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Full text of "Coutumes populaires de la Haute-Bretagne"

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LES 

LITTÉRATURES POPULAIRES 
TOME XXII 



LES 



LITTÉRATURES 



POPULAIRES 



TOUTES LES NATIONS 



TRADITIONS, LEGENDES 

CONTES, CHANSONS, PROVERBES, DEVINETTES 

SUPERSTITIONS 

TOME XXII 






PARIS (\ 



iMAISONNEUVE FRÈRES et Ç¥L LEÇEERC 

25, QUAI VOLTAIREf\25 
1886 




Tous droits réservés 



COUTUMES POPULAIRES 



HAUTE-BRETAGNE 



COUTUMES POPULAIRES 



HAUTE-BRETAGNE 



Paul SEBILLOT 




PARIS 

MAISONNEUVH FRKR^S et CH. LECLERC 

25, QUAI VOLTAIRE, 25 



1886 
Tous droits résen'és 



PREMIÈRE PARTIE 

L'HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 



PREMIÈRE PARTIE 

L'HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 



CHAPITRE PREMIER 

LA NAISSANCE 



§1. 



LA GROSSESSE 




ES paysans de la Haute-Bretagne consi- 
dèrent la stérilité des femmes comme 
une espèce de malheur. Les grandes fa- 
milles, disent-ils, c'est la richesse des pauvres 
gens. Et, en effet, dans la plupart des cas, une 
fois la période du premier âge passée, les enfants 
commencent à rendre à leurs parents bien des 
petits services. Quand ils sont devenus hommes, 



4 l'hOxMme de la naissance a la mort 

ils aident à travailler la terre, et remplissent gra- 
tuitement, avec plus de zèle 6t d'obéissance, le 
rôle qui, sans eux, serait dévolu aux domestiques. 
Indépendamment de la question d'amour pater- 
nel, il y a pour les parents une question d'inté- 
rêt, à laquelle ils ne sont point insensibles. 

On dit d'un ménage où les naissances sont fré- 
quentes, « qu'on y bat sur du bon blé ; qu'on 
y fait des enfants comme de la toile; » d'un 
homme qui a beaucoup d'enfants : « C'est un 
bon co'. )) (E.) (i). On dit à une femme qui n'a 
pas d'enfant : « Vot' co' ne vaut ren. — Vous 
n'ez point l'air d'avaï un bon co'. « 

Pourtant, il y a quelques proverbes qui semblent 
prouver qu'en certains pays du moins les nom- 
breuses familles ne sont pas toujours considérées 
comme souhaitables : 

— Le couple (d'enfants) en vaut mieux que la 
douzaine. (E.) 

— C'est le panier aux cerises : les plus fins y 
sont pris. (E.) 

Ce proverbe est appliqué à ceux qui ont plus 
"d'enfants qu'ils n'en désireraient. Il en est de 
même des suivants : 



(i) E. signifie Ercé, près Liffré (lUe-et- Vilaine) ; D., Dinan j 
P., Penguily et environs; M., Matignon; S.-C, Saint-Cast 
(Côtes-du-Nord). 



LA NAISSANCE 



— Qui s'y mit, 
S'y trouvit. (E.) 

— Qui s'y frotte s'y pique. (E.) 

— Que ceux qui les font les bercent. (E.) 

— C'est la grand'bande qui rend les étourniaux 
(étourneaux) maigres, (E.) 

C'est encore une allusion à la gêne que peut 
occasionner un grand nombre d'enfants. Ces pro- 
verbes sont surtout usités, à ma connaissance du 
moins, dans l'Ille-et- Vilaine, pays plus riche et 
de culture plus avancée que les Côtes-du-Nord. 
Cependant les familles de sept à huit enfants n'y 
sont pas rares. 

Lorsque les enfants tardent à venir, le ménage 
s'adresse aux puissances surnaturelles. Voici quel- 
ques pratiques religieuses qui sont d'un usage 
courant : 

A Plouër, on va en pèlerinage à la statue de 
sainte Germaine, placée dans la chapelle de la 
Souâtiée. 

A Lamballe, on se rend au pardon de saint 
Amateur, qui a lieu le deuxième dimanche de 
juillet. 

« Saint Josse ou saint Judoce est invoqué contre 
la stérilité, dans l'église de la petite commune qui 
porte son nom. » 

(JoUivet, t. II, p. 169.) 



L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 



Sur les saints invoqués contre la stérilité, cf. A. S. Morin, Le 
Prêtre et le sorcier, p. 242 ; — Martinet, Légendes du Berry, p. 18. 

Si une femme mariée depuis quelque temps et 
qui n'a point d'enfant désire en avoir, il faut 
qu'elle accompagne à l'église une accouchée qui 
va se faire remettre, c'est-à-dire qui fait ses rele- 
vailles. (P.) 

On envoie aussi, dans l'espoir qu'elles devien- 
dront fécondes, les jeunes mariées conduire à l'é- 
glise les femmes qui se font relever. (D.) 

Il semblerait que, parfois, on a recours à des 
pratiques qui, catholiques en apparence, sont des 
vestiges de superstitions préhistoriques. J'ai en- 
tendu dire que des femmes, pour avoir des en- 
fants, allaient se frotter à certains saints en pierre 
ou en bois placés dans la campagne. 

En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. II, p. 143), les 
femmes stériles se frottent le ventre à la statue de saint Guénolé. 
Dans les Pyrénées, plusieurs pierres sont l'objet d'un culte de la 
part des femmes qui leur demandent la fécondité. Cf. Bull, de 
la Société d'anthropologie, 3^ série, t. II, pp. 167-8; cf. aussi la 
note des pages > i et 52, du t. I"'' des Traditions et superstitions de la 
Haute-Bretagne; dans la Marche (cf. Duval, Esquisses marchoises, 
p. m), les villageoises, pour avoir des enfants, grattent la 
pierre d'une statue antique. 

A 1,200 mètres environ du bourg d'Hénan- 
bihen (Côtes-du-Nord), existe une petite statue 
très fruste qui porte le nom de saint Mirli. Il y a 
quelques années, les femmes qui, mariées depuis 



LA NAISSANCE 



longtemps, n'avaient pas d'enfant allaient se frot- 
ter le long de cette statue. L'on disait en pro- 
verbe : 

A Saint-Mirli, 
On va se frotter le nombri'. 

Cette cérémonie était clandestine. On m'a as- 
suré qu'on s'y rendait encore quelquefois. (M.) 

Je n'ai pu me procurer aucun renseignement 
sur ce saint qui ne figure ni dans le calendrier ni 
dans les Vies des saints. Je serais assez porté à 
croire que son nom a eu une signification phal- 
lique, aujourd'hui oubliée, Mirli étant très voisin 
de pirli, un des noms gallos du phallus. 

Si on voit une femme devenir pâle, avoir envie 
d'écœurer (vomir), ou paraître désirer quelque 
chose, on dit qu'elle « prune «. Pruner, c'est 
commencer une grossesse. (E.) 

Lorsqu'une jeune femme se plaint du mal de 
dents, on lui rit au nez en assurant que cela lui 
passera bientôt. On voit là un signe de grossesse ; 
d'où le dicton : 

Ma (mal) es dents 
Signe d'engendrement. 

Quand une femme enceinte a envie de quelque 
chose, elle doit éviter de gratter une partie de son 



8 l'homme de la naissance a la mort 

corps non cachée par des vêtements, car, si elle 
ne pouvait faire passer son envie, l'enfant aurait 
à l'endroit gratté par sa mère une envie représen- 
tant la figure de l'objet désiré. On cite nombre 
d'exemples. 

Cette croyance à la désirance existe aussi en Poitou (cf. Sou- 
che, p. lo) ; en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 2); en 
Franche-Comté (cf. Mélusine, t. I, col. 350). Elle était géné- 
ralement admise dans l'antiquité, et l'on trouvera dans Laisnel 
plusieurs exemples tirés d'ouvrages du siècle dernier, ou même 
du XIX^, où les auteurs en font mention. 

Le tonnerre ne tombe jamais sur une maison 
où se trouve une femme enceinte. (M.) 

Si un serpent qui a des ailes voit une femme 
enceinte, il meurt aussitôt. (D.) 

Le domestique Loup-garou du conte du Loup- 
garou (Contes popuîah'es de la Haute-Bretagne, 
ire série, no xlvu), n'a pas attaqué le premier 
passant, parce que sa mère, étant enceinte de lui, 
avait mangé un cœur de veau; mais il lutte avec 
le troisième, parce que sa m.ère avait mangé un 
cœur de bœuf. 

Je n'ai pu retrouver ailleurs que dans ce conte cette croyance, 
qui peut-être est disparue; mais, dans V Evangile des Quenouilles, 
p. 26, il est parlé du danger que courent les femmes enceintes 
si elles mangent des têtes de poissons. 

On croit aussi que, si une femme s'est moquée 
d'un pauvre infirme ou qu'elle lui ait refusé l'au- 
mône, elle peut avoir des enfants difformes. Les 



LA NAISSANCE 



mendiants racontent dans les fermes plusieurs 
exemples de cette punition, et, parmi eux, l'his- 
toire de la jeune fille noble qui avait une tête de 
cochon, et qui mangeait dans une auge en argent. 
Il y a sur la grossesse des femmes un assez 
grand nombre de dictons, dont plusieurs ne sont 
guère respectueux : 

— La hase est pleine. (E.) Cela se dit presque 
toujours des femmes de conduite légère. 

— Olle (elle) est au plein des brancards, com- 
paraison empruntée au métier de charretier. 

— Olie a une devantiérée (la devantière est 
un tablier). 

— Son cotillon se relève. 

— Elle est sur le bon tour. (M.) 

— O' crache sur les tisons. (M.) 

— Elle est sur le bon côté. (S.-C.) Elle est sur 
le bon bord. (S.-C.) Cette dernière comparaison 
est tirée du langage des marins. 

Si une femme est enceinte de dix mois, on dit 
qu'elle accouche d'un évêque ; si elle était enceinte 
de onze mois, l'enfant qui naîtrait serait pape. 
Quand une femme est longtemps sans accoucher, 
au delà du terme ordinaire, on dit : « Elle n'ac- 
couche point, elle aura un pape. » (E.) 

L'enfant mâle, fils de deux bâtards et premier 
de sa race, devient pape. (P.) 

Lorsqu'une femme enceinte est morte de mort 



10 l'homme de la naissance a la mort 

violente, elle revient à certaines époques de l'an- 
née. A Rillé, près de Fougères, une lueur qu'on 
voit périodiquement est l'âme d'une femme en- 
ceinte qui se tua en tombant d'un cerisier. (E.) 

En Normandie (cf. A. Bosquet, p. 278), apparaît à Dieppe une 
femme grosse qui, jadis, tomba du haut de la falaise et se tua. 



§ II. — l'accouchement, présages et croyances 

Dans la cro3'ance des pa3"sans, le moment de 
la semaine ou du mois où naît un enfant, certaines 
autres circonstances accessoires, peuvent avoir de 
l'influence sur sa destinée, sur son intelligence ou 
sur ses qualités. 

Les enfants qui naissent le dimanche sont tou- 
jours chanceux; ceux, au contraire, qui sont nés 
le vendredi sont malheureux. (D.) 

Si le père d'un enfant est ivre au moment de la 
naissance, l'enfant sera innocent. (S.-C.) 

Plus un enfant naît^près de la fin du mois, plus 
il aura de chance. (S.-C.) 

Ceux qui naissent dans le mois de mars sont 
ràbâtous, c'est-à-dire grognons. (S.-C.) Ailleurs 
(P.), ce sont ceux du mois d'août. 



LA NAISSANCE II 



Quand un enfant naît la nuit, on sort de la 
maison et l'on va regarder l'étoile qui se trouve 
en ce moment au-dessus du pignon de la chemi- 
née. Si elle est brillante, l'enfant sera heureux; si 
elle est pâle, on n'augure pas bien de lui. (D.) 

Ces croyances à une sorte de prédestination 
sont constatées dans plusieurs contes populaires en 
Haute-Bretagne. 

Il y avait une fois un devin qui se trouvait 
dans une maison au moment où une femme allait 
accoucher; il prédit que cet enfant, né sous une 
mauvaise étoile, serait pendu. Quand l'enfant fut 
devenu grand, il quitta le pays pour ne pas faire 
honte à sa famille, et il alla se louer comme do- 
mestique, et toutes les nuits il priait pour ne pas 
être pendu. 

Mais, comme il sortait souvent la nuit, un 
autre domestique voulut savoir où il allait, et il le 
suivit. Il le vit entrer dans l'église, où il s'endor- 
mit; et, pendant son sommeil, il fut pendu trois 
fois à la corde des cloches. 

Le lendemain, son camarade lui dit : 
— La nuit dernière, tu as été trois fois pendu 
à la corde des cloches. 

Sa destinée était accomplie. 

Il y avait une fois un sorcier qui assistait à la 
naissance d'un enfant pour dire sa destinée; et il 



12 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

prédit qu'il serait tué par le tonnerre à l'âge de 
dix-neuf ans. 

Ses parents, qui étaient riches, firent faire une 
maison toute en fer, en forme d'église, et ils lui 
dirent de demeurer dedans. Mais un jour qu'il 
tonnait, il sortit de la maison, et se mit à genoux 
à prier dans la cour. Le tonnerre tomba sur la 
maison, et il n'eut point de mal. 

(Conté par J.-M. Comault du Gouray, 18S2.) 

Dans un autre conte, la Mauvaise étoile (Contes 
des paysans, no lxv), la croyance à l'influence 
fatale du moment de la naissance est plus for- 
mellement encore exprimée. Un pauvre qui se 
trouvait au moment de l'accouchement dit : « Si 
l'enfant peut tarder une heure à venir, ce sera un 
bonheur pour lui ; car, sans cela, à l'âge de vingt 
ans, il sera pendu les pieds en l'air, et brûlé 
(p. 332). )) Cette destinée s'accomplit, en effet, 
mais en effigie seulement. 

La même croyance existe en Basse-Bretagne. Cf. dans Mélu- 
sine, t. 1, un conte de Luzel, intitulé la Destinée. 

On dit d'une personne qui a de la chance 
qu'elle est née coiffée en naissant. On sait que 
la coiffe est une portion de membrane foetale que 
quelques enfants ont sur la tête en venant au 
monde. Cette croyance était jadis à peu près 
générale. 



LA NAISSANCE I3 



Tous ceux qui n'ont pas vu leur père^ garçons 
ou filles, pansent d'oraison, ou ont un don dans la 
main qui fait qu'en touchant certaines affections 
ils les guérissent. (D.) 

Le septième garçon d'une famille, quand il n'y 
a pas de fille entre, guérit les écrouelles. (E.) 

Même croyance en Berry (cf. Laisael de la Salle, t. II, p. $) ; 
en Beauce (cf. A. -S. Morin, p. 175). Thiers, Traité des supersti- 
tions, t. 1=', p. 509 (éd. de 1741), mentionnait cette superstition 
comme ayant cours de son temps ; en Normandie, c'est la septième 
fille (cf. A. Bosquet, p. 306). 

L'enfant qui est né après la mort de son père 
guérit les loupes. (E.) Il peut aussi panser les vers 
(sorte de pourriture), (P.) 

Ceux qui naissent le 25 janvier, jour de la 
Conversion de saint Paul, « pansent du v'iin, » 
c'est-à-dire guérissent les personnes mordues par 
les reptiles, et peuvent toucher les couleuvres et 
les vipères sans être mordus. (E.) 

Quand une femme est sur le point d'accou- 
cher, le mari invite ses amis à venir la tenir 
pour le cas où la couche serait difficile. On en- 
tend parfois des hommes dire en plaisantant aux 
femmes enceintes : « Attends-ma, j'irai bien- 
tôt te t'ni. » On assure qu'il y a des femmes 
que la peur d'être ainsi tenues fait accoucher plus 
vite. (E.) 

Lorsqu'il y a un médecin très laid, on dit par 



14 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

plaisanterie : « Fau'ra demander stilà (celui-là)^ 
i' la fera accoucher de peur. » (E.) 

On dit d'une femme qui accouche facilement : 
« E' fait ça comme une révérence. » (E.) 

Pour l'accouchement, on invoque sainte Mar- 
guerite. 

Cette coutume est à peu près générale en France. 

Dès que l'enfant est né, on fait le signe de la 
croix, et souvent on le baptise à la maison. En 
tout cas, jusqu'à ce qu'il ait été baptisé, on ne le 
perd pas de vue, et on lui pend au cou un chape- 
let bénit. (D.) 

Dans les environs de Rennes et de Dinan, les 
commères ou matrones, qu'on appelle gramettes 
ou mères mitaines, « font la tête des enfants ». 
Elles ne leur font subir aucune déformation, mais 
elles massent légèrement la tête, qui, d'après elles, 
sans cela, resterait pointue. — « Les filles, dit-on, 
seraient trop mal coiffées avec la tête pointue ; un 
gars, ça irait cor. » 

Le même usage existe en Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, 
t._ I", p. 27). 

Il faut prendre garde à la manière dont on 
couche pour la première fois un enfant qui vient 
de naître; si on le couche sur le côté droit, il 
sera droitier; si c'est sur le côté gauche, il sera 
gaucher. (S.-C, D.) 



LA NAISSANCE I5 

Quand la lune ne change pas dans les huit 
jours qui suivent la naissance d'un enfant, l'en- 
fant à venir sera du même sexe que celui qui 
vient de naître. (E.) 

Cf. Souche (Poitou), p. 6. 

Voici deux dictons qui relatent l'influence du 
père et de la mère sur le physique de l'enfant : 

— Il faut deux noirs pour faire un blond. (E.) 

— Il faut deux beaux pour faire un laid, ou il 
faut deux laids pour faire un beau. (E.) 

Jadis, il y avait certains arbres au pied desquels 
on exposait les enfants naturels. A Saint-Cast, 
par exemple, c'était sous un if ou sous un chêne 
placé dans le cimetière, ou bien au pied d'une 
grande croix en schiste. Cet usage n'existe plus. 

Quoique la croyance aux enfants changés par 
les fées ou par les lutins soit presque reléguée 
parmi les contes, on dit assez couramment d'un 
enfant qui est rabougri et a l'air vieux pour son 
âge qu'il a été « changé par la fée », ou que 
« c'est un enfant de fée ». 

Sur les enfants changés, cf. mes Traditions et superstitions, 1. 1*', 
pp. 90-91, 117-119 et 13) ; Contes, 1^^ série, la Houle de Chélin, 
n° IV ; 2* série, V Enfant changé, n°^ xv etxvè;'^; c'est une 
des légendes que j'ai le plus souvent entendues. 

Mais il y avait aussi des fées qui venaient la 
nuit prendre soin des enfants. 

Cf. mes Traditions et superstitions, t. !"■, p. 124. 



i6 l'homme de la naissance a la mort 



§ III. — LE BAPTÊME 

Si un garçon est parrain de trois filles sans 
qu'il nomme des garçons entre elles, il aura de la 
chance. (S.-C, D.) 

Pour qu'une jeune fille ait de la chance, il faut 
qu'elle nomme trois garçons de suite. (S.-C.) 

Quand on n'a point été parrain ou marraine, on 
dit qu'on est de la confrérie des chats. (S.-C, E.) 

Lorsqu'on ensevelit une personne, on demande 
si elle a tenu un enfant sur les fonts du baptême. 
Si elle n'en a pas tenu, on l'ensevelit les mains 
derrière le dos. (E.) 

Si une femme enceinte est marraine, son en- 
fant ou son filleul mourra dans l'année. .(D.) 

La même croyance existe en Berry (cf. Laisnel de la Salle, 
t. II, p. 9). 

Quand une mère donne son nom à un enfant, 
elle n'en a plus d'autre du même sexe. (S.-C.) 

Souvent, ce sont les parrains et les marraines 
qui demandent à nommer l'enfant dont une 
femme est grosse. (D.) En d'autres pays, ce sont 
toujours Iqs parrains qui s'offrent. 

Le parrain et la marraine font un cadeau à 
l'accouchée; il consiste habituellement en une 
bouteille de vin, une tablette de chocolat et une 



LA NAISSANCE I7 



livre de sucre. Mais il varie suivant la posi- 
tion. (E.) 

Le jour du baptême, on met les chiens dehors. 

Le parrain de l'enfant dont la naissance a pré- 
cédé celui qu'on nomme vient à la maison; il 
tient à la main une gaule qu'il place en travers de 
la porte, et qu'il fait entrer de force dans la mai- 
son ; puis, avec cette gaule, il se met à frapper un 
peu partout, sous les lits, dans les coins, etc. 
Bien entendu, cela ne se fait que si la mère a bien 
supporté la couche. (E.) 

Pour que l'enfant ce se noie pas en tombant 
plus tard à l'eau, il faut que ce soit son parrain 
qui le porte dans ses bras et le fasse passer par- 
dessus un ruisseau. 

Le parrain qui porte un enfant à nommer a 
sur le dos une devantière. (P.) 

« On prétend à Saint- Aaron (Côtes-du-Nord) 
que, si on donnait le nom du patron de la pa- 
roisse à un enfant, cet enfant ne vivrait pas. » 

(Jollivet, t. pf, p. 172.) 

Si, au moment où le parrain et la marraine 
tiennent l'enfant sur les fonts baptismaux, ils 
prononcent distinctement Credo, l'enfant sera fort 
et ne toussera pas ; mais s'ils disent Kerho au lieu 
de Credo, il sera débile et toussera. Ceux qui 
toussent, on les appelle les Kerhaiix. (P.) 



i8 l'homme de la naissance a la mort 



Au sortir de l'église, on emmène à l'auberge la 
porteuse, — c'est ordinairement la sage-femme, 
— et on lui fait prendre du café en grande quan- 
tité. 

Après le baptême, il faut que le parrain et la 
marraine s'embrassent; sans cela, le filleul serait 
innocent. (S.-C.) 

En Berry, si le parrain n'embrasse pas la marraine avant de 
sortir de l'église, l'enfant sera bègue ou muet. Cf. Laisnel de la 
Salle, t. II, p. lo. 

Le carillon qui suit le baptême se nomme plai- 
samment « glas à bouillie », (E.) ou « branle de 
culottes )>. (P.) 

Plus la cloche a bien sonné, plus l'enfant aura 
la voix forte. (E.) 

Même croyance en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 9). 

La longueur de la sonnerie est proportionnée à 
la générosité du parrain. Pour qu'un enfant sache 
bien danser, il faut qu'à son baptême on ait sonné 
une bonne brauUe. (P.) 

On ne sonne pas les cloches pour le baptême 
d'un enfant naturel. 

■ Même usage eu Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. lo). 

A Ercé, il est d'usage de distribuer des dra- 
gées. Si on y manque, les enfants crient : 
« Chiche de dragées ! « ou bien : « Parrain grêlé î 
marraine grêlée ! » C'est une coutume récente. 



LA NAISSANCE 19 



Cet usage des dragées existe aussi en Berry ; on crie aux par- 
rains chiches : « Poches cousues ! » (Laisnel de la Salle, t. II, 
p. 10.) 

Sitôt que l'enfant est revenu du bourg après le 
baptême, on lui fait manger de la bouillie de blé 
noir. (E.-D.) 

A Ercé, le repas de baptême s'appelle en plai- 
santerie « repas de fricassée de nombrils ». 

Le dimanche qui suit le baptême, il y a une 
petite fête qu'on appelle « la relevée de pignon ». 
Le parrain et la marraine y assistent, et chacun 
d'eux apporte une gâche de pain. (P.) En d'autres 
pays, aux environs de Dinàn, par exemple, la re- 
levée de pignon est le repas des relevailles. 

L'enfant garde pendant huit ou neuf jours le 
bonnet de baptême de dessous qui se nomme, à 
Ercé, le crasse; à Matignon, le petit krêmé. C'est 
une coutume religieuse. Le bonnet de baptême a 
une croix dans le fond. 

Le bonnet de baptême des enfants est employé 
par les devins et les sorciers. On doit le brûler et 
non le jeter. 

Cf. mes Traditions et superstitions, t. I*'', p. 287. 

Si on enlevait le bonnet de crasse, les enfants 
seraient malades et n'auraient point de cheveux à 
cet endroit de la tête. (D.) 

Quand un enfant perd son nombril, ce qui a 
lieu, en général, au bout de neuf jours, il ne faut 



20 l'homme de la naissance a la mort 



pas le jeter dans l'eau ou dans le feu, car l'enfant 
mourrait noyé ou brûlé. (E.) 

Pour les paysans, le parrainage crée une vraie 
parenté ; si le parrain ou la marraine se marie, le 
filleul appelle parrain ou marraine celui des époux 
qui s'est marié avec celui ou celle qui l'a nommé. 
(E.) Cet usage tombe en désuétude. 

Le parrain et la marraine se donnent entre eux 
le nom de compère et de commère ; ils appellent 
ainsi le père et la mère de leur filleul, et récipro- 
quement. (E., M., P.) 



§ IV. — LES RELEVAILLES 

Il ne faut pas qu'une femme travaille avant ses 
relevailles. Si elle va à la fontaine puiser de 
l'eau, la fontaine tarira. Si elle trait ses vaches, 
elles cesseront de donner du lait, ou il tour- 
nera. Si elle va en route, le vent lui cassera un 
membre. (P.) 

En Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 14), la femme 
mange à part et ne doit toucher à quoi que ce soit. 

Si une femme travaille avant sa messe de rele- 
vailles, son enfant devient voleur. (E.) 



LA NAISSANCE 21 



Jusqu'à ce qu'elle ait été relevée, elle doit por- 
ter sur elle un objet bénit. (D.) 

Quand une femme va se faire « remettre », — 
c'est le terme usité pour les relevailles, — elle 
s'agenouille en dehors de l'église, et une personne 
va prévenir le prêtre qui lui pose son étole sur la 
tête, lui met à la main un cierge, et l'asperge 
d'eau bénite. Elle se relève alors, entre dans l'é- 
glise et vient s'agenouiller à la balustrade de l'au- 
tel, où a lieu une cérémonie analogue. 

On présente sur une serviette un pain que le 
prêtre bénit, puis il en coupe le premier morceau 
que l'accouchée distribue' à ses connaissances, 
(^vran.) A Rennes, c'est le bedeau qui va en 
porter en ville aux amis de la personne « re- 
levée ». 

En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretomie, t. I^"^, p. 48), aux re- 
levailles, la sage-femme tient un pain blanc entamé d'un bout et 
enveloppé de l'autre, qui, après avoir été bénit, est distribué aux 
membres de la famille. 

Une femme qui a perdu des enfants en bas âge, 
au lieu de dire qu'ils sont morts, dit : 

— J'en ai zu (eu) quat' qui sont o l'bon Dieu. 
(S.-C.) 



CHAPITRE II 



LE PREMIER AGE 



§ I. — l'allaitement et le berceau 




I une femme n'a pas de lait, elle va en 
pèlerinage aux saints qui en donnent; il 
y en a un à Brusvily, près Dinan. On 
raconte qu'un homme, qui y avait été par mo- 
querie, en revint les mamelles gonflées de lait. 

En Basse-Bretagne, où les fontaines à lait sont nombreuses, 
on raconte la même légende. 

« Au lieu où fut brûlé Gilles de Retz fut élevé 
un monument expiatoire ; il fut longtemps un 
lieu de pèlerinage pour les nourrices qui venaient 
y implorer la bonne Notre-Dame-de-Crée-Lait. » 

(D'Amezeuil, Récits bretons, p. 216.) 

Cf., sur les fontaines analogues de la Basse-Bretagne, Ro- 
senweig, p. Ji. 



LE PREMIER AGE 23 



On appelle « Marie-pisse-trois-gouttes » une 
femme qui est médiocre nourrice. 

Lorsqu'une femme ne peut allaiter son enfant, 
elle Vaburote, c'est-à-dire le nourrit au petit pot. 

Pour se faire passer le lait , les nourrices 
prennent une infusion de chanvre ou se mettent 
sur les seins du persil pâme. (E.) 

Le her (berceau) est ordinairement un meuble 
•en bois, qui a quelque ressemblance avec une 
auge au-dessous de laquelle on aurait mis deux 
quarts de rond. Il y a parfois, mais non toujours, 
un cercle au-dessus de la tête, sur lequel on 
étend un linge ou un rideau. 

Jadis, ils étaient plus ornés : j'en ai vu en Ille- 
et-Vilaine et sur le bord de la mer qui étaient 
sculptés; ils étaient contemporains des armoires 
plus décorativement que finement sculptées, et des 
lits à colonnes en quenouille, qu'on ne retrouve 
plus guère maintenant que dans les vieux mé- 
nages pauvres. 

Lorsqu'il y a plusieurs enfants, l'un d'eux 
berce son petit frère ou sa petite sœur au moyen 
d'un filet attaché au berceau. 

Les hers se prêtent ou se donnent ; mais on ne 
doit pas les vendre. (D.) 

Les Berceuses sont en assez grand nombre, 
mais elles ne sont pas toutes populaires ; en voici 
trois des plus répandues : 



/ 



24 l'homme de la naissance a la mort 



Berceuse. 

Dodo, mon petit José ; 

Ta femme est dans ton lét (lit). 

Le petit José 
Ne peut pas dormi' 
Qu'il n'ait sa femme 
Dans son petit lit. 

Dodo, delinette, dodo, 
Dodin, delinette, dodo. (D.) 

Eudor, dor, mon petit enfant. 

En l'honneur de Monsieur saint Jean. 

Tant que l'enfant dormira. 

Le bon Jésus le gardera. (D.) 

Chatte qui gratte. 
Mon mari-z-est ici, 
'N'est point en campangne 
Comme il m'avait promis. 

J'endors le petit, le petit, le petit. 
J'endors le petit, le petit, le petit. 
Mon fi'. (P.) 

On ne doit pas éteindre le feu qui a servi à 
cuire la première bouillie d'un enfant nouveau-né; 
il faut l'entretenir pour qu'il brûle toute la nuit, 
afin que la Vierge puisse venir y cuire la bouil- 
lie de son enfant. Bien qu'on ne la voie pas, on 



LE PREMIER AGE 25 

est persuadé qu'elle y vient. Si un enfant était 
malade après qu'on aurait négligé de laisser le feu 
allumé, on dirait que sa maladie vient de là. (D.) 
La bouillie qu'on fait pour les enfants tout pe- 
tits est meilleure que toute autre bouillie. C'est 
ce qu'explique un dicton : 

La bouillie au petit enfant, 

La Vierge a mis le doigt dedans. 

Aussi, pour faire tenir sages les aînés, on leur 
promet de leur donner la gratte de la bouillie de 
leur petit frère. 

En Basse-Bretagne, il n'existe peut-être pas une nourrice qui 
ne soit convaincue que le Christ et sa mère assistent à la façon 
de la bouillie à l'enfant, et qu'il ne sort pas un poêlon du feu 
qui n'ait reçu la bénédiction de la Sainte- Vierge. Il v en a qui 
prétendent avoir vu la chose. (Galerie bretonne, t. I"-*"", p. 68.) 

Si on emmaillote un enfant dans des langes 
faits avec des morceaux de cotillon, il ne sera ja- 
mais prêtre : il aimera trop les filles. (M.) 

Les filles emmaillotées dans des lis de Irées 
(culottes), même si ces brées n'ont pas servi, 
courent après les garçons. On dit à une fille qui 
a l'air amoureux : « On voit ben que tu as été 
emmaillotée dans dps lis de brées. « (D.) 



26 l'homme de la naissance a la mort 



5 n. — LES PREMIERS PAS, LES ENFANTS ET LES SAINTS 

Lorsque les enfants commencent à se tenir 
droits, on les met dans un instrument appelé 
chomette (de chômer, se tenir debout) ; il y en a 
de deux espèces. 

Les uns consistent en une sorte de châssis carré 
supporté par quatre pieds, le long duquel glisse 
dans des rainures une planche percée d'un trou 
rond sur lequel l'enfant se soutient par les coudes. 
D'autres sont formés d'un simple châssis supporté 
par quatre pieds terminés par des roulettes en 
bois; l'enfant peut facilement faire marcher son 
petit meuble. 

Le tournant, encore plus primitif, est un cercle 
de bois dont les extrémités sont enfoncées dans 
un poteau placé au milieu de Vhôté (pièce princi- 
pale de la maison) ; ce poteau est mobile, et l'en- 
fant, soutenu par le tournant, peut se promener 
tout autour. 

. Pour que les enfants marchent vite, on les 
porte à la messe le jour des Rameaux; on les 
mène à l'évangile pour les faire grandir. (D.) 

A Saint-Caradec, les mères viennent exercer 
leurs enfants à marcher sur la tombe de Guil- 



LE PREMIER AGE 2'] 

laume Coquil, recteur, mort en odeur de sainteté 

(1749)- 

A Quintin, pour que les enfants marchent plus 

vite, on les roule sur le grand autel. 

Saint Genefort, dans l'église Saint-Martin de 
Lamballe, est l'objet d'un pèlerinage suivi ; on y 
porte les enfants faibles ou malades, et on les 
roule sur l'autel consacré au martyr. Cette céré- 
monie a encore lieu assez fréquemment. 

L'usage de porter les enfants débiles sur le tombeau des saints 
existe aussi dans le Jura, la Saône-et-Loire, le Pas-de-Calais 
(cf. D. Monnier, pp. 586-588); dans la Loire (cf. Mém. delà Soc. 
d'aoric. de la Loire, t. XIV, p. 155 — ce sont des rochers à bassins 
dits de Saint-Martin); en Basse-Bretagne (cf. Rosenweig, p. 78). 
En Poitou (cf. Guerrj-, Soc. des Ant., t. IV, p. 45;), on les assied 
dans le trou d'une pierre dite de Saint-Fessé. 

Quand un enfant est faible, on met des feuilles 
de bouleau à dessécher dans le four, puis on les 
place dans le berceau ; on est persuadé que l'en- 
fant ne tarde pas à reprendre des forces. (E.) 

A Saint-Germain-de-la-Mer, il y a une fontaine 
où on lave les enfants pour les préserver des tran- 
chées. 

Cf. sur une fontaine objet d'un culte analogue, A. -S. Morin, 
le Prêtre, pp. 18-2O. 

Dans celle de Saint-David, à Landébia, près de 
Plancoët, on plonge les jeunes enfants pour leur 
donner des forces. 

A Sainte-Émérance en Évran, il y a une sta- 



28 l'homme de la naissance a la mort 

tue devant laquelle on allait dire des prières poui 
guérir les enfants du mal de ventre. Il y en a une 
autre au Quiou qui a la même vertu. 

« A Radenac est la fontaine de Saint-Armel ; 
on y porte les enfants qui commencent à marcher, 
afin que, par la vertu de ses eaux, ils obtiennent 
de se tenir solidement debout. » (Ogée.) 

En la commune de Gausson (Côtes-du-Nord), 
on plonge les enfants qui ne marchent pas de 
bonne heure dans une fontaine dédiée à saint Ni- 
colas. 

Cf. pour des usages analogues en Eure-et-Loir, A. -S. Morin. 
Le Prêtre et le Sorcier, p. 17; en Basse-Bretagne, Rosenweig. 
p. 94; dans la Marche, L. Duval, p. 51. 

Lorsque les enfants ne marchent pas de bonne 
heure, on leur frotte les reins avec du beurre fort. 
On emploie le même remède pour faire tomber 
les croûtes qui sont sur le front. (D.) 

« Dans le voisinage de Gaël, saint Méen fit 
jaillir une source... Elle est d'un grand renom 
pour la guérison d'une lèpre qui couvre la tête 
des enfants au berceau. » 

(Baron Dutaya, Brocéliande, p. 64.) 

A la fontaine de Saint-Évent, à la Malhoure, 
canton de Lamballe, on porte de très loin des 
enfants, afin que, par la vertu de ses eaux, ils 
soient guéris de la teigne ou de la colique. La 



LE PREMIER AGE 29 

Statue du saint est placée dans un petit édicule 
gothique qui recouvre la fontaine; il y a toujours 
aupr^'S beaucoup de petits bonnets et de chemises 
d'enfants. Deux fois par an a lieu la vente de ces 
ex-voto. 

« Les mères viennent au pardon de Tréhoren- 
teuc (Morbihan français), et versent sur les pau- 
pières enflammées des enfants quelques gouttes 
de l'eau pure de la fontaine de Sainte-Ouenna. » 

(Baron Duuya, Brocèliande, p. GG.") 

Avec les toutes petites pierres à tonnerre, on 
fait des colliers qu'on suspend au cou des enfants 
pour les préserver des maladies de l'enfance, 
et, en particulier, de la râche et du mal d'yeux. 
Ce collier porte le nom de chapelet de saint 
François. 

Cf. sur les Gougad patereu, usités autrefois dans le Morbihan, 
mes Traditions et superstitions, t. I, p. 54. 

Pour garantir les enfants des vers, on leur met 
au cou un collier de graines de camomille. 

S'ils ont des vers, on prend des lombrics ou 
vers de terre et on les leur place sur le creux de 
l'estomac. (D.) 

Quand un enfant se trouve mal, on dit que les 
vis lui pissent au cœur. (E.) Et pour l'en préser- 
ver, on lui met au cou un collier d'ail. 

Cf. Souche (Poitou), p. 28. 



30 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

Quand un jeune enfant a le hoquet, c'est signe 
qu'il profite. (E.) 

Cf. Souche, p. 5. 

Quand il rend du lait après avoir bu, c'est bon 
signe; on dit : « l'fait du lait marri, vient-i' 
ben ! » Le lait marri est du lait qu'on fait bouillir 
et dans lequel, pour le faire tourner, on verse du 
lait baratté. (D.) 

Pour empêcher les enfants de pisser au lit, on 
les frotte avec des orties. (E.) 

On fait aussi griller des limas rouges sur la 
tournette qui sert à faire les galettes, et on les met 
dans un tourtiaii de pain, c'est-à-dire dans une 
sorte de galette; mais il ne faut pas en faire plus 
que l'enfant ne pourra en manger. (E.) 

Lorsqu'on fait s'embrasser deux enfants qui ne 
parlent pas encore, il y en a un qui meurt. (D.) 



§ IIL — CE qu'on dit aux enfants. — HYGIÈNE, 
PRÉJUGÉS 

On ne sèvre guère que vers le quinzième mois. 
Quand le moment du sevrage est arrivé, on 
envoie l'enfant chez sa marraine. (E.) On voit 



LE PREMIER AGE 3I 

parfois des enfants de cinq ou six ans qui tettent 
encore. 

Pour sevrer les enfants, les mères se couvrent 
le sein d'une peau de bique, ou se frottent le 
bout des seins avec quelque chose de piquant ou 
d'amer. (D.) 

En Basse-Bretagne (cf. Gahrie bretonne, t. II, p. 77), il y a 
des femmes qui donnent à téter à leur enfant jusqu'à l'âge de 
quatre ans. Elles s'enduisent, pour les sevrer, le sein avec une 
sorte de pâte de poivre. 

Il est fait allusion à cet allaitement prolongé dans plusieurs 
contes. 

Voici quelques dictons sur les enfants et les 
parents : 

— N'y a point d'cônille qui ne trouve ses 
cônillons beaux. (E.) 

— Vêtes p'us fort que l'bon Dieu; v'avez fait 
p'us grand que vous. (E.) Se dit quand un enfant 
est de plus haute taille que ses parents. 

— Que ceux qui les font les bercent. (E.) 

— Les petites filles, c'est de Vorine (race) des 
poules, ça ne quitte point la mère. (E.) 

Ce dicton met en relief la différence qu'il y a 
entre les petites filles qui restent à la maison et 
les petits paysans; ceux-ci, dès qu'ils marchent 
seuls, se faufilent dans les écuries, font claquer 
des fouets et traînent des morceaux de bois qui 
sont pour eux un attelage imaginaire. 

Les parents, au reste, les encouragent en leur 



32 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

faisant des fouets, en les mettant à califourchon 
sur le cou des chevaux. Il y en a qui disent avec 
orgueil, en parlant d'un enfant de quatre ou cinq 
ans : « Ce sera un bon charretier, i' fait bien 
claquer son fouet. » 

On appelle guer^illon d'foiirneèse l'enfant qui 
aime trop le foyer. (S.-Donan.) 

On prétend que les enfants qui ont été élevés 
avec du lait de chèvre sont lestes et sautent 
comme des chèvres. (Montauban, D.) 

On dit parfois aux petits garçons que, s'ils em- 
brassent les filles, il leur poussera de la barbe. (M.) 
On le dit plus habituellement aux filles. 

Pour les faire manger de la soupe, on leur as- 
sure que cela les fera grandir. 

Quand les petits enfants ne veulent pas se lais- 
ser peigner, les mères leur racontent Thistoire 
d'enfants pouilleux que les poux ont traînés à la 
rivière par les cheveux pour les noyer (M., P.) ; 
ou on leur dit que les poux vont leur corder les 
cheveux et les entraîner « sans grâce ». (D.) 

Cf. dans Rolland, t. III, p. 2j), deux dictons analogues 
(Lorient et Côte-d"Or) ; cf. aussi Souche, Proverbes, p. 20 
(Poitou). 

On prétend à la campagne que les poux 
mangent le mauvais sang. J'ai connu des fer- 
mières très propres, qui peignaient régulièrement 
leurs enfants, mais avaient soin de leur laisser 



LE PREMIER ÂGE 3 3 



deux ou trois poux sur la tête. (E.) On cii laisse 
toujours aux enfants forts. (D.) 

Cf. Desaivrc, Croy., etc., p. ii, et RoIlatiLl, t. III, p. 2y^. 

Si on enlevait trop tôt aux enf;uUs les croûtes 
qu'ils ont sur la tête, l'humeur se porterait sur le 
cœur et ils mourraient. (D.) 

Les garçons restent en colle jusque vers cinq 
ou six ans, mais ils ont un chapeau et non un 
bonnet. Jadis, ils y restaient jusqu'à leur commu- 
nion, qui se faisait alors vers onze ou douze ans 
seulement. (D.) 

C'est la marraine qui donne la première cu- 
lotte, si elle a nommé un garçon; la première 
robe, si c'est une tille. (E.) 

Au commencement, on ne met les enfants en 
culotte que le dimanche, ou, dans les fermes, lors 
de la visite du propriétaire. (P.) 

On donne aux enfants récemment mis en cu- 
lottes les noms de « quat' pouces de brées », 
« brêlot », « brâitard », « breisard ». 

Le jour des Rameaux, on achète toujours 
quelque chose de neuf aux enfants, et on les 
porte à l'église, au moins au commencement l\':. 
la messe et pendant la procession. (E.) 

On dit à un enfant tout petit : 

Qjae le bon Dieu te bénisse 

Et que saint Pierre te grandisse. (P.) 



34 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT. 



Si un enfant essaie de pousser une grande per- 
sonne, celle-ci lui dit : 

Oli ! le fort Samson, 
Qu'abat les chèn' à coups d'talon. (D.) 

Pour que les enfants n'approchent pas de Tcau, 
on leur fait peur d'une bête verte qui viendrait 
les saisir et les entraîner au fond. 

En Normandie (cf. A. Bosquet, p. 119), c'est la bète Havette 
qui enlève les enfants quand ils s'approchent trop des fontaines. 

On dit au.K enfants pour les faire se coucher : 

— Le petit bonhomme Dormi va t'emporter : 
couche-toi bien vite, le petit bonhomme Dormi 
qui te prend ; 

Ou : 

— Voilà la petite bonne femme au sable. 
A Matignon, on disait jadis : 

— Hattaï, Viens mon petit gars, la grande nuit 
d'Pléboulle va v'ni' te cri (chercher). 

— V'ià le petit bonhomme Chopiilard qui 
passe (de choper, s'assoupir). 

— Croquemitaine est derrière la porte. 

— Voici la petite bonne femme au sable. 

On montre aux petits enfants, lors de la pleine 
lune, l'homme qui porte sur ses épaules un fagot 
u'épines; il se nomme le bonhomme la Lune 



LE PREMIER AGE 3 ) 

C'est en punition de vols commis qu'il a été con- 
damné à se promener ainsi jusqu'au jour du 
jugement. D'après certains récils, il aurait volé 
des fauniUes ou fagiiiUes (fagots de menu bois), 
du beurre; d'après d'autres, il aurait enlevé la 
hciche (barrière d'un champ). 

Cf. VHomvte dans la lune, n° lxiv des Ccntcs des paysans el iù:< 
pêcheurs. 

On évangélisc les enfants, — même à la ma- 
melle, — afin de les préserver de la peur. 

Le même usage existait au xvi= siècle (cf. ÏEvangîle des Que- 
veuilles, p. 58). 

Quand un enfant perd ses dents de lait, ou 
qu'on les lui arrache, il ramasse la dent et va 
l'enterrer ou la cacher quelque part : toutes les 
bonnes femmes qui passent h. côté sont obligées 
de péter, et on prétend que l'enfant les en- 
tend. (E.) Ailleurs, c'est sous le seuil de la porte. 

Qiiand un enfant perd ses dents de lait, on lui 
dit que, chaque fois qu'une de ses dents tombe, 
c'est qu^'il a fait un mensonge. 



îE'^ 



CHAPITRE 111 



L' E C O L E 



I. — l'école 



AXS un assez grand nombre de pays, on 
ij R met les enfants à l'école dès l'âge de cinq 




ans; mais, presque partout, la fréquenta- 
tion scolaire varie suivant les époques de l'année. 
Lorsque les enfants peuvent rendre des services à 
la maison, au moment des grands travaux, l'effec- 
tif d'une classe rurale pouvait, avant la loi sur 
l'instruction, se trouver réduite de plus de cin- 
quante pour cent. 

Autrefois, on n'envoyait guère les enfants à 
l'école que pour leur faire apprendre leurs prières 
et leur catéchisme ; l'instruction qu'ils pouvaient 
acquérir en dehors de ces deux choses était presque 
du luxe. Aussi il était assez rare de voir dans les 
écoles des élèves de plus de quatorze ans. 



L ECOLE 



?/ 



Actuellement, — et je parle, au moins pour les 
pays que j'ai habités, de la période qui a précédé 
l'application de la loi sur l'instruction obligatoire, 
— les parents tiennent davantage à ce que leurs 
enfants soient instruits. Souvent, j'ai entendu dire 
à des paysans illettrés : « Était-on diot (sot) de 
mon temps de ne pas apprendre à lire. » Ou : 
« L'instruction est le bonheur des enfants. » Ou 
bien encore : « Je veux que mon petit gars aille à 
l'école pour qu'il ne soit pas diot comme moi. » 

Les enfants qui habitent loin du bourg, où se 
trouve ordinairement l'école, emportent le matin 
dans un petit panier, où ils ramassent aussi leurs 
livres, des provisions pour le repas de midi. Sou- 
vent, ils font route avec des enfants de villages 
placés sur leur passage; garçons et filles vont 
ensemble. 

Parfois, surtout dans la saison des nids, ils s'at- 
tardent quelque peu le long du chemin. En cer- 
tains pays, lorsqu'ils ont un peu flâné, ils pressent 
le pas, et pour savoir, en l'absence de montre ou 
d'horloge, s'ils arriveront en retard, ils consultent 
des espèces d'augures; ils disent : 

— Je se (suis) matin assez, mon petit dé (doigt) 
me l'a dit. (P.) 

Ou bien ils regardent les pies qui sont sur la 
route ou dans les champs. S'ib voient le blanc, 
ils se disent : « Nous serons à l'heure. » Si, au 



38 l'homme de la naissance a la mort 

coatraire, ils voient le noir, ils disent i « Nous 
serons en retard. » (S.-C.) 

Pour savoir l'heure qu'il est, ils consultent les 
graines de pissenlit ; ils soufflent dessus. : le 
nombre des graines qui restent donne la réponse ; 
s'il y en a de cassées ou de courbées, ce sont des 
demi-heures ou des quarts d'heure. (S.-C.) 

Ils regardent aussi l'heure où les cônilles (cor- 
beaux) partent ou s'en reviennent pour savoir 
combien ils ont de temps devant eux pour s'amu- 
ser avant d'aller à l'école, ou, au retour, avant de 
rentrer chez eux. Les corbeaux sonf exacts dans 
leurs: heures,, et on peut, en effet, se. guider sur 
eux. 

Lorsque les enfants manquent l'école, on dit 
qu'ils « font le renard ». (M., P.) 

A midi, les enfants prennent leurs repas. Ceux 
qui n'ont point de parents au bourg vont, eix gé- 
néral, dans des maisons voisines où, parfois, on 
leur trempe leur soupe, et où ils peuvent se 
chauffer pendant l'hiver. Il y a des personnes qui 
recueillent ainsi chez elles une dizaine d'enfants; 
elles en sont dédommagées par des cadeaux de 
beuiTe,. de" saucisses, de pommes, etc., que leur 
font les parents. 



L ÉCOLE 3 9 



5 II. — JEUX ET AMUSETl-ES 

Pendant les liem-es de récréation, les jours de 
congé, ou le long de la route, les écoliers des 
deux sexes s'amusent; leurs jeux sont en assez 
grand nombre. En voici quelques-uns. Dans un 
ouvrage spécial que je prépare, je décrirai plus au 
long leurs jeux, les formules d'élimination,, etc. 
Ceux qui suivent sont, pour la plupart, communs 
aux garçons et aux filles. 

Les enfants tirent les graines armées de petites 
pointes qui se trouvent dans les baies d'églantier, 
et ils les fourrent brusquement entre la peau et la 
chemise de leurs camarades pour les faire se 
gratter. 

Un enfant prend deux tiges de fétuque et les 
croise l'une sur l'autre, puis il les introduit dans 
la bouche d'un de ses camarades, en lui disant : 
« Je vais t'apprendre un joli jeu ; ne serre pas trop 
les dents. » Le naïf, qui ne connaît point le fin 
de la chose, se laisse faire; l'autre enfant tire, et 
les graines restent dans la bouche, tandis que le 
chaume est coupé par les deilts. La dupe se met 
alors à cracher à la grande joie de ceux qui 
.".ssistent à ce tour. Cela s'appelle brider la ju- 
nicnt, (E.) passer Je sas. (D.) 



40 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

Ce jeu est connu en Poitou (cf. Souche, Pim., p. 22); en ce 
pays, il s'appelle « faire un tamis ». 

On dit aussi aux naïfs : « Veux-tu que je te 
fasse voirie lièvre danser? » Il répond oui; on lai 
frotte les yeux avec du suc blanc d'une espèce 
d'euphorbe, dite flangoué ou flanga, qui est très 
corrosif; il a la vue trouble, pleure, et c'est alors 
qu'il voit les lièvres danser. (D.) 

Les enfants s'amusent à mettre en ligne les 
baies rouges d'églantier qui se nomment hœujs en 
patois, et ils se disputent à qui aura le plus de 
bœufs. (P.) 

Ils cueillent aussi des feuilles de houx ; ils 
disent que ce sont leurs vaches. Autant de feuilles, 
autant de vaches ; ils les attachent à la queue les 
unes des autres et les traînent. (D.) 

Avec la tia:e de sureau dont la moelle a été 
enlevée, ils font une sorte de sarbacane, qu'ils 
nomment taponnouère ou taconnouére. Ils y intro- 
duisent des tapons àQ chanvre, et, au moyen d'une 
baguette qui entre à frottement dans le trou, ils 
chassent les boules de chanvre, qui sont, en géné- 
ral, au nombre de deux. Celui qui a le plus 
de succès est celui qui lance la balle le plus loin 
et la fait le mieax péter. Sur la côte, on remplace 
parfois le chanvre par un morceau de la grosse 
tige d'un fucus. 

Ce même instrument, quand, au moyen d'une 



l'école 41 

modification dans l'ouverture, il sert à lancer de 
l'eau, s'appelle clissouère ou gilouère-, l'un des 
bouts est alors fermé, sauf une petite ouverture, 
et la baguette remplit le rôle aspirant d'un bâton 
de seringue. 

Avec les chaumes de blé vert ou d'avoine, ils 
font une sorte de petite musique, qui ressemble à 
une anche et rend un son assez doux. Ils la 
nomment sonnette ou houé\e, et, pour qu'elle ait 
meilleur son, ils lui adressent des formulettes : 

Sonne, sonne, sonne. 
Ma petite sonnette, 
J'te donnerai du beurre et du lait 
Dans n'un petit poté (pot) 
Pour saint José, (P.) 

Cf. sur ces formulettes mes Traditions et siipenlitioiis, t. li, 
p. 330. 

Avec des branches de saule, ou avec des tiges 
de prêle, ils font des sifflets. 

La feuille de houx sert aussi à faire une sorte 
de petite musique qui rend un son assez doux, 
analogue à celui de la sonnette. On entaille, sur 
le revers de la feuille, la peau extérieure, de ma- 
nière à ne pas percer et à faire trois entailles, 
dont celle du milieu est la plus grande; on la 
place au-devant de sa bouche et on souffle. Cela 
s'appelle un nunu. Faire un tiunu qui « dise 



42 l'homme de la naissance a la mort 

bien » est un talent que tout le monde n'a pas; 
celui qui le possède peut conclure avec les autres 
des échanges avantageux. 

Avec des sureaux creusés, au bout desquels on 
colle une pelure d'oignon, et qu'on entaille non 
loin du bout, en forme de mirliton, on fait des 
instruments rustiques qui ressemblent à ceux 
qu'on achète : de même que ceux-ci, on les 
nomme turhdutus. 

On siffle aussi en tenant devant sa bouche une 
feuille dont on présente le coupant au souffle. 

On siffle encore dans les cotissiaoïix ou fleurs de 
digitales. 

Au bord de la mer, les enfants prennent des 
rubans de flèches bien sèches et ils les tendent 
iWQc les deux mains à portée de leur oreille : le 
vent rend une petite musique très douce en souf- 
flant au travers. 

Ils s'appliquent aussi à l'oreille des coquilles de 
buccins. Cela se fait aussi dans l'intérieur, et l'on 
croit que le bruit que fait le vent en entrant dans 
les spirales est celui de la mer. 



L ECOLE 43 



2 m. — JEUX DES GARÇONS, COXVEKTIOXS 

Si les enfants de l'école ont perdu quelque 
cliose, une toupie par exemple, ils disent : 

Elle est sur la terre aux Bertons (Bretons), 
Ceux qui la trouveront l'auront. 

Celui qui la trouve peut la garder; mais il est 
obligé de la rendre si celui qui l'a perdue a dit : 

Elle est sur la terre aux irangnes (araignées), 
Celui qui la trou'ra devra la rend'e. (P.) 

« Lorsqu'un, enfant veut donner sa parole, il 
pitsse successivement sa langue sur chacun des 
doigts de sa main droite, puis, sur le milieu 
de cette même main, en crochant, c'est-à-dire en 
traçant le signe de la croix, celui à qui est îah le 
serment dit : « Si tu manques à ta promesse, 
(' j'irai dans le paradis et. toi dans l'enfer. » 

« Une autre manière de rendre une promesse 
solennelle, c'est de lever la main après avoir cra- 
ché dedans, et quelquefois après y avoir tracé un 
signe de croix. 

« Pour conclure un marché, deux enfants en- 
lacent leurs petits doigts, cela s'appelle crocher ; 
ne pas tenir un engagement ainsi contracté, c'est 



44 l'homme de la naissance a la mort 

décrocher, et il est dit que « celui qui décroche va 
« en enfer. » 

« Si un enfant veut reprendre un cadeau qu'il 
a fait, on lui dit : « Donné est pire que vendu. « 
Ou bien : « Une fois donné, c'est vendu. » 

(Saint-Brieuc, Mcîusine, t. I, col. 294.) 

Si on veut reprendre ce qui a été donné, on 
dit : « Il n'y a que le diable qui reprend. » (M.) 

duand les enfants font des marchés, ils entre- 
lacent leur petit doigt, et disent : 

Petit doigt, petit doigt, 
Si tu dèchanges (te dédis), le diable sera pour toi. 

Formuîeltes d'élimination. — Pour savoir qui 
sera dessous, on emploie un assez grand nombre 
de formules d'élimination; en voici quelques- 
unes : 

A la lune au crcssent 

Bonté, 

Clarté, 

En Paradis. 

Mot d'sot, 

Mot d'alcne, 

Mon compère, 

Va-t'en es vcnes. 

On court les uns après les autres en chantant 
deux fois : 



l'école 45 



Le loup est mort 
Dans r corridor; 
Q.uand s'ra réveillé, 
Il va tous nous manger. 

Et celui qui est le premier attrapé par un des 
autres est le loup et est dessous. 

A la queue du loup. — Il y a deux acteurs prin- 
cipaux, dont l'un est le loup et l'autre la mère. 
Le loup fait le geste de ramasser sa fouée et les 
autres viennent la lui prendre. Il dit : 

— Qui qu'a ramassé ma fouée? 

— 'Est une petite bonne femme qui l'a prinse 
pour faire des gauff'es (galettes). 

Le loup se met alors à foire mine d'affiler ses 
crocs avec ses ongles, comme s'il était en co- 
lère, et il se met à sauter en haut. Les petits se 
tiennent derrière un garçon qui est la mère et 
qui les défend de son mieux ; quand ils sont tous 
pris, ils se couchent, et le loup f^iit mine de 
les manger; c'est la mère qu'il mange la der- 
nière. (P.) 

On trouvera plus loin deux variantes de ce jeu. 

Jeu des fleurs. — Les enfants qui y jouent se 
mettent en quatre endroits différents ; dans trois 
d'entre eux, il n'y a qu'un seul enfant, dont l'un 
est le Bon Dieu, l'autre la Bonne Vierge, le iroi- 



46 L'HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

sième le Diable. Le reste des enfants forme un 
groupe à part, et l'un d'eux est chargé de don- 
ner à chacun un nom de fleur et de les repré- 
senter devant Dieu, la Bonne Vierge et le Diable ; 
l'un a une fleur de pommier, l'autre une fleur 
d'ajonc, etc. 

Le Bon Dieu vient le premier frapper à la 
porte : Pan ! pan ! 

— Qj-^i est-ce qui est là? demande le chef des 
enfants. 

— Le Bon Dieu avec sa couronne d'épines. 

— Que demande-t-il ? — Une fleur. — QjLielle 
fleur? — Une fleur de pommier. 

L'enfant qui a cette fleur sort du groupe et le 
bon Dieu l'emmène en paradis. Si le Bon Dieu, 
qui ne doit pas savoir le nom des fleurs, nomme 
une fleur qui n'est pas dans le groupe, il est 
obligé de s'en retourner, et de ne revenir qu'a- 
près que la Vierge .€t le Diable ont fait leur 
tournée. 

La Bonne Vierge paraît : Pan ! pan ! 

— Qui est-ce qui est là ? — La Bonne \'ierge 
avec son manteau doré. — Qiie demande-t-elle? — 
Une fleur. — Quelle fleur? — Une fleur d'ajonc. 

Si la fleur est dans le groupe, elle suit la 
Bonne Vierge qui l'emmène dans sa maison. 
Le Diable arrive alors : Pan! -pan! 
Qui est-ce qui est là ? — Le Diable avec ses 



L KCOLE 



47 



coul's (cornes). — QjLie demande-t-il ? — Une 
Heur. — QjLielle fleur? — Une fleur d'épines. — 
Si cette fleur est là, elle suit le Diable qui rem- 
mène en enfer. 

Le jeu continue et le Bon Dieu, la Bonne 
Vierge et le Diable viennent chacun à leur tour, 
jusqu'à ce qu'ils aient emmené toutes les fleurs. 
Quand tout est terminé, les enfants du Bon Dieu 
et de la Bonne Vierge crient : « les Damnés ! )> 
et vont les poursuivre et les brûler. (S. C.) 

La Bague-madame. — Il s'agit de deviner, parmi 
ceux qui prennent part au jeu, qui a un objet 
donné. (Tréveneuc.) 

La Veuve. — On se met à la file, deux par deux, 
puis devant le couple se place le veuvier (veuf) ; 
les deux qui sont derrière lui doivent aller se re- 
joindre par-devant lui en courant. Il essaie d'en 
attraper un ; s'il peut y parvenir, celui qui a et j 
pris lui sert de pà, c'est-à-dire fait couple avec lui, 
et ils se placent derrière les autres couples. Celui 
qui n'a pas été pris devient veuvier, et le couple 
devenu premier recommence le même manè^^c 
avec le nouveau veuvier. Si le veuvier ne prend 
personne, il conserve sa place, €t le premier 
couple vient se ranger à la suite du dernier. 
(Tréveneuc.) Communication de M. Ernault. 



48 l'homme de la naissance a la mort 



La toupie. — Avant de jouer à la toupie, on 
tire pour savoir celui qui sera dessous. Cela s'ap- 
pelle équiller. 

L'un des enfants crache par terre, et les autres 
lancent leur toupie en prenant le crachat comme 
but. C'est à celui qui a mis le plus près du blanc 
qu'il appartient de frapper le premier. 

Celui qui a été le plus loin fait rouler sa toupie, 
et l'autre lui crie : 

Allume, 
De la vie, qu'la barbe en fume ! (P.) 

Pète en gueule. — Voici comment se pratique 
le jeu pèle en gueule (D.), qu'on nomme aussi 
fo.iler Je gareau (P.), et qui était populaire au 
temps de Rabelais. Il y a quatre acteurs : deux 
sont placés côte à côte, les genoux en terre, ap- 
puyés sur les mains; ils forment une sorte de 
selle, et ils ont la tête placée chacun d'un côté 
différent. Ce sont ceux qui sont dessous. Des deux 
autres l'un est debout dans la position naturelle, 
l'autre a les deux mains par terre, sa tète se place 
entre les jambes du premier et ses jambes entre 
la tète de son camarade; ils forment une sorte 
d'animal à quatre mains, et chacun à son tour 
passe par-dessus les deux qui sont dessous. 



L ÉCOLE 49 



La Grue. — Le jeu d'eufile-aiguillc, qui s'ap- 
pelle aussi la grue, consiste en une longue queue : 
la mère grue fait passer ses griions, qui sont atta- 
clîés à elle par des mouchoirs, par-dessous les 
bras de ceux qui composent la queue. Ils passent 
brusquement, et c'est pendant qu'ils sont à faire 
ce mouvement que les autres joueurs ne faisant 
pas partie de la queue frappent à coups redou- 
blés de leurs mouchoirs cordés sur les gruons. Si 
la mère grue peut en frapper un avec le mou- 
choir qu'elle tient dans sa main droite, il prend 
place dans la queue. 

Gros-Jean. — On trace dans un coin, avec le 
pied, un cercle : c'est la cabane de Gros- Jean. Il 
s'y retire, et, après avoir cordé son mouchoir, il 
le tient dans les deux mains, et crie : 

Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane 
Pour la première (2', 3'', etc.) fois, 
Pour aller chercher une femme. 

Il sort en marchant à cloche -pied, et les 
joueurs le frappent de leur mieux. Mais celui 
v;u'il peut atteindre se rend à la cabane au plus 
-le, non sans recevoir en route nombre de coups 
de mouchoirs. Lorsque Gros-Jean a une femme, 
:I .s'écrie : 



50 l'homme de la naissance a la mort 



Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane 
Pour la première fois, 
Pour aller chercher un garçon. 

Lorsqu'il a assez d'enfants, au lieu dédire qu'il 
va chercher quelqu'un, il s'écrie : 

Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane. 
Tapez su' sa queue. 

Planter h chêne, faire le chêne fourché ou le 
chêne piqué, c'est se planter sur la tête en ayant 
les jambes écartées de manière à former un V. 
C'est celui qui se tient le plus longtemps dans 
cette position incommode qui gagne. 



^ IV. — JEUX DES FILLES 

Le petit lièvre. — On se met en rang en se te- 
nant par la main, et l'on chante : 

G'est un nid de petit lièvre, 

Mais, Ion lan la. 
Le petit lièvre n'j' est pas. 

Trois filles entrent alors dans le milieu, et les 
autres dansent autour en chantant : 



l'école 5 1 



Le grand lièvre entrez en danse, 
Et fait' un tour de révérence ; 
Et puis vous embrasserez 
Les trois d'moiselles que vous voudrez. 

Celles qui sont dans le rond embrassent trois 
filles qui viennent alors prendre leur place, et le 
jeu se continue. (P.) 

On épluche un à un les petites oreilles noires 
qui sont en haut des baies d'églantier, et à chaque 
feuille on dit un mot. 

Quand il n'en reste plus qu'un, on dit : 

« Il ne me reste plus que toi, vilain gros bœu' 
gros. )) (D.) 

La petite porte. — Les deux qui font la porte 
vont choisir trois endroits qu'elles appellent tout 
bas : le Paradis, le Purgatoire et l'Enfer, puis 
elles se prennent les mains de manière à former 
une sorte de porte. Les autres filles passent par- 
dessous pendant que l'on chante : 

Trois fois passez par là, 
La dernière, la dernière, 
Trois fois passez par là, 
La dernière y restera. 

Les deux qui forment la porte demandent à 
celle qui est prise : a Où veux-tu aller? » Elle 



52 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 



va dans un endroit qu'on indique. Si elle est chez 
le bon Dieu, c'est bien; si elle est chez le Diable, 
elle court sur les autres pour les brûler, et en 
leur frappant sur l'épaule, elles crient : « Brûlé! » 
Quand toutes celles qui étaient chez le bon Dieu 
sont brûlées, on recommence le jeu. (P.) 

Ailleurs, le jeu est le même au début; mais 
quand toutes ont été prises, on va devant l'en- 
droit nommé Paradis, et on répète en chantant : 

Adorons le Paradis, 
Adorons le Paradis. 

Puis, au Purgatoire : 

Adorons le Purgatoire, 
Adorons le Purgatoire. 

Puis, quand elles arrivent à l'Enfer, elles s'écrient : 

Brûlons l'Enfer. 

Et elles frappent sur celles qui y sont. (D.) 

Le jeu d'amourette. — Il y a deux filles à ge- 
noux, dont l'une est la femme, l'autre le galant. 
Les autres chantent en dansant : 

Qui marierons-nous, 
Par ce joli jeu d'amourette, 
Qui marierons-nous, 
Par ce joli jeu d'amou'? 



l'école 5 3 



Les autres répondent en faisant entrer une fille 
dans le milieu du rond : 

Monsieur, ce sera vous, 
Par ce joli jeu d'amourette, 
Monsieur, ce sera vous. 
Par ce joli jeu d'amou'. 

Que lui donnerons-nous, 
Par ce joli jeu d'amourette, 
Que lui donnerons-nous, 
Par ce joli jeu d'amou' ? 

On pousse une fille dans le rond et l'on danse 
en chantant : 

Mademoiselle, ce sera vous, etc. 

A genoux mettez-vous. 

Par ce joli jeu, etc. 

Faisez les yeux doux, 

Par ce joli jeu, etc. 

Embrassez- vous. 

Par ce joli jeu, etc. 

En place mettez-vous. 

Par ce joli jeu, etc. 

Et Ton recommence. 



La queue du loup. — a). Une jeune fille est à 
genoux, et elle a devant elle quelques morceaux 
de bois qui figurent sa fouée. Les autres passent 
en rang autour d'elle, et l'on chante : 



54 l'homme de la naissance a la mort 



Ah ! qu'il fait bon passer par ici. 
Quand le loup est endormi. 

— Le loup est-il prêt? 
Le loup répond ; 

— Non, il est à prendre ses bas. 

La promenade recommence, le chant aussi et 
les questions; le loup dit qu'il est à prendre son 
paletot, un gilet, ses culottes, etc. ; quand, enfin, 
il a fini sa toilette, il dit : 

— Qui qu'a pris ma petite fouée qu'était là? 

— 'Était une petite bonne femme qu'a passé 
par là, qu'a dit qu'était d'son bouée (bois). 

— Oyiou (où) qu' v' étiez? 

La mère, qui protège les autres pour empêcher 
le loup de manger sa petite famille, répond : 

— A faire le lit du prêt' (prêtre). 

Le Loup. — Qui qu'i' vous a donné? 

La Mère. — Une petite graissée. 

Le Loup. — Eioù qu'est ma part? 

Z-fl Mère. — Dans l'eu du Renard. 

Le loup va boire sa chopine au coin d'un mur, 
et pendant ce temps-là on tourne. Qiiand il a bu, 
il revient et tâche de prendre les enfants. 11 saisit 
la mère par le bras, elle se défend, et les petites 
se tiennent par leur cotillon afin que le loup ne 
les mange pas. (P.) 

h). Il y a une fille qui est la mère; celle qui 



l'école 5 5 



la suit la tient par son cotillon, et toute;; se 
tiennent ainsi, de manière à former une chaîne 
continue. 

Le loup se tient à genoux au milieu du rond ; 
on lui jette sur le dos de petites bûchettes, puis 
on les éparpille. Alors il fait mine de se réveiller, 
et il dit à la mère : 

— « Qui qu'a pris mon bois? 

La Mère. — Une petite bonne femme.' 

Le Loup. — Qu'est-ce que tu as derrière ta? 

La Mère. — Ce que j'ai derrière moi n'est pas 
pour ta. 

Le Loup. — Montre don' comme o sont gen- 
tilles? 

La Mère. — Tu n'en verras 
Ni celle-ci, 
Ni celle-là, 
Ni la belle petite-là, 

dit-elle en comptant sur ses doigts. 
Le Loup. — Comment s'appelle-t-i'? 

La Mère. — J'ai Belette, 
J'ai Lirette, 
J'ai Minette. 

Le loup aiguise alors ses crocs. 

La Mère. — Pourquoi aiguises-tu tes crocs? 

Le Loup. — Pour manger Lirette. 

Il aiguise ses ongles. 



56 l'homme de la naissance a la mort 

La Mère. — Pourquoi aiguises-tu tes ongles? 

Le Loup. — Pour prendre Belette. 

Le loup s'élance alors; la mère se présente de- 
vant lui et tâche de l'empêcher de toucher ses 
enfants. Lorsqu'il a réussi à en toucher une, il 
s'efforce de l'entraîner, et la mère, au contraire, 
la protège. Il finit tout de même par les prendre 
toutes. 

C'est alors la mère qui devient le loup. 

Culte. — à). Chacune met sa main, et celle qui 
mène le jeu répète la formulette suivante en tou- 
chant chacun des doigts : 

A la fontaine 
De Barbitaine, 
On y vient, 
On y va 
Trois fois 
La semaine : 
Bombi, 
Bombon, 
Tricoton, 
Pied d'oignon, 
Tirez-moi 
Ce gros gars 
Larron. 

Le doigt sur lequel tombe le mot larron doit 
être replié, et celle à qui il appartient va se cacher. 



L ECOLE 57 

h). Les filles se mettent en rang ou en cercle 
et relèvent leurs tabliers de manière à former 
une espèce de sac. Il y en a une qui est 
dessous, et qu'on fait se tenir à quelque distance 
le long d'un mur. C'est elle qui doit deviner où 
se trouve caché un objet, généralement un cou- 
teau ou un étui. 

Celle qui cache le couteau passe devant tous les 
tabliers et répète devant chacun d'eux : 

Cutte, cutte (cache, cache), 

Guersillon, 

Cutte-le bien s'stu' l'ias. (D.) 

Ou : 

Cache, cache. 

Dis pas qu' t' l'ias, 

Ou tu mentirais ben dusse. (E.) 

Celle dans laquelle la fille qui est dessous a 
trouvé le couteau (il faut qu'elle le devine sans 
toucher) va se cacher à son tour. 

Jeux de ventes. — a). Une fille dit aux autres : 
(( Veux-tu m'acheter mon ruban? — Oui. — De 
quelle couleur? — Rouge,. » Elle fait la même 
chose aux autres, et, quand chacun a le sien, 
elles répètent très vite : « Mon rouge ne fadira 
pas pour ton blanc, » ou « Mon blanc ne fadira 



5 8 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

pas pour ton rouge. » Celle qui n'a pas dit assez 
vite donne un gage. (D.) 

b). « Le vent a-t-il pass-î par chez toi? — Oui. 
— Qu'est-ce qu'il a fait de dégât ? — Il a abattu 
ma cheminée. — Faut-i' du plomb? — Oui. » 

On en achète ce qu'on veut, et celle qui mène 
le jeu dit : 

— « Quand je passerai par chez toi, tu ne me 
diras ni oui ni non. » 

Lorsque toutes ont acheté du plomb, celle qui 
l'a vendu passe devant les acheteuses : 

— « Donne-moi l'argent de ce que je t'ai 
vendu? » 

Celle qui répond ; 

— « Voilà, » ou « Je ne t'en dé (dois) pas, )) 
donne un gage. (P.) 

Aller es vênes. — Il faut être quatre pour ce 
jeu : deux jeunes filles se mettent pouce à pouce, 
et l'une d'elles avec la main désigne chacun des 
doigts, chaque vers correspondant à un doigt; 
c'est celle sur laquelle tombe le dernier mot de la 
forrauleite qui va es vênes. 

Bec de sot, 
Bé d'haleine, 
Mon compère, 
Ma commère, 
Jean Ruello, 
Va-t'en es vênes. 



l'école 59 

Celle qui est ainsi désignée va à un but, et les 
trois autres nomment tout haut un pied d'animal 
ou de plante; mais elle ne dit pas tout haut 
celle des trois qui a ce pied. Quand il est désigné 
secrètement, on crie à celle qui est dessous : 

— « Sur quel pied veux-tu t'en veni'? » 
Celle-ci choisit le pied qui lui convient, et celle 

qui est ainsi désignée la rapporte sur son dos. Les 
autres lui crient : 

— « Qu'est-ce que tu apportes là ? 

— Une vieille vache pourrie. 

— Qu'est-ce que tu as dedans ? 

— Un siot (seau). 

— Qu'est-ce que tu as dans le siot ? 

— De l'iau. 

— Qu'est-ce que tu as dans l'iau? 

— Un peloton de fi'. 

— Qu'est-ce que tu as dans ton peloton? 

— Une agulée (aiguillée) d'fi. 

— Jette-la que je l'écorche. » 

On dépose alors par terre celle qui était aux 
vênes, on la borgne, c'est-à-dire on lui bande les 
yeux, et on lui fait mettre la tête sur les genoux 
d'une des jeunes filles, et chacune lui dit : 

— « Su' queu sens sont rpes mains? » 

Elle reste ainsi jusqu'à ce qu'elle ait deviné. (P.) 

Diinse à rebours. — Toutes les jeunes filles se 



6o l'homme de la naissance a la mort 

tiennent par la main, en rond, et il y en a une 
qui chante la petite chanson qui suit, en dési- 
gnant avec le doigt successivement ses com- 
pagnes : 

J'ai du bon beurre dans mon panier, 
Cinq ou six livres pour le dernier; 

J'ai du di, j'ai du da. 
Mademoiselle, tourne ton dos là. 

Celle qui est ainsi désignée se place entre deux 
autres, mais elle a la tête tournée en dehors du 
rond, et c'est ainsi qu'elle danse; le jeu continue 
jusqu'à ce que toutes soient placées du côté exté- 
rieur. (P.) 




CHAPITRE IV 



DE LA SORTIE DE L ECOLE AU TIRAGE 



51. — LA GARDE DES TROUPEAUX 




|ES enfants des paysans commencent leur 
apprentissage de la vie rustique par la 
garde des troupeaux : dès l'âge de sept à 
huit ans, garçons et filles y sont employés, quand 
ils ne sont pas à l'école. Comme le bétail n'est 
pas nombreux, des enfants peuvent le gouverner 
facilement; c'est un métier qui laisse des loisirs, 
et qui n'est point désagréable ; souvent, en effet, 
les bêtes sont à pâturer dans des pièces voisines de 
celles d'autres fermes : alors les petits bergers et 
les petites bergères se rassemblent et s'arrangent 
de manière à passer le temps le plus agréablement 
qu'ils peuvent. Voici quelques-unes de leurs ré- 
créations favorites : 



62 l'homme de la naissance a la mort 



Ils creusent de petits fours dans les talus des 
champs, les chauffent avec des branches d'ajoncs 
mortes, et y font cuire des pommes qu'ils 
prennent dans les arbres voisins. Les propriétaires 
ferment les yeux sur ce petit pillage, qui est admis 
par la coutume; mais on assure que les pâtours 
ne doivent pas regarder leur four pendant que les 
pommes sont dedans; s'ils le faisaient, elles ne 
cuiraient pas. 

Ces petits fours servent aussi à chauffer la dî- 
nette; parfois aussi les pâtours tirent les vaches, 
en cachette de leurs parents ou de leurs maîtres, 
pour boire leur lait. 

Les petits bergers s'amusent à faire cotir des 
fleurs de digitale ou à les enfiler dans des branches 
de fougère dont les branches forment une sorte 
de croix. 

Ils prennent aussi des feuilles sèches, et, les 
plaçant sur leur poing gauche fermé, ils frappent 
dessus avec la main droite ouverte, de manière à 
produire une détonation. 

Voici quelques autres jeux pris parmi les plus 
• usités. 

Lorsque plusieurs filles sont es champs à gar- 
der leurs troupeaux, l'une se couche, et l'autre 
passe dessus en disant : « Assiette » ; l'autre : 
« r^ourchette » ; la troisième : « Plat » ; la qua- 
trième : « Espion »; la cinquième : « Couteau ». 



DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 63 



Puis elles sautent comme à saute-mouton, en 
disant : 

La tour, prends garde, 
Je t'abaterai. 

Il y a un garçon qui doit aller à une certaine 
distance, c'est celui qui va à Rome. 

Les autres tracent un espace dans le champ, et, 
avec des fouissiaoux (ce sont des morceaux de bois 
pointus), ils piquent dans la terre ; celui qui 
manque, quand celui qui est à Rome arrive, va le 
remplacer. 

En arrivant au but, celui qui est dessous dit : 

Rome, Rome, 
Au eu du bonhomme, 
Jamais je n'y retorne ! (P.) 

Quand les filles sont un peu grandes, elles 
filent en gardant leurs bêtes. Souvent, les pâtours 
viennent avec elles et leur tiennent le fuseiiu; cela 
s'appelle filer à la grande aiguillée. Quand le fu- 
seau est rendu à l'autre bout du champ, la tâche 
est finie, et l'on s'amuse. 

Les disputes entre les pâtours sont assez fré- 
quentes, et elles se terminent souvent par des 
combats à coups de poing ou à coups de motte de 
terre ; cette humeur batailleuse n'est pas particu- 



64 l'homme de la naissance a la mort 

lière aux garçons ; il y a aussi des combats entre 
les pdtourdes. 

Presque toujours, avant que le duel s'engage, 
l'un des adversaires place sur son épaule une 
hoise (petit morceau de bois), et défie son antago- 
niste d'y toucher. 

Sur la limite des communes se livrent parfois 
de petites batailles entre les bergers; avant d'en 
venir aux mains, ou plutôt aux coups de pierre, 
chacun des partis a eu soin d'épuiser les sobri- 
quets que l'on se renvoie de temps immémorial 
de pays à pays, et de chanter des couplets sati- 
riques où la commune voisine est blasonnée. 

Jadis, quand les filles étaient paresseuses le di- 
manche, dans l'été, les garçons qui étaient levés 
de meilleure heure mettaient les vaches aux 
champs et leur passaient dans les cornes un pas- 
souc à couler le lait. (P., D.) 

Il y a une espèce de déshonneur, pour les ber- 
gers et les bergères, à arriver trop tard au pâtu- 
rage. 

En été, lorsqu'un pdtour ou une pdtourde est en 
retard pour amener son bestial aux champs, ceux 
qui ont été plus matineux montent sur les fossés 
(talus), et le paresseux entend retentir à ses 
oreilles, jusqu'à ce qu'il soit entré dans la pâture 
avec son troupeau, la formulette suivante ; elle est 
débitée avec une sorte de rythme : 



DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 65 



A la hotte I 

A la hotte I 
C'est un tel qui la porte. 

A la bali, 

A la balette. 
C'est un tel qui la herse. 
O vilaine gran'mérienne (i) (his) 
Qui va aux champs {bis) 
Quand l's aut' emmènent. 
Hautoura I Hautoura (2) 1 
Qui tire ses vaches par le bout d'I'orta' (5) ! 

Cu bousous, 
Qui tire ses vaches par le bout de la quoue. 

A la hotte ! etc. 

(Trélivan.) 

Aux environs de Bécherel, on prend le dernier 
arrivé par les pieds et on le traîne dans la rosée, 
en lui criant : 

A la hotte (bis) I 
C'est un tel qui l'emporte, 
Et sa vache nère (noire) qui Trapporte. 
Haut les bois, haut les landes, 
Matinal est dans la lande ; 
Paresseux est endormi 
Dans la venelle de son lit ; 
r se lève devers médi (midi) 
Pour manger du lait marri (aigri). 

(i) Dormeuse. 

(2) Qui se lève lorsque le soleil est haut. 

(3) Orteil. 



66 l'homme dh la naissance a la mort 



As-tu lavé ton écuelle, 
La zâ-tu (l'as-tu) mise dans la vaisselle? 
As-tu lavé ta cuilleu (cuiller) ? 
Là zâ^u mise dans l'vaissélieu (vaissellier) ? 
A la hotte ! etc. 

(Bécherel .) 

On chante, sur l'air de Dixit Dominus : 

Marie-Jeanne porte la bue, 
Jean-Marie va la lui conduire 
A la bue à baire. 

La bue est une sorte de dame-jeanne. 
Les loups ne sont pas aussi communs en Haute- 
Bretagne qu'en certains autres pays; il y a, tou- 
tefois, des conjurations contre eux. Voici la seule 
que j'aie pu me procurer : 

Notre-Dame et ses enfants, 
Préservez-nous des loups et des serpents, 
Et du chien qui court le vent. 

(Environs de Moncontour.) 

duand on aperçoit le loup, on^^crie : « Gare le 
loup! » et il s'en va. (P.) 

Ou : « Harzez l'ieù. » (Tréveneuc.) 

Cf. le breton har:^ ar Ueix^ : sus aux loups ! 

En allant chercher les [moutons, le soir, les 
bergères chantent des chansons; en voici une 



DE LA SORTIE DE L'ÉCOLE AU TIRAGE 67 

qu'on entend souvent dans la campagne, à la 
chute du jour : 

Ma petite Jeannette, 
Avez- vous bien gardé 

Les amourettes 
Du joli temps passé? 
Ah ! vraiment, oui. Jeannette, 
Mon fidèle ami, 
Je te l'avais toujours promis 

Promis, promis, 
Avec fidélité. 
Revenu de la guerre, 
Je t'y épouserai. 
I' fut dit hier au sèr 
Que d'autr' amants allaient t'y voir. 
Cela ne me plaît guère, 
Au joli bois d'amourette. 
Jeannette. 

(Chanté par Angélique Lucas, de Saint-Gien.) 

La redevance payée pour la saillie du taureau 
appartient à la pdtoure (P.)» ou au hignet (E.), 
qui, du reste, doivent assister et aider à l'opération. 



68 l'homme de la naissance a la mort 



§ II. LES PROFESSIONS ET LES MÉTIERS 

Aux 3^eux des paysans de l'Ouest, la propriété 
foncière conserve un grand prestige ; dans la plu- 
part des pays, un homme, eût-il la fortune des 
Rothschild, s'il ne possédait pas de terres, serait 
moins considéré que le propriétaire de trois ou 
quatre fermes de médiocre étendue. — « Etre en- 
terrons, )) c'est avoir des biens au soleil, et cette 
expression est toujours prise en bonne part. 

Après la propriété foncière proprement dite, 
c'est-à-dire celle des champs, vient celle des mai- 
sons ; on dit de quelqu'un qui en possède « qu'il 
a une, deux, trois, etc. cheminées fumantes ». 
Toutefois, elles ne sont pas regardées comme une 
propriété aussi sûre que celle des terres, et un 
dicton déclare « qu'une maison, c'est un cheval 
à l'écurie ». 

Pour désigner un petit propriétaire qui vit sur 
son bien et n'est pas fermier, on dit : 

— Il est sur le sein (le sien). I' sont su' l'iour 
(le leur). Cependant dans la hiérarchie sociale, il 
occupe un rang moins élevé que celui qui tient à 
bail une ferme de quelque importance. 

Quoique, dans la pratique, les pa3'sans soient, 
en général, respectueux pour le clergé, surtout 
quand celui-ci ne sort pas de ses fonctions spiri- 



I 



DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 69 

tuelles, il existe pourtant quelques proverbes assez 
irrévérencieux pour les prêtres : 

— Gras comme un recteur. (E., M.) 

— Gros comme un recteur. 

— Il est comme not' recteur, qui s'en va de 
tab'e quand il est saû, (M.) c'est-à-dire quand il 
a assez mangé. 

— r n' frappent point es contre-hus de genêt : 
Ils aiment mieux les maisons riches que les 
pauvres. 

— Un homme qui n'a que des ruses de 
prêt'e. (E.) 

— Paresseux comme un curé. (E.) 

— Le monde deviennent' i' fainiant, i' s' font 
tous prêt'es. (M.) 

— Retors comme un prêtre normand. (E.) 

— Il est comme les enfants de prêtre, i' mange 
son pain blanc le premier. (E.) 

— Un habit en haine de prêtre (M., E., S.-C), 
c'est-à-dire inusable. 

Cf. pour des dictons semblables, en Picardie et en Flandre, 
les Glossaires de Corblet et Hécart. 

— Troussé comme un moine qui va-t-au 
lard. (D.) 

J'ai cité, Lttt. Orale, p. 380 et suivantes, un certain nombre 
d'anecdotes où le clergé est plaisanté. Dans le Folk-Lore de la 
Haute-Bretagne, t. II des K/3U7rTà8ia. on trouve plusieurs 
contes, en général très lestes, où les prêtres jouent un rôle 



70 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 



analogue à celui que les fabliaux du moyen âge attribuaient au 
clergé séculier, et surtout aux moines. J'ai moi-même trouvé 
en Haute-Bretagne nombre de récits analogues. 

Quant aux moines, il y en a actuellement un petit nombre 
eu Bretagne, et ils ne sont que rarement en rapport avec la po- 
pulation ; je ne connais aucun dicton moderne qui leur soit 
appliqué, mais ils sont très maltraités dans les légendes popu- 
laires. (Cf. Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. I, 
p. 335 et suivantes.) 

Les bonnes sœurs, surtout celles qu'on appelle 
bonnes soeurs trottines, trottoires, ou en plein 
vent (ce sont celles qui appartiennent à une sorte 
de tiers-ordre), sont plus souvent blasonnées ; on 
les accuse, non toujours sans raison, de mettre 
parfois le trouble dans les ménages. C'est à ce 
rôle que se rapporte le conte qui suit : 

Il y avait, une fois, un homme et une femme 
qui étaient mariés depuis quelque temps déjà, et 
qui étaient cités dans le pays comme de bons 
époux. Le Diable voulut leur faire avoir mauvais 
ménage, et pendant huit ans il s'y employa de 
son mieux, mais sans pouvoir y réussir. Un jour 
qu'il sortait de cette maison, il rencontra une 
bonne sœur, qui lui demanda d'où il venait avec 
un air si fâché : 

— Ah ! répondit-il, il y a là un bon ménage, 
et j'aurais bien voulu le troubler. 

— Comment! dit-elle, vous n'avez pas pu? 

— Non, répondit le Diable, il y a huit ans que 



I 



DE LA SORTIE DE L ECOLE AU TIRAGE 7 1 

j'y travaille ; mais je n'ai pas réussi et je m'en 
vais. 

— Je parie que j'y arriverai bien, dit la bonne 
sœur. 

Elle entra dans la maison, et, tout en causant 
avec la femme, elle plaça sous l'oreiller du lit un 
couteau, puis elle sortit. Elle alla ensuite trouver 
le mari, et lui dit : 

— Prenez garde, mon brave homme, votre 
femme a dessein de vous tuer, et je l'ai vue ca- 
cher un couteau sous votre oreiller. 

L'homme ne dit rien, et il se coucha tran- 
quillement, mais au milieu de la nuit il s'éveilla, 
et en remuant son oreiller il trouva le couteau ; 
alors il songea à ce que la bonne sœur lui avait 
dit, et il enfonça le couteau dans le cœur de sa 
femme. 

C'est depuis ce temps-là qu'on dit que les 
bonnes sœurs ont Iq plot (la ruse) du Diable. 

(Coûté en iSSi, par J. M. Comault, du Gouray.) 

Les paysans disent aussi que les bonnes sœurs 
vont la nuit dire leur chapelet dans les champs. 
Si elles perdent une pâtenôtre, le laboureur aura 
beau travailler, il trouvera toujours du chiendent 
dans son champ. (P.) 

Il y a quelques années, le recrutement du clergé 
était plus facile qu'il ne l'est maintenant, et l'am- 



72 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

bition de beaucoup de commerçants et de gros 
fermiers était de faire d'un de leurs fils un prêtre. 
Actuellement, ce sont surtout les petits cultiva- 
teurs dont les enfants peuplentj^les séminaires. 

On assure qu'à sa première grand'messe, le 
prêtre chante : 

Dominus vobiscum, 

Mon père est un riche homme. (P.) 

Et, en général, les parents de prêtres rentrent 
largement dans les dépenses qu'ils ont faites pour 
les élever. 

En Haute-Bretagne, pays essentiellement agri- 
cole, l'état le plus estimé dans les campagnes est 
celui de laboureur; viennent ensuite les métiers 
qui exigent de la force et de l'adresse, tels que 
ceux de charpentier, de menuisier, de maçon ou 
de maréchal-ferrant. Ces derniers exercent sou- 
vent en même temps l'art de guérir les bêtes, et 
•celui d'arracher les dents. 

En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. I, p. loo), les 
métiers estimés sont ceux de charron, menuisier et maçon. Une 
partie des autres, surtout les tailleurs, sont méprisés. 

Voici quelques proverbes sur les métiers pé- 
nibles ou méprisés : 

Il y a treis (trois) métiers d'fainiants, 

Les chassons, les péchons et les oisillons. (P.) 



DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 73 



Le cheva' des peissonniers, 

Les médecins d'campangne 

Et les maltôtiers (employés de la régie), 

Sont treis métiers d'bêtes. (P.) 

Alléluia, 
Marchez sur quatre bâtons : 
Les huissiers sont des fripons, 
Et les avocats 
Sont des liche-plats. 
Et les procureurs 
Sont des voleurs. ' 

Les métiers les moins prisés sont ceux que l'on 
exerce assis, et pour lesquels on n'a pas besoin 
de force corporelle; parmi eux, on peut citer 
ceux de tailleur et de cordier, de cordonnier et 
surtout de tisserand. Ce dernier est, par un loin- 
tain souvenir des cacous ou caqiiins, l'un des 
moins estimés. 

On donne aux tisserands le surnom de m d'chd. 
Le châ est une sorte de bouillie d'avoine qu'on 
met sur la trame pour faire la toile. (Saint- 
Donan.) 

Sans le pot à colle 
Le tessier serait noble. 

Les tisserands trouvent difficilement à se ma- 
rier avec des filles de laboureurs, en Ille-et- 
Vilaine, du moins. Quelquefois, si on dit à une 



74 l'homme de la naissance a la mort 

fille : « Vous allez vous marier avec un tel? » 
elle répond : « Je n'en voudrais point, c'est un 
tisserand. » (E.)Mais, dans les Côtes- du-Nord, vers 
le Mené, les fessiers épousent journellement des 
filles de fermiers. 

Les cordonniers portent le sobriquet de cu-cousu 
(D.) ou de cu-coJU. Il y a plusieurs chansons sa- 
tiriques sur les cordonniers, où ils sont blason- 
nés; on les accuse, entre autres, d'être « pires 
que des évêques », c'est-à-dire plus difficiles à 
contenter. 

Je n'ai pu m' assurer si le métier de cordier 
était encore, maintenant, parmi ceux qui sont 
méprisés; il n'y a pas longtemps, toutefois, que 
le préjugé existait encore. « Au village de la 
Caisse-d'or, en Maroué, existait une corderie; les 
cordiers ou caqueurs ont été, jusque vers 1820, 
enterrés dans un lieu à part nommé caquinerie. 
En 1854, le préjugé n'était pas tout à fait dis- 
paru. » 

<Jollivet, t. I, p. 157.) 

Au siècle précédent, il était dans toute sa 
force. « En 17 16, un caqueux étant mort à Plu- 
rien, la noblesse assista à son enterrement et le 
fit inhumer dans l'église. Trois jours après, il fut 
exhumé par les habitants et porté au cimetière 
des cordiers. La justice fut obhgée d'intervenir. » 

Gollivet, t. I, p. 317.) 



DE LA SORTIE DE L ECOLE AU TIRAGE 75 

Le pillotous, ou marchand de pillots, est une 
sorte de chiffonnier ambulant qui échange des 
mouchoirs ou de la vaisselle, plus rarement de 
l'argent, contre des chiffons, des peaux de la- 
pins, etc. 

On dit en proverbe : — Danser comme un 
pillotous chaud de boire. (E.) 

— Sauter comme un pillotous. 

Lorsqu'un pillotous arrive dans un village ou 
dans l'aire d'une ferme, il crie en modulant sa voix : 

Marchand d'pillous I 
Ou : 

La bourgeoise, av'ous (avez-vous) des pillots? 

On dit en proverbe : — L'Enfer est pavé de 
crânes de cabaretiers. (P.) 

C'est probablement un souvenir des nombreux sermons que 
les prêtres font sur les cabarets. Une légende que j'ai citée dans 
ma LiHéralure orale, p. 206, met en scène un cabaretier qui est 
puni pour s'être conduit brutalement à l'égard de saint Guil- 
laume. 

Les meuniers ont aussi assez mauvaise réputa- 
tion ; ils sont malmenés dans les proverbes et 
dans les contes, et il existe des formulettes où ils 
sont blasonnés ; en voici une : 

Meunier larron, 
Voleur de blé, 
C'est ton métier. 



76 l'homme de la naissance a la mort 



La corde au cou 
Comme un coucou, 
Le fer aux pieds 
Comme un damné, 
Quat' diable' à t'entourer, 
Qui t'emport'ront dans l'fond d'ia mé (mer). 

(Saint-Méloir-des-Ondes.) 

Dans un petit conte que j'ai analysé dans la Liitèrature orale 
de la Haute-Bretagne, p. 201, un meunier se présente à la porte 
du paradis et saint Pierre lui dit : « Que venez-vous chercher 
ici? Vous savez bien qu'il n'y a pas céans de place pour les meu- 
niers. — Je le sais bien, répond le bonhomme; je suis seule- 
ment venu pour regarder un peu. » (Cf. aussi Fouquet, Le 
Meunier q^ui jette des sorts.') 

On peut aussi ranger parmi les métiers mépri- 
sés les sanous de trées ou de pouërs (les châtreurs) , 
qui s'annoncent en faisant moduler une sorte 
de flûte de Pan, et surtout les écorchous ou équar- 
risseurs. Tuer un cheval, animal noble, est consi- 
déré comme une sorte de tache, et l'on trouverait 
difficilement un fermier ou un garçon de ferme 
qui voudrait s'en charger. 

. Si, en Haute-Bretagne, on ne dit point, comme 
en pays bretonnant, « un tailleur, respect de la 
compagnie, « un des métiers les moins prisés est 
celui de couturier ou taillier. Toutefois, le pré- 
jugé s'en va peu à peu : les tailleurs de campagne 
ne sont pas tout à fait montés au rang des labou- 
reurs, mais ils sont traités avec certains égards. 

Si la première personne qu'on rencontre le 



DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 77 

matin est un couturier, on aura de la malechance 
toute la journée. 

Il y a sur les couturiers plusieurs chansons où 
ils sont blasonnés; j'en ai plusieurs en porte- 
feuille. 

A l'inverse des couturiers, l'état de couturière 
figure parmi les métiers les mieux vus ; il en est 
de même des dersouères (repasseuses), qui souvent 
font des mariages avantageux. 

Les domestiques doivent être redemandés par 
leurs maîtres avant que le coucou ait chanté. Si 
un domestique n'a rien entendu dire à son maître 
quand le coucou chante, il en conclut qu'on ne 
veut plus de ses services. 

Dans beaucoup de contes populaires, il est question de domes- 
tiques qui doivent s'en aller quand le coucou chante. Cf. dans 
ma Littérature orale : le Fermier et son domestique. 

On donne en rengageant les domestiques un 
denier à Dieu ; en plusieurs pays, les fermiers, au 
moment où ils renouvellent leur louage, em- 
mènent les domestiques à l'auberge et leur paient 
un café. 

Il y a des foires aux domestiques; la plus con- 
sidérable est celle de Rennes, qui a lieu le jour de 
Saint-Pierre : c'est une sorte d'assemblée qui s'est 
tenue pendant longtemps sur le Champ-de-Mars ; 
il y avait des tentes sous lesquelles on vendait à 
boire et à manger. Les domestiques qui ne se 



78 l'homme de la naissance' a la mort 

louent que pour la « métive », c'est-à-dire pour 
la moisson, ont à leur chapeau un épi de blé 
vert; les autres, qui se gagent pour l'année en- 
tière, ornent leur chapeau d'une rose, et, s'ils 
sont charretiers, ont un fouet passé autour du 
cou. Les faucheurs portent leur faux, dont la 
lame est attachée parallèlement à la hante, c'est- 
à-dire au pied de la faux. Les filles portent au 
corsage un bouquet de roses. 

Il y a à Lamballe une autre foire aux domes- 
tiques ; elle se tient à la Saint-Jean. 

a la Saint-Jean d'été a lieu à Pierre (Ain) une foire aux 
domestiques. (D. Monnier, p. 585.) A Quimper^ elle se tient 
de la Saint-Corentiu au i^"^ janvier. (Ci. Galerie hreionne, t. Wl, 
p. 100.) 

« A Vigneux, près de Nantes, a lieu le lende- 
main de la Trinité une foire qui est précédée 
d'une assemblée où les jeunes gens de la cam- 
pagne, filles et garçons, viennent chercher des 
engagements. « 

(Ogée, art. Vigneux.') 

L'époque la plus habituelle pour la location est 
pourtant la Saint-Jean, d'où le proverbe : « Faire 
la Saint- Jean su' l'année, » qui s'apphque aux 
.domestiques qui changent souvent de place. 

La lessive qui précède la Saint-Jean se nomme 
« lessive de fous l'camp ». 

Les nouveaux maîtres vont chercher les ser- 



DE LA SORTIE DE L ÉCOLE AU TIRAGE 79 

vantes, et leur apportent une quenouille garnie 
de rubans. Aux domestiques mâles, on porte un 
fouet. (D.) 

A Ercé, il est d'usage que, la veille de Noël, 
les domestiques et les enfants aillent manger de 
la morue chez leurs parents. Les domestiques 
mettent cela dans leurs conditions de louage ; 
il y a aussi certaines foires où ils se réservent 
d'aller. 

En Basse -Bretagne, « le garçon de ferme met dans ses con- 
ditions qu'il sera libre d'aller à tant de foires ou de marchés par 
an. » (finkrie bretonne, t. II, p. 18.) 

On dit en parlant des domestiques qui veulent 
quitter une place où ils sont bien : « Aise a le 
eu pointu, malaise dure bien ». (E.) 



§ III. — LES CONSCRITS 

Bien que les Gallos soient d'excellents soldats, 
ils ne quittent point volontiers leur village pour 
aller au régiment, et ils essaient par des moyens, 
même surnaturels, de se dérober au service mi- 
litaire. 

Le jour du tirage, il y a des rencontres qui sont 
de bon ou de mauvais présage. La première per- 



8o l'homme de la naissance a la mort 



sonne que trouve un jeune homme qui va au 
tirage décide de son sort ; si c'est une femme ou 
une fille, il n'aura pas de chance, mais il en aura 
si c'est un homme. (P.) 

Si le conscrit qui se rend au tirage rencontre un 
prêtre ou une bonne sœur, c'est d'un mauvais 
augure, et il est sûr d'être pris. Lorsque la pre- 
mière personne qu'il voit est une fille ou une 
femme de mauvaise réputation, il se considère 
comme sûr d'avoir un bon numéro; aussi, pour 
la remercier de cette chance qu'elle lui porte, il 
lui paie généralement un café; (D.) mais, si elle 
lui adresse la parole la première, il est sûr d'avoir 
le numéro i, qu'on nomme \ç. piaou. (E.) 

Tliiers, Traité des superstitions, p. 184, signale parmi les 
mauvais présages la rencontre d'un prêtre ou d'un moine ; celle 
d'une fille de mauvaise vie est au contraire d'un bon augure 
(p. 178). 

A deux kilomètres de Livré est une chapelle où 
les conscrits vont en pèlerinage afin d'échapper à 
la conscription. (E.) 

Pour se procurer un bon numéro, il y a 
nombre de moyens : 

On va cueiUir du gui d'épine blanche, puis on 
s'agenouille au pied de trois croix, en déposant à 
chaque station une petite branche de gui. On fait 
ensuite dire trois messes; mais, pour qu'elles 
soient efficaces, il faut avoir dans sa poche un 



DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 8l 



peu de gui et un morceau de fer qu'on aura 
trouve sans le chercher. 

On arrive au même résultat en cueillant des 
feuilles de tirande (sorte de glayeul) ; on les coupe 
en morceaux et on les met dans sa poche sans les 
compter : autant on aura de morceaux, autant il 
y aura d'unités dans le numéro qu'on tirera. 

Si un conscrit a dans ses habits, à son insu, 
des grains de sel cousus, il a un numéro aussi 
élevé qu'il a de grains de sel. (E.) 

Celui qui, sans le savoir, a dans son loutrond 
(sorte de paletot court), l'aiguille qui a servi à 
coudre le linceul d'un petit enfant mort-né est 
assuré d'avoir un bon numéro (Saint-Méloir-des- 
Bois). De même celui à qui on a mis dans sa 
poche, sans qu'il en sache rien, la bague d'une 
femme mariée dans l'année, ou le bonnet de bap- 
tême du premier enfant mâle d'une maison. (E.) 
Ailleurs, le bonnet est remplacé par une médaille. 

Cf. mes Traditions et supersliliovs, t. I, p. 287-88. 

Celui qui a dans la poche de ses hannes (cu- 
lottes) un hro (dard) et un v'iin (venin) de reptile 
est assuré de tirer un bon numéro; mais il faut 
que le talisman se trouve dans la poche du même 
côté que la main qui puisera dans l'urne, et, de 
plus, que le conscrit ignore l'avoir sur soi. (P.) 

Le jour du tirage,* les conscrits [se rendent au 

6 



82 l'homme de la naissance a la mort 

chef-lieu en marchant en rang, le bâton à marottes 
sur l'épaule; ils ont souvent un drapeau, et ils 
chantent des marches pour aller au pas. En cer- 
tains pays, ils portent des fleurs au chapeau. 

Autrefois, vers le soir, il y avait des batailles 
entre les conscrits des différentes communes; 
parfois, c'étaient de véritables mêlées où les bâ- 
tons à marotte jouaient le rôle de massues. Cette 
coutume barbare a disparu dans plusieurs pays ; 
mais il en est d'autres où elle subsiste. En Ille- 
et-Vilaine, les batailles ont lieu, en général, entre 
les conscrits des communes patriotes et ceux des 
communes chouannes. 

Quelquefois, les conscrits de deux communes 
passent la journée ensemble sans qu'il y ait aucune 
dispute ; ils sortent en même temps de la ville ou 
du bourg, et tout va bien jusqu'au moment où 
les deux bandes se séparent, généralement après 
une station à la dernière auberge. Ce n'est qu'à 
ce moment que commence la bataille. (D.) 

Des conscrits de communes voisines vont, 
avant et après le tirage, se visiter dans leurs 
bourgs respectifs, drapeau en tête. Ces réunions 
ont surtout lieu entre communes de la même opi- 
"nion politique. (E.) 

Les paysans redoutent le service mihtaire ; ce- 
pendant, le jour du conseil de révision celui qui 
est reconnu apte à servir, sort joyeusement de la 



DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 83 

mairie en chantant et en criant : « Bon pour le 
service ! « tandis que ceux qui sont réformés pour 
vice de constitution ou faiblesse sortent pour 
ainsi dire sournoisement et avec quelque peu de 
honte. Les jeunes gens qui ont été réformés ont 
de la peine à trouver à se marier, et parfois, 
longtemps après, cela leur est reproché comme 
une tache. 

A Saint-Glen, Penguilly, etc., les conscrits, 
avant de partir, font une quête pour leurs frais de 
route. Les uns leur donnent de l'argent, d'autres 
du blé, de l'avoine ou des pommes de terre. 

Sur une coutume analogue en Poitou. Cf. Souche, p. 7. 

Dans le Morbihan, vers la limite des deux 
langues, existent des fontaines où les parents 
conduisent les conscrits et les lavent pour les 
rendre invulnérables. 

Cf. d'Amezeuil, Légendes du Morbihan, p. 139. 

Il est assez rare que les jeunes paysans 
cherchent, aux dépens de leur santé, à échapper 
au service militaire ; toutefois, il y a des exemples, 
en Ille-et- Vilaine notamment, de sorciers qui, 
pour faire réformer les conscrits, leur faisaient 
piquer les testicules par des abeilles. 




■^rs-'^^ 



CHAPITRE V 



LE MARIAGE 



§1. 



LES GALANTS ET LES FILLES A MARIER 



^/^ la campagne, les galanteries sont souvent 
^'Ê^ de longue durée; il n'y a guère de com- 
f^^^ munes, on pourrait presque dire de vil- 
lages, où il ne serait facile de trouver des gens 
qui, avant de se marier, ont courtisé leur femme 
pendant cinq, six ou dix ans. Les filles ne sont 
pas, en général, très pressées, et les garçons, à 
moins qu'ils n'aient besoin d'une ménagère pour 
leur aider à tenir leur terre, restent volontiers 
longtemps sans se décider. En matière matrimo- 
niale, comme presque en toute chose, les paysans 
sont lents à prendre une résolution. De part et 
d'autre, avant comme après le mariage, les pas- 



LE MARIAGE 8^ 



sions ne sont pas bien vives : la longue constance 
des galants est donc beaucoup moins extraordi- 
naire qu'elle ne le semble au premier abord. 
Quant aux jeunes filles, on conçoit que le plaisir 
et l'orgueil qu'elles éprouvent à être entourées de 
« bons amis » les fasse retarder une union qui 
mettra fin à tout cela, bien que, souvent, leur 
choix soit fait et leur résolution prise. 

L'état de beau-père en expectative a des avan- 
tages assez séduisants pour qui connaît l'esprit 
positif des paysans. Les galants leur paient à 
boire dans les auberges, leur offrent du tabac et 
bien d'autres petits cadeaux, afin de se mettre 
dans leurs bonnes grâces. Aussi il y en a qui se 
plaisent à attirer les galants chez eux, et qui se 
font prier avant d'accorder leur consentement. 

En Berry existe le même usage. (Cf. Laisnel de La Salle, t. II, 
p. 23.) 

Pour les campagnards, le type de la beauté fé- 
minine n'est pas la grâce ou la gentillesse; c'est 
la force et l'air de santé : une fille robuste, forte 
en chair et haute en couleur, est toujours recher- 
chée. On dit d'elle : 

— Olle a une belle conscience, olle est ben 
pommée; c'est-à-dire : elle a une belle poitrine. 

— Olle est ben foutue su' son bois : (E.) Elle 
est droite et de bonne mine. 

— C'est une belle coiffe. — C'est un biau co- 



86 l'homme de la naissance a la mort 



tillon. — C'est un biau brin de fille. — 011e a la 
joe (joue) su' l'œil : Elle a les yeux vifs. 
Voici quelques autres dictons : 

— Haute comme la moitié du diable (E., D.) 
(c'est une personne de grande taille) ; on la qualifie 
aussi « grande perche à coucou ». (E.) 

— Elle a été élevée avec du lait doux : Elle a 
été gâtée. 

— O se fait périer (prier), n'on voit ben que 
c'est eune belle fille. 

Belle fille, pain frais et bois vert 
Mettent une maison à désert. 

La p'us arrosée (louée) 

N'est pas la première mariée. (M.) 

— Elle est belle au coffre, et belle dans l'ar- 
moire : (E., D.) Elle est riche, mais laide. 

— Que qu'olle a? — Son eu et sa chemise. 
(E.) Elle est pauvre, et, par conséquent, n'est pas 
fort souhaitable. 

Si une fille a l'air d'agacer un jeune homme, 
on dit « qu'elle fait la grande ourée «, (M.) c'est- 
à-dire plus de la moitié du chemin. 

Il n'est pas rare, d'ailleurs, de voir des filles 
offrir à leurs galants du tabac et du café, afin d'en 
avoir plusieurs à les accompagner aux assem- 
blées. (P.) Un dicton très répandu les engage 



LE MARIAGE 87 



d'ailleurs à être aimables : « Montrous (mon- 
trez-vous), les filles, qui n'se montère n'est 
vu, » (E.) 

Lorsqu'un paysan est sur le point de se décider 
à fiure sa cour, il se rend à la ferme, et regarde 
les talons des sabots de la jeune fille qu'il a en 
vue : s'ils sont botisous, c'est signe qu'elle soigne 
bien les vaches et qu'elle sera une bonne ména- 
gère. (D.) 

Lorsqu'il y a des toiles d'araignées dans une 
maison, on dit qu'il n'y a pas de filles à marier; 
on les appelle des chasse-galants. 

Quand une poule chante le coq, c'est signe 
qu'une fille va avoir un malheur, c'est-à-dire un 
enfant. (D.) 

En beaucoup de pays, la naissance d'un enfcint 
avant le mariage est très redoutée; on la consi- 
dère comme une sorte de honte qui rejaillit sur 
toute la famille; aussi on dit : 

— Quand on trouve à marier les filles, faut 
l'faire; i' n' faut pas les mettre en t'nés (D.) (les 
contraindre). 

— Il vaut mieux enhetider (attacher) que de 
lever. (E.) 

L'amour est assez souvent comparé à la fièvre, 
et l'on dit : 

C'est la fièvre dondaiiie, 

Faut être deux pour la trembler. (P.) 



88 l'homme de la naissance a la mort 

On dit des gens qui vivent ensemble sans être 
mariés : 

C'est le mariage à la civière : 
Le premier lassé met à bas. (E.) 

Le célibat est chose assez rare à la campagne ; 
il y a plusieurs dictons ou superstitions qui 
peignent le malheureux sort qui attend, après 
leur mort, ceux qui n'ont pas été mariés : 

Dans l'autre monde, les vieux gars font des 
charretées d'épines tout déchaux (D.) (nu-pieds). 

On dit d'une vieille fille : 

— Olle a les talons jaunes. 

— Olle est mêsé (désormais) sus la reciée (M.), 
ou sur la mériennée, c'est-à-dire qu'elle a passé 
le midi de son âge. 

— O reste à graine. 

Toutefois, jusqu'à un âge avancé, les filles 
peuvent garder l'espoir de se marier : 

— N'y a point d' vieux chaudron qui ne trouve 
sa crémaillère. (E.) Les vieilles filles finissent par 
se marier. 

Il n'est pas rare, en eff"et, de voir de tout jeunes 
gens épouser des filles qui ont quinze ans de 
plus qu'eux. De cette façon, ils sont moins ex- 
posés à avoir beaucoup d'enfants. Les hommes 
se marient plus jeunes que les femmes : dans un 



tE MARIAGE 89 

tiers au moins des mariages, la femme a quelques 
années de plus que le mari. 

On dit en proverbe : — Une fille est bonne à 
marier à trente ans, un homme à vingt. (E.) 

Les vieilles filles vont en paradis à cheval sur 
un séran (E.) (instrument à sérancer). Les vieilles 
tilles, dans l'autre monde, sont occupées à broyer 
le chanvre, à cheval sur des bras (broies) de fer. 

On parle aussi de saint Pipet, qui flaupait les 
vieilles filles à coups d'andouille comme elles en- 
traient en Paradis. (E.) 

Parfois même, elles subissent une métamor- 
phose : Dans les campagnes, aux environs de 
Châteaubriant, on croit que les vieilles filles sont 
changées en chouettes après leur mort. 

Cf. Histoires et légendes de Châteaubriant, p. 37- 38. 

Il y a nombre d'endroits où les garçons et les 
filles se rencontrent et où ils parlent d'amour : 
aux assemiblées, aux foires, en allant à la messe, 
aux champs, aux veillées, etc. 

« Le lundi de la Pentecôte, il est d'usage à 
Andel et dans quelques communes des environs, 
que toutes les femmes aillent, après vêpres, baiser 
l'étole et se la faire poser sur la tcte. Des jeunes 
gens s'introduisent alors sans bruit dans l'église, 
prennent par le doigt et emmènent, sans la regar- 
der, la jeune fille qu'ils préfèrent. Cela s'appelle 



90 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

être tirée d'assemblée. Elle est ensuite régalée de 
fruits et de gâteaux que l'on nomme fouasses. On 
dit de celles qui s'en retournent seules qu'elles 
s'en vont sur la grise. Les jeunes gens leur jettent 
des mottes et les poursuivent en les raillant. » 

(Habasque, t. III, p. 12.) 

Souvent, quand une fille est de garde à la ferme 
pendant la grand'messe ou les vêpres, elle a un 
ou plusieurs de ses galants à venir lui tenir com- 
pagnie. 

Les jeunes gens qui se font la cour en cachette 
des parents vont « se causer drère les barges » 
(amas de paille). (E.) 

Ailleurs, on dit : « Les bonnes gens ne veulent 
pas; mais i' s' font la cour drère la iiâ. » (D.) 

Ou : « Quand la chieuv'e est do l'ioup, le 
pâtou' a biau courre. (E.) » 

Mais, le plus souvent, les galants viennent à la 
maison, et c'est là, en public, qu'ils font les em- 
pressés auprès des filles. 

En quelques pays, il y a des époques où se 
présentent les jeunes gens qui posent leur candi- 
dature : certain dimanche est appelé dimanche 
de la penrie; si le garçon ne vient pas se dèpenre 
(dépendre) huit jours après, le dimanche de la 
dépenrie, c'est qu'il a des prétentions sérieuses. 

Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 12e), le premier dimanche de 



LE MARIAGE 9I 



arême, a lieu une sorte de cérémonie analogue, qu'on appelle 
1 souderie. 

En entrant dans une ferme pour y faire leur 
:our, les garçons déposent leur bâton près de la 
)orte d'entrée ; s'ils sont bien aimés, la jeune fille 
,-ient prendre le bâton, et le place près du banc 
lu foyer. (E.) 

« A la Boissière (Loire-Inférieure), quand un 
eune homme a une jeune fille en vue, il se rend, 
a nuit, sous sa fenêtre, et lui chante : 

Il ne fait pas clair de lune, 

Belle, levez-vous ! 
Tandis que la nuit est brune, 
Venez danser avec nous. 

« Si la belle veut accueillir favorablement le 
:hanteur, elle répond : 

Pourquoi, l'enfant, venir ainsi 

Troubler mon sommeil? 
Je n'entends pas quand il fait nuit. 
Venez me voir au réveil. 

« Cette petite scène doit se renouveler pendant 
lu'mzQ nuits consécutives. » (Ogée.) 

Quand les jans (ajoncs) sont en fîours, 
Les filles sont en amours. (P.) 

Quand une lingère perd des aiguilles dans la 



92 l'homme de la naissance a la mort 

maison où elle est à coudre, on dit qu'elle est 
amoureuse. (P.) 

On dit d'une jeune fille qui a des galants : 
« Elle est sous le chape. » — Les galants se réu- 
nissent le dimanche autour du fo^'er avec les pa- 
rents de la jeune fille qu'ils désirent courtiser. 
Elle se tient auprès de la table, et chaque galant, 
à son tour, quitte le foyer pour aller lui parler. 
Les amoureux lui prennent la main et lui disent 
des compliments, et ils s'en approchent si près 
que la jeune fille est sous leur chape. (Landehen, 
près Lamballe.) — Tenir une fille sur le petit 
banc près de la fenêtre, c'est lui causer seul à 
seul. (P.) 

Quand on offre un bouquet à une jeune fille ou 
une femme, on empiète; et, pour cela, on l'em- 
brasse. (M.) 

Les couteaux ou les ciseaux coupent l'amitié, 
mais les épingles l'attachent. Les garçons offrent 
souvent des épingles; si une jeune fille les ac- 
accepte pour son mouchoir, c'est signe qu'elle a 
de l'attachement pour celui qui les lui offre. 

Quand un garçon attrape le mouchoir d'une 
fille, on dit que l'amitié les unit plus étroitement 
qu'auparavant. (P.) Aussi les garçons essaient de 
les enlever aux jeunes filles, soit en fouillant à 
l'improviste dans leur poche, soit en les tirant 
brusquement quand elles se mouchent. (D.) 



LE MARIAGE 93 



Les amoureux ont parfois des façons brusques, 
émoin les gars de Pléhérel. On dit, en proverbe : 

Faire l'amour comme les gars de Plêré. » Qiiand 
.s ne savent plus quel compliment adresser à leur 
onne amie, ils lui frappent sur le genou en di- 
ant : « En avons cor un autre comme 'héla. » (M.) 

Il y a aussi toute une série de facéties de haute 
raisse; en voici quelques-unes : 

Pour faire les filles péter, on n'a qu'à prendre 
es œufs de fourmis et à en mettre dans le man- 
er ou dans la boisson de la personne à qui l'on 
eut faire cette farce. Dès qu'elle les a avalés, elle 
ète malgré elle. (P.) On arrive au même résul- 
it en leur faisant prendre de l'anis. 

Pour faire les filles pisser, il suffît de leur faire 
valer de la limure de scie. (P.) 

Dans les notes à la suite de VHistaire de M. Ckijle, p. 54, il est 
lestion d'une pierre qui fait pisser les femmes. 

Dans les fermes, quand il est temps que les 
noureux s'en aillent, la mère lève les tisons, 
lanière polie de les mettre à la porte. Quand on 
let les tisons en l'air, c'est dire aux amoureux 
u'ils peuvent revenir; s'ils ont en bas la partie 
icandescente, c'est signe de congé définitif. (E.) 

En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. 11, p. 24), ce sont les ti- 
ns mis la tête en l'air qui signifient refus. 

Quand une jeune fille veut, donner son sac, 
est-à-dire renvoyer son galant, elle lui dit : 



94 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

Il faudrait une langue de Sigovie 

Pour répondre à vos glorifiances. 

Quand les épines mortes, 

Qui sont entre votre porte et la nôtre, 

Fleuriront des roses. 

Vos amours seront les nôtres. 

(Landehen, près Lamballe.) 

Lorsqu'un garçon qui a demandé une jeune 
fille a été refusé par le père seulement ou par la 
jeune fille seule, ou si on lui a donné des raisons, 
et non un congé formel, il dit : « J'ai mon sac, 
mais je n'ai pas la corde. » (D.) 

Quand un galant a reçu son congé d'une jeune 
fille, on dit qu'il a reçu sa chieuve. Il la jette 
dans un champ, et elle reste là jusqu'à ce qu'un 
autre aille la chercher. On dit du bâton qui a 
servi à un porteur de chausses naïres (entremet- 
teur de mariages) qu'il apporte la chieuve. (P.) 

La pudeur champêtre est très relative : les filles 
se laissent très bien « bouchonner » par les gar- 
çons, c'est-à-dire prendre par la taille ou par les 
seins. Si onnetouche « qu'au-dessus du sa (sac) », 
c'est-à-dire à ce qui est couvert par les vêtements, 
il n'y a pas grand'chose à dire, et elles ne s'é- 
meuvent que pour la forme. 

Au moment du mariage, la vertu des mariées 
n'est pas toujours intacte; il y a même des com- 
munes où l'on compterait facilement celles qui se 



LA MARIAGE 95 



iiarient étant vierges. On entend dire : « O se 
"ait chiéri' par le gars un tel, )> ce qui veut dire 
qu'elle est sa maîtresse jusqu'au bout. 

S'il n'y a pas survenance d'enfant, le capîtal de 
a fille n'a pas diminué de valeur, et elle trouve 
rès bien à se marier, même avec un autre. 



§ II. PRÉSAGES DE MARIAGE. — MOYENS DE SE 

FAIRE AIMER 

La croyance aux présages est très vivace à la 
ampagne, mais c'est surtout dans la période qui 
)récède le mariage que les galants des deux sexes 
es consultent ; il y en a une grande variété qui 
ont relatifs à l'époque où se fera l'union, au 
hoix du conjoint, etc. Les jeunes filles croient 
ilus que les garçons à ces augures et les consultent 
[avantage. 

Les monuments préhistoriques sont l'objet de 
2urs pèlerinages : à Roche-Marie, près Saint- 
^ubin-du-Cormier; aux Faix-du-Diable, enMcllé; 

la Roche-Écriante, en Montault; à la pierre du 
lême nom, en Saint-George-de-Reintembault 
lUe-et- Vilaine), les filles vont se frotter ou s'écrier 
se laisser glisser) afin d'avoir de la chance pour 



q6 l'homme de la naissance a la mort 



se marier bientôt. A Plouër (Côtes-du-Nord), 
lorsqu'une fille veut se marier dans l'année, elle 
va se laisser glisser « à eu nu « sur la roche de 
Lesmon ; si elle arrive en bas sans s'écorcher, elle 
est assurée de trouver un mari avant douze mois. 
Si on peut grimper sur le menhir de la Tiem- 
blaye en Saint-Samson, on se marie également 
dans l'année; près de Guérande, M. de Montbret 
trouva dans les fentes d'un dolmen des flocons de 
laine liés avec du clinquant. Ils avaient été dépo- 
sés par des jeunes filles animées du même désir. 

Cf., pour les détails de ces pratiques, le tome I*"", p. 48-51, 
des Traditions et superstitions de la Hautc-Brdagne. 

Dans la commune de Saint-Pern, il existait 
naguère, non loin du château de Ligouyer, un 
arbre antique qui attirait les jeunes filles, aux- 
quelles le seul contact de son écorce avait la 
vertu de procurer des maris. 

Pour savoir si on se mariera dans l'année^ on 
jette des épingles dans la fontaine de Saint-Gous- 
tan, au Croisic; il en est de même dans les Côtes- 
du-Nord; mais il faut pour cela que l'épingle 
descende au fond sans faire de tourbillon. 

Cf. sur des usages similaires : Souche, p. 24 (Poitou) ; Joanne 
(Vosges, Alsace), p. 96; Souvestre (Basse-Bretagne), les Der- 
r.iers Bretons, t. I'^'', p. 24. 

« Il faut que Tépingle du mouchoir en face du 
cœur reste sur l'eau quand on l'y jette, ou adieu 



LE MARIAGE 97 



l'époux. Les filles avisées remplacent le laiton par 
une épine sèche. » 

(Fouquet, Légctidcs du Morbihan, Introduction.) 

A la fontaine de Bodilis (Cf. Galerie bretonne, t. 111, p. 150), 
on consulte les eaux au moyen d'une épingle pour savoir si le 
galant est fidèle ou non. 

« A la chapelle Saint-Ufcrier, qui marie les filles dans l'an- 
liée, en Séné, le pied du saint est criblé de piqûres ; ce sont 
encore les filles en quête de maris ; mais il faut bien planter 
Tépingle et qu'elle soit neuve et bien droite, sans cela l'époux 
serait tortu, bossu et boiteux. » 

(Fouquet, Légendes du Morbihan.) 

Il y a en Haute-Bretagne plusieurs saints qui 
sont l'objet de semblables pratiques. Près de 
Quintin est une petite chapelle dédiée à saint 
Laurent, et tout près du lieu oîi se tient la foire 
de Saint-André. On vient y planter des épingles : 
si l'épingle reste fichée du premier coup, la fille 
se marie dans l'année; si elle manque, son ma- 
riage est reculé d'autant d'années qu'elle a man- 
qué. 

Aux environs de Moncontour, à un kilomètre 
de la ville, à mi-route de la chapelle de Notre- 
Dame -du -Haut , existait une petite croix ce 
pierre; autrefois, les jeunes filles allaient ficher 
des épingles dans la soudure existant entre un 
des bras de la croix et le tronc. Si l'épingle restait 
fichée du premier coup, la fille qui réussissait se 
mariait dans l'année. Aujourd'hui que la croix 



q8 l'homme de la naissance a la mort 



est abattue, c'est dans le trou du socle que l'on 
pique les épingles. 

(Coinrauniqué par ivl. E. Hamoiiic.) 

Dans la côte qui mène de Saint-Brieuc à Plérin 
se trouve la chapelle de Bon-Repos; au-dessus du 
portail, il y a un trou dans le mur; les jeunes 
filles qui veulent se marier dans l'année y jettent 
une pierre. 11 parait qu'il y en a beaucoup qui 
ont ce désir, car le trou est toujours rempli. 

(Communiqué par M'^''^ L. Tcxier.) 

« A Bréhat, lorsque les jeunes gens veulent se marier, ils vont 
au Paon consulter r?%'enir. Ils prennent de petites pierres qu'ils 
jettent dans la fente; si celles-ci tombent droitemcnt dans le 
gouffre sans toucher les parois, ils doivent se marier de suite ; 
l'ans le cas contraire, ils ont autant d'années à attendre que l.i 
pierre jetée a frappé de coups. » (Ernouî de la Cheueliére, p. 54.) 

Près de Hénanbihen se trouve un petit saint de 
pierre très fruste, appelé saint Mirli, dont la tête, 
coupée sans doute jadis, avait été rajustée sur le 
tronc au moyen d'une barre de fer. Si on tournait 
la tête de saint Mirli un certain nombre de fois à 
un moment déterminé, on se mariait dans l'an- 
née. (M.) On arrive au même résultat si on em- 
brasse trois fois la croix du Bois-Bra. (S.-C.) 
. Si on mange une pomme devant_^une glace, on 
sj marie dans l'année, à la condition que l'on 
voie aussi une étoile vers neuf ou dix heures du 
matin. 



LE MARIAGE 99 



Dans les Vosges, si on mange une pomme le jour Saint- 
.\iidré, on voit celle que l'on épousera. 
Cf. Mchisiite, t. I, col. 500. 

On se marie encore prochainement si on jette 
de la graine de lin, et qu'on puisse la ramasser 
sans qu'il en manque une seule. 

Si les laveuses peuvent faire sept fois le tour 
du doué en tenant entre leurs dents Vencherroiié, 
c'est-à-dire le drap à cendre, elles sont assurées 
de se marier bientôt. (E.) 

On consulte la feuille de houx pour savoir si 
on se mariera ou non ; en touchant chacun des 
piquants, on dit : « Fille, femme, veuve, reli- 
gieuse. » Ou : (c Fils, homme, veuf, religieux. » 
C'est le dernier piquant qui donne la réponse. 
(M.) On effeuille aussi les marguerites en répé- 
tant les mêmes mots. (E.) 

Pour se marier dans l'année, il faut avoir qua- 
torze épingles prises à la couronne de quatorze 
mariées différentes. (E.) — Ailleurs, une seule 
épingle suffit; mais, parmi toutes celles aux- 
quelles la mariée les distribue, il n'v en a qu'une 
à se marier dans l'année. 

En Basse-Bretagne (cf. Galerie Ireionuc, t. III, p. 150), les 
épingles de la mariée ont la mémo vertu. 

Si une jeune fille prête une épingle à un jeune 
homme qu'elle aime, cela unit l'amitié. Il en est 
de même d'un mouchoir. (P.) 



100 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

Si les pies font leur nid dans le jardin d'une 
ferme où il y a des filles à marier, l'une d'elles 
sera épousée dans l'année. (S.-C.) 

On est encore assuré de se marier dans l'année : 
Si on peut attraper une demoiselle. (E., D.) 
— Si on trouve du trèfle à quatre ou à cinq 
feuilles. (E.) — Q.uand on peut briser ave: le 
petit doigt de la main gauche une baguette de 
coudrier. (E.) 

Mais si une fille laisse son trépied trop long- 
temps sur le feu, son mariage est retardé de sept 
ans; (P.) autant de minutes, autant d'années. (D.) 

Pour savoir de quel côté on a sa bonne amie, 
on met des pépins de pomme dans un cha- 
peau ou dans sa main et on les secoue. Le côté 
pointu du pépin indique où est la bonne amie. 
On dit : 

Pépin, pépin, 
Tourne-toi, vire-toi. 
Par où le pépin tournera, 
La bonne amie sera. 
(S.-C.) 

Pour savoir avec qui on se mariera, il faut 
mettre sous son oreiller un morceau de la seconde 
pelure du saule, celle qui touche au bois. (E.) 

Si l'on veut voir en songe la personne que l'on 
doit épouser, il faut, le premier vendredi du crês- 
sent (croissant), dire cinq Pater et cinq Ave, dans 



LE MARIAGE lOI 



le premier endroit venu, en regardant le crès- 
sent, puis jeter sans regarder dans sa direction 
ce qu'on trouve sous sa main, en disant : 

Petit crêssent, 

Verbe blanc, 
Fais-moi voir en mon dormant 
Qui j'aurai en mon vivant. 

On se met ensuite au lit en y entrant du pied 
gauche; on se couche sur le côté gauche, et on 
récite, jusqu'à ce qu'on s'endorme, des prières 
pour les âmes du purgatoire. (E.) 

Cf., dans Mcluslue, col. 220, une formulette assez semblable 
de Saône-et-Loire. 

Si on veut connaître le nom de la personne 
que l'on épousera, il faut peler une pomme ou 
une poire, et jeter par derrière soi la pelure en- 
tière ; la lettre formée sera la première du nom 
ou du prénom du futur ou de la future. 

Cf. Souche, p. 13. 

Si, après avoir dit un Pater et un Ave, on prend 
une feuille de laurier-palme, et qu'on la mette 
sous son oreiller, on voit, la nuit, celui ou celle 
qu'on épousera; mais il ne faut parler à personne 
après qu'on a placé la feuille. (E.) — Si, un jour 
de fête, avant jour, on met une glace devant 
son lit, on voit dedans la figure de celui qu'on 
épousera. — Si, pendant l'élévation de la messe 



102 l'homme de la naissance a la mort 

Je minuit, on fait le tour d'une croix emboîtée 
(à niche), on voit la figure de sa bonne amie ou 
de sa femme future. (E). 

On écrit aussi trois billets : deux qui sont ceux 
de galants qui vous font la cour; sur le troisième 
on met V inconnu. On enveloppe ces billets dans 
de la mie de pain et on les laisse tremper dans 
un verre. Celui qui revient le premier sur l'eau 
donne la réponse. (D.) 

Lorsqu'une couturière perd ses ciseaux en se 
rendant à son travail, le matin, le jeune homme 
qui les trouve sera son mari. (P.) 

Quand le pissenlit est défleuri, et qu'il ne reste 
que les graines, on en cueille un brin et on 
souffle dessus pour savoir si l'on est aimé. Si 
toutes les graines s'envolent, c'est signe qu'on est 
très aimé; s'il en reste quelques-unes, on l'est un 
peu moins ; s'il en reste un grand nombre, l'af- 
fection est faible. (M., E.) 

On prend une baguette de coudrier, en forme 
de fourche, et on la tourne du côté où l'on a sa 
bonne amie ou son bon ami; si on est aimé, la 
baguette s'incline d'elle-même vers la terre. 

Quand le dé d'une jeune fille tombe, on dit 
que son amoureux parle à une autre fille en ce 
moment. (P.) Si une couturière casse son ai- 
guille en cousant, on dit que son amant l'aban- 
donnera. (P.) 



LE MARIAGE 10" 



Pour savoir si on a de l'amitié pour un tel ou 
une telle, on enlève une à une les graines d'une 
espèce de folle avoine. (D.) 

Si on veut savoir combien on a de bonnes 
amies ou de bons amis, on fait craquer les arti- 
culations des doigts; autant de craquements, au- 
tant d'amants ou d'amantes. 

Même superstition eu Poitou (cf. Souche, p. 14) et eu Bric. 

Vous n'aimez point les chats, vous n'aurez 
point un bel homme ; vous aimez bien les chats, 
vous aurez un bel homme ou une belle femme. 
(D., S.-C.) 

Ce proverbe constate une superstition qui a son similaire eu 
Poitou (Souche, p. 14). 

Si une fille se mouille en lavant, son mari sera 
ivrogne. (D.) En tordant le linge, celle des la- 
veuses qui tord le moins fort épousera un veii- 
vier. (D.) 

Si la jarretière d'une femme ou d'une fille se 
relâche, c'est signe qu'elle est moins aimée. Si 
les bas ne tiennent pas jartclcs, l'amoureux de la 
jeune fille est infidèle. 

Cf. Souche, p. 14. 

Quand une fille se marie avant son aînée, on 
dit qu'elle lui a fauché l'herbe sous le pied (E.), 
ou qu'elle lui a écoupeJé (coùpéj les choux. (D.) 

Pour savoir si un garçon est bon à marier, on 



104 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

lui frappe le jarret avec le coupant de la main au 
moment où il ne s'y attend pas ; s'il cède, c'est 
qu'il n'est pas encore assez fort. (M.) 

Si on peut se procurer une grenouille verte, il 
faut la mettre dans une pannette percée de petits 
trous. Ensuite on met la pannette et la grenouille 
dans une fourmilière. Mais, comme on ne doit 
pas entendre la grenouille jeter un cri, on s'é- 
loigne de ce lieu le plus tôt possible; elle est aus- 
sitôt dévorée par les fourmis. On prend tous ses 
os, on les met dans un ruisseau. Parmi eux, il y 
en a un qui remonte le courant; c'est celui-là 
qu'on doit ramasser; on l'écrase et on le réduit en 
poudre, qu'on mêle dans du tabac à priser, et on 
en offre à la jeune fille que l'on veut enchanter. 
Une fois qu'elle a aspiré la prise, elle ne se con- 
naît plus, et elle suit celui qui l'a enchantée. 

D'après Bordelon, Histoire de M. Oujle, p. 80, si une gre- 
nouille verte est mangée par les fourmis, la partie gauche d'un 
de ses os fait haïr, la droite fait aimer. 

Un garçon qui mettrait de la joubarbe dans sa 
poche et la ferait sentir à une jeune fille la force- 
rait à courir après lui (E.). 

Cf. mes Traditions et superstitions, t. II, p. 337. 

Quand on veut qu'une personne soit amou- 
reuse de vous, il faut lui mettre dans la poche 
gauche, sans qu'elle le sache, une poignée d'herbe 
d'amour. (E.) Cette herbe mystérieuse s'achète. 



LE MARIAGE 10) 



dit-on, chez les pharmaciens ; c'est le seul ren- 
seignement que j'aie pu obtenir. Si la lune change 
dans les trois jours, la personne à qui on a 
mis de l'herbe d'amour est exposée à foîéier, 
c'est-à-dire à devenir folle. (E.) 



§ III. — LA DEMANDE EN MARIAGE 

A Plessala, quand un garçon a fait la cour à 
une fille pendant un temps suffisant, il va la 
trouver et lui dit : 

— Putin, m'aimes-tu ben? (i). 

— Vère don', crapaôu (crapaud). 

— Ma itou, copie-ma (crache-moi) dans la 
goule, j'te l'renrai après. 

Lorsque la jeune fille a craché dans la bouche 
du garçon, et que celui-ci lui a rendu sa poli- 
tesse, ils se considèrent comme Hés et fiancés. 

A Brusvily, près Dinan, quand un garçon et 
une fille veulent se prouver qu'ils s'aiment bien, 
ils se crachent aussi dans la bouche. 

Cf. sur le rôle de la salive, mon article le Crachat et la sa- 
live dans V Homme, t. I, p. 584-59;. 

(i) Ce terme est une sorte de juron qui n'impîique aucune 
intention malveillante. 



io6 l'homme de la naissance a la mort 



Lorsque c'est le père du jeune homme qui vient 
taire la demande en mariage, après avoir souhaité 
le bonjour, suivant les formules en usage, il dit 

— J'avons zu eune bonne année sez nous 
j'avons du blé plein not' solier (grenier), j'avons 
du lard plein not' chânier; j'avons du cite plein 
nos tonnes; j'avons du hn tant, que je n'savons 
comment le filer. Av'ous eune fille pour nou' 
aider à manger tout l'ia et à faire not' ouvrage? 

Bien entendu, il grossit toujours un peu; le 
père de la jeune fille ne dit ni oui ni non, du pre- 
mier coup. Souvent, il va aux renseignements. 
Parfois c'est la mère qui, si le galant est d'une 
commune voisine, se déguise et va voir par elle- 
même. Le plus souvent, elle prend de vieux ha- 
bits, met un bissac sur son dos, et se présente 
chez son futur gendre comme si c'était une men- 
diante. (D.) 

Dans un de mes contes, Janvier d Février, n° XLVi, 2« série, 
c'est la fille qui, par le conseil de sa mère, se déguise en men- 
diante afin de voir par elle-même lequel de ses deux galants est 
le meilleur. 

L'entremetteur de mariage s'appelle chausse- 
naire (E., S.-C), qu'il soit mâle ou femelle. 

Jadis, à Calorguen, quand on faisait la demande 
en mariage, la fille roulait sur son doigt le ruban 
de son tablier, et elle le laissait retomber si elle 
acceptait. 



LE iVIARIAGE IO7 



En Basse-Bretagr.e, d'après Cli. Pcrint {Le Prcshxièrc de Plou- 
gtierti, Hachette, 1853, p. 121), la jeune fillc qui déroule son ta- 
blier encourage son galant. 

En faisant la demande en mariage, on ne boit 
que du vin ; c'est celui qui demande la fille qui 
l'apporte. C'est parfois le jeune homme lui-même 
qui fait la demande. (E.) Si le jeune homme en 
faisant sa demande n'a pas apporté de vin, les 
parents de la jeune fille ont le droit de se dédire, 
même s'ils l'avaient accepté. (D.) Si le mariage 
est rompu par la faute de la fille, elle doit rendre 
le vin. (E.) 

En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. III, p. 44), aux 
iîançailles, on ne boit que du cidre ; mais chacune des deu.\ par- 
ties apporte sa quote-part. 

QjLiand un jeune homme songe à épouser une 
jeune fille, il se rend le soir à la ferme, au mo- 
ment où tout le monde est réuni. Il souhaite le 
bonsoir à la jeune fille, en lui disant : 

— Salut, vos bonnes grâces. La jeune fille ré- 
pond : — Les vôtres les surpassent. 

Le Jeune homme. — C'est peu de chose à votre 
égard. La jeune fille. — C'est plus que je n'en 
mérite de votre part. 

Cette dernière réponse est la formule employée 
pour faire savoir au galant qu'on l'accueille tavo- 
rablemcnt. 

Formule de demande en vxariage. (Landchen, canton de Lam- 
balle.) 



io8 l'homme de la naissance a la mort 

On dit de la dernière des filles qui reste à ma- 
rier : « Olle est au bout du banc. » (E.) 

Quand le mari est plus petit que sa femme, on 
dit : « Les souris enterront (entreront) dans la 
maie. » (E.) 

La discussion des intérêts se fait souvent 
comme un marché. 

Voici un dialogue populaire en Haute-Bretagne 
qui montre, sous une forme non déguisée, deux 
pères en train de discuter les conditions : 

— Combien d'écus? 

— Trois cents; mais mis sur la couette. 
- — Il faudrait plus. 

— Pas un sou. 

— Remmenez la bête. 



§ IV. — LES APPRÊTS DE LA NOCE ET LES FIANÇAILLES 

Le futur et la future vont ensemble inviter à 
leurs noces, si c'est tout à fait en cérémonie; par- 
fois, c'est le fiancé et son garçon d'honneur, ou 
la fiancée et sa fille d'honneur. 

En Basse- Bretagne, les fiancés vont faire séparément leurs in- 
vitations, accompagnés, l'un de son garçon d'honneur, l'autre de 



LE MARIAGE I09 



1 fille d'honneur (cf. Souvestre, Derniers Brelovs, t. !=■■, p. 51). 
illcurs, ce sont les parrains et marraines qui les accompagnent 
jahric bretonne, t. III, p. 70). 

A Gosné (Ille-et- Vilaine;, la mariée donne à 
on beau-père un chapeau ei une cravate. 

Les fiancés vont toujours ensemble commander 
t mobilier. 

La tailleuse qui a fait les habits de la mariée 
ssiste à la noce avec ses apprenties (E.) ; elle va 
ui passer l'habit, et celle qui a fait ou vendu la 
oiffe va la placer. 

Mais, pendant la période qui s'écoule entre les 
iançailles et le mariage, il ne faut pas que la 
eune fille regarde du côté où demeure son fiancé. 
)i elle va chez lui, c'est tout à fait malséant. On 
lit : c( Elle va voir comment son lit est fait. « (E.) 

La fiancée donne à son futur la chemise de 
loces et lui tricote des bas. 

La même coutume existe en Berry quant à la chemise ; c'était 
ussi jadis l'usage à la cour (cf. Laisnel de La Salle, t. II, 
'■ 29-) 

Autrefois, quand un jeune homme et une jeune 
ille étaient fiancés, le dimanche où le prêtre pu- 
Dhait les bans dans la chaire, ils prenaient chacun 
me assiette et ils allaient quêter. La jeune fil'e, 
[ui était devant, disait : 

— Donnez ce qu'il vous plaira pour me faire 
léofourdir. 



iio l'homme de la naissance a la mort 

Le jeune homme, qui passait après, disait : 

— Donnez ce qu'il vous plaira pour le dé- 
gourdisseur. 

Et tout l'argent qu'ils ramassaient ainsi était 
pour le musicien qui jouait de la vielle ou du vio- 
lon le jour des noces. (S.-C.) 

On dit qu'il y a au delà de Dinan une paroisse 
où, au lieu de pain bénit, on porte des peux 
(bouillie de blé noir). Ceux qui offrent le pain 
bénit sont deux. Le premier qui passe et porte les 
peux dit : 

— Pern€z devant et saucez drère. 

Le second porte du lait dans une écuelle. 

Le dimanche d'avant le mariage, le fiancé et 
la fiancée vont présenter les peux bénits, et la 
fiancée, qui passe la première, dit : 

— 'Est ma qui se pour me faire dégourdi'. 

— 'Est ma qui se (suis) le dégourdissons, dit 
le jeune homme. (S.-C.) 

Si deux fiancés entendent proclamer leurs 
bans, ils sont assurés de n'avoir pas mal aux 
dents. (P.) 

Pour annoncer les fiançailles d'un couple, on 
se sert de la formulette suivante : 

Vous ne savez pas ce qui va se passer : 
Une telle va se marier ; 
Vous ne savez pas quel est son amaut ? 
C'est un tel assurément. • 



LE -NUKIAGE lit 



lis feront la route ensemble 
Dans le petit bois à quatre coruières. 
Le petit amant ramassera les bûchettes, 
La petite amante fera les galettes, 
En lui disant : « Fais-les donc bien, 
Ton petit cœur sera le mien. » 
Il eu mangit quinze dans son lait, 
Et quatorze avec son petit graisset. 
Il allit derrière l'hôté, 
L'amante creyait qu'il allait kerver (mourir). 
Elle lui attacha quinze chemises 
Qpue à qoue (queue). 
Mon amie, tu laveras tout. (P.) 

« A Saint-Etienne de Courcoué (Loire-Infc- 
■ieure), les mariages sont précédés de la discus- 
sion entre les deux futurs du trousseau à donner 
^t du choix des anneaux. Ce point convenu, on 
sanctionne l'accord par une cérémonie dite la 
( tuilée », et qui consiste à verser du vin dans 
ine tuile creuse et à la placer de façon que les 
lancés boivent simultanément par Tun des deux 

30UtS, » 
(Ogée, nouvelle édition, art. Saiiii-Elianie-de-Courcoué.) 
En Basse-Brot.igne, aux fiançailles, on boit du vin et non du 
iJre : le père du jeune homme fait venir une première bouteille, 
clui de la fille une seconde, et ils alternent ainsi jusqu'à ce que 
out ail été réglé {Galerie hrthujte, t. III, p. 44). 

A certains repas de fiançailles, vers Moncon- 
our, il y a parfois 150 à 200 personnes, avec du 
on (musique) comme aux noces. 



112 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

Le jour du repas de fiançailles, les filles vont 
aux champs travailler comme d'habitude, et elles 
font exprès de ne pas s'habiller en dimanche afin 
qu'on les trouve à la besogne. QjLiand on va les 
chercher, elles font les ignorantes, comme si 
elles ne savaient pas de quoi il s'agit. (D.) 

La jeune fille doit aller au bourg accomplir la 
cérémonie des fiançailles. Quand on la prie de 
s'y rendre, elle fait la timide et l'ignorante en 
disant : 

— Mais que qu'y a don' au bourg ané (au- 
jourd'hui)? I y a vantiez (peut-être) queuque fête 
de Vierge. J'n'en avons point ouï parler dimanche 
à la grand'messe. 

A la fin, le père permet de l'y conduire. 

— J'voulons ben qu'olle aille o vous ; mais 
faut nous la ramener, toujours. 

(Recueilli à Plestan par M. A. Martin.) 



§ V. — QUAND OX DOIT SE MARIER. — LE DÉPART 
POUR LE BOURG 

Les mariages du mois de mai et ceux du mois 
•d'août sont malheureux ; ces mois sont consacrés 



LE MARIAGE II3 



à la Vierge. Qui se marie en août épouse un Jai- 
niant. On ne doit pas non plus se marier le jour 
de la Chandeleur, non plus que le jour d'une 
fête quelconque de la Vierge. 

En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 20), en Franche- 
Comté (cf. Monnier, p. 290), dans les Pyrénées (cf. A. de Nore, 
p. 90; Mélusine, col. 478), existe aussi une répugnance pour les 
mariages du mois de mai. 

A Ercé, il n'y a pas de répulsion bien pro- 
noncée, bien qu'on dise en proverbe : 

Dans les mariages du mois Je mai, 
La pie bat le geai ; 

c'est-à-dire la femme bat son mari. 

Le mercredi est un mauvais jour pour le ma- 
riage. 

On ne se marie pas le mercredi, 
Ue peur d'avoir nom Jean-Jeudi. (E.) 

Jean-Jeudi est synonyme de cornard. 

En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 22), c'est celui qui 
se marie le jeudi qui, tôt ou tard, devient Jcan-Jcudi. 

On ne se marie pas le jeudi, car c'est ce jour-là 
que le Diable épousa sa mère. (P.) 

Cette répugnance pour le jeudi était courante au xvi'^ siée le (cf. 
l'Evangile des Quenouilles, p. 158); elle existe encore en Bcrrj'. 

A Saint-Gouéno et à Saint-Gilles-du-Mené, on 
se marie assez souvent le vendredi; ce jour-là, 
on ne mange pas de viande, mais de la iiiolne 

8 



114 LHOiMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

(morue), comme ils disent, ce qui coûte moins 
cher. 

Par contre, dans des communes peu éloignées, 
on ne se marie pas le vendredi, parce que l'on 
n'aurait pas de chance. Il en est de même du sa- 
medi. (P.) 

Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 127), si on se marie le ven- 
dredi, on meurt dans la lune de miel. 

On n'a jamais qu'un bon mariage dans sa vie 
(P.); les seconds mariages ne sont pourtant pas 
rares, malgré certains inconvénients surnaturels 
ou terrestres. 

Si une veuve se remarie, son premier mari 
vient la nuit la tirer par les pieds. (D.) Quand 
un veuf ou une veuve se remarie, on va casser 
des pots devant sa porte. On lui fait un chari- 
vari, et, si le mari est plus vieux que la femme, 
on crie : 

Charivari I 

Un vieux chat et une jeune souris. 

Sur le passage de la noce, on pend de vieux 
pots dans les chênes. (P.) 

Aux environs de Moncontour, surtout vers 
Hénon, lorsqu'un veuf se remarie, on se réunit 
devant chez lui en frappant sur des bassins, sur 
des lames de faux, en soufFxant dans des cornes 
en bois. Parfois, on allume un feu de paille. (P.) 



LE MARIAGE II5 



S'il fait beau le jour du mariage, il y aura de 
la chance pour le ménage. S'il pleut, c'est signe 
que la mariée aimera bien le gratin, c'est-à-dire 
qu'elle aura beaucoup d'enfants. (E.) A Dinan, 
s'il pleut, la mariée sera heureuse; on dit que 
ce sont les larmes qu'elle aurait dû verser qui 
tombent ce jour-là. S'il fait un rayon de soleil, 
on dit : « Voilà la mariée qui rit. » (D.) 

Les violons et les vielles, — leur nombre varie 
suivant la richesse des mariés, — vont d'abord 
chez le jeune homme, qui, avec son garçon d'hon- 
neur, ses parents et ses amis, se rend chez la 
future. Celle-ci n'est pas habillée, et comme le 
futur lui fait observer que l'heure s'avance, elle 
répond : « J'ai bien le temps. » 

Autrefois, à l'arrivée du jeune homme, la ma- 
riée était cachée, presque toujours derrière une 
armxoire, et il devait la trouver. Alors seulement 
elle commençait à s'habiller. 

En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 23), la fiancée se 
cache aussi, mais derrière un grand drap blanc, en compagnie 
d'autres femmes, et le fiancé doit la deviner au seul contact de 
sa main ou de son pied. 

Avant de partir pour aller au bourg, tous les 
invités étant réunis, la fille d'honneur cherche la 
mariée pour l'habiller. La mariée est introuvable, 
et toute la noce se met à sa recherche; on la 
trouve ordinairement dans le cellier, ayant auprès 



ii6 l'homme de la naissance a la mort 



d'elle une brique (pot) et une écuelle, et elle rac- 
commode une paire de chausses. 

Celui qui la trouve la prie d'aller s'habiller 
pour se rendre au bourg. Mais elle semble ne pas 
comprendre de quoi il s'agit, et à toutes ces 
avances elle répond en oftrant du cidre. Enfin, 
après qu'on lui a bien expliqué les motifs pour 
lesquels elle doit aller au bourg, elle se laisse 
emmener, et on la remet à la fille d'honneur 
pour être habillée par elle. Quand la toilette est 
achevée, il reste les souHers à mettre; mais, 
quand on cherche les souliers, ils ont disparu. 
Les parents de la mariée les ont cachés, le plus 
souvent sur la planche à pain suspendue au pla- 
fond, ou dans un panier accroché au même en- 
droit. C'est le garçon d'honneur qui doit les 
chercher; après avoir bien fouillé tous les coins 
et recoins de la maison, il finit par les découvrir. 
On sort de la ferme pour aller au bourg; les 
femmes portent les bandes de leurs coiffes rabat- 
tues, comme lorsqu'elles vont à un enterrement ; 
le bras, donné au cavalier, pend inerte et comme 
mort. (Landehen.) (i). 

A Plouâne, la future ne peut s'habiller qu'après 
que le futur est arrivé ; si elle le faisait plus tôt. 



(i) Je dois les détails marqués de la rubrique Landehen à 
M. Arthur Martin, 



LE MARIAGE II7 



elle aurait l'air d'être trop pressée. A Saint-Cast, 
la future ne s'habille que quand tout le monde 
est venu ; le violon va la chercher. A Ercé, il en 
est de même : il faut que le futur soit là pour 
mettre la première épingle à la coiffe, et enfoncer 
la première épingle dans la couronne de la ma- 
riée. Quand une jeune fille essaie la couronne de 
fleurs d'oranger d'une mariée, cela l'empêche de 
se marier pendant un an. 

Avant de partir pour le bourg, le jour de la 
noce, la mariée cache ses souliers du mieux 
qu'elle peut, et c'est le garçon d'honneur qui 
doit les découvrir. Quand les souliers sont trou- 
\'és, la mariée déclare qu'elle .est prête à marcher. 

Mais, si, sur la route, elle aperçoit un chemin 
creux, elle quitte le plus vite qu'elle peut le gros 
de la noce, et s'enfuit par le chemin. C'est le 
garçon d'honneur qui est chargé de la rattraper. 
Cela s'appelle une happerie, et généralement, 
avant que la noce arrive au bourg, il y a plusieurs 
happeries. Si le garçon d'honneur ne peut l'attra- 
per, il passe pour un failli chien. Pendant que la 
fille se fait poursuivre, les gens de la noce at- 
tendent, et, quand le garçon d'honneur la ra- 
mène, elle revient la tête basse. 

Jadis, les filles à marier allaient, le jour de la 
noce, à cheval derrière le garçon d'honneur, qui 
montait la meilleure bête de la ferme ; mais il ar- 



ii8 l'homme de la naissance a la mort 

rivait assez souvent des accidents; le cheval es- 
sayait de rentrer dans les écuries sans attendre 
que les cavaliers fussent descendus. 

La coutume des happeries existe aussi aux en- 
virons de Saint-Gouéno et dans tout le Mené. 

« Le jour de la noce, la fiancée va se cacher 
avec la fille d'honneur, dès qu'elle voit arriver le 
futur accompagné de ses amis. Longtemps fermée, 
sa porte s'ouvre après de longs pourparlers, mais 
point de fiancée. Le jeune homme furète dans la 
chambre, et la trouve, car il va sans dire qu'elle 
serait bien fâchée qu'on ne la découvrît pas. On 
part alors pour l'église, et, pendant toute la route, 
elle doit être surveillée scrupuleusement. Quel- 
quefois, elle réussit à s'échapper, et le garçon 
d'honneur est obligé de la rattraper. Enfin, la cé- 
rémonie s'achève, les jeunes gens sont mariés, et 
reviennent paisiblement au logis, quand la future 
s'esquive derechef à travers champs, et le pauvre 
garçon d'honneur de courir encore après elle ! La 
lutte dure ainsi toute la journée, et, le soir, le 
jeune homme est rendu de fatigue. » 

(Habasque, t. III, p. I3)-) 

Jadis, la mariée se cachait dans le cellier ou 

"dans le grenier; maintenant, elle ne se cache plus, 

mais presque jamais, à l'arrivée de la noce, elle 

n'est à la maison. S'il y a des voisins, c'est chez 

eux qu'elle s'est réfugiée. (E.) 



LE MARIAGE II9 



« Il n'y a pas plus de vingt-cinq ans, quand 
une jeune fille quittait la maison de ses parents 
pour se marier, ses parents et amis l'excitaient à 
ne pas partir et allaient jusqu'à déchirer ses vête- 
ments. Cette coutume scandaleuse a disparu, et 
le clergé a aidé à la détruire. » 

(Habasquc, t. III, p. 15;.) 

Le jour des noces, on vient chercher la mariée 
chez elle; mais elle se cache en quelque endroit 
avec la fille d'honneur et d'autres personnes de la 
maison. Le marié arrivé, son garçon d'honneur 
et ses amis se mettent à la recherche de la mariée, 
et, lorsqu'ils l'ont trouvée, ils la ramènent à 
la maison. Là, les parents les plus âgés du jeune 
homme la demandent de nouveau en mariage, et 
l'on part ensuite pour le bourg. (P.) 

D'après un usage vosgien cité dans les Mémoires de. la Société 
des Anliqitaires, t, X, p. 168, la mariée a aussi l'habitude de se 
sauver. 

Au départ de la mariée, on tire des coups de 
fusil ; ces salves se répètent plusieurs fois dans la 
journée, et notamment au retour de la noce à la 
maison où a lieu le repas. 

Les salves de coups de fusil sont usitées en Berrj- (cf. Laisnel 
de La Salle, t. II, p. 35). 

En allant au bourg, la mariée est conduite par 
son père ou l'un de ses proches parents; au re- 



120 l'homme de la kaissakce a la mort 

tour, c'est le père de son mari qui la conduit. A 
l'aller et au retour, c'est la mère de la mariée qui 
conduit son gendre. (E.) 

Les invités ont des rubans, violets pour les 
hommes, roses ou blancs pour les femmes ; c'est 
le garçon d'honneur qui attache ceux des femmes, 
et la fille d'honneur ceux des garçons ; après cha- 
cune de ces cérémonies, il y a embrassade. (E.) 

Maintenant, depuis quatre ou cinq ans, on ne 
met plus de rubans qu'aux pères et mères, aux 
parrains et aux marraines, aux garçons d'honneur 
et aux filles d'honneur. Ils sont rouges pour les 
hommes, blancs pour les femmes ; en deuil, ils 
sont violets ou bruns pour les hommes. (E.) 

En Berrj', c'est la fiancée qui attache les rubans aux invités. 
(Cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 35.) 

Si on rencontre un lièvre sur le passage de la 
noce, c'est d'un mauvais présage. (E.) 

Quand le garçon s'est mal conduit, on place 
sur un des échaliers par lesquels il doit passer 
une poupée; c'est au garçon d'honneur de l'ôter 
avant qu'elle soit vue par les autres. (D.) 

Si, au contraire, un homme épouse une femme 
qui a eu une mauvaise conduite, on parsème sa 
route de cornes, et on va casser des pots à sa 
porte. (M.) Si une fille a filé le dimanche, c'est- 
à-dire a eu une mauvaise conduite, on met des 
poupines (écheveaux) tout le long de sa route. (D.) 



LE MARIAGE 121 



Lorsqu'une bonne sœur trottoire se marie, on 
fait des chapelets de pommes de terre que l'on 
suspend dans les arbres. (P.) 



§ VI. — LA CÉRÉMOKIE X)U MAKIAGE ET LE RETOUR 
A LA K Aïs ON 

On assure que, pendant qu'on se rend de la 
maison au bourg, les violons ou la vielle disent : 

Viens, viens, malheureuse, viens. 
Voilà le bourreau qui .t'emmène ; 
Viens, viens, malheureuse, viens, 
Voilà le bourreau qui te tient. (S.-C.) 

Quand il y a trois mariages en même temps 
dans une église, ils réussissent mal tous les trois. 
(P.) S'il y a deux mariages le même jour, les 
deux mariées s'embrassent. (E.) Celui des époux 
dont le cierge brûle mal, ou se consume le plus 
vite, est celui qui mourra le premier, (E.) Parmi 
les présages qui indiquent que le mariage d'Alice 
de Quinipilly sera malheureux figure « le cierge 
de la mariée, qui a brûlé sans éclat et s'est éteint 
sans fumée. » Peu après, Alice meurt, 

(Cf. Fouquet, p. 91-97.) 



122 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA iMORT 



Même superstition en Berrj' (cf. Laisnel de La Salle, t. II, 
p. 38), en Sologne (cf. Légier, p. 214), en Basse-Bretagne (cf. 
Gitionvac'h, p. 155). 

Quand les deux cierges des époux brûlent bien, 
cela présage une longue vie; s'ils se consument 
avec lenteur et qu'ils soient toujours prêts à s'é- 
teindre, c'est d'un mauvais augure. Même croyance 
que ci-dessus pour celui qui brûle le plus vile. (P.) 

Celui des deux mariés dont le cierge flambe le 
plus haut sera le maître dans le ménage. (E.) 

Même croyance en Franche-Comté (cf. Perron, p. 29). 

Il ne faut pas laisser l'anneau glisser jusqu'à la 
dernière phalange, sans cela le mari aurait trop 
de maîtrise. Quitter ou perdre son anneau porte 
malheur. (E.) 

En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 39), le mari, pour 
être le maître, doit ne pas le glisser au delà de la deuxième 
phalange ; mais, en Vendée existe la même croyance qu'en 
Haute-Bretagne. 

On garde dans l'armoire les pièces bénies au 
mariage. (E.) 

Quand la cérémonie est terminée, le marié va 
d'abord seul dans la sacristie avec ses témoins ; la 
fille d'honneur, — il y en a souvent deux, — 
prend la mariée par le bras et la mène s'age- 
nouiller devant l'autel de la Vierge, sur la balus- 
trade; puis son mari vient la chercher, lui offre 
le bras, et la conduit à la sacristie. (E.) 



LE MARIAGE 12 3 



On se remet en route pour retourner dans la 
maison du marié. A chaque auberge, on s'arrête 
pour boire et danser ; car le sonnons de vielle ou 
de violon marche toujours en tête de la noce. Le 
jeune homme se verse à boire, et, après avoir bu, 
offre le reste à la fille d'honneur. Si elle accepte, 
chaque invité va à son tour lui offrir un verre 
dans lequel il a bu, et elle doit y tremper les 
lèvres sous peine de faire un aff'ront grave à celui 
après lequel elle refuserait de boire. (Landehen.) 

Les invités devant la maison desquels passe la 
noce en revenant du bourç; off'rent aux nou- 
veaux mariés et à leur compagnie du cidre, du 
pain et du beurre. (E.) 

En arrivant à la maison, les gens qui sont là 
pour servir à table sortent et présentent à la ma- 
riée du pain, du beurre, des galettes, des gâteaux, 
du vin et du cidre. Il faut qu'elle accepte quelque 
chose. Puis on la conduit à la porte de la mai- 
son; là se tient la mère du marié. Elle prend sa 
bru par la main, la conduit au foyer, et lui remet 
la cuiller à pot, insigne du pouvoir domestique. 
De là, elle la conduit à sa presse. (Landehen.) 

Pour la bienvenue, on dresse auprès de la mai- 
son où la mariée doit venir habiter, une table qui 
est garnie de pain, de beurre frais et de cidre; 
puis les gens de la maison viennent tous embras- 
ser la mariée. (P.) « A Plumaudan, quand une 



124 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

jeune femme vient pour la première fois dans la 
maison de son mari, on lui présente sur le seuil 
un pain et une motte de beurre, qu'elle distribue 
aux jeunes gens qui l'accompagnent, et qui en 
mangent avec empressemenc, persuadés qu'ils se- 
ront mariés dans l'année. 

(Ogée, Nouv. Dici.) 

« Dans quelques cantons, quand une jeune 
femme va habiter une autre commune, son vil- 
lage va la conduire à sa nouvelle demeure. Ses 
nouveaux voisins viennent à sa rencontre; pen- 
dant tout le chemin, les deux villages se la dis- 
putent comme une espèce de soûle, et, chaque 
fois que la route tourne, l'un la prend par le bras, 
un autre par la jupe ; c'est à la faire crier, à lui 
disloquer les membres, et la jeune épouse est 
trop heureuse quand elle en est quitte pour des 
contusions ou des vêtements en lambeaux. » 

Les parents du marié vont chercher la bru par 
la main et l'embrassent avant son entrée dans la 
maison. (D.) En arrivant dans l'aire, si le repas 
n'est pas encore servi, on danse en l'atten- 
dant. (D.) 

(Habasque, t. III, p. 136.) 



LE MARIAGE 125 



§ VIL — LE REPAS ET LES DAXSES 

A Saint-Gouéiio, dans la belle saison, l'instal- 
lation du repas se fait d'une façon économique. 
On creuse, à i^ 50 l'une de l'autre, deux ban- 
quettes assez profondes pour qu'un homme assis 
puisse poser les pieds à terre; c'est la terre reje- 
tée entre les deux banquettes qui forme la table 
sur laquelle on sert le repas de noce. 

Il y a une marmite gigantesque où l'on fait la 
soupe; de plus, chaque invité apporte quelque 
chose: du pain, une joue de cochon, du cidre ou 
du lard. On dit en proverbe, en ce pays : 

Aux noces de Talbot, 
Chacun porte son pot. 

On appelle noces de papillon celles où chacun 
des invités porte quelque chose; cela a surtout 
lieu au mariage des pauvres gens. C'est proba- 
blement à cette coutume que fait allusion la chan- 
son qui suit. 

Un papillon, voulant se marier, invita différents 
animaux à assister à la noce, et voici ce qu'ils lui 
répondirent : 



126 l'homme de la naissance a la mort 



Eh bien I dit la pie, 
Je suis petite et bien jolie, 
Je coifferai la mariée à ma façon 
Pour aller à la noce du papillon. 

Quant à moi, dit le lapin, 
Je suis petit, je viens de loin. 
Je porterai des pois verts, c'est la saison. 
Pour aller à la noce du papillon. 

Ah! bonnet d'oie, dit le loup. 
Je suis gourmand, je mangerai tout; 
J'ai bien dans ma bergerie cinq cents moutons 
Pour aller à la noce du papillon. 

Ma foi 1 dit le renard, 
Je suis joyeux, je suis gaillard; 
Je porterai une poule et un dindon. 
Pour aller à la noce du papillon. 

Le Chat, qui n'avait ni rien porté ni rien donné, 
vint après la noce soiùaiter le bonjour aux autres 
animaux, et dit : 

Bonnet droit, dit le chat, 
Je suis petit, bien délicat ; 
J'ai brûlé ma robe grise sur les tisons 
En léchant la marmite du papillon. 

Cf. dans Rolland, t. III, p. 317, une chanson du Loiret, por- 
tant le même titre que celle-ci, mais plus longue. 

Aux environs de Bécherel, chaque convié ap- 
porte des gâteaux plats, et il les dépose à la fin 
du repas devant la mariée. 



LE iMARIAGE 12'J 



Le marié ne se met pas à table. (P.) Il sert les 
convives (E.), et dîne ensuite à part. 

Eu Basse-Bretagne, le marié est aussi le premier des servants 
(Galerie bretonne, t. III, p. io6.) 

La mariée est à table à côté du garçon d'hon- 
neur, qui s'occupe d'elle toute la journée; le ma- 
rié est à côté de la fille d'honneur. (D.) 

La mariée est à une place d'honneur, et il y a 
derrière elle un drap où l'on attache des fleurs. 

Son parrain est à côté d'elle ; à la fin du repas, 
avant de se lever, il laisse sous son verre une 
pièce de cinq fi-ancs. (P.) 

La soupe est servie dans de grands plats creux 
qui sont garnis de cuillers, et sept ou huit 
mangent à cette sorte de gamelle. Il en est de 
même pour le bouilli et les autres mets. Ordinai- 
rement, la mariée est au premier plat, le marié 
au second. Mais, depuis quelques années, avec 
les platées on sert des assiettes où chacun met ce 
qui lui convient. (D.) 

Au moment où on apporte le repas, les violons 
disent, assurent ceux qui comprennent leur lan- 
gage : 

Mettez du foin dans les râtiaux (crèches), 
Voici les dnes, voici les ânes, 
Mettez du foin dans les râtiaux, 
Voici les ânes à qui qu'en faut. 



128 l'homme de la naissance a la mort 



Les invités font un cadeau à la mariée; jadis, 
il y avait devant elle une assiette où chacun dé- 
posait son offrande ; maintenant, le cadeau se fait 
de la main à la main. (E.) 

A la fin du dîner, on fait circuler un panier de 
petits gâteaux, une tabatière dans laquelle tout le 
monde doit priser sous peine de passer pour un 
impoli, et enfin une tasse dans laquelle on met de 
l'argent pour le sonous. (Landehen, D.) Ailleurs, 
c'est le garçon d'honneur qui fait cette quête. (D.) 

« Jadis, dans les noces de campagne, la mariée 
faisait le tour de la table, tenant à la main une 
bourse dans laquelle chaque convive déposait son 
ofî"rande, en retour de laquelle il recevait un 
baiser. Cet usage a été remplacé par celui de faire 
cadeau d'objets de ménage qu'on présente aux 
époux après l'off'rande des gâteaux. » 

(Ogée, art. Vallel.) 

A la fiii du repas, on passe le chante. Le chanté 
est un plat recouvert d'un autre qu'on fait circu- 
ler parmi les convives ; comme il ne contient que 
des os ou des croûtes de pain, ceux qui con- 
naissent cette coutume se gardent bien de le dé- 
couvrir. (E.) Il faut que celui qui a été ainsi 
.attrapé tâche d'en attraper à son tour un autre 
avant la fin de l'année. Ailleurs, celui qui a eu le 
chanté ne s'en débarrasse que lorsqu'il se marie. 
C'est pour lui la source d'une foule de plaisante- 



LE MARIAGE I29 



ries qui lui sont adressées, et la plus commune 
est celle-ci : « As-tu bentôt tout roûché (rongé, 
sous-entendu les os)? » (D.) 

Aux repas de noces, on chante des chansons, 
et, à la fin, le chanteur ajoute : 

Toute chanson qui perd sa fin 

Mérite avoir (lis), 
Toute chanson qui perd sa fin 
Mérite avoir un verre de vin. (S.-C.) 

Ou : 

V'ià ma chanson dite, 
Ma langue en est quitte ; 
Mes sabots sont d'bois, 
Ma langue n'en est pas. (D.) 

Les chansons de noces ne sont pas toujours 
gaies : la plupart, surtout celles qui sont en 
quelque sorte sacramentelles, font allusion aux 
devoirs des époux et aux fatigues qui attendent 
la femme; elles ont un caractère grave. En voici 
une qui est pour ainsi dire obligée aux environs 
de Moncontour ; elle pourra donner une idée de 
ces chansons de moralité. 

Là-haut, là-bas, dans la prairie, 

l'y a un rossignol 
Qui dit souvent 

Dans son joli langage : 
Ahl que les fill's sont malheureuses 

De s'y mettre en ménage. 



130 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 



Il faut travailler jour et nuit 
Pour entretenir l'ouvrage. 
L'embarras du ménage 
Est un grand embarras : 

Toutes les fîll's qui s'y marient 
Ne le connaissent pas. 

Pour s'y mettre au ménage 
Faut avoir du sourci (souci). 
La journée de vos noces 
Quel habit prendrez- vous? 

Prenez-y, va, votre habit noir, 
Habit de pénitence, 

Et par-dessus prenez-y, va, 
Le cordon de souffrance. 

La journée de vos noces. 
Si vous avez-t-un homme 
Qui soit un débauché. 

Il vous dira d'un ton sévère 
Et d'un air si robusque (sic) : 

« Va-t'en m'y chercher du taba' 
Ensuite un coup i-à boire. » 

Si vous avez-t-un homme 
Qui soit bon ménager. 
Il vous dira d'un air si doux : 

« Ma beir, prenons courage, 
Et pardi ! dans notre ménage. 
Nous aurons du contentement. » 

Ce soir, nous le disons-t-adieu, 
La jeune mariée, 



LE MARIAGE I3I 



Nous vous laissons entre les bras 
D'une bonne famille, 

Tâchez de bien les imiter. 
Et surtout de les suivre. 



Aux environs d'Uzel, les bonnes gens portent 
ainsi la santé de la mariée : « A vot' santé, ma 
commère du haout (haut) bout. J'ièv' mon drère 
pour bère à vous. » 

A la fin du repas, la mariée boit, puis elle 
passe à son mari le verre dans lequel elle a bu ; le 
verre circule ensuite autour de la table, en com- 
mençant par les personnes les plus considérables, 
et chacun y trempe ses lèvres. Si le premier verre 
ne suffit pas, la marraine en entame un second. 
Refuser de goûter à ce verre d'honneur serait 
faire aux mariés une grave insulte. (Calorguen.) 

Le repas des pauvres a lieu après celui des in- 
vités, et le marié et la mariée doivent aller les 
servir. (D.) 

Après dîner, on danse dans l'aire ou dans une 
grange. La danse est une sorte de quadrille, et 
le sonous annonce à haute voix chaque figure : la 
chaîne des dames, la pastourelle, en avant deux, 
balancez vos dames, etc., puis, à la fin du qua- 
drille, il dit : « Abattez d'à haut ! » Alors chaque 
danseur embrasse sa danseuse et l'emmène A une 
marchande de gâteaux qui est venue exprès pour 



132 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

la noce (il y en a parfois cinq ou six). Il lui 
offre de petites galettes. Les plus galants en met- 
tent même dans les poches des tabliers et dans 
les tabliers, de sorte qu'à la fin de la journée 
les plus belles filles et les plus recherchées ont 
une charge de galettes, sans parler de celles 
qu'elles ont mangées; de plus, les jeunes gens 
qui veulent passer pour bien élevés offrent conti- 
nuellement aux jeunes filles du tabac à priser. 
Durant le bal, la jeune femme change deux ou 
trois fois de toilette pour faire voir qu'elle est 
riche et bien mise. La nuit venue, on se met de 
nouveau à table. (Landehen.) 



§ VIIL — LA NUIT DE NOCE ET LES JOURS SUIVANTS 

Jadis, à Matignon, la première nuit était à la 
Vierge, la seconde cà saint Joseph, la troisième au 
mari; actuellement, les mariés cohabitent dès le 
soir de la noce ; il en est de même presque par- 
tout. 

En Basse-Bretagne, la première nuit est à Dieu, la seconde à 
la Vierge. Quelquefois, il s'écoule quinze jours et même davan- 
tage avant la consommation du mariage. (Cf. Galerie bretonne, 
t. III, p. 145.) 



LE MARIAGE I33 



A Scaër, la première est à Dieu, la seconde à la Vierge, la 
troisième au patron du mari, l'époux a seulement la quatrième. 
A Treméoc, les époux cohabitent seulement le troisième jour. 

(Ogée, nouvelle édition, art. Scaèr et Tréntéoc.) 

Celui qui se met au lit le premier mourra le 
premier. 

Celui des époux qui couche dans le devant du 
lit sera le maître. 

La première épingle de la couronne de la ma- 
riée est ôtée par le mari ; la mariée en donne une 
à chacune de celles de ses amies qui ne sont pas 
mariées. (E.) 

A Ercé, la fille d'honneur découronne la ma- 
riée et distribue les épingles qui ont servi à atta- 
cher la couronne aux jeunes filles et aux jeunes 
garçons : il y en a un ou une qui se marie dans 
l'année. 

La même croyance existe en Basse-Bretagne (cf. Galerie hretonve, 
t. III, p. 150). 

On termine la journée par Vanigem&nt. On 
couche les mariés dans le même lit, puis on leur 
présente la grillade. La grillade est composée de 
petits morceaux de pain, à travers lesquels on 
a passé un fil, dont on noue les deux extrémités, 
et il faut que les mariés mangent ce chapelet. On 
leur donne la grillade dans du cidre ou du vin, et 
quelquefois avec une cuiller percée. Pendant qu'ils 
mangent, les invités, assis sur les maies (huches) et 



134 l'homme de la, naissance a la aiort 



sur la table, interpellent les mariés et plaisantent 
sur la nuit des noces ; comme les libations ont été 
copieuses dans la journée, les allusions sont tou- 
jours plus que transparentes. (Landehen.) 

« Un usage local est celui de la pannée. Cette 
cérémonie, consiste à faire parmi les invités une 
collecte destinée à subvenir aux frais d'une liba- 
tion en l'honneur des nouveaux mariés. Deux 
garçons chargés du produit de la quête achètent 
un plus ou moins grand nombre de bouteilles de 
vin rouge que l'on fait chauffer dans un bassin, 
en y mêlant force cannelle et sucre, et des tran- 
ches de pain grillé. Ce mélange est ensuite versé 
dans de grands vases, que les garçons de la noce 
portent processionnellement aux nouveaux ma- 
riés. Le chef du cortège frappe trois coups à la 
porte et entonne la chanson d'usage : 

Ouvrez la porte, ouvrez, nouvelle mariée, etc. 

« Un chœur de jeunes filles répond de l'inté- 
rieur : 

Comment vous l'ouvrirais-je? 
Je suis au lit couchée, etc. 

« Quand les couplets, qui alternent, sont épui- 
sés, la porte s'ouvre enfin ; les vases fumants sont 
déposés sur la table, la Hqueur aromatisée circule 



LE MARIAGE Ij) 



dans des verres qui se choquent à la ronde, et les 
nouveaux époux sont obligés de faire raison à 
chaque toast, en répondant aux vœux formés 
pour leur bonheur, )) 

(Ogée, art. La Gacilly.} 

A Calorguen, on pique des épingles dans la 
couronne de la mariée, et celle-ci les distribue à 
ses amies qui ne sont pas encore mariées, 

A Ercé, on porte encore de la soupe au lait 
aux nouveaux mariés vers le milieu de la nuit. 
Une heure après le coucher de la mariée, les 
servants se rassemblent et vont tambouriner à la 
porte (D.); c'est pour apporter la soupe des 
mariés ou une rôtie. On . enfoncerait plutôt la 
porte que de ne pas porter la rôtie. (Plouâne, 
Calorguen.) Aux environs de Moncontour, la 
soupe qui est apportée aux mariés est composée 
de morceaux de pain enfilés les uns dans les 
autres. 

En Basse-Bretagne, oa apporte aux mariés la soupe au luit, 
qu'ils doivent manger avec une cuillère percée ; le pain est enfilé 
dans un fil. (^Galerie bretonne, t. III, p. 146.) L'usage de la 
rôtie existe en Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. $1). 

En s'en allant de la noce, les violons disent : 

En v'ia cor eune de nàchée (attachée)! (M.) 

Souvestre {Derniers Bretons, t. i'^'", p. 58) rap- 
porte qu'en certains cantons, la nuit de noces, 



136 l'homme de la naissance a la mort 

deux veilleurs sont dans la chambre nuptiale à 
tenir une chandelle entre les mains et ne doivent 
se retirer que lorsqu'elle est descendue jusqu'à 
leurs mains. Cette coutume, dont je n'ai jamais 
eu connaissance en Haute-Bretagne, y a peut-être 
existé, et c'est de là que viendrait l'expression : 
« Je n'étais pas là à tenir la chandelle, » pour 
exprimer qu'on n'est pas bien sûr que tel ou tel 
soit fils de son père. 

Pour que le mariage soit chanceux, il faut qu'il 
y ait pendant la noce quelque objet cassé. (E.) 
S'il n'y a rien eu de cassé par accident, on en 
casse un exprès. (E.) 

L'usage de casser le pot existe en Berry (cf. Laisnel de La 
Salle, t. II, p. 55) ; mais on le casse toujours après, comme dans 
les mariages juifs; dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 128), on doit 
briser un verre pour que les époux n'aient pas de dispute. 

Jadis on faisait pour le jour de la noce une 
grande poupée qu'on habillait et qu'on donnait 
aux jeunes gens. Une bru qui n'était pas du pays, 
était à se chauffer, le soir, avant de se coucher : 
on lui apporta une poupée qui était grande 
comme un enfant; mais elle la jeta au feu croyant 
qu'on voulait lui faire affront. (S.-C.) 



LE MARIAGE I37 



Installation des nouveaux époux. 

A Ercé, il est d'usage que la femme fournisse 
le lit : de cette façon, le mari ne peut pas dire à 
sa femme : « Tu es dans mon lit. « La mariée 
n'arrange pas son armoire; elle ne la voit que le 
soir en arrivant ; ce n'est pas elle qui y met ses 
bardes. Ce n'est pas elle, non plus, qui fait le 
lit. (E.) 

Il y a des pays où le marié ne cohabite avec 
sa femme que le second jour. Le soir, le marié 
s'en va, et la fille d'honneur couche avec la 
mariée. 

Dans les pays où cet usage existe, le lendemain 
on va à une seconde messe où, d'habitude, les 
mariés communient; puis a lieu le renoçon, repas 
plus intime que celui de la veille, et composé sur- 
tout de jeunes gens. C'est ce jour-là que le gar- 
çon d'honneur fait remise au jeune homme de sa 
femme; au retour de l'église, il lui dit : « Main- 
tenant, je te la donne. » Avant ce moment, le 
marié ne danse même pas avec elle. (D.) 

Le soir du second jour, dans les pays où la 
cohabitation n'a lieu qu'après une deuxième cé- 
rémonie, les jeunes gens disent : « On va les 
coucher. » 

Mais les mariés tâchent de se sauver aupa- 



138 l'homme de la naissance a la mort 

ravant, et ils s'enferment; toutefois, ils ne sont 
pas pour cela en sécurité; car l'un des garçons 
trouve toujours moyen de se cacher dans la mai- 
son, derrière une armoire ou dans le grenier. 
Quand les époux sont couchés, ceux qui se sont 
cachés ouvrent la porte à ceux du dehors, qui 
arrivent au lit, tirent sur les jambes des jeunes 
mariés pour les faire s'allonger, leur coupent les 
ongles des doigts de pied et leur font mille farces, 
en accompagnant le tout de plaisanteries. Quel- 
quefois, avant le coucher, le lit nuptial a été 
parsemé de gros sel ou de crins grillés. On pré- 
sente ensuite aux époux une rôtie au vin, et ils 
doivent la boire. (D.) 

Le lendemain des noces, il y a un repas qu'on 
appelle le renoço:i. (D.) Ailleurs, ce repas a lieu 
le dimanche suivant ; il s'appelle les regardailles. 

Le lendemain, on court la soupe au lait; on va 
tirer les vaches; les garçons se déguisent parfois 
en filles et les filles en garçons. (E.) 

Le troisième jour, il y a une messe basse dite 
à l'heure ordinaire des messes pour les défunts 
des deux familles, et à laquelle assistent les ma- 
riés et leurs proches. (D.) 

En Basse-Bretagne (_cf. Galerie bretomie, t. III, p. 130), c'est 
la quatrième journée qui est consacrée aux trépassés; on va à un 
service solennel où les mariés assistent en deuil. 

Le surlendemain, dans quelques pays, et sur- 



LE MARIAGE I39 



tout chez les paysans riches, il y a un repas pour 
les prêtres. 

A Montauban, quand une nouvelle mariée 
entre pour la première fois à l'église après son 
mariage, on lui porte une quenouille chargée de 
filasse, et un morceau de pain bénit ; elle prend 
le morceau et donne une pièce d'argent. La prise 
de quenouillée est suivie d'un repas auquel as- 
sistent les parents, qui s'appelle prise de que- 
nouillée. Cet usage existait aussi à Ercé, mais il 
est tombé en désuétude. 

En Berrj- (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 43), c'est le jour 
du mariage qu'on présente la quenouille i la mariée, qui doit filer 
quelques instants. 

A Trélivan, le garçon d'honneur, la fille d'hon- 
neur et les mariés se mettent ce jour-là dans le 
même banc, bien en vue. 




CHAPITRE VI 



LE MÉNAGE ET LA FAMILLE 



§1. 



LE MARI ET LA FEMME 




|A lune de miel s'appelle « la bonne bé- 
rouée » ; bérouée veut dire petit espace de 
temps. 

Bien que les ménages unis ne soient pas rares 
à la campagne, sans pourtant qu'il y ait l'intimité 
qu'on trouve dans les classes plus élevées, les 
deux conjoints ne sont, en général, pas très 
tendres l'un pour l'autre. A moins de maladie ca- 
ractérisée, un fermier ne s'inquiétera guère de la 
santé de sa femme; c'est alors seulement qu'il 
appellera le médecin, à moins qu'il n'ait recours, 
ce qui est encore plus fréquent, à des empiriques 
ou à des reboutoiix. 

Si, au contraire, son bétail est malade, il se 



LE MÉNAGE ET LA FAMILLE ' I4I 

hâte d'aller chercher pour lui des remèdes. Il est 
juste d'ajouter qu'il ne prend pas plus de soins 
pour sa propre santé. Il existe à ce sujet un dic- 
ton énergique, c'est la prière du paysan : 

Bon Dieu d'en haut, 
Prends ma femme, laisse mes chevaux. 

D'Amezeuil (^Légendes bretonnes, p. loi) constate aussi que le 
paysan raorbihannais est moins tendre pour sa femme que pour 
ses bêtes ; il en est de même en Berry (cf. Laisnel de La Salle, 
t. II, p. 107). 

En parlant de son mari, la femme dit : notre 
homme, le bourgeois; les maris : not' femme, la 
bourgeoise ou la femme de sez (chez) nous. L'un 
et l'autre disent « notre » et non pas « mon » ; 
c'est pour que, si « notre homme » ou « notre 
femme » venait à se perdre ou à s'égarer, cha- 
cun se mît à sa recherche, ce qu'il ne ferait pas 
si on disait « mon homme » ou « ma femme «. 

Les femmes mariées portent souvent le nom 
féminisé de leur mari : « la Hamonne, la Pi- 
ronne w, la femme de Hamon, de Piron, ou « la 
Hamon, la Piron ». 

Quelquefois, on les désigne par leur nom de 
famille, et non par celui de leur mari. 

Parfois, l'homme porte le nom de sa femme; 
on dit « l'homme à la James ». Cela a Heu sur- 
tout quand le mari est étranger au pays. 

Cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 113. 



142 l'homme de la naissance a la mort 



Perdre son anneau, c'est signe de malheur; 
mais celui qui, l'ayant trouvé, le garderait serait 
aussi exposé à quelque mésaventure. (P.) 

On dit d'une femme active : 

— Les vênes (vesses) ne li restent pas sous l'co- 
tillon. (xM.) 

Lorsqu'un mari n'est pas le maître, et que sa 
femme a accaparé tout le gouvernement, on dit 
qu'il est « coiffé de la feuille de choux ». (E.) 
« Il a le bonnet vert » : Il ne peut rien faire 
sans sa femme dont il est séparé de biens. (E.) 

Lorsqu'un mari a battu sa femme, les garçons 
se munissent d'une charrette à bras, puis ils 
montent sur les hauteurs et font claquer leurs 
fouets. Alors on se dit aux environs : 

« Un tel a battu sa femme, faut va le cherra. » 

On se réunit et on tâche de surprendre le 
mari, qui est mis dans la charrette. On le conduit 
dans les villages, et, autour de lui, on parle de la 
dispute qui a motivé les coups, en employant au- 
tant que possible les propres termes dont se 
sont servis les deux époux. On cherraye aussi les 
femmes qui ont battu leur mari. (Trélivan.) Le 
même usage existe à Saint-Jacut-de-la-Mer et en 
plusieurs autres pays. Cette cérémonie se nomme 
charriottage ou cherrayeme?it. Jadis, à Calorguen, 
on charriottait aussi les maris qui battaient leur 
femme. 



LE MÉNAGE ET LA FAMILLE I43 



A Gueniesey, la cbevaucherie d'ânes avait encore lieu tout ré- 
cemment. S'il arrive que les coups de bec entre deux époux se 
changent en coups de poing et de griffe, mais surtout 

Quand la poule plus haut que le coq chante, 

le hameau se soulève en masse. Il est trop austère observateur 
des convenances de la chambre nuptiale pour ne point donner 
une sérénade à ce couple mal assorti. C'est alors que deux jeunes 
personnes, fille et garçon, dos à dos comme au sabbat des sor- 
ciers, représentent, à califourchon sur un baudet, le mari et la 
femme coupables. Ils sont suivis de tous les désœuvrés du canton, 
et cette cohue polissonne entonnait autrefois le refrain immémo- 
rial que voici : 

Ma femme m'a battu 

Par la tête et par le tchu, 

A tout sa cuiller à pot 

A m'a rompu l'co. 

(Métivier, Glossaire, v° Che\<auc]:erie d'âne.') 

A Devecey, près Besançon, existait une coutume analogue. 
« Toutes et quantes fois qu'un mari frappe sa femme durant le 
mois de may, les femmes du lieu le doivent trotter sur l'asne ou 
le mettre sur charrette et trébuchet et conduire trois jours du- 
rant, en lui baillant son droit, c'est assavoir pain, eau et fro- 
mage. » (Registre des tenues de justice au village de Devecey.) 
Cette coutume s'est encore exercée à Salins en 1815 et eu 1840 
(D. Monnier, p. 292). 

Si l'on voit quelqu'un se négliger après son 
mariage, surtout après avoir été très coquet, on 
dit qu'il a les caunes chûtes dans l'framha (les 
cornes tombées dans le fumier). (D.) Si c'est une 
femme, on l'appelle Inippe. (E.), c'est-à-dire mal- 
propre. 

On donne aussi ce nom de huppe aux. femmes 



144 l'homme de la naissance a la mort 

qui trompent leurs maris. Outre le mot de Mo- 
lière, qui est très usité et sert de thème à une 
foule de plaisanteries, le mari trompé se nomme 
caunarti (cornard), Jean- Jeudi, Jean-Cou vertaine. 
On dit aussi qu'il est de la confrérie de Saint José, 
qu'on appelle irrévérencieusement le patron des 
cocus. Il }'• a toutefois un assez grand nombre de 
plaisanteries qu'on ne prend point en mauvaise 
part, telles que celles-ci : « Vêtes cocu, tout 
homme marié l'est (P.) ; » l'on veut dire que 
tout homme marié est marié, ce qu'on ne 
manque pas d'expliquer à ceux qui ne savent pas 
la finesse. On apprend aussi aux petits enfants à 
dire à leur père, lorsqu'il rentre le soir : 

Coucou, papa, maman l'a dit ! 

Coucou, 
La huppe est sez nous. (E.) 

Ce qui passe pour une simple gentillesse. 



§ IL — LES ENFANTS ET LES PARENTS 

Pour les paysans, l'enfant par excellence c'est 
le mâle, parce que c'est lui qui peut rendre le 



LE MÉNAGE ET LA FAMILLE I45 



plus de services. Aussi on peut parfois entendre 
un fermier répondre quand on lui demande com- 
bien il a de « garçailles » : 

— J'ai un enfant et trois filles. 

Les enfants, même légitimes, sont assez fré- 
quemment désignés par le nom de fille de leur 
mère : « Le gars à la une telle, la fille à la une 
telle. » 

Les garçons se nomment gars ou gas, ce der- 
nier terme est moins employé; en certains pays, 
les filles se nomment garces, c'est le vieux niot 
français, qui n'a pas en ces pays le sens péjoratif 
qu'on lui a donné ailleurs. On dit : « La garce 
Jeanne, la garce Marie, la garce à la Hamonne, » 
pour « la fille Jeanne, la fille Marie, la fille de la 
Hamon ». En ces pays, une fille, pour indiquer 
qu'elle est mariée, dit : « Je ne se p'us garce. » 
(Environs de Dol.) 

On désigne aussi le sexe d'après la coifî"ure : 
les garçons, en général, s'appellent « les cha- 
piaux )), les filles « les coiffes ». 

Les enfants ne tutoient pas toujours leurs pa- 
rents, même dans des pays où le tutoiement est 
usité parfois entre gens qui se connaissent peu ou 
se voient pour la première fois. 

Le même usage existe en Berry (cf. Laisnel de L.i S.ille, t. II, 
P- 114). 

Les mères, et principalement les] veuves, ne 

10 



146 l'ho.mme de la naissance a la mort 

tutoient pas toujours leurs garçons, surtout i'aîné, 
qu'elles appellent non par son prénom, mais par 
son nom de famille. 

Il y a plusieurs dictons sur le respect que les 
enfants doivent à leurs parents. 

— Faut point appeler sa mère jambe deberbis. 
(P.) Il ne faut pas se moquer des siens, car cela 
retombe sur vous. 

Toutefois, bien que l'obéissance au chef de la 
famille soit la règle générale, un habitant des 
villes trouverait parfois que les enfants, lorsqu'ils 
sont grands, parlent à leurs père et mère, sur- 
tout âgés, avec peu de délicatesse ; mais il ne faut 
pas juger les mœurs champêtres d'après celles 
des villes et les mots n'y ont pas la même signi- 
fication au point de vue de la politesse et des 
égards. 

Vivre en gieiidre ou en hru, c'est résider chez 
ses beaux-parents. Dans les ferm.es, les gendres 
sont à peu près traités comme les domestiques, 
mais ils ont une petite part dans le produit de la 
terre. Lorsque quelqu'un est chiche de pain ou de 
cidre, on dit « qu'il sert en belle-mère ». 

Il n'est pas rare de voir plusieurs ménages 
vivre^ dans la même ferme, en bonne intelli- 
gence; ils sont associés pour l'exploitation et ont 
dans les bénéfices des parts qui varient suivant 
leur apport en travail ou en argent. En ce cas. 



LE MÉNAGE ET LA FAMILLE 1.^7 

tout est à peu près en commun, sauf le linge per- 
sonnel et la garde-robe, qui est soigneusement 
ramassée dans les armoires; chacun possède la 
clé de sa « presse » (armoire), et c'est une pro- 
priété absolument personnelle, aussi intime que 
le secrétaire l'est à la ville. 




CHAPITRE VII 

LA MORT 



§ I. — LES SIGNES AVANT-COUREURS 



rf^>«ES paysans ne sont pas éloignés de regar- 
ni Pi^ der la Mort comme un personnage chargé 



d'une certaine mission, et q^ui, lorsqu'il 
se trouve à passer quelque part, en profite pour 
faire sa besogne. Ils disent aussi que, quand la 
Mort est dans un endroit, elle fait toujours le 
trépied : les maisons de la partie de la commune 
où elle passe sont les angles de cette sorte de 
triangle. Il }' a des gens qui observent soigneu- 
sement toutes ces circonstances, et qui, à l'occa- 
sion, citent de nombreux cas où cette superstition 
s'est réalisée. 

Si un membre d'une famille meurt, il y a pour 
l'un de ses parents trois deuils dans l'année. (E.) 



LA MORT 149 



On assure que les maladies épidémiques et dan- 
gereuses « suivent le sang », c'est-à-dire s'atta- 
quent plus facilement aux personnes de la même 
famille qu'aux étrangers. Lorsque, au moment 
d'un enterrement, la châsse tombe ou que le bois 
se casse, il meurt quelqu'un dans les huit jours. 
(M.) Quand la terre s'ouvre le vendredi pour re- 
cevoir un mort, il y a deux morts qui se suivent 
dans les quinze jours ; ou un autre enterrement 
le dimanche. (D.) 

En Berry, on croit que, si on ouvrait la terre sainte après le 
soleil couché, chaque jour il mourrait quelqu'un. (Laisnel de La 
Salle, t. II, p. 79.) Dans les Ardennes, si un enterrement a lieu 
le vendredi, dans les six semaines il meurt quelqu'un de la fa- 
mille (cf. Xozot, p. 127). 

Quand il meurt quelqu'un à Saint-Germaiu, 
il meurt deux personnes dans la quinzaine. (M.) 

La croyance aux signes avant-coureurs de la 
mort est très répandue en Haute-Bretagne ; les 
proches de celui qui va mourir sont avertis de sa 
fin prochaine par un signe qu'on appelle avène- 
ment ou avision. Si la personne qui meurt est 
éloignée ou en pays étranger, ses proches ou ses 
amis entendent un bruit ou voient quelque chose 
d'anormal au moment même où elle expire. 

Cf., pour les détails, mes Traditions et superstiticfis, t. I'"", 
p. 267 et suivantes. 

Ceux qui habitent la maison où est né quel- 



150 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

qu'un qui meurt au loin voient son enterrement 
en effigie. 

Cf., dans mes Traditions et superstitions, t. I^'', p. 270-271, 
des récits relatifs à cette croyance. 

Voici d'autres signes qui présagent une mort 
prochaine : Si les chiens aboient avec force, quel- 
qu'un de la maison mourra prochainement. (P.) 

En Corse (cf. Bouchez, Nouvelles corses, Paris, 1823), existe la 
même croyance. 

Quand les corbeaux restent longtemps à chan- 
ter dans un endroit, lorsqu'ils picotent autour de 
la maison, quelqu'un devra mourir dans les en- 
virons. (S.-C, E., P.) Le cri répété des chouans 
annonce la mort ; il en est de même de celui de la 
fresaie, surtout s'il est répété trois fois de suite. 

Il en est de même si les chouettes viennent se 
poser sur les cheminées. (S.-C.) 

Cf. mes Traditions et superstitions, t. II, ch. iv. 
En Basse- Bretagne existe la même superstition (cf. Dulau- 
rens de La Barre, Veillées de l'Armor, p. 20 et suiv.). 

Quand les faucheurs montent sur l'épaule d'une 
personne, c'est signe qu'elle mourra dans peu de 
temps. (E.) 

Lorsqu'en marchant sur une route on voit un 
grand nombre de pies qui bavardent sans cesse et 
ne se sauvent que lorsqu'on est très près d'elles, 
si, de plus, elles reviennent aussitôt que l'on est 
passé, c'est signe qu'il y passera bientôt un enter- 



LA MORT 151 

rement. (P.) Si le chant du grcsillon vient à ces- 
ser, c'est un présage de mort. (P.) 

Pendant les avents, les coqs follent, c'est-à-dire 
qu'au lieu de chanter aux heures habituelles, ils 
chantent à toute heure. Ce changement d'habi- 
tudes est d'un mauvais augure, et on croit y voir 
un présage de mort. 

Cf. Fouquet, Légendes du Morothan, p. 158-146. 

En paj-s bretonnant, le chant du coq avant minuit cr-t d'un 
sinistre augure ; il annonce la mort ou quelque calamité {Galerie 
bretonne, t. I, p. 150). 

Quand les poules chantent le coq, on dit qu'elles 
sentent la mort de leur maître. (S.-C, P.) 

Superstition connue aussi en Normandie (A. Bosquet, p. 219, 
cf. Mélusine, t. 1, col. 47); en Poitou (cf. Desaivre, Le Co], la 
Poule et l'Œuf, 1876); dans les Vosges {Mélusine, col. 498); 
Franche-Comté (Perron, p. 19); dans le Berry (Laisnel de La 
Salle, p. 238, col. 47). Voyez aussi de Gubernatis, Mythologie 
\oologique, t. II; p. 299. 

La croyance que l'âme prend la forme de pa- 
pillon est encore assez répandue à la campagne. 

Quand on voit, le soir, de petits papillons 
blancs voler dans la maison, cela annonce la 
mort de quelqu'un de ses habitants. Aussi, quand 
il y en a beaucoup dans une maison, les gens en 
sont tout chagrins. Ils pensent que ce sont des 
âmes de revenants qui viennent chercher quel- 
qu'un pour l'emmener avec elles. (P.) 

En Poitou (cf. Souche, p. 13). Un papillon passe aussi pour 



L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 



être l'âme d'un mort qui visite. Les Grecs appelaient le papillon 
^vyYi TZSZOlxi'J'Oj âme volante. En Franche-Comté (cf. D. 
Monnicr, p. 143), la même croyance existe, mais moins expli- 
citement. 



5 II. — LA MOr.T 

Les paysans se représentent la mort comme 
une eniiîc, et, s'ils savaient dessiner, ils la figu- 
reraient sans doute sous la forme d'un squelette 
armé d'une faux et enveloppé d'un suaire. C'est, 
d'ailleurs, ainsi qu'elle est représentée sur les 
monuments religieux. 

Lorsqu'une personne est considérée comme 
perdue, on assure qu'elle « a la mort entre les 
dents )), ou qu'elle « est au bout de sa doitte >>. 
Une doitte, c'est une aiguillée de fil; et, pour 
dire que le médecin peut, sinon sauver le ma- 
lade, du moins lui prolonger un peu la vie, on 
dit qu'il lui « a allongé la doitte » . Je crois qu'on 
peut voir dans cette forme imagée un souvenir 
lointain du fil des Parques. 

"Lorsqu'un mialade est regardé comme perdu, 
on dit que les vers lui regardent les côtes. 

— Il est comme ma première paire de hawies 
(culottes) : il est foutu. (E.) 



LA Moirr 



)) 



On dit aussi de quelqu'un qui meurt « qu'il 
rend les trois soufflets du baptême. » (E.) 

Lorsque trépasse un honmie âge, on entend 
souvent cette réflexion : 

— Il était assez vieux pour faire un mort. (M.) 
« Dans le Morbihan français, à la mort d'un 

vieillard, on dit : — Le bonhomme était vieux et 
ne travaillait guère. A celle d'un jeune homme : 
— La mort y était; qu'y faire? » 

(Fouquet, Légendes du Morhihan.') 

Voici quelques autres dictons sur la mort : 

— 11 faut manger un boisseau de cendres avant 
de mourir. 

— On voit plus de viaux que de vaches à la 
boucherie, c'est-à-dire qu'il meurt plus de jeunes 
que de vieux. 

— Il sera bientôt labouré par les taupes. Il 
mourra bientôt. Ou : Les taupes vont lui passer 
sur le dos. 

Mort désirée, 

Vie prolongée. (E.) 

En parlant des méchantes gens : 

— Ça ne meurt pas, la mortalité n'est pas sur 
les mauvaises bêtes. (E.) 

Quelquefois, les parents adressent au mourant 
des exhortations; en voici une qu'un notaire m'a 
dit avoir entendue : 



1)4 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT 

— Raidiss'oiis, mon père, pour mouri' cœurii- 
ment. « Raidissez-vous, soyez énergique, pour 
mourir avec courage. » 

On envoie chercher le parrain et la marraine 
quand le filleul est au lit de mort. 

Pour la mort, à côté de la note grave, qui est 
dominante, il y a la note facétieuse ; mais je crois 
bien qu'elle n'existe que dans les contes, et rare- 
ment dans la vie réelle. J'ai pourtant connu un 
brave homme qui, venant d'enterrer sa belle- 
mère, disait : 

— Vaï, la v'ià ben asteure, les cônilles ne li 
roucheront pas la piau (Certes, la voilà bien 
maintenant, les corbeaux ne lui mangeront pas 
la peau). (M.) 

Voici deux autres récits qui ont cours à la 
campagne. 

Le père de Perrin se mourait; son fils, en lui 
faisant embrasser le crucifix, lui disait : 

— Embrassez le bon Dieu, mon père, mourez 
librement, n'ayez pas plus de regret de moi que 
je n'en ai de vous; vous vous habituerez aussi 
bien là-bas comme ici. (E.) 

Il y avait, une fois, un bonhomme et une 
bonne femme qui étaient sans cesse à se deman- 
der l'un à l'autre une donation. La bonne femme 
surtout répétait à chaque instant : 

— Fais-moi donation de trois pièces de terre. 



LA MORT 



)) 



Elle ennuya tellement son mari, qu'il finit par 
lui dire d'aller chercher le notaire. 

Quand il fut arrivé, le bonhomme dit : 

— Travaillez, monsieur le notaire, et écrivez : 
Je donne à ma bonne femme trois pièces de terre : 
deux écuelles et un pot de chambre. (M.) 

Il y avait, une fois, une fille qui disait toujours 
à sa mère qu'elle désirait mourir avant elle. La 
bonne femme, pour l'éprouver, pluma une poule, 
et, l'ayant lâchée dans la maison, alla se cacher 
derrière la porte. Quand la fille aperçut cette 
étrange poule, elle crut voir la mort en personne, 
et elle cria : 

Drère l'hu (derrière la porte), 
Mort pelu (à poil). 
Ma mère y est. (P.) 

Pour les paysans, la Mort est un personnage 
qui a les passions des vivants; elle joue dans les 
contes un rôle important. 

Sur cet anthropomorphisme de la mort, cf. dans VArchivio per 
le iradi^^ioni populari, t. IV, p. 421-432, mon .<irticle intitulé La 
mort en voyage. 

Lorsqu'il y a un décès dans une maison, 
même si le défunt est mort subitement et sans 
s'être alité, on met des draps blancs dans tous les 
lits et on fait la lessive. On arrête la pendule et 



1)6 l'homme de la naissance a la mort 

on jette l'eau qui est dans les seaux, de peur que 
l'àme du mort ne s'y noie. (E.) 

Dès que le défunt a rendu le dernier soupir, 
on allume une chandelle et on asperge le lit avec 
de l'eau bénite. (D.) 

Mêmes usages en Basse-Bretagne (cf. Galerie brctoniie, t. III, 
p. 1)6). 

Les éclieveaux de fil qui sont au-dessus des lits 
de la maison doivent tous être enlevés, parce que 
l'âme pourrait s'y embarrasser. 

On enferme les poules et on empêche les chats 
de pénétrer dans la maison. (D.) 

Les bêtes elles-mêmes, en effet, prennent part 
au deuil : presque partout, on met un morceau 
de drap noir aux ruches, surtout lorsque c'est le 
maître qui est mort; le grillon, en signe de deuil, 
reste six mois sans chanter. (P.) 

Quant aux corneilles, oiseaux de mauvais au- 
gure, elles se réjouissent et chantent, en parlant 
du défunt : 

— Esl-i' ben gros? 

— r n'a qu'la piau 

Et les rouchiaux (les os). 
Là est gras, (E.) 

Les pies répondent : 

N'y a que du sieu (du suif). 



LA MORT 157 

Quand elles font entendre une sorte de grince- 
ment, on dit « qu'elles scient des châsses » 
(bières). 

L'âme de ceux dont l'agonie a été pénible et 
qui sont morts sans être en état de grâce, quitte 
le corps sous la forme d'un corbeau noir; on as- 
sure que les personnes qui sont « dans la grâce 
du bon Dieu » les voient s'envoler. Lorsque la 
mort a été douce, l'âme s'envole sous la forme 
d'un papillon blanc ou gris, suivant que le dé- 
funt a mérité le Purgatoire ou le Paradis. A la 
page 299, tome II, de mes Traditions et Su- 
perstilions, j'ai rapporté un conte où un pauvre 
voit distinctement sortir de la bouche du mort un 
petit papillon; il le suit et apprend de lui qu'il 
est l'âme du défunt, et que l'endroit où il se 
trouve est rempli de papillons qui font pénitence. 

Les noyés reviennent sur l'eau le neuvième 
jour. (D.) 

Si une personne a été assassinée, son sang 
coule lorsque le meurtrier se trouve en sa pré- 
sence. (D.) 

Même croyance en Kormandic (cf. Amélie Bosquet, p. 275); 
à Guernesey (cf. Louisa Clarke, p. 47). 

On habille le moit « dans ses habits du di- 
manche », on lui place un chapelet entre les 
doigts et un petit crucifix sui: la poitrine; on lui 
met sous la tête un oreiller, et il est enveloppé 



1)8 l'homme de la xaiss.wxe a la mort 

d'un linceul qui ne recouvre pas la figure : celle-ci 
est couverte d'un mouchoir; on ne coud pas le 
linceul. Une jeune femme est habillée dans ses 
robes de noce; une femme d'un certain âge, dans 
ses habits du dimanche. (E.) On rase le mort, 
et celui qui l'a rasé emporte le rasoir. (M., D.) 
Ailleurs, on coud le mort dans son suaire. 

Quand une aiguille a servi à coudre un linceul, 
on la donne à un pauvre, avec ce qui reste du 
suaire. (S. -G.) 

On fait un nœud au fil qui coud le linceul, 
parce que, si le Diable avait su faire un nœud à 
son fil, il aurait été couturier. (D.) Mais cette 
coutume n'est pas sans exception. Il faut se don- 
ner bien garde de faire des nœuds au fil destiné 
à coudre le Hnceul; car, au jour du jugement, 
le mort resterait ernbrêU dans son suaire, et ne 
pourrait comparaître au tribunal de Dieu. (P.) 

Quand on ensevelit une personne, on demande 
si elle a nommé ; si elle n'a tenu personne sur les 
fonds baptismaux, on lui met les mains derrière 
le dos, au lieu de les croiser, selon l'habitude, sur 
la poitrine. (E.) 

Le mort est lavé; on lui passe une chemise 
blanche. Si c'est une femme, on la coiffe et on 
lui met un mouchoir de cou ; généralement, c'est 
le châle de noces. Si c'est une jeune fille, le châle 
est blanc. 



LA MORT 159 

On place un chapelet entre les mains du mort. 

Lorsque la toilette est faite, on l'enveloppe 
d'un drap, en laissant la figure à découvert, à 
moins qu'elle ne soit grimaçante. L'ensevelisse- 
ment a lieu peu de temps après la mort, à moins 
que le décès n'ait eu lieu la nuit. (D.) 

En Isormandie (cf. A. Bosquet, p. 274), on met aussi dans la 
bière du mort son chapelet et sou livre de messe. 

Auprès du lit, on place une croix, et de l'eau 
bénite dans une assiette avec un fragment de lau- 
rier des Rameaux. (D.) En certains pays, sur- 
tout dans les familles riches, on fait une espèce 
de chapelle avec des draps de lit, et on met le 
mort dans la chapelle; il est revêtu d'une che- 
mise blanche et tient à la main un crucifix ou 
un chapelet. Généralement, le chapelet est en- 
terré avec le mort. 

L'usage de la chapelle existe en Basse-Bretagne (cf. Galerie 
bretonne, t. III, p. 156). 

Avant l'enterrement, on dépose la châsse (bière) 
sur des bancs ou des tréteaux, d'où ces expres- 
sions : « Il est su' les chahuts (S., D.); il est sur 
les herchets » (M.), qui veulent dire que quel- 
qu'un est mort, mais non enterré. 

Aux veillées des morts, il vient beaucoup de 
monde, surtout des femmes ; on y dit des chape- 
lets, mais aussi on y prend du café, et souvent 



i6o l'homme de la naissance a la mort 

on y plaisante. Après minuit, il ne reste plus 
guère que les gens de la maison. (D.) 

Le mort peut en certains cas guérir, on lui 
passe le mal qu'on a et qui ne peut lui nuire. Si, 
par exemple, un enfant a une envie, il faut le 
porter devant une personne morte, et toucher 
l'envie avec la main de morte. On peut être as- 
suré qu'elle disparaîtra. (Saint-Méloir-des-Bois.) 



§ III. — l'enterre.mext 

La plupart du temps, le mort est porté à bras. 

Vers Quintin, quand on mène le corps dans 
une charrette, on f.iit au-dessus une sorte de tente 
en gaule de heude (coudrier), sur laquelle on 
étend un drap blanc. 

Si c'est une jeune fille, les porteuses sont aussi 
des jeunes filles qui sont habillées de blanc; les 
jeunes garçons sont portés par des garçons; les 
hommes et les femmes mariés, par des hommes. 
(D.) Ces usages varient au reste de commune à 
commune : j'ai vu des femmes mariés portées par 
des femmes. Les fermiers portent la cliâssc de 



LA MORT l6l 

ieur maître. (M.) Ailleurs, ils s'y refuseraient 
cnergiquement. (D.) 

Mcme coutume en Normandie (cf. Barbey d'Aurevilly, l'En 
soicclée, p. 268). 

A Saint-Domineuc, les porteurs vont à l'église, 
puis ils dînent. C'est le plus proche parent du 
mort qui porte la croix ; à Ercé aussi. 

Dans nombre de communes des Côtes-du-Nord, 
les parents du mort, et surtout les femmes, au 
lieu d'aller à la tête du convoi, sont à la queue, 
lis se mettent dans le bas de l'és^lise. Ils s'age- 
nouillenî à côté de la porte du cimetière, et 
pleurent pendant la cérémonie et pendant que les 
amis défilent au retour. A Ercé, les parents vont 
à Tenterrement en habits de travail, et non en 
habits du dimanche, et ils sont à la queue du 
convoi. 

Une personne parente ou amie va déposer de 
petites croix de bois longues de dix à douze cen- 
timètres au pied de chacune des croix auprès des- 
quelles passe l'enterrement. (E., P.) 

Même usage en Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 75). 

Lorsqu'une personne meurt sans confession, 
au heu d'ouvrir le grand portail, on passe la 
châsse par-dessus l'échalier du cimetière, d'où le 
nom de passée mortueUe donné à cet échalier. Le 
premier qui le franchit après la cérémonie est 
sûr de mourir dans l'année. (D.) 

II 



102 l'homme de la naissance a la mort 

L'âme du mort ne quitte son corps qu'au mo- 
ment où le prêtre chante : « In Paradiso. » (P.) 

Il peut paraître assez singulier de trouver, dans 
un pays où le respect de la mort est entretenu à 
la fois par la religion et par les histoires de reve- 
nants, plus puissantes encore peut-être, toute une 
série de facéties sur les enterrements. 

D'après Perron, qui cite, p. 123, trois %'ers d'un Libéra co- 
mique, les mêmes facéties existeraient en Franche-Comté (cf. 
aussi, p. 126, une préface parodiée). 

Voici d'abord ce que disent les cloches aux 
grands enterrements : 

— Tu n'as don pas voulu v'ni, 
A don' fallu aller te cri (chercher) ; 
Mais tu paieras bien cher nos pas, 
Nos démarches et nos repas. (E.) 

Viens-t'en, bonhomme, 
r a longtemps qu'la terre t'attend. (E.) 

Les cloches par leur son indiquent aussi le sort 
de celui qu'on va mettre en terre; on raconte quj 
le curé de Langast reconnaissait au son du glas si 
la personne dont il faisait l'enterrement était per- 
due ou sauvée. (P.) 

Puis l'officiant, comme dans Le Curé et son Sei- 
gneur, de La Fontaine, est mis en scène, et, pen- 
dant toute la messe, il suppute ce qu'il aura 



LA MORT 163 



Tant eu argent et tant en cire 
Et tant eu autres menus coûts. 

A ïlniroit, si c'est un mort riche, il commence 
par dire : 

— r y a gras. 

Il est probable que le Kyrie et les autres chants 
qui précèdent la prose étaient aussi parodiés; je 
ne les ai pas retrouvés; mais voici la parodie du 
Dies ira; c'est l'officiant qui est censé la chanter 
sur le même air que la prose latine. En voici trois 
couplets : 

Tu n'as don' pas voulu veni', 

A don' fallu qu'on aille te cri'. 

Mais tu paieras aussi nos pas, 

Car nous ferons la vente sez ta (chez toi). 

Nous venderons la pelle et l'trois-pieds, 
La cotte ainsi que les veilles brées, 
Et si cela ne suffit pas, 
Nous venderons la pelle et l'sas. 

Nous venderons les chaudcrons, 
Nous venderons tous les haillons. 
Et si cela ne suffit pas, 
Nous venderons jusqu'à tes draps. 

A la Préface, il se moque de l'orgueil de ceux 
qui ont fait des fondations dièrement payées : 
C'est Madame de Tourneminc — qui a donné 



l64- l-'ffiDiaCE DE LA XAIS: 



Ml su . .... ... .-. ■ : .. ::.... ... .:.:.: t: 

i - -- . .:.-.; — : : .- .- chanter et boire a. sa 



,:e, exdîe chez Fo-S:. 



AppoTEc:: - jêcrodiraz et mettez i feoMir), 

Paorijîs, après ce mat, an 2.|aate : 
La poodiigtte recrplie. 

Ijc fijuBT esc dhier, 

QpBSQQXu SKB. CSSt IEDSIE1L OSt m'ât- pSS EnSSOSIIIl f ?T tJSCÎlX, 

-irépouul Famtire (parcfxSe et Ei ne nos indmms in 
tmMkmem). 

IjMsspe. tssm est termirié, les parents ofeent le 
ca^ aos pontSŒrs «iajns rame amoerge. (E.) 



165 



Après renterrement, le Ct est xiàé à IookI, cm 
en retire h. paille et on la hrûle; il en est ^ 
même de la baDe. (D.) 

Si rentenement a lieu le matin, on k:ve les 
draps du mœt dâ raprês-midi. (D.) 






Vt- 



T , , 



. ; ,. \ 



i "Évangile, (D.) 

'. meurt qadqu^on dans vm vîQag^ 
du village, même non parents, slia- 
biUent en ncùr le dimanche suivant et même pen> 
dant deox ou trois dimand&es. (£.) 
Les abolies sont mises en deuU. 

Cf. poniir les diuàk k tfone H, p. 2S1, ^ ânes TmnSitimg ft 



i66 l'homme de la kaissanxe a la mort 

Le culte des morts est poussé très loin en 
Haute-Bretagne; il s'y mêle peut-être plus de 
peur que de véritable piété pour le souvenir de 
ceux qui ne sont plus. D'après des récits qui sont 
parmi les plus populaires, les morts se chargent, 
au reste, de rappeler à ceux qui seraient tentés 
de les oublier, les égards qui leur sont dus. On 
trouvera de nombreux détails sur ce sujet dans la 
série de contes intitulée les Morts qui se vengent, 
t. h^y p. 253 et suiv., de mes Traditions et su- 
perstitions. 

J'ai, au reste, traité longuement dans un cha- 
pitre spécial la manière dont les paysans envi- 
sagent le rôle des revenants. Comme je n'ai, de- 
puis, recueilli aucun détail important, je me 
contente d'y renvoyer. 

On voit encore près des éghses, ou dans un édi- 
cule spécial du cimetière, quelques rehquaires où 
sont exposés les os des morts ; il y en avait da- 
vantage autrefois, et j'en ai vu disparaître plu- 
sieurs, soit parce que le cimetière a été transféré 
ailleurs, soit que l'usage est tombé en désuétude. 
Je n'en ai point vu où, comme en Basse-Bretagne, 
. les têtes de mort étaient placées dans une sorte de 
boîte avec un trou en cœur et une inscription. 

Cependant cet usage y a existé. M. Auguste 
Lemoine m'écrit qu'à Saint-Briac (Ille-et-Vilaine), 
il a vu des crânes enfermés dans des boîtes en 



LA MORT 167 

forme de lanterne, surmontées d'une croix. Elles 
portaient des inscriptions comme : « Mons X icy 
est crâne » (sic) ; ou « Cy le chef de X. » La 
ienterne était ornée de filets bleus et la tête se 
voyait par une ouverture carrée pratiquée sur la 
façade. M. Lemoine m'assure avoir vu des boîtes 
semblables à Ploufragan, au sud-ouest de Saint- 
Brieuc, presque à la limite du breton et du fran- 
çais. 

Jadis, quand un cimetière était abandonné, on 
transférait les ossements de ceux qui y avaient 
été inhumés dans le nouveau cimetière ou dans 
le reliquaire. J'ai entendu raconter à ma grand'- 
mère que, lorsque Saint-Germain cessa d'être pa- 
roisse, les habitants de Matignon y allaient en 
procession à certains jours, aux Rogations, je 
crois, et que chacun rapportait avec lui un osse- 
ment, qui était déposé dans le reUquaire. 

Certains cimetières, surtout ceux de la côte, 
sont bien tenus, et les tombes sont ornées de 
fleurs et de coquillages, mais il y en a d'autres 
qui sont envahis par les ronces et les mauvaises 
herbes. 



V^* 



DEUXIÈME PARTIE 

LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET LES 
USAGES 




DEUXIÈME PARTIE 

LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET LES 
USAGES 



CHAPITRE PREMIER 



l'année 



§ I. — l'année et les mois 




,E vent qui règne les douze premiers jours 
de l'année est celui qui souffle pendant 
chacun des douze mois, janvier corres- 
pondant au ler, février au 2, etc. Il en est de 
même pour le brouillard. (E., P.) Ailleurs, le 
temps qu'il fait les douze premiers jours est celui 
qui sera toute l'année. 



172 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



En Normandie, ce sont les douze jours après Koël (cf. Mél., 
t. I, col. 14, la note où est cité VAlmanach des laboureurs, 
j68j')\ mais, dans la Suisse allemande Qiiél., col. 128), ce 
sont les douze premiers jours de l'année. 

On met du grain à chauffer sur la toumelte 
(l'instrument qui sert à retourner les galettes); si 
le grain saute, le blé sera cher l'année qui vient. 
(E.) 

Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 125), la veille de l'Epipha- 
nie, on fait aussi sauter le blé ; mais c'est pour savoir quel sera 
son prix pendant les douze mois de l'année. 

Quand le coucou vient de bonne heure, l'année 
est prime (précoce); quand il est en retard, les 
récoltes ne mûrissent pas de si bonne heure. (P.) 

Le grain vaut dans l'année autant de francs le 
demeau que la caille répète son chant de fois. 
Quand elle chante pendant la fenaison, c'est ce 
que le foin vaudra. (E.) 

Plus il y a de cailles, moins le grain est cher. 
(E.) 

Cf., pour les détails, mes Traditions et superstitions, t. II, 
p. 156. 

S'il tonne au commencement de l'hiver, c'est 
signe de froid. (P.) Quand les pies font leurs nids 
dans le haut des arbres, c'est un présage d'année 
fience (mouillée). Lorsqu'elles nichent dans le 
miHeu, l'année sera sèche. (P.) 

Voici les dictons sur les douze mois : 



l'année 173 

Janvier pour la neige ; 

Février pour les glaçons ; 

Mar' pour la grêle ; 

Avri' pour les bourgeons; 

Mai pour l'herbe verte; 

Juin pour les fenaisons ; 

Juillet pour les œufs éclos; 

Août pour les moissons; 

Septemb'e pour les aquilons; 

Octob'e pour les brouillards; 

Novemb'e pour les grands russiaux (ruisseaux); 

Décemb'e pour les frissons. (E.) 

L'ancien mythe des mois considérés comme 
entités et personnifiés par leurs attributs est, je 
crois, oublié en Haute-Bretagne; mais, dans plu- 
sieurs contes, il en reste une trace effacée. 

Un conte inédit de ma collection met en scène 
une fille simple d'esprit qui, ayant entendu dire à 
son maître : Tel morceau sera pour Janvier, tel 
autre pour Février, etc., les donne à un adroit 
voleur qui se déguise chaque jour et prend un 
nom de mois diftérent. 

Dans Janvier et Février, 2^ série, no xlvi, le 
premier est laboureur et Février tailleur; ils cour- 
tisent la même fille, qui, indécise entre les deux, 
va chez eux sous un déguisement. C'est Janvier 
qui a la préférence, parce que, chez lui, il y a bon 
feu et que tout y est en ordre. 



174 ^E CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Dans un autre conte inédit, trois mois : Jan- 
vier, Février et Mars, vont voir une jeune fille ; 
les deux derniers sont l'un tailleur et l'autre per- 
ruquier, et vantent leur richesse ; Janvier, qui est 
laboureur, ne se vante pas tant et se chauffe dans 
le coin du foyer. La mère de la jeune fille prend 
des vêtements rapiécés, et va chez Mars ; il était 
pauvre comme Job ; Février n'avait ni pain dans 
sa huche ni feu dans son foyer; mais, quand elle 
arriva chez Janvier, elle vit une maison bien en 
ordre, avec un gros chien à la porte. Janvier était 
dans le coin de son foyer, assis sur un banc, et, 
du plus loin qu'il aperçoit la vieille, il lui crie : 
« Venez vous chauffer, bonne femme, il fait bien 
froid dehors. » C'est lui qui a la fille. 



§ II. — LE CALENDRIER 

Sous ce titre, j'ai rangé les fêtes des saints qui 
ont lieu à jour fixe; parmi eux figurent ceux qui, 
étant nés en Bretagne ou y ayant séjourné, sont 
considérés par le clergé et par le peuple comme 
des saints nationaux ; plusieurs ont donné leur 
nom à des communes, possèdent des chapelles 



l'année 17$ 

sous leur invocation, ou ^ont l'objet d'un culte 
pour la guérison des infirmités. A côté de ces 
bienheureux indigènes sont d'autres saints égale- 
ment connus, auxquels se rattachent des particu- 
larités analogues. Ce n'est point un calendrier 
extrait des propres des diocèses de la Bretagne 
française; si certains bienheureux ou certaines 
fêtes figurent ici, c'est uniquement à cause de leur 
popularité, des détails de mœurs, de culte ou de 
superstition que le peuple y rattache. A près de la 
moitié des jours de l'année, je n'ai point mis le 
saint que lui attribuent les calendriers ecclésias- 
tiques, parce que, à ma connaissance du moins, 
les saints ne présentaient aucune particularité. 

Au commencement de chaque mois, et à sa 
date s'il y a lieu, j'ai mentionné les proverbes, 
dictons et superstitions qui s'y rattachent. 



Janvier le frileux. 

Le bonhomme Janvier disait : « V'ià la pitié, 
v'ià Janvier qu'arrive, qui vous fra chier dans 
vot' fouyer, sapré bonne femme. » Feuvrier di- 
sait : « Et ma (moi) dans le râtelier, et j'emplc- 
nis mes feussés, et Mar' qui les essarde (es- 
suie). » (E.) 

Qiiand on met du fumier dehors en janvier. 



176 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



on met une pièce de bête hors de son étable, 
c'est-à-dire qu'il en crève une. (P.) Voir, pour le 
dicton contraire, le mois d'août. 

Neige de Janvier 
Vaut du fumier. (E.) 

i^r. Étrennes. — Il est d'usage d'aller souhai- 
ter la bonne année. La personne qui entre em- 
brasse chacun de ceux qui se trouvent à la mai- 
son et dit : « Une bonne année je vous souhaite 
et le Paradis à la fin de nos jours. » (E., M.) On 
ajoute parfois à cette formule : « Quand j'arons 
véqui (vécu) assez. » 

— Je vous souhaite une bonne année, accom- 
pagnée de plusieurs autres, et le Paradis à la fui 
de vos jours, (E.) Ou : — Je vous souhaite une 
bonne année, une bonne santé, accompagnée de 
plusieurs autres. (E.) 

On dit en plaisanterie : 

Je vous souhaite bonne année, 

Et la foire toute l'année, 

Et la santé des bouyaux 

Jusqu'au dimanche des Ramiaux. (E.) 

La personne embrassée répond : « Et à vous 
pareillement. » 

A la campagne, la procession des souhaiteurs 
dure toute la journée ; jadis, les enfants, — sauf 



l'année 177 

ceux des personnes riches, — allaient dans presque 
toutes les maisons, et ils disaient : 

J'vous souhaite une bonne année couleur de rose, 
Fouillez dans vot' poche et me donnez qué'qu' chose. 

3. Sainte Geneviève (Genevieuve). — Beau- 
coup de paysans croient que cette sainte est non 
la patronne de Paris, mais Geneviève de Brabant, 
dont l'imagerie et le colportage ont popularisé la 
légende. 

6. Epiphanie ou Jour des Rois. — A Dinan, 
le jour des Rois, des jeunes gens vont réciter la 
Vie d'Hérode (en vers) ; il y a un imwcent qui re- 
présente les enfants juifs, et on fait mine de lui 
couper le cou avec un sabre de bois. Cet usage 
tombe en désuétude. Je n'ai pu m'en procurer le 
texte. Au siècle dernier, J.-B. Huart imprimait à 
Dinan : « La Vie et l'adoration des trois rois, qui 
se joue par personnages, et le Massacre des Inno- 
cents, qui se joue par personnages, » pet. in-12 
de 28 pages, 1751. 

Cf., sur ce livret et quelques autres analogues, Paul Sébillot, 
De quelques Inres populaires imprimés à Dinan {Revue de Bretagne 
et de Vendée, sept. 1884). 

C'est le jour de l'Epiphanie, ou, quand la fête 
tombe un jour non férié, le dimanche qui le suit, 
que les jeunes gens vont se faire pren're ou pen're, 
c'est-à-dire qu'ils vont voir les filles pour savoir 

12 



lyS LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

s'ils doivent sérieusement leur faire la cour. Ce 
jour-là, la maison est remplie de galants; mais ils 
ne viennent pas de bonne heure, parce que cha- 
cun espère arriver le douzième; c'est, en effet, 
celui qui entre le douzième à la maison qui est 
sûr d'épouser la fille. 

Cf., sur cet usage, la page 90 du présent volume. 

17. Saint Antoine, patron des cochons. 

Tu vas de porte en porte 
Comme le pourcc (porc) de saint Antoine. (P.) 

Une chapelle dédiée à ce saint, en Musillac, est 
un but de pèlerinage. En la commune de Saint- 
Melaine (Ille-et-Vilaine), ont lieu autour d'une 
chapelle dédiée à saint Antoine une foire et une 
assemblée très fréquentées. 

(Orain, p. 28S.) 

Sur saint Antoine et son cochon, cf. mes Petites légendes chrc- 
i'unves, dans la Revue de l'histoire des religions, 1S85, p. 61-62. 

23. Sainte É:.iÉp AN TIENNE. 

Sainte Émérance, 
Qui guérit du mal de ventre. 

A la chapelle de Saint-René-en-Évran est une 
statue de sainte Emérance devant laquelle on 
allait dire des prières pour guérir les enfants du 
mal de ventre. Il y en a une autre au Quicu qui 
a la même vertu. 



L ANNÉE 179 

25. Conversion de saint Paul. — CeuK qui 
naissent ce jour-là « pansent du v'iin », c'est-à- 
dire guérissent les personnes mordues par les 
reptiles, et peuvent les toucher sans en être mor- 
dus. (E.) 

29. Saint Gildas donne son nom à deux 
communes. A Saint-Gildas-des-Bois, pèlerinage 
pour la guérison de la folie. 

Février (Feuvérier, Fuvrier). 

Février le plus court, 
Le pire de tous. (D.) 

Le mois de février 
Fait chier la veille (vieille) au fouyer. (E.) 

— Feuvrier emplit les foussés (fossés) et Mar' 
les essarde (essuie). (E.) 

Plée en feuvrier 
Vaut du fumier. 

On appelle février le mois des amoureux : au 
temps jadis, Février alla faire la cour aux filles, 
et il perdit deux jours. (P.) 

Cf., sur la personnification des mois, les pages 173 et 174 du 
présent livre. 

2. La Chandeleur. — On bénit des cierges, 
qu'on allume quand il fait de l'orage, quand il y 
a un malade, etc. 



l8o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Même croyance en Franche-Comté (cf. Mél., col. 346) et en 
beaucoup d'autres pays. 

Si on mène les vaches dans les prés après la 
Chandeleur, il n'est point de fain (foin). (E.) Il 
est d'ailleurs spécifié dans les baux à ferme que 
les bestiaux ne pourront aller dans les prairies 
après le 2 février. 

Quand la Chandeleur est claire, 
L'hiver est en arrière ; 
Quand elle est trouble. 
L'hiver est dans la douve. (D.) 

Les mariages de la Chandeleur n'ont pas de 
chance. (E., P.) 

5. Sainte Agathe. — C'est le jour où l'on 
sème les fèves, ou du jour Saint-Claude au jour 
Sainte-Agathe. (E.) 

En Picardie, ce sont les pois qu'on sème à cette époque (cf. 
Mél., col. 72). 

La chapelle de Sainte-Agathe en Langon est 
un but de pèlerinage où se rendent surtout les 
nourrices atteintes de maladies au sein, pour les- 
quelles elles invoquent la sainte, qui, suivant la 
légende, eut les mamelles coupées et fut miracu- 
leusement guérie. 

(Joanne, Bretagne, p. 462.) 

9. Sainte Apolline, invoquée contre le mal 
de dents. Il y a une chapelle de ce nom à Triga- 



l'année 1 8 1 

vou; la graine Je jusquiame, connue sous le nom 
d'herbe de sainte Apolline, fait passer les maux 
do dents. 

II. Saint Didier. — Une commune de l'Ille- 
et- Vilaine porte le nom de cet évêque de Rennes 
au VII^ siècle, « L'emplacement de son oratoire 
se voit encore au milieu des bois, et l'on s'y 
rend chaque année à la chapelle de Notre-Dame- 
de-la-Pénière , pour obtenir la guérison de la 
licvre. )> 

(Orain, p. 287.) 
14. 

Mi-feuvrier, 
Jour entier. 

22. Saint Pierre d'Antioche. C'est le jour 
de la montée du dard, qui va au rebours de l'eau 
pour frayer. (E.) 

Mar' le hâleux. 

Le mois de mars, consacré à saint Joseph, est 
appelé le mois des cocus. (P., E., M.) 

Ceux qui sont du mois de mars sont entêtés et 
rabâtous, c'est-à-dire radoteurs et grognons. (P.) 

Mar* o (avec) ses martiaux, 
Avri' do ses coutiaux. (M., E.) 



l82 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Mar' tue, 

Avri' qu'écorclie 

Et Ma' qu'emporte. (D.) 

Queu mar' 

Queul aô (août). (P.) 

Quel mar' 

Quelle batte (temps pour la moisson). (P.) 

Blé en mar'. 
Gelée en mai. 
Amènent le blé au balai. (P.) 

Mar' se (sec), 
Avri' cru (mouillé), 
Mai chaoud 
Amènent le blé au mas d'aoû. (P.) 

Il ne faut pas aller regarder son grain dans les 
champs avant le premier dimanche de mars, car 
il serait exposé à ne pas pousser. 

Autant de hcrouées (bruines) en mars, 
Autant de gelées en mai. (E.) 

Les mêmes jours. 

5 . Saint Jacut. — Trois communes portent 
le nom de ce saint : Saint-Jacut (Morbihan) Saint- 
Jacut-du-Mené, Saint-Jacut-de-k-Mer (Côtes-du- 
Nôrd); les habitants de cette commune, connus 
sous le nom de Jaguens, sont les héros d'histoires 
cocasses. 

l'ai publié sur les Jagueus une trentaine de contes (Conics po- 



l'année 183 



piilaires, i'« série, n°' xxxvii, xxxviii, xxxix; Llitcralure orale ih 
la HatiU-Brelarne,'Tp. 253 ; Contes des marins, no' xxxi-xxxix ; 
Gargantua, dans les Traditions populaires, p. 31, 71, 89; les 
Joyeuses histoires des Jaguens, collection de 1 1 contes, dans Méhi- 
siue, t. II, col. 464-475). 

19. Saint] Joseph. — C'est le jour de la fête 
de ce saint que les oiseaux des champs se ma- 
rient. (E.) 

21. 

S'il fait beau temps, 

Quand mar' a vingt iuucs nés (nuits), 

Prenez garde es vênés, 

Notre-Dame arrive, 

Qui les rejette o' 1' pied. (P.) 

Il ne faut pas aller chercher de l'eau après la 
nuit close, car elle serait vcnimouse. Les vênés sont 
les jours depuis le 21 jusqu'au jour Notre-Dame. 
(P.) 

25. Annonciation. — Si les grenouilles chan- 
tent avant le 25 mars, elles retardent leur chant 
d'autant de jours qu'elles l'ont avancé. 



Avril. 

Mar' o SCS martiaux, 
Avri' do ses coutiaux. (M., E.) 
Avri' do ses coutiaoux, 
Écorche vache et viaoux. (H.) 



lS4 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Fret avri', 
Chaud maï 
Amènent le blé au balaï. (P.) 

Avril frais, mai chaud, 
Emplit le grenier jusqu'au haut. 

En avri'. 
Tout oisé fait son nid. 
Excepté la caille et la perdri'. (P.) 

Avri' 
Ne s'en va pas sans épi. (P.) 

Mar' tue, 
Avri' qu'écorche 
Et ma' (mai) qui l'emporte. (P.) 

N'y a si genti' avri' 

Qui n'ait son chape d'grési'. (P.) 

i^"". — Le ler avril, il est d'usage d'attraper les 
gens, et, quand la farce a réussi, on crie à la 
dupe : « Poisson d'avril! Poisson d'avril! » On 
envoie les enfants et les naïfs demander chez les 
voisins un objet impossible, comme par exemple 
la corde à tourner le vent, ou la pierre à faire 
couler la courée (chorée) des cochons. Si celui 
qu'on a essayé de tromper a été pris, lorsqu'il 
revient, on court au-devant de lui avec une poêle 
à frire, on dit qu'on va fricasser le poisson et 
l'on fait mine de le mettre dans la poêle. (P.) 

Il faut planter les pommes de terre le premier 
jour du croissant d'avril ou de mai. 



L* ANNÉE I8S 

15- 

A la mi-avri', 

Le blé est en épi. (E.) 

Si, après la mi-avril, on mange des pommes 
Je terre, elles germent dans le ventre. (P.) 

2?. Saint Georges. — Plusieurs communes 
portent le nom de ce saint. Il guérit le mal qui 
porte son nom et qui consiste en des pourritures 
sur la figure. On se lave à l'eau de sa fontaine. (P.) 

S'il pleut le jour Saint-Georges, il n'y a pas de 
fruits à coques, c'est-à-dire à noyaux. (E.) Quand 
il pleut le jour Saint-Georges, il n'est point de 
fricot. (E.) Le jour Saint-Georges, si on foit des 
citrouilles, i' viennent greusses (grosses) comme 
des ragoles ou chênes d'émonde. (E.) 

Le jour Saint-George, 

Il faut faire de l'orge. (E.) 

25. Saint Marc. — On fait, en lUe-et-Vilaine, 
une procession pour faire crever les langonsses ou 
langoutes, sortes de mouches noires qui, jadis, 
étaient grosses comme des têtes de cheval et qui, 
maintenant, depuis qu'on fait la procession, sont 
devenues toutes petites. (E.) 

La même procession a lieu en Nivernais pour le même motif. 

A la Saint-George, 
Bonhomme sème l'orge; 



l86 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



A la Saint-Mar*, 
Il est trop tard. (E.) 

C'est le 2) avril que les journaliers commencent 
à prendre leur déjeûner de dix heures. (E.) 

A la Saint-Mar', 
Le cocu (coucou) est à l'épinard (à l'épine); 

A la mi-avri', 
S'i' n'est point v'nu, i' n' peut v'ni'. (P.) 

28. Saint Vital. — La commune de Saint- 
Viaud est dédiée à ce saint ; son nom en est vrai- 
semblalement une corruption. « Le rocher sur 
lequel s'était retiré saint Viaud, selon la tradition, 
est connu dans le pays sous le nom de la Pierre 
Cantin. On prétend que ce saint y a laissé l'em- 
preinte de SQS pieds, de sa tête et de son bâton. 
On y fait de nombreux pèlerinages. » (Ogée.) 



Mai (Ma, Maï, Moue). 

Les gelées de moue 
Emportent le robinet. (P.) 

Les mariages de mai ne sont point chanceux. 
(M., E.) 

Les filles qui tettent pendant deux mois de mai 
seront d'une complexion amoureuse. (P.) Les 
chats de mai sont mangés par leurs parents. Les 



l'année 187 

geais de mai ne réussissent point : on dit qu'ils 
chèyent du ma' cadti' (M.), c'est-à-dire de l'cpilepsic. 

ler. Saint Philippe. 

Quand il pleut le jour Saint-Philippe, 
Il n'est ni tonneau ni pipe. (E.) 

C'est le ler mai que les sorciers peuvent souti- 
rer le beurre et gâter le grain. (E.) 

Il en est de même dans le Morbihan (cf. Mél., t. I*"", col. 73). 

En mai, il y a des jours qu'on appelle les Tré- 
coles (E.), les Tricoles ou les Étricotes (P.); ce 
sont ou les trois premiers jours du mois, ou les 
trois plus près du milieu, on les trois derniers du 
mois. Il y a des gens qui n'ensemencent pas ces 
jours-là : le grain semé serait trècoU, c'est-à-dire 
rabougri et bossu; le père de ma conteuse ayant 
semé du blé noir un de ces jours-là, son blé fut 
trécolé. On se garde aussi de mener ces jours-là 
une vache au taureau ; le veau qui naîtrait serait 
tortu ou bossu. (E.) Dans les environs de Mon- 
contour, les étricotes sont seulement les trois 
premiers jours de mai. 

Cf. Romaiiia, t. III, p. 294. 

L'usage des mais subsiste encore en plusieurs 
pays de l'IUe-ct-Vilaine ; si on n'en met pas de- 
vant la maison d'une jeune fille, c'est signe 
qu'elle n'est pas aimée ou que sa vertu est soup- 



l88 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

çonnée. On les appelait jadis indifféremment des 
mais ou des verts. (E.) 

En Berry, on ne plante de jolis mais que pour les honnêtes 
filles. (Cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. n ; cf. aussi sur les 
mais, Monnier, p. 283, 295, 306.) 

Quand on plante les mais, il faut que la per- 
sonne devant qui on les place ne le sache pas. Le 
mai doit être en épine blanche, sans fleur ni bou- 
ton; s'il y avait dedans des fleurs, cela voudrait 
dire que la fille n'est plus vierge. 

Il y a, au sujet des mais, une sorte de langage 
des fleurs : le thym veut dire putain; les choux, 
vilaine vache; le cherfcu (chèvrefeuille), ma chère 
fille, etc. (E.) 

Vers Iffiniac et Laugueux, si on veut faire 
affront à une jeune fille, on plante devant sa 
porte, au lieu d'un mai, un bonhomme de terre 
difforme et pétri grossièrement. 

Jadis, il y avait des jeunes gens qui passaient 
la nuit du 31 avril au i^r mai à aller chanter des 
mais; on leur donnait des œufs; voici une de 
leurs chansons : 

Voici le mois de Moua, 

Le mois que l'vert boutonne, 

Et que chaque amant 

Y va voir sa mignonne. 

En lui disant : 

Ma mie, voilà de quoi 

A l'arrivée du mois de Moua. 



l'axxée 1 89 



Entre vous, bonnes gens. 
Qu'avez des boeufs, des vaches, 
Lev'ous de grand matin, 
M'nez-lcs au pâturage, 
r vous donneront 
Du beurre aussi du lait 
A Tarrivée du mois Mai. 

Madame de ciant, 

Qui êtes maîtresse des filles, 

Faites-les se lever promptement, 

Qu'ils s'habillent. 

Nous leur passerons 

Des anneaux d'or au doigt 

A l'arrivée du mois de Moua. 

Entre vous, bonnes gens, 

Qu'avez de la poulaille, 

Mettez la main au nid ; 

N'apportez pas la paille, 

Apportez d's œufs dix-sept o bien dix-huit, 

Mais n'apportez pas de pourris. 

Apportez-en seize o bien dix-sept, 

Mais n'apportez pas de poulettes. 

Si vous donnez des œufs. 

Je prierons pour la poule. 

Je prierons l'bienheureux saint Nicolas, 

Que la poule mangerait le renâ (renard). 

Si vous donnez d' l'argent, 

Je prierons pour la bourse. 

Je prierons le bonhomme saint Miche, 

Que la bourse se remplirait. 



igO LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Si vous n'ez ren à nous donner, 

Donnez-nous la sen'ante ; 

Le portons de panier 

Est tout prêt de la prente. 

r n'en a pas, il la voudrait teni' 

A la sortie du mois d'avri'. 

r n'en a pas, il en voudrait pourtant 

A l'arrivée du doux printemps. 

(Environs de Moncontour.) 

19. Saint Yves, patron des avocats, est encore 
très vénéré en Haute-Bretagne. 

Lorsque deux individus ont une contestation 
pour une chose grave et qu'ils ne peuvent se 
mettre d'accord, l'un d'eux jette un sou par terre 
devant l'autre, pour l'ajourner devant saint Yves 
de Vérité. Celui qui a menti ou qui a tort meurt 
dans l'année. Cet ajournement est encore usité 
assez fréquemment. (P.) 

« Dans quelques cantons des Côtes-du-Nord, 
les personnes qui ont à se plaindre d'un débiteur 
font dire une messe à saint Yves. Par ce moyen, 
leur argent leur est, disent-ils, rendu dans l'an- 
née ou le débiteur meurt. » 

(Habasque, t. 1", p. 88.) 

u En l'adjurant avec certaines formxiles, dans sa mystérieuse 
chapelle de Saint-Yves-de-Vérité, contre un ennemi dont on est 
victime, en lui disant : u Tu étais juste de ton vivant; montrc- 
« que tu l'es encore, » on est sûr que l'ennemi mourra dans 
l'année. » (Renan, Souvenirs d'evfance, dans la Revue des Deux- 
Mondes, 15 mars 1876, p. 244.) 



l'année 191 



Juin. 

Juin 
Ne va pas sans son grain. 

8. Saint Médard. Plusieurs communes portent 
e nom de ce saint pluvieux. 

Quand il pleut le jour Saint-Médard, 

Il y a des russes (navettes sauvages) dans le blé noir. 

Le premier vendredi de juin se nomme le « ven- 
Iredi blanc », et le samedi qui le suit le « samedi 
'■iicrnè (grené) », d'où le dicton suivant qui s'ap- 
)lique au blé noir : 

Faut semer, 
C'est vendredi blanc et samedi guerné. 

La première semaine de juin se nomme « la 
.emaine blanche ». (P.) 

II. Saint Barnabe. — On plante les navets 
le quarante jours; (E.) mais il faut bien se gar- 
ler de semer du blé noir ce jour-là. (P.) 

13. Saint Antoine de Padoue fait retrouver 
es objets perdus. 

17. Saint Hervé est représenté avec un loup 
ians la chapelle de Notrc-Dajne-du-Haut, près 
vioncontour, allusion à un épisode de sa légende. 



192 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

21. Saint Méen. — Une commune d'ille-et- 
Vilaine porte le nom de ce saint. « Sur les bords 
de la forêt de Broceliande, dans le voisinage de 
Gael, saint Méen fit jaillir du sein d'une terre 
aride la source miraculeuse encore aujourd'hui 
vénérée. Elle est d'un grand renom pour la gué- 
rison d'une lèpre qui couvre la tête des enfants 
au berceau. » 

(Baron Dutaya, Broceliande, p. 64.) 

22. Saint Aaron (Èran). — Une commune 
des Côtes-du-Nord porte son nom ; mais on évite 
de donner ce nom à aucun enfant, car l'on assure 
qu'il ne vivrait pas. 

24. Saint Jean. — Dans plusieurs cantons, 
c'est l'époque où ont lieu les déménagements; 
C'est aussi le moment où les domestiques entrent 
en condition, ou quittent celles qu'ils ont. 

Dans la Haute-Bretagne, la Saint-Jean est célé- 
brée par des feu.K de joie, qu'on appelle rieiix ou 
raviers. Cet usage, pourtant, n'est pas absolument 
général; en Ille-et- Vilaine, je connais des com- 
munes où l'on n'allume pas de feux de joie, bien 
que le patron de la paroisse soit saint Jean 
(exemple : Ercé-près-LifFré). Cette coutume y a 
cessé, il y a quarante ans environ. 

Mais dans ces communes, de même que dans 
nombre de pa3^s de l'Ille-et-Vilaine et des Côtes- 



l'axnée 193 

clu-Nord, il est d'usage, la veille de la fête, de 
« tirer les chieuves », ou de « tirer les joncs ». 
Voici comment on s'y prend : on pose sur un 
trépied un bassin de cuivre dans le fond duquel 
on met une clé, et qu'on arrose avec du vinaigre 
ou du cidre aigri ; on tend dessus des joncs qu'on 
fait raidir comme les cordes d'un instrument et 
on passe les mains sur ces joncs avec un mouve- 
ment de va-et-vient analogue à celui d'une per- 
sonne qui tire (qui trait) les chèvres. C'est de là 
sans doute que vient l'expression. Au bout de 
quelque temps, la vibration se transmet du jonc 
au bassin et produit un son qui a quelque ana- 
logie avec celui de la vielle, et qui, bien que 
doux, s'entend de fort loin. Ailleurs, on « tire 
les chieuves » quelque temps avant d'allumer le 
rieu ou feu de joie. (D.) Parfois, on tire les 
chieuves en plusieurs endroits diiférents de la 
même commune, et l'éloignement produit des 
différences de son très agréables. 

L'usage de tirer les chèvres existe en Basse-Bretagne (cf. Sou- 
vcstre, Derniers Bretons, t. 1'='^, p. 12). 

Souvent, il y a dans une même commune plu- 
sieurs feux de joie ; le bois est fourni par les dons 
volontaires; c'est ordinairement des glanes (fa- 
gots) d'ajoncs ou de bruyères. Celui qui se per- 
mettrait de détourner un de ces fagots commet- 
trait une grande faute ; d'après une des versions de 

13 



194 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

V Homme de la lune, le fagot que celui-ci porte est 
un fagot volé à un feu de joie. 

Le bois est amoncelé autour d'une perche ; en 
haut, il y a un bouquet, parfois une couronne 
qui est attachée au haut de la perche par plusieurs 
brins de jonc. Il est ordinairement fourni par une 
personne qui se nomme Jean ou Jeanne ; c'est tou- 
jours un Jean ou une Jeanne qui allume le feu. A 
ce moment, on crie en hoiipant, et l'on répond des 
collines voisines où se passe la même cérémonie. 

Pendant que le feu brûle, on danse des rondes 
tout autour en chantant; mais, à ma connais- 
sance, il n'y a pas de chanson spéciale. Quand il 
ne reste plus que des tisons, on s'amuse à sauter 
par-dessus le feu. Je n'ai jamais ouï dire qu'on 
menât les bestiaux par-dessus le brasier. (D.) 

Les feux de la Saint-Jean existent dans la plupart des provinces 
de France. (Cf. Monnicr, p. 208 ; dans la Beauce, cf. Morin, p. 27.) 

Quand on va aux feux de la Saint-Jean et de 
la Saint-Pierre, on en rapporte des tisons, et, 
quand il tonne, on leur dit : 

Tisons de Saint-Jean et de Saint-Pierre, 
Garde-nous du tonnerre, 
Petit tison. 
Tu seras orné de pavillon. (S.-C.) 

La croyance à la vertu protectrice des tisons de la Saint-Jean 
est très répandue en France. (Cf. Guerrj', Usages duPoitou, p. 43 1 ; 
Morin, p. 27 ; Souvestre, Derniers Bretons, p. 12.) 



l'année 195 

On jette aussi des tisons de ]a Saint- Jean dans 
les puits pour rendre l'eau meilleure. 

Voici une explication de l'origine des feux de 
la Saint-Jean. Au temps où saint Jean était pâ- 
tour, il allumait pendant la nuit des feux pour 
préserver son troupeau des loups. (P.) 

Le jour Saint- Jean, 
S'il pleut, la pluie 
Fait la noisette pourrie. (E.) 

— A la Saint-Jean, 
Cocu, va-t'en. 
— Donnez-moi cinq jours d'agîer (de plus), 
A la Saint- Jean je m'en irai. (P.) 

A la Saint- Jean, 
Qui voit une pomme en voit cent. 
A la Saint- Jean, 
Le cavalier voit les pommes en courant. 

La fleur de sureau se cueille la veille de la 
Saint-Jean. (P.) 

Les poulets mis à couver le jour de la Saint- 
Jean sont plus beaux que les autres, et ils pro- 
fitent mieux. (E.) 

26. Saint David. — Dans la fontaine de Saint- 
David en Landébia, près Plancoët, on plonge les 
jeunes enfants pour leur donner des forces. 

29. Saint Pierre et saint Paul. — Dans les 
pays dont le patron est saint Pierre, il y a un feu 



196 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

de joie qui remplace celui de la Saint-Jean; il y a 
toutefois des communes où les deux feux ont lieu 
chacun à son jour. En lUe-et- Vilaine, c'est le jour 
Saint-Pierre qu'a lieu la foire aux domestiques. 



Juillet (Juilé). 

Juilé 
Ne s'eu va pas sans son tourte. (P.) 

(C'est-à-dire sans son grain mûr.) 

ler. Saint Lunaire. — Il y a une commune 
de ce nom. En passant au Décollé, pointe dange- 
reuse entre Saint-Lunaire et Saint-Briac, les ma- 
rins disent : 

Saint Lunaire, 
Préservez-nous du naufrage en mer. (S.-C) 

La fontaine de Saint-Lunaire, au bourg du 
même nom, est aussi un lieu de pèlerinage pour 
la guérison des maux d'yeux. « Les pèlerins qui 
viennent à Saint-Lormel, près Plancoët, invoquer 
saint Lemaire pour la guérison des yeux se lavent 
la- partie malade avec l'eau d'un puits placé sous 
la chaire. » (Ogée, art. Saint-Lormel.) Au Quiou, 
canton d'Evran, saint Lunaire est aussi invoqué 
contre les maux d'yeux. La spéciahté de ce saint 



L ANNEE 197 

vient vraisemblablement d'un calembours; entre 
Lunaire et Lunette. 

13. Saint Thuriau ou Thuriol. — Il y a une 
commune de ce nom. 

A la Saint-Thuriau, 

Sème tes naveaux (navets). (P.) 

14. Saint Bonaventure, fête des tessiers ou 
tisserands. 

20. Sainte Marguerite est invoquée par les 
femmes en couches. Elle préserve les enfants de 
la piqûre des v'iins (serpents). (D.) On l'invoque 
aussi pour faire dormir les enfaitits. 

22. Sainte Madeleine. 

A la Madeleine, 

La faucille à l'aveine. 

26. Sainte Anne. 

A la Sainte-Anne, 
Faut faire des naviaux ; 
r viennent gros comme on les demande. (E.) 

On va en procession à la fontaine Sainte-Anne, 
près Gevezé (Ille-et-Vilaine), pour avoir de la 
pluie, et on plonge dans l'eau le pied de la croix. 
(Communiqué par M. Bézier.) 

Jadis, ou faisait la même chose à la fontaine Saint-Martin, prés 
Niort, et à la fontaine de Saint-Grés-en-Champ-Saint-Père 



198 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



(Vendée), près de laquelle s'élevait jadis un menhir (Desaivre, 
Cro-jances, p. 7); en Eure-et-Loir, en 1870, une procession 
plongea les croix dans k. fontaine de Champrond. (Cf. A. -S. Mo- 
rin, p. 99.) 

Si les abeilles essaiment le jour Sainte- Anne, il 
y a un cierge dans le milieu des ruches. C'est la 
ruche du roi. Si elles cssament un jour consacré à 
la Vierge, les railes sont en croix, et c'est la 
ruche de la reine. Si on les fait périr, les autres 
périssent aussi. (E.) 

Le jour Sainte- Anne est un jour peu chanceux; 
il ne faut ni charruer ni grimper dans les arbres ; 
car on serait exposé à des malheurs. (E.) 

Outre le pèlerinage de Sainte-Anne-d'Auray, 
il y a à Sainte-Anne-du-Rocher, près Dinan, un 
autre pèlerinage assez fréquenté. 

A Pommeret, on fait ce jour-là une procession 
de filles ou de femmes; on prétend que les filles 
y disent, en guise de litanie : 

Sainte-Anne des Ponts-Garniers, dites-nous, 
Y ara-t-i' des hommes pour tous ? 

Ce à quoi répond une bonne femme trois fois 
veuve : 

Pour mé, j'en ai vu trée, 
Ma part en est lichée. (P.) 

31. Saint Loup. — Il guérit du mal saint- 
Loup, c'est-à-dire de la peur. 



l'année 199 



Saint-Germain. — Il y a en Haute-Bretagne 
cinq communes de ce nom. A la fontaine de 
Saint-Germain-de-la-Mer, on porte les enfants 
qu'on plonge dans la fontaine qui lui est dédiée. 



Août (Au, Ahout). 

Queu mar', 

Queul aô (août). (P.) 

Si le mois d'août est beau, c'est signe que le 
prochain hiver sera bon. (E.) 

Les enfants nés dans ce mois sont rabatoux, 
querellous et chicanous, (P.) Si on se marie en 
août, on a des enfants paresseux. (D.) 

Quand on met du fumier hors de son étable 
en août, on met une pièce de bête de plus dans 
son étable. (P.) 

2. Saint Uniac. — A peu de distance du 
bourg de ce nom est une fontaine qui porte le 
nom de fontaine Saint-Uniac, ou de fontaine aux 
Galeux. L'eau en est excellente, et on y va en pè- 
lerinage. 

5. Notre-Dame des Neiges. — S'il n'y a pas 
de nuages au ciel le jour Notre-Dame des Neiges, 
il n'y aura pas de neige l'hiver qui vient et il sera 
doux (E.) ; s'il s'élève du vent et que le ciel soit 



200 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

nuageux, le prix du grain monte d'autant plus 
que le ciel aura été couvert ou le vent fort. (E.) 

6. La Transfiguration. — S'il vente bien 
dur le jour de la Transfiguration, le grain sera 
cher; s'il vente doux, c'est signe qu'il sera bon 
marché. (E.) 

10. Saint Laurent. — On dit à celui qui a 
pris votre chaise : 

Donne-moi ma place. 

— A la Saint-Laurent, 

Qui quitte sa place la reprend. 

Le jour Saint-Laurent, il fait très chaud, et 
l'on peut se risquer à quitter sa place sans crainte 
de la perdre. (V. Saint-Hubert.) 

A la Saint-Laurent, 
Faut mett'e les petits viaux blancs (veaux de l'année) 
En champ. (E.) 

Après la Saint-Laurent, les abeilles n'essaiment 
plus. (E.) 

15. Assomption ou Fête Notre-Dame. — 
Quand il pleut le jour Notre-Dame, il pleut jus- 
qu'au 8 septembre, autre fête de la Vierge : — 
Comme o 'prend le temps (Notre-Dame), o le 
laisse. (P.) 

16. Saint Roch guérit de la chîasse (dyssente- 



l'année 201 



rie) ; au pèlerinage, on fait dire des messes et on 
fait des offrandes. 

17. Saint Armel. — « On rencontre à la sor- 
tie du bourg de Loutehel une fontaine vénérée, 
Paris-le-Pays, et ornée d'une statue de saint Ar- 
mel. « 

(Orain, p. 407.) 

Commune de Saint-Armel, canton de Cliâ- 
teaugiron, il y a non loin du bourg une fontaine 
que saint Armel, dit la tradition, fit jaillir de terre 
en une année de sécheresse. Une statue du saint 
est placée dans le mur de cette fontaine. Du 
16 août au 8 septembre, on y va en pèlerinage 
par un mauvais chemin qu'on appelle le Chemin- 
Pavé. 

« A Radenac (Morbihan français) est la fontaine 
de Saint-Armel ; on y porte les enfants qui com- 
mencent à marcher, afin que, par la vertu de ses 
eaux, ils obtiennent de se tenir solidement de- 
bout. « 

(Ogée, art. Radenac.') 

22. Saint Symphorien. — Saint Symphorien 
préserve les moustrons gares (pinsons) de la foire. 

Il y a une commune de ce nom. 

« A Gael, une fontaine merveilleuse, dite de 
Saint-Symphorien, a, dit-on, le privilège de gué- 
rir de la rage. » 

(Orain, p. 407.) 



202 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



24. Saint Barthélémy. 

La plée d'où 

Donne miel et moû (mouton); 

A la Saint-Barthélémy, 

I' n'en faut fite (plus). (P.) 

La pluie d'août fait fleurir les blés noirs, qui 
grainent bien et dont les abeilles sucent les fleurs. 

30. Saint Fiacre. — A la Saint-Fiacre, les 
jardiniers font un bouquet composé de carottes, 
de choux, d'oignons et àe porée. (E.) 

A Guenroc, il y a un Saint-Fiacre qui guérit 
de la colique. 



Septembre le battoux. 

jer. Saint Gilles guérit du mal qui porte son 
nom, la peur. A Saint-Gilles-du-Mené, on con- 
duit les enfants pour les préserver de la peur. (P.) 

8. Sainte Brigitte donne du lait aux nour- 
rices. 

II. Le point où est le vent le jour de la foire 
de Montbran, il y est les trois quarts de l'année. 
(M.) Cette foire, qui se tient sur un tertre élevé, 
a lieu le 1 1 septembre. 

14. Le 14 septembre a lieu le petit oûté (été) ; 
on croit, à Médréac, qu'il fait toujours beau ce 



l'année 203 

jour-là. A Saint-Cast, un autre été qui a lieu 
vers cette époque s'appelle VOcraquelin, nom 
dont le sens m'échappe. 

15- 

A la mi-septemb'e, 
Le jou' et la net vont ensemb'e. (P.) 

17. Saint Lambert est invoqué pour la santé 
des cochons. (P.) 

20. Saint Eustache. 

Saint Eustache 
Qui de tous maux détache. 

« La chapelle de Saint-Eustache en Teillay 
réunit un nombreux concours de pèlerins aux 
fêtes de la Saint-Jean et de la Pentecôte. » 

(Goudé, Lég. du pays de Châteaiilriant , p. 57.) 

29. Saint Michel. — Plusieurs communes 
portent le nom de ce saint. Le jour Saint-Michel 
est le terme de paiement pour une grande partie 
des fermes dans les Côtes-du-Nord. 

Tous dehors, la Saint-Michel est venue. (P., D.) 

On dit cela aux enfants pour les faire sortir, 

puis on ferme la porte sur eux, ou aux hommes 

pour leur dire qu'il est temps d'aller à l'ouvrage. 

30. Saint Jérôme. 

Le lendemain est Saint-Jérorae, 
Faut de l'argent à l'homme. (P.) 



204 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Octobre. 

ler. Saint Suliac. — Une commune de l'Ille- 
et-Vilaine porte le nom de ce saint, auquel on 
fait des neuvaines pour les fièvres. Il préserve 
aussi les animaux des épizooties. 

Sur la légende de Saint-Suliac, cf. M''"'^ de Cerny, Saint-Sti- 
liac et ses légendes, p. 13. 

3. Sainte Blanche guérit du mal blanc, sorte 
de pourriture aux doigts. Il y a à Saint-Cast une 
chapelle en ruine dédiée à sainte Blanche ; on y 
vient en pèlerinage d'assez loin. Cette sainte 
Blanche est l'héroïne de légendes que j'ai rappor- 
tées dans mes Petites légendes chrétiennes, publiées 
dans la Revue de l'histoire des religions, 1885, 

P- 51-53- 

9. Saint Denis. — A la Saint-Denis, là où lè- 
vent se couche le soir, les trois quarts de l'année 
il est. (E.) 

A la Saint-Denis, 
Tout soitier s'allie ; 
A la Saint-Simon (28), 
Faut mett' en limon. 

On appelle soitiers les petits cultivateurs qui 
s'associent plusieurs ensemble pour les labours. 



l'année 20$ 



A la Saint-Denis, 

Il y va le père et le fils ; 

A la Saint-Simon, 

La mère et la fille y vont. 

Cela se dit en parlant des objets de commerce 
exposés des foires tenues à ces deux époques. 

25. Saint Crépin. — Le jour Saint-Crépin, 
patron des cordonniers, les cordonniers, dans 
les petites villes, font dire une grand'messe, qui 
est suivie d'un repas fait avec l'argent ramassé 
tout le reste de l'année pour servir à cette fête. 
C'est en parlant de ce jour-là qu'on chante la 
chanson : 

Le jour Saint-Crépin, 

Mon amin. 
Les cordonniers se frisent 
Pour aller voir Catin 
Qu'a brûlé sa chemise. (P.) 

Octobre à ta fin, 
J'avons la Toussaint au matin. (P.) 

Quand octob'e prend fin, 

La Toussaint est au matin. (D.) 

Quand octob'e prend fin, 
Onze jours après j'avons la Saint-Martin. (P.) 



206 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Novembre. 

ler. Toussaint. 

Telle Toussaint, tel Noël. 

Si l'on va faire la cour à une fille le jour de la 
Toussaint, on ne la revoit plus vivante. (D.) 

On dit que les âmes des ancêtres reviennent le 
jour de la Toussaint. (S.-C.) 

2. Commémoration des Morts. — On assure 
que la nuit entre la Toussaint et le jour des 
Morts l'église est illuminée, et que les défunts as- 
sistent à une messe nocturne célébrée par un 
prêtre fantôme. (S.-C.) 

Cf. mes Traditions et superstitions, t. I^"", p. 225, et La Mort en 
voyage, dans Archivio per leTradi:{ionipopulari, 1885, p. 421-433. 

J'ai connu un pays où, pendant toute la se- 
maine des Morts, bien peu de personnes osaient 
sortir de chez elles après la nuit close, de peur 
de « voir » quelque défunt. Il me fut impos- 
sible d'avoir des conteurs, bien que j'eusse 
offert de les reconduire moi-même jusqu'à leur 
porte. La semaine passée, ils revinrent en foule, 
et quelques-uns d'entre eux m'avouèrent qu'ils 
avaient peur de sortir avant la semaine écoulée. 
(S.-C.) 



l'année 207 



3. Saint Hubert. 

A la Saint-Hubert, 
Qui quitte sa place la perd. 

Le jour Saint-Hubert, il fait ordinairement 
froid, et il n'est pas prudent de quitter la place 
qu'on occupe auprès du foyer. 

On assure que tous les chiens enragés se rendent 
au pied d'une statue de saint Hubert placée dans 
l'enceinte du fort La Latte en Plévenon. 

6. Saint Quay donne son nom à une com- 
mune. 

Saint Quay est le héros de plusieurs légendes ; 
j'en ai cité une, t. I, p. 325 de mes Traditions et 
superstitions. 

Dans les Nouveaux fantômes hretotis, de Dulau- 
rens de La Barre, p. 37-47, un conte de bord 
rapporte que le saint, ayant soif et s'étant vu re- 
fuser à boire par les vieilles femmes bavardant, fit 
jaillir une fontaine. Les vieilles, le prenant pour 
un sorcier, le fouettèrent avec des genêts verts, 
puis le placèrent dans une vieille maie à pâte et 
le jetèrent à la mer; en punition, les femmes 
eurent le cou long comme des oies. 

6. Saint Mélaine. — Ce saint maudit les ge- 
nêts de son pays, parce que sa mère l'avait fouetté 
avec ; depuis ce moment, il n'y retourna jamais. 



208 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Dempeï que sa mère le reprint. 
Genêt en brain, 
Melaine à Brain 
Jamais ne revint. 

Cf., sur Saint-Mélaine, mes Traditions et superstitions^ t. II, 
p. 324, et Régis de l'Estourbei^Ion, Légendes d'Avessac, p. 9. 

9. Mathurix. 

A la Saint-Mathurin, 
Sème ton lin. 

II. Saint Martin. — Souvent, à la Saint- 
Martin, il passe une orée, ou pluie. (E.) 

17. Saint Aignan. — « Quand une personne 
est malade de la teigne (à Saint-Aignan, Loire- 
Inférieure), on lui fait prendre des aliments trem- 
pés dans l'eau du lac de Grandlieu, et ou lui 
couvre la tête de linges imbibés dans les mêmes 
eaux. )) (Ogée.) 

22. Sainte Cécile. 

A la Sainte-Cécile, 
Si on plante des pas (pois), 
r viennent comme des mâts. (E.) 

23. Saint Clément. 

Saint Clément, 
Qiai gouverne la mer et l'vent. (S.-C.) 



l'année 209 

25. Sainte Catherine (CateUné). 

Entre la Cateline et Noué, 

Tout bois est bon à planter (M.), à couper (D.) 

Entre Noué et la Cateline, 
Tout bois prend racine. (M.) 

duand i' tonne ent' la Cateline et Noué, 
L'hivée est avorté. (M.) 

A la Sainte-Cateline 
Faut voir de belles pouplines. (E.) 

C'est à ce moment que commencent les veillées 
où l'on file. 

A la Cat'line, feuille de raie (i), 
D'ici Noué, i' a cor un mée. (P.) 

27. Saint Maudez. — Une commune porte le 
nom de ce saint. 

Saint Maudez guérit des clous et des pourri- 
tures qui viennent sur le corps ou sur la figure. 
(P.) J'ai raconté une de ses légendes dans mes 
Petites légendes de la Haute-Bretagne, p. 15. 

30. Saint André. 

A la Saint-André, 
Sème ton blé. (P.) 

A la Saint-André, 
Roi et Paussinière chet. (E.) 

(i) La feuille est dans la raie du sillon ; pour être à Nocl un 
mois encore. 

14 



210 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Saint-André qui finit, 
Saint-Éloi qui commence. (P.) 

On porte du chanvre à saint André. Il y avait 
à Trébry une chapelle de ce nom, et pour les 
cordes des cloches l'on se servait du chanvre 
offert. (P.) 



Décembre le paresseux. 

I. Saint Éloi. — Il y a plusieurs chapelles 
sous le vocable de ce saint, qui est le protecteur 
des chevaux ; mais c'est pendant la belle saison 
qu'on s'y rend en pèlerinage. 

4. Sainte Barbe. 

Qui est Sainte-Barbe, 
Qui est Noël ; 
Qui est Noël, 
Qui est l'an. (D.) 

Queue Sainte-Barbe, 
Queue Noué ; 
Et queue Noué, 
Queul an. (P.) 

Sainte-Barbe, Noël et le jour de l'an tombent 
le même jour de semaines différentes. 

Il y a des gens qui vont se vouer à sainte Barbe 



l'année 2 h 

pour être préservés du tonnerre. On se seignedo 
tin sou, et on le donne au premier pauvre qui 
passe. Sainte Barbe et sainte Fleur tiennent toutes 
les deux le tonnerre par un filet de laine, l'un est 
blanc et l'autre est bleu. (D.) 

Cf., dans mes Traditions et superstitioyis, t. II, p. 359-60, les 
formulettes du tonnerre où le nom de Sainte-Barbe est invoqué. 

6. Saint Nicolas. — En la commune de 
Gausson (Côtes-du-Nord), est une fontaine dédiée 
à saint Nicolas ; on y plonge les enfants qui ne 
marchent pas de bonne heure. 

Cf. des usages analogues en Eure-et-Loir, A. S. Morin, le 
Prêtre, p. 17. 

Les Avents. — Les coqs affolent pendant les 
A vents. 

La même croyance existe dans le Morbihan 
français, témoin la curieuse histoire racontée par 
le Dî" Fouquet, p. 138-146. « Clémence de Can- 
coët dépérit parce qu'elle a entendu chanter le 
coq cà minuit, ce qui, dans sa croyance, était une 
signifiance de mort. Heureusement, une nuit que 
la cuisinière veillait avec elle, le coq chanta. 
« Allons, dit la Fanchon, v'ià encore not' coq qui 
« folle; on voit ben qu'on est dans l's Avents... 
« Heureusement que ça va finir; demain, je 
« tenons le dernier dimanche, et not' coq va se 
« régler. — C'est bien sûr? demande Clémence. 
« — Sûr, » et à preuve, la cuisinière raconte la 



212 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

mésaventure arrivée à un homme qui avait oublié 
que les coqs follent dans les Avents. » 

— Il fait un temps d'Avents, c'est-à-dire un 
temps exécrable. 

Quand il vente pendant les Avents, il y aura 
des pommes. (P.) 

Quand un chat crève dans une maison pen- 
dant les Avents, c'est rare qu'il ne suive pas un 
autre malheur. (E.) 

21. Saint Thomas. 

A la Saint-Thomas, 
Kais (cuis) du pain et lave tes draps, 
En tras jou's Noué tu aras. (P.) 

Le jour Saint-Thomas, 
Le jour n'est ni haut ni bas. (M.) 

A la Saint-Thomas, 
Les filles vont va les gas. (P.) 

Le jour Saint-Thomas, 
Les jou's allongent du pas d'un jas (oie mâle); 

Le jour de Noué, 

Du pas d'une ouée (oie) ; 

Le jour Saint-Étienne, 
D'un grain d'aveine. (P.) 

Noël au pignon, 
Pâque aux tisons. (D.) 

24-25. Noël. — Quand il fait du soleil la 



l'année 2 1 3 

veille de Noël, il y aura des pommes l'année sui- 
vante. Le soleil rit aux pieds des entes. (E.) 

Q.uand l'soula ra (luit) la veille de Noué, 
Des pomme' à volonté. (M.) 

Jadis, à Matignon et à Ploubalay, la veille 
de Noël, les garçons se réunissaient et, portant 
sur l'épaule de grands bâtons et des bissacs, ils 
allaient frapper à la porte des métairies. 

— Qui est là? demandait-on. 

— Le hoguihanneu, répondaient les gars. 

Ils chantaient quelque chose, et, pour les re- 
mercier, on leur donnait un morceau de lard. Ils 
l'enfilaient dans le bâton pointu de l'un d'eux, et 
ce lard était réservé pour un repas qui se nom- 
mait le houriho. (Communiqué par M. M. A. Bo- 
nal.) 

Le premier de ces deux mots est certainement 
apparenté à Guilaneuf et à ses nombreux congé- 
nères patois. 

« A Montauban, les enfants pauvres vont, comme 
en beaucoup de localités bretonnes, se présenter à 
la porte des personnes aisées, en criant : au 
guyané, au guy Van neuf. Ici, ils sont armés d'une 
longue broche en bois, dans laquelle ils enfilent 
des morceaux de lard ou de vache salée dont on 
leur fait l'aumône. » (Note de M. Esnaud, vicaire 
à Montauban, dans Ogée.) 



214 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



A Ploërmel, on crie : au gui gouroux. 

Il y a environ quarante ans, on allait presque 
partout chanter des Néouelles (Noëls). 

Parfois, les filles et les garçons montaient dans 
les arbres ou sur les piles de pailles pour chanter 
la nuit; et d'un village à l'autre les chants se ré- 
pondaient. 

Cf., dans mes Traditions et superstitions, t. I^"^, p. 201, ia lé- 
gende de deux jeunes filles qui furent enlevées par une puissance 
inconnue en allant chanter des Noëls. 

Cette coutume des Noëls a été plus répandue 
autrefois qu'elle ne l'est actuellement. On a im- 
primé en divers endroits de Bretagne plusieurs 
recueils de Noëls. J'ai eu dernièrement connais- 
sance de plusieurs recueils : la Bible des Noëls 
vieux et nouveaux, pet. in-12 de 80 p., contenant 
32 pièces. Dinan, Huart, 1754; Pastorale sur la 
naissance de Jésus-Christ, l'Adoration des bergers et 
la Descente de l'archange saint Michel aux Limbes, 
dédiée aux dévots à l'enfant Jésus par le Père 
Claude-René Marie. Dinan, J. B. Huart, 1754, 
in-12 de 32 pages. 

En 1883, à Dinan, des enfants du faubourg 
Saint-Malo sont encore venus chanter. Ils débu- 
taient par dire : 

A Noël pour une pomme, 
Pour une poire, 
Pour un p'tit coup d'cidre à boire. 



L AKNEE 2 1 



Puis ils chantaient, sur l'air de : Au clair de la 
lune : 

Quatre petits anges 
Descendant du ciel, 
Chantant la louange 
Du Père éternel ; 
Saint Joseph son père, 
Saint Jean son parrain, 
La bonne Sainte Vierge, 
Qui lui chauffe les mains. 

Est-il beau, bergers? 
Est-il beau ? 
— Plus beau que la lune et que le soleil. 
Jamais dans le monde on n'a vu 
Rien de pareil. 

A Noël, on allait chanter, surtout jadis. Chaque 
année, pendant les fêtes de Noël, les rois Mages 
revivent à Pleudihen dans la personne de trois 
jeunes gens de la commune, qui revêtent leurs 
habits de fêtes et les couvrent de rubans pour an- 
noncer la venue du Messie, le soir, en chantant 
dans les chaumières. (Note de M. de Garaby, ap. 
B. Jollivet, t. II, p. 69.) 

Quand les enfants demandent à aller à la messe 
de minuit, on leur répond : « Oui, oui, tu iras à 
la messe dans une chapelle blanche. » (D.) 

Cf. la Messe du coussin blanc en JSeiry, Laisnel, t. I'-'^, p. 2. 
Sur les animaux qui parlent pendant la nuit de Noël, cf. mes 
Traditions et superstitious, t. II, p. 64. 



2l6 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Voici un petit conte où il est question d'autres 
bêtes parlantes : Il y avait, une fois, une bonne 
femme avare qui nourrissait mal son chien et son 
chata A minuit sonnant, le jour de Noël, elle en- 
tendit le Chien qui disait au Chat : « Ce n'est pas 
trop tôt qu'on nous enlève notre maîtresse : elle 
est trop avare. Cette nuit, des voleurs vont venir 
lui dérober son argent, et, si elle crie, ils lui cas- 
seront la tête. — Ce sera bien fait, répondit le 
Chat. » La bonne femme, effrayée de ce qu'elle 
avait entendu, se leva de son lit pour aller chez 
un voisin ; mais, au moment où elle sortait, les 
voleurs ouvrirent la porte, et, comme elle criait 
au secours, ils lui cassèrent la tête. (P.) 

Dans la nuit de Noël, quelques mégalithes 
changent de place; l'un d'eux, qu'on voit près de 
Jugon, va boire à la rivière d'Arguenon. 

Une autre pierre, située à Saint-Étienne en 
Cogles, va aussi boire à un ruisseau quand les 
cloches sonnent la messe de minuit. 

Cf., pour les détails sur ces pierres et leurs similaires, les 
pages 5) à 37; de mes Traditions et superstitions, t. i ; cf. aussi 
A. Bosquet, p. 172. 

Un autre menhir, qui se trouvait au sommet du 
bois de Mont-Beleux, était soulevé par un merle 
et laissait à découvert un trésor. 

Cf. Ihid., p. 43-44. 

Pendant la nuit de Noël, saint Joseph et la 



l'année 217 

bonne Vierge sont avec l'enfant Jésus partout où 
il y a des coudres, et ils prient pour les âmes du 
Purgatoire, dont un grand nombre sont délivrées 
ce jour-là. (D.) 

Sur les branches de coudrier et la nuit de Noël, cf. mes Tra- 
ditions, t. II, p. 313. 

Si l'on veut découvrir les trésors cachés, il faut 
ramasser de la graine de fougères à minuit, la 
nuit de la Saint- Jean, et, le dimanche des Ra- 
meaux de l'année suivante, on répand cette graine 
dans l'endroit où l'on croit que des trésors ont été 
enfouis. (P.) 

Près de la fontaine Saint-Armel en Radenac 
est un marais où, d'après la tradition, sont en- 
fouies des cloches qui sonnent toutes seules pour 
appeler à la messe de minuit le 25 décembre. (O.) 

La veille de Noël, aux environs d'Ercé, on 
mange de la morue en famille; ce jour-là, les 
enfants qui ne sont pas trop éloignés reviennent 
tout exprès à la maison paternelle. Les enfants 
tiennent beaucoup à cette coutume; l'an der- 
nier, à Ercé, il y avait trois élèves en classe ce 
jour-là. 

Jadis, on mettait, à Matignon, une bûche neuve 
la veille de Noël, après l'avoir arrosée d'eau bé- 
nite. 

Le tison de la bûche de Noël préserve de la 
foudre. Le matin de Noël, on doit l'asperger 



l8 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



d'eau bénite et le laisser ensuite brûler jusqu'au 
soir. (P.) On les met dans les puits ; on est sûr 
que les v'iins n'iront pas, et que l'eau sera de 
bonne qualité. 

Même croyance en Poitou (cf. Guerr}-, p. 451), en Normandie 
(cf. A. Bosquet, p. 171). J'ai parlé assez longuement des 
croyances de Noël en Bretagne et ailleurs, dans un article de 
l'Homme, t. II, p. 11-17. 

26. Saint Etienne (Étiole). 

Le jour Saint-Étienne, 
Chacun va voir la sienne. (M.) 

S'il pleut le jour Saint-Étiole, 

Il n'est pas de badioles (cerises). (P.) 

31. Saint Sylvestre. — Le jour Saint-Syl- 
vestre, on envoie les pâtours couper du poil entre 
les cornes des vaches, en leur assurant qu'elles 
ne moucheront plus dans l'année. (E.) 

C'est une facétie ; mais, dans le centre du pa3'^s 
gallo, vers le Mené, les pâtours vont ioii:ier leurs 
vaches sous Toreille, afin qu'elles ne ouident 
(prendre la mouche) pas l'année qui vient. (P.) 



l'année 219 

§ III. — LA SEMAINE 

Dictons sur les jours de la semaine. 

Lundi et mardi, fête ; 
Mercredi, je n'pourrai y être; 
Jeudi, l'jour Saint-Thomas; 
Vendredi, je n'y serai pas ; 
Samedi, la foire à Plénée : 
Et v'ià toute ma pauv' semaine passée! (M.) 

Faut sanctifier : Le lin, — le marc, — le 
mère, — le jeu, — le van, — le sam — et le 
jour du dan dan. (S.-C.) 

Quand on demande quel jour on fera telle 
chose, on répond très vite : 

Lin, — mar, — mer, — jeu, — ven — et 
samedi di dan dan. (D.) 

Le lundi, je suis soûle, 
Le mardi aussi. 
Le mercredi de même ; 
Le jeudi, je m'en reviens; 
Le vendredi, je bats mon homme ; 
Le samedi, je grogne 
Après ceux de la maison. 
Voilà comment je passe tous les jours de la semaine. 

Le lundi, je suis boite (ivre); 
Le mardi, je suis soûl ; 
Le mercredi de même, 
Et le jeudi itou. 



220 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Sur la légende des lutins et des jours de la semaine, cf. mes 
Traditions et superstitions, t. I"", p. 279, et les Sorciers de Knéa, 
n° Liv des Contes populaires de la Haute-Bretagne, 2^ série. 

LuNDL — On appelle le lundi le jour des cor- 
donniers. 

Mardi. — On dit qu'il ne faut pas semer le 
trèfle rose ou tremène un jour commençant par 
un R; si on le semait ce jour-là, il n'en viendrait 
pas. (S. -G.) 

C'est surtout le mardi que reviennent les âmes 
des ancêtres. (P.) 

Quand il pleut le mardi, il y a de la pluie 
pour toute la journée. 

Mercredi. 

On ne se marie pas le mercredi, 

De pou' (peur) d'avaï nom Jean-Jeudi. (E.) 

C'est-à-dire d'être cornard. 

Jeudi. — On ne doit pas se marier le jeudi, 
car c'est ce jour-là que le diable épousa sa 
mère. (P.) 

Vendredi. — Le temps est le même le ven- 
dredi et le dimanche. (S.-C.) 

Les enfants qui naissent le vendredi sont mal 
chanceux. (S.-C.) 

Le vendredi est toujours le plus beau ou le 
plus vilain de la semaine. (P.) 



l'année 221 

Les mariages du vendredi sont mal chan- 
ceux. (P.) 

Samedi. — Ce qu'on commence le samedi 
réussit mal. 

Cf. Souche, p. 8. Superstition analogue en Poitou, 

Les mariages du samedi ne sont pas heureux, 
parce qu'on commence la semaine parle eu. (P.) 

Le samedi, il fait toujours un rayon de soleil; 
on l'appelle le rayon de la Vierge. (E., D.) 

A Saint-Brieuc, il n'y a pas longtemps que les 
vieilles gens balayaient leur place le samedi soir, 
pour avoir la visite de la bonne Vierge. 

Quand on file après minuit, le samedi, on 
« entend » quelque chose, et toute la semaine 
qui vient on a de la malechance. (E.) Souvent, 
on entend dans la cheminée le bruit d'un autre 
fuseau. 

Quand on se mouille les genoux le samedi, on 
dit qu'on ne va pas à la messe. (D.) 

Voici le résumé du conte de la Filandière de 
nuit que le D^ Fouquet rapporte dans ses Lé- 
gendes du Morbihan, p. 60-62. « Une jeune fille 
avait continué à filer, le samedi, après le premier 
coup de minuit. Tout à coup, elle vit auprès 
d'elle, quoique sa porte fût fermée, une vieille 
qui, en peu de temps, lui fila tout son chanvre et 
le lui mit à blanchir. Comme elle était occupée à 



222 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

cette besogne, le coq chanta, et la vieille lui dit 
qu'on ne la voyait jamais qu'une fois, et qu'elle 
était la Filandière de nuit. Le lendemain, on 
trouva la fille morte sur sa lessive. « 

Il y avait une fois une femme qui filait le sa- 
medi, sans regarder si minuit avait sonné. Un 
soir, un peu après le coup de minuit, elle vit sur 
l'autre banc de son foyer, en face d'elle, une 
femme toute noire qui, elle aussi, filait. La fer- 
mière lui adressa la parole ; mais elle ne reçut pas 
de réponse, et, en regardant mieux la filandière, 
elle vit que c'était une de ses parentes, morte 
depuis quelque temps déjà. Elle appela son mari, 
et lui dit : 

— Regarde donc; une telle qui est ici. 
Son mari se leva, et il dit à sa femme : 

— Va te coucher bien vite. 

Elle obéit ; mais, au moment où elle passait 
devant la filandière, celle-ci lui frappa sur l'oreille 
un coup de fuseau en lui disant : 

— Si j'avais pu encore filer quelques doutes, 
j'allais t'emporter. 

(Conté, en 1882, par Jeanne Bazul, de Trélivan, 
domestique, âgée de vingt-huit ans.) 

Dimanche. — Commencer un engagement 
dans une ferme le dimanche est d'un mauvais 
présage. Les domestiques qui le font finissent ra- 
rement l'année dans la même maison. C'est aussi 



L ANNEE 223 

mauvais pour les ouvriers à louage. Finir un 
engagement le dimanche porte aussi malheur. (E.) 

Il ne faut pas faire de marché le dimanche. (D.) 

Si on a lavé le dimanche pendant les offices, 
ou fait un ouvrage qu'on ne devait pas faire, on 
revient après sa mort laver tous les dimanches et 
pendant toute la durée de l'office où l'on a lavé 
pendant sa vie. (E.) 

Les enfants qui naissent le dimanche sont 
chanceux. (S.-C.) 

Quand on pêche le dimanche, on s'expose à 
avoir des enfants qui ont des têtes de poisson. 
On cite deux femmes, dont l'une a eu un enfant 
avec une tête de grondin, et l'autre, un enfant 
avec une tête de congre. (S.-C.) 

Ce qu'on sème le dimanche ne réussit pas 
bien. (P.) 

Il y a des légendes relatives à la non-célébra- 
tion du repos dominical. Je me souviens d'avoir 
vu, il y a quinze ans environ, sur la route de 
Matignon à Montbran, une charrette qu'on avait, 
disait-on, chargée de glê (paille de blé) un di- 
manche, et que les chevaux n'avaient pu démar- 
rer de la place où elle était, et où elle resta plu- 
sieurs jours. 



CHAPITRE II 

LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 




jous ce titre, j'ai rangé les fêtes mobiles et 
les divertissements qui souvent les accom- 
pagnent. J'y ai joint les jeux, la plupart du 
temps profanes, qui ont lieu à certaines époques 
de l'année, mais qui varient d'époque suivant les 
pays. 



S I. — DU PREMIER JANVIER AU CARÊME 

Je ne connais en Haute-Bretagne aucun endroit 
où l'on fasse une cérémonie analogue à celle du 
.dimanche des Brandons; je n'ai pas retrouvé la 
moindre trace de cet usage si connu dans les pro- 
vinces voisines ; le souvenir en a même tout à fait 
disparu. 



LES FETES ET LES DIVERTISSEMENTS 22 : 



Jours gras. Le dimanche gras et le premier 
dimanche de Carême, les cultivateurs ont l'habi- 
tude d'aller faire une tournée dans les champs 
pour voir si la récolte pousse. (E.) 

Le dimanche gras, qu'on appelle le dimanche 
crèpier, il est d'usage en beaucoup de maisons 
de faire des crêpes ; autrefois, dans les fermes, 
lorsque le propriétaire résidait à peu de distance, 
on préparait des crêpes pour lui et pour sa fa- 
mille. (M.) 

On ne doit pas filer les jours gras, car les rats 
et les souris viendraient manger le fil (E., D.); 
ailleurs, ce sont les chats. (P.) On assure aussi 
que le fil qu'on filerait à cette époque serait gras, 
c'est-à-dire graisseux. 

En Franclie-Comté (cf. Perron, p. i6), quand on travaille le 
mardi gras, les rats mangent l'ouvrage parce qu'il est gras. 

On adresse à Mardi-Gras ou à Carnava' d'assez 
nombreuses formulettes : 

Jeudi-Gras, 
Ne t'en va pas ; 
Nous ferons des crêpes 
Et tu en mangeras, 
Si ton soû (si ton content) 
Que tu en kerveras (crèveras). (E.) 

Les enfants chantent aussi : 

15 



226 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Carnava', ne t'en va pas; 
Je f rons des crêpes 
Et t'en mangeras. 
Carnava' s'en est allé 
O ses deux sabots percés. 
Carnava est ervenu (revenu) 
O ses deux solées (souliers) cousus. (P.) 

Mardi-Gras, 
Ne t'en va pas ; 

Nous ferons des crêpes 
Et tu en mangeras. 
Mardi-Gras s'en est allé 
Par un petit sabot percé, 
Il s'en est revenu 
Par un petit soulier cousu. (S.-C.) 

Carnaval, ne t'en va pas demain ; 
C'est aujourd'hui la Saint-Crépin. (D.) 

C'est-à-dire le jour où l'on fait des crêpes. 

Carnaval, ne t'en va pas ; 
Nous ferons des crêpes, tu en mangeras. 
Carnaval s'en est allé ; 
Nous avons fait des crêpes, il en a pas mangé. 

Carnaval s'en est allé 
Avec ses sabots percés ; 
Carnaval s'en est revenu 
Avec ses deux sabots fendus. (P.) 

Mardi-Gras, ne t'en va pas; 
Nous ferons des crêpes, et tu en auras. 
Mardi-Gras s'en est allé 
Avec son chapeau percé. (D.) 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 227 



Variante des deux derniers vers : 

J'ons fait des crêpes, 
Et tu n'en as pas mangé, (E.) 

On conduit les enfonts dehors pour voir pas- 
ser Mardi-Gras. Carnaval ou Mardi-Gras est un 
grand cheval sans cavalier, qui a le dos couvert 
de crêpes, et qui en distribue. Aussi, les enfants, 
quand ils vont l'attendre au passage, lui portent 
ce qu'ils ont de meilleur. (D.) 

Mais, ailleurs. Carnaval n'est pas, à ce qu'il 
paraît, aussi bienfaisant; car les petits enfants 
vont l'attendre aux carrefours où se trouvent des 
croix, et ils portent des triques pour le frapper s'il 
venait à passer. (P.) 

Parfois, on ne se dérange pas pour voir passer 
Carnaval ; on met dans la place un os auquel 
adhère encore un peu de chair; les enfants disent 
que c'est Carnaval, et ils dansent dessus; après 
cette petite cérémonie, ils le jettent dans un coin, 
et ils s'écrient qu'ils l'ont enterré. (P.) 

L'enterrement de Mardi-Gras a lieu parfois avec 
plus de cérémonie : Quatre jeunes gens portent 
un bonhomme de paille, parfois un jeune garçon; 
ils sont suivis d'une sorte de procession, comme 
à un enterrement véritable; la parodie est d'ail- 
leurs assez complète, et l'on fait mine de le 
déposer dans une fosse ; alors tous les assistants 



228 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



feignent d'être affligés et de- pleurer, et ils s'é- 
crient d'une voix lamentable : « Ah! mon pauv' 
petit Mardi-Gras ! » Le garçon qui a été Mardi- 
Gras en garde le surnom toute l'année. (D.) 

Dans les Ardennes (cf. Kozot, p. 125), on enterre aussi le 
Carnaval. 

C'est le soir du mardi gras que les chats vont 
faire le sabbat à tel ou tel endroit bien connu de 
la commune. 

(Cf. Souche, p. 17.) 



§ II. LE CARÊME 

Les Cendres. — Le mercredi des Cendres, on 
dit : 

Mardi-Gras s'en est allé ; 

J'ons fait des crêpes, 

r n' a point mangé. (E.) 

Le mercredi des Cendres, 
Je voudrais le voir pendre; 
Le jeudi absolu (jeudi saint), 
J'voudrais le voir venu. (P.) 

On dit en manière de plaisanterie : 

Celui qui n'a qu'un zieu (qu'un œil) 

Ne voit qu'un carême en deux ans. (E., D.) 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 229 

La Mi-Carême. — On dit à la campagne : 
« Quand Madame la Mi- Carême passera, elle ap- 
portera des bonbons. » Les paysans ont person- 
nifié cette époque de l'année et ils déclarent que, 
quand elle arrive, on peut voir une belle femme 
traversant les airs et secouant dans son vol un 
cornet d'où s'échappent des friandises. 

Ailleurs, la Mi-Carême est un grand cheval 
blanc tout couvert de morues, qui passe sans ca- 
valier et distribue des morues à tout le monde. 
On lui porte du pain ou du foin. (D.) 

C'est ordinairement au pied d'une croix que 
l'on mène les enfants pour leur faire voir la Mi- 
Carême qui passe ; ils emportent un peu de foin 
pour le cheval de la Mi-Carême, et, s'ils sont 
sages, celle-ci leur fait un petit présent. (P.) 

Parfois, ils brûlent au pied d'une croix la poi- 
gnée de foin qu'ils ont apportée, et la Mi-Carême, 
si elle est contente, leur donne des rubans. (E.) 

La même croyance existe en beaucoup Je lieux. En Eure-et- 
Loir, d'après A. S. !Morin, p. 11, c'est au pied de la pierre tour- 
nante d'Ymonville que la Mi-Carèmc se montre. 

La Passion et la Semaine sainte. — L'usage 
d'aller chanter la Passion à la fin du carême sub- 
siste encore en beaucoup de communes; géné- 
ralement, ces chants commencent le dimanche 
de la Passion et continuent pendant toute la se- 
maine jusqu'au dimanche des Rameaux inclusive- 



230 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

ment; ailleurs, ils ne cessent que le jeudi saint, 
ou même la veille de Pâques. Ils ont lieu la 
plupart du temps à l'entrée de la nuit. 

Les chanteurs sont des jeunes gens qui se réu- 
nissent exprès pour aller de ferme en fermée et de 
village en village. L'un d'eux, qui se nomme le 
portons de panier, est chargé de recueillir les œufs 
qui sont habituellement la récompense du chant. 
Lorsque la bande arrive dans l'aire d'une ferme, 
l'un d'eux crie à haute voix : « Chanterons-] e? » 
(Chanterons-nous ?) 

Si on leur dit oui, ou si simplement on ne ré- 
pond pas, ils se mettent à psalmodier, sur une 
sorte de rythme traînant, une pièce de vers en 
alexandrins incorrects, qui a l'air d'un prologue 
de Mystère. La fin de chaque vers, à partir de 
l'hémistiche, se répète trois fois. 

Il y avait d'autres Passions plus longues, mais 
on ne les chante plus depuis une trentaine d'an- 
nées, à ce qu'on m'a assuré. 

La Passion du doux Jésus, — ah! mon Dieu, qu'elle est grande! 
Écoutez-la, petits et grands, — ceux qui voudront l'entend'e. 
Il a jeûné quarante jours, — quarante nuits ensemble, 
Et au bout de la quarantaine, — il a bien voulu prend'e ; 
Il 41 bien pris deux doigts de vin, — une pomme d'orange ; 
Les Juifs lui ont fait apporter — pour cinq sous de pain d'orge ; 
Il en a eu de quoi dîner — lui et tous ses apôtres ; 
Le reste qui en a resté — l'a fait donner aux pauvres. 
Saint Pierre il a dit à saint Jean : — Vous en verrez bien d'autres. 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 23 1 



Vous verrez qu'il glacera si dur — que les rochers en fendent. 
Vous verrez les petits oiseaux — en mourir sur la branche; 
Vous verrez la mer surmonter — plus haut que ces montagnes; 
\'cus verrez Jésus couronné — avec une épine blanche. 
Vous verrez sou sang dévaler — tout en levant ses manches ; 
Vous verrez sa Mère à ses pieds, — qui criera vengeance ; 
Vous verrez la terre et les cieux — se réunir ensemble ; 
Vous verrez saint Michel venir — do (avec) ses justes balances. 

Remerciements. 

En vous remerciant, mes braves gens, — Dieu soit la récompense. 
Dieu nous veuille mettre en Paradis, — vous et nous tous en- 

[serable. 

Jadis, on chantait parfois une complainte héroï- 
comique dialoguée dont je n'ai retrouvé qu'un 
fragment, assez plaisant du reste ; le voici : 

Quand saint Pierre coupit 

A Malchus l'oraïlle, 

L'bon Jésus li dit 
Tout bas dans l'oraïlle : 

— Pierrot ! — Quai ! mon bon Dieu ? 

— Rengaine ton queuté (couteau), 

Mon boudé (chéri, ami), 
Rengaine ton queuté. 

Quand on ne donne pas à ceux qui ont chanté 
la Passion, ils vont ébrancher les choux de ceux 
qui leur ont refusé. 

Lorsque le récitatif est terminé, on chante : 



232 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Si vous n'voulez reii nous donner, 
Ne nous fliites pas attendre : 
Donnez-nous la servante ; 
Le portous de panier 
Est tout prêt de la prendre. (P.) 



Ou 



Si vous n'ez ren à nous donner, 
Ne nous faites pas attendre ; 
Car il fait noir à mal marcher. 
Le point du jour s'avance. (S.-C.) 

Dans le canton de Liffrc, on termine par le 
couplet suivant, qui se chante surtout quand les 
gens ne se pressent pas de donner des œufs : 

Réveillez-vous, coeurs endurcis; 
Vot' eu paissera o les liuceux (draps). 
Si vous n'v'Iez pas nous donner d's ceu's. 

Si, malgré cette pressante admonestation, on 
ne donne rien aux chanteurs, avant de s'en aller, 
ils chantent ceci : 

Le coucou est monté dans sa chambre, 
Il a les caunes dans l'tripied. 
Et la tête dans les cendres. 
Si vous ne voulez rien donner. 
Ne nous faites pas attendre. 
Mon camarade a fret ès-pieds. 
Et moi la cuisse me tremble ! 

Voir L. Dumuys, le Chant de la Passion dans la Soloone orlia- 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 253 



i:aise, dans les Mémoires de la Société arch. d'Orléans, 1882, de 
curieux détails sur le chant de la Passion dans la Sologne. 

Si le vent est dans le haut 
Le jou' des Ramiaux, 
Faut rincer les tonniaux; 
S'il est soulair (sud). 
Faut baïre à plein verre, 
Et s'il est dans l'bas. 
Fout' les tonnes dans n'un tas. (E.) 

On croit que le vent qui souffle le dimanche 
des Rameaux, pendant l'Évangile, est celui qui 
dominera pendant le reste de l'année. Cette 
croyance, qui est répandue dans plusieurs par- 
ties du pays gallo, existe aussi à Lorient (c'est 
pendant l'élévation) et dans les environs de 
Chartres. 

Cf. Mclusine, t. I, col. 143 et 144. 

Sur la côte, le vent dominant de l'année est 
celui qui souffle pendant l'Évangile des Rameaux; 
aussi les marins sortent-ils pour voir de quel côté 
est tourné le coq du clocher. (S.-C, D.) 

Ailleurs, le vent tourne au moment où l'on 
frappe les trois coups à la porte avec le bâton de 
la croix. 

Si, pendant la procession des Rameaux, lèvent 
vient du bas (sud, ouest), il n'y aura pas de 
pommes. (P.) 

On porte les enfants à la messe; les mères 



2 34 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

sont persuadées qu'ils marchent plus vite après 
avoir assisté à la cérémonie de la procession. 

Ce dimanche est aussi celui où l'on peut le 
plus utilement consulter le sort. Pour savoir si 
on se mariera dans l'année, si on sera pris à la 
conscription, ou toute autre chose, il faut mettre 
une clé dans son livre de messe. On serre le livre, 
et on le balance au bout de la clé, et on lui fait 
sa demande; si le livre tourne du même côté que 
le soleil, ce qu'on a souhaité arrivera. (P.) 

Au moment où le prêtre frappe la porte de 
l'église, tous les serpents tombent au pied de 
la tour de Babylone, et ils ne peuvent remonter. 
S'ils n'étaient pas abattus ce jour-là, ils se met- 
traient à voler et dévoreraient les gens. (P.) On 
croit que, si les v'iins et les couleuvres ont été 
sept ans sans voir âme vivante, il leur pousse des 
ailes. (D., P.) 

Cf. Traditions et superstitions, t. II, p. 221. 

Si on porte sur soi une croix faite avec du 
laurier bénit des Rameaux, on ne meurt pas 
d'accident ou de mort subite. (P.) Le laurier 
ou le buis des Rameaux préserve aussi du ton- 
nerre. (E.) 

Croyance analogue dans les Vosges. (Cf. Mél., col. 454.) 

On place dans les champs des branches de buis 
ou de laurier bénit des Rameaux pour porter 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 235 

chance à la récolte. On en met aussi aux étables 
pour préserver le bétail des maladies. (P.) 

Si on a sur son chapeau une branche de laurier 
bénit, on peut se promener sous l'orage en toute 
sécurité. (Hénon.) 

Il f;mt bien se garder de faire la lessive pendant 
la semaine sainte : on serait exposé à voir mourir 
dans l'année une personne de la maison ou une 
des lavandières. (E., S.-C, D., P.) 

Même croyance en Poitou. (Cf. Souche, Croy., p. 9.) 

S'il pleut pendant la semaine sainte, la terre 
est altérée toute l'année. (E.) 

A Pleudihen, pendant la semaine sainte, des 
groupes en deuil vont de porte en porte chanter 
la Passion. On leur donne des œufs pour récom- 
pense. 

(B. Jollivet, t. II, p. 69.) 

Cet usage de quête aux œufs existe en beaucoup de pays, no-'"^ 
tamment en Seine-et-Oise. (Cf. Mélusine, t. I, coL 143.) 

Le jeudi saint, on cesse de sonner les cloches; 
on dit qu'elles vont à Rome pour demander au 
pape la permission de faire gras. Certaines per- 
sonnes comprennent ce qu'elles disent. Elles 
en reviennent le samedi, et alors on les sonne à 
toute volée. En beaucoup de pays, les enfants 
se rendent sur les chemins dans l'espoir de 
voir les cloches passer à leiir retour de Rome. 
(E., M.) 



236 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Pendant que les cloches vont à Rome, on ne 
bêche pas la terre. (E.) 

S'il pleut le vendredi saint, la terre est harc 
(mouillée) toute l'année. (P.) 

Qiiand il gèle le vendredi saint, les gelées ne 
portent pas (ne sont pas nuisibles) toute l'an- 
née. (E.) 

Il ne faut pas faire la lessive le vendredi saint, 
car on laverait son suaire. (S.-C.) Ailleurs, on as- 
sure qu'on brûlerait le sang de Jésus-Christ. (P.) 

On ne doit pas non plus laisser d'eau dans les 
vases de la maison : on assure que, la nuit, il y 
tombe une goutte de sang, et cela porte mal- 
heur. (P.) 

Si on bêche le vendredi saint, on creuse la 
tombe de N.-S. Jésus-Christ. On assure aussi que 
la terre saigne si on la laboure; mais il est d'u- 
sage de n'y pas toucher ce jour-là. 

La même croyance existe à Koirmoutiers. (Cf. McJusiue, t. I, 
col. 144.) 

Le vendredi saint, qu'on nomme le vendredi 
b'tii ou 7n'ni, on fait jeûner les enfants pour qu'ils 
trouvent des nids, d'où ce dicton : 

Le vendredi béni, 
r faut jeûner pour trouver des nids. (M.) 

La même coutume existe en Lorraine. (Cf. Mélusine, t. I, 
coL 142.) 



LES FETES ET LES DIVERTISSEMENTS 237 

C'est le vendredi saint qu'on met le nid dans 
la cage des oiseaux; on place un clou dans le 
fond pour empêcher les œufs de tourner. (D.) 

En Sicile {Gitbernatis, t. II, p. 29e), quand une poule couve, 
on place au fond de son nid un clou, qui, dit-on, a la propriété 
d'attirer et d'absorber toute espèce de bruit de nature à nuire aux 
poussins. 

Les œufs pondus le vendredi saint doivent être 
mangés pour se décarêmer. (S.-C.) 

Les hirondelles arrivent toujours avant le ven- 
dredi saint, pour assister à la Passion. 

Cf. dans Rolland, t. II, p. 320, une légende saintongeoise, où 
l'hirondelle passe pour avoir essayé d'arracher les épines sur la 
tète de Jésus-Christ. 

C'est aussi ce jour-là qu'on nettoie les ruches; 
on le préfère à tous les autres parce qu'il est 
béni. (P.) 

Au bord de l'étang de la Huais, à Bain, est 
une chapelle en ruine dédiée à saint Melaine. Le 
vendredi saint de chaque année, dans cette cha- 
pelle, les paysans viennent offrir au saint des 
pieds de cochons pour obtenir un temps propice 
à leurs récoltes. 

(Communiqué par M. Orain.) 

Le samedi saint s'appelle : 

Le samedi absolu 
Qui fout l'carême su' l'eu. (D.) 

Le samedi d'avant Pâques, des jeunes gens se 



238 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

réunissent pour chanter Alléluia. En arrivant dans 
l'aire, ils se mettent à chanter, et parfois ils ont 
avec eux une vielle et un violon : 

Réjouissez-vous, peuple affligé, 
Jésus-Christ est ressuscité. 
S'il ne Test pas, il le sera. 
Alléluia ! 

Puis ils demandent la permission de chanter, 
en disant : 

Chanterons-je ? 

S'ils ont obtenu la permission, ils chantent 
aussi : 

Réveillez- vous, peuple affligé, 
Jésus-Christ est ressuscité. 
En peu de temps, on le verra. 
Alléluia {quater) I 

Consolez-vous, Reine des cieux. 

Finissez vos alarmes. 
Ne permettez plus à vos yeux 

De répandre des larmes. 
Votre cher Fils est glorieux. 

Il a repris ses charmes. 

Alléluia! Mère d'amour. 

Mon aimable in cesse. 
Alléluia ! dans ces saints jours ; 

Chantons à l'allégresse, 
Reine de la céleste cour. 

Alléluia 1 sans cesse. 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 239 



Il est enfin ressuscité ; 

Nous devons tous le croire. 
A la mort il a remporté 

Une entière victoire. 
Honorons son humanité, 

Honorons cette gloire ! 
Alléluia ! Mère d'amour, etc. 

Vous aurez le contentement, 
Comme moi la première, 

Et vous jouirez paisiblement 
Des flambeaux de lumière, 

Pour épuiser paisiblement 
Des faveurs singulières. 
Alléluia I etc. 

Il n'aura plus, ce tendre Fils, 
Les épines sur la tête; 

Tous CCS maux seront ensevelis 
Dans une grande fête. 

Ornez-vous de fleurs de lis 
En chantant ses conquêtes. 
Alléluia! etc. 

Si vous n'ez rien à nous donner, 
Ne nous faites point attendre. 

Car il fait noir à mal marcher : 
Le point du jour s'avance. 

Sortez du lit sans balancer. 
Vous aurez récompense. 
Alléluia! etc. 

Remerciement : 



240 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



En vous remerciant, 
Mes braves gens, 

Le présent est honnête : 
Retournez vite vous coucher. 

Et dormez à votre aise, 
Le bon Jésus vous bénira 

Comme des gens honnêtes. 

Qiiand ils ont fini, on leur donne des œufs. 

Dans le canton de Matignon, les chanteurs ter- 
minent leur chanson par ce couplet, qui se chante 
sur l'air à' Alléluia : 

Si vous n'ez ren à nous donner, 
Baillez-nous la fille de l'hôté (de la maison) ; 
Chacun de nous l'embrassera. 
Alléluia 1 

Variante : 

Un fort panier la portera. 

Ceux qui ne veulent point donner d'œufs 
chantent le couplet suivant : 

Mes pauv's gas, v'êtes ben mal venus : 
Nos chienn's de poul's n'ont point ponnu. 
Venez demain matin ; not' chien ponra. 
Ahl mes pauv' gas ! (E.) 

Alors les chanteurs répondent : 

Si vous n'vouliez rien nous donner, 
N'fallait pas nous laisser chanter ; 
Un jour le eu vous pèlera. 
Alléluia! (E.) 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 24 1 



En vous r'merciant, mes braves quêfous (sots), 
Nous irons tous ététer vos choux, 
Et votre porée, s'i' y en a, 
Alléluia ! 

Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 125), ce sont les enfants de 
chœur qui vont à la quête aux œufs. — De même en Seine-et- 
Marne. 

Aux environs de Laval, les enfants vont de porte en porte, la 
semaine sainte, demander les œufs de Pâques, en disant : 
« Mouillorin ! La poule a-t-y pondu à matin ? » 

Si l'on veut avoir des richesses, il faut se 
rendre, la nuit, près d'un talus où il y ait des 
coudriers. Lorsque sonne le premier coup de mi- 
nuit, on saute sur le talus et l'on coupe une 
branche; mais il faut être redescendu avant que 
le dernier coup ait sonné, sinon on serait enlevé. 
On ramasse bien précieusement cette baguette de 
coudrier, et, lorsqu'on désire quelque chose, on 
est assuré de l'avoir en disant : « Par la vertu de 
ma baguette, que j'aie telle ou telle chose. » (P.) 



5 III. DE PAQUES A LA FIX DE l' ANNÉE 

PÀQ.UES. — On dit que, pendant la nuit de 
Pâques, toutes les pierres sont transformées en 
pain, et l'eau en cidre. 

16 



242 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Il y avait, une fois, un homme qui traitait 
cette croyance de farce ; il ne se coucha point et 
alja chercher une grosse pierre qu'il avait choisie 
tout exprès et de l'eau qu'il avait préparée d'a- 
vance. Au milieu de la nuit, il vit la pierre trans- 
formée en une belle miche de pain, et son eau en 
cidre. Il mangea de bon appétit et but du cidre 
en proportion; mais, quand son repas fut ter- 
miné, il ressentit de grandes douleurs; le pain 
était redevenu pierre, le cidre n'était plus que de 
l'eau, et l'homme mourut. 

(Conté, en i8Si, par J.-M. Comault, du Gouray.) 

Le jour de Pâques, les pierres de Crokélien, 
commune du Goura}-, se dérangent pour laisser à 
découvert, pendant qu-elques instants seulement, 
une barrique d'argent qu'elles recouvrent. 

Cf. sur ce trésor mes Traditions ei superstitions, t. I^"^, p. 43. 

Au Croisic, le jour de la Quasimodo, on casse 
les pots. 

(Ogée, art. Croisic.') 

Te n'ai point eu connaissance de cette coutume dans les p.iys 
que j'ai explorés; mais, à Pontaven (Finistère), j'ai vu les en- 
fants casser les pots ce jour-là. 

De Pâques à la Pentecoûte, 
Le dessert est une croûte. (D.) 

— Il est comme l'Ascension, i' ne hausse ni 
ne baisse. (P.) 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 245 

— A l'Ascension, on laisse le veau, on prend 
le mouton, 

D'après Habasque, qui cite ce proverbe, t. II, p. 197, il ferait 
allusion à la coutume des bouchers, qui ne débitent guère de 
viande de mouton que lorsque l'hiver est passé. 

Les Rogations. — Le temps qu'il fait pen- 
dant les trois jours des Rogations pronostique 
celui que l'on aura pour ramasser les récoltes : le 
lundi est pour la fands:n, le mardi pour la mois- 
son, et le mercredi pour les vendanges, ainsi que 
pour les pommes- (E.) On dit en proverbe : 

Queue Rogâson, 

Qiieue fanâson. (E.) 

Si on veut que le beurre porte médecine, il 
faut tirer les vaches tous les deux matins des Ro- 
gations, avant le lever du soleil, et aller à la 
messe. Le troisième jour, on doit riboter son lait 
avant le lever du soleil, tirer son beurre et le 
préparer, et aller à la messe. Par ce moyen, on 
obtient du beurre qui porte médecine. (P.) 

On assure qu'il pleut toujours le lundi de la 
Pentecôte. Toutes les fois qu'on chante à l'église 
le Veni Creator, la semaine est pluvieuse. (E.) 

La Pentecôte. — C'est le jour do la Pente- 
côte et le lundi suivant que commencent véri- 
tablement en Haute-Bretasfne les assemblées et 



244 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

les pèlerinages. Le plus important peut-être de 
tous, celui de Saint-Mathurin de Moncontour, a 
lieu surtout à cette époque. On y vient de fort 
loin, du pays gallo et de la Basse-Bretagne, pour 
implorer le grand saint Mathurin. Pour beau- 
coup, c'est le plus grand saint du Paradis, On 
raconte même qu'il aurait pu être le bon Dieu 
s'il avait voulu. On lui proposa la place, mais il 
refusa parce qu'il trouvait qu'elle lui aurait donné 
trop d'embarras. 

La même légende est populaire en Basse-Bretagne. (Cf. Luzel, 
Légendes chrétiennes, t. I*'; p. 2.) 

Les pèlerins amenaient autrefois des bœufs, 
qu'on offrait à saint Mathurin, et certains faisaient 
sur les genoux le tour de l'église. Maintenant, les 
pèlerins se contentent de dire des prières et d'em- 
brasser la plaque de verre enchâssée dans le front 
d'un buste d'argent qui recouvre un fragment du 
chef de saint Mathurin. 

On raconte que le buste de saint Mathurin, 
pas celui d'argent, mais un plus ancien, qui était 
en bronze, a été plusieurs fois enlevé par des 
pèlerins désireux de posséder chez eux un saint si 
puissant; mais, comme il ne se plaisait que dans 
son église de Moncontour, il y revenait tout seul 
ou forçait les gens à l'y rapporter. 

Il y a, en Haute-Bretagne même, nombre de légendes sur 
les statues qui reviennent d'elles-mêmes à leur demeure pré- 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 245 



férée. (Cf. mes Traditions et superstitions, t. l", p. 32.1.) C'est 
une croyance qui est populaire en beaucoup d'autres pays. 

Les pèlerins qui vont à Saint-Mathurin en rap- 
portent une image en plomb qui représente une 
tête assez grossière sur un buste sans bras, serré 
à la taille et couvert de boutons séparés par des 
traits en saillie. C'est un moule ancien qui sert à 
la couler. Il s'en vend bien des milliers ; les 
fidèles, en revenant, en portent à leurs chapeaux 
ou sur leurs vêtements ; elles sont attachées avec 
des rubans et des cocardes, ornées parfois de 
fleurs artificielles. Cette image préserve ceux qui 
la portent des chiens enragés, des v'iins (serpents) 
et de loutes sortes de maux. 

La Trinité. — Jadis, à la Trinité, d'après un 
ancien usage que est depuis peu tombé en dé- 
suétude, les fermiers apportaient à leur proprié- 
taire une motte de beurre et des caillebotes ; et, 
ce jour-là, il les invitait à s'asseoir à sa table. (D.) 

A la Trinité, on dit : 

Ma grand'mère vien'ra tantôt, 
Qui m' f ra des caillibotes ; 
Ma grand'mère vien'ra tantôt, 
Qui m' f ra du bon fricot. (D.) 

La Fête-Dieu. — La Fête-Dieu se nomme le 

Sac' ou Sacre. 



246 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

La Fête-Dieu est très solennellement fêtée en 
Haute-Bretagne; sur le passage de la procession, 
on tend des draps de lit ornés de fleurs, et le sol 
est jonché de glaïeuls. 

Je ne crois pas qu'il y ait actuellement des cé- 
rémonies singulières ; mais en voici une qui a 
disparu seulement dans la première moitié de ce 
siècle : 

« A Morieux, lors des processions, les petits 
enfants de la paroisse se plaçaient devant le Saint 
Sacrement et soufflaient de toute la force de leuis 
poumons dans des sifflets de plomb ou de bois. 
Ces musiciens d'une nouvelle espèce faisaient en- 
tendre les sons les plus discordants ; mais c'était 
l'usage, et personne n'en était troublé. » 

(B. Jollivet, t. P% p. 161.) 



§ IV. — LES JEUX ET DIVERTISSEMEXTS PUBLICS 

Avant la Révolution, il y avait en Haute-Bre- 
tagne un assez grand nombre de fêtes publiques 
civiles; depuis, celles qui avaient un caractère 
féodal ont disparu en même temps que les droits 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 247 

féodaux, et d'autres, telles que le tir à l'arc ou à 
l'arbalète, sont tombées en désuétude. Actuelle- 
ment, un petit nombre seulement ont résisté à 
ces causes et à la guerre que le clergé leur a faite 
pendant une moitié de siècle. Voici quelques- 
unes de celles qui ont survécu : 

Les feux de joie sont relativement rares sur la 
côte et dans les environs de Rennes; il n'y en a 
guère qu'à la Saint- Jean, et encore cet usage est 
en beaucoup de lieux tombé en désuétude, ou à 
la Saint-Pierre ; mais, dans la partie de la Haute- 
Bretagne voisine du Mené, ils sont assez fré- 
quents, et nombre de bourgs en ont deux par an, 
sans compter celui de la Saint-Jean qui est sou- 
vent allumé par un groupe de villageois sur un 
tertre ou près d'une ancienne chapelle consacrée 
à Saint-Jean. 

Il y en a un au moment de la fête paroissiale, 
et le clergé vient l'allumer processionnellement; 
le jaillissement de la flamme est salué par des 
coups de fusil. C'est une cérémonie moitié pro- 
fane, moitié religieuse, qui ne brille pas toujours 
par le recueillement. 

Les tisons des fouées faites en l'honneur des 
saints ou des saintes préservent de la foudre. 
Beaucoup de personnes en ramassent. (P.) 

Depuis quelques années; il est aussi d'usage, 
en un assez grand nombre de communes de cette 



248 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

région, d'allumer un feu de joie le 14 juillet ou 
le dimanche le plus rapproché de la fête de la 
République. 

11 y a en Haute-Bretagne un jeu qui se nomme 
écaisser (déchirer) la grenouille. Il a été décrit 
dans un conte de Paul Féval intitulé : La Gre- 
nouille. « La grenouille est un morceau de bois ; 
elle doit être bonne et ronde, et franche (polie), 
et telle que deux honnêtes gars puissent la tenir 
sans se faire mal... Deux gars sortent- des rangs. 
Ils se placent en face l'un de l'autre et se frappent 
trois coups dans la main. C'est le signal... Les 
deux gars saisissent la grenouille du mieux qu'ils 
peuvent, et tout aussitôt sous chacun d'eux se 
place une sorte de cariatide humaine qui fait 
office de poteau. Les deux gars, soutenus par ces 
piédestaux animés, prennent une position hori- 
zontale à quatre pieds du sol. En même temps, 
les paroisses rivales s'attellent littéralement aux 
jambes des champions et tirent de tout leur cœur. 
Les deux gars tiennent toujours la grenouille. 
Quand le gigantesque attelage qui tire sur leurs 
jarrets fait un peu relâche, ils essaient de tourner 
la barre et de se l'arracher mutuellement. L'un 
des gars attelés aux tibias du champion de Ces- 
son a glissé. Le contre-coup de sa chute a fait 
glisser son voisin; de proche en proche, tout le 
monde glisse et tombe... On se relève, et l'on 



LES FETES ET LES DIVERTISSEMENTS 249 



recommence à tirer, car les deux gars n'ont pas 
lâché prise. Tous deux sont tombés à plat ventre, 
tandis que leurs tenants sont tombés sur le dos; 
mais leurs mains sont rivées à la grenouille... Il 
s'agit de l'honneur de la paroisse. Les articula- 
tions craquent; on tire toujours... » 

(^Contes hrctoris, pages 149, 155, 158.) 

« Les amateurs de joutes, à Saint-Malo, la plu- 
part brevetés coquetiers, élèvent avec un soin mi- 
nutieux des coqs des races réputées les meil- 
leures. Il y a des coqs dont les victoires sont 
vantées, dont la race est ancienne, dont la gé- 
néalogie est conservée. La race du coq crâne est 
célèbre. 

« A certaines époques de l'année, les coquetiers 
avec leurs coqs se réunissent dans un parc; un 
jury est formé des plus anciens coquetiers, les 
deux coqs qui doivent combattre sont examinés, 
et les paris sont ouverts. Ensuite, on lâche les 
combattants, bien écrêtés, armés d'éperons d'a- 
cier, les plumes des ailes et du cou coupées. La 
lutte n'est pas longue; bientôt l'un des com- 
battants succombe, forcé par son rival, qui reste 
souvent étendu, ne pouvant retirer son éperon. 
C'est alors que l'on crie de toutes parts : « Il 
ç^we ! Il '^ne ! » 

« Quelques instants avant la joute, on fait ava- 
ler aux coqs des liqueurs enivrantes. 



2)0 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

« Le jour de la fête des écoliers, dans les pe- 
tites écoles de campagne, le jeudi qui précède le 
carême, chaque enfant porte à l'école, avec le 
morceau de lard qu'il doit fournir au banquet, 
son coq pour le faire se battre, avec l'éperon 
naturel, avec ceux de ses camarades. L'enfiuit 
dont le coq a remporté le plus de victoires est 
proclamé roi de la joute et du banquet qui le 
suit. « 

(Verger, Archives curieuses de la ville de Nantes, 1838 ; cité 
dans Rolland, t. VI.) 

Le jeu des combats de coqs existe toujours 
à Saint-Malo ; il a surtout lieu le lundi de Pâques ; 
voici quelques détails sur les combats de coqs que 
les écoliers faisaient jadis : 

« Quelques jours avant l'époque du carnaval, 
le coq élevé par chaque enfant pour prendre part 
à la joute était entouré des soins les plus minu- 
tieux, recevant une nourriture échauffante, telle 
que du chènevis, etc., et pour boisson quelques 
cuillerées d'alcool. 

« Le jour de mardi gras arrivé, les cnfluits, 
vêtus comme aux jours de fêtes, portant chacun 
le coq sur lequel ils fondaient les plus belles espé- 
rances, se rendaient sur le lieu du combat. C'é- 
tait habituellement dans la cour de l'école. 

« Les parents formaient la haie, et ceux coqs 
tirés au sort étaient lancés dans l'arène. Immé- 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 25 I 

diatement la lutte s'engageait et ne finissait que 
par la mort ou la fuite de l'un des combattants. 
Un autre coq était alors lancé, et le vainqueur de 
tout à l'heure recommençait la lutte. 

« La même scène recommençait ainsi jusqu'à 
ce que tous les coqs eussent pris part au combat. 

« Le coq qui avait fait le plus grand nombre 
de victimes était le vainqueur, et immédiatement 
son heureux propriétaire était proclamé roi par 
toute l'assemblée. 

« On improvisait alors un trône sur une ci- 
vière, et les quatre plus forts le promenaient en 
triomphe dans les principales rues de la commune 
en poussant des hourras. 

(( Après cette promenade triomphale, on allait 
festoyer dans un repas où chacun avait contribué 
suivant ses moyens. Les uns apportaient de la 
charcuterie, des volailles, des œufs, etc., les 
autres, du cidre, du vin, du café. 

« On riait, on s'amusait, et chacun se promet- 
tait bien de recommencer l'année suivante. 

« Voilcà pour les garçons. Mais les petites filles 
avaient bien aussi leur joute. Celle-ci consistait à 
casser le plus d'œufs possible avec le même œuf, 
en conservant ce dernier intact. 

« Les œufs apportés pour ces enfants, et qui 
s'élevaient souvent à un chiffre considérable, étaient 
répartis proportionnellement entre toutes, et celle 



252 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

qui cassait le plus d'œufs avec le même œuf était 
proclamée reine et recevait une véritable ova- 
tion. Il y en avait, paraît-il, de très habiles, et 
j'ai ouï dire que les plus fortes dépassaient leur 
douzaine. 

« Toutes ces petites fêtes ont disparu, du moins 
à Saint-Lunaire. » 

(Le vieux Corsaire, 2 mai 1883.) 

La CouRRERiE DE coas est une sorte de jeu en 
usage aux environs de Rennes. On plante dans 
la terre un piquet surmonté d'un papier; on 
bande les yeux aux joueurs, qui, chacun à son 
tour, armés d'une faux, sont placés à quelque 
distance du but. Celui qui parvient à faucher le 
piquet reçoit comme récompense un animal, soit 
un lapin, soit plus généralement un coq. Ce jeu 
s'appelle aussi « faucherie de coqs ». 

On compte les pas, et on en donne le chiffre à 
ceux qui veulent concourir. 

A Saint-Malo, d'après Verger, Archives cu- 
rieuses de la ville de Nantes, on pratiquait le jeu 
du tire-jars. Il est tombé depuis en désuétude. 

« Un jars est suspendu par les pattes à un 
•arbre, dans une avenue bordée de nombreux spec- 
tateurs. Des hommes à cheval sont rangés sur une 
file. Après avoir tiré au sort, à un signal donné, 
ils partent tour à tour, passant au galop sous 



LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 253 

l'arbre où est suspendu le jars, dont on doit arra- 
cher la tète avec la main, sans quitter la selle. Le 
vainqueur est proclamé roi; il choisit une reine 
dans l'assemblée. Chaque cavalier prend une dame 
en trousse, et la cavalcade joyeuse et bruyante se 
rend à un banquet préparé à l'avance. « 

Dans les pays que je connais, le jeu de la soûle 
a disparu ; mais il n'y a pas plus de trente ans 
qu'on le pratiquait encore, avec moins d'acharne- 
ment qu'en Basse-Bretagne, à Saint-Glen, canton 
de Moncontour, et dans les communes voisines; 
on l'a fait cesser, il y a trente ans environ, parce 
que c'était une occasion de querelles. 

Il a été jadis très populaire en Haute-Bretagne, 
ainsi que le constatent de nombreux documents; 
toutefois, il résulte de la plupart d'entre eux que, 
même avant la Révolution, on l'avait fait cesser 
en beaucoup d'endroits. 

« Jadis, à Saint-Pcrreux, le dernier marié de 
l'année, à son défaut celui de l'année précédente, 
devait fournir à Noël une souIe ou boule de bois 
que deux partis se disputaient l'honneur d'amener 
au but fixé. Cette coutume a cessé en 1680. » 

Ogée. 

Il y a des jeunes gens, parfois même des 
hommes mariés, qui vont aux pèlerinages ou aux 
assemblées exprès pour se battre avec ceux d'une 
commune voisine. (P.) C'est généralement à 



254 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

propos des sobriquets que les gens d'un pays 
adressent à leurs voisins que les batailles ont lieu. 
11 y en a eu plusieurs qui ont entraîné mort 
d'homme. Actuellement, bien que l'usage de bla- 
sonner ses voisins existe encore, ces coutumes 
barbares ont une tendance à disparaître. 




CHAPITRE III 



LA MAISON 



§1. 



LA CONSTRUCTION ET LA BENEDICTION 



w5^_-^UTREF0is, on plaçait des pierres à tonnerre 
WjA^>^\ dans les fondations des maisons; j'en ai 
^^^i cité quelques exemples, t. 1er, p. ^5^ (5e 
mes Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne ; 
les plus récents remontaient au XYII^ siècle. Ac- 
tuellement, cet usage semble complètement aban- 
donné; du moins, je n'ai recueilli aucun fait 
prouvant son emploi à l'époque actuelle. 

Quand on pose la première pierre, on frappe 
dessus; s'il y a danc la maison une jeune fille, 
c'est elle qui vient donner le premier coup de 
marteau. Elle apporte une pichetéc de cidre et tous 
les maçons l'embrassent. (D.) 



2)6 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

C'est ordinairement, un enfant qu'on monte sur 
la charpente, quand elle est levée, pour y placer 
un bouquet orné de rubans ; depuis quelques an- 
nées, en certains cas, surtout s'il s'agit d'une con- 
struction importante, on y ajoute des drapeaux. 

Le soir, on mange un coq, et à défaut d'un 
coq, une poule. (E.) 

r 
A la Neuville-Chant-d'Oisel, on sacrifiait jadis un coq pou 

consacrer l'édifice (cf. Baudry, Mélusine, t. I, col. 12). Cette 

coutume existe aussi dans l'Allier, Mél. (col. 72). 

Ailleurs, on mange une tête de veau. Le repas 
a lieu le soir, et l'on y invite les charpentiers, les 
parents et les amis les plus proches. (D.) 

Pour avoir de la chance dans une maison 
neuve, il faut tuer un coq et l'encaver au milieu 
de la place. (P.) 

Sur le faîte de beaucoup d'anciennes maisons 
de la Haute-Bretagne, châteaux, maisons bour- 
geoises ou fermes, on plaçait à l'endroit où main- 
tenant on met des boules de plomb ou de zinc 
des figures en terre vernissée. On en mettait 
aussi à terminer le haut des galeries ou des man- 
sardes. Ces figurines sont appelées par les paysans 
des « petits monsieurs » ou des « Frédérics ». Ce 
nom, plus usité dans les villes, vient de ce que 
beaucoup représentent Frédéric-le-Grand à cheval. 

La plupart de ces personnages étaient fabriqués 
à la Poterie, près Lamballe, où, dès ] 500, on 



LA MAISON 257 

trouve un Le Bourdin, potier. Cette famille en a 
fait pendant longtemps ; depuis quelques années, 
cette fabrication a recommencé ; mais les types 
actuels, qui figurent des coqs ou des gendarmes à 
cheval, sont d'un modelé lourd et grossier. Parmi 
les anciens, il y en avait de très intéressants. 

Avant d'aller habiter les maisons, on les fait 
bénir; on prétend que le diable vient dans celles 
qui n'ont pas été aspergées d'eau bénite par un 
prêtre, et que le maître serait exposé à être em- 
porté par lui. (E.) Dans les maisons non bénies, 
on oit toujours, c'est-à-dire qu'on y entend des 
bruits étranges et inexplicables. (D.) 

Quand quelqu'un quitte la maison pour se 
rendre à un lieu où il n'est jamais allé, ou pour 
faire un ouvrage qu'il n'a pas l'habitude de faire, 
on trace une croix sur la porte pour lui porter 
bonheur. (P.) On fait aussi une croix dans 1'/;;^ 
pour marquer qu'on est étonné de ce qu'un cer- 
tain individu a foit. (D.) 

PROVERBES 

Poule qui chante le coq 
Et coq qui pond, 
C'est le diable dans la maison. 

Pour faire une bonne maison, 
Il ne faut ni prêtres, ni moines, 
Ni pigeons. 

17 



258 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Maison chétive est 
Où la poule chante 
Et le coq se taît. (D.) 

(C'est-à-dire où la femme commande.) 

Belle fille, pain frais et bois vert. 
Mettent une maison à d'sert. 



§ II. — l'aménagement 

La plupart des maisons ont leur façade au midi, 
et généralement l'aire est placée au levant. Lors- 
qu'il y a un courtil derrière, une porte ouvre vers 
le nord ; mais il est rare que l'on fasse de ce côté 
d'autres ouvertures, aussi bien au rez-de-chaussée 
qu'au grenier. 

Les fenêtres sont aussi percées dans la façade ; 
jadis, et on peut le constater par les vieilles mai- 
sons qui sont encore debout, c'étaient de véri- 
tables meurtrières, qui ne laissaient passer que 
très peu de jour. L'intérieur n'était éclairé que 
par la porte, qu'on laissait pour cette raison 
presque toujours ouverte. Actuellement, dans les 
petites et dans les moyennes fermes, il n'y a gé- 



LA MAISON 259 



néralement qu'une fenêtre, mais elle est plus 
large et plus haute ; on la garnit à l'extérieur de 
barreaux de fer, précaution contre les voleurs. 

La partie de la maison où habitent les gens 
s'appelle Vbôtê; on y entre par une porte qui est 
ordinairement percée tout près du mur qui sépare 
l'hoté proprement dit du cellier ou de l'écurie; 
c'est à l'autre extrémité que se trouve la che- 
minée. 

Le seuil se nomme Vassîéde Vlm, ou le sié; (D.) 
il est généralement élevé au-dessus du sol et 
forme une sorte de banc, d'où son nom. C'est 
surtout sur l'assié de l'hu qu'a lieu le repas du 
soir en été, c'est aussi là qu'on prend le frais; 
dans les bourgs et les villages, certains assiés de 
l'hu sont des centres de réunion où se disent les 
contes, et où l'on s'entretient de la chronique lo- 
cale et des biens de la terre. 

L'hu ou la porte se compose de l'hu propre- 
ment dit, porte pleine qui n'est guère fermée que 
la nuit ou lorsque tout le monde est absent. 

Le contre-hu est une demi-porte, haute de 
ira 50 environ; elle reste presque toujours fer- 
mée, afin d'empêcher les bestiaux de pénétrer 
dans l'hôté et les enfants d'en sortir. 

Autrefois, pour fermer l'hu, il y avait une 
barre en chêne assez forte qui, pendant le jour, 
était enfoncée dans un trou carré ménagé dans 



26o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

l'épaisseur du mur; c'est de là que vient l'expres- 
sion barrer la porte, qui est encore synonyme de 
fermer. 

A une petite distance del'hu se trouve la dalle; 
elle est généralement placée le long du mur op- 
posé à la cheminée. C'est une sorte d'enfonce- 
ment qui a par le haut la forme d'un cintre très 
surbaissé ; il est haut de 2 mètres environ, large 
de i'" 50, et s'enfonce dans le mur de refend à 
30 à 40 centimètres en profondeur. C'est la dalle 
qui sert d'évier. 

Dans le bas sont placés les pots en terre de 
forme ventrue qui ont en haut une anse et sur le 
côté une sorte de goulot très court qui sert à ver- 
ser. Ils se nomment potoplons, pataplons, huards. 
On y met aussi le chaudron. Au-dessus sont les 
cuillers en bois, les assiettes, les plats, à moins 
qu'il n'y ait dans la maison un dressoir, et aussi 
les petits bassins de cuivre, mais on place aussi 
ceux-ci au-dessus des armoires. 

Dans la plupart des fermes, il n'y a au rez-de- 
chaussée ni carreau ni plancher ; la place, — c'est 
ainsi qu'on appelle le soi du rez-de-chaussée, — 
est formée de terre qu'on a débarrassée des cail- 
ioux qui pouvaient s'y trouver ; on l'arrose, par- 
fois on y met de la chaux, ou des balles d'avoine. 
Mais il faut donner de la consistance à ce sol qui 
sera souvent arrosé par les eaux ménagères, par- 



LA MAISON 261 



fois par la pluie. C'est pour avoir un sol dur et 
uni qu'on fait les fùiiJer les de place; sauf que la 
danse a lieu dans un endroit couvert, cela res- 
semble aux aires neuves; on y danse au son du 
violon, le fermier fait circuler des pots de cidre et 
le nivellement se fait gaiement. 

Ici, le clergé est intervenu et a fait son possible 
pour empêcher les fouleries de place ; elles ont 
lieu tout de même; mais les fermiers qui veulent 
rester bien avec les prêtres les font la nuit et sans 
trop de bruit. 

Il y a quelque temps, le recteur d'E... entra 
chez une fermière qui venait de faire sa place ; 
elle était bien nivelée, et il lui demanda comment 
on avait fait pour la rendre si droite. 

— Ah! monsieur le recteur, répondit la bonne 
femme, qui ne voulait ni mentir ni se compro- 
mettre, c'est à force d'aller et de veni'. 

Le mur du côté du nord est occupé par les lits 
et les armoires, mais il y a entre ces meubles et 
le mur un espace assez grand. 

Dans les fermes et dans les petits ménages, les 
presses, — c'est ainsi qu'on nomme les armoires, 
— sont assez nombreuses ; chacun des habitants 
a pour ainsi dire la sienne propre, où il met son 
linge, ses hardes, son argent et tout ce qu'il con- 
sidère comme étant réservé à son usage parti- 
culier. 



202 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

La presse la plus rapprochée du lit du maître 
est presque toujours celle qui lui est réservée. 

Dans les armoires des femmes, le linge et les 
vêtements sont rangés symétriquement ; entre les 
piles de draps de lit, elles laissent pendre des cha- 
pelets et des rubans de noces ; le bouquet de ma- 
riée et le livre de mariage sont mis en parade 
dans le devant. 

Les lits, qui sont mêlés aux armoires, forment 
pour ainsi dire avec elles une sorte de boiserie, 
qui est bien cirée et bien frottée dans les fermes 
bien tenues. C'est, en général, pendant la grand'- 
messe ou les vêpres que cet astiquage a lieu. Le 
lit à gauche du foyer, en entrant, est celui du 
maître; les vieillards occupent habituellement 
celui d'en face. 

Ces lits se composent d'une façade plus ou 
moins ornée, percée au milieu d'un trou de 1^140 
à im 50 en tous sens; c'est par là qu'on entre 
dans le lit. Cette ouverture est fermée par des ri- 
deaux le plus souvent en cotonnade de couleur. 
C'est ce qu'on appelle des lits-clos. Il y en a qui 
ont deux étages, parfois trois, très bas l'un et 
l'autre. Devant ceux qui n'ont qu'un étage est 
placée une huche qui sert à y monter et sur 
laquelle on dépose les vêtements avant de se 
coucher; c'est sur cette huche qu'on ensevelit les 
morts. 



LA MAISON 263 



Les îits à hussiaux (petites portes), qui tendent 
à disparaître, sont fermés par des portes qui 
glissent sur des rainures. Les hussiaux sont ajou- 
rés dans leur partie supérieure, et le quart de 
cercle qui est vide est orné de barreaux tournés, 
parfois assez jolis. 

Il y a aussi des lits qui n'ont qu'un hussé; en 
ce cas, la partie supérieure ajourée forme un 
demi-cercle orné de barreaux tournés qui partent 
d'un ornement central rond. 

Ceux de ces lits qui sont anciens ont une orne- 
mentation d'un assez bon aspect décoratif; les 
modernes sont ornés de simples moulures et leurs 
formes sont plus raides. Il en est de même des 
armoires; maintenant, ce sont de grandes boîtes 
massives et carrées, ornées seulement d'une cor- 
niche sans créneaux ni dessins, et de quelques 
moulures sur les vantaux ; les pieds sont en forme 
de « pieds-de-biche » massifs; chaque battant 
porte deux ferrures de cuivre, longues parfois d'un 
mètre, découpées et ciselées; c'est dans l'une 
d'elles qu'est la serrure : plus les cuivres sont 
longs, plus la maison passe- pour être riche. 

Les lits-clos, les Hts à hussiaux ou à hussé, sont 
d'un usage plus fréquent dans les Côtes-du-Nord 
que dans Tille- et- Vilaine, au moins dans les en- 
virons de Rennes. 

Il semblerait qu'en ce pays il y ait eu jadis des 



264 LE CALENDRIER, LES TR^WAUX ET USAGES 

lits moins primitifs. Il n'est pas rare, en effet, de 
trouver en IlIe-et-Vilaine, surtout dans les mé- 
nages d'une médiocre aisance, — dans les grandes 
fermes et dans les bourgs, de même que sur la 
côte, les lits dits à bateau sont d'un usage com- 
mun, — des lits à colonnes tournées en que- 
nouille, qui supportent parfois un baldaquin en 
étoffe ou en papier peint. Le bois de ces lits est 
à une petite distance de la terre, et on peut y 
monter sans avoir besoin d'un banc. La planche 
de côté, qui est en vue, haute de 0^140 environ, 
et ornée de moulures et de sculptures souvent 
assez délicates, a une échancrure plus basse de 
quelques centimètres que le haut du bois ; elle est 
ménagée au milieu et elle est assez large pour 
qu'un homme puisse s'y asseoir. 

Sur le bois des lits-clos, à l'extérieur, est sus- 
pendu un bénitier orné d'une branche de lau- 
rier des Rameaux, et, au milieu des lits et des 
armoires, il y a assez fréquemment une niche 
grossière dans laquelle est une statue de la 
Vierge. 

C'est souvent la femme qui apporte le lit en 
venant habiter la maison de son mari. 

Entre la porte et la fenêtre sont placés, faisant 
angle droit avec le mur, un lit, une armoire ou 
un dressoir; si l'espace est grand, ces trois 
meubles peuvent se trouver réunis, de manière à 



LA MAISON 26 < 



former entre eux une sorte de carré, les façades 
étant tournées du côté du spectateur. 

Il y a généralement entre le foyer et la fenêtre 
un autre lit; c'est celui des bonnes gens. Dans 
la ruelle, est souvent une petite fenêtre étroite 
comme une meurtrière et fermée par un carreau. 
Perpendiculairement à la fenêtre et cachant le 
bout du lit est placé un buffet, un dressoir ou une 
armoire, suivant les pays. 

Ces buffets n'existent pas dans tous les mé- 
nages : dans les Côtes-du-Nord, ils sont généra- 
lement de forme assez simple, et composés d'un 
avant-corps sur lequel est le buffet à panneaux 
pleins. L'ornementation consiste en moulures or- 
dinaires; seulement, les pieds ont parfois la forme 
de pieds-de-biche, et le dos est découpé. 

En Ille-et- Vilaine, vers Ercé et Betton, j'ai vu 
des buffets plus ornés. Le haut avait une cor- 
niche de forme cintrée, largement sculptée à jour; 
les panneaux, au lieu d'être pleins, étaient à jour 
et fermés par un grillage. Sur les montants, sur 
les panneaux de l'avant-corps, étaient sculptés des 
ornements qui, d'une manière générale, mais avec 
plus de sobriété, rappellent l'époque Louis XV. 
Ils sont pourtant plus modernes, quoique main- 
tenant on ait pour ainsi dire cessé de faire des 
buffets ornés. 

La table sur laquelle on mange est générale- 



266 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



ment placée de manière à être éclairée par la 
fenêtre. Elle a aux bouts des tiroirs. En lUe-et- 
Vilaine, les pieds sont tournés en quenouille, et, 
au lieu de tiroirs, il y a des coulisses ornées de 
moulures en losange qu'on fait glisser à l'aide 
d'un bouton. 

De chaque côté de la table sont placés des 
bancs. Ce sont au reste les sièges les plus usités. 
Beaucoup de grandes fermes des Côtes-du-Nord 
ne possèdent pas plus de deux ou trois chaises, 
grossièrement paillées ou simplement couvertes 
en bois. 

Les cheminées sont vastes et ont de grands 
manteaux; assez souvent, une sorte de lambre- 
quin en papier peint en fait le tour. Au-dessus 
est une tablette dont le milieu est habituellement 
occupé par un petit crucifix en bois noir, avec un 
Christ en os, d'un travail tout à fait sauvage. A 
droite et à gauche sont des chandeliers, une lan- 
terne, le fer à repasser et divers ustensiles. Au- 
dessus sont accrochés un ou plusieurs fusils. 

Le foyer proprement dit forme une sorte d'es- 
trade élevée de o^ 30 à o™ 40 au-dessus de la 
place. Cette disposition permet à la fermière de 
"fabriquer les galettes sans trop se baisser. 

Cette estrade, formée de larges pierres, est 
flanquée à droite et à gauche de bancs, générale- 
ment d'un travail assez grossier. Ces bancs sont 



LA MAISON 267 



pourtant la place d'honneur. Dire à quelqu'un : 
« Sourd'ous diqu'au (montez jusqu'au) fouyer, » 
c'est l'inviter à prendre une place honorable. Des 
deux bancs le plus honorable est celui qui fait 
face au jour. 

Il ne faut pas vendre le Christ ni les saintes 
vierges qu'on a chez soi; il vaut mieux les don- 
ner. (E.) 

Si on tue une abeille dans la maison, toutes les 
autres quittent la ruche. (D.) 

Quand on a un grésillon dans son foyer, il ne 
faut pas le tuer, car c'est la chance de la maison. 
(S.-C, E., P.) 

On ne doit pas éteindre le' feu du foyer, car on 
chasserait de la maison la Vierge, qui a coutume 
de venir se chauffer au feu des foyers qui ne sont 
pas éteints. (D.) 

Quand on voit le feu éclater en étincelles, on 
dit : « Voilà les petites bonnes femmes qui vont 
au veillouas (à la veillée). (E.) — Voilà les petites 
bonnes femmes qui vont aux noces, ou bien : 
qui vont danser. » (S.-C.) 

Si on voit des étincelles de feu sur le trépied, 
c'est signe de vent, de pluie ou de froid; on 
nomme ces étincelles des gUyous. (S.-C.) 

On dit aux étincelles ou bluettes : « Allez-va 
es noces. » 

Dans la cheminée, après l'âtre, s'élève une 



268 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



sorte de murette haute de o^- 04 à o"' 05 et 
percée au milieu d'un trou carré. C'est là qu'on 
met la cendre. Sur cette murette est placé le 
g'Uaiiné, dans lequel est fxchée la chandelle de 
rosine (résine) qui éclaire la cheminée et même 
l'hôté, le soir. 

C'est autour du foyer qu'ont lieu, pendant 
l'hiver, les travaux en com.mun, ceux du moins 
qui sont exécutés seulement par les gens de la 
maison. 

Dans l'intérieur de la cheminée sont pendus le 
galetier et quelques autres ustensiles, ainsi que le 
nombril de cochon qui sert à graisser les souliers, 
les andouilles, la saucisse, etc. 

Un assez grand nombre de fermes possèdent 
des horloges qui sont placées dans de grandes 
boîtes, parfois, mais rarement, sculptées. Autre- 
fois, il y avait des horloges avec des cadrans 
émaillés, et un mécanisme qui faisait un moine 
venir sonner l'Angélus à six heures et à midi; ac- 
tuellement, ces horloges sont très rares. 

Il y a aussi des armoires à un seul battant, 
qu'on nomme siisboiit ; souvent, ce battant était 
formé d'un devant de coffre qu'on ferrait en porte, 
sans s'occuper du dessin des panneaux. Habituel- 
lement, les susbouts sont relégués avec les vieilles 
armoires dans une pièce de décharge. Il est mal- 
séant de s'asseoir sur la met au pain. 



LA MAISON 269 

Au plafond sont attachées des claies en bois, 
dont l'une, appelée ^^rf/;(2 à pain (M.), rdté (D.), 
sert à l'usage que son nom indique; sur les 
autres, on met la filasse, les morceaux de vache 
fumés, etc. Aux poutres on suspend les hoiixpiines 
de porc, et la trochée de pommes qui doit préser- 
ver les habitants du mauvais air. 

La vaisselle est des plus sommaires; elle se 
compose d'écuelles et de plats en terre à pote- 
rie vernissée, provenant en général de fabriques 
locales. Il y a aussi des moques où l'on verse le 
cidre, des briques pour aller le tirer et des tou- 
ques pour le porter dans les champs. Les verres 
sont en petit nombre, et on n'en use guère que 
lorsqu'il vient à la ferme quelque personne de la 
ville. 

Les assiettes servent surtout pour le beurre; il 
y a quelques années, on en voyait encore qui 
provenaient des anciennes fabriques et présen- 
taient un certain intérêt artistique; actuellement, 
elles ont presque toutes disparu, et ont été rem- 
placées par de la faïence blanche de Creil ou par 
des faïences peintes des fabriques de l'Est. 

Il n'est guère de ferme qui n'ait collées au 
mur quelques images coloriées; bien qu'il y ait 
eu en Bretagne une fabrique d'imagerie populaire, 
celle de Pierret, à Rennes, c'est l'imagerie d'Épi- 
nal qu'on y voit le plus souvent. 



270 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Parmi les images religieuses les plus fréquentes 
sont Sainte Anne d'Auray, la Vierge de Pontmain, 
et d'autres vierges de vocables variés. Parfois, 
mais plus rarement, des images de saints ; c'est le 
patron de la paroisse, quand c'est un saint connu 
et réputé puissant, ou bien les saints dont les ha- 
bitants de la maison portent le nom. 

L'imagerie légendaire se mêle à l'imagerie reli- 
gieuse ; le Juif errant, Gargantua, Damon et Hefi- 
riette, Joseph et ses frères, YEnfant prodigue, sont 
les plus communes. Jadis, on voyait des batailles 
de l'Empire assez largement traitées, puis sont 
venues les batailles de Crimée et d'Italie. Depuis 
1870, l'imagerie de bataille a moins de succès. 

Dans les greniers sont remisés, pendant l'été, 
les rouets et divers autres ustensiles qu'on descend 
à l'hiver; c'est là aussi qu'on met les hers (ber- 
ceaux) quand ils ne servent plus, et l'on y sus- 
pend sur des cordes le linge sale de la maison, 
en attendant les trois ou quatre grandes lessives 
annuelles. 

Si l'on a des rats chez soi et qu'on veuille s'en 
débarrasser, il faut entrer chez un de ses voisins, 
lui prendre du pain sans qu'il le sache et le 
donner aux rats; ceux-ci quittent immédiatement 
la maison pour aller dans celle d'où vient le 
pain. (P.) Lorsqu'on a pris un rat vivant, il faut 
le rôtir un peu, puis le lâcher ; les autres, en sen- 



LA MAISOX 271 

tant l'odeur de roussi, sont effrayés et ne re- 
^•iennent plus dans le grenier. (M., E.) 

Il y a parfois un ou deux lits dans la pièce à 
;ôté de l'hôté qui sert de décharge, de buande- 
rie, etc. ; il y en a aussi dans l'écurie aux che- 
t'aux : c'est là que couche un des domestiques ou 
['un des fils de la maison. 

Autrefois, il n'était pas rare de voir une partie 
ie la maison d'habitation occupée par le bétail; 
ictuellement, sauf dans les pays pauvres de la 
montagne, le bétail a sa demeure distincte, mais 
ûle n'est assez souvent séparée que par une porte 
ie la demeure des gens. 

Les étables, les écuries, les sous ou refuges à 
Dorcs, les hangars, sont établis d'une manière va- 
■iable autour de l'aire, et ressemblent, à de mi- 
limes différences de détails, à ceux des autres 
3rovinces. 

Les aires, surtout dans l'hiver, ne sont pas tou- 
ours propres; on y laisse pourrir de la paille, 
ians le jus des amas de fumier que la pluie lave. 

Les alentours des maisons sont aussi d'une 
propreté douteuse; sauf en Ille-et-Vilaine, les 
:abinets d'aisances, qu'on nomme chiottes, n'étant 
3oint d'un usage général, le premier endroit venu, 
pourvu qu'il ne soit pas trop en vue, en tient lieu. 

Généralement, les chiottes sont établies dans un 
mgle de fossé, et se composent d'un trou sur le- 



272 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

quel est étendue une barre de bois pour appuyer 
le dos. 

Lorsqu'une aire est neuve et qu'on veut la 
rendre solide, on convoque ses voisins pour la 
pihr. 

Les piUries d'aires ont lieu après la journée 
faite, et elles se prolongent jusque vers minuit. 
Celui qui a une aire neuve fait venir un violon, 
et toute la jeunesse se réunit pour danser. Le fer- 
mier fait de temps en temps circuler des pichets 
de cidre. (D.) 

Sur les aires neuves, cf. Galerie hretonne. 



§ IIL — LES ÉTABLES ET LA BASSE-COUR 

Le produit de la basse-cour est pour les filles 
du fermier; il sert à leur habillement et à leurs 
autres dépenses. Une partie du beurre est laissée 
à la fermière pour l'entretien de la maison. (E.) 

Ailleurs, quand il y a plusieurs filles, chacune 
a en propre un certain nombre de poulets. (P.) 

On met du sel sur les litières neuves pour 
chasser les v'Hns (reptiles), qui ne peuvent souf- 
frir le sel. (E.) A Penguilly, on met du seh ou 



LA MAISON 273 



haut-bouée (sureau) sur le sol et à tous les coins 
de l'étable pour obtenir la même chose. 

Quand on cogne un palet (pieu), on met du sel 
dans le trou pour chasser les mauvaises bêtes. (D.) 

En plusieurs pays de l'Ille-et-Vilaine, on met 
un bouc dans les étables à vaches et dans les écu- 
ries. On prétend qu'il les assainit en prenant pour 
lui le mauvais air. (E.) 

Parfois, si une vache ne donne plus de lait, 
c'est qu'elle a été mise à l'étable « dans une mai- 
son bénite ». (Plouër.) 

Une croyance analogue existe en Franche-Comté (cf. Mél., 
t. I, col. 371). 

On cloue les chats-huants à la porte des granges 
pour détourner les maléfices. 

Cf. Rolland, p. 45. 



^ IV. — USTENSILES — CROYANCES ET PRÉJUGÉS 

Les couteaux coupent l'amitié ; pour détourner 
le mauvais sort, quand on reçoit un couteau de 
quelqu'un, on lui donne une pièce de monnaie : 
comme cela, le couteau n'e$t pas « donné «. 

Lorsqu'un jeune homme et une jeune fille se 

18 



274 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

font la cour, si l'un d'eux prête son couteau à 
l'autre et que celui-ci coupe quelque chose avec, 
celui qui l'a prêté dit : « Tu as coupé l'amitié. « 
(S.-C, P.) 

On ne doit pas mettre les couteaux en croix. 

Pour savoir si telle ou telle chose arrivera, par 
exemple quel sera le premier de la compagnie à 
mourir, on fait tourner les couteaux; la lame 
donne la réponse. (D.) 

Si l'on s'assied sur le siège encore chaud 
qu'une' personne vient de quitter, on sait ce qu'elle 
pense. 

Un miroir qui se casse présage un malheur. 

Si on porte un trépied à la forge pour le 
raccommoder, il ne faut pas le rapporter sur 
son épaule, il faut le traîner; si on négligeait 
cette précaution, on serait exposé à mourir. 
(S.-C.) 

Quand le trépied a les pattes en haut, on dit 
que le diable est dans la maison ; il faut se hâter 
de le retourner. 

Si une fille laisse le trépied sur le feu quand il 
ne sert plus, son mariage sera retardé de sept 
ans. (P.) 

Quand on casse un objet, le matin, on en casse 
trois avant que le jour soit fini. 

De peur d'être ensorcelées, les filles disent aux 
garçons de boire avant elles en ces termes : 



LA iMAISON ?.'/$ 



Bois le premier. 
Pour voir ta civilité. 

Bois le premier, 
J'saurai tes secrets. (D.) 

On entame le pain avec un signe de croix, afin 
qu'il ne s'en aille pas trop vite. (P.) 

On fait avec le couteau une croix sur le pain 
et on se signe. (D.) 

Il ne faut jamais poser le pain à l'envers. (D.) 

Les nids d'hirondelles ne se dénichent point. 

L'hirondelle est la chance des maisons. 

Cf. Souche (Poitou), Croy., p. 27 ; Lcoisnel de la Salle (Berry), 
t. II, p. 263 ; Monnier, p. 156. 

Les belettes portent bonheur dans les maisons. 

Cette superstition, déjà constatée par Habasque, t. I, p. 304, 
existe aussi en Poitou (cf. Souche, Croy., p. 3) ; l'antiquité la 
connaissait aussi (cf. Plaute cité par Gubematis, t. II, p. 54), 

En Basse-Bretagne, au contraire (cf. Galerie bretonne, t. II, 
p. 156), le regard de la belette porte malheur. 

Voici un moyen d'arrêter les progrès du feu. 
Un prêtre jette dans le foyer de l'incendie des 
hardes sacrées; mais il y a une condition sine 
qua non assez intéressante : il faut que le prêtre 
soit forcé d'accomplir ce sacrilège par une force 
indépendante de sa volonté. 

D'après A. -S. Morin, p. 217, en Eure-et-Loir existe la 
croyance que les prêtres peuvent, au moyeu de certains mots, 
éteindre les incendies. 



276 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Le lait de vache noire passe pour avoir la vertu 
d'éteindre les incendies. (E.) 

Croyance analogue dans les Vosges (cf. Mél., col. 502). 

Quand une maison appartenant à des gens peu 
aisés a été incendiée, l'homme ou la femme vont 
quêter pour « la fortune du feu ». On leur donne 
de l'argent et surtout des dons en nature. C'est 
un usage qui tend à disparaître. 

Il y a maintes personnes qui ne veulent pas 
qu'on fasse de croix sur leurs portes et défendent 
qu'on mette des instruments, n'importe que ce 
soit, dans cette forme, car, dit-on, ça occasionne 
la mort de quelqu'un. (P.) 



§ V. LES VEILLÉES 

Le Veillouas, ou oueillas, est une réunion où l'on 
se divertit en jouant à divers jeux, tels que le 
foutéau, à cache-cuter, au bâton, etc. 

Certaines veillées ont lieu dans les étables, 
parce qu'il y fait chaud ; on y fait une belle litière 
de paille blanche, et l'on s'assied tout autour du 
piquouau fiché en terre qui supporte la chandelle 
de résine. Parfois, tout un village se réunit ainsi. 



LA MAISON 277 

Les vaches assistent à la veillée couchées le long 
des murs; quand on danse, elles se rangent du 
mieux qu'elles peuvent. (D.) 

Les filanderies, qu'on appelle aussi fileries, ont 
lieu aussi en hiver. Ceux qui voulaient y aller 
portaient chacun un échè ou écheveau à filer ; on 
y filait généralement à la quenouille, et parfois 
trente ou quarante personnes se trouvaient réu- 
nies; il n'y avait pas jadis de semaine où il n'y 
eût quelque filanderie. On y chantait, on y disait 
des contes, on y dansait surtout, quand l'ouvrage 
était fini. (E.) 

Aux fileries, quand les fileuses rapportent l'ou- 
vrage, le soir, elles restent à s'amuser. (P.) 

Le Filouas, c'est la réunion du soir où on 
filouase, c'est-à-dire où on file, à la quenouille ou 
au rouet. Celui qui avait une bonne amie venait 
lui tourner son rouet. On y racontait des contes, 
on disait des devinailles, on chantait des chan- 
sons. (D.) 

Voici une très vieille chanson que les filan- 
dières chantaient aux veillées en suivant la ca- 
dence de leurs rouets. 

Au beau clair de la lune 

J'allais me promener ; 
Je croyais voir ma maîtresse en figure, 
Mais ce n'était que le beau clair de lune. 



278 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Rossignolet sauvage. 
Messager des amants, 
Va-t-en zy va 
Lui porter une lettre à celle-là 
Que mon joli cœur aime. 

Roussin prit sa volée. 
Au joli bois s'en va. 
S'en est allé de bocage en bocage, 
Il l'a trouvée 
A l'ombre du feuillage. 

Que le bonjour, la belle, 
Bonjour vous soit donné. 

De votre amant, 
J'apporte des nouvelles 
Si vous l'aimez autant 
Comme il vous aime. 

De l'aimer comme il m'aime, 
Cela ne se peut pas. 
Il a toujours en sa jolie croyance. 
De m'emmener dans son pays de France. 

Dans son beau pays de France, 
Non, non, je n'irai pas ; 
Je n'aurais là 
Ni germains, ni germaines, 
A qui conter mes douleurs et mes peines. 

Si fait, si fait, la belle, 

Y a des parents assez ; 
Vous trouverez des germains, des germaines, 
A qui conter vos douleurs et vos peines. 
(Environs de Loudcac.) 



LA MAISON 279 



Voici ce qui a lieu à la cuiserie ou cuirie- de. 
pommé. Après le travail de la journée, les gens de 
la ferme se réunissent pour peler les pommes et 
en ôter les pépins et leur enveloppe. Quand cette 
opération, qui dure une ou deux soirées, est ter- 
minée, on met les pommes à cuire dans de grands 
bassins de cuivre, on les arrose de cidre doux de 
temps en temps et chacun à son tour vient remuer 
le contenu du bassin au moyen d'un long mor- 
ceau de bois. 

Les cuiseries de pommé, où les voisins sont 
invités, sont l'occasion de réjouissances et de jeux 
qui se prolongent bien avant dans la nuit. Elles 
ont lieu en général le samedi, parce que les gens 
qui y ont assisté peuvent se reposer le dimanche. 

Ce pommé est une sorte de confiture que les 
fermiers et leurs gens étendent sur le pain au lieu 
de beurre pendant l'hiver; le goût en est très 
agréable. (E.) 

Pour les àrracheries de lin, on se réunit en 
grand nombre, car c'est une partie de plaisir, et 
l'on n'est point payé. On arrache le lin, on 
Vègrouge pour en faire sortir la graine, puis on le 
met à rouir. Quand l'ouvrage est terminé, le fer- 
mier donne à manger et à boire à ceux qui l'ont 
aidé, et il fait venir un violon ; alors on se met à 
danser tout le reste du jour. (D.) 

Aux Brâries (réunion où l'on broie le chanvre), 



28o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

la compagnie n'est pas très nombreuse; elle se 
compose, en général, de sept ou huit filles au 
plus. Chacune apporte sa hrd elle-même ; mais c'est 
presque un déshonneur pour celle qui est obligée 
de la remporter toute seule; aussi, les jours qui 
précèdent la brârie, les filles ont soin d'inviter 
leurs galants à venir remporter la brâ. Le galant 
met l'instrument sur son épaule, et il l'emporte ; 
mais souvent, lorsqu'il arrive à un échalier, il la 
pose dessus, et se met à causer avec sa bonne 
amie. (D.) 

A toutes les ctrâries (c'est ainsi qu'on nomm.e 
les réunions un peu nombreuses de travailleurs 
ou de travailleuses), on donne un bouquet à la 
première rendue. (P.) 

Aux Pêsseleries, où l'on arrange le chanvre, 
quand la besogne est terminée, les garçons vont 
chercher la. fivme et le pêssé des jeunes filles; on 
danse avant de s'en aller. 

Parfois, les garçons vont cogner \qs pêsselîoiières ; 
ils se réunissent deux ou trois, et, avec un bâton, 
frappent sur le haut du pêssé, puis ils oftVent du 
tabac à la. péssellouère ; pendant ce temps-là, l'autre 
garçon les embrasse toutes. (P.) 

Les érusseries de chanvre se terminent par des 
danses, des chansons, des contes. Elles se font 
parfois en plein air, à la claire, c'est-à-dire à la 
clarté de la lune. (E.) 



LA MAISON 281 



Jeux à la tnaison. 

Deux personnes sont assises par terre pied à 
pied, et elles saisissent un bâton; il faut que l'un 
des joueurs enlève son partenaire sans pour cela 
cesser d'être assis. C'est le jeu du court-bâton. 
(P., D.) 

On se place dos à dos, les bras passés les uns 
dans les autres, et on dit : 

— Je vends l'avoine (en soulevant). 

— Je la rachète (l'autre soulève). 

— Dans n'un bissa'. 

— Le eu à plat. 

A ce moment, il faut que les joueurs tombent 
par terre et se relèvent sans cesser d'être dos à 
dos et pris par les mains. (D.) 

On allume une paille de glé (glui), et l'on dit 
en faisant tourner la paille enflammée : 

— Achète moricaud. 

— Combien? 

— Cinq sous, s'i' les vaut. 

— Et s'i' n' les vaut pas? 

— Tu en rabattras. 

— Et s'i' meurt? 

— On r chargera comme un bœu'. 

Si le feu meurt avant qu'il soit acheté, on dit : 
« Chargé comme un bœu' ». Si le feu n'est pas 



282 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

éteint, c'est celui qui le faisait manœuvrer qui est 
pris. On le charge de tout ce qu'on trouve dans 
la maison, et, pour être déchargé, il faut qu'il 
dise avec qui il se mariera. On joue à ce jeu dan- 
gereux dans les étables. (D.) 

Deux chaises sont placées dos à dos ; il faut se 
placer la tête sur l'une d'elles et s'asseoir sur 
l'autre sans se laisser tomber. 

On pique aussi dans la place une épingle à pié- 
cette; pour réussir à ce jeu, il faut se coucher sur 
le dos, et avec la bouche, sans se relever, ramas- 
ser l'épingle. 

Pour tuer la chandelle, on se met à marcher sur 
les mains, les pieds étant suspendus à une corde 
attachée au plafond ; il faut ainsi arriver au foyer 
et éteindre, en soufflant avec la bouche, la chan- 
delle de résine. (P.) 

On met un trépied dans la place, et à une pe- 
tite distance on jette un sou ; celui qui peut, les 
deux pieds sur le trépied, attraper le sou avec les 
dents, est réputé adroit. (P.) 

On joue aussi à saisir un bâton avec les deux 
mains, le bout reposant à terre, et à passer la tête 
e4itre les mains et le bâton. (P., D.) 

Deux hommes prennent un morceau de bois 
assez fort, qu'ils placent sur leur épaule et re- 
tienneiit solidement ; un autre homme, — il faut 
qu'il soit leste et solide, — saute sur ce bois, et 



LA MAISON 283 



passant les pouces dans la parceinte de son panta- 
lon et appuyant les autres doigs sur son ventre, 
il se met à tourner autour du bâton, comme on 
tait au trapèze. Cela s'appelle rôti' la ouêe (rôtir 
l'oie). (P.) 

Le jeu de fare-fare se passe ainsi qu'il suit : 
Les hommes sont assis sur les maies placées 
devant les lits ; l'un d'eux corde bien dur un 
mouchoir et le passe à ses voisins, qui ont tous 
les mains derrière le dos. Lorsque celui qui est 
dessous et qui est seul au milieu de la place s'y 
attend le moins, il reçoit sur les épaules ou sur le 
dos un coup de mouchoir bien appliqué ; mais, 
dès que le mouchoir a frappé, on se hâte de le 
faire filer de main en main par derrière le dos ; 
car si celui qui est dessous pouvait l'attraper, 
celui auquel il l'aurait pris irait le remplacer. (P.) 
On demandait aux nouveaux venus : 

— Sais-tu comment on mène le crapaud à son 
pertus (trou)? 

— Non. 

— Monte sur mon dos. 

Quand le garçon était monté sur le dos de 
celui qui devait lui enseigner le jeu, celui-ci se 
mettait à quatre pattes et disait à l'autre de tâ- 
cher d'allonger aussi ses mains, et d'appuyer sur 
la terre pour le soulager. Un troisième garçon 



284 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

avait embrené un bâton et le passait entre les 
jambes de celui qui faisait le crapaud. Le naïf 
qui était sur son dos n'apercevait pas le bâton 
embrené ; il mettait la main dessus, et les autres 
se moquaient de lui en se bouchant le nez. 

Un autre jeu consistait « à sarcler la porée 
(poireau) ». Pour cela, il fallait être trois. Celui 
du milieu était attaché avec un mouchoir à la 
jambe de chacun de ses voisins. D'autres ve- 
naient chatouiller ceux-ci, qui s'écartaient, et fai- 
saient faire à leur compagnon le grand écart. On 
faisait surtout ces tours aux gens pas trop fins. 

Le plus souvent on « pilait la vache ». Piler la 
vache, c'est danser dans l'étable. Quand le filouas 
était nombreux, on invitait un joueur de violon, 
et, la tâche de chacun accomplie, on faisait sortir 
les vaches de leur étable, on les attachait autour, 
et on dansait sur le fumier. Les filles avaient soin 
de tirer au tonneau une dame-jeanne remplie de 
cidre, qu'on faisait circuler à la ronde. Parfois, 
la danse durait jusqu'à trois heures le matin. (D.) 

Faire danser la « jument maigre », c'est mettre 
entre les jambes d'une fille un bois qui est tenu 
à chaque bout par un homme, et sur lequel on 
secoue la fille. 

Après chaque danse, on s'embrasse. 

Voici une chanson qui accompagne une sorte 
de danse, où les danseurs et danseuses font les 



LA MAISON 28$ 



gestes indiqués par les paroles. Cette danse a lieu 
aux champs, aux veillées, partout où l'on a envie 
de danser, mais où il n'y a pas de violon ou de 
vielle. Les danseurs sont deux par deux : 

Quand mon père 
Semait son aveine, 
Il la semait 
Comme ci, comme ça. 

{Tout le monde fait le geste de semer.) 

Et puis se reposait, 
Comme ça. 

{A ce dernier mot, chacun se redresse et reste immohilcj 
les bras croisés.) 

Frappons du pied, 
Frappons d'ia main. 
Un tour de main 
A son voisin. 

(Le danseur, après avoir frappé des pieds, battu des 
mains, prend sa danseuse et la fait tourner.) 

Quand mon père 
Hoùtait son aveine. 
Il la hoùtait 
Comme ci, comme ça. 
Et puis se reposait 
Comme ça. 

Frappons du-pied, etc. 



286 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Quand mou père • 
Serclait son aveine. 
Il la serclait, etc. 

Quand mon père 
Sciait son avoine, 
Il la sciait, etc. 

Quand mon père 
Enjav'lait son aveine. 
Il l'enjav'lait, etc. 

Quand mon père 
Emportait son aveine, 
Il l'emportait, etc. 

Quand mon père 
Battait son aveine. 
Il la battait, etc. 

Quand mon père 
Ventait son aveine, 
Il la ventait, etc. 

Il y a aussi une sorte de chanson didactique où 
l'on décrit la façon dont se fait l'habit ; au re- 
frain, on doit tomber assis par terre comme les 
couturiers. 

Les lessives. 

Il ne faut pas la faire pendant la semaine sainte, 
ni dans les Avents ; celaporte malheur. (E.) 



LA MAISON 287 



Si on a des malades dans la maison et qu'on 
fasse la buée, ils sont exposés à mourir. (L.) 

Il ne faut point semer la cendre sur les foyers, 
si on veut avoir beau temps pour la buée. (S.) 

Si l'on fait la lessive le Vendredi-Saint, on 
lave son suaire. (S., C.) 

Quand Gribouille mène la buée, 

On n'ia sèche pas sans plée (pluie). (P.) 

Les lessives de nuit ont lieu dehors, dans la 
belle saison ; on choisit, en général, une nuit où 
il fait clair de lune. Les jeunes gens y viennent 
de loin, surtout quand il va de belles filles aux 
environs. 

Ce sont les bonnes femmes qui s'occupent du 
cuvier et de la poêle où bout l'eau de la lessive. 
C'est un spectacle pittoresque de voir les flammes 
briller la nuit, tandis que les garçons et les filles 
dansent ou chantent. 

Quand les honshommes, c'est-à-dire les person- 
nes âgées, sont couchées, on va tirer du cidre par 
le petit fossé, et l'on s'amuse de son mieux, sou- 
vent fort avant dans la nuit. (D.) 

Dans les endroits où la lessive de nuit est 
moins nombreuse, les garçons s'amusent à lever 
une pelée pleine d'eau bouillante. 

On y dit des contes, des devinettes, etc. (P.) 



LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



La fabrication du cidre. 

Je ne connais pas l'usage superstitieux se rap- 
portant à la fabrication du cidre ; d'après une lé- 
gende du Morbihan français, d'Amezeuil : Légen- 
des du Morbihan, p. 175, un homme, jaloux de 
son voisin, voit le Diable qui, sous la forme d'un 
scarabée, lui propose de se venger ; le voisin 
accepte. Depuis ce temps, le cidre du fermier 
auquel il en voulait devenait du poiré très 
aigre, et toutes les nuits on entendait piler dans 
son pressoir. Le fermier va consulter le recteur, 
qui lui conseille de regarder par le trou de la ser- 
rure; il le fait et voit son voisin qui pilait des 
pommes, tandis qu'un gros cerf-volant, assis sur 
le bord de l'auge, l'éclairait en le regardant. Le 
recteur, averti, fait une composition de résine, de 
mélasse et d'eau bénite, et la remet au paysan 
qui en enduit l'auge. A minuit, celui-ci voit arri- 
ver son voisin porté entre les ailes du cerf-volant. 
Il appelle ses voisins, et le recteur exorcise le 
Diable et le condamne à recevoir trois cents coups 
de pilon, et toutes les nuits à venir piler, jusqu'à 
la consommation des siècles, pendant trois 
heures. C'est depuis ce temps qu'on entend le 
pilou de nuit. 

En pilant les pommes, on chante : 



LA MAISON 289 



Je voudrais voir le pichier, le pichier, 
Je voudrais voir le pichier su'la maie. (P.) 



Ou: 



La grand'vache noire 
A dit au poulain 
Qu'fallait manger l'herbe 
Et laisser le foin. 
Dansons sur le mulon, 
Le mulon, le mulon ; 
Dansons sur le mulon, 
Le mulon de foin. 



Ou 



Pilons des pommes de Marine Aufra ; 
J'nous en irons quand i'f ra na (noir). 
Ah ! ah ! ah ! petit bonnet, grand bonnet ! 
Ah 1 ah ! ah ! petit bonnet tout rond. (D.) 




19 



CHAPITRE IV 

LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 

§ I. — LA TERRE ET LES TRAVAILLEURS 



^^N dit de la terre qui est bien ascoiilagée, 

m' 



^PJ c'est-à-diœ qui .1 la pente au midi, du 



côté du soleil, qu'elle est « tournée du côté 
du bon Dieu ». Celle au contraire qui a la pente au 
nord « tourne le dos ou le cul au bon Dieu ». (P.) 

Le docteur Fouquet (Légendes du Moroihmi) ra- 
conte qu'un paysan de sa connaissance rompit 
un mariage parce qu'il s'était « avisé que toutes 
les terres de sa promise avaient pente au nord, et 
tjue celles-là ne grainent point ». 

On dit d'un mauvais terrain : 

— Il en faut cinq jours (deux hectares et demi) 
pour nourrir un lièvre. 

Les landes du Mené sont appelées le pays de 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 29 1 

« dessous les lieuves », et l'on assure qu'on en a 
une hnchée, c'est-à-dire tout l'espace où peut por- 
ter la voix, pour cent francs. 

Travailler en mauvaise terre, c'est manger du 
pain et ne point en ramasser. (P.) 

Déplacer les bornes d'un champ est un crime 
qui s'expie durement dans l'autre monde. On 
raconte plusieurs légendes de revenants condam- 
nés pour ce fait à une pénitence. 

Il y avait une fois un homme avare qui, pour 
gagner quelques pouces de terre, déplaça une 
bonne qui le séparait de son voisin. Celui-ci, qui 
n'aimait point les procès, ne se plaignit point, 
disant que son voisin eri rendrait compte dans 
l'autre monde. L'homme mourut, et toutes les 
nuits, il revenait dans le champ, et il répétait, en 
tenant la borne entre ses bras : « Où la met- 
trai-] e ? Où la mettrai-je? » Tout le monde se 
sauvait sans répondre. Un soir, le voisin au pré- 
judice duquel la borne avait été déplacée reve- 
nait du bourg, où il avait un peu bu. Il entendit 
crier : « Où la mettrai-je ! où la mettrai-je ! » — 
« Où tu l'as prise ! » lui cria-t-il. — « Voilà qui 
est bon; je te remercie, » dit le revenant, qui alla 
aussitôt replacer la borne ; et, depuis ce temps, 
jamais on ne l'entendit plus. (P.) 

Souvent deux personnes réunissent leurs che- 
vaux pour labourer : cela s'appelle soudîer, d'où 



292 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

souétier (S., D.) et sosson (Tréveneuc, E.), nom 
donné à chacun des associés. 

Il y a quarante ans environ, quand on était 
debout avant le jour, on chantait en l'attendant 
la chanson suivante : 

Je sais bien z'un nid de lieuve ; 

Mais le lieuve n'y est pas. (bis) 

Le matin quand i'se lève, 

l'se lève dans tous ses draps. 

Le point du jour arrive, arrive, 
Le joli jour arrive va, 

I'se lève dans tous ses draps ; {Us) 

Mange va ton écullée 
Pleine de mouche' et de limas. 
Le point du jour, etc. 

Pleine de mouche' et de limas. (Ins) 

Ah ! je n'ai pas dongier (répugnance) des mouches, 

Comme j'ai de si gros limas. 
Le point du jour, etc. 

Comme j'ai de si gros limas, (Jbis) 

Les mouche' i'vont à la messe ; 
Mais les limas n'y vont pas. 
Le point du jour, etc. 

Mais les limas n'y vont pas. {bis) 

Les mouche' il' embrassent les filles ; 
Mais les limas n'ies embrassent pas, (his) 

Le point du jour arrive, arrive, 
Le joli jour arrive va. (P.) 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES iMARCHÉS 295 

A Plouër, comme dans beaucoup de communes 
voisines de la mer ou de l'embouchure de la 
Rance, il y a une saison de l'année où les hommes 
sont absents. Autrefois les chevaux y étaient 
rares, et c'était, paraît-il, l'usage que les femmes 
se missent à la charrue parfois en compagnie d'un 
âne. Un jour, une bonne femme était ainsi atte- 
lée, et son mari — un homme âgé — tenait la 
queue de la charrue et un petit garçon conduisait 
l'attelage. 

Comme à un moment, la femme, fatiguée, ne ti- 
rait plus que mollement, son mari cria au petit gars : 

— Touche ta mère, gars, l'âne la gagne. 

Lorsqu'on va travailler dans les champs, c'est 
le dernier levé qui porte la lue (le pot au cidre) ; 
les autres le font agacer en le lui disant et en 
criant : « A la bue ! à la bue ! » 

Quand on est à achever une besogne, le der- 
nier qui quitte l'ouvrage « a Jeannot «. (P.) 

Lorsqu'on porte à raccommoder un croc ou 
une houe, il faut le prendre par les dents et non 
par le manche ; on deviendrait bossu, si on négli- 
geait cette précaution. (S.-C.) 

Il ne faut pas passer par-dessus les bras d'une 
charrette, cela porte malheur et l'on est exposé à 
verser. Si quelqu'un l'a fait par mégarde, il faut, 
pour détourner le présage, qu'il repasse une se- 
conde fois. 



294 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Cf. sur l'enfant qu'on passe par-dessus la table, la Gnlerie 
bretonne, t. I, p. 58. 

Ce n'est pas le seul cas où en repassant on détruit le mau- 
vais présage. La musaraigne, qui fait crever les cochons quand 
elle passe sur leur dos, est sans danger pour eux si elle passe 
une seconde fois. 

Lorsqu'un maréchal ferre une charrette et qu'il 
ne reste plus que quelques clous à enfoncer, il 
met sur les derniers clous un ornement en forme 
de fleur, et il va chercher pour les cogner une 
des filles de la maison, qui lui donne une petite 
pratique. (P.) 



§ IL — LES TRAVAUX DE LABOUR 

Labourer, c'est cotir (casser) la tête aux cra- 
pauds. (P.) 

On appelle aussi les laboureurs coupoiix de 
iusins (coupeurs de vers de terre). 

Aux fouieries de- jans, c'est-à-dire quand on dé- 
fonce les champs où il y avait des ajoncs, ceux 
qui les défouissent sont nombreux ; il y en a par- 
fois jusqu'à trente. Lorsqu'ils ont envie de boire, 
ils houpent (crient en faisant : Hou ! hou ! hou !) 
pour avertir ceux de la ferme qu'ils ont soif; et 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 295 

avant de reprendre leui besogne, ils houpent en- 
core, pour remercier ceux qui leur ont apporté à 
boire. 

L'ouvrage terminé, on danse ou on fait divers 
jeux. 

Faire une Barrer le, c'est défouir une lande ; 
vers le Mené, les barreries étaient très fréquentes 
jadis, parce qu'il y avait de vastes espaces qui 
maintenant sont en culture. 

Lorsqu'il y avait une barrerie, il venait du 
monde de tous les coins du pays, et la réunion 
était fort nombreuse. De chaque ferme, on venait 
apporter du lait pour faire des calibotes tornées 
(caillebotes), et l'on donnait des bouquets aux 
femmes qui venaient le porter. 

Chaque fouisseur avait sa tâche, et celui qui 
l'avait terminée le premier était récompensé par 
un bouquet ; il l'offrait à la jeune fille qu'il choi- 
sissait, et quand, la besogne finie, on se mettait 
à danser, c'était lui qui était son cavalier pour 
toute la soirée. (Trébry.) 

On ne laboure pas la terre, on ne la bêche pas 
pendant que les cloches sont à Rome, c'est-à-dire 
le jeudi et le vendredi saint. 

Pendant les Trécoles (voir mai), on ne sème 
pas de grain. 

Il ne faut pas semer la tremène un jour où il 
y a un R. 



296 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGBS 

Après les éfonceries (le défonçage), on joue des 
jeux et on danse. 

Pendant l'éfoncerie, c'est un point d'honneur 
d'arriver à faire le premier sa passée. 

Les Ètrâries sont les réunions de journaliers et 
de fermiers pour la moisson, la fenaison, etc. (P.) 



§ III. — LES SEMAILLES 

« A Planguenoual, à la chapelle Saint-Michel, 
a lieu, le lendemain de la fête, la bénédiction des 
semailles. Chaque cultivateur apporte un échan- 
tillon des blés qu'il se propose de mettre en terre, 
et le mêle ensuite à ceux qui sont destinés aux 
semences. » (Ogée, nouvelle éd.) 

A Matignon, la même coutume existe, mais la 
bénédiction a lieu le jour de la Saint-Michel. 

A Renac (Morbihan français), les laboureurs 
apportent leurs grains à bénir le jour de la Saint- 
JuHen. (Légendes du pays deChâteauhriant, p. 197.) 

« Trois fois par an, à la chapelle Saint-Jugon, 
à La Gacill)', a lieu la bénédiction des semences. 
Une messe spéciale y est célébrée le i'^'' mars pour 
le lin et le chanvre, l'un des jours des Rogations, 



LES TRr.VAUX DU DEHORS ET LES AL^RCHÉS 297 

pour le blé noir, et la première semaine de no- 
vembre, pour le seigle. Les laboureurs s'y ren- 
dent avec de petits sacs de semences, qui sont 
bénits à l'issue de la messe. Ces semences sont 
mêlées ensuite à celles qui doivent être confiées 
aux sillons. » (Ogée.) 

Naguère encore, on jetait de l'eau bénite sur 
les semences, ou on en arrosait les champs, afin 
que la récolte fiât plus abondante. 

On mettait aussi tout autour des champs en- 
semencés du laurier bénit pour préserver la récolte 
de la grêle et attirer les bénédictions du ciel. 
Cela ne se fait plus. (P.) , 

Époques oh l'on sème. 

On sème : 

Les fèves, le jour Sainte- Agathe (5 février). 

Les citrouilles, le même jour. 

Les navets de quarante jours, à la Saint-Bar- 
nabe (11 juin); à la Sainte-Anne. 

Les pois, le jour de Sainte- Cécile. 

Le chanvre, tous les jeudis du mois de mai. 

Il faut semer le chanvre le 25 avril; sans cela, 
il y en aurait peu ou point. 

Lorsqu'il est semé dans la vêprée (l'après-midi), 
les oiseaux le mangent. 



298 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Si on le sème le jour de Saint-Marc, il fourche, 
c'est-à-dire jette des branches, et il n'est pas si 
bon. (P.) 

Si on sème les choux dans le croissant, ils mon- 
tent plus vite. (P.) 

Le premier vendredi du mois est un jour favo- 
rable pour ensemencer. (P.) 

Quand on sème le froment dans le croissant, il 
mieuîe (charbonne). 

Si, au contraire, on le sème dans le décours, il 
ne mieule pas. (P.) 

Lorsque l'on voit les feuilles des arbres tomber 
de bonne heure, on dit qu'il faut ensemencer son 
blé bien vite pour avoir une bonne récolte ; si les 
feuilles, au contraire, ne se pressent pas de tom- 
ber, il ne faut pas non plus se presser de 
semer. (P.) 

Quand on sème l'avoine dans le croissant, elle 
n'est pas si noire que si l'ensemencement a lieu 
dans le décours. (P.) 

Avaïne su avaïne, 
Va te faire fout' et point d'avaïne. (P.) 

- Ce qui veut dire qu'on doit varier l'assole- 
ment. 

Le seigle doit être mis en terre au moment où 
tombent les feuilles des arbres. (P.) 

Il faut faire toutes les petites sémeries dans le 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 299 

dêcoâ (décours de la lune) ; pour planter, l'époque 
est moins importante. 

Si on sème le premier vendredi du crèssent, 
« i'vaut l'décoû ». 

Si on sème les pois, ou si l'on plante les choux 
dans le crèssent, ils ne guernissent pas (donnent 
pas de graine); ils poussent en hauteur et ne 
pomment pas. (P.) 

Il vaut mieux semer du froment dans le décoû 
que dans le crèssent, car le froment ne miellé 
pas. 

L'avoine semée dans le décoû n'est pas aussi 
blanche que celle mise en .terre dans le crèssent. 

Le blé noir, semé également dans le décoû, 
lève mieux. 

Si on ne sème pas les choux jaunes dans le 
décoû d'août, ils gèlent en hiver. (P.) Si on les 
sème dans le décoû, ils pomment mieux. 

Il vaut mieux mener le fumier dans le décours, 
car les vers ne se mettent pas dedans. 

Le cidre fabriqué dans le décours vaut mieux 
que celui qui est fait dans le croissant. (P.) 

On sème la vesce dans le croissant, car si on la 
semait dans le décours, elle ne grainerait que sur 
la tige et n'aurait point de branches. 

On sème les pois dans le décours ; si on les 
semait dans le croissant, ils viendraient tout en 
ramat (seulement en tiges). (E., P.) 



300 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Il en est de même de la treniène (trèfle rose) ; si 
on la semait dans le croissant, les vaches qui en 
mangeraient enfleraient. 

Les carotte' et les panas 
Qiii n'doivent pas perd'e une nuit d'Mâr'. (P.) 

C'est-à-dire qu'il faut semer avant le premier 
mars. 

A la Saint-Georges, 
Il faut faire de l'orge. 

Saint Jean ne veut pas qu'on sème du blé noir, 
car il n'aime pas les galettes ; mais saint Pierre, 
qui les aime, veut qu'on sème du blé noir. Quel- 
quefois les deux saints sont en dispute à ce sujet, 
mais le bon Dieu favorise tantôt l'un tantôt 
l'autre, suivant qu'il fait bien ou mal pousser le 
blé noir. 

Quand il n'y a pas de blé noir, saint Jean est 
content et saint Pierre est en colère. Quand il y a 
du blé noir, saint Pierre est content et saint Jean 
en colère. (P.) 

Sème ton blé neir quand tu voudras, 
A quatorze semaines tu l'auras. (P.) 

Le jour Saint Barnabe (ii juin) est un mau- 
vais jour pour ensemencer le blé noir. 

Blé noir sur blé noir, 
Va te faire foute' et point d'blé nai. (P.) 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES :>L\RCHÉS 3OI 

Aiinée de châtaignes, année de blé noir. 

Quand la larve du hanneton ne sort point de 
terre, l'année est mauvaise en sarrasii^. 

Quand le blé noir est fait dans le croissant, il 
reste toujours blanc et ne mûrit pas. (P.) 

Qui gagne en premier 
N'est que bourrier. (P.) 

On dit cela des récoltes, quand elles sont trop 
fortes au commencement ; souvent au moment où 
on les coupe, elles ne valent presque rien. 



5 IV. — LA RÉCOLTE DU FOIN' 

Même en Ille-et-Vilaine, où les travaux sont 
d'une semaine ou deux en avant sur les Côtes- 
du-Nord, il est rare que l'on mette la faux dans 
la prairie avant le 24 juin ; c'est même à la Saint- 
Pierre (29 juin) qu'a lieu la foire aux domestiques 
de Rennes, où les faucheurs viennent se louer. 

La faux est emmanchée d^ns un bois de saule, 
terminée par un bout pointu en fer qui sert de 
contre-poids pendant la fauche, et qu'on fiche 



302 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

en terre pendant qu'on aiguise la faux. Ailleurs, 
l'extrémité de la hante, opposée à celle oia est 
fixée la lame, est recourbée, de manière à former 
contrepoids à la lame, lorsque l'instrument est en 
mouvement. 

Outre le temps delà mèrienne, où les faucheurs 
dorment, ils ont deux à trois heures au milieu de 
la journée pour leur repos et pour battre les faux; 
mieux une faux est battue, mieux elle coupe ; 
c'est ce qu'exprime le dicton : « Un bon ûmcheur 
fauche d'assis. « (P.) 

Pour aiguiser leur faux, ils ont une pierre qui 
est mise dans une corne suspendue entre les 
jambes du faucheur; cette corne se nomme couyé. 

Pendant la faucherie, les faucheurs s'amusent 
à faire chanter leur faux en frappant la lame 
d'une certaine façon avec la pierre. C'est un ta- 
lent très apprécié. 

Le foin fauché avant la Madeleine est le meil- 
leur; la rosée fait noircir celui qui a été coupé 
après, et les chevaux ne l'aiment guère. Les la- 
boureurs prétendent, au reste, reconnaître aux 
déjections d'un cheval s'il a mangé du foin coupé 
avant la Madeleine ou après. Dans le premier 
cas, les couennes (crottin) flottent sur l'eau ; dans 
le second, elles sont lourdes et vont au fond. (P.) 

Lorsqu'on est à faner, si on voit un étourUllon 
qui soulève le foin dans la prairie, il faut se hâter 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 30 



?^) 



pour le chasser d'ouvrir son couteau et de le 
jeter la pointe tournée du côté du tourbillon. 

Q.uand il survient un tourbillon, on dit que 
c'est le diable qui emporte quelqu'un; comme la 
personne enlevée résiste, le diable s'efforce de 
l'entraîner, et c'est pour cela qu'il fait des dégâts 
sur sa route. Pour l'empêcher d'enlever le foin, 
il faut jeter dedans un couteau ou un gavelot 
(fourche à deux dents). On y croit encore. (P.) 

Un jour une personne, qui avait ainsi lancé 
son couteau, entendit sortir du tourbillon une 
voix qui disait : « Merci, vous m'avez délivrée. « 
On pense qu'il y a dans les tourbillons un sorcier 
ou un lutin. 

Ils passent pour avoir une grande puissance ; 
on cite une jeune fille qui fat, assure-l-on, trans- 
portée à deux lieues loin, sans avoir eu aucun 
mal, et presque sans s'être aperçue du voyage. (E.) 

Il y avait une fois des gens qui éîaieat à faner, 
quand survint un tourbillon. Une servante, qui 
avait son couteau ouvert, le lança au milieu. Le 
tourbillon se dissipa, au grand contentement des 
faneurs, qui croyaient que le diable était dedans. 
On chercha partout le couteau, mais on ne le 
trouva point, et tout le monde pensa qu'il avait 
dû se piquer dans le corps d'une personne que le 
diable emportait. 

Un jour que cette servante était à laver dans 



304 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

une maison, elle reconnut son couteau entre les 
mains d'une jeune lavandière; elle lui demanda 
où elle l'avait pris. La fille répondit qu'elle s'était 
vendue au diable pour être riche,, car elle était 
ennuyée de travailler; mais le diable l'avait em- 
portée dans un tourbillon. « Sans le couteau que 
vous m'avez lancé dans le front, ajouta-t-elle, et 
qui fit couler mon sang, j'étais perdue. « 

(Conté en 1882 par Toussaint Le Parc, du Gouray, âgé de 
soixante-six ans.) 

D'après un autre conte, un homme lança son gavelot dans un 
tourbillon et le retrouva le lendemain à l'auberge, où une per- 
sonne blessée le remercia. 

Pour tasser le foin dans les greniers, les filles 
et les garçons montent dans le « senâs » et fau- 
dent le foin, en driigcant, c'est-à-dire en s'amu- 
sant à se pousser. Les fauderies sont des parties 
joyeuses où l'on entend pousser des éclats de 
rires, mêlés parfois à des reproches. Ce sont alors 
les femmes ou les filles qui trouvent que les gar- 
çons, en drugeant, sont allés trop loin. (M. -P.) 

On met un bouquet sur la dernière charretée 
(P. -M.), et, lorsqu'elle est logée, on danse. Par- 
fois le maître fait venir un violon, et il offre à 
boire aux danseurs et aux danseuses. Alors, la 
récolte du foin se termine par une fête qui se 
prolonge souvent assez avant dans la nuit. (P.) 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 3O5 



§ V. — LA MOISSON 

Il y a des ouvriers, hommes et femmes, qui se 
louem pour la métive, c'est-à-dire pour le temps 
de la moisson. A la foire aux domestiques, ils 
portent un épi à leur chapeau ou à leur cein- 
ture. 

Dans une partie notable des Côtes-du-Nord, 
surtout sur la côte et vers le massif central du 
Mené, on scie le blé par le milieu, et on laisse 
sans la couper une partie de, la tige, que l'on ap- 
pelle gU. Ce n'est que vers l'automne qu'a lieu la 
gUèrie, c'est-à-dire le moment où l'on coupe les 
chaumes restés debout. (P.) 

On met en croix les deux premières poignées de 
blé coupées ; cela porte chance, et ceux qui le font 
s'imaginent scier plus vite que les autres. (E.) 

En Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 132), on agit ainsi 
pour se préserver des tourbillons. 

Le blé enjavelé et mis en rang est dit mis en 
Tandon. (S.-D.) 

La dernière charretée est habituellement sur- 
montée d'une branche de chêne, parfois, mais 
plus rarement, de cerisier. (E.) 

Lorsqu'elle est arrivée, on se met à boire, et 
on s'amuse tout le reste de la journée. (S.-C.) 

20 



306 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

La dernière gerbe est ornée d'un bouquet et 
d'une branche de chêne. On lui donne toujours 
la forme d'une personne. Si le fermier est marié, 
on fait la gerbe double ; il y en a une grosse et 
une petite, en forme de poupée, qui est enfermée 
dans la grosse. Elle s'appelle alors la « Mère 
Gerbe ». 

On la présente à la maîtresse de la ferme, qui 
la délie et paie à boire. Celui qui a lié la gerbe 
est le premier à goûter au cidre ou à l'eau- 
de-vie. 

Si un fermier ne paie pas à boire à l'occasion 
de la dernière gerbe, on le traite de chiche, d'a- 
vare. Il y en a qui vont à l'auberge et se font 
servir, à son compte, des tournées de cidre ou 
de café. 

En présentant la gerbe, on chante une chan- 
son. (E.) 

Lorsqu'il ne reste plus qu'une gerbe à battre, 
l'un des batteurs la prend au bout d'une fourche 
en fer, et ouvre la marche. Un autre porte un 
balai en guise de bannière, un troisième un râ- 
teau ; d'autres ont assis le maître et la maîtresse 
dos à dos sur une civière et les portent. Derrière 
eux, les autres batteurs forment une sorte de pro- 
cession autour de l'aire, en chantant des chan- 
sons. La plus habituelle est celle qui commence 
par ces mots : 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES XL\RCHES 307 



La belle est au jardin d'amour, 
C'est pour y passer la semaine. 

Parfois on porte la bourgeoise sur une civière, 
et elle tient dans sa main un bouquet de pommes. 
Elle est assise sur la dernière gerbe, soit d'avoine, 
soit de blé. Deux hommes la portent ainsi, et les 
autres suivent en chantant. On fait ainsi le tour 
de Taire, et la bourgeoise donne à boire aux bat- 
teurs. Cet usage est actuellement presque entiè- 
rement abandonné. (P.) 

Sur la dernière gerbe, cf. Mémoires de l'Académie celtique, t. II, 
p. 222. 

Jadis la dernière gerbe d'avoine^ au lieu d'être 
pour les maîtres, était présentée aux domes- 
tiques et c'était eux qui payaient à boire. Cet 
usage est tombé en désuétude. (E.) 

Lorsqu'une machine à battre a terminé son 
ouvrage et qu'elle est sur le point de s'en aller, 
les fermiers vont dans les maisons bourgeoises 
des environs chercher des lauriers et des fleurs 
pour l'orner, et les hommes qui l'escortent ont 
des bouquets à leurs chapeaux. (E., S.-C.) 

Quand on bat de l'avoine au fléau, on cache 
la dernière gerbe sous de la paille, et on la 
cherche jusqu'à ce qu'on l'art découverte. Celui 
qui l'a trouvée prend le bourgeois par sous le 
coude, on porte la bourgeoise dans une chaise 



308 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

tout autour de l'aire; ils offrent du cidre, et, 
tandis qu'on est à le chercher, les batteurs frap- 
pent sur cette gerbe, jusqu'à ce qu'ils l'aient 
brisée en mille morceaux. (P.) 



§ VI. — CUEILLETTES ET TRAVAUX DrVTIRS 

On laisse le plus beau brin de chanvre pour 
l'oiseau Saint-Martin ou martinet. 

Il faut chanter en le cueillissant, 
Ou les filandières s'endorment en le filant. (E.) 

De même pour le lin. 

On laisse parfois dans un coin du champ une 
poignée de lin. Cela porte chance. (E.) 

Lorsqu'on arrive à la fin de quelque ouvrage, 
on dit que ce sont les nicolaiUes (M.) ; les nico- 
naiïïes. (P.) 

Crapaud qui chante, 
Pomme à l'ente. 
(Oraîn, Géographie, p. 47>.) 

Il y a encore d'autres pronostics sur les pom- 
mes ; on dit : 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 309 

— Tout ce qui est fleur n'est pas pomme. (P.) 
L'usage est de gauler les pommes; autrefois, 
les filles grimpaient dans les arbres, ce qui était 
une occasion de plaisanteries assez salées de la 
part des garçons ; aussi on raconte qu'un recteur 
monta en chair jadis et dit à ses ouailles : « Mes 
chers frères, au moment où l'on gaule les pom- 
mes, il se passe souvent des désordres : les filles 
grimpent dans les arbres et la pudeur en est alar- 
mée ; désormais, il faudra que les filles restent 
sous les pommiers et que les garçons montent 
dessus. » 

Quand on fait un échalier neuf, s'il survient au 
moment où il s'achève quelque fille ou femme 
qui veuille le franchir, ceux qui font Téchalier 
lui demandent à l'embrasser. 11 en est de même 
des chemins nouvellement ouverts; si c'est un 
homme, on lui demande un sou pour le passage. 
Mais actuellement, ce n'est qu'une plaisanterie 
qui rappelle vraisemblablement quelque usage 
tombé en désuétude ; personne ne paie ce tribut, 
et ceux qui le demandent, en riant, d'ailleurs, 
n'insistent pas. (P.) 



310 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



§ VII. — LES BERGERS ET LES CHARRETIERS 

Voici quelques dictons sur les soins à donner 
aux bêtes : 

— Tel homme, tel avaï (avoir bétail). 

— Nourriture surpasse Vorine (origine). 

— Les vaches donnent du lait par la goule. 

A Saint-Glen, on offre du grain à saint Nico- 
dême pour que les vaches, les moutons et les 
cochons viennent bien et n'aient point de ma- 
ladies. 

Pour que les vaches aient leur veau en jour, il 
faut que la dernière fois qu'on leur tire du lait 
soit un dimanche, 

A Saint-Cast, pour empêcher les vaches d'être 
malades, et pour que leur veau arrive en bon 
terme, on offre à saint Jean le beurre de la pre- 
mière barattée; ailleurs, c'est à la Vierge que 
l'offrande est faite. 

Lorsqu'on tue un cochon, il faut avoir soin de 
le tuer quand la mer monte ; on croit que la 
viande est meilleure que si l'animal était exécuté 
à la mer baissante. 

C'est aussi à la mer montante qu'il faut puiser 
l'eau que l'on chauffe pour le laver quand il est 
tué ; on assure qu'elle le nettoie mieux. (S,-C.) 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 3 1 1 

La tuerie de cochon est une occasion de fêtes 
et de politesses entre voisins. Il en est de même 
en Basse-Bretagne. 

Cf. Galerie bretonne, t. III, p. 61^. 

Pour que le cochon profite, on offre un mor- 
ceau de lard à divers saints. A Saint-Cast, l'of- 
frande se fait à saint Jean ; à Plurien, c'est à saint 
Antoine. 

Dans le charnier où est le lard, on met un 
morceau de fer à cause de l'orage. 

A la porte des étables, on met une branche de 
laurier bénit des Rameaux, afin que le bétail 
n'ait pas de maladie. 

En beaucoup de pays, on mène les étalons aux 
pardons, non pour les guérir, mais pour les 
montrer. 

« A l'assemblée de Cesson, qui a lieu chaque 
année le lundi de Pâques, on promène de beaux 
étalons dont la tète et la queue sont ornées de 
fleurs et de rubans ; mais cet usage n'est pas 
restreint à la commune de Cesson : il a lieu dans 
toutes les assemblées du même genre. » 

(Ilabasque, t. II, p. 311.) 

Pour chaque ferme, il y a un garçon qui s'ap- 
pelle le ferrons, c'est celui qui ferre les che- 
vaux. 

Quand les .qens des Iffs mènent leurs chevaux, 



312 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



ils ont l'habitude de faire claquer leurs fouets, et 
de chanter : 

Là-haut, mon boudet, 
La-baut, mon valet. 

L'autre répond : 

— As-tu tes violons, 
Bourrier, mon berton. 

Tuer un cheval, même malade, est considéré 
comme une sorte de déshonneur pour un fer- 
mier. 



§ VIII. — FOIRES ET MARCHÉS 

Il y a beaucoup de gens qui, en se rendant aux 
foires, consultent les augures ; il y a des présages 
qui font juger si le marché sera fructueux ou 
non. 

Rencontrer, en allant aux foires, un couturier 
ou une lingère est d'un mauvais présage ; si la 
première personne qu'on trouve sur la route est 
une fille ou une femme, on aura moins de chance 
que si l'on avait vu un homme. (P.) 



LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES Î.L\RCHÉS ^ I 5 



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Il vaut mieux trouver du fer que de l'argent ; 
la trouvaille d'un fer à cheval ou d'un clou porte 
bonheur. (D.) 

On n'a pas de chance si l'on passe sur une 
route après qu'un liron l'a traversée. (P.) 

Celui qui trouve un couteau sur son chemin, 
en allant à la foire, n'aura pas de chance. (P.) 

Quand on vend un animal à la foire, principa- 
lement une vache ou un mouton, il est d'usage 
de donner à l'acheteur un sou ou deux sous. Ce 
don est fait pour « la chance ». (P.) 

On dit quand on envoie quelqu'un vendre un 
animal à la foire : « Si' boit la queue du viau, on 
n'ii en fera pas de reproche. » (P.) 

Avant de conclure définitivement un marché, 
les négociations sont parfois longues de part et 
d'autre. 

Le marchand frappe un coup de bâton sur le 
dos de la vache ou du cheval. 

Il dit au vendeur : « Donne-moi ta main «, et 
il frappe dedans. Parfois il déclare qu'il ne don- 
nera rien de plus, pas même un cheveu, et, en 
disant cela, il s'arrache un cheveu ou il arrache 
un poil de la vache, ou un crin de cheval. Pour 
conclure, il s'écrie : « Elle est vendue ! » 

On doit le lincou du cheval et la ndche (corde) 
d'une vache. 

S'il s'agit d'une vente de bétail, le vendeur 



314 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

donne à l'acheteur, pour les moutons par exem- 
ple, un sou ou deux sous, afin de prouver qu'il 
ne regrette pas d'avoir traité. Cela s'appelle 
« donner pour la chance «. (P.) 

Au moment de conclure un marché avec un 
homme, si on ne s'arrange pas tout à fliit, on 
convient, pour trancher la difficulté, de donner 
une mouchouerée de farine, une joinîée de pois, etc. 

(P-) 

Dans beaucoup de cas, Vagit, c'est-à-dire le 

treizain, est d'usage; mais la quantité à donner 

est variable. 

Pour savoir le goût du cidre que l'on vend, on 
en prend une briquée. 

Quand on va livrer le cidre, il est d'usage de 
donner une tête de veau comme décharge à ceux 
qui l'amènent (P.) ; le charretier reçoit en général 
douze sous pour sa part. < 




CHAPITRE V 

LA POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 



§1. 



CIVILITE VILLAGEOISE 




^UAND on compare quelqu'un à un chien, 

on dit : « Sans comparaison », puisqu'il 

(un tel) a été baptisé. (E.) 

Quand on parle d'un cochon, on dit toujours : 

« En vous respectant, respé de vous, ou respé de 

la compagnie. » 

Le cheval est un animal noble ; quand on parle 
de lui, on n'emploie point toujours : « En vous 
respectant », ou : « Respé de vous », comme on 
ne manque jamais de le faire s'il s'agit de vaches, 
cochons, etc. 

— Il vaut mieux entendre un bœuf parler 
qu'une fille subler (siffler). (P.) 



3l6 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Il est malséant à une fille de siffler, parce qu'on 
dit qu'elle appelle les galants. On dit aussi qu'en 
sifflant, elle appelle le diable. 

Fille qui sub'e, 
Vache qui bugue, 
La poule qui chante le co', 
C'est trois animaux sur la terre de trop. (D.) 

Fille qui subie, 
Coq qui pond, 
A la maison tout y fond. (E.) 

Lorsque quelqu'un est accroupi à faire ses be- 
soins, il dit à l'autre, pour l'empêcher de le 
regarder : 

Brise-fer ! Brise-fer ! 
Si tu regardes mon eu. 
Tu iras en enfer. (P.) 

Quand on voit quelqu'un pisser le long d'un 
mur, on lui dit : 

— Tu vas le faire cherre (tomber). (M.) 
Quand une personne renifle, si on veut l'en 

empêcher, on n'a qu'à siffler. 

— Je vais boire à vot'santé, que l'bon Dieu 
vous la conserve. (S.-C.) 

— A vot'santé. 

— Sentez, vous qu'avez Tbouquet. (D.) 

Les paysans boivent souvent dans le même 
vase, écuelle, verre ou moque ; ils laissent une 



LA POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 317 



goutte dans le fond et la font couler sur le côté 
où ils ont porté leurs lèvres. C'est une manière 
de rincer le vase. 

Quand on a bien dîné, il n'est point malséant 
de roter ; c'est au contraire une politesse rustique 
qui veut dire que l'on a bien mangé. C'est faire 
honneur à la réception. 

En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. II, p. Î4), roter 
est signe de savoir-vivre. 

Il est poli de laisser quelque chose sur son as- 
siette pour montrer qu'on a assez mangé. De 
même pour les verres. 

La place d'honneur, c'est le banc du foyer. 
Lorsque quelqu'un entre, on lui dit : « Sourdous 
diq' au fouyer » (montez jusqu'au foyer), si on a 
de la considération pour lui. 

Il est malséant de s'asseoir sur la maie ou 
huche. 

On ne doit pas chômer, c'est-à-dire mettre de- 
bout un enfant sur la table. 

Lorsqu'on a tué un cochon, il est d'usage d'en- 
voyer de la saucisse et du boudin à ses connais- 
sances ; les fermiers en offrent à leurs proprié- 
taires, et, en beaucoup de communes, il y a 
toujours un bout de saucisse pour le presbytère. 
On donne un petit pourboire, « une pratique », 
aux domestiques qui portent la part de « cochon- 
nerie ». 



3l8 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Dans les familles bourgeoises, on offre de la 
saucisse et du boudin aux personnes de même 
rang avec lesquelles on est en relations. Parfois 
même ce genre de politesse continue après que 
les relations ont cessé. 

Jadis on offrait à ses amis une bouteille de vin 
quand on mettait une pièce en perce. 

Lorsque quelqu'un, assis sur un bout de banc, 
tombe parce que la personne assise à l'autre bout 
s'est levée brusquement, on dit : « Tu m'as 
hanni; tiens me v'ia banni, w (Tréveneuc.) 

Les fermiers appellent leurs propriétaires : 
« Not'mait'e », « not'bourgeois », ou « le bour- 
geois )). 

Cf. Laisnel delà Salle, t. II, p. iij. 

Lorsque quelqu'un tombe par terre, on lui dit : 

— Laisse ce saut-là et prends-en un autre. (E.) 

— Apporte-moi celui-là et va t'en en cher- 
cher un autre. (D.) 

Quand on s'assied par terre involontaire- 
ment : 

Bon Dieu de bois. 
Que la terre est basse ! (D.) 

Bon Dieu de bois, 
Que vous avez les os durs ! (M.) 

Si quelqu'un vous a joué un mauvais tour, on 
dit : 



LA POLITESSE ET LA BIENSEANCE 319 



Que la guerre est gaôche (gauche) 

Quand les canons sont teux (de travers). (D.) 

Les éternuements présagent du bonheur ou le 
rétablissement d'un malade, duand une personne 
indisposée éternue, les assistants lui disent : 
« Dieu te conserve, la santé te revient. » 

On dit à quelqu'un qui éternue : 

— Du courage et de la bonne humeur. (D.) 
Voici quelques formules de bonjour : 

— Bonjour. 

— Bonjour. 

— Comment vous portez-vous ? 

— Pas mal et vous. 

— Et tous à la maison? 

— l'sont pas mal. 

— Et chez vous ? 

— l's'portent ben, Dieu merci. 
Les plaisants ajoutent : 

— Et à l'entour de sez (chez) vous ? 

— Bonjour à tous. 

— Bonjour à toute la maisonnée, sérions (se- 
riez-vous) cor cent mille. (D.) 

Bonne net, 

Bon repos ; 

Mon lit ben fait 

Et l'tien dehau (dehors). (P.) 



320 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Quand on veut se moquer de quelqu'un qui 
vous demande : 

— De queue païs qu'v'êtes ? 
Les malins répondent : 

Je se du paï de Manigousse, 
Ohiou qu'on fait les gaufFes (ou bien les galettes) 

Su' les brousses. 



Et puis 



T'es un biau gâ, 
T'auras la fille à Tacha. 



§ II. — LIS SURNOMS ET LES PRÉNOMS 

Il y a des pays où presque tout le monde a un 
sobriquet sous lequel il est plus connu que sous 
son propre nom. Cela s'appelle une seigneurie (E.) 
ou signorie. (S.-C.) 

Ces sobriquets sont très fréquents en certains 
villages du littoral où beaucoup de personnes 
portent le même nom, et aussi parfois le même 
prénom. A Saint-Cast et à Saint- Jacut surtout, 
une bonne moitié des habitants a une signorie. 

Cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 113 ; Qi Galerie bretonne, t. III, 
p. 139. 



LA POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 32 1 



Les signories font allusion à des qualités phy- 
siques ou à des difformités, au caractère de l'in- 
dividu, à son juron ou à son dicton habituel. 

Des gens glorieux de leur fortune sont surnom- 
més h Paon, Chie-gâlè (Chie-gâteau). 

Un homme d'église, Cu-béni. 

M. P. Bézier m'a communiqué la liste suivante 
des sobriquets de Saille (pays des Saulniers), can- 
ton de Guérande : 

BerHbi, Diguedaine, Culpif, Jean-Marie L'a- 
mour, Pincetout, Benoni-coq-au-large, Jean-Fran- 
çois Ferraille, Jean-Marie La Ripaille, Bouzou- 
huit-sous , Quatre-cent francs , Barbefine , La 
Chance, Pissous, Julie Canon-Rouge, Gascoing 
Casse-Dos, Goule hachée, Pied-de-Bois, Tiby, 
Chattechatte, Pierre Grain-de-Sel, Millegoulc, 
Cul-Sec, Verge-Rouge, Gustine Poilu, Marie 
Cul-Rouge, Jeanne Cul-Noir, Delphine Cul- 
Vierge, Jean Du-Dessous. 

Voici quelques noms de guerre des Chouans, 
aux environs de Béeherel et de Matignon ; quel- 
ques-uns sont devenus les sobriquets de leurs 
descendants : 

La Violette, Jean Danse, Rocdur, Justice, 
Charlemagne, Troque-Mort, Croquemitaine, Em- 
poigne-Dur, Frappe-à-Mort. 



21 



322 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Prénoms et leurs sobriquets. 

Voici les prénoms les plus usités ; ils sont sui- 
vis, quand il y a lieu, de leur déformation pa- 
toise : 

Alexandre, Saiid'e. 

Amateur, Mateur. 

Anselme, Selmi. 

Charles, Chah, Saï. 

Claude, GJaôde. 

Emile, Mino. 

Eugène, Ugène, UJane. 

Etienne, Tienne . 

Exupère, Super, Ztiber. 

François, Franças (M.) , Francêe (P.), Fancho 
(P.), Fanchin (M.), Fèche (P.), Fécho (P.), 
Chino (M.), Chinaô, Cho (P.)» Chco. 

rORJIULETTES : 

Franças, 

La chiève est es pas (pois), 

Le bouc est dans l'herbe, 

Fourre ton nez dans la merde. (D.) 

— Franças, 

La chève est es pas. 

— Tu en as menti, 
Car je viens d'y va. (E.) 



LA. POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 323 



Francce, 

Merde de ouée. 

La douzaine n'en vaut pas trée (trois). (P.) 

— Franças, 
Gros et gras, 
Capitaine des limas, 

Les limas sont tous à bas. 

— Gar', tu en as mentu, 

Franças a la crotte au eu. (S*-Brieuc-des-Ifs,) 

Frédéric, Féderi, Fêdrl. 
Guillaume, Glaiime. 
Jules, Juliaud, JûJaud. 
Jacques. 

FORMULLTTE : 

Jacques 

La Gratte, 
La poignée m'échappe. 
Tout olva (en descendant) la montée, 
Fs'ra chu su'son nez. (P.) 

Jean-Jeudi (Cocu). 
Jean-Marie. 

Jean-Jean les Bottes, 
Le eu li ballotte. 
En passant l'échalier. 
Le eu li a resté. (P.) 

Joseph, José, Jôson. 
Henri. 



324 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Laurent, Roland. 
Louis, Léouis, Louitau, Ouïs. 
Matlîurin, Matant, Turin, Turiche, Thirrichon, 
TJmraud, Thuron, Mateîin. 
Michel, Miche, Michié. 
Pierre, Pelo. 
Pierre-îvlarie, Marichelte. 

Pierre 

La Guerre, 
O (avec) son bassin de terre, 
Quand l' bassin d'terre cassera, 
La guerre finira. 

Pierre 

La Guerre, 
O son bassin de terre. 
Les limas l'ont tant parcouru 
Que Pierre en a clié (tombé) su'son eu. (P.) 

Paul, Pol. 
Toussaint, Saint. 
Victor, Victaur. 



Prénoms des femmes. 

Anne, Ndnnon, la Nane, la Ndnne. 
Aurélie, OUrie. 
Brigitte, Bergitte. 
Caroline, Cahrine, Càlo. 



LA POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 32) 

Désirée. 
Éléonore, Lionore. 

Emilie, Minoche. 

Eugénie, Ugénie, Ujàne, Génie. 

Elisabeth, Zabhn. 

Félicité, Cité. 

Françoise, Fanchcttc, Fanchon, Chonne, la Cho)i. 
(Fauche, vers Bécherel ; en ce pays les filles s'ap- 
pellent Fanchette et les femmes mariées Fanchc). 

Guillemette, Métin. 

Jeanne, Jeanne. 

Jeanne 

La Cangne (la paresse), 
La mère es irangues, 
Quatervingts ergots, 
La mère es mulot'. (P.) 

Jeanne 

La Cocangne, 
La mère es irangnes (araignées). 
Q.uatervingts ergots, 
La mère es mulots. 
Quatervingts ortas (orteils), 
La mère aux petits chats. (D. 

Julie, Julienne, Juliotte. 

Louise, Léouise, Léouison, Ouison. 

Mathilde, Maîtide. 

Mathurine, Turotte (P.), Turette (D.), Matoche 

(P.) 



320 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Marie, Marion, Mourion (D., Plouër), Marioche, 
Maiaù, (vers Bécherel). 
Marie Sale-Tripe. 

Marie 
Qui pète et qui chie. 
La ville de Paris en cotit (retentit). (P.) 

Maiaù la putain, 

La patronne du lutin. (Bécherel.) 

Marie 
Qui pète et qui chie 
Dans une écuelle de bouis (buis), 
Qui porte çà à Paris, 
Qui dit qu'c'est d'ia bonne marchandie. (D.) 

Marion pleure, Marion crie, 
Marion veut qu'on la marie. 
Son papa n'a pas d'raison, 
l'n'veut pas marier Marion. (E.) 

Jeanne-Marie, Marie-Jeanne. 
Perrine, Pelotte. 
Rose, Rosette. 



CHAPITRE VI 



MŒURS ÉPULAIRES 




j|^^.jA nourriture des paysans de la Haute- 
Bretagne n'est pas très variée. Il serait 
difficile de composer un menu même 
modeste avec les mets qui sont d'un usage habi- 
tuel parmi eux, soit dans la vie ordinaire, soit 
aux fêtes ou aux mariages, ainsi qu'on le verra 
par ceux que j'ai relevés plus loin. 

L'idéal du gourmet campagnard est d'ailleurs 
assez borné, à en juger par le récit suivant que j'ai 
maintes fois entendu sous des formes un peu dif- 
férentes : 

Il y avait une fois quatre gars de Langueux 
qui voyageaient ensemble. 

— Si tu étas roué (roi), dit l'un d'eux, qu'est- 
ce que tu désireras ? 



328 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

— Des feuves o du lard fumé, qui seraint 
grosses comme les peuces des pieds. 

— Et ta ? 

— J'aras de la saucisse longue comme de Lam- 
balle à Saint-B.crieu. 

— Et ta? 

— Je voudras que la mer serait toute en graisre, 
et ma dans le mitan à l'écumer do une écuelle 
de bois. Mais ta, gars, que que tu feras ? 

— Qiié que tu voudras que je feras ? V'avez 
pris pour vous tout ce qu'i' n'y a de bon. 

On dit ironiquement d'un repas chichement 
servi, où il y a peu de viande et beaucoup d'os : 

— Ah ! dame ! iz étaient douze, et i' n'n'ont 
tous zu leur content, et cor un chien qui n'ia pas 
fini. (P.) 

Lorsque l'hospitalité est large, on dit au con- 
traire : 

— C'est une bonne maison , on y boit à 
vionilk-pouce, c'est-à-dire les écuelles sont bien 
remplies. (D.) 

Les repas de campagnards sont bruyants; ils 
mangent beaucoup et longtemps, surtout quand 
ils sont attablés à quelque repas qui ne leur 
coûie rien, ou auquel ils ont payé leur écot à 
forfait. Ils boivent à proportion, et la manière, 
parfois très primitive, dont ils s'ingurgitent les 



MŒURS ÉPULAI.RES 



mets, choquerait considérablement un habitant des 
villes. 

Il y règne, surtout vers la fin, une gaieté gros- 
sière, mais qui n'est point feinte, et qui se traduit 
parfois par des propos épicés ou ultra-rabelai- 
siens; mais ils sont dits avec une telle candeur 
que personne ne songe à s'en offenser. 

Le pain entre pour une forte part dans l'ali- 
mentation des paysans, qui mangent peu de 
viande, bien qu'ils en consomment maintenant 
plus qu'autrefois. 

On appelle iourte ou iourtiau, pluriel tourtiaoux 
Gu galettes de four (D.) des petits pains composés 
avec les restes de pâte ; on en fait un pour chaque 
personne de la maison, et on les cuit avant de 
mettre le pain au four. Si on coupe un tourte 
avec un couteau, avant que le pain soit retiré du 
four, la fournée ne cuit pas. (P.) 

On trempe les tourtiaoux dans le cidre nou- 
veau (D.); c'est un régal très prisé, surtout par 
les femmes. 

Lorsque le cidre nouveau n'est pas encore cuit, 
les personnes friandes le mettent à chauffer devant 
le feu, et elles y trempent leur pain grillé, leur mid. 

La graisse d'oie étendue sur le pain grillé 
constitue aussi un régal. 

A Plouër, avant la moisson, on fait une four- 



330 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

née de petits pains tout ronds, dans la pâte des- 
quels on met des œufs. Ils sont très goûtés, de- 
viennent duî-s comme des biscuits de mer et se 
conservent longtemps. Le matin, on les met à 
tremper dans du lait, et à midi on les porte aux 
travailleurs. 

■Il y en a dans lesquels on met du sucre, et qui 
forment une espèce de gâteau. 

Si on donne du pain aux poules, on prétend 
qu'elles sautent à la figure de celui qui le leur a 
donné. (P.) 

C'est un péché de donner du pain aux bêtes ; 
si on le faisait, le bon Dieu n'en donnerait 
plus. (D.) 

Dans beaucoup de pays, on cuit du pain pour 
plusieurs semaines ; il y a une double raison : les 
femmes sont moins souvent obligées de bou- 
langer, et le pain rassis étant moins appétissant 
que le pain frais, on en mange moins. 

On dit ce proverbe en Haute-Bretagne et ail- 
leurs : 

Belle fille, pain frais et bois vert 
Mettent une maison à désert. 

Dans les villages un peu grands, où un seul 
four, appelé à cause de cela banal, sert à tous les 
ménages, les femmes qui viennent y cuire for- 
ment autour une réunion souvent nombreuse : 



MŒURS ÉPULAIRES 33 I 

c'est une des gazettes du village, qui rivalise 
presque avec celle qui se parle tous les jours au 
doué (lavoir). 

Le présent le plus habituel que les fées fai- 
saient aux hommes, c'était celui d'un pain qui ne 
diminuait point, si on n'en donnait à personne. 

Cf. dans mes Contes des Pavsaiis et des Pécheurs, 'a série inti- 
tulée : Les Fées des Houhs et de Ja, Mer. 

C'est aussi la première chose que demandent 
aux bonnes dames — qui cuisaient aussi leur 
pain comme des villageois — les hommes qui 
peuvent être en relation avec elles. 

On entame toujours le pain en faisant un signe 
de croix avec le couteau. 

Même usage en Basse- Breragne. Cf. Souvcstre, Derniers Bre- 
tons, t. I, p. 12. 

La soupe forme une partie considérable de l'ali- 
mentation à la campagne. Pour que les enfants ne 
se lassent pas d'en manger, on leur assure qu'elle 
les fera grandir et les rendra forts. Les soupes les 
plus fréquentes sont : la soupe de graisse et de 
choux, la soupe grasse dans laquelle on a cuit de 
la viande, la soupe au lard, la soupe de pois, la 
soupe à l'oignon, la soupe au lait. Cette dernière 
est presque considérée comme un régal. 

On fait aussi de la soupe^ de galettes ; elle ne 
diffère de la soupe ordinaire que par la substitu- 
tion au pain de galettes coupées en morceaux. 



332 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Pour les malades, on fait aussi des miochons : 
c'est du pain écrasé dans du lait, et on sert aux 
enfants du miton : c'est une sorte de panade. 

Qui donne sa première cuillerée de soupe au 
chat lui donne son Bénédicité. (P.) 

La galette de sarrasin ou blé noir, qu'on dé- 
signe sous le nom de gaâffe ou galette de hU na, 
est plus en usage que le pain. 

Dans certains pays, au lieu d'envoyer le blé 
noir au moulin, on le moud dans un petit tnotiUii 
à bras, qui est généralement attaché à une poutre 
du grenier. En ce cas, le b}-an (son) reste mêlé à 
la farine. 

On sasse la ûirine, on la démêle avec de l'eau 
et un peu de sel, dans un vase en terre, avec une 
poche ou grosse cuiller de bois ; cette opération 
ne dure que dix minutes environ. 

On met le galetier sur le feu, et on le graisse 
au moyen d'un linge appelé frottoué (D.) ou 
graissoué. (P.) 

On prétend que les filles de ferme qui ont le 
front brillant et lisse, se passent le frottoué sur la 
figure. 

Il faut mettre un peu d'œuf sur le frottoué, 
cela empêche la galette d'être pertusée, c'est-à-dire 
trouée. 

On dit d'une ferme où la galette est mal fiibri- 
quée : 



MŒURS ÉPUL AIRES 333 

— 011e y est comme une grêle (trouée comme 
elle). 

C'est ordinairement la maîtresse de la ferme 
qui est chargée de la fabrication de la galette, et 
au moment des grands travaux, elle s'y prend 
dès la veille. La personne qui est chargée de la 
galette ne se dérange pas, en général. En certains 
pays, elle est presque constamment à genoux ; 
ailleurs elle est assise. 

La pâte est versée au moyen d'une écuelle sur 
une plaque ronde en fer battu, qu'on nomme, 
suivant les pays, galetler, gaiifféroué, tuile à ga- 
lette. 

Cette dernière appellation, usitée dans l'Ille-et- 
Vilaine, proviendrait-elle de ce qu'avant d'être en 
fer, le galetier était une sorte de brique? C'est ce 
que je n'ai pu vérifier. 

On l'étend à l'aide d'un petit râteau en bois 
qui porte le nom de roudble. 

Puis, lorsque la pâte ainsi étendue commence à 
se solidifier, on la retourne. Il y a pour cela un 
instrument qui varie de forme et de matière : 
dans les pays où la galette est mince et bien 
cuite, on se sert d'un morceau de bois, large de 
trois à quatre doigts, qui a la forme d'un sabre 
droit, et est pointu; mais npn à pointe vive. Elle 
s'appelle laite à galette ou simplement laite. Vers 
la côte, et généralement partout où la galette est 



3 34 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

épaisse et peu cuite, on la retourne au moyen 
d'un instrument en fer battu, long et carré par le 
bout, beaucoup plus large que la latte, et qui est 
emmanché dans un pied de bois ; il se nomme 
tourneite. (M.) Lorsqu'après avoir été retournée, 
la galette est suffisamment cuite, on l'enlève de 
dessus le galetier au moyen de l'instrument qui 
a servi à la tourner, et on la pose sur une sorte 
de gril en bois placé sur la table de la ferme, et 
qui s'appelle hèche ; une bêchée, c'est l'ensemble 
des galettes qui ont été préparées par la femme 
chargée de ce soin, (E.) 

C'est sur la héchée que les gens de la ferme 
viennent prendre les galettes ; s'ils les mangent 
avec du lait, ils les déchirent avec les mains et les 
mettent dans le lait, toutes chaudes ; cela fiiit une 
espèce de potage. 

On beurre aussi les galettes, et on les mange 
sans autre apprêt. 

Lorsqu'elles sont froides, on les réchaufie sur 
la poêle « à la tripe », c'est à-dire en morceaux ou 
entières, avec du beurre roux, ou simplement sur 
le trépied ou sur les charbons. On s'en sert en 
guise de pain pour manger de la viande froide, 
surtout du lard, de la saucisse chaude, ou des 
pommes cuites. 

On casse aussi des œufs, et on les jette sur la 
galette à moitié cuite, où ils forment une sorte 



iMŒURS ÉPULAIRES ^35 



d'omelette. Ce mets n'est point celui de tous les 
jours ; il est réservé à certaines occasions, lors- 
qu'on veut par exemple faire honneur à un visi- 
teur d'un rang élevé. 

En coupant la galette froide en menues tran- 
ches, on s'en sert comme de pain et on la met 
dans le potage. Cette façon de la manger est. je 
crois, plus en usage chez les bourgeois et les ou- 
vriers que dans les fermes. 

Dans celles-ci, on fait réchauffer les galettes, et 
on les mange en les trempant dans du cidre. 

On les réchauffe encore en les mettant simple- 
ment sur des charbons ou sur le trépied. Dans 
rille-et-Vilaine, depuis quelques années, on em- 
ploie un ustensile spécial qu'on nomm.e grille-ga- 
le lies. 

La dernière galette se nomme ^'•a//V7;on. 

On coupe parfois des tranches de pommes et 
on les étend sur la pâte, et on les fait ainsi cuire 
sur le galetier. On en met aussi dans la galette 
de four. 

Dans plusieurs contes, les fées font cuire de 
la galette, et en donnent à ceux qui leur en 
demandent poliment ; mais, au rebours du pain, 
la galette des fées n'est point inépuisable. 

Parfois les bonnes dames venaient elles-mêmes 
en faire dans les fermes. On assurait qu'à Bu- 
sentin, en Saint-Cast, elles en avaient fabrique 



336 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

souvent, et l'on dit encore en proverbe : « Il faut 
aller à Busentin pour manger de la bonne ga- 
lette. » 

La bouillie de blé noir, suivant les pays, s'ap- 
pelle grous, lites, peux. Ce mot est toujours em- 
ployé au pluriel. 

Elle se compose de farine de blé noir délavée 
dans de l'eau, avec un peu de sel ; on la remue 
pendant un quart d'heure. On dit que pour être 
bien cuits, les peux doivent vêner (vesser), c'est- 
à-dire éclater, neuf fois. 

Lorsqu'elle est sur le feu, on la remue avec une 
cuiller de bois à long manche, pour l'empêcher 
de coller. 

La gratte en est bonne et est très estimée. 

Comme toutes les bouillies, celle de blé noir 
est mangée habituellement dans le vase où elle a 
été faite : c'est une casserole ou un bassin. Au 
milieu on met à fondre un morceau de beurre, où 
chacun vient tremper sa cuillerée de bouillie. 

On en prend aussi des morceaux de la grosseur 
d'un œuf, et on les met dans une écuellée de 
lait, soit doux, soit baratté, soit dans du lait cuit. 

On fait aussi frire dans la poêle des tranches 
de bouillie froide, qui sont coupées en carré ou 
en tranches minces qui rappellent assez par leur 
forme des petites soles. Aussi les nomme-t-on 
plaisamment des « soles de guéret ». 



MŒURS EPULAIRES 337 



A Rennes et aux environs on appelle la bouillie 
(.ravoinc des noces. 

La farine qui sert à la faire n'est pas belutée ; 
on la met à tremper dès la veille du jour où 
on la fait. Lorsqu'elle a ainsi passé la nuit, on 
la change d'eau, puis on la passe dans un sas de 
crin. Ensuite on la met à cuire. Il faut que la 
bouillie d'avoine cuise une demi -heure. Les 
iL'ccs se mangent dans du lait doux, si on les em- 
ploie en guise de potage. 

duand elles sont froides, on les fait aussi fri- 
casser, sans les diviser, dans une casserole. La 
partie qui touche le fond • est rissolée et forme 
une sorte de croûte très recherchée. C'est ce 
qu'on appelle le drapeau. 

On assure que la bouillie de froment grossit 
dans le ventre de ceux qui en mangent ; il y a 
pourtant exception pour les enfants. 

Cf. sur la Bouillie des enfants, l.i page 25 du présent livre. 

La viande» 

Dans beaucoup de fermes, il est d'usage de 
tuer, vers la fin de l'automne, une ou deux va- 
ches, suivant l'importance de la terre et le nom- 
bre des bouches à nourrir. Une petite quantité 
est mangée fraîche: cela s'appelle la viande douce; 

22 



338 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

mais la plus grande partie est salée, et on la pend 
au plancher par gros morceaux. 

A m.oins qu'il n'y ait des malades à la maison, 
ou qu'il ne s'agisse d'un repas de noce ou de bap- 
tême, il est assez rare, surtout dans les Côtes-du- 
Nord, que les paysans achètent aux bouchers de 
la viande douce ; il y a une exception pour les 
foies, la coiirée (le mou) et quelques autres bas 
morceaux, et encore ce sont plutôt les journaliers 
que les fermiers qui les achètent. 

A certaines noces de campagne, on sert de 
la vache bouillie, que l'on sauuoudre de sucre. 

(P.) 

Les aubergistes des bourgs un peu importants 

vendent des tripes à leurs clients entre les deux 
messes. 

La manière la plus habituelle d'apprêter la 
viande de boucherie, c'est le ragoût ou le rôti au 
four. 11 y a bien peu de fermes où l'on fasse des 
rôtis véritables. 

Les mamelles de vache sont achetées par les 
pauvres. Les bouchers, à la campagne, leur 
donnent les cervelles de vache et les tripes de 
- mouton. 

Lorsqu'un fermier vend un veau, il en retient 
la tête ou la fraise avec les quatre pieds : le di- 
manche suivant, on se régale en famille avec l'un 
ou l'autre de ces plats. 



MŒURS ÉPULAIRES 539 



Il y a peu d'années, on ne vendait pas les ris 
de veau. 

La viande la plus en usage est celle du cochon; 
il n'est guère de ménage, même pauvre, qui n'en 
tue un par an. 

Le lard sert à faire la soupe, et est ensuite 
mangé chaud ou froid. Les boyaux font de la 
saucisse et du boudin, ou bien ils entrent dans la 
composition des andouilles que l'on voit pendues 
dans beaucoup de cheminées. 

La tuerie de cochons est une occasion de ré- 
jouissances, entre voisins et amis ; à peu près dans 
toutes les classes, on s'offre de la saucisse et du 
boudin; et après qu'ori a fondu les gratons 
(cretons), pour en extraire la graisse, on invite 
les amis à les manger. Ce repas, dit graionnerie , 
a lieu ordinairement le dinaanche qui suit la 
tiiaison, et le soir. Il est copieusement arrosé et 
d'ordinaire fort gai ; c'est l'un de ceux où l'on 
échange le plus volontiers des plaisanteries de 
haute grès se. 

Dans quelques pays, après que le cochon a été 
dépecé, salé et mis dans dans le charnier ou 
haché en saucisse, on réunit tout ce qui n'a pas 
été utilisé, même les couennes et les os auxquels 
un peu de chair adhère encore ; on place ces dé- 
bris dans une terrine avec des légumes et des aro- 
mates, on couvre la terrine et on la porte au 



340 LE CALENDRIER, LES TRAVAL^X ET USAGES 

four OÙ elle cuit pendant toute la nuit. Le lende- 
main, on invite ses amis à venir manger de la 
îerrinée. Parfois même on en envoie à domicile, 
dans des soupières ou dans des écuelles. (M.) 

A Rennes, la casse se fait à peu près de la même 
façon; mais on y ajoute de la fraise et des pieds 
de veau. 

Un autre régal, celui-ci surtout bourgeois, c'est 
la joue de cochon cuite au four et bien croustil- 
lante. 

Les fèves cuites à l'eau et servies avec du lard 
fumé forment un mets très apprécié. 

Aux noces, on sert des foies qu'on a mis à 
cuire dans de grandes marmites avec du lard, des 
carottes et autres légumes, et qui ont été laissés 
mijoter pendant longtemps. 

L'usage des volailles est assez rare chez les 
pa3'sans : ils préfèrent les vendre ; toutefois, quand 
il y a un malade, on lui fait un bouillon de 
poule. 

Sur la côte, dans beaucoup de familles de cul- 
tivateurs et de marins, on mange des oies vers le 
mois de décembre et de janvier. 

.On fait aussi des ragoûts de poulet que l'on 
cuit avec des légumes. 



MŒURS ÉPULAIRES 34 1 



Le poisson. 

Dans riiitérieur, et même dans les fermes de la 
côte, le poisson, sauf la morue, la sardine, le ca- 
pelan et quelques autres poissons frais, tels que la 
raie, le congre, le maquereau et le chien de mer, 
n'entre que pour une assez faible part dans l'ali- 
mentation. 

La morue est de beaucoup le poisson le plus 
en usage. 

On la dessale, puis on la pend dans la chemi- 
née, et chacun en coupe un morceau qu'il met à 
griller sur les charbons ; il le mange ensuite avec 
du pain et du beurre. 

Sur la côte, on la fait fricasser; à certaines 
foires, si c'est un jour maigre, elle remplace la 
saucisse qui se débite en plein vent. On la mange 
aussi au blanc. 

Parmi les poissons salés, il convient de citer le 
capelan et surtout la sardine. 

Les pêcheurs font sécher, pour leur usage per- 
sonnel, les raies, les maquereaux et quelques au- 
tres poissons, quand ils en prennent plus qu'ils ne 
peuvent en vendre. 

Au moment de la moisson, les fermiers achè- 
tent aussi des chiens de mer pour leurs ouvriers ; 
c'est un poisson très peu cher, mais d'une fadeur 



542 LE CALENDraER, LES TRAVAUX ET USAGES 

insupportable pour tout autre palais que celui des 
paysans. 

Parmi les coquillages, ceux que les gens de la 
côte consomment le pins sont les moules, les coques 
(bucarde comestible), les hrigols (vignots) et les 
heniis (patelles). On en vend même dans l'inté- 
rieur, et pendant la dernière semaine de carême, 
s'il y a une grande marée, on voit affluer sur la 
côte des « gâs de métairies », qui viennent pêcher 
au bas de l'eau des moules, des brigots et surtout 
àcs coques ; souvent ils en emportent un sac presque 
chargé. 

Les bernis sont mangés crus ou bouillis ; les 
autres coquillages sont bouilHs, et presque jamais 
on ne les consomme crus. 

Les huîtres sont un objet de luxe, et les pê- 
cheurs en mangent rarement; toutefois, s'ils en 
prennent de très grosses, ils les mangent crues ou 
fricassées, comme des tripes, avec des oignons. 

Les ricardeaux ou coquilles Saint- Jacques, de 
même que l'ormée ou oreille de mer, sont ordi- 
nairement livrés au commerce. Dans le cas seule- 
. ment de grande abondance, les pêcheurs font 
bouilHr les coquilles Saint-Jacques, ou les apprê- 
tent avec de la mie de pain et des fines herbes ; 
en ce cas, ils les font cuire dans leurs coquilles 
après les avoir hachées. Cette seconde nîanière 
est déjà pour eux du raffinement. 



MŒURS 1-PULAIRES 515 



Pour les ormces, on en flùt des ragoûts avec 
des pommes de terre et des carottes, ou bien une 
sorte de friture où elles sont entières. A peu près 
toutes les femmes de la côte connaissent cette 
manière de les apprêter. 

Sauf les crabes ordinaires, qui sont en grande 
abondance et que l'on mange bouillis, les pê- 
cheurs vendent tous les crustacés qu'ils pren- 
nent. 

Depuis quelques années, on mange des poulpes 
que la cuisson a dépouillés de leurs suçoirs ; mais 
beaucoup de gens ont de la répugnance pour ce 
mets. 



Ij:s légumes. 

On cuit les pommes de terre dans l'eau, soit 
en les laissant avec leur peau, soit en les pelant 
comme une pomme ; on y ajoute du sel. La pe- 
lure est donnée aux cochons. 

On les mange avec du beurre, ou on les écrase 
dans une écucUe, de manière à en garnir les pa- 
rois, et on verse ensuite du lait ribot. Cela forme 
une espèce de potage. 

Avec les pommes de tçrre, on fait aussi une 
sorte de ragoût avec de la farine, du beurre roux, 
et des oignons coupés en petits morceaux. 



344 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Les légumes cultivés dans les courtils des 
fermes sont en assez petit nombre. Voici les 
plus en usage : les oignons, les carottes, les na- 
vets, hporée (le poireau), qui entrent dans la 
composition de la soupe; les pois et les haricots 
que l'on mange plutôt secs, pendant l'hiver, que 
frais; les choux, la cressonneîte (cresson alénois), 
les cives, etc. 

Ces deux derniers sont, avec les pommes de 
terre et les diverses salades, à peu près les seuls 
qui entrent sous une forme distincte dans l'ali- 
mentation. 

Les pa3'sans mangent l'oignon sur leur pain ; 
pour les pauvres, il remplace le beurre. On fri- 
cisse aussi, les jours maigres, de l'oignon qui est 
coupé en tranches minces comme des tripes ; on 
ajoute des cives pour en relever le goût. 

On fait surtout usage de la salade en été; elle 
n'est point fatiguée. On se contente d'en déta- 
cher les feuilles, et chacun les trempe dans un 
bol où le citre-aigre remplace le vinaigre. 

On la mange aussi avec du beurre fondu. (E.) 

Les laitages. 

Le beurre joue un grand rôle dans les produc- 
tions des fermes bretonnes, surtout dans celles de 



MŒURS ÉPUL AIRES 545 

riUe-et-Vilaine; aussi, en ce dernier pays, est-il 
tout particulièrement soigné. 

La croyance aux sorciers, soutireurs de beurre, 
et à l'ensorcellement des barattes, existe encore 
en beaucoup d'endroits. 

Cf. mes Traditions et Superslilions, t. l'"', p. 283. 

On fait, en Haute-Bretagne, un assez grand 
nombre de laitages, dont quelques-uns entrent 
pour une portion assez notable dans l'alimenta- 
tion. 

Pour faire du LaU cuit, il faut verser du lait 
doux dans un pot en terre ; on l'y laisse cailler, 
puis, quand on a enlevé la crème pour le beurre, 
on approche du feu ce qui reste dans le pot; on 
enlève le clair, puis il se forme des grumeaux que 
l'on met dans le lait harailé, c'est-à-dire dans le 
lait qui reste après le beurre, et on le mange soit 
avec de la galette, comme une sorte de potage, 
soit avec des pommes de terre. 

Dans les maisons pauvres ou avares, on se sert 
seulement de lait rihot, c'est-à-dire baratté. 

Pour fabriquer le lait marri, on met du lait sur 
le feu ; quand il bout, on prend une cuillerée de 
lait baratté qu'on verse dessus et qui le fait aigrir. 
On verse aussi du vinaigre au lieu de lait. 

Le lait marri se mange avec du lait doux ou 
avec du suci-e ; c'est une sorte de régal. 

Il en est de même des caillihotes (caillebotes). 



346 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Le lait à Madame est, à ma connaissance du 
moins, à peu près spécial à Dinan et à ses environs. 

Pour le fabriquer, on prend des petits pots en 
grès, qu'il faut avoir soin de tenir bien propres ; 
on y verse un peu de lait baratté, et on penche le 
pot de manière à ce que toute la paroi intérieure 
en soit humectée. On remplit ensuite le pot avec 
du lait doux sortant du pis de la vache, puis 
en le met dans un endroit bien fermé, afin que le 
lait ne se refroidisse pas trop vite ; certains le 
couvrent même avec de la laine. Au bout de 
quelques heures, le Lait à Madame est prêt, et on 
le porte en ville ; car c'est plutôt un régal pour 
les gens aisés que pour les fermiers. 

Les Mingauds, qui sont un laitage rennais, se fa- 
briquent surtout à Rennes, chez les laitiers. C'est 
une sorte de crème d'un goût très déhcat que l'on 
fait en la fouettant avec des baguettes d'osier. 

La Jonchée est une sorte de lait égoutté dans la 
paille. 

A la Trinité, en certains pays, les fermiers en 
portent comme cadeau à leurs maîtres. 

Les pâtisseries et les confitures. 

Les échaudés forment la pâtisserie la plus po- 
pulaire : d'ailleurs, ils tiennent le milieu entre le 



MŒURS ÉPULAIRES 347 

pain et le gâteau, et peuvent être mangés en 
guise de pain avec de la viande ; si on les beurre, 
c'est une sorte de gâteau. De plus, on prétend 
que le cidre est bon après l'échaudé. 

11 y en a plusieurs fabriques : à Tréméreuc, 
canton de Ploubalay ; au Chemin-Chaussée, can- 
ton de Matignon ; aux Champs-Géreaux, près 
d'Évran, etc., les échaudés qui en proviennent 
sont en forme d'écuelle ; ce sont ceux qu'on ap- 
pelle Cimereaux ou Cimériaux. 

Dans rille-et- Vilaine, où il y a aussi plusieurs 
fabriques, notamment à Antrain, on appelle les 
échaudés hagés ou bajeiis, quand ils sont ovales ; 
gareaiix, quand ils sont ronds. Les gareaux ne 
coûtent qu'un sou. 

On dit qu'on boulange les échaudés « o l'eu »; 
il y a des personnes qui, sur la foi de ce dicton, 
n'en mangent pas avec plaisir. 

Voici comment on les boulange : la pâte est 
mise dans une sorte d'auge longue et étroite, 
et c'est avec une planche, sur laquelle on s'as- 
sied, qu'on bat la pâte; lorsqu'elle est sufti- 
samment apprêtée, on lui donne la forme qu'on 
désire, soit celle de pain rond, soit celle d'écuelle, 
et on la jette dans de l'eau froide où elle se con- 
solide. 

Aux foires, il s'en vend beaucoup ; on met de- 
dans du beurre, ou on s'en sert en guise de pain 



348 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

pour manger de la saucisse. En revenant du mar- 
ché ou de la foire, Iqs parents en rapportent 
comme « part d'assemblée )) pour ceux qui sont 
restés à la maison ou pour les enfants. 

Les Craquelins de Saint-Malo sont aussi très 
populaires en Hauie-Bretagne ; on en vend dans 
les villes et à la cam.pagne. On voit passer des 
hommes, porteurs de grandes hottes en forme de 
cage qui en sont pleines. 

A Rennes, on les crie : 

Craquelin d'Saint-Alalô ôôo ! 

en allongeant beaucoup. Ce à quoi les gens du 
peuple manquent rarement de répondre : 

Tu en as menti, 
r sont d' Pleurtuit. 

C'est en effet dans cette commune qu'on en fa- 
brique la plus grande quantité. 

Les Crêpes sont regardées comme une frian- 
dise : on n'en fait guère que pendant le Carnaval 
ou à certaines fêtes. 

Cf. p. 225 du pièsent livre, les dictons sur le carnaval et les 
crcpes. 

Elles consistent en une farine de froment mé- 
langée d'œufs, de lait et de sucre, et battue for- 
tement. Quand elle est prête, on met la poêle 



MŒUEs iIpulairls 349 

sur le feu, on y fait fondre du beurre, puis on y 
;erse un peu de pâte qu'on étend, et on remue la 
:oêle jusqu'à ce que la crêpe soit cuite. Le talent 
le celui qui la fait est de la retourner en la fai- 
sant sauter en l'air, de manière à ce qu'elle re- 
:ombe sur le côté opposé. En certains pays, au 
iioment où on les cuit, chacun prend à son tour 
a queue de la poêle pour les faire sauter, et ce- 
ui qui est maladroit est plaisanté par les autres. 

Le proverbe « Tli a fait des crêpes do sa 
'arrine », veut dire qu'on a fait à quelqu'un un 
présent avec une chose qui lui appartenait ou à 
aquelle il avait droit. 

Vers la limite du pays français et du pays bre- 
:onnant, on fabrique aussi des gâteaux assez sem- 
blables aux gâteaux bretons. 

Le Pommé, est une sorte de confiture qui, en 
:ertains cas, remplace le beurre ; souvent dans les 
fermes, on sert à la fois le pot à pommé et l'as- 
îiette au'beurre. Mais, ce sont surtout les enfants 
de l'école qui en emportent pour étendre sur leur 
pain. 

La cuiserie du pommé, opération assez longue, 
isl une occasion de réjouissances. 

On pèle les pommes et on en ôte les pépins, 
puis on les met à cuire dans un grand bassin ou 
dans une cuve à lessive ; on les arrose à plusieurs 
[■éprises avec du cidre doux, et, pendant tout le 



350 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

temps de la cuisson, quelqu'un est occupé à re- 
muer le mélange. La cuisson durant sept à huit 
heures, on se relaie pour tourner, et c'est pour 
cela que les réunions aux cuiries ou cuiseries sont 
nombreuses. (E.) 

Le Badiolet est une confiture faite avec des ce- 
rises sauvages qu'on appelle hadies. Il porte aussi 
le nom de lohon (D.) ou de cérisè. (E.) 

On fait cuire les pommes en les jetant dans un 
four chaud ou dans l'avoine. L'avoine qui est 
employée pour la nourriture des gens doit être 
mise au four après que k pain a été tiré. On jette 
les pommes dessus, et c'est ainsi qu'elles cuisent ; 
on prétend que ce sont les meilleures. 

A Rennes, on crie dans les rues les pommes 
cuites : 

Au rôt tout chaud, 
Pomme' cuite' au sucre ! 






CHAPITRE VII 



CROYA^XES ET COUTUMES DIVERSES 



^1 I. — LE CORPS HUMAIN 




ous ce titre, j'ai réuni les croyances rela- 
tives aux diverses parties du corps hu- 
main, ainsi que certaines croyances, 
coutumes ou superstitions que le peuple y rat- 
tache. 

Quand on se lève le eu le premier, on a du 
malheur toute la journée. On dit de quelqu'un 
qui est de mauvaise humeur : — Il s'est levé le 
derrière le premier. 

Depuis une quinzaine d'années, la manière de 
porter la barbe et les cheveux a bien varié à la 
campagne. Autrefois, presque tous les paysans 
étaient entièrement rasés ou gardaient de simples 



3 52 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX LT USAGES 

côtelettes ; les moustaches formaient une exception 
très rare, et bien peu portaient la barbe entière. 
Actuellement, si les moustaches sont encore assez 
rares, il n'y a plus guère que les vieillards à se raser 
complètement, et la barbe entière, autrefois si 
peu portée, n'est plus une exception à citer. 

Quand on vient de se couper la barbe et qu'on 
embrasse quelqu'un, on dit qu'on lui donne le 
pucelage de sa barbe. Il y a des gens qui ne se 
laissent embrasser que par la personne à laquelle 
ils la destinent. (D.) 

Pour que les cheveux allongent, il faut les cou- 
per dans le croissant ; coupés en pleine lune, ils 
ne repoussent pas ; si on les coupe dans le dé- 
cours, ils raccourcissent. On doit les brûler ou les 
porter dans le cimetière, où on les enterre, quand 
ce sont les premiers cheveux des enfants ; ils 
mourraient si on les jetait. Les femmes ne doi- 
vent pas non plus jeter leurs cheveux. 

On doit les couper à la nouvelle lune, car les 
campagnards déclarent qu'à mesure que le crois- 
sant de la planète augmente, les cheveux poussent 
aussi vite et en proportion. Ce mo3'en ingénieux 
empêche les rhumes, les affections de poitrine, 
etc., de se produire, en raison de l'explication 
précédente. 

Les femmes rouges font tourner le lait (E.-D.) 
et le cidre ; elles ne doivent pas non plus allei 



CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 353 

dans le cellier. Il en est de même des femmes 
très noires; elles partagent ce privilège peu en- 
viable avec les bonnes sœurs trottoires qui font 
tourner le lait, et ont toutes un sort jeté sur 
elles. (D.) 

Jadis les femmes ne montraient pas leur che- 
velure sur leur front ; elle était cachée par un 
bandeau. En quelques pays, les vieilles femmes 
conservent encore cet usage ; mais les jeunes, 
presque toutes, ont des bandeaux sur le front. 

On dit que les dents tombent si on fait des 
mensonges. (D.) 

Mcme cro3-ancc en Poitou. Cf. Souche, Croyatues, p. 10. 

Quand on perd ses dents, il faut les mettre 
sous le seuil de la porte ou dans un trou de la 
muraille, parce que c'est là qu'on reviendra les 
chercher au jugement dernier. (P.) 



Les joues (proverbes). 

— Il a les joues comme les fesses d'un pauvre 
homme. 

— Les joes n'se collent point. Cela se dit 
quand on s'embrasse. 

— Donner un coup de joe, c'est embrasser. 



23 



3 54 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



La langue (dictons). 

— Il a le sublet bien coupé. 

— La femme a bien gagné ses deux liards à li 
couper le filet. (E.) 

L'usage de couper le filet est à peu près général 
à la campagne. 



Les mains (dictons et formulettes). 

— Avoir six doigts pour se gratter. (E.) 
(Être ruiné). 

— Mains froides, cœur bien placé. 
Voici les noms des doigts : 

Le pouce, Beurrot. 
L'index, Liche-Pot. 
Le médius, Longin. 
L'annulaire, Mal apprins. 
Le petit doigt, Pdit diot. (P.) 

Le bœu, 
La vache, 
Celui qui la détache, 
Celui qui la mène es champs, 
Le petit riquiqui, 
Qiii court devant. 



CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 355 



Lu qui l'a prins, 
Li qui l'a pleurnée, 
Li qui l'a fricassée, 
Li qui l'a mangée. 
Et le p'tit diot qui n'a zu ren. (P.) 

Pouçot, 

Beurrot, 

Mail' doigt, 

Capitain', 

Petit doigt. (D.) 

Les personnes qui ont la main longue passent 
pour n'être pas franches. (D.) 

On dit aux enfants que la main qui déniche le 
berruchet est condamnée à tomber. (D.) 

Si on a des marques jaunes dans la main 
droite, il arrivera malheur ; si c'est à la main 
gauche, signe de chance. 



Le nei (proverbes). 

— Jamais grand nez n'a diffamé (gâté) beau 
visage. (M.) 

— Mieux vaut laisser son éfant morvous que 
de li écourter le nez. (M.) 

— Rester la goule sous le nez. (Avoir l'air 
ébahi.) 

— Visib'e comme le nez dans la figure. 



356 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Les ongles (superstitions et dictons). 



Les taches blanches aux ongles sont autant de 
péchés mortels commis par la personne qui 
les a, 

A Dinan, on dit que les taches blanches repré- 
sentent autant de mensonges faits. 

Cf. Souche, Poitou^ p. 10 ; Mélusine, t. l", coL 350, Francbe- 
Conité. 

Les taches aux ongles signifient jalousie. (D.) 

Si on a des taches blanches aux ongles de la 
main gauche, c'est signe de malheur ; si c'est à 
la droite, c'est signe de chance. (P.) 

Avoir un poil à l'ongle. (S.-C.) Être paresseux. 

On dit aussi : Avoir un poil dans le creux de 
la main. (E.) 

Tailler ses ongles le dimanche, c'est donner du 
pain bénit au diable. (D.) 

On ne doit pas non plus les couper le ven- 
dredi, car c'est le jour de la Vierge, et on 
écourterait le petit doigt de l'Enfant-Jésus. (D.) 

Si une femme coupe les ongles de son enfant 
le dimanche, l'enfant est sûr de mourir dans 
l'année. (D.) 



CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 357 



Les oreilles (croyances et dictons). 

Quand les oreilles vous sonnent, on est à rha- 
hîïler vos chaussures, c'est-à-dire à parler de 
vous. (P.) 

Si les oreilles tintent, c'est signe que quelqu'un 
parle de vous. (E.) 

Superstition analogue dans les Vosges (^MéL, 501). C'était 
une superstition antique. 

— l'oit dur comme un sourd. 

— l'oit du' comme un fossé (talus). 

— Sourd comme une bûche. (E). 

Si on tient longtemps un petit violon (criocère) 
auprès de ses oreilles, on ne sera jamais sourd. 
(Env. de Bécherel.) 

Les os. 

11 y a des saisons où les os n'ont pas de 
moelle. (E.) 

ï^s pieds (Croyances et proverbes). 

Si on a les pieds froids, on a le cœur chaud ou 
on est amoureux. 

— Il a des pieds de Gargantua. (M.) Ce pro- 



5)8 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



verbe est surtout employé par les cordonniers, en 
parlant des enfants. 

(Cf. Gargantua dans les traditions populaires). 

On dit aussi de quelqu'un qui a les pieds 
grands, qu'il a des pieds de Charlemagne ; mais 
je ne pourrais affirmer avoir entendu ce dicton à 
la campagne. 

Le ventre (dicton). 

— Dos de velours et ventre de paille. 

Le visage (dictons). 

— Ça y' est-i' un biau gas? — Comme l's 
aut'es : il a deux yeux, le nez au mitan du visage 
et la goule dessous ; il est ben. (E.) 

— Le morvous, emporte le p'étous. 

— Olle est ronde comme un galetier : queue 
face qu'olle a. (Ploubalay.) 

Les yeux (dictons et formulettc). 

— Avoir les yeux comme une bogue de châ- 
taigne. 

— Avoir les yeux plus grands que le ven- 
tre. (M.) 



CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 359 

— Il a les yeux comme un petit Serpidas. (M.) 

— Loucher comme un beurrier. (E.) 

— Yeux de congre mort. 

— Yeux de carpe frite. 

— Faire des yeux comme une poule qui perce 
un sas. (E.) 

Yeux bleus. 
Qui mènent la chatte chez le bon Dieu ; 

Yeux naïrs, 
Qui mènent la chatte baïre ; 

Yeux verts, 
Qui mènent la chatte dans l'enfer; 

Yeux bruns, 
Qui mènent la chatte au pun (pain). 

Yeux gris, 
Qiii mènent la chatte en paradis. (P.) 



5 II. — COUTUMES RELIGIEUSES. 

Dans la première partie de ce livre, j'ai cité un 
assez grand nombre de coutumes et d'usages 
chrétiens qui se rapportent aux diverses phases 
de la vie humaine ; il en ^a été de même dans la 
seconde partie, surtout aux chapitres intitulés 
V Année et les Fêtes; mais il en est un certain 



6o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



nombre qui n'ont pu rentrer dans les classifications 
déjà faites : c'est pour cela que je les note ici. 

On a déjà vu que les pèlerinages, surtout iso- 
les, à tel ou tel saint, à telle chapelle, étaient 
assez nombreux ; je suis loin d'avoir épuisé la 
liste des saints guérisseurs, et leur pouvoir s'étend 
sur les hommes, les animaux et les moissons. 

C'est surtout quand il s'agit du bétail, que les 
paysans se montrent généreux ; il s'établit entre 
eux et les diverses puissances du ciel une sorte de 
contrat synallagmatique. « Si je vends ma vache 
tel prix, je donnerai au bienheureux saint X*** 
une pièce blanche. » — « Si la bienheureuse 
Vierge Marie permet que not' trée (truie) aie dix 
petits pourciaoux, il y en aura un pour ielle. « 
(P-) 

Le cliiinoine Goudc (Lég. de Chàteauhriatii) cite plusieurs 
exemples de ces sortes de contrats, entre autres celui d'un men- 
diant qui promet 20 sous pour ne plus tomber du haut mal. Les 
Gv.'er^io:i bretons sont remplis de promesses analogues. 

C'est surtout en temps d'épizootie que les 
vœux sont fréquents, plus encore que lorsque 
l'épidémie sévit sur les gens. 
• Lorsqu'un cochon a bien profité, on offre un 
morceau de lard, qui est vendu aux enchères, 'à 
la porte de l'église, après avoir été exposé, pen- 
dant la grand'messe sur l'autel du saint protec- 
eur du cochon. S'il s'agit d'une vache, c'est une 



CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 36 1 

belle moche (motte) de beurre qui est offerte, et 
qui est de même vendue. 

En Basse-Bretagne (cf. Galerie brctouve, p. 84), il y a aussi 
des ventes aux enchères à la porte de l'église. 

En Haute-Bretagne, la population est presque 
entièrement catholique; il y a un assez petit 
nombre de protestants, très peu de juifs, et l'on 
peut dire que les campagnes sont entièrement ca- 
tholiques. Les non-pratiquants, assez nombreux 
dans la classe moyenne, sont assez rares parmi les 
paysans. La première édition du Dictionnaire d'Ogée 
comptait la population par le nombre des com- 
muniants ; ce mode de recensement serait moins 
exact aujourd'hui. Je crois que, même à la cam- 
pagne, on peut porter à près d'un dixième pour 
rille-et- Vilaine, d'un vingtième pour les Côtes- 
du-Nord, le nombre des hommes qui ne font pas 
leurs Pâques. 

Entre Rennes et Fougères existait une secte 
assez nombreuse qui ne reconnaissait pas la hié- 
rarchie catholique; on l'appelait la petite Eglise, 
et ses sectateurs se nommaient, je ne sais pour- 
quoi, des Louiseites. On m'a assuré que les Loui- 
settes s'étaient séparés du reste des catholiques au 
moment du Concordat, parce que la Fête-Dieu, 
au lieu d'être célébrée le vjeudi, était reportée au 
dimanche. Il n'y a pas très longtemps que leur 
dernier prêtre est mort, et comme les Louisettes 



362 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

n'ont point d'évêque, il n'a pas été remplacé. 
D'après les renseignements en petit nombre que 
j'ai pu me procurer, la secte des Louisettes serait 
en voie de disparaître complètement. 

Des communions analogues existaient en Anjou 
et en Vendée. 

Le pain bénit est offert 'par les paroissiens ; il 
doit être mangé ou brûlé ; mais il faut bien se 
garder de le jeter, car il pourrait être l'occasion 
de malheurs. 

Si on donne du pain bénit à un chat, il entre 
en fureur et devient comme enragé. (M.) 

Si on donne du pain bénit à une poule, cela la 
rend enragée. (E., P.) 

En 1884, il y avait à Plenée-Jugon une forte 
épidémie de diphtérie : ou assurait que la maladie 
frappait les maisons dans la semaine qui suivait 
celle où on y avait rendu le pain bénit; ce qui 
n'empêcha d'ailleurs personne de le donner à son 
tour. 

Avant de se mettre à l'eau, les enfants prennent 
de l'eau et font un signe de croix. 

Cet usage existe en Russie, et M. de Gubematis, t. II, p. 414, 
•pense que c'est un reste de la croj-ance aux esprits malfaisants 
des eaux. 

Si quelqu'un fait un ouvrage dont il n'a pas 
l'habitude, on dit : Il faut faire la croix dans Vhu 
(sur la porte). (S.-C.) 



CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 363 

Si la nuit on ne fait pas le signe de la croix en 
passant devant une croix, « on voit de quoi. » 
(E.) 

A Dinan, c'est le contraire. Les morts qui sont 
en pénitence au pied des croix pensent qu'on leur 
fait signe de venir et ils suivent. 

Avant d'entamer le pain, on fait une croix avec 
le couteau sur la partie plate. 

Il y a une cinquantaine d'années, on portait en 
procession la bannière de Saint-Glen, qui était 
assez lourde, et pour lui donner du poids, on y 
ajoutait au haut un keut (couteau de charrue). 
Aussi, il n'y avait que les « bons corps « à pou- 
voir la porter, et c'était un honneur très envié. 
Il fallait, en sortant de l'éghse, la faire saluer, en 
l'abaissant et en la relevant, par les prêtres et les 
gens de la procession. 

Quand on place sur le clocher un nouveau coq 
ou que, pour des réparations, on descend le 
vieu:î, celui qui doit le poser se fait accompagner 
d'un autre homme ; le coq est orné de rubans tri- 
colores, et on le porte au maire, à l'adjoint, au 
château s'il y en a un, dans la commune et dans 
les principaux villages. On offre à boire au por- 
teur de coq, ou bien on lui donne de l'argent ou 
du tabac. (P.) 

Les cloches disent : Pain perdu ! Pain perdu ! 

Dans un assez grand nombre de paroisses du 



364 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

diocèse de Saint-Brieuc, les prêtres font une quête 
chez leurs paroissiens. Parfois, il y en a deux par 
an : l'une pour le fil, l'autre pour le grain ; mais, 
à cette dernière, on accepte les dons, soit en na- 
ture, soit en argent. Le prêtre qui fait sa quête est 
accompagné d'un ou deux fabriciens qui portent 
les sacs destinés aux dons en nature. 

Le bedeau, qui est souvent fossoyeur en même 
temps, fait aussi une quête : en général, il n'est 
pas payé par le clergé ni par la fabrique. 



§ III. — LA CHANCE, LES PRÉSAGES ET LES RÊVES 

La croyance aux présages, aux choses qui por- 
tent bonne ou mauvaise chance, ou aux rêves, 
est très répandue parmi les paysans et surtout 
parmi les paysannes, ainsi qu'on a pu le constater 
en nombre d'endroits de ce livre. 

(Cf. principalement les chapitres du mariage, de la naissance 
et de la mort). 

En voici encore quelques exemples qui n'ont 
pu être classés dans les précédents chapitres : 

Si on rencontre, le matin en sortant, une 
femme qui ait son bonnet de nuit, on n'en a pas de 
toute la journée. (P.) 



CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 365 

Pour avoir de la chance au jeu et gagner A tous 
coups, il faut tuer une taupe en amour, lui ôter 
tous ses os un à un, et les mettre dans un 
ruisseau qui vient d'une fontaine ; l'un de ces os 
remonte à la source, et c'est celui-là qui porte 
chance. (P.) 

En Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 284) un os de taupe, 
placé sous l'aisselle gauche, préserve des maléfices. 

Rencontrer un lièvre le matin porte malheur, 
et aussi le jour d'un mariage. (E.) 

On coupe les pattes aux faucheux et on. les met 
dans sa main ; si, après avoir été détachées du 
tronc, elles remuent, c'est signe qu'on aura de la 
chance. (E.) 

Cf. Rolland, p. 245 (Poitou) ; voir une superstition vosgiemie 
dans Mélusine, col. 49S. 

Si on peut attraper le premier papillon blanc 
qu'on voit, on trouve un essaim dans l'année. 
(E., S.-C.) 

Superstition analogue dans les Vosges (cf. Mélusine, col. 478); 
en Poitou (Desaivre, Croyances, p. 30; Souche, Croy., p. 7). 

■Noël du Fail constatait au xvi» siècle le rôle chanceux du 
papillon : « Qui veult estrc marié en Tan prenne le premier pa- 
pillon qu'il verra, » t. I, 112. 

La croyance à la vertu de la corde de pendu 
est encore vivante; il y a deux ans encore, j'ai 
eu connaissance, aux environs de Dinan, de dé- 
marches faites pour se procurer des morceaux de 
la corde d'un homme qui s*était pendu. 



366 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 



Quand un chasseur trouve une épingle, on dit 
qu'il aura bonne chance dans sa tournée. (P.) 

Si, la première fois qu'on entend le coucou 
chanter, on est à jeun, on mourra de faim dans 
l'année. (S.-C.) Q.uand on l'entend avant de dé- 
jeûner, on ne mange pas de caillihotes (caillebotes) 
de l'année. (P.) Si, la première fois qu'on l'en- 
tend, on est à faire ses besoins, on aura pendant 
toute l'année un dérangement de corps. (S.-C.) 

Quand on entend chanter le coucou pour la 
première fois, on regarde combien on a d'argent 
dans sa poche, car on dit qu'on aura toute 
l'année autant d'argent qu'on en a sur soi ce 
jour-là. (M., E., etc.) 

Si l'on n'a pas de monnaie dans sa poche, on 
est gueux' toute l'année. (S.-C.) 

Croyance analogue dans les Vosges' (cf. Mil., col. 452) ; en 
Poitou (cf. Desaivre, Myth. loc, p. i r), et unjpeu partout. (Cf. 
Rolland, p. 92.) 

Si on a ses poches, sa chemise ou sa jupe à 
l'envers, il faut se hâter de les retourner; sans 
cela, il ne tarderait pas à pleuvoir. (S.-C.) Si le 
tabac sort de la pipe allumée, si l'horloge sonne 
d'un air enroué, la pluie est prochaine. 

Voir un papillon le soir, c'est signe que pro- 
chainement on aura des nouvelles. 

Quand on a les bas troués, c'est signe qu'on a 
des lettres à la poste. (D.) 



CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 567 

Si la bruyère rougit sur la lande, le temps de- 
viendra beau ; si elle noircit, c'est au contraire un 
présage de mauvais temps. (P.) 

Quand le soleil se cache sous les nuages, on 
lui dit : 

Petit soulaï, réveille taï, 

D'vant l'bon Dieu et devant maï, 

Devant la fille du raï, 

Qu'est p'us belle que maï ; 

Devant la fille du comte, 

Qu'est p'us belle que tout l'moude ; 

Devant la fille du duc, 

Qui n'est pas p'us grosse qu'une puce ; 

Devant la fille du marquis. 

Qui ressemble à une souris ; 

Devant la fille du baron. 

Qui veut des chansons. 

Et d'vant la fille de l'empereur, 

Qui est belle à faire peur. (S.-C.) 

Si on rêve d'eau claire, c'est signe de chance ; 
si on rêve d'eau trouble, c'est signe de mal- 
heur. (E.) 

Si on rêve d'enterrement, on ira prochaine- 
ment aux noces, et réciproquement. 

Cf. Souche, p. 12. (Poitou) ; cf. aussi Jacob, Oneirocritie. 

Si on rêve d'argent, c'est signe qu'il y aura des 
poux ou de la misère dans la maison. 



368 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES 

Quand on rêve dans les poux, c'est signe d'ar- 
gent. (S.-C.) 

Si on rêve de puces, c'est signe de dispute. 
(S.-C.) 

Si on rêve de mariage, c'est signe d'enterre- 
ment ; si on rêve d'enterrement, c'est signe que 
prochainement on assistera à un mariage. 

Si on rêve de feu, on est exposé à se noyer. 

Celui qui rêve qu'il est riche aura des pertes. 




TABLE ANALYTIQUE 



PREMIERE PARTIE 
l'homme de la n'aissance a la mort 

Chapitre I. — La xaissaxce 

^ I. La grossesse ?; Proverbes et dictons. — A qui o;i 
s'adresse pour obtenir la fécondité. — Pronostics 
de grossesse ; dictons 3 

5 II. L'auouchtnient : La chance et la prédestination, — 
Contes sur la destinée. — Enfants doués à cause 
de particularités de leur naissance. — Ce qui a lieu 
après l'accouchement 10 

^ III. Le baptême : Les parrains et les marraines. — Ce 
qu'ils doivent faire. — La cérémonie. — Usages 
de baptême. — Le retour à laj maison, — Le 
crasset et le nombril. 1, 16 

§ IV. Les rcUvailles : Coutumes ..•.*.•..•• 20 

Chapitre II. — Le premier âge 

5 I. L'allaitement et k berceau : Moyens d'avoir du lait, 

— Le berceau et la bouillie 22 

5 II. Les premiers pas : La chomette. — Saints invo- 

24 



3/0 TABLE ANALYTIQUE 



qucs pour les enfants. — Superstitions et méde- 
cine populaire, ., 26 

§ III. Ce qu'on dit aux enfants. — Hygiène. — Préjugés : 
Le sevrage. — Dictons sur les cnflints. — Com- 
ment on leur persuade de se coucher 30 

Chapitre III. — L'école 

1 I. L'ecuh : Ccutun-.es des enfiants à l'aller et au re- 
tour , 36 

5 II. Jeux et a musettes : Jeux avec les plantes. — î»Iu- 

siques rustiques 39 

^ III. Jeux des garçons. — Conventions : Formulettes de 
trouvaille. — Élimination. — La queue au loup. 

— Jeu des fleurs. — La grue. — La bague Ma- 
dame. — La veuve. — La toupie. — Pète-en- 
gueule. — Grcs-Jcan 45 

5 IV. Jeux des jilles : Le petit lièvre. — La petite porte. 

— Le jeu d'amourette. — La queue du loup. — 
Jeux de ventes, — Aller es vênes. — Danse à re- 
bours 30 

Chapitre IV. — De la sortie de l'école au tirage 

§ I. La garde des troupeaux : Jeux des bergers et des 

bergères. — Comment on traite les paresseux. . 61 

5 II. Les professions et les métiers : La propriété fon- 
cière. — Les prêtres. — Les bonnes sœurs : La 
bonne sœur et le diable. — Métiers méprisés : les 
tailleurs, les tisserands, les pillotous, les meuniers, 
etc. — Les domestiques (S 

5 III. Les Conscrits : Rencontres le jour du tirage. — 
Moyens d'avoir un bon numéro. — Promenades 
des Conscrits 79 



TABLE AXALYTiaUli 37 



Chapitre V. — Le mariage 

'l I. Les galaiils el les filles d marier : La beauté. — • 
Dictons sur les filles. — Les vieilles filles. — En- 
droits où l'on se fait la cour. — Comment on se 
la fait. — Congés aux amoureux 84 

§ IL Présages de viariage. — Moyens de se faire aimer : 
Les mégalitlies. — Les épingles, les saints. — Pré- 
sages de mariage prochain ou éloigné. — Conju- 
rations pour savoir quand et avec qui on se ma- 
riera. — Comment on se fait aimer 95 

5 in. La demande en mariage : Le crachat. — L'en- 
tremetteur. — Formules de demaudo . ..... 105 

j IV. Les apprêts de la noce et des fiançailles : Les invita- 
tions. — La quête à l'église. — La tuilée. — Repas 
des fiançailles J . loS 

§ V. Quand on doit se marier. — Le départ pour le bourg : 
Jours et époques néfastes. — Mariage de veufs. 
— La fille cachée. — La fille qui se sauve. — Ce 
qu'on fait aux mariés de mauvaise réputation . . 112 

5 VI. Le viariage et le ictour à la maison : Présages à 

l'église. — Arrivée à la maison. — La bienvenue . 121 

'^ VIL Le repas et les danses : Les noces de papillon. — 
Le repas. — Le chanté. — Chansons de noces. — 
Les danses 125 

" VIII. La nuit de v.oees el les jours suivants : Le cou- 
cher de la mariée. — La rôtie et la soupe. — Ins- 
tallation des nouveaux époux 152 



Chapitre VI. — Le mék.ige ht la famille 

j I. If msri et la femme : Rapports entre eux. — Le 

charriottage 14^^ 



3/2 TABLE AXALYTIQ.UE 



§ II. Les enfants et les parents : Les garçons plus esti- 
més que les filles. — Le respect pour les parents. 

— Les gendres et les brus u, i 

Chapitre VIL — La mort 

§ I. Les signes avant-coureurs : Morts dans le voisinage. 

— Pronostics tirés des oiseaux, insectes, etc . . . I4<S 

5 II. La mort : Animisme de la mort. — L'agonie. —■ 
Ce qu'on fait après le décès. — Comment on ha- 
bille le défunt. — Veillées 152 

1^ III. L'enterrement : Comment le mort est porté. — 

Parodies de la messe des Morts 160 

§ IV. Le deuil et le culte des morts : Couleurs et formes 

du deuil. — Culte. — Reliquaires . 165 



DEUXIÈME PARTIE 
les travaux, les usages et les fêtes 

Chapitre I. — L'année 

§ I. L'année et les doiixe mois : Pronostics de bonne ou 
de mauvaise année ; dictons sur les mois ; les mois 
personniEés > 

5 II. Le calendrier : Janvier : le Premier de l'An, le 
Jour des Rois, fêtes diverses. — Févrisr : dictons. 
La Chandeleur, Sainte-Agathe. — Mais : dictons. 
Les Vènés. — Avr-l : dictons. Le poisson d'avril, 
Saint-Georges, Saint-Marc. — Mai : superstit'ons. 
Les étrécotes ou trécoles, les mais, chanson de 
mai. Saint- Yves. — Juin : dictons. Le vendredi 
blanc, la Saint-Jean, les chèvres tirées, les feux de 



TABLE ANALYTIQ.UE 373 



joie, les tisons ; pronostics. La Saint-Pierre. — 
Juillet : dictons. La Sainte-Anne. — Août : dic- 
tons. Notre-Dame des Neiges, la Saint-Laurent, 
l'Assomption; pèlerinages. — Septembre : Saint- 
Eustache, Saint-Michel. — Octobre : Saint-Denis, 
Saint-Crépin. — Novembre : la Toussaint et la se- 
maine des Morts, Saint-Quay, Saint-Melaine, Saint- 
Aignan, Sainte-Catherine, Saint-Andié. — Décem- 
bre : Sainte-Barbe, les Avents, Saint-Thomas, la 
veille de Noël, le hoguinané ou guij-anc ; les 
Noëls, pronostics, la bûche. Merveilles de la nuit 
de Noël ; animaux qui s'agenouillent ; mégalithes 
qui se déplacent ; le rameau d'or ; saint Joseph 
et la Vierge; la Saint-Sylvestre ; facétie .... 174 

IIL La semaine : Dictons, formulettes et supersti- 
tions de chacun des jours ; la nuit du samedi : les 
fileuses de nuit ; le repos dominical ...... 219 



Chapitre II. — Les fêtes et les dh'ertissements 

^ L Les fêtes du i" janvier an Carême : Les jours gras ; 

coutumes et croyances du Carnaval 2:24 

5 IL Le Carême : Le Mercredi des Cendres ; la Mi-Ca- 
rême ; usage de chanter la Passion. — Chansons. 
— Le dimanche des Rameaux ; la Semaine sainte ; 
chants 22S 

5 in. De Pâques ci la fin de l'année : Pâques, l'Ascen- 
sion, les Rogations, la Pentecôte, pèlerinages, la 
Trinité 241 

5 IV. Les Jeux et divertissements publics : Les feux de 
joie ; la grenouille. — Combats de coqs ; cour- 
rerie de coqs. — Disparition de la soûle. — Le 
tire-jars. — Les batailles 246 

24. 



374 TABLE ANALYTIQUE 



Chapitre III. — La maisox 

^ I. La constructioti : Cérémonies de la première pierre, 
de la charpente; bénédictions; croix sur la porte. 
Dictons sur la maison ..-. 25^ 

'^W. L'amena ot ment : La maison d'habitation; la porte; 
les fouleries de place ; l'arrangement des meubles ; 
le foyer et le feu ; la vaisselle et l'imagerie ; le 
grenier; les pièces de décharges et les dépen- 
dances; les aires neuves 25S 

§ III. Les éfables et la basse-cour : Les poules ; comment 

on doit arranger les étables; les granges .... 2-z 

5 IV. Les ustensiles : Couteaux, miroirs, trépieds, verres 
à boire ; le pain ; la chance des maisons ; les in- 
cendies. 273 

§ V. Les veillées : Jeux et chansons ; la fabrication du 

cidre 276 

Chapitre IV. — Les travaux du dehors et les 

MARCHÉS 

^ l. La terre et les travailleurs : Sur la bonne ou mau- 
vaise qualité de la terre ; associations ; chanson 
qu'on chante en attendant le jour; les femmes la- 
bourant ; le dernier levé ; les instruments de labour ; 
comment on les porte; les charrettes 290 

5 II. Les travaux de labour : Les fouiries d'ajoncs ; le 
défouissement des landes ; jours oîi l'on ne la- 
boure pas 291 

§ III. Les semailles : La bénédiction des semences ; 
champs arrosés d'eau bénite. — Jours bous pour 
semer. — Semailles du froment, de l'avoine, du 
blé noir, du seigle, etc 296 

§ IV. La récoite du foin : Les faucheurs ; moments fa- 



TABLE AKALYTIQ.UE 375 



vorables pour la fauche ; la fenaison : les tourbil- 
lons ; comment on s'en préserve. Le couteau et le 
tourbillon. Le tassement du foin dans les greniers ; 
la dernière charretée 301 

^ V. La moisson. — Comment ou scie le blé. Les javelles. 
La dernière charretée, la dernière gerbe ; céré- 
monies S*') 

§ VI. Cueillettes et travaux divers. — Le chanvre ; les 

pommes; les échaliers neufs 30S 

<^ VIL Les bergers et les charretiers : Soins au.x bestiaux. 

— Superstitions. — Le respect du cheval .... 310 

r VIII. Les foires et les marchés. — Rencontres favorables 

ou funestes ; coutumes de marché 512 

Chapitre V. — La politesse et la bienséance 

^ I. La civilité villageoise. — Formules d'excuses quand 
on parle des animaux. — Siffler ; pisser, etc. — 
Boire à la santé. — Tenue à table. — Le foyer. — 
Politesses de viande, etc. — Titres. — Ètcrnu- 
ment. — Formules diverses : Bonjour ; bonsoir , 
ce qu'on dit si l'on tombe, etc 31; 

j II. Les sitrnoius et les pritioms. — Usage des sobri- 
quets; exemples. — Prénoms des hommes; leurs 
déformations patoises ; formulettes. — Prénoms 
des femmes. 330 

Chapitre VI. — Mœurs ép claires 

L'idéal des paysans ; dictons; tenue à table .... 527 

Les céréales : Le pain ; ses différentes espèces ; com- 
ment on le mange ; le fovir ; le pain frais et le 
pain sec; le pain et les fées. — La soupe. — La 
galette de blé noir ; comment on la prépare ; ma- 
nières diverses de la manger ; la galette et les 



376 TABLE ANALYTIQUE 



fées. — Les bouillies de blé noir, de froment et 

d'avoine 327 

La viande : Les viandes ; les vaches salées; la viande 
douce. — Le porc ; différentes manières de l'ac- 
commode ..k.» • 337 

Le poisson, comment on l'accomode. ....... 3^1 

Les légumes, comment on les accomode 343 

Ixs laitages : Le beurre, le lait cuit, le lait Ribot, le 
lait marri, le lait à Madame, les mengauds, la 

jonchée 344 

Les pâtisseries et les confitures : Le pommé, le badio- 
let, les pommes cuites ; les échaudés, les craque- 
lins 346 

Chapitre VIL — Croyances et coutumes diverses 

§ L Le corps humain : La barbe. — Les cheveux. — 
Les joues. — La langue. — Les mains. — Le nez. 

— Les ongles. — Les oreilles. — Les os. — Les 
pieds. — Le ventre. — Le visage. — Les yeux, 550 

5 II. Coutumes religieuses : Les saints sont invoqués 
pour certaines maladies ; sorte de contrat que l'on 
fait avec eux ; offrandes en nature. — Secte dissi- 
dente : les Louisettes. — Le pain bénit ; le signe 
de la croix; danger de le faire la nuit. — Ban- 
nière portée eu procession. — Le coq ; les cloches. 

— duêtes faites par les prêtres 359 

§ IlL La chance, les présages et les rêves : Comment on 
peut se procurer de la chance ; rencontres propices 
ou fâcheuses. — Signes qui présagent un événe- 
ment. — Les rêves et leur interprétation .... 364 



OUVRAGES DU MEME AUTEUR 



a) HAUTE-BRETAGNE 
Librairie MAISOXNEUVE et Ch. LECLERC 

2), quai Voltaire, 2). 

Littérature orale de la Haute-Bretagne. Un vol. de xii et 404 pp., 
avec musique 7 fr. 50 

Traditions et Superstitions de la Haute-Bretagne. Deux vol. de 
VII, 587 et 389 pp I) fr. .. 

(Collection des Littératures populaires de toutes les nations.) 

Bibliothèque CHARPENTIER 
jj, rue de Grenelle, ij. 

Contes populaires de la Haute-Bretagne. Un vol, iii-S, do xii et 
360 pp. 3 fr. 50 

Contes des paysans et des pécheurs. Un vol. in-i8, de xvi et 

544 PP 5 f''- 50 

Contes des marins. Un vol. in-i8, de xii et 374 pp. 3 fr. 50 

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de la Marine.) 

Contes de terre et de mer, légendes de la Haute-Bretagne. Un vcl. 
in-S illustré, de 250 pp. . lo fr. « 



h) AUTRES PAYS 

Librairie AIAISONNEUVE et Ch. LECLERC 

Gargantua dans les tradilions populaires . Un vol. de xx et 
342 pp 7 fr. 50 

(Collection des Littératures populaires.) 

Bibliographie des traditions populaires des Frances d'Outremer, en 
collaboration avec M. H. Gaidoz. In-S° de 93 pp. 2 fr. 50 

Librairie Léopold CERF 

i^, rue de Mcdicis, 15. 

Le Blason populaire de la France, en collaboration avec tl. H. 
Gaidoz. Un vol. in-i8, de xii et 382 pp 3 fr. $0 

Contes des provinces de France. Un vol. in- 18, de 

XX et 332 pp 3 fr. 50 

(Collection de la France merveilleuse et légendaire.) 
Librairie LE CHEVALLIER 

_j9, quai des Grands- Augustins , ^9. 

Questionnaire des Croyances, Légendes et Superstitions de la Mer. 
In-8° de 20 pp i fr. 50 

Sous Presse : 
Légendes, Croyances et Superstitions de la Mer (Charpentier). 

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tions populaires), recueil mensuel, 12 fr. pour la France, 15 fr. 
pour l'étranger. — Adresser les abonnements à la librairie 

, Maisonneuve et Ch. Leclerc, les communications à M. Paul 
Sébillot, 4, rue de l'Odéon. 



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par G. Jacob imprimeur à Orléans 

pour Maisoniicnve frères 

et Charles Leclerc 

libraires éditeurs 

à Paris 



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