ttnfnfiiittltifiliniiimifiiiifiimHmiiiiiniiiiinfiniîifiHinniniiinhnrnifnn^
iMiiMiiiiFiiniiniiiiMiiitKtiiifuiDiiiiiiiiiitiiiiiiniiiiiliilllliriliililMiiiiiiiiiiiiii
Mi<in(2rin.'iiniiiiiiiiHiniiiniiiiiifiMiiiiiiiii{iittiifiniiiliiillHllill(iiliiiililim
iiniiiiiiiiiiiiiiiiiiHiiti
LES
LITTÉRATURES POPULAIRES
TOME XXII
LES
LITTÉRATURES
POPULAIRES
TOUTES LES NATIONS
TRADITIONS, LEGENDES
CONTES, CHANSONS, PROVERBES, DEVINETTES
SUPERSTITIONS
TOME XXII
PARIS (\
iMAISONNEUVE FRÈRES et Ç¥L LEÇEERC
25, QUAI VOLTAIREf\25
1886
Tous droits réservés
COUTUMES POPULAIRES
HAUTE-BRETAGNE
COUTUMES POPULAIRES
HAUTE-BRETAGNE
Paul SEBILLOT
PARIS
MAISONNEUVH FRKR^S et CH. LECLERC
25, QUAI VOLTAIRE, 25
1886
Tous droits résen'és
PREMIÈRE PARTIE
L'HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
PREMIÈRE PARTIE
L'HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
CHAPITRE PREMIER
LA NAISSANCE
§1.
LA GROSSESSE
ES paysans de la Haute-Bretagne consi-
dèrent la stérilité des femmes comme
une espèce de malheur. Les grandes fa-
milles, disent-ils, c'est la richesse des pauvres
gens. Et, en effet, dans la plupart des cas, une
fois la période du premier âge passée, les enfants
commencent à rendre à leurs parents bien des
petits services. Quand ils sont devenus hommes,
4 l'hOxMme de la naissance a la mort
ils aident à travailler la terre, et remplissent gra-
tuitement, avec plus de zèle 6t d'obéissance, le
rôle qui, sans eux, serait dévolu aux domestiques.
Indépendamment de la question d'amour pater-
nel, il y a pour les parents une question d'inté-
rêt, à laquelle ils ne sont point insensibles.
On dit d'un ménage où les naissances sont fré-
quentes, « qu'on y bat sur du bon blé ; qu'on
y fait des enfants comme de la toile; » d'un
homme qui a beaucoup d'enfants : « C'est un
bon co'. )) (E.) (i). On dit à une femme qui n'a
pas d'enfant : « Vot' co' ne vaut ren. — Vous
n'ez point l'air d'avaï un bon co'. «
Pourtant, il y a quelques proverbes qui semblent
prouver qu'en certains pays du moins les nom-
breuses familles ne sont pas toujours considérées
comme souhaitables :
— Le couple (d'enfants) en vaut mieux que la
douzaine. (E.)
— C'est le panier aux cerises : les plus fins y
sont pris. (E.)
Ce proverbe est appliqué à ceux qui ont plus
"d'enfants qu'ils n'en désireraient. Il en est de
même des suivants :
(i) E. signifie Ercé, près Liffré (lUe-et- Vilaine) ; D., Dinan j
P., Penguily et environs; M., Matignon; S.-C, Saint-Cast
(Côtes-du-Nord).
LA NAISSANCE
— Qui s'y mit,
S'y trouvit. (E.)
— Qui s'y frotte s'y pique. (E.)
— Que ceux qui les font les bercent. (E.)
— C'est la grand'bande qui rend les étourniaux
(étourneaux) maigres, (E.)
C'est encore une allusion à la gêne que peut
occasionner un grand nombre d'enfants. Ces pro-
verbes sont surtout usités, à ma connaissance du
moins, dans l'Ille-et- Vilaine, pays plus riche et
de culture plus avancée que les Côtes-du-Nord.
Cependant les familles de sept à huit enfants n'y
sont pas rares.
Lorsque les enfants tardent à venir, le ménage
s'adresse aux puissances surnaturelles. Voici quel-
ques pratiques religieuses qui sont d'un usage
courant :
A Plouër, on va en pèlerinage à la statue de
sainte Germaine, placée dans la chapelle de la
Souâtiée.
A Lamballe, on se rend au pardon de saint
Amateur, qui a lieu le deuxième dimanche de
juillet.
« Saint Josse ou saint Judoce est invoqué contre
la stérilité, dans l'église de la petite commune qui
porte son nom. »
(JoUivet, t. II, p. 169.)
L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
Sur les saints invoqués contre la stérilité, cf. A. S. Morin, Le
Prêtre et le sorcier, p. 242 ; — Martinet, Légendes du Berry, p. 18.
Si une femme mariée depuis quelque temps et
qui n'a point d'enfant désire en avoir, il faut
qu'elle accompagne à l'église une accouchée qui
va se faire remettre, c'est-à-dire qui fait ses rele-
vailles. (P.)
On envoie aussi, dans l'espoir qu'elles devien-
dront fécondes, les jeunes mariées conduire à l'é-
glise les femmes qui se font relever. (D.)
Il semblerait que, parfois, on a recours à des
pratiques qui, catholiques en apparence, sont des
vestiges de superstitions préhistoriques. J'ai en-
tendu dire que des femmes, pour avoir des en-
fants, allaient se frotter à certains saints en pierre
ou en bois placés dans la campagne.
En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. II, p. 143), les
femmes stériles se frottent le ventre à la statue de saint Guénolé.
Dans les Pyrénées, plusieurs pierres sont l'objet d'un culte de la
part des femmes qui leur demandent la fécondité. Cf. Bull, de
la Société d'anthropologie, 3^ série, t. II, pp. 167-8; cf. aussi la
note des pages > i et 52, du t. I"'' des Traditions et superstitions de la
Haute-Bretagne; dans la Marche (cf. Duval, Esquisses marchoises,
p. m), les villageoises, pour avoir des enfants, grattent la
pierre d'une statue antique.
A 1,200 mètres environ du bourg d'Hénan-
bihen (Côtes-du-Nord), existe une petite statue
très fruste qui porte le nom de saint Mirli. Il y a
quelques années, les femmes qui, mariées depuis
LA NAISSANCE
longtemps, n'avaient pas d'enfant allaient se frot-
ter le long de cette statue. L'on disait en pro-
verbe :
A Saint-Mirli,
On va se frotter le nombri'.
Cette cérémonie était clandestine. On m'a as-
suré qu'on s'y rendait encore quelquefois. (M.)
Je n'ai pu me procurer aucun renseignement
sur ce saint qui ne figure ni dans le calendrier ni
dans les Vies des saints. Je serais assez porté à
croire que son nom a eu une signification phal-
lique, aujourd'hui oubliée, Mirli étant très voisin
de pirli, un des noms gallos du phallus.
Si on voit une femme devenir pâle, avoir envie
d'écœurer (vomir), ou paraître désirer quelque
chose, on dit qu'elle « prune «. Pruner, c'est
commencer une grossesse. (E.)
Lorsqu'une jeune femme se plaint du mal de
dents, on lui rit au nez en assurant que cela lui
passera bientôt. On voit là un signe de grossesse ;
d'où le dicton :
Ma (mal) es dents
Signe d'engendrement.
Quand une femme enceinte a envie de quelque
chose, elle doit éviter de gratter une partie de son
8 l'homme de la naissance a la mort
corps non cachée par des vêtements, car, si elle
ne pouvait faire passer son envie, l'enfant aurait
à l'endroit gratté par sa mère une envie représen-
tant la figure de l'objet désiré. On cite nombre
d'exemples.
Cette croyance à la désirance existe aussi en Poitou (cf. Sou-
che, p. lo) ; en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 2); en
Franche-Comté (cf. Mélusine, t. I, col. 350). Elle était géné-
ralement admise dans l'antiquité, et l'on trouvera dans Laisnel
plusieurs exemples tirés d'ouvrages du siècle dernier, ou même
du XIX^, où les auteurs en font mention.
Le tonnerre ne tombe jamais sur une maison
où se trouve une femme enceinte. (M.)
Si un serpent qui a des ailes voit une femme
enceinte, il meurt aussitôt. (D.)
Le domestique Loup-garou du conte du Loup-
garou (Contes popuîah'es de la Haute-Bretagne,
ire série, no xlvu), n'a pas attaqué le premier
passant, parce que sa mère, étant enceinte de lui,
avait mangé un cœur de veau; mais il lutte avec
le troisième, parce que sa m.ère avait mangé un
cœur de bœuf.
Je n'ai pu retrouver ailleurs que dans ce conte cette croyance,
qui peut-être est disparue; mais, dans V Evangile des Quenouilles,
p. 26, il est parlé du danger que courent les femmes enceintes
si elles mangent des têtes de poissons.
On croit aussi que, si une femme s'est moquée
d'un pauvre infirme ou qu'elle lui ait refusé l'au-
mône, elle peut avoir des enfants difformes. Les
LA NAISSANCE
mendiants racontent dans les fermes plusieurs
exemples de cette punition, et, parmi eux, l'his-
toire de la jeune fille noble qui avait une tête de
cochon, et qui mangeait dans une auge en argent.
Il y a sur la grossesse des femmes un assez
grand nombre de dictons, dont plusieurs ne sont
guère respectueux :
— La hase est pleine. (E.) Cela se dit presque
toujours des femmes de conduite légère.
— Olle (elle) est au plein des brancards, com-
paraison empruntée au métier de charretier.
— Olie a une devantiérée (la devantière est
un tablier).
— Son cotillon se relève.
— Elle est sur le bon tour. (M.)
— O' crache sur les tisons. (M.)
— Elle est sur le bon côté. (S.-C.) Elle est sur
le bon bord. (S.-C.) Cette dernière comparaison
est tirée du langage des marins.
Si une femme est enceinte de dix mois, on dit
qu'elle accouche d'un évêque ; si elle était enceinte
de onze mois, l'enfant qui naîtrait serait pape.
Quand une femme est longtemps sans accoucher,
au delà du terme ordinaire, on dit : « Elle n'ac-
couche point, elle aura un pape. » (E.)
L'enfant mâle, fils de deux bâtards et premier
de sa race, devient pape. (P.)
Lorsqu'une femme enceinte est morte de mort
10 l'homme de la naissance a la mort
violente, elle revient à certaines époques de l'an-
née. A Rillé, près de Fougères, une lueur qu'on
voit périodiquement est l'âme d'une femme en-
ceinte qui se tua en tombant d'un cerisier. (E.)
En Normandie (cf. A. Bosquet, p. 278), apparaît à Dieppe une
femme grosse qui, jadis, tomba du haut de la falaise et se tua.
§ II. — l'accouchement, présages et croyances
Dans la cro3'ance des pa3"sans, le moment de
la semaine ou du mois où naît un enfant, certaines
autres circonstances accessoires, peuvent avoir de
l'influence sur sa destinée, sur son intelligence ou
sur ses qualités.
Les enfants qui naissent le dimanche sont tou-
jours chanceux; ceux, au contraire, qui sont nés
le vendredi sont malheureux. (D.)
Si le père d'un enfant est ivre au moment de la
naissance, l'enfant sera innocent. (S.-C.)
Plus un enfant naît^près de la fin du mois, plus
il aura de chance. (S.-C.)
Ceux qui naissent dans le mois de mars sont
ràbâtous, c'est-à-dire grognons. (S.-C.) Ailleurs
(P.), ce sont ceux du mois d'août.
LA NAISSANCE II
Quand un enfant naît la nuit, on sort de la
maison et l'on va regarder l'étoile qui se trouve
en ce moment au-dessus du pignon de la chemi-
née. Si elle est brillante, l'enfant sera heureux; si
elle est pâle, on n'augure pas bien de lui. (D.)
Ces croyances à une sorte de prédestination
sont constatées dans plusieurs contes populaires en
Haute-Bretagne.
Il y avait une fois un devin qui se trouvait
dans une maison au moment où une femme allait
accoucher; il prédit que cet enfant, né sous une
mauvaise étoile, serait pendu. Quand l'enfant fut
devenu grand, il quitta le pays pour ne pas faire
honte à sa famille, et il alla se louer comme do-
mestique, et toutes les nuits il priait pour ne pas
être pendu.
Mais, comme il sortait souvent la nuit, un
autre domestique voulut savoir où il allait, et il le
suivit. Il le vit entrer dans l'église, où il s'endor-
mit; et, pendant son sommeil, il fut pendu trois
fois à la corde des cloches.
Le lendemain, son camarade lui dit :
— La nuit dernière, tu as été trois fois pendu
à la corde des cloches.
Sa destinée était accomplie.
Il y avait une fois un sorcier qui assistait à la
naissance d'un enfant pour dire sa destinée; et il
12 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
prédit qu'il serait tué par le tonnerre à l'âge de
dix-neuf ans.
Ses parents, qui étaient riches, firent faire une
maison toute en fer, en forme d'église, et ils lui
dirent de demeurer dedans. Mais un jour qu'il
tonnait, il sortit de la maison, et se mit à genoux
à prier dans la cour. Le tonnerre tomba sur la
maison, et il n'eut point de mal.
(Conté par J.-M. Comault du Gouray, 18S2.)
Dans un autre conte, la Mauvaise étoile (Contes
des paysans, no lxv), la croyance à l'influence
fatale du moment de la naissance est plus for-
mellement encore exprimée. Un pauvre qui se
trouvait au moment de l'accouchement dit : « Si
l'enfant peut tarder une heure à venir, ce sera un
bonheur pour lui ; car, sans cela, à l'âge de vingt
ans, il sera pendu les pieds en l'air, et brûlé
(p. 332). )) Cette destinée s'accomplit, en effet,
mais en effigie seulement.
La même croyance existe en Basse-Bretagne. Cf. dans Mélu-
sine, t. 1, un conte de Luzel, intitulé la Destinée.
On dit d'une personne qui a de la chance
qu'elle est née coiffée en naissant. On sait que
la coiffe est une portion de membrane foetale que
quelques enfants ont sur la tête en venant au
monde. Cette croyance était jadis à peu près
générale.
LA NAISSANCE I3
Tous ceux qui n'ont pas vu leur père^ garçons
ou filles, pansent d'oraison, ou ont un don dans la
main qui fait qu'en touchant certaines affections
ils les guérissent. (D.)
Le septième garçon d'une famille, quand il n'y
a pas de fille entre, guérit les écrouelles. (E.)
Même croyance en Berry (cf. Laisael de la Salle, t. II, p. $) ;
en Beauce (cf. A. -S. Morin, p. 175). Thiers, Traité des supersti-
tions, t. 1=', p. 509 (éd. de 1741), mentionnait cette superstition
comme ayant cours de son temps ; en Normandie, c'est la septième
fille (cf. A. Bosquet, p. 306).
L'enfant qui est né après la mort de son père
guérit les loupes. (E.) Il peut aussi panser les vers
(sorte de pourriture), (P.)
Ceux qui naissent le 25 janvier, jour de la
Conversion de saint Paul, « pansent du v'iin, »
c'est-à-dire guérissent les personnes mordues par
les reptiles, et peuvent toucher les couleuvres et
les vipères sans être mordus. (E.)
Quand une femme est sur le point d'accou-
cher, le mari invite ses amis à venir la tenir
pour le cas où la couche serait difficile. On en-
tend parfois des hommes dire en plaisantant aux
femmes enceintes : « Attends-ma, j'irai bien-
tôt te t'ni. » On assure qu'il y a des femmes
que la peur d'être ainsi tenues fait accoucher plus
vite. (E.)
Lorsqu'il y a un médecin très laid, on dit par
14 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
plaisanterie : « Fau'ra demander stilà (celui-là)^
i' la fera accoucher de peur. » (E.)
On dit d'une femme qui accouche facilement :
« E' fait ça comme une révérence. » (E.)
Pour l'accouchement, on invoque sainte Mar-
guerite.
Cette coutume est à peu près générale en France.
Dès que l'enfant est né, on fait le signe de la
croix, et souvent on le baptise à la maison. En
tout cas, jusqu'à ce qu'il ait été baptisé, on ne le
perd pas de vue, et on lui pend au cou un chape-
let bénit. (D.)
Dans les environs de Rennes et de Dinan, les
commères ou matrones, qu'on appelle gramettes
ou mères mitaines, « font la tête des enfants ».
Elles ne leur font subir aucune déformation, mais
elles massent légèrement la tête, qui, d'après elles,
sans cela, resterait pointue. — « Les filles, dit-on,
seraient trop mal coiffées avec la tête pointue ; un
gars, ça irait cor. »
Le même usage existe en Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne,
t._ I", p. 27).
Il faut prendre garde à la manière dont on
couche pour la première fois un enfant qui vient
de naître; si on le couche sur le côté droit, il
sera droitier; si c'est sur le côté gauche, il sera
gaucher. (S.-C, D.)
LA NAISSANCE I5
Quand la lune ne change pas dans les huit
jours qui suivent la naissance d'un enfant, l'en-
fant à venir sera du même sexe que celui qui
vient de naître. (E.)
Cf. Souche (Poitou), p. 6.
Voici deux dictons qui relatent l'influence du
père et de la mère sur le physique de l'enfant :
— Il faut deux noirs pour faire un blond. (E.)
— Il faut deux beaux pour faire un laid, ou il
faut deux laids pour faire un beau. (E.)
Jadis, il y avait certains arbres au pied desquels
on exposait les enfants naturels. A Saint-Cast,
par exemple, c'était sous un if ou sous un chêne
placé dans le cimetière, ou bien au pied d'une
grande croix en schiste. Cet usage n'existe plus.
Quoique la croyance aux enfants changés par
les fées ou par les lutins soit presque reléguée
parmi les contes, on dit assez couramment d'un
enfant qui est rabougri et a l'air vieux pour son
âge qu'il a été « changé par la fée », ou que
« c'est un enfant de fée ».
Sur les enfants changés, cf. mes Traditions et superstitions, 1. 1*',
pp. 90-91, 117-119 et 13) ; Contes, 1^^ série, la Houle de Chélin,
n° IV ; 2* série, V Enfant changé, n°^ xv etxvè;'^; c'est une
des légendes que j'ai le plus souvent entendues.
Mais il y avait aussi des fées qui venaient la
nuit prendre soin des enfants.
Cf. mes Traditions et superstitions, t. !"■, p. 124.
i6 l'homme de la naissance a la mort
§ III. — LE BAPTÊME
Si un garçon est parrain de trois filles sans
qu'il nomme des garçons entre elles, il aura de la
chance. (S.-C, D.)
Pour qu'une jeune fille ait de la chance, il faut
qu'elle nomme trois garçons de suite. (S.-C.)
Quand on n'a point été parrain ou marraine, on
dit qu'on est de la confrérie des chats. (S.-C, E.)
Lorsqu'on ensevelit une personne, on demande
si elle a tenu un enfant sur les fonts du baptême.
Si elle n'en a pas tenu, on l'ensevelit les mains
derrière le dos. (E.)
Si une femme enceinte est marraine, son en-
fant ou son filleul mourra dans l'année. .(D.)
La même croyance existe en Berry (cf. Laisnel de la Salle,
t. II, p. 9).
Quand une mère donne son nom à un enfant,
elle n'en a plus d'autre du même sexe. (S.-C.)
Souvent, ce sont les parrains et les marraines
qui demandent à nommer l'enfant dont une
femme est grosse. (D.) En d'autres pays, ce sont
toujours Iqs parrains qui s'offrent.
Le parrain et la marraine font un cadeau à
l'accouchée; il consiste habituellement en une
bouteille de vin, une tablette de chocolat et une
LA NAISSANCE I7
livre de sucre. Mais il varie suivant la posi-
tion. (E.)
Le jour du baptême, on met les chiens dehors.
Le parrain de l'enfant dont la naissance a pré-
cédé celui qu'on nomme vient à la maison; il
tient à la main une gaule qu'il place en travers de
la porte, et qu'il fait entrer de force dans la mai-
son ; puis, avec cette gaule, il se met à frapper un
peu partout, sous les lits, dans les coins, etc.
Bien entendu, cela ne se fait que si la mère a bien
supporté la couche. (E.)
Pour que l'enfant ce se noie pas en tombant
plus tard à l'eau, il faut que ce soit son parrain
qui le porte dans ses bras et le fasse passer par-
dessus un ruisseau.
Le parrain qui porte un enfant à nommer a
sur le dos une devantière. (P.)
« On prétend à Saint- Aaron (Côtes-du-Nord)
que, si on donnait le nom du patron de la pa-
roisse à un enfant, cet enfant ne vivrait pas. »
(Jollivet, t. pf, p. 172.)
Si, au moment où le parrain et la marraine
tiennent l'enfant sur les fonts baptismaux, ils
prononcent distinctement Credo, l'enfant sera fort
et ne toussera pas ; mais s'ils disent Kerho au lieu
de Credo, il sera débile et toussera. Ceux qui
toussent, on les appelle les Kerhaiix. (P.)
i8 l'homme de la naissance a la mort
Au sortir de l'église, on emmène à l'auberge la
porteuse, — c'est ordinairement la sage-femme,
— et on lui fait prendre du café en grande quan-
tité.
Après le baptême, il faut que le parrain et la
marraine s'embrassent; sans cela, le filleul serait
innocent. (S.-C.)
En Berry, si le parrain n'embrasse pas la marraine avant de
sortir de l'église, l'enfant sera bègue ou muet. Cf. Laisnel de la
Salle, t. II, p. lo.
Le carillon qui suit le baptême se nomme plai-
samment « glas à bouillie », (E.) ou « branle de
culottes )>. (P.)
Plus la cloche a bien sonné, plus l'enfant aura
la voix forte. (E.)
Même croyance en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 9).
La longueur de la sonnerie est proportionnée à
la générosité du parrain. Pour qu'un enfant sache
bien danser, il faut qu'à son baptême on ait sonné
une bonne brauUe. (P.)
On ne sonne pas les cloches pour le baptême
d'un enfant naturel.
■ Même usage eu Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. lo).
A Ercé, il est d'usage de distribuer des dra-
gées. Si on y manque, les enfants crient :
« Chiche de dragées ! « ou bien : « Parrain grêlé î
marraine grêlée ! » C'est une coutume récente.
LA NAISSANCE 19
Cet usage des dragées existe aussi en Berry ; on crie aux par-
rains chiches : « Poches cousues ! » (Laisnel de la Salle, t. II,
p. 10.)
Sitôt que l'enfant est revenu du bourg après le
baptême, on lui fait manger de la bouillie de blé
noir. (E.-D.)
A Ercé, le repas de baptême s'appelle en plai-
santerie « repas de fricassée de nombrils ».
Le dimanche qui suit le baptême, il y a une
petite fête qu'on appelle « la relevée de pignon ».
Le parrain et la marraine y assistent, et chacun
d'eux apporte une gâche de pain. (P.) En d'autres
pays, aux environs de Dinàn, par exemple, la re-
levée de pignon est le repas des relevailles.
L'enfant garde pendant huit ou neuf jours le
bonnet de baptême de dessous qui se nomme, à
Ercé, le crasse; à Matignon, le petit krêmé. C'est
une coutume religieuse. Le bonnet de baptême a
une croix dans le fond.
Le bonnet de baptême des enfants est employé
par les devins et les sorciers. On doit le brûler et
non le jeter.
Cf. mes Traditions et superstitions, t. I*'', p. 287.
Si on enlevait le bonnet de crasse, les enfants
seraient malades et n'auraient point de cheveux à
cet endroit de la tête. (D.)
Quand un enfant perd son nombril, ce qui a
lieu, en général, au bout de neuf jours, il ne faut
20 l'homme de la naissance a la mort
pas le jeter dans l'eau ou dans le feu, car l'enfant
mourrait noyé ou brûlé. (E.)
Pour les paysans, le parrainage crée une vraie
parenté ; si le parrain ou la marraine se marie, le
filleul appelle parrain ou marraine celui des époux
qui s'est marié avec celui ou celle qui l'a nommé.
(E.) Cet usage tombe en désuétude.
Le parrain et la marraine se donnent entre eux
le nom de compère et de commère ; ils appellent
ainsi le père et la mère de leur filleul, et récipro-
quement. (E., M., P.)
§ IV. — LES RELEVAILLES
Il ne faut pas qu'une femme travaille avant ses
relevailles. Si elle va à la fontaine puiser de
l'eau, la fontaine tarira. Si elle trait ses vaches,
elles cesseront de donner du lait, ou il tour-
nera. Si elle va en route, le vent lui cassera un
membre. (P.)
En Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 14), la femme
mange à part et ne doit toucher à quoi que ce soit.
Si une femme travaille avant sa messe de rele-
vailles, son enfant devient voleur. (E.)
LA NAISSANCE 21
Jusqu'à ce qu'elle ait été relevée, elle doit por-
ter sur elle un objet bénit. (D.)
Quand une femme va se faire « remettre », —
c'est le terme usité pour les relevailles, — elle
s'agenouille en dehors de l'église, et une personne
va prévenir le prêtre qui lui pose son étole sur la
tête, lui met à la main un cierge, et l'asperge
d'eau bénite. Elle se relève alors, entre dans l'é-
glise et vient s'agenouiller à la balustrade de l'au-
tel, où a lieu une cérémonie analogue.
On présente sur une serviette un pain que le
prêtre bénit, puis il en coupe le premier morceau
que l'accouchée distribue' à ses connaissances,
(^vran.) A Rennes, c'est le bedeau qui va en
porter en ville aux amis de la personne « re-
levée ».
En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretomie, t. I^"^, p. 48), aux re-
levailles, la sage-femme tient un pain blanc entamé d'un bout et
enveloppé de l'autre, qui, après avoir été bénit, est distribué aux
membres de la famille.
Une femme qui a perdu des enfants en bas âge,
au lieu de dire qu'ils sont morts, dit :
— J'en ai zu (eu) quat' qui sont o l'bon Dieu.
(S.-C.)
CHAPITRE II
LE PREMIER AGE
§ I. — l'allaitement et le berceau
I une femme n'a pas de lait, elle va en
pèlerinage aux saints qui en donnent; il
y en a un à Brusvily, près Dinan. On
raconte qu'un homme, qui y avait été par mo-
querie, en revint les mamelles gonflées de lait.
En Basse-Bretagne, où les fontaines à lait sont nombreuses,
on raconte la même légende.
« Au lieu où fut brûlé Gilles de Retz fut élevé
un monument expiatoire ; il fut longtemps un
lieu de pèlerinage pour les nourrices qui venaient
y implorer la bonne Notre-Dame-de-Crée-Lait. »
(D'Amezeuil, Récits bretons, p. 216.)
Cf., sur les fontaines analogues de la Basse-Bretagne, Ro-
senweig, p. Ji.
LE PREMIER AGE 23
On appelle « Marie-pisse-trois-gouttes » une
femme qui est médiocre nourrice.
Lorsqu'une femme ne peut allaiter son enfant,
elle Vaburote, c'est-à-dire le nourrit au petit pot.
Pour se faire passer le lait , les nourrices
prennent une infusion de chanvre ou se mettent
sur les seins du persil pâme. (E.)
Le her (berceau) est ordinairement un meuble
•en bois, qui a quelque ressemblance avec une
auge au-dessous de laquelle on aurait mis deux
quarts de rond. Il y a parfois, mais non toujours,
un cercle au-dessus de la tête, sur lequel on
étend un linge ou un rideau.
Jadis, ils étaient plus ornés : j'en ai vu en Ille-
et-Vilaine et sur le bord de la mer qui étaient
sculptés; ils étaient contemporains des armoires
plus décorativement que finement sculptées, et des
lits à colonnes en quenouille, qu'on ne retrouve
plus guère maintenant que dans les vieux mé-
nages pauvres.
Lorsqu'il y a plusieurs enfants, l'un d'eux
berce son petit frère ou sa petite sœur au moyen
d'un filet attaché au berceau.
Les hers se prêtent ou se donnent ; mais on ne
doit pas les vendre. (D.)
Les Berceuses sont en assez grand nombre,
mais elles ne sont pas toutes populaires ; en voici
trois des plus répandues :
/
24 l'homme de la naissance a la mort
Berceuse.
Dodo, mon petit José ;
Ta femme est dans ton lét (lit).
Le petit José
Ne peut pas dormi'
Qu'il n'ait sa femme
Dans son petit lit.
Dodo, delinette, dodo,
Dodin, delinette, dodo. (D.)
Eudor, dor, mon petit enfant.
En l'honneur de Monsieur saint Jean.
Tant que l'enfant dormira.
Le bon Jésus le gardera. (D.)
Chatte qui gratte.
Mon mari-z-est ici,
'N'est point en campangne
Comme il m'avait promis.
J'endors le petit, le petit, le petit.
J'endors le petit, le petit, le petit.
Mon fi'. (P.)
On ne doit pas éteindre le feu qui a servi à
cuire la première bouillie d'un enfant nouveau-né;
il faut l'entretenir pour qu'il brûle toute la nuit,
afin que la Vierge puisse venir y cuire la bouil-
lie de son enfant. Bien qu'on ne la voie pas, on
LE PREMIER AGE 25
est persuadé qu'elle y vient. Si un enfant était
malade après qu'on aurait négligé de laisser le feu
allumé, on dirait que sa maladie vient de là. (D.)
La bouillie qu'on fait pour les enfants tout pe-
tits est meilleure que toute autre bouillie. C'est
ce qu'explique un dicton :
La bouillie au petit enfant,
La Vierge a mis le doigt dedans.
Aussi, pour faire tenir sages les aînés, on leur
promet de leur donner la gratte de la bouillie de
leur petit frère.
En Basse-Bretagne, il n'existe peut-être pas une nourrice qui
ne soit convaincue que le Christ et sa mère assistent à la façon
de la bouillie à l'enfant, et qu'il ne sort pas un poêlon du feu
qui n'ait reçu la bénédiction de la Sainte- Vierge. Il v en a qui
prétendent avoir vu la chose. (Galerie bretonne, t. I"-*"", p. 68.)
Si on emmaillote un enfant dans des langes
faits avec des morceaux de cotillon, il ne sera ja-
mais prêtre : il aimera trop les filles. (M.)
Les filles emmaillotées dans des lis de Irées
(culottes), même si ces brées n'ont pas servi,
courent après les garçons. On dit à une fille qui
a l'air amoureux : « On voit ben que tu as été
emmaillotée dans dps lis de brées. « (D.)
26 l'homme de la naissance a la mort
5 n. — LES PREMIERS PAS, LES ENFANTS ET LES SAINTS
Lorsque les enfants commencent à se tenir
droits, on les met dans un instrument appelé
chomette (de chômer, se tenir debout) ; il y en a
de deux espèces.
Les uns consistent en une sorte de châssis carré
supporté par quatre pieds, le long duquel glisse
dans des rainures une planche percée d'un trou
rond sur lequel l'enfant se soutient par les coudes.
D'autres sont formés d'un simple châssis supporté
par quatre pieds terminés par des roulettes en
bois; l'enfant peut facilement faire marcher son
petit meuble.
Le tournant, encore plus primitif, est un cercle
de bois dont les extrémités sont enfoncées dans
un poteau placé au milieu de Vhôté (pièce princi-
pale de la maison) ; ce poteau est mobile, et l'en-
fant, soutenu par le tournant, peut se promener
tout autour.
. Pour que les enfants marchent vite, on les
porte à la messe le jour des Rameaux; on les
mène à l'évangile pour les faire grandir. (D.)
A Saint-Caradec, les mères viennent exercer
leurs enfants à marcher sur la tombe de Guil-
LE PREMIER AGE 2']
laume Coquil, recteur, mort en odeur de sainteté
(1749)-
A Quintin, pour que les enfants marchent plus
vite, on les roule sur le grand autel.
Saint Genefort, dans l'église Saint-Martin de
Lamballe, est l'objet d'un pèlerinage suivi ; on y
porte les enfants faibles ou malades, et on les
roule sur l'autel consacré au martyr. Cette céré-
monie a encore lieu assez fréquemment.
L'usage de porter les enfants débiles sur le tombeau des saints
existe aussi dans le Jura, la Saône-et-Loire, le Pas-de-Calais
(cf. D. Monnier, pp. 586-588); dans la Loire (cf. Mém. delà Soc.
d'aoric. de la Loire, t. XIV, p. 155 — ce sont des rochers à bassins
dits de Saint-Martin); en Basse-Bretagne (cf. Rosenweig, p. 78).
En Poitou (cf. Guerrj-, Soc. des Ant., t. IV, p. 45;), on les assied
dans le trou d'une pierre dite de Saint-Fessé.
Quand un enfant est faible, on met des feuilles
de bouleau à dessécher dans le four, puis on les
place dans le berceau ; on est persuadé que l'en-
fant ne tarde pas à reprendre des forces. (E.)
A Saint-Germain-de-la-Mer, il y a une fontaine
où on lave les enfants pour les préserver des tran-
chées.
Cf. sur une fontaine objet d'un culte analogue, A. -S. Morin,
le Prêtre, pp. 18-2O.
Dans celle de Saint-David, à Landébia, près de
Plancoët, on plonge les jeunes enfants pour leur
donner des forces.
A Sainte-Émérance en Évran, il y a une sta-
28 l'homme de la naissance a la mort
tue devant laquelle on allait dire des prières poui
guérir les enfants du mal de ventre. Il y en a une
autre au Quiou qui a la même vertu.
« A Radenac est la fontaine de Saint-Armel ;
on y porte les enfants qui commencent à marcher,
afin que, par la vertu de ses eaux, ils obtiennent
de se tenir solidement debout. » (Ogée.)
En la commune de Gausson (Côtes-du-Nord),
on plonge les enfants qui ne marchent pas de
bonne heure dans une fontaine dédiée à saint Ni-
colas.
Cf. pour des usages analogues en Eure-et-Loir, A. -S. Morin.
Le Prêtre et le Sorcier, p. 17; en Basse-Bretagne, Rosenweig.
p. 94; dans la Marche, L. Duval, p. 51.
Lorsque les enfants ne marchent pas de bonne
heure, on leur frotte les reins avec du beurre fort.
On emploie le même remède pour faire tomber
les croûtes qui sont sur le front. (D.)
« Dans le voisinage de Gaël, saint Méen fit
jaillir une source... Elle est d'un grand renom
pour la guérison d'une lèpre qui couvre la tête
des enfants au berceau. »
(Baron Dutaya, Brocéliande, p. 64.)
A la fontaine de Saint-Évent, à la Malhoure,
canton de Lamballe, on porte de très loin des
enfants, afin que, par la vertu de ses eaux, ils
soient guéris de la teigne ou de la colique. La
LE PREMIER AGE 29
Statue du saint est placée dans un petit édicule
gothique qui recouvre la fontaine; il y a toujours
aupr^'S beaucoup de petits bonnets et de chemises
d'enfants. Deux fois par an a lieu la vente de ces
ex-voto.
« Les mères viennent au pardon de Tréhoren-
teuc (Morbihan français), et versent sur les pau-
pières enflammées des enfants quelques gouttes
de l'eau pure de la fontaine de Sainte-Ouenna. »
(Baron Duuya, Brocèliande, p. GG.")
Avec les toutes petites pierres à tonnerre, on
fait des colliers qu'on suspend au cou des enfants
pour les préserver des maladies de l'enfance,
et, en particulier, de la râche et du mal d'yeux.
Ce collier porte le nom de chapelet de saint
François.
Cf. sur les Gougad patereu, usités autrefois dans le Morbihan,
mes Traditions et superstitions, t. I, p. 54.
Pour garantir les enfants des vers, on leur met
au cou un collier de graines de camomille.
S'ils ont des vers, on prend des lombrics ou
vers de terre et on les leur place sur le creux de
l'estomac. (D.)
Quand un enfant se trouve mal, on dit que les
vis lui pissent au cœur. (E.) Et pour l'en préser-
ver, on lui met au cou un collier d'ail.
Cf. Souche (Poitou), p. 28.
30 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
Quand un jeune enfant a le hoquet, c'est signe
qu'il profite. (E.)
Cf. Souche, p. 5.
Quand il rend du lait après avoir bu, c'est bon
signe; on dit : « l'fait du lait marri, vient-i'
ben ! » Le lait marri est du lait qu'on fait bouillir
et dans lequel, pour le faire tourner, on verse du
lait baratté. (D.)
Pour empêcher les enfants de pisser au lit, on
les frotte avec des orties. (E.)
On fait aussi griller des limas rouges sur la
tournette qui sert à faire les galettes, et on les met
dans un tourtiaii de pain, c'est-à-dire dans une
sorte de galette; mais il ne faut pas en faire plus
que l'enfant ne pourra en manger. (E.)
Lorsqu'on fait s'embrasser deux enfants qui ne
parlent pas encore, il y en a un qui meurt. (D.)
§ IIL — CE qu'on dit aux enfants. — HYGIÈNE,
PRÉJUGÉS
On ne sèvre guère que vers le quinzième mois.
Quand le moment du sevrage est arrivé, on
envoie l'enfant chez sa marraine. (E.) On voit
LE PREMIER AGE 3I
parfois des enfants de cinq ou six ans qui tettent
encore.
Pour sevrer les enfants, les mères se couvrent
le sein d'une peau de bique, ou se frottent le
bout des seins avec quelque chose de piquant ou
d'amer. (D.)
En Basse-Bretagne (cf. Gahrie bretonne, t. II, p. 77), il y a
des femmes qui donnent à téter à leur enfant jusqu'à l'âge de
quatre ans. Elles s'enduisent, pour les sevrer, le sein avec une
sorte de pâte de poivre.
Il est fait allusion à cet allaitement prolongé dans plusieurs
contes.
Voici quelques dictons sur les enfants et les
parents :
— N'y a point d'cônille qui ne trouve ses
cônillons beaux. (E.)
— Vêtes p'us fort que l'bon Dieu; v'avez fait
p'us grand que vous. (E.) Se dit quand un enfant
est de plus haute taille que ses parents.
— Que ceux qui les font les bercent. (E.)
— Les petites filles, c'est de Vorine (race) des
poules, ça ne quitte point la mère. (E.)
Ce dicton met en relief la différence qu'il y a
entre les petites filles qui restent à la maison et
les petits paysans; ceux-ci, dès qu'ils marchent
seuls, se faufilent dans les écuries, font claquer
des fouets et traînent des morceaux de bois qui
sont pour eux un attelage imaginaire.
Les parents, au reste, les encouragent en leur
32 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
faisant des fouets, en les mettant à califourchon
sur le cou des chevaux. Il y en a qui disent avec
orgueil, en parlant d'un enfant de quatre ou cinq
ans : « Ce sera un bon charretier, i' fait bien
claquer son fouet. »
On appelle guer^illon d'foiirneèse l'enfant qui
aime trop le foyer. (S.-Donan.)
On prétend que les enfants qui ont été élevés
avec du lait de chèvre sont lestes et sautent
comme des chèvres. (Montauban, D.)
On dit parfois aux petits garçons que, s'ils em-
brassent les filles, il leur poussera de la barbe. (M.)
On le dit plus habituellement aux filles.
Pour les faire manger de la soupe, on leur as-
sure que cela les fera grandir.
Quand les petits enfants ne veulent pas se lais-
ser peigner, les mères leur racontent Thistoire
d'enfants pouilleux que les poux ont traînés à la
rivière par les cheveux pour les noyer (M., P.) ;
ou on leur dit que les poux vont leur corder les
cheveux et les entraîner « sans grâce ». (D.)
Cf. dans Rolland, t. III, p. 2j), deux dictons analogues
(Lorient et Côte-d"Or) ; cf. aussi Souche, Proverbes, p. 20
(Poitou).
On prétend à la campagne que les poux
mangent le mauvais sang. J'ai connu des fer-
mières très propres, qui peignaient régulièrement
leurs enfants, mais avaient soin de leur laisser
LE PREMIER ÂGE 3 3
deux ou trois poux sur la tête. (E.) On cii laisse
toujours aux enfants forts. (D.)
Cf. Desaivrc, Croy., etc., p. ii, et RoIlatiLl, t. III, p. 2y^.
Si on enlevait trop tôt aux enf;uUs les croûtes
qu'ils ont sur la tête, l'humeur se porterait sur le
cœur et ils mourraient. (D.)
Les garçons restent en colle jusque vers cinq
ou six ans, mais ils ont un chapeau et non un
bonnet. Jadis, ils y restaient jusqu'à leur commu-
nion, qui se faisait alors vers onze ou douze ans
seulement. (D.)
C'est la marraine qui donne la première cu-
lotte, si elle a nommé un garçon; la première
robe, si c'est une tille. (E.)
Au commencement, on ne met les enfants en
culotte que le dimanche, ou, dans les fermes, lors
de la visite du propriétaire. (P.)
On donne aux enfants récemment mis en cu-
lottes les noms de « quat' pouces de brées »,
« brêlot », « brâitard », « breisard ».
Le jour des Rameaux, on achète toujours
quelque chose de neuf aux enfants, et on les
porte à l'église, au moins au commencement l\':.
la messe et pendant la procession. (E.)
On dit à un enfant tout petit :
Qjae le bon Dieu te bénisse
Et que saint Pierre te grandisse. (P.)
34 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT.
Si un enfant essaie de pousser une grande per-
sonne, celle-ci lui dit :
Oli ! le fort Samson,
Qu'abat les chèn' à coups d'talon. (D.)
Pour que les enfants n'approchent pas de Tcau,
on leur fait peur d'une bête verte qui viendrait
les saisir et les entraîner au fond.
En Normandie (cf. A. Bosquet, p. 119), c'est la bète Havette
qui enlève les enfants quand ils s'approchent trop des fontaines.
On dit au.K enfants pour les faire se coucher :
— Le petit bonhomme Dormi va t'emporter :
couche-toi bien vite, le petit bonhomme Dormi
qui te prend ;
Ou :
— Voilà la petite bonne femme au sable.
A Matignon, on disait jadis :
— Hattaï, Viens mon petit gars, la grande nuit
d'Pléboulle va v'ni' te cri (chercher).
— V'ià le petit bonhomme Chopiilard qui
passe (de choper, s'assoupir).
— Croquemitaine est derrière la porte.
— Voici la petite bonne femme au sable.
On montre aux petits enfants, lors de la pleine
lune, l'homme qui porte sur ses épaules un fagot
u'épines; il se nomme le bonhomme la Lune
LE PREMIER AGE 3 )
C'est en punition de vols commis qu'il a été con-
damné à se promener ainsi jusqu'au jour du
jugement. D'après certains récils, il aurait volé
des fauniUes ou fagiiiUes (fagots de menu bois),
du beurre; d'après d'autres, il aurait enlevé la
hciche (barrière d'un champ).
Cf. VHomvte dans la lune, n° lxiv des Ccntcs des paysans el iù:<
pêcheurs.
On évangélisc les enfants, — même à la ma-
melle, — afin de les préserver de la peur.
Le même usage existait au xvi= siècle (cf. ÏEvangîle des Que-
veuilles, p. 58).
Quand un enfant perd ses dents de lait, ou
qu'on les lui arrache, il ramasse la dent et va
l'enterrer ou la cacher quelque part : toutes les
bonnes femmes qui passent h. côté sont obligées
de péter, et on prétend que l'enfant les en-
tend. (E.) Ailleurs, c'est sous le seuil de la porte.
Qiiand un enfant perd ses dents de lait, on lui
dit que, chaque fois qu'une de ses dents tombe,
c'est qu^'il a fait un mensonge.
îE'^
CHAPITRE 111
L' E C O L E
I. — l'école
AXS un assez grand nombre de pays, on
ij R met les enfants à l'école dès l'âge de cinq
ans; mais, presque partout, la fréquenta-
tion scolaire varie suivant les époques de l'année.
Lorsque les enfants peuvent rendre des services à
la maison, au moment des grands travaux, l'effec-
tif d'une classe rurale pouvait, avant la loi sur
l'instruction, se trouver réduite de plus de cin-
quante pour cent.
Autrefois, on n'envoyait guère les enfants à
l'école que pour leur faire apprendre leurs prières
et leur catéchisme ; l'instruction qu'ils pouvaient
acquérir en dehors de ces deux choses était presque
du luxe. Aussi il était assez rare de voir dans les
écoles des élèves de plus de quatorze ans.
L ECOLE
?/
Actuellement, — et je parle, au moins pour les
pays que j'ai habités, de la période qui a précédé
l'application de la loi sur l'instruction obligatoire,
— les parents tiennent davantage à ce que leurs
enfants soient instruits. Souvent, j'ai entendu dire
à des paysans illettrés : « Était-on diot (sot) de
mon temps de ne pas apprendre à lire. » Ou :
« L'instruction est le bonheur des enfants. » Ou
bien encore : « Je veux que mon petit gars aille à
l'école pour qu'il ne soit pas diot comme moi. »
Les enfants qui habitent loin du bourg, où se
trouve ordinairement l'école, emportent le matin
dans un petit panier, où ils ramassent aussi leurs
livres, des provisions pour le repas de midi. Sou-
vent, ils font route avec des enfants de villages
placés sur leur passage; garçons et filles vont
ensemble.
Parfois, surtout dans la saison des nids, ils s'at-
tardent quelque peu le long du chemin. En cer-
tains pays, lorsqu'ils ont un peu flâné, ils pressent
le pas, et pour savoir, en l'absence de montre ou
d'horloge, s'ils arriveront en retard, ils consultent
des espèces d'augures; ils disent :
— Je se (suis) matin assez, mon petit dé (doigt)
me l'a dit. (P.)
Ou bien ils regardent les pies qui sont sur la
route ou dans les champs. S'ib voient le blanc,
ils se disent : « Nous serons à l'heure. » Si, au
38 l'homme de la naissance a la mort
coatraire, ils voient le noir, ils disent i « Nous
serons en retard. » (S.-C.)
Pour savoir l'heure qu'il est, ils consultent les
graines de pissenlit ; ils soufflent dessus. : le
nombre des graines qui restent donne la réponse ;
s'il y en a de cassées ou de courbées, ce sont des
demi-heures ou des quarts d'heure. (S.-C.)
Ils regardent aussi l'heure où les cônilles (cor-
beaux) partent ou s'en reviennent pour savoir
combien ils ont de temps devant eux pour s'amu-
ser avant d'aller à l'école, ou, au retour, avant de
rentrer chez eux. Les corbeaux sonf exacts dans
leurs: heures,, et on peut, en effet, se. guider sur
eux.
Lorsque les enfants manquent l'école, on dit
qu'ils « font le renard ». (M., P.)
A midi, les enfants prennent leurs repas. Ceux
qui n'ont point de parents au bourg vont, eix gé-
néral, dans des maisons voisines où, parfois, on
leur trempe leur soupe, et où ils peuvent se
chauffer pendant l'hiver. Il y a des personnes qui
recueillent ainsi chez elles une dizaine d'enfants;
elles en sont dédommagées par des cadeaux de
beuiTe,. de" saucisses, de pommes, etc., que leur
font les parents.
L ÉCOLE 3 9
5 II. — JEUX ET AMUSETl-ES
Pendant les liem-es de récréation, les jours de
congé, ou le long de la route, les écoliers des
deux sexes s'amusent; leurs jeux sont en assez
grand nombre. En voici quelques-uns. Dans un
ouvrage spécial que je prépare, je décrirai plus au
long leurs jeux, les formules d'élimination,, etc.
Ceux qui suivent sont, pour la plupart, communs
aux garçons et aux filles.
Les enfants tirent les graines armées de petites
pointes qui se trouvent dans les baies d'églantier,
et ils les fourrent brusquement entre la peau et la
chemise de leurs camarades pour les faire se
gratter.
Un enfant prend deux tiges de fétuque et les
croise l'une sur l'autre, puis il les introduit dans
la bouche d'un de ses camarades, en lui disant :
« Je vais t'apprendre un joli jeu ; ne serre pas trop
les dents. » Le naïf, qui ne connaît point le fin
de la chose, se laisse faire; l'autre enfant tire, et
les graines restent dans la bouche, tandis que le
chaume est coupé par les deilts. La dupe se met
alors à cracher à la grande joie de ceux qui
.".ssistent à ce tour. Cela s'appelle brider la ju-
nicnt, (E.) passer Je sas. (D.)
40 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
Ce jeu est connu en Poitou (cf. Souche, Pim., p. 22); en ce
pays, il s'appelle « faire un tamis ».
On dit aussi aux naïfs : « Veux-tu que je te
fasse voirie lièvre danser? » Il répond oui; on lai
frotte les yeux avec du suc blanc d'une espèce
d'euphorbe, dite flangoué ou flanga, qui est très
corrosif; il a la vue trouble, pleure, et c'est alors
qu'il voit les lièvres danser. (D.)
Les enfants s'amusent à mettre en ligne les
baies rouges d'églantier qui se nomment hœujs en
patois, et ils se disputent à qui aura le plus de
bœufs. (P.)
Ils cueillent aussi des feuilles de houx ; ils
disent que ce sont leurs vaches. Autant de feuilles,
autant de vaches ; ils les attachent à la queue les
unes des autres et les traînent. (D.)
Avec la tia:e de sureau dont la moelle a été
enlevée, ils font une sorte de sarbacane, qu'ils
nomment taponnouère ou taconnouére. Ils y intro-
duisent des tapons àQ chanvre, et, au moyen d'une
baguette qui entre à frottement dans le trou, ils
chassent les boules de chanvre, qui sont, en géné-
ral, au nombre de deux. Celui qui a le plus
de succès est celui qui lance la balle le plus loin
et la fait le mieax péter. Sur la côte, on remplace
parfois le chanvre par un morceau de la grosse
tige d'un fucus.
Ce même instrument, quand, au moyen d'une
l'école 41
modification dans l'ouverture, il sert à lancer de
l'eau, s'appelle clissouère ou gilouère-, l'un des
bouts est alors fermé, sauf une petite ouverture,
et la baguette remplit le rôle aspirant d'un bâton
de seringue.
Avec les chaumes de blé vert ou d'avoine, ils
font une sorte de petite musique, qui ressemble à
une anche et rend un son assez doux. Ils la
nomment sonnette ou houé\e, et, pour qu'elle ait
meilleur son, ils lui adressent des formulettes :
Sonne, sonne, sonne.
Ma petite sonnette,
J'te donnerai du beurre et du lait
Dans n'un petit poté (pot)
Pour saint José, (P.)
Cf. sur ces formulettes mes Traditions et siipenlitioiis, t. li,
p. 330.
Avec des branches de saule, ou avec des tiges
de prêle, ils font des sifflets.
La feuille de houx sert aussi à faire une sorte
de petite musique qui rend un son assez doux,
analogue à celui de la sonnette. On entaille, sur
le revers de la feuille, la peau extérieure, de ma-
nière à ne pas percer et à faire trois entailles,
dont celle du milieu est la plus grande; on la
place au-devant de sa bouche et on souffle. Cela
s'appelle un nunu. Faire un tiunu qui « dise
42 l'homme de la naissance a la mort
bien » est un talent que tout le monde n'a pas;
celui qui le possède peut conclure avec les autres
des échanges avantageux.
Avec des sureaux creusés, au bout desquels on
colle une pelure d'oignon, et qu'on entaille non
loin du bout, en forme de mirliton, on fait des
instruments rustiques qui ressemblent à ceux
qu'on achète : de même que ceux-ci, on les
nomme turhdutus.
On siffle aussi en tenant devant sa bouche une
feuille dont on présente le coupant au souffle.
On siffle encore dans les cotissiaoïix ou fleurs de
digitales.
Au bord de la mer, les enfants prennent des
rubans de flèches bien sèches et ils les tendent
iWQc les deux mains à portée de leur oreille : le
vent rend une petite musique très douce en souf-
flant au travers.
Ils s'appliquent aussi à l'oreille des coquilles de
buccins. Cela se fait aussi dans l'intérieur, et l'on
croit que le bruit que fait le vent en entrant dans
les spirales est celui de la mer.
L ECOLE 43
2 m. — JEUX DES GARÇONS, COXVEKTIOXS
Si les enfants de l'école ont perdu quelque
cliose, une toupie par exemple, ils disent :
Elle est sur la terre aux Bertons (Bretons),
Ceux qui la trouveront l'auront.
Celui qui la trouve peut la garder; mais il est
obligé de la rendre si celui qui l'a perdue a dit :
Elle est sur la terre aux irangnes (araignées),
Celui qui la trou'ra devra la rend'e. (P.)
« Lorsqu'un, enfant veut donner sa parole, il
pitsse successivement sa langue sur chacun des
doigts de sa main droite, puis, sur le milieu
de cette même main, en crochant, c'est-à-dire en
traçant le signe de la croix, celui à qui est îah le
serment dit : « Si tu manques à ta promesse,
(' j'irai dans le paradis et. toi dans l'enfer. »
« Une autre manière de rendre une promesse
solennelle, c'est de lever la main après avoir cra-
ché dedans, et quelquefois après y avoir tracé un
signe de croix.
« Pour conclure un marché, deux enfants en-
lacent leurs petits doigts, cela s'appelle crocher ;
ne pas tenir un engagement ainsi contracté, c'est
44 l'homme de la naissance a la mort
décrocher, et il est dit que « celui qui décroche va
« en enfer. »
« Si un enfant veut reprendre un cadeau qu'il
a fait, on lui dit : « Donné est pire que vendu. «
Ou bien : « Une fois donné, c'est vendu. »
(Saint-Brieuc, Mcîusine, t. I, col. 294.)
Si on veut reprendre ce qui a été donné, on
dit : « Il n'y a que le diable qui reprend. » (M.)
duand les enfants font des marchés, ils entre-
lacent leur petit doigt, et disent :
Petit doigt, petit doigt,
Si tu dèchanges (te dédis), le diable sera pour toi.
Formuîeltes d'élimination. — Pour savoir qui
sera dessous, on emploie un assez grand nombre
de formules d'élimination; en voici quelques-
unes :
A la lune au crcssent
Bonté,
Clarté,
En Paradis.
Mot d'sot,
Mot d'alcne,
Mon compère,
Va-t'en es vcnes.
On court les uns après les autres en chantant
deux fois :
l'école 45
Le loup est mort
Dans r corridor;
Q.uand s'ra réveillé,
Il va tous nous manger.
Et celui qui est le premier attrapé par un des
autres est le loup et est dessous.
A la queue du loup. — Il y a deux acteurs prin-
cipaux, dont l'un est le loup et l'autre la mère.
Le loup fait le geste de ramasser sa fouée et les
autres viennent la lui prendre. Il dit :
— Qui qu'a ramassé ma fouée?
— 'Est une petite bonne femme qui l'a prinse
pour faire des gauff'es (galettes).
Le loup se met alors à foire mine d'affiler ses
crocs avec ses ongles, comme s'il était en co-
lère, et il se met à sauter en haut. Les petits se
tiennent derrière un garçon qui est la mère et
qui les défend de son mieux ; quand ils sont tous
pris, ils se couchent, et le loup f^iit mine de
les manger; c'est la mère qu'il mange la der-
nière. (P.)
On trouvera plus loin deux variantes de ce jeu.
Jeu des fleurs. — Les enfants qui y jouent se
mettent en quatre endroits différents ; dans trois
d'entre eux, il n'y a qu'un seul enfant, dont l'un
est le Bon Dieu, l'autre la Bonne Vierge, le iroi-
46 L'HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
sième le Diable. Le reste des enfants forme un
groupe à part, et l'un d'eux est chargé de don-
ner à chacun un nom de fleur et de les repré-
senter devant Dieu, la Bonne Vierge et le Diable ;
l'un a une fleur de pommier, l'autre une fleur
d'ajonc, etc.
Le Bon Dieu vient le premier frapper à la
porte : Pan ! pan !
— Qj-^i est-ce qui est là? demande le chef des
enfants.
— Le Bon Dieu avec sa couronne d'épines.
— Que demande-t-il ? — Une fleur. — QjLielle
fleur? — Une fleur de pommier.
L'enfant qui a cette fleur sort du groupe et le
bon Dieu l'emmène en paradis. Si le Bon Dieu,
qui ne doit pas savoir le nom des fleurs, nomme
une fleur qui n'est pas dans le groupe, il est
obligé de s'en retourner, et de ne revenir qu'a-
près que la Vierge .€t le Diable ont fait leur
tournée.
La Bonne Vierge paraît : Pan ! pan !
— Qui est-ce qui est là ? — La Bonne \'ierge
avec son manteau doré. — Qiie demande-t-elle? —
Une fleur. — Quelle fleur? — Une fleur d'ajonc.
Si la fleur est dans le groupe, elle suit la
Bonne Vierge qui l'emmène dans sa maison.
Le Diable arrive alors : Pan! -pan!
Qui est-ce qui est là ? — Le Diable avec ses
L KCOLE
47
coul's (cornes). — QjLie demande-t-il ? — Une
Heur. — QjLielle fleur? — Une fleur d'épines. —
Si cette fleur est là, elle suit le Diable qui rem-
mène en enfer.
Le jeu continue et le Bon Dieu, la Bonne
Vierge et le Diable viennent chacun à leur tour,
jusqu'à ce qu'ils aient emmené toutes les fleurs.
Quand tout est terminé, les enfants du Bon Dieu
et de la Bonne Vierge crient : « les Damnés ! )>
et vont les poursuivre et les brûler. (S. C.)
La Bague-madame. — Il s'agit de deviner, parmi
ceux qui prennent part au jeu, qui a un objet
donné. (Tréveneuc.)
La Veuve. — On se met à la file, deux par deux,
puis devant le couple se place le veuvier (veuf) ;
les deux qui sont derrière lui doivent aller se re-
joindre par-devant lui en courant. Il essaie d'en
attraper un ; s'il peut y parvenir, celui qui a et j
pris lui sert de pà, c'est-à-dire fait couple avec lui,
et ils se placent derrière les autres couples. Celui
qui n'a pas été pris devient veuvier, et le couple
devenu premier recommence le même manè^^c
avec le nouveau veuvier. Si le veuvier ne prend
personne, il conserve sa place, €t le premier
couple vient se ranger à la suite du dernier.
(Tréveneuc.) Communication de M. Ernault.
48 l'homme de la naissance a la mort
La toupie. — Avant de jouer à la toupie, on
tire pour savoir celui qui sera dessous. Cela s'ap-
pelle équiller.
L'un des enfants crache par terre, et les autres
lancent leur toupie en prenant le crachat comme
but. C'est à celui qui a mis le plus près du blanc
qu'il appartient de frapper le premier.
Celui qui a été le plus loin fait rouler sa toupie,
et l'autre lui crie :
Allume,
De la vie, qu'la barbe en fume ! (P.)
Pète en gueule. — Voici comment se pratique
le jeu pèle en gueule (D.), qu'on nomme aussi
fo.iler Je gareau (P.), et qui était populaire au
temps de Rabelais. Il y a quatre acteurs : deux
sont placés côte à côte, les genoux en terre, ap-
puyés sur les mains; ils forment une sorte de
selle, et ils ont la tête placée chacun d'un côté
différent. Ce sont ceux qui sont dessous. Des deux
autres l'un est debout dans la position naturelle,
l'autre a les deux mains par terre, sa tète se place
entre les jambes du premier et ses jambes entre
la tète de son camarade; ils forment une sorte
d'animal à quatre mains, et chacun à son tour
passe par-dessus les deux qui sont dessous.
L ÉCOLE 49
La Grue. — Le jeu d'eufile-aiguillc, qui s'ap-
pelle aussi la grue, consiste en une longue queue :
la mère grue fait passer ses griions, qui sont atta-
clîés à elle par des mouchoirs, par-dessous les
bras de ceux qui composent la queue. Ils passent
brusquement, et c'est pendant qu'ils sont à faire
ce mouvement que les autres joueurs ne faisant
pas partie de la queue frappent à coups redou-
blés de leurs mouchoirs cordés sur les gruons. Si
la mère grue peut en frapper un avec le mou-
choir qu'elle tient dans sa main droite, il prend
place dans la queue.
Gros-Jean. — On trace dans un coin, avec le
pied, un cercle : c'est la cabane de Gros- Jean. Il
s'y retire, et, après avoir cordé son mouchoir, il
le tient dans les deux mains, et crie :
Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane
Pour la première (2', 3'', etc.) fois,
Pour aller chercher une femme.
Il sort en marchant à cloche -pied, et les
joueurs le frappent de leur mieux. Mais celui
v;u'il peut atteindre se rend à la cabane au plus
-le, non sans recevoir en route nombre de coups
de mouchoirs. Lorsque Gros-Jean a une femme,
:I .s'écrie :
50 l'homme de la naissance a la mort
Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane
Pour la première fois,
Pour aller chercher un garçon.
Lorsqu'il a assez d'enfants, au lieu dédire qu'il
va chercher quelqu'un, il s'écrie :
Voilà Gros-Jean qui sort de sa cabane.
Tapez su' sa queue.
Planter h chêne, faire le chêne fourché ou le
chêne piqué, c'est se planter sur la tête en ayant
les jambes écartées de manière à former un V.
C'est celui qui se tient le plus longtemps dans
cette position incommode qui gagne.
^ IV. — JEUX DES FILLES
Le petit lièvre. — On se met en rang en se te-
nant par la main, et l'on chante :
G'est un nid de petit lièvre,
Mais, Ion lan la.
Le petit lièvre n'j' est pas.
Trois filles entrent alors dans le milieu, et les
autres dansent autour en chantant :
l'école 5 1
Le grand lièvre entrez en danse,
Et fait' un tour de révérence ;
Et puis vous embrasserez
Les trois d'moiselles que vous voudrez.
Celles qui sont dans le rond embrassent trois
filles qui viennent alors prendre leur place, et le
jeu se continue. (P.)
On épluche un à un les petites oreilles noires
qui sont en haut des baies d'églantier, et à chaque
feuille on dit un mot.
Quand il n'en reste plus qu'un, on dit :
« Il ne me reste plus que toi, vilain gros bœu'
gros. )) (D.)
La petite porte. — Les deux qui font la porte
vont choisir trois endroits qu'elles appellent tout
bas : le Paradis, le Purgatoire et l'Enfer, puis
elles se prennent les mains de manière à former
une sorte de porte. Les autres filles passent par-
dessous pendant que l'on chante :
Trois fois passez par là,
La dernière, la dernière,
Trois fois passez par là,
La dernière y restera.
Les deux qui forment la porte demandent à
celle qui est prise : a Où veux-tu aller? » Elle
52 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
va dans un endroit qu'on indique. Si elle est chez
le bon Dieu, c'est bien; si elle est chez le Diable,
elle court sur les autres pour les brûler, et en
leur frappant sur l'épaule, elles crient : « Brûlé! »
Quand toutes celles qui étaient chez le bon Dieu
sont brûlées, on recommence le jeu. (P.)
Ailleurs, le jeu est le même au début; mais
quand toutes ont été prises, on va devant l'en-
droit nommé Paradis, et on répète en chantant :
Adorons le Paradis,
Adorons le Paradis.
Puis, au Purgatoire :
Adorons le Purgatoire,
Adorons le Purgatoire.
Puis, quand elles arrivent à l'Enfer, elles s'écrient :
Brûlons l'Enfer.
Et elles frappent sur celles qui y sont. (D.)
Le jeu d'amourette. — Il y a deux filles à ge-
noux, dont l'une est la femme, l'autre le galant.
Les autres chantent en dansant :
Qui marierons-nous,
Par ce joli jeu d'amourette,
Qui marierons-nous,
Par ce joli jeu d'amou'?
l'école 5 3
Les autres répondent en faisant entrer une fille
dans le milieu du rond :
Monsieur, ce sera vous,
Par ce joli jeu d'amourette,
Monsieur, ce sera vous.
Par ce joli jeu d'amou'.
Que lui donnerons-nous,
Par ce joli jeu d'amourette,
Que lui donnerons-nous,
Par ce joli jeu d'amou' ?
On pousse une fille dans le rond et l'on danse
en chantant :
Mademoiselle, ce sera vous, etc.
A genoux mettez-vous.
Par ce joli jeu, etc.
Faisez les yeux doux,
Par ce joli jeu, etc.
Embrassez- vous.
Par ce joli jeu, etc.
En place mettez-vous.
Par ce joli jeu, etc.
Et Ton recommence.
La queue du loup. — a). Une jeune fille est à
genoux, et elle a devant elle quelques morceaux
de bois qui figurent sa fouée. Les autres passent
en rang autour d'elle, et l'on chante :
54 l'homme de la naissance a la mort
Ah ! qu'il fait bon passer par ici.
Quand le loup est endormi.
— Le loup est-il prêt?
Le loup répond ;
— Non, il est à prendre ses bas.
La promenade recommence, le chant aussi et
les questions; le loup dit qu'il est à prendre son
paletot, un gilet, ses culottes, etc. ; quand, enfin,
il a fini sa toilette, il dit :
— Qui qu'a pris ma petite fouée qu'était là?
— 'Était une petite bonne femme qu'a passé
par là, qu'a dit qu'était d'son bouée (bois).
— Oyiou (où) qu' v' étiez?
La mère, qui protège les autres pour empêcher
le loup de manger sa petite famille, répond :
— A faire le lit du prêt' (prêtre).
Le Loup. — Qui qu'i' vous a donné?
La Mère. — Une petite graissée.
Le Loup. — Eioù qu'est ma part?
Z-fl Mère. — Dans l'eu du Renard.
Le loup va boire sa chopine au coin d'un mur,
et pendant ce temps-là on tourne. Qiiand il a bu,
il revient et tâche de prendre les enfants. 11 saisit
la mère par le bras, elle se défend, et les petites
se tiennent par leur cotillon afin que le loup ne
les mange pas. (P.)
h). Il y a une fille qui est la mère; celle qui
l'école 5 5
la suit la tient par son cotillon, et toute;; se
tiennent ainsi, de manière à former une chaîne
continue.
Le loup se tient à genoux au milieu du rond ;
on lui jette sur le dos de petites bûchettes, puis
on les éparpille. Alors il fait mine de se réveiller,
et il dit à la mère :
— « Qui qu'a pris mon bois?
La Mère. — Une petite bonne femme.'
Le Loup. — Qu'est-ce que tu as derrière ta?
La Mère. — Ce que j'ai derrière moi n'est pas
pour ta.
Le Loup. — Montre don' comme o sont gen-
tilles?
La Mère. — Tu n'en verras
Ni celle-ci,
Ni celle-là,
Ni la belle petite-là,
dit-elle en comptant sur ses doigts.
Le Loup. — Comment s'appelle-t-i'?
La Mère. — J'ai Belette,
J'ai Lirette,
J'ai Minette.
Le loup aiguise alors ses crocs.
La Mère. — Pourquoi aiguises-tu tes crocs?
Le Loup. — Pour manger Lirette.
Il aiguise ses ongles.
56 l'homme de la naissance a la mort
La Mère. — Pourquoi aiguises-tu tes ongles?
Le Loup. — Pour prendre Belette.
Le loup s'élance alors; la mère se présente de-
vant lui et tâche de l'empêcher de toucher ses
enfants. Lorsqu'il a réussi à en toucher une, il
s'efforce de l'entraîner, et la mère, au contraire,
la protège. Il finit tout de même par les prendre
toutes.
C'est alors la mère qui devient le loup.
Culte. — à). Chacune met sa main, et celle qui
mène le jeu répète la formulette suivante en tou-
chant chacun des doigts :
A la fontaine
De Barbitaine,
On y vient,
On y va
Trois fois
La semaine :
Bombi,
Bombon,
Tricoton,
Pied d'oignon,
Tirez-moi
Ce gros gars
Larron.
Le doigt sur lequel tombe le mot larron doit
être replié, et celle à qui il appartient va se cacher.
L ECOLE 57
h). Les filles se mettent en rang ou en cercle
et relèvent leurs tabliers de manière à former
une espèce de sac. Il y en a une qui est
dessous, et qu'on fait se tenir à quelque distance
le long d'un mur. C'est elle qui doit deviner où
se trouve caché un objet, généralement un cou-
teau ou un étui.
Celle qui cache le couteau passe devant tous les
tabliers et répète devant chacun d'eux :
Cutte, cutte (cache, cache),
Guersillon,
Cutte-le bien s'stu' l'ias. (D.)
Ou :
Cache, cache.
Dis pas qu' t' l'ias,
Ou tu mentirais ben dusse. (E.)
Celle dans laquelle la fille qui est dessous a
trouvé le couteau (il faut qu'elle le devine sans
toucher) va se cacher à son tour.
Jeux de ventes. — a). Une fille dit aux autres :
(( Veux-tu m'acheter mon ruban? — Oui. — De
quelle couleur? — Rouge,. » Elle fait la même
chose aux autres, et, quand chacun a le sien,
elles répètent très vite : « Mon rouge ne fadira
pas pour ton blanc, » ou « Mon blanc ne fadira
5 8 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
pas pour ton rouge. » Celle qui n'a pas dit assez
vite donne un gage. (D.)
b). « Le vent a-t-il pass-î par chez toi? — Oui.
— Qu'est-ce qu'il a fait de dégât ? — Il a abattu
ma cheminée. — Faut-i' du plomb? — Oui. »
On en achète ce qu'on veut, et celle qui mène
le jeu dit :
— « Quand je passerai par chez toi, tu ne me
diras ni oui ni non. »
Lorsque toutes ont acheté du plomb, celle qui
l'a vendu passe devant les acheteuses :
— « Donne-moi l'argent de ce que je t'ai
vendu? »
Celle qui répond ;
— « Voilà, » ou « Je ne t'en dé (dois) pas, ))
donne un gage. (P.)
Aller es vênes. — Il faut être quatre pour ce
jeu : deux jeunes filles se mettent pouce à pouce,
et l'une d'elles avec la main désigne chacun des
doigts, chaque vers correspondant à un doigt;
c'est celle sur laquelle tombe le dernier mot de la
forrauleite qui va es vênes.
Bec de sot,
Bé d'haleine,
Mon compère,
Ma commère,
Jean Ruello,
Va-t'en es vênes.
l'école 59
Celle qui est ainsi désignée va à un but, et les
trois autres nomment tout haut un pied d'animal
ou de plante; mais elle ne dit pas tout haut
celle des trois qui a ce pied. Quand il est désigné
secrètement, on crie à celle qui est dessous :
— « Sur quel pied veux-tu t'en veni'? »
Celle-ci choisit le pied qui lui convient, et celle
qui est ainsi désignée la rapporte sur son dos. Les
autres lui crient :
— « Qu'est-ce que tu apportes là ?
— Une vieille vache pourrie.
— Qu'est-ce que tu as dedans ?
— Un siot (seau).
— Qu'est-ce que tu as dans le siot ?
— De l'iau.
— Qu'est-ce que tu as dans l'iau?
— Un peloton de fi'.
— Qu'est-ce que tu as dans ton peloton?
— Une agulée (aiguillée) d'fi.
— Jette-la que je l'écorche. »
On dépose alors par terre celle qui était aux
vênes, on la borgne, c'est-à-dire on lui bande les
yeux, et on lui fait mettre la tête sur les genoux
d'une des jeunes filles, et chacune lui dit :
— « Su' queu sens sont rpes mains? »
Elle reste ainsi jusqu'à ce qu'elle ait deviné. (P.)
Diinse à rebours. — Toutes les jeunes filles se
6o l'homme de la naissance a la mort
tiennent par la main, en rond, et il y en a une
qui chante la petite chanson qui suit, en dési-
gnant avec le doigt successivement ses com-
pagnes :
J'ai du bon beurre dans mon panier,
Cinq ou six livres pour le dernier;
J'ai du di, j'ai du da.
Mademoiselle, tourne ton dos là.
Celle qui est ainsi désignée se place entre deux
autres, mais elle a la tête tournée en dehors du
rond, et c'est ainsi qu'elle danse; le jeu continue
jusqu'à ce que toutes soient placées du côté exté-
rieur. (P.)
CHAPITRE IV
DE LA SORTIE DE L ECOLE AU TIRAGE
51. — LA GARDE DES TROUPEAUX
|ES enfants des paysans commencent leur
apprentissage de la vie rustique par la
garde des troupeaux : dès l'âge de sept à
huit ans, garçons et filles y sont employés, quand
ils ne sont pas à l'école. Comme le bétail n'est
pas nombreux, des enfants peuvent le gouverner
facilement; c'est un métier qui laisse des loisirs,
et qui n'est point désagréable ; souvent, en effet,
les bêtes sont à pâturer dans des pièces voisines de
celles d'autres fermes : alors les petits bergers et
les petites bergères se rassemblent et s'arrangent
de manière à passer le temps le plus agréablement
qu'ils peuvent. Voici quelques-unes de leurs ré-
créations favorites :
62 l'homme de la naissance a la mort
Ils creusent de petits fours dans les talus des
champs, les chauffent avec des branches d'ajoncs
mortes, et y font cuire des pommes qu'ils
prennent dans les arbres voisins. Les propriétaires
ferment les yeux sur ce petit pillage, qui est admis
par la coutume; mais on assure que les pâtours
ne doivent pas regarder leur four pendant que les
pommes sont dedans; s'ils le faisaient, elles ne
cuiraient pas.
Ces petits fours servent aussi à chauffer la dî-
nette; parfois aussi les pâtours tirent les vaches,
en cachette de leurs parents ou de leurs maîtres,
pour boire leur lait.
Les petits bergers s'amusent à faire cotir des
fleurs de digitale ou à les enfiler dans des branches
de fougère dont les branches forment une sorte
de croix.
Ils prennent aussi des feuilles sèches, et, les
plaçant sur leur poing gauche fermé, ils frappent
dessus avec la main droite ouverte, de manière à
produire une détonation.
Voici quelques autres jeux pris parmi les plus
• usités.
Lorsque plusieurs filles sont es champs à gar-
der leurs troupeaux, l'une se couche, et l'autre
passe dessus en disant : « Assiette » ; l'autre :
« r^ourchette » ; la troisième : « Plat » ; la qua-
trième : « Espion »; la cinquième : « Couteau ».
DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 63
Puis elles sautent comme à saute-mouton, en
disant :
La tour, prends garde,
Je t'abaterai.
Il y a un garçon qui doit aller à une certaine
distance, c'est celui qui va à Rome.
Les autres tracent un espace dans le champ, et,
avec des fouissiaoux (ce sont des morceaux de bois
pointus), ils piquent dans la terre ; celui qui
manque, quand celui qui est à Rome arrive, va le
remplacer.
En arrivant au but, celui qui est dessous dit :
Rome, Rome,
Au eu du bonhomme,
Jamais je n'y retorne ! (P.)
Quand les filles sont un peu grandes, elles
filent en gardant leurs bêtes. Souvent, les pâtours
viennent avec elles et leur tiennent le fuseiiu; cela
s'appelle filer à la grande aiguillée. Quand le fu-
seau est rendu à l'autre bout du champ, la tâche
est finie, et l'on s'amuse.
Les disputes entre les pâtours sont assez fré-
quentes, et elles se terminent souvent par des
combats à coups de poing ou à coups de motte de
terre ; cette humeur batailleuse n'est pas particu-
64 l'homme de la naissance a la mort
lière aux garçons ; il y a aussi des combats entre
les pdtourdes.
Presque toujours, avant que le duel s'engage,
l'un des adversaires place sur son épaule une
hoise (petit morceau de bois), et défie son antago-
niste d'y toucher.
Sur la limite des communes se livrent parfois
de petites batailles entre les bergers; avant d'en
venir aux mains, ou plutôt aux coups de pierre,
chacun des partis a eu soin d'épuiser les sobri-
quets que l'on se renvoie de temps immémorial
de pays à pays, et de chanter des couplets sati-
riques où la commune voisine est blasonnée.
Jadis, quand les filles étaient paresseuses le di-
manche, dans l'été, les garçons qui étaient levés
de meilleure heure mettaient les vaches aux
champs et leur passaient dans les cornes un pas-
souc à couler le lait. (P., D.)
Il y a une espèce de déshonneur, pour les ber-
gers et les bergères, à arriver trop tard au pâtu-
rage.
En été, lorsqu'un pdtour ou une pdtourde est en
retard pour amener son bestial aux champs, ceux
qui ont été plus matineux montent sur les fossés
(talus), et le paresseux entend retentir à ses
oreilles, jusqu'à ce qu'il soit entré dans la pâture
avec son troupeau, la formulette suivante ; elle est
débitée avec une sorte de rythme :
DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 65
A la hotte I
A la hotte I
C'est un tel qui la porte.
A la bali,
A la balette.
C'est un tel qui la herse.
O vilaine gran'mérienne (i) (his)
Qui va aux champs {bis)
Quand l's aut' emmènent.
Hautoura I Hautoura (2) 1
Qui tire ses vaches par le bout d'I'orta' (5) !
Cu bousous,
Qui tire ses vaches par le bout de la quoue.
A la hotte ! etc.
(Trélivan.)
Aux environs de Bécherel, on prend le dernier
arrivé par les pieds et on le traîne dans la rosée,
en lui criant :
A la hotte (bis) I
C'est un tel qui l'emporte,
Et sa vache nère (noire) qui Trapporte.
Haut les bois, haut les landes,
Matinal est dans la lande ;
Paresseux est endormi
Dans la venelle de son lit ;
r se lève devers médi (midi)
Pour manger du lait marri (aigri).
(i) Dormeuse.
(2) Qui se lève lorsque le soleil est haut.
(3) Orteil.
66 l'homme dh la naissance a la mort
As-tu lavé ton écuelle,
La zâ-tu (l'as-tu) mise dans la vaisselle?
As-tu lavé ta cuilleu (cuiller) ?
Là zâ^u mise dans l'vaissélieu (vaissellier) ?
A la hotte ! etc.
(Bécherel .)
On chante, sur l'air de Dixit Dominus :
Marie-Jeanne porte la bue,
Jean-Marie va la lui conduire
A la bue à baire.
La bue est une sorte de dame-jeanne.
Les loups ne sont pas aussi communs en Haute-
Bretagne qu'en certains autres pays; il y a, tou-
tefois, des conjurations contre eux. Voici la seule
que j'aie pu me procurer :
Notre-Dame et ses enfants,
Préservez-nous des loups et des serpents,
Et du chien qui court le vent.
(Environs de Moncontour.)
duand on aperçoit le loup, on^^crie : « Gare le
loup! » et il s'en va. (P.)
Ou : « Harzez l'ieù. » (Tréveneuc.)
Cf. le breton har:^ ar Ueix^ : sus aux loups !
En allant chercher les [moutons, le soir, les
bergères chantent des chansons; en voici une
DE LA SORTIE DE L'ÉCOLE AU TIRAGE 67
qu'on entend souvent dans la campagne, à la
chute du jour :
Ma petite Jeannette,
Avez- vous bien gardé
Les amourettes
Du joli temps passé?
Ah ! vraiment, oui. Jeannette,
Mon fidèle ami,
Je te l'avais toujours promis
Promis, promis,
Avec fidélité.
Revenu de la guerre,
Je t'y épouserai.
I' fut dit hier au sèr
Que d'autr' amants allaient t'y voir.
Cela ne me plaît guère,
Au joli bois d'amourette.
Jeannette.
(Chanté par Angélique Lucas, de Saint-Gien.)
La redevance payée pour la saillie du taureau
appartient à la pdtoure (P.)» ou au hignet (E.),
qui, du reste, doivent assister et aider à l'opération.
68 l'homme de la naissance a la mort
§ II. LES PROFESSIONS ET LES MÉTIERS
Aux 3^eux des paysans de l'Ouest, la propriété
foncière conserve un grand prestige ; dans la plu-
part des pays, un homme, eût-il la fortune des
Rothschild, s'il ne possédait pas de terres, serait
moins considéré que le propriétaire de trois ou
quatre fermes de médiocre étendue. — « Etre en-
terrons, )) c'est avoir des biens au soleil, et cette
expression est toujours prise en bonne part.
Après la propriété foncière proprement dite,
c'est-à-dire celle des champs, vient celle des mai-
sons ; on dit de quelqu'un qui en possède « qu'il
a une, deux, trois, etc. cheminées fumantes ».
Toutefois, elles ne sont pas regardées comme une
propriété aussi sûre que celle des terres, et un
dicton déclare « qu'une maison, c'est un cheval
à l'écurie ».
Pour désigner un petit propriétaire qui vit sur
son bien et n'est pas fermier, on dit :
— Il est sur le sein (le sien). I' sont su' l'iour
(le leur). Cependant dans la hiérarchie sociale, il
occupe un rang moins élevé que celui qui tient à
bail une ferme de quelque importance.
Quoique, dans la pratique, les pa3'sans soient,
en général, respectueux pour le clergé, surtout
quand celui-ci ne sort pas de ses fonctions spiri-
I
DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 69
tuelles, il existe pourtant quelques proverbes assez
irrévérencieux pour les prêtres :
— Gras comme un recteur. (E., M.)
— Gros comme un recteur.
— Il est comme not' recteur, qui s'en va de
tab'e quand il est saû, (M.) c'est-à-dire quand il
a assez mangé.
— r n' frappent point es contre-hus de genêt :
Ils aiment mieux les maisons riches que les
pauvres.
— Un homme qui n'a que des ruses de
prêt'e. (E.)
— Paresseux comme un curé. (E.)
— Le monde deviennent' i' fainiant, i' s' font
tous prêt'es. (M.)
— Retors comme un prêtre normand. (E.)
— Il est comme les enfants de prêtre, i' mange
son pain blanc le premier. (E.)
— Un habit en haine de prêtre (M., E., S.-C),
c'est-à-dire inusable.
Cf. pour des dictons semblables, en Picardie et en Flandre,
les Glossaires de Corblet et Hécart.
— Troussé comme un moine qui va-t-au
lard. (D.)
J'ai cité, Lttt. Orale, p. 380 et suivantes, un certain nombre
d'anecdotes où le clergé est plaisanté. Dans le Folk-Lore de la
Haute-Bretagne, t. II des K/3U7rTà8ia. on trouve plusieurs
contes, en général très lestes, où les prêtres jouent un rôle
70 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
analogue à celui que les fabliaux du moyen âge attribuaient au
clergé séculier, et surtout aux moines. J'ai moi-même trouvé
en Haute-Bretagne nombre de récits analogues.
Quant aux moines, il y en a actuellement un petit nombre
eu Bretagne, et ils ne sont que rarement en rapport avec la po-
pulation ; je ne connais aucun dicton moderne qui leur soit
appliqué, mais ils sont très maltraités dans les légendes popu-
laires. (Cf. Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. I,
p. 335 et suivantes.)
Les bonnes sœurs, surtout celles qu'on appelle
bonnes soeurs trottines, trottoires, ou en plein
vent (ce sont celles qui appartiennent à une sorte
de tiers-ordre), sont plus souvent blasonnées ; on
les accuse, non toujours sans raison, de mettre
parfois le trouble dans les ménages. C'est à ce
rôle que se rapporte le conte qui suit :
Il y avait, une fois, un homme et une femme
qui étaient mariés depuis quelque temps déjà, et
qui étaient cités dans le pays comme de bons
époux. Le Diable voulut leur faire avoir mauvais
ménage, et pendant huit ans il s'y employa de
son mieux, mais sans pouvoir y réussir. Un jour
qu'il sortait de cette maison, il rencontra une
bonne sœur, qui lui demanda d'où il venait avec
un air si fâché :
— Ah ! répondit-il, il y a là un bon ménage,
et j'aurais bien voulu le troubler.
— Comment! dit-elle, vous n'avez pas pu?
— Non, répondit le Diable, il y a huit ans que
I
DE LA SORTIE DE L ECOLE AU TIRAGE 7 1
j'y travaille ; mais je n'ai pas réussi et je m'en
vais.
— Je parie que j'y arriverai bien, dit la bonne
sœur.
Elle entra dans la maison, et, tout en causant
avec la femme, elle plaça sous l'oreiller du lit un
couteau, puis elle sortit. Elle alla ensuite trouver
le mari, et lui dit :
— Prenez garde, mon brave homme, votre
femme a dessein de vous tuer, et je l'ai vue ca-
cher un couteau sous votre oreiller.
L'homme ne dit rien, et il se coucha tran-
quillement, mais au milieu de la nuit il s'éveilla,
et en remuant son oreiller il trouva le couteau ;
alors il songea à ce que la bonne sœur lui avait
dit, et il enfonça le couteau dans le cœur de sa
femme.
C'est depuis ce temps-là qu'on dit que les
bonnes sœurs ont Iq plot (la ruse) du Diable.
(Coûté en iSSi, par J. M. Comault, du Gouray.)
Les paysans disent aussi que les bonnes sœurs
vont la nuit dire leur chapelet dans les champs.
Si elles perdent une pâtenôtre, le laboureur aura
beau travailler, il trouvera toujours du chiendent
dans son champ. (P.)
Il y a quelques années, le recrutement du clergé
était plus facile qu'il ne l'est maintenant, et l'am-
72 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
bition de beaucoup de commerçants et de gros
fermiers était de faire d'un de leurs fils un prêtre.
Actuellement, ce sont surtout les petits cultiva-
teurs dont les enfants peuplentj^les séminaires.
On assure qu'à sa première grand'messe, le
prêtre chante :
Dominus vobiscum,
Mon père est un riche homme. (P.)
Et, en général, les parents de prêtres rentrent
largement dans les dépenses qu'ils ont faites pour
les élever.
En Haute-Bretagne, pays essentiellement agri-
cole, l'état le plus estimé dans les campagnes est
celui de laboureur; viennent ensuite les métiers
qui exigent de la force et de l'adresse, tels que
ceux de charpentier, de menuisier, de maçon ou
de maréchal-ferrant. Ces derniers exercent sou-
vent en même temps l'art de guérir les bêtes, et
•celui d'arracher les dents.
En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. I, p. loo), les
métiers estimés sont ceux de charron, menuisier et maçon. Une
partie des autres, surtout les tailleurs, sont méprisés.
Voici quelques proverbes sur les métiers pé-
nibles ou méprisés :
Il y a treis (trois) métiers d'fainiants,
Les chassons, les péchons et les oisillons. (P.)
DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 73
Le cheva' des peissonniers,
Les médecins d'campangne
Et les maltôtiers (employés de la régie),
Sont treis métiers d'bêtes. (P.)
Alléluia,
Marchez sur quatre bâtons :
Les huissiers sont des fripons,
Et les avocats
Sont des liche-plats.
Et les procureurs
Sont des voleurs. '
Les métiers les moins prisés sont ceux que l'on
exerce assis, et pour lesquels on n'a pas besoin
de force corporelle; parmi eux, on peut citer
ceux de tailleur et de cordier, de cordonnier et
surtout de tisserand. Ce dernier est, par un loin-
tain souvenir des cacous ou caqiiins, l'un des
moins estimés.
On donne aux tisserands le surnom de m d'chd.
Le châ est une sorte de bouillie d'avoine qu'on
met sur la trame pour faire la toile. (Saint-
Donan.)
Sans le pot à colle
Le tessier serait noble.
Les tisserands trouvent difficilement à se ma-
rier avec des filles de laboureurs, en Ille-et-
Vilaine, du moins. Quelquefois, si on dit à une
74 l'homme de la naissance a la mort
fille : « Vous allez vous marier avec un tel? »
elle répond : « Je n'en voudrais point, c'est un
tisserand. » (E.)Mais, dans les Côtes- du-Nord, vers
le Mené, les fessiers épousent journellement des
filles de fermiers.
Les cordonniers portent le sobriquet de cu-cousu
(D.) ou de cu-coJU. Il y a plusieurs chansons sa-
tiriques sur les cordonniers, où ils sont blason-
nés; on les accuse, entre autres, d'être « pires
que des évêques », c'est-à-dire plus difficiles à
contenter.
Je n'ai pu m' assurer si le métier de cordier
était encore, maintenant, parmi ceux qui sont
méprisés; il n'y a pas longtemps, toutefois, que
le préjugé existait encore. « Au village de la
Caisse-d'or, en Maroué, existait une corderie; les
cordiers ou caqueurs ont été, jusque vers 1820,
enterrés dans un lieu à part nommé caquinerie.
En 1854, le préjugé n'était pas tout à fait dis-
paru. »
<Jollivet, t. I, p. 157.)
Au siècle précédent, il était dans toute sa
force. « En 17 16, un caqueux étant mort à Plu-
rien, la noblesse assista à son enterrement et le
fit inhumer dans l'église. Trois jours après, il fut
exhumé par les habitants et porté au cimetière
des cordiers. La justice fut obhgée d'intervenir. »
Gollivet, t. I, p. 317.)
DE LA SORTIE DE L ECOLE AU TIRAGE 75
Le pillotous, ou marchand de pillots, est une
sorte de chiffonnier ambulant qui échange des
mouchoirs ou de la vaisselle, plus rarement de
l'argent, contre des chiffons, des peaux de la-
pins, etc.
On dit en proverbe : — Danser comme un
pillotous chaud de boire. (E.)
— Sauter comme un pillotous.
Lorsqu'un pillotous arrive dans un village ou
dans l'aire d'une ferme, il crie en modulant sa voix :
Marchand d'pillous I
Ou :
La bourgeoise, av'ous (avez-vous) des pillots?
On dit en proverbe : — L'Enfer est pavé de
crânes de cabaretiers. (P.)
C'est probablement un souvenir des nombreux sermons que
les prêtres font sur les cabarets. Une légende que j'ai citée dans
ma LiHéralure orale, p. 206, met en scène un cabaretier qui est
puni pour s'être conduit brutalement à l'égard de saint Guil-
laume.
Les meuniers ont aussi assez mauvaise réputa-
tion ; ils sont malmenés dans les proverbes et
dans les contes, et il existe des formulettes où ils
sont blasonnés ; en voici une :
Meunier larron,
Voleur de blé,
C'est ton métier.
76 l'homme de la naissance a la mort
La corde au cou
Comme un coucou,
Le fer aux pieds
Comme un damné,
Quat' diable' à t'entourer,
Qui t'emport'ront dans l'fond d'ia mé (mer).
(Saint-Méloir-des-Ondes.)
Dans un petit conte que j'ai analysé dans la Liitèrature orale
de la Haute-Bretagne, p. 201, un meunier se présente à la porte
du paradis et saint Pierre lui dit : « Que venez-vous chercher
ici? Vous savez bien qu'il n'y a pas céans de place pour les meu-
niers. — Je le sais bien, répond le bonhomme; je suis seule-
ment venu pour regarder un peu. » (Cf. aussi Fouquet, Le
Meunier q^ui jette des sorts.')
On peut aussi ranger parmi les métiers mépri-
sés les sanous de trées ou de pouërs (les châtreurs) ,
qui s'annoncent en faisant moduler une sorte
de flûte de Pan, et surtout les écorchous ou équar-
risseurs. Tuer un cheval, animal noble, est consi-
déré comme une sorte de tache, et l'on trouverait
difficilement un fermier ou un garçon de ferme
qui voudrait s'en charger.
. Si, en Haute-Bretagne, on ne dit point, comme
en pays bretonnant, « un tailleur, respect de la
compagnie, « un des métiers les moins prisés est
celui de couturier ou taillier. Toutefois, le pré-
jugé s'en va peu à peu : les tailleurs de campagne
ne sont pas tout à fait montés au rang des labou-
reurs, mais ils sont traités avec certains égards.
Si la première personne qu'on rencontre le
DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 77
matin est un couturier, on aura de la malechance
toute la journée.
Il y a sur les couturiers plusieurs chansons où
ils sont blasonnés; j'en ai plusieurs en porte-
feuille.
A l'inverse des couturiers, l'état de couturière
figure parmi les métiers les mieux vus ; il en est
de même des dersouères (repasseuses), qui souvent
font des mariages avantageux.
Les domestiques doivent être redemandés par
leurs maîtres avant que le coucou ait chanté. Si
un domestique n'a rien entendu dire à son maître
quand le coucou chante, il en conclut qu'on ne
veut plus de ses services.
Dans beaucoup de contes populaires, il est question de domes-
tiques qui doivent s'en aller quand le coucou chante. Cf. dans
ma Littérature orale : le Fermier et son domestique.
On donne en rengageant les domestiques un
denier à Dieu ; en plusieurs pays, les fermiers, au
moment où ils renouvellent leur louage, em-
mènent les domestiques à l'auberge et leur paient
un café.
Il y a des foires aux domestiques; la plus con-
sidérable est celle de Rennes, qui a lieu le jour de
Saint-Pierre : c'est une sorte d'assemblée qui s'est
tenue pendant longtemps sur le Champ-de-Mars ;
il y avait des tentes sous lesquelles on vendait à
boire et à manger. Les domestiques qui ne se
78 l'homme de la naissance' a la mort
louent que pour la « métive », c'est-à-dire pour
la moisson, ont à leur chapeau un épi de blé
vert; les autres, qui se gagent pour l'année en-
tière, ornent leur chapeau d'une rose, et, s'ils
sont charretiers, ont un fouet passé autour du
cou. Les faucheurs portent leur faux, dont la
lame est attachée parallèlement à la hante, c'est-
à-dire au pied de la faux. Les filles portent au
corsage un bouquet de roses.
Il y a à Lamballe une autre foire aux domes-
tiques ; elle se tient à la Saint-Jean.
a la Saint-Jean d'été a lieu à Pierre (Ain) une foire aux
domestiques. (D. Monnier, p. 585.) A Quimper^ elle se tient
de la Saint-Corentiu au i^"^ janvier. (Ci. Galerie hreionne, t. Wl,
p. 100.)
« A Vigneux, près de Nantes, a lieu le lende-
main de la Trinité une foire qui est précédée
d'une assemblée où les jeunes gens de la cam-
pagne, filles et garçons, viennent chercher des
engagements. «
(Ogée, art. Vigneux.')
L'époque la plus habituelle pour la location est
pourtant la Saint-Jean, d'où le proverbe : « Faire
la Saint- Jean su' l'année, » qui s'apphque aux
.domestiques qui changent souvent de place.
La lessive qui précède la Saint-Jean se nomme
« lessive de fous l'camp ».
Les nouveaux maîtres vont chercher les ser-
DE LA SORTIE DE L ÉCOLE AU TIRAGE 79
vantes, et leur apportent une quenouille garnie
de rubans. Aux domestiques mâles, on porte un
fouet. (D.)
A Ercé, il est d'usage que, la veille de Noël,
les domestiques et les enfants aillent manger de
la morue chez leurs parents. Les domestiques
mettent cela dans leurs conditions de louage ;
il y a aussi certaines foires où ils se réservent
d'aller.
En Basse -Bretagne, « le garçon de ferme met dans ses con-
ditions qu'il sera libre d'aller à tant de foires ou de marchés par
an. » (finkrie bretonne, t. II, p. 18.)
On dit en parlant des domestiques qui veulent
quitter une place où ils sont bien : « Aise a le
eu pointu, malaise dure bien ». (E.)
§ III. — LES CONSCRITS
Bien que les Gallos soient d'excellents soldats,
ils ne quittent point volontiers leur village pour
aller au régiment, et ils essaient par des moyens,
même surnaturels, de se dérober au service mi-
litaire.
Le jour du tirage, il y a des rencontres qui sont
de bon ou de mauvais présage. La première per-
8o l'homme de la naissance a la mort
sonne que trouve un jeune homme qui va au
tirage décide de son sort ; si c'est une femme ou
une fille, il n'aura pas de chance, mais il en aura
si c'est un homme. (P.)
Si le conscrit qui se rend au tirage rencontre un
prêtre ou une bonne sœur, c'est d'un mauvais
augure, et il est sûr d'être pris. Lorsque la pre-
mière personne qu'il voit est une fille ou une
femme de mauvaise réputation, il se considère
comme sûr d'avoir un bon numéro; aussi, pour
la remercier de cette chance qu'elle lui porte, il
lui paie généralement un café; (D.) mais, si elle
lui adresse la parole la première, il est sûr d'avoir
le numéro i, qu'on nomme \ç. piaou. (E.)
Tliiers, Traité des superstitions, p. 184, signale parmi les
mauvais présages la rencontre d'un prêtre ou d'un moine ; celle
d'une fille de mauvaise vie est au contraire d'un bon augure
(p. 178).
A deux kilomètres de Livré est une chapelle où
les conscrits vont en pèlerinage afin d'échapper à
la conscription. (E.)
Pour se procurer un bon numéro, il y a
nombre de moyens :
On va cueiUir du gui d'épine blanche, puis on
s'agenouille au pied de trois croix, en déposant à
chaque station une petite branche de gui. On fait
ensuite dire trois messes; mais, pour qu'elles
soient efficaces, il faut avoir dans sa poche un
DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 8l
peu de gui et un morceau de fer qu'on aura
trouve sans le chercher.
On arrive au même résultat en cueillant des
feuilles de tirande (sorte de glayeul) ; on les coupe
en morceaux et on les met dans sa poche sans les
compter : autant on aura de morceaux, autant il
y aura d'unités dans le numéro qu'on tirera.
Si un conscrit a dans ses habits, à son insu,
des grains de sel cousus, il a un numéro aussi
élevé qu'il a de grains de sel. (E.)
Celui qui, sans le savoir, a dans son loutrond
(sorte de paletot court), l'aiguille qui a servi à
coudre le linceul d'un petit enfant mort-né est
assuré d'avoir un bon numéro (Saint-Méloir-des-
Bois). De même celui à qui on a mis dans sa
poche, sans qu'il en sache rien, la bague d'une
femme mariée dans l'année, ou le bonnet de bap-
tême du premier enfant mâle d'une maison. (E.)
Ailleurs, le bonnet est remplacé par une médaille.
Cf. mes Traditions et supersliliovs, t. I, p. 287-88.
Celui qui a dans la poche de ses hannes (cu-
lottes) un hro (dard) et un v'iin (venin) de reptile
est assuré de tirer un bon numéro; mais il faut
que le talisman se trouve dans la poche du même
côté que la main qui puisera dans l'urne, et, de
plus, que le conscrit ignore l'avoir sur soi. (P.)
Le jour du tirage,* les conscrits [se rendent au
6
82 l'homme de la naissance a la mort
chef-lieu en marchant en rang, le bâton à marottes
sur l'épaule; ils ont souvent un drapeau, et ils
chantent des marches pour aller au pas. En cer-
tains pays, ils portent des fleurs au chapeau.
Autrefois, vers le soir, il y avait des batailles
entre les conscrits des différentes communes;
parfois, c'étaient de véritables mêlées où les bâ-
tons à marotte jouaient le rôle de massues. Cette
coutume barbare a disparu dans plusieurs pays ;
mais il en est d'autres où elle subsiste. En Ille-
et-Vilaine, les batailles ont lieu, en général, entre
les conscrits des communes patriotes et ceux des
communes chouannes.
Quelquefois, les conscrits de deux communes
passent la journée ensemble sans qu'il y ait aucune
dispute ; ils sortent en même temps de la ville ou
du bourg, et tout va bien jusqu'au moment où
les deux bandes se séparent, généralement après
une station à la dernière auberge. Ce n'est qu'à
ce moment que commence la bataille. (D.)
Des conscrits de communes voisines vont,
avant et après le tirage, se visiter dans leurs
bourgs respectifs, drapeau en tête. Ces réunions
ont surtout lieu entre communes de la même opi-
"nion politique. (E.)
Les paysans redoutent le service mihtaire ; ce-
pendant, le jour du conseil de révision celui qui
est reconnu apte à servir, sort joyeusement de la
DE LA SORTIE DE l'ÉCOLE AU TIRAGE 83
mairie en chantant et en criant : « Bon pour le
service ! « tandis que ceux qui sont réformés pour
vice de constitution ou faiblesse sortent pour
ainsi dire sournoisement et avec quelque peu de
honte. Les jeunes gens qui ont été réformés ont
de la peine à trouver à se marier, et parfois,
longtemps après, cela leur est reproché comme
une tache.
A Saint-Glen, Penguilly, etc., les conscrits,
avant de partir, font une quête pour leurs frais de
route. Les uns leur donnent de l'argent, d'autres
du blé, de l'avoine ou des pommes de terre.
Sur une coutume analogue en Poitou. Cf. Souche, p. 7.
Dans le Morbihan, vers la limite des deux
langues, existent des fontaines où les parents
conduisent les conscrits et les lavent pour les
rendre invulnérables.
Cf. d'Amezeuil, Légendes du Morbihan, p. 139.
Il est assez rare que les jeunes paysans
cherchent, aux dépens de leur santé, à échapper
au service militaire ; toutefois, il y a des exemples,
en Ille-et- Vilaine notamment, de sorciers qui,
pour faire réformer les conscrits, leur faisaient
piquer les testicules par des abeilles.
■^rs-'^^
CHAPITRE V
LE MARIAGE
§1.
LES GALANTS ET LES FILLES A MARIER
^/^ la campagne, les galanteries sont souvent
^'Ê^ de longue durée; il n'y a guère de com-
f^^^ munes, on pourrait presque dire de vil-
lages, où il ne serait facile de trouver des gens
qui, avant de se marier, ont courtisé leur femme
pendant cinq, six ou dix ans. Les filles ne sont
pas, en général, très pressées, et les garçons, à
moins qu'ils n'aient besoin d'une ménagère pour
leur aider à tenir leur terre, restent volontiers
longtemps sans se décider. En matière matrimo-
niale, comme presque en toute chose, les paysans
sont lents à prendre une résolution. De part et
d'autre, avant comme après le mariage, les pas-
LE MARIAGE 8^
sions ne sont pas bien vives : la longue constance
des galants est donc beaucoup moins extraordi-
naire qu'elle ne le semble au premier abord.
Quant aux jeunes filles, on conçoit que le plaisir
et l'orgueil qu'elles éprouvent à être entourées de
« bons amis » les fasse retarder une union qui
mettra fin à tout cela, bien que, souvent, leur
choix soit fait et leur résolution prise.
L'état de beau-père en expectative a des avan-
tages assez séduisants pour qui connaît l'esprit
positif des paysans. Les galants leur paient à
boire dans les auberges, leur offrent du tabac et
bien d'autres petits cadeaux, afin de se mettre
dans leurs bonnes grâces. Aussi il y en a qui se
plaisent à attirer les galants chez eux, et qui se
font prier avant d'accorder leur consentement.
En Berry existe le même usage. (Cf. Laisnel de La Salle, t. II,
p. 23.)
Pour les campagnards, le type de la beauté fé-
minine n'est pas la grâce ou la gentillesse; c'est
la force et l'air de santé : une fille robuste, forte
en chair et haute en couleur, est toujours recher-
chée. On dit d'elle :
— Olle a une belle conscience, olle est ben
pommée; c'est-à-dire : elle a une belle poitrine.
— Olle est ben foutue su' son bois : (E.) Elle
est droite et de bonne mine.
— C'est une belle coiffe. — C'est un biau co-
86 l'homme de la naissance a la mort
tillon. — C'est un biau brin de fille. — 011e a la
joe (joue) su' l'œil : Elle a les yeux vifs.
Voici quelques autres dictons :
— Haute comme la moitié du diable (E., D.)
(c'est une personne de grande taille) ; on la qualifie
aussi « grande perche à coucou ». (E.)
— Elle a été élevée avec du lait doux : Elle a
été gâtée.
— O se fait périer (prier), n'on voit ben que
c'est eune belle fille.
Belle fille, pain frais et bois vert
Mettent une maison à désert.
La p'us arrosée (louée)
N'est pas la première mariée. (M.)
— Elle est belle au coffre, et belle dans l'ar-
moire : (E., D.) Elle est riche, mais laide.
— Que qu'olle a? — Son eu et sa chemise.
(E.) Elle est pauvre, et, par conséquent, n'est pas
fort souhaitable.
Si une fille a l'air d'agacer un jeune homme,
on dit « qu'elle fait la grande ourée «, (M.) c'est-
à-dire plus de la moitié du chemin.
Il n'est pas rare, d'ailleurs, de voir des filles
offrir à leurs galants du tabac et du café, afin d'en
avoir plusieurs à les accompagner aux assem-
blées. (P.) Un dicton très répandu les engage
LE MARIAGE 87
d'ailleurs à être aimables : « Montrous (mon-
trez-vous), les filles, qui n'se montère n'est
vu, » (E.)
Lorsqu'un paysan est sur le point de se décider
à fiure sa cour, il se rend à la ferme, et regarde
les talons des sabots de la jeune fille qu'il a en
vue : s'ils sont botisous, c'est signe qu'elle soigne
bien les vaches et qu'elle sera une bonne ména-
gère. (D.)
Lorsqu'il y a des toiles d'araignées dans une
maison, on dit qu'il n'y a pas de filles à marier;
on les appelle des chasse-galants.
Quand une poule chante le coq, c'est signe
qu'une fille va avoir un malheur, c'est-à-dire un
enfant. (D.)
En beaucoup de pays, la naissance d'un enfcint
avant le mariage est très redoutée; on la consi-
dère comme une sorte de honte qui rejaillit sur
toute la famille; aussi on dit :
— Quand on trouve à marier les filles, faut
l'faire; i' n' faut pas les mettre en t'nés (D.) (les
contraindre).
— Il vaut mieux enhetider (attacher) que de
lever. (E.)
L'amour est assez souvent comparé à la fièvre,
et l'on dit :
C'est la fièvre dondaiiie,
Faut être deux pour la trembler. (P.)
88 l'homme de la naissance a la mort
On dit des gens qui vivent ensemble sans être
mariés :
C'est le mariage à la civière :
Le premier lassé met à bas. (E.)
Le célibat est chose assez rare à la campagne ;
il y a plusieurs dictons ou superstitions qui
peignent le malheureux sort qui attend, après
leur mort, ceux qui n'ont pas été mariés :
Dans l'autre monde, les vieux gars font des
charretées d'épines tout déchaux (D.) (nu-pieds).
On dit d'une vieille fille :
— Olle a les talons jaunes.
— Olle est mêsé (désormais) sus la reciée (M.),
ou sur la mériennée, c'est-à-dire qu'elle a passé
le midi de son âge.
— O reste à graine.
Toutefois, jusqu'à un âge avancé, les filles
peuvent garder l'espoir de se marier :
— N'y a point d' vieux chaudron qui ne trouve
sa crémaillère. (E.) Les vieilles filles finissent par
se marier.
Il n'est pas rare, en eff"et, de voir de tout jeunes
gens épouser des filles qui ont quinze ans de
plus qu'eux. De cette façon, ils sont moins ex-
posés à avoir beaucoup d'enfants. Les hommes
se marient plus jeunes que les femmes : dans un
tE MARIAGE 89
tiers au moins des mariages, la femme a quelques
années de plus que le mari.
On dit en proverbe : — Une fille est bonne à
marier à trente ans, un homme à vingt. (E.)
Les vieilles filles vont en paradis à cheval sur
un séran (E.) (instrument à sérancer). Les vieilles
tilles, dans l'autre monde, sont occupées à broyer
le chanvre, à cheval sur des bras (broies) de fer.
On parle aussi de saint Pipet, qui flaupait les
vieilles filles à coups d'andouille comme elles en-
traient en Paradis. (E.)
Parfois même, elles subissent une métamor-
phose : Dans les campagnes, aux environs de
Châteaubriant, on croit que les vieilles filles sont
changées en chouettes après leur mort.
Cf. Histoires et légendes de Châteaubriant, p. 37- 38.
Il y a nombre d'endroits où les garçons et les
filles se rencontrent et où ils parlent d'amour :
aux assemiblées, aux foires, en allant à la messe,
aux champs, aux veillées, etc.
« Le lundi de la Pentecôte, il est d'usage à
Andel et dans quelques communes des environs,
que toutes les femmes aillent, après vêpres, baiser
l'étole et se la faire poser sur la tcte. Des jeunes
gens s'introduisent alors sans bruit dans l'église,
prennent par le doigt et emmènent, sans la regar-
der, la jeune fille qu'ils préfèrent. Cela s'appelle
90 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
être tirée d'assemblée. Elle est ensuite régalée de
fruits et de gâteaux que l'on nomme fouasses. On
dit de celles qui s'en retournent seules qu'elles
s'en vont sur la grise. Les jeunes gens leur jettent
des mottes et les poursuivent en les raillant. »
(Habasque, t. III, p. 12.)
Souvent, quand une fille est de garde à la ferme
pendant la grand'messe ou les vêpres, elle a un
ou plusieurs de ses galants à venir lui tenir com-
pagnie.
Les jeunes gens qui se font la cour en cachette
des parents vont « se causer drère les barges »
(amas de paille). (E.)
Ailleurs, on dit : « Les bonnes gens ne veulent
pas; mais i' s' font la cour drère la iiâ. » (D.)
Ou : « Quand la chieuv'e est do l'ioup, le
pâtou' a biau courre. (E.) »
Mais, le plus souvent, les galants viennent à la
maison, et c'est là, en public, qu'ils font les em-
pressés auprès des filles.
En quelques pays, il y a des époques où se
présentent les jeunes gens qui posent leur candi-
dature : certain dimanche est appelé dimanche
de la penrie; si le garçon ne vient pas se dèpenre
(dépendre) huit jours après, le dimanche de la
dépenrie, c'est qu'il a des prétentions sérieuses.
Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 12e), le premier dimanche de
LE MARIAGE 9I
arême, a lieu une sorte de cérémonie analogue, qu'on appelle
1 souderie.
En entrant dans une ferme pour y faire leur
:our, les garçons déposent leur bâton près de la
)orte d'entrée ; s'ils sont bien aimés, la jeune fille
,-ient prendre le bâton, et le place près du banc
lu foyer. (E.)
« A la Boissière (Loire-Inférieure), quand un
eune homme a une jeune fille en vue, il se rend,
a nuit, sous sa fenêtre, et lui chante :
Il ne fait pas clair de lune,
Belle, levez-vous !
Tandis que la nuit est brune,
Venez danser avec nous.
« Si la belle veut accueillir favorablement le
:hanteur, elle répond :
Pourquoi, l'enfant, venir ainsi
Troubler mon sommeil?
Je n'entends pas quand il fait nuit.
Venez me voir au réveil.
« Cette petite scène doit se renouveler pendant
lu'mzQ nuits consécutives. » (Ogée.)
Quand les jans (ajoncs) sont en fîours,
Les filles sont en amours. (P.)
Quand une lingère perd des aiguilles dans la
92 l'homme de la naissance a la mort
maison où elle est à coudre, on dit qu'elle est
amoureuse. (P.)
On dit d'une jeune fille qui a des galants :
« Elle est sous le chape. » — Les galants se réu-
nissent le dimanche autour du fo^'er avec les pa-
rents de la jeune fille qu'ils désirent courtiser.
Elle se tient auprès de la table, et chaque galant,
à son tour, quitte le foyer pour aller lui parler.
Les amoureux lui prennent la main et lui disent
des compliments, et ils s'en approchent si près
que la jeune fille est sous leur chape. (Landehen,
près Lamballe.) — Tenir une fille sur le petit
banc près de la fenêtre, c'est lui causer seul à
seul. (P.)
Quand on offre un bouquet à une jeune fille ou
une femme, on empiète; et, pour cela, on l'em-
brasse. (M.)
Les couteaux ou les ciseaux coupent l'amitié,
mais les épingles l'attachent. Les garçons offrent
souvent des épingles; si une jeune fille les ac-
accepte pour son mouchoir, c'est signe qu'elle a
de l'attachement pour celui qui les lui offre.
Quand un garçon attrape le mouchoir d'une
fille, on dit que l'amitié les unit plus étroitement
qu'auparavant. (P.) Aussi les garçons essaient de
les enlever aux jeunes filles, soit en fouillant à
l'improviste dans leur poche, soit en les tirant
brusquement quand elles se mouchent. (D.)
LE MARIAGE 93
Les amoureux ont parfois des façons brusques,
émoin les gars de Pléhérel. On dit, en proverbe :
Faire l'amour comme les gars de Plêré. » Qiiand
.s ne savent plus quel compliment adresser à leur
onne amie, ils lui frappent sur le genou en di-
ant : « En avons cor un autre comme 'héla. » (M.)
Il y a aussi toute une série de facéties de haute
raisse; en voici quelques-unes :
Pour faire les filles péter, on n'a qu'à prendre
es œufs de fourmis et à en mettre dans le man-
er ou dans la boisson de la personne à qui l'on
eut faire cette farce. Dès qu'elle les a avalés, elle
ète malgré elle. (P.) On arrive au même résul-
it en leur faisant prendre de l'anis.
Pour faire les filles pisser, il suffît de leur faire
valer de la limure de scie. (P.)
Dans les notes à la suite de VHistaire de M. Ckijle, p. 54, il est
lestion d'une pierre qui fait pisser les femmes.
Dans les fermes, quand il est temps que les
noureux s'en aillent, la mère lève les tisons,
lanière polie de les mettre à la porte. Quand on
let les tisons en l'air, c'est dire aux amoureux
u'ils peuvent revenir; s'ils ont en bas la partie
icandescente, c'est signe de congé définitif. (E.)
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. 11, p. 24), ce sont les ti-
ns mis la tête en l'air qui signifient refus.
Quand une jeune fille veut, donner son sac,
est-à-dire renvoyer son galant, elle lui dit :
94 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
Il faudrait une langue de Sigovie
Pour répondre à vos glorifiances.
Quand les épines mortes,
Qui sont entre votre porte et la nôtre,
Fleuriront des roses.
Vos amours seront les nôtres.
(Landehen, près Lamballe.)
Lorsqu'un garçon qui a demandé une jeune
fille a été refusé par le père seulement ou par la
jeune fille seule, ou si on lui a donné des raisons,
et non un congé formel, il dit : « J'ai mon sac,
mais je n'ai pas la corde. » (D.)
Quand un galant a reçu son congé d'une jeune
fille, on dit qu'il a reçu sa chieuve. Il la jette
dans un champ, et elle reste là jusqu'à ce qu'un
autre aille la chercher. On dit du bâton qui a
servi à un porteur de chausses naïres (entremet-
teur de mariages) qu'il apporte la chieuve. (P.)
La pudeur champêtre est très relative : les filles
se laissent très bien « bouchonner » par les gar-
çons, c'est-à-dire prendre par la taille ou par les
seins. Si onnetouche « qu'au-dessus du sa (sac) »,
c'est-à-dire à ce qui est couvert par les vêtements,
il n'y a pas grand'chose à dire, et elles ne s'é-
meuvent que pour la forme.
Au moment du mariage, la vertu des mariées
n'est pas toujours intacte; il y a même des com-
munes où l'on compterait facilement celles qui se
LA MARIAGE 95
iiarient étant vierges. On entend dire : « O se
"ait chiéri' par le gars un tel, )> ce qui veut dire
qu'elle est sa maîtresse jusqu'au bout.
S'il n'y a pas survenance d'enfant, le capîtal de
a fille n'a pas diminué de valeur, et elle trouve
rès bien à se marier, même avec un autre.
§ II. PRÉSAGES DE MARIAGE. — MOYENS DE SE
FAIRE AIMER
La croyance aux présages est très vivace à la
ampagne, mais c'est surtout dans la période qui
)récède le mariage que les galants des deux sexes
es consultent ; il y en a une grande variété qui
ont relatifs à l'époque où se fera l'union, au
hoix du conjoint, etc. Les jeunes filles croient
ilus que les garçons à ces augures et les consultent
[avantage.
Les monuments préhistoriques sont l'objet de
2urs pèlerinages : à Roche-Marie, près Saint-
^ubin-du-Cormier; aux Faix-du-Diable, enMcllé;
la Roche-Écriante, en Montault; à la pierre du
lême nom, en Saint-George-de-Reintembault
lUe-et- Vilaine), les filles vont se frotter ou s'écrier
se laisser glisser) afin d'avoir de la chance pour
q6 l'homme de la naissance a la mort
se marier bientôt. A Plouër (Côtes-du-Nord),
lorsqu'une fille veut se marier dans l'année, elle
va se laisser glisser « à eu nu « sur la roche de
Lesmon ; si elle arrive en bas sans s'écorcher, elle
est assurée de trouver un mari avant douze mois.
Si on peut grimper sur le menhir de la Tiem-
blaye en Saint-Samson, on se marie également
dans l'année; près de Guérande, M. de Montbret
trouva dans les fentes d'un dolmen des flocons de
laine liés avec du clinquant. Ils avaient été dépo-
sés par des jeunes filles animées du même désir.
Cf., pour les détails de ces pratiques, le tome I*"", p. 48-51,
des Traditions et superstitions de la Hautc-Brdagne.
Dans la commune de Saint-Pern, il existait
naguère, non loin du château de Ligouyer, un
arbre antique qui attirait les jeunes filles, aux-
quelles le seul contact de son écorce avait la
vertu de procurer des maris.
Pour savoir si on se mariera dans l'année^ on
jette des épingles dans la fontaine de Saint-Gous-
tan, au Croisic; il en est de même dans les Côtes-
du-Nord; mais il faut pour cela que l'épingle
descende au fond sans faire de tourbillon.
Cf. sur des usages similaires : Souche, p. 24 (Poitou) ; Joanne
(Vosges, Alsace), p. 96; Souvestre (Basse-Bretagne), les Der-
r.iers Bretons, t. I'^'', p. 24.
« Il faut que Tépingle du mouchoir en face du
cœur reste sur l'eau quand on l'y jette, ou adieu
LE MARIAGE 97
l'époux. Les filles avisées remplacent le laiton par
une épine sèche. »
(Fouquet, Légctidcs du Morbihan, Introduction.)
A la fontaine de Bodilis (Cf. Galerie bretonne, t. 111, p. 150),
on consulte les eaux au moyen d'une épingle pour savoir si le
galant est fidèle ou non.
« A la chapelle Saint-Ufcrier, qui marie les filles dans l'an-
liée, en Séné, le pied du saint est criblé de piqûres ; ce sont
encore les filles en quête de maris ; mais il faut bien planter
Tépingle et qu'elle soit neuve et bien droite, sans cela l'époux
serait tortu, bossu et boiteux. »
(Fouquet, Légendes du Morbihan.)
Il y a en Haute-Bretagne plusieurs saints qui
sont l'objet de semblables pratiques. Près de
Quintin est une petite chapelle dédiée à saint
Laurent, et tout près du lieu oîi se tient la foire
de Saint-André. On vient y planter des épingles :
si l'épingle reste fichée du premier coup, la fille
se marie dans l'année; si elle manque, son ma-
riage est reculé d'autant d'années qu'elle a man-
qué.
Aux environs de Moncontour, à un kilomètre
de la ville, à mi-route de la chapelle de Notre-
Dame -du -Haut , existait une petite croix ce
pierre; autrefois, les jeunes filles allaient ficher
des épingles dans la soudure existant entre un
des bras de la croix et le tronc. Si l'épingle restait
fichée du premier coup, la fille qui réussissait se
mariait dans l'année. Aujourd'hui que la croix
q8 l'homme de la naissance a la mort
est abattue, c'est dans le trou du socle que l'on
pique les épingles.
(Coinrauniqué par ivl. E. Hamoiiic.)
Dans la côte qui mène de Saint-Brieuc à Plérin
se trouve la chapelle de Bon-Repos; au-dessus du
portail, il y a un trou dans le mur; les jeunes
filles qui veulent se marier dans l'année y jettent
une pierre. 11 parait qu'il y en a beaucoup qui
ont ce désir, car le trou est toujours rempli.
(Communiqué par M'^''^ L. Tcxier.)
« A Bréhat, lorsque les jeunes gens veulent se marier, ils vont
au Paon consulter r?%'enir. Ils prennent de petites pierres qu'ils
jettent dans la fente; si celles-ci tombent droitemcnt dans le
gouffre sans toucher les parois, ils doivent se marier de suite ;
l'ans le cas contraire, ils ont autant d'années à attendre que l.i
pierre jetée a frappé de coups. » (Ernouî de la Cheueliére, p. 54.)
Près de Hénanbihen se trouve un petit saint de
pierre très fruste, appelé saint Mirli, dont la tête,
coupée sans doute jadis, avait été rajustée sur le
tronc au moyen d'une barre de fer. Si on tournait
la tête de saint Mirli un certain nombre de fois à
un moment déterminé, on se mariait dans l'an-
née. (M.) On arrive au même résultat si on em-
brasse trois fois la croix du Bois-Bra. (S.-C.)
. Si on mange une pomme devant_^une glace, on
sj marie dans l'année, à la condition que l'on
voie aussi une étoile vers neuf ou dix heures du
matin.
LE MARIAGE 99
Dans les Vosges, si on mange une pomme le jour Saint-
.\iidré, on voit celle que l'on épousera.
Cf. Mchisiite, t. I, col. 500.
On se marie encore prochainement si on jette
de la graine de lin, et qu'on puisse la ramasser
sans qu'il en manque une seule.
Si les laveuses peuvent faire sept fois le tour
du doué en tenant entre leurs dents Vencherroiié,
c'est-à-dire le drap à cendre, elles sont assurées
de se marier bientôt. (E.)
On consulte la feuille de houx pour savoir si
on se mariera ou non ; en touchant chacun des
piquants, on dit : « Fille, femme, veuve, reli-
gieuse. » Ou : (c Fils, homme, veuf, religieux. »
C'est le dernier piquant qui donne la réponse.
(M.) On effeuille aussi les marguerites en répé-
tant les mêmes mots. (E.)
Pour se marier dans l'année, il faut avoir qua-
torze épingles prises à la couronne de quatorze
mariées différentes. (E.) — Ailleurs, une seule
épingle suffit; mais, parmi toutes celles aux-
quelles la mariée les distribue, il n'v en a qu'une
à se marier dans l'année.
En Basse-Bretagne (cf. Galerie Ireionuc, t. III, p. 150), les
épingles de la mariée ont la mémo vertu.
Si une jeune fille prête une épingle à un jeune
homme qu'elle aime, cela unit l'amitié. Il en est
de même d'un mouchoir. (P.)
100 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
Si les pies font leur nid dans le jardin d'une
ferme où il y a des filles à marier, l'une d'elles
sera épousée dans l'année. (S.-C.)
On est encore assuré de se marier dans l'année :
Si on peut attraper une demoiselle. (E., D.)
— Si on trouve du trèfle à quatre ou à cinq
feuilles. (E.) — Q.uand on peut briser ave: le
petit doigt de la main gauche une baguette de
coudrier. (E.)
Mais si une fille laisse son trépied trop long-
temps sur le feu, son mariage est retardé de sept
ans; (P.) autant de minutes, autant d'années. (D.)
Pour savoir de quel côté on a sa bonne amie,
on met des pépins de pomme dans un cha-
peau ou dans sa main et on les secoue. Le côté
pointu du pépin indique où est la bonne amie.
On dit :
Pépin, pépin,
Tourne-toi, vire-toi.
Par où le pépin tournera,
La bonne amie sera.
(S.-C.)
Pour savoir avec qui on se mariera, il faut
mettre sous son oreiller un morceau de la seconde
pelure du saule, celle qui touche au bois. (E.)
Si l'on veut voir en songe la personne que l'on
doit épouser, il faut, le premier vendredi du crês-
sent (croissant), dire cinq Pater et cinq Ave, dans
LE MARIAGE lOI
le premier endroit venu, en regardant le crès-
sent, puis jeter sans regarder dans sa direction
ce qu'on trouve sous sa main, en disant :
Petit crêssent,
Verbe blanc,
Fais-moi voir en mon dormant
Qui j'aurai en mon vivant.
On se met ensuite au lit en y entrant du pied
gauche; on se couche sur le côté gauche, et on
récite, jusqu'à ce qu'on s'endorme, des prières
pour les âmes du purgatoire. (E.)
Cf., dans Mcluslue, col. 220, une formulette assez semblable
de Saône-et-Loire.
Si on veut connaître le nom de la personne
que l'on épousera, il faut peler une pomme ou
une poire, et jeter par derrière soi la pelure en-
tière ; la lettre formée sera la première du nom
ou du prénom du futur ou de la future.
Cf. Souche, p. 13.
Si, après avoir dit un Pater et un Ave, on prend
une feuille de laurier-palme, et qu'on la mette
sous son oreiller, on voit, la nuit, celui ou celle
qu'on épousera; mais il ne faut parler à personne
après qu'on a placé la feuille. (E.) — Si, un jour
de fête, avant jour, on met une glace devant
son lit, on voit dedans la figure de celui qu'on
épousera. — Si, pendant l'élévation de la messe
102 l'homme de la naissance a la mort
Je minuit, on fait le tour d'une croix emboîtée
(à niche), on voit la figure de sa bonne amie ou
de sa femme future. (E).
On écrit aussi trois billets : deux qui sont ceux
de galants qui vous font la cour; sur le troisième
on met V inconnu. On enveloppe ces billets dans
de la mie de pain et on les laisse tremper dans
un verre. Celui qui revient le premier sur l'eau
donne la réponse. (D.)
Lorsqu'une couturière perd ses ciseaux en se
rendant à son travail, le matin, le jeune homme
qui les trouve sera son mari. (P.)
Quand le pissenlit est défleuri, et qu'il ne reste
que les graines, on en cueille un brin et on
souffle dessus pour savoir si l'on est aimé. Si
toutes les graines s'envolent, c'est signe qu'on est
très aimé; s'il en reste quelques-unes, on l'est un
peu moins ; s'il en reste un grand nombre, l'af-
fection est faible. (M., E.)
On prend une baguette de coudrier, en forme
de fourche, et on la tourne du côté où l'on a sa
bonne amie ou son bon ami; si on est aimé, la
baguette s'incline d'elle-même vers la terre.
Quand le dé d'une jeune fille tombe, on dit
que son amoureux parle à une autre fille en ce
moment. (P.) Si une couturière casse son ai-
guille en cousant, on dit que son amant l'aban-
donnera. (P.)
LE MARIAGE 10"
Pour savoir si on a de l'amitié pour un tel ou
une telle, on enlève une à une les graines d'une
espèce de folle avoine. (D.)
Si on veut savoir combien on a de bonnes
amies ou de bons amis, on fait craquer les arti-
culations des doigts; autant de craquements, au-
tant d'amants ou d'amantes.
Même superstition eu Poitou (cf. Souche, p. 14) et eu Bric.
Vous n'aimez point les chats, vous n'aurez
point un bel homme ; vous aimez bien les chats,
vous aurez un bel homme ou une belle femme.
(D., S.-C.)
Ce proverbe constate une superstition qui a son similaire eu
Poitou (Souche, p. 14).
Si une fille se mouille en lavant, son mari sera
ivrogne. (D.) En tordant le linge, celle des la-
veuses qui tord le moins fort épousera un veii-
vier. (D.)
Si la jarretière d'une femme ou d'une fille se
relâche, c'est signe qu'elle est moins aimée. Si
les bas ne tiennent pas jartclcs, l'amoureux de la
jeune fille est infidèle.
Cf. Souche, p. 14.
Quand une fille se marie avant son aînée, on
dit qu'elle lui a fauché l'herbe sous le pied (E.),
ou qu'elle lui a écoupeJé (coùpéj les choux. (D.)
Pour savoir si un garçon est bon à marier, on
104 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
lui frappe le jarret avec le coupant de la main au
moment où il ne s'y attend pas ; s'il cède, c'est
qu'il n'est pas encore assez fort. (M.)
Si on peut se procurer une grenouille verte, il
faut la mettre dans une pannette percée de petits
trous. Ensuite on met la pannette et la grenouille
dans une fourmilière. Mais, comme on ne doit
pas entendre la grenouille jeter un cri, on s'é-
loigne de ce lieu le plus tôt possible; elle est aus-
sitôt dévorée par les fourmis. On prend tous ses
os, on les met dans un ruisseau. Parmi eux, il y
en a un qui remonte le courant; c'est celui-là
qu'on doit ramasser; on l'écrase et on le réduit en
poudre, qu'on mêle dans du tabac à priser, et on
en offre à la jeune fille que l'on veut enchanter.
Une fois qu'elle a aspiré la prise, elle ne se con-
naît plus, et elle suit celui qui l'a enchantée.
D'après Bordelon, Histoire de M. Oujle, p. 80, si une gre-
nouille verte est mangée par les fourmis, la partie gauche d'un
de ses os fait haïr, la droite fait aimer.
Un garçon qui mettrait de la joubarbe dans sa
poche et la ferait sentir à une jeune fille la force-
rait à courir après lui (E.).
Cf. mes Traditions et superstitions, t. II, p. 337.
Quand on veut qu'une personne soit amou-
reuse de vous, il faut lui mettre dans la poche
gauche, sans qu'elle le sache, une poignée d'herbe
d'amour. (E.) Cette herbe mystérieuse s'achète.
LE MARIAGE 10)
dit-on, chez les pharmaciens ; c'est le seul ren-
seignement que j'aie pu obtenir. Si la lune change
dans les trois jours, la personne à qui on a
mis de l'herbe d'amour est exposée à foîéier,
c'est-à-dire à devenir folle. (E.)
§ III. — LA DEMANDE EN MARIAGE
A Plessala, quand un garçon a fait la cour à
une fille pendant un temps suffisant, il va la
trouver et lui dit :
— Putin, m'aimes-tu ben? (i).
— Vère don', crapaôu (crapaud).
— Ma itou, copie-ma (crache-moi) dans la
goule, j'te l'renrai après.
Lorsque la jeune fille a craché dans la bouche
du garçon, et que celui-ci lui a rendu sa poli-
tesse, ils se considèrent comme Hés et fiancés.
A Brusvily, près Dinan, quand un garçon et
une fille veulent se prouver qu'ils s'aiment bien,
ils se crachent aussi dans la bouche.
Cf. sur le rôle de la salive, mon article le Crachat et la sa-
live dans V Homme, t. I, p. 584-59;.
(i) Ce terme est une sorte de juron qui n'impîique aucune
intention malveillante.
io6 l'homme de la naissance a la mort
Lorsque c'est le père du jeune homme qui vient
taire la demande en mariage, après avoir souhaité
le bonjour, suivant les formules en usage, il dit
— J'avons zu eune bonne année sez nous
j'avons du blé plein not' solier (grenier), j'avons
du lard plein not' chânier; j'avons du cite plein
nos tonnes; j'avons du hn tant, que je n'savons
comment le filer. Av'ous eune fille pour nou'
aider à manger tout l'ia et à faire not' ouvrage?
Bien entendu, il grossit toujours un peu; le
père de la jeune fille ne dit ni oui ni non, du pre-
mier coup. Souvent, il va aux renseignements.
Parfois c'est la mère qui, si le galant est d'une
commune voisine, se déguise et va voir par elle-
même. Le plus souvent, elle prend de vieux ha-
bits, met un bissac sur son dos, et se présente
chez son futur gendre comme si c'était une men-
diante. (D.)
Dans un de mes contes, Janvier d Février, n° XLVi, 2« série,
c'est la fille qui, par le conseil de sa mère, se déguise en men-
diante afin de voir par elle-même lequel de ses deux galants est
le meilleur.
L'entremetteur de mariage s'appelle chausse-
naire (E., S.-C), qu'il soit mâle ou femelle.
Jadis, à Calorguen, quand on faisait la demande
en mariage, la fille roulait sur son doigt le ruban
de son tablier, et elle le laissait retomber si elle
acceptait.
LE iVIARIAGE IO7
En Basse-Bretagr.e, d'après Cli. Pcrint {Le Prcshxièrc de Plou-
gtierti, Hachette, 1853, p. 121), la jeune fillc qui déroule son ta-
blier encourage son galant.
En faisant la demande en mariage, on ne boit
que du vin ; c'est celui qui demande la fille qui
l'apporte. C'est parfois le jeune homme lui-même
qui fait la demande. (E.) Si le jeune homme en
faisant sa demande n'a pas apporté de vin, les
parents de la jeune fille ont le droit de se dédire,
même s'ils l'avaient accepté. (D.) Si le mariage
est rompu par la faute de la fille, elle doit rendre
le vin. (E.)
En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. III, p. 44), aux
iîançailles, on ne boit que du cidre ; mais chacune des deu.\ par-
ties apporte sa quote-part.
QjLiand un jeune homme songe à épouser une
jeune fille, il se rend le soir à la ferme, au mo-
ment où tout le monde est réuni. Il souhaite le
bonsoir à la jeune fille, en lui disant :
— Salut, vos bonnes grâces. La jeune fille ré-
pond : — Les vôtres les surpassent.
Le Jeune homme. — C'est peu de chose à votre
égard. La jeune fille. — C'est plus que je n'en
mérite de votre part.
Cette dernière réponse est la formule employée
pour faire savoir au galant qu'on l'accueille tavo-
rablemcnt.
Formule de demande en vxariage. (Landchen, canton de Lam-
balle.)
io8 l'homme de la naissance a la mort
On dit de la dernière des filles qui reste à ma-
rier : « Olle est au bout du banc. » (E.)
Quand le mari est plus petit que sa femme, on
dit : « Les souris enterront (entreront) dans la
maie. » (E.)
La discussion des intérêts se fait souvent
comme un marché.
Voici un dialogue populaire en Haute-Bretagne
qui montre, sous une forme non déguisée, deux
pères en train de discuter les conditions :
— Combien d'écus?
— Trois cents; mais mis sur la couette.
- — Il faudrait plus.
— Pas un sou.
— Remmenez la bête.
§ IV. — LES APPRÊTS DE LA NOCE ET LES FIANÇAILLES
Le futur et la future vont ensemble inviter à
leurs noces, si c'est tout à fait en cérémonie; par-
fois, c'est le fiancé et son garçon d'honneur, ou
la fiancée et sa fille d'honneur.
En Basse- Bretagne, les fiancés vont faire séparément leurs in-
vitations, accompagnés, l'un de son garçon d'honneur, l'autre de
LE MARIAGE I09
1 fille d'honneur (cf. Souvestre, Derniers Brelovs, t. !=■■, p. 51).
illcurs, ce sont les parrains et marraines qui les accompagnent
jahric bretonne, t. III, p. 70).
A Gosné (Ille-et- Vilaine;, la mariée donne à
on beau-père un chapeau ei une cravate.
Les fiancés vont toujours ensemble commander
t mobilier.
La tailleuse qui a fait les habits de la mariée
ssiste à la noce avec ses apprenties (E.) ; elle va
ui passer l'habit, et celle qui a fait ou vendu la
oiffe va la placer.
Mais, pendant la période qui s'écoule entre les
iançailles et le mariage, il ne faut pas que la
eune fille regarde du côté où demeure son fiancé.
)i elle va chez lui, c'est tout à fait malséant. On
lit : c( Elle va voir comment son lit est fait. « (E.)
La fiancée donne à son futur la chemise de
loces et lui tricote des bas.
La même coutume existe en Berry quant à la chemise ; c'était
ussi jadis l'usage à la cour (cf. Laisnel de La Salle, t. II,
'■ 29-)
Autrefois, quand un jeune homme et une jeune
ille étaient fiancés, le dimanche où le prêtre pu-
Dhait les bans dans la chaire, ils prenaient chacun
me assiette et ils allaient quêter. La jeune fil'e,
[ui était devant, disait :
— Donnez ce qu'il vous plaira pour me faire
léofourdir.
iio l'homme de la naissance a la mort
Le jeune homme, qui passait après, disait :
— Donnez ce qu'il vous plaira pour le dé-
gourdisseur.
Et tout l'argent qu'ils ramassaient ainsi était
pour le musicien qui jouait de la vielle ou du vio-
lon le jour des noces. (S.-C.)
On dit qu'il y a au delà de Dinan une paroisse
où, au lieu de pain bénit, on porte des peux
(bouillie de blé noir). Ceux qui offrent le pain
bénit sont deux. Le premier qui passe et porte les
peux dit :
— Pern€z devant et saucez drère.
Le second porte du lait dans une écuelle.
Le dimanche d'avant le mariage, le fiancé et
la fiancée vont présenter les peux bénits, et la
fiancée, qui passe la première, dit :
— 'Est ma qui se pour me faire dégourdi'.
— 'Est ma qui se (suis) le dégourdissons, dit
le jeune homme. (S.-C.)
Si deux fiancés entendent proclamer leurs
bans, ils sont assurés de n'avoir pas mal aux
dents. (P.)
Pour annoncer les fiançailles d'un couple, on
se sert de la formulette suivante :
Vous ne savez pas ce qui va se passer :
Une telle va se marier ;
Vous ne savez pas quel est son amaut ?
C'est un tel assurément. •
LE -NUKIAGE lit
lis feront la route ensemble
Dans le petit bois à quatre coruières.
Le petit amant ramassera les bûchettes,
La petite amante fera les galettes,
En lui disant : « Fais-les donc bien,
Ton petit cœur sera le mien. »
Il eu mangit quinze dans son lait,
Et quatorze avec son petit graisset.
Il allit derrière l'hôté,
L'amante creyait qu'il allait kerver (mourir).
Elle lui attacha quinze chemises
Qpue à qoue (queue).
Mon amie, tu laveras tout. (P.)
« A Saint-Etienne de Courcoué (Loire-Infc-
■ieure), les mariages sont précédés de la discus-
sion entre les deux futurs du trousseau à donner
^t du choix des anneaux. Ce point convenu, on
sanctionne l'accord par une cérémonie dite la
( tuilée », et qui consiste à verser du vin dans
ine tuile creuse et à la placer de façon que les
lancés boivent simultanément par Tun des deux
30UtS, »
(Ogée, nouvelle édition, art. Saiiii-Elianie-de-Courcoué.)
En Basse-Brot.igne, aux fiançailles, on boit du vin et non du
iJre : le père du jeune homme fait venir une première bouteille,
clui de la fille une seconde, et ils alternent ainsi jusqu'à ce que
out ail été réglé {Galerie hrthujte, t. III, p. 44).
A certains repas de fiançailles, vers Moncon-
our, il y a parfois 150 à 200 personnes, avec du
on (musique) comme aux noces.
112 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
Le jour du repas de fiançailles, les filles vont
aux champs travailler comme d'habitude, et elles
font exprès de ne pas s'habiller en dimanche afin
qu'on les trouve à la besogne. QjLiand on va les
chercher, elles font les ignorantes, comme si
elles ne savaient pas de quoi il s'agit. (D.)
La jeune fille doit aller au bourg accomplir la
cérémonie des fiançailles. Quand on la prie de
s'y rendre, elle fait la timide et l'ignorante en
disant :
— Mais que qu'y a don' au bourg ané (au-
jourd'hui)? I y a vantiez (peut-être) queuque fête
de Vierge. J'n'en avons point ouï parler dimanche
à la grand'messe.
A la fin, le père permet de l'y conduire.
— J'voulons ben qu'olle aille o vous ; mais
faut nous la ramener, toujours.
(Recueilli à Plestan par M. A. Martin.)
§ V. — QUAND OX DOIT SE MARIER. — LE DÉPART
POUR LE BOURG
Les mariages du mois de mai et ceux du mois
•d'août sont malheureux ; ces mois sont consacrés
LE MARIAGE II3
à la Vierge. Qui se marie en août épouse un Jai-
niant. On ne doit pas non plus se marier le jour
de la Chandeleur, non plus que le jour d'une
fête quelconque de la Vierge.
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 20), en Franche-
Comté (cf. Monnier, p. 290), dans les Pyrénées (cf. A. de Nore,
p. 90; Mélusine, col. 478), existe aussi une répugnance pour les
mariages du mois de mai.
A Ercé, il n'y a pas de répulsion bien pro-
noncée, bien qu'on dise en proverbe :
Dans les mariages du mois Je mai,
La pie bat le geai ;
c'est-à-dire la femme bat son mari.
Le mercredi est un mauvais jour pour le ma-
riage.
On ne se marie pas le mercredi,
Ue peur d'avoir nom Jean-Jeudi. (E.)
Jean-Jeudi est synonyme de cornard.
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 22), c'est celui qui
se marie le jeudi qui, tôt ou tard, devient Jcan-Jcudi.
On ne se marie pas le jeudi, car c'est ce jour-là
que le Diable épousa sa mère. (P.)
Cette répugnance pour le jeudi était courante au xvi'^ siée le (cf.
l'Evangile des Quenouilles, p. 158); elle existe encore en Bcrrj'.
A Saint-Gouéno et à Saint-Gilles-du-Mené, on
se marie assez souvent le vendredi; ce jour-là,
on ne mange pas de viande, mais de la iiiolne
8
114 LHOiMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
(morue), comme ils disent, ce qui coûte moins
cher.
Par contre, dans des communes peu éloignées,
on ne se marie pas le vendredi, parce que l'on
n'aurait pas de chance. Il en est de même du sa-
medi. (P.)
Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 127), si on se marie le ven-
dredi, on meurt dans la lune de miel.
On n'a jamais qu'un bon mariage dans sa vie
(P.); les seconds mariages ne sont pourtant pas
rares, malgré certains inconvénients surnaturels
ou terrestres.
Si une veuve se remarie, son premier mari
vient la nuit la tirer par les pieds. (D.) Quand
un veuf ou une veuve se remarie, on va casser
des pots devant sa porte. On lui fait un chari-
vari, et, si le mari est plus vieux que la femme,
on crie :
Charivari I
Un vieux chat et une jeune souris.
Sur le passage de la noce, on pend de vieux
pots dans les chênes. (P.)
Aux environs de Moncontour, surtout vers
Hénon, lorsqu'un veuf se remarie, on se réunit
devant chez lui en frappant sur des bassins, sur
des lames de faux, en soufFxant dans des cornes
en bois. Parfois, on allume un feu de paille. (P.)
LE MARIAGE II5
S'il fait beau le jour du mariage, il y aura de
la chance pour le ménage. S'il pleut, c'est signe
que la mariée aimera bien le gratin, c'est-à-dire
qu'elle aura beaucoup d'enfants. (E.) A Dinan,
s'il pleut, la mariée sera heureuse; on dit que
ce sont les larmes qu'elle aurait dû verser qui
tombent ce jour-là. S'il fait un rayon de soleil,
on dit : « Voilà la mariée qui rit. » (D.)
Les violons et les vielles, — leur nombre varie
suivant la richesse des mariés, — vont d'abord
chez le jeune homme, qui, avec son garçon d'hon-
neur, ses parents et ses amis, se rend chez la
future. Celle-ci n'est pas habillée, et comme le
futur lui fait observer que l'heure s'avance, elle
répond : « J'ai bien le temps. »
Autrefois, à l'arrivée du jeune homme, la ma-
riée était cachée, presque toujours derrière une
armxoire, et il devait la trouver. Alors seulement
elle commençait à s'habiller.
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 23), la fiancée se
cache aussi, mais derrière un grand drap blanc, en compagnie
d'autres femmes, et le fiancé doit la deviner au seul contact de
sa main ou de son pied.
Avant de partir pour aller au bourg, tous les
invités étant réunis, la fille d'honneur cherche la
mariée pour l'habiller. La mariée est introuvable,
et toute la noce se met à sa recherche; on la
trouve ordinairement dans le cellier, ayant auprès
ii6 l'homme de la naissance a la mort
d'elle une brique (pot) et une écuelle, et elle rac-
commode une paire de chausses.
Celui qui la trouve la prie d'aller s'habiller
pour se rendre au bourg. Mais elle semble ne pas
comprendre de quoi il s'agit, et à toutes ces
avances elle répond en oftrant du cidre. Enfin,
après qu'on lui a bien expliqué les motifs pour
lesquels elle doit aller au bourg, elle se laisse
emmener, et on la remet à la fille d'honneur
pour être habillée par elle. Quand la toilette est
achevée, il reste les souHers à mettre; mais,
quand on cherche les souliers, ils ont disparu.
Les parents de la mariée les ont cachés, le plus
souvent sur la planche à pain suspendue au pla-
fond, ou dans un panier accroché au même en-
droit. C'est le garçon d'honneur qui doit les
chercher; après avoir bien fouillé tous les coins
et recoins de la maison, il finit par les découvrir.
On sort de la ferme pour aller au bourg; les
femmes portent les bandes de leurs coiffes rabat-
tues, comme lorsqu'elles vont à un enterrement ;
le bras, donné au cavalier, pend inerte et comme
mort. (Landehen.) (i).
A Plouâne, la future ne peut s'habiller qu'après
que le futur est arrivé ; si elle le faisait plus tôt.
(i) Je dois les détails marqués de la rubrique Landehen à
M. Arthur Martin,
LE MARIAGE II7
elle aurait l'air d'être trop pressée. A Saint-Cast,
la future ne s'habille que quand tout le monde
est venu ; le violon va la chercher. A Ercé, il en
est de même : il faut que le futur soit là pour
mettre la première épingle à la coiffe, et enfoncer
la première épingle dans la couronne de la ma-
riée. Quand une jeune fille essaie la couronne de
fleurs d'oranger d'une mariée, cela l'empêche de
se marier pendant un an.
Avant de partir pour le bourg, le jour de la
noce, la mariée cache ses souliers du mieux
qu'elle peut, et c'est le garçon d'honneur qui
doit les découvrir. Quand les souliers sont trou-
\'és, la mariée déclare qu'elle .est prête à marcher.
Mais, si, sur la route, elle aperçoit un chemin
creux, elle quitte le plus vite qu'elle peut le gros
de la noce, et s'enfuit par le chemin. C'est le
garçon d'honneur qui est chargé de la rattraper.
Cela s'appelle une happerie, et généralement,
avant que la noce arrive au bourg, il y a plusieurs
happeries. Si le garçon d'honneur ne peut l'attra-
per, il passe pour un failli chien. Pendant que la
fille se fait poursuivre, les gens de la noce at-
tendent, et, quand le garçon d'honneur la ra-
mène, elle revient la tête basse.
Jadis, les filles à marier allaient, le jour de la
noce, à cheval derrière le garçon d'honneur, qui
montait la meilleure bête de la ferme ; mais il ar-
ii8 l'homme de la naissance a la mort
rivait assez souvent des accidents; le cheval es-
sayait de rentrer dans les écuries sans attendre
que les cavaliers fussent descendus.
La coutume des happeries existe aussi aux en-
virons de Saint-Gouéno et dans tout le Mené.
« Le jour de la noce, la fiancée va se cacher
avec la fille d'honneur, dès qu'elle voit arriver le
futur accompagné de ses amis. Longtemps fermée,
sa porte s'ouvre après de longs pourparlers, mais
point de fiancée. Le jeune homme furète dans la
chambre, et la trouve, car il va sans dire qu'elle
serait bien fâchée qu'on ne la découvrît pas. On
part alors pour l'église, et, pendant toute la route,
elle doit être surveillée scrupuleusement. Quel-
quefois, elle réussit à s'échapper, et le garçon
d'honneur est obligé de la rattraper. Enfin, la cé-
rémonie s'achève, les jeunes gens sont mariés, et
reviennent paisiblement au logis, quand la future
s'esquive derechef à travers champs, et le pauvre
garçon d'honneur de courir encore après elle ! La
lutte dure ainsi toute la journée, et, le soir, le
jeune homme est rendu de fatigue. »
(Habasque, t. III, p. I3)-)
Jadis, la mariée se cachait dans le cellier ou
"dans le grenier; maintenant, elle ne se cache plus,
mais presque jamais, à l'arrivée de la noce, elle
n'est à la maison. S'il y a des voisins, c'est chez
eux qu'elle s'est réfugiée. (E.)
LE MARIAGE II9
« Il n'y a pas plus de vingt-cinq ans, quand
une jeune fille quittait la maison de ses parents
pour se marier, ses parents et amis l'excitaient à
ne pas partir et allaient jusqu'à déchirer ses vête-
ments. Cette coutume scandaleuse a disparu, et
le clergé a aidé à la détruire. »
(Habasquc, t. III, p. 15;.)
Le jour des noces, on vient chercher la mariée
chez elle; mais elle se cache en quelque endroit
avec la fille d'honneur et d'autres personnes de la
maison. Le marié arrivé, son garçon d'honneur
et ses amis se mettent à la recherche de la mariée,
et, lorsqu'ils l'ont trouvée, ils la ramènent à
la maison. Là, les parents les plus âgés du jeune
homme la demandent de nouveau en mariage, et
l'on part ensuite pour le bourg. (P.)
D'après un usage vosgien cité dans les Mémoires de. la Société
des Anliqitaires, t, X, p. 168, la mariée a aussi l'habitude de se
sauver.
Au départ de la mariée, on tire des coups de
fusil ; ces salves se répètent plusieurs fois dans la
journée, et notamment au retour de la noce à la
maison où a lieu le repas.
Les salves de coups de fusil sont usitées en Berrj- (cf. Laisnel
de La Salle, t. II, p. 35).
En allant au bourg, la mariée est conduite par
son père ou l'un de ses proches parents; au re-
120 l'homme de la kaissakce a la mort
tour, c'est le père de son mari qui la conduit. A
l'aller et au retour, c'est la mère de la mariée qui
conduit son gendre. (E.)
Les invités ont des rubans, violets pour les
hommes, roses ou blancs pour les femmes ; c'est
le garçon d'honneur qui attache ceux des femmes,
et la fille d'honneur ceux des garçons ; après cha-
cune de ces cérémonies, il y a embrassade. (E.)
Maintenant, depuis quatre ou cinq ans, on ne
met plus de rubans qu'aux pères et mères, aux
parrains et aux marraines, aux garçons d'honneur
et aux filles d'honneur. Ils sont rouges pour les
hommes, blancs pour les femmes ; en deuil, ils
sont violets ou bruns pour les hommes. (E.)
En Berrj', c'est la fiancée qui attache les rubans aux invités.
(Cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 35.)
Si on rencontre un lièvre sur le passage de la
noce, c'est d'un mauvais présage. (E.)
Quand le garçon s'est mal conduit, on place
sur un des échaliers par lesquels il doit passer
une poupée; c'est au garçon d'honneur de l'ôter
avant qu'elle soit vue par les autres. (D.)
Si, au contraire, un homme épouse une femme
qui a eu une mauvaise conduite, on parsème sa
route de cornes, et on va casser des pots à sa
porte. (M.) Si une fille a filé le dimanche, c'est-
à-dire a eu une mauvaise conduite, on met des
poupines (écheveaux) tout le long de sa route. (D.)
LE MARIAGE 121
Lorsqu'une bonne sœur trottoire se marie, on
fait des chapelets de pommes de terre que l'on
suspend dans les arbres. (P.)
§ VI. — LA CÉRÉMOKIE X)U MAKIAGE ET LE RETOUR
A LA K Aïs ON
On assure que, pendant qu'on se rend de la
maison au bourg, les violons ou la vielle disent :
Viens, viens, malheureuse, viens.
Voilà le bourreau qui .t'emmène ;
Viens, viens, malheureuse, viens,
Voilà le bourreau qui te tient. (S.-C.)
Quand il y a trois mariages en même temps
dans une église, ils réussissent mal tous les trois.
(P.) S'il y a deux mariages le même jour, les
deux mariées s'embrassent. (E.) Celui des époux
dont le cierge brûle mal, ou se consume le plus
vite, est celui qui mourra le premier, (E.) Parmi
les présages qui indiquent que le mariage d'Alice
de Quinipilly sera malheureux figure « le cierge
de la mariée, qui a brûlé sans éclat et s'est éteint
sans fumée. » Peu après, Alice meurt,
(Cf. Fouquet, p. 91-97.)
122 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA iMORT
Même superstition en Berrj' (cf. Laisnel de La Salle, t. II,
p. 38), en Sologne (cf. Légier, p. 214), en Basse-Bretagne (cf.
Gitionvac'h, p. 155).
Quand les deux cierges des époux brûlent bien,
cela présage une longue vie; s'ils se consument
avec lenteur et qu'ils soient toujours prêts à s'é-
teindre, c'est d'un mauvais augure. Même croyance
que ci-dessus pour celui qui brûle le plus vile. (P.)
Celui des deux mariés dont le cierge flambe le
plus haut sera le maître dans le ménage. (E.)
Même croyance en Franche-Comté (cf. Perron, p. 29).
Il ne faut pas laisser l'anneau glisser jusqu'à la
dernière phalange, sans cela le mari aurait trop
de maîtrise. Quitter ou perdre son anneau porte
malheur. (E.)
En Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 39), le mari, pour
être le maître, doit ne pas le glisser au delà de la deuxième
phalange ; mais, en Vendée existe la même croyance qu'en
Haute-Bretagne.
On garde dans l'armoire les pièces bénies au
mariage. (E.)
Quand la cérémonie est terminée, le marié va
d'abord seul dans la sacristie avec ses témoins ; la
fille d'honneur, — il y en a souvent deux, —
prend la mariée par le bras et la mène s'age-
nouiller devant l'autel de la Vierge, sur la balus-
trade; puis son mari vient la chercher, lui offre
le bras, et la conduit à la sacristie. (E.)
LE MARIAGE 12 3
On se remet en route pour retourner dans la
maison du marié. A chaque auberge, on s'arrête
pour boire et danser ; car le sonnons de vielle ou
de violon marche toujours en tête de la noce. Le
jeune homme se verse à boire, et, après avoir bu,
offre le reste à la fille d'honneur. Si elle accepte,
chaque invité va à son tour lui offrir un verre
dans lequel il a bu, et elle doit y tremper les
lèvres sous peine de faire un aff'ront grave à celui
après lequel elle refuserait de boire. (Landehen.)
Les invités devant la maison desquels passe la
noce en revenant du bourç; off'rent aux nou-
veaux mariés et à leur compagnie du cidre, du
pain et du beurre. (E.)
En arrivant à la maison, les gens qui sont là
pour servir à table sortent et présentent à la ma-
riée du pain, du beurre, des galettes, des gâteaux,
du vin et du cidre. Il faut qu'elle accepte quelque
chose. Puis on la conduit à la porte de la mai-
son; là se tient la mère du marié. Elle prend sa
bru par la main, la conduit au foyer, et lui remet
la cuiller à pot, insigne du pouvoir domestique.
De là, elle la conduit à sa presse. (Landehen.)
Pour la bienvenue, on dresse auprès de la mai-
son où la mariée doit venir habiter, une table qui
est garnie de pain, de beurre frais et de cidre;
puis les gens de la maison viennent tous embras-
ser la mariée. (P.) « A Plumaudan, quand une
124 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
jeune femme vient pour la première fois dans la
maison de son mari, on lui présente sur le seuil
un pain et une motte de beurre, qu'elle distribue
aux jeunes gens qui l'accompagnent, et qui en
mangent avec empressemenc, persuadés qu'ils se-
ront mariés dans l'année.
(Ogée, Nouv. Dici.)
« Dans quelques cantons, quand une jeune
femme va habiter une autre commune, son vil-
lage va la conduire à sa nouvelle demeure. Ses
nouveaux voisins viennent à sa rencontre; pen-
dant tout le chemin, les deux villages se la dis-
putent comme une espèce de soûle, et, chaque
fois que la route tourne, l'un la prend par le bras,
un autre par la jupe ; c'est à la faire crier, à lui
disloquer les membres, et la jeune épouse est
trop heureuse quand elle en est quitte pour des
contusions ou des vêtements en lambeaux. »
Les parents du marié vont chercher la bru par
la main et l'embrassent avant son entrée dans la
maison. (D.) En arrivant dans l'aire, si le repas
n'est pas encore servi, on danse en l'atten-
dant. (D.)
(Habasque, t. III, p. 136.)
LE MARIAGE 125
§ VIL — LE REPAS ET LES DAXSES
A Saint-Gouéiio, dans la belle saison, l'instal-
lation du repas se fait d'une façon économique.
On creuse, à i^ 50 l'une de l'autre, deux ban-
quettes assez profondes pour qu'un homme assis
puisse poser les pieds à terre; c'est la terre reje-
tée entre les deux banquettes qui forme la table
sur laquelle on sert le repas de noce.
Il y a une marmite gigantesque où l'on fait la
soupe; de plus, chaque invité apporte quelque
chose: du pain, une joue de cochon, du cidre ou
du lard. On dit en proverbe, en ce pays :
Aux noces de Talbot,
Chacun porte son pot.
On appelle noces de papillon celles où chacun
des invités porte quelque chose; cela a surtout
lieu au mariage des pauvres gens. C'est proba-
blement à cette coutume que fait allusion la chan-
son qui suit.
Un papillon, voulant se marier, invita différents
animaux à assister à la noce, et voici ce qu'ils lui
répondirent :
126 l'homme de la naissance a la mort
Eh bien I dit la pie,
Je suis petite et bien jolie,
Je coifferai la mariée à ma façon
Pour aller à la noce du papillon.
Quant à moi, dit le lapin,
Je suis petit, je viens de loin.
Je porterai des pois verts, c'est la saison.
Pour aller à la noce du papillon.
Ah! bonnet d'oie, dit le loup.
Je suis gourmand, je mangerai tout;
J'ai bien dans ma bergerie cinq cents moutons
Pour aller à la noce du papillon.
Ma foi 1 dit le renard,
Je suis joyeux, je suis gaillard;
Je porterai une poule et un dindon.
Pour aller à la noce du papillon.
Le Chat, qui n'avait ni rien porté ni rien donné,
vint après la noce soiùaiter le bonjour aux autres
animaux, et dit :
Bonnet droit, dit le chat,
Je suis petit, bien délicat ;
J'ai brûlé ma robe grise sur les tisons
En léchant la marmite du papillon.
Cf. dans Rolland, t. III, p. 317, une chanson du Loiret, por-
tant le même titre que celle-ci, mais plus longue.
Aux environs de Bécherel, chaque convié ap-
porte des gâteaux plats, et il les dépose à la fin
du repas devant la mariée.
LE iMARIAGE 12'J
Le marié ne se met pas à table. (P.) Il sert les
convives (E.), et dîne ensuite à part.
Eu Basse-Bretagne, le marié est aussi le premier des servants
(Galerie bretonne, t. III, p. io6.)
La mariée est à table à côté du garçon d'hon-
neur, qui s'occupe d'elle toute la journée; le ma-
rié est à côté de la fille d'honneur. (D.)
La mariée est à une place d'honneur, et il y a
derrière elle un drap où l'on attache des fleurs.
Son parrain est à côté d'elle ; à la fin du repas,
avant de se lever, il laisse sous son verre une
pièce de cinq fi-ancs. (P.)
La soupe est servie dans de grands plats creux
qui sont garnis de cuillers, et sept ou huit
mangent à cette sorte de gamelle. Il en est de
même pour le bouilli et les autres mets. Ordinai-
rement, la mariée est au premier plat, le marié
au second. Mais, depuis quelques années, avec
les platées on sert des assiettes où chacun met ce
qui lui convient. (D.)
Au moment où on apporte le repas, les violons
disent, assurent ceux qui comprennent leur lan-
gage :
Mettez du foin dans les râtiaux (crèches),
Voici les dnes, voici les ânes,
Mettez du foin dans les râtiaux,
Voici les ânes à qui qu'en faut.
128 l'homme de la naissance a la mort
Les invités font un cadeau à la mariée; jadis,
il y avait devant elle une assiette où chacun dé-
posait son offrande ; maintenant, le cadeau se fait
de la main à la main. (E.)
A la fin du dîner, on fait circuler un panier de
petits gâteaux, une tabatière dans laquelle tout le
monde doit priser sous peine de passer pour un
impoli, et enfin une tasse dans laquelle on met de
l'argent pour le sonous. (Landehen, D.) Ailleurs,
c'est le garçon d'honneur qui fait cette quête. (D.)
« Jadis, dans les noces de campagne, la mariée
faisait le tour de la table, tenant à la main une
bourse dans laquelle chaque convive déposait son
ofî"rande, en retour de laquelle il recevait un
baiser. Cet usage a été remplacé par celui de faire
cadeau d'objets de ménage qu'on présente aux
époux après l'off'rande des gâteaux. »
(Ogée, art. Vallel.)
A la fiii du repas, on passe le chante. Le chanté
est un plat recouvert d'un autre qu'on fait circu-
ler parmi les convives ; comme il ne contient que
des os ou des croûtes de pain, ceux qui con-
naissent cette coutume se gardent bien de le dé-
couvrir. (E.) Il faut que celui qui a été ainsi
.attrapé tâche d'en attraper à son tour un autre
avant la fin de l'année. Ailleurs, celui qui a eu le
chanté ne s'en débarrasse que lorsqu'il se marie.
C'est pour lui la source d'une foule de plaisante-
LE MARIAGE I29
ries qui lui sont adressées, et la plus commune
est celle-ci : « As-tu bentôt tout roûché (rongé,
sous-entendu les os)? » (D.)
Aux repas de noces, on chante des chansons,
et, à la fin, le chanteur ajoute :
Toute chanson qui perd sa fin
Mérite avoir (lis),
Toute chanson qui perd sa fin
Mérite avoir un verre de vin. (S.-C.)
Ou :
V'ià ma chanson dite,
Ma langue en est quitte ;
Mes sabots sont d'bois,
Ma langue n'en est pas. (D.)
Les chansons de noces ne sont pas toujours
gaies : la plupart, surtout celles qui sont en
quelque sorte sacramentelles, font allusion aux
devoirs des époux et aux fatigues qui attendent
la femme; elles ont un caractère grave. En voici
une qui est pour ainsi dire obligée aux environs
de Moncontour ; elle pourra donner une idée de
ces chansons de moralité.
Là-haut, là-bas, dans la prairie,
l'y a un rossignol
Qui dit souvent
Dans son joli langage :
Ahl que les fill's sont malheureuses
De s'y mettre en ménage.
130 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
Il faut travailler jour et nuit
Pour entretenir l'ouvrage.
L'embarras du ménage
Est un grand embarras :
Toutes les fîll's qui s'y marient
Ne le connaissent pas.
Pour s'y mettre au ménage
Faut avoir du sourci (souci).
La journée de vos noces
Quel habit prendrez- vous?
Prenez-y, va, votre habit noir,
Habit de pénitence,
Et par-dessus prenez-y, va,
Le cordon de souffrance.
La journée de vos noces.
Si vous avez-t-un homme
Qui soit un débauché.
Il vous dira d'un ton sévère
Et d'un air si robusque (sic) :
« Va-t'en m'y chercher du taba'
Ensuite un coup i-à boire. »
Si vous avez-t-un homme
Qui soit bon ménager.
Il vous dira d'un air si doux :
« Ma beir, prenons courage,
Et pardi ! dans notre ménage.
Nous aurons du contentement. »
Ce soir, nous le disons-t-adieu,
La jeune mariée,
LE MARIAGE I3I
Nous vous laissons entre les bras
D'une bonne famille,
Tâchez de bien les imiter.
Et surtout de les suivre.
Aux environs d'Uzel, les bonnes gens portent
ainsi la santé de la mariée : « A vot' santé, ma
commère du haout (haut) bout. J'ièv' mon drère
pour bère à vous. »
A la fin du repas, la mariée boit, puis elle
passe à son mari le verre dans lequel elle a bu ; le
verre circule ensuite autour de la table, en com-
mençant par les personnes les plus considérables,
et chacun y trempe ses lèvres. Si le premier verre
ne suffit pas, la marraine en entame un second.
Refuser de goûter à ce verre d'honneur serait
faire aux mariés une grave insulte. (Calorguen.)
Le repas des pauvres a lieu après celui des in-
vités, et le marié et la mariée doivent aller les
servir. (D.)
Après dîner, on danse dans l'aire ou dans une
grange. La danse est une sorte de quadrille, et
le sonous annonce à haute voix chaque figure : la
chaîne des dames, la pastourelle, en avant deux,
balancez vos dames, etc., puis, à la fin du qua-
drille, il dit : « Abattez d'à haut ! » Alors chaque
danseur embrasse sa danseuse et l'emmène A une
marchande de gâteaux qui est venue exprès pour
132 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
la noce (il y en a parfois cinq ou six). Il lui
offre de petites galettes. Les plus galants en met-
tent même dans les poches des tabliers et dans
les tabliers, de sorte qu'à la fin de la journée
les plus belles filles et les plus recherchées ont
une charge de galettes, sans parler de celles
qu'elles ont mangées; de plus, les jeunes gens
qui veulent passer pour bien élevés offrent conti-
nuellement aux jeunes filles du tabac à priser.
Durant le bal, la jeune femme change deux ou
trois fois de toilette pour faire voir qu'elle est
riche et bien mise. La nuit venue, on se met de
nouveau à table. (Landehen.)
§ VIIL — LA NUIT DE NOCE ET LES JOURS SUIVANTS
Jadis, à Matignon, la première nuit était à la
Vierge, la seconde cà saint Joseph, la troisième au
mari; actuellement, les mariés cohabitent dès le
soir de la noce ; il en est de même presque par-
tout.
En Basse-Bretagne, la première nuit est à Dieu, la seconde à
la Vierge. Quelquefois, il s'écoule quinze jours et même davan-
tage avant la consommation du mariage. (Cf. Galerie bretonne,
t. III, p. 145.)
LE MARIAGE I33
A Scaër, la première est à Dieu, la seconde à la Vierge, la
troisième au patron du mari, l'époux a seulement la quatrième.
A Treméoc, les époux cohabitent seulement le troisième jour.
(Ogée, nouvelle édition, art. Scaèr et Tréntéoc.)
Celui qui se met au lit le premier mourra le
premier.
Celui des époux qui couche dans le devant du
lit sera le maître.
La première épingle de la couronne de la ma-
riée est ôtée par le mari ; la mariée en donne une
à chacune de celles de ses amies qui ne sont pas
mariées. (E.)
A Ercé, la fille d'honneur découronne la ma-
riée et distribue les épingles qui ont servi à atta-
cher la couronne aux jeunes filles et aux jeunes
garçons : il y en a un ou une qui se marie dans
l'année.
La même croyance existe en Basse-Bretagne (cf. Galerie hretonve,
t. III, p. 150).
On termine la journée par Vanigem&nt. On
couche les mariés dans le même lit, puis on leur
présente la grillade. La grillade est composée de
petits morceaux de pain, à travers lesquels on
a passé un fil, dont on noue les deux extrémités,
et il faut que les mariés mangent ce chapelet. On
leur donne la grillade dans du cidre ou du vin, et
quelquefois avec une cuiller percée. Pendant qu'ils
mangent, les invités, assis sur les maies (huches) et
134 l'homme de la, naissance a la aiort
sur la table, interpellent les mariés et plaisantent
sur la nuit des noces ; comme les libations ont été
copieuses dans la journée, les allusions sont tou-
jours plus que transparentes. (Landehen.)
« Un usage local est celui de la pannée. Cette
cérémonie, consiste à faire parmi les invités une
collecte destinée à subvenir aux frais d'une liba-
tion en l'honneur des nouveaux mariés. Deux
garçons chargés du produit de la quête achètent
un plus ou moins grand nombre de bouteilles de
vin rouge que l'on fait chauffer dans un bassin,
en y mêlant force cannelle et sucre, et des tran-
ches de pain grillé. Ce mélange est ensuite versé
dans de grands vases, que les garçons de la noce
portent processionnellement aux nouveaux ma-
riés. Le chef du cortège frappe trois coups à la
porte et entonne la chanson d'usage :
Ouvrez la porte, ouvrez, nouvelle mariée, etc.
« Un chœur de jeunes filles répond de l'inté-
rieur :
Comment vous l'ouvrirais-je?
Je suis au lit couchée, etc.
« Quand les couplets, qui alternent, sont épui-
sés, la porte s'ouvre enfin ; les vases fumants sont
déposés sur la table, la Hqueur aromatisée circule
LE MARIAGE Ij)
dans des verres qui se choquent à la ronde, et les
nouveaux époux sont obligés de faire raison à
chaque toast, en répondant aux vœux formés
pour leur bonheur, ))
(Ogée, art. La Gacilly.}
A Calorguen, on pique des épingles dans la
couronne de la mariée, et celle-ci les distribue à
ses amies qui ne sont pas encore mariées,
A Ercé, on porte encore de la soupe au lait
aux nouveaux mariés vers le milieu de la nuit.
Une heure après le coucher de la mariée, les
servants se rassemblent et vont tambouriner à la
porte (D.); c'est pour apporter la soupe des
mariés ou une rôtie. On . enfoncerait plutôt la
porte que de ne pas porter la rôtie. (Plouâne,
Calorguen.) Aux environs de Moncontour, la
soupe qui est apportée aux mariés est composée
de morceaux de pain enfilés les uns dans les
autres.
En Basse-Bretagne, oa apporte aux mariés la soupe au luit,
qu'ils doivent manger avec une cuillère percée ; le pain est enfilé
dans un fil. (^Galerie bretonne, t. III, p. 146.) L'usage de la
rôtie existe en Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. $1).
En s'en allant de la noce, les violons disent :
En v'ia cor eune de nàchée (attachée)! (M.)
Souvestre {Derniers Bretons, t. i'^'", p. 58) rap-
porte qu'en certains cantons, la nuit de noces,
136 l'homme de la naissance a la mort
deux veilleurs sont dans la chambre nuptiale à
tenir une chandelle entre les mains et ne doivent
se retirer que lorsqu'elle est descendue jusqu'à
leurs mains. Cette coutume, dont je n'ai jamais
eu connaissance en Haute-Bretagne, y a peut-être
existé, et c'est de là que viendrait l'expression :
« Je n'étais pas là à tenir la chandelle, » pour
exprimer qu'on n'est pas bien sûr que tel ou tel
soit fils de son père.
Pour que le mariage soit chanceux, il faut qu'il
y ait pendant la noce quelque objet cassé. (E.)
S'il n'y a rien eu de cassé par accident, on en
casse un exprès. (E.)
L'usage de casser le pot existe en Berry (cf. Laisnel de La
Salle, t. II, p. 55) ; mais on le casse toujours après, comme dans
les mariages juifs; dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 128), on doit
briser un verre pour que les époux n'aient pas de dispute.
Jadis on faisait pour le jour de la noce une
grande poupée qu'on habillait et qu'on donnait
aux jeunes gens. Une bru qui n'était pas du pays,
était à se chauffer, le soir, avant de se coucher :
on lui apporta une poupée qui était grande
comme un enfant; mais elle la jeta au feu croyant
qu'on voulait lui faire affront. (S.-C.)
LE MARIAGE I37
Installation des nouveaux époux.
A Ercé, il est d'usage que la femme fournisse
le lit : de cette façon, le mari ne peut pas dire à
sa femme : « Tu es dans mon lit. « La mariée
n'arrange pas son armoire; elle ne la voit que le
soir en arrivant ; ce n'est pas elle qui y met ses
bardes. Ce n'est pas elle, non plus, qui fait le
lit. (E.)
Il y a des pays où le marié ne cohabite avec
sa femme que le second jour. Le soir, le marié
s'en va, et la fille d'honneur couche avec la
mariée.
Dans les pays où cet usage existe, le lendemain
on va à une seconde messe où, d'habitude, les
mariés communient; puis a lieu le renoçon, repas
plus intime que celui de la veille, et composé sur-
tout de jeunes gens. C'est ce jour-là que le gar-
çon d'honneur fait remise au jeune homme de sa
femme; au retour de l'église, il lui dit : « Main-
tenant, je te la donne. » Avant ce moment, le
marié ne danse même pas avec elle. (D.)
Le soir du second jour, dans les pays où la
cohabitation n'a lieu qu'après une deuxième cé-
rémonie, les jeunes gens disent : « On va les
coucher. »
Mais les mariés tâchent de se sauver aupa-
138 l'homme de la naissance a la mort
ravant, et ils s'enferment; toutefois, ils ne sont
pas pour cela en sécurité; car l'un des garçons
trouve toujours moyen de se cacher dans la mai-
son, derrière une armoire ou dans le grenier.
Quand les époux sont couchés, ceux qui se sont
cachés ouvrent la porte à ceux du dehors, qui
arrivent au lit, tirent sur les jambes des jeunes
mariés pour les faire s'allonger, leur coupent les
ongles des doigts de pied et leur font mille farces,
en accompagnant le tout de plaisanteries. Quel-
quefois, avant le coucher, le lit nuptial a été
parsemé de gros sel ou de crins grillés. On pré-
sente ensuite aux époux une rôtie au vin, et ils
doivent la boire. (D.)
Le lendemain des noces, il y a un repas qu'on
appelle le renoço:i. (D.) Ailleurs, ce repas a lieu
le dimanche suivant ; il s'appelle les regardailles.
Le lendemain, on court la soupe au lait; on va
tirer les vaches; les garçons se déguisent parfois
en filles et les filles en garçons. (E.)
Le troisième jour, il y a une messe basse dite
à l'heure ordinaire des messes pour les défunts
des deux familles, et à laquelle assistent les ma-
riés et leurs proches. (D.)
En Basse-Bretagne (_cf. Galerie bretomie, t. III, p. 130), c'est
la quatrième journée qui est consacrée aux trépassés; on va à un
service solennel où les mariés assistent en deuil.
Le surlendemain, dans quelques pays, et sur-
LE MARIAGE I39
tout chez les paysans riches, il y a un repas pour
les prêtres.
A Montauban, quand une nouvelle mariée
entre pour la première fois à l'église après son
mariage, on lui porte une quenouille chargée de
filasse, et un morceau de pain bénit ; elle prend
le morceau et donne une pièce d'argent. La prise
de quenouillée est suivie d'un repas auquel as-
sistent les parents, qui s'appelle prise de que-
nouillée. Cet usage existait aussi à Ercé, mais il
est tombé en désuétude.
En Berrj- (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 43), c'est le jour
du mariage qu'on présente la quenouille i la mariée, qui doit filer
quelques instants.
A Trélivan, le garçon d'honneur, la fille d'hon-
neur et les mariés se mettent ce jour-là dans le
même banc, bien en vue.
CHAPITRE VI
LE MÉNAGE ET LA FAMILLE
§1.
LE MARI ET LA FEMME
|A lune de miel s'appelle « la bonne bé-
rouée » ; bérouée veut dire petit espace de
temps.
Bien que les ménages unis ne soient pas rares
à la campagne, sans pourtant qu'il y ait l'intimité
qu'on trouve dans les classes plus élevées, les
deux conjoints ne sont, en général, pas très
tendres l'un pour l'autre. A moins de maladie ca-
ractérisée, un fermier ne s'inquiétera guère de la
santé de sa femme; c'est alors seulement qu'il
appellera le médecin, à moins qu'il n'ait recours,
ce qui est encore plus fréquent, à des empiriques
ou à des reboutoiix.
Si, au contraire, son bétail est malade, il se
LE MÉNAGE ET LA FAMILLE ' I4I
hâte d'aller chercher pour lui des remèdes. Il est
juste d'ajouter qu'il ne prend pas plus de soins
pour sa propre santé. Il existe à ce sujet un dic-
ton énergique, c'est la prière du paysan :
Bon Dieu d'en haut,
Prends ma femme, laisse mes chevaux.
D'Amezeuil (^Légendes bretonnes, p. loi) constate aussi que le
paysan raorbihannais est moins tendre pour sa femme que pour
ses bêtes ; il en est de même en Berry (cf. Laisnel de La Salle,
t. II, p. 107).
En parlant de son mari, la femme dit : notre
homme, le bourgeois; les maris : not' femme, la
bourgeoise ou la femme de sez (chez) nous. L'un
et l'autre disent « notre » et non pas « mon » ;
c'est pour que, si « notre homme » ou « notre
femme » venait à se perdre ou à s'égarer, cha-
cun se mît à sa recherche, ce qu'il ne ferait pas
si on disait « mon homme » ou « ma femme «.
Les femmes mariées portent souvent le nom
féminisé de leur mari : « la Hamonne, la Pi-
ronne w, la femme de Hamon, de Piron, ou « la
Hamon, la Piron ».
Quelquefois, on les désigne par leur nom de
famille, et non par celui de leur mari.
Parfois, l'homme porte le nom de sa femme;
on dit « l'homme à la James ». Cela a Heu sur-
tout quand le mari est étranger au pays.
Cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 113.
142 l'homme de la naissance a la mort
Perdre son anneau, c'est signe de malheur;
mais celui qui, l'ayant trouvé, le garderait serait
aussi exposé à quelque mésaventure. (P.)
On dit d'une femme active :
— Les vênes (vesses) ne li restent pas sous l'co-
tillon. (xM.)
Lorsqu'un mari n'est pas le maître, et que sa
femme a accaparé tout le gouvernement, on dit
qu'il est « coiffé de la feuille de choux ». (E.)
« Il a le bonnet vert » : Il ne peut rien faire
sans sa femme dont il est séparé de biens. (E.)
Lorsqu'un mari a battu sa femme, les garçons
se munissent d'une charrette à bras, puis ils
montent sur les hauteurs et font claquer leurs
fouets. Alors on se dit aux environs :
« Un tel a battu sa femme, faut va le cherra. »
On se réunit et on tâche de surprendre le
mari, qui est mis dans la charrette. On le conduit
dans les villages, et, autour de lui, on parle de la
dispute qui a motivé les coups, en employant au-
tant que possible les propres termes dont se
sont servis les deux époux. On cherraye aussi les
femmes qui ont battu leur mari. (Trélivan.) Le
même usage existe à Saint-Jacut-de-la-Mer et en
plusieurs autres pays. Cette cérémonie se nomme
charriottage ou cherrayeme?it. Jadis, à Calorguen,
on charriottait aussi les maris qui battaient leur
femme.
LE MÉNAGE ET LA FAMILLE I43
A Gueniesey, la cbevaucherie d'ânes avait encore lieu tout ré-
cemment. S'il arrive que les coups de bec entre deux époux se
changent en coups de poing et de griffe, mais surtout
Quand la poule plus haut que le coq chante,
le hameau se soulève en masse. Il est trop austère observateur
des convenances de la chambre nuptiale pour ne point donner
une sérénade à ce couple mal assorti. C'est alors que deux jeunes
personnes, fille et garçon, dos à dos comme au sabbat des sor-
ciers, représentent, à califourchon sur un baudet, le mari et la
femme coupables. Ils sont suivis de tous les désœuvrés du canton,
et cette cohue polissonne entonnait autrefois le refrain immémo-
rial que voici :
Ma femme m'a battu
Par la tête et par le tchu,
A tout sa cuiller à pot
A m'a rompu l'co.
(Métivier, Glossaire, v° Che\<auc]:erie d'âne.')
A Devecey, près Besançon, existait une coutume analogue.
« Toutes et quantes fois qu'un mari frappe sa femme durant le
mois de may, les femmes du lieu le doivent trotter sur l'asne ou
le mettre sur charrette et trébuchet et conduire trois jours du-
rant, en lui baillant son droit, c'est assavoir pain, eau et fro-
mage. » (Registre des tenues de justice au village de Devecey.)
Cette coutume s'est encore exercée à Salins en 1815 et eu 1840
(D. Monnier, p. 292).
Si l'on voit quelqu'un se négliger après son
mariage, surtout après avoir été très coquet, on
dit qu'il a les caunes chûtes dans l'framha (les
cornes tombées dans le fumier). (D.) Si c'est une
femme, on l'appelle Inippe. (E.), c'est-à-dire mal-
propre.
On donne aussi ce nom de huppe aux. femmes
144 l'homme de la naissance a la mort
qui trompent leurs maris. Outre le mot de Mo-
lière, qui est très usité et sert de thème à une
foule de plaisanteries, le mari trompé se nomme
caunarti (cornard), Jean- Jeudi, Jean-Cou vertaine.
On dit aussi qu'il est de la confrérie de Saint José,
qu'on appelle irrévérencieusement le patron des
cocus. Il }'• a toutefois un assez grand nombre de
plaisanteries qu'on ne prend point en mauvaise
part, telles que celles-ci : « Vêtes cocu, tout
homme marié l'est (P.) ; » l'on veut dire que
tout homme marié est marié, ce qu'on ne
manque pas d'expliquer à ceux qui ne savent pas
la finesse. On apprend aussi aux petits enfants à
dire à leur père, lorsqu'il rentre le soir :
Coucou, papa, maman l'a dit !
Coucou,
La huppe est sez nous. (E.)
Ce qui passe pour une simple gentillesse.
§ IL — LES ENFANTS ET LES PARENTS
Pour les paysans, l'enfant par excellence c'est
le mâle, parce que c'est lui qui peut rendre le
LE MÉNAGE ET LA FAMILLE I45
plus de services. Aussi on peut parfois entendre
un fermier répondre quand on lui demande com-
bien il a de « garçailles » :
— J'ai un enfant et trois filles.
Les enfants, même légitimes, sont assez fré-
quemment désignés par le nom de fille de leur
mère : « Le gars à la une telle, la fille à la une
telle. »
Les garçons se nomment gars ou gas, ce der-
nier terme est moins employé; en certains pays,
les filles se nomment garces, c'est le vieux niot
français, qui n'a pas en ces pays le sens péjoratif
qu'on lui a donné ailleurs. On dit : « La garce
Jeanne, la garce Marie, la garce à la Hamonne, »
pour « la fille Jeanne, la fille Marie, la fille de la
Hamon ». En ces pays, une fille, pour indiquer
qu'elle est mariée, dit : « Je ne se p'us garce. »
(Environs de Dol.)
On désigne aussi le sexe d'après la coifî"ure :
les garçons, en général, s'appellent « les cha-
piaux )), les filles « les coiffes ».
Les enfants ne tutoient pas toujours leurs pa-
rents, même dans des pays où le tutoiement est
usité parfois entre gens qui se connaissent peu ou
se voient pour la première fois.
Le même usage existe en Berry (cf. Laisnel de L.i S.ille, t. II,
P- 114).
Les mères, et principalement les] veuves, ne
10
146 l'ho.mme de la naissance a la mort
tutoient pas toujours leurs garçons, surtout i'aîné,
qu'elles appellent non par son prénom, mais par
son nom de famille.
Il y a plusieurs dictons sur le respect que les
enfants doivent à leurs parents.
— Faut point appeler sa mère jambe deberbis.
(P.) Il ne faut pas se moquer des siens, car cela
retombe sur vous.
Toutefois, bien que l'obéissance au chef de la
famille soit la règle générale, un habitant des
villes trouverait parfois que les enfants, lorsqu'ils
sont grands, parlent à leurs père et mère, sur-
tout âgés, avec peu de délicatesse ; mais il ne faut
pas juger les mœurs champêtres d'après celles
des villes et les mots n'y ont pas la même signi-
fication au point de vue de la politesse et des
égards.
Vivre en gieiidre ou en hru, c'est résider chez
ses beaux-parents. Dans les ferm.es, les gendres
sont à peu près traités comme les domestiques,
mais ils ont une petite part dans le produit de la
terre. Lorsque quelqu'un est chiche de pain ou de
cidre, on dit « qu'il sert en belle-mère ».
Il n'est pas rare de voir plusieurs ménages
vivre^ dans la même ferme, en bonne intelli-
gence; ils sont associés pour l'exploitation et ont
dans les bénéfices des parts qui varient suivant
leur apport en travail ou en argent. En ce cas.
LE MÉNAGE ET LA FAMILLE 1.^7
tout est à peu près en commun, sauf le linge per-
sonnel et la garde-robe, qui est soigneusement
ramassée dans les armoires; chacun possède la
clé de sa « presse » (armoire), et c'est une pro-
priété absolument personnelle, aussi intime que
le secrétaire l'est à la ville.
CHAPITRE VII
LA MORT
§ I. — LES SIGNES AVANT-COUREURS
rf^>«ES paysans ne sont pas éloignés de regar-
ni Pi^ der la Mort comme un personnage chargé
d'une certaine mission, et q^ui, lorsqu'il
se trouve à passer quelque part, en profite pour
faire sa besogne. Ils disent aussi que, quand la
Mort est dans un endroit, elle fait toujours le
trépied : les maisons de la partie de la commune
où elle passe sont les angles de cette sorte de
triangle. Il }' a des gens qui observent soigneu-
sement toutes ces circonstances, et qui, à l'occa-
sion, citent de nombreux cas où cette superstition
s'est réalisée.
Si un membre d'une famille meurt, il y a pour
l'un de ses parents trois deuils dans l'année. (E.)
LA MORT 149
On assure que les maladies épidémiques et dan-
gereuses « suivent le sang », c'est-à-dire s'atta-
quent plus facilement aux personnes de la même
famille qu'aux étrangers. Lorsque, au moment
d'un enterrement, la châsse tombe ou que le bois
se casse, il meurt quelqu'un dans les huit jours.
(M.) Quand la terre s'ouvre le vendredi pour re-
cevoir un mort, il y a deux morts qui se suivent
dans les quinze jours ; ou un autre enterrement
le dimanche. (D.)
En Berry, on croit que, si on ouvrait la terre sainte après le
soleil couché, chaque jour il mourrait quelqu'un. (Laisnel de La
Salle, t. II, p. 79.) Dans les Ardennes, si un enterrement a lieu
le vendredi, dans les six semaines il meurt quelqu'un de la fa-
mille (cf. Xozot, p. 127).
Quand il meurt quelqu'un à Saint-Germaiu,
il meurt deux personnes dans la quinzaine. (M.)
La croyance aux signes avant-coureurs de la
mort est très répandue en Haute-Bretagne ; les
proches de celui qui va mourir sont avertis de sa
fin prochaine par un signe qu'on appelle avène-
ment ou avision. Si la personne qui meurt est
éloignée ou en pays étranger, ses proches ou ses
amis entendent un bruit ou voient quelque chose
d'anormal au moment même où elle expire.
Cf., pour les détails, mes Traditions et superstiticfis, t. I'"",
p. 267 et suivantes.
Ceux qui habitent la maison où est né quel-
150 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
qu'un qui meurt au loin voient son enterrement
en effigie.
Cf., dans mes Traditions et superstitions, t. I^'', p. 270-271,
des récits relatifs à cette croyance.
Voici d'autres signes qui présagent une mort
prochaine : Si les chiens aboient avec force, quel-
qu'un de la maison mourra prochainement. (P.)
En Corse (cf. Bouchez, Nouvelles corses, Paris, 1823), existe la
même croyance.
Quand les corbeaux restent longtemps à chan-
ter dans un endroit, lorsqu'ils picotent autour de
la maison, quelqu'un devra mourir dans les en-
virons. (S.-C, E., P.) Le cri répété des chouans
annonce la mort ; il en est de même de celui de la
fresaie, surtout s'il est répété trois fois de suite.
Il en est de même si les chouettes viennent se
poser sur les cheminées. (S.-C.)
Cf. mes Traditions et superstitions, t. II, ch. iv.
En Basse- Bretagne existe la même superstition (cf. Dulau-
rens de La Barre, Veillées de l'Armor, p. 20 et suiv.).
Quand les faucheurs montent sur l'épaule d'une
personne, c'est signe qu'elle mourra dans peu de
temps. (E.)
Lorsqu'en marchant sur une route on voit un
grand nombre de pies qui bavardent sans cesse et
ne se sauvent que lorsqu'on est très près d'elles,
si, de plus, elles reviennent aussitôt que l'on est
passé, c'est signe qu'il y passera bientôt un enter-
LA MORT 151
rement. (P.) Si le chant du grcsillon vient à ces-
ser, c'est un présage de mort. (P.)
Pendant les avents, les coqs follent, c'est-à-dire
qu'au lieu de chanter aux heures habituelles, ils
chantent à toute heure. Ce changement d'habi-
tudes est d'un mauvais augure, et on croit y voir
un présage de mort.
Cf. Fouquet, Légendes du Morothan, p. 158-146.
En paj-s bretonnant, le chant du coq avant minuit cr-t d'un
sinistre augure ; il annonce la mort ou quelque calamité {Galerie
bretonne, t. I, p. 150).
Quand les poules chantent le coq, on dit qu'elles
sentent la mort de leur maître. (S.-C, P.)
Superstition connue aussi en Normandie (A. Bosquet, p. 219,
cf. Mélusine, t. 1, col. 47); en Poitou (cf. Desaivre, Le Co], la
Poule et l'Œuf, 1876); dans les Vosges {Mélusine, col. 498);
Franche-Comté (Perron, p. 19); dans le Berry (Laisnel de La
Salle, p. 238, col. 47). Voyez aussi de Gubernatis, Mythologie
\oologique, t. II; p. 299.
La croyance que l'âme prend la forme de pa-
pillon est encore assez répandue à la campagne.
Quand on voit, le soir, de petits papillons
blancs voler dans la maison, cela annonce la
mort de quelqu'un de ses habitants. Aussi, quand
il y en a beaucoup dans une maison, les gens en
sont tout chagrins. Ils pensent que ce sont des
âmes de revenants qui viennent chercher quel-
qu'un pour l'emmener avec elles. (P.)
En Poitou (cf. Souche, p. 13). Un papillon passe aussi pour
L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
être l'âme d'un mort qui visite. Les Grecs appelaient le papillon
^vyYi TZSZOlxi'J'Oj âme volante. En Franche-Comté (cf. D.
Monnicr, p. 143), la même croyance existe, mais moins expli-
citement.
5 II. — LA MOr.T
Les paysans se représentent la mort comme
une eniiîc, et, s'ils savaient dessiner, ils la figu-
reraient sans doute sous la forme d'un squelette
armé d'une faux et enveloppé d'un suaire. C'est,
d'ailleurs, ainsi qu'elle est représentée sur les
monuments religieux.
Lorsqu'une personne est considérée comme
perdue, on assure qu'elle « a la mort entre les
dents )), ou qu'elle « est au bout de sa doitte >>.
Une doitte, c'est une aiguillée de fil; et, pour
dire que le médecin peut, sinon sauver le ma-
lade, du moins lui prolonger un peu la vie, on
dit qu'il lui « a allongé la doitte » . Je crois qu'on
peut voir dans cette forme imagée un souvenir
lointain du fil des Parques.
"Lorsqu'un mialade est regardé comme perdu,
on dit que les vers lui regardent les côtes.
— Il est comme ma première paire de hawies
(culottes) : il est foutu. (E.)
LA Moirr
))
On dit aussi de quelqu'un qui meurt « qu'il
rend les trois soufflets du baptême. » (E.)
Lorsque trépasse un honmie âge, on entend
souvent cette réflexion :
— Il était assez vieux pour faire un mort. (M.)
« Dans le Morbihan français, à la mort d'un
vieillard, on dit : — Le bonhomme était vieux et
ne travaillait guère. A celle d'un jeune homme :
— La mort y était; qu'y faire? »
(Fouquet, Légendes du Morhihan.')
Voici quelques autres dictons sur la mort :
— 11 faut manger un boisseau de cendres avant
de mourir.
— On voit plus de viaux que de vaches à la
boucherie, c'est-à-dire qu'il meurt plus de jeunes
que de vieux.
— Il sera bientôt labouré par les taupes. Il
mourra bientôt. Ou : Les taupes vont lui passer
sur le dos.
Mort désirée,
Vie prolongée. (E.)
En parlant des méchantes gens :
— Ça ne meurt pas, la mortalité n'est pas sur
les mauvaises bêtes. (E.)
Quelquefois, les parents adressent au mourant
des exhortations; en voici une qu'un notaire m'a
dit avoir entendue :
1)4 L HOMME DE LA NAISSANCE A LA MORT
— Raidiss'oiis, mon père, pour mouri' cœurii-
ment. « Raidissez-vous, soyez énergique, pour
mourir avec courage. »
On envoie chercher le parrain et la marraine
quand le filleul est au lit de mort.
Pour la mort, à côté de la note grave, qui est
dominante, il y a la note facétieuse ; mais je crois
bien qu'elle n'existe que dans les contes, et rare-
ment dans la vie réelle. J'ai pourtant connu un
brave homme qui, venant d'enterrer sa belle-
mère, disait :
— Vaï, la v'ià ben asteure, les cônilles ne li
roucheront pas la piau (Certes, la voilà bien
maintenant, les corbeaux ne lui mangeront pas
la peau). (M.)
Voici deux autres récits qui ont cours à la
campagne.
Le père de Perrin se mourait; son fils, en lui
faisant embrasser le crucifix, lui disait :
— Embrassez le bon Dieu, mon père, mourez
librement, n'ayez pas plus de regret de moi que
je n'en ai de vous; vous vous habituerez aussi
bien là-bas comme ici. (E.)
Il y avait, une fois, un bonhomme et une
bonne femme qui étaient sans cesse à se deman-
der l'un à l'autre une donation. La bonne femme
surtout répétait à chaque instant :
— Fais-moi donation de trois pièces de terre.
LA MORT
))
Elle ennuya tellement son mari, qu'il finit par
lui dire d'aller chercher le notaire.
Quand il fut arrivé, le bonhomme dit :
— Travaillez, monsieur le notaire, et écrivez :
Je donne à ma bonne femme trois pièces de terre :
deux écuelles et un pot de chambre. (M.)
Il y avait, une fois, une fille qui disait toujours
à sa mère qu'elle désirait mourir avant elle. La
bonne femme, pour l'éprouver, pluma une poule,
et, l'ayant lâchée dans la maison, alla se cacher
derrière la porte. Quand la fille aperçut cette
étrange poule, elle crut voir la mort en personne,
et elle cria :
Drère l'hu (derrière la porte),
Mort pelu (à poil).
Ma mère y est. (P.)
Pour les paysans, la Mort est un personnage
qui a les passions des vivants; elle joue dans les
contes un rôle important.
Sur cet anthropomorphisme de la mort, cf. dans VArchivio per
le iradi^^ioni populari, t. IV, p. 421-432, mon .<irticle intitulé La
mort en voyage.
Lorsqu'il y a un décès dans une maison,
même si le défunt est mort subitement et sans
s'être alité, on met des draps blancs dans tous les
lits et on fait la lessive. On arrête la pendule et
1)6 l'homme de la naissance a la mort
on jette l'eau qui est dans les seaux, de peur que
l'àme du mort ne s'y noie. (E.)
Dès que le défunt a rendu le dernier soupir,
on allume une chandelle et on asperge le lit avec
de l'eau bénite. (D.)
Mêmes usages en Basse-Bretagne (cf. Galerie brctoniie, t. III,
p. 1)6).
Les éclieveaux de fil qui sont au-dessus des lits
de la maison doivent tous être enlevés, parce que
l'âme pourrait s'y embarrasser.
On enferme les poules et on empêche les chats
de pénétrer dans la maison. (D.)
Les bêtes elles-mêmes, en effet, prennent part
au deuil : presque partout, on met un morceau
de drap noir aux ruches, surtout lorsque c'est le
maître qui est mort; le grillon, en signe de deuil,
reste six mois sans chanter. (P.)
Quant aux corneilles, oiseaux de mauvais au-
gure, elles se réjouissent et chantent, en parlant
du défunt :
— Esl-i' ben gros?
— r n'a qu'la piau
Et les rouchiaux (les os).
Là est gras, (E.)
Les pies répondent :
N'y a que du sieu (du suif).
LA MORT 157
Quand elles font entendre une sorte de grince-
ment, on dit « qu'elles scient des châsses »
(bières).
L'âme de ceux dont l'agonie a été pénible et
qui sont morts sans être en état de grâce, quitte
le corps sous la forme d'un corbeau noir; on as-
sure que les personnes qui sont « dans la grâce
du bon Dieu » les voient s'envoler. Lorsque la
mort a été douce, l'âme s'envole sous la forme
d'un papillon blanc ou gris, suivant que le dé-
funt a mérité le Purgatoire ou le Paradis. A la
page 299, tome II, de mes Traditions et Su-
perstilions, j'ai rapporté un conte où un pauvre
voit distinctement sortir de la bouche du mort un
petit papillon; il le suit et apprend de lui qu'il
est l'âme du défunt, et que l'endroit où il se
trouve est rempli de papillons qui font pénitence.
Les noyés reviennent sur l'eau le neuvième
jour. (D.)
Si une personne a été assassinée, son sang
coule lorsque le meurtrier se trouve en sa pré-
sence. (D.)
Même croyance en Kormandic (cf. Amélie Bosquet, p. 275);
à Guernesey (cf. Louisa Clarke, p. 47).
On habille le moit « dans ses habits du di-
manche », on lui place un chapelet entre les
doigts et un petit crucifix sui: la poitrine; on lui
met sous la tête un oreiller, et il est enveloppé
1)8 l'homme de la xaiss.wxe a la mort
d'un linceul qui ne recouvre pas la figure : celle-ci
est couverte d'un mouchoir; on ne coud pas le
linceul. Une jeune femme est habillée dans ses
robes de noce; une femme d'un certain âge, dans
ses habits du dimanche. (E.) On rase le mort,
et celui qui l'a rasé emporte le rasoir. (M., D.)
Ailleurs, on coud le mort dans son suaire.
Quand une aiguille a servi à coudre un linceul,
on la donne à un pauvre, avec ce qui reste du
suaire. (S. -G.)
On fait un nœud au fil qui coud le linceul,
parce que, si le Diable avait su faire un nœud à
son fil, il aurait été couturier. (D.) Mais cette
coutume n'est pas sans exception. Il faut se don-
ner bien garde de faire des nœuds au fil destiné
à coudre le Hnceul; car, au jour du jugement,
le mort resterait ernbrêU dans son suaire, et ne
pourrait comparaître au tribunal de Dieu. (P.)
Quand on ensevelit une personne, on demande
si elle a nommé ; si elle n'a tenu personne sur les
fonds baptismaux, on lui met les mains derrière
le dos, au lieu de les croiser, selon l'habitude, sur
la poitrine. (E.)
Le mort est lavé; on lui passe une chemise
blanche. Si c'est une femme, on la coiffe et on
lui met un mouchoir de cou ; généralement, c'est
le châle de noces. Si c'est une jeune fille, le châle
est blanc.
LA MORT 159
On place un chapelet entre les mains du mort.
Lorsque la toilette est faite, on l'enveloppe
d'un drap, en laissant la figure à découvert, à
moins qu'elle ne soit grimaçante. L'ensevelisse-
ment a lieu peu de temps après la mort, à moins
que le décès n'ait eu lieu la nuit. (D.)
En Isormandie (cf. A. Bosquet, p. 274), on met aussi dans la
bière du mort son chapelet et sou livre de messe.
Auprès du lit, on place une croix, et de l'eau
bénite dans une assiette avec un fragment de lau-
rier des Rameaux. (D.) En certains pays, sur-
tout dans les familles riches, on fait une espèce
de chapelle avec des draps de lit, et on met le
mort dans la chapelle; il est revêtu d'une che-
mise blanche et tient à la main un crucifix ou
un chapelet. Généralement, le chapelet est en-
terré avec le mort.
L'usage de la chapelle existe en Basse-Bretagne (cf. Galerie
bretonne, t. III, p. 156).
Avant l'enterrement, on dépose la châsse (bière)
sur des bancs ou des tréteaux, d'où ces expres-
sions : « Il est su' les chahuts (S., D.); il est sur
les herchets » (M.), qui veulent dire que quel-
qu'un est mort, mais non enterré.
Aux veillées des morts, il vient beaucoup de
monde, surtout des femmes ; on y dit des chape-
lets, mais aussi on y prend du café, et souvent
i6o l'homme de la naissance a la mort
on y plaisante. Après minuit, il ne reste plus
guère que les gens de la maison. (D.)
Le mort peut en certains cas guérir, on lui
passe le mal qu'on a et qui ne peut lui nuire. Si,
par exemple, un enfant a une envie, il faut le
porter devant une personne morte, et toucher
l'envie avec la main de morte. On peut être as-
suré qu'elle disparaîtra. (Saint-Méloir-des-Bois.)
§ III. — l'enterre.mext
La plupart du temps, le mort est porté à bras.
Vers Quintin, quand on mène le corps dans
une charrette, on f.iit au-dessus une sorte de tente
en gaule de heude (coudrier), sur laquelle on
étend un drap blanc.
Si c'est une jeune fille, les porteuses sont aussi
des jeunes filles qui sont habillées de blanc; les
jeunes garçons sont portés par des garçons; les
hommes et les femmes mariés, par des hommes.
(D.) Ces usages varient au reste de commune à
commune : j'ai vu des femmes mariés portées par
des femmes. Les fermiers portent la cliâssc de
LA MORT l6l
ieur maître. (M.) Ailleurs, ils s'y refuseraient
cnergiquement. (D.)
Mcme coutume en Normandie (cf. Barbey d'Aurevilly, l'En
soicclée, p. 268).
A Saint-Domineuc, les porteurs vont à l'église,
puis ils dînent. C'est le plus proche parent du
mort qui porte la croix ; à Ercé aussi.
Dans nombre de communes des Côtes-du-Nord,
les parents du mort, et surtout les femmes, au
lieu d'aller à la tête du convoi, sont à la queue,
lis se mettent dans le bas de l'és^lise. Ils s'age-
nouillenî à côté de la porte du cimetière, et
pleurent pendant la cérémonie et pendant que les
amis défilent au retour. A Ercé, les parents vont
à Tenterrement en habits de travail, et non en
habits du dimanche, et ils sont à la queue du
convoi.
Une personne parente ou amie va déposer de
petites croix de bois longues de dix à douze cen-
timètres au pied de chacune des croix auprès des-
quelles passe l'enterrement. (E., P.)
Même usage en Berry (cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. 75).
Lorsqu'une personne meurt sans confession,
au heu d'ouvrir le grand portail, on passe la
châsse par-dessus l'échalier du cimetière, d'où le
nom de passée mortueUe donné à cet échalier. Le
premier qui le franchit après la cérémonie est
sûr de mourir dans l'année. (D.)
II
102 l'homme de la naissance a la mort
L'âme du mort ne quitte son corps qu'au mo-
ment où le prêtre chante : « In Paradiso. » (P.)
Il peut paraître assez singulier de trouver, dans
un pays où le respect de la mort est entretenu à
la fois par la religion et par les histoires de reve-
nants, plus puissantes encore peut-être, toute une
série de facéties sur les enterrements.
D'après Perron, qui cite, p. 123, trois %'ers d'un Libéra co-
mique, les mêmes facéties existeraient en Franche-Comté (cf.
aussi, p. 126, une préface parodiée).
Voici d'abord ce que disent les cloches aux
grands enterrements :
— Tu n'as don pas voulu v'ni,
A don' fallu aller te cri (chercher) ;
Mais tu paieras bien cher nos pas,
Nos démarches et nos repas. (E.)
Viens-t'en, bonhomme,
r a longtemps qu'la terre t'attend. (E.)
Les cloches par leur son indiquent aussi le sort
de celui qu'on va mettre en terre; on raconte quj
le curé de Langast reconnaissait au son du glas si
la personne dont il faisait l'enterrement était per-
due ou sauvée. (P.)
Puis l'officiant, comme dans Le Curé et son Sei-
gneur, de La Fontaine, est mis en scène, et, pen-
dant toute la messe, il suppute ce qu'il aura
LA MORT 163
Tant eu argent et tant en cire
Et tant eu autres menus coûts.
A ïlniroit, si c'est un mort riche, il commence
par dire :
— r y a gras.
Il est probable que le Kyrie et les autres chants
qui précèdent la prose étaient aussi parodiés; je
ne les ai pas retrouvés; mais voici la parodie du
Dies ira; c'est l'officiant qui est censé la chanter
sur le même air que la prose latine. En voici trois
couplets :
Tu n'as don' pas voulu veni',
A don' fallu qu'on aille te cri'.
Mais tu paieras aussi nos pas,
Car nous ferons la vente sez ta (chez toi).
Nous venderons la pelle et l'trois-pieds,
La cotte ainsi que les veilles brées,
Et si cela ne suffit pas,
Nous venderons la pelle et l'sas.
Nous venderons les chaudcrons,
Nous venderons tous les haillons.
Et si cela ne suffit pas,
Nous venderons jusqu'à tes draps.
A la Préface, il se moque de l'orgueil de ceux
qui ont fait des fondations dièrement payées :
C'est Madame de Tourneminc — qui a donné
l64- l-'ffiDiaCE DE LA XAIS:
Ml su . .... ... .-. ■ : .. ::.... ... .:.:.: t:
i - -- . .:.-.; — : : .- .- chanter et boire a. sa
,:e, exdîe chez Fo-S:.
AppoTEc:: - jêcrodiraz et mettez i feoMir),
Paorijîs, après ce mat, an 2.|aate :
La poodiigtte recrplie.
Ijc fijuBT esc dhier,
QpBSQQXu SKB. CSSt IEDSIE1L OSt m'ât- pSS EnSSOSIIIl f ?T tJSCÎlX,
-irépouul Famtire (parcfxSe et Ei ne nos indmms in
tmMkmem).
IjMsspe. tssm est termirié, les parents ofeent le
ca^ aos pontSŒrs «iajns rame amoerge. (E.)
165
Après renterrement, le Ct est xiàé à IookI, cm
en retire h. paille et on la hrûle; il en est ^
même de la baDe. (D.)
Si rentenement a lieu le matin, on k:ve les
draps du mœt dâ raprês-midi. (D.)
Vt-
T , ,
. ; ,. \
i "Évangile, (D.)
'. meurt qadqu^on dans vm vîQag^
du village, même non parents, slia-
biUent en ncùr le dimanche suivant et même pen>
dant deox ou trois dimand&es. (£.)
Les abolies sont mises en deuU.
Cf. poniir les diuàk k tfone H, p. 2S1, ^ ânes TmnSitimg ft
i66 l'homme de la kaissanxe a la mort
Le culte des morts est poussé très loin en
Haute-Bretagne; il s'y mêle peut-être plus de
peur que de véritable piété pour le souvenir de
ceux qui ne sont plus. D'après des récits qui sont
parmi les plus populaires, les morts se chargent,
au reste, de rappeler à ceux qui seraient tentés
de les oublier, les égards qui leur sont dus. On
trouvera de nombreux détails sur ce sujet dans la
série de contes intitulée les Morts qui se vengent,
t. h^y p. 253 et suiv., de mes Traditions et su-
perstitions.
J'ai, au reste, traité longuement dans un cha-
pitre spécial la manière dont les paysans envi-
sagent le rôle des revenants. Comme je n'ai, de-
puis, recueilli aucun détail important, je me
contente d'y renvoyer.
On voit encore près des éghses, ou dans un édi-
cule spécial du cimetière, quelques rehquaires où
sont exposés les os des morts ; il y en avait da-
vantage autrefois, et j'en ai vu disparaître plu-
sieurs, soit parce que le cimetière a été transféré
ailleurs, soit que l'usage est tombé en désuétude.
Je n'en ai point vu où, comme en Basse-Bretagne,
. les têtes de mort étaient placées dans une sorte de
boîte avec un trou en cœur et une inscription.
Cependant cet usage y a existé. M. Auguste
Lemoine m'écrit qu'à Saint-Briac (Ille-et-Vilaine),
il a vu des crânes enfermés dans des boîtes en
LA MORT 167
forme de lanterne, surmontées d'une croix. Elles
portaient des inscriptions comme : « Mons X icy
est crâne » (sic) ; ou « Cy le chef de X. » La
ienterne était ornée de filets bleus et la tête se
voyait par une ouverture carrée pratiquée sur la
façade. M. Lemoine m'assure avoir vu des boîtes
semblables à Ploufragan, au sud-ouest de Saint-
Brieuc, presque à la limite du breton et du fran-
çais.
Jadis, quand un cimetière était abandonné, on
transférait les ossements de ceux qui y avaient
été inhumés dans le nouveau cimetière ou dans
le reliquaire. J'ai entendu raconter à ma grand'-
mère que, lorsque Saint-Germain cessa d'être pa-
roisse, les habitants de Matignon y allaient en
procession à certains jours, aux Rogations, je
crois, et que chacun rapportait avec lui un osse-
ment, qui était déposé dans le reUquaire.
Certains cimetières, surtout ceux de la côte,
sont bien tenus, et les tombes sont ornées de
fleurs et de coquillages, mais il y en a d'autres
qui sont envahis par les ronces et les mauvaises
herbes.
V^*
DEUXIÈME PARTIE
LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET LES
USAGES
DEUXIÈME PARTIE
LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET LES
USAGES
CHAPITRE PREMIER
l'année
§ I. — l'année et les mois
,E vent qui règne les douze premiers jours
de l'année est celui qui souffle pendant
chacun des douze mois, janvier corres-
pondant au ler, février au 2, etc. Il en est de
même pour le brouillard. (E., P.) Ailleurs, le
temps qu'il fait les douze premiers jours est celui
qui sera toute l'année.
172 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
En Normandie, ce sont les douze jours après Koël (cf. Mél.,
t. I, col. 14, la note où est cité VAlmanach des laboureurs,
j68j')\ mais, dans la Suisse allemande Qiiél., col. 128), ce
sont les douze premiers jours de l'année.
On met du grain à chauffer sur la toumelte
(l'instrument qui sert à retourner les galettes); si
le grain saute, le blé sera cher l'année qui vient.
(E.)
Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 125), la veille de l'Epipha-
nie, on fait aussi sauter le blé ; mais c'est pour savoir quel sera
son prix pendant les douze mois de l'année.
Quand le coucou vient de bonne heure, l'année
est prime (précoce); quand il est en retard, les
récoltes ne mûrissent pas de si bonne heure. (P.)
Le grain vaut dans l'année autant de francs le
demeau que la caille répète son chant de fois.
Quand elle chante pendant la fenaison, c'est ce
que le foin vaudra. (E.)
Plus il y a de cailles, moins le grain est cher.
(E.)
Cf., pour les détails, mes Traditions et superstitions, t. II,
p. 156.
S'il tonne au commencement de l'hiver, c'est
signe de froid. (P.) Quand les pies font leurs nids
dans le haut des arbres, c'est un présage d'année
fience (mouillée). Lorsqu'elles nichent dans le
miHeu, l'année sera sèche. (P.)
Voici les dictons sur les douze mois :
l'année 173
Janvier pour la neige ;
Février pour les glaçons ;
Mar' pour la grêle ;
Avri' pour les bourgeons;
Mai pour l'herbe verte;
Juin pour les fenaisons ;
Juillet pour les œufs éclos;
Août pour les moissons;
Septemb'e pour les aquilons;
Octob'e pour les brouillards;
Novemb'e pour les grands russiaux (ruisseaux);
Décemb'e pour les frissons. (E.)
L'ancien mythe des mois considérés comme
entités et personnifiés par leurs attributs est, je
crois, oublié en Haute-Bretagne; mais, dans plu-
sieurs contes, il en reste une trace effacée.
Un conte inédit de ma collection met en scène
une fille simple d'esprit qui, ayant entendu dire à
son maître : Tel morceau sera pour Janvier, tel
autre pour Février, etc., les donne à un adroit
voleur qui se déguise chaque jour et prend un
nom de mois diftérent.
Dans Janvier et Février, 2^ série, no xlvi, le
premier est laboureur et Février tailleur; ils cour-
tisent la même fille, qui, indécise entre les deux,
va chez eux sous un déguisement. C'est Janvier
qui a la préférence, parce que, chez lui, il y a bon
feu et que tout y est en ordre.
174 ^E CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Dans un autre conte inédit, trois mois : Jan-
vier, Février et Mars, vont voir une jeune fille ;
les deux derniers sont l'un tailleur et l'autre per-
ruquier, et vantent leur richesse ; Janvier, qui est
laboureur, ne se vante pas tant et se chauffe dans
le coin du foyer. La mère de la jeune fille prend
des vêtements rapiécés, et va chez Mars ; il était
pauvre comme Job ; Février n'avait ni pain dans
sa huche ni feu dans son foyer; mais, quand elle
arriva chez Janvier, elle vit une maison bien en
ordre, avec un gros chien à la porte. Janvier était
dans le coin de son foyer, assis sur un banc, et,
du plus loin qu'il aperçoit la vieille, il lui crie :
« Venez vous chauffer, bonne femme, il fait bien
froid dehors. » C'est lui qui a la fille.
§ II. — LE CALENDRIER
Sous ce titre, j'ai rangé les fêtes des saints qui
ont lieu à jour fixe; parmi eux figurent ceux qui,
étant nés en Bretagne ou y ayant séjourné, sont
considérés par le clergé et par le peuple comme
des saints nationaux ; plusieurs ont donné leur
nom à des communes, possèdent des chapelles
l'année 17$
sous leur invocation, ou ^ont l'objet d'un culte
pour la guérison des infirmités. A côté de ces
bienheureux indigènes sont d'autres saints égale-
ment connus, auxquels se rattachent des particu-
larités analogues. Ce n'est point un calendrier
extrait des propres des diocèses de la Bretagne
française; si certains bienheureux ou certaines
fêtes figurent ici, c'est uniquement à cause de leur
popularité, des détails de mœurs, de culte ou de
superstition que le peuple y rattache. A près de la
moitié des jours de l'année, je n'ai point mis le
saint que lui attribuent les calendriers ecclésias-
tiques, parce que, à ma connaissance du moins,
les saints ne présentaient aucune particularité.
Au commencement de chaque mois, et à sa
date s'il y a lieu, j'ai mentionné les proverbes,
dictons et superstitions qui s'y rattachent.
Janvier le frileux.
Le bonhomme Janvier disait : « V'ià la pitié,
v'ià Janvier qu'arrive, qui vous fra chier dans
vot' fouyer, sapré bonne femme. » Feuvrier di-
sait : « Et ma (moi) dans le râtelier, et j'emplc-
nis mes feussés, et Mar' qui les essarde (es-
suie). » (E.)
Qiiand on met du fumier dehors en janvier.
176 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
on met une pièce de bête hors de son étable,
c'est-à-dire qu'il en crève une. (P.) Voir, pour le
dicton contraire, le mois d'août.
Neige de Janvier
Vaut du fumier. (E.)
i^r. Étrennes. — Il est d'usage d'aller souhai-
ter la bonne année. La personne qui entre em-
brasse chacun de ceux qui se trouvent à la mai-
son et dit : « Une bonne année je vous souhaite
et le Paradis à la fin de nos jours. » (E., M.) On
ajoute parfois à cette formule : « Quand j'arons
véqui (vécu) assez. »
— Je vous souhaite une bonne année, accom-
pagnée de plusieurs autres, et le Paradis à la fui
de vos jours, (E.) Ou : — Je vous souhaite une
bonne année, une bonne santé, accompagnée de
plusieurs autres. (E.)
On dit en plaisanterie :
Je vous souhaite bonne année,
Et la foire toute l'année,
Et la santé des bouyaux
Jusqu'au dimanche des Ramiaux. (E.)
La personne embrassée répond : « Et à vous
pareillement. »
A la campagne, la procession des souhaiteurs
dure toute la journée ; jadis, les enfants, — sauf
l'année 177
ceux des personnes riches, — allaient dans presque
toutes les maisons, et ils disaient :
J'vous souhaite une bonne année couleur de rose,
Fouillez dans vot' poche et me donnez qué'qu' chose.
3. Sainte Geneviève (Genevieuve). — Beau-
coup de paysans croient que cette sainte est non
la patronne de Paris, mais Geneviève de Brabant,
dont l'imagerie et le colportage ont popularisé la
légende.
6. Epiphanie ou Jour des Rois. — A Dinan,
le jour des Rois, des jeunes gens vont réciter la
Vie d'Hérode (en vers) ; il y a un imwcent qui re-
présente les enfants juifs, et on fait mine de lui
couper le cou avec un sabre de bois. Cet usage
tombe en désuétude. Je n'ai pu m'en procurer le
texte. Au siècle dernier, J.-B. Huart imprimait à
Dinan : « La Vie et l'adoration des trois rois, qui
se joue par personnages, et le Massacre des Inno-
cents, qui se joue par personnages, » pet. in-12
de 28 pages, 1751.
Cf., sur ce livret et quelques autres analogues, Paul Sébillot,
De quelques Inres populaires imprimés à Dinan {Revue de Bretagne
et de Vendée, sept. 1884).
C'est le jour de l'Epiphanie, ou, quand la fête
tombe un jour non férié, le dimanche qui le suit,
que les jeunes gens vont se faire pren're ou pen're,
c'est-à-dire qu'ils vont voir les filles pour savoir
12
lyS LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
s'ils doivent sérieusement leur faire la cour. Ce
jour-là, la maison est remplie de galants; mais ils
ne viennent pas de bonne heure, parce que cha-
cun espère arriver le douzième; c'est, en effet,
celui qui entre le douzième à la maison qui est
sûr d'épouser la fille.
Cf., sur cet usage, la page 90 du présent volume.
17. Saint Antoine, patron des cochons.
Tu vas de porte en porte
Comme le pourcc (porc) de saint Antoine. (P.)
Une chapelle dédiée à ce saint, en Musillac, est
un but de pèlerinage. En la commune de Saint-
Melaine (Ille-et-Vilaine), ont lieu autour d'une
chapelle dédiée à saint Antoine une foire et une
assemblée très fréquentées.
(Orain, p. 28S.)
Sur saint Antoine et son cochon, cf. mes Petites légendes chrc-
i'unves, dans la Revue de l'histoire des religions, 1S85, p. 61-62.
23. Sainte É:.iÉp AN TIENNE.
Sainte Émérance,
Qui guérit du mal de ventre.
A la chapelle de Saint-René-en-Évran est une
statue de sainte Emérance devant laquelle on
allait dire des prières pour guérir les enfants du
mal de ventre. Il y en a une autre au Quicu qui
a la même vertu.
L ANNÉE 179
25. Conversion de saint Paul. — CeuK qui
naissent ce jour-là « pansent du v'iin », c'est-à-
dire guérissent les personnes mordues par les
reptiles, et peuvent les toucher sans en être mor-
dus. (E.)
29. Saint Gildas donne son nom à deux
communes. A Saint-Gildas-des-Bois, pèlerinage
pour la guérison de la folie.
Février (Feuvérier, Fuvrier).
Février le plus court,
Le pire de tous. (D.)
Le mois de février
Fait chier la veille (vieille) au fouyer. (E.)
— Feuvrier emplit les foussés (fossés) et Mar'
les essarde (essuie). (E.)
Plée en feuvrier
Vaut du fumier.
On appelle février le mois des amoureux : au
temps jadis, Février alla faire la cour aux filles,
et il perdit deux jours. (P.)
Cf., sur la personnification des mois, les pages 173 et 174 du
présent livre.
2. La Chandeleur. — On bénit des cierges,
qu'on allume quand il fait de l'orage, quand il y
a un malade, etc.
l8o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Même croyance en Franche-Comté (cf. Mél., col. 346) et en
beaucoup d'autres pays.
Si on mène les vaches dans les prés après la
Chandeleur, il n'est point de fain (foin). (E.) Il
est d'ailleurs spécifié dans les baux à ferme que
les bestiaux ne pourront aller dans les prairies
après le 2 février.
Quand la Chandeleur est claire,
L'hiver est en arrière ;
Quand elle est trouble.
L'hiver est dans la douve. (D.)
Les mariages de la Chandeleur n'ont pas de
chance. (E., P.)
5. Sainte Agathe. — C'est le jour où l'on
sème les fèves, ou du jour Saint-Claude au jour
Sainte-Agathe. (E.)
En Picardie, ce sont les pois qu'on sème à cette époque (cf.
Mél., col. 72).
La chapelle de Sainte-Agathe en Langon est
un but de pèlerinage où se rendent surtout les
nourrices atteintes de maladies au sein, pour les-
quelles elles invoquent la sainte, qui, suivant la
légende, eut les mamelles coupées et fut miracu-
leusement guérie.
(Joanne, Bretagne, p. 462.)
9. Sainte Apolline, invoquée contre le mal
de dents. Il y a une chapelle de ce nom à Triga-
l'année 1 8 1
vou; la graine Je jusquiame, connue sous le nom
d'herbe de sainte Apolline, fait passer les maux
do dents.
II. Saint Didier. — Une commune de l'Ille-
et- Vilaine porte le nom de cet évêque de Rennes
au VII^ siècle, « L'emplacement de son oratoire
se voit encore au milieu des bois, et l'on s'y
rend chaque année à la chapelle de Notre-Dame-
de-la-Pénière , pour obtenir la guérison de la
licvre. )>
(Orain, p. 287.)
14.
Mi-feuvrier,
Jour entier.
22. Saint Pierre d'Antioche. C'est le jour
de la montée du dard, qui va au rebours de l'eau
pour frayer. (E.)
Mar' le hâleux.
Le mois de mars, consacré à saint Joseph, est
appelé le mois des cocus. (P., E., M.)
Ceux qui sont du mois de mars sont entêtés et
rabâtous, c'est-à-dire radoteurs et grognons. (P.)
Mar* o (avec) ses martiaux,
Avri' do ses coutiaux. (M., E.)
l82 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Mar' tue,
Avri' qu'écorclie
Et Ma' qu'emporte. (D.)
Queu mar'
Queul aô (août). (P.)
Quel mar'
Quelle batte (temps pour la moisson). (P.)
Blé en mar'.
Gelée en mai.
Amènent le blé au balai. (P.)
Mar' se (sec),
Avri' cru (mouillé),
Mai chaoud
Amènent le blé au mas d'aoû. (P.)
Il ne faut pas aller regarder son grain dans les
champs avant le premier dimanche de mars, car
il serait exposé à ne pas pousser.
Autant de hcrouées (bruines) en mars,
Autant de gelées en mai. (E.)
Les mêmes jours.
5 . Saint Jacut. — Trois communes portent
le nom de ce saint : Saint-Jacut (Morbihan) Saint-
Jacut-du-Mené, Saint-Jacut-de-k-Mer (Côtes-du-
Nôrd); les habitants de cette commune, connus
sous le nom de Jaguens, sont les héros d'histoires
cocasses.
l'ai publié sur les Jagueus une trentaine de contes (Conics po-
l'année 183
piilaires, i'« série, n°' xxxvii, xxxviii, xxxix; Llitcralure orale ih
la HatiU-Brelarne,'Tp. 253 ; Contes des marins, no' xxxi-xxxix ;
Gargantua, dans les Traditions populaires, p. 31, 71, 89; les
Joyeuses histoires des Jaguens, collection de 1 1 contes, dans Méhi-
siue, t. II, col. 464-475).
19. Saint] Joseph. — C'est le jour de la fête
de ce saint que les oiseaux des champs se ma-
rient. (E.)
21.
S'il fait beau temps,
Quand mar' a vingt iuucs nés (nuits),
Prenez garde es vênés,
Notre-Dame arrive,
Qui les rejette o' 1' pied. (P.)
Il ne faut pas aller chercher de l'eau après la
nuit close, car elle serait vcnimouse. Les vênés sont
les jours depuis le 21 jusqu'au jour Notre-Dame.
(P.)
25. Annonciation. — Si les grenouilles chan-
tent avant le 25 mars, elles retardent leur chant
d'autant de jours qu'elles l'ont avancé.
Avril.
Mar' o SCS martiaux,
Avri' do ses coutiaux. (M., E.)
Avri' do ses coutiaoux,
Écorche vache et viaoux. (H.)
lS4 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Fret avri',
Chaud maï
Amènent le blé au balaï. (P.)
Avril frais, mai chaud,
Emplit le grenier jusqu'au haut.
En avri'.
Tout oisé fait son nid.
Excepté la caille et la perdri'. (P.)
Avri'
Ne s'en va pas sans épi. (P.)
Mar' tue,
Avri' qu'écorche
Et ma' (mai) qui l'emporte. (P.)
N'y a si genti' avri'
Qui n'ait son chape d'grési'. (P.)
i^"". — Le ler avril, il est d'usage d'attraper les
gens, et, quand la farce a réussi, on crie à la
dupe : « Poisson d'avril! Poisson d'avril! » On
envoie les enfants et les naïfs demander chez les
voisins un objet impossible, comme par exemple
la corde à tourner le vent, ou la pierre à faire
couler la courée (chorée) des cochons. Si celui
qu'on a essayé de tromper a été pris, lorsqu'il
revient, on court au-devant de lui avec une poêle
à frire, on dit qu'on va fricasser le poisson et
l'on fait mine de le mettre dans la poêle. (P.)
Il faut planter les pommes de terre le premier
jour du croissant d'avril ou de mai.
L* ANNÉE I8S
15-
A la mi-avri',
Le blé est en épi. (E.)
Si, après la mi-avril, on mange des pommes
Je terre, elles germent dans le ventre. (P.)
2?. Saint Georges. — Plusieurs communes
portent le nom de ce saint. Il guérit le mal qui
porte son nom et qui consiste en des pourritures
sur la figure. On se lave à l'eau de sa fontaine. (P.)
S'il pleut le jour Saint-Georges, il n'y a pas de
fruits à coques, c'est-à-dire à noyaux. (E.) Quand
il pleut le jour Saint-Georges, il n'est point de
fricot. (E.) Le jour Saint-Georges, si on foit des
citrouilles, i' viennent greusses (grosses) comme
des ragoles ou chênes d'émonde. (E.)
Le jour Saint-George,
Il faut faire de l'orge. (E.)
25. Saint Marc. — On fait, en lUe-et-Vilaine,
une procession pour faire crever les langonsses ou
langoutes, sortes de mouches noires qui, jadis,
étaient grosses comme des têtes de cheval et qui,
maintenant, depuis qu'on fait la procession, sont
devenues toutes petites. (E.)
La même procession a lieu en Nivernais pour le même motif.
A la Saint-George,
Bonhomme sème l'orge;
l86 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
A la Saint-Mar*,
Il est trop tard. (E.)
C'est le 2) avril que les journaliers commencent
à prendre leur déjeûner de dix heures. (E.)
A la Saint-Mar',
Le cocu (coucou) est à l'épinard (à l'épine);
A la mi-avri',
S'i' n'est point v'nu, i' n' peut v'ni'. (P.)
28. Saint Vital. — La commune de Saint-
Viaud est dédiée à ce saint ; son nom en est vrai-
semblalement une corruption. « Le rocher sur
lequel s'était retiré saint Viaud, selon la tradition,
est connu dans le pays sous le nom de la Pierre
Cantin. On prétend que ce saint y a laissé l'em-
preinte de SQS pieds, de sa tête et de son bâton.
On y fait de nombreux pèlerinages. » (Ogée.)
Mai (Ma, Maï, Moue).
Les gelées de moue
Emportent le robinet. (P.)
Les mariages de mai ne sont point chanceux.
(M., E.)
Les filles qui tettent pendant deux mois de mai
seront d'une complexion amoureuse. (P.) Les
chats de mai sont mangés par leurs parents. Les
l'année 187
geais de mai ne réussissent point : on dit qu'ils
chèyent du ma' cadti' (M.), c'est-à-dire de l'cpilepsic.
ler. Saint Philippe.
Quand il pleut le jour Saint-Philippe,
Il n'est ni tonneau ni pipe. (E.)
C'est le ler mai que les sorciers peuvent souti-
rer le beurre et gâter le grain. (E.)
Il en est de même dans le Morbihan (cf. Mél., t. I*"", col. 73).
En mai, il y a des jours qu'on appelle les Tré-
coles (E.), les Tricoles ou les Étricotes (P.); ce
sont ou les trois premiers jours du mois, ou les
trois plus près du milieu, on les trois derniers du
mois. Il y a des gens qui n'ensemencent pas ces
jours-là : le grain semé serait trècoU, c'est-à-dire
rabougri et bossu; le père de ma conteuse ayant
semé du blé noir un de ces jours-là, son blé fut
trécolé. On se garde aussi de mener ces jours-là
une vache au taureau ; le veau qui naîtrait serait
tortu ou bossu. (E.) Dans les environs de Mon-
contour, les étricotes sont seulement les trois
premiers jours de mai.
Cf. Romaiiia, t. III, p. 294.
L'usage des mais subsiste encore en plusieurs
pays de l'IUe-ct-Vilaine ; si on n'en met pas de-
vant la maison d'une jeune fille, c'est signe
qu'elle n'est pas aimée ou que sa vertu est soup-
l88 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
çonnée. On les appelait jadis indifféremment des
mais ou des verts. (E.)
En Berry, on ne plante de jolis mais que pour les honnêtes
filles. (Cf. Laisnel de La Salle, t. II, p. n ; cf. aussi sur les
mais, Monnier, p. 283, 295, 306.)
Quand on plante les mais, il faut que la per-
sonne devant qui on les place ne le sache pas. Le
mai doit être en épine blanche, sans fleur ni bou-
ton; s'il y avait dedans des fleurs, cela voudrait
dire que la fille n'est plus vierge.
Il y a, au sujet des mais, une sorte de langage
des fleurs : le thym veut dire putain; les choux,
vilaine vache; le cherfcu (chèvrefeuille), ma chère
fille, etc. (E.)
Vers Iffiniac et Laugueux, si on veut faire
affront à une jeune fille, on plante devant sa
porte, au lieu d'un mai, un bonhomme de terre
difforme et pétri grossièrement.
Jadis, il y avait des jeunes gens qui passaient
la nuit du 31 avril au i^r mai à aller chanter des
mais; on leur donnait des œufs; voici une de
leurs chansons :
Voici le mois de Moua,
Le mois que l'vert boutonne,
Et que chaque amant
Y va voir sa mignonne.
En lui disant :
Ma mie, voilà de quoi
A l'arrivée du mois de Moua.
l'axxée 1 89
Entre vous, bonnes gens.
Qu'avez des boeufs, des vaches,
Lev'ous de grand matin,
M'nez-lcs au pâturage,
r vous donneront
Du beurre aussi du lait
A Tarrivée du mois Mai.
Madame de ciant,
Qui êtes maîtresse des filles,
Faites-les se lever promptement,
Qu'ils s'habillent.
Nous leur passerons
Des anneaux d'or au doigt
A l'arrivée du mois de Moua.
Entre vous, bonnes gens,
Qu'avez de la poulaille,
Mettez la main au nid ;
N'apportez pas la paille,
Apportez d's œufs dix-sept o bien dix-huit,
Mais n'apportez pas de pourris.
Apportez-en seize o bien dix-sept,
Mais n'apportez pas de poulettes.
Si vous donnez des œufs.
Je prierons pour la poule.
Je prierons l'bienheureux saint Nicolas,
Que la poule mangerait le renâ (renard).
Si vous donnez d' l'argent,
Je prierons pour la bourse.
Je prierons le bonhomme saint Miche,
Que la bourse se remplirait.
igO LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Si vous n'ez ren à nous donner,
Donnez-nous la sen'ante ;
Le portons de panier
Est tout prêt de la prente.
r n'en a pas, il la voudrait teni'
A la sortie du mois d'avri'.
r n'en a pas, il en voudrait pourtant
A l'arrivée du doux printemps.
(Environs de Moncontour.)
19. Saint Yves, patron des avocats, est encore
très vénéré en Haute-Bretagne.
Lorsque deux individus ont une contestation
pour une chose grave et qu'ils ne peuvent se
mettre d'accord, l'un d'eux jette un sou par terre
devant l'autre, pour l'ajourner devant saint Yves
de Vérité. Celui qui a menti ou qui a tort meurt
dans l'année. Cet ajournement est encore usité
assez fréquemment. (P.)
« Dans quelques cantons des Côtes-du-Nord,
les personnes qui ont à se plaindre d'un débiteur
font dire une messe à saint Yves. Par ce moyen,
leur argent leur est, disent-ils, rendu dans l'an-
née ou le débiteur meurt. »
(Habasque, t. 1", p. 88.)
u En l'adjurant avec certaines formxiles, dans sa mystérieuse
chapelle de Saint-Yves-de-Vérité, contre un ennemi dont on est
victime, en lui disant : u Tu étais juste de ton vivant; montrc-
« que tu l'es encore, » on est sûr que l'ennemi mourra dans
l'année. » (Renan, Souvenirs d'evfance, dans la Revue des Deux-
Mondes, 15 mars 1876, p. 244.)
l'année 191
Juin.
Juin
Ne va pas sans son grain.
8. Saint Médard. Plusieurs communes portent
e nom de ce saint pluvieux.
Quand il pleut le jour Saint-Médard,
Il y a des russes (navettes sauvages) dans le blé noir.
Le premier vendredi de juin se nomme le « ven-
Iredi blanc », et le samedi qui le suit le « samedi
'■iicrnè (grené) », d'où le dicton suivant qui s'ap-
)lique au blé noir :
Faut semer,
C'est vendredi blanc et samedi guerné.
La première semaine de juin se nomme « la
.emaine blanche ». (P.)
II. Saint Barnabe. — On plante les navets
le quarante jours; (E.) mais il faut bien se gar-
ler de semer du blé noir ce jour-là. (P.)
13. Saint Antoine de Padoue fait retrouver
es objets perdus.
17. Saint Hervé est représenté avec un loup
ians la chapelle de Notrc-Dajne-du-Haut, près
vioncontour, allusion à un épisode de sa légende.
192 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
21. Saint Méen. — Une commune d'ille-et-
Vilaine porte le nom de ce saint. « Sur les bords
de la forêt de Broceliande, dans le voisinage de
Gael, saint Méen fit jaillir du sein d'une terre
aride la source miraculeuse encore aujourd'hui
vénérée. Elle est d'un grand renom pour la gué-
rison d'une lèpre qui couvre la tête des enfants
au berceau. »
(Baron Dutaya, Broceliande, p. 64.)
22. Saint Aaron (Èran). — Une commune
des Côtes-du-Nord porte son nom ; mais on évite
de donner ce nom à aucun enfant, car l'on assure
qu'il ne vivrait pas.
24. Saint Jean. — Dans plusieurs cantons,
c'est l'époque où ont lieu les déménagements;
C'est aussi le moment où les domestiques entrent
en condition, ou quittent celles qu'ils ont.
Dans la Haute-Bretagne, la Saint-Jean est célé-
brée par des feu.K de joie, qu'on appelle rieiix ou
raviers. Cet usage, pourtant, n'est pas absolument
général; en Ille-et- Vilaine, je connais des com-
munes où l'on n'allume pas de feux de joie, bien
que le patron de la paroisse soit saint Jean
(exemple : Ercé-près-LifFré). Cette coutume y a
cessé, il y a quarante ans environ.
Mais dans ces communes, de même que dans
nombre de pa3^s de l'Ille-et-Vilaine et des Côtes-
l'axnée 193
clu-Nord, il est d'usage, la veille de la fête, de
« tirer les chieuves », ou de « tirer les joncs ».
Voici comment on s'y prend : on pose sur un
trépied un bassin de cuivre dans le fond duquel
on met une clé, et qu'on arrose avec du vinaigre
ou du cidre aigri ; on tend dessus des joncs qu'on
fait raidir comme les cordes d'un instrument et
on passe les mains sur ces joncs avec un mouve-
ment de va-et-vient analogue à celui d'une per-
sonne qui tire (qui trait) les chèvres. C'est de là
sans doute que vient l'expression. Au bout de
quelque temps, la vibration se transmet du jonc
au bassin et produit un son qui a quelque ana-
logie avec celui de la vielle, et qui, bien que
doux, s'entend de fort loin. Ailleurs, on « tire
les chieuves » quelque temps avant d'allumer le
rieu ou feu de joie. (D.) Parfois, on tire les
chieuves en plusieurs endroits diiférents de la
même commune, et l'éloignement produit des
différences de son très agréables.
L'usage de tirer les chèvres existe en Basse-Bretagne (cf. Sou-
vcstre, Derniers Bretons, t. 1'='^, p. 12).
Souvent, il y a dans une même commune plu-
sieurs feux de joie ; le bois est fourni par les dons
volontaires; c'est ordinairement des glanes (fa-
gots) d'ajoncs ou de bruyères. Celui qui se per-
mettrait de détourner un de ces fagots commet-
trait une grande faute ; d'après une des versions de
13
194 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
V Homme de la lune, le fagot que celui-ci porte est
un fagot volé à un feu de joie.
Le bois est amoncelé autour d'une perche ; en
haut, il y a un bouquet, parfois une couronne
qui est attachée au haut de la perche par plusieurs
brins de jonc. Il est ordinairement fourni par une
personne qui se nomme Jean ou Jeanne ; c'est tou-
jours un Jean ou une Jeanne qui allume le feu. A
ce moment, on crie en hoiipant, et l'on répond des
collines voisines où se passe la même cérémonie.
Pendant que le feu brûle, on danse des rondes
tout autour en chantant; mais, à ma connais-
sance, il n'y a pas de chanson spéciale. Quand il
ne reste plus que des tisons, on s'amuse à sauter
par-dessus le feu. Je n'ai jamais ouï dire qu'on
menât les bestiaux par-dessus le brasier. (D.)
Les feux de la Saint-Jean existent dans la plupart des provinces
de France. (Cf. Monnicr, p. 208 ; dans la Beauce, cf. Morin, p. 27.)
Quand on va aux feux de la Saint-Jean et de
la Saint-Pierre, on en rapporte des tisons, et,
quand il tonne, on leur dit :
Tisons de Saint-Jean et de Saint-Pierre,
Garde-nous du tonnerre,
Petit tison.
Tu seras orné de pavillon. (S.-C.)
La croyance à la vertu protectrice des tisons de la Saint-Jean
est très répandue en France. (Cf. Guerrj', Usages duPoitou, p. 43 1 ;
Morin, p. 27 ; Souvestre, Derniers Bretons, p. 12.)
l'année 195
On jette aussi des tisons de ]a Saint- Jean dans
les puits pour rendre l'eau meilleure.
Voici une explication de l'origine des feux de
la Saint-Jean. Au temps où saint Jean était pâ-
tour, il allumait pendant la nuit des feux pour
préserver son troupeau des loups. (P.)
Le jour Saint- Jean,
S'il pleut, la pluie
Fait la noisette pourrie. (E.)
— A la Saint-Jean,
Cocu, va-t'en.
— Donnez-moi cinq jours d'agîer (de plus),
A la Saint- Jean je m'en irai. (P.)
A la Saint- Jean,
Qui voit une pomme en voit cent.
A la Saint- Jean,
Le cavalier voit les pommes en courant.
La fleur de sureau se cueille la veille de la
Saint-Jean. (P.)
Les poulets mis à couver le jour de la Saint-
Jean sont plus beaux que les autres, et ils pro-
fitent mieux. (E.)
26. Saint David. — Dans la fontaine de Saint-
David en Landébia, près Plancoët, on plonge les
jeunes enfants pour leur donner des forces.
29. Saint Pierre et saint Paul. — Dans les
pays dont le patron est saint Pierre, il y a un feu
196 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
de joie qui remplace celui de la Saint-Jean; il y a
toutefois des communes où les deux feux ont lieu
chacun à son jour. En lUe-et- Vilaine, c'est le jour
Saint-Pierre qu'a lieu la foire aux domestiques.
Juillet (Juilé).
Juilé
Ne s'eu va pas sans son tourte. (P.)
(C'est-à-dire sans son grain mûr.)
ler. Saint Lunaire. — Il y a une commune
de ce nom. En passant au Décollé, pointe dange-
reuse entre Saint-Lunaire et Saint-Briac, les ma-
rins disent :
Saint Lunaire,
Préservez-nous du naufrage en mer. (S.-C)
La fontaine de Saint-Lunaire, au bourg du
même nom, est aussi un lieu de pèlerinage pour
la guérison des maux d'yeux. « Les pèlerins qui
viennent à Saint-Lormel, près Plancoët, invoquer
saint Lemaire pour la guérison des yeux se lavent
la- partie malade avec l'eau d'un puits placé sous
la chaire. » (Ogée, art. Saint-Lormel.) Au Quiou,
canton d'Evran, saint Lunaire est aussi invoqué
contre les maux d'yeux. La spéciahté de ce saint
L ANNEE 197
vient vraisemblablement d'un calembours; entre
Lunaire et Lunette.
13. Saint Thuriau ou Thuriol. — Il y a une
commune de ce nom.
A la Saint-Thuriau,
Sème tes naveaux (navets). (P.)
14. Saint Bonaventure, fête des tessiers ou
tisserands.
20. Sainte Marguerite est invoquée par les
femmes en couches. Elle préserve les enfants de
la piqûre des v'iins (serpents). (D.) On l'invoque
aussi pour faire dormir les enfaitits.
22. Sainte Madeleine.
A la Madeleine,
La faucille à l'aveine.
26. Sainte Anne.
A la Sainte-Anne,
Faut faire des naviaux ;
r viennent gros comme on les demande. (E.)
On va en procession à la fontaine Sainte-Anne,
près Gevezé (Ille-et-Vilaine), pour avoir de la
pluie, et on plonge dans l'eau le pied de la croix.
(Communiqué par M. Bézier.)
Jadis, ou faisait la même chose à la fontaine Saint-Martin, prés
Niort, et à la fontaine de Saint-Grés-en-Champ-Saint-Père
198 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
(Vendée), près de laquelle s'élevait jadis un menhir (Desaivre,
Cro-jances, p. 7); en Eure-et-Loir, en 1870, une procession
plongea les croix dans k. fontaine de Champrond. (Cf. A. -S. Mo-
rin, p. 99.)
Si les abeilles essaiment le jour Sainte- Anne, il
y a un cierge dans le milieu des ruches. C'est la
ruche du roi. Si elles cssament un jour consacré à
la Vierge, les railes sont en croix, et c'est la
ruche de la reine. Si on les fait périr, les autres
périssent aussi. (E.)
Le jour Sainte- Anne est un jour peu chanceux;
il ne faut ni charruer ni grimper dans les arbres ;
car on serait exposé à des malheurs. (E.)
Outre le pèlerinage de Sainte-Anne-d'Auray,
il y a à Sainte-Anne-du-Rocher, près Dinan, un
autre pèlerinage assez fréquenté.
A Pommeret, on fait ce jour-là une procession
de filles ou de femmes; on prétend que les filles
y disent, en guise de litanie :
Sainte-Anne des Ponts-Garniers, dites-nous,
Y ara-t-i' des hommes pour tous ?
Ce à quoi répond une bonne femme trois fois
veuve :
Pour mé, j'en ai vu trée,
Ma part en est lichée. (P.)
31. Saint Loup. — Il guérit du mal saint-
Loup, c'est-à-dire de la peur.
l'année 199
Saint-Germain. — Il y a en Haute-Bretagne
cinq communes de ce nom. A la fontaine de
Saint-Germain-de-la-Mer, on porte les enfants
qu'on plonge dans la fontaine qui lui est dédiée.
Août (Au, Ahout).
Queu mar',
Queul aô (août). (P.)
Si le mois d'août est beau, c'est signe que le
prochain hiver sera bon. (E.)
Les enfants nés dans ce mois sont rabatoux,
querellous et chicanous, (P.) Si on se marie en
août, on a des enfants paresseux. (D.)
Quand on met du fumier hors de son étable
en août, on met une pièce de bête de plus dans
son étable. (P.)
2. Saint Uniac. — A peu de distance du
bourg de ce nom est une fontaine qui porte le
nom de fontaine Saint-Uniac, ou de fontaine aux
Galeux. L'eau en est excellente, et on y va en pè-
lerinage.
5. Notre-Dame des Neiges. — S'il n'y a pas
de nuages au ciel le jour Notre-Dame des Neiges,
il n'y aura pas de neige l'hiver qui vient et il sera
doux (E.) ; s'il s'élève du vent et que le ciel soit
200 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
nuageux, le prix du grain monte d'autant plus
que le ciel aura été couvert ou le vent fort. (E.)
6. La Transfiguration. — S'il vente bien
dur le jour de la Transfiguration, le grain sera
cher; s'il vente doux, c'est signe qu'il sera bon
marché. (E.)
10. Saint Laurent. — On dit à celui qui a
pris votre chaise :
Donne-moi ma place.
— A la Saint-Laurent,
Qui quitte sa place la reprend.
Le jour Saint-Laurent, il fait très chaud, et
l'on peut se risquer à quitter sa place sans crainte
de la perdre. (V. Saint-Hubert.)
A la Saint-Laurent,
Faut mett'e les petits viaux blancs (veaux de l'année)
En champ. (E.)
Après la Saint-Laurent, les abeilles n'essaiment
plus. (E.)
15. Assomption ou Fête Notre-Dame. —
Quand il pleut le jour Notre-Dame, il pleut jus-
qu'au 8 septembre, autre fête de la Vierge : —
Comme o 'prend le temps (Notre-Dame), o le
laisse. (P.)
16. Saint Roch guérit de la chîasse (dyssente-
l'année 201
rie) ; au pèlerinage, on fait dire des messes et on
fait des offrandes.
17. Saint Armel. — « On rencontre à la sor-
tie du bourg de Loutehel une fontaine vénérée,
Paris-le-Pays, et ornée d'une statue de saint Ar-
mel. «
(Orain, p. 407.)
Commune de Saint-Armel, canton de Cliâ-
teaugiron, il y a non loin du bourg une fontaine
que saint Armel, dit la tradition, fit jaillir de terre
en une année de sécheresse. Une statue du saint
est placée dans le mur de cette fontaine. Du
16 août au 8 septembre, on y va en pèlerinage
par un mauvais chemin qu'on appelle le Chemin-
Pavé.
« A Radenac (Morbihan français) est la fontaine
de Saint-Armel ; on y porte les enfants qui com-
mencent à marcher, afin que, par la vertu de ses
eaux, ils obtiennent de se tenir solidement de-
bout. «
(Ogée, art. Radenac.')
22. Saint Symphorien. — Saint Symphorien
préserve les moustrons gares (pinsons) de la foire.
Il y a une commune de ce nom.
« A Gael, une fontaine merveilleuse, dite de
Saint-Symphorien, a, dit-on, le privilège de gué-
rir de la rage. »
(Orain, p. 407.)
202 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
24. Saint Barthélémy.
La plée d'où
Donne miel et moû (mouton);
A la Saint-Barthélémy,
I' n'en faut fite (plus). (P.)
La pluie d'août fait fleurir les blés noirs, qui
grainent bien et dont les abeilles sucent les fleurs.
30. Saint Fiacre. — A la Saint-Fiacre, les
jardiniers font un bouquet composé de carottes,
de choux, d'oignons et àe porée. (E.)
A Guenroc, il y a un Saint-Fiacre qui guérit
de la colique.
Septembre le battoux.
jer. Saint Gilles guérit du mal qui porte son
nom, la peur. A Saint-Gilles-du-Mené, on con-
duit les enfants pour les préserver de la peur. (P.)
8. Sainte Brigitte donne du lait aux nour-
rices.
II. Le point où est le vent le jour de la foire
de Montbran, il y est les trois quarts de l'année.
(M.) Cette foire, qui se tient sur un tertre élevé,
a lieu le 1 1 septembre.
14. Le 14 septembre a lieu le petit oûté (été) ;
on croit, à Médréac, qu'il fait toujours beau ce
l'année 203
jour-là. A Saint-Cast, un autre été qui a lieu
vers cette époque s'appelle VOcraquelin, nom
dont le sens m'échappe.
15-
A la mi-septemb'e,
Le jou' et la net vont ensemb'e. (P.)
17. Saint Lambert est invoqué pour la santé
des cochons. (P.)
20. Saint Eustache.
Saint Eustache
Qui de tous maux détache.
« La chapelle de Saint-Eustache en Teillay
réunit un nombreux concours de pèlerins aux
fêtes de la Saint-Jean et de la Pentecôte. »
(Goudé, Lég. du pays de Châteaiilriant , p. 57.)
29. Saint Michel. — Plusieurs communes
portent le nom de ce saint. Le jour Saint-Michel
est le terme de paiement pour une grande partie
des fermes dans les Côtes-du-Nord.
Tous dehors, la Saint-Michel est venue. (P., D.)
On dit cela aux enfants pour les faire sortir,
puis on ferme la porte sur eux, ou aux hommes
pour leur dire qu'il est temps d'aller à l'ouvrage.
30. Saint Jérôme.
Le lendemain est Saint-Jérorae,
Faut de l'argent à l'homme. (P.)
204 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Octobre.
ler. Saint Suliac. — Une commune de l'Ille-
et-Vilaine porte le nom de ce saint, auquel on
fait des neuvaines pour les fièvres. Il préserve
aussi les animaux des épizooties.
Sur la légende de Saint-Suliac, cf. M''"'^ de Cerny, Saint-Sti-
liac et ses légendes, p. 13.
3. Sainte Blanche guérit du mal blanc, sorte
de pourriture aux doigts. Il y a à Saint-Cast une
chapelle en ruine dédiée à sainte Blanche ; on y
vient en pèlerinage d'assez loin. Cette sainte
Blanche est l'héroïne de légendes que j'ai rappor-
tées dans mes Petites légendes chrétiennes, publiées
dans la Revue de l'histoire des religions, 1885,
P- 51-53-
9. Saint Denis. — A la Saint-Denis, là où lè-
vent se couche le soir, les trois quarts de l'année
il est. (E.)
A la Saint-Denis,
Tout soitier s'allie ;
A la Saint-Simon (28),
Faut mett' en limon.
On appelle soitiers les petits cultivateurs qui
s'associent plusieurs ensemble pour les labours.
l'année 20$
A la Saint-Denis,
Il y va le père et le fils ;
A la Saint-Simon,
La mère et la fille y vont.
Cela se dit en parlant des objets de commerce
exposés des foires tenues à ces deux époques.
25. Saint Crépin. — Le jour Saint-Crépin,
patron des cordonniers, les cordonniers, dans
les petites villes, font dire une grand'messe, qui
est suivie d'un repas fait avec l'argent ramassé
tout le reste de l'année pour servir à cette fête.
C'est en parlant de ce jour-là qu'on chante la
chanson :
Le jour Saint-Crépin,
Mon amin.
Les cordonniers se frisent
Pour aller voir Catin
Qu'a brûlé sa chemise. (P.)
Octobre à ta fin,
J'avons la Toussaint au matin. (P.)
Quand octob'e prend fin,
La Toussaint est au matin. (D.)
Quand octob'e prend fin,
Onze jours après j'avons la Saint-Martin. (P.)
206 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Novembre.
ler. Toussaint.
Telle Toussaint, tel Noël.
Si l'on va faire la cour à une fille le jour de la
Toussaint, on ne la revoit plus vivante. (D.)
On dit que les âmes des ancêtres reviennent le
jour de la Toussaint. (S.-C.)
2. Commémoration des Morts. — On assure
que la nuit entre la Toussaint et le jour des
Morts l'église est illuminée, et que les défunts as-
sistent à une messe nocturne célébrée par un
prêtre fantôme. (S.-C.)
Cf. mes Traditions et superstitions, t. I^"", p. 225, et La Mort en
voyage, dans Archivio per leTradi:{ionipopulari, 1885, p. 421-433.
J'ai connu un pays où, pendant toute la se-
maine des Morts, bien peu de personnes osaient
sortir de chez elles après la nuit close, de peur
de « voir » quelque défunt. Il me fut impos-
sible d'avoir des conteurs, bien que j'eusse
offert de les reconduire moi-même jusqu'à leur
porte. La semaine passée, ils revinrent en foule,
et quelques-uns d'entre eux m'avouèrent qu'ils
avaient peur de sortir avant la semaine écoulée.
(S.-C.)
l'année 207
3. Saint Hubert.
A la Saint-Hubert,
Qui quitte sa place la perd.
Le jour Saint-Hubert, il fait ordinairement
froid, et il n'est pas prudent de quitter la place
qu'on occupe auprès du foyer.
On assure que tous les chiens enragés se rendent
au pied d'une statue de saint Hubert placée dans
l'enceinte du fort La Latte en Plévenon.
6. Saint Quay donne son nom à une com-
mune.
Saint Quay est le héros de plusieurs légendes ;
j'en ai cité une, t. I, p. 325 de mes Traditions et
superstitions.
Dans les Nouveaux fantômes hretotis, de Dulau-
rens de La Barre, p. 37-47, un conte de bord
rapporte que le saint, ayant soif et s'étant vu re-
fuser à boire par les vieilles femmes bavardant, fit
jaillir une fontaine. Les vieilles, le prenant pour
un sorcier, le fouettèrent avec des genêts verts,
puis le placèrent dans une vieille maie à pâte et
le jetèrent à la mer; en punition, les femmes
eurent le cou long comme des oies.
6. Saint Mélaine. — Ce saint maudit les ge-
nêts de son pays, parce que sa mère l'avait fouetté
avec ; depuis ce moment, il n'y retourna jamais.
208 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Dempeï que sa mère le reprint.
Genêt en brain,
Melaine à Brain
Jamais ne revint.
Cf., sur Saint-Mélaine, mes Traditions et superstitions^ t. II,
p. 324, et Régis de l'Estourbei^Ion, Légendes d'Avessac, p. 9.
9. Mathurix.
A la Saint-Mathurin,
Sème ton lin.
II. Saint Martin. — Souvent, à la Saint-
Martin, il passe une orée, ou pluie. (E.)
17. Saint Aignan. — « Quand une personne
est malade de la teigne (à Saint-Aignan, Loire-
Inférieure), on lui fait prendre des aliments trem-
pés dans l'eau du lac de Grandlieu, et ou lui
couvre la tête de linges imbibés dans les mêmes
eaux. )) (Ogée.)
22. Sainte Cécile.
A la Sainte-Cécile,
Si on plante des pas (pois),
r viennent comme des mâts. (E.)
23. Saint Clément.
Saint Clément,
Qiai gouverne la mer et l'vent. (S.-C.)
l'année 209
25. Sainte Catherine (CateUné).
Entre la Cateline et Noué,
Tout bois est bon à planter (M.), à couper (D.)
Entre Noué et la Cateline,
Tout bois prend racine. (M.)
duand i' tonne ent' la Cateline et Noué,
L'hivée est avorté. (M.)
A la Sainte-Cateline
Faut voir de belles pouplines. (E.)
C'est à ce moment que commencent les veillées
où l'on file.
A la Cat'line, feuille de raie (i),
D'ici Noué, i' a cor un mée. (P.)
27. Saint Maudez. — Une commune porte le
nom de ce saint.
Saint Maudez guérit des clous et des pourri-
tures qui viennent sur le corps ou sur la figure.
(P.) J'ai raconté une de ses légendes dans mes
Petites légendes de la Haute-Bretagne, p. 15.
30. Saint André.
A la Saint-André,
Sème ton blé. (P.)
A la Saint-André,
Roi et Paussinière chet. (E.)
(i) La feuille est dans la raie du sillon ; pour être à Nocl un
mois encore.
14
210 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Saint-André qui finit,
Saint-Éloi qui commence. (P.)
On porte du chanvre à saint André. Il y avait
à Trébry une chapelle de ce nom, et pour les
cordes des cloches l'on se servait du chanvre
offert. (P.)
Décembre le paresseux.
I. Saint Éloi. — Il y a plusieurs chapelles
sous le vocable de ce saint, qui est le protecteur
des chevaux ; mais c'est pendant la belle saison
qu'on s'y rend en pèlerinage.
4. Sainte Barbe.
Qui est Sainte-Barbe,
Qui est Noël ;
Qui est Noël,
Qui est l'an. (D.)
Queue Sainte-Barbe,
Queue Noué ;
Et queue Noué,
Queul an. (P.)
Sainte-Barbe, Noël et le jour de l'an tombent
le même jour de semaines différentes.
Il y a des gens qui vont se vouer à sainte Barbe
l'année 2 h
pour être préservés du tonnerre. On se seignedo
tin sou, et on le donne au premier pauvre qui
passe. Sainte Barbe et sainte Fleur tiennent toutes
les deux le tonnerre par un filet de laine, l'un est
blanc et l'autre est bleu. (D.)
Cf., dans mes Traditions et superstitioyis, t. II, p. 359-60, les
formulettes du tonnerre où le nom de Sainte-Barbe est invoqué.
6. Saint Nicolas. — En la commune de
Gausson (Côtes-du-Nord), est une fontaine dédiée
à saint Nicolas ; on y plonge les enfants qui ne
marchent pas de bonne heure.
Cf. des usages analogues en Eure-et-Loir, A. S. Morin, le
Prêtre, p. 17.
Les Avents. — Les coqs affolent pendant les
A vents.
La même croyance existe dans le Morbihan
français, témoin la curieuse histoire racontée par
le Dî" Fouquet, p. 138-146. « Clémence de Can-
coët dépérit parce qu'elle a entendu chanter le
coq cà minuit, ce qui, dans sa croyance, était une
signifiance de mort. Heureusement, une nuit que
la cuisinière veillait avec elle, le coq chanta.
« Allons, dit la Fanchon, v'ià encore not' coq qui
« folle; on voit ben qu'on est dans l's Avents...
« Heureusement que ça va finir; demain, je
« tenons le dernier dimanche, et not' coq va se
« régler. — C'est bien sûr? demande Clémence.
« — Sûr, » et à preuve, la cuisinière raconte la
212 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
mésaventure arrivée à un homme qui avait oublié
que les coqs follent dans les Avents. »
— Il fait un temps d'Avents, c'est-à-dire un
temps exécrable.
Quand il vente pendant les Avents, il y aura
des pommes. (P.)
Quand un chat crève dans une maison pen-
dant les Avents, c'est rare qu'il ne suive pas un
autre malheur. (E.)
21. Saint Thomas.
A la Saint-Thomas,
Kais (cuis) du pain et lave tes draps,
En tras jou's Noué tu aras. (P.)
Le jour Saint-Thomas,
Le jour n'est ni haut ni bas. (M.)
A la Saint-Thomas,
Les filles vont va les gas. (P.)
Le jour Saint-Thomas,
Les jou's allongent du pas d'un jas (oie mâle);
Le jour de Noué,
Du pas d'une ouée (oie) ;
Le jour Saint-Étienne,
D'un grain d'aveine. (P.)
Noël au pignon,
Pâque aux tisons. (D.)
24-25. Noël. — Quand il fait du soleil la
l'année 2 1 3
veille de Noël, il y aura des pommes l'année sui-
vante. Le soleil rit aux pieds des entes. (E.)
Q.uand l'soula ra (luit) la veille de Noué,
Des pomme' à volonté. (M.)
Jadis, à Matignon et à Ploubalay, la veille
de Noël, les garçons se réunissaient et, portant
sur l'épaule de grands bâtons et des bissacs, ils
allaient frapper à la porte des métairies.
— Qui est là? demandait-on.
— Le hoguihanneu, répondaient les gars.
Ils chantaient quelque chose, et, pour les re-
mercier, on leur donnait un morceau de lard. Ils
l'enfilaient dans le bâton pointu de l'un d'eux, et
ce lard était réservé pour un repas qui se nom-
mait le houriho. (Communiqué par M. M. A. Bo-
nal.)
Le premier de ces deux mots est certainement
apparenté à Guilaneuf et à ses nombreux congé-
nères patois.
« A Montauban, les enfants pauvres vont, comme
en beaucoup de localités bretonnes, se présenter à
la porte des personnes aisées, en criant : au
guyané, au guy Van neuf. Ici, ils sont armés d'une
longue broche en bois, dans laquelle ils enfilent
des morceaux de lard ou de vache salée dont on
leur fait l'aumône. » (Note de M. Esnaud, vicaire
à Montauban, dans Ogée.)
214 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
A Ploërmel, on crie : au gui gouroux.
Il y a environ quarante ans, on allait presque
partout chanter des Néouelles (Noëls).
Parfois, les filles et les garçons montaient dans
les arbres ou sur les piles de pailles pour chanter
la nuit; et d'un village à l'autre les chants se ré-
pondaient.
Cf., dans mes Traditions et superstitions, t. I^"^, p. 201, ia lé-
gende de deux jeunes filles qui furent enlevées par une puissance
inconnue en allant chanter des Noëls.
Cette coutume des Noëls a été plus répandue
autrefois qu'elle ne l'est actuellement. On a im-
primé en divers endroits de Bretagne plusieurs
recueils de Noëls. J'ai eu dernièrement connais-
sance de plusieurs recueils : la Bible des Noëls
vieux et nouveaux, pet. in-12 de 80 p., contenant
32 pièces. Dinan, Huart, 1754; Pastorale sur la
naissance de Jésus-Christ, l'Adoration des bergers et
la Descente de l'archange saint Michel aux Limbes,
dédiée aux dévots à l'enfant Jésus par le Père
Claude-René Marie. Dinan, J. B. Huart, 1754,
in-12 de 32 pages.
En 1883, à Dinan, des enfants du faubourg
Saint-Malo sont encore venus chanter. Ils débu-
taient par dire :
A Noël pour une pomme,
Pour une poire,
Pour un p'tit coup d'cidre à boire.
L AKNEE 2 1
Puis ils chantaient, sur l'air de : Au clair de la
lune :
Quatre petits anges
Descendant du ciel,
Chantant la louange
Du Père éternel ;
Saint Joseph son père,
Saint Jean son parrain,
La bonne Sainte Vierge,
Qui lui chauffe les mains.
Est-il beau, bergers?
Est-il beau ?
— Plus beau que la lune et que le soleil.
Jamais dans le monde on n'a vu
Rien de pareil.
A Noël, on allait chanter, surtout jadis. Chaque
année, pendant les fêtes de Noël, les rois Mages
revivent à Pleudihen dans la personne de trois
jeunes gens de la commune, qui revêtent leurs
habits de fêtes et les couvrent de rubans pour an-
noncer la venue du Messie, le soir, en chantant
dans les chaumières. (Note de M. de Garaby, ap.
B. Jollivet, t. II, p. 69.)
Quand les enfants demandent à aller à la messe
de minuit, on leur répond : « Oui, oui, tu iras à
la messe dans une chapelle blanche. » (D.)
Cf. la Messe du coussin blanc en JSeiry, Laisnel, t. I'-'^, p. 2.
Sur les animaux qui parlent pendant la nuit de Noël, cf. mes
Traditions et superstitious, t. II, p. 64.
2l6 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Voici un petit conte où il est question d'autres
bêtes parlantes : Il y avait, une fois, une bonne
femme avare qui nourrissait mal son chien et son
chata A minuit sonnant, le jour de Noël, elle en-
tendit le Chien qui disait au Chat : « Ce n'est pas
trop tôt qu'on nous enlève notre maîtresse : elle
est trop avare. Cette nuit, des voleurs vont venir
lui dérober son argent, et, si elle crie, ils lui cas-
seront la tête. — Ce sera bien fait, répondit le
Chat. » La bonne femme, effrayée de ce qu'elle
avait entendu, se leva de son lit pour aller chez
un voisin ; mais, au moment où elle sortait, les
voleurs ouvrirent la porte, et, comme elle criait
au secours, ils lui cassèrent la tête. (P.)
Dans la nuit de Noël, quelques mégalithes
changent de place; l'un d'eux, qu'on voit près de
Jugon, va boire à la rivière d'Arguenon.
Une autre pierre, située à Saint-Étienne en
Cogles, va aussi boire à un ruisseau quand les
cloches sonnent la messe de minuit.
Cf., pour les détails sur ces pierres et leurs similaires, les
pages 5) à 37; de mes Traditions et superstitions, t. i ; cf. aussi
A. Bosquet, p. 172.
Un autre menhir, qui se trouvait au sommet du
bois de Mont-Beleux, était soulevé par un merle
et laissait à découvert un trésor.
Cf. Ihid., p. 43-44.
Pendant la nuit de Noël, saint Joseph et la
l'année 217
bonne Vierge sont avec l'enfant Jésus partout où
il y a des coudres, et ils prient pour les âmes du
Purgatoire, dont un grand nombre sont délivrées
ce jour-là. (D.)
Sur les branches de coudrier et la nuit de Noël, cf. mes Tra-
ditions, t. II, p. 313.
Si l'on veut découvrir les trésors cachés, il faut
ramasser de la graine de fougères à minuit, la
nuit de la Saint- Jean, et, le dimanche des Ra-
meaux de l'année suivante, on répand cette graine
dans l'endroit où l'on croit que des trésors ont été
enfouis. (P.)
Près de la fontaine Saint-Armel en Radenac
est un marais où, d'après la tradition, sont en-
fouies des cloches qui sonnent toutes seules pour
appeler à la messe de minuit le 25 décembre. (O.)
La veille de Noël, aux environs d'Ercé, on
mange de la morue en famille; ce jour-là, les
enfants qui ne sont pas trop éloignés reviennent
tout exprès à la maison paternelle. Les enfants
tiennent beaucoup à cette coutume; l'an der-
nier, à Ercé, il y avait trois élèves en classe ce
jour-là.
Jadis, on mettait, à Matignon, une bûche neuve
la veille de Noël, après l'avoir arrosée d'eau bé-
nite.
Le tison de la bûche de Noël préserve de la
foudre. Le matin de Noël, on doit l'asperger
l8 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
d'eau bénite et le laisser ensuite brûler jusqu'au
soir. (P.) On les met dans les puits ; on est sûr
que les v'iins n'iront pas, et que l'eau sera de
bonne qualité.
Même croyance en Poitou (cf. Guerr}-, p. 451), en Normandie
(cf. A. Bosquet, p. 171). J'ai parlé assez longuement des
croyances de Noël en Bretagne et ailleurs, dans un article de
l'Homme, t. II, p. 11-17.
26. Saint Etienne (Étiole).
Le jour Saint-Étienne,
Chacun va voir la sienne. (M.)
S'il pleut le jour Saint-Étiole,
Il n'est pas de badioles (cerises). (P.)
31. Saint Sylvestre. — Le jour Saint-Syl-
vestre, on envoie les pâtours couper du poil entre
les cornes des vaches, en leur assurant qu'elles
ne moucheront plus dans l'année. (E.)
C'est une facétie ; mais, dans le centre du pa3'^s
gallo, vers le Mené, les pâtours vont ioii:ier leurs
vaches sous Toreille, afin qu'elles ne ouident
(prendre la mouche) pas l'année qui vient. (P.)
l'année 219
§ III. — LA SEMAINE
Dictons sur les jours de la semaine.
Lundi et mardi, fête ;
Mercredi, je n'pourrai y être;
Jeudi, l'jour Saint-Thomas;
Vendredi, je n'y serai pas ;
Samedi, la foire à Plénée :
Et v'ià toute ma pauv' semaine passée! (M.)
Faut sanctifier : Le lin, — le marc, — le
mère, — le jeu, — le van, — le sam — et le
jour du dan dan. (S.-C.)
Quand on demande quel jour on fera telle
chose, on répond très vite :
Lin, — mar, — mer, — jeu, — ven — et
samedi di dan dan. (D.)
Le lundi, je suis soûle,
Le mardi aussi.
Le mercredi de même ;
Le jeudi, je m'en reviens;
Le vendredi, je bats mon homme ;
Le samedi, je grogne
Après ceux de la maison.
Voilà comment je passe tous les jours de la semaine.
Le lundi, je suis boite (ivre);
Le mardi, je suis soûl ;
Le mercredi de même,
Et le jeudi itou.
220 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Sur la légende des lutins et des jours de la semaine, cf. mes
Traditions et superstitions, t. I"", p. 279, et les Sorciers de Knéa,
n° Liv des Contes populaires de la Haute-Bretagne, 2^ série.
LuNDL — On appelle le lundi le jour des cor-
donniers.
Mardi. — On dit qu'il ne faut pas semer le
trèfle rose ou tremène un jour commençant par
un R; si on le semait ce jour-là, il n'en viendrait
pas. (S. -G.)
C'est surtout le mardi que reviennent les âmes
des ancêtres. (P.)
Quand il pleut le mardi, il y a de la pluie
pour toute la journée.
Mercredi.
On ne se marie pas le mercredi,
De pou' (peur) d'avaï nom Jean-Jeudi. (E.)
C'est-à-dire d'être cornard.
Jeudi. — On ne doit pas se marier le jeudi,
car c'est ce jour-là que le diable épousa sa
mère. (P.)
Vendredi. — Le temps est le même le ven-
dredi et le dimanche. (S.-C.)
Les enfants qui naissent le vendredi sont mal
chanceux. (S.-C.)
Le vendredi est toujours le plus beau ou le
plus vilain de la semaine. (P.)
l'année 221
Les mariages du vendredi sont mal chan-
ceux. (P.)
Samedi. — Ce qu'on commence le samedi
réussit mal.
Cf. Souche, p. 8. Superstition analogue en Poitou,
Les mariages du samedi ne sont pas heureux,
parce qu'on commence la semaine parle eu. (P.)
Le samedi, il fait toujours un rayon de soleil;
on l'appelle le rayon de la Vierge. (E., D.)
A Saint-Brieuc, il n'y a pas longtemps que les
vieilles gens balayaient leur place le samedi soir,
pour avoir la visite de la bonne Vierge.
Quand on file après minuit, le samedi, on
« entend » quelque chose, et toute la semaine
qui vient on a de la malechance. (E.) Souvent,
on entend dans la cheminée le bruit d'un autre
fuseau.
Quand on se mouille les genoux le samedi, on
dit qu'on ne va pas à la messe. (D.)
Voici le résumé du conte de la Filandière de
nuit que le D^ Fouquet rapporte dans ses Lé-
gendes du Morbihan, p. 60-62. « Une jeune fille
avait continué à filer, le samedi, après le premier
coup de minuit. Tout à coup, elle vit auprès
d'elle, quoique sa porte fût fermée, une vieille
qui, en peu de temps, lui fila tout son chanvre et
le lui mit à blanchir. Comme elle était occupée à
222 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
cette besogne, le coq chanta, et la vieille lui dit
qu'on ne la voyait jamais qu'une fois, et qu'elle
était la Filandière de nuit. Le lendemain, on
trouva la fille morte sur sa lessive. «
Il y avait une fois une femme qui filait le sa-
medi, sans regarder si minuit avait sonné. Un
soir, un peu après le coup de minuit, elle vit sur
l'autre banc de son foyer, en face d'elle, une
femme toute noire qui, elle aussi, filait. La fer-
mière lui adressa la parole ; mais elle ne reçut pas
de réponse, et, en regardant mieux la filandière,
elle vit que c'était une de ses parentes, morte
depuis quelque temps déjà. Elle appela son mari,
et lui dit :
— Regarde donc; une telle qui est ici.
Son mari se leva, et il dit à sa femme :
— Va te coucher bien vite.
Elle obéit ; mais, au moment où elle passait
devant la filandière, celle-ci lui frappa sur l'oreille
un coup de fuseau en lui disant :
— Si j'avais pu encore filer quelques doutes,
j'allais t'emporter.
(Conté, en 1882, par Jeanne Bazul, de Trélivan,
domestique, âgée de vingt-huit ans.)
Dimanche. — Commencer un engagement
dans une ferme le dimanche est d'un mauvais
présage. Les domestiques qui le font finissent ra-
rement l'année dans la même maison. C'est aussi
L ANNEE 223
mauvais pour les ouvriers à louage. Finir un
engagement le dimanche porte aussi malheur. (E.)
Il ne faut pas faire de marché le dimanche. (D.)
Si on a lavé le dimanche pendant les offices,
ou fait un ouvrage qu'on ne devait pas faire, on
revient après sa mort laver tous les dimanches et
pendant toute la durée de l'office où l'on a lavé
pendant sa vie. (E.)
Les enfants qui naissent le dimanche sont
chanceux. (S.-C.)
Quand on pêche le dimanche, on s'expose à
avoir des enfants qui ont des têtes de poisson.
On cite deux femmes, dont l'une a eu un enfant
avec une tête de grondin, et l'autre, un enfant
avec une tête de congre. (S.-C.)
Ce qu'on sème le dimanche ne réussit pas
bien. (P.)
Il y a des légendes relatives à la non-célébra-
tion du repos dominical. Je me souviens d'avoir
vu, il y a quinze ans environ, sur la route de
Matignon à Montbran, une charrette qu'on avait,
disait-on, chargée de glê (paille de blé) un di-
manche, et que les chevaux n'avaient pu démar-
rer de la place où elle était, et où elle resta plu-
sieurs jours.
CHAPITRE II
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS
jous ce titre, j'ai rangé les fêtes mobiles et
les divertissements qui souvent les accom-
pagnent. J'y ai joint les jeux, la plupart du
temps profanes, qui ont lieu à certaines époques
de l'année, mais qui varient d'époque suivant les
pays.
S I. — DU PREMIER JANVIER AU CARÊME
Je ne connais en Haute-Bretagne aucun endroit
où l'on fasse une cérémonie analogue à celle du
.dimanche des Brandons; je n'ai pas retrouvé la
moindre trace de cet usage si connu dans les pro-
vinces voisines ; le souvenir en a même tout à fait
disparu.
LES FETES ET LES DIVERTISSEMENTS 22 :
Jours gras. Le dimanche gras et le premier
dimanche de Carême, les cultivateurs ont l'habi-
tude d'aller faire une tournée dans les champs
pour voir si la récolte pousse. (E.)
Le dimanche gras, qu'on appelle le dimanche
crèpier, il est d'usage en beaucoup de maisons
de faire des crêpes ; autrefois, dans les fermes,
lorsque le propriétaire résidait à peu de distance,
on préparait des crêpes pour lui et pour sa fa-
mille. (M.)
On ne doit pas filer les jours gras, car les rats
et les souris viendraient manger le fil (E., D.);
ailleurs, ce sont les chats. (P.) On assure aussi
que le fil qu'on filerait à cette époque serait gras,
c'est-à-dire graisseux.
En Franclie-Comté (cf. Perron, p. i6), quand on travaille le
mardi gras, les rats mangent l'ouvrage parce qu'il est gras.
On adresse à Mardi-Gras ou à Carnava' d'assez
nombreuses formulettes :
Jeudi-Gras,
Ne t'en va pas ;
Nous ferons des crêpes
Et tu en mangeras,
Si ton soû (si ton content)
Que tu en kerveras (crèveras). (E.)
Les enfants chantent aussi :
15
226 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Carnava', ne t'en va pas;
Je f rons des crêpes
Et t'en mangeras.
Carnava' s'en est allé
O ses deux sabots percés.
Carnava est ervenu (revenu)
O ses deux solées (souliers) cousus. (P.)
Mardi-Gras,
Ne t'en va pas ;
Nous ferons des crêpes
Et tu en mangeras.
Mardi-Gras s'en est allé
Par un petit sabot percé,
Il s'en est revenu
Par un petit soulier cousu. (S.-C.)
Carnaval, ne t'en va pas demain ;
C'est aujourd'hui la Saint-Crépin. (D.)
C'est-à-dire le jour où l'on fait des crêpes.
Carnaval, ne t'en va pas ;
Nous ferons des crêpes, tu en mangeras.
Carnaval s'en est allé ;
Nous avons fait des crêpes, il en a pas mangé.
Carnaval s'en est allé
Avec ses sabots percés ;
Carnaval s'en est revenu
Avec ses deux sabots fendus. (P.)
Mardi-Gras, ne t'en va pas;
Nous ferons des crêpes, et tu en auras.
Mardi-Gras s'en est allé
Avec son chapeau percé. (D.)
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 227
Variante des deux derniers vers :
J'ons fait des crêpes,
Et tu n'en as pas mangé, (E.)
On conduit les enfonts dehors pour voir pas-
ser Mardi-Gras. Carnaval ou Mardi-Gras est un
grand cheval sans cavalier, qui a le dos couvert
de crêpes, et qui en distribue. Aussi, les enfants,
quand ils vont l'attendre au passage, lui portent
ce qu'ils ont de meilleur. (D.)
Mais, ailleurs. Carnaval n'est pas, à ce qu'il
paraît, aussi bienfaisant; car les petits enfants
vont l'attendre aux carrefours où se trouvent des
croix, et ils portent des triques pour le frapper s'il
venait à passer. (P.)
Parfois, on ne se dérange pas pour voir passer
Carnaval ; on met dans la place un os auquel
adhère encore un peu de chair; les enfants disent
que c'est Carnaval, et ils dansent dessus; après
cette petite cérémonie, ils le jettent dans un coin,
et ils s'écrient qu'ils l'ont enterré. (P.)
L'enterrement de Mardi-Gras a lieu parfois avec
plus de cérémonie : Quatre jeunes gens portent
un bonhomme de paille, parfois un jeune garçon;
ils sont suivis d'une sorte de procession, comme
à un enterrement véritable; la parodie est d'ail-
leurs assez complète, et l'on fait mine de le
déposer dans une fosse ; alors tous les assistants
228 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
feignent d'être affligés et de- pleurer, et ils s'é-
crient d'une voix lamentable : « Ah! mon pauv'
petit Mardi-Gras ! » Le garçon qui a été Mardi-
Gras en garde le surnom toute l'année. (D.)
Dans les Ardennes (cf. Kozot, p. 125), on enterre aussi le
Carnaval.
C'est le soir du mardi gras que les chats vont
faire le sabbat à tel ou tel endroit bien connu de
la commune.
(Cf. Souche, p. 17.)
§ II. LE CARÊME
Les Cendres. — Le mercredi des Cendres, on
dit :
Mardi-Gras s'en est allé ;
J'ons fait des crêpes,
r n' a point mangé. (E.)
Le mercredi des Cendres,
Je voudrais le voir pendre;
Le jeudi absolu (jeudi saint),
J'voudrais le voir venu. (P.)
On dit en manière de plaisanterie :
Celui qui n'a qu'un zieu (qu'un œil)
Ne voit qu'un carême en deux ans. (E., D.)
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 229
La Mi-Carême. — On dit à la campagne :
« Quand Madame la Mi- Carême passera, elle ap-
portera des bonbons. » Les paysans ont person-
nifié cette époque de l'année et ils déclarent que,
quand elle arrive, on peut voir une belle femme
traversant les airs et secouant dans son vol un
cornet d'où s'échappent des friandises.
Ailleurs, la Mi-Carême est un grand cheval
blanc tout couvert de morues, qui passe sans ca-
valier et distribue des morues à tout le monde.
On lui porte du pain ou du foin. (D.)
C'est ordinairement au pied d'une croix que
l'on mène les enfants pour leur faire voir la Mi-
Carême qui passe ; ils emportent un peu de foin
pour le cheval de la Mi-Carême, et, s'ils sont
sages, celle-ci leur fait un petit présent. (P.)
Parfois, ils brûlent au pied d'une croix la poi-
gnée de foin qu'ils ont apportée, et la Mi-Carême,
si elle est contente, leur donne des rubans. (E.)
La même croyance existe en beaucoup Je lieux. En Eure-et-
Loir, d'après A. S. !Morin, p. 11, c'est au pied de la pierre tour-
nante d'Ymonville que la Mi-Carèmc se montre.
La Passion et la Semaine sainte. — L'usage
d'aller chanter la Passion à la fin du carême sub-
siste encore en beaucoup de communes; géné-
ralement, ces chants commencent le dimanche
de la Passion et continuent pendant toute la se-
maine jusqu'au dimanche des Rameaux inclusive-
230 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
ment; ailleurs, ils ne cessent que le jeudi saint,
ou même la veille de Pâques. Ils ont lieu la
plupart du temps à l'entrée de la nuit.
Les chanteurs sont des jeunes gens qui se réu-
nissent exprès pour aller de ferme en fermée et de
village en village. L'un d'eux, qui se nomme le
portons de panier, est chargé de recueillir les œufs
qui sont habituellement la récompense du chant.
Lorsque la bande arrive dans l'aire d'une ferme,
l'un d'eux crie à haute voix : « Chanterons-] e? »
(Chanterons-nous ?)
Si on leur dit oui, ou si simplement on ne ré-
pond pas, ils se mettent à psalmodier, sur une
sorte de rythme traînant, une pièce de vers en
alexandrins incorrects, qui a l'air d'un prologue
de Mystère. La fin de chaque vers, à partir de
l'hémistiche, se répète trois fois.
Il y avait d'autres Passions plus longues, mais
on ne les chante plus depuis une trentaine d'an-
nées, à ce qu'on m'a assuré.
La Passion du doux Jésus, — ah! mon Dieu, qu'elle est grande!
Écoutez-la, petits et grands, — ceux qui voudront l'entend'e.
Il a jeûné quarante jours, — quarante nuits ensemble,
Et au bout de la quarantaine, — il a bien voulu prend'e ;
Il 41 bien pris deux doigts de vin, — une pomme d'orange ;
Les Juifs lui ont fait apporter — pour cinq sous de pain d'orge ;
Il en a eu de quoi dîner — lui et tous ses apôtres ;
Le reste qui en a resté — l'a fait donner aux pauvres.
Saint Pierre il a dit à saint Jean : — Vous en verrez bien d'autres.
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 23 1
Vous verrez qu'il glacera si dur — que les rochers en fendent.
Vous verrez les petits oiseaux — en mourir sur la branche;
Vous verrez la mer surmonter — plus haut que ces montagnes;
\'cus verrez Jésus couronné — avec une épine blanche.
Vous verrez sou sang dévaler — tout en levant ses manches ;
Vous verrez sa Mère à ses pieds, — qui criera vengeance ;
Vous verrez la terre et les cieux — se réunir ensemble ;
Vous verrez saint Michel venir — do (avec) ses justes balances.
Remerciements.
En vous remerciant, mes braves gens, — Dieu soit la récompense.
Dieu nous veuille mettre en Paradis, — vous et nous tous en-
[serable.
Jadis, on chantait parfois une complainte héroï-
comique dialoguée dont je n'ai retrouvé qu'un
fragment, assez plaisant du reste ; le voici :
Quand saint Pierre coupit
A Malchus l'oraïlle,
L'bon Jésus li dit
Tout bas dans l'oraïlle :
— Pierrot ! — Quai ! mon bon Dieu ?
— Rengaine ton queuté (couteau),
Mon boudé (chéri, ami),
Rengaine ton queuté.
Quand on ne donne pas à ceux qui ont chanté
la Passion, ils vont ébrancher les choux de ceux
qui leur ont refusé.
Lorsque le récitatif est terminé, on chante :
232 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Si vous n'voulez reii nous donner,
Ne nous fliites pas attendre :
Donnez-nous la servante ;
Le portous de panier
Est tout prêt de la prendre. (P.)
Ou
Si vous n'ez ren à nous donner,
Ne nous faites pas attendre ;
Car il fait noir à mal marcher.
Le point du jour s'avance. (S.-C.)
Dans le canton de Liffrc, on termine par le
couplet suivant, qui se chante surtout quand les
gens ne se pressent pas de donner des œufs :
Réveillez-vous, coeurs endurcis;
Vot' eu paissera o les liuceux (draps).
Si vous n'v'Iez pas nous donner d's ceu's.
Si, malgré cette pressante admonestation, on
ne donne rien aux chanteurs, avant de s'en aller,
ils chantent ceci :
Le coucou est monté dans sa chambre,
Il a les caunes dans l'tripied.
Et la tête dans les cendres.
Si vous ne voulez rien donner.
Ne nous faites pas attendre.
Mon camarade a fret ès-pieds.
Et moi la cuisse me tremble !
Voir L. Dumuys, le Chant de la Passion dans la Soloone orlia-
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 253
i:aise, dans les Mémoires de la Société arch. d'Orléans, 1882, de
curieux détails sur le chant de la Passion dans la Sologne.
Si le vent est dans le haut
Le jou' des Ramiaux,
Faut rincer les tonniaux;
S'il est soulair (sud).
Faut baïre à plein verre,
Et s'il est dans l'bas.
Fout' les tonnes dans n'un tas. (E.)
On croit que le vent qui souffle le dimanche
des Rameaux, pendant l'Évangile, est celui qui
dominera pendant le reste de l'année. Cette
croyance, qui est répandue dans plusieurs par-
ties du pays gallo, existe aussi à Lorient (c'est
pendant l'élévation) et dans les environs de
Chartres.
Cf. Mclusine, t. I, col. 143 et 144.
Sur la côte, le vent dominant de l'année est
celui qui souffle pendant l'Évangile des Rameaux;
aussi les marins sortent-ils pour voir de quel côté
est tourné le coq du clocher. (S.-C, D.)
Ailleurs, le vent tourne au moment où l'on
frappe les trois coups à la porte avec le bâton de
la croix.
Si, pendant la procession des Rameaux, lèvent
vient du bas (sud, ouest), il n'y aura pas de
pommes. (P.)
On porte les enfants à la messe; les mères
2 34 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
sont persuadées qu'ils marchent plus vite après
avoir assisté à la cérémonie de la procession.
Ce dimanche est aussi celui où l'on peut le
plus utilement consulter le sort. Pour savoir si
on se mariera dans l'année, si on sera pris à la
conscription, ou toute autre chose, il faut mettre
une clé dans son livre de messe. On serre le livre,
et on le balance au bout de la clé, et on lui fait
sa demande; si le livre tourne du même côté que
le soleil, ce qu'on a souhaité arrivera. (P.)
Au moment où le prêtre frappe la porte de
l'église, tous les serpents tombent au pied de
la tour de Babylone, et ils ne peuvent remonter.
S'ils n'étaient pas abattus ce jour-là, ils se met-
traient à voler et dévoreraient les gens. (P.) On
croit que, si les v'iins et les couleuvres ont été
sept ans sans voir âme vivante, il leur pousse des
ailes. (D., P.)
Cf. Traditions et superstitions, t. II, p. 221.
Si on porte sur soi une croix faite avec du
laurier bénit des Rameaux, on ne meurt pas
d'accident ou de mort subite. (P.) Le laurier
ou le buis des Rameaux préserve aussi du ton-
nerre. (E.)
Croyance analogue dans les Vosges. (Cf. Mél., col. 454.)
On place dans les champs des branches de buis
ou de laurier bénit des Rameaux pour porter
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 235
chance à la récolte. On en met aussi aux étables
pour préserver le bétail des maladies. (P.)
Si on a sur son chapeau une branche de laurier
bénit, on peut se promener sous l'orage en toute
sécurité. (Hénon.)
Il f;mt bien se garder de faire la lessive pendant
la semaine sainte : on serait exposé à voir mourir
dans l'année une personne de la maison ou une
des lavandières. (E., S.-C, D., P.)
Même croyance en Poitou. (Cf. Souche, Croy., p. 9.)
S'il pleut pendant la semaine sainte, la terre
est altérée toute l'année. (E.)
A Pleudihen, pendant la semaine sainte, des
groupes en deuil vont de porte en porte chanter
la Passion. On leur donne des œufs pour récom-
pense.
(B. Jollivet, t. II, p. 69.)
Cet usage de quête aux œufs existe en beaucoup de pays, no-'"^
tamment en Seine-et-Oise. (Cf. Mélusine, t. I, coL 143.)
Le jeudi saint, on cesse de sonner les cloches;
on dit qu'elles vont à Rome pour demander au
pape la permission de faire gras. Certaines per-
sonnes comprennent ce qu'elles disent. Elles
en reviennent le samedi, et alors on les sonne à
toute volée. En beaucoup de pays, les enfants
se rendent sur les chemins dans l'espoir de
voir les cloches passer à leiir retour de Rome.
(E., M.)
236 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Pendant que les cloches vont à Rome, on ne
bêche pas la terre. (E.)
S'il pleut le vendredi saint, la terre est harc
(mouillée) toute l'année. (P.)
Qiiand il gèle le vendredi saint, les gelées ne
portent pas (ne sont pas nuisibles) toute l'an-
née. (E.)
Il ne faut pas faire la lessive le vendredi saint,
car on laverait son suaire. (S.-C.) Ailleurs, on as-
sure qu'on brûlerait le sang de Jésus-Christ. (P.)
On ne doit pas non plus laisser d'eau dans les
vases de la maison : on assure que, la nuit, il y
tombe une goutte de sang, et cela porte mal-
heur. (P.)
Si on bêche le vendredi saint, on creuse la
tombe de N.-S. Jésus-Christ. On assure aussi que
la terre saigne si on la laboure; mais il est d'u-
sage de n'y pas toucher ce jour-là.
La même croyance existe à Koirmoutiers. (Cf. McJusiue, t. I,
col. 144.)
Le vendredi saint, qu'on nomme le vendredi
b'tii ou 7n'ni, on fait jeûner les enfants pour qu'ils
trouvent des nids, d'où ce dicton :
Le vendredi béni,
r faut jeûner pour trouver des nids. (M.)
La même coutume existe en Lorraine. (Cf. Mélusine, t. I,
coL 142.)
LES FETES ET LES DIVERTISSEMENTS 237
C'est le vendredi saint qu'on met le nid dans
la cage des oiseaux; on place un clou dans le
fond pour empêcher les œufs de tourner. (D.)
En Sicile {Gitbernatis, t. II, p. 29e), quand une poule couve,
on place au fond de son nid un clou, qui, dit-on, a la propriété
d'attirer et d'absorber toute espèce de bruit de nature à nuire aux
poussins.
Les œufs pondus le vendredi saint doivent être
mangés pour se décarêmer. (S.-C.)
Les hirondelles arrivent toujours avant le ven-
dredi saint, pour assister à la Passion.
Cf. dans Rolland, t. II, p. 320, une légende saintongeoise, où
l'hirondelle passe pour avoir essayé d'arracher les épines sur la
tète de Jésus-Christ.
C'est aussi ce jour-là qu'on nettoie les ruches;
on le préfère à tous les autres parce qu'il est
béni. (P.)
Au bord de l'étang de la Huais, à Bain, est
une chapelle en ruine dédiée à saint Melaine. Le
vendredi saint de chaque année, dans cette cha-
pelle, les paysans viennent offrir au saint des
pieds de cochons pour obtenir un temps propice
à leurs récoltes.
(Communiqué par M. Orain.)
Le samedi saint s'appelle :
Le samedi absolu
Qui fout l'carême su' l'eu. (D.)
Le samedi d'avant Pâques, des jeunes gens se
238 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
réunissent pour chanter Alléluia. En arrivant dans
l'aire, ils se mettent à chanter, et parfois ils ont
avec eux une vielle et un violon :
Réjouissez-vous, peuple affligé,
Jésus-Christ est ressuscité.
S'il ne Test pas, il le sera.
Alléluia !
Puis ils demandent la permission de chanter,
en disant :
Chanterons-je ?
S'ils ont obtenu la permission, ils chantent
aussi :
Réveillez- vous, peuple affligé,
Jésus-Christ est ressuscité.
En peu de temps, on le verra.
Alléluia {quater) I
Consolez-vous, Reine des cieux.
Finissez vos alarmes.
Ne permettez plus à vos yeux
De répandre des larmes.
Votre cher Fils est glorieux.
Il a repris ses charmes.
Alléluia! Mère d'amour.
Mon aimable in cesse.
Alléluia ! dans ces saints jours ;
Chantons à l'allégresse,
Reine de la céleste cour.
Alléluia 1 sans cesse.
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 239
Il est enfin ressuscité ;
Nous devons tous le croire.
A la mort il a remporté
Une entière victoire.
Honorons son humanité,
Honorons cette gloire !
Alléluia ! Mère d'amour, etc.
Vous aurez le contentement,
Comme moi la première,
Et vous jouirez paisiblement
Des flambeaux de lumière,
Pour épuiser paisiblement
Des faveurs singulières.
Alléluia I etc.
Il n'aura plus, ce tendre Fils,
Les épines sur la tête;
Tous CCS maux seront ensevelis
Dans une grande fête.
Ornez-vous de fleurs de lis
En chantant ses conquêtes.
Alléluia! etc.
Si vous n'ez rien à nous donner,
Ne nous faites point attendre.
Car il fait noir à mal marcher :
Le point du jour s'avance.
Sortez du lit sans balancer.
Vous aurez récompense.
Alléluia! etc.
Remerciement :
240 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
En vous remerciant,
Mes braves gens,
Le présent est honnête :
Retournez vite vous coucher.
Et dormez à votre aise,
Le bon Jésus vous bénira
Comme des gens honnêtes.
Qiiand ils ont fini, on leur donne des œufs.
Dans le canton de Matignon, les chanteurs ter-
minent leur chanson par ce couplet, qui se chante
sur l'air à' Alléluia :
Si vous n'ez ren à nous donner,
Baillez-nous la fille de l'hôté (de la maison) ;
Chacun de nous l'embrassera.
Alléluia 1
Variante :
Un fort panier la portera.
Ceux qui ne veulent point donner d'œufs
chantent le couplet suivant :
Mes pauv's gas, v'êtes ben mal venus :
Nos chienn's de poul's n'ont point ponnu.
Venez demain matin ; not' chien ponra.
Ahl mes pauv' gas ! (E.)
Alors les chanteurs répondent :
Si vous n'vouliez rien nous donner,
N'fallait pas nous laisser chanter ;
Un jour le eu vous pèlera.
Alléluia! (E.)
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 24 1
En vous r'merciant, mes braves quêfous (sots),
Nous irons tous ététer vos choux,
Et votre porée, s'i' y en a,
Alléluia !
Dans les Ardennes (cf. Nozot, p. 125), ce sont les enfants de
chœur qui vont à la quête aux œufs. — De même en Seine-et-
Marne.
Aux environs de Laval, les enfants vont de porte en porte, la
semaine sainte, demander les œufs de Pâques, en disant :
« Mouillorin ! La poule a-t-y pondu à matin ? »
Si l'on veut avoir des richesses, il faut se
rendre, la nuit, près d'un talus où il y ait des
coudriers. Lorsque sonne le premier coup de mi-
nuit, on saute sur le talus et l'on coupe une
branche; mais il faut être redescendu avant que
le dernier coup ait sonné, sinon on serait enlevé.
On ramasse bien précieusement cette baguette de
coudrier, et, lorsqu'on désire quelque chose, on
est assuré de l'avoir en disant : « Par la vertu de
ma baguette, que j'aie telle ou telle chose. » (P.)
5 III. DE PAQUES A LA FIX DE l' ANNÉE
PÀQ.UES. — On dit que, pendant la nuit de
Pâques, toutes les pierres sont transformées en
pain, et l'eau en cidre.
16
242 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Il y avait, une fois, un homme qui traitait
cette croyance de farce ; il ne se coucha point et
alja chercher une grosse pierre qu'il avait choisie
tout exprès et de l'eau qu'il avait préparée d'a-
vance. Au milieu de la nuit, il vit la pierre trans-
formée en une belle miche de pain, et son eau en
cidre. Il mangea de bon appétit et but du cidre
en proportion; mais, quand son repas fut ter-
miné, il ressentit de grandes douleurs; le pain
était redevenu pierre, le cidre n'était plus que de
l'eau, et l'homme mourut.
(Conté, en i8Si, par J.-M. Comault, du Gouray.)
Le jour de Pâques, les pierres de Crokélien,
commune du Goura}-, se dérangent pour laisser à
découvert, pendant qu-elques instants seulement,
une barrique d'argent qu'elles recouvrent.
Cf. sur ce trésor mes Traditions ei superstitions, t. I^"^, p. 43.
Au Croisic, le jour de la Quasimodo, on casse
les pots.
(Ogée, art. Croisic.')
Te n'ai point eu connaissance de cette coutume dans les p.iys
que j'ai explorés; mais, à Pontaven (Finistère), j'ai vu les en-
fants casser les pots ce jour-là.
De Pâques à la Pentecoûte,
Le dessert est une croûte. (D.)
— Il est comme l'Ascension, i' ne hausse ni
ne baisse. (P.)
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 245
— A l'Ascension, on laisse le veau, on prend
le mouton,
D'après Habasque, qui cite ce proverbe, t. II, p. 197, il ferait
allusion à la coutume des bouchers, qui ne débitent guère de
viande de mouton que lorsque l'hiver est passé.
Les Rogations. — Le temps qu'il fait pen-
dant les trois jours des Rogations pronostique
celui que l'on aura pour ramasser les récoltes : le
lundi est pour la fands:n, le mardi pour la mois-
son, et le mercredi pour les vendanges, ainsi que
pour les pommes- (E.) On dit en proverbe :
Queue Rogâson,
Qiieue fanâson. (E.)
Si on veut que le beurre porte médecine, il
faut tirer les vaches tous les deux matins des Ro-
gations, avant le lever du soleil, et aller à la
messe. Le troisième jour, on doit riboter son lait
avant le lever du soleil, tirer son beurre et le
préparer, et aller à la messe. Par ce moyen, on
obtient du beurre qui porte médecine. (P.)
On assure qu'il pleut toujours le lundi de la
Pentecôte. Toutes les fois qu'on chante à l'église
le Veni Creator, la semaine est pluvieuse. (E.)
La Pentecôte. — C'est le jour do la Pente-
côte et le lundi suivant que commencent véri-
tablement en Haute-Bretasfne les assemblées et
244 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
les pèlerinages. Le plus important peut-être de
tous, celui de Saint-Mathurin de Moncontour, a
lieu surtout à cette époque. On y vient de fort
loin, du pays gallo et de la Basse-Bretagne, pour
implorer le grand saint Mathurin. Pour beau-
coup, c'est le plus grand saint du Paradis, On
raconte même qu'il aurait pu être le bon Dieu
s'il avait voulu. On lui proposa la place, mais il
refusa parce qu'il trouvait qu'elle lui aurait donné
trop d'embarras.
La même légende est populaire en Basse-Bretagne. (Cf. Luzel,
Légendes chrétiennes, t. I*'; p. 2.)
Les pèlerins amenaient autrefois des bœufs,
qu'on offrait à saint Mathurin, et certains faisaient
sur les genoux le tour de l'église. Maintenant, les
pèlerins se contentent de dire des prières et d'em-
brasser la plaque de verre enchâssée dans le front
d'un buste d'argent qui recouvre un fragment du
chef de saint Mathurin.
On raconte que le buste de saint Mathurin,
pas celui d'argent, mais un plus ancien, qui était
en bronze, a été plusieurs fois enlevé par des
pèlerins désireux de posséder chez eux un saint si
puissant; mais, comme il ne se plaisait que dans
son église de Moncontour, il y revenait tout seul
ou forçait les gens à l'y rapporter.
Il y a, en Haute-Bretagne même, nombre de légendes sur
les statues qui reviennent d'elles-mêmes à leur demeure pré-
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 245
férée. (Cf. mes Traditions et superstitions, t. l", p. 32.1.) C'est
une croyance qui est populaire en beaucoup d'autres pays.
Les pèlerins qui vont à Saint-Mathurin en rap-
portent une image en plomb qui représente une
tête assez grossière sur un buste sans bras, serré
à la taille et couvert de boutons séparés par des
traits en saillie. C'est un moule ancien qui sert à
la couler. Il s'en vend bien des milliers ; les
fidèles, en revenant, en portent à leurs chapeaux
ou sur leurs vêtements ; elles sont attachées avec
des rubans et des cocardes, ornées parfois de
fleurs artificielles. Cette image préserve ceux qui
la portent des chiens enragés, des v'iins (serpents)
et de loutes sortes de maux.
La Trinité. — Jadis, à la Trinité, d'après un
ancien usage que est depuis peu tombé en dé-
suétude, les fermiers apportaient à leur proprié-
taire une motte de beurre et des caillebotes ; et,
ce jour-là, il les invitait à s'asseoir à sa table. (D.)
A la Trinité, on dit :
Ma grand'mère vien'ra tantôt,
Qui m' f ra des caillibotes ;
Ma grand'mère vien'ra tantôt,
Qui m' f ra du bon fricot. (D.)
La Fête-Dieu. — La Fête-Dieu se nomme le
Sac' ou Sacre.
246 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
La Fête-Dieu est très solennellement fêtée en
Haute-Bretagne; sur le passage de la procession,
on tend des draps de lit ornés de fleurs, et le sol
est jonché de glaïeuls.
Je ne crois pas qu'il y ait actuellement des cé-
rémonies singulières ; mais en voici une qui a
disparu seulement dans la première moitié de ce
siècle :
« A Morieux, lors des processions, les petits
enfants de la paroisse se plaçaient devant le Saint
Sacrement et soufflaient de toute la force de leuis
poumons dans des sifflets de plomb ou de bois.
Ces musiciens d'une nouvelle espèce faisaient en-
tendre les sons les plus discordants ; mais c'était
l'usage, et personne n'en était troublé. »
(B. Jollivet, t. P% p. 161.)
§ IV. — LES JEUX ET DIVERTISSEMEXTS PUBLICS
Avant la Révolution, il y avait en Haute-Bre-
tagne un assez grand nombre de fêtes publiques
civiles; depuis, celles qui avaient un caractère
féodal ont disparu en même temps que les droits
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 247
féodaux, et d'autres, telles que le tir à l'arc ou à
l'arbalète, sont tombées en désuétude. Actuelle-
ment, un petit nombre seulement ont résisté à
ces causes et à la guerre que le clergé leur a faite
pendant une moitié de siècle. Voici quelques-
unes de celles qui ont survécu :
Les feux de joie sont relativement rares sur la
côte et dans les environs de Rennes; il n'y en a
guère qu'à la Saint- Jean, et encore cet usage est
en beaucoup de lieux tombé en désuétude, ou à
la Saint-Pierre ; mais, dans la partie de la Haute-
Bretagne voisine du Mené, ils sont assez fré-
quents, et nombre de bourgs en ont deux par an,
sans compter celui de la Saint-Jean qui est sou-
vent allumé par un groupe de villageois sur un
tertre ou près d'une ancienne chapelle consacrée
à Saint-Jean.
Il y en a un au moment de la fête paroissiale,
et le clergé vient l'allumer processionnellement;
le jaillissement de la flamme est salué par des
coups de fusil. C'est une cérémonie moitié pro-
fane, moitié religieuse, qui ne brille pas toujours
par le recueillement.
Les tisons des fouées faites en l'honneur des
saints ou des saintes préservent de la foudre.
Beaucoup de personnes en ramassent. (P.)
Depuis quelques années; il est aussi d'usage,
en un assez grand nombre de communes de cette
248 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
région, d'allumer un feu de joie le 14 juillet ou
le dimanche le plus rapproché de la fête de la
République.
11 y a en Haute-Bretagne un jeu qui se nomme
écaisser (déchirer) la grenouille. Il a été décrit
dans un conte de Paul Féval intitulé : La Gre-
nouille. « La grenouille est un morceau de bois ;
elle doit être bonne et ronde, et franche (polie),
et telle que deux honnêtes gars puissent la tenir
sans se faire mal... Deux gars sortent- des rangs.
Ils se placent en face l'un de l'autre et se frappent
trois coups dans la main. C'est le signal... Les
deux gars saisissent la grenouille du mieux qu'ils
peuvent, et tout aussitôt sous chacun d'eux se
place une sorte de cariatide humaine qui fait
office de poteau. Les deux gars, soutenus par ces
piédestaux animés, prennent une position hori-
zontale à quatre pieds du sol. En même temps,
les paroisses rivales s'attellent littéralement aux
jambes des champions et tirent de tout leur cœur.
Les deux gars tiennent toujours la grenouille.
Quand le gigantesque attelage qui tire sur leurs
jarrets fait un peu relâche, ils essaient de tourner
la barre et de se l'arracher mutuellement. L'un
des gars attelés aux tibias du champion de Ces-
son a glissé. Le contre-coup de sa chute a fait
glisser son voisin; de proche en proche, tout le
monde glisse et tombe... On se relève, et l'on
LES FETES ET LES DIVERTISSEMENTS 249
recommence à tirer, car les deux gars n'ont pas
lâché prise. Tous deux sont tombés à plat ventre,
tandis que leurs tenants sont tombés sur le dos;
mais leurs mains sont rivées à la grenouille... Il
s'agit de l'honneur de la paroisse. Les articula-
tions craquent; on tire toujours... »
(^Contes hrctoris, pages 149, 155, 158.)
« Les amateurs de joutes, à Saint-Malo, la plu-
part brevetés coquetiers, élèvent avec un soin mi-
nutieux des coqs des races réputées les meil-
leures. Il y a des coqs dont les victoires sont
vantées, dont la race est ancienne, dont la gé-
néalogie est conservée. La race du coq crâne est
célèbre.
« A certaines époques de l'année, les coquetiers
avec leurs coqs se réunissent dans un parc; un
jury est formé des plus anciens coquetiers, les
deux coqs qui doivent combattre sont examinés,
et les paris sont ouverts. Ensuite, on lâche les
combattants, bien écrêtés, armés d'éperons d'a-
cier, les plumes des ailes et du cou coupées. La
lutte n'est pas longue; bientôt l'un des com-
battants succombe, forcé par son rival, qui reste
souvent étendu, ne pouvant retirer son éperon.
C'est alors que l'on crie de toutes parts : « Il
ç^we ! Il '^ne ! »
« Quelques instants avant la joute, on fait ava-
ler aux coqs des liqueurs enivrantes.
2)0 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
« Le jour de la fête des écoliers, dans les pe-
tites écoles de campagne, le jeudi qui précède le
carême, chaque enfant porte à l'école, avec le
morceau de lard qu'il doit fournir au banquet,
son coq pour le faire se battre, avec l'éperon
naturel, avec ceux de ses camarades. L'enfiuit
dont le coq a remporté le plus de victoires est
proclamé roi de la joute et du banquet qui le
suit. «
(Verger, Archives curieuses de la ville de Nantes, 1838 ; cité
dans Rolland, t. VI.)
Le jeu des combats de coqs existe toujours
à Saint-Malo ; il a surtout lieu le lundi de Pâques ;
voici quelques détails sur les combats de coqs que
les écoliers faisaient jadis :
« Quelques jours avant l'époque du carnaval,
le coq élevé par chaque enfant pour prendre part
à la joute était entouré des soins les plus minu-
tieux, recevant une nourriture échauffante, telle
que du chènevis, etc., et pour boisson quelques
cuillerées d'alcool.
« Le jour de mardi gras arrivé, les cnfluits,
vêtus comme aux jours de fêtes, portant chacun
le coq sur lequel ils fondaient les plus belles espé-
rances, se rendaient sur le lieu du combat. C'é-
tait habituellement dans la cour de l'école.
« Les parents formaient la haie, et ceux coqs
tirés au sort étaient lancés dans l'arène. Immé-
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 25 I
diatement la lutte s'engageait et ne finissait que
par la mort ou la fuite de l'un des combattants.
Un autre coq était alors lancé, et le vainqueur de
tout à l'heure recommençait la lutte.
« La même scène recommençait ainsi jusqu'à
ce que tous les coqs eussent pris part au combat.
« Le coq qui avait fait le plus grand nombre
de victimes était le vainqueur, et immédiatement
son heureux propriétaire était proclamé roi par
toute l'assemblée.
« On improvisait alors un trône sur une ci-
vière, et les quatre plus forts le promenaient en
triomphe dans les principales rues de la commune
en poussant des hourras.
(( Après cette promenade triomphale, on allait
festoyer dans un repas où chacun avait contribué
suivant ses moyens. Les uns apportaient de la
charcuterie, des volailles, des œufs, etc., les
autres, du cidre, du vin, du café.
« On riait, on s'amusait, et chacun se promet-
tait bien de recommencer l'année suivante.
« Voilcà pour les garçons. Mais les petites filles
avaient bien aussi leur joute. Celle-ci consistait à
casser le plus d'œufs possible avec le même œuf,
en conservant ce dernier intact.
« Les œufs apportés pour ces enfants, et qui
s'élevaient souvent à un chiffre considérable, étaient
répartis proportionnellement entre toutes, et celle
252 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
qui cassait le plus d'œufs avec le même œuf était
proclamée reine et recevait une véritable ova-
tion. Il y en avait, paraît-il, de très habiles, et
j'ai ouï dire que les plus fortes dépassaient leur
douzaine.
« Toutes ces petites fêtes ont disparu, du moins
à Saint-Lunaire. »
(Le vieux Corsaire, 2 mai 1883.)
La CouRRERiE DE coas est une sorte de jeu en
usage aux environs de Rennes. On plante dans
la terre un piquet surmonté d'un papier; on
bande les yeux aux joueurs, qui, chacun à son
tour, armés d'une faux, sont placés à quelque
distance du but. Celui qui parvient à faucher le
piquet reçoit comme récompense un animal, soit
un lapin, soit plus généralement un coq. Ce jeu
s'appelle aussi « faucherie de coqs ».
On compte les pas, et on en donne le chiffre à
ceux qui veulent concourir.
A Saint-Malo, d'après Verger, Archives cu-
rieuses de la ville de Nantes, on pratiquait le jeu
du tire-jars. Il est tombé depuis en désuétude.
« Un jars est suspendu par les pattes à un
•arbre, dans une avenue bordée de nombreux spec-
tateurs. Des hommes à cheval sont rangés sur une
file. Après avoir tiré au sort, à un signal donné,
ils partent tour à tour, passant au galop sous
LES FÊTES ET LES DIVERTISSEMENTS 253
l'arbre où est suspendu le jars, dont on doit arra-
cher la tète avec la main, sans quitter la selle. Le
vainqueur est proclamé roi; il choisit une reine
dans l'assemblée. Chaque cavalier prend une dame
en trousse, et la cavalcade joyeuse et bruyante se
rend à un banquet préparé à l'avance. «
Dans les pays que je connais, le jeu de la soûle
a disparu ; mais il n'y a pas plus de trente ans
qu'on le pratiquait encore, avec moins d'acharne-
ment qu'en Basse-Bretagne, à Saint-Glen, canton
de Moncontour, et dans les communes voisines;
on l'a fait cesser, il y a trente ans environ, parce
que c'était une occasion de querelles.
Il a été jadis très populaire en Haute-Bretagne,
ainsi que le constatent de nombreux documents;
toutefois, il résulte de la plupart d'entre eux que,
même avant la Révolution, on l'avait fait cesser
en beaucoup d'endroits.
« Jadis, à Saint-Pcrreux, le dernier marié de
l'année, à son défaut celui de l'année précédente,
devait fournir à Noël une souIe ou boule de bois
que deux partis se disputaient l'honneur d'amener
au but fixé. Cette coutume a cessé en 1680. »
Ogée.
Il y a des jeunes gens, parfois même des
hommes mariés, qui vont aux pèlerinages ou aux
assemblées exprès pour se battre avec ceux d'une
commune voisine. (P.) C'est généralement à
254 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
propos des sobriquets que les gens d'un pays
adressent à leurs voisins que les batailles ont lieu.
11 y en a eu plusieurs qui ont entraîné mort
d'homme. Actuellement, bien que l'usage de bla-
sonner ses voisins existe encore, ces coutumes
barbares ont une tendance à disparaître.
CHAPITRE III
LA MAISON
§1.
LA CONSTRUCTION ET LA BENEDICTION
w5^_-^UTREF0is, on plaçait des pierres à tonnerre
WjA^>^\ dans les fondations des maisons; j'en ai
^^^i cité quelques exemples, t. 1er, p. ^5^ (5e
mes Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne ;
les plus récents remontaient au XYII^ siècle. Ac-
tuellement, cet usage semble complètement aban-
donné; du moins, je n'ai recueilli aucun fait
prouvant son emploi à l'époque actuelle.
Quand on pose la première pierre, on frappe
dessus; s'il y a danc la maison une jeune fille,
c'est elle qui vient donner le premier coup de
marteau. Elle apporte une pichetéc de cidre et tous
les maçons l'embrassent. (D.)
2)6 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
C'est ordinairement, un enfant qu'on monte sur
la charpente, quand elle est levée, pour y placer
un bouquet orné de rubans ; depuis quelques an-
nées, en certains cas, surtout s'il s'agit d'une con-
struction importante, on y ajoute des drapeaux.
Le soir, on mange un coq, et à défaut d'un
coq, une poule. (E.)
r
A la Neuville-Chant-d'Oisel, on sacrifiait jadis un coq pou
consacrer l'édifice (cf. Baudry, Mélusine, t. I, col. 12). Cette
coutume existe aussi dans l'Allier, Mél. (col. 72).
Ailleurs, on mange une tête de veau. Le repas
a lieu le soir, et l'on y invite les charpentiers, les
parents et les amis les plus proches. (D.)
Pour avoir de la chance dans une maison
neuve, il faut tuer un coq et l'encaver au milieu
de la place. (P.)
Sur le faîte de beaucoup d'anciennes maisons
de la Haute-Bretagne, châteaux, maisons bour-
geoises ou fermes, on plaçait à l'endroit où main-
tenant on met des boules de plomb ou de zinc
des figures en terre vernissée. On en mettait
aussi à terminer le haut des galeries ou des man-
sardes. Ces figurines sont appelées par les paysans
des « petits monsieurs » ou des « Frédérics ». Ce
nom, plus usité dans les villes, vient de ce que
beaucoup représentent Frédéric-le-Grand à cheval.
La plupart de ces personnages étaient fabriqués
à la Poterie, près Lamballe, où, dès ] 500, on
LA MAISON 257
trouve un Le Bourdin, potier. Cette famille en a
fait pendant longtemps ; depuis quelques années,
cette fabrication a recommencé ; mais les types
actuels, qui figurent des coqs ou des gendarmes à
cheval, sont d'un modelé lourd et grossier. Parmi
les anciens, il y en avait de très intéressants.
Avant d'aller habiter les maisons, on les fait
bénir; on prétend que le diable vient dans celles
qui n'ont pas été aspergées d'eau bénite par un
prêtre, et que le maître serait exposé à être em-
porté par lui. (E.) Dans les maisons non bénies,
on oit toujours, c'est-à-dire qu'on y entend des
bruits étranges et inexplicables. (D.)
Quand quelqu'un quitte la maison pour se
rendre à un lieu où il n'est jamais allé, ou pour
faire un ouvrage qu'il n'a pas l'habitude de faire,
on trace une croix sur la porte pour lui porter
bonheur. (P.) On fait aussi une croix dans 1'/;;^
pour marquer qu'on est étonné de ce qu'un cer-
tain individu a foit. (D.)
PROVERBES
Poule qui chante le coq
Et coq qui pond,
C'est le diable dans la maison.
Pour faire une bonne maison,
Il ne faut ni prêtres, ni moines,
Ni pigeons.
17
258 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Maison chétive est
Où la poule chante
Et le coq se taît. (D.)
(C'est-à-dire où la femme commande.)
Belle fille, pain frais et bois vert.
Mettent une maison à d'sert.
§ II. — l'aménagement
La plupart des maisons ont leur façade au midi,
et généralement l'aire est placée au levant. Lors-
qu'il y a un courtil derrière, une porte ouvre vers
le nord ; mais il est rare que l'on fasse de ce côté
d'autres ouvertures, aussi bien au rez-de-chaussée
qu'au grenier.
Les fenêtres sont aussi percées dans la façade ;
jadis, et on peut le constater par les vieilles mai-
sons qui sont encore debout, c'étaient de véri-
tables meurtrières, qui ne laissaient passer que
très peu de jour. L'intérieur n'était éclairé que
par la porte, qu'on laissait pour cette raison
presque toujours ouverte. Actuellement, dans les
petites et dans les moyennes fermes, il n'y a gé-
LA MAISON 259
néralement qu'une fenêtre, mais elle est plus
large et plus haute ; on la garnit à l'extérieur de
barreaux de fer, précaution contre les voleurs.
La partie de la maison où habitent les gens
s'appelle Vbôtê; on y entre par une porte qui est
ordinairement percée tout près du mur qui sépare
l'hoté proprement dit du cellier ou de l'écurie;
c'est à l'autre extrémité que se trouve la che-
minée.
Le seuil se nomme Vassîéde Vlm, ou le sié; (D.)
il est généralement élevé au-dessus du sol et
forme une sorte de banc, d'où son nom. C'est
surtout sur l'assié de l'hu qu'a lieu le repas du
soir en été, c'est aussi là qu'on prend le frais;
dans les bourgs et les villages, certains assiés de
l'hu sont des centres de réunion où se disent les
contes, et où l'on s'entretient de la chronique lo-
cale et des biens de la terre.
L'hu ou la porte se compose de l'hu propre-
ment dit, porte pleine qui n'est guère fermée que
la nuit ou lorsque tout le monde est absent.
Le contre-hu est une demi-porte, haute de
ira 50 environ; elle reste presque toujours fer-
mée, afin d'empêcher les bestiaux de pénétrer
dans l'hôté et les enfants d'en sortir.
Autrefois, pour fermer l'hu, il y avait une
barre en chêne assez forte qui, pendant le jour,
était enfoncée dans un trou carré ménagé dans
26o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
l'épaisseur du mur; c'est de là que vient l'expres-
sion barrer la porte, qui est encore synonyme de
fermer.
A une petite distance del'hu se trouve la dalle;
elle est généralement placée le long du mur op-
posé à la cheminée. C'est une sorte d'enfonce-
ment qui a par le haut la forme d'un cintre très
surbaissé ; il est haut de 2 mètres environ, large
de i'" 50, et s'enfonce dans le mur de refend à
30 à 40 centimètres en profondeur. C'est la dalle
qui sert d'évier.
Dans le bas sont placés les pots en terre de
forme ventrue qui ont en haut une anse et sur le
côté une sorte de goulot très court qui sert à ver-
ser. Ils se nomment potoplons, pataplons, huards.
On y met aussi le chaudron. Au-dessus sont les
cuillers en bois, les assiettes, les plats, à moins
qu'il n'y ait dans la maison un dressoir, et aussi
les petits bassins de cuivre, mais on place aussi
ceux-ci au-dessus des armoires.
Dans la plupart des fermes, il n'y a au rez-de-
chaussée ni carreau ni plancher ; la place, — c'est
ainsi qu'on appelle le soi du rez-de-chaussée, —
est formée de terre qu'on a débarrassée des cail-
ioux qui pouvaient s'y trouver ; on l'arrose, par-
fois on y met de la chaux, ou des balles d'avoine.
Mais il faut donner de la consistance à ce sol qui
sera souvent arrosé par les eaux ménagères, par-
LA MAISON 261
fois par la pluie. C'est pour avoir un sol dur et
uni qu'on fait les fùiiJer les de place; sauf que la
danse a lieu dans un endroit couvert, cela res-
semble aux aires neuves; on y danse au son du
violon, le fermier fait circuler des pots de cidre et
le nivellement se fait gaiement.
Ici, le clergé est intervenu et a fait son possible
pour empêcher les fouleries de place ; elles ont
lieu tout de même; mais les fermiers qui veulent
rester bien avec les prêtres les font la nuit et sans
trop de bruit.
Il y a quelque temps, le recteur d'E... entra
chez une fermière qui venait de faire sa place ;
elle était bien nivelée, et il lui demanda comment
on avait fait pour la rendre si droite.
— Ah! monsieur le recteur, répondit la bonne
femme, qui ne voulait ni mentir ni se compro-
mettre, c'est à force d'aller et de veni'.
Le mur du côté du nord est occupé par les lits
et les armoires, mais il y a entre ces meubles et
le mur un espace assez grand.
Dans les fermes et dans les petits ménages, les
presses, — c'est ainsi qu'on nomme les armoires,
— sont assez nombreuses ; chacun des habitants
a pour ainsi dire la sienne propre, où il met son
linge, ses hardes, son argent et tout ce qu'il con-
sidère comme étant réservé à son usage parti-
culier.
202 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
La presse la plus rapprochée du lit du maître
est presque toujours celle qui lui est réservée.
Dans les armoires des femmes, le linge et les
vêtements sont rangés symétriquement ; entre les
piles de draps de lit, elles laissent pendre des cha-
pelets et des rubans de noces ; le bouquet de ma-
riée et le livre de mariage sont mis en parade
dans le devant.
Les lits, qui sont mêlés aux armoires, forment
pour ainsi dire avec elles une sorte de boiserie,
qui est bien cirée et bien frottée dans les fermes
bien tenues. C'est, en général, pendant la grand'-
messe ou les vêpres que cet astiquage a lieu. Le
lit à gauche du foyer, en entrant, est celui du
maître; les vieillards occupent habituellement
celui d'en face.
Ces lits se composent d'une façade plus ou
moins ornée, percée au milieu d'un trou de 1^140
à im 50 en tous sens; c'est par là qu'on entre
dans le lit. Cette ouverture est fermée par des ri-
deaux le plus souvent en cotonnade de couleur.
C'est ce qu'on appelle des lits-clos. Il y en a qui
ont deux étages, parfois trois, très bas l'un et
l'autre. Devant ceux qui n'ont qu'un étage est
placée une huche qui sert à y monter et sur
laquelle on dépose les vêtements avant de se
coucher; c'est sur cette huche qu'on ensevelit les
morts.
LA MAISON 263
Les îits à hussiaux (petites portes), qui tendent
à disparaître, sont fermés par des portes qui
glissent sur des rainures. Les hussiaux sont ajou-
rés dans leur partie supérieure, et le quart de
cercle qui est vide est orné de barreaux tournés,
parfois assez jolis.
Il y a aussi des lits qui n'ont qu'un hussé; en
ce cas, la partie supérieure ajourée forme un
demi-cercle orné de barreaux tournés qui partent
d'un ornement central rond.
Ceux de ces lits qui sont anciens ont une orne-
mentation d'un assez bon aspect décoratif; les
modernes sont ornés de simples moulures et leurs
formes sont plus raides. Il en est de même des
armoires; maintenant, ce sont de grandes boîtes
massives et carrées, ornées seulement d'une cor-
niche sans créneaux ni dessins, et de quelques
moulures sur les vantaux ; les pieds sont en forme
de « pieds-de-biche » massifs; chaque battant
porte deux ferrures de cuivre, longues parfois d'un
mètre, découpées et ciselées; c'est dans l'une
d'elles qu'est la serrure : plus les cuivres sont
longs, plus la maison passe- pour être riche.
Les lits-clos, les Hts à hussiaux ou à hussé, sont
d'un usage plus fréquent dans les Côtes-du-Nord
que dans Tille- et- Vilaine, au moins dans les en-
virons de Rennes.
Il semblerait qu'en ce pays il y ait eu jadis des
264 LE CALENDRIER, LES TR^WAUX ET USAGES
lits moins primitifs. Il n'est pas rare, en effet, de
trouver en IlIe-et-Vilaine, surtout dans les mé-
nages d'une médiocre aisance, — dans les grandes
fermes et dans les bourgs, de même que sur la
côte, les lits dits à bateau sont d'un usage com-
mun, — des lits à colonnes tournées en que-
nouille, qui supportent parfois un baldaquin en
étoffe ou en papier peint. Le bois de ces lits est
à une petite distance de la terre, et on peut y
monter sans avoir besoin d'un banc. La planche
de côté, qui est en vue, haute de 0^140 environ,
et ornée de moulures et de sculptures souvent
assez délicates, a une échancrure plus basse de
quelques centimètres que le haut du bois ; elle est
ménagée au milieu et elle est assez large pour
qu'un homme puisse s'y asseoir.
Sur le bois des lits-clos, à l'extérieur, est sus-
pendu un bénitier orné d'une branche de lau-
rier des Rameaux, et, au milieu des lits et des
armoires, il y a assez fréquemment une niche
grossière dans laquelle est une statue de la
Vierge.
C'est souvent la femme qui apporte le lit en
venant habiter la maison de son mari.
Entre la porte et la fenêtre sont placés, faisant
angle droit avec le mur, un lit, une armoire ou
un dressoir; si l'espace est grand, ces trois
meubles peuvent se trouver réunis, de manière à
LA MAISON 26 <
former entre eux une sorte de carré, les façades
étant tournées du côté du spectateur.
Il y a généralement entre le foyer et la fenêtre
un autre lit; c'est celui des bonnes gens. Dans
la ruelle, est souvent une petite fenêtre étroite
comme une meurtrière et fermée par un carreau.
Perpendiculairement à la fenêtre et cachant le
bout du lit est placé un buffet, un dressoir ou une
armoire, suivant les pays.
Ces buffets n'existent pas dans tous les mé-
nages : dans les Côtes-du-Nord, ils sont généra-
lement de forme assez simple, et composés d'un
avant-corps sur lequel est le buffet à panneaux
pleins. L'ornementation consiste en moulures or-
dinaires; seulement, les pieds ont parfois la forme
de pieds-de-biche, et le dos est découpé.
En Ille-et- Vilaine, vers Ercé et Betton, j'ai vu
des buffets plus ornés. Le haut avait une cor-
niche de forme cintrée, largement sculptée à jour;
les panneaux, au lieu d'être pleins, étaient à jour
et fermés par un grillage. Sur les montants, sur
les panneaux de l'avant-corps, étaient sculptés des
ornements qui, d'une manière générale, mais avec
plus de sobriété, rappellent l'époque Louis XV.
Ils sont pourtant plus modernes, quoique main-
tenant on ait pour ainsi dire cessé de faire des
buffets ornés.
La table sur laquelle on mange est générale-
266 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
ment placée de manière à être éclairée par la
fenêtre. Elle a aux bouts des tiroirs. En lUe-et-
Vilaine, les pieds sont tournés en quenouille, et,
au lieu de tiroirs, il y a des coulisses ornées de
moulures en losange qu'on fait glisser à l'aide
d'un bouton.
De chaque côté de la table sont placés des
bancs. Ce sont au reste les sièges les plus usités.
Beaucoup de grandes fermes des Côtes-du-Nord
ne possèdent pas plus de deux ou trois chaises,
grossièrement paillées ou simplement couvertes
en bois.
Les cheminées sont vastes et ont de grands
manteaux; assez souvent, une sorte de lambre-
quin en papier peint en fait le tour. Au-dessus
est une tablette dont le milieu est habituellement
occupé par un petit crucifix en bois noir, avec un
Christ en os, d'un travail tout à fait sauvage. A
droite et à gauche sont des chandeliers, une lan-
terne, le fer à repasser et divers ustensiles. Au-
dessus sont accrochés un ou plusieurs fusils.
Le foyer proprement dit forme une sorte d'es-
trade élevée de o^ 30 à o™ 40 au-dessus de la
place. Cette disposition permet à la fermière de
"fabriquer les galettes sans trop se baisser.
Cette estrade, formée de larges pierres, est
flanquée à droite et à gauche de bancs, générale-
ment d'un travail assez grossier. Ces bancs sont
LA MAISON 267
pourtant la place d'honneur. Dire à quelqu'un :
« Sourd'ous diqu'au (montez jusqu'au) fouyer, »
c'est l'inviter à prendre une place honorable. Des
deux bancs le plus honorable est celui qui fait
face au jour.
Il ne faut pas vendre le Christ ni les saintes
vierges qu'on a chez soi; il vaut mieux les don-
ner. (E.)
Si on tue une abeille dans la maison, toutes les
autres quittent la ruche. (D.)
Quand on a un grésillon dans son foyer, il ne
faut pas le tuer, car c'est la chance de la maison.
(S.-C, E., P.)
On ne doit pas éteindre le' feu du foyer, car on
chasserait de la maison la Vierge, qui a coutume
de venir se chauffer au feu des foyers qui ne sont
pas éteints. (D.)
Quand on voit le feu éclater en étincelles, on
dit : « Voilà les petites bonnes femmes qui vont
au veillouas (à la veillée). (E.) — Voilà les petites
bonnes femmes qui vont aux noces, ou bien :
qui vont danser. » (S.-C.)
Si on voit des étincelles de feu sur le trépied,
c'est signe de vent, de pluie ou de froid; on
nomme ces étincelles des gUyous. (S.-C.)
On dit aux étincelles ou bluettes : « Allez-va
es noces. »
Dans la cheminée, après l'âtre, s'élève une
268 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
sorte de murette haute de o^- 04 à o"' 05 et
percée au milieu d'un trou carré. C'est là qu'on
met la cendre. Sur cette murette est placé le
g'Uaiiné, dans lequel est fxchée la chandelle de
rosine (résine) qui éclaire la cheminée et même
l'hôté, le soir.
C'est autour du foyer qu'ont lieu, pendant
l'hiver, les travaux en com.mun, ceux du moins
qui sont exécutés seulement par les gens de la
maison.
Dans l'intérieur de la cheminée sont pendus le
galetier et quelques autres ustensiles, ainsi que le
nombril de cochon qui sert à graisser les souliers,
les andouilles, la saucisse, etc.
Un assez grand nombre de fermes possèdent
des horloges qui sont placées dans de grandes
boîtes, parfois, mais rarement, sculptées. Autre-
fois, il y avait des horloges avec des cadrans
émaillés, et un mécanisme qui faisait un moine
venir sonner l'Angélus à six heures et à midi; ac-
tuellement, ces horloges sont très rares.
Il y a aussi des armoires à un seul battant,
qu'on nomme siisboiit ; souvent, ce battant était
formé d'un devant de coffre qu'on ferrait en porte,
sans s'occuper du dessin des panneaux. Habituel-
lement, les susbouts sont relégués avec les vieilles
armoires dans une pièce de décharge. Il est mal-
séant de s'asseoir sur la met au pain.
LA MAISON 269
Au plafond sont attachées des claies en bois,
dont l'une, appelée ^^rf/;(2 à pain (M.), rdté (D.),
sert à l'usage que son nom indique; sur les
autres, on met la filasse, les morceaux de vache
fumés, etc. Aux poutres on suspend les hoiixpiines
de porc, et la trochée de pommes qui doit préser-
ver les habitants du mauvais air.
La vaisselle est des plus sommaires; elle se
compose d'écuelles et de plats en terre à pote-
rie vernissée, provenant en général de fabriques
locales. Il y a aussi des moques où l'on verse le
cidre, des briques pour aller le tirer et des tou-
ques pour le porter dans les champs. Les verres
sont en petit nombre, et on n'en use guère que
lorsqu'il vient à la ferme quelque personne de la
ville.
Les assiettes servent surtout pour le beurre; il
y a quelques années, on en voyait encore qui
provenaient des anciennes fabriques et présen-
taient un certain intérêt artistique; actuellement,
elles ont presque toutes disparu, et ont été rem-
placées par de la faïence blanche de Creil ou par
des faïences peintes des fabriques de l'Est.
Il n'est guère de ferme qui n'ait collées au
mur quelques images coloriées; bien qu'il y ait
eu en Bretagne une fabrique d'imagerie populaire,
celle de Pierret, à Rennes, c'est l'imagerie d'Épi-
nal qu'on y voit le plus souvent.
270 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Parmi les images religieuses les plus fréquentes
sont Sainte Anne d'Auray, la Vierge de Pontmain,
et d'autres vierges de vocables variés. Parfois,
mais plus rarement, des images de saints ; c'est le
patron de la paroisse, quand c'est un saint connu
et réputé puissant, ou bien les saints dont les ha-
bitants de la maison portent le nom.
L'imagerie légendaire se mêle à l'imagerie reli-
gieuse ; le Juif errant, Gargantua, Damon et Hefi-
riette, Joseph et ses frères, YEnfant prodigue, sont
les plus communes. Jadis, on voyait des batailles
de l'Empire assez largement traitées, puis sont
venues les batailles de Crimée et d'Italie. Depuis
1870, l'imagerie de bataille a moins de succès.
Dans les greniers sont remisés, pendant l'été,
les rouets et divers autres ustensiles qu'on descend
à l'hiver; c'est là aussi qu'on met les hers (ber-
ceaux) quand ils ne servent plus, et l'on y sus-
pend sur des cordes le linge sale de la maison,
en attendant les trois ou quatre grandes lessives
annuelles.
Si l'on a des rats chez soi et qu'on veuille s'en
débarrasser, il faut entrer chez un de ses voisins,
lui prendre du pain sans qu'il le sache et le
donner aux rats; ceux-ci quittent immédiatement
la maison pour aller dans celle d'où vient le
pain. (P.) Lorsqu'on a pris un rat vivant, il faut
le rôtir un peu, puis le lâcher ; les autres, en sen-
LA MAISOX 271
tant l'odeur de roussi, sont effrayés et ne re-
^•iennent plus dans le grenier. (M., E.)
Il y a parfois un ou deux lits dans la pièce à
;ôté de l'hôté qui sert de décharge, de buande-
rie, etc. ; il y en a aussi dans l'écurie aux che-
t'aux : c'est là que couche un des domestiques ou
['un des fils de la maison.
Autrefois, il n'était pas rare de voir une partie
ie la maison d'habitation occupée par le bétail;
ictuellement, sauf dans les pays pauvres de la
montagne, le bétail a sa demeure distincte, mais
ûle n'est assez souvent séparée que par une porte
ie la demeure des gens.
Les étables, les écuries, les sous ou refuges à
Dorcs, les hangars, sont établis d'une manière va-
■iable autour de l'aire, et ressemblent, à de mi-
limes différences de détails, à ceux des autres
3rovinces.
Les aires, surtout dans l'hiver, ne sont pas tou-
ours propres; on y laisse pourrir de la paille,
ians le jus des amas de fumier que la pluie lave.
Les alentours des maisons sont aussi d'une
propreté douteuse; sauf en Ille-et-Vilaine, les
:abinets d'aisances, qu'on nomme chiottes, n'étant
3oint d'un usage général, le premier endroit venu,
pourvu qu'il ne soit pas trop en vue, en tient lieu.
Généralement, les chiottes sont établies dans un
mgle de fossé, et se composent d'un trou sur le-
272 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
quel est étendue une barre de bois pour appuyer
le dos.
Lorsqu'une aire est neuve et qu'on veut la
rendre solide, on convoque ses voisins pour la
pihr.
Les piUries d'aires ont lieu après la journée
faite, et elles se prolongent jusque vers minuit.
Celui qui a une aire neuve fait venir un violon,
et toute la jeunesse se réunit pour danser. Le fer-
mier fait de temps en temps circuler des pichets
de cidre. (D.)
Sur les aires neuves, cf. Galerie hretonne.
§ IIL — LES ÉTABLES ET LA BASSE-COUR
Le produit de la basse-cour est pour les filles
du fermier; il sert à leur habillement et à leurs
autres dépenses. Une partie du beurre est laissée
à la fermière pour l'entretien de la maison. (E.)
Ailleurs, quand il y a plusieurs filles, chacune
a en propre un certain nombre de poulets. (P.)
On met du sel sur les litières neuves pour
chasser les v'Hns (reptiles), qui ne peuvent souf-
frir le sel. (E.) A Penguilly, on met du seh ou
LA MAISON 273
haut-bouée (sureau) sur le sol et à tous les coins
de l'étable pour obtenir la même chose.
Quand on cogne un palet (pieu), on met du sel
dans le trou pour chasser les mauvaises bêtes. (D.)
En plusieurs pays de l'Ille-et-Vilaine, on met
un bouc dans les étables à vaches et dans les écu-
ries. On prétend qu'il les assainit en prenant pour
lui le mauvais air. (E.)
Parfois, si une vache ne donne plus de lait,
c'est qu'elle a été mise à l'étable « dans une mai-
son bénite ». (Plouër.)
Une croyance analogue existe en Franche-Comté (cf. Mél.,
t. I, col. 371).
On cloue les chats-huants à la porte des granges
pour détourner les maléfices.
Cf. Rolland, p. 45.
^ IV. — USTENSILES — CROYANCES ET PRÉJUGÉS
Les couteaux coupent l'amitié ; pour détourner
le mauvais sort, quand on reçoit un couteau de
quelqu'un, on lui donne une pièce de monnaie :
comme cela, le couteau n'e$t pas « donné «.
Lorsqu'un jeune homme et une jeune fille se
18
274 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
font la cour, si l'un d'eux prête son couteau à
l'autre et que celui-ci coupe quelque chose avec,
celui qui l'a prêté dit : « Tu as coupé l'amitié. «
(S.-C, P.)
On ne doit pas mettre les couteaux en croix.
Pour savoir si telle ou telle chose arrivera, par
exemple quel sera le premier de la compagnie à
mourir, on fait tourner les couteaux; la lame
donne la réponse. (D.)
Si l'on s'assied sur le siège encore chaud
qu'une' personne vient de quitter, on sait ce qu'elle
pense.
Un miroir qui se casse présage un malheur.
Si on porte un trépied à la forge pour le
raccommoder, il ne faut pas le rapporter sur
son épaule, il faut le traîner; si on négligeait
cette précaution, on serait exposé à mourir.
(S.-C.)
Quand le trépied a les pattes en haut, on dit
que le diable est dans la maison ; il faut se hâter
de le retourner.
Si une fille laisse le trépied sur le feu quand il
ne sert plus, son mariage sera retardé de sept
ans. (P.)
Quand on casse un objet, le matin, on en casse
trois avant que le jour soit fini.
De peur d'être ensorcelées, les filles disent aux
garçons de boire avant elles en ces termes :
LA iMAISON ?.'/$
Bois le premier.
Pour voir ta civilité.
Bois le premier,
J'saurai tes secrets. (D.)
On entame le pain avec un signe de croix, afin
qu'il ne s'en aille pas trop vite. (P.)
On fait avec le couteau une croix sur le pain
et on se signe. (D.)
Il ne faut jamais poser le pain à l'envers. (D.)
Les nids d'hirondelles ne se dénichent point.
L'hirondelle est la chance des maisons.
Cf. Souche (Poitou), Croy., p. 27 ; Lcoisnel de la Salle (Berry),
t. II, p. 263 ; Monnier, p. 156.
Les belettes portent bonheur dans les maisons.
Cette superstition, déjà constatée par Habasque, t. I, p. 304,
existe aussi en Poitou (cf. Souche, Croy., p. 3) ; l'antiquité la
connaissait aussi (cf. Plaute cité par Gubematis, t. II, p. 54),
En Basse-Bretagne, au contraire (cf. Galerie bretonne, t. II,
p. 156), le regard de la belette porte malheur.
Voici un moyen d'arrêter les progrès du feu.
Un prêtre jette dans le foyer de l'incendie des
hardes sacrées; mais il y a une condition sine
qua non assez intéressante : il faut que le prêtre
soit forcé d'accomplir ce sacrilège par une force
indépendante de sa volonté.
D'après A. -S. Morin, p. 217, en Eure-et-Loir existe la
croyance que les prêtres peuvent, au moyeu de certains mots,
éteindre les incendies.
276 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Le lait de vache noire passe pour avoir la vertu
d'éteindre les incendies. (E.)
Croyance analogue dans les Vosges (cf. Mél., col. 502).
Quand une maison appartenant à des gens peu
aisés a été incendiée, l'homme ou la femme vont
quêter pour « la fortune du feu ». On leur donne
de l'argent et surtout des dons en nature. C'est
un usage qui tend à disparaître.
Il y a maintes personnes qui ne veulent pas
qu'on fasse de croix sur leurs portes et défendent
qu'on mette des instruments, n'importe que ce
soit, dans cette forme, car, dit-on, ça occasionne
la mort de quelqu'un. (P.)
§ V. LES VEILLÉES
Le Veillouas, ou oueillas, est une réunion où l'on
se divertit en jouant à divers jeux, tels que le
foutéau, à cache-cuter, au bâton, etc.
Certaines veillées ont lieu dans les étables,
parce qu'il y fait chaud ; on y fait une belle litière
de paille blanche, et l'on s'assied tout autour du
piquouau fiché en terre qui supporte la chandelle
de résine. Parfois, tout un village se réunit ainsi.
LA MAISON 277
Les vaches assistent à la veillée couchées le long
des murs; quand on danse, elles se rangent du
mieux qu'elles peuvent. (D.)
Les filanderies, qu'on appelle aussi fileries, ont
lieu aussi en hiver. Ceux qui voulaient y aller
portaient chacun un échè ou écheveau à filer ; on
y filait généralement à la quenouille, et parfois
trente ou quarante personnes se trouvaient réu-
nies; il n'y avait pas jadis de semaine où il n'y
eût quelque filanderie. On y chantait, on y disait
des contes, on y dansait surtout, quand l'ouvrage
était fini. (E.)
Aux fileries, quand les fileuses rapportent l'ou-
vrage, le soir, elles restent à s'amuser. (P.)
Le Filouas, c'est la réunion du soir où on
filouase, c'est-à-dire où on file, à la quenouille ou
au rouet. Celui qui avait une bonne amie venait
lui tourner son rouet. On y racontait des contes,
on disait des devinailles, on chantait des chan-
sons. (D.)
Voici une très vieille chanson que les filan-
dières chantaient aux veillées en suivant la ca-
dence de leurs rouets.
Au beau clair de la lune
J'allais me promener ;
Je croyais voir ma maîtresse en figure,
Mais ce n'était que le beau clair de lune.
278 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Rossignolet sauvage.
Messager des amants,
Va-t-en zy va
Lui porter une lettre à celle-là
Que mon joli cœur aime.
Roussin prit sa volée.
Au joli bois s'en va.
S'en est allé de bocage en bocage,
Il l'a trouvée
A l'ombre du feuillage.
Que le bonjour, la belle,
Bonjour vous soit donné.
De votre amant,
J'apporte des nouvelles
Si vous l'aimez autant
Comme il vous aime.
De l'aimer comme il m'aime,
Cela ne se peut pas.
Il a toujours en sa jolie croyance.
De m'emmener dans son pays de France.
Dans son beau pays de France,
Non, non, je n'irai pas ;
Je n'aurais là
Ni germains, ni germaines,
A qui conter mes douleurs et mes peines.
Si fait, si fait, la belle,
Y a des parents assez ;
Vous trouverez des germains, des germaines,
A qui conter vos douleurs et vos peines.
(Environs de Loudcac.)
LA MAISON 279
Voici ce qui a lieu à la cuiserie ou cuirie- de.
pommé. Après le travail de la journée, les gens de
la ferme se réunissent pour peler les pommes et
en ôter les pépins et leur enveloppe. Quand cette
opération, qui dure une ou deux soirées, est ter-
minée, on met les pommes à cuire dans de grands
bassins de cuivre, on les arrose de cidre doux de
temps en temps et chacun à son tour vient remuer
le contenu du bassin au moyen d'un long mor-
ceau de bois.
Les cuiseries de pommé, où les voisins sont
invités, sont l'occasion de réjouissances et de jeux
qui se prolongent bien avant dans la nuit. Elles
ont lieu en général le samedi, parce que les gens
qui y ont assisté peuvent se reposer le dimanche.
Ce pommé est une sorte de confiture que les
fermiers et leurs gens étendent sur le pain au lieu
de beurre pendant l'hiver; le goût en est très
agréable. (E.)
Pour les àrracheries de lin, on se réunit en
grand nombre, car c'est une partie de plaisir, et
l'on n'est point payé. On arrache le lin, on
Vègrouge pour en faire sortir la graine, puis on le
met à rouir. Quand l'ouvrage est terminé, le fer-
mier donne à manger et à boire à ceux qui l'ont
aidé, et il fait venir un violon ; alors on se met à
danser tout le reste du jour. (D.)
Aux Brâries (réunion où l'on broie le chanvre),
28o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
la compagnie n'est pas très nombreuse; elle se
compose, en général, de sept ou huit filles au
plus. Chacune apporte sa hrd elle-même ; mais c'est
presque un déshonneur pour celle qui est obligée
de la remporter toute seule; aussi, les jours qui
précèdent la brârie, les filles ont soin d'inviter
leurs galants à venir remporter la brâ. Le galant
met l'instrument sur son épaule, et il l'emporte ;
mais souvent, lorsqu'il arrive à un échalier, il la
pose dessus, et se met à causer avec sa bonne
amie. (D.)
A toutes les ctrâries (c'est ainsi qu'on nomm.e
les réunions un peu nombreuses de travailleurs
ou de travailleuses), on donne un bouquet à la
première rendue. (P.)
Aux Pêsseleries, où l'on arrange le chanvre,
quand la besogne est terminée, les garçons vont
chercher la. fivme et le pêssé des jeunes filles; on
danse avant de s'en aller.
Parfois, les garçons vont cogner \qs pêsselîoiières ;
ils se réunissent deux ou trois, et, avec un bâton,
frappent sur le haut du pêssé, puis ils oftVent du
tabac à la. péssellouère ; pendant ce temps-là, l'autre
garçon les embrasse toutes. (P.)
Les érusseries de chanvre se terminent par des
danses, des chansons, des contes. Elles se font
parfois en plein air, à la claire, c'est-à-dire à la
clarté de la lune. (E.)
LA MAISON 281
Jeux à la tnaison.
Deux personnes sont assises par terre pied à
pied, et elles saisissent un bâton; il faut que l'un
des joueurs enlève son partenaire sans pour cela
cesser d'être assis. C'est le jeu du court-bâton.
(P., D.)
On se place dos à dos, les bras passés les uns
dans les autres, et on dit :
— Je vends l'avoine (en soulevant).
— Je la rachète (l'autre soulève).
— Dans n'un bissa'.
— Le eu à plat.
A ce moment, il faut que les joueurs tombent
par terre et se relèvent sans cesser d'être dos à
dos et pris par les mains. (D.)
On allume une paille de glé (glui), et l'on dit
en faisant tourner la paille enflammée :
— Achète moricaud.
— Combien?
— Cinq sous, s'i' les vaut.
— Et s'i' n' les vaut pas?
— Tu en rabattras.
— Et s'i' meurt?
— On r chargera comme un bœu'.
Si le feu meurt avant qu'il soit acheté, on dit :
« Chargé comme un bœu' ». Si le feu n'est pas
282 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
éteint, c'est celui qui le faisait manœuvrer qui est
pris. On le charge de tout ce qu'on trouve dans
la maison, et, pour être déchargé, il faut qu'il
dise avec qui il se mariera. On joue à ce jeu dan-
gereux dans les étables. (D.)
Deux chaises sont placées dos à dos ; il faut se
placer la tête sur l'une d'elles et s'asseoir sur
l'autre sans se laisser tomber.
On pique aussi dans la place une épingle à pié-
cette; pour réussir à ce jeu, il faut se coucher sur
le dos, et avec la bouche, sans se relever, ramas-
ser l'épingle.
Pour tuer la chandelle, on se met à marcher sur
les mains, les pieds étant suspendus à une corde
attachée au plafond ; il faut ainsi arriver au foyer
et éteindre, en soufflant avec la bouche, la chan-
delle de résine. (P.)
On met un trépied dans la place, et à une pe-
tite distance on jette un sou ; celui qui peut, les
deux pieds sur le trépied, attraper le sou avec les
dents, est réputé adroit. (P.)
On joue aussi à saisir un bâton avec les deux
mains, le bout reposant à terre, et à passer la tête
e4itre les mains et le bâton. (P., D.)
Deux hommes prennent un morceau de bois
assez fort, qu'ils placent sur leur épaule et re-
tienneiit solidement ; un autre homme, — il faut
qu'il soit leste et solide, — saute sur ce bois, et
LA MAISON 283
passant les pouces dans la parceinte de son panta-
lon et appuyant les autres doigs sur son ventre,
il se met à tourner autour du bâton, comme on
tait au trapèze. Cela s'appelle rôti' la ouêe (rôtir
l'oie). (P.)
Le jeu de fare-fare se passe ainsi qu'il suit :
Les hommes sont assis sur les maies placées
devant les lits ; l'un d'eux corde bien dur un
mouchoir et le passe à ses voisins, qui ont tous
les mains derrière le dos. Lorsque celui qui est
dessous et qui est seul au milieu de la place s'y
attend le moins, il reçoit sur les épaules ou sur le
dos un coup de mouchoir bien appliqué ; mais,
dès que le mouchoir a frappé, on se hâte de le
faire filer de main en main par derrière le dos ;
car si celui qui est dessous pouvait l'attraper,
celui auquel il l'aurait pris irait le remplacer. (P.)
On demandait aux nouveaux venus :
— Sais-tu comment on mène le crapaud à son
pertus (trou)?
— Non.
— Monte sur mon dos.
Quand le garçon était monté sur le dos de
celui qui devait lui enseigner le jeu, celui-ci se
mettait à quatre pattes et disait à l'autre de tâ-
cher d'allonger aussi ses mains, et d'appuyer sur
la terre pour le soulager. Un troisième garçon
284 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
avait embrené un bâton et le passait entre les
jambes de celui qui faisait le crapaud. Le naïf
qui était sur son dos n'apercevait pas le bâton
embrené ; il mettait la main dessus, et les autres
se moquaient de lui en se bouchant le nez.
Un autre jeu consistait « à sarcler la porée
(poireau) ». Pour cela, il fallait être trois. Celui
du milieu était attaché avec un mouchoir à la
jambe de chacun de ses voisins. D'autres ve-
naient chatouiller ceux-ci, qui s'écartaient, et fai-
saient faire à leur compagnon le grand écart. On
faisait surtout ces tours aux gens pas trop fins.
Le plus souvent on « pilait la vache ». Piler la
vache, c'est danser dans l'étable. Quand le filouas
était nombreux, on invitait un joueur de violon,
et, la tâche de chacun accomplie, on faisait sortir
les vaches de leur étable, on les attachait autour,
et on dansait sur le fumier. Les filles avaient soin
de tirer au tonneau une dame-jeanne remplie de
cidre, qu'on faisait circuler à la ronde. Parfois,
la danse durait jusqu'à trois heures le matin. (D.)
Faire danser la « jument maigre », c'est mettre
entre les jambes d'une fille un bois qui est tenu
à chaque bout par un homme, et sur lequel on
secoue la fille.
Après chaque danse, on s'embrasse.
Voici une chanson qui accompagne une sorte
de danse, où les danseurs et danseuses font les
LA MAISON 28$
gestes indiqués par les paroles. Cette danse a lieu
aux champs, aux veillées, partout où l'on a envie
de danser, mais où il n'y a pas de violon ou de
vielle. Les danseurs sont deux par deux :
Quand mon père
Semait son aveine,
Il la semait
Comme ci, comme ça.
{Tout le monde fait le geste de semer.)
Et puis se reposait,
Comme ça.
{A ce dernier mot, chacun se redresse et reste immohilcj
les bras croisés.)
Frappons du pied,
Frappons d'ia main.
Un tour de main
A son voisin.
(Le danseur, après avoir frappé des pieds, battu des
mains, prend sa danseuse et la fait tourner.)
Quand mon père
Hoùtait son aveine.
Il la hoùtait
Comme ci, comme ça.
Et puis se reposait
Comme ça.
Frappons du-pied, etc.
286 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Quand mou père •
Serclait son aveine.
Il la serclait, etc.
Quand mon père
Sciait son avoine,
Il la sciait, etc.
Quand mon père
Enjav'lait son aveine.
Il l'enjav'lait, etc.
Quand mon père
Emportait son aveine,
Il l'emportait, etc.
Quand mon père
Battait son aveine.
Il la battait, etc.
Quand mon père
Ventait son aveine,
Il la ventait, etc.
Il y a aussi une sorte de chanson didactique où
l'on décrit la façon dont se fait l'habit ; au re-
frain, on doit tomber assis par terre comme les
couturiers.
Les lessives.
Il ne faut pas la faire pendant la semaine sainte,
ni dans les Avents ; celaporte malheur. (E.)
LA MAISON 287
Si on a des malades dans la maison et qu'on
fasse la buée, ils sont exposés à mourir. (L.)
Il ne faut point semer la cendre sur les foyers,
si on veut avoir beau temps pour la buée. (S.)
Si l'on fait la lessive le Vendredi-Saint, on
lave son suaire. (S., C.)
Quand Gribouille mène la buée,
On n'ia sèche pas sans plée (pluie). (P.)
Les lessives de nuit ont lieu dehors, dans la
belle saison ; on choisit, en général, une nuit où
il fait clair de lune. Les jeunes gens y viennent
de loin, surtout quand il va de belles filles aux
environs.
Ce sont les bonnes femmes qui s'occupent du
cuvier et de la poêle où bout l'eau de la lessive.
C'est un spectacle pittoresque de voir les flammes
briller la nuit, tandis que les garçons et les filles
dansent ou chantent.
Quand les honshommes, c'est-à-dire les person-
nes âgées, sont couchées, on va tirer du cidre par
le petit fossé, et l'on s'amuse de son mieux, sou-
vent fort avant dans la nuit. (D.)
Dans les endroits où la lessive de nuit est
moins nombreuse, les garçons s'amusent à lever
une pelée pleine d'eau bouillante.
On y dit des contes, des devinettes, etc. (P.)
LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
La fabrication du cidre.
Je ne connais pas l'usage superstitieux se rap-
portant à la fabrication du cidre ; d'après une lé-
gende du Morbihan français, d'Amezeuil : Légen-
des du Morbihan, p. 175, un homme, jaloux de
son voisin, voit le Diable qui, sous la forme d'un
scarabée, lui propose de se venger ; le voisin
accepte. Depuis ce temps, le cidre du fermier
auquel il en voulait devenait du poiré très
aigre, et toutes les nuits on entendait piler dans
son pressoir. Le fermier va consulter le recteur,
qui lui conseille de regarder par le trou de la ser-
rure; il le fait et voit son voisin qui pilait des
pommes, tandis qu'un gros cerf-volant, assis sur
le bord de l'auge, l'éclairait en le regardant. Le
recteur, averti, fait une composition de résine, de
mélasse et d'eau bénite, et la remet au paysan
qui en enduit l'auge. A minuit, celui-ci voit arri-
ver son voisin porté entre les ailes du cerf-volant.
Il appelle ses voisins, et le recteur exorcise le
Diable et le condamne à recevoir trois cents coups
de pilon, et toutes les nuits à venir piler, jusqu'à
la consommation des siècles, pendant trois
heures. C'est depuis ce temps qu'on entend le
pilou de nuit.
En pilant les pommes, on chante :
LA MAISON 289
Je voudrais voir le pichier, le pichier,
Je voudrais voir le pichier su'la maie. (P.)
Ou:
La grand'vache noire
A dit au poulain
Qu'fallait manger l'herbe
Et laisser le foin.
Dansons sur le mulon,
Le mulon, le mulon ;
Dansons sur le mulon,
Le mulon de foin.
Ou
Pilons des pommes de Marine Aufra ;
J'nous en irons quand i'f ra na (noir).
Ah ! ah ! ah ! petit bonnet, grand bonnet !
Ah 1 ah ! ah ! petit bonnet tout rond. (D.)
19
CHAPITRE IV
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS
§ I. — LA TERRE ET LES TRAVAILLEURS
^^N dit de la terre qui est bien ascoiilagée,
m'
^PJ c'est-à-diœ qui .1 la pente au midi, du
côté du soleil, qu'elle est « tournée du côté
du bon Dieu ». Celle au contraire qui a la pente au
nord « tourne le dos ou le cul au bon Dieu ». (P.)
Le docteur Fouquet (Légendes du Moroihmi) ra-
conte qu'un paysan de sa connaissance rompit
un mariage parce qu'il s'était « avisé que toutes
les terres de sa promise avaient pente au nord, et
tjue celles-là ne grainent point ».
On dit d'un mauvais terrain :
— Il en faut cinq jours (deux hectares et demi)
pour nourrir un lièvre.
Les landes du Mené sont appelées le pays de
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 29 1
« dessous les lieuves », et l'on assure qu'on en a
une hnchée, c'est-à-dire tout l'espace où peut por-
ter la voix, pour cent francs.
Travailler en mauvaise terre, c'est manger du
pain et ne point en ramasser. (P.)
Déplacer les bornes d'un champ est un crime
qui s'expie durement dans l'autre monde. On
raconte plusieurs légendes de revenants condam-
nés pour ce fait à une pénitence.
Il y avait une fois un homme avare qui, pour
gagner quelques pouces de terre, déplaça une
bonne qui le séparait de son voisin. Celui-ci, qui
n'aimait point les procès, ne se plaignit point,
disant que son voisin eri rendrait compte dans
l'autre monde. L'homme mourut, et toutes les
nuits, il revenait dans le champ, et il répétait, en
tenant la borne entre ses bras : « Où la met-
trai-] e ? Où la mettrai-je? » Tout le monde se
sauvait sans répondre. Un soir, le voisin au pré-
judice duquel la borne avait été déplacée reve-
nait du bourg, où il avait un peu bu. Il entendit
crier : « Où la mettrai-je ! où la mettrai-je ! » —
« Où tu l'as prise ! » lui cria-t-il. — « Voilà qui
est bon; je te remercie, » dit le revenant, qui alla
aussitôt replacer la borne ; et, depuis ce temps,
jamais on ne l'entendit plus. (P.)
Souvent deux personnes réunissent leurs che-
vaux pour labourer : cela s'appelle soudîer, d'où
292 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
souétier (S., D.) et sosson (Tréveneuc, E.), nom
donné à chacun des associés.
Il y a quarante ans environ, quand on était
debout avant le jour, on chantait en l'attendant
la chanson suivante :
Je sais bien z'un nid de lieuve ;
Mais le lieuve n'y est pas. (bis)
Le matin quand i'se lève,
l'se lève dans tous ses draps.
Le point du jour arrive, arrive,
Le joli jour arrive va,
I'se lève dans tous ses draps ; {Us)
Mange va ton écullée
Pleine de mouche' et de limas.
Le point du jour, etc.
Pleine de mouche' et de limas. (Ins)
Ah ! je n'ai pas dongier (répugnance) des mouches,
Comme j'ai de si gros limas.
Le point du jour, etc.
Comme j'ai de si gros limas, (Jbis)
Les mouche' i'vont à la messe ;
Mais les limas n'y vont pas.
Le point du jour, etc.
Mais les limas n'y vont pas. {bis)
Les mouche' il' embrassent les filles ;
Mais les limas n'ies embrassent pas, (his)
Le point du jour arrive, arrive,
Le joli jour arrive va. (P.)
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES iMARCHÉS 295
A Plouër, comme dans beaucoup de communes
voisines de la mer ou de l'embouchure de la
Rance, il y a une saison de l'année où les hommes
sont absents. Autrefois les chevaux y étaient
rares, et c'était, paraît-il, l'usage que les femmes
se missent à la charrue parfois en compagnie d'un
âne. Un jour, une bonne femme était ainsi atte-
lée, et son mari — un homme âgé — tenait la
queue de la charrue et un petit garçon conduisait
l'attelage.
Comme à un moment, la femme, fatiguée, ne ti-
rait plus que mollement, son mari cria au petit gars :
— Touche ta mère, gars, l'âne la gagne.
Lorsqu'on va travailler dans les champs, c'est
le dernier levé qui porte la lue (le pot au cidre) ;
les autres le font agacer en le lui disant et en
criant : « A la bue ! à la bue ! »
Quand on est à achever une besogne, le der-
nier qui quitte l'ouvrage « a Jeannot «. (P.)
Lorsqu'on porte à raccommoder un croc ou
une houe, il faut le prendre par les dents et non
par le manche ; on deviendrait bossu, si on négli-
geait cette précaution. (S.-C.)
Il ne faut pas passer par-dessus les bras d'une
charrette, cela porte malheur et l'on est exposé à
verser. Si quelqu'un l'a fait par mégarde, il faut,
pour détourner le présage, qu'il repasse une se-
conde fois.
294 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Cf. sur l'enfant qu'on passe par-dessus la table, la Gnlerie
bretonne, t. I, p. 58.
Ce n'est pas le seul cas où en repassant on détruit le mau-
vais présage. La musaraigne, qui fait crever les cochons quand
elle passe sur leur dos, est sans danger pour eux si elle passe
une seconde fois.
Lorsqu'un maréchal ferre une charrette et qu'il
ne reste plus que quelques clous à enfoncer, il
met sur les derniers clous un ornement en forme
de fleur, et il va chercher pour les cogner une
des filles de la maison, qui lui donne une petite
pratique. (P.)
§ IL — LES TRAVAUX DE LABOUR
Labourer, c'est cotir (casser) la tête aux cra-
pauds. (P.)
On appelle aussi les laboureurs coupoiix de
iusins (coupeurs de vers de terre).
Aux fouieries de- jans, c'est-à-dire quand on dé-
fonce les champs où il y avait des ajoncs, ceux
qui les défouissent sont nombreux ; il y en a par-
fois jusqu'à trente. Lorsqu'ils ont envie de boire,
ils houpent (crient en faisant : Hou ! hou ! hou !)
pour avertir ceux de la ferme qu'ils ont soif; et
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 295
avant de reprendre leui besogne, ils houpent en-
core, pour remercier ceux qui leur ont apporté à
boire.
L'ouvrage terminé, on danse ou on fait divers
jeux.
Faire une Barrer le, c'est défouir une lande ;
vers le Mené, les barreries étaient très fréquentes
jadis, parce qu'il y avait de vastes espaces qui
maintenant sont en culture.
Lorsqu'il y avait une barrerie, il venait du
monde de tous les coins du pays, et la réunion
était fort nombreuse. De chaque ferme, on venait
apporter du lait pour faire des calibotes tornées
(caillebotes), et l'on donnait des bouquets aux
femmes qui venaient le porter.
Chaque fouisseur avait sa tâche, et celui qui
l'avait terminée le premier était récompensé par
un bouquet ; il l'offrait à la jeune fille qu'il choi-
sissait, et quand, la besogne finie, on se mettait
à danser, c'était lui qui était son cavalier pour
toute la soirée. (Trébry.)
On ne laboure pas la terre, on ne la bêche pas
pendant que les cloches sont à Rome, c'est-à-dire
le jeudi et le vendredi saint.
Pendant les Trécoles (voir mai), on ne sème
pas de grain.
Il ne faut pas semer la tremène un jour où il
y a un R.
296 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGBS
Après les éfonceries (le défonçage), on joue des
jeux et on danse.
Pendant l'éfoncerie, c'est un point d'honneur
d'arriver à faire le premier sa passée.
Les Ètrâries sont les réunions de journaliers et
de fermiers pour la moisson, la fenaison, etc. (P.)
§ III. — LES SEMAILLES
« A Planguenoual, à la chapelle Saint-Michel,
a lieu, le lendemain de la fête, la bénédiction des
semailles. Chaque cultivateur apporte un échan-
tillon des blés qu'il se propose de mettre en terre,
et le mêle ensuite à ceux qui sont destinés aux
semences. » (Ogée, nouvelle éd.)
A Matignon, la même coutume existe, mais la
bénédiction a lieu le jour de la Saint-Michel.
A Renac (Morbihan français), les laboureurs
apportent leurs grains à bénir le jour de la Saint-
JuHen. (Légendes du pays deChâteauhriant, p. 197.)
« Trois fois par an, à la chapelle Saint-Jugon,
à La Gacill)', a lieu la bénédiction des semences.
Une messe spéciale y est célébrée le i'^'' mars pour
le lin et le chanvre, l'un des jours des Rogations,
LES TRr.VAUX DU DEHORS ET LES AL^RCHÉS 297
pour le blé noir, et la première semaine de no-
vembre, pour le seigle. Les laboureurs s'y ren-
dent avec de petits sacs de semences, qui sont
bénits à l'issue de la messe. Ces semences sont
mêlées ensuite à celles qui doivent être confiées
aux sillons. » (Ogée.)
Naguère encore, on jetait de l'eau bénite sur
les semences, ou on en arrosait les champs, afin
que la récolte fiât plus abondante.
On mettait aussi tout autour des champs en-
semencés du laurier bénit pour préserver la récolte
de la grêle et attirer les bénédictions du ciel.
Cela ne se fait plus. (P.) ,
Époques oh l'on sème.
On sème :
Les fèves, le jour Sainte- Agathe (5 février).
Les citrouilles, le même jour.
Les navets de quarante jours, à la Saint-Bar-
nabe (11 juin); à la Sainte-Anne.
Les pois, le jour de Sainte- Cécile.
Le chanvre, tous les jeudis du mois de mai.
Il faut semer le chanvre le 25 avril; sans cela,
il y en aurait peu ou point.
Lorsqu'il est semé dans la vêprée (l'après-midi),
les oiseaux le mangent.
298 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Si on le sème le jour de Saint-Marc, il fourche,
c'est-à-dire jette des branches, et il n'est pas si
bon. (P.)
Si on sème les choux dans le croissant, ils mon-
tent plus vite. (P.)
Le premier vendredi du mois est un jour favo-
rable pour ensemencer. (P.)
Quand on sème le froment dans le croissant, il
mieuîe (charbonne).
Si, au contraire, on le sème dans le décours, il
ne mieule pas. (P.)
Lorsque l'on voit les feuilles des arbres tomber
de bonne heure, on dit qu'il faut ensemencer son
blé bien vite pour avoir une bonne récolte ; si les
feuilles, au contraire, ne se pressent pas de tom-
ber, il ne faut pas non plus se presser de
semer. (P.)
Quand on sème l'avoine dans le croissant, elle
n'est pas si noire que si l'ensemencement a lieu
dans le décours. (P.)
Avaïne su avaïne,
Va te faire fout' et point d'avaïne. (P.)
- Ce qui veut dire qu'on doit varier l'assole-
ment.
Le seigle doit être mis en terre au moment où
tombent les feuilles des arbres. (P.)
Il faut faire toutes les petites sémeries dans le
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 299
dêcoâ (décours de la lune) ; pour planter, l'époque
est moins importante.
Si on sème le premier vendredi du crèssent,
« i'vaut l'décoû ».
Si on sème les pois, ou si l'on plante les choux
dans le crèssent, ils ne guernissent pas (donnent
pas de graine); ils poussent en hauteur et ne
pomment pas. (P.)
Il vaut mieux semer du froment dans le décoû
que dans le crèssent, car le froment ne miellé
pas.
L'avoine semée dans le décoû n'est pas aussi
blanche que celle mise en .terre dans le crèssent.
Le blé noir, semé également dans le décoû,
lève mieux.
Si on ne sème pas les choux jaunes dans le
décoû d'août, ils gèlent en hiver. (P.) Si on les
sème dans le décoû, ils pomment mieux.
Il vaut mieux mener le fumier dans le décours,
car les vers ne se mettent pas dedans.
Le cidre fabriqué dans le décours vaut mieux
que celui qui est fait dans le croissant. (P.)
On sème la vesce dans le croissant, car si on la
semait dans le décours, elle ne grainerait que sur
la tige et n'aurait point de branches.
On sème les pois dans le décours ; si on les
semait dans le croissant, ils viendraient tout en
ramat (seulement en tiges). (E., P.)
300 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Il en est de même de la treniène (trèfle rose) ; si
on la semait dans le croissant, les vaches qui en
mangeraient enfleraient.
Les carotte' et les panas
Qiii n'doivent pas perd'e une nuit d'Mâr'. (P.)
C'est-à-dire qu'il faut semer avant le premier
mars.
A la Saint-Georges,
Il faut faire de l'orge.
Saint Jean ne veut pas qu'on sème du blé noir,
car il n'aime pas les galettes ; mais saint Pierre,
qui les aime, veut qu'on sème du blé noir. Quel-
quefois les deux saints sont en dispute à ce sujet,
mais le bon Dieu favorise tantôt l'un tantôt
l'autre, suivant qu'il fait bien ou mal pousser le
blé noir.
Quand il n'y a pas de blé noir, saint Jean est
content et saint Pierre est en colère. Quand il y a
du blé noir, saint Pierre est content et saint Jean
en colère. (P.)
Sème ton blé neir quand tu voudras,
A quatorze semaines tu l'auras. (P.)
Le jour Saint Barnabe (ii juin) est un mau-
vais jour pour ensemencer le blé noir.
Blé noir sur blé noir,
Va te faire foute' et point d'blé nai. (P.)
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES :>L\RCHÉS 3OI
Aiinée de châtaignes, année de blé noir.
Quand la larve du hanneton ne sort point de
terre, l'année est mauvaise en sarrasii^.
Quand le blé noir est fait dans le croissant, il
reste toujours blanc et ne mûrit pas. (P.)
Qui gagne en premier
N'est que bourrier. (P.)
On dit cela des récoltes, quand elles sont trop
fortes au commencement ; souvent au moment où
on les coupe, elles ne valent presque rien.
5 IV. — LA RÉCOLTE DU FOIN'
Même en Ille-et-Vilaine, où les travaux sont
d'une semaine ou deux en avant sur les Côtes-
du-Nord, il est rare que l'on mette la faux dans
la prairie avant le 24 juin ; c'est même à la Saint-
Pierre (29 juin) qu'a lieu la foire aux domestiques
de Rennes, où les faucheurs viennent se louer.
La faux est emmanchée d^ns un bois de saule,
terminée par un bout pointu en fer qui sert de
contre-poids pendant la fauche, et qu'on fiche
302 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
en terre pendant qu'on aiguise la faux. Ailleurs,
l'extrémité de la hante, opposée à celle oia est
fixée la lame, est recourbée, de manière à former
contrepoids à la lame, lorsque l'instrument est en
mouvement.
Outre le temps delà mèrienne, où les faucheurs
dorment, ils ont deux à trois heures au milieu de
la journée pour leur repos et pour battre les faux;
mieux une faux est battue, mieux elle coupe ;
c'est ce qu'exprime le dicton : « Un bon ûmcheur
fauche d'assis. « (P.)
Pour aiguiser leur faux, ils ont une pierre qui
est mise dans une corne suspendue entre les
jambes du faucheur; cette corne se nomme couyé.
Pendant la faucherie, les faucheurs s'amusent
à faire chanter leur faux en frappant la lame
d'une certaine façon avec la pierre. C'est un ta-
lent très apprécié.
Le foin fauché avant la Madeleine est le meil-
leur; la rosée fait noircir celui qui a été coupé
après, et les chevaux ne l'aiment guère. Les la-
boureurs prétendent, au reste, reconnaître aux
déjections d'un cheval s'il a mangé du foin coupé
avant la Madeleine ou après. Dans le premier
cas, les couennes (crottin) flottent sur l'eau ; dans
le second, elles sont lourdes et vont au fond. (P.)
Lorsqu'on est à faner, si on voit un étourUllon
qui soulève le foin dans la prairie, il faut se hâter
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 30
?^)
pour le chasser d'ouvrir son couteau et de le
jeter la pointe tournée du côté du tourbillon.
Q.uand il survient un tourbillon, on dit que
c'est le diable qui emporte quelqu'un; comme la
personne enlevée résiste, le diable s'efforce de
l'entraîner, et c'est pour cela qu'il fait des dégâts
sur sa route. Pour l'empêcher d'enlever le foin,
il faut jeter dedans un couteau ou un gavelot
(fourche à deux dents). On y croit encore. (P.)
Un jour une personne, qui avait ainsi lancé
son couteau, entendit sortir du tourbillon une
voix qui disait : « Merci, vous m'avez délivrée. «
On pense qu'il y a dans les tourbillons un sorcier
ou un lutin.
Ils passent pour avoir une grande puissance ;
on cite une jeune fille qui fat, assure-l-on, trans-
portée à deux lieues loin, sans avoir eu aucun
mal, et presque sans s'être aperçue du voyage. (E.)
Il y avait une fois des gens qui éîaieat à faner,
quand survint un tourbillon. Une servante, qui
avait son couteau ouvert, le lança au milieu. Le
tourbillon se dissipa, au grand contentement des
faneurs, qui croyaient que le diable était dedans.
On chercha partout le couteau, mais on ne le
trouva point, et tout le monde pensa qu'il avait
dû se piquer dans le corps d'une personne que le
diable emportait.
Un jour que cette servante était à laver dans
304 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
une maison, elle reconnut son couteau entre les
mains d'une jeune lavandière; elle lui demanda
où elle l'avait pris. La fille répondit qu'elle s'était
vendue au diable pour être riche,, car elle était
ennuyée de travailler; mais le diable l'avait em-
portée dans un tourbillon. « Sans le couteau que
vous m'avez lancé dans le front, ajouta-t-elle, et
qui fit couler mon sang, j'étais perdue. «
(Conté en 1882 par Toussaint Le Parc, du Gouray, âgé de
soixante-six ans.)
D'après un autre conte, un homme lança son gavelot dans un
tourbillon et le retrouva le lendemain à l'auberge, où une per-
sonne blessée le remercia.
Pour tasser le foin dans les greniers, les filles
et les garçons montent dans le « senâs » et fau-
dent le foin, en driigcant, c'est-à-dire en s'amu-
sant à se pousser. Les fauderies sont des parties
joyeuses où l'on entend pousser des éclats de
rires, mêlés parfois à des reproches. Ce sont alors
les femmes ou les filles qui trouvent que les gar-
çons, en drugeant, sont allés trop loin. (M. -P.)
On met un bouquet sur la dernière charretée
(P. -M.), et, lorsqu'elle est logée, on danse. Par-
fois le maître fait venir un violon, et il offre à
boire aux danseurs et aux danseuses. Alors, la
récolte du foin se termine par une fête qui se
prolonge souvent assez avant dans la nuit. (P.)
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 3O5
§ V. — LA MOISSON
Il y a des ouvriers, hommes et femmes, qui se
louem pour la métive, c'est-à-dire pour le temps
de la moisson. A la foire aux domestiques, ils
portent un épi à leur chapeau ou à leur cein-
ture.
Dans une partie notable des Côtes-du-Nord,
surtout sur la côte et vers le massif central du
Mené, on scie le blé par le milieu, et on laisse
sans la couper une partie de, la tige, que l'on ap-
pelle gU. Ce n'est que vers l'automne qu'a lieu la
gUèrie, c'est-à-dire le moment où l'on coupe les
chaumes restés debout. (P.)
On met en croix les deux premières poignées de
blé coupées ; cela porte chance, et ceux qui le font
s'imaginent scier plus vite que les autres. (E.)
En Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 132), on agit ainsi
pour se préserver des tourbillons.
Le blé enjavelé et mis en rang est dit mis en
Tandon. (S.-D.)
La dernière charretée est habituellement sur-
montée d'une branche de chêne, parfois, mais
plus rarement, de cerisier. (E.)
Lorsqu'elle est arrivée, on se met à boire, et
on s'amuse tout le reste de la journée. (S.-C.)
20
306 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
La dernière gerbe est ornée d'un bouquet et
d'une branche de chêne. On lui donne toujours
la forme d'une personne. Si le fermier est marié,
on fait la gerbe double ; il y en a une grosse et
une petite, en forme de poupée, qui est enfermée
dans la grosse. Elle s'appelle alors la « Mère
Gerbe ».
On la présente à la maîtresse de la ferme, qui
la délie et paie à boire. Celui qui a lié la gerbe
est le premier à goûter au cidre ou à l'eau-
de-vie.
Si un fermier ne paie pas à boire à l'occasion
de la dernière gerbe, on le traite de chiche, d'a-
vare. Il y en a qui vont à l'auberge et se font
servir, à son compte, des tournées de cidre ou
de café.
En présentant la gerbe, on chante une chan-
son. (E.)
Lorsqu'il ne reste plus qu'une gerbe à battre,
l'un des batteurs la prend au bout d'une fourche
en fer, et ouvre la marche. Un autre porte un
balai en guise de bannière, un troisième un râ-
teau ; d'autres ont assis le maître et la maîtresse
dos à dos sur une civière et les portent. Derrière
eux, les autres batteurs forment une sorte de pro-
cession autour de l'aire, en chantant des chan-
sons. La plus habituelle est celle qui commence
par ces mots :
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES XL\RCHES 307
La belle est au jardin d'amour,
C'est pour y passer la semaine.
Parfois on porte la bourgeoise sur une civière,
et elle tient dans sa main un bouquet de pommes.
Elle est assise sur la dernière gerbe, soit d'avoine,
soit de blé. Deux hommes la portent ainsi, et les
autres suivent en chantant. On fait ainsi le tour
de Taire, et la bourgeoise donne à boire aux bat-
teurs. Cet usage est actuellement presque entiè-
rement abandonné. (P.)
Sur la dernière gerbe, cf. Mémoires de l'Académie celtique, t. II,
p. 222.
Jadis la dernière gerbe d'avoine^ au lieu d'être
pour les maîtres, était présentée aux domes-
tiques et c'était eux qui payaient à boire. Cet
usage est tombé en désuétude. (E.)
Lorsqu'une machine à battre a terminé son
ouvrage et qu'elle est sur le point de s'en aller,
les fermiers vont dans les maisons bourgeoises
des environs chercher des lauriers et des fleurs
pour l'orner, et les hommes qui l'escortent ont
des bouquets à leurs chapeaux. (E., S.-C.)
Quand on bat de l'avoine au fléau, on cache
la dernière gerbe sous de la paille, et on la
cherche jusqu'à ce qu'on l'art découverte. Celui
qui l'a trouvée prend le bourgeois par sous le
coude, on porte la bourgeoise dans une chaise
308 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
tout autour de l'aire; ils offrent du cidre, et,
tandis qu'on est à le chercher, les batteurs frap-
pent sur cette gerbe, jusqu'à ce qu'ils l'aient
brisée en mille morceaux. (P.)
§ VI. — CUEILLETTES ET TRAVAUX DrVTIRS
On laisse le plus beau brin de chanvre pour
l'oiseau Saint-Martin ou martinet.
Il faut chanter en le cueillissant,
Ou les filandières s'endorment en le filant. (E.)
De même pour le lin.
On laisse parfois dans un coin du champ une
poignée de lin. Cela porte chance. (E.)
Lorsqu'on arrive à la fin de quelque ouvrage,
on dit que ce sont les nicolaiUes (M.) ; les nico-
naiïïes. (P.)
Crapaud qui chante,
Pomme à l'ente.
(Oraîn, Géographie, p. 47>.)
Il y a encore d'autres pronostics sur les pom-
mes ; on dit :
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 309
— Tout ce qui est fleur n'est pas pomme. (P.)
L'usage est de gauler les pommes; autrefois,
les filles grimpaient dans les arbres, ce qui était
une occasion de plaisanteries assez salées de la
part des garçons ; aussi on raconte qu'un recteur
monta en chair jadis et dit à ses ouailles : « Mes
chers frères, au moment où l'on gaule les pom-
mes, il se passe souvent des désordres : les filles
grimpent dans les arbres et la pudeur en est alar-
mée ; désormais, il faudra que les filles restent
sous les pommiers et que les garçons montent
dessus. »
Quand on fait un échalier neuf, s'il survient au
moment où il s'achève quelque fille ou femme
qui veuille le franchir, ceux qui font Téchalier
lui demandent à l'embrasser. 11 en est de même
des chemins nouvellement ouverts; si c'est un
homme, on lui demande un sou pour le passage.
Mais actuellement, ce n'est qu'une plaisanterie
qui rappelle vraisemblablement quelque usage
tombé en désuétude ; personne ne paie ce tribut,
et ceux qui le demandent, en riant, d'ailleurs,
n'insistent pas. (P.)
310 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
§ VII. — LES BERGERS ET LES CHARRETIERS
Voici quelques dictons sur les soins à donner
aux bêtes :
— Tel homme, tel avaï (avoir bétail).
— Nourriture surpasse Vorine (origine).
— Les vaches donnent du lait par la goule.
A Saint-Glen, on offre du grain à saint Nico-
dême pour que les vaches, les moutons et les
cochons viennent bien et n'aient point de ma-
ladies.
Pour que les vaches aient leur veau en jour, il
faut que la dernière fois qu'on leur tire du lait
soit un dimanche,
A Saint-Cast, pour empêcher les vaches d'être
malades, et pour que leur veau arrive en bon
terme, on offre à saint Jean le beurre de la pre-
mière barattée; ailleurs, c'est à la Vierge que
l'offrande est faite.
Lorsqu'on tue un cochon, il faut avoir soin de
le tuer quand la mer monte ; on croit que la
viande est meilleure que si l'animal était exécuté
à la mer baissante.
C'est aussi à la mer montante qu'il faut puiser
l'eau que l'on chauffe pour le laver quand il est
tué ; on assure qu'elle le nettoie mieux. (S,-C.)
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES MARCHÉS 3 1 1
La tuerie de cochon est une occasion de fêtes
et de politesses entre voisins. Il en est de même
en Basse-Bretagne.
Cf. Galerie bretonne, t. III, p. 61^.
Pour que le cochon profite, on offre un mor-
ceau de lard à divers saints. A Saint-Cast, l'of-
frande se fait à saint Jean ; à Plurien, c'est à saint
Antoine.
Dans le charnier où est le lard, on met un
morceau de fer à cause de l'orage.
A la porte des étables, on met une branche de
laurier bénit des Rameaux, afin que le bétail
n'ait pas de maladie.
En beaucoup de pays, on mène les étalons aux
pardons, non pour les guérir, mais pour les
montrer.
« A l'assemblée de Cesson, qui a lieu chaque
année le lundi de Pâques, on promène de beaux
étalons dont la tète et la queue sont ornées de
fleurs et de rubans ; mais cet usage n'est pas
restreint à la commune de Cesson : il a lieu dans
toutes les assemblées du même genre. »
(Ilabasque, t. II, p. 311.)
Pour chaque ferme, il y a un garçon qui s'ap-
pelle le ferrons, c'est celui qui ferre les che-
vaux.
Quand les .qens des Iffs mènent leurs chevaux,
312 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
ils ont l'habitude de faire claquer leurs fouets, et
de chanter :
Là-haut, mon boudet,
La-baut, mon valet.
L'autre répond :
— As-tu tes violons,
Bourrier, mon berton.
Tuer un cheval, même malade, est considéré
comme une sorte de déshonneur pour un fer-
mier.
§ VIII. — FOIRES ET MARCHÉS
Il y a beaucoup de gens qui, en se rendant aux
foires, consultent les augures ; il y a des présages
qui font juger si le marché sera fructueux ou
non.
Rencontrer, en allant aux foires, un couturier
ou une lingère est d'un mauvais présage ; si la
première personne qu'on trouve sur la route est
une fille ou une femme, on aura moins de chance
que si l'on avait vu un homme. (P.)
LES TRAVAUX DU DEHORS ET LES Î.L\RCHÉS ^ I 5
:>'■■>
Il vaut mieux trouver du fer que de l'argent ;
la trouvaille d'un fer à cheval ou d'un clou porte
bonheur. (D.)
On n'a pas de chance si l'on passe sur une
route après qu'un liron l'a traversée. (P.)
Celui qui trouve un couteau sur son chemin,
en allant à la foire, n'aura pas de chance. (P.)
Quand on vend un animal à la foire, principa-
lement une vache ou un mouton, il est d'usage
de donner à l'acheteur un sou ou deux sous. Ce
don est fait pour « la chance ». (P.)
On dit quand on envoie quelqu'un vendre un
animal à la foire : « Si' boit la queue du viau, on
n'ii en fera pas de reproche. » (P.)
Avant de conclure définitivement un marché,
les négociations sont parfois longues de part et
d'autre.
Le marchand frappe un coup de bâton sur le
dos de la vache ou du cheval.
Il dit au vendeur : « Donne-moi ta main «, et
il frappe dedans. Parfois il déclare qu'il ne don-
nera rien de plus, pas même un cheveu, et, en
disant cela, il s'arrache un cheveu ou il arrache
un poil de la vache, ou un crin de cheval. Pour
conclure, il s'écrie : « Elle est vendue ! »
On doit le lincou du cheval et la ndche (corde)
d'une vache.
S'il s'agit d'une vente de bétail, le vendeur
314 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
donne à l'acheteur, pour les moutons par exem-
ple, un sou ou deux sous, afin de prouver qu'il
ne regrette pas d'avoir traité. Cela s'appelle
« donner pour la chance «. (P.)
Au moment de conclure un marché avec un
homme, si on ne s'arrange pas tout à fliit, on
convient, pour trancher la difficulté, de donner
une mouchouerée de farine, une joinîée de pois, etc.
(P-)
Dans beaucoup de cas, Vagit, c'est-à-dire le
treizain, est d'usage; mais la quantité à donner
est variable.
Pour savoir le goût du cidre que l'on vend, on
en prend une briquée.
Quand on va livrer le cidre, il est d'usage de
donner une tête de veau comme décharge à ceux
qui l'amènent (P.) ; le charretier reçoit en général
douze sous pour sa part. <
CHAPITRE V
LA POLITESSE ET LA BIENSÉANCE
§1.
CIVILITE VILLAGEOISE
^UAND on compare quelqu'un à un chien,
on dit : « Sans comparaison », puisqu'il
(un tel) a été baptisé. (E.)
Quand on parle d'un cochon, on dit toujours :
« En vous respectant, respé de vous, ou respé de
la compagnie. »
Le cheval est un animal noble ; quand on parle
de lui, on n'emploie point toujours : « En vous
respectant », ou : « Respé de vous », comme on
ne manque jamais de le faire s'il s'agit de vaches,
cochons, etc.
— Il vaut mieux entendre un bœuf parler
qu'une fille subler (siffler). (P.)
3l6 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Il est malséant à une fille de siffler, parce qu'on
dit qu'elle appelle les galants. On dit aussi qu'en
sifflant, elle appelle le diable.
Fille qui sub'e,
Vache qui bugue,
La poule qui chante le co',
C'est trois animaux sur la terre de trop. (D.)
Fille qui subie,
Coq qui pond,
A la maison tout y fond. (E.)
Lorsque quelqu'un est accroupi à faire ses be-
soins, il dit à l'autre, pour l'empêcher de le
regarder :
Brise-fer ! Brise-fer !
Si tu regardes mon eu.
Tu iras en enfer. (P.)
Quand on voit quelqu'un pisser le long d'un
mur, on lui dit :
— Tu vas le faire cherre (tomber). (M.)
Quand une personne renifle, si on veut l'en
empêcher, on n'a qu'à siffler.
— Je vais boire à vot'santé, que l'bon Dieu
vous la conserve. (S.-C.)
— A vot'santé.
— Sentez, vous qu'avez Tbouquet. (D.)
Les paysans boivent souvent dans le même
vase, écuelle, verre ou moque ; ils laissent une
LA POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 317
goutte dans le fond et la font couler sur le côté
où ils ont porté leurs lèvres. C'est une manière
de rincer le vase.
Quand on a bien dîné, il n'est point malséant
de roter ; c'est au contraire une politesse rustique
qui veut dire que l'on a bien mangé. C'est faire
honneur à la réception.
En Basse-Bretagne (cf. Galerie bretonne, t. II, p. Î4), roter
est signe de savoir-vivre.
Il est poli de laisser quelque chose sur son as-
siette pour montrer qu'on a assez mangé. De
même pour les verres.
La place d'honneur, c'est le banc du foyer.
Lorsque quelqu'un entre, on lui dit : « Sourdous
diq' au fouyer » (montez jusqu'au foyer), si on a
de la considération pour lui.
Il est malséant de s'asseoir sur la maie ou
huche.
On ne doit pas chômer, c'est-à-dire mettre de-
bout un enfant sur la table.
Lorsqu'on a tué un cochon, il est d'usage d'en-
voyer de la saucisse et du boudin à ses connais-
sances ; les fermiers en offrent à leurs proprié-
taires, et, en beaucoup de communes, il y a
toujours un bout de saucisse pour le presbytère.
On donne un petit pourboire, « une pratique »,
aux domestiques qui portent la part de « cochon-
nerie ».
3l8 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Dans les familles bourgeoises, on offre de la
saucisse et du boudin aux personnes de même
rang avec lesquelles on est en relations. Parfois
même ce genre de politesse continue après que
les relations ont cessé.
Jadis on offrait à ses amis une bouteille de vin
quand on mettait une pièce en perce.
Lorsque quelqu'un, assis sur un bout de banc,
tombe parce que la personne assise à l'autre bout
s'est levée brusquement, on dit : « Tu m'as
hanni; tiens me v'ia banni, w (Tréveneuc.)
Les fermiers appellent leurs propriétaires :
« Not'mait'e », « not'bourgeois », ou « le bour-
geois )).
Cf. Laisnel delà Salle, t. II, p. iij.
Lorsque quelqu'un tombe par terre, on lui dit :
— Laisse ce saut-là et prends-en un autre. (E.)
— Apporte-moi celui-là et va t'en en cher-
cher un autre. (D.)
Quand on s'assied par terre involontaire-
ment :
Bon Dieu de bois.
Que la terre est basse ! (D.)
Bon Dieu de bois,
Que vous avez les os durs ! (M.)
Si quelqu'un vous a joué un mauvais tour, on
dit :
LA POLITESSE ET LA BIENSEANCE 319
Que la guerre est gaôche (gauche)
Quand les canons sont teux (de travers). (D.)
Les éternuements présagent du bonheur ou le
rétablissement d'un malade, duand une personne
indisposée éternue, les assistants lui disent :
« Dieu te conserve, la santé te revient. »
On dit à quelqu'un qui éternue :
— Du courage et de la bonne humeur. (D.)
Voici quelques formules de bonjour :
— Bonjour.
— Bonjour.
— Comment vous portez-vous ?
— Pas mal et vous.
— Et tous à la maison?
— l'sont pas mal.
— Et chez vous ?
— l's'portent ben, Dieu merci.
Les plaisants ajoutent :
— Et à l'entour de sez (chez) vous ?
— Bonjour à tous.
— Bonjour à toute la maisonnée, sérions (se-
riez-vous) cor cent mille. (D.)
Bonne net,
Bon repos ;
Mon lit ben fait
Et l'tien dehau (dehors). (P.)
320 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Quand on veut se moquer de quelqu'un qui
vous demande :
— De queue païs qu'v'êtes ?
Les malins répondent :
Je se du paï de Manigousse,
Ohiou qu'on fait les gaufFes (ou bien les galettes)
Su' les brousses.
Et puis
T'es un biau gâ,
T'auras la fille à Tacha.
§ II. — LIS SURNOMS ET LES PRÉNOMS
Il y a des pays où presque tout le monde a un
sobriquet sous lequel il est plus connu que sous
son propre nom. Cela s'appelle une seigneurie (E.)
ou signorie. (S.-C.)
Ces sobriquets sont très fréquents en certains
villages du littoral où beaucoup de personnes
portent le même nom, et aussi parfois le même
prénom. A Saint-Cast et à Saint- Jacut surtout,
une bonne moitié des habitants a une signorie.
Cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 113 ; Qi Galerie bretonne, t. III,
p. 139.
LA POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 32 1
Les signories font allusion à des qualités phy-
siques ou à des difformités, au caractère de l'in-
dividu, à son juron ou à son dicton habituel.
Des gens glorieux de leur fortune sont surnom-
més h Paon, Chie-gâlè (Chie-gâteau).
Un homme d'église, Cu-béni.
M. P. Bézier m'a communiqué la liste suivante
des sobriquets de Saille (pays des Saulniers), can-
ton de Guérande :
BerHbi, Diguedaine, Culpif, Jean-Marie L'a-
mour, Pincetout, Benoni-coq-au-large, Jean-Fran-
çois Ferraille, Jean-Marie La Ripaille, Bouzou-
huit-sous , Quatre-cent francs , Barbefine , La
Chance, Pissous, Julie Canon-Rouge, Gascoing
Casse-Dos, Goule hachée, Pied-de-Bois, Tiby,
Chattechatte, Pierre Grain-de-Sel, Millegoulc,
Cul-Sec, Verge-Rouge, Gustine Poilu, Marie
Cul-Rouge, Jeanne Cul-Noir, Delphine Cul-
Vierge, Jean Du-Dessous.
Voici quelques noms de guerre des Chouans,
aux environs de Béeherel et de Matignon ; quel-
ques-uns sont devenus les sobriquets de leurs
descendants :
La Violette, Jean Danse, Rocdur, Justice,
Charlemagne, Troque-Mort, Croquemitaine, Em-
poigne-Dur, Frappe-à-Mort.
21
322 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Prénoms et leurs sobriquets.
Voici les prénoms les plus usités ; ils sont sui-
vis, quand il y a lieu, de leur déformation pa-
toise :
Alexandre, Saiid'e.
Amateur, Mateur.
Anselme, Selmi.
Charles, Chah, Saï.
Claude, GJaôde.
Emile, Mino.
Eugène, Ugène, UJane.
Etienne, Tienne .
Exupère, Super, Ztiber.
François, Franças (M.) , Francêe (P.), Fancho
(P.), Fanchin (M.), Fèche (P.), Fécho (P.),
Chino (M.), Chinaô, Cho (P.)» Chco.
rORJIULETTES :
Franças,
La chiève est es pas (pois),
Le bouc est dans l'herbe,
Fourre ton nez dans la merde. (D.)
— Franças,
La chève est es pas.
— Tu en as menti,
Car je viens d'y va. (E.)
LA. POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 323
Francce,
Merde de ouée.
La douzaine n'en vaut pas trée (trois). (P.)
— Franças,
Gros et gras,
Capitaine des limas,
Les limas sont tous à bas.
— Gar', tu en as mentu,
Franças a la crotte au eu. (S*-Brieuc-des-Ifs,)
Frédéric, Féderi, Fêdrl.
Guillaume, Glaiime.
Jules, Juliaud, JûJaud.
Jacques.
FORMULLTTE :
Jacques
La Gratte,
La poignée m'échappe.
Tout olva (en descendant) la montée,
Fs'ra chu su'son nez. (P.)
Jean-Jeudi (Cocu).
Jean-Marie.
Jean-Jean les Bottes,
Le eu li ballotte.
En passant l'échalier.
Le eu li a resté. (P.)
Joseph, José, Jôson.
Henri.
324 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Laurent, Roland.
Louis, Léouis, Louitau, Ouïs.
Matlîurin, Matant, Turin, Turiche, Thirrichon,
TJmraud, Thuron, Mateîin.
Michel, Miche, Michié.
Pierre, Pelo.
Pierre-îvlarie, Marichelte.
Pierre
La Guerre,
O (avec) son bassin de terre,
Quand l' bassin d'terre cassera,
La guerre finira.
Pierre
La Guerre,
O son bassin de terre.
Les limas l'ont tant parcouru
Que Pierre en a clié (tombé) su'son eu. (P.)
Paul, Pol.
Toussaint, Saint.
Victor, Victaur.
Prénoms des femmes.
Anne, Ndnnon, la Nane, la Ndnne.
Aurélie, OUrie.
Brigitte, Bergitte.
Caroline, Cahrine, Càlo.
LA POLITESSE ET LA BIENSÉANCE 32)
Désirée.
Éléonore, Lionore.
Emilie, Minoche.
Eugénie, Ugénie, Ujàne, Génie.
Elisabeth, Zabhn.
Félicité, Cité.
Françoise, Fanchcttc, Fanchon, Chonne, la Cho)i.
(Fauche, vers Bécherel ; en ce pays les filles s'ap-
pellent Fanchette et les femmes mariées Fanchc).
Guillemette, Métin.
Jeanne, Jeanne.
Jeanne
La Cangne (la paresse),
La mère es irangues,
Quatervingts ergots,
La mère es mulot'. (P.)
Jeanne
La Cocangne,
La mère es irangnes (araignées).
Q.uatervingts ergots,
La mère es mulots.
Quatervingts ortas (orteils),
La mère aux petits chats. (D.
Julie, Julienne, Juliotte.
Louise, Léouise, Léouison, Ouison.
Mathilde, Maîtide.
Mathurine, Turotte (P.), Turette (D.), Matoche
(P.)
320 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Marie, Marion, Mourion (D., Plouër), Marioche,
Maiaù, (vers Bécherel).
Marie Sale-Tripe.
Marie
Qui pète et qui chie.
La ville de Paris en cotit (retentit). (P.)
Maiaù la putain,
La patronne du lutin. (Bécherel.)
Marie
Qui pète et qui chie
Dans une écuelle de bouis (buis),
Qui porte çà à Paris,
Qui dit qu'c'est d'ia bonne marchandie. (D.)
Marion pleure, Marion crie,
Marion veut qu'on la marie.
Son papa n'a pas d'raison,
l'n'veut pas marier Marion. (E.)
Jeanne-Marie, Marie-Jeanne.
Perrine, Pelotte.
Rose, Rosette.
CHAPITRE VI
MŒURS ÉPULAIRES
j|^^.jA nourriture des paysans de la Haute-
Bretagne n'est pas très variée. Il serait
difficile de composer un menu même
modeste avec les mets qui sont d'un usage habi-
tuel parmi eux, soit dans la vie ordinaire, soit
aux fêtes ou aux mariages, ainsi qu'on le verra
par ceux que j'ai relevés plus loin.
L'idéal du gourmet campagnard est d'ailleurs
assez borné, à en juger par le récit suivant que j'ai
maintes fois entendu sous des formes un peu dif-
férentes :
Il y avait une fois quatre gars de Langueux
qui voyageaient ensemble.
— Si tu étas roué (roi), dit l'un d'eux, qu'est-
ce que tu désireras ?
328 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
— Des feuves o du lard fumé, qui seraint
grosses comme les peuces des pieds.
— Et ta ?
— J'aras de la saucisse longue comme de Lam-
balle à Saint-B.crieu.
— Et ta?
— Je voudras que la mer serait toute en graisre,
et ma dans le mitan à l'écumer do une écuelle
de bois. Mais ta, gars, que que tu feras ?
— Qiié que tu voudras que je feras ? V'avez
pris pour vous tout ce qu'i' n'y a de bon.
On dit ironiquement d'un repas chichement
servi, où il y a peu de viande et beaucoup d'os :
— Ah ! dame ! iz étaient douze, et i' n'n'ont
tous zu leur content, et cor un chien qui n'ia pas
fini. (P.)
Lorsque l'hospitalité est large, on dit au con-
traire :
— C'est une bonne maison , on y boit à
vionilk-pouce, c'est-à-dire les écuelles sont bien
remplies. (D.)
Les repas de campagnards sont bruyants; ils
mangent beaucoup et longtemps, surtout quand
ils sont attablés à quelque repas qui ne leur
coûie rien, ou auquel ils ont payé leur écot à
forfait. Ils boivent à proportion, et la manière,
parfois très primitive, dont ils s'ingurgitent les
MŒURS ÉPULAI.RES
mets, choquerait considérablement un habitant des
villes.
Il y règne, surtout vers la fin, une gaieté gros-
sière, mais qui n'est point feinte, et qui se traduit
parfois par des propos épicés ou ultra-rabelai-
siens; mais ils sont dits avec une telle candeur
que personne ne songe à s'en offenser.
Le pain entre pour une forte part dans l'ali-
mentation des paysans, qui mangent peu de
viande, bien qu'ils en consomment maintenant
plus qu'autrefois.
On appelle iourte ou iourtiau, pluriel tourtiaoux
Gu galettes de four (D.) des petits pains composés
avec les restes de pâte ; on en fait un pour chaque
personne de la maison, et on les cuit avant de
mettre le pain au four. Si on coupe un tourte
avec un couteau, avant que le pain soit retiré du
four, la fournée ne cuit pas. (P.)
On trempe les tourtiaoux dans le cidre nou-
veau (D.); c'est un régal très prisé, surtout par
les femmes.
Lorsque le cidre nouveau n'est pas encore cuit,
les personnes friandes le mettent à chauffer devant
le feu, et elles y trempent leur pain grillé, leur mid.
La graisse d'oie étendue sur le pain grillé
constitue aussi un régal.
A Plouër, avant la moisson, on fait une four-
330 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
née de petits pains tout ronds, dans la pâte des-
quels on met des œufs. Ils sont très goûtés, de-
viennent duî-s comme des biscuits de mer et se
conservent longtemps. Le matin, on les met à
tremper dans du lait, et à midi on les porte aux
travailleurs.
■Il y en a dans lesquels on met du sucre, et qui
forment une espèce de gâteau.
Si on donne du pain aux poules, on prétend
qu'elles sautent à la figure de celui qui le leur a
donné. (P.)
C'est un péché de donner du pain aux bêtes ;
si on le faisait, le bon Dieu n'en donnerait
plus. (D.)
Dans beaucoup de pays, on cuit du pain pour
plusieurs semaines ; il y a une double raison : les
femmes sont moins souvent obligées de bou-
langer, et le pain rassis étant moins appétissant
que le pain frais, on en mange moins.
On dit ce proverbe en Haute-Bretagne et ail-
leurs :
Belle fille, pain frais et bois vert
Mettent une maison à désert.
Dans les villages un peu grands, où un seul
four, appelé à cause de cela banal, sert à tous les
ménages, les femmes qui viennent y cuire for-
ment autour une réunion souvent nombreuse :
MŒURS ÉPULAIRES 33 I
c'est une des gazettes du village, qui rivalise
presque avec celle qui se parle tous les jours au
doué (lavoir).
Le présent le plus habituel que les fées fai-
saient aux hommes, c'était celui d'un pain qui ne
diminuait point, si on n'en donnait à personne.
Cf. dans mes Contes des Pavsaiis et des Pécheurs, 'a série inti-
tulée : Les Fées des Houhs et de Ja, Mer.
C'est aussi la première chose que demandent
aux bonnes dames — qui cuisaient aussi leur
pain comme des villageois — les hommes qui
peuvent être en relation avec elles.
On entame toujours le pain en faisant un signe
de croix avec le couteau.
Même usage en Basse- Breragne. Cf. Souvcstre, Derniers Bre-
tons, t. I, p. 12.
La soupe forme une partie considérable de l'ali-
mentation à la campagne. Pour que les enfants ne
se lassent pas d'en manger, on leur assure qu'elle
les fera grandir et les rendra forts. Les soupes les
plus fréquentes sont : la soupe de graisse et de
choux, la soupe grasse dans laquelle on a cuit de
la viande, la soupe au lard, la soupe de pois, la
soupe à l'oignon, la soupe au lait. Cette dernière
est presque considérée comme un régal.
On fait aussi de la soupe^ de galettes ; elle ne
diffère de la soupe ordinaire que par la substitu-
tion au pain de galettes coupées en morceaux.
332 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Pour les malades, on fait aussi des miochons :
c'est du pain écrasé dans du lait, et on sert aux
enfants du miton : c'est une sorte de panade.
Qui donne sa première cuillerée de soupe au
chat lui donne son Bénédicité. (P.)
La galette de sarrasin ou blé noir, qu'on dé-
signe sous le nom de gaâffe ou galette de hU na,
est plus en usage que le pain.
Dans certains pays, au lieu d'envoyer le blé
noir au moulin, on le moud dans un petit tnotiUii
à bras, qui est généralement attaché à une poutre
du grenier. En ce cas, le b}-an (son) reste mêlé à
la farine.
On sasse la ûirine, on la démêle avec de l'eau
et un peu de sel, dans un vase en terre, avec une
poche ou grosse cuiller de bois ; cette opération
ne dure que dix minutes environ.
On met le galetier sur le feu, et on le graisse
au moyen d'un linge appelé frottoué (D.) ou
graissoué. (P.)
On prétend que les filles de ferme qui ont le
front brillant et lisse, se passent le frottoué sur la
figure.
Il faut mettre un peu d'œuf sur le frottoué,
cela empêche la galette d'être pertusée, c'est-à-dire
trouée.
On dit d'une ferme où la galette est mal fiibri-
quée :
MŒURS ÉPUL AIRES 333
— 011e y est comme une grêle (trouée comme
elle).
C'est ordinairement la maîtresse de la ferme
qui est chargée de la fabrication de la galette, et
au moment des grands travaux, elle s'y prend
dès la veille. La personne qui est chargée de la
galette ne se dérange pas, en général. En certains
pays, elle est presque constamment à genoux ;
ailleurs elle est assise.
La pâte est versée au moyen d'une écuelle sur
une plaque ronde en fer battu, qu'on nomme,
suivant les pays, galetler, gaiifféroué, tuile à ga-
lette.
Cette dernière appellation, usitée dans l'Ille-et-
Vilaine, proviendrait-elle de ce qu'avant d'être en
fer, le galetier était une sorte de brique? C'est ce
que je n'ai pu vérifier.
On l'étend à l'aide d'un petit râteau en bois
qui porte le nom de roudble.
Puis, lorsque la pâte ainsi étendue commence à
se solidifier, on la retourne. Il y a pour cela un
instrument qui varie de forme et de matière :
dans les pays où la galette est mince et bien
cuite, on se sert d'un morceau de bois, large de
trois à quatre doigts, qui a la forme d'un sabre
droit, et est pointu; mais npn à pointe vive. Elle
s'appelle laite à galette ou simplement laite. Vers
la côte, et généralement partout où la galette est
3 34 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
épaisse et peu cuite, on la retourne au moyen
d'un instrument en fer battu, long et carré par le
bout, beaucoup plus large que la latte, et qui est
emmanché dans un pied de bois ; il se nomme
tourneite. (M.) Lorsqu'après avoir été retournée,
la galette est suffisamment cuite, on l'enlève de
dessus le galetier au moyen de l'instrument qui
a servi à la tourner, et on la pose sur une sorte
de gril en bois placé sur la table de la ferme, et
qui s'appelle hèche ; une bêchée, c'est l'ensemble
des galettes qui ont été préparées par la femme
chargée de ce soin, (E.)
C'est sur la héchée que les gens de la ferme
viennent prendre les galettes ; s'ils les mangent
avec du lait, ils les déchirent avec les mains et les
mettent dans le lait, toutes chaudes ; cela fiiit une
espèce de potage.
On beurre aussi les galettes, et on les mange
sans autre apprêt.
Lorsqu'elles sont froides, on les réchaufie sur
la poêle « à la tripe », c'est à-dire en morceaux ou
entières, avec du beurre roux, ou simplement sur
le trépied ou sur les charbons. On s'en sert en
guise de pain pour manger de la viande froide,
surtout du lard, de la saucisse chaude, ou des
pommes cuites.
On casse aussi des œufs, et on les jette sur la
galette à moitié cuite, où ils forment une sorte
iMŒURS ÉPULAIRES ^35
d'omelette. Ce mets n'est point celui de tous les
jours ; il est réservé à certaines occasions, lors-
qu'on veut par exemple faire honneur à un visi-
teur d'un rang élevé.
En coupant la galette froide en menues tran-
ches, on s'en sert comme de pain et on la met
dans le potage. Cette façon de la manger est. je
crois, plus en usage chez les bourgeois et les ou-
vriers que dans les fermes.
Dans celles-ci, on fait réchauffer les galettes, et
on les mange en les trempant dans du cidre.
On les réchauffe encore en les mettant simple-
ment sur des charbons ou sur le trépied. Dans
rille-et-Vilaine, depuis quelques années, on em-
ploie un ustensile spécial qu'on nomm.e grille-ga-
le lies.
La dernière galette se nomme ^'•a//V7;on.
On coupe parfois des tranches de pommes et
on les étend sur la pâte, et on les fait ainsi cuire
sur le galetier. On en met aussi dans la galette
de four.
Dans plusieurs contes, les fées font cuire de
la galette, et en donnent à ceux qui leur en
demandent poliment ; mais, au rebours du pain,
la galette des fées n'est point inépuisable.
Parfois les bonnes dames venaient elles-mêmes
en faire dans les fermes. On assurait qu'à Bu-
sentin, en Saint-Cast, elles en avaient fabrique
336 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
souvent, et l'on dit encore en proverbe : « Il faut
aller à Busentin pour manger de la bonne ga-
lette. »
La bouillie de blé noir, suivant les pays, s'ap-
pelle grous, lites, peux. Ce mot est toujours em-
ployé au pluriel.
Elle se compose de farine de blé noir délavée
dans de l'eau, avec un peu de sel ; on la remue
pendant un quart d'heure. On dit que pour être
bien cuits, les peux doivent vêner (vesser), c'est-
à-dire éclater, neuf fois.
Lorsqu'elle est sur le feu, on la remue avec une
cuiller de bois à long manche, pour l'empêcher
de coller.
La gratte en est bonne et est très estimée.
Comme toutes les bouillies, celle de blé noir
est mangée habituellement dans le vase où elle a
été faite : c'est une casserole ou un bassin. Au
milieu on met à fondre un morceau de beurre, où
chacun vient tremper sa cuillerée de bouillie.
On en prend aussi des morceaux de la grosseur
d'un œuf, et on les met dans une écuellée de
lait, soit doux, soit baratté, soit dans du lait cuit.
On fait aussi frire dans la poêle des tranches
de bouillie froide, qui sont coupées en carré ou
en tranches minces qui rappellent assez par leur
forme des petites soles. Aussi les nomme-t-on
plaisamment des « soles de guéret ».
MŒURS EPULAIRES 337
A Rennes et aux environs on appelle la bouillie
(.ravoinc des noces.
La farine qui sert à la faire n'est pas belutée ;
on la met à tremper dès la veille du jour où
on la fait. Lorsqu'elle a ainsi passé la nuit, on
la change d'eau, puis on la passe dans un sas de
crin. Ensuite on la met à cuire. Il faut que la
bouillie d'avoine cuise une demi -heure. Les
iL'ccs se mangent dans du lait doux, si on les em-
ploie en guise de potage.
duand elles sont froides, on les fait aussi fri-
casser, sans les diviser, dans une casserole. La
partie qui touche le fond • est rissolée et forme
une sorte de croûte très recherchée. C'est ce
qu'on appelle le drapeau.
On assure que la bouillie de froment grossit
dans le ventre de ceux qui en mangent ; il y a
pourtant exception pour les enfants.
Cf. sur la Bouillie des enfants, l.i page 25 du présent livre.
La viande»
Dans beaucoup de fermes, il est d'usage de
tuer, vers la fin de l'automne, une ou deux va-
ches, suivant l'importance de la terre et le nom-
bre des bouches à nourrir. Une petite quantité
est mangée fraîche: cela s'appelle la viande douce;
22
338 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
mais la plus grande partie est salée, et on la pend
au plancher par gros morceaux.
A m.oins qu'il n'y ait des malades à la maison,
ou qu'il ne s'agisse d'un repas de noce ou de bap-
tême, il est assez rare, surtout dans les Côtes-du-
Nord, que les paysans achètent aux bouchers de
la viande douce ; il y a une exception pour les
foies, la coiirée (le mou) et quelques autres bas
morceaux, et encore ce sont plutôt les journaliers
que les fermiers qui les achètent.
A certaines noces de campagne, on sert de
la vache bouillie, que l'on sauuoudre de sucre.
(P.)
Les aubergistes des bourgs un peu importants
vendent des tripes à leurs clients entre les deux
messes.
La manière la plus habituelle d'apprêter la
viande de boucherie, c'est le ragoût ou le rôti au
four. 11 y a bien peu de fermes où l'on fasse des
rôtis véritables.
Les mamelles de vache sont achetées par les
pauvres. Les bouchers, à la campagne, leur
donnent les cervelles de vache et les tripes de
- mouton.
Lorsqu'un fermier vend un veau, il en retient
la tête ou la fraise avec les quatre pieds : le di-
manche suivant, on se régale en famille avec l'un
ou l'autre de ces plats.
MŒURS ÉPULAIRES 539
Il y a peu d'années, on ne vendait pas les ris
de veau.
La viande la plus en usage est celle du cochon;
il n'est guère de ménage, même pauvre, qui n'en
tue un par an.
Le lard sert à faire la soupe, et est ensuite
mangé chaud ou froid. Les boyaux font de la
saucisse et du boudin, ou bien ils entrent dans la
composition des andouilles que l'on voit pendues
dans beaucoup de cheminées.
La tuerie de cochons est une occasion de ré-
jouissances, entre voisins et amis ; à peu près dans
toutes les classes, on s'offre de la saucisse et du
boudin; et après qu'ori a fondu les gratons
(cretons), pour en extraire la graisse, on invite
les amis à les manger. Ce repas, dit graionnerie ,
a lieu ordinairement le dinaanche qui suit la
tiiaison, et le soir. Il est copieusement arrosé et
d'ordinaire fort gai ; c'est l'un de ceux où l'on
échange le plus volontiers des plaisanteries de
haute grès se.
Dans quelques pays, après que le cochon a été
dépecé, salé et mis dans dans le charnier ou
haché en saucisse, on réunit tout ce qui n'a pas
été utilisé, même les couennes et les os auxquels
un peu de chair adhère encore ; on place ces dé-
bris dans une terrine avec des légumes et des aro-
mates, on couvre la terrine et on la porte au
340 LE CALENDRIER, LES TRAVAL^X ET USAGES
four OÙ elle cuit pendant toute la nuit. Le lende-
main, on invite ses amis à venir manger de la
îerrinée. Parfois même on en envoie à domicile,
dans des soupières ou dans des écuelles. (M.)
A Rennes, la casse se fait à peu près de la même
façon; mais on y ajoute de la fraise et des pieds
de veau.
Un autre régal, celui-ci surtout bourgeois, c'est
la joue de cochon cuite au four et bien croustil-
lante.
Les fèves cuites à l'eau et servies avec du lard
fumé forment un mets très apprécié.
Aux noces, on sert des foies qu'on a mis à
cuire dans de grandes marmites avec du lard, des
carottes et autres légumes, et qui ont été laissés
mijoter pendant longtemps.
L'usage des volailles est assez rare chez les
pa3'sans : ils préfèrent les vendre ; toutefois, quand
il y a un malade, on lui fait un bouillon de
poule.
Sur la côte, dans beaucoup de familles de cul-
tivateurs et de marins, on mange des oies vers le
mois de décembre et de janvier.
.On fait aussi des ragoûts de poulet que l'on
cuit avec des légumes.
MŒURS ÉPULAIRES 34 1
Le poisson.
Dans riiitérieur, et même dans les fermes de la
côte, le poisson, sauf la morue, la sardine, le ca-
pelan et quelques autres poissons frais, tels que la
raie, le congre, le maquereau et le chien de mer,
n'entre que pour une assez faible part dans l'ali-
mentation.
La morue est de beaucoup le poisson le plus
en usage.
On la dessale, puis on la pend dans la chemi-
née, et chacun en coupe un morceau qu'il met à
griller sur les charbons ; il le mange ensuite avec
du pain et du beurre.
Sur la côte, on la fait fricasser; à certaines
foires, si c'est un jour maigre, elle remplace la
saucisse qui se débite en plein vent. On la mange
aussi au blanc.
Parmi les poissons salés, il convient de citer le
capelan et surtout la sardine.
Les pêcheurs font sécher, pour leur usage per-
sonnel, les raies, les maquereaux et quelques au-
tres poissons, quand ils en prennent plus qu'ils ne
peuvent en vendre.
Au moment de la moisson, les fermiers achè-
tent aussi des chiens de mer pour leurs ouvriers ;
c'est un poisson très peu cher, mais d'une fadeur
542 LE CALENDraER, LES TRAVAUX ET USAGES
insupportable pour tout autre palais que celui des
paysans.
Parmi les coquillages, ceux que les gens de la
côte consomment le pins sont les moules, les coques
(bucarde comestible), les hrigols (vignots) et les
heniis (patelles). On en vend même dans l'inté-
rieur, et pendant la dernière semaine de carême,
s'il y a une grande marée, on voit affluer sur la
côte des « gâs de métairies », qui viennent pêcher
au bas de l'eau des moules, des brigots et surtout
àcs coques ; souvent ils en emportent un sac presque
chargé.
Les bernis sont mangés crus ou bouillis ; les
autres coquillages sont bouilHs, et presque jamais
on ne les consomme crus.
Les huîtres sont un objet de luxe, et les pê-
cheurs en mangent rarement; toutefois, s'ils en
prennent de très grosses, ils les mangent crues ou
fricassées, comme des tripes, avec des oignons.
Les ricardeaux ou coquilles Saint- Jacques, de
même que l'ormée ou oreille de mer, sont ordi-
nairement livrés au commerce. Dans le cas seule-
. ment de grande abondance, les pêcheurs font
bouilHr les coquilles Saint-Jacques, ou les apprê-
tent avec de la mie de pain et des fines herbes ;
en ce cas, ils les font cuire dans leurs coquilles
après les avoir hachées. Cette seconde nîanière
est déjà pour eux du raffinement.
MŒURS 1-PULAIRES 515
Pour les ormces, on en flùt des ragoûts avec
des pommes de terre et des carottes, ou bien une
sorte de friture où elles sont entières. A peu près
toutes les femmes de la côte connaissent cette
manière de les apprêter.
Sauf les crabes ordinaires, qui sont en grande
abondance et que l'on mange bouillis, les pê-
cheurs vendent tous les crustacés qu'ils pren-
nent.
Depuis quelques années, on mange des poulpes
que la cuisson a dépouillés de leurs suçoirs ; mais
beaucoup de gens ont de la répugnance pour ce
mets.
Ij:s légumes.
On cuit les pommes de terre dans l'eau, soit
en les laissant avec leur peau, soit en les pelant
comme une pomme ; on y ajoute du sel. La pe-
lure est donnée aux cochons.
On les mange avec du beurre, ou on les écrase
dans une écucUe, de manière à en garnir les pa-
rois, et on verse ensuite du lait ribot. Cela forme
une espèce de potage.
Avec les pommes de tçrre, on fait aussi une
sorte de ragoût avec de la farine, du beurre roux,
et des oignons coupés en petits morceaux.
344 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Les légumes cultivés dans les courtils des
fermes sont en assez petit nombre. Voici les
plus en usage : les oignons, les carottes, les na-
vets, hporée (le poireau), qui entrent dans la
composition de la soupe; les pois et les haricots
que l'on mange plutôt secs, pendant l'hiver, que
frais; les choux, la cressonneîte (cresson alénois),
les cives, etc.
Ces deux derniers sont, avec les pommes de
terre et les diverses salades, à peu près les seuls
qui entrent sous une forme distincte dans l'ali-
mentation.
Les pa3'sans mangent l'oignon sur leur pain ;
pour les pauvres, il remplace le beurre. On fri-
cisse aussi, les jours maigres, de l'oignon qui est
coupé en tranches minces comme des tripes ; on
ajoute des cives pour en relever le goût.
On fait surtout usage de la salade en été; elle
n'est point fatiguée. On se contente d'en déta-
cher les feuilles, et chacun les trempe dans un
bol où le citre-aigre remplace le vinaigre.
On la mange aussi avec du beurre fondu. (E.)
Les laitages.
Le beurre joue un grand rôle dans les produc-
tions des fermes bretonnes, surtout dans celles de
MŒURS ÉPUL AIRES 545
riUe-et-Vilaine; aussi, en ce dernier pays, est-il
tout particulièrement soigné.
La croyance aux sorciers, soutireurs de beurre,
et à l'ensorcellement des barattes, existe encore
en beaucoup d'endroits.
Cf. mes Traditions et Superslilions, t. l'"', p. 283.
On fait, en Haute-Bretagne, un assez grand
nombre de laitages, dont quelques-uns entrent
pour une portion assez notable dans l'alimenta-
tion.
Pour faire du LaU cuit, il faut verser du lait
doux dans un pot en terre ; on l'y laisse cailler,
puis, quand on a enlevé la crème pour le beurre,
on approche du feu ce qui reste dans le pot; on
enlève le clair, puis il se forme des grumeaux que
l'on met dans le lait harailé, c'est-à-dire dans le
lait qui reste après le beurre, et on le mange soit
avec de la galette, comme une sorte de potage,
soit avec des pommes de terre.
Dans les maisons pauvres ou avares, on se sert
seulement de lait rihot, c'est-à-dire baratté.
Pour fabriquer le lait marri, on met du lait sur
le feu ; quand il bout, on prend une cuillerée de
lait baratté qu'on verse dessus et qui le fait aigrir.
On verse aussi du vinaigre au lieu de lait.
Le lait marri se mange avec du lait doux ou
avec du suci-e ; c'est une sorte de régal.
Il en est de même des caillihotes (caillebotes).
346 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Le lait à Madame est, à ma connaissance du
moins, à peu près spécial à Dinan et à ses environs.
Pour le fabriquer, on prend des petits pots en
grès, qu'il faut avoir soin de tenir bien propres ;
on y verse un peu de lait baratté, et on penche le
pot de manière à ce que toute la paroi intérieure
en soit humectée. On remplit ensuite le pot avec
du lait doux sortant du pis de la vache, puis
en le met dans un endroit bien fermé, afin que le
lait ne se refroidisse pas trop vite ; certains le
couvrent même avec de la laine. Au bout de
quelques heures, le Lait à Madame est prêt, et on
le porte en ville ; car c'est plutôt un régal pour
les gens aisés que pour les fermiers.
Les Mingauds, qui sont un laitage rennais, se fa-
briquent surtout à Rennes, chez les laitiers. C'est
une sorte de crème d'un goût très déhcat que l'on
fait en la fouettant avec des baguettes d'osier.
La Jonchée est une sorte de lait égoutté dans la
paille.
A la Trinité, en certains pays, les fermiers en
portent comme cadeau à leurs maîtres.
Les pâtisseries et les confitures.
Les échaudés forment la pâtisserie la plus po-
pulaire : d'ailleurs, ils tiennent le milieu entre le
MŒURS ÉPULAIRES 347
pain et le gâteau, et peuvent être mangés en
guise de pain avec de la viande ; si on les beurre,
c'est une sorte de gâteau. De plus, on prétend
que le cidre est bon après l'échaudé.
11 y en a plusieurs fabriques : à Tréméreuc,
canton de Ploubalay ; au Chemin-Chaussée, can-
ton de Matignon ; aux Champs-Géreaux, près
d'Évran, etc., les échaudés qui en proviennent
sont en forme d'écuelle ; ce sont ceux qu'on ap-
pelle Cimereaux ou Cimériaux.
Dans rille-et- Vilaine, où il y a aussi plusieurs
fabriques, notamment à Antrain, on appelle les
échaudés hagés ou bajeiis, quand ils sont ovales ;
gareaiix, quand ils sont ronds. Les gareaux ne
coûtent qu'un sou.
On dit qu'on boulange les échaudés « o l'eu »;
il y a des personnes qui, sur la foi de ce dicton,
n'en mangent pas avec plaisir.
Voici comment on les boulange : la pâte est
mise dans une sorte d'auge longue et étroite,
et c'est avec une planche, sur laquelle on s'as-
sied, qu'on bat la pâte; lorsqu'elle est sufti-
samment apprêtée, on lui donne la forme qu'on
désire, soit celle de pain rond, soit celle d'écuelle,
et on la jette dans de l'eau froide où elle se con-
solide.
Aux foires, il s'en vend beaucoup ; on met de-
dans du beurre, ou on s'en sert en guise de pain
348 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
pour manger de la saucisse. En revenant du mar-
ché ou de la foire, Iqs parents en rapportent
comme « part d'assemblée )) pour ceux qui sont
restés à la maison ou pour les enfants.
Les Craquelins de Saint-Malo sont aussi très
populaires en Hauie-Bretagne ; on en vend dans
les villes et à la cam.pagne. On voit passer des
hommes, porteurs de grandes hottes en forme de
cage qui en sont pleines.
A Rennes, on les crie :
Craquelin d'Saint-Alalô ôôo !
en allongeant beaucoup. Ce à quoi les gens du
peuple manquent rarement de répondre :
Tu en as menti,
r sont d' Pleurtuit.
C'est en effet dans cette commune qu'on en fa-
brique la plus grande quantité.
Les Crêpes sont regardées comme une frian-
dise : on n'en fait guère que pendant le Carnaval
ou à certaines fêtes.
Cf. p. 225 du pièsent livre, les dictons sur le carnaval et les
crcpes.
Elles consistent en une farine de froment mé-
langée d'œufs, de lait et de sucre, et battue for-
tement. Quand elle est prête, on met la poêle
MŒUEs iIpulairls 349
sur le feu, on y fait fondre du beurre, puis on y
;erse un peu de pâte qu'on étend, et on remue la
:oêle jusqu'à ce que la crêpe soit cuite. Le talent
le celui qui la fait est de la retourner en la fai-
sant sauter en l'air, de manière à ce qu'elle re-
:ombe sur le côté opposé. En certains pays, au
iioment où on les cuit, chacun prend à son tour
a queue de la poêle pour les faire sauter, et ce-
ui qui est maladroit est plaisanté par les autres.
Le proverbe « Tli a fait des crêpes do sa
'arrine », veut dire qu'on a fait à quelqu'un un
présent avec une chose qui lui appartenait ou à
aquelle il avait droit.
Vers la limite du pays français et du pays bre-
:onnant, on fabrique aussi des gâteaux assez sem-
blables aux gâteaux bretons.
Le Pommé, est une sorte de confiture qui, en
:ertains cas, remplace le beurre ; souvent dans les
fermes, on sert à la fois le pot à pommé et l'as-
îiette au'beurre. Mais, ce sont surtout les enfants
de l'école qui en emportent pour étendre sur leur
pain.
La cuiserie du pommé, opération assez longue,
isl une occasion de réjouissances.
On pèle les pommes et on en ôte les pépins,
puis on les met à cuire dans un grand bassin ou
dans une cuve à lessive ; on les arrose à plusieurs
[■éprises avec du cidre doux, et, pendant tout le
350 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
temps de la cuisson, quelqu'un est occupé à re-
muer le mélange. La cuisson durant sept à huit
heures, on se relaie pour tourner, et c'est pour
cela que les réunions aux cuiries ou cuiseries sont
nombreuses. (E.)
Le Badiolet est une confiture faite avec des ce-
rises sauvages qu'on appelle hadies. Il porte aussi
le nom de lohon (D.) ou de cérisè. (E.)
On fait cuire les pommes en les jetant dans un
four chaud ou dans l'avoine. L'avoine qui est
employée pour la nourriture des gens doit être
mise au four après que k pain a été tiré. On jette
les pommes dessus, et c'est ainsi qu'elles cuisent ;
on prétend que ce sont les meilleures.
A Rennes, on crie dans les rues les pommes
cuites :
Au rôt tout chaud,
Pomme' cuite' au sucre !
CHAPITRE VII
CROYA^XES ET COUTUMES DIVERSES
^1 I. — LE CORPS HUMAIN
ous ce titre, j'ai réuni les croyances rela-
tives aux diverses parties du corps hu-
main, ainsi que certaines croyances,
coutumes ou superstitions que le peuple y rat-
tache.
Quand on se lève le eu le premier, on a du
malheur toute la journée. On dit de quelqu'un
qui est de mauvaise humeur : — Il s'est levé le
derrière le premier.
Depuis une quinzaine d'années, la manière de
porter la barbe et les cheveux a bien varié à la
campagne. Autrefois, presque tous les paysans
étaient entièrement rasés ou gardaient de simples
3 52 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX LT USAGES
côtelettes ; les moustaches formaient une exception
très rare, et bien peu portaient la barbe entière.
Actuellement, si les moustaches sont encore assez
rares, il n'y a plus guère que les vieillards à se raser
complètement, et la barbe entière, autrefois si
peu portée, n'est plus une exception à citer.
Quand on vient de se couper la barbe et qu'on
embrasse quelqu'un, on dit qu'on lui donne le
pucelage de sa barbe. Il y a des gens qui ne se
laissent embrasser que par la personne à laquelle
ils la destinent. (D.)
Pour que les cheveux allongent, il faut les cou-
per dans le croissant ; coupés en pleine lune, ils
ne repoussent pas ; si on les coupe dans le dé-
cours, ils raccourcissent. On doit les brûler ou les
porter dans le cimetière, où on les enterre, quand
ce sont les premiers cheveux des enfants ; ils
mourraient si on les jetait. Les femmes ne doi-
vent pas non plus jeter leurs cheveux.
On doit les couper à la nouvelle lune, car les
campagnards déclarent qu'à mesure que le crois-
sant de la planète augmente, les cheveux poussent
aussi vite et en proportion. Ce mo3'en ingénieux
empêche les rhumes, les affections de poitrine,
etc., de se produire, en raison de l'explication
précédente.
Les femmes rouges font tourner le lait (E.-D.)
et le cidre ; elles ne doivent pas non plus allei
CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 353
dans le cellier. Il en est de même des femmes
très noires; elles partagent ce privilège peu en-
viable avec les bonnes sœurs trottoires qui font
tourner le lait, et ont toutes un sort jeté sur
elles. (D.)
Jadis les femmes ne montraient pas leur che-
velure sur leur front ; elle était cachée par un
bandeau. En quelques pays, les vieilles femmes
conservent encore cet usage ; mais les jeunes,
presque toutes, ont des bandeaux sur le front.
On dit que les dents tombent si on fait des
mensonges. (D.)
Mcme cro3-ancc en Poitou. Cf. Souche, Croyatues, p. 10.
Quand on perd ses dents, il faut les mettre
sous le seuil de la porte ou dans un trou de la
muraille, parce que c'est là qu'on reviendra les
chercher au jugement dernier. (P.)
Les joues (proverbes).
— Il a les joues comme les fesses d'un pauvre
homme.
— Les joes n'se collent point. Cela se dit
quand on s'embrasse.
— Donner un coup de joe, c'est embrasser.
23
3 54 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
La langue (dictons).
— Il a le sublet bien coupé.
— La femme a bien gagné ses deux liards à li
couper le filet. (E.)
L'usage de couper le filet est à peu près général
à la campagne.
Les mains (dictons et formulettes).
— Avoir six doigts pour se gratter. (E.)
(Être ruiné).
— Mains froides, cœur bien placé.
Voici les noms des doigts :
Le pouce, Beurrot.
L'index, Liche-Pot.
Le médius, Longin.
L'annulaire, Mal apprins.
Le petit doigt, Pdit diot. (P.)
Le bœu,
La vache,
Celui qui la détache,
Celui qui la mène es champs,
Le petit riquiqui,
Qiii court devant.
CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 355
Lu qui l'a prins,
Li qui l'a pleurnée,
Li qui l'a fricassée,
Li qui l'a mangée.
Et le p'tit diot qui n'a zu ren. (P.)
Pouçot,
Beurrot,
Mail' doigt,
Capitain',
Petit doigt. (D.)
Les personnes qui ont la main longue passent
pour n'être pas franches. (D.)
On dit aux enfants que la main qui déniche le
berruchet est condamnée à tomber. (D.)
Si on a des marques jaunes dans la main
droite, il arrivera malheur ; si c'est à la main
gauche, signe de chance.
Le nei (proverbes).
— Jamais grand nez n'a diffamé (gâté) beau
visage. (M.)
— Mieux vaut laisser son éfant morvous que
de li écourter le nez. (M.)
— Rester la goule sous le nez. (Avoir l'air
ébahi.)
— Visib'e comme le nez dans la figure.
356 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Les ongles (superstitions et dictons).
Les taches blanches aux ongles sont autant de
péchés mortels commis par la personne qui
les a,
A Dinan, on dit que les taches blanches repré-
sentent autant de mensonges faits.
Cf. Souche, Poitou^ p. 10 ; Mélusine, t. l", coL 350, Francbe-
Conité.
Les taches aux ongles signifient jalousie. (D.)
Si on a des taches blanches aux ongles de la
main gauche, c'est signe de malheur ; si c'est à
la droite, c'est signe de chance. (P.)
Avoir un poil à l'ongle. (S.-C.) Être paresseux.
On dit aussi : Avoir un poil dans le creux de
la main. (E.)
Tailler ses ongles le dimanche, c'est donner du
pain bénit au diable. (D.)
On ne doit pas non plus les couper le ven-
dredi, car c'est le jour de la Vierge, et on
écourterait le petit doigt de l'Enfant-Jésus. (D.)
Si une femme coupe les ongles de son enfant
le dimanche, l'enfant est sûr de mourir dans
l'année. (D.)
CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 357
Les oreilles (croyances et dictons).
Quand les oreilles vous sonnent, on est à rha-
hîïler vos chaussures, c'est-à-dire à parler de
vous. (P.)
Si les oreilles tintent, c'est signe que quelqu'un
parle de vous. (E.)
Superstition analogue dans les Vosges (^MéL, 501). C'était
une superstition antique.
— l'oit dur comme un sourd.
— l'oit du' comme un fossé (talus).
— Sourd comme une bûche. (E).
Si on tient longtemps un petit violon (criocère)
auprès de ses oreilles, on ne sera jamais sourd.
(Env. de Bécherel.)
Les os.
11 y a des saisons où les os n'ont pas de
moelle. (E.)
ï^s pieds (Croyances et proverbes).
Si on a les pieds froids, on a le cœur chaud ou
on est amoureux.
— Il a des pieds de Gargantua. (M.) Ce pro-
5)8 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
verbe est surtout employé par les cordonniers, en
parlant des enfants.
(Cf. Gargantua dans les traditions populaires).
On dit aussi de quelqu'un qui a les pieds
grands, qu'il a des pieds de Charlemagne ; mais
je ne pourrais affirmer avoir entendu ce dicton à
la campagne.
Le ventre (dicton).
— Dos de velours et ventre de paille.
Le visage (dictons).
— Ça y' est-i' un biau gas? — Comme l's
aut'es : il a deux yeux, le nez au mitan du visage
et la goule dessous ; il est ben. (E.)
— Le morvous, emporte le p'étous.
— Olle est ronde comme un galetier : queue
face qu'olle a. (Ploubalay.)
Les yeux (dictons et formulettc).
— Avoir les yeux comme une bogue de châ-
taigne.
— Avoir les yeux plus grands que le ven-
tre. (M.)
CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 359
— Il a les yeux comme un petit Serpidas. (M.)
— Loucher comme un beurrier. (E.)
— Yeux de congre mort.
— Yeux de carpe frite.
— Faire des yeux comme une poule qui perce
un sas. (E.)
Yeux bleus.
Qui mènent la chatte chez le bon Dieu ;
Yeux naïrs,
Qui mènent la chatte baïre ;
Yeux verts,
Qui mènent la chatte dans l'enfer;
Yeux bruns,
Qui mènent la chatte au pun (pain).
Yeux gris,
Qiii mènent la chatte en paradis. (P.)
5 II. — COUTUMES RELIGIEUSES.
Dans la première partie de ce livre, j'ai cité un
assez grand nombre de coutumes et d'usages
chrétiens qui se rapportent aux diverses phases
de la vie humaine ; il en ^a été de même dans la
seconde partie, surtout aux chapitres intitulés
V Année et les Fêtes; mais il en est un certain
6o LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
nombre qui n'ont pu rentrer dans les classifications
déjà faites : c'est pour cela que je les note ici.
On a déjà vu que les pèlerinages, surtout iso-
les, à tel ou tel saint, à telle chapelle, étaient
assez nombreux ; je suis loin d'avoir épuisé la
liste des saints guérisseurs, et leur pouvoir s'étend
sur les hommes, les animaux et les moissons.
C'est surtout quand il s'agit du bétail, que les
paysans se montrent généreux ; il s'établit entre
eux et les diverses puissances du ciel une sorte de
contrat synallagmatique. « Si je vends ma vache
tel prix, je donnerai au bienheureux saint X***
une pièce blanche. » — « Si la bienheureuse
Vierge Marie permet que not' trée (truie) aie dix
petits pourciaoux, il y en aura un pour ielle. «
(P-)
Le cliiinoine Goudc (Lég. de Chàteauhriatii) cite plusieurs
exemples de ces sortes de contrats, entre autres celui d'un men-
diant qui promet 20 sous pour ne plus tomber du haut mal. Les
Gv.'er^io:i bretons sont remplis de promesses analogues.
C'est surtout en temps d'épizootie que les
vœux sont fréquents, plus encore que lorsque
l'épidémie sévit sur les gens.
• Lorsqu'un cochon a bien profité, on offre un
morceau de lard, qui est vendu aux enchères, 'à
la porte de l'église, après avoir été exposé, pen-
dant la grand'messe sur l'autel du saint protec-
eur du cochon. S'il s'agit d'une vache, c'est une
CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 36 1
belle moche (motte) de beurre qui est offerte, et
qui est de même vendue.
En Basse-Bretagne (cf. Galerie brctouve, p. 84), il y a aussi
des ventes aux enchères à la porte de l'église.
En Haute-Bretagne, la population est presque
entièrement catholique; il y a un assez petit
nombre de protestants, très peu de juifs, et l'on
peut dire que les campagnes sont entièrement ca-
tholiques. Les non-pratiquants, assez nombreux
dans la classe moyenne, sont assez rares parmi les
paysans. La première édition du Dictionnaire d'Ogée
comptait la population par le nombre des com-
muniants ; ce mode de recensement serait moins
exact aujourd'hui. Je crois que, même à la cam-
pagne, on peut porter à près d'un dixième pour
rille-et- Vilaine, d'un vingtième pour les Côtes-
du-Nord, le nombre des hommes qui ne font pas
leurs Pâques.
Entre Rennes et Fougères existait une secte
assez nombreuse qui ne reconnaissait pas la hié-
rarchie catholique; on l'appelait la petite Eglise,
et ses sectateurs se nommaient, je ne sais pour-
quoi, des Louiseites. On m'a assuré que les Loui-
settes s'étaient séparés du reste des catholiques au
moment du Concordat, parce que la Fête-Dieu,
au lieu d'être célébrée le vjeudi, était reportée au
dimanche. Il n'y a pas très longtemps que leur
dernier prêtre est mort, et comme les Louisettes
362 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
n'ont point d'évêque, il n'a pas été remplacé.
D'après les renseignements en petit nombre que
j'ai pu me procurer, la secte des Louisettes serait
en voie de disparaître complètement.
Des communions analogues existaient en Anjou
et en Vendée.
Le pain bénit est offert 'par les paroissiens ; il
doit être mangé ou brûlé ; mais il faut bien se
garder de le jeter, car il pourrait être l'occasion
de malheurs.
Si on donne du pain bénit à un chat, il entre
en fureur et devient comme enragé. (M.)
Si on donne du pain bénit à une poule, cela la
rend enragée. (E., P.)
En 1884, il y avait à Plenée-Jugon une forte
épidémie de diphtérie : ou assurait que la maladie
frappait les maisons dans la semaine qui suivait
celle où on y avait rendu le pain bénit; ce qui
n'empêcha d'ailleurs personne de le donner à son
tour.
Avant de se mettre à l'eau, les enfants prennent
de l'eau et font un signe de croix.
Cet usage existe en Russie, et M. de Gubematis, t. II, p. 414,
•pense que c'est un reste de la croj-ance aux esprits malfaisants
des eaux.
Si quelqu'un fait un ouvrage dont il n'a pas
l'habitude, on dit : Il faut faire la croix dans Vhu
(sur la porte). (S.-C.)
CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 363
Si la nuit on ne fait pas le signe de la croix en
passant devant une croix, « on voit de quoi. »
(E.)
A Dinan, c'est le contraire. Les morts qui sont
en pénitence au pied des croix pensent qu'on leur
fait signe de venir et ils suivent.
Avant d'entamer le pain, on fait une croix avec
le couteau sur la partie plate.
Il y a une cinquantaine d'années, on portait en
procession la bannière de Saint-Glen, qui était
assez lourde, et pour lui donner du poids, on y
ajoutait au haut un keut (couteau de charrue).
Aussi, il n'y avait que les « bons corps « à pou-
voir la porter, et c'était un honneur très envié.
Il fallait, en sortant de l'éghse, la faire saluer, en
l'abaissant et en la relevant, par les prêtres et les
gens de la procession.
Quand on place sur le clocher un nouveau coq
ou que, pour des réparations, on descend le
vieu:î, celui qui doit le poser se fait accompagner
d'un autre homme ; le coq est orné de rubans tri-
colores, et on le porte au maire, à l'adjoint, au
château s'il y en a un, dans la commune et dans
les principaux villages. On offre à boire au por-
teur de coq, ou bien on lui donne de l'argent ou
du tabac. (P.)
Les cloches disent : Pain perdu ! Pain perdu !
Dans un assez grand nombre de paroisses du
364 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
diocèse de Saint-Brieuc, les prêtres font une quête
chez leurs paroissiens. Parfois, il y en a deux par
an : l'une pour le fil, l'autre pour le grain ; mais,
à cette dernière, on accepte les dons, soit en na-
ture, soit en argent. Le prêtre qui fait sa quête est
accompagné d'un ou deux fabriciens qui portent
les sacs destinés aux dons en nature.
Le bedeau, qui est souvent fossoyeur en même
temps, fait aussi une quête : en général, il n'est
pas payé par le clergé ni par la fabrique.
§ III. — LA CHANCE, LES PRÉSAGES ET LES RÊVES
La croyance aux présages, aux choses qui por-
tent bonne ou mauvaise chance, ou aux rêves,
est très répandue parmi les paysans et surtout
parmi les paysannes, ainsi qu'on a pu le constater
en nombre d'endroits de ce livre.
(Cf. principalement les chapitres du mariage, de la naissance
et de la mort).
En voici encore quelques exemples qui n'ont
pu être classés dans les précédents chapitres :
Si on rencontre, le matin en sortant, une
femme qui ait son bonnet de nuit, on n'en a pas de
toute la journée. (P.)
CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 365
Pour avoir de la chance au jeu et gagner A tous
coups, il faut tuer une taupe en amour, lui ôter
tous ses os un à un, et les mettre dans un
ruisseau qui vient d'une fontaine ; l'un de ces os
remonte à la source, et c'est celui-là qui porte
chance. (P.)
En Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 284) un os de taupe,
placé sous l'aisselle gauche, préserve des maléfices.
Rencontrer un lièvre le matin porte malheur,
et aussi le jour d'un mariage. (E.)
On coupe les pattes aux faucheux et on. les met
dans sa main ; si, après avoir été détachées du
tronc, elles remuent, c'est signe qu'on aura de la
chance. (E.)
Cf. Rolland, p. 245 (Poitou) ; voir une superstition vosgiemie
dans Mélusine, col. 49S.
Si on peut attraper le premier papillon blanc
qu'on voit, on trouve un essaim dans l'année.
(E., S.-C.)
Superstition analogue dans les Vosges (cf. Mélusine, col. 478);
en Poitou (Desaivre, Croyances, p. 30; Souche, Croy., p. 7).
■Noël du Fail constatait au xvi» siècle le rôle chanceux du
papillon : « Qui veult estrc marié en Tan prenne le premier pa-
pillon qu'il verra, » t. I, 112.
La croyance à la vertu de la corde de pendu
est encore vivante; il y a deux ans encore, j'ai
eu connaissance, aux environs de Dinan, de dé-
marches faites pour se procurer des morceaux de
la corde d'un homme qui s*était pendu.
366 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Quand un chasseur trouve une épingle, on dit
qu'il aura bonne chance dans sa tournée. (P.)
Si, la première fois qu'on entend le coucou
chanter, on est à jeun, on mourra de faim dans
l'année. (S.-C.) Q.uand on l'entend avant de dé-
jeûner, on ne mange pas de caillihotes (caillebotes)
de l'année. (P.) Si, la première fois qu'on l'en-
tend, on est à faire ses besoins, on aura pendant
toute l'année un dérangement de corps. (S.-C.)
Quand on entend chanter le coucou pour la
première fois, on regarde combien on a d'argent
dans sa poche, car on dit qu'on aura toute
l'année autant d'argent qu'on en a sur soi ce
jour-là. (M., E., etc.)
Si l'on n'a pas de monnaie dans sa poche, on
est gueux' toute l'année. (S.-C.)
Croyance analogue dans les Vosges' (cf. Mil., col. 452) ; en
Poitou (cf. Desaivre, Myth. loc, p. i r), et unjpeu partout. (Cf.
Rolland, p. 92.)
Si on a ses poches, sa chemise ou sa jupe à
l'envers, il faut se hâter de les retourner; sans
cela, il ne tarderait pas à pleuvoir. (S.-C.) Si le
tabac sort de la pipe allumée, si l'horloge sonne
d'un air enroué, la pluie est prochaine.
Voir un papillon le soir, c'est signe que pro-
chainement on aura des nouvelles.
Quand on a les bas troués, c'est signe qu'on a
des lettres à la poste. (D.)
CROYANCES ET COUTUMES DIVERSES 567
Si la bruyère rougit sur la lande, le temps de-
viendra beau ; si elle noircit, c'est au contraire un
présage de mauvais temps. (P.)
Quand le soleil se cache sous les nuages, on
lui dit :
Petit soulaï, réveille taï,
D'vant l'bon Dieu et devant maï,
Devant la fille du raï,
Qu'est p'us belle que maï ;
Devant la fille du comte,
Qu'est p'us belle que tout l'moude ;
Devant la fille du duc,
Qui n'est pas p'us grosse qu'une puce ;
Devant la fille du marquis.
Qui ressemble à une souris ;
Devant la fille du baron.
Qui veut des chansons.
Et d'vant la fille de l'empereur,
Qui est belle à faire peur. (S.-C.)
Si on rêve d'eau claire, c'est signe de chance ;
si on rêve d'eau trouble, c'est signe de mal-
heur. (E.)
Si on rêve d'enterrement, on ira prochaine-
ment aux noces, et réciproquement.
Cf. Souche, p. 12. (Poitou) ; cf. aussi Jacob, Oneirocritie.
Si on rêve d'argent, c'est signe qu'il y aura des
poux ou de la misère dans la maison.
368 LE CALENDRIER, LES TRAVAUX ET USAGES
Quand on rêve dans les poux, c'est signe d'ar-
gent. (S.-C.)
Si on rêve de puces, c'est signe de dispute.
(S.-C.)
Si on rêve de mariage, c'est signe d'enterre-
ment ; si on rêve d'enterrement, c'est signe que
prochainement on assistera à un mariage.
Si on rêve de feu, on est exposé à se noyer.
Celui qui rêve qu'il est riche aura des pertes.
TABLE ANALYTIQUE
PREMIERE PARTIE
l'homme de la n'aissance a la mort
Chapitre I. — La xaissaxce
^ I. La grossesse ?; Proverbes et dictons. — A qui o;i
s'adresse pour obtenir la fécondité. — Pronostics
de grossesse ; dictons 3
5 II. L'auouchtnient : La chance et la prédestination, —
Contes sur la destinée. — Enfants doués à cause
de particularités de leur naissance. — Ce qui a lieu
après l'accouchement 10
^ III. Le baptême : Les parrains et les marraines. — Ce
qu'ils doivent faire. — La cérémonie. — Usages
de baptême. — Le retour à laj maison, — Le
crasset et le nombril. 1, 16
§ IV. Les rcUvailles : Coutumes ..•.*.•..•• 20
Chapitre II. — Le premier âge
5 I. L'allaitement et k berceau : Moyens d'avoir du lait,
— Le berceau et la bouillie 22
5 II. Les premiers pas : La chomette. — Saints invo-
24
3/0 TABLE ANALYTIQUE
qucs pour les enfants. — Superstitions et méde-
cine populaire, ., 26
§ III. Ce qu'on dit aux enfants. — Hygiène. — Préjugés :
Le sevrage. — Dictons sur les cnflints. — Com-
ment on leur persuade de se coucher 30
Chapitre III. — L'école
1 I. L'ecuh : Ccutun-.es des enfiants à l'aller et au re-
tour , 36
5 II. Jeux et a musettes : Jeux avec les plantes. — î»Iu-
siques rustiques 39
^ III. Jeux des garçons. — Conventions : Formulettes de
trouvaille. — Élimination. — La queue au loup.
— Jeu des fleurs. — La grue. — La bague Ma-
dame. — La veuve. — La toupie. — Pète-en-
gueule. — Grcs-Jcan 45
5 IV. Jeux des jilles : Le petit lièvre. — La petite porte.
— Le jeu d'amourette. — La queue du loup. —
Jeux de ventes, — Aller es vênes. — Danse à re-
bours 30
Chapitre IV. — De la sortie de l'école au tirage
§ I. La garde des troupeaux : Jeux des bergers et des
bergères. — Comment on traite les paresseux. . 61
5 II. Les professions et les métiers : La propriété fon-
cière. — Les prêtres. — Les bonnes sœurs : La
bonne sœur et le diable. — Métiers méprisés : les
tailleurs, les tisserands, les pillotous, les meuniers,
etc. — Les domestiques (S
5 III. Les Conscrits : Rencontres le jour du tirage. —
Moyens d'avoir un bon numéro. — Promenades
des Conscrits 79
TABLE AXALYTiaUli 37
Chapitre V. — Le mariage
'l I. Les galaiils el les filles d marier : La beauté. — •
Dictons sur les filles. — Les vieilles filles. — En-
droits où l'on se fait la cour. — Comment on se
la fait. — Congés aux amoureux 84
§ IL Présages de viariage. — Moyens de se faire aimer :
Les mégalitlies. — Les épingles, les saints. — Pré-
sages de mariage prochain ou éloigné. — Conju-
rations pour savoir quand et avec qui on se ma-
riera. — Comment on se fait aimer 95
5 in. La demande en mariage : Le crachat. — L'en-
tremetteur. — Formules de demaudo . ..... 105
j IV. Les apprêts de la noce et des fiançailles : Les invita-
tions. — La quête à l'église. — La tuilée. — Repas
des fiançailles J . loS
§ V. Quand on doit se marier. — Le départ pour le bourg :
Jours et époques néfastes. — Mariage de veufs.
— La fille cachée. — La fille qui se sauve. — Ce
qu'on fait aux mariés de mauvaise réputation . . 112
5 VI. Le viariage et le ictour à la maison : Présages à
l'église. — Arrivée à la maison. — La bienvenue . 121
'^ VIL Le repas et les danses : Les noces de papillon. —
Le repas. — Le chanté. — Chansons de noces. —
Les danses 125
" VIII. La nuit de v.oees el les jours suivants : Le cou-
cher de la mariée. — La rôtie et la soupe. — Ins-
tallation des nouveaux époux 152
Chapitre VI. — Le mék.ige ht la famille
j I. If msri et la femme : Rapports entre eux. — Le
charriottage 14^^
3/2 TABLE AXALYTIQ.UE
§ II. Les enfants et les parents : Les garçons plus esti-
més que les filles. — Le respect pour les parents.
— Les gendres et les brus u, i
Chapitre VIL — La mort
§ I. Les signes avant-coureurs : Morts dans le voisinage.
— Pronostics tirés des oiseaux, insectes, etc . . . I4<S
5 II. La mort : Animisme de la mort. — L'agonie. —■
Ce qu'on fait après le décès. — Comment on ha-
bille le défunt. — Veillées 152
1^ III. L'enterrement : Comment le mort est porté. —
Parodies de la messe des Morts 160
§ IV. Le deuil et le culte des morts : Couleurs et formes
du deuil. — Culte. — Reliquaires . 165
DEUXIÈME PARTIE
les travaux, les usages et les fêtes
Chapitre I. — L'année
§ I. L'année et les doiixe mois : Pronostics de bonne ou
de mauvaise année ; dictons sur les mois ; les mois
personniEés >
5 II. Le calendrier : Janvier : le Premier de l'An, le
Jour des Rois, fêtes diverses. — Févrisr : dictons.
La Chandeleur, Sainte-Agathe. — Mais : dictons.
Les Vènés. — Avr-l : dictons. Le poisson d'avril,
Saint-Georges, Saint-Marc. — Mai : superstit'ons.
Les étrécotes ou trécoles, les mais, chanson de
mai. Saint- Yves. — Juin : dictons. Le vendredi
blanc, la Saint-Jean, les chèvres tirées, les feux de
TABLE ANALYTIQ.UE 373
joie, les tisons ; pronostics. La Saint-Pierre. —
Juillet : dictons. La Sainte-Anne. — Août : dic-
tons. Notre-Dame des Neiges, la Saint-Laurent,
l'Assomption; pèlerinages. — Septembre : Saint-
Eustache, Saint-Michel. — Octobre : Saint-Denis,
Saint-Crépin. — Novembre : la Toussaint et la se-
maine des Morts, Saint-Quay, Saint-Melaine, Saint-
Aignan, Sainte-Catherine, Saint-Andié. — Décem-
bre : Sainte-Barbe, les Avents, Saint-Thomas, la
veille de Noël, le hoguinané ou guij-anc ; les
Noëls, pronostics, la bûche. Merveilles de la nuit
de Noël ; animaux qui s'agenouillent ; mégalithes
qui se déplacent ; le rameau d'or ; saint Joseph
et la Vierge; la Saint-Sylvestre ; facétie .... 174
IIL La semaine : Dictons, formulettes et supersti-
tions de chacun des jours ; la nuit du samedi : les
fileuses de nuit ; le repos dominical ...... 219
Chapitre II. — Les fêtes et les dh'ertissements
^ L Les fêtes du i" janvier an Carême : Les jours gras ;
coutumes et croyances du Carnaval 2:24
5 IL Le Carême : Le Mercredi des Cendres ; la Mi-Ca-
rême ; usage de chanter la Passion. — Chansons.
— Le dimanche des Rameaux ; la Semaine sainte ;
chants 22S
5 in. De Pâques ci la fin de l'année : Pâques, l'Ascen-
sion, les Rogations, la Pentecôte, pèlerinages, la
Trinité 241
5 IV. Les Jeux et divertissements publics : Les feux de
joie ; la grenouille. — Combats de coqs ; cour-
rerie de coqs. — Disparition de la soûle. — Le
tire-jars. — Les batailles 246
24.
374 TABLE ANALYTIQUE
Chapitre III. — La maisox
^ I. La constructioti : Cérémonies de la première pierre,
de la charpente; bénédictions; croix sur la porte.
Dictons sur la maison ..-. 25^
'^W. L'amena ot ment : La maison d'habitation; la porte;
les fouleries de place ; l'arrangement des meubles ;
le foyer et le feu ; la vaisselle et l'imagerie ; le
grenier; les pièces de décharges et les dépen-
dances; les aires neuves 25S
§ III. Les éfables et la basse-cour : Les poules ; comment
on doit arranger les étables; les granges .... 2-z
5 IV. Les ustensiles : Couteaux, miroirs, trépieds, verres
à boire ; le pain ; la chance des maisons ; les in-
cendies. 273
§ V. Les veillées : Jeux et chansons ; la fabrication du
cidre 276
Chapitre IV. — Les travaux du dehors et les
MARCHÉS
^ l. La terre et les travailleurs : Sur la bonne ou mau-
vaise qualité de la terre ; associations ; chanson
qu'on chante en attendant le jour; les femmes la-
bourant ; le dernier levé ; les instruments de labour ;
comment on les porte; les charrettes 290
5 II. Les travaux de labour : Les fouiries d'ajoncs ; le
défouissement des landes ; jours oîi l'on ne la-
boure pas 291
§ III. Les semailles : La bénédiction des semences ;
champs arrosés d'eau bénite. — Jours bous pour
semer. — Semailles du froment, de l'avoine, du
blé noir, du seigle, etc 296
§ IV. La récoite du foin : Les faucheurs ; moments fa-
TABLE AKALYTIQ.UE 375
vorables pour la fauche ; la fenaison : les tourbil-
lons ; comment on s'en préserve. Le couteau et le
tourbillon. Le tassement du foin dans les greniers ;
la dernière charretée 301
^ V. La moisson. — Comment ou scie le blé. Les javelles.
La dernière charretée, la dernière gerbe ; céré-
monies S*')
§ VI. Cueillettes et travaux divers. — Le chanvre ; les
pommes; les échaliers neufs 30S
<^ VIL Les bergers et les charretiers : Soins au.x bestiaux.
— Superstitions. — Le respect du cheval .... 310
r VIII. Les foires et les marchés. — Rencontres favorables
ou funestes ; coutumes de marché 512
Chapitre V. — La politesse et la bienséance
^ I. La civilité villageoise. — Formules d'excuses quand
on parle des animaux. — Siffler ; pisser, etc. —
Boire à la santé. — Tenue à table. — Le foyer. —
Politesses de viande, etc. — Titres. — Ètcrnu-
ment. — Formules diverses : Bonjour ; bonsoir ,
ce qu'on dit si l'on tombe, etc 31;
j II. Les sitrnoius et les pritioms. — Usage des sobri-
quets; exemples. — Prénoms des hommes; leurs
déformations patoises ; formulettes. — Prénoms
des femmes. 330
Chapitre VI. — Mœurs ép claires
L'idéal des paysans ; dictons; tenue à table .... 527
Les céréales : Le pain ; ses différentes espèces ; com-
ment on le mange ; le fovir ; le pain frais et le
pain sec; le pain et les fées. — La soupe. — La
galette de blé noir ; comment on la prépare ; ma-
nières diverses de la manger ; la galette et les
376 TABLE ANALYTIQUE
fées. — Les bouillies de blé noir, de froment et
d'avoine 327
La viande : Les viandes ; les vaches salées; la viande
douce. — Le porc ; différentes manières de l'ac-
commode ..k.» • 337
Le poisson, comment on l'accomode. ....... 3^1
Les légumes, comment on les accomode 343
Ixs laitages : Le beurre, le lait cuit, le lait Ribot, le
lait marri, le lait à Madame, les mengauds, la
jonchée 344
Les pâtisseries et les confitures : Le pommé, le badio-
let, les pommes cuites ; les échaudés, les craque-
lins 346
Chapitre VIL — Croyances et coutumes diverses
§ L Le corps humain : La barbe. — Les cheveux. —
Les joues. — La langue. — Les mains. — Le nez.
— Les ongles. — Les oreilles. — Les os. — Les
pieds. — Le ventre. — Le visage. — Les yeux, 550
5 II. Coutumes religieuses : Les saints sont invoqués
pour certaines maladies ; sorte de contrat que l'on
fait avec eux ; offrandes en nature. — Secte dissi-
dente : les Louisettes. — Le pain bénit ; le signe
de la croix; danger de le faire la nuit. — Ban-
nière portée eu procession. — Le coq ; les cloches.
— duêtes faites par les prêtres 359
§ IlL La chance, les présages et les rêves : Comment on
peut se procurer de la chance ; rencontres propices
ou fâcheuses. — Signes qui présagent un événe-
ment. — Les rêves et leur interprétation .... 364
OUVRAGES DU MEME AUTEUR
a) HAUTE-BRETAGNE
Librairie MAISOXNEUVE et Ch. LECLERC
2), quai Voltaire, 2).
Littérature orale de la Haute-Bretagne. Un vol. de xii et 404 pp.,
avec musique 7 fr. 50
Traditions et Superstitions de la Haute-Bretagne. Deux vol. de
VII, 587 et 389 pp I) fr. ..
(Collection des Littératures populaires de toutes les nations.)
Bibliothèque CHARPENTIER
jj, rue de Grenelle, ij.
Contes populaires de la Haute-Bretagne. Un vol, iii-S, do xii et
360 pp. 3 fr. 50
Contes des paysans et des pécheurs. Un vol. in-i8, de xvi et
544 PP 5 f''- 50
Contes des marins. Un vol. in-i8, de xii et 374 pp. 3 fr. 50
(Ouvrages autorisés pour les hihliothèqiies populaires et celles
de la Marine.)
Contes de terre et de mer, légendes de la Haute-Bretagne. Un vcl.
in-S illustré, de 250 pp. . lo fr. «
h) AUTRES PAYS
Librairie AIAISONNEUVE et Ch. LECLERC
Gargantua dans les tradilions populaires . Un vol. de xx et
342 pp 7 fr. 50
(Collection des Littératures populaires.)
Bibliographie des traditions populaires des Frances d'Outremer, en
collaboration avec M. H. Gaidoz. In-S° de 93 pp. 2 fr. 50
Librairie Léopold CERF
i^, rue de Mcdicis, 15.
Le Blason populaire de la France, en collaboration avec tl. H.
Gaidoz. Un vol. in-i8, de xii et 382 pp 3 fr. $0
Contes des provinces de France. Un vol. in- 18, de
XX et 332 pp 3 fr. 50
(Collection de la France merveilleuse et légendaire.)
Librairie LE CHEVALLIER
_j9, quai des Grands- Augustins , ^9.
Questionnaire des Croyances, Légendes et Superstitions de la Mer.
In-8° de 20 pp i fr. 50
Sous Presse :
Légendes, Croyances et Superstitions de la Mer (Charpentier).
»
* *
Revue des Traditions populaires (organe de la Société des Tradi-
tions populaires), recueil mensuel, 12 fr. pour la France, 15 fr.
pour l'étranger. — Adresser les abonnements à la librairie
, Maisonneuve et Ch. Leclerc, les communications à M. Paul
Sébillot, 4, rue de l'Odéon.
Achevé d'imprimer le )i Mars iSSà
par G. Jacob imprimeur à Orléans
pour Maisoniicnve frères
et Charles Leclerc
libraires éditeurs
à Paris
^
University of Toronto
Library
DO NOT /
REMOVE /
THE . 1
CARD 1
FROM \^
THIS \
POCKET X
Acme Library Gard Pocket
Unucr Pat. "Réf. Index FUe"
,
Made by LIBRARY BUREAU
iMtintiirifiMitii
niititiiiuiiiriMi