides de la vieillesse. 
Elle disait qu'3 n'y avait que les qualités du cœur 
et de l'esprit qifi fussent à redouter pour elle. 
C'était .encore un des avantages de la privation 
de la vue, surtout pour les femmes : Jamais^ di- 
sait-elle, un bel homme né 'me fera tourner la 
tète. 

Elle était confiante. Il était si facile et il eût 
été si honteuX' de la tromper ! C'était une perfi- 



MAI 178a/ 4ar 

die inexcusable de lui laisser croire qu'elle était 
seule dans un appartement. . 

Elle n'avait aucune sorte de terreur panique^; 
elle ressentait rarement de l'etuiui ; la solitude lui 
avait appris à se suffire à elle-niéme. Elle avait 
observé que dans les voitures publiques, en 
voyage, à la chute du joui*, on devenait silen* 
cieux: Pour moi y disait - elle, /e ri ai pas besoin 
de voir ceux avec qui f aime à m'eniretenir. 

De toutes les qualités, c'étaient le jugement 
sain, la douceur et la gaieté qu'elle prisait le plus* 

Elle parlait peu et écoutait beaucoup : Je res^ 
semble aux oiseaux^ disait-elle, /apprends à 
chanter dans les ténèbres. 

En rapprochant ce qu'eUe avait entendu dhin 
jour à l'autre, elle était révoltée de la contradic- 
tion de nos jugemëns; il lui paraissait presque 
indifférent d'être louée ou blâmée par des êtres 
si inconséquens. 

On lui avait appris à lire avec des caractères 
découpés. Elle avaitJft voix agréable ; elle ehan- 
tait avec goût ; elle aurait volontiers passé sa vie 
au concert ou à l'Opéra, il n'y avait guère que 
la itmsique bruyante qui l'ennuyât Elle dansait 
à ravir; elle jouait très* bien du par -dessus de 
viole, et elle avait tiré de ce talent un moyea di^ 
se faire rechercher des jeunes personnes de som 
âge en apprenant les danses et les contre-danses 
à la mode. 

C'était la plus aimée de ses frères et de ses sœurs. 
<¥ Et voilà , di$ait-eUe , ce que je dois encore k 



4a8 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» mes infirmités : on s'attache à moi par les soins 
» qu'on ra'a rendus , et par les efforts que j'ai faits 
» pour les reconnaître et pour les mériter. Ajou- 
» tez que mes frères et mes sœursn'en sont point 
» jaloux. Si j'avais des yeux, ce serait aux dépens 
» de mon esprit et de mon cœur. J'ai taïit de 
» raisons pour être bonne ! que deviendrais-] e 
3» si je perdais Tintérét que j'inspire ? » 

Dans le renversement de la fortune de ses pa- 
rens , la perte des maîtres fut la seule qu'elle re- 
gretta ; mais ils avaient tant d attachement et 
d'i s imç pour elle , quête géomètre et le musi- 
cien la supplièrent avec instance d'accepter leurs 
leçons gratuitement , et elle disait à sa mère : 
'Maman y comment fitire ? Ils ne sont pas riches ^ 
et ils ont besoin de tout leur temps. ' 

On lui avait appris la musique par des carac- 
tères en relief iqû'on plaçait sur des lignes émi- 
nentes à la surface d'une grande table. Elle lisait 
ces caractères avec la main; eUe les exécutait sur 
son instrument ; et en tlw-peu de temps d'é- 
tude elle avait appris à jouer en partie la pièce 
la plus longue et la plus compliquée. 

Elle possédait les élémens d'astronomie , d'al- 
gèbre et de géométrie. Sa mère , qui lui lisait le 
Livre de l'abbé de La Caille , lui demandait quel- 
quefois si elle entendait cela ; tout courant ^ lui 
répondait-elle. 

Elle prétendait que la géométrie était la vraie 
science des aveugles, parce qu'elle appliquait 
fortement^ et qu'on n'avait besoin d'aucun se 



MAI 17812. '4^9 

cours pour se perfectionner. jE^g^é^^éfr^y ?jow^ 
tait-elle , passe presque toute sa vie les yeux 
fermés. : • 

J'ai vu les cartes sur lesquelles elle avait étudié 
la géographie. Les parallèles* Jet les inéridienft 
sont des fils de laiton; j^slimite»' des royaumes^ 
des provinces sont distinguées par de la broderie 
en fil y en soie et en.laine^plus oumoins fortes 
les fleuves, les rivières et les montagnes, par des 
têtes d'épingles plus où- moins grosses ; et Icj^ 
villes plus ou moins considérables , par des 
gouttes de cire inégales. ! ; 

Je lui disais un jour : Mademoiselle , figuréz> 
vous un cube. — Je le vois. — Imaginez au centre 

du cube un point C'est fait. —^De ce pointtirez 

des lignes droites aux angles , eh bien , v(>ug au»- 
rez divisé le cube. — En six pyramides égilfes , 
ajouta-t-elle d'elle -? même , «ayant chacune léi 
mêmes face^ , la base du cube et la moitié de sa 
hauteur. — Cela est vrai ; mais où voyez - vous 
cela ? — • Dans ma tête , comme vous. 

J'avoue que je ' n'ai jamais /conçii netteinen|; 
comment elle figurait dans sa tête ian& colorer. 
Ce cube s'était-il formé par la mémoire des sen- 
sations du toucher ? Son cerveaà..était-il devenu 
une espèce de main sous laquéUe» les substances 
se réalisaient?' S'était-il établi à la longue une 
sorte de correspondance entre deuic sens divers? 
Pourquoi ce pommerce n'exiétert-ilpas en moi, 
<Bt ne vôis-je rien dans ma tête si je ne colore 
pas ? Qu'est-ce que l'imagioation d!un aveugle ? 



'4ifi CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

4Ce phénomène n'est pas si fatcileà expliquer 

iquron le croirait. 

Elle écrivait avec une épingle , dont ^Ue pir 
quait sa feuiBe de papier tendue sur un cadre 
traversé de deux lames parallèles et mobiles, qui 
ne laissaient entre elles d'espace vide que Tin- 
térvalle d'une ligne à une autre. La même écri- 
ture servait pour la réponse, qu'elle lisait en pro- 
menant le bout de son doigt sur les petites iné- 
gailitésque l'épingle ourFaiguille avait pratiquées 
aii verso du papier/ 

Elle lisait un livre qu'on n'avait tiré que d'un 
cèté. Prault en avait imprimé de cette manière à 
son usage. 

: On a inséré dans le Mercure du Temps une 
4e: ses le|:tres. 

, EUe avait eu la patience de copier à l'aiguille 
l'Abrégé historique du président Hénault , et j'ai 
obtenu de madamje de Blacy,sa mère, ce singulier 
manuscrit 

, Voici un fait qu'on croira difficilement, mal- 
gré le témoignage de toute sa famille^ le mien 
et celui de vingt. personnes qui existent encore; 
c'est que, d'une pièce de douze à quinze vers, 
si on lui donnait la première lettre et le nombre 
de lettres dont chaque mot était composé, elle 
retrouvait la pièce proposée, quelque bizarre 
qu'elle fût. J'en ai iait l'expérience sur des am- 
phigouris de Collé. Elle rencontrait quelquefois 
une expression pliis heureuse que celle du poète. 

Elle eni&lait avec célérité 1 aiguille la plus 



.V MAI 178a. \ 4it 

tnlnce , en étendant son fil ou sa soie sur Fin-'' 
dex de la. main gauche, et en tirant, par l'œil 
de raiguille placée »perpendîeukirement; ce 'fil 
plij^Jtte soie- avec/une pointe Arès-déliée. j 

i. Il ji!y tivait;au(mii£^. sorte de petits ouvrages 
qu'elle n'exécutât; ourlets, bourses; pleihes oi| 
^y^iÇt^isée^, èj'oui^,':à différens.dessids^ à di- 
YQr^eis couleurs 4 jacsetières , bracelets -, bdllietis 
£^Yec de petits graïDS de verre, .comme des 
^ettrés. d'imptimerie. le ne ;doute> point qu'elle 
njent^été. uni boa compositeur d'imprûneiiei? 
quiipeut le plus ^ peut le moinst '^y ' 
< i Mie, jouait parfaitiËiment le reversîs ,' le média-» 
teisiFjet le qiiadr^; elle rangeait elle-même 
ses cartes, qu'elle distinguait]|)iae<de;petits tràtâ 
quleile .reconnaissait au toubher, et que les 
^jcAifH^^ne reconnaissaient ni à ia -vue .ni au tou^^ 
cher. [Au reversis, elle changeait de^ signes àuîl 
;is ^-surtout à ras'dercàrreàu.eéa» quinola. hst 
seule attention :q]»'on eût pout* elle, c'était de 
n.<^n\erilà <ïartè/ên la jouante S'il arrivait que 
le q.uinola fûji; r»enaoé , il se répandait sur sa 
Lèvrp,un léger ÉK>urire qu'^elle né pouvait con- 
tenir, quoiqu'elle en connût l'indfisarétion. 

Etl^ ét^itfat^lii^te; elle , pensait que les efforts 
quLC nous faisions pour échapper k notre <ies-4 
tinée ne servaient, q» -à nous y conduire. Quelle» 
étaient. se» opinions religieuses ? Je les ignore ;i 
ç'^t un. secret qu'eUe gardait par respect pour, 
une mère pieuse. 

lll^np içie r€$t^ plw qu'à vous «Bcposer ses 



41% CORIIÊSPONDANCE UTTERAIRE , 
idé6s sur.l'écrhurey.le delaiiL^ la gravure, la 
fiemture; jje ne csrois pas kpJon en puisse avcib 
Ût plqs'voisineâ'de. la yéiîté'; o^è^t ainsi, J'es- 
père , qù'ofi -eBf ijugsra par i'eivlnetién qui suit^ 
el.dbnt je smsqinintîsFlocoteup; Ce fut ^lle V^ui 
parla la. première J ' '" > ; 'r -h»:^ 

<r -r 8î ^▼rfusr' anriez tracé .«HP^ipaéi -ttiatn y arecr 
tiii> styletV4iH'»3iel&, uneJbonpbev'nah' homme; 
uiie kmtae^ yn* arbre ^ certainsecaént je-li^ m'y 
t:éoihperais pas;fije'iieidé^spèrerâis^pas ntémë,^ 
si Je. traiti'étaitiiexactv*de'>r^O0iinaître la'per^ 
sonne dont vous t m'auriez. £aiît rituâge; m^ttâiir 
dëtteiHlfàit. pour -moi Un ncoitoir 'sensible; mais 
gtaîMie est la'diiËéarenceiâe seéisiiHlité entité axte 
toile et Forgstne'^la vuèt:^;!) ',*!Ki:;. . .' t^- • >- 
. a> Je âupppserIdDiib que» iFœil. soit une îioile 
vijyante , :d'^u)e .délibatâsséjtiiifinie; l'air frappa 
Tobjet, ^cià dbjrt iLésti^flédii versiro^v<î«i 
tii reçoit, ipne'; Èofinité-dumpTiesiions diveïrses 
selon la'natuile/Ia fortoe, la equteur de Toi^tet, 
et, peut-être. lès. (^lités^e' l'ail** H|uii me sô«it 
inconHues et que vous ne contia3»»ëz pas^j^us 
que moi; et c'^st^pîar la fiifiété de ces senlsa^ 
lions quîiLvous est peint: i .» f' ^ ; 
: » Si ia' pe^u'd^ ma màih' égalait la dëliea- 
tesse d*t vos y«?^^ je vèriîais^ par ma nlàin , 
comme vous* vt^yez par vos/yeux, et je me fi- 
gure quelqliefoisqii'il y a* des: anidiaux qui sont 
aveugbesy et t}uiiijen sont pasnioins tlairvoyans. » 

— Et le miroir? 

a — Si teusles coips Be ^ant pas autant de 



MAI 1782. 433 

miroirs , . c'est par quelque défaut dans leur 
contexture^ qui éteint la réflexion de Tair. Je 
tiens d'autant plus à cette idée, que Tor, Par* 
gent, le fer, le cuivre polis, deviennent propres 
à réfléchir l'air, et que l'eau trouble et la glace 
rayée perdent cette propriété. 

» C'est la variété de la sensation, et par con- 
séquent de la propriété de réfléchir l'air dans 
les matières que vous employez, qui distingue 
l'écriture du dessin, le dessin de l'estampe, et 
l'estampé du tableau. 

» L'écriture, le dessin, l'estampe, le tableau 
d'une seule couleur, sont autant de camaïeux. » 

, — Mais, lorsqu'il n'y a qu'une couleur, on ne 
devrait discerner que cette conteur? 

<c — C'est apparemment le fond de la toile, 
l'épaisseur de la couleur et là manière de l'em- 
ployer qui introduisent daHs la réflexion de 
l'air une variété correspondante à celle des for- 
mes. Au reste , ne m'en demandez plus rien , je 
ne suis pas plus savante que cela. » 

— Et je me donnerais bien de la peine inutile 
pour vous en apprendre ds^vanjtage. 

Je ne vous ai pas dit, sur cette jeune aveugle ^ 
tout ce que j'en aurais pu observer en la fré-; 
queutant davantage et en l'interrogeant avec 
du génie; mais je vous donne ma parole d'hon- 
netir que je ne vous en ai rien dit que d'après 
mon expérience. 

Elle mourut, âgée de vingt-deux ans. Av^c une 
mémoire immense et une pénétration égale à sa 
I. 28 



'434 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
mémoire, quel chemin n'aurait - elle pas fait 
dans les sciences si des jours plus longs lui 
avaient été accordés 1 Sa mère lui lisait FHis- 
toire, et c'était une fonction également utile et 
agréable pour Tune et l'autre. 

StiR V Affaire dki iol jimti 

Aie des Fraisés, 

Kodney se vante beaucoup ^ 

Pour cette fois passe , 
On peut lui pardonner tout 
Quand nous receyons ce coup 
De grâce , de grâce , de grâce 9. 
De Grasse. 

Pourtant ne faut que l'Anglais « 
r Redoublant d'audace , 

Prenne en pitié le Français 
Qui ne demanda jamais 
De^râce , de grâce, de ^râce , 

De Grasse^ / ^ 

Au vrai , tout n*e&t pas au pis 
Dans cette disgrâce : 

Pleure ton "vaisseau , Paris , 

Mais notre Attiiriil est pris. — ' 
r ' flends grâce' , rends grâce , rends grâce , 

- . R-enâ» Grasse« 

'- * Pour que â*un si'pitéux ca^ 

La bonté s'eCEsice', • . < /Sf 

' . : 'Que dans de noujirçaiix coiirbats 
L'ennemi ne trouve pas 

De grâce, de grâce, de grâce, 

DeQra^^e. 



MAI 178a. 435 

De m, Palissot 

J'ignore quel nouvel intérêt ou quelle puis^ 
santé protection a pu réconcilier tout -à -coup 
M. PalissQt avec la Comédie» Ce qu'il y a d^ cer- 
tain, c'est qu'après l'avoir laissé oublier depuis 
plus de vingt ans , elle paraît affecter aujour* 
d'hui de ne plys s'occuper que de lui : on a 
commencé par nous donner une reprise des 
Tuteurs; on leur a fait succéder très -rapide- 
ment V Homme dangereux^ qui u'avait point en- 
core été donné; et quoique ces deux ouvrages 
aient attiré, fort peu de monde, on n'en a pas 
été moins empressé à remettre à Fétude la fa- 
meuse* comédie des Philosophes.^ N'y Ti-t-il pas 
lieu de présumer que ce sont des motifs, fort 
supérieurs aux intérêts, de messieurs les Çomé^ 
diens qui ont pu exciter tant de zèle et tant 
d'activité en faveur de M- Palissot? Comment ne 
pas se souvenir, dans cette occasion, de ce qji^il 
nous a si bien prouvé, dans toutes ses Préfaces» 
qu'il possédait éminemipent le mérite littérajre, 
le plus utile à l'Etat , quçique 1q plus injuste-- 
CTent avili? ^ ^ .. ■ - . ' .. 

La comédie^ des Tuteur^ !a i^s détails heureux^ 
mais l'intrigue en est faible , et porte sur une 
idée assez extrisivagante, Un pçre a laissé eu 
mourant la conduite de sa .fille à trois ou qua- 
tre» Tuteurs 5^ dont les caijafitèyes et les goûts sont 
ab»olumerit;différens; j^aur obtetiir sa main ^ il 
faudra plaire également à içus. Si la condition 

a8. 



436 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
est bizarre, le moyen de réussir n'en est pas 
moins facile à deviner; il ne s'agit que de feindre 
tout-à-tour, aux yeux de chacun, de lui ressem- 
bler; c'est ce que faitFamant aimé de la pupille, 
c'est ce qu'il fait plus ou moins adroitement ; 
mais aucune de ces scènes n'est aussi rive, aussi 
naturellement gaie que celle du chevalier Clik 
et du chevalier Cluk, dans le Dédit, par Du- 
frêny. 

M. Palissot trouve très-mauvais qu'on lui re- 
fuse le don de l'invention; il s'est fâché lorsqu'on 
lui a dit que le deisin de se^ Philosophes était cal- 
que sur celui des Femmes sawintes: il pourrait 
bien se fâcher encore si on lui prouvait que l'ac* 
tion de XHomtne dangereux ressemble beau- 
coup à celle da Flatteur de Rousseau, ou à celle 
du Michant de Gresset ; mais nous ne voulons 
point le f&cher; il y a d'ailleurs plus d'exactitude 
à dire que le reproche est injuste, et par la rai- 
ion la plus évidente , c'est que dans VHàmm^ 
dangereux il n'y a aucune action , ou peu s'en 
faut. Comme le Flatteur, comme le Mécbant^ 
rnomme dangereux est reconnu à la fin pour 
être l'auteur d'un écrit injurieux contre Thomme 
qui avait été jusqu'alors sa dupé; comme eux^ 
c'est par la ruse d'une soubrette qu'il est dé- 
masqué ; mais voilà toute la ressemblance. Le 
Méchant ^e M. Palissot ti'a aucun motif pour 
faire l'écrit en question ; c'est fort gratuitement 
qu'il s'expose lui-tnéme à se perdre; il ne prend 
aucune précaution pour &ire réussit^ sa méchaA* 



MAI 178a. 437 

cete, et l'on n'a besoin d^aucun artifice pour 
la faire retomber sur lui. M. Palissot et ses 
amis ont si bien senti la faiblesse d une pa- 
reille intrigue, que, dans l'impossibilité de la 
défendre, ils se sont contentés d'assurer hau^ 
tement le. public que les pièces de caractère, 
et, s'il en fiit jamais, l'^o/Ti/ne dangereux en est 
une, pouvaient fort bien se passer d'action, té^ 
moin le Misanthrope 9 etc.; mais ces Messieurs 
nous permettront de leur représenter d'abord 
que M. de Voltaire du moins n'était pas de cet 
avis; il a dit : 

Un vers heureux et d*un tour agréable 
Ne suffit pas ; il faut une action , 
pe l'intérêt , du comique , une £ible , 
Des mœurs du temps un portrait véritablt 
Pour consommer cette ceuTre du démon* 

On ne prétend pas qu'une Comédie ait l'in^ 
térét d'une Tragédie ou d'un Roman , mais il pa- 
raît indispensable qu'elle ait celui de tout ou- 
vrage dramatique, l'intérêt attaché à la peinture 
fidèle des moeurs ,*au mouvement successif et 
gradué d'une action naturelle et vraie. Lorsqu'il 
y aura une lutte établie entre le caractère et les 
circonstances où ce caractère est placé, lorsqu'il 
y aura quelques ressorts adroitement préparés 
pour mettre ce caractère en jeu, pour l'embar- 
rassec ou pour en faire justice, et toujours par 
Aes moyens dont je puisse désirer le succès sans 
les avoir trop prévus, mon attention sera sans 
doute suffisamment fixée; il ne faudra, pour 



438 CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, 
Tintérèsser, ni des événemens ni des situations 
extraordinaires ; mais , si mon imagination ne 
demande pas à être fortement émue, elle veut 
du moins être amusée, et c'est à quoi le poëte 
ne saurait réussir s'il n'a pas Fart d'exciter ma 
curiosité et de la soutenir sans effort. 

On a répété trop souvent que l'action du Mi- 
santhrope était faible et peu attachante ; elle ne 
l'est pas autant, il est vrai, que celle de VJvare 
et du Tartuffe j qui sont pourtant aussi, je crois, 
des comédies de caractère. Mais quel est le 
spectateur attentif qui , en voyant pour la cen- 
tième fois le Misanthrope y n'est pas encore très- 
curieux de savoir ce que pourra devenir la pas- 
sion d'Alceste pour la coquette Célimène, son 
amitié pour Philinte et sa querelle avec Oronte? 
Je ne dis rien de tout le reste ; il n'y a pas une 
scène où l'on né trouve un nœud plus intéres- 
-sant à voir dénouer que celui de toutes les 
pièces qu'on a prétendu feiire depuis dans le 
même genre. S'il y a quelque chose de froid 
dans cet immortel ouvrage , c'est le dénouement, 
et peut-être n'est-ce encore que l'extrême per- 
fection de chaque scène en particulier qui a 
rendu l'effet de l'ensemble moips rapide et moins 
entraînant. 

Au risque de paraître revenir de fort loin, 
nous ne pouvons nous dispenser de remarquer 
.ici que , comme l'on a soupçonné Molière d'a- 
voir voulu se peindre lui-même dan$ le Misan- 
thrope, M. Palissot avoue naïvement qu'il ^ eu 



MAI 1782. 43-9 

l'intention de se peindre aussi lui-même dans le 
personnage de Valère, l'Homme dangereux : il 
est vrai qu'il a voulu que le portrait ne fut res- 
semblant qu'aux yeux de ses ennemis; mais 
beaucoup de gens pensent qu'il a réussi sous ce 
rapport bien au-delà de son attente. Rien, de 
plus subtil , rien de plus ingénieux que son pro- 
jet. En 1770 , lorsqu'il en conçut l'heureuse idée, 
les philosophes étaient un peu plus considéré^ 
qu'ils ne le sont aujourd'hui ; du moins leur 
croyait-on devoir plus d'égards et plus de mé- 
nagement. Une pièce, donnée alors sous le nom 
de M. Palissot , pouvait être fort mal accueillie , 
peut-être même courait-elle le risque d'être refu- 
sée. Pour échapper à toutes ces difficultés , l'A- 
ristophane de nos jours s'était proposé non-seu- 
lement de faire donner sa pièce anonyme, il avait 
encore eu spin de répandre dans le public. que 
.c*était une satire violente, dont lui-même était le-' 
principal objet; on assure que, pour accréditer 
ce bruit encore mieux , il avait été s'en plaindrez 
à M. l'abbé de Voisenon, en le suppliant 4'em- 
ployer tout sou crédit à empêcher que la piècei 
ne fût jouée ; que l'officieux Abbé avait réussi à 
la faire défendre , et qu'alorsM*^ Palissot, au désr^^ 
espoir d'avoir été mieux servi qu'il ne l'espérait, 
était venu presque en larmes avouer à son. ami 
qu'il était l'auteur de la pièce, et le conjurer de 
faire lever la défense ; ce que celui-ci n'avait ja- 
mais voulu faire , très-indigné de ce qu'on eut 
osié le croire proprç à se rendre complice d'uix 



44o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
pareil manège. Il est vrai que M. Palissot a écrit^ 
depuis plusieurs longues Lettres pour désavouer 
le ridicule de cette aventure; mais il n en est pas 
moins vrai que, quoiquHl en fut sollicité vive- 
ment, Fabbé de Yoisenon ne voulut jamais dé- 
truire rimposture prétendue, soit qu'il n ait pas 
daigné en prendre la peine, soit qu'il fût piqué 
en effet d'avoir été la dupe dé M. Palissot, soit 
enfin qu'il se fût fait un scrupule de démentir 
un conte qui , vrai ou faux, ne pouvait manquer 
de lui paraître plaisant. 

Quoi qu'il en soit, on aura toujours de la 
peine à comprendre comment un homme a le 
courage de se traduire ainsi lui-même sur la 
scène, de prêter au personnage le plus odieux 
tous ses traits , tous ses sentimens , toutes ses 
opinions, et de mettre ce personnage en con- 
traste avec un honnête homme, qu'il rend |i 
la vérité le plus plat du monde, mais dans la 
bouche duquel il place cependant les sentimens 
les plus estimables, les plus vertueux, avec les 
opinions les plus diamétralement opposées aux 
siennes. M. Palissot pense qu'il est impossible 
qu^on lui fasse sérieusement l'application de ce 
rôle de Valère, dont il a si bien fait sentir toute 
l'atrocité. En effet, comment la mériterait -il? 
De sa vie il n a fait aucune satire , aucun libelle; 
voyez la Duriciade^ les Philosophes ^ etc.: lors- 
qu'un libelle est signé, ne cesse-t-il pas de l'être? 
Mais pourquoi s'était-il donc persuadé que ses 
ennemis ne manqueraient pas de l'y reconnaî- 



MAI 178^. 441 

tre? Pourquoi se flattait-il donc que, si la pièce 
fût tombée, son secret ayant été parfaitement 
gardé, il pourrait se féliciter publiquement de 
cette chute en feignant de partager Terreur com- 
mune? Mais en oubliant la personne de l'au- 
teur, à ne considérer que l'ouvrage , quel en 
peut être le but moral? de montrer que Thon* 
nête homme n'est qu'un sot et l'homme d'esprit 
un scélérat; morale bien dfgne assurément de 
l'ennemi des philosophes. 

Quelque froid que nous ait paru le plan de 
V Homme dangereux y quelque bizarre que nous 
en semble l'intention , on nç. saurait lui refuser 
un mérite de style devenu fort rare aujourd'hui. 
La grande scène qui termine le second acte est 
sûrement une des meilleures que nous ayons 
vues depuis long-temps au Théâtre ; le dialogue 
en est vif, aisé, naturel et rempli de traits pi- 
quans, si ce n'est par l'idée, du moins par l'ex- 
pression. On y remarque surtout un vers heu- 
reux, le seul de tout le rôle de Dorante où l'on 
retrouve vraiment l'expression d'une âme sen- 
sible et vertueuse ; il ne doit pas être oublié. 

Croyez-moi, k mëchaiit est seul dans runivers. 

Ah! croyez-moi, M. Palissbt, Ton peut vous en 
croire. 

UHomme dangereux a été reçu comme il 
méritait de l'être, l'ensemble avec beaucoup 
d'indifférence , les détails tantôt avec humeur » 
tantôt avec plaisir; nous avons cité ceux qui ont 
paru le plus généralement applaudie. La pièce 



44a CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
u'a eu que cinq ou six représentations^ eteiks 
ont été peu suivie?. Les rôles d'Oronte €t de 
Valère ont été parfaitement bien rendus ; le pre- 
mier par le sieur Préville, le second par le sieur 
Mole , celui de Marton par madame Bellecour, et 
le sieur Dugazon a été aussi plaisant qu'il était 
possible de l'être dans celui de M. Pamphlet. 



I 



M. Linguet a fait répandre dans le public un 
projet manuscrit dans lequel il propose aU Gou- | 
Vernement un procédé secret pour faire rendre I 
des ordres détaillés de Versai^es à Brest et à 
Toulon e;i aussi peu de temps qu'il en faudrait 
à un bon écrivain pour les copier six fois, et i 
sans que les agens intermédiaires en puissent 
pénétrer l'objet. Il annonce qu'il n'emploiera 
ni les pavillons, ni les feux, ni aucun des autres 
moyens déjà connus, mais un instrument fort 
simple dont on fait usage dans deux métiers 
diffërens, et dont la construction est si facile 
qu'il n'est point de village où l'on ne puisse le 
faire ou le réparer au besoin. L'entretien de 
cette nouvelle espèce de poste est si peu dis- 
pendieux, que de Versailles à Brest il ne pas- 
sera pas annuellement vingt mille francs. On a 
su que le projet avait été présenté au Roi paï 
M. de Beauveau, et recommandé par M. le comte 
d'Artois ; mais on ignore si l'on en a déjà fait 
ou si l'on se propose sérieusement d'en faire 
l'épreuve. Quel que puisse en être le résultat, 
si M. Linguet n'a pas découvert tout de bon le 
secret qu'il nous promet avec tant d'assurance, 



MAI 178a. 443 

il a trouvé du moins celui de se rappeler d une 
manière. 4ssez piquante au souvenir d'un public 
qui commençait à l'oublier. Il a fait beaucoup 
mieux encorie; car il vient d'obtenir, et ce 
pourrait bien être une autre énigme, la permis- 
sion de sortir de la Bastille, même celle de con- 
tinuer son Journal : on lui interdit à la vérité 
toutes les matières de religion, de gouverne- 
ment et de politique ; mais on lui abandonne, 
dit-on, pour ses menus plaisirs, les philosophes 
et l'Académie. A là bonne heure... De quelque na- 
ture qu'ait été le motif de sa détention, il est tou- 
jours également incertain ; elle a sans doute été 
assez longue, de plus de vingt mois, pour lui 
faire faire toutes les réflexions dont il pouvait 
avoir besoin , et il ne sera guère tenté de s'y 
exposer une seconde fois. 



La Destruction de la Ligue ^ ou la Réduction 
de Paris j pièce nationale ^ en quatre actes; par 
M. Mercier. Ce drame est de, la force de tous 
les autres drames de M. Mercier, et Ton nous 
dispensera volontiers d'en faire l'analyse. Ce 
qui est infiniment plus curieux que le drame, 
c'est la préface. M. Helvétius en avait fait une 
pour nous prouver qu'il n'y avait qu'un seul 
moyen de rendre la France heureuse , et c'était 
tout simplement d'en faire faire la conquête par 
quelque Puissance étrangère. M. Mercier in- 
dique un moyen presque aussi doux, beaucoup 
plus national et moins embarrassant pour nos 
voisins, c'est la guerre civile; sa préface est 



444 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

employée toute entière à développer Tagrément 
et Futilité des révolutions de ce genre. Cestla 
plus af&euse de toutes les guerres, sans doute; 
il veut bien en convenir; mais c'est la seule ^ 
dit-il, qui soit utile et quelquefois nécessaire. 

9 La Nation , qui sommeillait dans une inac- 
9 tion molle , ne reprendra sa grandeur qu'en 
» repassant par ces épreuves terribles, mais 
» propres à la régénérer.,. La guerre civile 
» dérive de la nécessité et du juste rigide. & 

En attendant le moment de profiter de ces 
bautes leçons , le Gouvernement a jugé à propos 
de défendre l'ouvrage, et l'auteur est resté pru- 
demment à Neuchâtel,où il continue de faire im- 
primer la suite de son Tahletui de Paris, 



Extrait du Journal d^ un Officier de la Marine , 
de r Escadre de M. le comte dEstaing. 178a. Bro- 
chure in-8^. L'auteur anonyme de ce pamphlet 
est bien plus maladroit qu'il n'est méchant. 
Quelque impartialité qu'il ose affecter, il décèle 
à chaque instant le seul objet qu'il paraît s'être 
proposé, celui de justifier toutes les préventions 
de la marine royale contre M. d'Estaing ; mais, 
avec l'intention la plus manifeste de nuire à la 
gloire de ce brave général, il se trouve engagé, 
maigre lui, à rendre à ses vertus, à sa constance, 
à son intrépidité , le témoignage du monde le 
moins suspect. Il ne peut se dispenser d'avouer 
que a M. d'Estaing, actif, infatigable , ne s'est 
» jamais épargné pour réus^r; qp'il serait ca- 
» pable des plus grandes choses ( et c'est un 



MAI 1781. 445 

» ennemi qui parle) s'il ayait des connaissances 

» proportionnées à son activitéi et à son ambi« 

» tion ; que, né avec beaucoup d'esprit, il a l'en- 

h thousiasme et le feu d'un homme de vingt ans; 

% qu'entreprenant, hardi jusqu'à la témérité^ 

» tout lui parait possible; que si les matelots le 

» croient inhumain , ce reproche tient à sa ma*^ 

* nière dure de vivre, étant encore plus cruel 

» pour lui-même que pour ses équipages ; qu'oa 

» l'a vu malade et attaqué du scorbut sans ja« 

» mais vouloir faire de remèdes ; travaillant nuit 

» et jour, ne dormant qu'une heure après sou 

» dîner, sa tête appuyée sur ises mains; se cou- 

» chant quelquefois, mats sans se déshabiller; 

» et qu'il n'y a pas un homme dans son escadre 

» qui puisse croire qu'il eût résisté à toutes les 

» fatigues qu'il A supportées, etc* 

Quoique celle brochure «oit écrite en général 
avec autant dé négligence que de prévention «t 
de partialité^ elle présente cependant une suite 
de faits et de détails qui n'est pas sans intérêt} 
il n'est pas même fortdifiSdle d'y discerner le 
vrai à travei^s lès voiles dont l'auteur cherche à 
l'envelopper. OH' y trouvera dès anecdotes as-» 
sez curieuses stir le caractère et sur les disposi"" 
tions des Américains; en voici quelques traits. ' 

ce TSons n'avons teçu aucivn avis intéressant 
de la part des Américains, ou ceux qu'ils nou^ 
ont donnés étaient feux. Un pilote et un officier,' 
doi^nés par le Congrès , nous ont indignement 
trahis; c'est que la plupart des g^ns aisés sont 



'446 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
Toiys, et ne soutiennent le parti américain 
que par la crainte de perdre leurs biens; leurs 
cœurs sont apx Anglais. Ceux-ci avaient usé 
d'une politique adroite depuis que nous avions 
paru sur les côtes de l'Amérique , pour aliéner 
les esprits à notre égard, en semant sourdement 
que l'apparence de protection que le Roi de 
France leur donnait était trompeuse, et que son 
intention était connue de garder les conquêtes 
que son escadre pourrait faire; que les Français 
pro6teraient de la simplicité des Américains 
pour s'insinuer dans leur pays ; qu'en croyant 
devenir libres, ils ne faisaient que changer de 
maîtres; que le projet de la France était connu 
par la proposition qu'elle avait faite à TAngle- 
terr,e de s'unir à elle pour les réduire, si on avait 
voulu lui céder quelques partit^ji., Tels étaient 
les bruits et les écrits semés par les Anglais, 
ipi^ le parti Tory av^iit eu sdin d'accréditer... 
> » Les Américains^ soqt faciles à tromper; in- 
flolens par caractère, âoupçoiïnéux^ ils croient 
toujours voir ce qu'ils craignent.. Leur indo- 
lencie ei^t tellcj, q^ nojus ayQEi$ vu lennemi 
détruire Befford à -ao npiilles di9> Boston, sana 
qije le Sénatt fût ipstruit d'aucune: circonstance, 
dçs forces ni de^ d^e^eins des Anglais... Nous 
devons beaucoup àr^.Hanooji;^. qui. a contenu 
Je peuple, faisant lni:mêm.e -pajtrouille la nuit; 
$a{$ cela, nous aturions étéiobjigé^ de uqus ré- 
fugier à bord de pos vaisseaux,' et de n'eu pas 
«ortir., etc., etcv » . . 



MAI 1782. 447 

VAnd des Enfans^ par M. Berquiny ouvrage 
périodique, dont il paraît un petit volume in- 16 
tous les mois. On en a déjà fait deux éditions. 

Il y a si peu de livres dont on puisse occuper 
utilement ce premier âge, qu'il faut bien savoir 
quelque gré aux écrivains qui, sans approcher 
du but, s'en éloignent moins que les autres. 
M. Berquin a paru être de ce nombre. Son Ami 
des Enfans est un Recueil de Fables , de Contes, 
de Dialogues, de petits Drames traduits ou 
imités en grande partie de l'allemand. La mo- 
rale que tous ces petits ouvrages renferment 
est en général assez raisonnable ; mais l'idée est 
presque toujours trop vague, trop superficielle, 
la forme un peu niaise, un peu monotone. Slt 
n'est pas vrai, comme l'a dit Fontenelle , que 
le naïf ne soit qu'une nuance du bas ou du 
niais, ij est au moins très-sûr qu'il ify a le plus 
-souvent qu'une nuance assez légère qui les sé- 
pare, et il n'appartient qu'au tact le plus fin et le 
plus excercé de ne jamais les confondre. * 



Portrait du Docteur Tronchin. 

Théodore Tronchin,né à Genève, en 1709, 
d'une famHle noble originaire d'Avignon, mort 
à Paris, le i«' Décembre 1781 , premier médecim 
<ie M. le duc d'Orléans, noble patricien de Parme; 
associé étranger de l'Académie royale dés 
Sciences, etc., etc. Il s'était marié, en Hollande, 
4 la petite-fille du fameux pensionnaire Jean de 



448 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 
Witt; et à l'âge de a4 ans, du vivant de Boerhaye, 
il mérita la réputation d'un des premiers mé- 
, decins d'Amsterdam... 

L'humanité a perdu en lui un de ses bien- 
faiteurs, l'amitié son plus digne modèle, et la 
médecine un des plus illustres disciples de 
l'Hippocrate de nos jours. Il n'a laissé aucua 
ouvrage digne de son génie et de ses lumières; 
mais un Recueil choisi de ses consultations for- 
merait un monument aussi glorieux à sa mé- 
moire qu'il serait utile et intéressant pour les 
progrès de l'art. Il existe un grand ijombre de 
ces consultations entre les mains de ses héri- 
tiers, et la plupart sur des objets infiniment 
remarquables. Jamais médecin ne. consulta plus 
la nature, n'en saisit avec plus de sagacité tous 
les mouvemens, toutes les indications; jamais 
médecin n'employa plus heureusement et le 
secret d'attendre la nature et celui de la secourir 
avec le moins de peine , le moins d'effort pos- 
sible : ses principes , aussi simples que lumi* 
neux, étaient toujours soumis à l'observation 
la plus exacte et modifiés par elle. La plupart 
de nos médecins ne traitent que les maladies; 
il traitait le malade, et sa méthode avait autant 
de formés différentes qu'il se présentait de cir- 
constances différentes pour en faire l'applica- 
Jion. Peu de médecins ont vu comme lui Tifl* 
fluence du moral sur le physique^ la nécessité 
de ménager les forces, de proportionner le^ 
ressources aux moyens , l'avantage de ne-com- 



. MAI 178a. . . 449 

battre le principe de nos mauK qu^en éloignant 
tout ce qui peut contribuer à les entretenir, 
à les irriter, La. diète i^tait presque, toujours. là 
première de ses ordonnances : Cest le plus sûr 
ir^QyeTiy disait-il, \de couper, les givres à V ennemi^ 
et c'est ^déjà gagner beaucoup^ L'étonm^nte pé- 
nétratign de son premier . coup-d'oeil, la tran/^ 
q].iilUté habituelle^ de son esprit, qualité quil 
devait bien 'moins à son caractère naturellemient 
passionné qu'à l'empire qi^'il avait acquis sur, 
lui-même, l'assurance, la fe^^l^^té . propre k 
toutes ses actions , à tous . ses discours ^ le 
calme , la noblesse et la dignité de ses traits ; 
tous ces avantages réunis inspiraient à ses ma- 
lades la con&aLQCje la plus ,dQVI<;e et: la plus 
çpxisolante; Ceux qui l'ont cxonpu né peuvent 
être, surpris ^e l'espèce d enthpvisidftQae dont il 
fut. couvent l'objet, enthousiasme qui servit à 
répaiidre avec succès plusieurs dé(Çouyertes utiles 
et surtout cellq dq l'inoculatipp, n^c^is qui ne put 
xna|nquer de l'exposer aux cabales,, à la haine et 
à la' jalousie de ses rivaux. Quelque injustes 
qu'aient été plusieurs d'entre eqx à son ^ard^ 
ils pe le furent pas tous; Petit ^t Louis.avouaient 
qu'il était le pl^s grand anatoiwste de la Faculté;. 
Rouelle, le plus habile pharmacien qu'il eût 
connu; le célèbre Haller, le praticien le plus 
heureux II est peu de souverains, en Europe 
qui ne lui aient &it l'honneur, de le consulter,' 
et, peu de tene^ps avant ^a mort, il reçut encore 
une lettre 4u râpe, qui,^ en le; remerciant de \^ 



45d CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
<K)nsulUtiôn qû^il Itii avait demandée pour je ne 
sais plus quel cardinal de ses amis, finissait par 
lui dire qu'il n'y avait point de signature catho- 
lique dont il fît "plus de cas que de la sienne. 
Bon père, ami teridre, zélé citoyen, il fut mal- 
heureux par tous ces sentimens, et Ton ne peut 
se dissimuler que ses chagrins, quHl renfermait 
au fond de ison cœur, n'aient altéré sa santé et 
n'aient contribué très-évidemment à abréger ses 
jottrs^ Stoïcien par principe, et surtout par admi- 
ration pour les vertus de cette secte , il n'en était 
pas moins de la plus extrême sensibilité. Parvenu 
à supporter le mal physiqtre avec toute la cons- 
tance des héros du Portique', il voulait surmon- 
ter' avec le même coiu^age les peines du cœur; 
mais ses efforts V pour y réussir,' ne faisaient que 
Cacher aux autres une partie de ce qu'il souffrait, 
«t fatiguaient son âme aii lieu de la soulager. 
< Il avait autant de douceur dans le caractère et 
dans les morârs que de sévérité dans les prin- 
cipes. SÎHPple, affable', quelquefois même plus 
que populaire dans sa conduite;* aucun citoyen 
4è' 4on pays ne fût plusT attaché que lui aux 
ïbaximes da Gouvernement aristocratique; et la 
crainte de voir-r^otaber Genève dans la démo- 
cratie fut un des* plus sensibles chagrins de ses 
derniers jours. Avec tous les riioyens Jacqnérir 
de grandes richesses , il n'a laissé qu'une fortune 
très - médiocre : la bienfaisance, la générosité 
étaient le premier besoin de cette âme élevée, et 
Ion mépris pour r>àrgent uoe vertu d'instinct 



^Distrait par. halHlude^et peut-être aussi par 
la multiplicité de ses occupations, quoiqu'il eût 
passé sa vie avec Les grands, il ne sut ou ne 
voulut jamais prendre ni le ton ni Içs usages. d^ 
^h^ iîidride ; 6a t^O^' ÈlS\o}x irèp familieijl, h 
M fallait pas m'oïuâfqiie touè'îie pdids 'de sa qop^r 
sidëràtiôri personnifie yoixi l^i^faiffe pardonner 
ïéi? disparates qû'^iï èë pei*îûâétéail^souvént d'avoir 
auprès d'eux ; iïiaîV'tbûb ce^ dèlaufs clércônve- 
WhÉftïè si' bien c^tiVeïtk^piii* l'é^^ iiati^relle 




^cJiUoîÀië' plus oirîginalé'et'pifiïs^iijuàrité; on rie 
j^bÙvantPèii estîfeép ïàôîns, et souvent on Tén 
aftrfàitdàvânWiel ' /'" ' ' ." 

''iÏTï'iivàk que' deux préfen fions auxquelles on 
hiï'rlîcbhriaissait peu de titres, celle, de bi^ 
jbùfer *àû wisk et célîè éè bien voir èri politique- 
ïf Éftiktt^it TSirèvàenî et ie trompait presqiie tôb- 
jours^ maisil n en eônservait pas moins.la meil- 
lélirë^fcpitiîôn de son habileté, e^' ta nature assii- 
rénSèiîtîlW avaîï âblKné assez d!'aii très moyç^s de 
8*ett'coïïsolér. ^ » 11 

" ' i/É. Diderot a tfrbùvé,' ce me semble'^ ^^^ JPI^^ 
béllè^ïiiscriptiôn^ qu'on puisse mettre' au'méd de 
l^^staîué de ce'griind Kômirie; c*est ce que JE^lii 
tar'qùë disait d^iifù 'médecin dé son temps : il fut 
■enétè\ tés nèédèiuns^cé que Jut Spcraiè enhèltts 






0. <A ,'»-^'i--.i '»t:joJ 

29. 



— ..• ., i u — 
JUIN i^Sî. 






j\^' ' . ' î i*M. -, ■ I ' .: '.' !'i' - • .i î.î. . t." 

OupjfQiTE . les (^irço^tanc^^ n^ nqu^^ ^^i^ot^paa 
penhis de .rpcueilUr tout cç^^cji^iç^ le séjpijup de 
M. le comte et cie njadainje \it çopitesise du r(ord[;à 
t^aris ^ pu' offrir d'anecdotes cijirjeuses et de traitai 
intcressans , c^ que poi^^ ^jaj^ypps ^ppiris'suffîi*} 
4|i moins pour doi^ner unç ij^^e, djÇ.rimpressîon 
qu'il a faite daps ce p^j^s y çM? PPW*^ ^"fii?f^>W 
tâcherons d'en rendre v.§ans,avoirdaufre^mér^e 
que celui (i^etrç ei^acj^tj ffdèle,, n'?ipp^r.tieDiÇ-U 
pas essentielleihçnt aux obj^û (jl^nt nous ^pipj- 
mes occupés dans ces Mémoirçjs ? XJintérêt; (d(pdt 
l'héritier de toutes les Russies a bien vpuJjU; ho- 
norer nos Lettres et nos Arts doit faire éppque 
dans l'Histoire de notre Littérature. Cette. His: 
toire présente de pos jour^.^^u d'éyj^ïjeaiçi^ 
dignes de laisser uq s^i^i^si long souvenir, . ^ . 
* Si, l'imagination frappée de ^'iç[yp[^en§jt^ ,^$ 

semble' qu'on ait été surpris qu'il. A'e^t, pa^ la 
taille d'un Atlas ou d'un Hf^fÇ^V^î 9^» fP^Vpo- 
l^cés (^uènou^ sommes^ ^9^?. ^9,W^ enp^çe y^ 
peu dé nos préjuges g<ijhi<jwp^,et s^uvjjg^s^^fl^ 
l'a été bien plus, et comipentl^^; vanité ffa^çaisç 
hVn gurait-elle pas été infiniment, flattéç? ^f^V^ 
été Tjien plus de remarquer dans SQa.'maint^e^ 
toute l'aisance , toute la grâce , toute la noblesse 
facile des usages. et des manières de notre Cour. 



* •• ■ "• JtlN 1783. " * ■ 453 

A tratters la foule importune des respects et des 
hommages qui le suivaient en tout Tieuv'il a en- 
tendit' jpluk d'une fols qu'on ne le trouvait pas 
beau^ et. c'est du ton le plus naturel ef le plus 
aimable qu'il l'a conté: hii -même jfort gaiement 
au premier souper qu'il fit avec le -Roi v en ôb- 
serv^siQt que la Nation' frsinçaise n'avait assuré-»- 
m^nt- pas moins de: franchise que de politesse 
et d'urbanité. M. le; comte du NoM n'a pas, il est 
vraiy ilataiUeet la figure que les poètes et les 
rontanciers n'auraient pas cru pouvoir se dis- 
penser de lui donner; mais il a sans doute bieii 
nûeux que des traits, «un regard intéressant et 
spirituel; une physionomie remplie de finesse et 
de vivaèitév un souris «malin qui la rend souvent 
plus piquante encore, mais sans laisser jamais 
oublier le caractère de douceur et de dignité ré- 
pandu sur toute sa personne. On 'a tant tlit, tant 
répété, en vers et en prose , que MinerVeaccom- 
pagnaiti ce Prince sôus les traits des Grâces, 
qu'on n'ose presque plus employer la même ex- 
pression) il n'en est aucune cependkftt qui rende 
mieux tous les sentitnens qu'inspire madame la 
comtesse du. Nord; on croirait que cette expres- 
sion ne fut jamais faite que pour elle, et quel- 
que, usée que soit rimage*, là vérité de l'applica- 
tion semble l'avoir rajeunie. Ce ne sont pas des 
portraits que nous ayons la témérité d'entre- 
prendre, nous ne cherchons qu'a rappeler les 
traits les plus marqués de l'opinion que le comte 
et la comtesse du Nord ont laissée d'eux au peu- 



454 CORRESPONDANCE I4TTERAIRE , 

pie de r.Euf ope. le plys sensible , mais aju95t le 

plus .indiscret, . . . , 

L'in^lTiiQlioA est un avantage dont les Princes 
sont si accoutumés à se passer en France , ^e 
l'on aiirait bien pu savoir m^vais gré à M. le 
comte du N;ord d'en avoir autant; aussi n'est-il 
point d'attention qu'il n'ait eue pour se le faire 
pardonner : on eût dit qu'Hl' n'était instruit que 
pour plair^e à la Nation qui F accueillait avec tant 
d'empressement. Dans nos sciences, dans nos 
arts, daa$ nos moeurs, dans nos usages, rien ne 
lui a paru, étranger; sans recherche et sans af- 
fectation , il n'a jamais rien ignoré de ce qu'il 
fallait savoir pour apprécier avec justesse tant 
d'objets différens qu'on ne cessait d'o£(rir à sa 
curioftité, pour prendre l'intérêt le plus obligeant 
aux hommages qui lui étaient adressés, «pour 
flatter avec le tact le plus délicat l'amour-propre 
de la Nation entière (i), et celui de toutes les 
personnes qui s'efforçai^jut particulièrenireiit de 
lui être agréables. A Versailles , il avait l'air de 
connaître la Cour de France, aussi-bien que la 
sienne. Dans les ateliers de nos artistes (a), il 
décelait toutes leç connaissances de Tart-qui pou- 
vaientleur rendre l'honneur de son suffrage plus 
précieux. Dans nos Lycées, dans nos Acade'niies, 
il prouvait, par ses éloges ^t par ses questions, 

(i) Jusqu'à désirer de voir uif Opéra français* C'est pour lui c}a on a 
remis Castor, 

(i) Il a .vtt tortout avec le plus grand intérêt ccoi'db MM, Grmrc 

et Hoadon. ' . i . . ^ 



JUIN ijSî- 4?5 

qu'il n'y avait aucun genre de talens et de travaux 
qui n'eût quelque droit à l'intéresser, et qu'il 
connaissait depuis long-temps tous les hommes 
dont les lumières ou les vertus put honoré leur 
siècle et leur pays. 

Sa conversation et tous les mots qu'on en a 
retenus annoncent non- seulement un esprit 
très -fin, très -cultivé, mais encore un sentiment 
exquis de toutes les convenances de nos usages 
et de toutes les délicatesses de notre langue. Nous 
ne citerons ici que les traits qui nous ont été rap- 
portés parles personnes mêmes qui ont eu l'hon- 
neur de le suivre et d'en être témoins. 

Dans le nombre des choses obligeantes qu il 
dit à plusieurs membres de l'Académie française, 
à la séance particulière de cette Compagnie, qu'il 
voulut bien. honorer de sa présence, on ne peut 
oublier le mot adressé à M. de Malesherbes. 
M. d'Alen^bert lui ayant présenté cet ancien mi- 
nistre du Roi : C^est apparemment ici y lui dit-il, 
que Monsieur s'est retiré. L'orateur le plus élo • 
quent de la magistrature demeura tout étonné 
d'une apostrophe si flatteuse et ne trouva rien 
à répondre. 

M. Diderot, n'ayant pu le voir dans son appar» 
te ment , fut l'attendre à la messe. L'ayant aperçu 
en sortant, ^h! c'est vous, lui dit 'il, vous^ à la 
messe!— 'Oui, M. le Comte, on a bien vu quel- 
quefois Épicure au pied des autds. 

M. le comte d'Artois, lui ayant montré des» 



iS6 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
épées anglaises du travail le plus riche et le plu« 
fini , le pressait vivement d'accepter laplusbeUe. 
Le comte du Nord avait beau s'en défendre ; il 
insistait encore: Comment, M. le Comte, vous 
n'en accepterez aucune? — Je ferai bien mieux ^ 
si vous me le permettez; je vous demanderai celle 
avec laquelle vous aurez emporté Gibraltar. 

Le roi parlait des troubles de Genève : 5«/^, 
lui àït'îX^c* est pour vous une tempête dans un 
verre d'eau. On ne savait pas alors combien il 
serait aisé d'apaiser cette tempête, même sans 
renverser le verre, . 

Les fêtes données à M. le comte et à madame 
la comtesse du Nord, à Chantilly, ont été de la 
plus grande magnificence et du meilleur goût. 
Le divertisserfient en vaudevilles qui terminait 
le spectacle parut fort agréable , au moins pour 
le moment. L'auteur, M. Laujeon, désirait fort 
l'honneur d'être présenté au Prince ; on le fit 
apercevoir à M. le Comte, qui, après l'avoir re 
mercié avec la bonté la plus affable , lui dit : 
M. Laujeon , vos couplets sont charmons; vous 
m^jr faites dite de foi% jolies choses ( les illustres 
Voyageurs paraissaient eux-mêmes dans le di- 
vertissement sous des noms déguis/és ) ; mais il 
en est une essentielle que vous avez oubliée^ oui y 
très-essentielle j et je ne m*en console point,, ..^ On 
voyait à chaque mot l'inquiétude du poète re- 
doubler sensiblement : après l'avoir laissé ainsi 
quelques moïnens dans un embarras fort pénible 
pour sa émidité ; mais sans douté ^ lui dit-il , vous 



: t; '-' JmS 178^. 457 

açez oublié^ de parler de ma reconnaissance , et 
c'est dans céjne^fient iàUtce qUi inoccupé, 

]VL le .cQciite.du Nord> ayant feit à M: d'A- 
lembert l'honneur d'aller le Voir chez hii , on 
n'a pas oublie que ce philosophe avait été ap- 
pelé à Péterslpourg pour pr&ider à son éduca- 
tion ; il lui dit^d'une 'manière très-aimahle, à la 
fin de leur entretien : Fous dês^ez bien compren- 
dre ^ Monsieur y tout le i regret que f ai aujoup- 
dliui de ne vous avoir pas connu plus tôt. 

De tous ;noa hommes de lettres celui qui a eU 
l'honneur de voir le. plus souvent M. le cfomte 
du Nord , c'est M. de La' Harpe. En qualité de 
correspondant de Son Altesse impériale , il s'est 
cru obligé de se présenter à-peu- près tous le» 
jours à sa porte. Tant d'assiduités paraissaient 
bien quelquefois lui être un peu à charge ; mais 
les bontés du Prince , jointes à l'heureuse cons- 
titution de l'amour-propre de l'auteur , n'ont 
guère permis à celui - oi de s'en apercevoir. 
IH. de La Harpe. ^ disait-il , est déjà venu me voir 
cinq fois; je l'ai reçu trois; j'espère qu'il ne sera 
pa^ mécontent 11 ne Fêtait point en effet; 'èar 
on lui entendit dire quelques jours après, chez 
madame de Luxembourg : J'ai eu deux couver^ 
sations avec M. le comtedu Tîord sur l'art cte 
régner , et j'en ai été , je- vous assure , parfaite-* 
ment satisfait. On lui avait proposé la lecture 
des Noces de Figaro par M. de Beaumarchais , 
et il avait grande envie de l'entendre : Je n'ose 
pourtant pas y ajoutait-il fort gaiement , ye nose 



458 CORRESPONDANCE HTTERAIRE, 
pas QÂxepter cette lecture sans avqif^fUehdu celle 
que doit me faire M. de La Harpe;Jinefautpas 
risquer de se brouiller ayec ces grandes puissances. 

La séaoïje de rAoadémie française , que Leurs 
Altesses impériales honorèrent de leur présence, 
fut remplie par la lecture d'une Épître de M. de 
La Harpe à M. le comte du Nord, d'un portrait 
de Cé^ar par M* l'abbé Arnaud , et ^'une autre 
Épître de M. de La Harpe contre la Poésie des- 
criptive. L'abbé Delille avait promis d'y lire 
quelques moroeaux cfe son Poème; mais, par 
une suite de ses distractions accoutumées, il ou- 
blia son engagement; ce fut sans -doute pour se 
laisser être heureux aux pieds de quelque jolie 
femme, ou pour ne pas entendre les vers de 
M» de La Harpe, qu'il n'aime pas plus que celui* 
]ci n'aime les siens. 

• U y a*quelques beaux vers dans VÉpitre au 
comte du Nord; mais la fin a paru digne d'un 
madrigal de l'abbé Cotin , et toute la suite de 
Leurs Altesses impériales n'a pu entendre , sans 
être blessée, lapostrophe répétée de PétromtZy 
plus ridicule .encore^ pour les oreilles russes 
qu'elle n'est étrange pour les nôtres. Ce mot , 
lorsqu'il n'est pas précédé de quelque épithète 
qui le distingue, est aussi familier en russe que 
le $ÇTait celui de Toinettè oii de Pierrot en 
français (i). 

Le portrait de Gésar a paru faire le plus grand 

(i) L'antear ne Ta laissé subsister , }« crois , qu*uiie fois dans les co- 
fie» qo'ijl en « doottées dbpais. . ^ - 



plaisir à nos iUustrça y pyageiir$. Vénefff^ avec 
^^aej|Jbe.on y carao|téri$ç et l'aiabiUçn çt le c<>U7 
Tag^jAç f^énie et:laba^te fortune du plu^ ^9pd 
homme, ^e l'antiquité ^ était bie^ faite. ppjur ,li)î 
^ôn^r.^Je^rs yeux tçuM l'îjatéqêt/d^^^ port^ai^ 
defamille. . ,> , . i .- > 

Plusieurs détails heureux de XÈpitm; sur, Iq, 
Poésie descriptive n'ont pas emQ^]fL^ ^ipi'ejlle ine 
parût fort longue. Çç s|;i}timent d#9 «convenant 
ces, qui sert toujotire §i bien M- "MiiAl^^^^ % 
pe lui a pas laissé nég^ger une si bi^le' <$^ecasion 
de dire du mal des. poêlas allemand^ diofvant une 
Princesse allemande qui les aime^et^d^nt la seûr 
sibilité saurait les appifécier , qi^s^nd joiéme ils 
n'appartiendraient pas au paya qui se glorifie 
d'avoir été le berceau.de son enfanee. ; 

L'Académie desSciencei^ et celle d§3 Belles-Letr 
ires ont été à-peu-prè&4gdlement(i)qili:eusesdan^ 
le choix des objeL» dont elles ont |ngé à propos 
d'entretenir la éuriosité de nos illustrer Voya- 
geurs. Dans l'une , on les a fort ennuyés 4^ beau* 
coup d'expériences assez dégoûtantes sur la na^ 
ture du principe odorant , et sur la manière de 
détruire des odeurs fétides. Dans l'autre , on 
leur a lu des Mémoires sur les Antiquité septenr 
triônales, où Ton discute fort ingénieusement st 
les^c^mes du Nor^i^'ont pas tQf](joi|]ps été d'une 
petite jfc£)iUe et for{ jipfé^ie^rs ^ topji^ r^faf ds aux 
ha|)^tansdescUm^it^,^é|*^d^ona)]LX^ ^{Q^t^^eto.. 
, Quelque occupé, qu'ait été le ^4}aur4^ Leurs 
Altesses, impériajlf 4 , $^p^t le désir qu!^Ues avaient 



<6i^ CORRESPONDANdë lliTTERAIRE, 
de votr.tbut ce qui pouvâlf mériter d)é fe's WC?i 
resser, et paT cette foulé' dé' fë tes et tlé'^laisÉ^é 
^'on ne cessaitdeleur oflfrîr dé^tousleis^cô?^; 
il n'est aucune espèce d'aitentiohpoÙT* toutes les 
personnes qtiî avaient -épelque droit dViif atteSti- 
dre de leur part qui ait été négligée ; oh ri'^ en- 
tendu pàfler que d'un seûi homme qui se soit 
avisé ^e s'en ptaindi^e , et cet homme estle sieur 
Glérisse&m L^ scène qu'il osa faire à M. Te comte 
du Nord dkiis la maison dé M. rleXâ Reynière; qu'il 
avait eu^ fe-curibsiTé^d-aHervoir , est d'une extra- 
vagance trop-originale pbuT être oubliée. M. Clé- 
risseau, 'ayant eu* Phonhéur de travailler pour Sa 
Majesté imjféria'le, s'était imaginé ^u'à ce titre 
M, le cotiitédù îfbrd ne pouvait se dispenser de 
Taccueillir affecte distinction là plus marquée. Il 
s'était fait éèttre piusîfeûts fois inutilement à sa 
porte , et «iSîi^ritHignâtion en*étaitextrême. Ayant 
été invité à sietrouvei^ dsmsia maison de M. de La 
Reynière lejour que lePrincèy devait venir, avec 
tous les artistes qui avaient: contribué , aînsi que 
lui , à décbrer cette charmarité 'demeure : M. le 
Comte, lui dit-il en l'abordant, j'ai été plusieurs 
fols éhez vous, et je île vofusy*âî 'jamais trouvé. — 
/ ensuis bien fâché y M', Cténsseau;f espère que 
vous i>ouê^z bien m en dédommager. — ^ Non , 
M. le Comte, yoiis ne tn'at^ •pas reçu parce itjue 
vous ne v^dulies^pas me recevoir -, et c'est fort'iîiàl ; 
mai| j'eUf écrirai â madame «votre mère. ^— ^Te Mus 
prie de fh^eùôéu^er^jësehs^jbvous cissure^' tout ce 
qiief ai perdu. . . \ — OSàvàitfcieiii le raf>]5eler ai 



éMit miji^n^hr ^^ ne pouvait «I'iem|)êoUerde* 
OQ]ir0pyi)e>!elt sironiii/ëtaic pàrv^uÀ:ië)nietla?e 
^ïi^Mb^itgronderilitieniebre. Ce n'e^ pas^lg^ise' 
NffK'.4il»^l?ell(& jifi^^MoiGljsrâ&eau ayec'deï tétea 
^vfvQnxkée$ ^ il ei»d)^iu;^^i a^eo rEeopeksbur <|ui 

i j l^^^âi^s^tionsd'unp Gâlpitale dm^abèfiseçKoud 

}4$i je»{ïrig»isâjxi6its'> i idhitK^r Cour cceopéce^ i deùi^ 

pkÛh^^Jâut lefr^cas étsipliis bwllàntesfêtesvii^qat 

^gik&^pèihttl^uvifMïeàsm: impéMatesnièis'^ipèii 

pmûbi>pL!èUe8: n'y.toouVaîédt pl»^> ce^^mkÂstM 

4Qn% te.génie et U.Y3efAku;âembbî«n| d«Voir>aksu» 

l^rtàôjWiais le 4>0ubûiùr >de là Fraiïqe,' l^îliàstre 

cîiig^6»'jdigmt iWonniatralibi^ sen^'loti^^- temps 

6Qç^»9^ii't>bi^iB d«: notœ étÔDBîeiiifeBb oti;de>iiaé 

71(9gr9te.'i£U«is[f0nt étéléKèHKifober^âiifysafiKftrBitie 

de SaiâsËrOiien : eUes j^aièiit été ydit\^if. wdUe, 

l'k^^i^ii^ £harîlé!, fcfiQdé^;par àiàdaine/lirdrister, 

limftJi^|itoois0è.df>8ftn^ti!Sd[picé. :l?i>ut eèiqu^iti 

$6e$inj^jédétiië; de r<^a:àayit;i4u^ bidai yega^Hnspiiw 

^>i9j9^si9$iâeikaifolea;'e1i flàtt&u^ ^^eUes^le direxït 

;^jY4^u^ûx<suoèlesse|ar delÇolbeil etiàiladïgne 

çK^iQfWigtië de sa vie. M ie cdtnte^dtt')T^da?e«i^ 

t^Sfil^oJ^js^l >^yec M. Kecliet ][>lu» c^baë hftofre 

^i^tijèi'e^jjfïvil ';lui[ laissa ]ft[fllusrrl|ai^te:!idée:;idie 

$Ç^9bi^pi'i( « d|î ^a&; lOmiaènes^^ e^ 4«> sosiiiafOMiar 

f^^J^^t.tQ «^ii^^cesaeia^bipe eti&b<niheur 

4€(i'l|tii(mBÂté.U^'^ier!eiUG!i^ dédepa^rtct 

4^^{l^<ibfi;4£mË! ]%^li^ aÀb trouvéMfciitai;ri)^}dîri€iiiM^ 

ïj^i^îS^ç^j .sm^uk 'de liréfxtàHbh ;in5f ntejlmq i];»'à 



iffe CORRESPONDANdfef lATtERAIRE , 
madame la (omtesse du (Nordv ' ^t il 'n'^lVMf - tfn^ 
cane qui lai ait paru réunir aux quoIitéB iM p\ià 
eosentielles des formes* plus aimables, -Ma tori 
phis pur, line grâce plw toudiaiité^^Madéilàoî^ 
selle TXtkikfTy témoin de toMes les cwë^e^^Mt 
Leurs Ah^sses iinpérîsiidsi'VMaient de Mmbltf 
son père et sa mère, -en fui .attendrie jusqQ^at 
larmçs* Madame ^edkel* , voyant que tioA^mé la 
Cîoitit«sae^s'en apercevait^lui dit : Ma£ileofe seule 
imprima toute la sensibilitë que nous^iAspiretit 
lesbûnlés.deM* le Comte et de mad^une'lfiCoa^ 
fesse. -r^X^ baniiés'I Mmiiamâ, reprât M.leCbmitei 
ahl eé nt'^pM lemot; dit^s. Je vous prié j ma 
véni^éiion pour M. Necker. . ^ ; <— Les heures que 
Leurs Altesses impériaiesuavalent passées- 4dn8 
la retiiaite de JVL Sleeker i»Ut f^avu léMé Uissiv tm 
aoui^Miir qui leur étiàk cUet ,* et ellesi h'^h Ofit 
jamiais fiarlë qu'avec le plus Rendre iiitébét^ > * 
. Ofi avait déolaré que iL le^coalté éturiniafàé 
la coptesse dû Nord i^ madgéraientcàiea4tâmiii 
par^euUerv*jfaelquequaAi£éqU'irfât]L*Mjad|u^ 
Mohtessbn i'était âatitose <|»'aii f^ratl-tine^é^ 
tkiiiisa$a&veur, bupluitoti^^leparaitmilJQiunv 
au mbios'dans cette> cilrcèlistance^ delibpMKur 
d'éUné duchbsse d'Odéans ; mais Lebi^ Ai4!6èi6S 
impériales, ' qui > dans' imi 1 1 leur séjour^ n'cttit 
msiMpiékrieil , pas même àlaisioindrë idi|q«be«let 
se sèttt tefusées à cedésîr avèe Do^te lai pdltMi^ 
ima^ftablâ Y ayant tété iiuvitées pllVlAf^le doc 
d'Orhéhns, elleifte sont domteri^s detfi^te^ieè- 
lade préparé pour elles cbea; niadàme^deJUIoMès^ 



Mfi^ ^tei^ lesitottrd de Cbmusi ei-qtielqueâ' attirés 
amiYsemens^è ce genile., et se sont rétif ^s^)apt^à 
soi^s doa ^étexles qui ne pôn^vaieiït^éplâirëi GW 
avait rfi$$eip[ïfalé tast de nionde, que M?W Aiïù 
d^'^h'Iés^DS^TbyaiitlftsaUe si remplie depuis lé tfa^ 
tré, OTuISquIil ne testait plus de pjaoè ni pour lui 
ni pour Sli le comte du Nord ; il s'en plaignit fixrt 
bautciémère k toile, et, sansse montrer, il pria 
tQUt le toôiidq ,.assez, durement de se retiré*-, toutr 
le monde {potir(f«e,Bl»ssër personne en |tôrtidu-' 
jy^.Leeompliment dcfpllM; fokà rassemblée, è'ë^ 
tait toutekrFrance, etontlattfendaitpèadiélâîflàrt 
du prinde le plus affable el le plus poli; Pei^onhé 
d'abord ne voulait se lever, et bientôt après pet- 
sonne ne voulut rester. On fit remarquer à M. le 
duc d'OWjéan's qulL s'était trompé , et il hé bé- 
gligëa rien>aloi<& pour répar* ce moment *d'bù*- 
meur siléUng^ de son carâctèi^e. Le Brôi it,tKt-' 
on , BèçuiWL le comte du Nord en ami , M. le dub 
d'Oriéaœ eil boprgeois, et M. le prince âe Gondë 
en souverain.'Ceci n'est qu'une phrase. Rieti 
n'a é4^piûfi^splendide, plus digne de4a magni- 
ficetioe rd'une' grande Gour^^ que fet fêle duba!l 
pacé et A'opévi^û^Jphi^nie én^ AuUde, te! qiiUl ât 
été exéeufeéisur le b€»a Théâtre de Yérséillèl^; )k 
plus supèk^be et peut^ti^ll^ié seul beàti tiidntiH 
ment.d'arefaû^otmre qui lart^us reste dû règne de^ 
Louis XY^ LesT deux ^vosesi de la manuf^èturé- Aé 
Sèwet^doni le Roi a &it préftetit àM. lé'tiotitîte dt^ 
Nord,:spnt>d^une giiandè beauté; et/ la? tlàîïettë 
^ui/aié^^ifneiésentéeà'mttdtim^^te cb^^e^dtif 



'4!^4 CORRESPONDANCE LTTTERâIRË, 
Kord/di^ l9i part de la fteine est duUrai^i^ plus 
fini etéfl, meiUewrjgoû t. Cette toilette- est toute 
ea;p0<'Q0laine, montée tn or, lcuidM«a lapis, 
pvAéei de. peiaturè8.<iesfi!Îbées.d'»pi>èi l'sttttique, 
et les pièces qui en étaient «d9e^[>tiMes garnies 
d'une bordure d'^ianaîl imitant la périls et les 
p^erriQS fines.] Le înii^cûr) surmonté desarme^de 
Rilftsîe et d'une 4iViiperie infiniment ridiie, est | 
soutei^il ;par les Xtoi» Grâces ; dettx.pëtitsrAiïiours I 
«% joi^çnt ^ lews piedar, et l-ua, moBtrapt laglace, 
^ Vs^jlàe-^^er.^.lcil^ «Itiplus bellè;eneoîe. Lik i 
sculptuire qui déqç^^ t^s.deux vases, enibronze 
dpf i^.^'pi? moulu^repr^seiUe la .marehe de Silène 
et Ifi tr^ÇMcpphje^dj^fBacchus. ? * * 

. f^a comtesse de Givii, de M. de Voltaire, nV 
yait ps^s.efîçore çté jo«éè,à Paris ; leiuocèsqu'eDe 
a; pw cet hiyerj sur le petit fThéâtre de Mi le comte 
d'Argçnt^l^ a dé4erw»iné l4s GomécËèni-itHliensà 
la dejni%;^r. C'est le mardi 4 /.qu'elle aétè te- 
*pré8entée,pourlîLpr»mièrefQis, sur leur Théâtre, 
IjC déno\ipment a ^ru'fai^'assez4^^ifei;,iii^ 
^'esii ga&;Saps. peiop qti'iMi.s'^tsou\«nn, pondant 
les;4^%premiei^^açt^f %aégafrd& dus à h me- 
iqoke !i^i;aut§un Çi^ dt^me .est* en «fifetiifle des 
pJ,ii^.^liJç^%^n9d«c4(ow^ M. de YôUi^ofe, un 
yj;ifx drawç, au style^psè», dont tcml)esieé>»tua- 
t^gns. §^t: faibles e.t oommnnes , quoique le sujet 
efi. ^qit fprt rom£^|i4^tte et l'intrigue aéserem- 
l^rpiaillée. Lç rqle jdeî 1^ Comtesse a^ ététpaiiaiie- 
ipçnt bipn rendu. ^ madame -VertenU , ec celui 



JUIN Ï783. 465 

du Marquis par le sieur Graogçr, à qui , pour être 
un acteur très -distingué, il ne manque absolu- 
ment qu'un œil (i) et dfts gestes moins maniérés, 
moins provinciaux; il a d'ailleurs la plus grande 
intelligence de la scène; sa voix est sonore et sen- 
sible, son jeu rempli de finesse, de chaleur et de 
vérité. 

Sermon pour rassemblée extraordinaire de 
Charité^ qui s'est tenue à Paris ^ à Voccasion de^ 
V établissement d'une Maison royale de Santé, 
en faveur des Ecclésiastiques , prononcé par 
M, Vabbé de Boismoht^ F un des Quarante 
de V Académie frarhçaise^ etc. Ce sermon ne 
doit pas être confondu avec tant d'autres ou- 
vrages de ce genre ; c'est peut - être le chef- 
d^œuvre de M. l'abbé de Bpismont, que les 
Oraisons funèbres deLouiis XV et de Marie-Thé- 
rèse avaient déjà mis rfu rang de nos meilleurs 
orateurs. Si l'on ne trouve dans ses Discours nj les 
grands mouvemens de Téloquence. de Bossuet, 
ni la morale touchan te de Massillon, ni.rélégahce . 
de Fléchier; si l'on ni'y trouve, dis-jé, aucun de 
ces caractères portés au plus haut degr^, on les y 
retrouve peut-être tous au point où l'art peut les 
réunir et les réunir avec intérêt. Lorsque M. l'ab- 
bé de Boismont cesse d'être éloquent, il tâche 
^jewcore d'intéresser par des détails finement sen* 
tid 9 et supplée toujours pour ainsi -dire au 

(i) Le malheureux est bbrgne, et son œil de vctrè dissimule mal 
tietta cU^râce. 

I. 3q 



466 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

talent qui lui échappe à force d'esprit et de 
goût. / 

Quelque intéressant qtie soit le nouveau Dis- 
cours de M. Tabbé de Boismont, il n'a pu désar- 
mer ni la sévérité des prêtres, ni la critique intolé- 
rante de messieurs les philosophes. Les premiers 
l'ont accusé d'avoir eu beaucoup trop de ména- 
gement pour la nouvelle doctrine; les autres ont 
eu bien plus de peine à lui pardonner d'avoir osé 
l'attaquer si vivement; aux yeux des uns il a 
passé pour un fort mauvais chrétien , aux yeux 
des autres pour un fort mauvais philosophe; 
mais cette double accusation ne sufQrait-elle pas 
pour établir, aux yeux de l'homme impartial, la 
sagesse et la modération de ses principes ? 

Voici , par exemple , un morceau de son Dis- 
cours qui pouvait , ce me semble , mettre tout le 
monde d'accord; eh bien, c'est un de ceux dont 
les deux partis ont été le plus révoltés : nous ne 
craignons point de le transcrire ici en entier. 

a Terminons cette scandaleuse guerre : as- 

% signez à Jésus-Christ son partage ; vous lui avez 
» ravi au milieu de nous une portion de son hé- 
D ritage , souffrez qu'il règne du moins sur les 
» . générations destinées encpre à le connaître; 
» laissez-leur nos fetes, nos cérémonies, nos en- 
^ seignemens, tios promesses, nos consolations; 
» gardez pour vous l'espérance du néant; uous 
» ne vous troublerons point dans cette poussière 
» éternelle où vous vous promettez de descen- 
» dre ; mais , s'il est un Dieu rémunérateur, s'il 



( JUm ijôa. 46; 

» est itne félicité sans mesure attJichée à des 
» vertus consacrées par une foi pleine et gêné- 
» reuse^ ne nous l'enviez pas» Assez vaste est le 
» champ de la politique et des arts! Portez-y ^os 
» talens et vos lumières , étendez les découvertes 
» utiles, dirigez le commerce, unissez, éclairez 
» les deux mondes; mais abandonnez * nous c6 
» monde invisible que vous ne connaissez pas; 
» mais ce peuple pauvre et' languissant i qui 
» soufire et qui gémit , pourquoi vous obstine- 
» riez* vous à lui disputer un Dieu pauvre et 
» souffrant Xîommfe lui? Erreur pour erreur 
» (vous me forcé:^ à ce blasjihèmè que ma foî 
I» désavoue ; mais Thorreur même de cette sup- 
» position impie ne laisse aucune ressource à 
}» votre doctrine ), ce que nous professons , ce 
» que nous ann<^nçons ne pén'ètre-t-il pas dans 
» l'âme avec plus de charme et de douceur que" 
» toutes ces vaines déclamations que Tes^^if 
)» d'indépendance accumule? Nos secours, nos 
» remèdes ne sont-ils pas plus populaires, jiW 
» actifs , plus universels... ? AhT que les heitreiii 
» se permettant de ne rien croire^ je puis me 
» rendre raison de ce délire; mais où sont-ils les 
» heureux? Quelle horrible collection de rhi- 
» ' sères que ce monde 1 Dans les conditions bril- 
» lantes, que de joies fausses, que de désirs 
D rongeurs, que dé plaies sanglantes et désés* 
^ pérées! Si l'œil d^un» philosophé ^Wçaitî îësr 
» . replis dfe tous ces cœurs dont la étirfàcé' é^f àj' 
» oaîiûe et si riaiitéV il en fréhiirait et voudrait? 

3o. 



468 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
» peut-être y replacer lui-même le Dieu qu'on 
» s'efforce aujourd'hui d'en arracher. Dans les 
p conditions obscures, et surtout parmi cette 
» foule d'indigens pour qui la Providence sera- 
» ble n'avoir balancé, le malheur de naître que 
» par l'espérance de mourir, si vousf exilez Dieu 
7t de l'univers , quel adoucissement peut rester 
» . à des peines renaissantes? Est-ce donc un si 
» grand bien que 4'ajouter au tourment de vivre 
» la certitude de n'avoir rien à espérer? C'e^ 
» pour cette portion d'hommes que nous invo* 
» quons votre pitié ; laissez-nous les malheureux, 
V vous n'avez d'autre présent à leur faire que le 
» triste problème de je ne sais quel sombre ave- 
» nir. Quelle attente pour des forçats courbés 
9 sous le poids de leurs chaînes ! Nous, du moins, 
9 nous soulevons, ces chaînes qui les accablent, 
» nous en partageons le poids ^ nous le suppor- 
» tons aivec ^ux; voilà le grand avantage de 
> notre ministère, et c'est à ce titre, chrétiens 
» auditeurs, que je ne crains point de réclamer 
» ici , je ne dis pas seulement votre compassion, 
» mais votre délicatesse et vo^re justice. » 



Essais histqriqu^s et politiques sur les An^ 
AmMcainSypar^M. HiULardd'AuberteuiU tome I, 
2 partie3in-8?,et in-4'>. M. HilUard d'Auberteuil 
çst^/iéjà connu par im puvç^fcge fort hardi sur 
l'é^t aqtuejl de.la cplpnie dç 3aint-Domingue. 
Ces po]uyeau? Essais/ne ^nt guère rqy'un extrait 
4«S gazettç^ et dç^papi^r^ p^ifeïkç ;ijPWS cet ex- 



^ ■ - JUIN i7«a: 469 

trait, étaht écrit avec assez âecbaleu^ et deta^i- 
dité, peut intéresser, du 'mdins taiat que liouft 
n'aurons point d'ouvragé plus approfondi siir 
l'origine et sur les- suites de cj^tte grande révolta 
tion. Le premierJivre doMne «inè idée fort vagué 
de la formation des Colonies anglaises de l'Amé- 
rique septentrionale 9 deieurs progrès f t de leur 
gouvernement jusqy'eji i jGg et,i 770. Le second 
traite des premiers troubles de la Nouvelle-An- 
gleterre , dé l'acte 'du tînibt'é et de^ premières 
voies de fait juscftt'à l'interdit dfeIBbstOn. Le troi- 
sième, de rariïféë'du gëïtëfafKîâge, jde fa forma- 
tion du congrès général^ <i^ b^iîï ^^ Canada, de la 
journée de Lexingtop. Le qv^trièpie- Comprend 
tous les événemens-de Ja g|ieri?e, depuisile com- 
mandement générai doÀYiéà^fidhington jusqu'à 
l'ouverture dê''lk Girtttffeigbé^*^ -'i^i^Le cin- 
quième, les délàîlsdë l'éxpéditâon^d^Aitoold dans 
le Canada. Le sixième,ttyûf ëfe qt^is^èst Jwissé depuis 
le siège de ^ô^^o'n'juVcjûV le congrès 

déclara l'indépendance, fies tréizje États- Unis. 

M. d'Auberteuil a fÇftt.^^XQir rççhwffer de 
temps en temps Jlarsécibiefresserde acjs iiarrations 
par des exagéffttîoèis plftAotatèirés» q^e politi- 
ques, dont on pourrait>€Âter:des. exemples fré- 
quens; et ces déclamations s'ont) ^d'autant plus 
ridicules que personne 'it'igriore que, si là guerre 
avec l'Amérique ou respéràncè de subjPjguer les 
Colonies fut un délire du ministère anglais, ce 
délire fut partagé p^ la iNation entière; elle ne 
pouvait se résoudre, à renoncer à l'idée d'une 



470 CORRESPONDANCE UlTERAIRE, 
domination qui flattait si yivemènt Forgueil âé 
js^ ppiftsance, et tout bourgeois de' Londres von- 
lait conserver le droit de dire nos Colonies d'A^ 
mérique, iet celui d^ leur faire la loi, pour assurer 
raiei^x ïiûtérêt de.^c«if eommeïrce. 



ii/L-^r»:. 



'■'-■ CflANSOïT' sur Fàir d*Albanèse: 

Dans lesi champs de la- victoire. 

Par M. le çhevjfUerd'^uij^o^ne^ 

'loi: V. ' . ^?^ Jws <*a0q)s4e l*4^méciqiie ' / ;.^ 
. .. -ï QuunguemGi;,\Qleuux coitt))ats» 
j . .Qu'il se mêle des débaU . 
^ "* "Dé l'Empiré Britannique : 
- ■ ' * [ '' Eh ! qnVk 'qil'ça^m' fait à moi > "^"^ ' ' 
-^T.)- oijràirhuinéi*'8ÎîMicffiqilé;" ^ :;..•; - 

. . yieiifi€.kiAt^pbfimeot^ \ /.r ^c I -^f 
. Tandis q^elç 1Saif)t^Père him^leme^^ ^ 

S'en retourne eh Itîjlie : .... 

* Eh! qu'ést'qu*çain'*fait à moi? f" 
' ' Tbut charité' ICI daiis ï* vie ; ^ 

-;*i M Qvaiidje c^lf^He etrftitnfljebQi^^. 

. i ' Que folloi^dtf tei» ctiâffîit&5 ; ; - * :r. . 
.;'« \':Jf09cK9rinani;^Sjda4âCpiu^ . , ,;^*:, s- 

Imaginent chaque. }Ojar ^ -.,_ . 

^ pe quoi gâter la nature ; 
. .Eli! que^tqu'çà m' ^ît àinoi? 
" }iisè est si lîîén s'aris parure ! • 
■ ' - Eh! qu'est qù'ça méfait à moi •" " 

- Qiurnd jerhanlé -et quand je bois? 



JUIN 1782. 47i 

Que la troupe de Molière 
Quitte le Louvre à grands frais , 
Pour essuyer nos sifflets 
Dans la vaste bonbonnière : 
£b I qu'est qu'ça m* fait à moi ? 
Je suis assis au parterre ; 
£h! qu'est qu'ça m' fait à moi 
Quand je chante et quand je bois ? 

Que tout Paris encourage 
L'auteur du bateau volant , 
Qui nous promet qu'au firmament 
Nous irons en équipage : 
Eh ! qu'est qu'ça m' fait à moi ? 
Je ne suis pas du voyage; 
£h ! qu'est qu'ça m' fait à moi 
Quand je chante et quand je bois ? 



La reprise des Philosophes tiA^sts mieux réussi 
aux Comédiens' que celle des Tuteurs et de 
V Homme dangereux; elle n'a eu que cinq ou 
six représentations peu suiviçs, et dont la pre- 
mière, donnée le jeudi ao, a été fort orageuse. 
On avait supporté avec une indulgence assez bénér 
vole la plupart des traits lancés contre la philoso* 
phie et les philosophes; mais, au moment où Gris* 
pin arrive à quatre pâtes , l'indignation de voir 
insulter ainsi les mânes de Jean-Jacques fut por* 
tée au plus haut degré : on peut défier tous les 
parterres debout de manifester jamais leur sen- 
timent avec plus d'énergie et de violence que 
ne le fit celui-ci trancpiillement assis, et même 
ce jour-là fort à l'aise , les bancs n'étant pas à 
moitié remplis : cette observation ne nous a pas. 



47a CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
paru ixidigne d'être remarquée , beaucoup de 
gens ayant présumé , non sans quelque appa- 
rence de raison , que le parterre assis aurait beau- 
coup moins de liberté que le parterire debout. II 
est vrai que ce grand mouvement, après avoir 
forcé les Comédiecls à se retirer et à baisser 
la toile, ne fut pas deloàgue durée; on laissa 
croire quelques momens aux spectateurs que la 
pièce était tombée tout de bon ; on félicitait déjà 
messieurs les philosophes d'avoir encore, à l'om- 
bre de ce pauvre Jean-Jacques, l'obligation de la 
justice qu'on venait de faire de leur détracteur; 
mais une partie du public s'étarit dispersée, tan- 
dis que les enthousiastes du citoyen de Genève 
exhalaient encore leur indignation dans les cor- 
ridors ou dans les.foyèBS, on se Hâta de relever 
la toile et de repikBndi^e la pièce à l'endroit où 
Ton: avait été obligé de l'abandonner, avec la 
seule attention de, faire entrer Crispin sur ses 
deux pieds. Ce changement ne réparait guère 
l'impertinence de la scène , il y eut encore des 
murmures assez vifs; mais, grâce à la présence 
d'un petit détachement des Gardes françaises , 
posté fort habilement dans l'intervall^ au par- 
terre , la pièce fût achevée ; elle le fut tant bien 
que mal, et la curiosité, excitée par cet événement, 
attira même plus de monde à la seconde repré- 
sentation qu'à la première; cependant, comme 
nous 'l'avons déjà dit , cet empressement n'a 
point eu de suite. Pour être bien écrite, la pièce 
n'en est pas moins froide; une partie des écri- 



lUIN 178a. 473 

vains qui y sont désignés ne sont plus, d'autres 
ont depuis consolé la haine et l'envie d'une au- 
tre manière, et ce fameux dénouement , où l'au» 
teur s'obstine à voir une situation extrêmement 
comique, n'a paru qu'une caricature insipide et 
révoltante. On sait qu'aux premières représen- 
tations de l'ouvrage, en 1760, cette scène eut 
un as3ez grand succès; mais Rousseau n'avait 
pas alors autant de disciples qu'aujourd'hui , ni 
des adorateurs aussi fanatiques: la pantomime 
de Preville, qui a trouvé bon de laisser le rôle 
à Dugazon, pouvait rendre aussi ce jeu de théâ- 
tre plus gai, plus piquant. Quoi qu'il en soit, la 
facétie a déplu cette fois-ci universellement,, et 
quelques manoeuvres qu'ait employées l'Aristo- 
phane Palissot pour la faire reprendre, il n'a pu 
y réussir. \a 



Le Déserteur de M\ Mercier, représenté, poui> 
la première foi^, sur le Théâtre dé la Comédie 
italienne, le mardi «25, est imprimé depuis^ si 
long-temps,etil a ét^ joué si souvent sur tous les 
Théâtres de la province , que noù$ nous dispen- 
serons d'en faire ici l'analyse. Il suffira de dire 
que ce drame a^ eu le même succès à Paris que 
partout ailleurs, et il est bien à présumer que 
les principaux rôles du moins n'ont jamais été 
mieux rendus<quHls ne le sont par madame Ver-^ 
teuil et par le sieur Granger. Quelque rom^nes- 
qiie que soit le fonds de cet ouvrage , quelque dé- 
pourvus de vraisemblance et de goût qu'en soient 



474 CORRESPONDANCE MTTERAIRE, 
souvent la conduite , les incidens et le style ^ 
on ne peut nier qu'il ne soit rempli de situations 
fortes et touchantes, en général du plus grand 
efïet. Si renchaînementde tant de situations vrai- 
ment dramatiques était plus natujel, si les scè* 
nés étaient tout ce que le poète en voulait faire, 
si à la vérité du sentiment qu'elles devaient ins- 
pirer il n'avait pas substitué trop iâouv^nt de 
vaines déclamations d'une morale ampoulée et 
d'un héroïsime bourgeois; en un mot, si la mal- 
adresse du poétè ne détruisait pas, souvent elle- 
même une partie de l'illusion ^ ce spectacle serait 
en vérité trop déchirant, l'effet n'en serait pas 
supportable. 

:. FabUaux\ ou Contes du* douzième et du trei- 
zième sièclesy traduits ou extraits d'après,plusièurs 
Manuscrits du temps, avec des JSotes historiques 
0t. critiques y et 4es -Jtnitations -^ui ont été fiâtes 
dé^ oes: Cartes, depuis leur origine ; pat Mi Le 
Cremd. Xfôup'elle édition y cinq petits volumes 
in-ia. Cette nouvelle éditic^neôt augmentée d'une 
diatribe contre les Troubadours , où l'auteur ré- 
pond aux critiques dé la proposition avancée 
clans la préfaee de la première' édition, que la 
Nature semblait avoir départi spécialement au 
Nord les dons émiriem du géHie. H veut bien 
convenir que le Midi de laFrab'cea produit quel* 
qiies hommes célèbres; maiis il cherche à prouver^ 
par une nouvelle énumératibn , que toutes les- 
provinces troubadouresques ensemble n'ont. pas 



JUIN 1782. 475 

à citer un poète du premier rang. Rien li'est plus 
propre à favoriser cette opinion que l'ennuyeuse 
Histoire des Troubadours de M. l'abbé Millot. 



Poésies fugitives de M, Lemierre, de VAca-- 
demie française , un volume in-8*^. La plupart 
des pièces de ce Recueil sont déjà connues; on 
y trouve iihe grande inégalité, des vers dignes 
d^Hôrace et de Chaulîeu , et des pièces entières 
dont on serait tenté de faire honneur à la muse 
dé MM. Fardeau et du Coudrai. Il en est bien peu 
cependant, dans le nombre même des plus né- 
gligées, qui n'aient un coin d'originalité assez 
piquant, quelques traits d'un caractère vraiment 
poétique. Le malbeuT dfe M. Lémiértê , eût^ dit 
madame de ' La Fayette , est d'avoir le goût si 
îùtt âu-dessoûs dd^ son esprit et de' son talent. 
Pour mériter d'être mis au fadmbre de' nos plus 
graûds poètes, il ne lui a manqué qu'une oreiUe 
plus délicate , un gbût plus sévère , un travail plus 
fini. ^ ^ 



JUILLET 1782. 



Nous ne sommes. point pr<essé^ de. parler des 
Confessions de /. /. Rousseau; dç3 . ouvrages 
de ce genre n'ont pas besoin d'êtrj^. annoncés, 
ils le sont aj^sez;, xtxèxa^ ayant d'avoir paru. 
Ce qu'on peut être curieux de trouver à ce 
sujet dans nos.Feuilles,c'ej5t.un,cpmpte fidèle 
de la sensation que ces ouyifagesipnt faite, et 
c'est la tâche quç pous allons jça^yj^y.de rem- 
plir avec toute riippartialité ,49^>f ,?^^^^^^°! 
faire profession^i en- dépit .^er r^nfluence qui 
semble attaçjié^e ajij^nétiei? ^^ j^o^rpali^te. 

Ce n'est queJapremièT^ pfp'ti^ dea^C^^^ 
sions de J. /. <fcjErt,fl. s'agit,; !laj féconde ne doit 
paraître que T^n^f 806;^ mais ^puisqu'il en existe 
très-sûremeiit, .^oit .en Fjan.çe^.spit en Suisse, 
deux ou trois copies autographes , il est bien 
permis de compter sur quelque hasard ou sur 
quelque infidélité qui se dispose à satisfaire 
un peu plus tôt notre curiosité. Cette première 
partie a paru telle que l'auteur l'avait faite, à 
quelques pietites anecdotes près , que la pu- 
deur de messieurs les éditeurs a cru devoir 
supprimer; de ce nombre sont l'Histoire du 
moine qui , à Turin , voulait le faire servir 
à ses goûts infâmes dans l'hospice des ca- 
téchumènes , et quelques détails trop naïfe de 



JUILLET 178a. 477 

son Roman avec la petite demoiselle Goton. 
A tout cela la postérité n!à. pas perdu grand-» 
chose 

S'il en faut croire les gens de lettres, surtout 
messieurs nos philosophes , ce qui eût été plus 
sage, c'eût été de supprimer le livre en entier. 
Tout leur en paraît pitoyable; à peine daignent- 
ils faire gr^ce au style de deux ou trois morceaux 
sur les femmes et sur la campagne, où l'on ne 
peut guère se dispenser de trouver des pein- 
tures assez fraîches, romanesques à la vérité^ 
mais avec quelque reste d'éloquence et de cha- 
leur, ce Comment, ajoutent ces Messieurs, com- 
ment imaginer qu'un homme fasse un livre 
dont l'effet le plus sûr est de le déshonorer 
lui-même? Ce projet cependant ne peut lui 
avoir été inspiré que par l'orgueil le plus fou , 
le plus révoltant. Quel intérêt pouvait-il sup- 
poser qu'on aurait de savoir que J. J. éprouvait, 
dans son enfance , une volupté délicieuse à re- 
cevoir le fouet de la belle main de mademoi- 
selle Lambercier; que le charme de cette sen- 
sation lui laissa des goûts qu'il conserva toute 
sa vie, et que sa chaste timidité ne lui permit 
malheureusement jamais de satisfaire à son 
gré; qu'en apprentissage chez un graveur, il 
volait avec assez d'adresse des pommes au 
fond d'une dépense, ou pissait ingénieusement 
dans la marmite de sa voisine;.... ? Importe-t-il 
plus à SCS' lecteurs de savoir qu'il fut laquais 
à Turin, et ({u'il se reprocha toute sa vie d'à- 



4y8 CORRESPONDANCE LIBRAIRE, 
voir accusé la servante de la maison où il 
était , du vol qu'il y fit de je ne sais quel 
ruban d'argent? que, précepteur à Lyon, il 
faisait semblant d'avoir gâté du bon vin d'Âr- 
bois dont on lui avait confie le soin , pour le 
boire à son aise en son petit particulier? que 
sa sublime amie madame la baronne de Wa- 
rens, avec un caractère sensible, un tempéra- 
ment froid, partageait tranquillement ses fa- 
veurs entre lui et son jardinier, Claude Anet? 
qu'à la mort de ce pauvre Claude Anet, il fut 
ravi d'hériter d'un bel habit noir dont leur 
patronne venait de gratifier peu de temps au- 
paravant le défunt? qu'au retour d'un petit 
voyage en Provence , il se vit bientôt remplacé 
lui-même dans les bonnes grâces de la sensi- 
ble baronne, par Cdurtille, un garçon perru- 
quier, dont il consentit à demeurer le mentor 
et l'ami, mais dont, par un excès de délicatesse 
que la bonne dame dut trouver fort déplacé, il 
ne voulut jaitiais être le rival, etc. » 
. £k bien, oui, Messieurs, toutes ces sottises^ 
toutes ces inepties occupent une grande partie 
des Confessions dé JecM- Jacques; celles que Vous 
n'avez; point rappelées lie valent peut-être guère 
mieux, à la bonne heure;, nous enccriiviendrons; 
mais en sera-t-il moins vrai qu'avec ce fonds, 
tel qu'il est , J. i\ Rouleau a fait un livare qu'on 
Ut avec intérêt,, qu'on «e: plaît même à relire, 
Dpalgré le mépris, ma%ï^ le dédain avec lequel 
vous avez affecté xl!ten>paçler, maigre l'ordre ex- 



JUILLET 1782. 47g 

près que vous aviez donné à tous les ifournauxi 
qui vous sont dévoués de n'en faire aucune 
meution^ni en bien ni en mal? On ose, Messieurs, 
vous défier tous de hasarder un essai de ce 
genre et de le faire avec le même succès, quel- 
que puissant que soit Tascendant de la philosov, 
phie, et celui des grands talens que vous lui 
avez consacrés. 

J'ai entendu parler, disait M. Watelet, d'un 

cuisinier du Rëg€[nt qui s'avisa un matin de 

prendre ses vieilles pantoufles, de les hacher 

bien menu et d'en faire un ragoût que toute 

la Cour trouva délicieux; c'est à-peu-près l'essai 

que Jean-Jacques a voulu faire dans ses Confes- . 

sionSj et ce tour de force ne lui a guère moins 

bien réussi. Il fallait en effet tout le courage du 

philosophe de Genève pour concevoir le jprojefi 

d'une telle entreprise, et toute la magie de son 

talent pour en rendre l'exécution intéressante; 

mais il y a lieu de croire que , si le charme du 

style était le seul mérite de ce singulier ouvrage, 

il n'attacherait pas autant qu'il le fait , surtout 

à une seconde lecture. 

En convenant que ces Mémoires sont remplis 
de disparates, d'extravagances, de minuties, de 
platitudes, si vous voulez même, de faussetés 
( nous en pourrons citer une à la fin de cet ar- 
ticle ) , il serait difficile de n'y pas reconnaître du 
moins l'intention que l'auteur a eue de se mon- 
trer à ses lecteurs tel qu'il fut, ou tel qu'il se 
crut. de bonne foi} et avec cette intention il est 



48o CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
une sorte d'intérêt dont l'ouvrage ne saurait 
manquer; la manière dont un homme comme 
Rousseau se rend compte à lui-même de ses plus 
secrets sentimens, de la première origine de 
toutes ses pensées et de toutes ses affections, 
quelque défectueuse qu'elle soit et quelques pré- 
ventions qui puissent s'y mêler, offrira toujours 
une instruction assez utile sur l'art de nous ob- 
server nous-mêmes, et de pénétrer jusqu'aux 
ressorts les plus cachés de notre conduite et de 
nos actions. Malgré la différence qu'il peut y 
avoir entre les hommes à certains égards, ils se 
ressemblent si fort à tant d'autres , que l'on peut 
bien assurer que l'homme qui s'est le mieux 
observé lui-même est sans douté aussi celui qui 
connaît le mieux les autres. Que de scènes inté- 
ressantes, que de sensations oubliées et de notre 
enfance et de notre première jeunesse, la lec- 
ture de ces Mémoires ne rappelle-t-elle point à 
notre souvenir ! et quel est l'homme assez mal- 
heureux pour ne pas sentir le charme attaché au 
plaisir d'en retrouver la trace, et de se dire à 
soi-même avec le poêle des Fastes : 

Jours cbarraans, quand je songe à vos heureux instans 
Je pense remonter le fleuve de mes ans , 
£t mon cœur enchanté , sur «a rivé fleurie 
. Respire encor Tair pur du, matin de la vie ? 

Quelle vérité , quelle fraîcheur et quelle vi- 
vacité de pinceau dans l'Histoire du grand noyer 
de la terrasse de Bossey , dans la peinture de sa 
première entrevue avec madaine de Warens» 



ctâns celle âe ses timides et infortunées amours 
J)Our la belle marchande de Turin; dans le récit 
des brillantes espérances fondées sur les mer^ 
veilles d'une fontaine de Héron; dans les aveux 
ïiaïfs de son engouement pour l'ami Bâclé, et, 
quelques années aptes, pour le sémillant Ven- 
tûré de Villeneuve; dans le r^cit si simple et si 
séduisant dé l'heureuse soirée de Tonne , entre 
ixiademoiselle Galley et sou amie, etc.? Quel 
excellent portrait que celui de M. le juge-mage 
î^imon ! Le Roman de Sçarron n'en a point de 
jiluô comique; ce qui tie Test pas moins sans 
doute, c'est la désastreuse Histoire du concert 
de Lausanne et la rencontre de rArchimandrit» 
deîérusaleift. Un tableau plus charmant encore 
est celui de cette nuit passée, à la belle étoile^ 
. dans la niche d'un mur de tertasse^près de Lyon , 
après laquell^il ne restait plus au pauvre Jean- 
Jacques que. deux pièces de six: blatics; ce qui 
ïie l'empêchait point d'être de bonne humeur* 
et d'aller gaiement chercher son déjeûner ea 
chantant ^ tout le long du chemin , une cantate de 
Batistin; bonne cantate qui lui valut plus d'un 
ex:cellent dîner, et quirétablit pour quelque témpd 
sa petite fortune. Son séjour aux Charmettes ot 
fre jion-seulement une foule de peintures cham- 
pêtres remplies de grâce et de sensibilité ; on f^ 
suit encore avec intérêt la marché de ses étuded 
et les premiers développemens de soti génie et 
de ses pensées. On se repose de cette partie plus 
sérieuse de l'ouvrage» eh raccompagnant dani 



4§a correspon:dakce utteraire, 

son voyage, à Mobtpellier , ou , sous le nom an- 
glais de M. Duddi])g, il fut un peu moius sot 
dans ses, galanteries qu'il ne Favait été jusqu'à- 
lors sous, le s^en. La dame qui voulut bien se 
charger de lui donner les leçons dont il avait si 
grand besoin, n'est désignée que sous le nom 
cïe N*** ; nos Mémoires seçrets.nous ont révélé 
que c'était une, dame de Niçolaï, Poiurquoi le 
I^is^çr ignorer à la postérité ? a C'est près d'elle, 
» dit-il , que je m'enivrai des plus douces volup- 
>• tés. Je les goûtai pures, vives, san3 aucun 
> mélange de peipes^; ce sont les premières et 
» les seule;s que j/ai^ s^msi goûtées , et je puis dire 
w qife je dois à. naadajne N*** de ne pasmou- 
» rîr sans avoir connu le plaisir^ » Un si grand 
service reiidu à un des sages, de nos jours était 
bien fait., ce me semble, pour, ponsacrer son 
ïiom à la rnémoire des siècle^ à vqi^n 
. Il est sans doute ajssez vraisemblable que Jean- 
Jacques s'est permis plus d'une, fois d'orner k 
récit de ses aventures de tous, les agrémens dont 
^ a pu le croire susceptible ; mais ce qui nous 
Çjersuade au moins que^ s'il n'a pa$ toujoiurs élé 
exacte/nent vrai, il a» presqu je toujours été pat- 
faitemént sincère ; c'est que, sans paraître le cher- 
cher, il ne dit presque rien des circonstances 
dé sa vie, des dispositions particulières de son 
énfaqqe et de sa première jeunesse, qui ne serve 
à^ expliquer très-naturellement toutes, les bizar- 
reries et toutes les inconséquences connues de 
son caractère et de sa ma^iière d'être. 



ÎUÏLLET 1782/ 4»3 

-tie déveloj)pettient de ses passions fut exceé- 
èivement précoce et celui de sa raison fort lent. 
A huit ans, il avait lu tous lés Romans, et cette 
lecture lui avait donné ulie intelligence unique 
à son âge àur leà passions* « Je n'avais, dit-il, 
D aucune idée des dhoses , que totis les sent?- 
\ mens m'étaient déjà doiinus. Je n'avais rien 
i> conçu, fâvaifi? tout senti. Ces émotions coiï- 
» fuses quef éprouvai coup dur coup n^altéraierit 
j> point là raison que je n'avais point encore'; 
» mais elles m'en fontièrent Une d'une autre 
9 trempe, et me donnèrent de la vie humaine 
!• des notions bizarres et romanesques^ don% 
» rexpériencé et la réflexion n'ont jamais bieii 
» pu me guérir. » 

A vingt-cinq ans j il n'avait fait encore aucune 
étude suivie* Livré entièrement à ses propreà 
forces , il était rédiltt à chercher seul la route deâ - 
connaissances qu'il désirait d'acquérir. Voic^de 
quelle manière il caractérise lui-même là trempé 
originale de son esprit et de son génie. «Cette 
p lenteur de penser jointe à cette vivacité de 
» sentir, je né Tai pas seulement dans la cori^ 
» vexsation , je l'ai même seul et quand je traf^ 
j> vaille. Mes idée^ s'arrangent dans ina tété 
» avec la plus incroyable difficulté* Elles y cir^ 
-» culent sourdement; eilfes y fermentent jusqu'à 
j» m'émouvôir» m'échaufler, me donner des pal- 
» pitations ; et au milieu dé toute cette émotion 
i> je ne vois rien nettement; je ne saurais écrire 
fi un seul mot; il faut que j'attende^ Insensible** 

3i. 



484 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 

» ment ce grand mouvement s'apaise $ ce chaos 

» se débrouille , chaque chose vient se mettre à sa 

,j> .p^ace, mais lentement et après une longue et 

.» confuse agitation. N'avez-votis pas vu quelque- 

9 fois l'Opéra en Italie? dans les chançemens de 

» scène ^ il règne sur ces grande Théâtres un dés- 

^ ordre désagréable et qui dure assez long-temps^ 

» toutes les décorations sont entremêlées; on 

» voit de toutes parfs un tiraillement qui fait 

?» peine ; on croit que tout va renverser. Cepen- 

p dant peu à peu tout ^'arrange, rien ne mâDcpie^ 

» et Ton est tout surpris de voiç succéder à ce 

» long tumuke un spectacle ravissant Cette ma» 

7i nœuvre est à*peu-près celle qui se fait dans 

» mon cerveau quand je veux écrire. Si j'avais 

» su premièrement attendre et puis rendre dans 

p leur beauté les choses qui se sont ainsi peintes, 

» peu d'auteurs m'auraient surpsissé.., 

» Non-seulement les idées me coûtent à ren- 
» dre , elles me coûtent à recevoir. J'ai étudié 
>> les hommes, et }e me crois assez bonobser- 
> - vateur. Cependant je ne sais rien voir de ce 
» que je vois ; je ne vois bien que ce que je me 
» rappelle, et je n'ai de l'esprit que dans mes 
î» souvenirs. De tout ce qu'on dit, de tout ce 
i> qu'on fait, de tout ce qui se passe en mapré- 
» sence, je ne sens rien, je ne pénètre rien. Le 
» signe extérieur est tout ce qui me frappe; 
Tè mais ensuite tout cela me revient ; je me rap- 
D pelle le lieu, le temps, le ton, le regard, le 
» geste ^ 1% circonstance, rien ne m'échappe. 



JUILLET 1782. 485 

» Alors sur ce qu'on a fait ou dit, je trouve 
» ce qu'on a pensé , et il est rare que je me 

» trompe ^ 

Le besoin auquel il fut exposé pour ainsi dire 
au sortir de son enfance, lès durs Iraitemens qu'il 
^^prouva dès sa plus tendre jeunesse après avoir 
commence à être élevé avec une grande dou- 
ceur , la vie errante et va^bonde qu'il mefaa 
depuis l'âge de quinze ans, le contraste perpé- 
tuel des idées romanesques qui avaient sédu4t de . 
si bonne heure son imagination^ avec toutes les 
peines et toutes les humiliations auxquelles il 
fut si Ipng-temps en butte»,» des causes réunies 
durent fitaiis doute aigrir œn.ôacauQtère, irriter 
sa sensibiEté , rendre soaa humeur ombrageuse 
et susceptible. rr va \ . 

. U s'éal peint lui-méme,>dâÊns pinceurs endroits i 
de s^s Mémoires, avec de ^zandes disposition» 
pour l'ingratitude; mais ce vice chez lui semble 
tenir bie» moins à un cœur dépravé qu'^ruxr 
npires préventions que lui avaient inspirées ses: 
i|xalheurs contre toute la nature . humaine : ces 
préventions furent portées enfin à un excès qui. 
le rendit véritablement fou. Les germes d'une 
^i triste folie se trouvent déjà dans ses Confes- 
sions } mais. on. les voit se développer d'une 
inanière plus affligeante encore et dans.ses Pro^ 
menades du Rêveur soUtaire ^ et dans l'ennuyeux 
rabâchage deS; Dialogues qu'il a intitulés Rous-^ 
seau juge jd^ Jean-Jacques^ ou JeanJaç<ju€s juge 
4e Jiouss^cm, . 



486 CORRESPONDANCE UTTERAIRE, 

La fausseté que npu^ avons promis de rdever 
à la fin de cet artiole^ la voici : Rousseau, e^ 
parlant du projet d'un voyage à pied en Italie 
avec TflM* Diderot et Grimm , ajoute :• ft Tout se 
» réduisit à vouloir faire un voyage par écrit, 
j> dans le<juel Grin^m ne trouvait rien de si 
». plaisant que de faire faire à Diderot )3eaucoup 
3» d'impiétés et de me faire fourrer à llnqui- 
D sitioD à sa place. /^ » Cela est sans doute asseii 
gai; mais il nous est bien prouvé que jamaisi 
plaisanterie n'a été plus injustement défigurées 
le fait est que, dans le roman de ce voyage où 
M. le baron d'Holbach jouait un grand rôle, 
c'était à lui que déviait arriver le premier mal^^ 
heur. Il était arrangé ^'il tomberait dans un 
trou en préchant la prudence à son ^«li IKdev 
rot; que celui-^cî se leb^it mettre à llnquisîtion 
à Bx>me , Rousseau soûs les plombs k Venise ^ 
et que M. Grimm , désespéré de l'infortûiie de sea 
trois amis, en perdrait la raison, et siérait en-^ 
fermé dans THàpital des fous à Turi<^. Toità la 
seule version véritable , et l'on nous saura gré 
sans doute des recherches que nous avons f^iitea 
pour la rétablir dans toute son intégrité. 

Au reste , Jean Jacques n'est pas le seul homme 
célèbre qui ait eu la fantaisie ^ se confesser à la 
postérité. Saint Augustin en avait donné Texem^ 
pie, à sa manière, dans ses Confessions; Cardan, 
le subtil Cardan l'avait imité dans son livre De 
Fitâpropriây ouvrage plein de folie etde supersti- 
tion , mais où l'on trouve pour le moins autant d^ 



JUttLÉf ijéa. 
naïvetés^ autant dVtréûk secrets, autant de me- 
nus détails três-înterîèùfs et tres-bîzàrrésr, que 
dans les Mémoires de ftoûssèau. L'atlicîe Wplu^ 
attendrissant des Confessions dû médecin de Pa: 
vie est celui où il déplore la maligne Inifluencfe de 
son étoile , quif pendant If^sdix pins belles s^i^^ 
de sa vie , de vingt à trente ,' le rendit absplum^çnt 
incapable de Joyir d'aucune femme, et l'omigea 
même encore, à soixante-quatorze ans, de se mé- 
nager trop à cet égard poiir ne pàsbeaiîcpup af- 
faiblir sohestomac : Veneri neque immoderatè in- 
cubuL.... mine mOtWf este ventnmhjimlabefactat. 
Cardan et saint Augustin aTciiienti, tidmdie'^îean- 
Jacques, leur goûl nâttiWÎ'^iii^Té vdl.Il y a des 
aveux plus eittrâordifaàir'eV ê'hfcï)re dtîis Xëi^^n^ 
tares dusieurd^ssoucitéctiiésj^Y |[^î-meme^^i- 
vre assez rare , mais assez mauvais ppiiirioéçtter de 
rê tre. Une Confession plu^bonnanté et liûrement 
beaucouprpltisiflStrQCtif^«t?We»ft&l>»ppk»^^^ 
ble que toutes celles do nt nou s venons de parler, 
n'est-ce pas celle que le dazidsiial de Retz a faite 
dans ^es Mémoires, et qu'il va faite^si fa^cilement, 
avec tant de naturel , tant de^^implicité^ <l^'il ne' 
paraît pas raêii^ avoir songé à cequ'ilen aurait 
pu coûter à toutautrè qu'à kw poui? faire et pour 
dire les mêmeâ ehoées. « Cbtîçé^it^cjnv dit te'^rési- 
» dent Hénault en paflatit dëè Méfndifès dit Car- 
» dinal, qu'un honiriie ait lé courage pu plutôt 
» la foUe de dire de lui-même plus de mal qïie 
» n'en eut pu dire son phis grand ennemi ? » 
L'amour-propre a toujours ce courage lorsqu'il 



488 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
est »ûr de Fimpression qui pourrai le dédomma- 
gerdii sacrifice qu'il semble faire de lui-même, et 
c*est ridée qui a sans doute encouragé la sincé- 
rité de tous ceux qui se sont avisés d'écrire leuç 

propre Histoire. 

. ■ ■ ' ■ ■ 

y^Mpour le chien de madame de LaReynière, 
offrant une veste à M. de La Refnière le jour 
de sa fête , pur M. F abbé Arnaud. 

Tu dois peu chérir les Anglais , 

' Xè'beau nom de Mylord te déplairait peut-être } 

Et pour te bien prouver que je suis né Français', 

J*ai pris 'l'habit d'un petit-niàitre.'^ 

: ' : . .Pe Tamitié je.suls ll^mbassaiie^r^.' 

, Fidèle conuuejti|a;B^tr«s&e n / . . 
Je porte à tes-geiaoux^nôs^voeipi: pour tpfli.^Qnlicur, 

Et le tribut de sa tefidiresse. . ^ 
'iPtoti'r me' donîÀer f iîr grave on n'a négligé rîeii. * 
' 1)6 mon babit piîrdônne rimpb^ttre i - ' 

D'un baauœrisiiÎMënj'ili la pâture; ■• . 
. Jç sens aÈujM^ 4e ^i \è%v^ iiipn vp^^-^^^mikv^ 

'" _ Frnsteau , baiiotiilïeur de tavernes , 

. De plus en plus se négligeant ^' ' 
.'.;j .. : Produit p^ jour cent baliverne» 
nr Qui lui -produisent peu d'airgenJt.: i . ' 

^On na sait point é'il aspire à la gioire; 
Mjds ce qu*pn sait par des rapports très-sArfi , 
C'est que son nom se lit sur tous les murs ^ 
ipîormis sur ceux dû temple de Mémoire^ 



JUILLET 178a. 489 

FR^GMEm* ^'une Lettre de- madame Ut barann^ 

d'Érlach à madame de V.ermenoux. , : _ f 

Pe Berne, le 4 Juillet 17 8a* 

•— n n'était pas difficile de deviner que Genève 
jierait pris; mais, pour imaginer qu'après avoir 
rompu les ponts , place quarante-cinq piècQs^.de 
panon. sur l^s remparts, dçpavé la ville, établi 
des hôpitaux, tout cela finirait par tirer -des 
coups de fusil aux étoiles, il fallait un peu .de 
pén^tratiops} et ce qu'il y a d'^^dmirable , jç'esf 
.ijpe tous c^ Césars lélaient'çon^t^ilimeiit SUIT Ifié 
remparts à regarder travailler , à ouvrir la Iratf^ 
chée et à établir des retrançhqme^s.. Qa dit^îf 
qu'ils n'avaient d'autre butque d*éca:irfB,un. JiVW 
;sur la tactique ^ et .qu'ils ont fait venii; le6 maitD0$ 
chiez eux.. Ils pourront à présaut traiter lap^|*t4§ 
des garnisons ; ils en ont i^ne francp^bernorpiét 
mon taise 9 et.l'pn va s'occuper à leur do^qgûieiEîiftiïf 
forme de gquvernementplus piS^pp^C'^ns^i^fiQ^A 
jieur tranquillité et celle de leurs- voisins. ,Gfiiix 
qui m'ont parule plus à plaindre so^t les o.Ug&ft> 
jdoiit le sorf a été affreux pepdant leyr détçutionl 
If DUS avon^ appris liier toutes Ciçs nouvelles. îf otrt 
Conseil souverain s'est assemblé, et l'avQyiiiit 
commencé par dire : Post tençbrçis &^. C'est: i^ 
devise de Genève , et c'était le moçiept de \^ vf^i^ 
peler. Il faut espérer que ce jour qui leur est 
xendu sçra désormais sans nuagç , et quç le passé 
leur servif a de leçon. Mais ditç^s-moi , ma chèrç 
cousine , de quel parti ét\f j^ - vous ? J'entei^df 
gvapit la barb^irie du 8 Avril j car depujs i| n j 



490 CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
avait pas moyen de balancer. Pour môî , j^avaîs 
tant entendu parler pour et contre , que j'étais 
presque réduite à la neutralité , et rien ne me 
gène davantage. J'admire fort . le vénérable 
équilibre ; mais^ il est impossible de le conser^ 
▼er ; il faut que moti petit suf&age se glisse dans 
un des bassins ; il est vrai qu'il est si léger qu'on 
ne s*en aperçoit pas. J'étais donc dans un grand 
embarras. On accui»ait les négatifs d'avoir traité 
les autres avw toé^à., et de toui les torts c'est 
le moirâ pâf^onhable et le moins pardonné 
dans une Répnbliqtlè ; d'un autre côté , les re- 
présentans , en criant à l'oppression , fcommen- 
^ietit à opprikièr. ConvaiiltîUe de l'un et dé 
TâUtt^é, je ihê trouirais dans ce triste équilibre, 
€t je m'y tenais avec la mauvaise grâce d'Uni dé- 
bûfiatit sur k corde et qui a peur de tomber. 
Enfin me voilà les pieds par terre , et je jouis de 
la sûreté dé cette position -. Ma chère cou- 
sine , je rous parlé trop dé Genève ; je faife 
loomme les plaideurs qui ne s'occupent qtie dé 
teurs procêfe^ éf qui plaident aved la pàtietice 
des auditeurs ; je crains d'avoir abusé de la 
vôtre, et je né Vois pas de meilleur moyen de 
faire taire ines scrupules que dd VbUà parler bien 
yfïte de ma tendre et sincèi'e àmitië ^ etc. 



Hécueil d^Epitdphes séfieuses , badines , sati- 
riques et burksques y pttr M, D. L P. ; deux volu- 
ines in-ia. Il feùt dire dé ce Rèciieil ce qu'on a 
déjà <Ut de tant d'autres; quelques pièces, vrai- 



ment précieuses, l>6auao«i|> de médiocres , un 
bien plus grand nomln'e 4e fnauvaisbs. Le tort 
ïe plus réel de celui-ci e^t d'étré de M, de La 
Place , qui , ayant fait lui^-même beaucoup d'Epi» 
taphes, s'est cru obligé, par ua excès de ten- 
dresse paternelle , de les y coaseryer toutes ; 
islles occupent presse un tiers de -^oa volu'* 
mineux Recufiil;^t de toutes celles-là il n'y en 
a pas quatre y çn pons^siçe y <}ui ni^ soient dé* 
testableis, 

/Stances à mademoiselle CÀéophilé^ ci-dei^ant 
danseuse en double de Cjdcadèmic royale de 
Musique (|), ,^r M^ dç J^ UarpA^ Vun dfiê 
Quarante. 

Partout remplaçiiieirt l*aiii6«^t 

Toujonrs fournis au eâpHcè 9 

Son pouvoir était ^lùt jèilttr. ' 

n Mes fettx , dit^il » Vdiil â'éleiÀdi^i 

» Ils devaient tout aniillérr 

?» Que les mortels sont à plaindre! 

».I1> iifif^iBiitplusaueo.>» « 

(i) n y a qael^oes annéei, une des ptas agréalilès snlunes du t&m 
rail de M. le prince de Soabite. Une maladif trop cruelle Tayânt ré^ 
Joite dans im état aosn d£ploral>le ^ub celui ou se trouva la jolie sni- 
«rante de Taugn^te dinégonde, grâce au cordelier son confesseur., eîû * 
fat obligée de: renoncer au Théâtre. Echappée en6n au plus affreua^ 
péan du meilleur des. mondes , elle n'y a. perdu, dit-on > an une W^ 
tie du palais et dp la luette ; aujourd'hui Ton sait se passer de tout 
^la. Quoi qu'il «nsbit, on ne saurait doutcfr àti charmés* qui lui re»« 
lent , en voyai^t Tillûstra aateur dé oé^s vér^ ^etfibhkti&éf À pnblique- 
n»ent k son char. H en est èpra comme pourrait FétWi' thi fetine homme 
^ quiniEe «Bf -, et t*fÇSc)|rpsT|gnt 9^9€q elle atDtpiftftteaades, à la Re- 



4^% CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
' . Pour prëvetiir cet ontrs^e, 

f^ n épuise $68 efforts 

Sor le plus charmant: onyrage 

Qu embellissent ses trésors. 

Or jugez s'il est habile , 

L*enfant' inaître des humains : - 
l Vous Toyéfc dans Oéopbile 

... , . ,he ehef^'œayrc de ses mains* 

Luî-mème arec complaisance 
.. , Vit :son prpdige nouveau'; t 

Les Grâces , à sa naissance , 
Entourèrent ,s<ni berceau. 
^ Le pieu dit : « Je suis tranquille , 

» Rien ne peut.'pltis m'alarn^er; 
' » Quand ils verront Cléophile ,^ 

» Ils voudf o«it encore aiiiiél:. » 

Quelle grâce enchanteresse 
Dans ses titïitfr , dans son e^ric! * 
Elle çli^rme^. eUe intéreasef, 
Elle attaphe^eUe ravit. ^ 
Le cœur. le plus indocile^ . 
^ Pppt^cç çUfl ose en vain^'arn^er 

Un regard de Cléophile . .; 

Esi^n prdre de Taimer*. > ;. 

i^ate, an Spectacle » à VAlcmâérnit mèm9^'*vk grand • «eandale des let- 
tres, 4cla philosophie» et surtout de tant d*houndtes hourgeoises qpi 
M croyaient jusqu'ici de yéritahles Aspasies/ en honorant ce grand 
Somme de leurs, hontes. Quelle humiliation en. effet pour ces honnet 
dames' d*apprendrè que Tingrat, en aimant une petite dansense sans 
principes , sans métaphysique ni dans' là tète /ni dans le cœur, les on-> 
hlie si parfaitement, qu'il croît n'avoir jamais aimé .V* • I £h ! Mesda- 
iv^i ne ravait-il pas 'dit lùi-méme dans son MoUere à ta nouvelle salle? 

Aprca les goûts ni^s yiennoit les fantaiai^; 
On cherche les Laû après les Aspasies ; 
Et de la nouveauté rinvincihle désir 
A^e plus ai. chauffer qu'il ne sqiige â «hoiair. 



JUILLET i78a.- ; > ii^3 

Quoiqa' Amour m'ait dansaieft^cliatnei 
Engagé plus d'une fois,| 
Quoiqu' Amour , malgré ses pfsines , 
M'ait fiiit adorer ses lois ; 
Par une erreur trop Êicile, 
Dans un cœur bien enflammé , 
Je crois près de Cléophile 
N'avoir jpas encpre aimé. 

Je yeux , à ses lois fidèfe , 
Ke chanter que mon ardeur. 
Dieux ! que ma muse i:^ est-elle 
Aussi tendre que mon cœur 1 
Ma yoix , à Famouz docile , 
N'a qu'un refrain à former : 
J'aime ■<, j'aime €léophile , 
Et ne vis que pour l'aimer. 



Le Chardoiïneri^t eh liberté, fable attribuée à 
"M. le duc de Nivemois. 

Un beau chardonnelret yenu du Canada 

(On fût cas sartûul de cei^UL^^He 
Pour la simplicité de leur noble plumage (i)) 

D'une Dame de baut parage 
Etait l'esclaye. Bon ! c'était pis que cela : 
Le pauvre oiseau vivait enchaîné dans sa cage , 
Payant par mille efforts d'adresse et de couraga 
Ce qu'à tous les oiseaux la nature donna , 
Xie boire et le manger (a). Un jour il s'échappa. 

(x) Le chardonneret dn Canada, dit M. Valmont de Borna re dans 
son Dictionnaire ttÉistoire ntUurvUe, ressemble beaucoup à un sehn 
dont la queue , les ailes et la tête seraient noires. 

(d) Des oiseliers sans pitié dressent, pour le vendre mieux, le char- 
donnetet à tirer deux seaux cfnf contÛEnnent sbn eau et sa graine, et 
qui sont suspendue 'à ttne^ poulie dans une cage ouverte où il est âtta- 
^é à lUM çhaine. . «. 



Le y(Akmt titf ttrbré ; on crut pooToir l'y prendre^ 
Chacun dans le jardin te liàte de descendre. 
Les plus sages diaaient s Foâà foisèau perdu. 
La Dame imprudemment ordonne de lui tendre 

Le lien qu'il" ayait rompu^ 
Bel app&t I franchement cette Dame était folle^ 
U s*enTola plus loin. Eh bien , <;fue mes gens 
Tâchent de rengager à revenir céans , 

Et je lui donne ma parole 

Qu'il sera libre désormais* . 
Libre 1 eh ne Test^-il pas, dit Vmxs d'entr'eux encore ? 
Essayons cependant. • . . mais ce fut sans sucoea. 
J*ai) répondit Toiseau, pe <pie tu' me proniets : 
A ta Dame il £Eindrait quelques grains. d*ellébare. 

Qu*ai-je besoin de sesl^e^tûita ? . 
Seri-la, toi ^ c'est ton lot , ranq^ne sousiapuisfanee^ 

Moi , je chéns Tindépendance f 

Et vivent les chardonner<ets!. 
tJne fbb hors de cage^ ils n'y rentrent jamais. 
D'un ubleau qui parait dioqùerk'vi*âi^éinblancef 
Permis à qui vou(||«irde'S?ig9|^q«evleatnfifes. 
Sur le nom de la Dllme<>B ^vioit que je me taib s 
' HonnisoH^owi-^tiimiUypeAse^ 



Vers impromptue à muâxirme de^ Vermenoux ^ 
qui se plaignait de ce qu^on n^avait point 
songé a célébrer sa Jeté; elle a^ait été, fort ma* 
Iode peu de JQurs auparavant» 

. Pour célébrer 1» file de Germaine 
J'invoquais^ touan»» Dienx^ les^Muses< et rAmour , 
Les Arts a l'Aminié» Tous m'onfrâit tour*à-towr : 

Sa fête, c'est la mienne^ 
Mais Germaine a souffert; pour chanter ce. beau jour ^ 
. U est en«4;ic., bébM trop voisin de ma.pemi» 



JUILLET ijSa^ 495 

Lettre de M.Màultou sur la dernière révolution 
de Genève. 

« Oui , Monsieur ,1e sort de Genpve est triste , 
et il eût été bien facile de prévenir tan.t de 
malheurs; mais les hommes.... les chefs de 
parti .... Si ceux qui ont dirigé les nôtres ne 
sont pas également coupables, ils ont été éga- 
lement passionnés, et imprudens. Gomment 
n'ont-ils pas prévu ce qui arrive? Depuis deux 
ans, je jugeais ces affaires désesqpérées , et j'avai* 
cherché à la campagne le ï^pos et la paix. Qu'il 
s'en faut que je les y aie trouvés! Non, jamais je. 
ije passerai des jours plus cruels que. les derniers, 
qui pnt lui sur cette malheureuse République. 
C'est un yrai miracle de la Providence que Jea 
Genevois aient renoncé à une défense inutile ^ 
qui les aurait immortalisés et perdus, lis en. 
avaiçni pris , ^ la face, de l'Europe, l'engagement^ 
solennel ; ils avaient déclaré que des hommes 
libres pouvaient être détruits, non soumis, et, 
après un tel langage, la seulp ressource qui reste, 
àunpeuple plein de courage et d'honneur, c'est 
de périr. Aussi quijugerait le peuple de Genève 
d'après les derniers événemens, ^^n ferait une 
bien fausse idée. Ge sont ses chefs qui l'ont mis 
en contradiction avec lui-même, et qui, livrant 
seuls la ville à son insçu, ont mérité , ou son. 
ip épris s'ils ont agi par faiblesse, ou son éter- 
nelle reconnaissance s'ils l'ont fait par un excès. 
4^ vertu^ Deux ou trois fois, les cercles assem-. 



49» CORRESPONDAlircE UtTERAIRE, 
blés avaient décidé qu'il fallait défendre la yille^ 
et les chefs consternés avaient paru acquiescer 
avec joie à cette résolution ; ils virent même qu'il 
était inutile de les consulter encore, qu'ils au- 
traient toujours la même réponse. Eu consé- 
quence , ils proposèrent qu'on formât un comité 
d'élite composé de la vingtième partife de la 
Nation, et qu'il 'fût autorisé par elle à prendre 
toutes les résolutions que les circonstances ren- 
draient nécessaires. Cette proposition fiit accep- 
tée sans balancer; oii n'y vit qu'un moyen sage 
de mieux assurer la défense. . . . Mais la première 
questioti que les chefs firent à ce comité fut, s'il 
convenait de défendre la ville ou.de se rendre; 
à la pluralité de quatre-vingt-douze contre quatre, 
lu défense fut résolue , cependant après avoir 
mis hors de la ville les otages et le reste des néga^ 
tifs. Cette résolution était noble et touchante; 
elle n'en convenait pas mieux aux chefs ; ils sup- 
plièrent qu'on délibérât une seconde fois; et à 
force de prières, d'éloquence et de raison, ils 
obtinrent enfin une espèce de pluralité pour se 
rendre; mais ceux qui persistaient dans leur 
premier avis frémirent de cette décision, pro- 
testèrent contre la perfidie ; ils allaient avertir 
leurs concitoyens. ... Ce fut pendant ces vains 
débats,, et tandis que par la force même on em- 
pêchait les plus furieux de sortir de l'assemblée, 
que les otages furent délivrés, les portes delà 
Ville ouvertes, et que les chefs prirent leurs 
passe-ports pour sortir. Il est inutile de dire le 



' • ' ^ ' • JUILLET tySi. '' ''-' 4^ 

testé; et dTailleurs confrirfeht vbù^ expiinieràïs-jfe 

h ra^e^^t le diésespdir *t!ë la généi^alité dfesf df- 

to^enis; quàtid au lîaflieu d'un spniiiiéil 'qiiè 

leurs pénibles traraux* et leurs longuet vléHlèk 

avaient rcfndu nécessaire, et auquel 1 ils aVaîeiit 

été îii vîtes pat» leurs bhéfs, ils entendirent v'aîi 

lieu de^Ik^elcrché d'alarnié qui devait les ap^lèf 

ai» rempart,* ces cris affreux : «t Nos chefs rioàà 

» où t' abandonnés, les étrangers sont ^d4iÀ5( là 

» TÎtte!.;. » Aces désolantes voix, le dësiespoir 

est dans tous Idi coeurs; qùelques-uîis tôurnénl 

leurs armes êbntré eux-mêmes , d'autres les; bri^ 

sent aved nlépHs et les jettent loin d'eux /lïrl plus 

grand nombre' veut courir, après lés dhefs îjt 

laver dans leur sang la hotité qu'ils leur" ont 

imprîm^iêY'^rèsque tous' jurent d'abàndbntier 

une patiSe qiii leur reprofche déjà de lui aVoif 

sûnrécàv et îïs fuient àvéë ïëufè femm'éàét'léuré 

enfkiis.' Les chemins éttiiehî? pleins dé cfé^ thal- 

heiirfeiïx fagitifs , et retentissaient de leurs' gé- 

missëmëhs et de leut^s laines: deux chaVîots 

dé dïx: ëùmtik et de létirs deux mères Tinrent 

dans un village vôiàin dé Celui où' je iuiis; les 

deux pères suivaient à^îeil, léS bras peridans, 

les yeux fixés cbntre terte. Abîmés dans la hônfé 

et dans la douleur, ils semblaient vouloir se 

cacher à la nature entière ; jamais spectacle né 

m*a plus ému* Je jie les coniiaissais point, je ne 

me précipitai pas moins en sangTotabt dans 

leurs bras : Calmez -vous, leur dis-je, calmez- 



4^8 CORRESPONDANGE LITTERAIRE, 
vous, Toqs trouverçz.unç aiitre patrie... Nott, 
me répondirent-ils j c^,j en perjiant la nôtre, 
.toious avons aussi perdu l'honnieur;.,.. Et c'é- 
taient de simples artisans qj^ii me tèns^nt ce 
langage. Ah! Monsieur, quel peuple.!, et il n'exis- 
tera jplus. Je sais que la liberté donne po^vent 
iTPp 4'énergie aux kmes ;. les GeneVoi^i en^ sont 
la déplorable preuve; mais pour des hommes 
cet excès ne vaut-il. pa^ mieux que celui de l'avi- 
lissement ? La sagesse des médiateurs pent ré- 
parer une partie de nos.maui^; piais il n'est gas 
en eux de rendre aux Genevois leur grand ca- 
ractère; il tenait au sentiment vrfti m;ais exa- 
géré de leur indépendance : ce. sentiment est 
pour jamais détruit.. 

» Voilà , Monsieur, ce que j'ai pu recueillir ici 
de cette mémorable et fatale journée^, qui pou- 
vait r^tre bieu plus encore si Tpà. avait suivi 
Fenthoqsiasme des citoyens. Je n'ai riei^ dit que 
de vrai, et d'après le.rappoi^t d- hommes sages 
des deux partis, qui .^^taienjt dans Ij^ billet. 11 e^t 
impossible de blâmer les chefs du-, peuple de 
s'être opposés à une yaiqe défense qiji ^n'aurait 
fait de la ville qu'un monceau dé ruines. Il y 
avait une quantité » d^ poudre immense', plus 
qu'il n'en aurait fallu pour soutenir trois sièges; 
^t comme les magasins sont peu sûrs, tous dans 
les remparts , on avait été obligé de la trans- 
porter dans des maisons; le seul temple de 
Saint-Pierre en contenait plus de quinze cents 



lUlLLÈT 1982; 495 

))âFi|s.c.uii:e sfeiile bfombe tombée sur unxle oei 
dépôts mettait la ville enioeiidré&è Mais pour- 
quoi, da;ris cet état ^ annoncer une. défense , et 
pftsaad<ç.t fiX ]^euplè quelle était possible ? J'i- 
gnoTe si ce fut l'ouvrage des chefe>. mais, en ce 
cas, je ne sais comment Us. poarmient s'en jus* 
tifier. • , » -•. ; . . .: 

. » Ce : soiiti d'aiJieurs de|îtrèsi r. lipanétes gens ^■ 
qui peut-iêtrê furent aveiagléi^parileui^s craintes!* 
Ces otages, ce renyei^^ement^ Gostseil, tant de 
WLoyei[^s vij3leàs>i8i mal^dtM^tementt remployés ^^ 
BQl'ont £iit!soupçp$u:ier dep)uis: Ibng-temps qu'ils 
voyaient trop les dangers '(^m^ lé» menaçaient^ 
et^que leur imagination lés Jeterf exagérait peut- 
4tre< Quoi qu'il en.soit^^ né puie^enoore tourner: 
mes yeuf sur cette déplorable- ville ; je n'y ûi> 
pas mis les pieds depuis trois mois ; et, si je puis: 
m'en dispenser , jé n'y rentrerai j^us , etc. . • » 



Electre^ , paroles de . M. Quillàrd^ auteur du< 
T^oëmedUg^higénie en Taund^^vûiUsii{}xéàe'^,'TUe* 
Moine, élèv^ de M. le cheyaUer Gluck, à été' 
représentée , pour la première^ fois, par l'Aca^: 
demie royale de Musique, )e lOârdi a. Le plan dé 
cet Opéra a toute, la sévérité d'une véritable- 
'Tragédie ; le spectacle en est triste et pompeux; 
la xnusique en est si terriblemeiit dramatique > 
qu'on ne peut guère lui rf proche plus de trois 
ou quatre traits de chant; cependant le public 
a été assez bizarre pour r»QCtteilUr avec froi^ 

32. 



/ 



5oo CORRESPONDANCE LITTERAIRE, 
deur , et qumqu'où se soit pressé de scmtenir ce 
tra^que chef-d'œuTre par un f^n joli ballet, 3 
n'a pii se traîner au-delà de cinq ou six repré* 
sentalions; ce qui prouve bien à M. Le Moine 
que les mêmes artifices ne réussissent pas éga- 
lement à tout le monde. 

Le sujet d'Electre est si connu que nous n'en- 
treprendrons point d'en donner une analyse 
déjraillée. U suffira d'observer que M. Guillarda 
su^vi presque entièrement la marche de Sopho 
cleVsonBoè'me' n'est pour ainsi dire que le 
squelette de la Tragédie grecque, rfaalMUé de 
toutes les guenilles de ce que nous voulons bien 
appeler nojtre poésie Ijrrique. Les changemens 
les plus impoitans qu'il se soit permis tiennent 
ai la scène du second acte entre Ëgisthe et Cly- 
temnestre, scène dont il a; puisé l'idée dans 
VOfeste de M^ de Voltaire, mat$ qu'il a enrichie 
d'un songe de Cly tenmestre ; ressource , comme 
Ton voit, tDut-à-fait neuve. Ce n'est pas^ non plus 
CSiiysothémis , comime dans Sophocle et dans 
Yokaire, qui aperçoit sur le tombeau d'Aga- 
memnon ce poignatid et ces offrandes qui lui 
donnent l'e^érance qu'Oreste est de retour; 
e'est Electre elle-mmne ; mouvemeht qui conve- 
i\aitbien moins au' caractère de cette Princesse 
qu'à celui de sa sœur , mais -qui pouvait servir 
cependant à rompre un peu la maiiotonie d'uû 
rôle où? ce défaut semble presque inévitable. Il 
î]|?élait pas aisié dUntroduire beaucoup de spec- 



J 



Mck dan$ tm pl^n aussi austère que celui qvté 
^ voulait suivre M.. Guillard. « 
. La musique' de M. Le Mome:, que M. le ché> 
valier Gluck refuse aujourd'hui de reconnaître 
poiur son élète^ n'est qu'une exagération des 
})rincipes de; cet ilhifetre compositeur, et l'èxa- 
gération. du jodonde la plus maladroite; ce sont 
des cfIs continuels et déchirans , de lourds effets 
d'haroioiaie^ sansaûcttu chant suivi, sans aucon 
sentiment de. ce qui est véritablem^tit le charme 
et l'âme de là musique. H est bien, vrai que^ 
pour réussir àrOpéra,,(f est 'beaucoup de crier et 
de crier à perte /d'haleine ;msnS( encore est -il 
une façon de hurler plus ou moins originale ^ 
plus ou moins propre au caractère de la situa- 
tion; et ées nuances, toutes prononcées qu'elles 
sont, paraissent avoir échappé entièrement à la 
sagacité de M, Le Moine. Quelques chœurs, la 
scène d'Electre, espérant de revoir son frère, un - 
ou deux morceaux du rôle de Chrysothémis, sont 
les seules choses qu'on puisse écouter sans 
peine. 

Histoire deCharlemagney par M, Gaillard^ de 
r académie française. Le but important de cette 
nouvelle Histoire deCharlemagne, comme celui 
de toutes les Histoires de M. Gaillard, est de 
prouver que la paix est préférable à la guerre. 
Bon Dieu ! Quand M. Gaillard trouvera- t-il donc 
cela sufEsamment prouvé ! Voilà plus de vingt 



JSo^ CORRESPOBIDANCE ZmTERAIRE. 
,¥qlume$ sortis de sa plume qui ne sont faits^ 
comme il l'annonce lui-même, que dans ceUi * 
Jouable. iûtentÎQn. Le fègne de Cbarlemagne est 
$ai%$ contredit un des plus beaux. sujets dont 
l'Distoire puisse d'occuper.' ML' fiiillard a fait 
.toutes Icts.redberches qu'il fallait) £aiire pour le 
bien traitef, et cette Histoire n'en est !pas moinf 
un des plu4 ei!iAU}i^ux'livreis;que aotis ayons vus 
jdepui&long-temps. Elle a fiait ressouvenir éa mot 
de Frérop j$ui? je de sais quelle Histoire de Char- 
lemagne:cpx%\i^2itn\,ïLj 7L douze à. quinze ans^s 
Cette ffislmre y ^sàit^ il ^ue^ijcoifùnè îèpèe M 
0iarlwui^ne >: iang^c. et plate. - 1-> j^ < 






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TABLE DES ARTICLES 

..•■,, ,,... contenus' ■ 

c ' * • ■ ' *• *• " 

»AKS^^>CE^TOMè PREMIER. 



JVT. Morellet; ses Réflexion^ sur lesnvantages: 
' de 'la' iîberté tï écrire eh "matières ifadminis- 
tration , page 6» , .\ . ^ ' 

Cùupietssur iïri Mot doiihê '^\h^^^ , 
Etrennes d' un inconnu à' madame Necker, 7* 
f^èaff^.'lJèitrj!S\ qu&otnèe de Le^venhattpt^S. 
Rozoij succès de ses Tragédies j honteuse pdur^ 
' /les'£,etttes\ g/ ■ " "' /^ " . \'' '• '\\' ''" 
Géî€^\\Op^Sm:^di^éy^sessursoÀîp^ 
Imbert mis au Fort^PEi^êque, poiir^sà comédie 

du^Gdtèdù dei Roi^jf ï C / . ,v \ 

D'Ëpfèhièsitîi; :son'Dïstc6ùrsaù Chdtétet, iSi' 
uibnanach des Muses de 1775 > i.5; ' 
M. de BoÈsgèlik} son Discours à là rentrée du^ 

Pàrtêhiênl de Proi^érèce y 16: 
Catinat;sa f^ie ; ses Mémoires pat le màv^^ 

cuis ée Créqûi. jénecdote sur Cafinatj 19. 
Mademoiselle djilbert; ses ConJidenct!^/Pwîfi 

Jolie J'emme; sa p^ièj a5. ^ ^' ,! 

académie française. Prix proposée sûr les, 

moyens de rétablir les mœurs. Ce prix est 

rejèté*par le Ministère j 26. \ ' ' ' ' 

Marmoritèl et Grétrj, Maui^ais succèi dè^\^ 

Fatisse Hagie ,28. 
Chanson par ikf . Porcien j^ peintre^ 29. ' 
Sonnet^ attribué à Métastase et à Vabbé Ga-^ 

lianij.5i. * ' 

JLinguet et Vabbé Morellet. Théorie du Pàra^ 
• doa^j querelle de Linguet açec Gerbier.^ 

JJagueîrajré du tableau des ai^otatsj^ ^i^ 



So4 TABLE 

Chanson sur Gerbier ,35. 

Foltaire'^ sa tragéite de don Éédtd sent Fa 

décrépitude, 36. 
Histoires secrètes'du Prophète des Turcs , 4'* 
Le Coufonnemefiè d^fm .Jipijdfafn^ jOfiginai 

prohibe ^ ibid. 
Chanson de Beaumurchais dans un rôle de 

Paysan ^ 1^1., , \ ^ .,, 

Vers de MarntorUelpàfirXèportraU^^ 

"bert/^^. ' ' ' '' ' '' . '. \;/ ^ .^ V-;. 

Malesherbes rsa^Miçepfj^n briUl^nfe à VAca-^ 
jdémie /rançàis^ ^ , sçn^. t>.iscou^^i . P/ate ré- 
■pànsè de VaÙ}é }ie.J^a^donvi^ieH.J^^^ 

pétille Ut des vers ^ /?î^-> iW- > , •. 

yuesnàjr; sa mort; sa canonfSationc4fébrée 

jdttnf'un ridicule discours p^(^t.t^,^ff^^HiS\4^ 

:: Mirabeau ^4q. " .;;\ r , ,/ '• '..\ ..,. •. . 

Càrmontél; son Théâtre: de cqp^figne , 5.i - 

Zélis^ Roman nial^imité^^^^yÇo^ Vf>l^. 

taire y 52. , , .. - ^ . c, .. 

Beaumarchais. 'Le Barhi^r de Sévùle^ 65. , ^ 
D6m de Vienne \.son l^lq^e hif torique, de^ Mon- 

taigne^^^^. .' .'._. ,. . /. . \ .. \. / 
Cojidillac. Le Copipierce et le GoM^eme-' 
yrnmtj^J^^^ . r\ ./.".,; " ;.. ./.. -, -. . ■ 
Couplets a la comtesse deBlot^par M; Z>e- 
.Jill^,6:i. V . ' ' / . ;. 

Mira^i^ÀuJ son î^pitaphe grotesç^^ j,6S^ 
Dangéaù.Mot ridicule. D'it^lembert^attaque les 

gp^ml^.^quipostukint pour l(Açq^déj^ ,64- 
Piron; ses OEuvres , en lOvùlumes^par.Rigo- 

ley de Jfui^ignr j^ Ù5. .. 
M. Le Bailli d^ JRollet j ^a. Lettre ^ur les 

drames-opéras ^ 67. 
Chanson sur ce sujet f' 'jô. 
Autre Chanson .sur lès, soldats /ra^ççiSf 78. 
Epitaphe de Voisenpnpur Cotardeau , 79* 



DES JlRTICLES. Sot 

Les Souliers mordorés : la mi^àfue est à^urt 

v^MejUgh, 7^ *. 
Lettre de Montestfuieu àWarèurtoh ^ 80. 
L^^duc de CkoîstàdÂien nccamUi à son retour 

à Paris ; Chansons à cette occasion par le 
/ C. de B. etJn0dam^ du Deffant^ 82. 
Académie imp4^M^^4ç Musi^e. Le chevalier 

de St.'Georges. Adèle ^ opéra. Le -ballet de 
..,Médée. f^i^^^ur {a pantomime ^ ^* 
Roussel, i^fs/ème de l^ femme , 88. - 
Le du£d Ama^^pw Çarm^iU^l^ *95. . 
Gresset. Epure à M. de Monregard^ ibîd. 
Ob^n^atiQT^siii^ifnpçs^qgedes Comm^^^^re^ 

de César ^ g\. 
f^ersÂeMarKitpnteJ àj^^ Nedjter^ en lui 

éni^oyant son ouste ^ 102. ,. , . . , . 
J^ép(iT]k^e demadap%0^Necker/\^^ 
Stances à mtideriioisélle .. . .^ io3* s 
yers de M. le çortfte d'Estaing à M., de Gui\ 

hert y ibid. ■ - , / 

P^erS du cheyalièr de Boufiers sur V Histoire 

de Lot j io4f\ . V . ' 

Peyraud de ÉectusSol; sa tragédie des Arsà-- 

cidpSy en sUt ktcteS. Préface ridtcûte y îbld. . 
0Eu\^es d'Hamiltqni. tOme Yll^ loê^. ' 

L^Eeble des Mhi^ts/îtoman traduit de tan-- 

glaisy 107. . ^ ; ' , \ ^ . 

L'Ai'tde là ti^lette , dui^rdgeimit^ dé V anglais 

de myhrd Chesterfield i \x^%\ 
Ckm^^é françùî^\ -1>ébuts d&ihaàénïoiséllê 

Contât et de mademoiselle Vadé , fiûé du 
\'pàêtey 118. ' ^ 

Pëté \épicurienne ^ défendue par tArchevêqUe 

de Paris ^ 119. ' \ 

Ahxiuec^esthétetpùP M^Timhréyi^o. 
Le Philosophe suns^ prétention ^ pur M. de La 

Folib^ 121Ê. 



So6 r^l.^TAmJE S/îŒ 

Fable orientale ,, 121. • . \» -.^ 

jibdolonyme ^pastorale héroïqu^^jpûfM. Col- 
let; jouée à làsC^ômédiê'fra^aise: Shakes" 
peare y tradmt^ Vanglkés^Môtde Gtimm 
'surSedaine'^ ia5. \ . xO- ^ - : . 

De Shakespeare^ JugerneM'dÉ Voltaire , ia6. 

Lingue t ; son Eûçwnén d'un ouvrage de Mvde 

' Saintè^Croia:^ X5^. ^^ •' 
. Le BàiUi dwRoUetj'Son opéra d'Jlceste 
fait revivra VAlceste de Çùinàulty 144. 

OEuvres^^ ^rëèmn, Jtnëèdoté sur madame 
de Bhiftèys ; i^^. '-- ■'-- ' 

Lettre àtEdiiettrdiéÉLèttï^sdè Clément XtV y 
i5o. ♦. " -'^ / 

Lettres y' àhifibis^i^ ; ifidièhnes et tartam, à 

Lettres du dheï^alier deJBouflèts pettdani son 

vojroge en Suisse, \ihià.^ 
Romancepai^M. Sedairieyï^. * ; 
Penseur du Jubilé de 1776. Mot 'd'une femme 

sur les'phîio'sùpftes du iS^'siéçléj 160. 
OraisoTiJunèhre du comte duj^ù^^ har)ldÂ^ 

Beawais yéçêque de Seriez j^ ië i , 
Cause dçja di^anx^e prodigieuse gij^4rX^ 

entre la^ Mëtwmaniéi^t les.nufres ouvrages 

de Piroh^ i6t. ^ "" ., \ 

Le Rat et la. Statue, tr^duif liçrangiofs de 

Chesterfield ,.i6i. v. vvv ;> 
JTers suç i'^p^ùur-Profw^^ p4p:Vahhé Parquet , 

Chansofi sur ce queLarrii^ée a reçu vingt^inq 
louis pour ne phfs^ chanter dans l'opéra 
a Adèle, 172. 

FenouiUqt 4è;F,albair^i mcbrnédie^ de i'Ecok 
dt^s Jfysurs. Mot dç:Lei itain ,176. 

Robbé converti Trait généreux du, cqmtQ d^ 



DES AICriCLES. 807 

. BissL JPçrtraUs , envers ^ de Voltaire et de 

Dorât , par Rohbé ^ 178. 
IJfumont. JEssçi ^ur les dw^ premières races 

des Épis de France y 179». , 
La Fausse Magie , par Mamtontel et Grétry. 

Clôture des -Spectacles. Compliment de cldr 

ture dfis Comédiens français^ par La Rive. 

Facétieuœ compliment de, clôture de ffà Co^ 

médie italienne^ par Trial ^ i85. 
Jiissertation sur les attributs de f^énus^ par 

M. de La Chau. Lettre de Voltaire à l'au- 

, teur, ^?.?--. •...-. . '.^ ^ . * 

Instruction pastorate de Vjircheyéqued^Lyixn: 
Epigrarnme, fur ce prélat., 191. 

Van Stock / Poëme, par Maton ^192. 

Le Nouveau Spectateur ^ par Le Fuel deMé- 
ricourt, 195. 

uinecdotes de la cour d^ Edouard ///, put mes- 
dames de Tencin etF^ièdeJBeaumontj JQi* 

Impromptu àè Voltaire a'u^e femme, etc. i 190. 

Uopéfa 'd^Jitceste. Sur làn%usique de Gliiçk , 
ibid. v^ "" ' / \ / 

Sur mademoiselle de rEspihàssé; son Testa- 
ment singulier y 198. ' \ 

Les Egaremens de Vj4rftour ^ par Jmhert^ 

Histoire naturelle de la parole j par Court de 

-\ GebeHn ^ pK>^^ :.-. 

L'Esprit des VofagèSy par M: de Meunier^ 2o5 . 

La Marpe ; su réception 'à' VAcadétnie fran^ 
. çaise. JRéponse de Marmontel) Passages équi" 
i^oques sur La Harpe\ etc. -y 306. 

Mademoiselle R ,• sa conduite irrégu- 
lière j Ut'] > 

Jézennemours j Roman.de M.. Mercier ^ 219. 

1/ Ecole des Pères ^ pçfr Rét^' de La Bre^ 
(onnCj 322. 



S09 TABLE :i 

JUçtf^e de madoiîie d'Epinay à 4*ahhé Go- 

PcjMfuoithùnuftê ne naît pas i comme les au- 

très animaux y avec le degré de perfection 
. quiiui est propre ? à2Gé . - 
Anecdote sur Montesquieu , ibld. 
Couplet de Mi le duc de Nit^emois , !i3i. 
-Coupietde Lemierre à madame Seguier ^ 352, 
Impromptu à là vicomtesse de Belzunce y ibid. 
Erasme et Luther. Nota^eàu dialogue des 
- morts y'\h\A. • *•♦ > ' 

La Tentation j conte j par le martjuis^ de 

Saint-Marc j 240. • '^ 

Mpigramme de JRobbé sur^ Sàint-Faiàc ^ 2^u - 
iJa Bonne femme , parodie d'Aicéste , 242. 
Molière y drame dé M. Mercier. Mot de Racine 

sur Scarron j ihid* V / ' ' 

'Mémoires turcs^ par M. d'Aucour ^ [^^. 
Troubles littéraires causés par la Trqduction 

de Shakespeare i Lettre à djllèmbçrt , sur ce 

sujet, par Voltaire, ibîd. 
M. de^L, e; Chansons surse^. Travers^ 

258. ' ^ ' ' ' ' ' ^ \ .•/.." 
Pensées détachées ^y 26 1 . 
"Elphire et Mélazone , en vers , par le marquis 

de Pezaj^ , 2Q6. * , , -, 

Lettre, surJ. J. Rousseau, à. unprmce d'jil' 

lemagne , 268. '•-.•. 
Lettre de J. J. Rbusseau à sa £mine , .^^'j'j. 
Lettré de M. .Ramsay à Diderot sur le Traité 

des délits et des peines , 279. 
Kers enpoyés au Prince royal de Prusse , 290. 
JSpigràmme contre madame *** ^ • ibid«. 
Parodie de cette Epigramme, ibid. 
Colinette à la Cour; ^épigramme s tir cette 

pièce, 291. 



DES ARTICLES. So^ 

Le Gâteau de^ JRoîSj comédie, pur MM.\F.. .» et 

B,»,j 393. 
Principes établis y par Joseph 11^ sur les nià^ 

tières ecclésiastiques , 296, 
Adèle et Théodore. Sur madame de Génlisl 

Personnages réels peints dans cet ouvrage ^ 

^97- ' 

Description des Alpes pennines , par M. B ^ 

3o5. ' 

UEnigme^ ou le Portrait d'une femme célè- 
bre , 5 12. 

Lettre à madame Necker iur la mort de Tron-^ 
.chin\ 5î5. s . 

Aucassin et ' Nicolqtte ^ opêra-comiçue , par 
Sedaine et Grétry , 3i5, 

/ytf Blanc; sa tragédie de Manco^Capac , 3 17. 

jRéJleàcions sur Vétat actuel du crédit public 
de F Angleterre et de ta France ^ 3 1 9. 

Deuûc^ Epigrâmmes ^ Vune par M. HardtÙn ,. 

322. 

M. Leyesque ; son Histoire de Bussie, ibid, . 
Est-il plus' difficile aujourd'hui de faire une 
bonne comédie aucune - bonne . tràgçdi^ ?, La^ 
"• Flatteur^ comédie de M. Lantier j^ 3.28^ 
Romance, de Marmpntel, 335. , \ 
Réception de Çojidorcet àV Acad\ franç^ His^ 
toire de cette élection. Réponse du duc de 
Nii^emois. FHoge de M[ de Maurepas , 337; 
Troisième voyc^ge de Cook > 545,. 
Colomb dans les fers. Epitre par M. de Lem^ 

rgeacy 547* 
(ypinion d'un çitçjren sur lé mariage e( Sur la. 

' dot, 348.^ 
Stances d'un jeune homme à madame de Lau'^ 
. zun^ 35a. • • • ■ • - - " 

JSouts rimes ^ ihid. . ,; t , ^- 



Sto . TABLE *• 

Henriette^ drame, parmademoisellé'Raucour, 

35o- 
V opéra d* Orphée, par MM. Mdrél^tGùssec, 

3Ô2. . • 

Les Deuac Fourbes^ comédie de M. de Lia Chà* 

beausslère. L^açteur Grammo,nt..\Incons* \ 
"^ tance du public, 353. | 

OEuvres de l'abbé de Voisenon^ 355. I 

f^et^ dé mademoiselle Aurore , 356. I 

Vers de la mémje à M. de St-Marc , ibid. i 

Réponse de M. de St.-MarCj 357. 
Vers àBujffbn, 358, ^ \, ' 

Bouts rimes de madame de Lénoncourt , SSg. 
Lettre de Buffon à Catherine II ^ 5 60, , 

Réponse de Catherine ///363. . . 
U Eclipse totale , comédie de MM. La Cha- 

beaussière etd*Alayrac . L'Aniour et la Folie, 

comédie de M. Desfontaines. Compliment de 

clôture des Comédiens italiens, 565. 
Diderot j son Essai sur les règnes de Claude 

et de Néron , etc. , 367. 
M. Peyron; son vojage en Espagne. M. d'OU-- 

vadèsy 370. \ • 

Histoire de la dernière réi^olution de Suède, 

par Lescène-Desmalifons, 5ii. ' 
La Clos; ses Liaisons dangereuses ,t']Z. 
Thalie aua: Comédiens français y 5 79. 
Enigme-Logogriphe , 58o. 
Sur V architecture de la salle dU^Théâtre fran- 
çais. Inaugurxxtion du Théâtre français^ par 

Imberts 38i. 
Le public vengé. Couplet sur Beaumarchais y 384. 
Machine pour suppléer à la pompe ^ par jjf. FerUi 

388. 
M. Mercier y 389* 
Extraits de Romans de chevalerie , par le comte 

de Tressan, Sgo. 



DES ARTICLE?, v Bit 

tUyerfissement à la mode. Lettre,^ Sgo, 
Extrait d'une JUettré du Roi de Prusse à dAlem- 

bert^3g^. 
Molière à la nouvelle salle ^ comédie ^^ar La 

Harpe ^ SqS» 
Éloge de M. àe Maurepas^ parM.de Condorcet^ 

397. . 
Agis\ hragédiey de M. Laigrielot La Rive^ 4^2 • 
Portrait de Vahhé Delille^par madame duMolé^ 

. 404. 

Anecdote généaloff,que y 4^7- 

Le Poète supposé^ comédie à ariettes^ de MM. Laur 

jeon et Champein,^yi^o^. 
Le Vaporeux f comédie ^ de M. Marsolierde Viye-^ 

tières , 4^9- 
Zèle philosophique. Legs de M. de f^albeUe ei 

autres; plaisanterie sur ce sujet. Lettre ^u Fan* 

dateur d'un nouveau prix ( M. de Monthiôn ) 

à T Académie^ t\\i. . 
TSfouvelle édition de V Encyclopédie , 4 16. 
Nouvelle addition à la Lettre sur les aveugle^^ 
' ^ par Diderot. Daviet Mélanie deSalignaCf 4^7- 
Couplets sur V affaire du 2 Avrils 434* 
De M. PaUssotMabbé de Fçisenon; anecdote^ 

435. . , / 

Linguet; son projet d^urie nouvelle espèce d0 

poste y 4^2. 
jLa Destruction^ de la Ligue , (irame de M. Mer^ 

çier. Fanatisme révolutionnaire de fauteur^ 

■443. • 

Extrait du Journal d*un Officier de, la Mariqf 
de V escadre de M. le comte d'Estaingy 444- 

L^Ami des enfans^pàr Bèrquin , 447* 

J^ortrait du docteur Tronchin 9 ïbid* 

^Anecdotes sur le séfour du comte et de la conht^ 
tesse du Nord à Paris. Mot du Comte sur M. de 
Malesherbes. Diderot. Le comte d'Artois , 
d'Alemb^rt. L^ Uarpe; sont: JEpitrq au ççmte^ 



Hiâ TABLE DES ARTIOLES. 

€Ui Nord. Inconvenances. M. Clérisseau. Ma* 

dame ifecker. Madame de Montesson. Le duc 

d'Orléans, 45a. 
La Comtesse de OivTy, drame de Voltaire ^ /|64. 
Sermon de F abbé de Boismont; il indispose éga- 
' lement les prêtres et les philosophes , 465. 
Essais sur les ^nglo" Américains ^ par Hilliard 

dAuberteuily 468. 
Chanson du chevalier d Auhonne ^ 470. 
Reprise de la comédie des Philosophes, Energie 

des partisans de /. /. Rousseau , 47 J • 
Le Déserteur, drame de M, Mercier^ 4*3. 
Fabliaux ou Contes du 11^ et du i^^ siècles ^ pas 

Le Grand, l\^nl\. 
Poésies fautives de Lemierre^ 475- 
Sur les Confessions de Rousseau: Cet oûs^rage corri^ 

paré à un ragoût dun cuisinier du Régent. 
' Fausseté d'une assertion de Rousseau sur Grimm. 

Saint Augustin. Cardan. Le cardinal de Retz, 

Leurs Confessions , 476. 
Vers pour le chien de madame de La Rejniere^ 
' part abbé Arnaud, 488. 
Epigramme^ ibid. 
Fragment dune Lettre de la baronne d'Eflach à 

madame de Fermenoux, 489. 
Recueil dEpitaphes, par M. de La Place, 490. 
Stances de La Harpe a mademoiselle Cléophile. 

Anecdote scandaleuse sur cette Demoiselle, 49^ 
Le Chardonneret en liberté, fable attribuée à 

M. de Nivemois, 493. 
Impromptu à madame de Fermenoux , 494- 
Lettre de M. Moultou sur la dernière révolution 

de Genève, 495. 
Electre, opéra de MM, Gaillard et Le Moine, 499- 
Histoire de Charlemagne ^ par Gaillard Mot àe 

Fréron, 5o2. 

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