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Full text of "Courier de Boston, affiches, annonces, et avis"

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COURIER DE BOSTON, 

AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes. ^ 



Prix^ 5 P^??^i?.] 



Du JEUDI, 23 Avril, 1789. 



[No. I 



* * Q I ie public reconnoît l'utilité de notre entre- 
O priie, peu de perfonnes favent combien de 
difficultés nous avons à combattre pour la conduire 
à la fin. 

Nous avons déjà donne, dans nos annonces et 
dans notre prolpeftus.une idée de la feuille que nous 
préfentons aujourd'huy au public. Ce feroit peut- 
être ici le lieu d'offrir quelques réflexions fur la 
comparaifon qui en a fouvent été faite avec les pa- 
piers-nouvelles de ce pays-ci. Cet avertillement efl; 
îivccffaire ; parce que les trois-quarts de nos fou- 
.cripteurs font Américains ; et que les mille et une 
Gazetces, qui les inondent tous les jours, contribuent 
fans doute à diminuer l'intérêt qu'a nroduit la bafe 
que nous avons donnée à la notre. 

Nous devons donc aux perfonnes qui regardent la 
foule innombi'ablc des Gazettes, comme un fléau pour 
la ibciélé, pour l'avancement des arts et des fciences, 
pour la littérature même, dont la leflure négligée et 
niéprilée par les gens de lettres, ne fert qu'à donner 
aux fots de la vanité fans inftru£tion, — nous nous 
devons à nous-mêmes de prévenir ces perfonnes que 
notre objet tendra effentiellement à rendre compte 
des établifTemens utiles — à marquer les vérités nou- 
vellement découvertes — à indiquer les erreurs dan- 
gereufes — à les indiquer'avec cet efprit impartial, qui 
doit guider l'homme dans fes recherches ; avec cette 
■Huilité précieufe, qui doit être le premier principe 
d'un journaîifte, qui cherche à découvrirles rapports 
intimes, fous leiquels on doit confidérer l'état des 
choies parmi les nations. 

Ces rapports, qui devroient toujours être le réfukat 
d'un examen attentif, de recherches fcrupuleufes, ne 
Je trouvent point dans des tableaux embelis par la 

•^tene, défigurés par l'envie, ou altérés par le men- 

■gc : — Non — c'etl au fein des nations que l'on dé- 
. qu'il faut les chercher, 

■■ li n'y a qu'un point indivifible, a dit PasckaI., 
■..U! toit le véritable, d'où l'on puiffe découvrirles ta- 
bleaux ; la perfpcctive l'affigne dans l'art de la pein- 
ture • mais dans la morale, dans la vérité qui l'affign- 
cra ? C'efl dans les aiiions communes de la vie ci- 
vile, qu'il faut puifer ces nvzances var'css à l'infini. 



Comment un obfervateur, quelqu'habile qu'il foit,. 
peut-il hafarder fes fentimens s'il ne vit parmi eux i* 
S'il n'entend leur langage à fond ? S'il n'eft devenu 
citoyen ? S'il n'eft gouverné par les mêmes lois •-' 
Comment peut-il faire connoître aux autres ce qu'il 
ne connoit pas lui-même ? 

Mais il eft une claffe de lefteurs qui croyent ces 
fortes de détails trop au-deifous de leur propre dig- 
nité, et qui veulent qu'on ne leur peigne que de 
grands évènemcns, comme fi ces petits traita, qu'ils 
dédaignent, n'étoient pas fouvent ceux oui cai-a£lér- 
ifent davantage une nation, et qui conftituent, pour 
ainfi dire, fa phyfionomicj 

Ces afl'ertions ne devroient pas paroître préfomp» 
tueufes, pas même à ceux qui ont lu les ouvrages des 
Abbés Raykal et Mably, le Comtede Mirabeau, 
les Recherches judicieufes de M. De Creve-cœur, 
ni ceux du Dr. Price. Premièrement parce que 
nous ne hafardons rien du nôtre. Il ne s'agit point 
ici de faire un tableau brillant ; mais il importe d'en 
faire un, ©u plutôt de mettre les étrangers à portée 
d'en faire un jufle, vrai, impartial — un tableau reiîem- 
blant, en s'obligcant à leur en fournir le coloris. 
Si cette tâche n'a point encore été remplie, c'cll 
qu'elle n'a encore jamais été entreprife par un habi- 
tant de l'Amérique, S'il ne s'eft point encore trouvé 
d'ouvrage qui ait infpiré la confiance des Européens, 
quelque bien écrits quelqu'éloquents qu'ils fuflent ; 
c'eft qu'aucun n'a eu pour objet de leur préfenter le 
tableau des Américans, fait par eux-mêmes, c'efh que 
les defcriptions diverfes qui ont été publiées en Eu- 
rope, n'étoient point prifes dans leurs mœurs, c'efl 
qu'elles ne pouvoient pas s'y refoudre, c'efl qu'ils 
pouvoient les contredire, c'efl qu'en effet ils les ont 
contredites. Voyez les notes de M. Jefferson, fur 
la Virginie, traduites par M, l'Abbé Morlay ; elles 
font fans réplique. 

De tous ceux qui ont écrit fur l'Amérique, dit un 
célèbre patriote, il n'v en a aucun, qui nous ait rendu 
juPiice ; Les-uns ont fait notre fatyre, les auties no- 
tre panégyrique ; les-uns nous or.r gagné des enthou- 
fiaftes, les autres nous ont fait des ennemis ; mais 
aucun ne nous a appréc-'cs a''fc j'ircic: , pc.xc cy^^ 



[ ■ 

la plupart étoicnt de profonds érudits, qui ont cherché 
tin terme de comparaifon dans les républiques anci- 
ennes, tandis qu'il nous en falloit un exprès pour 
nous : Aufli les faits dementent-ils leur Théorie, 
et les Européens ne font point encore inftruits fur 
l'Amérique. 

Il faut donc que le Gazetier qui veut que l'on 
accorde de la confiance à fa Gazette, la mérite : Il 
faut qu'il foit continuellement à l'afFut des vérités 
utiles ; qu'il fe borne à ces vérités ; qu'il foit nul 
dans fes defcriptions. 

C'cft bien là ce que promettent tous les faifeurs de 
Gazettes de ce continent, au moins, quand ils les com- 
mencent. Voyez leurs devifes ! Ce font de beaux 
fentimens ! Ils font tous impartiaux, tous font dé- 
voués à la vérité ; mais la vérité eft blanche chez 
les uns et noire chez les autres. Tantôt c'eft un 
Brutus qui facrifiant l'hommage flatteur du premier 
magiftrat à la fureté publique fonne le tocfin: Tantôt 
fentinelle vigilante, il démafque des traits de cupidité 
dans la Légijlature. ; il dénonce au corps du peuple, 
à la nation eniière, un membre pervers, des con- 
cufTtons publiques, des plans formés contre la liberté 
de fon pays : Mais ce n'eft pas d'après fes premiers 
numéros qu'il faut le juger ; — Bientôt il vous four- 
nira dequoi\prononcer avec plus de juftice, Bientôt 
redevenu Gazetier, il fe laifiéra aller au torrent — 
vous le verrez entrer en lice. — Il lui a fuffi. de don- 
ner fa profeffion de foi à fon début. — Il efb temps 
qu'il cède à l'envie de défamer. — Ecoutez-le, on lui 
a infulté. — C'eft un autre Gazetier qui l'outrage — 
Il faut qu'il fe défende. — Il efpere pourtant que le 
public, dont il follicite les faveurs, voudra bien lui 
pardonner d'avoir rempli la moitié de fa feuille d'in- 
jures perfonnelles — Il y étoit forcé par les mauvais 
procédés de fes ennemis — Il fe recrie fur la liberté 
de la prefie — Il eft tenté de nier l'exiftence des bien- 
faits qu'on lui attribue. — Suivez-le, lifez fon numéro 
fuivant, vouz verrez que tout en vous demandant 
pardon d'avoir abufé de votre patience, il en abufe 
encore davantage — Il vous outrage ; il fe rit de vous. 
—Bientôt c'eft toute fa feuille qui eft remplie de la 
Chronique fcandaleufe. Il n'y a pa^ jufqu'aux 
hiftoires les plus triviales, les contes les plus ordu- 
rierSj qu'il ne s'emprèffe de publier. Ce n'eft plus 
ce rédacteur févère,. dont la plume délicate devoit 
fe refufer à tout ce qui bleffe la pudeur, dont la feuille 
devoit être confacrée à l'inftruélion publique, au 
commerce, à tout ce qui y a rapport. — Non — les cir- 
conftances font changées — Mais cet avis fi important 
pour les commerçans, vous l'avez omis — il eil vrai — 
Mais il n'offre point affez d'intérêt — Ses abonnés ne 
lifent point les avis fur le commerce. — Pourquoi tous 
ces abus ? C'eft que le nombre des Gazettes en Amé- 
rique, eft monté à un point qui ne peuc être excédé 
qu'aux dépens des bonnes mœurs ; c'eft que le nom- 
bre infini des imprimeurs, apprenant, ou croyant 
apprendre à faire une Gazette, en faiiant leur ap- 
prentiffage, ne l'ont pas plutôt fini, qu'ils com- 
mencent une feuille. — C'eft qu'il n'y a que les jeunes 
gens.avides de mal et de nouveaute,qui y foufcrivent; 



3 

l'éditeur qui voit que les honnêtes gens la dédaignent^ 
les attaque, et fes fuccèsfont mefurés par fes outrat^ee. 

Pour l'homme de bien qui devient la viclime de la 
calomnie, il en rit, il plaint les malheureux qu'elle 
féduit, et il ne daigne pas même les défabufer ; mais 
en attendant le public paye un impôt*, et il n'eft 
point inftruit. L'imprimeur qui auroit pu réim- 
primer de bons .oiavragest, les ouvrages utiles que le 
public eft obligé d'importer d'Angleterre à grands 
frais. — L'imprimeur qui auroit pu fervir fon pays, 
lui devient à charge;}:. 

Nous ne cherchons point à dénigrer les travaux 
des autres pour nous flatter, en donnant à notre 
feuille plus d'importance qu'elle ne mérite : Nous 
difons avec franchife ce que nous voyons, fans fonger 
à l'éloge. Notre Courier ne pourra jamais entrer 
dans la clalfe des papiers-nouvelles que nous avons 
décrits, premièrem.ent, parce que fes abonnés doivent 
être des négocians des étrangers, des perfonnes 
éclairées, à qui la Chronique fcandaleufe qui fait 
l'ornement des papiers de Bofton, n'offriroit que 
peu d'intérêt. 

Nous n'ignorons pas,hélas ! nous le difons à regret — 
Nous n'ignorons pas que le goût du fiècle demandoit 
plus de fatyre, plus de chofes piquantes ! — Il y a fi 
peu de perfonnes qui lifent pour s'inftruire. La 
nouveauté, les modes dans les capitales, ont tant 
d'attraits, tout ce qu'elles dédaignent eft fi ennuyeux, 
la fatyre la plus piquante, la plus injufte eft fi 
aimable, il eft fi doux de dire des fottifes impuné- 
ment, d'outrager l'innocence, qu'il parôitra peut-être, 
fingulier, que le Courier de Bosjj'on qui a befoin 
d'encouragement, n'ait pas recours à des voies fi 
généralement pratiquées. 

Quoi qu'il en Ibit nous aimons mieux tromper 
l'attente du vulgaire, que de trahir les gens de bien, 
ennoustrahifiant nous-mêmes, en fuivant un fyftême^ 
dont les effets nous paroiifent contraires au bien de 
la fociété. Nous dirons tout ce qui nous paroîtra 

bon, 

NOTES. 

* // s'en faut bien que cet impôt foit léger. Prenons 
Bojlon, par exemple, où il Je publie moins de gazettes 
qu'en aucune capitale des E. U, Il y paroit chaque fe- 
maine fix feuilles, dont l'abonnement monte, à peu-près, 
à 7 piaftres par an j toutes les perfonnes comme il faut 
les prennent toutes j il eji vrai que l'abonnement nefs 
paye -pas fort régulièrement. 

+ La confitutionfédérativepeut accorder àtous auteurs 
quelconques, un droit excluff pendant un certahi temps, 
pour leurs ouvrages ou découvertes. 

I lien faut pourtant excepter plufieurs imprimeurs de 
l'Amérique qui ont réimprimé differens ouvrages très- 
confidera'ih's j entr' autres M. Thomas, dont l'imprimerie 
pourroit iatier avec avantage contrebien des Européennes ; 
il vient de réimprimer l'hifloire Romaine par l'Abbé 
MiLLOT, cet auteur a été introduit à l'Uniyerfité de 
Cambridge. Il y a aujfi de très-bons imprimeurs à Phi- 
ladelphie et dans plufieurs autres endroits de l'Amérique: 
mais ils font prefque tous des Gazettes, 



[ 3 ] 



bon, utile, inftrufltif, fans confulter fi nous flattons 
l'un ou l'autre parti, tout ce qui pourra tendre à 
diminuer la force, la folie des préjugés nationaux, 
religieux ; à faire connoître l'influence du cofmo- 
polifme, et de fes effets bienfaifans. Voilà les pierres 
précieufes que nous chercherons dans l'énorme fu- 
mier des papiers publics Anglois,en dépit de l'efprit 
de parti qui les engloutit. 

Nous ne prétendons point à la perfefti'on ; les 
agioteurs les menées fourdes pourront nous égarer ; 
mais nos fautes feront involontaires. Nous uferons, 
pour les réparer, du leul moyen qui foit en notre 
pouvoir, ce fera de leur oppofer une recherche 
fcrupuleufe de la vérité, et fa publicité quand nous 
l'aurons découverte. C'ell fans doute, la marche la 
plus fûre, la plus jufte que nous puiffions prendre, 
pour atteindre le but d'une Gazette utile. Si ce- 
pendant elle nous faifoit des ennemis, ce feroit un 
malheur ; mais la confidération des hoanêtes gens 
ijous en confoleroit. 



De Farfovie, te 8 Novembre. 

La fefllon qui fe tint Mercredi dernier n'a pas duré 
lopg-tems. Quelques nonces commencèrent à fe 
difputer, ce qui alla au point qu'on parloit déjà de 
mettre le Cabre à la main. Le Roi, pour prévenir les 
fuites, fe leva, & ayant terminé la feflion, l'ajourna 
au lendemain. Le feflion du Jeudi fut fort remar- 
quable, & extrêmement tumultueufe. Il faut s'éton- 
ner que des gens qui ont accompagné le Roi à l'égHfe, 
le 3 & le 4 de ce mois, ayent pu tenir une con- 
duite fi étrange. Après bien du bruit, la feflion fut 
ajournée au Lundi fuivant. 

On afllire ici que notre Roi efl; fort mécontent de 
ce qui a été réfolu dans la feflion du 3 de ce mois, 
& qu'il a déclaré qu'il n'abandonneroit en aucune 
manière le parti de la Ruflie. On croit que les 
feflions fuivantes feront trés-remarquables ; on dit 
même déjà qu'il cfl; quefliion de former une confédé- 
ration année à cheval. 

Leslettres de l'Ukraine Polonoife, en date du 4 de 
mois, mandent que les Turcs ont quitté les retranche- 
ments d'Oczakow, & fe font retirés dans la citadelle. 
Le Capita:ine Pacha a trouvé le moyen de faire en- 
trer trois chaloupes avec des vivres. Douze cha- 
loupes étant forties de la forterefle avec les effets du 
commandant, un de ces bâtimens, fur lequel fe trou- 
■^'oient les femmes et les enfans du Pacha d'Oczakow, 
fut pris par les Turcs, & faifoient de fericux prépa- 
■ratifs pour fe rendre maitre de la citadelle. 

*** Quand le Pacha fera inftruit de cette circon- 
ftance, elle ne manquera pas de lui faire le plus grand 
plaifir. 

De Vienne, le 12 Décembre, 

La cour, ainh que la capitale, jouifient de lafatis- 
faftion, de voir Mgr. l'Archiduc François de retour 
de l'armée. S. A. R. fon augufl:e époufe alla à fa ren- 
contre jufqu'à Schwecha", S. M. a nomm.- géné- 
raux de la cavalerie les field-maréchaux licutenans 



Barco & Hohçnzoîlern, généraux de TartiH^rie les, 
field maréchaux lieutenans Fabris, Vins & Clairfayt. 
Les colonels de Verre du régiment de Bender, Han- 
necart, Roll de Jofeph CoUoredo, Corti de Fabris, 
Merfies d'Archiduc Ferdinand et Beck de Pallavi- 
cini, ont aufli été nommés généraux-majors par S. M. 

Le 24 Oftobre on a fenti dans Va Stirie, ainfi 
qu'en Carniole, un tremblement de terre dont les 
fecoufles plus ou moins fortes, fuivant la fituation 
des endroits, n'ont caufé aucun dommage con- 
fidérable. 

Le Courier d'Hongrie dtt 6 de ce mois rapporte 
ce qui fuit : 

De Syrmie, le 30 Novembre. 

Le 27 Oftobre S. M. l'Empereur, les généraux, 
l'état major-général, la chancellerie de guerre & le 
grand bureau de pofte de campagne font arrivés 
d'Oppova à Semlin. Sept bataillons de grenadiers 
& cinq regimens (cavalerie & infanterie) arrivèrent 
le même jour &. campèrent en attendant qu'on pré- 
parât leurs quartiers. La joie des habitans de Sem- 
lin a été extraordinaire à l'arrivée de leur fouverain, 
& on efl. abfolument tranquilifé fur la crainte d'une 
invafion. Les tentes des Turcs s'augmentent toujours 
prés de Belgrade. 

Du O^uarticr-Ge'ne'rai pre's de Semlin, le ^Dece^nbre. 

Le rapport du général major d'Aîtoo, au général 
d'artillerie Clairfayt, contient que nos patrouilles 
poullées vers Schupanak & par l'Eknik vers Meha- 
dia, ont rapporté que l'ennemi a mis le feu à Meha- 
dia, & quitté cette contrée, en fe retirant par Schu- 
panak vers Orfova. 

De Berlin, le 9 Novembre. 

*• L'Impératrice de Ruffie a refufé la oiédiatlon de 
notre cour & celle delà Grande-Bretagne, pour met- 
tre fin à la guerre qui s'eft allumée entr'elle & la 
Suède. Elle a demandé une fatisfaciionjfans ftipuler, 
en aucune manière, les dédommageraens qu'elle exige ; 
& elle a exprimé fon mécontentement & fes ptétenti- 
ons avec beaucoup de hauteur. 

" Les troubles de la Pologne ne font pas appaifés. 
Des troupes Ruffes font entrées de force dans ce 
royaume, & ont demandé à y établir leurs quartiers 
d'hiver. Elles ont enlevé tous les fourages des terres 
du prince Czatorinfky. 

*' Le Roi notre monarque a donné des ordres 
pour qu'une armée de quarante à cinquante mifle 
hommes fût prête à entrer en Pologne avant la fin de 
l'hiver. Les munitions de guerre, l'artillerie. Se tout 
ce qui efl; néceffaire pour une invafion fe prépare avec 
toute la diligence poffible. 

*' Les Suédois & les Danois ont conclu une trêve 
qui doit durer jufqu'au 15 de May prochain. Les 
Danois fe font engagés a quitter le territoire de la 
Suède le 13, ou avant le 13 du courant. 

" Nous fommes fâchés de voir par ce changement 
foudain, que fi l'hiver ne ramène pas la paix entre 
les grandes puiflances qui font en guerre, les horreurs 
de ce fléau s'étendront beaucoup plus loin que nous 
ne l'avions d'abord imaginé. Nos officicis et noi 



C 4 ] 



loldats font tons pafSoanés pour la gloire, & ne 
rcfpirent que les combats. 

«« Les troupes de l'Impératrice, ,en entrant à force 
ouverte dans la Pologne, ont attiré à S. M. Impériale 
beaucoup d'ennemis dans la diète." 

*^* Ces nouvelles font trop importantes pour pou- 
voir être crues fans confirmation. 

" La politique de la France ne s'eft jamais fi bien 
«* montrée, qu'en délivrant la Suède fon alliée, fans 
** paroître s'en mêler en aucune manière. Elle a 
•* rffedué cette délivrance par les puiffances mêmes 
*' dont les intérêts font le plus oppofcs a ceux de 
«« la Suède & de la France." 



GRANDE-BRETAGNE. 

De Londres, le 20 Décembre. 

On lit dans une feuille de Samedi dernier, un tableau 
de la fituation des affaires. L'auteur de ce tableau, 
commence par obferver, que la Gazette de la Cour 
n'ayant rendu que des comptes ambigus fur la fanté du 
monarque, on n'efl: pas en état de prononcer fur la na- 
ture de la maladie dont ce Prince eft affligé. Il ajoute, 
en faifant allofion à ce qui a été dit par l'archevêque 
de Canterbury (dans l'oraifon compofée par ce prélat 
pour demaiider à Dieu le retabliffemcnc du Roi) que 
quelle que fait rindifpofition du fouverain, h philolo- 
phic, (Si même la religion défendent de croire que Dieu 
ait voulu punir S. M. pour ks fautes de fes fujets ; que 
c'eft en vain, qu'on cherche la caufe de cette affliftion 
dans les péchés du peuple ; que les fujets peuvent être 
châtiés, & cela trés-feverément, pour les péchés, les 
paffions, & les préjugea de leurs princes, fans que ces 
chatimens foient enveloppés du voile du myftère ; 
mais qu'il n'efl; pas auffi aifé d'entendre comment les 
Rois peuvent être punis pour les fautes du peuple. 

Ce tableau eft terminé par cette fentence mémoia- 
ble : " Que les individus & les partis s'élèvent & 
tombent tour à tour, cela eft indifférent à la profperité 
du royaume ; mais que la liberté delà Grande-Bre- 
tagne foit immortelle, &c. &c." 

Du Vendredi ,2 1 Novembre. 

Le titre de Guardian (proteélor du royaume) pour 
le prince de Galles, n'cft point une chofe nouvelle 
dans les annales de l'Angleterre. Edward, le Prince 
Noir, fut honoré de ce titre ; & le dernier fouverain, 
George II. en remplit les fonélions, lorfque le Roi fen 
père fe rendit pour la première fois dans fes états 
d'Allemagne. 

Formule de VOralfon qui doit être lue avant la prière or- 
dinaire, dans toutes les cathédrales, Cif les églifes collé- 
giales iff paroijjiodes , ainji que dans les chapelles de 

• P Angleterre, de la principauté de Galles, ^ de la ville 
de Ber'wick fur le Tiveed, pendant la maladie du Roi. 
" Dieu de miféricorde, toi qui tiens dans tes mains 

& la vie & la mort ; écoute, nous t'en fupplions, les 

vœux de tes ferviteurs, qui s'addreffcnt à loi dans cet 

inltant de calamité. 

*' Nous rcconnoiffoHS que par nos crimes & par 



notre endurcifTeraent.nous avons mérité tes châtîmens, 
O grand Dieu ! Mais, dans ta colère, tu ne ceffcs 
jamais d'être miféricordieux. Daignes donc entendre 
les prières de tes ferviteurs, qui viennent à toi avec 
des cœurs pleins de douleur & de repentir. 

*• Q^ie ta bonté paternelle exauce les vœux ardens 
qui font offerts à ta divine majefté pour notre fouve- 
rain feigneur le Roi, & pour le peuple que tu as con- 
fié à fes foins. Puifles-tu éloigner de ce prince les 
maux dont tu as voulu l'affliger pour nous punir de 
nos crimes. Que ta providence le conferve & le fou- 
tienne ; bénis les moyens employés pour fon retab- 
lilfement ; rends lui, nous t'en conjurons, fon premier 
état de fanté, & permets, qu'il puiffe contrnuer par 
fa piété & par fa fageffe, à maintenir parmi nous les 
bénédictions de la vraie religion, de la liberté civile 
& de la paix publique, jufqu'à ce qu'il te plaife, après 
un grand nombre d'années, de l'appeler dans ton roy- 
aunr.e célefle, pour recevoir la récompenfe de fes 
bonnes œuvres. 

" Etends, O grand Dieu ! tes bontés fur la Reine, 
fur le Prince de Galles, & fur toute la Famille- Roy- 
aile ; fois leur propice, 3c ne détournes point tes re- 
gards, lorfqu'ils s'adreffent à toi dans leur aiîîidion ; 
que la grâce célelle guide toutes leurs allions, 8c qu'ils 
reçoivent de ton Saint-Efprit lesconfolations que toi 
feul peut dillribuer ! 

" Nous te fupplions, enfin, ô Seigneur ! De per- 
mettre que nous, qui nous addreffons à toi dans notre 
détreffe préfente, nous puilfions te rendre nos actions 
de grâces, dans ton temple, pour avoir écouté les 
vœux de tes ferviteurs, & avoir rendu notre monarque 
aux ardentes prières de fon peuple. 

" C'efl ce que nous te demandons pour l'amour de 
Jéfus Chrift, notre feul médiateur, and notre protec- 
teur auprès de toi. Âinji foit-iï.'^ 

Le Dofteur Graham, cwnnu par mille extravagan» 
ces qui vont au moins de pair ave-c celles du InrdGeorge 
Gordon, a eu la hardieffe de fe rendre à Windfor, & 
de fe propofer comme l'homme le plus en état de 
guérir la maladie de S. M. ; mais cet infenfé n'a pas 
pu percer plus loin que les fentinelles placées a la 
porte du château, 

M. Sheridan fe propofc, dans le cours de cette fef- 
iîon, de préfenter un plan de réforme pour la police 
de Weftminiler. C'ell une mefure qui'l cfl devenu 
indifpenfable d'adopter. Car fans prétendre imputer 
aucun blâme au lord-lieutenant, il eft notoire qu'un 
grand nombre de magiftrats ne font pas dignes de 
remplir les fondions honorables qui leur font confiées. 

Les fpéculateurs en étoffes noires tout auffi coupa. 
blés que les gens employés à faire à la côte d'Afrique 
le commerce de chair humaine, improuvé par les fo- 
c!été:5 prtriotiques de tous les pays, feront dans le cas 
de fe repentir amèrement de leurs fpéculations, fi les 
drapi dont ils ont rempli leurs magafins deviennent 
Kn fond mort fur leurs bras. C'cfl la punition la plus 
jufte qui pût être infligée à leur cupidité déloyale. 

11 y eu hier un autre duel, dans Hyde Park, entre 



[ 5 ] 



deux jeunes officiers, qui fe font battus à htsit heures 
du matin, le capitaine Burrows & îe capitaine Cock- 
fon. Le premier a été bleffé d'une balle qui l'a at- 
teint dans le côté, & il eft tombé fur le coup. On 
craint fort que la blefTure ne foit mortelle. La caufc 
de celte querelle eft inconnue. 

La guerre polie & honnête que fe font faite les 
Suédois 8c les Danoie n'a point été définie. Nous 
avons entendu parler de guerres ofi'enfives, de guerres 
défenfives, & de guerres civiles ; mais celle-ci n'eft 
point de leur genre, & malgré fa civilité elle ne ref- 
fcmble à aucune autre. On n'en a point vu dans la- 
quelle les généraux d'une armée ôtafTent leur chapeau 
a leurs ennemis, & leur déclaraffent, fur leur honneur, 
qu'ils font amis, eo les invitant cependant très-fé- 
rieufement de fe retirer de bonne grâce, fans quoi .... 
On n'a pas encore entendu parler d'une pareille guerre. 
Doit on l'appeler guerre fentimentale ; guerre de 
cérémonie ; ou une guerre d'alliance ? Comme elle 
paroit tirer a fa fin, il ne s'agit plus aujourd'hui que 
de favoir quel nom lui donnera l'hiftoire. 

La vie de M. Necker a, dit-on, été affurée pour fix 
mois au cafFé de Lloyd, à raifon de deux guinées & 
demie pour cent, & de fortes fommes ont été em- 
ployées à faire ces affuraiices. Voici l'objet que l'on 
prête à cette fpeculaiion. Si le miniftre vit jufqu'a- 
près l'affemblée des Etats-Généraux, on en conclut 
ici que les effets royaux monteront confidérablement. 
Ce font les fpéculateurs qui en ont acheté qui ont fait 
ces affuranccs : comme ils craignoient qu'il n'y eût 
point de hauffe, fi le miniftre mouroit avant ce tems, 
& comme les gens à argent n'aimenc pas à courir de 
rifques, ils ont pris cette voie pour fe courvir en cas 
d'accident. 

Le 4 de ce mois eft morte à Stepney • Caufeivay, dans 
la 8ome année de fon âge, Mme. Deborah Godfrevj 
veuve de Benjamin Godfrey, en fon vivant conftruc- 
teur de navires dans le faubourg de Ratcliffe.* Elle 
a eu de fon mari 34. enfans qui font tous parvenus k 
l'âge de maturité. Cet époux prolifique étoit de la 
fede des ^akersy & avoit été expulfé à deux dift'é- 
rentes fois, de fa congrégation, pour avoir (félon les 
termes delà fentence d'expulfion)y>w2//o« gfain hors 
de fon champ, ayant eu plus de 30 enfans illégitimes 
connus. On l'appelloit, communément, le GrandSul- 
tan de Ratcliffe ; cet habile conflrudteur a mis fur le 
chantier, à ce que l'on prétend, 150 fils ou filles, qui 
tou6 ont été lancés avec fuccès. 
* Faubourg de Londres. 

***La même fermentation qui agite les Américains, 
depuis près de deux ans, pour l'établiffcment de leur 
nouvelle conftitution, fait à préfent l'occupation des 
meilleures têtes, et des plus habiles légiflateurs de la 
Fr-ance, relativement à l'afl'cmblée des Etats-Généraux 
quifiége maintenant. Cefpeaacle,auffi nouveau qu'in- 
tcreflant, produira des changemens dignes de l'at- 
tention de tous les pays ; et la paix et la tranquillit >, 
qui doivent réfulter en Amérique, de l'organifation 



de fon nouveau gouvernement, doivent îaificr à les 
nombreux partifana allez de loifir, pour parcourir 
ces travaux. 

Voilà pourquoi nous facrifions.àl'inftruftion de nos 
abonnés, la fatisfa<?lion que nous aurions eue à ne 
commencer notre feuille qu'avec des faits plus nou- 
veaux, en nous y prenar.t de bonne heure pour la pub- 
lication des opérations des notables. Nous recueille- 
rons avec foin tous les détails qui fe publient à Paris ; 
et nous les ferons fuivre dans l'ordre qu'ils nous fe- 
ront tranfmis. 

FRANCE. 

Difcours du Roi à l'ouverture de l'affemblée des NotahkSf 
tenue à Verfailles le 6 Novembre, 1788. 
*' Meffieurs, 

" Les preuves que j'ai eues de vos lumières, de vos 
talens, & de votre zèle pour le bien public, m'ont 
engagé à vous raffembler de nouveau auprès de moi. 

"J'ai fixé au commencement de l'année prochaine 
l'affemblée des Etats Généraux de mon royaume ; mon 
cœur attend avec impatience le moment où, entouré 
des repiéfcntans de mes fidèles fujets, je pourrai con- 
certer avec eux les moyens de réparer les maux de 
l'état, &, en maintenant l'autorité que j'-ai i-eçue de 
mes ancêtres, affurer pour jamais le bonheur de mes 
peuples qui en eft inféparable, & qui fera touiours 
mon unique but. 

" Avant de convoquer ^ les Etats-Généraux, j'at 
voulu vous confulter, Meffieurs, fur la forme que Je 
dois préiérer pour les rendre plus utiles à tout ffioa 
royaume. 

" J'ai ordonné qu'on mît fous vos yeux tous les 
renfeignemens propres à vous éclairer dans l'examea 
des différens objets dont vous allez vous occuper. 

*' Je fuis aiTuré, d'avance, que par le zèle & la 
célérité que vous porterez dans votre travail, vous ré- 
pondrez à ma confiance & à l'attente publique." 

L'arrêt du confeil du zz Octobre qui a homologué 
la formation des états de Dauphiné, a prouvé que le 
nombre du tiers-état égale celui des deux autres ordres 
réunis, ce qui implique une contradiétion apparente 
entre l'opinion des notables pour reftreindre le nom^ 
bre des députés du tiers-etat, Scieur demande d'aflii- 
miler les provinces acquifes depuis 1614 au régime du 
Dauphiné. Cette remarque modérée n'eft pas la feule 
à laquelle s'arrêtent les partifans nombreux du tiers 
état ; mais dans la première chaleur de ces débats, les 
amis de l'union & de la concorde fi defirées par S. M. 
& fi defirables pour la plus grande partie de la nation, 
évitent de mêler leurs voix, & ils ne défefperent jamais 
de l'efprit national qui veille dans tous les ordres de- 
l'état. 

Les députés de la ville de Nantes ont préfenté aa 
gouvernement l'ariêté du 6 ; ils ont été renvoyés ans 
états de Bretagne pour qu'il foit ftatué par eux fur 
leurs demandes. Cette forme jufte femble indiquer 
que ks états s'empiefTeront d'avoir ks égards coo,' 



[ 6 ] 



venables à la requête des Nantois, afin que ceux ci ne 
fe trouvent pas dans le cas de fe plaindre d'un déni 
de jullice. 

Il arrive de différentes provinces des repréfentalions 
fur les formes aduelles des adminftratiens» On parle 
de mémoires préfentés en faveur du tiers-état, des 
villes de Nifmes, d'Uzès, de Carcaflbnne, du Vivarais, 
& du Gevaudan. Dans le mémoire de Nifmes, on lit 
que la province de Languedoc oftroya la première 
des fecoHrs en 1355 pour la rançon du Roi Jean, & 
que les dames de Nifmes furent les premières à ofFrif 
leurs joyaux pour en employer le yrix à la rançon de 
ce Roi. 

Il n'y a pas de jour, qu'oa ne voie paroître trois 
ou quatre brochures concernant les Etats- Généraux. 
Parmi les ouvrages les plus recherchés font la Suite des 
CùnJîJérat'wns fur l'HiJîoire de France, & un Mémoire 
de M. d'Entraigues, Sur les Etats -Généraux, Dans 
la foule des autres on diftingue La Forme des Etats- 
Généraux, 2 vol. in 8vo. par des cC'fifeilIers au Châ- 
telet, ainfi que les écrits de MM. Target & de la Cre- 
telle, qui font bien éloignés d'adopter la forme de 
1614, ni de fuivre par conféquent les principes d'un ^ 
fiécle, où la claiTe la plus induftrieufe, c'eft-k-dire, la 
plus utile de la nation, étoit comptée pour rien dans 
fon afîembl«e & repréfentée racme par les députés, 
qui ne lui appartenoient point. L'on a tous les jour s 
plus lieu de regretter, que i'efprit de corps, fi dan- 
gereux lorfqu'il eft pouÏTé trop loin, veuille défendre 
encore de pareils préjugés, ou en maintenir du moins, 
aufîi longtems que poffible, les injuftes effets : mais 
l'impalfion en fens contraire paroît donnée au gros de 
la nation ; & la commotion fe fait fentir d'un bout du 
royaume à l'autre. 



ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE. 
VIRGINIE. 

De Frederickjburgh, le zy Mars. 
Samedi dernier arriva en cette ville S. E. le géne- 
ralWafhington, où il féjourna le Dimanche, et ils'en 
retourna Lundi de bonne heure à Mont- Vernon. L'ob- 
jet de la- vlfite de S. E. étoit vraifemblablement de 
prendre coAgé de fa mère âgée, de fa fœur et de fes 
connoifTances,, avant fon départ pour le nouveau Con- 
grès, que la voix de l'Amérique l'invite à prefider. 

De WiU'iamJburo, le 12 Avril . 
Notre illuftre concitoyen, à-la-fois l'honneur et 'la 
gloire de notre pays, et l'envie des autres, doit partir 
vers la lin de ce mois pour New- York. C il là qu'il 
va remplir le vœu unanime de toute l'Amérique : c'efl; 
là qu'il va faire des millions d'heureiix en retablifTant 
l'ordre, l'honneur, la probité, la ixinliance fur-tout, 
des Etats-Unis de l'Amérique, Plus de craintes, — ■ 
plus d'allarmes — les Indiens ne défoleront plus nos fa- 
niillcsjles étrangers ne prendront plus nos navires, nous 
leur montreront que fi nous n'avoÈs point de Rois, 



nous avons, parmi oous des hommes qui méritent de 
l'être : c'efl lui qui pourroit dire. 

*' Si je n'ai point une couronne» 
C'efl la fortune qui la donne, 
Il fuffit de la mériter." 

On fait de grands préparatifs pour fon efcorte. Il 
y aura des cavalcades dans tous les endroits où il doit 
palTer ; Philadelphis fur-tout doit fe furpaffer dans 
cette occafîon. 

MARYLAND. 

De Baltimore^ le 10 Avril. 

Philadelphie fait un pompeux étalage de fa bibli- 
othèque, de rétabliffement de fon fpeftaclc, &c. &c. 
afin d'y attirer le Congrès, comme fi ce corps honorable 
étoit. corapofé d'hommes qui fuffent le jouet des para- 
des et des mots, comme fi des hommes occupés de foins 
aufli importans pouvoient préférer leur araufement 
particulier à l'avantage national — à l'avantage de 
ceux qu'ihs repréfentent, quel aveuglement V le Con- 
grès choifira le lieu le plus central ; et certainement 
Baltimore doit avoir la préférence. 

*^* Il nous paroit cependant que Philadelphie a 
d'autres titres pour inviter le Congrès, que des mots et 
des parades, aa moins elle peut le difputer à Baltimore. 
Mais nous ne devons pas nous permettre d'en dire da- 
vantage fur cet article. Tout ce qu'on pourroit ha- 
farder c'eft qu'il paroît que l'on fouhaite par-tout que 
ce corps honorable féjourne à New-York, au moins 
la première année. Le refte efl un myftere, et il le 
fera Igng- temps. 

PENSYLVANIE. 

' De Philadelphie, /<? 15 Avril. 

Tous les partifans de la conftitution fédératîve doi- 
vent admirer la réponfe vigoureufe de l'état de Penn- 
fylvanie, au govérnement de la Virginie, fur le fujet 
des amendcmens. L'efprit qui a diél* cette réponfe 
anime la majeure partie de cet état. 

On ne fauroit trop louer le Rev. Dr. Collins, l'in- 
génieux fpeélateur étranger, qui a répandu, dans (t» 
écrits, tant d'éxcellens fcntimerts fur la folie et fur le 
danger qu'il y auroit d'adopter des changemens * (car 
on n'a encore propofé aucun amendement réel) dans la 
conflitution des Etats-Unis. Puiffent d'auffi géné- 
reux patriotes trouver leur récompence dans l'eftlme 
de leurs contemporains et dans l'admiration de la 

poftérité ! On a fait voir tant d'abfnrdites et 

de contradiélions dans les prétendus amendemens, 
que s'ils étoient énoncés dans la chambre du Con- 
grès, il fcroit inutile de les combattre, ils ne tar- 
deroient pas, comme les livres de Swift, à fe donner 
bataille les-uns aux autres, et à s'entre-détruire. 

* Plufieurs de ceux qui étoient d'abord oppofés à 
l'établifTement de la conftitution, ont été obligés de 
faire retraite, quand ils ont vu une forte majorité en 
fa faveur, et ils fe font repliés fur les amendemens, 
amendemens efl devenu le mot de ralliement pour cette , 
troupe amphibie. 



I 

N E W-Y O R K, le 15 Avril. 
Cet Etat paroît déchiré par les partis ; mais la 
crife ell proche ; on efpere que la hache fera lientât 
enfouie. [ExprefGon indienne qui fignifie que la guer» 
re ceffera] L'un des deux partis fait tous fes efforts 
pour parvenir à la rééleâiion du Gouverneur Clinton, 
et l'autre n'en fait pas moins pour conférer la préfi- 
dencc [the chair] à l'honorable Juge Yatcs. L'un et 
l'autre parti paroiflent fonder leurs efperances. Il tft 
à regretter que cette branche importante de la républi- 
que fédérative, ne foit point encore repréfentée dans 
le premier fénat des Etats-unis. 

Première Séance du nouveau Congres. 

L'aflemblée des fénateurs choifie pour organîfer la 
nouvelle Conftitution, devoit fe tenir, d'après un re- 
folve de l'ancienne confédération, le 4 Mars dernier, 
faifon où les routes font fort mauvaifes. En confé- 
quence des retards inévitables, il ne s'cft formé un 
quorum que Lundi dernier, fix du courant. L'hon- 
orable John Langdon fut choifi préfident pro-tem- 
pore. Alors on rompit ks paquets, €t les voix des 
Eleélears des différens Etats, pour Préfident et Vice- 
Préfident furent comptées. Le rapport fut, 

Pour George Washington, 69 

John Adams, 34 

John Jay, 9 

R. R. Harrison, 6 

John Rutlédge, 6 

John Hancock, 4 

George Clinton, 3 

Samuel Huntington, 
James Armstrong, 
John Milton, 
Edward Telfair, 
Benjamin Lincoln, 
Il fut enfuite annoncé, que S, E. GEORGE 
WASHINGTON étoit élu Préfident ; et l'honora- 
ble JOHN ADAMS,Vice-Préfident des Etats-Unis. 
D'après cet arrangement, la Lèg'iflature des Etats- 
Unis fe trouve compofée dans l'ordre qui fuit. 

Préfident, GEORGE WASHINGTON. 

Vice-Préfident, JOHN ADAMS. 

SENATEURS. 

Pour le New-Hampfhire, John Langdon tt Paine Win- 

gâte. 
Le Maffachufetts, Caleb Strong et Trlfiram 

Dalton. 
LeConnefticut, Wiirtam S. Johnfon et Olmer 

EUfivorth. 
Le Nev»r-Jerfey, William Patterfon et John 

Elmer- 
La Pennfylvanie, Robert Morris et William 

Maclay. 
LaDelaware, George P^ead et Richard 

Bajfett. 
Le Maryland, CharlesCarrola John Henry. 



La Virginie, Richard Henry Lee et IViU 

liam Grayfon. 
La Caroline-mér. Plerce Butler tt Ralph Iv:ard. 

La Géorgie, William Feiu et Gutin, 

REPRESENTANS. 
Pour le Kew-Hampftîire, Benjamin Wejl, Samuel Li- 

vermore ttNicholasGilman. 
Le Maflachufctts, FiJherAmes, George Pair idge. 
Gsorge Thacher, George 
Leonardt Elbridge Gerry^ 
Benjamin Goodhue^ Jona- 
than Grout. 
Le Connedicut, JonatèanSlurges,RogerSher' 
man, BenjaminHuntingtony 
JonathanTrumbull, Jere- 
miah WaJfworth. 
Ncw-York,i John Lawrence, EgbertBen- 

fon, William Floyd, John 
Hathorn, Peter Sylvefter, 
Jeremiah Van Ranfelaer. 
Le New-Jerfej', Elias Boudinot,J amesSchure- 

vian, Thomas Stnnickfon^ 
Lambert Cadivallader. 
La Pennfylvanie, Frederick Angnftus Muhlen- 
burg, Henry Wynkoop, Tho- 
mas Hartley, George Cly- 
mer, Thomas Fltzflmons^ 
Peter Muhlenburg, Danlei 
Heijîer, ThomasScoti. 
La DelavKare, Jo^"' Vinlng. 

Le Maryland, JoJhuaSeney, DantelCarrolh 

Benjamin Cohtee, George 
Gaky William Smith, Mi- 
chael J. Stone. 
La Virginie, James Madifony JoJiahPar- 

ker, Richard B. Lee, The- 
odorlch Bland, IfaacColesy 
Alexander Whiie, John. 
Page, Andrew Maore^ 
Samuel Griffin. 
La Carolîne-mér. Gen. Sumpter, EdanusBurhy 
Tho. T.Tucker,D. Hu- 
ger, William Smith. 
La Géorgie, Abraham Bâldiuin, James 

Jackfon, George Mattheius, 
L'honorable Charles Thomson fut nommé 
pour faire favoir au Préfident, et M. Silvanus 
BouRNE, au Vice-Préfident, qu'ils étoient élus. Ces 
deux perfonnes partirent pour leur ambaflade, le 6 
du courant. 

[Nous donnerons à l'ordinaire prochain, les règ- 
lemens qui doivent être obfervés dans la chambre 
des fénateurs, et daas celle des reprefentans. j 
DU MERCREDI, 8 Avril, 1789. 
On a ouvert aujourd'hui les galeries de la cham- 
bre des repréfentans. Les membres étant afTembïèsî 
l'orateur et les membres de la chambre prêtèrent le 
ferment requis par la Conftitution, entre les mains de 
l'honorable M. Morris, premier juge de l'état de 
I New- York. {^La fuite a l'ordinaire prochain.} 



De BOSTON, 23 Avril. 

îl arriva Jeudi dernier, un Député, chargé de dépê- 
ches pour M. John Adams. Ces dépêches lui annon- 
cent fa nomination à la place de vice-prefident des 
Etats-unis de l'Ameiique. M. Adams partit. le Lundi 
enfuite pour New-York, efcorté dans tous les endroits 
par ou il a paiTé, non pas par tous fes amis, et fes ad- 
mirateurs, tous les habitans en a»roient été ; mais feule- 
ment par des compagnies de troupes légères et des 
afTocian'ons de particuliers, ayant à leur tête le général 
H. Jackfon. JLes principaux officiers, M. le Conful 
de France, et plufieurs perfonnes de diftinélion, ac- 
compagnèrent aufil S. E. jufqu'à Cambridge. 

Les perfonnes qui n'ont pas pu lui montrer leur 
reconnoiiTance de cette manière, ont fait retentir leurs 
voeux, et leurs prières dans toutes les feuilles. Voici un 
paragraphe que nous en extrairons pour montrer a. nos 
ieélears le degré de confidération dont jouit ce ver- 
tueux défenfeur de la liberté. 

" Il faut que le mérite foie bien vifible, pour s'at- 
tirer ainfi les hommages d'un peuple libre et éclairé. 
Ces hommages qui font le tribut de la reconnoiiTance 
et du devoir envers un homme, qui après i8 ans de 
fervices et d'application qui ne fe font jamais démen- 
tis, vient encore d'abandonner fa retraite pour contri- 
buer par fes talçns à perpétuer l'indépendance dont il 
a lui-même rédigé la déclaration." 

On lit dans une feuille d'hier, que le port de la 
Pointe à pitre doit être ouvert le 20 Juillet prochain. 

Extrait d'une lettre du Havre de Grâce. 

" Notre digne ami, Thomas JefFerfon, Ecuyer, 
ambaffadeur des Etats-unis près de la cour de France, 
vient d obtenir du gouvernement, l'entrée des huiles de 
baleine et de fpermacéti, importées en France dans des 
navires Américains, de forte qu'excepté celles de 
l'Amérique, toutes les huiles étrangères font prohi- 
bées en France, ce qui ell une très-grande faveur 
qu'accorde notre gouvernement aux pêcheries Améri- 
caines." 

Arrivée. 

Le Brigantin Dedalus, de Baltimore, Cap.Crocker. 



] 

Prix Courans — Prix des Fonds publics — et 
état du change entre Bojion et les principales 
villes commerçantes de V Europe. 

*^* Les prix annexes aux articles ci-defTous font 
en chelins. Le chélin, ou fol de Bofton,vaut 1 2 deni- 
ers, le dénier vaut 6 liards de France. 

VIN de Madère de 9 à 14/. le gallon. 
Lifbonne, 7/* 

d'Opporoo, 7y. 

Fayal, 3/ 

Rum de la Jamaïque, Zf- 

des Ides du Vent, zf^d. 

Sel le. qualité, 2/. le bois. 

de Liihonne, if.iod. 

Tabac de James River, 28/. loolîv. 

Du Marylànd, 24/. 

Ris, 20/, 

Sucre brut, de 48/ à 54/] 

le. qualité, nd. 

Eau-de-vie, de 2/gd. à^y. 

Bifcuit, de zof- à 24/. 100 llv. 

Planches, de 40/. à 60/. 

Beurre, 6d. la livre. 

Caffe, ■ if. ^d. 

Chocolat, lod. 

Coton, de ifàd. à if2,d. 

Cacao, 80/ le cent. 

Chandelles de fuif, 6d. liv. 

de Spermaceti, zfùd. 
Farine prem. 34/ le baril. 

2de. qualité de 27/ à 30/. 

Graine de lin, ji^fSd. le bois. 

Morue, 14/. 

Syrop, ifid. 1-2 le galloH» 

CHANGE. 
Sur Londres, 5 pour cent. 

Sur Paris, o 

Sur Amfterdara, o 

[ Nous raffcmbleront les prix-courans de toutes 
les capitales des E. U. ; et nous les réfondrons dans 
un feul, en fpécifiant les noms des villes.] 



If a defire to pleafe the publick, by opening a fourcc 
cf information, to which their varions employments 
will conflantly refer them, to dérive therefroni ufeful 
intelligence, is a title to obtain the good wiflies and 
faveurs of his ftllow-citizens, the editor prefumes to 
hope that they vvill judify his motivcs for undevtaking 
this paper, the only one of the kind in the Unlted- 
States. 



Si le delîr de plaire au public, en lui ouvrant une 
fource de lumières, où fes occupations diverfes le ramè- 
neront fans ceiTe, pour y puifer des connoifTances tou- 
jours utiles, eft un titre pour obtenir la bienveillance, 
et les faveurs de fes concitoyens, l'éditeur ôfe fe flat- 
ter, qu'ils juftifieront les motifs qui lui ont fait entre- 
prendre cette feuille, l'unique en ce genre dans les 
Etats-unis. 



A BOSTON, de rimprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. 53,. 

où l'on peut le procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de BostOxV, 

chez M. Hall ^ à Salem, chez MM. Dabney et Cufhing; à New-Tork, chez M. Thonnas 
Greenleafj et John Fenno ; à Philadelphie, chez M. Mathew Carey \ et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



E 9 ] 



COURIER DE BOSTON, 

AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes, 



Prix y 5 Pence. 1 



Du JEUDI, 30 Avril, 1789. 



[No. 2. 



FRANCE. 

Continuation du Rapport de M. Necker^ à la 
Suite du, Rêjultaî du ConJeiL 

PROPOSITION. 

JE crois que le nombre de mille députés ou environ, 
ell le plus convenable ; il ne préfente pas la crainte 
d'une trop grande confufion, et en niême temps il 
devient néceflairc pour repréfenter fuffifamment la 
nation, dans une circonftance fi grave, et £\ majrure, 
et où les plus grands^ intérêts de l'état pourront être 
V. airc's. 

Ce nombre de repréfentans des trois ordres devroit 
être réparti entre les grands bailliages, en raifon com- 
binée de leur population et de leurs contributions, et 
en affignant un nombre proportionnel à chaque pays 
d'états qui eft dans l'ufage de choifir des députés dans 
i'es propres affemblées. 

La manière la plus raifonnable de répartir mille 
députés entre les difFérens ordres de l'état, feroit 
peut-être d'en accorder 200 à l'ordre du clergé, 300 
à l'ordre de la nobleffe et 500 aux communes du roy- 
aume ; mais comme votre majefté, fans le fécours des 
Etats- Généraux, ne veut oppofer aux a nciennes formes 
que les changemens les plus indifpenfables, on lui 
propofe de ne point s'écarter de la parité établie entre 
les deux ordres privilégiés ; et alors les mille députés 
qu'elle appcleroit aux Etats-généraux, devroient être 
compofés de 250 du clergé, de 250 de la nobleffe, 
et de 500 du tiers-état. 

On a rendu compte à V. M. des diverfes modifica- 
tions qui pouvoient concilier ce doublement du tiers- 
état avec une efpece de ménagement pour l'ancienne 
teneur des lettres de convocation ; ces lettres appe- 
loient auxEtats*Généraux,un de chaque ordre ; ainfi, 
on auroit pu maintenir la même formule, en repartlff- 
ant l'éledion de la moitié des députés du tiers-état, 
entre les villes principales du royaume ; mais l'avan- 
tageparticulier que ces villes obtiendroient deviendroit 
un fujet de jaloufie, pour toutes celles, dont Tiflipor- 



tanee feroit à peu-près femblable, et cette même 
dlfpofition pourroit encore exciter la réclamation des 
autres communautés du royaume. Quelques objedi' 
ons naitroient auffi de ce que les trois ordres fe trou- 
vant confondus et réunis dans les villes, il faudroit par 
des réglemens nouveaux et particuliers, féparer le tiers- 
état des antres claflts de la fociété, et de pareils régle- 
mens appliqués à un nombre confidérable de vilies> 
entraineroient de très grands embarras, et ds grandes 
longueurs. 

Il ctoit bien naturel et bien digne de la proteélion 
que vci''"e majefté accorde également à tous les ordres 
de {pn royaume, de chercher, avec attention, et avec 
fuite, tous les moyens qui pourroient leur donner 
l'efperance de concilier leurs diverfes prétentions, et 
leurs differens intérêts ; mais, dans la circonftance où 
fe trouvent les affaires publiques, toute modificatioa 
nouvelle qui n'auroit pas été motivée, ou par un prin- 
cipe évident de juftice, ou par l'expreffion générale de 
l'opinion publique, expoferoit peut-être à des contra - 
dirions difficiles à furmonter. 

Votre majefté, en augmentant le nombre des dépu- 
tés du tiers-état aux aflemblles nationales, cédera 
principalement à un fentiment d'équité ; et, puifqu'en 
toutes chofes la manière la plus fimple eft la plus 
affortie à la dignité royale, c'eft fous une telle forme 
qu'il faut livrer à la garde du temps une délibération 
qui fera quelque jour une des époques du règne glori- 
eux de V. M. 

On propoferoit donc à votre majefté d'exprimer fes 
intentions dans les lettres de convocation mêmes. 

On doit obferver cependant que fi V. M. veut 
accorder une députation particulière au très-petît 
nombre de villes qui ont joui de ce privilège en 1614, 
il faudroit les aftreindre, pour les éleâiions aux difpo- 
fitions qui feront fuivies dans les bailliages, afin que 
le nombre des députés du tiers-état ne puilTe jamais 
excéder le nombre des députés des deus premiers 
ordres. 

Sur la troifihne quefiion. 
Chaque ordre doit-il être reftrsinî à ne chQÎIîr des 
députés que dans fon ordre l 



[ 

Êes lettres de convocation, ayant toujours porté, 
«n de chaque ordre, annonçoient, par cette expreffion, 
que les députés choifiâ par un ordre, dévoient en faire 
partie. .Cependant le parlement de Paris, aux termes 
de fon arrêté du 5 Décembre, femble penfer que la 
plus parfaite liberté dans l'élcftion de chaqse ordre, 
èft conftitutionnelle. Il paroic donc douteux que pour 
la prochaine affemblée des Etats-Généraux, l'on fût 
en droit de s'oppofer à tel ufage que chaque ordre 
pourroit faire de cette liberté ; et cette confidération 
doit engager le tiers-état à diriger fon choix avec 
d'autant plus d'attention vers les perfonnes qui lui pa- 
roiîront les plus dignes de fa confiance. La plus 
grande partie du tiers-état defire que fes députés foient 
BeceiTaîreraent pris dans fon ordre ; mais fi les éleft- 
curs, dans quelques bailliages, penfoient différemment, 
et préferoient pour leur repréfentant, un membre de 
la noblefle, ce feroit peut-être aller bien loin que de 
s'élever contre une pareille nomination, du moment 
qu'elle feroit l'effet d'un choix parfaitement libre. Le 
tiers-état doit confidérer que les nobles choifis par lui 
pour fes repréfentans, ne pourroicnt abandonner fes 
intérêts fans s'avilir. 

Qu'il eft dans la oobleffe, des perfonnes aulïï zélées 
pour la caufe du tiers-ctat, et auffi habiles à la 
défendre que des députés choifis dans ce dernier ordre. 

Peut-être aufîi que dans le momeat où la npbleffe 
et le clergé paroiffent véritablement difpofés à renon- 
cer aux privilèges pécuniaires dont ils jouiffent, il y 
auroit quelque convenance du tiers-état, à ne pas ex- 
céder les bornes raifonnables de la défiance, et à voir 
ainfi fans regret, l'admiffion de quelques gentil/hommes 
dans fon ordre, fi cette admiîïion avoit lieu par l'effet 
d'un choix parfaitement libre. 

On doit ajouter qu'au milieu des mœurs françoifes, 
ce mélange, dans une proportion mefurée, auroit des 
avantages pour le tiers-état, et feroit peut-être le pre- 
Biicr principe d'une union d'intérêts fi néceffaire. 

Il eft très polïïble, à en juger par les difpofitions des 
deux premiers ordres, que la prochaine tenue des 
Etats-Généraux foit la dernière où le tiers-état at- 
tachera une grande importance à n'avoir que des dé- 
putés pris dans fon ordre, car fi les privilèges pécuni- 
aires qui féparent les intérêts des diverfes clafles de la 
fociété, étoient une fois fupprimés, le tiers-état pour- 
roit indifféremment choifir pour repréfentant, un gen- 
tilhomme, ou un autre citoyen. On ne peut douter 
qu'à l'époque où la répartition fera égale entre tous les 
ordres, qu'à l'époque où feront abolies ces dénomina- 
tions de tributs qui rappelent, à chaque inftant, au 
tiers-état fon inféiiotité, et l'affrontent inutilement, 
à cette heureufe époque, enfin fi jufte et fi défirable, 
il n'y aura plus qn'uu vœu commun entre tous les ha- 
bltans de la France. Qu'eft-ce donc alors qui pour- 
roit feparer les intérêts du tiers-état des intérêts des 
deux premiers ordres ? le tiers-état, comme la no- 
bleffe, comme le clergé, comme tous les françois 
n'a-t-il pas intérêt à l'ordre des finances ? à la modé- 
ration des charges publiques, a la juftice des lois civi- 
les et criminelles, à la tranquillité et à la puiiTaace du 



ÎO 



] 



royaume, au bonheur et à la gloire du fouveraîn ? îî 
n'entrera jamais dans l'efprit du tiers-état, de chercher 
à diminuer les prérogatives feigneuriales ou honorifi. 
ques qui diftinguent les deux premiers ordres, ou dans 
leurs propriétés, ou dans leurs perfonnes ; il n'eft aucua 
françois qui ne fâche, que ces prérogatives font une 
propriété auffi refpetlable qu'aucune autre, que plufî- 
eurs tiennent à l'effence de la monarchie, et que jamais 
votre raajefté ne perrasttreit qu'on y portât la plus 
légère atteinte. 

£ La fuite à l'ordinaire prochain. J 

*^* Les nouvelles reçues d'Angleterre parle dernier 
bâtiment, hous paroiffent trop futiles pour en entrete- 
nir nos leôcurs. Elles roulent fur la maladie du Roi, 
dont l'état varie a chaque inftant, fur le prince de 
Galles, qui s'eft fait la douce violence d'accepter la ré- 
gence, &c. &c. et une infinité d'autres fujets auffi 
peu importans. Il ne nous eft pas poffible de donner 
dans ce No. la fuite des travaux des Botables : le rap- 
port de M. Necker eft d'une importance qui intéreffe 
également tous nos ledeurs. Nous préférerions de ne 
point rompre la chaîne, et de faire fuivre les parties 
fubféquentes des travaux des notables — mais le public 
fera amplement dédommagé de cette interruption parle 
rapport qui précède. Au refte, nous nous propofons de 
reprendre les pièces que nousfommes obligés d'omettre 
pour le moment, quand nous aurons donné les débats 
de la première féance du Congrès. 



De Varjovie, le zj Janvier. 

La nouvelle qu'un corps pruffien, aux ordres d u 
général D'ufedora, devoit marcher fur le territoire de 
notre république, ne s'eft point confirmée, tout fem- 
ble ; au contraire, préparer une pacification générale, 
qui eft l'objet de l'intervention de fa majefté pruiïi- 
enne. 

Le 7 de ce mois, le vice-chancelier de la couronne, 
fit l'ouverture de la 45eme. feffion de la diète, en 
déclarant aux états que la dépmation pour les affaires 
étrangères, chargée d'éxpedier les inftruôions des mi- 
niftres à diverfes cours, avoit déjà expédié celles pour 
le miniftre qui fe rendra à la cour de Berlin, dont iî 
fut enfuite fait lefture aux Etats affemblees. Là def- 
fus, on renouvella et on décida le projet pour la levée 
provifionnelle des recrues qui avoit été pris ad delibe- 
randum. On lut encore plufieuri autres projets, tant 
au fujet des nouvelles impofitions, que concernant la 
diète permanente, qui fureat tous pris ad deUherandum^ 
et la féfiion fut ajournée au lendemain. 

De Francfort, le 10 yanvier. 

L'harmonie rétablie entre l'eiefteur palatin de Ba- 
vière et le Duc régnant de Deux Ponts ainfi que fon 
frerc le prince Maximilien, caufe la plus grande joie 
dans le palatinat de Bavière. 

De Madrid, le ly Décemlre. 

Les funérailles de fa majefté, le roi défunt, ont eu 
lieu hier i6 de ce mois. Le corps de fa majefté ayaat 



[ 

été expofé dans la chapelle royale depuis le moment 
de fâ mort. 

De Vienne, le \% Janvier. 
II a été expédié un courier à Peterfbourg pour fé- 
liciter l'impératrice, au fujet de la prife d'Oczahoiv ; 
il eft en même temps, porteur d'un plan d'opérations 
pour la campagne prochaine, lequel fe trouve totale- 
ment changé, par la prife d'Oczakow, On a auffi ex- 
pédié un fécond courier à Madrid, a l'effet de prier le 
nouveau roi d'Efpagne, de vouloir bien interpofer fa 
médiation entre les puiffances belligérantes. 

De Berlin, le ^O Décembre. 

La convention entre notre cour et celle de Londres, 
qui avoit pour objet le retablifTement de la paix dans 
le nord, fe trouve dans un état de fufpenfiort, occafion- 
née par le dérangement du gouvernement Britannique. 
Nos lettres d'Angleterre font du deux courant, et il 
ne paroiffoic pas alors que le chofes duflent fe termi- 
ner prompteraent. 

De Dantzick, le 2 Janvier, 

Si nous avions de juftes raifons pour nous plaindre 
à la fin de 1787, du dçpériiTement de notre ville et 
de fon commerse, et d'en appréhender les plus trilles 
fuites, nous en avons de bien plus jnftes à préfent ; 
«ar le négoce a tellement diminué dans toutes fes 
branches, durant l'année précédente, qu'il eft irapof- 
fîble, fi cela continue, que notre ville conferve fon 
exiftence ; et auffi long temps que les droits et les 
péages entre nous et la Pologne, re fieront fur le môme 
pied, il n'y à pas d'aparence que cela aille mieux. 

FRANCE. 

De Paris, le 20 Janvier. 

Tous les jours, il paroit dans cette Capitale de nou- 
velles brochures, l'on n'en remarque qu'une feule qui 
foit contraire au dernier rejultat du confeil ; quoiqu'in- 
titulée refusions impartiales, on la trouve très partiale, 
même dans l'épigraphe qui eft latet anguis in herbâ, 
tous les autres écrits que produit l'cffcrvefcence du 
jour, font en faveur de la caufe populaire. 
De même lieu, le z^ Janvier. 

Il a été fait dans l'ordre de la noblefTe une propofî- 
tion qui a été agréée, et dont le réiiiltat a été l'ordre 
d'imprimer, tant en François que dans les differens 
idiomes de la baffe Brétagie, l'avis fuivant, au nom 
de cet ordre. 

*' L'ordre de la noblefTe, après avoir proféré le fer- 
ment folemnel de ne participer à aucune adrainiftra- 
tion, qui feroit contraire à la conftitution, croit de- 
voir faire connoître fes vrais fentimens au peuple qu'on 
veut tromper ; les intérêts de cette portion précieufe 
de la nation, ont toujours été chers à l'ordre de la 
nobleffe, et s'ils font lézés dans la répartition générale 
des impôts, le dit ordre déclare qu'il eft dans fon cœur 
d'écouter et de difcuter leurs demandes avec la fageffe, 
la juftice et le defintereffement qui font la bafe de ces 
fentimens. Si cette difcuffion n'a pas encore eu lieu, 
l'ordre du tiers y a feu! rais obllack. 



M ] 

Dlfcours de M. le Garde des fceaux à P ouverture de f'af- 
/emblée des Notables, tenue à Verfailks le 6 Novembre 
1788. 

" Les affemblées des Notables furent toujours dé- 
terminées par de grands motifs & par de puiffantes 
confidérations." 

'* C'eft, fur-tout, dans des circonftances importantes 
qu'un monarque qui ne veut que le bien, qui ne re- 
cherche que la vérité, aime à s'environner de lumières, 
& à fe procurer des confeils." 

*• Ainfi fe font montrés ceux de nosfouveraîns dont 
l'hifloire a confacré les noms à la poftérité, pour fer- 
vir de modèles à leurs fucceffeurs. Ainfi fe montra le 
prince dont le nom, déjà fi cher aux François, ferabic 
le devenir encore davantage depuis que le Roi nous en 
a retracé les vertus*" 

" De tous le» événemens de fon règne, le plus mé- 
morable, fans doute, fera la convocation des Etats Gé- 
néraux. Quel bienfait plus fignàléla nation pourroit- 
elle recevoir de fa juftice & de fa bonté. Mais la ten- 
dre follicîtude de S. M. ne fe borne point à les affem- 
bler : elle defire applanir d'avance les difficultés poffi- 
bîes à prévoir, connoître la manière la plus parfaite, la, 
plus utile pour fes peuples, de parvenir à cette convo- 
cation ; 8c au lieu de fe livrer feul, ou dans fon con- 
feil ordinaire, à cet examen que le long intervalle 
écoulé depuis la dernière tenue des Etats-Généraux 
en 161 4, & l'accroiffement que le royaume a reçu 
depuis cette époque, rend encore plus important, S. M. 
veut que vous l'éclairiez fur les moyens les plus fùrs & 
les plus efficaces de confommer la pins grande opérati- 
on de fon adminiftration, & la plus intéreffante à fes 
yeux, puifqu'elle a pour but la félicité générale." 

" Elle vient avec plaifir s'inveftir au milieu de vous 
de l'opinion publique, & puifer une partie de fa force 
& de fon bonheur dans le concours de vos lumières & 
de vos fentimens. L'heureufe épreuve qu'elle en a 
déjà faite foutient fa confiance, & vous la juftifierez." 

*' Afin que vous puiffiez mefurer d'un coup d'œil 
toute l'étendue de la carrière que veus avez à parcou- 
rir, afin que vous foyez en état de fixer des idées cer- 
taines fur tous les differens points de difcuffions, S. 
M. a autorifé le miniftre des finances à vous développer 
tout l'enfemble des queftions fur lefquelles vous avez 
à vous expliquer. Cette marche auffi fimple que na- 
turelle facilitera votre travail, en réglera l'ordre, 5c 
vous fournira les moyens de répondre plus prompte- 
ment à la jufte impatience du monarque de connoître 
vos opinions." 

" C'eft ainfi, Meffieurs, que vous jouirez de la gloire 
d'avoir préparé cette affemblée vraiment conftitution- 
nelle, où, par l'effet d'un heureux concours, la nation 
va reprendre une nouvelle vigueur, & acquérir Hii 
nouveau luftre." 

" Empreffez-vousde remplir une fonction auffi hon- 
orable : déjà tous les regards fe tournent vers vous ; 
& le François fe rappelle avec reconnoiffance les preuves 
récentes que vous lui avez données de votre zèle 5c de 
* votre attachement aux vrais intérêts de l'Etat. 



[ 



11 



] 



** Miniftres des Autels, vous dont la France rèfpede 
ks vertus, honore les lumières, vous vous diftinguerez 
par des connoiflances dues à l'habitude du travail, & 
par cet efprit de conciliation que vous puifez furtout 
dans les principes de cette religion fainte, dont vous 
êtes les pontifes.'* 

** Et vous, noblcfle guerrière, fi précieufe au fou- 
vcraîn & à la Patrie, par une naiffance 2c des fervices 
héréditaires, vous vous montrerez, par la fageffe de vos 
avis,auffi recommandables lorfqu'il s'agît de veiller dans 
l'intérieur à la caufe générale, que lorfque vous la dé- 
fendez au dehors par votre valeur, au péril de votre re- 
pas, & même de votre fang." 

♦' Premiers magiftrats du royaume, vous qui préfi- 
xez ces corps antiquts, dignes organes, & vénérables 
dépofitaires des loix, que ne doit-on pas attendre de 
votre expérience confommée & de votre dévouement 
aux maximes fur Icfqueîles repofe le bonheur nécef- 
fairement lié & inféparable du Prince & de fea fujets." 

*' Vous, enfin, les chefs de cette clafîe nombreufe, 
qui, par fon travail, fon induftrie, & fon aâivité, eft le 
véritable foutien des empires, vous ne tromperez pas 
fon attente, & le fruit de vos réflexions fera toujours 
dirigé vers tout ce qui peut tendre a l'avantage com- 
mun.'' 

" Oui, Melïïeurs, dans quelque rang que la fociJté 
vous place, des rapports intimes vous attachent à toutes 
les parties conftitutives de l'état. Le bonheur publie 
vous appelle & vous réunit en ce moment. Le bon- 
heur public ! îl préfidera feul aux difcuffions impor- 
tantes dont vous allez être occupés. Uniquement fixés 
fur lui, vous le faifirez avec précifion, vous vous effor- 
cerez d'écarter du plan des Etats-Généranx, & de 
prévenir ces difcuffions frivoles, qui, autrefois, & fur- 
tout en 1614, confumèrent vainement des momens 
précieux pour la patrie." 

*' Vous ne perdree point de vue cette idée fi fimple 
Se fi touchante, que vous ne formez qu'une même fa- 
mille ; que cette famille ne peut avoir qu'un même 
intérêt, un même honneur ; que fi le chef augufte 
qui la préfide fe doit cfrentlelleraent & tout entier au 
bonheur de tous, s'il eft le conciliateur naturel, le pro- 
tefteur né de tous les droits mis fous fa tutelle, il a 
les titres les plus facrés à votre refpeâ:, à votre amour." 

*' Ainfi, quand fa confiance vous appelle & vous ad- 
met en quelque forte à fon confeil intime, vos lumi- 
ères & votre zèle dont il a droit de tout attendre, fe- 
ront le tribut de la piété filiale, qui s'emprcfTe de re- 
pondre aux tendres épanchemens d'un père." 
£La fuite à l'ordinaire prochain.^ 



Suite des 'Travaux de la première Séance du 
Congres des Etat s -unis. 

Du Mercredi, 8 Avril. 
Alors M. Parker delà Virginie (aulïitôt que tous 
les membres eurent prêté ferment) propofa que la 
chambre fe formât en un comité pour prendre l'état 
de l'union eu confîdération. 



Cette motion fut adoptée, et M. Page de la Vîf- 
ginie fut orateur. 

M. Madifon (de la Virginie) fe leva, et fit quelques 
obfervations fur l'état de nos finances — fur la néceffité 
d'adopter des mefures relatives au fifc de la nation. 
Il dit que le premier objet qui fe préfentoit, étoit 
les reflburces qu'on pouvoit tirer d'un fyftcme général 
d'impôts fur les articles d'importation : que cepen- 
dant, ce fujet pouvoit être envïfagé fous deux points 
de vue.— Premièrement, dans fes rapports avec les re- 
glemens du commerce ; et fecondement, dans ceux 
du revenu. Qat ce fécond rapport, à fon avis, de- 
mandoit l'attention du comité, de la manière la plus 
fuivie : et enfin, qu'à cet effet, il préfentoit la réfo- 
lution fuivante : 

Arrêté, que l'avis de ce comité eft que les droits 
fuivans doivent être perçus furies marchandifes, den- 
rées, &c. &c. importées dans les Etats-unis. 

Rum, 

Toutes liqueurs fpiritueufes, 

Mélaffe, 

Vin de Madère, 

Tout autre vin, 

Le thé commun, 

Tout antre thé. 

Cacao et caffé. 

Sucre brut. 
Et tous autres articles — tant par cent péfant, en 
raifon de leur valeur, et dans les temps et lieux de 
leur importation. 

adement, Q^i'on doit fur-tout percevoir les droits 
fuivans fur tous les batimens qui importeront des 
marchandifes, denrées, &c. dans les Etats-unis j fa- 
voir : 

Sur les navires conftruits dans les Etats-unis, et 
appartenant, tout-entiers, aux citoyens des dits états, 

par tonneau. 
Sur tous les navires appartenant, tout-entiers, aux 
fujets des puifTances, avec lefquclles les Etats-unis ont 
formé des traités ; ou en partie aux dits fujets, et dans 
l'autre, à des citoyens de l'Amérique. 

Sur tous les navires appartenant, tout-entiers, on en 
partie aux fujets des dites puiffances. 

M. Madifon dit, qu'il s'étoit fervi, dans cette moti- 
on, des propofitions faites par l'ancien Congres en 
1783 ; et qu'il en avoit pris l'énumération des arti- 
cles fur lefquels on pouvoir fort a propos mettre des 
impôts ; que cependant, il n'entendoit pas appro- 
fondir cette queftion pour le moment ; mais qu'ayant 
répandu fes idées, il les foumettoit à la difcrétion du 
comité* 

M. Boudinot (du New-Jerfey) exprima fon appro- 
bation de la motion. Il fit voir par de nouveaux rai- 
fonnemens, la néceffité de procéder, fans perte de 
temps, à cette mcfure importante ; et il fit la motion, 
que les fommes à impofer, fur tous les articles en 
queftion, fuffent les mêmes que celles portées par l'aâe 
du Congiès de 1783. Il ajouta, qu'il demandoit les 
mêmes fommes ; parce que lorfqu'elles avoient été 
irapoféeSi elles avoient paru conformes au vœu des 



E 13 1 



citoyens des Etats-unis, et que par conféquetit, il étoit 
probable qu'elles donneroicnt fatisfaAion à Theure 
qu'il efl: ; que telle étoit la bafe de fa motion. 

M. White (de la Virginie) dit, qu'il fouhaitoit que 
l'on n'envifageât cette motion que comme la bafe d'un 
èill, dont on pût, à l'avenir, remplir les cfpaces laiffées 
en blanc ; qu'en attendant, il étoit probable que les 
membres pourroient acquérir plus de lumières à ce fu- 

M. MadifoB obferva, alors, que Comme il n'etoit pas 
probable que les membres fuffent préparés pour cette 
difcuffion, il étoit d'avis que l'on s'ajournât, que l'on 
rapportât les progrès de la motion, et que l'on deman- 
dât qu'il fût accordé plus de temps pour confidérer 
cette qucflion importante. 

Cette motion fut reçue, et l'on ajourna. 
Du Jeudi, 9 Avril. 

D'après l'ordre du jour, la chambre fe forma en un 
comité 

Sur V état de l'Union. 

M. Page, orateur. 

La réfolution propofée hier par M. Madifon fut lue 
«ne féconde fois. 

M. Lawrence (de N.York) fe leva — "tous les mem- 
bres reconnoiflent l'utilité de fuppléer au déficit du 
tréfor public, nous n'avons, pour le moment, qu'un feul 
moyen d'y parvenir, et cela eft par un impôt univer- 
fel. Il eft reconnu que c'eft la rcHource la plus 
fûre et la plus évidente, mais la nature des impôts, 
auffi bien que la manière de les lever, font des objets 
dignes de l'attention du comité. Il a été dit hier 
que nous ne devions envifager cette mefure que comme 
temporaire, que par rapport à fes effets immédiats, 
— lespropofiti®ns ont été partagées ; les droits doivent 
être fpécifiés fur certains articles, tandis que fur les 
autres, ils doivent être impofés ad valorem, comme ce 
n'eft qu'une provifion temporaire, ne ferpit-il pas à 
préférer, que les droits fufient impofés indiftinftement 
fur tous les articles, à tant par cent, fans qu'il en foit 
fpécifié aucun ? car cette énumeration feroit naitre 
une queftion, tous les articles fufceptibles de taxation, 
ont-ils été énumérés ? peuvent-ils payer les droits, qui 
leur ont été impofés ? Je crois que le comité n'a pas affez 
de matériaux pour qu'il puifTe décider fur ce point, et 
en confequence, je l'en crois incapable pour le mo- 
ment." 

** On pourroit omettre, continua-t-îl dans l'énumé- 
ration, des articles qui doivent payer des droits, et en 
împofer à d'autres qui n'en font pa^ fufceptibles. 
D'ailleurs, il feroit néceffaire de faire, et de rédiger 
des réglemens pour la perception de ces droits dif- 
ferens, ce qui entraineroit, des longueurs que ne peut 
admettre l'opération d'un fyfléme, qui doit être exé- 
cutée inceffamment." 

"On doit confidérer, qu'en mettant un droit partiel, 
la tâche devient plus compliquée, plus difficile, au lieu 
qu'une impofition égale fur tous les articles, en la 
Amplifiant, la rendra plus aifée.'* 

'* Il faudra tôt ou tard, former un fyftême complet 
qui embrafle tous ces objets. Le temps, et l'expéri- 



ence nous mettront à portée de dîi^ingucr les articles 
de taxation avec plus de jugement et de connoiffance." 
M. Fitzfimons(de laPennfyivanic) "quoi qu'il pa- 
roiffe que l'avis de plufieurs membres, efl de rendre ce 
fyftême temporaire, j'étends mes vues plus loin — ^je 
ne crois pas que cette énumeration d'articles pût 
embaraffer ni retarder cette opération ; je crois, aa 
contraire, qu'elle en faciliteroit lei progrès. Si chaque 
article, continua-t-il, eft examiné diftin£tement, les 
membres feront plus en état de juger s'il eft fufceptible 
de taxation, que s'il étoit enveloppé dans une règle gé- 
nérale. Je crois que l'on doit fpécifier autant d'articles 
qu'il eft poffiblc. En confequence, je propoferai com- 
me amendement à la réfolution que nous avons fous les 
yeux, que l'on y ajoute une lifte d'articles, dont plu- 
fisurs ont, non-feulement rapport au fifc, mais encore 
à l'encouragement de nos manufaâures." Les arti- 
cles que produifit M. F. font bierre, aile, porter (bicrre 
d'Angleterre) bœuf, porc, beurre, chandelles di tous 
les genres, fromage, favon, cidre, grain, clouts, pa- 
piers, cahiers, cable, cordages, fcl, tabac en poudrer 
et autre, clincaillerie, chapeaus, modes, cuir tanné, 
fouliers, et équipages. 

\_La fuite a P ordinaire prochain.'] ^ 

Arrivée du Préjident, 

De N E W - T R K, 24 Aiiril. 
Arriva hier, à deux heures, fon Excellence 
GEORGE WASHINGTON, Préfîdent des Etats- 
Unis de l'Amérique. Un comité de l'honorable Con- 
grès, une députation des ofScicrs de l'état, compofée 
de fon honneur le chancelier, l'adjudant -général, ac- 
compagnée d'une députation de la corporation de cette 
ville, allèrent au devant de fon Excellence, à Eliza- 
beth-town ; elle entra dans la Barge, qui avoit été 
conftruite pour elle, et treize pilotes, commandés par 
le Capitaine Randalî, conduifirent leur précieux dépôt 
a New- York. 

Son Excellence mit pied à terre au milieu des dé- 
charges de canon, près du city coffee-houfe, où elle fut 
reçue par fon Excellence le Gouverneur, les princi- 
paux officiers de l'état, le maire, les principaux offi- 
ciers de la corporation ; de là elle fut accompagnée 
jufqu'à la maifon qui avoit été préparée pour fa ré- 
ception, dans l'ordre fuivant : 

La troupe à cheval. 
L'artillerie et le reftc de la légion. 
Les officiers de garde. 
Le Préfident, le Gouverneur, et leur Suite. 
Les principaux officiers de l'état^ 
Le Maire et la Corporation. 
Le Clergé. 
Les Citoyens. 
Les Cloches fonnèrent,et les pavillons du fort, des 
navires, et de plufieurs maifons de la ville, furent dé- 
ployés. Les rues étoient pleines de citoyens, et 
les fenêtres étoient ornées des belles citoyennes deColom- 
bia. Toute la ville fut illuminée dans la foirêe. 
La joie et la fatisfaétion que l'on fit paroître dans 



î 14 1 



cette oceafion, font de nouvelles preuves de la mag- 
nanimité et du patriotifrae des habitans. 

Réception du Vice-Préftdent à Nezv-Tork. 

Le jour d'après l'arrivée de fon Excellence le 
VICE-PRESIDENT DES ETATS-UNIS, le 
Maire et la Corporation fe rendirent chez S. E. et 
après avoir préfcnté les membres et les magiftrats, ils 
la félicitèrent fur fa nomination élevée, et fur fon 
heureufe arrivée. 

Le 21 du courant un comité du fénat, compofé de 
M. Strong et de M. Izard, conduifit fon Excellence 
à la chambre du fénat ; alors M. Langdon, Préfident 
pro'tempore^ quitta le fiège,.et s'addrcfTant à fon Excel* 
lence, il lui dit, qu'il écoit chargé, par le fénat, de 
l'introduire à la préfidence de la chambre {the chair of 
the houfe) et de la féliciter en fcn nom, fur fa nomi- 
nation à la place de Vice-Préfident des Etats-unis. 
Alors il conduifit fon excellence à fon fiége, où elle 
prononça le difcours fuivant. 

MeJJleurs les Sénateurs, (GerJÏemen of the Senate) 

Appelé à ce refpeftable emplcy, par les fuffrages 
de nos concitoyens, d'après la conftitution, j'ai cru 
qu'il étoit de mon devoir de l'accepter avec joie. Peu 
accoutumé à réfufer aucun employ pour le fer.vice pub- 
lic, quelque dangereux, qu'il puifle être pour ma répu- 
tation, ou quelque difproportionné qu'il foit à mes ta- 
lens, c'eût été démentir ma conduite précédente, que 
d'avoir adopté une maxime contraire, dans ce mo- 
ment, où la profpérité de notre pays, et la liberté de 
fes citoyens demandent, peut-être autant que jamais, 
l'attention de ceux qui poffedent quelque dégrè de la 
confiance publique. 

A mon arrivée dans cette ville, après avoir été pré- 
fente à la légijlatiire, et fur-tout à ce fénat, il faudroit 
être ihfenfible. pour contempler, fans émotion, un 
nombre de perfonnages, dont les efforts, la proteftion 
et les exemples, m'ont fi fouvent animé, et encouragé, 
dont l'amitié généreufe m'a foutenu dans plufieurs po- 
fitions embarraffantes des affaires publiques, au dédans 
et au dehors. — Ces vertueux défenfeurs de la liberté de 
leur pays, que les menaces n'ont pu intimider que la 
corruption n'a pu féduire,que la flatterie n'a pu leurer. 
Ces proteéleurs des droits du genre humain, dont la 
philofophie et la politique ont répandu plus de lumi- 
ères en vingt ans, que n'en ont fait paroître les fcho- 
liaftes anciens et modernes, dans tous les fiècles paifés. 

Il eût fallu que j'cuffe détourné mes regarda de la 
révolution des évènemens, pour ignorer la réputation 
ou être infenfible au mérite de ceux des perfonnages 
qui compofcnt ce fénat, qu'il ne m'a pas été pofîible 
de connoître perfonnellement. 

Il m'eft bien agréable de congratuler le peuple de 
l'Amérique fur la formation d'une conflitution nation- 
ale, fur la belle perfpeélive, d'une adminiftration fûre, 
de bonnes lois, fur l'acquifition d'une chambre de re- 
préfentans choifis par eux-mêmes, d'un fénat ainfi 
compofé par les légi/Iatures de leurs états particuliers, 



et enfin, fur Pefpoîr d'un pouvoir exécutif, conêé % 
un homme dont je n'entreprendrai point ici de tracer 
le tableau, hélas ! quand il me feroit poffibîe de le 
faire, je ne pourrois augme«ter ni la confiance ni l'a- 
mour que fes concitoyens ont pour lui, je ne pourrois 
ajouter en aucune manière à fa gloire ; non, cette ad- 
dition n'eft réfervée qu'à la conduite qu'il tiendra dans 
le dépôt important qui vient de lui être confié. Cette 
conduite etl fondée fur les mêmes principes, fur le* 
m^mes talens, et fur cette même vertu, qui ne s'efj: 
jamais démentie dans fes travaux publics et civils. 
— Cependant qu'il me foit permis d'ouvrir le catalogue 
des premiers magiftrats du monde, quels que foienï 
leurs noms, confuls, préfidens, rois ou princes, où en 
trouverons-nous un, dont les talens et les vertus, dont 
la fortune confiante ait fi complettement, réuni tous 
les cœurs en fa faveur ? quel eft celui qui jouit jamais, 
égakment de l'eflime, et de l'admiration des étrangers 
et de fes concitoyens ? des qualités fi extraordinaires 
font de rares bienfaits pour le pays qui les pofféde. 
C'eft par ces grandes qualités et par leurs effets bien- 
faif^-ns, que la Providence a marqué le principe de cette 
nation, d'une empreinte fi vifible que tous les hommes 
l'ont vue, et qu*aucun ne l'a méprife. 

Il ne m'appartient point d'interrompre vos délibé- 
rations, foit par des observations générales, fur l'état 
de la nation, foit en recommendant ou en propofant 
des mefurcs particulières. Il feroit fuperfîu de démon-* 
trer à des perfonnes de votre expérience combien l'or- 
dre eft néceffaire. Il fuffira d'offrir mon apologie, 
Quoique je ne fois pas entièrement fans expérience 
dans les affemblées, cependant, je fuis plus accoutu- 
mé à participer à leurs débats qu'à prefider à leurs 
délibérations. Je m'appliquerai conllamraent, à me 
conduire envers châqne membre de ce corps honorable, 
avec toute la confidération, la délicateffe, et le déco- 
rum que demande la dignicé de fon rang et de fon ca- 
raélère ; mais fi par défaut d'expérience ou inadver- 
tance, il m'échappoit des chofes hors de place, je dois 
vous fupplier de les exufer, en les imputant à leur 
vraie caufe, et non à un manque de refpeél. 

Un dépôt de la plus grande importance efl confie 
aux foins de cette légi/lature, et les yeux du monde en- 
tier font fixés fur vous. Votre pays attend de vos dé- 
libérations, de l'agrément des autres branches du gou- 
vernement, la confidération des étrangers, et le bon- 
heur des citoyens, la profpérité, l'ordre, la juftice, la 
paix, la liberté. PuiiTe la providence du Dieu tout- 
j puiffant vous aflifter, et vous fair^ répondre à foa 
attente. I 

Du même lieu. 

On efpere que notre illuflre Préfident prêtera de- 
main le ferment requis par la conflitution. Alors la 
ligijlature fera complète. Cet événement important 
donnera uns nouvelle célérité aux mouvemens du gou- 
vernement. La chambre baffe [the lovs^er houfe] s'eft, 
jufqu'ici, occupée du grand objet du revenu. Le bill 
que l'on a commencé tire à fa fin, comme auffi celui 
qui prefcrit la forme de la perception des droits im- 
pofés. Ces deux bills feront fuivis d'un trtiifie.oQe 



[ 'î ] 



fous k titre àtbîll jud'tcîaîre \_judtctary hilî'} dont le 
fénat s'eft occupé depuis quelques jours. 

La follicitude du public pour que le bill de revenu 
foit mis inceflamment en opération, prouve conabien 
k nouveau gouvernement a de partifans, en ce qu'elle 
fait voir qu'il fent la néceffité de verfer incejfammentf 
dans le tréfor fédératif. 

Du même lieu. 

Le comité de la chambre des repréfentans, nomme 
pour confidérer l'état de l'union, et rédiger un bill de 
revenu, vient de paffer une réfolution dont voici un 
extrait. 

Droits à lever fur les navires qui entreront dans les ports 
des Etats -unis. 

Sur tous les batimens conltruits dans les E. U. et 
qui appartiendront aux citoyens defdits états, fix cents 
p. ton. [Le cent vaut un fol de France.] 

Sur tous les batimens conftruits hors des E. U. 
mais qui appartiendront aux habitants defdits Etats, 
fix cents p. ton. Sur tous les batimens qui apparti- 
endront aux fujets de puifTances avec lefquelles l'Amé- 
rique a fait des traités ; comme aulïï, tous ceux qui 
appartiendront aux habitans de l'une et de l'autre 
puiflance, trente cents p. ton. 

Sur tous les navires qui appartiendront entièrement, 
ou en partie, aux f»jets de puifTances étrangères, cin- 
quante cents p. ton. 

Tout navire qui aura été conftruit dans les Etats- 
unis, qui appartiendra à des citoyens defdits états, 
qui fera employé au cabotage, comme auffi les navires 
qui feront employés à la pêche, feront exempts de 
tonnage. 

Les navires conilruits dans les E. U. ne payeront 
point de tonnage le premier voyage qu'il feront. 



De B O S TO N, le 30 Avril 

îî a paru dans toutes nos feuilles, des extraits de 
kttres de Paris [on fe doute bien qu'ils avoient été 
fabric^ués en Angleterre] qui rapportent que " malgré 
la fatisfaélion qu'a donnée le plan pro'pofé par M. 
Necker,au fujct de la convocation des Etats-Généraux, 
il avoit à combattre les plus grands obftacles de la part 
du parti de la reine," c'eft ainfi qu'ils l'appellent; 
comme fi la reine de France avoit un autre parti que 
celui qui veut le bien public ; comme î\ fes intérêts 
étoient féparabks de ceux de la nation ; comme fi elle 
n'avoit pas, en mille occafions, donné des preuves de 
fon zèle pour le bonheur des François, par des facri- 
fices fans nombre ; mais ce qu'il y a de plus étonnant, 
ce qui devroit mettre le public en garde contre de 
telles abfurdités, c'eft le moyen qu'elles employent 
pour les foutenir. — Après avoir peint la France au 
icilleu des défordres, prête à fuccomber aux partis, ils 
difent tout uniment que " la caijfe d'efcompte a prêté au 
roi^ 25,000,000 liv. à cinq pour cent'* Le Gazetier, 
qui débite ces hiftoires, n'en rougit pas — il parle du 
dégel, &c. et crie, vive la liberté de la prcfle. — Après 
cela, ajoutez foi aax nouvelles qui nous font tranfmifes 
parld voie de l'Angleterre, et aus fages rédacteurs 



qui les copient. Nous nous ferions tus fur cet artick 
comme fur tous ceux qui nous paflent, tous les jours, 
par les mains, fi l'erreur, que nous relevons, n'eût pas 
nécelïïté une réclamation. 

BUREAU NAVAL. 

Arrivées» 
La goélette Betfey, Cap. Young, de St. Domîngue. 
Le floop Speedwell, Gage, de Ste. Croix. 

Le floop Phénix, Loring, de St. Thomas. 

La goélette Lucy, Holland, de Demerari. 

Le navire Elizabeth, M'Creed, de la Bermude. 
Le brigantin Lydia, Whitney, de la Guadeloupe, 

Le brigantin Polly, M'Cleahren,<|^ la Grenade. 

Départs. 
La goélette John, LIttle, pour la Guadeloupe, 

Le brigantin Betfey, Fofter, pour la Jamaique. 
La goélette Swallov?, Gardner, pour la Caroline. 
Le floop Induftry, Howfe, pour Baltimore. 

EiTai d'înfcription pour un Amphithéâtre 
de Chirurgie. 

P allida fcrutantes folerte cadavera cultro^ 
Hic mors ipfa docet mortt fuhducere vivos. 

Sur les corps que moiflbnne une parque homicide 
Efculape, en ce lieu, forme fes nouriffons ; 
Dans l'art de nous guérir un cadavre les guide, 
La more contre la mort donne ici des leçons. 

Souhaits du Jour. 

Que ce jour commence le période du bonheur que 
nous avons cherché dans notre Indépendance ! que les 
bienfaits que nous avons anticipés dans l'établifTement 
de notre confti.tution puifTent fe réalifer ! que notre 
profpérité et notre folide union commencent avec lui ! 
que chaque année, portée fur les ailes du temps, pré- 
fente à nos defcendans une félicité toujours nouvelle. I 

*^* Cette feuille paroît tous les Jeudis de chaque 
femaine. 

Le prix de l'abonnement eft de 16 fhelings et 8d. 
prife à Eofton, et de 24 liv; argent de France, pour 
les colonies, et pour l'Europe, port franc. 

L'Editeur prévient les étrangers, que le grand nom- 
bre de batimens qui arrivent fans ceiTe à Bofton, et 
dans toutes les autres capitales des Etats-unis, de 
France, et de toutes les parties de celônies, dans toutes 
les faifons, la! offrent tous les jours de nouvelles occa- 
fions de leur faire paffer kurs numéros. 

Mais le rétabliifernent des paquebots, que tout le 
monde regarde comme fur, et prochain ne peut man- 
quer d'ouvrir à cette feuille une circulation îrès-etén- 
due. 

Il reçoit régulièrement tous les débats bills, refolveSi 
et généralement tous les travaux du Congrès, dont il 
donnera des traductions fidèles |_fans aucun retranche- 
ment] et fuivies. 

MM. les foufcripteurs dont la demeure n'eft point 
connue de l'éditeur, font priés de vouloir; bkn iailTsE 
k^ur addreffe chez M. Hall. 



Anecdote de Louis XVI. 

SA Majefté a trouvé, l'un des premiers jours de ce 
mois, un médaillon, fur lequel elle a vu fon por- 
trait, avcr cette devife, Louis XII. et Henri IV, ; et 
plus bas, "ces mots, XII et IF font XV L Cette allu- 
fion et aufB heureufe qu'elle eft jufte. 

îr^zV d'Energie^ de Fermeté du, Vice-Prêftdeni 
des E, U. 

Peu de temps après la déclaration de l'indépendance, 
le Lord Howe demanda une entrevue avec quelques 
membres du Congrès. Cette propofition fut long- 
temps débattue ; M. Adams opinoit à la réfuf^r ; elle 
pafia cependant à la pluralité des voix ; et M. Adams 
lui-même fut nommé dans cette dcputatioa avec MM. 
Franklin et Rutledge. Le choix de pareils perfon- 
nages montroit aiTcz qu'on R*étoit pas fort difpofé à 
rien céder du point effentiel de l'iadépendance. Le 
Lord Howe fit partir auffi-tot un de fes princi- 
paux ofnciere pour fervir d'otage ; nsais les trois 
députés eurent la grandeur d'arae de le conduire avec 
eux : le Lord venu pour les recevoir au débarque- 
ment, ne put s*empecher de leur témoigner combien 
il étoit charmé de cette estrême confiance ; et d'a- 
vouer qu'on ne lui avoit jamais rendu honneur qui 
l'eût tant fiatté. Les trois députés paffèrent au milieu 
d'une armée de vingt mille hommes, rangés fous les 
armes ; on obfcrva que cette appareil menaçant, et 
peut-être affefté pour donner une idée plus impofante 
des forces angloifes, n'excita pas la moindre altération 
parmi ces trois illudrea perfcnnages ; ils travei-fèrent 
l'armée comme s'ils en euffent été les chefs. Le Lord 
Howe fe piqua de les recevoir avec éclat. Après 
plufieurs politeffes infinuantes, il ouvrit la converfa- 
îion, en difant qu'il ne pouvoit les regarder comme 
commiflaires du Congrès ; mais que fes pouvoirs l'au- 
torifant à conférer avec tout particulier de quelque 
influence dans les colonies, fur les moyens de rétablir 
la paix, il étoit ravi d'avoir trouvé cette occafion. 
Les députés lui répondirent, que n'étant envoyés que 
pour entendre, il pouvoit les confidérer fous le point 
de vue qu'il lui plairolt ; mais que quant à eux, ils ne 
pouvoient fe confidérer fous d'autres titres que ceux 
que le Congrès leur avoit conférés. M. Adams ajou- 
ta, qu'il pouvoit l'envifager fous le titre qu'il jugeroit 
à propos, excepté fous celui de fujet Britannique. 
Le Lord Howe fe mît alors à pérorer ; mais fon re- 
frein étoit toujours que les colonies retournaflent fous 
la domination de la Grande-Bretagne. 



râ 1 

Prix Courans-^Prix des Fonds publics — et 
état du change entre Eqfion et les principales 
villes commerçantes de V Europe, 

*^* Les prix annexes aux articles ci-deflbus font 
en chelins. Le chélin, ou fol de Bofton,vaut 1 2 déni- 
ers, le dénier vaut 6 liards de France. 

IN de Madère de 9 à 14/1 le gallon. 



V Lilbonne, 


7/- 


d'Oppono, 


7/. 


Fayal, 


3/- 


Rum de la Jamaique, 


3/. 


des Ifles du Vent, 


2/5^. 


Sel le. qualité. 


2/. le boÎ8. 


de Lilbonne, 


if.iod. 


Tabac de James River, 


38/. 100 liv. 


Du Maryland, 


24/. 


Ris, 


zof. 


Sucre brut, de 48/ à 


5^f- ^ 


le. qualité. 


iid. 


Eau -de -vie, de zfgd. 


Hf' 


Bifcuit, de 20/. à 


24/. 100 liv. 


Planches, de 40/. à 


60/. 


Beurre, 


6d. la îivrct 


CafFé, 


i/. 4^. 


Chocolat, 


lod. 


Coton, de if6d 


à \f%d. 


Cacao, 


80/. le cent» 


Chandelles de fuif, 


6d. liv. 


de Spermacctî, 


zfûd. 


Farine prem. 


34/. le baril. 


2de. qualité de 27/ à 


30/. 


Graine de lin, 


4/6^. le bois. 


Morue, 


14/. 


Syrop, 


ifzd. 1-2 le gallon. 


Cours de Chani 


fe. 


Sur Londres, 5 p. olo 


bénéfice. 


Sur Paris, o\o 




Sur Arafterdam, olo 





*^* Les Prix-Courans font fujets a une variation 
continuelle. Ces variations tiennent à mille caufes ; 
dont le défaut de retours, eft une principale. Il y a 
encore le reflux de prodnftions qu'a caufé la dlfette 
qui le précède toujours. C'eft alors que les fpécula- 
teurs font, ce que l'on appelle, des coups : le tabac, 
par exemple, qui ne vaut à préfent que 24 fhélings, 
en vaudra 30, un peu avant la récolte. lien eft de 
même du riz et de tous les autres articles d'exportati- 
on ; leHrprix fuivent les demandes, la difette ou l'a- 
bondance, la facilité de fe les procurer. 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. 53, 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro.- On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem^ chez MM. Dabney et Cufhing j à New-York^ chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno j à Philadelphie^ chez M. Mathew Carey j et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
dans tous les genres, fur-tout fjr le commerce. 



[ «7 ] 



,>7i'M»K«aM3EM:'iCS»i3tMmyjaaa»Ktaimjraiji»ti!i»ftm»^ 



COU 




AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes, 



Prix y 5 Pence.'] 



Du JEUDI, 7 Mai, 1789. 



[No. 3. 



Suite des l'ravaux du Congres des Ei aï s -Unis. 

Chambre des Repréfcnîans. 

. M. V/hîte. 

E croîs qu'un esamen profond de cette queftion 
feroit trop long ; il y a un grand nombre d'ar- 
ticles qui ne demandent aucune difcuffion, quant 
à ces articles, le fyftême fera très-fimple, et il pour- 
roit toujours être le même ; mais pour la dernière 
motion, elle demande qu'on repréfente l'état de nos 
manufaftures. C'eft pourquoi, je défire que le comité 
s'occupe, de l'objet principal avant de commencer les 
autres." 

M. Tucker (de la Caroline) 

" Je penfe qu'il e(l de la première importance, de 
confulter dans nos travaux la profpérité de nos conlli- 
tuans. La tranquillité de l'union dépend effentielle- 
ment des mefures que nous prendrons à notre début. 
Il faut donc ufer de la plus grande prudence, il me 
femble qu'il eil très-hbrs de place de fe prelTer fi fort 

dans une affaire fi importante. Il efl d'ufage dans 

toutes les queftions agitées, dans un comité, de demand- 
er quels font les différens membres qui le compofent. 
Celle que nous avons feus les yeux, les intérefle égale- 
ment tous. De tous les Etats au fud de la Virginie, 
je fuis le feul repréfentant. Quelle que foit mon opi- 
nion particulière, fur la queftion du comité, je ferois 
bien-aife avant de la déclarer, de me confulter avec 
les repréfentans immédiats des intérêts, qu'il eft de 
mon devoir de fupporter. Je crois que cet objet ne 
doit être confidéré, pour le moment, que dans fes 
rapports temporaires, et qu'un examen plus férieux 
devroit être remis à l'avenir. Je ne m'oppofe point à 



ce que l'on paiTc un bill qui impofe un droit fur loua 
les articles qui ont été énumérés dans le refolve de 
1783, tant que le fujet fera fimple, qu'il n'entraînera 
point de difficultés, qu'on pourra agir avec fécuvité, 
je ue m*y oppoferai pas, parce que je fais 4iue cette 
réfolution donna alors une fatisfadion univerfellc* 

" Le droit général propoié en 1783, ne comprenoit 
qu'un petit nombre d'articles, il étoit de 5 par cent, 
il s*accordoit avec le réfolution fous les yeux du comité. 
Je crois que tous ces articles ont tté examinés avec 
attention. Quant à la motion de l'honorable mem- 
bre qui demande une addition d'articles, elle demande 
une délibération mûre et approfondie, délibération 
qui ne peut fe faire en peu de jours. — A ne cor.lîdérer 
cette motion que dans fes rapports avec le tréfor fédé- 
ratifj je m'accorde avec l'honorable membre de New- 
York qui demande c./» cet expédient foit rendii tem- 
poraire. — Mais quant à l'article du tonnage, je croîs 
qu'il doit être différé, parce qu'il eft plus applicable à 
certains états qu'à d'autres — l'intérêt de certains états 
leurdiéJted'impofer fur les navires étrangers, des droits 
qui aient le même effet qu'une prohibition totale, tan- 
dis qui'il efl de l'intérêt de plulieurs autres, de cher- 
cher à accueillir les étrangers dans leurs ports ; or, u 
les droits de tonnage etoient lourds, ils nuiroieat à 
leur exportation.'* 

" Je ne puis m'cmpechei- de déclarer que fi l'oa 
s'occupe à prefent du droit de tonnage, quelle qu'en 
foit la décifion, elle ne recevra point mon fufFrage ; 
au lieu que fi cette queftion étoit différée, je pourrois 
l'agréer jufqu'à un certain point. D^allleurs, je ne 
doute point que les états méridionaux ne fallent, au 
bien général, tous les facrifîces j que les Etats de la 



[ i8 ] 



TBartîe de l'eS: peuvent attendre. — Là où il règne 
une difFerence, d'intérêts, ou doit s'attendre à une 
différence d'opiîiions, or, j'ai lieu de croire que les 
membres de la partie de l'eft, repréfenteront l'article 
du tonnage fous des couleurs plus avantageufeit! que 

'mes collègues et moi." 

M. Heartly (de la Pennfylvanîa.) 
"Ce fujet eft très important,je m'apperçois que plu- 
fieurs membres n'en envifagent qu'un coté ; mais pour 
moi, je voudrois que l'on y donnât une bafe aufîi éten- 
due qu'il fera poffible. Je conviens que les argumens 
de l'honorable membre de la Caroline ne font pas fans 
force ; mais quel mal doit réfulter de l'encouragement 
de nos manufaûures ? les gouverncmens étrangers 
ii'ont-ils pas jugé à propos de mettre des impôts fur 
certains arlic]e3,afin d'encourager leurs mani]fa£lures ? 
les membres fembîent s'arrêter à Une certaine époque, 
qu'ils recommandent comme un point d'appui propre 
à nous guider dans cette circonilance. Mais on fait, 
il ell généralement reconnu que l'état de nos manufac- 
tures eft grandement changé ; elles étoient alors dé- 
pourvues de tout, elles on depuis été alimentées par 
les matériaux, et par les artifans de tous les genres. 
X,a faine politique nous invite à favorifer nos raanu- 
faétures, et nos produdions, par tous les moyens pof- 

, fibles. Voilà ce qu'ont fait tous les gouvernersens. 
Mais avant d'envifager aucui? article féparement, il 
me femble qu'on devroit avoir un tableau de nos ma- 
nufactures, et cela demande du temps.'' 
M. Madifoj). 
" D'après ce qui a été dit, il me femble que 
cette queftion doit être examinée fous plus de rap- 
ports que je ne l'avois d'abord imaginé, mon deffein 
en la faifant, étoit de la rendre utile au fifc, d'en faire 
un expédient temporaire ; mais il ,paroît que l'on a 
trouvé autant d'objedisns contre mon plan, que con- 
tre la confiance qu'on avoit raife dans les refources qui 
ont été propofées, comme amendemens, par les hono- 

, râbles membres. Quelque difpofé que foit le comité 
à encourager nos manufaâures, on ne peut certaine- 
ment pas fe diffimuler la nécefïïté de fe foumettre à la 
politique préfente, et je crois que û nous pouvions 
nous contenter pour le moment, d'expédients partiels, 
ontfouveroit ce plan plus avantageux qu'on ne fe l'ima- 
ginoit d'abord." 

*' La principale raifon qui me fait combattre l'idée 
d'entrer,pour ^moment, dans î^ difcufTion d'un fYdêrae 



complet, eft que pendant qu'il exiâe lc5 raifons les 
plus puiffantes pour nous engager à fupplécr au défl- 
cit du trefor fédératif, on laiflera échapper la nmjfon 
qui doit réfulter des importations du printemps, fi le 
fujet refte long temps en agitation, les expéditions de 
la faifon feront prévenues, et nous perdrons plus que 
fi nous avions impofé des droits fur tous les articles.'* 
<' Je fens tout le poids des argumens de l'honorable 
membre de la Caroline, fans doute on doit avoir 
égard aux différens intérêts des difFérens états ; mais 
il eft encore plus néceffaire de borner notre attention, 
pour le moment, aux objets qui doivent produire le 
bien général de l'union. On ne doit jamais oublier 
que l'on doit protéger l'intérêt national, aufîi bien que 
le local. Le fyftême d'impôts, que nous avons fous 
les yeux, porte fur une bafe de facrifices mutuels. 
Tous les membres de la chambre fentent également la 
néceffité de faire de légers facrifices au bien général. 
Cette confidération acquiert de nouvelles forces, quand 
nous envifageons que les états qui ont le plus de facri- 
fices à faire font ceux qui ont le plus de befoin de la 
protettion nationale ; mais il cftjufte qu'on ait auffi, 
égard aux intérêts des états qui font les plus avancés 
dans leurs manufactures, d'autant plus qu'ils fe font 
privés, dans le fyftême de la nouvelle conftitution, du 
pouvoir de les protéger eux-mêmes. Par là ils ont 
montre leur confiance dans le gouvernement des Etats- 
Unis, ils ont droit d'efperer qu'il confiderera leurfitu- 
aîion- — Il me paroît que fi l'on approfondit d'avantage 
cette queftion, il s'en trouvera une infinité d'autres 
qui demanderont la m me attention, attention que ne 
peut donner le comité à l'heure qu'il eft. D'un autre 
coté, le fyftême partiel entraîne des inconvenîens. 
Soit que l'on envifage cette queftion comme tempo- 
raire, foit qu'on l'envifage comme permanente, rnesfen- 
timens portent fur la même bafe, — ^je foutiens que 
toutes les entraves de commerce, font aufiî injuftes 
qu'impolitiques — je crois que fi l'on afifranchifToit le 
travail et l'indufttie, l'un et l'autre prendroient leurs 
cours, l'un et l'autre atteindroient leur but. Ces 
reftriélions ne font pas plus avantageufes au gros de 
la nation^qu'elles ne le font aux particuliers. Perfonne 
ne pourroit trouver fon avantage dans une loi qui 
obligeroit chaque individu ■>■ fe procurer par lui-même, 
tous les articles qui font fabriqués dans les manufac- 
tures. Il ne pourroit être avantageux à un cordonnier 



[ 19 ] 



d'étfc obligé 3e faire fe propres habits, ni à un tailleur 
de faire fes fouliers ; mais l'un et l'autre trouveroient 
leur avantage réciproque dans un échange de fervices, 
et de fecours mutuels. Ce qui peut s'appliquer ici à 
une fociété, peut auffi s'appliquer à deux nations. 
L'aoriciikure doit être regardée comme le grand entre- 
pot [ftaple] de l'Amérique, fon encouragement naît 
de fon travail et de fon fol fi aifé à fe procurer. Le 
bas prix des terres nous donne, à cet égard, de grands 
avantages fur les autres pays, s'il eft jufte qu'il devroit 
être permis aux individus de diriger leur induftrie'vers 
les objets qui leur font les plus- avantageux." 

" Je m'accoi'de avec l'honorable membre, qui penfe 
<|ue l'on doit faire des additions aux articles énumérés 
dans le rcfolve qui fait l'objet de ces débats, en ce qu'il 
y a des exceptions qui demandent notre attention par 
elles-mêmes. Les raifons qu'il donne pour diilinguer, 
fur l'article du tonnage, les nations qui ont fait des 
traités avec nous de celles qui n'en ont pas fait, font 
fondées fur une politique juRe." 

[Comme MM. Fitzfimons, et Boudinot, commen- 
cèrent à parler, ils furent interrompus par M. Lee 
qui fit la motion d'ajourner, et la chambre s'ajourna.]] 
Vendredi. 

La chambre s'aflembla, et s'ajourna fans entrer en 
matières. 

Samkdi. 

La chambre s'aiTembla fuivant l'ajournement. 

M. Smith préfenta une pétition au nom des artifans, 
manufaéluriers et autres de la ville de Baltimore, la- 
quelle fut renvoyée au comité compofé de toute la 
chambre. 

Alors la chambre fe forma en comité, M. Page 
orateur. 

Quand l'ordre du jour fut demandé. 

M. Goodhue fit la motion qu'il fût fait une addition 
à la lifte des articles énuméjés dans le refolve. Les 
articles qu'il propofa font ancres, cardes à laine, fer- 
blanc fabriqué, citrons. Cette addition fut reçue. 

M. Parker fe leva, et fit la motion qu'un comité 
choifi fût nommé pour prendre l'affaire importante du 
fyftême de revenu en confidératlon ; qu'il préparât un 
bill et en fît le rapport. 

L'orateur obferva alors que cette motion n'étoit pas 
en ordre ; parce que toute la chambre étoit en 



comité ; \\ avoît été débattu fi le comité fe diflblve- 
roit, et fi l'orateur reprcndroit fa place. 

Alors l'honorable membre changea fa motion ea 
amendement, et il propofa que le comité, fît rapport, 
fe levât, que l'orateur reprît fa place, et qu'alors, le 
comité en queftion fût choifi. Ce membre appuya fa 
motion par un difcours très-long ; mais il parloit fi 
bas qu'il étoit impoffible de l'entendre affez diftinc- 
tement pour pouvoir lier fon difcours. M. Boudinot 
combattit l'idée de M. Parker, il étoit en faveur d'un 
fyftême immédiat, mais temporaire, attendu que la 
rédaéïion d'un plan permanent dcmandoit des recher- 
ches qui entraînoient beaucoup de détails variés, que le 
préfent objet ne pouvoit admettre. Il feroit nécef- 
faire, continua-c-il, de raffembler des lumières de plu- 
fieurs fources différentes, favoir, l'exportation, ^t L'im- 
portation actuelle des differens états. — Le produit des 
impôts dans les governemens refpeélifs. — Des commu- 
nications de la partie mercantile de toute l'union. 
M. B. ajouta que fans les lumières qu'on devoit atten- 
dre de cette dernière fource, il étoit évident qu'on fe- 
roit fujet à une infinité d'erreurs très-confequentes. 

Un fyfiême permanent, continua-t'-il, nous fait 
fentir la néceffité d'établir une forme de perception ; 
il en refultera des longeurs. 

Pour obvier à ces difficultés, l'honorable membre 
propofa que l'on adoptât un fyftême temporaire, et que 
quant à la forme de perception, elle pourroit être la 
même que celle qui exifte dans les differens états ; tt 
que les Etats où il n'y en avoit point eu, admet- 
troient celles de leurs voifins. 

Le Col. Bland fe leva, en fuite, il s'oppofa auiïî au 
plan de M. Parker, parce qu'il entrainoit l'idée d'ua 
fyftême permanent. C'eft; pourquoi, il propofa que 
l'honorable m,ç.vc^xç, retirât [_JIjould withdraiv'] fa moti- 
on et, qu'alors, il préfenteroit une réfolution qui, à 
fon avis, fe trouveroit plus expéditive ; cette réfolu- 
tion étoit, qu'il feroit décidé, fi le fyftême devoit 
être temporaire ou permanent. Il me femble conti- 
nua le Col. qu'une réfolution préalable en ce genre, 
fatisferoit le comité, qui pourroit alors fe préparer à 
remplir les efpaces. 

M. Parker ne jugea pas à propos de rétirer fa mo- 
tion. 

\^Ces délais font continués à îa pags zi.'} 



tsniinuaiion du Rapport de M. Necker. 

,UE les miniftres de la religion ne voient donc 
dans le nombre des repréfentans du tiers-état, 
aux Etats Généra iix^que les repréfentans,les indicateurs 
des befoins multipliés d'un graod peuple, que la no- 
fcieffe, à l'afpeft de ces nombreux députés des com- 
munes, fe rappelé avec fatisfaâion et avec gloire, qu'elle 
doit aux vertus et aux exploits de fes ancêtres, d'avoir 
fur les intérêts généraux de la nation, une influence 
égale aux députés, de tout un royaume. Que ces dé- 
putés, à leur tour, ne penfent jamais que ce foit par 
le nombre, ni par aucun moyen de contrainte ; mais 
par la perfuafion par l'éloquence de la vérité, qu'ils 
peuvent obtenir le redreflement des griefs de leurs con- 
ftituans ; mais très-certainement, Sire, les communes 
de votre royaume n'ont aucune autre idée, et c'eft à 
votre proteclion, c'eft à l'appui de votre juftice qu'elles 
fe confient principalement. Leurs feutimcns font 
jîîanifellés dans les fupplications innombrables qu'elles 
ont addreffces a votre Majefté, et qui conticnnment 
toutes la profeffion la plus expreffive d'un dévouement 
Jans bornes, et à votre Majefté, et au fecours de l'état. 
Il faut croire à ce fentiment national qui honore le 
réfne de votre Majefté, et qui confacre fes vertus et 
l'amour de fes peuples. 

Ah ! que de toutes parts ; on veuille enfin arriver 
au port ! qu'on ne rende plus les efforts de votre Ma- 
jefté inutiles, par un efprit de difcorde ! et que chacun 
faffe un léger facrifice pour l'amour du bien ! votre 
Majefté peut l'attendre avec confiance de l'ordre de fon 
clergé : c'eft a lui d'infpirer par tout l'amour de la 
paix ; c'eft à lui de croire aux vertus de fon Roi et 
d'en pénétrer ceux qui l'écoutent. C'eft à l'ordre de 
la nobleffe de ne pas fe livrer à des alarmes chiméri- 
ques, et de foutenir les efforts généreux de votre Ma- 
jefté, au moment où elle eft uniquement occupée d'af- 
furer le bonheur générale, au moment où elle voudroit 
appeler tous les efprits et tous les cœurs à féconder fes 
vues bienfaifantes. Ah ! fire,^ encore un peu de temps 
et tout fera bien ; vous ne direz pas toujours, je l'ef- 
pere, ce que je vous ai entendu prononcer en parlant 
des affaires publiques, "Je n'aieu,''difiez-vous,"jc n'ai 
eu, depuis quelques annéeSjque des inftans dcbonheur;" 
touchantes paroles, quand elles font l'expreffion d'un 
j^œur fincère, et des fentimen? d'un Roi fi digne d'ê- 
tre aîné ! vous le retrouverez ce bonheur, fire, vous 
en jouirez, vous commandez à une nation que fait 



] 

aimer, et que des nouveautés politiques^ aux quelles elle 
n'eji pas faite, diftraient pour un tempâ de fon cara£l- 
ère naturel ; mais fixée par vos bienfaits, et affermie 
dans fa confiance, par la pureté de vos intentions, elle 
ne penfera plus enfulte, qu'à jouir de l'ordre heureux 
et confiant, dont elle vous fera redevable. Elle ne fait 
pas encore^ cette nation reconnoijfante, tout ce que vous avez 
deffeln de faire pour fon bonheur. Vous l'avez dit, 
fire, aux miniftres qui font honorés de votre confiance, 
non feulement, vous voulez ratifier la proraelTe que 
vous avez faite de ne mettre aucun nouvel impôt fans le 
confentement des Etats -Généraux àt votre royaume, mais 
vous voulez encore n'en proroger aucun fans cette con- 
dition : vous voulez de plus, affurer le retour fucceflif 
des Etats-Généraux, en les confultant fur l'intervalle 
qu'il faudroit mettre entre l'époque de leur convoca- 
tion, et en écoutant favorablement, les repréfentations 
qui vous feront faites, pour donner à ces difpofitions, 
une fiabilité durable. Votre Majefté veut encore pré. 
venir de la manière la plus efScace, le défordre que 
l'inconduite, ou l'incapacité de fes miniftres pourroicnt 
introduire dans fes finances. (*) Vous vous propofe, 
fire, de concerter avec les Eîats-Générauxles moyens 
les plus propres à vous faire atteindre à ce but ; et 
dans le nombre des depenfes dont vous affurez la fixi- 
té, vous ne voulez pas même, fire, diftinguer celles que 
qui tiennent plus particulièrement à votre perfonne. 
Ah ! que font ces depenfes pour le bonheur ai-je entendu 
dire à votre Majefté, et en effet, chacun le fait, votre 
Majefté a préferit, elles même plufieurs réductions 
trés-îroportantes, dans cette partie de fes finances, et 

elle 



(*) Ces paroles mémorables addreffées au monarque 
par fes miniftres, et fanélionnées de l'approbation la 
plus augufte, doivent tranquilifer tous les François. 
On ne verra plus d'infenfés bouleverfex comme Zaw, 
par des fyftêmes funeftes, un pays riche et florilTant, 
s'enfuir enfuite, hors du royaume, et fe condamner 
à traîner dans «ne rétraite obfcure, une carrière 
odleufe. On ne verra plus de ces hommes fnperfi- 
ciels et légers, qui, ignorant tout, et ne doutant 
de rien, parviennent par des preftiges, fe foutien- 
nent par l'intrigue, et répondent également, parla 
fuite, quand ils font interpellés de rendre compte 
de leur geftion, on ne verra plus de ces adminiftra- 
teurs fémlUans et fubtiles chez qui l'âge auroit dû 
émouffer les defirs fougueux de la jeuneffe, coriferver 
en devenant des barbons, toute l'inconféquence 
s'ils n'ont pas l'impétuofité de leurs paffions. Enfin, 
on ne verra plus de 



[2 

tlU vent qu'on lai propofe encore ies économies, dont j 
les mêmes objets feront fufceptibles. 

Votre Majeilé portant fes regards fur toutes les dif- 
pofitions qui peuvent concourir au bonheur public fe 
propofe auffi d'aller au-devant du vœu de fes fu- 
jets, invitant les Etats-Généraux à examiner eux- 
mêmes, la grande queftion, qui s'eft élevée contre ies 
ledres de catchet, afin que votre Majefté, par le con-^ 
cours de leurs luraières, connoiffe parfaitement quelle 
règle doit être obfervée, dans cette partie de l'admi- 
niftration : Vous ne fouhaitez, fire, que le maintien 
de l'ordre, et vous voulez abandonner à la loi, tout 
ce qu'elle peut exécuter. 

C'efl: par les mêmes principes que votre Majefté eft 
impatiente de recevoir les avis des Etats- Généraux fur 
la mefure de liberté qu'il convient d'acorder à la preffe, 
et à la publicité des ouvrages relatifs à l'adminidra- 
tion, au gouverment ou à tout antre objet public. 

Enfin, fire, vous préférerez avec raifon, aux confeils 
pafiagers de vos miniftres, les délibérations durables 
"des Etats-Généraux de votre royaume, et quand vous 
aurez éprouvé leur fageffe, vous ne craindrez plus de 
leur donner une fiabilité qui puiffe produire la confi- 
ance et les mettre à l'abri des fentimens des Rois, vos 
fucceffeurs. 

Vous avez encore d'autres vues pour le bonheur de 
vos fujets, ou plutôt, fire, vous n'avez que cette feule 
vue, fous différentes modifications, et c'eft fur-tout, 
par ce genre de rapport avec vos peuples, que votre 
autorité vous eft chère. Eh ! comment n'en connoî- 
triez-vous le prix dans ce moment, où vous en répan- 
dez l'influence, non feulement pour la félicité des fu- 
jets qui vous ont été confies, mais pour l'avantage en- 
core de toutes les générations futures ! Ce font vos 
fentimens, fire, que j'ai effayé d'exprimer ; ils dévi- 
ennent un nouveau lien entre votre Majefté et l'au- 
gufte princeffe qui partage vos peines et votre gloire. 
Je n'oublierai jamais qu'elle me difoit, il y a peu de 
temps. " Le Roi ne fe réfufera point aux facrificcs 
qui pourront affurer le bonheur public ; nos enfans 
penferont de même s'ils font fages, et s'ils ne l'etoient 
pas, le Roi auroit rempli un devoir en leur impofant 
quelque gène." 

Belles et louables paroles, que je priai S. M. avec 
émotion, de me permettre de retenir. 

Sire, je n'ai point de doute fur îa dcftinéc de la 



I ] 

France, ni fur fa puifTance au dehors, fi par un jufle 
partage des fentimens qui vous animent, on s'émprcfî* 
à faire fervir la circonftance aéluelle au rétabliftement 
de l'harmonie intérieure, et à la conftruélion d'un édi- 
fice inébranlable de bonheur et de profpérité. 

Vous avez encore. Sire, le grand projet de donner 
des états provinciaux au fein des Etats-Généraux, et 
de former un lien général entre i'adminiftration par- 
ticulière de chaque province et la légiflation générale. 
Les députés de chaque partie du royaume, concerte- 
ront le plan le plus convenable, et votre Majefté eft 
difpofée à y donner fon affentiment, fi elle la trouve 
combinée d'une manière fage, et propre à faire le bicH 
fans difcorde et fans embarras. 

Votre Majefté, une fois contente du zélé et de la 
marche régulière de ces états, et leurs pouvoirs étant 
bien définis, rien n'empècheroit V. M. de leur donner 
deô témoignages de confiance fort étendus, et de di- 
minuer autant qu'il eft pofîible les détails de l'admi- 
niftration première. 

\_La fuite à V ordinaire prochain.'] 

Continuation des 'Travaux du Congres. 

M. Madifon étoit oppofé àla motion de M. Parker. 
Il allégua que comme le comité avoit déjà fait quel- 
ques progrès dans l'examen de cette queftion, et que 
l'objet principal des débats étoit de déterminer le ré- 
fultat d'un fyftême temporaire ou permanent, il lui 
fembloit que fi l'on renvoyoit cette affaire à un comité 
particulier, cette queftion ne pouvoit éprouver que des 
retards au-lieu d'expédition ; d'autant plus que l'on 
pouvoit alors faire avec aifance toutes les recherches 
qu'il feroit néceflaire, après que le comité ^iroit pré- 
fenté un bill à i'infpeâion de la chambre. En con- 
séquence M. M. étoit oppofé à la diftblution du 
comité. 

Plufieurs autres membres parlèrent ; mais d'après 
une divifion de la chambre, cette queftion pafla néga- 
tivement. 

Alors on agita la queftion du Col. Bland concern- 
ant le fentiment du comité, fi le fyftême devoit être 
temporaire ou permanent. 

M. Thatcher, obferva qu'il étoit difficile de déter- 
miner la durée d'un fyftéme avec exaélitude avant qu'il 
fût formé, quand il fera fini, ajouta-t'-il, la cham- 
bre pourra décider fi fon opération doit êcre longue ou 



i 

courte, s'il parôit bon, perfonne ite d^firera qu'il ne 
foît que temporaire, et fi les effets n'en étoient point 
faîutaires, il n'y a point de terme qui puiiïe en pro- 
longer l'exiftence au-delà de l'expérience de fes bons 
effets. M. T. étoit d'avis qu'on laifTât la^wV du 
terme à une confidération future. 
' M. Boudinot étoit en faveur de la réfolution tem- 
poraire du Col. Bland ; parce que fi un fentimcnt con- 
traire l'emportolt, le bill à former pour cet effet, en 
demanderoit un autre pour la perception des impôts 
et un autre fur un fyftême judiciaire continental. Cet 
objet eft fi important, dit M. B. fa décifîon deman- 
dera tant de temps que nous ne pourrons plus efperer 
de cette nsefure, les avantages que nous nous en étions 
promis ; au lieu que cette queftion pourroit êcre dé- 
cidée en deux ou trois jours. 

MM. Madifon, Lee, et plufieurs autres parlèrent 
fur cette queflion qui, à la fin, fut abandonnée. 

Alors M. Madifon préfenta la motion fuivante. 
*' Que le fentiraent de ce comité eft, qu'il foit nommé 
va comité de la chambre pour préparer et rédiger un 
bill pour régler la perception des droits, impôts et ton- 
nage dans les Etats-unis." Cette motion fut reçue. 

o > 

La motion de M. Lee, de remplir les efpaces 
laiiTés en blanc, aux articles énumérés dans la premi- 
ère réfolution fut auffi reçue. 

M. Madifon propofa qu'il fût mis 15 poèmes, 
de piaft. fur le rum. 

M. Sherman propofa, comme amendement, 15 fols 
l_de France^ un autre membre propofa 10 fols; mais 
avant que l'ordre fut demandé, le comité propofe par 
M. Madifon étoit nommé, il confîftoit d'un membre 
de chaque état. 

Le comité fut ajourné jufqu'au Lundi à 11 heures. 

Du Lundi, 13 Avril 1789. 

La chambre s'affembla d'après l'ajournement. 

M. Burke préfenta une pétition des conllrufteurs de 
navires de la Caroline méridionale, fuppliant le Con- 
grès de vouloir bien s'occupper de leur fituation ; et 
qu'il fût paffé un a£le de navigation, en faveur des ba- 
timens américans. Cette pétition fut renvoyée à un 
comité de toute la chambre ; après quoi la chambre 
ajourna. 

Du Mardi, 14 Avril 1789. 

. La chambre affemblée d'après l'ajournement. 
11 fut lu, pour la première fois, un bill à l'eiTet de 



22 



] 



régler la manière de prêter le ferment prefcrît par li 
conflitution. 

L'ordre du jour étant demandé, la chambre fe for= 
ma en comité. 

M. Page, orateur. 

M. Lawrence propofa qu'il fût fubllitué, dans la 
première réfolution, à l'article rum, efprït brûlant, efprit 
de la Jamaîque,cz fut enfuite changé en ejprits dijiïllcsy 
efprit de la yama'tque \_dijïilled fp'trits , 'Jamàïca proof^^ 

M. Bland, après avoir recommandé le fyftême tem.- 
poraire comme le meilleur, appuya fes arguraens, en 
faifant connoitre combien il feroit imprudent de taxer 
plufieurs articles du refolve, lefquels étoient néceffaires 
pour la fabrique de plufieurs outils, dont nos artifans 
font ufage. Afin de mettre le Congrès à portée de 
diftinguer ces articles avec précifion ; et de former 
un fyftême complet et permanent, il introduifit la mo- 
tion fuivante. " Que le Congrès paffât une loi qui 
établit et autorifât la perception des droits et impôts 
dans les Etats-unis conformément aux différentes lois 
des differens états ; et que les collefteurs foient fujet* 
aux mêmes règlements et aux mêmes peines. Le co- 
mité s'ajourna. 

M. Floyd obferva que le fujet fe partageoit, de lui- 
même, en deux parties. Tous les articles en géné- 
ral, et les articles fpécifiés. La dernière, continua- 
t'-il, eft trop nombreufe pour qu'on s'en occupe col- 
leétivement. Il s'agit de favoir comment on pourra les 
diftinguer; je propoferoisdonc, afin d'avancer l'affaire, 
que chaque article fût examiné et déterminé ; fi le 
comité efl: de mon fentiment, ne feroit-il pas avanta- 
geux que chaque article fût taxé féparément ? il feroit 
fait une diftinélion jufle, et ce fujet feroit bientôt 
déterminé. 

M. Boudinot féconda la motion de M. Bland. 

M. Madifon s'y oppofa, parce qu'elle n'étoit pas 
en ordre. 

Le Col. Bland obferva que le fyftême prcfent du 
comité, fyftême durable, expoferoit vraiferoblable- 
ment, les états à une perte de deux ou trois cent raille 
pQunds. L'orateur obferva que la motion n'étoit pas 
en ordre, M. Bland l'abandonna. 

M. Lawrence propofa qu'il fût impofé 12 fols fur 
le rum de la Jamaique : il obferva que des droits légers 
fe percevroient bien plus aifément, qw'il avoit été 
prouvé que les droits conlidérables avoient excité la 



[ 23 ] 



contrebande, qu'ils avoîent néceffité une forme de 
perception plus rigoureufe, dont les frais étoient en 
proportion, et qu'ils diminuoient le produit du reve- 
nu, au defTous du produit de droits modérés. - 

M. Fitzfimons étoit en faveur de 15 fols» 

M. Madifon en propofa 10. 

M. Boudinot 15 — 

Ce qui fut agréé, et il fut vo.té 12 fols par gai. fur 
toutes les autres liqueurs fpirituenfes. Sur la mélaffe, 
M. Lawrence propofa 2 fols per gai. 

M. Parker fit quelques obfervations, qui ne purent 
pas être entendues diftinâiement, 

M. Lawrence obferva qu'un droit de deux fols étoit 
affez, en proportion du premier coût, des idées pré- 
venues fur le droit de cet article, et fa qualité de 
matière première, la bafç d'une branche étendue de 
manufaélures. 

M. Madifon dit qu'il étoit toujours en faveur de 8 
fols par gaî. il fit quelques allufions aux effets funeftes 
qui réfultent de i'ufage des liqueurs fpiritueuf«fs. Il 
reprouva l'idée d'un draw back comme ouvrant une 
porte à toute forte de fraude. 

\_La fuite à P or d'maîre prochain.'] 

Lettre d'un Voyageur fur les Etats-Généraux. 

Les lettres de Paris annoncent que les effets publics 
ont repris la plus haute faveur, & que Paccefïïon du 
tiers«état, en nombre égal, à l'alfembîée des Etats- 
Généraux, a fait un effet fi prodigieux fur tous les ha- 
bitans de cette capitale, qu'il n'y a pas un citoyen qui 
ne foit prêt à donner la dernière goutte de fon fang 
pour fon roi & pour fa patrie. Cet enthoufiafme gé- 
néreux, que la chofe publique feule peut infpirer, va fe 
communiquer d'une extrémité du royaume à l'autre. 
Tous les François vont, déformais, être des citoyens. 

L'apathie dans laquelle étoit abforbé le troifième 
ordre, fembloit avoir engourdi toutes fes facultés. 
Perfonne, en France, ne penfoic qu'à fon intérêt per- 
fonneî ; les vertus chrétiennes du premier ordre étoient 
étouffées par l'orgueil pontifical, qui n'admet point 
d'égaux. L'honneur, qui efl î't puiffant fur la nobleffe, 
ne connoiffoit que les hafards de la guerre, & les de- 
voii's principaux de gentilhomme fembloient fe borner 
a fervir la patrie les arrnes à la main. Les membres 
de la troifième claffe, découragés par les dédains des 
deux premières, ne s'occupoient que de leurs intérêts 
particuliers, 5c ne chercholeiît à acquérir des riehcffes 



que pour fe dérober, dès qu'ils le pouvoient, à la honte 
& au mépris dont ils étoient les objets. De-'ià toutes 
le« erreurs, qui, pendant fi long-tems, ont empêché la 
France de devenir ce qu'elle pouvoit être. 

En proie à des préjugés défaflreux, le prélat, le ba- 
ron, le magiftrat, fe regardoient, d'abord, comme 
membres du corps dans lequel ils étoient nés, ou auquel 
ils s'étoient aggrégés. Les diftinftions ne feront pas 
détruites, mais elles ne feront plus nuifibles a l'état. 
La première vertu d'un prélat fera d'être citoyen ; ce 
fera le plus beau titre d'honneur du gentilhomme. Le 
feul but de l'ambition du négociant, du bourgeois, du 
cultivateur, fera de chercher à devenir un des repréfen- 
tans du tiers. On ne verra plus dans le peuple cet 
accablement cette abnégation de foi-même, qui tient 
à l'efclavage, que les préjugés avoient fait naître, & 
que S. M. vient de détruire. 

Be B O S TO N, le 7 Mai. ~ 

*^* L'événement de la nouvelle conflitution a fait 
naître une foule d'écrits, dont cette feuille ne pourroit 
pas même donner les titres, parce que le nombre en 
ell trop grand, qu'on ne peut s'étendre, fur tous les 
fujets qu'ils traitent ; et que lorfque l'on a ialiTé pafler 
huit jours, il efl trop tard pour en parler ; alors il en a 
paru finon de plus intéreffans, au moins de plus nou- 
veaux. Au refte, il ne s'y paffe rien, que ce qui peut 
intcrefler les Américans d'état à état. Les opérations 
du commerce même font fufpendues dans ce moment. 
Tous les états attendent avec la même impatience le 
refultat des travaux du Congrès. 

BUREAU NAVAL. 

u4r rivées. 
Le navire Speedwelî, Cap. Brown, de la Grenade. 
Le floop Edmund, Stone, la Guadeloupe.' 

Le floop Saliy, Luce, la Virginie. , 

Le brigantin Maria^ Dagget, Philadelphie. 

Le navire Mary, Bernard, Londres. 

Le brigantin Pomona, Lurvey, Surinam. 

Le floop Jane et Nancy, McElroy, Demerarf, 

Départs. 
Le brigantin Betfey, Wales, pour Baltimore.] 

La goélette Greyhound, Thomas, -l'Afrique. 
Le Brigantin Lifbon-Packet, Rob, Lifbonne. 



Le floop Phénix, 
Le floop Maria, 
Le floop Bilboa, 
La goélette Ranger, 
Le brigantin Dedalus, 
Le navire Perfeverance, 



Loring, Philadelphie,* 
Dagget, Philadelphie. 
Parfone, Gottenburgh. 
Dagget, Madère. 
Crocker, Baltimore. 
Leach, Alicant. 



OC/" Nous donnerons le difcours du Préfidenl dca 
Etats-unis à l'ordinaire prochain. 



[ 

Prix Courans — Pm des Fonds publics — et 
état du change entre Bofton et les principales 
l'illes commerçantes de l'Europe. 

*^.* Les prix annexes aux articles cî-deffous font 
en chelins. Le chélin, ou fol de Bofton,vaut 1 2 deni- 
ers, le dénier vaut 6 liards de France. 



24 ] 

Par Quintal of 1 lilh. 

Cordage - S¥- 

Morue I4J"' 

Pain d'Equipage zo a 2is. 



IMPORTATION. 
Par Livre. 
AFFE is. ^d. 



Par Pipe. 

Vin de Madère 40 à 8^0/. 

— de Lisbonne 30 à 32/. 



doux de Girofle 12s. Vin deBourdeaux 



Corinthes is. 

Coton is. 6cL 

ïndigode St.Domîngue 6s. 
Noix de Mufcade 40J. 
Peaux de Bœuf 3J. zd. 
Piment is. 

Poivre zx. 

'Hyfon lOJ-. à ï8f. 

Souchong 6s. ^d. 
É"" ") Congo 6s. 

Bohea is. 6d. 



par barrique 



■'} 



3/. 



EXPORTATION. 

Par Livre. 
NCRES 5J. 6d. 



Par Cantal Je 1 1 zib. 



50J. 



is. 3J. 
is. zd. 
is. 6d. 

IS. 6d. 

is. %d. 



Cacao 

Par Bu/Jiel 
France 
Liverpool 
■Liftonne 
Cadix 

Mes Turques 
Par Caijfe, 
Genièvre d'Hollande zos. 

Par Tonneau, 
Chanvre de Riga 55/, 

Boisd' Acajou,! .g^_ 
pied courant 3 ^ 
Par Gallon. 
Eaux de Vie de Nantes 3^. 
—deBourdeaux y.zd. 
Huile d'Olive 6s. 

Efprit de la Jamaïque 3J. 
Rum d'Antigue zs. ^d. 
— — Ifies du Vent Zs. â^d. 
Sirop ou MélafTc \s. \d. 
w ") Malaga 
^^ ( Oporto 
.S ( Fayal 
>jTe' 



Areidon 6d. a is. 
Blanc de Baleine rafiné zJ6. 
Beurre 6d. 

Cire d'Abeilles \s. 6d. 
Chanvre du Pays 6d. 

Chandelles de blanc 7 r, 
de Baleine 3 -^ 
do. de Suif, nioulées 6d. 
Chocolat lod. 

Ginfeng zs. 6d. 

Indigo de laCaroline3J.à6j'. 
Jambons 6d. 

in 6d. 

Caftor 5 a. \os. 

Loutre 15 a 30J-. 

Renards ^s.2ijs.6d. 
CL, (_Ours 10 à l'es. 

Plumes is. zd. 



îepi 



■îfTp 



Poudre à Canon ij-. 6d. 

do. à Giboyer zs. 

Savon 6d. 

Suif 5^. 
Sain-douKoumantcgre 6d. 

Sucre royal ïs. 6d' 

do. en Pain lod. 

Par ^întal de loolb. 
James River 30J. 
Rappahannock 30J. 
Marylandj jaune 30J. 
do. noir 30J. 

Caroline 24^. 



Par Gallon. 
»> 1 Spermaceti 



4f. 
Ss. 4. 



do. dit de Pilota z^s. 
Riz de h Caroline zis. 

Par Tonneau, 

Acier 50/. 

Fer, coulé zzl. 

do. en vergés 24/. 

Potaffe 30/. 

Pearl-affe 32/- 

Par BarîL 

Bœuf 40^. 

Bral 15'f- 

w rFinept.neti gô/i^. 34J. 

*;:: < Commune do. 32^. 

fS cMahi do. iôj-. 

Goudron ioj. 

Poix 15J. 

Porc de ziSlb. net 60s. 

Réfine los. 

Par Bu/Ioel. 
Avoine IJ. 6d. 

Bled noir zs. 6d. 

do. deTurqueouMahi 
Froment 6s. 

Graine de Lin 4^. 6d. 



^ i Baleine zs. 

;i; (^Morue js. lod. 

\ Par Mil de 1200 Pieds, 

Pipe 10/. 

Boucautsoubarriq.6/. 
Barils 3/. 

Feuillards de 1 200 brins 3/. 



Le quintal de ce pays 
ellle même que celui d'An- 
gleterre, & correfpond à 
gilb. poid de France & 
d'Hollande. — Le tonneau 
eft eftimé 20 quintaux de 
iizlb. 

Le bufhel efl le même 
que celui d'Angleterre, & 
contient 8 gallons, dont 
deux font à peu près une 
velte de Bourdeaux. 



EFFETS PUBLICS. 

Comptes arrêtés [_Jînal fettlements'\ 
Certificats du bureau d'emprunt 
Coupons d'intérêts 
Ordres fur l'impôt et l'accife 
Notes de l'armée 
Ordres en argent 
Ordres du No. 2 et du No. 3 
Papier-raonoye de la nouvelle émiffion du, 

MafTachufetts, — 6 pour i. 

Cours du Change. 

Sur Londres, à 30 J. d'us. 5 par cent an defîos du pair. 
Sur do. à 60 do. 4 éo. 
Sur do. à 00 do. 3 do. 
Sur Amfterdam,à6o do. au pair. 



4J. 


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8d. 

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2d. , 


5 



A BOSTON, de l'Impriinerie de Samuel Hall, Libraire, dans^le Cornhiîl, No. ç^^-» 
oij l'on peut fe procurer chaque Numéro. — —On foufcrit, pour le Courier de Boston, 
chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Cuihing; à New-York, chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphie, chez M. Mathew Carey -, et^chcz les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis.- L'Editeur fe fera un piaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communique)- 
dan§ tous les genres^ fur-tout fur le commerce. 



[ 25 ] 



s j*4Sjr>»aï!<aa<ieBt !m'aB?SE»af>:^es»gag>aujfcaimieag««iiaAO^ { »JiM».g«»t«i«ri<<-^iesttit'ngt: m i iiiiiniiiii«Mt&n«i 




COURIER 

t 

AFFICHES, ANNONCES, et A^ 



STON, 



VIS. 



Prix, 5 Pence. '\ 



■ IS Utilité des deux Mondes. 
Du JEUDI, 14 Mai, 1789. 



DISCOURS 
De Son Excellence GEORGE WASHINGTON, 

Président des Etats-Uais de l'Amérique, 
Aux deux Chambres du Congiès. 

Mes Concitoyens du Sénat et de la Chamhre des 
Repréfentans, 
lARMî toutes !es viciflltudcs de la vie, il ne 
ponvoit y avoir aucun évènetnent qui me péné- 
trât d'une plus grande anxiété que celui dont la no- 
tification me fut tranfmife par vos ordres, et que j'ai 
reçue le 14 de ce mois.— D'un côté, appelé, par mon 
pays, dont je ne pais jamais entendre la vois fans 
amour, et fans vénération, à quitter une rétraite que 
que j'avoie choifie avec prédik-âion, dans l'efpoir 
flatteur, et avec une ferme réfolution d'en faire l'afile 

de mes vieux ans. Retraite que chaque jour me 

rendeit plus chère et plus néccflaire par Taddition 
de l'habitude à Tinclination,* et celle d'interrupti- 
ons fréquentes dans Péîat de ma fanié, au dépé- 
>ifiement graduel opéré par le temps. — D'un au- 
tre côté, l'importance du dépôt que la voix de mon 
pays m'invite à recevoir, les difficultés qu'il entraîne, 
fuffifant pour éveiiler dans le cœur des plus fages et 
des plusconfotnmés de fes citoyens, un examen fufpeft 
de leurs titres ; elles ne peuvent qu'accabler celui qui, 
n'ayant reçu de la nature que des taîens inférieurs, 
fans expérience dans les obligations attachées à Fad- 
miniitration civile, doit être pénétré de fon incapacité. 
Dans ce combat de fentImens,toat ce que j'ôfe déclarer} 
c'eft que je me fuis appliqué conftamment à chercher 
moudevoir danslajulle valeurdeîontesles circonftances 
qui peuvent y porter atteinte. Tous ce quej'ôfe tfpér- 



TI*e S 
Of His Excellency Gï 

Prefident of the U 

To both Ho 

Fello'W- Citizens qf the 
and of the Houfe of 

MONG the viciffr 
could hâve filkd 
that of which the notifie 
order, and reccived on 
monthi — On the one h 
country, vvhofe voice I 
ration and love, from a 
with the fondeft prediie 
hopes, with an immutal 
my decîining years : — 1 
every day more neceffar 
by the addition of habit ■ 
interruptions in my heal 
mitted on it by tim??. ' 
nitude and difficulty of 1 
my countr^r called me, 1 
the wifeft and mod exp< 
truftful fcrutiny into his 
ovcrwhclm with defpon 
inferiour endowrHenîs fr( 
the duties of civil admii 
liarly confcioys of his ov : 
fli6l of émotions, ail I oai 
my faithful ftudy to colle<? 
preciation of every circnml 
uffea^d. AU ï dare bor 



[No. 4. 



ECH 

:3E WASHINGTON, 
States of America', 
if Congrefs. 

fenfativeff 

incident to îife, no event.r 

'th greater anxieties than 

was tranfmitted by your 

i4th day of the prefent 

'. was fummoned by my 

:ver hear but with vene- 

3t which I had chofea 

and, in my flattering 

:ifion as the afylutn of 

eat which waS rendered 

vdl as more dear lo rae, 

lination, and of fréquent 

the graduai wallc com- 

ic other hand, the mag- 

a?t to which the voice of 

fufïîcient to awaken in 

a dif- 

t but 

, one, who inlieriting 

ture, and unpraftifed in 

ion, ought to be pecH- 

iciences. In this con- 

e aver is, that it bas been 

my duty from a juil ap- 

tance by which it might be 

g ifi, that if in executing 



. l ■■ 

cr, c'efl: que, fi dans l'esécutio n de ce grand ouvrage, 
j'ai cédé avec trop d'empreflement au fouvenir agréa- 
ble d'évènemens paffés, ou à ïa tendre afFeftion qu€ 
jn'lnfpire cette preuve de co nfiance extrême de mes 
concitoyens, fi je n'ai pas fuiSfamment confulté mon 
peu de talens et d'inclinatio Q pour les foins impor- 
tans et nouveaux que j'ai fous les yeux ; mon erreur 
fera palliée par les motifs qui m'ont égaré, et que fes 
fuites feront jugées par mesccincitoyens, avec un refte 
de cette prédileftion qui les a fait naitre. 

Telles font les fentimens q ui m'ont animé, lorfque 
fournis à la voix publique, je nie fuis rendu à ce pofte 
honorable. Mais il feroit i;adigne dans ee premier 
aéie officiel, d'oublier les prie res ferventes que j'ai ad- 
drelTées à l'Etre tout puilîant . qui governe l'univers — 
qui préfide aux confeils des n; itions, et dont les fecours 
bzenfaifans fupléent à tous les défauts des hommes, 
pour que fa bénédi6lion cor ifacre à la liberté, et au 
bonheur du peuple des Etat: s-unis, un gouvernement 
qu'ils ont créé pour ces grai jds objets ; et qu'il veuille 
préparer tous ceux qui font employés dans fon admi- 
niftration à exécuter avec fr iccèd les fcnélions qui leur 
feront confiées. En addreff; mt cet hommage à l'auteur 
de tousies bienfaits, je fuis af Furé d'avance que j'exprime 
vos fentimens et ceux de tr ics concitoyens, aufli bien 
que les miens. Il n'y a pc ânt de nation qui ait plus 
de fujets de reconnoître et d'aderer la main invifible 
qui dirige les affaires des hf »mmes, que les citoyens des 
Etats-unis. Chaque pas q u'ils ont fait dans la marche 
qu'ils ont tenue pour aniv. ;r à la réputation de nation 
■^indépendante, femble avo îr été marqué par quelque 
figne de la Providesce. Dans la révolution impor- 
tante qui vient de s'opérer dans le fyftême de leur gou- 
vernement unanime, on n e fauroit comparer les/déli- 
bérations tranquilles, et ie confencement VQjjfbîaire 
de tant de différentes cora munautés, dont c^ événe- 
ment eft le réfultat ; av 'ec les moyens qui ont été 
employés pour établir la plupart des gouvernemens, 
fans être pénétré de recon .noiffance envers la Divinité, 
et anticiper les futurs biei ifaits que les paffés femblent 
nous préfager. Ces refîe xions qui naiflent de la crife 
préfente fe préfentent à i non imagination aveo trop 
de force, pour que je puil Te les fuppriraer : et j'ai lieu 
d'cfpérer, que vous ferez jde mon fentimenc, qu'il n'en 
efl point dont l'influenc te puiffe être plus propice 
pour le commencement d ,fcs opérations d'un gouver- 
nement libre et nouveau. 



6 3 

this tafk I hâve been too mach fwayed by a grateful 
remembrance of former inftances, or by an affeftionate 
fcnfibility to this tranfcendant proof of the confidence 
of my fellow-cicizens ; and hâve thence too little con- 
fulted my incapacity as vi^ell as difinclination for the 
weighty and untried cares before me ; my erreur will 
be palliated by the motives which mifled me, and its 
confcquences be judged by my country, with fomc 
fhare of the partiality in which they originated. 

Such being the imprefGons under which I hâve, în 
obédience to the publick fummons, repaired to the 
prcfent ftation ; it would be pcculiarly improper to 
omit in this firil oflicial &&, my fervent fupplications 
to that Almighty Beiwg, who rules over theUniverfe, 
who prefides in the councils of nations — and whofe 
providential aide- can fupply every human defect — that 
his benediâion may cocfecrate to the liberties and 
happinefs of the people of the United States, a Gov- 
ernment inftituted by themfelves for thefe effential 
purpofes, and may enable every inftrument employed 
in its adminillration, to exécute with fuccefs, the 
funftiotîs allotted to his charge. In tendering this 
bornage to the Great Author of every public and pri- 
vate good, I affure myfelf that it expreffes your fen- 
timents not lefs than my own ; nor thofe of my fel- 
low citizens at large, lefs than either. No people 
can be bound to acknowlédgc and adore the invifible 
hand, which conduits the afFairs of men, more thaa 
the people of the United States. Every flep, by 
which they bave advanced to the charaéler of an inde- 
pendent nation, feems to hâve bcen diftinguifhed by 
fome token of providential agency. And in the im- 
portant révolution julh accomplifhed in the fyftem of 
their United Government, the tranquil deliberatioffs 
and voluntary confent of fo many diftinft communi- 
ties, from which the event bas refulted, cannot be 
compared with the meansby which moft governments 
hâve been eftablifhed, without fome return of pious 
gratitude aîong with an humble anticipation of the 
future blefîîngs which the pafl feem to prefage. Thefe 
reflétions, arifing ont of the prcfent crifis, bave for- 
ced themfelv'es too flrongly on my mind to be fuppref- 
fed. You will join with me I trufl in thinking, 
that there are none under the influence of which, the 
proceedings of a new and frec government can more 
aufpicioufly coramencCi 



[ ^7 

II ed enjoint au prérident, à î'artîcîe de î'établiffe- 
toent du département exécutif, *' de recommander, à 
votre examen, les mefures qu'il jugera necefidires et 
convenables." Mais les circonftances qui nous raf- 
femblent aujourd'hui me difpenferont d'approfondir 
ce fujet ; je le renverrai à la grande chartre confti- 
tutionelle> fous laquelle nous fommes réunis, et qui 
définît vos pouvoirs, en vous indiquant les objets fur 
lefquels vous devez porter votre attention. Ces cir- 
conftances, et les fentimens qui m'animent s'accorde- 
ront mîeax àfubftituer àla recommandation de certaines 
mefures, le tribut qui eft du aux talcns, à la droiture 
et au patriotifmé des perfonnages choifis pour les pro- 
poser, et enfuite les adopter. 

Dans ces titres honorables, je contemple les gages 
certains, que d'un côté,les préjugés locaux, les attache- 
mens, les vues particulières, l'animofité des partis ne 
d étourneront pas l'œil impartial et compréhenfibk qui 
doit veiller à ce grand affemblage de communautés et 
d'Intérêts divers ; que d'un autre côté, les fondemens 
de notre politique nationale poferont fur les principes 
purs et immuables de la morale des individus, et que 
la prééminence d'un gouvernement libre fc reconnoîtra 
dans tous les attributs qui peuvent forcer l'afFeftlon 
de fes citoyens, et commander la confidératlon du 
monde entier. 

J'envifage cette perfpeâ;Ive avec toute la fatisfaéllon 
que me peut infpîrer un ardent amour pour mon pays ; 
parce qu'il n'y a point de vérité mieux établie que 
celle qu'il esifte dans l'économie et dans le cours de la 
nature, une union IndifToluble entre la vertu et le bon- 
heur, — entre le devoir et l'avantage — entre les pures 
maximes d'une politique fmcère et défintereffée, et la 
récompence résile de la profpcrité et de la félicité pub- 
lique ; que nous devons fentir que les faveurs du ciel 
ne peuvent s'obtenir par une nation qui dédaigne les 
règles del'ordre et delà juftîce qu'il alui-même établies, 
— que la confel-vatlon du feu facré de la liberté, et le 
dcftin du model du gouvernement répupllcaln font re- 
gardés avec raifon, non-moins effenùellement que JinaUement 
întèréjfh dans l'expérience qui eft confiée ;aux mains 
des peuples américains. 

En outre des objets ordinaires confiés à vos foins, 
ce fera à vos lumières de décider jufqu'à quel point, 
l'exercice de l'autorité occafionelle délégué dans l'arti- 
cle 5 de la conftitutlon, eft à propos dans cette con- 
jondure, d'après la nature des objefllons qui ont été 



] 



By the article eftabîiniîrtg the Executive Depart- 
ment, it Is made the duty of the Prefident " to recom- 
mend to your confidératlon, fuch meafures as he fhall 
judge necefîàry and expédient." The circumftances 
under vi^hlch I nav? meet you, will acquit me from en- 
terlng into that fubjed farther than to rcfer to the 
Great Conftitutlonal Charter under which vpe are af- 
fembled ; and which, In defining your powers, defig- 
nates the objeds to which your attention Is to be given. 
It will be more confiftent wîth thofe circumftances, 
and far more congenlal with the feelings which aftuate 
me, to fubftitute in place of a recomraendation of par- 
ticular meafures, the tribute that is due to the talents, 
the reélltude, and the patriotifm which adorn the cha- 
raâiers felefted to devife and adopt them. In thefc 
honourable qualifications, I behold the fureft pledges, 
that as on one fide, no local préjudices or attachments, 
no feparate views nor party animofities, will mifdireél 
the comprehenfive and equal eye which ought to watch. 
over this great affemblage of communities and Interefts ; 
fo, on another, that the foundatlons of our national 
pollcy will be laid In the pure and Iramutable prlncl- 
ples of private morallty ; and the pre-emlnence of a 
free government be exemplified by ail the attributes 
which can wIn the affeftions of Its citizens, and com- 
mand the refpeft of the world. 

I dvvell on this profpeél wIth every fatisfaéllon 
which an ardent love for my country can Infpire ; fincc 
there is no truth more thoroughly eftabiiftied, than that 
there exifts In the economy and courfe of nature, an In- 
difToluble union between virtue & happinefs — betweea 
duty & advantage — between the genuine niaxims of an 
honeft and raagnanimous policy, and the folid rewards 

of publick profperity and fellcity. Since we ought 

to be no lefs perfuaded that the propitlous frailes of 
Heaven can never be expeâed on a nation that difre- 
gards the eternal rules of order and right, which Hea- 
ven itfelf has ordaincd. — And fince théprefervatlon of 
the facred fire of liberty, and the deftiny of the re- 
publican model of government, are juftiy confidered as 
deeply, perhaps asjinally ftaked, on the experlment In- 
trufted to the hands of the American pcople. 

Befides the ordinary objeéls fubmitted to your care, 
It will remain with your judgment to décide how far 
an exercife of the occafional power deîegated by the 
Fifth Article of the Conftitutlon Is rendered expédient 
at the prefentjunûureby îhe natureofobjcdions which 



[ 

faites à ce fyftême, et les inquiétudes qui les ont fait 
naître. Au lieu de vous faire d'autres recommanda- 
tions à ce fujet, dans lefquelles je ne pourrois être 
guidé par des lumières refultant d'occafioHS officielles, 
ie céderai encore anx mouvemens d'une confiance 
entière dans vos connoilTances, et dans vos travaux 
pour le bien public ; car je fuis affuré que tant que vous 
éviterez avec foin toute efpece de changemens qui 
pourroient expofer les avantages refultant d'un gou- 
vernement unanime et efFeflif, au qui doivent atten- 
dre les leçons de l'expérience, la vénération qui eft 
due aus droits caradériftiques d'un peuple Roi, et la 
confidération de l'harmonie publique auront affez 
d'influence à vos délibérations, quand il faudra décider 
jufqu'à quel point on peut fortifierl'un et avancerl'autre. 

A ces obfervations, j'en ai une autre à ajouter qui 
s'addreiTe plus particulièrement à la chambre des re- 
préfentans. C'efl: moi qu'elle regarde, c'eft pourquoi 
elle fera auffi courte que poffible. La première fois 
que je reçus l'invitation de fervir mon pays qui étoit 
alors à la veille d'un combat pénible pour fa liberté, 
le point de vue, fous lequel j'envifage i mon devoir, 
demandoit que je renonçaffe à toHte efpece d'émolu- 
ment d'intcrêt; je ne me fuis, dans aucun temps, 
éloigné de cette réfolution, et animé par l«s fentimens 
qui l'ont produite, je dois abandonner, comme m'é- 
tant inaplicabie, toute participation dans les émolu- 
mens perfonnels qui doivent être compris dans la 
provifion permanente pour le département exécutif. 
!En çonféquence, je dois demander que les emolu- 
lïiens de mon poile fe bornent, tant que je l'occuperai, 
à telles dépenfes qu'il fera jugé néceffaire pour le bien 
public. 

Après vous avoir fait paft de mes fentimens tels 
que les a fait naitre l'occafion qui nous raffembk, je 
prendrai congé de vous pour le moment, non fans 
m'être addreffé une féconde fois au père bienfaifant de 
l'efpece humaine, le fuppliant, qu'après avoir voulu 
accorder au peuple de l'Amérique, les moyens de dé- 
libérer avec une tranquillité parfaite, et les avoir dif- 
pofés à juger avec une unanimité fans exemple, fur une 
forme de gouvernement établi pour la fureté de leur 
union, et l'avancement de leur bonheur, il lui plaife 
montrer également fa bénédiélion divine, dans les vues 
étendues, dans les confulcations tempcrécs, et les me- 
fures prudentes d'où dépend le fuccès de ce gouverne- 
ment. 



hâve been urged agaîliîl the fyftem, or bythe degree 
of inquiétude wbich has given birth to them. Inftead 
of undertaking particular recommendations on this fub« 
jeél, in which I could be guided by no lights derived 
frora oiScial opportunities, I fhall again give way to 
my intire confidence in your difcernment and purfuit of 
the publick good : For I affure myfelf,that whilft you 
carefully avoid every altération which might endanger 
the benefits of an iinited and efFeélive government, or 
virhich ought to await the future lefTons of expérience ; 
a révérence for the charaélcriftîck rights of freemen, & 
a regard for the publick harmony, will fufSciently in- 
fluence your délibérations on the queftion, how far the 
former can be more impregnably fortified, or the latter 
be fafely and advantageoufly promoted. 

To the preceeding obfervations I hâve one to add, 
which will be moll properly addreffed to the Houfe of 
Reprefentatives. It concerns myfeif, and will there- 
fore be asbrief as polTible. — When I was firil honoured 
with a call into the fervice of my country, then on the 
eve of an arduous ftruggle for itslibertie8,the light in 
which I conîemplated my duty, required that I fhould 
renounce every pecuniary compenfation. From this 
réfolution I bave in no inftance departed. And being 
flill under the imprelïïons which produced it, I muft 
décline, as inapplicable to myfeif, any Ihare in the per- 
fonal émoluments which may be indifpenfably included 
in a permanent provifion for the Executive Depart- 
ment ; and mufl accordingly pray that the pecuniary 
eftimaîes for the dation in which I am placed, may, 
during tny continuance in it, be limited to fuch aftual 
expenditures as the public good may be tho't to require, 

Having thus impavted to you myfe*»i!ments,as they 
hâve been awakened by the occafion which brings us 
together, I fhalltake my prefent leave ; butnot without 
refortirtg once more to the Benign Parent of the human 
race, in humble fupplication, that fince he has beea 
pleafed to favour the American people with opportu- 
nities for deliberating in perfeél tranquility, and dif- 
pofitions fordeciding with unparalleled unanimity on 
a form of governnsent for the fccurity of tbeîr Union, 
and the advancemenc of iheir happinefs ; fo bis djvine 
blefîîng may be equally confp'icuous in the enlarged 

views' the temperate confultations and the 

wife meafures on which the fuccefs of this government 
mufl dépend. 



Suite des 'Travaux du Congres, 

M. Fitzfifr''ns vota 8 fols. 

M. Goodl. ,e attaqua vivement le droit fur la mélaffe. 
Il dit qu'en outre de la forte d'oppreffion envers une 
clafle nombrcufe de citoyens qui s'en fervoient comaie 
de fucre, il préfentoit encore les fuites les plus f^- 
cheiifes pour les pêcheries. 

M. Madifon dit que fi l'on fe fervoit de l'argument, 
que la raélaffe étoiî fubftituée au fucre, pour fe plain- 
dre de ce droit, l'impôt fur ie fucre dans les autres 
états y feroit contrepoids, 

M. Clymer à l'appui d'un haut droit, introduifit la 
politique de décourager Tufage des liqueurs fpiritu- 
cufes, et d'y fubllituer la bière. 

M. Ames attaqua vivement cette motion, d'abord 
parce qu'un fi haut droit s'écartoit trop de l'idée qu'on 
s'étoit formée de l'impôt fur les articles en général : 
Il ajouta que la mélaffe étant une matière 'première, 
qui alimentoit nos manufadlures, la prohiber c'étoit 
porter à ces dernières un coup mortel. Nous nous 
procurons la mélaffe, continua-t'-i!,avec toute l'aifance 
pofîîbîe — nous la payons en morue de la moyenne qua- 
lité — qualité dont nouS ne tirerions aucun parti, fi 
çious n'avions par les ifles à fucre. C pendant quand 
la mélalTe qu'elle nous procure eft convertie en rum, 
nous avons une infinité de débouchés, même dans les 
iîles angîoifes.— L'objet de ce comité eft de créer un 
retenu ; mais on devroit obferver qu'un droit fi ex- 
ceffif va' en détruire une fource abondante. 

M. Madifon pvopofa 7 fols au lieu de 8. 

MM. Partridge, Boudinot, et Fitzfimons parlèrent 
alternativement ; après quoi on recueillit les voix et 
il fut impofé les droits fuivans. 

" fols. 
Sur le vin de Madère, 33 1-3 par gaL 
Sur tous les autres vins, 20 par gai. 

Sur le fucre brut, i par îb. 

Sur les autres fucrcs, i i-z par Ib. 

SurlecafFé, 2 1-2 par Ib. 

■ Du Mercredi. 

M. Tucker préfenta une pétition au nom du Dr. 
Ramfay, de la Car. mer. fuppliant le Congrès de lui 
affarer la propriété exclufive de Vhljlorre de la f évolution 
de la Caroline méridiùnale. On nomma un comité pour 
rédiger un bill à cet effet, fur des principes généraux. 

M. Sherraan préfenta aufil un mémoire de M. 
CKurchman concernant les découvertes de M. C. fur 
les variations magnétiques. Ce mémoire fût renvoyé 
au comité j;récédent. 

M. Tucker préfenta un mémoire du Dr. Ramfay, 
fur VinégihUiié de M. Smith, comme repréfcntant, 
^^ n'ayant point rempli la claufe réquife par la conftitu- 
tion. " Tous repréfentant aura été fept ans habi- 
tant des Etats-unis avant fon éiedion." 

M. T. préfenta ce mémoire avec autant de déh'cateffe 
que d'addreffe. Je fupplie le comité, ajouta-t'-iî, de me 



29 } 

regarder comme agiffant officiellement dans cette af- 
faire. Les deux perfonnages qui y font interéffés font 
également refpeélables. La réputation du Dr. R. eft 
étendue et élevée dans l'état de la CaroliRe mer. ; et 
quant à M. Smith, il a fouvent reçu des marques de 
ditlindtion de fes concitoyens. Son éleâiion n'eft 
conteftée que conftitutionnellem.cnt. Au reffe, fa 
piéfence dans cette chambre honorable montre affez 
qu'il n'a jamais perdu l'ellime de fes concitoyens. Ce 
mémoire fut renvoyé au comité pour les élections. 

Il fut reçu une lettre du premier juge de l'état. 
Cette lettre annonce que John Beckley, greffier [clerk J 
de la chambre des repréfentans a comparu devant lui 
et a prêté le ferment requis par la confiitutien. 

Le comité de la chambre reprit l'ordre du jour. — • 
Les efpaces annexés aux articles furent remplis comme 
il fuit. 

fols. 
A l'article du cacao \ par Ib. 

de la bière en baril, 8 par gai, 

de do. en bouteilles, 24 par doux, 

des chandells, 2 par Ib. 

des bougies, 6 do. do. 

du fromage, 4 do. 

du favon, 2 do. 

des bottes, 50 par paire, 

des fouîiers pantoufîes,&c. 10 paire, 
de l'acier brut, 56 par 112 îb. 

A l'article, acier, il s'éleva quelques débats. M. 
Lee propofa qu'il fût rayé de l'énumération. 
M. Tucker féconda cette propofition. 
MM. Clymer et Fitzfimons s'y opofèrent : ils étoi- 
ent en faveur de l'impofition.^ 

Il fut obfervé que ce droit feroit naître une forte 
de monopole en faveur de quelques artifans, au préju- 
dice des cultivateurs dont les outils étoient faits d'acier. 
La propofition de M. Lee paffa négativement. 
ATarticle des cordagesgoudronnés 50 f. par îio. 
des do. non-goudronnés 60 p^r ioc. 
des fils à voile l piaflreparioo. 

Il fut auifi quellion d'un impôt fur le chanvre ; mais 
comme le comité n'étoit pas préparé pour la difcufilon 
de cet objet, il fut remis à un autre jour. 
Du Jeudi. 
Le comiîé de la chambre s'occupa de l'article du 
chanvre,fur lequel il fut impofé 50 fols par 100. Après 
plufieurs obfervations locales pour et contre. 

M. Ames propofa que les articles, orge, et chaux, 
fuffent joints à l'énumération générale des articles. 
En conféquence l'orge fut taxé fix fols par boiffeau, 
la chaux 100 fols par iQolb. 

Le premier article dont on s'occupa, fut les cîouts 
de toute efpece. M. Lee demanda que l'article fût 
rayé, et il fut fécondé par MM. Madifon et Bland. 
Le dernier obferva que cet impôt deviendroit très-à 
charge aux états mérid. parce qu'il ne s'y en fabriquoit 
pas autant qu'il s'y en confummoit. 

M. Goodhue répondit qu'il s'en fabriquoit affez 
dans le Maffachufetts pour toute i'uniojQ. 



[ 30 1 



M. Ames. " Je m'oppofe à ce que l'on raye cet 
article de l'énuraération ; ce feroit anéantir une des ma- 
nufa£Eures les plus commodes que l'on puifle établir. 
Il eft aflez ordinaire dans le Maffachufetts de voir les 
habitans faire une petite forge dans le coin de la 
cheminée, et y faire des clouts à leur temps perdu. — 
M. Ai s'étendit beaucoup fur le découragement d'une 
Kianufafture fi utile que i'omiffion de cet article ten- 
doit à opérer. 

Après quelques débats, it fut impofé i fol par livre 
fur les clouts. 

Alors on s'occupa du fel. MM. Burke et Huger 
parlèrentalternativement contre la motion, en ce que les 
effets en deviendroient très-lourds, pour les états mer. 
où le tranfport par terre i-encheriffoit déjà cet article 
au-delà de ce que payoient les autres états. 

M. Tucker vint à l'appui de ce raifonuement. 

MM. Scot et Smith attaquèrent l'impofition de ce 
droit avec beaucoup de chaleur. 

L'article relia fur la lifte et il fut voté un rabat 

Enfuite il fut impofé un droit de 6 fols par bois, 
fur le fel — à l'article tabac fabriqué, 6 f. p. Ib. — fur 
le tabac en poudre, lo f. p, Ib. 

Il fut auffi voté lo i. ad valorem, fur toutes fortes 
de vitres, glaces, &c. 

Le comité prit en confîdération les articles fnivans, 
lavoir, papier à écrire, do. à enveloppes, do. à imprimer, 
carton, cannes, fouets, habits faits, or et argent, 
marchandifes plaquées et en œuvre, bijouterie ; et 
il fut voté 7 1-2 f. per cent, ad valorem ; et fur les 
équipages et autre voitures à 4 roues, il fut voté 15 
f. p. cent, ad valorem. 

Samedi 18. 

M. Lawrence préfenta une pétition au nom des ar- 
tîfans de New- York, fuppliant le Congrès de vouloir 
s'occuper de leurs intérêts. Elle fut renvoyée au co- 
mité de la chambre. 

Le comité des éleélions rapporta que les membres 
nommés étoient qualifiés. — Le cas de M. Smith fut 
déféré. Le comité de la chambre en continuation du 
revenu.— 

Vota fur les ancres, 7 1-2 ■ç. c. ad valorem. 

fur les cardes à laine, 50 f. p. douz. 
furie fer-blanc fabriqué, 7 i-z p. c. ad val. 
fur le charbon, 3 p. boifs. 

fur chaque baril de faumon, ~i 

de maquereau, 5- 75 fols, 
d'alofe, 3 

fur chaque quintal de morue, 50 fols. 



Thés importés dans les batimens américains de la 
Chine ou de l'Inde. 

Thé bou, 6 f. p. Ib. 

fouchong et noir, 10 f. 

verd de la lere. qualité 20 f. 

tous autres thés verds, 12 f. 



Thé importé par les batîmens étrangers. 

bou, ^ 8 f . Ib. 

fouchong & noir, 1^ do. 

verd I ère. qualité, 30 do. 

tous autres thés verds, 12 do. 

Lundi, 20 Avril. 

Le comité nommé pour examiner les pétitions de 
MM. Ramfay & Churchman, fit rapport. 

Après que la chambre fs fut formée en comité, oh 
reprit le bill du revenu en confidération. 

Il fut propofé et voté que tous les articles importés 
qui n'avoient point été compris dans l'énumération 
payeroient un impôt de 5 p. cent, advalorem, excepté 
lesfuivans, fer-blanc, plomb, étain, laine, cuir, cuivre, 
caftor et autres fourures, bois et drogues à teindre. 

M. Fitzhmonspropofa des rabats i^draku-èach^ fur 
le rum dillillé de la mélaffe, et exporté par les Etats- 
unis. 

M. Madifon attaqua les draw-backs avec chaleur ; 
il obferva qu'ils lailfoient une porte ouverte à toute 
efpece de fraude. 

M. M. demanda que M. Fitzfimons produifît fes 
raifons pour propofer cette raefure. 

M. F. répondit qu'elle feroit un grand foulagement 
pour nûs frères de la partie dç l'eft qui étoient fi fort 
intérélTés dans la diftillation — que le rum diftillé, dans 
la campagne, ne pourroit fe voiturer s'il étoit chargé 
d'un impôt fi lourd. — Qu'elle porteroit atteinte à une 
branche de manufacture effentielîe — qu'aucun autre 
article ne fouffriroit le même dommage. M. F. finit 
en difant qu'il étoit bien plus aifé d'empêcher la fraude 
par une perception facile, que d'imaginer des moyens, 
pour la perception des droits, funeftes à des intérêts 
qui dévoient être fi chers. 

M. Lawrence parla en faveur du raiaL Plufieurs 
autres membres parlèrent pour et contre cette mefure 
qui, après de longs débats, fut déférée. 

Il fut propofé que le comité fe levât, cette motioii 
fut reçue. 

L'orateur ayant repris fa place introduifit le rapport 
de la pétition de M. Churchman. 

M. Madifon défîroit que l'on raffemblât des lumi- 
ères relativement à la théorie de M. C. non-feulement 
afin qu'on pût être à portée de lui rendre pleine juf- 
tice, mais pour que le public témoignât fon approba- 
tion envers le gouvernement en fupportant fa dignité. 
Les corps publics, ajouta M. M. font fujets à être af- 
faillis par des projets abfurdes ; j'avoue, cependant, que 
bien des projets en apparance fans avantages, ont pro- 
duit les effets les plus heureux. 

M. Huntingdon entra dans uneJongue difcuîïlon du 
rapport laquelle il finit en fa faveur. D'après la motion, 
le rapport fut partagé ; et la première partie, accor- 
dant à M. C. e privilège exclufif de faire et de vendre 
fes tables, plans, &c. fut acceptée. La féconde con- 
cernant le voyage projeté, fut remife à un autre jour, 
i Le rapport fur la pétition du Dr. Ramfay fut en- 
fuite examiné. 
' M. Jackfon (delà Virginie) fe leva et s'oppofa vive- 



[ 3 

ment au rapport. Le Dr. R. ajouta-t'-îî, a donné 
une defcrjpt'ion partiale des opérations qui intéreffent 
l'état de la Géorgie, or, fi un corps aufli refpeâable 
que le Congrès, pofoit le feeau de fon approbation à 
cet ouvrao-e, par un afte légiflatif, ce feroit confirmer 
fes defcriptions, — ce feroit empêcher les autres hifto- 
riens de rendre juftice à l'état de la Géorgie.^ C'eft 
pourquoi je propofe que cet ouvrage foit fournis a des 
principes généraux. — Il fut nommé un comité à cet 
effet. 

Du Mardi 21. 

*^*Lc comité arrista qu'il fût impofé far lesbatimens 
tant américain» qu'étrangers les droits que nous avons 
donnés dans le Courier du 3® Avril. 

Au moment où nolis allons à la prefîe, la malle de 
New-York nous annonceque ces droits ont été changés. 
Les-uns ont été augmentés, les autres ont été dimi- 
nués. Nous nous emprefferions de donner ces change- 
mens dans ce No. s'il n'étoit pas probable qu'il s'en 
fît d'autres ; car le fénat, et le Préfident n'ont point 
encore donné leur affentiment a cebill ; et il contient 
pluficuis articles qui doivent occafionner de longs dé- 
bats. L'impôt fur la mélaflc eft un levain toujours 
prêt à fermenter. Il grève tous les états de la partie 
de i'eft pour Icfquels la mélaffe eft une grande ret- 
iburce. 

Mercredi 22. 

Se paffa en débats fur les formes prefcrites par la 
conftitution. 

[^La fuite à Vordinaïre prochaln.'\ 



Fin de la Lettre d'un Voyageur fur les Etats- Généraux. 

L'arrêt du confeil qui fixe îesbafes de l'affs^rablée des 
Etats-Généranx, en confervant à tous les fujets de 
S. M. les diftinclions de leurs états rcfpeclifs, a régé- 
néré & rétabli à jamais le patriotifme. La France 
aura encore des Bayards, des Sully, des Colbert, des 
Duguay Trôuin j le trÔHe fera entouré & gardé par 
des la Feuîllade ; les Ccnchinifeuls n'en approcheront 
plus. C'étoit une notion bien étrange, que celle qui 
faifoit regarder un -François, parce qu'il n'étoit pas 
prélat ou gentilhomme, comme un être abjeft. Puif- 
que l'anglomanie s'ell étendue fur la France, on peut 
bien, citer ce qui fe pafFe en Angleterre aujoud'hui ; 
c'eft une leçon qu'elle donne à toute l'Europe; puiffent 
toutes les nations fages en profiter ! 

C'ed des égards que montre la chambre des pairs 
pour celle des communes, dont je veux parler. C'eil 
un exemple que le clergé & la nobleffe Françoife ne 
dédaigneront pas d'imiter dans un moment où il eft 
queftion de facrifier l'intérêt perfonnel à celui de la 
patrie. En vain l'on dira qu'il fe trouve dans la cham- 
bre des communes del'Angleterre,quelques defcendans 
des nobles. Ils ne s'y trouvent pas parce qu'ils font 
nobles ; mais parce ^qu'ils ont été élus par le peuple; 
parce que les nobles ne fe regardent pas autrement 
dans la Grande-Bretagne, que comme des citoyens. 



t ] 

C'eft parce qu'ils fe font un devoir de mériter ce titre, 
qu'ils l'obtiennent. 

S'il y a de la différence entre les conftitutions An- 
gloife and Françoife, elle fera toute à l'avantage de la 
France, puifqne le Roi lailTe toutes les éleélions libres. 
En Angleterre, on voit plus du tiers des repréfentans 
du peuple aux ordres de la couronne, ou de quelques 
particuliers. PolTédant en propriété certaines mafures 
ils ont confervé le droit de députer au parlement, parce 
que les lieux où elles font fituées l'ont eu originaire- 
ment, & qu'il a été tranfmis de père en fils aux pro- 
priétaires du fol. Nous ne citerons, pour faire fentir 
rétendue & le danger de cet abus, que l'exemple à'Old 
Sarum, qui envoie deux membres au parlement, élus 
par les habitans de cinq à fix cabanes, qui ne vivent 
que des bienfaits du lord Camelford. Ces deux mem- 
bres, une fois élus, n'en reprefentent pas moins le peu- 
ple. Voilà le vice de la conftitution Angloife. La 
forme de convocation ordonnée en France, rend l'intro- 
duélion de cet abus impoffible dans fa reprefentation. 

Grande-Bretagne. 

On de voit reprendre le procès de M. Haftings le 
16 Avril der. 

Au moment où les ambaffadeurs de Tippo-faltan 
prirent congé de la cour de VerfailJes, ils demandèrent 
par quelles marques d'amitié, le fuitan leur maitre, 
pourroit le mieux reconnoître le traitement qu'ils 
avoient reçu du Roi de France ; le Roi repondit que 
la délivrance desoiïiciers et foldats anglois qui fe trou- 
veroient détenus dans les dominions du fuitan, fur-touc 
ceux qui avoient été faits prifonniers par M. De Suf- 
frein, lui feroit le plus grand plaifir. Cette déclara- 
tion qui élevé fon auteur au-deffus des Rois ajoute, s^ii 
eft poffible, un nouvel éclat au trône d'où elle émane, 
en le rendant le protecteur de l'humanité. 

L'intention de la cour de France, n'étoit pas de 
faire connoître cette prière avant qu'elle n'eût eu foa 
effet dans l'Inde — ce fut l'ambaffadeur qui donna le 
premier cette intimation. M. De Suffrein écrivit 
une lettre conçue en termes très-forts, à Tippo ; et 
l'on envoya ordre aux gouverneurs François, de faire 
tous leurs efforts pour accomplir un objet où l'huma- 
nité et la politique d'un nation puifTante et éclairée, 
étaient également intéreffées. 

Les détails d'une négociation, fî honorable pour 
celui qui l'a mife fur pied, font trop intérelTans pour 
être long-temps ignorés. 

De BO S 1:0 N, le 14 Mai, 

Les lettres de Londres nous confirment le rétablifle- 
ment de la fanté du Roi — Le rapport des médecins 
a cefTé ; et fa majefté eft dans un état de parfaite 
fanté, elle converfe avec diverfes perfonnes, et fe ref- 
fouvient fi bien de fa maladie, qu'elle demande fou- 
vent qu'on ne lui parle point d'affaires publiques, 
*' ^^on me laijfs tranquille pour le moments. 



[ 3^ 
Prix Cûurans — Pm des Fonds publics — et 
état du change entre Bofton et les principales 
ailles commerçantes de V Europe. 

*^* Les prix annexes aux articles ci-deflTaus font 
en chelins. Le chélin, ou fol deBoflon,vaQt 12 déni- 
ers, le dénier vaut 6 liards de France. 



IMPORTATION. 

Par Linire. 

AFFE IJ. 4^. 

Clous de Girofle \2s, 
Corinthes \s. 

Coton \s. 6d. 

îadigodeSt.Domiîigue 6s. 
Nois de Mufcade 40^. 
Peaux de Bœuf 3J. zd. 
Piment is. 

Poivre 2s. 

'Hyfon îOJ. à i8f. 

Souchong 6s. 2>d. 
H î Congo 6s. 

,Bohea is. 6d. 

Par ^îniaî de il zlb. 
Cacao Soj. 

Par BufoeL 
1 France is. 7,d. 

Liverpool is. zd. 

«Lifbonne \s. 6d. 

, Cadix IJ". 6d. 

i Ifles Turques is. Sd. 
Par Carje. 
Genièvre d'Hoilande 20s. 

Par Tonnea-a. 
Chanvre de Riga 55/. 

Bois d'Acajou,! s , 

le pied courant 3 ^ 

Par Galion^ 

Eaux de Vie de Nantes 3^-. 

deBourdeaux 3J. zd. 



Par P'ipe. 

Vin de Madère" 40 à 80/. 

— de Lifbonne 30 à 32/. 

Vin deBourdeaux, 1 » 

par barrique J "* ' 



EXPORTATION. 

Par Livre. 
NCRES ^s.6d. 



Amidon 6d. à is. 
Blanc de Baleine rafiné 2/6. 
Beurre 6d. 

Cire d'Abeilles u. 6d. 
Chanvre du Pays 6d. 

Chandelles deblaacl r, 
de Baleine 3 ^ 

do. de Suif, moulées 6d. 
Chocolat \od. 

Ginfeng zs. 6d. 

Indigo delaCaroïinejj.àôj. 
Jambons 6d. 

Lin 6d. 

^ rCaflor 5 a ioj. 

i^7 j Loutre 15 a 30J. 

% I Renards 5^.3 js.Gd. 
■^ l^Ours 10 à i8j. 

Plumes ÏJ. zd. 

Poudre à Canon u. 6d. 
do. à Giboyer zs. 

Savon Sd. 

Suif cd. 



Huile d'Olive 
Efprit de la Jamaïque 
Rum d'Antigue zs. 

- Ifles du Vent zs. 

Sirop ou Mélaffe u 
^ "1 Malaga 
"^ ( Oporto 
.= f Fayal 
♦^ 3 Teneriffe 



6s. 
Sd. 

3- 



Sain-doux ou mantegre 6d. 

Sucre royal is. 6d- 

do. en Pain lod. 

Par ^/inial de i oolb. 

■James River 30j-. 

Rappahannock xos. 

Marylandj jaune 30^. 

do. noir ^oj. 

Caroline 



Par Quintal 0/ 11 zIL 

Cordage 54^' 

Morue 14^' 

Pain d'Equipage 20 a 21s' 

z±s. 



24.S. 



do. dit de Pilote 
Riz de la Caroline zis. 

Par Tonneau. 

Acier 50/. 

Fer, coulé 22/. 

do. en vergés 24/. 

Potaffe y 30/. 

Pcarl-affe 32/. 

Par Baril. 

Boeuf 40J. 

Brai 15s. 

w fFinept.neti 96/15. 34^. 
'C < Commune do. 32^- 
fS LMahi do. 

Goudron 
Poix 

Porc de 2i8Ib. net 
Réfme 



K 



Par Gallon. 

"Lin 

Spermaceti 
Baleine - 
Morue 



4J-. 

3^. 4. 

zs. 

is. lod. 



\ Par Mil de î 200 Pieds. 

â f Pipe 10/. 

5 < Boucautsoubatriq.6/. 

^ (.Barils 7L 

■^ . .j 

Feuillards de i zoobrins 3/» 



16 

IOJ. 
I çx. 
60s. 

lOS. 

Par Bujhel. 
Avoine \s. 6d. 

Bled noir zs. 6d. 

do.deTurqueouMahi 
Froment 6s. 

Çraine de Lin 4^. 6d. 



Le quintal de ce pays 
eflle même que celui d'An- 
gleterre, & correfpond à 
gilb. poids de France 6c 
d'Hollande, — Le tonneau 
eft eftimé 20 quintaux de 
îl2lb. 

Le bufliel ed le même 
que celui d'Angleterre, 8c 
contient 8 gallons, dont 
deux font à peu près une 
velte de Bourdeaux. 



EFFETS 



PUBLICS. 



8^.1 •tî 
8^.1 g 



4^' , -. 
3J. âfd. \ M 

16.. \ ° 
6s. 4«/. ! ^ 

\os. 11^ 
3J. 8^. J ^ 



Comptes arrêtés \_Jînal fettlemefits'^ 
Certificats du bureau d'emprunt 
Coupoas d'intérêts , 

Ordres fur l'impôt et l'accîfe 
Notes de l'armée 
Ordres en argent 
Ordres du No. 2 et du No. 3 
Papier- mon oye de la nouvelle émiflion du 

Maffachufetts, — ^6 pour i. 

Cours du Change. 

Sur Londres, à 30 J. d'us. 5 par cent au dcffus du pair. 
Sur do, à 6a do. 4 do. 
Sur do. à 00 do, 3 do. 
Sur France, à 30 do. au pair. 
SurAmfterdain,à6o do. au pair. 



A B O S T O N, de llmprirnerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhiîl, No. 53, 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem, chez MP-vl. Dabney et Cufning ; à New-Tork, chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphie^ chez M. Mathew Carey ; et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
éans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 




OSTON, 



AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



L'Utilité des deux Mondes. 



Fnx, 5 Fence.'\ 



Du JEUDI, 21 Mai, 1789. 



[No. 5. 



Suite des Travaux'' du Congres, 

Du Vendp.edi 24. 

IL s'éleva quelques débacs fur le rapport du comité. 
Le droit de 15p. cent fur le rum de la Jamaïque fut 
vivement combattu par MM. Boudinot, Jackfon, et 
Wadfworth, et il fut fupporté par MM. Fitzllmons et 
Madifon ; mais les fuffrages ne furent point recueillis. 

MM. Benfon, Carroll, Sherman, Madifon, & Ames 
furent nommés en comité de la part de la chambre, 
pour examiner quels titres on donneroit au Prefident, 
et au Vice- Préfident, ou s'il leur en feroit donné d'au- 
tres que ceu:: prefcrits par la conftitution. 
Samedi 25. 

Ce jour fe pafTa'en longs débats fur la réduction et 
augmentation de certains droits ; mais comme les 
changemens ne font point encore établis, nous atten- 
drons qu'ils aient paiTé les deux chambres. 

lî îat auflî pSÎTé un bill pour régler la manière de 
prêter le ferment requis par la conftitution. 
Du Lundi 27. 

Il fut nommé un aumônier pour le Congrès. 

Les droits impofés fur différens articles furent 
changés — les-uns ont été réduits, les autres augmen- 
tés, et d'autres ont été rayés. 

On s'occupa férieufement de l'impôt fur la mélaffe, 
qui fut attaqué par MM. Goodhue, Gerry, et Ames, 
avec beaucoup de chaleur. Leurs argumens étoieut 
que cet impôt étoit difproportionné aux autres droits— 
qu'en conféquence, il étoit injuIle,impoîitique et même 
opprefîîf envers les états de l'efl. Ce droit produiront, 
diicnt-ils, une fomme de 180,000 piaftres, fomme 
que tout le vura et tout le fucre de la Pennfylvanie ne 



pouvoîent produire. — On fit quelques observations 
en faveur de l'impôt. 

Mardi. 
Il fut propofé de fupprimer l'Impôt de 6 f. par gai, 
fur la mélaffe ; mais l'éloquence et l'énergie des ar- 
gumens qui furent énoncés ne purent l'emporter- — Il 

y eut pour 21 

contre 24 

Marpi 28. 

Le comité nommé pour conférer avec un comité du 
fénat, fur la manière de fe faire paffer leurs meffages, 
bills, &c. fît un rapport qui fut reçu — on reprit le 
fujet des impôts — mélafTe — -M. Sherman propofa de 
diminuer le droit de 6 fols ; et de fubflituer l'accife 
fur le rum du pays. 

M. Wadfworth étoit oppofé à l'impcfition de es 
droit. — -Il obferva que la principale raifon qui avoit 
été donnée étoit de décourager l'ufage du rum, que 
l'on avoit regardé comme funelle à la fanté, et aux 
mœurs du peuple ; mais que cet argument tombolt du 
moment qu'on jettoit un coup d'œil fur les pêcheurs, 
et les habitans des côtes qui en font un ufage copieux, 
— Que quant à leurs mœurs, elles étoient, au moins, 

auflî pures que par- tout ailleurs. L'importation 

de cet article, ajouta M.W. efl fi étroitement liée avec 
nos pêcheries, qu'on ne peut prohiber l'une fans por» 
ter atteinte aux autres. 

M. Thatcher vint à l'appui de ces raîfonnemens j 
il ajouta que la mélaffe étoit une matière première— 
elle ne devoît point être taxée plus que ne le font les 
pêches, les pomraes,&c. — Cette branche de commerce 
fe falfoît avec nos alliés— >M. T. réclama en faveur des 



[ 34 ] 



Intérêts de 400,000 citoyens qui étoient intérefles dans 
cette queftion. 

M. Boudinot dit qu'il étoit fâché qu'il fe fît des 
obfervations d'une nature locale ;— qu'il fe regardoit 
comme repréfentant du Maffachufetts— que quoique 
certains impôts pourroient d'abord, avoir un eftet 
inégal, cependant la néceffité d'un revenu avoit été 
reconnue — Néanmoins, que comme cette manufaûure 
ne devoit point être furchargée, il étoit d'avis qu'une 
réduaion de 6 à 3 f. fuffirolt.— M. B. ajouta que la 
chambre devoit fe conduire fur les principes de la 
juilice et de l'équité— qu'il étoit furpris de voir que 
î'on comparoit les états du nord à ceux du fud— que 
les taxes impofées fur les articles de nécefîité étoient, 
pour ces derniers, une taxe fur leurs produdions. 

M. Madifon. " Il a été obfervê que cet impôt 
détruira une branche de commerce très-avantageufe, 
qui fe fait avec nos alliés ; mais avant la guerre, il 
y avoit un impôt fur cet article ; cependant le com- 
tnerce de la mélaffe fe faifolt, malgré que le rum 
étranger fût alors exempt de droit ; il en paye de 
très-l«urds à préfent, et cependant on dit qu'il n*en 
eîï pas fufceptible — Si la fabrique du rum fe fuppor- 
toit, quand elle avoit à combattre l'importation étran- 
gère, il eft abfurde de penfer que le droit propofé la 
détruira : il y a des impôts fur le rum du pays, ce- 
pendant les fabriques fe maintiennent. — Il a été obfer- 
vê qu'il obligera les négocians à augmenter leurs ca- 
pitaux ; mais cette objeétion eft applicable à toutes 
les autres branches, ou il faut s'y fouraettre, ou aban- 
donner l'idée d'un revenu." M. M. combattit l'acciie. 
ïl y a, dit-il, déjà une accife fur le rum dans phifieurs 
ctats; mais je crois qu'il n'en eft point fur la mélaffe; 
il eft donc évident que la confommation du rum aug- 
mentera, fi l'on raye cet article de l'énumération, 
or, ce feroit facrifîer l'avantage de trois millions d'ha- 
bitans à l'intérêt des diftillateurs. 

M. Ames. ** La conftitution qui nous raflemble 
dans ce moment, eji le refultat de la ntcejfiîé du commerce. 
D'après tout ce qui s'eft paffé, il n'y a pas un membre 
dans cette chambre qui ne folt de ce fentiment — parmi 
les branches diverfes du commerce des Etats- unis, il 
B*en éft point de plus étendues que les pêcheries et il 
n'en efl: point qui aient été plus foulées^ privée des 
ports de l'Angleterre, n'ayant pour toute reffburce, 
çjue les colonies françoîfes, et cela, fous des reftridi- 



ons fcvères, cette branche avantageufe a marché d'un 
pas rapide à fa deftruftion ; elle perd tous les jours ; 
et fi elle rencontre de nouvelles entraves, elle ne peut 
manquer d'être anéantie inceflarament — M. A. con- 
tinua à réfuter tout ce qu'avoit avancé M. Madifon, 
avec autant d'éloquence et d'énergie, que de patrio- 
tifrae et de connoiffances. — Il fut fupporte par M. 
Goodhue, fur" les mêmes principes. — M. Gerry entra 
dans un long examen de cette queftion — il vint a l'ap- 
pui des argumens qu'avoient donnés MM. Ames et 
Goodhue. — Il s'étendit fur le mécontentement qu'oc- 
cafloneroit une telle mefure, parmi les états de l'eft. 
Quoiqu'en difent les perfonnes qui font oppofées à i'u- 
fage du rum et à fa diftillation, ajouta M. G. cette 
branche de commerce exifte dans la Nouvelle-AniTle- 
terre, et elle exifte légalement. — L'impôt en queftion 
va ruiner les diftillateurs— ces mêmes diftillateurs qui 
joignirent au fceau de la loi, l'approbation de leurs 
concitoyens dans leurs opérations de commerce, ne font 
ils pas fondés à réclamer contre une telle raefure ? à 
demander qu'on leur rembourfe leurs avances ? — nos 
pêcheries ont déjà affcz d'entraves à combattre de la 
part des autres nations qui accordent des primes aux 
leurs des d.oits qu'ils tirent des nôtres, fans leur en 
fuggérer de nouvelles." — M. G. fit voir la dlfpropor- 
tion de la taxe en queftion avec celle du fucre, obfer- 
vant que l'un étoit article de néceffité tandis que l'autre 
étoit de luxe, quoique ce dernier payât moins. — Il fit 
voir les dangers de la contrebande, qui devenoit l'al- 
ternative des diftillateurs — les gardes multipliés- — les 
frais qu'ils eotrainoient, frais qui confommeroitnt une 
grande partie du-revenu — que le diftillateur ne balance- 
roit pas fur la contrebande, parce qu'il fe fentiroit 
opprimé, delà toutes fortes de maux. 

Pîufieurs autres membres parlèrent pour et contre 

—on recueilit le« yjoix et l'impôt de 6 fols par gai. fut 

> Si 

continue, \ 

La chambre prit connoifTance du refte du rapport, 
excepté le tonnage — il fut nommé un comité pour 
rédiger un bill. 

Il fut lu un arrêté du fénat inftruifant qu'il avoit 
été nommé un comité pour s'occuper des papiers 
trouvés dans le bureau du fécretaire. — La chambre y 
donna fon aflentiment, et elle nomma un autre comi- 
té pour joindre celui du fénat. 

Mercredi 29. 

Il foi reçu une lettre de M. Matthias Ogden, du 



[3 

Nevi^-Jerfey, addreflëe à l'orate^if de la chambre, avec 
une pétition et remontrance de la part d'un nombre 
de citoyens du New-Jerfey, concernant les tumultes 
de leur dernière élection, et fe plaignant des moyens 
indirefts dont on s'eft fervi pour en impofer aux élec- 
teurs — use plainte formelle contre le gouverneur re- 
lative au rapport des votes. — Cette remontrance et 
pétition fut renvoyée au comité des élevions. 

Il fut nommé un comité, pour évaluer les impôts, 
fuivant rimpofition qui en a été faite, et la dette na- 
tionale. 

Vendredi, i Mai. 

Le dîfcours du Préfident aux deux chambres du 
Congrès, fut lu, et renvoyé au comité de la chambre. 

Lar chambre en comité — M. Page orateur. — M. 
Madîfon introduifit l'arrêté fuivant. 

*' Qj3'^^ ^^^^ nommé un comité, pour faire une ha- 
rangue au Préfident — féliciter fon Excellence fur fa 
nomination au pofte de Préfident des Etats-unis — 
exprimer l'approbation de la chambre fur les plans 
propofés par fon Excellence, pour concourir au bon- 
Leur et à la profpérité de ce pays, et fur les fentimens 
patriotiques qu'elle a déployés dans fon'difcours." 

Il fut auflî queftion des émolumens qu'il convien- 
droit de donner a S. E. mais cette queftion fut remife 
'SU! comité de la chambre, fur l'état de l'union. 
.;':, Lundi, 4 — M. Smith préfenta une pétition au nom 
des conftrufteurs de navires de la ville da Baltimore. 
Cette pétition fut lue et renvoyée au comité fur l'état 
de l'union. 

M. Madifon donna avis qu'il introduîroit le fujet des 
amendemens, le 4eme. Lundi de ce mois, conformé- 
ment à l'article 5 de la conftitution. M. M. obferva 
qu'il s'y prenoit de bonne" heure, parce que le fujet 
étoic important et majeur — il fit la motion que le jour 
fût arrêté, — cette motion fut reçue. 

M. Ames préfenta trois pétitions de différentes per- 
fonnnes qui relièrent fur la table. 

M. Goodhue propofa que le comité prît connoif- 
fance du refte du rapport fur le tonnage — on lut le 
premier article " tout les batimôns qui appartiendront 
aux citoyens des Etats-unis, payeront un droit de 6 
p. ton." 

M. Bland propofa que l'on ajoutât " excepté les 
, batiraens allant d'an port à l'autre dans les Etats-unis." 
1 M. Lawrence s'y oppofa— il dit que l'article de la 
î conftitution étoit affez clair— qu'il ne pouvoit s'entsn- 



s 1 

dre que des batimens entrant dans un troifième port 
— que les navires du cabotage étoient afTez contents 
qu'il y eût des fanaux, pilotes, &c. qu'il étoit jufte 
qu'ils payaffent ces avantages. 

M. Madifon e'toit d'accord avec M. Lavprence fur 
l'explication qu'il avoit donnée de cette claufe. Il y a, 
ajouta-t'-il, des membres qui ne s'accordent point avec 
la conftitution — cette dijfonnance renverfe le fyftême 
du revenu — fi les navires ne font pas obligés de don- 
ner leur entrée et leur fortie, ils pourront éluder tous 
les droits. — Il me fembîe que cet article eft fimple et 
aifé à entendre. 

M. Bland ne jugea pas à propos de retirer fa mo- 
tion, il ne s'enfuit pas, dit-il, que parce que la con- 
ftitution donne au Congrès les pouvoirs nécelfaires,- 
elle lui donne tous les pouvoirs ; fi cela étoit, nous 
ferions bientôt abfolus. — Il eft reconnu que la conven- 
tion, en formant cette claufe, avoit en vue de favorifer 
le cabotage. 

MM. Livermore, Baldvvin, étoient d'accord avec 
M. Madifon. 

M. Boudinot obferva que ce changement priveroic 
le Congrès du pouvoir de lever un revenu. — La con- 
ftitution, ajouta-t'-il, accorde ces pouvoirs au Con- 
grès. — Le Congrès eft obligé de fupporter la confti- 
tution; elle n'admet point de vues partiales — la claufe 
en queftion s'eteni indiftinftement à tous les batimens. 
———L'explication qu'en a donnée l'honorable membre 
tend à exempter tous les batimens de droit. Quoi I 
s'enfuit-il qu'un bâtiment allant en Europe, ne pay- 
era point de tonnage, parce qu'il aura ramafle fa car- 
gaiXon dans les différcns ports des Etats-unis ? Le fyf- 
tême du revenu feroit bientôt renverfe, 

M. Bland perfifta à foutenir que la claufe de la con- 
ftitution étoit qu'aucun état ne payeroit des droits fur 
les produélions d'un autre — que le tonnage y étoit 
compris. — M. Madifon répliqua que la conftitution 
donnoit au Congrès plein pouvoir de régler le Com- 
merce — s'il ne peut obliger les batimens à donner leuf 
entrée et leur fortie, peut-on dire qu'il le règle ? 
Ce changement ne put pafler. 
Le fécond article ne fut point changé. 
Le troifième fut pris en confidération fur tous les 
batimens des fujets des puiifances, aveq kfquelles ks 
Etats-unis ont fait des traités, &c. 

M. Lawrence ayant fait la motion que les paroles 
*' avsc le/quelles ks Etak-unk ont fait cks traités," fui- 



[ 3S ] 

fent rayées, il s'éleva de longs débats, fupportés avec I dons les cris de detrelTe d'une de cesîfïes — nous n'avons 
force et éloquence. M. L. obferva que l'état préfent rien— ils ont tout à craindre.-— Je n'ai pas le temps, 
de l'Amérique ne lui permettoit pas de faire des dif- dans ce moment, d'entrer dans une comparaifon ex- 



tinâions de cette nature — que les navires américains ne 
fuffifant point pourtranfporterfesprodu6tionB,elle étoit 

au pouvoir des étrangers obligée d'employer les 

navires des anglois, francois, &c. que fon commerce 
avec l'Afigletcrre lui étoit très-avantageux — que cette 
puiifance lui avoit ouvert fes ports dans l'Inde — que 
la Grande-Bretagne étoit une nation riche et puiffante 
— qu'il était impoUtlque de lui déplaire. 

M. MadiTon étoit d'avis que ce fujet entranoit une 
queftion générale. Il a été obfervé, ajouta-t'-il, que 
rotre marine efl; infuffifante, je le crois — fi nous n'a- 
vions pas befoin d'un marine, fi les Etats-unis pou- 
voient fe pafTer de cette puiffance, j'opinerois à ou- 
vrir nos ports au monde entier ; mais il efl: jufte de 
pourvoir à notre propre fécurité, et quoiqu'elle de- 
mande peut-être quelques facrifices d'abord, cependant 
celte ro.efure efl économique, ne fût-ce que parce 
qu'elle doit prévenir les horreurs de la guerre.— Il eft 
évident que les fentiraens du peuple font en faveur de 
cette diftinftion — nous en avons une preuve dans les 
adles légiflatifs des états repedlifs, or, fi nous l'abolif- 
fons dans le premier acte, nous pouvons nous atten- 
dre au mécontentement de nos conilituans. L'ho- 
norable membre [M. L.] foutient que le commerce 
<îe la G. B. nous eil avantageux ; mais il eft évident 
que ce commerce a eu pour feul objet un monopole 
univerfel — partiale, égoifte rapportant toutàelle même, 
entreprenant tout, dans fes regîemens de commerce, 
elle ne nous a offert d'autres avantages que ceux qui 
refultent de fes propres intérêts et de nos refTources 
locales — quant à fes repréfailles je ne les crains point — 
die nous a fait tout le mal qu'elle pouvoit nous faire 
- — s'il eft néceffaire, nous pouvons la braver, je crois 
que nous n'avons rien à craindre ; mais au pis aller, 
quels coups pourroit nous porter la G. B. ? fes colo- 
nies n'auront dans quelques années que ce pays pour 
tirer leurs articles de néceffiîé, et des reftriftions fur 
ce commerce l'ameneroient bien vite à la raifon — 
qu'avons-nous befoin de cette puiffance ? il eft en no- 
tre pouvoir de lui faire la loi au point qu'elle facrifie- 
roit bientôt fon orgueil aux alimens de fon commerce, 
et de fes manufadlures. Leurs ifles fe repofent enti- 



ade de notre commerce aveclespuiffances étrangères; 
maiî qu'il me foit permis de rappeler les circonftances 
les plus notoires---nos huiles font, à l'heure qu'il eft, 
reçues en France fous de grands avantages---Leà der- 
niers avis informent que le riz y fera bientôt reçu fous 
les mêmes avantages-- -Il eft de notre devoir de favo- 
rifer nos alliés à cette époque importante--De 90,000 
boucauts de tabac qui s'exportent en Angleterre tous- 
les ans, il ne s'y en confomme qu'environ i6oGO---Le 
réfte fe confomme en France-"nos alliés méritent quel- 
ques conridération---ils méritent que nous mettions 
leur navigation fur le même pied que la nôtre." - - - 

MM. Fitzfîmons, Wadfworth et autres parlèrent 
contre la diftinéïion en faveur de nos alliés ; mais on 
recueillit les voix ; et la motion fut perdue. 

La chambre ajourna. 

Mardi 5. 

M. Linn, aumônier de la chambre, officia pour la 
première fois. 

Le comité nommé pour examiner s'il étoit à propos 
de donner au Préfident d'autres titres, que ceux que 
lui donne la conftitution, fit rapport que cette queftion 
avoit pafî"é négativement---ce rapport fut accepté una- 
nimement. 

M. Madifon, du comité nommé pour répondre au 
difcours du Préfidert, fit rapport,lcquel fut lu, corrigé 
et accepté par la chambre. : 

'Î^La fuite à l'ordinaire prochain."] 1 

Lettre f à V éditeur de cette feuille. 

A Cambridge^ le 10 Mai, 17S9. 
Monfieur, 

" Qu'il me foit permis, d'après la permiflion que 
vous avez donnée au public, de vous communiquer 
mes réflexions fur l'état préfent du commerce des 
Etats-unis. 

Il y a bien des années que l'on a reconnu en Europe 
que la politique le plus faine en matière de commerce,, 
étoit de l'afiranchir de toutes les entraves, que lui ont 
fuggérées les hommes aux têtes étroites Inarrcîu- 
fK/Wfâ' »zf?2]-- -de lui rendre fa liberté dont la priva- 
tion engourdit toutes fes opérations---voilà îapolitique 



que la plupart des puiffances européennes commen- 
erement fur nous pour kur fubfiftence— nous enten- i cent à adopter---voilà les mefurcs qii'adopteront les 



[ 31 ] 



Etats-Généraux, dont la France attend fa regénérati- 
on. Toutes les proliibitions, reglemens, &c. de tous 
les genres» lui font odieux ; parce que fes refîburces 

naiffent de fa liberté vouloir le circonfcrire, c'eft 

vouloir lui oter fes avantages les plus défirables. Mais 
cette difpofition, chez les nations européennes, eft le 
fruit d'un longue expérience---comment nos Icgifla- 
teurs pourroient-ils fe difpenfer d'écouter fes leçons, 
dans la conjonéture préfente l à Dieu ee pîaife, Mon- 
ficur, qne je vienne ici d'une main téméraire flétrir les 
lauriers de notre honorable Congrès, en blâmant fes 
méfures-i-Je ne veux qu'expofer mes craintes- --je veux 
les expofer avec tout le refpeél qui eft du à ce corps 
augufte, et la franchife d'un républicain, qu'un ardent 
amour pour fon pays enflâme. Si la maxime de la li- 
berté du commerce a tant de poids dans les gouverne- 
mens monarchiques, combien plus n'en devroit-elie 
pas avoir dans une démocratie, où tous les individus 
font, en quelque forte, négocians ? où le commerce 
eft (îjieux entendu ? Mais dans les démocraties, il eft 
un tyran qui n'eft pas moins fevère que dans les autres 
gouvernemens.---Je 'VfùyiàixtVopïnîonpopulaire--'Cç. ty- 
ran a autant d'efclaves que les defpotes les plus abfolus, 
---comme eux, il gouverne avec une verge de fer--- 
comme eux, on lui facrific des viélimes fans nombre. 
Mais ce raifonnement n'cft point applicable à TAméii- 
quc---clle eft encore libre j s'il s'élève quelque fois 
des heiéfies, elles ne font jamais dangereufes ; la voix 
publique les a bientôt étouffées ; mais il y a pourtant 
du danger à les heurter de front, le faccès n*eft pas 

toujoHrs certain. Q^'il me foit permis de m'arreter 

ici un moment, pour contempler le fpeétacle nouveau 
et intéreffant que préfente la (*) légiilàture des Etats- 
unis ! peut-on' voir fans admiration un corps où tous 
les membres également fages et éclairés, fe font af- 
franchis de la tyrannie de cette opinion populaire, le 
fléau du fage ! la honte, la ruine des nations ; cepen- 
dant le nouveau fyftêrae va impofer des droits fur les 
articles d'importation. Cette mefure qui eft peut- 
être nécefîltée par la crife préfente, ne peut-être que 
teraporaire--déjà les meilleures têtes avouent quePagri- 
culture eft l'entrepôt de l'Araérique---que toutes les 
autres eonfidérations doivent céder à ce grand avan- 
tage. S'il eft une nation choine, aimée de Dieu, a 
dit M. Jefferfon, c'eft la cultivatrice, cette maxime 
aui» jufte qu'elle eft féduifante pour ks Américains, 



devroit toujouts être préfente à nos îégîflateurs. No- 
tre commerce eft fi étroitement lié à l'agriculture, 
qu'il importe peu quels reglemens quelles formes 
on lui donnera, pourvu qu'il foit libre---Le fyttême 
du fifc fous les yeux du Congrès, demande peut-être 
quelques facrifices qui, quoiqu'ils foient oppofés à la 
faine politique, peuvent être, pour le moment, des 
maux néceflaires ; mais il n'en eft pas de même des 
manufat^ures, elles demandent pour les exploiter des 
bras qui pourroîent être mieux employés,--des bras qui 
pourroient être utiles à leur pays, au-lieu qu'ils ne le 
font qu'à la cupidité de quelques entrepreneurs,---de3 
bras qui pourroient travailler pour eux-mêmes ; et 
non pour de maitres que leur a crées la cupidité et le 
monopolcj Mais d'où vient le penchant des améri- 
cains pour les manufaélures ? me dira-t'on, pourquoi 
ne fuivent-ils pas les objets qui leur font les plus avan- 
tageux ? hélas ! Monfieur, peut-on fe le diflîmuler ! 
le luxe des capitales, que les étrangers et même lee 
indigènes y apportent de temps en temps. Voilà 
l'origine des manufaélures qui font exploitées aux dé- 
pens de l'agriculture ; voilà le motif des entrepreneurs 
pour lui arracher tous les joins des bras qui auroient 
du lui être auffi précieux qu'utile£---OH eft embarraffé 
où mettre des impôts, eh que n'en met-on fur l'im- 
portation des étrangers, et même fur les Américains 
qui vont en Europe---ne vandroit-il pas mieux taxer 
rinfeétion qu'ils en apportent ?---ces derniers cultive- 
roient leurs champs, et les étrangers ne nous feroient 
plus tant de nouveaux befoins dont nous ne nous dou- 
tions pas-"Lorfque des étrangers, guidés par une curi- 
efiîé louable, viendroient vlfiter nos côtes, ils n'y ve- 
roient que des champs bien caltivés-'-des républicains 
vigoureux et robuftes, une population nombreufe au 
fein de l'aifance, du bonheur et de la profpérité fans 
luxe et. fans defir d'en avoir ; un commerce étendu 
que l'abondance de nos productions feroit fleurir, donc 
cette abondance briferoit les chaines-'---dans fa courfe 
rapide vers le plus haut degré de profpérité ou l'ap- 
pelé fes reflburces locales, l'Amérique ne feroit point 
arrêtée par la foule de maux qu'entraînent les manu- 
faélures---non, la bsche a la mai?i, ells àonneroif des 
lois a tout l'univers. 



(*) Note. 
Le mot Lêgijlature n^e^/î pas francois ; mais il merile 3e 
l'être, parce qu'il ejl injupplêchk. Nous ti avons que 
légiflation. 



[ 3S ] 



Âddrejfe de la Chambre des Repréfcntans^ au Prèf.dent 
des Etat s -unis, 
Monfieur, 

Les repréfentans du peuple des Etats-unîs, défirent 
montrer la joie que leur a caufée l'événement par le- 
quel, vos concitoyens ont raanifeflé la prééminence 
de votre mérite. Il y a long-tenaps que vous êtes en 
pofleffion de leur eftime---vous avez fouvent reçu des 
marques de leur afFeâiion. Vous venez de recevoir la 
dernière preuve qu'il leur reftoit à vous donner de leur 
reconnoiflance pour vos fervices, de leur refpeél pour 
votre fageffe, et de leur confiance en vos vertus--- 
Vous jouiffez du plus grand honneur ; parce que c'eft 
le plus vrai- --l'honneur d'avoir été choifi le premier 
magiftrat, par le choix unanime du plus Libre des peu- 
ples de la terre. 

Nous favons combien ii doit vous en avoir coûté, 
pour obéir à l'appel qui vient de vous être fait de 
quitter le repos refervé à vos vieux ans, pour entrer 
dans les affaires publiques dont vous aviez pris congé 
pour toujours ; mais robéiffance devoit céder à cette 
occafion : elle efi; déjà applaudie, par la joie univer- 
fclle qui vous à précède à votre poflc : et nous ne 
pouvons douter qu'elle ne foit recompenfée avec toute 
la fatisfaflion, avec laquelle votre ardent amour pour 
vos concitoyens, doit envifager les efforts heureux 
qu'ils ont faits pour avancer leur bonheur. 

Cette anticipation n'eft pas feulement juflifiée par 
les preuves de vos fervices fignalés, non, elle elt en- 
core fuggérée par les fentimens pieux qui diftinguent 
le commencement de votre adminillration, et les max- 
imes éclairées avec lefquelles vous voulez la conduire. 
Nous fentons, avec vous, les obligations les plus fortes 
d'adorer la main invilible qui a conduit les citoyens 
de l'Amérique au milieu de tant de difficultés ; de 
chérir ujie affurance intérieure fur le fort de la liberté 
républicaine ; et de chercher les fûrs moyens de con- 
ferver et de recommander ce dépôt précieux dans un 
fyilême de légiflation, fondé fur une politique droite 
dirigée par l'efprit de patriotifme. 

La quetHon qui refaite de l'article 5 recevra toute 
l'attention que demande fon importance ; nous efpe- 
rons qu'elle fera décidée d'après les confidcrations que 
vous avez expofées. 

Dans la provifion pour le département exécutif, nous 
ne perdrons pas de vue un fouhait refultant de motifs 
qui ne peuvent qu'enchérir fur notre refpeft. Votre 
réfolution, dans un moment critique, pour la liberté 
de votre pays, de renoncer à tout émolument perfon- 
nel étoit un des préfages nombreux de vos fervices pa- 
triotiques, qui fe font amplement accomplis ; et votre 
adhérence prefente, à cette loi que vous vous irapofates 
alors, ne peut manquer de manifefter la pureté, en 
ajoutant au luflre d'un perfonnage qui a tant de titres 
à l'admiration. 

Tels font les fentimens qu'il nous a paru à propos 
de vous o^rir,---ils font l'effufion de nos cœurs ; et 
nous croyens ferraédient que des millions de citoyens 



que nous repréfentons, il n'y en a pas un qaî ne îcs 
avoue. 

Il ne nous refle plus que de nous joindre à vos fup- 
plications pour attirer la bénédiélion du ciel fur no- 
tre pays, et d'y joindre les nôtres pour obtenir la plus 
grande de fes bénédiftions \the choicejl of theje blejjingsl 
pour le plus aimé de fes citoyens. 

Frederick A. Muhlenberg, Orateur. 

Réponse du Président. 
MefïïeHrs, 
Votre addrelTe afFeélionnée produit, dans moi, des 
mouvemens que je ne faurois exprimer.- -Je fens que mes 
efforts paifés, au fervice de mon pays, font plus que 
payés par fes bontés ; et je crains fort que les futurs 
ne repondent pas à votre anticipation obligeante tout 
ce que je puis promettre, c'ell qu'ils feront toujours 
dirigés par un zélé ardent et pûr---au moins, mon 
cœur m'affure de cette refrource---pour le refle, je me 
repofe fur la fageffe et le patriotifme de ceux avec qui 
j'ai à coopérer, et fur la continuation des béaedidtions 
du ciel fur notre chère patrie. 

Extrait de la lettre des 22 gentils-hommes comtois 
qui ont protefté contre l'arrêté de la nobleffe de 
cette province. 

SIRE, 
Pénétré de reconnoiffance et de refpcé^ pour le ré- 
fultat du confeil de V. M. du 27 Décembre, noua 
n'avons pas cru qu'il nous fût pofRble d'adhérer aux 
proteflations, en date du 6 de ce mois contre ce ré- 
fultat, par une partie de l'affemblée de la nobleffe de 
cette province ; 22gentiIs-horames, membres de cette 
chambre, obeiffant au cri de leur confcience, et pleins 
de confiance dans ces vues d'équité que V. M. annonce 
pour le bonheur et le foulagement de fon peuple, ont 
réclamé contre ces proteflations ; à eux s'eil joint un 
de vos anciens minillres (M. le Prince de Montbarey) 
fur le refus d'inférer leur rcclamation fur le régiflre, 
ils ont dépofé l'aéle qui l'atefle chez un officier pub- 
lic. Votre parlement de Franche-comté, inflruit de 
cette démarche de vos fujets fidèles^ vient de faire en- 
lever cette minute précieufe pour nous, en ce qu'elle 
étoit un monument de notre refpeâ pour vos volon- 
tés paternelles, et de notre amour pour notre pays, et 
le feul témoignage que nous pulfions vous offrir de 
notre reconnoiifance. En enlevant un dépôt facré, 
votre parlement ne peut nous forcer au filence. Il a 
pu fuppi'irher l'aéle qui renfermoit nos fentimens ; 
mais il ne peut empêcher que leur expreffion ae par- 
vienne au pied du trône. Nous oublions. Sire, la 
fuppreiïïon de cet aéle nationale, parce que les vœux 
qu'il contient font gravés dans tous les cœurs vraiment 
patriotiques et françois ; nous cherchons moins à de- 
mander le redreffement du tort honorable qu'on nous 
a fait, qu'à manifefter à tous nos concitoyens les fen- 
timens d'amour et de refpeél pour votre perfonne fa- 
crée, et d'adhéfion aux principes généreux de liberté 
I €t de félicité publique que V. M. confacre. 



[ 39 1 



De la Martîn'îqtie, le \ 5 An^ril. 

Sa Majefté a nomraé à l'intendance de la Marti- 
nique, vacante par la réfignation de M. Foulqiiier, M. 
Fourlon d'Ecoutier, ci-devant intendant de la Gaii- 
deloiipe. S. M. a fait connoître fon intention de 
fupprimer cette dernière place. 

De Richmond, le 6 Mai. 

Il vient d'arriver un Courier du comtée de Lieute- 
nant de Monongalia a la légiflature de cet état Ce 

Courier bous inforrae que le 23 de ce mois, deux par- 
tis d'Indiens attaquèrent prefqu'en même tennps, deux 
familles fur le Dunker Creek ; ils tuèrent le maître 
d'une de ces maifons, et l'homme, la femme et deux 
enfans. L'alarme qu'a donnée ce meurtre aux habi- 
tans de cette partîe,<:il des plus férieufes ; et à moins 
qu'on n'apporte de prompts remèdes à ces déprédati- 
ons, la rivière de Monongalia qui traverfe la Morgan's 
town fera bientôt la frontière. 

Philadelphie, 13 Mai. 

Le difcours du Préfident, à fon acceflîon à l'ad- 
iTiiniftration des Etats-unis, mérite d'être gravé en 
lettres d'or. L'antiquité ne vous a rien tranfmis 
d'auffi bon. La combinaifon des principes juftes, et 
fublimes qui le compofent, décèlent à la fois îe chré- 
tien, le patriote, et le legiflateur par excelience--- 
que le vice, et l'irréligion bailfent la tête. Défor- 
mais, ils ne feront plus partie de notre caractère ! 
Notre ilhiftre Préfident nous a enfeigné, que la meil- 
leure politique étoit de révérer la Divinité, et de 
pratiquer la morale chrétienne. 

Le ver d de bouteille, dit la Fédéral Gazette, doit être 
pendant quelque temps la couleur nationale. C'cfl 
ainfi qu'étoit habillé notre Préfident bien-aimé, le 
jour de fon inauguration. Cette couleur s'accorde 
avec notre pr fente fîtuation, fortant d'un defert ; 
mais donnant des marques de vigueur et de beauté, et 
promettant une n^oifibn de profpérité abondante. 
De New-Tork, /^ 13 Mai. 

Son Excellence, M. le Comte de Mouftiers, don- 
na un bal au Préfident des Etats-unis, jeudi dernier, 
dont l'élegance ne pouvoit être égalée que par les 
perfonnes qui en furent, ---Pour réprefenter l'emblème 
de notre alliance avec la France, il y avoit deux danfes 
complettes, l'une répvefentant la France, et l'autre, 
î'Amérique---les dames étoient en blanc, avec des ru- 
bans, bouquets, et guirlandes de fleurs qui repondoient 
à l'uniforme des danfeurs. 

Le Vice-Préfident, plufieurs membres du fénat, et 
de la chambre des repréfentans des Etats-un3S'--le 
Gouverneur de cet état, celui du territoire de l'occident, 
et plufieurs autres perfonnages de diftinftion en furent. 

De B S T O N, le 21 Mai, 

L'Amérique offre aojourd'hui, dit Y Indépendant 
Chronicle, l'encouragement le plus étendu aux artifans 
de tous les gfnres---tons les poftes, excepté celui de 
Préfident des Etats-unis, font ouverts à l'émigrant le 
plus bas, le plus indigent, pourvu que fes talens, et 
fcs vertus l'y puifient faire monter. 

La maia d'œuvre eft plus chère à préfent qu'elle 



ne l'a jamais été. Une paire de fouliers qui coûte 1 1 
fhelings, fuffit pour acheter 180 liv. de froment, 120I. 
de farine, plus de 60II de falé. Nous avons befoin 
de bras pour exploiter nos manufactures. Je voudrois 
que l'on donnât une recompenfe de 40 fiiell- per 
chaque ouvrier qui nous vient d'Europe. 

*** Nous venons de recevoir les débats du Congrès, 
au moment où nous allons à la preiTe ; mais il faut 
avoir le temps de les traduire---Les feuilles angloifes 
qui n'ont qu'à copier ne les ont pas encore inférés--- 
nous les donnerons inceflamment. 



Commerce. 

Il y auroit beaucoup de chofcs à dire fur îe com- 
merce des Etats-unis avec la France, et avec fes co- 
lonies. Tous les articles qui en font TaUment, tels 
que la morue, les farines, les bols de cosflruélion, et 
une infinité d'autres denrées qui s'exportent tous les 
jours, de l'un à l'autre pay s- -- I^es ^az/royao éternels en- 
tre les capitaines---Ies animofités nationales qui en font 
les fuites, &c. offrent une foule d'abus qu'il feroit 
auffi facile que défirable, pour les citoyens des deux 

contrées, de détruire." Le Monopole, cet ennemi 

juré du commerce de toutes les nations, qui fouille 
tout, d'autant plus impunément, que fes caufes font 
moins connues, et que fon exiftence porte fur une bafe- 
qui doit la faire prolonger, ce monftre infatiable s'ed 
déjà glilTé dans la fpéculation de certaines maifons 
américaines, en dépit de la liberté qui devroit, au 
moins, défendre le commerce des tentatives de la cu- 
pidité. — — Nous nous permettons de croire que"; îe 
peu de vraies connoiffances qu'ont les colons del'Amé- 
riqiie, et des mœurs de fes habitans font la caufe prin- 
cipale des abus dont on fs plaint. 

Si les perfonnes éclairées qui ont été témoins de ces 
méfintelligences vouloient réfléchir au bien qu'ils 
pourroient faire à leur pays, et au commerce, en ré- 
pandant des lumières fur certains points, qui ne de- 
mandent que plus d'inftruftion, avec quel emprelfe^ 
ment ne feroient-elles pas difparoître les préjugés qui 
font tout-à-ia-fois la honte et la ruine des nations ? 
---nous nous ferons un devoir d'inférer dans cette 
feuille, tout ce qui pourra tendre à ce but. Nous in- 
vitons les perfonnes des deux nations, qui ont été à 
portée de faire des obfervations, de vouloir bien nous 
communiquer leurs vues. 

Parallèle de Sterne, avec le Cure de Meudon, 
On l'a comparé à Rabelais, & à certains égards il 
vaut mieux pour la Morale & pour la Philofophie : 
mais il le cède au Curé de Meudon pour l'érudition & 
pour la fineflc des traits. Il cfl aflez fingulier que 
ces deux hommes extraordinaires aient été tous les 
deux Prêtres, Prédicateurs & Curés, & qu'ils aient 
écrit dans des genres fi peu analogues à leur état. 
Sterne paroît avoir voulu faire amende honorable en 
compofant enfin fes Sermons. La vie Se les opinions 
de Triflam Shandy, qui eft une bouffonnerie continu- 
elle, fit comparer l'Auteur à Scarron, Sç on ne fut 
pas juite. Le àas comique qui fait le fonds de est Qu" 



[ 40 1 



tifcfgiy n'empêche pas (comme a dît un Ecrivain) qu^il 
n'y ait des réflexions très-férieufes fur les Jingularités des 
hommes célèbres, fur les erreurs ^ les foiblejfes de Vhu- 
manité. Tel eft. en effet le cachet de l'Auteur. Il rit, 
& donne à pcnfer ; il enveloppe fes vérités d'une gaze 
de plaifanterie, & rien n'eft perdu ; fentiment et gaîté, 
efprit & bonhomie, voilà Sterne. Comme Rabelais, 
il aima les voyages. Tous les deux viarent à Paris : 
îe premier y trouva des Proteéleurs & s'y fixa ; le fé- 
cond retourna dans fa patrie. Qu'avez-vous vu, 
iuidemanda-t-on ? Q^el cara6lère avez-vous trouvé à 
peindre ? Avez-vous rencontré des Originaux, — Nnn, 
répondit-il; les hommes y font comme les pièces de monnaie 
dont l'empreinte ejl effacée par le frottement. On auroit 
pu le peindre lui-même à Paris, car fa figure reffem- 
bloit à celle de Santeuil, & fa mobilité la rendoit 
phifante. Sa manière de fe vêtir n'étoit pas moins 
ridicule. 

Nous nous empreffons de donner à nos lefheurs du 
continent, les prix-courans des productions de l'Amé- 
rique en France, qui nous font tombés fous la main 
ces jours palTés. Les fuivans font de Bordeaux — MM. 
les iiégocians Américains peuvent les regarder comme 
cxafts ; parce qu'ils ont été rédigés par une perfonne 
fur laquelle on peut compter. 

PRICES CURRENT. Bordeaux, Feh. 15, Î789. 

American Produce. 
OBACCO Virginia, .... 30 à 38 
Maryland, 
Carolina & Georgîa, 

Rice Carolina, 20 à 24. 

Pot Afh, 

Pearl ditto, • 

Flour firfl: quality p.qaintalof Il8lb, 25 

Fine . . do 22 à 23 

Whale & Fifh oiî p. cvvt 30 à 40 

Dty Cod Fifh, ...,.., 
Hemp, ....... . 

Pig Iron, ...,...• 

Bar ditto, ------ ---20 à 24 

Per Pound. 
Indigo Carolina, firH quality, - - - - 8 

Coramon ordinary, 43410 

Whr.le bone, ---- - - - . 1-10^31 

Giufengy ..-.--...- 
Snake root, ...----- 

Deer iîcins, Indian dreft, -----233 

Beaver ditto do. -- - - - - -6ài2 



Fox ditto p. ficin, -- - =- - - za. ^ 

Raccoon do. p. do. 2 s. ^ 

Per Boiffeau. 

Wheat, i6-ioà 17-15 

R.ye, --- -. -ioàl2 

Peas, ..-. . 

Beans, - - ----.-.-._ 

Iridian corn, --=-.-.._ 

Tar per barrel, - - 15^18 

Oak Timber, per cubit foot, - - 
Hogfhead ftaves per thoufand of i6i6. 280 à 3^0 
N. B. Hhd ftaves fuit better this raarket than pipe, 
or barrel — Tar better than Turpentinc or Pitch. 

French Produce* 
Brandy Coignac, per velt, - - . 4. 

Bordeaux, ..-.,. 3-13 
Cîaret proper for exportation, per ton. 600 à 1200 
Ditto ditto, - per bottle. 60 à 20 

Olive Oil, per cwt. - 80 à 100 

Almonds per do. ------- ^o 

Prunes---per do. ----- - - -30340 

Raiions per Ib. - - - - -- - . - 6 

Loaf fugar, per cwt. ------ 

Cordage - - per do - - 40 à 42 

Gunpowder per do. - - - ---çoàioo 

Sait per ton of 40 bufhels, - - - - 14 

West'India produce. 
Sugar Mufcovado, per cwt. - - - 35 à 45 
Ditto clayed - - do. - - - 40 à 52 
Coffee per pound, - - - - --20 à 23 

Courfe of Exchan^e à 60 days. 
London at 29 1-2 pence fterling for 3 livres. 
Arafterdam at 55 grotes banco for do. 
Hamburg at 25 fols lubs banco for do. 
Premiura of Infurance from the Continent of Ameri- 
ca to Bordeaux, 2 1-2 Spring and Summer— « 
4 1-2 Winter and Fall. 

Moncy ÎVeight and Meafure of France. 
12 derniers make one fou. 

20 fous one livre, equal to 10 pence fterling.. 

112 pounds Englifh weight equal to 103 French. 
40 Winchefter Bufneîs equal to 19 BoiiTeaux French. 
2 Gallons equal to i velt. 
6 Elis & 1-4 French equal to 8 yards. 
Forvyarded by 

FENWICK MASON & Co. 
Who tranfaft ail kind of buiinefs from America en 
commiffion. 



A BOSTON, de l'imprîmene de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. 53, 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. --^ On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall; à 6'^/^;;î, chez MM. Dabney etCulhing; à New-Tork.chtzM. Thonnas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphie^ chez M. Mathew Carey i et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. ^L'Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on youdroic lui communiquer 
ëans tous les eenres» fur-tout fur le commerce. 



f 41 ] 



■- ■-j«?*.'kTWî^r-'' 'yf ^-.: 




ER DE 




AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes, 



PriXj 5 Pence,'] 



Du JEUDI, 28 Mai, 1789. 



[No. 6. 



Suite des Travaux du Congres, 

Chambre des Rcpréftntans, Mardi 6 Mai. 

APRES quelques obfervations fur le réfuUat de 
l'afiembléc de la Virginie, au fujet des amende- 
mens, on reprit les àroits de tonnage qui occafionèrcnt 
quelques débats de la part desétats du midi,ces états ont 
à combattre beaucoup de défavantagcs relativement au 
tranfport de leurs produé^ions, lerqucls font occafi- 
onés par le nombre infuffifant de navires. 

M. Ames {<-. fervît de la nécefiité d'encourager la 
conftrudtion des navires, pour réfuter le« argumens qui 
avoient été allégués contre l'impôt ; il ajouta que la 
néceffité et Timponance d'une marine font reconnues 
de toutes parts— -M. A. opina "a l'impcfition du ton- 
nage. 

MM. Goodhue et Madifon obfervèrent que la di- 
fctte de batimens en Amériq'ie n'étoit pas caufée, 
comme on l'avoit dit, par le défaut d'encouragement, 
mais par l'efpiit de monopole des nations étrangères, 
par les longs crédits qu'ils donnoient, crédits qui fé- 
duifoient, et ruinoicnt les négocians qui s'y livroient 
avec trop de confiance. 

M. Smith combattit aufii l'impôt du tonnage. 

Mercredi, 7 Mai. 

M. Heifter préfenta une pétition, au nom de M. 
Arthur Gricr, expofant qu'il avoit, au moyen de cer- 
tains calculs, établi la meilleure méthode qui ait en* 
core paru, de trouver la longittide e» mer, tt fuppli- 
ant le Congrès de lui accorder la propriété exclufîvc 
de vendre fes dilFérens plans. 

M. Lawrence întroduifit le réfultat de la légîflature 
de New- York, fur les aracndcmens. 



II fut cnfuite impofé 30 f. p. ton. fur le« batimens 
des puiffances avec Icfquelles \t& £tats-uais ont fait de» 
traités. 

Jeudi 7. 

M. Madifon fît la motion de réduire le droit de 50 
f. par ton. à 40 fur les batimens des puiffances, avec 
Icfquelles on n'a point fait de traités, jufqu'au mois de 
Janvier, 1 790 ; et qu'alors.il fût de 75. Cette motion 
produifit quelques débats, et elle ne put pafTer. 

Il fijt ajouté au rapport précédent, une claufe dont 
l'objet eft d'empêcher que d'autres batîmen* que ceux 
qui appartiendront aux citoyens de TAmcrique, ne 
fafTtnt le cabotage. 

Cette addition fut acceptée, et il fut nommé un co- 
mité pour rédiger un bill. 

Vendredi 8. 

La chambre préfenta une addrefTe au PréfideQL 
[Voyez No. 5 de ce CourierJ 
Samedi 9. 

Le bill établifTant le mode de perception fut lu une 
féconde fois. 

La chambre rentra en comité, et prit connoiffancc 
du bill, fur rimpofition des droits fur lei articles im- 
portés. 

M. Tucker propofa une rédudion fur l'efprit de la 
Jamaique ; il étendit cnfuite cette rédudion fur tous 
les articles dénombrés dans le bill fous les yeux du co- 
mité — ce fcntiment fut fupporté avec beaucoup d'élo- 
quence et d'énergie, par pliâfieurs orateurs — on fou- 
tint que le» hauts droits écoient opprcfîlfs ; qu'ils pro- 
duifoient la contrebande, renverfcroient les intentions 
du gouvernement, en diminuant le revenu ; qu'il» 
étoientcoûtrairceau vosu etauxefpérancebdescitoyeo»» 



[ ' 

On cxpofa les dangers qu'entrainoit la contrebande j 
on fit voir qu'il étoit impoflible de l'empêcher, fur- 
lout quand on confidére nos moyens multipliés.— 
Compter fur les vertus et fur le patriotifme des parti- 
culiers, quand leurs intérêts et d'autres tentations 
puiffantes leur diftoient le contraire, c'étoit établir fon 
calcul fur des prcftiges — au lieu que des droits modé- 
rés rendroient la perception aifée, et» couvrant d'op- 
probre celui qui violeroit les lois de fon pays, et qu'ils 
écarteroient l'idée d'un gouvernement mpopulaire, et 
d'un fyftême rigoureux. 

Cette r duélion fut auffi vivement combattue qu'elle 
avoit été fupportée — elle ne put pafler. 
Il y eut pour 19 

Contre 26 

Xia chambre ajourna. 

Lundi i i. 

Il fut reçu un meflage du fénat, informant la cham- 
bre, qu'il avoit été nommé un comité pour fe joindre 
à celui qu'il plairoit à la chambre de nommer, et con- 
férer fur le titre qu'il fera convenable de donner au 
Préfident des Etats-unis. — Il s'éleva de longs débats — 
plufieurs membres foutinrent qu'il étoit impropre de 
donner d'autre titre au Préfident, que celui que lui 
donne la conftitution— que c'étoit une imitation fer- 
vile des Européens — que la plupart des titres avoient 
été prollitués ; qu'il y en avoit qui approchoient du 
blafphême, tels que leurs hautes pu'ijfances. 

On nomma un comité pour joindre celui du fénat. 

Ajourné. 

Mardi 12. 

Il fut préfenté une pétition de M. Jedidiah Morfe, 
auteur du livre intitulé American Gsography^ Géogra- 
phie de l'Amérique, fuppliant le Congrès de lui accor- 
der le droit exclufif de vendre ledit ouvrage ; et que 
ce droit s'étende à empêcher qu'on n'y faffe des chan- 
gemens, au préjudice de l'auteur ou du compilateur. 

On lut auffi une pétition de quelques citoyens du 
j£rfey,en oppofition à celle préfentée par des citoyens 
du dit état, relative aux tumultes de l'éleâion de leurs 
repréfentans. 

X.e comité des élections rapporta plufieurs titres, 
recours, &c. comme preuves admiffiblcs de l'honorable 
M. Smith, membre de la Caroline du fud. 

M. Wheaton fut çhoiïi fergent d'armes. 

L'impôt de 6 fols fur îa racîafle fut, après de longs 
débats, réduit à 5. 



^ ] 

Mercredi 13. 

M. Thatcher préfenta une pétition au nom des né- 
gociants de Portland du Maflachufetts, fuppliant que 
le droit fur la mélafle ne foit pas palTé en loi. 

La chambre fe forma en comité — et elle s'occupa 
du bîll des impôts* 

Les articles fuivans furent ajoutés à l'énumération, 
favoir, porcelaine, fayance, miroirs, et broffes — elles 
furent taxés 7 1-2 p. cent ad valorem. 

Le falpêtre fut affranchi. 

M. Parker propofa qu'il fut impofj îo dollars par 
chaque efclave qui fera importé dans les Etats-unis. 

Cette motion occafiona de longs débats ; on allé- 
gua que ce droit feroit regardé comme direS et op- 
prefîif pour les Etats du midi : d'un autre côté, les 
partifans de cette motion foutinrent que le vœu de la 
nation étoft, qu'il ne s'importe plus d'efclaves ; que 
le Congrès doit juftifier fcs fentimens, autrement on 
croira que fon defTein eft au moins de fermer les yeux 
fur la traite des nègres : que l'humanité et la bonne 
politique demandoient une forte taxe; enfin qu'il avoit 
été reconnu que l'intérêi: des états, qui s'y oppofoient, 
leur diâoit d'abolir la traite des nègres, avec laquelle 
leur profpérité, et la confidération de ces états étoient 
fi intimement enlacées. 

M. Parker retira fa motion, afin d'introduire un bîll 
relatif à cette taxe. 

II fut préfenté une pétition de John Fitch au fujet 
d'un bateau qui va au moyen de la vapeur d'eau bouil- 
lante, inventé par M. J. F. 
Jeudi. 

Il fut reçu un mefTage du fénat annonçant qu'il avoît 
nommé un comité pour joindre celui que nommeroit 
la chambre, pour déterminer le nombre de Gazettes 
que les membres dévoient recevoir, aux dépens du 
public. 

Il fut reçu un mémoire des diftillaîeurs de Philadel- 
phie, expofant que les droits impofés fur la mélaifc 
étoient hors de proportion avec ceux qui avoient été 
impofés fur le rum étranger. 

M. M. propofa qu'il fût ajouté au bill de l'impôt îa 
claufe fuivante " qu'il foit permis un difcompte de 
tant p. c. far tous les droits impofés fur les marchan- 
difes importées par des batimens, appartenant aux ci- 
toyens de l'Amérique. 

Cette propofition produifit de long débats, que h% 
bornes de cette feuille nous forcent d'omettre. 



[ 43 ] 



■> ^ Les membres des états du tntdi s'oppofèrent à cette 
claufe. MJacklbn. " Je croyois que le fujetde cette 
diftinûion avokétéépuifélorsdelaqueftiondu tonnage. 
Te croyois que les intérêts des états du midi avoient été 
fuiSfam ment foulés, pour encourager la navigation des 
états du nord — on cite lesréglemens delà Grande-Bre- 
tagne ; mais la G. B. eft toute différente de ce pays. 
Cette nation fituée fur uoe petite ifle a befoin de tout • 
l'encouragement poiïibîe, a'ïn d'accroître fa naviga- 
tion et fon commerce. Mais en eft-il de même de 
l'Amérique ? nousfommes une nation de laboureurs — 
L'agriculture, eft le grand foutien de ce pays, c'eft fur 
elle oue nous devons nous repofer ; cependant jettous 
un coup d'ceil fur ce qui fe pafTe, comme elle ell négli- 
gée ; comme elle eft facrfiée à la navigation et aux 
manufaétures ? notre navigation n'eft qu'un objet fe- 
condaire, quand on la compare à l'agriculture. Le 
commerce et la navigation doivent être le réfultat d'un 
ptuple fait, nous ne femmes encore que des eufans : 
^ce feroit vouloir courir avant d'avoir quitté nos lifières 
— J'efpére que cette proprofition ne fera pas adoptée. 

MM. Gerry et Lawrence parlèrent en faveur de la 
claufe ; et MM. Jackfon, Tacker, Parker, et Seney 
s'y oppofèrcnt — on recueillit les voix et la queftion 
paifa affirmativement — on remplit l'eCpace, laiffê en 
blanc, 10. 

Vhnds.ed?. 

M. Eland du comité nommé pour conférer avec 
celui du fénat, fur la méthode de rédiger les bills, fur 
les arrangeraens à prendre, tant pour les paffer, que 
pour les completter, fit rapport. 

Comme ce rapport étoit long et important, il fut 
voté que la chambre fe formât en comité, Lnndi pro- 
chain, pour en prendre connoiffance. D'après la 
motion de M. Thatcher, il fut voté qui: l'on en fît im- 
primer loo exemplaires, pour l'iafptdlion des mem- 
bres. 

MM. Sylvefter, Winkoop et Smith furent nom- 
més en comité pour examiner le fujet des Gazettes — 
Le même comité fut autorifé à recevoir les propofî- 
tions des difFérens imprimeurs relatives à l'entreprife 
des travaux de la chambre. 

M. Boudinot propofa que la chambre votât que 
Mardi prochain, elle fc formât en comité pour pren- 
dre contioifTance des arrangemens à prendre concernant 
le département exécutif — cette propofitition fut reçue. 

M. White préfenta un arrêté de la légiflature de la 



j Virginie par lequel cet état offre au Congrès lo miles 
en quarré, dans quelque partie de l'état qu'il plaire au 
Congrès de choifir 

M. Madifon propofa une claufe à inférer dans le 
bill des impôts, dont l'objet eft d'en reftreindrc l'ex- 
iftence ; cette motion donna lieu à de longs débats de 
part et d'autre. M., M. obferva qu'il étoit également 
incompatible avec l'efprit de la conftitution,., et le ré- 
publicanifme de paffer une loi fans limites, fur-tout 
quand le revenu qui en étoit l'objet devoit être appli- 
qué à des chofes qui n'étoient point encore établies, 
et qui, peut-être ne pouvoient s'établir d'après l'é- 
tat de l'union — que le Congrès en pafTant une loi 
perpétuelle pour la perception du revenu, exciteroit 

les juftes alarmes du peuple la chambre des ré- 

préfentans, ajouta M. M. a le feul droit de lever un 
revenu dans le principe, c'eft de la confervation de ce 
droit, que dépend notre prérogative effcnticile : C'cfl 
principalement pour cette raifon, que la branche dé- 
mocratique de cette légiflature eft compofée d'un plus 
grand nombre choifi pour un efpace moins long que 
l'autre, qui par conféquent doit émaner plus fouvent de 
la maffe des citoyens — or, fi le bill n'eft point limité, 
quclqu'oppreffif, quelque injufte qu'il foit, il ne fera 
plus au pouvoir de la chambre d'y faire des change- 
mens, puifque le Préfidenc et un tiers du Sénat 
peuvent, quand il leur plaira, l'empêcher — cela rendroit 
les fonds publics tout-à-fait indépendans du peuple-- 
les adminiftrations futures pourront s'en fervir pour 
opprim.er le peuple. On a beaucoup parlé fur les im- 
perfections du bill que nous avons fous les yeux ; c'efl 
donc à la garde de l'expérience et du temps qu'il faut 
le livrer, eux feuls peuvent faire connoître la nécefïïté, 
et l'importance des changemens — fans cela, le peuple 
fera piivé de la plus chère de fes prérogatives, dont la 
chambre des repréfentans eft le plus ferme appui, 
comme le meilleur gardien. 

M. Ames. " Pour pouvoir entendre cette queftion, 
il faut entendre à fonds les amendemens que l'on pro- 
pofe. 

On allègue en premier lieu que le produit des im- 
pôts n'eft point encore approprié ; mais craint-on qu'il 
ne le foit, ou craint-on qu'il ne foit mal appliqué ? C 
cela eft, on doit retarder le bill ; mais il ne s'enfuit 
pas qu'ofi doive en limiter la durée, et fi on n'a pas ces 
craintes, pomquoi fait on des objeélions ? 

On dit encore que le bill eft imparfait, éh bien, re- 



[ 44 1 



vîfon«-îe,corrîgcon9.ie, ce feroît un grand raal,dc pafler 
«n bill qui conticndroît des erreurs reconnues, ce feroît 
4xn grand mal tant qn'tl fcroit en force ; mai» dira t'-on, 
il ell inutile de faire une loi perpétuelle, parce que les 
motifs qui la font naître n'exilleront plus, je réponds 
à cela, le public aura toujours befoîn d'un revenu. 

Mais arrêtons-nous au foHde, et non aux fons ; que 
veut-on dire par loi temporaire, loi perpétuelle ? on 
paffe un afte temporaire, pro hac vice, s'il cil mauvais, 
on n'attend pas des années pour le changer. 

On fait diverfes propofitiona quant au terme de 
répreuve ; les uns difent un an, les autres deux, et d'au- 
tres difent trois — un an peut fufHre pour une épreuve ; 
mais n'eft-ce pas un grand mal que d'être obligé de 
recommencer tout ce que l'on a fait tous les ans ? eft 
il défirable, eft-il fur de remettre les mêmes fujcts fur 
le tapis, de débattre les difFérens intérêts et les politi- 
ques partiales une fois par an ? cette mefure n'en- 
Iraineroit-elle pas des longueurs infinies ? s'il ell li- 
mité, pourra- t'on faire un emprunt nouveau de l'in- 
térêt de nos dettes, fur le crédit de fonds fi incertains ? 
car il y a des nations qui ont hypothéqué leurs taxes 
pour leurs dettes — confidérons l'avantage du crédit ; 
il a rendu la Grande-Bretagne riche et puiflante, 
i.es gouvernemens defpotiqucs ni les démocraties ne 
peuvent l'acquérir, ce crédit ; mais les républiques, les 
republiques pures peuvent et doivent le pofleder. — - 
Quels font les moyens d'y arriver ? un a6îe fans limites 
devroît être en force jufqn'à ce qu'il folt caffé, alors 
iî le revenu étoit engagé, on ne pourroit y toucher 
fans un a<Sie direft de fraude et d'injuftice, encort, le 
Préfident auroit-il fa voix ; conféquemment, il eft 
certain que cela n'arrivera point j les créanciers peuvent 
donc compter fur ce gouvernement avec autant de 
confiance que fur aucun autre du monde. Mais il n'en 
«ft pas de même d'un aéle qui expire de lui même, il 
ne préfente pas les mêmes raifons de confiance — on fe 
demande, nous déferons -non s de votre pouvoir P mais 
que l'afte foit limité, et le pouvoir aura bientôt des 
bornes : le pouvoir confifte à fauver l'honneur et les 
fonds publics qui font limités — on nous conieille de 
Unir folgneufement les cordons de la bourfe, nous le devons, 
mais à qui eft l'argent qu'elle contient ? — on nous dit 
que lesctrangeis faifiront nos navires pour leurs dettes; 
fînousleur devons pourquoi les retiendrions-nous? 
quelles raifons avons-nous à leur donner pour les rete- 
nir ? M. A* étoit entièj-cmcnt oppoféàla motion. 



M. Page dit quelques tnota en faveur de la mottot 
à quoi M. A. répliqua. 

{^La fuite à l' ordinaire prochatn,'^ 



FRANCE. 

lettre circulaire, fur la convocation des 
Etat s -Généreux, 

** Nos bien-aimés, 
*' Noua avons befoin du concours de nos fldelf s fu«= 
jets, pour nous aider à furmonter les difficuliés qui 
nous environnent concernant l'état de nos finances, et 
pour établir, ftlon no» fouhaits, un ordre conftant, 
ferme, et invariable dans chaque partie du gouverne- 
ment qui interreflc le bonheur de nos peuples, et la 
profpérité de notre royaume. Ces grands motifs noua 
ont déterminé à convoquer l'aflemblée des Etats dans 
toutes les provinces de notre obéiffance, afin que non- 
feulement, ils puiffent nous coufeiller et affiftcr dans 
tous les objets qui leur feront propofés, mais encore 
qu'ils nous rcpréfentent les vœux et les griefs de no» 
fujcts ; afin que par une confiance réciproque, et un 
amour mutuel du fouveraîn et de la nation, on puifle 
apporter le plutôt pofiible, un remède efficace aux 
maux de l'état, et que les abus de tous les genres foicnt 
reformés et prévenus par de bons et folides moyens, 
propres à alTiircr la durée de la félicité publique, eî 
rendre fur-tout le calme et la tranquillité dont nous 
avons fi long-temps été privés. Nous annonçons 
donc, que notre inîentîon eft de commencer l'afTem- 
blée des Etats-Généraux et libres de notre royaume, 
le Lundi fept du mois d'Avril prochain, dans la ville 
de Vcrfailles où nous entendons et defirons qu'il afîiftc 
des pcrfonnes les plus rcfpeftables de chaque province, 
baillages, fénéchauifées : o'eft pourquoi, nous vous en» 
joignons et ordonnons, a uffi- tôt la préfente reçue, de con- 
voquer et d'affembkr dans la ville de delà manière 

la plus prompte, les perfonnea les plus propres des trois 
états du baillage et de la fénéchaufTée de — — — Afin 
qu'ils confèrent enfemble fur les objets de plainte», 
griefs et remontrances, comme auffi fur les moyens et 
les avis qu'ils ont à propofer à l'affemblée générale 
defdits étatP, après quoi, ils devront choifir et nommer 
telles et telles perfonnes, &c. de chaque claffe — toute» 
dignes de cette marque de confiance, diftinguee par 
leur intégrité et leurs talens. Les députés ou repré- 
f.ntans des provinces, baillages, s'énéchauffées, feront 
munis d'Inftruélions nécefiaires, et d'un pouvoir fuf- 



C 4î 3 



fifant, ponr propofer, remontrer, confeîller et con- 
fcntir à tout ce q«t peut intéreffer les befoîns préfens, 
ou futurs de l'état ; la réforme des abus, rélabliîTc- 
ment de l'ordre ferme, et permanent, dans chaque 
branche de l'adminiftration, la profpérité de tout no- 
tre royaume, et le bien-être de tous nos fujet& ; les 
affurant que de notre part, ils trouveront la meilleure 
velonté, et la plus grande affeôion, pour maintenir, 
et exécuter tout ce qui aura été concerté entre eux et 
les dits états, foit pour l'impôt qu'ils fixeront, foit 
pour l'établiflement d'une régie coafiante, dans toutes 
les parties de l'adminidration, ou de l'ordre public ; 
leur promettant, fur-tout, de demander et d'écouter 
favorablement leurs avis fur tout ce qui pourra inté- 
reffer le bien de la nation ; de réparer leur torts, et 
àe nous occuper des propofitions qui nous feront faites, 
afin que notre royaume, et nos fujets en particulier, 
puifTent fe reflcntir pour toujours de» effets d'une af- 
fcmblée fi grande et fi noble. 

Donné à F'erfaiUes le 24 Janvier, 1789. 

LOUIS. 
Plus haSt 
\ Law. de Villedïuil. 

Continuation du Rapport de M. Necker. 

VOTRE Majefté eft encore déterminée â appuyer 
de fiin autorité, tous les projets qui tendront à 
la plus jufte répartition des impôts ; mais en fécondant 
les difpofitions génércufes qui ont été manifcllées par 
les princes, par les pairs du royaume, et par les nota- 
bles du clergé, et de la noblcffe, votre majePcé, defire 
cependant que, dans l'examen des droits et des faveurs, 
dont jouiflent les ordres privilégiés, on montre des 
égards pour cette partie de la noblefîe qui cultive, elle 
même fes champs, et qui fouvent, après avoir fupporîé 
les fatigues de la guerre, après avoir fervi le roi dans 
fes armées, vient encore fcrvir l'état, en donnant l'ex- 
emple d'une vie fimple, et laborieufe, et en honorant 
par fes «ccupations, les travaux de l'agriculture. Je 
ne rappelerai pas d'une manière plus étendue à V. M. 
tous les projets qui promettent à fes intentions bien- 
faifantes, un avenir digne de la foîlicitude paternelle 
et de fon amour du bien public. Seroît-il poffiblc, 
que des craintes fpéculatives, que des évenemens pré- 
matutés, vinffent mettre obfîacle à cette harmonie, 
fans laquelle les aflemblées nationales ne font plus pro- 



près à féconder l'admîurftratîon ? Eft-ce dani an oio» 
ment de crife qu'il faut fe défuJiir î EU- ce au moment 
où l'incendie à gagné l'édifice, qu'il faut perdre le 
temps en vaines difputes ? Eh quoi ! les FranÇoî» 
qu'on a vu fléchir, dans d'autres temps, devant la feule 
parole d'un miniilre impérieux, n*oppoferoieni-iIs de 
réfillance qu'aux tendres efforts d'un Roi bienfaifanl ? 
Ah ! que chacun de vous foit tranquille oferoîs-je 
leur dire, le plus droit, le plus intégre des princeSi 
environrvera fon efprit des délibérations des Etats- 
Généraux, et fon defir le plus ardent, c'eft que la 
profpérité de l'état ne foît due qu'au zèle empreffé de 
tous les ordres du royaume. Toute défiance antici- 
pée, feroit une véritable injuftice. Hélas ! en d'au- 
tres temps on fe fût approché du trône avec tranfport, 
pour infcrire dans un regillre national les détermina- 
tions de votre majefté, et pour en recevoir d'elle cet 
gages de bonheur, d'une voix unanime, et d'un com- 
mun accord. Non, je ne defefpere point qu^ln pareil 
fcntimcnt ne renaifTe encore, et qu'un nouvel ordre 
de chofes, joint à l'imprcffion des vertus de votre ma- 
jefté, et aux douces et fenfibies inclinations des Fran- 
çois, triomphe enfin, de ce malheureux efprit de déf- 
union, que de malheureux évenemens ont fémé au mi- 
lieu de nous, mais, qui fe perdra dans une fuite de 
beaux jours, dont il me fera permis de voir l'aurore. 

Je prie V. M. de me pardonner fi je m'abandonne 
à ces fentimens, en lui addreffant la parole, je ne puîa 
niettrc de l'ordre dans ces réflexions, au milieu deâ 
travaux de tous genres qui me laifTent fî peu de mo- 
mens ; mais c'cO; un guide auffi que le fentiment, et 
il feroit àdefirer que, dans les grandes circonftances, 
tout le monde le fuivît, et qu'on fufpendit, pour un 
temps, les combinaifons de l'efprit, cca anticipations 
exagérées qui égarent fi facilement. 

Qu'il ms foit permis, après avoir entretenu votre 
majefté d'une queftion dont la décifion eft devenue li 
importante, qu'il me foit permis, après avoir refumé 
les diverfcs intentions de votre majefté, relatives aa 
plus grand avantage de fes peuples, qu'il me foit 
permis, dis je, de m'arreter un moment fur le bonheur 
particulier de votre majefté ; il faut en convenir, la fa- 
tisfaélion attachée à un pouvoir fans limites, cft toute 
d'imagination ; car fi le fouverain ne doit fe propofer 
que le plus grand bonheur de l'état, et la plus grande 
félicité de fes fujets, le facrifice de quelques-unes d« 
fes prérogatives, pour atteindre à ce dyubîe but, cft 



[ 46 ] 



certainement le plus bel ufage de fa puiffance et c'ell 
■même le feul qui ne foit pas fufceptible de partage, 
puirqu'ii ne peut émaner que de fon propre cœur 
et de fa propre vertu, tandis que les abus et la plu- 
part des exercices journaliers de fon autorité, dérivent 
le plus fouvent, de l'afcendant des miniilres. Ce font 
eux qui, fe trouvant prefque nuls au milieu d'un ordre 
confiant et invariable, votidroient que tout fût conduis: 
par les volontés inftantannées du foiiverain, bien fûrs 
d'avoir une influence proportionnée à la multitude 
d'intérêts particuliers qui aboutifîent à eux, et à la va- 
riété des relTorts qu'ils font agir, mais, fi votre majefté 
arrête fon intention fur le préfent et fur l'avenir, fi 
elle y réfléchit avec ce jugement fage et modéré, 
qui fut un des caraftéres remarquables de fon efprit, 
elle verra que dans la plan général dont elle s'eft for- 
mé l'idée, elle ne fait qu'affurer fimplemei^t l'exécu- 
tion de la première et de la plus conitante de fes vo- 
lontés, raccompliflement dii bien public ; elle ne fait 
qu'ajouter à fcs vues bienfaifantes, des lumières qui, 
ne font jamais incertaines, lorfqu'elîes font le réful-, 
tat des vœux d'une aflemblce nationale bien ordonnée : 
alors votre majefté ne fera plus agitée entre les divers 
fyftêmes de fes miniftres ; elle ne fera plus expofée à 
revêtir de fon autorité une multitude de difpofitions,; 
dont il eil impofîible de prévoir les conféquences ; elle 
ne fera plus entraînée, à foutenir les aères de cette 
même autorité, iong-temps encore après' le moment 
où elle commence à douter de la perfeftion des confeils 
qui lui ont été donnes ; enfin, par une feule applica- 
tion grande et généreufe de la puifTance- fouveraine, 
par un feuladle d'une confiance éclairée, votre majellé, 
en s'environnant des députés de la nation, fe délivrera 
pour toujours, de cette fuite d'incertitudes, et de ba- 
lancemens, de défiances et de regrets qui doivent faire 
le malheur d'un prince, tant qu'il demeure fenfible au 
bien de l'état et à l'amour de fes peuples. Les déter- 
minations que votre majefté a prifes, lui laifferont 
toutes les grandes fonclions du pouvoir fuprême ; car 
les affemblées nationales, fans un guide, fans un pro- 
teûeur de la juflice, fans un défenfeur des foibles, 
pourvoient elles-mêmes, s'égarer; et s'il s'établit dans 
les finances de votre majeilé, un ordre immuable ; fi 
la confiance prend l'efTor qu'on peut efperer, fi touteâ 
les forces de ce grand royaume, viennent à fc vivifier, 
V. M. jouira dans fes relations au dehors, d'une aug- 
mentatioa d'afceadant qui appartient encore plus à. 



une puifTance réelle et bien ordonnée, qu'aune autorité 

fans règles. Enfin, quand V. M. arrêtera fon atten- 
tion ou fur elle-même, pendant le cours de fa vie, oa 
fur la i-oyauié pendant la durée des fiècles, elle verra 
que fousH'une et l'autre confidération, elle a pris le 
parti le plus conforme à la fageffe ; V. M. aura le 
glorieux, l'unique, le falutaire avantage de nommer à 
l'avance, le confeil de fes lucccfleurg, et ce confeil fera 
le génie même d'une nation, génie qui ne s'éteint point, 
et qui fait des progrès même avec les fiecles ; enfin 
les bienfaits de votre majefté, s'étendront fur le carac- 
tère national ; car en le dirigeant habituellement vers 
l'amour du bien public, elle appuiera, elle embelira 
toutes les qualités morales que ce précieux anvour in- 
fpire généralement. 

Enfin, fi pardes révolutions imprévues,l'édifice élevé 
par votre majefté venoit à s'écrouler, fi les générations 
fuivantes ne vouloient pas du bonheur que V. M. va 
leur préparer, elle auroit fait encore un aéle effentiel 
de fagefle, en calmant, ne fût-ce que pendant fon règne, 
cet efprit de diflentions qui s'élève de toutes parts dans 
fon royaume. 

Cependant fi une différence dans le nombi-e des dé- 
putés du tiers état devenoit un objet ou un prétexte 
de difcorde ; fi l'on conteftoit à votre majefté le droit 
de donner une décifion préliminaire, demandée avec 
tant d'inftance, par la plus grande partie de fes fujets, 
et qui conferve en entier les ufages conftitutifs dcsi 
Etats-Généraux ; fi chacun fe livrant à une impati- 
ence déraifonnable, ne vouloit pas attendre de ces 
Etats-Généraux eux-mêmes, la perfeéiion dont cha- 
cun fe forme une opinion différente ; fi l'on ne vouloit 
faire aucune attention à l'embarras dans lequel fe trouve 
le gouvernement, au milieu de la fermentation préfente 
et au milieu de ce combat des ufages et de l'équité, 
des formes et de la raifcn ; enfin, fi chacun mécon- 
tent de ce qui manqueroit à fes defirs, non pas pour 
toujours, mais pour l'infiant le plus prochain, perdoit 
de vue le bien durable auquel il faut tendre ; fi par 
des vues particulières, on cherchoit à retarder l'affem- 
blée des Etats-Généraux, et à laffer l'honoiable con- 
fiance de votre majefté, et, fi votre volonté, fire, 
n'étoit pas fuffifante pour vaincre ces obftacles, je dé- 
tourne mes regards de toutes ces idées, je ne puis m'y 
arrêter, je ne puis y croire ; alors cependant, quel 
confeil pourrois-je donner à V. M. ? un feul, et ce 
feroit le dernier, celui de fncriiier à l'inftant, le mi- 



[ 47 ] 



niftre qui auroît eu le pins de part à votre délibéra- 
tion. 



De Londres, le \z Mars. 
A une aflemblée du tiers état tenue dans une des 
provinces de France, il fut débattu fi le clergé devoit 
être regardé comme forosant un ordre, ou non ; on 
repondit, una voce, négativement. — Et lorfque les 
prélats firent des repréfentations, on leur dit que tant 
s'en falloit qu'ils formaflentun ordre féparé, qu'ils ne 
pouvoient, fans manquer à l'engagement qu'ils avoient 
fait eH embrafiant leur profeffion, fe mêler des intérêts 
temporaux de la province — allez-allez mes révérends 
pères, leur dit l'aflemblée d'une voix ** allez dire vos 
méfies priez Dieu pour cette province, et gardez-vous 
bien de vous mêler de nos affaires, qui font trop pro- 
fanes pour des gens qui ne devroient s'occuper que des 
fpirituelles.'* Le clergé fut obligé de fe retirer, et on 
ne l'a point vu paroître depuis, dans l'afiemblée. 

De Paris, le 3 Avril. 

Le nombre de brochures qu'a fait paroître la crife 
du jour en France, eft vraiment incroyable — L'hiiloire 
tant ancienne que moderne, ne nous préfente rien de 
femblable La liberté de la prefle étant accor- 
dée à tout le monde, il n'y a pas de jour qui ne voie 
éclorre des millions de pamphlets parmi lefquels, il 
s'en trouve beaucoup de très bien écrits, et qui ar- 
rêtent l'attention de nos meilleurs efprits. Ce grand 
concours de lumières, préfenté à un grand Roi, qui a un 
grand courage et un grand miniftre, ne peut manquer 
d'opérer la régénération de la France dont elle a un fi 
grand befoin. 



era jufqu'à ce que les raifons qui l'ont fait naître n'es- 
iflenc plus ; mais cette opinion n'ell pas fondée, au 
moins, fi nous en jugeons par le nombre de vois qui 
y étoient oppofées. 

L'établiflement des trois départemens, comme on 
les a propofés, préfente de grands avantages, s'ils font 
conftitués fur les principes qui ont été énoncés, dans 
la motion qui a été faite. 



De Philadelphie, le 20 Mai. 
Des lettres de Providence mandent qu'une goélette 
de garda colta efpagnole de 8 canons et de 45 hommes 
prit plufieurs batimens qui appartenoient aux Ifles 
Bahama — Cette goélette étoit commandée par un 
L'degora, qui les mena tous à la Havanne. A cette 
nouvelles, le gouverneur des Ifles Bahama expédia un 
floop de 8 canons et 45 hommes d'équipage, qu'il en- 
voya à la pourfuite de la garda cofta. 

De New-York. 
Le bill du revenu fera pris en confidération Lundi 
prochain parle fénat— les-uns difent que la claufe qui 
en limite la durée fera fupprimée et que l'aûe continu^ 



De B O S TO N, le 28 Mai. 

On lit dans une feuille d'hier, que d'après des avis 
particuliers de New- York, il eft probable que le fénat 
trouvera le droit fur la naélafîe trop haut ; et qu'il 
renverra le bill à la chambre avec une réduftion de 6 à 
3 fols par gai. La feuille, d'où nous tirons cet arti- 
cle, va même jufqu'à dire que la chambre des repré- 
fentans le renverra fous la réduélion de 4. f. et que le 
bill palTcra le féaat — mais tout ceci n'eft que conjec- 
ture. 

*^* Il y a long-temps que nous aurlonu effort une 
apologie pour les fautes fans nombre qui fe font gliffeés 
dans chaque No. de cette feuille, fi l'indulgence de nos 
abonnés avoit pu fe réfufer aux obftacles, et aux difS- 
cultés de tous les genres qui fe préfcntent à chaque pas 
que nous faifons dans cette marche épineufe que le 
defir ardent de nous rendre utiles, pouvoit feul nous 
faire entreprendre, que la confidération des citoyens de 
l'Amérique, nous invite à continuer, et que fon ac- 
cueil favorable peut nous rendre avantageufe, en coU' 
tribuant à l'utilité des deux mondes. Au refte la pro- 
teftion dont nous ont déjà honorés les perfonnages les 
plus illuftres de ce continent nous prouve que fi notre 
entreprife n'eft pas encore mûre, elle a au moins pria 
racine. 

Il nous eft bien fiatteur de pouvoir annoncer à nos 
ledeurs que les paquebots ont été rétablis par ordre du 
gouvernement le ler. de Mars dernier — Ces paque- 
bots doivent partir de Bordeaux, tous les deux mois 
d'où ils doivent fe rendre à New- York, où ils refte- 
ront quelques jours, et de là ils iront à Norfolk en 
Virginie. 

*,^* Nous aurions pu donner dans ce No. le bill du 
revenu, tel qu'il a paffé la chambre des reprefentans j 
mais comme il n'a pas encore paffé le fénat, et qu'il 
eft probable qu'il recevra des changcmens, nous atten- 
drons qu'il foit complet, pour le publier. 



[ 4» 

Prix Courans — Prix des Fonds puhlîcs — et 
état du change entre Bojlon et les principales 
villes commerçantes de V Europe, 

*^* Les prix annexes aux a'-ticles ci-deflbus font 
en chtlins. Lechélin, ou fol deBoilon,vaut iz déni- 
ers, le dénier vaut 6 liards de France. 



IMPORTATION. 
Par Livre. 

CA F F E IX. 4^. 

Cloux de Girofle i zs. 
Coiinthes 8J. 

Coton If. 6d. 

Indîgode St.Domîngue 6s. 
Noix de Miifcadc 40J. 

Peaux de Bœuf 3^. 

Piment i-'. 

Poivre zr. 

rHyfon los. a iSf. 
^ J Souchong 6s. 8d. 
h* j Congo 6s. 

{,Bohca IJ. 6(J. 

Par ^intal de il %lb. 
Cacao 50 à 54^. 

Par Buf^el. 
France is. ^d. 

Liverpool u. 2d. 

Lifbonne ïs. 6d. 

Cadix IJ. 6d. 

Ifles Turques is. 2>d. 
Par Catp. 
Genièvre d'Hollande 20x. 

Par Tonneau. 
Chanvre de Riga 50'. 

Bois d'Acajou,-) .g^_ 
le piedcourant j ^ 

Par Gallon. 
Eaux de Vie de Nantes 3^. 
— — deBourdcaux 3^. ■2.d. 
Huile d'Olive 6s. 

Efprit de la Jamaïque 3^ 
Rum d'Antigue zs. ^d. 
— — Iflefi du Vent 2j. ^d. 
Sirop ou Mélaffe is. ^d. 
a 3J 

o 7J- 

V 
fFe 3J, 



QO 



Par Pipe. 

Vin de Madère 40 à So/. 

— de Lifbonne 30 à 32/. 

Vin de Bourdeaux, 1 , 

par barrique j ' 

EXPORTATION. 
Par Livre, 

ANCRES dd. 

Amidon 6d. à \s. 
Blaiicde Baleine ratîné zf6. 
Beurre 6d. 

Cire d'Abeilles \s. 6d. 
Chanvre du Pays 61. 

Chandelles de blatic 7 ., 
de Baleine _5 -^ 
do. de Suif, moulées 6d. 
Chocolat lod. 

Ginfeng zs. 6d. 

I ndigo de laCarolincj j.àôj. 
Jambons 6d. 

Lin 6d. 





Plumes \s. zd. 

Poudre à Canon is. 6d. 

do. à Giboyer zs. 

Savon 6d. 

Suif ^d. 

Sain-douxoumantegre 6d. 
Sucre royal is. 6d- 

do. en Pain lad. 

Par ^intal de loolb. 
James River 50^. 

Rappahannock 30J, 
Maiyland, jaune 30^. 
do. ooir 30^. 

Caroline zt\.s. 



] 

Par Quintal of il zîh. 

Cordage 54 

Motue 14 

Pain d'Eijuipage 20 à 2 is. ^ 



Par Gallon, 



-S ("Lin 

— ^1 TJ_1. 



rmaccti 



do. dit de Pilote 
Riz de la Caroline 

Par Tonneau, 

Acier 
Fer, coulé 
do. en vergé» 
Potaffe 
Peail-aflc 



24J-. 

2lS. 



sol 

22!. 
24'' 

30A 

32^ 



Par Baril. 



Baleine 
^ t-Morue 



Par Mil de 1200 Pieds>. 



L 



is 



4f. 
3J. 4. 

zs, 
. loi. 



Pipe 10/. 

Bi)ucautsoubatrîq.6/. 
Barils 3/, 



n 

Fcuiilatds de i zoobrins 3/. 



Bœuf 
Biai 



40J 
»5 



^ ÇFincpt.netr 96!^. 34X 

32J- 

ï6. 

lO' 



15^. 

6oj-. 



Communt do. 
[i. t Mahi do. 

Go'idron 
Poix 

Porc de 21 81b. net 
Réfine 

Par Bujhel 
Avoine is. 6d. 

Bled noir zs. 6d, 

do. de Turque ou Mahi 
Fiomcnt 6s. 

Graine de Lin as. 6d. 



Le quintal de ce paya 
eftlt* mêmcque celui d'An- 
gleterre, & coirefpond à 
9ilb. poids de France & 
d'Hollande. — Le tonneau 
crt eflimé 20 quintaux de 
\i 12V0. 

I Le bufiîel eft le même 
^^■^•jque ceUr d'Angleterre, & 
contient 8 gallons, dont 
deux font à peu près une 
velte de Bourdcaux. 



EFFETS PUBLICS. 



4J. 8ff. 

4/. ^d. 
3J. 4^. 
i6x. 
4^. 



6s 

los 
3s. Uj 



a^ 



Comptes arrêtés [^Jînal fetilements"^ 
Certificats du bureau d'emprunt 
Coupons d'intérêts 
Ordres fur l'impôt et l'accîfe 
Notes de l'armée 
Ordres en argent 
Ordres du No. 2 et du No. 3 
Papier-monoye de la nouvelle émiffion du 

MafTachufetts, — 6 pour i. 

Cours du Change. 

Sur Londres, à 30 J. d'us. 5 par cent au deffus du pair. 
Sur do. à 60 do. 4 do. 
Sur do. à 90 do. 3 do. 
Sur France, à 30 do. au pair. 
Sur Am{lerdam,à6odo. au pair. 



A BOSTON, de ritnprirnerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. 53, 
où l'on peut fe procurer chaque Numéro. — ^ — On foufcrit, pour le Courier de Boston, 
chez M. Hall ; à Salem^ chez MM. Dabney et Cufhing ; à New-Yorky chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphie^ chez M. Mathew Carey ; et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'^Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
dans tous les genres, fur-tout fur le commercce 



[ 4Ï 3 



igtiMMgMWf.lWW'l'W 







URIER 



OSTOÎ 



AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



IS Utilité des deux Mondes, 



Prix, 5 Pence.'\ 



Du JEUDI, 4 Juin, 1789. 



V 



Avis iîÉereJfans aux per/onnes qui cherchent à 

émigrer en Amérique^ 
Le fort des trois quarts desémigrants Européens nous 
a dès long-temps convaincus de l'utilité des re- 
marques fuivantes, et du fervîce précieux que leur 
publicité doit rendre aux perfonnes qui en font 
robjet — ce petit écrit nous a été tranfmis il y a 
quelques ftpriaines — nous n'en donnons qu*un extrait. 
On s'appcrcevra qu'il fort d'une plume qui s'eft 
écartée de la voie frayée, au fujet des manufac- 
tures. 

ON s'imagine généralement que les habîtans de 
l'Amérique Septentrionale font riches, en état 
de récompenfer, & difpofés à bien payer les produéli- 
ons de tous les talens ; qu-'ils font en même temps 
ignorans dans toutesles fciences, & queconfoquemment 
les étrangers intelligens, & doués de connoiffances 
dans les Beaux-Arts ou les Belles-Lettres, doivent y 
être fingulièiement eflimés & affez bien payés pour 
devenir riches en tras-peu de temps. On imagine 
aufli qu'il y a une foule d'emplois lucratifs que les na- 
turels ne font pas capables de remplir ; qu'ayant par- 
mi eux peu de perfonnes de qualité, les étrangers qui 
ont de la naiffance doivent être grandement re- 
fpeélés, & obtenir à l'occafion très-aifément ces em- 
plois qui les enrlchiffent. Enfin on fuppofe que les 
Gouvernemens, pour encourager l'émigration de l'Eu- 
rope, non-feulement paient les fiais du tranfport, mais 
donnent même gratis aux étrangers des terres avec des 
Nègres pour les cultiver. Ce font de pures rêveries ; 
& ceux qui vont en Amérique avec ces idées chimé- 
riques, fe trouveront bien déchus dt leurs cfpérances. 



Le vérité eft. que, quoiqu'il y ait dans ce • peu 

d'individus aufïi miferables que les pauvres ^ ope, 

cependant il en eft peu auiïi qu'on pourroit eîler 

riches ; c eft plutôt en général une heureu) édio- 
crité qui règne par-tout. Il y a peu de ji" "■'^' Pro- 
priétaires, et peu de tenanciers : la plupï ulti- 
vent leurs propres terres, & fe livrent au coi ■■ :e & 
au trafic ; peu font affeZ riches pour vivre ^i..is fur 
leurs revenus ou pour payer le prix exceffif danné en 
Europe pour des tableau», des fculptures, & pour 
les produétions des arts plus curieux qu'utiles. Delà 
réfulte que les génies naturels produits par cette con- 
trée, Se qui s'étoient livrés à ces arts, l'ont quittée pour 
paffer en Europe, où ils peuvent efpércr un traite- 
ment plus avantageux ( i ). Il eft vrai que les Lettres 
& la fcience des Mathématiques y font en honneur ; 
niais elles font plus généralement répandues qu'on ne 
le croit ; car il y a déjà neuf Collèges ou Univeriités ; 
favoir,quatredans laNouvellc-Angleterre,[2"! un dans 
chacune des Provinces de la Newyorck, Newjerfey, 
Penfilvanie, Maryland & Virginie. Tous font rem- 
plis de bons Profefleurs ; on y trouve d'ailleurs un 
grand nombre d'Académies inférieures. Là on ap- 
prend 

[]ij Le fameux Peintre Weft, qui jouit d'une fi 
grande réputation en Angleterre a ainfi quitté 
l'Amérique. 

\_i'\ Cambridge eft à tous égards la première, ou 
plutôt la feule univerfité des Etats-unis. L'édi- 
fice, la conftitution, la bibliothèque, les établifîe- 
mens dans tous les genres, fes apparatus, la fa- 
.geffe qui préfide à toutes fes délibérations, et le 
génie de la Nouvelle- Angleterre la placent à coté 
des premières univerfué& de l'Europe. 



[ 50 1 



„f la jeuneffe les langues & les fciences néceffaires 

pc :ercer les profeffions de Théologien, de Jnrif- 

co e & de Médecin, Les étrangers ne font point 

ex le l'exercice de ces profeffions, & la rapide aiig- 

ni. ion de la population leur donne par-tout l'ef- 

pé •■ ;de s'enrichir promptement dans ces Etaïfi. Il 

y 1 d'offices ou d'emplois civils j il n'y en a point 

de erflii comme dans l'Europe, & c'efl: une règle 

et; dans la plupart des Etats, de ne point attacher 

au arges publiques des, profits qui les faflent defi- 

re le trente-fixième article de la Conftituiion de la 

pi anie s'exprime à cet égard en ces mots : 

ime tout homme libre, pour conferver fon indé- 
pt ire, s'il n'a pas de propriétés fuffifantes, doit 

ai ûelque profeffion, quelque commerce, ou tenir 

q e ferme, au moyen defquels il ^nf^t fubfifter 

h :ement, il n'y a ni nécefïité ni utilité à établir 

d( ices lucratifs ; les effets ordinaires defquels 

fc le dépendance & une ferv'dité qui ne convien- 

n oint à des hommes libres ; & parmi le peuple 

c iltent encore les factions, les difputes, la cor- 

î 1, le défordre. C'eft pourquoi lorfqu'un era- 

f par l'accroiffement de falaires ou autrement, 

c-...- des avantage* affez grands pour exciter le re- 
cherche avide de plufieurs perfonnes, il fera du devoir 
du pouvoir légiflatif de les diminuer. 

Ces idées étant plus ou moins répandues prefque 
par tous les Etats-Unis, il feroit inconféquent à un 
homme qui a des moyens de bien vivre dans fa patrie, 
de s'expatrier, dans l'efpérancc d'obtenir des emplois 
civils en Amérique ; & quant aux emplois militaires, 
ils ceffentavec la guerre, les armées étant alors licen- 
cicées. 

Il feroît encore bien moins prudent d'émigrer en 
Amérique à quelqu'un qui n'auroit d'autre recom- 
mandation que fa naiffance. La naiffance a fa valeur 
en Europe, mais il n'eft point de pays où elle foit 
plus décriée qu'en Amérique ; quand on y voit arriver 
Tun étranger, on ne demande pas qui ejl-il ? mais que 
pevt-ïî faire ? S'il exerce quelque art utile, il eft le 
bien-venu : s'ill'exerce & fe conduit bien, il fera re- 
fpedé par tous ceux qui le connoiflent. Mais un 
homme de qualité, qui, à ce titre, efpère vivre aux 
dépens du public, en occupant quelqu'emploi lucratif, 
fera méprifé. Le cultivateur & même l'Artifan y font 
honorés, parce que leurs talens font utiles. Le peu- 
ple a un proverbe qui dit ; que Dieu lui-même cft un 



ouvrier, ïe plus grand dans l'univers, & qa*iî eft re-» 
fpe£lé & admiré plus àcaufe de la variété & de l'uti- 
lité de l'ouvrage de fes mains, que pour' l'antiquité 
de fa famille. Ils racontent avec plafir l'obfervatioa 
d'un Nègre, qui difoit que Boccarera, ou l'homme 
blanc, fait travailler le Nègre, le cheval, le bœaf, 
fait tout travailler, excepté le cochon ; que le cochon 
ne travaille point ; qu'il boit, mange, fe promène, 
dort quand il lui plaît, & vit comme un gentilhomme. 
Suivant ces opinions, un Américain feroit plus recon- 
noiiTant envers un Généalogifte qui ponrroit lui prou- 
ver que pendant dix géraérations, fes ancêtres étoient 
des Laboureurs, des Serruriers, des Charpentiers, des 
Tourneurs, des Tifierands, des Tanneurs, on des 
Cordonniers, que s'il lui fdbriquoit une généalogie 
remplie de noms de gentilshommes, qui vivoient fans 
rien faire, aux dépens du travail des autres, bons à 
rien, ou comme dit Yioract^ frugcs confumere nati. 

Quant aux encouragemens accordés par le gouverne- 
ment aux étrangers, ils font tels que les prefcrivent les 
bonnesloix&laliberté. Les étrangers y font accueillis, 
parce qu'il y a place pour tous, & que conféqucmment 
les anciens habitans ne font point jaloux des nouveaux 
venus ; les loix les protègent fuffifamment. Ainfi ils 
n'ont befoin d'aucune proteélion ; chacun peirt y jouir 
en fureté du fruit de fon induftrie ; mais s'il n'apporte 
pas de fortune avec lui, il faut qu'il travaille & fok 
indullrieux. Un ou deux ans de réfidence lui donnent 
tous les droits de citoyen ; mais le Gouvernement ne 
fait pas, comme dans les temps pafles, des avantages 
aux Emigrans, tels que de payer leur paffage, de leur 
donner desNègres,des uilenfiles ou des provlfions. En 
un mot, l'Amérique cil une terre de travail, & non 
pas ce que les François appellent un pays de cocagne. 

Quelles font donc les perfonnes à qui l'émigration 
en Amérique peut être avantageufe î & quels avanta- 
ges peuvent-elles en efpérer raifonnablement ? 

Les terres étant à bon marché, parce qu'elle eïl 
encore remplie de vaftes forêts qui ne feront peut-être 
pas même détruites dans le fiècle futur, on peut aifé- 
ment acquérir la propriété d'un centaine d'arpens 
boifés près des frontières pour dix guinées. Là peuv- 
ent s'y établir & vivre des hommes laborieux qui en- 
tendent la culture & l'entretien des troupeaux, lefqueîs 
font à peu près les mêmes qu'en Europe : quelqu'ar- 
gent épargné fur les gages confidérables qu'ils gagnent 
lorfqu'iîs font au fervice des autres, les met à portée 



" [ î 

, i 

d'aclieter les terres, <3e commencer leur plantation, 
dans laquelle ils font fécondés par la bonne volonté 
de leurs voifins, & par quelque crédit. 

G'eû; ainfi qu'on a vu devenir de riches cultivateurs 
une foule de malheureux échappés de l'Angleterre, 
de l'Irlande, de l'Ecoffe & de l'Allemagne, qui dans 
leur patrie où le terrein etl cher, où les gages font 
médiocres, n'auroient jamais pu fortir de l'état mifé- 
rable où ils étoient nés. 

La falubrité de l'air, la bonté du climat, l'abon- 
dance des denrées, l'encouragement au mariage, qui 
véfuîte de la certitude d'une fubfîllance, contribuent 
à augmenter rapidement la population en Amérique ; 
les émigrations perpétuelles qui fe font de l'Europe 
l'augmentent encore : de là les demandes continuelles 
pour les productions des arts utiles qu'on ne peut aifé- 
mcnt tranfporter d'Europe. De bons ouvriers dans 
quelqu'art mécanique que ce foit, font fûrs d'y trou- 
ver de l'occupation, & d'y être bien payés pour leur 
ouvrage; il n'y exifte aucune prohibition qui empêche 
les étrangers d'exercer le talent qu'ils pofledent, & 
ils n'ont befoin d'aucune permiiïïon : s'ils font pauvres, 
ils fervent comme domeftiques ou comme journaliers ; 
s'ils font fobres, induftrieux & économes, ils devien- 
nent bientôt maîtres, forment un établiflement, fe 
marient, élèvent leur famille, & deviennent des cito- 
yens refpeftables. 

Les perfonnes qui ont une fortune modérée & des 
capitaux, qui d'ailleurs ont une famille nombreufe, à 
laquelle elles défirent laifTcr quelques biens & un fort 
convenable, trouvent en Amérique des moyens d'exé- 
cuter leur dcffein, que l'Europe ne leur fournit point. 
Là on cnfeigne à leurs" enfans les arts mécaniques, & 
ils pourront les exercer fans opprobre ; au contraire, 
leur habileté les fera refpefter. Là de petits capitaux 
employés en terres groliiffent tous les jours par l'aug- 
mentation de la population, qui augmente infenfible- 
ment le prix des terres. L'auteur de ;cet écrit a vu 
différens exemples de ces fortes d'acquifitions avanta- 
geufes: il a connude vaftes portions de terrein achetées 
à raifon de dix livres par cent arpens près des fronti- 
ères d'alors de la Penfylvanie, qui, après vingt années, 
& lorfque les établiflemens fe font étendus bien au-delà, 
ont été vendus, quoique n'ayant reçu aucune culture 
à raifon de trois livres fterlings l'acre ou l'a*-pent ; cet 
acre e(l le même que celui d'Angleterre ou l'arpent 
de Normandie. 



Ceux qui défirent connoître l'état da C ne» 

ment ea Amérique, feront bien de lire les • tu- 

tions des divers Etats, & les articles de conf ion 

qui les unifient tous pour l'intérêt général f di- 

redion d'un afTemblée appellée Congrès. C fti- 

tutions ont été imprimées en Amérique par du 

Congrès. On en a publié deux éditions à I s & 
une bonne traduélion francois à Paris. 
\^La fuite inceffamment.'\ 

Continuation des 'Travaux du Co 
Chambres des Representans. 
Samedi i6. 

M. Seney préfenta un aéle de la légîflatur fa- 

ryland, par lequel cet état offre au Congrès h ic- 

tion exclufive de dix miles en quarré, dan uc 

partie de l'état. 

M. Sylvefter préfenta une pétition au non o- 

nald Campbell, fuppliant qu'il lui foit fait le r- 

fement de certaines fomraes qu'il avoit avanv,».^. ^ ur 
les Etats-unis. 

M. Ames préfenta une pétition au nom de John 
Fenno, fuppliant qu'il lui foit accordé le privilège de 
publier dans la Ga%ette des Etats-unisy les aéles, refo- 
lutions, 6cc. de la chambre. 

Alors on reprit en confidération le changemens 
propofés par M. Madifon, fur le bill des impôts. — On 
récapitula les obfervations d'hier, qui produifîrent des 
débats foutenus avec chaleur de part et d'autre. Les 
voix furent recueillies, et la motion paffa affirmative- 
ment. 

Pour la motion, 41 
Contre, 8 

Cette claufe étant inférée dans le bill, il fut arrêté 
qu'il continueroit en force, depuis le 15 Juin prochain^ 
jufqu'au ler. Juin 1796. Alors le bill pafTa, et fut 
envoyé au fénat. 

La chambre arrêta de s'occuper du mémoire du Dr. 
Ramfay Jeudi prochain. 

La chambre fe forma en comité. 
Lundi, Mai 18. 

La chambre fe forma en comité et procéda à l'exa- 
men du bill, pour la perception des impôts. L'objet de 
ce bill eft des arrangemens tem.poraires, et une appli- 
cation des fyftemesde perception qui font déjà établis 
dans les différens états aux defleins de l'union ; et que 
les états où il n'exîlloit aucun mode de perception, 
' adopteroîent celui de leurs voifins. 



t î» 3 



. Lawrence, Huntingdon, Jackw», Whiie & 
\, - s'oppofèrent au bill comme étant mauvais dans 

f ncipe, et infuffifant Il fut propofé qu'il fût 

] r la table, et cette propofition pafla. 

nommé un comité, a, la motion de M. Parker, 
pour pr» ^fenter un bill qui taxât l'importation des 
efclaves dans les Etats-unis, avant l'année 1808. 

A la motion de M. Goodhue, il fut nommé un co- 
mité piour préfenter un bill, ordonnant Ténumération 
des citoyens des Etats-unis, conformément à la con- 
llitutîo n. 

Les formes à obferver pour la conferration et l'en- 
Tcgiftr eratnt des aéles du Congrès, furent débattues ; 
comme auffi la manière de préfenter des addrefles, 
cette r rniere fut établie, au Presii>f,mt des Etats- 
unis. Après avoir débattu et corrigé plufieurs pa- 
ragrap'.ies, le comité fe leva, en fit rapport progrès. 
Ajour lé. Mardi îS. 

En comité de la chambre fur l'état de l'union — M. 
Page, orateur, 

M. Boudînot, félon l'avis qu'il en avoit donné, in- 
troduifit un arrêté, dont le premier objet étoit la 
création d'un bureau de finance, conformément à la 
conftitution, dont rinfpeélion feroit livrée à un fécré- 
taîre des finances des Etats-unis. 

M. Benfon propofa, comme amendement, qu'il fût, 
auparavant, décidé combien il y auroit de départé- 
mcns, et propofa comme arrêté qu'il y en eût trois, 
favoir. 
Le département des affaires étrangères. 
Le département du tréfor. 
Le département de la guerre. 
Aux quels, il en fut propofé ud quatrième par M. 
Vining, favoir, Le Secrétaire des Etats-unis, pour le 
département domcftique. 

Après quelques difcours fur l'amendement, M. Bou- 
âinot retira fa motion pour le moment, — alors M. 
Madifon propofa un arrêté, du confentement de M. 
, Benfon, qu'afin d'afiîfter le pouvoir exécutif et fon- 
verain dans la décharge de fes fondions, on établit 
trois départemcns fubordonnés, favoir, 

Le fccrétaire de Etats-unis, pour le département 
des affaires étrangères. 

Le fécretaire des Etats-unis, pour le département 
du tréfor. 

Le fécretaire des Etats-unis, pour le département 
de la guerre. 



Que les chefs refpeûifs de ces départemens fuflent 
nommés par le Préfident de l'avis, et du confente- 
ment du fénat ; et qu'ils foient démis par le Préfideat 
feul — on propofa encore l'addition du département 
domeftique. La queftion des trois départemens paffa 
unanimement. 

Mardi. 

M.Boudinot, après avoir jette un coup d'œil rapide 
fur l'état de nos finances, s'arrêta à la néceffité de 
nommer un oiScier ou fécretaire pour ce département. 
La dernière claufe du préambule de la motion de M. 
Madifon, tendante a ce que les officiers de ces^ dépar» 
temens foient nommés et dérais par le Préfident, oc- 
cafiona de longs débats — Il fut expofé que la motion 
étoit inconjlit-ulionnelle, puifqu'ellc expofoit un officier à 
perdre fa place, fans qu'on lui rendît compte de foa 
crime. Qu'elle annulloit l'article qui pourvoit aux im- 
peachments o\\ droit d'accufation — que oe feroit déléguer 
une autorité dangéreufe au premier Magiftrat, et le 
rendre abfolu— -que ce doit être le même pouvoir qui 
nomme un officier à un pofte, qui doit l'en déplacer 
———que la confiitution n'admettoit aucun pouvoir de 
cette cfpece — qu'au contraire, les pouvoirs du Préfi- 
dent y étant définis fans y comprendre celui que l'on 
propofoit, il étoit à préfumer, que l'on ne pouvoit 
dépofer ce pouvoir en de plus fùres mains, que celles 
oix la conftitution l'avoit placé — que ce fyftême mo- 
narchique mettroît le préfident à portée de changer le 
miniftere arbitrairement — Les partifans de la motion 
obfervèrent d'un autre côté, que le mode d'impeach- 
ment du fénat avoit des rapports fpécieux avec certains 
officiers du gouvernement, (les juges) — qu'il étoit 
abfurde de penfer que ce mode s'étendoit fur tous 
indiftindlement — que, fuivant ce fyftême, le fénat 
feroit obligé de fiéger continuellement — qu'on ne 
pourrait pas même c" mettre les deffervans, fans avoit 
recours au fénat ; au lieu que cette claufe exciteroit 
dans le Préfident, et dans tous ceux au-defîbus de lui, 
cette jufte refponfikilité o^cà ne fe trouve point dans les 
corps — que cette refponfibilité feroit mutuelle. . , . 
Mercredi 20. 

M. Goodhue donna avis qu'il propoferoit. Vendre- 
di prochain, que la chambre fe formât en comicéj 
pour déterminer les émolumens du Préfident, du 
Vicé-Préfident, des Sénateurs, et des Rcpréfentans 
des Etats-Unis. 



..... ^ l ^ 

La charatre fc forma en comité fur le Tujtt des tro 
grands départetnens — M. Page, orateur. 

La queftion fur le fécond article de l'arrêté de l 
Madifon, concernant un fécrétaire des Etats-unis, po 
le département du tréfor, occafionna des débats int( 
reffans — ob obferva qu'il étoit impoffible de trouv, 
dans les Etats-unis, un fujet capable de remplir toutes 
les obligations, attachées à cette charge — que les dan- 
gers de la corruption réfultast d'un emploi auffi im- 
portant, étoient bien-plus grands quand il étoit con- 
fié à une perfonne feule, qwe quand ils étoit diftribué 
parmi un nombre égal— qu'il feroit inçonftrtutionnel, 
en ce qu'il exclueroit, en quelque forte, le pouvoir du 
fénat, qui compofoit le confeil, qui devoit alïïller le 
Préfident dans l'exécution du Gouvernement ; que la 
création d'an financier avec toute la pompe et tout 
l'éclat qui en dépendent pourroit s'appeller Mlniftere. 
—Que l'expérience nous avoit montré que l'exiftencc 
d*une telle charge ne conviendroit point aux citoyens 
—que d'ailleurs, les gouvernemens individuels n'avoi- 

cnt jamais établi de pareils emplois. On fit encore 

quelques obfervations, après quoi, il fut fait la motion 
de rayer les mots, Secrétaire des Etats-unis, et d'y fub- 
ôituer un confeil de commilTaires, (a board of Cora- 
miffioners) ; mais cette motion éprouva des débats 
trcs-étcndus,donî lesprincipaux argumens étoient fon- 
dés fur les avantages qui dévoient réfulter d'un homme 
d'un honneur intaftjqui poffederoit toutes les qualités 
réquifes pour occuper un tel poUe- — que cette vérité de 
fait avoit été démontrée dans la conduite du dernier 
financier, comparée avec les comités et les confeils : 
•^Enfin que fi toute l'adminiUration avoit été confiée 
à un feul homme, iTen auroit réfuké des épargnes im- 

menfes que la célérité et l'expédition, étoient 

l'âme des affaires publiques ; que cette expédition ne 
fetrouvoit jamais dans les corps. — Ce changement ne 
put pafîer. 

Gn propofa encore qu'il fût établi un confeil pour 
le tréfor desEtats-unis fous la dircdion d'un financier. 
•—Cette queftion fut auffi perdue. 
- La queftion, qui devoit déterminer fi le Préfident 
auroit le pouvoir de démettre le financier,paflra à l'af- 
firmative. 

Le troifiemc article., établiflant un fécrétaire des 
Etais-unis, pour le département de la guerre, nommé 
et démis par le Préfident, paflTa auffi k l'affirmative. 
Alors M. Vining propofa l'addition d'un quatrième 



iricinent, lavoir, le fécrétaire des Etats-unla, pour 

spartement domeftiquc. Il indiqua par un nom» 
d'obfervations judicieufes, la néceffité de ce dc- 

:ement. 

'ette motion fut combattue par pîufîeurs merabret 

»n remarqua que quoique ce départeraeut parût 
d'abord neceflaire, cependant quand on confideroit 
l'état préfent des affaires, on fentoit qu'il étoit aifé 
d'en répartir les fonélions fur les autres départemens, 
pour un certain temps, que s'il étoit néceffaire, par 
la fuite, en pourroit toujours l'établir — cette queftioa 
ne fut pas décidée. 

Jeudi 21. 
M. Vining propofa que la chambre fe formât en 
comité pour s'occuper du ^.ème. département ; mai« 
on s'oppofa à ce que la chambre fe diflolve — et aprè» 
quelqu'entretien, M. Vining confentit à la fufpenfioa 
de fa motion. 

Il fut enfuîte propofé qu'il fût nommé un comité 
pour rédiger un ou plufieurs bills conformément à 
l'arrêté inftituant les trois grands départemens exécutifs 
fubordonnés. Cette propofitiou fut reçue. 

Le comité des éle&ions, auquel on avoit renvoy-é 
les différentes pétitions des citoyens du New-Jerfey 
relatives à leurs élevions, fit rapport qu'il foit nommé 
un comité autorifé à examiner des témoins — qu'il fût 
arrêté un jour pour procéder à cette affaire — qiîe l'ora- 
teur tranfmît une copie de la refoîution au Gouver- 
neur du New-Jerfey, et qu'il foit prié de la faire pub- 
lier dans toutes les gazettes de l'état. 

On demanda l'ordre du jour. — Le mémoire du 
Dr. Ramfay fut pris en connolffance. 

M. Vining fit la motion que Tordre du jour fût 
déféré, et que l'on fe formât en comité pour examiner 

la queftion du département domeftique. Mais cett« 

queftion ne put paffer, 

La chambre commença donc à examiner la pétition 
du Dr. Ramfay, et les faits produits par les deux par- 
ties. Ajourné. 

Vendredi 22. 

La chambre reprît en connoiffance le rapport da 
comité nommé pour examiner la pétition du Dr. 
Ramfay, concernant l'éleftio» de M. Smith. 

M. Lawrance propofa que le rapport foit différé afin 
qu'un comité puiffe acquérir plus de lumières, qu^l 
fît rapport des faits, afin qui les efprits aient plus dî 
connoiffance de l'affaire avant qu'elle foit décidée. 



C 54 ] 



M. Livcrmore s'oppofa à ce deîay. Plufieurs au- 
tres membres parlèrent ; et prefque tous s'oppoferent 
au délai. 

Enfin un membre fe leva, et obfcrva qu'un examen 
plus profond produiroit peut-être de plus amples com- 
munications de la part du Dr. Ramfay ; furquoi M. 
Smith fe IcTa, et demanda s'il étoit à propos de s'ad- 
dreffer au Dr. Ramfay, s'il avoit quelque chofe à dire 
dans la chambre, fi cela eft, ajouta M. S. je retirerai 
mes documens. Mon éleftion a été approfondie dans 
la Caroline, le réfuhat eft que j'ai été élu par une ma- 
jorité confidérable Le Dr. R. habitant du même 

endroit, n'a jamais montré aucun dcfir de contefter mon 
éleflion. On recueillit les voix, et le délai ne put pafler. 

Alors M. Smith rendit compte d'un nombre de faits 
relatifs à fon élcftion, et à fon éligibilité; il lut auffi 
plufieurs paffages des loix de la Caroline méridionale. 
i,e preraier des faits qu'il expnfa fut qu'un an après 
qu'il fut arrivé au lieu de fa naifiance, il fut choifi 
membre de raffemblée générale, malgré que la loi de- 
mande trois ans de réfidence, ce qui prouve cvidera- 
ment qu'on le regardoit comme citoyen, quoiqu'il eût 
été abfent — que ip mois après, il fut choifi confeiller 
privé ; malgré qu'il fallut avoir été cinq ans habitant 
—nouvelle preuve qu'il étoit citoyen — que quant au 
ferment requis, comme le cite M. Ramfay, par afte 
de l'état, il étoit impoffible qu'il le prêtât, parce qu'il 

étoit alors en Europe que cet aâe ne pouvoit en 

aucune manière lui être applicable, puifqu'il n'avoit 
été confifqné aucun de fes biens pendant qu'il étoit 
dehors, qu'au contraire fon abfcnce avoit étéfanélion- 
née par une loi de l'état, qui permet aux jeunes gens 
de relier en Europe, pour finir leur éducation — que 
fes biens avoient payé taxes pendant la guerre — qu'il 
avoit prêté de l'argent à l'état pour faire la guerre — 
M. S. ajouta qu'il pouvoic fournir des preuves qu'il a- 
voit toujours été regarde comme Américain, quoiqu'il 
fut au dehors — qu'il avoit féjourné deux mois en France 
durant la guerre, où il avoit été préfenté aux ambaffa- 
deurs, MM. Franklin et Adams, comme Américain. 

A l'éditeur de cette feuille. 
Monfieur, 
Me trouvant l'autre jour, au bureau naval, je ne 
fus pas peu furpris de trouver qu'une goélette der- 
nièrement arrivée de Nantes, avoit apporté à Bofton 
une cargaifon de thérébentine, mais ma furprife fut 
augmentée quand on m'apprit que cet article ve- 



ncit originairement de l'Amérique, je Croîs même de 
Bofton. Je ne fuis pas fort verfé dans le Commerce, 
mais une circonftance Ci étrange me frappa ; il me 
fembla qu'elle étoit hors de la nature de chofes — Je 
crus voir notre commerce abbaiffé, mon indignation 
fut excitée ; je me mis la tête à la torture pour ea 
chercher les caufes, mais inutilement ; je fis des cal- 
culs, et le réfultat étoit toujours que notre naviga- 
tion et notre commerce perdoient confidérablement 

je me figurai l'Amérique au bord du précipice — « 

je m'épuifai en reproches contre nos adminiftrateurs 
qui n'ont pas veillé à des manœuvres auffi ruineufes — 
je ne pouvois concilier une négligence auHi criminelle 
avec leur patriotifme et leurs vertus : mais, me difois- 
je à moi même, pourquoi la voix publique ne s'eft-elle 
pas élevée ? — ignore-t'-on le danger où nous fommes ? 
— ^j'étois trop inquiet pour pouvoir refter long-temps 
dans cette incertitude — ^je fors, j'interroge un Mar-- 
chand — favcz-vous que l'Amérique eft perdue ? lui- 
dis-je--favcz-vous que les nations étrangères vont nous 
écrafer ? plus de commerce, plus d'agriculture — je lui- 
fis part de mes inquiétudes ; je lui en dis la caufe— 
bon, me dit-il en fouiiant, il n'y a rien d'étrange à 
cela — nous fommes appelles, intéréffés par nos produc- 
tions réciproques, à commercer avec la France ; la na- 
ture des chofe nous y conduit et cependant la poli- 
tique défaftreufe de nos négocians, et de nos chefs de 
parti nous entraine vers notre chère merepatrie--cédons 
au torrent mon ami : ne commerçons qu'avec fecurité, 
que pour nous feuls, autrement nous ferions impopu- 
laires — II ne faut pas être ingrats, nous devons recon- 
noître les faveurs de la Grande-Bretagne. Comment 
pouvons nous le faire mieux qu'en alimentant fon com- 
merce ? Mais, Boureau, infâme, lui repartis-je, fais- 
tu bien que j'ai fervi mon pays pendant toute la guerre? 
fais-tu que pendant que tu étois à fpéculer au fein de 
la mole{re,je verfois mon fang pour la caufe commune ? 
ignores-tu infâme que je prêtai mon argent à l'état 
pour faire la guerre contre la nation que tu chéris ? 
que j'étois père, époux que j'affrontai tous les hafards? 
crois-tu que je puiflV foufirir un tel langage impuné- 
ment ? Il rentra chez-luï et me laifla dans une mer de 
conjectures et de craintes — je me retirai. J'ai depuis 
découvert qu'il ne nous manque que plus d'inftruftion 
fur le commerce de la France et des Etats-unis. 
J'ai l'honneur d'être, M. &c. Amor Patrlas. 

A Portfmouth, le 30 Mai, 1789- 



COMMERCE. 

II y a long temps que les pêches de la moruv 
la baleine tirent à leur ruine ; elles font pourtant n*. 
tre caeilleure et notre piincipale pépinière pour nos 
forces maritimes — c'eft un objet de la dernière impor- 
tance pour les pays commerçants — c'eft un objet où 
les Etats-unis font plus intéreiTës qu'aucun autre. — 
Ecoutons ce que dit un auteur François à ce fujct. 

La nature, qui a voulu faire des hommes autant de 
frères, & des nations autant de familles ; la nature 
qui, pour les unir tous par un même lien, leur a don- 
né la pente à des befoins, qui les jettent dans la dépen- 
dance les uns des autres ; cette fage nature a, par la 
diftribntion de fes dons, prévenu, condamné ce fyftême 
exclufif. Elle a dit à l'habitant de Nantulcet ; le ro- 
cher que tu habites, eft ingrat & orageux : renonce 
donc à vouloir en tirer ces vins, ces fruits lî délicieux 
que produifent des climats plus paifibles & plus tem- 
pérés. Vois la mer qui t'environne; voila ta propri- 
été ton tréfor. Ce tréforje l'ai fait inépuifabîe,& (i tu 
t'y bornes, tous les biens, toutes les jouifiances de l'au- 
tre continent font à toi : un feul coup de harpon 
adroitement lancé, fera couler dans tes caves mille fois 
plus de ces vins recherchés, que fi, par une culture pé- 
nible, tu tjobftinois à me contrarier. 

La nature tient le même langage aux autres habi- 
tans de la terre. Elle dit au François de porter tous 
fes efforts fur le fol fécond dont elle l'a gratifié, de 
cefier de courir fur des mers étrangères, pour obtenir 
avec 'des frais iramenfes. & beaucoup de rifques, ces 
polffons, ces huiles, que cet habitant de Nantuket fe 
procure avec plus de facilité, plus de fuccès, plus 
d'économie. 

Pourquoi faut-iî qu'un langage fi fimpîe, û fage, fi 
propre à faire naître une harmonie univerfelle ; pour- 
quoi faut-il que toutes les nations ne l'entendent pas ? 
Mais comment le leur faire entendre ? Comment le 
leur faire adopter ? Comment engager les nations qui 
pourroient avoir un commerce direâ entr'elles, a 
figner un traité de commerce qui laifleroit fournir à 
chacune ce qu'elle peut faire, mieux & à meilleur 
marché que les autres, qui fonderoit ainfi les échanges 
fur les loix immuables de la nature ? 



De New- Tore, le 25 Mai. 
Les patriotes de l'Amérique doivent envifager avec 
le plus grand plaifir, fa grandeur naifFante. Combien 



offre à préfcnt l 
.éfidence chez nous» 

.es fciences nos ma- 

nufatîurco *.,.., _. ctat floriflant L'agricul- 
ture profpere ; et les lettres fe répandant parmi toutes 
les claffes. 

De B O STO Ny le 4. Juin. 

*^* Toutes les feuilles de Bofton ont annoncé der- 
nierementila mort du Dauphin — mais cette nouvelle 
fabriquée en Angleterre n'elt pas plus fondée que celle» 
que l'aflemblée des Etats- Généraux a été diférée ; 
nous avons lieu de croire que l'une et l'autre font 
fauffes ; — Au moins une perfonne, qui a quitté la 
France vers la fin d'Avril, nous l'affure — Ces petites 
rufes mefquines qui font la gloire des politiques an- 
glois ne feront pas fortune dans les Etats-unis, fitot 
que nos paquebots auront récommencé à répandre des 
nouvelles fûres et récfulières. 



On offre 50 Piajîres de rêcompenfe 

à celui qui pourra arrêter ou faire arrêter la perfonne 
dont le fignalement fuit. ' 

Son nom eft Lambert, il vient de St. Dominguc, 
d'où il apporte un certificat ; il eft de la taille d'en- 
viron 5 pies un pouce, mefure de France, marqué de 
la petite vérole, il a les genoux eu dedans ; marchant 
lourdement, il ne parle point Anglois— il fe dit natif 
de Paris — Il n'eft gueres poffible de décrire la manière 
dont il eft habile, parce qu'il a emporté des habits 
de diverfes couleurs ; il doit avoir un chapeau très-fin, 
rétapé — parmi les 5 habits, qu'il a pris, il y en a deux 
neufs, l'un couleur de maron, et l'autre couleur de 
perle ; trois cuîotes de fatin noir, plufieurs paires de 
bas de foye blancs. — Des chemifes, vertes, argenterie, 
une épée à garde d'argent, (il eft probable qu'il en 
aura jeté la lame) des boucles unies, enfin des billets 
de la banque de Bofton, et des piaftres, le tout mon- 
tant à pli]s de 400 piaftres. 

Ce vol s'cft fait la nuit du famedi au dimanche 31 
Mai — on foupçonne qu'il foit parti pour New-york, 
ou Providence — la marque la moins équivoque, c'eft 
qu'il ne parle point Anglois. 

La perfonne qui a été ainfi. dépouillée fe repofe fur 
la vigilance de MM. les François et autres, pour dé- 
couvrir ce voleur, avec d'autant plus de raifon qu'elle 
ne s'eft expofée à cette perte qu'en lui tendant les fe- 
coursde Thofpitalité — il étoit François — il étoit pau- 
vre, il étoit dans un pays étranger, elle a cru devoir 
Taffifter. 

S'addrefTer à Bofton à notre Bureau. 

*^* Si cette feuille tomboit entre les mains de per- 
fonnes qui piiflent le faifir à la Martinique ou auCap, 
ou au Port au Prince, où il pourroit retourner,on prie ces 
perfonncs de le pourfuivre en vertu de cette annonce» 
On pourroit s'addrcfîcr, pour la rccomoenfe; à MM:. 
Perkins, BuvUng & Co. au Cap, 



Prix CouranS'-^t 
état du change ent. 
villes commerçantes de l'Europe. 

'^ ^* Les prix annexes aux articles cî-deffous ; 
en chelins. Le chélin, ou fol de Bofton,vaut 1 2 d< 
ers, le dénier vaut 6 liards de France. 



Quintal of l : llh. 

,ordage 54-f- 

Morue 14^- 

Pain d'Equipage 2oà2iJ, 

do. dit de Pilote 24J. 

liz de h Caroline 21^. 



IMPORTATION. 
Par Livre, 
AFFE u. ^d. 

Cloux de Girofle izs. 
Corinthes 8//. 

Coton IJ. 6d. 

Indigode St.Domingue 6j-. 
Noix de Mufcade 40X. 
Peaux de Bœuf ^d. 

Pinvent is. 

Poivre zs, 

rHyfon iQi. à iSf. 
'^ \ Souchong 6s. 8d. 
H j Congo 6s. 

^Bohea ij. 6d. 

Par ^întal de wzlb. 
Cacao 50 à ^^s. 

Par Bu/hel. 
I France 

Liverpool u. zd. 

«Lifbonne is. 6d. 

Cadix ÏJ. 6d. 

Illes Turques i^. 8^/. 

Par Caiffe. 

Genièvre d'Hollande zos. 

Par Tonneau. 
Chanvre de Riga 50/. 

Bois d'Acajou, 
le pied courant 

Par Gallon. 
Eaux de Vie de Nantes 3^'. 
»— deBourdeaux 3J. zd, 
Huile d'Olive 6s. 

Efprit de la Jamaïque 3^-. 
Ë.um d'Antiguc zs. ^d. 
— — Ifles du Vent zs. ^d. 
Sirop ou Mélaffe u. 5^. 
^ T Malaga 3^. 

"^ ( Oporto ys. 

.5 fFayal 3J 

^ y TenerifFe 3J". 



Par Pipe. 
Vin de Madère 40 à 80' 
de Lifbonne 3033**. 

Vin deBourdeaux, 7 ,/ 
par barrique 3 ^ " 

EXPORTATION. 
Par Li-vre. 

ANCRES 6d. 

Ansidon 6d. k is. 
Blanc de Baleine rafiné 2/6. 
Beurre 6d. 

Cire d'Abeilles is. 6d. 
Chanvre du Pays 6d. 

Chandelles de blanc") ^^ 
de Baleine j -^ 
do. de Suif, moulées 6d. 
.Chocolat lod. 

y- S^-JGinfeng zs. 6d. 

Indigo deîaGarolîue3J'.à6j. 



QQ 



4 à 8^. 



Jambons 
Lin 



6d. 
6d. 
5 a loj. 
15330^. 
5^.3 js.6d, 
10 à l'es. 
Ij. zd. 



Cafior 

Loutre 

Renards 

Ours 
Plumes 
Poudre a Canon is. 6à. 
do. à Giboyer zs. 

Savon 6d. 

Suif ^d. 

Sain-doux ou mantegre 6d. 
Sucre royal is. 6d- 

do. en Pain lod. 

Par ^lintal de loolb. 
jj r James River 30;. 

X, l Rappahannock. 30J. 

w s Maryland, jaune 3oj-. 
,n I do. noir 30 



do. 
Caroline 



Par Tonneau, 



r<.cier 
Fer, coulé 
do. en vergés 
PotalTe 
Pearl-ifle 



Par Baril. 



Bceuf 
Brai 



50/ 

22/. 
24/. 
30/, 

32/- 



40^. 
15J. 



lOJ. 

60s, 

IQS. 



Z4.S. 



^ fFinept.netf 96/ 
'Z < Commune do. 
fS (.Mahi do. 

Goudron 
Poix 

Porc de 2î8Ib. net 
Réfine 

Par BuJJjel. 
Avoine is. 6d. 

Bled noir zs. 6d. 

do. deTurqueou Mahi 
Froment 6s. 

Graine de Lin 4^. 6d. 



Par Gallon, 

Lin 4x. 

Spermaceti ' 3^ . 4, 

Baleine zs, 

, Morue is. lod. 

Par Mil de 12OO Pieds. 

Pipe 10/. 

Boucautsoubarriq.6/. 
Barils 3/. 

Feuillards de i20obrîns 3/. 



Le quintal de ce pays 
eft le même que celui d'An- 
gleterre, & correfpond à 
çrlb. poids de France & 
d'Hollande. — Le tonneau 
eil eftimé 20 quintaux de 
1 1 zlb. 

Le buGiel eft le même 
que celui d'Angleterre, & 
contient 8 gallons, dont 
deux font à peu près 
velte de Bourdeaux. 



une 



EFFETS 



PUBLICS. 

4^. 8^.1 



•tf 






Cr? 



Comptes arrêtés [_Jînal fettîemsrtsi 

Certificats du bureau d'emprunt /^s. Sd. 

Coupons d'intérêts 3J. 4.'/. 

Ordres fur l*impôt et l'accifs î6s. 

Notes de l'armée 6s. 4^. 

Ordres en argent los. 

Ordres du No. 2 et du No. 3 ^s. éd. j 

Papier- monoye de la nouvelle émiffion du 

Mailachufctts, — 6 pour i. 

Cours du Change. 

Sur Londres, à 3 o J. d'us. 5 par cent au defTus du pair. 
Sur do. à 60 do. 4 do. 
Sur do. à 90 do. 3 do. 
Sur France, a 30 do. au pair. 
Sur Amfttrrdam,à 60 do. au pair. 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hallj Libraire, dans le Cornhill, No. 53» 
où l'on peut fe procurer chaque Numéro.— ^-^^ — On foufcrit) pour le Courier de Boston, 
chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Cufning ; à Neijs-7'ork^ chez M. Thomas 
Greenleaf, et Johrt Fenno ; ?i Philadelphie, chez M. Mathew Carey ^ et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur ie fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
^ans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



[ 57 3 



COURIER DE BOSTON, 

AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes» 



Prix y 5 Pence.'l 



Du JEUDI, II Juin, 1789. 



[No. 8. 



Suite des Avis intirejfans aux perfonnet qui cherchent à 
émigrer en Amérique, 
Qiielqacs Princes en Europe ont imaginé dans ces 
derniers temps d'attirer dans leurs Etats, par l'appas 
de gros falaires & de puvilèges confidérables, les bons 
Ouvriers & manufafluriers des autres pays : ils étoient 
guidés par l'opinion qu'il eft avantageux pour un Etat 
de produire & manufa<Slurcr dans fon enceinte tous 
les objets de confommation, & de diminuer le plus 
poflîble la quantité des importations. Plufieurs per- 
fonnes s'annonçant comme très-verfées dans divers 
jgenres de manufafturcs, & s'imaginant que l'Amérique 
en avoit befoin, que le Congrès étoît difpofé à imiter 
la conduite de ces Princes, lui ont propofé de s'établir 
en Amérique, à condition qu'oa paieroit leur paffage, 
qu'on leur donneroit des terres, qu'on leur fixeroit des 
falaires, qu'on leur accorderoit des privilèges à terme, 
&c. Ces perfonnes, en lifanc les articles de confédéra- 
tion, verront que le Congrès n'a pas le pouvoir d'ac- 
corder de pareilles grâces, ni d'argent pour en difpo- 
fer en faveur de pareilles entrcprifes. Si l'on en peut 
efpérer quelqu'encouragement, ce ne peut être que du 
Gouvernement particulier de chaque Etat ; cela s'efl. 
fait rarement en Amérique ; & rarement on a réuffi, 
quand on a voulu établir des manufadures, dont l'en- 
couragement étoit au-deflus des forces du pays. La 
main d'œuvre eft généralement trop chère en Améri- 
que, & il eft trop difficile de pouvoir tenir long-temps 
laflemblées un grand nombre de perfonnes, parce que 
chacun defire d'être maître, & que le bon marché des 
terres invite chacun à laifTer le commerce pour l'agri- 
culture. Quelques manufafturcî ont cependant eu du 
fuccçs ; mais c'étoit celles qui exigent peu de mains, 



& où la plus grande partie de l'ouvrage eft exécutée 
avec des machines. Les marchandifes qui font volu- 
mineufes & d'un prix fi bas qu'elles ne peuvent fou- 
tenir l'addition du fret, font manufaélurées dans le 
pays à un prix moindre que celui de l'importation ; 
ces manufadures feront toujours avantageufes, lorfque 
les demandes feront confidérables. Les Cultivateurs 
Américains recueillent une grande quantité de laine 
& de lin ; on n'en exporte rien, tout eft travaillé dans 
les familles pour l'ufage de la famille. On a dans dif- 
férentes provinces, eflayé plufieurs fois d'acheter de 
grandes quantités de laine & de lin, pour employer 
desTifferands, former des manufaélures de toile & de 
draps ; mais ces eflais ont prcfque tons été infruélueux : 
les toiles & les draps de l'étranger importés étant à 
meilleur compte. Lorfqu'on a follicîté les Gouverne- 
mens de foutenir ces projets par des encourageraen» 
en argent, ou en impofant des droits fur l'importation 
de marchandifes de même nature, on a toujours effuys 
un refus. Le Gouvernement étoit fond* fur ce prin- 
cipe, que fi le pays eft affez avancé pour la manufac- 
ture, elle peut être établie avec fuccès par des indivi- 
dus ; s'il ne l'cft pas, c'eft une folie de vouloir forcer 
la nature. Les grands établiifemcns de manufaAureE 
exigent ub grand nombre de mains ; on ne les a qu'cit 
donnant un falaire très modique aux pauvres. Ces pau- 
vres fe rencontrent en foule en Europe, mais on n'en 
trouvera point en Amérique jufqu'au temps où les terres 
étant bien cultivées, il y aura excès d'hommes fur le 
travail ; alors ils chercheront d'autres occupations. 
Les manufadures de foie, dit-on, font naturelle» 
à la France, comme celles de draps à l'Angleterre, 
parce que chacune de ces contrées produit en abon- 



[ s» j 



dance foie & îainc. Mais fi k France & TAngleterre 
veulent tout- à-la- fois pofleder les deux manufaftures, 
pour Soutenir ces opérations anti-naturelles, on fera 
ohVlgé de mettre des impôts fur les marchandifes de 
i:^tranger ; le Manufacturier taxera à fa fantaifie le 
confommateur national, l'ouvrier boira plus & en 
travaillera moins ; voilà pourquoi les Gouvernemens 
Américains n'encouragent point ces projets. Par ce 
moyen le peuple n'eft trompé ni par le marchand ni 
par le Fabricant. Si le Marchand veut trop gagner 
fur ks fouliers importés, on achète du Cordonnier ; 
a'il exige un trop grand prix, on va chez le Marchand ; 
aînfi ces deux profeflîons fe contrebalancent & donnent 
îe vrai prix. Le Cordonnier a cependant un grand 
avantage fur le Marchand, car il a de moins que lui à 
fupporter les frais de fret, de commifîion, d'aflurance, 
Ac. retenus par le Marchand. Il en eft de même de 
tous les autres arts ; de là réfulte que les autres arti- 
îans vivent généralement mieux et plus aifément en 
Amérique qu'en Europe ; et ceux qui favent écono- 
mifer jouiffent du bien-aife et du repos dans leur viel- 
leffe, et laifTent de bonnes fucceffions à leurs enfans ; 
ceux-là ont de l'avantage à émigrer en Amérique. 

Dans les contrées d'Europe habitées depuis long- 
temps, tous les arts, les différentes branches de com- 
nierce, les différentes profeffions font fi remplies de 
perfonnes qui les exercent, qu'il eft difficile pour 
un père, réduit à une fortune médiocre, de placer fes 
enfans dans un état qui leur affure une fubfiftance con- 
venable. Les artifans qui craignent, en formant des 
apprentifs, de former des rivaux, les rcfufent, ou ne 
les prennent qu'à des conditions onéreufes & trop 
dures pour que les parens s'y foumettent. De là il fuit 
que les jeunes gens font élevés dans l'ignorance, & 
qu'ils deviennent, pour vivre, foldats ou domeftiques 
ou voleurs. En Amérique, la rapide augmentation de 
îa population fait difparoître la crainte de la ri^valité : 
les maîtres prennent volontiers des apprentifs, parce 
qu'ils jouiffent du fruit de leur travail pendant tout le 
temps rtipulé ; il eft donc aifé d'y faire élever & bien 
élever les enfan?. Les artifans font û curieux d'a- 
voir des apprentifs, que plufieurs d'entr'eux paient 
même les parens pour avoir des enfans qu'ils engagent 
depuis quinze ans jiifqu'a vingt-ans ; on a vu des pa- 
ïens arriver dans îe Continent, mettre leurs enfans en 
apprentiffage à ces conditions, avec le prix de leur tra- 



vail acheter des terres, s*y établir, & faire fubfillsr 
leurs familles. 

Ces contrats d'apprentiffage fe font devant un Ma- 
giftrat, qui le difte fuivant la raifon & la juftice, qui 
ayant en vue de former des citoyens utiles, engagent 
le maître de s'obliger, non-feulement à nourrir, éclairer, 
loger, habiler leurs élèves jufqu'à l'expiration de leur 
temps, mais même a leur apprendre à lire, écrire, 
compter, &c. On donne une copie de cet afte à l'ap- 
prentif ou à un de fes amis, & le Magiftrat en garde 
une copie à laquelle on a recours, lorfque le maître 
manque à fes obligations. Le befoin qu'ont les maî- 
tres d'apprentifs les engage à payer le pafTage des 
jeunes perfonnes des deux fexcs, qui à leur arrivée con- 
fentent à travailler chez eux pendant deux ou trois 
ans : ceux qui ont des talens ne donnent qu'un temps 
proportionné à leur mérite ; on exige un temps plus 
long de celui à qui l'on eft obligé d'enfeigner fon art. 

La rHediocrité de fortune prefque générale dans 
toute l'Amérique obligeant chacun à travailler pour 
vivre, on y voit peu de ces vices qui réfultent de la 
pareffe. L'induftrie 6c un travail journalier font de 
grands préfervatifs pour la morale & les vertus d'une 
nation ; aufïï les mauvais exemples font-ils rares en 
Amérique ; raifon qui doit être d'un grand poids dans 
l'efprit des parens : on doit y ajouter que la Religion, 
fous différentes dénominations, y eft tolérée, refpeélée 
& pratiquée ; l'athéïfme y eft inconnu, l'infidélité 
rare & fecrette ; cnforte qu'on peut parvenir à une 
très -grande vieillefle dans ce pays, fans avoir eu la 
douleur de voir un athée ou un infidèle. L'Etre Su- 
prême paroît avoir voulu marquer l'approbation qu'il 
donnoit au fiftême de tolérance des Américains, en les 
comblant de faveurs & de profpérités. 

Suite des Travaux du Congrès^ 

Chambre des Repréfentans, 22 Mai. 
EleSion de M. Smith. 
La chambre arrêta que, d'après un examen pro- 
fond des faits, il paroiffoit à la chambre que Wil- 
liam Smith, de la Caroline méridionale, avoit été fept 
ans habitant de la Caroline méridionale, avant fon 
éle<Etion. 

Cet arrêté paffa à l'affirmative. 
Pour 36 

Contre i 
Ajourné jafqu'au Lundi, à 11 heures. 



[ 59 ] 



Lundi 25. 

Ce jour ayant été arrêté, pour prendre en connoif- 
fance les amendemens, M. Madifon obferva que les 
mêmes raifons qui lui avoient fait remettre cette dif- 
cuffion à l'avenir, exiftoient encore ; et qu'en confé- 
quence, il propoferoit que l'on s'occupât de cet objet 
dans quinze jours. 

M. Goodhue, conformément à l'avis qu'il en avoit 
donné, Mercredi dernier, introduifit un arrêté relatif 
aux émolumens du Préfident, du Vice-Prélident, des 
Sénateurs et des Repréfentans des Etats-unis., 

M. White propofa que le nom de l'orateur fût in- 
féré. 

M. Page propofa que l'arrêté fût fournis à l'examen 
de toute la chambre en comité. En conféquence, la 
chambre fe forma en comité — M. Trumbùll, orateur. 
- Alors, l'arrêté de M. Goodhue fut lu. 

M. Law^rence propofa que l'efpace annexé au pre- 
mier article, des émolumens du Préfident, fût rempli 
par 25000 dollars par an, pendant le temps, pour le- 
quel il aura été élu, M. L. obferva que cette fomme 
n'étoit point le réfultat d'aucun calcul ; mais feule- 
ment qu'elle étoit foumife a l'infpecSlion du comité — 
Il fut fait plufieurs obfervations, qui tcndoient toutes 
à déterminer, fi cette fomme devoit fuffire, pour toute 
fa maifon, ou s'il feroit pourvu féparément à tous ces 
objets — Il n'y avoit encore riçn de décidé quand le 
comité fe leva. 

M. Clymer fitla motion qu'il fût nommé un comité 
fpécial, pour s'occuper de cet objet important, ce qui 
fut voté à l'affirmative, et il fut nommé un comité. 
Mardi 26. 

Le bill du tonnage fut lu pour la féconde fois. 

A la motion de M. White, il fut voté que ce bill 
fut renvoyé au comité de la chambre j et qu'il fût 
fait l'ordre du jour de demain. 

M. Scott donnaavis, qu'il demanderoit demain qu'il 
lui fût permis de préfenter un bill, pour l'établiflTement 
d'un bureau territorial [land office'] à l'effet de vendre les 
terres des territoires de l'oueft. 

M. Page, après quelques obfervations introduftoi- 
res, fur le defavantage réfultant de la méthode de 
choifir des comités par ballot, propofa que l'on annul- 
lât tout ce qui y avoit rapport dans le mode de la 
chambre. 

M. White propofa que tous les comités fuiTent nom- 
més par l'orateur, à moins que la chambre ne l'ordon- 



nât autrement — M. Lawrrence demanda qu'il fût nom- 
mé un comité pour adopter un mode* ' 

M. Lee s'oppofa au comité. M. Law^rence retira 
fa motion. 

M. Smith propofa un amendement à la motion de 
M. White, qui fut, que l'on y inférât, à moins que 
cinq membres ne demandent un ballot. 

M. Page s'oppofa à ce que l'on choifît des comités 
par ballot — il obferva qu'il étoit fort pofîible qu'on 
les fît fervir à l'intrigue — J'efpere, continu-a-t'-il, que 
l'on ne choifira plus de comités par ballot. Cette 
motion fut remife à un autre jour. 

M. Smith donna avis qu'il préfenteroit demain un 
bill, fur le fujet des banqueroutes. 

M. Silvefter du comité pour les Gazettes, fit rap- 
port qu'il étoit propofé, que les greffiers du fénat et 
de la chambre des repréfentans fuflent autorifés à pafler 
les aéles néceffaires à ce fujet. 

An Effay, &c. ou Effai fur le commerce et fur les 
finances libres — indiquant les reffources qu'on peut 
tirer des marchandifes, fans nuire au commerce, ni 
grever la peuple. 

L'efprit de méthode et de juftcffe qui a difté les 
remarques fuivantes, ne peut manquer de faire plaifir 
à nos lefteurs — elles font courtes, nous les traduirons 
en entier. 

La première chofe qui fe prefente à notre confide- 
ration eft les frais du gouvernement, voila le fine qua 
non du tout, comme des élemens, voilà l'échelle qui 
doit mefurer l'exécution du gouvernement de toutes les 
nations ; car aucune nation ne peut foutenir les opé- 
rations de fon adminiftration, fans frais. Or, les 
deux premiers points qui fe préfentent à notre examen 
font 10. un eftimé des frais qu'entraine le gouverne- 
ment, et 20. les moyens les plus efficaces, les plus aifés, 
les moins oppreflifs, pour obtenir dequoi y fubvenir. 

Le premier point n'étant pas, pour le moment, moa 
principal objet, j'obferverai feulement qu'il en eft des 
befoins du gouvernement, comme de ceux ae la na- 
ture, ils font en petit nombre, couféquemment, zls 
font aifément fatisfaits : c'eft le luxe qui entraîne des 
dépenfes, et ce qui eft encore plus à regretter, c'ell ce 
même luxe qui tarit toutes les fources abondantes de 
fecours, qui corrompt l'homme, énerve fes forces, et 
détruit fes facultés, qui étoient refervées à des deffcins 
plus nobles. Je me bornerai, pour le moment, aux 



6o 



moyens de reffources— J'établirai quelque» principes 
qui m'ont paru mériter notre attention. 

Quand on a befoin d'une certaine fommc d'argent, 
on fait qu'il peut y avoir un moyen de la trouver plus 
aîfé qu'un autre. Cette vérité peut »'appliquer aux 
états comme aux individus. On doit donc toujours 
attendre des fecours des articles dont on peut fc paffer 
le mieux, et que l'on peut rétrancher, avec le moin» 
d'inconveniens — on doit d'abord fc défaire des arti- 
cles préparés pour les marchés — fî cela ne fuffifoit pas, 
il faudroit alors avoir recours aux articles de produc- 
tions, commençant toujours par les objets de luxe, et 
finiflant par ceux de néccffité. 

Tout intérêt, ou toute chofe quelconque, qui fup- 
porte les taxes, perd toujours en quantité ou en valeur; 
e. g. fi l'argent eft taxé, il en faut une partie pour 
payer cette taxe ; fî c'eft les terres, le produit doit 
fuffire : il en eft de même des marchandifes, &c. 

La confommation de tout ce qui paye des taxes doit tou- 
jours être diminuée. Parce que cette taxe doit aug- 
menter l'article, fur lequel elle tombe, par conféquent, 
il doit y avoir moins de perfonncs qui veuillent et qui 
fuijfent payer cette augmentation, qu'il n'y en auroit, 
fî le prix n'étoit pas augmenté. C'ell pourquoi les plus 
bauts droits devroient être impofés fur les articles, qui 
font les moins néceffaires à la fociété ; et les plus bas 
fur les articles qui lui font les plus néceffaires. Ces 
affertions font fi claires que je crois qu'il eft inutile 
d'y rien ajouter pour en prouver la vérité et le fonde- 
ment. 

Les entrepôts de tous les pays font et la fource et la 
inefure de leurs richefles ; c'eft pourquoi on doit les 
favorifer, et les accroître autant qu'il eft poffible. Il 
n'y a point de pays qui puilTe polfcder ou confommer 
plus qu'il ne peut produire, fabriquer ou acheter. Il 
n'y a point de pays qui puiffe acheter plus qu'il ne 
peut payer, et il n'y a point de pays qui puiflc payer 
au delà du produit de l'excédent de fes entrepôts, quand 
on en a prélevé la confommation — s'il pafTe cela, il 
fait des dettes, c'eft à dire qu'il mange fon bled en 
herbe, ce qui eft une marche direéle vers la ruine, qui 
finit, fî on la pourfuit, par la deftruâion totale. 



Ahrégé authentique de Vttat préfent des affaires^ en France. 

La révolution, qui vient de s'opérer, eft telle que 

nous ne pouvons en former une idée jufte. Les baga- 



telles de la conrerfatlon et des modes ont cédé à la 
politique ; hommes, femmes, enfans, tous s'entretien- 
nent de politique.— On n'entend de tous côtés que 
les gémifîemens de la preffe, qai fait éclorre tous le» 
jours une foule d'ouvrages qui, pour la hardieffe, font 
reculer les Anglois, qui fc croyoient jufqu'ici les plu» 
hardis de la terre. Cette révolution, qui s'eft opérée 
en deux ans, (dépuis l'époque de l'aflemblée des nota- 
bles de 1787) n'a pas coûté la vie à un feul homme. 
Les écrits, qui ont paru à ce fujet, font, pour la plu- 
part, très-eftimés et recherchés ; c'eft qu'ils font af- 
franchis du joug, qui fait gémir les Anglois : en don- 
nant pleine carrière à la raifon, ils ont fait éclorre ues 
vérités qui n'avoient jamais été découvertes et qui n'ont 
encore jamais été reconnues en Angleterre. L'An- 
glois, apéfanti, fous une efpece de demi reforme, n'cfl: 
point éveillé par les mêmes erreurs, qui fe préfentent 
aux regards du François, où qu'il les promène, foit 
fur le trône, foit fur l'autel. 

La repréfentation du peuple dcvoit être égale, à 
l'affemblée des Etats-Généraux, qui devoit fe tenir le 
27 d'Avril der.; mais elle devoit être tempérée par un 
nombre égal de la noblefîe et du clergé. La première 
queftion qui fera agitée, fera de décider fi l'on doit 
voter par ordre, ou par perfonnes. — On croit que la 
majorité des nobles fe joindra au tiers-état pour que 
l'on vote par perfonnes. Voilà l'opinion a la mode 
en France, et la mode a beaucoup d'influence. Tou- 
tes les belles femmes, par exemple, font pour le tiers- 
état ; c'eft beaucoup ; la cour eft auffi en faveur du 
tiers- état ; la cour qui eft le feul agent qui puifle raf- 
fembler, pour le befoin de l'état, les reflburces qui ont 
jufqu'ici dormi dans des mains inutiles. Sa majefté 
s'eft engagée à renoncer au pouvoir d'impofcr, de le- 
ver ou de continuer les taxes, et même à celui de les 
approprier. — Elle s'eft engagée a convoquer les Etats- 
Généraux périodiquemeHt — à foumettre les lettres de 

cachet à des reftriétions légales à confentir à la 

Liberté de la presse — à ce que toutes ces réfor- 
mes faffent partie de la conftitution ; et que fes fuc- 
cefleurs y foient fournis. 

Le peuple demande hardiment à participer au gou- 
vernement. Les efprits font fi mûrs fur ces objets, 
qu'il femble qu'il n'y ait qu'une voix dans tout le 
royaume ; excepté le clergé et les vieilles qui, comme 
de raifon, font d'un avis contraire à celui qui veut le 
bieno 



[ 6, ] 



Tout confidéré, il paroît que la France va recevoir 
une auffi bonne mcfure de liberté, qu'il lui convient 
d'avoir pour le préfent, fi l'on confidére le peu de lu- 
mières du nienu peuple : cette circonftance facheufe 
pourroit peut-être nuiri:àVétah\if[cmcni des procès par 
jures. 

Le fommeil du pouvoir exécutif de la Grande-Bre- 
tagne, obfcrve un correfpondent du tuorUy cft une des 
circonftances tes plus favorables pour la France, en ce 
qu'elle lui donne le temps d'arranger fes affaires do- 
ineftiques — La confolidation de fes dettes va la mettre 
à portée de faire tout ce qu'il lui plaira, en Europe. 

Ce n'eft pas qu'il n'y ait dans l'Amérique confédé- 
rée, comme en Angleterre, des ennemis de la France, 
et des François — Icsfatcîlitcs Anglois fe reproduifent 
fous mille formes différentes ; mais filôt qu'il s'élève 
une voix contre nos alliés, il y en a mille toujours 
piètes à l'étouffer. 

Lettre à l'éditeur de la Gazette des Etats-unis. 
Monfieur, 

Tous les partifans du fentiment, et du goût defire- 
ront et encourageront le fpedade, à moins qu'ils ne 
fuppofent qu'il foit contraire aux mœurs et au répub- 
licanifme ; mais parmi fes partifans les plus zélés, il 
ne s'en trouvera aucun qui ne découvre aifément qu'il 
entraine des erreurs. — Par exemple, ne peut-on pas 
compter parmi ces erreurs, qu'une pièce angloife in- 
troduifc, fur la fcène, un perfonnage françois, pour le 
livrer au ridicule et au mépris ? — De ridiculifer, et de 
fe jouer des coutumes des nations étrangères eft, dans 
toutes les occafîons, au moins barbare, et malhonnête : 
mais on ne peut pardonner, aux écrivains comiques de 
cette nation, d'avoir commis une telle injuftice envers 
leurs compatriotes — qui eft-ce qui ignore que les an- 
glois abondent en perfonnages convenables, pour tou- 
tes fortes d'exhibitions théâtrales ? hélas, l'efprit et le 
ridicule peuvent s'exercer amplement chez-eux, fans 
être obligés de s'égarer chez les étrangers, qu'ils ne 
connoiffent pas, pour trouver des objets. Quelle ex- 
cufe pourroit-on offrir en faveur des écrivains drama- 
tiques, qui ont négligé leurs compatriotes, afin d'in- 
troduire fur la fcène la claflTc du vulgaire François ? 
de telles b.iJlfes dégradent plus la nation qui les fa- 
vorife, que celle qui en eft l'objet. Je voudrois-bien 



que l'honnêteté Américaine réclamât contre de tels 
préjugés et une telle partialité. 

C I V I S. 



Ceux, de nos leflcurs, qui ignorent le ton d'emphafe, 
avec lequel les citoyens de l'Amérique parlent de leur 
conftitution fédérative, et de leur Préfîdent, pourront 
en juger par l'allégorie fuivante. 

Vaisseau Federatif. 
Il vient d'être lancé, fur l'océan de l'empire, le 
Vaiffeau La Colombia, Capitaine George Walhing- 
ton, lequel après avoir refté treize ans fur le chantier» 
vient d'être équippé, et mis en bon état. — Ce vaiffeau 
eft du premier rang, tous les conftruftcurs en ont 
prononcé la quille bonne et faine — il s'eft élevé quel- 
ques objeélions au fujet du gréement et autres baga- 
telles ; mais ils doivent être changés par la fuite, 
s'ils font trouvés mauvais ; en attendant, le vaiffeau 
peut marcher bon train. Il y a dans ce moment ua. 
grand nombre de charpentfers, qui s'en occupent. 
Le Capitaine et le Capitaine en fécond fout univer- 
fellement aimés de tous les onze intérrcffés, (les onze 
états qui ont ratifié la nouvelle conftitution.) 

Univerfîîê de Cambridge. 

On a beaucoup parlé de Bofton, en Europe, il y a 
peu de villes qui aient fait plus de bruit, dans la der- 
nière giierre,que la capitale de la Nouvelle- A ngleterrca 
que beaucoup regardent encore comme l'Amérique, et 
non pas comme une ville — nous donnerons peut-être, 
dans quelques Nos. futurs, la defcription du Maffa- 
chufetts ; en attendant nous préfenteront, à nos lec- 
teurs, une cfquiffe de l'univerfité de Cambridge. 

Cette univerfité eft regardée, à jnfte titre, comme la 
mère nouriciere, \_alma materl^ la pépinière des grands 
hommes de la Nouvelle-Angleterre. Ses fondateurs 
n'étoient pas des hommes, que la néceffité expofoit 
aux dangers des mers ; ce n'étoient point des avaa- 
turiers qui, déçus par l'efpoir de faire leurs fortunes, 
méprifèrent les dangers d'une traverféc, non, c'étoient 
des hommes d'érudition, que la perfécution chaffoit 
d'Angleterre, c'étoient des gens inftruis, qui cher- 
choient un pays, où ils puffent adorer le Créateur cft 
paix, et élever leurs enfans de la manière qui leur ferai» 
bloit la meilleure. 

Ce fut peu de temps après leur arrivée, lorfquc 
la Nouvelle- Angleterre n'étoit encore qu'un defert 



[ êi ] 



afFreux, avant même d'avoir pourvu aux befoins de la 
nature, qu'ils s'appliquèrent à la culture des arts, 
qu'ils jettèrent les fondemens d'un édifice qui dcvoit 
propager les arts et les fciences, dans une belle fitu- 
atîon à environ quatre miles de Bofton, laquelle ils 
appellèrent Cambridge, en honneur de Cambridge en 
Angleterre, où plufieurs d'entr'eux, et tous leurs pre- 
miers régens avoient été élevés. Ils fentirent d'abord 
qu'il n'y avoit rien qui pût leur procurer plus de vrais 
bienfaits au dedans, et plus de confîdération au dehors, 
que la proteftion publique des arts et des fciences, 
qui rendent les hommes meilleurs, plus heureux, et 

plus fages ils fentoitnt la nullité des loix quand 

elle ne font pas fuivies des bonnes mœurs ; et ils fon- 
dèrent un collège, afin qu'une morale pure et un 
gouvernementjuftefe fiipportaffent mutuellement. Il 
femble qu'ils aient été pénétrés de cette maxime, que 
le moyen le plus efficace de prévenir les crimes, eft 
que l'inftrudlion publique accompagne toujours la li- 
berté — cette inftitution s'accrut ainfi fous la protetflion 
immédiate du gouvernement. 

La conilitution de cette univerfité (cardans les dé- 
mocraties, on ne fauroit faire un pas fans conftilution) 
cft fi intimement liée au gouvernement, quelle ne peut 
augmenter, profpérer, tomber ou s'éteindre qu'avec le 
gouvernement même — tels font les liens qui les enla- 
cent. 

Le Préfident ou principal, et fix autres perfonnes, 
diltinguées par leur érudition, forment, ce qu'ils ap- 
pellent, corporation ou gouverneurs Immédiats de 
Funiverfité ; cependant leurs décifions, et leurs régle- 
mens font foumis à l'examen d'un confeil d'infpedteurs. 
Ce confeil ell compofé du gouverneur, lieutenant 
gouverneur, du confeil et du fénat de la republique 
du Maflachufetts, enfemble avec les miniftres ou rec- 
teurs de Bofton, et des cinq villes voifines. 

La difcipline, le plan d'étude, la diUributlon des 
honneurs littéraires font Is mêmes que ceux de Cam- 
bridge et d'Oxford en Angleterre ; mais, ce qui donne 
l'avantage à l'inditution Américaine, ce qui enchérit 
fur fon éloge, c'eft que toutes les feéles quelconques 
peuvent y être élevées ; toute efpece de te/l devenant 
inutile pour y être admis. 

Tels font les foins qu'on donne à cette inditution, 
que le jour, où fe fait la diftribution des dégrès, eft 
celui où il y a le plus de parade et d'éclat dans l'état, 
c'eft le fcul où le gouverneur et les principaux officiers 



de la république> paroiflent en habits de cérémonie. 

Le principal eft ordinairement un écléfiaftique ; 
mais ce n'eft pas une loi ; il ne doit jamais fa nomina- 
tion à fon ordre, mais à fon mérite et à fes vertus j 
on s'attache ordinairement à trouver un homme d'é- 
rudition, bienfaifant, pieux, tollerant, exempt de fu- 
perftition, fans égard à fon ordre ou à fa fefte. 

Il ne faut pas oublier qu'il y a, dans le Maflachu- 
fetts, un nombre d'académies inférieures, où l'on en- 
feigne les arts et les fciences, en outre des écoles où, 
ceux qui doivent entrer au Collège, reçoivent les pre- 
miers principes des langues latine et greque, chaque 
paroiffe eft obligée par la loi, de maintenir une de ces 
écoles. Les écoles fourniffent aux académies, les aca- 
démies à l'univerfité ; c'eft ainfi que les ruifieaux em- 
plifTent les canaux — les canaux les rivières, qui ferti- 
lifent, et ornent les pays qu'ils arofetit. 

Les étrangers qui ont vu Cambridge font d'accord 
fur la beauté et la faîubrité de fa fituation. La rivi- 
ère Charles, qui eft à-peu-près auffi large que l'cft la 
Seine, à Paris, vis-à-vis du Louvre, coule au pied de 
l'univerfité. — De l'autre côté, les montagnes qui l'en- 
vironnent font couvertes de fortereffes et des débris 
des ouvrages du fiège de Bofton, ouvrages que i'hifto- 
ire qu'ils décoreront aura foin de tranfmettre à la pof- 
térité. C'eft ainfi que les étudians, après avoir con- 
templé tour à tour les beautés de l'art et de la nature, 
la fcène des bergers et des héros, vont fe renfermer 
dans le fanéluaire de la philofophie. 

On fe doute bien qu'un fi petit endroit, fi hcureufe- 
ment fitué, fi près de la capitale ne manque pas de' 
raaifons de campagne — c'eft le premier droit que lui 
donnent l'ennui et le defœuv rement de Bofton dont le 
luxe chafTe et attire tour à tour les citoyens opulent 
qui, en dépit d'eux-mêmes, font ramenés aux plaifirs 
fimples et innocens de Cambridge. 

Ces maifuns de campagne décorent d'un côté,la per- 
fpeélive de Cambridge, de l'autre on découvre à la 
diftancc de 4 miles, Bofton, qu'un fuperbe pont d'en- 
viron 15,00 pieds de long, fépare de Charlejloivn. 

Le temps viendra, que la poëfie, inftruite par la 
philofophie, fera entendre fa voix aux fiècles futurs — 
le repaire des mufes fera célbré quelque jour à venir, 
et confacré par une renommée fans fin. 

Le voyageur étranger qui confidére le but d'un 
auffi bel établiflement, la néceffité de l'inftruélion pub- 
lique, dans un pays républicain, après en avoir ^àvo. a^ 



[ (>3 ] 



i'cnfemblc, l'unanimité qui y préfidcjle bon ordre et en 
quelque forte, l'efprit de liberté qui y refpire, deman- 
de où enfe'tgne-f on le François ? quand on lui répond 
qu'il n'y a point d'établiffement pour la langue fran- 
çoife, il montre fa furprife par une foule de queftions, 
rarement il en apprend la vraie caufe : il a beau fe 
récrier que c'eft un des établiflemens des plus utiles de 
l'univerfité, que les liens qui unifient l'Amérique à la 
France font formés des intérêts réciproques des deux 
nations ; que la France eft la monarchie la plus puif- 
fante, comme la plus riche de l'Europe ; qu'elle eft 
appellée, par la correfpondance dés befoins et des pro- 
duftions de l'Amérique, à faire, avec cette dernière 
contrée, un commerce étendu ; que les préjugés natio- . 
naux, fi hiimilians pour la nation qui les a fait naître, 
n'cxiftent plus ; qu'ils ont fait place à l'harmonie, et à 
la bienveillance de part et d'autre ; que les François 
font prêts à encourager le commerce des Etats-unis ; 
qu'ils en ont déjà donné des preuves — qu'il ne leur man- 
que que plus d' injlrud'îon, fur les rejfources locales de ce 
nouveau monde^ il ne peut en deviner la caufe ; il con- 
clud que c'eft encore un refte des anciens préjugés qui 
ont fait, pendant près de deux fiècles, la honte de la 
Grande-Bretagne. Hclas ! il fe trompe, la libéralité, 
toujours inféparable du caraftère rcfpeftable et diftin- 
gué des favans perfonnages, qui font à la tête de cette 
inftitution, dépofe fortement en faveur d'un fentiment 
contraire ; non, ces hommes refpeélables, à la fois 
l'honneur et le fontien de leur pays, ont vu à regret 
que cet établifTement manquoit ; mais leurs efforts 
pour y fuppléer n'ont pas eu le fuccês qu'on en auroit 
pu attendre, s'ils n'euffent demandé que des vertus et 
un ardent amour pour l'avancement des arts et des 
fciences ; il a fallu abandonner une entreprife, aulli 
honorable que patriotique, qui ne pourvoit réuffirqu'a- 
vec plus d'argent ; enforte que l'univerûté de Cam- 
bridge, qui réunit tous les avantages dont les autres 
font privés, n'a point encore d'établifferaent pour la 
langue françoife. 

O combien feroit béni le François riche, le François 
vertueux qui appliqueroic fes bienfaits à la fondation 
d'un établifTement aiifTi utile, aufTl honorable, je dis 
plus, aufTl patriotique ! combien de voix chanteroient 
fes louanges! Helas ! fi les gens riches favoient le bien 
qu'ils pourroient faire, ils ne fe ruineroient pas en 
équipages et en vaines pourfiiites 1 L'univerfité de 



Cambridge offre, à une belle âme, une 11 belle occafion 
de fe montrer. 



De BOSTON, le 1 1 Juin, 

Le fénat du Conne£îicut vient de paffer un aéle qui 
défend l'exportation des grains de toute efpece, fous 
peine d'amende, et de confifcation. 

KOTE. 

Qu^and verra-t*-on les hommes, rendus à eux-mêmes, 
fe dépouiller des préjugés qui les enchaînent, qui le$ 
ruinent, pour brifer leurs fers, donner, à leur raifon, 
un libre cours, et monter au point de profpérité où 
la nature les appelle ? Le voyageur qui s'arrête dans 
le Connedlicut n'y voit que de vaftes plaines incul- 
tes, et des attelliers de toutes parts — Il n'entend 
parler que de manufaâures. Les papiers publics 
font remplis des defcriptions de leurs machines, quel 
fpeôacle ! il me ftmble voir Chriflophe Colomb 
attaché à une rame ! que diront les générations fu- 
tures, quand elles liront que le ConneSicui^ recueil- 
lant à peine de quoi fe nourir, élevoit des manir- 
faftures, et reftreignoit l'exportation des grains, qui 
auroit pu faire couler dans fes coffres, des tréfors 
► immenfes, — tréfors qui fe reproduifent fi aifément, 
pour faire fervir ces mêmes bras, qui auroient pu 
l'enrichir, à exploiter des manufactures, qui le rui- 
roient? je dis les g nérations futures; parce qu'il efl 
impoffible qu'elles détournent leurs regards du fol fé- 
cond dontla nature a gratifié TAmérlque; parcequ'il 
eft impofTible qu'elles n'abjurent pas l'erreur qui fait 
l'idole du jour, et qu'elles n'acceptent pas les richeflcs 
et la profpérité, dont nous ne voulons pas — Le Con- 
neélicut manque de grain, et que ne cultive-t'-il ? il 
eft pauvre, que ne cukive-t'il ? il ne peut pas payer 
les articks d'importaion, que l'habitude lai a ren- 
dus néceffaires, que ne cultive-t'-il ? il ne fauroit 
payer fes taxes, que ne cultive-t'-il? voilà des quef= 
tions à foumettre à légiflature. 



La fociété royale de Londres vient de recevoir, 
membre de ce corps rcfpeéiable. M* J. Bowdoin, pré- 
fident de l'Académie Américains, des arts et des fci- 
ences. 

11 y a quelque temps, difent lés feuilles angloifes, 
que la G. B., négocie avec la France, un échange du 
Canada, pour les Ifles de la. Guadeloupe et de Marie 
Galante — on eft encore partagé, fur les avantages qui 
refukeroient de cet échange, pour la G. Jb. 

Les droits fur le rum et fur la mélafTe ont été di- 
minués par le fénat des E. U» on efpére que celui 

fur la mélafTe ne pafTtra pas 3 fous par gai. avec les 
draw-lach ou deux, fi on lui ôte cette reffource. 



[ 64 ] 



On lit le projet fuivant, dans une lettre addreffée à 
l'éditeur d'une feuille de Philadelphie. 

Monfieur, 
Il y a longtemps que je contemple les opérations de 
la nature ; mais le défaut de loifir et d'aparatus m'em- 
pêche de fuivre mon penchant, et m'oblige de com- 
muniquer mes projet» en théorie, avant d'avoir pu les 
mettre en pratique. 

L'analogie m'a enfcigné à croire que le temps eft un 
chimifte, et un des meilleurs chimiftes qui foit : il 
compofe, décompofe, analyfe et précipite ; et en pé- 
trifiant, il furpafie non feulement tous les chimiftes 
de nos jours, mais encore tous ceux qui pétrifioicnt 
du temps de Moife, qui étoit lui même un adepte 
dans les fciences occultes, auffi bien qu'un légiflatcur 
judicieux, et un excellent profefTeur de jurifprudence. 
La calcination du veau d'or ell une preuve irrévocable 
de fa connoiflance en chimie. Il y a encore la méta- 
morphofe de Madame Loth en un pilier de fel, qu'on 
doit compter parmi les opérations remarquables de la 
chimie, (je ne doute point qu'il n'y ait beaucoup de 
maris qvii ne s'eftimafient heureux à difpofer de leurs 
femmes,- fous des conditions aufiî avantageufes) c'eft 
pourquoi je propoferai le temps à l'attention des chi- 
miftes. 

Si d'un côté, le temps fait le chimifte, pourquoi 
d'un autre, la chimie ne feroit-ellc pas le temps ? celui 
qui convertit l'or de fon voifin en pierre fera pétrifié, 
aditle chanteur divin; ne voila.-t'-ilpas un vafte champ 
Ottvert à nos chimiftes, de pétrifier tous nos fpécula- 
teurs fur les terres ? 

Je me refTouviens qu'un folToycur, dans une des 
pièces de Shakefpeare, découvre que les tanneurs du- 
rent plus long-temps, après avoir été enterrés, qu'au- 
cune autre clafle d'hommes j ce qui eft vraifcmblable- 
ment occafioné par la qualité aftringentc du tan qui 
entre par les pores de la peau, or, comme la pétrifi- 
cation n'eft autre chofe que de remplir les vuides avec 
des particules de pierres, je ferois d'avis que l'on com- 



mençât la pétrification de Meflîeurs nos agioteurs en 
terres ; ponr cela, je voudrois qu'on les mît à l'ouvrage 

dans nos carrières. Des cadavres aufîi durables, et 

auffi bien confervés feroient préférables aux marmottes 
qu'on nous apporte d'Egypte, et deviendroient, dans 
peu, un article «onfidérable d'exportation — voilà de» 
expériences que devroit favorifer la Légiflature. 
J'ai l'honneur d'être, Monfîeur, 

Un Schemer, 



On offre 50 Piajhes de récompen/e 

à celui qui pourra arrêter ou faire arrêter la peifonnc 
dont le fignalement fuit. 

Son nom eft Lambert, il vient de St. Domingue, 
d'où il apporte un certificat ; il eft de la taille d'en- 
viron 5 pies un pouce, mefure de France, marqué de 
la petite vérole, il a les genoux en dedans ; marchant 
lourdement, il ne parle point Anglois — il fe dit natif 
de Paris — Il n'eft guercs poffible de décrire la manière 
dont il eft habillé, parce qu'il a emporté des habits 
de diverfes couleurs ; il doit avoir un chapeau très-fin, 
rétapé — parmi les 5 habits, qu'il a pris, il y en a deux 
neufs, l'un couleur de maron, et l'autre couleur de 
perle ; trois culotes de fatin noir, plufieurs paires de 
bas de foye blancs. — Des chemifes, veftes, argenterie, 
une épée à garde d'argent, (il eft probable qu'il en 
aura jeté la lame) des boucles unies, enfin des billets 
de la banque de Bofton, et des piaftres, le tout mon- 
tant à plus de 400 piaftres. 

Ce vol s'eft fait la nuit du famedi au dimanche 31 
Mai — on foupçonne qu'il foit parti pour New-york, 
ou Providence — la marque la moins équivoque, c'eft 
qu'il ne parle point Anglois. 

La perfonne qui a été ainfi dépouillée fe repofe fur 
la vigilance de MM. les François et autres, pour dé- 
couvrir ce voleur, avec d'autant plus de raifon qu'elle 
ne s'eft expoféc à cette perte qu'en lui tendant les fe- 
coursde l'hofpitaliié — il étoit François — il étoit pau- 
vre, il étoit dans un pays étranger, elle a cru devoir 
l'aflifter. 

S'addreffec à Bofton à notre Bureau, 

*^* Si cette feuille tomboit entre les mains de per- 
fonnes qui pufl'ent le faifir à la Martinique ou au Cap, 
ou au Port au Prince, où il pourioit retourner,on prie ces 
perfonncs de le pourfuivre en vertu de cette annonce. 
On pourroit s'addreffcr, pour la rccompenfe, à MM. 
Perkins, Burling & Co. au Cap. 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. 53, 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salemy chez MM. Dabney ecCufhing ; à New-Tork^ chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphicy chez M. Mathew Carey i et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur Te fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
éans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



[ 6î ] 



■35»àa7«aagi&iagi^.t^ii3WggRggB'E9''a«»*'^^^^^ 




STON, 



AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Moîtdes. 



Prix, 5 Pence,'] 



Su JEUDI, i8 Juin, 1789. 



[No. 9. 



A MM, les Soufcrîpteurs, 

LES objets de cette feinlle, la première et Tunique 
en ce çenre, ont toujours préfenté les pUis grands 
fuccès — L'éditeur, en y voyant les moyens de fe ren- 
dre utile aux deux Mondes, s'eil laîffé entraîner à Ton 
zèle, et a méprifé toute autre confidération — 11 a vu 
fa récompenfe dans fon entreprife, et s'il faut qu'il s'y 
borne, s'il faut que cet établifTcment tombe, faute 
d'encoUragettient, il en accufera fon défaut de talens 
et fe foumettra, fans murmurer, à l'arrêt irrévocable 
du public, dont l'eftime et la bienveillance lui tiendront 
toujours lieu de toutes faveurs, 

peut-être, lui aurott-iî été facile de mefurer la por- 
tion d'encouragetnent que cette feuille devoit recevoir; 
mais le courage et le zèle d'un cœur qui.s'eft voué au 
fervice d'un peuple généreus, n'a pas toujours autant 
de prudence que d'ardeur. S'il a été coupable, c'eft 
au public à l'en punir-— il lui reliera toujours la pureté 
de fes intentions. 

Mais la courte épreuve qu'il en a déjà faite fou- 
tîent fon efpoir, en augmentant fon amour et fon atta- 
chement pour rAraérique et fes dignes citoyens. 

La correfpondance particulière commence infenfiblc- 
nient à s'établir, et l'éditeur entrevoit déjà les fervices 
qu'il pourra rendre aux commerçans des deux contrées. 

Le prix de l'abonnement du Courier de B'.jîon eft de 
l6 (h^lliiigset 8-i. du MaiTacbufetts, pour toute l'Amé- 
rique, pris à Bodoo, et de 24 livres tournois, pour 
les pays étrangers, franc de port. 

On prévient MM* les foufcrîptcurs de France qu'ils 
recevront leurs Nos. CKaftcmtnt par k& paquebots et 
autres occafions. 



' ' CC/"On prie MM. les abonnés de fe refibnvenir que 
la moitié de l'abonnement doit fe payer en recevant 
le 9eme. No. conformément au Profpec^us. Ceux qui 
feroient abfens quand on leur laifTera cette feuille, font; 
priés de la tenir prêi.e pour le Mo. prochain. 



Continuation des travaux du Congres, 

Chambre des Repréfentans. 
Mercredi, 27 Mai, 

LA chambre s'étant formée en comité, fur le bill 
du tonnage. M. Trumbull, orateur. 
Après avoir fait quelques changemens à la formule du 
bill, M. Seney propofa une claufe à inférer qui fixeroit 
la dutée de ffcs opérations, depuis le commencement. 
Il n*y eut que la fixité du commencement qui paffa. 
Alors le biii fut rapporté avec fes corrcélions. 

M. Fitzfiraons rapporta, un bilî pour la perception 
des impôts — on ordonna quM en fût innprimé loo ex- 
emplaires. 

JnuDi 28. 

M. Scott repréfenta, à l'attention du comité, la né- 
cefTité d'établir nn bureau territorial, à l'effet de difpo- 
fer des terres de l'ouefc : M. S. propofa que le cof.i^ic 
nommât un comité choifi, pour s'occuper des mefures 
à prendre à ce fujet» Cette motion ftit fécondée pat* 
M. Vining, qui approuva fort cette mefure ; mais le 
comité, confldérant l'importance du fujet, en remit la 
difcuiTion, afin d'acquérir du temps et des lumières. 

Q^uand le comité fut rompu, M. Gerry propofa que 
l'on nommât un comité, pour raflembler toutes les lu- 
mières polTibles a ce fujet. Ce comité fut nommé. 

M. Heyfter introduifit un arrêie : que tous ceux. 



[ 66 ] 



pas en pofTefnon des jour- 
, les reçuffctit du garde des 
etu motion fat reçue una- 



écs membres qui n' 
ïiaux de l'ancien C 
regiftres ou greffi 
oiméoient. 

Le rapport relatif aux Gaaettes fut hi ; la quefîîon, 
û chaque membre recevroit une feuille aux dépens du 
puplic, paffa à la négative. 

Vendredi 29. 
.Le bill du tonnage fut lu la troifième fois — il paffa. 
M. Partridge, du comité non:imé pour conférer avec 
le Sénat, fur la manière à adopter pour recevoir les 
meflage^s du préfident, fit rapport que jufqu'à ce que 
les charges néceflaires foient créées et remplies, l'une 
et l'autre chambre pourront recevoir les mefîages ad- 
dreffés fous enveloppe, au préfident du Sénat, ou à 
l'orateur de la chambre des repréfentans. Ce rapport 
reçut quelques corredlions, et il fut accepté. 

II fut fait une motion que l'on examinât Lundi 
prochain, le bill de la perception, en comité de toute 
la chambre. Cette motion fut reçue. 

La chambre fe forma en comité, fur le bill de per- 
ception. 

Le premier paragraphe, établiffant des ports d'en- 
trée, étant lu, M, Lee fe leva pour demander la nécef- 
iiié de cet établiifement. 

M. Madifon y répondit, en obfervant qu'il feroit 
neceffaire d'établir ces ports, où il auroit fallu nommer 
des officiers, pour infpeâ:er les chargemens et les dé- 
chargemens — qu'il y avoit de grandes rivières qui of- 
froicnt des appas à la fraude, que ces ports la prévien- 
droient, en obligeant les navires à donner leur entrée 
en entrant dans ces rivières. 

M. Wadfvvorlh s'oppofa à cet établiflement, en ce 
qu'il embarrafferoit le commerce. M. Lee féconda 
l'oppofitioa de M. Wadfvrorth. 

M. Fitzfimons demanda que cet article fût fufpen- 
du, et que l'on s'occupât du fuivant. 

L'on annonça un meffage de la part du Préfident. 
Ce meffage fait favoir à la chambre que le Préfident a 
donné fon affentiment à un bill qui règle la" manière 
de prêter le ferment requis par la conftitution. 

M. Benfon donna avis qu'aufîitôt que les queftions 
qui etoient fous les yeux du comité feroient décidées, 
il mtroduiroit un arrête par lequel il eft recommandé 
^ la légiflature de Rhode-IJland d'affembler une con- 
vention, à l'effet de recevoir et d'adopter la conftitu- 
tionfédérative. M. B. obferva que l'ancien Congrès 



ayant fait peu d'attention aux délibératîon-s du pou- 
voir exécutif de cet état, tant qu'il s'étoit écarté do 
mode qui lui avoit été recommandé, il croyoit qu'une 
telle interpofuion de la part du Congrès, pourroit 
déterminer s'il avoit été délibéré quelque chofe de d«- 
cifif ou non. 

M. Baldwin, du Comité nommé pour faire un efti- 
mé des émoîumens a offrir au Préfident, au Vice- 
Préfident, aux fénateurs, et aux repréfentans des Etat^ 
unis, fit rapport, qu'il foit alloué au Préfident 20,000 
piaftres, en outre du falaire de fes fécrétaires, aides 
pour fa maifon, meubles, équipages, &c. et pour le 
maintien de ces objets. Qu'il foit alloué au Vice- 
Préfident, 5000 piaftres par an — à l'orateur de la 
chambre des repréfentans, 12 piaftres par jour — aux fé- 
nateurs et aux repréfentans, 6 piaftres par jour : quand 
ils feront en voyage, 12, la journée de vingt miles. 

Ce rapport fut mis fur la table. 

M. Smith de la C. M. fit la motion, qu'il fût nom- 
mé un comité pour rédiger un biil, établiffant un fyf- 
tême permanent dans les E. U. au fujet des banque- 
routes. Cette motion paffa à l'affirmative, et MM. 
Smith, Lavïrence, et Ames furent nommés en comité. 

Mardi, 2 Juin. 

A la motion de M. Page, il fut voté unanimement, 
que ceux des membres qui n'avoient pas encore prêté 
k ferment, requis par la conftitution, fuffent appelles 
devant l'orateur. En conféquence, il s'en préfenta 
dix huit qui prêtèrent le ferment entre les mains de 
l'orateur — Le greffier de la chambre prêta auffi fer- 
ment. 

M. Baldwin, du comité nommé pour rédiger un 
ou plufieurs bills, conformément à l'arrêté qui ordon- 
ne l'établiffement des trois départemens exécutifsj, 
fubordonnés, rapporta deux bills, l'un pour l'arrange- 
ment du département de la guerre, et l'autre pour 
celui des aftaires étrangères. 

A la motion de M. Lawrence, la chambre ordonna 
que le comité qui dcvoit s'occuper du bill, pour la 
perception des impôts, prepareroit auffi un bill, pre- 
fcrivant le mode de donner les entrées et les foities 
des navires, fixant leur tonnage, réglant k cabotage^ 
ks faneaux, &c. 

La chambre ajourna. 

Mercredi, 3 Juin. 
• Ce jour fc paffa en débats, fur ks bills pour les 
deux départemens, de la guerre, et des affaires éuaa- 



[ 67 ] 



givcs, îefquels furent commis au comité de la cham- 
bre, qui doit s'en occuper Mardi prochain. 
Jeudi 4 Juin. 

M. Baldwin, du comité nommé pour rédiger les 
bills nécefTaires, pour l'établiiTement des départemens 
exécutifs, rapporta un biil pour l'établiflement du dé- 
partement du tréfor, lequel fut lu et mis fur la table. 
Vendredi, 5 Juin. 

"Après avoir lu le bilI pour rétabîiflement du départe- 
ment du tréfor, il fut arrêté que l'on s'en occupe- 
roit Mardi prochain. 

M. Jackfon donna avis qu'il propoferoit Lundi 
prochain, qu'il fût nommé un comité pour rédiger un 
bill, établiffant un mode de naturalifation, uniforme 
datîs tons les Etats-unis. 

Lettre à l'éditeur de cette feuille. 

Monfieur, 

Je fuis un de ceux qui, flattés d'encourager tous 
les établifTsmens qui tendent a inftruire nos jeunes 
gens, ont foufcrit pour votre feuille. Et quand je 
confidére les progrès qu'elle a fait faire à mon fils dans 
cette langue, je m'applaudis de lui avoir ouvert cette 
fource, et vous fouhaite tout le fuccès que méritent 
vos talens et votre contlance. Mais fans prétendre 
ajouter à vos lumières, qu'il me foit permis de vous 
foumettre une queliion, ne feroit-Il pas compatible 
avec le plan que vous vous êtes tracé, de donner de 
temps en temps des extraits d'auteurs célèbres dans 
cette langue ? les bons livres françois font rares parmi 
nous. Nous avons de bonnes traduélions des meilleurs 
ouvrages, j'en conviens, mais il s'agit d'apprendre à 
parler, et à connoître le François. Cela induiroit nos 
jeunes gens à compare^ la traduélion avec l'original, 
et à écudier les différens ftyles — mon fils apprendra 
îe françois en lifant votre feuille ; mais s'il pouvoit 
apprendre davantage, fous les mêiîies conditions, il 
me ferable que cette efpece de monopole n'a rien de 
pernicieux pour les agens qui le favcrifcroient. 
REPONSE. 

La bafe de cette feuille eft, et doit être, de faire 
connoître aux François, l'état préfent desEtats-unis : 
tout ce qui s'éloigne ultérieurement d^ cet objcv, doit 
lui être étranger, doit en être exclu, C'cft le bue 
que nous nous fomn-.es propofé, nous ne pouvons nous 
en écarter fans nous expofer aux reproches du pu"'-, 
des négocians étrangers qui ont foufcrit daus b. ... 



de s'inftruîre de toetes les opérations du gouvernement^ 
lefquelles pourroient avoir trait au commerce. 

Nous devons donc nous étendre fur ce pays, parce 
qu'en effet, c'eft le fujet le moins connu, et le plus 
intéreffant, fur-tout dans un' temps où tout paroit 
tendre à former des liaifons avec les nouveaux amis de 
la France — temps où tout femble devenir américain. 

Nous regrettons que la propofition de notre abon- 
né ne foit pas auffi praticable que l'objet en eft lou- 
able. Certes on ne doit rien négliger de tout ce qui 
pourroit tendre à racourcir une étude, auffi pénible 
qu'elle eft utile ; nous nous empreiïerions de facrifier 
à cette confidération, fî le plan qu'on nous propofc 
nous paroiffoit y pouvoir tendre ; mais il nous fem- 
ble qu'il s'en éloigne. 

Quel eft l'objet de celui qui étudie le François ? c'eft 
de parvenir à le parler et à l'écrire ; or, on fait que 
la partie la plus difficile d'une langue vivante, au moins 
pour les gens qui entendent, ou qui ont une teinture 
de l'analyfe des langues, n'eft pas la grammaticale. 
Il n'en eft pas de l'étude du François comme de celle 
des langues anciennes, que l'on apprend dans les écoles, 
plutôt par devoir ou par vanité, que par inelinatioQ 
ou utilité ; c'eft peu de favoir expliquer un pafîage 
dans Télémaque, fî on ne l'entend, quand un autre 
le répète — ce feroit encore peu de l'entendre, fi on 
ignoroit îe langage familier de la converfation ; car 
on ne parle pas comme on écrit dans un poëme. Les 
trois quarts de ceux qui commencent cette étude, la 
commencent par les règles, ils parviennent à pronon- 
cer, à expliquer, et même à écrire ; mais il en eft pea 
qui apprennent par ces feuls moyens à parler, on a 
entendre deux phrafes qui leur feroient prononcées 
par un François. 

Ceux des Américains qui fa vent le François, qui ont 
été en relation avec eux, favent qu'il eft plus difficile 
encore d'apprendre et d'entendre le François que d'ap- 
prendre à le prononcer, et cela doit être, parce que la 
prononciation et le diakâe varient, non-feulement 
d'un pays à l'autre, mais encore d'une ville à l'autre, 
d'une bouche à l'autre ; parce que cette variation eft: 
fi forte, fî fenfible à une oreille étrangère, que les nu-? 
ances les plus légères rendent fouvent un mot inintel- 
ligible, quoiqu'en effet, ce mot foit le même et qu'il 
ioir prononcé de la même manière. 

î; en eft de même des franÇois que des anglois, la 
;:-raade Uahitude a établi ce que les derr.iers appellent 



C 68 ] 



£:csnt^ celui des françoîs cfl â-peîne perceptible ; mais 
ils ont d'autres difScuîtés ; ils mangent certaines fil- 
labes, ils gliffent rapidement fur d'autres ; il n'y a 
point de théorie qui puifle marquer ces différences, 
au moins on n'en a encore point inventé pour les 
Anglois. C'eft donc àl'ufage à les en înftruire. 

Ce feroit peut-être ici k lieu de fe récrier fur la 
méthode, généralement fiiivie par les perfonnes qui 
enfeignent le françoîs dans ce continent, de faire ex- 
.; pliquer, à leurs élèves, les auteurs les plus éloquens, les 
- livres les mieux écrits, les plus ampoulés qu'ils puif- 
fent trouver : il n'y a pas jufqu'à Télémaque, qu'ils 
ne ccffent de récommander. C'eil une grande erreur, 
que le peu de progrès de leurs élèves dcvroit bien les 
engager à rectifier. 

(La fin ci-après.) 

De Savanna, /i? 30 Avril. 

Nous apprenons de Skull-Creeh, au fud de la rivière 
d^Ogechee, qu'une Me. Miils et fes deux enfans furent 
affaiSnés par les Indiens. Les détails de ce mafTacre 
liorrible font comme il fuit. 

Entre 10 et i ï heures du foir, M. Mills, entendant 
du bruit parmi les volailles, fortit dans la cour, où 
elle fut à rinftant tuée d'un coup de fufiî. Une jeune 
femme, du nom de Meazle, eut la préfencc d'efprit 
de fe cacher fous un lit, et échappa. M. Mills et fa 
fœur fe fauvèrent par la fenêtre. Les Indiens au nom- 
bre de 9 à 10 en entrant dans la maifon faifirent deux 
enfans dont ils écrafèrent l'un, et tuèrent l'autre avec 
des flèches. Ils laiffèrent derrière eus cinq arcs, avec 
un nombre de fièches. 

Extrait d'une Lettre de Louis-ville. 

L'émigration des états atlantiques a été très-rapide 
cette année ; il n'eft pas entré moins de 2070 perfon- 
nes, depuis l'ouverture de cette rivière, dans les lignes 
du KenUtcke,t\. à-peine fe pafie-t' il un jour, fans qu'il 
çn arrive quelques unes. 11 fe forme un établiffement 
entre la rivière Sait and Green, le long des bords de 
rOhio, l'une des parties les plus fertiles. 
De New-Tork, le 10 Juin. 

Il a été obfervé que les titres font prefqne tou- 
jours inutiles, pour conférer le pouvoir ou la confi- 
dération. Cette remarque a été vérifiée avec eni- 
phafe, dans les Indes orientales, où un fimple Gou- 
verneur-Général s'efl montré àla-fois la terreur et 
îe fiéau de la race humaine, auffi bien que le fils de 
Mahomet, te plus haut j le ■^hs puijfantf le plus omnipo- 



tent — Il eft bien certaifi qae le plus beau titre que Von 
pouvoit donner au Préfidcnt des Etats- unis, celui qui 
ajoutera, s'il eft poffible, au degré de confidération 
dont il jouit en Europe, eft de ne lui en donner aucun. 
Mais les belles dilTertations qui ont été faites pour 
prouver les avantages, refultant des titres, que devi- 
endront elles l 

Ah ! les beaux efprits ne font pas 
Grands doéieurs en cjtte fcience. 

Ladiftinélion des rangs, parmi les hommes, impli- 
que néceffairemenc, certains titres qui les font connoî- 
tre. Ces titres naiflent de la raifon, et font confacrés 
par la loi de la coutume, et de la convention. Ils ont 
été récherchés dans tous les pays, dans^ toutes les fo- 
ciétés fauvages et civilifées. Ce penchant implanté 
dans nos cœi-irs, pour des deffeins ellimableS, a induit 
dans plufieurs occafions, les hommes, dans les erreurs 
les plus groffières ; de cette apparence de néceffité Je 
titres, il eft refulté que les hommes ont appliqué à 
leurs femblables, des noms qui n'appartenoient qu'à. 
la divinité. O puiffions-nous avoir la fageffe de tra-» 
cer une jufte ligne de diftinélion ! et ne pas îaiffer 
cette queftion importante au hafard, au caprice ou 
aux accidens ! puiffions-nous ne nous attirer jamais 
la réputation de ceux que nous méprifoas avec tauE 
de raifon \ 

S'il eft vrai que de tous les peuples, les nations 
libres font les plus adonnées au luxe, que de précau- 
tions îe gouvernement ne devroit-il pas prendre pour 
diminuer cette ardeur — -cette ardeur qui naît toujours 
de l'ennui, du defœuvvement des villes ! quels font 
les meilleurs préfervatifs contre cette maladie morale ? 
favorifez les efforts du génie, par des inftitutiona lit- 
téraires, augmentez celles qui exiftent, accordez aux 
hommes qui les conduifent, la coiifidération qu'ils 
méritent ; mais fur-tout, élevez I'Agriculture au 
point qui lui eft dû. Les arts, rinduftrie, îe commerce 
feront fentinelle et empêcheront le luxe d'entrer. 

Il eft à délirer ardemment, obferve un correfpon- 
dant d'une feuille Américaine, que l'on fc conduife de 
manière à éviter les écueils qui ont fi fortement con- 
tribué à faire échouer la puifTance de lAngletcrre erj 
Amérique, dans la diftribution du département fifcal. 
Perfonne n'ignore l'infolence et la hauteur de la con- 
duite des officiers de la douane qui marquoient la 
chaine de dépendance, depuis le commilTairç du confcilj 
jufqu'au diïnhi' faute-ruj^eau. 



[ h ] 



Articles tirés âes papiers anglais. 
Les Ifles de la Guadeloupe que l'on parle d'échan- 
ger avec le Canada, font, en proportion de leur éten- 
due, des plus fertiles des Indes occidentales. Elles 
produifent à préfent de 60 à 70,000 muids de fucre, 
en outre d'une grande quantité de gingenvre, &c. &c. 
et l'on dit que û elles étoient mieux exploitées, on 
leur feroit produire le double. L'air y eft très-falu- 
bre. On fait monter le nombre des habitans blanco à 
4000, et celui des nègres à 30^000. 

Il doit paroître la femaine prochaine, un ouTrage 
qui employera la converfation des mUiiaires, fur-tout 
ceux qui ont voyagé en Amérique. Cet ouvrage pa- 
roîtra fous le titre de voyages intérieurs, par un oiSci- 
er fous Burgoyne. Qn y rend compte de tons les 
détails de Pannée de convention. Parnii une foule de 
traits curieux, on y lit le procès d'un M. Henley, 
colonel rebel ; ces détaiU roulent fur la charge du gé- 
néral avec cette mal: éloquence qu'il poflcde u bien. — 
Ce livre a été telleoient couru, qu'il n'en reftera que 
50 exemplaires quand les foufcripteurs auront reçu 
les leurs. 

Le Lord G. Gordon fait de calamité avantage. 
Sa Seigneurie s'occupe dans ce moment, à étudier THe- 
breu ; et elle doit bientôt écrire un traité, fur l'ancien 
teftament. 

On ne devroît jamais accorder aucune charge ou: 
emploi à ceux qui ont été convaincus d'intrigues, dans 
les deniers publics. Une telle exclnfion fiétriroit tous 
ceux qui cherchent à faire la contrebande, il n'y a 
rien qui puifie opérer cette fiétriffure, que de les dé- 
clarer incapables de ilèger comme jurés, et les priveti 
des autres privilèges, dont jouiffent les honnêtes cito- 
yens. Les receleurs devroient auffi partager l'infan^ie, 
et le défhorineur attaché à de tellesmanoeuvres. On fait 
qu'il n'y a point de chatinîfnt qui ait plus d'effet, que 
celui qui a trait à l'opinion publique — or, quel eft 
l'agent qui a plus de moyens d'y cotiimander, que le 
gouvernement des Etats- .mis ? 



Tous ceux qui écrivent en faveur des impôts, et fur- 
ies grands avantages qui doivent en réfulter, fera- 
blent convaincus de la bonté de cette mefure : ils ont 
été jufqu'à la réduire en maxime — tous s'accordent à 
limiter le commerce, à lui donner des fers, par des im- 
pôts. Un écrivain moderne rejette cette mas^ime 
avec beaucoup d'énergie, écoutons-îe. 



Quand îcs nations feront affez ava. cées pour fentir 
l'avantage d'un pareil traité, dès ce moment, il ceffera 
d'être néceffdire, & tous les autres traités le feront en- 
core moins. Alors on verra que tous fe réfolvent 
dans ce feul mot. Liberté. On verra que la liberté 
feule peut mettre tout à fa place ; qu'elle feule, fans 
aucune négociation, fans artifice, fans parchemin, peut 
faire naîtrf par-tout une jnduftrie avantageufe ; oa 
verra qu'en écoutant fes arrêts impartiaux, chacun fe 
trouvera, même en payant, même en payant en or, 
heureux & riche. On verra qu'hors d'elle, hors de 
fes loix, tout n'eft que contradiélion, choc, confufi- 
on, trouble. Enfin, on verra que par-tout & dans- 
tous les tcms, elle s'eft jouée de ces conventions de 
commerce, dont les politiques fe vantent fi ridicule- 
ment ; de ces conventions, où les contraétans font fans^ 
ceffe fur la défenfive à l'égard les uns des autres ; fans 
ceiTe occupés à fe tromper, & où fouvent ils multi- 
plient les femences de guerre dans un ouvrage de paix. 
Sous le régime de la liberté, plus d'altuce dans la 
politique des nations fur le commerce ; à quoi fervi- 
roit-eile ? Plus de lutte ; elle n'auroit pas d'objet. 
Plus de jaloufie, plus de rivalité, plus de crainte de 
trop faire profpérer, d'enrichir trop fes Toiiios, puif-^ 
que la richclTe de chaque Etat feroit avantageufe à 
tous. En un mot, fous ce régime, chacun défireroit 
plus de moyens aux autres, afin d'avoir plus à donner 
& plus à recevoir. Le commerce ne feroit donc que 
ce- qu'il devroit être, l'échange du travail contre le 
travail, des jouifTances contre des jouiiTances, S: non 
contre des privations ; enfin un état de richeffcs, fans 
pauvreté d'aucun côté. 

Qi.iel peuple a plus de droits, plus de titres que les- 
Am'ricains confédérés pour adopter le premier unfyf- 
tême auffi philantropique, auili conforme aux loix de 
la nature, pour ne lien faire du nf.oins qui le retarde 
chez eux ? Q_^ue leur Congrès, que cette refpeûable 
aiTemblée, qui peut devenir 1« lumière des nations, du 
fein duquel peut fortir le bonheur univerfel, refle fi- 
dèle aux indications de cette nature, qu'il l'interroge^ 
fans ceffe, & faiTe palTer dans tous 1&3 efprits l'habi- 
tudç de interroger. 

Si TEurope refufe d'admettre des produits de» 
Etats-Unis, que le Congrès, remettant la politique mef- 
quine des repréfailles, ouvre, par une réiolution grande 

& républicaine,, fes ports a tous les produits Euro- 
péens ? Et quel mal psut-il en réfuker pour les Amé- 



, [ 70 

ricaîns libres ? Sî le prohibitions Européennes ren- 
doient inutiles leurs moyens d'échange, il faudroit bien 
que la marchandife Européene retournât en Europe, 
où que tombant à vil prix dans les Etats-Unis, elle 
devînt un profit pour eux, même en la payant avec de 
l'or. 

On peut faire fans doute la loi à une nation paref- 
feufe, dégradée, mais njon pas à une nation aôive & 
induftrieufe. Celle-ci parvient toujours à punir de 
quelque manière les procédés tyranniques des autres 
nations. La feule force des chofes fuffit pour la ven- 
ger. 

C'eft un malheur pour les Etats-Unis de n'avoir 
pu d'abord fe livrer à un fyftême auffi noble, d'avoir 
été forcés, pour payer la dette publique, de recourir 
à h refîburce miférable des vieux gouvernemens, d'im- 
pofer les raarchandifes étrangères. Toute autre im- 
pofition qu'une redevance fur le fol, eft uoc fource 
d'erreurs. C'ed par une fuite de ces erreurs que font 
nés en Europe ces prétendus impôts proteBeurs de Pin- 
dujîrte nationale, dont l'effet eft d'égarer les gouver- 
nemens, jufqu'à leur perfuader qu'ils ont dans leurs 
mains une force créatrice, égale à celle de la Di- 
vinité même. Et ces entreprifes, où l'on veut forcer 
la nature, que font-elles ? De miférables ferres chau- 
des, où tout fe preffe pour finir plutôt où Tindudrie 
s'épuife vainement pour foutenir une exiftence contre 
nature,où fouvent un tout vigoureux ell facriiié à une 
partie cacochyme. 

De Rhode- IJland^ le \\ Juin. 
On s'attendoit que notre légiflature auroit fait un 
retour fur elle-même — on efpéroit que nous allions 
mettre fin à nos délibérations d'iniquité — on avoit lieu 
de l'efpérer, notre antiféâéralijme nous portoît déjà des 
coupa fenfibles ; mais Végo'ifme et Vignorance de notre 
honorable légiflature, ont cru devoir continuer leurs 
procédés défaftreux ; et il eft à craindre qu'elle ne 
les continue jufqu'à ce que le gouvernement fedératif 
interpofe. L'afTembîée vient de rejetter la motion 
qui avoit été faite ; il y a quelque temps» d'examiner 
de, nouveau la conftitution fédirative. Cette motion 
fut perdue par ii voix. 

On lit, dans une feuille de New-York, que l'état 
de la Caroline feptentriouale vient de fe laver àt fa 
tache, en adoptant la nouvelle confi.itution. 



De BO SfO Ny le i8 Juin. 

Académie Américaine des Arts et des Sciences, 

Les membres de l'académie, à une affemblee, tenue 
le 2 de ce mois, choifirent, pour l'année fuivante, les 
officiers dont les noms fuivent. 

Préfident, L'hon. James Baudouin. 

Vice-Préfident, Rev. jofepk Willard, D. D. 

Conseillers. 
L'hon. Samuel Adams, Ecuyer. 

Loammi Baldvvin, Ecuyer. 
Richard Cranch, Ecuyer. 
François Dana, Ecuyer. 
Benjamin Lincoln, Ecuyer. 
Jean Lowell, Ecuyer. 
Robert T. Paine, Ecuyer. 
Cotton Tufts, Ecuyer. 
M. Jean Warren, M. D. 
Le Rev. Edward Wigglefworth, D. D. 
Secrétaire, Bibliothécaire, et garde du Cabinet, 
M. Caleb Gannett. 

Secrétaire, chargé de îa correfpohdance, M. Eli- 
phalet Pearfon. 

Tréforier, M. Ebenezer Storer, Ecuyer. 
Vice-Trcforîer, M. Benjamin Guild. 
On élut auffi les perfonnes dont les noms fuivent, 
membres de l'académie. 

Le Duc d'Almodavar, Grand d'Efpagne. 
Alexander, Marie, Cerifier, auteur du portrait de 
l'hiltoire des provinces unies. 
Le îVIarquis de Santa Cruz. 

Charles, Guillaume, Frédéric Dumas, Ecuyer, 
agent des Etats-unis, à la Haye. 

Edmund Jennings, Ecuyer, de Londres. 
Jean Luzac, L. L. D. profeffeur de Grec, en l'uui- 
verfité de Leyde. 

Le Rev. Archibald Maclaine, D. D. pafteur de 
réglife anglicane, à la Haye. 

Frédéric Guillaume Peytel, L. L. D. profeffeur en 
l'univerfité de Leyde. 

Sir Benjamin Thompfon, chevalier, F. R. S. 
L'afTembîée reçut les communications fuivantes. 
Obfervations fur les variations magnétiques, de- 
puis le 26 Janvier, jufqu'au 22 Mai der. par Etienne 
Sewall, Ecuyer. 

Obfervations fur les vertus économiques et médéci- 
nales du noyer blanc ou noyer a huile. Par le Rev. 
MaaafTah Cutler. 



[ 7 

Eiïai, fur la nouvelle méthode de trouver la Lon- 
gitude en mer. Par le Dr. Samuel Perkins. 

Calculs, indiquant les avantages du miniftère, fur 
les autres vocations, confidérés dans leurs rapports à 
une longue vie. Par le Rev. Ifaac Story. 

Defcription topographique des morts et des naiffan- 
ces de Belcherion, depuis trente ans. Avec des re- 
marques fur la pulmonie. Par le Rev. Juftus Forward. 
Autre pour Saiifbury, pour les années 1786, 1787, 
1788. Par le Rev. Samuel Webfter. 

Divers calculs mortuaireSj&c.par diverfesperfonnes. 

Autres pour Charleltow^n (MafTachufetts,) par le 
Dr. Jofiah Bartlett. 

II fut auiB reçu les papiers fuivans. 

Papiers, fur l'agriculture, en 4 vol. publiés par la 
fociéié d'agriculture de Bath. 

Un v.olume manufcrit, ^to. contenant des obferva- 
tions fur le Climat, fur le fo!, et fur l'état de l'agri- 
culture, dans les diveifis parties des territoires Bri- 
taniques de l'Amérique, préfenté par Edward Holy- 
oke, M. D. 

Le MafTachufetts Magazine» préfenté par M. 
Ifaiah Thomas. 

L'agriculture de Duhamel, ^.to. préfenté par un 
ami de l'académie. 

Enfin, des feuilles périodiques, &c. Sec. 

L'agriculture, dit un écrivain moderne, eft un em- 
ploi vraiment honorable, elle ell vénérable par fa grande 
antiquité, elle eft élevée par les bienfaits univerfels 
qu'elle répand fur les hommes. La charue étoit un des 
premiers, et des plus honorables inftnimens de la ci- 
vilifation. Dès-que Rome,rifameufe,êatfoufFert qu'on 
Tabandannât, en aucune manière, fa vigueur céda à la 
moleffe, fon gouvernement, ce noble édifice, ce monu- 
ment de la raifon, s'appefantit et fut écrafé de fon 
propre poids. 

Le grand royaume d'Efpagne eft un autre exemple 
du mêmegenre; fon commerce et fon induftriel'avoient 
fait monter à un point de puiîfance, qui la mettoient 
à portée d'aifervir toute l'Europe ; mais le luxe des 
nations de l'occident ne lui fut pas plutôt apporté, 
qu'elle tomba dans l'indolence et dans le mépris, et 
avec plus de numéraire que n'en a toute l'Europe elle 
eft réduite h une pauvreté fans exemple— là-où la 
main libérale de la nature ne pouvoit être furpaîTée, il 
y a plus de miférables qu'en aucune autre partie de 



y ] 

l'Europe. Si vous voulez prévenir de pareilles fuites, 
favorifez V agriculture^ et tout ce qui y a rapport. 

Lco épargnes qui ont réfulté de la maladie du roi 

d'Anglererre, montent à une fomme confidérable 

comme la nation eft à l'heure qu'il eft, dans un grand 
befoin d'argent, ncfero!t-il pas avantageux, dit un mau- 
vais plaifant, de fupplier {-s. gracleufe Majefté de rentrer 
dans le même état, pendant quelques années ? 

Une feuille de Nevvyork propofe, comme un autre 
moyen non-moins fur, de publier, régulièrement et par 
autorité, le nom de tous ceux qui auront été pris en 
contrebande, ou qui auront, en quelque manière, aidé 
à frauder les deniers publics. Il y a bien des voies 
différentes de ménager les efprits ; mais tout dépend 
des mefures que l'on adoptera en commençant. La 
plus grande partie fera toujours intércfTée à obferver 
les ioix. 



On offre c^o Piajhes de récompen/e 

à celui qui pourra ariéter ou faire arrêter la perfonne 
dont le ijgnalement f\iit. 

Son nom eft Lambert, il vient de St. Domingue^ 
d'où il apporte un certificat ; il eft de la taille d'en- 
viron 5 pies lin pouce, mefure de France, marqué de 
la petite vérole, il a les genoux en dedans ; marchant 
lourdement, il ne parle point Anglois — il fe dit natif 
de Paris— Il n'eft gueres polTible de décrire la manière 
dont il eft habillé, parce qu'il a emporté des habits 
de diverfes couleurs ; il doit avoir un chapeau très- fin, 
rétapé — parmi les 5 habits, qu'il a pris, il y en a deux 
neufs, l'un couleur de maron, et l'autre couleur de 
perle ; trois culotes de fatin noir, plufieurs paires de 
bas de foye blancs. — Des chemifes, vefles, argenterie, 
une épée à garde d'argent, (il eft probable qu'il e.i 
aura jeté la lame) des boucles unies, enfin des' billets 
de la^banque de Bofton, et des piaftres, le tout mon- 
tant à plus de 400 piaftres. 

Ce vo! s'eft fait la nuit du famedi au dimanche 31 
Mai — on foupçonne qu'il foit parti pour New-york, 
ou Providence — la marque la moins équivoque, c'eft 
qu'il ne parle point Anglois. 

La perfonne qui a été ainfi dépouillée fe repofe fur 
la vigilance de MM. les François et autres, pour dé. 
couvrir ce voleur, avec d'autant plus de raifon qu'elle 
ne s'éft expofée à cette perte qu'en lui tendant les fe- 
coursde l'hofpitalité — il étoit François — il étuit pau- 
vre, il étoit dans un pays étranger, elle a cru devoir 
l'afiifter. S'àddrcffet- à Bofton à notre Bureau. 

*^* Si cette feuille tomboit entre les mains de per- 
fonnes qui pulTent le faifir a la Martinique ou au Cap, 
ou au Port au Prince, où il pourroit retourner, on prie ces 
perfonncs de le pourfuivre en vertu de cette annonce. 
On pourroit s'addreffcr, pour la récompenfe,. à MM« 
Perkins, Burling & Co. au Cap» 



[ 72 1 



Les Cures àe Dauphinêj à leurs Confrères y les 
Relieurs de Bretagne, 

La hardieflfe, et la liberté de principes qui règnerst 
dans ce petit écrit ne peuvent manquer de faire plai- 
fir à nos iefteurs. — Nous nous erapreffons d'en donner 
un extrait. Si ceux de nos abonnés qui ne fout pas 
accoutumés à voir de pareils fentimens dans des prê- 
tres s'étonnoient du ton énergique de cet extrait^ on 
leur obferveroit que ce font des Dariphhms. 

" Le ciel & la terre ont les yeux ouverts fur vous. 
Vous trahiriez tout à-îa-fois la Religion & l'Huma- 
nité, fi cédant à rimpulfion tyrannique de votre haut 
Clergé, de la majorité de vos Nobles, de votre Parle- 
ment, vous vous réunifiiez à eux pour chercher à é- 
touffer la voix du Peuple, & à aggraver le poids de 
ces chaînes funelles qui devroient touiber aux noms 
feuls de Raifon, de Juitice & de Patrie. 

Qu'avons-nous donc tant à redouter des Evêqnes \ 
Notre augufte million n'a-t-elle pas la même fource 
que la leur ? Ne fom mes- nous pas inamovibles comme 
eux ? Ne fommes-nous pas Evêques chacun dans nos 
Patoifies ? Ne fommes-nous pas encore à leur égard, 
cequ'étoient au berceau du Chriftianifme les foixante- 
douze Difciples à Pégard des douse Apôtres ? Les 
uns n'étoient pas plus nobles que les autres. Ils ten- 
doient tous également au bien de la Religion & de 
PHumanité. C^'eft encore aujour-d'hui le but de nos 
travaux & de nos follicitudes. En eft-il de même de 
la plupart de nos hauts Prélats ? Quarante mille Paf- 
teurs, l'élite du Tiers-Etat par leur éducation, leurs 
lumières, leurs vertus ; quarante mille Palleurs, ne- 
ceffaires & chers à leurs ouailles, ne doivent-ils pas 
l'emporter fur cent vingt Evêques, ouvrage de la ca- 
bale & de l'intrigue, prefque tous étrangers à leurs 
Diocèfes, qui n'y font pour la plupart connus que par 
des noms à l'abri deiqucls leur orgueil mafque leur in- 
fuffifance, ou qui n'y réîldent que pour reparer, par 



une fordide économie, les brèches que fait à leurs tri- 
fors le luxe fomptueux & dévorant de la Cour & de la 
Capitale ? Et ce feroit devant de pareils hommes que 
nous tremblerions ! Nous reffemblerions à ces Bergers 
de la Fable, dont la confternatioa s'emparoit à l'afpeél 
de la ftatue du dieu Pan : c'eft-à-dire que nous ferions 
dupes de ce qu'on appelle e/i françois une terreur pa- 
nique. ReniplifTons fcrupuleufement tolis nos devoirs, 
& l'éclat de la raître le cédera à l'utilité de nos fer- 
vices. 

Et les Nobles ! & qu'ctoietit les Nobles Gaulois 
devant leurs Druides ? Mais il n'eft pas btfoin de re- 
courir à la fuperftition & au fanatifme, pour vous faire 
concevoir de vous-mêmes l'idée que vous devez en 
avoir; jetez les regards fur l'importance, la néccffité, 
la grandeur, la fublimité de vos fonélions, & fans for- 
tir des bornes de la modeîlie qui doit vous caraélérifer, 
vous vous apprécierez à votre jufte valeur. Aux pieds 
des aurels, dans la chaire de vérité, vous êtes fupéri- 
eurs aux Nobles. Dans l'ordre civil, les loix vous 
font marcher leurs égaux. Eilimez-vous aiTcz pour 
être d'accord avec les loix. 

Minifîres de l'Eternel, chargés par état d'annoncer 
de fa part que nous fommcs tous égaux à fes yeux, 
vous ne devez mettre aucune différence entre la No- 
bleffe & la Roture ; vous ne devez pas fouler aux 
pieds ces faintes maximes, pour déférer en aveugles 
aux fentimens des Nobles, fur-tout lorfqu'ils veulent 
perpétuer l'efclavage des Peuples confiés à vos foins j 
vous ceiTeriez d*êcie les organes vivans du Père com- 
mun des hommes, & vous ne feriez plus que les odi- 
eux inilrumensd'un defpotifme meurtrier de quelques-^ 
uns d'entre eux." 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le CprnhilJ, No. ç^^^ 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salera, chez MM. Dabney et CuOiino • à New-York, chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphie, chez M. Mathew Carey ; et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
s tous les genres, fi.]r-tout fur le commerce* 



[ 73 ] 



^l..,a»M«»maM»g«!^«MBaaBS^Sa»g9Bl^ffl!»^^-^J!"aa«^^ 



cou 




AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes. 



Prix y 5 Pence.'] 



Du JEUDI, 25 Juin, 1789. 



[No. 10. 



COMMERCE. 

Si l'Amérique ejî fage, elle rejettera la politique mefquhie 
âes nations Européennes— elle V affranchira de toutes les 
entraves que lui ont fuggî ries les têtes étroites. 

QUE les Américains redoutent ces erreqrs en im- 
pôts & en entreprifes ; que pour s'en garantir, ils 
confidérent l'état de l'Europe. On ne s'y entend plus 
fur la matière des impots ; les idées firr.ples fe perdent, 
deviennent fmpoffibles à réalifer par la mélaphyfique 
qu'il faut employer pour combattre l'ignorance, les 
préjugés, les habitudes. Toutes leî idées de juftice, 
de propriété y font confondues. On ne peut -çz^ faire 
avancer une vérité fans avoir à chaque pas de faufles 
notions à combattre. L'homme întlruit fe îafTe, fe 
dégoûte, refle même fcuvent interdit, en entendant 
les objeélions engendrées par l'habitude de Terreur. 
»I1 fent avec anxiété que les ioix du bonheur ne peu- 
vent plus s'écrire que far des tables où il n'y ait rien 
3 effacer. Et telle eft, au moins nous aimons à le 
creire, la fiuation morale des Etats-Unis. Ils font 
vierges encore, ils ne connoilfent point ces inftitutions 
qni unifient par engendrer un cahos, où l'amour du 
bien public perd toutes fes forces. 

Ce fujet eft trop fécond pour s'y livrer ici. L'Amé- 
rique libre renferme des penfeurs. La correfpondance 
que nous ouvrons avec eux par cet Ouvrage, nous fera 
fans doute connottre jufqu'à quel point on peut y 
compter fur la marche des bons principes. Q^ue leurs 
informations tendent fur-tout à préferver lescommer- 
çans François d'erreurs capitales dans leurs envois. 
Le mauvais fuccès, s'il les accompagnoit, feroit dé- 
courageant, & les François font aifés àfe décourager. 



Cependant cette légèreté, ce défaut de confiance, ces 
fautes, diminueront à mefure que leur gouvernement 
s'înftruira ; à mefure qu'il fe fera des idées plus juftes 
des droits de l'homme ; à mefure qu'il attachera da- 
vantage les individus par l'efprit public à la chofe 
publique. Ils penferont alors que chacun d'eux ejl quel- 
que chofe, Se cette idée, ce fentiment de fon impor- 
tance, fait feul le citoyen, & par conféquent, la prof- 
périté & la grandeur des Etats. 

La France touche au moment de voir réalifer ce 
beau rêve, elle touche à la création des adminidrationa 
provinciales. Il va donc finir le règne de la frivolité, 
de cette frivolité mortelle, où le judicieux 3c fenfîble 
Sterne étoit loin de reconnoître ces plailirs, cette gai- 
eté tant vantés. - 

Sous l'influence falutaire de ces adminillrations, les 
établiffemens de commerce feront regardés comme des 
patrimoines, non-fiulement utiles, mais honorables à. 
tranfmettre à fes enfans. Alors s'introduira l'efprit 
d'économie, d'ordre, de fidélité, de modération. lî 
eft néceffaire au commerce ; ce n'eil que par lui qu'il 
profpere, qu'il acquiert de la confitlance Se de la con- 
fidération. 

Montefquieu obferve que les entreprifes des négoci- 
ans font toujours néceffairement mêlées avec les affaires 
publiques ; mais que dans les monarchies les affaires 
publiques font la plupart du tems fufpeéles aux mar- 
chands. Or, la profpérité, la gloire nationale dans Jes 
monarchies dépendent au0i bien du commerce que 
dans les autres conftitutions. Les monarchies ont 
donc intérêt à donner aux commerçans cet efpoir de 
profpérité qu'ils ont dans les républiques, & qui lee 
porte avec ardeur vers toutes les entreprifes. 



[ 74 1 



Les adminiftrations provinciales font le plus fur 
moyen de produire cet heureux effet. Si maintenant 
elles étoient établies,* les têtes Françoifes compren- 
droient mieux fans doute, comment il ed abfurde d'ima- 
giner que les Etats-Unis n'acquitteront pas leur dette 
publique ; comment des républicains ne peuvent in- 
voquer la refTource dé{hoîiorautc de la banqueroute & 
de l'efcroquerie ; comment leur efprit public, leur mo- 
rale, leur intérêt s'accordent à leur fair acquitter cette 
dette contraflée pour la caufe la plus légitime & la 
plus honorable qui ait jamais exiaé ; cette dette qui 
d'aillears n*eft qu'un atome mis dans la balance avec 
leurs relTources immenfes. Dès-lors les négocians 
François s'inquiéteroient moins fur la manière dont 
leurs marcbandifes leur feront payées en Amérique. 
Car au défaut fi peu probable des produélions Amé- 
ricaines, au défaut de métaux précieux, ils ont encore, 
pour dernière refTource, les papiers du Congres, & 
des Etats ; papiers avantageux à acquérir par le prix 
au-quel on les obtient, par l'intérêt qu'ils rendent, par 
la certitude qu'ils feront payés, & par la tranfmiflion 
que le commerce peut en faire, en conféquence, aux 
capitaliftes Hollandols, à qui les papiersdu monde en- 
tier deviennent nccefTaires, dès qu'ils méritent confi- 
ance. 

Nous venons de parler de métaux précieux. Les 
Américains libres font voifins des régions qui les pro- 
duifent. Ces régions font le féjour de l'indolence & 
de la parefTf, qui ne difpenfent pas des befoins. Là 
on ne peut donner que quelques dépouilles d*animaux 
Se des métaux contre les fubrillances qu'on n'a pas le 
courage de faire naître, contre les nécelïïtés qu'on 
trouve plus commode de payer avec de l'or, qu'avec 
fon propre travail. Les Américains libres •deviendront 
des fafteurs placés avantageafement entre les manu- 
faftures Européennes, & les habitans des régions con- 
damnées par la nature à la produftion ftérile de mé- 
taux. Toute la puifTance Efpagnole ne l'empêchera 
pas, elle ne doit pas même l'entreprendre. Nouvelle 
confidération qui, promettant aux François ce folde 
tn or fi follement ambitionné, doit les encourager à 
préparer leurs lelationà commerciales avec les Etats- 
Unis. 

Le lord Shefficld, toujours enthoufiafte de fon fyf- 
terne favoii, le monopole national, n'annonce que 

* Elles k fout — le Roi vient de le promettre. 



ruine aux autres nations qui entreprendront de com-* 
mercer avec les Etats-Unis. Il atténue d'un côté les 
objets qu'on peut recevoir d'eux en échange, pour 
exagérer les befoins qu'ils ont de crédit, & de l'autre 
il déclare les commerçans Anglois feuls capables de 
faire aux Américains libres le crédit dont ces derniers 
ne peuvent fe pafî'er. La faeulcé folide & confiante 
de pourvoir aux befoins de l'Amérique, de recevoir fes 
produits, d'attendre fe convenances, appartient, dit 
ce lord, à nos marchands, exclufivement à ceux des 
antres nations. Si nous pouvons, continue-t-il, nous 
préferver d'une précipitation funefte, nous appren- 
drons, à aotre grande fatisfaétion, que notre induflric 
rencontrera peu de compéuteurs dans les marchés 
d'Amérique., 

Son patriotifme Tégare ici fans doute ; il n'a réflé.- 
chî ni fur les moyens des Etats-Unis pour fe pafTer 
toujours mieux de crédit, ni fur ceux de la France 
pour fe mettre en état d'en faire. 

Les adminiflratious provinciales feront naître en 
France les caiffes d'efcompte. Toute villie commerçante 
ou manufafturîere jouira de cet avantage, dès qu'elle 
pourra en avoir une, fans craindre les contrariétés du 
monopole. Ces caiues s'appliqueront immédiatement 
à faciliter le commerce, à aider les manufa(flures, à 
répandre, en un mot, un crédit fur, peu coûteux, 
dirigé par de bons principes. Car les adminiflratîons 
provinciales y feront régner l'efprit public, elles éloig- 
neront fur-tout cette influence de la capitale, où l'ex- 
périence vient de prouver bien viâorieufement, qu'au- 
tant ces établiiTemens font utiles, lorfqu'ils favorifent 
une induflrie vraiment prodnélive, autant ils font per- 
nicieux, lorfqu'^iLs ne fervent qu'à favorifcr le jeu flériîe 
& corrupteur de la cupidité, -f 



-|- Combien il faut fe défier des comparaifons ! C'efl la 
banque de Londres qui a créé la caifTe d'efcompte 
de Paris; & Paris & Londres fe relTemblcnt encore 
moins que les conllitutions Françoife & Britanique. 

Continuation des Travaux du Congres. 

Lundi, 8 Juin. 

M. Goodhue préfenta une pétition de M. Nicolas 
Pike, de Ncwbury-Port, fuppliant qu'il lui foit accordé 
le privilège exclufif, de vendre \ç.jyjîème complet d'arith- 
métique, dont il eft auteur. 

A la motion, il fut voté, que les différentes péti- 
tions des artiftes, ouvriers, &c. fuffent tranfmifc» au 
fénat. 



» 



[ 7Î ] 



M. Madifoiï, conformément à la notice qa'il en 
avoit donnée, propofa, q^ue la chambre fe formât en 
comité, pour prendre connoiffance des amendemens, 
&c. 

M. Smith s'y oppofa ; il mit fous les yeux de la 
chambre, les objets importans qui deraandoient fon 
attention, et propofa qu'il fût nommé un comité par- 
ticulier, pour s'occuper des amendemens propofés par 
les différens états, — afin que la chambre pût reprendre 
le revenu. 

M. Jackfon féconda l'oppofîtion de M. Smith, et 
fit voir, par de nouveaux raifonnemens, qu'il étoit im- 
propre de penfer aux correélions, avant de s'être affuré 
û elles étoieac néceffaires. 

Plufieurs membres s'oppofèrent à ce que l'on s'oc- 
cupât des amendemens. 

M. Madifon fc leva et obferva, *' il y a déjà quel- 
ques feraaines que cette queftion fe diffère de jour en 
jour ; les membres doivent y avoir réfléchi. Si on la 
remet davantage, on croira avoir fujet de fiippofer que 
le Congrès ne veut plus y penfer — cette motion nous eft 
fuggérée de toutes parts. Son admiffion tranquillifera 
les cfprits. Je ne voudrois pourtant pas que l'on en- 
trât dans un examen profond pour le moment." — 
Enfin, M. M. renouvelloit fa motion. 

M. Sherman réph'qua, que cette mefure alarmeroit 
plus de perfonnes qu'elle n'en tranquilliferoit. Il étoit 
d'avis que, la néceffité des amendemens feroît bien 
mieux indiquée, par les défauts que l'expérience pour- 
roit faire voir dans la conixitution. 

On reçut un meffage du fénat, informant qu'il con- 
Gouroit à la motion du 28, que chaque membre reçût 
gratis, les journaux de l'ancien Congiès. 

M. White obferva que le fujet des amendemens étoit 
de la plus grande importance — que la chambre ne 
pouvoit en différer l'examen — que quoique prefoiie 
tous les Etats avoient ratifié la conflitution, il étoit 
clair que la majeure partie du peuple demandoît des 
changemens. 

M. Smith propofa qu'il fût nommé un comité, pour 
s'occuper de cet objet. 

M. Page opinoit à ce que îa chambre fe formât en 
comité, pour s'en occuper. 

M. Vinning s'y oppofa, pour plufieurs raifons — 
la néceffité de s'occuper du fifc, du [yÇièmç judiciaire 
— de les finir avant de paiFer à la difcufîlon des amen- 
demens — peut-être, ajouta M. V. trouvera-t'-on dans 



le fyflême judiciaire,dequoi remedieràbeaucoup d'abus 
dont on fe plaint. D'ailleurs, je crois qu'il eft nécef- 
faire de favoir fi les deux tiers du fènat font d'accord 
à en commencer la difcufîion. Je fuis pleinement per- 
fuadé que rien ne peut décider les qualités de la con- 
fi;itution, que l'expérience. Le peuple attend avec 
impatience les opérations du gouvernement. Qu'a fait 
le Congrès jufqu'ici ? a-t'il paffé une loi fifcalc ? ne 
nous echappc-t-'ellepas tous les jours des mains? n'eft- 
il pas de la plus grande importance de terminer ce 
fyftême l ne nous embaraffons pas la tête, en propo- 
fant des queftions importantes les unes après les autres, 
fans en finir aucune ! Cette méthode ne peut qu'em- 
barraffer l'efprit, et le rendre incapable de s'occuper 
pleinement d'un fujet. J'efpére Mefîleurs que la 
chambre ne fe formera pas en cogaité, fur ce fujet. 

M. Madifon changea fa motion pour celle d'un co- 
mité choifi. — Il ajouta qu'il feroit néceffaire que le 
Congrès donnât quelqu'attention à cet objet pour le 
préfent, ne feroit-ce qu'un jour, pour faire voir que 
les partifans de la conflitution, font auffi jaloux de la 
liberté du peuple, que ceux qui s'y font oppofés— 
J'ai lieu de croire, continua M. M. que cette mefure 
auroit un effet favorable, fur les Etats de la Caroline 
fept. et de Rhode-Ifland, et leur accefîion à la nou- 
velle conflitution eft un objet dcfirable — Elle les in- 
duiroit à redevenir branches de la même famille. M. 
M. entra dans un détail des amendemens à adopter. 

M. Jackfon combattit la motion de M. M. — Il s'op- 
pofa à un comité particulier, comme étant dérogatoire 
à îa confidératîon qui étoit due aux états qui étoient 
en faveui: des amendemens. 

M. Gerry parla auffi à l'appui de M. J. alors M. 
Madifon fe leva, retira fa motion, et introduifit un ar- 
rêté, comprenant un nombre de changemens à in- 
corporer à la conftitution. 

Plufieurs membres s'oppofèrent à l'examen de cet 
arrêté. M. Lawrence fit la motion qu'il fût foumis 
à l'examen de la chambre. Cette motion fubit quel- 
ques débals, après quoi elle paffa à l'affirmative. 
Mardi, 9 Juin. 

Il fut voté, que la chambre fe formât en comité, 
d'aujourdhui en quinze jours, pour prendre connoif- 
fance du rapport du comité, concernant le mode à re- 
cevoir pour l'enregiftrement, atteftation, &c. &c. des 
aftes du Congrès. 

On propofa de changer la règle de la chambre, qui 



[ 76 3 



enjoint une divîfion de la chambre en cas de doute, 
et que l'on y fubftituât que les membres pour l'affir- 
mative fe tinffent de bout, à leurs places, jufqu'a ce 
que les voix fuflcnt comptées. Cette motion fut 
reçue. 

Alors la chambre reprit, ea comité, le bill de per- 
ception-, fur les ports de décharge. 

Avant qu'il fût fait aucune nomination, il fut pro- 
pofé que les rives, baies, rivières, creeks^ et havres fuf- 
fent partagés en autant de diftrifts, qu'il y avoit de 
ports d'entrée, dans les E. U. Cette naotion paiTa. 

Il fut propofé d'inférer une claufe, qui obligeroit 
les capitaines de navires, chargés de marchandifes, et 
allant dans les Etats-unis, de ports étrangers, de pro- 
duire les manifeftes en duplicata, de leurs chargemens, 
à tout officier de la douane qui le requerroit, avant 
d'entrer dans les ports de leur dellination. Cette mo- 
tion donna lieu à de longues difcuffions — Elle fut 
retirée. 

Il fut voté, qu'il foit nommé un collefteur, un 
officier naval, et un infpedleur pour chacun des ports 
fuivans,f3voir, Bofton, New- York, Philadelphie, Bal- 
timore, Norfolk, Porti'mouth et Alexandrie (en Vir- 
ginie) George-town (Maryland) Charleflovvn (S. C.) 
tl Savanna.— -Alors le comité fe leva. 
Mercredi, io Juin. 
En comité delà chambre, fur les réglemens du bill 
'de perception — M. Trumbull, orateur. 

A la motion de M. Madifon, il fut inféré une claufe 
qui pourvoit à ce qu'il n'y ait un infpefteur qu'à cha- 
cun des ports de décharge [ports ofdelivcryj excepté 
certains ports à énuraérer. 

La motion qui fut faite hier, d'obliger les capi- 
taines de navires, &c. à produire leur manifeftes aux 
officiers de la douane, fut encore préfentée aujourd'hui, 
et elle fut reçue. 

Jeudi, i i Juin. 
Sur la bill de perception, 
M. Parker propofa d'inférer dans le bill, •' pourvu 
que tou^ navires appartenans à un ou à plufieurs cito- 
yens des Etats-unis, ne pourront décharger à aucun 
autre port que les fuivans. . . . 

Cette claufe, fandlionnée par l'exemple des autres 
pays commerçants, eft néceflaire, dit M. P. pour af- 
furer aux Etats-unis, le cabotage et la perception du 
revenu. 
Enfuite, il fut fait plufieurs autres obfervations. 



M. Fitziimons propofa d'ajouter à îa claufe, '* com- 
me auffi tous navires venant de l'Inde, de la Chine, 
ou autres parties au de-ià du Cap, et allant aux Etats- 
unis, lefquels ne pourront également décharger dans 
d'autres ports, que les fuivans, favoir— — — 

Cette motion donna lieu à de longues difcuffions de 
part et d'autre — à la fin, elle paffa. 

Il fut reçu auffi plufieurs correélions fur le bill. 
Vendredi, 12 Juin. 

La chambre en comité, fur le bill de perception. 

Le comité continua fes travaux fur le bill, qui a 
fait aujourd'hui beaucoup de progrès. La difcuffion 
en fut interrompue par un meffage du fénat, faifant 
favoir à la chambre, que le fénat avoit fait quelques 
changemens au bill des impôts; ce bill avec fes change- 
mens, fut alors remis à la chambre. 

Le comité fe leva à trois heures. 



Les Curés de Daupbinêy à leurs Confr}reSi ^^^ 
Relieurs de Bretagne. 

CONTINUATION^. 

Au refte, vous ne dépendez point des Nobles ; vouî 
n'en avez rien à attendre. Le feul fervice qu'ils vous 
aient rendu, e(l de vous avoir ravi, dans les temps 
d'anarchie, votre patrimoine & vos dîmes, pour les 
tranfporter aux Evêques & aux Moines, qui, depuis, 
les ont foigneufcment confervés, en vous laiiTant tout 
k poidé de la chaleur & du jour. 

Sera-ce donc le Parlement de Rennes qui fera fur 
vous, ce que ne peuvent ni les Evêques ni les Nobles ? 
Ici, chers Confrères, nous vous l'avouerons, nous ne 
concevons rien à la conduite de ce Parlement que noua 
nous plaifions à comparer au nôtre ; nous led placions 
fur la même ligne ; nous les regardions comme les 
plus fermes remparts de la liberté publique. 

Le Parlement de Dauphioé ne nous a pas trompé- j. 
il nous fera toujours cher : il nous a tenu lieu d'Etats- 
Provinciaux pendant tout le temps que le defpotifme 
minîftériel nous en a privé. Convaincu du droit im- 
prefcriptible que nous avions à les redemander, il n'a 
mis aucun obftacle à ce que nos Municipalités, nos 
Communes s'aiTemblaffent pour les rétablir. Il a vu 
avec fatisfaftion le Tiers Etat rentrer dans tous fes 
droits, & faire équilibre avec le Clergé & la Nobleffe J 
il a applaudi aux généreux fentîmens de ces deux pre- 
miers Ordres; il n'a rien fait, rien tenté pour altérer 



[ 77 3 



Tunion précieufe qui règne dans la Province. Il jouit 
de la gloire & de la reconnoiffance que lui ont méritées 
fes anciens fervices, fatisfait de nous en rendre encore 
de nouveaux, en continuant à être le tribunal fouve- 
raîn de la juftice diftributive, fans que fes importan- 
tes fondions puifTent dorénavant être interrompues par 
les orages & les troubles de l'Adminidration politique. 
Votre Parlement tient une conduite bien différente. 
Oubliant ce qu'a fait pour lui le Tiers- Etat en 1771 
& en 1788, il fe déclare pour l'ariftocratie des No- 
bles, parce qu'il eft lui-même tout noble, & il invo- 
que contre la Monarchie, des loix établies pour la con- 
fcrver» Dépofitairc infidèle de ces loix, il abufc de 
leurs termes pour en violer i'efprit. Il ofe, dans Ar- 
rêt (*) qui le couvre d'un opprobre éternel, ordon- 
ner aux Bretons de continuer à être efclaves : il ofe 
ieur interdire le recours dlrcd au Souverain & à la 
Nation : il ofe -interdïre aux membres d'une famille, 
de s^afTembîer pour faire parvenir au père commun le 
tribut de leur am.our, & leurs jufi.es plaintes contre 
des ufurpations d'autant plus criantes, qu'elles iont 
plus anciennes : il ofe qualifier d'illicites ces Affera- 
blées indifpenfables, où la liberté gémiflante ne fait 
entendre que les exprelîîons de fa douleur, & ne pro- 
nonce que les mots de juftice, d'union & de patrie : 
il ofe menacer de la féverité des Ordonnances, les Ci- 
toyens des villes, les Habitans des campagnes, qui fe 
réunifient paifi-blement fous les aufpiccs d'un Monar- 
que chéri, pour lui demander qu'il brife leurs chaînes, 
tandis qu'il fomente & autorife les attroupemens tu- 
multueux d'une Nobkffe dont les crics de ralliement 
{ont j firviiude ^ oppreffion. 



(*} Arrêt du 8 Janvier 1789. 



D^AugiiJîa [Géorgie^ 2. Ma'î^ 
Tradudion au parler, (f ) envoyé par les Commif- 
faires, chargés des affaires des Indiens, aux tribus des 
Creeks, 

Aux chefs, et guerriers de la nation Creek. 
Nous avons fixé un lieu p^rar faire un traité avec 
vous l'année paflee, pour établir entre nous, une paix 
durable, et que nous puiffions encore redevenir un 



(t) C^eft l'ordinaire, dans les entrevues, qui fe ti- 
ennent avec les Indiens, d'imiter leurs différent dialec- 
tes, et la fimplicité de leurs phrafes. 



même peuple j vous favez tous la raifon pour laquelle 
il ne s'eft pas fait alors. 

A préfent, nous vous envoyons ce parler pour vous 
inviter à faire un traité fur vos bords de la rivière 
Oconee^zn rocher îanding. Nous fouhaitions vous y ren- 
contrer le 8 de Juin ; mais comme ce jour eft fi pro- 
che, vous ne pourriez pas être tous avertis a temps. 
Nous vous attendrons donc le 20 Juin. 

Nous avons changé le lieu de l'alTembléQ de l'année 
pafTée, afin que vous n'ayez point à vous plaindre ; 
c'eft fur votre propre terrein. et e'eft fur ce terrein que 
nous fouhaitons renouveller notre commerce et notre 
amitié, et écarter tout ce qui a obfcurci la voie en- 
tre nous. 

A préfent, nous fommes gouvernés par un Préfi- 
dent, qui reflemble au grand roi par-delà les grandes 
eaux. C'eft lui qui commande les guerriers des treize 
grands feux. Il aura égard aux intérêts de tous les 
Indiens ; et quand la paix fera établie, il fera votre 
père, vous ferez fes enfans, et perfonne n'ôfera vous- 
faire de mal. 

Nous favons que ce font les terres qui ont été la 
caufe de la difpute, entre vous et les hommes blancs» 
— Mais nous vous aflurons à préfent, que nous ne fou- 
haitons plus de nouvelles conceffions- — nous voulons 
faire la paix, et nous unir fous notre grand chef-guer- 
rier et/Préfident, qui eft le protecSheur et le père de 
tous les hommes blancs. 

,., Faites attention à ce que nous allons vous dire. Nos 
marchands font bien riches. Ils ont des raaifonspîeinef. 
de toutes. les bonnes chofes que vous aviez coutume 
d'employer autre-fois ! c'eft notre fouhait que vous 
trafiquiez avec eux, et eux avec vous, en amitié. 

Notre frère. John Galphin, vous portera ce parler; 
écoutez-le, il ne vous dira que la vérité de notre part. 
Envoyez-nous votre réponfe par lui. 

Signé And. Pickens, 

H. Oiburne, 
Commiffaires des Etats- unis, chargés des affaires 
des Indiens, pour le département méridionaL 

Suite de la réponfe à la propcfition^ inférée dans le No, o, 
fur la langue Francoife, 

Les étrangers qui veulent apprendre le François ne 
doivent donc pas s'attacher au ftyle recherché, mais aa 
langage familier, parce que c'eft le plus diiScile, ce- 
lui qu'&n apprend toujours le dernier. Ceux qui s'at- 



[ 78 ] 



tE>cîient au ftyle régulier parviennent toujours a ex- 
pliquer, mais ils en reftent là : rarement ils vont plus 
loin. La raifon en e(l fimple, le langage familier dont 
le François qui lui parle fait ufagt, lui eft étranger, 
il ne l'a jamais étudié. Il n'a jamais vu cette phrafe 
dans fon Télémaque. 

Comment peut-on efpérer qu'une perfonne, accou- 
tumée à entendre et à prononcer des fons depuis fon 
berceau, puifle tout d'un coup fe familiarifer avec des 
fons étrangers, qui demandent une étude et un exer- 
cice confommé ? (*) 

Il eft un principe fur et invariable pour la pronon- 
ciation, mais il a été négligé de tous les maîtres qui 
enfeignent ; et cela devoit être, parce que les trois 
quarts, n'ayant pas furmonté dans la langue Angloife, 
qu'ils doivent favoir, l'obltacle quiauroit pu feul leur 
en faire fentir la nécefllté, et les mettre à portée de 
l'enfeigncr à leurs élèves, ils fe font contentés de leur 
repéter les fons fans leur donner les moyens de les 
imiter. 

On veut faire prononcer des fons François à un An- 
glois ; mais cet Anglois n'a pas une bouche Françoife, 
il faut la lui donner, autrement c'eft s'obftiner à vou- 
loir tirer d'un violon, les fons d'une flutte. De ce 
que ces fons ont quelque reffemblance, il ne faut pas 
imaginer qu'ils font les mêmes ; c'eft une erreur qui 
n'échappe pas à une oreille délicate — il eft impoffible 
qu'ils foient les mêmes, il n'y a donc pas un feul fon 
Anglois qui puifle fe repréfenter en François, au moyen 
de l'écriture, quoiqu'en difent les grammairiens. Cette 
aflertion parôitra peut-être hardie, maîsj'efpére que 
l'on ne me condamnera pas s'en m'entendre, je vais le 
prouver en deux mots. Le François parle avec la 
langue alongée dans la bouche, l'Anglois l'a retrécie, 
il eft aifé d'entendre que les fons qu'il prononce font 
interceptés i or, l'inftruraent étant différent, les fons 
qu'il en tire doivent l'être auflî, il feroit abfurde de 
fuppofer qu'ils foient les mêmes. 

Il faut donc que l'Anglois qui veut apprendre le 
François commence parajufterfa langue à la pronon- 
ciation Françoife ; comme un muficien qui veut imiter 
xin.violon^doit prendre un violon, et non pas une bafie ; 
fans cette précaution, les fons feront, devront tou- 
jours être différens. 

(*) Il eft faux, comme le dit le vulgaire, qu'il foit 
plus aifé d'entendre parler un François, que de par- 
ler foî-raêniej c'eft toujours la dernière chofe apprife. 



Mais comment cet étranger connoîtra-t'-il quand 
fa langue et fa bouche feront d'accord ? Je vais lui en 
donner un moyen ; toutes les fois qu'il prononce l'i 
François comme il prononce l'i?^ Anglois, fa langue eft 
d'accord avec un François ; il en peut tirer les mêmes 
fons — c'eft pourquoi on ne devroit ceffer de lui répéter 
de prononcer toutes les voyelles très- liquides. 

Après cela, il y a la pratique ; car ce n'eft que la 
pratique qui le familiarlfera dans i'ufage de ces fons, 
mais où la trouver ? il y a peu d'occafions, le peu de 
mots qu'il hafarde, on ne les entend pas, on les lui 
fait repéter, il eft honteux, cela eft décourageant. 
Tout ce qu'on lui dit dans la converfation eft plein 
d'idiomes ; s'il demande des règles on ne peut lui en 
donner, la converfation abonde en phrafes qu'il eft 
impofîîble d'anaiyfer. Ne les ayant pas lues, il ne 
peut les refoudre, il ne pourroit les trouver que dans 
les Gazettes, et les Gazettes Françoifes font rares 
chez les étrangers. 

Enfin, l'ufagc que demande l'oreille pour s'habituer 
à tant de différens fons nouveaux, qui frappent fes 
organes tout-à-la fois, peut s'acquérir par une lon- 
gue repétition de ces fons, laquelle lui en rendra par 
la fuite la perception aifée et même naturelle. Mais 
encore une fois, il faut qu'il en connoiffe la théorie, 
et les Gazettes et journaux peuvent feuls" la lui ap- 
prendre. 

De Londres, le il Avril. 
Extrait d'une lettre de Bofton, (Nouvel. Angi.) 
*' Vivre fans argent, c'eft mener une pauvre vie. 
Voilà cependant ce qui s'eft paOe depuis quelque temps j 
car on n^en peut point tirer de France, et fort peu d'An- 
gleterre. Notre commerce de Londres, de Briftol, de 
Liverpool, de Cuba, et de la Havanne commence 
pourtant à le faire couler en abondance. Qui/ dam- 
leurs coffres. 

Du même lieu. 
S. A. R. le prince de Galles a effuyé le traite- 
ment le plus indigne, de la populace, en allant de 
Carlton-houje à l'opéra Mardi der. et elle a été obligée 
plus d'une fois de lever fa canne pour fe défendre. 
S. A. R. avoit en quelque forte prévu ce qui devoit 
arriver, c'eft pourquoi elle prit le parti d'y aller à pied. 
Nous efpérons que S. A. R. n'attribuera pas cet évé- 
nement à un manque de refpcû du public pour fa per- 
fonne.. 



[ 79 ] 



De FRANCE. 



Le clergé du Vermandois a renoncé, de lui-même, 
et unanimement, à toutes les exemptions, et à tous 
îcà privilèges pécuniaires. Plufieurs autres commu- 
nautés ont fuivi un exemple auffi louable, et auffi gé- 
néreux. 

Le Comte de Mirabeau vient d'être choifi membre 
des Etats- Généraux, pour la ville d'Aix en Provence, 
malgré 

L'abbé d'Efpagnac a dernièrement prononcé une 
phillpique des plus violentes contre M. Necker, à une 
alFembleé de la ville de Montfort V Amours ; malgré 
cela, il fut choifi repréfentant aux Etats-Généraux. 
De Paris, h 30 Avril. 

31 a paru en cette ville, dans le cours de la femaine 
paffée, un ouvrage intitulé, La passion, la mort 
et la RESURRECTION DU PEUPLE. Imprimé à Jérufa- 
îem. Cet ouvrage n'a pas fait fortune. 

Le nombre des repréfcntans aux Etats-Généraux 
doit être compofé de J204. 

De George-toivn., Patùivmack, 4 yuiîi. 
Comme Je regardois hier, fur les bords de cette ri- 
vière, treize grands bateaiix, et ee matin fept, defcen- 
dant à pleines voiles avec leurs pavillons déployée, la 
mufique jouant, &c.&c. La belle perfpeélîve qu'offrit 
un auffi beau fpeéilacle r-ae remplit de reconnoiilance 
envers une telle entreprife, qui a établi la navigation 
de ce pays, à plus de 150 miles au de-là de la marée, au 
travers d'un pays riche et fertile, qui par le nombre 
de branches utiles, qui s'y exploitent, attire tout le 
produit dans le grand canal de 40 à 50 miles de cha- 
que côté, en outre des communications proches et 
commodes qu'elle a avec VOhio, tout cela formera des 
nœuds de commerce et d'amitié que rien ne pourra 
difToudre. 

L'avantage du tranfport, dans l'âge naiflant de cette 
rivière, épargne déjà de 250 à "^oo £, fur la farineque 
j'exporte tous les ans. Comparez ceci avec l'intérêt 
du publique. Que ne fera-ce pas, quand ce fera- ac- 
compli ? 

De Nenv-york, le 5 Juin. 
Si M. Morris n'étoit pas fénateur, tous les yeux fe- 
raient tournés fur lui pour financier des E. U. Mais 
quand même fon pofte de fénateur ne l'en empêchcroit 
pas, il s'y trouveroit d'autres obftacîcs.. 

Les trois candidats font pour le préfent MM. Of- 



goed. Petit, et Hamikon. Je ne fais lequel ell le 

plus un état d'occuper ce pofte, ni s'il en eft aucun 

parmi eux, ne les connoiffant point perfonnellcment. 

Du même lieu. 

Tandis que nos terres fe gâtent et deviennent inu- 
tiles—nos terres, qui devroient fervir à la pâture des 
moutons tandis que nous nous privons d'une abon- 
dance de laine, que nous tuons nos agneaux pour fa- 
tisfaire k notre appétit — tandis que nous négligeons 
la culture du chanvre et du lin, que nous nous épui- 
fons en vaines et inutiles plaintes, répondez, eft-ce là 
prendre les mefures néceflaires pour établir une ferme 
indépendance ? eft-ce là le chemin qu'il faut prendre 
pour élever et fupporter notre caraélère national ? 
De Middletouy le zo Juin^ 

Nous apprendrons, du comté de Windham, que îc 
pluie de la femaine paiTîe fit monter la rivière à une 
hauteur furprcnante. Ce débordement a caufé beau^ 
coup de dommages au mays dans les terres bafles. 

De BOSTON, le 25 Juin. 

Pour que l'on puifie tirer un revenu des impôts, il 
faut encourager le commerce, dit la Gazette des Etats- 
unis. Pour encourager nos manufactures, il faut im- 
pofer les articles étrangers. Il eft polïible qu'on ren- 
de l'un- et l'autre compatibles par la fuite, mais peut- 
être a-t'on befoin de la confidération, fi un commerce 
vigouTCKs et un revenu abondant, feront les effets 
immédiats d'efforts aéluels, pour encourager le com- 
merce et les manufactures, jufques là, il a peut-être 
raifort , 

La manie du jour eft pour les épreuves, et cela fort 
mal-àpropos, obferve un correfpondant, quand on con- 
fidére la fituation préfcRte des Etats-unis. Tous les 
projets font fuivis de quelque ftirprife, de quelque re- 
tard, de quelque relâchement des facultés de l'hom- 
me, jufqu'âce que le refultat en foit connu; dans un 
temps où tous les efforts devroient fe joindre pour chan- 
ger la face de nos circonftances, en pourfuivant les 
objets que l'expérience nous indique, qui nous empê- 
che de cçder à l'impulfion de la nature, et de faire 
monter l'Amérique à fon point ? 

Le premier paquebot de France, depuis le rétabliffe- 
ment, eft arrivé à Nevv-york, après 70 jours de tra™ 
verfée. 

Le fénat n'a pas approuvé le bill, fur la lotterics 
qnl avoit paffé la chambre des repvéfentjujs. 



[ 8 
Prix Courans — Prix des Fonds publics — et 
état du change entre Bqfion et les princij^ales 
villes commerçantes de l'Europe. 

*^* Les prix annexés aux articles ci-deflous font 
en chelins. Le chélin, ou fol deBo{lon,vaut 12 déni- 
ers, le dénier vaut 6 liards de France. 



IMPORTATION. 

Par Livre. 
A F F E ij. zd. 

Cloux de Girojfîe 1 2s. 
Coiinthes 6d. 

Coton is. 4^. 

IndigodeSt.Domingue 6s. 
Noix de Mnfcade 40^'. 

Peaux de Bœuf 3<a'. 

Piment U. 6d- 

ivre 2s. id. 

'Hyfon ÎOJ-. à i8r, 
Souchong 6s. 'éd. 
Congo 6s. 

,Bohea is. 6d. 

Par ^lintal de il zlb. 
Cacao 50 à 54^. 

Par Bufocl. 
France is. id. 

is. zd. 
is. 6d. 
8G i Cadiî: is. 6d. 

(.Ifles Turques ix. Sd. 
Par Ca'i[fe. 
Genièvre d'Hollande zos. 

Par Tonneau. 
Chanvre de Riga ço/.l 




f" France 
^ l Liverpooî 
^< Liftonne 



Par Pipe. 

Vin de Madère 40 à 8of. 

— de Lifbonne 30 à 32/. 

Vin deBourdeaux, 7 / 
par barrique j 



o ] 

Par Qutnfal of 11 zlb. 

Cordage 541. 

Morue i^s. 
Pain d'Equipage 20 a zis. 

do. dit de Pilote 24^. 

Riz de h Caroline 21»'. 

Par Tonneau. 

Acier '^i 50/. 

Fer, coulé 22/. 

do. en vergés 24/. 

Potaffe 30/. 

Peari-aiTe 36/. 



EXPORTATION. 

' Par Livre. 

NCRES 6d. 

Amidon 6d. à ïs. 
Blanc de Baleine raliné zfS-. 
Beufie 4(/. 

Cirt d'Abeilles is. 6d. 
Chanvre du Pays 6d. 

Chandelles de blanc 1 ^^ 
de Baleine j ^-'^' 
do. de Suif, moulées %d. 
Chocolat iid. 

Ginfeng zs. 6d, 

IndigodelaCaroîine3J'.à6j' 
Jambons 
Lin 

Callor 

Loutre 

Renards 

Ours 



CL, 



^ . „, . -, SOHPlumes 

Boisd Acajou,! .8«'. Poudre à Canon i. 
le pied courant] ^ do. à Giboyer 

,. /^r.^f^l"' Savon 

ii,aux de vie de Nantes S'^'-'c^jf 

—-deBourdeaux 3.. z/jsain-douxoumantegre 6d. 
Huile d'Ohve 6.. 3^^^,.^ ^^^^j \^^^ ^^. 



yd. 

6d. 

5 a loj. 

15 à 30X. 

Jj.a ys.6d. 

10 à iSj. 

Is. zd. 

6d. 

zs. 

6d. 

6d. 



Efprit delaj amaïque 3^.4^/. 
Rum d'Antigue 3^-. 

» — —Ifles du Vent zs. 4a', 
Sirop ou Mélaffe is. ^d. 

' Malaga 
'^ J Opoito 

Fayal 

TenerifFe 



3J. 

6s. 



do. en Pain i id. 

Par ^intal de loolb. 

<!j r James River 30X. 

^ l Rappahannock 301. 

a \ Maryland, jaune 2,0s. 

r^ j do. noir ^os. 

L Caroline 24.S. 



Par Baril. 
Bœuf 
Brai 

w rFinept.net 196/^. 
'C < Commune do. 
tS (.Mahi do. 

Goudron 
Poix 

Porc de 2iSlb. net 
Réfme 

Par Bnjhel 

Avoine \s 

Bled noir zs 

do. deTurqueouMah 
Froment 
Graine de Lin \s 



42X. 
15J. 
36X. 
32J. 
\6s. 

lOJ. 

15X. 
60s. 

IQS. 



6d. 
. 6d'. 

6s. 
6d. 



Par Gallon: 

■^ I JLjin ASt 

Spermaceti 3^. 4^ 

Baleine zs. 

3:; (^ Morue is. lod. 

Par Mil de 1200 Pieds, 



c f Pipe 
2 < Bouc 

^ (.Baril 



c f Pipe 10/. 

cautsoubarriq.6/. 

^ Ils 3/. 

Feuillards de 1 20obrins 3/. 



Le quintal de ce pays 
eftie mêmeque celui d'if\.n- 
gleterre, & correfpond à 
giVo. poids de France & 
d'Hollande. — Le tonneau 
cil eftimé 20 quintaux de 
Il2lb. 

Le buftel eft le même 
que celui d'Angleterre, & 
contient 8 gallons, dont 
deux font à peu près une 
veltc de Bourdeaux. 



EFFETS PUBLICS. 



4J. lod. 
âfS. ïod. 
y. id. 
13-. - ^° 

r s* 

5^. gd. 2^ 

gs. I 5' 

3J-. lod.j *» 



c amples arrêtés \_jïnal feulements "^ 
Certificats du bureau d'emprunt 
Coupons d'intérêts 
Ordres fur l'impôt et l'accifs 
Notes de l'armée 
Ordres en argent 

Ordres du No. 2 et du No. 3 , ' 
Papier-monoye de la nouvelle crniïïlon dis 

MafTachufetts, — 5 pour ï. 

Cours du Change. 

Sur Londres, à 30 J. d'us. 5 par cent au defTus du paî 
Sur do. à 60 do. 4 do. 
Sur do. à 90 do. 3 do. 

Sur France, à 30 do. au pair. 
' Sur Amfterdam,à6od0. au pair. 



A B O S T O N, de rimprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. c^i^y 

où l'on peut fe procurer chaque Nuiliéro. On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Culhing -, à Nevs-Tork, chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphie., chez M. Mathew Carey i et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis.— L'Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 
de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
éfeD;3 tous les genreS; fur-tout fur le commerce. 



E 8i 3 



it-.^fife^paitvaBawgiiaMagBfflaBéM.ig'Cj^ i i i iiw ii ma iii hJiT*\ 




AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U'XJtîIité des deux Mofides, 



PriXj 5 Pence.'} 



Du JEUDI, 2 Juillet, 1789. 



[No. II. 



AVIS 

^ MM. les Agioteurs et autres Spéculateurs 
fur les Fonds-Puhlîcs, 

La fureur du jeu*, dit-on, eft depuis quelque temps 
portée au plus haut degré ; elle a gagné toutes les 
claffcs de citoyens. On acheté, on vend des aélions, 
on multiplie les combinaifons ; on vend des dividendes 
qu'on n'a point ; on parie en un mot, & les paris font 
fouvent confidérables. Les heureux à ce jeu affichent 
un grand luxe, les autres fe cachent ; l'état des pre- 
miers frappe, oh ignore la détreife des autres, & cha- 
cun fe met à jouer. Cette manie infefte tous les rangs, 
la contagion eil univerfellc, & c'éfl un grand mal. 

Le jeu entraîne la diffipation, & la drffipation en- 
traîne le jeu ; la diffipation fert à dépenfer en jouif- 
fances le gain, & le jeu alimente la diffipation. 

Un joueur ne connoît & n'aime que lui, & plus fou- 
vent même il ne s'aime pas ; comment aimeroit-il les 
autres ? Auffi n'eft-il pour lui ni parens, ni amis, ni 
époufe ni enfans. Quand il gagne, les derniers lui font 
à charge, parce qu'ils femblent lui reprocher fesjouif- 
fances : quand il perd, ils lui deviennent odieux, parce 
que leur ruine eft fbn ouvrage. 

Dans une vie tranquille, avec des goûts réglés, on 
mène une vie irréprochable, on a des mœurs : dans 
une vie agitée, avec des goûts immodérés, on n'a ni 
repos ni mœurs. 

On donne la préférence au jeu fur tout, fur les arts, 
les fciences, le commerce, l'agriculture, on ne s'occupe 



Jeu défigne ici /péculation, jomur fpécukteur. 



que de chiffres, que de combiner les moyens de s'enri- 
chir aux dépens des autres & de la fociété. 

Ce jeu eft une vraie guerre faite à la fociété, à tou6 
les hommes : le jeu ifole donc les hommes. 

L'amc d'un joueur eft perpétuellement livrée a des 
inquiétudes dévorantes ; une ame inquiète eft rare- 
ment honnête & douce. 

On diffipe vite, parce qu'on a gagné vite ; on jOue 
fouvent, parce qu'on diffipe toujours. 

Les pertes jointes à la diffipation entraînent la ruine^ 
& l'on devient fripon. 

Enfin le jeu, en favorîfant le crédit, facilite aux ad- 
miniftrateurs les moyens d'avoir de l'argent ; il favo- 
rife donc les paffions des adminiftrateurs, car la faci- 
lité d'avoir, engage à dépenfer ; cette facilité eft donc 
un moyen de corruption. 

Le jeu en finance eft funefte à la fociété, au Gou- 
vernement, aux mœurs privées, il eft funefte même 
pour les joueurs. 

On ne m'accufera pas fans doute d'avoir diminue 
les griefs qu'on élève contre le jeu dans les foads pub- 
lics, d'avoir altéré les couleurs noires fous lefquelles on 
peint fes effets. 

Répondons par des faits, par l'expérience & par le 
ràifonnemenr. 

Si ce jeu dctruifoit les mœurs publiques & privées, 
il n'en devroic plus exifter aucune trace en Angleterre 
& en Hollande, deux contrées où ce jeu exifte depuis 
long-temps, où il exifte prefque fans entraves, où il eft 
porté à un finguîier degré de perfeélion, où tous les 
citoyens enfin prennent part ; la corruption devroit 
ètie portée à un plus haut point que dans les Etats 
qui n'ont point admis ce jeu ou dans kfquels il a tou- 



[ ^ 

jours été clandeftîn. Cependant c'eft précllément 
l'inverfe qui exifte ; ces derniers Etats font infeftés 
d'une corruption univerfelle, tandis qu'on retrouve en- 
core des mœurs publiques & privés à Amfterdam & à 
Londres. On pourroit citer encore dans cette der- 
nière ville, un grand nombre de génies politiques, de 
citoyens diftingués par leurs bienfaits publics & par 
tout ce qui caraclérife l'ame d'un patriote. 

Ce n'eftpas tout, parcourez dans ces capitakslesclafles 
diverfes ; arrêtez-vous à celles qui s'intsreffent le plus 
aux fonds publics, vous y trouverez, des vertus ; j'y 
ai vu de bons maris, de bons pères, de bienfaifanles 
âmes, qui fpéculoient, & qui dans leurs fpéculations 
confervoient toutes leurs vertus. 



ContinudHon des *ïravaux du Congres. 

Chambre des repréfentans. 
La ffhambre en comité fur le bill de perception. 
Le bill fubit aujourd'hai de longs débats. On pro- 
pofa plufieurs corredions. Il fut fait plufieiirs obfer- 
vations fur le mode de percevoir les impôts, fur-tout 
dans les cas de cautioQ, d'infolvabiliîé, mais avant au- 
cune déciuon, M. Fitzfimons propofa que le comité 
fe levât, et que le fujet fût fournis à un con:)ité choifj, 
nui rapportât un autre bill. Cette motion fut reçue. 
M. Gerry propofa que la. chambre adoptât pour rè- 
gle générale d'ajourner, depuis le Veudredi, jufqu'au 
ï^nndi. Cette motion fut mife fur la table. 
Lundi, 15 Juin. 
MM. Browrn, de la Virginie, et Sedgwick du Maf- 
fachufetts, prêtèrent le ferment requis par la conRitu- 
îion, 

M. Scott, du comité prépofé pour confidérer l'état 
des terres à vendre dans la partie de l'oucft, fit rap- 
port. Ce rapport contient des détails très-exadls de 
la p-éopraphie de cette parcie. Voté que ce rapport 
foit fournis au comité de toute la chambre, fur l'état 
de l'union. 

Alors la chambre prit connoiffance des amende- 
îsens proptofés par le fénat. 

Le fénat propofa de fupprimer la cîaufe qui diftin- 
gue les nations qui font en alliance avec les Etats-Unis, 
de celles qui ne le font pas, relativement aux efprits 
ditlilîés. Les partifans pour et contre firent un refu- 



2 ] 

La chambre refufa auiS fon aflcntinrcnt a plufieurs 
changemens propofés par le fénat. \_Nous donnerons 
le bill en entier, quand il aura pajje.'\ 
Marci, 16 Juin. 

A la motion de M. White, il fut ordonne que Vcm 
préparât des (iègcs pour tous les membres du fénat qui 
défiroient affifler aux débats de la chambre. 

La chambre s'occupa des changemens propofés 
parle fénat. Plufieurs furent adoptés, d'autres furent 
rejettes. 

La chambre fe forn^a en comité pour prendre en 
confidération, le bill pour rétabliffement du départe- 
ment exécutif, fous le titre de, département des affaires 
étrangères. 

M. White propofa que la eîaufe qui autorîfe le pré- 
fident à déplacer le chef de ce départea\ent, fût fup- 
primée. 

Cette motion fit naître de longs débats, qui durè- 
rent jufqu'à trois heures. 

M. White obferva que la conftitutîon avoit pourvu 
au déplacement des juges de la cour fouveraine, d'une 
manière fpécifique ; mais que comme elle avoit joint 
le fénat au Préfident dans la nomination des officiers. 



il étoit à propos qu'ils s'accordafTent pour les déplacer. 

M. Stniih (C. M.) vint à l'appui des argumens de 
M. White ; il obferva que l'une ou l'autre de ces deux 
idées efi; j.iu1e ; ou le Préfident a ce pouvoir par la 
conditution, ou il ne l'a pas : fi ce pouvoir lui cfit 
confié parla coniliîution, ajouta-t'-il, cette claufe cft 
inutile ; s'il ne l'eii pas, la chambre n'a pas celui de 
le donner. — Cette délégation de pouvoir eft inconftitU' 
ticnnelîe, félon l'opinion de plufieurs corximentateurs 
très-judicieux, qui ont avancé, que le fénat devoit 
avoir fa voix pour le déplacensent auffi bien que pour 
la nomination des officiers. Les lettres fignées Pub- 
lius, ont fait fentir le poids de cette afTertion. 

Quand or confidére attentivement la contlitution^ 
on trouve quelle ne donne, ni elle ne tend à donner 
ce pouvoir au Préfident — Les départémens du gou- 
vernement font définis — Les pouvoirs accordés au Pré- 
fident font déclarés, mais on n'y trouve pas ce pou- 
voir indiqué, tant s'en faut, la manière de déplacer 
les officiers eft particulièrement indiquée ; et cela eft 
après la conviftion du coupable, après qu'il aura été 
accufé devant le fénat, or comme la conftitution eft 



mé des arguRîens qui avoient été énoncés, lors de la ainfî expreffe, il s'enfuit que la chambre nepeut pas avoir 



création'du bill. Le refultat fut la négative. 



le pouvoir d'accoîder le droit accordé dans la claufs. 



[ 83 ] 



La raîfon que l'on donne pour accorder ce pou- 
Toir, cft la néceffité de déplacer les fujcts qui feront 
incapables de remplir les fondions qui leur feront con- 
fiées, mais pour quelle canfe peut-on déplacer un fu- 
îet, il ce n'efl pour mauvalfe conduite ? Les maladies 
ou l'ignorance, fuffifent-elles ? or qui doit juger de 
l'incapacité ou de l'ignorance, à moins qu'il ne foit 
commis quelque crime, ou ofFenfe en conféquence de 
l'une ou de l'autre ? alors le déplacement n'eft point 
le refiihat de l'incapacité, mais du crime, qui en eft 
l'effet — qu'il me foit permis de demander un exemple 
de déplacement pour caufe d'ignorance. 

Cette claufe accorde au préfident, un pouvoir qui 
entraîne de grands abus ; car nous ne devons pas nous 
attendre à avoir toujours un préfident qui jouifle d'une 
aufîi grande confiance, que le préfent. L'éclat de fes 
vertus femble éblouir quelques-uns des membres, au 
point qu'ils ne peuvent pas porter leurs regards vers 
l'avenir. La bafe de la conftitution ne porte pas fur 
l'idée d'avoir le préfidencc toujours auffi bien rem- 
plie, qu'elle l'eft à préfent. Voilà pourquoi elle a 
pourvu cette barrière. Un officier qui fera fournis aux 
fantaifics d'un homme feroit trop dépendant, trop 
afTujetti. Qu'arriverolt-t'-il de là ? on affojetiroit 
un concitoyen à perdre fon honneur, fa réputation, 
fon état, fa propriécé, fans lui fa.ire fon procès. Des 
hommes libres n'accepteront jamais ces poftes qu'avec 
beaucoup de prudence ; parce que le Préfident pour- 
roit être en'vironné par des perfonnes envieufes, des 
eoncurrens qui n'épargneroient rien pour faire tomber 
le digne citoyen du pofle, où ils veulent monter. 

De déplacer un citoyen fans lui avoir conftaté des 
délits, ou fans lui avoir, fait fon procès, c'eft contraire 
à l'efprit de la conftitution, c'eft contraire aux fenîi- 
mens libres de ce peuple. — On a avancé que ce pou- 
voir étoit un de ceux qui dévoient être crées par les 
règlemens légifiatifs ; mais il eft évident, d'après les 
obfervations ci-deffus énoncées, que le mode qu'on 
propofe eft Inconftitutlohnel — -Il eft évident que puif- 
que la conftitution ne donne pas ce pouvoir au Pré- 
fident, il ne lui appartient pas. 

M. Huntingdon étoit du fentiment de M. Smith. 
M. Sedgwick mit fous les yeux de la chambre, tous les 
cas, qui nécefiitoient le déplacement d'un officier aux 
quels la conftitution n'avoit pas pourvu, où le mode 
prcfcrit n'apportoit aucun remède. M. S. indiqua la 
néccflité d'une prompte décifion, lorfqu'un bomme 



avoit trompé la confianct publique, fans cependant 
commettre de crimes — il peut mettre de la négligence 
dans fes fondions, continua M. S, Enfin quand on 
s'apperçoic qu'au lieu de faire fes efforts pour le bien 
de l'état, i! ne cherche que fes propres Intérêts, félon 
le principe établi, il faudroit que le fénat fût continu- 
ellement en feffion — M. S. opinoit à ce que l'on re^ 
tînt la claufe. 

M. Madifon s'accordoît avec M. Smith, quant au 
principe de ne point fe départir de la conftitution — 
Il opinoit cependant à l'Infertion de la claufe. Cette 
queftion, continua M. M. peut s'examiner fous differ- 
ens rapports, en conféquence c'eft à la légiflature à la 
décider. Si la claufe en queftion n'eft qu'une fimple 
déclaration, elle ne fauroit être nuifible, h elle a rap- 
port à quelque chofe de douteux, c'eft à la conftitu- 
tion à l'expliquer, et fi la conftitution ne prefcrit rien, 

le Congrès a le droit d'agir à fa difcrétion. ^— Ce 

pouvoir eft grand, et Important — Il mérite une longue 
difcuffion. 

Quand on confidére, que le Préfident doit être 
choifi delà mafle des citoyens, par les fuffrages réunis 
de trois millions de perfonnes, malgré la folbleffe à 
la quelle font fujettes les éleftions populaires, je ne 
puis croire que Ton pût élire un homme, qui en 
feroit Indigne. 

" S'il eft un gouvernement fur la terre où l'on foit 
a. l'abri de l'élévation d'un homme Indigne, c'eft fure- 
ment en Amérique — Il eft de l'Intérêt de la conftitu- 
tion que le Préfident jouifTe d'une grande confiance, 
relativement au département du pouvoir exécutif, 
mais cette confiance fe détruira plus au moins, félon 
que les officiers de ce département lui feront fujets. 
Si le fénat devenoit néceflaire à la nomination de ces 
officiers, leur places ferolent en grande partie à la 
merci du fénat ; en conféquence, ils fe regarderolent 
refponfables au fénat, et non pas au Préfident ; où 
trouvera-t'-on la refponfibilité fi défirée qu'on cherche 
à acquérir ? elle feroit impraticable — Il feroit injuft^ 
de l'attendre. 

Les officiers pourroient fe lier, dans une cabale 
éternelle avec le fénat, contre le Préfident. Alors oà 
en feroit l'attente du peuple, relativem.ent à fon dé- 
partement exécutif ? 

Si nous examinons profondément la conftitution 
dans fon principe, -nous trouverons qu'elle eft au moins 



[ 84 3 



probîématjqne, fi même elle ne prefcrît pas l'adoption 
de la cîanfe, qui fait l'objet de ces débats. 

L'a conftitution ne garantit pas l'appropriation des 
poavoîrs particuliers dans les difFérens départemens 
privés ; il feroit donc impropre de confondre ces 
pouvoirs : Si l'exécutif eft accordé au Préfident, la lé- 
gifiature ne dçvra pas s'en occuper. 

Il n'y a perfonne^ici qui veuille avancer, que le 
pouvoir judiciaire devroit être confié à d'autres qu'à 
ceux qui font défignés par la conftitution. Le pou- 
voir exécutif eft dans les mains du Préfident, ya-t'-il 
quelqu'exception à cette règle générale ? oui, il en eft 
une, la conftitution déclare, que le fénat aura une 
voix a la nomination des officiers, excepté pour les 
ofriciers Inférieurs, alors la loi l'ordonnera. 

Le Congrès a-t'-ii le droit d'aller au-delà de cette 
exception ? non, fi la conftitution a confié le pouvoir 
exécutif en général à une branche, la légiflature n'a 
Is droit, ni de la dinninuer, ni de la modifier. 

La queftion fc réduit donc à ceci, *' le pouvoir de 
placer, et de déplacer les ofEciers, eft-il exécutif ou 
légiflatif ? Je crois qu'un pouvoir ne peut pas être plus 
parfaitement exécutif que celui qui nomme, contrôle, 
infpeéte ceux qui ont l'adminiftration immédiate des 
lois. Si la conftitution n'avoit pas ordonné qu'à la 
nomination des officiers, il feroit requis l'avis et l'ap- 
probation du fénat, ne s'cnfuivroit-il pas évidemment 
que comme pofiëdant le pouvoir exécutif, il auroit le 
pouvoir de les nommer ? le Congrès, pourroit-il alors 
lui difputer ce droit ? non, fans doute ; or comment 
le Congrès peut-il av^c raifon maintenir que l'aftbcia- 
tion de ces branches foit néceflaire pour les démettre ? 
MM. Vining, White, Boudinot fournirent de nou- 
veaux argumens, pour et contre la claufe. 

M. Ames s'étendit : il appuya fur-tout les fenti- 
Hiens de M. Madifon. 

Mercredi, 17 Juin. 
Ce jour fe pafla en débats fur le même fujet 5 mais 
il n^y eut rien de décidé. 

Jeudi fe paffa encore fur la même queftion. 
"Vendredi. La chambre fe forma en comité, fur 
l'étabUffement d'un département pour les affaires étran- 
gères. Enfin on recueillit les fuffrages, et la claufe 
futiofcréc, pour 33 — contre 20. 



De Lofidrei. 
C'cft arec la plus vive donlcur que nous annonçons 
la raQFt de M. le Comte de Caîthnefs, qui fe tua d'un 

coîljJ de piftolet, mercredi dernier, après avoir déjeuné 
au mount coffee-houfe. 

Il étoit Lieutenant-Colonel, il avoit fervl en Amé- 
rlque dans la guerre paflee. 

Il y avoit quelques années, qu'il efpéroit époufer 
une démoifelle Dehanni, qu'il amoît beaucoup. Les 
chofes en étoient venues au point que, le jour de leur 
mariage avoit été nommé ; mais l'avarice du père de 
la démoifelle y mit un obftacle fâcheux — il ne voulut 
pas donner fon confentement. 

M. de Caithnefs écrivit une lettre à fa maitreiTe 
quelques momens avant fa mort, dans laquelle, il lui 
exprime fon défefpoir — il la conclud en lui déckrsnï 
qu'd feroit toujours malheureux fans elle — Il lui en- 
voya cette lettre par un domeftique qui en rappoita 
une reponfe des plus favorables ; mais qui pourroit 
exprimer la douleur de ce domeftique affidé, îorfqu'iî 
vit fon maître étendu, baignant dans fon fang ! cette 
fcêne ne pouvoit être furpaflee que par la préfence de 
Mlle. Déhanni, qui fuivit de près le domeftique. Elle 
s'évanouit à l'inftant, et fon état a depuis été très- 
dangereux. 

FR A NCE. 

De Paris. M. L'Abbé Calonne préfcnta un mé- 
rijoire, au nom de fon frère, demandant qu'il puifie 
fe rendre prifonnier, et que fon procès lui fût fait en 
conféquence de l'accufation qui lui a été faite, d'avoir 
abufë de la confiance et de i'autorifé, dont le Roi 
l'avoit honoré, durant fon adminiftration. Ce mé- 
moire fut préfenté au confeil qui permit unanime- 
ment, et du confentement de M. Necker, qu'il cir- 
culât librement dans le public. — On fait mention d'un 
autre mémoire des princes que S. M. a réfufé. 

Géorgie. 
CRUAUTE DES INDIENS. 

Extrait d'une lettrpdu Colonel Maxwell^ au Lieu- 
tenant Colonel Fifhburne, datée de Midway, Liberty' 
county. 

*' Mardi dernier, une trace d'Indiens qui s'achemî- 
noic vers cet établiffement, fut découverte par quel- 
ques homnîes qui avoient été mis à l'affut. J'ordonai 
auffi-tôt que l'on affemblàt la milice, et l'on afiem- 
bla cttte même nuit, trois petits partis fur les fron- 



[ «5 ] 



ticres. Mercredi de bonne heure, auffi-tôt que les 
Nègres du Dr. le Conte fortircnt du fort, les Indiens 
tachèrent de les faifir, fix hommes fortirent avec des 
fufîls; mais fitot que les nègres découvrirent les Indi- 
ens, ils revinrent fur leurs pas. il y étoit refté quel- 
ques Nègres avec le Dr. qui, fitôt qu'ils apperçurent 
Ses Indiens, firent feu fur eux ; tandis que ceux qui 
étoient partis les attaquèrent par derrière. Ce qui ne 
tarda pas à les faire réplier fur une barrière, d'où ils 
firent un feu bien fourni, pendant quelque temps ; 
mais fans beaucoup de dommage. Ils enlevèrent 
trois Nègres, il y eut enfuice quelques petits partis qui 
allèrent à leur pourfuite ; mais ils partirent avant de 
s'être fortifiés, de forte qu'ils ne purent les attaquer. 
Le Capitaine Frazer les pourfuivit jufqu'à un marais 
où il les attrappa ; mais ils s'y jettèrent à l'inilant 
qu'ils y fuient arrivés j ce qui empêcha qu'on les 
chargeât, 

*' Il y a apparence qu'ils font au moins cinquante 
do ce parti.. Le lendemain, ils tuèrent un homme 
dans une des plantations du Capitaine Sander, un peu 
au dcffous de celle qu'il plante ; et Vendredi au foir, 
ils attaquèrent v.ae garde à quelque diftance de la 
mienne ; la garde les repoulTa 5 mais ils tuèrent un 
homme. 

*♦ Ils enlevèrent une Négrefle et un enfant Nègre, à 
une petite diftance, où ils poignardèrent la NégreiTe 
à plufieurs réprifes, ils lui ^reni la chevelure (*) et 
tuèrent l'enfant. 

*' Hier au foir, comme trois des Nègres de M. E. 
Baker fortirent de la barrière, on iît feu fur eux ; une 
Négreiïe fut tuée et dechévelée. Ils effayérent de pil- 
ler la maifon de M. Wood, Vendredi ; mais les Nè- 
gres les ayant découverts, ils prirent la fuite. ïl fem- 
ble qu'ils fe foient féparés en plufieurs petits partis, 
pour nous inveftir. Il doit partir un détachement 
demain matin, à leur pourfuite — -on a lieu de croire 
qu'ils font en plus grand nombre qu'on ne l'avoit 
d'abord imaginé ; mais il n'eft guèrespoffible de favoir 
combien ils font." 

(*) Exprejfion vulgaire, qui Jîgmfîe, parmi les Indiens 
qui parlent François, l'o^ion d*oter, a"oec un tornihawk, 
tous les îégumens de la ike de leurs vaincus. 



De Nenv-Tork. 
Un correfpondant fe trouve mortifié d'obferver, 
parmi fts concitoyens, une prédikdion fî marquée en 
faveur de ceux qui ont, il n'y a que peu d'années, 



fait tous leurs efforts pour nous donner des fers. Vi- 
ent-il une frégate Angloifs dans no» ports, tout le 
monde eft aux petits foins avec fcs officiers — L'hon- 
nétété de leur part ell regardée comme diftinftiou, 
et l'on en fait le fujct des belles phrafes de nos feuil- 
les. — L'animofité nationale marque toujours une na- 
tion illibérale : j'efpére que ce nom n'appartiendra 
jamais aux Américains. Tous les étrangers de toute 
dénomination, en paix avec les Etats-Unis peuvent 
prétendre à être protégés des infultcs, quand ils font 
dans nos ports. Mais il me femble que la Grande- 
Bretagne devroit être traitée avec un certain dégrè 
de referve ; au moins, on ne devroit pas découvrir dans 
notre conduite envers fes fujets, ces foins ferviks pour 
briguer leurs bonnes grâces. Il y a un certain rcfpetl 
que le gouvernement fe doit à lui-même. La dignité 
de la nation défend que l'on ufe de cette foUicitude 
rampante pour rendre l'harmonie et la cordialité entre 
ces deux contrées. S'il eft une nation qui demande 
notre eftime et notre amitié en préférence à toute au- 
tre, c'eft certainement la Françoife. Ceux qui nous 
ont afîiftés dans les temps de détrefle et de calamité, 
ont droit à notre reconnoilTance dans des temps plus 
paifibles. Mais ceux que nous avons vaincus fur le 
champ de bataille, doiv-^nt apprendre à connoître» 
par notre conduite, en temps de paix, que,trop magna- 
nimes pour infulter à leurs malheurs, nous avons 
trop de dignité pour foliicîter leur bienveillance. 

La majorité de la chambre des réprefentans, obferve 
la Gazette des Etats-Unis, ell formée d'une bande 
de patriotes ; il y a cependant parmi ceux que l'oa 
regarde comme gens d'efprit, des perfonnes qui fe font 
oppofés à la diftindion, demandée par les réprefen- 
tans, en faveur des nations alliées des Etats-Unis, ce- 
la eft d'autant plus furprenant, que tous les avantages 
du commerce de la Grande-Bretagne réunis, n'ap» 
pi-ochent pas de celui que nous procure la vente du 
riz, et des huiles Américaines en France. D'ailleurs 
la rapacité des Anglois, leur efprit de monopole ne 
font-ils pas fuffifants pour faire défirer aux Améri- 
cains qu'il y ait une diftinaion entr'elle, et une na- 
tion qui nous a rendu les fervices les plus précieux, 
et qui ne ceffe encore de nous combler de faveurs ? 
pour ignorer ces avantages, il faut ignorer les vrais 
intérêts des Etats-Unis. 

Ces Mcffieurs [qui s'opofent à la difinBlon) entend- 
ent-ils que nous foyons aulïï paffifs dans notre corn- 



[ 86 ] 



încrce avec l'Europe, que le font lesTurcs ? Les Alle- 
inandsjles Anglois et lesFrançois portent leursproduc- 
tions daus leurs batimens en Turquie, d'où ils rappor- 
tent les marchandifes de cette contrée. De là la gran- 
de difficulté qui empêche cette nation puifiantc avec 
toutes fes reilourccs d'élever et de maintenir une ma- 
rine. Ces hommes décèlent une pufillanimité qui ap- 
proche delà ferviîité. Ils craignent de faire ce qu'ils 
doivent faire ; ils abandonnent le revenu et le cré- 
dit national, de peur que la Grande-Bretagne, {dans 
fonjujle courroux) ne prenne des mefures pour s'y op- 
pofer. Une telle pulîlianimité ne nous attirera pas la 
confidération des étrangers, ni dans le commerce, ni 
dans la guerre. 

Mais la G. B. prend notre graine de lin, c'eft vrai, 
mais pourquoi la prend-elle ? eft-ce pour nous obli- 
ger ? n'e(l-ce pas parce qu'elle n'en peut pas trouver 
ailleurs, avec autant de fureté qu'en Amérique ? Elle 
prend nos provifions navales — éh fi le mauvais fang de 
la neutralité-armée alloit s'enflaraer un peu davan- 
tage, l'Angleterre feroit bien-heure ufe de prendre no- 
tre goudron, bray, térébentine, et autres articles de 
provifion navale. Ce ne feroit ni la Ruffie ni le Dan- 
nemark qui lui en fourniroit — La Suède a furement 
trop à faire dans ce moment, pour qu'elle puifle lui 
en fournir une alTez grande quantité. C'eft alors que 
je voudrois que nous traitafîions l'Angleterre avec hon- 
nêteté ; que je voudtois,que nous établiffions plus de 
réciprocité dans le commerce, que fes vues étroites et 
fa politique, reflerr^e ne lui permettent d'en accorder 
à l'Amérique. 

D'ailleurs, nous fomraes, pour ainfî dire, courbés 
fous le poids des obligations envers la France. Nous 
lui devons une grande fomme d'argent ; et malgé la 
fituation critique de fes finances, elle ne nous preffe 
point, elle ne nous harrafie point: fi nous pouvions être 
ingrats envers elle, nous pourrions l'être envers le 
ciel, car elle a été dans la main de la Providence, 
i'inftrument qui nous a amenés où nous fommes. 

N'eft-il pas aufli humiliant qu'étonnant, de voir 
que la légiflature des Etats-Unis imite fi fervilement 
la coutume du parlement d'Angleterre, dans fes ab- 
furdités ? L'aparence grotcfque et indécente d'un 
corps d'hommes équippé es bottes, éprons et fouets, 
convenoit peut-être aux anciens Allemands et anx 
GothsjOU à nos barbares d 'ancêtres Anglois : mais que 
ce pays-ci l'adopte dans un fiècle aufiî épi{ré,eit ce que 



je ne conçois pas, et que je ne puis refoudre que dans 
un amour rampant pour tout ce qui nous vient de 
notre cherf, mere-pairie. 

Nous apprenons du lac Champlain que ladifette de 
vivres y ell fi grande, que les habitans ont été obligés 
de recourir aux dernières reflburces pour leur fufiftance. 
Cette détreffe a produit beaucoup de maladies. Les 
habitans les plus riches fe trouvent heureux de pouvoir 
vivre de pommes de terre. 

Un correfpondant nous exprime fon afflidion, de 
voirquedes citoyens del'Amérique s'emprelfent fi fort 
d'imiter les nations européennes, dans leursdefcriptions 
des travaux publics. Le génie Américain, continue 
notre correfpondant, ne pouvoit-il pas trouver quelque 
chofe d'auffi-bon, et d'aufli expreffiF, pour annoncer 
la vifite de pîufieurs perfonnages refpeftables, au pré- 
Cdent des Etats-Unis, que " Us fe rendirent au lever 
du prcjldent" ? Un tel langage convient aux nations 
d'où nous defcendons ; mais il y a certainement des 
expreffions, qui fonneroient mieux à l'oreille des Amé- 
ricains. 

Il s'cft fait, il y a quelques femaines à Douvres, la 
découverte d'une bande de voleurs qui ont réduit le 
vol, le pillage, et le meurtre en fyftême régulier. Ils 
reffemblcnt, à beaucoup d'égards, à la bande de Car- 
touche, de terrible mémoire, avec cette différence, que 
leur capitaine, Edgiey, ne vivoit pas cfans l'obfcurité, 
comme un vagabond errant ; mais comme un homme 
du monde, un homme de confidération. Sa fille ayant 
reçu une éducation /^a/(?àyô«rfln^,imitoit les premières 
dames de Douvres, fréquentoit la meilleure compagnie, 
les affemblèes, balls, &c. Il fe trouve pîufieurs 
perfonnes de réputation enveloppées dans cette affaire 
horrible. Il a été envoyé a l'amirauté des détails 
de leurs déprédations ; par les rnâgiftrats de DoKvres, 
qui fe trouvent fort embarraifés fur les moyens à pren- 
dre pour éclaircir cette affaire. Il paroît que ces 
brigands éîoient intéreiTés dans la faufTc monoie, qui 

s'eft fabriquée à Birmingham on attend inceffam- 

ment des détails plus circonftanciés. 

Des Indiens. 

Extrait d'une lettre de Savanna. 
Depuis que nous fommes en guerre a^ec les Indiens, 
ils ne nous ont jamais tant chagrinés, que depuis quel- 
que temps. Il y a quelques fenriaines que trente ou 
quarante, attaquèrent Jean le Contre ; mais ils fur- 
ent repouffés. lis eurent 4 hommes de tués, et fe- 



[ 87 ] 



Ion les apparences, il y en eut pîufieurs de bleffés. 
Le Général Clark (*) a depuis été informé par 
ks Cherokees, qui venoient de quitter la nation Greeh, 
qu'ils avoient médité un attaque formidable fur nos 
frontières. Néanmoins, nous avons reçu depuis quel- 
ques jours des nouvelles plus favorables, par Gaîphin, 
que les commiflaires avoient dépêché avec un parler. 
Il informa le pouvoir exécutif, qu'il y avoit quelques 
jours, qu'ils avoient envoyé 600 guerriers pour at- 
taquer les pays des frontières, et qu'il s'en préparoit 
2300 de plus à les fuivre ; mais que par fes efforts et 
ceux de fon frère, ils avoient renoncé à leur entreprife, 
qu'ils, avoient rappelles ceux qui étoient en marche et 
qu'ils avoient promis de fe trouver le 20 de ce mois, 
au lieu du rendez-vous, pour faire le traité. Cet avis 
dk confirmé par une lettre de M. Gilvray addreffée à 
Galphin. J'ai grand' peur que, d'après la foiblefîe de 
roppofition que l'on a faite aux Indiens, et l'extrava- 
gance de leur demandes, il ne foit difficile d'en venir 
à un traité folide.. En ce cas, j'ai, lieu de croire que 
vous recevrez de prompts avis de la part du pouvoir 
exécutif, afin que vous foyez fur vos gardes ; car 
nous avons befoin de V z^[i?inct fédératî've, fi le Con- 
grès pouvoit nous en procurer. 

(*) Z,^ Général Clark ejl le WaJInngton pour les Indiens 
—ils le redoutent plus qu'aucun autre officier de l'Amérique 
— il a remporté fur eux des 'victoires Jîgnalées . 

De B O S r O N, îe a Juillet. 

Nous en fommes encore à la feffion vierge de la lé- 
giflature Américaine, cette felïion, où régnent les 
principes du patriotifme aufïï pur qu'aucun, qui fît 
}amais l'ornement d'un corps légiflatif. 

Les fefSons futures n'auront pas un poids auffi pé- 
fant. La légiflation eft toujours fuivie de difficultés, 
et demaiide un affemblage combiné de talens, de gé- 
nie, d'efforts et d'expérience ; mais le Congrès n'a 
point d'exemple devant lui : c'efl dans les circonftan- 
ces — c'efl dans les befoins des Etats-unis, qu'il doit 
chercher fa marche. 

Il n'a point d'exemple à fuivre — point de faits hif- 
toriques, afTez frappaiis pouf fupporter fes décifions ; 
non, il a tout à créer, une conllitution à déployer- — 
conftitution qui eil originale dans fon dcffein, comme 
dans fa conftruélion. Des intérêts à furveiller, qui 
n'avoîent jamais été mêlés — qui n'avoient jamais été 
reconnus par un corps légiflatif — un. exemple à don- 



ner, .des attentes à juftifîei', qui font fondés furies 
idées les plus élevées de la perfe<ftion humaine — ajou- 
tez à cela que leurs matériaux font en petit nombre, 
leurs objets nombreux et leur attente fans bornes. 
Sous de telles circonftances, les perfonnages qui entre- 
prennent la conduite de nos- affaire* publiques, fut 
des principes de juflice,, auront dreit aux premières 
places, parmi les patriotes, et les amis de l'humanité,, 
quand le temps leur rendra juftice.. 

La tâche eil difficile et pénible, déployer, faire 
connoître,et établir les diverfes parties d'un fyftême de 
gouvernement qui n'a encore jamais eu aucune épreuve. 

Les hommes varient peut-être autant dans leurs 
manières de perception, que dans les traits de leur fi- 
gures :. de là viennent les différentes fignifîc'ations que 
l'on donne à telles et telles chofes qui n'en doivent 
avoir qu'une : — de là vient que ce qui doit être le 
plus vague et incertain dans fa nature, efl fouvent ce 
qui a les fignifîcations les plus limitées. 

Ces réflexions devient au moins nous fuggére l'idée 
de la patience, et de la modération, la vérité utile 
furnage feule et vient au milieu des débrisdu menfonge, 
et de l'ignorance, fe faire connokrc à fes plus grands 
ennemis. 

La. fcience du gouvernement, indépendamment de 
l'établiffement d'une nouvelle conftitution, efl très- 
compliquée — un gouvernement libre i'efl infiniment 
plus qu'un gouvernement arbitraire. La fureté des 
droits des citoyens demande l'attention la plus fuivie : 
de là vient la nécelïïté d'un nombre infini de lois ; au 
lieu que dans un pays defpotique il n'y a qu'une feule 
loi, et cette loi, c'eft la volonté du pouvoir fouve- 
raîn. 

Tandis que notre pays demandela réunion des efforts, 
de tous les individus — que le fuccès de notre nouveau 
gouvernement, et le bonheur et laprofpéritédcs Etats- 
Unis dans les fiècles futurs dépendent de ces efforts, 
puiiTenî toutes les petites conudérations céder au grand, 
principe de rendre une nation heureufe. 

Mardi dernier, à une affemblée de la fociété médi- 
cale de l'état de Mafrachufetts,plufieurs candidats pour 
!e degré de bachelier en médecine, fubirent l'examen 
requis par l'inftitution de l'univerfité, dans la falle de 
phyfique. Cet examen fe fit en préfence de la foci- 
été et de plufieurs autres favans de la f3cultc> 



[ 88 ] 



MORUE GRANDE PECHE- 



Avantages que doivent retirer les Etat s -Unis , 
de la grande conjommation de la France. 

Par-tout où la propriété fera afîurée, partout où 
des loix barbares n'aviliront pas les hommes, ils fe 
multiplieront en proportion des fubiiftances. 

C'efl une vérité prouvée par i'hiftoire. Il n'eft 
q'unc tyrannie abfurde qui puifle arrêter la fécondité 
de l'efpece humaine dans les lieux où les fubfîîlances 
abondent, & font peu coûteufes. 

Et que manque-t-il aux Etats où la population efl 
nombreufe, où tout concourt à fon accroifiement ? Si 
le gouvernement y éprouve des befoins fubits, combien 
le fardeau n'en eft-il pas léger Se facile à fupporter, 
quand il fe diftrlbue fur tant de têtes l 

Qiiel befoin a-t-on alors de l'art ténébreux & men- 
teur de la fifcalité, lorfqu'on a le fecret de la popula- 
tion ? Et, encore une fois, quel eft-il ce fecret \ Re- 
fpeftez la dignité de l'homme, foycz juftes, & ne 
gênez point par des entraves la réprodudlion des den- 
rées. Subfiitance aifée, population nombreufe, voilà 
l'invariable fyftêrne de la nature. 

Entre les fubfifîances que la nature a prodiguées aux 
hommes, le poiffbn efî une des plus abondantes, des 
plus faciles à de procurer, & des plus propres à entre- 
tenir leur vigueur & leur fanté * : Par quel fatal pri- 
vilège cette nourriture n'çft-elle en France que le par- 
tage du riche \ Pourquoi ne voit-on pas le poifTon 
abonder par-tout où ce tribut de la mer pourroit ar- 
river fans s'altérer, & fans être chargé des frais d'un 
tranfport trop lointain ? On fait fi bien qu'il eil avan- 
tageux pour un Etat, d'appcller chez foi, & pour 
toutes les claffes d'hommes, l'abondance & la variété 



* Telle ejl la puijfante influence fur la population ds 
^abondance des fuhftjlances & fur -tout de celle du polfon, 
que c'efl à elle prinàpaleinent que l'empire de la Chine doit 
le nombre incroyable de fes habitans. 



des comeftiblea, d'où qu'ils viennient, quelle que foit 
leur nature, pourvu qu'ils foient fains & à bas prix ; 
pourquoi s'écarter de cette règle politique à l'égardtdu 
poiflbn, de cet aliment que la nature reproduit par* 
tout avec tant de fécondité ? Qn^t»ls que foient les mo* 
tifs qui peuvent le repoûfler, en le furchargeant de 
droits, ils ne peuvent être que le fruit d'une ignorance 
blâmable. 

Pleinement convaincus du bien qui doit réfulter. 
pour l'humanité de l'abondance des denrées, & de la 
facilité de faire naître cette abondance, en recevant de 
chaque nation, le fuperfiu que la nature lui a prodigué 
plus qu'à une autre, nous nous garderons bie» de co- 
pier le fyftême étroit du lord ShelSeld, à l'égard des 
pêcheries. Il convient que les Américains libres 
réuniflent pour la grande pêche des avantages naturels, 
contre lefquels il cft impoffible aux Européens de lut- 
ter. 

En effet, ils font voifins des parages où les grands 
poifTons abondent ; ils ont donc moins de chemin, & 
par conféquent moins de dépenfe à faire. S'ils éprou- 
vent des accidens, ils font bientôt réparés; toutes leurs 
opérations font plus promptes & plus fùres ; ayant 
une plus grande connoiflance de ces mers, ils font ex- 
pofii:s a des rifques moins grands \ enfin le peu de che- 
min qu'ils ont à faire leur affure des provifions plus 
fraîches f , & les met à portée de les renouveller 
plus fouvent ; leurs pêcheurs jouifTcnt par conféquent 
d'une fanté plus conftante, ils ont plus de vieux officiers 
& matelots dans leurs équipages : que d'avantages 
précieux pour la grande pêche ! 



•f L' avantage des Américains eft tel qu'ils fourniffent de 
vivres les pêcheries fé dentaires des Anglais. Selon le cola- 
nel Champion f ceux d'Europe font plus chers i^ moins bons / 
la différence en faveur des Américains ^ ejl comme de quatre 
a. fept i ^ cela doit être. 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. c,'},, 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de Bostoînt, 

chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Cufliingi i New-Tork, chez M. Thomas 
Greenieaf, et John Fenno ; à Philadelphie, chez M, Mathew Carey -, et chez ies prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis.- L'Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



[ »9 ] 



ggfaga»sw<a»a««gag»55aBg«i!iWa5»a»i9WBas&.'g^ 



COU 




AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes, 



Prix y 5 Pence.'] 



Du JEUDI, 9 Juillet, 1789. 



[No. 12. 



*^* Il s'eft gliiïe dans le dernier Courier, une er- 
reur, que nous prions nos le^eurs de vouloir bien rec- 
tifier — page 84, il cfl; dit que la queftion, fur îe dé- 
partement des affaires étrangères, pafla. Ce n'efl: pas 
fur cette queftion, que l'on recueillit les voix ; c'etl 
fur la diftiiiétion des nations alliées de l'Amérique, &c. 

Russie. Humanité. 

Lettre du commandant en chef de la troifzeme divi- 
fion de l'armée RuiTe. 

Michel Kamenflioy, au Tartare Cham. 

Ce n'eft pas le général Ruffc, qui vous écrit cette 
lettre, (il n'oferoit entrer en correfpondance avec 
vous, fans la permilîîon de fa fouveraine) c'cft un père, 
affligé du malheur d'un autre père. 

J'ai été inftruit par Urfa AihamMahmet, et par Pi- 
ariaélar Buluh Gerau TemarAUage, qu'ils avoient été 
faits prifonniers à la bataille qui s'eft donnée près de 
Gangura, en faifant leurs efforts pour défendre le fils 
de votre alteffe, Mahmoud, qu'ils regardoient alors 
. comme mort. 

L'on chercha fou corps dans la neige, et on le 
trouva ; on trouva aufîi une partie de fes habits, dont 
je le fis revêtir par les prifonniers en queftion. C'eft 
ainfi que je l'envoyé à votre alteffe (quoique ce ne 
foit pas avec l'éclat qui efl dû à fa haute naiffance,) 
par les écléfiaftiques de la paroiffe de Gangura, dont 
je retiens la famille prifonniere en attendant; afin 
qu'il foit remis plus furement. 

., N'attribuez cet accident qu'à îa volonté du très- 
naut, C'ed lui qui décide du fort des royaumes enti- 
ers, comme des particuliers. Comme fes fujets, nous 



ne pouvons que le fupplîer de nous rendre la paix, 
qui peut feule prévenir de tels accidens. Si cet événe- 
ment fe trouvoit une erreur des prifonniers, et que ce 
ne foit point le corps de votre fils, comme je le fou- 
haite fincérement, je ne me repentirai point de ce que 
j'ai fait, car en procurant à un Mufulman, un enterre- 
ment félon fes lois, lequel, il ne pourroit point trou- 
ver ici, je ne fais que remplir un devoir de l'humanité. 
Michel Kamenjkoy^ commandant en clyef de la 
troifième divifion de l'armée RufTe. 
A Gangura, le 2 Janvier 1789. 

Réponse du Cham. 
Vénérable, Illustre, Grand General, 

Mon fils, Mahmoud Gheary Sultan a été tué à la ba- 
taille qui s'eft donnée par vos troupes et les miennes. 
Tel efl le figne de la volonté de Dieu, tel eft le def- 
tin de ceux qui fervent leur religion et leur fouverain. 
Vous n'avez pas veulu en croire les prifonniers fur leur 
témoignage ; mais vous m'avez envoyé V corps, ac- 
compagné du clergé de Gangura, me demandant que 
je vous informafle s'il étoit en effet celui de mon fils : 
c'efl bien celui de mon fils, et la bienveillance que 
vous avez montrée, en me l'envoyant, me pénétre de 
la plus vive reconnoiffance. Je vous renvoyé les deux 
écléfiafliques, avec mes remercimens, et les fentimens 
les plus vifs, et avec beaucoup de larmes, de la grande 
faveur que vous m'avez montrée. 

ANGLETERRE. 

De Londres, le 1 3 Avril. 
Traite des Nègres. 
Il s'eil tenu une affemblée Jeudi dei-.nier, à midi, 
des commerçants et autres iatéreffés, dans le commerce 



[ 90 ] 



des Indes occidentales, pour délibérer furks fuites qui 
pourroîent refulter des règlemens propofés concernant 
l'abolition de la traite des Nègres. 

Il fut refolu de préfenier des pétitions aux deux 
chambres du parlement contre l'abolition totale de la 
traite des Nègres ; et de remontrer que cette oiefure 
tendroit effentiellement à ruiner les commerçants des 
Indes occidentales, et par la fuite à détruire entièie- 
ment cette branche de commerce. 

Cette aîTemblée étoit compofée des perfonnes les plus 
rcfpeaables des Indes occidentales, et l'on peut dire 
que les perfonnes de la plus grande influence, tant du 
côté des intérêts des planteurs, que des Africains s'y 
trouvèrent, aufîi bien que les manufaduriers qui fe 
trouvent tous intéreffés à cette queftion. 
Le Lord Penryn, orateur, 
expofa avec beaucoup de précifion le fujct et l'Impor- 
tance du commerce ; i! fit voir que les colonies feroient 
défertC3, dans le cas, où on neleur fourniroit plus d'ef- 
claves pour les exploicer — que tant s'en falloit que ce 
trafic favorifât les aéles d'inhumanité, qu'il intéreflbit 
les maîtres à avoir foin de leur Nègres, qui faifoient 
partie de leur propriété perfonnelle. 

M. Spooner, marchand de beaucoup de confidéra- 
tion, fit voir l'importance de ce trafic, poar la mere- 
patrie, que fon montant alloit tout enfemble, à plu- 
fieurs milh'ons, et que les François étoient déjà à l'affût 
pour s'en faifir avec toute l'ardeur que nous l'aban- 
donnerions — qu'il s'enfuivroit une fuite encore plus fu- 
refte, le dépériffcment de notre marine, et, ce qui 
devroit faire trembler tous les true-born Engiyhmen, 
l'accroiffcment des forces maritimes de la France. 

Il y eut hier une perfonne, qui donna, à la bourfe, 
cent guinées, pour en recevoir une par jour, jufqu'à 
ce que l'Angleterre foit engagée dans la guerre, avec 
quelque puiffance étrangère. 

De Glafcow, le 25 Mars. 
Samedi dernier, les meffieurs de la baronnie de Glaf- 
cow, et des paroifTcs du vieux Monchïancî^ dilliibuèr- 
çnt les p'-ix aux meilleurs laboureurs, qni luttèrent 
dans un champ, appartenant à M. Wark de Rims. 

Il y avoit quatorze concurrens. Chacun d'eux la- 
boura deux fcillons de fan mieux, et à la grande fa- 
tisfaélion des fpeftatcurs. Quand ils eurent tous 
fini, les MeJJteun fe retirèrent à la taverne de Bog- 
hall, où les jnges qui avoient été choifis des paroiffes 
voifines, après avoir examiné l'ouvrage, pendant long 



temps, revinrent le foir, et donnèrent le premier pris 
à Robert Frame, au fervîce de M. John Bogie — Ce 
prix étoit une montre d'argent, fur la boëte de laquelle 
étoit gravée une charuey avec ces mots, " premier prix 
donnée par MM. de la' baronnie et des paroiffes de 
Monkland, pour les terres les mieux labourées, le 21 
Mars, 1789. 

' Le fécond prix fut donné à Thomas Brovirn, au fer- 
vice de M. Buchanan de Dalmamock. 

Le troifième prix à John Scott, au fevvice de M. 
Houfton de Rofe hall. 

Nous croyons que c'eft la première fois que l'on a 
donné des prix, pour le labourage dans l'oueft de 
l'Ecoffe. 

Voilà les prix que devroit donner l'Amérique : 
Voila les prix qu'elle devroit retirer des manufactures 
qui lui ont déjà porté des coups, qu'elle commence à 
fcntir, pour les verfer à pleines mains fur l'agriculture 
qu'elle a pour ainfi dire abandonnée. — L'Agriculture, 
la grande, la plus belle reffource qu'aient les Etats- 
Unis. Mais le commerce fans manufaélures ! et n'y 
gagneroit-il pas ? efl-il un moyen plus fur de le faire 
fleurir que d'élever l'agriculture ? d'où îlre-t-'il fes ali- 
mens, fi ce n'efl; de terres, et des vertueux citoyens qui 
les cultivent ? Combien de nations qui gémiffcnt dans 
l'efclavage des manrjfaétures, car c'en eft un grand, 
échangeroient leur fort avec l'Amérique, qui ne veut 
point du bonheur que lui préfente la nature ! Ces na- 
tions n'accorderoient point de primes à la navigation 
lointaine ; point de prix aux machines, non, fûres de 
trouver dans l'agriculture, tous les biens que les autres 
nations cherchent en vain, dans les manufadlures, elles 
laboureroient leurs champs, feroient fleurir les arts et' 
les fcienccs, le commerce et toutes fes jouifTances.— ■; 
Elles n auroient point de mauufaélurcs, il efl vrai, ' 
mais on ne verroit point de difcttes,le grain et les pro- 
ductions de tous les genres, abonderoient en Améri- 
que — plus d'entraves — plus de leftriftions. Les pro- 
dnélions les plus recherchées des climats étrangers fe- 
roient comme naturalifées en Amérique : on devroit 
tous ces bienfaits à l'agriculture. O combien fera béni 
le vertueux Américain qui déchirera le bandeau ! qui, 
le premier, fera entendre à fes concitoyens, la voix de 
la nature ! Voilà un beau fujct pour une ame patrio- 
tique ! >. 



[ 

FRANCE. 

De Paris, le 1 3 Avriî. 

Les membres qui doivent compofer les Etats-Géné- 
raux font prefque tous choifis ; malgré la nouveauté 
des éleélions populaires, tout à'eft pafTé avec la plus 
grande harmonie. 

L.a liberié a fait de tels progrès depuis quelques 
mois, en France, qu'il femble que le peuple ait revêtu 
un caraôèrt tout nouveau. La liberté morale règne 
par-tout. Les politiques difent leurs fentimens haute- 
ment. 

Les femmes n'ont pas été oifives dans cette affaire, 
les dames font d'ordinaire des patriotes, les dames Fran- 
çoifes font du parti du peuple. 

La plus grande libéralité a préfidé aux éleélions 
des Etats-Généraux. Le tiers état de Bîois vient 
d'élire pour fori repréfentanc, un M. Panchaud, qui 
eft Proteftant et, qui plus eft, Anglois de naiffance. 



91 ] 

en un fî petit volume, tant d'objets d'importance pour 



une nation. 



*^.* Nous ne garantiffbns pas l'article fuivant ; parce 
qu'il eft tiré des feuilles Angloifes. 

Parlant de M. DeCalonne, elles difent, " Ce minif- 
tre aimable, ce miniftie accompli vient de publier un 
petit volume in 4''. qui circule parmi les grands, et 
dont, en conjêquence, on ne parle qu'avec extafe. 

Cet ouvrage eft une addreffc au Roi, dans les termes 
les plus vifs et les plus élegans, dignes à tous égards, 
de la plume de ce grand miniftre. 

Il nous eft impolïible pour le moment, d'entrer 
dans les détails de cet ouvrage ; il demande une at- 
tention fuivie et beaucoup d'étude. Les fiijets font 
principalement. 

Une difcuffion des divers intérêts des gonvernemens 
François — Des droits de la monarchie. ^ — îl explore 
dans le vrai ftyle d'un politique inftruit, la fituaticn 
critique dans la quelle la France eft enveloppée, tant 
par les divifions et les jaloHfies qui ont été excitées en- 
tre le peuple et la noblefle, que par l'introduélion des 
nouveaux fyflêmes, qui ont renvcrfé l'ancien plan de 
gouvernement. 

Enfuite M. De Calonne propofe un nouveau plan 
de conftitution, par laquelle la nation peut obtenir 
tous les objets de fes vœux, tant pour la liberté des fu- 
jets, que pour la fureté de la propriété perfonnellc ; 
fans que le fouverain fuit obligé de faire aucun facri- 
fice de fes prérogatives royales. 

Nous n'avons encore point vu d'ouvrage qui reiferre 



ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE. 

Géorgie. 
De Savannahy le 4 yu'm^ ^7^9' 
Copie de la lettre du Brigadier-général Clark, au Gou- 
verneur, datée de Walhington, le 29 Mai, 1789, 
à dix heures du foir. 

Monfieur, 
Hier à quatre heures du foir, je reçus des avis des 
Creeks, qui me furent aportés par cinq chefs des Che- 
rokées, qui s'étoient rendus chez la nation Creek, 
pour arranger un différend entre les deux nations. 
L'exprès fit plus de 200 miles en trois jours, des Che- 
rokees : il informe que 300 Creeks partirent de leurs 
villes le 22 de ce mois, et qu'il avoit été dépêché un 
coureur aux Coivetas pour leur demander cent hom- 
mes de plus, pour venir joindre les 300. J'ai appris 
que leurs inftruélions font de tomber le 2g de ce mois, 
fur les frontières de la Géorgie, et d'y cooimeucer les 
hoftilités, près du coin des Cherokées. — J'envoyai des 
exprès pour donner l'alarme aux différentes parties, et 
en attendant je fis marcher un parti de milice à leur 
fccours. L'exprès eft revenu cet après-midi, a qua- 
tre heures, avec l'avis, qu'un fort a été attaqué ce 
matin près de cet endroit par 30 Indiens, et que l'oa 
en avoit découvert davantage aux environs. Il y a 
eu un homme de tué. La milice qui a parti la pre- 
mière y arrivera ce foir. Je fuis à aîTembler du ren- 
fort et j'cfpere y être moi-même demain avec 500 hom- 
mes. Ces Cherokées m'ont dit de plus, que 500 Creeks 
dévoient partir pour attaquer la partie baffe de la 
Géorgie, et qu'ils ont vu les 300 ci-deffus mentionnés 
tirer leurs munitions, et marcher avec ordres de M. 
Gillivray, de tomber fur les nouveaux établiffemens, 
quoiqu'il arrive, et de brûler les maifons, et en cas 
de défenfe, de les tuer, et de les piller. — D'après ces 
avis et plufieurs autres circonftances, j'ai tout lieu de 
croire qu'ils font décidés à commettre des hoftilités. 
Toutes nos munitions font épuifées — J'efpére qu'on 
nous en enverra de nouvelles inceffamment. Je vais 
en demander à l'entrepreneur, et j'efpére que ma de- 
mande fera approuvée. 

Je fuis avec refpeft, E. Clark. 

N. B. Le fort qu'ils ont attaqué eft dans le comté 
de Wilkcs.—— Publié par ordre du pouvoir exécutif. 



L 9^ J 



CAROLINE MERIDIONALE. 

De Charlejîon^ le 2 Juin, 1789. 

Mercredi dernier, on inftruifit le procès de M. 
Weftcot, pour avoir eftropié M. Bowcn, et lui avoir 
oté un œil de la tête. 

Les témoins dépofèrent que le plaintif, en paffant 
près du défendant, à la porte de Me. Dewees, lui 
toucha le bras, ce que le défendant regardant comnoe 
une infulte, poufla le plaintif fi iolemment qu'il tom- 
ba à terre ; qu'il fe releva, et qu'il frappa le défen- 
dant avec un petit fouèl qu'il tenoic à la main. C'eft 
alors que Weftcot le rejetta par terre, s'affit far lui 
et lui déchira l'œil de la tête. 

E nfuite il lui arracha le fouet des mains, et l'en bat- 
tit violemment. Les fpeftateurs interpofèrent, on 
replaça l'œil dans fon orbite, mais la lumière en fut 
éteinte, et l'autre œil étoit fouvent en douleur. 

Trois payfans s'avancèrent en défence du défendant- 
Leur témoignage étoit, que l'afTaut avoit commencé 
par le plaintif, et que Tceil lui étoit forti de la tête par 
des coups de pieds que lui avoit donné Weftcot, lorf- 
qu'il étoit à terre. 

Le procureur-général obferva aux jurés, que ce 
crime étoit à la rigueur de la loi, un des capitaux, et 
que fi celui qui l'avoit commis avoit été traité com- 
me il le merîtoit, il eût perdu la vie ; que cette fa- 
veur n'étoit en aucune manière l'effet d'une foibleffe 
de fa part, mais qu'il s'étoit rendu aux foUicitations 
réitérées du plaintif, dont l'âge l'avoit gagné, et qu'en 
conféquence, il ne l'avoit écfous que comme ayant 
eftropié, dont le crime, feîon le juge Bîackllone, de- 
voit êire puni par une amende et par l'emprifonne- 
mtnl, ou félon le pîaifir de la cour. 

Il obferva que la mtfure du châtiment li'étoit pas à 
la difcrétion des jurés. Tout ce qu'ils avoient à faire, 
étoit de lui conftater fon crime — que pour le faire, 
ils avoient des preuves non-équivoques. 

îi obferva qu'il étoit inutile de s'étendre fur la 
cruauté de î'aûion — que les oifeaux de l'air et les fau- 
■çages des dcferts fe fervoient de leurs ferres pour 
détruire les objets de leur proie ; mais que l'homme, 
dont l'efprit étoit doué de laluif^ière de la raifon, oui 
privoit de la vue fon fen[iblable,avec autant de cruauté; 
que le jeune homme, qui ofcit lever des mains violon- 
tes contre un vieillard, dont les années et la conduite 
tranquille lui donnaient droit au refpeél de tout le 
monde, c'étoit un crïrae fi noir, qu'il étoit fâché de 



n'avoir point îaivî la rîgaeuf de îa loi qu'il ne 

doutoit jjoint que la fenteace n'ordonnât un châtiment 
qui éleveroit dans le pays, un raonament de juftice qui 
détourneroil les autres d'une aâion cdieufe et fauvage. 

Les juges firent un réfumé des preuves, et prodai- 
firent îe châtiment ordonné par la loi, en pareille 06- 
cafion. 

Les jurés après s'être retirés, préfentèrent leur v^r- 
di£i, coupable. Le prifonnier doit paroître, et re- 
cevoir fentence îe jour d'ajournement. 

9 Juin. Hier la cour de feffions générales rendît 
la fentence fuivante concernant l'affaire de M. Wefcot, 
favoir, qu'il feroit mis au carcan fur rherbe,près de la 
prifon, où il refteroit un quart d'heure — qu'il feroit 
cmprifonné pendant quatre femaines — qu'il payeroît 
une amende de 50 pounds — et qu'il feroit renfermé 
jufqu'à ce que cette fomme fût paiée. 
Du même lieu. 

Le 28 de Mai, MM. Bi-ov^net Baker fe bâtirent 
en duel, à coups de piftolets. Le premier fut tué fur 
le cham.p, et l'autre, expira 12 heures après. Leur 
difpute avoit comm.encé à l'occafion de l'éleélion des 
membres de l'afTemblée générale. 

Extrait d'une lettre d'Augufta. 

Tout confidéié, il femble que nous ne devions plu3 
avoir de paix avec les IndieHs Creeks. Si Gilvray a 
fa politique, elle eft bien illufive ; elle ne peut-être 
fondée que fur les lettres qui lui ont étéeeritesdu nord, 
lefquelles lui donnent le titre de fouverain,&c. lui fai- 
fant accroire qu'il fera reçu comme tel par l'union. - 
Nous avons été bien m.al-traités. — Il eft probable qu'il 
eil excité par Par, ton, et autres pour empêcher la paix, 
à quelque prix que ce foit tant qu'il pourra. On dit 
qu'il part pour l'Angleterre pour fe fiire guérir du 
rhumatifme, et qu'il veut -fceller dé fang fon départ 
de foiD pays. 

De Philadelphie j le ZJ 'Juin. 
PECHERIES AMERICAINES. 
Les Anglois ont bien peu de ces avantages ; les 
François n'en ont prefqu'aucun. Mais doit-on con- 
clure de cet ordre de chofes, avec le lord SheiSeld, 
qu'il faille charger de droits le poiflbn Américain a-fin 
de fouienir la pêche "îra^ionale contre cette concurrence? 
La nature des chcfes diSe à,la France un conftil plus 
fur & plus avantagtux. Le pbHTi,!») nourrit ; ce qui 
nouriit féconde : fi l'Américain petke à moins de 
frais que le François, tant mieux pour le François, le 



[ 93 ] 



poîÏÏùn fera plus a'bon(3ant & à plus bas prix en France. 
Que le gouvernement foit aflez éclairé pour lui ouvrir 
fes ports ; l'Américain y apportera le poiffon, il fe 
payera en pioduélion on tîu fol ou de l'induftrieFran- 
çoifc ; & îa population que cette abondance & ce bas 
prix favoriferont, augmentera les produits de cette 
même indiiilrie. 

D'ailleurs, ou il faut renoncer au commerce exté- 
rieur, ou il faut confentir à ce que derdeux parts ont 
ait quelque cbofe à échanger. Vouloir établir, encou- 
rager un commerce avec une nation écrangere, & ne 
lui pas laifTer le foin de fournir ce qu'elle recueille 
avec plus de facilités, c'eil une contradiction manifelle. 
La politique éclairée du commerce n'eft pas d'en en- 
vahir toutes les branches, mais de ne faire que ce qu'on 
peut faire, que ce qu'on elt fur de faire mieux & à 
iTcilleur marché que tout autre. Ainfi puifque les 
Améiicains ont le poifTon fur leurs côtes, puîfqu'ils 
font dans le voilinage de Terre-Neuve, îaiiTons à leur 
induftrie cette branche que la nature leur donne pré- 
férablement ; ne la leur difputonp pas, d'abord parce 
que ce feroit en vain, & enfuite parce que la France 
peut, fans pêcher, recueillir plus avantageufement k 
fruit des pêcheries Américariea. 

Mais, dit le lord ShefSeld, il faut des matelots pour 
îa marine militaire, îa pêche en ell la pépinière, donc 
il faut foutenirîa pêche, donc il ne faut confommer de 
poiffon que celui que nous péchons nous-mêmes; donc 
les primes font néceilaires. 

Sans doute que les matelots fe forment à la pêche, 
mais ce n'eft pas en jettant des filets ou des hameçons, 
en curant & préparant du poiffon, que le matelot fe 
forme ; c'eil en s'exerçant fouvent & long-tems fur 
îî vaiffeau à une manoeuvre pénible, c'eft en vivant, 
pour ainfi dire, au milieu des écueils & dans des mers 
que le voifinage ou le raprochement des côteP oppo- 
fées rendent continuellement dangereufes. Or cet 
exercice de vigilance, d'agiîiié & d'intelligence, le 
matelot le fait dans le cabotage, & en pêckant furies 
côtes de fon pays. Qiie ce cabotage foit fréquent, 
que cette pêche ne foit pas découragée en France, Se 
il ne fera pas néceffaire, pour former des matelots, de 
les envoyer au loin pêcher du poiffon qu'ils ne peuvent 
rapporter qu'à grands frais, dont la confoonmatlon eft 
par cnnféqnent bornée, & qui nous prive de l'avantage 
incdiraable de recevoir avec abondance celui que les 



Américains libres peuvent pêcber à beaucoup moins 
de frais. 

Sans doute que l'exercice des pêches du Nord forme 
d'intrépides matelots ; mais il faut confentir à cette 
vie fi dure & fi pénible. Or quand la nature a placé 
l'homme fous un climat & fur un fol, où il n'a que 
quelques pas à faire dans l'intériear des terres *, pour 
y trouver une occupation exempte de dangers & beau- 
coup moins fatiguante, quand il peut gagner fon pain 
fous un ciel pur.& tranquille, fur la terre; comment, 
s'il raifonne, Tengagerez-vous à confier fa vie à des 
planches, à affronter les mers glaciales, à s'expofer 
pendan»^ les plus beaux mois de l'année aux orages 
pe»-p.étuels qui affiégent ces bancs poiffonncux fi fou- 
vent teints, par la plus funefie, des erreurs, du fang 
Européen ? 

* Les François ne pèchent qu'une partie de l'année ; 
la plupart des pêcheurs font des journaliers attaches 
à la terre, qui la quittent au mois de février & rc» 
viennent cniuite en juillet. 



De New-Tork, /e 29 yu'in. 

Continuation des 'travaux du Congrès. 

Chambre des Rèpréfentans. 

M. Carroil propofa un claufe qui limite la durée Ji4 
biîl. Parmi les raifons que donna M. C pour fa mo- 
tion, il expofa que les nations étrangères diminuoî- 
ent tous les jours, leur entrecours avec l'Amérique, — 
que dans peu d'années toutes nos îiaifons feroient rorri' 
pues. 

M. Page féconda îa motion, et ajouta qu'il ne pou- 
voit pas concevoir comment la chambre pouvoit defi- 
rer de perpétuer îa durée de fcs lois, au de-là de l'ex- 
idence des raifons qyi les avoient fait naître, afin de 
prolonger fon influence. 

M. Ames s'oppofa à la claufe parce qu'elle faifoît 
connoître la foibleffe du pouvoir exécutif. 

On recuelh't les voix, et la queftion paifa a l'afiîr' 
mative. 

Mardi, 23. 

Le comité prépofé pour s'occuper des droits Je pro- 
priété des auteurs, inventeurs, &c, &c. rapporta un 
bill en leur faveur. 

On demanda l'ordre du jour, et le bill difcuîé, fur 
le département des affaires étrangères, fut lu pour la 
troifième fois, 

M. Sumpter propofa que la confîdération du Bill fut 
rem'ife'à un autre "jour. Ce vote palfa à rafSrnaatiye, 



[ 94 ] 



M, Lawrence demanda, que l'on s'occupât des chan- 
gemcns à faire au bill des impôts ; cette motion fut 
reçue. 

Le bill établiffant le département des affaires étran- 
gères fut lu î- et a la queftion, ce bill paffera-t'-il en 
loi ? on recueillit les voix. 
Pour 29 
Contre 22 

La cbambre s'étant formée en comité, prît connoif- 
fance d'un bill pour le département de la guerre : après 
plufieurs débats, ce bill fut reçu — Il fut enfuîte voté 
qu'il fût difcuté demain. Ajourné. 

Jeudi, 25. 

M.Winkoop introduiût une pétition de •— Griggs, 
espofant qu'il avoit inventé, une machine pour fabri- 
quer des cîouts, au moyen de la quelle, on en pouvoit 
fabriquer beaucoup plus dans un temps donné, et fup- 
pliant qu'il lui fût accordé un privilège exclufif, pen- 
dant le terme de dix ans. 

Le bill pour le département de la guerre, fut en- 
core difcuté, après quoi,il fut ordonné qu'il fût remis 
à une troifième difcufîion. 

Ce bill énonce qu'il y aura dans ce département, les 
officiers fuivans, favoir, un fécrétaire du tréfor, un 
contrôleur, un auditeur, un tréforier, un greffier, et un 
affiliant du fécrétaire du tréfor ; et les premiers com- 
mis des contrôleurs ec auditeurs. 
Vendredi, 26. 

La chambre s'afiembla aujourd'hui ; mais le comité 
des conférences étant affemblé, la plupart des membres 
s'y trouvèrent. En conféquence, il fut voté d'ajour- 
ner ; cette motion fut reçue. 

De BO STO N, k g Juillet. 

Des lettres de Paris font mention, qu'il eft arrivé, 
des colonies Françoifes, des députés pour les repréfen- 
ter aux Etats-Généraux, lefquels demandent que leurs 
droits foient difcutés à l'afTemblée. Cette députation 
eft compofée de trente-deux membres ; mais il e(l 
probable qu'elle fera réduite à un nombre plus com- 
mode. 

Tous gentils-hommes de l'age de vingt-cinq ans, 
habitans de Paris, ont le droit de voter pour les élec- 
teurs de cette ville. 

Les éleéliouî commencèrent la femaine paflëe ; et 
l'on a pris beaucoup de précautions pour empêcher le 
trouble, et la confufion. 



Une perfonne arrivée du continent Lundi der- 
nier, nous apprend que quand elle quitta La Haye, 
on s'attendoit à chaque moment à apprendre que 
l'Empereur étoit mort. Comme La Haye eft une ville 
de la première importance, et où aboutiffent d'abord 
toutes les nouvelles pelitiques, on peut fuppofer que 
l'Empereur eft très-mal. 

Il y a quelque temps, qu'un Quaker fut arrêté, à 
quelques miles de Londres, et volé par un voleur de 
grand chemin, qui infifta fur ce qu'il lui donnât fon 
cheval, et qu'il prit le fien. Le Quaker revint à 
Londres, jctta les rênes de la bride fur le cou du chc* 
val, et le fuivit à pied, jufqn'à fon écurie, où arrivé, 
il dit au garçon. Ami, connoîs-tu cette bête : oui 
Monfieur lui répondit ce dernier, elle eft à M. un tel. 
— Eh bien ami, prends en foin — Il alla fur le champ 
chez fon homme, où il apprit qu'on ne l'attendoit que 
fort tard. Le lendemain, il s'y rendit d'affez bonne 
heure, pour le trouver à fon lever, et quand il defcen- 
dit, il lui dit, " Ami, n'aies pas peur, tu fais que 
tu m'empruntas hier £-9-isf- J'efpére que tune 
demanderas pas mieux à préfent,que de me les rendre.'" 
Cette demande fut à l'inftant fatisfaite, *' de plus, 
dit le Q_uakcr, j'ai à te demander de réchanger nos 
chevaux, car à te dire vrai, je préfère le mien au tien." 
Cette féconde fut encore fatisfaite ; alors le Qj.iaker 
lui ferra la main et lui dit adieu. 

Malgré que iVî. Gordon n'ait jamais été en bonne 
odeur en Amérique, tant qu'il y a demeuré, cependant 
on a foufcrit, à Bofton et dans toutes les parties du 
Maflachufetts, très-libéralement pour fon ouvrage- 
mais fi le pauvre prédicant EçolTois favoit l'indignatian 
qui a fuivi la générofité offenfée des Américains, il 
n'auroit pas grand fujct de s'enorgueillir de l'encou- 
ragement qu'il en a reçu. Toutes nos feuilles font 
pleines d'inveélives contre lui, en effet fon ouvrage 
femble avoir excité le rcfientiment de tous les citoyens, 
il femble qu'il ait pris à tâche de débiter, tous les 
menfonges qui ont été rapportés. Voici comme en 

parle une feuille de Bofton ■ 

*' L'auteur, déçu dans fon attente, en Amérique 
où il ne put jamais obtenir la confiance politique du 
peuple, s'en retourna dans fon pays pour y donner au 
monde un exemple de fon mauvais naturel, et de fa 
vengeance. Il y a dans toutes les parties de fon hif- 
tojre, un défaut de vérité et d'intégrité remarquable ; 
mais les darts de fon envie et de fa malveillance font 



[ 9S ] 



tellement émoiîffés par fon tndifcrétion dans fes at- 
taques, au{D bien que par l'indécence de fon fîyle 
dans fes manières, qu'ils ne font pas plus de tort aux 
perfonnages aux quels ils vifent qu'à la nation qu'il a 
deffein de blefier et d'outrager." 

" Tandis qu'il étoit en Aaiétîque, iî prit beaucoup 
de peines à travailler pour les Gazettes ; mais fes mor- 
ceaux n'eurent d'autre effet que celui d'attirer fur lui 
le mépris de toutes les claffcs de citoyens — Dans fa 
produftion, que lui feul appelle l'hiftoire de l'Améri- 
que, il y a peu de faits vrais, fi par hazard il dit «ne 
vérité, c'eft une erreur qu'il nous fait acheter par cent 
ir.enfonges, qui font aufïî mal-arrangés que l'eft fa tête. 
Les effets pour kfquels il affigne des caufes s'écartent 
autant de ce qu'il fuppofe, qu'il s'écarte lui-même du 
ftyle vrai, du ftyle pur d'un hiitorien." 

*' Pour ne rien dire des foîlécifmes qui percen' à 
chaque page, fon langage n'ett fait que pour les con- 
tes d'efprits, et de fées, tant recherchés et tant ad- 
mirés dans les parties feptentrionales du nord de l'An- 
gleterre, et très bien adoptés aux incidents légers et 
înconféquents dont fon livre abonde.'' 
Anecdote. 

Il y a quelque temps, qu'un voyageur religieux du 
Rhode-Ifland vint à Carlifle ; il fe rendit chez le Dr. 
Nefbit et lui demanda permiffion d'annoncer dans 
l'églife le Dimanche prochain, une régénération ré- 
îîgieiife de l'état d'où il vcnoit. Le Dr. lui de- 
manda quel effet cette régénération avoit eu fur les 
convertis, quant à It-ur honnêteté morale, et s'ils 
continuoient à payer leur dettes en papier-mo- 
noie ? Le régénérateur lui repondit, qu'ils payoient 
leurs dettes, conformément aux lois de l'état — Alors 
le dofteur lui repondit, je ne vous permettrai pas 
d'annoncer une régénération de religion qui ne rend pas 
les gens honnêtes, car cette religion ne vient pas de 
l'efprit de Dieu, mais de celai du diable, fi elle n'tft 
pas fondée fur la probité ; et tout par-tout où cela 
arrive, c'eft plutôt un figne de la chute, que de la ré- 
génération de la religion. 

Samedi dernier, 4 Juillet, jour de l'anniverfaire de 
î'Indcpendance, fut célébré par les habitans de cette 
métropolt avec toutes les marques de joie et de félicité. 
Plufieurs compagnies de milice volontaire prirent les 
armes, avec toute l'harmonie et l'enfemble imaginable. 
Ils accompagnèrent les principaux officiers de l'état à 
l'églife, où il fut pronoDcé un excellent difcours par k 



révérend M. Stillman, dont le nom feul fait l'éloge. 
On obferva qu'il ne perdit rien de cette éloquence qui 
le fait triompher dans la chaire, mais qu'il donna à 
fes principes de politique, tous les fecours que lui 
prête la religion : auffi obferva-t'-on le plus grand fi- 
lence. 

Son Excellence le Gouverneur étoit indifpofée et 
elle fut empêchée de témoigner le zèle que devoit ani- 
mer en elle la commémoration d'une inftitution auffi 
patriotique. Cette cérémonie fut terminée par une 
Ode, mife en mufique et chantée par M. Eaton, 

La fociété de Cincinatus tint fon affemblée anim» 
elle à la taverne de la grappe de raifin — A midi, elle 
alla k l'églife où il fut prononcé un difcours, par le 
Dr. Whitw/ell, enfuite elle revint à la taverne, où elle 
paffa le reite du jour. 

Les différentes compagnies fe rétirèrent à leurs ta- 
vernes refpeftives, où elles paffèrent le refte du jour. 

On porta plufieurs fantés, parmi Icfquclies furent 
les Suivantes. 

ï. Au 4 de Juillet : puiue cette ère mémorable, 
fervir de mémento aux hommes libres, et de leçon aux 
tirans ! 

2. Au Préfident des Etats-Unis. 

3. Au Vice-Préfident, et à la légiflature fedérative, 

4. A l'honorable James Baudouin. 

5. A la fociété de Cincinatus du Maffachufetts 
et à leur Préfident. 

6. A Louis XV L et à l'armée et à la marine de 
France. 

7. Aux compagnies diverfes du Maffachufetts, 
poiffe leur conduite courageufe éveiller le génie en- 
dormi de la milice, et ftimuler nos chefs à un fenti- 
menî de devoir. 

8. Puifftnt nos Gouverneurs être doués de fageffe 
pour fabriquer, et nos citoyens de vertu pour obéir 
aux lois faites pour le bien général ! 

9. A l'Agriculture, aux Arts et au Commerce. 
jO. Aux Belles de l'Amérique. 

lî. Au genre humain, la paix et le bonheur à la 
grande famille 3 

On écrit de Bennington, (Vermont) qu'un jeune 
homme, du nom d'Edward Nichols, fe pendit à un 
arbre, dans le cours du mois paffé ; on croit tracer 
la caufe qui l'avoit porté à cet a£te témsraire, dans 
un dépit amoureux. Sa bonne conduite lui avoit 
mérité l'eftime de içuttïS fes connoifanceJi 



[ 9â ] 



dn afûUt aux anciens paquelots François, ïes oljeâ'tons 
qui fuinient i Les nouveau» reghmens y ont-Us obvié ? 

Le haut prix auquel on a porté le fret, femble 
refermer ce moyen de tranfport aux marchancliff;s de 
grande valeur & de peu de volume. Il eiàt été plus 
politique d'accorder à chaque paflagcr, & pour en 
ufer à fon gré, un certain nombre de pieds cubes 
d'encombrement', êc d'en fixer le fret au prix ordinaire- 
Cette méthode confacroit alors les paquebots à des 
efîais de tout genre ; elle facilîitoît les premiers pas de 
ce commerce prudent qui, de l'un mène à l'autre, du 
petit au médiocre, du médiocre au grand. Elle pré- 
fervoit de ces faveurs meurtrières accordées à desentre- 
prifes particulières, protégées par les direfteurs, qui 
peuvent faire des.-paquebots la Voiture du monopole & 
non celle du commerce. 

Le motif fur lequel on a déterminé ce prix excefîif 
du fret pour les marchandifes, n'eft fpécieux qu'aux 
yeux des négocians peu penfeurs. Car loin de nuire 
à la principale navigation, les paquebots doivent fervir 
à lui préparer des alimens. 

On s'apperçoit encore avec peine que l'efprit du 
commerce n'a pas toujours préfidé à la compofltion de 
ce règlement. Cet arrêt aftreint, par exemple, les 
marchands à demander des permiffions pour y embar- 
quer des marchandifes. Pourquoi ne pas fpécifîer 
d'avance celles qu'on en veut exclure ? L'obh'galion 
d'obtenir des permiffions efl: une gêne toujours décou- 
rageante. Puis l'incertitude fait naître des craintes 
dans l'efprit des marchands, & des chicanes de la part 
des prépofés à l'exécution de la loi ; prépofés dent 
l'efprit eft toujours contraire à l'efprit public. 

Ici fe manifcfte encore cet empire que Paris ufurpe 
fur tout, même far ce qui ne peut être de fon reflbrt. 
C'ed à Paris qu'efi: le chef-lieu de la police des paque- 
bots, tandis que le direéieur devroit habiter le port d'où 
ils partent. Il eft en effet une multitude de cas où fa 
préfence eft néceffaire. Sa principale fonclion eft de 
veiller far le bien-être des pafTagers : il importe qu'ils 



ne foient expofés à aucune erpecc de tracafferîe, qa'aw. 
contraire une attention protedlrice fait occupée fans 
cefTe d'écarter d'eux embarras & obllacles. Il importe 
que les palfagers s'apperçoivent que le gouvernement 
veut îaiflcr une entière liberté aux entreprifes de corn» 
mer'ce avec les Etats-Unis, & favorifer ceux qui en 
font l'objet de leur induftrie. Et comment l'idée de 
faire produire aux paquebots l'effet fi douteux, û fou- 
vent manqiié de primes ; effet, qui feroit fi certain ici, 
comment cette idée n'cil-elie pas tonabée dans la tête 
de fcs rédafteurs ? 

Enfin, il faudroit confidérer les paquebots consme 
des diligences, mais les organifer d'après des principes 
plus généreux, plus patriotiques, que ces lourdes voi- 
tures de terre, où l'on a facriiié a la cupidité des entre» 
preneurs la commodité des voyageurs, que le monopole 
force à s'en fervir. 



Uh des fujets les plus univerfels de converfation efl; 
a préfent la conduite du Rhode-Ifland, qui continue à 
s'oppofer à la nouvelle conftitution. De quelque côté 
qu'on l'envifage, il eft impoffible de trouver un palli- 
atif pour fa perverfité. Il n'y a peut-être aucune par- 
tie des Etats-Unis, qui foit aufli mal-fituée pour fou- 
tenir fon indépendance, que l'état de Rhode-Ifland — 
L'heure approche, que le Congrès fera obligé d'inter- 
pcfer fon autorité en quelque manière, et quoique nous 
ayons les idées les plus élevées de la juftice et de la mo- 
dération de ce corps augufte, néanmoins, nous croyons 
qu'il ne fouffrira pas que le revenu foit fruftré, par la 
conduite d'un état, qu'il lui fi facile d'amener à la ral- 
fon. 

L'utiiverfîts de Paris envoyé quatre membres aux 
Etats-Généraux. 

Nos voifins, les François, difent les feuilles de Lon- 
dres, qui ne s'étoient jamais diftingiics dans la caufc 
de la liberté, viennent de prendre en main la traite 
des Nègres avec une anxiéié louable, et ils coopéreront 
avec nous à l'aboîicion d'un commerce fi horrible. 



yf BOSTON, de l'iaiprirnene de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. ^^y 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. On fouicrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Cufhing j à New-Tork, chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphie, chez M. Mathcvv Carey > et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. -L'Editeur fe fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui communiquer 
dans tous les genres, fur-touî: fur le commerce» 



C 97 ] 



ir:%uft-i»firâïbyTïï'UK';>w.&w^:£âi^^^ 



j'^wMiMipMaatgiBagKat, itoifM c:^^ 




AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes. 



Prix, 5 Pence. "i 



Du JEUDI, i6 Juillet, 1789. 



[No, 13. 



De Franchfort, le l Avril. 
On appr<rnd de Vienne que la dcrnicre-diviTion delà 
faîte de l'empereur, partit le 19 Mara dernier pour 



De NapIeSi le 21 de Février. 

Des avis de Meffine font mention, que l'on y fen- 
tit le 7 courant, à cinq heures 35 minutes, deux fe- 
coufTcs d'un tremblement de terre, dont la première fut 
des plus violentes. 

Des lettres de Feterfburg font mention que les of- 
ficiers étrangers, au fcrvice de l'impératrice, font tous 
très-mécontens du traitement qu'ils en ont reçu. La 
plupart des officiers Anglois y ayant reçu fi peu d'en- 
couragement, parlent de s'en revenir. 

Les Vénitiens viennent de faire une grande perte, 
dans l'Ifle de Corfu : Le feu prit, à ce que l'on fup- 
pofe, par accident, à l'arfenal et fe communiqua aux 
magafins à poudre le 1 1 Mars dernier. Cet accident 
pioduifit une exploiion terrible, qui détruifit prefqu'en- 
tierement une petite flotte de galères, avec tous les 
magafins, et les mûrs qui environnoient l'arfenal. — Le 
nombre des morts eft eftimé à 161, en outre des pri- 
fonniers, et un grand nombre de bleffés. 
Damiemark, /^ 3 1 Mars. 

Après que le capitaine Irlandois O'brien, fut tranf- 
féré de la falle de ville, à la citadelle, famedi dernier, 
on prit un de fes complices, nommé Sheel. Celui-ci 
eft natif d'Angleterre ; mais il a demeuré en Suède, 
pendant quelques années. Après lui avoir oté divers 
papiers, relatifs à Bcnzenftierna, on le renferma à la 
citadelle — On interroge les prifonniers tous les jours, 
ches le gouverneur de la citadelle ; et fitôt que leur 



examen fera fini, on nommera une coramilSon, pour 
procéder contre les coupables. ■') 

De St. Peterjburg, /<? 24 Mars. 

Dimanche dernier, le baflia d'Oczakov?, avec une 
fuite nombreufe, fut préfenté à fa majefié impériale, 
qui le reçut très-gracieufement. 

De Mariheim, le 2 Avril. 

On vient de recevoir avis de la mort du prince de 
Birkenfield Gelnhaufen ; il étoit le dernier prince de 
la famille de Palentin. 

De Vienne, le 4 Avril. 

L'empereur, qui avoit été indifpofé pendant quel- 
que temps, eft prefqu'entiereraent rétabli. 
Du même lieu, le IJ Avril. 

L'indifpofitîon de l'empereur a fait de tels progrés 
qu'il a demandé qu'on lui adminiftre le facrement ; em 
confcquence, S. M. reçut le St. Sacrement hier au foir. 

Les Turcs ont commencé les hoftilités dans leur at- 
taque des poftes avancés de Fallie Muiteri. Ils y furent 
bien reçus, et à la fin ils furent mis en déroute. Le 
nombre de leur morts ell de 253, et le nôtre de 10. 

Il n'eft guère probable que la médiation de la cour 
de Londres, et celle de Berlin eifeduent la pacifica- 
tion fi defirée dans le nord, avant que la Ruflîe et la 
Suède aient fait un autre cours de taSique^ dans une 
nouvelle campagne. 

GRANDE-BRETAGNE. 
De Londres, /^ 25 Avril. 

Il faut avouer que les inftitutions bienfaifantes de 
ce royaume, pour le foulagement des malheureux, et 
l'avancement de la vertu font très-nombreufes, et qu - 
elles font foutenues avec un courage qui fait honneur 
à tous les ciitoyens en général. On vient d'en ajou» 



[ 9» ] 



ter une dans cette métropole, fous le nom de soci- 
été PHILANTHROPIQUE, pour le foulagcment de ceux 
qu'on appelle, dans la force du terme, les rebuts de la 
focïété ; c'eft-à-dire, les enfans des pauvres libertins, 
et fcellerats, qui dans leur état préfent font deftinés a 
fuccéder aux vices héréditaires de leurs parcns, et a de- 
venir la féconde race de mendiants et de voleurs^ 
Du même Heu, /<? 30 JlvriL 
Sur le rétabliflement du roi, tout n'^eft que rccon- 
noiffance et que joie. Tout ce que l'on en peut dire 
en peu de mots c'efl: que le roi fe rendit Jeudi dernier, 
en habits royaux, à la cathédrale de St. Paul, pour y 
affiîler au fervice divin— que la proceffion étoit la plus 
belle que Londres ait jaa)ais vue — qu'elle confiftoit en 
305 voitures à fix chevaux, dans Itfquelles étoient le 
roi, Itii-eine, et toute la famille royale, toute la no- 
blefle, les communes, &c. le lord maire, les repréfen- 
tans de la ville de Londres, &c. &c. — qu'il y avoit de 
garde, quatre mille ofBcieis de paix, répandus dans 
les rues, afin de prévenir le tumulte — qu'environ huit 
.raille beaux enfans de charité, de différentes paroiffes, 
tous en uniforme, chantèrent un hymne, au moment 
où la proceffion nombreufe entroic dans l'églife — que 
la proceffion s'en retourna dans le même ordre qu'elle 
, étoit entrée, après le fervice divin ; — que les cris de 
joie des millions étoient fmcères, et bien tumultueux 

que le roi paroifToit paifible et ferein ; mais qu'on 

le furprenoit fouvent attendri jufqu'aux larmes — que 
tous les régiments des gardes du roi, la tour, le parc, 
&c. firent un feu de joie — que toutes les cloches fon- 
dèrent — que dans la foirée, toute la ville fut illuminée, 
&c. — que les frais ont furpafTé tout ce que l'on avoit 
vu à Londres. 

Du même heu. 

La cité de Londres eft defaonorée, par les figures 

différentes qu'y fit la troupe. C'étoit comme le regi- 

■ ment de Falllaff, fi bien difcipliné, que quelques îiards 

jettes dans la foule, eurent le même effet fur eux, 

qu'ils auroient eu fur une bande d'écoliers. 

Il n'eft pas moins extraordinaire que vrai, que candis 
que la compagnie des Indes a exporté de l'argent à la 
Chine à défaut d'autres objets de retour pour le th^, 
les HoUandois font on commerce très-lucrauf, depuis 
bien des années, en marchandifes de fer-blanc, de 
î'ifie de Sumatra, (^m trouve du d bit dans chaque par- 
tie de la Chine. Une perfonne ingénîeufe qui a été 
dans la compagnie^ a dernièrement expliqué cette cir- 



conftance à la cour de direéleurs, et aux lards du tré- 
for, qui s'en font tellement occupés, qu'il en a déjà 
été envoyé 50 tonneaux, par la compagnie, dans les 
navires de cette faifon. 

Une pauvre femme bai-^nant fou enfant, chez-elle, 
entendit les cris de fon fils, un enfant de 10 à 12 ans ; 
elle quitta fon enfant, qu'elle baignoit, courut à l'au- 
tre dont elle entendoit les cris, le trouva couché à ter- ! 
re, blefie d'un couteau, qu'il tenoit à la m.ain ; percée 
de douleur, la pauvre mère courut vers fon autre en- 
fant, et le trouva noyé dans le cuvier, où elle l'avoit 
laiffé. A ce moment, le père entra, furieux de voir 
fes enfans morts, il faifit fa malheureufe femme, el la 
tua fur le champ. Alors faifi de remords et d'horreur, 
il finit cette terrible tragédie, eu finiffant fa mifere, 
avec l'arme qui avoit fait couler le fang de fa chère 
compagne. 

L'abolition de la traite des Nègres a fait haUe.—L.t 
parlement commence à voir le& fuites alarmantes qui 
refuJteroient de cette mefure, pour le comm.erce. — - 
L'humanité parle haut ; mais la politique crie. 

On croit, à Conllantinople, que c'a été l'influence 
des intérêts de l' Ancjleterre oui a Induit le vizir à rom- 
pre avec la Ruffie. Pleine de cette idée, la populace 
s'affembla l'autre jour, et inveftit la raaifon de Sir 
Robert Ainfley, notre miniftre, et l'attaqua avec tant 
de furie, que ce ne fut qu'avec peine, que S. E. échap- 
pa et fe fauva eu vie. 

*^* Il eft très-certain que la guerre préfente eft 
très impopulaire à Conflantinople. On en voit une 
preuve dans la rage et dans la furie, avec laquelle la 
populace s'affembla en foule, et avec quelle animofité 
elle mit le fcu au palais du grand visir, qui fut rédu;î 
en cendres, quand on reçut la nouvelle de la prife 
d'Oczakow, et du niaffacre qui en avoit été la fuite. 

Histoire abrégée de la maladie royale. 
Traduite del'Anglois. 
Prejnier fyjnpiôme^ au parc de IVindfor. 

S. M. prenoit l'air dans un phaéton avec la xtmtj 
lorfqu'il s'écria tout- à-coup, le iwilà, alors donnant 
les rèues à S. M. il mit pied à terre, et alla droit à 
vieux arbre, le falua, et entra en converfation avec lui, 
com.me s'il eut été le Roi de Pruffe. La reine gran- 
dement furprife, dit au page de faire favoir au. roi 
qu'elle defiroit le voir. Le roi réfufa d'abord d'écou- 
ter le meffage ; il blâma le page de le déranger quand 
il étoit occupé ; mais enfin revenant à lui, il s'écria. 



[ 99 ] 



Hx 



boi); c'éH vrai, allez dire à la reîne que je fuis %. elle. 
Second fympkôme, l'affaire de la voiture. 

Leurs majtdés alloic-nt à Richmcud, avec la prin- 
cefTe royale et deux dames d'honneur. Le roi étoit ex- 
traordi'nairement diftrait ; er.fiii oubliant qu'il y eût 
perfonne dans la voiture, que la reine et lui, il lui fit 
une propofition fi étrange, que fi le foleil étoit tombé 
de fon orbite, elle n'en auroit pas été plus fiappée 
d'horreur et de confafion. La priiicelTe, et la plus 
jeune dame d'honneur entendirent à peine le terme, 
dont il s'étoit fervi. La puiété de leurs cœurs leur 
fauva l'embarras ; mais l'autre daiiie commença par 
rougir, et finie par éclater de rire. S.. M. revenant 
de fa léthargie, mais non renda à la raifon, refolut 
de la punir de fa gaieté hors de faifon. 

Le 3eme. Le roi rêvant fur les prérogatives de la 
couronne, fur la reduélion de l'Amérique, fans condi- 
tions, fur les confeils de Murray, de Bute, et de Jenk- 
infon, &c. 

4e me. Chambre a coucher durci. 

Le filence étant ordonné à tout le monde, le roi 
s'emporte, parce que perfonne ne veut répondre à fes 
queftions, frappe le page, et le bleffe fans mifericorde. 
çéme. Le chevalier delà Déefle Cloacine. 

Le roi s'étant démêlé, met fur la tête de fir George 
Baker, une couronne d'un genre nouveau. Quelle 
vue ! quelle odeur !. 

Sainte converfaîïon, 
6ème. L'évèque d'York eft furieufement troublé 
— Il fait part de fa peine à l'évèque de Cantorbery re- 
lativement à la prière du roi- — Cantorbery lui déclare 
qiril ne l'a jamais lue ; mais que fon chapelain lui a 
afi'uré que c'étoit une traduélion fidèle d'une prière 
quiavoit été rédigée, pour Edouard le conjejfeur — 
Qiielque maudit Méthodifte ou fanatique Prefbitérien 
avoit écrit une lettre à York, blâmant avec juftice la 
doClrine qu'elle contient, que le fouvera'in étott puni pour 
les pèchis du peuple. — Ou le peuple doit l'offrir comme 
viélime, ou il doit fe vouer lui-même de bon grè, ni 
l'un ni l'autre de ces argumens n'eft vrai. Il n'eft 
ni facrifié comme Charles, ni il ne s'eft offert comme 
le Chrift. Pour l'amonr de la décence, que la fottife 
et le papifme foient expulfcs des invocations publiques. 
\uz% faints frères fentent la force de l'objeftion ; mais 
ils conviennent d'oublier leur chagrin dans une bonne 
bouteille , de vieux vin de Bordeaux. 



yeme. Chamhre à coucher du roL 
Rêvant encore, fe rappelle d'un trait d'économie 
admirable dans Me. Gill, q-ii, quand elle tuoit de la 
volaille, faifoit vuidcr le jabot, et donner le grain qui 
en fortoit aux autres volailles — fe refout à l'imiter. , 
8eme. Prières. 
Le roi interrompt la dévoîion, et étant poffeffeur 
d'un couteau et d'une fourchette, force Sir George 
Baker, et le Dr, Duplicata, à dancer une matelloite.. 
Ces articles font tirés d'un journal Anglais. 

FRANCE. 
ARRE'TES concernant le choix des Ele5ieurs 

de Paris qui doit être fait le Mardi zi Avril 1789, 
pris dans une Affemhlée de Citoyens de Paris, le, l^ du 
même mois, prejidée par M. Brlffot de Warvllle. 

Arrêté que dans chaque diftriét, avant de paffer à 
aucune opération, ori procédera à l'éledlion d'un Pré- 
fident, d'un Secrétaire, & de Vérificateurs de Scrutins.* 

Arrêté que les Habitans du Diftrid proteftent 
contre toutes les illégalités de leur convocation, contre 
la difproportion de la repréfentation entre les Trois- 
Ordres, contre la privation du droit de faire des cahiers 
dans les Diftricrs. 

Arrêté que cependant pour ne point retarder la 
tenue des Etats-Généraux, fixée au 27 Avril, on pro- 
cédera aux choix des Eleéleurs, en réferrant tous les 
droits des Citoyens. 

Arrêté que les Electeurs qui vont être nommés, fe- 
ront tenus de tranfmettre aux Députés qu'ils feront 
appelles à élire, les vœux fuivans du Difirift. 

Les Députés devront propofer aux Etats- Généraux 
la préfente déclaration de droits. 

1°. Que tous les hommes font nés libres & égaux 
en droits, & que tout pouvoir dérive du Peuple. 

2*^. Q^'en conféquence aucune Loi ne peut être 
faire, aucun impôt levé, aucun emprunt ouvert fans 
le confentement du Peuple François, ou de fcs Repré- 
.fentans. 

3°. Que le Peuple François ou fes rcpréfentans ont 
le droit d'affigner, répartir & vérifier l'emploi des fonds. 

4-°. Qu'aucun Citoyen ne peut être arrêté que par 
un décret d'un ]ng^ légal. 

S°- Qil^ ^'^"s ^<^s Citoyens ont le droit de penfer, 
de parler, d'écrire, d'imprimer, de publier. 

6°. Qu'ils ont tous le droit d'être armés pour leur 
défenfe. 

7®. Qu'ils ont le droit de s'affembler, de faire des 



Dans beaucoup de Provinces où le Règlement avoit 
nommé d'ofRce des Préfidens,"foit à la Nobîcffe, 
foit au Clergé, on a paffé outre, & choifi librement 
d'autres Piéfidens, » 



[ 



lOO 



] 



repréfentations, de nommer <îes Délégués à l'effet de 
fuivie ces repréfentations auprès des Etats-Généraux, 
ou du pouvoir exécutif. 




librement & conftitiitionellement élus, & indépendans 
du pouvoir exécutif pour leur convocation, leur pro- 
rogation, leur diffolation. 

9°. Que cesEtats-Générauxdoivent être renouvelés 
d'après des formes régulières prefciites par l'autorité 
du Peuple, dont ils doivent uniquement dépendre ; 
que cette dépendance, fondée fur la nature de l'auto- 
rité conjlituante eft abfohiment néctffaire pour mettre 
le Peuple à l'abri des cntrcprifes de la verfatilité, ou de 
l'indifférence du pouvoir confiitut, pour ramener con- 
ftamment d'une manière paifible & durable les hom- 
mes & les chofes aux principes, aux befoins, & aux 
intérêts qcie peuvent réclamer les circonftances & 
l'opinion, 

10°. Qu'en conféquence on doin fixer une époque 
périodique, après laquelle la Coallitution de l'Etat & 
la compofition du Corps légiflalif feront revues, exa- 
Toinées, changées ou confirmées par une Affemblèe 
extraordinaire dea Repréfentansdu Peuple, convoquée 
pour ce fcul objet. 

II °. Que ces droits ne peuvent être ni diminués, 
ni modifiés, ni aliénés par les Etats-Généraux, qu'ils 
doivent être les bafes de la Conititution future. 

Arrêté qu'y ayant impofiibllité de détailler toutes 
les doléances de la Ville de Paris dans un fi court cfpace 
de tems, les Eleéleurs devront recommander aux Dé- 
putés de demander Pabolition du Corps municipal de 
Paris tel qu'il eft confiitué, la reftitution au Peuple du 
droit d'élire librement fes Officiers municipaux, la 
réforme de tous les, abus de Padmindration de Paris, 
une nouvelle divifion des quartiers de cette Ville, &c. 
Icc. 

DISCOURS 

Pr-ononcé par M. Briffot de Warville, à P EhBlon du 
D'ijlricl de la rue des Filles- Saint- Thomas, le 21 ^vril 

17 89. Nouvelle édition, augmentée du récit de ce 

^m s^ejî pojj'é a cette JJf emblée. 

CITOYENS! 

Vous voilà raffemblés, après avoir été pt-ivés pendant 
lâeuî: fiècles du droit de vous affembler. Vous voilà 
redrvenus Citoyens, apiè? avoir été pendant deux fiè- 
cles efclaves. Votre Roi veut vous donner une con- 
ilitution libre, la Nation la demande à grands cris, vous 
feriez coupables de ne pas joindre vos voix à la ficnne. 
Qu'êtes vous appelles à faire aujourd'hui ? Que devez- 
^ous faire ? On vous affemble pour choifir entre vous 
des Electeurs chargés d'élire vos Repréfentans à l'Af- 
femblée Nationnale. 

Citoyens, pourquoi le difliraukrois-je ? tout eft illégal, 



précipité, défcrdtfnné dans cette convocation àt% Ha- 
bitans de Paris. On n'a point préparé cette Affem- 
blèe par des Affemblées préalables ; on vous prive du 
droit de nommer vos Officiers, on vous en prive lorf- 
que les deux autres Ordres ont la liberté dn choix \ 
orï vous prive du droit de choifir vos Eledieur» dans 
tous les quartiers ; de rédiger des cahiers par chaque 
Diftriél, droit que le moindre village a, exercé. li y 
a, d'ailleurs, injuftice, difproportion dans la âxatioa 
du nombre des Députés ; il y a ignorance, ou deffeia 
prémédité dans la forme fixée pour le fcnvtin. Mai» 
tous ces vices, quelque confidérables qu'ils foient, »e 
doivent pas arrêter l'éleâion, le temspreffe, la Natioa 
ne commencera à refpirer, n'aura de barrière affurée 
contre le defpotifme, qu'au moment où les Etats-Gé- 
B^raiiX feront ouverts. Alors il exiftera une vraie 
force, une grande puiffance qui nous couvrira tous de 
fa proteélion, c'eft la puiffance de la Nation. Mais 
cette puiffance n'eft. encore que dans l'opinion, notis 
fommes dans une anarchie réelle, & tout en mourant, 
le defpotifme frappe encore des coups viole ns. C'eft 
à regret qu'il fe fépare du pouvoir ; le parti des hom- 
mes pervers qui le foutient, manœuvre encore jour & 
nuit, pour retarder l'époque fi defîrée de notre régé- 
nération. 

Puifque le falut de la Nation tient à l'ouverture 
des Etats-Généraux, il faut donc profcrire toute dé- 
marche, tous délais, tous débats qui teiidtoi.ent ou à 
reculer la tenue des Etats, ou à les rendre incomplets, 
ou à empêcher nos députés d'y affitter ; il faut donc 
' pFotefler contre les illégalités, mais ne pas infider fur 
leur réforme aéluelle ; il faut réclamer nos droits, maîfi 
ne pas s'opiniâtrer a vouloir les exercer maintenant ; 
il faut fe referver de les e'sercer par la fuite, car je 
l'efpère, cette première Affemblèe n'eft que If fignal 
d'autres Affemblées qui fe fuccéderonc, & où nous fe- 
rons appelles à délibérer plus légalement fur notre fi- 
tuation. 

Obéiffonsdonc, Citoyens, aux circonftances ; cédons 
aux invitations du Roi, accélérons nos éleâions, aban- 
donnons-nous aux lumières de nos Députés ; car fans 
doute, il en exiftera parmi eux, fans doute les Eleélenr's 
que vous allez nommer ne feront pas affcz ennemis de 
leur Patrie, pour ne laiffer tomber leur choix que fur 
des hommes ineptes ou vicieux, ils fe couvriroient de 
honte à la face de la Nation, qui a droit d'attendre du 
centre des talens, une députation diftinguée par les 
lumières. 

Mais fi, avant de procéder à cette tleftion, nous ne 
pouvons fans un grand danger, nous opiiiiâtrer à ré- 
diger nos cahiers ; au moins nous pouvons, nous de- 
vons donner à nos éleéïeurs des inftrutlions brièves & 
des pouvoirs, afin qu'ils les tranfmettent aux Députés 
futurs. Ces pouvoirs font de néccffité abfuiue, & s'ils 
n'exiftoient pas, la députation fcroit nulle, nos Dépu- 
tés feroient fans ponivoir, cette inftruftion doit être 
courte, & par-là nous ne retarderons point cette élec- 
tion. 

L'inftrudion doit fs borner à ces trois points. 



[ lOI ] 

Obtenir une déclaration des droits du Peuple Fran- 



Avifer aux moyens d'établir une Conllitution libre, 
& par conféqucnc des Etats-Généraux confiitution- 
neÎ8. 

Pourvoir provifoirement aux befoins urgens de 
l'Etat. 

La déclaration des droits eft prcfqu'entièrement 
faite dans tous les cahiers des Provinces ; il y règne 
une harmonie confolante dans toutes les réclamations. 
Nos Députés devront les imiter, en y faifant toutefois 
quelque correction 8c additions. 

Ils doivent déclarer : 

I ®. Que tous les François fpnt nés libres & égaux 
en droits ; que par conféquent tout pouvoir dérive du 
peuple François. 

2°. Qu'en conféquence aucune loi ne peut être faite, 
aucun impôt ou emprunt levé fans fon confentemenc. 

^°. Qu'ils ont le droit d'aiTigner & de contrôler 
l'emploi dts impôts. 

/j,°. Qu'ils nt peuvent être arrêtés que par un dé- 
cret d'an Jiigt légal. 

5°. Qu'ila ont le droit de parler, d'imprimer, de 
publier. 

6°. Qii'ils ont le droit de s'aiTembler en Etats-Gé- 
ïicraux en ttl licu & à tel terme qu'ils jugent conve- 
nable, lefquels Etats-Générauxdoiventêtreégaiernent, 
librement, & conflitutionelleaaent élus & indépendans 
du Gouvernement pour leur convocation, leur proro- 
sration, leur diffolutien. 

Que ces droits ne peuvent être ni diminues, ni mo- 
difiés, ni aliénés parles Etats-Généraux, qu'ils doivent 
être la bafe de la Conftitution future, qui ne pourra 
obliger la Nation qu'autant qu'elle aura été confcntie 
par elle, & faite par une Âflemblée extraordinaire 
nommée ad hoc. 

Dans la Déclaration des droits que vous venez d'en- 
tendre, ks cinq premiersfont univerfcllement réclamés; 
mais il y a dcar variations fur les deux derniers, & c'eft 
fur ces deux points que les lumières, dont Paris ell le 
centre, doivent fervir à réclamer les provinces. 

Dans l'un, nous réclamons la permanence Se l'indé- 
pendance des Etats- Généraux. La réclamation des 
Provinces eft foible fur la permanence ; elle ed nulle 
pour l'indépendance ; il faut corroborer ce qui ell 
foibk, il fawt créer ce qui n'ttipas & ce qui convient. 

On ne peut pas nous conte lier le droit d'dvoir des 
Etats-Généraux permancns, fi le Peuple François eft 
libre ; fi tout pouvoir dérive de lui : s'il doit confentir 
les loix, les impôts, en affigner, en vérifier l'emploi, 
il a donc le droit de s'afTembler en Etats-Généraux 
pour toutes ce& opérations, & quandfon intérêt l'exige ; 
qui veut lajin, veut les moyens. Maintenant elt-il de 
l'intérêt du Peuple François qiî€ les Etats- Généraux 
foient annuels & indépendans, c'eft-àdirc, qu'ils puif- 
fent fiéger tous les ans pendant quelques mois, ne dé- 
pendre que de la loi pour leur diffolution, que d'eux 
BT.êmes pour leur prorogation ? Je reponds, oui. Les 
Etats-Généraux doivent être tels, parce que cette per- 



manence indépendante eftia feule barrière efficace coa- 

trele defpotifme miniftéricl. A une force prefcrite 
toujours en aélion, il en faut oppofer un autre de fur- 
veillance, de réfi fiance également en aftion. 

Les Etats-Généraux doivent être annuels, parce 
que tous les ans il y a des loix à confentir, des impôts 
à afiîgner, des emplois de deniers à vérifier. 

Ils doivent être annuels, parce que fi vous les cou- 
pez en des intervalles, ne fût-ce que de deux ans, il 
faut ou créer une CommiiTion intermédiaire, qui peut 
être trahira nos intérêts, peut-être fera étouffée par le 
Minidrc, & peut-être encore étouffera les Etats-Gé- 
néraux ; ou bien il faut confier la protedlion delà Con- 
.ftitution & la vérification des loix au Parlement, c'eft- 
à-dire, qu'il faiidroit admettre au pouvoir légifiatif, des 
Corps qui ont employé le glaive de la loi, pour nous 
tenir pendant deux cens ans fous le joug de l'opprcf- 
fion, des Corps qui ont la prétention d'être inamovi- 
bles, de ne vouloir de réforme, ni dans leur organifa- 
tion, ni dans ces loix ; Citoyens, nous ne pourrons re- 
former ces Corps, que par des Etats-Généraux annuel» 
& indépendans. 

Que ces Etats-Généraux foient tels, & alors vous 
n'avez pas befoin de recourir contre le defpotifme à 
un frein dangereux, quoique réclamé par toutes les 
Provinces, & c'efl: encore ici que les lumières de la Ca- 
pitale doivent être utiles aux Provinces. Elles ont 
demandé que les impôts fuflent limités à un an ou deux 
ans ; c'eft une barrière inefficace, hors du pouvoir des 
Etats- Généraux & même de la Nation ; barrière enfin 
qui feroit pernicieufe pour elle-même. 

Elle eft inefficace ; l'exemple de l'Angleterre nous 
le prouve, La limitation y a toujours exifté à côté 
du defpotifme, & le même effet exiftcra parmi nous, 
parce que les maux qui réfulccnt du defpotifme ne font 
pas fi effrayans que ceux qui réfultent d'une fufpenfion 
d'impôts. 

Cette limitation d'impôts eft d'ailleurs une vraie 
banqueroute, pnifque ces impôts font le gage des Cré- 
aticiers publics. Dire que vous limitez les impôts à 
deux ans, c'eft dire que vous limitez à ce terme le 
paiement même de vos dettes ; & alors quelle incerti- 
tude vous jettez fur la propriété de vos Créanciers ! 
& alors comme le crédit public fe refferre ! ainfi donc 
vous Duifez par cette limitation à vous-même & à vos 
Créanciets. 11 faut donc la rejetter, & fc borner a la 
permanence & a l'indépendance des Etats. 

Je fuis loin d'exiger une foi implicite pour mon 
opinion ; mais je fupplie les amis du bien public, de 
reconfidérer mûrement ce fujet de la limitation du 
terme des impôts, avant de prendre une refolution. 

Un autre point plus important encore, & fur lequel 
vos Députés doivent infifttr, c'eft la formation de la 
Condiuition future, par une AlTcmblée extraordinaire 
nommée ad hoc par la Nation. Une Nation feule a 
le droit de fe conllitner. C'eft une vérité que je dé-- 
montrerois ailément, fi je voulois m'étcndre ici. Je 
prouveroib que jamais ce pouvoir légifiatif ou exécutif 
ne peuvent avoiï le droit de faire une Conttitution 5 



102 



] 



qu'il efl dangereux & îrapolitique pour une Nation, de 
leur en confier la faculté ; qu'une Nation libre ne doit 
donner cette miffiort qu'à des Affemblées extraordi- 
naires, que le Plan de ces Affembîés ue peut être con- 
ilitutionnel, qn'après avoir reçu l'approbation de la 
Nation ; mais ces vérités feroient trop longues à déve- 
lopper ; je me borne à les expofer pour tn conclure que 
nos Députés doivent avifer avec une fage lenteur aux 
moyens de contlituer la France, & de concilier les cir- 
conllances oppofées où nous Tonfimes. Car il d'un côté 
nous avons befoin d'une prompte Conllitiuion, de l'au- 
tre nous ne fdifons que de naître à la liberté, & la 
lumière n'eit pas univerfelle ; li d'un côté il faut cr;\'».i- 
dre & prévenir les troubles, de l'autre il ne faut pas 
lier la Nation par une Conftitution vicieufe, où l'on 
dépoferoit, comme dans celle de l'Angleterre, un 
germe toujours croiffant de corruption & de diffuluti- 
on, fans l'accompagner d'un principe également aâif 
de régénération. 

Quelle fera la troilîèmc tâche de nos Députés ? 
Celle de fournir provifoirement des fecours aux Gou- 
vernement, tels qu'ils ne dépendent pas pour leur con- 
tinuité, uniquement du MinKlère, mai,-, de la Nation. 
A cet égard il faudra s'en rappoiter à la fageffe de 
vos repréfentans. 

L'étendue des pouvoirs que vous leur donnerez, 
vous fait la loi de ne les choifir que parmi les hommes 
inAruits en politique, irréprochables, que parmi les 
véritables amis du Tiers-Etat. Mais loin de prendre 
les moyens pour vous indiquer ces hommes inftruits, 
, on adopte des formes précipitées qui ne permettent 
pas.de s'éclairer, des formes de fcrutin qui excluent de 
votre .choix l'homme à talent étranger à votre diilricl:. 
Encore une fois enfeveliffons nos plaintes dans le fi- 
lence ; un jour viendra où ces abus feront réformés, 
où vos délibérations feront libres & conftitutionnelles. 
Ce n'ctl pas en fortant du cahos qu'on doit tour-à-coup 
efpérer un jour pur. 

j'ai parcouru les trois articles fur Icfqueis vous de- 
vez donner des inilruâiions &. des pouvoirs à vos Dé- 
putés. Bornez-vous à ces trois points. Renoncez aux 
cahiers de doléances particulières. Des Volumes 
pourroient à peine les contenir. Mais ces cahiers feroi- 
ent, quant à préfent inutiles, parce qu'on ne s'en 
occuperoit pas. Ces cahiers feroient incomplets, im- 
parfaits, parce qu'ils ne pourroient être difcutés. 

Si les Etats-Généraux font déclarés permanens, in- 
dependans, (& rien ne peut l'empêcher, fi la Nation 
le veut, car c'eft d'ailleurs l'intétêt d'un Monarque 
ami de fon Peuple) fi, dis je, ces Etats font perma- 
nens, alors vous aurez le tems d'expofer vos doléances 
particulières. Ecartons donc aujourd'hui toutes lec- 
teurs de cahiers, tous débats inutiles ; hâtons, hâtons 
î'éleâion, afin de ne pas fournir de prétexte à nos en- 
nemis pour retarder la tenue des Etats. Ce font ces 
ennemis de la patrie qui ont caufé tous ces délais, qui 
fufcitent fourdement des difficultés pour néceffiter de 
nouveaux délais. Ils attendent d'un hafard, l'ancan- 
îifTement-des Etats-Généraux.— • 



Citoyens, «n met doit vous décider. A un ùV, à 
un feul fil peut-être tient maintenant l'exidénce de 
vingt fix millions d'hommes. S'il éioit brifé, point ds 
milieu, l'cicîavage, ou la guerre civile. — R^ifTarons- 
nous, le Ilvji vit, il veut fincerement une Conltitution, 
fon Minière principal la veut fincerement, & malgré 
les intrigues, il veille encore pour le Tiers-Etat auprès 
du Trône. Le 27 Avril approche, le 27 Avril nous 
ferons au^port. Nous ne fommes lien aujourd'hui, 
nous ferons tout alors. 



Note de P Editeur de ce Difcoursy 23 Avril, Î789. 

Depuis la publication de ce difcours, il s'ell palTc 
à l'éleétion du Dilbiâ; de la rue des Filles-Saint-Tho- 
mas, des événtm.tns qui méritent de fixer l'attention 
du Public, & dont, fans doute, M. BrifTot de VVar- 
ville rendra un compte détaillé ; en l'attendant, je 
dois dire deux mots de trois motions intéreffantes pro- 
pofées par -ui, qui ont été accueillies par une grande 
majorité de l'AfTemblée du Diftriél. L'une concerne 
le mode de voter par tête. Il a été enjoint aux Elec-. 
teurs de demander que les Députés de Paris fuffent 
allreints à ne point fe départir de ce mode de voter, 
& à ne jamais confentir au mode de voter par ordre, 
fur quelque matière que ce foit, & en cas de fciffion à 
cet égard, entre les Ord''es, à fe retirer par deveis 
leurs conftituans, pour avoir leur avis & pouvoir. 

M. Briffot de Warville, enfuite a propofé de nom- 
mer un Comité de correfpondance avec les Députés de 
Paris aux Etats-Généraux, qui fubfifteroit jufqu'à ce 
que la déclaration de droits tût folemneilement recon- 
nue, de propofer à l'Affemblée générale des Elections, 
et dans les autres Diftriéls, la formation de lemblables 
Comités. Cette motion a été vivement débattue, elle 
a cependant été encoie adoptée malgré les efforts d'un 
parti violent, qui paroiffoit avoir refolu de foutenir 
toutes les idées ariftocratiques, on a procédé au choix 
du Comité. M. BrifTot de Warville a été nommé 
préfident par acclamation. Enfin il a fait adopter la 
déclaration que tout pouvoir dérive de la Nation, décla- 
ration combattue honteufement par des Banquiers, & 
\s. permanence des Etats -Généraux, à laquelle ils ne fe 
font pas oppofés avec moins d'ardeur. M. BrifTot de 
Warville s'étant retiié après la clôture du cahier, parce 
qu'il étoit épuifé, le parti contraire a tout tenté de 
nouveau pour faire retirer les motions fur le Comité 
de correfpondance & fur la permanence ; mais malgré 
toutes fcs manœuvres il a échoué, grâce à la fermeté 
du Peuple, & aux lumières de bons Citoyens qui 
l'ont défendu. 

On a remarqué bien des illégalités dans cette AfTem- 
blée. Il en eft une frappante fur-tout, et qu'on doit 
dénoncer à l'AfTembléc Générale des Eleéleurs : après 
avoir procédé au déchiffrement du fcrutin, on trouva 
que M, Claviere et M. Carra avoient un nombre de 
voix égal. Le règlement avoit prévu ce cas, et pref- 
crit que le plus âgé devoit être préféré ; cependant le 
parti de Banquiers, Courtiers, Agens-de change, qui 



étoit à cette heure de la nuit (Il étoît près de deux 
heures) feul maître du champ de bataille, parce que M. 
Claviere s'étoit retiré, donna la préférence k M. Car- 
ra, qui étùit le plus jeune, et ce choix fut confirmé 
le lendemain, malgré la téclamation de M. Claviere 
qui, en revendiquant fon droit et les formes, avoit 
cependant confenti noblement "a ce que M. Carra ref- 
tât en place. 11 eft du devoir d'un bon Citoyen de 
dénoncer à l'Affcmblée générale cette violation des 
formes qui intérefie les droits de tous. Il eft du de- 
voir de celte Affemblée d'y faire droit ; mais ce qu'on 
doit lui demander fur-tout, c'cR de fixer fon attention 
fur la néccffité d'établir et dans cette AiTcmblée, et 
dans les DilbitPcs des Comités de correfpondance, c'eft 
la conduite tenue par un grand nombre de Bailliages, 

ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE. 

De Peter fhurg, le 20 yuln. 

Une Lettre du fort Harman fait mtr ntion qu'il y eut 
lin homme de tué et quatre de blclTes, du parti du ]^%t 
Simm, fur les Miami. D'après les avis que nous avons 
reçus, tous les Indiens de ces cantons font difpofés à 
la guerre ; on peut donc s'attendre aux meurtres, et aux 
crimes de tous les genres, tant que ces ennemis de la 
fociété et de la civilifaiion ne feront pas détruits. 

Hier on apporta les corps de deux jeunes hommes 
nommés Arthur Graham, et Alexandre Campbel, qui 
étoient partis pour la pêche le foir précédent. Ils fur- 
ent tués par les Sauvages à environ deux miles de cet 
endroit. L'un avoit le cœur percé d'une balle, et l'au- 
tre n'avoit qu'une légère blcffure au bras : mais tous 
les deux,avoient les tégumens de la tête enlevés, et les 
os lacérés d'une manière abominable. 

David Graham, père de l'un de ces deux jeunes 
infortunés, inquiet de l'abfence de ion fils, le chercha, 
et le trouva dans cet horrible état,., avec Campbel au- 
près de lui. Le Icdeur peut fe repréfenter la fitua- 
tion de ce malheureux pèic. 

Géorgie. 
Cet état efi: dans ce moment-ci dans la plus grande 
détreffe, et à moins que le Congrès ne prenne des me- 
fures qui ie défende des déprédations des Indiens, Il 
fera inévitablement perdu. 11 fcroit beau de les pu- 
nir de leur perfidie, s'il étoit poffible ; mais à préfent 
tout ce qtie nous pouvons faire, c^eft de chercher la 
paix ; et il n'y a que le gouvernement général, qui 
puiffe l'obtenir. 

Extrait d'une Lettre de Frederick, Maryîand, du 7 
Juin. 
La femaine palTée, un perfonne, revenant de Ken- 
tucke, nous apprit que voyageant avec onze' hommes 
près des frontières, les Indiens les attaquèrent et tuè- 
rent cinq de leur compagnie. Le refte fe fauva ; mais 
ils perdirent prefque tous leurs chevaux 

Be Philadelphie, le. 28 Juin. 
On ne doute plus, que la potafle produite par les 
terres viergçs, ne paye au-delà des frais qu'esitraîne le 



[ 103 ] 

défrichement. On doit efpërer que, ceux des citoyens 
de Philadelphie, qui ont dernièrement employé leurs 
capitaux, dans \csfpéculatlons orleniales,]ts appliqueront 
à la manufafture de la potaffe, dans les terres vierges 
de la Pennfylvanie. Le bénéfice qui en refidteia fera 
fur et régulier ; et cette fource durera plus que la 
préfente - génération. En Allemagne on plante des 
forêts pour les cendres qu'elles procurent ; mais ea 
Pennfylvanie, nous en avons de toutes plantées, par 
la main de la nature. 

De Neiv-Torh, le 10 Juillet . 
L'anniverfaire de notre Indépendance n'a jamais été 
auffi bien cclebré qu'il l'a été cette année : cette dif- 
férence s'explique aifément, par la réfidence de celui 
qui en a élevé l'édifice. Puiffent fes vertus et fes talens 
être auffi chers k la poftérité qu'ils nous ont été utiles 
et glorieux ! 



_ 'De .B OS TON, le i6 Juillet. 

Hier, jour de l'anniverfaire du Collège de Harvard, 
en l'univeifité de Cambridge fe fit la didribution dey 
dégrès. Après raffemblée des Infpefteurs, le gou- 
vernement immédiat du Collège, marcha à l'églife, 
fuîvl de S. E. le Gouverneur, du Confeil, du Sénat, 
et de la chambre des Repréfentans, 

L'exhibition commença 'a environ midi, une mufique 
vocale et inlîrumeotale en fit l'uwvcrture. Les Can- 
didats pour le degré de Bachelier es- Arts, au nom-bre 
de 47, prononcèrent en Latin, et en Anglois, plufi- 
eurs excellens difcours, fur différens fujets — ils foutin- 
rent plufieurs thèfes, qui furent applaudies de toute 
l'auditoire. Les parens et amis des Candidats hono- 
rent toujours cette fête folemnelle; plufieurs l'honorè- 
rent de leurs larmes, et chacun a partagé l'intérêt qu'ils 
y prenoient. 

L'Aflemblée des Infpeéleurs avoit été longue, Icb-^ 
Candidats étoient nombreux, on fut obligé d'omettre 
plufieurs morceaux. 

On omit auffi une conférence en François qui devoit 
être prononcée, fur le paralelle de la Poèfie et de la 
Peinture, par MM. Gay et Bartlett, candidats. 

L'exhibition du matin a été terminée par un Ban- 
quet fort bien fervi. Au deffert le P.ev. Préfident 
porta la famé au Gouverneur et à la République. 

Il ne faut pas oublier qu'au moment où l'on alîoit 
commencer une îhèfe, il s'éleva tout-à-coup des gaî- 
leries une voix ou plutôt des hurlemens qui firent en- 
tendrej Repev.t ! repeni ! the kingdom of hea-ven Is nlgh ! 
c'eil à-dire, Repentez vous ! repentez-vous! le roy- 
aume du ciel elt proche I Ce cou' vraiment théâtral 
caufa d'abord de la furprife ; mais peu d'émotion. — ■ 
Cette voix venoit d'un Qjjaker ou Double Quaker 
fShû^ing ^inhr.2 On vit quelques dames un pea 
troublées du mot repeni ; mais elles furent bientôt 
Calmées, 

MM. la Terriere et Pearfon reçurent le degré ds 
Bachelier en Médecine. 



PECHES AMERICAINES. 



Par des primes *, par des privilèges, des prohibi- 
tions, ou des furcharges de droits équivalentes, mifes 
fur rinduftrie étrangère, nous répond-on. Mais n'ou- 
bliez donc pas qu'il s'agit ici de fubfiftances, que ces 
moyens forcés les renchériflent, que dès-lors leur con- 
fommation eft bornée & leur efFtt reftreint ; qu'en 
forçant ainfi la nature, c'eft aux dépens de la populati- 
on, car par ce régime barbare' vous tuez des hommes au 
lieu d'en produire, tandis qu'en laiffant venir dans vos 
ports avec abondance, le poiffbn de ceux qui n'ont 
pas mieux à faire qu'à le pêcher, vous accroifîez in- 
failliblement votre population. 

D'ailleurs, ces primes & toutes ces autres faveurs 
avec lefquclles ^'ous voulez lutter contre la nature des 
chofes, fur qui fe répandent-elles ? Eft-ce l'individu 
même dont vous voulez faire un matelot qui en profite ? 
Ne vous y trompez-pas, elles font la proie de ce na- 
-«■'gateur, qui ne fort de fon cabinet que pour fe pro- 
mener fur la terre, ou fur les bords de la mer. 11 
commence par faire fa part, & foyez affuré que le gage 
qu'il offrira aux journaliers pour manœuvrer dans fa 
périlleufe entreprife, fera taillé avec parcimonie.^ — 
Ainfi votre but eft manqué. 

Si vous avez abfolument befoin de matelots qui 
faffent leur noviciat autour des écueils de Terre-Neuve 
$c dans les mers du nord, un moyen plus fimple, moins 
coûteux, plus fur, & fur-tout exempt de fâcheufes 
conféquences, s'offre pour les former. Choifîffez dans 
d'honnêtes familles des jeunes gens, robuftes, intelli- 
gens ; afTurez-leur une récompenfe perfonnelle, fi après 
un certain nombre de voyages, faits fur des vaifTeaux 
pêcheurs, ils en rapportent des certificats de bonne 
conduite Se d'expérience acquife par le travail. Ob- 
Îigez-Ics à ne monter que furies vaifTeaux des nations 
ou des villes pour lefquels ces pêches difficiles font une 
relTourcc néccffaire. C'eft là qu'ils acquerront de ve- 



104 ] 

ritables lumières, & que joints enfuitc à vos matelot» 
exercés par le cabotage & la pêche fur vos propre* 
côtes, ils formeront pour vôtre marine militaire des 
matelots expérimentés. 



* L'Angleterre accorde des primes affez confidérables 
à fes pêcheurs. Mais les iiiconvéniens & les abus 
qui les fuivent, en rendent l'effet prefque nul. Ces 
abus font détaillés d'une manière frappante dans 
l'ouvrage nouveau de M. Anderfon,qui a pour titre: 
yîn accotent of the prefent ^ftaie of the Hébrides and 
nvejlern coafi of Sc&tland, ^c. Les principaux font 
les fuivans : Dépenfes confidérables & inutiles que 
ces primes occaiionnent à ceux qui veulent les 
gagner ; il faut fe rendre à un certain port ; il 
faut que l'équipage foit paffé en revue par les offi- 
ciers de la douane ; il faut que le bâtiment com- 
plète fa cargaifon ou pafTe trois mois en mer pour 
la compléter, en forte que fi la première femaine lui 
procuroit les neufs dixièmes, il feroit obligé de tenir 
la mer pour l'autre dixième. Le bâtiment ne peut 
prendre d'autres inllrumens que cens propres à la 
pêche à laquelle la prime s'applique ; il ne peut dé- 
charger le produit de fa pêche que dans un certain 
port ; il a des formalités générales à remplir pour 
le fel qu'il emporte, qu'il rapporte ; il cft expofé à 
des vexations de la part des douaniers, à des procès, 
qu'il eft obligé de foutcnir dans des tribunaux fort 
éloignés de fes foyers. Qii'on juge fi un pauvre 
pêcheur peut s'expofer à tous ces inconvéniens ; & 
voilà ce qui 3 fait décliner les pêcheries, fur-tout 
celles d'Ecoffe. Voilà ce qui a donné tant d'afçen- 
dant aux Hollandois, qui cependant n'ont prmit de 
primes. Voilà ce qui rend toutes les primes inutiles. 
On copie cet ufage des primes dans les autres gou- 
vernemens. On y attache les mêmes difficultés, & 
on efl: tout étonné que les chofes n'en aillent pas 
mieux. 

Quand d'ailleurs les Anglois auroient quelques fuccès 
en encourageant leurs pêcheries par des primes, la 
France devrait-elle felaifferféduirepar cet exemple? 
Les circonftances font différentes entre ces deux na- 
tions. Les Anglois ont plus de motifs de fe livrer 
à la vie maritime, ils y font même néceffités par 
leur fituation, & cette néceffité n'exifte pas pour la 
France. 



>Wf anBHOBttu^nifnM 



A BOSTON, de rimprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. 53,, 

où Ton peut fe procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Halli l Salem, chez MM. Dabney etCuûiingj à A^^îv-rcr/è, chez M. Thomas 
Greenleaf, et John Fenno ; à Philadelphie, chez M. Mathew Carey ; et chez les prin- 
cipaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur le fera un plaifir, et même un devoir, 

de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroic lui communiquer 
dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



t loS 1 



■*aeaacz£aMaiKi<«>>uâS3SHaB»:»œ«u;»tras«KS 




■ 111111 mÊ\ittjm 



E BOSTON, 



AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes, 



Prix y 5 Pence.l 



Du J E U D I, 23 Juillet, 1789. 



[No. 14. 



De Copenhague, le zZ Mars. 

M. De Fontcnai, vice-amiral de Danemark, doit 
•avoir le commandement en chef de la grande efcadrc, 
compofée de douze vaiflcaux de ligne, et dcftinée aux 
opérations de la Ruffie. 

De F'ienne, le zo Avr'tL 

Les derniers avis de Conftantinople font mention 
d'un plan de médiation, fous les aufpices des cours de 
France et d'Efpagnc. 

Les préliminaires de paîic font, que la cour de Vien- 
ne, facrifiant noblement toutes fes prétentions, fc con- 
tentera d'indemnifications pour les frais de la guerre, 
foit en argent ou en poffelïïons équivalentes. Celle de 
Ruffie demande la fouveraincté perpétuelle de la Cri- 
mée, et des forts d'Oczakow, et confent que les forti- 
fications élevées par les Turcs depuis 1784, foient dé- 
molies, et que pour la tranquillité de l'empire Otto- 
man, ils en rébatiflent de nouvelles, fur les côtes de la 
Mer Noire ; que la navigatioH y foit libre pour les 
vaiflcaux Autrichiens et Ruffcs ; mais que leurs efcadres 
ne puiflcnt paflcr par lesDardancUcs ou canal de Con- 
ftantinople. ^ 
De Madiidj h 4 Avril. 

Le Roi a rcfolu le mariage de fon frère Don Anto- 
nio, avec la princeffe Carolina Maria Therefa, fille du 
Duc de Parme — Il équippe dans ce moment une Hotte 
qui doit aller chercher la princeffe à Livourne ; mais on 
dît que cet équipement n'eft qu'une précaution, et que 
îc mariage n'en eft que le prétexte. 

De Franckfortj l^ 31 Mars. 

Des lettres de la Tranfylvanic font mention que cette 
province eft affligée dans ce moment de deux calamités 
fachcufcs, une difcttc et cherté de dt ;récs, et des m.a. 



ladies épidémiques. On aflure auflî que le régiment 
de Bclgiojofo, cantonné à Safwatofch et à Déva, efl 
réduit au nombre de 500 hommes, par les ravages de 
cette maladie. 

GRANDE-BRETAGNE. 
De LtndreSf le zî Avril. 

Le Prince Henry de Piufîe eft parti de France, II j 
a quelques jours. 

M. Fox, étant dans la même voiture que le Géné- 
ral Burgoyne, et le Colonel Fitzpatrick, à la procef- 
fion, la populace ne tarda pas à appercevoir le ferme 
défenfcur de fes droits, et elle lui montra fa joie, dans 
cette oecafion, par des acclamations. Quelques pcr- 
fonnes commencèrent à fiiHer, mais englouties dans le 
cri général, elles laiffèrent tomber leurs têtes, pleines 
de honte et de mortification. 

Le Cardinal de Rohan, ex-mîniftre de France, mou- 
rut, la femaine pailTée, à fon palais de Severne, près 
Strafi)ourg. 

La mort du Cardinal fut fubîtc— cela donnera peut- 
être lieu à des foupçons.— « 

Une feuille Angloife, parlant de l'abolition de l'ef- 
clavage, dit qu'il eft probable que la chambre s'occu- 
pera férieufemenC dans le cours de la prochaine fefiîdn, 
des chevaux de fiacre«, et pourquoi non ? fi les che- 
vaux font fenfibles, ils font des objets de pitié ; s'ils 
font utiles, ils méritent notre proteéllon. 

D'ailleurs les chevaux de caroffe ne font pas fans 
prétention à être protégés par la loi, la loi de Dieu 
dit, "Aies pitié de ta bête" ; or la légiflaturc qui 
préviendroit des aéles de cruautés envers ces aaimauX} 
ne feroît pas deftionorée» 



Du même lieu, le 2 Juin. 
La douane de Wexford en Irelan^e fut volée le 
mois paflë de près de 2000 guînées ; les voleurs laif- 
fèrent en partant le laconifme fuivant ; " Nous nous 
fommes affurés de celte moitié des deniers publics, 
de crainte qu'on hc les employé plus mal-àpropos." 

On a reçu un mémoire de Botany-Bay, que l'on 
fuppofe avoir été écrit par les quatre perfonnes qui y 
furent exécutées, avant le départ des batimens. Ce 
mémoire expofe que leurs droits, comme Anglois, ont 
été violés de la manière la plus marquée ; qu'ils ont été 
privés du droit d'être jugés par leurs paires, qui avoi- 
ent tous refolu, excepté un, de ne condamner perfonne 
à mort. 

Des lettres particulières de Vienne annoncent que 
l'Empereur étoit réduit fi bas, que fes médecins avoi- 
ent peu d'efpoir de fon rétabliffement — qu'il avoit en- 
voyé chercher fon frère, Léopold, Grand Duc de Tof- 
cagne, afin qu'il pût prendre les rênes du gouvernement 
à fon décès — que les mécontens de la Bohème, et de 
îa Hongrie étoient prêts à éclater, en conféquence de 
plufieurs impôts oppreffîfs, qu'ils avoîent refolu de faire 
annuUer avant de confentir à Tadmiffion d'un autre 
fouveraia. X-es Pays-bas Autrichiens jouent un rôle 
dans cetLC fcêne, de forte que fi l'Empereur meure, 
comme on s'y attend à chaque inftant, fon fucceffeur 
aura de la peine à appaifcr la fermentation qu'avoit 
caufée l'efprit arbitraire de fon adminillration. 

JLa dîiTolution du parlement [_Grande- Bretagne'} eft 
fixée au 24 de ce mois ; elle fut déterminée par une 
majorité de deux voix du coafeil. Le lord chancelier 
H deux autres membres s'y étant oppofés avec vigueur, 
par ce que cette mefure étoit grojfe de maux pour le 
pays en général. Mais le miniftre avoit peur de faire 
face a 200 membres, parmi lefquels, il fe trouve des 
gens de grands talens ; il efpére d'en diminuer le nom- 
bre, tant que la furie populaire continuera. 
Du même lieu, /f 24 Avril. 
L'oppveffion de poitrine de l'Empereur eft beaucoup 
diminuée, et fes médecins alTurent qu'il pourra'récou- 
vrer en peu de temps, pourvu qu'il s'abftienne de faire 
de l'exercice, et qu'il ne s'occupe point d'affaires. 

Chambre des Commvnes. 

Commerce de l' Amérique. 

M, Pitt demanda qu'il lui fût permis de préfenter un 

bill, qui autorifât le Roi, en fon confeil, à permettre 

au gouverneur de Québec d'importer du grain, &c. 



iUO J 

des Etats-Unis de l'Amérique, de îa même manière 
que fe pratiquoit cette importation ci-deyant à Terre 
Neuve. 

M. Pitt fit la motion, que les papiers préparés pour 
la chambre, relativement à i'infeéie Américain, fuffenÊ 
préfentés, et que comme la négligence de cet objet 
pourroit finallement devenir ruineufe, il propoferoit 
un awtre jour, qu'il foi t nommé un comité choifi pour 
confidérer fi cet objet demande un examen plus pro- 
fond. 

Qhfervaûons fur la France. 

Quand on confidere l'exceirence du climat, et îa. 
fertilité du fol de la France, le nombre de fes manu- 
faélures, et l'étendue de fon commerce, fes capitales, 
fes villes, fes ports de mer, fes rivières, fes canaux, le 
bon marché de fes denrées, le vin, les liqueurs, les ar- 
mées et les efcadres qu'elle a envoyées à la terreur ds 
l'Europe, on ne peut s'empêcher de convenir que la 
France etl la puiffance la plus formidable, que les 
François font les plus heureux et les plus opulens de 
toute l'a terre. Cependant l'inverfe 3 lieu, et nous ne 
trouvons pas qu'ils aient été, à aucune époque plus 
heureux ni plus riches. 

Dans un pays fi fertile et fi. étendu, le gouverne- 
ment trouve toujours des reffources, abondantes d'hom- 
mes et d'argent : mais toutes grandes que font ces ref- 
fources, elles ont fait la ruine du peuple ; parce qu'- 
elles ont été mal-appliquées. Les caufes les plus évi- 
dentes de cette pauvreté nationale fe refolvent dans 
l'ambition de leurs rois et de leurs rainillres, qai ont 
donné dans deô projets de domination, pour leur pro- 
pre aggrandiflement, et pour la fervitude de la Chré- 
tienelé. Les guerres qu'elle a faites avec toute l'Eu- 
rope à-la-fois, l'ont conduite dans des entraves d'où fes 
reflburces ordinaires n'ont pu fufSre pour la débarraf- 
fer. Delà les demandes arbitraires au peuple fous di- 
vers prétextes, et fous les noms d'emprunts, et dons 
libres, 8:c. et quand ces moyens étoient infuffifans, on 
en employoit d'autres plus tyranniques, tels que la ré- 
duction de la monoîe, les banqueroutes nationales, et 
une infinité d'autres moyens opprtflifo qui, à la fin, 
ont donné le coup de grâce au crédit nationale, et qui 
ont ébranlé les fondemen? du commerce, et de Tinduf- 
trie, dont perfonne n'ofoit s'approprier ks fruits. 

Par fa fituation, la France eft le royaume le plus 
refTerré de l'Europe et le mieux fitué, pour les objets 
de commerce et .„ jiffance. A Henry IV. à jufte 



[ I07 ] 



titre, fnrfioràmé le grand, fuccéda Colbert, qu'on 
doit regarder comme le père du commerce et des ma- 
nufactures de la France, fous lui, elle devoit faire dans 
Is commerce une auffi belle figure que celle qu'elle fai- 
foit alors dans la guerre. 

11 ell vrai qu'on a avancé que les François n'ont 
pas cette perfévérance qui eft fi nécinTaire pour le 
commerce et les élablifferaens lointains, quoiqu'il n'y 
ait aucune nation qui entende mieux l'un et 1 autre en 
théorie. On pourroit ajouter que le rang de marchand, 
en France, n'eft pas auffi haut qu'il l'cll en Angleterre. 
Mais les réfultats de l'économie de l'ordre et des in- 
novations qu'un a apportés dans l'adminlftration de 
la France, notre négligence pour \t boulevard de. l'An- 
gleterre, depuis la paix du Duc de Bedford, ont aug- 
menté confidérablement la marine de France, enfortc 
qu'elle eft formidable, même à l'Angleterre. En un 
mot, il eft vifible, qu'il ne manque à la France que la 
conftitution d'Angleterre pour devenir la première 
nation du monde. 

Comme cette nation éclairée fait dans ce moment 
Tes efforts pour régagner ce qu'elle a perdu de fes an- 
ciens privilèges, toute l'Europe eft férieufcment inte- 
reffée dans ces combats qui, probablement, feront dé- 
cidés dans peu. 

A ne confidérer les François que comme hommes, 
de la même efpèce et de la même origine que nous, il 
femble défirable qu'ils foicnt rendus à la poffeffion de 
ces droits inaliénables, dont ils ont joui autrefois, avec 
\ine pleinitude fi parfaite, et qui font non-feulement, 
les droits des Anglois, mais encore ceux de tous les 
hommes. \_^ei égoifme /J 

Mais quand on vient à les regarder comme rivaux, 
nn trouve, que tous leurs avancemens ne tendent qu'à 
donner à l'Angleterre un ennemi encore plus dange- 
reux. 

Ces recherches font naître une queftion, pourquoi 
les François font-ils mécontens du gouvernement, fous 
lequel ils ont vécu en paix, pendant des fiécles ? pour- 
quoi font-ils leurs efforts pour en fécouer le joug ? 

ITALIE. 

De F'enlce, le l Mai. 
Mort du Grand Seigneur. 
Mercredi dernier, il arriva un Courier, avec des dé- 
pêches du Bu'doùt Conftantlnople, au Sénat, annonçant 
la mort fubite de l'Empereur Ottoman, Abdul Hamid, 
du 7 Avril, fans qu'on fe foit apperçu auparavant d'au- 



cune indifpofition. Il naquît le 20 Mars, 1725, et 
monta fur le trône Ottoman le 21 Janvier, Î774, ^°"* 
le nom d'Achmet quatre. — 'On croit que fon neveu 
Seliin lui fuccédera. 

La mort inattendue de l'Empereur Ottoman, ob- 
ferve une feuille de Londres, vient de faire évanouir les 
belles efgérances qu'avoient conçues les puiffances mé- 
diatrices d'une fufpenfion d'hoftiiités entre les trois 
couronnes impériales. 

Le Sultan Abdul Hamid fut le feul du confeil, quî 
opina à la paix. Ce fut avec répugnance qu'il s'en- 
gagea dans cette guerre, qu'il auroit bien voulu éviter, 
s'il n'y eut, en quelque façon, été forcé par la crainte 
de tumulteS) et d'une révolution qui en auroit été la 
fuite, car le peuple demandoit la guerre contre la RufTie, 
à grands cris. Il alla même jufqu'à menacer de de- 
pofer l'Empereur, s'il continuoit à refifter aux vœux du 
peuple, à ce fujet. 

Une autre feuille die qu'on croit que l'Empereur a 
été empoifonné par le parti qui étoit en faveur de la 
guerre contre la Ruffie. Mais quoique l'on croie de 
toutes parts que ce n'étoit que pour faire place au Sul- 
tan Sélim, parce qu'on favoit qu'il étoit en faveur de 
la guerre, contre la Ruffie, jufqu'à ce qu'on lui ait re- 
pris la Crimée, on n'a pas conçu le moindre foupçon, 
que ce jeune prince ait eu aucune part à l'empoifon- 
nement de fon oncle. Il en étoit traité avec la tendreffe 
d'un père, et il a éprouvé des faveurs et des marques 
d'amitié que n'avoient jamais reçues les neveux, ni les /f^. 
frères des Empereurs Turcs. De fon côté, le prince 
Sélim payoit fon oncle du retour qu'il auroit pu atten- 
dre du plus afîeélionné des fils. 

FRANCE. 

De Paris, le 1 1 Mai. 
Difcours du Roi, à l'ouverturede l'aiTcmblée des Etats- 
Généraux, tenue à Verfailles, le 5 Mai, 1789. 
Messieurs, 
" Le jour, que mon cœur attendoit avec émotion, 
ell enSn arrivé, et je me vois environné des repréfea- 
tans d'une nation, fur laquelle, il eft glorieux de 
régner. Il s'eft pafTc un long intervalle, depuis qu'il 
s'eft tenu une aîTemblée des Etats-Généraux, et quoi- 
que des convocations d'un tel genre fembloient être 
tombées en défuétude, je n'ai point balancé à rétablir 
un ufage qui peut ajouter de la vigueur, et ouvrir de 
nouvelles fources de bonheur, au royaume." 

" La dette nationale qui étoit immenfe, à mon 



avenue au trône, a augmenté fous mon règne : une 
guerre difpendieufp, mais honorable, en a été la caufc ; 
et une augmentation d'impôts en dcvoit être la fuite 
nécelTaire. L'alarme générale, a?ec un ardent amour 
pour les innovations, s'empara de l'efprit du peuple, 
et un aflemblage de confeils fages et modérés, vient 
en écarter le danger menaçant. C'cfl; avec confiance, 
Meffieurs, que je vous ai aflemWlés, et je vois avec plai- 
fir, que cette confiance eft juftifiéc par la difpofition 
qu'ont montrée les deux premiers ordres, en renonçant 
à leurs exemptions pécuniaire». L'cfpoir que j'ai 
conçu, de voir tous les ordres réunis en fenfimens, et 
coopérer avec moi à la profpérité de l'état ne fera pas 
déçu. J'ai fait faire des rétranchemens confidérables 
dans les dépenfcs, et j'examinerai avec la plus grande 
attention toutes les propofitions qui me feront préfcn- 
técs a ce fujct : mais malgré les rcffources que peut 
offrir la plus grande économie, je critnsde ne pouvoir 
pas foulager mes fujets, aufli promptcmeat que je le 
defire. — La vraie fituation des finances vous fera ex- 
pofée, Meffieurs, et quand vous les aurez examinées, je 
fuis certain que vous propofertz les moyens les plus 
efEcaccs, pour y établir l'ordre, et pour faire revivre 
le crédit public. Ce grand ouvrage falutaire, qui 
doit afTurer le bonheur à tout le royaume au dedans, 
et en promouvoir les fuites au dehors, fera le premier 
©bjet de votre féricufe attention. L'efprit du peuple 
ïft dans un état de perturbation, mais une afiemblée 
<3e rcpréfentans n'écoutera que la voix de la fageffe. 
Vous devez fentir, Meffieurs, que l'on n'a pas, dans 
plufieur» occafions récentes, adhéré aux maximes de 
prudence j mais refprit prédominant de vos délibéra- 
tions doit correfpondre aux fentimens d'une nation 
généreufc, dont le caraftère a toujours été un ferme 
attachement pour fes monarques : et moi, je bannirai 
toute autre réflexion. Je connois les bornes de l'au- 
torité que pourra toujours exercer un roi jufte et droit 
fur un peuple éclairé, et fidèle. L'avancement de fon 
bonheur formera, comme il le doit, la félicité princi- 
pale de ma vie, il a le droit d'iattendre le zèle le plus 
ardent, le plus tendre intérêt pour la profpérité pub- 
lique ; en un mot, tout ce que l'on peut efpérer d'un 
fouverain qui fe fent le premier et le plus fidèle ami 
de fes fujets, et qui regarde comme fa plus grande 
gloire, l'affeAion qu'il lui porte.'' 

*• PuifTe l'unanimité régner dans cette affemblée, 
Meffieurs, et cette époque devenir mémorable pour 



f I05 ] 

*" y, 

avoir |K)' ks fondemins du bonheur et de la profpé- 
rité da ï'^v<^mc ! C'eft. ce qu'il tarde à mon cœur de 
voit s'af- 'itïJplîr, c'eft le plus ardent de tous mti vœux, 
c'eft la rèfîompcnfe que j'ai droit d'attendre de la 
droiture de mes intention», et de mon attachement 
fîncère, pooir mes fujets." 

" Mou garde de» fceaux vous fera part de me» i 
defîrs plus axl long, et j'ai ordonné au dircéleur- géné- 
ral des finances, de vous en mettre fous les yeux de». 
comptes exafts.'* 



ETATS-UNÎS DE L'AMERIQUE. 

D'Augvjla, h 30 Mat. 
ïl y a quelques joure^u'un parti d'Indiens s'avança, 
jufqu'aux lignes, ffir le drsk Richard^ près du fort 
Philippe, et qu'il enleva pl«ficars chevaux ; il tua aufli 
un homme près ànfort Kemp. A peu-près dans le 
même temps, quelques-uns d'eux qui étoient fortis 
pour piller près d'Ogechéc, furent pourfuivis et ra- 
trappés ; on en tua trois,, et on leur reprit tout le bucîa 
qu'ils avoient pillé. 

Hier, le gouvernement a reçu avis du Colonel Max- 
well, de Liberty, qu'un parti d'Indiens d'environ 50- 
attaqua \ç fort le Contey fur \t BuU-Tonvn Sivamp^ qu'il 
enleva plufieurs Nègres, tua deux Blancs, et prit la 
fuite, laiflant derrière lui j ou 4 morts. 

* ^* Il eft poffible que les Indiens qui étoient dans 
le Liberty county foient des Séminoîîens ; tt quant à 
ceux du defTus, ils peuvent avoir quitté la nation avant 
que le parler arrivât. 

Du même lieu., le 6 ^uin, 
11 arriva hier des dépêches de M. George Galphin^ 
agent des commifTaires de l'Union près la nation Creek. 
Ces dépêches anonccnt que ks chefs de cette nation 
font convenus de recevoir les propofitions pour traiter 
de paix. — Comme Ton a pris des mefurcs, pour arrê- 
ter le cours de leurs déprédations, on peut efpérer 
q,uc Ton mettra fin aux crimes de ces barbares. 
Extrait d'une lettre de Kentucke, du 2 ^uin, 
" Nous avons été plos tranquilles cette faifon de la 
part des Indiens, que nous ne l'avons été depuis iz 
ans. Il s'en faut pourtant de beaucoup que nous fo- 
yons hors de danger ; il y a enviroa 5 femaines qu'ils 
ont tué un homme, à l'ouverture du Kentuckt, et 
Jeudi pafTé, ils tuèrent une femme, et un nègre, dan& 
le conté de Jeffcrfon, et deux hommes qui ont été 
trouvés dans la rivière Green, et que l'on fuppofe avoiï^ 






[ 109 ] 



été tués par eux. Voîlà les déprédations qu'ils ont 
cotnmifes depuis quelque temps. Mais ils ne s'en font 
pas tenus là, dans les nouveaux établiflemens de l'Ohio, 
ils affaffinent de tous côtés, et ne ccffent de ravager 
et de piller les habitaus d'alentour. 

Us ont dernierenaent fait feu fur un bateau qui por- 
toit des troupes, dont ils tuèrent un foldat et en bkf- 
fèrcnt fix." 

•' Je fuis furpris de voir, dans vos papiers-publics, 
des informations auffi fauflcs, concernant notre atta- 
chement à l'Union — que nous voulons nous unir aux 
Efpagnols, aux Anglois. — Il n'y a ritn qui puiiffe nous 
faire défireï' de nous féparcr de l'Umon, que le deffein 
de nous priver des droits ordinaires des hommes. 
Quant à Taâle de votre Afîemblée qui érige ce diftrift 
en état féparé,je crois que notre convention le rejettera. 
Qnelqucs-unes des conditions en font trop ferviles, et 
les autres trop vagues." 

De Charlejîon, le i^ jfutn. 

Combien ne feroit-il pas avantageux pour les Etats 
de l'Eft, que le Congrès fît la paix avec les Algériens, 
enforte qu'on puifle pafTer le détroit de Gibraltar, avec 
fécurité ! En Tannée 1774 il n'y avoit pas moins de 
1100 barques de pêcheurs, de 15 jofqu'à 75 tonneaux 
d'encombrement, qui, avec les navires qui portoient 
ce poiffon aux marchés, employoisnt environ 20000 
hommes. Ces barques faifoient l'une dans l'autre 
25,000 quintaux de poiffon fec, dans une faifon, dont 
îa plus grande partie fe vendoit aux marchés de la Mé- 
ditérannée, d'où nous 71e pouvions tirer ^it de i^or et de 
l'argent, IfTanî pis.'] 

De Winchejîer^ ^'^ ^7 Juin. 

Il efl paffé dernièrement plufieurs pcrfonnes des éta- 
feliffcmens de la partie de l'oueft. Elles donnent avis 
qu'un parti d'Indiens, après avoir leurré phifieurs per- 
fonnes dans un bateau fous des affurances d'amitié et 
avec promeffe de ne leur faire aucun mal, les attira à 
terre ; mais que fitôt qu'ils y furent débarqués, ils les 
jnafîacrèrent de la manière la plus barbare. 

Les François, dit une feuilk Angloife, font dans, ce 
moment, aufîî contents, et auffi joyeux que les An- 
glois ; mais les caufes en fo-nt différentes. Notre bon- 
heur vient du rétabliffem<:nt de la fanté de notre mo- 
narque bien-aimé, et le leur vient de leur changement 
d'un état d'efclavage, en celui de liberté. 

Si l'on en peut juger par leurs écrits, ils ont réfolu 
de régagner, au moins une partie de cette liberté dont 



jouiffoient leurs ancêtre», avec une plénitade qui !eg 
a fait diftinguer des noms de Francs. Il vient un 
temps quand les vieilles modes, même en politique, 
rajeuniflent et font goûtées de tout le monde» 
De Philadelphie^ le 10 Juillet, 
D'environ 2000 citoyens des Etats-Unis, qjui ont 
dernièrement émigré à Cartagènes, dans l'Amérique 
Efpagnolc, il n'en eft revenu que 140, les autres font 
morts, excepté quelques-un* qui (e font engagés dan& 
ks rcgimens Efpagnols, 

Oo doit efpéiser que cette malheureufe cataftrophe 
guérira d« la rage pour quitter les Etats-Unis qui a 
dernièrement infcfté quelques-uns de nos citoyens. 
Qiicls privilèges les Efpagnols peuvent- ils conférer 
fur les bords du MifSffipi, oh les Anglois en Canada, 
qui puiffent égaler, qu'on puiffe comparer à ceux dont 
nous jouiffons fous notre ineftimable conftitution fé- 
dérative ? c'cft être indigne de la liberté que de la 
changer pour quelques acres de terre, ou pour la rati- 
on de trois ans de pain et de bœuf, fur- tout quand on 
peut leur prendre Tun et l'autre, non-feulement fans 
jurés, mais même fans formes de lois par un gouver- 
neur avare ou capricieux. De réclamer les fruits de 
notre induftrîe, de faire d'une chaumière, un château 
contre le pouvoir arbitraire, de pouvoir partager, fans 
naiffance royale ou noble, tous les honneurs du gou- 
vernement, et ôfcr adorer l'Etre fuprême, conformé- 
ment à nos defirs, et à notre inclination, fans contribuer 
au maintien d'établiffemens qui ne s'accordent pas avec 
notre coafcience. Voilà les avantages, voilà les bien- 
faits dont jouit l'Amérique, voilà les bénédidions 
qu'aucun autre pays du monde ne pofféde.. 
Du même lieu. 
Lettre au rédadkeur de la Eédcrcl Gazette. 
Monfieur, 
L'homme de bien qui combat bravement les mal- 
heurs de îa vie, eft un fpeftacle touchant pour Dieu, 
pour les hommes, a dit un poëte célèbre. Cette ré- 
flexion laiffa dans mon gfpiit une imprefîion profonde 
à une vifite que je fis dernièrement au vénérable Frank- 
lin. 11 avoit au moyen d'opiats, paffé la nuit fans 
douleur, mais fans fommeil — il étoit à repaffcr quel- 
ques-uns de fes escelJens manufcrits qui, j'efpérr, fe- 
ront dans un temps, ou dans un autre, rendus pub- 
lics. Il m'entretint pendant deux heures fur Vhomme^ 
fur la nature^ et fur Dieu ; ce qui me fit prefqu'oublier 
que j,'étois fur la terre. — Accablé fous le poids de 84. 



[ 



IIO 



ans, et d'une maladie * cruelle, ce grand homme a 
confervé toute cette fublimité, cette étendue, cette 
profondeur d'idées et cette aimable philanthropie qui 
Font rendu pendant plus d'un demi-fiècle une béne- 
diSlon pour le genre humain. Si les prières des hom- 
mes poijvoienî avoir ^queiqu'cffet fur les décrets de 
CELUI qui gouverne l'univers, les foupirs de millions 
atteîndroient fon trône de grâce, et il écouleroit les 
fuppîications di-s efpiits immortels qui foufFrent dans 
le royaume du buuhtur, toutes les douleurs de leur 

frère Frankh'n. 

Un admirateur de la vérité et de la vraie bonté, 

* Il y a quelques années que cet homme refpeétable 
efi: aSigé de la pierre. On auroit entrepris l'opé- 
ration,!! y a à Philadelphie un opérateur très-habile 
(M. Jones ; ) mais la vie d'un homme femblable eft 
fi précieule, il y a tant à rifquer, qu'il faut préférer 
de jîjuir du relled'une carrière aufîi honorable, quel- 
que foible qu'il foit, à en interrompre le cours, en 
voulant écarter le poifon qui nous fait regretter des 
temps plus heureux. 



De New-Tori, le g Juillet. 
Extrait d'une lettre du Maryland. 
" Je lis, avec grand plaifir, votre lettre fur les affaires 
rurales, car malgré tout ce que l'on a dit, pour prou- 
ver que nous fommes une nation con?merçante, je me 
regarderai toujours comme membre d'une fociété de 
cultivateurs, dont la feule reffouroe eft l'agriculture, 
et qui doit chercher toutes les aifances de la vie, fur 
la fui face de la terre. Peut-être pourroil-on nous 
apptUer une nation de commerçants, comme FalftafF 
prétendoit avoir des faillies heureufes, purement parce 
qu'il en faifoit naître dans les autres. Si à l'agricul- 
ture, on pouvoit ajouter les manufaftures^ l'excédent 
de marchandîfes que produiroient ces dernières pour- 
roit faire la bafe de notre commerce, et peut-être 
pourrions nous devenir marchands." 

Be B O S r N, le 22 Juillet. 

Réfumé des nouvelles, extrait des papiers Anglois. 
En Angleterre, le fujet de la converfation uni- 
verfelle, etl le procès de M. Haftings, fur-tout depuis 
qu'il a, au moyen d'une pétition, préfentéc par fes 
partifans, pour effayer découvrir M. Burke d'oppro- 
bre, en lui imputant d'avoir avancé, dans fon plaidoyer, 
deschofescfuj n'avoient aucuB rapport à fon accufation. 
Cette pétition a été débattue dans la chambre des 
communes pendant trois jours. Ou y nomma un 
comité pour chercher des exemples.— Le miniflère eft 



pour Haftings — maïs on fuppofe que ce n'eft' qu'un 
prétexte du délinquant, pour mettre fin au procès. 

En France, tous les yeux font tournés vers les 
Etats- Généraux, qui fe font aflTemblés à Verfailles !e 
27 Avril dernier. On a érigé de grandes galeries 
qui fe louent par les entrepreneurs. 

En Russie, on fait toutes les préparations pour 
continuer la guerre avec la pins grande vigueur. Celte 
puiffance a dan? ce moment 200,000 hommes prêts à 
entrer en campygne. Les mêmes préparations fe font 
en Allemagne. — La convalefeence de l'Empereur y 
ajoute une noiiveîle célérité. 

La Suéde s'arme avec courage contre la RuOîe, 
mais elle écoute avec attention, les proportions de paix 
que lui fait la Pruff.% 

La Prusse eft à l'afFut — avec une armée nom- 
breufe pour entrer en aélion. 

La Pologne fe tient ferme dans fa neutralité, où 
elle eft affurée par la Ruffie et la Pruffe. 

Les Turcs équippent avec célérité. — Ils ont réfolw 
que !e CroilTant ne fera pas humilié devant la Croix ; 
et que les caprices des potentats Européens ne feront 
pas la loi à\\ fubl'ime porte. 

L'ordre de Cincinnatus de Rhode-Ifland, vient de 
s'immortalifer, à une affemblée annuelle, par un arrêté, 
qui expulfe un membre, pour avoir payé fes dettes en 
papîer-monoie *. Voici l'arrêté. 

D'autant que Jofeph Arnold, de Warwick, mem- 
bre de Cincinnatus dudit état, a, en payant une dette 
en papier-monoie, forfait toutes prétentions aux prin- 
cipes d'h'onneur et de juftice, qui font la bafe de cette 
inftitution, malgré qu'on l'en ait averti, et s'eft rendu 
par-là, indigne de l'amitié et de la confiance de cette 
claffe de fes concitoyens, ou de la confidérations des 
gens de bien : 

Arrête unanim^:mênt, que ledit Jofeph Arnold 
foit expuîfé de la ditte fociété, et que fon nom foit 
biffé de la lifte des noms qui la compofent. 
Publié par ordre de la fociété, 

Robert Rogers, féerétaire. 

* Telle eft la loi de '* cet état d'iniquité," (c'eft ainfi 
que les autres l'appellent) cette loi n'a été confentie 
que par la canaille ; mais la canaille conftitue la 
majorité. Les gens de bien qui, malheureufement 
compofent la minorité, font obligés de s'y fouraet- 
tre. Le papier-monoie paffe k Topour un, quand 
c'eft affaire de convention : quand on y eft forcé 
par la loi, il égale l'or et l'argent, et le pauvre cré- 
ancier perd le neuvième, fouvent plus. 



[ " 

L'Empereur d'Allemagne, difent les feuilles An- 
gloifes, fe trouve beaucoup mieux ; mais il ii'eft pas 
rétabli, et il n'eft pas probable qu'il le foit jamais, 
parce que les médecinvont prononcé fa raaladie j^^/j^j 

pnlmoiialis. 

Extrait d'une lettre du New- Jerfey, du 30 Juin. | 

Je crois que le rapport du comité qui fixe les émo- 
lumens du Congrès, rejettera notre pays dans la con- 
fufion. 

" Je n'en ai encore entendu parler perfonne qu'avec 
indignation, et avec refentiinent, et en général, nous 
le regardons comme tout-à-fait oppofé aux idées que 
nous avons d'un gouvernement républicain. Y-a-t'-il 
un exemple foit en Europe ou en Amérique de pareils 
éraolumens donnés à deslégifl?.tsurs ? On ne peut fure- 
ment pas les comparer avec ceux qu'avoit l'ancien 
Congrès. Ce n'étoient point des légiflateurs à pro- 
prement parler, ce n'étoit qu'un confeii des Etats. 
X.es membres en furent cfaoifis dans les temps les plus 
dangereux que l'Amérique ait jamais vus. Chacun des 
hommes qui étoit de ce nombre, étoit fur que fi les 
Anglois nous avoient vaincus, il auroit perdu et fa vie 
et fes biens. 

*' Les membres du parlement Britannique, fi je ne 
me trompe, ne peuvent demander legallement plus de 
fîx (hillings ftetl. par jour pour leur fervice ; et notre 
îégiflature n'a eu depuis la guerre que de fix à dix che- 
lins, argent des divers états ; et nous avons eu parmi 
eux des hommes des plus grands talens. Où ces mef- 
lieurs trouveront-ils donc un example de fi forts emo- 
lumens ? ou n'ont-iis pas befoin d'cxamQles ? 

" En un mot, nous regardons le falaire, tel qu'il a 
été fixé par le comité, au moins au double de ce qu'il 
devrcit être ; et je fuis convaincu que fi le rapporc eft 
reçu par la Chambre, et paiTé eu loi, il fera fuivi de 
conféquences, peut-être plus ferieufes, que ces meHieurs 
ne l'imaginent. 

" Nous efpérions que l'exemple que leur a donné 
4iotre digne Préfident, dans l'excellent difcours qu'il 
addreffa aux deux Chambres, les auroit Induits à ft 
borner à une fimple compenfaiion pour leur temps et 
leurs frais ; mais helas que nous fomrnes trompés, en 
voyant que k quantum fixé par le comité va à, au moins, 
le double de ce que leur produiroit leur commerce ou 
leur trafic, chez-eux ! 

•' L'abfurdité de doubler les émolumens de l'ora- 



■ 3 ' 

teur, eft évideiate à tous ceux qui ont la moindre 
teinture de légiflation ; excepté l'obligation d'afîîfter 
exadlement tous les jours que la chambre fiège (ce 
qui eft, pour le dire en paffant, le devoir de chaque 
membre) l'orateur a l'emploi le plus commode de 
toute la Chambre. Il n'cft jamais en comité ; jamais 
il n'a à rédiger aucun bil),. ni aucun melTage. Douze 
dollars par jour, ou mille fept cens cinquante deux 
pounds par an, peuvent être regardés par celui qui les 
reçoit comme une fort belle rente annuelle, mais le 
pauvre artifan qui a verfé fon fang pour la patrie dans 
la dernière guerre, la regardera fous un autre point de 
vue, quand il faudra y ajouter 900 pounds, pour cha- 
cun des membres. 

" Je me flatte que, pour l'honneur de cet état, aucun 
de fes membres s'ils étoient du comité n'ont opiné 
au rapport en queftion. Et moi, fi j'en avoisété, j'au- 
rois voté que l'on ajoutât au rapport un arrêté fem- 
blablc à la réfolution de Roboam, a l'avis des Ifraélites, 
prononcé à la mort de fon père. 

" Avec de pareils émolumens, nos repréfentans au- 
ront îe moyen de fupporter des fpeftacles. Mais fans 
être grand prophète, on peut affirmer qu'avec défi, 
grandes dépenfes, l'état ne fera pas défendu ni les 
dettes payées, à moins que ce ne foit par des taxes qui 
réduiront les citoyens au lait de bœurre, ci aux pommes 
de terre, pour leurs alimens. 

" C'eft une politique bien étrange, de faire voir aux 
états que l'on invite à adopter la nouvelle conftitution, 
une dépenfe annuelle d'environ quatre vingt dix mille 
pounds, pour les émolumens de la Iégiflature., 

" J'ai été un des partifans les plus zélés de la con- 
ftitution, depuis le commencement ; et l'on fait que 
l'état que j'habite l'a adoptée fans propofcr un feul 
changement. C'eft pourquoi je me fens intérrefle à 
tout ce que fait, même un comité de ce corps, qui 
pourroit tendre à prévenir les efprits contre le nouveau 
gouvernement." 

Les avis de Nev*f-York mandent que le Congres 
DES Etats-Unis a confenti les émolumens qui fuiv- 
eiit,pour fesdifférens membres, favoir, — Le Préfident, 
25,000 dollars par an. — Le Vice-Préfidenî, 5000 dol- 
1:1 s par an. — Chaque Sénateur et Repréfentant, 6 
dollars par jour. — L'orateur, 12 dollars par jour, — - 
Qu^and ils feront en voyage, il leur fera accordé, le 
falaire d'un jour, à vingt miles par jour. 



[ "2 ] 

fenfualité. Les magafins les mieux afTortîs font ceux 
où le commerce fait abonder les denrées dé toutes parts, 
& fa liberté feule les forme. 



PECHES AMERICAINES. 

Ces mefures ne feront pas traverfées par l'avidité 
des armateurs, & fi vous les fuivez de manière à ne 
jamais perdre la trace de vos jeunes voyageurs, fi vous 
avez attention de n'en pas faire des importaiis, fi vous 
leur infpîrcz & à leurs parens une juIle confiance dans 
l'œil tutéhire que vous aurez fans cclfe fur eux & dans 
votre générofité, il ell impoffiblc que cette marche ne 
réuiïiffe mieux & ne vous coûte moins, que tous les 
armemens favoriféspar des moyensfurnaturels, moyens, 
fans lefqueis cependant l'expérience les a démontrés 
impofîibles *. 

Si nos obfervatîons font fondées, s'il ed vrai, comme 
îe-loi'd ShefSeld en convient lui-même f , que l'Amé- 
rique libre un jour l'emportera dans la pêche fur toute 
l'Europe, & fournira du poifTon falé à très-bas prix 
dans tous les marchés, la France doit fe hâter d'attirer 
chez elle, par la plus grande liberté & une franchifc 
coraplette, le poiffon Américain. Elle doit profiter 
des circonftances aftuelles où les plus courts voyages 
font fans contredit ceux qui conviennent le mieux aux 
Américains libres. 

Ils portent beaucoup de poiffon en Efpagnc, en 
Portugal. Il ne feroit pas impoflîble, que pouvant 
trouver en France des retours plus variés, ils n'y por- 
taffcnt même les provifions deftinées aux Efpagnols & 
aux Portugais. Elles feroient alors voiturées par des 
caboteurs François, quiattendroient les vaiffeaux Amé- 
ricains à leur arrivée, & les déchargeroient promptement 
â\i poiflbn que îa France ne pourroit pas confommer J. 

Les Américains libres ne peuvent être attirés en 
Efpagne & en Portugal que par les vins de liqueurs. 
Ces vins ne nuifent pas à la confommation des vins 
François, ils font aflbrtiment. il faudroit donc dans 
le nouveau cours de chofes que nous propofons, qu'il y 
eût dans les ports François des dépôts commodes & 
non coûteux de ces vins recherchés dans tous les pays 
par les gens aifés, & regardés comme des cordiaux né- 
ccffaircs, plus encore que comme des jouiffances de la 

/î BOSTON, de l'Imprimerie d.e Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. sj, 

où l'on peut fc procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Cufhing ; à New-Terk, chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno j à Philadelphie, chez M. Mathew Carey ; et chez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et même un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous \z% genres., fur-tout fur le commerce. 



* Rîen n'eft plus cafucl pour la France que la pêche 
de Terre-Neuve ; voici deux années qu'elle eft 
malheureufe. En 1785» une quantité de bâtimens 
François plus confidérable qu'à l'ordinaire, a cru, 
pour accélérer la pêche, devoir prévenir la faifon. 
Ils ont effuyé d'affreufes tempêtes. Les vaiffeaux 
délabrés ont gagné Terre-Neuve avec peine, & une 
partie du tems deftiné à la pêche, ayant été employé 
en réparations, elle a été moins confidérable & a 
caufé beaucoup de pertes. Voilà des matelots bien 
chèrement 6c bien triftement formés. Despépinieres 
fi peu abondantes ne fauroiçnt être bien fécondes 
en hommes. 

f Le lord ShefKeîd, pour confoler fa nation & l'encou- 
rager au monopole de la pêche, prétend que la 
Nouvelle- Ecoffe, le Canada & Tfle St. Jean fur- 
pafferont les Etats-Unis dans leurs pêcheries. Il 
ctl difficile de croire que ccsétabliffemens profpérent 
plus que les Etats-Unis, que même le voifinage de 
ceux-ci ne ralentiffepas fansceffe les progrès de ces 
établiffemens, tant que la domination Angloife s'jr 
fera fentir. Le colonel Champion cft d'un avis con- 
traire à celui du lord Sheffield. Ce lord paroît ne 
devoir être cru que dans les avantages qu'il accorde 
aux autres nations ; car c'eft. bien à regret qu'il en 
convient, & il montre une crédulité enfantine pour 
tous les contes de vieilles femmes fur les défavanta- 
ges des autres nations. Trifte manie de rivalité qui 
aveugle les gouvernemcns de tous les pays, qui les 
tranfporte fans ceffe hors de chez eux, tandis qu'ils 
ont tant à faire, tant à conquérir dans leur propre 
enceinte ; tandis que fe rcuniffant tous pour affran- 
chir le commerce, pour mettre fin aux monopoles, 
tous y gagneroient ; car l'arène du commerce eft 
vafte comme le champ du bonheur. 

X Dans l'état préfcnt des chofes, le produit de la pêche 
Françoife ne peut paffcr en Efpagne & en Italie 
que chargé par la ferme générale de droits d'entrée 
& de fortie. Le moyen de foutcnir la concurrence 
des Américains dans les pays étrangers ! 



t "3 ] 



..imm-nmiii— B»ii ii|iiii]iJWMMi»Mii«Li.».»i!«gnjgi»ii»ia«cBiieigiig«< A>t«i.<ami.«i«iit.TamiBiaa(»ca 



COURIER DE BOSTON, 

AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



LS Utilité des deux Mondes. 



Pripfi 5 Pence,"] 



Du JEUDI, 30 Juillet, 1789. 



[No. 15. 



AVIS. 

L y a trois mois paffes que le Courier de Boston 
a commencé à paroître 5 c'cft au public à juger (i 
nous avons- rempli nos engagemens ; il a les titres fous 
fes yeux. Nous le fupplions ce public indulgent et 
éclairé, de confidérer la foule d'obftacles que nous 
avons à con^battre, et de chercher dans ces obllacles la 
caufe des iiliperfeâ:ions de cette feuille. 

Nous étant dévoués au commerce et atout ce qui a 
trait à l'utilité des deux mondes, nous ofons encore 
réclamer les faveurs de meffieurs les négocians, fans 
lefquèlles cet ouvrage que la correfpondancc étran- 
gère doit améliofcr, ne pourra être conduit à fa fin. 

Il eft inutile de faire ici le dénombrement des incon- 
vénients qui font attachés à l'éxecution de cette entre- 
prife ; il n'y a peut-être pas un feuî de nos leéleurs 
qui ne les ait fentis. Plufieurs perfonnes nous ont fait 
part de leurs craintes à cet égard lors de notre pro- 
fpeftus, et elles fe font depuis étonnées de la lueur de 
fuccès que nous a accordée l'indulgence du public ; 
e'cft elle qui nous fait fentir la natare des devoirs que 
la reconnoifîance nous impofe. 

Le travail incroyable que demande îa traduélion de 
cette feuille, cil le feul objet fur lequel nous voulions, 
pour un moment, arrêter les regards du public. C'cft 
dans cette tâche pénible que nous le prions de vouloir 
bien accepter le tribut de notre reconnoiflance et de 
notre dévouement. 

Avec de l'encouragement^ cette feuille peut devenir 
de !a plus grande, utilité aux deux mondes. 

Cette feuille hebdomadaire paroîtra le Jeudi dans 
la matinée, à l'avenir. 

L'abonnement eft de 15 livres tournois, pourTAmé- 
rique, pris à Bofton ; et de 24. liv. tournois pour l'é- 
tranger, franc de port. 

Les occafions pour les différentes parties des Ifles 
Françoifes et pour la France, font liès-frèqucntes, en 
outre des paquebots. 



■ ADVÉRtlSEMENi:. 

IT is now upwards of three months, fiuce the Cou- 
rier DE Boston was firft publilhed ; it is for thc 
public to judge whether we hâve fulfilled our engage- 
ments ; they hâve the materials before them. It is 
thac indulgent and enlightened public whora we intrcat 
to confider the many obtlacles we hâve to encounter, 
and to refolve în thofe obftacles, the caufc of the iai- 
perfeftions of this paper. 

Having devoted ourfelves to commerce, to the uti- 
lity of the twô worîds, we ftîU prcfume to claim the 
patronage of the mercantile part, without which, this 
work, which a foreign correfpondence muft improvc, 
cannot be carried to its end. 

It would be needlefs hère to enumerate the inconve- 
niences confcquent upon the performing of this un- 
dertakîng ; perhaps not one of our readers is infcnfi- 
ble of them. Several enlightened perfons were kind 
enough to communicate to us their fcars on that fub- 
jeft, when the Profpeftus was iiTued ; and they hâve 
fince bccn furprifed at the gîimmer of fuccefs, which 
the public indulgence bas granted us. That fuccefs • 
makcs us feniible of the duties gratitude impofes upon 
us. 

The incredible labour the tranflation of this paper 
requires is the only objeft on which we would for a 
moment turn the eyes of the public. In ît we intreat 
them to receivc the tributc of our gratitude and at- 
tachment. 

With encouragement, this paper may become of the 
utmoft utility to the two worlds. 

This weekly paper, in future, will be pubîifhed on 
Thurfday, in the forenoon. 

The price of fubfctiption is 15 livres tournois {tivo 
croiuns and a half) per annum, taken at Bofton, and 
24. abroad ; poftage paid. 

The means of conveyance, for the French Iflands 
and for France, are very fréquent, befides the French 
packcts. 



[ ÏI4 ] 



Lettre, fur les avantages que la découverte de l'Amé- 
rique a procurés au commerce, à l'éditeur de celte 
feuille. 
Monfieur, 

Qae le commerce foit favorable à la profpérité des 
Nations, c'eft de quoi on ne peut raifonnablement 
douter ; c'eft le feul moyen de corriger l'inconvénient 
de l'extrême inégalité des fortunes qui découle nécef- 
fairement de la propriété ; c'eft le féal moyen de faire 
rentrer le riche à certains égards dans la dépendance 
du pauvre, & de tirer le pauvre de la dépendance bien 
plus facheiife & bien plus funefte où il feroil à l'égard 
du riche. Donnez au riche des gôuts, des paflîons, 
des bcfoins, l'idée & le deftr de jouifiances nouvelles, 
où fes richefTcs refteront accumulées fans profit ni agré- 
ment pour lui ni pour les autres, & au grand détriment 
de la fociété. C'eft le commerce qui rétablit la cir- 
culation & î'aâivité dans tous les membres du corps 
politique, en faifant entrer l'induftrie en partage du 
fuperflu des riches, & en débarraffant ceux-ci d'un fu- 
perflu incommode, auquel l'induftrie feule du pauvre 
peut donner une valeur. 

Si tels font les avantages du commerce, gardons- 
nous bien de les borner ; le commerce intérieur ne 
fuffit pas ; c'eft peu que l'induftrie puiiïe réclamer fa 
part dans la richeffc du propriétaire régnicole ; par- 
tout où il exifte des terres, des alimens, delà richeffe, 
en un mot, l'induftrie peut exercer fes droits ; elle ira 
chez le Ruffe, chez le Polonois porter fes ouvrages, 
& leurs greniers lui feront ouverts ; les moiffons qu'elle 
y aura trouvé raffemblées manqueroat dans quelque 
autre partie de la terre, elle ira les y porter : utile 
ainfi à des climats diverfement traités par la nature & 
par la fortune ; utile fur-tout à elle même. 

En un mot, l'homme fans propriété ne peut fubfifter 
que par rinduftrie ; l'induftrie ne peut profpérer fans 
le commerce intérieur, ni le commerce intérieur fans 
le commerce extérieur. C'eft ainft que tout fe tient 
dans le monde, & que tous les befoinb réciproques 
forment la chaine phyfique Se morale qui doivent rap 
procher & unir les habiîans de toutes les contrées de 
la terre. 

D'après ces notions, il eft évident que la découverte 
de l'Améiique eft un bien, puifqu'elle a donné au 
commerce un monde nouveau ; il eft évident qu'on 
ne peut trop multiplier les découvertes, trop ouvrir 
de routes au commerce, & de fources à l'induftrie, 



trop donner de bcfoins au riche, trop fournir de tef- 
fources au pauvre. 

Souffrez que ce grand polTcfTeur de fiefs, que 
ce Seigneur qui domine fur toute une contrée, de- 
vienne un homme fenfuel & recherché dans toutes 
fes joniffances ; car bientôt il trouvera l'emploi de fes 
richefles, il n'aura plus de fuperflu, & c'eft le fuperflu 
qui donne le fentiment de l'indépendance, dont l'op- 
preflion & la tyrannie font les funeftes conféquences. 
Qu'il n'entaffe donc plus les produétions de fon fol, 
pour les laifl'er périr ou les diftribuer au gré de fes ca- 
prices, mais qu'il s'emprefle de les échanger contre les 
denrées coloniales, ces nobles enfans du commerce &' 
de l'induftrie, qui ne connoiffent pas d'autres maîtres, 
& qui femblent orgueilleux de n'être pas nés fous la 
ver^e de la féodalité." 

Mais les inconvéniens de la découverte de l'Amé- 
rique ne balancent-ils pas, n'égalent-ils pas, ne furpaf- 
fent-ils pas même fes avantages ? C'eft, le tort du fiècle, 
ou d'une nation dans ce fiècle, ou de quelques parti- 
culiers dans cette nation. Il eft évident qu'on pouvoit 
découvrir l'Amérique, établir avec cette contrée un 
commerce utile à l'Europe, fans égorger un million 
d'hommes dans l'IUe Hifpaniola, fans faire dévorer 
par des chiens ces malheureux fauvages. 

• Etoit-il donc befoin que les Européens traverfalTent 
les mers pour devenir injuftes & fanguinaires ? Ren- 
drons-nous la découverte de l'Amérique reiponfable 
de tous les vices du fiècle où le hafard l'a placée ? 
N'eft-ce pas dans ces temps malheureux que les Maures 
& les Juifs éprouvoient en Efpagne la plus fanglante 
perféerition ? N'eft ce pas alors que l'Italie étoit de- 
folée par des tyrans domeftiqnes & des brigands 
étrangers ? Que le defpotifme & l'intolérance cour- 
boient fous un joug de fer le noble & antique empire 
des Germains ? que les échafauds étoient drefl'és chez 
l'Anglais & chez le Batave ; que le fang de l'étranger 
& du citoyen inondoit la France ; que le fanatifme 
& la fuperftition régnoicnt dans toute l'Europe ? " 

Il y a dans tous les fiècles & chez toutes les nations, 
des exemples de ces erreurs & de ces cruautés ; les 
cruautés exercées par les Efpagnols en Amérioue, 
font d'un genre "a part, & ont fait époque ; mais ces 
cruautés, encore un coup, loin d'être inféparables de 
la découverte de l'Amérique, ne pouvoient que nuire 
beaucoup aux avantages qu'on avoit lieu d'en attendre. 

Un Voyageur^ 



[ "S ] 

De Ven'tce, le 4 Avril.. 
L'explofion du 1 1 Mars dernier, qui a canfé tant 
de dommages, fut cauf. e par l'inadvertance des bom- 
bardiers qui, en chargeant les bombes à^oudre, fe fer- 
virent de fer, au lieu de maillets de bois. Laquantiie 
de poudre, qui fauta en l'air dans cette occafion, fut 
de 72,000 livres, et le nombre de bombes fut de 60- 
000. Ces munitions étcîent du chargement de deux 
frégates, l'EoIe, et la Brillante, qui les avoieut mifes a 
terre pour fc caréner. 

De Tanger^ le l l Mau 
LeConful d'Angleterre n'a pasdeffein de revenir ici, 
mais de refter à Gibraltar, où il doit recevoir des 
dépêches de fa cour, relativement aux difputes qui 
fubiiftent encore entre l'Empereur de Maroc et l'An- 
gleterre. 

Sa Majefté Maure voulant terminer tous différends, 
follicite une réponfc aux trois propofitions fuivantes, 
dont l'adoption lui fera offrir des préfents à Gibraltar. 
1°-. Si le Roi d'Angleterre veut que fa Majefté 
ouv,re fes^ ports aux Anglois, aux mêmes conditions 
qu'aux Efpagnols, il faut qu'il faffe coriyoyeq les deux 
yaiffeaux mentionnésl'année dernière, aConitantinople, 
avec deux autres, et des préfents à fon frère Abdefh- 
med, que Dieu conferve. 

2*^. Qu^e fi fa Majefté n'accepte point ces offres, 
elle peut importer des denrées en payant les mêmes 
droits qu'auparavant. 

3°. (>ue fi fa Majefté Britannique ne veut ni con- 
voyer les batimens, ni importer les denrées, fous les 
mêmes conditions qu'auparavant, fa Majetlé im- 
périale n'en fera point embarraffée ; elle demande 
feulement que la bonne correfpondance avec fa Ma- 
jefté Britannique ne foit point interrompue. 
GRANDE-BRETAGNE. 

De Londres, le \ Mai, 
Le Roi a beaucoup d'eftime pour fa Majf Ré Pruf- 
fienne, et l'on dit qu'il a fouvent exprimé un ardent 
deûr de la voir. 

On lit dans une feuille de Londres l'obfervation 
fuivante. 

Sans être ni prophète ni dcvjn, mais raifonnant 
d'après un appcrçu des débats d'hier au foir, et l'état 
préfcnt de la politique de ce pays, nous mettrons nos 
îeéteurs en garde, pour examiner mûrement les chefs 
d'accufation de M. Haftings, comme effedivement 
abandonnée. 



Nous ne nous permettrons pas de rien obferver fur 
les circonftanccs qui, à la fin, produiront cet effet, 
tous nos Icâieurs doivent fentir combien les procédés 
du parlement doivent être ennuicux aux Dircfteurs, 
tellement qu'ils ne veulent pas continuer,à moins qu'il 
ne foit permis à M. HaJlings d'entrer en défence fur 
les deux accufations qui lui ont déjà été faites, et fur 
le refte du poids des crimes qu'on lui a imputés,et quii 
n'ont point encore été refutés ; ce qui doit être une 
ficudtion des plus embarraffantes/owr un cœur qutfefent 
innocent. 

C'eft à regret que nous voyons que l'efprit de parti - 
s'eft gllffé dans les procédés qui ont été employés dans 
cette accufatîon. 

Quand M. Burke énonça que M. Hajlings caufoit la 
famine quand il dinoit," toute l'auditoire fixa les yeux 
fur l'accufé, elle le pouvoit à peine croire 1 quelle doit 
avoir été la fituation de l'Inde, fi M. Haftings dinoit 
tous lés jours ? On peut bien chercher fa fortune dans 
les Indes, après la réfidence de douze ans d'un gouver- 
neur fi vorace ! 

Les François, avec leur gallanterie ordinaire, nous 
ont paffé dans le plan de leur repréfentation ; ils ont 
donné aux dames le droit de voter. aux éltdlions, et 
d'envoyer des députées aux Etats-Généraux. 

Du même lieu, le 2 Mai. 
Il a plu à fa Majefté d'accorder la grâce aux crimi- 
nelles qui dévoient être exécutées à Newgate, et dont 
l'exécution avoit été remife ; à condition qu'elles fe- 
roient tranfportées à la côte des Galles Méridionales. 
Il y en eut 17 qui acceptèrent la grâce du Roi, avec 
foumiffion, et les fix autres la réfufèrent obftinément, 
préférant la mort à être féparées de leur connoiffances. 
La corruption eft une des accufations exhibées par 
les communes contre M. Haftings ; il eft du devoir 
indifpenfable des Direéleursdc donner à cette accufa- 
tion toute la force qu'ils ont en leur pouvoir ; c'eii. 
un crime d'état. " L'avocat de l'état a le droit certain 
de faire ufage de tous les faits qiii ont fnivi cette C04-- 
ruption. Car le poifon de la corruption eft plus ou 
moins venimeux, félon que fes effets font plus ou moins 
dangereux. Un avocat pourroit s'adreffer ainfi. ' 

" Je prouverai que le prifonnier eft coupable de cor- 
ruption. Je le prouverai corruptible dans fon en"iploi, 
et de cette corruption font découlés-l'oppreffion, des 
défordres de tous les genres, des aftes d'injuftice, et 
de cruauté. Tantôt un criminel étoitjuftifié. malgré 



[ ii6 ] 



le témoignage qui dépofoit contre lui ; tantôt, c'étoit 
un innocent qu'on menoit aux fupplîces, fans témoi- 
gnage, fans témoins de fa faute : qu'étoit tout cela 
finon, des affaffinats commis fous l'autorité de la loi ?" 
Du même lieu. 

Parmi les exemples de la conduite des autres nations, 
le règlement fuivant qui a été adopté à la Havanne, 
et dans d'autres établiffemcns, par le gouvernement 
Efpagnol, pour l'émancipation graduelle des efclaves, 
et pour leur procurer un traitement plus doux, peut 
fournir les leçons de la politique la plus faine. 

Sitôt qu'un efclave'y eft débarqué, fou nom, fon 
prixj&c. y eft enregiftré fur les regiflres de l'amirauté, 
et la loi oblige le maître à lui donner chaque femaine, 
un jour en outre du Dimanche ; enforte que s'il veut 
travailler pour fon maître ce jour-là, il en reçoit le même 
falaire qu'un homme libre, et ce falaire lui eft telle- 
ment affuré par la loi, que fon maître ne peut pas l'en 
priver fous quelque prétexte que ce foit. Voici un 
pas de fait vers l'abolition de l'efclavage ; car fitôt 
qu'un efclave peut acheter un autre jour-ouvrier, le 
maître eft obligé de le lui vendre pour le cinquième 
du premier coût, et les quatre autres jours de même, 
quand Tefclavc fe fent en état de les racheter ; après 
quoi, il fe trouve libre. Ce moyen les excite tellc- 
tnent à être laborieux que même les plus pareffeux 
font tous leurs efforts pour fe délivrer. 



FRANCE. 

Etats-Generaux — 'travaux accejfoires. 

De Parts, /f 24 Avril. 

Sa Majefté a nommé le Maréchal Duc de Duras 
pour faire les fondions de Grand Çhambclan, durant 
l'afFcmblée des Etats- Généraux. 

Samedi derniet, dans l'après-diné, il fe tint une 
aflemblée des chambres du parlement, à la quelle plu- 
fieurs paires afîîftèrent, on y délibéra fur la forme de la 
convocation de la capitale, et comme elle ne fc trouva 
pas conforme à l'ancien ufage, elle excita la réclama- 
tion, non-feulement de la noblefle,mais encore du tiers- 
état. On parla à cette affemblée de faire des repréfen- 
tations à fa Majefté; mais à la fin, après un débat d'une 
longueur confiderabîe, il fut arrêté, par une majorité 
de 36 contre 26, que les délibérations cefferoient pour 
le moment. Ea conféqucnce l'affemblée ajourna à un 
jour prochain. 



Les Etats n'ont encore rien fait qu'examinerks titres 
de leur députés. L'on avoît d'abord propofé que cet 
examen fe fît en préfencc des trois ordres raffemblés ; 
mais la nobleffe et le clergé infiftèrent fur ce que cha- 
que ordre examinât fes membres. Cette mefure fut 
accueillie par les deux premiers ordres, afin de ren- 
verfer les prétentions des communes, qui auroieni-bien 
voulu que tout ce qui a rapport a-ux Etats- Généraux 
fût décidé, non pas comme autrefois, par la pluralité 
des ordres, ce qui n'auroit fait que trois voix, mais par 
la pluralité des têtes ; ce qui auroit produit autant de 
voix qu'il y a de membres, et alors le tiers-état auroit 
toujours pu compter fur une grande majorité ; car en 
outre de ce que le tiers-état égale les deux autres ordres 
en nombre, il fe feroit fans doute trouvé dansces ordres, 
beaucoup de perfonnes en leur faveur. Plufieur» dea 
dignes curés de paroiffes^dont lapluparta étéapprouvée 
unanimement par le peuple, ont époufé ouvertement la 
caufe du tiers-état, et ont manifefté leur antipathie 
pour les dignitaires, favoir, le» Archevêques, Evèques, 
Abbés et toutes leurs liaifons ; et on peut dire que le 
même efprit règne parmi la nobleffe inférieure. Voilà 
pourquoi les communes s'emprefferent fi ardemmcHt à 
foUiciter qu'on leur accorde une repréfentation plus 
égale que dans les affemblées précédentes. Leurs re- 
montrances étoient que comme ils conftituoient pofi- 
tivement la natian, et que leur nombre étoit en pro- 
portion des deux autres ordres au dcffus de 24 à i, le 
moins qu'elles pouvoient attendre, étoit de répréfenter 
la moitié de la nation dans l'affemblée générale. Cette 
réclamation parut fi jufteàfa Majeflé, qu'elle l'accorda, 
malgré la décifion de» notables qui décidèrent par une 
grande majorité, que la forme de repréfentation devoit 
êtrcconformeàladernière affemblée desEtatsGénéraux 
en 1614. On a regardé ce point comme une vidoirc 
fignalée qu'avoient gagnée les communes, et on ne 
doutoit aucunement que tout feroit décidé à l'affemblée 
nationale par la pluralité des voix, prifes individuelle- 
ment, car il eût été inutile et illufoire d'augmenter 
le nombre des communes, pour leur oter l'influence 
additionnelle qui étoit l'objet de cette augmentation, 
ce qui devoit arriver, fi les fuffragcs euffent été recueil- 
lis des trois ordres. M. Nccker, dans fon difcours, à 
l'ouverture de l'affemblée, femble favoriftr ce dernier 
mode, au grand étonnement du peuple, et quoiqu'il 
ait voulu pallier cette doftvine, en difant que le premier 
mode pourroit être préférable, cependant on fait qu'il 



[ " 

a déclaré ouvertement aii confeii du Roi, qu'il étoit I 
d'un feniinoent coDtrairc. 

Le paragraphe ci-deflus fcrvira à expliquer pourquoi 
il cft propabk que la noblcffc fupérieure ne s'accorde 
pas avec les communes, car ce font ceux qui font les 
plus riches qui auroient le plus de répugnance à con- 
fentir des lois ou des ades qui les forceroicnt à payer 
ce qu'ils doivent, malgré leur condefcendance fpécieufe. 

Le Clergé de cette ville a enfin fini fon fcrutin. 
L'Archevêque de Paris et quatre curés d'une conduite 
exemplaire ont été choifis unanimement parmi le nom- 
bre. M. Sarget, le célèbre avocat, eft choifi repré- 
fentant pour le diftriél hors des murs de Paris. 

Le tiers-état de la ville d'Aix en Provence vient par 
un arrêté, de faire frapper une médaille en honneur de 
l'Intendant de cette province, M. De Latour, premier 
Préfidpnt au parlement d'Aix. L'infcription en eft 
auffi fimple qu'elle doit être flatteufepour un honnête 
homme : " La troifième clafle des habitans de la Pro- 
vence offre cette foible marque de fa reconnoiffance à 
Charles D£ la Tour, qui a été fon ami pendant 
40 ans." On lit ces mots dans la lettre qui accom- 
pagnoit cette médaille : ** comme du temps de Henry 
le grand, fes braves foldats n'avoient qu'à regarder fon 
panache pour fe rallier dans le chemin de rhonneur, 
que cette médaille, diftribuée à chacun de n0us,en nous 
rappellant le fentiment unanime qui nous l'a fait pré- 
fenter à ce digne citoyen, l'Intendant d'Aix, nous 
avertifle de la carrière politique que nous avons à four- 
nir, et de n'avoir à ccenr que la feule vue du bien pub- 
lic, et qu'elle nous foit un point d'appui pour notre 
conduite future." 

Du même lieu. 
On apprend de Provence et de Languedoc, qu'il eft 
arrivé plufîcurs batimens chargés de grain, et que l'on 
ca attendoit plufieurs autres d« Sardaigne, d'où, fa 
Majellé avoit permis que l'on en exportât. 

La famé du Dauphin eft, bien baffe, et les méde- 
cins défefpèrent de fa vie. 

La Reine, avec toute la tendreffe d'une mère, a af- 
fifté conftammeiit depuis trois femaines, et elle lui a 
rendu tous les devoirs qu'on pouvoit attendre d'une 
mère affectionnée. 

La fanté de S. M. eft vifiblement afFoiblie par fa 
folicitude pour la vie du Dauphin fon fils, et celle de 
l'Empereur fon frère. 

Il a paru dans toutes nos feuilles des avis de turaultes 



7 3 

qui arrivèrent à Paris entre la populace et la troupe» 
au fujet d'un entrepreneur de raanufaélurcs : on voici 
les détails. 

M. D. propriétaire d'une manufaâure, et employ- 
ant un grand nombre d'ouvriers, déclara publiquement 
que 15 fous fulfiroient pour le falaire de chaque ouvrier, 
pourvu que l'on abolit certaines taxes. 

Ce fentiment qu'avoient excité les intentions les 
plus pures envers les ouvriers, en fut fi mal interpré' 
té, qu'ils crurent qu'il étoit d'avis de diminuer leur 
falaire, et ils inveftirent fa maifon avec la rcfolution 
de l'immoler à leur rage. 

L'on envoya chercher la garde ; mais les ouvriers 
en plus gra.id nombre, la lapidèrent, en tuèrent plu- 
fieurs foldats, et jettèrent d'autres par les fenêtres, de 
forte qu'on fut obligé de leur commander de faire feu. 
C'eft alors que les ouvriers et la populace cédèrent, 
après avoir laifTé fur la place plus de 600 morts. — Ce 
carnage arriva dans le faubourg St. Antoine» 

Il eft arrivé un accident fâcheux à la caifTe d'ef- 
comptc, il y a eu Dimanche huit jours. .Un courier 
portant la livrée du Roi entra et demanda à parler à 
un des Dircfteurs,' M. Vincent, à qui une lettre, dont 
il étoit porteur, étoit addreffée, fignée Necker et fcellée 
des armes de ce Miniftre. La teneur de cette lettre 
étoit qu'il délivrât au porteur loo,oool.(5000^.fterl.) 
pour l'ufage de fa Majefté. L'on a fait des recher- 
ches, mais elles ont toutes été infruélueufes. 



Continuation des 'travaux du Congrh. 

*^* Les jours de féance que nous avons omis dans 
cette feuille fe font pafTés en longs débats fur le bill des 
impôts, qui vient d'être confenti par Icstrois branches de 
la légiflature, et dont nous donnons un extrait ci-après. 
Sur la perception des impôts — les inconvénients qui y 
font attachés — fur les départénrjens — fur le pouvoir 
accordé au PiéfiJent, de déplacer le principal officier da 
département tréforiak Ce fujet a été vivement dif- 
cuté dans le Sénat pendant plufieurs jours, et quand 
les voix furent recueillies, elles fe trouvèrent également 
partagées ; la conftitntion, qui a prévu ce dilemme, 
ordonne que le Vice-Préfàdent, qui ne donne jamais fa 
voix, la donnera quand le nombre de voix fera égal.— -» 
M. Adams opina pour l'affirmative. Ainfi fc termi- 
na cette quellion importante. 

La qutftion, s'il étoit expédient de diftinguer les 
nations alliées de l'Amérique, de celles qui ne le font 
pasjfubit aiifîi de longs débats — elle fut à la fin décidée 
négativement. 



0.; II 

Extrait de l'AAc, poctant: éta'b]in''ement d'impôts fur I 
les marchandjfes importées de l'éiranger, dans les j 
Etats-Unis. 

S-ii.r tous les efprits diftillés, épreuve de la Jamaiq-ue, 
ainfi appelléc* lO fols par gall. ; fur tous aiuies tfprits 
diftillés, 8f. p. g. ; fur la méb.fTe, 2 î-2 f. p. g. ; fut . 
le vin deMadèiej 18 f. p. g.; fur tons aunes vins, 10 f; 
p. g. ; fur toute forte de bière en baril, 5 f. p. g. ; fur le 
cidre, et fur la bière de toutes les quaHtcs,en bouteilles, 
20 f. par douzaine ; fur la dréche, 10 f. parljoiffe lu ; 
fur le fucre brut, I f. par livre ; fur le fucre de la 
première qualité, 3 f. p. do. ;. fur tous autres fucres, 
î 1-2 f. p. Ib. ; f',11 le cafFé, 2 1-^2 f. p. do. ; fur le 
cacao, i f. p. do. ; fur les chandelles, 2 f. p. do. ; 'fur 
les bougies de cire et de fpetmacéti, 6 f. p.do. ; fur le 
fromage, 4 f. p. Ib. ; fur le favon, 2 f. p. Ib. ; fur les 
bottes, 50 f. p. paire ; fur tous les fouliers, pantoufles 
et galoches, faites de cuir, 7 f. p. paire ; fur tou's les 
fouliers ou pantoufles de foie, 10 f. p. paire ; fur les 
cables, 75 f. par Iî2lb. péfant ; fur tous les cordages 
goudronnés, 75 f. p. 112 Ib. péfant ; fur les cordages 
fecs, 90 f. p. 112 Ib. péfant ; fur le fil à voile, et fur 
la ficéle, 200 f. p. 112 Ib. péfant ; fur tout l'acier brut, 
56 f. par ÎÎ2 péfant ; fur tous les clouts, i I. p Ib. ; 
fur le feî, 6 f. par boiffcau ; fur le tabac fabriqué, 
-6 f. p. Ib. ; fur le tabac en poudre, 10 f. p. Ib. ; fur 
l'indigo, 10 f. p. Ib. ; fur ks cai des à laine et à coton, 
50 f. p. douz. ; furie charbon, 1 f. par boiffcau ; fur 
le poificn féché, 75 f. p. baril ; fur la moiue, 50 f. p. 
quintal. 

Tous les thés importés'de la Chine ou de l'Inde dans 
des bâtiment conilruits dans les Etats-Unis, et appar- 
tenans à un, ou à plulîeurs citoyens dcldits Etats, ou 
-dans des batimens conltruits chez l'étranger, et appar- 
teiians en entier à un, ou à plufieurs citoyens des E. 
U. depuis le 16 Mai der. jufqu'au moment de l'im- 
portation, feront fujcts aux droits fuivans, favoir. 

Le thé bou, à 6 f. p. Ib. ; le thé fouchong et autres 
thés noirSj à 10 f. p. Ib. ; le thé hyfon, à 20 f. p. Ib. ; 
tous les autres thés verds, à 12 f. p. Ib. 

Tous les thés importés d' Europe, dans des batimens 
conftruits dans les E. U. et appartenans à un ou à 
•plufieurs citoyens defdits états, ou dans des batimens 
appartenans à un ou à plufieurs citoyens defdits Etats, 
depuis le tôMai demie'-, jufqu'au moment de l'im- 
portation, feront fujets aux droits fuivans, favoir, 

Le thé bou, à 8 f. p. Ib. ; le thé fouchong et autres 
thés noirs, à 13 f. p. ib. ; tons les thés hyfon, à 26 
f. p. îb. ; tous les autres thés verds, à 16 f. p. Ib. 

Tons les thés importés autrement qu'il a été décrit 
ci-deffus, feront fujcts aux droits fuivans, favoir, 

Le thé bou, à 8 f. p, Ib. ; le thé fouchong et tous 
autres -thé.s noirs, à $3 f. p. Ib. ; tous les thés hyfon, 
à 45 f. p. Ib. ; toas les thés verds, a 27 f. p. Ib. 

Toutes les marchandifes autres que le tlié, importées 
delà Chine, ou de î'înde, dans des batimens qui 
n'aur-o-nt poiiit été conftruits dans les E. U. et qui 

* 24 di'gres à Vydrométrc. 



• ] 

n'appartiendront pas en entier aux cîtoye'ns defdus 
Etats, et dans des batimens conftruits chez l'étranger, 
et appartenans à un ou à plufieurs citoyens des E. U. 
depuis le 16 Mai jufqu'au temps de l'importation, fe- 
ront fujcties à T2 1-2 par cent ad 'valorem. 
• Les miroirs et autres glaces, excepté les bouteilles 
noires, les porcelaines, la poterie de grès et de terre, 
la poudre à canon, toutes les couleurs broyées à l'huile, 
l'es boucles à fouliers et à jarretière, l'or en feuille, le' 
galon d'or et d'argent, tous les cahiers, payeront £0 
par certt ,ad, valorem. 

Tous, les papiers à écrire, à imprimer, àenveloppesj 
à tapifferie, les cartons, les ffieubles, les boutons, les 
felles, les gans de peau, les chapeaux de cattor, de 
fourure, de laine ou mélangés, les modes faites, le fer 
de tout genre, le cuir tanné ou aprêté de quelque ma- 
nière que ce foit, excepté celui qui fera différemment 
taxé, les cannes, les fouets, les habits faits, les brofies, 
la vaiffelle plaquée, dorée ou argentée, la bijouterie et 
les ouvrages en œuvre, les ancres, les ouvrages en fer 
blanc et en étain, payeront 7 1-2 p. cent ad valorem ; 
les cartes à jouer, 10 f. par jeu. Tous les équipages, 
berline, diligence et autres voitures à quatre roues, les 
cabriolets et autres voitures à deux roues, 15 f. p. 
cent ad ■valorem. 

Toutes les autres marchandifes, 5 p. cent ad valo- 
rern, dans les temps et lieux de leur importation, ex- 
cepté les articles fuivans, favoir, le fer blanc, le plomb, 
l'étain, le cuivre, le fil de fer et de laiton, le cuivre en 
feuilles, bois à teindre, cuirs en ecru, et toutes les 
autres fourures, la caftor et les peaux de daim, &c. &c. 

Chambre des Repréjentans des Etats-Unis. 
Du Lundi, 6 yuillet. 

II fut reçu une lettre adicffée à l'orateur de la cham- 
bre, de fon Excellence Beverly Randolph, Gou- 
verneur de la Virginie, avec un tableau des importa- 
tions et exportations de cet état, depuis le 20 Janvier, 
1788, jufqu'au 20 Janvier, 1789. Ce tableau fut 
renvoyé au comité prépofé pour préparer les évalua- 
tions. 

M. White demanda que la chambre s'occupât d'une 
motion qui étoit fur la table depuis le commencement 
du mois paffé, tendante à ce qu'il fût annexé au pre- 
mier volume des lois des E. U. une copie de la Con- 
ftitution fédérative ; cette motion fut accueillie et en- 
voyée au Sénat. 

Il fut reçu un meflage du Préfident, par fon féct^é- 
taire, M. Lear, annonçant qu'il étoit chargé par le 
Préfident de rapporter à la chambre, le biil des impôts, 
qui avoit pafîe les deux chambres de la légiflature, au- 
quel le Préfident avoit joint fa fignature et fon affen- 
timent. 

La chambre s'étant formée en comité fur le bill des 
impôts M. Trumbull, orateur. 

M.Wadfvvorth eut permlffiond'abfence pour quinze 
jours. 

Mardi, 7. Le comité fit des progrès fur le bill de 
perception. 



[■ 



II 



Mercredi, 8. M. Partridge, du comiié nommé pour 
examiner le bill, portant impofition de droits de to- 
nage, rapporta que le comité i'avoit trouvé cor t-eél ; 
alors l'orateur y appufa fa fignatiire. 

Jeudi, 9 Juillet. M. Partridge, du comité fur le 
bill du tunage, rapporta que le comité s'étoit rendu 
chez le Préfident, qu'il lui avoit préfenté le bill du 
tonage pour fon approbation. 

La chambre en comité — M. Trumbull, orateur. — 
A l'article des honoraires des coUeÉteurs du revenu, 
Sec. il fut fait plufieurs propofitions, mais une claufe 
propofée par M.Lawrence, dont la teneur fuit, fut ac- 
cueillie; cette claufe ed "que les coUefteurs des ports 
de Salem, Bofton, New-York, Philadelphie, Baltimore,^ 
Norfolk, Portfmouth (Virginie) et Charlefton (Car. 
Mer.) recevront une moitié par cent du montant des 
droits qu'ils percevront^, et les collefteurs des autres 
diftrlcls mentionnés dansl'Ade i p. cent. 

Le comité convint aufli de3honorairesfuivans,favoir, 

Pour l'enttée d'un vaiffeau ou bâtiment, qui n'appar- 
tiendra pas en entier aux citoyens des E. U. 6 piallres. 

Pour rentrée de tout autre bâtiment de cent ton- 
neaux d'encombremept, ou au delfus, arrivant de ports 
étrangers, chargé de macchandifes fujettes à impôts, 
4 piaftres. 

Pour l'entrée de tout bâtiment au deffous du port 
de IQO tonneaux, venant d'un port étranger, chargé 
de marchandifes fujettes à impôts, 3 piailres. 

Pour Pénétrée de tous autres bâtiments, i piaiire. 
Pour la permiffion de décharger, 20 fols. Pour un ac- 
quit à caution, 40 fols. Pour la permiffion d'cx.por- 
ter les marchandifes, où il y a rabat, 30 fols. 

[Lefquels honoraires feront partagés entre le col- 
lefteur et l'officier naval.] 

.'Pour les fonftions de chaque infpeéteur, à bord de 
tout bâtiment, n'appartenant pas en entier à un ou à 
plufieurs citoyens des E. U, chargé de marchandifes 
fujettes à impôts, 4 piailres. 

Pour les mêmes foncrions, à bord de tout autre bâ- 
timent, 2 piaftres. 

Pour les mêmes fondions, à bord de tout bâtiment, 
appartenant à un ou à plnileurs citoyens des E. U. 
chargé de marchandifes fujettes à impôts, 3 piaftres. 
£Lefquels honoraires devront être payés par le capi- 
taine ou le propriétaire du bâtiment.] 

Chaque infpefteur recevra une piaftre et 25 fols 
par jour, quand il fera employé pour l'état, ce qui lui 
fera payé par le revenu. 

Il fera alloué aux mefureurs, jaugeurs et pézeurs, 
ï8 fols par boiffcau de grain ou de fel, 25 pour 100 
boiffçaux de chai bon, 2 fols pour pézer 112 péfant, 
6 fols pour jauger un baril, &c. le tout devra fe payer 
par les p.iffcffeurs des marchandifes. 

Vendredi, 10 Juillet. La difcuffion du bill fur la 
perception des impôts a été terminée aujourd'hui, et 
le comiié a été rompu. 

Il fui voté que le rapport de l'orateur foit reçu de- 
main. 

A la motion de M. Thatcher, il a été vclé qu'il foit 



9 ] 

imprimé 100 exemplaires de l'apperçu des befoins de 
17.89, comme il a été rapporté par le comité. 

De B O S TON, le 30 Juillet. 

On apprend de Paris, par la voie de Briftol, que le 
Lundi, 4 Mai, vers le foir, le Roi et les Hérauts d'- 
Armes en robes violetes, richement décorées des armes 
de France, et en pantoufles de fatin blanc, proclamè- 
rent à cheval et au fon des trompettes, l'ouverture de. 
l'affimblée des Etats- Généraux, qui devoit fe faire le 
lendemain à huit heures du malin, à Verfailles/ 

On avoit préparé des places pour les étrangers^ de' 
diftiuvflion, et de longues galléries à part pour teis 
étrangers. Le trône étbit fort élevé j mais la co'uif 
n'étoit pas féparé, comme du temps de Louis XL tous 
les ordres étoient mêlés enfemble. 

Quand le Roi en fut à ce pafTage de fon dlfcourg, 
*' qu'il connoilTbit toute l'étendue de fon pouvoir ; 
mais qu''il n'en demandoit d'autrej que celui d'être 
l'ami le plus fincère de tous fes fujets," il fut inter- 
rompu, par les applaudiffemens les plus flatteurs, aux' 
quels la Reine, qui étoit affife un peu au defîbus da 
Roi, fe joignit de tout fon cœur. 

M. le Garde des Sceaux fit alors un difcours, qui 
fut fuivi de celui de M. Necker : ce dernier s'étendit 
fur plufieurs points principaux, relatifs à la légiflatioa 
future du royaume — tels que l'affurance de la convo- 
cation périodique des Etata-Générans— la libertédes 
individus — la liberté de la prefTe. 

Il circule dans les provinces un nombre de publica- 
tions, en forme de dialogues, fur les droits de l'homme. 
On doit efpérer que la liberté de la preffe accroîtra 
le nombre des feuilles périodiques, et qu'elles aùrouc 
le même effet en France qu'elles ont en Angîetérre 
et en Amérique, celui de ne rien laifler'ignorer au peu- 
ple, à quelque diftance qu'il foit de la capitale. 

Les feuilles Angloifes annoncent encore la mort, du 
Dauphin. "." -V 

Les derniers avis de la Caroline Sept, font mention 
que les Indiens Crecks font enfin convenus d'écouter 
les propofitions de paix, qui leur feront faites payle 
parier. Il femble par leurs papiers que la plus grande 
partie de cet état demande à entier dans la fédération ;, 
mais plufieurs perfonnes inltruites nous affurent que 
les mécuntens qui forment la .majorité ne fe laifferbnt 
' pas aller, à moins que le Congrès ne s'occupe des chan- 
gemens, ou de ce qu'ils appellent les amendemens. 

Le Gouverneur et le Confeil de la Caroline Sept, 
ont écrit au Frefident des E. U. et lui expofent leurs 
doléances au fujet de leur féparatiou de l'Union : \\z 
efpérent pourtant qu'une prompte ratification les met- 
tra au rang des autres états. 

*^* Noufi donnerons à l'ordinaire prochain le bill 
du tonage, et plufieurs autaes articles domeftiques, que 
les travaux du Congrès nous obligent d'omettre dans 
ce No. Ce petit intervalle eft fouvent defirable pour 
pouvoir diftinguer les faits de cc qui n'eft que l'effet 
des partis et des haines. Le public l'/a pas befoin 
de conjectures. « 



PECHES AMERICAINES. 

Le lord Sheffield fait monter à 15 millions de liv. 
tournois en y comprenant le fret, le produit du poiffon 
envoyé dans les marchés Européens fur des vaiffeaux 
Américains ou Anglois ; fomme qu'il prétend avoir été 
prcfqu'cntiérement remife à l'Angleterre en échange 
de fes ir.anufaâures. On doit croire que la part des 
Américains libres dans ce produit étoit confidérable. 
Cet échange aura lieu dorénavant par-tout où les 
Américains trouveront plus d'avantages. La France 
doit s'emprefîer de leur en offrir. Ci elle veut obtenir la 
préférence pour ces échanges. Elle doit par confé- 
qucnt affranchir de tous droits le poiiTon des Améri- 
cains libres. Elle peut mênae fans leurnuire, affranchir 
celui des autres peuples pêcheurs *. Les Américains 
pourront toujours pêcher à meilleur marché que toute 
autre nation ; il n'en eft aucune qui puilTe vendre à 
plus bas prix qu'eux, & par conféquent aucune qui 
puiffe nuire à l'importation en France du produit des 
pêcheries Américains. 

En laiffant ainfi l'introduâiion libre à tout le poiffon 
étranger, on l'attirera, on le rendra très-abondant en 
France, particulièrement dans fes ports & fur fes côtes. 
Elles offrent une pépinière d'hommes fi précieux ! On 
en favorifera le développement & la multiplication, en, 
rendant la fubfiftance facile, même à la claffe la plus 
miférable. 
h Peut-être fera-t-on arrêté par la confidération que 
les produftions de la terre font grevées d'impôts très- 
onéreux. Peut-être même en conclura-t-on que par 
juftice & pour l'intérêt du propriétaire terrien, le 
poiffon doit en fupporler une partie. Ce feroit une 
erreur. Car en exemptant le poiffon de droits, il 
devient pour tous un foulagement, un moyen de mieux 
fupporter les charges territoriales. Si vous pouvez 
faire parvenir dans la cabane du laboureur des harengs, 
de la morue à très-bas prix, ne le foulagez-vous pas ? 
Ne lui laiffez-vous pas d'autant plus de fes propres 
produftions à vendre pour payer l'impôt ? La fifcalité 
toujours cruelle dans fes projets extendeurs, fait in- 
tervenir jufqu'à la jaloufie pour en pallier l'injuflice & 
le danger. On confole de l'impôt fur la terre, par 
l'impôt fur la mer f ; c'eft confoler un malade en 
donnant la même maladie à ceux qui peuvent encore 
îe furvir. 

Mais, dit-on encore, fi l'on peut fe nourrir au bord 
de la mer à meilleur marché que dans les terres, l'on 
s'y portera en foule & les terres feront défertes. Cette 
inégale répartition a déjà lieu dans tous les Etats qui 



t 120 ] 

ont des côtes, & le commerce en efl la caufe. Il efi: 
plus varié, plus fécond dans les ports de mer, que dans 
l'intérieur des terres ; il offre à l'imagination plus de 
rcffources que la culture, & nous avons déjà remarqué, 
à l'article du tabac, que lorfque les terres font char- 
gées, l'induftrie des villes & toutes leurs illufions fuf- 
fîfent pour y attirer les habitans de la campagne. Mais 
quel eft le remède, contre ces émigrations ? Encore 
une fois, ce n'eft pas certainement de dévouer à la 
mifere les habitans des côtes, parce que les cultivateurs 
font miférables. Il eft un moyen plus naturel. Il 
confifte à faite fervir la population des ports de mer^ 
& l'induftrie qui peut s'y développer, à procurer des 
fubfittances à très-bas prix & en fi grande quantité^ 
qu'elles puiff^nt être facilement envoyées au fecours 
des habitans de l'intérieur. Les rivières & les canauK 
qui tendent à la mer, en rendront le tranfport facile, 
& s'ils pouvoient être chargés des dépouilles de la mer, 
qu'aucun droit en augmentât k prix, qui doute qu'elles 
porteroient la joie 5c l'encouragement dans les cam- 
pagnes ? 



* Les pêcheurs François ne peuvent pas fournir à la 
France la morue qu'elle conforame ; les Hollandois 
en fournilTent beaucoup par Dunkerque & les Trols- 
Evêchés. 

Les François n'ont point d'établiffement à Terre- 
Neuve. Les bancs où ils peuvent pêcher ne font 
pas les plus abondans en poiffon. 

Les Américains feula peuvent pêcher toute l'année. 
Quand les François ne renonceroient pas à cette 
pêche éloignée, fon produit ne fuffiroit pas encore 
à leur confommation ; c'eft donc une néceflîté pour 
eux d'ouvrir leurs ports aux Américains. 

La pêche du hareng & du maquereau eft une des plus 
abondantes pour la France. Son produit eft cepen- 
dant loin d'égaler la confommation. Les Anglois 
& les Hollandois font plus a portée des lieux où fc 
fait cette pêche. 

-{• Oh trouve dans les droits perçus en France fur le 
poiffon, la même confufion que dans les autres bran- 
ches d'impôts. Il y a trois ou quatre droits tant 
fur les pêches nationales que fur les étrangères. Il 
y a même des différences entre Icspêches Françoifes; 
ainfi les habitans du Havre & de Dieppe payent 
deux tiers moins que ceux de St. Valéry.--- Pour 
éviter les chicanes & les concuffions des commis, 
auxquelles jamais un peuple libre ne peut s'accoutu- 
mer, il faudra néceffairement fimplifier ces droits. 



A BOSTON, de rimprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhil], No. S3y 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. Onfoufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Culliing ; à New-Tork, chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno ; à Philadelphie, chez M. Mathcw Carey j et chez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et même un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 







AFFICHES,.- ANNONCES, et AVIS. 



L'Utilité des deuxMofides, . 



Prix, 'f Pence. 1 



Du JEUDI, 6 Août, 1789. 



[No. 16. 



.,,,.,, ,|: ALLIANCE QUADRUPLE, 

Entre les Cours de Ruîïie, d'Autriche, de Fiance et 

d'Efpagne. 

Articles. 

I. En cas qu'aucune des parties foit attaquée par 
ir.er o.u par terre, les trois autres la défendi;ont avtc de 
l'argent, et des forces deUrre oii de.ineg. j, ,., 

m, Leurs Majeftés Très-Chrétienue,,, et Catho- 
lique, s'obligent de garder la plus ftriâe neutralité 
dans la .préfente guerre des Turcs ; naaii34ans,le ;ç,as,Qji 
î'Empéreur feroit attaqué par quelqu'autre puiflance, 
le Roi de France lui fournira 30,000 hommes, rQU 
i'éq.uivalent en argent, à l^.r-équifition dçrfa.Majieûé 
Impériale : et û le Roi de France eil attaq^ué^J/Em,- 
péreur doit lui fournir les mêmes fécou.rs. .,^ ?.,,„ ,, 

IV. Le Roi d'Efpagne couvienit de ,fçin côî.é;, de 
Tarticle ci-deffus mentionné ; ce que fait auffi l'Em- 
pereur envers lui. .;: . . vj.i ;■,., • ': 

V. Si rimpératriqo'dè R,tjfîie étoit attaquée dans 
la préfeute guerre avec les Turcs, fa Majefté Très- 
Chrétienne s'engage de l'affifter de 8 vaifleaux de ligne 
et de fix frégates ; et fa Majefté Catholique doit lui 
fournir Us mêmes fecours. S- M. Impér. s'engageant 
à fournir à l'un ou à l'autre de ces puiiTances, les mêmes 
fecours, dans le cas où elles feroîent attaquées. 

VL Le traité de cômm.ercc entre la France et la 
Ruffie, conclu en 1787, aura lieu, et le même traite fera 
figné refpeftivement par les cours de Ruffie et d'Ef- 
pagne. 

VIL Le traité de 1761, entre la France et l'Ef- 
pagne, fera en pleine force. 

VI IL Quoique ce traité ne foit purement que dé- 



fenfif, les parties s'obligent, que fi quelqu'une d'elles 
eft attaquée, les trois autres ne. feront point la paix, 
avant que la province qui ferannveftie ne foit remifc 
dans le même état qu'elle étoit avant qu'elle fût atta- 
quée. 

IX. Toutes les fois qu'aucune des parties deman-. 
dera par fes AmbafTadeurs les fecours ftipulés, par le 
préfent traité, les AmbafTadeurs feront admis, récipro- 
quéçî.';,\t,. aux çonfeils de guerre pour y délibérer, et 
y arranger ce qui paroîtra être ,1e plus avantageux aux 
quatre: parties contrîi6lçV|»,te3,;,et;'l,ep, feçou|S auxiliaires 
feront augmentés, félon que les (ckconllances le de- 
manderont. , ,^ ,.,!,', 

Les hautes parties contraâ:ante.s, pourront inviter 
celles des puiffances qu'il. ^itt',j;|p,niyifn,dra à accéder au 
préfiRt fraité. ,,U.i'^-^<m.v . ^ ^;v 

X. . |L.e Danemarck, fur Jt.p.u.t, jçomme l'allié de la 
Ruffie, fera invité à y accéder. 

... . L;'.: De Stockholm, le 6 ^vril. 

Lesiardrcsdu clergé, delabourgeoifie 3c despayfaus, 
continuent d'être du même fentiment que le Roi, 5c 
femblent être réfolus d'accorder tout ce qui leur fera 
demandé pour continuer la guerre, afin d'obtenir par 
là une paix avantageufe ala Suède & à fes alliés. Dans 
le département des finances on fait déjà des arrange- 
mens qui y font relatifs. 

De Fiaine, le 1 4 Avril. 

Les préparatifs formidables pour la campagne pro- 
chaine donneroient lieu d'efpérerles plusgrandsfuccès, 
fi le malheur n'eût pas voulu, que nos braves troupes 
fuffent privées de plufieurs chefs habiles 3c expérimen- 
tés. Le veld-maréchal de Laudon a eu une attaque 
fi violente de fon ancien mal, que l'on craint pour fes 



jours, ou du moins qu'il ne fe rétabliffe pas aflez-tôt 
pour faire la campagne. Le veld-maréchal de Lafcy 
fc trouve fi fort afFoibli, qu'il ne peut fe rendre à 
l'armée. Le priace Charles de Lîchtenfteîn eft tou- 
jours * dans un état à donnerpeu d'cfpoir de rétabliffe- 
ment, & le général de Vins etl; revenu ici fort malade, 
de l'arméede Croatie, dont il a remis le commandement, 
ad intérim, au général baron de Wallis. 

Au nombre des bruits réchauffés, fujets à caution, 
eft celui de l'échange de la Bavière contre les Pays-Bas 
qui fe renouvelle. On dit même que l'Empereur fe 
rendra, dans quinze jours, à Munich pour traiter de 
cet échange. 

De Bruxelles, le 4 Mars. 
L'Empereur a adreffé des lettres circulaires, en date 
du 24 Février, au cardinal archevêque de Malincs, aux 
évoques d'Anvers, de Namur, Bruges, Ypres & Rure- 
monde, à tous les abbés des différentes abbayes des 
Pays-Bas & aux vifiteurs-généraux des ordres mendi- 
ans, par lefqutlles il leur eft exprcffement ordonné de 
fc conformer à l'édic du 16 Oftobre 1786, au fujct de 
rétabliffement du féminaire général de Louvainl L'ar- 
chevêque doit fe rendre dans cette ville le 8 de ce mois, 
au plus tard, fous peine de la faifie de fon temporel, & 
y féjouruer autant qu'il fera néceffaîre pour qu'il avoue 
publiquement la pureté de la dodrine que l'on y en- 
feigne, ou qu'il déclare ce qu'il y trouvera de répré- 
henfible. Les évêqucs ont reçu l'ordre, fous la même 
peine, en cas de défobéiffancc, d'envoyer au féminaire 
général de Louvain, tous les théologiens de leurs dio- 
cèfes qui n'ont pas encore achevé leurs cours de thé- 
ologie, & cela avant le 15 de Mars prochain ; & les 
vifitcurs généraux, tous les religieux de leuri ordres 
qui n'ont pas achevé leurs études dans l'efpace de huit 
jours. Ces derniers font menacés de plus, en cas de 
défobéiifance, de la fuppreflîon immédiate dts maifons 
de leur ordre, fans penlion pour les individus. 

Le viliteur-général des Dominicains a reçu en par- 
ticulier l'ordre de faire revenir à Louvain tous les re- 
ligieux de fon ordre qui ont été envoyés à Douay pour 
y étudier la théologie. 

* Depuis ce tems, il ejî arrive des nouvelles que ce prince 
ijl mort /f 2 1, après une maladie de trois femaines. 

GRANDE-BRETAGNE. 

De Londres, le 10 Mars. 
Le Roî de Suède a afiemblé les états de fon Roy- 



[ 122 ] 

aume pour difcuter & régler les points fuivans : î°i 
Fera-t'on la paix avec la Ruffie & le Dancmarck ? 2°. 
Dans le cas contraire, quels font les moyens de con- 
tinuer la guerre avec fuccès ? 

Le parti Rufle prétend que le monarque porte fes 
vues plus loin, & qu*il a envie d'étendre fcs préroga- 
tives, ainfi que de faire remettre entre fes mains la 
direélion des fonds & d'obtenir une garantie pour les 
dettes qu'il a déjà contraélées. Ce même parti fe fé- 
licite de ce que l'emprunt que le Roi voulait faire en 
Hollande n'ait pas réufTi, & il déclare hautement, qu'il 
ne négligera rien pour engager les Etats à refufer le 
fubfide qui fera demandé pour continuer une guerre, 
qu'il défapprouve & qu'il regarde comme ruineufc. 

Parmi les difcufBons importantes qui s'élèveront 
dans le parlement, quand le gouvernement aura repris 
fon affietle ordinaire, celle de la traite des Nègres ne 
fera pas la moins intéreffante. Les détails exaéls qui 
ont été adreffés au miniftre par les planteurs des Indes 
Occidentales, & par les armateurs de Liverpool, rela- 
tivement au commerce des efclaves Africains, & àleur 
traitement, ont tendu à difïïper l'erreur populaire qui 
a fait préfenter tant de pétitions contre une des prin- 
cipales fources des richeffes nationales. Toutes les 
perfonnes impartiales font maintenant difpofées à en- 
tendre la vérité. Il n'y a qu'une manie opiniâtre un 
fahatifme outré qui puiffent plaider plus long-tems 
pour l'abolition d'un commerce que l'on a prouvé être, 
non-ftulemcnt néceffairc à la culture des Indes Occi- 
dentales, mais qui tft compatible avec les règles de 1r 
jufticë & tous les principes de l'humanité. 



Découverte importante pour tous les Négo- 
cians de l'Europe. 

Extrait d'une lettre de Conves, du 2% Février ^ adreffée à 

M. le Camus de Limare, îlfc. 

♦' Monfieur, 

" Je viens dans l'inftant de recevoir l'honneur de 

votre lettre du 28 du courant. En conféqucnce j'ai 

été trouver le capitaine Tobias Rofton, maître du bricq 

le Solide, venant d'Italie, chargé pour le Havre-de 

Grâce, de fruits, laines, cuivre, &c. de relâche ici, 

fuppofé par un vent contraire ; il m'a dit qu'il fera 

prêt de inettre à la voile fous ïç jours; & moi je 
compte dans 6 femaines, ou deux mois à peu près. 

•' Le capitaine eft venu lui même dans ce moment 

me dire dans un mois. 



[ 123 3 



«« Voua faiirez donc, Monfieur, que la cargaifon eft 
tn magafin, & le bâtiment à doubler, depuis la pré- 
ccinte jufqu'à la quille, & doit faire un radoub entier 
& complet, pour le compte des affureurs, de la cargai- 
fon, ou de qui il appartiendra. Je penfe que ce ra- 
doub pourra monter à Tooo guinées au moins, heu- 
reux pour les intércfles fi le compte fe borne là. 

Le capitaine eft ici depuis 5 feraaînes ; le tems étoit 
rude ; mais il auroit pu continuer fa route peu de 
jours après, le vent étant très-bon, 12 ou 15 jours 
i'euflent rendu au Ha?re-de-Grace. 

*' En lifant mon autre lettre, vous ferez en état 
de juger nos maximes & coutumes, dont je rougis. 
*♦ J'ai l'honneur d'être, &c." 
AU MEME. 

 Coives, IJIs t/e IVight, le zS Fev. 17 89. 
** Monfieur, 
*' Dix à douze bateaux fins rameurs, & excellens 
•voiliers, rodent continuellement à l'eft & l'oueft de 
l'iile ; 20 gros bateaux pilotent au large pour parler 
à tous les étrangers, afin de les conduire dans notre 
ifle ; c'eft a qui les aura, tant les profits font confidé 
râbles. Les agens ou foi-difant correfpondans qu 
font les plus rufés frippons qui exiftent, donnent quel- 
ques guinées au pilote pour les avertir du bâtiment 
venu en rade. On fe rend à bord ; on fait des offres 
de fcrvice ; le capitaine accepte, on lui demande s'il 
eft affuré ; s'il dit qu'oui, alors Vaffaire eji bonne^ on 
l'engage à venir dans le port ; on fuppofe des domma- 
ges ; on fe met en règle, & on protefte contre le tems 
& les dangers de la mer ; on engage le capitaine à 
décharger fa cargaifon, & pour cette complaifance, 
on lui donne 10, 20, 30, 40, 50 guinées de cadeau 
perfonneî, & quelquefois plus, félon la groffeur du 
bâtiment & l'importance de fa cargaifon. Cela fait, 
on fait une défccnte d'experts compofée de charpen- 
tiers, forgerons, voiliers, cordiers, &c. & de deux 
malheureux patrons afïidés, qui prêtent ferment fur les 
Sts. évangiles, que ledit bâtiment ne peut continuer 
fa route avec fureté, fans telles & telles réparations, 
montant à la fomme de tant ; qui eft toujours beau- 
coup plus que le bâtiment, voiles, mâts, &c. ne valent ; 
alors on fait préparer un diner fomptueux, où tous les 
pilotes & leurs fatellites font invités ; on fait bom- 
bance continuelle, & les capitaines aflermentés/ qui, 
fouvent, font des malheureux plus fripons que les vo- 
leurs de grand chemin, fe prêtent à toute? ces abomi- 



nables manœuvres : l'ouvrage fait, on fe met encore 
en règle, & à l'abri des loix. Toute la cohorte infer- 
nale fe rend en caroffe devant les magiftrats, pour 
certifier, par ferment, que les fraftures font fidèles, fc 
les capitaines, en préfence, des juges, les fignent, 8c 
on dine encore enfemblc ; j'ai vu de ces dincrs coûter 
jufqu'à 10 guinées. On y reftc fouvent toute la nuit. 

Enfuite on envoie le total, avec copie des mémoires, 
afin d'en avoir le paiement ; ce qui retarde encore 
d'un, de deux & trois mois le fejour des navires, quand 
les bâtimens viennent de la Hollande & de la Baltique. 
La réponfe vient ; ou ne veut point payer : autre dé- 
lai. Il arrive fouvent que les affureurs laiffent le bâ- 
timent pour le compte des ouvriers, & font feulement 
vendre la cargaifon. J'ai vu des bâtimens ici, dont le 
radoub fimulé a monté à 2500 guinées, qui ont été 
vendus pour le compte des affureurs 300 guinées. 

Plufieurs années de féjour dans cette ifle m'ont mis 
à portée de voir plus de 1000 exemples de ce que je 
viens de vous détailler. Le nombre de ces forfaits eft 
incroyable : fi le capitaine de votre bâtiment ou votre 
agent s'eft prêté à toutes ces manœuvres, le tems feul 
\ ^ le découvrira ; mais j'ai mes doutes, & l'on fe cache 
de moi. J'ai fauve du naufrage nombre d'étrangers 
& de compatriotes depuis mon féjour dans cette ifle, 
& j'aurois fait de même de celui-ci, fi j'avoîs été au 
logis, mais malheufement pour lui & les fréteurs j'étoifi 
en France. Si par la fuite je pouvois, foit pour vous 
ou pour les affureurs, éplucher fa conduite, je le fe- 
rois avec un véritable plaifir," 

\_Les deux articles fuivam pourront aller de pair avec 
les lettres précédentes. "^ 

De Baltimore^ le 7 Juillet. 
Le brigantin Paca, allant de ce port au Port aw 
Prince, découvrit, à la hauteur de la Bermude, un 
bâtiment qui étoit à la Cape : fuppofant qu'il étoit 
dans l'embarras, il arriva fur lui afin de lui parler — - 
quand il fut à portée de voix, ce bâtiment lui dit qu'il 
étoit de la Virginie, qu'il alloit à Cadix; le Cap. lui or- 
donna d'arriver parce qu'il avoit deffein de lui envoyer 
fa chalouppe à bord. Le Cap, Weatherby (de Bal- 
timore) qui s'étoit apperçu qu'il montoit plufieurs 
gros cannons et qu'il étoit équippé en proportion, crut 
qu'il n'avoit pas de temps à perdre — il commença à 
mettre toutes fes voiles dehors ; mais à peine eut -il 
viré que le pirate fit feu fur lui, et continua à le pour- 
fuivre pendant fix heures. Le brigantin fe fauva à 



i 124 ] 



îa faveur de fes voiles, et arriva au Port au Prince 
fans beaucoup de dommages. Le Cap. Weatherby 
communiqua cette aventure au Commandant du Port 
au Prince, qui fe difpofa à dépêcher une frégate pour 
pourfuivre ce pirate. Il étoit fous pavillon Efpagnol— 
peint en jaune, et la quille blanche. Cet avis nous a 
été tranfmispar M. DavU Plunht, qui vient d'arriver 
du Port au Prince. 

De PorilanJ, /? 24 Juillet. 
On a reçu avis Lundi dernier en cette ville, qu'un 
floop du portd'environ 30 tonneaux étoit venu mouiller 
au Cap-Cove, vers le Cap Elizabeth ; que ce floop, 
commandé par un Jofiah Jackfon, avoit gagné au large, 
quand on apprit qu'il venoit de la côte de Guinée et 
qu'il y avoit environ 4 mois qu'il étoit en route. 
Auffitôt que l'employé reçut cette information, il fit 
toute la diligence pofiibic pour le ratraper, afin de le 
faifir ; mais les habitans, avoient été gagnés pour lui 
aider à pouffer au large, deforte que perfonne ne vou- 
lut lui donner main forte. Maisàfon retour, plufieurs 
perfonnes offrirent d'aller à fa pourfuitc — une légère 
goélette fut bientôt aprêtée, et ils partirent Lundi au 
foir. — Ils le ratrapèrent Mercredi, et le ramenèrent 
dans ce port ; après avoir interrogé l'équipage, on 
trouva que le Cap. ne s'accordoit pa^ avec fes matelots, 
ni fes matelots les uns avec les autres, dans les détails 
qu'ils donnèrent de leur voyage, de leur cargaifon, de 
leur propriété, &c. Enfin la coufeffion d'un Hans 
Hanfon apprit, qu'ils firent voile de Londres dans le 
courant de Mars, 1788 ; que leur bâtiment avoit été 
fretté par un Jean Conner qui l'avoit commandé, et 
qui en étoit le principal propriétaire ; qu'ils avoient 
été à la côte de Guinée, où ils avoient pris une cargai- 
fon d'ivoire, de poivre, &c. qu'ils préméditèrent le 
deffein de tuer le Cap. J. Conner — ce qu'ils firent en 
Décembre dernier — et qu'ils continuèrent leur route 
pour l'Amérique, après avoir donné le commandement 
du Sloop à Jofiah Jackfon. Les employés fe font 
affurés de la cargaifon auffi bien que. de l'équipage et 
ils en vont donner avis aux înléreffé?. 



FRANCE. 

De Parts, le 26 Avril. 

Les lettres particulières du Nord annoncent que la 

nouvelle conllitution de Suède, prcpoféc par le Roi & 

acceptée par les trois orders du clergé, de la bourge 

oifie & des payfans, eft bien loin de l'être par l'ordre 



équeftre. La fevérité dont on a ufé à l'égard de quel- 
ques-uns de fes membres a aigri cet ordre, & on auroit 
craint que la dérogation formelle à la conftitution de 
1 772, n'occafionât de grands troubles dans le royaume, 
s'il n'étoit furvenu un changement notable dans le 
fyftême politique d'une cour puiffante alliée de la 
Suède. Il paroît par des avis ultérieurs de Berlin, & 
de quelques autres endroits de l'AlIemagne,que la paix 
ne fera point troublée, & que les deux cours Impéri> 
aies continueront fans inquiétude, & fans diverfîon, 
leurs opérations contre la Porte. Les Turcs de leur 
côté fe difpofent à rentrer dans le Bannat, & un corps 
de troupes Ottomanes eft prêt à repaffer le Danube. 
L'Empereur a dû fe mettre en route le 15 de ce mois 
pour fe rendre à fon armée de Hongrie. 

On mande d'Aix en Provence, que îe parlement a 
nommé une commiffion compofée de MM. de Thoram, 
père, & du Bourguer, confeiller, avec M. de Mont- 
meyan, avocat-général, pour aller inforraer à Manofquc 
d'une émeute élevée par le peuple contre M. l'évêquc 
de Siiteron. Ce prélat fe rendoit à Lurs : en paffant 
par Monofque une populace effrénée s'attroupa autour 
de lui & l'affaiîlit, au point qu'il fat bleffé par des 
coups de pierres. Un détachement de troupes accom- 
pagne la commiffion du parlement. 

S'il faut en croire quelques lettres de Bretagne, îe 
règlement qui vient d'y être envoyé pour les éleâions 
a réuni le fuffrage des perfonnes les plus fenfées, Sl on 
croit que les ordres fe rendront aux fages motifs qui 
ont déterminé ce règlement. Il a été même queltion 
du retour en Bretagne des Bretons qui fe trouvent 
dans cette capitale, mais on ajoute qu'ils ont réfolu 
de préfenter un nouveau mémoire à S. M. avant leur 
départ. 

Nouveaux députés élus. — Chartres, L'évêque de 
Chartres, M. Jumantier, curé de St. Hilaire, Supléant, 
pour le clergé ; M. le baron de Montboilîler, M. Ta- 
lon, le fupléant, pour la noblcffe ; MM. Pction, avo- 
cat, & Bouvet, négociant, pour le tiers-état ; MM. 
Oztau & le Tellier, fupléans. — Sezannes en Brie. Le 
curé de Brouailles, pour le clergé ; îe marouis de 
Pleurs, M, de la Berge, confeiller au park-ri-'c-nt, le 
fupléant, pour la nobleffe ; MM. Moutier, lieutenant- 
général, & le maire de Dormaas, pour le tiers-état. 
Scnlis. Le curé de Sergy, pour le clergé ; M. le duc 
de Levis, pour la nobleffe ; M. le Blanc, maire de 
Senlis, & M. de la Coufj propriétaire ?. Blayfe, pour 



[ Î25 ] 

le tiers-état. — Montargls. Lcxloyende Loire, pour j Lundi, 13 Juillet. Le report du bill des impôts 



le clergé ; M, le comte de la Totiche, pour la noblefle ; 
MM. de Bois des Guais, lieutenant-particulier, & de 
la Jacquinerie, pour le tiers-état. 

Dimanche dernier tr)us les Princes & toutes les 
Princefles du Sang fe font rendus à Verfailles pour 
faire connplimeiit à la Famille Royale fur le mariage 
de S. A. R. Mgr. le duc d'Angotîleme avec S. A. S 
Mlle. d'Orléans. 

Il a été tenu ces jours derniers en préfence de M. 
le garde-des-fceaux une conférence relative à la liberté 
de la prefle. Cette conférence fera continuée demain 
devant M. le direéleur général de la librairie. Les 
intentions du gouvernement & l'arrêté du parlement 
du ^ Décembre dernier, font d'accord fur les principes 
à fuivre, dans cette branche fi importante à la liberté 
publique. A voir le nombre défordonné de bons & 
méchans écrits qai ont paru depuis quelqne tems, il 
femble que la queftion de la liberté indéfinie a été 
préjugée, avant même que la nation n'ait ftatuéfurles 
peines à inflig^er aux écrivains qui auront blefie les 
loix, les mœurs & les perfonnes. On commence à 
parler d'un ménaoire manufcrit fort bien fait fur cette 
matière, par un magiftrai philofophe & homme d'état, 
dont l'autorité eft d'un grand poids, & qui ayant été 
lui-même à là tête de l'adminidration, établit fur la 
raifon & fur les faits la juftice & la néceffité de la li- 
berté de la preffe. 

Les écrits fe multiplient toujours beaucoup fur les 
affaires aftuelles, mais ils prennent en général une teinte 
plus patriotique. Les difcuflSons antérieures ferablent 
avoir mûri les efprits ; on n'ofe plus mettre en avant, 
comme autrefois, la méfiance contre le gouvernement 
& le miniftère, & fi quelques gens fe permettent des 
honfarderies, leurs pamphlets infultansou déraifonna- 
bles font repoufles-par la raifon & l'opinion publique, 
deforteque les progrès de l'efprit national font fenfi- 
bles, & font juftement efpèrer qu'il paroîtra dans tout 
fon jour à la prochaine aflemblée.des Etats-Généraux. 



Continuation des travaux du Congres. 

Chambre des Repkesentans. 
Samedi^ 1 1 Juillet, 
L'on a reçu aujourd'hui, félon l'ordre du jour, le 
raport de la Chambre en comité, fur le bill de la per- 
ception des impôts. Ce raport fut lu et renvoyé à 
Lundi prochain pour une troifièmc leélure. 



a éié remis "a demain. 

On fit la motion que la Chambre prît connoiflancc 
du raport du comité, fur le mémoire d'André Elli« 
cot. Arpenteur. — Ce raport expofe que l'arpentage, 
ordonné par le Congrès, des terres cédées aux Etats- 
Unis en 1786, foit complété inceffamment, et que 
l'arpenteur foit payé de fes frais. 

M. Sedgvi'ick obferva que coKime ce fujet cnvellop- 
poil certaines acquifitions, dans lefquelles plufieurs 
citoyens du Maffachufettts étoient intérclTés, et qu'il 
n'avoit pas alors les titres néceifaircs, il fouhaitoit que 
cette queftion fût remife au lendemain. 

M. Scott repondit qu'il ne penfoit pas que les raifons 
données par M. S. fuffifent pour rétarder cette opéra- 
tion — que le préfent objet n'étoit pas d'entrer dans 
les droits des intérefîes ; que l'arpentage des terres 
pouvoit être achevé, fans que les droits des proprié- 
taires fuffenc violés. 

M. Sedgwick dit, qu'il ne detnandoit à retarder 
cette queftion que jufqu'à demain — cette motion fut 
agréée. 

Enfuite, à la motion de M. Scott, la chambre fe 
forma en comité fur l'état de l'union. On prit le fujet 
des terres de la partie de Vouejl. — 11 fut lu un arrêté, 
" que l'avis de ce comité eft qu'il foie palfé un aéle 
par le Congrès, établiffant un bureau territoiial a l'ef- 
fet de régler les conditions fous lefquelles on pourra 
accorder des terres vacantes de la partie de l'oueft." 

M. Scott fe leva et dit, iVIonficur, je conçois que 
l'objet qui eft fous nos yeux eft de la plus grande im- 
portance pour les Etats-Unis. L'étendue de cette 
contrée eft, d'après les defcrij)tions qui en ont été 
données, de icco miles en longueur fur 500 de lar- 
geur-^elle doit être peuplée dans peu d'années par 
6,000,000 d'âmes, dont la plus grande partie fera de 
laboureurs, ce qui eft le double du nombre des habi- 
tans des Etats-Atlantiques. Le climat, les eaux, le 
fol, la température font heureufcment calculés pour 
les habitans de chaque partie du continent ; ils le 
trouveront fain, et agréable. Le commerce avec les 
Indiens pour la pelleterie y eft devenu précieux. La 
vente qui a déjà été faite des terres, monte à près de 
cinq mllions de dollars, et il n'y en a encore qu'une 
fort petite partie de vendue. Cependant elle a dé- 
jà fervl à payer prefqu'un cinquième de la dette do- 
meftique des Etats-Unis. Les divers efforts de tous 



[ 1^6 ] 



ks genres en ont- ils pu faire autant ? non, et cette 
confidération enchérit fur cette propriété, et la rend 
même de la plus grande importance à l'avenir. — Nous 
avons difpofé d'une partie de ces terres en faveur de 
nos officiers et de nos fo'.dats ; mais ce qui leur a été 
concédé n'eft qu'une bien petite partie, en comparaifon 
de ce qui nous refte. — L'honneur de la nation eft in- 
térefle à fécourir cette clafTe de citoyens utiles, il fe- 
roit inhumain de les regarder comme les rebuts de la 
fociété. Nous fommes obligés de leur procurer toute 
la proteftion, et tous les droits et immunités auxquels 
ils ont le droit de prétendre comme citoyens des E. 
U. — D'un autre côté, nous nous fommes engagés par 
de traités à protéger les natifs dans la pofTtffion de 
leurs terres, il eft de l'intérêt des E. U. d'adhérer aux 
traités faits avec les Indiens ; il nous feroit très-per- 
nicieux que cette contrée fût peuplée par une troupe 
errante de bandits. La Juftice, l'honneur et la bonne 
foi demandent à grands cris que nous ne trompions 
pas l'attente de ceux qui fe font fiés à nous. — Mais il 
eft un point que l'on difpute, et qui a beaucoup de 
poids. 

II a été avancé qu'à moins que l'on n'arrête les pro- 
grès des établifiemens dans cette partie, les Etats At- 
lantiques feront bientôt déferts. 

A Dieu ne plaife que je veuille favorifer la dépo- 
pulation des Etats Atlantiques ; je n'ouinerois point 
à cette mefure fi je prévoyois qu'elle pût avoir cet 
effet. Mais fi j'ai bien vu, il me femble que Témigra- 
tîon aura lieu dans cette partie, en dépit de tous les 
régîemens qu'on pourroit faire pour la prohiber. J'ai 
déjà fait mention ailleurs des promcfles que les états 
voifins faifoient aux émigrants ; de nouveaux avis me 
confirment ce que j'annonçai alors — (ici M. Scott lut 
une proclamation du gouvernement Efpagnol, qui 
affure à chaque émigrant toute forte de protection et 
de liberté réligieufe, civile, &c.) On ne doit pas 
craindre que les anciens planteurs des Etats Atlanti- 
ques veulent émigrer. C'eft une autre forte d'hommes 
qui forme l'émigration. — Le Congrès peut-ii par une 
loidiftinguer les perfonnesdifpofées à émigrer de celles 
qui ne le font pas ? Peut-il faire une loi qui empêche 
le malheureux de chercher un afyîe ? Non, il faut vou- 
loir ce qu'on ne peut empêcher. — Le Congrès doit 
fonger à tirer la meilleure partie qu'il pourra des 
ctabliffemens de la cartie de l'oueft. 



Les-uns nous difent que tous ces îiabiians feront 
perdus pour les Etats-Unis — d'autres, que cet aggran- 
diflementcauferala chute delà nation. — Rome,dit-on, 
fut écrafée fous fon propre poids, fous le poids de fea 
colonies, de fes établiffemens lointains. Il me femble 
qu'on dcvroit attribuer la chute de Rome à une autre 
caufe : C'eft à mon avis, à la divifion, c'eft au change- 
ment du fiège de fon gouvernement, que Rome a dû 
fa perte, et non à fes colonies. D'ailleurs ces induc- 
tions ne font point applicables à l'Amérique. 

M. S. conclut par la motion qu'il fût nommé un 
comité pour rédiger un bill, fur l'établiffement d'ua 
bureau territorial. — -Cette motion fut agréée. 

Enfuite il fut lu un arrêta qui ordonne que ce 
bureau territorial foit mis fous la direôion du gouver- 
neur des territoires de la partie de VOueJl. 

M. Sherman obferva que les terres de cette contrée 
étoient en effet très-importantes pour les E. U. ; que 
leur cultivation pouvoit ne pas être très-nuifibîc à 
l'Union, fi elle étoit graduelle, et fi elle n'empîoyoit 
qu'une certaine claffe de citoyens — mais qu'il avoit 
grand'peur d'ouvrir un vafte champ à la fpécu- 
lation, dont l'efprit .calculateur monopoliferoit une 
grande partie de ces terres, et reduiroit le prix des 
fonds publics, au grand défavantage des créanciers des 

Etats-Unis en conféquence M. Sh. s'oppofoit à 

cette mefure. 

14 Juillet.— -Ce jour fe pafiaen débats furlebiUdu 
tonage. — On reçut aufïï un raport partiel du comité 
des éleâ;ions, concernant les éleftions du Ncw-Jerfey, 

15 Juillet. On lut le raport du comité des élevi- 
ons — ce raport repréfente à la chambre, que plufieurs 
des faits mentionés dans la pétition demandent des 
preuves, que le comité ne fe croit pas autorifé à raf- 
fembler — qu'il demande les ordres de la chambre à ce 
fujet. 

M. Boudinot (membre du New-Jerfey) raporta 
plufieurs des circonftances relatives à cette éleftion. 
Il obferva que ni lui ni fes collègues prefens n'avoient 
follicité les fuffrages de leurs conftituans — qu'ils n'en- 
troient pour rien dans l*éleftion qui avoit occafioné 
les plaintes fous les yeux du comité — que lui et fes 
collègues fe trouvoicnt dans la Chambre en vertu d'une 
ordre du pouvoir exécutif de l'état de Nevv-Jerfey — 
que l'éleftion avoit été trouvée légale — une la con- 
duite du Gouverneur avoit été cenfurée ; mais que les 
tranfaftions du Gouverneur et du Confcil avoient été 



[ 1^7 

publiées, et qu'elles éioient fous les yeux da co- 
mité, &c. 

Ce raport arrêta l'attention de la Chambre, quant 
aux moyens de procéder à l'examen des preuves. — 11 
fut fait une motion par M. Seney, que la Chambre 
reçût Us dépofitions des témoins, Mercredi prochain. 
— Cette motion fut négatlvée. 

Jeudi 16. M. Baldwin, du comité nommé pour 
préparer un bill pour la liquidation des dettes des 
Etats-Unis, envers lesEtats divers del'Union, préfenta 
un bill tendant à établir un confeil, compofé de trois 
commiffaires^ dont la décifion devra être finale. Ce 
raport fut mis fur la table. 

Enfuite on prit connoifTance du raport fait par le 
comité des émolumens. 

A Tarticlc des i'molumens du Préfident, il y eut de 
longs débats. — M. Shcrman fuggéra les avantages de 
foumettre cette qneftion à un comité compofé d'un 
membre de chaque Etat. 

M. Livermore propofa que l'efpace laiffé en blanc 
fût rempli par 18,000 dollars, obfcrvant que les émo- 
lumens du Préfident de l'ancien Congrès monloient à 
environ 12,000 dollars — qu'il n'oublioit pas la différ- 
ence du prix des chofcs, et qu'il étoit en faveur d'é- 
molumens généreux. 

M. Tucker propofa 26,000 dollars pour la première 
année, et 15,000 pour les trois fuivantes. 

Ma Stone dit qu'il maintenoit que 25,000 dollars 
étoit la plus petite fomme, qui pût fufSre. 

M. White dit, Monfieur, je crois qu'avant de dé- 
terminer cette queftion, il eft néceflaire de favoir quel 
train doit mener le Préfident, et quelle figure il doit 
faire : s'il doit vivre avec éclat, la fomme de 25,000 
dollars eft infuffifante.- Il me femble qu'il fera diffi- 
cile de décider cette queflion, avant d'avoir établi de 
quelle manière le Préfident doit vivre. 

M. Baldwin rendit compte fommairement des fen- 
limens du comité. Il fit voir que lafomme agitée avoit 
eu l'approbation da comité, obfcrvant qu'il avoit eu 
égard au perfonnage qui remplit la préfidence — enfin 
que le comité étoiç d'avis qu'on devoit plutôt excéder 
cette fomme que de la diminuer. — M. Boudinot s'ac- 
cordoit avec M. ^aldwin ; il ajouta, qu'il étoit plutôt 
en faveur d'une augmentation que d'une dimunition. 



] 

Ds Netn-Torh, h 21 Juillet. 
On doit efpérer, obfervc ua correfpondant de la 
Gazelle of the United States, que la légiflature s'occu- 
pera de l'état de nos finances dans le cours de cette 
fclfion, et qu'elle ne différera plus un objet auffi im- 
portant. Les intérêts croiffans ajoutent continuelle- 
ment au principal ; et fi on les laiffe accumuler, ils ne 
peuvent manquer de défiionorer l'état, en opprimant 
les citoyens. C'eft l'extrême inexaftitude à remplir 
nos engagemens, qui a détruit cette confiance fi né- 
ceffaire à la confervation du crédit public, qui ne peut 
fe rétablir qu'avec les efforts combinés de notre légif- 
lature pour accomplir toutes fes promeffes. D'après 
un état, publié l'hiver pafTé, par un fénateur, il paroît, 
que les fonds fuffifent pour payer les dettes échues ; 
pourquoi ne s'en occupe-t-'on pas ? Certes les créan- 
ciers publics méritent autant, fi non même plus d'at- 
tention qu'aucune autre clalTe de citoyens ; et fi leurs 
demandes font juflcs (ce qui a toujours été admis) 
c'eil à la légiflature à s'occuper de leurs dettes. Il 
s'eft paffé feffion après fefîion fans qu'on leur accorde 
le moindre foulagcment. 

De B O STO N, k 6 Août. 

Des lettres particulières de St. Domingue mandent 
que la divifion aux ordres de M. Depondevèze devoit 
partir du Cap vers le ler. Juillet, pour Bofton, 

Les lettres de New- York informent que le bill ju- 
diciaire fera pris en confidération et fera combattu 
vivement. 

Le comité nommé pour examiner le fujet des amen- 
demens a raifemblé ec rédigé des principes ; on efpére 
qu'il ne tardera pas à faire fon raport. Les amen- 
demens font d'un genre à appaifer lies mécontens fans 
porter la moindre atteinte à la conflitution, et alors on 
ne peut douter de l'alTentiment du Congrès. — Si on 
en propofoit d'autres qui affeftafTent effentiellement 
la conililution, il eft probable qu'ils feroient rejetés. 
Du même lieu. 

Le bill de perception a été renvoyé du Sénat avec 
quelques reformes qui ont été accueillies. On doit nom- 
mer les officiers ïnceffamment, et l'on a lieu de croire 
que ce fera les mêmes officiers qui ont exercé foua les 
gouvernemens particuliers. 

Du 30. Ou en eft à la féconde lecture d'un bili 
pour l'enregiftrement des batimens, et pour \t règle- 
ment du cabotage. — Ce biU ne tardera pas,,» être 
fini. 



[ ï 

ACTE DU Congres des Etats-Unis, 
' -portant imfofttion de droits de îonage, 

QU'IL foit Ilatiié par le Sénat, et la Chambre des 
Repréfentans des E. U. affcmblés en Congrès, que les 
droits fuivans feront, et par ces préfentes, font impoféé,. 
fur tous les navires qui entreront dans les Etats-Unis, 
c'eft-à-dire, fur tous ^les navires conftriiits dans les' 
Etats- Unisî et appartenans tout entiers à un ou à plu- 
fieurs citoyens defdits Etats ; ou qui n'auront pas été 
conftruits dans les Etats-Uni'S ;• mais qui auront ap- 
partenu depuis lé' ^9 'de M'ai', 17 8*9, à un ou à plufi- 
eurs citoyens des Etats-Unis, et qui continueront de 
leur appartenir, à râifon de 6 fols par tonneau. 

Pourvu toutefois, et il ejijîàtué, qu'aucun navire con- 
ftfutt dans les -dits Etats, et appatten^nt à un ou à 
plufieurs des citoyens, ne payera les d-rdits de tonage 
plus d'une fois par an, quand il fera employé au cabo- 
tage. 

Et il ejî encore Jîatué, que tous les navires qui feront 
employés à voiturer aucune des productions des manu- 
factures ou du fol des Etats-Unis, fur les côtes, d'état 
à état, à moins que ces navires ne fuient conftruits 
dans les Etats-Unis, et n'appartiennent à un ou à 
plufieurs citoyens des Etats-Unis, payeront, à leur 
entrée, cinquante fols par tonneau. 

Et il efi encore Jlatué, que le préfent ade fera valide, 
à compter du quinzième jour d'Août prochain. 

Frédéric Auguste Muhlenburg, 

Orateur de la Chambre des Repréfentans. 

. . : I ; ■.: ; .■ j- j 

JeA)S,,ArAMS, Vice-Prcfident des Etats-Unis^ 
et Prtfident du Sénat, 

Approuvé — le 20 Juillet, 1789. 

GEORGE WASHINGTON, 

Préfident des Etats- Unis. 

Pour mettre nos leétcurs à portée de juger des frais 
du gouvernement des Etats-Unis, nous leur préfentons 
un apperçu des befoins, tels qu'ils ont été rapportés par 
le comité prépofe à cet effet, pour l'année 1789, 



3 ] 

■ •■ Pta/h*es.^ gàerîieî 

Frais du gouvernement de cette an- 
; ^,.née, y compris les arrérages d'an- 
I ""nées précédentes, 63^0'. ïoi -'2S 

; T(5Tal des intérêts dûs fur la dette 

étrangère, - - ■ - 1,840,071 -65 

\ Total des rembours de la dite dette j.;,..; :C;- . 

aéluellemcnt dûs, - - 1,562,899-81 

■ Total des intérêts de la dette do- 
mcttqiue, échus'le 31 Décembre, 
1789, .... 3,286f,070 • 12 
Arrérages de rëquifitions précé- ' 

. dentés, qui demanderont une taxe 
payable en facilitéé,*dclafommcde 960,466 -81 

8,285,603 - 87 

N. B. Malgré la provffioh faite par le Congrès 
poar délivrer des facilités du bureau d^emprunt du 
contirieRt, pour le payement des iritérêts de la dette 
dômëftique, du 31 Décembre, 1787, plufieurs de ceux 
qui ont des fécurirés publiques ne fe font jamais pré- 
fcntés, pour recevoir ces facilités, en conféquence les 
Etats-Unis devront des foniKiesconfidérabîes d'intérêt, 
lî on permet aux poffcflcurs des fonds publiques de 
recevoir leur intéiêt'd'aucu'né autre manière.' 

Il paroît encore par la cédule N°. 7, que les Etats- 
Unis ont anticipé" la'fomme de 218,647 dollars et 
76 90'emes en décrets [wflrrûn^jjltirés fur le tréfor, 
en conféquence des différentes réquifitions d'cfpece, du 
Congrès, aux différens Etats : il faut pourvoir au 
payement de'ces warrants, foit par une colleftiou de 
numéraire fur lés "réquifitions mentionhêes, .foit par 
quel qu'autre appropriation du Congrès. , 

Il paroîc aufîi par les Journaux da Congrès de 1784, 
page 482, cédule N°. 4,, qu'il eft dû aux Fermiers 
Généraux de France, par les Etats-Unis, la. fomme de 
846,771 livres tournois, 14 fols et cinq deniers, d'un 
contraél figné par Benjamin Franklin, le 17 de No- 
vembre, 1781, comme balance due d'un emprunt d'un 
million de livres tournois, du 3 Juin, l-^y, fait par 
MM. Franklin et Deane, agens des Etats-Unis. 

* Profïiejfe d^intérèt du bureau d'' emprunt. 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhiîl, No. ^^n.^ 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. On foufcnr, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall i à Salent, chez MM. Dabney et Culhing ; à New-Y@rk, chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno ; à' Philadelphie, chez M. Mathew Carey ; et chez les 
. principaux Imprimeurs des Etats-Unis.—- — L'Editeur fe fera un plaifir, et même un 
devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. / 



[ 1^9 ] 



'%<as>t«'aaMiaaw»«8»aî38«M«»E«HaM»BasBa»Bsai(^^ 



'"lb>/: ' :-' MSBCft' via-i 



■*'A«^. -^^fe' 4^-^J>--, 



ER 

AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



OSTON, 



U Utilité des deux Mondes, 



Prix y 5 Pence.'] 



Du JEUDI, 13 Août, 1789. 



[No. 17. 



De Copenhague, le 5 Mai. 

*^* Le projet de mettre le feu aux flottes réunies 
de Ruffie & de Dannemarck eft un événement trop 
remarquable dans la conjonélure aftuelle des affaires 
de l'Europes particulièrement de celles du Nord, pour 
ne point avoir caufé la plus vive fenfation, & ne pas 
mériter par conféqiient d'être rapporté avec toute 
l'exadlitude poiHble. Ainfî nous croyons devoir con- 
figncr ici un récit, qui éclaircit quelques circonftances, 
confufémeiit préfentées dans l'article, que nous avons 
publié. 

Dans la nuit du 28 Février au Dimanche ler Mars, 
un particulier vint donner à l'amirauté un avis de la 
nature la plus fétieufc, & qui exigeoit les plus promptes 
mefures. L'on appela auffi-tôt l'auditeur-général de 
la marine & le procureur du Roi au même départe- 
ment, qui fe rendirent à 3 heures du matin chez le 
vice-amiral Fontenay, qui en eft le chef. C'étoît 
pour affifter à l'interrogatoire & à la dépofitio-^ du 
dénonciateur & du patron d'un navire marchand An- 
gloi?, de la perfonne du quel on s'étoit affuré: ils y ont 
révélé la trame la plus noire & la plus atroce, qui de- 
voit s'exécuter le Mercredi fuivant, 4 Mars, & qui ne 
tendoit à rien moins qu'à incendier tous les vaifieaux 
de guerre RafTes, qui mouillent dans le port de Co- 
penhague, &, s'il étoit poffible, auffi h flotte Danoife. 
Un étranger, qu'on dit être un officier Suédois de dif- 
flindion, & qui étoit déjà depuis quelque tems à Co- 
penhague, avoit acheté du capitaine Anglois fon na- 
vire avec la cargaifon, pour la fomme de 12 mille 
rixdalers ; & il l'avoit payé en lettres de change : le 
navire étoit à l'ancre près de la citadelle. La cargai- 
fon vendue, l'acheteur^, de concert avec le capitaine, 



la remplaça par une charge de goudron, de poix, de 
-poudre à canon, & de liqueurs fpirituenfes ; & en 
même tems il enduifil de goudron, non feulement la 
carcafle du bâtiment, mais encore tous les agrêts. Le 
capitaine Anglois étoit convenu avec fon fuborneur, 
que le Mercredi au foir, 4 Mars, il s*approcheroit de 
l'efcadre RufTe ; qu'enfuite il mettroit le feu à fon. 
navire, qui, rempli de matières inflammables, ne pour- 
roit manquer de communiquer l'incendie à tout ce qui 
l'environneroit. L'étranger lui avoit promis uqe ré- 
compenfe de 5,000 rixdalers pour chaque bâtiment 
Rufle qui feroit embrafé. Le capitaine Anglois ce- 
pendant n'étoit pas fans quelque inquiétude, & file 
augmentoit à mefure que le terme fatal approchoit. 
Le Samedi 28 Fév. après-midi, plus trille & plus 
rêveur que de coutume, il fait réflexion, que celui qui 
a l'ame aflez noire pour former un, projet de cette na- 
ture, pourroit bien auffi être aflez peu fcrupuleux pour 
le tromper fur le payement convenu : il examine fes 
lettres de change, qu'il trouve être des fécondes : fes 
foupçons augmentent ; & il va trouver l'étranger. Il 
en réfuke des pourparlers, qui font entendus aflez 
clairement pour faiie foupçooner ce dont il s'agit. Ua 
particulier va fur le champ en faire le rapport : l'An- 
glois cft arrêté ; & l'on cherche également le Suédois ; 
mais il avoit eu le tems de fe cacher ; 5c, malgré 
toutes les perquifltions, on n'avoit pas pu encore le 
découvrir au départ du courier. 

De Varfovle, le 7 Mat. 

Le Roi fe trouve encore indifpofé & l'on fouhaite 
généralement que la goutte, dont S. M. eft affligée, 
puiffe la quitter bientôt. 

Les troubles de l'Ukraine, dont on s'efforce encore 



[ I30 



de répandre & d'augmenter même le bruit par des 
motifs de politique, font entièrement appaifés, & l'on 
fait avec certitude que tout y eft maintenant tranquille. 
Le baron d'£ngenfl.rom, miniftre de la cour de 
Suéde près cette république, a invité les principaux 
membres de la république, au nom du Roi de Suède, 
a contraéler une alliance avec ce royaume, afin de 
rcnouveller & de raffermir par-là l'ancienne amitié 
entre les deux états. 

Le, bruit s'eil généralement répandu ici, que les 
Ruffes fe difpofent à quitter entièrement le territoire 
de la république, & qu'il n'y aura que les commiffaires 
qui relieront auprès de leurs magafins, qui feront con- 
fiés à la garde des troupes Polonoifes. 
De Vienne^ Je 1 1 Mai. 
On mande du Bannat que le général-major comte 
Pallavicini, qui avoit perdu l'œil droit, par un coup de 
feu, dans le combat du 1 7 Septembre, & reçu d'autres 
bleffures dangereufes, en eft mort à Temefwar, le 2 
de ce mois. 

Lorfque le feld-maréchal Haddick fit fes remer- 
ciemens à l'Empereur du commandement de l'armée 
que S. M. lui a conféré, le monarque lui dît : " vous 
*' venez me remercier de ce dont je vous fais obligé ; 
" de votre acceptation dépend mon repos, le repos 
** de la Hongrie & celui de mes autres états." Sur 
quoi le feld-maréchal pria S. M. -de lui remettre le plan 
des opérations : *' voilà," lui dit l'Empereur, *« quel a 
*' été celui de la dernière campagne, & je vous remets 
*' le nouveau." Ce nouveau plan étoit exaâiement 
le même que le feld-maréchal avoit remis au monarque 
dés le commencement de la guerre. 

De Cadix, le 6 Avril. 
Depuis l'arrivée d'un exprès de Madrid, on redouble 
ici d'adlivité pour achever l'armement de notre Sotte. 
Le nombre des ouvriers vient d'être augmenté dans 
îios chantitrs, & l'on s'occupe à mettre en état de 
. défenfe toutes les fortifications du port. 
De Verf ailles, le 2 2 Mal. 
L'abbé Brun de la Combe a eu l'honneur de pré- 
feoter à L. M. & à la Famille Royale un ouvrage de 
fa compofition, intitulé : le polni de ralliement des. cito- 
yens FrajiCQis, fur les haj'es d'une coujîltutlon nationale, fur 
les pouvoirs des députés, i^ fur la forme des dêllbtraîions. 
De Bruxelles, le 6 Avril, 
Le quatre du courant, la prévôté a arrêté le pro- 
vincial des Capucins, qui eil une tête chaude, & que 



le gouvernement a toujours regardé comme un homme 
très dangereux. On l'a conduit fous bonne efcorte à 
la frontière, avec défenfe de jamais rentrer dans les 
Etats de S. M. Imp. fous peine d'être traité comme 
perturbateur du- repos public, & rebelle aux ordres de 
S. M. Imp. L'abbaye du Parck vient d'être fuppri- 
mée, ainfi que, les deux plus riches couvens d'Aloft. 
Extrait d'une lettre de Verfàllles du 2 Mal. 
" Le Roi fe renferme tous les matins pour parcou- 
rir les brochures, fans nombre, qui paroiffent tous les 
jours fur les affaires du tems ; S. M. n'a pu que voir 
avec plaifir le refpedl 6c l'amour que tous les Fra.nçois 
lui portent. On affure que ce prince a dit : *' Tout 
" confidéré, je crois que la liberté de la prefle produit 
•' plus de vérités que de menfonges, & quelle doit être 
*' protégée en faveur du bien qui en refulte." 
G R A N D E - B R E T A G N E. 
Chambre des Communes. 
Traite des Nègres, 20 Mal. 
L'Echevin Ncwham préfenta une pétition contre 
Pabolitfon de la traite des Nègres, de la part des ar- 
mateurs et marchands de la cité de Londres. Lord 
Penrhyn préfenta plufieurs pétitions contre l'abolition 
de la traite des Nègres, de la part des planteurs des 
plantations Britanniques, des hipothécaires, des ren- 
tières a conilitution, de la ville le Liverpool qui tra- 
fiquent avec l'Afrique ; d'autres dé la part des fabri- 
quants en fer, des marchands de cuivre et de laiton, 
des voiliers de la ville de Liverpool — de la part des 
tonneliiers, des conftruéleurs de navires, des armuriers, 
des boulangers de Liverpool, fuppliant que leur play- 
doyer fût entendu. 

M. Blackburn préfenta une pétition, au nom des 
fabriquants de marchandifes, pour le commerce des 
côtes d'Afrique. 

M. Gafcoyne préfenta une pétition de la même te- 
neur, au nom des maire et échevins de la ville de Li- 
verpool. 

L'EchevÎR Watfon préfenta une pétition de la même 
teneur, au nom des marchands, hipothécaires, et autres 
créanciers des colonies à fucre. M. W. faifit cette 
occafion pour déclarer fcs fentimens ; il obferva qu'une 
prompte abolition s'oppofcroit à l'humanité, à la ju/îlce, 
et à la faine ralfon. 

Lord Maiiland préfenta une pétition de la même 
teneur, au nom de MM. Burton et Hutchtufon, agents 
pour l'ifie d'Anîigue. 



[ 13 

Après avoir reçu toutes le pétitions, elles furent 1 
toutes lues et mifes fur la table. 



FRANCE. 

De Paris, le 5 Mai. 
Le travail relatif à la réforme de l'armée Françoife 
eft entièrement terminé, elle fera compoféede 168,000 
hommes effe£tifs, & la dépenfe de ce département 
fera réduitt- de Ï13 millions à 96. La rédudion 
cft de 17 millions par an. On ajoute que les réduéli- 
ons dans les autres départemens s'élèveront auffi à une 
fomme affez confidérable pour alléger le poids du dé- 

. ficit auquel il feroit fi difficile de remédier, en aug- 
mentant les impofitions territoriales, fur tout dans 
une année auffi calarniteufe que celle-ci. L'égalité 
de la répartition déjà confentie par la plus grande 
partie du clergé Se de la noblefle achèvera, dit-on, de 
racommoder les affaires publiques. 

On parle beaucoup d'un arrêt provifoire du confeil 
qui va être rendu fur la liberté de la prelTe, en atten- 
dant que les Etats-Généraux s'occupent de ce grand 
objet d'adminiilration générale. On ajoute quel'arrêt 
annoncé fera accompagné d| lettres patentes enrégif- 
trées, qui attribueront au parlement la connoiffance 
des faits relatifs auK termes de la liberté légale établie 
par l'arrêt. 

Samedi dernier un vieux militaire, âgé de 76 ans, 
s*e{l cafle la tête chez lui d'un coup de piftolct. On 
eft accouru au bruit, on l'a trouvé baigné dans fon 

. fang, avec une lettre ouverte fur fon fecrétaire. Il y 
annonçoit à des parens en Provence qu'au moment où 
ils recevroient fa lettre, il ne feroit plus. 

J A M A I (^ U E. 

De K'mgjîon, le il Juin. 
Les dernières feuilles Américaines font remplies de 
la flatterie, la plus dégoûtante et la plus outrée envers 
le Général Wafhington : il y en a même qui vont 
jufqu'à lui donner le titre de son altesse, l'illus- 
tre Président des Etats-Unis ; d'où ils paffent 
rapidement au titre de MAJESTE ; enforte qui 
plufieurs d'entre nous pourront encore vivre affez 
pour contempler un autre Gcoege porter le fccptre de 
cette nation occidentale. 



ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE, 

D^AuguJia, {Géorgie.) 
Il nous eft bien flatteur de pouvoir informer le 
public que les commiflaires de l'Union pour les affaires 
des Indiens, font maintenant dans cet état ; et que 
tous les préparatifs pour le traité fe font près du Rock' 
Landingf où l'on croit que 3000 Indiens aflifteront, 
avec tous les chefs de la nation. 

De Peterjbourgy {Virginie) h 16 'Juillet. 
Nousavons dernièrement éprouvé une grande difette 
dg grain, en conféquence de la grande quantité qui en 
a été exportée aux Etats du Nord et de VEJl et aux 
Indes Occidentales ; mais nous avons la perfpedive 
de la plus belle moifîbn defeigle,de froment, &c. et il 
nous eft bien agréable d'ajouter que nos fermiers don- 
nent la plus grande attention à la culture du fo/o.-z, du 
chanvre, et du Un ; s'ils pouvoient venir à bout de 
fabriquer ces divers articles eux-mêmes, ils en trouve- 
roient un prompt débit chez nos frères du Nord, qui 
les payent très-libéralement. 

De Georgetoiun, le 22 Juillet. 
Extrait d'une lettre de Kentucke. 
Les Indiens nous ont fait dernièrement une vifite à 
notre établiffement, fur la rivière Green i ils y ont 
maffacré ^ perfonnes qui y étoient arrivées quelques 
femaines auparavant. Comme cet établiffement eft 
fort écarté de la partie habitée, on craint que les nou- 
veaux venus ne foient fort expofés à la furie de ces 
fauvages, qui ne perdent pas une occafion de nous 
furprendre quand nous ne fommes pas en garde." 

La trifte expérience nous a convaincus qiie les 
traités qui ont été faits avec ces peuples n'ont d'autre 
effet que celui de nous procurer une fureté imaginaire, 
que plufieurs centaines de perfonnes ont payée de leurs 
vies. En un mot, tant que nous refteronsauffi foiblesque 
nous le fommes, fans fupport, fans fecours des Etats 
Atlantiques, le Kentucke continuera à être le théâtre 
des meurtres et des déprédations. 
De Baltimore. 
Extrait d'une lettre de Belfaft, (Ireîande) du 8 Mai. 
Il y a dans les comtés d'Armagh et Tyrone, un 
nombre de rebelles, qui ont pris le nom de Garçons du 
point du jour. Ils ont affailli les volontaires d'Armagh, 
comme ils alloient paroître à la cathédrale. — L'un 
d'eux arracha une bayonnettc des mains d'un enfant, 
avec quoi il effaya enfuite de le poignarder, et il prit 
la fuiti". Les volontaires les pourfuivirent auflîtôt, 



[ 132 ] 



mais îls furent arrêtés, quais^ lîs trouvèrent 250 de 
ces rebelles bien-armés et prêts à entrer en aftion. 
Les volontaires, qui n'avoient que leurs fabres, s'en 
retournèrent à Armagli, où ils fe procuièrent quel- 
ques armes, après quoi, ils fe préparèrent à faire face à 
cette troupe de bandits.— Ces derniers firent une vi- 
goureufe défenfe.— L'adion dura long-tems— les re- 
bellés eurent 10 morts et 14 bleffés, et les volontaires 

2 morts. 

De Philadelphie, le ZJ Juillet. 
La converfation de tous les cercles roule par-tout 
fur les émolumens de notre légiflature. Il me femble, 
dit un correfpondant de la Fédéral Gazette, qu'en ceci 
comme en toute autre chofe. on doit éviter les extrê- 
mes. Certes les hauts falaires font très-à- charge à la 
communauté, fur-tout quand on confidére les circonftan- 
ces du temps préfent ; d'ailleurs Téconomie, la frugalité 
«tlafobiiétédansleslégiflateursaurontun effet puifTant 
fur l'efprit du peuple ; mais d'un autre côté, les falaires 
trop bas font très deraifonnables, et en conféqucnce 
très-dangéreux pour l'Union ; car ils nous obligeront 
à choifir les riches : et puifque le grand Arbitre de 
notre deftin a voulu que tous les gens riches ne foïent 
pas des hommes à talens, des hommes vertueux, il efl 
alfé de deviner les conféquences : et comme la plus 
grande recompenfe qu'un cœur patriotique puiffe at- 
tendre, eft celle d'avoir fcrvi fon pays fidèlement, il 
me femble que 4 dollars par jour feroient un milieu — 
des temps plus heureux pourroient les faire augmenter. 
De Providence, le 1er. Août. 
Le Dr. Salomon Drown, habitant de cette ville, de 
retour des établiffemens de la Compagnie de l'Ohio 
fur les rivières Mii/iingham et Ohio, nous apprend que 
^infatigable indultrie des habitans a avancé confidé- 
rablement l'état des chofes ; que Marîetta eft telle- 
ïnent fortifiée contre les Indiens, qu'elle eft. jugée im- 
prenable. — Il fe forme deux autres établiffemens, l'un 
à Wolf-Creeh, à 24 miles fur le Muflcingham, et l'au- 
tre à environ 14 miles ou deîTous de Marietta, fur 
l'Ohio, vis-à-vis ^embouchure de la rivière du petit 
Kenhanva. Il n'y a point de craintes des Indiens : 
î'alarm": qu'avoit donnée le maffacre du Capitaine Ze- 
bulon King eft tout-à-fait appaifée. On a été infor- 
mé que tous les Indiens des tribus en paix ont défa- 
voué et reprouvé cet affaffinat. 

Le Colonel Sbrieve, qui avdit été employé par un 
grand nombre de perfonnes du New- Jerfey, pour leur 



chercher un tç rreîn convenable pour y émîgrer et s'y 
établir avec lui, avoit d'abord le deâein de trav^rfer îé 
Mifliffipi, vis-à-vin rembouchurc de l'Ohio, où le Co- 
lonel Morgan avoit projette d'ériger la ville de La 
Nouvelle Madrid, fous le gouvernement Efpagnol ; 
mais après avoir examiné îe terreîn*, on trouva qu'il 
étoit fi plat, et qu'il feroit fi fujet aux débordemens 
des eaux qui l'environnent, et qui ne pourroient man- 
quer de s'accumuler et de caufer les plus grands dom- 
mages, qu'on fut obligé d'abandonner ce projet ; et 
qne l'efprit d'émigration dans cette contrée qu'avoit 
excité les offres généreufes du gouvernement Efpagnol, 
qui vouloit faire un éiabliffement confiderable, eft bien 
abattu. 

La plupart des bonnes terres du Kentucke étant 
prifespar le nombre étonnant des émigrans qui s'y font 
établis, et l'air du Mulkingham étant infiniment plus 
falubre qu'il ne l'eft plus loin au fud, il eft probable 
que le Col. Shrieve recommandera à fes compagnons 
émigrans d'aller s'y établir, et qu'il les y joindra lui- 
même. 

La légiflature de la Virginie vient de paffer un aéle 
par lequel on ouvrka une grande route, aux dépens de 
cet état, au travers des deferts, depuis Clarkefburghj 
jufqu'à l'embouchure de la rivière Muflcingham, et 
une autre qui communiquera de Morgan's-Town, le 
long de la rivière Monongahela, à la première route. 
Cette dernière route va ouvrir des communications de 
toutes les parties de la Virginie, fituées fur le Potow- 
raack ; ce qui doit être très-avantageux aux nouveaux 
établiffemens. 

Les affaires de la compagnie font en bon train. Les 
habitans jouiffent de toutes les bénédiélions d'un bon 
gouvernement, et d'un fol riche et fertile. Le bon 
ordre et la plus grande tranquillité y régnent. On y 
a établi pour le culte du Tout-Puiffant, une afferablée 
qui fe tient une fois par femainc ;. mais ce Oui y adou- 
cit la vie, plus que tout autre chofe, c'eft cette difpo- 
fîtion charitable, et indulgente des-uns envers les au- 
tres, qui prévaut d'une extrémité à l'autre des établiffe- 
mens. 

L'Etat de la Caroline Méridionale, obferve un cor- 

* Nous apprenons, au moment où nous allons à la 
prfeffe> que ces bruits ont été répandus par îe Colonel 
Shrieve et le Dr. D. qui n'ayant pas reçu tout l'en- 
couragement qu'ils s'étoient promis de leur voyage, 
fe font promis de décrier le pays à leur retour. Nous 
fommes affurés que le Colonel Morgan continue fts 
travaux avec fuccès. 



[ ^33 3 



refpondant de la Gazette de Providence, adoptera 
indubitablement la nouvelle confiitutîon, à fon affem- 
blée prochaine. Si notre état n'y accède pas aupara- 
vant, il reftera donc feul, à l'écart, pour fervir de de- 
riSon aux autres états et au monde entier, et de fo- 
briquets aux autres nations : quand on voudra expri- 
mer qu'une nation a violé les lois de la juftice et de la 
RAISON, on l'appellera Rhodeljland. Quand nous 
irons dans les ports des Etats-Unis, nous ferons regar- 
dés coname étrangers, nous payerons ks meoics droits 
qu'eux, et à la Sn, qui fait s'ils ne nous fermeront pas 
leurs ports ! notre agriculture, notre comir.ercc et nos 
manufaélures languiront, et la pauvreté et la mifcre 
feront notre fort. Pourrons-nous exifler long- temps 
après qu'on nous aura refufé l'entrée des ports de 
i'Union ? Produifons-nous tout le bled que nous 
mangeons ? Les habitans de ce petit état font -ils les 
feuls qui aiment la liberté ? Peut-on fuppofer que la 
vertu, la fagefle, et le patriotifme y aient établi leur 
fejour exclulivement ? Non, avouons plutôt de bonne 
foi que rétat eft déchiré par les partis et par les fac- 
tions, et qu'il y en a trop parmi nous qui font encore 
attachés à un papier- nionoie défaftr^ux. 

Hélas ! et que n'ai-je l'éloquence perfuafive d'un 
Ciceron, que n'ai-je la f&rce irrefiftible d'un Demof- 
thenc, continue notre correfpondant, je rappellerois à 
mes concitoyens îe rôle élevé qu'ils ont joué ci-devant> 
et je le comparerois avec le préfent. — Je les exhorte- 
rois à bannir de leur efprit toutes les haines et tous 
les préjugés que le Démon farouche de la Difcorde a 
difieminés, je les fupplierois, par cette révérence qui 
eft due à un Washington, à un Franklin, à un 
Adam s et à une bande de dignes patriotes, par le 
fouvenir de ce fang qui a été fi généreufement mêlé 
dans notre glorieufe contefte, par tout ce qui eil cher 
et facié parmiles hommes, d'abandonner ce fyftême 
de politique défaftreufe, et de fe réunir pour raffera- 
bler la légiflature et de faire encore un effort pour 
adopter un gouvernement, dont les traits principaux 

font LE POUVOIRjLA RE S PONS ABILITE, et LA LIBERTE 
SANS LICENCE, 



Cofîîinuation des 'H'ravaux du Congres. 

Chambre des Repréfentans. 
Jeudi, i6 Juillet. A la Itéiure du raport du co- 
mité des appointements, il s'éleva quelques débats. 
A la tlaufe qui accorde au Vice-Préfident des ap- 



pointements permanc; -, M, White oMerva qu'il n'a- 
voit pas vu que la conflitution accordât des appointe- 
ments annuels à cet officier — qu'il étoit d'avis que, 
puifque fes fcrvices étoient de la même nature que 
ceux des autres membres de la légiflature, fon falaire 
devoit être le même — qu'eu conféquence il opinoit à 
ce que fes appointements fuffent journaliers. 

M. Page propofa que l'on fubftituât à la claufe qui 
lui accordé la fomme de 5000 d. par an, celle de 
8000. 

M. Sedgwick dit que la motion de M. White por- 
toit fur des principes qui ne lui paroiffoient pas juftes 
— que la différence entre le polie du V. P. et celle des 
autres membres étoit fenfible — que l'un étoit un of- 
ficier du gouvernement prépofé à remplir la Préfidencc, 
en l'abfence du Préfident — qu'il étoit indifpenfable 
qu'il réfidât toute l'année avec le gouvernement, au 
lieu que les autres membres n'étoieut raflemblés que 
pendant un certain temps. 

M. Seney en votant pour des appointement* plus 
généreux, opinoit à ce qu'ils fuffent /er dlem. 

M. White dit, Monfieur, La conftitution n'a point 
arrêté qu'il foit pourvu aux appointements du V. P. 
En déclarant que le Préfident recevra des appointe- 
ments fixes et permanens, elle fe tait a l'article da 
V. P. Nous ne fo m m es pas autorifés à établir des 
bénéfices pour qui que ce foit. — Je ne fais fi cet officier 
peut ou ne peut pas fuivre d'autres emplois, mais il eft 
certain qu'il peut s'abfcnter du fervice public, et alors 
qui pourroit lui faire rendre compte dVfa conduite ? 

M. Madifon dit qu'il ne s'accordoit pas avec fon 
collègue; il dit que leV.P. doit être fiîué de manière^ 
que les différens états puiffent dans tous lès temps re- 
quérir fes fervices. Le V. P. continua M- M. peut 
être élu aux extrémités du continent, s'il doit être 
confidéré comme le fiacceffeur apparent du Préfident, 
en cas d'accident, ne doit-il pas abandonner toute ef- 
pece de travail perfonnel ? Il cft quelque fois vrai 
que les appointements doivent être pour le fervice ac- 
tuel, mais cette maxime n'efl pas toujours juffe ; les 
Juges de la cour fouveraine en font un exemple. 

M. Ames obferva que le pofte de V. P. eft pouT 
celui qui l'accepte, une renonciation à toute efpece 
de travail qui pourroit luiprocuier des émolumenar 
Celui qui eft pris de la maffe du peuple pour remplir 
un pofte quelconque, pour le public, peut prétendre 
à en recevoir des appointeoienls ; et quand il ns psut 



[ 134 ] 



pas vaqueur à fes propres affaires, il ef. luppofé occu- 
pé à faire des reciierches pour l'avantage de fon pays. 

Tout citoyen e(t éligible pour cet emploi, mais fi 
on n'y joint pas des ér;-;olumens compétens, il n'y aura 
que les riches qui les rempliront. C'eft une idée ariftô- 
cratique, qui eft lout-à-fait contraire à l'efprit de la 
conftitution. 

M. Burke obferva que l'état préfent de nos finances 
ne nous permettoit pas de paffer 5000 dol. — qu'il fen- 
toit que cette fomme ne fuffifoit pas pour les dépcnfes 
extraordinaires que le V, P. feroit obligé de faire 
d'office ; mais que cette fomme étoit tout ce que 
nous pouvions donner pour le préfent. 

M. Stone dit qu'il opineroit à augmenter les ap- 
pointements du V. P. mais qu'il étoit d'avis qu'ils dé- 
voient être per ciiem. 

M. W. Smith (Car. Mer.) obferva que leV. P. ne 
pouvoit pas être confidéré par la conllitution, comme 
fénateur, et qu'en conffquence fes appointements dé- 
voient être différens, fur-tout quand on confidérerqu'il 
eft un des officiers du gouvernement, délîgncs par la 
conllitution ; qwi'il e(l le premier en dignité après le 
Préfident — obligé de foutenir un rang qui y corref- 
pondc, et qu'en conféquence, il devroit avoir une fon:i- 
me fuffifantc. — M. S. ne trouvoit pas que la fomme de 
5000 dollars pût être regardée comme trop grande, 
et qu'en conféquence il y opinoit. 

On recueillit les voix, et la motion de M. White 
fut négatives. 

Vendredi, 17 Juillet. On lut la pétition de Léo- 
nard Harbough, expofant, qu'il avoit inventé certaines 
machines pour l'agriculture, et fuppliant les faveurs de 
la légidature. Cette pétition fut mife fur la table. — 
On lut auffi le bill, pour liquider les dettes des états 
divers avec les Etats-Unis. 

On lut le bill qui pourvoit au gouvernement 

des territoires de la partie de VOueJÎ. Ce bill fut 

renvoyé au comité de la Chambre, à Lundi prochain. 

Alors la Chambre fe forma en comité-général, fur 

le bill pour établir des fanaux, &c. &c. 

Lundi, 20 Juillet. Le Sénat informa la Chambre 
qu'il avoit approuvé les correûions du bill, portant 
établiffemcnt du départeûiient des affaires étrangères. 
Le Secrétaire annonça auffi que le Sénat avoit pafTé un 
bill pour l'établiffement des cours de juftice des Etats 
Unisj et qu'il follicitoit l'afTentiment de la Chambre 



honorable.— Alors le Secrétaire remit les .bills et fe 
retira. 

M. Smith (de la Car. Mer.) fit la motion^ qu'il fût. 
nommé un comité pour rédiger un bill, qui autorifât 
les différens états à raffembler des fonds pour l'entre- 
tien des hôpitaux. Cette motion fut agréée. 

Mercredi, 22 Juillet. M. Burke, du comité des 
appointements, préfenta un bill, lequel fut lu et mis 
fur la table. 

Le bill pour arrêter les comptes des particuliers, 
avec les Etats-Unis, fut lu et commis à un comité 
fpécial. 

A la motion de M. Scott, la Chambre fe forme en 
comité, pour prendre connoiffance de certains arrêtés,' 
concernant les territoires de VOuèJî, — Voici fommaire- 
ment ceux qui ont été agréés. 

l'*. Qu'il foit établi un bureau territorial, où fe 
vendront les terres vacantes des territoires de VOueJî. 
2°. Que ledit bureau foit fous la direélion du 
Gouverneur des territoire? de l'Oueft ; que les terres 
à vendre n'excèdent pas acres par morceau-— 

que le prix fera de par acre — que chaque per- 

fonne établie dans les limites mentionnées, aura le 
droit de ^r<?'fw/>/zo« fur la quantité de acres, y 

compris fon établiffement. 

M. Vining demanda qae le Préfident fût fupplié de 
faire faire unfcelet contre-fcel avecdesdevifes,&c.pour 
les Etats-Unis. Cette motion fut mife fur la table. 
A la motion de M. Page, il fut arrêté qu'il fut 
nommé un comité pour examiner les mefures prifes par 
le Congrès et l'état de Virginie, concernant les terres 
refervées à l'ufage des officiers et foldats dudit état, 
fur les établiflemens du continent, et fur ceux de l'état 
dans la conceffion qui a été faite par ledit état aux 
Etats-Unis, de terres fituées au N". O. de l'Ohio ; et 
que le comité en fît raport à la Chambre. 

*^* La chambre s'étant formée en comité, M. Vi- 
ning introduifit le département domeilique dans utx 
arrêté dont voici la fubllance. 

Que ce département fera confié à un Secrétaire des 
E. U. pour le département domeilique, dont les 
fondions feront de correfpondrc avec les états de l'U- 
nion, et de pourvoir à l'exécution des lois des E. U. 
— de garder le grand fceau-e-de l'apofer aux papiers, 
&c. où il fera requis — de garder le ^etit fceau ; de 
l'apofer aux coramiffions — de redigerdes commiffions; 
de les enregiftrer ; de pre.ndre copie des différens 



[ '35 ] 



aftes des E. U. ; de les tranfmetti'c à tous les états — 
de fe procurer tous les aéles des états et d'en faire le 
raporc, quand ils feront contraires aux lois des E. U. 
de prendre fous fa garde les archives de l'ancien Con- 
grès ; de préfenter au Préfident des E. U. les projets 
pour avancer le manufactures, l'agriculture et le com- 
merce — de tenir une defcription gé<igraphique des 
divers étals, leurs rivières, villes, routes, et d'établir 
où les routes feront faites, &c. de recevoir et d'enre- 
giftrer la connputation qui, fera faite des habitans ; de 
fecevoir les raports concernant les territoires de VOueJî 
—de recevoir et d'accueillir les modèles d'inventeurs 
et d'auteurs, &c. ; d'enregiftrer tous les livres qui ont 
reçu des lettres patentes, &g. et généralement de faire 
tout ce qui lui fera ordonné par le Préfident. 

Cette refolution fut vivement combattue par MM. 
XVhue, Benfon, Sedgwick.,,Gerr3^,.Huntington, Sher- 
man et autres. 

Vendredi, 24 Jyilkt. On lut pour la troifieme 
fois le biil des appointements du Préiîdent et du Vice- 
Préfident. Ce bill ordonne que lorfque le V. P= rem- 
plira les fondions du P. il en recevra les émoîuraens, 
et que fes appointemens de Vice- Préfident cefleront. 

De B OS TON, le ij Août, 

Les derniers avis du Canada poj-tent, que la plus 
grande détreffe régne parmi les habitans ; que la di- 
fette de grains -) eft fans exemple ; et que la cherté 
de la farine et de tous les aîimens, y eft exceflîve — au 
point que la farine s'y vend 8 piallres les 100 livres. 
Son Excellence le Gouverneur a permis l'importation 
des denrées Américaines. 

La Gazette de Q_uebec du 2 Juillet dit, " Si l'efpoir 
d'une abondance future peut en quelque forte alléger 
la difettc préfente, tous les avis de la campagne nous 
préfentent la moifibn la plus abondante." 

On lit dans quelques feuilles Angloifes, que des 
troupes Turques attaquèrent le 12 d'Avril dcr. un 
pofte, et cinq villages bofniens fous la proteftion de 
l'Empereur — qu'elles paffèrent les hommes au fil de 
répée, cnlcvèrenL 104 femmes et garçons, 6000 bêtes 
à corne, 108 chevaux, 507 chèvres; et reduifirent 
trois petites villes en cendre. 

L'ennemi fe retira enfuite au village de Pograzi, 
f)ù il vendit les femmes, et lé reftea du butin. Un 
Turc acheta 2 femmes et 4 enfans, 600 florins. 

II n'eft point arrivé de nouvelles authentiques de 



France, depuis l'ouverture de l'aflembléc des Etala- 
Généraux. Voici fommairement ce que raportcnt 
les papiers Anglois, les plus récents. 

La grande queftion qui occupe tous les efprits eft 
de favoir fi les trois clafles fiégeront dans la même 
chambre, et fi les arrêtés feront décidés à la pluralité 
des voix des membres préfens, fans égard au rang ; ou 
fi l'aflemblée formera trois corps, qui voteroient, cha- 
cun féparément, dans leur chambre, chaque corps ay- 
ant le droit de négative, fur les aftes des d'eux-, au- 
tres. 

Les communes envoyèrent le ii Mai des députés à 
la chambre des nobles, pour que les trois ordres fe 
raffemblafTent, afin d'examiner la validité des éleflions 
des membres des trois ordres en commun. 

Le Duc de Liancourc propofa d'accéder aux pro- 
pofitions des Communes, dans un difcours très-élo- 
quent ; mais quand la chambre fut divifée, il fe trouva 
dans une petite minorité-. ' ' ' 

Le nobleffe arrêta que la reponfe fuivante fût en-* 
voyée aux Communes : *' Que la Nobleffe ayant déjà 
fait des progrès confidérables dans l'examen de fes 
membres, cet ouvrage ne pouvoit pas fe faire en com- 
mun par les trois états — ^que d'ailleurs les Communes 
n'ayant pas fignifié leurs pouvoirs, elles ne pouvoiènt 
pas encore être regardées comme légales, et qu'en 
conféquence, elles ne pouvoiènt pas correfpondre avec 
les deux autres ordrss. 

Les Communes-, qui n'ont encore pris d'autre de- 
nommation que celle de " Citoyens affemblés, par 
ordr<; du Roi," et non, " Le Tiers-Etat, convoqué 
à l'affemblée générale," conviennent de la féconde 
partie de cette réponfe.. 

Après avoir envoyé cette reponfe, la Nobleffe com- 
mença à examiner fi la chambre pouvoit légalement 
entrer en matières, avant que tous les membres fufient 
arrivés. — On propofa l'arrêté fuivant, " que la Cham- 
bre ayant examiné l'élcdtion de fès membres, elle étolt 
fuffifamment formée, pour pouvoir procéder aux or- 
dres et reglemeus pour fon gouvernement intérieur, 
jufqu'à ce que l'arrivée de tous les membres l'aient 
complétée, et autorifée à. procéder aux affaires de la 
nation.'' Cette motion fut débattue avec chaleur, 
mais elle fut agréée par une majorité de 168 fur 218. 

On apprend de New- York que l'objet de l'attente 
publique eft l'établiffement d'une Banque nationale, 
qui puiffe établir notre commerce, en rétabliffant k 
crédit public. 



[ 

CONGRES DES ETATS-UNIS. 

ACTE portant création d'un département exécutif, 
dénommé Le Département des Affaires étrangères. 

^u^iîfQitJlatuépar le Sénat, et par la Chambre des 
Repréfêntans des Etats-Unis de l'Amérique, ajfemhks en 
Congrès, qu'il y exiltera un .département exécutif, 
dénommé le département des affaires étrangères — et 
qu'il y aura un officier principal, dénommé le fecré- 
taire du département des affaires étrangères, lequel 
remplira toutes les fonftions qui lui feront enjointes 
ou coHfiçcs par-Ie Préfident des Etats-Unis, et confti- 
tutionneilement, concernant les correfpondances, leç 
commiffions, ou intlruâions avec les ministres publics, 
ou cotîfuls des Etats-Unis— ou concernant les négocia- 
tions avec les mînillres publics des états ou princes 
étrangers, ou les mémoires ou autres écrits de la part 
des miniflres publics et étrangers, ou autres étrangers, 
et généralement tout ce qui tiendra au département 
des affaires étrangères, et que le Préiident des Etats- 
Unis commettra audit département : et fur-tout, que 
ledit officier principal conduira les affaires dudit dé- 
partement conformément aux inftruûions que lui 
donnera de temps en temps le Préiident des Etats- 
Unis. 

Et qu'il foit encore Jlaluè, qu'il y aura dans ledit dé- 
partement un officier fubakerne, qui fera nommé par 
ledit principal officier, qui fera employé de la mani- 
ère qu'il jugera à propos, et qui fera dénommé le pre- 
mier commis du département des affaires étrangères, 
et qui, quand le principal officier aura été démis de 
fon pofte, par le Préiident, ou dans tous autres cas de 
vacance, fera chargé, pendant cette vacance, de la 
garde des regiflrcs, livres, et papier» dudit départe- 
ment. 

Et qu'il fait encore Jlatué, que ledit principal officier, 
et toutes perfonnes qui feront nommées et employées 
dans ce département, prêteront le ferment ou l'affir- 
mation, asfdnt de commencer leurs fondions, de rem- 



»36 ] 

pllr bien et fideleoieftt les obîîgatîans qui leur auront 
été commifes. 

Et qu'il foit Jlatué, que le fécrétaire ru départemcRt 
des affaires étrangères, qui fera nommé en vertu de 
cet aâe, aura le droit, après fa nomination, de s'em- 
parer de tous les regiftres, livres et papiers qui font 
au bureau du fécrétaire du département des affaires 
étrangères, ci-devant établi par les Etats-Unis affem" 
blés en Congrès. 

Frédéric Auguste Mohlenburg, 
Orateur de la Chambre des RepréfentanSt 

Jean Adams, Vice-Prtftdent des Etats-Unis^ 
et Préfident du Sénat. 

Approuvé—le 27 Juillet, 1789. 

GEORGE WASHINGTON, 

Préfident des Etats - Uni: t 

Les hoftilités de la Grande-Bretagne, envers les 
Etats-Unis, fe manifeftpnt, non-feulement dans la 
rivalité du commerce et des manufaélures ; mais elles 
s'étendent jufqu'à notre littérature : on voit à peine 
un feul exemple, où leurs journaliftes [revieivers) aient 
rendujuftice à un ouvrage produit en Amérique. Leurs 
gazetiers ne copient dt nos feuilles que les articles qui 
tendent à perfuader au monde entier que nous mourons 
de faim, et que nous forames déchirés par les factions. 
En retour nous copions dans les nôtres tous les évène- 
mens qui arrivent en Angleterre, comme fi nous dé- 
pendions encore de cette nation hautaine et envieufe. 

Herald vf Freedom, 

ANECDOTE. 

Lorfque le Major- Général O'Hara étoit Gouver- 
neur de Ste» Lucie, un jeune homme qui avoit conçu 
pour fa tante la plus forte paffion, avoit remué le Ciel 
et la terre pour l'époufer, mais les prêtres de l'ifle 
lui repétoienc toujours qu'il falloit qu'il obtînt une 
difpenfe du Pape ; enfin il lui vint dans l'idée que le 
Général étoit au moins un auffi grand homme que le 
Pape, et il s'addreffa à lui pour obtenir cette peimif- 
fion. — Le Général, fans aucune difficulté, la lui ac- 
corda dans les termes fuivans ; 

" J'ai permis au porteur d'époufer ou fa tante ou 
fa grand'mere.'' Signé, 

Charles O'fÎARA, Maf Gen. et Pape. 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. (^"^y 

où l'oa peut fe procurer chaque Numéro.- On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall j à Salem^ chez MM. Dabney et Cufhing ; à New-York^ chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno j à Philadelphicy chez M. Mâche w Carey ; et chez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis.— L'Editeur fe fera un plaifir, et même un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-tout fur le commerce^ 



t î37 3 



g^^^.j>,,acaMaw»»B>i«mg'aiaM!ie^aaBSB!tgsr.raBiCT^^ :.ts:^i^seaffi3C3Kir-:vss!e.>«wxtesaxwxim!r~ >vssa»maemçwsmiii%:i^iÊaiu-jimiaxssjcr. 




AFFICHES, ANNONCES, et AVIS, 



Prix, 5 Pence.l 



Li" Utilité des deux Mondes, 



Du JEUDI, 20 Août, 1789. 



[No. 18, 



GRANDE-BRETAGNE. 
Ik Londres, le 6 Juin, 

Il y a fix femaines, que le miniftere avoît décidé 
d'envoyer une efcadre à la Mer- Baltique, lorfque 
l'Ambaffadeur de France donna à entendre au Duc 
de Lceds, que le Roi fon maître ne pourroit pas voir 
une efcadre dans la Baltique avec indifférence. — Cette 
ouverture a fuffi, car oa n'a plus entendu parler de cet 
armement depuis. 

Les lettres de Nantes et de Bord-eaux portent qu'il 
eft arrivé dans ces ports beaucoup de bœuf falé, de 
Boftou et de plufieurs autres ports des E. U. et que 
malgré fon infériorité au Bœuf d'irelande, il fc ven- 
doit rapidement, Je prix en étant ordinairen^ent de 
15 à 20 p, C. au defibus de celai qu'on importe d'ire- 
lande. 

Le nouveau Roi d'Efpagne efl d'un cafaftere grave 
et réfléchi, il c(l très-refervé, parle peu, fi ce n'eft au 
Marquis Florida Blanca., fon niiniftre aftucl, en qui 
il a beaucoup de confiance. 

Extrait d'une lettre de Paris. 

Les états font encore partagés. Les moyens con- 
ciliatoires, propofés par quelques-uns des patriotes de 
îa NûbkfTe, n'ont eu d'autre effet que celui de les 
faire detefter du reile de l'ordre. Tout eft encore 
dans l'obfcurité ; tout ce que l'on fuppofe, c'eft que 
fi les deux ordres perfiftent à fe refufer aux propoliti- 
ons du Tiers-Etat, les patriotes de ces ordres joind- 
ront le Tiers-Etat, et procéderont ainfi aux affaires 
nationales, en commun, dans la même chambre. — Il 
y a près de deux tiers du Clergé et un de la NoblefTe, 
qui font de ce fentiment. Alors on croit qwe le refle 
des deux ordres fuppUeroieat le Roi de rompre l'af- 



femblée, et d'en convoquer une autre. — On a encore 
fait la motion qu'il n'y auroît aucune quellion de dé- 
cidée le même jour qu'elle aura été débattue ; mai* 
que la motion feroit imprimée, et que les n(iembres au- 
roient 24 heures avant de donner leurs fuffrages. 
Il feroit dangereux que les E. G. votafTent par ordre. 

" Vingt-cinq millions d'hommes font en mouve- 
ment pour opérer de grands changemens dans la con- 
ftitution de l'Empire, & mille députés feront chargés 
de ce travail important." . 

'* Croit-on que 126 votans pourroient avoir le 
droit & la force d'annuller les délibérations de 874 ? '' 

*' C*eft ce qui peut arriver, lî l'on délibère par or- 
dre, dans i'alTemblée des Etats-Généraux de la France; 
car il eft polïïble que cinq cens repréfentans du tiers- 
état, deux cens cinquante députés d'un autre ordre, 
124 du troifième foienl du même avis, & que, cepen- 
dant, il ne paffe pas par l'oppofition d'une majorité 
de cent vingt-fix voix. Ce nombre prévalant dans un 
des trois ordres fur 124 voix, feroit une majorité de 
deux voix, & fuf&roit pour renverfer les difpofitions 
des deux autres ordres, en s'oppofant à leur volonté, 
comme à la volonté de cent vingt-quatre de fes pro- 
pres membres." 

Les Etats- Généraux continuent leurs féances tout 
les jours; mais ils ne font encore point entrés en aucune 
matière nationale. Ils ne fe regardent pas encore 
légalement conftitués, éucun des trois ordres n'ayant 
encore vérifié fes pouvoirs. Ce retard eft occafionné 
par le refus qu'ont fait le Clergé et la NoblefTe de 
ficger dans la même chambre, avec le Tiers-Etat ; et 
ce dernier a arrêté de ne point entrer en matières pub- 
liques, avant d'avoir fait tous fes efforts pour les obli" 



[ ijs ] 



ger à les joindre.— 11 a été nommé plufieurs comités 
> pour les amener à une reconciliation ; mais ils ont 
tous été infruaueux. ' Il eft vrai que le Glergé n'ell 
pas fore obftiné, les deux tiers de cet ordre font en 
faveur de la claffe inférieure ; mais la Noble fie eft plus 
ferme, et elle s'oppofe vivement à tout ce qui pour- 
roit porter atteinte à fes droits, ou à tout ce qui pour- 
roit avoir l'air de foumiffion envers le peuple, 

* * Elle n'a point renoncé, comme il a été annoncé 
à fes privilèges pécuniaires, ce qui a donné lieu à ces 
raports, c'eft que dans la chaleur patriotique plufieurs 
membres en font convenus verbalement ; mais il n'y a 
iamais eu de renonciation formelle, on n'a encore vu 

J 

que l'aurore de ce beau jour, qui en s'éclipfant nous a 
replongés dans une nuit ' bien plus obfcure. On en 
pourra juger par le difcoura fuivant, d'un membre de 
la Nobleffe. 

•' Toutes les raefures conciliatoires font donc finies. 
Les projets du Tiers-Etat, annoncés depuis l'ouverture 
des fefTions, fe découvrent enfin. 11 ed temps que la 
Nobleffe, ferme dans fes délibérations» les révèle avec 
toute l'énergie poffible. La démarche prife hier par 
le Tiers- Etat, contre le Clergé, eft une attaque di- 
rede contre la conftitution ; c'eft à nous de ledecidcr. 
Le temps des explications eft arrivé. Chacun de nous 
doit déclarer, de la manière la plus explicite, non pas 
fon opinion ; mais celle de fes conftituans, fur ces dé- 
libérations, foit en général ou l'un après l'autre ; il 
ïî'eft plus temps de retarder. Je vous fupplie de dé- 
libérer fur le champ, fut: cette grande et importante 
queftion, et de dépêcher au Clergé les fnffragesquevous 
allez donner à ce fujet. "Vous êtes fans doute déjà 
décidés — j'aurai donc l'honneur de vous propofer le 
proteft faivant." 

*' L'ordre de la Nobîeffe, confidérant que dans ce 
temps de trouble et de feimentation, lorfque l'on 
attente à la ruine de l'ancien gouvernement de fes an-' 
cctres, il eft de fon devoir de s'attacher à la conftitu- 
tion, et de donner un exemple de fermeté après en 
avoir donné un d'indépendance, déclarequ'elleconfidére 
ks débats par leurs dégrés et le pouvoir de prévenir 
ce qu'ils propofent comme d'inftitution monarchique ; 
et elle s'engage à difendre jufqu'à la dernière goûte 
de fon fang et la couronne et la liberté.'' 



FRANCE, 

Lettre du. Roi. 

yeudi au foirt 28 Mat. 
J'ai été informé que les difficultés que l'on a fuf- 
citées, concernarit les pouvoirs dont les membre» des 
Etats-Gcneraux doivent être revetuà, fubfiftent en- 
core, malgré les foins qu'ont pris les commiffairea 
choifis par les trois états, pour trouver les moyens 
de les faire difparoitre. Je ne puis voir fans re- 
gret et fans beaucoup d'inquiétude, l'affemblée na- 
tionale, que j'ai alTemblée pour concourir avec moi 
aux nouveaux réglemens du Royaume, tombée dans 
use inaélion qui,ii elle continuoit, feroit difparoitre 
inceflamment toutes les efpérances que j'ai formées 
pour le bonheur de mon peuple, etl'avantagc de l'état. 
Sous ces circonftances, je defire que les comraifTaires,. 
qui ont déjà été choifis par les trois ordres, repren- 
nent leor conférence demain à fix heures du foir, à ce 
fujet, en préfence de ma garde de feffion et de mes 
commiflaires, que je -joindrai à eux, afin que je puiffe 
être plus particulièrement inftruit des propofitions qui 
feront faites pour l'accord, et pour contribuer direfte- 
ment à un état d'harmonie fi preflant et fi défirable.— 
Je charge la perfonne qui exercera le pofte de Prcfi- 
dent de vous faire connoître mes fentimens, à l'aficm- 
bl e. 

*^* On croit que la Noblefle et le Clergé fe con- 
formeront à ces ordres ; mai^ les communes n'ont en^ 
core rien décidé. . 

De Paris t Je ig Mai. 

On s*occupe beaucoup du voyage rapide que ïe 
Prince de NafTau Siegen fait aétuellement dans plufi- 
eurs cours de l'Europe. Les politiques fuppofent 
qu'il eft chargé de négociations fecrcttes de la part de 
la cour de Péterfbourg. On a dit dans quelques pa- 
piers publics que la cour de Madiid avoit offert fa 
méditation à la Porte, mais ce bruit exagéré n'avoit 
d'autre fondement que le défir manifefté du feu Roi 
d'Efpagnc de voir terminer par une tlégociation amicale 
la guerre aélHelle de Turquie. 

Les nouvelles qu'on reçoit journellement de nos 
provinces & des alfemblées de bailliage, qui font pref- 
que toutes en aétivité, portent, que les renonciations 
folemnelles que font partout les deux premiers ordres 
aux exemptions pécuniaires de l'impôt rapprochent 
les efprits, & que, quoique les trois ordres ayent tra- 



[ ï39 ] 



taillé fépajémcnt, ils fe font rapprocîiés toutes les fois 
que l'intérêt commun l'a exigé. 

Les droits refpedifs du prévôt des marchands pour 
la convocation de la ville & vicomte de Paris ont fait 
la matière de plufieurs écrits qui ont été fournis à 
l'examen de la commiffion du confeil. Ce travail a 
exigé de l'application Se du tems. On affurc qu'il 
eft terminé, & on s'attend d'un moment à l'autre à 
voir la proclamation pour l'aflemblée des trois or- 
dres. 

On attend d'un moment à l'autre nn nouveau règle- 
ment fur la liberté d« la preffe. Il paroît q\ie les 
imprimeurs feront perfoanelkment garans des écrits 
qu'ils publieront, & des auteurs qui les leur auront re- 
mis. Le nombre incroyable de pamphlets repréhen- 
fibles qui ont paru depuis quelques mois femble au 
raoins nécefïïter une loi provinonnelle fur cet article 
fi important de la liberté générale, en attendant que 
les Etats-Généraux prononcent définitivement. Une 
loi de Henri IL avoit obligé autrefois tous les écri- 
vains à figner leurs ouvrages. Cette loi n'a pas fuffi, 
fans doute, puifque les Etats-Généraux ont demandé 
depuis qu'il fût établi des ccnfeurs. 

Les écrits, condamnés au feu dans la dernière af- 
femblée des chambres du parlement, où il n'y avoit que 
deux pairs, font le Catéchifme des Parlemens, VAvis 
aux Par'ifiens, la Lettre de M, de Vûlney, la Sentinelle 
du Peuple, divers écrits inflammatoires répandus en 
Bretagne, &c. &c. 

La liberté de la prefle préfente une grande queftion. 
Il n'efl pas douteux qu'elle ne produife un bien infini, 
mais tout le mal qu'elle peut caufer doit être prévu, 
avant de la rendre illimitée ; & chaque cas particu- 
lier, qui peut occafionner des abus, doit êtfe foigneufe- 
ment furveillé. Il en'eil quelques-uns où il n'y auroit 
pas de punition ou de dédommagemens équivalens au 
mal qu'auroit produit la publication d'un ouvrage 
dangereux. En Angleterre où la liberté de la preffe 
eft pouffée plus loin que dans aucun autre pays du 
monde, le chancelier peut ordonner l'enlèvement d'un 
manufcrit fur la déclaration affermentée du lieu où 
l'ouvrage s'imprime, & donner une injoudion à Plm- 
primenr, s'il eft connu, de ne pas procéder à l'impref- 
fion de l'ouvrage dénommé dans la déclaration. 
De Verfa'illes, le i\ Mai. 
Le baron de Taintot, officier de dragons, 5c le fieur 
Guillon d'Aflas, avocat au parlement, ont eu l'honneur 



de prtfenter à L. M. & à la Famille- Royale, un ouv- 
rage de leur compufition, intitulé : Plmis de régéné- 
ration, ou Moyens de rendre à la France toute f on énergie, 
^e procurer à l'Etat £ff au Trône une nouvelle fplendeur , 
^ d'ajfurer le 'bonheur individuel de chacun des fujcts. 

*^* Tous les articles ci-dtflus nous font parvenus 
parla voie de l'Angleterre ; et les amis de la France 
s'en douteront bien en les lifant. Il eft aifé conclut^, 
quoiqu'en dife cette nation rivale, que la fituation dç, 
la France ne peut, d'après les circonftances préfentes, 
qu'offrir les plus belles efpérances pour ceux qui cher- 
chent le bonheur des états dans une conftitution folide. 
Si elle a lieu — (et les gazetiers Anglois ne pourront 
jamais l'empêcher,) ce fera par des moyens pacifiques ; 
parce que d'une part on a des preuves frapantes de l'a- 
mour du Roi pour fon peuple, et que de l'autre, la mul- 
titude de gens éclairés qui exiftent en France fera pré- 
férer les moyens pacifiques. 

Dans ce concours d'evènemens, les Etats-Unu 
doivent s'attendre à une augmentation confidérabîe de 
leur commerce avec Ja France.-— Sous une meilleure 
conftitution, les entraves qui gênent ce commerce dif- 
paroîtront. Les marchands François acquerront plus 
de patriotifme, plus de lumières; les Américains les 
connoîtront mieux, ils ne craindront plus de fe livrer 
aux avantages que leur promet le commerce d'une na- 
tion à la quelle ils ont dû de tout temps être unis ; et 
de la quelle, il n'a pas fallu moins que la politique mef- 
quinc des Anglois, pour les féparer. 

Ce fera alors qu'il fera vrai que la conftitution de 
la France fera préférable à celle de l'Angleterre ; car 
fes adminiftrations provinciales, populairement organi- 
fées et correfpondantes avec les Etats-Généraux, fe- 
ront bien éloignés de cette corruption qui infefte le 
parlement d'Angleterre. 



INDES OCCIDENTALES. 

Extrait d'une lettre de Kingston, du z Janvier. 
" Il n'y a point de doute qu'il n'ait exifté des 
cfelavcs dans tous les fiecles, & l'on n'a pas trouvé 
que les Africains fuffent un peuple libre chez eux. On 
leur fauve la vie en les achetant, ^ ils engendrent les 
plus beaux enfans du monde ici II eft évident que 
la traite des nègres a fouftrait des milliers de vidimes, 
condamnées à la mort par les tyrans de l'Afrique, & 
que l'on a tiré de ces malheureux profcrits des gêné- 
rations entières, &c." 



[ 140 ] 



" D'aprè« ces remarques & les information» que 
j'ai piifes, je conclus, dit l'auteur de cette lettre, que, 
fi l'Angleterre veut facriSer dix-huit mille de fes fu- 
jets, elle n'a qu'à admettre le bill du parlement pour 
l'abolition de l'efclavage, la perte de i'ifle doit inévi- 
tablement s'en fuivre. Alors les François, les Hol- 
landois & les autres puiffances Européennes, fe parta- 
geront la traite d'Afrique & riront de la folie des 
* Anglois. Les François (ajoute cet écrivain de mau- 
vaife humeur) ne manqueront pas de fomenter la ré- 
volte parmi nos nègres." 

ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE. 

De Charlejîon, le 9 Juillet. 
La lettre (dont copie fuit) fut écrite par M. Gillevrav 
à M. Galphin, et elle lui fut remife par les commilTai- 
res qui fc trouvèrent au Rock-Landing, lieu du ren- 
dez-vous, pour le traité. 
Monfîeur, 
Sitôt la préfente reçue, vous êtes prié par les chefs 
de procéder au lieu propofé fur la rivière Oconéc, où, 
trouvant les commiffaires, vous devrez les informer que 
les chefs ont refolu de remettre l'alTemblée pour le 
préfent, pour la raifon fuivante ,: quand le parler d'in- 
vitation arriva ici, tout le corps des guerriers étoit 
armé en conféquencc de la lettre des commiffaires de 
l'hiver paffé. — Ils étoienc prêts alors à entrer en cam- 
pagne ; et les chefs, toujours difpofés k écouter de 
juftes conditions de paix, convinrent de fe trouver au 
rendez-vous, pour traiter félon leurs defirs ; mais quel- 
yques partis qui étoient fortis plutôt que les autres, ne 
purent pas être arrêtés, et comme ils revinrent peu de 
jours avant le temps fixé, pour que les chefs fe rendent 
au Rock-Landing, et ayant fait des ravages en tuant 
plufieurs perfonnes, le corps du peuple empêcha les 
chefs de procéder à l'Oconée, de crainte qu'ils ne fuf- 
fent infultés par les habitans de ce pays, Les Chikefaws. 
Voulant traiter, quand les tfprits feront plus calmes, 
les chefs ont remis cette aflemblée à quelques mois. 
En attendant, ils defiient avoir une réponfe des Com- 
miffaires, qui leur apprenne où fe doit tenir cette ^ffem- 
b!ée pour le traité, car ils craignent qu'on ne leur faffe 
des demandes qu'ils ne puiffent pas accorder ; ils ne 
fouhaitent pas fe trouver avec les commiffaires, pour 
quereller, mais plutôt pour traiter de paix, fous des 



conditions qui puiffent la rendre durable. Je fuis, ea 
vous fouhaitant un bon voyage, &c. 

Alexandre Gilîevray. 

Affurez les Commiffaires, que les chefs auront tous 
les foins néceffaires, pour que tout foit tranquille, et 
qu'ils peuvent compter là-dcffus. 

De .Philadelphie, le 3 Août. 

Nous apprenons qu'il fe forme parmi les commer- 
çants de cette ville, une affociation, à l'effet de préve- 
nir toute efpece de contrebande, dans toutes les par- 
ties de cet état. 

Un bâtiment, arrivé dernièrement dans ce port da 
Détroit, nous apprend la mort de l'illujlre et magna- 
nime Paul Jones. Les avis portent qu'il fut tué par 
un of&cier Anglois, jaloux de la gloire que lui awQÎt 
méritée fes talcns et fes vertu«, à la cour de Ruffie» 
Méchant Anglois ! 

L'homme le plus âgé ne fe reffouvient pas d'avoir 
vu une moiffon auffi abondante, que celle que promet 
la faifon préfente. Les grains de toute efpece n'ont , 
point été endommagés, par la nielle, comme prefque 
toutes les autres années. 

De Neiv-Torh, le i^ Août. 

La Banque Nationale que l'on parle d'établir dans 
ce moment, ell un objet, dont l'importance et la nécef- 
fité arrêtent l'attention des patriotes-marchands, un tel 
établiffement donneroit de nouveaux rcfforts au com- 
merce, dans tous les états, en faifant circuler une quan- 
tité de numéraire fuffifante aux opérations journaliere& 
du commerce et de l'agriculture, et en mettant, et le 
Congrès et les états individus, à portée de raffembier 
dequoi payer une partie des leurs dettes. 

Un tel écabliffement ouvriroit bien des coffres forts j 
qui recèlent depuis long-temps de greffes fommes, 
par la crainte qu'en leur faifant voir le jour, elles ne 
fuffent converties en papier- monoie. ' 

Enfin ce plan contribueroit à affermir le nouveau 
gouvernement, en écartant lesjaloulies fondées fur ce 
que quelques états entajfcnt plus d'argent que les au- 
tres,eB payant au fifc moins que leur proportion ; car la 
circulation des billets de la banque nationale étant fans 
limite dans tous les états, ce feroit à qui fe furpaffe- 
roit en induftrie, pour ajouter aux fonds quî auroient 
fait naître cette banque. 

La confiance qu'a déjà fait naître le nouveau gou- 
vernement promet d'exciter une rivalité parmi les hom- 
mes à argent, (monied nacn) concernant les conditions 



[ 141 ] 



des emprunts quiferont faits parrunion. Sî cela arrive, 
et il doit arriver, à moins que l'on ne fuppofe que 
les hommes ne foient aveugles fur leur propre intérêt, 
il y a tout lieu d'efpérer la même concurrence parmi 
les diverfes banques des Etats-Unis. 

Il elt un fait, quelque mortifiant qu'il foit, que le 
fecrétaire du Lord Dorchefter a annoncé des terres à 
donner dans les états fouverains de l'Amérique, près 
des poftes de roueft,à ceux des loyalifles qui voudront 
aller s'y établir— ces terres fe donnent en morceaux 
de 200 acres. 



Continuation des 'Travaux du Congres. 

Chambre des Repréfentans. 
Séance du 24 Juillet. 

Le comité prépofé pour examiner le bill qui ordonne 
la liquidation des comptes entre les E. U. et les états 
individus, raporta un amendement qui autorife le P. 
en cas de vacance dans le confeil des commifTyires des 
comptes, établi par l'ancien Congrès, à nommer des 
ofBciers pour remplir ces vacances, d^ l'avis et avec 
l'approbation du confeil. Ce bill autorife auffi le 
eonfeil à nommer un commis principal, et d'autres 
commis, félon que les occupations le demand'eront. — - 
Ces correflions furent accueillies après quelques dé- 
bats. 

La Chambre s'étant formée en comité^ on lut le 
bill des appointements du P. et du V. P. — Il fut voté 
que la claufe qui accorde au V. P. les appointements 
du P. quand il en fera les fondions, fût rayée. 

Enfuiteon s'occupa du relevé des fubfides à accorder 
pour l'année 1789. — Il fut nommé un comité, corn- 
pofé de II membres. 5 après quoi la Chambre s'ajour- 
na. 

Séance du Lundi, 27 Juillet. 

On lut le bill pour régler les comptes, entre les 
créanciers et les débiteurs des Etats-Unis. — II fut 
alloué au premier fécretaire du confeil de commiflaires, 
600 dol. et aux autres 400. 

La Chambre aiTtnibiée en comité, fuivant l'ordre 
du jour. — M. Boudinot, orateur. — A la motion de 
M. Sedgv/ick, les arrêtés fuivans paiferent. " Que 
ce comité eft d'avis qu'il doit être nommé un corrjité 
choifi pour rédiger un biil à l'effet de pourvoir, fans 
établir un nouveau département,- à la fùre garde des 
àâes enregiftrés, et du grand fceau des E. L^ ; à la 
publication, confeivaiion et authenticité des aâies du ' enregiftr^i's, &c. 



Congrès, àl'établiflement ^es honoraires ; et à la pref- 
cription des formules de commiffions." Ces arrêtés 
furent joints au raport, et il fut nommé un comité 
conféquemment à ces arrêtés. Après quoi le comité 
s'ajourna. 

Séance du Mardi, 28 Juillet. 

M. Vining, du comité des amendements, fit fon ra« 
port, qui fut lu et mis fur la table. 

M. Gerry demanda qu'il en fût imprimé 100 exem- 
plaires. 

Séance du Mercredi 29. La Chambre, formée 

en comité-général, s'occupa du bill pour l'enregiftre- 
raent des navires. On y fit plufieurs correftions et 
additions, mais la difcufîîon n'en étoitpas encore finie 
quand le comité s'ajourna. 

M. Fitzfimons demanda qu'il fàt permis de préfen- 
tcr un bili, pour la fufpenfion des opérations du bill 
de tonage ; mais cette motion fut rejetée. 

Séance du Jeudi. — Le comité du tonage raporta le 
bill, qu'il avoit trouvé correft. M. Livermore pré- 
fenta un arrêté, dont la teneur eft que chaque membre 
reçoive, aux dépens du public, deux gazettes de cette 
ville. — Cet arrêté fut mis fur la table. 

M. Otis, Secrétaire du Sénat, annonça que ce corps 
honorable avoit approuvé le bill pour régler les comptes 
des particuliers avec les E. U. fans correélions. 

Enfuite la Chambre s'occupa du raport du comité 
pour l'enregiftrement des navires. — On accéda à plu- 
fieurs des correétions, et d'autres furent rejetées. Le 
bill n'étoit pas fini quand ce comité ajourna. 

Séance du Vendredi, 30 Juillet.. 

M. Scott, du comité nommé pour établir un bureau 
territorial, raporta un bill, q^ui fut lu et mis fur. la ta- 
ble. 

M. White, du comité nommé pour examiner les 
raefures prifes par le Congrès et l'état de Virginie, 
concernant les terres qui avoient été refervées pour 
les officiers et fulJaîs dudit état, fit fon raport, qui fut 
lu et mis fur la table. 

Alors la Chambre procéda àTexamen des amende- 
mens agrées fur l'eniegilb-ement des navires, &c. 

Il fut reçu un mifTdge du Sénat, annonçant qu'il 
avoit concouru à un bill, portant création du dépar- 
tement de la tréforerie, avec des amendements — et 
qu'il avoit nommé M, Wingate, Sénateur, pour exa- 
miner, de concert avec l'honorable Chambre, les bill» 



[ 

Séance du Lundi, 3 Août. 

Le bill débattu pour le règlement du cabotage, &c. 
fut lu, et il fut voté qu'il fût examiné le jour fuivant. 
On lut le bill pour établir un bureau territorial, &c. 
et l'on en fit l'ordre du Jeudi prochain. 

Le bill préfenté par M. Sedgwick pour pourvoir à 
la fûre garde des aftes, papiers, fceau, &c. des E. U. 
fut lu, et fait l'ordre du jour, Vendredi prochain. 

Il fut ordonné que l'on imprinsât 100 exeuiplaires 
de chacun de ces bills. 

A la motion de M. Madifon, le raport du comité 
des amcndemens fut fait l'ordre du jour de Mercredi 
en huit. 

M. Beafon préfenta une lefolution, à l'effet de non:î- 
Hier un comité, qui joignît le Sénat, pour examiner 
et raporter quand il fera convenable au Congrès de 
s'ajourner, et de raporter quels font les objets fous les 
yeux du Congrès, qui doivent arrêter l'attention de 
la légiflature avant fa fé'paration, et enfin ce qu'il con- 
viendra de différer à la prochaine felïïoii. Cette re- 
folution fut mife fur la table. 

Le bill pour l'établifTement des fanaux, bouées, 
fignaux, môles, &c. tel qu'il avoit été envoyé par le 
fénat, fut alors pris en confidération, et les différentes 
correélions furent reçues de la Chambre. 

Le bill accordant des appointements au Préfident 
et au Vice- Préfident des E. U. fut pris en connoif- 
fauce ; à la motion de M. Smith (Car, Mer.) il y fut 
ajouté une claufe qui autorife le Préfident à fervir des 
meubles et autres effets, appartenans aux E.'U. et qui 
font aftuellement en fa poffeffion. — Le bill fut paffé 
pour être débattu une troifîerae foisj et la Chambre 



s ajourna. 

Séance du Mardi, 4 Août. 

M. Heifter préfenta une pétition des habitans du 
comté de Cumberland, (Pennfylvanie) fupph'ant que 
les feffions des cours fédératives ne foient pas circon- 
fcrites à la ville de Philadelphie. Cette pétition fut 
mife fur la table. 

Le bill des appointements du Préfident et du Vice- 
Préûdent fut lu pour la troifîerae fois, et paffé pour 
être ftatué. 

M. Huntington préfenta un mémoire de Chriftophe 
CoUins, expofant qu'il avoit inventé \xn grand prome- 
neur {perambulator) {\iY des principes plus Gcnpies 
qu'aucun de ceux qui ont encore paru ; et fuppliant 
qu'il lui foît accordé un droit exclufif. 



142 ] 

M. Burke, du comité des appointements, rapor ta ua 
bill qui règle les appointements des membres des deux 
Chambres, comme il fuit ; chaque Reprefentant et 
chaque Sénateur, 6 dol, par jour ; l'Orateur de la 
Chambre, 12 dol. par jour ; le Secrétaire du Sénat et 
le GrefBer de la Chambre des Reprefentans, l 500 dol- 
lars par an. et deux dol. par jour, à chacun, pendant 
la feffion — un premier Clerc à chacun, à 3 dol. par 
jour ; et un autre Clerc à chacun, pour faire les greffes, 
à deux dol. par jour, durant la feffion. 

Les Portiers des' deux Chambres, 730 dollars par 
an — Affiftans Portiers, i dollar et 50 fols par jour, 
durant la feffion. — Ce bill fut mis fur la table. 

Enfuite on s'occupa de l'arrêté préfenté le jour pré- 
cédent par M. Beafon, et après quelques débats, il 
fut nommé un comité pour remplir l'objet de cette 
refolution. MM. Carrol, Heiiler et Wadfworth fu- 
rent nommés. 

Alors la Chambre reprit l'examen des corrections 
du bill tréforial, propofées parle Sénat, dont la décî- 
fion avoit été remife le jour précédent. Ils éleva des 
débats très-longs à ce fujct ; ces débats roulèrent 
principalement fur le pouvoir conféré au Préfident de 
démettre les officiers à fon plaifir. — Enfin les correc- 
tions ne furent point reçues. La Chambre s'ajourna. 

Séance du Mercredi, 5 Août. Il fut reçu un mef- 
fage du Sénat, annonçant à la Chambre honorable, 
qu'il avoit concouru aux amendemens des bills, pour 
l'établiffement du département de la guerre, et pour 
celui du gouvernement des territoires de la partie de 
l'oueft. 

Ces deux bills paffèrent avec les amendemens qu'ils 
reçurent du Sénat, pour être paffes en loi. 



Reflexions fur le rélevé des fuhfides pour le gouvernement 
des Etats -Unii pour Vannée 1789. 

D'après un examen du raport du comité, il paroit: 
que les demandes annuelles, tant pour U lifte des dé- 
penfes civiles, que pour les payements dûs fur les em- 
prunts étrangers, et les intérêts de la dette étrangère 
et domeftique, font de 3,207,096 21 goènies 

Déduâion faite des payements 

et des primes d'emprunt 



490,962 89 90 



Il refte 2,716,135 24 90 

Ce qui e(l le total des contributions annuelles pour 
le fupport du gouvernement — car il eft à obferver que 



[ 143 ] 



tout ce qui eft payé fur la dette étrangère n'eft point 
du gouvernement des Etats-Unis. 

Quant aux arrérages, que le comité obferve, et qui 
forment la balance de la fomme totale, on ne doit pas 
les coufidérer comme fubfides annuels, puifqu'ils ten- 
dent a payer une dette qui, quand elle fera payée, ne 
demandera plus de fubfides. 

Tant s'en faut que les citoyens des E. U» aient 
lieu d'être inquiets par une telle repréfentatioa de 
leurs affaires, elle leur fait voir la perfpeftive la plus 
favorable : les réquifitions ne monteront pas à un dol- 
lar par tête, eftimant la population de l'Amérique à 
3 millions. Cette taxe annuelle eft bien médiocre, 
quand on la regarde comme le prix de la paix, de la 
liberté, et de l'indépendance. Enfin, elle le doit être 
bien plus dans un pays où l'on paye 3 chélins (environ 
55 fols) la journée d'un nrranœuvrt. Ce n'tlt pas un 
quatrième de ce qu'il nous auroit fallu payer, fi nous 
euffions été obligés de contribuer notre part de la dette 
nationale de la G. B. fi nous euffions continué fous le 
joug de cette nation hautaine et exigeante. 

Mais qu'il nous foit permis d'examiner quelle eft la 
fituation relative des autres pays. 

jLà Grande- Bretagne, fous les opérations d'une gou- 
vernement qui donne la plus grande attention à l'A- 
griculture, au commerce et au manufaélures, fleurit, 
malgré le poids d'une dette publique ; qui l'accable, 
qui demande des fi/ofides de 16 millions de livies fter- 
ling, pour en fatisfaire l'intérêt et fubvenir à fes au- 
tres frais. — 

Mais ces taxes ne grèvent pas le peuple— il peut 
avec aifance les fupporter ; elles ne l'ont pas eni pêche 
de payer en deux ans, deux millions du capital de la 
dette nationale. 

Suppofant le nombre des habitans de l'Angleterre 
à 8 millions, chaque individu a à payer 40 chelings 
âerling (48 liv.) annuellement. Combien eft agré- 
able la confidérarioa qui naît de cette comparaifon des 
deux pays ! Mais ce qui eft encore plus confolant 
pour les Américains^ c'eft que l'Angleterre eft fur le 
déclin, et que l'Amérique offre un champ fans limites 
a la population, et que la population fouîagera du far- 
deau de la dette en le partageant. 

De B OS TON, le 20 Août. 

Un bâtiment, arrivé à New- York ces jours palfés, 
dit qu'il a vu ladivlfzon cî'mrnandée par M. De Pon- 



devèze, que l'on attendoît à Bofton, dans là Baie de 

Chefapeak. 

Les officiers prépofés à la perception des impôts ont 
déjà commencé leurs fondions dans ce diftrift, et il 
femble que le vœu général foit que l'on mette tout 
en ufage pour empêcher la fraude. — Il fe fait de tous 
côtés, parmi les marchands, des affociations patrioti- 
que3> pour ôtcr aux contrebandiers les moyens que 
leur préfente la vafte étendue des côtes. En général 
il femble déjà que la contrebande foit une efpece de 
flétrilTure parmi les citoyens. 

On a trouvé ces jours palfés le corps du Marquis de 
Montalembert, dans le bois de Boulogne, percé d'un 
coupd'épée. On ignore encore le nom de fon anta- 
gonilie. 

Le malle de Mardi n'a point apporté de papiers de 
New-York — Il eft dû aujourd'hui deux ordinaires de 
cette partie. 

*^* Voici encore un article fur les Etats-Généraux, 
qui a paru dans les feuilles Angloifcs, et que nous ne 
pouvons pas formellement contredire, faute d'avis plus 
récents. Nous nous fommes engagés à publier Loue 
ce qui nous tombera fous la main, qui concerne cette 
affemblée, en attendant que nous^juifîîons leur faire 
face, mais i! faut auparavant que nous ayons reçu les 
travaux des E.G. Voilà le feul moyen que nous laif- 
fent la diftance des lieux et le retard des paquebots, 
pour expofcr les mentes des agioteurs et des gazeticrs 
Anglois. — Voici l'article, il eft du 26 Mai. 

La motion faite aiyourd'hui par M. De Mirabeau, 
dans la Chambre des Communes, que l'on ceffe toutes 
les conférences conciliât oircs avec les deux premiers 
ordres, pour s'addrclfcr direftement à ceux des mem- 
bres de ces oidrcs que l'ini fait être difpofés en faveur 
du tiers-état, et les inviter à fe joindre à l'aflVmblée des 
Communes, et procéder a la difcuffion des affaires na- 
tionales, d'Ut produire de longs débats. Si cela avoit 
lieu, il faudroit bien que le refte des deux autres ordres 
la joig-nît auiB, à moins qu'il ne pat obtenir la diffolu- 
tion de l'aflembiée. 

OC/" Il a été omis dans le No. 16 de ce Courier, un 
article des !->iiih i;Mpuiîans. — Au bill du tonage, ajou- 
tez à la fin du premier paragraphe, " Sur tous les ba= 
timens conft'uits à l'avenir, dans les Etats-Unis, ap- 
partenans tout entiers, ou en partie à des fujets de 
puilfances é'rnngères, 30 fols par tonneau, et fur tous 
les autres bàiimensj 50 fols par tonneau." 



t Î44 ] 



Du 9 Âouî. 

Meffage, cnToyé par le Préfident des Etats-Unis à la 

Chambre des Repiéfentans, Vendredi dernier. 

Mejpeurs de la Chambre des Repréfentans, 

Les affaires qui ont j.ufqu'ici occupé le Congrès font 
fi importantes que je n'ai pas voulu attirer fon atten- 
tion à aucun autre objet. Mais les difputes qui ex- 
iftetit entre quelques-uns des Etats Unis et plufieurs 
tribus puiffantes d*lndiens, dans les limites de l'Union, 
et les hoftilités qui Te font comn:îifes entre les fronti- 
ères, femblcnt demander l'interpofition immédiate du 
gouvernement général. ' 

En coiiféquence, j'ai ordopiné au Gén, Knox de 
vous mettre fous les yeux, pour votre information, 
tous les papiers et plans qui m'ont é:é préfentés à ce 
fujet. 

Les mefures du gouvernement, devant être calcu- 
lées pour défendre fes citoyens des infultes et de toute 
violence, elles devroient aufîi s'étendre à protéger ces 
tribus Indiennes, dont le bonheur, dans le cours des 
évènemens, dépend fi effentiellement de la juftice nati- 
onale, et de l'humanité des Etats-Unis. 

Si le Congrès étoit d'avis qu'il fût à propos de 
mettre fin à tous les différends des diftriéls méridion- 
aux, et d'y jetter les fondemens d'une confiance fuiKre, 
au moyen de traités de paix, avec les tribus Indiennes, 
je crois qu'il feroit fage de fuggérer les avantages qui 
pourroient refulter d'une commiflion temporaire pour 
cet effet, qui confifteroit de 3 perfonnes, dont le pou- 
voir expireroit avec l'occafion qui l'auroit fait naître. 

Jufqu'à quel point une pareille méfure, fansle fecours 
de poftes, pourroit fufïire à l'établiffement et à la con- 
fervation de la paix fur les frontières, c'cfl une autre 
point qui mérite votre confidéraîion. 

A ces objets, je fuis porté à vous en fuggérer un 
autre, dont la. nécefïïté, et l'importance m'ont fort 
touché, je veux dire un plan uniforme, pour la milice 
des Etats-Unis. Il eft inutile de vous offrir des rai- 
fonnemens à l'appui d'une mefure, d'oii dépendent 
évidemment l'honneur, le bien-être, la profpérité de 
notre pays. 

Mais je dois peut-être vous obferver, que je defire 
ardemment que cet objet foit pris en confidération 
aulTttôt que les circonftances le permettront ; parce 
que nous pouvons maintenant rafl'embler toutes les con- 
noiffances militaires, dilTéminées dans les divers états, 



chez les difFérens officiers et foldats expérimentés des 
compagnes dernières — reffource qui diminué tous les 
jours par les njorts et autres caufrs. 

De lalfftr paffer cet avantage péculier fans en pro- 
fiter, ce feroic négliger une occafion qui ne fe repre- 
fentera jamais, à moins que nous ne fuyons encore 
engagés dans une guerre longue et pénible. 

Signé, GEORGE WASHINGTON, 

A N^w-York, le 7 Août. 

ARTICLES DIVERS. 

Tirés des Papiers, Journaux Anglais ., l^c. 

POST NUBILÀ PhoEBUS. 

On trouvera dana, Tadreffe (dont copie fuit) que 

' l'épigraphe que nous avons mife en tête n'ell-pas 

déplacée. Cette adreffe efl celle des habitans de la 

ville de Durham. Quand elle auroit été rédigée à 

Bizance, elle nt pounoitguèresêcre plusbourfoufflée. 

" Très-gracieux & très puiffant Monarque, 
" La Grande-Bretagne, la Reine des Ifles, l'orgueil 
des nations, l'arbitre de l'Europe, & peut être du 
monde entier, la nourrice des arts, de la liberté & de 
l'indépendance, la terreur de fcs ennemis, & l'effroi 
des tyrans, fe trouve aujourd'hui délivrée de fon joug, 
& de l'humiliation dans laquelle elle a été' plongée. 
Elle va reprendre fa fple4deur, fa puiflanceî fon opu- 
lence & fa grandeur, p'ar les foins d'un defC^ndaat du 
grand & iliuftreChatham, & de fes collègues dans l'ad- 
minitlration, fous la direélion immédiate & fous les 
heureux & doux aufpices de notre très-gracieux & 
bien-aimé Souverain. Nou;5 préfentons au Tout-Puif- 
fant nos humbles adorations & nos vœux reconnoiffans 
pour fon heureux rétabiiffement, pour la profpérité de 
fes jours, ainfi que pour la félicité particulière, la fu- 
reté politique & le bien général de fes royaumes. On 
peut encore dire aujourd'hui que les vallées rient & 
chantent, & q'ue les montagnes fautent de joie, en 
louant l'Eternel pour fa miféricorde infinie." 

(Sig7ié par q-^o perfonnes.) 
* ^* Il n'y a pas un Iman dans toute l'étendue de 
l'Empire Mahométan qui foit en état de compofcr 
une adreffe qui renferme des périodes auffi ronflantes 
& aufïï fonores. 



A B O S T O Nj de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhil], No. 53J 

oh. l'on peut fe procurer chaque Numéro.' On fbufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ;, à Sale?n, chez MM. Dabney et Cuîliing ; à Nezv-Tork, chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno ; à Philadelfhiey chez M. Mathew Carey ; et chez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et même un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres^ fur-tout fur le commerce. 



[ •« ] 



Pi-.^«!IIIIIPI».M11I 



E BOSTON, 



COURIE 

AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 
U Utilité des deux Mondes, 



PriXj 5 Pence. 1 



Du JEUDI, 27 Août, 1789. 



[No. 19. 



I?^ Berlin, le 7 iJfa/. 

Les deux prince8,couilnsdii Roi, fils du prince Ferdi- 
nand de Pruffe, étant en âge d'entrer au fervice, S. M. a 
nommé le premier, le prince Henri, capitaine de cava- 
lerie ; le fécond, le prince Louis, capitaine d'infan- 
terie, pour apprendre l'art militaire, l'un dans l'efca- 
dron des gardea-du-corps, qui eft ici en garnifon, l'au- 
tre dans le régiment de MollendorfF, infanterie. Les 
régioaens de notre garnifon, ayant fuccefîîvement fait 
î'exercîce fouà les ordres immédiats du Roi, S. M. en 
a témoigné fa fatisfaélion dans les termes les plus gra- 
cieux aux chefs & autres officiers ; & elle a donné a 
chacun des 7 régiraens d^infanterie une gratification 
de 100 thalers, pour être diftribués parmi les bas-offi- 
ciers & foldats. 

De Londres, le 4 Juin. 

Il a été pafle une motion le 4 de Mai, qui réprouve 
la conduite de M. Burkc dans les termes les plus forts. 
11 paroît que cet orateur célèbre, entraîné par l'en- 
thoufiafrae que lui infpiroit l'énergie de fa caufe, s'ex- 
prima dans la Chambre des Communes, de la manière 
fuivante : ♦* Il affaffina (M. Haflings) cet homme, 
(Nunducomar) par lés mains du Chevalier Elijah 
Impey." 

En conféquence d'une pétition, préfentée par le 
Major Scott, le Marquis de Graham fit la motion, 
*' que M. Burke n'étoit pas autorifé par la Chambre, 
à faire ufage de ces expreffions." 

Après quelques obfervations fur cette motion de la 
part de MM. Fox, Sheridan, et le Miniftre, le Mar- 
quis de Graham demanda un amendement à cette mo- 
tion, et qu'elle fût changée de la manière fuivante, 
favoir, que les expreffions, dont s'étoil fervi M. Burke, 



" l'aflaffina (M. Haftings maflacra Nunducomar) par 
les maitis du Chevalier Elijah Impey, n'auroient pas 
dû fortir de la bouche de l'honorable Direfteur."— 
Pour la motion, 137. — Contre, 66. — Majorité, 71. 
M. Beuverie demanda qu'il fût voté des remercie- 
mens aux Direétcurs ; mais cette motion fut rejettéc 
fans diviiion. 



FRANCE, 

De Paris y le 16 Mat, 

L«s regards continuent à fc porter fur les hoftilités 
qui fc préparent de nouveau contre la Porte. Les 
Ottomans habitués à attribuer tous leurs revers à la 
colère de leur prophète font, dit-on, dans la plus gran- 
de coufternatîon à Conftantinople, & on ne feroit pas 
étonné que la Porte fit des proposions de paix à fes 
ennemis. Il en a été queftion, ajoute-t'on, dans le 
Divan, mais les indemnités à donner à la Ruffie, en 
cas d'une pacification propofée, ne laiflant pas que 
d'être embarraflantes, il lui faudra de l'argent ou du 
territoire ; l'argent manque, & la loi défend de céder 
aux infidèles aucune part de l'empire de Mahomet. 
L'efpérance de quelque diverfioo femble déformais in- 
terdite aux Mufulmans, & les deux cours impériales 
font plus unies que jamais depuis leurs derniers fuccès. 

A Beauvais, M. le comte de Crillon a été nommé 
député pour la nobleffe ; & à St. Qu^entia, M. le 
comte de Pardieu. Les autres députés nous feront 
inceflamment connus. 

On écrit de Mantes-fur-Seine-> que le tiers-état a 
demandé trois articles principajix au clergé & à la 
noblefie. 

ï*^. Une renonciation à tous privilèges d'impôts. 



[ 14.^ ]. 



2o. Que les peines décernées contre le crimes fuf- 
fent égalas entre les trois ordres. 

3°. Que la nomination aux emplois civils & mili- 
taires fût commune aux trois ordres. 

La nobleffe a répondu qu'elle confentoit à la premi- 
ère demande, parccqu'il étoit en fon pouvoir de céder 
ce qui lui appartenoit ; quant aux deux autres, elle 
a déclaré que n'ayant pas le droit d'y ftatuer, c'étoit 
à'ia legiflation à en ordonner ; le clergé a répondu 
auffi, à quelque diiférence près, aux demandes du tiers 
de la même manière. 

L'académie Françoife a tenu, le 12 de ce mois, une 
féance publique pour la réception du fiewr Nicolaï, 
premier-préfident de la chambre des comptes, à la 
place vacante par la mort du marquis de Chatellux. 
Le chevalier de RhuUières a répondu, en qualité de 
directeur, au difcours de récipiendaire ; & l'abbé de 
Lille a terminé la féance par la lefture de quelques 
morceaux de fon poème fur l'imagination. 

On a imprimé une relation de ce qui s'eft paffé en 
Provence depuis le 27 Janvier, époque de l'ouverture 
des Etats. Le tiers-état a fait fignifier le 29, qu'il 
«e pouvoit voter dans l'affemblée, attendu fon inégalité 
avec deux autres ordres, & cependant ne voulant point 
retarder les paiemèns des impofitions néceffaires, le 
siers-état a délibéré le don gratuit ordinaire. Le 3 i 
ïes députés du tiers ont interpellé les deux premiers 
ordres, de déclarer par oui ou par non, s'ils entendoient 
contribuer au paiement des impofitions ; les deux 
premiers ordres ont répondu que la queftion étoit à 
décider, & ne pouvoit l'être qu'après la connoiflance 
des raifons refpeftives. Le 7 Février, les députés furent 
avertis par un billet de l'archevêque d'Aix, préfident 
des Etats, que l'afTemblée feroit fufpendue jufqu'au 10 
Mars, Se que dans cet intervalle les députés fe ren- 
droient auprès de leurs communautés, à l'effet de re- 
cevoir les pouvoirs néceffaires pour députer aux Etats 
Généraux. Avant de feféparer les députés du tiersont 
protefté contre la fufpenfion des Etats, & ont perfifté 
a demander l'affemblée générale des trois ordres, ils 
ont même fait d'autres demandes relatives à la forma- 
tion des Etats & de leurs préfidcnces dont ilsfoutien- 
nent l'illégibilité. Il s'eft élevé une difficulté entre 
les gentilfhommes ; ceux qui ne pofsèdent pas de fiefs 
conteftent à ceux qui en pofsèdent les droits exclufifs 
d'entrer aux Etats dans l'ordre de la nobleffe. 



De Najau, (Nouv. Prsvid.) le zo Juin, 

Sa Majefté Catholique a ordonné la promotioii 
fuivantc dans fes poffeffions Aojéricaînes — pour Vice- 
Roi du Pérou, Don Francifco Gil-de Lemos— Vice- 
' Roi de la Nouvelle Grenade, Don Jofeph de Ezpeleta 
— Vice-Roi des provinces de Rio de la Plata, le 
Comte de Révilkgigédo — Gouverneur de la Havanse, 
Don Ventura Caro. 

Ces jours paffés une goè'lette et quelques petites 
barques Efpagnoles furent coulées à fond, dans ce 
port, par un coup de vent. 

On apprend de St. Domingue, que la faifon a été 
des plus favorables aux planteurs. 

Il a été obfervé qu'il y a eu l'été paffé, moins de 
tonnère et d'éclairs qu'il n'y en avoit eu de la mémoire 
des habitansles plus intélligens. Quelques perfonnes 
ont regardé ceci comme la caufe des chenilles, dont 
l'induftrie a fait fentir fi févèrement fes effets venimeux 
aux cotoniers l'année paffée. 

'• Quant au tonnère, et aux éclairs, l'inverfe a eu 
lieu cette année ; et fi cette théorie étoit vraie, nous 
pourrions nous attendre k une récolte auffi abondante 
que celle de l'année dernière étoit pauvre.'' 

Gazette du Cap. 

ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE. 

De Savannah, le g Juillet. , 

*^ La lettre fuivante, écrite par les coramiffaires 
qui avoient été nommés, pour conclure le traité de 
paix, avec les Indiens Creeh^ répandra quelque jour 
fur l'état préfent des tribus hoftiles, envers les Amé- 
ricains. 

Du Rock-Landingy le 28 Juin, 17S9. 
Nous vous informons avec plaifir des difpofitions 
pacifiques des Indiens Creeks (prononcez Criques^. 
Nous avons les plus grandes promeffes de M. Giliivray, 
et de tous les chefs et des hommes à la tête de la na- 
tion, qu'il ne fera commis à l'avenir aucune dépréda- 
tion d'aucun genre, et que les Indiens affilieront au 
traité, en corps, au temps nommé. La lettre de M. 
Giliivray, que nous avons l'honneur de vous envoyer, 
vous fera entendre pourquoi ils ne fe font pas trouvés 
au lieu indiqué. 

Les Indiens ont préparé leur Bvjking plutôt cette 
année que de coutume, afin d'être prêts pour le traité, 
que nous avons fixé, après une mûre délibération, et de 
l'avis et <lu fouhait de M. John Ga^phin, dans cet 



[ 147 ] 



cndroit-cî au 15 de Septembrcj alors on pourra fe 
procurer une quantité fuffifante de bled Indien, à un 
prix modéré. 

Les prifonniers, qui font à préfent entre leurs main», 
doivent être envoyés auffi tôt que poffible, à cet en- 
droit pour être rendus.^ — Les Nègres font compriç. 
dans cette dénomination. 

Nous avons décidé de laiffer les magafins fur ce ter- 
rein,; en coriféquencc une (impie garde fuffira pour en 
avoir foin. — Nous fupplion^ votre honneur, de vouloir* 
bien l'ordonner. 

Nous avons l'honneur d'être 

, : André Pickens, 



Âfon Honnsur G. Wahon^ èmyerj. 
Gouverneur ^ la. Géorgie. 



H. Ojborne. 



De Philadelphie t le 1 8 Aout, 
On Y'cut de recevoir avis que le brig Friendfhip, 
commandé par le Capitaine William, de Bofton,- 
coula à fond le 14 de ce mois ; il étoit chargé de 
tabac pour Cadix. — Il fut accueilli d'un coup de vent 
des plus violens, auffi- tôt qu'il eut perdu vue de terre. 
A peine l'équipage eut-il le temps de fauter dans la 
chaloupe, que le brig coula à fond. — Un fchooner les 
prit à boid, et les mena à Bofton. 

Il a été dit, obferve une feuille de New-York, que 
ks territoires de POueJi étoient plus que fuffifans, quand 
ils feront vendus, pour payer la dette domeftique ; 
mais que l'on ne pouvoit pas trouver d'émigrans, pour 
les acheter, tant qu'on laiiTera l'ennemi maffacrer im- 
punément tous ceux qui efTayent de s'y établir, et 
brûler. et détruire leur propriété à fon plaifir. Il fc- 
rolt donc fage de lever des forces fuififantcs pour nous 
faire .craindre, de ces bipèdes, ow. même de les extermi- 
ner. Les frais annuels ne monteroient pas à autant 
que l'intérêt annuel de la dette, qu'ils contribueroi^jnt 
à faire payer. 

On dit que les Indiens font excités \ faire des dé- 
prédations fur nos frontières par les Angîois, qui font 
cantonnés dans les poftesde POueJi.' Si cela eft, nous 
re devons jamais nous attendre à avoir la pai"x avec 
leurs alh'és couleur de cuivre, tant qu'ils y relieront. 
Delà la néctffité de l'adopi^ou de moyens çpërcifs, 



pour ne rien dire du defhonnéur qui y efl; attaché, va àv 
près de 100,000 pounds, ne fût-ce que pour l'article! 
des fourures.-T-rL'exportation de Québec montoit,l'aa-^ 
- née pafTée, à 130,006 livres fterling. 1 

, D'Albanie, le lO Août, 
. Nous apprjenonsi par une, perfonne qui arrive du... 
Qomté £/'0ft/v2m, dans le paysde Gehifée, (terres cédée* 
dernièrement par cet état, à la république de Maffachu- 
fetts) que quatre jours avant qu'elle quittât ce comté^ 
le Colonel Brandt, de Niagara, à la tête de 16 à i8oc^ 
des principaux Sachems (nom des chefs ou princes», 
parmi les diverfes tribus), et d'autres Indiens des S'it.- 
Nations, arriva à 'Conadoque, où eft la. campagne de 
M. OHver Phelpa, pour y faire une vifite d'amitié, et 
en même temps pour y recevoir le prix des terres qu'ilcf 
ont vendueir à MM. Gorham et Phelps. — Cette per- 
fonne informe que MM. Gorham et Phelps allèrent à 
quatre miles au-devant d'eux, et qu'ils furent des plus 
fatisfaits du traitement qu'ils avoient reçu, et de la 
manière avec laquelle ils avoient difpofé de leurs terres. 
.Ce comté eft maintenant habité par 3000 fermiers qut 
affurent que les terres font d'une bonne qualité. 
De New-Tork, le il Août. 
Extrait d'une lettre d'Accomack. 
Six hommes arrivé rent à la plage dé Gargotha, Jeudi 
au foir, dans une chaloupe ouverte. — Ils donnent avis 
que, fàifant partie de l'équipage du Brig Maria, com- 
mandé par le Capitaine Scbajlien Oliver, venant du Port 
au Prince, chargé pour New-York,'ils furent obliges 
d'abandonner le brig, qui couîoit à fond — que le Ca"*- 
pitaine, fécond, et quatres autres matelots, dans une 
autre chaloupe, les fuivirent jufqu'à la nuit, devant' 
leur arrivée — qu'alors, ils furent obligés de s'écarter 
à caufed'nn coup de vent qui le.s avoit accueillis tout: 
à coup, et d'une voie d'eau que faifoit leur chalôupiJC' 
Après avoir pris quelques rafraich'îfTemeris chez I(:s 
habitans, ils procédèrent à Norfolk. Ils informent* 
que le ^r/^ coula à-peu-près vers le courant' du Golfe, 
latitude 39. et fuppofent que l'aiJtre partie de l'L'qïi'i- 
page aura débarqué au fud du Cap Henlop'en. " 
Du même lieu, 13 Août. 
Ces mêmes hommes continuèrent leur route jufqu'à 
Norfolk et à Porlfmouth, où, la conduite dé l'uiî 
d'eux ayant fait naître des foupçons dans l'efprit dd 
leur hôte, il fut porté à examiner leur paquets. '"ÎÎV 



pour recouvrer ces poftes. , : 

La perte qui refulte pour les Etats-Unis de la pri- 1 trouve quantité de linge et d'autres effets précîetik'.'--^ 
vationdece3poftes,dontlès AngÎQi^ront.enpofîeffiofl , 'Sans perdre de temps, il donne avis de cette décoû-^ 



C '• 

verte à un magîftràt, qui envoyé un connétable. On, 
faifit le plus fufpeô, qui révèle la trame la plus odi- 
«ufe, et la plus horrible.— Il avoue qu'ils ont jette leur 
Capitaine à la mer^que le cuifinicr, fitôt qu'il s'en ap- 
pcrçut, lui jetta une corde, qu'il faifit et qui l'auroit 
fauve, s'ils n'avoient jette le cuifinier, trop prévenant, 
à la mer avec lui, où ils périrent tous les deux en leur 
préfence :— Que l^êquipage commença à fe diftribuer 
ceux des effets du Capitaine qui étoient portatifs, et 
qu'ils continuèrent leur route vers la terre ; qu'alors ils 
ouvrirent les écoutillcsda brig, et fautèrent dans leur 
chaloupe — qu'enfin, ils débarquèrent comme il a été 
décrit dans la lettre ci-deffus, datée d'Accomack. 
On s'affura de leurs perfonnes, en les depofant dans 
la prifon du comté de Norfolk. 



Continuation des l'ravaux du Congres, 

Chambre des Repréj'entans . 
*^* L'îmraenfité des affaires du Congrès arriérées, 
^ous permet à peine de donner les titres de toutes les 
niotions,qu{ s'y font, et de tous les arrêtés qui y font 
pris. Nous allons pourtant reprendre ce travail im- 
portant avec toute l'exaftitude pofliblc. 
Séance du Mercredi, 5 Août. 
ïl fut reçu un mcffage du Sénat, annonçant à la 
Chambre honorable qu'il avoît concouru aux amen- 
demens du bill, portant établiffenient du département 
de la guerre, et à ceux d'un autre bill, pour l'établif- 
feraent du gouvernement des territoires de VOuefl. 

La Chambre s'occupa de ces deux bills tels qu'ils 
avoient été ^?nf/W^j par le Sénat, et ils furent pafTés 
pour être flatués. 

On lut pour la troifieme fois le bill débattu, concer- 
nant l'enrcgillrement des navires, les. rêglemens du ca- 
botage, &c, La queiHon, *• ce bill paffera-t'il ?" pafTa 
à l'affirmative. 

Il fut reçu un meiîagc du Préfident par fon Secré- 
la.^r^, M. Lear, avec l'a£te pour régler les comptes des 
Etats individuels avec les Etats-Unis, auquel le Pré- 
fident avoii annexé fon agrément et fa fignature. 

Alcrs la Chansbre prit en connoiflance le raport du 
comité, concernant la fcfBon de la Virginie, et fitut 
qu'il fut lu, M. VVhiîe préfcnta la réfolu.tion dont la 
teneur fuit. " Q^ie la véfolution du Congrès du 17 
Août, 178S, tant qu'elle pourroit s'entendre à annuU 
1er toutes locations de tcr/es, en faveur des troupesde 



! ] 

là Virginie, doit être refciodee.*' Cette réfolutfon 
fut mtfe fur la table. 

En comité général fur le bill des appointements, M. 
Goodhue fit la motion de fubftituer à l'article des Rc- 
préfentans et des Sénateurs, 5 dol. au lieu de 6. Cette 
motion fut fupportée par M. Sedgwick, et negativée 
par une grande majorité. On entra dans la difcuffioft 
du bill, et les appointements des Repréfcntan» et des 
Çénateura continuèrent cornue il a été ci-devant arrê- 
té ; les membres 6 dollars par jour, et l'Orateur de 1& 
Chambre 12. Après quoi la Chambre s'ajourna. 

Séance du Jeudi, 6 Août. M. White, du comité 
continuel pour l'examen de l'enrcgîftrement des afte«, 
raporta que ce comité avoit examiné le bill pour éta- 
blir les fanaux, &c, celui du département de la guerre, 
et celui pour l'établiffement du gouvernement des 
territoires de VOueJi — qu'ils étoient correâs, et prêtfr 
à recevoir la fignature de l'Orateur, qui les figna. 

M. White demanda permifïion d'abfencc pour le 
refte de la fcffion, elle lui fut accordée. 

M. Gcrry demanda qu'il fût nommé un comité pour 
raporter une lifte des livres qui feront néceffaires auK 
membres du Congrès, un eftimé de leur valeur, et les 
m^oyens de fe les procurer. Cette motion fut mife fur- 
la table. 

La Chambre affemblée en comité général, fur les 
appointements des membres du Congrès, et ceux de 
leurs officiers, il fut fait quelques amcndemens. Le 
comité fe fépara, et eli fit raport. Ces amcndemen» 
furent agréés — enforte que les appointements font 
comme il fuit, favoir : L'Orateur 12 dol. par jour ; 
les autres membres 6 dol. et ils feront payés en voy- 
age, à raifon de deux jours d^appointements par 20 
miles ; l'Aumonier 500 dol. par an, durant la feffioU 
du Congrès ; les Secrétaire du Sénat, et Greffier de 
la Chambre, 1500 dol. par an, et 2 dol. par jour, du- 
rant la fcffion du Congrès ; les premiers Commis, fous 
le Secrétaire du Sénat et le Greffier de la Chambre 
des Repréfentans, 3 dol. par jour ; et les autres Clercs 
deux dol. par jour, tant qu'ils feront employés ; le 
Sergent d'armes, 4. dol. par jour, durant la felfion ; le 
Portier, 730 dol. par an, et leurs affiliants, deux dol. 
par jour, durant la fcffion. 

Un mefTage du Sénat annonça à la Chambre qu'il 
infilloit fur les amendemens du bill de la tréforérie, 
concernant l'amovibUitê du Secrétaire de ce départe- 
ment par le Préfident, Ce jnefTage fait auffi favoir à 



t ï 

la Chambre que le Sénat a accueilli la réfolution de 
la Chambre, pour nommer un comité, qui rapportât 
queU font les objets dont le Congrès devra s'occuper 
avant l'ajournienient — qu'il avoit nommé MM. Strong, 
ElfwoTth et Carrol de foncôté. 

Séance du Vendredi, 6 Août. M. Gerry fit la mo- 
tion qu'il fût nommé un comité pour rédiger un bill, 
à l'effet de fayorifer ultérieurement le commerce et 
la navigation des E. U. — Cette motion fut accueillie, 
et MM. Gerry, Trumbull, et Burkc furent nommés 
en comité. 

Séance du Vendredi, 7 Août. Il fnt reçu un autre 
inefîage du Préfident, par fan Secrétaire, M. Lear. Le 
Préfidcnt renvoyé trois aâes fignés. — On lut encore le 
bill des appointements, après quoi, M. Sedgwick £t la 
motion, que la difcuflion de ce bill fût remife à l'ave- 
nir. — Cette motion fut fécondée par plufieurs autres 
membres, ce qui produifit des débats. — Il fut obfervé 
d'une part, que fi le bill étoit paffé en loi dans fa forme 
aéluelle, il y avoit à craindre qu'il ne portât atteinte 
à la réputation du gouvernement — que les appointc- 
mens des officiers les plus diftingués de plufieurs états 
n'étoîent pas à beaucoup près fi hauts — que ceux du 
gouverneur du Maffachufetts n'étoient que de^^. 800* 
— que ceux des juges de la cour fouveraine n'étoient 
quede;^.300 — que là- ou les affaires publiques font 
dirigées par des hommes du plus grand talent, et où 
il cft facile de trouver ces hommes dans chaque dépar- 
tement ; les appointemens annexés au bill fous les 
yeux de la Chambre pourroient exciter la réclamation 
des citoyens et occafionner des murmures. — Enfin, que 
les appointements propofés feroient regardés comme 
xine application infenfée des deniers publics — que la 
fommc de 730 dollars 'pour le portier étoit fuffifam- 
ment hors de proportion, avec les autres parties du 
bill, pour lui donner une influence très-defavantagcufe 
fur l'enfemble — que le portier dont l'emploi eft des 
plus fimples, avoit plus que les commis, dont on at- 
tend des talens et la plus grande refponfabilité, &c &c. 

Il fut obfervé de l'autre part, que le bill avoit reçu 
plufieurs difcuffîons, qu'il étoit au troifieme décrié de 

* C'etl M, J. Hancock, le prefeni Gouverneur, qui a 
le premier confenti à cette diminution, les appoin- 
temens du Gouverneur é'oient de j^. 1100. — Lorf- 
qu'on en fit la demande à fon prédecefleur, M. 
Baudouin, il répondit q-ie n'ayant point ftatué à 
récabliffement des appointemens, il ne fe fentoit pas 
sotorifé à les diminuer. 



49 ] ^ 

fes progrès — que les membres qui étoient fî fortement 
oppofés aux claufes qu'il renferme, auroient dû fe pré. 
fenter auparavant — que l'économie que quelques-uns 
rccommandoient fi foigneufement vt comportoit pas 
que l'on perde plus de temps fur la difcuflion d'un 

bill qui avoit occupé la Chambre auffi long-temps 

que le bill ayant reçu la fanélion d'une majorité re» 
fpeôable de la Chambre, il feroit: inutile, même im« 
politique de recommencer d'auffi longs débats — que 
la motion n'étoit pas en ordre, et que fi on pouvoit 
ainfî dédaigner les régies de la Chambre, il feroit 
toujours au pouvoir des gens, dont Pattente auroit été 
trompée, de retarder les progrès des affaires publi- 
ques—que la modicité des appointemens de plufieurs 
officiers d'états individuels,n'étoit pas comparable à la 
légiflature, parce que ceux-ci étoient obligés de quit- 
ter leurs familles, et d'encourir des frais extraordinaires 
dans les routes, et dans leur réfidence avec le corps 
légiflatif, frais que n'éprouvoîent pas les officiers des 
états — que, quant à l'opinion publique, quelque refpeél 
qu'on dût lui porter, fi elle avoit affez d'influence fur 
la Chambre, pour lui faire dédaigner la décifion d'une 
majorité, la conftitution n'étoit çu'un nom— Sec. &c. 
La motion pour différer le bill paffa à l'affirmative^ 
après quoi la Chambre fe forma en comité général. 

On difcuta les claufes fuivantes, et elles fure»t amen- 
dées comme il fuit, favoir — Les gages du portier furent 
changés, de 730 dol.par an à 3 dol. par jour,pendant les 
feffions, et autant pour les affiftans, qui lui feront né- 
ccffaires. heà autres claufes furent continuées çomm'ç 
elles avoient été arrêtées le jour précédent : alors le 
Piéfident fit rapport dfs amendemens aux quels la 
Chambre avoit accédé, et elle ajourna au Samedi ^. 
dix heures. 

Séance du Samedi 8. — Il fut reçu hier un meffage 
du Préfident des Etats-Unis, par le Général Knox. 
Voye3^ No. ï 6 de ce Courier, page 144, 

Divers papiers qui accompagnoient ce meffage fu- 
rent pris en confidération, et il fut arrêté, 

" Qj^'il doit être paffé un aéle, qui poorvoye aux 
frais qu'entrainent toutes les négociations, et les trai- 
tés faits avec les tribus Indiennes, et la nomination des 
Commiffaires pour ces objets." 

*' Q^'il tfl iiéceffaire qu'il foit paffé un aôe pour- 
voyant à un fyftême pour les règlemens de la milice 
des Etats-Unis." — Cfs arrêtée furent reçus par la 
Chambre, 



[ ■ 

-.if -, Séance du Lundi, lo Août. 

. 1\ fut reçu une pétition de Jean Mc.Phcarfon, con- 
ecrnant des expériences faites par lui pour la préferva- 
«ion des bâtimens, &c. des funeftes.effeâs des éclairs, 
&.C. Cette pétition fut mife fur la table. 

On recueillit les fuffrages, fur le bill des appointe- 
ments;, qui fut lu pour la troifiènie fois — pour 30, con- 
tre, 16 — majorité 14.. 

. Les amendcmens, fur lefquels le Sénat avoit infifté, 
concernant le bill de la tréforerie, furent pris en con- 
noiffance, et il fut voté que l'on df niEndât un entretien 
avec le Sénat, à ce fujet. MM. Madifon, Fitzfimons, 
et Boudinot furent nommés par la Chambre. 

Le meffàge du Préfident (dont copie fuie) fut re- 
mis à la Chambre par l'honorable Général Knox. 
Mejfteurs de la Chambre des Reprtfentans y 

J'ai ordonné qu'on mît fous vos yeux, un état des 
troupes, au fervice des Etats-Unis. — Ces troupes ont 
été levées en vertu des refolutions du Congrès, des zo 
Oa. 1786, et 3 Oft, 1787, pour défendre les fronti- 
ères, des déprédations des Indiens hoftiles, pour em- 
pêcher leurs intrufions fur les terres de la république, 
et pour en faciliter l'arpentage, et la vente, à l'effet 
d'éteindre la dette publique. 

Comme ces objets importans continuent à deman- 
der l'affiftance de ces troupes, il cft néccflaire que l'é- 
tabliffement en foit adapté, à tous égards, par la loi, 
à la conftitution des Etats-Unis. 

G. WASHINGTON. 
A New- York, le 11 Août, 1789. 

Ce meffage ctoit accompagné d'un état des troupes 
aâiuellement an fervice des Etats-Unis. 



Be BO SrO N, le :lj Août. 

Une lettre du Bengale contient les détails fulvans. 
" Il y a à Oude, près de Fyzabad, dans la province 
du Bengale, un tombeau de Seth, troifième fils d'Adam, 
qui a douze pies de long." 

*' SujAH, fils de DowLAH, répara ce tombeau, et 
celui de Job, qui eîl tout-au-près. — On trouve à un 
mille de l'endroit, où font ces tombeaux, un refte de 
l'arche de Noé. — Si on en examinoit le bois, on pour- 
roit peut-être en découvrir une cfpéce pour la con- 
ftrudion des bâtimens, plus durable que celai qu'on 
employé. 

Un bâtiment, arrivé Lundi dernier de îa Virginie, 
en ïo joufs^ aous inforrae -<jue la divifion aus, ordres 



5° 3 

de M. De Pontdevèze étoit â Tancre 3. fOld-Poki 
Comfortt et qu'elle devoit faire voile inceifammenc 
pour ce port. 

Il court encore le bruit rcV/^aa^' delà mort du 
Dauphin j mais ce fuiit les papiers Anglois qui le 
difent. ' •: ' 

. On. apprend de Paris que les payemens de l'hotcl 
de ville, pour les 6 derniers mois de 1788, font com- 
mencés, félon la. promeffe qu'en avoit faite. M. Neckef 
dans fon difcours. — Il.eft éto,nnant, dit la feuille d'oii 
nous traduifons cet article, comment le gouvernement 
fupporte fon crédit loiTque fes finances font réduites û 
bais.— Il ïft bien vrai qu'il y a cinq ou fix mois que 
le dividende eft dû ; mais il n'cll pas moins vrai, quCi 
lorfque le Cardinal de Lomeney, Archevêque ae Sens, 
quitta l'adminiftration, on ne trouva pas un demi- 
million de livres, dans le tréfor. C'efl; un ange gar- 
dien, c'cll un direéleur général, c'efl: un Necker, qui 
nobis defundit vivum per membra vigorenty s'écrièrent les 
communes avec enthoufiafme. 

On lit dans une feuille d'hier, un extrait de" lettre 
de Conilantinople, en date du 20 Avril, q^i dit, 
*' Toutes les propofitions de paix ont été renouvellées 
par les minillres des deux maifons de Bourbon ; 
mais elles ont été rtjeélées, le Sultan ayant déclaré 
qu'il avoit fait le ferment de conquérir la Crimée," en- 
forte que toutes propofitions de pais feront vaincs, à 
moins qu'elles ne foicnt accompagnées de la reflitu- 
tion de cette péninfule. 

On lit dans une feuille Angîoife, la verfion fuivante, 
datée de Paris, du i Juin. " Le Clergé s'affembla 
Jeudi dernier, pour reprendre les débats, fur la propo- 
fition faite parle Tiers Etat. î^oyez le der. No, de ce 
Courier, page 143. Les débats étoient à peine cotn- 
menées, qu'on apporta la lettre du Roi,^ qui recom- 
mande la continuation des conférences, tenues par une 
députation des trois ordres, pour faire cefier les difpu- 
tes. Cette lettre fut communiquée aux Communes,, 
qui, tandis qu'elles délibéroient fur le droit de difcuter 
fur une lettre qui ne leur avoit point été addreffée, re- 
çurent cette même lettre, addréfiee au, Préfident de 
leur aflemblée. — Les affaires changèrent de face, et i| 
s'éleva une autre queftion, quel droit avoit le Roi 
d'interpofer dans leurs débats ? Ce droit fut d'autant 
plus vivement combattu, que S. M. demandoit que 
CCS conférences fe tioffent chez le garde des focaux, 
en préfence de pcrfonncs nomiinécs par elle.-— Ea- 



[ 'S' 1 



fin, après, de longs débats, on prît les refolutions 
ictvantes— Que les intentions de S. M. tendoient 
évidemment au bien public, et que S. M. en deman- 
dant que ces conférences fe tinflent en préfence de fon 
garde des fceaux, n'avoit d'autre vue que d'être in- 
ftruite plus exaûement de la nature de la difpute. — 
En conféquence il fut arrêté d'abandonner la propo- 
fition, faite par le Clergé, et de renouveller les con- 
férences aux quelles le Roi l^s invitoit ; mais il fut 
en même temps arrêté, qu'en cas que les conférences 
ne produififlent pas promptemeat l'effet defiré, elles 
prifenteroient à fa Majéfté des addrefTes à ce fujet." 
Une autre dit, " L'éledion du Préfident du Clergé 
(la fanté de M. le Duc de la Rochefoucault l'ayant 
forcé à réfigner la Prèfidence) a déjà fait naitre deux 
partis, les patriotes font pour l'Archevêque de Vienne, 
les ariftocrates pour celui à* Âix." 

Il cil arrivé des avis officiels de New- York, Mardi 
der. qui portent que le Congrès a pafTé le bill pour la 
commiffion, prépofée à traiter avec les Indiens— En 
conféquence le Préfident des E. U. a nommé les Com- 
miifaires, parmi lefquels fe trouve l'honorable Beuj. 
Lincoln, qui, pénétré de l'importance de cette affaire, 
et de la néceffité de l'accélérer, eft parti hier matin 
pour New- York, pour y recevoir des inflruélions re- 
latives à cette commiffion, et enfuite s'embarquer- pour 
la Géorgie, où fe doit former le traité, le 15 de Sept, 
prochain. 

Les anti-dignitaires renvoyent leurs adverfaires, avec 
autant de jugement que de juftice, à la conflîtution : — 
car elle fe tait, à l'article des titres, et des diftinftions. 
Le mot Préfident n'eft pas plus un titre, que ne î'eft 
celui de Gouverneur. — Ce filence delà part At&conJ}ruc- 
teurs habiles de ce grandédifice n'indique-t'-il pas que 
la conflitution n'a jamais eu en vue qu'il y ait des ti- 
tres ? De plus, on eft alTuré que le grand et refpeâia- 
ble perfonnage,,qui remplit aôuellement la Piéfidcnce, 
a donné des preuves frapantes de fon éjoignement pour 
les titres. — Qn^tl titre lui donneroit-on, qui exprimât 
l'empire qu'il a fur les cœurs Américains ? Il n'en efl 
point — Majefté — Ce feroit l'offenfer. Les Améri- 
cains trouveront aifez de cas imprévus qui les morti- 
fieront aux yeux du vieux monde, fans fe donner tant 
de peine, pour fe livrer au ridicule, en fe revêtant de 
litres qui, d'après leur conflitution ne pourroient ja- 
mais être regardés que comme àtz fcbriquets, et qui au 
lieu d'ajouter au degré de confidératiçn que leur ont 



mérité leur courage et leurs vertus, les feroîent retom- 
ber dans l'oubli des autres nations, qui en voulant s'é-- 
lever par des titres, fe font enfevelis dans le mépris 
où ils ramperont pour toujours. Ces confidèrations 
ont eu beaucoup de poids fur les repréfentans, et en 
général, il n'y a que les jeunes gens, et les enfans qui 
demandent des titres, par la raifon que tout efi beau qui 
ejl nouveau. 

Un correfpondant voudroit bien favoir pourquoi 
le Préfident de l'ancien Congrès s'affubloit du titre de 
Son Excellence^ lorfque l'ancienne confédération défen- 
doit tous titres de nobleffe. — On ne peut réfoudre 
cette queflion qu'en fiippofant que Son Excellence ne 
lignifie rien : pourquoi donc s'emprefTer fi fort à rea- 
dre nos légiflateurs Injlgntfians ? 

Les Indiens ont encore fait quelques déprédations 
dans le Kentucke. — Nous en donnerons les détails à 
l'ordinaire prochain. 

Les chaleurs cxceffives qui fc font fait fentir à 
Philadelphie ont occafionné des maladies qui ont en- 
levé quantité d'enfans. — Elles n'ont point été moins 
rigoureufes à New-York, où, jointes au grand con- 
cours de monde qu'y attire le Congrès de toutes parts»- 
elles ont coûté la vie à plnfieurs étrangers qui s'y 
étoient rendus pour vifiter le lieu du gouvernement. 

*^* A quelque chofe malheur eft bon. — Leshabi- 
tans de New-York, jaloux de retenir le Congrès chez 
eux, lui repréfenîcront la fituation de leur ville ; en 
effet c'eft la plus feptentrionale, et on a lieu de croire 
que ce corps n'a pas à ce plaindre di; froid, — New- 
York eft un beau port di: mer, et une des villes les 
plus falubres des Etats-Unis. Philadelphie et Balti- 
more ont invité le Congrès à venir féjourner dans leur 
enceinte. Baltimore eft la ville la plus centrale où le 
Congrès puifTe fiéger. — New- York eft la plus Septen- 
trionale ; quant à Bofton, il n'en, a jamais été quef- 
tion. 



Cette feuille hebdomadaire paroît le Jeudi, dans la 
matinée. 

Le prix de l'abonnement eft de 16 chélins et 8 
pence, prife à Bofton ; et de 24 liv. tournois, pour le 
dehors, franche de port. 

On foufcrit k la Martinique chez M. J. Cormerais 
DE LoRME, qui a bien voulu fe charger de tranfmettrc 
tout ce qui concerne cette feuille à l'éditeur. 

L'abonnement fe payera d'avance à l'avenir. 



[ '52 3 



Il s'eft tenvï. une aCcmblée de l'Académie Améii- 
caifie, des Arts et des Sciences, le 19 de ce mois. — 
On y reçut les communications fuivanles, favuir, Pro- 
pofal, &c. ou propofition, pour ajufter une nouvelle 
échelle, au thermomètre mercurial : pai Edward A. 

HoLYOKE, M. D. Obfervations fur la variation 

et la trempe de l'éguille magnétique, çoniinuées depuis 
k 24 de Mai, 1789, jufqu'au 19 courant ; par, Eti- 
enne Sewall, écuyer. Obfervmtions fur les avan- 
tages refuitans du roulement des terres dans l'agricul- 
ture : par Jean Rogers.— — ^«fw and advantageous 
proceff, &c. ou Procédés nouveaux et avantageux pour 
fabriquer la potafle : par Guillaume Frobisher. 
. ■ •■ ■ Remarks on an infcripùen, &c. ou Remarques fur 
une înfcriptiou trouvée fur une rocher à Dighton, avec 
une copie exaAc de l'infcription : par l'honorable 

Guillaume Bavlies, écuyer. jîn account of cw 

rious difcoveries, &c. ou Détails de découvertes curî- 
eufes faites en creufant un puits, dans le Vermont : 

par Samuel Hitchcock, écuyer. A letter from, 

&c. ou lettre du Révérend Samuel Haven, D. D. 
concernant les couleurs du bled, avec des épreuves de 
fes effets pour la teinture. 

Plufieurs tables de morts, &c. de plufieurs endroits. 

On reçut auf5 les ouvrages fuivans, favoir, 

A botanical arrangement, &c. ou Arrangement 
botanique des plantes Britanniques ; par Guillaume 
Withering, M. D. F. R. S. préfenté par Jonathan 
Stokes, M. D. 

Differtations on the Engltfh Lànguage, &c. ou Dif- 
fertations fur la langue Angloife : par Noah Webfter, 
jun. écuyer J préfenté par l'auteur. 

Un volume in folio, contenant les figures de diverfes 
machines mécaniques, et d'outils pour l'agriculture, 
en taille douce, approuvées et adoptées par la Société 
des Arts, des Manufactures, et du Commerce, de Lon- 
dres, avec une infcription particulière fur chaque in- 
ftrumcnt. Préfenté par M. Ifaiah Thomas. 

A Diftionary, &c. ou Didionnaire, Anglois, Perfe, 



et Arabe, par Jean Rîchardfon, écuyer, îh folio ; 
préfenté par Nicolas Pike, et Jean Mycall, écuyers. 

Cas et obfervations médicales, par la Société Médi- 
cale du comté de New- Haven, dans le Conneâieut : 
préfentés par la Société. 

M, Guillaume Bayliesy et le Doéleur Nathaniel 
W. Appîeton furent admis membres de la Société. 

Fête donnée par les jeunes gens d'Angers, à 
ceux de Nantes, qui les avoient invités pré- 
cédemment à rejoindre à eux, dans la cha- 
leur des troubles. 

Cette fête a été remarquable par Tordre qui y a 
régné. A la fin d'un repas de près de çoo perfonneS' 
des deux fexes on y a porté neuf fantés. i "^ Celle 
du Roi. 2°. A la Patrie. 3°. Aux communes de 
France. 4°. A M. Necker. 5». A tous les Bons 
Citoyens des Trois Ordres. 6^. Aux Amis & 
Frères les Bretons, & à leurs Députés. 70. Aux 
Etats-Généraux. 8°. Aux Progrès des Lumières. 
9°. A l'Efprit Patriotique de l'Aflemblée. On a 
fini cette lifte de toajls en buvant .^«jc Dames ; ce qui 
n'a pas été regardé comme très-galant, les dames, 
euflent dû avoir, au moins, le trolfième rang dans ua 
pays où elles occupent le premier. Ce repas fut fuivi 
d'un bal. Le lendemain, jour du Mardi-Gras, une 
partie des mêmes jeunes gens montas à cheval, au nom- 
bre de foixantc, rcpréfenta dans la ville une pantomime 
mafquée dont le fujet étoitla réception de Voltaire & 
de Roufleau aux champs Elifées par le noir Pluton, fa 
femme Properpine, les furies, les parques, le chien 
Cerbère, la barque de Caron,des chœurs de légiflateurs,, 
des rois, des princeffcs, & finaleiîient Henri IV. & 
Sully. Tous coftumés d'une manière brillante, & 
précédés de 20 muficiens, ils formoient un fpeftacle 
très-âmuiant pour le peuple & très-piquant pour les 
penfeurs qui obfcrvoicnt tacitement la devife de la 
fatale barque, ici tous font é^aux, & le trait écrit fur la 
voile de la barque péage fxipprlmé, Sfc. &(?. &c. 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhiîl, No. 53, 
où l'on peut fe procurer chaque Numéro. On Ibufcrit, pour le Courier de Boston, 

> 'chez M. Hall ; à Salem^ chez MM. Dabhey et Cufhing ; à NeWrTsrk, chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno j à Phîladeîphiej chez M. Mathcvv Carey hez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, me un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voud i com- 

muniquer dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



[ "53 ] 



COURIER DE BOSTON, 

AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



Prix y 5 Pence, '^ 



U Utilité des deux Mondes, 
Du JEUDI, 3 Septembre, 1789. 



[No. 20. 



De Conjianttnopkt A? 1 3 Âvrîl, 

Des troupes qui défilent de cette ville, il y a cinq 
compagnies de Janniffaires, compofées chacune de 
1000 hommes, qui fe querellèrent et firent feu les unes 
furies autres fitôt qu'elles furent arrivées à Pontépie- 
colH, enforte que de 5000 qui partirent de Condanti- 
nopîc, il n'y en eut qu'un petit nombre qui arriva au 
camp. 

On mande de Copenhague que 27 vaiffeaux de 
guerre Rufles, une frégate, et un brigantin, mirent à 
la voile le 30 de Mai dernier, pour la Mer du Nord.— 
Une autre flotte Rufle eft auffi partie de ReveL 
De St. Peterjbourgi le i^ de Mai, 

Le fils du Général Karaen&oy, qui commande 
l'armée de la Moldavie, efl arrivé ici hier, avec la 
nouvelle que le Général Derfelden a fait faire retraite 
aux Turcs, à vingt milles de Brailla, près de Mackfu- 
nène, fur la rivière Sireth. L'ennemi eut 4000 hom- 
mes de tués et un grand nombre de noyés. — Un Pacha 
à deux queues, qui commandoit en Moldavie, fut fait 
prifonnier, avec environ 300 hommes. On prit aufli 
une pièce de canon, et 3 drapeaux. 
Du même lieu. 

Un fécond Courier annonce que le Gen. KafmenUcoy 
attaqua l'ennemi, le 30 Mai, au camp près de Galatz, 
fnr le Danube, et qu'après une adion fanglante, qui 
dura près de 3 heures, il les a entièrement défaits. 
L'ennemi eut 1500 hommes de tués, et un Pacha à 
trois queues, un grand nombre d'officiers et looo 
hommes furent faits prifonniers. Le camp, les dra- 
peaux, l'artillerie furent partagés par les vainqueurs, 
dont la perte n'eft que de 60 hommes tués et loû 
blelTéï. 



On a depuis reçu avis que les troupes Ruffes avoîent 
abandonné la ville de Galatz, après l'avoir réduite e« 
cendres» 

De Londresy le lô yuin. 

Si le Comte de Stanhope n'eft pas heureux, il eft a« 
moins hardi dans fes entrcprifes. lls'cft occupé der- 
nièrement à donner des leçons au premier miniftre fur 
la religion, et il menace de commencer dans peu à ea 
donner au Lord Chancelier fur les lois de fon pays. 

Une perfonne obfervoit Mardi à un autre, qu'il fem- 
bloit que la couronne fût trop péfante pour la tête du 
Roi : C'eft aflez extraordinaire, lui repondit l'autre, 
car elle doit être plus légère de 13 colonies de moins 
qu'an commencement de l'adminiftration de Mylord 
North. 

Le Roi de PruITe a dernièrement donné ordre qu'il 
foit publié une Gazette tous les mois, laquelle fera 
diftribuée gratis aux payfans de la Silèfie. — S. M. a 
de plus enjoint que le maître d'école de chaque diftridt 
lira, et expliquera le contenu de cette feuille à tous eeux 
de fes voifins qui ne favent pas lire. Cette Gazette 
doit rendre compte des progrès de l'agriculture dans 
toutes fes dominions — ^des prefcriptions pour la gué- 
rifon des diverfes maladieSjincidentes au genre humain, 
aux beftiaux, moutons, chiens, &c. et tout ce qui 
peut tendre au bien public. 

Le Roi de Suède a enfin délivré tous fes prifonniers 
d'états, à condition qu'ils s'abfentent de la capitale. 

Une lettre d'Ancona mande que la flotte Rufle a 
détruit la première divifion de la flotte Turque, près 
du port de Werna. 



[ îS4 ] 



ETATS-UNIS DE L'AMERIQUE. 

L'Addreffe, dont copie fuit, fut préfentéeau Préfident 
des Etats-Unis, par îa Convention de l'Eglife Pio- 
teftante Epifcopale, des Etats de New-Yoik,New- 
Jerfey, Pennfylvanie, Délaware, Maryland,Virginie, 
et Caroline Méridionale. 

Au Préfident des Etats-Unis. 

Monfieur, 

Nous, les Evèques, le Clergé & les Laïques de l'E- 
glife Proteftante Epifcopale des Etats de New- York, 
&c. affemblés en convention générale, demandons 
qu'il nous foit permis d^exprimer, avec îa plus haute 
vénération, et les confidérations nationales, les plus 
animées, la joie cordiale que nous a caufée votre élec- 
tion à la magiftrature principale des Etats-Unis. 

Qiiand nous envifageons l'hiftoire, courte mais 
rapide, de notre nation — quand nous nous rappelons 
la fuite de fervices importans que vous avez exécutés 
dans le cours de la révolution récente— les efforts mo- 
dérés et efFcâifs dont la natJire de la contefte a dû 
vous revêtir, mais fur tout, quand nous jettons un coup 
d'œil fur votre démifîîon volontaire et magnanime au 
snoment de la paix, nous anticipons la félicité de no- 
tre pays fous votre adroiniftration future. 

Mais ce n'eft pas feulement l'ufage glorieux et 
vertueux que vous avez fait de ces pouvoirs extraordi- 
naires, qui vous ont fait inviter à quitter votre foli- 
îude honorable, pour vous revêtir des premières digni- 
tés de notre gouvernement. Une admiration affec- 
tueufe, pour votre conduite privée, l'impartialité, la 
fortitude perfévérante, et l'énergie avec lefqutlles vous 
vous êtes invariablement acquitté de vos devoirs pu- 
Llics, et votre follicitudc paternelle pour la félicité du 
peuple Américain ; enfin la fagefFe et îa connoiffance 
confommée de nos affaires, que vous avez montrée 
dans votre dernière communication militaire, ont dirigé 
•vtrs vous le vœu général, et ont fourni à l'hiftoire du 
genre humain, le premier exemple d'un conjentement 
vnanime à la nomination du Gouverneur d'une nation 
éclairée, d'un peuple roi. 

A la confîdération qui nous infpire les attentes les 
pins féduifantes comme citoyens privés, qu'il nous 
foit permiôd'ajouter que, repréfentans d'une églifenum- 
breufe et étendue, nous nous réjouiflons avec réconnoif^ 
fance de l'deélion d'un Gouverneur civil, univerfelle- 
ment aimé, & diftingué parmi les partifans de la pure 



religion, qui a û heureufement réuni les plus tendres 
égards pour les autres religions, à un attachement 
inviolable pour la fienne. 

Nous vous préfentons nos congratulations les plus 
fincères fur l'établifTement de la conftitution du gou- 
vernement des Etats-Unisjdont les opérations, à la fois 
paifibles & énergiques, feront difparoiSre les rcftes des 
craintes de ceux, dont les fenlimens y font oppofésj, 
& confirmeront les efpérances de fes nombreux parti- 
fans. Ces attentes ne doivent pas paroitre préfonip- 
tueufes à ceux qui confidèrent attentivement la modé- 
ration, le patriotifme, & la fageffe des membres de îa 
légiflature fédérative. 

C'eft d'un corps auflî éminemment qualifié, coopé- 
rant avec harmonie, au pouvoir exécutif, d'un concert 
conRituïionnel, que nous attendons avec confinée le 
retour de l'ordre & de nos anciennes vertus parmi nousp 
l'extenfion de la pure religion, & l'avancement confé- 
quent de notre confidération au dehors, et de notre 
folide félicité au dédans. 

Nous fupplions le Gouverneur fouveraia de l'uni- 
vers de vous conferver longtemps la fanté & la prof- 
périté, qu'il vous conferve un exemple de vertus publi- 
ques et privées, l'ami et le gardien d'un peuple éclairés^ 
d'un peuple roi, et d'un peuple reconnoiflant, & que 
vous puiffiez, à la fin, recevoir la recompenfe que re- 
çoivent ceux, dont la vie a été employée à promouvoir 
le bonheur du genre humain. 

Signé par plus de 30 perfonnes. 

Réponfe dti Préfident. 

Meffieurs, 

Je vous remercie fîncèrement des congratulations 
affeflueufes que vous me témoignez, fur mon éleélioq 
à la magiftrature principale des Etats-Unis. 

Après avoir reçu de mes concitoyens en général le 
traitement le plus libéral — après les avoir trouvés dif- 
pofés à envifager fous le point de vue le plus flatteur, 
l'exécution de mes fervices militaires — & la manière 
avec laquelle je fuis rentré dans îa vie privée, à la 
conclufion de îa guerre, je me fens en poflefïîon da 
droit de me confoler dans mon entreprife aâuellc, 
quelque pénible qu'elle foit, dans l'efpoir, qu'ils feront 
encore difpofés à donner l'interprétation la plus favo- 
rable aux motifs de ma conduite future, dans mes 
tranfaétions publiques. 

La fatisfadion qui naît des fentîmens d'indulgence^ 



E ISS ] 



que les citoyens de l'Amérique ont eus pour ma con- 
duite fera, je l'efpére, un fur-garant que je ne ferai 
jamais rien qui puifTe m'expofer à les perdre. La 
réflexion que la félicité humaine, & les devoirs moraux 
font inféparables, ne cefTera jamais de m'exciter a 
avancer les progrès de l'une en inculquant la pratique 
des autres. Il me conviendroit peu, à cette occafîon, 
de vouloir étouffer la joie que m'a caufée l'afFeétion 
fraternelle qui femble s'accroître tous les jours, parmi 
les partifans de la pure religion. 

On découvre la perfpeâ.ive la plus édifiante, en voy- 
ant des Chrétiens de diverfes dénominations vivre en- 
femble avec plus de charité, & fe comporter les uns 
envers les autres avec plus de l'efprit du Chritlianifme, 
que l'on n'en a jamais vu dans aucun fiècle ou dans 
aucune nation quelconque. 

J'ai reçu vos congratulations, fur l'établiiTement de 
la nouvelle conftitution du gouvernement, avec d'au- 
tant plus de fatisfaélion, que je crois que fes opérati- 
ons, à la fois paifibles et énergiques, tendront à écar- 
ter tous les relies des craintes de ceux dont les fenti- 
mens ont été contraires, non-moins qu'à affermir les 
cTpérances de fes partifans nombreux, et que la modé- 
ration, le patriotifme, tt la fageiTe de la préfente légij- 
ïature femblent promettre le retour de l'ordre et de 
nos anciennes vertus, de l'cxteafion de la pure religion 
& de l'avancement de notre confidération au dehors, 
et de notre folide félicité au dedans. 

Je demande, trés-reverends, et très refpedlablesMef- 
fieurs, que vous vouliez accepter mes remerciemens les 
plus cordiaux, pour vos pieufes fupplications envers 
le fuprçme Gouverneur de l'Univers, en ma faveur : 
puiffiez-vous, et ceux que vous repréfentez, être les 
fujets fortunés de fes bénédiftions, à préfent et pour 
toujours ! 

GEORGE WASHINGTON. 



autre propriété qui a été prîfe aux habitans de la Caro- 
line Sept, leur fera remife par le traité.> 

Art. III. Tous les habitans blancs q»i font éta- 
blis fur les frontières de la Carol. Sept, continueront 
dans une parfaite tranquilité, jufqu'au temps de for- 
mer le traité, ce qui fera auffitôt que poffible. 

Art. ÎV. En attendant^ toutes les hoftillités cef- 
feront de part et d'autre, et dans le cas qu'aucun des 
effrénés de l'une ou de l'autre nation commette aucua 
adle de violence, on s'en plaindra, et on n'ufera point 
de repréfailles envers les innocens. 

Art. V. Si les Indiens Creeks eflayoient de tra- 
verfer le pays des Cherokees, avec le deffein d'attaquer 
ou de molefter les frontières, les Chefs et les Guerri- 
ers de la nation Cherokée uferoient de leur influence 
pour les en empêcher, ou pour les faire retourner ; 
mais fi leur médiation étoit infru6lueufe,on en donne- 
roit avis fur le champ aux établiffemens des frontière^ 

Art. VI. Les citoyens de la Caroline Sept, pour- 
ront voyager pari a route neuve qui mène aux éta- 
bliffemens de Cumberland, fans interruption, avant 
que le traité font conclu. 

Après leûure faite des articles ci-deffus, M. Steele 
parla aux habitans des frontières, dont un grand nom- 
bre étoit préfent, et il leur fit fentir la néceffité d'ob- 
ferver ftriâement tous les articles de la préfente trêve, 
comme étant auffi effentielle aux intérêts des individus 
qu'à ceux du public en général. 

On fournit aux Indiens, au nombre d'environ 500, 
avec la plus grande partie des Chefs de la nation, tou- 
tes fortes de vivres et de denrées en abondance. — Ils 
quittèrent la rivière de French BoardXe. 19 Juin, bien 
difpofées, et s'en retournèrent chez-eux. 



Articles de la Trêve, agréée au ^ai de la Guerre fur 
la rivière French-Bvard, le 16 Juin, 1789, entre 
l'honorable Jean Steele, écuyer, de la part de l'état 
delà Caroline Septentrionale, et les Chefs et Guer- 
riers de la nation Cherokée. 

Art. I. Chaque partie, la Caroline, et la nation 
Cherokée, délivrera fans aucun délai, tous les prifonni- 
ers, qui font à préfent en fa poffefîion, à un endroit 
et aux perfonncs ci-après nommées. 

Art. II. Tous les papiers, chevaux, Nègres, et 



Continuation des 'Travaux du Congres, 

Chambre des Repréfentans. 
Séance du Lundi, 10 Août. 

Un meffage du Sénat annonça à la Chambre qu'il 
avoit concouru à fa motion, au fujet d'une conférence* 

Séance du Mardi, 1 1 Août. — On lut, pour la fécon- 
de fois, le bill provifoire pour les frais qu'entraînent 
les négociations, et traités des affaires de« Indiens. — 
Ce bili fut renvoyé au comité général. — On lut auflî 
pliifieurs pétitions, qui furent toutes mifcs fur la table. 

Enfuite la Chambre fe forma en comité général, 
préfidé par M. Boudinot, et elle prit le bill cl-deffus 
mentionné, en coufidération. 



La première motion qui fe fît, fut que l'on rayât 
la claufe qui limite le nombre des commîffaîres a 3 ; 
mais on foutint que fi le nombre en étoit illimité, les 
E. U. feroicnt plongés dans des frais immenfes — que 
l'expérience nous avoit enfeigné, que des négociations 
de cette nature entraînoient toujours des fraudes et des 
péculats, et que cette ilUmitationlcvir tiendroit une porte 
toujours ouverte— qu'il étoit inconftitutîonnel de voter 
aucun fubfide, fans en avoir préalablement examiné 
l'emploi — que le droit de juger des traités apparte- 
noit à la légiflature exclufîvemcnt ; et que la motion 
fous les yeux du comité tendoit à priver la Chambre 
d'un droit que lui accorde la conftitution ; que les 
fuites en étoient des plus alarmantes. De l'autre part, 
il fut obfervé que la conftitution avoit exprefîement 
revêtu le département exécutif du pouvoir de faire des 
traités^ — que le pouvoir de la Chambre ne s'étendoit pas 
au-delà de voter des fubfides. Si nous fommes arrêtés 
parla crainte des abus, continua-t'-on, la même con- 
lidératîon pourrra nous arrêter dans toutes les quefti- 
ons qui feront foumifes à la Chambre. Il y a des abus 
à craindre dans le retard et dans la négligence que fera 
r.aître cette motion, qui font d'une nature bien plus 
férieufe, et dont les fuites font bien plus dangéreufes, 
que les fraudes des Commiffaires. Certes les guerres 
qu'on doit attendre de la part des Indiens, à moins 
qu'on ne les calme promptement, enfanteront plus de 
•cupidité que n'en peuvent avoir les commiffaires choi- 
fis pour traiter avec ces barbares. D'ailleurs le fang 
répandu, n'eft-il pas un grand mal, quand on peut l'é- 
diter ? La lacération continuelle de nos citoyens fans 
défence fur les frontières, n'cft-elle pas fuivie des con- 
féquencçs les plus funeftes ? D'ailleurs on doit efpérer 
que Ton ne choifira pas pour compofer ce confeil des 
Sommes ineptes, mais des hommes d'une probité, et 
d'une intégrité inîaâe. Tout concourt à donner aux 
étrangers l'idée la plus élevée de ce gouvernement-— 
chacun s'attend à la politique la plus généreufe et la 
plus magnanime, qui puiffe infpirer aux tribus Indien- 
nes le refpeét et la confiance dans les Etats-Unis. Or 
s'ils nomment une commiffion refpeéiable, au temps 
nommé, nous avons lieu de croire que leur négociation 
fouilraira les citoyens aux horreurs, et aux frais d'une 
guerre prochaine. — Encore une fois la conftitution a 
iaffignéàchaque branche de l'adminlftration,fes pouvoirs 
r||pedif8 — celui de faire des traités ns gîl point dans la 



156 ] 

Chambre.— Si elle peut ufurper ce pouvoir, elk en peiit 
ufurpcr d'autres, autant ufurper tous ceux qui font ac» 
cordés par la conftitution. — En reftreignant le nombre 
des commiffaires, il peut devenir neceffaire de paffer 
les bornes, alors il feroit du devoir du Préfident de le 
faire. — Cette reftriélion feroit donc inutile. 

Il fut fait plufîeurs autres obfervationsfortjudicieu- 
fes, de part et d'autre, que les bornes de cette feuille 
ne nous permettent pas d'inférer. — La motion paffa 
d'une grande majorité. 

A la motion, que le comité fe diffolve et rédige un 
bill, M. Jackfon fe leva, et dit qu'il croyoît qu'il étoit 
de fon devoir de donner à la Chambre quelques ren- 
feignemens fur l'état déplorable des malheureux habi- 
tans de la Géorgie, fans défcnce et en proie au pillage. 
— Quoique faffe le Congrès, continua-M. J. en leur 
envoyant des commiffaires, pour traiter avec eux, 
moins que ces commiffaires ne leur faffent fentir et ne 
les pénètrent que s'ils ne veulent pas traiter on fe fervi- 
ra de moyens de force pour leur enfeigner la juftice, 
les commiffaires ne ferviront à rien : nous leur avons 
envoyé des commiffaires dernièrement ; mais il ont 
été traités avec mépris— -et depuis les habitans ont été 
pillés, leurs raaifons détruites, et plufîeurs d'enr'eus 
ont été raaffacrés fans égard à l'âge ni au fexe.— -Quant 
aux négociations,ils ont appris aies méprifer. Le Con- 
grès feul peut leur infpirer la terreur. — .C'eft da Con- 
grès feul que les habitans attendent le redreffement de 
leurs torts, et s'ils ne font pas foulages par l'Union, 
il faut qu'ils cherchent la proteélion dont ils ont be- 
foin ailleurs. C^eft pleins de confiance dans ce fup- 
port et dans cette protection, qu'ils ont adopté la con- 
ftitution — leur attente feroit-elle trompée ! Je me 
flatte que non. M. J. finit en obfervant que c'étoit 
en vain qu'on fe flattoit d'affurer la Géorgie, en trai- 
tant avec les Indiens, à moins qu'on ne puiffe leur 
montrer des farces fuffifantes pour les réduire, &c. — 
Que leur Chef avoit un émiffaire dans la Caroline 
Mer.— Qu'il feroit bientôt inftruit des refohitions ds 
la légiflature, &c. &c. 

Cette motion fut fécondée ; mais après quelques 
débats, elle fut retirée. 

Le comité fe rompit, et fit rapport du bill, auquel 
la Chambre accéda. 

Enfuite le meffage du Préfident, annoncé le jour 
précédent, fut la et renvoyé au coraité-général. M, 



ïS7 



Jackfon prcfenta fa motion fous îa forme d*un arrêté — 
eîle fut senvoyée au même comité. 

M. Wadfworth, du comité prépofé à examiner 
quand il fera convenable au Congrès de s'ajourner — 
et quels font les objets, dont il devra s'occuper, préa- 
lablement — fit rapport, qu'il fera à propos de s'ajour- 
ner vers le 12 de Septembre prochain, et que les ob- 
jets fur lefquels le Congrès devra porter fon attention, 
avant fa réparation, font les bills fuivans,favoir — pour 
l'établiffement de la tréforerie — pour i'établiffement 
du département judiciaire — pour régler le cabotage — 
pour les appointements des Préfident et Vice-Préfi- 
dent— pour les appointements des membres, et offici- 
ers des deux Chambres — pour pourvoir aux frais des 
négociations et des traités avec les Indiens.— Le ra- 
port du comité fur le mémoire d'André ElHcott — fur 
le fujet des amendemens.- — Les bills pour régler les 
châtimens des crimes — pour régler la procédure des 
cours fédérativcs, et leurs honoraires. Les appointe- 
ments des Juges — ceux des officiers exécutifs. — Et en- 
fin, le bill pour la fûre garde des aétes, enregiftrements 
et pour le grand fceau des Etats-Unis. — Ce raport 
étant lu, la Chambre s'ajourna. 

La féance du Mercredi, 12 Août. Se pafla en dé- 
bats fur le bill, portant établilferacnt d'une commiiSon 
pour traiter avec les Indiens, et pour les frais que pour- 
ront entraîner ces négociations. 

Séance du Jeudi, 13. Le bill de la commifîion des 
Indiens, &c. fut préparé pour être pafTé en loi. 

il fut fait une motion par M. Lee, tendante à ce 
que la Chambre fe formât en comité, ppur prendre en 
connoiiTanceîes amendemens de la conltitution.-— Cette 
motion fut combattue; mais elle pafla. — On procéda 
cnfuite à examiner les règles, et les formes acceffoires 
à obfcrvcr dans les amendemens.— M. Sherman fît la 
motion, que les amendemens à faire à la conftitutîon 
fufîent dépofés dans un afte qui reçoive la fandlion de 
la Chambre. Plufieurs membres s'y oppofèrent ; les 
partifans de la motion de M. Sherman citèrent en vain 
la grande charte d'Angleterre du Roi Jean, qui eft 
encore entière, malgré les divers changemens et les 
correBions infinies qu'elle a éprouvés — qu'il en éioit 
de même delà déclaration des droits delà conftitutîon 
Angloife, &c, &c. Cette motion fut nêgativée. 

Séance du 14 Août. En comité général, préfidé 
parM.Trujubuîl. — On s'occupa des amendemens, &c. 



*;^*Lesféanccs du 13.61 jours fuivang ont étéabfor- 
bées, jufqu'à ce jour, par des débats fur les amendement. 
Ces débats, entraînant néceflairement des détails lo- 
caux, qui ne peuvent pas avoir le même intérêt au de- 
là des mers, nous attendrons pour les publier, que la 
Chambre des Repréfcntans les ait envoyés au Sénat, 
et que nous puifîîons en recueillir des documens plus 
authentiques : à préfent ils ne paroiffent que par mor- 
ceaux peu fidèles — au refte, il feroit peut-être nécef- 
faire, avant de donner les débats fur les amendemens, 
à faire à la conftitution, de donner la conftitution elle 
même, fans quoi ces débats et ces amendemens n'au- 
roient pas d'objet : ils n'ofFriroient aucun intérêt aux 
lefbeurs étrangers qui, ne lifant que les débats, croiroi- 
ent voir le noble chevalier, donnant bataille aux mou- 
lins à vent, dans les orateurs célèbres de la légiflature 
des Etats-Unis. Il faudroit donc leur donner la clé 
en leur préfentant la conftitution. Nous nous ferions 
déjà acquitttéo de ce devoir, que la rconnoiffance nous 
impofe, fi les bornes de notre feuille nous l'avoient 
permis plutôt. 

Le Préfident s'eft rendu à la chambre du Sénat le 
19 de ce mois, pour y conférer furies moyens à pren- 
dre pour les traités et les négociations avec les Indiens- 
de la partie du Sud ; et pour accorder les fubfides né- 
cefTaires, &c. Cette iatention fut annoncée au Sénat 
le Jeudi précédent. La conférence a duré depuis i r 
heures jufqu'à 3. Rien n'a encore tranfpiré : On 
fait pourtant qu'il a été fait un nombre de quftions et 
de propofitions relativement à cet objet par le Préfi- 
dent. 

La Chambre doit reprendre les amendemens de la 
conftitution, fitôt que les affaires des Indiens feront 
décidées. 

Le comité des appointements, pour les officiers des 
départemens exécutifs, a fait le raport qui fuit : - 

Appoiutemens 

Dollars. 
Du Secrétaire de la Tréforerie, 
Du Secrétaire des Affaires Etrangères, 
Du Secrétaire du département de la Guerre, 
Du Contrôleur, - - *' - 

De l'Auditeur, . . = . 

Du Tréfon'er, - . - - = 

Du Greffier, - - . _ . 

Du Surintendant des Affaires des Indiens, 
Du Gouverneur des Territoires delà Partie Occid. looo 
De i'Alîiftant du Secrétaire de la Tréforerie, 1600 
Du prem.Clerc du Secrétaire des Affaires Etrang. 800 
ïiw premierCommisdu département de laGuerre, 600 



5000 
3500 
2500 
2000 
1500 
1600 
1250 
1000 



Amendemsns, 24 Août, 1789. 

Le comité nommé pour rédiger les amendemens 
confentfs par la Chambre, et pour 7 annexer une réfo- 
lutlon, en forme de préambule, fit raport de la réfolu^ 
tion fuivante. 

Arrêté par la Chaaiibre des Reprefentans- db- E. U, 



C I 

affemblés en Congrès, que les ameri(îemens fuivans, 
pour la conflitution des E. U. ayant été confentis par 
les deux tiers des membres des deux Chambres, foient 
fournis aux légiflatures des divers états, laquelle con- 
flitution devra être valide quand elle aura été ainfi ra- 
tifiée par les diiTérens états. 

Prorogation du Congres des Etats-Unis. 

La Chambre s'occupa du raport du cotnite pour 
rajournement. M. Madifon propofa l'arrêté fuivant, 
favoir, " Que lorfque la Chambre s'ajournera le 
de Septembre prochain, tlle s'ajournera jiifqu'au pre- 
mier Lundi en Décembre. 

M, Jackfon obferva, que l'ajournement feroit trop 
court — les membres n'auront pas le temps de conful- 
ter leurs conftituans, continua-t'iî, on perdra l'objet 
de la prorogation. L'alarme s'eft répandue au fujet 
des appointemens ; ce court ajournement les accroîtra 
—-ce font des frais inutiles — fi nous fiègeons encore 
deux mois, j'efpére que la Chambre aura expédié affez 
des affaires préfTantes, pour qu'il foit inutile de nous 
afferabler en Décembre. Je fuis d'avis que l'ajourne- 
ment doit continuer jafqu'en Mars ; et la conftitution 
autorife cet intervalle : on devioit faire des concefli- 
OHS mutuelles à la commodité de tous les membres. 
Le temps que l'on propofe fera avancé, la neige et 
les glaces, en empêchant les membres de l'Eft et 
du Nord de travailler à leurs affaires domelliques, 
leur rendra cette faifon défirable pour l'affemblée 
du Congrès ; mais arrêtons-nous aux états méridion- 
aux : En outré que leur tempérament relâché feroit 
fort expofé par les froids cxcefiîfs de ces états fepten- 
trionaux, c'elt la faifon, oii ils commencent à plan- 
ter — voilà des objets importans — la plupart préféreroi- 
cnt perdre leur fiège à être obligés de s'expofer aux 
rigueurs des hivers qu'ils ne font pas accoutumés à 
fupporter — Les états méridionaux fe trouveroient pri- 
vés de leur répréfcntation. 

M. Gerry combattît un fi court intervalle, il fit 
voir que les frais montoient fi haut, qu'il feroit même 
préférable de continuer la feffion : s'il efl abfoîument 
îiéceCTaire à quelques-uns des membres de s'abfenter, 
on peut lui en donner la permifilon. Je me flatte, 
continua M. G. qu'il n'y a perfonne ici qui fe croie 
d'aflez d'importance pour que fon abfence empêchât 
îe gouvernement de procéder, ou pour croire que le 
gouvernement foit de cet avis, ^i cela étoit, quand 



î8 ] 

I ces perfonnages fe retireront, les affaires publiques en 
relieront là. — On a fait allufion aux converfations de 
dehors, et l'on a fuggéré la crainte d'exciter les cla- 
meurs populaires : j'efpére que de pareils fenlimens 
n'auront aucun poids fur les délibérations de cette af- 
ferablée, et qu'ils ne nous empêcheront pas de délibé- 
rer fur ce que nous croirons jufle et à propos. 

M. Jackfon repondit, qu'il etoit furpris d'entendre 
ce membre avertir la Chambre de fe tenir fur fes gardes 
contre les clameurs populaires, et l'opinion des gens 
du dehors, d'autant plus que ce même membre en avoit 
plus excité lui feui, que toute la Chambre enfemble. 

M. Gerry repondit à cette apoilrophe, mais on ne 
put l'entendre diftinâement. 

Plufieurs membres parlèrent. — La motion de M. 
Madifon pafTa d'une grande majorités 

La Chambre fe forma en comité général, fur le hilî 
judiciaire. — La difcuîSon de ce bill n'étoit pas finie 
quand le comité s'ajourna. 

Séance du Mardi, 25 Août. On lut pour la fé- 
conde fois le bili pour les appointements des ofEciers 
exécutifs, et on en fit l'ordre du jour, pour Vendredi 
prochain. 

L'on annonça un mefTage de la part du Sénat, in- 
formant la Chambre honorable qu'il avoit concouru à 
la réfolution, pour fixer le temps de l'ajournement du 
Congrès. Ce meffage fait auffi favoir à la Chambre 
que le Sénat a abandonné la partie des amendemens 
fur le bill de la tréforerie, que la Chambre n'a voit 
point voulu recevoir. — La Chambre s'ajourna. 

Séance du Mercredi, 26 Août. Il fut reçu une 
pétition de Jofeph Wheaton, Sergent d'Armes, fup- 
pliant qu'il foit nommé un comité pour examiner cer- 
tains bruits fcandaleux qui avoient été débités fur fon 
compte. Cette pétition fut mife fur la table. 

Enfuïte la Chambre fe forma en comité pour join- 
dre aux devoirs du Secrétaire des Affaires Etrangères 
(dénommé Secrétaire d'Etat) la garde des fceaux,des 
archives, &c. Après quelques débats, le comité fit 
raport d'un bill avec amendemens. 

Le Sénat renvoya à la Chambre îe bill du cabotage, 
avec des amendemens, dont la Chambre commença à 
s'occuper. 

Puijfances Belligérantes. 

Qjiiand oa confidère l'étendue des, territoires des 
ennemis, avec lefquelsles Turcs ont à lutter, l'iraraen- 



[ «59 3 



fîté, la dîfcipline, et la réputation de leurs forces, il 
femble que la partie ne foit pas égale. 

C'eft delà que tant de politiques ont annoncé la 
chute prochaine de l'ennpire Ottoman — c'eit delà que 
leur imagination leur a repréfenté l'Empereur d'Alle- 
magne, à table avec l'Impératrice de Ruffie, un cra- 
yon à la main, du papier et une mappe, fe partageant 
leurs conquêtes. 

Mais quand on confidèrc attentivement ce qu'a déjà 
fait l'armée confédérée, on peut aifément conjefturer 
ce qu'elle peut faire à l'avenir. 

Cette armée étoit compoféc de 370,000 hommes 
au commencement de cette campagne, et il ne paroît 
pas qu'ils y aient fait aucun changement depuis, — Ils 
ont pris Gczaioiv, Chotzim, Novi Jajfi^ et Gradijha ; 
mais pour prendre ces places, que n'ont-ils pas facrifié ? 

De leur propre aveu, ils ont perdu 1 30,000 hommes 
par les maladies, la famine, et les accidens de guerre. 

Voilà qui eft. perdre à raifon de 25000 hommes par 
chaque ville qu'ils ont prife. 

Or,ces acquifitionspeuvent-elles faire oublier le facri- 
nce de tant d'hommes, ou font elles équivalentes aux 
forces qu'a équippées V Autriche^ et la Rujfie ? Doit 
on payer fi cher toutes les conquêtes ? Les alliés ont- 
ils des reffburces pour fubvenir aux frais de la guerre ? 
La peuvent-ils continuer plus longtemps, lorfque le 
gain eft îi peu de chofe, en comparaifon de la perte ? 
D'où attendent-ils ces reflburces ? 

Quant aux affaires navales, il eft bien vrai que la 
Ruffie a eu la fupérioncé ; fes flottes ont été deux 
fois vidlorieufes ; mais ce n'a point été par une fupé- 
riorité de courage, mais par une connoiffance plus 
confommée des affaires maiiiimes. Les matelots 
Turcs n'ont pas montré moins de courage, moins de 
bravoure que leurs camarades, à terre. C'eft l'habi- 
leté fupérieure des officiers RuïTes qui leur a donné 
l'avantage. Ce font les Turcs qui commencèrent les 
deux aftions, et cela avec ieiir iinpétuofité ordinaire, 
et malgré que le Te Deum fut chanté à Peterfbourg, à 
la défaite du Capitan-Pacba, à peine un mois s'etoit 
il écoulé qu'il palfa en trionjphe devant le port d'Oc- 
zakow. 

Tel étoit l'état abré;;é des affaires de V Autriche, de 
la Ruffie, & de 1-r Porte au commencement delà pré- 
fente campagne. Ajoutons y ia réunion de fentimens 
qui, à la grande furprife de la Ri^ffie, fubfifte dans le 
Divan ; ajoutons y la nature du gouverBement Tur- 



que, qui trouve toujours des reïïburces abondantes, et 
qui font en comparaifon, inépuifables — ajoutons y 
que les Turcs fe battent fur leur propre terrein, pr» 
aris et focis : Et enfin le découragement que toutes 
les puifTances femblent donner à l'ambition des impé- 
riaux confédérés. 

Voilà des avantages précieux pour une nation à 
qui il nt manque qu'un peu de connoiffance dans l'art 
de faire la guerre — Si on les confidère mûrement, on 
fent qu'il eft difficile de convenir que les Turcs foi- 
cnt bientôt les tributaires des cours de Vienne et de 
Peterfbourg, ou même que l'Impératrice puilfe con- 
ferver long-temps la Crimée, fon objet favori, d'après 
le ferment qu'a fait le Sultan régnant de ne point re- 
cevoir de propofîtions de paix, avant d'avoir repris 

cette péninfule, ' ^ 

De B S T N, le ^ Septembre. 

*.^* Au moment où nous allons à la prelfe, on 
nous annonce l'arrivée de la flotte Francoife, que quel- 
ques perfounes nous ont affuré avoir découverte, du 
fanal. Cette nouvelle, auffi agréable qu'elle eft avan- 
tageufê aux citoyens de Bollon, eft trop vivemeirc ex- 
primée dans la joie et la fatisfaftion que font pai-oître 
tous les citoyens de cette ville, pour ne pas prouver 
notre attachement pour une nation que nous regar- 
dons comme notre libératrice, et dont nous n'oublie- 
rons jamais les Bienfaits. Jamais flotte Angluife n'a 
caufé la même joie à fon arrivée, même avant la Ré- 
volution.— -Les petits avantages qu'elles procuroient à 
quelques marchands étoient trop contrebalancés par la 
conduite de leurs officiers et matelots ; toujours ma- 
telots,^ ils font toujours privés des qualités qui, pour- 
roient, finon faire oublier, au moins pallier leurs hou- 
farder'ies. Quelle différence des François qui ne nous 
ont jamais offert que la politeffe la plus ailée, la plus 
fincère,etla mieux entendue 3 Ddàla maxime," ^'un 
cor/aire Anglais fait plus de tapage que toute une jiotte 
FrancoifeJ" Ordre de l'Efcadre. 

, ,T„ ^ , f M.leVicorntcdePontçvès•=■ 

L Illuftre, de 74 canons, | ^^..^^^ Q\,d àt Divifion. 

Le Léopard, de 74, M, le Marqui^de la Galiffonière. 

Frégates. 
L'Andromaque, M. le Chevalier de Suzannet. 
La Stnfible, M. le Chevalier du Braye. 

L'Adive, M. le Marquis de Traverfay, 

De Paris, le 16 Juin. 

Tl eft a préfiimer que la difficulté furvenue à propos 
de l'opinion demandée, par îête ou par ordre, ne tar- 
dera pas à difpacoître. L'intérêf commun réunira les 
trois ordres, et l'on tfpére toi t des contorencesi qui le 
tiennent, a ce fujet, dans te moment, chez M. le Garde 
des Sceaux. M. le Duc de Luxenr^bor^ p éfi-dc la No- 
blefle ; M. le Cardinal de la Roche foucault, le Clergé % 
et M. Bailly, de l'Académie Françoiie, les Communes. 

Tout k monde eji ajflïgé de. la mort de M^rJeDiiuphir,. 



[ J 

Aàc, portant établiffement et entretien de 
Fanaux, Signaux, Bouées, et Môles. 

Qu'il soît statue par le Sénat et par la Chamlre 
des Repréfentans des Etats-Unis , ajfemblés en Congrès^ 
que tous les frais qui refulteront de l'entretien nécef- 
faire, et des réparations des fanaux, fignaux, bouées, 
et môles, érigés, placés, ou tombés avant la date des 
préfentes, à l'entrée, et dans toutes les baies, pafîages, 
havres, ou ports des Etats-Unis, pour en rendre la na- 
vigation aifée et fûre, feront payés pat le tréfor des 
Etats-Unis, à compter du 15 d'Août, mil fept cent 
quatre vingt neuf; Pourvu toute fois que tous 
les frais ci-deffus mentionnés devront ccfTer d'être 
payés par les Etats-Unis, dans un an, à compter du 
jour mentionné ci-deffus, à moins que tous ces fanaux, 
fignaux, bouées, et môles ne foient cédés aux E. U. 
par l'état ou les états refpedifs, «ù ils pourront fe 
trouver, enfemble avec les terres, bâtimens et jurif- 
diftion qui en dépendent. 

Et -quil/olt encore Jlatué y qu'il fera érigé un fanal 
près de l'entrée de la Baie de Chefapeake, à l'endroit 
où il fera ordonné parle Préfident des Etats-Unis, de 
la manière qu'il a été décrit ci-deffus. 

Et qu'il [oit encore Jîatue', qu'il fera du devoir du Se- 
crétaire de la Tréforerie, de pourvoir par des contrats 
qui feront approuvés par le Préfident des Etats-Unis, 
à la conftruélion d'un fanal, près de l'entrée delà 
Baie de Chefapeake, et pour rebâtir, réparer les fa- 
naux, fignaux, &c. &c. quand il fera néceffaire, et pour 
fournir les dits fanaux, &c. &c. avec tous les matéri- 
aux ; comme auffi de convenir des gages, falaires, et 
louer la perfonne ou les perfonnes nommées par le 
Préfident pour les infpeéler. 

Et qu'il foit encore Jlatué, que tous les pilotes des 
baies, paffages, rivières, havres, et ports des Etats-Unis, 
continueront à être fujets aux lois exilantes des E- 
tats refpeélifs, ou ils réfident, ou à telles lois que les 
états pourront ci-après ftatuer à cet effet jufqu'à ce 



60 ] 

qu'il foit pourvu ultérieurement à cet objet par la. 
légiflature. 

Frédéric Auguste Muhlenburg, 
Orateur de la Chambre des Repréfentans, 

Jean Adams, Vice- Préfident des Etats-Unis^ 
et Préjident du Sénat. 

Approuvé-~îe 7 Août, 1789. 

GEORGE WASHINGTON, 

Préfident des Etats- Unîsc 

La lettre (dont copie fuit) a été écrite par Jean Sévier 
aux Guerriers et aux Chefs de la nation Cherokéc. 

De French Board^lG 17 Mai, 1789. 
Frères, 

J'ai reçu votre parler, en date du 10 du courant» 
par lequel vous m'informez de votre réfolution d'en- 
voyer quelques-uns de vos Chefs, avec M. Bellewr, 
au confeil bien-aimé des Etats-Unis, 

J'applaudis fort à votre décifion. — Le Congrès eft 
devenu très-grand, et très refpeélable ; ils fera en- 
tendre fa voix, perfonne ne pourra gâter fes banspar- 
1ers, efl il vous fera juftice, à vous et à tout le monde. 

Frères, écoutez ce que je vais vous dire ; On vient 
de me dire qu'il s'étoit commis des outrages à Cum- 
berland : avertiffez vos jeunes hommes de ne point 
commettre d'outrages, et de ne point fe joindre aux 
Crceks, car s'ils prennent leur parti, ils attireront en- 
core fur eux les horreurs de la guerre, et vos femmes, 
et vos enfans innocens, en fouffriront. Reâéchiffez 
fur les mauvaifcs conféquences de la guerre, et faites 
rougir vos jeunes hommes étourdis. 

Votre ami et frère, Jean Sevier* 



On apprend de Deptford, que l'on y fit vers la fin 
de Mai dernier, une expérience, dont le réfultat pro* 
met d'être auffi curieux qu'il eîl utile — M. IVilliamSf 
un des propriétaires des grandes mines de cuivre, ima« 
gina de conftruire un bâtiment en cuivre ; ce bâtiment 
fut lancé à Deptford en préfence d'un grand nombre 
de fpeftateurs avec beaucoup de fuccès. 



J BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhil), No. 55, 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Halli à S^lem, chez MM. Dabney et Cufhing ; à New-Tork, chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno i à Philadelphiey chez" M. Mathew Carey ; et chez les 

principaux Lnprimeurs des Etats-Unis.— L'Editeur fe fera un plaifir, et même un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux uti>les qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



[ i6i ] 



COURIER DE BOSTO 



AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes, 



Prix, 5 P en ce. Il 



Du JEUDI, lo Septembre, 1789. 



[No. ai 



De Madras, k 2 2 OSobre, 1788. 

La cour de Poonah, en conléqtience d'une réquiii- 
tion du gouverneur-général que le Nizaro lui a com- 
muniquée, a donné l'affuiance la plus politive qu'elle 
co-opéreroit de tout fon pouvoir à repouuer Tippo 
Sukan dans le fein de fes états, s'il manifelloit des dif- 
pofitions holliles. 

De Varfuvh, k z^ Avril. 

On mande de Luzko, que le Vendredi Saint une 
confpiration y avoit été découverte. Tous les fujets 
étrangers, auffi bien que les popes qui refufent de prê- 
ter le ferment de êdélité à la république, feront tranf- 
portésj au-delà des frontières de ce royaume. 
De Rat'ijhomie, le 29 Avril. 

Le miniftre diieétorial de Mayence a communiqué 
le 23 du mois paffé aux états de l'Empire affemblés ici 
en diète, un décret de TEmpereiPr, qui admet dans le 
collège des comtes de Wellphalie, le prince Charles 
de Ligne & d'Araboife, pour le comté immédiat de 
Solognes, qui portera dorénavant le nom de comté de 
Ligne. 

Le traité de commerce & de navigation, conclu le 
1er. Avril 1769, entre S. M. T. C. & la ville de Ham- 
bourg, venoit d'expirer ; mais il a été renouvelle avec 
quelque peu de changeniens, encore pour 20 ans, à 
compter du ler. Avril de l'année courante, par une 
convention, fignée d'une part par le chevalier de Bour- 
goin, miniftre de France, d'autre part par députés du 
magnifique confeil. 

De Vienne, le 2 Mai, 

Sa Majefté l'Empereur continue heureufement dans 
fa convalefcence & déjà le public a eu la fatisfaction 
de voir reparoître le Monarque fur le balcon de fon ap- 
partement. 

De Mayence, le 2 Mat. 

Aujourd'hui a été fupprimé ici le couvent des Do- 
minicains : il ftrvira à l'avenir d'afile aux prêtres à qui 
l'âge & les infirmités lie permettront pluç de pourvoir 
à leur fubfiftance. Les religieux ont été fécularifés & 
jouiront en conféquence des privilèges des j.utses prêtres 
féculiers. 



GRANDE-BR ET» A G N E. 

De Londres, le 4 Juin. 
Des lettres de Copenhague portent que les ambaf- 
fadeurs de France & d'Efpagne ont déclaré publique- 
ment qu'ils ne pouvoient regarder le langage impéri- 
eux & menaçant de l'Angleterre & de fes alliés que 
comme une iuterpofition ofFenfive & hoftile dans les 
difputes du Nord ; & qu'il étolt impoffible que L. 
M. r. C. & Catholique viflent cette conduite d'un 
œil indifférent. C'eft une gazette nouvelle intitulée 
the Morning-Star qui annonce ces lettres, en ajoutant 
qu'à leur départ on ne doutoit prefque plus, qu'une 
prolongation immédiate de l'armillice n'eût lieu entre 
la Suède & le Dannemarck. 

Refoîution de la Chambre des Communes. 

Après un grand nombre de conteftations ultérieures, 
11 a été arrêté que les pétitions préfentées contre l'a- 
bolition de l'cfclavage qui portoient fur des objets dlf- 
férens formeroient autant de différentes claffes ; que 
les confeils préfenteroient les inconvéniens de ce com- 
merce, chacun à leur tour, devant le comité des com- 
munes : que s'il étoit propofé un bill pour cette abo- 
lit ion, ce s confeils pourroient être entendus ai)rè3la fé- 
conde iefture & non autrement : & que, fi après avoir 
expofé toutes leurs raifons, M. Wilberforce, eu tout 
autre membre du comité, préfentolt de nouvelles preu- 
ves, ces confeils ne feroient pas autorifés à y rephqner : 
ce point décidé, la chambre s'ajourna. 

La ville d'Oczakow ayant été prife le jour de la 
fête de St. Nicolas, patron de la Ruffie, les Ruffes fe 
propofent de fubftituer le nom de ce faint à celui que 
cette ville a porté jufqu'à ce jour. 

De Londres, le 2 Juin. 

La cour deDannemarck a reçu une rcponfe del'Im- 
péiatrice de Ruffie, concernant la médiation de notre 
cour et de cette de Pruffe, pour empêcher les Danois 
de commettre des hoftilités envers la, Suède ; cette 
reponfe annonce, dit-on, que fa Majefté regarde le 
Dannemarck comme obligé, par tous les principe» 
d'honneur, :\ fupporter fes trsités avec la Ruffie, et 



[ 



102 



qu'elle a tout lieu d'attendre qu'ils feront exécutés 
avec plaîfir de la part du Dannemarck, qui devra 
fournir les fecours (tipnlés et agrées par les deux pnif- 
fances, fur-to^t ceux de mer. — Enfin fa Majefté imp. 
déclare qu'on ne peut afligner aucune jufte raifon, en 
faveur de la violation des ces traités. 

FRANCE. 

Dâ Paris, le 1 1 Mal. 
Voici des détails précis fur la première aflemblée 
de l'ordre de la nobleiTe tenue le 6. Elle fe forma 
dans fa chambre àneuf heures du matin. 11 fut d'abord 
arrêté que la prciî'dence provifoirc feroit attribuée 
au membre le plus ancien d'âge, & M. le comte de 
Montboiffier fut nommé ; il adrefla alors un difcours 
de remerciement qui fut applaudi, & il demanda que 
M. le baron de Montboiffier, fon neveu, lui fut adjoint 
pour faire l'appel des membres de l'ordre, ce que l'af- 
femblée agréa. On propofa enfnite la nomination 
déterminée d'un fecrétaire, & après quelques débats à 
cet égard, un membre de l'affemblée fit la motion de 
nommer au fecrétariat le député du plus ancien bailli- 
age du plus ancien gouvernement ; enfin d'après une 
îroiflème motion fur le même objet, le choix de l'ordre 
tomba fur M. de Chalonet, fecrétaire de l'aflemblée du 
bailliage de Rouen ; enfuite on propofa, i°. de char- 
ger le préfident & douze des plus anciens membres de 
î'aiTemblée de vérifier les pouvoirs des députés : 2°. 
de délibérer fur la queftion de favoir s'il feroit nommé 
des commiffaires pour travailler en commun avec les 
autres ordres à cette vérification : 3°, il fut ouvert 
l'avis que la chambre ne pouvoit délibérera cet égard, 
avant qu'elle fût complettement formée, c'eft-à-dire, 
avant l'arrivée des députés qui font encore attendus. 
Il y eut pluralité de 188 voix pour vérifier les pou- 
voirs dans ■l'ordre feul, contre 46 pour les vérifier en 
coniraun avec les deux autres ordres, & 3 voix feule- 
ment pour ne point délibérer à cet égard, jufqu'à ce 
que la chambre fût complette. Cet arrête ayant été 
pris, M. le préfident pria MM. les députés les plus 
âgés de s'approcher du bureau pour faire la nomina- 
tion de 12 commiffaires qui feroient chargés de la vé- 
rification des pouvoirè. Ces 12 commiffaires fe trou- 
vèrent être MM. le Berthon., deGaumer,d'Argenteuil, 
de Ternay, de Barbotan, d'Ambly, de Poyeffe Ver- 
uieux, de Montcorps, le prince de Robecq, de la 
Liniere, de Belleifle & de Pannat : il fut décidé de 
plus que les pouvoirs des députés feroieijt vérifiés à 



tour de roUe, df bailliages & de fénéchauffées, & la 
chambre s'ajourna au Lundi 11, pour entendre le 
réfultat du travail des commiffaires. On -a dit que ce 
travail avoit offert des difficidtés qui ont allongé l'exa- 
men des commiffaires, & qu'il n'étoit pas terminé au 
jour indiqué. 

Dans l'affemblée des communes, il n'y a encore 
rien d'arrêté fur la vérification des pouvoirs. La ma- 
jorité des avis efl qu'elle fe faffe en commun & que la 
queftion majeure, conftitutive de l'organifation de l'af- 
femblée nationale, foit agitée en préfcnce des trois 
ordres, afin que la décifion qui interviendra fur la ma- 
nière d'opiner par tête ou par ordre ne puiffe plus 
être conteftée & que les principes d'union ou de fciffion 
foient légalement conftatés. Des ouvertures des opi- 
nions, des débats même affez vifs fur cette grande 
queftion, ont rempli les féances de la femaine dernière, 
& rien n'eft encore décidé à cet égard. 11 y a trop 
de cahiers impératifs fur la forme de procéder dans les 
délibérations des Etats-Généraux foit par tête, foit 
par ordre, pour que l'une & l'autre opinion n'entrai- 
nent pas de longues difcuffions, & l'abfence d'un affez 
grand nombre de députations qui ne font pas encore 
arrivées, ajoute aux longueurs d'une délibération de 
cette importance. 

11 a été queftion dans la chambre des communes 
de divers plans tendant à une réunion générale des or- 
dres, mais ces plans ne laiffent pas que d'offrir des 
difficultés que le defir d'aller en avant peut feul ap- 
planir, & ce defir n'eft pas encore manifefté. Les de- 
mandes exagérées de quelques cahiers ont effarouché 
les efprits. La vivacité de certains écrits publiés de-» 
puis plufieurs mois a accru la fermentation générale, 
& dans cet ordre de chofes, l'efprit de concorde & 
d'union ne peut manquer d'avoir beaucoup de peine 
à percer, malgré l'invitation du monarque à le rappe- 
ler dans tout ce qui émane du trône. 

Les députés de la nobleffe de la vicomte de Paris 
ont été nommés au nombre de quatre, MM. d'Epre- 
mefnil, le duc de Caftiies, le préfident d'Ormeffon & 
le Bailli de Cruffol. Samedi dernier, on a procédé 
au choix des fuppléans, & on a nommé MM. 1c mar- 
quis de Mirepoix, le comte de Perigord, le comte de 
Broglio et M. de Boulainvilliers, prévôt de Paris. 
Demain les quatre députations hors les murs prêteront 
le ferment d'ufage, et Mercredi elles fe rendront aux 
Etats-Généraux, où elles prendront le premier rang. 



i 163 ] 



Les gens les plus defireux de voir rçgner l'union et 
ïa concorde dans l'affemblée nationale ne voyent pas 
fans regrets que la plupart des cahiers des bailliages 
ont enchainé en quelque forte l'opinion de leurs dé- 
putés, ce qui pourroit entraîner une longue divifion, 
Cl le principe que la légiflation du royaume ne peut 
appartenir qu'aux Etats Généraux conjointement avec 
le Roi ne prévaloit pas, et qu'on perfiftât à attribuer 
aux demandes des bailliages une astorité légiflative 
€t morcelée qui perpétueroit la ftupeur de l'affemblée 
nationale. Les éledleurs ont en Angleterre le droit 
d'indriiire leurs députés, mais ceux-ci retiennent celui 
de voter félon leur confcience. 

Du rvcme lieu, I: i /j.. 
Les communes raflemblées tous les jours depuis le 
7 jufqu'au 14. de ce moia, ont attendu vainement que 
les deux autres ordres fe rapprochaflent d'elles pour 
travailler en commun à la vérification de leurs pouvoirs 
refpeflifs, & elles perfiftent à regarder cette vérifica- 
tion comme la bafe de la conilitution des Etats : en 
conféquence elles n'ont point encore procédé à la no- 
mination de leur Préfidcnt & de leur fecrétaire.- La 
propofition qu'elles ont fait faire par une députation 
aux deux premiers ordres, de nommer des commiffai- 
res à la vérification, a été éludée ou différée foas di- 
vers prétextes jufqu'ici, & la réfiftance delà noblefle à 
cette propofition ell encore plus marquée que celle du 
clergé. Ceux qui défirent plus vivement une réunion 
fuppofent que ces délais; ont pour objet d'attendre les 
députations de la vicomte & de la ville de Paris qui 
ne peuvent tarder de fe préfenter à l'aflemblée nation- 
ale, puifque les élevions de la vicomte font terminées, 
leurs cahiers rédigés, & le ferment d'ufage prêté par 
les députés des trois ordres ; quant aux députations 
de l'intérieur de la capitale, les éleélions du clergé & 
de la noblelTe font auffi terminées, & celles du tiers- 
état font fort avancées. 

L'ordre du tiers de la ville de Paris n'ayant pas jugé 
à propos d'adopter la forme prife par la noblefle pour 
procéder au choix de fes députés. Se qui confill:oit, 
comme nous l'avons annoncé l'ordinaire dernier, à 
faire une lide de noms qui réduiroit les nominations 
à un feul fcrutin ; l'ordre du tiers, difons-nous, a pro- 
cédé fuivant les formes du règlement aux trois fcru- 
tiiîs pour chaque député. 

Les trois ordres fe font cependant réunis deux fois, 
La première à l'occafion du convoi de VL Eliaud, dé- 



puté du tiers de la ville du Mans, & la féconde, lorg 
de la mefle àt requiem que S. E. M. le cardinal de la 
Rochefoucault a dite dans la chapelle de l'afferablée 
pour ce membre défunt. 

Le II, le clergé a procédé au fcrutin des coramif- 
faires chargés d'examiner les demandes du tiers-état 
relatives à la vérification en commun des pouvoirs des 
trois ordres ; ces commiffaires font, MM. les arche- 
vêques de Vienne & de Bordeaux, l'évêque de Lan- 
gres, l'abbé Cofter, Dillon, curé du Vieux-Sourange, 
Richard, curé de Chinon, Thibault, cuié de Soupes, 
Leferes, curé de St Briaire, & Thibault, curé de Metz, 
Nous ne parlerons point dans cette feuille du dif- 
cours de M. le direfteur général des finances, qui eft 
le développement des grands élémens placés dans ce- 
lui de M. le Garde des fceaux : les principes géné- 
raux de juftice, d'égalité, de concorde plaifent k tous 
les hommes ; mais leur application devient quelque- 
fois douloureufe, lorfque ces principes attaquent de 
vieux préjugés, & ce vil intérêt perfonnel qui veille 
avec tant d'anxiété dans le cœur humain. Difons ce- 
pendant que l'intérêt pécuniaire le plus a£tif de tous 
les intérêts s'eft tu générenfement dans la grande ma- 
jorité des deux premiers ordres, puifqu'ils ont facrifie 
d'avance leur exemptions ou privilèges fur l'impôt. 
Eh ! qui oferoit affirmer que ce premier pas ne con- 
duira pas à d'autres facrifices, dont la raifon pourra 
démontrer l'utilité ? il femble qu'il y a quelque chofc 
de majeftueux dans le filence obfervé par les trois or- 
dres au moment de fe rapprocher^ Il faut voir dans 
le difcours de M. le direfteur-général des finances 
combien ce moment eft unique & important, non- 
feulement pour la génération préfente, mais pour tou- 
tes les générations, futures, & à quels reproches éter- 
nels s'expoferoient les agcns de la félicité publique, 
s'ils ne fecondoient pas le defir ardent du monarque, 
de la fonder fur des bafes auffi refpeftables que la li- 
berté, la fureté & la propriété de toutes les claffes & 
de tous les individus de la nation. 

De tous les ftratagêmes qu'on a imaginés pour nuire 
à M. Necker, il n'en eft peut-être pas de plus odieux 
que celui qui vient de fe découvrir. Un, fermier de la 
Beauce fe préfenta dernièrement à fon audience, Se 
tout en l'abordant lui dit : Une m'ejî pas pnjfihk. Mon- 
Jeigncur, fans expofer ma fortune iff ma vie même aux 
plus grands dangers, d'ohéir à l'ordre que vous m'avez 
donne. — Ei quel ordre, vous al-je donné, demande le 



• I i64 ] 

lîftre ? Vous m'avez écrit, Monfetgneur, de ne point | le départ delà nouvelle députaîbn, qu'il foutîendroÎE 

la légalité de celle dont il étoit membre, & que cepen- 
dant il renonçoit à fon éleâion conteftée. La dépu- 
tation du Dauphiné s'eft rendue enfuite à la chambre 
de la nobleffe, & fa légitimité ayant été conteftée par le 
marquis de Blacons, premier député de l'ordre de cette 
province, M. l'archevêque d'Embrun a répondu en 
termes précis à cette conteftation. 

Dans la chambre des communes, la même députa- 
tion a eu pour toute rcponfe. Nous fommes des Citoyens 
qui atkndons d'autres Citoyens. Jufqu'ici les trois ordres 
ne font pas conftitués, & ce défaut de conftitution ell 
capable de produire des lenteurs interminables ; on le 
voit parle triple retour que la députation du Dauphiné 
a été obligée d'avoir pour obtenir une décifion qui ap- 
partient au corps des Etats-Généraux, & rien ne 
prouve mieux, ce femble, la néceffité dont il ell que 
les ordres puifTent fe réunir pour les chofes au moins 
qui les intéreffent en commun. La conduite confiante 
des communes jufqu'à ce moment indique que, fi elle 
y perfide, la ftupeur de l'affemblée nationale n'aura 
point de terme, & faitfentir bien vivement la néceffité 
de la concorde & de l'union recommandées parle dif- 
cours de S. M.,ainfi que par celui de M, le garde des 
fceaux, & par le rapport du direâeur-général des fi- 
nances. 

Comme il s'eO; trouvé une diverfité d'opinions dans 
raflerablée de la nobleffe du bailliage principal de 
Rouen, pour l'ékâion des députés qui doivent fe ren- 
dre aux Etats-Généraux, 107 gentilfhommes ont fait 
iâ réclamation fuivante : 

" Les gentilfhommcs ci-après fouffignés, conHde- 
rant que les didinélions des rangs font indifpenfables 
dans tout état monarchique, mais que les diftinâions 
inhérentes à la nobleffe refident fur une toute autre 
bafe que les privilèges pécuniaires : confidérant que 
l'impôt doit être fupporté par tous les citoyens, à rai- 
fon de leurs facultés, comme un gage de la proteâion 
que l'état leur accorde, & ne prétendant jamais féparer 
leur qualité de gentililiommes de celle de citoyens 
François ; fâchés que les circonftances ne leur aient 
pas permis d'être les premiers à préfenter leur vœu, 
dont l'effet doit être l'union entre les ordres, fi defi- 
rables pour le bien de l'état, ont fait la déclaration 
fuivante." 

" Nous fouffignés, faifant partie de l'ordre de la 
nobleffe du bailliage principal de Rouen, déclarons 



porter de bled au marché. Voilà la lettre que j'ai reçue, 
ef qui porte votre ftgnature ; je dois même vous prévenir 
que je fuis injîruit que plufieurs cultivateurs comme mot, en 
ont reçu de femblables. Il s'eft trouvé par les recherches 
qui ont été faites en conféquence de cet avis, que ce- 
lui qui le donnoit avoit raifon ; un fauffaire avoit ap- 
pofé le nom du miniftre, au bas de cette lettre, & on 
en avoit fait circuler des copies dans prefque tous les 
pays oii il y a des grains. A qui prétcnd-on en im- 
pofer avec ces baffes manoeuvres ? quel eft l'homme 
affez inftruit pour ne pas fçavoir que les foins de M. 
Necker amènent journellement dans nos différens ports 
des cargaifons de bled ? Au Havre feulement, on a 
frété par fes ordres plufieurs bâtimens dont la defti- 
nation étoit d'aller fe charger de cette denrée en Ir- 
lande. Quelques-uns font déjà de retour. 

Du même lieu, le ij. 
Mgr. le Comte d'Artois, élu membre pour la nobleffe 
de la fénéchauffée de Tartas, s'eft excufé par une lettre 
, adreffée à M. le comte de Montboiffier, qui a été ren- 
due publique. 

La perte de M. de Lamoignon eft déplorée de 
tout le monde : les vues patriotiques de ce refpefta- 
ble magiftrat ne pouvoient être méconnues par aucun 
parti, & l'accident fatal qui l'a enlevé a affligé égale- 
ment ceux qui n'ont pas eu les mêmes opinions que 
liii en politique, & ceux qui les avoient adoptéeSi 
C^cft à fa terre de Baville que M. de Lamoignon a 
été tué d'un coup de fufil parti fur fon repos. 

Les arts ont auffi perdu un homme précieux dans 
|a perfonnc de M. Pierre, premier peintre du Roi» 

Du même lieu, Je 19. 
La nomination des commiffaires du clergé a été in- 
terrompue par l'arrivée d'une nouvelle députation du 
Dauphiné, compofée de membres qui ont protefté con- 
tre les éleftions faites dans l'affemblée générale de Ro- 
mans. M. l'archevêque d'Embrun, premier membre 
de la députation a porté la parole & a dit, que le juge- 
ment'dc fes droits déféiés au confeil du Roi ayant été 
renvoyé par S. M. aux Etats-Généraux, elle venoit 
prier le clergé d'en prendre connoiffance & lui rernet- 
tre avec confiance fes titres. En conféquence il a été 
diftribui; des mémoires de cette '-députation à toute 
l'affemblée. M. l'archevêque de' Vienne, membre de 
Id. première députation du Dauphiné, a déclaré, après 



[ léj ] 



par une afte formel & authentiqucj vouloir fupportcr 
comme les autres ordres, dans une parfaite égalité, & 
chapun en proportion de notre propriété, les impots 
qui feront confentis par les Etats-Généraux ; ne pré- 
tendant nous réferver que les droits facrés de cette pro- 
priété, & les honneurs, prérogatives & diftindions ef- 
fentiellement inhérens à la noblefle. Fait & figné, ce 
virtgt-deux Avril, mil fcpt cent quatre-vingt neuf." 
Ci;tte déclaration eji revêtue de lO'] Jîgnaieurs. 
Du même lieu, le 2 2. 

Les communes ont arrêté une forte de règlement 
provifoire pour leur difcipline intérieure, en attendant 
elles s'affemblent régulièrement. L'exécution de ce 
règlement a été confiée à un doyen, auquel on a don- 
né plufieurs adjoints pris parmi les plus anciens fccré- 
taires des différens bailliages. Celte commifTion ad 
tempus a reçu les invitations qui lui ont été faites par 
les deux premiers ordres, & elle a réglé la forme 
d'opiner & de donner des voix. . La principale déli- 
bération delà chambre du tiers-état jufqu'ici concerne 
la manière de repondre aux députations des autres 
ordres qu'elle a reçues. M. Rabot de St. Etienne, 
député de Nîmes, s'eft fait remarquer par une motion 
iage : elle portoit d'autorifer le commiffion à entendre 
îespropofitionsdu clergé & delà noblefle fur la manière 
d'opiner par ordre ou par tête, fans approbation ex- 
primée du vœu de la chambre. Cette motion a été 
vivement combattue par M. Chapellier, député de 
Rennes, qui a prétendu que les communes dévoient 
refteriramobiles, tant queles deux ordres ne viendroient 
pas délibérer librement dans la chambre avec la nation 
aïTciÇbîée. Le comte de Mirabeau eft venu à l'appui 
de la motion de M. Rabot de St, Etienne, & M. Malouet, 
député d'Auvergne, a montré le danger d'adopteri'opi- 
nion du député de Rennes, en ce qu'elle prononçoit 
une fciflion qu'il étoit de l'intérêt commun d'éviter. 
La délibération fur cet objet majeur n'a point été 
^laufe le Samedi 1 6, & a dû être reprife hier. Les 
pcrfonnes qui ont affifté commefpeélatricesaux féances 
des communes affurent que jamais une afTembîée nom- 
breufe n'a montré autant d'ordre, d'égards & de file'nce 
pendant les débats, il a été arrêté que la fatisfacSion 
générale ne feroit jamais exprimée par des applaudiffe- 
mcns ; cependant on ajoute, que l'afTemblée a dcrogé 
à cette réfolution, lorfque M. Target y a paru & parlé 
pour la prenriière fois. 

L'efprit de modération qui règne dans les communes 



laiffe Heu de croire que les efpérances conçues pour un 
rapprochement des ordres deviendront plus grandes 
qu'elles ne l'ont été jufqn'ici. La cefîion des privilè- 
ges pécuniaires de l'impôt d'une part, de l'autre le re- 
fpeâ bien prononcé de toutes les propriétés civiles des 
ordres privilégiés, & le befoin commun d'amener an 
nouvel ordre de chofes qui fonde la félicité publique 
fur la liberté légale de tous les membres de la nation 
dans toutes les parties de l'adminiftration, font autant 
de motifs d'efpérer une heureufe iffue de cette aflem- 
blée nationale. On remarque déjà que les gens livrés 
àunedoftrine inquiétante font repouflës par l'opinion 
générale. 

*^* Le procès verbal de l'aficmblée du tiers doit 
paroitre inceffamment, & conftatera plufieurs détails 
intéreffans fur les débats qui ont eu lieu dans les diffé- 
rentes féances de cette affemblée. 

La députation de la capitale a fait demander jour 
& heure pour être préfentée à S. M. & le jour efl fixé 
pour Dimanche prochain, deforte qu'elle prendra fa 
place aux Etats-Généraux le lendemain. {25) 

Avant-hier la chambre de la nobleffe a nommé huit 
commiffaires pour traiter avec ceux des autres ordres 
des moyens de fe concilier pour la vérification des 
pouvoirs en commun. On remarque que parmi ces 
eommifîaires il n'en efl aucun qui ait été pris parmi la 
minorité des 47 membres qui avoient voté d'abord 
pour un rapprochement entre les ordres contre la ma- 
jorité de 188 qui avoient demandé que la vérification 
des pouvoirs de la nobleffe fe fît, féparéraent» dans 
chaque ordre. 

On lit dans une feuille Angloife, qu*un des députés 
des communes étant mort, il y a quelques jours, (vers 
la fin de Juin) fon enterrement fut fuivi de la majeure 
partie des membres des. troiô ordres, et qu'enfuite, on 
fit des prières pour le repos de ion âme, dans la chap- 
pelîe de la Chambre — quand les prières furent finies, 
un des membres s'écria à haute voix, que puifque les 
trois ordres étaient unis en faveur des morts, c^ était grand'' 
pitié quils ne pui/fent ï" être atifp pour les vivons." 

De B G S T N, le lo Septembre, 

La malle de Mardi nous a apporté les avis fuivans ; 
tous extraits des papiers Anglois. 

Vendredi, l'afTemblée nationale (c'efl à dire, îa par- 
tie de l'état appelé dernièrement les Communes) cat 
finallemcnt voté les fubfides provlfcires des taxes, juf- 



[ i66 ] 



qu'à la fin des feffions : la confoUdation de la dette 
nationale ; un emprunt pour le payement immédiat 
des a'rrérages dûs par le gouvernement ; et une fommc 
confidérable pour être envoyée fur le champ dans les 

provinces pour le foulagement des pauvres En même 

tems, le Clergé avoit refolu de fe joindre au Tiers-Etat 
le jour d'après, qui étoit Samedi. 

Samedi, à trois heures du matin, 60 hommes, avec un 
officier à leur tête, furent poftés à la porte de la Cham- 
bre derafTemblée, pour en défendre- l'entrée aux dépu- 
tés : et à neuf heures les hérauts d'armes proclamè- 
rent la fufpenfion de l'afiemblée jufqu'au Lundi, quand 
fa Majefte iroit à la chambre pour les y recevoir. 

Le Préfident et plufieurs membres, arrivant à l'heure 
ordinaire, et trouvant les portes fermées, relièrent 
pendant quelque temps dans la rue ; mais à la fin ils 
s'ajournèrent au jeu de paume, et y tinrent leur af- 
femblée jufqu'au foir très- tard ; alors ils prêtèrent 
chacun feparément le ferment fuivant. 

" Nous jurons folemnellemcnt de ne nous féparer 
" jamais de l'affemblée nationale ; mais de nous réu- 
" nir dans tousles endroits où les circonllances pourr- 
*' ont l'exiger, jufqu'à ce que la conftitution du roy- 
" aume foit établie fur une bafe fo/ide." 

Arrêté que cette déciûon foit imprimée et envoyée 
dans toutes les provinces. 

En même temps, M. De Gocies, député de la part 
des habitans de St. Dominguc, mit les colonies fous 
la proteélion derafTemblée nationale, et déclara qu'elles 
s'appeleroient dorénavant colonies nationales. 

L'intention du Roi de fe rendre à l'afiemblée eft 
encore un fecrêt, et le peuple en eft d'autant plus 
alarmé, qu'il ne voit aucune raifon pourquoi elle fe- 
roit tenue fecrètte, fi elle étpit favorable. D'un autre 
côté, la fermeté qu'a montrée l'alTcmblée hier a jeté le 
partie de la cour dans le plus grand embarras, &c. &c. 

La féance royale, ci-defl'ws annoncée, 3 eu lieu 
Mardi dernier ; le Roi y a aboli tous les arrêts que 
le Tiers- Etat avoit rendus, chaque ordre de l'afiem- 
blée alla à fa chambre refpeélive, le Tiers-Etat fcul 
relia dans la fienne. Après le départ da Roi, les dé- 
putés volèrent, en leurs qualités, une confirmation des 
arrêts rendus, au lieu de les abolir comme le Roi leur 
avoit commandé. Alors chacun d'eux prêta le fer- 
ment de ne point fe regarder comme fufpendu quand 
le Roi en donneroit l'ordre. — Auflitôt M Necker fe 
rendit chez le Roi, et lui demanda qu'il lui foit per- 
mis de refigner ; mais il fut abfolunient réfufé par le 
Souverain. En forçant du palais il fut embrafl'é par 
l'affemblée du Tiers-Etat, qui le conduifit en triomphe 
à feS' appartemens officiels, &c. &c. 

Du même iieù, le 2g yu'tn. 

Les évenemens qui viennent d'arriver font fi impor- 
tans, et leur fucceffion a été fi rapide, depuis quatres 
jours, que nos bornes ne nous permettent que d'en 
donner un précis- 

Le 22 Juin, le Clergé vota, à une majorité confi- 
dérable, fa réunion aux Communes. La noblcfiTe 
pi'éfcnta une remontrance fulminante au R.oi, qui pa- 



roit avoir accueilli fes fentimens dans fa répotife. Tous 
les procédés de l'afiemblée nationale (continue la feu- 
ille Angloife d'oii nous tirons cet article) dévoient être 
détruits d'un feul coup d'autorité. M. Necker de- 
voit être exilé de France. — M. le Prince de Condé 
devoit être nommé généraliffimc ; M. le Prince de 
Conti, miniftre, &c. Les Communes en corps, avec 
le Cler-gé, ne furent point intimidées. 

Q^iand le Roi ouvrit la Séance de Mardi, les Com- 
munes furent obligés de refter dans une allée, en at- 
tendant que les deux autres ordr-es fufient affis, alors 
elles eurent à entrer par la porte de derrière. Cette 
infulte a été vivement fentic de tous les citoyens. M. 
le Garde des Sceaux fit favoir au Préfident des Com- 
munes, que S. M. ne vouloit point entendre le dif- 
cours qu'il lui vouloit adrefler — alors le Roi ouvrit 
l'afiemblée par le difcours fuivant. 

(Nous le donnerons à l'ordinaire prochain. ) 

S. M. prononça ce difcours avec beaucoup d'em- 
phafe. Enfuite le Garde des Sceaux lut une déclara- 
tion du Roi, Contenant 3^ articles. 

Le Roi dit qu'il alloit faire connoître fa volonté. 
Elle étoit contenue dans i^ ai-ticles, que nous donne- 
rons avec les piécédens, à l'ordinaire prochain. 

Alors le Roi ordonna à chacun de fe retirer, et de 
fe raflcmbler le lendemain, dans la charnbre des or- 
dres. La Noblefle et partie du Clergé crièrent Vive 
le Roi ! mais le Communes gardèrent un profond fi- 
lence, et ne voulurent point quitter la chambre ; ils 
commencèrent à examiner les procédés du Roi, ac- 
compagnées de 50 députés du Clergé, qui ne voulu- 
rent point les quitter. Le Roi leur envo)'a un officier 
quatre fois, avec ordre de rompre leur affemblée fous 
peine de défobéifiance, ils le refufèrent autant de fois. 

Enfuite M. le Camus, un des dcpntés de Paris, fit 
la motion, " que l'afiemblée nationale perfiftât dans 
fes refolutions précédentes ;" ceux des députés du 
Cierge défirant que leurs noms fuffent enregiftrés, on 
accueillit cette motion, et ils ne voulur-ent point en- 
teirdre parler d'ajournement le jour fuivant. 

Alors M. le Comte de Mirabeau fit la motion dont 
voici la teneur, " Que l'afiemblée nationale, fcntant 
la néceffité de s'afTurer de la liberté perfonnelle, de la 
liberté de l'opinion et du droit de chaque député des 
E. G. , d'examiner et de cenfurer tous les abus, et 
ÎOU3 les obftacles qui s'oppcfent à la profpérité et à 
la liberté du public, arrête que la perfonne de chaque 
député eft inviolable : qu'aucun individu, quelconque 
public ou particulier, de quelque qualité, qu'il pirifiTe 
être, aucun corps d'hommes léparé, aucun tribunal, 
aucune cour de juftice, ou comm.iffion quelconque, qui 
oferoit, durant la préfente fcffion, pourfuivre, ou faire 
pourfuivre, arrêter ou faire arrêter, détenir ou faire 
détenir la perfonne d'un ou de plufieurs députés, pour 
quelque propofition, avis, opinion, ou difcours déclaré 
aux E. G. ou à aucune de leurs affemblécs ou comités, 
fera jnsré traître infâme- — et que dans de pareils 
cas l'aff'cmblée nationale fera tous fes efforts pour faire 



[ '67 ] 



condamner les auteurs, inftîgateurs, exécuteurs, de 
procédés auffi arbitraires, &c. &:c. • 

Cette réfolution fut accueillie à une majorité de 
483 contre 34. 

Tout ell dans la plus grande fermentation à Paris 
et à Verfaillcs. 

Dans la nuit de ce jour ménioiable, un nombre 
immenfe de perfonnes de tous les rangs s'affcmblèrent 
à la lueur des flambeaux. — Etant informés que M. 
Necker étoit prêt à partir pour la SuifTe, ils s'ouvri- 
rent un paflage dans le palais du Roi, et demandè- 
rent à grands cris que M. Necker continuât dans fes 
fondions. — Ces cris étoient mêlés d'exécrations con- 
tre l'Arcbévèque de Parig et de plufieurs autres per- 
îouaage?, encore plus hauts. L'alarme étoit inexprima- 
ble, les Princes, le comte d'Artois en particulier, cria 
aux armes ; les troupes s'alTemblèrent de tous côtés ; 
mais quand on leur commanda de faire feu, elles re- 
fufèrent de toucher à la détente de leurs armes, quoi- 
qu'elles ftiffent fous les mûrs du palais. 

Le Roi envoya chercher M. Necker, qui rcfufa 
d'abord d'y aller— il lui fut apporté un fécond mef- 
fage, au milieu d'acclamations, qui lui firent promet- 
tre de ne point quitter le royaume. — Il repréfenta au 
Roi le danger où étoit et'fa perfonne et la nation ; 
le Roi lui dit, " Necker, je crois que vous êtes un 
homme de bien, vous ne m'avez jamais trompé ; mais 
hélas ! j'ai été trompé." S. M. ajouta, "j'ai des pa- 
piers à Marli, qu'il faut que je vous montre : je vais 
les chercher fur le champ." Monfieur ayant offert 
de fe charger de cette commiffion, le Roi lui repondit, 
*' Non, perfonnene doit les voir que moi ;" et il partit. 

Le lendemain. Mercredi 24, M. Necker parut dans 
fes fonélions avec le Roi, comme à l'ordinaire, et on 
fuppofe que toutes les démarches violentes qui ont été 
faites Mardi, feront annullées. 

Le Duc d'Orléans, avec plus de 40 députés de la 
NoblefTe et de 200 du Clergé, fe joignirent aux Com- 
munes et prêtèrent les ferments qu'elles avoient pris, 
et confentirent unanimement à toutes leurs refolutions. 

L'afTemblée nationale fait durer fes féances, quel- 
quesfois jnfqu'à trois ou quatre heures du matin. 

Paris eft dans ce moment rempli d'alarmes, de joie, 
de mifère tt de RéjouilTances. 

Une lettre reçue le 2 Juillet, porte que la queftion 
de controverfe en France a reçu fa décifion finale. 
Les deux ordres fupérieurs ont cédé aux Communes, 
en conféquence d'une lettre du Roi. Samedi dernier, 
les trois chambres s'afTemblèrent et formèrent une 
chambre — pas une voix du Clergé ne s'y eft oppofée ; 
et il n'y a eu que 45 voix contraires, enforte que tout 
eft paix et concorde dehors. 

*:jj;* Il ne nous appartient pas de prononcei' fur 
l'authenticité de ces vrrfions ; nous les tirons des pa- 
piers Anglois — c'eft su public à en juger. 

On apprend de New-York, qne lès honorables Benj. 
Lincoln, Cyrus GrifGn, et David Humphreys, Com- 
oiifTaires Plénipotentiaires des Etats-Unis, pour trai- 
ier avec hs nations Indiennes, de la partie du Sud, 



mirent à la voile pour la Géorgie, le z de ce mois, 
ayant avec eux Nontoivekay un des Chefs de la nation 
Chérokée. 

Une lettre de Marfeilles du 9 Juin, porte que les 
Algériens ont attaqué le pavillon François ; et qu'ils 
ont fait deux prifes, qui ont été déclarées valides. Cet 
événement a répandu l'alarme parmi les marchands et 
les alTureurs François. 

S'il eft vrai, comme l'obferve judicieufement un ora- 
teur célèbre, que certains abus doivent fe perpétuer 
plus aifément dans les états particuîicis, que fous le 
gouvernement général — Si cette obfervation eft fon- 
dée fur la connoifTance intime des affaires humaines, 
il eft donc à regretter que la conftitution n'ait pas im- 
pofé plus de reftrié?kions fur les Etats individus, afin 
d'affurèr les droits égaux du peuple. 

N'eft-il pas bien étonnant que tous les abus de pou- 
voir que quelques perfonnes femblent tant appréhen- 
der, doivent tout venir du gouvernement général, et 
que, pour fe fervir de l'expveffion d'un autre perfon- 
nage, il faille rogner les ferres de l'aigle, quand, parcou- 
rant quelques pages de l'hiftoire toute récente de quel- 
ques Etats particuliers, on trouve qu'ils ont été cou- 
pables d'extenfions de pouvoir, et d'aéïes d'opprefiion 
qui, fi le gouvernement général étoit afTez abandonné 
et afTez infenfé pour les commettre, prôduiroicnt in- 
ceffammetit une autre Révolution. 

Son Excellence le Gouverneur a reçu hier M. le 
Vicomte de Pontevès, Commandant en Chef de la 
Divifion de S. M. T. C. , adluellement dans ce port. 

A II heures, leCommandant et plufieurs autresOf- 
fîciers defcendirent fur le Long ^jiaj, fous la décharge 
des canons de l'Illuftrie de 74. Delà ils fe rendirent 
chez M. le Conful de France, et enfuite ils ont pro- 
cédé chez fon Excellence le Gouverneur, à qui ils fi- 
rent leur compliment en forme. 

S. E. avoit invité S. H. le Lieutenant-Gouverneur, 
le Confeil et plufieurs Sénateurs, pour recevoir les 
premiers et les conftans amis de la Révolution de 
l'Amérique, et po,ur s'acquitter envers eux des foins 
et des obligations qui leur font dûs. Indep.end. Cbrono 

On rapporte que deux officiers de la divifion fe 
font battus en duel hier ; que l'un eft légèrement 
bleffé. On ignore encore le fujet de leur difpute. 

Parmi les motions qui fe font faites en Congrès au 
fujet des amendemens, on y trouve la fuivante, par M. 
Gerry, qui lui fait beaucoup d'honneur. parmi les 'urais 
marchands, les marchands patriotiques. Voici la mo- 
tion, **Que le Congrès n'établiffe jamais aucune com- 
pagnie de marchands avec des privilèges exclufifs.'' 
Cette motion fut négathvée. 

M. Gerry fit encore une motion qui eut le même 
fort : " Qriaucun des officiers du gouvernement gé- 
néral ne puilTe accepter aucun titre de nobleffe, d'au- 
cun Roi, Prince, ou Potentat quelconque." 
Les amendemens de la Conjl'itution, à l'ordinaire prochain,, 

Chambre GARNIE a louer. 

Cette Chambre ejl Jïtute au centre de la ville.-'^S' addrejfa' 

notre lursau. 



[ i68 ] 



CONGRES DES ETATS-UNIS. 

ACTE, portant création d'un département exécutif, 
dénommé Département de la Guerre. 

J^/'z7 Jr/ii Jîatué par le Sénat ^ et par la Chambre des 
Repréfentans des Eiais- Unis, affinihlss en Congrès, qu'il 
fera établi un département exécutif, dénommé Dépar- 
tement de la Guerre ; qu'il y aura un officier princi- 
pal, (à la tête de ce département,) dénommé Secré- 
taire du Département de la Guerre, lequel remplira 
toutes les fondions et s'acquittera de tous les devoirs, 
qui lui feront enjoints de temps a. autres, par le Pré- 
fident des Etats-Unis, et conditutionnellemcnt, foit 
concernant les commifSofss militaires, les forces de 
terre et de mer, ou les magafins de guerre des Etats- 
Uiiis ; toutes les affaires militaires et navales, que le 
Préndent des Etats-Unis affignera à ce département, 
ou concernant la ceffion de terres en faveur des per- 
fonnes qui auront le droit de les réclamer, pour ferviccs 
r^ilitaires rendus aux Etats-Unis, ou enfin concernant 
les affaires des Indiens ; et sur-tout que le dit of- 
ficier principal conduira les affaires dudii département 
de la manière et félon que le Préfident des Etats-Unis 
l'ordonnera de temps à autres. 

E( qu'il foîi encore Jlatué , qu'il y aura dans ledit dé- 
partement, un officier inférieur, qui fera nommé par 
ledit officier principal, -lequel fera employé comme- il 
jugera à propes ; cet officier inférieur fera dénommé 
Premier Commis du Département de la Guerre, et 
toutes les fois que ledit officier principal fera demis par 
k Préfident des Etats-Unis, ou dans tous autres cas 
de vacance, il fera chargé de la garde de tous les re- 
giftres, livres, et autres papiers dudit département 
pendant cette vacance. 

Et qu'il fuit encore Jlatué, que ledit officier principal, 
et toutes les autres perfonnes nommées ou employées 
dans ledit département, prêteront le ferment ou l'af- 
firmation de remplir duement et fîdellement tous les 
devoirs qui leur auront été enjoints avant de commen- 
cer leurs fondions. 



Et qu'il foit encore Jiaîuè, que le Secrétaire du Dé- 
partement de la Guerre, nommé en vertu des préfentes, 
aura le droit, fitôt qu'il fera nommé, de prendre à fa 
charge les regiftres, livres et autres papiers appartenant 
audit département de la guerre, ci-devant établi par 
les Etats-Unis afTemblé-î en Congrès. 

Frédéric Auguste Muhlenburg, 
Orateur de la Chambre des Repréfentans, 

Jean Adams, Vice- Préfident des Etats-Unis^ 
et Préfident du Sénat, 

Approuvé — îe 7 Août, 1789. 

GEORGE WASHINGTON, 

Préfident des Etats- Unis. 

Découverte de Brigandage faite dernièrement ca 
Anafleterre. 

Extrait d'une lettre de Lymington du 7 Mai. 

Le brigandage que l'on a^ dernièrement, découvertj 
& auquel on a mis fin dans la ville de Douvres, paroît 
avoir eu des imitateurs dans plufieursportsdu royaume. 
On a découvert le 2 du courant, dans une forêt près 
de cette ville, une vafte caverne, dans laquelle on a 
trouvé un grand nombre de brigands qui y vivoient ré- 
tirés, & qui ont été amenés dans nos prifons. Voici 
le réfirhat de l'interrogatoire qu'ils ont fubi devant 
les magifbtats. Cette caverne, depuis 'près de 5 ans, 
e(t un repaire où ces malheureux fe mettoient à l'abri 
des pourfuites de la jutlice. On y a trouvé des mar- 
chandifes de toute efpèce, dans une enfilade d'excava- 
tions foutcraines qui s'étendent à environ un quart de 
mille de longueur. 

Le chef de ces bandits a paru d'abord réfolu de ne 
pas répondre aux queftions qui lui ont été faites ; 
mais féduit par l'efpoir d'obtenir fon pardon, il a révé- 
lé un enchaînement de crimes & de cruautés dont' 
l'humanité frémit. On a retiré vingt cadavres d'un 
puits dans lequel ces fcélérats les avoient jetés ; la 
grande quantité de montres, bijoux, & de toutes fortes 
d'effets que l'on a trouvés dans cette caverne, donnent 
lieu de croire qu'ils ont commis des déprédations fans 
nombre. 

Tout le canton eft en rumeur, & ce n'a été qu'avec 
les plus grandes difficultés qu'on a pu mettre ces fcé- 
lérats a l'abri de la fureur de la populace qui environ- 
noit l'hôtel de ville, où les magillrats ont reçu les dé- 
pofitions qui les chargent. 



A BOSTON, de rimprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans-le Cornhill, No. 53, 
oij l'on peut fe procurer chaque Numéro. -^ — —On foufcrit, pour le Courier de Boston,' 
chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Cufhing ; à New-York, chez M. Thomas 
Greenieaf, et M. John Fenno \ à Philadelphie, chez M. Mathew Carey ; et chez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis. -L'Editeur fe fera un piaifir, et même wn. 

devoir, de recevoir et de traduire tous ies morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-touc fur le commerce. 



[ i69 ] 



¥ 




OSTON, 



AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



Prix, 5 P^nce.'] 



U Utilité des deux Mondes. 



Du J E U D I, 17 Septembre, 1789. 



[No. 11. 



FRANCE. 

Dlfcours du Roi, après la fufpenjton â^ Etats Généraux. 

Meffieurs, 

Lorfque je pris la réfolution de vous raflembler, 
après avoir furraonté toutes les difficultés qui mena- 
çoicnt la convocation de mes états — après avoir, pour 
ainfi dircj préconçu les vœux de la nation, en manifef- 
tant d'avance les miens pour fa profperité, je crus 
avoir fait tout ce qui dtpendoit de moi pour le bon- 
heur de mon peuple. 

Il me fembloit, que vous n'aviez plus qu'à achever 
l'ouvrage que j^avois commencé, èf que la nation at- 
tendoit avec impatience, le moment où, de concert 
avec les vues bienfaifantes de fon fouveraîn, et le zèle 
éclairé de fes rcpréfentans, elle alloit jouir de l'état 
heureux que doit produire une pareille union. 

Il y a à préfent plus de deux mois que leâ E. G. 
font ouverts, et ils ne font point encore convenus des pré- 
liminaires de leurs opérations, au lieu de cette fource 
d'harmonie qui devoit couler de l'amour de la patrie, 
la plus funefte divifion répand l'alarme dans tous les 
cfprits. Je veux croire, et il me fera flatteur de trou- 
ver, que le caraiflère des François n'ell point changé, 
mais pour éviter de vous reprocher les-uns ou les au- 
tres, j^examinerai que le renouvellement des Etats- 
Généraux, après un fi long période, la turbulence qui 
Ta précédé, l'objet de cette affemblée, fi différent de 
celui de vos ancêtres, et plufieurs autres objets vous 
ont porté à une oppofuion, et à des prétentions aux- 
quelles vous n'avez aucun droit. 

Je dois au bien-être de mon royaume, je me dois à 
moi-même de diiTiper ces divifions fatales : C'eft d'a- 



près cette réfolution, Meflieurs, que je vous raflemble 
encore une fois auprès de moi — ^je le fais comme le perc 
commun de tout mon peuple — je le fais comme le dé- 
fenfeur des lois de mon royaume, afin de pouvoir vous 
rappeler le vrai efprit de U conftitution, et rcfifter 
aux attentats que l'on a faits contre elle. 

Mais, Meflieurs, après avoir clairement établi les 
droits refpeâifs des difFérens ordres, j'attends du zèle 
des deux premières clafles — ^j'attends de leur attache- 
ment pour ma perfonne — j'attends de la connoiffance 
qu'elles ont de la fituation urgente de l'état, que dans 
tout ce qui concerne le bien général, elles foient les 
premières à propofer une réunion de confultation et de 
fentimens, que je regarde néceffaire dans la crife pie- 
fente, et qui doit avoir lieu pour le bien général à\x 
royaume. 

Articles contenant la volonté du -Roi. 

Art. I. Point de taxes, fans le confentement des 
Etats. 

Art. II. Les anciennes ou les nouvelles taxes, 
feulement feront en force jufqu'à la prochaine tenue 
des Etats-Généraux. 

Art. III. Le Roi fe reareint de faire aucun em- 
prunt, fans le confentement des Etats, excepté dans 
les cas de néccflité, comme la guerre, &c. et cet em- 
prunt n'excédera pas 100 millions. 

Art. IV. Les Etats devront examiner les comptes 
des finances, la recette et la dépenfe. 

Art. V. L'état des finances fera publié annuelle- 
ment. 

Art. VI. Les frais de chaque département feront 
fixés et invariables. 



^ [ lyo ] 

"Ai't. VII. Les créanciers de l'état recevront la foi Art. XII. Toute réfolution fera examinée à la ré- 



du public. 

Art. VIII. Certains droits honoraires du Clergé 
et de la Nobleffc leur feroat préfervés. 

Art. IX. Quand les deux premiers ordres auront 
abandonné leurs droits pécuniaires, le Roi le faHftion- 



nera. 



Art. X. et XI. Les députations conteftées feront 
jugées par les ordres en commun, et déterminées par 
ia réunion des deux tiers des voix ; ou le jugement en 
fera renvoyé au Roi. 



quifition de loo membres. 

Art. XIII. Il fera nommé des CommLffaircs dans 
les trois ordres pour conférer. 

Art. XIV. Les Préfidcnts des trois ordres auront 
une place dans les commiffions, qui feront établies, 
félon la dignité de leur ordre. 

Art. XV. Les Députés feuls pourront être admis- 
aux délibérations des Etats, ou des Chambres. 



CONGRES DES ETATS-UNIS. 
Chamhre des Repréjsntans. S tance du 2^ Août. 
Arrêté par le Sénat, et par la Chambre des Repré- 
fentans desEtats-Unis,affemblés en Congrès, que deux 
tiers des deux Chambres, jugeant néceflaire que les 
articles fuivans foient propofés aux légiilatures des di- 
vers Etats, comme amendemens pour la Conftitution 
des Etats-Unis ; lefquels articles, totalement ou par- 
tiellement, feront valides quand ils auront été ratifiés 
parles trois-quarts des dites légiilatures, comme par- 
tie de ladite Conftitution. 

Articles ajoutés et amendemens de la Conftitution des 
Etats-Unis de l'Améiique, aflcmblés en Congrès, 
propofés par le Congrès et ratifiés par les légiflatures 
des divers Etats, conformément à l'article 5,ème de 
la Conftitution originale. 

Art. 1er. Après l'énumération réquife par le pre- 
mier article de la Conftitution,^ il y aura un Répréfen- 
tant par trente mille habitans, jufqu'à ce que le nom- 
bre foit d'un cent, après quoi la proportion fera réglée 
par le Congrès de manière qu'il n'y ait pas moins de 
cent Repréfentans, ni moins d'un Repréfentant par 
quarante mille perfonnes, jufqu'à ce que le nombre des 
Repréfentans foit de deux cents; après quoi la pro- 
portiort fera réglée par le Congrès, de manière qu'il 
n'y ait pas moins de deux cents Repréfentans, ni moins 
d'un Repréfentant pour cinquante mille perfonnes. 

Art. II. Il lie fera paffé aucune loi qui change les 
appointements des membres du Congrès, avant qu'il 
ne foit intervenu une élection de Repréfentans. 

Art. III. Le Congrès ne fera peint de loi, éta- 
bîflTaivi aucune religion, ou en défendant le libre exer- 
cice, Its droits de confcicnce ne feront point enfreints. 

Art. IV. La liberté de parler, et d'imprimer, et 



CONGRESS OF THE UNITED STATES: 

In thc HousE of Représentatives. 

Monday the s^th Auguftj 1789. 

Refolved, by the Senat.ç and Houfe of Reprefenta- 

tives of the United States of America in Congrefs af- 

fembled, two thirds of both Houfes deeming it necef- 

fary, that the foUowing articles be propofed to tae 

Légiflatures of the feveral State», as amendments to 

the conftitution of the United States ; ail, or any 

of which articles, when ratified by three fourths of the 

faid Légiflatures, to be valid,to ail inti;nts and purpo- 

fes, as part of the faid conftitution. 

ARTICLES in addition to, and amendments of thc 
Conftitution of the United States of America, pro- 
pofed by Congrefs, and ratified by the Légiflatures 
of the feveral States, purfuant to the 5th article of 
the original Conftitution. 

Art. I. After thc firft enumeration requîred by 
the firft article of the conftitution, thert- fhall be one 
reprefentative for every tb-irty thoufand, until the num» 
ber ftiall amount to one hundred, after which the pro- 
portion ftiall be fo reguldted by Congrefs, that therc 
fhall.be not lefs than one hundred reprefentatives, nop 
lefs than one reprefentative for every forty thoufand 
perfons, until the number of reprefentatives fîiall a- 
mount to two hundred, after which the proportion 
fhall be fo rcgulated by Congrefs, that there fhall not 
be lefs than two hundred reprefentatives, nor lefs than 
one reprefentative for every fifty thoufand perfons. 

Art. II. No law varying the compenfation to the 
members of Congrefs fhall take effeft, nnu! an élec- 
tion of reprefentatives fhall hâve intervcned. 

Art. lîl. Congrefs fhall make no law eftablifliîng 
religion, or prohibiting the frce exercife therscf, nor 
fhall the rights of confcience be jnfrioged. 



[ î7i ] 



le droit du peuple de s'affembler en paîx, et de fe con- ' 
fulter pour le bien commun, et de demander au gou- 
vernement le redrefferaent de fes torts, ne fera point 
enfreint. 

Art. V. Une milice bien réglée, compofée du corps 
du peuple, étant la meilleure fureté d'un état libre, 
le droit du peuple d'avoir et de porter les armes ne fe- 
ra point enfreint ; mais toute perfonne dont la reli- 
gion lui défendra d'avoir et de porter les armes, ne 
fera point forcé de rendre aucun fervice militaire en 
perfonne. 

Art. VI. Aucun foldat ne fera logé en temps de 
paix dans aucune maifon, fans le confentetnent du pro- 
priétaire, ni en temps de guerre, à moins que la loi n'en 
ait ordonné. 

Art. VII. Le droit des citoyens d'être protégés 
dans leurs perfonnes, maifons, papiers, et effets, con- 
tre les recherches déraifonnables, et les faifies, &c. ne 
fera point violé : et il ne fera point accordé de décrète, 
(Warrants) à moins que ce ne foit en conféquence de 
caufes probables, appuyées de ferment, ou d'afSrma- 
tlon, avec une defcripti-on particulière de l'endroit à 
examiner, et des perfonnes ou des chofes à y faifir. 

Art. VIII. Aucune perfoîine ne fera fujette, ex- 
cepté dans les cas d'accufation, {^'tmpeachment) à fubir 
plus d'un procès, ou plus d'un châtiment pour le même 
crime'; elle ne fera pas non plus forcée, dans aucun cas 
criminel, de dépofer contre elle-même, ni de perdre 
fa vie, fa liberté ou fes biens, fans un procès en for- 
mes : et les biens dès particuliers ne leur feront jamais 
pris fans une jufte compenfatlon. 

Art. IX. Dans toutes les pourfuites criminelles, 
l'accufé pourra réclamer de bonne heure, l'inftruélion 
publique de fon procès ; d'être inftruit de la nature 
et de la caufe de l'accufation, de confronter les témoins 
qui auront à dépofer contre lui — de demandtjr les mo- 
yens de force pour obtenir des témoins en fa faveurj et 
d'avoir le fecours d'un avocat pour fa défenfe. 

Art. X. Le procès de tous les crimes (excepté 
dans les cas d'.'impeachtvent, et dans les cas relatifs aux 
forces de terre ou de mer, ou à la milice en fervice, en 
temps de guerre, ou de danger public) fera fait par 
des jurés impartiaux du voifinage : l'unanimité réquife 
pour la conviftion, le droit de défi et autres droits ; 
et aucune perfonne ne fera tenue de répondre à l'ac- 
cufation d'un crime capital fans Pécrouemeni de jurés ; 
mais quand il fera commis un crime, furies poffefuong 



Art IV. The freedom of Speech, and of the Prefs, 
and the right of the people peaceably to affemble, and 
confult for their common good, and to apply to the 
government, for redrefs of grievances, (hall not be in- 

fringed. 

Art. V. A virell regulated militia, compofed of 
the body of the people, being the beft fecurity of a 
free ftate, the right of the people to keep and bear 
arms (hall not be infringed, but no one religioufly 
fcrupulous of bearing arms, (hall bc compelled to rea- 
der military fervice in perfon. 

Art. VI. No foldier (hall in time of peace be qaar- 
tered in any houfe without the confent of the owrner, 
nor in time of war, but in a manner to be prefcribed 
by law. 

Art. VII. The right of the people to be fecure 
in their perfons, houfes, papers and effeéls againll un- 
reafonable fearches and feizures, (hall not be violated ; 
and no warrants (hall iffue, but upon probable caufe 
fupported by oath or affirmation, asd particularly def- 
cribino- the place to be fearched, and the perfons or 
things to be feized. 

Art. VIII. No perfon (hall be fubjeft, except in 
café of impeachment, to more than one trial or onc 
punifhment for the famé ofFence, nor (hall be compel- 
led in any criminal café, to be a witnefs againft hira- 
felf, nor be deprived of life, liberty or propcrty, with- 
out due procefs of law, nor (hall private property be 
taken for public ufe without juft compenfation. 

Art. IX, In ail criminal profecutions, the accu- 
fed (hall cnjoy the right to a fpeedy and public trial, 
to be informed of the nature and caufe of the accufa- 
tion, to be confronted with the witneffesagainfl him, 
to bave compulfory procefs for obtaining witneffcs in 
bis favor, and to hâve the aflîftance of coancil for hià 
defence. 

Art. X. The trial of ail crimes (except in cafés of 
impeachment and in cafés arifing in the land or naval 
forces, or in the militia when in aftual fervice in 
time of war or public danger) fhallbe by an impartial 
jury of the vicinage, with the requifîte of unanimity 
for convidion ; the right of challenging and other 
accuftomed requifites ; and no perfon (hall be held to 
anfwer fora capital or otherwife infamous crime, un- 
lefs on a prefentment or indidlment by a grand jury; 
but if a crime be coramittcd in a place in the polTef- 



[ ï7^ 1 



de l'ennemi, et où II pourroit s'élever une infurreftlon, 
la loi pourra autorifer à en faire l'hidlaement et inftruc- 
tion, dans quelqu'autre endroit du même état. 

Art. XI. Il ne fera permis aucun appel à la cour 
fouveraine des Etats-Unis, à moins que ia valeur de , 
l'objet de la controverfe ne foit de mille dollars, 
et aucun fait du reffort des jurés, félon le cours du 
droit commun, ne pourra être réexaminé, à moins que 
ce ne foit félon les règles du droit commun. 

Art. XII. Dans les procès du droit commun, le 
droit de procès parjurés fera confervé. 

Art. XIII. Il ne fera point requis de caution ex- 
ceffive. Il ne fera point impofé de fortes amendes ; 
ri infligé de chatimcns cruels ou extraordinaires. 

Art. XIV. Aucun état n'enfreindra le droit de 
procès parjurés, dans les cas criminels ; ni les droits 
de confcience, ni celui de parler ou d'imprimer. 

Art. XV. Le dénombrement de certains droits 
de la Conftitution ne pourra s'entendre en refufcr ou en 
avilir d'autres retenus par les citoyens. 

Art, XVI, Les pouvoirs délégués par la Confti- 
tution au gouvernement des Etats-Unis feront exercés 
de la manière qu'il eft prefcrit ; enforte que le pou- 
voir légiflatif ne pourra exercer celui qui eft confié à 
l'exécutif, ou au judiciaire, ni l'exécutif exercer les 
■pouvoirs commis au légiflatif ou au judiciaire, ni le 
judiciaire exercer les pouvoirs confiés au légiflatif ou 
à l'exécutif. 

Art. XVII. Les pouvoirs qui ne font ni délégués 
ni défendus par la Conftitution, aux états particuliers, 
font refervés aux états refpeélifs. 

Ordonné que le Greffier de cette Chambre tranf- 
meîtra au Sénat une expédition, mife au net, et grof- 
foyée defdits articles propofés pour les ameademens, 
«t qu'il demande fa concurrence. 
Extrait du Journal. 

John Beckley, Greffier. 



fion of an cnemvjor în which an înfurreélion may pre» 
vail, the indiftment and trial may by law be author- 
ifed in fome other place within the famé State, 

Art. XI. No appeal to the fupreme Court of the 
United States fliall be allowed, where the value in 
conti.overfy ftiall not amount to one thoufand dollars ; 
nor .ftiall any faél triabie by a jury according to the 
courfeof the common law,be otherwife re-examinabic, 
than according to the rules of con^mon law. 

Art. XII. In fuîts at comraoaîaw, the right of 
trial by jury ftiall be preferved. 

Art. XIII. Exceffive bail ftiall not be required^ 
nor cxceffive fines impofed, uor cruel and unufual pun- 
iftiments inflidled. 

Art. XIV. No State ftiall infringe the right of 
trial byjury in criminal cafés, nor the rights of con- 
fcience, nor the freedom of fpeech, or of ihc prefs. 

Art. XV. The enumeration in the conftitution of 
certain righcs, fliall not be conftrued to deny or difpa- 
rage others retained by the people.^ 

Art. XVI. The powers deleg'ated by the Confti- 
tution to the government of the United States, ftialî 
be exercifed as therein appropriated, fo that the legif- 
lative fliall never excrcîféthe pov^ers vefted in the ex- 
ecutive or judicial ; nor the executive, the powers vef- 
ted in the legiflative or judicial j nor the judicial the 
powers vefted in the legiflative or executive. 

Art, XV IL The powers not delegated by the 
Conftitution, nor prohibited by it to the States, are 
referved to the States refpeftively. 

Ordered, That the Clerk of this Houfe do carry to 
the Senate a fair and engrofled copy of the faid pro» 
pofed Articles of Aniendnjpnt, and defire their con- 
currence. 

Extraâ: from the Journal. 

John Beckley, Clerk, 



Continuation des Travaux du Congres. 

Chambrr des Repréfentans. 
Séance du Mercredi, 26 Août. La Chambre fe 
forma en comité, fur le bill, pour joindre aux fondi- 
ons du Secrétaire des affaires étrangères (dencnmé Se- 
crétaîred'état) la garde des fceaux, le foin des archi- 
ves, &c. et après quelques débats, le comité fit rapport 
du bill avec amendemens, lefquels furent agrées par la 
Chambie j et il fut ordonné que le bill fût grojfoyé. 



Séance du Jeu;^i, 27 Août. M. Smith (Caroline 
Mer.) du comité qui avoit été nommé pour l'établifle- 
ment d'hôpitaux pour le foula^gement des marins in- 
valides, et pour les règlemens des ports, fit rapport 
d'un bill, qui fut lu pour la première fois. 

Ce bill porte que les hôpitaux, &c. foient établis 
dans tels ports de mer qu'il plaira au Préfident des . 
E. U. de nommer, au moyen d'une dédu^îon fir les ^ 
gages des marins, que les capitaines et commandacs 



[ ^13 ] 



de navires payeront aux oficiers des douanes à leur 
arrivée. 

Séance du Vendredi, 28 Août. Le comité nommé 
pour examiner le mémoire des habitans d''Jllexandriet 
tendant à ce qu'une claufe du bill des impôts fût fuf- 
pendue, fit rapport d'un bill qui fufpend les opérations 
de cette claufe. Ce bill fut lu pour la première fois. 

Séance du Samedi, 29 Août. Il fut.reçu un mef- 
fage du Sénat, avec le bill provifoire, pour l'enregiflre- 
ment des navires, et pour régler le cabotage ; ce bill 
reçut la concurrence du Sénat, dans les amendemens 
propofés par la Chambre. 

Le bill grojfoyé, pour l'éiabliflement du falaire des 
officiers des départements exécutifs, fut lu pour la 
troifième fois, et paffe. 

La Chambre fe forma en comité, préfidé par M. 
Boudinot, fur le bill judiciaire. La motion qui fut 
faite d'omettre la claufe, concernant la nomination 
des cours de diftrids, occafionna de longs débats ; et la 
Chambre s'ajourna avant d'avoir rien arrêté. 

Séance du Luiuli, 31 Août. Il fut lu un mémoire 
de la part de M- Hugh Williamfon, en faveur des in- 
térêts mercantiles de la Caroline Méridionale, et ex- 
pofant les difRcultés des citoyens de l'état, en confé- 
quence du droit de tonage qu'ils avoient à payer dans 
les états fous le nouveau gouvernement. 

Ce mémoire et celui des commandans des paquebots 
de Rhode-Ifland et de Providence, fut renvoyé à un 
comité général. 

En comité général, préfidé par M, Boudinot, l'on 
procéda à examiner la troifième fcftion du bill judici- 
aire. Cet examen- produiiît des débats qui durèrent 
long-temps ; enfin la motion pour omettre la claufe 
fut négative'e, a une grande majorité. 

- Séance du Mardi, ler. Septembre. 

Il fut reçu un meffage du Sénat renvoyant à la Cham- 
bre honorable un bilL pour le châtiment de certains 
crimes, et un fécond biil portant établiflement d'ap- 
pointements pour les membres du Sénat et de la Cham- 
bre dts Repréfentans, et Ifurs officiers refpcélifs, au- 
quel le Sénat avoit accédé avec amendemens. 

Séance du Mercredi, 2 Sept. Il fut lu une pétition 
des habitans de Philadelphie, concernant la réfidcncc 
temporaire et permanente du Congrès. 

Il fut reçu du Préfident les bills du cabotage, et de 
la trcforerîe, approuvés et fignés. 

Enfuite la Chambre s'occupa de l'amendement pro- 



pofé par le Sénat fur le bill des appoîntemens des mem- 
bres du Congrès. Le premier de ces amendemens 
tendoit à omettre le premier paragraphe du bill, el 
à y fubftituer une claufe qui affureroit aux Sénateurs 
et aux Repréfentans fix dollars par jour jufqu'en l'an- 
née 1795, et qu'alors les appointemens des Sénateur» 
feroient de 7 doU. par jour, et que ces derniers feroi- 
ent payés en voyage à raifon de 6 doll. par 20 milles. 

M. Jackfon combattit vivement les principes de ces 
amendemens, et la manière dont il» avoient été intro» 
duits. 

M. Sedgwick s'oppofa auffi à la forme de Famen^ 
dément ; mais il faifit cette occafion pour appuyer 
l'idée d'une diftinâion entre les appointemens du Sé- 
nat et ceux de la Chambre des Repréfentans ; il fut 
fécondé par M. Ames. 

M. Tucker réprouva la forme de l'amendement 
comme étant indécent, en ce qu'il propofoit à la Cham- 
bre une mefure qu'il feroit dé(honotable d'adopter ;- 
cette mefure étoit d'afTujetir leurs fuccefieurs à une 
diftindion, et aune infériorité à la quelle elle nevou- 
loit pas fe foumettre elle même. 

M. Jaekfon dit qu'il confideroit cet amendement 
comme de mauvaife foi,, de la part du Sénat — il ten- 
doit à tromper la Chambre fur l'abandon fimulé des 
Sénateurs, de leur intérêt perfonnel. Les argumens 
en faveur de l'amendement fe bornèrent aux principes 
généraux qui avoient été énoncés lors de la difcuffioa 
de cette motion dans la Chambre. Plufieurs mcm- 
bres propofèrent divers changemens à cet amende» 
ment. Aucun ne put être trouvé compatible avec 
celui qui avoit été propofé par le Sénat. La queftion 
générale fur la concurrence étant prife, elle fut négeti- 
ijée à une grande majorité. 

Séance du 3 Septembre, fur le choix du lieu de la 
réfidence permanente du Congrès. 

M. Lee fe leva, et obferva que la Chambre étoit ap- 
pelée à délibérer fur une grande queftion nationale ; 
qu'il efpéroit qu'elle l'examineroit, et la difcuteroit 
avec une délibération exempte- de paffion, et qui pût 
convenir à fon importance. Alçrs M. L. propofa la 
rtfolution fuivante : 

*' D'autant que le peuple des Etatft-Unib a confentî 
"et ratifié une conditiition pour fon gouvernement, 
*' pour pourvoir à fa défenfe, contre les dangers de 
" dehors, pour affurer fon union perpétuelle, et fa 
'* tranquillité domeftiquej et pour avancer fes inlérêtt 



[ ^74 ] 



" communs : et d'autant que cea grands objets feront 
•' d'autant mieux efFedlues, en établiflTant le fiège per- 
'* manent du gouvernenreent dans un lieu aoffi central 
" que pourront le permettre, les communications par 
•* eau, avec l'océan Atlantique, et un libre accès aux 
" territoires, fitués à l'Occident; et d'autant que l'af- 
*' furance que ce lieu fait déjà l'objet des délibérations 
" du Congrès, et qu'il fera pris des oîefures certaines 
.:** ;pour l'établir, et pour y poiirvoir aux établiffemens 
" néceffaire?, auffitôt qu'on aura pris les arrangemens 
*' néceffaires pour mettre à exécution la nouvelle con- 
" (litution, et que la fituation des Etats-Unis le per- 
" mettra ; d'autant que cette affurance contentera le 
** peuple, lui doanera une ferme confiance dans la fa- 
" geffe et dans la jiulice de fon gouvernement, Ar- 
*' RETE qu'il doit être choifi et établi pour le Jtège per- 
*' manent des Etats-Unis, un lieu aufîi central que 
*' pourront le permettre des communications ailées 
*' avec l'océan Atlantique et un accès facile aux terri- 
•* toires fitués à l'Occident." 

Je defire que l'on reconnoiffe le principe du gou- 
vernement, continua M. Lee, afin que le peuple des 
Etats-Unis puiiTe juger Ci nous nous en écartons dans 
la mefure que l'on va adopter. Le moindre écart fe- 
roit un accompliiTement funefte de ces prédirions fai- 
tes par les ennemis de la Conftitution, que l'on ne 
confulteroit point les intérêts génér'aux, que l'on adop- 
teroit des mefures partiales, au lieu de le laiffer con- 
duire par une politique générale, qui s'étendît au bien 
de tous, au lieu de réalifer les belles perfpefhives qui 
nous étoient offertes dans l'enfance de notre g-ouverne- 
ment, et que nos patriotes ont fcellées de leur fang, 
nous trouverons que tout n'eft qu'une vifion, que le 
rêve d'une imagination échauffée. Je me flatte que 
la Chambre fe pénétrera de ces principes, avant de 
décider la queftion qui efl fous fes yeux. 

M. Hartley appuya la motion de M. Goodhue, et 
indiqua le paffage de Wright (IVi-ight^s Ferry) fit né 
fur la Sufquehanna, comme un lieu convenable pour le 
lieu de la réfidence du Congrès. Ccc endroit, conti- 
nua M. Tucker, ell à- peu près le centre de la Dela- 
'ivare, ce qui pourroit contenter les habitans du Nord, 
&c. 5:c. M. T. s'étendit beaucoup fur les avantao-es 
que prtfentoientfa fituation tant naturelle qu'artifici- 
elle, fa fureté, fa communication avec la partie à l'Oc- 
cident et l'Atlantique, fa fertilité, la pureté de fon 
climat et l'abondance de fa population. 



M. Sedgwick fe leva et dit, *• Monfieur, j'efpére 
que la motion de M. Lee ne paffera pas ; les membres 
qui firent la motion, il y a quelques jours, que cet ob- 
jet fût difcuté cette fcffion, ne peuvent pas avoir ou- 
blié qu'ils furent fuppiiép inftamment de le déférer. — 
On leur repréfenta que ce n'étoit pas le moment de 
penfer au lieu de la réfidence permanente du Congrès— 
que le gouvernement n'étoit pas encore en opération — • 
que l'union n'ctoit pas encore complète ; néanmoins, 
M. L. en particulier, et une majorité de la Chambre, 
foutinrent qu'une fufpenfion occafionneroit tant de 
mécontentement de la part du peuple, que la paix et 
la tranquillité du pays dcmandoient une prompte de- 
cifion. Or comme mes remontrances et celles de plu- 
fieurs autres membres furent infrudueufes, et qu'il a 
été refolu de pi-océdtr à la difcuflîon de cette affaire 
immédiatement, je fuis prêt à entrer en matières, et je 
m'oppofe à la motion de M. Lee, parce qu'elle en- 
traîne des longueurs inutiles. 

M. Tucker defiroit favoir oii en étoit la chambre- 
Il lui fembloit, difoit-il, q\ie la proportion n'étoit 
qu'un préambule, qu'il n'étoit pas d'ufage de conve- 
nir des préambules, avant d'avoir agréé la fubflance, 
&c. 

M. Lee fe leva, et affura M. Tucker que fon objet 
étoit de conduire cette tranfaftion avec impartialité— 
qu'il defiroit de leur remettre fous les yeux ces confi- 
dérations qui doivent guider leur jugement — que cette 
queftion intérreffoit les générations futures aufîi bien 
qnela préfente — qu'il s'agiffoit d'établir fi le gouverne- 
ment feroit tranfmis aux fiècles futurs, ou s'il feroit 
englouti par les pafïions dominantes. Prétendra-t'-on, 
continua M. L. que ces principes ne doivent pas être 
reconnus ? Dira-t'-on que le centre du gouvernement 
ne doive pas être le centre de l'union ? Ne doit-il pas 
être à portée de communications avec l'océan ? Faut-il 
dédaigner nos frères de l'Occident ? &c. &c. 

De Philadelphie, le 3 Septembre. 
Copie de la lettre, écrite par Jean Sevier à M. Bennet 
Ballevv, parmi la nationCherokée, le 10 Mars, 1789. 

Monfieur, 
J'ai reçu vos différentes lettres par Tunicy. Je fuis 
charmé que vous foyez encore en vie, quoique je fois 
"fâché que vous ayez couru tant de dangers ; mais c'eft 
ce que l'on doit attendre, quand on fe hafarde dans 
un pays Indien. Je fuis bien-aife que vous réuffiiEsc 



[ l 

à faire la paix, et que vous puiffiez obtenir un prompt 
échange des prifonniers ; cette démarche étant la der- 
nière qu'on puiffe prendre pour foulager les infortunés 
qui gemiffent dans le pays Indien. 

Qu'il me foit permis de vous confeiller de vous te- 
nir fur vos gardes : gardea-vous bien de contredire, 
par aucun argument quelconque, les habitans du pays 
où vous êtes. Accordez-vous plutôt avec eux ; c'eft 
le meilleur moyen d'effsftuer les affaires que vous avez 
entreprifes. 

J'ai appris, que le nouveau Congrès s'affemblera 
bientôt, et que tous fes partifans attendent un, avan- 
cement rapide et énergique (que Dieu le leur accorde, 
c'eft mon vceu le plus fincère). J'ai auffi appris que 
îa plus grande partie de la nation doit vous commettre 
au foin de fcs affaires, fi vous voulez l'accepter : je 
vous en fais mon compliment. 

Permettez-moi de vous avertir de vous tenir far vos 
gardes contre les agens de Martin, il n'y fera pas lui 
même de fitôt, à ce que j'entends ; les Indiens con- 
uolffent trop bien fa perfidie, et le double jeu qu'il joue 
depuis Cl longtemps. Il doit y avoir un traité avec les 
Indiens au Printemps prochain, quoique les fentimens 
foient partagés fur ce point, je vous prie de tâcher de 
découvrir comment, et par-où les Indiens ont pu favoir 
que les gens de Sittho venoient, ce qui leur a fait per- 
dre la vie ; mais vous ne pouvez pas faire cela fans 
beaucoup de confiance. 

Comme nous avons tout lieu ût croire Martin Droom- 
gooie, et que ce parti fut la caufe principale de la guerre, 
je foupçonne que leur deffein ell de la prolonger. Je 
vous prie de vous oppofer à tout ce qui pourroit favo- 
rifer de pareils deifcins. J'ai l'honneur d'être 

Jean Sevier, 

De B O S "tO N, k ij Septembre., 

M. le Vicomte de Pontévès, et les- ofSciers de la. di- 
vifion de S. M. T. C, ayant rendu leurs refpeds à 
S.E. le Gouverneur, k leur arrivée, il les invita Vendre- 
di dernier à un repas élégant etfplendkle, où fe trou- 
vèrent fon Honneur le Lieutenant Gouverneur, l'Hon, 
Confcil, et les principaux citoyens. Ce banquet, qui 
étoit des mieux fervis, en démontrant la libéralité, et 
les foins de fon Excellence, a répandu la fatisfadion 
parmi fes dignes convives. 

Son Excel, le Gouverneur, fon Hon. le Lieutenant 
Gouveriicur et l'Hon. Ccnfeil, et plusieurs perfonna- 



75 J 

ges diftjngués dinnetit aujourd'hui k bord ûti'lllujre 
à l'invitation de M. le Vicomte de Pontévès. Centinel. 

Aux échanges nombreux d'honnêtetés et de foinsqui 
fe font faits entre les officiers de la divifion de S. M. 
T. C. et les citoyens des Etatîi- Unis, nous avons le 
plaifir de pouvoir ajouter que, Lundi dernier M. le 
Marquis de la Gallilfonière, commandant du Léo- 
pard de 74 canons, donna un repas fomptueux aux 
membres de la fociété de Cinclnnaiu: de cette ville et 
des environs, à bord de fon vaiffeau. 

A l'arrivée des convives dans les cannois de l'efcadre, 
le Léopard fe trouva élégamment pavoifé de pavillons 
de diverfes nations, et la fraternité fut accueillie avec 
ces marques d'alFeélion et de politefTe qui caraftérifent 
fi bien la nation Françoife. 

A trois, heures, les convives fe mirent à une table 
couverte d'une riche profufion de mets divers, aprêtés 
avec le plus grand goût, et fervie de la meilleure ma- 
nière. En outre des frères de Cincinnatus, M. le Vi- 
comte de Pontévès, M. le Marquis de Suzannet, et 
M. le Conful de France furent de ce repas. — Après 
dinner on porta un nombre de toq/ls fort judicieufes — 
les deux fuivantcs furent accompagnées de 13 coups 
de canons ; la première étoit " Au Préfident de Cin- 
cinnatus des Etats-Unis ; " ia féconde, *' Au Préfident 
de Cincinnatus de France.'' 

Lorfque la compagnie prit congé de M. le Marquis, 
les Vergues du Vaiffeau étoient couvertes de l'équi- 
page, qui îa falua par trois F'ive le Roi. Ce falut fut 
rendu parles canots, auquel le vaiffeau ripofta par 13 
coups, de canons. 

Enfuite la fociéié rendit fes refpeûs aM. le Vicomte 
de Pontévès à bord de l'Illuflre de 74, et à M. le Che- 
valier de Suzannet à bord de l'Andromaque, de 40 
canons, après quoi, elle fut remife à terre. 

" On a dû s'attendre que le manteau de la recon- 
" noiffance défendroit le patriote des tempêtes de 
" ^advc^f^té. Les amis de l'Amérique ont reçu cette 
*' confolationdans la nomination du GénéralLiNCOLN. 
*' Grâces au Souverain de notre pays,'' 

Penfyv. Mérc, 

Le Commandant de la Divifion de S. M. T. C, 
aducUemenl dans ce port, devoit aller établir des hô- 
pitaux à Rhode-Ifland, difent les mauvais plaifans, 
mais ayant appris que cet état étoit rempli d'alchy- 
mifles, qui C( nvcrtiffent l'or et l'aigent en papier, et 
que d'ailleurs il n'étoit pas des Etats-Unis, ce géné- 
reux ami de l'Amérique a cinglé pour Softp-n, A 
quelque chofe malheur eji Icn^ 



Acte du Congres des Etats-Unis, 

Fartant provi/lon pour le Gouvernement ihs Territoires, 
Jîtïiés à l'Occident de la Rivière Ohio. 

D'autant que, pour que l'Ordonnance du Congrès 
des Etats-Unis, afTemblés en Congrès, pour le gou- 
vernement des territoires iitués à l'Occident de la Ri- 
vière OhiOf ait une pleine exécution, il ell néceflaire 
qu'il foit fait certaines provifions, de oianiere à les 
adapter à la Conftitution préfente des Etats-Unis : 

^'ilfo'îtjîatué par le Sénat, et par la Chambre des Re- 
fréfentanS) aJfemhUs en Congres^ que dans tous les cas, 
où, par la dite Ordonnance, le Gouverneur defdits 
territoires devra donner avis, ou faire des communica- 
tions aux Etats-Unis, afTemblés en Congrès, ou à aucun 
de leurs ofSciers, il fera du devoir dudit Gouverneur de 
donner ces avis et de faire ces communications au Pré- 
fident des Etats-Unis ; et le Préfident nommera, de 
l'avis et du confentement du Sénat, tous les offici- 
ers qui, par cette Ordonnance, auroient dû être nom- 
més par les Etats-Unis affemblés en Congrès ; et tous 
les officiers ainfi nommés recevront leur commiffions 
de lui : et dans tous les cas où les Etats-Unis, affem- 
blés en Congrès, revoqueroient par ladite Ordonnance 
aucune commiffion, ou demettroient de quelque em- 
ploi, le Préfident eft reconnu par ces préfenies, avoir 
les mêmes droits de révocation et de démiffion. 

Et qu* il foit encore Jlatuè, que dans les cas de mort, 
démiffion, réfignation, ou abfence néceffaire du Gou- 
verneur defdits territoires, le Secrétaire fera, et par 
ces préfentes efl autorifé, et requis d'exécuter tous les 
pouvoirs, et s'acquitter de toutes les fonctions, durant 
la vacance, occafionnée par la démiffion, réfignation, 
ou abfence néceffaire, dudit Gouverneur. 

Frédéric Auguste Muhlenburg, 
Orateur de la Chamhre des Reprefentans. 

Jean Adams, Vice- Président des Etats-Unis, 
et . Président du Sénat. 

Approuvé — le 7 Août, 17 89. 

GEORGE WASHINGTON, 

Préfident des Etats-Unis. 



Acte du Coî^^gres, 

Portant provifiou pour les frais que pourrot\t entraî- 
ner les négociations ou les traités qui fe formeront, 
avec les tribus Indiennes — et la nomination des 
Commiffaires, chargés de la conduite defdites né- 
gociations, &c. &c. 

^'ilfûitflatué par le Sénat et par la Chambre des 
Reprefentans des Etats-Unis de l'Amérique, affemblés 
en Congrès, qu'il fera appliqué à la liquidation des 
frais réfultant des négociations et des traités avec les 
tribus Indiennes, une fomme qui n'excédera pas celle 
de 20,000 dollars, laquelle fera prife des droits fur les 
impôts et fur le tonage. 

Et quiifoit encore fîatué, que chacun des CommîiTaî- 
res qui fera nommé pour conduire lefdits traités ou 
négociations, pourra prétendre aux appointements de 
huit dollars par jour, durant fes fervices aéluels, en 
outre des frais, néceffaires au lieu où fe formera le 
traité — ce qui fera prélevé fur les fommes ainfi accor- 
dées, &c. &c. 
(Cet aSe efl rèveiu de fignatures comme à l'ordinaire. J 

Le bruit court, dit une feuille Angloife, que l'on 
a attenté à la vie de M. Necker par le poifon. Le 
Minière l'a heureufemcnt découvert à temps pour en 
prévenir les effets ; le plat dont il avoit goûté fit mou- 
rir un chien fur le champ ; et du tabac qui avoit été 
placé devant lui dans une boète, en fit mourir un au- 
tre. 

Le tabac fut gliffé dans urte tabatière pareille à celle 
de M. Necker, qui avoit été placée fur la cheminée 
oià il avoit coutume de mettre la fienne, il l'échappa 
belle, car il avoit la boëte à la main, lorsqu'il s'apper- 
çut qu'il avoit la fienne dans fa poche. 

Depuis ce temps, M. Necker fe tient fur fes gardes, 
et l'on prétend qu'il ne vit que d'œufs à la coque, que 
Mme. Necker fait cuire elle même, dans fa chambre. 



.^ BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhill, No. 5J, 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro.— On Ibufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem^ chez MM. Dabney et Cufning ; à Nezv-Tork, chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno \ à Philadelphie^ chez M. Mathew Carey ; et chez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et même un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-touc fur le commerce. ' , 



[ 177 ] 



URIE 




AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes, 



PriXj 5 Pence.l 



Du JEUDI, 24 Septembre, 1789. 



[No. 23. 



FRANCE. 

Révolte^ Majfacre^ Confu/iorij Tranquiliitê. 

Aiïèmblée Nationale. 

Les tratîfaftions de i'affemblée nationale ont été 
conduites avec courage et politique, nos ledeurs trou- 
veront dans le précis fuivsnt îeâ circonllances qui ont 
conduit au grand évènemeVit de Mercredi dernier. 

Lundi 13 Juillet. M. Mounier, dans un difcours 
animé, peignit les malheurs que la France avoit fou- 
tenus par la perte du miniflre en qui ils avoient fondé 
toutes leurs efpérances. Il reconnut le principe que 
le Roi avoit feul le -droit de nommer fes minières, et 
de les démettre, fnais il ajouta que la nation feule 
avoit le droit de faire connoître "a fa Majefté ceux qui 
la fervoient bien et ceux qui la fervoient mal. MM. 
De Target, De Lalli-Tolîendal, DeVirieu,De Cîer- 
ment Tonnère parlèrent fucceffivement. La con- 
verfation fut animée. Pour éveiller l'attention de 
l'afiemblée, un des membres fe leva et lut un récit de 
ce qui fe pafToit à Paris, et de la fituation critique de 
cette ville. — Il fut nommé deux députations, l'une 
au Roi pour lui repréfenter la fituation horrible de Pa- 
ris, et pour le fiipplier d'en retirer les troupes ; l'au- 
tre aux citoyens de Paris, afin qu'ils fe miflent entre 
eux et la troupe, pour les conjurer de refpeder la paix 
publique. La première députation fut remplie des 
mêcnes noms qui s'étoient rendus chez S. M. aupara- 
vant : quand on en vint à la nomination delà féconde, 
prefque tous les députés fe propofèrent et il s'enfuivit 
bcraucoup de confufion ; l'on convint à la fin d'atten- 
dre la réponfe du Roi, qui fut comme il fuit» 



Reponfe du Roi. 

** Je vous ai déjà fait favoir mes intentions fur lés 
mefures que les défordres de Paris m'ont engagé à 
prendi-e. il n'appartient qa'a moi-feul déjuger de leur 
néceflité. Je ne puis accorder aucun changement. 
Il y a its villes qui fe protègent elles-mêmes ; mais 
rétenduï de ma capitale ne me permtt pas de me re- 
pofer fu- des forces de ce genre. Je ne âoute point 
de la pureté des motifs qui vous portent à ra'offrir vos 
fecours dans ces circonftances aMigeantes ; mais votre 
préfence à Paris ne peut produire aueun bien. Il ed 
néceffaire d'expédier ici les travaux importans qu'il 
faut que je recommande encore à votre attention im- 
médiate. *' 

La leâure de cette réponfe produifit une indigna- 
tion générale : I'affemblée fe vit comme jettée dans une 
fîame. Elle prit enfuite une réfolution folemnelle, con- 
venable à l'occafion ; et il fut nommé un comité pour 
la rédiger. — Ce Comité s*étant retiré, fit fon rapport, 
qui eft ccmme il fuit. 

ASSEMBLEE NATIONALE. 

L'affemblée, prononçant les fentimensde la nation. 
Déclare que M, Necker, et les autres miniftres qui 
ont été démis de leurs emplois, ont emporté avec eux 
fon eftime et fes regrets. 

Déclare que, craignant les funeftes conféquences qui 
doivent refulter de la réponfe de S. M. , elle ne ceflera 
pas d'infifter fur l'éloignement des troupes extraordi- 
naires qui font cantonnées aux environs de Paris, et de 
Verfailles, et fur l'établifTcment d'une garde des bour- 
geois, v^ 



[ 178 ] 



Déclare encore, qu'il ne peut y avoir aucun inter- 
-înediairc dans fes communications avec le Roi. 

Déclare que les agents civils et militaires fpnt ref- 
ponfables de toutes les entreprifes, contraires au? droits 
de la nation, et aux décrets de l'aflemblée nationale. 

Déclare que les miniftres aftuels et d'autres ponfeil- 
1ers de fa Majefté, de quelque rang, état ou gutorité 
qu'ils puiflcnt être, font perfonnellement refp(^nfables 
des maux prefents et à venir. 

Déclare que la dette publique, ayant été codtraftée 
fur les principes de l'honneur de la nation Fr^nçoife, 
et la nation ne refufant point d'en payer rintéijêt, per- 
fonne n'a le droit de prononcer le nona infâme de Ban- 
queroute : aucun pouvoir n'a le droit de violer la foi 
publique, fous quelque forme ou dénominatioij qu'elle 
puiffe être attentée. 

Enfin, l'aflemblée nationale 

Déclare qu'elle perfifte dans fes refolutiom précé- 
dentes, particulièrement fur celles des 17, 2d 23 de 



Roi 



Juin der. ; et que la préfente fera tranfmife 

par fon Préfident, et fera imprimée pour l'infimation 

du public. 

Cette déclaration /^//o?V les fondemens du plan de 
Marli, non-feulement en ce qu'elle rendoit le Miniltre 
et le Confeil fecret refponfable, mais en confervant le 
crédit public ; tout l'éfpoir du parti de **** confiftant 
à déclarer une banqueroute nationale, et à conamencer 
yne guerre étrangère. 

Da conduite de la ville de Paris ne s'eft point dé- 
mentie dans aucun cas. Elle a été non-feulement 
ferme, et décifive, mais uniforme, éclairée tt honora- 
ble. 

De Paris, le ly yuillet. 

Dimanche dernier, en recevant la nouvelle delà de- 
îïiiffion de M. Necker, et qu'un corps de troupes éloit 
entré dans la ville, la populace commença à s'armer, et 
elle fut renforcée par les gardes Françoifes. Dans la 
foîrée il y eut une légère efcarmouchc,à la place de Louis 
XV, dans laquelle 2 dragons du régiment de Cboi- 
feuil furent tués et deux autres bléffés ; après quoi 
toute la troupe quitta la capitale. Lundi du grand 
matin, la populace força le couvent de St. Lasarre, 
où l'on trouva des munitions de tous les crenres, en 
outre d'une grande quantité de bled, que l'on fuppofe 
y avoir été dépofé comme dans un endroit de fureté. 

La bourgeoifie a refolu de lever une milice de 
48,000 hommes. Une condcrnaton générale règne 



dans toute la ville. Toutes les boutiques font fermées j 
tous les emplois publics et particuliers arrêtés, et l'on 
voit à-peine une perfonne dans les rues, excepté la bour- 
geoifie armée, qui a fait les fondions d'une police tem- 
poraire, pour protéger les biens des particuliers, et 
pour rétablir le crédit public,qui dvoit perdu toute fon 
influence. 

Mardi matin, on fomma l'hôtel des invalides de fe 
rendre ; elle fit quelque rcfiftance, mais l'on s'en em- 
oara fans difficultés. Tous les canons, et les fufils 
fervirent bientôt à armer tous les citoyens, qui y ac- 
coururent en foule. Les canons furent diftribuès dan» 
les diffcrens quartiers de la ville ; dans la foirée un dé- 
tachement, avec deux pièces de canon, alla à la Baftille, 
et demanda les munitions qui y étoient dépofées ; ou 
y avoit envoyé un parlementaire, qui fut reçu. Néan- 
moins, le Marquis de Launay, Gouverneur, commanda 
à la garde de faire feu, et il y eut plufieurs hommes 
de tués ; la populace, enragée de cette infulte, fe jetta 
en avant, et c'efl: alors que le Gouverneur confentit à 
laiffer entrer un certain nombre, à condition qu'ils ne 
commettroient auc-iine violence : en conféquence un 
détachement d'environ 40 entra, et anffitôt qu'ils fu- 
rent pafTés, on leva le pont-lcvis, et tout le parti fut 
taillé en pièces. 

Ce manque de fui, aggravé par un tel exemple d'in- 
humanité, excita naturellement un efprit de revenge 
et de tufnulte que rien pouvoit appaifer. L'on fit 
bientôt une brèche à la porte, et la fortvefle fe rendit 
fur le champ. Le Gouverneur, le rsaître canonicr, et 
le geôlier, et deux vieux invalides qui s'étoient fait re- 
marquer, furent faifis et menés devant le confeil afftm- 
blé à l'hôtel de ville, qui condamna De Launay à avoir 
la tête tranchée, ce qui fut exécuté fur le champ à la 
Place de Grève : et les autres prifonniers furent aufli 
mis à mort- Le Prévôt des Marchands tut auffi le 
même fort, ayant été foupçonné d'avoir trahi les cito- 
yens : et leurs têtes furent fixées au bout de perches 
et portées par la ville. 

Le foir, le relie des gardes Françoifes joignit la 
bourgeoifie avec leurs canons et leurs munition?. 

On ne trouva que 4 ou 5 prifonniers à la Badille» 

MtRCREDJ dernier le Roi fe rendit à l'afTemblée 
des Etats- Généraux à Verfaillcs, accompag^né, feule- 
ment, de Monfieur et du Comte d'Artois. S. M, in- 
vita les E. G. dans un difcours qu'elle leur adrefîa, à 
chercher les moyens de rendre la tranquillité, et de 



[ 179 ] 



l'affiftcr à afiurer le bien-être des citoyens. S. M. 
déclara que, fe repofant fur l'amour et la fidélité de 
fes fujets, elle avoit donné ordre que la troupe fe reti- 
rât à une certaine diftance de Paris et de Verfailles. 

Ce difcours fut applaudi univerfellement, et S. M* 
retourna a fes appartemens, accompagnée de tous les 
députés de la nation, parmi les acclamations d'un con- 
cours inombrable de peuple. L'aflemblée nationale 
envoya fur le champ une députation à l'aflemblée des 
éîefteurs à l'hôtel de ville, pour lui faire favoir ce qui 
s'étoit pafle. 

M. LE Marquis de la Fayette fut nommé una- 
nimement Généraliflime de la milice de Paris, et M. 
Bailly, Prévôt des Marchands. 

Cet après-midi, à deux heures et demi, S. M. entra 
dans la ville dans une voiture à huit chevaux, accom- 
pagnée de M. le Duc de Villeroi, Capitaine des Gardes 
du Corps, de M. le Duc de Villequier, premier Gen- 
tilhomme de la Chambre, de M. le Maréchal de Bau- 
vau, de M. le Comte d'EIlaing, et de deux Ecuyer«, 
fuivis d'une autre voiture, où étoient plufieurs fuivans, 
et efcortés par la milice, dont le commandant dévan- 
çoit le caroffe du Roi, avec plu/ieurs Marchands de 
Paris. 

Lorfque S. M. fat entrée dans l'hôtel de ville, elle 
déclara qu'elle fe trouvoit dans ce lieu, pour y grati- 
fier ks vœux des citoyens de Paris, et pour les alTurer 
de fon empreflement à faire tout ce qui dépendroit 
d'elle pour tranquillifer les efprits, et leur rendre la 
tranquillité. Quand elle fortit, elle reçut les témoig- 
nages de loyauté et d'afFedion d'un concours innom- 
brable de fes fujets. L'on croit qu'il n'y avoit pas 
moins de 150,000 citoyens fous les armes ce jour là. 

S. M. a renvoyé tous fes nouveaux fervitcurs de 
confiance, excepté M. De La Gailiffiere,^ et M. Nec- 
ker doit être rappelé, et doit arriver incefTarament à 
Verfailles, s'il n'eft pas déjà arrivé. 

Du même lieu, le 18 Juillet. 
Le peuple a remporté une viéloire complette. Pa- 
ris préfente à l'heure qu'il efl; une fcène de joie tumul- 
tueufe. — Le defpotifme eft mort.' — Necker vit. — 
Necker eft revenu. 

Avant-hier (Jeudi) on offrit des allions de grâces 
à notre-dame, pour la délivrance fortunée du pays du 
defpotifme. On y chanta le Te Deuni, 
Du même lieu, le 20 Juillet. 
Le Roi n'eft pas venu à Paris Jeudi dernier, comme 



on s'y attendoit ; mais il s'y efl reudu Vendredi. M> 
le Marquis de la Fayette fit battre un banc, que tous 
les citoyens armés fuffent prêts pour recevoir fa Ma» 
jefté. En conféquence chaque diftridl s'aflembla dans 
fon corps de garde, et remplit fon poflie avec la plus 
grande régularité. Aie heures le paflagc depuis la 
barrière de PaiTy, comprenant la place Louis XV, la 
rue St. Honoré, les quais qui menant à l'hotel de ville ; 
la route de Paris à Verfailles furent remplis des cito- 
vens ou milice de Paris. Un corps d'environ 2000 
jeunes hommes à cheval alla au devant du Roi, à la 
barrière jufqu'où il avoit été efcorté par les citoyens 
armés de Verfailles, (car Verfailles fe mêle aufTi de li- 
berté) ; et à trois heures S. M. fut remife aux foins 
de l'armée Parifienne, en habit uni, accompagné feule- 
ment deM. leComted'Eftaing,du Prince deBeauvau, 
du Duc de Villeroi, du Duc de Villequier, fans au- 
cune autre efcorte. — La multitude étoit immenfe ; 
car on doit bien penfer qu'en un pareil jour, il n'y 
a que les malades et les mourans qui s'abfentent. Tous 
les poftes fortifiés et les avenues la faluèrent par des dé- 
charges des canons qui lui avoient été pris deux jours 
auparavant, dans fes arfenaux. Mais on n'entendit pas 
un feul cri de ViveleRoi ; le folle ferveur d'idolâtrie 
eft paflce. Si un cri interrompoit le filence profond qui 
règnoit par-tout, il étoit prononcé en pafTant près de 
la perfoniie du Roi, Vive la Nation, Vive la Li- 
berté. 

Le caroffe du Roi étoit devancé par cent députés 
de l'aflemblée nationale, qui marchèrent, par la cava- 
lerie et par les grenadiers François, avec leurs pièces 
de campagne, et lesfoldats des différens corps qui étoi- 
ent reftés fidèles au peuple, tous décorés de la cocarde 
nationale, rouge et bleue. 

A quatre heures fa majefté arriva à l'hotel de ville, 
où elle fut reçue par M. Bailly, le nouveau Maire 
de Paris, qui harrangua S. M. par le difcours fuivant, 
en lui prefentant les clefs de la ville, et une cocarde 
nationale, que S. M. accepta, et porta à fon chapeau, 
à fon retour. 

" Sire, 

" Je préfente à votre Majefté les clefs de la bonne 
ville de Paris ; ce font les mêmes qui furent préfen- 
tées à Henry IV. Il avoit réconquis fon peuple ; ici 
c'eft le peuple qui a reconquis fon Roi. 

" Votre Majefté vient jouir de la paix qu'elle a ren- 
due à la capitale. Elle vient jouir de l'amour de fes 



[ ' 

fidèles fujets. C'eft pour leur bonheur que V. M. a 
afiemblé auprès d'elle les repréfentans de la nation, et 
que vous allez concourir avec eux pour jetter les fon- 
deraens de la liberté et de la profpérité publique. 
Le jour mémorable que celui où V- M. vint prendre 
fa place comme un père au milieu d'une famille ré- 
unie ! * où elle fut reconduite à fon palais par 
toute l'aflemblée nationale, gardée par les Repréfen- 
tans de là nation, preffée par un concours de peuple 
immenfe. Vous portiez dans vos auguftè'S traita les 
exprefTions de la fenfibilité et du bonheur, tandis que 
Ton n'entendoit autour de vous que les acclamations 
de la joie, que les pleurs de la tendreffe et de l'amour. 
Sire, ni votre peuple ni V. M. n'oublieront jamais ce 
grand jour — il eft le plus glorieux de la monarchie ! 
il eft l'époque d'une alliance augufte et éternelle entre 
le monarque et le peuple. La circonîlance eft fans 
exemple, elle immortalife V. M. J'ai vu le jour glo- 
rieux, et, comme fi toute efpece de bonheur m'étoit 
deftinée, f la première fonélion du pofte où m'-a placé 
îa bonté de mes concitoyens, eft de vous porter les 
expreffions de leur refpeét et de leur amour." J 

Le Roi voulut païkr ; mais fon émotion étoit fi 
grande qu'il ne put prononcer le difcours qu'il avoit 
préparé. 

M. De Baîlly s'approcha de S. M. et après avoir 
' reçu fes ordres, il dit a l'afTemblée, que le Roi étoit 
venu pour diffiper tous les reftes d'inquiétudes qui 
pourroient encore fubfafter relativement à fesdifpofi- 
tions envers la nation, et pour jouir de la préfence et 
de l'amour de fon peuple. M. B. déclara alors que 
le Roi étoit prêt à entendre tout ce que i'affcmblée 
avoit a lui dire. 

M. le Comte deLally-Toîlendal fe leva, et avec une 



* Mercredi dernier,quand il vint a l'affemblée nationale 
fe jetter dans les bras de l'affemblée, lui demandant 
ia proteftion. 

t M. Batliy fut nommé unanimérnsnt Prévôt des Mar- 
chands. 

1 On a fait plufieurs efforts même jeudi der. pour 
empêcher le Roi de venir^à Paris ; mais s'il n'avoit 
pas paru, la refolution générale étoit de procéder 
à Verfailles avec 40 pièces de canon, de forcer les 
ponts de Sève et de St. Cloud, nous emparant de 
toutes les perfonnes fufpeaes et plaçant leurs famil- 
les au front de la bataille. MM. lé Duc d'Orléans 
et le Marquis de la' Fayette ne quittèrent point le 
Roi avant de lui avoir perfuadé de fe rendre à Paris. 



;o ] 

éloquence noble et ai fée, parla « peu-prês dans css 
termes : ** Etes-vous donc fatisfaits, mes concitoyens^ 
regardes-le ! regardez ce Roi que vos cœurs deman- 
doient, ee Roi que vous demandigg; à voir parmi vous : 
Contemplez le ce Roi qui vous a rendu vos afîemblées 
nationales, et quj, vient confolider vos libertés fur une 
bafe inébranlable. — Puiffe-t*-il remporter de ce lieu, à 
jamais mémorable, la paix de fon cœur, trop îong- 
tems troublée ; cette paix qu'il ne mérita jamais de- 
perdre, puifqu'll a choifi l'amour de fon peuple pour 
fa feule garde. Prouvez-lui qu'il a gagné mille fois 
plus de pouvoir qu'il n'étoit refolu d'en facrificero 
Sire, dit-il, parlant au Roi, vous voyez ces fujets géné-^ 
reux et affeftueux qui vous idolâtrent, écoutez leurs 
acclamations ! [^Chaque phrafe étoit interrompue par 
leurs cris.) Lifez fur leurs vifages ! pénétres dans 
leurs cœurs, vous n'y trouverez autre chofe que les- 
expreffions de fidélité et d'amour ; il n'y en a pas un 
qui ne rf pandit avec joie la dernière goutc de fon fa:;g 
pour vous fervir.T — Periffe le traitre, qui pourroit en? 
core, par des infinuations coupables, calomnier les fen» 
timens d'une nation fidèle et généreufe., dévouée 
à un Roi jufte et bon, qui abandonnant déformais l'i- 
dée de rien devoir à. la force, a refolu de tout devoir 
à fes vertus." 

Le Roi, accablé par des fcenes fi- touchantes, pou? 
voit à peine repéter ces paroles, qui furent repétées 
haut à toute l'affemblée — Mon pettple pourra toujours 
compter Jt^r man amour. 

Dans la foirée, il y eut une illumination univerfelle^ 
mais tout étoit tranquillité, et les congratulations 
étoîent celles d'un courage ferme, viftorieux dans la 
meilleure des caufes. 

Sur la tranfparence de l'une des fenêtres de l'hoteî 
de ville, on lifoit ces mots, Louis xvi, perë des. 
François, et Roi d'un peuple libre. 

Malgré les ordres que l'on avoit donnés de ne point 
applaudir, la populace ne put s'empêcher de montrer 
fa joie par fes acclamations. 

RECIT cie ce qui s^ejî pajfé à la Séance tenue par U 
Roi le 15 Juillet. 

Le 15 Juillet, vers onze heures, le Roi s'efl renduj 

en voiture, avec Monfieur & Monfeigneur Comte 

d'Artois, fans cortège & fans Miniftrcs, dans la falle 

des Etats, où un grand concours de perfonnes eft entre. 

' Sa Majefté y a prononcé le Difcours fuivant : 



[ li 

Dijcours du Roi aux Elais-Genéraux. 
Du J$ juillet ï y Sg. 
" Meffieurs, 
•' Je vous ai affemblé pour vous confulter fur les af- 
faires les plus importantes de l'Etat. Il n'en eft pas 
de plus inftante, & qui affede plus fçnfiblement mon 
cœur que les défordres affreux qui régnent dans la 
Capitale. Le Chef de la Nation vient avec confiance 
au nnilieu de fes Repréfentans, leur témoigner fa peine, 
& les inviter à trouver les moyens de ram.ener l'ordre 
& le calme. Je fais qu'on a donné d'înjuftes préven- 
tions ; je fais qu'on a ofé publier que vos Pcrfonnes 
n'étoientpasen fureté. Seroit-ildonc néceffaire devous 
raffurer furdesbruits auffi coupables, démentis d'avance 
par nion cara6lère connu ? Eh bien ! e'eft moi qui ne 
fuis qu'un avec ma Nation ; c'cll moi qui rae fie à 
vous ; aidez-moi donc dans cette circonftance, à af- 
furer le falut de l'Etat. Je l'attends de l'AfTeiaiblée 
Nationale ; le zèle des R_epréfentans de rnon Peuple, 
réunis, pour le falut commun, m'en eft un sûr garant ; 
& comptant fur l'amour & la fidélité de mes Sujets, 
j'ai donné ordr^ aux Troupes de s'éloigner de Paris & 
de Verfailles. Je vous autorife, je vous invite même 
à faire connoître mes difpofitions à la Capitale.'' 

L'Aflemblée Nationale- a prouvé, par les applau- 
diffemens & les cris les plus redoublés de l'^ive le Roi, 
combien elle étoit fatisfaite de ce Difcours. Elle a 
enfuite demandé au Roi la perraiffion de l'accompag- 
ner jufqu'à fon Château. Et Sa Majeflé, ainfi que 
Monfieur & Monfeigneur Comte d'Artois, fe font mis 
en marche à pied au milieu de tous les Députés de la 
Nation, qui formoîcnt deux lignes fans diftindion 
d'Ordre, accompagn'és des applaudifiemens les plus 
univerfels. Quand on a vu l'Aflemblée s'approcher 
du Château, la cour royale a été bientôt remplie d'une 
grande affluence ; chacun fixant fes regards du- côté 
de l'appartement de Sa Majefté, fembloit attendre 
avec impatience que le Roi fe rendit fur fon balcon. 
La Reine y a paru avec Monfeigneur le Dauphin, 
Madame royale & la Famille royale. Alors les cris 
de Fivs h Roi, Vive la Reine, Vive Monfeigneur le 
Dauphin îff la Famille P.oyale, ont été répétés par 
toutes les bouches. Cependant l'Aflemblée s'appro- 
choit ; elle eft arrivée jufques fous le balcon, & tous 
les D'putés ont mêlé leurs applaudifiemens à ceux du 
Peupk, & ont répété les cris de Vive le Roi, Vive la 



i?«nf, Jiifqu'au moment où Sa îVlajefté & fes auguftcs 
Frères fe font réunis fur le balcon à toute la Famille 
Royale. On ne cefToit de jouir de leur préfence, & de 
leur témoigner l'amour & le dévouement de tous les 
François pour le Roi, la Reine & pour tout le Sang 
royal. Leurs Majeftés, ainfi que les Princes & Prin- 
ceffcs fe font enfuite retirés, & les applaudifiemens ont 
encore continué long-temps. Cette hcureufe nou- 
velle a été portée avec la plus grande rapidité à Paris. 
L'Afl^emblée s*eft réunie dans la lalle, & fur le champ 
à député un affez grand nombre de fes Membres à 
Paris. 

Précis exaSi de laprlfede la B AST ILLE^ 

Parmi les troubles inféparables des événemens ex- 
traordinaires qui viennent d'avoir lieu, il y a tant de 
verfions ûifxérentes fur les détails de cet événement, 
que le Public n'eft d'abord inftruit que très-peu de la 
vérité. Voici la relation exafte des circonftances qui 
ont précédé, accompagné & fuivi la prife de la Baftille» 
La poftérité ne croira qu'avec peine cette révolution 
mémorable, fi des Ecrits authentiques & détaillés n'en 
perpétuent pas la mémoire, & ne fervent pas comme 
d'un monument immortel, qui confacre ce trait de 
magnanimité, Plufieurs perfonnes font parade d'une 
bravoure qu'on ne leur contefte point, tant que les 
faits n'ont pas été recueillis foigneufement. N'écou- 
tons que la vérité, & gardons- nous de palTer fous fi- 
lence un fcul des noms glorieux qui ont, dans cet 
événement incroyable, un droit public à notre hom- 
mage. 

Le Mardi 14 Juillet 1789, vers les trois heures 
aprèb-midi, un détachement de Grenadiers de Re- 
fuveille, & un autre détachement de fufiliers de la 
Compagnie de Lubetfac, projetoient depuis une heure, 
après-midi, l'attaque de la Baftiîlea & s'occupoient 
d'en trouver les moyens, lorfqu'un Bourgeois, nomme 
Hulin, Direcleur de la buanderie de la Reine à la 
Briche, près St. -Denis, parut au milieu d'eux, & leur 
dit ; " Mes amis, êtes-vous citoyens ? Oui, vous l'êtes. 
Marchons à la Baftille ; on égorge les Bourgeois ^ 
vos camarades : les uns & les autres font vos frères. 
Souffrirez-vous qu'ils foient la viftime de la plus cru- 
elle trahifon." 

A ces mots les Gardes Françoifes, qui n'attendoient 
pas ce nouvel encouragement, puifqu'ils étoient d'a- 
vance difpofés à partir,, fe mirent en marcfie fous le 



commandement du fieur Warguler, Sergent-major des 
Grenadiers, avec un zèle & une ardeur bien dignes 
du courage qu'ils avoient déjà montré en tant d'oc- 
cafions. Ils étoient fuivis d'un certain nombre de Ci- 
toyens, auxquels fe joignirent beaucoup d'autres,- che- 
min faifant. 

Ils prirent leur route par le Port-a\i-bled, les Gar- 
des Françoifes, commandés par leur Sergent, &. les 
Bourgeois, par le fieur Hulin, auquel ils dirent tous 
d'une voix ; Vous ferez notre Commandant. Mais les 
uns & les autres étoient tellement animés du même 
efprit de patriotifme, que les Commandans des uns 
pouvoient fe regarder comme les Commandans des au- 
tres, quoique les loix militaires, qui ordonnent aux 
foldats de n'obéir qu'à leur chef, ne fuffent pas en- 
freintes. 

Ils avoient avec eux trois pièces de canon, auxquel- 
les furent réunies deux autres pièces qu'ils rencontrè- 
rent auprès de l'Arfenal. 

On entra fans difficulté dans la première cour, du 
côté des Céleftins ; on y trouva quelques Invalides 
qui avoient rendu les armes le matin, & qui fe joig- 
nirent aux Afllégeans. De là, on pénétra fans peine 
dans la féconde Cour ; & ainfi de fuite, jufques dans 
les cours de la Baftille. 

L'adlion commença à l'entrée de la cour des Salpê- 
tres ; on y plaça une pièce de canon, dont on ne fit 
qu'une décharge, après que les Grenadiers & Fufiliers 
eurent fait feu de file. 

On traverfa la cour après plufieurs autres décharges 
des Gardes Françoifes & des Bourgeois, & l'on par- 
vint à la féconde voûte. 

Là, le canon fut encore braqué, & l'on s'empara du 
logement des Invalides, d'où l'on tira fur les embrâ- 
fures de la ForterefTe, pour empêcher la manœvre de 
l'ennemi. 

N'oublions pas ici de nommer le fieur Elie, Officier 
au Régiment de la Reine infanterie, qui traverfa har- 
diment le feu & fit dcraflger des voitures de fumier, 
qu'on avoit mifcs à l'entrée de la féconde cour pour 
couper le paffage aux affiégeans. 

On fit alors couper à coup de canon les chaînes du 
pont-levis pour prévenir une trahifon ; & ce fut le 
fieur Hulin, qui, le premier, confeilla cet expédient 
nécefiaire. 

On avoit mis le feu au fumier qu'on avoit déchargé 
des voitures ; & cet incendie fut très-favorable aux 



82 ] 

Affiégeans, par l'épaifTeur de la fumée dont l'obrcu. 
rite couvrait les manœvres des Soldats & des Bour- 
geois. 

Un pauvre Invalide, ayant été chercher des rafraî- 
chiffemens pour les affiégeans, devint la vidime de fon 
ze!e, & périt à quelques pas de l'incendie. 

Les ennemis donnant alors avec plus de vigueur, on 
paffa dans la dernière cour, malgré le danger qui n'i)(i- 
timidoit perfonne, & l'on parvint au pont qui com- 
muniquoit immédiatement à la ForterefTe. 

Le feu des ennemis avoit duré près de deux heures, 
lorfqu'on arbora le pavillon blanc au haut de la tour de 
la Bafiniere, la première à gauche en entrant du côté 
du midi. *. 

Le fieur Hulin avoit eu la précaution de dire à fix 
Grenadiers de fe porter fur les petits créneaux du 
pont levis de la ForterefTe. 

Alors l'ennemi voyant que le pavillon blanc qu'il 
avoit arboré n'avoit pas infpiré plus de confiance aux 
Citoyens & Soldats qui continuoient de faire feu, prit 
le parti de fe préfenter de l'autre côté du pont-levis, 
& palTa par les fentes un papier que l'éloignement em- 
pêchoit de lire. Un particulier inconnu alla chercher 
une planche par le moyen de laquelle on parvint à 
rapprocher le papier. Ce malheureux, encore viélimc 
de fon zèle, tomba dans le foffé, & y perdit la vie. 

Dans cet infiant le fieur Maillard fils, dont le père 
efl Huiffier à cheval au Châtelet de Paris, eut le cou- 
rage de reprendre le papier, & l'apporta entre les mains 
du fieur Hulin & des autres chefs qui y lurent ces 
mots, conjointement avec tous les affiégeans qui pu- 
rent y porter les yeux : Nous avons vingt milliers de' 
poudre, Sff nous ferons fauter la garnifon, ^ vous aujf.ji 
vous il'' acceptez pas la capitulation. 

Cette menace n'eut point l'effet qu'on en atten- 
doit. Les affiégeans fufiUerent le pont-levis ; trois 
pièces de canon s'avancèrent, & firent une décharge 
fur le pont. 

L'ennemi voyant qu'on vouloit abattre le pont, fit 

* La défiance des affiégeans étoit bien fondée ; l'Ho- 
tel-de-Ville avoit en%'oyé le matin à la Baftille une 
Députation, compofée de MM. de Corny, l'Abbé 
Fauchet, Poupart de Beaubourg, & quatre autres 
Citoyens. Ce fut alors qu'on arbora le pavillon 
blanc ; les Députes entrèrent dans la première 
Cour ; on les trahit, & ils faillirent être écharpés 
par le Peuple, qui les prenoit eux-mêmes pour des 
traites. 



[ ' 

bailTer le petit pont-levis de pafTage, qui ell fur la 
gauclte it l'entrée de la Forterefle. 

Malgré le nouveau danger qui naiflbit de cette ma- 
nœuvre de l'Ennemi, les fieurs Elfe, Huliii & Maillard 
fautèrent fur le petit pont, & dcmasdcrent à grands 
cris l'ouverture de la dernière porte. 

Les Gardes-Françoifes, confcrvant leur fang-froid 
au fein du péril, formèrent une barrière de l'autre 
côté du pont, pour eoipêcher que la foule des Aflié- 
geans ne s'y précipitât. Cet ad;e de prudence, dans 
la chaleur de l'aâion, ne doit pas être palTc fous fi- 
lence ; car fans cette précaution, des milliers de per- 
fonnes auroient perdu la vie. 

Alors la porte s'ouvrir ; le fieur Elie entra le pre- 
mier, & les autres de fuite, fans que perfonne éprouvât 
le moindre accident. 

Tout le monde étant entré dans la grande cour de 
la ForterefTe, qui forme un quarré long de 120 pieds 
fur 80 de largeur, le fieur Maillard qui connoflbit le 
Gouverneur, commença par s'en faifir, en appellant au 
fecours, parce qu'on baifToit le grand pont-levis. Un 
Grenadier, nommé Arné, accùurut, & s'emparant du 
Gouverneur, de concert avec le fieur Maillard, le mit 
entre les mains des fieurs Hulin & Elie. 

M. de Launay portoit une canne à pomme d'or & 
à épée, dont il vouloit fe percer le fein ; le fieur Arné 
la lui arraéha. 

Le peuple s'obftinant à demander confufémcnt la 
prompte mort du Gouverneur, les deux perfonnes f 
qui s'en étoient emparé, cherchèrent à le préferver de 
fa fureur ; ils le conduifirent dehors & l'amenèrent 
jufques fur la place de l'Hôtel- de- Ville, non fans par- 
tager les mauvais traicemens qu'éprouvoit leur prifon- 
nier. 

On fait quel fut le fort de cet infortuné Militaire, 
dont la fin tragique fit une fenfation qui durera au- 
tant que le fouvenir de cette aâion. 

Tel elt le détail cxaft delà prife de la Baftille. 
Toute la France retentit de ce trait de valeur ; nos 
enfans le raconteront à nos derniers neveux, Si. l'étran- 
ger qui l'apprendra, faura ce que valent les Parifiens. 

Monarque citoyen ! Homme fenfible 8c loyal ! 
Roi chéri de tous les François vertueux ! O Louis 
XVI, tu as vu de tes yeux ce que peuvent tes fidèles 
Sujets pour leur défenfe ; tu as vu ce qu'ils pourront 

j Le fieur Hulin fur-tout, qui par fa taille avantageufe 
protégeoit le Gouverneur. 



^3 ] 

I pour la tienne, toutes les fols que tu te raprocheras 
d'eux avec la confiance d'un père. Ils t'aiment, ils te 
révèrent, & n'attendent que l'expreffion de ton cœur 
pour le figner de leur fang. 

En tremblant pour lui-même, il penfoit à fon Roi, 
Etfon dernier foupirauroit été pour toi. || 

Et vous braves Soldats de la Nation, qu'une fureur 
aveugle fembloit armer contre vos frères, vous allez, 
au récit de cette aftion mémorable, apprendre à les 
admirer, à les chérir ; & vos mains courageufes ne 
dirigeront plus leurs traits que fur les Nations enne- 
mis. 

Il Ces deux vers font extraits d'une Epitre du Coufin 

Jacques à Louis XVI, inférée dans le Courier des 

Planètes. 

^ De BOSTON, le i\ Septembre. 

Fête,, donnée à bord de V Illujlre. 

Les pavillons de toutes les nations furent déployés 
dans un infiant, fur tous les vaiffeaux de î'efcadre, ce 
qui produifit tout-à coup un coup d'œil fuperbe. A 
l'arrivée du canot qui portoit le Gr. la troupe fe trouva 
fous les armes, M. lé Vicomte et fes officiers s'avancè- 
rent et leçurent S. E. à bord de V lUuJlre. On lifoit 
fur tous les vifages la fatisfaftion et la joie que pro- 
duifit cette fête. 

Lorfque les Cohvives eurent pris des rafraichifTemeng 
ils vifiterent le vaifleau ; tout leur en parut d'une beauté 
qui ne pouvoit être égalée que par le bonheur et l'har- 
monie qui règnoient dans chaque partie. L'on an- 
nonça le dinner à deux heures, alors M. le Vicomte 
conduifit S. E. , S. H. , le Confeil, fuivis du refte des 
convives à un dinner brillant et fomptueux, dont l'or- 
dre et l'arrangement, au delTus de toute defcriptîon, 
ne pouvoient être fupportés que par la politefîe et les 
foins obligeans de M. le Vicomte, qui avoit fait placer 
au haut bout de la table un pavillon Américain, à l'au- 
tre, une fieur de lis, et dans le milien, une étoile. On 
voyoit encore devant le général un pavillon, reprefen- 
tant les armes de France d'un coté, et de l'autre celles 
des Etats-Unis, commercmblême de l'alliancedes deux 
nations. Ce compliment, en exprimant la cordialité 
et l'amitié que la nation Françoifea pour nous, frappa 
tous les convives d'admiration et de refpeft pour M, 
le Vicomte de Pontéyès. 

*^* MM. les Seufcripteurs de New-York, qui 
n'ont point encore payé la moitié de l'abonnement, 
conformément au Piofpeôus, font priés de la remettre 
à M. John Fenno, chargé de la correfpondance du 
Courier, à New-York. La moitié de l'abonnement 
eft de 8f. et 4 pence, argent de Bofton. 

CCy" Ceux qui n'ont pas reçu tous leurs numéros 
exaâement pourront également fe procurer ceux qui 
leur manquent chez M. Fenno, — L'Editeur réclame 
l'indulgence de MM. les Abonnés fur les retards et 
les défalcations qui ont nécelTairement fui vile tranfport 
de cette feuille ; il tiavaille maintenant à le rendre 
plus régulier. ,* 



[ iH ] 



Extrait de la PrpclawatioB du Roî d'Efpagne, rela- 
. tivement ài'établifTementdefes nouveaux territoires, 
fur le Miiïiiipi. 

" II donne à chaque famille où il y a quatre en- 
fans, 400 acres de terres, 4 vaches et un taureau, 4 
brebis et un béh'er, 4 truies et un cochon, une juman 
avec tous fes harnois, un cheval de haras pour 10 ju- 
mans, 24 poules et 2 cocqs, i filet et un bateau pour, 
pêcher pour 10 familles, avec ce provifo, que fi aucune 
famille montroit de la négligence dans Tagriculture, 
elle feroit privée de cet attirail, qui alors appartiendroit 
aux neuf autt*e^ fansiiks. Elles devront auffi avoir un 
lot dans la ville, avec 200 plantes choifies, et le même 
nombre de plantes pour les plantations, lefquelles dev- 
ront être tirées au lot. Elles feront exemptes de 
tous droits ou taxes quelconques pendant 10 ans. Il 
\e.av fera fourni toute forte d'udenfiles de fermier et 
des vivres pendant un an, à compter du jour de leur 
arrivée. Les frais de voyage, depuis leur demeures 
rcfpeftivesjufqu'au lieu de leur deftination, leur feront 
payés par le Roi. Tous les habitans y jouiront d'une 
enlicre liberté de coniciencc-^ils auront celle de choi- 
fir leur clergé. Il leur fera enjoint de jurer de ne 
jamais prendre les armes contre les intéiêt^de la Cou- 
ronne d'Efpagne ; mais ils pourront faire leyrs propres 
lois, pour leur gouvernenjent, &c. &c. 

Avis ultérieurs, fur la piraterie dont nous avons 
rendu compte dans le No. précédent. 

. De l'aveu de l'un des prifonniers, ils mirent à la 
voile du Port au Prince le ler. Juillet, à bord de 
l'Aurore, chargé pour Cayenne, de vin et de plufieurs 
autres marchandifes fâches. Peu de jours après qu'ils 
furent à la mer, Thomas Breton, Irelandois, Pierre 
Jofeph, Portugais, et Jean McCaron, Ecoffois, tous 
trois faifant partie de l'équipage de l'Aurore, formè- 
rent le complot d'afiafiiner le Capitaine et le maître, 
n'y ayant point de fécond, et de mener le bâtiment 
fur les côtes d'Amérique. Ils mirent ce projet à ex- 



écution, en jcttant à la mer les perfonnes comme iî 
eft dit ci-deffHS,au moment où elles s'y attendoient le 
moins. Deux matelots François de l'équipage, femblent 
avoir entièrement ignoré ce complot. L'autre eft un 
Américain ; il parnît que ce dernier le découvrit un 
peu avant (on exécution ; mais étant malade, et craig- 
nant d'ailleurs que s'il en donnoit avis, on ne lui fît 
fubir le même fort, il n'en dit mot : Enfulte ils dirigè- 
rent leur courfe Vers le Maryland ; lorfqu'ils y furent 
arrivées,' n'ayant pas trouvé le moyen de difpofer du 
bâtiment et de la cargaifon, ils en ouvrirent les écou- 
tilîes, et fautèrent dans la chaloupe, avec laquelle ils 
arrivèrent, où ils font à préfent, et où ils recevront 
vraifemblabkment le châtiment dû à l'aîtrocité de leur 
crime. * 

Il y a environ deux ans, qu'un ferrtiici* de Cobbife- 
conte, dans le Kenne^eck, çn labourant, fentit fa charuc 
s'arrêter par quelqu'objet ; après avoir regardé ce que 
c'étoit, il trouva un crâne humain. Il creufa enfuite 
au deffous de l'endroit où il avoit trouvé ce crâne, et 
il y trouva le fquelette complet d'un Indien, coufu 
dans des écorces de bouleau. L'on fuppofc: que cet 
Indien eil mort, il. y a environ 150 ans. D'après la 
grandeur des os, on a ellimé la grandeur de l'Indien 
à 7 pies et demi (Anglois,) et d'une grofTeur propor- 
tionnée. Une des perfonnes préfente, et dont la fi- 
gure étoit très large, mit les os maxillaires de ce fquel- 
lette par delTus fa joue, avsc beaucoup d'aifance, et il 
y avoit beaucoup d'efpace» 

Difcours, adreffé au Roi de France, fur fon paf- 
fage, dans la rue St. Honore, par M. Trudon, 
Préfident de ce diftriâ:. 

*' Les Citoyens du diftrict de l'Oratoire ont l'hon- 
neur d'alTurer Votre Majefté de leur profond refpedl, 
dr; leur inviolable attachement, vous vous êtes con- 
vaincu. Sire, que vous êtes le Roi du meilleur, du 
plus puiffant Peuple de l'univers, & que ce jour fi glo- 
rieux au Monarque à fes Sujets, eft le plus beau du 
Règne de Votre Majeité." 



J BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans le Cornhili, No. 53, 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro.^ On Ibufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Cufliing ; à New-Tork, chez M. Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno j à Philadelphie, chez M. Mathew Carey ; et chez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis.- L'Editeur fe fera un pla'ifir, et même un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



[ «»î 1 



saK 



COURIER DE BOSTON, 

AFFICHES, ANNONCES, ET AVIS. 





U Utilité des deux Mondes. 




Prix y 5 Pence. '^ 


Du J È U D I, ler. Octobre, 1789. 


[No. 24. 



FRANCE. 

De Paris, /^ 20 Juillet . 

Extrait da Regtjlredes Délibérations du Dijîrîâ des 
Feuillans, 

Vendredi 17 Juillet 1789. 

Lorfqu'il a été arrêté que le Roi venoît à Parts, 
MM. les Religieux des Feuillans ont propofé aux 
Membres du Diftrift, alTcnibléa dans leur Eglifc, de 
bénir leur Drapeau. 

La propofition ayant été acceptée, la cérémonie a 
€u lieu vers 10 du matin, & M. le Prieur, qui en a 
fait la bénédiélion, a prononcé le Difcours qui fuit : 

MESStEt;RS, 

" Quel moment pour des cœurs François ! L'Eten* 
dart de la liberté civile eft apporté dans ce Temple 
par le patriotifme ! Le fcntiment dont vous venez de 
montrer toute l'énergie, réclame les bénédiôions de 
celui qui protège les droits des hommes. Pourrions- 
nous douter, chers Concitoyens, des biens que nous 
avons lieu d'attendre dans cet inftant précieux, où un 
Roi jufte & bon vient confirmer l'cfpoir qu'il nous a 
donné ? Dans peu de jours la France n*cft plus qu'une 
grande famille. Libre fous le Chef le plus puiflant, 
c'eft à votre courage, à votre intrépidité qu*ellc devra 
ce bonheur qui a toujours été & qui fera toujours 
l'objet de nos vqeux les plus fervens." 

L'Aflcmblée a arrêté que ceDifcours fcroît configné 
dans fes regiftres, 5c que le Drapeau rcfteroit à perpé- 
tuité dépofé dans l'Eglife dca Feuillans, comm« le mo- 
nument d'une époque mémorable» 

Aux At;TEt;Rs tou Journal de Paris. 
Diftria des pies de St, Thomas, Paris, ce 1 8 Juillet 1 7 89. 

Les faits fuÎYaas, Mcffieurs, font trop importaos 



pour l'honneur de la Milice Parifienne, pour ne pas 
leur donner toute la publicité pofllble. Il avoit été 
arrêté dans le Diflrift dont j'ai l'honneur d'être Préfi- 
dent, que l'on envcrroit une Compagnie extraordinaire 
de 20 hommes à cheval, pour protéger le rétabliffc- 
ment de l'ordre & de la perception des droits à l'en- 
trée des barrières de Pafly & de Neuilli. M. de Trc- 
fontaine fut chargé hier de cette commiffîon, Se il s'en 
acquitta avec tout le 2ele & l'intelligence poffibles. 
Il tira des commis une reconnoiffance du rétablifTcment 
de cette perception. En faifant cette tournée, il ima- 
gina d'aller jufqu'au Point du Jour, parce qu'il préfu» 
moity rencontrei'Sa Majefté. Il ne s'étoit pas trompé. 
Il l'y trouva efcortée par la Milice de Verfailles, qui 
avoit accompagné le Roi jufqu'à cet endroit, ce qui, 
pour le dire en paffant, retarda fi prodigieufement l'ar- 
rivée de Sa Majefté ; car, pour ne pas fatiguer la 
Milice de Vcrfailles, elle ordonna d'aller au pas. Le 
Commandant de la Milice de Verfaillcs remit alors à 
M. de Trefontaine le foin d'efcorter S. M. jufqu'à 
Paris, mais à condition qu'il l'accompagneroit au re- 
tour S: la remettroit enfuite à ht garde de la Milice de 
Verfaillcs. M. de Trefontaine, avec fon cfcortc, fit 
dès-lors, auprès de S. M. & jufqu'à l'Hotcl-de- Ville, 
l'ofSce de fon Exempt des Gardes, & il eut fouvent 
Qccafion de voir combien elle étoit fatisfaite des difpo> 
fitions de fon Peuple. Ce commandant prit la liberté 
de lui faire remettre» par M. le Prince de Beauveaa, 
l'ordre qu'il venoît d'exécuter pour le retabliflcment 
des droits, 2c les certificats qu'il en avoit. Le Roi les 
lut avec attention, & témoigna en être très-fatisfaît. 
M. le Priace de Beauveau écrivit, avec Ton crayon, fur 
l'ordre : le Roi l'a lu l^ en eft très • content* 



[ 

J« âoh profiter de cette oçcafîotv-pour apprendre 
au Public deux autres faits, dont la multitude de mes 
occupations, ne m'^ pas permis julq^i'à préfent de vous 
adicffer la notsL. 

II a été ouvert chez M.Duclos du Frefnoy^ Notaire, 
rue Vivienoe, une foufcription, pour pourvoir aux dé- 
penfes de ce Diltriû, à Fétablifîement de la Garde, 
nourriture des troupes, &c. Beaucoup de citoyens 
riches fc font déjà empreffés d'y dépofer des fonds, 
les autres font invités à le faire prornptement. 

J'ai fu que dans l'expédition qui s'étolt faite au 
Garde-Meuble, il y avoit, parmi Iss armes qui ont été 
emportées, trente-fept flèches ou darts empoifonnés. 
Les perfonnes qui les ont ignorent peut-être ce fait ; 
&<:omme l'ignorance ou l'impr-udence pourroient être, 
en ce cas, funeftes à des citoyens, ces perfonnes font 
invitées à les remettre fait à l'HoteWe- Ville, foit à 
leur Diftrift." 

Signé Bri^sot d-eV/ar ville, Préûdent. 



VÎux Auteurs du journal de Paris. 
. 18 juillet,- 1789. 

MESSIEURS, ^ 

. LeDiftriâ: de St.-Eticnne-du-Mont,Jont l'Abbaye 
de Ste- Geneviève fait partie, vous prie d'annoncer que 
M. l'Abbé de Ste-Genevieve, en fon nom & au nom ; 
de la Congrégation de France,, a ^ célébré pontiticalé- 
ment, ce matin; dans l'Eglife dédiée à la Patrone de 
Paris, une Meffe d'aftions de gracés-poiir le rétabliffe- 
nienî de la paix. Ce t-te Méfie' a été fuivie d'un De 
■profundks pour les généféufes vidimes dit fentiment pa- 
triotique, dont tous le» Ckoyehs^font animés. Le Dif- 
triél deSt-Etie-nne, invité àcette cérémonie, y a âiïifté. 
Pendant la Meffe, les Ûames de la place Maubert ont 
apporté un bouquet orné de- rubans, qui a été placé à 
l'inftant, près de kXhâffe dé Sté.-Génevieve. Elles 
ont refufé toute'gratification, endêmandanî feulement 
pour le peuple du pain & la liberté. 

Demain Dimanche «ne femblâble Meffe d'aftions de 
grâces, fera célébrée dans l'Eglife Pâroiffiale de Saint-; 
Etienne-dn-Mont, en vertu d'une délibération del'Af- 
• fcmblée de ce Diftrid, & Lundi une Meffe de Requiem 
pour le rcpoe dé l'ame des braves & valeureux Citoyens 
qui ont fcellé de leur fang la liberté de la Nation. 

Signé Jacq^tikot, Secrétaire du Diftrid de St.- 
Eticnne-du-Mont. 



1S6 ] 1 

PIOTEL-DE- VILLE. C0MlTE-PEELr.IANEî4T. 

La circulation ell rétablie dans l'intérieur de Fari^ 
& furies routes, de manière que toutes voitures bour- 
gcoifes, publiques & de place ne doivent être arrêtées 
par aucune Partrouille. 

Les Patrouilles pofées aux barrières, pour la fureté; 
de l'a perception des Droits, n'arrêteront que la fortiç 
des fublillances & le tranfport des. convois d'armes. 

Les voitures, de quelque efpèce qu'elles foient, 
n'auront d'autre contrainte dans l'intérieur de Paris, 
que d'aller au pas ou au. petit trot. 

Les.Speâacles feront ouverts & lespromenade&pn.» 
bliques fréquentées, comme à l'ordinaire. 

Les boutiques, les atteliers, les manufactures feront 
rendus à leur à6livrté ordinaire, & tous les Citoyens 
font invités avec inftance de répandre par-tout l'ordre 
& le calme, & de pourfuivre avec vigueur les pertuj- 
bateurs du repos public. 

Enjoint aux- Patrouilles de tenir la main à l'exécu- 
tion du préfent arrêtée. 

Fait à l'Hotel-de-VilIe, au Comité-Permanent, le 
6 Juillet 1789.^' 



Lettre, de. V JJemhUe- Nationale à M. NZCKER, er. 
date du-lS JuUlei'y 1789. 

" L'Affembleè'ftationalé, Monfieuf, àvoit déjà con- 
figné dans un a<Sle folcmnel, que vôUs emportiez fon 
eftime & fes regrets ; cet honorable témoignage vous .a 
été a'dreffé. de fâ part, & vous devez l'avoir reçu. Ce 
màtîn"e]lè avoit arrête que le "Roi feroit fùpplîé de 
vous' râppéller au 'minillère. C'étoit tout à la fois 
ItitiVcë ii qu'elle expriraoit, & celui de là capitale qui 
vous rcclarne à grands cris. Le Roi a daigné préve- 
nir notr-é d^emande, votre rappel nous à été annoncé 
'de fa part, la reconnôiffancg nous a auffi-tôt conduits ' 
vers Sa Majefté, & 'elle nous adonné une nouvelle, 
'marquede confiance^en nous remettant la lettre qu'elle 
vous avoit écrite, & nous chargeant de vous l'àdrefr 
•l^r." 

" L'Affemblcc nationale, Mbnfieur, vous preffe de 

vous rendre' au dcfir de Sa Majefté ; vos talens & vos 

. ,•.,. rr . .. , ^ , 

vertus ne poudroient" recevoir m une recompenie plus 

glorîeufè, ni un plus puiffànt encourageaient. Vous 

juftifierez notre confiance. ' Vous ne préférerez pas 

votre propre tranquillité à la tranquillité publique. 

Vous ne vous refuferez pas aux intentions bienfaifan- 

tcs de Sa Majefté pour fes peuples. Tous les momens; 



[, 1^7- ] 



f©ri't précîeuk. La nation, fon Roî, & fes repréfen- 
lans vous attendent." 

** Nous avons l'honneur d'être, Sec. ". 
Signùi y. G. Archevêque de Fmne, Préfidetitt, le 
Comte de Lallt-ToUendaly Secrétaire y Moimier, Secre- 
riq'ire. ... ■. 

Voici des nouvelles concernant les Etats-Généraux, 
qui nous ont paru plus authentiques que toutes cel- 
les qui ont été pu'oliées. 

Du Mardi, 14 Juillet, 1789. 
L'arrêté de l'Afiemblée Nationale d'hier fut parte 
le foir au Roi. Sa Majefté fonpoic et fit dire qu'elle 
répondroit le Mardi matin. Le Tréfident eft allé 
chercher cette réponfe ; mais elle a été différée en- 
core, et Sa Majefté a dit qu'elle examineroit l'arrêté' 
dé l'Afieoîblée Nationale. 

Plus de cent Membres de l'AîTemblée ont relié 
toute la nuit dans la Salle préfidée par M- le Marquis 
de la Fayette, qui, le foir même, avoit reçu des fulira- 
ges de rAffemblée, divifée par Bureaux, le titre et 
les pouvoirs de Vice-Prcfident. 

Prefque toutes les nouvelles qui étoîent arrivées de 
Paris, dans la matinée, faifoient efpérer le retour du 
calme et de la paix dans cette Capitale. Beaucoup 
deDéputés croyoient même pouvoir fe difpenfer d'aller 
l'après-dînée à l'Afferablce. Cependant des bruits 
fourds commençoient à troubler ce moment de tran- 
■quillitéj, lorfque M. le Vicomte de Noailles eft arrivé à 
toutes brides de Paris. Son air feul annonçoit ce 
qu'il avoit à raconter. Il ell monté dans l'Affemblée, 
environné de Députés. Là^ il a dit ce qu'il avoit vu 
lui-même, toute la Bourgeoifie de Paris en armes et 
diiigéie dans fa difcipline par les Gardes Françoifes 
et des Suiffes, les canons des Invalides et leurs fufils 
enlevés ; toutes les familles nobles obligées de fe ren- 
fermer dans leurs maifons ; la Ballille forcée, et M, 
de Launey, fon Gouverneur, qui avoit fait tirer fur les 
Citoyens, égorgé. 

Il eft aifé de concevoir l'imprefîlon terrible que ces 
nouvelles défattreufes ont produite fur les Repréfentans 
de la Nation. Sur le champ, il a été arrêté une Dé- 
putation au Roi, dans laquelle fe mêleroit M. le Vi- 
comte de Noa'Ues, comme témoin des vérités fatales 
qu'on dtvoit hii faire entendre. 

Tandij que les Députés s'étoient rendus auprès de 
Sa Majefté, il eft arrivé une Députation des Eledleurs 
et du Comité de Police de Paris. Ils ont fait un ré- 



cit détaillé des troubles de la Capitale, de,fes malheurs 
et des foins vigilans et éclairés que fes Citoyens pren- 
nent pour en prévenir déplus affreux. Us ont fait 
connoître avec, quelle indignité M. de Launey, z^^rh^ 
avoir laiffé entrer dans les cours de la Baftille des Ci- 
toyens qui lui portoient des prières de .paix, avoit fait 
levet; les ponts,. et avoit fait tirer fur eux. Us ont 
iparu igîiorer que M. de Launey eût expié un fi grand 
crime. Us ont ajouté qwe des Couriers expédiés 
jpour diverfes Provinces avoient été arrêtés, que le 
•Peuple s'étoit emparé des dépêches dont ils étoient 
porteurs et vouloit qu'on les ouvrît ; que le Comité 
de Police s'y étoit oppofé ; qu'un autre Courier ex- 
pédié au Gouverneur de la Baftille avoit auffi été arrc- .. 
té ; qu'on avoit ouvert fes paquets, et qu'on y avoit 
trouvé l'ordre donné au Gouverneur de faire tirer- fur 
le Peuple auffi-tôt qu'il le jugeroit néceffaire. Plufî- 
eurs voix ont demandé les noms de ceux qui avoient 
figné de tels ordres, et qui dévoient les expier de leurs 
têtes. M. de Clermont-Tonnerre a dit ; ce n'eft pas 
le moment de s'occuper de vengeance ; et celle des 
loix et de la juftiee doit être lente. M. le Marquis 
•de la Fayette, rempliffant les fondions de Vice Préfi- 
dent, a exprimé aux Dépxitésde Paris les fentiraens de 
l'Affemblée Nationale^ et leur a dit qu'ils allorent en- 
tendre eux-mêmes la réponfe du Roi qu'attendoit 
l'A.ffemblée,et qu'ils auroient la preuve des foins qu'elle 
avoit pris pour éloigner de Paris les défaftres qui s'y 
multiplient. Par acclamation il a été décidé qu'une 
féconde députation iroit fur le champ remettre ces 
nouveaux faits fous les yeux du Roi ; mais M. le 
Marquis de Maritefquiou a fait fentir qu'il étoit nécef- 
faire avant de faire parler la féconde députation d'en- 
tendre la réponfe qui auroit été faite à la première. 
Elle eft arrivée bientôt. Le Roi a répondu, en fub- 
ftance, qu'il étoit affligé des maux et des troubles qui 
défolent Paris, qu'il s'en occupoit avec une continuelle 
inquiétude ; que les troupes étoient déjà écartées de 
Paris, et qu'il avoit donné ordre à fes Officiers Géné- 
raux de fe mettre à la tête des Gardes Bourgeoifes de 
Paris. Un long et morne filence a été l'effet qu'a 
produit cette réponfe, et la féconde députation eft 
partie. 

Alors s'eft préfenté un Dc-puté de la Nobleffe qui 
arrivoit à l'iriftant même de Paris ; il a raconté une 
multitude d'aventures qui lui font arrivées et qui ont 
vivement fixé l'attention de l'Affemblée, parce qu'on 



[ « 

voyoit dans fes récits Pantîque et loyale fimplicîté de 
fon ordre, avec l'amour du peuple et de la patrie. 11 
a dît comment le peuple avoît arrêté un fiacre qu'ij 
avoît loué pour revenir à l'Affembléc, comment il 
avoît été conduit àTHotel-de-Ville à travers une mul- 
titude armée j comment à la Grève on lui avoit mon- 
tré le cadavre vêtu de noir d'un homme décapité qu'on 
lui a dit être M. de Launey, en lui annonçant que lui- 
même alloit être bientôt exécuté ; et comment heu- 
reuicment un ordre de celui qui préfidoit rAflcmblée 
de l'Hotel-de-VilIe loi avoît ouvert les paflages. 

M. l'Archevêque de Paris a apporté bientôt la fé- 
conde réponfe du Roi. Voici quels en font à-peu-près 
les termes ; " Vous affligez de plus en plus mon cœur 
par le récit des malheurs de la ville de Paris ; il cft 
impoffible que les troupes que j'en ai fait approcher 
en foient caufc ; je n'ai pas à vous faire une autre ré- 
ponfe que celle que voas avez entendue ce foir." 

L'Affembléc Nationale n'a pas jugé que ces deux 
s-éponfcs fuffént propres à porter le calme dans Paris, 
et elle a décidé qu'elle attendroit jufqu'à demain, dans 
l'efpérancc de quelque réponfe plus heureufc. 

Du Mercredi 15 Juillei. 
Le Roi s'eft rendu ce matin, à 11 heures, à l'Af- 
fembléc nationale, fans s'être fait annoncer, fans l'ap- 
pareil ordinaire, accompagné feulement de Monfieur 
et de Monfeîgncur Comte d'Artois, et il a adreffé à 
l'Affembléc le Difcours qui a déjà été diftribué.— ~ 
L'Affembléc Nationale a arrêté fur le champ une 
grande députation à l'Affemblée générale des Elec- 
teurs réunis à l'Hôtel-de-Ville, pour y aller porter 
cette nouvelle fi heureufe à la fois et fi glorieufe pour 
3a Nation Françoife. 

MM. les Députés nommés pour cette députation, 
au nombre de plus de 80 Membres, font partis auflS- 
lôt et font defcendus aux Tuileries à quatre heures et 
un quart ; de-là i!s ont traverfé la ville à pied entre 
deux haies de Soldats et Gardes bourgcoifcs, aux ac- 
clamations continues d'un peuple immenfe criant : 
'vive la Nation ! vive le Roi ! Ils font entrés dans la 
grand'falle de l*Hôtel-de- Ville. Lorfqu'ils ont été 
placés, M. le Marquis de la Fayette, préfidant la dépu- 
tation, a pris la parole et a prononcé un difcours pour 
annoncer celui du Roi à l'Affemblée Nationale, dont 
il a fait la leÔure. On ne peut rapporter ici que 
tïès-incorrçftcmcnt fans doute, quelques idées recueil. 



8 1 

lies de mémoire du difcpurs de M. de la F-ayeile. Le 
Roi a été trompé, a-t-il dit, mais il ne l'eil plus ; il 
connoît nos malheurs, MM. , et il les connoît pour 
empêcher qu'ils ne fe reproduifent jamais. En venant 
porter de fa part, à fon peuple, des paroles de paix, 
j'efpèrc, MM. , lui rapporter auffi la paix dont fon 
co&ur a befoin. 

Quelques Soldats du Régiment des Gardes fe font 

avancés avec leurs drapeaux, et l'un d'eux a adreffé au 

Préfident quelques phrafes, mais d'un ton de voix 

trop peu élevé pour fe faire entendre de l'Affemblée. 

De Paris, le 26 Juillet. 

Le mot àk^AJfemlUe Nationaki confacré dans le dif- 
cours du Roi, a caufé parmi les vrais patriotes une joie 
inexprimable. Le nom d'Etats-Généraux portoi't 
avec lui toutes le» idées Gothiques & féodales défor- 
données qui aai donnée lieu aux troubles antérieurs, 
au lieu que celui d'Affemblée Nationale fe trouve 
naturellement dégagé de toutes les erreurs de l'hiftoire, 
c'eft un mot neuf, c'eft une idée neuve, qu'on ne peut 
combattre avec des faits, ni des préjugés hiftoriqucs. 
La raîfon feule offre fes armes, & on fait quels progrès 
elle a faits depuis peu de tems. 

M. le baron Breteuîl avoit été nommé préfident du 
confeil des finances, mais plufieurs des magiftrats qui 
dévoient être de ce confeil fe font cxcufés. 

M. de Crofoy ayant donné fa démiffion de la place 
de lieutenant général de police, le comité permanent 
de la ville a fait un arrêté pour l'engager à continuer 
fes foins. L^ même comité a arrêté que les payemens 
de l'Hôtel-de-Ville fe feroient aux Petits Pères de la 
Place des Viéloires. 

On a répandu dans ce pays-ci, que, non cou te ns des 
exécutions terribles qui ont eu lieu, les bourgeois 
avoient mis à prix la tète de Mgr. comte d'Artois, du 
maréchal de Broglio, du duc de Luxembourg, & de 
vingt huit perfonnes du premier rang. On n'a pas 
diftingué les affiches incendiaires qui ont eu pour au- 
teurs des gens qui n'ont pas ofé fe livrer à l'exécration 
publique, en fe faifant connoître, & les réfoltitions defr 
bourgeois enrégimentés. Ils fc font livrés (cela n'eft 
que trop vrai) à une grande éffcrvefcence, mai» enfin 
ce font eux qui ont arrêté les maffacres, C'eft la mi- 
lice de Paris enrégimentée qui a fubftîtué à l'irrégu- 
larité des premiers armemcns, un fervice dont le but 
principal, à ce que nous affurent nos lettres, éîoit 
d'empêcher les crimes qui aiu-oîent pu être conDmi» 



[ «8? î 



parle» bandîtsquî s'étoient armésdansles premiers jours. 
Il eft impofîible de dire jufqu'oû l'on a prétendu 
que les excès avoîent été portés. On a imprimé dans 
plufieurs feuilles Angloifes, qu'au moment du départ 
de quelques François diftingués qui fc font réfugiés à 
Londres, les bourgeois avoient pris la réfolutîon d'aller 
attaquer le château de Vcrfaillesi On a débité que le 
duc de la Trémouille avoit été jeté à la rivière — en- 
fuite qu'il avoit été mis en prifon par le peuple ; que 
M. l'archevêque de Paria & M. le lieutenant de police 
avoient été maffacrés, &c. &c. Sic. C'eft avec bien 
de la joie que nous fupprimons Icstrois quarts des bruits 
odieux qui ont couru, & que nous contrcdifons ceux 
qui précèdent. La plupart de ces bruits avoient été 
répandus par des pcrfonnes qui les rendoient avec des 
circonftances fi vraifemblablea qu'en partant des don- 
nées alarmantes que l'on avoit déjà fur les extrémités 
auxquelles s'étoit porté le peuple, on pouvoit croire 
pofîibic tout ce qui étoit raconté de fcmblable. 

Heureufement que le cœur de S. M. qui aime fa ga- 
lion, autant qu'elle en eft aimée, lui a diélé le feul 
parti qu'elle eut à prendre, dans une circonftance auffi 
cruelle pour fa fenfibilité. Le Roi, renonçant de lui- 
même à des projets hoftiles à fon peuple qui n'ont ja- 
mais été didés par fes fentimens, & fe refufant à nour- 
rir les cfpérances qu'on lui avoit données de fubjugucr 
fes fujcts par la force, a mis fa gloire à faire triompher 
fon amour pour eux, & à ne devoir leur foumiffion 
qu'à celui qu'ils lui portent. Mercredi dernier ce 
Prince, au défefpoir d'avoir été trompé, s'eft rendu, 
feul à pied, à Taflemblée nationale, il a traverfé la 
foule immenfe qui entouroit la falle dans cet appareil 
de paix, & a demandé aux repréfentans de la nation 
Tafliftance de leurs lumières dans un difcours qui a été 
reçu avec acclamation, & qui a fait verfer des larmes à 
toute l'aflemblce. Les entrailles du fouverain fe font 
émues à ce fpeéiacle touchant & il n'a pu retenir les 
fiennes. Le Roi à été reconduit au château par un 
peuple, enivré d'amour, qui a prouvé pour la millième 
fois que les excès les plus oppofés font ceux qui fe 
touchent. Les uns font le premier, & les autres le der- 
nier point du cercle immenfe des événemens de la vie. 
—L'amour du Roi renfermera déformais une nation 
chérie dans celui que va former une bonne conftitution. 
Le fouvenir des txcès auxquels elle s'eft portée la plon- 
gera dans le deuil & la douleur, quand elle fera reve- 
nue à elle. 



L'affcmblée nationale, empreffée de hâter fes tra- 
vaux, & de leur donner une bafc folide, a entendu îe 
rapport du comité chargé du travail fur la conftitution ; 
ce rapport a été fait par M. Mounier. Il a expofé dans 
le préambule les motifs qui doivent déterminer l'éta- 
bliflement d'un ordre fixe dans le gouvernement, & de 
tracer des limites entre les pouvoirs qui jufqu'ici fe 
font combattus, & qui ont rendu l'autorité éparfc & 
mis fes parties en contradiftion ; d'où il eft réfulté des 
chocs également funeftcs aux droits du Souverain 5c à- 
ceux de la nation. Le comité conclut qu'il eft im- 
portant & néceflaire de donner à la conftitution de 
l'Etat une nouvelle & folide fanftion, & propofc Ica 
dix articles fuivans à examiner aux repréfentans de. la 
nation. 

ARTICLE PREMIER. 

Tout gouvernement doit avoir pour unique but, le 
maintien du droit des hommes, d'où il fuit que pour 
rappeler conftamment le gouvernement au but propofé» 
la conftitution doit commencer par la déclaration des 
droits naturels & inprefcriptibles de l'homme. 

Art. IL Le gouvernement monarchique étant 
propre à maintenir ces droits, a été choifi par la nation, 
Françoife ; il convient fur-tout, à une grande fociété ;, 
il eft néceflaire au bonheur delà France } la déclaration 
des principes *de ce gouvernement doit donc fuivre 
immédiatement la déclaration des droits de l'homme» 
Art. III. Il refulte des principes de la monarchie, 
que la nation pour affurer fes droits, a concédé au 
monarque des droits particuliers, La conftitution doit 
donc déclarer d'une manière précife les droits de Tune 
& de l'autre. 

Art. IV. Il faut commencer par déclarer les droita 
de la nation Françoife; il faut cnfuite déclarer les 
droits du Roi. 

Art. V. Les droits du Roi & de la nation n'exif- 
tant que pour le bonheur des individus qui la compo- 
fent, ils conduifent à l'examen des droits des citoyens. 
Art. VI. La nation Françoife ne pouvant être 
individuellement réunie pour exercer tous fes droits, 
elle doit être repréfcntée ; il faut donc énoncer le mode 
de fa repréfentation & les droits de fes repréfentans. 
Art. VII. Du concours des pouvoirs de la nation 
& du Roi doivent réfulterTétabliflement & l'exécution 
des loix : aînfi il faut d'abord déterminer comment 
les loix feront établies ; enfuite on examinera comment 
les loix feront exécutées. 



[ 190 ] 



A-rt. "VIII. Lesloixont pour objet l'adminifti'a- 
tion générale du royaume, les aiflîons des citoyens & 
les propriétés. L'exécution des loix qui concernent 
i'adminiftration générale exige des afiemblécs provin- 
ciales Se des aflemblées municipales. Il faut donc tx- 
aminer quelle doit être l'organifation des afiemblées 
provinciales, qu'elle doit être l'organifation des aflem- 
blées municipales-. 

Art. IX. L'exécution des loix qui concernent les 
propriétés & les aélions des citoyens, néceffite le pou- 
voir judiciaire ; il faut déterminer comment i! doit 
être confié ; il faut déterminer enfaite fes obligations 
Se fes limites.' 

Art. X. Pour l'exécution des loix & ia dcfenfe 
du royaume, il faut une force publique. Il s'agit 
donc de déterminer les principes qui doivent la diriger. 
Récapitulation. 

Déclaration des droits de Phomme. Principe de la 
Monarchie: Droits de la Nation. Droits du Roi. Droits 
des Citoyens fous le gouvernement François. Organlfatlons 
l^ Fondions de V AJfemhlée Nationale. Formes nécejfalres 
four l'EtaMlJenient des Loix. Orgajilfatlons îf> FonSlons 
des AJfemblées Provinciales £3° Municipales. Principes, 
obligations y limites du pouvoir judiciaire. Fondions iy 
Devoirs du Pourvoir Militaire. 

M. le Marquis ï/f la Fayette a lu à l'Affemblée Na- 
tionale un projet de la déclaration des droits, & l'Af- 
femblée a fenti & a jugé, comm^ un des Députés de la 
Noblcffe, qui, opinant fur le projet, a dit que fon Au- 
teur parloit de la liberté comme il favoit la défendre. 
Cal^e d'Efcompfe. 

M M. les Actionnaires font avertis qu'en exécution 
de la délibération prife en l'Affemblée générale tenue 
le 16 du préfent mois de Juillet, M. de Farlgny, Cai- 
ffier de la Recette générale, payera à bureau ouvert, 
le matin feulement, le dividende d'adions des fix pre- 
miers mois 1789, à raifon de cent quarante livres, fous 
h dcduftion de 25 livres de retenue au profits des re- 
connoifTances du prêt de 25 millions fait au Roi, con- 
formément à l'Arrêt du confeil du 17 Janvier 1789, 
homologatif des délibérations defdits Aélionnaires des 
8 & 15 dudit mois. Le terme de rigueur des dépôts 
d'atlions, pour avoir entrée aux Affemblées générales 
de Janvier prochain, a été fixé au 3 i de ce mois. 
Port de BreJ. 
La NoblefTe de Bretagne, non-moins ofTenfée des 
procédés de la nation, que de ceux des citoyens de 



leur province, et voyant les troubles qui fe per-pétii- 
oient, conçut le deffcin de fécouer le joug de la France, 
et de rendre la Bretagne plus libre qu'elle ne l'avoit 
jamais été. 

En conféquence, elle s'adreiTa à l'ambafladeur'de la 
G. B. et lui propofa de ic mettre fous la prot<:dlion 
de cette puiffance, comme état tribiitaiTè, pour être 
gouverné d'après l'ancien fyllêm-e féodal ': et pour la 
recompenfer d^un fervicé auffi important, elle devoit 
lui donner la poflèflîon du port de Breft, &c. &c. 

M. le Duc de Dorfet devoit obtenir de fa cour, une 
flotte <îe 22 vaifTeaux de ligne, et d'autres troupes de 
terrc-s, qui auroient pu invertir cette province au pre- 
mier fignal donné, et pour protéger tous autres projets 
hoftilcs. 

Le Drc de Dorfet aura bien de la peine à fe de- 
baraffer du mauvais pas où il fe trouve. 

Il eft fi vrai que le port de Breft devoit être livré 
aux Anglois, que leur Ambaffàdeur convient que l'on 
en a fait l'offre à fa Cour ; mais qu'elle a été rejetée. 
Comment pouvoit-il avouer l'un, fans déclarer l'autre ? 

La populace n'eil pas encore appaifée à Paris, elle 
ne peut refléchir fans frémir d'horreur, que fi le parti 
aridocratiqne eut reuffi, Paris devoit être invefti au 
premier fignal par un armée Angloife, et que la France 
alloit être déchirée à la fbis par une guerre civile et 
étrangfjre. 

On lit dans prefque toutes les publications du parti 
du peuple, ces mots : " Les perfides n'avoicnt pas 
rougi d'aflbcier à leurs complots téaébreux nos éter- 
nels ennemis." 

Mais ce qui prouve l'authenticité de ces traits, c'efl 
une lettre écrite par le minillre d'une cour étrangère,, 
alliée de la France, à fon ami a Paris. Cette lettre, 
qui fut interceptée, invite celui à qui elle eft adreffé.e, à 
quitter Paris au plutôt — qu'il y avoit un projet fur 
pied pour diflbudre l'affcmblée nationale, que plufieurs 
des membres qui la compofoient dévoient être mis à 
mort — que Paris devoit être réduit par force, et que le 
Roi dcYoit être aflifté dans i'exécuiion de ces projets 
par des puifiances étrangères. 

Pour enflamer la populace encore davantage, on fit 
circuler une lifte de 47 peifonnes, qui étoient pour le 
peuple, et qui dévoient être mifcs-à mort. 

Cette lifte étoit compofée de 3 Evèques, 4 Relieurs, 
ij Nobles, et 23 Roturiers. 

La Cour avoit vécu les a/furancts les plus pofitivei 



[ I9Ï ] 



t!e la part du refîe du Clergé et de la Nobleflc qp'ils 
la défendroient, et qu'ils lui fourniroîent fur le champ 
l2jOQO,ooo de livres ; et qu'ils feroient tous leurs ef- 
foJts pour faire circuler un papier-raonnoie, que quel- 
ques feuilles ont imprimé avoir déjà été frappé. 

Ce papier devoit fuffire pour le maintien des troupes ; 
et l'on avoit déjà arrêté de l'avis d'un nouveau minijlre 
de donner Paris au pillage, aux troupes pour les re- 
compenfer de leur fidéîilé. 

■ ^ Tie B O S TON, le ler. O^obre. 

' Les échanges réciproques de politeffe et d'attention 
entre les of5.ciers de S. M. T. C. et les citoyens de 
cet Etat, dont nousavônÈ rendu compte dans les Mos. 
précédées, ne dévoient pas fe, borner à ce que nousen 
avons dit. 

Jeudi dernier la fociété de Cincinnatus donnât un 
grand, dinner àMcffieurs les Officiers de la divifion 
Françoife, séluellement dans ce port. 

Ce repas fut donné à Gonceri-Hal/, hniica^nt des 
plus convenables, (Et que l'on avoit eu foin'dé, préparer, 
et d'orner dafl^-eaUe occafion. Les tablçs formoient 
un demi-cercle. M. le Vicé-PréfidentEusTis ayant 
àfadrpi-te M. le VicbnitJe de Pontévès, l'Hon. M. 
Baud,ouîn, M. le Confurdè Fiance, le Rey. M. Free- 
.man ; et à fa gauche, M. le Marquis de la Galliffon- 
niercj les honorables M. Ruffell, Dav/es, AuHin, &c. 
&c. Le nombre des convives ctoit de 70. 

Les décorations de là falle attirèrent les yeux de 
toutes les perfonnespréfente^. Un portrait du Préfi- 
dent des Etats-Unis, orrié d'une médaille de la fociété, 
placé' vis-à-vis de l'entrée, fembloit rappeler à chacun 
des convives le patrlotifme et la valeur qui les avoicnt 
3â'g''%.'-'S à cette fociété vraiment noble et refpeâable. 
Le pavillon Américain flottoit à longs plis- à la droite, 
et le François à la gauche de ce banquet.. 1-3 Points 
envelloppant 3 fleurs de Hs, formoient l'emblème de 
l'alliance, avec cette devife^ " ^^If^ "^^^ alliance être 
perpétuelle .'" 

A l'autre bout de la falle,. on voyoit un beau por- 
trait de S. M. T. Ci avec le pavillon de France flot- 
tant à la droite ; et à la gauche étoit celui des E. U. 
fur lequel étoient les armes de France, avec ce motto, 
" Fi-ve Louis XVI ! .'' On auroit pu lire fur tous 
les vifages le langage de la reconnoiflance. 

L'orçheftre, qui étoit compofé d'une bande d'éx- 
cellens muficiens, étoit couvert d'un beau drap bleu, 
bordé de blanc, fur lequel étoient repréfentées alter- 



nativement 13 étoiles et i.j'fieiirs de lis. Onvoyoîtau 
milieu l'Aigle de l'Union fendant les airs, et deux pe- 
tits pavillons, l'un des E. U. et 'l'aiitre de France, 
fes côiés. La joie et la fatisfaétion qui regnoient à 
ce banquet de vétérans, s'exprimoient par des expref- 
fions touchantes, figne d'une amitié qui fe forme dans 
les momcns de danger, 'et dont la bafé eil la vertu la 
plus fincère. 

Après dinner on porta \ç.% toafts fuivantes : 7 

i°. Au Préfident des Etats-Unis^.- 2°. A fa Majefté 
Trés-Chretienne. 3°. Au Vice-Préfident, et au 
Congrès des Etats-Unis. 4°. Au Gouverneur et à 
la l^épublique. 5^. A M. le Vicomte de Pontévès, 
et à Meffieurs les Officiers de fa Divifion. 6°. A 
notre Pr-éfideut, et à tous: nos fi'eres de Cincinnatus. 
7°. A l'harmonie, et à l'amitié qui ont cimenté l'arn^ée 
alliée, dans leur contefte pour la liberté de l'Améri- 
que. 8°. A la mémoire de ceux qui font morts dans 
la caufe glorieufc. 9°. Au Général Lincoln. 10"^'. 
Au GénérallCnox. 11°. A l'alliance de la France 
avec l'Amérique. 12°. Puiffe l'amitié formée dans 
les temps de calamité, fe perpétuer dans la profpérité ! 
13°. Purffentja, liberté et le ;bonhe.ur diâinguei: pour 
toujoui-s l'Indépendance de l'Annérique 1: .:; 'I 

On lit dans une feuille de Londresdù 8 Août, que 
M. Sheridan a ouvertement accufé M. Pitt d'avoir 
employé plus de' d€4ix millions, à fomenter les divïJ- 
fions inteilioes de la France. L^n impeachment"'^^ 
cette nature femble annoncer quelques pièces. Si le 
miniftre Cil acciifé et qu'il ne puiiTe pas exhiber l'em- 
ploi de cette fomme qui manqu£ au tvéfor, il ne fera 
plus difficile de refoudre la caufe de la grande anxiété 
du Duc de Dorfet. 

On lit- dans- quelques feuilles,, que le Préfident des 
Eîats-Un-îs a déjà député une perfonne près du Lord 
Dorcheiier, Gouverneur du Canada, pour favoir de foR 
Ex. fi elle avoit reçu des ordres de fa cour, pour re- 
mettre les poftes de la partie Occidentale, aux Etats- 
Unis. Cette raefure commence à indiquer l'énergie 
et la vigueur que les amis de la conftitution fe font 
promifcs de fon établiiTement. 

*^^ Nous reprendrons les débats du Congrès à 
l'ordinaire prochain. Le nombre et l'importance dea 
affaires de la révolution qui vient de s'opérer en France» 
ne nous a pas permis de négliger aucune circonftance 
qui pouvoit tendre à éclaircir les verfions diverfes et 
fauffes qui ont été publiées, concernant ce grand évèns,' 
ment. *. 



C 192 ] 



RANGE. 



Motion dt m. /'^^^^ Grégoire, Curé d'Ember- 
meni/, à la Séance du i^JuiUet 1789. 

Messieurs, 
Vous vous rappeliez avec indignation les outrages 
faits au Monarque par ceux qui, ayant furpris fa reli- 
gion & compromis fon autorité, vouloîent faire régner 
fur les Loix un Prince qui ne veut régner que par les 
Loix. Un defpotifme conftitutionel vouloit brifer les 
rcflbrts du Gouvernement, & anéantir les efpérances 
de la Nation. Les Ariftocrates efpéroîent conforamer 
militairement leurs crimes ; mais la force s'unit à la 
juftice. Paris frémiffant pénfoit à garantir la fûrcté 
perfonnelle de fes Mandataires. Le Soldat François 
prouve que l'honneur eft auffi fon patriotifme, et qu'il 
ne pouvoit être l'inftrumeat des malheurs de fes frè- 
res. Hélas ! s'il eût été animé des mêmes principes 
dans le temps des diffentions qui déchiroicnt, il y a 
deux (î-ècles, k fein de la France, il eût épargné des 
larûjcs à l'Humanité, & des gémifremens.à la Pof- 
térité. 

Depuis l'ouverture des Etats, nous avons vécu au 
milieu des diviGons, parce qu'on vouloit cnfevelir la 
raifon fous les ufages, & faire taire la juftice devant 
l'orgueil. 

Nous avons vécu au milieu des vexations. . . . vexa- 
tions même de la part des fubaltcrnes des fubalternes. 
On vous avoit ravi la police de votre Salle ; des infi- 
délités à la Poftc ont fupprimé des envois qui dévoient 
être remis quelqu'en fût le contenu. On a voulu 
foumcttre au compas de la cenfure les opérations de 
vos Séances ; en ce moment même font affichées à 
l'entrée de cette Salle, des prohibitions attentatoires à 
vos droits : vous avez trouvé fans cefle des intermédiai- 
res entre le Souverain & vous, tandis que vous devez 
travailler immédiatement avec celui à qui la Nation a 
confié les rênes du Gouvernement. 

Nous avons vécu au milieu des orages ; qui n'a 
pas ouï parler des projets atroces fuggércs par la fu- 
reur ? C'eft dans l'Hiftoirc du Parlement Anglois, 
près d'être anglouti fous les débris de fon fanftuaire, 
qu'il faut aller chercher le modèle des attentats qu'on 
raéditoit, dit-on, contre vous ; & fi les accufés n'ont 
pas projettes ces forfaits, au moins eft-il vrai qu'on 
les en a crus capables ; il cft des vices qui reconnoif* 
fent des bornes, mats 1^ fcélératefle les franchit toutes. 



Il y a donc, Mefficors, des êtres fi vils qu'ils feroi- 
cnt rougir d'être hommei fi dans cette aflemblée on ne 
s'honorait de l'être ! II y a donc des êtres atroces qui 
ont l'oreille fermée à la pitié, & dont le cœur n'admet 
jamais de remords ! Il y a donc des perfides qui pré- 
tendent nous intimider, tandis qu'aux fureurs des per- 
vers nous oppofons tranquillement l'égide du courage, 
& que chacun de nous fe feroit gloire d'être infcrit 
dans le martyrologe de la Patrie ! 

Jufqu'ici, l'Etat, vidime des déprédations dans tous 
les genres, n'offroit plus qu'une Nation en proie à tous 
les maux ; le pauvre citoyen, le trifte citoyen, arrofoit 
fes fers de fes larmes, nos campagnes de fes fueurs, fana 
ofer parler de fes droits j & l'Etat marchoit à grands 
pas vers fa ruine. 

Et lorfque la France fe réveille, lorfqu'après deuK 
fiècles, la famille fe réunit fous les yeux d'un Roi chéri, 
lorfqu'un Prince iffu de nos Rois, vient s'afleoir au 
milieu de nous, & s'honorer de la qualité de Citoyen, 
le Defpotifme agonifant fait un dernier effort, il lève 
fon bras pour nous replonger dans l'avilliffement & le 
malheur ! 

Vainement feroit -on coulçr des âeuves de fang ; la 
révolution s'achèvera. La raifon étend fon empire, 
elle refplendit de toutes part | elle va confacrer les 
droits refpeftifs d'une nation idolâtre de fon Monarque, 
et d'un Monarque qui dans l'amour. de fon Peuple, 
trouvera fon plus ferme appui. Ah! s'il falloit de 
nouveau nous courber fous le joug, il vaudroit mieux 
fans doute fuir avec un Miniftre chéri au fein de l'Hel- 
vétie ou vers les rivages de Bofton, fur lefquels d'il- 
luftresChevaliers François ont aidé à planter l'étendard 
de la liberté. 

Il eft donc vrai que notre Rai eft obfédé, trompé 
par fes ennemis et les nôtres ; et qui trompe le Roi, 
difoit Maffillon, eft auffi coupable que s'il vouloit le 
détrôner. Notre devoir exige, Melfieurs, que nous 
nous raillions autour de lui pour le défendre, et pour 
relever avec lui le Temple de la Patrie. 

Il y a long-temps, Meffieurs, que le Peuple eft vic- 
time : bientôt on connoîtra les Sacrificateurs. Les 
nommêrai-je ? Non. Leurs noms ne fouilleront point 
ma bouche ;. mais je demande qu'un comité foit établi 
pour connoîtrc & révéler tous les crimes minîftériels 
pour dénoncer à la France les auteurs des maux qui 
afSigent la Patrie, pour invoquer enfuîte les formes 
judiciaires, & livrer les coupables à la rigueur des Loix. 



BOSTON, de rimprimerie de Samuel Haï 
5Ù l'on peut fe procurer chaque Numéro. On 



LLL, Libraire, dans leCornhlIl, No. 53, 

Où l'on peut le procurer chaque Numéro. On foufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall -, à Salem, chez MM. Dabney et Cufhing ; ï Nei^-Tork y ch^z M., Thomas 
Greenleaf, et M. John Fenno ; à Phtladelphîey chez M. Mathew Carey ; et chez les 

principaux Imprimeurs des Etats-Unis. L'Editeur fe fera un plaifir, et mêiTie un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



[ 193 ] 



lïSsiiafmmmiiimrnim ■iiiiniiii*w»aft» 



t''mm's;mfî>iXss»Taa)euisf<eai,-'.tmtetKseamx!im' m i iim iiiii ■— ii iiwwewHaaIÉ 



COU 



OSTON, 



AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



IS Utilité des deux Mondes, 



Prix, 5 Pence.'] 



Du JEUDI, 8 Octobre, 1789, 



[No. 25. 



FRANCE. 

Réprîfe des Nouvelles authentiques y concernant les Etats- 
Généraux. 

M. le Marquis de la Fayette, qui avoit été le matin 
nommé à rnnanimicé, Commandant général de la Mi- 
lice Parifîenne, a été alors proclamé par un cri géné- 
ral ; il a voulu parler, mais ne pouvant fe faire enten- 
dre, il a tiré fon épée qu'il a baifTée devant l' Aflemblée 
en figne de remerciment. Un cri général a auiu pro- 
clamé M. Bailly^ Prévôt des Marchands. 

L'AiTemblée Nationale, qui n'a pas défemparé un 
moment toute la nuit, a remis fa féance en aftivilé à 
ç heures. Elle ne pouvoit s'occuper que d'un feul ob- 
jet, de la fituation de Paris, dont les Citoyens, depuis 
plufieurs jours, font entre les glaives et la famine.— 
Elle a encore arrêté une troifiérae Députaton au Roi. 
C'efl: au cœur de Sa Majefté qu'elle vouloit pénétrer 
à force de s'en approcher. On a bientôt appris que le 
Roi, en perfonne, vouloit venir au milieu de l'Affem- 
blée Nationale pour faire des propofîtions et pour ré- 
pondi^'e aux fieunes. Apres deux heures d'attente on 
l'a vu arriver. La contenance de rAffemblée n'a pas 
été par-tout la même. Une partie efl: refiée dans le 
plus profond filence ; l'autre a été agitée et défordon- 
née par le tumulte des applaudiiTemens. 

Après le Difcours que le Roi a prononcé, les té- 
moignages de la joie ont été extrêmes. Le Préfident 
lui a répondu que les acclamations bruyantes qui fe 
faifoient entendre n'en étoient pas moins refpeélueufcs, 
parce que l'amour des Peuples pour leurs Rois étoit 
le témoignage de refpeâ: qui devoit le plus les toil- 
cher : il lui a rappelle enfuite les dernières délibéra- 



tions prifes à l' Affemblée Nationale et dans Icfquelles 
elle perfifte. Il lui a dit que fans doute l'Affemblée 
n'a pas le droit de diriger le Monarque dans le c^oix 
ou dans le renvoi de fes Miniftres ; mais que les évène- 
mens ont atefté combien peuvent être fnnefte le renvoi 
d'un MIniftre cher à la Nation, et l'élévation au Mi- 
niftère de ceux qui n'ont pas la confiance des Peuples. 
Il a ajouté enfin que les Repréfentans de la Nation ne 
confentiroient plus qu'ils s'interpofât aucun intermé- 
diaire entr'eux et leur Souverain. 

A ces mots le Roi s'eft empreffé de reprendre îa 
parole pour dire que dans aucune occafion, il ne s'étôit 
refufé à recevoir et à entendre les Repréfentans de la 
Nation. Ces dernières paroles qui, comme moins pré- 
parées, paroiffoient fortir plus direélement du cœur 
du Monarque, ont excité des émotions plus vives et des 
acclamations plus généralesi Prefque toute l'Affem- 
blée s'eft levée et a fuivi le Roi dans fon Palais. Les 
Députés de tous les Ordres, fe tenant par la main, 
formoient une chaîne demi-circulaire et une enceinte, 
au milieu de laquelle raarchoit le Monarque, précédé 
de fes deux Frères. JJn peuple immenfe fuivoit, 
rempliffant les airs de ce cri : vive le Roi. On a en- 
tendu dir; : // ne faut pas d'autres Gardes-du- Corps. 
Tout le monde lui parloit, et il parloit à tout le monde. 
On affure qu'une femme du peuple s'eft jettée à fon 
cou et qu'il a votilu en être cmbrafle ; qu'il a dit à 
ceux qui vouloient la faire retirer, laijfe^-la venir. A 
peine rentré dans le château, le Roi eft allé entendre 
la Melfe à fa chapelle, et le même cortège l'y a fuivî. 
A ces paroles d'un Motet qu'exécutoit la mufique 
plaudite Regemmanibus^les applaudifiemensout redoublé 
et fembloient ne pouvoir pas finir. 



Députés dans quelques Bureaux parle fort, et ceux-là 
ont été maintenus ; dans d'autres, au fcrutin, et ceux 
là ont été changés, parce qu'on a voulu que fe fort en 
décidât comme dans les autres Bureaux, et le fort eft 
tombé fur d'autres. Au départ de la Députation, 
chacune des voitures qui portoient ks Députés a été 
fulvie par les acclamations et par les battemcns de 
mains du peuple dans une grande partie de la longue 
allée de Paris. 

L'Aflemblée Nationale, ou plutôt un grand nom- 
bre de Députés s'étoient affemblés hier au foir pour 
attendre la députation à Paris, au cas qu'elle revînt ; 
mais elle n'eft pas revenue en corps comme elle étoit 
partie. Plufieurs Membres font arrivés cette nuit et 
d'autres depuis, et ce n'eil que ce matin qu'on a pu, 
entendre les récits de la réception qu'on leur a faite à 
Paris ; de ce qu'ils y ont vu et entendu. Ce récit, 
commencé par M. l'Archevêque de Paris, a été conti- 
nué par plufieurs autres Députés, et c'efl; M. Mounter 
fur-tout qui a completté ce morceau d'hiftoire, caf 
c'en eft un bien intéreflant. 

L'AfTemblée Nationale a applaudi, comme à fon 
propre triomphe, à tous les honneurs décernés à quel- 
ques-uns de fes Membres, à la nomination de M. le 
Marquis de la Fayette au gi-ade de Colonel général des 
Milices de Paris, et de M. Ba'illy à la place de Prévôt 
des Marchands. Mais ce qu'elle a appris fur-tout 
avec une fatisfaâion profonde, c'efl. l'ordre qui règne 
dans cette immenfe Capitale au milieu même de l'in- 
furreftion. Un peuple, qui refpeâe la jufl:ice jufqucs 
dans fes foulèvemens, paroît bien digne de la liberté, 
et ce ne font plus là les François fougueux et aveugles 
de la Ligue, ni les François légers et infoucians de la 
Fronde. 

Dans cette joie commune à toutes les âmes dans 
les trois Ordres, tout ce qui refl:oit encore de diversi- 
tés dans les opinions a difparu ; et tous les Membres 
de la majorité de la Nobleffe et de la minorité du 
Clergé ont déclaré qu'ils levoient eux-mêmes toutes 
leurs proteftations et toutes leurs réferves contre la 
réunion entière. Nos commettans, ont-ils dit, et ne 
peuvent plus exiger de nous que nous foyons fidèles à 
des mandats dont l'exécution efl impoffibïe et feroit 



[ Ï94 ] 

Les Députés rentras dans le fein de rAflemblée [ les autres, et M. l'Abbé (/^ Mj«;^ya;w, qui a prononcé 
Nationale fe font occupés du départ de la Députation à ce fujet un difcours plein de fagefle et de nobleffe, a 
pour Paris. Avant-hier on avoit fait le choix des dit. que le courage avec lequel ils font reftés fidèles a 

leurs mandats annonce à l'Affemblée Nationale le 
courage qu'ils mettront déformais à défendre les prin- 
cipes et les droits de la Nation. 

Prefqu'à l'ouverture de la féancc, M. le Comte de 
Mirabeau, dans une adreffe et dans un difcours qui 
l'avoit précédée, avoit propofé de demander au Roi le 
renvoi de tous les MIniftres dont les perfides confeils 
ont produits des fcènes fi dcfaftreufes. Il y avoit une 
autre demande qui étoit dans tous les cœurs, c'étoit 
celle du rappel de M. Necker : un grand nombre de 
Députés l'ont propofée et tous vouloient la propofer. 
Cependant l'incertitude de quelques principaux cfi: 
venu fc mêler à ce fentiment qui écoit fi décidé et fi 
prononcé. 

M. de Lally-Tolkndal a dit : " Meffieur&, nous 
l'avons entendu hier à Paris ; dans les mes, dans les 
carrefours, fur les quais, dans les places, il n'y avoit 
qu'un cri : Le rappel de M. Necker. Tout ce Peuple 
immenfe nous prioit de redemander M. Necker au Roi, 
et les prières d'un Peuple font des ordres. Il faut 
donc que nous demandions le rappel de M. Necker. 

C'étoit à peu-près le vœu unanime de demander ce 
rappel, et le renvoi de tous les Minifl:res. 

On eft venu dire de la part du Roi, que Sa Majefté, 
apprenant que fa ville de Paris défitoit de la voir au 
milieu d'&lle, fe propofoiî de fe rendre demain à fes 
vœux ; qu'elle avoit appris auffi qu'un très-grand nom- 
bre de Bourgeois de Paris avoit le deffein de venir 
au-devant d'Elle, et qu'elle invitait l'Affemblée Na» 
tionale à leur envoyer une députation pour les engager 
à l'attendre dans la Capitale. Un moment après un 
Député a dit : qu'il étoit autorifé à annoncer que M., 
le Baron de Breieuilct M. de Puyfegur a voient demandé 
leur retraite, et que Sa Majeflié la leur avoit accor- 
dée. 

Enfin, bientôt après on efl; venu apprendre encore 
à l'AITemblée Nationale que S. M. , inftruite des vœux 
et des demandes des Repréfentans de fa Nation, et de 
toute fa villf de Paris, vcnoit d'écrire à M. Necker, 
pour l'engager à revenir fe mettre à la tête de fes Fi- 
nances. Le Roi a même jugé à propos d'adrefier fa 
lettre à l'Affemblée Nationale ; elle l'a fait remettre 
ttU Courier chargé de la porter à M. Necker, qui s'cft 



funefte. M. d' EJprémémU hiX fa renonciation comme ' ^''"^'^ ^ Bruxelles. Les mêmes cris qui s'étoient hh 



[ '9J ] 



entendre hier en préfence du Roî, fe font fait enten- 
dre encore à cette nouvelle ; et la joie a eu plus d'a- 
bandon et plus d'ivrefle encore, parce qu'elle étoit 
complette, parce qu'il ne reftoifc plus ni un feul regret, 
ni une ftule crainte au fond des âmes. 

On a nonfimé les Membres qui doivent former la dé- 
putau'on qui accompagnera le Roi. 

De Paris, /^ 23 Juillet, 
En jettant un coup d'œil philofophique furies mo- 
yens employés pour régénérer ce grand royaume, & fur 
les transes de ceux qui vouloient s'oppofer à cette ré- 
génération, on ne peut s'empêcher de gémir fur l'a- 
veuglement des ennemis du bien public, & d'admirer 
le courage des vrais patriotes. Le peuple façonné de 
longue main au joug de différentes ariftôcraties qui 
pefoient fur lui, les enduroit avec une patience qui a 
dû laffer les Arillocrates eux-mêmes. La mefure des 
calamités populaires étoit au comble pour ceux qui les 
éprouvoient, ceux qui en profitoient ne croyoient pas 
au contraire, que cette mefure pût jamais être comblée, 
& quand les befoins publics de l'Etat les en ont aver- 
tis, ils fe font armés contre l'opinion publique d'an- 
ciens ufages, d'antiques prérogatives, & peut-être aufli 
du mépris habituel qu'ils avoient pour la claffe infé- 
rieure des citoyens. Au moment que ces armes caf- 
foient dans leurs mains, ils en ont faifi d'autres, & ils 
ont appris par cette mal-adreffe au peuple -le fecret de 
fes forces. Une explofion terrible en a été la fuite, & 
on ne peut calculer à qi^el terme fe feroit arrêté le 
carnage, fi un bon Roi qui fe regarde comme le père 
com'mun de fes fujcts, n'avoit arrêté par fa fagefle & 
fon amour les progrès d'un incendie qui alloit dévaf- 
ter la plus belle monarchie de l'Europe. 

Le Roi a rendu deux ordonnances le 14 du courant 
dont l'une fupprime le coafei! de la guerre, ainfi que 
les direéloires qui ont été formés relativement à i'ad- 
rainitlration de ce département. S. M. fait cefTer en 
confcquence, à compter de ce jour, tous les traite- 
mens & dépenfes concernant lefdits confeil & direc- 
toires. 

La féconde ordonnance eft un amendement de celles 
du 25 Mars 1776 & du premier Juillet 1788 fur l'ad- 
miniftration de tous les corps, la difcipline, la fubor- 
d!nation,îa police intérieure & punitions, &c. S. M, 
y dit qu'ayant été à portée de juger de l'effet q'i'a 
produit dans fes troupes, la punition des coups de plat 
de^ fabre, elle la fupprime, & lui fubllitue celle de la 



prifon, ou autre punition réglée par la difcipline mili- 
taire fuivant l'exigence des cas. 

Le duc deLiancourt,enprenant fa place depréfident 
de l'afTemblée nationale, exprima fa reconnoiffance de 
fa nomination en ces termes : " il n'eft point de cœur 
" plus pénétré que le mien de refpeft pour cette af- 
" femblée augufte ; de dévouement pour fes décrets ; 
*' d'attachement pour la perfonne facrée du Roî ; & 
" d'horreur pour les traîtres & les mauvais citoyens." 

Le nombre des villes qui adreffeut des remercîmens 
à l'afTemblée nationale s'accroît de jour en jour, & une 
partie des féances efl employée à ces îeftures. On a 
légitimé un affez grand nombre de députations géné- 
rales & particulières ; parmi ces dernières on compte 
celle de M. le cardinal de Rohan pour le bailliage 
d'Haguenau, qui a été fort débattue & légitimée à la 
majorité de 655 voîx contre 37. 

Difcpurs de M. le Premier Président de la Cour des 

Monnaies i prononce à V Affemblés' Nationale lé 21 
Juillet, 1789. • 

*' Meffeigneurs, 
" La France n'oubliera jamais ce que votre vigi- 
lance & votre zèle ont fait pour la tranquillité de la 
capitale : la cour des monnoies m'a chargé de vous 
offrir l'exprefïïon de fa refpeftueufe reconnoiffance : 
que ne devons nous pas attendre, Meffeigneurs, de la 
réunion de tant de lumières & de vertus ?" 

M. le premier préiîdent a dépofé fur le bureau l'ar- 
rêté de la cour du 20 Juillet 1789. 

'' Ce jour la cour alfemblée en la manière accoutu- 
mée, un de McfTieurs a dit que l'affemblée nationale 
ayant obtenu delà bonté & de la juflice du Seigneur 
Roi l'éloignement des troupes & le rétablifTement de 
la tranquillité publique, il croit qu'il efl: du devoir de 
la cour d'offrir audit Seigneur Roi & à l'afTemblée 
l'cxpreffion refpeftueufe defa reconnoiffance, pourquoi 
il prioit la cour d'en délibérer :" 
La matière mife en délibératio'n : 
•' La cour a arrêté que M. le premier préfîdent fe 
retirera Inceflamnîcnt pardevcrs le Seigneur Roi, pour 
le remercier d'avoir accordé toute fa confiance aux re- 
préfentans de la nation & d'avoir difîipé les alarmes 
de la capitale, en y ramenant par fa préfence, le calme 
& la fécurité. 

" A pareillement arrêté que M. le premier préfident 
fe retirera pardcvers l'affemblée nationale à TefFet de 

I 



[ 19^ 3 



lui faire fes remerciement d'avoir înterpofé fes bons 
offices auprès du Seigneur Roi pour le rétabliffement 
de la paix dans la capitale.' 

Réponfe de M. le Duc de Liane ourt, Préfident deV^Jern- 
hlée. 
'« L'affemblée nationale voit avec d'autant plas de 
pîaifir les hommages des cours fouveraines, qu'ils lui 
font une affiirance nouvelle de leur entier dévouement 
à la chofe publique ; elle me charge, Monfieur, de 
témoigner à la cour des monnoies fa fatisfadion par- 
ticulière." 

Du même lieu., /? 30 Juillet. 
M. l'abbé Sieyes, fecrétaire de l'affemblée nationale, 
ayant été chargé par le comité de conlUtution, de 
travailler à un projet de déclaration des droits de 
l'homme, & du citoyen, qui doit fervir de bafe à la 
conftitntion, a piéfenté ion travail au comité, & le 
comité l'a invité à le faire imprimer pour en faciliter 
l'examen. Cet ouvrage paroît. Comme il remonte 
à forigine des fociétés, l'auteur a été obligé d'entrer 
dans la metaphyfique de leur organifation, & l'analyfe 
de cet ouvrage exige une affez grande contention 
d'efprit. Les befoins & les moyens de l'homme y 
font bien expofés, M. l'abbé Syeyes lés applique avec 
beaucoup de fagacité, à la forme des gouvernemens. 
Il refulte de des principes une vérité bien confolante, 
c'eft que le contrat focial, aulieu d'affoiblir la liberté 
du citoyen, l'agrandit & h corrobore, defortc qu'il n'y 
a aucune proportion entre ce que l'individu perd de fa 
liberté naturelle dans une bonne conftitution fociale, 
& ce qu'il gagne par fon intervention, & fon acceffion 
îi cette conilitution. L'auteur divife les citoyens en 
deux claffes, les uns font aftifs, les autres paffifs ; & 
il avance que les pouvoirs d'e ceux qui font en aélivité, 
font feulement des pouvoirs & jamais des droits. Il 
înfifte fur l'unité de l'intérêt focial, fur ce que tout 
pouvoir, toute autorité viennent du peuple, & que 
toute fonélion publique eft non une propriété, mais 
une com million. 

Voici les articles principaux de la nouvelle forme 
du gouvernement que le comité a foumis à l'examen 
de l'affemblée nationale. ,, ' 

L'affemblée nationale fera compofé de deux cham- 
bres. Tous les men^ibres du comité font d'accord fur 
ce point. Mais quelle fera rorganif;3.tion de ces deux 
chambres : feront-elles toutes deux éledives ? Le Roi 



aura-t-il le pouvoir de nommer le* mem^brcs de'îapre- 
mière ? Les différences d'opinion font extrêmes fur 
ces deux queUions. 

L'affemblée nationale fera permanente & fe réunira 
tous les ans. 

Le tréfor public fera fous îa garde du Roi. 
Il aura le commandement fuprêmç & abfolu de 
l'armée. 

11 nommera également à toutes les places civiles '& 
eccléfiaftiques. 

La nation lui affignera, pour maintenir la dignité 
du trône, un revenu plus confidérable que celui qui 
lui a été alloué jufqu'aujourd'hui. 

Il a été arrêté dans l'affemblée nationale que, pour 
anéantir déformais toute idée de diftinflions contraire 
à l'harmonie qui doit régner parmi les repiéfentans du 
peuple, les rédafteuid des minutes, en rendant compte 
de ce qui fe paffe dans les féances, à la place de ces 
exprefîions,w« membre du Clergé, un membre de la noblejfef, 
un membre des cominunes, a fait telle ou telle propofiti- 
on, n'employeroient jamais que ce terme, un membre a 
fait, ^c. 

Le complot tramé contre le port de Breft, l'horri- 
ble catailrophe arrivée 'au château dt Quinfây, cer- 
taines correfpondances interceptées, les ravages d'une 
armée de bandits qui coupent les bleds fur pied dans 
plufieurs provinces, toutes ces circoaltanccs, bien pro- 
pres à alarmer les fujets fidèles, ont engagé un des 
membres de l'affemblée nationale à, diriger fur elles , 
l'attention des repréfentans du peuple. Dans la féjnce 
de Vendredi dernier, M. Diiport (c'eft le nom de ce 
député) après avoir rendu compte de ces événemens^ 
démontra combien il étoit inftant de remonter à leur 
fource, & de découvrir les canaux empoifonnés qui 
portoient la contagion d'une extrémité du royaume à 
l'autre. " Nous apprendrons d'affreufes vérités, dit 
" il ; mais il eft indjfpenfable de les connoître. Il 
" exifte un premier moteur des calamités publiques. 
*' Empreffons nous de déchirer le voile qui le dérobe 
" à nos yeux, lui & fes complices ; & mourions, s'il 
'* le faut, fi nous ne pouvons affurer qu'à ce prix îa li- 
" berté de la nation Françoife. Je propofe donc 
" qu'il foit nommé un comité, compofé de 4 merribres, 
" qui feront chargés fpécialcment de prendre en con- 
*' fidération l'affaire de Breft, 8c en général tous les 
*' crimes & confpiratiotis formées contre l'état ; 8c 
" qui feront autorifés a rappeler des témoins; & à faire 



[ 197 ] 



«« arrêter pravifionnelletncnt les coupables, jufqu'à ce 
*' qu'un tribunal légal ait été établi pour les juger." 

Quelque foit le zèle des habitans de Paris à défen- 
dre la patrie centre la malveillance de ceux qui vou- 
droient en' troubler la paix, il a paru convenable au 
corps municipal d'organifer la milice Parifienne de 
manière qu'elle fuffîfe conftamment à la fàreté publi- 
que, & qu'au bcfoin elle forme un corps aflez nom- 
breux pour repoufler une violence majeure ; en con- 
féquence il a été arrêté qu'il feroit formé tin corps de 
3O,j00O hommes, dont 24,000 feroicnt infcrits dans un 
rôle particulier pour fcrvir au befoin, & 6000 fcuîe- 
tnent feroifnt employés à la garde ordinaire fur le 
pied militaire. On fait entrer dans cette garde les 
foldats des gardes Françoifes, quelques-uns des autres 
régimens, le guet à pied 8c a cheval, & le tout fera 
fous l'autorité du confeil de ville, Si. fous le comman- 
dement de M. de la Fayette. 

Une nouvelle révolte vient d'éclater à Louvain. 
jL'Empereur, après de vains efforts pour l'appaifer par 
des menaces, a réfulu d'employer la force pour y par- 
venir. A cet effet, un corpti de troupes a leç'u l'or- 
dre de s'avancer vers Louvain avec toute la diligence 
poffible. 

Q^e diroient les Anglois, obferve le Moming-PoJ, 
fi un de leurs Rois s'av'ifoit de leur dire : *' en vertu 
*• de la plénitude du pouvoir Souverain dont je fuis 
*' revêtu, je révoque votre grande Chartre, &j'annulle 
" votre hill de droits. La conftituîion fous laquelle 
*' vous allez vivre déformais ne fera plus celle que vos 
*' ancêtres ont obtenue an prix de leurs vies, & que 
*' vous avez tant à cœur de confervcr. Ce fera une 
" conftitution que formera ma volonté fuprême, & à 
*' laquelle vous vous foumettrez, fi vous ne voulez pas 
*' être punis comme des traîtres.. Réfifter à ma vo- 
*' lonté, même quand je renverfeîa conftitution de votre 
*' pays, eft un crime de haute trahifon, quelqu'oppofée 
*• qu'elle foit aux loix de l'état ou au fens commun." 

Déclaration des droits concédés au Monarque, & 
affurance de ceux de la Nation. 

Il réfuîte des principes de la monarchie (a dit M. 
Mounier, article III du précis du rapport qu'il a rédigé 
fur la conllitntion) que la nation, pour affurer fes 
droits, a concédé au Mona-que des droits particuliers ; 
la nation doit donc, ajoute cet écrivain eiliœabîe, dé- 



clarer d'une manière préelfe les droits de l'un & de 

l'autre. 

M. l'archevêque de Bordeaux, dans un morceau 
très-bien fait, a rendu compte à raffemblée nationale 
du travail qu'a fait jufqu'à préfent le comité de con- 
ftitution, & de l'efprit qui l'a dirigé dans ce travail ; 
il a annoncé que deux membres de ce comité, M, 
l'abbé Sieyes, & M. Mounier, avoient fait tous kà 
deux, chacun de fon côté, une déclaration des droits 
de rhomme & du citoyen j l'un, celui de M. l'abbé 
Sieyes, a été donné,, depuis deux ou trois jours, a l'af- 
femblée & au public par la voie de l'impreffion. 

M. Target a demandé à l'afTcmblée la permiffion 
de lui foumettre demain une nouvelle déclaration des 
droits dont il efl l'auteur, & aucun député n'a pu lui 
refufer une permiffion que tous ont droit d'obtenir. 

L'^affemblée nationale a reçu aujourd'hui trois ou 
quatre députations, celle de la Flèche, celle de plufi- 
eurs bureaux de finances du royaume, celle des élus de 
l'éleôion de Paris. Le difcours du re£teur de l'unî- 
vcrfîté, & la téponfe du préfident de raffeniblée nati- 
onale ont été extrêmement goûtés & applaudis. 

Mais, ce qui a excité tous les cris, tous les applau- 
diffcmens, ce qui a fait manifeller tous les figues de la 
joie la plus éclantante, & du plus univerfcl, du plus 
doux, du plus profond attendriffemeut, c'cil l'arrivée 
prefqu'inattendue de M. Necker au milieu de l'offem- 
blée nationale. Il avoit peine à parler, mais aucune 
de fes paroles n'a pu fe perdre dans le lîlence qui s'eft 
fait autour de lui. Il n'a parlé que de fa reconnoif-* 
fance pour ce qu'a fait pour lui raffemblée nationale, 
que des fecours qu'il attend de fon patriotifme & de 
fes lumières, pour s'acquitter envers elle* Telle eft la 
fimplicité de l'homme de bien & du grand homme ; il 
penfe toujours à ce qui lui refte à faire, toujours à fes 
devoirs, & jamais à fes vertus. Tout le monde difoit, 
^ellé réponfe a à faire le Prèfident ? Q_uand on l'a eu 
entendue, tout le monde a dit : ^leîle réponfe il ajaite ! 
Elle a fiini par ces mots : ^ielle hcurevfe époque^ Mon- 
Jieur, pour faire une loi de la refponfahïiité des. mir\ijîres l 
Vous n^ aurez à rendre compte que de vos talens $5° de vos 
vertus. • 

" Sur le difcours fi vrai, fi fublime, fi intérefTant de 
*^ M. Necker, l'affemblée, pénétrée des fentïmens de 
" juftice & d^humanité que ce difcours refpirc, a arrêté 
" que le jour oîî ce miniftre fi cher, fi néceffaire, a été 
'* rendu à la France, deviendroit un jour de fête ; e!> 



[ 19» ] 



" conféquence, elle déclare a» nom de tous les citoyens 
" de cette capitale, bien certaine de n'être poinc défar 
" vouée, qu'elle pardonne à tous fes ennemis ; qu'elle 
*' profcrit tout ade de violence contraire au préfent 
" arrêté ; qu'elle regarde déformais comme les feuls 
*' ennemis de la natioa ceux qui troubîeroient par un 
*' excès de zèle la tranquillité publique ; & en outre 
*' que le préfent arrêté fera lu au prône dans toutes 
*' les paroifles, publié à fon de trompe dans toutes les 
" rues, envoyé à toutes les municipalités, & les ap- 
«• plaudilTemens qu'il obtiendra dillingueront les bons 
" î^'rançois." 

La Séance de Mercredi 29 a réjxlKé le vœu public 
de voter par tête, ou y a arrêté : 

l*'. Le réglenaent général de raffemblée. 

2°. On a décidé que les voix fe prcndroient défor- 
mais par tête. 

, qo. One la majorité feroit acquife aux réfolution 
de l'afTemblée nationale par une voix aa-deiTus de la 
moitié des membres préfens. 

4°, Que le nombre des membres requis pour com- 
pletter l'afTemblée & donner à fes réfolutions le carac- 
tère de légiflation ne feroit jamais au-defTous de 200. 

A Rennes, M. de Langeron, commandant de la 
province, voyant que fes foldats avoient refufé de faire 
feu fur le peuple & qu'ils avoient au contraire em- 
brafie fa défenfe, en vint à une forte d'accommode- 
ment ; mais ayant fait placer à la porte de fa maifon 
deux pièces de canons chargés à mitrailles ; les bour- 
geois trouvèrent cctie précaution ofFenfante pour eux 
& ne balancèrent pas à s'en emparer. Le lendemain 
M. de Langeron s'offrit à porter la cocarde nationale, 
la permiffion lui en fut refufée pour avoir ordonné aux 
troupes de tirer fur le peuple. Les boute-feux par- 
loient même de lui trancher la tête, mais une réfolu- 
tion plus modérée prévalut, & il reçut ordre de fortir 
de la ville. Cet ordre lui ayant été fignifié par le 
commandant d'un détachement confidérable de bour- 
geois a. cheval & à pied, il demanda fi fa vie étoit en 
fureté ? il lui fut répondu qti'il n'avoit rien à craindre, 
pourvu qu'il fe hâtât d'obéir. Il fe mit alors fous la 
fauve-garde des bourgeois qui l'efcortèrent jufqu'aux 
confins de la province. . 

Extf-alt d'une Lettre d'Agra, en date du J janvier l 7S9. 

" Golaum Khadir Kaw qui a détrôné l'Empereur 

du Mogol a effuyé une défdiie compîette, & il ne peut 



plus échapper au jade châtiment qu'a mérité fa ré* 
volte. Voici quelques détails fur cet événement"» 
confirmés par le Carnatic. 

" Le 17 Décembre dernier Ranna Khawn l'ayant 
attaqué dans fon camp, mit fon armée en déroute, Se 
s'empara de tout le bagage, parmi lequel fe trouvoient 
plus de 80 pièces de canon. Golaum Khadir fe réfu- 
gia dans la citadelle de Meherat dont le fiège fut aufïi- 
tôt réfolu. Trois cents cavaliers qui avoie-nt à leur 
tête Golaum Khadir fortirent de la place à la faveur 
de la nuit, à deffein de fe frayer un paffage à travers 
l'ennem.i. îls furent attaqués, taillés en pièces, & 
Golaum Khadir fe faava à pied dans un village, où il 
fut reconnu par leshabitans : ils l'arrêtèrent & donnè- 
rent avis de fa détention à Ally Bahïuder, l'un des 
chefs Marattes, qui s'y rendit auffitôt pour s'affurer de 
fa perfonne." 

*' Munyear Sing, commandant d'un bataillon au 
fervice de Golaum, a remis à Ranna Khan les fils de 
l'Empereur de Delhi qui avoient été confiés à fa garde. 
Ces princes font partis auffilô*: pour fe rendre auprès 
de leur malheureux père qui ne peut plus jouer du 
plaifir de les voir. Prefque tous les complices de Go- 
laum Khadir font faits prifonniers, entr'autres le Nabab 
Nazzir. Les troupes d'Ifhmael Beg ont prispoffeffion 
de Cochulchur, capitale des états de ce rebelle." 



De Bruxelles, le z^ Juillet. 
Cette ville eft remplie d'étrangers de la première 
clafle ; mais ils gardent lon^V'incognlto ; on en attend 
encore plufieurs autres qui, à ce que l'on affure, arri- 
veront inceffamment. L'Empereur a ordonné au 
, comte de Trautmanfdort de recevoir tous les réfugiés, 
& de leur accorder la plus haute proteâion. Le bruit 
fe répand qu'un corps de troupes va s'avancer fur les 
frontières de la France. Mais il ne tranfpire encore 
rien de pofitif à ce fujet. Les dernières dépêches ren- 
dent auffi compte des foulèvcmens qui ont lieu prefque 
chaque jour dans les diverfes provinces de ce royaume | 
le Roi n'efi; pas le maître fur fon trône, dlfent les fugi- 
tifs ; & il fituation eil des plus déplorables. 

*^* Il eft en effet 4»ien affreux de ne régner que 
par l'amour, & d'être adoré par fon peuple, au lieu 
d'être un objet de terreur pour eux. C'cft à la lettre 
l'état oh fe trouve aujourd'hui le Roi de France. 



[ I 

Réprîfe des 'Travaux du Congrès, 

Chambre des Repréfentans. 
Séance du 24 Septembre. 

Le rapport du comité nommé par la Chambre, pour 
conférer avec le Sénat, fur les amendemens, fut pris 
en cohnoiflance. Ce comité recommande une acceffi- 
on aux amendemens propofés par le Sénat, avec quel- 
ques corrections, &c. 

La Chambre vota que l'on examinât de nouveau le 
premier article des amendemens, et que l'on changeât 
le mot moins pour y fubftituer />/«w, enforte qu'on pût 
lire, " il n'y aura pas plus d'un repréfentant pour 50- 
000 perfonnes." Cet amendement ayant été accueilli, 
M. Madifon vota que le Préfident fût fuppliê de 
tranfmettre au pouvoir exécutif de tous les états, 
(même à ceux de la Caroline Scpteatrlonale, et de 
Rhode-Ifland) une copie des amendemens. Cette nao- 
tion fut reçue. 

Il fat nommé un comité pour établir 4e total des 
appoiniemens dûs aux membres et aux officiers du 
Congrès, et les dépenfes contingentes de la prefente 

feffion. Il fut reçu plufieurs aftes du Préfident, 

revêtus de fa fignature. 

Séance du 25 Septembre. 
Jour d'Actions de Grâces. 

M. Boudinot préfenta une refolution dont voici la 
teneur. 

Arrêté, qu'il foit nommé un comité de la part des 
deux Chambres pour fe rendre chez le Préfident des 
E. U. pour demander qu'il lui pîaife recommander un 
Jour d'Aâions de Grâces, et de prières publiques, pour 
être obfervé par le peuple des Etats-Unis en recon- 
noiffance des faveurs qui lui ont été accordées par le 
Tout-Puissant, particulièrement en lui procurant 
les moyens d'établir en pais une forme de conftitution, 
calculée pour avancer fa profpérité et fon bonheur. 
Cette refolution fut accueillie, et il fut nommé un 
comité.. Séance du 26 Septembre. 

L'on retira la motion, accufant les imprimeurs qui 
publient les débats, de partialité, négligence. 

La motion pour fafpendre la difcufiîon du bill de 
réfidence jufqu'à la prochaine fefiion, fut négathés. 
Séance du Lundi, 28 Septembre. 

Après plufieurs motions agréées et rejétées, pour 
et contre, le Bill de Réfidence, il a été décidé que la 
Chambre concourût avec le Sénat, à la refolution de 
fixer la réfidence permanente à Germantoiun, 



99 ] 

Les amendemens propofi^s par le Sénat au bill pour 
régler les procédés des cours fédérales, furent agréés. 

Il fut reçu un meffage du Sénat, annonçant qu'il 
avoit remis le dernier amendement de la Chambre, fur 
le bill de la réfidence, à la prochaine feffion. 
Séance du Mardi, 29 Septembre. 

Il fut rcça un Meffage du Préfident, tranfmis par 
l'Hon. John Jay, avec les communications fulvantes. 
Etats-Unis, ce 29 Septembre, 1789. 
Mejfieurs de la Chambre des Repréfentansy 

Sa Majefté Très-Chrétienne, dans une lettre en 
date du 7 de Juin dernier, adrcffée au Préfident, et 
aux Membres du Congrès-Général des Etats-Unis de 
l'Amérique Septentrionale, annonce la mort regrettée 
de fon fils le Dauphin. La conduite généreufe du 
monarque et delà nation Françoife envers ce pays-ci, 
nous rend tous les évènemcns qui pourroient afFedter 
fa profpérité ou celle de la nation, intereffans ; et 
j''aurai foin de l'afTurer de la f^enfibilité avec laquelle 
les Etats-Unis ont partagé l'affliûion, qu'une perte fi 
fort à regretter doit lui avoir caufée, auffi bien qu'à 
la nation. GEORGE WASHINGTON. 

MeJJteurs delà Chambre des Repréfentans ^ 

Ayant été informé, hier, par un comité des deux 
Chambres du Congrès, qu'elles étoient convenues de 
fe diffoudre aujourd'hui, jufqu'au premier Lundi en 
Janvier prochain, je faifis la première occafion, pour 
vous faire favoir que, confidérant combien cette feffion 
a été pénible et laborieufe, et lesraifons qui, je préfume, 
ont fait prendre cette refolution, il ne paroit pas à 
propos de recommander aucune méfure à leur confi- 
dération, pour le préfent. 

GEORGE WASHINGTON. 

On paffa une refolution pour tranfmettre aux pou- 
voirs exécutifs, et aux légiflatures des différens états,, 
le Journal des deux branchies du Congrès. ' 

La Chambre agréa un amendement propofé par le 
Sénat, au bill pour lever des forces fuffifantes pour la 
protection des frontières, autorifant le Préfi-dent à en 
raffembler le nombre qui lui ferablera àpropos pour la 
défenfe des frontières en général. 

Enfuite la Chambre paffa le bill en forme, pour 
affigner au Baron Glaubcck, les appointemens de Ca- 
pitaine pendant un certain temps. Ce bill ayant été 
enregiftré, fut figné par l'Orateur. 

Les affaires qui avoient été aflrgnées à la préfente 
feffion étant finies, l'Orateur ajourna la Chambre, 
conformément à une refolution, au premier Lundi en. 
Janvier prochain. — La feffion prochaine devant fe^ 
tenir à la ville de New-York. 



. ORDONNANCE 

^lîjîxs à trois mois la durée de l'admijjion des Etrangers 
dans les ports de Jértmie, de Jacmell^ des Cayes. 

Extrait des Regijlres du Confeil Supérieur de Saint Do- 
m'ingue. 

Louis-Antoine de Thomassin, Comte de Pei- 
NiER, Chef d'Efcadre, Commandeur de l'Ordre 
Royal & Militaire de Saint-Louis ; Gouverneur 
Lieutenant Général des Ifles Françoifès de l'Améri- 
que fous le Vent, & Infpefteur Générai desTroupes, 
Artillerie, Milice & Fortifications. 

ET 

François Barbe ce Marbois, Coniclller du Roi en 
fes Confeiîs & en foa Parlement de Metz, Inten- 
dant d^ Juftice, Police, Finances, de la Guerre & 
de la Marine dcfdites Ifles. 

SA MAJESTE nous ayant atitorîles, par fon Ar- 
rêt en date du deux Juillet dernier, à fixer un délai pour 
l'adrliiffion des bâtimcns étrangers dans les ports de 
Jérémie, des Cayes & de Jacmel, & à les faire jouir 
pendant ledit délai du béinéfic^; de la liberté du com- 
merce ; Nous avons penfé qu'il étoît néceffaire que 
cette difpofition fût rédigée dans la forme la plus 
propre à afTnrer aux étrangers un avantage auquel 
leur bonne foi & leur confiance dans l'Ordonnance du 
neuf Mai dernier, leur donnent des droits. 

A CES CAUSES, & en vertu des pouvoirs à 
Nous accordés par Sa Majefté, Nous avons ordonné 
6c ordonnons ce qui fuit : 

Lf'S bâtimens étrangers, défignés par l'Article pre- 
mier de l'Ordonnance du neuf Mai dernier, continue- 
ront à être admis dans les ports de Jérémie, des Cayes 
& de Jacmel, pendant trois mois, à compter du jour 
de l'enregiftrement de la préfente, pafTé lequel délai, 
ils ne pourront être reçus dans d'autres ports, que 
ceux déterminés par l'Arrêt du Confeil du trente Août 
1784, & avec d'autres objets d'importation que ceux 
qui y font énoncés, à peine d'amende, faifie & con- 
fifcation. 



[ 200 ] 

Prions, Mefiïeurs les Ofncîcrs du Confeil Supérieur 
de Saint-Domingue, d'enregiilrer la préfente Ordon* 
naace, & mandons à ceux des Juridiélions de tenir la 
main à fon exécution. 



Sera la préfente enregîftrée au Greffe de l'Inten- 
dance. 

Donné au Port-au-Prince fous le fceau de nos armes 
& le contre-^feing de nos Secrétaires, le dix-neuf Août, 
rail fepl cent quatre-vingt-neuf. Signé, LE COMTE 
DE PEINIER & DE MARBOIS. Et plus bas 
par M. le Gouverneur Général. Signé, Lemoine* 
Par M. l'Intendant, Signé, Simon. 

Enregiftrée au Greffe de l'Intendance des ïfles 
Françoifès de l'Amérique fous le Vent. Au Port- 
au-Prince le dix-neuf Août, rail fept cent quatre- vingt 
neuf. Signé, S en tout. 

Regiftrée a été la préfente Ordonnance au Greffe du 
Confeil Supérieur de Saint-Domingue, ce requé- 
rant le Procureur Général du Roi pour être exécu- 
tée fuivant fa forme & teneur, imprimée, publiée & 
afEchée par- tout où befoin fera, & copies coliati- 
onnées d'icelle envoyées dans les Sénéchauffées & 
Amirautés du Reffort de la Cour, pour y être pa- 
reillement lue, publiée & regidrée ; avec injonélion 
aux Subftituts du Procureur Général du Roi d'y 
tenir la main, & d'en certifier la Cour au mois. 

Au Port-au-Prince, en Confeil extraordinairement 
alfemblé, le dix-neuf Août, mil fept cent quatre- 
vingt-neuf. BoNVALLET, Greffier en Chef. 



, , ,PoiiUoir à accorder a un Sûwuerain. 

Rouffeau a comparé juftemtnt, " Archimède affis 
•' tranquillement fur le rivage, & mettant fans peine 
" un grand vaiifeau à flot, à un monarque qui, du 
" fond de fon cabinet,, gouverne habilement fon ro- 
" yaume, & fait agir, en paroiffant immobile, tous 
" les refibrts qui mettent en mouvement cette grande 
" machine." Le pouvoir monarchique eil, en effet, 
l'image de la force-'du philofophe, qui, la main fur un 
levier, foulevoit fans efforts une maffe énorme. 



A BOSTON, de l'Imprimerie de Samuel Hall, Libraire^ dans le CornhilJ, No. ^^i 

où l'on peut fe procurer chaque Numéro.^ 'On Ibufcrit, pour le Courier de Boston, 

chez M. Hall ; à Salem, chez MM. Dabney et Cuihing ; à New-York, chez M. Thomas 
Grcenleaf^ et M. John Fenno ; à Philadelphie, chez M. Mathew Carey -, et chez les 

principaux împ/imeurs des Etats-Unis. L'Editeur le fera un plaifir, et même un 

devoir, de recevoir et de traduire tous les morceaux utiles qu'on voudroit lui com- 
muniquer dans tous les genres, fur-tout fur le commerce. 



[ 201 ] 



URIER DE BOSTON 

AFFICHES, ANNONCES, et AVIS. 



U Utilité des deux Mondes, 



Prix, 5 Pence."] 



Du JEUDI, 15 Octobre, 1789. 



[No. 26. 



De Rome, le 3 yuîlleî 
On a volé beaucoup de papiers dans les archives & 
dans îesfecrétaîreries & en particulier dans celle d'état, 
iefquels ont été vendus, à vil prix, dans des boutiques. 
Dès qu'on en eut avis, on envoya, Samedi au foir, 16 
caroffcs remplis de juges & de notaires & accompagnés 
de foldats, qui s'arrêtèrent chez tous les cbaircutiers & 
marchands de fromage, & y viiitèrent tous les papiers. 
On a trouvé beaucoup de ceux qui ont été volés, en- 
tr'autres une lettre récennment écrite par le Roi de 
France au Pape, laquelle traitoit de chofes importan- 
tes & d'affaires fecrettcs. La perte fera toutefois 
coriGdérable & aéluellenient on en eft aux récherches 
de l'auteur du vol. 

F R A N C E. 

De Paris, k 2^ yuîlkt. 
Mardi dernier S. M. T. C. a reçu à Verfailles les 
miniftres étrangers. Ce Prince étoit accompagné de 
M. le comte de Montmorin ; & le calme étoit réta- 
bli à la cour. M. Cte. de la Luzerne a repris la place 
qu'il occupoit ci-devant. 

Du même lieu, le z'J jfnîîlet. 
Dimanche matin M. le baron de Staal eft arrivé de 
Bafle à Verfailles avec deux lettres de M. Neckcr ; 
l'une au Roi, & l'autre à l'aflemblée nationale. Ce 
nsiniftre fe rend au vœu folemnel du Roi & de la na- 
tion, & on compte qu'il fera de retour à Verfailles 
Mardi ou Mercredi. La joie publique que caufe cet 
événement etl d'autant plus grande que le concert qui 
va régner entre le Roi, fon miniftre & l'affemblée na- 
tionale fernbie être le plus fûr-garant de la félicité gé- 
nérale. 



Quelques détails fur le voyage de M. Neckcr inté- 
refleront fûremcnt nos Icdeurs. M. Dufrefne de St^ 
Léon le trouva parti de Bruxelles & le fuivît vers 
Francfort ; cependant M. le comte de Montmorin, 
inftruit de la route de ce miniftre, lui dépêcha quel- 
ques couriers par une autre route ; il avoit pris celle 
de Laufanne, oii il arriva le 20 à l'auberge des Trois 
Rois. A peine fut il arriva que l'abbé de Ballivière 
fe préfenta & demanda à l'hôte toute fon auberge î 
fur ce que l'hôte lui dit qu'une partie étoit occupée 
par M. Necker, M. l'abbé alla en Inftruire les perfon- 
nes qu'il précédoit. Le croiroit-on ? Ces pcrfonnes 
étoient Mefdames la ducheffe & comtefle Diane de 
Polignac, qui étoient loin de fe croire fi près du mi- 
niftre, ainfi que leur nombreufe compagnie. M. le 
baron de Staal, qui logeoit à l'hôtel du Sauvage, alla 
vifiter les dames & la première parole de la ducheffe de 
Polignac fut, de faire prier M. Necker de vouloir biea 
fe charger d'une lettre de fa part pour Verfailles. M. 
Necker fe rendit auiïïtôt vers la ducheffe, & il eft aifé 
d'imaginer tout ce qu'eut d'étonnant pour le miniftre 
cette converfation, il ne favoït rien alors au delà de fa 
difgrace, & la voie par laquelle il apprenoit la fuite 
des événemcns étoit vraiment piquante. Peu de tems 
après le miniftre reçut les dépêches du Roi & de l'af- 
femblée nationale, & il fe difpofa à revenir. M. le 
baron de Staal fon gendre a mis 60 heures dans fa route 
de Bafle à Verfailles, en courant nuit & jour. M. 
& furtout Mme. Necker dont la fanté a fouffert des 
fatigues d'un voyage aulïï pénible, ne peuvent mettre 
la même diligence à leur retour, mais la certitude de 
ce retour a caufé une véritable fatisfaéliou nationale. 



[ 

Du même lieu, le ^O juillet. 

On a repanda dans toutes les provinces voifines que 
des troupes nombreufes de malfaitevirs menaçoient les 
campagnes & les récoltes ; en conféquence tout s'eft 
armé jufques au moindre village ; & le comité de la 
ville reçoit fans interruption des avis qui exigent de 
loi une furveillance continuelle, il reçoit en même tems 
des demandes de fecours en grains ou farines, & il en 
expédie fous efcorte aux communautés qui en ont le 
plus de befoin. Par une bizarrerie étrange, il fe trouve 
que la terreur générale eft foU eKagerée, & que les 
travaux de la garde bourgeoife font iramenfes &, le 
plus fouvent, vains. 

A Lyon, M..Imbcrt, prévôt des marchands, ayant 
reçu la nouvelle de la prife de la Baftille, & des événe- 
mens qui en avoient été la fuite, fit affembler tous les 
citoyens, & leur remit les clefs de Pierre- Encife & 
celles de l'arfénal, en leur difant de s'armer lorfqu'ils 
le croirolent nécefiaire. Affurés d'avoir des armes & 
des munitions, les Lyonnois fe font retirés tranquille- 



202 ] 

bled ; & il a découvert quatorze magafins d'accapa- 
reurs qu'il a pillés. M. de Belbœuf, procureur-géné- 
ral du parlement, a été fort maltraité & a manqué de 
perdre la vie» Le régiment de Navarre 5c les cavaliers 
de la maréchauflee ont fait feu fur le peuple le premier 
jour, & plufieurs perfonnes ont été tuées ou blcflees, 
mais le calme commence à fe rétablir. 15 mille bour- 
geois montent la garde tour-à-tour. La municipa- 
lité de Rouen a offert aux Parifiens 4,000 auxiliaires, 
prêts à partir au premier fignal, pour les fecourir, iî 
leurs foyers étoient en danger. 

A Lille, le commandant de la place a été frappé 
par un bourgeois qui l'avoit vu lever fa canne fur un 
foldat qui fe trouvoit parmi le peuple. Il s'étoit re- 
fufé d'abord à porter la cocarde nationale. Mais vo- 
yant que fa vie éioit en danger, & que la multitude 
fu'ieufe le menaçoit de fondre fur lui, il la mit à fon 
chapeau. Le peuple a détruit les maifons de plufieurs 
perfonnes qu'il regardoit commefes ennemies. Les 
bourgeois fe font rendus maîtres de l'arfénal, & font 



ment ; & il n'y a eu dans la ville aucune émeute de- prefque tous armés. Tout le monde e(l tenu de por 
puis celle dont nous avons rendu compte. On démolit 
feulement la fameufe prifon d'Etat de Pierre- Encife, 
6c cette démolition fe fait affez paifiblement : mais 
dans la Franche comté, le peuple, il faut lire là popu- 
lace, s'eft porté aux excès les plus affreux. Non con- 
tent de ravager toutes les pofleffions des nobles, on a 
pillé les églifes, & commis d'horribles déprédations 
dans la principauté de Montbclliard. Les payfans 
veulent forcer le prince à renoncer à tous fes privilè- 
ges. 

Au Mans, un gentilhomme de la famille de Mon- 
tefTon, a été décapité : fon frère & un autre membre 
de l'affemblée nationale, qui venoient demander de 
nouveaux pouvoirs à leur» commettans, ont été affaillis 
par une populace innombrable, qui les a précipités eux 
Se leurs voitures dans une rivière où ils ont failli être 
noyés. On attribue tous ces excès au fyllême de bri- 
gandage qui devoit être oppofé à celui des citoyens 
qui réclament leur liberté, afin de les dégoûter du 
changement qu'ils vouloieat opérer dans le gouverne- 
ment. , Les ordres font donnés, & le pillage a, dit-on, 
été promis ; les brigands attendant qu'on leur tienne 
parole, & il n*y a perfonne aujourd'hui dans le fecret 
pour donner les contr'ordres. 

*A Rouen, le peuple affamé a fait des récherches 
dans tous les endroits où il a cru pouvoir trouver du 



ter la cocarde nationale. Les prêtres la portent fur 
leurs manches. 

A Stralbourg, la populace a forcé l'hôtel-de ville, 
détruit la plupart des archives & volé 4,oool. ft. qui 
étoient dans la caiffe de la ville. Sur le refus du comte 
de Rochambeau de faire avancer les troupes pour ap- 
paifer le tumulte, le prince d^ HelTe Darmftadt, celo- 
nel d'un régiment en garnifon dans cette ville, fe mit, 
à la réquifition des bourgeois, à la tête de fes foldats, 
fécondés par 4,000 citoyens armés, & parvint à dif- 
perfer les pillards, dont plufieurs furent pendus. On 
prétend qu'il fortira de Strafbourg des éclairciffemens 
fur le projet de défolation univcrfelle qui devoit faire 
ravager tout le royaume. 

A Valenciennes, M. d'Efterhazi, gouverneur de la 
ville, croyant pouvoir calmer la fermentation par la 
force, fit avancer plufieurs pièces de canons fur la 
place. Les bourgeois, indignés, prirent la cocarde 
nationale, & s'étant emparés de ces canons, ils les. 
tournèrent contre l'hôtel du commandant qui fut 
obligé d'en venir à un accommodement, <Sc de prendre 
la cocarde patriotique, 

A Caen, en Normandie, le régiment de Bourbon 
s'eft réuni aux habitans ; le cotnte de Faudoas, m.aire 
de la ville, s'étant mis à leur tête, ils fommèrent le 
gouverneur de la forterefle de la leur renriettre. Ce 



[ 203 ] 



■commandant avoit fait lever les ponts levîs & fembloit 
fe préparer à une vigoureufe réfiftance. Mais à la fé- 
conde réquifition & fur la menace de payer de fa tête 
la plus légère efTufion de fang, il donna ordre de baif- 
fer les ponts & vint prcfenter les clefs du fort à M. de 
Faudoas. 

A Nifmes, dans le Languedoc, le lieutenant du 
Roi capituloit, au départ de la pofte, avec les cito- 
yens & les troupes qui s'étoient réunies a la bour- 
geoifie. 

Ce fut Mardi dernier que le marquis de la Fayette 
donna folemnellcment au régiment des gardes Fran- 
çoifes le nom de Gardes de la Nation, qui fera, défor- 
mais, la dénomination diftindlive de ce corps. 
Du même lieu, le 3 Août. 

Les équipages de M. le prince de Larabefc cttit été 
arrêtés à Dun & conduits à Paris. Ce prince s'en 
étoit féparé, & des lettres de Turin, en date du 14 
Juillet, apprennent qu'il eft arrivé dans cette ville. 

M. le maréchal de Broglie ne s'eft point arrêté à 
Metz où on lui a donné le confeil de ne pas entrer, il 
s'eft rendu à Long-wy, place de la frontière où il a 
féjourné, & il a continué fa route pour d'Armltad. 

M. l'abbé Maury qui avoit reçw à Peronne une forte 
invitation de retourner à l'aflemblée nationale, où fes 
devoirç l'appellent, s'eft affez trompé de route, pour 
prendre de nouveau celle de Cambray, où on l'a arrê- 
té pour la féconde fois. 

On écrit de Namur que Mgr. comte d'Artois s'eft 
trouve; incommodé dans cette ville, où il a fait venir 
auprès de lui les princes fes enfans. Les autres per- 
fonnes qui font pafTées dans la Flandre Autrichienne 
font en partie à Gand, à Bruxelles & à Mons ; mais 
on ajoute que la fermentation de ces pays là s'accroit 
chaque jour, & que tous les habitants y ont pris la 
cocarde rouge i^ bleue. 

Quoique la lettre de M. le duc de Dorfet, ambaf- 
fadeur d'Angleterre, foit bien propre à calmer les 
fauffes alarmes qu'on avoit conçues fur la fureté du 
port de Breft, on mande de cette ville qu'on a redou- 
blé d'attention dans toulesles parties dufervice,8 com- 
pagnies de milice bourgeoife de î 16 hommes chacune, 
ft font jointes aux troupes de terre & de mer, & fur- 
veillent avec elles la tranquillité publique. 

îl arrive de toutes parts des avis que les bruits qui 
fe font répandus que des brigands dcvaftoient ks cam- 



pagnes étoîent fort exagérés & que, dans quelques en- 
droits, ils n'avoient pas le moindre fondement. Une 
lettre de M. Dambry de Crépi, en Valois, & une autre 
de M. Fortin, procureur au Châtelet, électeur de cette 
ville, publiées toutes les deux dans le Journal de Paris, 
annoncent que la plupart de ces rumeurs ne font point 
fondées. M. Fortin dit, dans fa lettre, qu'il a ren- 
cofttré M. Necker à Fontainebleau, voyageant dans 
une voiture entièrement brifée par la route, & qu'il a 
été aflez heureux pour lui faire accepter la fienne. 

On attendoit avec intérêt la déclaration des droits 
promife hier par M. Target ; mais ce député a an- 
noncé que ce morceau, donné à l'impieffion, d'après 
le vœu de plufieurs membres de raflerablée, feroit bi- 
entôt diftribué aux bureaux, & qu'il jugeûit inutile 
d'en occuper l'aflemblée. 

Extrait d'une lettre de Havre-de-Grace^ du 2 3 Juillet, 

*' — Nous venons d'expédier pour Paris deux 

cents voitures chargées de bled_ & farines, efcortées 
par i20ol|ourgeois du Havre armés pour les conduire 
dans votre capitale. Dans ce moment, il entre dans 
le port fix bâtimens Anglois qui font chargés de bleds 
& farines ; & fi les convois continuent d'arriver, com- 
me il paroît certain, Paris & fes environs dont la po- 
fition, nous à t-on dit, eft encore plus malheureufe, 
n'auront plus à redouter le manque de fubfiftances." 
AffemhUe Nationale. Séance du Samedi, 25 Juillet. 

M. le préfident, dans une de ces réponfes pleines 
de dignité, qui lui font fi faciles, a afTuré les juge & 
confuls que l'affemblée nationale s'occuperoit des in- 
térêts du commerce, qui, bien entendus, ne font pas 
différens de ceux de la nation, & qu'elle chercheroit 
fur- tout les moyens de prévenir ces banqueroutes trop 
nombreufes qui attaquent à la fois & la fortune & les 
mœurs publiques. 

Séance du Lundi 27. 

M. de Clermont-Tonnerre a fait part à l'aflemblée 
d'un dépouillement & d'un réfumé des difpofitions 
uniformes, diverfes ou oppofées des cahiers de tous 
les bailliages du royaume fur les principaux objets de 
la conftitution. ^ 

M. Mounier a terminé ce compte rendu du travail 
du comité par la Icélure de fa déclaration des droits, 
& parcelle du premier chapitre de la conftitution, où 
il s'agit du partage des pouvoirs, des^droits refpei^^fs 
de la nation & du Monarque. 

A cette lefture tous les efprits paroiffbient fîngu- 



[ 204 ] 



liçremetit frappés de la grandeur des objets dont ils 
ont a s'occuper. 

M. Target a demandé à l'affemblée la permiffion 
de lui foumettre demain une nouvelle déclaration des 
droits dont il eft l'auteur, & aucun député n'a pu lui 
refuferune permifîion que tous ont droit d'obtenir. 
Dâ Londres, le y Août. 
Le pouvoir de la couronne, obferve le Morning 
Herald^ n'a jamais été auffi étendu qu'en ce moment 
ci j ce n'eft pas ouvertement & par des raefures har- 
dies & defpotiques qu'elle étend fon influence. Elle 
fappe doucement, & par des moyens prefque imper- 
ceptibles le fondement des droits oc des privilèges du 
peuple. La chambre des pairs fera bientôt auffi nom- 
breufe que celle des communes ; toutes les branches 
de commerce vont f^ trouver fouraifes à la régie de 
l'accife ; le militaire fera chargé de la police inté- 
rieure, ^ des fermiers -généraux percevront les taxes ! 
Le miniftre a déjà opéré en partie cette révolution ; 
il continue de marcher vers ce but fans cratnte, com- 
me fans obftacle, parcequ'en fuivant fon fyftême il a 
eu l'adreffe de fe faire foutenir par le peuple, dont tous 
les droits font enfreints & renverfés, fans qu'il pa- 
roifle s'en apperccvoir. Ce tableau ejî un peu chargé, 
mais il préfente quelques vérités frappantes. 

Si les François obtiennent jamais le privilège d'hêtre 
jugés par leurs pairs, ils pourront s'applaudir d'avoir mts 
le fceau au grand œuvre de la régénération de leur patrie. 
C'eft de ce privilège que l'Angleterre s'eft toujours 
particulièrement enorgueillie ; mais les loix vcxatoires 
de l'accife, auxquelles toutes les branches de commerce 
paroiffent devoir fuccefnveraent être foumifes, fappent 
les fondemens de ce boulevard fi vanté de la liberté 
Angloife. 

11 s'eft élevé une différence d'opinions fur Vamniflie 
que l'enthoufiafmc de la joie & du bonheur de revoir 
M. Necker avoii fait accorder fur la demande qu'en 
avoit faite ce miniftre à l'hôtel-de-ville. Cette quef- 
tion a été portée à l'affemblée nationale &difcutée pen- 
dant longtemps. Ces difcuffions ont été terminées par 
un arrêté. Une claufe de l'arête eft que, fi M. le baron 
de Bezenval n'eft pas relâché, il ne doit pas l'être ; 
& qu'il fera conduit fous bonne & fure garde dans la 
ville la plus prochaine du lieu où il a été arrêté. — 
L'^affembl^e nat^nale déclare, en attendant, qu'il eft 
fous la fauvegarJe de la loi. 



On a de fortes raifons de foupçonncr, difenî ie* 
feuilles Angloiffes, que la propofition qui a été faite 
par une perfonne inconnue au duc de Dorfet, & qui 
avoit pour objet d'obtenir l'acceffion & le fecours de la 
Grande-Bretagne dans le projet de brûler le port de 
Breft, étoit une rufe du miniftère de France, pour 
fonder les difpofitions de la nation Angloife. Il .eft 
poffible, ajoute cette feuille, que le duc de Dorfet ait 
deviné l'artifice, & qu'il fe foit tenn fur fes gardes. 
Qu^oiqu'il en foit, la lettre qu'il a adrtfiee à M, le 
comte de Montmorin eft de nature à calmer toutes les 
alarmes auxquelles les François ont pu fe livrer. 

* ^* Cette interprétation peu génércufe d'un écri- 
vain anonyme n-'induira fùrcment perfonne en erreur. 
C'eft faire plus d'injuftice au duc de Dorfet qu'au mi- 
niftère de France de fuppofer " qu'il a entrevu que le 
complot de Breft étoit une rufe imaginée pour fonder 
fes difpofitions, & qu'ayant entrevu ce deflein, il a 
voulu fe faire un mérite d'en donner l'avis." Il eft, 
furement, plus honorable pour cet ambafladeur d'ad- 
mettre la verfion, qu'il lui a été fait une propofition 
. mal honnête, & qu'il a eu la grandeur d'ame de la 
rejeter. 

" La noblefie de Bretagne n'ayant pas voulu envoy- 
" er de députés à Taffemblée nationale, quelques-uns 
" de fes membres voyant ce qui en réfulteroit pour 
•* cette province avoient formé le projet de fe fou-' 
" ftraire à l'obéiflance de la France, et de rendre la 
" Bretagne indépendante. Ils avoient en conféquence 
" offert au duc de Dorfet de mettre la province fons 
" fa protection, et de la rendre tributaire de l'Angle- 
" terre, à condition qu'elle fe gouverneroit par fes 
" anciennes loix. Breft devoit être remis entre les 
*' mains des Anglois pour reconnoître ce fervice, et 
" comme un gage de la fidélité de la province. Le 
" duc de Dorfet étoit requis de faire appuyer de fon 
*• côté les Bretons par une flotte et des troupes quî 
" auroient agi de concert avec eux. 

*^* Voilà déjà deux verfîons. La deftruétion du 
port avec l'incendie des vaifTeaux; etla remife du même 
port et des mêmes vaifTeaux à l'Angleterre^ Nous 
pouvons aifément en fuppofer une troiuème. C'tft 
que la nobleffe de Bretagne n'a point trempé dans ce 
projet ; qu'il a été formé par un fou, et qu'il n'étoît 
nullement praticable \ les foldats, les bourgeois, et 



[ 205 ] 



tons les ouvriers du port de Breft étant parfaitement 
unanimes. Quand il feroit poffibk qu'il fe fût trou- 
vé en Bretagne quelque fcélérat fanatique, il eft cer- 
tain que la nation Angloifc n'auroit point accueilliau 
milieu de la paix le projet incendiaire dont le duc de 
Dorfet a rendu compte. 



De B STO Ny le 15 O£fobre. 

On apprend de Paris que l'afTemblée nationale a 
enfin décidé que l'ifle de St. Domingue enverroit fix 
députés au parlement. 

Pendant les troubles de Paris, un M. Labut, bour- 
geois de Paris, donna 500,000 livres pour affifter les 
patriotes, et il offrit fes cinq enfans comme volontai- 
res dans la caufe de la liberté. 

Générosité Angloise., 
Si l'Angleterre étoit dans la fituation où fe trouve 
la France dans ce moment et la populace f« bkue et en 
jaune auffi formidable que l'eft la canaille Parifienne, 
nos poffcffions orientales et occidentales nous feroient 
bientôt arrachées par nos amis gallks. Eh pourquoi 
ne profiterions- nous pas de l'état miferable où fe trouve 
la France ? Elle ne nous donneroit pas de quartier fî 
elle étoit à notre place. Au moins la paix de 1783 n'en 
ejl pas une' preuve } mais •voilà la grandeur d'âme angîoife 
telle que la chère mere-patrie V exporte a fes chers enfans 
depuis bien des années. 

On dit que la révçjution de la France nuira à ce 
pays-ci ; c'eft une erreur, difent les Anglois, elle ne 
pourra jamais nous nuire tant que notre induilrie con- 
tinuera fans reflreintes. L'efprit de commerce de ce 
pays-ci fait fon profit de tout — il n'y avoit pas quatre 
jouis que la tête du gouverneur de laBaftille lui avoit 
été volée, qu'un entrepreneur l'acheta. Il l'a depuis 
fait voir dans les rues de Londres, à un chelin par per- 
fonne, avec un grand fuccès ; néanmo-ins la révolution 
en France va fon train. 

On rapporte que la Général Sbepard * paffant en 
revue des milices la femaine paffée et leur faifant faire 
le feu de peloton, eut la tête rafée par une balle qui 
lui enleva les chevenx d'^un côté de la tête Le Gé- 
néral, fans montrer aucun figne de bleffure, fit re- 
charger le même peloton, lui fit porter les armes,met- 

* C'eft le même qui fe diftingua dans la dernière in- 
furreâion du MafTachufetts, et qui ne contribua pas 
peu par fa valeur et par fon exemple à appaifer les 
îrr/ublesqui defoloient cette belle province. 



tre en joue — retirer, enfuite il lui fit faire demi-tour 
à droite, marcher fix pas et repofer fur les armes — là 
il ordonna aux bas officiers d'examiner les armes, et il 
s'en trouva une de chargée à deux balles. Cette 
arme fe trouva être celle d'un homme dont le frère 
avoit été tué dans la rébellion. On s'afTura de fa per- 
fonne, en la mettant en prifon ; mais il en fera quitte 
pour ce léger châtiment, n'y ayant point de preuves 
fufïifantes pour le condamner à mort. 

Lettres particulières de Paris, 

Le parti Ariftocratique eft totalement diflîpé. Le 
fieur Foulon eft mort d'apoplexie ; M. le Duc du Châ- 
ielete^ mort de fa frayeur et de fa honte : le Maréchal 
de Broglio, qui voulait faucher Parisy eft allé hors du 
Royaume exercer cet heureux talent ; le Prince de 
Lambefci qui fauchait véritablement, à la tête d'une 
troupe d'affàfîîns, les vieilards, les femmes, les enfants 
qui fe promenoient paifiblerae&t aux Thuillerîes, s'efl 
enfui. 

La Dame de Poîignac, cette célèbre déprédatrice 
du Tréfor public, le Maïquis de Vaudreuil, fi fameux 
par fa honteufe défeélion dans le combat de M. de 
Graffe, leur famille entière, toute cette cafte de Cour- 
tifans avilis eft partie pour aller rejoindre en Angle- 
terre le fieur de Calonne, l'ancien complice de leurs 
brigandages. Il fera très- curieux de voir promener 
au Parc de Saint- James à Londres, la Dame de la 
Motte et la Dame de Poîignac. 

Plus de cent Agents de cet infâme tripot ont été 
facrifiés à la fureur du Peuple, les uns pendus aux 
cordes des réverbères, les autres décapités fur les 
bornes, fur les marches de leurs hôtels : leurs cada- 
vres ont été traînés dans le&^rues, dépecés, jetés à la 
rivière ou à la voierie. 

Plus on s'attache à vouloir approfondir les moyens 
que les conjurés avoient imaginés pour affurer la ruine 
de leur Patrie, plus on s'indigne de leur fcélérateffe . .., 
le croira-t-on ? Une foule d'Anglois foudoyés s'étoî- 
ent affociés à Paris des malheureux qui dévoient en 
incendier les plus beaus monumens ; défefpérés par 
cette iiifurreâiion fi incroyable, fi univerfelle du Peu- 
ple de Paris, épouvantés de cette juft.ice prompte et 
terrible, qui faifoit accrocher aux potences des réver- 
bères ceux que l'on trouvoit faifi^ ou d'effets volés, ou 
de mèches incendiaires : ces Anglois et leurs innom» 
brables complices, fe font, enfuis pour aller eflàyer^ 
dans les compagnes, leurs affreufes dévafta^ion*. 



[ io6 

La motion du Journal, touchant la publication des 
débats de la Chambre desRcpréfentans, a fubi quelque 
dîTcuffion Samedi dernier, après quoi elle fut retirée 
par le Juge Burke, qui promit de la ré-introduire à 
k feffion prochaine. La méthode adoptée dans la 
première feffion d'élever certains membres en publiant 
leurs difcours correâement, et d'en abbaiiTer d'autres, 
en fupprimant, et mutilant les leurs, fut fevèrement 
reprouvée par plufieurs membres qui, en exprimant 
leur vœu que tous les débats fe publiaffent, fe déchaî- 
nèrent contre les imprimeurs rampons aïïiz/efvi/es, 
peu Independans pour proftituer leur preffe libre aux 
vues de la faftion, et pour tromper le public fur fes 
propres intérêts. 

On apprend de la Martinique qu'il y fut découvert 
le 6 Septembre der. la trame la plus horrible dont en 
aie entendu parler depuis longtemps. Les Nègres de 
cette ifle dévoient mettre le feu k la belle ville de St. 
Pierre. Tous les habitans blancs dévoient être mafla- 
crés', dans le trouble que ce feu auroit occafionné, fans 
diilindtion d'âge ni de fexe. Les combuftibles, qui é- 
toient du chanvre trempé dans de la térébentine,étoient 
déjà préparés et appliqués aux maifons qui dévoient 
être brûlées. Ce ne fut que vers les 5 heures du foir 
que ce complot fut découvert par un Nègre qui ap- 
partenoit à une vieille dame, et qui, fe fentant plein 
de' remords à l'idée de maflacrer fa mailrefre,qui l'avoit 
élevé depuis fon enfance, lui découvrit toute la trame. 
La troupe s'étarrt aflemblée fur le champ, il y eut 40 
des Nègres de faifis, armés de fabres et de couteaux — 
inftrumens dont ils dévoient fe fervir pour mettre à 
mort plus de 5000 perfonnes. 

Tous les habitans ont depuis été fous les armes, de 
crainte que les autres n'eifaient de les délivrer de pri- 
fon, d'oià ils doivent forlir pour être rompus vifs, celte 
feraaine. 

Des lettres particulières de Brefl: mandent que le 
Comte d'He6lor, commandant du port, ayant dépêché 
un Courier à Verfaillesj ce dernier fut arrêté à la porte 
de Lenderneau et mené à la maifon de ville. 

Le peuple infiftoit fur ce que les lettres fuflent ou- 
vertes, pour favoîr fi elles contenoient des avis au Roi, 
pernicieux pour les habitans de Breft ou d'aucune au- 
tre partie de la Bretagne qui s'étoit déclarée en fa- 
veur de l'afiemblée nationale. 

Le Comte d'Hc6lor proleila conlre de pareils pro- 
cèdes. Il lépiéfenta le danger qu'il y avoit d'ouviîr 



1 

des lettres qui pouvoient être de la plus grande confé* 
quence devant une populace. — Il demanda que les dé- 
pêches fuflent fonraifes à un comité compofé de 8 per- 
fonnes. Rien n'avoit encore tranfpiré au départ du 
bâtiment qui, a apporté ces nouvelles. 

Le bruit fe répand et s'accrédite que le Pr-éfident 
des Etats-Unis, l'illuflre Wafhington, doit venir à 
Bofton, et qu'on peut l'attendre la femaine prochaine. 
{^Cétîe nouvelle na rien de certain.^ 

On lit dans une feuille de Salem que le Roi de 
France monta fur le trône à. 1 y 3,ns, et J^eu de tems après 
époufa la fœur de V Empereur d\4Uemagne. {^Le rédac- 
teur de cette feuille n a point eiicore Jini fon cours de chro- 
nologie.) 

Il a plu au Préfident des Etats-Unis, de l'avis" et 
du confintement du Sénat, de nommer l'Hon. Jean 
Jay, premier juge ; les H. Jean Rutledge, Jacques 
Wilfon, Guillaume Cufhing, Robert H. Harrifon, 
Jean Blair, juges affociés des Etats-Unis. 

Les honorables Thomas JefFerfon, fécrétaîre d'état ; 
Edmund Randolph, procureur général ; Samuel Of- 
good, maître de pofte général, e't Guillaume Carmi- 
chael, chargé des affaires des Etats-Unis près la cour 
d'Efpagne. 

Le Congrès des E. U. a pafTé dans fa première fef- 
fion 24 Ades et 4 Refolvrs, ou Arrêtés. 

On lit dans une feuille Angloife, que lorfquc le 
comité qui avoit été nommé pour examiner les dépê- 
ches que le Comte d'Hector envoyoit à Verfailles, 
lui fignifia de fe rendre à l'hôtel de ville, il repondit 
qu'une telle demande ne s'accordoit gueres avec la 
dignité d'un officier dans un pofte auffi important que 
le fien. La réponfe que lui fit le comité fut courte, 
mais exprtfîive. *' Le fouverain que vous reprefen- 
tez ne s'efl. pas cru trop élevé pour fe rendre à l'tiôtel 
de ville de Paris. Son exemple vous convaincra qu'il 
eft de votre devoir de vous rendie à l'hôtel de ville de 
Breft." Alors le comte fut forcé de fe foumettre et 
de fe trouver avec le comité à l'ouverture desdépêches; 
mais il ne devoir point avoir de voix, excepté d'expli- 
quer ce que pourroit être nécciTaire à l'intelligence 
des dépêches. 



On avoit cru que l'état de Rhode-Ifland auroit fait 
lîn retour fur lui-même, et auroit eiTayé de mériter par 
une conduite tou'.e oppofée à celle qu'il a tenue jiifqu'- 
ici; qu'on le mît au nombre des "Etats-Unis ; .^^ai3 il 
ePc trop endjici dans le crime — il vient de préftnter une 
efpecedeManifefte au Congrès pour juftifier fa conduite. 



[ 207 

Son Excellence M. le Comte de Mouftier, Ambaf- 
fadeur de S. M. T. C. près des Etats-Unis, doit par- 
tir inceffamment pour France. 

La divifion aux ordres de M. le Vicomte de Pon- 
levès doit, à ce que l'on rapporte, mettre à la voile au 
commencement de Novembre. 



] 



*^* Ce Numéro complettant la colleélion de fix 
mois, on prévient MM. les Soufcripteurs que le Cou- 
rier de Bofton eftfufpendu. 

En entreprenant cette feuille, l'Editeur étoit guidé 
par un fentiment de reconnoiffance envers un peuple 
généreux, qui, toujours prêt à diftinguer la bonne foi 
du charlatatnjme^ avoit bien voulu oublier les abus de 
tous les genres auxquels l'inftruiSlion de la langue 
Françoife avoil fervi de prétexte, pour examiner les 
effets d'une nouvelle épreuve ; et qui l'avoit enfuite 
comblé des plus grandes faveurs. L'Editeur avoit 
confidéré les avantages réfultant d'une feuille bien 
organifée et dirigée vers le bien public : fe repofant 
fur la PURETE D£ SES INTENTIONS et fur fon amour 
pour un peuple qui lui avoit donné des marques de fon 
eftime, il fe fit un devoir de tout facrifier pour lui en 
donnerdes preuves : et raefurailt fes titres à fes faveurs 
par le nombre d'obftacles qu'il avoit à combattre, il 
les méprifa tous, ne pouvant affez faire pour ceux qui 
lui avoient déjà tenu compte de fes intentions. 

Mais un enchaînement de calamités et de malheurs, 
aufîi furprenans qu'ils lui font fatals, et qu'il a endu- 
rés fan"! le moindre murmure, ni fans la moindre inter- 
ruption de fa feuille, l'oblige enfin de renoncer à l'ef- 
poir qu'il avoit conçu, en l'accablant de la mifère la 
plus inouïe.* Il abandonne fa feuille, mais courbé 
fous le poids de l'infortune, il conferve fa reconnoif- 
fance, et réclame la bienveillance du public. 

Il remercie ceux de fes foufcripteurs qui, pénétrés 
de la perte qu'il a faite par l'impreffion ^e cette feuille, 
ont bien voulu lui payer leur abonnement en entier. 

Il eft pénétré des fentimens de la plus vive recon- 
noiffance envers les perfonnes qui lui ont fait des of- 
fres plus amples, il n'en accepte que la bienveillance. 
*' La bienveillance eil la fleur de l'amitié, a dit un au- 
teur moderne, et fon parfum s'exhale toujours fi on la 
lailTe fur fa tige, fans la cueillir." Citoyen de Boiton, 
il fupplie ces perfonnes de lui fournir les oçcafions de 
maintenir fa famille, fous des aufpices plus honorables 
pour elles ^ et moins mortifiantes pour lui' 



La Rédaftion d'une Gazette de ce genre demande 
tant de lecture, une correfpondance fi régulière, et fi 
fuivie, tant de foin dans le choix des articles, furtout 
quand on a tout à traduire, que tout le temps que peut 
y donner une feule perfonne peut à peine fuffire ; or 
combien de titres n'a pas l'éditeur, à l'indulgence de 
fes abonnés, quand il leur obferve qu'obligé de fe livrer 
à des occupations régulières pour fa fubfiftance, il ne 
pouvoit facrifier à la traduftion de cette feuille que les 
momens que lui lailfoient ces occupations, et qu'en 
cela il facrifioit à la neceflîté ? 



* Ceci n'efl; point une fiélion enfantée par une imagi- 
nation trompée, pour exciter la compaffion du pub- 
lic. 11 lui a été volé l'été paffé par un François 
tju'il avoit retiré, tout nu<3, mourant de faim, et fans 
reffources, la valeur de 800 piaflres, tant en argent 
qu'en effets : Ces jours palTés, il lui fut volé 100 
piafires pendant la nuit, La Singularité de ces faits 
les fera peut-être révoquer en doute ; mais il eft 
aifé de fe convaincre de la vérité de l'un et de l'au- 
tre. Le premier a été connu de tout le monde,, et 
le fécond ert avoué par la Négreffe qui a commis le 
vol, et qui eft en prifon. Ce qu'il y a de plus ex- 
traordinaire, c'eft que ces deux vols ont été enfan- 
tés par l'ingratitude. La perfonne à qui apparle- 
noit cette Négreffe, et qui l'avoit prié de la garder 
pendant trois femaines, pour épargner 2 chelins par 
femaine, en attendant qu'elle la vendît à un étran- 
ger, favoit et avoit éprouvé combien elle étoit a- 
donnée à voler ; cependant à la veille de la vendre, 
elle refufa de lui remettre les 50 piaftres qu'elle en 
devoit recevoir, quoiqu'elle lui eût occafionné une 

perte de plus de 120 piaftres. Ajoutez à ces 

fatalités, une figure peu prévenante, timide, et que 
l'on peut croire fauvage, une conftitution délicate» 
quoique robufte en apparence, minée par les cha- 
grins et les traverfes qu'il a effuyés dans tout ce 
qu'il a entrepiis ; ces circonftances font peu propres 
à détruire les îegèrrs impreffions qu'une infinité de 
défauts extérieurs et quelques ennemis s'efforcent 
d'accréditer contre lui. 



Cette feuille pourroit être reprife au Printemps pro- 
chain, s'il fe préfentoit un nombre de foufcripteur? 
(de 400) ans conditions fuivantes. 



[ 208 ] 



PROSPECTUS. 

E S Etats-unis de l'Amérique ont fecoué le 
joug de la Grande-Bretagne : ils fe font 
érigés en République. 

Ils ont des Lois — ils ont un Gouvernement. 
Ils habitent une vafte Contrée, favorablement lîtuée 
et fertile. 

Lra population y eft déjà nombreufe et elle ne peut 
qu'accroître tous les jours, par la douceur de Lois, et 
la grande Libéralité qui a préfidé à leur établilTenaent. 

L'Agriculture y eft très-bien entendue. 

Leurs champs bien cultivés doivent leur affurer à 
jamais un Commerce étendu, florlffant et avantageux. 

Ce Commerce s'étendra non-feulement en Europe ; 
mais encore dans toutes les parties des deux Indes. 

Pour le faire, il faut qu'ils aient des moyens de 
communication, aufli univerfels,s'il eit poSible, que 
ce Commerce même. 

La Langue Françoife doit former ce figne de com- 
Ejunication. 

Elle fe parle dans toutes les parties de l'Europe ; 
et par-tout où les Américains confédérés peuvent por- 
ter leur Commerce. 

îl feroit donc à defirer — il feroit donc utile, qu'il y 
parût en François, une feuille périodique, dont ks ob- 
jets principaux fuiTent, 

î °. D^encourager l'Etude de la Langue Françoife 
en Amérique. 

2°. De préfenter un tableau exaû de la Politique, 
des Arts, des Sciences et du Commerce des EtatsUnis ; 
et généralement tout ce qui peut intéreffer le Naviga- 
teur, le Négociant, le Cultivateur et le Politique, 
d'une manière dircâe. 

3°, De répandre des lumières fur tout ce qui con- 
cerne l'Amérique ; de reélifîer les erreurs des négo- 
ciants étrangers ; de faire connoîcre aux François, les 
reffburces locales de cette vafte et riche contrée — ref- 
fources qui ont jufqu'ici été ignorées de la plus grande 
partie, et qui n'ont peut-être jamais été connues abfo- 
ïument de perfonne :- — RcîTources qui doivent alimen- 
ter le Commerce le plus étendu : Enfin, de leur faite 
connoitre les circonltances phyfiques, morales, et po- 
litiques qui doivent déterminer les rapports fur les- 
quels, le Commerce des Etats-Unis, doit être fondé. 
Ce fera fur- tout, vers ce point, que feront dirigés les 
efforts de l'Editeur. 

Enfin, d'affranchir les Américains confédérés, de 
l'efpéce d'Efclavage moral dans lequel ils gémiffent 
encore, aux moyens des papiers publics anglois : fource 
unique à laquelle ils puifent tous leurs avis : il feroit 
inutile de détailler ici pourquoi ces derniers font et ne 
peuvent qu'être faux, il fuffi ra d'en indiquer une caufe ; 



on fait qu'ils font dévoués aux agioteurs de toutes les 
claffes qui, pour fai(-e haufîer ou baiffer' le prix des 
fonds publics, fe font un jeu de remplir ces feuilles des 
fauffetés les plus abfurdea. En un mot, le peu de 
compatibilité qui règne entr'elles, prouve affez l'!^f- 
prit de parti qui préfide à la compofition des trois 
quarts. Nous n'avançons rien ici 'qui ne foit connu 
de toutes les perfonnes éclairées : L'Américain dé- 
pourvu de toute autre voie d'Informations, trouve ces 
papiers, les lit, et trop fouvent y ajoute foi ; c'efl 
ainfi qu'il devient, fans le vouloir, le partifan d'une 
nation rivale, dont les intérêts font direftcment oppo- 
fés aux fiens. Cet abus eft encore plus immédiate- 
ment fenti des imprimeurs qui en font le feul aliment 
de leurs publications périodiques. 

Nous nous félicitons de l'époque hcureufe de la ra- 
tification de la noavelie Coatlitution, pour l'établifTe- 
ment de cette feuille ; Le Commerce des Etats-Unis, 
depuis la Guerre, peu-étendu, va recevoir de nouveaux 
accroiflcmens ; Les Citoyens de L'Amérique, aux- 
quels nous nous femmes voués, non- moins par choix 
que par devoir, et par réconnoiiTance, encourageront 
un Etabliffement, dont le but feul eft l'utilité. 

Les moyens de Communication entre Bofton, et les 
Ifles du vent, font trop connus pour qu'il foit nécef- 
faire ici, d'affurcr nos foufcripteurs, de cette partie, . 
qu'ils recevront leurs numéros très-éxaélement. 

Malgré les mefures que nous avons prifes pour ne 
laiffer rien à defirer à nos abonnés, nous nous ferons 
toujours un plaifir, et un devoir, d'inférer ks avis par- 
ticuliers, qui offriront affez d'intérêt pour y être ad- 
mis. 

CONDITIONS. 

Cette Gazette, de 8 pages in 4to, même papier et 
même caractère, que le préfent Profpeélus, paroîtroit 
régulièrement tous les Jeudis de chaque femaine. 

Le prix fera pour l'année, de 15 Hv. pour Bofton, 
et toute l'Amérique, et de 24 liv. tournoie, franc de 
port, pour l'étranger. 

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On foufcrit en tout temps, et à toute époque pour- 
vu que ce foit pour une année entière. 

A Bofton, chez M. Hall, pour toute l'Amérique. 

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A BOSTON, de ilmprimerie de Samuel Hall, Libraire, dans ie Cornhill, No. ^3- 



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