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Full text of "Croyances et légendes du centre de la France: souvenirs du vieux temps, coutumes et traditions ..."

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CROYANCES 



ET 



LÉGENDES 



DU 



CENTRE DE LA FRANCE 



o 



CROYANCES 



BT 



LÉGENDES 

DU 

CENTRE DE LA FRANCE 



SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 

COUTUMES ET TRADITIONS POPULAIRES 

COMPARÉES A CELLES DES PEUPLES 

ANCIENS ET MODERNES 



PAR 



LAISNEL DE LA SALLE^ 



AVEC UNE PRÉFACE DE GEORGE SAND 



Tome second 



-^' PARIS 

IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE CENTRALES DES CHEMINS DE FER 

A. CHAIX ET 0> 
rue Bergère, 20, près du boulevard Montmartre 

1875 



téXi/-^^/?" 



UucÂtAy J'U/hxl. 



LiyRE QUATRIÈME 
/ __ 



MŒURS ET COUTUMES 



CHAPITRE PKEMIER 



NAISSANCE. 



On croit, chez nous, comme en beaucoup d'autres pays, 
que le corps d'un enfant qu'une femme porte dans son sein, 
est susceptible d'offrir l'empreinte, de prendre la figure et 
la couleur des objets qui ont le plus vivement frappé l'ima- 
ginatiqn de la mère pendant sa grossesse, ou qui lui ont 
suscité de bizarres fantaisies, d'ardentes envies, qu'elle n'a 
pu satisfaire. 

En raison de cette croyance, s'il existe dans une église ou 
ailleurs, un bon saint ou une bonne sainte * remarquable par 



1 Toute espèce de statue, fût-ce celle de Pluton ou de Vénus, est un 
lum saint ou une bonne sainte pour nos campagnards. 

T. n. 1 



SOUVENIRS 



sa bonne mine, il arrive fréquemment que les femmes grosses 
font devant son image de longues stations, dans l'espoir que 
leur fruit reproduira les traits de l'objet de leur contemplation. 

Au moment où les fenunes enceintes éprouvent un de ces 
appétits immodérés auxquels elles sont sujettes et qui les 
poussent souvent à désirer de manger des aliments qu'on ne 
peut leur procurer, elles doivent éviter de se gratter, car 
leur enfant offrirait la représentation de la chose désirée, 
précisément à l'endroit de son corps où la mère se serait 
touchée. 

Si l'enfant porte la marque d'un fruit, la couleur de cette 
marque se modifie, chaque année, d'après les nuances que 
prend sur l'arbre, et même après qu'il a été cueilli, le fruit 
désiréy en passant par les différents degrés de sa croissance 
et de sa maturité. — Ce préjugé semblerait encore assez 
généralement accepté, car on lit, non sans surprise, dans le 
journal le Siècle du 7 novembre 1862, le fait suivant : — 
« Un cas assez étrange de désirance iS'est produit, il y a 
quelques jours, à Château-Thierry. Une femme est accouchée 
de deux enfants jumeaux, portant, l'un sur le ventre, l'autre 
sur la figure, l'emblème d'une betterave. Ce genre de signe 
a, suivant la science y cela de particulier que, lorsque la 
plante naturelle arrive à son état de maturité, la partie du 
corps qui la reproduit subit les mêmes phases de maturation ; 
ainsi, la peau devient terne, livide, et finirait par se cor- 
rompre et par compromettre les autres parties saines du 
corps si, à l'aide du fer rouge, on ne brûlait la partie malade 
et, par ce moyen extrême, on né déterminait la formation 
d'une nouvelle peau. » 

Enfin, l'on prétend qu'il suffit que la femme enviouse, -^ 
C*est le terme consacré par lequel on désigne une femme 
grosse qui a des envies^ — morde dans l'objet enviée pour 
que son enfant n'en porte pas la marque. — Telle était encore, 
ëfi France^ au dernier siècle, la conviction des classes les 



DU VIEUX TEMPS 



plus éclairées. En 1711, lors d'un grand dîner que donna le 
cardinal de Noailles au dauphin et pendant lequel celui-ci 
avait voulu que toutes les portes fussent ouvertes, et que 
« la foule même le pressât », le prince fit prendre un soin 
tout particulier « d'une femme grosse qui s'y était fourrée 
et lui envoya d'un plat dont elle n'avait pu dissimuler l'extrême 
envie qui lui avait pris d'en manger*.» 

Autrefois, en Allemagne, il était permis aux femmes enceintes 
qui avaient des envies de prendre, partout où elles se trou- 
vaient, des fruits, des légumes, des volailles, etc. — Les gens 
de Schonaw étaient tenus d'entretenir un verger dans l'Enclos 
aux moines, pour que les femmes enceintes qui viendraient 
à passer pussent satisfaire leurs désirs 2. 

On désigne l'enfant qui vient au monde avec un signe par 
les noms de marcouy marquet ^. — Nos commères de village 
sont très-ingénieuses à saisir les rapports qui peuvent exister 
entre les signes empreints sur la peau du nouveau-né et les 
envies que la mère peut avoir éprouvées. Rien n'échappé à 
leur explication, rien ne reste dans le doute, et leurs éclair- 
cissements les plus baroques concordent toujours parfaite- 
ment avec les souvenirs de l'accouchée; tant est irrésistible 
l'entraînement du merveilleux. 

Cette influence de l'imagination de la mère sur le fœtus,, 
est admise par les écrivains de tous les âges. Aristote, Hippo- 
crate, et bien d'autres, en parlent. Voltaire, lui-même, par^ 
tageait cette ci*oyance *. — Les femmes grecques, durant leur 
grossesse, faisaient placer dans leurs appartement%les images 
des dieux et dôs demi-dieux les plus célèbres par leur jeu- 
nesse et leur beauté, afin que leurs enfants l'essemblassent 



' Saint-Simon, Mémoires, t. VI, chap. vi. 

^ Jacob Grimm, Antiquités du droit allemand, p. 409; -^ Michelet, Ori' 
gines du droit français, p. 49. 
^ Voy. ces mots dans le Glossaire du Centre. 
* Dictionnaire philosophique, au mot Influence. 



SOUVENIRS 



à Apollon, à Narcisse, à Hyacinthe, etc. *. — Hippocrate 
raconte qu'une Éthiopienne étant accouchée d'un enfant 
remarquable par la délicatesse de ses traits et la blancheur 
de son teint, fut accusée d'adultère, mais que cette femme 
ayant attiré l'attention de ses juges sur un tableau suspendu 
près de sa couche, et qui représentait des figures de la plus 
grande beauté, elle sortit de cette accusation blanche comme 
neige. En passant du noir au blanc, on trouve à cette his- 
toire le curieux pendant que voici : — Vers les premières 
années du dix-neuvième siècle, une dame russe du plus haut 
parage mit au monde un mulâtre, ce qui l'eût infailliblement 
noircie dans l'opinion publique, si les académiciens de Moscou 
n'eussent donné à cet événement une couleur toute naturelle, 
en déclarant que la vue seule d'un nègre, qui se trouvait au 
service de cette dame, avait occasionné ce phénomène 2. 

Au dire des anciens, l'imagination chez les animaux peut 
produire des effets identiques, mais bien plus extraordinaires 
encore. Par exemple, Aristote, et, longtemps après lui, 
Vanini, qui vivait au commencement du dix-septième siècle, 
pensent que, pour se procurer des poulains de couleur verte, 
il n'est besoin que de revêtir l'étalon et la cavale qui doi- 
vent les engendrer de housses de cette couleur. — Tout le 
monde connaît le procédé employé par Jacob pour obtenir 
des brebis et des chèvres pies, et qui consistait tout simple- 
ment à placer près du râtelier et de l'abreuvoir de ces ani- 
maux des gaules vertes à moitié dépouillées de leur écorce^. 

Toute femme grosse qui, sans y penser, part du pied droit 
chaque fois qu'elle se met en marche, accouchera infaillible- 
ment d'un garçon. 

Lorsqu'une femme est près d'accoucher, on s'adresse spé- 
cialement à sainte Marguerite pour obtenir l'heureuse déli- 

* Oppianus, de Venatione, lib. I, v. 357. 

2 Paul de Rémusat, Revus des Deux Mondes, !!• série, 24« année. 



3 Voy. Gen., xxx, 37 et suivants. 



DU VIEUX TEMPS 



vrance de la mère et assurer Tavenir de l'enfant attendu*. 
Autrefois, dans celles de nos paroisses dont l'église avait 
sainte Marguerite pour patronne, on passait la ceinture de 
sa statue autour du corps de la femme en travail, pour 
faciliter l'accouchement. Du reste, sainte Marguerite joue le 
rôle de Lucine ailleurs qu'en Berry. Patin, dans une lettre 
adressée à son ami Spon, dont la femme était enceinte, lui 
écrit : — c S'il n'y avait que vingt-cinq lieues d'ici à Lyon, 
j'irais dire Y oraison de sainte Marguerite et prendre ma part 
du gâteau du baptême de cet enfant qui viendra. » 

Le septième garçon d'une même mère, sans interposition 
de fille, est toujours désigné sous le nom de marcou. Le 
marcou naît fatalement sorcier. Il passe pour être panseux 
de secret de naissance, et sa spécialité est de panser des fièvres 
et des écrouelles, — En Normandie, cette inévitable destinée 
est aussi le lot de la septième fille de la même mère ^. — 
Nos marcous sont ce que l'on appelait autrefois des septé- 
naires. Le nom de marcous leur a été donné, parce que 
saint Marcoul, qui vivait, dit-on, vers la fin du sixième siècle, 
guérissait, en son temps, les scrofuleux, faculté qui lui fut 
sans doute attribuée, en raison de l'assonance qui existe 
entre son nom Marcoul^ et ces mots : mal cou, mal de cou. 

Nous rappellerons, à propos de ces aptitudes données par 
la naissance, que les aînés de la famille des comtes de 
Châteauroux partageaient avec les rois de France et même, 
dit-on, avec ceux d'Angleterre*, le privilège de guérir les 
écrouelles, en les touchant avec du pain bénit. Ils devaient. 



» M. Ribault de Laugardière, Prières populaires du Berry, page 12, 
fin de la note 1. 

* M"« Bosquet, la Normandie romanesque et merveilleuse ^ p. 306. 

^ Marcoul pour Malcoul voy. page 179, note 2, du 1. 1, ce que l'on dit 
du mot 7nor employé autrefois pour ma/. 

* Rapin Thoiras, t. I, p. 378. — C'est en s'emparant du titre de roi de 
France que les monarques anglais s'attribuèrent le don de guérir les 
écrouelles. 



6 SOUVENIRS 



assure-t-on, cette prérogative à Favantage de posséder sur 
leur territoire une fontaine au bord de laquelle avaient 
anciennement stationné les reliques des Trois rois*. 

La mère qui met au monde un garçon est régalée d'une 
bonne rôtie au vin^ bien sucrée; celle qui accouche d'une 
fille n'a droit qu'à une simple soupe au lait. Cette coutume, 
qui est principalement en vogue dans le canton d'Éguzon 
(Indre), rappelle un devoir seigneurial des plus bizarres qui 
existait naguère chez nos voisins les Poitevins, et dont le 
titre fut renouvelé en 1787. Ce devoir consistait, de la part 
de celui qui Yavouait^ à se présenter, lors des couches de 
la femme de son seigneur, devant la porte de l'accouchée et 
à crier : Vive Madame et le nouveau-né I Si la dame 
avait donné le jour à un garçon, le vassal était tenu de 
boire tout d'une haleine une bouteille de vin et de manger 
une livre de pain blanc avec une perdrix fortement assai- 
sonnée de sel et de poivre; le tout fourni par le seigneur. 
Si la dame n'était accouchée que d'une fille, on ne servait au 
vassal qu'une bouteille d'eau, un morceau de pain noir et 
du fromage 3. 

Cet incivil et désobligeant accueil fait à la femme à son 
entrée en ce monde se remarque presque par tout pays. 
— « En Suisse, à Schafihouse, la servante qui déclare une 
naissance, doit porter, si c'est un garçon, deux bouquets 
au sein et à la main ; un bouquet seulement si c'est une 
fille. A Neftenbach, celui qui devenait père d'un garçon 
recevait deux voitures de bois; une seule si c'était une 
fille*' » — « Chez les Arabes, quand il naît un enfant mâle, 
on.se réjouit, on se complimente;... si la mère accouche 



* André Dulaurens, liv. I, de Strumis; — le P. Delris, liv. I, Disq, 
magie. — L'abbé Thiers, Traité des superst,^ t. I, p. 510. 

2 Voy. p. 52, t. n, ce que l'on entend par rôtie au vin, 

3 Voy. la France pittoresque d'Abel Hugo, t. III, p. 174. 

^ Micbelet, Origines du droit français, — Voy. plus loin, p. 105 et suiv. 



DU VIEUX TEMPS 



d'une fille, on ne change rien aux habitudes de la maison, 
parce que cette naissance n'accroît en rien la force de la 
tribu*. » — En Chine, les familles sont transportées de joie 
lorsqu'il leur survient un garçon; si c'est une fille, elles 
sont dans la désolation ; aussi les pères y vendent-ils vo- 
lontiers leurs filles comme esclaves 2. L'infanticide, crime si 
commun dans ces contrées, s'y exerce principalement, cer- 
tains voyageurs disent seulement sur les enfants du sexe 
féminin ^» 

A peine le nouveau-né a-t-il vu le jour, qu'on le lave, 
des pieds à la tête, avec du vin. Plus ce vin est rouge, plus 
l'enfant, lorsqu'il sera grand, aura de miney c'est-à-dire aura 
le teint coloré. — Les anciens Grecs, au rapport de Plu- 
tarque* faisaient usage, en cette circonstance, de lotions 
semblables. 

Nos paysans sont convaincus que, dans 1^ cas où plu- 
sieurs enfants naissent d'un même accouchement, l'amitié 
qui existe entre ces bessons (jumeaux), est si précoce et si 
vive que, lorsque l'un d'eux vient à mourir, même dans 
l'âge le plus tendre, l'autre ou les autres ne tardent pas à 
le suivre. 

Si la mère a déjà perdu quelque enfant en bas âge, ou si 
l'on craint pour la vie du nouveau-né, on le voue au blanc^ 
ce qui consiste à le revêtir, de pied en cap, de vêtements de 
cette couleur, jusqu'à l'âge de deux ou trois ans. — Une très- 



*Le général Daumas, Mœurs et coutumes de l'Algérie, p. 186. 

^Dumont d'Urville, Voyage pittoresque autour du monde, 1. 1, p. 339. 

'« n est impossible de voir un pays où le mépris pour la vie de 
l'homme soit poussé plus loin; et pour ne citer qu'un fait à cet égard, 
on se rappelle qu'il y a quelques années, les gouverneurs des provinces 
de Tchy-li, de Kiang-sou, de Chang-toung et de Tche-kiang, ne trou- 
vèrent pas d'autres moyen de combattre l'accroissement de la popula- 
tion que d'autoriser les habitants pauvres à jeter leurs enfants dans les 
fleuves vingt-quatre heures après leur naissance. Ce moyen monstrueux 
fut mis en pratique. » {Moniteur de la flotte^ juin 1857.) 

* In lyc, t. I, p. 49. 



8 SOUVENIRS 



ancienne croyance nous donne l'explication de cet usage : 
on était généralement persuadé autrefois que ceux qui mute- 
raient dans les aubes {in albis), c'est-à-dire sous la robe 
blanche, que tout nouveau baptisé ne quittait que huit jours 
après son baptême, « étaient nourris des regards de Dieu 
dans le ciel ». 

Dans nos villages, on fait ordinairement baptiser les en- 
fants dès le lendemain de leur naissance. Les pères et mères 
donnent autant que possible pour parrain et marraine à leur 
géniture les personnes qui leur paraissent devoir lui être 
le plus utiles un jour. L'alliance qui existe entre le parrain 
et le filleul est, aux yeux de nos paysans, aussi intime, aussi 
obligatoire, aussi indissoluble, que celle qui unit le père au 
fils. Le parrain et la marraine sont considérés comme un 
second père et une seconde mère, et ils sont véritablement, 
et dans toute l'acception des termes consacrés, compère et 
commère. Autrefois, en France, on avait, dans toutes les 
classes, sous ce rapport, la même manière de penser, et il 
arriva plusieurs fois, au treizième siècle, que l'on paya l'a- 
mende au filleul lorsque l'on tuait son parrain, et qu'on la 
paya au parrain quand on tuait son filleul*. 

Par suite de l'idée qu'ils se font de cette parenté spirituelle, 
nos villageois sont persuadés que le filleul ne peut épouser 
sa marraine et le parrain sa filleule. Ils vont même jusqu'à 
penser que le filleul ou la filleule ne peut contracter ma- 
riage avec le fils ou la fille de son parrain ou de sa marraine, 
et ce fut précisément cette sorte d'affinité spirituelle qu'in- 
voqua Louis XII lorsqu'il voulut faire rompre son mariage 
avec la fille de Louis XI, son parrain. — L'autorité ecclé- 
siastique partagea longtemps ces croyances, et prononça 
souvent la dissolution des alliances de cette espèce. Aussi le 
prêtre disait-il alors, en publiant les bans des personnes à 



* Leg, Henri I", ch. lxxix. 



DU VIEUX TEMPS 



marier : « Bonnes gens, se il y a nul né nulle qui y sache 
lignage, comparage ou affinité aucunes par quoy le mariage 
ne soit bon et loyal, si le die maintenant sous peine d'ex- 
communiement*. » 

Quoi qu'il en soit, on tient pour certain que la malédic- 
tion pèse sur les mariages de cette nature, et que leurs 
fruits ne viennent jamais à bien. Plusieurs fois on a vu naître 
de pareilles unions de petits monstres velus qui, à peine 
sortis du sein de la mère, se réfugiaient sous le lit, d'où l'on 
ne pouvait les faire déguerpir qu'à grands coups de fourche. 
Lorsqu'on y était parvenu, ils sautaient après la crémaillère, 
s'y balançaient plus ou moins longtemps, en faisant d'hor- 
ribles grimaces, et puis disparaissaient, au grand contente- 
ment de tout le monde, par le tuyau de la cheminée. — 
Cne bonne vieille nous assurait dernièrement qu'une femme 
de sa paroisse, mariée dans ces conditions, était accouchée 
de douze hérissons^ que le maire de l'endroit s'était hâté de 
faire encaver (enfouir), de peur de désacrier (déshonorer) sa 
commune. Enfin les Évangiles des Quenouilles vont jusqu'à 
dire que « toutefois que de pareils époux se conjoindent 
charnellement, il tonne volontiers ou fait orage en terre ou 
en mer. » 

On évite généralement de prendre pour marraine une 
femme enceinte, parce que l'on est persuadé que son fruit 
ou son filleul mourrait dans l'année. 

Le parrain qui tient à ce que son filleul soit un excellent 
et infatigable chanteur doit, tandis qu'on le baptise, faire 
sonner les cloches à toute volée , car plus on les aura long- 
temps et vigoureusement tenues en branle, plus le nou- 



^ Ancien missel à l'usage de Paris; traduction du quinzième siècle; 
Bibl. nation., msc, n« 6843. — Quant à des exemples de rupture par 
TÊglise de mariages semblables, voy. le 53* canon du concile in trullo 
qui se tinta Constantinople en 680; le 12' canon du concile de Com- 
piègne; le Code matrimonial, II« partie, p. 508 et suiv., etc., etc. 



iO SOUVENIRS 



veau chrétien sera habile à bien entonner et à mener un 
branle*. 

Si le parrain oubliait, au sortir de Téglise, d'appliquer un 
baL<;er sur chacune des joues de sa commère, il y aurait à 
craindre que le filleul ne fût muet ou pour le moins bavomCy 
c'est-à-dire bègue*. 

n y a une soixantaine d'années, dans c[uelques-unes de 
nos églises, et particulièrement à Saint- Août (Indre), le segre- 
tain ^, aussitôt après la cérémonie du baptême, prenait la 
(pienouille qui était attachée au côté de la statue de la sainte 
Vierge * et la donnait à la marraine, et celle-ci, qui était 
tenue de la filer, ofi&ait, en attendant, à la Vierge, une autre 
(pienouille chargée de chanvre. — A Bengy-sur-Craon (Cher), 
a on appelait conoilles à la marraine^ trois ou quatre que- 
nouilles garnies de fin plain ', toutes rubantées, que l'on 
gardait dans les églises, appuyées à l'autel de la Sainte-Vierge. 
A chaque baptême, le marillier (sacristain) allait chercher 
une des conoilles et la présentait à la marraine qui, sachant 
bien ce que cela 'voulait dire, l'emportait chez elle et la ren- 
dait au bout de quelque temps à l'église, accompagnée d'une 
autre grosse quenouille chargée, ou d'une livre de blanc 

*• Non-seulement certaines de nos bourrées campagnardes portent le 
nom de branle, mais on donne aussi ce nom aux airs sur lesquels on les 
danse. — Voy. le mot Branle dans le Glossaire du Centre. 

' Du latin balbus, — Bavoux, synonyme de Le Bègue, est un nom de 
famille assez répandu. 

3 Sacristain ; nous disons aussi secretainy comme Rabelais : — a II 
requist frère Tappecoue, secrefatndes cordeliersdulieu. » [Pantagruel.) 

* Nos paysans aiment à prêter à la Vierge cet ancien attribut des 
vertus domestiques de la femme. On sait que la symbolique chrétienne 
l'a réservé à sainte Anne.— Voy. la p. 43, t. II, et à la table des matières 
ce mot: Jetons de Marie, où il est question des jetons de la Vierge et de 
la quenouille à la mariée. 

* Chanvre peigné de première qualité. — Du latin planus, plain, uni : — 
a Et quant aux filles et femmes qui n'ont et ne trouvent moyen de elles 
employer, leur sera baillé layne, plain, estouppes ou autres besongnes 
pour filler et ordre (ourdir). » (Ordonnance de la ville de Bourges de i556 
contre la mendicité.) 



DU VIEUX TEMPS 11 



filet *. C'était un utile revenu pouç la fabrique : avec cela, elle 
renouvelait son linge d*église. Cet usage était encore en vigueur 
à Bengy, il y a une vingtaine d'années (vers 183S) ^ ». 

Le compéragey — c'est ainsi que nous nommons, non-seu- 
lement la cérémonie du baptême, mais encore la réunion des 
gens qui y assistent et la fête qui en résulte, — le compérage 
est toujours suivi d'un bon repas, et accompagné de réjouis- 
sances auxquelles la famille du nouveau-né fait participer 
autant que possible le public. En sortant de l'église, le par- 
rain jette à la foule des curieux, tantôt des dragées, tantôt 
des pruneaux ou des noisettes, selon ses facultés, et s'il se 
montre ,peu généreux, il arrive encore parfois, dans cer- 
taines localités, que les enfants attroupés poussent ce vieux 
cri de provocation et de reproche : « Pochette cousue ! pochette 
cousue! (poche fermée!) » 

N'oublions pas de noter que les dragées distribuées à 
l'occasion d'un compérage^ sont douées d'une vertu bien 
précieuse. Un de ces bonbons, introduit dans la poche d'un 
conscrit, mais à son insu, au moment où il va tirer au sort, 
lui assure un excellent numéro. 

Dans la classe des artisans, les personnes qui font partie 
du compérage parcourent plusieurs fois les rues de la ville, 
deux à deux, bras dessus bras dessous, escortant gaiement le 
poupon porté triomphalement en tête du cortège par la sage- 
femme, tandis que la vielle et la musette font entendre leurs 
sons dolents et nasillards. 

Le pauvre comme le riche fête de son mieux la naissance 
de son enfant; il n'y a que le malheureux champis ^ pour 



^ Filet pour fil, comme autrefois en français : « Quelqu'un pourroit 
dire de raoy que j'ay seulement faict icy un amas de fleurs estrangières, 
n'y ayant fourny du mien que le filet à les lier. » (Montaigne, liv. III, 
eh. m.) 

' M. Ribault de Laugardière, les Noces de campagne en Berry, p. 18. 
'Nous disons toujours champis pour bûta/rd. Ce mot vient du latin 
f campiSy enfant abandonné, trouvé dans les champs : — « Au jour où 



i2 SOUVENIRS 



lequel il n'existe aucune bienvenue à son entrée en ce monde. 
— Dans beaucoup de nos paroisses et, entre autres, à Cluis, 
à Saint-Ghartier, à la Berthenoux, etc., lorsque Ton baptise 
un champiSj on ne sonne même pas les cloches. 

Encore vers le milieu du dix-septième siècle, les enfants 
illégitimes que Ton abandonnait dans les rues de Paris, et sur- 
tout aux abords des églises, étaient recueillis et déposés dans 
un petit hospice appelé la Couchey situé rue Saint-Landry. 
La plupart y mouraient faute de soins suffisants. Quant aux 
survivants, « on les vendoit, dit un auteur contemporain, 
moyennant vingt sols, aux bateleurs et aux magiciens qui 
en usoient à leur bon plaisir. » 

Le champis fut, dans tous les temps, fort maltraité 
par la société. Le signal de cette répulsion est parti de 
haut : — a Le bâtard, dit durement le Deutéronome, n'en- 
trera pas dans l'assemblée de FÉternel; même sa dixième 
génération n'y entrera pas ^ » — D'après la loi wallonne 
{Leg. walLy t. II, liv. XIII), le fils illégitime ne peut arriver 
à la condition d'homme libre, et sa postérité ne peut y 
atteindre avant la fin de la neuvième descendance. — Au 
moyen âge, et bien plus tard, le champis « ne pouvoit tester, 
ne disposer de ses biens, fors que de cinq* sols ^ ». — Les 
bâtards étaient exclus du trône pontifical. Au onzième siècle, 
les moines de l'abbaye de Fleury ne voulurent jamais accepter 
pour abbé Gauzlin, frère du roi Robert, parce qu'il était 



tu naquis, aucun œil n'eut pitié de toi, tu fus jeté sur le dessus 
d'un champ », dit Ézéehiel, xvi, 5). — « Dans le Languedoc et 
dans la Gascogne, dit Ménage, campis se prend pour fils de prestre. » 
(Origines de la langue française.) — Le mot champis était autrefois fran- 
çais: a Appelant ung enfant, en présence de ses père et mère, champis, 
c'est honnestement, tacitement dire le pèrecocqu et sa femme ribaulde» 
(Rabelais, liv. III, ch. xiv.) — M"« Sand a ressuscité le mot Champis par 
le succès de son roman et de sa jolie pièce de théâtre, tous les deux 
intitulés François le champi. 

' Deutéronome, XXIII, 2. 

2 Bacquet, Procès-verbal de la coutume de Laon, ch. iif, n" v. 



DU Vieux temps 13 



bâtard de Hugues Capet. Le même Gauzlin ayant, dans la 
suite, été promu à l'archevêché de Bourges, les habitants de 
cette ville refusèrent de le recevoir, et malgré Fappui du roi, 
son frère, ce ne fut qu'au bout de cinq ans qu'il parvint à 
s'asseoir sur son siège épiscppal. — Enfin, dans les corps de 
métiers même, on s'opposait à l'admission des bâtards comme 
apprentis^. Cependant l'on n'aurait pas dû les condamner 
tous sans rémission, ces pauvres déshérités, puisque l'un de 
nos vieux proverbes dit : « Le champis est tout bon ou tout 
chéti^. » 

n n'y avait qu'un moyen de laver le bâtard de sa tache 
originelle, c'était de le légitimer. Pour cela faire, on avait 
autrefois recours à un cérémonial aussi gracieux que naïf 
et dont on retrouve plusieurs traces dans les anciens actes 
de l'état civil de la Châtre. — Lorsque deux amants en 
venaient à reconnaître pour enfant légitime le fruit de leurs 
amours, ils mettaient pendant la célébration de leur mariage, 
avec eux, sous le poêle {pallium), le petit champis , et ils 
déclaraient qu'il provenait d'eux 3. — Beaumanoir, dans ses 
Coutumes de Beauvoisis^, mentionne cet antique usage dans 
les termes suivants : — « Se il avoit pluriex enfans nez 
avant que il l'espousast, et la mère et li enfans, à l'espouser 
(lors du mariage), estoient mis de sous le paile en sainte 
église, si devenroient-ils loyaux hoirs. » — Ce mode d'adop- 
tion rappelle la manière dont Élie adopta le prophète Elisée, 
en lui jetant son manteau {pallium) sur le corps ^. 
Les champis eurent néanmoins leur âge d'or; mais cet 



* Lettres des rois relatives à V homologation des statuts des différents 
Cùrps de métiers. 

^Chéti (chélif) pour mauvais ^ méchant.— Voy, la note de la p. 332, 1. 1. 

'Uippolyte Baucheron, Recherches sur la ville de la Châtre, manu- 
scrit, 1850. 

* Ch. zvni, p. 98. 
^ I Rois, XIX, 19. 



i4 SOUVENIRS 



âge remonte aux temps héroïques ou fabuleux. Il arrivait 
très-souvent alors que les Grecs attribuaient à des dieux les 
naissances illégitimes. L'opinion publique accueillait très-favo- 
rablement cette manière ingénieuse d'interpréter ces sortes 
de mystères domestiques, et il s'ensuivait naturellement que 
le nouveau-né était proclamé demi-dieu et que sa gloire 
rejaillissait sur l'heureuse mortelle qui lui avait donné le 
jour. 

La première fois qu'une femme sort de chez elle, après ses 
couches, c'est pour se rendre à l'église de sa paroisse, où elle 
assiste à la messe de commère^ c'est-à-dire à la cérémonie des 
relevailles. Jusqu'à ce qu'elle ait été bénie et relevée par le 
prêtre, elle est impure; c'est pourquoi elle mange à part 
et s'abstient de toucher à quoi que ce soit dans le ménage, 
pas même à ses enfants pour les corriger. Si elle agissait 
autrement, elle attirerait infailliblement quelque malheur sur 
la personne ou la chose qui aurait subi son contact. — Au 
moyen âge, on croyait que, pendant tout le temps qui s'écou- 
lait entre l'accouchement et la messe de commère^ la femme 
devenait juive ^ 

Le jour des relevailles arrivé, la nouvelle accouchée se rend 
à la porte de l'église de sa paroisse, où elle attend humble- 
ment que son pasteur vienne la chercher. Le prêtre ne tarde 
pas à paraître ; alors, il lui tend l'une des extrémités de son 
étole, dont elle se saisit, et il l'introduit ainsi dans le temple* 

Il n'y a pas en(x)re très-longtemps, l'accouchée, à l'exemple 
de la Vierge, ne se présentait à la messe de commère que 
quarante jours après ses couches ; aujourd'hui elle s'y pré- 
senta souvent au bout de cinq ou six jours, c'est-à-dire aus- 
sitôt qu'elle est rétablie. — Cette coutume date de loin : chez 
lés Hébreux, la femme qui mettait au monde un enfant mâle 
demeurait retirée pendant trente-trois jours pour se purifier, 



^ L'abbé Thiers, Histoire des superstitions i 



DU VIEUX TEMPS 15 



et celle qui accouchait d'une fille pendant soixante-six *, et, 
dans cet intervalle, elles ne devaient toucher à aucune chose 
sacrée. Le temps de la purification expiré, elles se présen- 
taient au temple et ofiraient à Dieu un agneau d*un an et 
une tourterelle 2. — La femme grecque, dans l'antiquité, 
n'entrait dans les temples que quarante jours après, ses 
couches 3. 

Si la première personne que l'accouchée rencontre, en 
allant à l'église se faire relever^ est un homme, le premier 
enfant qu'elle pourra plus tard mettre au monde sera un 
garçon ; si c'est une femme qu'elle rencontre sur son chemin, 
elle donnera le jour à une fille. 

Belever une femme signifie, chez nous, procéder à ses 
relevailies; relever un cheval^ une jument, signifie consolider 
leurs fers qui se détachent; or ces deux expressions locales 
ont donné lieu à cette singulière mention trouvée sur les 
registres de l'un de nos bons curés de campagne : — « Tel 
jour, j'ai relevé la femme d'un tel, maréchal; tel autre jour, 
il a relevé ma jument; partant, quittes. » 



•Nouvelle marque du degré d'infériorité assigné à la femmoi — 
. Voy* les pages 6, 105 et suiv. du tome II* 

'Lévi tique, xii. 

^CensorinuSj ch^ IL 



CHAPITRE DEUXIEME 



MARIAGE. 



Le paysan qui désire se marier ne manque pas d'expédients 
aussi ingénieux que délicats pour se faire bien venir du beau 
sexe. — Quand la floraison de l'aubépine est arrivée, il plante 
des mais à la porte de toutes les belles de son canton *. Aux 
branches de ces sortes de mais sont presque toujours atta- 
chés des rubans, des dentelles, des bijoux, des bonbons; et 
les jeunes filles qui sont l'objet de cette galanterie se plai- 
sent assez généralement à laisser cet hommage à leur porte 
pendant une bonne partie de la journée. Quelquefois, au 
contraire,*on place devant la maison des filles mal gracieuses 
ou malfamées des mais d'épine sèche, auxquels on suspend 
des animaux morts ou tout autre objet dégoûtant et dérisoire. 
Aussi les malheureuses qui ont lieu de craindre de pareilles 
offrandes se lèvent-elles de bonne heure pour les faire dispa- 
raître. 

A peine ses désirs sont-ils fixés, le jeune villageois a soin 
de fréquenter les assemblées, les marchés et les foires où 
se rend d'habitude l'objet de ses pensées. C'est ce que l'on 

* Voy. la page 59, 1. 1. 



DU VIEUX TEMPS 17 



appelle suivre une fille. La femme ainsi recherchée, même 
lorsqu'elle a Fintention de rejeter la demande du soupirant, 
ne laisse pas de faire bon accueil à toutes ses gracieusetés, 
car ses parents lui ont appris de bonne heure qu'un chéti 
en amène un bon, c'est-à-dire qu'un mauvais parti qui se 
présente, donne l'éveil à un meilleur. Elle se laisse donc 
volontiers conduire à la danse et au cabaret par le premier 
venu, persuadée qu'en affichant ainsi la recherche qu'on fait 
de sa personne elle fera naître la concurrence ; ce qui en 
effet arrive presque toujours pour peu que la promesse ou 
la dot ait une certaine valeur. 

Au retour de ces fêtes champêtres, amoureux et amou- 
reuses reviennent au village en chantant et en batifolant le 
long des traînes (buissons), à travers les prés et les bois, et 
en se tenant, comme en Bretagne, et suivant un usage tra- 
ditionnel, par le petit doigt. 

Les amoureux suivent souvent ainsi leur blonde (leur 
maîtresse) d'assemblée en assemblée, pendant très-longtemps, 
avant de la demander en mariage. 

Mais c'est ici le moment de faire connaître les principaux 
caractères qui, aux yeux de nos paysans, constituent la 
beauté humaine. Leur idéal, sur ce point, rappelle très-exac- 
tement les portraits que les anciens historiens nous ont laissés 
de nos aïeux les Gaulois. — Blonde est, chez nous, synonyme 
de belle, et toutes les fois que nos villageois disent d'un 
jeune homme : « Il va voir sa blonde », on sait très-bien 
qu'ils désignent ainsi son amoureuse, sa belle, quoique cette 
fcfcnde ait souvent les cheveux fort noirs. Nous avons entendu 
<iuelques vieillards se servir d'une expression bien plus hardie 
et dire : aller en blonde, dans le sens de aller faire Vamour, 
ûtkr en bonne fortune. — Blond, blonde comme un bassin, 
est encore une locution que nous employons avec complai- 
sance en parlant d'un enfant ou d'une grande personne dont 
les cheveux sont de couleur blonde et éclatante comme celle 
T. n. 2 



18 SOUVENIRS 



d'un bassin de cuivre bien écuré. Cette expression était 
connue de Guillaume de Lorris, qui remploie dans le Bnman 
de la Rose : « Cheveus ot blons com un bacin » , et Marot 
plus tard a dit : « Vierge plus blonde qu'un bassin... » — Le 
blond de bassin est le flavens, le blond doré des Romains. 
Cette couleur était aussi très-prisée chez les Gaulois : 
Flava Galliacrine ferox...^ dit le poëte Claudien {Stil.^ H, 
V. 240). — Au rapport de Pline (liv. XXVIII, ch. 51), les 
Celtes, qui avaient un goût prononcé pour le blond ardent, 
se servaient d'un savon composé de suif de chèvre et de 
cendre de hêtre pour se roussir les cheveux. Selon le même 
auteur, ce goût aurait aussi été, mais passagèrement, celui 
des Romains qui, alors, se teignirent les cheveux avec une 
décoction de jeunes noix (liv. XV, ch. 24). — Toutefois, les 
Romains, en gens de goût, semblent avoir célébré tour à tour 
les deux couleurs, la brune et la blonde : 

Spectandum nigris coulis, nigroque capillo. 

(Horace, de Arte poetica.) 

Martia ter senos proies adoleverat annos, 
Et suberat flavae jam nova barba comae. 
(Ovide, Fastes, 1. IIÏ, v. 60.) 

Nune ades, ô I cœptis, flava Minerva, meis. 

(Id., 1. VI, V. 653.) 

Les Italiennes et surtout les Vénitiennes du quinzième siècle 
ont beaucoup cultivé Yarte biondeggiante, l'art de se blondir. 
Les arcanes de cet art sont dévoilés dans des traités spéciaux, 
composés par les Marinelli, les Fioravanti, GiambuUari, etc* 

Les Grecs attribuèrent la couleur blonde à plusieurs de 
leurs dieux et de leui*s héros. — Les Hébreux préféraient les 
cheveux noirs : Comœ ejus sicut elatœ palmarum, nigrcè 
quasi corvus. (Cantic*, v. 11.) — En général, les anciens 
(Grecs et Romains), qui étaient bruns pour la plupart, avaient 
un faible pour le blond. Ds attachaient « une sorte de 
superstition aux nuances cendrées. Elles portaient bonheur, 



DU VIEUX TEMPS 19 



disaient-ils. — ^ On tombe sans cesse dans cette manie bizarre 
d'attribuer aux natures énergiques la couleur de Fébène. 
Quelle erreur! toutes les femmes fortes sont blondes. Jeanne 
d'Arc^ Jeanne Hachette, Charlotte Corday, Tétaient. » (Anatole 
de la Forge.) 

Au moyen âge, et même beaucoup plus tard, le goût de 
nos paysans pour les tresses dorées était encore celui de toute 
la nation. — « Les trouvères, dit M. Just Veillât {Aliénor de 
Gargilesse, p. S8), s'excusaient dans leurs vers, quand ils 
célébraient une brune. » Au temps même de Brantôme, les 
cheveux noirs étaient un défaut : 

Brunette elle est, et pourtant elle est belle..» 
Nigra sum, sed formosa. 

(Cantique des cantiques.) 

Pourtant si je suis brunette, 
Amy, n'en prenez esmoy; 
Autant suis ferme et jeunette 
Qu'une plus blanche que moy. 

(Marot, chanson xxxvi.) 

Longtemps auparavant, Guillaume de Lorris avait dit : 

Icelle dame ot nom biautés; 
El ne fu obscure ne brune, 
Ains fu clère comme la lune. 

(Roman de la Rose») 

Le roussel des Limousins répond à notre blond de bassin. 
Ds font aussi grand cas de cette couleur; ils aiment les éfons 
(enfants) bien roussels^ et, en parlant d'une jolie fille, ils 
disent : « es plo rousselo^. » — Au reste, au moment où 
Dous traçons ces lignes, le roussel, ou blond de bassin, est très 
ila mode à Paris, où beaucoup de brunes mettent tous leurs 
wins à se blondir, voire même à se roussir 2. 

^ ironie, Dictionnaire du patois du bas Limousin, au mot Roussel. 

'Voyez, sur l'art de se blondir^ un livre aussi spirituel qu'érudit que 
^. Feuillet de Couches et Armand Baschet ont publié en 1866 sous ce 
Utre: les Femmes blondes selon les peintres de l'école de Venise^ 



20 SOUVENIRS 



Lorsque des cheveux de cette nuance accompagnent une 
figure pleine, rondiB ou carrée, mais haute en couleur et 
reluisante ; lorsque cette figure est portée par un grand corps 
membru, massif, et même un peu replet, c'est le nec pltis 
ultra de la beauté chez les habitants de nos campagnes; or, 
c'était également là, on le sait, l'idéal du bel homme et de 
la belle femme chez les Gaulois. — Dans l'Inde, leur patrie 
primitive, l'extrême embonpoint et les faces rondes et rebon- 
dies sont encore ce qu'on apprécie le plus dans le beau sexe. 
Un poëte de ce pays, comparant la figure de sa maîtresse" à 
la pleine lune, s'écrie enthousiasmé : « Les étoiles ne pou- 
vant distinguer le disque de la lune d'avec le visage de mon 
amante, errent troublées dans les régions célestes*. » 

Quant au luisant de l'épiderme, qui est à la figure ce que 
le vernis est à un tableau, on commence à y tenir un peu 
moins qu'autrefois. Pour se procurer ce complément de beauté, 
presque toutes nos jeunes paysannes avaient recours, il n'y a 
pas encore très-longtemps, à un cosmétique naturel dont la 
base est l'urée. Ce cosmétique, jadis très-employé par nos 
aïeux les Celtes, sert toujours à la toilette de plusieurs nations 
primitives. — Souvent aussi nos villageoises empruntaient 
le brillant de leur teint au suint huileux des toisons de leurs 
brebis ; c'est ainsi qu'à Rome, les élégantes de haute volée 
employaient au même usage Yœsype d'Athènes^ sorte d'élec- 
tuaire qui devait son onctuosité à cette vulgaire sécrétion : 

Demptus ab immundo vellere succus ovis. 

(Ovide.) 

Mais rentrons dans notre sujet. 

Nos paysans évitent de se marier dans le mois de mai, 
parce qu'ils sont persuadés que les enfants conçus en cette 
saison viennent au monde badauds ou lourdauds (imbéciles 
ou idiots). — A Paris, où l'on ne se doute pas de cela, c'est 

^ Poésies populaires de l'Inde, traduites par M. Lamairesse. Paris, 1867. 



DU VIEUX TEMPS 21 



au contraire au mois de mai qu'il se fait le plus de mariages; 
les statistiques l'attestent. Or, on pourrait croire tout d'abord 
que les habitants de cette ville doivent leur surnom à cette 
circonstance ; mais, comme on le voit, le mot badaud a une 
autre signification en berrichon qu'en français. Badaud^ chez 
nous, signifie stupide^ imbécile. Ce mot, en français, sans 
être synonyme de naif et de musard^ est pourtant un peu 
de leur famille. Le badaud, dans ce dernier sens, c'est-à-dire 
le vrai badaud parisien, s'étonne, s'émerveille de tout, s'arrête 
à la moindre bagatelle. Ses surprises sont continuelles, son 
admiration fréquente; son attention, attirée, fixée par des 
riens, lui procure des distractions et des joies infinies, incon- 
nues des hommes graves. — Il y a d'adorables badauds ; il 
en est de fort spirituels; il y en a qui atteignent au génie : 
la Fontaine, la bête de M"»® de la Sablière, était de ces bor- 
dauds-là; Victor Hugo en est aussi, car il se félicite à* admirer 
comme une bête. 

L'étymologie du mot badaud, dans l'une et l'autre accep- 
tion, se trouve dans le verbe berrichon bader (ouvrir); la 
boache ouverte ou badée étant aussi bien le signe de l'idio- 
lisme que celui de l'étonnement. En breton, badaud s'ex- 
prime par le terme genowek, qui signifie également bouche 
ouverte f grande bouche. — Badebec, le nom de la femme 
de Gargantua, se traduit à volonté par badaude ou par bavarde, 
car, en Berry, nous nous servons du mot badebé dans ces 
deux significations. — Enfin, le mot colas, par lequel on 
désigne, dans nos campagnes, un jeune geai, est encore, chez 
nous, synonyme de badaud, parce que les geais ouvrent déme- 
surément le bec lorsqu'ils reçoivent la becquée. De là cer- 
tainement l'expression française : bayer aux corneilles, c'est- 
i-dire bayer comme un colas, comme un badaud. — Quant 
au terme lourdaud, que nous prononçons ordinairement 
lordaud, le sens que nous lui donnons indique qu'il vient 
directement du grec lordos. — N.-B. L'église de Linières, 



22 SOUVENIRS 



dans le haut Berry, possède un saint que Ton invoque avec 
succès contre le badaudage ou la badauderie^ c'est-à-dire con- 
tre Fidiotisme des chrétiens et Tavertin ou tournis du bétail. 

Les habitants des environs de Gex (Ain) se gardent aussi 
de contracter des mariages dans le courant de mai, pour 
une raison qui vaut bien la nôtre : « C'est que le mois de 
mai est le mois des ânes*. » A une autre extrémité de la 
France, à la Montagne-Noire, aux pieds des Pyrénées, on a 
les mêmes scrupules, basés sur des motifs équivalents et tout 
aussi péremptoires : on allègue « qu'il n'est pas convenable 
de se marier dans une saison où les ânes sont amoureux ^. > 

Les Romains pensaient également que les mariages con- 
tractés en mai, et particulièrement le onze de ce mois, étaient 
fatals : 

Nec viduae taedis eadem, nec virginis apta 
Tempora: quae nupsit, non diuturna fuit. 

Hac quoque de causa, si te proverbia tanguât, 
Mense malum Maio nubere vulgus ait. 

(Ovide, Fastes, liv. V, v. 488.) 

Le mariage qui se célèbre le jeudi a toujours des suites 
fâcheuses pour l'époux. Dans ce cas, sa femme n'aura jamais 
la vertu de Pénélope et, tôt ou tard, il deviendra Jean-Jeudi. 
— Nous sommes parfaitement d'accord sur ce point avec 
l'Évangile... des quenouilles : — « Qui de maint meschief 
veult estre quitte si ne se marie jamais sur le jeudy^. » 

Lorsqu'un galant a définitivement arrêté sa visée et jeté son 
dévolu, il se met en quête d'un menoUy c'est-à-dire d'une 
personne d'expérience, capable de le guider dans son entre- 
prise, d'aplanir toutes les difficultés, et qui veuille bien se 
charger de la demande en mariage, tout en faisant habile- 
ment valoir les qualités de son protégé'. Le menon est ordi- 

* Désiré Monnier, Traditions populaires comparées^ p. 289. 

2 A. de Nore, Coutumes myth., p. 90. 

3 Les Évangiles des quenouilles, p. 158 de 1 édition elzévirienne de Janet. 



DU VIEUX TEMPS 23 



nairement choisi parmi ceux des notables de l'endroit qui 
ont la langue la mieux pendue. Cette espèce d'entremetteur 
est connue sous bien des noms en Berry. A Bengy-sur-Craon, 
on l'appelle chien ou ambassadeur; à Saint-Florent, chien 
bknc; à Saint-Doulchard, près Bourges, tête de loup; dans 
l'ouest, de la province, accordeux et chat-bure (chat gris) *. 
— A propos de cette dernière dénommation, nous remar- 
querons que, dans les Hautes-Alpes, le chut-bure s'appelle 
tsa-maraude (chat de maraude). — Si nous ne craignions 
d'aller chorcher trop loin nos rapprochements, nous ajoute- 
rions que le menon ou chat'bure,q ui, en Bourbonnais, porte 
le nom de gourlaud, se nomme gourou chez les Hindous ^. 
Amener le père à marier sa fille, ou à vendre sa vigne, 
comme disent les plaisants de nos villages, n'est pas l'affaire 
d'un instant. Presque toujours, nos paysans, lorsqu'ils ont 
une fille à établir, se font festoyer pendant des années entières 
par les amoureux, avant de donner leur consentement. 
Quelques-uns savent prolonger ce temps d'épreuve avec un 
art admirable. Or la fille une fois mariée, adieu les longues 
séances du cabaret! — C'est pourquoi, lorsque l'on parle d'un 
homme qui vient de marier sa fille, on dit : — « Un tel a 
vendu sa vigne. » — On n'en agit pas autrement chez les 
Lapons : « C'est une coutume parmi eux, dit Regnard, dans 
son Voyage en Laponie^ d'accordei: leurs filles longtemps avant 
de les marier; ils font cela afin que l'amoureux fasse durer 
ses présents, et s'il veut venir à bout de son entreprise, il 
iaut qu'il ne cesse point d'arroser son amour de soubbouvin 
(vin des amants). Enfin, lorsqu'il a fait les choses honnête- 
ment, pendant un ou deux ans, quelquefois on conclut le 
mariage. » 



' Voy. les Noces de campagne en Berry par M. Ribault de Laugardière 
et le Glossaire du Centre, aux mots Accordeux, Chat-bure, etc. 
'Voy. les Lois de Manou. 



^4 SOUVENIRS 



Le jeune homme à marier, accompagné de son menon ou 
chat-bure y se présente ordinairement à l'heure d'un repas 
dans la maison de la jeune fille dont il veut demander la 
main. Quel que soit le sort réservé à leur requête, ils sont 
toujours invités à se mettre à table. Si, durant les apprêts 
du repas, le menon, en remuant les cendres du foyer avec 
le bout de son bâton, vient à y trouver une pomme, il 
doit bien augurer de sa négociation ' ; mais lorsque, pen- 
dant ces mêmes préparatifs, on charge le galant de tenir 
la queue de la poêle, celui-ci peut regarder son mariage 
comme conclu. Dans le cas, au contraire, où la jeune fille 
recherchée dispose les tisons de Tâtre de manière que les 
bouts embrasés soient en l'air, cela équivaut de sa part à 
un refus formel. — Un plat d'œufe, servi sur la table, a la 
même signification. 

Il arrive parfois que le soupirant agrée aux parents, tandis 
qu'il déplaît à la jeune fille. En cette circonstance, l'amou- 
reux a un moyen fort simple d'amener la récalcitrante non- 
seulement à composition, mais de se faire, à son tour, désirer 
et rechercher par elle : il n'a qu'à lui bailler du tortiau. Le 
tortiau est une sorte de petite galette que l'on place sous 
la nappe d'un autel, et sur laquelle un prêtre, à son insu, dit 
la messe et répand sa bénédiction. Il suffit de faire manger, 
en guise de pain bénit, un morceau de ce tortiau à une 
fille ou à une veuve, pour qu'à l'instant même, elle s'affole 
de celui qui le lui a donné. — Le Florentin Grillandus, 
célèbre inquisiteur d'Arezzo, en 1520, et dont le nom cadrait 
si bien avec ses fonctions, parle de notre tortiau à la page 316 
du livre qu'il a écrit en latin sur les sorciers. 

Lorsque la demande en mariage a été accueillie et que les 
accordailles sont faites, les semouneux ou prieux de noces 
songent à faire la prévance ou convie, c'est-à-dire les 

' Voy., p. 55, t. II, ce que l'on dit de la pomme. 



DU VIEUX TEMPS 25 



invitations *. Quelque temps avant le jour fixé pour le 
mariage, les prieux de noces se mettent en campagne et se 
rendent chez leurs parents et leurs amis pour les semopdre 
d'assister à toutes les cérémonies qui signalent cette circon- 
stance. Ce sont ordinairement les pères des fiancés et le fiancé 
lui-même qui remplissent cette mission. Leur approche s'an- 
nonce par plusieurs détonations de pistolets. 

Aussitôt qu'ils sont entrés, on met la nappe, et tout le 
monde s'attable. Après que chacun a largement pris sa réfec- 
tion, le plus âgé ou le plus important des semouneux se 
lève gravement de table, et va d'un pas solennel se camper 
devant la cheminée. Là, debout, le dos au feu et le chapeau 
à la main, il débite la prévance à peu près en ces termes : 

— t Nous venons de la part de N. et de N., qui marient 
leur garçon ou leuç fille, vous s' monde (vous prier), vous et 
toute votre maisonnée, d'assister à la bénédiction du mariage, 
à la noce, au bon pain, au bon vin, à la bonne chair et à 
tous les divertissements qui doient s'ensuivre, et rien ne 
vous sera caché. — Excusez-moi si j'ai mal parlé. » 

Après ce petit discours traditionnel, au moins dans les 
environs de la Châtre, tous les prieux de noces se lèvent et 
attachent aux courtines des lits qui se trouvent dans l'ap- 
partement un ou plusieurs exploits. C'est ainsi que l'on 
appelle, par une allusion plaisante aux assignations des huis- 
siers, une petite branche de laurier ou de myrte, entrelacée 
de rubans blancs et rouges 2. Alors, les semouneux se re- 



^ Faire la prévance se dit du côté de Bengy-sur-Craon. (Voy. les Noces 
de campagne en Berry de M. RibaiiU de Laugardière) ; faire la convie 
se dit dans les environs de Cluis. — On trouve l'équivalent de notre 
mot convie dans les Mémoires de Saint-Simon, t. VII, chap. xx : — a II 
pria le duc d'Antin de passer chez lui... je n'ai point pénétré le projet 
de ce convi. » 

'Ces couleurs blanche et pourpre étaient celles des tissus de soie 
dont on liait les couronnes d'olivier que les jeunes mariées, chez les 
Grecs, portaient sur leur front. (Voy. Du Cange, Gloss, grœc.) 



26 SOUVENIRS 



tirent en faisant entendre de rechef une bruyante décharge 
de pistolets. 

Quelquefois ils suivent ainsi, le même jour, vingt maisons 
dififi&'entes, et, dans chacune, ils se mettent à table et pren- 
nent un repas complet; tout cela avec une aisance et une 
impunité qui font le plus grand honneur à leurs facultés 
digestives. 

On s'occupe aussi sans retard de Tachât des livrées^ c'est- 
à-dire de l'acquisition des cadeaux de noces, qui consistent 
principalement en vêtements et en articles de toilette. — 
Notre expression livrées a la même étymologie et le même 
sens que le mot français libéralité *. Rabelais a dit, à pro- 
pos d'un mariage : « D'ung cousté sont apportez vin et 
espices; de l'aultre, livrées à tas... » {Pantagruel^ liv. IV, 
chap. XIV.) Enfin, le mot livrée s'est employé autrefois pour 
vêtements, garde-robe : « Car l'on fait acroire au mary que 
le père ou la mère de sa femme li ont donnez des abille- 
ments de leurs livrées. » {Les Quinze joyes du mariage, p. 8 
de redit, elzév. de P. Janet.) 

L'emplette des livrées est une affaire importante. Les per- 
sonnes pour lesquelles on a beaucoup d'amitié ou de consi- 
dération sont priées d'assister à cet achat, et cette marque 
de déférence flatte infiniment ceux qui en sont l'objet. 

Une grande partie des livrées est destinée à la fiancée; le 
reste est partagé entre les parents, les amis et les serviteurs 
de la maison. — Rappelons-nous que les Hébreux faisaient 
des largesses de cette nature à l'occasion des mariages^: 
« Le serviteur d'Abraham sortit ensuite des bagues d'argent 
et d'or, ainsi que des habits, et les donna à Rébecca ; il fit 
aussi des présents à son frère et à sa mère 2. » Chez les 
Grecs, la mariée distribuait de riches ajustements à ceux 



* Voy. le Glossaire de Du Gange, au mot Liberare. 

* Genèse, xxiv, 53, 



DU VIEUX TEMPS 27 



qu'elle affectionnait *. Enfin, au moyen âge, en maintes cir- 
constances solennelles, les rois et les grands seigneurs n'ou- 
bliaient jamais de départir entre les membres de leur famille 
et leurs nombreux serviteurs des vêtements plus ou moins 
somptueux, et ces dons portaient également le nom de livrées^. 
n est question de ces sortes de largesses dans le Roman du 

Ghascun jur urent îivraisuns 
Et as granz festes dras et dans 3. 

Ajoutons que le nom de livrées est resté à l'espèce d'uni- 
lonne que portent les laquais de grandes ou riches maisons. 

Dans la soirée qui précède le mariage a lieu la présenta- 
tion des livrées. Ceux qui sont chargés de les offrir à la 
niariée se reàdent en chantant et musette en tête, à sa porte, 
et, la trouvant barricadée, se mettent à chanter en chœur : 

Ouvrez la porte, ouvrez, 
Marie, ma mignonne, 
J'ons de beaux cadeaux à vous présenter. 
Hélas! ma mie, laissez-nous entrer. 

« A quoi, dit M'"® Sand*, les femmes répondent de l'inté- 
rieur, et en fausset, d'un ton dolent : 

Mon père est en chagrin, ma mère en grand' tristesse, 
Et moi je suis fille de trop grand merci * 
Pour ouvrir ma. porte à cette heure, ici. 

» Les hommes reprennent le premier couplet jusqu'au 
troisième vers, qu'ils modifient de la sorte : 

J*ons un beau mouchoir à vous présenter. 



'Aristoph., in Plut., v. 529; — Achm. Tatius, liv. II. 
'Voy. les notes de Du Gange sur l'Histoire de saintLouis par Joinville, 
Dissertât, v. 
'Tomel, p. 303. 

^Les Noces de campagne ^ chap. ii. 
^ Du latin merces, dans le sens de prix, valeur. 



28 SOUYETVIRS 



9 Mais, au nom de la fiancée, les femmes répondent de 
même que la première fois. 

D Pendant vingt couplets, au moins, les hommes énumèrent 
tous les cadeaux de la livrée^ mentionnant toujours un objet 
nouveau dans le dernier vers : un beau devanteau^^ de beaux 
rubans, une croix d*or, et jusqu'à un cent d'épingles pour 
compléter la corbeille de la mariée. Le refus des matrones 
est irrévocable ; mais enfin les garçons se décident à parler 
d*un beau mari à leur pi'ésenter^ et elles répondent en s'adres- 
sant à la mariée, et en lui chantant avec les hommes : 

Ouvrez la porte, ouvrez, 

Marie, ma mignonne, 
C'est un beau mari qui vient vous chercher, 
Allons, ma mie, laissons-les entrer. » 

A Quis (Indre), le soir de la veille des noces, on porte 
la bourse. C'est à peu près la même cérémonie que celle 
décrite dans le tableau précédent. Seulement, à leur entrée 
dans la cour de la mariée, ceux qui portent la bourse ou les 
livrées^ se glissent dans le poulailler, s'emparent du maître 
coq de l'endroit, et, tout en chantant : « Ouvrez, ouvrez 
la porte... », le plument et le font crier. — Quelque temps 
qu'il fasse, les porteurs de la bourse doivent avoir la patience 
de dénombrer, sans en rien omettre, et dans l'ordre consacré, 
tous les ajustements mentionnés d^ns la chanson. Si, pour 
abréger l'attente, ils parlaient du galant^ qui est le Sésame 
de la cérémonie, avant d'avoir parlé des chausses (bas), du 
devanteauy etc., la porte resterait close, et on leur ferait impi- 
toyablement recommencer la litanie. 

Aussitôt que le cérémonial a été ponctuellement accompli, 
la porte s'ouvre, on embroche le coq, et on le fait rôtir. 

Cependant le futur^ qui est entré pour ainsi dire d'assaut, 
avec ses amis, dans la maison de sa fiancée, la cherche par- 



» Tablier. Voy. la note 2 de la page 276, tome I. 



DU ADIEUX TEMPS 29 



tout et ne l'aperçoit pas. Cachée, avec plusieurs jeunes filles 
et quelquefois avec de très-vieilles femmes, derrière un grand 
drap blanc, il doit la reconnaître au seul contact de sa main 
ou à son talon; s'il n'y parvient pas, il lui est interdit de 
s'approcher d'elle de toute la soirée. — Cet usage, assez géné- 
ral en France, existe également chez les Morlaques, où le 
îeune homme est astreint à deviner quelle est sa fiancée 
mêlée dans un groupe de jeunes filles voilées. — Dans les 
Eddas, il est, au contraire, question d'une jeune fille qui se 
choisit un mari parmi plusieurs jeunes gens dont oh ne voit 
que les pieds *. 

En beaucoup de contrées du Berry, l'épousée donne à son 
fiancé, la veille du mariage, une chemise de noces; cette 
coutume était même observée il n'y a pas encore très-long- 
temps parmi la bourgeoisie, à la Châtre et dans les environs. 
A Bengy-sur-Craon, dans le Cher, « c'est la marraine de la 
mariée qui, au retour de l'église, donne à sa filleule une 
diemise de fine toile; ailleurs, la mariée reçoit ce cadeau 
du parrain de son époux 2. » — Cela doit nous faire sou- 
venir que, sous notre ancienne monarchie, lors du mariage 
de certains grands personnages, c'était un honneur, à la cour, 
<fe donner la chemise aux nouveaux mariés. Cet usage, dont 
parle souvent Saint-Simon dans ses Mémoires, avait sans 
doute la même origine que le nôtre. 

Le don de la chemise est une pratique toute symbolique 
€t qui remonte à la plus haute antiquité. D'après les poètes 
aDemands du moyen âge, les nouveaux époux avaient l'ha- 
bitude d'échanger leurs chemises ^. Les nouveaux mariés, 
chez les Grecs, échangeaient également entre eux des vête- 
ments. C'était là, à proprement parler, l'indice d'une adop- 



^ Entretien de Brage avec Àeger. 

^ Les Noces de campagne en Berry ^ par M. Ribaiilt de Laugardière. 

' Jacob Grimm, Antiquités du droit allemand, p. 441. 



30 SOUVENIRS 



tion réciproque et d'une union indissoluble. — Le sens 
allégorique de la chemise et même de l'anneau de mariage 
est parfaitement expliqué dans le fait historique suivant : 
Parmi les présents que le Vieux de la Montagne envoya à 
saint Louis se trouvaient une chemise et un anneau : — 
« Vous et notre maître, dirent au roi les envoyés, vous 
devez rester unis comme les doigts de la main, et comme la 
chemise l'est au corps *. » 

L'adoption par la chemise, ainsi que celle par le soulier 
(voy. plus bas), avait lieu dans les temps les plus reculés. 
Selon Diodore de Sicile, la première de ces adoptions était 
connue des Grecs aux époques les plus lointaines de leur 
histoire; elle était encore pratiquée en Syrie au douzième 
siècle 2. — Encore aujourd'hui, à Rizano, petite ville de 
Dalmatie, située à deux lieues de Raguse, sur la frontière 
de la Turquie, a lorsque les parents ont arrêté l'époque d'un 
mariage, le père du jeune homme envoie à tous les mem- 
bres masculins de l'autre famille une chemise et une paire 
de bottes ^. » 

Le jour même de leur union, les nouveaux mariés re- 
çoivent de leurs parrains et de leurs marraines un présent 
de noces d'une certaine importance et qui, de temps immé- 
morial, porte le nom de cochelin. — Aujourd'hui, le cochelin 
est presque toujours une somme d'argent; autrefois, c'était 
un ustensile de ménage. A Argenton (Indre), il n'y a pas un 
grand nombre d'années, le cochelin consistait en une écuelle 
d'étain à couvercle, et lorsque l'on parlait du potier d'étain 
qui avait l'habitude de fabriquer ces sortes de vases, on 
l'appelait toujours le marchand de cochelins, — Au quinzième 
siècle, en Italie, c'était le fiancé qui ofifrait, en cette cir- 



* Michaud, Histoire des croisades ^ t. IV, p. 406. 

^ M. Michelet, Ortgines du droit français, p. civ de rir^troduction; 

^ Voy; VUmvers illtistré du 7 mars 1866; 



DU VIEUX TEMPS 31 



constance, à sa fiancée une coupe d'amour {cuppa amatoria). 

Les mots cochetus, cochety coquet^ qui tous signifient pré- 
sent de noces, et dont il est question dans le Trésor des 
Chart2Sy ont absolument la même signification que notre 
mot cochelin. — Le verbe français cocher, notre verbe berri- 
chon chaucher *, qui expriment, le premier pour les oiseaux, 
le second pour toute espèce d'animaux, Taccouplement du 
mâle et de la femelle, indiquent clairement Tétymologie du 
terme cochelin. — On pourrait encore dériver cette expres- 
sion des mots oscleunij osculum (baiser), par lesquels on dé- 
signe, dans les anciennes chartes, la dot ou les dons que 
l'on présentait à la jeune épouse en les accompagnant d'un 
haiser *. — La Sologne, dont le langage, les croyances et 
les coutumes ont tant de ressemblance avec les nôtres, con- 
naît aussi le cochelin ^. 

Chez les Romains, il entrait dans les présents de noces 
beaucoup d'objets de fantaisie, n'ayant aucune utilité réelle, 
on ne servant qu'à la parure des femmes ; chez les Germains, 
au contraire, ces présents n'avaient rien de frivole et étaient 
toujours en rapport avec les habitudes et les besoins jour- 
nahers du nouveau couple *. On retrouve donc dans la com- 
position de nos livrées et de nos cadeaux de noces les goûts 
des deux peuples qui toux à tour ont envahi la Gaule. 

n n'y a pas encore fort longtemps, dans les environs de 
Bourges principalement, les jeunes filles qui appartenaient 
i des parents aisés revêtaient, le jour de leur mariage, des 
wbes de noces qui parfois avaient été portées, en semblable 
occasion, par plusieurs de leurs grand' mères. Il arrivait sou- 
vent alors que certaines maisons possédaient, par héritage. 



' Voy. plus loin, à la table des matières, ce mot : Chauche-malin. 
'Voy. les mots Oscleum, Osculum dans Du Gange. 
'Au reste, une assez grande partie de la Sologne dépendait de l'an- 
cien Berry et se trouve encore comprise dans le département du Cher. 
* Tacite, la Germanie. 



32 SOUVENIRS 



une ou deux douzaines de ces robes. Faites ordinairemei 
en drap du seau^ — drap inconnu de nos jours, et qi 
durait par ennui, disent nos vieux chroniqueurs, — la mèi 
de famille ne s'en parait guère que dans des circonstance 
tout à fait solennelles : lors de la Fête-Dieu, au baptênc 
d'un premier-né et quand elle mariait ses enfants. 

A propos de ce drap du seau, dont parle le vieux satiriqi 
Régnier (Satire X) : 

Sa ceinture honorable, ainsi que ses jartières, 
Furent d'un drap du seau^ mais j'entends des lizières..., 

nous ferons remarquer que le commentateur Brossette i 
trompe lorsqu'il dit que ce drap était « ainsi nommé d'un 
petite ville appelée le Seau dans le Berry. » — Le drap d 
seau se fabriquait principalement à Bourges ; les deux pai 
sages suivants de notre historien Jean Chaumeau en font ft 
et expliquent parfaitement cette dénomination : — « Quan* 
les draps faictz à Bourges ou en Berry ont le seau (sceau 
et marque du mouton, ilz sont estimés par dessus toute drap 
perie. » (Page 176.) — « S'il estoit question de marier quel 
que fille de bonne et riche maison, il estoit par mots exprè 
apprise au contract que ses abilhemens nuptiaux seroyent d 
fin drap du seau de Bourges. » (Page 226.) 

Mais voici l'heure de se rendre à l'église, qui approche 
La toilette de la mariée est presque terminée. Le futur, su 
la permission respectueusement demandée au beau-père 
vient d'entourer la taille de sa bien-aimée de la ceinture qu» 
les bachelières ou filles d'honneur lui ôteront, le soir, ai 
coucher du soleil, après l'avoir menée à l'écart*. — En Bre- 
tagne, c'est le contraire : a Des jeunes filles revêtent la marié 
de la ceinture argentée que le mari seul pourra défaire 2. ) 

* Voy. les mots Bachelières et Ceintourer dans le Glossaire du Centre 

* Pitre-Chevalier, Noces vendéennes. 



DU VIEUX TEMPS 33 



Ces formalités ont un cachet tout à fait antique : 

Tam gratum mihi, quam ferunt puellae 
Pernici aureolum fuisse malum 
Quod sfonam soluit diu ligatam. 

(Catulle, II, V. 11 .) 

Hymen, o hymensee 
Te suis tremulus parens 
Invocat : tibi virgines 
Zonulâ soluunt sinus... etc. 

(Id., Lxi, V. 550.) 

Chez les Francs, les choses se passaient comme en Berry : 
le mari prenait des mains du garçon d'honneur le ruban qui 
devait servir de ceinture, et le passait autour du corps de 
sa fiancée ^ 

La ceinture de noces, qui consiste, de nos jours, en un 
simple ruban, était autrefois le plus bel ornement de la toi- 
lette d'une fiancée. Dans nos campagnes, aux environs de 
Quis particulièrement, les notaires trouvent encore assez 
finéquemment, en procédant à leurs inventaires, de ces 
vieilles et brillantes parures, aujourd'hui passées de mode. 
Ces ceintures, souvent dorées, au moins argentées, et toujours 
fleuronnées, sont parfois d'une grande richesse. Elles se por- 
taient seulement le jour du mariage. C'était un précieux 
joyau domestique que les mères transmettaient à leur fille. 
Cependant, en quelques localités, à Saint -Août (Indre), 
entre autres, la jeune épouse, deux ou trois jours après 
la cérémonie nuptiale, appendait sa ceinture dans l'église 
de sa paroisse, au-dessus de l'autel de la Vierge. Elle joi- 
gnait quelquefois à cette gracieuse offrande tous les ru- 
bans et les pompons qui avaient servi à son ajustement de 
noces. 

Au moyen âge, dans nos pays, le privilège de porter la 

* Mémoires de l'Académie celtiquct t. II. 

T. u. 3 



34 SOUVENIRS 



ceinture n'appartenait pas à toutes les mariées. A Goumay 
(Indre), par exemple, le seigneur avait droit de ceinture 
nuptialCy c'esl^à-dire que chaque fois qu'une jeune fille de ce 
fief venait à se marier, elle payait au seigneur une certaine 
somme pour avoir la permission de porter cette parure le 
jour de son mariage. — Il est très-probable que ce droit de 
ceinture nwp/taZe avait été substitué à la marquette^ ou au 
célèbre droit du seigneur y que Ton dit d'origine gauloise, et 
dont il sera question plus loin. On peut en dire autant d'un 
autre droit qui se percevait encore, en Berry, dans la der- 
nière moitié du dix-huitième siècle et qui est ainsi men- 
tionné par Y Aveu et dénombrement du marquisat de PresU 
(Indre), imprimé en 1782 : — « François et Silvain Guille- 
main, du village du Bois-Bureau, paroisse de Montipouret, 
doivent au marquis de Presle, hrs du mariage de leurs 
filles, chacun quatre deniers, le jour de la bénédiction nup- 
tiale. Pareils droits sont dus par tous les descendants des- 
dits Guillemain, tenant feu et lieu et demeure séparée, 
jusqu'à infini. » 

La ceinture mise, il ne reste plus qu'à chausser la mariée, 
et ce n'est pas, quoi qu'il en semble, chose facile. Tout le 
monde pourtant s'y emploie avec zèle. Père, mère, frères, 
sœurs, cousins, amis, essaient tour à tour, et chacun en 
vain, de chausser la mariée, et tous se retirent, confiis de 
leur insuccès, après avoir déposé dans la Chaussure trop 
étroite une pièce de monnaie dont l'épousée fait son profit*. 
— C'est Cô qu'on appelle caler le soulier, aux environs 
d'Issoudun. -^ Enfin le fiancé se présente; il approche le 
souliei* du pied de la jeune fille, et lé soulier entre tout 
3eul! 



Voy. les Noces de campagnes en Berry, de M. Ribault de Laugardière; 
— En Vendée, on glisse une pièce de monnaie dans chacun des souliers 
de la mariée pour écarter les maléfices. (J. Laprade, Erreurs et préjtigét 
des pa'gsans,) 



DU VIEUX TEMPS 35 



Nous avons déjà dit que le soulier^ ainsi que la chemise^ 
jouait autrefois, en certaines circonstances, un rôle allégo- 
rique. Dans l'antiquité, chez les Égyptiens, les Juifs, etc., le 
soulier était l'indice de la possession, de la propriété. On 
trouvera des preuves de cette assertion dans la Bible : 
ch. XXV, vers. 9 du Deutéronome, et ch. iv, vers. 7 du livre 
de Ruth. On peut voir encore, à ce sujet, les pages 12, 44 
et 137 des Origines du droit français de M. Michelet. — 
« La femme, est-il dit, page 12 de cet ouvrage, entrait dans 
fe soulier y lorsqu'elle entrait en puissance de mari. » — Le 
soulier était offert en même temps que l'anneau nuptial, et 
k don de ces deux objets était toujours accompagné d'un 
hàser {osculum, oscleum). 

Au moment de partir pour l'église, la fiancée attache au 
cou de chacun des conviés une petite étoile de ruban de 
couleur rose et blanche, comme Y exploit dont nous avons parlé 
plus haut, et reçoit en retour un baiser. Cette étoile, sou- 
rit accompagnée de longs rubans, porte aussi le nom de 
livrée. Cela fait, le cortège, précédé des ménétriers, se met 
60 marche au son de la musette et de la vielle, auquel se 
mêlent de fréquentes détonations d'armes à feu. 

Heareuse et fière la mariée qui, ce jour-là peut se rendre 
à l'église en voiture ! heureuse et fière encore celle qui peut 
Wre ce voyage assise en croupe derrière son fiancé I 

En quelques localités, et, entre autres, aux environs de 
Quis, il est de rigueur que les mariés, en allant recevoir 
h bénédiction nuptiale, suivent le chemin par lequel ont 
coutume de passer les convois funèbres ; s'ils se rendaient 
i l'église en ligne directe, à travers champs, tous les deux 
mourraient infailliblement dans Tannée. 

Le départ pour l'église est toujours plein de gaieté. C'est 
le moment des folles chansons, qu'interrompent à chaque 
instant les joyeux et perçants . lout ioul ainsi que les brus- 
<[ue8 détonations des pistolets chargés de poudre jusqu'à la 



36 SOUVENIRS 



gueule, que les jeunes gâs * de la noce vont déchargeant, par 
manière de facétie, dans les jambes ou dans l'oreille de leurs 
voisins. — En Languedoc, on tire aussi, en cette occasion, force 
coups de pistolet dans le but d!éloigner les mauvais génies. 
— Les Chinois, les Arabes, les Grecs modernes, etc., brûlent 
de même beaucoup de poudre dans ces sortes de fêtes. 

Quant à notre cri : lou! ioul qui, ces jours-là, résonne sur 
divers points de la France, il est tout à fait semblable à l'ex- 
clamation : loi que les Romains faisaient surtout entendre 
dans les fêtes consacrées à l'hymen 2; on le retrouve aussi 
dans les vieilles comédies d'Aristophane {Nuées, vers 537-S43), 
et nous avons déjà dit que dans les fêtes de Bacchus, les 
assistants criaient à tue-tête : Eleleu ioul ioul — « Lors 
du mariage des Kabyles, dit le général Daumas, les femmes, 
les enfants font retentir l'air de leurs joyeux : Youl youl youl 
On tire une multitude de coups de fusiH. ». — Ce cri de 
joie et d'émulation est encore fréquemment poussé par nos 
paysans, lorsqu'ils veulent s'animer à un exercice quelconque; 
il en est de même en Afrique. Le journal VAkhhai\ en 
parlant d'une fantasia courue en 18S0 par des cavaliers 
musulmans, non loin d'Alger, s'exprime ainsi : « Toutes les 
fois qu'un cavalier se distinguait par quelque tour de force, 
les : Youl youl des Mauresques placées sur les terrasses des 
maisons voisines, éclataient sur toute la ligne et lui servaient 
à la fois d'encouragement et de récompense. » 



» Les jeunes garçons. — En Normandie, on dit aussi gàs pour gars^ 
garçon» a C'est la prononciation légitime et primitive », dit M. Génin, 
dans ses Variations du langage français. — En langue celtique, gadzo 
signifie homme, et en berrichon, gazin s'emploie pour petit garçon, 
gamin ; nous disons aussi gazou. Or, gazin et gazou ont encore la plus 
grande ressemblance avec le terme gwaziçy qui, en celtique, signifie 
petit homme, nain, et avec ces mots plus barbares que latins : gasachio^ 
gasachium^ qui se trouvent dans le texte de la loi salique et que l'on 
traduit par homm^, 

^ Voy. les poésies de Tibulle. 

^ Mosurs et coutumes de V Algérie^ p. 185. 



DU VIEUX TEMPS 37 



Aui environs d'Éguzon (Indre), on porte devant la fiancée, 
lorsque le cortège est en marche, une poule blanche, choi- 
sie autant que possible dans la basse-cour de la jeune fille. 
De temps en temps on fait crier la pauvre bête en lui ar- 
rachant quelques plumes. — Encore un emblème dont nos 
paysans ont complètement perdu le sens. Cette poule blanche 
est certainement ici Fimage de Tinnocence et de la chasteté ^ 
car, dans les Vosges, où cet usage était autrefois connu, on 
refiisait Fhommage de la poule blanche à toute mariée dont 
la réputation était équivoque. — A Éguzon, on finit par 
tuer à coups de bourres de pistolet rinoffensif animal, ce 
qui semble compléter Fallégorie. — Dans quelques villages 
de la Beauce, ce sont des tourterelles ; en Russie, ce sont des 
pigeons qui, en cette circonstance, symbolisent la pureté de 
l'épousée. 

Sur quelques points du Berry, on donne à la poule nup- 
tiale une signification précise et toute différente. En 1862^, 
lors du mariage d'un jeune homme de Saint-Denis-de-Jouhet, 
qui prenait femme à Cluis, les habitants de cette dernière 
ville furent très-étonnés de voir F un des garçons de la noce 
porter soigneusement sur le bras et introduire dans Féglise 
une belle poule ornée de rubans. Interrogé sur le sens de cet 
usage, il répondit que cela se pratiquait ainsi dans sa paroisse, 
pour procurer au nouveau couple de nombreux enfants. — 
La poule est donc aussi considérée comme le symbole de la 
fécondité. C'est sans doute pourquoi, dans certaines contrées 
de FAUemagne, on servait aux époux, le lendemain de leurs 
noces, une poule rôtie qu'ils mangeaient ensemble et qui 
était connue sous le nom de Poule des noces, ou de Poule 
t amour ^. 

Du côté de Bengy-sur-Craon (Cher), dit M. Ribault de 
Laugardière, « il est d'usage, en allant à la messe de mariage, 

'Voy. à la table des matières, ce mot : Poule blanche. 
' Jacob Grimm, 4^tiqitités du droit (^llemand^ p. 441^ 



38 SOUVENIRS 



d'emporter un gâteau, une bouteille de vin et un verre. Les 
passants qui arrêtent la voiture et embrassent la mariée 
reçoivent une part de galette et une verrée de vin. A cette 
occasion, le porte-gâteau trouve souvent moyen de jouer un 
tour à ceux qui se montrent trop curieux d'embrasser la 
mariée, plutôt pour la récompense que pour le baiser en 
lui-même : — « J'ai oublié mon couteau », dit^il, et les 
gourmands de tirer bien vite le leur de leur poche. Or, on 
ne doit pas couper le gâteau, mais bien le casser. Le cou- 
teau des étourdis est facétieusement confisqué pour plusieurs 
jours, tout le temps que durera la fête* ». 

A propos de ce gâteau que l'on doit rompre et non couper ^ 
nous rappellerons ce que nous avons dit plus haut, page 62, 
tome I, sur l'emploi du fer ; enfin, comme nouvelles preuves 
de cette observance, nous indiquerons le troisième vers du 
dernier couplet de la chanson rapportée p. 82, tome II, et nous 
citerons le fait suivant : — Lorsque l'on cuit, dans nos cam- 
pagnes, on fait toujours de la galette que l'on sort du four 
longtemps avant le pain ; or, on prétend que si, pour manger 
cette galette, on la coupait au lieu de la casser, le pain qui 
est encore au four tomberait en morceaux. 

Les cris, les chants, les rires de l'assemblée ne s'apaisent 
qu'aux abords de l'église. Le silence s'étant fait peu à peu, 
le plus proche parent de l'épousée la prend par la main, ou 
lui donne le bras pour l'introduire dans le saint lieu. Ce sera 
le plus proche parent du mari qui l'accompagnera, lorsqu'elle 
eu sortira. 

A partir de ce moment, on peut, au moyen d'une foule 
d'observations, prévoir, jusqu'à un certain point, quel sera 
le sort à venir des nouveaux mariés. 

Si l'un des cierges placés, pendant la célébration du mariage, 
devant les époux, brûle lentement ou vient à s'éteindre, on 

* Les Noces de campagne en Berry. 



DU VIEUX TEMPS 39 



doit s'attendre à ce que le marié devant lequel il se trouve 
précédera l'autre dans la tombe. 

Si, dans l'instant où le nouveau couple s'agenouille devant 
l'officiant, l'époux vient, par hasard, sans préméditation, à 
mettre le genou sur un pan de la robe de la mariée, tenez 
pour certain qu'il ne se laissera jamais, en aucun cas, mener 
par sa femme. 

Celui des deux époux qui, sans réflexion, au moment de 
révangile, se lève le premier, peut être assuré que de son 
oôté sera la toute ~ puissance dans le gouvernement des 
a&ires domestiques. 

D'ailleurs, il dépend toujours du mari d'être le maître en 
son ménage ; il ne s'agit pour cela que de bien faire atten- 
tion, lorsqu'il passe, en présence du prêtre, l'anneau nuptial 
au doigt de sa future, à ne pas le glisser au-dessous de la 
deuxième phalange. — Toutefois, comme on peut se marier 
ailleurs qu'en Berry, il est bon de savoir que les choses ne 
se passent pas, par toutes nos provinces, de la même ma- 
nière. En Vendée, par exemple, c'est la femme qui se trouve 
devenir maîtresse, lorsque, en pareille occasion, l'anneau n'a pas 
dépassé la seconde jointure. — Remarquons, en passant, que 
cet anneau est considéré par nos villageoises comme une 
chaîne indissoluble qui les attache pour toujours à leur mari, 
et qu'elles ne doivent jamais quitter, même après la mort. 
Toutes s'accordent à dire qu'elles aimeraient mieux rencontrer 
le diable dans leur chemin qu'une femme mariée sans son 
anneau nuptial. 

Désirez-vous connaître lequel des deux conjoints aura l'hu- 
meur la plus jalouse ? Rien n'est plus facile. Lorsqu'ils sont 
agenouillés sous Y abri fou, c'est-à-dire sous le poêle ou le voile 
c[ue Ton tient suspendu au-dessus de la tête des mariés 
pendant la consécration nuptiale, pincez-les ou piquez-les au 
talon, et soyez assuré que le plus jaloux des deux sera celui 
qui se montrera le plus sensible à cette épreuve. 



40 SOUVENIRS 



Notre mot abrifou^ que Ton peut traduire pour couvre- 
fouj taxe évidemment de folie ceux qui s'engagent dans les 
liens du mariage. — Vabrifou est aussi connu, dans quelques- 
unes de nos campagnes, aux environs de Cluis notamment, 
sous les noms de joug, de rabat-joiey et ces deux derniers 
termes ne sont "pas moins significatifs que le premier. — n 
est inutile de faire observer que Yabrifou ou le poêle rem- 
place symboliquement la chambre et même la couche nuptiale, 
depuis que les prêtres ne sont plus dans l'usage « d'encensier 
la chambre et de bénéir l'espous et l'espouse séans ou gésans 
en leur lict^ » 

La pièce de mariage^ que, partout ailleurs, le mari donne à 
son épouse, au moment où le prêtre bénit leur union, est 
remplacée, chez nous, par treize pièces de monnaie que nous 
appelons treizains : 

« A l'offrande, Germain mit, selon l'usage, le treizain, 
c'est-à-dire treize pièces d'argent dans la main de sa fiancée. » 
(George Sand, la Mare au diable.) 

Les gens riches offrent à leur épousée treize pièces d'or 
pour treizains. Les autres donnent treize pièces de monnaie 
de moindre valeur ; mais toujours les plus neuves, les plus 
brillantes qu'ils peuvent se procurer. Il en est, hélas ! qui 
ne sauraient offrir que treize sous ; mais le bon Dieu permet 
souvent que leur marché vaille mieux que ceux qui se sont 
conclus au poids de l'or. 

Cet usage, consacré et prescrit par beaucoup de vieux 
rituels, rappelle le temps où, chez les Hébreux, les Grecs, 
les Gaulois, les Francs, etc., le mari achetait sa femme ou 
fournissait la dot. Les coutumes de presque toutes nos pro- 
vinces avaient adopté ces mœurs, que modifia par la suite 
la renaissance du droit romain ^. 



^Ancien Missel à l'usage de Paris ; traduction du milieu du quinzième 
siècle ; Bibl. imp. mse. 
'Vo^'. les Origines du droit français (Je IH, Michelet, p. xxxv. 



DU VIEUX TEMPS 41 



D'après la coutume juive, la promesse de mariage se faisait 
en présence de témoins, sans écrit, par une pièce âJargenty 
et le jeune homme disait à sa prétendue, en la lui donnant : 
t Recevez cet argent pour gage que vous deviendrez mon 
^use^ » — Chez les Gaulois, « dotem non uxor marito, 
sed uxori maritus affert », dit César, liv. VI de ses Comment 
taim. — Dans la loi Gombette ou loi des Bourguignons, les 
dons faits à Fépouse s'appellent prix nuptial. — La loi des 
Lombards parle du prix que Ton devra donner en échange 
de la femme que Ton prendra pour épouse, et dit positive- 
ment qu'un homme libre peut acheter (emeré) une épouse 
où bon lui semble. — De nos jours, chez les Kabyles et, en 
général, dans toutes les tribus africaines, le mari achète litté- 
ralement sa femme. Avant la conquête de l'Algérie, chez le 
eommun des Arabes, on se procurait une épouse pour deux 
ou trois hectolitres de blé. c'est-à-dire pour huit ou douze 
francs. — Un cheval valait le double. — Or, aujourd'hui 
(1868), il en coûte vingt fois plus pour acquérir une femme; 
ce qui ne laisse pas que d'être gênant pour de pa.uvres diables 
qui ont l'habitude de divorcer, en moyenne, une fois sur 
deux ans^. Dans la classe aisée, « le taux ordinaire de la 
teaime arabe est de cinq cents, francs ; mais quand il s'agit 
d'une beauté rare, il faut pour l'épouser, verser entre les 
mains de son père, trente, cinquante et jusqu'à cent mille 
francs'. » Aussi le grand nombre des filles esl^il regardé par 
ces peuples comme une richesse de la maison^. — EnLaponie, 
il en est de même ; le mari y achète aussi sa femme, ce qui 
Êdt que, dans ce pays, les mères aiment beaucoup mieux 
accoucher d'une fille que d'un garçon, « parce qu'elles reçoivent 



' *Dom Calmet, Dictionnaire de la Bible, t. IV, p. 77. 
'Jules Vinet, les Terres en Algérie. 
'Louis Noir, Variétés algériennes, 
* ^e géuéral Daumas, Moeurs et coutumes de V Algérie^ p. 184, 



42 SOUVSNIRS 



des présents en les mariante » — Cet usage existe également 
chez les Hindous, depuis un temps immémorial, et malgré 
les lois de Manou. Enfin, l'île d'El-Binan, située sur la côte 
de Sumatra, est si célèbre, en Orient, pour la beauté de ses 
femmes, qu'elle est fréquentée depuis des siècles par les 
peuples asiatiques, qui viennent de tous côtés y acheter leurs 
épouses. 

Expliquons maintenant pourquoi les pièces de monnaie 
données, chez nous, par le mari à l'épousée, sont toujours 
au nombre de treize. — On doit voir dans ces treize pièces 
d'argent autre chose que le prix effectif de la femme, ou le 
montant réel de la dot offerte à l'épouse ; on doit les consi- 
dérer comme des arrhes nuptiales. Ces arrhes, d'après la 
coutume des Francs et le texte même de la loi Salique, 
étaient toujours composées de treize deniers ^ quels que 
fussent d'ailleurs le rang et la fortune du fiancé. Gela résulte 
clairement du passage suivant extrait de la chronique latine 
du moine Frédégaire : — « Les envoyés du roi offrirent à 
Qotilde, selon la coutume des Francs, le sol et le denier ^ puis 
ils l'épousèrent au nom de Clovis^. » 

Nos treizains représentent donc le sol et le denier ^ c'est- 
à-dire treize deniers ', et cet usage est d'origine germanique. 

Gardons-nous d'oublier que ces treizains^ une fois bénits, 
acquièrent et conservent à jamais une foule de propriétés 
merveilleuses. Par exemple, il suffit d'en glisser un, secrè- 
tementy dans les vêtements d'un amoureux qui va demander 
une jeune fille en mariage, pour que sa démarche réussisse ; 
fùt-il un malotru, s'adressàt-il à une princesse ! 

n n'y a pas encore très-longtemps, dans quelques églises 
da Benry, on présentait à la- nouvelle mariée une quenouille 



■Bignaid, Vêyagem Laponie, 

*Ftédégdra, EpUwn. 18 ; ^ M. Michelet, Orig, du droit français. 
*Gm Ireiie deniers yalaient, au temps de Charlemagne, 4 fr. 30 c. de 
AtN MOBOato aetnelle ; chaque denier représentant 33 de nos centimes. 



DU VIBDX TEMPS 43 



garnie de chanvre, dont elle filait une ou deux aiguillées^. 
On retrouve cet usage dans certains cantons du pays char- 
train, où la mariée, au sortir de l'église, s'agenouille sous 
le porche, devant la statue de sainte Anne, fait trois signes 
de croix, prend une quenouille que porte la sainte, la met à 
son côté, et file pendant un moment 2. 

Cette vieille pratique semble avoir été presque générale 
dans les premiers siècles du christianisme. C'était ordinaire* 
ment dans un petit oratoire dédié à la Vierge que s'accom* 
plissait alors la cérémonie symbolique de la quenouille, qui, 
sdoD toute apparence, avait pour but de glorifier le travail. 
Qiez les Francs nouvellement convertis au christianisme , 
les parents de l'épousée, à l'issue de la messe nuptiale, pre- 
I oaient sur l'autel de la Vierge une quenouille et la donnaient 
I i Skr à la jeune femme, en lui disant : — « N'oublie pas 
qœ Dieu bénit le travail domestique de la compagne de 
l'homme 3. 9 

Mais cette coutume était bien antérieure à l'ère chrétienne, 

car les Gaulois la connaissaient. Chez eux, la Vierge et 

sainte Anne étaient remplacées par la déesse Néhalennia, et 

c'était devant sa statue que l'on conduisait l'épousée aussitôt 

apiès la célébration du mariage. Cette statue, placée dans un 

liofiquet, avait le visage voilé ; elle portait une corbeille rem- 

jdie de fruits, un chien se tenait à ses pieds ^. Ainsi en pré- 

aenoe de la déesse, la jeune épouse recevait une quenouille 

consacrée, chargée de chanvre, qu'elle filait un instant. — 

Ao dire des mythologues, la déesse Néhalennia protégeait 

rintérieurdes ménages; son voile était le symbole de la pudeur, 

son chien celui de la fidélité, etc. — On serait presque tenté 



■M. Ribaolt de Laugardière, les Noces de campagne en Berry^ p. 19. 
' J. Laprade, Erreurs et préjugés des paysans. 
> Mémoires de V Académie celtique, t. IV. 

«Voy. SUT cette déesse, Servais Gale, Dissert. deSibyllis, etc., ch. 36; 
^ Keisler, Ant, sept, et celt. ; Monlfaucon, Antiq. expliquée^ t. Il, p. 443, 



42 SOUVSNIRS 



des présents en les mariant ^ » — Cet usage existe également 
chez les Hindous, depuis un temps immémorial^ et malgré 
les lois de Manou. Enfin, File d'El-Binan, située sur la côte 
de Sumatra, est si cé;lèbre, en Orient, pour la beauté de ses 
femmes, qu'elle est fréquentée depuis des siècles par les 
peuples asiatiques, qui viennent de tous côtés y acheter leurs 
épouses. 

Expliquons maintenant pourquoi les pièces de monnaie 
données, chez nous, par le mari à l'épousée, sont toujours 
au nombre de treize. — On doit voir dans ces treize pièces 
d'argent autre chose que le prix effectif de la femme, ou le 
montant réel de la dot offerte à l'épouse ; on doit les consi- 
dérer comme des arrhes nuptiales. Ces arrhes, d'après la 
coutume des Francs et le texte même de la loi Salique, 
étaient toujours composées de treize deniers y quels que 
fassent d'ailleurs le rang et la fortune du fiancé. Cela résulte 
clairement du passage suivant extrait de la chronique latine 
du moine Frédégaire : — « Les envoyés du roi offrirent à 
Qotilde, selon la coutume des Francs, le sol et le denier ^ puis 
ils l'épousèrent au nom de Clovis^. » 

Nos treizains représentent donc le sol et le denier ^ c'est- 
à-dire treize deniers ', et cet usage est d'origine germanique. 

Gardons-nous d'oublier que ces treizains, une fois bénits, 
acquièrent et conservent à jamais une foule de propriétés 
merveilleuses. Par exemple, il suffit d'en glisser un, secrè- 
tement, dans les vêtements d'un amoureux qui va demander 
une jeune fille en mariage, pour que sa démarche réussisse; 
fût-il un malotru, s'adressâHl à une princesse! 

n n'y a pas encore très-longtemps, dans quelques églises 
du Berry, on présentait à la nouvelle mariée une quenouille 



• Regnard, Voyage en Laponie. 

2 Frédégaire, Epitom. 18 ; — M. Michelet, Orig. du droit français, 
3 Ces treize deniers valaient, au temps de Charlemagne, 4 fr. 30 c. de 
notre monnaie actuelle ; chaque denier représentant 33 de nos centimes. 



DU VIEDX TEMPS 43 



garnie de chanvre, dont elle filait une ou deux aiguillées^. 
On retrouve cet usage dans certains cantons du pays char- 
train, où la mariée, au sortir de Téglise, s'agenouille sous 
le porche, devant la statue de sainte Anne, fait trois signes 
de croix, prend une quenouille que porte la sainte, la met à 
son côté, et file pendant un moment^. 

Cette vieille pratique semble avoir été presque générale 
dans les premiers siècles du christianisme. C'était ordinaire» 
ment dans un petit oratoire dédié à la Vierge que s'accom* 
plissait alors la cérémonie symbolique de la quenouille, qui, 
selon toute apparence, avait pour but de glorifier le travail. 
Chez les Francs nouvellement convertis au christianisme , 
les parents de Tépousée, à Tissue de la messe nuptiale, pre- 
naient sur l'autel de la Vierge une quenouille et la donnaient 
i filer à la jeune femme, en lui disant : — a N'oublie pas 
que Dieu bénit le travail domestique de la compagne de 
ITiomme'. » 

Mais cette coutume était bien antérieure à l'ère chrétienne, 
car les Gaulois la connaissaient. Chez eux, la Vierge et 
sainte Anne étaient remplacées par la déesse Néhalennia, et 
c'était devant sa statue que l'on conduisait l'épousée aussitôt 
après la célébration du mariage. Cette statue, placée dans un 
bosquet, avait le visage voilé ; elle portait une corbeille rem- 
plie de iruits, un chien se tenait à ses pieds *. Ainsi en pré- 
sence de la déesse, la jeune épouse recevait une quenouille 
consacrée, chargée de chanvre, qu'elle filait un instant. — 
Au dire des mythologues, la déesse Néhalennia protégeait 
l'intérieur des ménages; son voile était le symbole de la pudeur, 
«on chien celui de la fidélité, etc. — On serait presque tenté 



'M. Ribault de Laugardière, les Noces de campagne en Berry^ p. 19. 
U. Laprade, Erreurs et préjugés des paysans. 
' Mémoires de l'Académie celtique, t. IV. 

^Voy. sur cette déesse, Servais Gale, Dissert, de Sibyllis, etc., ch. 36; 
^ Keisler, Ant, sq^t. et celt. ; Montfaucon, Antiq. expliquée^ t. Il, p. 443. 



44 SOUVENIRS 



de trouver quelque rapport de consonnance entre le nom 
de cette déesse et celui de sainte Anne, sainte filandière, 
que nous appelons Nantie en Berry. Le mot latin neo (je 
file) semblerait aussi avoir contribué à la formation du nom 
de Néhalennia. 

Au reste, chez la plupart des peuples, la quenouille joue 
un rôle lors de la célébration des mariages. Au Japon même, 
on montre à la mariée une quenouille et du lin, comme 
pour l'avertir que désormais elle sera obligée de s'occuper 
du ménagea La quenouille était autrefois pour la femme 
l'emblème des vertus domestique. Encore au seizième siècle, 
et même beaucoup plus tard, les dames les plus huppées de 
nos provinces passaient une grande partie de leur temps à 
filer et portaient presque toujours une quenouille au côté. — 
On sait que le plus grand éloge que les Romains aient pu 
faire de la vie exemplaire de Lucrèce est celui-ci : Domum 
mansiU lanam fecit, — La reine Berthe, la mère de Charle- 
magne, n'allait guère sans sa quenouille, et ce grand roi, 
ainsi que nous l'apprend Eginhard, dans ses Annales^ était 
heureux de voir ses filles se servir habilement du fuseau. 
— Lors de la profanation des tombeaux de l'église de Saint- 
Denis, on trouva des quenouilles dorées auprès de plusieurs 
reines. Ceci rappelle qu'aux temps homériques, non-seule- 
ment les reines, mais les déesses maniaient le fuseau et la 
navette. Le travail, alors, était tellement honoré, qu'il n'é- 
tait pas rare de voir des héros charpentiers, maçons, etc. 

Au sortir de l'église, la joie de l'assemblée renaît plus vive 
et plus bruyante que jamais. Nous ne pouvons guère nous 
dispenser de reproduire ici au moins l'une des chansons 
qu'en cette circonstance on n'oublie pas d'entonner au milieu 
de l'explosion des : l<ml ioul et des éclats de rire et de pistolet. 

' Histoire des religions $t 4es moeurs de tous les peuples du n^onde, t. I, 
p, 16t. 



DU VIEUX TEMPS 45 



Quand on marie ses filles, 
Faut-i * ! que de tourments ! 
On les mène à Téglise; 
A vont toujours pleurant, 
Adieu les amourettes I 
Adieu, c'est pour longtemps ! 

On les mène à la messe 
En compagnie d' leux gens 2; 
On les mène à la messe, 
A vont toujours pleurant. 
Adieu les amourettes ! 
Adieu, c'est pour longtemps ! 

La mariée a s' désole, 
A va toujours s' doulant 3 ; 
Sa mère qu' est auprès d'elle, 
La va reconsolant. 
Adieu les amourettes! 
Adieu, c'est pour longtemps 

Sa mère qu'est auprès d'elle, 
La va reconsolant : 

— Pleurez pas tant, ma fille, 
Vous chagrinez vos gens. 
Adieu les amourettes! 
Adieu, c'est pour longtemps! 

Moi, quand j'ai pris ton père, 
J'allais toujours chantant; 
Toi, c'est ben le contraire. 
Tu vas toujours r'chignant. 
Adieu les amourettes ! 
Adieu, c'est pour longtemps ! 

— Quand v' avez pris mon père 
V* aviez d' la bonne argent*; 



* Faut-il! — inlerjection d'étonnement, de pitié, dit le Glosssaire du 
Cmire, 

'De leurs gens, — c'est-à-dire de leurs parents. 
'Se douter (dolere), se plaindre. 

* Argent est toujours féminin dans la bouche de nos paysans. — 
V mfeZf V* aviez, contraction de vous avez^ vous aviez. 



46 SOUVENIRS 



Moi, c'est ben le contraire, 
J*ai pas six liards vaillant. 
Adieu les amourettes! 
Adieu, c'est pour longtemps! 

Puis tout le monde chante en c œur et sur un autre air, 
le couplet suivant qu'il faut prendre dans un sens facétieux 
plutôt que satirique : 

J' la prenons cheux guère, guère, 
J' la menons cheux rin du tout; 

Disons, disons tous, 

Qu' air ne valait guère; 

Disons, disons tous 

Qu'air vaut rin du tout! 

C'est ainsi que le joyeux cortège arrive devant le domicile 
conjugal. — En cet instant, dans quelques-unes de nos lo- 
calités, on oflTre aux deux époux prêts à franchir le seuil 
un peu de pain et de vin. Le mari mord le premier dans 
le pain, puis la mariée suit son exemple. — Cet antique 
usage est consigné dans quelques vieux rituels. Selon dom 
Martène, un missel de Paris du quinzième siècle en fait 
mention*. 

Nous avons rencontré plus haut, dans la cérémonie des 
treizainsj un souvenir de la coemptio romaine, sorte de man^ 
cipation (aliénation) de la femme à son mari qui, pai* un 
achat simulé, en devient le possesseur ; tious retrouvons évi- 
demment, dans ce léger repas, une réminiscence de la con- 
farreatio, cérémonie symbolique qui tirait son nom du gâteau 
de froment que mangeaient les deux époux en signe d'union. 
— En Chine, le bonze présente aux nouveaux mariés une 
coupe de viti à laquelle la femme porte d'abord ses lèvres et 
que brise ensuite le mari, après l'avoir vidée d'un trait ^. — 
Chez les juifs, lorsque les mariés sont sous la houpé ou dais 



* Voy. de Antiq, ritibus Ecclesiœ^ t. II, p. 376. 
2 Charles de Mutrécy, Campagne de Chine^ 1861. 



DU VIEUX TEMPS 47 



nuptial, le rabbin bénit une coupe de vin et la leur offre : 
Tous deux en goûtent *... 

En certaines paroisses, au moment d'entrer dans la mai- 
son, les mariés reçoivent sur la tête une pluie de chènevis 
ou de grains de froment. — Ceci rappelle Tusage où étaient 
les anciens Hébreux de répandre sur les nouveaux époux, 
après qu'ils avaient reçu la bénédiction nuptiale, des poignées 
de blé, en criant : Croissez et multipliez ! — A Carthage, il 
en était de même; chez les Athéniens, c'étaient des figues 
que l'on jetait sur le nouveau couple. 

Aux environs de Cluis et ailleurs, les mariés trouvent un 
balai placé en travers sur le seuil de la porte. Si la jeune 
^use est bonne ménagère, elle relève le balai, en donne 
deux ou trois coups par la chambre et le remet à sa place 
habituelle. Si elle passait par-dessus sans le relever et s'en 
servir, cela pronostiquerait chez elle fainéantise et désordre. 
— Chez les Frisons, la nouvelle mariée trouve aussi un balai 
en travers de la porte; mais elle saute par-dessus sans le 
déranger, parce qu'on le place ainsi pour conjurer les mau- 
vaises influences. 

En d'autres endroits du Berry, le^seuil est libre; seulement 
le mari, en entrant, prend derrière la porte un instrument de 
culture quelconque et va, dans la chènevière ou le couitiU 
bêcher ou piocher un instant, tandis que sa femme saisit une 
quenouille et se met à filer. 

Loi^ue ces rites antiques et depuis longtemps incompi'is 
ont été observés, tout le monde s'assied au banquet des noces^ 
Les uns, et ce sont surtout les vieux, tiennent souvent tablé, 
tans désemparer, plus de quarante^huit heures durant. Les 
jeunes gens ne s'en lèvent guèi*e que pour se livrer aux plai- 
sirs de bourrée. 

Bientôt, la voix nasillai'dé de la musette, les sons criards 



' Dtniel Stauben, Scènes de la vie juive en Alsace» 



48 SOUVENIRS 



et saccadés de la vielle, les soudains et sauvages ioul iou! des 
danseurs, les éclats de rires des danseuses, les fréquentes dé- 
tonations des pistolets, les chants discordants des buveurs, 
qui souvent mènent vingt branles^ différents à la fois, tout 
cela forme un concert assourdissant et charivarique impos- 
sible à décrire. 

Parmi les nombreuses chansons que font alors entendre 
les gens de la noce, il en est qui sont empreintes d'une naïveté 
passablement égrillarde; ce sont ordinairement les plus an- 
ciennes. D'autres ont plus ou moins de rapport avec la cir- 
constance. Nous nous contenterons de consigner ici les trois 
suivantes. La première a été recueillie aux environs de la 
Châtre et fournie par nous au Glossaire du Centre» Elle est 
curieuse en ce qu'elle reproduit l'un des plus gracieux inci- 
dents de l'entrevue de Roméo et de Juliette. La seconde a 
déjà paru en grande partie dans les Noces de campagne en 
Berry de M. de Laugardière. Nous la donnons entière et telle 
que nous l'avons entendu chanter par le grand Bigot, de la 
paroisse de Lacs (Indre). 

I 

L'aut' ceux soirs que c'était grand' fête, 

J' fus voir ma blonde en sa chambrette; bis. 

Tout aussitôt qu'aile m'a vu 

— « Galant mauvais, \ 

Par tes allées, par tes venues, i bis. 

Tu me déplais. ; 

— Si tu voulais, ma chère aimante, 

J' te parlerais de c' qui m' tourmente. bis. 

— Parlez tout bas, tout doux marchez, 

Mon cher aimi. 
Car si mon pèr' nous acoutait, [ bis. 

y serions péris! » 



* Airs de danse. — Mener un branle, c'est le chanter. Voy. la note 2 
de la page 10 t. II. 



DU VIEUX TEMPS i9 



A peine ensemble j' nous trouvions 

Qu' Talouett' fit. entend* sa chanson. bis. 

« Vilaine alouett', v' là de tes tours ; 

Mais tu mentis: \ 

Tu nous chantes le point du jour; [ bis. 

C'est pas ménuit! » ) 

Ah ! si Famour prenait d* racine, 

J'en planterais par tout' ma vigne; bis. 

J'en planterais dans mon jardrin, 

Aux quatre coins, 
Et j'en bârais à ceux câlins \ bis. 

Qui n'en ont point*. 

II 

« Ma beir, fasez-moué un bouquet 

Qui siet ben fait; 
Étachez-lou d'une soie varte, 

Ben proprement; 
Mes amourett's, étou les voûtes, 

Séyint dedans. » 

La belle, en fasant le bouquet, 
Ail' soupirait : 

— « Vous m' laîrez donc éci enceinte 

De c'cber enfant L.. 
Quand qu' c'é qu' vous r'vinrez de la guerre, 
I sera grand... 

Et qoué donc que j' frai de c't enfant 
Quand i s'ra grand?... » 

— « La bell', vous li f rez un' cocarde 

De riban blanc; 
Vous Tenvirez rejoindr'son père 
Au régiment. 



* Glossaire de lapremière chanson : — L'auV ceux soirs, pour l'autre de ces 
soirs, c'est-è-dire : l'autre soir,.., c'est ainsi que nouïdisons Vaut* ceux jours 
pour l'autre jour, — Qu'aile^ qu'elle. — Aimante, aimi, amante, ami. — 
Acouiaitj écoulait.— Péris, morts. — Tu mentis, tu mens.— Bûrais, bail- 
lerais, donnerais.— Ménuit, minuit; c'est d'après la même règle que nous 
disons médi pour midi. — Jardrin, jardin. 

T. II. 4 



50 SOUVENIRS 



— Et qu' diront-is au régiment, 

En le voyant? 

— Is diront tous : « Par la morguienne! 

» V'ià un cadet! 
» Fasons-en noute caputaine, 
» A lui r bouquet * 1 » 

Quelquefois un chœur de toutes jeunes filles entonne gaie- 
ment la cantilène suivante, dont Tâirest charmant : 

Vers cheuz nous, zeux mariont tous, 
Gnya que moue qui garde Tâne; 
Vers cheuz nous, zeux mariont tous, 
Gnya que moue qui garde V tout. 
Quand mon tour veinra, 
Gard'ra l'âne, 
Gard'ra Fane, 
Quand mon tour veinra, 
Gard'ra Tâne qui voudra 2. 

Pendant Tinterminable repas des noces, et au moment où 
Ton va servir le rôti, le marié et la mariée se lèvent un 
instant de table et vont s'asseoir à l'écart, une serviette sur 
leurs genoux, et sur la serviette leur cochelin^ c'est-à-dire 
l'écuelle à couverture d'étain dont nous avons parlé plus haut; 
mais aujourd'hui, le cochelin est presque toujours remplacé 



^ Glossaire de la deuxième chanson : — Fasez-'^moué, faites-moi. — Etachez-* 
/ow, attachez-le, liez4e. — Étou [etiam) les voûtes, aussi les vôtres.— Séyint 
soient. — Vous m' lairez donc éci^ vous me laisserez donc ici. — Qiuind 
qu* c'é qu* vous r'vinrez, pour quand que c'est que vou^ reviendrez ^ c'est-à- 
dire : quand vous reviendrez. — Riban^ ruban ; racine de ribanbelle, peutr 
être.— EnvîreZf enverrez. — Cadet, fort, vigoureux gaillard; luron, 
comme on dit trivialement. — Noute caputaine, notre capitaine. — A lui 
V bouquetj à lui la palme* Voy. le mot Bouquet dans le Glossaire du 
Centre. 

^ Glossaire de la troisième chanson : — Zeux mariont, pour se marient * 
Eux, précédé d'un z euphonique, s'emploie très-fréquemment pour «e» — ^ 
Gnya, contraction de il n'y a : 

n gnia bffice qui quierniej Je sis votre serviteur. 

(MotiàRE) lé Médecin malgré lui, act. II; se m.) 

— Veinra^ viendra. 



DU VIEUX TJEMPS Si 



par un plat ou un saladier. Les époux ainsi placés, ceux 
d'entre les convives qui désirent leur faire un cadeau s'ap 
prochent et déposent tour à tour dans le vase quelques 
pièces d'argent, et reçoivent en retour un baiser de la mariée. 
Anciennement, on donnait au nouveau couple, en cette 
circonstance, au lieu d'argent, divers objets propres à monter 
son ménage, tels que du linge, de la vaisselle, des provisions 
de bouche, etc., etc. 

Quand* le soir arrive, et lorsque l'obscurité commence à 
envahir la vaste grange qui, d'ordinaire, sert de salle de fes- 
tin, un jeune garçon alerte et subtil, profitant du bruit et 
de la confusion qui régnent dans l'assemblée, se glisse sous 
la table jusqu'à la place occupée par les nouveaux époux, et 
enlève adroitement l'une des jarretières de la mariée. Il repa- 
rait bientôt, se faisant gloire de sa conquête aux yeux de 
toute l'assistance qui l'applaudit et avec laquelle il partage 
joyeusement son trophée. — Ce larcin emblématique annonce 
àla jeune épouse la perte prochaine d'un trésor plus précieux. 
Si, le jour des noces, l'épousée brise ou déchire, par acci- 
dent, quelque partie de son ajustement, cela est regardé 
comme de très-bon augure pour le mari. — C'est tout le 
contraire en Russie, où le moindre dommage qui arrive à 
h toilette de la mariée lui présage un fâcheux avenir et 
nème une mort prochaine. 

Dans le cours de la soirée, plusieurs jeunes filles s'appro- 
diont de la nouvelle épouse, et Tune d'entre elles lui pré- 
Kote tour à tour un énorme bouquet et un gâteau, en lu 
adressant ces couplets : 

Nous venons, à ce soir, 
Tout dret de nout' village. 
Pour vous faire à savoir, 
A perpos d' vout' mariage, 
Madam', que j' vous souhaitons 
Tous les plus heureux dons^ 



42 SOUVENIRS 



des présents en les mariant^. )> — Cet usage existe également 
chez les Hindous, depuis un temps immémorial, et malgré 
les lois de Manou. Enfin, File d'El-Binan, située sur la côte 
de Sumatra, est si célèbre, en Orient, pour la beauté de ses 
femmes, qu'elle est fréquentée depuis des siècles par les 
peuples asiatiques, qui viennent de tous côtés y acheter leurs 
épouses. 

Expliquons maintenant pourquoi les pièces de monnaie 
données, chez nous, par le mari à l'épousée, sont toujours 
au nombre de treize. — On doit voir dans ces treize pièces 
d'argent autre chose que le prix effectif de la femme, ou le 
montant réel de la dot offerte à l'épouse ; on doit les consi- 
dérer comme des arrhes nuptiales. Ces arrhes, d'après la 
coutume des Francs et le texte même de la loi Salique, 
étaient toujours composées de treize deniers y quels que 
fussent d'ailleurs le rang et la fortune du fiancé. Cela résulte 
clairement du passage suivant extrait de la chronique latine 
du moine Frédégaire : — « Les envoyés du roi offrirent à 
Qotilde, selon la coutume des Francs, le sol et le denier y puis 
ils l'épousèrent au nom de Clovis^. » 

Nos treizains représentent donc le sol et le denier ^ c'est- 
à-dire treize deniers ^, et cet usage est d'origine germanique. 

Gardons-nous d'oublier que ces treizains^ une fois bénits, 
acquièrent et conservent à jamais une foule de propriétés 
merveilleuses. Par exemple, il suffit d'en glisser un, secrè- 
tement, dans les vêtements d'un amoureux qui va demander 
une jeune fille en mariage, pour que sa démarche réussisse; 
fût-il un malotru, s'adressât-il à une princesse! 

Il n'y a pas encore très-longtemps, dans quelques églises 
du Berry, on présentait à la nouvelle mariée une quenouille 



• Regnard, Voyage en Laponie. 

2 Frédégaire, Epitom. 18 ; — M. Michelet, Orig. du droit français. 
3 Ces treize deniers valaient, au temps de Charlemagne, 4 fr. 30 c. de 
notre monnaie actuelle ; chaque denier représentant 33 de nos centimes. 



DU VIEDX TEMPS 43 



garnie de chanvre, dont elle filait une ou deux aiguillées^. 
On retrouve cet usage dans certains cantons du pays char- 
train, où la mariée, au sortir de Téglise, s'agenouille sous 
le porche, devant la statue de sainte Anne, fait trois signes 
de croix, prend une quenouille que porte la sainte, la met à 
son côté, et file pendant un moment^. 

Cette vieille pratique semble avoir été presque générale 
dans les premiers siècles du christianisme. C'était ordinaire» 
ment dans un petit oratoire dédié à la Vierge que s'accom* 
plissait alors la cérémonie symbolique de la quenouille, qui, 
selon toute apparence, avait pour but de glorifier le travail. 
Chez les Francs nouvellement convertis au christianisme , 
les parents de l'épousée, à l'issue de la messe nuptiale, pre- 
naient sur l'autel de la Vierge une quenouille et la donnaient 
i filer à la jeune femme, en lui disant : — a N'oublie pas 
que Dieu bénit le travail domestique de la compagne de 
l'homme 3. » 

Hais cette coutume était bien antérieure à l'ère chrétienne, 
car les Gaulois la connaissaient. Chez eux, la Vierge et 
sainte Anne étaient remplacées par la déesse Néhalennia, et 
c'était devant sa statue que l'on conduisait l'épousée aussitôt 
après la célébration du mariage. Cette statue, placée dans un 
bosquet, avait le visage voilé ; elle portait une corbeille rem- 
plie de fruits, un chien se tenait à ses pieds *. Ainsi en pré- 
aence de la déesse, la jeune épouse recevait une quenouille 
consacrée, chargée de chanvre, qu'elle filait un instant. — 
Au dire des mythologues, la déesse Néhalennia protégeait 
l'intérieurdes ménages; son voile était le symbole de la pudeur, 
wn chien celui de la fidélité, etc. — On serait presque tenté 



'M. Ribault de Laugardière, les Noces de campagne en Berry^ p. 19. 
*J. Laprade, Erreurs et préjugés des paysans. 
' Mémoires de l'Académie celtique, t. IV. 

^Voy. sur cette déesse, Servais Gale, Dissert, de SibylUs, etc., ch. 36; 
"^ Keisler, Ant, sq^t, et celt. ; Montfaucon, Antiq. expliquée^ t. Il, p. 443. 



54 SOCYBUIRS 



semblable, s'établit entre les porteurs de la rôtie et les nou- 
veaux époux *• 

£n Bretagne, dit M. de la Villemarqué, a le jour de la 
noce à minuit, on déshabille la mariée devant tout le monde 
et on la couche; son mari se place auprès d'elle, on leur 
sert une soupe au lait^ et quelquefois on remplit le lit nup- 
tial de petits enfants... Cependant biniou et bombardes jouent 
Tair de la soupe au laity dont les jeunes gens et les jeunes 
filles chantent les paroles *. » 

Une cérémonie analogue, mais beaucoup plus indécente, 
a lieu, en Chine, dans la même circonstance. A peine entrés 
dans la chambre nuptiale, les époux chinois reçoivent la 
visite de leurs amis, a qui ne se contentent pas, comme en 
certains pays, d'adresser des compliments plus ou moins 
flatteurs à la mariée, mais qui lui font subir une rigoureuse 
et outrageante inspection, qui, en dépit de la coutume du 
pays, doit mettre à une rude épreuve la pudeur de la jeune 
Chinoise ^. » Chez les Arabes, « la sœur ou la mère du nou- 
vel époux va trouver la mariée au lit, ou pour mieux dire, 
sur le tapis; elle la déshabille, et le vêtement de l'épousée 
est promené au bout d'un bâton par les femmes, qui jettent 
des cris d'allégresse en l'honneur de la mariée *. > 

Enfin toutes ces réjouissances nuptiales sont couronnées 
le second ou le troisième jour des noces, par la plantation 
du chou, bouffonnerie allégorique et philosophique, où le 
chou figure comme symbole de la fécondité, et dont nous 
ne nous aviserons pas de parler, après la curieuse et com- 
plète description qu'en a donnée M"® Sand, à la fin de la 



' J. luprade, Erreurs et préjugés des paysans. — Voy., pour tous les 
couplets insérés dans cp chapitre, les Noces de campagne en Berry de 
M. Ribault de Laugardière. 

^Barzaz-Breiz, t. II, p. 314. 

3 Charles de Mutrécy, Campagne de Chine, 1861. 

^J, Zaccone, de Batna à Tuggurt, 



DU VIEUX TEMPS 55 



Mare au diable. Nous remarquerons seulement, à propos de 
ce chou que Ton place, orné de rubans et de banderoles, 
sur le toit de la maison que doit habiter le nouveau couple, 
qu'au Japon on met des pavillons au haut de la demeure 
où le marié conduit sa nouvelle compagne ^ 

Nous noterons encore que le chou est toujours entouré, 
dans la corbeille où on le plante, de petites baguettes enru- 
bantées qui supportent des pommes, ordinairement au nom- 
bre de [trois. Or, d'après les poésies bardiques, la pomme, 
dans la symboUque végétale des Gaulois, était un fruit mys- 
tique, et l'arbre qui le produit était considéré, ainsi que 
dans la Genèse, comme Tarbre de la science. De plus, les 
traditions galloises nous apprennent que le paradis terrestre, 
ou plutôt rÉlysée des druides, était connu sous le nom d'Ile 
d'Âvalon ou d'/Ze des pommes {aval signifiant pomme en 
breton, et avalou pommier). Cette ancienne île d'Avalon est 
aujourd'hui une île britannique appelée Glastonbury ; elle 
abonde en pommiers, et les savants lui trouvent tous les 
caractères d'un ancien sanctuaire druidique 2. — Dans la 
légende de l'enchanteur Merlin, il est aussi question d'une 
Be des pommiers, appelée Ylle du bonheur^ où se cueille le 
fruit de prophétie. 

Les anciens, en général, semblent avoir attribué à la 
pomme et au pommier certaines vertus aphrodisiaques. 
Ainsi s'expliquerait ce cri de la jeune épouse, dans le 
Cantique des cantiques : — « Faites-moi une couche 
de pommesy car je me pâme d'amour^ ». Ainsi s'explique- 
raient encore ces paroles que l'on trouve un peu plus loin : 
— € Je t'ai réveillée sous un pommier j là où t'a enfantée 



» Histoire des religions et des mœurs de tous les peuples du monde, 1. 1, 
p. 161. 

^ Barxaz-Breis t. I, p. 282. 
^Cant. des eanl., 11, 5. 



56 SOUVENIRS 



celle qui t'a donné le jour ^. » Enfin, dans les vieilles poésies 
bretonnes du Barzaz-Breiz^y un jeune amoureux chante : — 
ce J'ai dans le courtil de ma mère, un pommier chargé de 
firuits... Quand viendra ma douce belle... nous irons, ma 
douce et moi, nous mettre à Tombre dessous. » D'un autre 
côté, si la mythologie grecque représente quelquefois les 
Destinées ou les trois Parques avec des pommes à la main ^, 
c'est que ces divinités présidaient à la conception et aux 
enfantements. — Remarquons encore que les musulmans 
parlent beaucoup d'un pommier qu'ils appellent Yarbre de 
la vie. Ce pommier, disent-ils, est sorti des pépins de la 
pomme d'Héva^ et produit des fruits merveilleux qui procurent 
la force et la grâce d'une éternelle jeunesse. Il est question, 
dans la mythologie Scandinave, de certaines pommes qui 
avaient des propriétés semblables : « L'Asesse Iduna con- 
serve dans une boîte des pommes dont les dieux se nour- 
rissent quand ils se sentent vieillir; elles leur rendent la 
jeunesse... ^. » 

Au reste, la pomme figure également dans les noces bre- 
tonnes, et nous en avons déjà parlé plus haut, p. 24, t. II. 

Nous allons rappeler, en terminant ce chapitre, plusieurs 
droits seigneuriaux qui, autrefois, en Berry, concernaient 
les mariages et dont quelques-uns n'ont cessé d'être en vi- 
gueur qu'à la fin du dernier siècle. 

La veuve la plus récemment remariée de la rue d'Indre, 
à Châteauroux, était tenue de se présenter tous les ans, le 
mardi de Pentecôte, devant la grande porte du château. Là, au 
milieu de tous ses voisins, qui lui servaient de cortège, et 
portant sur sa tête un pot de terre plein de roses et décoré 

> Gant, des cant., viii, 5. 

2 T. II, p. 349. 

^ Dom Martin, Religion des Gaulois, t. II, ch. xxiii et xxiy. 

* les Eddas, traduction de M»« R, du Puget, p. 60. 



DU VIEUX TEMPS 57 



de rubans, elle était reçue par le seigneur de l'endroit ou 
par son représentant qui, après que la veuve remariée avait 
chanté une vieille chanson, toujours la même depuis des 
siècles, brisait avec un certain cérémonial le pot aux roses, 
taïuiis que la chanteuse l'avait encore sur la tête. — Ce droit, 
disent quelques-uns, était dû au seigneur de Châteauroux 
pour le dédommager d'une dîme autrefois perçue sur la 
prairie où la rue d'Indre avait été construite *. — Il est à 
remarquer qu'en cette circonstance, toutes les personnes, 
hommes et femmes, qui accompagnaient la veuve au pot de 
roses, portaient à leurs chapeaux ou à leurs coiffes une aille 
vert (sic). 

A Palluau (Indre), les personnes veuves qui avaient fait 
wn recarrelage 2, c'est-à-dire qui avaient convolé, dans le 
cours de l'année» devaient, le jour de la Pentecôte, casser 
fa ott/te {olla). — n s'agissait encore ici d'un pot de terre, 
mais qui, cette fois, était placé au haut d'une très-longue 
perche, et que l'on s'évertuait à briser à coups de pierre et 
de bâton. 

A Quantilly (Cher), le jour du Saint-Sacrement, c'était le 
ànÀt de Bertholle que les époux de l'année devaient à leur 
seigneur. Ce droit consistait en un jeu semblable à celui de 
la ùnlle en usage à Palluau ^. 

L'habitude de casser la oulle^ à l'occasion des mariages, 
existe toujours dans quelques cantons de notre Sologne 
berrichonne. Là, ce sont les gens de la noce qui, armés 
d'un bâton et les veux bandés, cherchent à briser la oulle. 
Celui qui y parvient reçoit pour récompense un baiser de 
la mariée. 

' Dalphonse, Staixstiq^js du département de l'Indre, p. 264. — Voy. la 
page 262 du Compte rendu de la Société du Berry (années 1863-1804), 
vous y trouverez un procès verbal concernant la présentation de ce 
pot de fleurs. 

*Vo). ce mot dans le Glossaire du Centre. 

*M, Rainai, Histoire du Berry, t. II, p. 209, 



58 SOUVENIRS 



Toutes ces vieilles coutumes ne doivent pas être sans ana- 
logie avec celle où sont nos paysans de briser les verres et 
les pots qui ont servi à arroser le chou, lors de sa planta 
tion. — Au reste, on dit encore en plusieurs contrées du 
Berry casser le pot, pour dire marier Tune de ses filles, et 
surtout sa dernière fille. 

Ce pot cassé, à propos de mariage, nous fait ressouvenir 
que, parmi les gitanos ou bohémiens, les alliances matrimo- 
niales s'accomplissent par la simple et unique formalité du 
bris d*un vase de terre que cassent les deux époux. On sait 
que pour épouser la belle Esméralda, Pierre Gringoire ne 
fut astreint par le roi de Thunes qu'à ce mystérieux et 
symbolique cérémonial. 

Chez les Juifs de l'Alsace, lorsque deux familles ont réglé 
es conditions d'un mariage, on mande le scribe pour dresser 
le contrat, et aussitôt après on casse la tasse, ce qui 
accomplit les fiançailles. — Nous avons dit plus haut que 
lors de la célébration d'un mariage israélite, et tandis que 
les fiancés sont sous le dais nuptial, le rabbin présente une 
coupe remplie de vin aux deux époux, qui la portent à leurs 
lèvres; nous devons ajouter qu'aussitôt ce rite observé, le 
marié brise la coupe en la jetant dans une vasque de marbre 
placée près de l'autel. — Nous avons dit également que chez 
les Chinois les choses, en pareille circonstance, se passaient 
exactement de la même manière. 

Remarquons encore, à propos des mariages israélites, que, 
1 e jour de la bénédiction nuptiale, au sortir de la synagogue, 
le cortège rencontre toujours sur son chemin le schamess ou 
bedeau, balançant dans ses mains une bouteille pleine de 
vin, qu'il brise au moment où passent les mariés*. 

Enfin, dans la vallée d'Égerlande, en Bohême, on présente 
à la mariée, lorsqu'elle fait son entrée dans la maison de son 

» Daniel Stouben, Scènes de la vie juwe en Alsace. 



DU VIEUX TEMPS 59 



^ux, un verre plein de vin dont elle avale le contenu et 
qu'elle jette ensuite par-dessus son épaule. Si le verre se 
casse, c'est un bon présage. Dans le cas contraire, les gens 
delà noce s'empressent de le mettre en pièces ^ 

Voici maintenant quelques rites matrimoniaux autrefois 
observés dans certains cantons du Limousin ou de la Marche, 
qui ne sont pas sans rapport avec les coutumes que nous 
venons de rappeler. 

La veille de la Pentecôte, chaque habitant de la ville de 
Dorât était tenu de porter devant le château un faix de 
joncs \ tandis que les nouvelles mariées chantaient une 
dianson en l'honneur de la fête et du comte de la Marche ; 
après quoi elles se prenaient par la main et faisaient trois 
fois le tour du château en dansant. 

« Le jour du mardi gras, à onze heures du matin, les jeunes 
gens de la même ville qui avaient été mariés ou tonsurés 
pendant l'année, achetaient un grand lard (un porc gras) que 
l'on distribuait à la porte de l'église de Saint -Pierre ^. 



' Pierre Dick, dans l'Univers illustré du 21 mars 1866. 

'C'était avec ce jonc que Von jonchait, en été, les salles des châteaux 
et des maisons, les écoles de l'Université et les églises, où, jusque vers 
l« fin du seizième siècle, on ne voyait ni chaises ni bancs; et tout le 
monde s'asseyait sur cette jonchée; aussi ceux qui la vendaient criaient- 
ils alors dans les rues du vieux Paris : 

Joncs verdoyants ! fraisches ramées ! 

[Le Dict des crieries de Paris.) 

« Les commères s'en viennent à l'oustel (à la maison) et se séent à 
lentourdun beau feu, si c'est enyver ; et si c'est en esté, elles se mectent 
sur le jonc. » {Les Quinze Joyes de mariage^ p. 125 de ledit., elzév. de 
P-Janet.) 

' Cette distribution de lard ou de porc gras était assez commune au 
naoyen âge. A Vatan (Indre), a la charité du lard consistait en un revenu 
^^ plus de 200 livres. Ce revenu était employé, d'abord par la mala- 
<ïwriede Saint-Jean de la Marzaut, puis par l'Hôtel-Dieu de Vatan, à 
«cheter plusieurs porcs qu'on salait et qui étaient distribués, le mardi 
PM, aux pauvres de Vatan et des environs... On portait en pompe au 
*«igneur un morceau de porc salé; les officiers de la justice y avaient 
>us8i leur portion ; ensuite la distribution s'en faisait à tous les pau- 
ses qui se présentaient. » — (Extrait d'un vieux manuscrit du dix-hui- 
tième siècle, espèce de chronique locale de la ville de Vatan.) 



60 SOUVENIRS 



Cela fait, le prévôt de ladite église, portant à son col un 
petit enfant, passait sous un globe de verre suspendu en 
Tair et rempli d'eau. Au même instant, le chanoine heb- 
domadier cassait le globe avec une gaule, et si le prévôt 
passait assez vite et assez adroitement pour n'être pas 
mouillé, il recevait une rétribution. Puis, à l'heure de midi, 
les acteurs de cette scène, auxquels se réunissaient les prin- 
cipaux bourgeois de la ville et tout le populaire, se trans- 
portaient en face du château en se tenant par la main et en 
dansant aux sons des trompettes, tambours, hautbois et cor- 
nemuses qui précédaient la foide. Arrivé devant le château, 
on en faisait trois fois le tour, en chantant en l'honneur des 
seigneurs des couplets dont la tradition a conservé le refrain 

suivant : 

Vivo li quens de la Marcho, 

Siour dau Daurat en Basso-Marcho ! 

Lindedin, vivo Mariote, 

Nostro domno din quelle grotte! 

» A chaque tour, on s'arrêtait devant la porte principale 
du manoir, et l'on criait par trois fois : 

(( Salut au seigneur comte ! salut à madame la comtesse ! 
Que Dieu leur accorde de longs jours ! » 

» Alors si le comte était au château, il devait en sortir, 
recevoir gracieusement les habitants et leur offrir à boire un 
coup de bon vin dans un godet de bois. Après quoi, tous les 
nouveaux mariés qui faisaient partie du cortège donnaient 
chacun quatre deniers tournois au capitaine du château. 

» Ces usages sont mentionnés dans une transaction en 
latin faite, en Tan 1324, entre le comte de la Marche, Louis P', 
duc de Bourbon, et le chapitre du Dorât *. » 

Indépendamment du jeu de la oulle, auquel étaient assu- 
jettis ceux des habitants de Paliuau qui se mariaient en se- 
condes noces, tous les nouveaux mariés, indistinctement, de 

— '■ ' ■■■■■-■ -■ ■ I ,, I »— . —■■■■■ ■!■ ^If ■ „ - | l ' I . " ' 

' Joullietton, Histoife de la Marche, 



DU VIEUX TEMPS 61 



cette seigneurie étaient obligés, aussi le jour de la Pentecôte, 
sous peine de trois livres d'amende, de courir Vétenf, c'est- 
àrdire de se disputer un ballon ordinairement de la gros- 
seur d'un boulet de vingt-quatre. — Le jeu de Yéteuf était 
absolument le même que celui de la soule^ encore en usage 
au dernier siècle dans le Morbihan et le Calvados ^ 

Les hommes nouvellement mariés de la châtellenie de 
h Motte-Chauveron, qui n'était séparée de Palluau que par la 
rivière de l'Indre, devaient apporter, tous les ans, le jour de 
h Pentecôte, un éteuf^ et le remettre, en présence du bailli, 
et, à trois reprises différentes, entre les mains du comte de 
Palluau ou de son procureur fiscal. Le comte, ou son 
lieutenant, chaque fois qu'il recevait Yéteuf, le lançait contre 
celui qui venait de le lui donner, et si le nouveau marié en 
était atteint, il devait payer à son seigneur la somme de 
trois livres. Pareille somme était due par ceux qui négli- 
geaient de présenter Yéteuf. 

De leur côté, et dans les mêmes circonstances, les nou- 
velles mariées de la Motte-Chauveron offraient au comte de 
de Palluau un chapeau de roses rouges, et de plus il leur était 
enjoint de s'assembler, à la suite du jeu de Yéteuf et de 
chanter, l'une après l'autre, en présence du seigneur ou de 
son procureur, une chanson en danse ronde. — Les nou- 
veaux mariés de la Motte-Chauveron devaient en outre en cette 
occasion, au comte de Palluau, un pot de terre tout neuf*^. 

Dans la châtellenie de Mareuil (Cher), ceux qui s'étaient 
variés dans l'année donnaient, le jour de la Trinité, à leur 
seigneur ou à son représentant, qui prenait en cette occur- 
rence, le titre de roi des bacheliers^, un éteuf, ou balle de 



'Voy. plus haut, p. 86, t. I, ce qui concerne V éteuf et la sole, 

'M. le Ticomte Ferdinand de Maussabré, Généalogies histotiqiMs ; 

^miUe Palluau. 
' Voy. le Dictionnaire des fiefi de Renauldon. Paris, 1788 ; au mot 

Biehellerie. 



62 SOUVENIRS 



paume de trente-^ux carreaux et de neuf couleurs; ceux 

qui s'étaient mariés en secondes noces donnaient un billard 

de deux pieds et demiy compris la masses qui doit être éTun 

pied et demi y et chacun deux billes neuves^. — Ce billard 

n'était autre chose qu'un bâton {billuSy en basse latinité) 

qui servait de manche à la masse. Les deux réunis, formaient 

une espèce de maillet avec lequel on poussait les billes ou 

boules, au jeu du mail. Villon a dit : « et un billard de 

quoi on crosse », et, dans nos vieux Noëls, des bergers qui 

vont voir l'Enfant Jésus disent à l'un de leurs camarades 

qui a des mules aux talons : 

Marche devant, pauvre mulard, 
En t'appuyant sur ton billard 2. 

Enfin, les personnes de Mareuil qui convolaient en troi- 
sièmes ou quatrièmes noces, étaient astreintes au même 
devoir que celle squi convolaient en secondes, à moins 
qu'elles ne préférassent payer deux oisons et vingt deniers. 

Avant la révolution de 1789, tout habitant du village de 
Villiers (Cher) qui se mariait en premières noces devait un 
roihrxj^ c'est-à-dire un roitelet^, au seigneur de Mareuil. 
Ce droit se payait, le jour de la Trinité qui suivait le ma- 
riage, entre les mains du fermier des redevances seigneu- 
riales, qui, comme nous venons de le dire, prenait le titre 
de roi des bacheliers toutes les fois qu'il s'agissait de l'ac- 
complissement d'un devoir matrimonial. 

Voici dans quelles formes s'exécutait ce singulier paiement : 
— Le roibry était placé sur un pot de banne^^ c'est-à-dire 

' M. Raynal, Histoire du Berry^ t. II, p. 208* 

2 Billard est encore un surnom que l'on donne quelquefois, chez nous, 
aux boiteux qui s'aident d'un billard ou bâton pour marcher. 

'Voy. plus loin, à la table des matières, le mot : Roi-Bertaud (le). 

* Pôt ou pau ; ces deux termes berrichons correspondent aux deux 
mots latins poslis et palus^ et signifient joteu, pal. Les deux formes ont 
leur analogues dans le vieux français : — a Lia à un post bien estrait. » 
(2* traduction du Chastoiement^ cont. 11.) — « Panurge emmancha en ung 



DU YIBUX TEMPS 63 



sur une longue et forte perche que les nouveaux mariés 
soutenaient avec leurs épaules par un bout, tandis que 
l'autre était porté par un tiers, et Ton s'acheminait ainsi 
vers le château. Cette redevance acquittée, le Roi des ba- 
cheliers et les mariés, accompagnés d'autant de musiciens 
qu'ils pouvaient s'en procurer, allaient prendre le seigneur 
et la dame de Mareuil, les conduisaient à la messe et les 
ramenaient ensuite chez eux. Puis, dans l'après-dînée, on 
allait tirer la quintaine sur la rivière de l'Arnon et sous les 
fenêtres du château ^ 

Le représentant du seigneur n'était qualifié, en ces occa- 
sions, de roi des bacheliers que parce qu'il devenait, pendant 
ses cérémonies, le conducteur, le chef des bacheliers ou 
garçons d'honneur de la noce. On a déjà vu plus haut que 
les jeunes filles qui, dans quelques cantons du Berry, ac- 
compagnent la mariée en qualité de filles d'honneur, portent 
«icore le nom de bœhelieres. — Les bacheliers^ dont le nom 
vient, selon toute probabilité, du latin baecalisy ne furent 
ainsi appelés que parce que, sans doute, une branche de 
laurier, de gui, etc., garnie de ses baies, de ses perles 
(ftoccœ), était autrefois l'attribut de leurs fonctions. C'est 
ainsi que les bazvalan de la Bretagne doivent lem* nom au 
rameau de genêt fleuri qui leur sert d'insigne. 

A Mehun-sur-Yèvre (Cher), ceux qui s'étaient mariés dans 
Tannée tiraient la quintaine^ le jour de la Pentecôte, sous 
les fenêtres du château. Ils oflraient de plus, dans la même 
occasion, un chapeau de roses^ au procureur de la seigneurie 



grand jNitt les cornes du chevreul et la peau... » (Rabelais, PantagnteL) 
L* banne ou le banneau est un grand vase en bois, à oreilles percées, 
dans lequel on écrase le raisin en temps de vendange. Le pôt. passé dans 
Itt oreilles de la banne, sert à le transporter. 

'Boutaric, Traité des droits seigneuriaux; — Raguau, Indices de^ 
^^^ royaux et seignemiaux, 

^Cfis chapeaux ou couronne de roses^ d'origine romaine, étaient encore 
d'osige au moyen âge. ^ Dans un past ou festin que les écheyins dé 



64 SOUVENIRS 



et une collation au greffier, mais le fermier des amendes 
était tenu de leur fournir un menestrier. — Ceux qui, pré- 
venus la vielle, n'acquittaient pas ces redevances, s'exposaient 
à une amende de soixante sols. Étaient afiranchis de la quin- 
laine les nouveaux mariés auxquels il était survenu des 
enfants dans Tannée*. 

On sait que la quintaine était un exercice dans lequel on 
s'amusait à jouter contre un mannequin ou jaquemart affublé 
d'un bouclier et emmanché dans un pieu fiché en terre. Cfe 
jaquemart, muni de longs bras, était posé sur un pivot 
mobile, et toutes les fois que la lance ou la perche- des 
jouteurs le frappait ailleurs qu* entre les quatre membres, 
comme on disait alors, il tournait brusquement sur lui- 
même et assenait aux maladroits une violente gourmade. 

« Comme anciennement les seigneurs demeuraient pres€[ue 
tous dans leurs terres, leurs justiciables, pour les amuser, 
allaient prendre le divertissement de la quintaine sous les 
fenêtres du château 2. » — Cet amusement était alors, dans 
notre Berry, aussi en vogue qu'en aucune autre province de 
France. Dans la baronnie de Mézières-en-Brenne, on tirait 
la quintaine, une fois Van, sur la rivière la plus proche du 
château, et ceux qui manquaient au jour indiqué ou qui 
faisaient semblant de rompre leurs lances, devaient une 



Saint-Quentin (Aisne) recevaient tous les ans, au douzième siècle, du 
châtelain de la vicomte, les dits échevins étaient servis parle procureur 
et le greffier de la ville portant serviette sur l'épaule et une couronne de 
fleurs sur la tête. (Fouquier Cholet, des Mœurs, visages, etc., dans la ville 
de Saint-Quentin, depuis le septième siècle jusqu'à nos jours; Saint- 
Quentin, 182j^.) — Lorsque le connétable servait le roi pendant son repas, 
ce grand dignitaire avait sur la tète un chapel de roses. (Le Grand d'Aussy, 
Vie privée des Français^ t. Il, p. 246.) — Voy. plus haut la note de la 
page 190, t. L 

^ Renauldon, Traité des droits seigneuriaux^ in-^», 1765; — Dictionnaire 
des fiefs du même auteur : — Rainai, Histoire du Berry , t. II, p. 209. 

2 Commentaire sur le Traité des droits seigneuriaux de Boutaric, édi- 
tion de 1775, p. 654. 



ou VIEUX TEMPS 65 



amende de soixante sols au seigneur ^ Tous les ans, le di- 
manche d*aprës la Trinité, les meuniers des moulins des 
Planches, de Pont-RouUin, de Villebernin et du Breuil, qui 
étaient assujettis aux droits de frappe-pal et de quintainey 
donnaient ce spectacle au comte de Palluau ^. Le même 
usage existait dans la baronnie de Preuilly, située sur les 
confins de la Touraine et du Berry : — « Le jour de la 
Trinité, 1432, P. Frotier, baron de Preuilly, fait jouter ses 
meuniers à la quintaine ^. » 

Le frappe-pal différait de la quintaine, en ce que c'était 
ordinairement un long pal ou poteau que Ton plantait au 
milieu d*une rivière, et contre lequel les lutteurs, montés 
sur des batelets, joutaient avec de longues perches. Si, le 
bateau lancé, la pointe de la perche ne rencontrait pas le 
pal, le jouteur était exposé à faire un plongeon dans la 
rivière, ce qui divertissait fort Fassistance. 

Ces tournois de vilains attiraient toujours un grand cou- 
cours de peuple, et Boutaric nous apprend que, tandis que 
1^ justiciables s'évertuaient ainsi, avec plus ou moins de 
bonne volonté, à distraire leurs maîtres, « les jeunes seigneurs 
bicsou ecclésiastiques se mêlaient dans la foule et prenaient 
8U» &çon, avec les jeunes filles et surtout avec les nouvelles 
DMriées, des libertés publiques que la décence des mœurs 
^proscrites dans la suite ^. » 

A Saint-Août (Indre), les nouveaux mariés étaient obligés 
d'aller, au sortir de la messe nuptiale, embrasser le seigneur 
deTendroit; à son défaut, le fermier de ses terres; en l'ab- 
*ûce de l'un et de l'autre, ils baisaient le corré^, ou verrou 

,, ' Commentaire sur le Traité des droits seigneu/riaux, de Boutaric, édi- 
»on de 1775, p. 654. 

M' Ferdinand de Maussabré, Généalogies historiques. 

Mémoires de la Société archéologique de Touraine, VI, 265. 

'traité des droits seignewriauXf p. 654. 

Habelais emploie le mot courrail dans le sens de verrou : «c J'en seray 

"wa fort tenu au cowrrail de vostre huys. » [Pantagruel, 1. IV, ch. vi.) 

T. II. 5 



66 SOUVENIRS 



de la grande porte du manoir seigneurial. Cela se pratiquait 
encore ainsi à Saint-Août, avant la révolution de 1789. — 
Au reste, les Coutumes de Berry, d'Auxerre et de Sens disent 
positivement qu'en Tabsence du seigneur, le vassal baise le 
verroil de rhuisK 

Nous ajouterons, à propos de cet usage, que nous tenons 
d'une vieille personne très-digne de foi, qu'anciennement, 
à Bourges, beaucoup de nouvelles mariées, en sortant de 
l'église, embrassaient indistinctement tous les passants qu'elles 
rencontraient dans les rues. Cette naïve effusion de bonheur 
n'eût pas laissé que d'être très-fatigante dans une ville plus 
peuplée que Bourges. — Au surplus, la Marche et quelques- 
uns de nos cantons limitrophes de cette province ont con- 
servé cette coutume : — « Dans ces pays, les femmes et 
les jeunes filles sont sages et vertueuses, ce que pourtant on 
aurait peut-être de la peine à croire, en les voyant, le jour 
de leur mariage, courir embrasser tous ceux qu'elles ren- 
contrent. Quels qu'ils soient, il faut qu'elles les embrassent ; 
tout cela aux yeux de leurs futurs époux... '^. » — On voit 
qu'ici l'embrassade précède la bénédiction nuptiale. 

Les nouvelles mariées de la ville de Déols, près Château- 
roux, devaient un plat de viande garni au seigneur de 
Varennes, près de Lourouer-les-Bois^. — Autrefois, a presque 
partout, le marié, avant de se mettre à table, prenait avec 
lui un joueur de viole, et allait porter au seigneur le mest 
du mariage. Il posait le plat sur le buffet du château, faisait 
deux tours d'une danse gentille, et se l'etirait en saluant*. » 

Quelques-uns de nos curés de campagne reçoivent encore, 
en certaines paroisses, un plat de noce, « Dans tout le San- 
cerrois, et notamment à Savigny, après la bénédiction nup-= 

' Voy. à la table des matières, le mot: Cotrei (le). 
- La Dame de Malval, roman, par M. Simon Mingasson, d'Éguzon. 
^ M. de la Tramblais, Esquisses pittoresques de l'Indre, p. 19. 
^ Raguean, Gloss,^ t. II, p. 112. 



DU VIEUX TEMPS 67 



liale, les nouveaux époux se rendent au presbytère, musique 
en tête et suivis de tous les invités. Pendant cette visite, 
ils offrent au prêtre qui les a bénis, un gâteau orné de 
rubans et de fleurs... Il se fait un échange de compliments 
et de bons conseils. Puis, quand le joyeux cortège s'est retiré, 
quatre vieillards, représentant les deux familles, vont s'asseoir, . 
avec le curé, à une table que les mariés ont fait servir avec 
autant de soin que la leur *. » 

L'usage du plat de noce était jadis connu par toute la 
France. D'anciens statuts ecclésiastiques portent que le prêtre 
ou chapelain réclamera, si besoin est, le plat de nœe, publi- 
quement, et sovs peine d'excommunication^. 

Dans le principe, le plat de noce était une rémunération 
offerte au prêtre qui avait bénit le lit nuptial. Cette bénédic- 
tion eut d'abord lieu au moment où les mariés venaient de 
se coucher ; mais, en raison des plaisanteries indécentes que 
se permettait parfois l'assistance, on finit par accomplir cette 
' formalité pendant le jour. — On a souvent raconté, à ce 
propos, l'anecdote suivante : — Lé curé de Saint-Médéric 
8*étant présenté chez un chiffonnier de sa paroisse, qui venait 
de se marier, pour bénir son lit, fut tout étonné de n'en 
pas trouver. — « Bénissez ce coin, mon père, lui dit le 
diiffonnier; ce soir il y aura de la paille. » 

A Dun-le-Roi (Cher), le droit de coquinage se levait sur 
ceux qui se laissent battre de leurs femmes ^. 

Enfin, le droit de Julie, connu aussi, dans la capitale du 
^rry, sous le nom de droit joliy était un véritable droit de 
^'^opçage qui existait sur plusieurs points de notre province, 
®t qui, après avoir été converti, à Bourges, en une redevance 
^le 7 sols 6 deniers , avait fini par échoir à l'hôtel-Dieu de 
<*tte ville, — singulier privilège pour un hôpital! — qui le 



' Compte rendu de la Société du Berry, année 1866, p; 398; 
^Statuta eccles, Meldens., Ann. circit. 1346; 
^ M. Raynal, Histoire du Berry, t. II, p. 210. 



68 SOUVEIVIRS 



faisait encore percevoir par ses préposés au moment de b 
Révolution. — M. Labouvrie, ancien notaire, déclare, dans 
un recueil de faits historiques qui concernent le Berry ^ , avoir 
payé le droit joli en 1779, quelques mois après son mariage. 

Cette sorte de privilège était autrefois dévolue non-seule- 
ment à des seigneurs laïques, mais encore à des abbés, à des 
évêques, et à beaucoup de maisons religieuses. Un simple 
curé berrichon, auquel on déniait le droit joli^ osa le reven- 
diquer, en plein seizième siècle, par-devant la cour de Tarche- 
vêque de Bourges. « Ego vtdi^ rapporte, à ce propos, Nicolas 
Bohier, auteur d*un commentaire sur Tancienne Coutume de 
Bourges, ego vidi in curia Bituricenci coram mttropolitanOy 
processum appellationis in quo Rector seu Curatus parochialis 
prœteivdehat ex consuetudine primam habsre carnalem sponsœ 
cognitionem, quœ consuetudo fuit annullata, et in emendas 
condemnatus^. » 

Les abbés de Saint-Théodard en Quercy, les évêques 
d'Amiens, les bénédictins de Saint-Étienne de Nevers, les 
chanoines de Lyon et de Marseille , etc. , etc. , exerçaient le 
droit joli. Les abbés de Saint-Théodard, entre autres, usaient 
de ce droit avec si peu de retenue, que leurs tenanciers 
prièrent le comte de Toulouse de les protéger; mais le comte 
n'ayant point le pouvoir de restreindre les droits des abbés, 
conseilla à leurs vassaux de quitter les terres de Tabbaye et 
de venir s'établir dans le voisinage de Tune de ses forteresses ; 
ce que firent ces pauvres diables, et ce fut leur petite colonie 
qui jeta les premiers fondements de la ville de Montauban. 
« On a cru trop aisément, dit M. Michelet en parlant du 
droit de nopçage, que cet outrage était de forme, jamais réel. 
Mais le prix indiqué en certains pays pour en obtenir 
dispense dépassait fort les moyens de presque tous les 



' Un volume in-8", imprimé à Bourges, chez Manceron, en 1836. 
2 M. Raynal, Histoire du Berry, 1. II, p. 210. 



DU VIEUX TEMPS 69 



paysans. En Ecosse, par exemple, on exigeait « plusieurs 
vaches », chose énorme et impossible... D'ailleurs, les Fors 
du Béarn^ publiés en 1842, disent positivement : « L*ainé 
du paysan est censé le fils du seigneur, car il peut être de 
ses œuvres. » 

Le droit joliy ou le droit de Julie^ existe encore, à Theure 
qu'il est, à Jersey; mais il n'en coûte que trois sous pour 
s'en affranchir*. 

La locution droit de Julie ne serait-elle pas la traduction 
de ter Julia, et ne rappellerait-elle pas cette loi qui, au 
rapport de Suétone, donnait à Julius Cœsar toutes les femmes 
((pm et quot vellet)'! — On sait que le jour où ce conquérant 
triompha des Gaules, les soldats qui entouraient son char 
chantaient en chœur : 

Urbani, servate uxores; mœchum calvum adducimus. 
Aurum in Gallia effutuîsti; at hic sumsisti mutuum. 

Ce que M. Baudement traduit ainsi : 

Cachez bien vos moitiés, imprudents citadins : 
Voici venir le char de ce chauve adultère 
Qui, mêlant les -plaisirs aux soucis de la guerre, 
Faisait Tamour en Gaule avec For des Romains. 

' Auguste Vacquerie, les Miettes de l'histoire, p. 466. 



CHAPITRE TROISIÈME 



FUNÉRAILLES. 



Dans quelques contrées du Ben7, et particulièrement aux 
environs de Neuvy-Saint-Sépulcre, dès qu'on s'aperçoit 
qu'un malade approche de sa fin, on se hâte de faire l'acqui- 
sition d'un bonnet de coton neuf, dont on le coiffera aussitôt 
après sa mort. On s'empresse également de faire dire la 
prière de rame par la personne qui, dans la paroisse, est 
chargée de cet office. 

A l'instant précis où, dans une famille, quelqu'un vient 
de mourir, on arrête l'horloge; on retourne contre la mu- 
raille, ou l'on couvre d'un voile épais les glaces ou les 
miroirs qui garnissent l'appartement; on tient les rideaux 
de la couche mortuaire librement ouverts, pour que l'âme 
du défunt puisse prendre plus largement son essor, et les 
écheveaux de fil que l'on entasse ordinairement sur le ciel 
des lits sont soigneusement enlevés, de crainte qu'elle ne s'y 
embarrasse. On s'abstient de moucher le cierge ou la chan- 
delle que l'on a placée près du mort dès les premiers mo- 
ments de son agonie, afin que l'âme s'y brûle moins facile- 
ment les ailes. Enfin on jette l'eau et le lait qui peuvent 



SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 71 



se trouver dans des vases non couverts, au moment où le 
malade expire, parce que, disent les uns, son âme, qui vient 
y laver sa souillure aussitôt qu'elle a dépouillé son enve- 
loppe terrestre, pourrait s'y noyer ; parce que, selon les 
autres, il ne faut pas s'exposer à boire un coup des 
féchés du défunt. — Cette dernière coutume existe aussi 
chez les Juifs, et son origine est indiquée par ces paroles 
de Moïse : — « Quand un homme sera mort en quelque 
tente, tout vaisseau auquel ne sera point attaché un cou- 
vercle, sera souillé K » — De plus, les rabbins tiennent pour 
certain que l'ange de la mort, immédiatement après avoir 
frappé un moribond, a pour habitude de laver son glaive 
dans l'eau de la maison, ce qui fait que l'on ne manque 
jamais de répandre ce liquide dans la rue ^, 

« A Bourges, dans la classe ouvrière, aussitôt qu'une per- 
sonne a rendu le dernier soupir, on arrête Vouvrage, c'est- 
à-dire qu'on avertit tous les parents du défunt, afin qu'ils 
•cessent, en signe de deuil, tout travail pendant le reste de 
la journée ^. » 

La chambre où gît le trépassé est jonchée de menthe, de 
sauge, de baume et d'autres plantes odoriférantes que l'on 
désigne sous le nom d'herbes fortes ou herbes du mort. — 
larron, Servius, etc. nous apprennent qu'il en était de 
même chez les anciens. 

Les changeuses, — on appelle ainsi les vieilles femmes qui 
font profession d'ensevelir les morts, — revêtent ordinaire- 
ment le défunt des plus beaux habits et même des bijoux 
<pi étaient à son usage. S'il s'agit d'une femme, et surtout 
^Wie femme mariée depuis peu d'années, on la pare de ses 
atours de noces. — Cela a lieu également en Russie, où les 



' Nombres, xxx, 14 et 15. 

Buxtorf, Synagoga judaica^ c. 35; — Dom Calmel, Dictionnaire de 
^ Bible, 1. 1, p. 233. 

* Olùttaire du Centre^ au mot Arrêter. 



72 SOUVENIRS 



vêtements nuptiaux ne se portent que deux fois : le jour du 
mariage et le jour de la mort, et les choses ne se passent 
pas autrement au Japon, où le voile blanc de la mariée lui 
sert toujours de linceul *. Chez les anciens Grecs, on don- 
nait au mort une robe précieuse 2. Les Grecs modernes ont 
conservé cette coutume, mais la plupart du temps, ils dépouil- 
lent le mort de sa toilette, au moment de le mettre en 
terre *. 

Si le défunt savait lire, les changeuses lui mettent dans 
les mains son livre d'Heures ; s'il était illettré, elles se con- 
tentent de lui passer au bras son chapelet. Souvent encore 
elles lui placent entre les doigts une branche de buis qui a 
été bénite le jour des Rameaux, et l'on est persuadé que 
cette branche fleurit, tous les printemps, dans la tombe, si 
la personne qu'elle renferme s'est trouvée digne d'entrer dans 
le ciel. Cette croyance existe également en Espagne. 

Changer, ou ensevelir un mort, passe pour une œuvre très- 
méritoire ; — mais jamais les changeuses n'ensevelissent leurs 
parents. — Elles ont presque toujours pour salaire une par- 
tie de la dépouille du défunt. 

11 n'y a pas encore fort longtemps, dans quelques cantons 
du Berry, à Bengy-sur-Craon (Cher), par exemple, on glissait 
dans la bouche du trépassé une pièce de monnaie pour le 
mettre à même de payer au bon saint Pierre sa place dans 
le paradis *. 



' Oscar Comettant, Variétés japonaises. 

2 Homère. Iliad., 1. XXIV, v. 587 ; — Id., Odyss,, 1. XXIV, v. 44.— Voy. 
encore Euripide, Sophocle, etc. 

^ « On dépouilla la morte de tous les ornements dont on l'avait revô^ 
tue. La robe de mérinos bleu, qu'on avait fait voir en passant à toute 
la ville, lui futôtée; on la laissa dans une méchante robe noire. On 
reprit l'oreiller brodé qu'elle avait sous la tête, et on le remplaça par 
un sac plein de terre. » (Edmond About, la Grèce contemporaine,) 

* Nous devons ce renseignement à M. Ribault de Laugardière, de Bour- 
ges, qui a recueilli et publié une foule de détails pleins d'intérêt sur 
les habitudes et les croyances de notre vieux Berry. 



DU VIEUX TEMPS 73 



Chez les Romains, des pleureuses à gages marchaient, les 
cheveux épars, à la tête des convois ; dans les campagnes 
des environs de la Châtre, où les femmes ne montrent en 
aocone circonstance leur chevelure \ celles qui assistent à 
un enterrement suppléent à cette marque d*afHiction en dé- 
tachant et laissant pendre sur leurs épaules les oreillons de 
leur coiffure. Ces oreillons^ qui rappellent les bandelettes 
cannelées des statues égyptiennes, consistent en deux longs 
bandeaux de toile, qui tiennent à la coiffe et qui encadrent 
la figure lorsqu'ils sont relevés ^. Lors de la mort d*un mari, 
nos villageoises portent les oreillons détachés durant toute la 
première année de leur veuvage; après la mort d'un père 
on d'une mère, pendant quarante-deux jours seulement. — 
Notons, en passant, que si la durée du deuil pour la femme 
veuve est d'un an, le deuil du mari qui a perdu sa femme 
ne dure que six mois. Indice peu galant de la supériorité que 
Thomme s'attribue sur sa moitié. — En Espagne comme en 
Portugal, la veuve qui ne se remarie pas garde le deuil 
toute sa vie. 

Les femmes de nos campagnes complètent leur deuil au 
looyen de la capiche^ espèce de manteau à large capuchon 
qui leur cache entièrement le corps et le visage, et qui les 
fiût ressembler à ces statues désolées qui pleurent, drapées 
^ longs linceuls, auprès de certains tombeaux. Les proches 
Pentes du défunt gardent ce lourd surtout pendant plu- 
Âeurs semaines. 

Autrefois, en beaucoup de nos paroisses, les hommes qui 
levaient un enterrement ôtaient leurs cravates, et le fils du 
nH)rt restait un an sans en porter. Cela avait encore lieu, 
Q n'y a pas un grand nombre d'années, à Cluis et dans les 
^ûvirons. 

' Voy. plus loin, p. 111, t. II. 

'Ujoar où nos paysannes vont à confesse ou à la messe de relevailles, 
cUes Itisient aussi pendre leurs oreillons. 



74 SOUVENIRS 



Le bleu, symbole de la constance et de la fidélité, est, aussi 
bien que le noir, la couleur du deuil. Tant que durent ces 
jours de regret, on évite de porter du rouge sur les moin- 
dres parties de son ajustement, même sur son mouchoir de 
poche. Au reste, le bleu, chez les Bretons, chez les Morlaques, 
et, en général, dans tout FOrient, est également une couleur 
de deuil ; c'est ce qui a fait dire à un poète : — « Les 
Orientaux portent le deuil en bleu : voilà pourquoi le ciel 
et les mers de cette pauvre Grèce sont d*un si magnifique 
azur. » 

Dans les environs de la Châtre, pour peu que la demeure 
du mor^ soit éloignée de l'église de la paroisse, on place le 
corps sur une voiture à bœufs pour Ty conduire. Plus l'atte- 
lage est nombreux, plus l'honneur que l'on rend au défunt 
est considérable. Il n'était pas rare anciennement de voir 
quatre et même six paires de bœufs attelées au char funè- 
bre d'un maître de domaine. 

Pendant la marche du convoi, on guide ces animaux avec 
douceur, sans leur adresser la parole et surtout sans leur 
faire sentir l'aiguillon. S'ils viennent à s'arrêter d'eux-mêmes, 
cela indique que le mort a besoin d'une prière. Alors, tout 
le monde s'agenouille et prie, jusqu'à ce qu'il plaise aux 
bœufs de se remettre en marche, ce qui annonce que le 
mort est soulagé. 

Dans le canton d'Éguzon (Indre), quelle que soit la distance 
qui sépare le domicile mortuaire du champ de repos, quel 
que soit le mauvais état des chemins ou de la saison, le 
corps est toujours porté à bras dans sa dernière demeure; 
il serait messéant de l'y conduire autrement. — En Bretagne, 
on transportait autrefois le mort au cimetière sur une voiture 
attelée de bœufs ou de juments, mais jamais de chevaux. 
— Chez les Arabes, ce dernier voyage se fait à dos de mulet. 
A chaque croix que l'on rencontre sur le chemin, — e^ 
l'on en trouve presque à tous les carrefours dans nos cam- 



DU VIEUX TEMPS 75 

pagnes, — on arrête les bœufs, et le cortège fait une station 
'pendant laquelle on plante une toute petite croix en bois 
au pied de la grande. Cet usage est sans doute une touchante 
aHosion à la croix plus ou moins lourde que tout mortel, 
durant son passage ici-bas, est condamné à porter. Arrivé 
au terme de son rude pèlerinage, chaque chrétien, en dépo- 
sant ainsi l'humble symbole de ses souffrances au pied de la 
grande croix du Christ, semble, en expiation de ses faiblesses, 
offrir ses peines et ses afflictions à celui qui en endura de 
si cruelles pour le salut du genre humain. 

Cette pratique rappelle celle où sont les voyageurs, en 
certaines provinces, de jeter une pierre, en signe de saluta- 
tion, au pied des croix situées le long des grands chemins ^ 
— Dans la Nièvre, c'est le bâton, la baguette que le voya- 
geur porte à la main, qu'il dépose au pied de certaines 
croix. — <f Sur le flanc du mont Beuvray, dit M. Dupin 
ainé^, est une croix de bois, au pied de laquelle un grand 
nombre de visiteurs viennent jeter leurs bâtons de voyage : 
b terre en est jonchée... Non loin de là, on rencontre un 
autre tumulus formé, antiqtu) more^ par des brins de bois 
iMScumulés les uns sur les autres comme une charbonnière. 
U y avait eu là un meurtre de commis, et les passants y 
jetaient leur baguette en forme d'expiation . » 

D est aisé de rattacher ces antiques coutumes à des cou- 
ples plus vieilles encore. Toutes nos croix champêtres sont 
autant de monuments funèbres élevés à la mémoire de 
I^mme-Dieu, et c'est bien réellement un rite expiatoire 
<pi'accomplissent les passants en déposant au pied de chacune 
d'elles les différents objets dont nous venons de parler. Or, 
citait précisément de cette manière que les Celtes hono- 
f^ient la mémoire des morts. Jamais ils ne passaient près 



' Dom Calmel, Dictionnaire de la Bible, t. IV, p. 345. 
^Le Morvan, p. 41, 42. 



76 SOUVENIRS 



d'un tombeau sans y ajouter une pierre ou un peu de terre, 
et c'est ainsi que s'élevaient, avec le temps, ces rustiques 
tumulus que les savants ont appelés baraws ou galgals^ et 
qui sont assez communs sur quelques points de notre Berry. 
Les Celtes tenaient cette coutume de leurs aïeux les Aryas, 
ainsi que le constatent les livres sacrés de ces derniers*. 

Ces tertres funéraires sont appelés stupas en sanscrit. « Il 
y a une immense voie pavée de ces tumulus qui, partant de 
Balkh, du Pendjab et de l'Afghanistan, où on les nomme 
tépé^ se dirigent par la Perse vers le Caucase, s'éparpillent 
sur les steppes de l'Ukraine et atteignent d'un côté la Suède 
et de l'autre la France. C'est probablement la route qui con- 
duisit les émigrations aryanes depuis les plateaux alpestres 
du Paropamisus jusqu'en Europe 2. » 

Les lignes suivantes indiquent positivement de quelle 
manière ont dû s'ériger ces antiques monuments : — Dans 
le Turkestan, cette contrée de l'Asie centrale qui avoisine 
la patrie primitive des Aryas, il est toujours d'usage d'élever 
sur la tombe de tout personnage important un joszka, yoskza 
ou yorska, c'est-à-dire un monticule de terre. « Tout bon 
Turcoman doit y contribuer pour au moins sept pelletées 
de terre, en sorte que ces grossiers mausolées atteignent 
fréquemment une circonférence de soixante pieds sur une 
hauteur de vingt-cinq à trente. Dans les vastes plaines où 
ils s'élèvent, ces tertres funèbres attirent l'œil de très-loin; 
l'homme du pays les connaît tous par leur nom, c'est-à-dire 
par le nom de celui dont ils abritent les restes. — Cette cou- 
tume existait aussi chez les anciens Huns; les Hongrois de 
nos jours s'y conforment encore quelquefois. Il y a peu 
d'années qu'à la suggestion du comte Edouard Karoly, un 
tertre de ce genre fut dressé à Cachan (haute Hongrie), en 

» Rig-Vêda, sect. VI, lect. 6, h. 13; t. IV, p. 162 de la traduction de 
M. Langlois. 

2 M. A. Chodzko, Contes des paysans et des pâtres slaves, p. 395, 



ou VISUX TEMPS 77 



mémoire du comte Széchenyi, comme preuve du respect qu'il 
avait su inspirer à tous ses compatriotes ^)> 

Enfin, c'est encore exactement de cette façon que se for- 
ment ces monticules funéraires que les Arabes de nos jours 
s^pellent des nça. En effet, les nça du désert sont composés 
de pierres que tout passant dépose à Tendroit même où 
quelqu'un est mort de mort violente, soit qu'il ait perdu la 
vie par suite d'une condamnation judiciaire, soit qu'il ait 
succombé sous le poignard d'un assassin, ou sous la dent 
des bêtes féroces. Cet usage était aussi connu des Hébreux, 
chez qui ces monceaux de pierres se nommaient margemah, 
Voy. le livre de Josué, ch. vn, v. 26; ch. vni, v. 29, et le 
deuxième livre de Samuel, ch. xviii, v. 17. Salomou a dit, 
dans ses Proverbes : « Il en est de celui qui honore l'insensé 
comme de celui qui ajoute une pierre au margemah. » 

n suffit, croyons-nous, de rapprocher ces différentes cou- 
tumes de la nôtre pour être convaincu qu'une seule et même 
pensée a présidé à l'établissement des unes et des autres; car, 
nous le répétons, toute croix du Christ rappelle son tombeau 
et le plus exécrable des meurtres. 

Pendant les courtes haltes que l'on fait auprès des croix, 
ks assistants viennent, les uns après les autres, secouer sur 
le cercueil un rameau de buis chargé d'eau bénite; ensuite 
tout le monde reprend lentement sa marche. 

Aussitôt que le corps a été descendu de la voiture, on le 
^pose sur la pierre des mxyrts^ où le prêtre vient le recevoh» 
*vant son introduction dans l'église. 

La pierre des morts est une grande table de pierre placée 
'^ quelques mètres de la façade de la plupart de nos églises 
de campagne. Cette table, presque toujours composée de 
^ pierres brutes, forme un véritable dolmen. — C'est 

* Armipius Vambéry , Voyages d'tm faux derviche, traduits par 
M. E. Forgues. 



78 SOUVENIRS 



encore là, pensons-nous, une trace du culte druidique ; car 
les résultats des fouilles pratiquées au pied des dolmens ont 
fait connaître que ces monuments des âges primitifs avaient 
presque toujours une destination funéraire; les chants gaé- 
liques et kimriques qui sont parvenus jusqu'à nous* confir- 
ment d'ailleurs cette opinion. D'après ces antiques poésies, 
c'était sur les dolmens que l'ovate*, ou prêtre sacrificateur, 
égorgeait les victimes humaines. 

A peine le cercueil a-t-il été déposé sur la pierre des morts^ 
que l'on se hâte de ramener l'attelage à la ferme, non sans 
avoir eu soin de relever les élardes ^, que l'on avait couchées, 
au moment du départ, le long de la châsse (cercueil). Cette 
précaution est prise à seule fin d'empêcher l'âme du défunt 
de remonter sur la voiture et de revenir au logis. Si, de son 
côté, le conducteur du char funèbre s'avisait d'y monter pour 
retourner au domaine, il serait sûr de mourir dans l'année. 

Il arrive parfois qu'au moment d'introduire la châsse dans 
l'église ou dans le cimetière, elle devient si lourde que les 
porteurs, tant robustes et tant nombreux soient-ils, ne peu- 
vent parvenir à la soulever. C'est signe que le trépassé ne sa 
trouve point en état de grâce ou qu'il est damné. Dans le 
premier cas, les prières de l'assistance, unies à celles du 
prêtre, réussissent presque toujours à lever la difficulté ; mais 
lorsque le second cas, celui de la damnation, vient à s'offrir^ 
— ce qui heureusement est fort rare, — on conçoit qu'il 
est impossible d'y remédier sur^e-champ. Cette circonstance 
assure-t-on, se présenta, il y a bien des années, dans la 



* Voy. les BarzaS'Breiz publiés par M; de la Villemarquéi et le chant 
d'Uther-Pen- Dragon^ recueilli par le même auteur dans ses Contes des 
anciens Bretons. 

2 Ovate est le nom que les historiens grecs donnent au prêtre gaulois, 
appelés ovaïdd dans les poésies kimriques, et bdidh dans celles des Gaêls^ 

3 Les élardes sont de gros et solides bâtons mobiles que l'on place 
debout aux quatre coins du chartil de la charrette, et qui, en temps 
ordinaire, servent à retenir les ridelles ou le chargement. 



DU VIEUX TEMPS 79 



paroisse de Lacs. Alors, on creusa la fosse aux abords du 
saint lieu ; mais lorsqu'on y eut descendu le cercueil, il s~'en^ 
fonça à une telle profondeur dans la terre, qu'on le perdit 
complètement de vue, et que tout le monde fut persuadé 
qu'il s'était directement rendu aux enfers. 

On jette dans la fosse du mort le vase qui a contenu l'eau 
bénite^ dont on s'est servi durant cette triste cérémonie; c'est 
ainsi qu'autrefois, en Bretagne, on enfouissait avec le cercueil 
le pot de braise dans lequel on avait brûlé de l'encens 2, et 
ces habitudes rappellent l'usage où étaient les anciens, lors- 
qu'ils sacrifiaient aux dieux infernaux ou des morts, de jeter 
dans les flammes l'huile et le vase qui l'avait renfermée : 

Gremantur... fuso cratères olivo. 

(Virg., Enéide, liv. XI, v. 225.) 

On doit se garder d!ouvrir la terre sainte^ c'est-à-dire d'en- 
tener un mort, après le coucher du soleil ; autrement, il 
mourrait quelqu'un dans la paroisse chaque jour de la 
semaine. 

Si la terre que l'on a sortie de la fosse ne suffit pas pour 

b remplir, après qu'on y a déposé le cercueil, on peut être 

assuré qu'il renferme un avare. Aussi disons-nous souvent, 

en parlant d'une personne dont la ladrerie est notoire : — 

ff n ne se trouvera jamais assez de terre pour lui couvrir les 

yeux. » 

Après leur sortie dé l'enceinte funèbre, tous ceux qui ont 
fiiit partie d'un convoi se hâtent de se laver les mains dans 
le premier ruisseau ou la première mare venue. Si l'on ne 
trouve pas d'eau sur le chemin, chacun des assistants ac- 



* 0e nos jours, ce vase consiste en une simple écuelle de tetre; il y d 
eent ans, c'était une petite bouteille également en terre cuite, sans 
remis, au large ventre, au col court, et qui portait sur ses flancs l'em- 
preinte d'une ou de plusieurs petites croix. On trouve souvent de ces 
wrtes de bouteilles dans nos vieux cimetières de village. 

' Ogée, Diciionnaire historique de la Bretctgne, t. III. p. 158; 



80 SOUVENIRS 



complit cette ablution au moment de franchir le seuil de sa 
demeure. Cette coutume existe également en Languedoc. — 
Les Juifs, en pareille circonstance, procèdent aussi à une 
purification; car le livre des Nombres s'exprime ainsi : — 
a Quand un homme sera mort dans une tente, quiconque 
entrera dans cette tente sera souillé ^ » Tous les peuples de 
l'antiquité furent imbus de cette croyance. Les Grecs sus- 
pendaient la chevelure du défunt à la porte de sa maison 
pour qu'on évitât de se souiller en y rentrant par mégarde*. 
A Rome, selon Porphyre, les prêtres et les aruspices empê- 
chaient le public de s'introduire dans la demeure du mort; 
on plaçait alors à la porte, comme avertissement, une bran- 
che de cyprès, appelée par Virgile funerea frons. Enfin, 
chez les Perses, les Chinois et la plupart des peuples de 
rinde, on ne peut approcher un cadavre sans contracter une 
souillure légale 3. — Dans certains de nos villages, cette 
souillure est tellement redoutée que si un enterrement vient 
à passer dans un endroit où l'on fait sécher le linge, on ne 
manque jamais de le relaver. C'est sans doute encore à un 
motif semblable que l'on doit l'usage, scrupuleusement ob- 
servé, de faire refondre le cierge bénit que l'on a allumé 
près de l'agonisant. 

Cependant la cérémonie religieuse est terminée, et le 
pieux cortège, loin de se disperser, se dirige vers la maison 
du défunt. Si ce dernier laisse des regrets, on charme l'en- 
nui de la route en s'entretenant de ses qualités; s'il en est 
autrement, on chemine en silence, ou en parlant de la pluie 
et du beau temps. 

Arrivé au domicile mortuaire, on trouve un banquet tout 
dressé. Chacun aussitôt y prend place, et ce repas funèbre, 



* Nombres, xix, 14. 

^ Bist. des relig. et des mœurs de tous les peuples du mondef t. I, p. 20. 

^ Histoire des religions et des mœurs de tous les peuples du monde, t. I, 
p. 137. 



DU VIEUX TEMPS 81 



que l'on commence toujours la larme à Fœil, s'achève sou- 
vent, grâce à rinfluence consolatrice du vin du cru, d une 
manière assez gaie. Il n'est pas rare que, tout en trinquant, 
on propose au veuf ou à la veuve du jour une nouvelle 
alliance, et que le veuf ou la veuve discute avec beaucoup 
de liberté d'esprit les avantages et les inconvénients que 
les partis proposés peuvent offrir. — A l'Argentière, dans les 
Hautes-Alpes, on va plus loin : « Après l'inhumation, les 
tables sont dressées autour du cimetière; celle du curé et de 
la&mille sur la fosse même du mort. Le diner fini, le plus 
proche parent prend son verre, chacun l'imite et s'écrie 
avec lui : A la santé du pauvre mort * ! — Les Morlaques 
prennent aussi ce repas avec leur curé, ce qui n'empêche 
pas la plupart des convives d'y perdre entièrement la 
raison. « En Russie, les personnes qui ont accompagné le 
mort à sa dernière demeure reviennent à la maison mor- 
tuaire, où les parents du défunt leur font les honneurs d'un 
splendide repas, entremêlé de prières et de rasades ; on boit 
et on mange en s'entretenant du mort et de ses vertus; ses 
plus intimes amis renchérissent sur les louanges et se grisent 
en l'honneur de sa mémoire. Cet usage, qui existe encore 
aujourd'hui dans toute sa force, rend les dépenses d'un en- 
terrement très-onéreuses pour les familles peu aisées^. 

Chez les Romains, le silicernium^ ou festin des funérailles, 
avait lieu, comme à l'Argentière, près du tombeau, du mort : 
« — Ad sepulcrum, antiquo more, silicernium confecimus 
<Iuopransi discedentes dicimus aUus alii : Vale^! » — Ces 
*ènes funèbres sont souvent représentées sur les stèles an- 
tiques. 

Ce banquet funéraire, appelé perideipnon par les Grecs, 
jro/bJ par les Scandinaves, était très en vogue chez presque 

* Frtuice pittoresque^ t. I, p. 154. 
' C. Famin, Encyclop. moderne, 

Nonnus Marcell. ex Varrone. 

t. n. 6 



82 SOUVENIRS 



tous les peuples de Tantiquité, surtout en Orient, où il 
existe encore. Il est connu sous le nom de stypa en Pologne, 
et sous celui de trizna chez les autres nations slaves. Les 
Arabes connaissent également cet usage, ainsi que les Juifs. 
On le retrouve aussi chez les Lapons, mais si largement pra- 
tiqué, que Regnard, dans son Voyage en Laponie^ fait, à 
propos des obsèques du savant pasteur Joannès Tornœus, la 
réflexion suivante : — « Je n'avais jamais entendu parler de 
lendemain qu'aux noces, et je ne croyais pas qu'il en fût de 
même aux enterrements. » 

Malgré les défenses de l'Église, qui s'éleva souvent contre 
cette coutume, certaines communautés religieuses persistèrent 
à l'observer. Selon le Rituel de Saint-Ouen de Rouen, on 
donnait, dans la chambre de l'abbé, après sa mort, un 
repas composé d'épices de toute espèce et de bon tnn*. — 
Quand un moine de la Grande -Chartreuse mourait, on 
rétendait tout habillé sur une planche ; c'était un jour de 
fête pour la communauté. On s'assemblait au réfectoire, les 
jeûnes de l'ordre étaient rompus pour célébrer ce jour qui 
commence une nouvelle vie (natalis dies'^,) En cette cir- 
constance, la religion semble penser du chrétien qui passe 
de cette vie dans l'autre, ce que la légende dit d'un saint 
qui vient d'expirer : « Et tune vivere incepit, morique 
desiit. » La loi de Mahomet est d'accord sur ce point avec 
l'esprit chrétien. Le Koran interdit toute marque extérieure 
de deuil et d'affliction à la mort d'un croyant; il entend, au 
contraire, que l'on se réjouisse, parce que le défunt se rend 
auprès de Dieu pour recevoir la récompense du bien qu'il 
a pu faire ici-bas. 

A Badecon (Indre), et dans quelques communes des en- 
virons, au milieu du repas funèbre, tous les convives se 



» Dom Martène, 11, 1128 B. 

* Michelet, Origines du droit français^ p. 425. 



DU VIEUX TEMPS 83 



lèvent de table, se rangent autour du lit du mort et se 
mettent à prier ; puis l'un des assistants prend la parole et 
vante dans un discours les qualités du défunt. — Certaines 
paroisses ont, pour cette circonstance, un orateur habitué à 
prononcer ces sortes d'éloges. 

D est à remarquer que, dans quelques-unes des contrées 
du.Berry qui se rapprochent le plus de la Creuse, un plat de 
fèves ou de pois secs figure toujours parmi les mets du banquet 
funèbre. Il en est de même chez nos voisins de la Marche. 

Le repas des funérailles, ainsi que bien d'autres usages 
qui nous semblent aujourd'hui absurdes ou barbares, a com- 
plètement perdu son sens dans l'esprit de nos paysans. Il 
en est de même de presque toutes nos coutumes et croyances 
antiques. La plupart eurent probablement, dans le principe, 
leur raison d'être, et souvent une pensée morale ou grar 
deuse présida à leur établissement ; mais à travers tant de 
siècles, l'esprit ou la signification de ces vieux symboles 
s'est presque toujours perdu, et la lettre morte est seule 
arrivée jusqu'à nous. 

Par suite de la croyance où l'on est que tout ce qui. a 
touché ou approché le corps du défunt devient impur, le 
soir même de l'enterrement, ou transporte au loin , dans 
les champs, la paille du lit mortuaire et l'on y met le feu. 
Rien d'aussi ' lugubre que ces incendies funèbres. — Le 
'endemain, ou lessive tout le linge du mort ; mais si l'on a du 
fil à blanchir, on se garde bien de le placer dans le cuvier, 
toujours pour ne pas mettre d'entraves à la liberté de l'âme 
du trépassé. Dans certaines localités, on lave tous les vête- 
ments du défunt, même ceux qu'il n'a pas portés^ fussent-ils 
de drap ou de soie. 

A défaut de mausolées d*aii*ain ou de marbre, pour 
honorer et perpétuer le souvenir des êtres qui leur furent 
cters, nos paysans se contentent de monuments plus mo- 



84 SOUVENIRS 



destes, mais qui, pour être moins fastueux et moins durables, 
n'en sont peut-être que plus touchants. 

Dans le canton d'Éguzon, beaucoup de familles possèdent, 
sur les confins de leur petit domaine, et, autant que possible, 
près d*un chemin public, une espèce de tumulus où elles 
n'oublient jamais de planter une grande croix toutes les 
fois que l'un de leurs membres disparaît de ce monde. 
Cette pieuse coutume fait naturellement songer à ce passage 
du livre des Juges (ch. II, v. 9), où il est dit : — « Et on 
l'avait enseveli dans les bornes de son héritage, sur la mon- 
tagne d'Ëphraïm. » 

On ne saurait imaginer rien de plus mélancolique, rien 
de plus attendrissant que l'aspect de ces humbles calvaires. 
Chacun d'eux, est connu, dans la paroisse, sous le nom de 
la famille à laquelle il appartient, et chaque croix est connue, 
dans la famille, sous le nom de celui dont elle perpétue le 
souvenir. Ainsi se conserve bien plus vive la mémoire de 
ceux qui ne sont plus; ainsi, en présence des devanciers, 
les survivants continuent à cultiver l'héritage paternel, et si, 
dans leur labeur quotidien, le fardeau de la vie leur est par- 
fois trop lourd à porter, la vue du calvaire domestique leur 
rappelle celui de l'Homme-Dieu, et, tout en se résignant à 
souffrir, ils se disent que pour eux aussi se lèvera le jour 
du repos. 

Les Esquisses pittoresques de VIndre donnent la vue du 
tumulus de la famille des Chocats, et voici ce que dit 
M. de la Villegille de ce champêtre monument : — « Le 
carrefour aux Chocats rappelle un touchant usage qu'il 
n'est pas sans intérêt de signaler. Il ne s'agit pas, en effet, 
de ces petites croix que l'on dépose, lors du passage d'un 
convoi, au pied des grandes croix isolées, plantées à la ren- 
contre de plusieurs chemins. Les croix qui se groupent sur 
le monticule des Chocats ont environ deux mètres de haut, 
et chacune d'elles peut, en quelque façon, être considérée 



DU VIEUX TEMPS 85 



comme un cénotaphe rustique. Lorsqu'un habitant de ces 
parages vient à mourir, sa famille a coutume d*ériger une 
croix à sa mémoire, soit à la limite des champs qui lui 
appartenaient, soit au centre du carrefour le plus rapproché. 
Aussi le curieux aspect offert par le tertre des Chocats se 
reproduit sur plusieurs points de la contrée aux intersections 
des routes un peu fréquentées. » 

M. de la Villegille pense que l'origine de cet usage peut 
se rattacher « à l'ancienne coutume de limiter par des croix 
les territoires compris dans des concessions de franchise, 
conmie fit Hugues II de Naillac, lorsque, après avoir fondé 
le prieuré du Pin, vers 1230, il affranchit tous ceux qui 
viendraient demeurer dans la circonscription des croix qu'il 
avait plantées de ses propres mains. » — L'institution de nos 
calvaires, croyons-nous, puise simplement sa raison d'être 
dans un sentiment tout naturel de piété filiale. S'il fallait 
l'attribuer à tout autre motif, le fait historique suivant 
pourrait encore en expliquer l'origine. — L'étabUssement 
de la trêve de Dieu, en 994, n'ayant réprimé qu'imparfai- 
tement les actes de brigandage auxquels se livrait depuis 
longtemps la noblesse; le clergé, et celui du Berry l'un des 
premiers*, s'avisa de faire planter dans les campagnes un 
grand nombre de croix près desquelles se réfugiaient voya- 
geurs, laboureurs et bergers avec leur bétail, aussitôt qu'ap- 
paraissait à l'horizon quelque chevalier maraudeur, et la 
présence du signe vénéré leur servait presque toujours de 
sauvegarde. — « Peut-être est-ce de là, dit M. Ferdinand 
l^glé, après avoir rapporté ce fait, que vient l'usage de 
placer des calvaires aux carrefours et sur les chemins 2. » 

Dans les environs de Neuvy- Saint- Sépulcre, ce sont de 
grandes croix isolées, hautes quelquefois de plus de vingt 

* 

' Voy. la Notice sur l'abbaye de Déols par M. Grillon des Chapelles, 
P-^et71, et l'Histoire du Berry, par M. Raynal, t. II, p. H7. 
* l'Bistorial'du jonqlewr. Parb, 1829. page 7 des notes. 



86 SOUVENIRS 



pieds, que les familles consacrent à la mémoire de leurs 
morts. On les élève, tantôt sur le point le plus éminent d'un 
carroir, tantôt à l'endroit où les sentiers verdoyants des 
villages débouchent sur les routes poudreuses. Ces croix, 
peintes de diverses couleurs et toujours très -historiées, 
portent souvent tous les attributs de la passion du Clirist. 
Ordinairement on y lit le nom du mort et une pieuse ré- 
clame par laquelle on sollicite les prières du passant. Parfois 
aussi un cadran, placé au point de jonction des bras de la 
croix, indique l'heure à laquelle le trépassé exhala son der- 
nier souffle. 

Ces monuments funèbres, ainsi dressés aux abords des 
grands chemins, rappellent l'habitude qu'avaient les anciens 
de construire leurs tombeaux le long des voies publiques. 

Nous terminerons ce chapitre par deux observations qui 
ont trait à certains détails de mœurs aujourd'hui complète- 
ment oubliés. On trouve assez souvent dans quelques-uns 
de nos vieux cimetières de village une espèce de petite bille 
en terre cuite, ornée de légers fleurons appliqués au vernis. 
La présence de ces billes en de pareils lieux doit provenir do 
l'usage où l'on était autrefois et où l'on est encore aujour- 
d'hui en certaines provinces, dans la Bresse entre autres, de 
mettre des hochets semblables dans les mains des enfants 
au moment de les ensevelir. On sait que la coutume d'en- 
fermer dans la tombe du mort les plus chers objets de ses 
affections terrestres remonte à la plus haute antiquité et se 
retrouve chez les peuples les plus divers ; mais rien ne saisit 
le cœur comme la vue de ces pauvres jouets, placés par la 
plus tendre et la plus malheureuse des mères entre les 
doigts de son jeune enfant. Il nous semble lui entendre 
dire, au moment où elle dépose sur son front le dernier 
baiser : Tiens, mon ange, emporte dans le ciel, avec mon 
bonheur, ce (jui faisait ta plus douce joie en ce monde, 



DU VIEUX TEMPS 87 



Le petit lion et le petit lièvre en terre cuite, que Ton a 
trouvés au milieu des tombelles du cimetière gallo-romain 
d'Alléan découvert, de 1849 à 18S1, près de Baugy (Cher), 
sont probablement encore des jouets qui, ainsi que les billes 
dont nous venons de parler, furent autrefois déposés dans 
qudque tombeau d*enfant*. 

On voit, au Muséum christianum du Vatican, une foule de 
joujoux enfantins que Ton a recueillis dans des tombes 
païennes et dans les cimetières des premiers chrétiens. Ce 
qui abonde surtout dans cette collection de hochets, ce sont 
les poupées d'os et d'ivoire, les grelots, les petites clochettes 
de métal, etc., etc. 

La dernière coutume dont nous voulons parler est celle 
qu'avaient nos aïeux de graver sur les pierres tombales les 
attributs, les insignes du métier ou de la profession du dé- 
font. Cet usage, quant aux dignitaires de l'Église, s'est 
conservé jusque dans ces derniers temps; mais, en ce qui 
concerne les sépultures des habitants de la campagne, il 
sest perdu depuis bien des années, et semble même avoir 
^^ toujours très-restreint, au moins si nous en jugeons par 
'®s traces fort rares qu'il a laissées dans nos pays. Du reste, 
*• de Caumont, dans son Cours tïantiquités monumentales, 
^^ mentionne que des attributs appartenant à des tombes 
"ecclésiastiques ou de nobles. Quelquefois pourtant on a 
%^ré des règles, des équerres, des compas, etc., sur les 
P'^rres tombales qui ont recouvert, au moyen âge, la cendre 
"® C{uelques architectes religieux. 

l4a petite et très-ancienne église de Lourouer-Saint-Lau- 
'^ïit près la Châtre, offre encore aujourd'hui de nombreux 
^P^imens de ces hiéroglyphes symboliques. Entre autres 
cnipreintes, on remarque sur les dalles de calcaire très-dur 

* Voy.,dans le tome Ides Mémoires de la Commission historique du Cher , 
»* uotice pleine d'intérêt que M. Berry, conseiller à la Cour impériale de 
Bourges, a publiée sur la wecropo/c d'Alléan, 



88 SOUVENIRS 



qui forment le pavé de son aire, plusieurs socs de charrue 
indiquant des tombeaux de laboureurs. — Il y a une tren- 
taine d'années, vers 1832, on découvrit non loin de la cha- 
pelle romane de Cosnay, dans la commune de Lacs, une 
tombe qui portait la figure d'une navette* et qui révélait 
ainsi la dernière demeure d'un tisserand. Sur une autre 
dalle, un long bâton, renflé par le haut bout, marquait Té- 
tape suprême où, après de lointains et nombreux voyages, 
un pèlerin avait fini par planter le bourdon. 

La vue de ces humbles sépultures, ainsi illustrées^ vous 
fait naturellement ressouvenir qu'Ulysse, dans Homère, érigea 
un aviron sur le tombeau du pilote Elpénor^, et que le 
pieux Énée, d'après Virgile, plaça sur celui de son cher 
Misène la lance et le clairon dont il s'était servi dans les 
combats : 

Imponit suaque arma viro, ramumque tubamque^. 

L'usage de déposer les armes du défunt sur son tombeau a 
été retrouvé chez les peuplades de l'Australie par le lieute- 
nant Britton. — C'est encore par suite de cette coutume que 
ff l'on voyait des vaisseaux sculptés sur les tombes des Grecs 
qui, en Eubée, avaient été bateliers, pêcheurs de coquillages, 
ou qui avaient fait le commerce maritime ou celui des 
étoffes de pourpre*. » 

Non-seulement les anciens avaient l'habitude de désigner 
de cette manière la profession ou le métier du défunt, mais 
leur religion, moins austère que la nôtre, leur permettait 

* Le simple trait qui figure cet instrument suffirait pour mettre sur 
la voie de Tétymologie du mot navette. La navette n'est autre chose qu'un 
petit navire (navis) dont le tisserand est le pilote, et qui navigue de 
droite à gauche et de gauche à droite, entre les fils de la chaîne, tendus 
sur le métier. 

- Odyssée, chants XI et XIL 
» Enéide, liv. VI, vers 234. 

* Philostrate. Vie d'Apollonius de Tyanes, 1. I, § xxiv; traduction de 
M. Chassang. 



DU VIEUX. TEMPS S9 



même d'indiquer sur la pierre tombale les goûts, les passe- 
temps et jusqu'aux faiblesses de celui dont elle protégeait la 
cendre. Les sculptures qui ornent les cippes funéraires, si 
nombreux et si curieux, de Tantique cimetière d'AUéan (Cher) 
prouvent surabondamment notre assertion : — Ici c'est un 
homme « à physionomie épanouie, qui a dû être quelque 
joyeux disciple de Bacchus, à en juger par la capacité du 
N'ase qu'il supporte de la main droite et dans lequel il verse 
le doux jus de la treille que contient le broc dont sa main 
gauche est armée'. » Là c'est un jeune homme qui a entre 
les doigts une flûte antique à pavillon. Plus loin un adoles- 
cent, vêtu du sagulum, tient dans chacune de ses mains un 
objet de forme ronde que l'on peut prendre, à volonté, pour 
une balle ou pour une pomme. Ailleurs on voit un enfant 
qui semble jouer avec une poupée. ' — Mais la scène la plus 
gracieuse qu'offrent les bas-reliefs de ce funèbre musée est 
assurément celle-ci : un autre enfant, du nom d'Alogiosus, 
soutient de sa main gauche un oiseau, tandis qu'il lui donne 
à becqueter l'index de sa main droite. Cette charmante 
sculpture, très-bien exécutée, est selon toute apparence un 
^chant monument d'amour maternel, car sur l'arcade demi- 
cutîulaire qui forme la frise de ce petit tableau on lit cette 
simple inscription, écho lointain et toujours désolé du plus 
tendre des sentiments : Meo Alogioso. 

Nous ne quitterons pas ce sujet sans parler d'un genre de 
Culture antique qui nous parait fort curieux et dont nous 
ïï avons trouvé la description dans aucun ouvrage d'archéologie. 

A trois kilomètres à peine de la Châtre, sur le coteau qui 
«lomine, vers le nord, le bourg de Briantes, on découvrit, 
^ 1829, sous une légère couche de terre végétale, une assez 
grande quantité de fosses sépulcrales creusées sur la plate- 



' M. Berry , Description des monuments funéraires galkHromains de Baugy ; 
P- 133 du i, 1 lies Mémoires de la Commission historique du Cher. 



90 SOUVENIRS DU YIBUX TEMPS 



forme et dans le massif d'un vaste banc de grès tendre. C 
fosses avaient à peine deux pieds de profondeur ; elles étaie 
beaucoup plus étroites aux pieds qu'à la tête, et l'on rema 
quait à la base du triangle allongé qu'elles formaient, ui 
espèce de petite niche quadrangulaire et en retraite, où avî 
dû s'emboîter la tête du cadavre. Mais voici ce que cet 
sépulture offrait surtout de particulier : plusieurs de c 
tombes étaient disposées circulairement, c'est-à-dire qu'ell 
représentaient les rais ou rayons d'une vaste roue, à la ci 
conférence de laquelle venaient aboutir leurs chevets, tanc 
que leurs pieds se pressaient contre le moyeu. Du reste, i 
ne trouva aux alentours aucun fragment de couvercle i 
d'ossements. 

Encore quelques notes : — « Sous la féodalité, lorsqu'i 
habitant de Chitray (Indre) venait à mourir, ses héritie 
étaient tenus de porter au seigneur de Cors, avant la sort 
du cercueil de la maison, la bourse du décédé avec quat 
deniers dedans, faute de quoi le châtelain demeurait se 
gneur à perpétuité de la moitié des meubles du défunt*. 
C'est ainsi que le comte de Palluau avait droit de mortail 
sur tous ceux qui décédaient dans les paroisses d'Onzay 
de Villebernin, et ce droit était de quatre deniers et ui 
bourse neuve pour les originaires des dits lieux et de cii 
sols et une bourse neuve pour les autr^; le tout rei 
dable au château de Palluau dans les vingt-quatre heur 
du décès, à peine de 3 livres d'amende. Enfin, les religiei 
de l'abbaye de Déols avaient droit au lit de toute personi 
noble qui niourait à Bommiers^. 



* M. de Ik Tramblais, Esquisses pittoresques sur le département de llndi 
p. 173. 

^ M. Ferdinand de Maussabré, Généalogies historiques. 



CHAPITRE QUATRIÈME 



LES AMES EN PEINE. 



On pense généralement, dans nos campagnes, que l'entrée 

^u paradis est interdite à celui qui, à sa sortie de ce monde, 

^ été privé de funérailles. On ci^oit aussi que les âmes des 

''Malheureux qui perdent la vie par un accident imprévu, ou 

^'oni la mort subite ou violente n'a point été accompagnée 

«es vœux et des prières de leurs proches, sont condamnées 

^ errer, sinon éternellement, au moins pendant une longue 

**^tte de siècles, autour des lieux témoins de leurs derniers 

''^Oments. 

Cette catégorie de revenants constitue, à proprement parler, 

^ classe des âmes en peine. Il n'est guère de paroisse où 

^H ne signale quelque endroit hanté par ces sortes d'esprits 

^^î, en général, se font entendre plutôt qu'ils ne se font 

Dans la partie la plus élevée du bois de Boulaise situé sur 

■^ commune de Vic-Exemplet, à trois lieues de la Châtre, il 

^'^bte une vaste et insondable fondrière du sein de laquelle 

^ ^lève, durant la saison de la glandée, des cris de détresse 

^mrecoupés de sanglots. — Cadi! cadil cadi! répète sans 

^^se la voix plaintive et iialetante d'un enfant; et cette voix, 

^ plus eiî plus lamentaUe et déchirant(% s'affaiblit bientôt 



i 



92 SOUVENIRS 



par degré, et finit par s'éteindre dans les profondeurs de 
l'abîme. — Ces cris, assure-t-on, sont ceux d'un pauvre petit 
porcher qui, voyant le chef de son troupeau* s'embourber 
dans le marais, voulut le secourir, et disparut avec lui dans 
le gouffre. 

Au bord du chemin qui conduit du bourg de Lacs au village 
des Clouds, toujours dans le canton de la Châtre, on rencontre, 
à l'intersection de quatre sentiers, un tronçon de pierre cal- 
caire, haut à peine de quelques pieds, et qui jadis formait 
la base d'une très-vieille croix dont la partie supérieure a 
depuis longtemps disparu. Cette humble ruine, assise sur un 
petit tertre que recouvre, en toute saison, un frais et odorant 
tapis de serpolet, est connue, dans les environs, sous le nom 
de croix de V Agneau. On affirme que l'on entend parfois 
sortir de dessous ce monticule des gémissements étouffés, 
et l'on raconte, à ce propos, l'histoire que voici : 

Il y a bien des années, une bande de jeunes pàtours désœu- 
vrés s'amusaient à enterrer y en ce lieu, l'un de leurs camarades 
qui se prêtait en riant à cet imprudent badinage. — «J'étouffe ! 
j'étouffe !.. » cria bientôt avec angoisse le malheureux enfant. 
Aussitôt ses amis se hâtent d'enlever la terre qui le recouvre ; 
mais il est trop tard, Tinfortuné n'existe plus !... 

Depuis lors, les passants virent souvent, à la tombée du 
jour, un petit agneau blanc, couché à l'endroit même qui 
avait été le théâtre de cette triste aventure. On en vint natu- 
rellement à penser ce que pouvait très-bien être l'âme du 
jeune pâtour, qui apparaissait ainsi pour solliciter des prières, 
et ce fut en ce temps-là que l'on érigea la croix de V Agneau, 

Cette œuvre expiatoire, ainsi que l'on s'y attendait, mit 
fin à l'apparition ; mais elle ne suffit pas, il faut bien le 
croire, pour calmer entièrement les tribulations de cette âme 
en peine, 

' — --|- I !■■ _■_ ^^^^mt 

* he verrat y qui porte le nom de rndi dqns je sud de notre province. 



DU VIEUX TEMPS 93 



Cette légende nous fait ressouvenir que, d'après les croyances 
païennes, chaque tombeau avait son génie*, et que ce génie, 
préposé à la garde du monument, apparaissait souvent sous 
la forme d'un animal, emblème des qualités morales du 
défunt. L'agneau caractérise évidemment ici l'innocence du 
jeune pâtour^ de même que le beau serpent qu'Énée vit 
sortir du mausolée de son père symbolisait la grande pru- 
dence d'Ânchise. 

Sur le territoire de la commune de Thevet, entre le village 
desBaudins et le moulin de la Pouserie, et dans un pré 
connu sous le nom de la Font-Compain, on venait d'achever 
le chargement d'une énorme charretée de foin. C'était la 
dwnière que l'on avait à sortir de la prairie, et, comme on 
voulait en finir, on l'avait considérablement surchargée, car 
on évaluait son poids à bien près de quarante quintaux. 
ihis elle avait été si carrément montée^ si parfaitement équi- 
librée par Jacques Compain, qui passait, à bon droit, pour 
leplus habile chargeur du canton, que l'on était aussi tranquille 
sur son sort que si elle eût été rendue et empilée dans les 
fenils de la ferme. Jacques Compain, lui-même, était si assuré 
de la conduire à bon port, qu'il n'avait pas hésité un 
instant à céder à la fantaisie de trois de ses jeunes gas ^ qui 
demandaient à grands cris qu'on les hissât^ près de leur 
P^, sur la vaste plate-forme qui couronnait la verte mon- 
tagne de fourrage. 

Assis sur l'avant de la cargaison, Jacques Compain devait 
jouer le rôle de pilote et diriger la manœuvre , tandis que 
deux conducteurs, à'pied, armés de longs aiguillons, et rangés 
de chaque côté de l'attelage, composé de huit robustes bœufs, 
se chargeaient d'en presser ou d'en ralentir la marche. 

Bientôt la masse énorme s'ébranle et s'avance, escortée 



' « NuUus enim locus sine genio est, » dit Servius. 
'Jeunes garçons. — Voy. la note 1 de la page 36, t. II. 



M SOUVENIRS 



par la troupe des faneurs et des râteleuses, qui échangent de 
joyeux propos et mêlent leurs bruyants éclats de rire aux 
rires non moins bruyants des enfants perchés sur la voiture. 
Tout allait à souhait, et la montagne mobile semblait 
glisser plutôt que rouler sur la pelouse fraîchement tondue, 
lorsque tout à coup la surface de la prairie, détrempée par 
les pluies ou par des eaux souterraines, se laisse entamer 
par les roues. Jacques Compain s'en aperçoit aussitôt : — 
« Marchons ! enfants, marchons ! » dit-il vivement, en se 
levant et s*adressant à la fois aux bœufs et à ceux qui les 
conduisent. Mais le sol, tourbeux et tremblant, fléchit de 
plus en plus sous le poids du lourd chargement, et bientôt 
n'offre plus de prise au pied fourchu des aumailles. 

— « Allons! allez! enfants, allons!... » crie avec énergie 
tout le monde en même temps. Et les conducteurs et les 
faneurs harcèlent de leurs aiguillons et de leurs fourches le 
flanc haletant des bœufs et les interpellent ardemment par 
leurs noms. 

Cependant Jacques Compain allait et venait d'un bout de 
la plate-forme à l'autre, et jetait ses ordres à chacun. 

— « Aux roues ! aux roues ! se prit-il à crier subitement, 
et que le bon Dieu et la bonne sainte Vierge nous soient 
en aide 1... » ajouta-t-il à voix basse, en couvrant de ses 
regards ses trois enfants plus étourdis qu'effrayés de cette 
scène de détresse. 

Alors, les plus robustes s'arc-boutent derrière les roues ; 
les autres, hommes et femmes, s'attachent au corps de la 
voiture, s'acharnent à la pousser en avant, et toutes les voix 
ne cessent de s'unir pour encourager l'attelage qui commence 
à perdre pied. 

Soins inutiles! peines perdues !... La terre, qui semble 
fondre sous tant d'efforts, s'entrouvre à la fm tout à fait... 
une clameur immense et suprême, qu'accompagne un 
effroyable mugissement, déchire un instant les airs, et le 



DU VIKUX TEMPS 95 



convoi tout entier, hommes, femmes, enfants, bœufs et voi- 
tures, tout disparaît à la fois et pour jamais dans la vaste 
fondrière!... 

Si Ton en croit les habitants des hameaux qui avoisinent 
le pré de la Font-Compairiy depuis cet horrible naufrage, 
quand vient la saison des fauchailles \ le calme des nuits 
de la fin de juin est souvent troublé par des cris éclatants 
et confus de laboureurs ^ en péril, qui excitent et gour- 
mandent leurs bœufs ; puis, une explosion de voix déses- 
pérées» qu'accentuent des sanglots et des lamentations de 
fenmies et d'enfants, épouvante un moment les échos et 
s'éteint tout à coup dans un silence de mort. 

Longtemps avant l'invention des ponts et chaussées, la 
grande route, ou, pour mieux dire, le grand chemin de 
Germont-Ferrand à Tours, passait, en Berry, par les villes 
de Châteaumeillant et de Saiut-Chartier, et traversait, entre 
ces deux antiques cités, le village de Cosnay, dont l'ancien- 
neté n'est pas moins respectable. A l'entrée de cette dernière 
bourgade, du côté de l'est, et tout proche du grand chemin, 
se trouve une humble croix qui, depuis des siècles, porte le 
nom de Croix-Moquée. 
Voici quelle origine on donne à cette dénomination : 
De temps immémorial, et presque jusqu'à nos jours, l'an- 
cienne route de Clermont à Tours a été fréquentée par des 
caravanes d'ouvriers auvergnats, qui, chaque année, se 
dirigeaient périodiquement vers les provinces du nord-ouest 
pour y exercer leur industrie. Or, un soir qu'une troupe de 
scieurs de long se reposait, en passant, sur la petite pelouse 
qui s'étend autour de la Croix-Moquée^ deux d'entre eux 
se permirent à l'endroit du pieux moimment de grossières 



* C'esUè-dire l'époque de la fauchaisoii. 

* Dins le sud du Berry, on donne le nom de laboureur, non-seulement 
à l'ouvrier qui laboure la terre, mais encore au charretier qui conduit 
une voiture à bœufs. 



96 SOUVENIRS 



insultes. Ënergiquement blâmés par leurs compagnons, ils 
ne s'en piquèrent que davantage à ce jeu impie, et finirent 
par se mettre en devoir de scier l'arbre de la croix. Msus à 
peine le fer effleura-tril le bois sacré que l'on en vit jaillir 
des gouttes de sang et que les deux sacrilèges, frappés de 
la foudre, furent engloutis dans un abîme qu'elle ouvrit 
sous leurs pieds. 

Le voyageur qui, par une nuit tranquille, se trouve passer 
près de la Croix-Moquée^ n'a qu'à prêter l'oreille, il ne tar- 
dera pas à entendre un bruit souterrain qu'il reconnaîtra 
bientôt pour le va-et-vient monotone et régulier d'une scie. 
Ce sont, au dire des gens de l'endroit, les deux scieurs 
de long qui, condamnés à perpétuité à un labeur éternel, 
poursuivent incessamment leur interminable pénitence. 

Ces diverses traditions nous montrent de quelle impor- 
tance sont, aux yeux de nos paysans, les honneurs et les 
devoirs que l'on est dans l'habitude de rendre aux morts. 
L'antiquité païenne avait sur ce point la même manière de 
penser. Elle était également persuadée que les ombres de 
ceux qui sortaient de cette vie par suite d'une mort violente 
ou inopinée, erraient près des lieux où gisaient leurs corps 
autant de temps qu'ils restaient privés de funérailles. 

Nec in Acherontem recipere voluit 
Quia praemature vita careo, 

est-il dit quelque part dans Plante. Rappelez-vous encore 
c^s beaux vers où la prêtresse qui accompagne Énée durant 
sa descente aux enfers lui fait la description de tout un 
peuple d'âmes en peine : 

Haec omnis, quam cernis, inops inhumataque turba est; 
Portitor ille, Charon ; hi, quos vehit unda, sepulti. 
Nec ripas datur horrendas et rauca fluenta 
Transportare prias quam sedibus ossa quierunt*. 

• Enéide, 1. VI. 



DU VIEUX TEMPS 97 



Vous savez qu'£née reconnut parmi ces infortunés les âmes 
en peine de Leucaspis et d'Oronte, deux officiers de sa flotte 
qui avaient perdu la vie dans un naufrage : 

Gémit ibi mœstos et mortis honore Garantes, 
Leucaspim et Lycise ductorem classis Orontem. 

Les honneurs funèbres pouvaient seuls retenir les mânes 
dans la tombe. Aussi Énée a-t-il dit précédemment (1. III, 
vers 68), en parlant du tombeau qu'il élève à Polidore : 
animam condimus sepulcro. — On trouvera une autre preuve 
de notre assertion, au chant XI de YOdyssée, dans les tou- 
dbantes instances par lesquelles Ëlpénor supplie Ulysse de 
lui accorder un paisible tombeau. 

Si Ton en croit le géographe Pausanias*, les cris des guer- 
riers qui avaient succombé dans la grande bataille de Mara- 
thon épouvantaient parfois le voyageur qui traversait ces 
champs célèbres. C'est ainsi qu'en Bretagne, la plaine d'Au- 
ray, qui fut le théâtre, en 1364, d'une rencontre sanglante 
et décisive entre les troupes du comte de Blois et celles du 
comte de Montfort, retentit souvent pendant la nuit, des 
jdaintes des combattants qui, depuis cinq cents ans, se 
lamentent et réclament un tombeau et des prières^. 



' GrcBciœ Descriptio, 

* Emile Souvestre, les Derniers Bretons, chap. ïv, § 2. 



CHAPITRE CINQUIÈME 



CIVILITÉ VILLAGEOISE. 



Dans les fermes, ainsi que dans les familles nombreuse ^^ 
tout le monde, maîtres et domestiques, mange à la game^^f 
Le chef de la maison, après avoir fait le signe de la crC^^^ 
avec sa cuillère, la plonge dans le potage, et chacun \\mC^ 



aussitôt, mais en observant les règles traditionnelles de Té^ 
quette, qui veut que les plus avancés en âge, d'abord parC^^ 
les maîtres, ensuite parmi les serviteurs, attaquent tour * 
tour la gamelle. La bienséance exige encore que les comme:^" 
saux puisent constamment dans la partie de la soupière qC^ 
leur fait face. — Les Arabes agissent de même lorsqu'i/5 
mangent le couscoussou. 

Dans beaucoup de maisons, les femmes ne se mettent 
point à table avec les hommes; elles ne sont occupées que 
de les servir et prennent leur repas, debout ou assises à 
récart. — ft La femme arabe ne mange pas non plus avec 
son époux, encore moins avec ses hôtes*. » D'après le code 
conjugal des Hindous, « une femme ne peut se permettre 
de manger avec son mari ; elle doit se trouver honorée de 

^ Général Daumas, Mœurs et coutumes de l'Algérie, p. 187. 



SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 99 

manger ses restes. » Il en était de même chez les Hébreux, 

il en est de même encore dans tout TOrient. Il n'y a pas 

longtemps, cet usage existait aussi en Italie et en Espagne. 

Mais voici qui est bien plus fort : « Aux îles Marquises, 

les femmes, non-seulement ne mangent pas avec les hommes, 

mais elles ne doivent pas même employer, pour apprêter 

leur repas, le feu qui a servi à cuire les aliments d'un 

homme*. » 

Si, dans le cours de la réfection, des gaz trop abondants 
se développent dans l'estomac des convives, il n'est point du 
tout messéant de leur livrer passage. Beaucoup de paysans 
en usent ainsi, même à la table de leurs maîtres, et le son 
ûranc et plein qui signale la sortie de ces gaz, indique si 
clairement que, dans l'esprit du convive, ces étranges déto- 
nations ne sont autre chose que des actions de grâce parties 
l'un estomac reconnaissant, que l'amphitryon, quelle que 
soit sa susceptibilité, ne s'en offense jamais, au moins osten- 
siblement. 

Cette singulière façon de remercier son hôte se retrouve 

encore chez les Arabes 2; tant il est vrai que les mœurs pri- 

Bttitives sont les mêmes partout. Voici ce que nous lisons 

^ns la relation d'un voyage en Algérie, publiée dernière- 

^omx par M. Alex. Bellemare : — « Vous avez bien dîné 

^ un Arabe, vous êtes satisfait de la manière dont il 

^ exercé l'hospitalité envers vous, vous voudriez lui adi*esser 

to Pemerciment ; priez Dieu que votre estomac trop chargé 

ait besoin de dégager un trop plein d'air. Oh ! ne le retenez 

pas, vous ne sauriez faire à votre hôte un compliment plus 

flatteur. — Mon hôte a bien dîné, se dit l'Arabe, il est con- 



' H. de M..., [e Catholicisme aux îles Marquises. 

' « Chez les Arabes, Téructation n'est pas une grossièreté; elle est 
permise comme chez les anciens Espagnols, à qui sans doute la domi- 
nation arabe avait laissé ce souvenir; » (Le général Daumas, Mœurs et 
coutumes de l'Algérie.) 



100 SOUVENIRS 



tent de moi : El hamdou Lillah (louange à Dieu), ou bien : 
sahha (que Dieu te donne la santé) ; telle sera sa réponse au 
compliment que vous lui aurez adressé, et, je vous le jure, 
plus ce compliment sera bruyant, mieux il sera reçu. 

« Et voilà cependant, ajoute M. Bellemare, ce que sont 
les mœurs des peuples! ce qui, chez Tun, est une grossièreté 
inexcusable, chez l'autre, au contraire, chez un peuple placé 
à moins de deux cents lieues de nos côtes, est non-seulement 
admis, mais va même jusqu'à être considéré comme une 
politesse. » 

Au reste, les Italiens et les Espagnols se comportent abso- 
lument de la même manière, et ces derniers ont tellement 
propagé cette habitude par toutes leurs colonies que personne 
ne s'y refuse cette sorte de soulagement, même dans la 
maison de Dieu. « C'est parfois, dit un voyageur français*, 
qui a assisté au service divin dans les églises du Chili, c'est 
parfois un véritable concert auquel tout le monde prend 
part, les prêtres qui disent la messe, les clercs qui la servent, 
les fidèles qui l'entendent, et même le trompette de la garde 
civique, qui profite des points d'orgue pour mêler ces bruits 
insolites à ses pieuses fanfares. » 

Quelques-uns de nos paysans se permettent encore, — 
toujours à l'instar des Arabes, — une autre espèce de liberté 
beaucoup plus téméraire que celle dont nous venons de par- 
ler; mais nous la passerons sous silence, d'abord par respect 
pour la délicatesse de notre lecteur, ensuite parce que nous 
savons que. 

Loin d'épuiser une matière, * 
11 n*en faut prendre que la fleur. 

Il nous suffira de dire que, chez les Arabes, où tout se 
passe gravement, cette incongruité est accueillie avec la même 
bienveillance et le même cérémonial que l'éternument parmi 

• M. Louis d'Aysac, Voyage au Chili, 



DU VIEUX TEMPS 101 



nous, a Quand arrive, dit M. le général Daumas^, ce qui, . 
chez nous, serait un grave accident, ce qui, chez eux, n'est 
qu'un indice de prospérité, Fauteur dit avec sang-froid : 

« Vhamdoullah. (Je remercie Dieu.) 

» Sous-entendez : .Qui m*a donné assez de bien pour rem- 
pKr mon ventre. 

> Allah iaatik'Sahha (Que Dieu te donne la santé !) lui 
est-il répondu sur le même ton calme. » 

On voit que, sous certains rapports, les habitudes berri- 
dionnes ne sont pas moins pittoresques que celles du Sahara; 
on voit aussi que souvent ce qui émerveille un touriste au 
clelà de FÂtlas se pratique dans son pays, à sa porte, depuis 
des siècles. — Voyagez donc après cela! 

Rappelons maintenant au lecteur ce que pensaient les 
ancâens de ces sortes de libertés. — Chez les Grecs, certaines 
«ectes de philosophes se les permettaient volontiers, tandis 
que d'autres en étaient profondément scandalisées. Les 
stofcieus, par exemple, malgré Taustérité de leurs principes, 
^ent, sous ce rapport, beaucoup plus tolérants que les 
péripatéticiens. Voici, à ce sujet, ce que raconte Diogène 
I^rce. La plus grave des deux inconvenances en question 
étont échappée, dans la chaleur dé la discussion, et en pré- 
sence de toute son école, au philosophe Métroclès, qui ensei- 
pait la doctrine de Zenon, ce digne homme fut si confus 
et si consterné de cette mésaventure qu'une fois rentré chez 
tai, il ne voulut plus en sortir. L'un de ses amis, le stoïcien 
^tès, apprenant cette résolution, fut le trouver, le raisonna, 
le consola, « et, dit Montaigne, adjoutant à ses consolations 
et raisons l'exemple de sa liberté, se mettant à péter à l'envy 
^vecques luy, il luy osta ce scrupule, et, de plus, le retira 
^ sa secie stoïque, plus franche, de la secte péripatétique, plus 
^'Y*lç, laquelle jusques lors il avoit suivy *. » — Les Romains, 



j^œurj 0( coutumes de l'Algérie, paee 12. 
fittOM, Hv. II, chap. XII ; Diogene Laërce, 



VI. 94. 



102 SOUVEl^IRS 



de leur côté, étaient également, sur ce chapitre, plus ou 
moins réservés. Au dire de Suétone, Tempereur Claude ayant 
appris qu'un de ses convives habituels avait failli perdre la vie 
pour s'être refusé ce soulagement, fut sur le point de rendre 
un édit qui eût permis à ses commensaux d'exhaler, môme 
en sa présence, toute espèce de gaz « flatum crepitumque 
ventris. » — Que Ton dise, après cela, que ce prince était 
dépourvu de toute humanité. — Suétone nous apprend encore 
que l'un des successeurs de Claude, Vitellius, donnait lui- 
même l'exemple de ces impolitesses. Comme il aimait, dans 
ses voyages, à rire et plaisanter avec les muletiers qu'il ren- 
contrait aux relais et dans les auberges, souvent, le matin, 
il leur demandait s'ils avaient déjeuné, et rotait devant eux 
pour leur montrer que, quant à lui, il n'était pas à jeun. 

Mais revenons à nos Berrichons. 

Lorsqu'un paysan mange hors de chez lui, il ne manque 
jamais, son repas terminé, de laisser dans le plat ou sur son 
assiette, une bouchée du dernier mets qu'on lui a présenté. 
Eût-il une faim canine, et ne lui eussiez-vous servi qu'une 
mauviette, il ne se lèvera pas de table sans qu'il en reste 
pied ou aile. Il n'oubliera point, non plus, de répandre sur 
le sol les dernières gouttes de son vin. — Veut-il, par ces 
pratiques, vous montrer qu'il est plus que satisfait de ce 
que vous lui avez offert? est-ce une manière ingénieuse de 
vous prouver tout à la fois qu'il est sobre et que vous êtes 
suffisamment généreux? ou bien, plutôt, cette habitude ne 
serait-elle pas un souvenir des pieuses libations que faisaient 
les anciens, à la fin comme au commencement de leurs repas; 
ou simplement une conséquence de cette prescription de 
l'Éternel : — « Tu ne différeras pas de m'offrir de ton abon- 
dance et de tes liqueurs^ », prescription à laquelle se con- 
forment encore les Juifs, car « après leurs repas, ils oni soin 



* Exode, XXII, 29. 



DU VIEUX TEMPS 103 



qu*a reste toujours. quelque morceau de pain sur la table*. » 

— Ces usages remontent à la plus haute antiquité, puisqu'on 

les retrouve chez les Aryas : — « Indra et Vâyou, dit un 

cbantre védique, c'est pour vous que sont ces libations; venez 

prendre les mets que nous vous offrons, voici les boissons qui 

FOUS attendent. » — « Les Aryas appelaient soma le liquide 

qu'ils versaient journellement en l'honneur des dieux 2. » 

Certaines vieilles femmes, en commençant leurs repas, sont 
aussi dans l'usage de jeter sur le sol une petite cuillerée de 
potage : c'est assurément là une libation faite à quelque lare, 
à quelque dieu domestique. Cela s'est pratiqué, cela se pra- 
tique encore en bien des pays : en Normandie, en Savoie, 
en Suisse, en Ecosse, etc. Quelque chose d'approchant s'ob- 
serve même en des contrées beaucoup plus lointaines. Au 
rapport de Marco Polo, « les Tartares ont des idoles protec- 
trices auxquelles ils vont, avant le repas, barbouiller les 
lèvres de graisse ; après quoi ils répandent un peu de bouillon 
hors de la porte en l'honneur des esprits^. » — « Chez les 
villageois des Bélo-Ruthènes, en Pologne, il n'est pas rare de 
rencontrer, le jour de la fête du patron des troupeaux, dans 
les laiteries, son image barbouillée de lait caillé dont quelque 
ménagère a bien voulu régaler le saint *. » — En Chine, le 
msdtre de la maison, qui donne à dîner verse à terre le vin 
d'une coupe avant que l'on se mette à table. 

Ces hommages adressés à des divinités inférieures devin- 
rent surtout très-fréquents, en Gaule, vers les commencements 
de Fère chrétienne ; c'est ce que M. de la Villeraarqué explique 
très-bien de la manière suivante : « A la fin de l'époque 
païenne, les génies domestiques semblaient avoir détrôné les 
dieux pubUcs et généraux ; la dévotion populaire, en se 



* Dom Calmet, Dictionnaire de la Bible, t. III, p. 528, édit. de 1783. 
» Alfred Maury, Croyances et Légendes de Vantiquité, p. 89 et 90. 

' Histoire générale des voyages^ t. VII, p. 301. 

* A. Chodzko, Contes slaves, p. 390. 



104 SOUVENIRS 



détournant de Tentâtes, d'Heusus, de Belen, et de plusieurs 
autres habitants de FOlympe celtique, s'était portée de pré- 
férence vers les petites divinités locales, moins haut placées 
et par cela même plus accessibles aux humains; aussi est-ce 
à elles que s'adressent le plus grand nombre des ex voto 
qui nous sont parvenus du premier au quatrième siècle de 
notre ère*. » 

C'est plus qu'une impolitesse, c'est presque une profanation 
que de s'asseoir sur Yarche ^ où l'on pétrit le pain de la 
famille. En agissant ainsi, on serait censé afficher du mépris 
pour une chose que l'on regarde quasi comme sacrée : le 
pain quotidien. Le pain semble être, chez nos paysans, ainsi 
que chez les Égyptiens, le symbole de la vie. Dans nos vil- 
lages, où beaucoup de personnes se signent encore, au début 
de chaque repas, avec la première bouchée de pain qu'elles 
portent à leurs lèvres, on apprend les enfants, dès l'âge le plus 
tendre, à respecter le pain du bon Dieu. Ce respect va si loin 
que Ton évite même de placer, sur la table le chanteau 3, sens 
dessus dessous ; cela, dit-on, chasse le pain de la maison *. 



^ Myrdinn, ou l'enchanteur Merlin, p. 7. 

^ Grand coffre à couvercle, beaucoup plus long que large. — Du latin 
arca. — Ce mot, dans le sens où nous l'employons aujourd'hui, fut long- 
temps français. On le retrouve dans l'expression arche d'alliance y par 
laquelle on désigne une espèce de coffre où l'on renfermait, chez les 
Hébreux, les tables de la loi. — Les vieilles chartes, les papiers précieux, 
se conservaient autrefois dans une arche^ c'est pourquoi on leur donne 
le nom d'archives. Dans plusieurs anciens titres, on lit : a Comme porte 
l'acte renfermé dans Varche. » (Voy. Alexis Monteil, Histoire des FrançaiSy 
t. I, p. 413 et 573.) — « Les titres de la communauté des Jaulty que le 
maître garde dans une arche, remontent au delà de l'an 1500... » 
(M. Dupin aîné, le Morvan, p. 90.) — Geoffroy Téte-Noire, célèbre chef 
de partisans au service des Anglais, sous Charles VI, dit, dans son testa- 
ment, à ses trente compagnons : « Tout ce que je vous ai annoncé vous 
trouverez en Varche. Si, le départirez entre vous bellement, et si ne povez 
être d'accord, et que le diable se mette entre, vous, prenez une hache, 
bonne et forte, et bien tranchante; rompez Varche, et puis en ait qui avoir 
pourra. » 

2 Pain entamé. — Voy. à la table des matières ce mot : Chanteau. 
^Voy. les pages 287-288, tome L— Remarquons, en passant, que le pain 



DU VIEUX TEMPS 105 



L'anecdote suivante, rapportée par M. Michelet dans ses 
Origines du droit français, montre combien est vivace, même 
dans les cœurs les plus pervers, cette vénération pour la prin- 
cipale nourriture de l'homme : — « Une fermière du Hanovre 
et son valet de ferme, afin de se marier ensemble, avaient 
comploté d'assassiner le fermier. La nuit, pendant son sommeil, 
le valet devait s'introduire dans la chambre de son maître 
par une fenêtre que la femme lui ouvrirait. La fenêtre se 
trouvant un peu trop élevée, la fermière fit passer à l'assas- 
sin un pétrin sur lequel il pût monter pour l'escalader plus 
aisément. Mais au moment de poser le pied sur ce pétrin, 
il s'aperçut qu'il y restait un peu de pâte, et s'écria : « Je 
» ne marcherai pas là-dessus : c'est un don de Dieu ; ce serait 
* nn péché. » Il fallut lui passer un autre meuble. » 

Autant un villageois est galant, empressé et même pressant 
auprès de la jeune fille qu'il recherche en mariage, autant 
il l'est peu, une fois marié. En général, le paysan ne mani- 
feste pas une grande considération pour le beau sexe. Cela 
provient sans doute de ce qu'il n'apprécie les personnes que 
d'après le degré de leurs forces physiques ou de leur utilité 
matérielle. 

D tutoie sa femme, mais celle-ci ne le tutoie pas. Lors- 
<P'il en parle, il dit : ielle (elle), ma fumelle^y la fumelle 



tourné sens dessus dessous, ou le pain à l'envers, comme on disait 
wirefois, était, au moyen âge, un signe de réprobation. Ainsi, une dame 
<|ui?OQlait congédier un galanl n'avait qu'à mettre son pain à l'envers, 
lorsqu'elle se trouvait à table auprès de lui; ainsi, lorsqu'un chevalier 
•▼ail forfait à l'honneur, on tranchait la nappe devant lui, et l'on c(mchait 
** iwin à l'envers. 

* femelle se dit pour femme^ comme mâle se dit pour homme : — a II 
y avait plus de fumelles que de mâles à la messe. » On trouve fumelle 
«laûs Ronsard : 

Et ce fesant, il égale 

Les amours d'un palme mâle (d'un palmier) 

Qui, fait amoureux nouveau, 

Se penche sur un ruisseau, 

Pour caresser d'un grand zèle, 

A l'autre lx)rd, sa fumelle. 



i06 SOUYEIVIRS 



de cheux nouSy ou simplement : qualqui d' chmx nous (cell( 
de chez nous.) 

Dans la plupart de nos familles villageoises, la femm( 
non-seulement reconnaît Tautorité absolue de son mari, maii 
encore celle de son fils aîné, lorsqu'elle vient à tomber ei 
veuvage. Il en est de même en Chine, où une loi fonda- 
mentale déclare que, « veuve et mère, la femme est soui 
la dépendance de Taîné de ses fils. » Il en était, il en es 
encore de même en Grèce, où, comme on sait, Télémaqu< 
disait à Pénélope : — « Rentre dans ton appartement, nu 
mère, reprends ta toile et tes fuseaux ; distribue la tâche i 
tes femmes... c'est à moi, qui suis le maître céans, di 
parler etc.* ». Le code hindou va plus loin; il dit posi- 
tivement : « Une créature femelle est faite pour obéir à tou 
âge; fille, elle doit se courber devant son père; femme devan 
son mari ; veuve, devant ses fils ou les parents de son mari, j 
Ce code hindou est impitoyable pour la femme; c'est lu 
qui dit encore : « Il n'y a pas d'autre dieu sur la terre poui 
la femme que son mari. — Si son époux rit, elle rira; s'i 
pleure, elle pleurera, etc., etc. » Enfin, Manou a donné ei 
partage aux femmes « l'amour de leur lit, de leur siège e 
de la parure, la concupiscence, la colère, les mauvais pen- 
chants, le désir de faire le mal et la perversité ^ », et Napo 
léon, brochant sur le tout, a dit, à Sainte-Hélène : « Chacui 
a ses propriétés et ses obligations ; les propriétés de la femm< 
sont la beauté, les grâces, la séduction ; ses obligations, lî 
dépendance et la soumission 3. » 

Mais voici qui dépasse toutes les bornes du dédain : L 
sang même de la femme était regardé comme trop vil pou: 
être versé sur l'autel des divinités hindoues. Dans l'un dei 

* Odyssée j chant XXI;— Edmond About, la Grèce contemporaine. 
^ Mànava^'harmorCâstra^ 1. II, çl. 88; voy. aussi çl. 93-99. — M. di 
Méril, Histoire de la comédie^ période primitive, p. 213. 
3 Mémorial de Sainte-Hélène^ édit. Delloye, t. IV, p. 227. 



DU VIEUX TEMPS 107 



chapitres du Kalika Pouranay espèce de formulaire qui 
prescrit les règles à suivre lorsque Ton sacrifie des animaux 
ou des hommes, le dieu Shiva lui-même dit à ses adeptes : 
— « Que jamais on n'immole une femelle, soit de l'espèce 
inimale, soit de l'espèce humaine ; le sacrificateur d'un tel 
sacrifice tomberait indubitablement dans l'enfer*... » — 
Remarquez chez les Hébreux une tradition semblable ; voyez 
le chapitre xm de l'Exode, versets 2, 12, 13 et IS. 

Gomment concilier cette injonction méprisante du dieu Shiva 

a?ec ces gracieuses paroles tirées des Lois de Manou, le plus 

ucien législateur de l'Inde : « Où les femmes sont honorées, 

les divinités soût réjouies ; où elles sont méprisées, il est 

iautile de prier Dieu... — Le nom d'une femme doit être 

agréable, doux, imaginaire, finir par des voyelles longues et 

WBsembler à des mots de bénédictions 2. » 

Si la maîtresse de la maison se trouve malade en même 

temps qu'une aumailley c'est-à-dire en même temps qu'un 

bœaf ou une vache, le maître appellera plutôt le médecin 

poor sa bête que pour sa femme. — Un métayer nous disait, 

û n'y a pas longtemps : « J'ai eu bien du malheur, cette 

innée; j'ai perdu deux bœufs et ma jument, sans compter la 

ifaMie,mafum^lley qui est morte au commencement de la mois- 

wn.»— C'est sans doute à ce métayer-là que Pierre Dupont 

Wtta entendu chanter ces deux vers : 

J'aime Jeanne, ma femme, eh bien, j'aimerais mieux 
La voir mourir que voir mourir mes bœufs. 

I* Limousin , notre voisin , range encore plus bas sa 
wnne dans ses affections, car il ne la nomme, dans sa 
FKïe quotidienne, qu'après ses châtaignes et ses raves : 



'^'"duction de M. Daniélo; Histoire et tableau de l'univers, t. III : 
^duction de Victor Hugo. 



108 SOUVENIRS 



Monsioiir saint Marsa, 
Nostra bon fondatour, 
Pregaper nous nostra Seignour 
Qu'il veilla, garda, 
Nostra castagna, 
Nostra raba, 
Nostra fenna. 

Enfin, pour beaucoup de nos paysans, une fille n'est pas 
un enfant; une mère même vous dira : « J'ai deux enfants 
et trois filles. » Chez les villageois d'une partie de l'ancien 
Maine, ce mépris pour le sexe féminin est encore poussé 
plus loin. Dans le département de la Sarthe, lorsqu'une 
fermière vient d'accoucher, on demande : « Estx^ un gas? « 
Si c'est une fille, on répond avec dédain : « Ouen ! ce n'est 
qu'une creïature^. » 

Cet injuste et sauvage mépris de l'homme pour sa com- 
pagne se manifeste encore d'une façon bien significative 
dans les faits suivants : — Le roi de France, Louis VII, 
dit dans une charte : « Effrayé que nous étions de la multi- 
tude de nos filles {territi multitvdine filiarum)^ nous souhai- 
tions ardemment que Dieu nous accordât des enfants d'un 
sexe meilleur... » — « D'après la loi du pays de Galles, la 
femme ne peut témoigner contre un homme ; car la femme 
n'est que le tiers de l'homme ; or un tiers n'est pas croyable 
contre deux tiers 2. » — « En tout témoignage de vérité, 
disent les Évangiles des quenouilles, il convient trois femmes 
pour deux hommes. » — Les Japonais de nos jours sont 
bien moins généreux encore pour la femme, puisqu'ils n'ad- 
mettent pas son témoignage en justice 3. — D'un autre côté, 
le Coran déclare que la femme est inférieure à l'homme, 
parce que le mari la dote de ses biens. Le Coran exige que, 

* Dureau de la Malle. 

2 Origines du droit français, par M. Michelet. — Voy., plus haut 
p. 6, t. II. 

3 M. Oscar Comettant, Variétés japonaises, 



DU VIEUX TEMPS i09 



dans le partage de sa fortune, le père de famille donne à 

chacun de ses fils la part de deux filles ; puis il enjoint à 

tout mari de corriger celles de ses femmes qui ne seront 

pas obéissantes, et même de les battre. Enfin, chez les Mor- 

laques, on ne parle jamais d'une femme sans employer une 

formule d'excuse*. 

Aux personnes consciencieuses et non prévenues, dont l'opi- 
nion, quant à la valeur intrinsèque de la femme, ne serait 
pas parfaitement fixée, nous rappellerons que l'Étemel, qui 
doit s'y connaître, a fait, au chapitre xxvn du Lévitique, 
une évaluation en numéraire de l'homme et de la femme, 
i différents âges. — Il faut bien l'avouer, par cet arrêt su- 
pr^e, duquel on ne peut malheureusement point appeler, 
b femme n'est guère moins mal traitée que par la loi du 
pays de Galles. 
Voici le tarif de l'Éternel : 

« L'estimation que l'on fera d'un mâle, depuis l'âge de 

^ ans jusqu'à l'âge de soixante ans, sera du prix de 

onquante sicles (environ 400 francs, le sicle valant à peu 

prts 8 francs) ; mais si c'est une femme, alors l'estimation 

«ta de trente sicles. — De cinq à vingt ans, le mâle vaudra 

^ sicles d'argent et la femme dix. D'un mois à cinq ans, 

le mâle vaudra cinq sicles et la fille trois. — Enfin , de 

fixante ans et au-dessus, le mâle sera estimé quinze et la 

femme dix. » — En présence de cette évaluation, le rappro- 

diement que voici n'est pas sans intérêt : — Un lieutenant 

<fe vaisseau, M. Mage, qui, vers 1864, a passé trois années 

au Soudan, sur les bords du Niger, et qui, par curiosité, a 

marchandé plusieurs fois des nègres mâles et femelles, mis 

en vente sur des marchés encombrés d'esclaves de tous les 

âges, a fait connaître, dans le journal la Liberté du 15 sep- 



« Fortis, Voyage en Dalmatie; — Daru, Histoire de Venise, t. IV, p. 508, 

m. 



iiO SOUVENIRS 



tembre 1866, les prix suivants : — Un nègre de sept ^ 
quinze ans se vendait de soixante-quinze à cent vingt firancs 
une négresse vierge, du même âge, valait de quarante-cin 
à soixante-quinze francs. 

L'Église se montra bien autrement sévère que rÉtemd 
regard de la femme, puisque, après l'avoir qualifiée de «fl 
infirmiuSf la question de savoir si elle avait une âme ft 
agitée dans un concile. — Tertullien, Fun des Pères i 
rÉglise, déclare que la femme est la porte du démon; sab 
Jean Chrysostome, ou Bcyuche d'or, dit qu'elle est la natm 
du mal ornée de Vapparence du bien. Selon saint Cypriei 
« la femme engendre la concupiscence ; c'est la glu empoi 
sonnée dont Satan se sert pour captiver nos âmes; toi 
rapport avec une femme est une incongruité. » — Bientôt ! 
voix unanime du clergé confirma ces doctrines. En 614, ' 
concile d'Auxerre ordonna aux femmes de se couvrir le visa| 
et les mains pour recevoir l'eucharistie ; un autre concil 
tenu à Aix-la-Chapelle, proclama que « la femme est 
chemin de perdition, la piqûre du scorpion, une engeaiM 
funeste. » Enfin, un moine soumit ou posa à un certain coi 
cile de Mâcon, dont parle Grégoire de Tours, cette question 
« Savoir si la femme fait, ou non, partie de l'humanité. » 

Le culte rendu à la force physique est l'un des sîgti» 
les plus caractéristiques de la barbarie d'un peuple. D*i 
sentiment pareil provenait, chez beaucoup d'anciennes su 
ciétés, le mépris où tombaient les vieillards et les infirme 
mépris qui allait parfois jusqu'à entraîner leur mort. Ce 
donc à l'état d'ignorance où vivent les habitants de n( 
campagnes qu'il faut attribuer le degré d'infériorité assigi 
parmi eux à la femme. — Chez les sauvages de toutes l 
parties du monde, les femmes sont les très-humbles esclav 
de l'homme. — Le vieux jus quiritium^ si dur, si cruel poi 
le sexe féminin, et, ^n général, pour tous les faibles, da 



DU VIEUX TEMPS 111 



. d'une époque où les mœurs romaines, qui ne furent jamais 
fort douces, étaient tout à fait grossières. En aucun temps, 
au contraire, la dignité de la femme ne fut plus élevée que 
panni les anciens Grecs, aux jours les plus brillants de leur 
civilisation. Il en fut de même chez les Égyptiens. 

Il n'y a pas encore très-longtemps, les femmes de nos 
campagnes regardaient non-seulement comme incivil, mais 
comme de la dernière inconvenance de laisser voir leur che- 
velure*. Aussi se tenaienirelles toujours à l'écart pour se 
ûoififer, et renfermaient -elles scrupuleusement tous leurs 
cheveux sous leur cayenne^. Cet usage, qui n'est plus guère 
<>bservé que par les doyennes d'âge de nos villages, n'aurait- 
^ pas pour origine cette injonction adressée par saint Paul 
41X1L Corinthiens : a II faut que la femme marche le chef 
couvert à cause des mauvais anges ^? » — Par suite de ce 
mmandement, certains théologiens proclamèrent plus tard 
e les démons avaient un goût particulier pour les cheveux 
fenunes, et le suffragant de Trêves, au dire du démo- 
i^Qgraphe Boguet, dans son Discours des sorciers, déclara 
I^ositivement que les démons incubes s'attachaient de pré- 
ï^ïence aux femmes qui avaient les plus belles tresses. — 
ï^« là, sans doute, l'habitude où sont les religieuses de ne 
^^Jsser voir aucune partie de leur chevelure, et l'ancienne 
^^Hitume où l'on est, dans certains ordres, de leur raser la 
^^lorsqu'elles font profession; de là encore cette vieille 
^^adition qui exige que, à partir du jour de son mariage, 
*^ femme juive refoule soigneusement tous ses cheveux sous 
^e calotte de satin noir, et les remplacée désormais par un 
l^deau de velours appliqué sur le front*. Il en est de même 

' Voy., à la fin de la Mare au diable^ de M"*» Sand , le chap. m des 
^oces de campagne. 

U cayeime, ou caillenne^ est une calotte piquée que recouvre la coifl'e. 
'<>y- plus bas, à la table des matières le mot : Gayenne. 
I Épitre I, XI, 5, 6 et 10. 
I^Qiel Steuben. Scènes de la vie juive en Alsace. 



112 SOUVENIRS 



en Russie : les filles du peuple et même celles de la class 
aisée ne laissent plus paraître leurs cheveux aussitôt qu'elle 
sont mariées. 

En parlant de leurs garçons et de leurs filles, nos vUlageoi 
disent : Mes drôles^ mes drôlesseSj et cela dans un sens affec 
tueux. — Dans le patois genevois, drôle signifie également gai 
çon. « Diez y voit, avec raison, dit M. Littré, le même mot qu 
Tallemand drollig, plaisant. » — Drôle^ dans cette acception 
doit avoir le même sens et la même origine que le mot drili 
dont nous avons parlé plus haut, page 197, tome I. 

A propos des étranges modifications que le temps et Tusag 
ont fait subir à l'acception primitive de certains termes, noB 
remarquerons que le mot garce, aujourd'hui si bas, et qi 
n'est, après tout, que le féminin de gars ou de garçon, s'en 
ploie encore quelquefois, chez nous, dans le sens honnêt 
de jeune fille. — C'est ainsi qu'en vieux français, l'expressio 
donselle a servi à désigner une fille ou une femme de dis 
tinction : — « L'autheur du jeu vient proposer le don» 
ou la donzelle que l'on a choisy..., etc.*. » Au reste, démo 
selle se dit encore donzella en provençal et en italien. - 
Cette défaveur du mot garce doit nous rappeler qu'au moyei 
âge, le terme garçon fut pendant longtemps pris en très 
mauvaise part. Il avait alors, au masculin, une significatioi 
non moins injurieuse que celle que l'on donne aujourd'hu 
à son féminin garce : — « Et avec ce, lui dist plusieur 
injures et villenies en l'appelant garson^, » — La réhabili 
tation de garçon ne date guère que de la fin du seizièm 
siècle. 

Les expressions garce, drôlesse, donzelle et pucelle étaii 
depuis longtemps tout à fait exclues du langage poli, et 1 
mot fille, et même celui de demoiselle, étant en voie d 



* Des Accords, Bigarr. Acrostiches. 

2 Procès^erbal de 4376, cité par Du Cange. 



DU VIEUX TEMPS US 




subir la même déchéance, que nous restera-t-il donc bientôt 
pour dénommer Fun des plus gracieux objets de la création? 
La, jeune fille finira-t-elle par devenir un être réellement 
ineffable? 

On appelle communément la femme mariée par le nom 
féminisé de son mari, et la fille aînée de la famille par le 
nom féminisé de son père, auquel on ajoute Tarticle la. 
A^insi Ton dira la Gerbaude^ au lieu de la femme ou la 
fille de Gerhaud <. — Cet usage existait encore, il y a une 
ciràquantaine d'années, dans la plupart de nos maisons bour- 
IT^oises. n date de loin, et notre vieux Catherinot, dans son 
eu d'alliance^ en cite de singuliers exemples à propos des 
^Toy de Bourges : « Ce qui est risible, dit-il, c'est que le sexe 
cette famille se nommoit La Reine^ comme aussi Du Coing^ 
Coignée ; Du MouUuy La Moline; Du Pain^ La Paine,,. » 
« En Italie, dit le baron de Mortemart (dans la Vie élé- 
^iite de Paris) ^ le laisser-aller del parlare permet de dire, 
citant de très-grandes dames qui sont parfaitement ver- 
.«use^, la Colona pour la princesse Colona ; la Pignatelli 
la princesse Pignatelli; etc., etc.. » — En France, les 
soeptibUités ou le purisme de notre langue ne permet- 
tant ces mots que pour ce qui appartient au théâtre. » Ainsi, 
un certain monde, au lieu de dire : madçime Malibran, 
lademoiselle Grisi, on dira la Malibran^ la Grisi; ce qui 
ïTa toujours fort malséant. 

Souvent la fille, après son mariage, ne prend pas le nom 
son mari; alors elle garde son nom féminin, comme 
ïla se pratiquait chez les Grecs et les Romains, ou bien elle 
^^^ontinue de porter le nom féminisé de son père, comme 
^^^ a lieu en Lombardie. — Enfin, il n'est pas sans exem- 
ple que le mari porte le nom de sa femme. 

Lorsque nos paysans interpellent une personne d'un âge 



'%M dans le GUmair du Centre^ les mots La et Le. 
î. IL 8 



il 



114 SOUVENIRS 



plus avancé que le leur, ils lui donnent le titre de père oa 
de mère; si c'est un jeune homme, ils le nomment mon 
fieu (mon fils, mon filleul). 

Les enfants ne tutoient jamais leurs ascendants ; ils ont 
pour eux beaucoup de respect, surtout pour leurs aïeuls, 
qu'ils appellent mon grand, ma grand. 

Nos villageois ne se désignent jamais entre eux que pai 
leurs prénoms ou leurs sornettes * ; aussi en rencontre-t-on 
quelquefois qui ignorent complètement leur nom de famille. 
Ils se désignent encore assez fréquemment par le juron qui 
leur est familier ou la locution qui leur est habituelle. Ainsi 
ils diront : « Diable me brûle est bien malade; — Nom 
d'un rat est à la foire ; — La femme à Diable m'estrangouiUU 
(strangulo) est morte ; — Le garçon à Bon Jou se marie avec la 
fille à Dieu me confonde, etc., etc. » 

Un mot sur quelques-unes de nos manières de jurer : — 
Bon Jou! est un juron très en usage dans les environs de la 
Châtre. C'est l'équivalent du per Jou des Normands et du 
per Jovem des Latins. Remarquez que certains antiquaires 
prétendent que Jou était, chez les Galls, le nom de la Divi- 
nité suprême. — Bon sanî est un autre jurement berrichon 
qui signifie bon saint I et où figure le san italien ou espa- 
gnol. — Nos paysans emploient parfois des jurons fort éner- 
giques. En voici un que nous avons entendu sortir de la 
bouche d'une femme : Sa^ré rempart de dix-sept sortes di 
gar,.J Le suivant, qui n'est pas moins expressif et qui rap 
pelle le supplice de certains martyrs de l'ancienne galerie 
des tableaux espagnols du Louvre, est surtout familier aus 
maquignons d'Écueillé (Indre) : « Que le diable me trch 
vouille les tripes sur un travoué de fer, si le cheval que je 
vous vends là 20 pistoles n'en vaut pas 100 ^ ! » — Nous 



• Sobriquets. — Voy. p. 216, t. IL 

* Voy. le mot Travouiller dans le Glossaire du Centre. 



DU VIEUX TEMPS ii5 



disons travouiller^ traouiller pour dévider ^ et travoiié , tra- 
votr pour dévidoir y rouet ^ instrument qui sert à mettre 
en écheveau le fil enroulé sur le fuseau. Ces mots étaient 
jadis firançais : « Elle lui fait porter les enfans, les li fait 
bercer, lui fait tenir sa fusée (son fuseau) quand elle 
^aoutite*. » 

ï-ics métayers appellent le propriétaire dont ils cultivent 
1® bien, noute monsieu, nou( borgeois ^ ou nout* maître. Cette 
^^Hiière appellation, également usitée en Bourbonnais et en 
^ï^tagne, est fort ancienne. Voyez ce qu'en dit A. Monteil, 
^* I, p. 113, 184 et 18S de son Histoire des Français, 

fios villageois donnent volontiers du monsieu à un parvenu, 
* tin artisan, ou au garde champêtre ; mais, entre eux, ils 
^^ désigneront jamais les gros bonnets du canton qu'en 
^^^ranchant cette qualité. Pas n'est besoin de dire que le 
^*^otif qui les pousse à s'exprimer ainsi n'a aucuhe analogie 
a^v^c le sentiment admiratif qui souvent porte les personnes 
^î«n élevées à supprimer toute espèce de titre lorsqu'elles 
Comment, par exemple, Victor Hugo, Lamartine, ou toute 
autre illustration contemporaine. 

Cette affectation quelque peu ironique dégénère parfois en 

î^illerie narquoise; l'usage suivant le prouve de reste. — 

î^^iis nos campagnes, où l'on méprise souverainement le porc, 

^ oaose surtout de sa vie fainéante et inutile, on lui donne, par 

msiDière de plaisanterie, les noms de noble^ de borgeois, de 

«tonneu. On le désigne, aussi comme en Bourgogne et ail- 

teurs, par cette périphrase : un habillé de soie; jeu de mot 

^*^, ainsi que chacun sait, sur le nom du poil de la bête 

et sur le privilège qu'avait autrefois la noblesse de porter 

^Ui Quinte Joyes du mariage, p. 107 de l'édition de Janet, J857< 
' U berrichon substitue assez souvent la voyelle o au son ou, et pres- 
^ toujours le son ou à la voyelle o; ainsi l'on dit : bordon pour bour- 
^' ftorflfeon pour bourgeon, borse pour bourse, et, au contraire, grous 
y^fgrat, houme pour homme^ etc., etc. — Voy., quant au mot Borgeois, 
Ht. Y^ ch. V, le XXII* proverbe. 



il6 SOUVEÎflRS 



seule, avec le clergé, des vêtements de soie *. Cette joyeuseté 
rabelaisienne, qui rappelle le surnom de pourceau d*Épicure 
appliqué à un voluptueux, semble répandue par toute la 
France : en Normandie, un porc est un gentilhomme; en 
Bretagne, il porte le plus beau nom de la province : on 
rappelle mathRohan, c'est-à-dire fils de Rohan. — Emile 
Souvestre, qui nous fournit ce dernier ifenseignement, ne 
savait comment s'expliquer cette locution. Voici ce qu'il en 
dit dans son charmant recueil de légendes intitulé le Foyer 
breton : « On appelle les porcs, en Bretagne, mab-Rohan, 
fils de Rohan; nous ignorons l'origine de ce nom. » 

Autrefois, en Berry, tout porc était qualifié de baron^ et 
il semble que ces sortes de plaisanteries étaient goûtées par 
ceux mêmes qui en étaient l'objet, car nous lisons dans un 
tarif des foires de Brion (Indre), daté du 26 décembre 4S06, 
la clause suivante : « Tout lart (porc gras) passant, doibt à 
monseigneur les oreilles du baron 2. » — - Le seigneur de 
Brion était alors l'amiral Chabot, dont le tombeau se voit au 
Louvre ^. Observez toutefois qu'en anglais, barrow (pronon- 
cez barô) signifie verrat. 

Nos campagnards saluent sans ôter leur chapeau. — Jus- 
qu'à midi, ils disent bonjour; passé le milieu de la journée, 
ils disent bonsoir, 11 en est de même chez les Arabes*. 

Un mendiant, auquel vous venez de faire l'aumône, vous 
dira : « Que le bon Dieu vous argarde (vous regarde) comme 
je vous argarde! » 

• Voy., concernant ce privilège, le Traité de la police par Delamare, 
liv. III, chap. IV. — Saint-Simon, dans ses Mémoires, dit, en parlant 
de Caumartin, nommé conseiller d'État en 1697 : — a C'est le premier 
homme de robe qui ait hasardé le velours et la soie ; on s'en moqua 
extrêmement, et il ne fut imité de personne. » 

2 Ce tarif a été publié par M. Grillon des Chapelles dans ses Esquisses 
biographiques de l'Indre. 

^ Voy. le mot Lard dans le Glossaire du Centre. 

* Général Daumas, Mœurs et coutumes de V Algérie. 



DU VIEUX TEMPS 117 



Nos villageois accueillent Téternument d'une grande per- 
sonne par ces mots : Dieu vous assiste! Dieu v(ms aide! — 
Celui d'un enfant, en disant : Dieu te cressel c'est-à-dire : 
Dim te fasse croître ^ ! — L'usage de saluer et de faire des 
souhaits lorsqu'une personne éternue est fort ancien. On salue, 
dit Aristote, lorsqu'il vous arrive d'éternuer, parce que l'éter- 
nument part du cerveau, siège de l'intelligence et de l'esprit. 

— Chez les Perses, lorsqu'on éternue, la loi veut qu'on ait 
recours à la prière, attendu que, en ce moment critique, le 
mauvais esprit fait tous ses efforts pour séduire l'éternueur. 

— Dans l'Inde, on attache une grande importance à l'éternu- 
mfâttt; les différentes manières dont on s'acquitte de ce besoin 
s'interprètent de bien des façons. Par exemple, si une femme 
indjenne, malgré l'extrême envie qu'elle a d'éternuer, n'en 
p«it venir à bout, elle est persuadée qu'en cet instant-là 
même, son mari, absent, éprouve une velléité d'infidélité non 
suivie d'effet K 

Presque tous nos paysans se mouchent sans mouchoir, 
comme ce gentilhomme dont parle Montaigne, au livre I®', 
chapitre xxn de ses Essais. Les plus aisés d'entre eux portent 
o^ndant dans leur poche un tissu quelconque, mais ils ne 
s'en servent guère qu'après que le plus gros de la besogne 
est Êdt. — On se comporte absolument de même, à l'heure 
<p'il est, dans la patrie d'Alcibiade. Cette coutume y paraît 
même beaucoup plus généralisée que chez nous. En Grèce, 



'Nous disons crètre pour croître, et nous employons ce verbe active- 
ment, comme on faisait jadis en français : 

Bien heureux le malheur qui croist la renommée. 

(Desportes, Premières œuvres, p. 80.) 
Vous me semblez bien amendée et creue,... 
Que Dieu vous croisse encore plus prospère. 

(Clément Marot.) 

• Les valets qui se plaignent de leurs gages peuvent-ils d'eux-mêmes 
'n croUre, en se garnissant les mains d'autant de bien appartenant à 
1®W8 maîtres? » — Réponse : a Ils le peuvent... » [Somme du père Bauny, 
j^iile, p. 213 et 214 de la 6« édition.) 

' hûies i^opulaires de l'Inde^ traduites par M. Lamairesse. Paris, 1867. 



418 SOUVENIRS 



dit M. About, (( les hommes de toute condition se mouchent 
dans leurs doigts avec une grande dextérité. Les riches bour- 
geois s'essuient après avec leur mouchoir. La haute société 
se mouche à la française et n'en est pas plus fière*. » — 
Les Moldaves agissent avec le même sans-façon, et les ambas- 
sadeurs du roi de Siam, en 1861, et ceux du roi des Anna- 
mites, en 1863, ne se conduisaient pas autrement en pleine 
cour de France. 

Le gentilhomme dont nous avons parlé plus haut justi- 
fiait cette manière d'agir par des raisons assez originales que 
Montaigne était loin de rejeter; lisez plutôt son récit : — 
« Un gentilhomme françois se mouchoit toujours de sa main, 
chose très-ennemie de nostre usage ; défendant là-dessus son 
fait (et étoit fameux en bons rencontres), il me demanda 
quel privilège avoit ce sale excrément, que nous allassions 
lui apprêtai] t un beau linge délicat à le recevoir, et puis, qui 
plus est, à l'empaqueter et serrer soigneusement sur nous; 
que cela devoit faire plus de mal au cœur que de le voir 
verser où que ce fût, comme nous faisons toutes nos autres 
ordures. Je trouvai qu'il ne parloit pas du tout sans raison; 
et m'avoit la coutume ôté l'appercevance de cette étrangeté, 
laquelle pourtant nous trouvons si hideuse, quand elle est 
récitée d'un autre pays. » 

Certaines formules de politesse reviennent fréquemment 
dans la conversation de nos paysans, surtout lorsqu'ils s'entre- 
tiennent avec des personnes auxquelles ils doivent quelque 
considération; ce sont celles-ci : parlant par respect; — sous 
vof respect: — au respect que je vous dois; — sans vous offen- 
ser ^ etc., qu'ils prononcent toujours en se découvrant. 

Toutes ces expressions s'emploient pour sauf votre respect. 
On y a recours toutes les fois qu'on veut adoucir ou faire 
excuser des paroles trop libres ou qui réveillent des idées de 

■ ' ■■ ^^^— ^— ■— ■> 

' La Grèce contemporaine. 



DU VIEUX TEMPS 449 



mépris ou de dégoût. On s'en sert toujours avant de nommer, 
ou aussitôt après avoir nommé un animal immonde, princi- 
palement le porc : — (( J'ai conduit, sans vous offenser, deux 
cochons à la foire. » — On s'en sert même en parlant du 
porcher; ce qui fait que sa profession est tombée dans le 
plus grand discrédit. — En Bretagne, c'est lorsqu'il est ques- 
tion d'un tailleur que l'on use d'une formule semblable*. 

Au reste, il n'y a pas encore très-longtemps, cette manière 
de s'excuser existait parmi nos bourgeois; il en est ainsi de 
beaucoup d'autres usages et croyances, devenus aujourd'hui 
le partage exclusif de la campagne. Ces locutions étaient même 
comprises au nombre des formules de nos vieux notaires. 
Nous lisons dans un acte du 19 septembre 1734, passé devant 
ïidiel Villain, notaire à la Châtre, la clause suivante : — 
tNe pourra ledit preneur tenir bestiaux dans le susdit lieu, 
pour luy ny d'autres, que dudit sieur bailleur, sauf au res- 
f^t des porcs qu'iceluy preneur pourra tenir pour luy. » 

Nous remarquerons, en passant, si ce n'est dans l'intérêt 
de la bête, au moins dans celui de son pasteur, qu'il est assez 
difficile de s'expliquer le sentiment qui porte nos paysans à 
inanifester tant de mépris pour le porc et son gardien ; sur- 
tout lorsque l'on considère quel cas l'ancienne Gaule faisait 
dô cet animal. Ses forêts en étaient peuplées ; d'après ses 
ïDédailIes, c'était un de ces quadrupèdes qui surmontait ses 
étendards et qu'elle opposait sur les champs de bataille à la 
louve romaine 2. Il paraîtrait même que nos pères, à l'exemple 



'«Les Bretons coraplent trois professions daranables : celles des tail- 
ïcurs, des meuniers et des ménétriers. » (De la Villemarqué, p. 55 et 368 
<*« 1. 1 des Barzaz-Breiz,) 

'Lisez dans la Revue de la numismatique française^ 1840, p. 244, une 
Mwnte dissertation de M. de la Saussaye sur l'insigne national des 
Gaoloii. — Nous verrons plus loin, p. 187, t. II, que le cheval figurait 
wssi sur les médailles et les bannières gauloises. Or, d'après les préju- 
ge de nos paysans, il existe aujourd'hui un singulier contraste entre les 
«Iwtinées de ces deux vieux symboles. En effet, l'un d'eux, le cheval, 
*^^wgardé durant sa vie comme un noble animal, mais devient, aussitôt 



120 SOUVENIRS 



des Hindous qui adorent des dieux à tête de porc, rendirent 
au cochon des honneurs divins, car M. Alexandre Lenoir a 
lu au-dessus d'une ancienne porte de ville, à Langres, une 
inscription qui semble Tannoncer*. Les Gaulois avaient sans 
doute apporté ce culte de Tlnde, leur berceau, où cet animal 
était en si grande estime. D'après les livres sacrés de ce pays, 
le porc fut Tune des incarnations de Brahma et de Vichnou, 
et ce dernier dieu est considéré comme le père des varahas ■ 
ou des verrats 2. Dans la mythologie Scandinave, le porc ne 
fait pas une moins grande figure. Les Eddas le proclament 
« l'animal des héros ^. » Le char du dieu Frey est conduit 
par deux de ces quadrupèdes, dont on connaît les noms; 
enfin, la foule des guerriers morts en combattant, qui peuple 
le palais d'Odin, ne se nourrit pas d'autre chose que du lard 
sans cesse renaissant du porc Sachrimner. 

D'un autre côté, le mépris que nos paysans témoignent 
pour le porc ne saurait avoir rien de commun avec la répul- 
sion qu'inspirait cet animal aux Juifs et aux Égyptiens, 
puisque, chez ces peuples, c'était la religion qui, prenant en 
main les intérêts de l'hygiène publique, avait suscité une 
telle horreur contre le porc, que les Juifs n'en prononçaient 
jamais le nom et ne le désignaient pas autrement qu'en 
disant : cette bête, cette chose. Les Égyptiens, particulièrement, 
l'avaient tellement en abomination que si quelqu'un d'entre 



après sa mort, pour nos villageois, un objet d'horreur que nul n'ose 
approcher (voy. p, 186, t. II). Le porc, au contraire, après avoir vécu 
dans l'ignominie, a des funérailles honorables : son corps jQgure, 
more antiquo, sur une sorte de bûcher, puis ses restes, précieusement 
recueillis, presque embaumés, sont conservés dans la demeure de ses 
maîtres. 

* Désiré Monnier, Traditions populaires comparées, p. 478 et 775; — 
Voy. aussi, plus haut, p. 13, t. I, ce qui concerne le porc du dieu 
Frey. 

2 Voy. le Brahma-Purâna. 

* Voy. le Poëme de Hyndla dans les Eddas. 



DU VIEUX TEMPS 121 

eux venait, par hasard, à en être touché, il courait à l'instant 
même se jeter à Teau tout vêtu. Le porcher, parmi ces der- 
niers, était, au dire d*Hérodote, un véritable paria avec qui 
nul ne voulait avoir de rapport et auquel l'abord des temples 
était rigoureusement interdit*. Enfin, de nos jours, les Tur- 
comans sont persuadés que « le musulman le plus pieux 
qui est mis à mort par un animal de la race porcine (san- 
glier ou cochon), arrive impur dans l'autre monde, où cent 
années de purgatoire ne suffisent pas pour effacer sa souil- 
lure l 

Mais revenons. — « Non-seulement, dit M. le comte Jau- 
bert, les formules d'adoucissement s'emploient lorsqu'en 
parlant à un supérieur, on mentionne des animaux immon- 
des; mais il arrive souvent qu'on en fait usage relativement 
à d'autres objets auxquels s'attache, parmi les gens à pré- 
tentions, une idée méprisante, par exemple une de ces car- 
rioles suspendues appelées pataches : — « J'ons vu passer, 
i(m vot' respect, une patache^. » 

Une formule d'excuse équivalente est employée par Molière, 
dans te Médecin malgré lui, en parlant d'un apothicaire : 

« J'avons dans notre village un apothicaire, révérence par- 
lât qui li a donné je ne sais combien d'histoires. » 

Cest assurément dans l'intention de se moquer de ces 
sortes de précautions oratoires que Rabelais dit dans son 
Pantagruel : 

« Je les ameine d'ung pays auquel les pourceaulx, Dieu 
soit avecques nous, ne mangent que myrobolans; les truyes 
en leur gésine, saulve l'honneur de toute la compaignie^ ne 
sont nouîries que de fleurs d'orangiers. » 



" Hérodote, liv. II, chap. 47. 

' Arminius Vambéry, Voyages d'un faux derviche^ traduits par 
M. E. Forgues. 
3 Glossaire du Centre de la France, au mot Respect. 



CHAPITRE SIXIÈME 



LES BERGÈRES. 
LE VENDREDI BLANC ; — LE LOUP, ETC. 



Dans certains cantons du bas Berry, on donne le nom de 
Vendredi blanc au vendredi qui se trouve neuf jours a^^ant 
Pâques, C'est une fête toute pastorale et qui intéresse parti- 
culièrement les bergères de ces pays. Ce jour-là, elles jeû- 
nent, et, dans les environs de la Châtre, elles se rendent 
par troupes nombreuses à la ville pour assister à la messe. 
Chacune d'elles y porte un petit faisceau de bâtons blancs, 
ou de baguettes de coudrier, dont Fécorce a été enlevée, et 
qui, parfois, ont été guisées, c'est-à-dire enjolivées de bizarres 
et capricieuses sculptures par les amoureux. Ces baguettes, 
formées d'un seul jet, et coupées à certains jours de la lune, 
doivent, durant le cours de l'année, servir de touches pour 
toucher (conduire) et compter les brebis. 

Les verges de coudrier passent dans ces contrées, comme 
en plusieurs autres pays, pour avoir des vertus secrètes. — 
(( Je craignons pas les sorciers, j 'avons une baguette de cou- 
drier », dit une bergère vosgienne, dans les Anges du foyer 
d'Emile Souvestre, — Cette crovance se retrouve chez les 



\ 



SOUVENIRS DU VIEUX TSUPS 123 

anciens Scandinaves : « Tu ferais mieux de tenir à la main 
une gaule de coudrier et de mener paître les chèvres », est-il 
dit dans les Eddas^ D'autres passages des mêmes livres 
attestent que ces baguettes étaient aussi sculptées. 

Aux environs de Cluis, c'est particulièrement de gaules de 
fetm (bouleau) que les bergères se pourvoient , le jour du 
Vendredi blanc. Elles vont quelquefois les chercher fort loin. 
Or, le bouleau paraît avoir partagé, avec le chêne et l'aubé- 
pine, les honneurs sacrés chez les anciens peuples de la Gaule '^. 
Quelques-unes de ces baguettes servent aussi de quenouilles. 
Les sculptures bizarres dont elles sont encore, mais rarement 
ornées, — car cet usage se perd, — rappellent ces runes ou 
caractères secrets dont il est si souvent parlé dans les Eddas, 
et que les peuples septentrionaux traçaient autrefois sur une 
foule d'ustensiles, tels que des cornes à boire, des poignées 
d'épées, des bâtons, etc., etc., et auxquels ils attribuaient 
te propriétés mystérieuses. — « Kostbera était célèbre, 
^nt les Eddas; elle savait expliquer les runes et lire les 
Mtons runiques à la clarté du foyer. » — Cette coutume 
fiïistait également dans l'ancienne Egypte, où les prêtres et 
^ magiciens portaient habituellement des bâtons sur les- 
îïiels étaient gravés des caractères hiéroglyphiques. Les 
%ures que les bardes gallois du moyen âge appelaient rhin 
ou run, c'est-à-dire mystères , et dont la signification n'était 
connue que des initiés ; les lettres magiques qui composaient 
l'ojAaw ou l'ancien alphabet national de l'Irlande, figures et 
lettres qui sont reproduites page 140 de V Esprit de la Gaule, 
par Jean Reynaud, ne sont pas sans analogie, quant à la 
forme, avec les sculptures que portaient, il y a quarante ans, 
1^ bâtons guises d,e nos bergères berrichonnes. 
Les baguettes du Vendredi blanc sont toujours, dans chaque 



'^oy. le poëme antique sur les Voels. 

'M. de la ViUemarqué, les Romnns de la Table Ronde. 



124 SOUVENIRS 



faisceau, de longueur inégale et en nombre impair. Cette 
dernière circonstance révèle encore la trace d'une antique 
tradition ; car il est évident que nos bergères pensent comme 
les anciens, que le nombre impair est agréable à la Divinité : 
numéro Deus impare gaudet^. La même croyance existe en 
Chine, où, par la même raison, les étages des pagodes les 
plus importantes sont toujours en nombre impair. Ce nombre, 
aux yeux de Pythagore, passait pour le plus parfait. Le 
nombre septénaire, qui se retrouve si souvent dans la Bible, 
notamment dans le Lévitique, appartenait aux choses sacrées. 
Selon Corneille Agrippa, il était réputé pour très-puissant 
soit en bien, soit en mal. Le nombre ternaire, regardé par 
les anciens comme non moins parfait, était sacré dès les âges 
les plus reculés, principalement dans Tlnde et dans les Gaules. 

Il n'y a pas encore très-longtemps, lorsque le prêtre de la 
Châtre avait béni les bâtons blancs, les bergères des environs, 
à rinstar des païens qui frappaient souvent les images de 
leurs dieux afin de raviver leur vertu, n'oubliaient jamais 
de toucher et, au besoin, de battre assez vertement de leurs 
gaules la statue de saint Lazare placée dans l'une des cha- 
pelles de l'église ; car saint Lazare, en raison de la consonnance 
de son nom, est pour elles la personnification du hasard, et 
préside essentiellement à la destinée si incertaine des trou- 
peaux. 

Les bâtons blancs, une fois consacrés, sont suspendus au 
plancher des bergeries, où la bergère vient les prendre un à 
un, au fur et à mesure de ses besoins. 

Nous remarquerons, à propos de ces usages, que le bâton 
dépouillé de son écorce, ou bâton blanc, était autrefois un 
symbole de sujétion. Il était l'attribut des suppliants. Gra- 
maye, dans ses Antiquités d'Anvers, parle des confrères de: 

'Virgile, viii® églogue. — Par contre, les anciens croyaient que les 
nombres pairs plaisaient aux divinités infernales. Voy. l'Enéide, liv. VI^ 
vers 244. 



DU VIEUX TEMPS 125 



l'arc de Welda, qui se présentèrent devant les statues des 
saints avec des baguettes blanches dans leurs mains en signe 
de dépendance ^ 

Quant à la coutume de faire succéder aux supplications 
adressées aux saints les menaces et même les horions, elle 
semble avoir existé dans tous les temps et dans tous les pays. 
Si Fon en croit le rapport suivant de dom Martène, les agri- 
culteurs, au moyen âge, l'avaient poussée fort loin : — 
« Sanclorum imagines seu statuas irreverenti ausu tractantes, 
cum est intempéries aeris, vel tempestatis,... in terra protra- 
hunt, in orticis vel spinis supponunt, verberant, dilaniant, 
percutiunt et submergunt penitus reprobantes, etc. 2 » — 
t Autrefois, dans le Quercy, lorsque la récolte était mauvaise, 
les paysans couraient aux églises, en arrachaient les saints, 
ks traînaient et les fustigeaient pour avoir laissé grêler leurs 
champs et geler leurs vignes 3. » — « Dans un des plus 
anciens jeux dramatiques qui nous soient parvenus, un dévot 
à saint Nicolas, très-irrité que le saint eût mal répondu à sa 
confiance, s'écriait : 

Te, ni reddas meum, 
Flagellabo reum *. » 

•- En 1692, pendant le siège de Namur, Teau étant tombée 
averse, le jour de saint Médard, « les soldats, au déses- 
poir de ce déluge, firent des imprécations contre ce saint, en 
'Perchèrent les images, et les rompirent et brûlèrent tant 
ÎQ'ils en trouvèrent^. » 

Plusieurs de nos provinces continuent de se livrer à ces 
^Perstitieuses irrévérences. En voici un remarquable exemple : 

^^y» le Dictionnaire des proverbes de M. Quitard, p. 122. 
accueil des statuts synodaux des Églises de Cahors et de Rodez. 
^^exis Monteil, Histoire des Français, t. IL 

Ort^lu^ latines du théâtre moderne, p. 274; — M. du Méril, Histoire 
^1^ comédie, p. 331. 

^^>it-Simon, Mémoires, t. I, ch. i. 



i26 SOUVENIRS 



— « Le pécheur dieppois professe une dévotion outrée pour 
le patron de sa barque, dont une image enluminée est pla- 
cardée au fond de sa cabine. Il tombe souvent aux pieds de 
ce saint, ordinairement apocryphe, et lui adresse les plus 
naïves prières; mais aussi gare au saint, s'il tarde trop à 
accorder au marin la grâce qu'il sollicite ! Le Dieppois impa- 
tient l'accable d'injures, et crible parfois la vénérable image 
de coups de couteau*. » 

Encore de nos jours, à Naples, de vieilles et sordides men- 
diantes, qui se disent cousines de saint Janvier, gourmandent 
et malmènent leur divin parent, pour peu qu'il soit trop lent à 
opérer son célèbre miracle : — « Allons, canaille, brigand, 
vieil édenté, chien pourri, faccia gialluta^ fato miracolo! 
(face jaune 2, fais ton miracle!) » lui crient-elles d'une voix 
menaçante et furibonde. Et pourtant saint Janvier est l'idole 
des Napolitains, et ils sont fermement persuadés que Dieu' 
ne règne aux cieux que par sa permissions. 

Ainsi que nous l'avons dit, les Grecs et les Romains, en 
certaines circonstances, ne portaient guère plus de respect à 
leurs dieux. Théocrite, idylle vn, vers 106, parle de chasseurs 
qui donnent des coups de fouet au dieu Pan, pour le punir 
de ce qu'une chasse, entreprise sous ses auspices, n'avait 
point réussi. Enfin, le fait suivant prouve que la multitude 
ignorante est en tout temps et partout la même : =— « Il 
arrive assez souvent en Chine^ dit le père Le Comte, que le 
peuple, api'ès avoir bien honoré ses dieux, s'il n'en obtient 
pas ce qu'il demande, les traite avec le dernier* mépris; les 
uns les chargent d'injures, lés autres dé coups : « Chien 
d'esprit, lui disent-ils quelquefois, nous té logeons dans Mû 



^ M. ,t. Cauvain, Dieppe. 

- Face jaune, parce que le saint est représenté par lin biiste en argent 
à tète d'or; 

3 Maxime Du Cainp, la Conquête des DeuxSiciles. — On trouve dans 
cette relation de curieux détails sur saint Janvier- 



DU VIEUX TEMPS i27 



temple magnifique; tu es bien doré, bien nourri, bien encensé ; 
et, après tous ces soins, tu nous refuses ce qui nous est néces- 
saire!... » Puis, on le lie avec des cordes, on le traîne par 
les rues, chargé de boue et de toutes sortes d'immondices. » 

Après la cérémonie religieuse du Vendredi blanc, les ber- 
gères sont dans l'habitude de se rendre au cabaret et de s'y 
restaurer parfois un peu plus copieusement que ne le comporte 
une fête pastorale et surtout un jour de jeûne. Des danses 
succèdent au repas, puis les jeunes pèlerines du Vendredi 
Uanc s'en retournent en chantant dans leurs villages. 

Cette champêtre solennité rappelle les antiques Palilies, 
iêtes instituées par les Romains en l'honneur de Paies, la 
déesse des bergers et des troupeaux. Les Palilies se célébraient 
précisément à la même époque que notre Vendredi blanc. 

Indépendamment du Vendredi blanc, il est encore une 
grande fête pour nos bergères, c'est celle des tondailtes. Nous 
désignons ainsi l'époque où l'on tond les brebis. Ce mot fiit 
longtemps français : 

« Estimant qu'en iceluy pays, festin on nommast crevailles, 
comme de ça nous appelons fiançailles, espousailles, relevailles^ 
'^^'Wes, mestivailles... » (Rabelais.) 

• Conservez la fraîcheur de vos rieuses grisettes ; dans les 
^pagnes, la joie de vos bourrées, le festin des tondailles 
avec ses galettes et sa fromentée. » (H. de la Touche, le 

Les tondailles ont oi*dinairemënt lieu vers la lin de juin* 
Elles étaient autrefois l'occasion de grandes réjouissances dans 
Jios domaines. Les propriétaires faisaient. Ce joui*-là, des pré- 
sents aux bergères; ils leur donnaient des épingles : — « Item, 
« sixième jour dudit mois, urig millier (ïespinglés pour 
donner aux bérgièrés dé la méstaiérie de Bourdoiseau (près 
1 étang de Villiers, dans le Cher), durant tondailles. » {Comptés 
*« receveurs de VHosteUDieu de Bourges, 1300, 1301.) 

^ Cour impériale de Bourges prend encore, chaque année, 



128 SOUVENIRS 



la veille de la Saint-Jean (23 juin), un congé de huit jour 
connu sous le nom de vacances des tondailles. 

Les métayers, anciennement comme aujourd'hui, régalaie 
ceux de leurs voisins et de leurs amis qui les avaient aie 
à tondre leurs troupeaux, et c'était un grand plaisir pouc: 
maître de la ferme d'aller en tondailles avec toute sa fauLi 
et d'assister au banquet et aux danses qui signalaient ce 
fête champêtre. 

On n'est pas surpris de retrouver ces habitudes tojji 
patriarcales chez les anciens Hébreux ; — « Ces peuples, c 
dom Calmet, faisaient les tondailles des troupeaux dans 
joie. C'était une fête à laquelle on invitait ses amis. Naba 
époux d'Abigaïl, faisant sa tondaille, avait préparé un reps 
comme un festin de roi. (I Samuel^ xxv, 2 et suiv.) - 
Âbsalon invita toute la famille royale aux tondailles de si 
troupeaux. » (II Samuel, xni, 23.) {Dictionnaire de i 
Bible, t. V.) 

Nos bergères ont pour habitude de cacher le nombre préc 
de leurs moutons, car elles pensent que si elles en accusaiei 
exactement le chiffre, elles s'exposeraient à le voir procha 
nement diminuer. Si vous demandez à une bergère combie 
elle a de brebis, et qu'elle en ait, par exemple, 98 ou 10« 
elle vous répondra toujours : « J'en ai près d'un cent, c 
un peu plus d'un cent », et jamais : « J'en ai 98 ou 104. 

On trouve des traces de cette superstition dans les prc 
verbes suivants : 

Non ovium curât numerum lupus. 

(Virgile, Églogue vu.) 
Brebis comptées, le loup les mange. 

Par suite du même préjugé, on n'oublie jamais de plac 
dans les parcs d'abeilles une ou deux ruches vides pour < 
dissimuler la quantité réelle. Cette précaution suffit, assure-t-o 
pour dérouter les sorciers ou autres personnes malintei 



DU VIEUX TEMPS 129 

tionnées, et réduire à néant tous leurs maléfices. — C'est 
sans doute encore cette superstition qui fait que beaucoup 
de gens ne veulent pas déclarer exactement le nombre de 
leurs années. 

Nos bergères croient que le loup est neuf jours badé (ouvert), 
et neuf jours barré (fermé) ; ce qui veut dire que pendant 
neuf jours, il a la mâchoire libre et mange tout ce qu'il ren- 
contre, et que, pendant les neuf jours suivants, il ne peut 
desserrer les dents et se trouve condamné à un long jeûne. 
— De là, notre locution proverbiale : « Faire un repas de 
toup 1, c'estrà-dire manger beaucoup, manger pour neuf jours. 

Dans quelques-uns de nos villages, les bergères vous diront 
(pe « le loup vit neuf jours de chair, neuf jours de sang, 
ï^f jours d'air et neuf jours d'eau, et qu'il n'est à craindre 
<IQe dans les dix-huit jours durant lesquels il se nourrit de 
Aair et de sang^ » 

n passe aussi pour certain que si le loup qui survient pour 

^ûlever un mouton, voit la bergère avant d'en être vu, à 

* ûistant même, celle-ci devient rauche (enrouée), au point 

^ ne pouvoir crier. Alors, il ne lui reste qu'une ressource, 

' mais cette ressource est infaillible, — c'est de se décoiffer 

^^ de courir sus au loup, les cheveux épars; elle est sûre, 

®*^ agissant ainsi, de le mettre en fuite. Si, au contraire, le 

'^Up est aperçu le premier, il perd tout pouvoir sur la ber- 

^ï^ et lé troupeau. 

I-*e8 Romains admettaient une partie de ces croyances : 

Voxquoque Mœrin 

Jam fugit ipsa : lupi Mœrin videre priores. 

(Virgile, Églogue ix.) 

Wine parle de cette superstition au 1. VIII, ch. 34 de son 
^Uiaire naturelle, et Cardan {de Sublilitate, 1. 17) dit « qu'il 

*!>' Robin-Massé, Hevue du Berry, t. I, p. 190. 

T. IL 9 



130 SOUVENIRS 



y a quelque chose aux yeux du loup contraire à l'homme, 
par laquelle Thaleine est empeschée, conséquemment la 
voix. » — Enfin Ton trouve dans les Évangiles des que- 
nouilles les passages suivants : — « Se aucun voit le loup 
devant que le loup le voye, il n'aura povoir de lui méfaire, 
et pareillement la personne au loup. — Si le loup pœult 
une personne approchier à sept pies près et la veoir en la 
face, de son alaine rend la personne tant enrouée qu'elle 
ne pœult crier. » 

La locution française : il a vu le loup, que Ton emploie 
en parlant d'une personne enrouée, est en contradiction avec 
la tradition ci-dessus. 

Nous nous permettrons, en passant, une observation sur 
le mot rauche, mentionné plus haut. — Rauche, en Berry, 
a deux significations. Lorsque nous l'employons comme adjec- 
tif, il signifie enroué, rauque, et vient du latin raucus. Lors- 
que nous l'employons comme substantif, il signifie roseau. — 
Or, rauche (roseau) et rauche (enroué) n'ont qu'une seule 
et même origine, car c'est par onomatopée que les roseaux 
portent, chez nous, le nom de rauches^ ou ô!e7iroués ; ces 
plantes, lorsqu'elles sont agitées par les vents, faisant enten- 
dre, en se frottant les unes contre les autres, un bruit rau- 
que ou rauche. 

Ce premier pas fait, il nous suffira d'en faire un autre 
pour découvrir l'étymologie du mot roseau lui-même. 

Quelques-uns de nos vieux romans de chevalerie disent 
raus, rause, pour enroué, rauque : 

Ne je ne puis mais (pto, de magis) haut crier, 
Car douze mois en Tan suis raus. 

{Congié de Baude Fastour d'Arcs, vers 38i.) 

Nous ignorons si quelqu'une dé ces vieilles épopées emploie 
raus ou rause pour roseau^ mais nous savons que sur cer- 
tains points du Berri, les roseaux se nomment raus, rauses 



DU VIEUX TEMPS 134 

OU roses^ — de là, les noms des étangs des Roses^ des Hau- 
tes-i?o^e5, etc., dans la Brenne (Indre). Nous savons aussi 

. que, dans plusieurs contrées de TAllemagne, non-seulement 

raus signifie roseau, mais que rauh se dit pour rauque^ et 

rauschen pour bruissement. — On peut donc affirmer, par 

les raisons ci-dessus déduites, que le raus (enroué) des 

vieux Français et le raus (roseau) des Berrichons et des 

Allemands, dérivent de la même source, et que tous deux, 

ainsi que notre terme rauche^ pris dans ses deux acceptions, 

ont été formés par onomatopée. 



CHAPITRE SEPTIÈME 



LES MOISSONNEURS; 

LE ROI ; — LA J'MENT ; — LES SERVANTES DE PRÊTRES ; 

LE VEAU; - LE CRAPAUD ; — LA GERBAUDE, 

ETC., ETC. 



Sur plusieurs points du Berry, et, entre autres, dans les 
environs de la Châtre, le chef des moissonneurs porte le 
titre de roi. Chaque bande de moissonneurs a son roi, 
qu'elle est obligée de suivre et auquel elle doit obéir pen- 
dant les heures de travail. Ce roi, tout à fait étranger à la 
race des rois fainéants, marche à la tète de son peuple, paie 
de sa personne, et prend la plus forte part dans toutes les 
corvées qu'il impose à ses sujets. 

C'est là un reste de l'usage où l'on était autrefois, au 
moyen âge, de donner le nom de roi aux chefs des corps 
de métiers. — « Dans l'inventaire des titres du duché de 
Châteauroux, dit Alexis Monteil {Histoire des Français 
des divers états) ^ se trouve une pancarte de 1563, où il est 
fait mention du roi des merciers. » — Il est bien d'autres 
royautés de ce temps-là qui, malgré toutes nos révolutions, 
fleurissent encore en Berry. Celles que consacre la religion 
s'y sont particulièrement conservées. On trouvera plus loin, 
p. 176, ce qui concerne ces différentes royautés. 



SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 133 



Bû "peu avant Theure du médion^ — c'est ainsi que nous 
appelons le repas du milieu du jour, qui se prend ordinai- 
temeat, hors de la maison, à Tendroit même où se trouvent 
les ouvriers, — les moissonneurs sont dans Fusage de se 
coucher sur le sillon et de dormir pendant quelque temps. 
Ils appellent cela voir la fment (jument) : — c C'est temps 
devoir la fment; — allons voir la fment \ » disent-ils. 
C'est habituellement le roi qui donne le signal de cette 
sieste en plein air. S'il tarde trop à le donner, l'un des 
moissonneurs se met à contrefaire le hennissement d'un che- 
val; aussitôt les autres travailleurs répondent par un cri sem- 
blable, et tout le monde va voir la fment, 

A Saint- Août (Indre), on dit, dans les mêmes circonstan- 
ces, aller voir la demoiselle. Il en est de même aux environs 
de Cluis ; mais, ici, c'est le dernier de la file des moisson- 
neurs qui, le moment du repos venu, en donne le signal en 
s'écriant : Allons voir la demoiselle ; elle compte ! — Nous 
avons vainement cherché à nous faire expliquer le sens 
mystérieux de ces diflférentes expressions. 

Nos moissonneurs appellent servantes de prêtres ces sou- 
daines et violentes bouffées de vent qui, par un temps calme, 
surviennent tout à coup, soulèvent, chassent devant elles, et 
emportent en tourbillonnant, souvent à de grandes distances, 



* Dans nos campagnes, on donne assez souvent le nom de juments 

toute bête chevaline, quel que soit son sexe : — « Ils étaient montés, 

pour la plupart, sur ces petits chevaux connus dans toute la province 

sons le nom générique de juments^ dont on fait j'wente par abréviation. 

C'est une traduction littérale du jumentum des Latins, pris dans le sens 

de bête chevaline. Ce mot ne laissait pas de me paraître fort étrange par 

la manière dont on l'employait. En effet, je ne pouvais guère m'empê- 

cher de rire quand j'entendais mes nombreuses connaissances m'adresser 

la parole à mesure que je passais près d'elles : — a Bonjour, monsieur 

Vermond; comment vous portez-vous? — Mais je vous en prie, monsieur 

Vermond, prenez les devants; votre j'ment^ c'est un cheval entier. » 

IM. Charles Rousselet, Chroniques du Berry.) — En roman, en catalan et 

en portugais, on dit aussi jumento pour cheval. 



434 SOUVENIRS 



les javelles des champs, les andains des prés, la poussière 
des chemins, etc., etc. 

Pourquoi a-t-on nommé servantes de prêtres ces impétueux 
emportements de Fair? — ^Ne serait-ce pas parce que les braves 
filles qui gouvernent le ménage de nos bons curés de cam- 
pagne, et qui sont presque toujours maîtresses au presby- 
tère, ont d'autant plus de propension à s'emporter et à tem- 
pêter qu'elles vivent avec de saints personnages auxquels la 
patience, l'égalité d'humeur et la sérénité d'âme sont par- 
ticulièrement recommandées? — Ou, plutôt, faut-il recon- 
naître dans cette dénomination un vestige des anciennes 
dissensions religieuses qui divisèrent si profondément le 
Berry*, et les réformés, pour jeter de l'odieux sur les chefs 
du catholicisme, n'auraient-ils pas, dans ces temps de haine, 
cherché à faire croire à nos paysans que ces espèces de trombes, 
si fatales aux récoltes, étaient les ministres, les servantes, de 
la méchanceté des prêtres? Bien d'autres insinuations pareilles,, 
toujours à propos de désastres météorologiques, et que l'o 
ne saurait expliquer autrement, se retrouvent au fond d 
plusieurs de nos croyances populaires. Par exemple, chaqu 
fois que les fruits de la terre ont été ravagés par la grêl 
il est rare que nos paysans ne racontent pas que; dans tell 
paroisse, au moment où Torâge était le plus effrayant, u:r 
coup de fusil tiré dans la nuée, en fit tomber un ou plusieuna 
prêtres, dans les poches desquels se trouvèrent une gran 
quantité de grêlons. — Au reste, aux yeux de nos villageoi 
qui ont conservé la plupart des préjugés du moyen âge, to 
prêtre est un grand savant, et tout savant, étant plus 
moins sorcier, passe nécessairement pour être plus ou moiry^ 
malfaisant. 

Le passage suivant, tiré des Évangiles des quenouilles, peut 



' M. Just Veillât, dans ses Huguenots d'issoudun^ nous a donné de 
cette époque orageuse un tableau tracé de main de maître. 



DU VIEUX TEMPS i35 



encore donner matière à quelque induction : — a Une me&- 
cliixi.c (servante, concubine) de prestre, persévérant et mou- 
ran-t; en péchié (péché) est cheval au dyable., et ne fault jà 
prier pour elle... etc., etc.^ » 

riu côté d'Ëguzon (Indre), les servantes de prêtres s'ap- 
pellent trifoutets; dans quelques cantons du Cher, on les 
nomme pu^...., ce qui s'accorde avec la citation des Évan-- 
ffiies des quenouilles. 

£ii Bretagne^ et bien plus loin encore, en Islande, le popu* 
ïaîre est convaincu que ce sont des fées qui voyagent dans 
ces rapides tourbillons 2. 

Quoi qu'il en soit, un moyen infaillible d'empêcher les 
Javelles d'un champ d'être bouleversées et dispersées par les 
*«yt>ûnte« de prêtres, c'est de placer, en croix, en tête du 
sillon, les deux premières poignées de blé que l'on coupe 
d^iis ce champ. 

Lorsqu'un lieur de gerbes ne peut pas enserrer, avec le 

Wgh trop court, les javelles que l'on a disposées en tas pour 

les mettre en gerbes, il rejette le blé qu'il trouve de trop 

®^ se met à contrefaire le beuglement d'une vache. Cela veut 

^t^ que la gerbe a fait un veau, et cet avertissement, qui 

*^o manque jamais d'exciter l'hilarité des travailleurs, suffit 

P^Ur qu'aussitôt l'un des javeleurs vienne recueillir le veau 

*I^*il porte sur l'une des gerbes qui n'ont pas encore été liées. 

Celui des javeleurs qui se trouve ramasser la dernière 
Javelle d'un champ de blé, est toujours l'objet des plaisan- 
teries de ses camarades : Tu mangeras le crapaud!.,, tu 
^'^^ngeras le crapaud!,., lui crie-t-on joyeusement de 
^utes parts. — De là l'habitude où nous sommes de dire, 

**. 90 ot 133 de rédition elzévirieune de P. Janet. 

-^' -A'fred de Nore, Coutumes^ mythes et traditions des provinces de 
rramce. 



136 SOUVENIRS 



en général, d'un ouvrier qui finit sa tâche le dernier : — 
Il a mangé le crapaud. 

Si le leveur de gerbes * n*est pas assez fort pour soulever 
la gerbe à bout de bras, il appuie l'extrémité du manche de 
son forchat (forte fourche) contre terre; alors on dit, en se 
gaussant de lui, qu'il pique le crapaud. — L'origine et le 
sens de ces deux dernières locutions sont pour nous lettres 
closes. 

Dans certains cantons du Berry, aussitôt que la moisson 
d'un champ est terminée, on attache au sommet d'un arbre 
ou au bout d'une longue perche fichée en terre, une poignée 
d'épis que l'on dispose presque toujours en croix. Cela fait, 
tout le monde, moissonneurs, javeleurs et glaneuses, sautent 
et dansent autour du frêle monument, en lançant leurs cha- 
peaux en l'air, en chantant une espèce de ronde, et en criant 
par intervalles : Jahlotte ! javebite l 

Cette coutume n'est pas sans analogie avec une très-ancienne 
habitude qu'avaient, encore au dernier siècle, les paysans du 
Mecklembourg et de quelques autres contrées de l'Allemagne, 
et qui consistait à laisser debout, dans le champ que l'on 
venait de moissonner, quelques épis autour desquels les tra- 
vailleurs se mettaient à danser en chantant : — WodeF 
Wode! prends cela pour nourrir tes chevaux'^. C'est-à-dire: 
— ce Odin! Odin! prends cela pour..., etc. » — C'était là, 
comme on le voit, un souvenir de la religion odinique ou 
Scandinave. 



* Le leveur de gerbes (prononcez Vveux d'jarbes] est un ouvrier de^ 
confiance qui, en temps de moisson, représente les intérêts du proprié^- 
taire, dans les domaines exploités par métayers ou à moitié fruits. C'est- 
le levewr de gerbes qui, après avoir compté les gerbes dans les champs^ 
les lève ou soulève avec une fourche, en en prenant une sur deux, eU 
les tend au chargeur qui est sur la voiture. 

2 Goyer, Revue française, n" 7, janvier 1829; — M"* Amélie Bosquet, 
la Normandie romanesque et merveilleuse, p. 63. 



DU VIEUX TEMPS 137 

La gerbaude est une réjouissance bachique qui, dans nos 
doioaines, termine tout labeur un peu important, mais sur- 
tout celui de la moisson. Lorsque ce grand travail est achevé, 
on place sur la dernière charretée de froment que Ton rentre 
à la ferme une gerbe monstre que Ton pare de rubans et 
de vertes ramées, et tous les moissonneurs, leur roi en tête, 
escortent en chantant, et au son de la musette, ce cham- 
pêtre trophée. — C'est ainsi que, dans la plus haute anti- 
quité, on célébrait par des chants la fin des plus importants 
^vaux agricoles*. 

Rendu à la ferme, on baptise avec quelques bouteilles de 
vin l'énorme faisceau d'épis, et il semble que par cette liba- 
^n, accomplie avec une certaine solennité et à la manière 
antique, on remercie la providence d'avoir protégé et mené 
^ bonne fin la récolte. — Puis tout le monde s'attable, et 
^*on fête gaiement et longuement la gerbaude ou la grosse 
gerbe. 

Le mot gerbaude emporte tellement l'idée de grosseur, que, 
totfsque l'on veut désigner la brebis, la vache la plus grosse 
d'un troupeau, on dit : « Voici la gerbaude. » — Nous ne 
4)utons pas que le nom propre Gerbaud^ si répandu dans 
^ environs de la Châtre, n'ait désigné, dans le principe, des 
l^ommes remarquables par leur forte corpulence. 

On peut supposer encore que gerbaude est la même chose 
<pe chère baude (repas joyeux, chère lie, comme dit la Fon- 
Wne), bauld signifiant joyeux, gai (voy. Nicot), et caraude 
(da latin caro)^ employé dans le sens de gerbaude^ se trou- 
^wit dans Roquefort. 

^ Limousin, on dit : fa lo dzerbo-baoudoy littéralement : 
faire la gerbe joyeuse; et voici ce que dit, à propos de cet 
"^> M. Béronie, dans son Dictionnaire du patois du bas 



àriJ^y^^ ''**®» ^^ ^^» ®' Jérémie, xxv, 36 et xlviii, 33,— Voy. aussi 
*"**<*P*^ane, Achamiens, v. 20i, 



138 SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 

LtnKmstn : ^^ « Lorsque toutes les gerbes vont être rentréegy 
un des ouvriers en fait une beaucoup plus grosse pour la 
dernière. Cette gerbe est ordinairement arrosée par quelques 
bouteilles de vin et donne lieu à un repas; c'est ce que nous 
appelons fa lo dzerbo-baoudo; et comme, sur la fin de ce 
repas, il arrive quelquefois un peu de désordre, nous disons 
proverbialement : lo dzerbo-baoudo (à la gerbaudé)^ pour 
dire : avec bruit, avec confusion. 

M™® Sand a très-exactement et très-poétiquement repro- 
duit, dans Fun des plus beaux tableaux de sa Clavdie, le 
cérémonial usité dans la célébration de la gerbaude. 

La gerbaude est aussi connue sur quelques points de notre 
province, sous les noms de berlot et de poêlée. — Voy. ces 
deux mots dans le Glossaire du Centre, 



CHAPITRE HUITIEME 



LES BRIOLEUX. 



Brioler, c'est chanter pour encourager les bœufs durant 
leur travail. Les chants que fait alors entendre le laboureur 
ont un caractère particulier. Le motif en est presque toujours 
lent et triste comme celui de la plupart des airs d'origine 
gaélique. Au reste, toutes les vieilles mélodies de notre 
France centrale semblent empreintes de cette naïve mélan- 
colie, et Ton a remarqué que les anciens chants de l'Irlande 
ont la même expression. 

Les accents de nos brioleux se transforment parfois en une 
sorte de plain-chant entrecoupé de cadences prolongées qui, 
tantôt s'interrompent brusquement, et tantôt se terminent, 
en sautant à l'octave, par une note perçante et joyeuse. — 
M°*® Sand a parfaitement caractérisé ces chants dans son 
admirable scène du labour de la Mare au diable. 

Cette manière de distraire les bœufs et de les exciter au 
travail s'appelle, à Cluis (Indre), hôler; dans la basse Vendée, 
bouarer; en Poitou, arauder, érauder, que Roquefort tra- 
duit par animer, inciter^ et dans le Mprvan kioler : 



140 SOUVENIRS 



« De même que FÂrabe encourage et désennuie ses cha- 
meaux par le son d'un galoubet, le Morvandiau fait entendre 
à ses bœufs des sons retentissants et filés en point d'orgue 
d'une longue tenue, lorsqu'il se met à kioler^,. » 

Notre verbe brioler est sans doute de la même famille que 
le substantif 6no, qui, en italien, signifie vivacitéy et que 
l'adjectif briolou, briola qui, dans le Jura, correspond à vi/» 
actif. Notons encore, en passant, qu'en Béarn, on dit brut" 
lou pour violouy et que, dans quelques-uns de nos cantons, 
bioler est synonyme de brioler. 

L'usage de brioler les bœufs remonte à la plus haute anti- 
quité. — tt Le plus ancien chant populaire connu, dit 
M. J.-J. Ampère 2, est un couplet adressé par un laboureur 
égyptien à ses bœufs. Écrit en hiéroglyphes, il y a environ 
trois mille ans, il a été traduit par M. Champollion ^ de la 
manière suivante : 

Battez pour vous, 
Battez pour vous, 

bœufs! 
Battez pour vous, 
Battez pour vous, 
Des boisseaux pour vos maîtres. » 

Plusieurs chants de ce genre, assure M. Fauriel, furent 
importés de Grèce dans le midi de la France par les fonda- 
teurs de Marseille. — Enfin, Avicenne, qui écrivait au 
dixième siècle, recommande au laboureur de chanter le plus 
souvent possible pendant son travail, parce que le chant 
réjouit les animaux et les délasse. 

Bien brioler est chose assez rare ; aussi prise-t-on beaucoup 



' M. Dupin aîné, le Morvan, p. 18. 

2 Instructions du comité de la langue^ de V histoire et des arts de la 
France, etc. 

^ Lettres écrites d'Egypte et de Nubie en t8^8 et 18^9, par Champollion 
le jeune. Paris, 1833, in-8, p. 196, 



DU VIEUX TEMPS i4i 



les laboureurs dont la voix pleine et sonore sait trembler et 

sùatemr indéfiniment les notes graves et lentes de ce chant 

primitif. On cite encore, à Cosnay, dans la paroisse de Lacs, 

CQffliDe on maître briokux le grand Renard, de Fontenay, 

mort il y a plus d'un demi-siècle. On assure que lorsqu'il 

labourait dans le chaumoi ^ de Montlevic, et que le temps 

était saige ^, on Ydcoutait brioler du biau mitan de la 

grand'place de la Châtre, c'est-à-dire à une distance de plus 

d'une liQue. 
H n'avait pas, dit-on, son pareil, lorsque, menant le grand 

labourage^ il interpellait en chantant et d'une seule halenée 

chacun des dix bœu£s qui composaient son puissant attelage : 

Çà, Gaya, Sarzé, Guivé, 
Fauviau, Charbouniau, Varmé, 
Cerison, Morin, 
Rossigneu, Châtain, 
Eh! eh! eh! mes maignons! 
Eh ! mes valets, allons ! 

On voudra bien nous permettre un peu de philologie à 
propos de ces noms de boeufs : 

Gaya ne doit pas se confondre avec Gaillard^ autre nom 
de bœuf, dont la signification est différente. Gaya ne veut 
pas dire autre chose que bigarré, tacheté. En espagnol, le 
mot gaya s'emploie absolument dans le même sens. 

Sarjiéf aux environs de la Châtre ; Sarzin, Sarrazin, eu 
d'autres parties du Berry 3, sont des noms qui servent à 
désigner les bœu£s bruns ou noirs ; ils équivalent à Morin, 
que nous rencontrerons plus bas. 

Guivé vient du latin gilvus, qui se traduit par gris cendré. 

FauvîaUf de couleur fauve : — « Ce faulveau à la raye 



' Grande étendue, en plaine de terre, labourable. 

' Sage, pour calme. 

* Voy. le mot Bœuf dans le Glossaire du Centre. 



i42 SOUVENIRS 



noire » , dit Rabelais. Paul-Louis Courier, d'après son maitni 
parle aussi d*un fauveau à la raie noire. 

CharbouniaUy c*est-à-dire noirâtre, charbonné. 

Vanné pour vermeil^ indique un pelage rouge, vif ou lui 
sant. — En espagnol, on dit pelo vermejo pour poil de vaclm 

Cerisony de couleur cerise. 

Monn ou J/annn, de couleur brune ou noire. Les nml 
propres Morey Lemorey Morin^ MoreaUy Morillon, Mameau, m 
répandus parmi nous, surtout dans le canton de la«Châtra 
ont la même signification et la même origine. — Ces dén^M 
minations datent du passage des Maures en Berry. — Dm 
très-remurquable qu'en Espagne, pays longtemps occupé pm 
ce ^KHiple, J/oro se dit pour Maure; Morillo pour petit Maur* 
ot MorenOy dont notre Morneau est la contraction, pour tria 
6rM«, prosiiue fwir. 

\u ivste, ce n'est pas la seule trace que l'invasion Aa 
Maures ait laissée en Berry. Dans la commune de Lacs, pr^ 
lu ('ht\tiv, toutes le« fois que Ton parle d'une contrée qui 
ôlô ruvagêo par un désastre quelconque, on a coutume c: 
(Wi^y : — u C'est comme du temps de la Guerre à Maurotm 
ofi Ton mettait tout à blanc, » — C'est ainsi que dans 
Journal d'un bourgeois de Paris , écrit au commenceme^ 
du quinzième siècle, on compare, à chaque page, les pillage 
t'I U»s massacres de cette époque aux excès commis autrefois 
t'u France par les Sarrasins. 

Ajoutons, en passant, que si les Maures nous ont doua 
les Marin et les MoreaUy nous devons aux Anglais nos Lap 
(floisy nos Lanlois et même nos Lan-ia, dont nous somme 
tbrcés d'écrire le nom à la chinoise, parce que notre habî 
tude de mouiller le gl à la manière italienne ne nous per 
uiet pas de l'écrire tout d'une pièce. 

Rossigneu se dit d'un bœuf à la robe rousse. Rossigneu est 
aussi, dans nos contrées, le nom du rossignol, ce qui nous 
tait croire que les noms français et berrichon de cet oiseau 



DU VIEUX TEMPS * 1^3 

^eiment du latin russeolus et signifient tout autre chose que 

\ei&ot Imdnia^ nom sous lequel il était connu des Romains. 

Si, en vieux firançais, le rossignol s'est appelé lousegnoly lus- 

àgnolf on l'a aussi nommé rosseignol^ rossinol, roussignoul. 

Le mot maignons, employé par nos briokuXj va nous con- 
duire à Tétymologie du terme français mignon. En berrichon, 
nous disons maigner, maignable pour manier, maniable ; or, 
nous donnons la qualification de moignon ou de mignon à 
on enËint ou à un animal doux et docile, qui se laisse mat- 
jner ou manier» 

Vakts doit s'entendre dans le sens de garçons, comme très- 
andennement en français. 

Notons, en terminant, que parfois nos brioleux interrom- 
pent leurs chants pour assaillir d'injures les plus paresseux 
de leurs bœufs. Dans ces circonstances, l'animal apostrophé 
«8t ordinairement, traité de propre à rien y de faignant (fai- 
néant), d'avocat M Nous avons même entendu donner très- 
inévéremment à l'un de ces animaux le nom d'un très-haut 
et très-respectable dignitaire de notre métropole. 

^'^^— ^■^— — ^— ■! ■ I ■ ^— ^— ■ I I ^PWi^— — B^.» ■■^■^a ■■■■.■■■■■■■■ ■-■■ I ii..M._i.. .^ 

' Tout homme de plume est, aux yeux de nos paysans, un faignant. 



CHAPITRE NEUVIÈME 



LES VIGNERONS : 
LA HUÉE; — VIVE LE ROI AU GRAND NEZ! 

ETC., ETC. 



Vive le roi cm grand nez! ce cri, accompagné d'un tinte- 
ment de marre ^ ou d'un grand tintamarre*, est encore poussé 
par quelques vignerons des environs de la Châtre, au moment 
où ils font la huée pour s'avertir, de proche en proche, que 
leur journée est fmie. 

Le roi au grand nez n'est autre que François P"*, 

le roi François 

Dont le nez avoit deux grands doigts 
Sur Jes plus grands nez de son âge 2, 

et dont un assez bon poëte latin du seizième siècle, Louis 
Alleaume, a dit : 

Occupât immenso qui tota numismata naso. 

Du vivant de ce roi, et même longtemps après sa mort, le 
peuple, en France, ne le nommait pas autrement que le 
roi au grand nez; c'est ainsi que Jean, duc de Berry, dont 

^ Voy. Pasquier, Recherches de la France^ 1. VIII, ch. lh. 
' La Mesnardière, Testament de Michelette. 



SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 145 



nous albns bientôt parler, avait été surnommé le Duc camus, 
à cause de la forme écrasée de son nez*. 

Les vivat par lesquels nos vignerons accueillent encore, 
après plus de trois siècles, le souvenir de François I" sont 
^es cris inspirés par la gratitude, car le roi au grand nez fut 
teur bienfaiteur en rendant obligatoire, vers 1S39, la Coutume 
rfw Berry. 

A partir de cette époque, la durée de leur travail fut con- 
sidérablement réduite : — « Depuis le premier jour de mars, 
"'t cette coutume, jusques au premier jour d'octobre, les vigne- 
^ns entreront en besongne à cinq heures et besongneront 
JUsques à six heures du soir; et depuis le premier jour 
* Octobre jusques au premier jour de mars, seront en besongne 
^^ point du jour et besongneront jusques à la nuit. » 
C'est donc, nous le répétons, par reconnaissance envers 
LUçois I*' que nos vignerons s'écrient encore aujourd'hui : 
^^ve le roi au grand nez! — C'est ainsi qu'aux environs de 
^lois, les vignerons criaient et crient peut-être encore, au 
■Moment de la huée : — Dieu pardoint au bon comte de 
*loi«»! 

Voici, selon un vieux commentateur de la Coutume du 

Berry, Gabriel Labbé, qui parle d'après Etienne Pasquier^, 

^ quelle occasion l'usage de la huée avait été institué : 

« Jean, duc de Berry*, partant un jour, de grand matin, 

pour la chasse, trouva quantité de vignerons qui estoient en 

^Mi vignoble proche de la ville de Bourges, et voyant ce 

pauvre peuple gaigner sa vie à la très-grande sueur de son 

<»Ti8, il s'informa de l'un d'eux ce qu'ils pouvoient gaigner par 



"• Haynal, Histoire du Berry, t. II, p. 51 i2. 

*^- I*«squier, Recherches de la France, 1. VllI, ch. lu; — Alexis Mon- 
^"^ histoire des Français, 1. 1, p. 390 et 567. 

'Cherches de la France, ch. xlviii. 

*^^ en i340, mort en juin i416. 

t. II. . iO 



146 SOUVENIRS 



jour, et combien d'heures ils travailloient, et plusieurs autres 
telles particularités esquelles prenoit plaisir à les escouter. 

» Il lui fut répondu qu'aux grands jours d'esté, ils étoient 
tenus de prester pied à boule à leur besongne depuis les 
quatre heures du matin jusques à huict ou neuf heures du 
soir, et es plus courts jours de Thyver, depuis six heures du 
matin jusques à sept ou huict heures du soir, estans même 
contraincts pour cest effect porter chandelles et lanternes 
quant et eulx pour les esclairer. » 

Rappelons, en passant, que ce règlement plein d'inhuma- 
nité était l'œuvre des prud'hommes de Bourges, auxquels 
une charte de H75 attribuait le droit de fixer les heures de 
travail des vignerons et autres manœuvres. Ceux de' ces 
malheureux qui commençaient ou finissaient leur journée 
plus tard ou plus tôt que ne le prescrivait le règlement, ne ^ 
recevaient aucun salaire *. 

« Le duc, poursuit Gabriel Labbé, prenant ce peuple ^ 
compassion et estimant que les maîtres usoient de trop- 
grand'rigueur à son endroict, ordonna que de là en avan^ 
le vigneron ne seroit tenu de s'acheminer à sa besongne 
devant six heures en quelque temps que ce fust, et qu'en 
esté toute besongne cesseroit à six heures du soir, et en 
hyver à cinq. Et pour ne rendre cette ordonnance illusoire, 
commanda que ceux qui estoient plus proches de la ville et 
conséquemment dévoient entendre plus à leur aise le son de 
la cloche, en donnassent advertissement en criant aux autres 
qui estoient plus prochains, lesquels seroient tenus rendre 
le semblable aux autres, et ainsi de main en main. 

» Cecy fust depuis très-estroictement observé audit pays 
de Berry, auquel le premier vigneron ayant, sur les cinq ou 
six heures du soir, fait la première clameur, il excitoit son 
voisin à en faire autant, et luy pareillement aux autres. 



' Voy. l'Histoire du Berry de M. Raynal, t. II, p. 174. 



DU VIEUX TEMPS 147 



Tellencà^nt qu'en toute la contrée s'entendoit une grande huée 

et claxitteur par laquelle chacun estoit incontinent adverty 

qtfil felloit faire retraite en sa maison. » — « Or, ajoute 

E. Pa.squierS les bonnes gens du pays assurent qu'ils avoyent 

ouy dlîre qu'autrefois le premier qui donnoit advertissement 

aux aiutres avoit accoustumé de tinter dessus sa marre 

a^ecq* une pierre, et tout d'une suite commençoit à huer 

après ses autres compaignons. » 

La Coutume du Berry ayant réglé, dans la suite, ainsi que 

nous l'avons dit, les heures de travail des vigneron^, voulut 

teur interdire la Kvée. — « Les vignerons, dit-elle (article 1®"* 

"** titre XV), ne feront, à la lin de leur journée, aucune 

f^uée ne cry pour advertir ou inciter les autres à laisser 

^^ngne, ainsi qu'ils avoient accoustumé faire par cy-devant. » 

Mais la huée, « ores que défendue par cest article, est 

^^^ntmoins encore maintenant usitée », ajoute Gabriel Labbé, 

^^i écrivait vers la fin du seizième siècle. 

^< J'ai ouï raconter, dit, à ce propos, un autre commen- 
tateur de la même Coutume, Jean Mauduit, bailly de la châ- 
^Uenie d'Argenton, au commencement du dix-septième siècle, 
1 ^i ouï raconter qu'au tems de la promulgation de la Coutume 
^u Befrry, les femmes des vignerons, voyant la huée interdite, 
^ mirent à sonner les cloches pour inciter leurs maris de 
laisser besogne, et que mon ayeul fut en l'église de Saint- 
Marcel-lès-Argenton, où est l'un des beaux vignobles du 
ferry, et les chassa, dont ses ennemis prirent occasion de 
supposer qu'entre ces femmes, il y en avoit une enceinte, 
laquelle il avoit fait avorter. Le juge royal, lors supérieur 
^Argenton, d'ailleurs animé contre mon ayeul, sur la plainte 
"^ cette femme, décerne commission pour informer, et, sur 
^te information, décret de prise de corps. — Le voilà pri- 
^ûnier et persécuté par la justice, celui qui avoit tenu la 

' Recherchés de la France. 



148 SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 



main à l'exécution de la Coutume!... et comme il étoit près 
d'être condamné pour avoir fait périr un enfant avant sa 
naissance, la femme accoucha d'un enfant bien sain qui dé- 
mentit les faux témoings et les obstétrices (sages-femmes), 
fit absoudre l'innocent de la fausse accusation, condamner 
sa partie en grosse réparation et punir le parjure des témoings 
et de leurs acheteurs infâmes que l'on a vu périr misérable- 
ment. » 

Jean Mauduit, que cette mésaventure domestique rend 
injuste, termine cette historiette par la réflexion suivante : — 
« Il n'y a que trop de vignes en Berry, ubi propter crapu- 
lam multi obserunt, comme dit l'Ecclésiaste, et où l'ana- 
gramme de vigneron est ivrongne. » 



CHAPITRE DIXIÈME 



ANCIENS JEUX : 

L'ENGRANGE ; — LA GALINE ; - L'ENFILE-AIGUILLE ; 

LE PETIT BONHOMME VIT ENCORE; 

PARÉ OU CAFFÉ ; — LA CAYE ; — LA PÈTE-EN-GUEULE ; 

LE FURON; — JE VOUS PRENDS SANS VERT; ETC. 



L'ENGRANGE. 

Le jeu de Yengrange consiste en un carré traversé par 
quatre lignes droites dont deux partent des angles, et les deux 
autres du milieu des côtés du carré; toutes ces lignes pas- 
sant par le centre. Pour jouer à Tengrange, les deux joueurs 
sont munis chacun de trois jetons qu'ils placent alternative- 
ment sur l'extrémité de chaque ligne ou à leurs points de 
jonction, et celui qui, le premier, parvient à placer ses trois 
jetons sur la même ligne, gagne la partie. 

Notre engrange est ce que Rabelais nomme les marelles^ 
dans la liste des jeux de Gargantua, et ce que les Basques 
connaissent de temps immémorial sous le nom de las marellas, 
— La marelle en usage parrpi les écoliers de Paris, et que 
les enfants de notre pays appellent la classcy n'est plus du 
tout la même chose que les marelles ou l'engrange. 

L'engrange, aujourd'hui presque tombée dans l'oubli, a 
dû être autrefois très en vogue dans le BeiTv; ce qui le dé- 



150 SOUVENIRS 



montre, ce sont les nombreuses figures que Ton en trouve 
sur les dalles et les pierres d'appui de nos vieux monu- 
ments. 

L'écu des anciens rois de Navarre représente une véritable 
engrange, et Labastide, savant qui vivait vers la fin du dix- 
huitième siècle, prétend que ce jeu a été importé dans le 
pays des Basques par les Phéniciens, et que les rois de Na- 
varre l'adoptèrent pour blason comme marque de leur na- 
tionalité*. 

Dans Touest du Berry, Tengrange porte le nom de je 
de la Grange; en Limousin, on l'appelle RendzetOy ce qn 
revient au même. 

LA GALINE. 




On donne ce nom à un jeu très-répandu dans nos village ^ 
La Galine a la forme d'un bouchon de bouteille. On l'asL 



sied sur l'une de ses extrémités, et sur l'autre on dépo— 
les pièces de monnaie qui composent les mises des joue 
Ceux-ci se placent plus ou moins loin de la galine, 
cherchent à l'abattre au moyen de gros sous qui leur ser- 
vent de palets. Lorsqu'elle a été abattue, les pièces 
monnaie qui forment l'enjeu appartiennent au joueur qui l'a 
renversée, pourvu toutefois que ces pièces se trouvent plus 
près du palet du joueur que de la galine. 

La galine est connue dans le Jura. — Ce jeu, très-ancien, 
est, selon toute apparence, d'origine gauloise ; son nom, du 
moins, semble l'indiquer. 

Il est à remarquer que, dans une infinité de jeux, la 
mise des joueurs porte le nom de poule; or, poule etgaliney 
ou galline, ont la môme signification. 




' Voy. pour 
1840, p. 32, et' une 
jjastide. 



plus de détails à ce sujet, le Magasin pittoresque de l'année 
L une Dissertation sur les Basques (très^rare) par de La- 



DU VIEUX TEMPS 151 



L'ENFILE-AIGUILLE. 

Le mardi gras, et quelquefois le mercredi des Cendres, 
les femmes du peuple, et surtout les vigneronnes, se réu- 
nissaient, il n*y a pas encore très-longtemps, sur la grande 
place de la Châtre, pour y danser des rondes en chantant 
les couplets les plus obscènes. De toutes jeunes filles, en- 
couragées par leurs mères, prenaient part à ces chants. 

Bientôt, échauffée par ses cris et ses rires indécents, l'ef- 
frénée bacchanale se répandait dans la ville en jouant à 
^'Enfile-aiguille. 

Dans ce jeu, les chanteuses se donnant la main, compo- 
saient une chaîne interminable dont la ligne sinueuse enva- 
*^issait les' rues et en suivait les mille détours. De temps 
^^ temps, les extrémités de cet immense serpent venant à 
^ ï^ncontrer, les deux personnes qui en formaient la tête 
^ley^enl; leurs bras, et la queue du monstre, qui, à cet in- 
*^ïït, en devenait la tête, se glissait sous cette espèce d*ar- 
^^6, et entraînait rapidement à sa suite le corps tout entier 
^^î, se repliant sur lui-même, allait dérouler plus loin ses 
^pricieux anneaux et tracer de nouveaux méandres. Au 
**^Oment où s'opérait cette dernière évolution, la bande 
^Hevelée criait à tue-tête : Enfile, enfile, enfile Uaiguille de 
^^risl 

Cet usage, qui existait à la Châtre depuis des siècles et que 

* autorité municipale a eu, dans ces derniers temps, — vers 

^H30, — toutes les peines du monde à faire disparaître, 

^"avait d'autre but, au dire des chanteuses elles-mêmes, 

^ue de faire pousser la charte (le chanvre). 

Peut-être était-ce là un souvenir des fêtes que Ton cé- 
lébrait à Rome en Thonneur de Tellus, et que Ton appelait 
^^fneniines^ parce qu'elles avaient lieu dans la saison des 
*e/aailles. Peut-être encore les chants obscènes de nos dan- 



152 SOUVENIRS 



seuses n'étaient-ils qu'un écho des hymnes pleins de licence 
que chantaient en public les femmes et les jeunes filles, lors 
de la célébration, chez les anciens, de certaines fêtes prin- 
tanières, telles que les Dionysiaques à Athènes, les Ma- 
tronales et la fête d'Anna Perenna à Rome*. Ces réjouis- 
sances cyniques étaient aussi connues des Hindous, ainsi que 
l'attestent certaines farces grossières publiées dans YAnth 
logia sanscritica de M. Lassen. 

Quant à notre enfile-aiguille, ce divertissement chorégra- 
phique a tous les caractères de la danse si connue, dans 
Midi, sous les noms de falandoulo, farandoule, et à laquelTI 
on assigne une origine fort antique. Thésée ou Dédali 
aflirment certains érudits, en serait l'inventeur, et elle 
produirait dans ses fantasques figures les détours inext 
cables du labyrinthe de Crète ^. Cette danse allégorique aun 





été introduite dans les Gaules par les Phocéens, fondate 
de Marseille. — En somme, il y a tout lieu de croire que 
évolutions chorégraphiques étaient, dans le principe, u 
imitation des danses astronomiques de l'ancienne Egypte 
Ces danses, toujours accompagnées de chants, et dans les 
quelles on simulait le cours orbiculaire des globes célestes, 
passèrent plus tard dans la Grèce. La danse de Xhormus à 
Sparte, était de ce nombre. 

Au reste, le divertissement de l'enfile-aiguille était encore 
en usage à Bourges, il y a peu d'années. Ceux qui s'y li- 
vraient allaient répétant : 

Enfilez mon aiguille de bois, 
Enfilez mon aiguille ! 



* Aristophane, in Acharn.^ v. 260. — Voy. Varron et Ovide pour ce qui 
concerne les Matronales et Anna Perenna. 

2 Knôssia était le nom de cette danse, parce qu'elle se dansait surtout 
à Cnosse, ville de l'île de Crète. (Sophocle, Ajax; — Lneian., de Sait.; 
— Callim., in Del.; — Plutarque, in Thess.) 



DU VIEUX TEMPS 153 



PETIT BONHOMME VIT ENCORE. 

Cet amusement peut aussi être regardé comme renouvelé 
des Grecs. — A ce jeu, les acteurs se transmettent de proche 
^ï^ proche une baguette enflammée par un bout, en disant : 

JPetit bonhomme vit encore! et celui entre les doigts 

^^^quel le feu vient à s'éteindre donne un gage et cesse de 
jouer. 

C'est probablement là une imitation de la course au flam- 
'^t€ en usage chez les anciens Athéniens. Dans cet exercice, 
parlent plusieurs auteurs grecs ^ des jeunes gens, rangés 
r une seule ligne, occupaient tout l'espace compris entre 
porte du jardin de l'Académie et les murs d'Athènes. Après 
allumé un flambeau sur l'autel de Prométhée, ils se le 
tapissaient de main en main, et ceux qui le laissaient s'éteindre 
** Paient aussitôt exclus du divertissement. 

PARÉ ou CAFFÉ. 

Jouer à paré ou cafféy c'est jouer à pair ou non, à pair 
impair; ludere par impar, comme dit Horace. 

I-«es Italiens emploient, comme nous, caffo pour impair, 
ils disent en jouant à ce jeu : pari o caffo? 

Questo si chiama giuocare a pari o caffo, 

(Manzoni, Promesse sposi, t. II, p. 613.) 

Caffe, par un e muet, signifie aussi chez nous, impair, 
^pareille, — Pris substantivement, ce mot signifie un en- 
foncement, une dépression, dans une surface qui doit être 
plane. 

Gafy dans Borel, a le même sens que notre mot caffe, — 
Ménage, dans ses Origines de la langue françoise, écrit caf. 



Hérodote, 1. VIII, ch. 98; — .lilschyl., in Agam., vors 320; Pau- 
"•«««•s, I. I, ch. 30. 



154 SOUVENIRS 



LA CAYE. 

Tel est le nom d'un amusement en usage parmi les enfai 
Lorsque Ton joue à la caj/e, l'un des joueurs poursuit h 
les autres, et aussitôt qu'il est parvenu à en toucher i 
il s'écrie : Caye! c'est-à-dire : Je te frappe! du verbe la 
caiOj caiare (fouetter, fustiger). — Celui qui est caye 
frappé poursuit à son tour les autres joueurs. 

En Limousin, ce jeu s'appelle Cabéy et voici l'explicati 
que donne de ce mot M. Béronie, auteur du Dictionna 
du patois bas-limousin : — « Quand un enfant joue avec 
autre, il lui donne une petite tape en criant : Cabé I et pre 
la fuite afin que l'autre le poursuive. Ce mot vient du lati 
« Hoc habe : Aie cela, attrape cela! » — On sait que 
peuple, à Rome, employait le même terme, en voyant ch£ 
celer le gladiateur frappé à mort : <( Hoc habet ! Il en tient 
s'écriait-il. 

Le jeu de la caye est connu, en certaines parties du Ber 
sous le nom de: Tu l'as, ce qui ne laisse aucun doute 
la signification de notre mot caye et du terme limou 
cabé. 

LA PÈTE-EN-GUEULE. 

La Pète-en-gueule, que Rabelais mentionne dans son ca 
logue des jeux de Gargantua et dont il orthographie lo u 
Pet en gueule, est un amusement fort ancien. Il faut é 
quatre pour jouer à ce jeu. Deux des acteurs, la tête tour 
dans un sens opposé, se placent côte à côte, et se tienu 
immobiles, les mains et les genoux appuyés contre le 
Cependant les deux autres joueurs, l'un debout et l'autre 
tête en bas, s'embrassent fortement et font la bascula 
posant alternativement leurs reins en travers sur les reinsr 
leurs camarades, ce qui fait qu'à chaque tour de bascule^ 
changent de position et se trouvent, l'un après l'autre, a^ 



PU VIEUX TEMPS 155 



\es pieds en Tair. Cette position des deux joueurs agissants, 
les forçant à avoir la figure entre les jambes Tun de l'autre, 
on devine de reste pourquoi cet exercice, passablement gros- 
sier, a été appelé la pète-en-gusule. — Une vieille édition illus- 
trée du Virgile travesti de Scarron donne, dans Tune de ses 
gravures, une idée fort exacte de ce jeu. 

Dans quelques cantons du Cher, cet amusement est connu 
wus un nom peut^tre moins pittoresque, mais à coup sûr 
beaucoup moins malsonnant. On y dit : jouer à virer les 
conètes, ce qui revient à : jousr à retoiirnei'' les lits, — Cette 
locution s'explique facilement : l'action d'une personne qui 
i^toume un lit de plume ou un matelas ressemblant assez ' 
à celle des deux joueurs qui s'enlèvent tour à tour pour 
changer de place. 

LE FURON. 

Le furon est encore l'un des jeux avec lesquels Gargantua 
passait et belutait le temps. 

Les personnes qui jouent au furon sont rangées en cercle 
et tiennent entre leurs doigts un cordon formant une chaîne 
sans fin et passé dans un anneau. C'est cet anneau qui est 
le furon. Les joueurs, le faisant glisser le long du cordon, 
^ le passent vivement les uns aux autres, en ayant soin 
^6 le cacher autant que possible avec leurs mains et en 
chantant les paroles suivantes : 

Il court, il court, le furon, 

Le furon du bois, Mesdames; 

Il court, il court, le furon, 

Le furon du bois mignon. 

Il a passé par ici, 

Le furon du bois, Mesdames ; 

Il a passé par ici 

Le furon du bois joli. 

Pendant, l'un des joueurs, placé en pénitent au milieu 
^^cle, cherche à saisir le furon entre les mains de l'un 



i56 SOUVENIRS 



des chanteurs, et, s'il y parvient, il est reçu dans le rond, 
et celui entre les doigts duquel il a saisi le furon prend sa 
place et donne un gage. 

Furon est ici pour furet. — Chez les Espagnols, qui sub- 
stituent souvent le h au f, le furon s'appelle huron. — Les^ 
nom du furon ou du furet, petit quadrupède qui se fourr^^ 
dans les trous les plus étroits, vient certainement du latirr::^ 

forare (forer, percer); cela est si vrai qu'en Berry, nou ^ 

disons furette (vrille) pour foret. — Le verbe français four^^- 
rer, se fourrer (introduire, s'introduire, pénétrer) a la mê 
origine que les mots furet, forer et foret; aussi devrait-(^ 
l'écrire par un seul r, ne serait-ce que pour le distingu 
de son homonyme fourrer (garnir de fourrure). 

JE vous PRENDS SANS VERT. • 

A Châteauroux, à Châtillon-sur-Indre, et dans quelques 
autres localités du bas Berry, on joue encore aujourd'hui à : 
Je vous prends sans vert; il en est de même en Sologne et 
dans la Nièvre, à Clamecy. 

Du treizième au quatorzième siècle, ce jeu, que n'a pas 
oublié Rabelais, était très en vogue par toute la France. 
C'était au commencement du mois de mai que l'on se livrait 
à ce passe-temps : 

« Ce mois nous avertit qu'il faut songer au vert », dit 
la Fontaine, scène viii de sa comédie intitulée : Je vous prends 
sans vert. 

Pendant les premiers jours de mai, chacun avait soin de 
porter sur soi un petit rameau vert, et ceux qui n'en étaient 
pas munis s'exposaient à s'entendre dire : — Je vous prends 
sans vert et à recevoir, à l'instant même, un seau d'eau 
sur la tête * . 

' Tuet, Matinées sénanoises, ii" 47, p. 110. 




DU VIEUX TEMPS 157 

la suite, cet amusement n'eut lieu qu'entre les mem- 
bres de certaines sociétés qui prirent le nom de Sans-Vert. 
Ceax qui en faisaient partie avaient le droit de se visiter à 
toute heure de la journée, et de s'administrer la douche, 
lorsqu'ils se surprenaient sans vert. Eji outre, les sociétaires 
ainsi pris au dépourvu étaient condamnés à une peine 
pécuniaire, et le produit de ces amendes était consacré à 
de joyeux repas qui, à certaines époques de l'année, réunis- 
saient tous les confrères du Sans-Vert. 

A. Châtillon-sur-Indre, c'est toujours pendant le carême, 
d seulement après que Y Angélus est sonné, que l'on joue 
a» vert. Une personne vient-elle, alors, à vous aborder et 
à vous montrer son rameau, vous devez à l'instant même 
exhiber le vôtre. « Si vous en êtes dépourvu, ou si votre 
^^t est moins foncé que celui de votre adversaire, vous 
perdez un point; en cas de doute, un arbitre est appelé*. » 
On sait que cet usage a donné lieu à la locution prover- 
hiale prendre quelqu*un sans vert, c'est-à-dire le prendre au 
dépourvu. 

On trouve des traces de cet amusement dans les habitudes 

iomaines. Quand venait le premier jour de mai, des jeunes 

gens des deux sexes sortaient en dansant de la ville de 

Rome, et se répandaient dans la campagne, où ils cueillaient 

des rameaux verts dont, à leur retour, ils décoraient la 

demeure de leurs familles. Tout le monde, ce jour-là, était 

tenu de porter un rameau vert ; il était honteux de ne pas 

en avoir. 

Plusieurs autres jeux, consignés par Rabelais dans sa 
curieuse nomenclature, sont encore usités dans nos villages. 
Nous pourrions parler du Piquaromej du Châgne ou Chêne 
forchu, du Pigeonnety du Monte, monte Vèchelette ou Monte, 

1 M. le comte Jauhert, Glosiaire du Centre^ au mot Vert* 



158 SOUVENIRS 



joletj monte plus haut y etc., etc.; mais cela deviendrait fas- 
tidieux *. 

Nous terminerons ce chapitre par quelques observations 
sur deux vieilles locutions souvent employées par les joueurs 
de nos pays. 

ADLU! 

Ce cri est poussé par les enfants dans quelques-uns de 
leurs jeux. Ils déclarent, par cette exclamation, qu'ils sont 
affranchis des règles de ces mêmes jeux, ou que, pour eux, 
la partie est finie. 

Le Dictionnaire du patois bas-limousin de M. Béronie donne 
deux explications de Tinterjection Aulu ; nous allons rapporter 
celle qui nous parait la plus vraisemblable : — Aulu dérive 
du mot latin ludus (jeu) précédé de ïa privatif. Cette conjec- 
ture est appuyée par les expressions suivantes fréquemment 
employées dans les jeux où il y a des coups à recevoir : — 
Auluder ou oluder; verbe actif, c'est-à-dire mettre hors du 
jeu; — Auluder la tête, le visage, c'est convenir qu'on ne 
frappera ni à la tête ni au visage ; — S' auluder, c'est décla- 
rer qu'on ne joue plus, qu'on se retire du jeu. — ' Cicéron a 
employé le verbe eludere dans ce dernier sens. 

A Cluis (Indre), les enfants, au lieu de crier : Aulu! 
crient: A la lu! et cela arrive toutes les fois qu'ils atteignent 
un objet convenu, tel qu'une pierre, un poteau, etc., qui 
leur sert de but, et qui les affranchit des conséquences du 
jeu. — Uègle générale : Tout joueur qui magne (manie, 
touche) la lu, est à l'abri des poursuites de ses camarades. 

Cette exclamation: A la lu! bat terriblement en ruine l'in- 
génieuse interprétation de M. Béronie, car elle nous force à 



' Voy. les mots Piquarome et Chàgne dans le Glossaire du Centre, — 
Voy. aussi, pour les anciens jeux de la soule^ de la oulle, de Yéteuf, elc.^ 
les p. 86, t. I, et 61, t. IL 



DU VIEUX TEMPS 159 



décomposer et à écrire le cri : Aulu! ainsi qu'il suit : Au lu! 
— Mais, alors, que signifiera lu? — Peut-être la même chose 
que lée (lech), mot celtique que Ton traduit par pierre^. 
Dans ce cas, au lu^ à la lu, voudra dire : Je suis au lUy je 
touche à la /w, à la pierre, au but. 

D'après cette supposition, nos locutions : A la lui Au lu 
pourraient très-bien avoir quelque analogie avec Texpression 
pierre du lu, par laquelle on désigne, sur certains points du 
Berry, divers blocs de pierre que Ton prétend avoir appar- 
tenu au culte druidique 2. — Piei^e du lu, c'est-à-dire pierre 
de la pierre, constitue une redondance que Ton rencontre 
fréquemment dans le langage populaire ; en voici un exemple : 
— « En appelant le menhir de Damville (Eure) Pierre lée 
(Pierre pierre), le peuple commet un pléonasme qui nous 
fournit une nouvelle preuve de son respect aveugle et obstiné 
pour la tradition ^. » — C'est ainsi que le nom de Pierre-la 
ou Pierre des las, que l'on donne au dolmen de Saint-Plan- 
taire (Indre) *, nous semble ne pas signifier autre chose que 
Werre-pierre ou Pierre des pierres ; c'est ainsi que le Champ 
<fes la^ et la Pierre des las, qui se trouvent sur le chemin 
d'ADouis à AUogny (Cher), et dont nous avons parlé plus 
haut, page 102 du tome I, nous semblent encore des appel- 
lations que l'on peut traduire par le Champ des Pierres et 
'a ftcrre des pierres. 



1 V. 



Vangeois, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie. — 
• Cette syllabe : te'e, qui accompagne et termine un grand nombre de 
^rnoms appliqués aux monuments druidiques , [tels que Pierre lée^ 
'^•^iTe coupi^^ Pierre courcfmlée, etc., est un mot celtique qui signifie 
'•^^ptoie. » (La Normandie romanesque et merveilleuse, p. 185.) — Il 
®*wte, aux environs de Bourges, une pierre druidique qui est également 
^nnue 80US le nom de Pierre lée. 

^' le comte Jaubert, Glossaire du Centre, au mot : Lu. 

""•Amélie Bosquet, la Normandie roman, et merv.., p. 185. — Voy. 
•»*w», plus haut, la note de la p. 124, 1. 1. 

* ^'^y- p. 101, t. I. 



160 SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 



AUNER LES ADBERTAS. 

Cette expression, dont se servent habituellement nos villa- 
geois, dans certains jeux, signifie rassembler, enlever, mettre 
de côté les menus objets qui, répandus sur le terrain, pour- 
raient former obstacle aux projectiles dont se servent les 
joueurs. 

Auner, ainsi que aunar en roman, aunare^ adunare en 
italien, se traduit par réunir y rassembler en tas^ et tous ces 
mots procèdent du latin adunare^ : 

A un vilain m'ont doné mi parent 
Qui ne fet fors auner or et argent. 

(Richard de Semilly, Essai sur la musique^ 
t. Il, p. 216.) 

Le mot auberta ou aubarta {bar ta en roman), d'où semble 
dériver le français broutilley se retrouve encore dans une 
autre locution berrichonne que nous expliquons plus loin. 
(Voy. à la table des matières le mot : Aubertas.) 



' Voy. le mot Aunar dans le Lexique roman de M. Raynouard. 
Aunar est aussi espagnol. 



LIVRE CINQUIÈME. 



LANGAGE, LOCUTIONS, DICTONS. 



CHAPITRE PREMIER, 



DU PATOIS BERRICHON. 



Qui igitur linguarum vulgarium etymo- 
logias inquirit, peculiaria provinciarum 
idiomata bene noscat, necesse est. (Du 
Gange.) 



Non moins que ses croyances et ses coutumes, le langage 
et les pensées d'un peuple sont propres à faire connaître son 
humeur, ses goûts et la tournure de son esprit. C'est ce qui 
nous engage à réunir ici un certain nombre de nos locutions 
locales et quelques-uns de nos adages et dictons. 

Les travaux philologiques des Nodier, des Raynouard, des 
Ampère, des Génin, des Wey et des Littré ont si bien démon- 
tré, dans ces derniers temps, Tiniportance de nos différents 
dialectes provinciaux, que les spéculations de beaucoup de 
bons esprits se portent de plus en plus vers ce genre d'étude. 
Notre savant et spirituel compatriote, M. le comte Jaubert, 

T. II. 11 



162 SOUVENIRS 



a déjà publié depuis longtemps un Vocabulaire du Berry^ 
auquel a succédé tout récemment le Glossaire du Centre de 
la France^. Il serait à désirer que Ton multipliât ce genre 
de publications. Les patois, en France, sont tellement variés 
qu'il est tel de nos départements qui pourrait, à lui seul, 
fournir matière à deux ou trois de ces recueils. Malheureu- 
sement ces sortes de lexiques sont encore fort rares chez 
nous, tandis |^que TAngleterre en compte presque autant 
qu'elle renferme de comtés. 

C'est sans contredit dans le midi de notre ancienne pro- 
vince, et principalement dans ce que nous appelons le Bois- 
chau^y que l'idiome berrichon est le plus curieux à étudier. 
Là, surtout, abondent les locutions originales, les vieilles 
maximes prudentes et sensées, les dictons plaisants et nar- 
quois, et il semble que le pittoresque de cette contrée se 
reflète dans le langage imagé de ses habitants. 

Situé sur les confins de la langue d'oïl et de la langue d'oc, 
le bas Berry, et particulièrement l'arrondissement de la Châ- 
tre, se trouve parler un patois d'autant plus riche qu'il pro- 
cède de ces deux vieilles langues, mères de notre français 
moderne. — En un mot, à l'exemple des Bretons-Breton^ 
fiants j les naturels de cette région sont de véritables Berri^^ 
chons-Berrichonnants, et si jamais le besoin d'ériger une 
chaire de berrichon se fait sentir, on ne pourra guère la 
fonder ailleurs qu'à la Châtre. 

Plaisanterie à part, il est certain que le philologue qui 

* S'il ne nous appartient pôs de faire l'éloge de ce livre, il nous sefa 
du moins permis de rappeler que l'auteur de cet important travail a 
reçu une haute marque de distinction de la part de l'Institut de France, 
qui a couronné son œuvre dans la séance générale des cinq académies, 
tenue le 14 août 1856, et iqui l'a reçu au nombre de ses membres, le 
3 mai 1858. 

2 Le Boischau est le Bocage berrichon. — On donne ce nom, dans le 
bas Berry, à tout ce qui n'est pas Brenne ou Champagne, c'est-à-dire 
Marais ou Plaine; — Voy. M. Raynal, Hist, du Berry ^ t. I, p. 14. — 
Voy. aussi, plus bas, à la table des matières, le mot : Tourtier (le). 



DU VIEUX TEMPS 163 



voiidra se donner la peine d'étudier le langage de nos paysans 
y cl^couvrira une mine féconde d'anciens vocables qui le 
mettront sur la voie d'un grand nombre d'étymologies. 

Ce que nous avançons là, nous croyons l'avoir déjà démon- 
^^^ en plusieurs endroits de cet ouvrage * ; comme preuves 
concluantes, nous citerons ici trois mots français dont on ne 
pourrait, sans le secours du berrichon, trouver l'origine. — 
Ces .mots sont la préposition avec et les verbes atteler et 

MM. Ampère et Génin tirent avec du mot latin ubiy Nodier 
1® fîatit venir de ahusque cum^ et M. Littré de apud hoc. — 
Qu'il nous soit permis, après d'aussi grands maîtres, de pré- 
seoter une autre étymologie de la préposition avec. 

Nos paysans disent anvéy anvec pour avec. Ils mettent 
dttt^é devant les mots commençant par une consonne, et anvec 
devant ceux qui commencent par une voyelle. Ainsi, ils 
diront : anvé /t, anvec ielle, pour avec lui, avec elle. — La 
consonnance et la forme que donne à ce mot la prononcia- 
Uoi:i de nos villageois, en révèlent, selon nous, la véritable 
origine. 

Anvé, anvec, procèdent nécessairement de l'adjectif latin 

afnbo qui, ainsi que la préposition anvé, indique un rapport 

d* assemblage, et que l'on retrouve dans nos vieilles épopées 

chevaleresques sous la forme de ambesdoux, ambdui, etc. — 

ftu latin ambo est d*abord sortie la préposition amb, qui, 

dans la langue romane, tient la place d'avec. (Voy. les mots 

ûw, amb, dans le Lexique roman de M. Raynouard.) Puis, 

1^ latin ambo et le roman amb produisirent la préposition 

^ft^, par laquelle plusieurs provinces de la langue d'oc, telles 

flue le Dauphiné, la Provence et la Marche, notre proche 

voisine, remplacent le mot avec, — Cette dernière allégation 

^ coalirmée par le passage suivant d'un noël provençal où 



Voy. p. m, i75, -298, l; I, et il, 130, 141, t. 11. 



i64 SOUVENIRS 



Ton détaille les présents offerts par des bergers à FEniant 

Jésus : 

Un li pouerte un chapou, 
Et Taoutre un bouen moutou; 
L'aoutre li pouerte un cerase, 
Âmhe un bouen froumage grase. 

C'est- à-dire : 

L'un lui porte un chapon, 
Et Tautre un bon mouton ; 
L'autre lui porte des recuites 
Ame un bon fromage gras. 

Cela posé, il nous sera facile d'établir que notre mot anvé 
est absolument synonyme de la préposition ambé^ en faisant 
simplement observer que la substitution du v au 6, et vice 
versa, déjà si fréquente en français, où Ton dit corbeau pour 
corvuSy Fontevrault pour forts Ebraldi, etc., est presque 
aussi commune chez les Berrichons que chez les Gascons, 
desfiuels, comme on le sait, J. Scaliger a dit : 

Felices populi quibus Bibere est Vivere ! 

— On trouve même la forme dbec dans le passage suivant 
de d'Aubigné : 

« ... et faire (juV/bec peu de poudre ils soient empourtez 
sur le rempart ^ . » 

Avec a donc succédé à anvé; anvé à ambé, et ambé à 
ambo. 

Cette généalogie constatée, nous allons nous occuper de 
celle du verbe atteler. 

Les laboureurs des environs de la Châtre n'ont point 
d'autre terme pour désigner le timon d'une voiture à bœufs 
(jue le mot àte. (]e sont ordinairement les deux plus forts 
bœufs (le la ferme (juc Ton place de chaque côté de Yàte, 



• Aventures du baron de Feneste. p. 5i de 1 édition annotée par 
M. Mérimée. Paris. 1855. 



DU VIEUX TEMPS 183 



verbe français atteler et ses dérivés descendent évi- 
demment de notre expression d/e, qui, elle-même, a pour 
anootre le mot latin hasta. En effet, Yâie n'est autre chose 
qu* une fiance, une flèche , ainsi qu*on s'exprime en parlant 
du timon d'un carrosse. 

A te est de la même famille que les mots français hast y 
hétieur, hâtier : — hast signifiant un long bâton, hâteur 
étant le nom d'un cuisinier de grande maison, chargé de 
surveiller les viandes qui sont à la broche ou à Yâte; et 
hàlier désignant ces grands landiers de cuisine dont les cro- 
chets soutiennent les lances, les âtes, auxquelles les viandes 
sont attachées. 

N'oublions pas de remarquer qu'en mainte occasion, notre 
patois est beaucoup plus logique que le français. Le berri- 
^on 86 montre presque toujours conservateur scrupuleux 
^ origines de notre langue. Par exemple, il dira : désateler 
au lieu de délelery comme disait d'Aubigné dans la phrase 
vivante : — « Il arriva que les chevaux qu'ils n'avoient 
P^ désatelez, au premier bruit, emportèrent et brisèrent 
^^t *. D Dans le français dételer, on ne trouve plus la trace 
^u radical, dfe, que conserve entier notre verbe désateler, 
l^i ne signifie autre chose que détacher de Vàte, du timon. 
""C'est ainsi, à propos du mot détacher, qui tombe sous notre 
P'ume, que le berrichon emploie encore désattacher au lieu 
"^ ^Utacher, pris dans l'acception de séparer, délier. Nous 
^'icevons que l'on se serve de détacher dans le sens de ôter 
^^ ioche, mais nous ne voyons pas pourquoi l'on n'a pas dit 
^^ttacher dans le sens de séparer, délier, puisque l'on dit 
^^buser, désaccoutumer^ désapprouver, et non pas déhusei\ 
^^^uiumet\ déprouver, 

^Uant au verbe écarquiller, employé dans cette phrase : 
■* ^^"tirquiller les yeux •, c'est à tort, selon lious, que le 

* ^Uloire. III, 9i, 



166 SOUVENIRS 



Glossaire du Centre, et, après lui, M. Littré, font dériver c^,^^ 
mot du substantif quarquille, synonyme, disent-ils, en 
de quarquier (quartier, quart), lobe ou cuisse de noix ^ 
D'abord, on ne saurait trouver le moindre rapport ^ntre T 
sens du mot quarquille ainsi expliqué et Faction d'ouvp-^ 
démesurément les yeux; ensuite, il est certain que le nL<^ 
carquille et non quarquille, n*a jamais signifié autre chos 
dans nds campagnes, que coquille. Nous disons des carquille* 
d'œuf, des carquilles de noix, une carquille de limaçon. 
Donc, écarquiller les yeux, c'est les ouvrir tellement grands 
qu'ils paraissent près de sortir de leurs carquilles, c'est-à- 
dire de leurs paupières, qui ressemblent véritablement à des 
coquilles. 

Nous pourrions alléguer bien d'autres faits qui montre- 
raient jusqu'à quel point notre dialecte est judicieux et con- 
séquent, mais notre amour du berrichon nous a déjà entraîné 
trop loin. Quoi qu'il en soit, les observations qui précèdent 
prouveront une fois de plus combien Nodier était dans le 
vrai, lorsqu'il disait : — « En archéologie grammaticale, il 
n'y a peut-être pas une notion positive dont on puisse appro- 
cher autrement que par les patois. » (Notions de linguis- 
tique, ) 

Quelles bévues ne commettent pas journellement, dans 
l'interprétation de nos vieux vocables, quelques-uns de nos 
Du Gange modernes, et cela pour avoir négligé l'étude du 
berrichon! Nous n'en citerons qu'un exemple : 

Nous disons chaumenir, chauvenir, chanir *2, pour moisir. 
Ces différentes formes ont la même origine et la même signi- 
fication que le verbe français chancir, et dérivent, selon 
toute probabilité, des verbes latins canere, canescere, pris 



' Jarre de noix, se dit, chez nous, pour cuisse de noix, et jarre est U 
pour jamhe. 

2 Vo^ . ces mots dans le Glossaire du Centre^ 



DU VIEUX TEMPS 167 



l'acception de être blanc de moisissure. — Notre verbe 
ohaumenir^ du reste, était autrefois français : a Si tu les 
gardes longtemps, tu verras qu'elles chaumeniront, » (Ber- 
nard Palissy.) — « Ils n'en ont qu'une nazarde, et sur le 
soir quelque morceau de pain chaumeny. » (Rabelais, Parir 
tagniely 1. II, ch. xxx.) — Eh bien, voici la singulière 
explication que donne de ce mot l'un des annotateurs de 
Rabelais; — preuve nouvelle des excès auxquels peut nous 
entrsdner la manie de vouloir tout expliquer : — « Chaur- 
mam, dit ce commentateur, signifie pain chaud de menil ou 
de ménage, c'est-à-dire pain bis *. » 

Ce philologue savait assurément beaucoup de latin, de 
grec et même de celtiqi^e; mais le malheureux n'avait 
aucune teinture de berrichon. 

' Voy. le tome IV des œuvres de Rabelais, éditées par Dalibon en 1823. 



CHAPITRE DEUXIEME 



LOCUTIONS LOCALES, DICTONS ET PROVERBES. 



CHRÉTIEN; — PARLER CHRÉTIEN. 

Nous nous servons du mot chrétien d'une manière absolue 
pour désigner un homme, une personne : « Il n'y pas de 
chrétien capable de soulever cette pierre. » — « De tous les 
animaux qui courant sur la terre, disait un paysan des envi- 
rons de la Châtre, c'est le chrétien qui est le plus longtemps 
à s'adfier (à s'élever). » 

Chrétien, employé adjectivement, équivaut à humain : 

« A son âge, pourvu qu'on trouve à qui parler, on ne 
regarde pas si c'est à une tête de chèvre ou à une figure 
chrétienne. » (Georges Sand, la Petite Fadette.) 

Parler chrétien, c'est parler français et surtout berrichon. 
Aux oreilles de nos villageois, le pape lui-même, s'il ne 
parlait pas français, ne parlerait pas chrétien. 

Par la vcrtu-biou, elle ne parle point Christian. 

(Rabelais, Pantagruel.) 

« Il faut parler chrétien, si vous voulez que je vous 
entende. » (Molière, les Précieuses ridicules.) 

« Parle chrétien, j'écoute. » (George Sand, les Maîtres 

sonneurs.) 



SOUVEN'IRS DU VIEUX TEMPS 169 



LE CORRÉ DE LA PORTE ». 

Quand un métayer, un fermier, ou même un propriétaire, 
s'oppose au droit de parcours général que s'arrogent si volon- 
tiers sur son bien les menageots 2, ceux-ci ont bientôt dit, en 
parlant de celui qui défend ce qui lui appartient : — // n'em- 
portera pas le corré de la porte! ce qui signifie : 11 ne sera 
pas toujours le maître; il finira bien par déguerpir d'une 
manière ou d'une autre; parce que, anciennement, lorsqu'on 
cédait ou vendait sa maison, la tradition symbolique s'en fai- 
sait par le verrou ou corré , que l'on déposait entre les mains 
du donataire ou de l'acquéreur. 

Aujourd'hui que nos maisons ferment à clef, nous disons 
en français de celui qui abandonne sa demeure : Un tel a 
mis la clef sous la pointe ; or, mettre la clef sous la porte est 
absolument la même chose que ne pas emporter le corré de 
la porte. — On disait encore autrefois : laisser Vanneau à 
la porle^y ce qui signifiait toujours ; être forcé de quitter 
sa maison et ses biens. Cette locution se rapproche tout à 
fait de la nôtre, puisque l'anneau tenait au corré et ser- 
vait à le faire jouer. 

Par une synecdoche hardie, le corré ou verrou représentait, 
sous l'ère féodale, non-seulement le manoir, mais le seigneur 
lui-même. En l'absence de ce dernier, c'était le corré qui 
recevait l'hommage et le baiser du vassal ou feudataire. 
Voici deux exemples berrichons de cette sorte de cérémo- 
nial : 

« Le 2 novembre 1637, Ithier Rochoux, notaire, et Daniel 



' Corré pour verrou : — « Et que s'il trou voit la porte ouverte, qu'il 
entrast doucement et qu'il la referraast hardiment au correil. » {f^es 
Quinze joyes du mariage») — Voy. plus haut, p. 65, t. II. 

' Petit propriétaire qui ne possède ordinairement qu'une maison et 
une chènevière. — Voy. p. 61, t. I. 

J Miche let, Origines du droit français. 



i70 SOUVENIRS 



Dorguin, bailli de la baronnie de Neuvy-Saint-Sépulcre, se^ 
présentèrent, au nom de dame Anne de la Forest, danod 
d'Ars, de Montgivray et de la Beauce et baronne de Neuvy- 
Saint-Sépulcre, qui s'excuse sur son état de maladie et son 
grand âge, au châtel de Nohant, pour rendre foi et hommage 
à cause de la terre de la Beauce, à messire Jean de Sève, 
président à la cour des aydes, seigneur de Nohant. — Lie 
sieur Dorguin étant au devant de la porte et entrée prin- 
cipale dudit châtel de Nohant, ayant Tespée, les gants, le 
chapeau, le manteau et les espérons ostés, le genouil en terre 
avec une honnête et courtoise révérence, baisa le verrouil 
de la porte dudit châtel, le tout en signe d'humilité et de 
fidélité... Le seigneur absent était représenté par son fermier 
ou intendant, le sieur Collas*. » 

Un autre acte de foi et hommage, accompagné des mêmes 
formalités, est accompli, le 13 juillet 1665, à la porte do 
château de Cluis -Dessous, par honorable Etienne Thabaud, 
sieur d'Archis, élu pour le roi en Télection générale de 
Châteauroux, et ce, pour plusieurs héritages dont le sieur 
d'Archis était détenteur, et qui relevaient de la seigneurie 
de Gluis-Dessous, alors possédée par la grande Mademoiselle, 
Son Altesse Mademoiselle de Montpensier, représentée,^ en 
cette circonstance, par honorable Jacques Godin, sieur du 
Mas, son procureur fiscal aux lieu, justice et paroisse de 
Cluis-Dessous^. 

A propos du cérémonial qui accompagnait jadis la mise 
en possession de certaines propriétés immobilières, nous 
ajouterons que la livi^aison d'une maison se faisait non-seu- 
lement par la remise du cojTé ou de Vanneau, mais aussi 
par celle du seuil, des gonds, des linteaux de la porte, etc., 
etc., et nous saisirons cette occasion pour consigner ic 

' Recueil d'anciennes minutes notariées, communiqué par M. Léon Mau- 
(luit de la Châtre. 
^ Ibidem. 



DU VIEUX TEMPS 471 



quielques prises de possession encore usitées dans nos con- 
trées au milieu du dix-septième siècle, et que nous avons 
trouvées dans les minutes d'anciens notaires du pays. 

« Aujourd'hui, vingt-troisième jour de décembre 16S6, 

en présence du notaire royal soussigné..., haut et puissant 

seigneur messire Gilles Lucas, marquis de Saint-Marc, Saint- 

Chartier, etc., etc., a prins et appréhendé la vraie, réelle et 

actuelle possession du lieu de Ponthion..., et ce, par le jeu 

du co?TCt de la porte principale et par l'entrée et issue 

qu'il a faites dans l'un des appartements en masure de la 

maison noble dudict lieu de Ponthion, par la rupture des 

branches des arbres de la garenne qui est au devant de 

ladicte maison, comme aussi par celle des arbres fruictiers 

étant au jardin dudict heu ; ensemble du moulin du lieu 

susdict par entrée et issue qu'il a faites en icelui, ouverture 

et fermeture des fenestres, et par toutes autres solennités 

en tels cas accoustumées, déclarant ledict seigneur à haulte 

voix qu'il vient de prendre la vraie... possession dudict lieu 

et fief noble de Ponthion... » 

« Aujourd'hui, vingt -septième jour de juillet 1657, en 
présence du notaire soubsigné..., noble et scientifique per- 
sonne, Charles de Bâillon, clerc tonsuré, demeurant à Paris..., 
8*est transporté au devant de l'église du Prieuré de Saint- 
Qiartier, où étant, revestu de ses soutane, surplis et bonnet, 
^ prins et appréhendé la vraie, corporelle et actuelle posses- 
sion dudict prieuré..., et ce, par l'entrée et issue des grandes 
portes et principales de ladicte église, baisement du principal 
autel d'icelle, ouverture et fermeture du livre missel étant sur 
icellui, son des cloches de ladicte église, entrée et issue de 
la maison dépendante dudict prieuré, et par toutes autres 
voies et cérémonies à ce accoutumées... Ce fait, le sieur 
de Bâillon a dict et déclaré à haulte et intelligible voix qu'il 
venoit de prendre... possession dudict prieuré de Saint-Char- 
tier. » 



172 SOUVENIRS 



Lors d'une prise de possession, en 1664, de la cure et 
du prieuré de Saint-Pierre de Transault, le récipiendaire, 
Jacques Mousnier, est assisté par un prêtre du nom de Merle. 
Ithier Rochoux, notaire à Neuvy-Saint-Sépulcre, chargé de 
dresser acte de cette cérémonie, s'exprime ainsi: — «...Moi, 
notaire royal soussigné, et ledict sieur Mousnier, nous sommes 
transportez avec les témoings cy-bas nommez aux bourg et 
esglise de Tranzault, où là, estant au davant de la grande 
porte et principale entrée de ladicte esglise, ledict sieur Merle 
a prins ledict sieur Mousnier par la main et- fait aspersion . 
d'eau bénite aux adcistans, et de là sont allez aux fonds 
baptismaux, ont ouvert et fermé iceux, ouvert et fermé les 
bouëtes où sont les saintes huiles, puis de là au grand autel 
davant lequel ilz se sont agenouillez, faict leurs prières à ce 
requises et accoustumées estre faictes, ouvert le livre missd 
et faict sonner les cloches de ladicte esglise, chanté l'hymne 
Vent Creator spiritus ; après lesquelles cérémonies, ledict 
sieur Merle a déclaré à haulte voix aux adcistans qu'il met 
ledict sieur Mousnier en la vraie, réelle, actuelle et corporelle 
possession de ladicte cure et prieuré de Saint- Pierre de 
Transault. » 

Nous mentionnerons encore la prise de possession suivante, 
à cause des singularités qui la caractérisent. — Il résulte 
d'un acte reçu Paslin, notaire, le H février 1634, que toutes 
les fois qu'un nouveau seigneur venait prendre possession 
du château de Grozant situé sur les confins du Berry, le 
seigneur de Puy-Guillon devait être appelé le premier à lui 
rendre foi et hommage. Alors, le sire de Puy-Guillon se 
rendait auprès du grand cimetière de Grozant, « et illec saluoit 
en grand respect son seigneur féodal, puis, prenant son cheval 
par la bride, le conduisoit en tout honneur et révérence 
jusqu'au dedans du châtel et ville dudit Grozant, et, après 
que le nouveau châtelain avoit mis pied à terre, le seigneur 
de Puy-Guillon devoit prendre et retenir à lui ledit cheval. 



BU VIEUX TEMPS 173 

Ja rol)e ou manteau et Tépée de mondit seigneur féodal, et 
c^ faire sa pleine volonté*. » 



LES MENUS SUFFRAGES. 

Nous appelons menus suffrages certaines redevances acces- 
soires que le métayer ou le fermier paie, en nature ou en 
^^gent, au propriétaire d'un domaine. Il est des menus 
S'U.ffreigeè qui se composent de volaille, de beurre, de fromage, 
^^ gibier, de pâtisserie, etc. ; il en est d'autres où il entre 
^^s denrées exotiques, telles que du sucre et du café ; mais 
^^\a ne se voit plus guère que dans le voisinage de la Marche. 
En 1843, les religieux du Landais (Indre) stipulent dans 
^xi bail que le meunier auquel ils afferment un moulin leur 
donnera, tous les ans, une livre de gingembre et un diner 
hcmorable *. ^— Nous avons déjà dit, page 22, t. I, qu'au 
^^raier siècle, le fermier du domaine de la Garenne, situé dans 
1^ commune de Thevet (Indre), était redevable au seigneur de 
Saint-Chartier d'un gasteau fin de la fleur d*un boisseau de 
f^'ymentj à cha^cune feste des RoySy ou pour iceluy de la somme 
«fc trente sols. — Le fermier du moulin banal de Guérin, 
commune de Nohant-Vic, donnait au même seigneur deux 
plats de poèssons par chascun an, payables à la première sept- 
•'Wi/ne de caresme, et deux livres de sulcre avec deux livides 
^castonnadey payables à chascun jour de Saint-Jean-Baptiste. 
"^ Enfin, un marchand payait, à la même époque, sur une 
^'ï^ii, une bécasse au seigneur de Sarzay ^. 
^ menus suffrages, — au moins cette locution, devenue 
"®puis des siècles une antiphrase, semblerait l'indiquer, — 
^e durent être, dans l'origine, que des cadeaux volontaires 



' ^ouliiettoii, Histoire de la Marche, 1. 1, p. 369. 
^ *'*• Qe la Tramblais, Esquisses pittoresques de l'Indre, p. idi. 
p^ . *'«i4e< dénombretmnt du marquisat de Presse (canton de la Châtre). 



1752. 



174 SOUVENIRS 



consistant en quelques douceurs gastronomiques, en quelques 
bons harnois de gueule, comme dit du Fouilloux, que le 
colon offrait à son maître pour se le rendre agréable; mais 
le temps a bien changé tout cela, et les menus suffrages 
se sont insensiblement transformés, presque partout, en de 
lourdes redevances pécuniaires, qui se paient annuellement 
et à jour fixe. C'est ainsi qu'en matière d'impôt, le don gratuit 
a souvent dégénéré en contribution forcée. 

La livre de gingembre, dont nous avons parlé plus haut, 
rappelle les épices que recevaient les juges de nos anciennes 
cours de justice pour le jugement d'un procès par écrit. Les 
épices, ainsi que nos menus suffrages, furent, dans le principe, 
c'est-à-dire alors que les fonctions judiciaires étaient exercées 
gratuitement par les seigneurs, des présents en nature com- 
posés de friandises, telles que dragées, épiceries, etc., que 
les plaideurs offraient aux juges; mais « ce qui n'était, dans 
l'origine, qu'une courtoisie spontanée et volontaire, devint 
par la suite une rétribution obligée, les jugesaimant mieux, 
dit Pasquier, l'argent que les dragées *. » 

Au reste, les menus suffrages, comme toutes les redevances 
en nature, doivent être d'origine franque ou germanique. 
Chez les Germains, dit Tacite, les hommes de condition ser- 
vile cultivaient leurs domaines comme bon leur semblait; 
seulement le maître les astreignait à lui fournir du blé, du 
bétail, des vêtements, etc. 

En français, on ne connaît plus, sous le nom de menus 
suffrages, que certaines prières fort courtes qui se débitent 
après l'office et, en quelque sorte, par surérogation, et cette 
expression ne s'emploie qu'en plaisantant ; mais on verra, 
par le passage suivant de la Vénerie de Jacques du Fouilloux, 
que, de son temps, l'on se servait de la locution menus 
suffrages exactement dans le même sens qu'elle eut primiti- 



' 31. Charles Desmaze, le Parlement de Paris et son organisation. 



DU VIEUX TEMPS 175 



irement et qu'elle a conservé chez nous : — « L'assemblée 
des veneurs, dit du Fouilloux, en parlant des rendez-vous 
de chasse du vieux temps, doit se faire en quelque beau 
lieu, sous des arbres, auprès d'une fontaine ou d'un ruisseau... 
Cependant le cuysinier s'enviendra chargé de plusieurs bons 
hamois de gueule, comme jambons, langues de bœuf, groings, 
oreilles de pourceau, cervelas, eschines, pièces de bœuf de 
saison, carbonnades, jambons de Mayence, pastez et autres 
n^enw suffrages pour remplir le boudin. » 

LA GDENILLÈRE. 

Le porche ou l'auvent qui précède l'entrée des églises, et 
sous lequel se tiennent, pendant les oflSces, les pauvres ou 
jucfian**, comme nous disons encore quelquefois, porte le 
i^na de guenillière. Beaucoup de nos vieilles églises de cam- 
Wfoe sont pourvues de guenillières. C'était presque toujours 
^ que se plaçaient, au moyen âge, les lépreux ou les cacotSy 
feï^u'ils n'avaient point de place assignée dans l'intérieur 

du temple : 
• Le porche d'une église, qu'on appelle guenillière à cause 

Vïe les gredots peilleroux, qui sont mendiants loqueteux, 

*y tiennent pendant les oflSces. » (George Sand, la Petite 

^^He.) 
^^^^enillière^ guenille, guenau, tout cela se tient. 

LES COUSINS DE LA TRINITÉ. 

^ donne ce nom aux nombreux mendiants étrangers 

'^ Se rendent, ou plutôt qui se rendaient, il y a une tren- 

^^ d*années, de tous les points de la France, à la fête de 

•'"îiiité de Cluis-Dessous, Tune des plus grandes solennités 

*j^^ taot, ainsi que nous l'avons déjà dit, a formé le nom propre 
^■"""i, Guénot; voy. la p. i68, t. I. 



176 SOUVENIRS 



religieuses du bas Berry. On pouvait avec d'autant plus d< 
raison les qualifier ainsi que, la communauté des femme 
existant parmi eux, ils étaient tous, en réalité, plus ou moitt;y 
parents. Avant la mise en vigueur des dernières lois contre 
le vagabondage, on voyait, à Cluis, la veille de la Trinité, 
cette immonde cohue de vauriens s'entasser pêle-mêle, pour 
y passer la nuit, dans les granges, dans les cours et jusque 
sur la voie publique. La Trinité était, assure-t-on. Tune des 
époques de Tannée où ceux d'entre eux qui avaient pris à 
bail, pour un certain temps, la femme, la fille ou la sœur 
de l'un de leurs cousins , soldaient le prix de leur débauche 
et contractaient de nouveaux engagements. 

Au reste, ces truands sont eux-mêmes dans l'habitude 
de s'appeler entre eux du nom de cousin. Cet usage est, 
à ce qu'il paraît, immémorial parmi les membres des races 
maudites ou méprisées, dont M. Francisque Michel a publié 
l'histoire en 1847, et nous citerons ici le passage où il 
l'explique : 

« Le nom de capot, comme ceux de cagot, de gahet, etc., 
étant injurieux, on comprend que les malheureux auxquels 
on les donnait n'en lissent pas usage quand ils avaient à 
désigner des individus de leur caste; ils employaient le mot 
cousin, sans doute parce que, forcés de s'allier entre eux, ils 
étaient tous parents à un degré plus ou moins rapproché. » 

Nous avons aussi les cousins de Sainte-Solange y mais ceux- 
ci n'ont rien de commun avec les cousins de la Trinité; ils 
rappelleraient plutôt les cousines de Saint-Janvier, à Naples*. 

LES ROIS DU BERRY. 

Toutes les royautés sont loin d'être complètement dis- 
parues en France. Dans le seul arrondissement de la Châtre, 
nous en connaissons (juatre (jui ont pour sièges Aigurande, 



' \oy. la [)age 146, loiiie II, 



DU VIEUX TEMPS 177 

t 



Cluis, Mouhers et Crozon. Tous les ans, et cela depuis des 
s^fecles, le jour de la fête patronale de ces différentes pa- 
roisses, on proclame dans chacune d'elles un roi et une 
'^^ïie. La naissance, le suffrage universel, ne sont pour rien 
"*ï^8 ces intronisations. Ces couronnes ne sont ni hérédi- 
™^C8, ni électives; elles sont vénales et s'adjugent au plus 
^"^'ïtot et dernier enchérisseur, au moins dans le royaume 
"^ Cluis, car nous ne savons pas au juste comment se 
P^^^ent les choses à Âigurande, Mouhers et Crozon. Nos 
'^ysiutés berrichonnes, quoique achetées à l'encan, n'en sont 
P^S moins des royautés de droit divin, puisque, aussitôt 
*[^ï^^ l'adjudication, le roi et la reine soht sacrés par le 

I^iche ou pauvre, noble ou vilain, tout le monde peut 
P^^tendre et arriver à cette souveraineté. Ainsi, en 1856, le 
Pï^îuce impérial, encore au berceau, est proclamé ?'ot de Cluis 
P^ï* M. le curé Pailleret *, et, l'année suivante, la couronne 
P^^sae à un simple particulier de la paroisse de Gournay, et 
^^t cela» sans révolution, sans coup d'État, sans déchire- 
ments politiques. 

Ces sortes de trônes, auxquels on aspire surtout à cause 

4^ avantages, plutôt hygiéniques que spirituels que l'on dit 

1 être attachés, se crient toujours ainsi : — A dix, à vingt, 

^ trente tivresy le roi!,., — A dix, à vingt, à trente livres, 

fa reine!... etc. — La livre représente, ici, une livre de 

tire, et non l'ancienne livre monétaire. 

A Quis-Dessous, la royauté de la Trinité se vend sur la 
place publique, coram populo; il n'y a pas de fraude pos- 
sible, et le tout va de cire ou de sire, puisque ce dernier 
titre s'adjuge à celui qui en a offert le plus de livres de cire. 
L'adjudication terminée, le roi et la reine sont proclamés 
aux sons des musettes et des hautbois. Cette scène char- 

^ Voir les registres de la fabrique de Cluis. 

T. II. là 



178 SOUVENIRS 



mante, et qui reproduit si bien les mœurs naïves du vie 
temps, se passe, à Cluis-Dessous, sous le vaste feuillage d* 
orme magnifique et au milieu d'un paysage enchanteur 



Les rois fourmillaient autrefois sur notre vieux sol 
chon. Si Ton en juge par les traces qu'ils ont laissées 
nos anciens registres de paroisse, chaque bourgade de'^v^ 
avoir le sien. Grâce aux investigations d'un savant et spi:K 
tuel archéologue, qui a bien voulu consigner dans la ilet>-3 
du Berry (t. II, p. 1S7), le résultat de quelques-unes de ^* 
recherches, nous connaîtrons désormais les noms de trois <i 
ces monarques. — C'est d'abord Jean Nicot, qui reg1121.il 
vers le milieu du dix-septième siècle, sur les populations ^« 
la paroisse de Saint-Maurice de Cuffy, aujourd'hui pet:»* 
commune de l'arrondissement de Saint- Amand (Qier). C' 
ensuite... mais laissons parler l'historien de ces rois inconn 
ce sera tout bénéfice pour le lecteur : — « Comment à Sai 
Maurice-de-Cuffy, Notre-Dame-de-Tendron (autre commu 
de l'arrondissement de Saint-Amand) avait sa royauté. 
Ces sortes de royautés étaient de pieuses confréries qui po^^ 
sédaient leurs statuts, leurs privilèges, leurs indulgences-^ 
elles contribuaient aux œuvres de bienfaisance, et ajoutaie 
comme à l'envi aux pompes des solennités religieuses. 

» Leur institution devait remonter à une époque relat 
vement assez reculée, car parmi les offices de la cour 
retrouve celui de fol du roy, qui tombe en désuétude apn 
François P^ On y trouve aussi les mousquetaires qui suc:^ 
cèdent aux hallebardiers. 

» En 1701, les statuts de la royauté de Notre-Dame (J^ 
Tendron furent renouvelés et approuvés par Monseigneur 
de Bourges. Des bulles d'indulgence furent impétrées et 

* Voy. pour ce qui concerne la Royauté de la Trinité, à Cluis-Dessous, 
une brochure intitulée: C luis et ses environs, que MX...., d'Aigurande 
a publiée à la Châtre, en 1855. 



DU VIEUX TEMPS 179 



obtenues en cour de Rome leSO juillet 1703; elles coûtèrent 
<3iiquante - trois livres et quatorze sols au secrétariat de 
VAjxihevêché. 

* n n'est peut-être pas sans intérêt de connaître la nomen- 
clature des grands officiers et dignitaires de cette royauté. 
^ voici par ordre de préséance: 

Le roi, 

La capitainerie, 

La lieutenance. 

Le porte-enseigne. 

Le guidon, 

Les pages du Roi, 

Valbarde (plus* tard les mousquetaires). 

Le deuxième guidon. 

Le sergent, 

Le fol, 

Les soldats. 

* Comme sous Tempire, après la mort de Caracalla, tous 
*^ ans, la royauté était mise à Tenchère, ainsi que les di- 
8^ités et offices de la couronne. 

» A ceux qui étudient l'économie civile et politique d'au- 
^fois, nous sommes heureux d'en livrer quelques prix 
durants. 

* En 1682, la royauté était estroussée (adjugée) à Bernard 

*^ngis, moyennant lOS sols et une livre de cire. — La capi- 

^erie valait 1 escu et 1/2 livre de cire. — La lieutenance 

*va\i coûté une livre de cire et 20 sols pour le tambour. — 

^ mousquetaires et le fol du roi étaient taxés à une demi- 

Bvre de cire. 

» En 1686, la couronne était placée sur la tiHe de Martial 
Couppechou ; Vestrousse s'était élevée à dix livres ; il y avait 
hausse ! c'était sans doute un reflet de la monarchie du grand 
aécle.En cette année, l'Europe se taisait devant Louis XIV, et 
le duc de la Feuilladé faisait à ses frais ériger sur la place des 
Victoires la statue du souverain, couronné par la Renommée* 



i80 SOUVENIRS 



» Des faits et gestes des rois de Notre-Dame-de-Tendr* 
l'ingrate histoire ne nous a rien transmis ; ils ne sont &k 
signés ni sur le marbre, ni sur le bronze ; sans doute ^ 
règne a été doux à leurs sujets, puisque la postérité 
ignore! C'est donc avec un scrupule des plus grands ^ 
nous nous hasardons à classer Bernard Longis parmi les n 
fainéants, et Martial Couppechou parmi les rois batailleui 

» Quant au roi de Saint-Maurice-de-Cuflfy, Jean NicC 
nous sommes heureux d'affirmer que, né sur les bords c 
la Loire, il est complètement étranger à l'introducteur de . 
Nicotiana tabacum, lequel du reste ne fiit qu'ambassadei 
en Portugal. » 

Dun-le-Roi et Sancerre eurent aussi leurs rois; maisd'apr 
le peu que nous savons de leur manière de gouverner, < 
ne peut les ranger parmi les monarques de droit divin q 
nous venons de mentionner; ils appartiendraient plutôt 
cette classe de rois des Rihauds dont nous avons pari 
page 174, 1. 1, et qui avaient pour capitale Issoudun. — L 
rois de Sancerre, connus, ainsi que ceux de Dun-le-Roi 
sous le nom de Rois des jeux, ont cessé de régner vers 
lin du douzième siècle. L'histoire n'en parle que pour coi 
tater leur chute ; voici tout ce qu'elle en dit : 

Chaque année, le lundi de Pâques, les jeunes gens 
Sancerre, ayant à leur tête le Roi des jeux, faisaient « 
descente à Saint-Satur, envahissaient la ville et l'abba*; 
et, après avoir mené joyeuse vie pendant plusieurs joi 
aux dépens des habitants et des chanoines, et s'être livré 
toute espèce de foUes, entre autres à celle d'assommer te 
les chiens qu'ils rencontraient dans les rues, le/îoi desjev 
suivi de sa troupe, rentrait à Sancerre, non sans avoir lai 
des traces déplorables de son passage sur toutes les dép€ 
dances de l'abbaye. 



1 M. Ra;ynal, Histoire du Berry, t. II, p. 210. 



DU VIEUX TEMPS 181 



Guillaume I®', comte de Sancerre, sur les instances de 
Tabbé et des religieux de Sainl^Satur, abolit cette bizarre 
coutume et renversa pour toujours le trône des Rois des 
jeux *. 

Se tous les rois populaires, et non sacrés par TËglise, qui, 
au moyen âge, florissaient en Berry aussi bien que dans les 
autres provinces de France, nous ne connaissons plus 
aujourd'hui que le roi de la fève et le roi des moissonneurs, 
dont il a été question aux pages 19, t. I et 132, t. II de 
ce recueil ; mais les archives de la préfecture de rindçe ont 
conservé le souvenir du roi des merciers du duché de Berry , 
et elles donnent sur ce personnage des détails trop intéres- 
sants pour que nous les passions sous silence. 

Ce roi des merciers, ainsi que tous les rois des autres 
corporations ou corps de métiers, était chargé de veiller 
aux intérêts de sa communauté et de sauvegarder les immu- 
nités et privilèges de ses sujets. 

Le document qui va suivre est textuellement extrait des 
Suisses biographiques du département de l'Indre, publiées, 
^ 1862, par M. Grillon des Chapelles. Il est curieux à plus 
^'^ titre, mais surtout parce qu'il fait revivre des mœurs 
^t des usages qui n'ont laissé aucune trace dans nos habi- 



* U seigneur de Brion ^ ayant impétré du roi trois foires 



^oy. l'Histoire du Berry de la Thaumassière, Y Histoire de Sancerre 
J® ^Ifuson, p. 58, et l'intéressante Monographie de Vabbaye de Saint- 
J*^, publiée par M. Gemahling dans le Compte rendu de la Société du 
^*^, année 1866, p. 260. 

j. ^ seigneur de Brion était le fameux Philippe Chabot, comte de 
T^^nçais et amiral de France, dont on trouve la biographie complète 
^^^ l'ouvrage de M. Grillon des Chapelles. — Le bourg de Brion, situé 
ch^f^^^® lieues de Châteauroux, dans le canton de Levroux, est un petit 
. ^Mieu de commune qui semble avoir eu autrefois une certaine impor- 
jl**ce. On y a découvert, en 1845, de curieuses antiquités gauloises dont 
' ^^s Chapelles donne la description, p. 418 du t. II de ses Esquisses, 



182 SOUVENIRS 



à tenir, par chacun an, à perpétuel, audit lieu de Brion, et 
les lettres d'octroi ayant été criées et publiées es plus pro- 
chaines villes, quatre lieues à la ronde, savoir à Châteauroax, 
à Levroux, à Vatan ; et après ces publications, leur enté- 
rinement ayant été fait à Issoudun par le lieutenant du bailli 
du Berry, le 26 décembre 1S36 S prudent homme, Pierre 
de Cherigne, procureur et receveur de la baronnie de Brion, 
vient requérir le bailli de cette baronnie, M® Guy Bonnin, 
résidant à Châteauroux, de vouloir aller audit lieu de Brion 
pour y faire tenir lesdites foires avec les solennités requises; 
« ce que lui accordasmes (dit le bailli), et tout incontinent 
montasmes à cheval, accompagné de honorable homme et 
saige maistre Claude Aubourg, greffier dudit lieu et baron- 
nie, qui tous arrivasmes audit lieu de Brion entour Theure 
de neuf heures du matin, où, nous y étant, se comparut 
par devant nous... Anthoine Avard, lieutenant de Léonard^ 
Thoureau, maistre et revisiteur des merciers en ce pays e^ 
duché de Berry, lequel nous dist et exposa que il s'opposoi^ 
à ce que aulcuns estalassent ne desployassent marchandise^ 
ne que Ton fist achat, vente, trafique de marchandise aud 
lieu... que préalablement il ne fust satisfaict de ses droic~ - 
de maistre et roy des merciers '^, et que les cérémony^ 
requises à créacion et institucion do foires ne fussent faict^ 
et solemnisées... et aussi se comparurent par-devant nousl^^ 
merciers jurés de la ville d*lssoudun, ceux des villes 
Châteauroux, Levroux, Bourg-Déols, Vastan, et plusieu 



' C'est le 26 décembre que se tient, de nos jours, l'assemblée de Brion; 
il en était sans doute de même en 1536. 

2 Par cette dénomination de merciers, on désigne nécessairement, ici, 
les marchands en général. — Très-anciennement, les merciers pouvaient 
vendre toute espèce de marchandises, mais il leur était interdit d'eu 
fabriquer aucune; c'est pourquoi on disait alors proverbialement, en 
parlant d'eux : Marchands de tout et faiseurs de rien. — En 1557, la cor- 
poration des merciers de Paris était si considérable, qu'ils dénièrent 
sous les yeux de Henri II, dans la plaine de Saint-Denis, au nombre de 
plus de trois mille. 



DU VIEUX TEMPS 183 



autres merciers jurés qui allèrent avec ledit Avard, leur roy 
et maistre revisiteur d'iceux; et davantaige disoient qu'il 
estoit question de la créaciôn et institucion de trois foires, 
et pour chascune d'icelles, eu esgard à la faculté de la per- 
sonne de mondit seigneur (Philippe Chabot), et aussi à 
l'eccessif nombre d'iceux, leur appartenoient bien cent escuz, 
qui estoient trois cens escuz pour les trois foires, ensemble le 
défiray et bancquet d'iceux et de chascun d'eux, un beuf , une 
^ye, et aultres choses nécessaires et dont ils avoient accous- 
tome de user à créaciôn et institucion de nouvelles foires. 

» Après avoir marchandé, les merciers acceptent du pro- 
cureur du baron de Brion « six vingts livres tournois outre 
le clëfray et bancquet... et à la charge que lesdits merciers 
et cliascun d'eux promirent et soy obligèrent de assister par 
trois ans prochains à icelles foires... suivant lequel accord, 
iceuï merciers prindrent et allumèrent des torches où estoient 
attachés des escussons semés des armes de mondit seigneur, 
eftsemble prindrent et saisirent ung beuf et une truye qui 
P^ ledit procureur leur furent livrés, et firent crier que 
^^S chascun d'entre eux qui vouldra mettre à chevaulcher 
ledit beuf es entours du champ establi pour lesdites foires*, 
<ltf ils eussent à y mettre prix et qu'il seroit estroussé (adjugé) 
*^ plus ofirant et dernier enchérisseur, à la charge que icelui 
^ qui appartiendroit et qui chevaulcheroit ledit beuf comme 



'Dès la plus haute antiquité, ïocccupation ou la limitation d'une 
portion de terre concédée se faisait au moyen de la chevauchée. — 
%.,8ur cette vieille coutume, le chapitre i'^'^ du livre II des ùiigines 
** ir(Àt français de M. Michelet. — D'après un diplôme de l'an 496, 
Clovis donne à Jean, abbé de Reonians, en Bourgogne, toute la terre 
dont il aura pu faire le tour sur son àne en une journée. — En 1205, 
on roi de Danemark octroie à saint André tout le terrain dont il aura 
fiit le tour en chevauchant sur un poulain âgé de neuf nuits, et pen- 
dant que le roi prendra un bain. (Origims du droit français^ page 80.) 
— Mais notre chevauchée du 6œti/' rappellera surtout que Romulus, — 
il y a de cela 2,620 ans, — traça la première enceinte de Rome en 
promenant autour du mont Palatin, selon les uns, deux taureaux 
l^lancs, selon d'autres, une vache et un taureau attelés à une charrue. 



184 SOUVENIRS 




dernier mecteur, seroit franc de péage es terres de mo 
seigneur, à quoy fut dissenti par ledit procureur... vou 
seulement qu'il fut bien entendu que cette franchise ne 
tendroit pas au delà de la terre de Brion. 

«... La chevaulchée du beuf fut mise à prix, et finaK- 
ment demeura à Jean Turot dlssoudun, lequel monta g= 
ledit beuf qui estoit lié de nappes (peaux) par les corner 
tenu par plusieurs desdits merciers , les aultres desqija*^ _ 
tenoient une fille lubricque qui estoit revestue d'un pelli 
et Tun d'iceulx tenoit ladite truye, après laquelle mardi 
ung escuyer; et en cest estât, aïant tous leurs épées nu 
entrèrent audit champ establi pour lesdites foires, et e 
estant entrés au premier quanton, présenta ledit procure^' — 
la sentence donnée audit Issoudun, et fut cette sentent ^ 
criée par le sergent Brossart pour faire assembler et congrég^^ 
le peuple, et icelluy Brossart mist mondit seigneur en pos^^^ 
session et saisine d'avoir lesdites foires, et de pouvoir fair:^^ 
bastir, construire et édifier halles, estaux et loges en tel lie ^^ 
ou lieux que verroit estre affaire, et ce avec les droits, prou^^ 
fits, esmolumens que l'on a accoustumés à prendre et leve^^ 

es aultres foires, et suivant le tarif qui en a été dressé ^^ - 

et après ladite publicacion et exécucion de sentence faicte ai^^ 
dit premier quanton, se transportèrent au deuxième quantoirf' 
et du deuxième au tiers quanton, et du tiers quanton ar^ - 
quart quanton 2... dont et desquelles choses ledit de Chérign-^^ 
requist et demanda lecture au dit juge et garde... et lui fu^^ 

'Ce tarif, spécialement rédigé pour les foires de Brion, et qi*^-^ 
M. Grillon des Chapelles reproduit en son entier, p. 415 du 2* vol. 
ses Esquisses, mentionne certaines denrées que l'on ne trouverait assu^ 
rément pas aujourd'hui dans nos plus célèbres foires berrichonnes. P« 
exemple, il y est dit : — « Marchand vendant saulmons^ doibt la tesl 
d'un chascun saulmon vendu; — et pour charge d'allouzes, doibt ui 
allouze; — pour chascun cent de merlans^ ung merlan; — tout homni 
qui porte pommes de grenades, doibt à monseigneur une pomme. » 

^ Ces quatre cantons sont les quatre points cardinaux. — Ceci 
trait ù V orientation . formalité qui s'observait également dans h 



DU VIEUX TEMPS 183 



merciers jurés qui allèrent avec ledit Avard, leur roy 
et msiistre revisiteur d'iceux; et davantaige disoient qu'il 
«fi^oiti question de la créaciôn et institucion de trois foires, 
et poiir chascune d'icelles, eu esgard à la faculté de la per- 
sonne de mondit seigneur (Philippe Chabot), et aussi à 
'l ©ccessif nombre d'iceux, leur appartenoient bien cent escuz, 
Çui estoient trois cens escuz pour les trois foires, ensemble le 
défray et banccpiet d'iceux et de chascun d'eux, un beuf , une 
^'^'ye, et aultres choses nécessaires et dont ils avoient accous- 
^mé de user à créaciôn et institucion de nouvelles foires. 

« Après avoir marchandé, les merciers acceptent du pro- 

^^ireur du baron de Brion « six vingts livres tournois outre 

'^ défray et bancquet... et à la charge que lesdits merciers 

^t chascun d'eux promirent et soy obligèrent de assister par 

^ïXïis ans prochains à icelles foires... suivant lequel accord, 

iceux merciers prindrent et allumèrent des torches où estoient 

attachés des escussons semés des armes de mondit seigneur, 

©Haemble prindrent et saisirent ung beuf et une truye qui 

par ledit procureur leur furent livrés, et firent crier que 

Ung chascun d'entre eux qui vouldra mettre à chevaulcher 

ledit beuf es entours du champ establi pour lesdites foires*, 

qu'ils eussent à y mettre prix et qu'il seroit estroussé (adjugé) 

^^ plus oflfrant et dernier enchérisseur, à la charge que icelui 

^ qui appartiendroit et qui chevaulcheroit ledit beuf comme 



' Dès la plus haute antiquité, ïocccupation ou la limitation d'une 
portion de terre concédée se faisait au moyen de la chevauchée, — 
%., sur cette vieille coutume, le chapitre r'" du livre II dos Origines 
*» ^oit français de M. Michelet. — D'après un diplôme de l'an 496, 
Cloris donne à Jean, abbé de Reomans, en Bourgogne, loute la terre 
doai il aura pu faire le tour sur son àne en une journée. — En 1200, 
no roi de Danemark octroie à saint André tout le terrain dont il aura 
f«il le tour en chevauchant sur un poulain âgé de neuf nuits, et pen- 
dMl que le roi prendra un bain. [Origines du droit français, page 80.) 
— Mais notre chevauchée du ^œw/* rappellera surtout que Romulus, — 
jl y a de cela :2,6iO ans, — traça la première enceinte de Rome en 
promenant autour du mont Palatin, selon les uns, deux taureaux 
lyUncs, selon d'autres, une vache et un taureau attelés à une charrue. 



186 SOUVENIRS 



le peu de temps qu'il dura, le roi de France traita d'égal à 
égal avec son cousin le roi de Boibelle, et, de part et d'autre, 
les procédés furent pleins de courtoisie. — Heureusement 
pour nos souverains berrichons, la politique envahissante de 
M. de Bismark n'était pas encore connue; aussi régnèrent- 
ils pendant une longue suite de siècles dans la plus entière 
indépendance, et, lorsque le dernier d'entre eux céda sa 
couronne à Louis XV, ce fiit de son plein gré, sans pression 
d'aucune espèce; il fut même stipulé, dans le contrat d'a- 
bandon, que le peuple de Boibelle serait pendant vingt ans, 
à partir de cette cession, affranchi dç tout impôt. 

Un misérable hameau est tout ce qui reste, aujourd'hui, 
de la capitale de cet ancien royaume. — Quant aux faits et 
gestes de ses souverains, relatés par les chroniques, ils n'of- 
frent rien de bien mémorable. « La gloire, s'il y en a eu, 
dit un savant critique, est restée sans échos. La cour de ces 
rois n'a jamais jeté un grand éclat; quelques procès avec 
leurs voisins composent toute leur histoire militaire; leurs 
exploits sont des exploits d'huissiers. Les réceptions solen- 
nelles de quelques princes du sang français en tournée de 
voyage constituent toutes leurs relations diplomatiques ^ . » 



ÉQUARRISSEURS DE BOIS ROUGE. 

C'est ainsi que nos villageois nomment les écorcheurs de 
chevaux. Cette profession est en horreur dans nos cam- 
pagnes; aussi n'était -elle exercée, autrefois, que par des 
malheureux perdus de réputation, et qui, tombés dans le 
dernier degré de l'abaissement, n'avaient plus à rougir de 



' M. G. Vaporeau, l'Année littéraire (1866). — Voy. ce que dit M. Raynal 
(lu royaume do Boibelle, p. 58, 331, 332 du t. I, p. 276 du t. II, et p. 227 
du t. IV de son Histoire du Berry; voy. encore et surtout l'Histoire du 
royaume de Bois-Belle par Aymé Gécil; Bourges, E. Pigelet, 1865. 



DU \IEUX TEMPS 185 



octroyé en cette forme... Fait audit lieu de Brion,... les 
jour C3t an que dessus..., etc. » 



roputés berrichonnes que nous venons de passer en 
étaient toutes ou vénales ou électives, et partant toutes 
étaient temporaires. Mais il existait aussi, dans notre pro- 
vince, une royauté héréditaire, une vraie royauté celle-là, 
calquée sur celle de France et qui comptait comme elle plu- 
sieurs races ou dynasties. — Nous voulons parler 'du royaume 
de fioibelle. — Située dans le haut Berry, et composée de 
tï^is paroisses, cette monarchie n'a cessé d'exister qu'en 1766, 
'' y a juste un siècle. Quoique son origine se perde dans la 
'^■^il; des temps, ce n'est seulement qu'à dater de la première 
'"'^itié du douzième siècle que l'histoire a commencé à 
'^^laeillir les noms de quelques-uns de ses souverains. Ce sont 
Ric^luurd de Boibelle (1129), Humbaud et son épouse Théo- 
P^^&nie, puis leur ûls Eudes, nommé dans le cartulaire de 
V&bbaye de Saint-Sulpice-lès-Bourges : Odo de Bobelia (1170). 
ï^lus puissants que les rois d'Yvetot, les rois de Boibelle 
\*^ltaient monnaie, levaient des impôts, avaient une armée, 
«^ déclaraient ne tenir leur couronne que de Dieu, de leur 
êpée et du lignage. 

Cette fière souveraineté, perdue dans le royaume de France, 
dont elle formait pour ainsi dire le noyau, paraît avoir tou- 
jours vécu dans la meilleure intelligence avec ses puissants 
foisins. Pourtant, en 1608, sous le règne de Henri IV, les 
faux sauniers, — espèce de contrebandiers qui iranspor- 
Hient du sel des pays rédimés dans ceux qui étaient soumis 
à la gabelle, — ayant trouvé un refuge sur le territoire du 
RM de Boibelle, et les oflliciers de Henri ne pouvant les y 
loursuivre , il s'éleva quelques diflicultés entre les deux 
lonarques ; mais ce différend fut bientôt apaisé, et, pendant 

ciennes ocrupiitions on limitations iU*. lorrain. — .Vo^\. h*s p. 76 el DT 
i Origines du droit framais do M. Michelel.; 



i^ SOUVENIRS 



sur les monnaies ainsi que sur les étendards de ces derniers ^ 
et même, si Ton en croit un célèbre numismate *, à l'époque 
où nos pères marchaient à la tête des nations galliques, le 
coursier biturige avait été adopté comme symbole national 
par cette grande confédération. Enfin, suivant Tusage de la 
plupart des anciens peuples, les Gaulois immolaient le cheval 
à plusieurs de leurs dieux, et sa chair était le mets principal 
des festins solennels qui accompagnaient quelques-uns de 
leurs sacrifices religieux. C'était principalement à Belenus, 
le dieu du soleil, que les Gaulois sacrifiaient le cheval; c'est 
ainsi que les Grecs immolaient cet animal à leur Apollon. 
Les Perses, les Syriens, etc., sacrifiaient aussi des chevaux 
au soleil, et toutes ces nations suivaient en cela l'exemple de 
leurs ancêtres communs, les Hindous, chez lesquels VAçvd- 
médha ou immolation du cheval, était le sacrifice par excel- 
lence : a Quiconque accomplit un Açvamédha, disent les 
Védas, conquiert tous les mondes, surmonte la mort, expie 
ses péchés et ses sacrilèges 3. » On recourait à ce sacrifice 
dans le but d'obtenir la faveur du ciel, alors que tous les 
autres moyens pour y parvenir se trouvaient sans effet. En 
célébrant VAçvamédha cent fois, on pouvait arriver à entrer 
dans Sarga, le paradis des Indiens*. 

Après que la doctrine du Christ se fut propagée dans les 
Gaules, le clergé mit tous ses soins à faire disparaître les 
traces des vieilles croyances druidiques; il s'eff'orça d'en 
extirper les dernières racines jusque dans les usages natio- 
naux qui pouvaient rappeler l'ancien culte, et c'est alors sans 
doute que la chair du cheval fut de nouveau déclarée impure 



' Le cheval figura aussi sur les enseignes romaines (voy. p. 119, t. Il), 
et c'était sous la forme de cet animal que les Scythes adoraient le dieu 
de la guerre. 

■'' Lelewel, Types gaulois ou celtujues. Bruxelles, 1841. 

' M. Daniélo, Histoire et tableau de l'univers, t. III, p. 7r22, 

^ Lois de Matwu; — M. A. Chodzko, Contes slaves, p. 258. 



BU VIEUX TEMPS 187 



- -^ Nous connaissons un vieillard qui eut le mallieur, 
son enÊince, de tenir le pied d'un cheval, tandis que 
Véc^xiairisseur le dépeçait; on ne Ta pas encore oublié. Ce 
diable, qui jouissait d'une certaine aisance, a eu, 
le temps, beaucoup de peine à se marier, et n'a pu 
qu'un sot mariage, grâce à ce sot préjugé. 
Il y a cinquante ans, Yéqiuirrisseur de bois rouge n'aurait 
pris ses repas avec les gens du domaine pour lequel il 
toivaillait; on le servait à part, dans une sébile de bois qu'il 
portait toujours avec lui. 

Un paysan dépouillera volontiers un mouton, une chèvre, 
^ Ixeuf ; mais il aimerait mieux se couper le poignet que 
^J'écorcher une bête chevaline, 

f^tt« superstition date de loin; elle semble remonter à 
°^*se, car le Deutéronome (ch. xiv, v. 6) dit textuellement ; 
"" ^ Vous mangerez, d'entre les bêtes, de toutes celles qui 
^^ l*ongle séparé, le pied fourché, et qui ruminent », et le 
^^'vîtique (ch. n, v. 8) ajoute, à propos des animaux déclarés 
iiûnaondes, au nombre desquels comptait nécessairement le 
cnoval comme solipède : — « Vous ne toucherez pas même 
a leur chair morte. » — Remarquez encore qu'à Rome, il 
^^t interdit aux flamines de toucher aux chevaux que l'on 
^'^it comme victimes dans les sacrifices*. 

-^U reste, encore de nos jours, chaque peuple semble avoir 
^ l^te d'aversion, en tant que comestible. Ce serait un 
^^n^e abominable, dans les Indes, de manger du bœuf; une 
P^ïicie impiété, en Russie, de manger du pigeon, et une 
*^tion impardonnable, en Italie, de goûter à du lapin. 

^O peut très-bien, d'ailleurs, explicjuer le préjugé populaire 
^^* concerne le cheval de la manière suivante : — Cet 
^^*nal était en grand honneur chez les Celtes, et particu- 
"^ïeinfent chez les Bituriges, nos ancêtres directs. 11 figurait 

' PUne, Hisl. nat,, liv. XXVlll, ch. 40. 



i^ SOUVENIRS 



sur les monnaies ainsi que sur les étendards de ces derniers*, 
et même, si Ton en croit un célèbre numismate *, à l'époque 
où nos pères marchaient à la tête des nations galliques, le 
coursier biturige avait été adopté comme symbole national 
par cette grande confédération. Enfin, suivant Tusage de la 
plupart des anciens peuples, les Gaulois immolaient le cheval 
à plusieurs de leurs dieux, et sa chair était le mets principal 
des festins solennels qui accompagnaient quelques-uns de 
leurs sacrifices religieux. C'était principalement à Belenus, 
le dieu du soleil, que les Gaulois sacrifiaient le cheval ; c'est 
ainsi que les Grecs immolaient cet animal à leur Apollon. 
Les Perses, les Syriens, etc., sacrifiaient aussi des chevaux 
au soleil, et toutes ces nations suivaient en cela Texemple de 
leurs ancêtres communs, les Hindous, chez lesquels YAçva- 
médha ou immolation du cheval, était le sacrifice par excel- 
lence : « Quiconque accomplit un Açvamédha, disent les 
Védas, conquiert tous les mondes, surmonte la mort, expie 
ses péchés et ses sacrilèges 3. » On recourait à ce sacrifice 
dans le but d'obtenir la faveur du ciel, alors que tous les 
autres moyens pour y parvenir se trouvaient sans effet. En 
célébrant YAçvamédha cent fois, on pouvait arriver à entrer 
dans Sarga, le paradis des Indiens*. 

Après que la doctrine du Christ se fut propagée dans les 
Gaules, le clergé mit tous ses soins à faire disparaître les 
traces des vieilles croyances druidiques; il s*efibrça d'en 
extirper les dernières racines jusque dans les usages natio- 
naux qui pouvaient rappeler l'ancien culte, et c'est alors sans 
doute que la chair du cheval fut de nouveau déclarée impure 



' Le cheval figura aussi sur les enseignes romaines (voy. p. 119, t. H), 
et cétait sous la forme de cet animal que les Scythes adoraient le dieu 
de la guerre. 

^ Lelewel, Types gaulois ou celtiques. Bruxelles, 1841. 

' M. Daniélo, Histoire et tableau de Vunivers, t. III, p. 522. 

'* Lois de Manou; — M. A. Chodzko, Contes slaves, p. 258. 



DU VIEUX TEMPS 189 



et que ceux qui en mangeaient furent tenus pour immondes. 
« Vous me mandez, écrit le pape Grégoire III (en 734) à 
saint Boniface, évêque de Germanie, que beaucoup de per- 
sonnes se nourrissent de chair de cheval. Sévissez, très-saint 
frère, contre tous les mangeurs de chevaux, ils sont immon- 
des et leur action est exécrable*..» 

Dans une ordonnance de François II, duc de Bretagne 
(1477), on lit ce qui suit' : — « Ceux sont villains natres 
(natiarels), de quelconque lignaige qu'ilz soient, qui s'entre- 
Dîettent de villains mestiers, comme estre escorcheurs de 
ctevflttfic, etc., telles gens ne sont dignes d'eulx entremettre 
^^ droit ni de coustume... » 

Pendant très-longtemps, en Bretagne, les équarrisseurs 
furent regardés comme infâmes; on les appelait caqueux, 
w*cotw, et on les mettait au rang des lépreux. En 1436, 
Vévêque de Tréguier leur avait assigné une place à Técart 
datîs les églises. On fut même jusqu'à leui: interdire les 
pratiques de la religion et à leur refuser l'inhumation en 
terre sainte. 

L'espèce d'horreur qu'inspire, parmi nous, le cheval après 
sa mort s'observe chez quelques peuples étrangers. — « On 
croit encore en Autriche, dit Bernardin de Saint-Pierre, 
dans ses Observations sur la Prusse, qu'un homme est désho- 
noré s'il touche à un cheval mort. Dans la dernière guerre, 
un capitaine d'artillerie ayant retiré avec ses gens un cheval 
tué qui embarrassait le chemin, ses camarades ne voulurent 
plus avoir de commerce avec lui. L'impératrice, pour lui 
rendre l'honneur, le fit manger à sa table et l'avança d^un 
grade pour avoir surmonté un préjugé si contraire au bien 
du service. » 

Les Prussiens, au dire du même auteur, ne partagent pas 
cette superstition. Ils ont même cherché, dans ces derniers 



Keysler, Antiqmtates selectœ septentrionales. 



190 SOUVENIRS 



temps, à réhabiliter la chair du cheval. Cela résulte du 
passage suivant d'une lettre de Berlin, insérée dans le Consti- 
tutionnel du 14 mai 1847 : — « Je dois vous faire part d'un 
dîner très-singulier qui a été mangé, la semaine dernière, 
dans la Mohren-Strasse, par une Société qui s'intitule hippo- 
phage. Le but de cette société est de démontrer, en préchant 
d'exemple, que la chair de cheval est une nourriture exquise. 
Soixante-dix membres, parmi lesquels plusieurs inédecius, 
avalaient, d'un air très-convaincu de la bonté de leur cause, 
des ragoûts de poulain préparés par un ancien cuisinier de 
l'ambassade de Russie. » — Dans un numéro de l'Union 
médicale de la fin de 1854, M. Amédée Latour parle très- 
longuement et très-spirituellement d'un repas semblable offert 
à plusieurs savants *de Paris, par le directeur de l'École vété- 
rinaire d'Alfort, et à la suite duquel il a été reconnu que 
« la viande d'un vieux cheval de vingt-trois ans a donné : 
un bouillon supérieur; un bouilli très-mangeable; un rôti 
exquis. » De son côté, le principal journal de l'Algérie, 
VAkhbar, a plusieurs fois entretenu ses lecteurs, en novem- 
bre 1861, d'un grand banquet donné dans le foyer du théâ- 
tre d'Alger, auquel assistaient les autorités de la colonie et 
même les consuls étrangers, et dans lequel on n'a servi que 
des viandes de cheval, d'âne et de mulet, qui ont été trouvées 
excellentes. — Enfin, nous lisons dans le journal la Presse, 
du 9 novembre 1865, les lignes suivantes : — « L'adminis- 
tration supérieure de Paris vient, dit-^on, de prendre une 
décision sur la question de la viande de cheval. Elle aurait 
reconnu qu'il pouvait être ouvert une boucherie spéciale 
dans les mêmes conditions qu'une boucherie ordinaire; 
l'exploitant étant tenu toutefois de se pourvoir d'un abattoir 
particulier pour les besoins de son commerce ^ » 



^ Une ordonnance du préfet de police, du 9 juin 1866 autorise ces 
sortes de boucheries. 



DU VIEUX TEMPS 191 



Au d-^^mier siècle, le célèbre médecin Géraud, de nos jours, 

le barc^:»::! L^ey, ont vanté dans leurs écrits Texcellence de 

la viam^^iae de cheval; ce qui n'empêche pas quelques per- 

sonBes ^e prétendre que cette viande, comparativement à ses 

propri^i't:és nutritives, est plus chère que celle du bœuf, 

même lorsque cette dernière a atteint un prix excessif. 

Au :«rcste, les Scandinaves et tous les peuples du nord con 

soinia^ient autrefois beaucoup de cheval. Les Turcomans, 

les T^i:*tares et les Kalmouks s'en nourrissent aujourd'hui à 

Yordiixsiire, et le peuple de quelques villes d'Italie en mange 

avec X^laisir : à Tarente, par exemple, la chair de cheval se 

vend -publiquement. 

^"B^rvons, en terminant cet article, que les tanneurs, 

P®'*^ qu'ils manipulaient des peaux de chevaux, les cordiers, 

V^^^ qu'ils apprêtaient et tordaient, autrefois, les cordes à 

^^^"U^ passaient, il n'y a pas très-longtemps encore, pour 

* ^'^emettre de villains mestierSy et par conséquent n'étaient 

P^ . ïUoins méprisés que les équarrisseurs. Chose singulière, 

^Utre bout du monde, au Japon, une prévention semblable, 

^^^ beaucoup plus outrée; existe contre les tanneurs. — 

*^^ tanneurs, au Japon, sont bannis de la société et mis 

- *^ la loi. Vous pouvez, pour vous distraire, tuer le plus 

^^ïxéte tanneur, personne n'y trouvera à redire, tandis que 

peine de mort est prononcée contre quiconque tue un 

^^H... Les tanneurs japonais vivent isolés dans des hameaux 

i^^Udits, réservés à eux seuls... L'entrée des lieux publics 

^ ^^ est interdite... On les sert, lorsqu'ils voyagent, à la porte 

^^ auberges, dans une écuelle à eux appartenant, qu'ils 

^^'^tent partout avec eux. Personne ne voudrait se servir 

^ïi ustensile dont un ouvrier tanneur aurait fait usagée » 

Chez les anciens Juifs, au temps de Jésus-Christ, le métier 

^ corroyeur était également méprisé. 



M; Oscar Comettant, Yariétéz japonaises. 



492 SOUVENIRS 



LES QUATRE PIEDS BLANCS. 

Nous avons coutume de dire, en parlant de quelqu'un qui 
se permet ou auquel on permet des choses que l'on ne pas- 
serait pas à tout le monde : Il a les quatre pieds blancs^ il 
peut passer partout. 

L'usage où Ton était, au moyen âge, en beaucoup de pro- 
vinces, d'affranchir de tout péage les chevaux qui avaient 
les quatre pieds blancs ne doit laisser aucun doute sur l'ori- 
gine et le sens littéral de cette locution. — Voy., concernant 
cette coutume, les Mémoires historiques sur Troyes, de Gro^ 
ley, et YHistoire des Français des divers étatSy d'Alexis 
Monteil, t. II, p. 97 et 483. 

Ce dicton s'applique aussi à une personne constamment 
heureuse en ses entreprises, et qui réussit dans des circon- 
stances où tout autre échouerait, et il n'est pas sans analogie, 
avec cette ancienne sentence que les Romains avaient héri- 
tée des Grecs : « Quem fortuna nigi^m pinxerit, hune non 
universum œvum candidum reddere poterit : Celui que la 
fortune a peint en noir ne sera jamais blanc. » 

LE PATRON JACQUET; — LA FERT ' IMBAULT. 

Dès patron Jacquet, se dit en Berry, comme en beaucoup 

d'autres provinces, pour : dès le point du jour, de très-bonne 

heure : 

11 avançoit pays, monté sur son criquet, 

Se levoit tous les jours dès le potron Jacquet. 

(Granval, Cartouche^ chant viii.) 

On a donné de cette locution proverbiale plusieurs expli- 
cations qui nous paraissent plus ingénieuses que satisfaisantes. 
Celle, entre autres, qui se trouve dans les Récréations philo- 
logiques y de M. Génin, ne nous semble guère admissible. En 



DU VIEUX TEMPS 193 



voici une nouvelle qui ne vaut peut-être pas mieux que les 
autres. 

D'abord, en Berry, nous disons patron et non potron Jac" 
quel. — Potron ainsi que pétron, comme on dit à Rennes et 
<fauas ses environs, ne sont très-probablement que des alté- 
rations de patron. 

Le patron Jacquet n'est autre que le bienheureux saint 
Jacques. — Se lever, partir dès patron Jacquet^ c'est se lever 
à Thçupe où se levait saint Jacques lui-même, qui fut, en 
son temps, un grand voyageur, et qui, pour cette raison, 
devint naturellement le patron de tous les gens qui se lèvent 
de bonne heure pour se mettre en route. Saint Jacques le 
'"^jeur passe tellement pour le voyageur par excellence, que 
Ion a mis sous sa protection les voies célestes et terrestres, 
®* qu'il a eu l'honneur de donner son nom à la voie lactée, 

• 

ainsi qu'aux principales rues par lesquelles débouchaient 

a^refois les voyageurs en arrivant dans nos vieilles villes 

du moyen âge. — Les rues Saint-Jacques, de Paris, d'Orléans 

(vis-à-vis l'ancien pont), de la Châtre (Indre) et de beau- 

^wp d'autres anciennes cités, attestent ce fait. 

D'un autre côté, la citation suivante, tirée de la Fleur des 

SointSy semble prouver que de toute ancienneté on donna à 

saint Jacques le titre de padron ou patron : « Les disciples 

de ce saint apôtre, après sa mort arrivée à Jérusalem, em- 

lïarquèrent son corps et le transportèrent en Galice, dans la 

rille d'Irisflave (Irie-Flavie), nommée depuis le Padron (el 

Padron), où il resta jusqu'à ce qu'on le transféra en l'église 

de Compostelle. » — Il résulte évidemment de ce passage 

que le padron ou patron Jacques donna d'abord son titre à 

la ville d'Irie-Flavie, en attendant qu'il donnât son nom à 

celle de Compostelle. 

Voilà pour patron ; quant à Jacquet, il est bien certaine- 
ment là pour Jacques, car, quoique nous professions pour 
tous les saints en général le plus profond respect, nous avons 
T. n. 13 



194 SOUVENIRS 



contracté depuis longtemps Tinconvenante habitude de les 
appeler par le diminutif de leurs noms. Ainsi, comme on le 
verra plus loin (voyez, table des matières, le mot : Cheva- 
liers), lorsque nous parlons de saint Georges, de saint Marc, 
de saint Philippe, de saint Eutrope, etc., nous les nom- 
mons sans façon Georget, Marqueta Phlipet^ Tropet. H est 
donc tout naturel que de Jacques nous ayons fait Jacquet. 
— D'ailleurs ces diminutifs étaient autrefois, en France, d'un 
usage général, et les poètes les employaient sans malséance, 
même en s'adressant aux plus grands personnages : 

Ce que voyant, le bon Janot mon père, 
Voulut gager à Jacquet son compère... 

(Clément Marot, Églogue au Roy,) 

Ronsard non-seulement changeait, dans ses idylles, 

Lycidas en Pierrot, et Philis en Toinon, 

mais il allait jusqu'à se permettre, dans ses Églogues, d'appeler-r 
Henri II Henriot^ Charles IX Carlin^ et Catherine de Médici^ 

Catin ! 

A Mézières-en-Brenne (Indre), et dans les environs, il exist»^ 
une variante de la locution proverbiale : Se lever dès patron- 2 
Jacquet; on y emploie celle-ci : Se lever dès la Fert 'Imbaul^^ 
et voici de quelle manière M. le comte Jaubert explique, 
dans son Glossaire, cette façon de parler : 

« Les anciens comtes d'Anjou, seigneurs de Mésières-en- 
Brenne, Tétaient en même temps de la Ferté-Imbault, ville 
de Loir-et-Cher. Quand ils allaient à cette dernière résidence 
avec toute leur maison, comme les chemins étaient fort mau- 
vais, on faisait ses préparatifs dès la veille, et l'on partait 
de très-grand matin; d'où est venu ce proverbe local : -^ 
Partir dès la Ferfimbault, c'est-à-dire dès l'heure où l'on 
a coutume de partir pour aller à la Ferté-Imbault. » 



DU VIEUX TEMPS 195 



GARGANTUA EN BERRY. 

11 y a tout lieu de penser que Rabelais, qui fut souvent 
par voies et par chemins, et qui se plaisait à visiter ses 
îttnis de jeunesse, au nombre desquels il comptait le savant 
S^tilhomme berruyer Barthélemi Salignac et le bon beuveur 
Antoine Tranchelion, abbé de Saint-Genou (Indre), fit plus 
^l'un séjour dans l'ouest de l'arrondissement de Châteauroux. 
Ce coin du Berry, assez rapproché du lieu de sa naissance 
(Chinon), et dont il nomme plusieurs châteaux, abbayes et 
«ameaux, aux chapitres xv et xlv de sa burlesque épopée, 
semble lui avoir été très-familier. — On montre encore, de 
DOS jours, dans la salle des archives de la préfecture de Flndre, 
"û vieux fauteuil sorti de la sacristie de Téglisc de'Palluau, 
et que Ton dit avoir appartenu au joyeux curé de Meudon*. 
Toutes ces circonstances nous porteraient à croire que Rabe- 
•^s a dû recueillir dans notre province une partie des aven- 
tures merveilleuses qui composent l'odyssée de son héros, 
tt^oi qu'il en soit, on s'entretenait en Berry des faits et gestes 
de Gargantua longtemps avant que son Homère eût songé 
^ les chanter. 11 est même certains de ces faits dont Rabelais 
^^ point parlé; c'est pourquoi nous allons les consigner ici. 
Dans le canton de Châtillon-sur-Indre, ou appelle dépat- 
^^^ de Gargantua des monticules considérables dont le plus 
"ïïportant est auprès de Clion et se nomme pied de Bourges'^. 
On assure que Gargantua, ayant mu pied à Bourges et l'autre 
^ cet endroit, secoua l'un de ses souliers, et en envoya la 
iépatture (masse de terre argileuse qui s'attache à la chaus- 
sure, aux paf ^65 des piétons, en temps de pluie) jusqu'auprès 



' Voy. sur ce fauteuil, la page 313 des Esquisses pittoresques de V Indre 
de M. de la Tremblais et une intéressante notice publiée dans le Moni-^ 
ttur de t Indre du 9 février 1856, par M. Alexis Doinet. 

' Voy. les mots Dépatture et Pied dans le Glossaire dU Centre^ 



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DU VIEUX TEMPS 197 



L'appétit de ce terrible enfant croissant avec l'âge, on le 

^l plus tard, sur les bords de la Creuse, avaler comme 

^e huître et sans en être incommodé, un bateau chargé de 

l^oiiies*; ce qui rappelle les pèlerins mangés en salade. — 

Au reste, la gourmandise semble avoir été le péché capital 

^6 Gargantua et de tous les siens. Son nom, dérivé de Fes- 

P^gnol garganta (gosier) ; celui de son père Grandgousier 

(gtBnd gosier), et celui de sa mère Gargamelle (voyez ce mot 

dans le Dictionnaire de Trévoux), annoncent que les instincts 

^tontons prédominaient dans cette illustre famille. 

Enfin les larges dalles des dolmens passent aussi, en cer- 

^îiies contrées du bas Berry, pour avoir servi de petits palets 

*^ lils de Gargamelle dans ses ébats enfantins. C'est ainsi 

fl^^» dans l'île d'Oléron, on parle des palets, de la cuillère 

^^ clés galoches (synonyme de dépattures) de Gargantua. 



LES CHEMINS DE SAINT-CHARTIER ; 

LES FEMMES DE LA CHATRE 

ET LA JUSTICE DE SAINTE-SÉVÈRE. 

Oïl cite souvent, en plaisantant, dans l'arrondissement de 
"* Châtre, un vieux dicton particulièrement à l'usage de la 
*^^<^lité et qui est ainsi conçu : — Défiez-vous des chemins 

* Saint-Chartier, des femmes de la Châtre et de la justice 

* Sainte^vère. 

Cet antique adage semble aujourd'hui n'avoir plus de sens. 
^ effet, Saint-Chartier, à l'heure qu'il est, posssède des 



*c*iiclinave, ont plus dune analogie avec celles de notre géant Gar- 
^*ilna. — « Yraer, disent les Eddas, était le plus ancien des géants... 
" *Ut nourri par une vache appelée Odhumla. Quatre rivières de lait 

^^Uient de ses mamelles ; ce fut la nourriture dYnier. » (M"« R. du 

^^8iît, Traduction des Eddas, p. 35, 84 à 86.) 

M. Pérémé, Compte rendu des travaux de la Société du Berry, X* an- 
w. p. î66. 



198 SOUVENIRS 



routes charmantes qui ressemblent aux allées du parc de 
Saint-Cloud ; les femmes de la Châtre sont toutes bonnes 
filles, bonnes épouses et bonnes mères : c'est exactement 
comme au cimetière du Père-la-Chaise ; enfin, la Thémis 
de Sainte-Sévère tient sa balance d'une main aussi ferme 
que juste. 

Toutefois ceux qui pensent qu'un proverbe n'a jamais, 
ou n'a pas toujours menti, se creusent la tête pour trouver 
l'explication de celui-ci. 

Des mauvais plaisants prétendent qu'à une certaine époque, 
les chemins de Saint-Chartier étaient tellement impraticables, 
qu'il fallait cinq charretiers et des chevaux à l'avenant pour 
y conduire une voiture ; qu'autrefois les femmes de la Châ- 
tre étaient toutes trompeuses, et que l'ancienne coutume 
seigneuriale de Sainte-Sévère ordonnait de pendre d'abor^ 
les prévenus et d'instruire après leur procès. 

D'autres personnes, qui nous semblent plus dans le vn^ 
et à l'avis desquelles nous nous rangeons, passent condarra 
nation quant aux chemins de Saint-Chartier, qui ne s< 
praticables que depuis une trentaine d'années; mais el 
soutiennent que la défiance recommandée a l'égard 
femmes de la Châtre ne saurait que les flatter, atter^^: 
qu'elle n'était prescrite que contre leur amabilité naturel 
qui enlevait toute liberté d'esprit et de cœur à ceux qui I^ 
approchaient. 

Pour ce qui est de la justice de Sainte-Sévère, nous per:a 
sons que le fait historique suivant donne la clef de ce(t^ 
partie du proverbe, tout en expliquant le surnom d'Anglau^ 
donné, de temps immémorial, aux citoyens de cette petite 
mais très-antique bourgade ^ 



' On prétend, dans le pays, que la Châtre n'était encore qu'un mé- 
chant hameau {spelunca latronum, dit un vieil itinéraire), alors que 
Sainte-Sévère et Saint-Chartier florissaient déjà depuis des siècles. 



DU VIEUX TEMPS 199 



Lorsque Bertrand du Guesclin, en 1372, eut pris d'assaut 
to forteresse de Sainte-Sévère, 

Car à Sainte-Sévère avoit ville et chastel, 

dit un chroniqueur de cette époque, il y trouva bon nombre 
de Français, et surtout d'habitants même de Sainte-Sévère, 
qui faisaient cause commune avec les Anglaise 

Laiens y ot^ pillars qui firent à blasmer, 
Faulx Berruiers qui voldrent le bon duc^ adosser 
Et servir les Englois pour pillier et rober, 
Et maint bani aussi pooit-on là trouver. 
Bertran les fit trestous lier et accoupler, 
Et puis si leur a dit pour eulx reconforter : 
« Par saint Yves, dit-U, qu'on doit bien aorer! 
Mais ne voidrai de pain ne de vin avaler 
Si ne vous vois trestous à un arbre encroer*. » 
(Cuvelier, Chronique de Bertrand du Guesclin.) 

Du Guesclin fit comme il disait, et rendit aux transfuges 
bonne et prompte justice en les faisant tous pendre à un 
grand chêne situé sur une éminence qui avoisine aujourd'hui 
la route de Sainte-Sévère à la Châtre. 

Dessus l'arbre ont mené les traiteurs parjurs : 
Tous y furent pendus les félons malostrus; 
Et tant y en avoit, et dessoubs et dessus, 
Que l'on ne savoit duquel y avoit le plus 
De feuilles ou de morts qui là furent pendus. 

(Cuvelier, ibid-) 

• 

Le lieu de cette terrible exécution, occupé de nos jours 
par un petit hameau, porte depuis cette époque le nom de 
Montaregrety appellation par laquelle on désignait, au moyen 
âge, les endroits où l'on dressait des gibets. 



' Voyez le très-intéressant roman historique que M. Just Veillât, de 
Ciiâteaaroux, a publié sur le siège de Sainte-Sévère. 
'Là dedans il y eut... 
*Lf due de Berry. 
•iccrocher. 



200 SOUVENIRS 



UT! 

Cette interjection signifie : hor^s d'ici! vort'enl — On l'a- 
dresse à un chien, et parfois aux personnes que Ton traite 
avec mépris. 

Quoi qu'en dise Roquefort, qui dérive ce mot de Titalien, 
il nous vient certainement des Anglais, et on le retrouve 
dans Texpression out, qui, chez eux, a le même sens que 
notre exclamation ut! — Les deux vers suivants du Roman 
du Rou, où Wace parle des cris de guerre des Anglais et 

m 

des Normands, confirment pleinement notre assertion : 

Normanz oscrient : Dex aie! 
La gent englesche : Ut! s*escrie. 

Ce mot a dû se naturaliser en Berry, ainsi qu'en d'autres 
parties de la France, lors des ravages qu'y exercèrent, à 
tant de reprises, nos vieux ennemis d'outre-Manche. 

Ce cri brutal, cet ut! sauvage, était alors une espèce de 
hourrah de bataille que poussaient leurs bandes dévastatrices 
en se ruant sur les habitants de nos campagnes. Ces mal- 
heureuses populations eurent bientôt saisi le sens de cett( 
grossière apostrophe ; la terreur la grava pour toujours dans 
leur mémoire, et depuis lors elle est restée dans le langages 
de leurs descendants. — C'est ainsi que de nos jours, ui 
illustre voyageur (M. de Chateaubriand, Itinéraire, t. I 
p. 289) iietrouvait dans la bouche de jeunes x\rabes iiotr^ 
glorieux : En avant, marclié! 

LES CHIENS ET LES PIGEONS DE M. LONGBOT; 
LES CHIENS DU ROI DAGOBERT, ETC. 

11 existe à la Châtre et dans ses environs, un proverbe 
qui revient souvent dans la conversation des indigènes; le 
voici : ^ 

Vun vaut Vautre; cc^t comme les cln'en^ de M, Longbô 



DU VIEUX TEMPS 201 



^'a.xiecdote suivante donna lieu, dit-on, à cette façon de 
parler. 

R y avait autrefois à la Forast, antique manoir dont les rui- 
nes se soient encore dans la commune delà Buxerette (Indre), 
non loin des bords de la Bouzanne, un gentilhomme campagnard 
d«i Bom de Longbost*, vieux, ruiné et grand amateur de chasse. 
Ce noble Robin des Bois, après avoir longtemps fatigué les échos 
de la contrée de ses bruyants et victorieux hallalis, n'avait 
conservé de son ancien attirail de chasse que deux vieux 
linûers qu'il menait encore au bois> de loin en loin, lorsque 
^ goutte, à laquelle ils étaient condamnés désormais tous 
les trois, leur donnait quelque répit. 

On raconte que, dans Tune de ces rares excursions, les 
deux pauvres chiens, efflanqués par de longs jeûnes et roni- 
P*is par l'âge, arrivèrent, pour leur malheur, au bord d'un 
lossé de médiocre largeur. Là, excités par la voix de leur 
^*^ître qui leur criait d'un peu loin : — Coulez^ petits! 
^^^ule^ coule y coule! provoqués, peut-être, par la chaude et 
^'"^tante senteur de quelque chevreuil aux abois — ^ar ils 
étaient aussi dé noble race, — ils prirent et reprirent vai- 
ï^enaent cent fois leur élan pour franchir le malencontreux 
^l^tacle. 

Cependant le bon gentilhomme, toujours à cheval sur les 
■*^*s de l'étiquette, se méprenait sur les nobles efforts de ses 



^a Thaumassière donne la généalogie des Longbost, dans son His- 
*^^e dfi Berry, — Cette famille, fort ancienne, était jadis des mieux 
*PPaTentées. Une Silvaine de Longbost, dont l'élégante et gracieuse 
^i^Hature se lit encore sur les registres de l'état civil de la Châtre 
J^née 1631), était tante de Marie-Casimire de la Grange, reine de 
JjJ^gne. (Voy. la généalogie des la Grange dans d'Hozier.) — Mais 
'^*J*8! les Longbost sont, aujourd'hui, bien déchus de leur antique 
*P*eQdeur; car l'un de leurs arrière-neveux était naguère simple ouvrier 
*"*^n à Corlay, commune de Montipouret, et tous les membres de 
^^te (amille ont perdu, dans leur naufrage, jusqu'à l'orthographe de 

M ^ nom, ce dont, au reste, à l'heure qu'il est, ils se soucient proba- 

»^*^nient le moins. 



202 SOUVENIRS 



vieux compagnons et s'imaginait que, par ce manège 
recul, ses chiens ne voulaient que se céder le pas. C 
pourquoi il finit par leur crier : — « Point tant de civilit 
mes amis, sautez, sautez, morbleu! l'un vaut Vautre I » 

Depuis ce temps, toutes les fois qu'il est question, enl 
gens du pays, d'individus de même acabit, il est d'usage 
dire proverbialement : — L'un vaut Vautre; c'est comme 
chiens de M. Longbôt. 

Le proverbe : Taupin vaut bien Morette, dont on se s 
à Rennes, a le même sens que le nôtre. Taupin est un n( 
de chien noir, et Morette un nom de chienne de la mê 
couleur. 

Il paraîtrait que le colombier du vieux seigneur de 
Forast était encore, s'il est possible, plus mal monté que i 
chenil, car, à Cluis et dans les environs, lorsque, au m 
de novembre, les corbeaux, revenus au pays, envahiss 
les guérets nouvellement ensemencés, on a encore l'habiti 
de dire : Les pigeons de M. Longbôt sont de retour. 

Cette plaisanterie rappelle celle des gabians dont p£ 
quelque part M. Méry : — « Les gabians, dit l'Ornitholo 
provençale, sont des espèces d'alcyons; on les nomme g 
lands. Ces oiseaux n'ont que des plumes et pas de chair, 
annoncent la tempête lorsqu'ils entrent dans le port. I 
plaisants disent que les gabians sont les pigeons du capita 
de port de Marseille * . » 

Le vieux seigneur de la Forast était tellement préocci 
lui-même de son état de gêne, qu'un jour il se figura • 
l'un de ses voisins avait dressé ses coqs à se moquer de 
détresse, et que ces volatiles chantaient, en le voyant pas- 
le dialogue suivant : 

— Pauvre noblesse! 

— Depuis quand ? 



' M. Méry, Marseille et les Marseillais. 



BU VIEUX TEMPS 203 



— Depuis Adam! 

M. de Longbôt fit, à ce propos, dit-^n, un bel et bon 
procès à son voisin. 

Un autre proverbe, connu de toute la France, et dans 
ï^uel figurent aussi des chiens, mais des chiens de plus 
^ute volée que ceux de M. de Longbôt, a pris également 
'^issance en Berry. — Voici comment M. de la Tremblais 
écoute le fait, pages 224 et 226 des Esquisses pittoresques 
*5 r Indre : 

« Sous les successeurs de Clovis, la plus grande partie de 
1^ Brenne * était du domaine royal. Le roi Dagobert y pos- 
sédait un palais, à Longoret (aujourd'hui Saint-Ciran), sur 
l^s bords de la Glaise. Le nom de ce hon roi est resté popu- 
laire dans cette contrée; on y parle toujours de ses chasses 
t^rtllantes, de ses chiens qu'il aimait tant, et Ton montre 
encore, à quelques pas de Saint-Ciran, près du pont, l'en- 
droit où la tradition rapporte que Dagobert fit noyer ses 
chiens en disant : // n'y a si bonne compagnie qui ne se 
9ut«c, paroles passées depuis en proverbe. 



LES PANIERS DU CURÉ DE LA BUXERETTlE. 

Nous disons, en parlant de quelqu'un qui ne sait plus où 
J €n est : Il a perdu le compte de ses paniers. 

Un ancien curé de la Buxerette, dont nous avons déjà parlé, 
J^^e 288, tome I®' de ce recueil, a donné lieu à ce dicton. 

Ce curé était plein de bonhomie. On assure qu'il ne recon- 
naissait le dimanche que d'après le nombre de paniers qu'il 
^J^aît l'habitude de fabriquer chaque semaine. Il en confec- 
'^ïxiiait régulièrement un dans sa journée. A mesure qu'il 

"oy., sur celle contrée du Berry, la note 1 de la page 236, tome L 



204 SOUVENIRS 



les terminait; il les suspendait à un clou, et quand il en 
comptait six, il savait que le dimanche était venu. Mais lui 
étant arrivé, contre sa coutume, d'employer deux jours de Tune 
de ses semaines à faire une séchère (espèce de cage en lattes ou 
en osier dans laquelle on met sécher les fromages), ce tra- 
vail insolite jeta le plus grand trouble dans sa manière de 
calculer le temps. Si bien que, le matin du dimanche sui- 
vant, sa gouvernante le trouvant à Touvrage, en fut fort 
scandalisée, et lui dit en se signant : 

— Mais, Monsieur le curé, c'est aujourd'hui dimanche!.,. 

— Bah! répliqua tranquillement le bon pasteur, compte 
donc les paniers. 

— Il n'y en a que quatre, c'est vrai, reprit la brave fille, _ 
mais Monsieur doit se souvenir qu'il a passé les journées du 
mercredi et du jeudi à faire une séchère. 

— Tu as, ma foi ! raison, Marguerite ! s'écria l'honnête curé, 
en rejetant loin de lui tout l'attirail de sa chère occupation,,^ 
— dis bien vite à Guersaut (c'était le nom de son sacristain 
de sonner le premier coup de la grand'messe, je serai pré 
dans un instant. 

Or, c'est depuis cette aventure que l'on a coutume de 
dire, dans plusieurs de nos cantons, en parlant de quelqu'un 
qui perd la carte, qui se blouse dans ses calculs, qui ne 
sait plus où il en est : — Il a perdu le compte de ses 
paniers, 

DE QUELQUES-UNS DE NOS NOMS PROPRES. 

Les particules à, au, à la, précèdent, en Berry, une infi- 
nité de noms propres et entrent dans leur composition. 
Exemples : — Ageorges, Amichau, Acolas, Amathieu, Ade- 
nis, Amartin, Alaurent, Alhilaire, Aufrère, Alassœur, Au- 
gendre, Aloncle, Aupetit, Augrand, Ausourd, Audoux, Au- 
sage, Augai, Augras, Aubrun, Auroux, Auvilain, Auclerc, 



DU VIEUX TEMPS 205 



Aubard (au barde), Aucante (au chanteur, au chantre), 
Aucouturicr (au tailleur), Autissier (au tisserand), Aupene- 
tier (au panetier, ou au faiseur de paniers que nous pro- 
nonçons penter^), Auboyer (au bouvier), Auroi, Aucapitaine, 
Aumerle, Augeai, Alàdenise, Alaberthe, Alaphilippe, Ala- 
michelle, Alamargot (à la Marguerite), Alapetite, etc., etc.' 
— C'est comme si Ton disait : le fils à Georges *, le fils au 
frère^ le fils du capitaine, le fils de la Denise, etc., etc., et 
ces mots à, au, à la, jouent, dans nos noms propres, le 
même rôle que le mab breton, le witz russe, le ski polo- 
nais, le son anglais, le fitz irlandais, Yoglou turc, le ben 
WfiJ^e, etc., dans les noms de personnes de ces différents 
peuples. 

Remarquons particulièrement que les noms propres Auchapi, 

Ductiapt, Lechapt, assez répandus dans quelques-uns de nos 

citons, ne signifient pas autre chose que au chef (caput), 

^ cfief, le chef. Le titre de captai, employé par nos vieux 

^chroniqueurs (le captai de Buch, par exemple), équivaut à 

notre mot chapt, et le nom propre Chaptal est une troisième 

forme de ce terme. — Qui oserait dire que le schah de Perse, 

9"* se traduit également par chef, roi, n'as pas la même ori- 

^ne que le chapt berrichon? 



DE QUELQUES-UNS DE NOS NOMS DE LIEUX. 

Plusieurs de ces noms indiquent : 1° le peu de fertilité de 
ciuélques-uns de nos cantons, dans un temps où la science 



Getle façon de parler était autrefois générale; nos paysans l'ont 

conserrée : 

La fUU à Jupiter, Ate la redoutable... 
(Joachim du Bellay.) 

K Jeanne de Bourbon, fille à feu Guy, duc de Bourbon, sceur au duc 
de Bourbon, trépassa en la ville de Bourges. » — (Chaumeau, Histoire 
du Berry,) 



206 SOUVENIRS 



agricole n'existait pas encore; 2® l'état de misère et 
souifirance auquel était réduit, sous l'ère féodale, le nk< 
heureux serf attaché à la glèbe ; 3® les contrées, assez 
où, grâce à la fécondité du sol, et peut-être aussi grâce 
l'humanité de certains seigneurs, la vie de l'homme des champ:^ 
était facile et joyeuse; 4° la place où se dressaient quelque 
uns des instruments de supplice, si nombreux au temps de.-** 
justices seigneuriales; S° des souvenirs glorieux pour le pays^ 
6" la faune prédominante de certaines localités, etc., etc. 
Nous allons classer ces différentes appellations dans l'ordres^ 
que nous venons d'énoncer. 

PAYS DE MISÈRE. 

La Besace, — localité près de Cluis, de Montipouret (Indre), 
et de Gharenton (Cher). — On sait que la besace est l'at- 
tribut du mendiant. 

Brame-Pain, — près de Jouet (Cher). — Un domaine des 
environs de Fougues (Nièvre) porte aussi ce nom. — Bramer- 
pain, c'est crier famine. 

La Coquinerie, — près de Crosses, canton de Beaugy (Cher), 
et près d'Arthon (Indre). — Coquin, ainsi que gredin (voyez 
liv. V, eh. IV, le 35' proverbe), a signifié, dans le principe, 
pauvre, mendiant ; mais comme la misère a toujours tort aux 
yeux de certaines personnes, ces deux mots ont fini par ne 
plus qualifier que des gens sans aveu. Ce changement d'accep- 
tion s'explique par la double signification qu'ont actuellement 
les termes malheureux, misérable et gueux, (Voy., plus loin, 
Trompe-Gueux,) 

Cure-Bourse, — non loin de Neuvy-Pailloux (Indre). — 
Les citations suivantes ne laissent aucun doute sur le sens 
de cette dénomination : 

« Voire se laissent cscorcher jusqués aux os, et curer 
leurs bourses jusques au fond. » {Satire Ménippée, 92.) 



DU VIEUX TEMPS 207 



« Vous curâtes si rudement nos bourses. » {Satire Ménip- 
pée, 1810 

Dine-^hien, — près de Saint-Maur (Indre). 

La Grande-Fame — (la Grande-Faim, du latin famés) ; — 
commune de Saint-Hilaire, canton de Nérondes (Cher), 

Le Maurepas — (le Mauvais repas). — On trouve. plu- 
sieurs localités de ce nom dans Tlndre : près . d'Anjoin, de 
iiniez, de Poulaines, de Sainte-Cécile, etc. 

Le Petit-Souper — (où Ton fait maigre chère), — aux 
environs de Buzançais (Indre). 

Le PainrDéniéy — terroir ingrat, commune de la Chape- 
lotte (Cher). — On trouve dans la Nièvre, près de Marzy, 
une terre de même qualité et que Ton appelle le Pain-Cher. 

L& Ckasse-Pain, — village de la commune de Mers (Indre). 

^u.isancey — ce mot est synonyme de Porte-Malheur : 

« Les astres ne nous font pas de nuisance; ils sont donc- 
ques pleiûs de bonté. » (Montaigne, liv. II, ch. xxxvn.) 

Cette appellation de mauvais augure est très-répandue dans 
le ba^ Berry. Des localités de ce nom se trouvent près de 
Châteauroux, près de Luant, près de la Champenoise, de 
Levroux, d'Ecueillé, etc. 

f^ontifaut — c'est-à-dire tout y faut, tout y manque. 
-• ûes domaines, des hameaux, voisins de Châteauroux, de 
Ltogé, de Saint- Aubin (Indre), portent ce nom : 

Mains malostrus y ont esté, 
Car c'est le chasteau Tout y faut. 

(Farce de Folle Bombance^ ancien Théâtre-Français. 
Biblioth. Elzeo.y t. II, p. 288.) 

Trompe 'GtieuXy — nom d'un hameau des environs dé 
Vierzon (Cher). Le mot gueux doit s'entendre ici dans lé 
sens de pauvre, malheureux. 

Trompe-Souris, — plusieurs moulins, situés près deGraçay, 
Saint-Ambroise et Léré, dans le Cher, et deux domaines, 
aans l'Indre : l'un à Heugnes, l'autre auprès de Jeu-Maloche, 



208 SOUVENIRS 



sont ainsi désignés. — Cette appellation qualifie des moulins 
et des terres où le blé est loin d'abonder. 

Trompe- Chien , — deux clos de vigne de la commune 
d'Argy, dans le canton de Buzançais, sont connus sous ce 
nom. 

Travaille-Chien, — hameau des environs de Selles-sur- 
Nahon (Indre). 

Travaille-Coquin, — nom de deux localités situées, Tune 
près de Saint-Maur, non loin de Châteauroux (Indre), et 
Fautre proche Vierzon (Cher). (Voy. la Coquinerie.) 

Pèle-Vilain — nom de lieu dans le Cher. — Vilain ou 
villain, du latin villa, maison des champs, domaine, mé- 
tairie, a signifié, dans le principe, villageois, paysan, roturier; 
puis il a eu le sort et la signification de coquin, de gueux 
et de gredin. — Pèle, dans cette dénomination et dans les 
deux suivantes, ne veut pas dire autre chose que tond : 

Pauvres moutons, toujours on vous tondra, 

Pèle-Busan, — près de Ciron (Indre). — Busan est là 
pour buse, nigaud. 

Pèle-Grue, — non loin d'Ambrault (Indre). — Grue, ainsi 
que buse, signifie dans quelques-unes de nos contrées, sot, 
niais. 

La Tristerie — (la Tristesse), — hameau situé près de Déols 
(Indre), et non loin de La Joie, dont nous parlerons plus 
loin. 

PAYS DE COCAGNE. 

La Bâfrerie, — domaine près de Lourouer-Saint-Laurent 
(Indre). 

La Pitancerie, — on trouve deux localités de ce nom dans 
rindre : Tune près de Heugnes, Fautre près de Cloué. — 
La Pitancerie indique un lieu où l'on fait grande et bonne 
chère. 



DU VIEUX TEMPS 209 



La Déjeuneriej — non loin d'Issoudun (Indre). 
l/i Galetteriej — près de Mézières (Indre). 
Tarte-y-fume. — Ce nom, tout à fait attrayant, est celui 
^'un hameau près de Marçais (Cher). Un autre Tarte-y-fume 
^ trouve près de Montbazon, dans Indre-et-Loire; enfin, il 
®n existe un troisième entre le département de la Charente- 
Inftrieure et celui des Deux-Sèvres. 

^ Chopinerie, — domaine situé près de Lourouer-Saint- 
I^urent (Indre), et non loin de la Bâfrerie. 

La Becavinière, — commune de Paunay (Indre). — On 
<ionne souvent, en Berry, le sobriquet de Bec à vin à un 
ivrogne. 

^ BeC'de-vin. — Deux villages de ce nom existent dans 
la ^mmune de Sarzay (Indre). 

^ AmouretSj — village de la commune de Montlevic 
(lûdre). 

La Câlinerie, — près de Condé (Indre). — Ce nom in- 
dique un endroit où Ton a Thabitude de s'abandonner à un 
àonx far niente. 

Ld Migncmerie. — On trouve plusieurs localités de ce nom 
dans rindre : près de Buzançais, de Martizay, de Saint-Pierre- 
de-Lamps, de la Pérouille, etc. — Cette dénomination désigne 
àe& lieux dont les habitants sont d'une extrême affabilité. 

Sans-Souci y — hameau des environs du Blanc (Indre). — 
Un bois peu éloigné de Saint-Germain-sur-Aubois (Cher) porte 
aussi ce nom. 

La Joie. — Deux localités de ce nom sont connues dans 
rindre : la première est située au nord de ce département, 
près de Bagneux; la seconde se trouve aux environs de 
Déols. Dans cette commune de Déols, la Tristerie (la tristesse) 
et la Joie sont bien près Tune de l'autre; c'est comme dans 
la vie! 

Dés appellations analogues à celles que nous venons de 
citer se rencontrent sur la limite commune des départements 

T. II. 14 



âlO SOUVENIRS 



de la Charente-Inférieure et des Deux-Sèvres. — « Tâchez, 
dit un voyageur qui a parcouru pédestrement cette contrée, 
tâchez de vous faire aux noms baroques de ce pays-ci; il 
ne tiendrait qu'à moi de vous faire passer par Tout-^-Faut 
et Sèche-Bec, ce qui vous arrangerait peu. La Fricaudière 

et Tarter^'Fume pourraient vous accommoder davantage 

Que serait-ce si je vous menais dîner à Engoule-Vent ou à 
YAne^Cuit, et coucher k. Baille-Malaise? Yous fuiriez épou- 
vanté; mais, d'un côté, vous auriez le Guet-à-Pens de la 
Brelandière^ Cûre-Gousset et Gâte-Bourse ; de l'autre, le Fanr 
getix, le Chemin de la Crotte et Puy-Merdier. » 

Sur les lieux que nous allons mentionner s'élevaient, au 
bon vieux tempSj les instruments de supplice de quelques- 
uns de nos anciens seigneurs hauts justiciers. Ces sinistres 
monuments, fort multipliés dans les campagnes du bas Berry, 
surtout vers le sud-ouest, où les seigneuries avaient généra- 
lement peu d'étendue, se dressaient partout sur des émi- 
nences. Ces objets d'épouvante, toujours en permanence, ces 
grappes de suppliciés, suspendues aux bras des gibets, de- 
vaient terriblement assombrir l'aspect aujourd'hui si calme 
et si riant de nos gracieux paysages. 

La Justice, — nom d'un village situé près de la Châtre 
(Indre), sur une élévation qui domine le cours de la Couarde, 
et où se dressaient jadis les fourches patibulaires de la jus- 
tice seigneuriale de Sarzay. Ce nom, fort répandu comme 
nom de ferme, de terre, de bois, etc., a partout la même ori- 
gine. La Justice, les Justices, sont des noms de localités que 
l'on trouve près de Bourges, de Saint-Amand, d'Henriche- 
mont (Cher), et près du Blanc, du Magny, de Montgivray, de 
Notre-Dame-de-Pouligny, etc., etc., dans le département de 
l'Indre. 

Le Pilori y — près du Blanc, de Vendœuvres et de Martizay 
(Indre), a la même signification que le mot qui précède. 



DU VIEUX TEMPS 211 



-f^o^wirches, — nom de deux villages, l'un sur la commune 
de Bllers, Tautre sur celle de Saint-Chartier (Indre). — Ces 
mot^s indiquent l'endroit où s'élevaient d'anciennes fourches 
p^t,il>iilaires. 

J^^€>ntaregret ou Monte-à-Regret, — village placé sur un 
lï^ox^ticule qui avoisine la route de Sainte-Sévère à la Châtre. 

Nous avons dit plus haut (p. 199, t. II), que là se trouvait 

1^ Srand chêne aux branches duquel du Guesclin fit pendre 
c^'^x des habitants de Sainte-Sévère qui, lors du siège de cette 
vi^lVe, faisaient cause commune avec les Anglais. — Le Grand- 
^^'9%geuœj village que l'on rencontre non loin de Montare- 
Q^^^ty doit peut-être aussi son nom à cette terrible exécution. 
JHonte-^Peine, — près de Heugnes (Indre), a la même 
^^■•îgine et la même signification que Monte-à- Regret. 

JUontifaut, — nom de lieu assez commun. On le trouve 
'^Oïi loin de Bourges, près de Cours-les-Barres (Cher), aux 
^'^ Agirons de Murlin, dans la Nièvre, etc., etc. — Montifaut 
s^Srnîlie monte, il le faut, et est synonyme de Montera-Regret 
^*' de Uonte-à'Peine. 

J^s Maticourants, — hameau situé entre Saint-Denis-de- 
^^-^'Jlxet et Crozon (Indre), et ainsi nommé parce qu'il occupe 
*^ place d'une ancienne potence près de laquelle les malheu- 
que l'on y conduisait ne se rendaient pas en courant. 



Maintenant, si le lecteur veut bien nous suivre, nous pou- 

^'Ous lui faire faire un voyage en Egypte, sans sortir du dé" 

P^ï^tement de l'Indre-, il ne s'agit, pour cela, que de nous 

^*ii<lre ensemble aux environs de Chûtoauroux et d'Issoudun, 

^^ Tious trouverons : 

^^ Grand-Caire, — domaine créé près de Saint-Valentin 

(ladre)^ par le père du général Bertrand, en mémoire de la 

P^'^t. glorieuse que son lils avait prise à la campagne d'Egypte. 

-t^ iV^i7, — autre domaine situé dans la même commune, 

^^ tkmdé à propos des mêmes circonstances. 



2iS SOUVENIRS 

Les Pyramiâes, — troisième domaine, d'origine pareille, 
et qui fait partie de la terre des Lagnis, près Châteauroux. 

Le Bois lien Mameloucks. — situé dans les mêmes contrées, 
doit son nom â des motife BemDlables. 

C'est ainsi qu'aux alentours du boai^ de Saint-Verain, en 
Nivernais, on se voirait en pleine terre sainte ; plusieurs . 
localités de ce canton portent les nonu de Jènuaiem, JVaso- 
reth, Betkphagé, Jéricho, etc. — C'est' indnbitaUement 1& mi 
souvenir des croisades. 

Les noms suivants ont trait à llùstoire natur^e du 
Berry ; ils indiquent les lieux de notre sol qu'habitent de 
]Véférence certains quadrupèdes, câlains oiseaux, certains 
insecle^ etc. 

Chante-Loup, — près de Villiers (Indre). 

Jappe-Loup, — près de Toumon (Indre). 

Ckante-Loube, — près de SaintrGilles et près ds Mers 
(Indre). — Nous disons Ici^e pour louve. 

Ckante-Benard, — près de Lury (Cher). 

Jappe-Benard, — près de Clion, près de Linge et près de 
SainIrLactencin (Indre). 

CkanierCIair, — c'est-à-dire Chanle-Coq. — Près de Chalais 
(Indre). — Chante-Clair est le nom du coq dans plusieurs 
de nos vieux auteurs. 

Ckante-fOche, — ou Ckante-l'Oîe, près SaintrGenou (Indre). 
— Nous disons oche pour oie; les Espagnols disent oca, les 
Italiens occa. 

Chante-Grue, — près de Levroux (Indre). 

Ckante-Ouant, — près de Lignac (Indre). — Ckanie- 
Ouant ne signifie pas autre chose que Ckante-Ckat-huant. 

Chante-Merle, — près de Valençay, près de Buzançais 
(Indre), et ailleurs encore. 

La Rossitjnolerie, — près de Saint-Florentin, près d'Ar- 
pheuilles, etc. (Indre), 



DU VIEUX TEMPS 213 



ChGKr^^^m^^e-Raine^ — c'est-à-dire Chante-Grenouille (du latin 
raf^ ^ "^^atna, en vieux français) ; — localités près de Chaillac, 
^^ <X>i:K:M.gs (Indre), et ailleurs. 

Ch^ae^'^'^.^e-Greletj — près de Mareuilles (Indre). — Grelet se 
dît, cslx^z nous, pour grillon. 

to G^^^eletierie^ — près de Saint-Maur (Indre). 
Clt.o^:ris à part, et pour la bonne bouche, le joli nom de 
Chan-i^—^Mce/fe, — ce qui revient à Chante-Fillette; — loca- 
lité si-tvtée près de Levroux (Indre). 



terminerons cette revue géographique par une liste 
de Q^orcàs de lieux, plus bizarres les uns que les autres, et 
qu'il xious est impossible de classer. 
^'-^^*e-Fer^ — près d'Obterre (Indre). 
^^'^^€zngle-Chèvre, — près de Briantes (Indre). 
E^^^'^iie-Pigeon, — domaine près d'Issoudun; un autre 
près do Condé (Indre). 

'^Loup, — près de Neuvy-Saint-Sépulcre (Indre). 
*^Vieille, — environs de Bourges. 
*relanderie, — commune d'Herry (Cher). 
*^rpaillavderiey — près d'Issoudun. 
)oteriey — près de Mers (Indre). 
-f^Mcellerie, — près Lourouer-Saint-Laurent (Indre). 
^tDleil, — près de la Châtre-rAnglin (Indre), 
rwne, — près de Pouligny-Notre-Dame (Indre). 
'elle-Éloile^ — près de Valençay, d'Écueillé, de Pou- 
laines (Indre), et de Saint-Germain-sur-Aubois (Cher). 
^dnt-durJoury — près de Montchevrier (Indre). 
Quatre-VentSj — près de Cluis (Indre) . 
^^* Çuatre-Œuf's, — près de Lazenay (Cher). 
^^^aie^outeau, — près de Palluau, de Rouvres, de Saint- 
CN^^n et de Saint-Phallier (hidre). 

*^ Savate, — près de Buzençais et près de Pelle voisin (Indre). 
^ Chaperon-Rouge, — près de Graçay (Indre). 



Le- Charhon^Blanc, — près de Vendœiivres et prf?s de la 
Qi&tce (Indre). 

CHABIN; — CÂSIM&T. 

Nous nommCHis chdÀns vota eq)èce .de mâatraw dont la 
laine est frisée. Nous donnons aussi os nom & une eertaine 
laine longue et ^rosùère, et nous ^tisons : du cftoMij de la 
laine chabine. 

« Les moutons du Bourbonnois sont communément 
appelés chabins pour ce' qu'ik portent laine grosse et longue 
comme poil de chèvre, u (Chaumeau, Histoire du Berrg.) 

AutTefois, ehabin était encore le nom d'une eoete de 
fourrure, et les anciens édievins {scabini, en basse latinité; 
scabinats, acabignatt, cabigtiats, à la (Mtre, au moyen ^e), 
qui portaient des robes fourrées, tiraient certainement leur 
nom de cet ornement. — Le vieux pont des Cabignatê, A 
la Ch&tre, n'avait été ainsi appelé que parce que l'on devait 
sa construction aux soins des cabignats ou scabini de cette 
ville. 

Nous n'ignorons pas que M. Guizot, dans ses Essais sur 
l'histoire de France, fait venir le mot scabinus de l'allemand 
schœffen, qui signifie juge. S'il en était ainsi, les scabini, au 
lieu d'emprunter leur nom à la peau de "mouton appelée 
ehabin, lui auraient au contraire cédé le leur, à l'exemple 
des princes palatins, qui donnèrent leur nom à la fourrure 
qui est un de leurs insignes (la palatine); mais, comme en 
définitive les mots allemands sckafe, sckœfchen se traduisent 
en français par mouton, et comme les moutons, par tout pays, 
ont précédé les échevins et les juges, il y a tout lieu de 
croire que ce sont les scabini, cabignats ou échevins qui 
doivent leur nom à la fourrure dont nous avons parlé. — 
11 est à remarquer que la plus moderne de ces appellations 
{échevin), surtout si l'on retranche l'e préfix, est celle qui 



DU VIEUX TEMPS 2!l5 



se rapproche le plus des radicaux teutoniques schœffen, 
schœfchen. 

Le mot français chabraque^ contrefaçon de Fallemand 
schabracke, par lequel on désigne, dans les deux langues, 
une peau de mouton garnie de son poil, que Ton met sur 
un cheval, a encore la plus grande analogie avec notre terme 
chabin, 

Chabin est aussi un surnom dont nous nous servons fré- 
quemment pour désigner une personne qui a les cheveux 
crépus ou frisés comme de la laine, et le nom propre Cha- 
benaty si répandu dans nos pays, surtout aux environs de 
la Châtre, a sans doute la même signification, à moins, ce 
qui paraît aussi probable, qu'il n'ait été, dans le principe, 
l'équivalent de scabinat ou échevin, 

A propos des cabignats de la Châtre, nous remarquerons 
que les noms des officiers municipaux étaient autrefois très- 
variés en Berry. — Beaulieu et Santranges avaient* des 
DécemvirSy en 1178 ; — Châteaumeillant, des Prud'hommes, 
en 1220, ainsi que Graçay, en 1246; — La Peyrouse, des 
Cossorts et Pejoros (Consorts et Pairs), en 1275; — Vesdun 
avait pour magistrats municipaux li Communs de la ville, 
en 1275; — Châteauneuf et Saint-Palais avaient des Jurés 
de la vilky en 1258 et 1279; — il y avait des Élus aux 
Aix-dam-Gilon, en 1301 ; — Boussac, qui faisait ancienne- 
ment partie du Berry, avait des Consults,en 1427; — Issou- 
dun et Mehun avaient, sous Charles Vil, des Gouverneurs. 
« Biais, dit M. Raynal, qui nous fournit ces renseignements, 
le titre le plus Commun est celui â! Hommes probes ou Prud'- 
hommes. — Le nombre de ces mandataires, choisis par les 
bourgeois, souffre également beaucoup de variété : presque 
partout il y en a quatre, comme à Bourges ; cependant on 
en compte trois seulement à Châteaumeillant, en 1220 ; six 
aux Aix, en 1301; sept à Bengy, en 1257; dix à Beaulieu 
et à Santranges, en 1178; douze à Graçay, en 1246. » (Raynal, 



aie souïENins 



Hisloii-e du Berry, t. Il, p. 196 et suiv.) — * Quant au costume 
des échevins, il n'était pas partout le même. Généralement, 
il était moitié uoir, moitié vert, en deçà de la Loii-e; moitié 
noir, moitié rouge, en delà.« (A. Monteil.) — Ltis robes de 
soie des deux éch,eoiiis-gouvsme\irs de la ville de la ChStre 
élaient, en 1640 et beaucoup plus tard, mi-parties de vert 
et de rouge, comme à Bombes. — AjoubKu, Jk ceto occask», - 
que les annes de la Châtre, par alliuion à toa iuhii latin 
CastrvM, étaient de ainople à txms tentes d'a^nt, surmon- 
tées cliBcune d'une fleur de lis d'or, avec cette devise : Ubiqw 
recta*. 

SORHETTES. 

Le mot sornette , eu Berry, »gnifie surnom , aidwiquet. ~r 
En catalan, «umom se dit sobrenom; en p(»rtt^is, <o6renome, 
et notre expression sornette est assurément une contractJ<H) 
de ces deux mois. 

a Les paysans sont grands donneurs de sornettes et sobrï- 
quets. » — (George Sand, la Petite Fadette.) 

« 11 s'appelle un tel, mais sa sornette est Gueule fi-aiche. » 
— (M. le comte Jaubert, Glossaire du Centre.) 

L'usage de donner des surnoms aux populations des villes 
était général dans le vieux temps; c'est ainsi que l'on disait 
autrefois : — les Buveurs d'Àuxerre, les Mangeurs de Poitiers, 
les Musards de Verdun, les Bagards d'Angers, les Crottés, 
tes Badauds de Paris, etc., etc. — Les nations elles-mêmes 
avaient leurs sornettes, et parfois de fort vilaines. Catherinot, 
dans son Prest gratuit, mentionne les Larrons de Bavière, 
les Hérétiques de Bohême, les Parjures de Westphalie, les 
Courtisanes de Souabe^, etc., etc. 

' Archives de l'hôtel de vitte de la Châtre, reg. XXI, «■ de la page 3. 
'Vof. la page 114, tome II. 



DU VIEUX TEMPS 217 



Dans nos provinces, grâce aux rivalités de clochers, ces 
sortes de qualifications étaient d'autant plus acerbes qu'on 
se les donnait de voisins à voisins. Voici un proverbe breton 
qui le prouve de reste: 

Voleur comme un Léonard, 
Traître comme un Trégorrois, 
Sot comme un Vannetais, 
Brutal comme un Cornouaillais ^ 

Nous allons réunir ici les différentes sornettes par lesquelles 
on désignait autrefois les habitants de plusieurs villes, bourgs 
et bourgades du Berry. — On disait : 

Les Grecs et aussi les Gavauds de Neuvy-Saint-Sépulcre, 
— Grec signifie, chez nous, désagréable , revêche , difficile à 
vi\Te ; il signifie aussi avare, comme en Normandie et dans 
le Bocage, ce qui rappelle le Timeo Danaos,... etc. — Gavaud 
se dit d'une personne qui a les jambes arquées et qui marche 
mal*. 

Les Cinauds de Cluis-Dessus ; — du latin cmœdus, peut- 
être. 

Les Samaritains de Cluis-Dessous. — Samaritain est une 
grave injure dans les livres saints. Les Juifs, exaspérés par 
la colère , disaient à Jésus-Christ : — « Tu es possédé du 
démon, tu es un Samaritain^. » — L'Ecclésiastique (i, 27 
et 28) déclare que les Samaritains lui sont en horreur. — On 
sait que Salmanasar, après avoir transporté les dix tribus 
d'Israël en Assyrie, fit venir de ce dernier pays diverses na- 
tions dont il repeupla les environs de Samarie. Cette colonie 
forma bientôt un nouveau peuple qui prit le nom de Sama- 
ritains, et que son origine étrangère, non moins que ses 
croyances religieusçs, qui étaient un mélange bizarre de 



« Emile Souvestre, le Foyer breton. 

- Voy. les mots Grec et Gavaud dans le Glossaire du Centre. 

3 Saipl Jean, viii, 48, 



S18 S0UVEI9IRS 



mosaïsme et de superstitions païennes , rendit odieux à ses 
voisins. 

Les Râlets de Saint-Char tier. — Les ràlets sont une espèce 
de batraciens très-répandus dans les campagnes. Ils hantent 
par milliers les fossés et les mares, et, par les belles soirées 
de la fin de mars, leurs voix annoncent la venue du printemps 
[voy. à la table des matières le mot: Marais (le)]. — La posi- 
tion marécageuse de Saint-Chartier a donné lieu à ce dicton. 

Les Busauds de Saint-Août. — Équivalent des Badauds 
de Paris. 

Les Anglais de Sainte-Sévère. — Nous avons donné plus 
haut, p. 198, t. II. Texplication de cette sornette. 

Les Meneux de loups de Gournay. — Voyez plus haut, 
p. 138, t. II, ce que Ton dit des Meneux de loups. 

Les Faux témoins de Montipouret. 

Les Glorieux de Tranzault. — On disait aussi les Glo- 
rieux d'issoudun, et M. Pérémé, p. 162 de ses intéressantes 
Recherches historiques sur Issoudun, après avoir parlé du 
séjour que firent dans cette ville les cours élégantes et 
lettrées des deux reines Marguerite, sœurs de François P^ 
et de Henri II, explique ce surnom de la manière sui- 
vante : — (( L'influence de ces deux princesses ne contribua 
sans doute pas peu à naturaliser, dans la société dlssou- 
dun, les manières recherchées et l'esprit distingué... Issou- 
dun était la ville du beau langage; elle partageait avec 
Blois, où résidait la cour, le renom du pays où se pai'lait 
le français le plus pur. Peut-être cette renommée donnâ- 
t-elle à nos compatriotes un peu de suftisance et de vanité, 
en même temps qu'elle excita la jalousie des villes voisines, 
car on les surnomma malicieusement les Glorieux d'Lssou- 
dun. h 

Les Colidons d'Issoudun, — « Est un autre sobriquet par 
le(|uel les vignerons d'issoudun désignent les bourgeois, les 
citadins, les gens portant frac. Cette dénomination n'est pas 



DU VIEUX TEMPS 219 



nouvelle, car une ancienne chanson populaire conunençait 
ainsi : 

Colidon paré, 
L'épée au côté, 
La barbe au menton, 
Saute, Bourguignon*! » 

A Bourges, on donne le nom de colidon à Fouvrier de 
ville par opposition au vigneron, qui porte celui de Yapi. — 
(Voy. ce dernier mot dans le Glossaire du Centre,) 

Les Turquins de Déols, près de Châteauroux. — « La 
rivalité qui existait entre ces deux localités a souvent éclaté 
en rixes. Il n'y a pas encore longtemps, nous assure-t-on, 
que de petites batailles rangées se sont données entre les 
enËuits de Déols et ceux de Châteauroux, à propos de cette 
épithète de Turquin'^. » — Cette appellation date peut-être du 
temps des croisades. — Des combats semblables avaient encore 
lieu, il y a peu d'années, entre les petits garçons et même 
les petites filles de Domrémy et de Maxey-sur-Meuse. « Après 
l'heure du travail, dit M. Villiaumé {Histoire de Jeanne Darc), 
les enfents de chaque village accouraient dans la plaine et 
se battaient à coups de flèches, de bâtons, de pierres et de 
vieilles épées. » — Ces batailles avaient une origine politique 
et duraient depuis Charles VU , alors que Domrémy tenait 
pour les Armagnacs et Maxey-sur-Meuse pour le duc de 
Bourgogne. 

Le» Faucheux de Chaillac. — Chaillac est le nom d'une 
commune de l'arrondissement du Blanc. Dans quelques-uns 
de nos cantons, on a l'habitude de dire, lorsque le ciel est 
serein et sans nuage : — On fauche à Chaillac, le temps 
est tout d'une pièce; ou, tout simplement : — C'est un 
temps de Chaillac. — Ce dicton semblerait annoncer que 



* M. Armand Pérémé, Recherches sur la ville d'Issoudun^ p. 239. 
^ M. le. comte Jauberl, Glossaire du Centre, au mol Turquins. 



220 SOUVENIRS 



les habitants de ce pays sont des gens fort avisés qui n'en- 
treprennent rien à la légère. 

Les Essorillés de Mouhsrs. — Ce sobriquet faisait-il allu- 
sion à Tabsence de l'extrémité inférieure de l'oreille dont 
pouvaient être privés, comme lépreux ou cagotSj quelques 
anciens habitants de Mouhers, ou bien rappelait-il certain 
méfait pour lequel ils avaient pu être condamnés à avoir 
les oreilles coupées? Nous n'en savons rien. — Quoi qu'il 
en soit, nous ferons remarquer qu'autrefois, dans plusieurs 
contrées de la France, l'absence naturelle du lobe de l'oreille 
chez certains individus les faisait passer, aux yeux du vul- 
gaire, pour lépreux ou cagats^j et nous ajouterons qu'il 
pouvait très-bien y avoir des lépreux à Mouhers, puisque, 
non loin de là, et tout près de Cluis, se trouve le village des 
Cacots, que les traditions du pays autorisent d'autant plus à 
regarder comme ayant servi de retraite à des lépreux , que 
le père Grégoire de Rostrenen, dans son Dictionnaire celtiquej 
dit qu'en cette langue le mot caccod signifie lépreux. 

Quant à la coutume d*essoriller certains criminels, elle 
était, comme on sait, fort commune au moyen âge. Le bour- 
reau coupait alors une oreille à celui qui était convaincu 
d'avoir volé un soc de charrue, et nous remarquerons, en 
passant, que cette barbare pénalité, qui fut édictée dans les 
Établis sements de saint Louis (liv. P'', ch. xxix), a laissé dans 
l'esprit de nos paysans une telle impression, que beaucoup 
d'entre eux sont encore aujourd'hui persuadés que nul n'ose- 
rait s'approprier un soc délaissé dans un champ. Au reste, 
les vieilles lois anglaises, récemment réformées (1861) par- 
sir Robert Peel, n'étaient pas moins cruelles, car elles pro- 
diguaient la peine de mort pour tous les vols agricoles, tels 
que celui d'une^ charrue, d'une herse, etc. — D'après ces 
mêmes lois, encore au xvn^ siècle, le simple délit de men- 



' M. Francisquo Michel, Histoire des races maudites et méprisées. 



DU VIEUX TEMPS 221 



dicité entraînait non-seulement la perte des oreilles, mais la 
marque au front, et souvent la mort. — Ajoutons, à propos 
de ces barbares pénalités, qu'aujourd'hui même, toujours en 
Angleterre, lorsqu'on achète une ou plusieurs bouteilles de 
bière, le marchand vous livre le liquide dans des pots d'étain 
qui portent le chiffre de la reine, et que l'on confie sans 
difficulté au premier venu. Ces vases sont souvent rapportés 
pendant la nuit; aussi en voit-on, le matin, d'énormes mon- 
ceaux dans la rue, à la porte des tavernes. Personne ne s'a- 
viserait d'en détourner un seul, car tout le monde sait qu'un 
vol pareil est puni des travaux forcés à perpétuité. 

En France, le bourreau coupait les deux oreilles au sorcier 

qui avait assisté au sabbat, et les clouait au gibet; il en 

Ëûsait autant au filou déjà repris de justice. — Dojac, qui 

avait été ministre de Louis XI, fut essorillé sous Charles VIII *. 

— A Paris, ces sortes d'exécutions avaient lieu sur une petite 

place qui existait encore au commencement du dix-huitième 

siècle, entre la Grève et Saint-Jacques la Boucherie, et que 

l'on nommait, pour cette raison, le carrefour Guigne-Oreille ^ 

appellation qui, plus tard, se prononça Guigne-Ori. 

Mais voici qui nous touche de plus près. En des temps 
beaucoup moins éloignés de nous, on lit ce qui suit dans le 
recueil des Privilèges des bourgeois et . habitans de la ville 
et septaine de Bourges y imprimé en 1643 : — « Quiconque 
chassera par vignes, à pied, ou à cheval, les fruits étant en 
icelles, il payera cinq sols au roy, ou perdra une oreille, et 
payera les dommages des parties. — Item, quiconque sera 
trouvé en vignes ou en vergers, en prés, en bleds ou en osches 
ou oulches*, parmi ce que le fi*uit y soit, et soit trouvé cueil- 



«M. Francisque Michel; — Alexis Monteil, Histoire des Français des 
divers états, 

*« Il avait derrière sa grange un beau verger, que nous appelons 
chez nous une ouche... » — (Georges Sand, la Petite Fadette.) — De 
ce mot s'est formé le nom propre Delouche. 



222 SOUVENIRS 



lant ou avoir cueilli ledit fruit, il payera cinq sols ou pi 
r oreille, et payera.... etc. » L'origine de cette cruelle légîsK. 
tion remonte aune charte que Louis YII octroya aux habita.»- 
de Bourges en H75*. 

Les Sorciers d'Herry (canton de Sancergues). 

Les Anetons d'Asnières (près de Bourges). — Selon. 
Glossaire du Centre, ce sobriquet est . dérivé, soit du 
même de ce village, soit, par dérision, de hanneton, Da — ^ 
tous les cas, nous croyons que cette appellation injuriea 
a dû prendre naissance au temps de nos guerres de religioi 
C'est ainsi que dans ce même village, dont la population 
presque toute protestante ; c'est ainsi qu'à la Charité et ^ 
Sancerre, deux villes qui eurent tant à souffrir de ces triste^^ 
dissensions, on appelle, encore de nos jours, un âne un mt-^^ 
nistre : — « Dans l'enquête sur le chemin de fer de Cler- ^ 
mont, un cantonnier, chargé de constater la circulation jour- 
nalière sur une route, écrivait dans son rapport : — « Le... 
(quantième), huit chevaux, six bœufs, dix vaches, trois mi- 
nistres,.. 2. » — Voyez, dans le Glossaire du Centre, aux mots 
Désargenté et Roumain, deux autres dictons qui concernent 
également le village d'Asnières et qui datent de la même 
époque. 

Les Calotins de Saint-Bouise (près de Sancerre). — Autre 
qualilication outrageante qui remonte aussi à ce temps-là. 

Il n'y a pas que les haines religieuses qui aient laissé leur 
empreinte dans notre langage, on y trouve en outre de noni- 
breuses traces de nos troubles politiques. Les sobriquets de 
Brabançon, Cottereau, Mef'cadier, etc., devenus, parmi nous, 
des noms de famille, rappellent les brigandages qui déso- 
lèrent la France, et particulièrement le Berry, pendant les 
douzième et treizième siècles. Voici ce que dit à ce propos 



'M. Raynal, Histoire du Berry, t. II, p. 172 et suiv. 

^ M. le comte Jaubert, Glossaire du Centre, au mot Ministre. 



DU VIEUX TEMPS 223 



M. Pérémé, dans ses Recherches sur la ville Slssovdun : — 
«Les noms de Mercadier^ CottereaUy Brabançon ou Brabanson^ 
sont encore portés par plusieurs familles du Berry. C'étaient, 
dsoas rorigine, des sobriquets qui sont devenus des noms 
propres. Mercadier est le nom défiguré du chef des Cotte- 
leaux, que les chroniqueurs français appellent tantôt Mer- 
Aadier^ tantôt Marchader... Le nom de Marchader subsiste 
lussi dans la mémoire du peuple sous la forme corrompue 
de Marche-à-terre; » — Nos paysans donnent encore volon- 
tiers ce dernier nom à leurs chiens (voy. la note 1 de la 
p. 278, t. n). Cette manie de défigurer les noms de certains 
grands personnages est tout à fait dans le goût du peuple. 
^ioa& pourrions en donner de nombreuses preuves; nous 
nous contenterons de rappeler que, de nos jours, on avait 
transformé le nom d'Abd-el-Rader en celui d'Embarcadère. 
L'habitude où sont les populations du canton de la Guerche 
(Ch^) de désigner par le nom de Mazarin un cheval de bât, 
fidt souvenir des temps orageux de la Fronde. Le passage 
«livant de Montesquieu ne permet pas de s'y méprendre : 
— « f espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple fera 
do nom de Mazarin un mot générique pour exprimer toutes 
fe bêtes de somme et celles qui servent à tirer. » {Lettres 
persanes, lettre CXI.) 

^ Gikéipins d'Aubigny-les^Cardeux (en Sologne). — Le 
^"'Mffuépin a plusieurs significations en Berry. On désigne 
™» un homme dont l'esprit est mordant et caustique. On 
•^ sert aussi de ce terme pour qualifier celui qui met plus 
Çïe de la finesse dans ses marchés *. Enfin, des Periers, 

TO« la citation suivante, semble lui donner un troisième 
•eus: 

* Due dame d'Orléans, gentille et honnête, encore qu'elle 
ftt guépine et femme d'un marchand de drap... » (Conte 218.) 

■* *© Comte Jaubert, Glossaire du Centre^ au mot Guépin. 



224. SOUVENIRS 




Voyez, pour Fétymologie du mot Guépin, le Dictiontuiire^^ 
de Trévoux. ' ^ 

MICHE ET TOURTE; - LE CHANTEAU, ETC. 

On appelle miche le pain blanc fait de belle farine de fi 
ment, et tourte le pain bis ou noir, fabriqué avec de gri 
sières farines de seigle, d'orge, etc. — Le riche mange 
la miche, le pauvre se nourrit de tourte. 

Ces deux mots, pris dans l'acception que nous leur do 
nons en Berry, étaient autrefois français : 

« Mais ainsi leur ayde Dieu, s'ilz (les moines) paye 
pour nous, et non par paour de perdre leurs miches 
soupes grasses. » (Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. xl.) 

« Adjoutans que point à eulx n'appartenoit manger 
ces belles fouaces; mais qu'ilz se debvoyent contenter de 
pain balle et de tourte. » (Rabelais, Gargantua, liv. I, ch. xx^^^^.) 

(( Dans la basse latinité, le mot torta signifiait une gros^se 
miche ronde de pain ordinaire. Postérieurement, on nomiii^»t 
ainsi le pain noir à l'usage des paysans : — c Le pain q^ ""«J 
nous sert de nourriture est de la tourte, disent les statuK- ^ 
des chartreux, car jamais nous ne mangeons de pain blanc. 
(Le Grand d'Aussy, Vie privée des Français.) 

Nous (lisons proverbialement, en parlant de quelqu'u. ^ 
qui, dans sa jeunesse, s'est ruiné en faisant bonne chère, e^ 
qui, sur ses vieux jours, vit misérablement: — « Il a fai î 
comme les nièces de prêtres, il a mangé sa miche la pre^ 
mière » ; parce (^ue les nièces de prêtres, (jui souvent sor- 
tent de familles de pauvres diables, retournent, après i; 
mort de leurs oncleS; au pain noir ou a la tourte. 

La tourte est un pain de forte dimension, de forme rond 
et pesant communément de trente à quarante livres. 

Avant d'entamer une tourte, on fait toujours un gra 
signe de croix avec le couteau sur le dessus du pain. 



DU VIEUX TEMPS 225 



Lorsqu'une jeune fille coupe sans peine Tentamure, qui 
^t environ du quart de la tourte, nous disons qu'elle est 
l>onne à marier. 

On dit aussi, en plaisantant, d'un petit homme qui a une 
grande et forte femme : « Il ressemblé à un rat sur une 
tourte. » 

Dans les gros domaines du Boischau *, lorsque l'on a sorti 
les tourtes du four, on les place, de champ, quelquefois au 
i^onabre de quinze ou vingt, sur une espèce de râtelier hori- 
2<>ïital que l'on appelle tourtier. Le tourtier est ordinairement 
suspendu au-dessus de la table à manger. 

On dit d'une manière proverbiale : — « Il y a encore du 
P^în au tourtier », pour dire : nous avons encore des res- 
sources. 

Le tableau suivant, qui représente la salle à manger d'un 
^^^telain du moyen âge, et où il est clairement question de 
^otre tourtier^ a beaucoup de rapport avec l'intérieur de 
^^s maisons de paysans. Indépendamment du tourtier, on y 
'^''^^îonnaît le dressoir et la longue table flanquée de bancelles 
(longs bancs sans dossier) où la famille s'assied, toujours 
^*^iis le môme ordre, pour prendre ses repas. 

^ On voit en la salle des festins les buffets à rayons où 

^ chevaliers prenaient, en revenant de leurs chevauchées et 

^^ercices, les brocs et les coupes qu'ils vidaient tour à tour. 

^^ y voit aussi les escabelles où ils s'asseyaient sur deux 

^^^Ugs le long d'une table de noyer, où ils étaient placés par 

* 1-e bas Berry se divise en trois grandes régions qui, suivant la 

^^Ule habitude gauloise, empruntent leurs dénominations à la différence 

2 aspect qu'offrent ces diverses contrées. (Voy. la page 8 du 1" volume 

^^ y*Histoire de France de M. Henri Martin.) — Le ^oisc/iau désigne la 

^rtîe boisée (le Bocage, hosco en italien) ; — La Brenne est le nom de 

** partie marécageuse (du marais) ; — La Champagne comprend le pays 

plat et découvert (la plaine), dont le terrain sec et pierreux est 

presque partout de nature calcaire. — Des appellations analogues exis- 

*nt dans plusieurs autres de nos provinces. — Voy. t. I, la note 1 de 

'■ P«ge 236. 

ï. II. 15 



226 SOUVENIRS 



ordre de primogéniture... Au-dessus de la table, sur dei 
lances placées Tune près de l'autre, et suspendues horizo: 
talement aux solives par des liens d'osier, étaient 
comme dans une huche les pains de seigle. Cette espèce ^» 
huche à claire-voie n'était, en Normandie, où le régirr» 
dotal est seul admis entre époux, à l'exclusion du r 
de la communauté, qu'un meuble de pure utilité ; mais 
la plupart des autres provinces (comme en Berry), ce m^ 
ble était aussi un emblème consacré de temps immémo] 
pour signifier que les époux et les enfants vivaient au 
pain, ce qui établissait une communauté tacite *. » 

La locution être à son chanteau exprime, dans nos 
pagnes, l'opposé du régime de la communauté. — P^. 
entendons par chanteau un pain entamé. — Le terme c 
teau vient du latin canthus; il est fréquemment emplc=: 
par Rabelais : 

« Hz nous donnèrent de leurs chanteaulx, et beusme^^ 
leurs barilz à bonne chière. » {Pantagruel^ 1. V, ch. xx 

Être à son chanteau, c'est être à son ménage, c'est vi 
en son particulier, à pain séparé. — Nos vieilles coutum 
disaient : Le chanteau part le villain, c'est-à-dire : 
pain sépare le vilain. — Autant de chanteaux, autant 
ménages ; aujourd'hui l'on dit : autant, de feux, autant d - 
ménages. 

Par suite de cet usage, on désigna même plus tard, er^ 
jurisprudence, par le mot chanteau, une portion de hietJ 
possédée séparément. 

(f La vie au même chanteau, le partage du feu, du sel et 
du pain, réunis aux liens du sang, empêchaient l'effet de la 
mortaille, c'est-à-dire conservaient l'hérédité dans la famille. 
Peut-être doit-on attribuer à cet ancien usage ce qui reste 
encore, dans nos campagnes, de penchant à la vie de famille, 



3Iarchaiigy, Tristan le voyageur. 



DU VIEUX TEMPS 227 



^ l'association des intérêts et du travail, et ces communautés 
picoles, dont le Berry, le Nivernais et TAuvergne ont con- 
®^é jusqu'à nos jours tant de curieux modèles... ^ » 

Ces conmiunautés domestiques et agricoles formaient autre- 
fi)is, dans certaines contrées du Berry, de véritables phalan- 
stères. Voici ce qu'en dit le comte de Boulainvilliers dans son 
^M de la France (Londres, 1737) : — « Entre les singu- 
^ités de la province du Berry, il est nécessaire de remar- 
quer le caractère et la manière de vivre de la plupart des 
'^^itants de l'élection d'Issoudun, surtout de ceux qui cul- 
tivent les plaines que l'on nomme la Champagne : les peuples 
^ ont presque aucune propriété, ni fonds, ni meubles ; ils 
vivent ensemble jusqu'à vingt ou trente familles, plus ou 
n^oins, dans une métairie dont le fonds et les bestiaux ap- 
P^**trienneïit à un propriétaire. Ces familles se choisissent un 
^"^f qui conduit le ménage et distribue le travail à tous les 
***tres; s'il se conduit mal, elles le destituent et en choisis- 
^^'^t un autre, mais les dettes contractées par le premier 
sotit toujours à la charge de la communauté. Il n'y a pas 
^® nation plus sauvage que ne le sont ces peuples là ; on en 
^""^Uve quelquefois des troupes à la campagne, assis en rond 
*^ milieu d'une terre labourée, et toujours loin des chemins; 
^^is si l'on en approche, cette troupe se dissipe aussitôt. 
^^ villages sont composés de trois ou quatre métairies 
I^ï^illes, séparées les unes des autres souvent de plus d'une 
'•^Ue, et les églises avec la maison du curé sont seules au 
^^lieu des cliamps; au reste, il est fort rare que les familles 
^^ituées dans une métairie s'abandonnent; comme aussi la 
^^tîtution des chefs est assez rare, parce que celui qui a 
^t les dettes sait ordinairement mieux qu'un autre le 
^yen de les acquitter. Le propriétaire a néanmoins la prin- 

*M. Rayiial, Histoire du Berry, l. II, p. i04. — Voy., sur lacommu- 
^'^lé des Jault et sur celle des Gariot, le mot JauU dans le Glossaire du 
C«*tre et le Morvand, par M. Dupin aîné, p. 46 et 98. 



216 SOUVENIRS 

Histoire du Berfy, t. Il, p. 196 et suiv.) — < Quant au costume 
des Mitivins, il ii'élait pas partout le même, Géiiérdlement, 
il était moitié noir, moitié vert, en deçà de la Loii'e ; moitié 
noir, moitié rouge, en delà.» (A.Monteil.) — Les robes de 
soie des deux échevins-youvemeuru de la ville de la Châtre 
étaient, en 4640 et beaucoup plus lai'd, mi-parties de vert 
et de rouge, comme à Bourges. — Ajoutom. à e«tte occarioD, - 
que les armes de la ChAtre, par aUauoa à xm nom latin 
Castrum, étaient de sinople à trois tentes d'ai^ot, sumum- 
tées chacune d'une fleur de lis d'or, avec cette devise : Ubi^ne 
recta' t 



Le mot sornette, en Berry, «gnifie surncHa, stdwiqaet. ^r- 
En catalan, «umont se dit sobrettom; en porti^^ais, w&renoiiie, 
et notre e&pression sontette est assurément tme contradion 
de ces deux mots. 

a Les paysans sont grands donneurs de sornettes et sobri- 
quets. » — (George Sand, la Petite Fadette.) 

a 11 s'appelle un tel, mais sa sornette est Gueule fraîche. » 
— (M. le comte Jaubert, Glossaire du Centre.) 

L'usage de donner des surnoms aux populations des villes 
était général dans le vieux temps; c'est ainsi que l'on disait 
autrefois ; — les Buveurs d'Auxerre, les Mangeurs de Poitiers, 
les Musards de Verdun, les Bagards d'Angers, les Crottés, 
les Badauds de Paris, etc., etc. — Les nations elles-niêmes 
avaient leurs sornettes, et parfois de tort vilaines. Catherinot, 
dans son Prest gratuit, mentionne les Larrons de Bavière, 
les Hérétiques de Bohime, les Parjures de Westphalie, les 
Courtisanes de Souabe^, etc., etc. 



I Archives de FAûttl de ville de la Chaire, reg, XXI, r de la page 3, 
»Voï. la page 114, tome II. 



DU VIEUX TEMPS 217 



Dans nos provinces, grâce aux rivalités de clochers, ces 
sortes de qualifications étaient d'autant plus acerbes qu'on 
se les donnait de voisins à voisins. Voici un proverbe breton 
qui le prouve de reste: 

Voleur comme un Léonard, 
Traître comme un Trégorrois, 
Sot comme un Yannetais, 
Brutal comme un Cornouaillais ^ 

^ous allons réunir ici les différentes sornettes par lesquelles 
on désignait autrefois les habitants de plusieurs villes, bourgs 
et bourgades du Berry. — On disait : 

Les Grecs et aussi les Gavauds de Neuvy-Saint-Sépulcre. 
— Grec signifie, chez nous, désagréable, revêche, difficile à 
vivre ; il signifie aussi avare^ comme en Normandie et dans 
le Bocage, ce qui rappelle le Timeo Danaos,... etc. — Gavaud 
se dit d'une personne qui a les jambes arquées et qui marche 
mal*. 

Les Cinauds de Cluis-Dessus ; — du latin ciruBdus^ peut- 
être. 

Les Samaritains de Cluis-Dessous. — Samaritain est une 
grave injure dans les livres saints. Les Juifs, exaspérés par 
la colère, disaient à Jésus-Christ : — « Tu es possédé du 
démon, tu es un Samaritain^. » — L'Ecclésiastique (i, 27 
et 28) déclare que les Samaritains lui sont en horreur. — On 
sait que Salmanasar, après avoir transporté les dix tribus 
d'Israël en Assyrie, fit venir de ce dernier pays diverses na- 
tions dont il repeupla les environs de Samarie. Cette colonie 
forma bientôt un nouveau peuple qui prit le nom de Sama- 
ritains , et que son origine étrangère , non moins que ses 
croyances religieusçs, qui étaient un mélange bizarre de 

• Emile Souvestre, le Foyer breton. 

3 Voy. les mots Grec ot Gavaud dans le Glossaire du Centre. 

3 Sainl Jeap, viii, 48, 



218 SOUVEIYIRS 



mosaïsme et de superstitions païennes , rendit odieux à se^^ 
voisins. 

Les Râlets de Saint-Char tier. — Les râlets sont une espècr^ 
de batraciens très-répandus dans les campagnes. Hs hantei:^ 
par milliers les fossés et les mares, et, par les belles soirée . ^ 
de la fin de mars, leurs voix annoncent la venue du printem-^w: 
[voy. à la table des matières le mot: Marais (le)]. — Lapo^f 
tion marécageuse de Saint-Chartier a donné lieu à ce dictoiir: 

Les Busauds de Saint-Août. — Équivalent des Badaude 
de Paris. 

Les Anglais de Sainte-Sévère. — Nous avons donné plus 
haut, p. 198, t. IL Texplication de cette sornette. 

Les Meneux de loups de Gournay. — Voyez plus haut, 
p. 138, t. II, ce que Ton dit des Meneux de loups. 

Les Faux témoins de Montipouret. 

Les Glorieux de Tranzault. — On disait aussi les Glo- 
rieux d'issoudun, et M. Pérémé, p. 162 de ses intéressantes 
Recherches historiques sur Issoudun, après avoir parlé du 
séjour que firent dans cette ville les cours élégantes et 
lettrées des deux reines Marguerite, sœurs de François I** 
et de Henri II, explique ce surnom de la manière sui- 
vante : — « L'influence de ces deux princesses ne contribua 
sans doute pas peu à naturaliser, dans la société dlssou- 
dun, les manières recherchées et l'esprit distingué... Issou- 
dun était la ville du beau langage; elle partageait avec 
Blois, où résidait la cour, le renom du pays oii se parlait 
le français le plus pur. Peut-être cette renommée donnâ- 
t-elle à nos compatriotes un peu de suffisance et de vanité, 
en même temps qu'elle excita la jalousie des villes voisines, 
car on les surnonniia malicieusement les Glorieux d*lssou- 
dun. )) 

Les Colidons d'Lssoudun, — « Est un autre sobriquet par 
lequel les vignerons d'Issoudun désignent les bourgeois, les 
citadins, les gens portant frac. Cette dénomination n'est pas 



DU VIEDX TEMPS 231 



cayenne sert de charpente à la coiffe. Cette coiffure, particu- 
lière aux paysannes des environs de la Châtre, est tout à 
&it la même que celle que portaient Anne de Bretagne et 
les dames de sa cour, et que Ton voit exactement repro- 
duite dans plusieurs gravures du Vrai théâtre d'honneur de 
la C!olombière, où cette reine est représentée entourée de ses 
daines. 

« La Fadette avait une coiffe qui, au lieu d'être petite et 

bien retroussée par derrière, selon la nouvelle mode du pays, 

montrait de chaque côté de sa tête deux grands oreillons 

bien larges et bien plats, et, sur le derrière de sa tête, la 

^€Êyenne retombait sur son cou, ce qui lui donnait l'air de 

grand'mère et lui faisait une tête large comme un bois- 

» (George Sand.) 
« Cette coiffure est charmante, dit ailleurs M'"*' Sand, quand 
elle est portée avec goût et qu'elle encadre sans exagération 
^n joli visage. Elle est grave et austère quand elle s'élargit 
lourdement sur la nuque d'une aïeule. {La Vallée noire.) 

cayenne tire nécessairement son nom du large fond, 
l'énorme ventre qui la caractérisait autrefois, car, en 
ion, caye ou caille signilie ventre, et caillu, ventru. 
s disons d'un jeune oiseau qui n'a pas encore quitté le 
qui n'a pas encore de plumes: — «Il n'a que la caille i), 
^'^st-à-dire : il est tout en ventre. Nous appelons souvent 
caillée une femme dodue et rebondie, et ce mot caillée 
ive très-probablement du latin caïa, terme par lequel on 
'ignait, dans l'ancieime Rome, une matrone, une maîtresse 
Qiaison. Alors, le nom d'homme Cyaillau (ventru), si 
^^^namun dans l'arrondissement de la Châtre, serait égale- 
'^^nt la traduction de l'ancien nom propre Ca'ius, (jui signi- 
*^it maître de maison, sans doute parceî (jue la caille ou le 
^^^8 ventre est souvent l'attribut d'un clief de faiiiiiie. — 
^*^eï les Romains, après la cérémonie du mariage, le nouvel 
Poux demandait à sa fennne, au moment où elle; faisait son 



232 SOUVENIRS 



entrée dans la maison conjugale : « Qui es -tu? » Elle 
répondait : « Ubi tu ÇdiuSy ego CcCia, » 

Remarquons, en passant, qu*un homme bin groussier (très- 
gros) passe pour un bel homme aux yeux de nos paysans. 
Ils montrent, en cela,' le même faible que les Hindous et les 
insulaires de Sumatra, qui représentent la plupart de leurs 
divinités avec un énorme abdomen. — A Carthage, les dieux 
Pataèques se distinguaient aussi par ce volumineux attribut, 
et on ne les figurait sans doute aussi puissants au physique 
que pour indiquer leur toute-puissance divine. 

Nous ajouterons, — non sans nous défier un peu de l'en- 
traînement étymologique, — que nous donnons les noms de 
caille f caillate, à un caillou rond qui sert de jouet aux 
enfants, et nous induirons de tout ce qui précède que la 
caille, oiseau, et le caïeu, ognon, pourraient très-bien devoir 
leurs noms à la rondeur de leur forme. 

EMPORTER LE DOUSI. 

Emporter le dousi, c'est, dans une bombance, entamer et 
achever, sans désemparer, un tonneau de vin. 

On dit aussi proverbialement : — « Vageace (la pie) a 
emporté le dousi (le fausset) », pour dire : Il n'y a plus de 
vin dans le tonneau, dans la cave. — L'humeur maligne et 
malfaisante de Vageace a donné lieu à cette locution plaisante. 

Le mot dousi était jadis français; on l'a remplacé par le 
terme fausset, qui vient du latin fauces, 

« Il faudra tordre le douzil. » 

(Rabelais, Gargantua.) 

w Et ça, de par le diable ! ça, dit-il, le dousil est dans la pinte. » 

(Bonaventure des Périers, Conte 200.) 

Notre vieux français possédait encore le verbe douanier, 
terme très-expressif dont notre berrichon fait toujours usage 
et que l'Académie n'a pas remplacé. Bousiller signifie jaillir 



DU VIEUX TEMPS 221 



dicité entraînait non-seulement la perte des oreilles, mais la 
niarque au front, et souvent la mort. — Ajoutons, à propos 
de ces barbares pénalités, qu'aujourd'hui même, toujours en 
Angleterre, lorsqu'on achète une ou plusieurs bouteilles de 
Kère, le marchand vous livre le liquide dans des pots d'étain 
qui portent le chiffre de la reine, et que l'on confie sans 
difficulté au premier venu. Ces vases sont souvent rapportés 
paidant la nuit; aussi en voit-on, le matin, d'énormes mon- 
ceaux dans la rue, à la porte des tavernes. Personne ne s'a- 
riserait d'en détourner un seul, car tout le monde sait qu'un 
?ol pareil est puni des travaux forcés à perpétuité. 
En France, le bourreau coupait les deux oreilles au sorcier 
qui avait assisté au sabbat, et les clouait au gibet; il en 
ikisait autant au filou déjà repris de justice. — Dojac, qui 
avait été ministre de Louis XI, fut essorillé sous Charles VIII *. 
— A Paris, ces sortes d'exécutions avaient lieu sur une petite 
place qui existait encore au commencement du dix-huitième 
siècle, entre la Grève et Saint-Jacques la Boucherie, et que 
l'on nommait, pour cette raison, le carrefour Guigne-Oreille^ 
appellation qui, plus tard, se prononça Guigne-OrL 

Mais voici qui nous touche de plus près. En des temps 
beaucoup moins éloignés de nous, on lit ce qui suit dans le 
recueil des Privilèges des bourgeois et . habitans de la ville 
et septaine de Bourges y imprimé en 1643 : — « Quiconque 
chassera par vignes, à pied, ou à cheval, les fruits étant en 
icelles, il payera cinq sols au roy, ou perdra une oreille, et 
payera les dommages des parties. — Item, quiconque sera 
trouvé en vignes ou en vergers, en prés, en bleds ou en osches 
ou oulches*, parmi ce que le fruit y soit, et soit trouvé cueil- 



*M. Francisque Michel; — Alexis Monteil, Histoire des Français des 
divers états. 

>« Il avait derrière sa grange un beau verger, que nous appelons 
chez nous une ouche... » — (Georges Sand, la Petite Fadette.) — De 
ce mot s'est formé le nom propre Delouche. 



222 SOUVENIRS 



lant ou avoir cueilli ledit fruit, il payera cinq sols ou perdra 
V oreille, et payera.... etc. » L'origine de cette cruelle législa- 
tion remonte aune charte que Louis YII octroya aux habitants 
de Bourges en H75*. 

Les Sorciers d'Herry (canton de Sancergues). 

Les Anetons d'Asnières (près de Bourges). — Selon le 
Glossaire du Centre, ce sobriquet est . dérivé, soit du nom 
même de ce village, soit, par dérision, de hanneton. Dans 
tous les cas, nous croyons que cette appellation injurieuse 
a dû prendre naissance au temps de nos guerres de religion. 
C'est ainsi que dans ce même village, dont la population est 
presque toute protestante; c'est ainsi qu'à la Charité et à 
Sancerre, deux villes qui eurent tant à souffrir de ces tristes 
dissensions, on appelle, encore de nos jours, un âne un mi- 
nistre : — « Dans l'enquête sur le chemin de fer de Cler- 
mont, un cantonnier, chargé de constater la circulation jour- 
nalière sur une route, écrivait dans son rapport : — « Le... 
(quantième), huit chevaux, six bœufs, dix vaches, trois «wi- 
nistres,,.^, » — Voyez, dans le Glossaire du Centre, aux mots 
Désargenté et llouinain, deux autres dictons qui concernent 
éjj^aleinent le village d'Asnières et qui datent de la même 
épo({ue. 

Les Calolins de Saint-Bouise (près de Sancerre). — Autre 
qualilication outrageante (jui remonte aussi à ce temps-là. 

Il n'y a pas que les haines religieuses qui aient laissé leur 
empreinte dans notre langage, on y trouve en outre de nom- 
breuses traces de nos troubles politiques. Les sobriquets de 
Brabançon, Cottereau, Mef-cadier, etc., devenus, parmi nous, 
des noms de famille, rappellent les brigandages qui déso- 
lèrent la France, et particulièrement le Berry, pendant les 
douzième et treizième siècles. Voici ce que dit à ce propos 



M. Raynal, Histoire du Berry, t. II, p. 17:2 et suiv. 

' M. le comte Jaubert, Glossaire du Centre, au mot Ministre. 



DU VIEUX TEMPS 223 



M. Pérémé, dans ses Recherches sur la ville d'Issovdun : — 
«Les noms de Uercadiery Cottereau, Brabançon ou Brabanson, 
sont encore portés par plusieurs familles du Berry. C'étaient, 
dans l'origine, des sobriquets qui sont devenus des noms 
propres. Mercadier est le nom défiguré du chef des Cotte- 
reauXy que les chroniqueurs français appellent tantôt Mer- 
chadievj tantôt Marchader... Le nom de Marchader subsiste 
aussi dans la mémoire du peuple sous la forme corrompue 
de Marche-àr-terre^ » — Nos paysans donnent encore volon- 
tiers ce dernier nom à leurs chiens (voy. la note 1 de la 
p. 278, t. H). Cette manie de défigurer les noms de certains 
grands personnages est tout à fait da^is le goût du peuple. 
Nous pourrions en donner de nombreuses preuves; nous 
nous contenterons de rappeler que, de nos jours, on avait 
transformé le nom d*Abd-el-Rader en celui d'Embarcadère. 

L'habitude où sont les populations du canton de la Guerche 
(Cher) de désigner par le nom de Mazarin un cheval de bât, 
feit souvenir des temps orageux de la Fronde. Le passage 
suivant de Montesquieu ne permet pas de s'y méprendre : 
— « J'espère qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple fera 
da nom de Mazarin un mot générique pour exprimer toutes 
les bêtes de somme et celles qui servent à tirer. » {Lettres 
persanes, lettre CXL) 

Les Guépins d'AvMgny-les-'Cardeux (en Sologne). — Le 
mot guépin a plusieurs significations en Berry. On désigne 
ainsi un homme dont l'esprit est mordant et caustique. On 
se sert aussi de ce terme pour qualifier celui qui met plus 
que de la finesse dans ses marchés *, Enfin, des Periers, 
dans la citation suivante, semble lui donner un troisième 
sens: 

« Une dame d'Orléans, gentille et honnête, encore qu'elle 
fût guépineei femme d'un marchand de drap... » (Conte 218.) 

' M. le comte Jaubert, Glossaire du Centre^ au mot Guépin. 



236 SOUVENIRS 



un lieu qui ne produit que des broussailles stériles. — En 
roman, harta a la même signification : 

Ni vols dire ton sermo, 

Sinon o fas en barta^ en bosc, o en boisso. 

(Izarn, las ISfovas del Heretge,) 

Disons encore que le cimetière où croissent les aubertas 
s'appelle aussi, chez nous, le jardin aux orties : 

(( Vous ne connaissez pas les êtres du jardin aicx orties. » 

(Georges Sand, Jeanne.) 

Toutes ces expressions, comme le remarque fort bien 
M. le comte Jaubert, « sont un triste témoignage de l'abandon 
et du désordre qui, trop souvent, se font remarquer dans 
ces lieuK pourtant consacrés par la religion et les souvenirs 
de la famille *. » 

BOURDIR. 

Ce verbe signifie chez nous et dans quelques dialectes d^^ 
la langue d'oc, s'arrêter faute de force pour achever urx^^ 
entreprise, faute de ressources ou de moyens pour surmo: 
ter une difficulté. — Un charretier dira : « Mon cheval 
bourdi », c'est-à-dire : il ne peut aller plus loin; soit pai 
qu'il est trop fatigué, soit parce qu'il rencontre des mauvs 
pas qu'il ne peut franchir. 

Un curé des environs de la Châtre faisait un jour le 
téchisme. Après avoir entretenu son jeune auditoire de 
création du monde et lui avoir détaillé l'immensité 
l'œuvre que Dieu avait accomplie, il en vint à poser 
question suivante à l'un de ses petits catéchumènes : 

(( Pourquoi le bon Dieu se reposa-t-il le septième jour? 

— Parce qu'il était bourdi, répondit l'enfant. » 

SUNGE. 
Le mot sunge a deux sens bien différents dans notre pa- 

^ Glossaire du Centre, au mot Jardin. 




DU VIEUX TEMPS 237 



tois : il signifie songe et singe : — « le vilain sunge ! » 
se dit pour : le vilain laid ! 

fl paraîtrait qu'anciennement on imprimait sunge ^\xv songe 
et singe, ce qui donna lieu à Téquivoque suivante : 

Un sacristain, pour distraire son curé, qui était au lit, 
souffrant, lui lisait les Vies des Saints dans une très-vieille 
édition. Arrivé à cette phrase : — « Saint-Martin lui appa- 
rut en sunge » 

a Est-ce en songe ou en singe? demanda le sacristain à 
son auditeur. 

-^ En songe, mon ami, répondit le curé. 

— Après tout, reprit le sacristain, en songe ou en singe, 
le grand saint Martin en était bien le maître. » 

FOUm ; — PESTE ; — POISON. 

t^er comme un foin ou un fouin, — c'est sentir mauvais 

comme un putois, comme une fouine. On dit d'un enfant 

™^ propre qui empeste, qui empoisonne : — « le petit 
f^inl » 

î'ous disons fouin pour fouine ; il en est de même en 
^ Saintonge : — « Un jour Fanny me dit qu'elle voulait em- 
j poisonner un œuf pour détruire les foins qui l'empêchaient 
I de dormir. » (AiBFaire du curé Gothland et de la dame du 

Sablon.) 

L'exclamation : Foin ! que l'on trouve si souvent dans Molière 
^ dans La Fontaine, et qui exprime la répulsion et le àé- 
joût, n'a pas, selon nous, d'autre origine, et c'est à tort, 
croyons-nous, que M. Génin, dans son Lexique comparé, re- 
8^e ce mot comme dérivé de l'interjection 'phul très-fré- 
quente dans Plante et dans Térence. 

lorsqu'on lit dans La Fontaine : — « Foin du loup et de 
sa race! » foin désigne là quelque chose de puant, comme 
le mot hren, dans cette phrase de Sarrasin : — « Bren de 
vous et de vos clystères ! » 



238 SOUVENIRS 



Il y a mieux, dans ces exclamations de Molière : ^- 

Peste du fou fieflfé ! Peste de la carogne ! 

Foin de votre sottise et peste soit des hommes ! 

{Le Dépit amoureux^ acte H, scène 

Peste indique également quelque chose qui ne sent jm 
bon ; car nous disons encore en Berry : — « Puer costez :^^ 






la peste ; — la petite peste / » et peste^ dans ce denm- ^^f 
sens, a dû donner naissance au verbe français empester y ^^ 
dans la signification de répandre une odeur fétide. 

Nous disons aussi, en parlant d'enfants qui sentent mai 
vais : — « le petit poison! — la petite poison I 
et ce terme poison indique l'origine du verbe français e 
poisonner, synonyme d'infecter. 

POULE QUI CHANTE LE JAU^ 

Une poule qui chante le jau est une poule qui, en chan 
tant, imite le chant du coq. Le verbe italien qallugare ren^x^*^^ 
ittéralement notre expression chanter le jau. Dans certaiinar-^^-J 
dictionnaires, et, entre autres, dans celui de Laveaux, od^ < 
désigne les poules chez lesquelles on observe ce phénomèrM:^^]] 
sous le nom de gaugalin, 

La trompette du jugement dernier ne produira pas plr J^ lus 
de terreur et de remue-ménage dans la vallée de Josapl«: jfiat 
que n'en produit, dans nos domaines, une poule qui vie:^EZi?nt 
à chanter le jau. A ce Chant insolite, toute la communal*::: — it.é 
est saisie de consternation ; car une poule qui chante le j^ ^^ 
est considérée comme Un prophète de malheur. Aussi ^ 

hâte-t-on de l'attraper et de lui tordre le cou. Cela sul 
ordinairement pour conjurer tout danger. — Cette sup( 
stition existe également chez les Moldaves. 

Par suite de cette croyance, nous disons plaisamment, 
parlant d'une femme qui prend un ton trop masculin 

' Nous disons jau pour coq. 




DU VIEUX TEMPS 239 



ctia.pitrant son mari ^ « Elle se fera tordre le cou, elle 
'6 trop le jau. » 
est encore un vieux mot français que notre berrichon 
a oonservé : il vient de jaly qui, lui-même, a succédé à gai 

(CX>C|). 

c Et les faisoit danser comme jau sur breze... y> 

(Rabelais, Pantagruel,) 

jau ou geauj comme écrivait Belon, qui se servait aussi 

mots gauy gai et gog pour désigner ce volatile,' sont 

sortis : 1® notre substantif berrichon jaulet ou jolet^ que 

employons en parlant d'un tout jeune garçon qui com- 

à caqueter près des femmes ^ ; 2® notre \erhe jaucher, 

ï^^î exprime l'accouplement des deux sexes, et qui était 

^^^tarefois français, témoin ce vers de Ronsard : 

« Pour mieux te jaucker un petit... » 

3** le verbe français enjôler. — Enfin, de même que de coq 

L^ent les vocables coquet^ coquetterie, coquster, de même 

*^^i mot gai (gallus) procèdent les expressions galant^ galart" 

i. Ce que racontent les ornithologistes du tendre empresse- 

ty des attentions délicates, que le coq témoigne à la poule, 

permet pas le moindre doute sur cette dernière étymo- 

■^^ie. — D'ailleurs, en vieux français, galant s'écrivait, ainsi 

^l^*en anglais moderne, par deux Z, comme gallus, et gallei' 

^Wïàifiait caqueter, deviser amoureusement. Enfin, galois 

^*^ît synonyme de homme galant, et galoise se disait pour 

f^^^^mie galante : a Le gallant se tient près la fillette, et parlent 

^'^^^mble... — Après disner, la dame prend ung chevalier ou 

^'^S escuyer, et se siet, et les aultres aussi se séent pour 

P^-^^ler et galler ensemble... — Avient aussi aucune fois qu'il 

^"^^^^ve une femme qui est une très-bonne galoise, qui ne 

'^^Viseroit jamais raison, qui la luy offreroit. » {Les Quinze 

'^^••w de mariage, p. 67 et 99 de l'édition elzév. de P. Janet.) 



Ui Quinxe Joyes de mariage disent joletrin pour jolet^ et le patois 
riin emploie le mot jaltré dans le même sens. 



âiO SOUVENIRS 



LA POULE NOIRE ; — LA POULE BLANCHE. 

La poule noire fait grande figure dans les rites magiques 
de nos sorciers. Ordinairement, lorsqu'ils veulent avoir une 
entrevue avec Georgeon*, ils se rendent, à minuit, sur un 
carroir, ou tout simplement à Tembranchement de quatre 
chemins, et là, tenant par les pattes une poule noire, ils la 
font crier et crient eux-mêmes par trois fois : — Qui veut 
de ma poule noire ? — Le Diable ne tarde jamais à 
paraître. 

La poule noire ne jouerait-elle pas, en cette circonstance, 
le rôle de la poule de coutume des temps féodaux, et, dans 
cette scène, le sorcier n'agirait-il pas vis-à-vis de Satan 
comme le vassal vis-à-vis de son seigneur? Ne serait-ce 
là, en un mot, de la part du sorcier, une espèce d'hommagi 

lige? 

D'un autre côté, on peut croire que cette oblation noc — 
tume est tout simplement une imitation des sacrifices myi 
térieux que les anciens offraient aux divinités infemali 
Ces sacrifices avaient ordinairement lieu la nuit; les victim^^mes 
qui y figuraient étaient toujours de couleur noire, et nor ii-i 
voyons par un passage de Pline, que les poules de cet' ^^te 
couleur étaient particulièrement agréables aux puissances ci^^^ie 
l'enfer : — Ad opertanea sacra ^ gallinœ nigrœ^, — C'ei=_— i — z»t- 

à-dire : « Pour les sacrifices que Ton offre en secret aux diei ^lj«.x 

infernaux, on choisit des poules noires. » — Voyez, daiir — ^«ns 
rOdyssée, au livre Xï, le sacrifice offert par Ulysse aux diei_-^ ■ ^^ 
des enfers; voyez encore, dans V Enéide j le vers 244 (__^^ ^^^ 
sixième livre. — Dans les cérémonies du sabbat, au mov^ ^^ 
âge, au moment de la messe noire ou de \ office à Venvei -^t ■^^^- 
on offrait des bêtes noires, telles qu'un taureau, un bot 
un chat noirs , etc. — Enfin , les Turcs et les Pers; 





» Le Diable. — Voy. t. I, p. 1:26. 
^ Hist. nat., liv. X, ch. 67. 



DU VIEUX TEMPS 241 



abhorrent le noir; ces derniers l'appellent la couleur du 
Diable. 

Quelquefois, au contraire, c'est le Diable qui vend des 
poules noires, et l'on devine à quel prix ! Alors, ce volatile 
infernal procure à celui qui en a fait l'acquisition tous les 
trésors qu'il peut désirer. — « Le juif Samuel Bernard, 
banquier de la cour de France, mort à quatre-vingt-dix ans 
en 1739, et dont on voyait la maison place des Victoires, à 
Paris, avait, disait-on, une poule noire qu'il soignait extrê- 
mement. Il mourut peu de jours après sa poule, laissant 
trente-trois millions*. » 

Si la poule noire fut, en tous temps, l'attribut de l'esprit 

^^ mal, la poule blanchey au rebours, passe pour l'emblème 

^® Tinnocence et du bonheur. Dans nos mariages, elle sym- 

*^lise la candeur et la pureté *2. Chez les Romains, ainsi 

'^® chez nous, on appelait un homme heureux : gallinœ 

^^^ albœ\ 

Du siècle des mignons, fils de la poule blanche^ 
Ils tiennent à leur gré la fortune en leur manche. 

(Régnier, Satire III.) 

*^^ couleur blanche, dit Cicéron, plaît plus que toutes les 

*^^es à la Divinité. (Traité des Dieux, liv. IL) — Les Romains, 

**^<ïti'il8 sacrifiaient, étaient toujours vêtus de blanc, les 

^^ides aussi, nos prêtres le sont également. 

L'AGEàCE-PERCHARIT. 

Xix environs de la Châtre, la pie-grièche est connue sous 
ïioms d^ageace-perckarlt et d'oiseau de la Passion ; dans 
^^nton d'Éguzon, on l'appelle ageace pécheresse. Ces trois 
^^ iminations ont un caractère lugubre qui dénote quelque 
^^aise action dans la biographie de ce volatile, dont le 

^ollin de Plancy, Dctlonnaire infernal. 
^'"oy,, plus haut, t. II, p. 37. 
^ u vénal. 

T. II. 16 




242 SOUVENIRS 



nom véritable et patronymique est déjà, comme on le sait, 
jne injure par laquelle on désigne une femme mal plaisante 
3t acariâtre. 

En effet, une vieille tradition populaire, fort répandue 
lans l'arrondissement de la Châtre, assure que Yageace-per- 
zharit apporta les épines dont fut couronné le Christ ; aussi, 
lorsque nos petits paysans attrapent Tun de ces oiseaux, lui 
ippliquent-ils la loi du talion, en lui enfonçant dévotement 
des épines ou des épingles dans la tête. — Par une coïn- 
cidence singulière, Tœuf de la pie-grièche porte, vers son 
^ros bout, Tempreinte bien distincte d'une couronne. Serait- 
se cette circonstance qui, jointe au naturel revèche et san- 
guinaire de cet oiseau, aurait fait peser sur lui cette grave 
accusation ? 

En berrichon, on se sert des noms ageace^ agace, pour 
désigner une pie. Quant au terme percharît ou percherity 
car les deux se disent, ce doit être une contraction des mots 
r)e7xe Christ. Cela nous parait d'autant plus probable qu^: 
nous substituons parfois le ch à Vs sifflante, ainsi que le font, 
toujours les Picards qui prononcent, par exemple, agache aui 
lieu de agace. 

En d'autres parties du Berry, Vageace-percharît porte les 
noms d'aspijars, acrèle, pignarèche, piguarèche *, et ces 
appellations indiquent encore une humeur hargneuse et fé- 
roce. — Nous disons proverbialement : Méchant comme une 
icrèle. 

A propos du naturel insolent et querelleur de toutes les 
3spèces de pies, et en particulier de la pie-grièche, n'oublions 
pas de remarquer que nous disons ageacer pour agacer, pris 
dans le sens de provoquer, irriter. Or, il est très-probable 
4ue ce mot ageacer vient do notre substantif a^eace, ce qui 
loit nous porter à croire ({ue le verbe français agacer n'a 



' Voy. CCS quatre mots dans le Glossaire du Centre. 



DU VIEUX TEMPS 243 



pas d'autre origine que le vieux terme agace par lequel on 
désignait autrefois une pie : 

L'homme d*Horace 

Disant le bien, le mal, à travers champ, n'eût su 
Ce qu'en fait de babil y savait notre agace, 

(La Fontaine, l'Aigle et la Pie,) 

LA MOUCHE. 

On appelle ainsi la terreur panique, Tépouvante subite 
qiii, parfois, dans nos foires, s'empare, sans cause apparente, 
Ae la masse entière du bétail et la rend furieuse. — En 
Bretagne, on croit que ces étranges agitations sont produites 
P9-I" une énorme mouche noire, grosse comme un corbeau, 
qui traverse tout à coup les airs avec un bourdonnement 
épouvantable. 

^^ici ce que dit de la mouche M. le comte Janiîërtj dans 
^^ Glossaire du Centre : 

^ n sufiSt quelquefois du passage d'un chien près d'une 

^^he qui a un veau , pour déterminer ce mouvement ex- 

^^l'dinaire. Le cri sinistre : La mouche! la mouchée l rc- 

'^tit aussitôt partout ; les hommes s'agitent aussi et frappent 

leurs bâtons sur les cornes des animaux pour les con- 

^^. S'ils n'y parviennent, bœufs et vaches se précipitent 

P hasard, renversant tout ce qui se trouve sur leur passage. 

^n résulte une confusion inexprimable, et souvent les 

^^^^dents les plus graves en sont la suite. Dans beaucoup 

. lieux, les paysans attribuent la mouche à de la poudre 

, foie de loup que les voleurs répandent afin de profiter 

. ^ <iésordre pour faire leur coup. — La mouche qui prit 

. ^ellac, le 1" septembre 1855, y causa de graves accidents. 

^^ï'Uzay, Clion, Saint-Gilles, etc., dans l'Indre, n*ont pas 

'^^du le souvenir de celles qui y ont éclatée » — Enfhi, 

Oloimre du Centre de la France, l*^" édition, au mot Mouche 



244 SOUVENIRS 



tout récemment, dans une foire qui avait lieu au Blanc 
(Indre), le 19 mai 1866 et où se trouvaient réunis plus de 
six cents paires de bœufs et un grand nombre de vaches, 
la mouche a occasionné un désastre épouvantable dont les 
journaux de l'époque ont rendu compte ea ces termes : — 
a Tout à coup, vers deux heures de l'après-midi, par une 
cause encore ignorée, toutes les bêtes à cornes entrant 
simultanément en fureur et poussant d'effroyables mugis- 
sements, se sont précipitées comme une trombe sur la foule 
immense qui encombrait le champ de foire, renversant, 
mutilant, écrasant hommes, femmes, enfants, voitures, bou- 
tiques ambulantes, enfin tout ce qui pouvait leur faire obstacle. 
Cette troupe affolée, se ruant toujours droit devant elle, 
arriva bientôt vers le centre de la ville, où elle rencontra un 
mur de jardin en contre-bas de plus de trois mètres; bœufs 
et vaches le franchirent en roulant pêle-mêle les uns sur les 
autres, et écrasèrent, en tombant, quelques personnes qui, 
pour les éviter, s'étaient réfugiées dans cet enclos. — A la 
suite de cette catastrophe, on compta plusieurs morts et une 
foule de blessés, dont le plus grand nombre l'était très- 
grièvement. » 

. L'ANŒIL. 

On sait que l'orvet, connu, dans nos campagnes, sous les 
noms d'anœil, d'aneu, de borgne^ etc., est un serpent dont les 
yeux sont excessivement petits. Nos paysans partent de là pour 
croire qu'il est tout à fait aveugle, et comme ils sont per- 
suadés que cet innocent reptile est des plus dangereux, ils 
disent proverbialement : 

Si Vanœil 
Avait œil, 
Si serpent 

Avait dent, . . 

Il n'y aurait bête ni gent. 



Ou bien encore : 






DU VIEUX TEMPS 245 



Si le borgne voyait, 
Si le sourd ^ entendait, 
Le monde bientôt finirait. 



L'a privatif des Grecs entre sans doute dans la composition 

de notre mot anœil, — A Cluis (Indre), on dit: une nœil^ 

la noBil (prononcez neillé), au lieu de un anœil, YancdL 

On raconte que Yanœil avait autrefois d'excellents yeux, 

mais que le rossignol, qui alors était aveugle, les lui ayant 

empruntés pour assister à la noce d'une fée, ne voulut plus 

les lui rendre au retour de la fête. Depuis ce temps, dit-on, 

le rossignol chante jour et nuit pour adoucir les chagrins 

de son trop confiant ami. 

Uanodl s'appelle encore, en Berry, angou, Yangou, Ces 

deux dernières appellations semblent dériver du latin anguis : 

Frigidus, pueri! fugite hinc,latet anguis in herba. 

(Virgile, Eglogue III.) 

Aux environs dlssoudun, le dicton suivant est proverbial : 

Après Tangou, 
La pelle et le trou. 

C'eslrà-dire que celui qui a été mordu par Yangou ne 
doit plus songer qu'à la mort, « rudement représentée, dit 
M. le comte Jaubert, par la pelle et le trou du fossoyeur 2. 9 

LES TREUES. 

Le penchant à l'observation, si prononcé chez nos paysans, 
leur fait souvent découvrir entre certains animaux de curieux 
rapports de configuration, et cet instinct d'assimilation les 
amène naturellement à appeler du même nom des êtres 
d'espèce et de grosseur bien différentes. 

Ainsi, ayant remarqué une ressemblance de physionomie 
et d'allure entre le rat et le porc, ils n'appellent jamais ce 
dernier, dans sa jeunesse, autrement que mon rat, — La 

' La salamandre. — Voy. la p. 191. 

^Voy. le mot Langou dans le Glossaire du Centre, 



246 SOUVENIRS 



courtilière est pour eux une écrevisse de fumier, la punaise 
des jardins un jau (cop) punais. Ils donnent aussi, mais en 
plaisantant, le nom de caille à plusieurs espèces de gros 
crapauds, à cause de leur forme arrondie et de leur 'couleur 
grivelée. Enfin, ils nomment treue (truie) l'insecte connu 
sous le nom de cloporte. Ce petit animal, avec son dos voûté, 
sa tête penchée vers la terre, a, en effet, toute l'apparence 
d'un porc en miniature, et il faut bien que cette ressem- 
blance entre deux êtres si divers, quant à la grosseur, ai'^ 
des caractères bien frappants, puisque le nom que Ton don 
au cloporte, en une infinité de pays, a la même significati 
que notre mot treue. — Cœlius Aurelius désigne cet insec 
sous le nom de porcellio. — a En Champagne, dit Ménag 
on appelle les clausportes des pourcelets, et dans l'Anjou 
la Bretagne des trees, qui est comme les paysans de ces lie 
là appellent les truies. Dans le Lyonnais et le Dauphiné, • 
les appelle aussi des kaïons, c'est-à-dire des cochons, et •► 
Italie des porxeletti, c'est-à-dire desjpetits porcs. — E 
Olivier de Serres les mentionne sous le nom de pourceU 
de saint Antoine, » 

Le nom même de cloporte a un sens équivalent à ce' 
de toutes les dénominations que nous venons d'en 
rer; mais on devrait le prononcer et l'écrire closp 
{closus porcus), et non cloporte. Ce mot, alors, aurait 
signification, car la faculté qu'a ce petit porc, lorsqu'on 
touche, de se mettre en boule, de se fermer, de se chre^ 
pour ainsi dire, lui a 'valu ce nom. — Clamiportam vulgo 
appellamuSj s.ed maie ita pronunciamus pro clausiporca. Nam 
sunt du sites K 

m 

« 11 n'est pas extraordinaire, dit encore Ménage, de dénom- 
mer de petits animaux de la ressemblance qu'ils ont avec les 
grands: ainsi, de canicula nous avons {'à\i chenille, à cause de 






^Saumaise, sur Sorlin^ p. 1302. 



DU VIEUX TEMPS 247 



la ressemblance qu'ont certaines chenilles avec de petits 
chiens ; ainsi nous avons appelé le roitelet le bœuf de Dieu. Les 
Hébreux ont de même appelé un chat, un petit lion..,K » 
— On sait que le grillon des champs s'appelle vulgairement 
le cheval du bon Dieu, et que le mot bouvreuil ne veut pas 
dire autre chose que petit bœuf; enfin, en Normandie, on 
donne au roitelet le joli nom de poulette à Jésus. 

n nous parait certain que le mot hanneton, que M. Mulsant, 
dans sa Monographie des lamellicornes de la France, fait 
dériver du barbarisme alitonus, n'a jamais signifié, dans le 
principe, autre chose que petit âne (ûneton) : 

Entre le bœuf 
Et râneton 
Gist Tenfançon. 

(Les Grans Nouels nouveaux,) 

Les lourdes antennes du scarabée simulent assez bien les 

^naples oreilles du quadrupède. La croix que ce dernier 

Porte sur ses reins, est figurée, sur le dos de l'insecte, par 

^^ fente qui sépare les deux élytres et par celle qui existe 

^ïitre les élytres et le corselet. Il n'est pas jusqu'à l'appendice 

^Courbé par lequel se termine la partie postérieure du 

^Uneton, qui n'imite d'une manière satisfaisante la queue 

^^ baudet. Enfin, la couleur grisonnante, la modeste, la 

*^iite et pacifique allure des deux animaux, complètent 

^ïitre eux la ressemblance. — A ceux de nos lecteurs qui, 

'^ïilgré le parallèle précédent, hésiteraient encore à se ranger 

^ notre avis, nous rappellerions qu'en vieux français, hanneton 

^^ disait honine, et que ce dernier mot est, lui-même, un 

^iniinutif du grec onos, qui signifie âne : 

<ï Celui qui behourde (brandonne) le jour des Brandons, 
®^s arbres, sache pour vray qu'ilz n'auront, eu tout cestan, ne 
^^nnines, ne vermines 2. » 

^Ï<*inag3, Origine de la langue française, 

^es Evangiles des quenouilles, p. 41 dolédition el/.ôviricnnodoP. Jannt. 




Ce n'est donc pas sans raison que le peuple persiste ù diri 
des aneton>i, sans A aspirée. 

Notons, en terminant cet article, que nos médecins 
compagne ordonnent aux personnes qui souffi'enl de l'angi 
des cataplasmes de treues ou cloportes; ils sont d'accord, 
cela, avec la vieille médecine officielle et même avec ce 
des anciens Romains, car Pline nous apprend que, de a 
temps, on combattait cette affection de la mx^me manière 
— iîiUepedam illini anginh, efficaciasimuni putant î^^l 

LES JETONS DE U. VIBtfiK. 

Les /iU de la Vierge, ces âls' dont Virgile a dit : 

Tenuia nec lanœ eeeUim vellera ferri. {Georg.,]iv.t> 
sont connus, dans nos campagnes, sons les noms' de j^c 
de Marie, jetoni de la Borme-Ange*, parce que, dil-ffii, 
TÎerge Ibrie les jette en filant sa qoenouille. 

Si nous nous en rapportons aax savants, nos jetant 
seraient autre chose que les fils produits par une esp* 
d'araignée brune, qui, en autonme, rase constamment 
terre et couvre nos guérets de ses frêles et brillants réseaa 
Par les belles journées de î'arrière-saîson, le vent enlève 
iils de la surface des champs, où ils sont quelquefois ti- 
épais, les roule les uns sur les autres, et les promène souve 
dans les airs, à de grandes hauteurs. 

Ainsi, ofi nos paysans entrevoient une vierge céleste, 
savants n'aperçoivent qu'une araignée. Hélas! trop souv* 
la science substitue de tristes vérités à nos plus riaa 
chimères. 

Nos villageois veulent encore, en dépit des conchyliologie 
et des botanistes, que la bélemnite, — espèce de fossile 
cône allongé, assez commune dans le terrain jurassique, 

' msl.nalur., liv. XXX, cb. 11 et 13. 

» Voj. plus haut, t, I, p. 114, ce que l'on dit de la Bonne-Ange. 



DU VIEUX TEMPS 249 



soit le fuseau de la Vierge, et que la massette à longues 
feuilles soit sa quenouille ou celle de sainte Anne. — Disons 
de plus, puisque nous en trouvons roccasion, que les bélem- 
nites passent aussi pour avoir servi de quilles au petit Jésus, 
et que nos médecins de village en font une poudre dont ils 
se servent pour combattre la cécité produite par certaines 
ophthalmies, ce qui fait que ce coquillage est quelquefois 
appelé pierre de lynx. 

LE ROIBERTAUD, OU ROBERTAUD; 
LES BÊTES A BON DIEU. 

le roitelet est connu, en Berry, mais principalement aux 

environs de la Châtre, sous les noms de roibertaudj rober- 

tavd. — Dans nos campagnes, on appelle assez ordinairement 

^ertaudy les personnes qui portent le nom de Robert; or 

^^ttelet voulant dire petit roi, roi sans pouvoir, nos pères, 

^^^ un temps fort reculé, n'auraient- ils point donné par 

''Moquerie à ce petit oiseau le nom du roi Robert, de ce fils 

^ô Hugues Capet, qui fut un modèle de si grande faiblesse? 

"■"^ Alors, on pourrait traduire roibertaud par roi Robert, 

^* robertavd par Robertus. 

En quelques endroits de notre province, le roibertaud 
t^^rte les noms de roibry, roubri*. 

Le roibertaud ou le roibry joue très-souvent un rôle dans 

^ cérémonial parfois si bizarre dont on accompagnait, au 

^^^oyen âge, l'acquittement des devoirs seigneuriaux. Par 

^Xemple, à une certaine époque de Tannée, le seigneur de 

^^ Mardelle, près de Ghâtillon-sur-Indre, recevait de ses vassaux 

^H roibry. On le lui conduisait , non pas sur une perche , 

^^^ïiame celui que donnaient au châtelain de Mareuil les nou- 

^*eavix mariés du village de Villiers^, mais attaché avec de 

*opt8 cordages neufe, sur une voiture attelée de quatre bœufs 



' Voy. ces mots dans le Glossaire du Centre. 
' Voy. plus haut, l. Il, p. 62. 



QOfn', — COBt aiai^ qa'en Lonaine > deepaywaàdanii 
.pCHV.redevaiM» oonduiro jusqu'au idiUeaa de.lwr 8ei|jb 

..un serin placé am ime.TÙtuie ft quatre dbanuix*^ >- ., 
Le prieur de Ghflteui-Ponsac, dancla Ceeme, 3i»âcqiBt£ 
pour tout eeaia aux habitants de cette viBe, dont 9 ét# 
Doâme tenqu le a^gueor temporel, qu'un rtùtelot ft 
éttuept tenus da prendre il la oourae et de lui afftttm 
- premier jour de l'an. Aussi était-ce ou j^raiiâ plaisir 9 
. les jeunes gens de l'endroit de courir, ce J<mr~là, le roHd 
Celui qui avait eu le bonheur de l'attr^Mr devoiait le 
de la fôte, et c'était, escorté de ses camarades et. am ^ 
des tambours et des hauthcus « qu'il allait, pendvKf 
graod'messe, présenter le petit oiseau au prieur, on au |M 
ou métna au procureur fiscal. Les jeunes g^ deîi| 
afllniiffl-, avec seraient, qu'ils andeut pris lé roitelet Û 
lement à la .course, sans l'avoir arquebuse ou tiré à oÉ 
-de flèche. — A l'issue de la messe, on dressait procès-vë 
de la cérémonie'. » — L'usage d'offrir un roitelet ^x 
seigneur existait également en Franconie*. 

Le roibertaud est rangé au nombre des animaux 
portent le nom de betes à bon Dieu; plus qu'aucun auti 
mérite cette qualification, si, comme ou l'assure, il appo 
lors de la naissauce du petit Jésus, toute la mousse et tou 
duvet de son nid pour faire une couchette à l'Enfant-Diei 
Le roibertaud partage avec l'hirondelle et le grelet 
grillon ou cri-cri), les égards affectueux de l'habitant de 
chaumières. PourraiL-il en être autrerjienl? Ces trois pei 
bestioles sont les seuls amis qui, malgré l'humble médioi 
de sa fortune, reclierchent constamment son intimi^. 
roibry niche dans le chaume de son toit ; l'hirondel^.^ 

'M. Raynnl, Histùtre du Berry, t. II, p. 
Glossaire du Centre, au mot Roibertaud. 
' M, Michelet, Origines rfti droit français 
■'Joiillietton, Historo de in Marche, t. Il, p. lï*"' 
' M, Micholet, Origines du droit français, p. î 



DU VIEUX TEMPS 251 

^n nid aux solives de sa bergerie * ; le grelet, espèce de 

petit dieu lare, est Thôtc fidèle de son foyer 2. Et puis il 

croît que leur voisinage porte bonheur, et si, en réalité, ils 

te le lui donnent pas, ils le lui font au moins espérer. — 

IVest-ce pas déjà le bonheur? 

A cette naïve et gracieuse superstition peuvent s'appliquer 
les paroles suivantes de M. de la Villemarqué : — « Pénates, 
Mâ.Ties, Lares, Fata, de quelque nom que les Gaulois les 
noimmassent, passaient pour défendre les personnes et les 
bioms de ceux qui les avaient adoptés pour patrons. Ames 
ancêtres, ces esprits, croyait-on, descendaient de leurs 
lais aériens sur la terre sous telle forme qui leur plaisait, 
1« plus souvent sous celle d'oiseaux, bénissant le foyer, le 
l>erceau, Tétable, le verger, le champ de leurs protégés 3. » 
tes Chinois, ainsi que nos paysans, respectent les hiron- 
delles; ils ne leur font jamais de mal, et ils ont une déesse 
qui est toujours représentée Tun de ces oiseaux à la main. 
4}uant au grelet ou grillon, il est depuis longtemps un 
vrai fétiche pour les Portugais. — « Le cri-cri, dit M. Charles 
™onselet*, représente une des passions et une des super- 
stitions du peuple de Lisbonne; on en vend par centaines 
^^^'^s les marchés, tous grouillant et tous chantant dans de 
Kï^ndes caisses, parmi des feuilles de laitue qui leur servent 
^^ nourriture. Il y a des cages lilliputiennes à un ou deux 
^ges, pour un ou deux cri-cris ; les artisans les suspendent 
^ leur plafond ou les accrochent au-dessus de leur porte. » 
^ La môme superstition existe dans (juelques contrées de 
* Afrique, où Télève des grillous, au dire du voyageur Mouffet, 
^^iistitue une vraie branche de commerce. 



'Voy. plus loin, à la table des matières, le mot : Hirondelle. 
M'oy. plus loin, à la table des matières, le mot : (îrelet. 
^Myrdhinn ou l'enchanteur Merlin, [). 7. 
*Daus le Monde illustré du 31 mai 1802. 



CHAPITRE TROISIÈME 



SUITE DES LOCUTIONS LOCALES, 
DICTONS ET PROVERBES. 



Les locutions, dictons et proverbes que nous avons encore 
à enregistrer, n'offrant plus assez de développement pour 
que nous puissions les faire précéder d'une rubrique, nous 
allons les mentionner en les séparant par un simple chiffre, 

I 

On dit d'une personne qui est de mauvaise humeur : — 
Quelqu'un lui a mangé le dessus de sa soupe. — C'est là un 
proverbe de gourmand fort réfléchi, car, en effet, la partie 
la plus succulente d'une soupe grasse se trouve à la surface 
de ce mets. 

II 

Nous appelons docteur en soupe salée, un faux connaisseur, 
un ignorant qui fait l'entendu, se mêle de juger de tout, 
et qui n'est pas même capable de décider si une soupe est 
convenablement salée. — C'est précisément ce que Régnier 
appelle un docteur de menestre; car minestra, en italien, 
signifie soupe. 

Mon docteur de menestre^ en sa mine altérée, 
Avait deux fois autant de mains que Briarée. 

(Satire X.) 

m 

Embattre une charrette, c'est faire bombance. 

Comme l'opération qui consiste à embattre une charrette. 



SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 253 



OU à couvrir de bandes de fer une paire de roues, est un 
travail des plus pénibles, et qu'ordinairement on se délasse 
de cette Ëitigue par une longue séance au cabaret, on com- 
pare, en riant, à la rude besogne de Yembattagey Faction de 
plusieurs personnes qui se réunissent pour faire ripaille. 

IV 

On dit plaisamment, en parlant d'un ivrogne qui vacille en 
cheminant : — Il n'a p(zs chargé droit, par allusion à une 
<liarretée de foin qui n'ayant pas été chargée droite ou d'a- 
plomb est sur le point de chavirer. 

V 

Prier le bon Dieu, se dit d'un cheval qui a l'habitude de 

8*abattre sur les genoux : — « Ce cheval doit prier souvent 

fe bon DieUj car il a les genoux tout écorchés. » 

« Bah ! ce serait la première fois qu'elle prierait le bon 

Dieu, car, sans comparaison du saint baptême, jamais je ne 

vis jument si peu dévote. » — (George Sand, François le 

Champi.) 

Notons, en passant, que les expressions sans comparaison 

^ saint baptême ; sauf le baptême; réserve le baptême, ou 

boptéme réservé, sont des façons de parler que l'on ne man- 

<pe jamais d'employer, chaque fois que l'on établit une 

<»ïûpapaison entre un chrétien, c'est-à-dire un homme ^ et 

nn animal. 

VI 

Od dit proverbialement : — Avec lui, il n'y a pas d*aubour, 
cesW-dire : avec. cet homme, il n'y a pas de mécompte, de 
^fise ; il n'y a rien à craindre, rien à refaire. 
^ubour signifie en berrichon, et signifiait autrefois en 
™Çaîs, aubier, et l'on entend par aubour et a/ubier la par- 
tie la plus tendre du bois, celle qui touche à l'écorce et qui 
®' bien inférieure en qualité au cœur de l'arbre. — On 



»Voy. 



t. II, p. 169. 



254 SOUVENIRS 



trouve aubour employé pour aubier dans la chronique de 
Du Guesclin par Cuvelier. 

Au reste, le mot aubour et le proverbe où il figure ne 
sont point particuliers à nos contrées. Voici ce qu'on lit à 
ce sujet dans MénagB : — « Aubours vient du latin aUmmum 
qui se trouve dans Pline, et qui a été ainsi appelé de sa 
couleur blanche. — Le commun peuple d'Anjou dit prover- 
bialement : Il n'y a pas d* aubours en mon faity pour dire il 
n'y a pas de tromperie, à cause que le bois où il se trouve 
de Yaubours n'est pas bon. » {Origines de la langue fran- 
çaise.) 

VII 

On a l'habitude de dire d'une personne connue par sa 
lésinerie : — Elle n'attache pas ses chiens avec des andouilles. 
— Les Italiens se servent d'une expression à peu près sem- 
blable en parlant d'un pays d'abondance, d'un pays de co- 
cagne : — « Vi si legano le viti con le salciccie : On y attache 
les vignes avec des saucisses. » 

Vlll 

f On dit ligurément : Avoir les rognons couverts^ pour 

dire : être riche, être dans l'aisance, être bien pourvu ; par 

comparaison, sauf votre respect^ avec l'état d'un porc bien 

gras. » — ' (M. le comte Jaubert, Glossaire du Centre, au 

mot Rognon.) 

IX 

Êt7*e caléy c'est être riche; c'est être cossu, comme on dit 
populairement en français; c'est, littéralement, avoir beau- 
coup de cales ou de cosses. Cale et calé, en Berry, signifient 
exactement la même chose (juc les mots français cosse et 
cossu. Cette identité de sens, tant au propre qu'au figuré^ 
entre le français et le berrichon, prouve que le mot cossu^ 
pris dans l'acception de riches ne vient point du latin copio^ 
sus, ainsi que le prétend M. Génin dans ses Récréations phi^ 
lologiquesy ni, ainsi que le pense le savant M. Duméril, de 



DU VIEUX TEMPS 255 



cossusy autre mot latin par lequel les Romains désignaient 
une sorte de larve grasse et trapue dont ils étaient très- 
friands. 

X 

Nous disons de quelqu'un qui parle avec facilité, qui a la 

langue bien pendue : — Il na pas le lignou. — Ceci est 

urie allusion à l'habitude où l'on est, dans nos campagnes, 

faire couper le lignou (le filet de la langue) aux enfants 

qui la longueur de ce ligament pourrait nuire aux 

naouvements de cet organe. 

Nous disons encore d'un narrateur, d'un orateur, qui 

^ Vélocution abondante et rapide : — Il ne patte pas en 

^ou,te. — Pour sentir le piquant de cette expression toute 

'^^rrichonne, il fiiut savoir que le verbe patter se dit de la 

argileuse qui, dans nos gras terroirs, s'attache, en temps 

pluie, aux pieds (aux pattes) des voyageurs et retarde 

marche ^ 

XI 

On dit d'un homme silencieux qui prend tout à coup et 

lutement la parole : — Ahî il a eu nouvelle de ses 

/ie«. — Nous ne savons à quelle circonstance cette phrase 

'^"^V^^erbiale fait allusion. 

XII 

Vache qui monte, bœuf qui descend 
Peuvent bien dire : Adieu, bon temps ! 

proverbe est particulièrement usité dans la partie du 

qui avoisine la montagne, c'est-à-dire la Marche ou le 

X^surtement de la Creuse. Dans ce dernier pays on laboure 

vent avec des vaches, parce que les terres y sont géné- 

^'^lement fort légères. C'est ce qui fait que les bœufs de 

^^^\ail qui descendent de la Marche en Berry, où les terres 

^^Ui plus fortes, ont un surcroit de peine. — Mais ce dicton 

^ entend sui'tout des chrétieiis : 1® parce que les laboureui's 



'Voy. t. U, p. i^. 



256 SOUVENIRS 




fatiguent beaucoup plus en Berry qu'en Marche ; 2° parce 
que les femmes marchoises chargent les foins, moissonnent, 
battent le blé, etc., etc., ce que ne font pas nos paysannes. 

XIII 

Il cause trop, il n*aura pas ma toile. — Se dit d'un ca«— 
seux, c'est-à-dire d'un bavard, d'un indiscret, qui n'inspin 
aucune confiance. — Ce dicton est tiré de l'un de nos viei 
contes populaire, intitulé Jean le Sot. 

XIV 

Pîvid comme un landier de confrérie. — Cette vieille li 
cution proverbiale, autrefois usitée par toute la Fran< 
s'emploie encore à Linières (Cher). — « Si bien qu'ils fure 
contraincts de se lever de table et aller à la cuysine où 
ne trouvèrent âme vivante et le feu tout mort et les landi» 
froids comme ceux d'une confrérie. » — (Brantôme.) 

XV 

On dit, en parlant d'un grand vent : — Il fait un ven^£^ à 

écorner les bœufs, et, en parlant d'une averse imminent^fe^ : 

^- Nous allons avoir de Peau, que les chiens en hoiro^^^ 

debout. 

XVI 

Travailler pour Darchi, 

Ni paye, ni nourri. 

Ce proverbe, dont on fait très-fréquemment usage d^^^i^s 
les environs de la Châtre, signifie exactement la même clxcii3se 
que travailler pour le roi de Prusse. 

XVII 

■É I 

On dit d'un fainéant qui ne fait jamais œuvre de ses ^triix 
doigts : — Il a un poil dans la main. — Cette hypertx^^^^^^» 
aussi originale qu'expressive, indique que la personne ^3^^^^ 
on parle fait si peu de besogne que le poil a le temp^ ^^ 
lui pousser dans la main. 

XVIII 

On dit d'un paresseux, très-lent dans tout ce qu'il f^^^^ • 



DU VIEUX TEMPS 257 



— Cest un saint Lambin qui frait ben trois pas dans un 

boisseau. 

XVIII bis 

Dans nos campagnes, on donne les noms de mercier^ mer- 
celoty à des marchands colporteurs, à de petits porte-balles, 
qui courent les villages et les fermes pour vendre du galon, 
du fil, des aiguilles, des peignes, etc., et Ton dit proverbia- 
lement, en parlant d'un vaurien qui, pour le plus mince 
profit, ne recule devant aucune mauvaise action : — Il tue- 
rait bien un meixier pour un ptgne (peigne.) 

Des traces de ce proverbe se trouvent dans Gargantua, où 
Rabelais, en plaisantant, en intervertit les termes : — « ! si 
Vous me y faictes vostre lieutenant, dit Merdaille, je tueroye 
'^^g pigne pour ung meixier. » 

XIX 

Tout le monde est mercier; chacun porte sa balle. — C'est- 
à-dire : tout le monde a ses peines; chacun porte sa croix. 

XX 

Profiter comme la pâte dans V arche (le pétrin). — Se dit 
d'une femme enceinte; se dit également du pécule, de la 
fortune d'une personne qui réussit dans son commerce, 
dans ses spéculations. — Allusion à la pâte que le levain 
*^*t gonfler par la fermentation. — Rabelais a dit : — « Et 
froissait comme la paste dedans le met. » [Gargantua, 

^*^- XL.) 

*^our le mot arche, voyez t. II, p. 104. 

XXI 

-^t^otV bonne chape sur VœU. — C'est avoir Tceil vif, c'est 
*®^ se porter. — Chape désigne la couverture de l'œil, la 
*;^pière supérieure. — Nous disons chaper des yeux pour 
^**&noter des yeux. 

XXII 

^Voir le Diable dans son collet. — C'est être entêté, tenace, 

T. II. 17 




Ce n'est donc pas sans raison que lo peuple persiste à di_; 
des aneiom, sans h aspirée. 

Notons, en terminant cet afticle, que nos médecins 
compagne ordoiiuent aux personnes qui souffrent de l'an^ 
des cataplasmes de treues ou cloportes; ils sont daccordj 
cela, avec la vieille médecine officielle et mPme avec o 
des anciens Romains, car Pline nous apprend que, de 4 
temps, on combattait cette affection de la même raanièi- 
~ MiUepednm iUini aiiginis, efficaci-isimum putant '. 

LES jeiœis DE uviotes. 

Lei fUt de la Vierge, ces fils àtaat VirgOe a dit : 

Tenuia nec lanœ calum veUera, ftrri. (Georgr.,liv.Ç 
sont connus, dans nos campagnes, sous les noms' de jliit 
àe Marié, jetons de la Bonne-Angê*, pan» qoe, dit^on^ 
vierge Marie les jette en filant sa qaoïDufile. 

Si nous nous en rapportons aux savants, nos jetant 
seraient autre chose que les fils produits par une espE 
d'araignée brune, qui, en autonme, rase constamment 
terre et couvre nos guérets de ses frêles et brillants réseau; 
Par les belles journées de l'arrière-saison, le vent enlève e 
fils de la surface des champs, où ils sont quelquefob trS 
épais, les roule les uns sur les autres, et les promène souvei 
dans les airs, ù de grandes hauteurs. 

Ainsi, où nos paysans entrevoient une vierge céleste, I 
savants n'aperçoivent qu'une araignée. Hélas! trop souve 
la science substitue de tristes vérités à nos plus riani 
chimères. 

Nos villageois veulent encore, en dépit des conchyliologisl 
et des botanistes, que la bélemnite, — espèce de fossile 
cône allongé, assez commune dans le terrain jurassique, 

' Hisl. nalw., liv. XXX, cli. 11 et 12. 

' Voj. plus haut, 1. 1, p. 114, ce que l'on dit de la Bonne-Angt. 



DU VIEUX TEMPS 249 



i 



soit le fuseau de la Vierge, et que la massette à longues 
feuilles soit sa quenouille ou celle de sainte Anne. — Disons 
de plus, puisque nous en trouvons l'occasion, que les bélem- 
nites passent aussi pour avoir servi de quilles au petit Jésus, 
et que nos médecins de village en font une poudre dont ils 
se servent pour combattre la cécité produite par certaines 
ophthalmies, ce qui fait que ce coquillage est quelquefois 
appelé pierre de lynx. 

LE ROIBERTAUD, OU ROBERTAUD; 
LES BÊTES A BON DIEU. 

Le roitelet est connu, en Berry, mais principalement aux 

environs de la Châtre, sous les noms de roibertaudy rober- 

tavd, — Dans nos campagnes, on appelle assez ordinairement 

^crtaudy les personnes qui portent le nom de Robert; or 

^tielet voulant dire petit roi, roi sans pouvoir , nos pères, 

^^M un temps fort reculé, n'auraient- ils point donné par 

'ïïoquerie à ce petit oiseau le nom du roi Robert, de ce fils 

de Hugues Capet, qui fut un modèle de si grande faiblesse? 

' Alors, on pourrait traduire roibertaud par roi Robert, 

®* robertaud par Robertus. 

En quelques endroits de notre province, le roibertaud 
P*^^te les noms de roibry, roubri * . 

Le roibertaud ou le roibry joue très-souvent un rôle dans 

*^ cérémonial parfois si bizarre dont on accompagnait, au 

^^oyen âge, l'acquittement des devoirs seigneuriaux. Par 

exemple, à une certaine époque de Tannée, le seigneur de 

*^Mardelle, près de Châtillon-sur-Indre, recevait de ses vassaux 

^ti roihry. On le lui conduisait , non pas sur une perche , 

^^mme celui que donnaient au châtelain de Mareuil les nou- 

'Veaux mariés du village de Villiers 2, mais attaché avec de 

torts cordages neufs, sur une voiture attelée de quatre bœufs 



*Voy. ces mots dans le Glossaire du Centre. 
•Voy. plus haut, l. II, p. 62. 



350 SOUVESIBS 

noirs'. — C'est ainsi qu'en Lorraine h des pajisans deva.î 
pour redevance conduire jusqu'au château de leur seigD< 
un serin placé sur une voiture à quatre chevaux*, » 

Le prieur de Château-Ponsac, dans !a Creuse, ne detnand 
pour tout cens aux liabitantjs de cette ville, dont il était 
même temps le seigneui- temporel, qu'un roitelet qii' 
étaient tenus do prendre à la course et de lui apporler 
premier jour de l'an. Aussi élait-ce un grand plaisir po 
les jeunes gens de l'endroit de courir, ce jour-là, le roileb 
Celui qui avait eu le bonheur de l'attraper devenait te i 
de la fête, et c'était, escorté de ses camarades et aux so 
dos tambours et des hautbois « qu'il allait, pendant 
grand' messe, présenter le petit oiseau au prieur, ou au ju{ 
ou même au procureur fiscal. Les jeunes gens devait 
aÊBrmer, avec sernient, qu'ils avaient pris le roitelet I03 
lement à la course, sans l'avoir arquebuse ou tiré à cou 
de flèche, — A l'issue de la messe, on dressait procès-ver] 
de la cérémonie'. » — L'usage d'offrir un roitelet !i s 
seigneur existait également en Franconîe*. 

Le roibertaud est rangé au nombre des animaux c 
portent le nom de bétes à bon Dieu; plus qu'aucun autr 
mérite cette qualification, si, comme on l'assui-e, il appoi 
lors de la naissance du petit Jésus, toute la mousse et toul 
duvet de son nid pour faire une couchette à l'Enfant-Dieu 

Le roibertaud partage avec l'hirondelle et le grekt 
grillon ou cri-cri), les égards affectueux de l'habitant de 1 
chaumières. Pourrait-il en être autrement? Ces trois pet: 
bestioles sont les seuls amis qui, malgré l'humble médioci 
de sa fortune, recherchent constamment son intimité. 
roibry niche dans le chaume de son toit ; l'hirondelle suspi 

'M. Raynal, Bistûire du Berry, t. II, p. 208; — M.Ip conile Jaut 
Glossaire du Centre, au mot Roibertaud. 
' H. Miehelel, Origines rfu ilroU français, p. 350. 
^ Joiillietton, Histoire de la Marche, l. Il, p. 118. 
'M, Michelet, Origines du droit français, p. 250, 



DU VIEUX TEMPS 251 



son nid aux solives de sa bergerie*; le grelet, espèce de 
petit dieu lare, est Thôte fidèle de son foyer 2. Et puis il 
croit que leur voisinage porte bonheur, et si, en réalité, ils 
ne le lui donnent pas, ils le lui font au moins espérer. — 
N'est-ce pas déjà le bonheur? 

A cette naïve et gracieuse superstition peuvent s'appliquer 
les paroles suivantes de M. de la Villemarqué : — « Pénates, 
Mânes, Lares, Fata, de quelque nom que les Gaulois les 
nommassent, passaient pour défendre les personnes et les 
biens de ceux qui les avaient adoptés pour patrons. Ames 
des ancêtres, ces esprits, croyait-on, descendaient de leurs 
palais aériens sur la terre sous telle forme qui leur plaisait, 
le plus souvent sous celle d'oiseaux, bénissant le foyer, le 
berceau, Fétable, le verger, le champ de leurs protégés 3. » 
Les Chinois, ainsi que nos paysans, respectent les hiron- 
delles; ils ne leur font jamais de mal, et ils ont une déesse 
qiii est toujours représentée l'un de ces oiseaux à la main. 
Quant au grelet ou grillon, il est depuis longtemps un 
vrai fétiche pour les Portugais. — « Le cri-cri, dit M. Charles 
Monselet*, représente une des passions et une des super- 
stitions du peuple de Lisbonne ; on en vend par centaines 
dans les marchés, tous grouillant et tous chantant dans do 
grandes caisses, parmi des feuilles de laitue qui leur servent 
de nourriture. 11 y a des cages lilliputiennes à un ou deux 
étages, pour un ou deux cri-cris ; les artisans les suspendent 
à leur plafond ou les accrochent au-dessus de leur porte. » 
— La même superstition existe dans quelques contrées de 
l'Afrique, où l'élève des grillons, au dire du voyageur Mouffet, 
constitue une vraie branche de commerce. 



^oy. plus loin, à la table des matières, le mot : Hirondelle. 
^oy, plus loin, à la table des matières, le mot : Grelot. 
^yrdhinn ou V enchanteur Merlin^ p. 7. 
*ï>ans le Monde illustré du 31 mai 1802. 



260 SOUVENIRS 




soif. — Saint-Simon, dans ses Mémoires y emploie souvei 
cette locution : — t Le marquis dé Nesle avoit une sœc 
qui avoit épousé un Nassau. C'étoit la faim et la soif ei 
semble. » (T. Vlï, ch. xxv.) 

XXXIII 

Nous disons de deux compagnons de bouteille : 
Quand Vun a soif. Vautre veut boire, 

XXXIV 

Courir (à une chose) comme le vendredi aux tripes. 

C'est-à-dire ne pas se presser, ne pas se hâter de s'acquit "t^r 
d'un devoir, d'une besogne quelconque ; parce que les trigzp^Jy 
qui sont un régal pour les pauvres gens, ne sont point rectii-c^r- 
chées, courues y un jour maigre. — Telle est l'interprétation 
que donne de ce proverbe le Glossaire du Centre , mais il 
est une autre manière de l'interpréter qui nous semble? la 
vraie et qui lui fait signifier tout le contraire ; la voici : — A^u 
septième siècle, et même plus tard, l'Éghse rangeait au noinl> ■*« 
des aliments maigres les tripes et autres issues des animaux 
de boucherie, et elle permettait d'en manger, les vendrec^is 
et les samedis, surtout entre Noël et la Purification, (^e't-t^ 
tolérance existait notamment, autrefois, à Saint-Quentin, dai-T^s 
le Vermandois *, et elle est encore un des privilèges de ^^ 
dévote Espagne. — Les duelos y quehrantos qui, le sain<^ ^^^ 
composaient le menu de Don Quichotte, étaient des issi:»- ^^' 
des abatis de bétail, que le clergé du royaume de Cast- ^^ 
permettait à ses ouailles de consonmier ce jour-là 2. 

XXXV 

Dans les environs de la Châtre, on appelle samedi ^^^''-^^ 
deux besaces, le samedi qui précède le carnaval, parc^ '^"^' 

' Des Mœurs et des usages dans la ville de Saint-Quentin ^ dep^^^-^^^^ ^ 
septième siècle jusqu'à nos jours, par Fouquier-Cholet, in-S", Saint— ^ "Quen- 
tin, 1823. 

- Don Quichotte f liv. I, eh. i*. 



DU VIEUX TEMPS 261 



le marché se tenant, dans cette ville, le samedi, on s'y rend, 
co jour-là, avec deux besaces, pour mettre, dans Tune, la 
provision de viande qui doit se manger pendant les jours 
gx^s, dans l'autre, la provision de maigre que Ton doit 
consommer pendant le carême. 

XXXVI 

Il n'est si cKti (chétif) fagot qui ne trouve sa riote (son lien). 
C'est-à-dire : Il n'est si laide fille qui ne trouve un mari. 

Une variante dit : — // ny a pas de grenouille qui ne 

tt^ouve son crapaud. — C'est à peu près la môme idée qui 
a fait dire à Régnier : 

11 n'est, mon cher lecteur, vieille si décrépite 
Qui ne trouve à la fin couvercle à sa marmite. 

Riote y lien de bois tordu ; de retorta, dit Roquefort. 
(Voy. t. I, p. 2o8.) — cLien d'un fagot ou d'une bourrée, 
à Paris, qu'on appelle une riolte en mon benoît pays », dit 
Bonaventure des Périers. {Discours^ p. 187.) 

XXXVII 

On dit en parlant de quelqu'un qui désire une chose qui 
lui sera plus à charge qu'à profit, ou qui possède une chose 
qui lui est plus nuisible qu'utile : — Il a besoin de ça comme 
'Un loup a besoin d'une sonnette. 

XXXVIII 

Chacun à son tour, comme à la Brigaudière. 
Ce dicton, tout local, est une espèce de calembour que l'on 
^*te toutes les fois que l'on réclame, pour soi ou pour autrui, 
*^ place, le rang, qui revient à chacundans un ordre successif 
quelconque. — Pour comprendre ce jeu de mots, il faut savoir : 
*** que La Brigaudière est un village situé près de Saint- 
^euou (Indre); 2® que, dans ce village, il n'y a qu'un seul 
P^its; 3® que chaque habitant possède un tour (treuil) por- 
^^if, muni de sa corde, qu'il apporte sous son bras toutes 
^^ ibis qu'il veut puiser de l'eau. — C'est ainsi que le Gto- 



26S SOUVENIRS 




saire du Centre explique ce proverbe; mais cette explicatl 
fort originale nous parait plus plaisante que vraie, et voi 
selon nous , quelle serait lorigine de cette locution : — 
Berry, le frelon est connu sous le nom de brigaudy et 
guêpier sous celui de bngaudière; or, comme les briga 
n'entrent jamais qu'un à un et chacun à leur tour dan 
bngaudière, ce fait d'histoire naturelle aura donné lieu 
dicton ci-dessus. 

XXXIX 

Quand vient la saison du poisson d^avril, les personnes de 
nos villages qui aiment à rire envoient leurs enfants ou l^i.irs 
domestiques cherclier chez leurs voisins le moule à bouc^-i'^tSy 
ou la corde à virer le vent, — Virer est-il employé, ici, dans 
le sens de tourner \e vont d'un autre coté, le faire venir d'un 
autre point do Thorizon, ou bien dans le sens de le chasser, 
de l'empêcher de souffler "? — Le verbe virer a ces deux 
significations dans notre idiome. 

XL 

.1 la mi-février^ 
Une bonne mariasse doit couver. 

Nous appelons mariasse la femelle du merle. 

XLI 

Pâques bas, Pâques haut, 
y est jamais sans marlauds, 

C'est-à-diro : que Pâques arrive de bonne heure ou i^^^ ' 
le merle a toujours des petits, à cette époque de Tan*^^^' 
(Voy. t. 1, p. 2:23.) 

XLll 

Le mot miche, dans notre langage, a deux sens bien A^*^ 
rents : tantôt il désigne la roupie ou goutte d'eau qui» P^ 
les grands froids, pend au nez ; tantôt il devient le nom ^ ^ 
oiseau, et signifie rouge^orge. Or, cette double signific^-^* 
du mot ruiche l'ait dire aux plaisants de nos villages ^^ ' 



DU VIEUX TEMPS S65 



général et des promesses semblables à tous les devins qui 
poiji. ^valent exister dans son royaume, ainsi que dans les 
pays circonvoisins. 

•j, un pauvre diable, nommé Grelet, qui, à force de 
ij dans les foires et les assemblées, h bonne aventure aux 
gefms de la campagne, avait fini par se figurer qu'il était 
ré^^XIement devin, ayant eu vent de la nouvelle, se rendit au 
psi^lsiis du roi, et se fit annoncer comme sorcier, promettant 
d© faire retrouver le diamant. 

On rintroduisit aussitôt près du prince, auquel il demanda 
quelques renseignements sur la disparition de son joyau; 
apsT^ quoi, il pria qu'on le laissât se retirer, seul dans un 
a[>partement, se faisant fort de remplir les vœux de Sa Majesté 
dai^Kis les vingt-quatre heures. 

Afais le roi, qui déjà avait eu aifaire à plus d'un hâbleur, 

voulut mettre de suite à l'épreuve le talent de maître Grelet. 

A c^t efifet, il lui montra, en présence de toute la cour, 

^rMG boite d'argent hermétiquement fermée qui était placée 

***** une table, et lui dit . 

J'ai déjà demandé à plusieurs prétendus devins ce que 
■me cette boite, et aucun d'eux n'a pu me le dire; 
si, comme eux, vous n'êtes qu'un imposteur. — Que 
•vous qu'elle contient? 
-Neutre pauvre devin était loin de s'attendre que l'on ferait 
i promptement l'expérience de son habileté. Il espérait, 
^•'ïxt qu'on en vînt là, d'être hébergé au moins pendant 
*^ jour ou deux dans le palais, et do s'y donner du bon 



» « l^ jusqu'au moment où on le mettrait en demeure de 
^**^ son avis sur la destinée du diamant, sauf à se tirei; 
^iXibarras, quand viendrait ce moment critique, par quel- 




adroit subterfuge. La question que lui adressa le roi le 
meerta donc complètement, et, dans son trouble, il ne 
^^t que s'écrier naïvement, en se parlant à lui-même : — 
^ es pris, Grelet ! 



264 SOUVENIRS 






y chantent nuit et jour, c'est signe qu'il y a ou qu'il y aui 
avant peu, beaucoup d'argent dans la maison. 

« Le grelet et le sauteriau, ou, si vous l'aimez mieux, ^^ 

grillon et la sauterelle... » (George Sand, la Petite Fadette,) « 

« Les Poitevins disent un grelet, les Angevins un grésilU 
et les Normands un criet. Il faut dire un grillon avec 
Parisiens, » — (Ménage, Observations sur la langue françois'^ 

XLV 

Toutes les fois qu'un de nos paysans voit quelqu'un, 
se voit lui-même en présence de difficultés qu'il juge ins" 
montables, il a coutume de s'écrier ; — Tu es pris, Grel 
— Cette exclamation tire son origine d'un vieux conte po; 
laire très-goûté dans nos villages et que nous avons renc« 
tré parmi les légendes recueillies en Allemagne par les frfeair^es 
Grimm. 

Nous allons donner ce récit tel qu'on le répète, depM-^is 
des siècles, dans le pays. — Cette historiette, dans le reciB^ ^I 
des frères Grimm, est intitulée le Docteur universel, et le 
héros de l'aventure, au lieu de se nommer Grelet, comM^'^e 
en Berry, porte le nom d'Ecrevisse. — Au reste, ce n' ^st 
pas la seule fois que la muse berrichonne et la muse g^^^' 
manique se soient rencontrées dans leurs fantaisies. E-^^ar 
exemple, notre histoire du bœu (bœuf) rosé, qui n'est aU- ^re 
que l'histoire du Petit Poucet, mais qui diffère essentiellein^^^^^ 
du récit de Perrault, rappelle de tout point l'odyssée ^" 
Tom Pouce allemand. 

LE DEVIN SANS LE SAVOIR. 

Un roi de..., on ne sait plus de quelle contrée, perdit^ '^ 
plus beau diamant de sa couronne. En conséquence, " 
donna l'ordre de publier par tous ses États que celui qui *^ 
lui ferait retrouver recevrait une récompense telle que ^^ 
fortune en résulterait. Il iit, en même temps, un apï^ 



DU VIEUX TEMPS 267 



Cependant notre homme en arriva insensiblement à ce 
quart d'heure de béatitude qui accompagne toujours le 
premier travail d'un estomac délicatement pourvu, et il s'oc- 
cupait louablement, en bon chrétien qu'il était, à dire ses 
grâces, lorsqu'un domestique entra dans la chambre pour 
enlever la desserte. C'était précisément au moment où Grelet 
dépêchait son dernier signe de croix, et s'écriait, plein de 
gratitude, en songeant au bon repas qu'il venait de faire, et 
les yeux fixés par hasard sur le valet : — En voilà un de pris! 
A ces mots, le domestique pousse un grand cri et s'enfuit, 
épouvanté, par les appartements, en laissant toutes les portes 
ouvertes. 

tirelet, dont la raison commençait un peu à battre la 
campagne et qui devenait de plus en plus étranger à ce qui 
^ passait autour de lui, lit à peine attention à cette incom- 
préhensible conduite. 

Le diner dépassa, s'il est possible, le déjeuner, eu profu- 

**On et en délicatesse. L'appétit de Grelet fit de nouvelles 

^îep veilles . et se montra tout à fait à la hauteur de la cir- 

^^ïîstance. Aussi, ce repas terminé, récita-t-il ses grâces avec 

^'^e effusion de cœur si fervente qu'il ne fut pas même dis- 

^**^it: par la venue d'un nouveau domestique qui se mit à 

ir les reliefs du festin. Enfin, notre devin termina 

oraison jaculatoire par cette exclamation : — Encore un 

Jarisl 

^^^i«s simples paroles produisirent sur le second valet l'effet 
^H coup de foudre. Il laissa tomber la vaisselle qu'il avait 



les bras et disparut avec la même rapidité que son 
firère. 
^^lomplétement absorbé dans le bien-être (jue lui procu- 
^ent les folles rêveries de l'ivresse, Grelet ne fut pas plus 
ppé de ce nouvel incident que du premier. 
Il n'en fut pas de même des doux domestiques. Le der- 
nier, ayant rejoint son camarade dans un endroit retiré ; 



266 SOUVENIRS 




— Bravo ! dit le roi , dont la physionomie manifesta se »ii- 
dain la joie la plus vive ; voilà qu'enfin nous avons tro^^HiTé 
l'homme que nous cherchions! 

Ce disant, le prince se dirigea rapidement vers la boî 
la saisit, l'ouvrit, et l'assistance émerveillée, et le devin 
ne l'était pas moins, en virent sortir un véritable greki 

Un immense cri d'étonnement et d'admiration, que xie 
put réprimer la présence du roi, qui, d'ailleurs, seml^ Jsiit 
le provoquer, s'éleva de tous les points de la salle, tariM <:3is 
que le devin, qui s'était hâté de prendre un air convenaii^le, 
souriait avec modestie en caressant lentement l'extrémité *le 
sa barbe. 

Le roi s'approcha de lui et le complimenta dans les terrrzMes 
les plus flatteurs. Les plus grands seigneurs et les pIB^us 
grandes dames de la cour en firent autant. 

Toutefois notre magicien, qui sentait la nécessité de ne 
pas trop se prodiguer, témoigna le désir de se retirer d^i».ns 
l'appartement qu'il avait demandé; ce qu'on lui accorda s^^-ir- 
le-champ. 

L'heure du déjeuner étant arrivée, Grelet fut invité ^^ar 
un des grands ofliciers d(ï la couronne à aller prendre pi ^^^e 
il la table du roi; mais le devin, qui redoutait de nouve^-lcs 
épreuves, déclina prudemment cet honneur, et comme ^^on 
étrange bonheur ne laissait pas de lui donner un cert- ^'" 
aplomb, il déclara, une fois pour toutes, qu'il avait bes^ ^3'" 
de tous ses instants, qu'il désirait n'être point troublé d- ^"^ 
sa retraite, et que, ([uant à ses repas, il les prendrait d- ^î^s 
son appartement. 

En conséquence, un instant après, on lui servait un ^^" 
jeûner splendide. 

Grelet, qui était doué d'un robuste appétit, et qui ne s'^*^*^ 
jamais vu à pareille fête, s'en donna à cœur-joie. Zes mie^^^^\ 
dit l'histoire, en volaient au plafond, et sans doute a'iJ^^ 
les bouchons. 



DU VIEUX TEMPS 267 



Cependant notre homme en arriva insensiblement à ce 
ïxaart d'heure de béatitude qui accompagne toujours le 
premier travail d'un estomac délicatement pourvu, et il s'oc- 
cupait louablement, en bon chrétien qu'il était, à dire ses 
grâces, lorsqu'un domestique entra dans la chambre pour 
enlever la desserte. C'était précisément au moment où Grelet 
dépêchait son dernier signe de croix, et s'écriait, plein de 
gx^titude, en songeant au bon repas qu'il venait de faire, et 
les yeux fixés par hasard sur le valet : — En voilà un de pris! 
A ces mots, le domestique pousse un grand cri et s'enfuit, 
épouvanté, par les appartements, en laissant toutes les portes 
ouvertes. 

Grelet, dont la raison commençait un peu à battre la 
campagne et qui devenait de plus en plus étranger à ce qui 
se passait autour de lui, fit à peine attention à cette incom- 
préhensible conduite. 

Le dîner dépassa, s'il est possible, le déjeuner, en profu- 
sion et en délicatesse. L'appétit de Grelet iit de nouvelles 
merveilles . et se montra tout à fait à la hauteur de la cir- 
constance. Aussi, ce repas terminé, récita-t-il ses grâces avec 
une effusion de cœur si fervente qu'il ne fut pas même dis- 
trait par la venue d'un nouveau domestique qui se mit à 
desservir les reliefs du festin. Enfin, notre devin termina 
son oraison jaculatoire par cette exclamation : — Encore un 
de pris! 

Ces simples paroles produisirent sur le second valet l'effet 
d'un coup de foudre. Il laissa tomber la vaisselle qu'il avait 
s^i* les bras et disparut avec la même rapidité que son 
^nfrère. 

Complètement absorbé dans le bien-être que lui procu- 
^i^nt les folles rêveries de l'ivresse, Grelet ne fut pas plus 
^'^ppé de ce nouvel incident que du premier. 

^ Il n'en fut pas de même des deux domestiques. Le der- 
^^er, ayant rejoint son camarade dans un endroit retiré ; 



— Tu avais raison, lui dit-il, d'un air- consterné, c'en gs 
tait, nous sommes diicouverts, et le devin sait tout! car, on 
m'apei-cevant, il s'est écrié, comme lorsqu'il t'a vu: — ■ 
Encore un de pris/ — S'il l'ait te même accueil ù Pierro 
({uand il se présentera, ce soir, pour enlever le couvert du 
souper, nous pourrons nous regarder comme perdus ! D'ail- 
leurs, s'il a deviné la présence du grelet dans la boite, rien 
ne saurait lui échapper. 

Cependant le jour coninieuçait à décliner, et les douces 
illusions où se complaisait tant Grelet, s'envolaient une i 
une, à mesure que se dissipaient les fumées couleur de rose 
qui égayaient son cerveau. Le bon temps qu'il s'était prorr^is 
et qu'il avait, jusque-là, ai bien mis ù profit, touchait à scjn j 
terme. En un mot, il s'inquiétait de la manière dont il , 
pourrait se tirer d'affaire touchant la trouvaille du diamarnt. ' 
car le délai de vingt-quatre heures qu'il avait demandé su ^ 
roi expirait le lendemain matin. ' 

La vue du souper que l'on ai)porta, put, seule, ranim^^r 
son courage et le distraire de ses trop légitimes appréhensi»'*'^. 

Il s'attabla sans retard, but à plein bord l'oubli de ses 
alarmes et parvint bientôt, de rasade en rasade, non-s^^"" 
lement à rentrer dans tous ses châteaux en Espagne, ir^»*'* 
encore à faire de nouvelles conquêtes dans le royaume *^^ 
chimères. Il poussa si loin ses prouesses, que, dans l'ivr^**^ 
de ce triomphe suprême, il oublia de dire ses grâces, et ■** 
put que s'écrier, au moment oîi Pierre parut pour débl»-'J^ 
le champ de bataille : — Les voilà donc tous pris ! 

— Grâce! grûce!.... s'écria tout à coup le coupable se**"" 
teur, en tombant aux pieds de Grelet. — Puisque V*"* 
savez tout, seigneur devin, épargnez-nous!... nous v*"* 
remettrons le diamant,.... nous.... 

— Le voici!.,, dirent, en se précipitant dans la salle*. 1** 
deux complices de Pierre, qui étaient aux écoutes. 

La vue du magnifique joyau dégrisa subitement le de"^"*' 



DU VIEUX TEMPS 251 



soxi nid aux solives de sa bergerie * ; le grelet, espèce de 
petit dieu lare, est Thôte fidèle de son foyer 2. Et puis il 
croit que leur voisinage porte bonheur, et si, en réalité, ils 
ne le lui donnent pas, ils le lui font au moins espérer. — 
N'est-ce pas déjà le bonheur? 

A cette naïve et gracieuse superstition peuvent s'appliquer 
les paroles suivantes de M. de la Villemarqué : — a Pénates, 
Mânes, Lares, Fata, de quelque nom que les Gaulois les 
ïiommassent, passaient pour défendre les personnes et les 
l>iens de ceux qui les avaient adoptés pour patrons. Ames 
des ancêtres, ces esprits, croyait-on, descendaient de leurs 
palais aériens sur la terre sous telle forme qui leur plaisait, 
1« plus souvent sous celle d'oiseaux, bénissant le foyer, le 
berceau, Tétable, le verger, le champ de leurs protégés 3. » 
Les Chinois, ainsi que nos paysans, respectent les hiron- 
delles; ils ne leur font jamais de mal, et ils ont une déesse 
qui est toujours représentée Tun de ces oiseaux à la main. 
Quant au grelet ou grillon, il est depuis longtemps un 
vrai fétiche pour les Portugais. — « Le cri-cri, dit M. Charles 
Monselet*, représente une des passions et une des super- 
stitions du peuple de Lisbonne ; on en vend par centaines 
dans les marchés, tous grouillant et tous chantant dans de 
grandes caisses, parmi des feuilles de laitue qui leur servent 
de nourriture. Il y a des cages lilliputiennes à un ou deux 
étages, pour un ou deux cri-cris ; les artisans les suspendent 
à leur plafond ou les accrochent au-dessus de leur porte. » 
— La même superstition existe dans quelques contrées de 
V Afrique, où Télève des grillons, au dire du voyageur Mouffet, 
constitue une vraie branche de commerce. 



^oy. plus loin, à la table des matières, le mot : Hirondelle. 
*<>y- plus loin, à la table des matières, le mot : Grelet. 
^yrdhinn ou V enchanteur Merlin^ p. 7. 
^^ans le Monde illustré du 31 mai 1862. 



CHAPITRE QUATRIÈME 



PROVERBES ET DICTONS MÉTÉOROLOGIQUES 

ou 

SCIENCE DE LA PLUIE ET DU BEAU TEMPS. 



Les paysans connaissent la science des pronos- 
tics mieux peut'ôtre que les plus savants physic^'^s 
et que les philosophes les plus éclairés. 

(A. Fée*) 



Nous allons comprendre sous ce titre quelques-uns ^^ 
nombreux dictons qui sont le résumé des méditations fa î ^^» 
de temps immémorial, par nos paysans, sur plusieurs p^^^^ 
nomènes naturels. — Dispositions de l'atmosphère, influe:»"^^^^ 
astronomiques, habitudes de certains animaux et de certa *ï^^^ 
plantes : nos philosophes campagnards ont tout étudié, e:^^'^ 
résultat de leurs observations, condensé en maximes ou J^^^ 
verbes, sert, tous hs jours, à connaître à Tavance le ^^^'^ 
de nos récoltos, à changer en certitudes les éventualité"^» •' 
prendre des précautions contre des malheurs à venir, n^^*^ 
prévus, à diminuer, enfin, le nombre des mécompte^ ^' 
variés en agriculture. 

Nous appelons rimoiiêres ceux de nos dictons qui son^» 
tant bien que mal, enchâssés dans des rimes. 



DU VIEUX TEMPS 273 



infinité de saintes reçoivent également le titre de Bonne^Dame. 
Nous disons : la Bonne-Dame de Sainte-Solange y la Bonne- 
DatM de Sainte-Sevère, etc., etc. 

La Bonne^Dame de Chasse- Mars est, dit-on, ainsi appelée 
parce qu'elle chasse les bergères des prés et les bonnes vieilles 
du coin du feu. En effet, c'est vers la fin de mars que les 
vieux quittent les tisons de l'âtre pour le soleil du pignon^ 
que l'herbe commence à poindre, et que l'on chasse des prai- 
ries toute espèce de bétail. 

Le marais tire son nom des lieux où il séjourne. On 
rappelle aussi ramaige (ramage), râletj et cette dernière dé- 
nomination s'explique par la nature de son cri, qui ressemble 
à une sorte de râle. — Au reste, ce reptile est connu des 
naturalistes sous le nom de crapaud enflammé, et il a été 
ainsi spécifié parce qu'il a le ventre rouge. 

X 

SHl tonne en mars S 
Relie tonneaux et quarts. 

^'eslrà-dire : s'il tonne en mars, il y aura abondance de 

^"^ ; relie tous tes vaisseaux, grands et petits. 

•Nous appelons quart un petit tonneau qui contient, non 

'^^^ le quart de notre poinçon ordinaire, qui est de 220 litres, 

"^^îs la moitié ou HO litres. — Notre quart n'est ainsi 

.^*^mié que parce que, autrefois, il formait le quart de Tan- 

^'^»^ muid. 

XI 

S'il tonne en masj 
Monte ta cube au chambra. 

qui revient à : s'il tonne en mars, monte ta cuve au 
îer. — Ce dicton, tout à fait en contradiction avec le pré- 



^^ous ne prononçons pas le s final de mars^ ni Ici d'avril. — En gé- 
«^^^1 si nos proverbes ne riment point aux yeux, ils riment sufiisam- 
^*^t à nos oreilles. 

T. II. 



272 SOUVENIRS 

Les printemps secs t'taiit tr^s-favorables au blé, enrichi» 
le cultivateur et le mettent à môme de doter ses filles. 
Vin 
Bonhomme, ne regarde jamais 
Ton blé en mars, ta fille en mai. ' 

C'est-à-dire que la vue d'un ciiamp de blé, au mois 
mars, n'annonce pas plus ce que sera ce blé, au moment 
la moisson, que la figure d'une jeune fille, encore dans 
l'ance, n'indique quelle sera sa beauté, lorsque le moioet 
de la marier sera venu. 

IX I 

Nous donnons le nom de marais à une espèce de batraciedi 
fort communs, au printemps, dans les mares et les iossS, 
qui contiennent des eaux stagnantes. Les cris de ces reptile 
annoncent les premiers beaux jours de l'année, et se foop 
entendre à parlir du coucher du soleil jusque bien a\'ant dan 
ia nuit. I 

On dit proTerbialement : — t Autant de jours le marai 
chante avant la Bonne-Dame de Chasse-Mars (23 mars), autan 
il est de jours sans chanter après. » — Ce qui veut dire qui 
les belles journées qui précèdent l'Annonciation se rachèten 
presque toujours par autant de mauvais jours subséquents 

« Item, plus payé pour l'oubyt (obit, service funèbre) d 
messire Houet, le jour et feste de Nostre-Dame de Chasse 
Mars, IX' iiij". » — (Comptes de la fabrique de Saint-Bonf» 
de Bourges, iSU, 1S26.) 

Toutes les fêtes de la sainte Vierge portent, chez nous, 
nom de Bonne-Dame. Indépendamment de la Bonne-Dame ■ 
Chasse-Jtiars (l'Annonciation), nous avons ]& Bonnne-Dame 
février {la Purification), là Bonne-Dame d'août (l'Assomptionr 
et la Bonne-Dam£ de septembre {la Nativité). — Toutes c 
Bonnes-Dames, dans l'esprit de beaucoup de nos villageois, c(* 
stituent, ainsi que nous l'avons déjà dit, 1. 1, p. 116, aut^ 
de personnalités ou de divinités diJférentes. Au reste, ik- 



DU VIEUX TEMPS 273 



infinité de saintes reçoivent également le titre de Bonne^Dame. 
Nous disons : la Bonne'Dame de Sainte-Solange^ la Bonne- 
Dame de Sainte-Sevèrey etc., etc. 

La Bonne^Dame de Chasse-Mars est, dit-on, ainsi appelée 
parce qu'elle chasse les bergères des prés et les bonnes vieilles 
du coin du feu. En effet, c'est vers la fin de mars que les 
vieux quittent les tisons de l'âtre pour le soleil du pignon, 
que l'herbe commence à poindre, et que l'on chasse des prai- 
ries toute espèce de bétail. 

Le marais tire son nom des lieux où il séjourne. On 
l'appelle aussi ramaige (ramage), râlet, et cette dernière dé- 
nomination s'explique par la nature de son cri, qui ressemble 
à une sorte de râle. — Au reste, ce reptile est connu des 
^Pluralistes sous le nom de crapaud enflammé, et il a été 
ainsi spécifié parce qu'il a le ventre rouge. 

X 

S'il tonne en mars ^ 
Relie tonneaux et quarts. 

C'est-à-dire : s'il tonne en mars, il y aura abondance de 
^n ; relie tous tes vaisseaux, grands et petits. 

Nous appelons quart un petit tonneau qui contient, non 
P^ le quart de notre poinçon ordinaire, qui est de 220 litres, 
"^is la moitié ou HO litres. — Notre quart n'est ainsi 
î^ommé que parce que, autrefois, il formait le quart de l'an- 
cien muid. 

XI 

SHl tonne en mas. 
Monte ta cube au chambra. 

Ce qui revient à : s'il tonne en mars, monte ta cuve au 
Renier. — Ce dicton, tout à fait en contradiction avec le pré- 

j^'jyoïis ne prononçons pas le s final de mars, ni le /d'avril. — Engé- 
m^^^f si nos proverbes ne riment point aux yeux, ils riment suffisam- 
^'^t è nos oreilles. 

T. II. 



27i souvEBiHs 

cèdent, est particulièrement en usage à Argenton, t 
prononce mas pour mars. 

XII 

S'il lontte eii airi (avril), |j 

Bonhomme, rogne ton dousi •. ' 

Les tonnerres du mois d'avril ne présageant rien t 

pour la vigne, il faut ménager son vin. — Beureui 

pour ceuv que pourrait attrister outre mesure le to 

d'avril, il existe une rimouère très-connue à Cluis (I 

el qui infirme complètement la précédente sentence; la 

Relie pipe et baril, 

SU tonne en avri. 

XU! 

j4i'rt frais et rousineux* 

Rend toujours l'an plantureux. 

XIV 

Il faut qu'au mois ^avri 

Le cheval tremble à l'Écurie. 

XV 

Il n'y a pas d'aigri 
Sans épi. 
Cela ne peut s'eiitandre que des épis de seigle. 
XVI 
Au mois d'avri, 
La chèvre ril. 
Parce que les buissons, qu'elle aime tant h broulei 
meucenl à bourgeonner. 

XVII 
Soûle (soleil) 7111 luH le joui de t,aint Vincent, 
Fait montei le im au sarment 
n y a deux saints du nom de \mc(,nt 1 un, dont 



DU VIEUX TEMPS 27S 



tombe le 22 janvier (nous en avons parlé t. II, p. 271) ; 
ra.iitre, dont il est ici question, et que Ton fête le S avril. 
Co dernier est le patron de nos vignerons ; l'analogie de con- 
sonnance entre les mots vin et Vincent^ Ta sans doute ainsi 
voulu, 

xvni 

(iuand il pleut le jour de Pâques, les blés vont en déclinant 
f'^t^qu'à la moisson. 

XIX 

On appelle chevaliers^ cavaliers ou saints vendangeurs^ 
plusieurs saints dont les fêtes arrivent vers la fin d'avril et 
1^ commencement de mai, « au temps que le soleil passe 
soiihzle signe de Taurus, dit Rabelais. Ces sainctz, ajoute-t-il, 
passent pour sainctz gresleurs, geleurs et guasteurs du bour- 
S^n. » Aussi les redoute-t-on beaucoup dans nos campagnes, 
^sont saint Georges, saint Marc, saint Eutrope, saint Philippe 
^^ le jour de l'Invention de la croix, que nos paysans pren- 
^^nt naïvement pour un saint. On dit proverbialement en 
Pelant d'eux, dans le pays : 

Marqueta Georget^ Phlipet, Croisety 
Tov^ saints dont il faut se méfier. 

On assure que le chevalier ou cavalier Georget est parti- 
culièrement funeste aux cerisiers, dont il fait couler le fruit 
Wsqu'il vient à pleuvoir le jour de sa fête. — Si l'eau 
^nibe, le jour de saint Marc, ce sont les pruniers qui en 
Suffirent. 

Cette légende des cavaliers est répandue presque par toute 
^ France, où chaque contrée compte plus ou moins de jours 
^tiques pour les récoltes. 

A. Paris, c'est l'influencç réfrigérante de saint Mamert, de 
*™t Pancrace et de saint Servais, que l'on appréhende. Ces 
*^t8, qui portent le nom de saints de glace^ commettent 
•^WJTS méfaits le 11, le 12 et le 13 de mai. 



278 SOUVENIRS 



L'aubépine porte, chez nous, les noms d'ébaupin 
de mai. Ce dernier nom lui a été donné, parce qu'elle fleuri ^ 
en mai. — (Voy., plus haut, t. I, p. S9.) 

On prétend que la floraison de l'aubépine occasionne tou- ^^ 

jours des gelées, et l'on est convaincu que ces gelées sont ^ 

l'effet produit par cette floraison et non le résultat de la 

saison. Aussi, dans quelques-uns de nos cantons, l'on parle 

au moins autant de Yhiver de Vébaupin que de Yété de la 

Saint-Martin. 

XXIV 

Quand le balai est en fleur 
La gelée n^est plus à craindre. 

Nous donnons le nom de balai au genêt commun, parce 
que nous avons l'habitude d'en faire des balais. 

XXV 

Quand le plateau ou la nappe sort de Veau^ il n'y a plus 
de gelée à craindre. 

C'est le nénuphar blanc ou jaune que nous appelons nappe 
ou plateau, à cause de la surface plane de sa large feuille. 

(( La rivière était toute couverte de grandes nappes du 
plateau blanc. » (George Sand, les Maîtres sonneurs.) 

if La figure aussi pâle qu'une fleur de nappe... (G. Sand, 

la Petite Fadette.) 

XXVI 

Mai et join (juin) 
Amènent la paille et le foin. 

Ce sont en effet les deux mois de l'année qui font faire 
le plus de progrès aux blés et aux fourrages. 

xxvu 

Quand il pleut sur la chapelle, 
Il pleut sur la javelle. 

C'est-à-dire : lorsque l'eau tombe le jour de la Fête-Dieu, 
le jour où l'on dresse, dans les rues, des chapelles ou re- 
posoirs, la moisson est contrariée par les pluies. 



DU VIEUX TEMPS 277 



XXII 

Passé la saint Orban, 
Il ne gèle ni vin ni froment. 
Ou bien : 

Passé la saint Maximin (29 mai), 
Il ne gèle ni blé, ni vin. 
Saint Orban est là pour saint Urbain. Sa fête arrive le 
2S de mai. — Saint Orban, ainsi que nous l'avons dit plus 
haut, t. II, p. 319, est invoqué pour les orbelutes et les orbil- 
lonSf maladie des yeux. — (Voy. ces deux mots dans le 
Glossaire du Centre.) 

Quant à l'habitude où nous sommes de dénaturer le nom 

dessaints, nous la poussons si loin que, parfois, ils deviennent 

toutà fait méconnaissables. Ainsi, saint Silvain est connu, du 

côté de Levroux et ailleurs, sous les noms de saint Souain, 

saint Sevain ou Sovein^ ; ainsi, d'après le Glossaire du 

Centre, le nom de Sainte-Qu/ou^e, que porte une localité des 

environs de Clion (Indre), ne signifie pas autre chose que 

sainte Théodore; enfin, toujours au dire du même Glossaire, 

saint Goussaudj le patron de la paroisse de Murs (Indre), ne 

serait autre que saint Louis de Gonzague ; mais nous ferons 

toutefois remarquer, à propos de ce dernier saint, que Joul- 

îietton, dans son Histoire de la Marche, dit positivement 

que <f en 678, le solitaire Goussaud mourut dans la com- 

wiune qui porte aujourd'hui son nom et qui fait partie du 

canton de Bénévent (Creuse). — La fête de ce saint tombe 

te S novembre. » 

xxni 

Quand fleurit Uaubépin, 
La gelée n'est pas loin. 



*^U bien 



Quand fleurit le mai^ 
Gare la gelée! 



^. Jusl VeiUat, Pieuses légendes du Berry^ p. 80. 



2S0 SOUVENIRS 



Varron, Pline, Strabon, Columelle et même saint Augustin, 
dans sa Cité de DieUj X, 16. 

Dans un autre ordre d'idées, les grands vents pronostiquent 
toujours, au dire de nos villageois, quelque grande cata- 
strophe : 

« Pour certain quand vous orrez (entendrez) fort venter, 
sachiez que c'est au moins signe de mauvaises nouvelles. » 

{Les Évangiles des quenouilles.) 

XXXIV 

A Noël au pignon^ 
A Pâques au tison. 

Lorsqu'il fait chaud à Noël, il fait souvent froid à Pâques. 

— Ce proverbe date du temps où les maisons avaient pignon 

sur rue. 

XXXV 

Les Éprouves^. — On désigne ainsi les sept derniers jours 
de l'année, et l'on croit que le temps qu'il fait pendant:^ 
chacun de ces jours, indique le temps qu'il fera pendant 
sept premiers mois de l'année suivante. Par exemple : s'ill 
pleut le jour de Noël ou le 2S décembre, tout le mois 
janvier sera pluvieux ; s'il vente le 26, tout février sera ven — 
teux; ainsi de suite. 

Dans les Vosges, on croit que le vent qui souffle pendant:^ 
la messe de minuit sera le vent dominant de l'année 
chaine. 

Dans certains cantons de l'Alsace, ceux qui désiren 
connaître à l'avance la température de l'année qui v 
s'ouvrir, prennent, un peu avant de se rendre à la me 
de minuit, douze oignons, leur donnent les noms de janvier 
février, mars, etc., et, après les avoir ouverts, y déposen 





* Éprouves pour épreuves. — C'est ainsi que nous disons prouve ai '-^ 

lieu de preuve. On voit que la parenté de ces deux mots avec les verbe '^=* 
prouver et éprouver est bien mieux accusée dans le berrichon que dan. -^^^ 
le français. 



DU VIEUX TEBIPS 279 



xxvra 

Quand il pleut pour la Saint-Médardj 
H pleut quarante jours plus tardy 

A moins que saint Barnabe 

Ne lui tape sur le 6é*. 

Nous n'enregistrons ce dicton, dont les deux premiers vers 

I sont connus de toute la France, qu'à cause du complément 

; que nous lui donnons en Berry. — Si saint Barnabe, dont 

b fête vient le H juin, c'est-à-dire deux jours après celle 

de saint Médard, ramène le beau temps, l'influence aquatique 

de ce dernier ne prévaut pas. — (Voy. t. II, p. 12S.) 

XIX 

Si les feuilles des arbres et de la vigne ne tombent pas 
(ivantla Saint-Martin (H novembre), V hiver sera rigoureux, 
^h à la même époque, il fait sec et froid, Vhiver sera doux, 

XXX 

En novembre sHl tonne^ 
Vannée sera bonne, 

XXXI 

La neige de la Saint- André (30 novembre), 
Menace de cent jours durer^ 

XXXII 

Année de grand vent, 
Année de froment. 

XXXIII 

Plus les Avents sont venteux^ 
Plus les vergers sont plantureux. 

^Os paysans prétendent que les grands vents qui soufflent 

^^<lant les Avents de Noël emplissent (fécondent) les arbres 

^ï*\iits. — Pourquoi pas? Les anciens croyaient bien que 

^t^ins vents fécondaient les cavales. — Voy., à ce sujet, 

-^é pour &ec. — Voy. t. I, p. 216. 



282 SOUVENIRS 



XXXIX 

Année de jardin^ 
Année de gy^edin. 

Ce dicton, où le mot gredin a conservé le sens de gueux^ 

mendianty qu'il avait autrefois en français, s'explique de la 

manière suivante : — Pour que les jardins soient florissants, 

il faut qu'il pleuve fréquemment; or, les pluies fréquentes 

étant très-contraires aux principales récoltes, c'est-à-dire au 

blé et à la vigne, il s'ensuit qu'une trop grande abondance 

d'eau ruine l'agriculteur et le vigneron et rend tout le monde 

gredin ou malheureux. 

XL 

Lune qui tourne dans Veau 
A bientôt tourné au beau. 

Cela veut dire que lorsque la lune devient nouvelle par la 
pluie, le beau temps ne tarde pas à revenir. 

XLI 

Un moyen infaillible de faire tomber la pluie, c'est, dit-on, 
de fouiller et bouleverser les mazetières (fourmilières). On 
prétend que Y avocat des meuniers (le pivert; voy. 1. 1, p. 224) 
emploie ce procédé pour procurer de l'eau à ses clients; sans 
doute parce qu'on le voit souvent ravager les mazetières 
pour y chercher les fourmis et surtout leurs œufs, dont il 
est très-friand. 

Nous disons mazetière pour fourmilière et mazet pour 

fourmi : — Le miel attire les mazets; — j'ai les mazets au 

pied, pour ; le pied nie fourmille. — Le terme français mazette^ 

qui exprime la faiblesse, vient certainement de notre mot 

mazet. 

XLII 

Quand l'année doit être orageuse, les pies construisent 

leurs nids dans les basses branches des arbres; lorsque 

l'année doit être calme, elles nichent, au contraire, tout à 

fait au sommet. 



DU VIEUX TEMPS 281 



qiielques grains de sel. Au retour de la messe, les oignons 

dsLx^s lesquels le sel se trouve fondu indiquent les mois qui 

seront pluvieux; ceux où le sel est resté intact pronos- 

t.ic[ lient au contraire une extrême sécheresse pour les mois 

dont ils portent les noms. 

^oici encore d'autres éprouves : — Beaucoup de nos météo- 
roraanciens berrichons sont persuadés que le vent qui domine 
durant les trois jours qui ptécèdent et les trois jours qui 
suivent le 21 mars décide du vent qui doit régner pendant 
les trois mois suivants. Il en serait encore ainsi, selon eux, 
<iuant au même quantième des mois de juin, septembre et dé- 
cembre. 

XXXVI 

La gelée blanche 
Passe sous la planche. 

Nous appelons planche une passerelle rustique établie sur 
^^ petit cours d'eau; or, on a remarqué que les gelées 
"laxiches sont souvent suivies de pluies qui grossissent les 
ï'uisseaux. 

XXXVII 

Temps blanc 
Mouille les gens. 

t^D a observé que les pluies qui proviennent de nuages 
Wafàrds garnissant tout le ciel durent longtemps. 

XXXVIII 

L'eau qui vient de bise 
Tombe à sa guise. 

*-*^ pluie qui tombe par le vent du nord est ordinairement 

® longue durée. — Les grands débordements de 1856 aiTi- 

''Bnt par un vent de bise. Il y eut alors, en Fmnce, dans 

Pi^emiers jours de juin, des contrées où la pluie persista 

^^'^clant soixante-seize heures. 



284 SOUVENIRS 



Notons de plus que quelques-uns de nos vieux romanciers 
désignent sous le nom de chasse-mare un affreux £Btntôme 
qui, la nuit, se couche sur la poitrine de certains dormeurs 
et leur occasionne le cauchemar. Enfin, voyez, t. I, p. 179, ce 
que nous disons du mot mar^ et réfléchissez bien sur la 
valeur de ce monosyllabe, dans l'allemand .nacA^-mar et dans 
l'anglais night-mai^e, termes qui répondent à notre mot eau- 
chemar. 

Chaucher signifie encore couvrir, sauter, cocher {caucher)^ 
et, dans ce sens, nous le disons aussi bien de Thomme que 
des animaux*. Le vieil Olivier de Serres a employé le mot 
chaucher dans cette dernière acception : 

« C'est merveille du tourment que les dindars (coqs d'Inde) 
donnent aux poules par intempérament les chaucher à l'ar- 
rivée du printemps. » — {Théâtre d'agriculture.) 

(( Le coq qui cauquoit,... il faut dire chauchoit en bon 
françois. » — (Béroalde de Verville, Moyen de parvenir,) 

Quant à notre didjeciit divarsieux ou diversieux, il vient du 
latin diversuSy et signifie contrariant, changeant. C'est une 
forme du vieil adjectif français divers, que l'ou employait 
jadis dans ce dernier sens : 

Tel déluge homme ne vit, 
Ne ne vit-on itel y ver, 
Ne si félon, ne si diver. 

{Chroniques de saint Magloire.) 

« Je sais bien qu'il n'y a rien de si mauvais et de si 

diversieux que cet enfant. » — (George Sand, la Petite 

Padette.) 

XLV 

La lune joue un grand rôle dans l'hygiène, dans l'écono- 
mie domestique et dans les opérations agricoles de nos 
paysans. Us observent les lunaisons avec le plus grand scru- 



Voy., t. II, p. 31, ce que l'on dit du mot Cochelin. 



DU VIEUX TEMPS 283 



XLUI 

Lorsque le grelet ou grillon des champs construit rentrée 
d« son petit terrier du côté du midi, on peut être certain 
<J}ie l'hiver sera rigoureux. Si, au contraire, Torifice de son 
*ix>u est tourné du côté du nord, Thiver sera doux. — On 
^ï^conte la même chose du hérisson : « — Pource que le 
liérisson faict communément en son creux deux trous ou 
I^i*tuis, l'un regardant vers septentrion, l'autre vers midi : 
lequel des deux estouppera, de telle partie vent se debvoir 
^slever demonstrera. Si touts deux : luicte entre eux, et 
^^Oïifusion très- variable ^ » 

XLIV 
Quand les lunes chauchent les mois, Vannée est toujours 
^^z^arsieuse, 

C'est-à-dire quand la lune accomplit presque toutes ses 
Ph.ases en dehors du mois dont elle porte le nom, le temps, 
Pendant toute l'année, est très-variable, très-contrariant. 

Notre verbe chaucher ou caucher est dérivé du latin 
^^^icare. Il signifie, au propre, appuyer, peser sur... : — 
^^ C^hauche ferme sur cette branche, elle ploiera. » — Cette 
^^pression se retrouve dans le nom chauche-branche, que 
^c^txs donnons à l'engoulevent, et elle entre certainement 
^^-Hs la composition du mot cau>chemar, par lequel on 
^^^^rime une forte oppression; car, dans nos campagnes, 
avoir le malin, c'est avoir le cauchemar , quelques 
'îens emploient encore la locution avoir le chauche malin. 
Profitons de cette occasion pour dire que l'on pourrait 
ï^^xit^être interpréter la dernière syllabe de cauchemar au 
yen de la tradition suivante, rapportée par M. X. Marmier, 
^s ses Souvenirs de t^oyage : — « Les Finlandais croient 

poitrine de 
respirer. » 




^ la JUara, monstre hideux qui se roule sur la 
* homme pendant qu'il dort, et l'empêche de 



-A-ntoine Mizauld, l'Astrologie des rmtiques. 



286 SOUVENIRS 



après expériences faites par M. Girou de Buzareingne, n'est 
pas dépourvue de fondement. 

Si Ton veut avoir de Tail bien gros et bien rond, il faut 
le planter pendant la pleine lune, lorsqu'elle est ronde. 

Le blé semé en lune dure n'est jamais carié. 

Semer quelque chose en luné p3rdu£^ c'est perdre son 
temps et sa graine. Caton, au rapport de Pline, était d'un 
avis opposé : — Silente luna sert jubet Marcus Cato. 

Très-an'ciennement, les différentes phases de la lune pas- 
saient pour avoir une puissante action non-seuleoient sur 
une foule d'opérations agricoles ou domestiques, mais aussi 
sur l'économie animale, et particulièrement sur les fonctions 
du cerveau. C'est sans doute pourquoi les Germains tenaient 
toutes leurs assemblées nationales quand la lune était nou- 
velle ou dans son plein *. — Les expressions françaises luna- 
tique, avoir ses lunes, être dans ses lunes, semblent confirmer 
cette croyance. 

Les Celtes, de leur côté, attribuaient à la lune la plus 
grande influence sur toutes les parties du monde terrestre. 
Ils pensaient que cette influence arrivait à son maximum 
avec le sixième jour du croissant 2, c'est pourquoi ils appe- 
laient ce jour-là guéri t-tout ^. 

En un mot, tout le monde, autrefois, était imbu de ces 
idées. Voyez, dans Hésiode, l'immense pouvoir qu'il attribue 
à Hécate, vous y découvrirez l'origine de tout ce que Ton 
a raconté depuis, touchant l'action mystérieuse et universelle 
de la lune sur le monde d'ici-bas. — « Un des premiers, 
dit le Grand d'Aussy *, qui ait osé opposer quelques objec- 
tions à ces fables, est Olivier de Serres. Encore ses objec- 



* Tacite, la Germanie^ ch. 11. 
^Voy., plus haut, t. I, p. 54. 

3 Pline; — Cambry, t. m, p. 35; — Mémoires de l'Académie celtique, 
t. V. 

* Vie privée des Français, 



DU VIEUX TEMPS 287 



lions ne roulent-elles que sur l'impossiblité de connaître 
Jamais parfaitement une science que Dieu s'est plu, dit-il, à 
nous cacher; car, du reste, il est convaincu, comme tous ses 
contemporains, de la vérité du principe. » 

Les savants de nos jours, et particulièrement Arago, se 
sont montrés moins timides; ils ont été jusqu'à dénier à la 
lune toute espèce d'influence sur les révolutions de notre 
atmosphère. Mais beaucoup de profanes pensent qu'en fait 
de «pluies et de beau temps, ces messieurs sont loin d'être 
aussi bons physiciens et aussi bons prophètes que nos villa- 
geois, et voilà que M. Mathieu (de la Drôme) entreprend de 
fe prouver * : — « Après avoir relevé, dit M. le docteur 
£• Renaud, les phénomènes météorologiques constatés dans 
Un grand nombre d'observatoires, M. Mathieu (de la Drôme) 
^ reconnu qu'à l'influence des phases de la lune se ratta- 
cliaient les phénomènes atmosphériques, phénomènes varia- 
i>les suivant la latitude et l'altitude, et modifiés par les cau- 
topographiques. » 
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans remarquer que 
«aucoup de nos paysans, qui pourtant ne passent pas pour 
nattqu>eSy croient voir dans la lune, lorsqu'elle est en son 
ein, un homme qui porte sur son dos un énorme fagot 
'épine. Cet homme prétendent-ils, restera là jusqu'à la 
n des temps, et il n'a été ainsi exposé à tous les regards 
chrétiens que parce qu'il a employé un saint jour de 
imanche à boucher son champ. — Avis à ceux qui seraient 
l:^ntés de violer le troisième commandement de Dieu. 



* Voy. ses divers Almanachs. 



I 



après expériences faites par M. Girou de Biizareiugne, n* •■ 
pas (It^pourvue de fondement, 

Si l'on veut avoir de l'ail bien gros et bien rond, il f^^a 
le planter pendant la pleine lune, lorsqu'elle est ronde. 

Le blé semé en lune dure n'est jamais carié. 

Semei' quelque chose en lune p.'rdiie, c'est perdre ^s 
temps et sa graine. Caton, au rapport do Pline, était A~ 
avis opposé : — Silente luna seri jubet Marcus Cala. 

Très-antienneraent, les différentes pliases de la lune ^ 
saieiit pour avoir une puissante action non-seulement 
une foule d'opérations agricoles ou domestiques, mais au 
sur l'économie animale, et particulièrement sur les foncLic^:^^*^ 
du cerveau. C'est sans doute pourquoi les Germains tenaia^^^*^ 
toutes leurs assemblées nationales quand la lune était no ^ 
velle ou dans son plein '. — Les expressions françaises hiv^^^ 
liqiie, avoir ses lunes, être dans ses lunes, semblent confirma *^ 
celte croyance. 

Les Celtes, de leur côté, attribuaient à la lune la plu*-^ 
gi-ande influence sur toutes les parties du monde terrestre*^^ 
Ils pensaient que cette influence arrivait à son maximuic*^^^ 
avec le sixième jour du croissant *, c'est pourquoi ils appe — ^^ 
latent ce jour-là gu4rit-taut '. 

En un mot, tout le monde, autrefois, était imbu de ce^^ 
idées. Voyez, dans Hésiode, l'immense pouvoir qu'il attribua* * 
à Hécate, vous y découvrirez l'origine de tout ce que l'owr^ 
a raconté depuis, touchant l'action mystérieuse et universelle^-* 
de la lune sur le monde d'ici-bas. — o Un des premiers. ^^ 
dit le Grand d'Aussy *, qui ait osé opposer quelques objec — ^^ 
tions à ces fables, est Olivier de Serres. Encore ses objec — ^^ 

' Tacite, la Germante, cb. 11. 
'Voy-, plus haut, t. i, p. 54. 

'Piine; — Cambry, t. ifl, p. 35; — Mémoires de l'Acadéotie celtigue-^ ' 
t. V. 

* Vie privée des Français. 



SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 289 



Ce clicton est vrai depuis longtemps, car il doit remonter au 
concile de Nicée (an 325), qui fixa définitivement la fête de 
Pûqties au dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune 
de mars*. 

Nos paysans emploient souvent l'expression d^heure pour 
^^t^ de bonne heure. Ils disent : — Il est trop d'heure, pour 
*1 ^st trop tôt. — Tu n'arriveras pas d*heure, tu pars trop 




«c Si le hibou sort âJheure avecques aultres oyseaulx de la 
iot... » — (Antoine Mizauld, Astrologie des rustiques,) 
N'otre locution d'heure entre dans la composition de Fad- 
firançais dorénavant, qui est la contraction de d'heure 
i) en avant, et qui signifie à 'partir de cette heure. 

IV 

Entre Pâques et la Pentecoute, 
On fait son dessert d'une croûte. 

'est la saison où le fruit manque. — On disait autrefois 
^^n^tecoute pour Pentecôte : 
« Le sainct roy fu à Corbeil à une Penthecouste, là où il 
quatre vins chevaliers. » — (Joinville, Histoire de saint 

^ Mais preschez d'icy à la Pentecoute... » — (Rabelais, 
''^tagruel.) 

Entre mars et avri. 
On sait si le coucou est mort ou en vie. 

CTest ordinairement l'époque où cet oiseau reparaît dans 

contrées et vient nous annoncer le printemps. — Aux 

irons de la Châtre, le rossignol et l'hirondelle nous re- 

•^^unent dans la première quinzaine d'avril; la caille un 

is plus tard. 



Voy. t. I, la noie de la page 4G. 

T. II. 19 



CHAPITRE CINQUIMB 



PROVERBES ET DrcTOSS DOHESTiyUES. 



Sous ce litre, nous rangerons tous les dictons et provel 
qui nnt pa^ticuli^^emenl trait au gouvernement des niwii 
et qui sont d'une application journalière. 

A mi-février, y 

Mi-fjrenier. 
C'estrà-dire qu'au 15 février, on a ordinairement cons 
ta moitié de sa provision annuelle de blé. 

II 

A mi-ax>ri (avril), 
Mi-dmisi. ' 

Ceci concerne la provision de vin. — Dousi {(sa 
là pour cave, vin ; c'est une synecdoche hardie. 

111 

D'heure ou tard, 
Pâques est toujours en pleine lune de ma: 
C'esl>à-dire ; que la fêle de Pâques vienne de bo 
ou tard, elle se trouve toujours en pleine lune d 



DU VIEUX TEMPS 291 



I^otons, en passant, qu'il y a deux moyens infaillibles de 
faire une bonne bugée ; voici le premier : si, dans la matinée 
du jour où Ton chauffe la bugée, la ménagère, par une cause 
quelconque, entre dans une grande colère, la lessive sera 
excellente. Ce moyen dépend tout à fait du hasard ; mais le 
se€X)nd , qui est tout aussi certain que le premier, est à la 
portée de tout le monde, puisqu'il consiste à donner au chat 
de la maison, le jour où Ton fait la galette, le premier mor- 
ceau de cette pâtisserie. 

Nous disons les deux châsses pour les deux Fête-Dieu, 
PB.rce que, pendant ces deux jours, on promène dans les rues 

les châsses aux reliques. 

XI 

A la Sainte-Madeleine (22 juillet), 

La noix est pleine; 
A la Saint' Laurent (10 août). 

On regarde dedans. 

XII 
^ Le jour de la Saint-Roch (16 août), on ne lie (attelle) pas 
bœufs, et l'on donne aux pauvres tout le lait des vaches, 
préserve les aumailles de la peste. » 
Les blessures que l'on se fait en travaillant, le jour de la 
int-Roch, se virent (se tournent) toujours en peste ou en 
'^er (maladie charbonneuse). — Allusion à la spécialité 
^^^dicale de ce bienheureux qui, comme on sait, guérit les 
^^^^tiférés de l'hôpital d'Aquapendente « en faisant le signe 
J^^ la croix sur leur peste et charbon », ce qui, toutefois, ne 
*^nipécha pas de mourir lui-même de cette maladie. 
Lors de la fête de ce saint, les paysans de plusieurs de nos 
isses font bénir quelques poignées d'une plante qu'ils 
ellent herbe de saint Roch, et qu'ils suspendent dans leurs 
eures et dans leurs étables. Vherbe de saint Roch est 
& radiée à fleur jaune qui croit dans les parties humides 
C!ertaines prairies et que les botanistes connaissent sous 
^om de inule dysentérique. 




290 SOUVENIRS 



VI 

Entre mars et avriy 
On va de la table au lit. 

Ce proverbe indique que les jours sont alors trop lom^S^ 
pour que Ton puisse continuer les veillées après le sou{^ ^^* 

VII 

Au mois d'avriy 
Le maître dort un 'petit (un peu) ; 

Au mois de maiy 
Le maître et le valet; 

Au mois de jun (juin), 
Tous dorment en commun. 



Ce dicton fait allusion au temps que Ton peut consacr 
au sommeil pendant les différents travaux de la campagn 

vm 

(( Toute personne qui coud le jour de Saint -Eutro 
(30 avril), peut être assurée qu'elle aura des maiwc blam 
aux doigts durant toute Tannée. » — Fondé sur la pari 
de consonnance qui existe entre les mots Eutrope et estropi 

IX 

La buie (lessive) faite aux Rogations 
Amène une châsse (un cercueil) avant moisson. 

C'est-à-dire que si Ton fait la lessive pendant les Rogatio 
on doit s'attendre à voir mourir quelqu'un de la famille av£t- 1^^^ 

la moisson. 

X 

« Si l'on fait la bugée (la lessive) ou la tondaille (la toir:»- ^^ 
des brebis) entre les deux châsses, c'est-à-dire entre les d^ '■-^■- *^ 
Fête-Dieu, on peut être certain que les maîtres de la mai^^^^^^ 
mourront dans l'année. » 

Buie, bîigée,ipour lessive. — Le premier de ces mots ^^ 
trouve dans quelques-uns de nos vieux auteurs. — Lessi"^''^ 
se dit buga en basse Bretagne, bugada en espagnol, etc. 



DU VIEUX TEMPS 293 



carême qui s'ouvrait le 12 novembre, le lendemain même 
de la fête de saint Martin, et se prolongeait jusqu'à Noël. Il 
était donc tout naturel que la fête de saint Martin vit 
renaître les joyeuses bombances du mardi gras et que Ton 
profitât de cette circonstance pour goûter de tous les vins 
nouveaux que pouvaient renfermer les celliers. 

Le mets favori de ce second carnaval, de cette fête à 
9*^^ufey connue on disait au moyen âge, était une oie grasse ; 
aiissi Yoie de la Saint-Martin avait-elle alors autant de 
renommée que le fameux lièvre de Pâqms, que nos pères 
^^ manquaient jamais de chasser le jeudi saint. On ne sera 
^onc pas étonné d'apprendre qu'il existe sur cette oie célèbre 
^ïï savant traité en latin par J.-C. Frohman, intitulé : Trao 
^^^itis curiosus de ansere martiniano, Lipsiae, 1720, in-4**. 

Pour faire participer le plus de monde possible aux joies 
^^ cette époque, les maîtres de maison étaient dans l'habi- 
^^3.de de distribuer quelque argent aux domestiques et aux 
Tiers, et ces largesses portaient le nom de vin de la Saint- 

Enfin, en ce bon vieux temps, martiner signifiait bien 
•tVe, et l'ivresse était appelée morbus Sancti Martini. 
<* Par quoy ung chascun de l'armée c^mmencea à mar- 
* *i«r, choppiner et trinquer de mesme. » — (Rabelais, 
''n,tagruelj liv. II, ch. xxvui.) 

XVII 

A la Sainte-Catherine y 
V hiver s'achemine ; 
A la Saint-Andréy 
Il est arrivé. 

La Sainte-Catherine est le 25 novembre, et la Saint-André 
*^ 30 du même mois. 

* La Mésangère, Dictionnaire des proverbes. 




XIU 

A la Bonne-Dame lie septembre, 
Bonliomme, allume la lampe ; 
Qtiand vient le vendredi-saint. 
Bonhomme, ta lampe éteins. 
I,a Bonne-Dame de septembre, ou la fûte de la Nativiti! 
Notre-Damp, arrivant le 8 septembre, les jours sont 
assez courts pour que l'on puisse commencer les veillf 
— La floraison du colchique d'automne donne aussi le sig 
des veillées; ce qui fait que nous nommons cette plan.-* 
veillelte, veillate. — (Voy. ces deux mots dans le Glossa-s 
du Centre.) 

XIV 
Cheval d'avoine, 
Cheval de peine ; 
Cheval de foin, 
Cheval de rien. 

XV ■ 

A la S<Unt-Jean (24 juin). 
Perdreau volant. 
A la Saint-Denis {3 octobre), ' 

Les perdreaux sont perdrix. 
A la Saint-Denis, 
La bécasse est au pays. 

XVI 
A la Saint-Martin, 
On goûte de tous les vins. 
Saint Martin était autrefois le patron des buveurs, &*■ 
fête fut longtemps un objet de réjouissance bacbiqae. C^ 
fête, qui arrive le 11 novembre, succéda à celle de Bacct3 
ou du père Liber, que les païens célébraient à peu près 
cette saison. 
Jusqu'au treizième siècle, il exista, ëti France, un secc 



DU VIEUX TEMPS ' 295 



Ou bien : D'une aiguillée de soie; 

A la Saint-Antoine (17 janvier), 
D'un pas de moine. 

Ou bien : D'un repas de moine ; 

A la Chandeleur (2 février), 
D'une heure. 

XX 

Entre Noël et la Chandeleur, 
Toute sorte de bêtes sont en horreur. 

note de la page 183, t. II, donne Texplication de ce 

XXI 

Qu^nd poire passe pomms, 
Garde ton vin, bonhomme; 
Quand pomm^ passe poire. 
Bonhomme, faut boire. 

On croit avoir remarqué que, dans les années où il y a 

8 de poires que de pommes^ les vignes ont peu de raisins. 

le contraire lorsque les pommiers ont plus de fruits 

les poiriers. 

bonhomme, auquel s'adressent nos vieux proverbes, 

e le surnom de Jacques Bonhomme, que Ton donnait 

peuple français du moyen âge. — C'est ainsi que TÂnglais 

;|)pelle encore John Bull, son frère, le Yankee d'Amérique, 

^^^lathan, et l'Allemand, Michel. 

Si ne peuvent-ils jamais tant faire qu'il n'arrive toujours 
^^^^elque désordre par lequel le bonhomme est foulé. » — 
int François de Sales, Introduction à la vie dévote.) 

xxn 

/{ n'est pain que de froment. 
Il n'est vin que de sarment. 





298 SDCVEtltKS 

Ou bien encore : 

Pain de froment. 
Via de sarment. 

xxm 

Vin de permain 
Vaut vin d'rasin (raisin). 
Et (sncore ; 

VÎT 

Vau. 

Ces deux proverbes sont surtout usités dans c«rlaiii ^^ 
contrées du Berry qui avoisinent la Marche, où le dima^^' ^ 
trop froid, ne permet pas de cultiver la vigne et oii l'tC^^^^ 
fait un excellent cidre, susceptible de se conserver plusieut *" ■ 
années, avec une esptce de poire appelée permain ou pai^^ 
main. Le permain est aussi connu, dans nos pays, sous C " 
nom de poire Saint-Denis, parce qu'il mûrît vers l'époqc^^— ** 
oij l'on fête ce saint, c'est-à-dire au commencement d'octobr^^- '^ 

— Le pannain, greffé sur l'aubépine, réussit très-bien. — ' 

SÎDgtilière co&icideDce! nos pcyeuns aanmit que ht pqdi^^K^ 
de parmain, lorsqu'on les sème, produisent aussi bien d^^^' 
pommiers que des poiriers, et le mot pearmain, en angtaw — - 
signifie précisément poire-pomme. 
XXIV 

Le_pain Jun gendre 

Ifest jamais tendre ; 

Le pain (fane tante 

N'a rien qui tente. 
Tante est là pour belle-mère. -~ Dans plusieurs de l^ - ' 
contrées, à Guis, entre autres, les enfants d'un veuf rema:^^^^ 
donnent le nom de tante à leur belle-mère, et les en&^cr— ^ 

d'une veuve remariée appellent leur-beau père oncU. ■ 

C'est ainsi que, au rapport de Saint-Simon, dans ses Mémoir-'-^^^' 
la duchesse de Bourgogne appelait M"»" de Haintenon sa fatK^ -^' 
Ce proverbe laisse entendre que lorsque notre pain 



DU VIEUX TEMPS 297 



tous les jours nous est dispensé par un gendre ou une belle- 
ïïière, il est souvent bien dur, bien amer. 

XXV 

On dit proverbialement : — Il faut acheter son blé d'un 
pdisan et son vin d'un borgeois; parce que le paysan vend 
toujours le meilleur de son blé et que le bourgeois a tou- 
jours une meilleure cave que le paysan. 

Borgeois et paisan sont conformes à Tancienné pronon- 
ciation française : 

Maint horjoisj mainte damoiselle 
Venoient laiens à grant tas. 

{Le Dict, du Lyon.) 

^ Le paisant d'autres soins se sent Tâme embrasée. » — 
(ï^^gnier, Satire IX.) 

l«es Anglais prononcent à peu près de la même manière 
feiar mot pensant. 

XXV bis. 
S^cmr que les couvées viennent à bien^ la ménagère doit 
^^etire les œufs sous la poule en nombre impair, — Pline est 
^vissî de cet avis : — Subjici impari numéro debent*. 

XXVI 

Ce que Von repousse du pied^ on le ramasse de la main, 
C'est-à-dire qu'une chose d'abord dédaignée peut devenir 
P^^^s tard une ressource. 

XXVII 

Qui brûle un jou (joug), 
Risque tout. 

Les vieux jougs de bœufs, lorsqu'ils sont hors de service, 

^® Se brûlent jamais. On les laisse pourrir dans la cour de 

^ ferme. Si l'on s'avisait de les mettre au feu, les maîtres 

^ 1^ maison mourraient infailliblement dans l'année, après 



* ^isi. nat, \iy. X, ch. Ib. 



S98 SOUVENIRS 

de longues et horribles souffrances consistant principalemai 
en d'atroces anxiétés cérébrales. 

Aux environs de Cluis (Indre), quand un malade, dansle 
derniers moments de l'agonie, tarde trop h mourir, on es 
persuadé que cela vient de ce que l'on a fait brûler, pa 
mégarde, quelque morceau de vieux joug. Alors, nous a-t-a 
assuré, on a vu quelquefois les parents du malade apporte 
un joug neuf, et le placer sur la tête de l'agonisant 
convaincus qu'ils sont que ce sauvage expédient peut ses 
mettre un terme à son supplice. 

xxvrii 

Jl ne faut pas que l'épletk gagne l'ouvrier. — C'est-â 
dire : Il ne faut pas que l'ouvrier se serve d'un outil tic 
pesant, disproportionné à ses forces. 

Tout instrument de travail s'appelle éplette. Un couteaj 
une scie, une pioche, etc., sont des épleties. Ce mot vient ■ 
vieux verbe espleitei- ou esploiter, synonyme de travaillée 

— K Ce qui explique pourquoi, dit M. Francis Wey, les hac 
faits d'un guerrier et les griffonnages d'un huissier porte: 
le même nom. » — En roman, on dit esplet pour éplette." 

XXIX 

Le meilleur laboureux 
Cest le bin Dieu. 
Ce pieus dicton est une variante heureuse du prover" 
renfermé dans la phrase suivante : ■ — « En celle ancs 
(1427), fist aussi bel aoust (moisson) qu'il fist oncques d'fl 
d'homme vivant, quoique devant eust feict grand froîdir 
et grand pluie; mais en peu d^keurs Dieu laboure, coma 
il appert celle année, car les bleds furent bons et largemenfl 

— {Journal (fwn bourgeoit de Paris, de 1409 à 1449.) 

XXX 
Quaqui gui étaage la s'ment, 
Élauge le lian. 



DU VIEUX TEMPS 299 



Voici la traduction littérale de ce dicton, que Ton pren- 
drait volontiers pour de Tiroquois : — Celui qui épargne 
la semence épargne le lien; ce qui veut dire que lorsque 
Ton sème son blé trop clair, on a moins de gerbes à lier, 
qpxand vient la moisson. — C'est la version berrichonne de 
ces paroles de FApôtre : — Qui parce seminat^ parce 
fn^tet 

Quaquij pour quiconque ; du latin quisque. — Étauger^ 

c'est-à-dire : ménager, épargner. Nous ne connaissons que 

lô verbe estalviar qui, en roman et en catalan, se rapproche 

<i^ la forme et du sens de ce mot. — Sment^ pour semence 

C^^men). — Le roman dit liam pour lien : 

« Item, plus pour quatre lians de cercle de tonneau, 
"^îllé la somme de dix sols tournois. » — {Compte des recè- 
de VHôtelrDieu de Bourges, 4500-4504.) 

XXXI 

Le paysan auquel ses facultés pécuniaires permettent, 
ique année, de tuer un porc et de le saler, passe, dans 
villages, pour avoir atteint le damier degré du con- 
"V^i^t^le. Cette opinion a donné lieu au proverbe suivant : 
là von qu* ce qu^on cret qu'y a du salé^ souvente foué 
%0 €x s'ment pas d* kiou pour L'encrocher. — Mot à mot : 
Là où Ton croit qu'il y a du salé, souvent il n'y a sen- 
tent pas de clou pour l'accrocher; ce qui revient à : — 
^ù. Ton pense qu'il y a du superflu, souvent le nécessaire 
^^^f^anque. 

I^ texte de ce proverbe, ainsi que celui du précédent, 
prouve surabondamment, selon nous, que le berrichon est 
^*^ véritable patois. 



LIVRE SIXIÈME 



LÉGENDES HISTORIQUES DU BERRT 



I 



CHARLOTTE DALBRET» 



^armi les monuments historiques que possède le Berry, 
*l en est un fort remarquable qui remonte aux premières 
^^nées de l'époque de la Renaissance, et qui est d'autant 
'^oins connu qu'il se trouve enfoui dans la plus pauvre 
^^nimune du département de l'Indre. Nous voulons parler 
^ ^B tombeau que renferme l'église de la Motte-Feuilly, 
^^mble hameau situé sur la gauche de la route de Clermont 

*ïours, à peu près à égale distance de la Châtre et de Châ- 
^^umeillant. 

Ce tombeau fut élevé par la piété filiale, à la mémoire 

^^ l'infortunée Charlotte d'Albret, duchesse de Valentinois, 

^^'une raison d'État jeta comme épouse aux bras d'un 

^ifîme, et qui vint mourir de désespoir et de honte dans le 

^liâteau de la Motte-Feuilly. 

Le temps, et surtout nos vandales révolutionnaires, ont 
^endu presque méconnaissable ce qui reste de ce monument. 

> Cette notice, à quelques additions près, a été insérée, en janvier 1840, 
^Itns un journal de Bourges. 



302 SOUVENIRS 



L'homme de goût qui visite aujourd'hui ces ruines est dou- 
loureusement affecté par le déplorable spectacle qu'elles 
présentent. En effet, vous trouvez, çà et là, ignominieusement 
encastrés dans le pavé de l'église, des fragments de marbre 
noir délicatement empreints d'élégantes arabesques. De char- 
mantes figurines symboliques en demi-bosse, dont quelque»* 
.unes représentent les Vertus chrétiennes, gisent en tas, dans 
quelque coin obscur, ensevelies par le sacristain sous d'im- 
mondes balayures. La blanche statue de Charlotte, cette 
grande figure, jadis si noble et si belle, alors qu'elle reposait, 
comme endormie, sur la dalle noire du sépulcre, debout 
maintenant et adossée contre le mur de la chapelle seigneu- 
riale, ne vous apparaît plus que comme un spectre informe 
et mutilé. Décapitée, faute de l'original, en 93, depuis cette 
époque, sa tête est plus souvent à ses pieds que sur ses 
épaules. Pour comble d'avanie, des hirondelles, accolant, 
chaque année, leur nid à l'écusson valentinois qui décore la 
clef de voûte de la chapelle, souillent de leur ordure le 
manteau ducal de la châtelaine. 

Une autre statue, de moindre proportion et plus mutilée 
encore que celle de la duchesse, entrait dans l'ordonnance 
du mausolée, et représentait Notre-Dame de Lorette tenant 
en ses mains l'image de la célèbre chapelle de ce nom. 

Toutes les figures de ce monument sont en beau marbre 
blanc du Dauphiné. 

La dalle funéraire, qui, autrefois, recouvrait' le tombeau, 
et sur laquelle était couchée la grande image de Charlotte, 
est en marbre noir. Sur ses bords était gravée en lettres 
gothiques l'inscription qui constatait les titres et le jour de 
la mort de la duchesse. Cette dalle, brisée à l'une de ses 
extrémités, fait maintenant partie du pavé de l'église. 

Les ornements qui entourent la tête de la statue sont 
encore assez bien conservés, et offrent un gracieux modèle 
des coiffures du quinzième siècle. 



DU VIEUX TEMPS 303 




Quel que soit Tétat de dégradation de ce monument, il 

rt facile néanmoins de s'en représenter l'ensemble primitif, 

alors on est frappé de la grande analogie qui existe entre 

mausolée et celui de François II, dernier duc de Bretagne, 

cjne Ton admire encore de nos jours dans la nef de la 

c^athédrale de Nantes*. La disposition des figures, le choix 

<l€8 matériaux, la beauté et la délicatesse de l'exécution, 

sont les mêmes dans ces deux monuments; ils ne diffèrent 

<ITie par quelques accessoires et par les proportions, qui 

sont tout à fait grandioses dans le cénotaphe de François H. 

^^n serait tenté de croire que ces deux belles productions, 

^ni appartiennent aux premières années du seizième siècle, 

que Ton doit, pour ainsi dire, à la piété de la même famille, 

car les maisons d'Albret et de Bretagne étaient alliées, — 

serait tenté de croire, disons-nous, que ces deux belles 

^^ulptures ont été créées par le même ciseau, c'est-à-dire 

ï^sur Michel Columb, auteur bien connu du monument breton ; 

*^ais on vient tout récemment de découvrir le nom de l'ha- 

*^ile tailleur d'images à qui l'on doit les charmantes figures 

^t les délicates arabesques du tombeau de la Motte-Feuilly, 

^t nous renvoyons à la fin de cette notice les précieux 

détails que nous avons à donner à ce sujet. 

C'est en vain qu'à plusieurs reprises des habitants du pays, 
^n^iis de l'art, ont fait des tentatives pour attirer l'attention de 
^ autorité sur ces intéressantes ruines et en provoquer la restau- 
ion; leurs louables efforts ont été jusqu'à présent sans résul- 
. Heureusement, le gracieux burin de M. Isidore Mcyer a 
luit, dans les belles Esquisses pittoresques sur le départe- 
^^^ntde P Indre, les principaux débris de cet antique mausolée. 

ÏI en est de la mémoire de Charlotte d'Albret comme de 
tombeau : ce n'est que par fragments que l'on retrouve. 



P^ Ce mausolée fut érigé à la mémoire de François II et de Marguc- 

^-^ de Foix, par les soins d'Anne de Bretagne. 



804 BOUT»IU«« 




dans l6B cbroniqae» dn toi&èim «iàde^-40$ d wwnnwU 
riqaes qui la oonceraent. Qd'U -doos aoH done-fViiiii 
oQDfflgner m le peu de raoBeiganûents 411e ame^tiBene 
nittembler sur sa biograiddei beimax, ai hkn» fuminiB j^ 
jeter qadqua vatèfèt sur les infortunes de cette jeppiftl 
et contribuer ainsi à sauver de roobli les 
de son passage ici-bas. 

Cbariotte était fille d'AJain, aiie d'AlhrelS «k d« 
de Bretagne, comtesse de Périgoid; die était «gew 411^^ 
de Henri I?, de cet insouciant Jean d^Albieet^iq^ ^dffirâil 
de Navarre par son mariage avec Catbarine de i^eixj^ «fc: 
le caiact^ duiiuel on retrouve, sinon Je cowagé, aa 
toute la joyeuseté dlium^ir qui a rendu «i pojMdairQ, 
nous, la mémoire de son arri&re-petit^fils. 

Jean d'Âlbret, en effiat, « donnant fort bien^ aansH 
régnait, à ce qu'il parait, à Pampelnne, en vnd im> 
Au moment où ses États étaient menaoée par leMî d'^ 
son voisin, «il vivait, dit Méiaray, à la française, voi/e 
à la béarnaise, parmi les Navarrais, ses sujet^;^ éi se repitl Mil 
fionilier avec eux, en compère, jusqu'à danser et jouer -do li 
flûte en pleine rue; aussi, ajoute rbistorien, était-il eaÂi^cné 
de ses sujets, homme sans fiel, mais homme sans cœur. y> — 
On sait que sou fils, Henri d'Albret, aussi roi de Navair:»^, 
taisait chanter Jeanne, sa fille, au moment où elle accouok^^t 
de Henri IV, pour qu'elle ne mît pas au monde un enCsant 
pleureur £t rechigné, — On voit que, de tout temps 9 1^ 
d'Albret ont aimé la joie. 

Charlotte d'Albret, dame de Châlus^, naquit vers 1^ rui- 
née 1480, à Nérac, capitale de la vicomte d'Albret. Co ^^ 



» Alain d'Albrel eut quatorze enfants dont six bâtards. — Voy. ^^-C^'* 
noms dans le père Anselme. 

^Chiâlus, dans la Haute-Vienne. — Voy. le père Anselme, Généé^^=^ 
des sires d'Albret. — Cette terre, ainsi que celle de la Motte- Fo»—^^"*^' 
avait appartenu aux seigneurs de Gulant. 



DU VIEUX TEMPS 305 



Aans cette ville', résidence ordinaire de sa famille, que s'écou- 
l^ferent les premières années de sa jeunesse. Elle était encore 
enfiamt, lorsqu'elle eut le malheur de perdre sa mère. Son 
père, déjà vieux, n'en songea pas moins, quelque temps après, 
^ se remarier, et, soit ambition, soit désir de donner à sa jeune 
fiUe une puissante protectrice, il osa disputer à Charles VIII 
la- main d'Anne de Bretagne, encouragé qu'il était dans cette 
prétention par M°*® de Laval, sa sœur, alors gouvernante de 
I^ princesse, et qui la persécutait pour la faire consentir à 
^^ mariage; mais, nous apprend Jaligny, l'un des historiens 
de cette époque, a la jeune fille (elle avait quinze ans) n'avoit 
^ure des cinquante ans, des huit enfants et de la face coupe- 
rosée du vieil Alain .» 

Cette circonstance n'empêcha pas, dans la suite, cette même 
A.nne de Bretagne, lorsqu'elle fut devenue reine de France 
^t qu'elle eut créé l'établissement des damoiselles de la reine, 
d'appeler près d'elle la fille d'Alain d'Albret, de l'admettre 
^u nombre de ses jeunes protégées et de lui conférer l'ordre 
de la Cordelière^, Charlotte, plus que toute autre, avait des 
droits à cette distinction, puisque, par son père et par sa 
^ère, elle était doublement alliée au couple royal de France. 
Les damoiselles de la reine, ou ses filles d'honneuvy étaient 
d*al)ord au nombre de vingt-six, mais, plus tard, il y en 
^Ut jusqu'à cent. Quatre d'entre elles, les plus âgées, — 
^Hes avaient souvent soixante ans, — étaient appelées les 
9'^^<iire premières filles de la reine; elles recevaient-cent livre» 
pour gage. Les vingt-deux autres, les filles ordinaires , 
^'a.vaient que trente-cinq livres. Une gouvernante, portant 



* Parmi les débris en marbre du tombeau de Charlotte d'Albret, se 
^^oiivent ses armoiries, dont l'écusson est entouré de la Cordelière. Cet 
^ïtlre, dont les insignes étaient une cordelière d'argent, avait été créé 
^^^ Anne de Bretagne elle-même, en souvenir des cordes qui avaient 
*^^vi à enchaîner Jésus-Christ lors de sa Passion. Les dames nobles 
^^^les pouvaient en être décorées. Il n'en fut plus question après la 
**^^f l de la fondatrice. 

T. II. 20 



le litre de Mère des fUles de la reim, veillait sur les filla 
d'honneur '. Ce qui n' empêchait pas la reine Anne, eh- 
même, d'avoir constamment l'œil sur ses jeunes compagn», 
à tel point que si quelque galant seigneur de la cour s'^ 
procliait de l'une d'elles pour lui pai-ler d'amour, a fallàt, 
dit Charles de Sainte-Marthe ^ que ce fust de l'amour pennis, 
je dy de l'amour chaste et pudique tendant à fin de marî!^ 
et qu'en peu de termes il dt^clarast sa volonté ; autremeut 
il eust reçu une Wçon qui ne lui eust pas pieu. » — 
maison de la reiuo Anne, dit de son côté le père Cosie, élàt 
mieux régiée et policée que celles des reines et princessS 
de son temps. Elle étoit une école de vertu et d'honneuf. 
Les premiers seigneurs de France et des pays étrangen 
tenoient à grande faveur de placer leurs filles auprès de II 
grande reine. Si bien qu'autour de sa majesté il y avoit nu 
grand nombre de demoiselles qui s'occupoieut à travailfcr 
en broderie et en tapisserie dont elles taisoient cadeau aiiï 
églises et maisons religieuses du royaume^, s 

Lors de la mort de Charles VIU, mademoiselle d'Albr* 
n'avait pas encore vingt ans, et ce fut à l'avènement dû 
Louis XII au trâne qu'elle dut tous ses malheurs. 

A peine, arrivé au pouvoir, deux pensées préoccupère»»^ 
particulièrement le nouveau roi ; d'abord, sa séparalio*' 
par divorce, de Jeanne de Valois, fille de Louis XI; ensuit^ 
sa résolution bien arrêtée de s'emparer de vive force <•* 
duché de Milan, auquel il croyait avoir des droits par nrff 
de ses aïeules maternelles. Pour atteindre ce douUe ba'' 



' Eslatdes ot^ier! de ta reyne Anne de Bretagne; — Godefroy, HiiM^ 
de Charles VIII, preuves ; — Les honneurs de la cour, par la vicomtes^ 
de Fumes ; — Aleiis Monteil, Histoire des Français, t. II, p. 346 et 55^ 

' Oraison ftmèlire de François d'Atençon. 

' F. HiUrioa de Coste, Eloges dts reines, 
damoiselles illustres qui ont fleury de nostre ten 



DU VIEUX TEMPS 307 






»uis dut naturellement songer à se ménager Tappui du 
iiyerain pontife. 
Rome, alorsy était gouvernée par le pape Alexandre YI, 
1* S^iomme le plus monstrueusement dépravé qui ait jamais 
taillé la chaire de SaintrPierre. Ce pape, de son côté, était, 
le même temps, en proie à deux ambitions dominantes : 
le d'agrandir les États de Rome, aux dépens de quelques 
îij^utés voisines, et celle d'élever au rang de souverain 
Borgia, Tun de ses nombreux bâtards. Le concours 
Louis XII pouvait hâter Taccomplissement de ces deux 
;; aussi Alexandre VI accueillit-il avec faveur les avances 
loi fit le roi de France. Ils se furent bientôt entendus ; 
voici par quelles circonstances la jeune d'Âlbret devint 
'VQVles gages de ce pacte machiavélique : 

Vers la fin de Tannée 1498, on vit arriver en France le 

)Iendide cortège de César Borgia, de ce bâtard tant aimé 

'Alexandre VI, auquel Louis XII venait d'accorder une 

de vingt mille livres, une compagnie de cent lances, 

Ghfttellenie d'Issoudun en Berry, le comté de Diois et 

vUle de Valence en Dauphiné, avec titre de duché- 

ie*. C'était pour mieux reconnaître d'aussi brillants 

►ffices que César avait été chargé par son 'père de porter à 

)n nouvel ami le bref qui autorisait le divorce royal. 

Plusieurs villes de France avaient organisé sur son passage, 

^fin« doute pour complaire au roi, des réjouissances publiques. 

Bourges, entre autres, lui donna le spectacle de a danseurs 

^l'U avoient fait peindre leur visage et portoient du ro- 

'«îarin*. » 

Si l'on s'en rapporte aux chroniqueurs contemporains, 

* ^flîet de cette marche triomphale devait ôtre considérablc- 

déparé par la physionomie peu avenante de Fam- 





Cuichardin. 
' ComplM de la ville de Bourges. — 1498-U99. 



' 308 SOUVENIRS 

bassadeur. Au dire d'Auberi ', qui ne parle que d'aji^ca 
Paul Jove', « le visage de César Borgia, qui éloil coi^^hj 

rosé et difforme, avoit plus de rapport à celuy d'une fu n 

que d'uu homme. Il jctoit, comme les vipères, des é -ti 
celles de feu par les yeux ; si bien que ses regards étant { 
supportables à ses l'aniiliei's raêmea, il prenait peine ' "^Ij 
émousser la vivacité lorsqu'il étoit avec les dames, de [7^1^ 
de les effarouclier, » j 

Son entrée au château de Chinon, où résidait alors h «twbï 
de Louis, fut d'une pompeuse magnificence. Brantôme,, lu) 
nous en a laissé la description, termine ainsi son récit = — 
• Le roy estant aux fenestres, le vit arriver, dont ne thgti 
doubter qu'il ne s'en raocquast, et lui et ses courtisans, et 
ne dissent que c'estoit trop pour un petit duc de Yal^Ii- 
nots. 9 

Or voici d'où était parti cet orgueilleux parvenu : 

Fils illégitime d'Alexandre VI et de la courtisane Vanosa, 
César ambitionna de bonne heure la pourpre romaine; iMÎ* 
comme les bâtards étaient exclus du cardinalat, de &ux lé- 
moins, produits par Alexandre, affirmèrent que le candidal 
était flls tégitimo d'un autre pore*. Le pape qui idolâtrait 
ses enfants', et celui-ci par-dessus tous, sans doute parce qu^ 
César réunissait en lui tous les instincts pervers de sa racx, 
se fut bientôt aperçu que le sacerdoce imposait des bon"* 
trop restreintes à la brillante carrière qu'il rêvait pour »"" 
fils. En conséquence, le nouveau cardinal demanda et ob*-^ 
les dispenses nécessaires pour rentrer dans la vie civile. 

Ce fut à cette époque, et après avoir été comblé d'honni"* 
par Louis XII, qu'il accompUt la mission dont QOOit itm^^ 



' Biatoira des Cardinouas. 

' Elogia vtrorwn Uluilriwn. — Poliu Joviug, ou Paolo Giovio, t 
au quinzième siècle. 

* Ijuichardin. 

• /dm. 



DU VIEUX TEMPS 309 



de parler. La reconnaissance seule ne ramenait pas en 
ïrance; il y venait aussi pour réclamer de Louis la main 
de la jeune Charlotte d'Aragon, princesse de Tarente, fille de 
ïrédéric, roi de Naples, et Tune des damoiselles de la reine ^. 
Ifais Naples était trop près, de Rome pour que Frédéric ne 
sût pas à quoi s'en tenir sur la famille des Borgia ; aussi 
se refusa-tril obstinément à una telle alliance^. Cette fer- 
meté honore d'autant plus ce prince , qu'il vivait dans un 
temps où l'Italie semblait avoir perdu le sens moral. D'ail- 
lears la jeune princesse, sa fille, avait déclaré qu'elle ne 
voulait pas épouser « un prêtre fils de prêtre, un être san- 
guinaire, un fratricide, un infôme par sa naissance et plus 
ctocore par ses crimes'. » 

« La naissance impure et la vie scandaleuse du bâtard 
Borgia, dit Mézeray, le rendaient infâme. Personne n'eût 
voulu s'allier avec un homme souillé de l'inceste de sa propre 
soeur et du meurtre de son firère, le duc de Gandie, lequel 
fl avait tué de jalousie pour ce qu'il avait meilleure part 
^pie lui aux bonnes grâces de cette commune parente et 
ïûaîtresse. » — « Le bruit courait même, ajoute Guichardin, 
— si pourtant ce comble d'abomination peut trouver quel- 
le créance, — que les deux frères avaient en outre dans 
feur propre père un rival auprès de leur sœur. » 

Louis Xn, qui avait encore besoin d'Alexandre VI, fut 
^oins scrupuleux que le roi de Naples. N'ayant pu vaincre 

* le bibliophile Jacob, Notes swr Vhistoire de Jean d'Autun, 

* Peu de temps après ce refus, un frère naturel de Frédéric, le duc 
^® Biseglia, étant devenu le troisième mari de Lucrèce, sœur de César, 

'^^ assassiné par ce dernier, à l'âge de dix-sept ans. 
- * Tom. Tomasi, Vita del duca Valentino, — Une vieille traduction 
^^^Hçaise de cet ouvrage débute ainsi : — « Celui de qui j'entreprends 
^^ décrire la vie fut une beste cruelle, qu'on peut appeler, sans craindre 
^,^ «e tromper beaucoup, africaine. » — On lit plus loin : a Le Valen- 
^^'^ois quitta d'abord la pourpre, qui n'avoit point d'autre proportion à 
?^ ^e qoe celle d'estre sanguine, et s'habilla à la française, ce qui étoit 
1^ vérité un peu plus conforme à la perfidie de ses mœurs. » 



310 SOUVENIRS 



la noble résistance de ce dernier, il offrit à César la maii^ 
de sa propre cousine ; il accepta pour lui-même Tinfamy^ ^ 
et osa donner entrée dans sa famille au bâtard apostat, au 
firatricide incestueux!... Il fit plus : par une faveur sans 
exemple dans notre histoire, « il adopta, par lettres patentes 
du mois de mai 1499, César Borgia et sa postérité, aux nom 
et armes de France, avec permission d'en user en tous 
actes* », et le nomma en même temps chevalier de Tordre 
de Saint-Michel. Lorsque le pape apprit ce surcroît de bonnes 
grâces, il en hit si flatté qu'il fit allumer des feux de joie 
par toute la ville éternelle ^. 

L'historien du Haillan assure ^ que le sire d'Albret ne vou- 
lut pas d'abord consentir à accepter César pour gendre, et 
qu'il envoya même à la cour de France Jean de Chaumont, 
« homme d'un grand et véhément esprit, pour dissuader 
Louis XII de ce mariage; mais Chaumont, gaigné par les 
raisons du roy et par le don qu'il luy fist d'un estât de con- 
seiller au parlement de Bordeaux, persuada facilement au 
seigneur d'Albret, après qu'il fut retourné vers luy, que 
telles nopces seraient pour son profit, ou quoyque c'en fust, 
qu'il en portast patiemment la fascherie... » 

Alors, le vieux Alain, endurci par l'âge et l'avarice, et 
devinant d'instinct la valeur d'un gendre aussi bien en cour, 
songea à profiter d'un marché où le roi, compère d'un 



* Le père Anselme, Généalogie de la maison de France^ t. V, p. 522. — 
César Borgia, au dire du même généalogiste, est qualifié César Borgia . 
de Francia, duc de Valentinois, comte de Diois, seigneur d'Issoudun et ^ 
capitaine de cent lances fournies des ordonnances du roi, dans une quit- — 
tance de 3 )0 livres fju'il donne au trésorier des guerres du roi. 

2 a Venit cursor ex Francia annuntians quod in die Pentecostes nona, ^ 

rex Francise assumpsit ducem Valentinum in confratrem confraternita 

tis Sancti Michaelis quae est regia et magni honoris. Fuerunt propterea.^ 
ex mandato pontifîcis facti multi ignés per Urbem in signum lœtitise. >^ 

(Ex Diario Johannis Burchardi, Capellae Alexandri sexti papœ clerici ce : 

remoniarum Magistri.) 

* Histoire générale des rois de France^ t. II, p. 203, 



BU VIEUX TEMPS 311 



scélérat, lui forçait évidemment la main, et exigea qu'une 
dot bastante de cent mille florins lui fût comptée par le Va- 
Icntinois, promettant de l'employer en achat de terres ou 
de rentes au profit de Charlotte. Alain demanda, par la 
même occasion, et comme appoint insignifiant, un chapeau 
de cardinal pour l'un de ses fils. Le chapeau embarrassa 
moins César que les cent mille florins, car il était loin de 
pouvoir disposer d'une aussi grosse somme ; il accorda tout 
néanmoins, se réservant d'en écrire sans retard à son res- 
pectable père. 

Toutes conditions réglées, le contrat de mariage fut passé 
le 4 mai 1499, mais la consommation dudit mariage fut 
ajournée après le paiement des florins et l'envoi du chapeau ^ 
Le chapeau ne se fit guère attendre, mais il n'en fut pas 
de même des florins. Le sire d'Àlbret, qui connaissait son 
monde, était intraitable sur ce dernier article, et subordon- 
xiait toujours, malgré l'impatience de Louis XII, la consom- 
mation du mariage au paiement de la dot; si bien que, 
le pape s'obstinant à faire la sourde oreille, « les quatre 
généraux des finances, Michel Gaillard, Pierre Briçonnet, 
Thomas Bohier et Jacques de Beaune, s'obligèrent à payer 
la somme promise, pour laquelle le roi lui accorda lettres 
de seureté, le 10 mai 1499^. » 

*c Sabbato sexto aprilis (1499), sanctissimus dominus noster accepit 
litteras ex Francia, significantes Sanctitali Sus matrimonium esse con- 
dasum inter quondam cardinalcm Valentinum et dominum de Albreto 
nomine fllis suœ, cum capitulis desuper confectis, inter alia continen- 
tibus, ut dicebatur quod Sanetitas Sua dare deberet in dotcm !20,000 du- 
eatorum, et matrimonium non debcat consummari priusquam Sanetitas 
Sua sponsœ' fratrem cardinalem creaverit et publicaverit. » (Ex Diario 
Johannis Burchardi.) 

Ce Jean Burchard, originaire de Strasbourg, remplissait à la cour 
d'Alexandre VI la charge de clerc des cérémonies pontiûcalcs. — Bayle 
a dit du Diarium : — c Rien de plus simple et de plus négligemment 
écrit que cet ouvrage; mais il parait sincère et de bonne foi germanique. 
On y trou?e des faits assez singuliers, et qui représentent la corruption 
de la cour d'Alexandre VI, sans dessein de critiquer ou de satiriser. » 

'Le père Anselme, Généalogie de la maison de France, t. V, p. 522. 



312 SOUVENIRS 



C'est ainsi que la jeune Charlotte d'Âlbret, « Tune des 
belles filles de la cour », au dire de Brantôme, fut achetée 
et livrée comme épouse, par le roi de France, son parent, à 
rinfâme César Borgia. 

n fallut encore que le burlesque Tînt se joindre à ce que 
cette transaction avait d'odieux : — « Pour vous conter des 
nopces dudict duc Valentinois, dit Robert de la Mark, en 
ses MémoireSy il demanda des pilules à l'apothicaire pour 
festoyer sa dame, là où eust de gros abus, car, au lieu de 
luy donner ce qu'il demandoit, lui donna des pilules laxatives 
tellement que toute la nuict il ne cessa d'aller au retraict, 
eommé^ en fisrent les dames le rapport au matin*. 

Heureusement pour la victime de cette infâme machina- 
tion, les desseins ambitieux de Louis ne tardèrent pas à 
exiger en Italie la présence de César. D'ailleurs, que pouvait 
avoir désormais à faire en France ce misérable? N'y avait- 
il pas obtenu, en richesses et en dignités, bien au delà de 
ce qu'il avait rêvé? Ne voyait-il pas qu'il n'avait à attendre 
de la jeune et belle fille qu'on lui avait prostituée, que dé- 
goût et mépris? 

n partit, pour ne jamais revenir... 

Mais comme chaque jour de cette fatale existence devait 
être marquée par de nouveaux crimes, il ne fut bruit bien- 
tôt que des atrocités du sac de Capoue 2, des brigandages et 

^ L'assertion de Robert de la Mark est loin d'être confirmée par le 
Jou/rnal de Burchard : — a Feria quinta, vigesima tertia maii, venit 
cursor ex Francia, qui muntiavit sanctissimo domino nostro Gsesarem 
Valentinum ducem, filium suum, olim cardinalem, contraxisse matri- 
monium cum magnifica domina de Allebreto a die prsesentis mensis, 
et illud dominica duodecima ejusdem consummasse, etfecisse octo vices 
successive. » 

^ Lors du siège de Capoue, un grand nombre de dames s'étaient ren- 
fermées dans une tour pour se soustraire aux brutalités de la soldates- 
que. La ville prise, César les fit toutes comparaître devant lui, choisit les 
plus belles, au nombre de quarante, et les envoya à Rome peupler le sé- 
rail du Vatican, où lui et le pape, son père, faisaient la débauche en 
commun. 



BU VIEUX TEMPS 313 

des assassinats de la Romagne S des vengeances atroces du 
V^lentinois*, et des monstrueuses orgies du Vatican, dans 
lescjuelles Alexandre, César et Lucrèce, un pape, son fils et 
^^ fille! faisaient assaut de turpitudes^. 

Quelque [éloignée que fût la duchesse du théâtre de ces 
'eurs, la clameur publique ne lui permettait pas d'igno- 
longtemps Faflfreuse vérité. Oh ! alors, elle comprit que 
^^ parfois notre âme résiste aux plus grandes adversités, elle 
toujours impuissante contre le déshonneur ; et, fléchissant 



Ouichardin ; — Simonde de Sismondi. 

« Octava décima novembris (1502), sero, quidam mascheratus usus 

per borgum quibusdam verbis inhonestis contra ducem Valentinum, 

dux inteUigens, iecit eum capi et duci ad curiam Sanctœ Grucis, 

5^i¥ca nonam noctis fuit abscissa manus et anterior pars linguae, quee 

appensa parvo digito manus abscissœ, et manus ips^ lenestra cu« 

Sanctœ Grucis appensa, ubi mansit ad secundum diem. » (J. Bur- 

.) 

Jean Burchard, le clerc des cérémonies pontificales^ décrit dans son 

plusieurs de ces incroyables scènes. Nous en rapporterons deux, 

se passèrent peu d'années après le mariage de César, et dans le ré- 

<lesquelles le latin dudit clerc brave l'honnêteté avec un flegme tout 

^•ait germanique : — « Dominica ultimamensis octobris (1502), in sero, 

^^^Yunt cœnam eum duce Valentinensi in caméra sua in palatio Aposto- 

quinquaginta meretrices honestcBy Cortegianœ nuncupatœ, quœ post 

am chorearunt eum servitoribus et aliis ibidem existentibus, primo 

^estibus suis, deinde nudœ. Post cœnam, posita fuerunt candelabra 

mania mensœ eum candelis ardentibus, et projectaB ante candelabra 

terram castaneae, quas meretrices ipsœ super manibus et pedibus 

eandelabra pertranseuntes colligebant, Papa, Duce et Lucretia, 



^ . ^a« sua , praBsentibus et aspicientibus : tandem ex posita doua ultime, 

5 ^loides de serico, paria caligarum, bireta et alia, pro illis qui plu- 

dictas meretrices carnaliter agnoscerent, quse fuerunt ibidem in aula 



^ -l)liee carnaliter tractataB arbitrio prsesentium, et doua distributa vie- 

^^îbus. » — « Feria quinta, in décima mensis novembris (1502), intra- 

' nrbem per portam Viridarii quidam rusticus ducens duas equas li- 



^ _ -4s oneratas, quœ eum essent in plateola S. Pétri, accurrerunt stipen- 
^^^rii Pap», incisisque pectoralibus et lignis projectis in terram eum 
^^^tis, duxerunt ad illam plateolam quas est inter palatium juxta illius 
ïtam. Tum emissi fuerunt quatuor equi cursorii liberi suis frœniset 
^K>ûtris ex palatio, qui accurrerunt ad equas, et inter se propterea eum 
^gno strepitu et clamore morsibus et calceis contendentes ascende- 
^^nt equas et coierunt cumeis et eas graviter pistarunt et lœserunt, 
^pa in fenestra camerae supra portam palatii et domina Lucretia 
im eo existente, eum magnorisu etdelectationeprœmissa videntibns. » 



314 SOUVENIRS 




SOUS le poids de tant d'ignominie, elle songea, dès cet i 
tant, à se séparer d'un monde devant lequel il lui fall:- 
rougir sans cesse pour l'homme qui l'avait flétrie de s^> 
nom. 

Aucun lien ne la retenait plus à la cour. Ses 
protecteurs, sa famille, tout, dans ce séjour, lui était dev^ 
odieux. N'avaient-ils pas, tous, trafiqué de son honne 
trompé sa bonne foi, empoisonné son avenir! Aussi, qu; 
il s'agit pour elle du choix d'une retraite, ou, pour mi^ 
dire, d'un tombeau, son âme, pauvre sensitive, qui s'é 
aux premières atteintes du malheur, repliée sur elle-mi 
n'eut à faire aucun adieu, n'eut à se détacher de rien. 

Toutefois, en ce moment suprême, elle trouva dans le 

souvenir de Jeanne de Valois, dont elle était l'amie, '^un 
modèle presque divin de résignation. Victime, ainsi cc_ '^^ 
Charlotte, de l'un de ces crimes privilégiés que l'on décîc^re 
du nom de raison d'État^ Jeanne avait accepté, sans se 
plaindre, les humiliants outrages dont Louis, en la répudiaient, 
l'avait abreuvée*. 

Les malheurs de la reine n'étaient donc point indigMcnes 
de ceux de la duchesse. — Frappées presque en mêt^Mne 
temps et du même coup, ces deux pauvres femmes s^ ^wî- 
blaient appelées, et par leur ancienne liaison, et par 1^3ur 
irréparable désastre, à épuiser désormais la lie du mfe ^■ne 
calice. 

Jeanne de Valois, après sa déchéance, avait reçu pour ^on 
entretènement, selon l'expression de Mézeray, le duché de 
Berry. Elle s'était retirée à Bourges, où elle s'occupait do 
fondations pieuses, et où ses bienfaisantes vertus lui m ^imi- 
taient et lui ont conservé jusqu'à nos jours le surnon^ ^^ 
honne duchesse. Jeanne qui, au dire de notre vieil histof ^^^^ 



1 



Voy., dans Machiavel, sur quels griefs fut appuyé le divorce 



du 



roi de France, et comment se fit l'examen de ces griefs. 



BU VIEUX TEMPS 315 



diaumeaaS « avoit esté, en sa jeunesse, nourrie au cbastel 
de Linières », paraît avoir affectionné particulièrement notre 
pTOvince et ses habitants. Ses deux principaux conseillers 
étaient deux seigneurs du Berry : Pierre d'Aumont, cheva- 
lier, seigneur de la Châtre, et messire Pierre du Puy, sei- 
Spieiir de Vatan *. Elle avait pour dame d'honneur Marie 
Pot de la maison de Rodes en Berry, et comptait parmi 
ses plus intimes confidentes M°*® d'Àumont, femme de Fun 
de ses conseillers, Jeanne de Graville, dame de Chaumont et 
<3e Meillant, etc., etc. '. — La présence, à Bourges, de Jeanne 
€le Yaiois détermina sans doute Charlotte d'Albret à se fixer 
<]aiis notre pays. 

Or il existe, au fond du Berry, à quelque distance de 
la Châtre, et non loin des sources de Flgneray, un vieux 
manoir féodal, qu'entoure presque de tous côtés une plaine 
iMisseet marécageuse. Cette lande inculte et sauvage, qu'aucun 
labeur ne peut féconder, reste depuis des siècles abandonnée 
à elleHGQème. La nature, dans ses plus grands efforts de végé- 
tation, n'y peut produire qu'une herbe âpre et coriace que 
surmontent à peine quelques rares touffes de genêts épi- 
neux. Les doux rayons des soleils printaniers ne ravivent 
jamais le vert glauque et mourant de ces maigres prairies. 
L'œil, en aucune saison, n'y est réjoui par l'émail des bril- 
lants gazons qu'arrosent, non loin de là, l'Indre et l'Igneray. 
Au lieu du lychnis, aux étoiles empourprées, au lieu du 
myosotis, ce doux symbole des tehdres souvenirs, vous ne 
rencontrez, dans ces solitudes, que la pâle asphodèle, amie 
des tombeaux, qui dresse et balance, çà et là, ses funèbres 
panaches. De noires volées de corbeaux hantent seules, et 
presque toute l'année, ces perfides marais dont la surface 

* Histoire du Berry, p. i61. 

* Hil. de Coste, Éloges..., etc. 



316 SOUVENIRS 



mouvante recouvre, en plus d'un endroit, des abîmes sans 
fond. Enfin, l'immense beffroi du château, qui domine en 
géant cette triste contrée, n'apparaît, de loin, au voyageur, 
que comme un phare annonçant un écueil. 

C'est là, c'est dans cet antique manoir, qui porte le nom 
de la Motte-Feuilly S que la duchesse de Valentinois vint, 
il y a déjà plus de trois siècles, ensevelir ses chagrins. 

Aux premiers jours de son exil, lorsqu'elle se trouva seule 
dans ce désert, face à face avec sa douleur, elle sentit défaillir 
son courage : ce duel interminable et à l'écart lui fit peur. 
Sa pauvre tète se troubla, et, dans son angoisse, il lui 
arriva plus d'une fois de se prosterner, suppliante, et de 



* Selon le père Hilarion de Goste, la seigneurie de la Motte-Feuilly 
fut concédée en même temps que celle d'Issoudun à César Borgia. Selon 
La Thaumassière, page 714, la famille de Charlotte acheta, dès Tan- 
née 1488, la terre de la Motte-Feuilly ; enfin, d'après MM. Pierquin de 
Gembloux et de La Tramblais, ce fut seulement en 1504 que Charlotte 
d'Albret en fit l'acquisition. M. Pierquin qui, le premier, dans ces der- 
niers temps, a mis en avant la date de 1504, sans indication de source, 
avoue que toutes ses recherches à ce sujet sont loin de l'avoir satisfait. 

— Quoi qu'il en soit, cette châtellenie avait déjà appartenu aux d'Albret, 
et était entrée dans leur famille par le mariage, en 1400, de Marie dame 
de Seuly, d'Orval, Châteaumeillant, etc., etc., avec le connétable Charles 
d'Albret. (Le père Anselme, GénéaL de France, t. II, p. 859.) — Le. 
château de la Motte-Feuilly était un fief mouvant de la seigneurie de 
Châteaumeillant qui, elle-même, au commencement du seizième siècle, 
appartenait encore aux d'Albret, sires d'Orval, avec lesquels la duchesse 
de Valentinois était évidemment en relation, puisque, dit le père Coste, 
a ès registres ou archives du couvent des Annonciades de Bourges, à 
l'avancement duquel elle étoit grandement affectionnée, en cela par- 
faite imitatrice de la B. Jeanne, on lit qu'elle assista à la vesture et 
profession d'une de ses demoiselles d'honneur, nommée Anne d'Orval. » 

— Quant au nom de la Motte-Feuilly, il a souvent changé de forme. 
D'après M. le vicomte Ferdinand de Maussabré (Généalogie de la famille 
Palestel)y on a dit et écrit, au douzième siècle, la Motte de Folli, et des actes 
de celte époque parlent du bois de Folli qui existait dans les environs. Aux 
treizième et quatorzième siècles, on a dit lamotteSeuilly, Sully ^ Seuly ^ du 
nom des seigneurs qui possédèrent cette châtellenie durant près d'un siècle. 
L'inscription du mausolée de Charlotte (1521) porte Feully. Chaumeau, en 
1560, écrivait la Motte-Fully. Enfin, est venue l'appellation actuelle, 
la Motte-Feuilly^ qui se rapproche considérablement, et pour le sens 
et par la consonnance, de la Motte-Folli, la plus ancienne dénomina- 
tion connue. 



DU VIEUX TEMPS 317 



der en sanglotant : — a Grâce!... grâce!... » comme si 
eût eu à se reprocher les crimes qui causaient son sup- 



-A cette extrême exaltation, occasionnée par l'isolement, 
^viocéda bientôt un accablement si profond, qu'elle crut sa 
^^mière heure arrivée. Loin d'accueillir cette pensée avec 
^fiExoi, elle mit au contraire tout son espoir dans ce triste 
I>x*essentiment qui assignait enfin à ses souffrances un terme 
^■"approché. 

Mais le jour de sa délivrance n'était pas encore venu. 
Au moment où son âme s'abandonnait avec le plus d'iner- 
'^i« à cet affaissement moral, elle sentit tout à coup dans ses 
^Xitrailles un frémissement inconnu. Son instinct de femme 
Ivii eut bientôt dévoilé ce mystère : — le germe d'une nou- 
>^«lle existence venait de se révéler en elle. 

Oh! alors, elle ne voulut plus mourir... Elle rappela ses 
ïîorces, accepta de nouveau la lutte, et voulut vaincre. 

Ce n'était plus cette faible créature à l'avenir flétri, avorté, 
cjui succombait, haletante et brisée, dans sa voie de douleur ; 
^'était une femme forte, dont la vie désormais avait un but 
^t que n'inquiétaient plus les ronces du chemin : — « Oh ! 
3e vivrai, dit-elle, je vivrai pour être mère, c'est-à-dire pour 
%mer, pour être aimée!... » 

A quelque temps de là, un ange partageait la solitude de 
ia duchesse de Valentinois : une fille lui était née, qu'elle 
appelait du doux nom de Louise, et la naissance de cette 
enfont avait rempli de tant d'amour le cœur de sa mère, 
qu'il y restait à peine une place à la douleur. 

Avec quelle effusion de gratitude ne dut-elle pas remercier 
le ciel de l'avoir arrachée au désespoir, au moment où elle 
n'attendait plus rien de la vie, au moment où elle était per- 
suadée qu'un miracle même ne pouvait l'y rattacher. 

A partir de ce moment, elle commença à sortir plus fré- 
quemment de sa retraite, mais seulement pour visiter la 



Livaii| 
père 
ticu- 
bon, 



3 Jeanne, plus à plaindre qu'elle désormais!... Charlotte 
entra bientôt tout à fait dans l'inlimité de cette bonne et 
sainte princesse qui puisait dans sa propre piélé assez deg 
force, non-seulement pour dompter son immense infortuui 
mais encore pour consoler ceux dont le malheur pouvait 
égaler le sien. — tt Elle ne se communiquait, dit le père 
Coste, qu'à des dames très-chasles et très-dévotes, particu- 
lièrement ces quatre dames, savoir : Charlotte de Bourbon, 
comtesse de Nevei-s, Charlotte d'Albret, duchesse de Valea-J 
tinois, Jeanne de Gravllle, dame de Chaumont, et Mario Pot 
de la maison de Rodes en Berry', » 

Cependant le roi de France avait fini par rougir de la pro- 
tection qu'il accordait à César Borgia, et lui avait retiré, tout 
à la fois, et le duché de Valence, et la pension de vingt mille 
livres^. Malheureusement pour son honneur, Louis XU ne 
manifesta cette pudeur et cette justice qu'après ta mort d'A- 
lexandre VI, c'est-à-dire lorsqu'il fut certain que le vil instru- 
ment de son ambition ne lui était plus d'aucun secours. 

Quoi qu'il ou soit, le misérable qui s'arrogeait les titres de 
César Borgia de France, par la grâce de Dieu, due de Ro- 
magne et de Valentinois, prijice ^Adria, de Venafre, etc. ', 
se vit tout à coup dépouillé, à la mort de son père, de tous 
ces précaires honneurs qu'il ne devait pour la plupart qu'à 
la ruse ou au crime. Retenu quelque temps prisonnier en 
Italie par le pape Jules U, il fut ensuite transporta en 
Espagne, où le roi d'Aragon le fit enfermer dans le ch&teau 
de Medina-del-Campo*. Ce fut, diton, au moyen d'un nou- 
veau crime qu'il parvint à s'échapper de cette forteresse. On 
raconte qu'ayant fait appeler un moine pour se confesser, il 
le tua, se revêtit de sa capuce, et parvint à s'évader à la 

' Êioges des reines, princdjfM, dam&, etc. ; 1. 1*', p. 399. 

' Guictiardin. 

> Machiavel, Légalion auprès (ht liuc de Valmlinois. 

' Simonde de Sismondi. 



DU VIEUX TEMPS 319 



txir de ce déguisement*. Comme Louis XII lui avait interdit 

^* entrée de son royaume, César se réfugia auprès du roi de 

LVarre, son beau-frère,, et fut tué quelque temps après, — 

±Q mars 1S07, — au siège de Viana où il commandait 

troupes de ce même roi de Navarre alors en guerre avec 

comte deLérin^. 

Lorsque cette mort vint à la connaissance de la duchesse, 
avait déjà pardonné... Pouvait-elle oublier que le fatal 
lie auquel elle devait tant de jours amers était le père 
Louise? 
Cet événement, toutefois, ne changea rien à son existence, 
barrière qui la séparait du monde était telle, qu'elle n'eut 
*ïiéme pas la pensée de quitter sa retraite. Renfermée dans 
^^s devoirs de mère, elle ne respirait plus que pour sa fille. 
ïille continua donc d'habiter la Motte-Feuilly jusqu'au jour 
^e sa mort, qui arriva le H mai 1514'. Un an auparavant, 
jour pour jour, elle avait fait son testament, par lequel elle 
^Xistituait son héritière Louise de Borgia, dame de la Motte- 
I^uelly («te), sa fille unique*. 

Fidèle à la seule amie vraie qu'elle eût rencontrée sur 
o^tte terre, elle demanda, en mourant, que sa dépouille 
^■Xiortelle fût réunie à celle de Jeanne de Valois qui l'avait 
devancée dans la tombe, comme jadis dans Texil; mais elle 
'V-^ulut que son cœur restât à la Motte-Feuilly. Ce désir fut 
^^«ligieusement accompli; son corps fut transporté à- Bourges 
t inhumé devant le grand autel de l'Ânnonciade dont elle 
it Tune des principales bienfaitrices. — On grava sur sa 
%4)inbe l'inscription suivante : 



* Voy. Luth, colloq.f etc., 63 de la 2« partie. 
' Sismoudi. 

* Le père Anselme, Généalogie de la maison de France^ t< V. — Le père 
de Coste dit : le 11 mars ; M. Picrquin, le 11 mai; M. de La Tramblais, 
\c il mars, et M. Raynal indique le mois de mars sans quantième* 

* Le père Anselme. 



3S0 SOUVENIRS 



« Ci gist le corps de très-haute et puissante Dame Madame 
Charlotte d*Âlbret, en son vivant veuve de très-haut et puis- 
sant prince Dom César de Borge, c|^c de Valentinois» comte 
de Diois, sieur d'Issoudun et de la Hothe-Feuilly, laquelle 
trépassa à ladite Mothe, le onzième de mars 1514 ^ » 

Les religieuses de TAnnonciade récitaient tous les ans, le 
jour anniversaire de la mort de Charlotte, Yobit suivant : 
— « Obiit illustris et generosa domina Carola d'Albret, 
quondam inclita Ducissa de Yalentinois, quae multis dotata 
gratiis sua humilitate et devotione ingenti ûduciam habens 
precibus sanctae communitatis hujus, in sua morte plura bona 
relinquens, intus sepulturam eligens recommandari in capi- 
tulo diebus sabbatinis perpetuo promeruit... etc.*. » 

Mademoiselle Louise de Yalentinois, qui avait hérité de 
toutes les vertus de sa mère, eut heureusement une meil- 
leure destinée. Après la mort de la duchesse, elle fut appelée 
à la cour de France et devint la pupille de Louise de Savoie 
dont elle était déjà la filleule^. Mariée deux fois : d'abord, 
en lol7, avec le brave Louis de La Trémouille, surnommé, 
ainsi que Bayard, le chevalier sans reproche^; ensuite, 
en 1530, avec Philippe de Bourbon, baron de Busset, elle 
n'eut de postérité que de son second mari*^. 

Nous avons dit que, au moment de sa mort, la duchesse 

< Le père Hilarion de Goste. 

^Idem. 

' Jehan Bouchet, Panégyric de Loys de La Trimoille, 

* Lors de ce mariage, Louise avait dix-sept ans et La Trémouille 
cinquante-sept. — Louis de La Trémouille, vicomte de Thouars, était 
seigneur de Bommiers, en Berry, et s'y était élevé. [HisL du Berry de 
M. Raynal, t. III, p. 208.) Il mourut en 1525. 

^ Note de l'éditeur de Guichardin. — Voir le père Anselme, t.V, p. 522. 
— ce Le contrat de mariage de Louyse de Borgia et de Philippe de 
Busset fut passé à Saint-Germain en Laye, le 3 février 1530. Elle y prit 
les titres de duchesse de Valentinois, dame de la Mothe-Fûeilly [sic) 
et de Néret, en Berry, ressort d'Issoudun et de Vaires, en Bourdelais. » 
(Histoire généalogique de là Maison de France, t. I. p. 376.) 



DU VIEUX TEMPS 321 



Valentinois avait exprimé le désir que son cœur ne quittât 
point la paisible retraite où elle avait trouvé le repos et 
goûté les joies ineffables de la maternité ; or, ce fut pour 
conformer à ce vœu suprême que sa fille Louise déposa, 
1821, cette chère et précieuse relique dans le superbe 
ïïiausolée dont les débris jonchent aujourd'hui le pavé de 
l*humble église de la Motte-Feuilly. 

On a tout récemment découvert, ainsi que nous l'avons 
annoncé plus haut, un document historique fort intéressant 
<Iiii donne les plus minutieux détails sur l'exécution de ce 
*^mbeau. C'est un traité passé entre Louise de Valentinois 
^t l'auteur du monument, l'habile tailleur d'images maître 
Martin Claustre, — Nous le transcrivons ici d'après la copi€ 
qu'en a donnée la Société du Berry, page 188 de son sixième 
dompte rendu. — Ce document a été trouvé dans le char- 
^rter de Thouars, au château de Serrant (Maine-et-Loire), ce 
qui doit nous rappeler que La Trémouille, le premier mari 
de Louise, était vicomte de Thouars. 

<t Le mardi ij® jour d'avril, l'an mil cinq cens vingt ung, 

^près Pasques, a été fait marché entre haulte et puissante 

I^aine Madame Loyse de Valentinoys, femme espouze de hault 

^t puissant seigneur Monseigneur Loys, seigneur de la Tré- 

ïUoille, d'une part, et maistre Martin Claustre, tailleur de 

ynnages, de Grenoble, demeurant à Bloys en Foye, paroisse 

^inct-Nicolas, d'autre part, en la manière qui s'ensuyt. 

^*^st assavoir que ledit Claustre a prins à faire de ladicte 

^3^rne une sépulture tant de marbre que d'albastre et une 

^'^be de marbre blanc du Dauphiné, qui. seront mis es 

^^^x ci-après déclairés. Premièrement, fera le-dict Claustre 

^^€ tombeau et sépulture qui aura troys piedz de hault, dont 

® ^Oubzbassement sera de marbre noir, et les pilliers à l'en- 

^^ seront aussi de marbre noir, taillez à l'antique à 

^^elabres. A l'environ duquel tombeau, sera mis les sept 

**^Viz qui seront d'albastre, dont y en aura en chascun 

'^-11. 21 



^ 80CTKII1M ,. 

cooslé troys, et au bot du hault une, la où sera escripi xsm. -^1 
^taphfl telle que lui sera baillée, et au bot d'ambas sei~«^^ 
les armes de la duchesse de Valentînoys telles qu'on I^ 
diTÎBera aùdlct Claustre : sur chascune desquelles vex-tuz] 
•en tme çocpOIe bien. tuSée à l'antique, et chascune t^Gs- 
dictM TOtiu aora aoD nom par escript. Et par le dessus sera 
une tombe de niarbre noif toute d'une pièce, qui aura troys 
piedl de Isi^et ûx piedz et demy de longueur, sur laqueile 
sera le penomiage de ladicte duchesse de Valentinoys en 
&çon d'ime dame gisante, lequel personnage sera d'albaslr^. 
qni aura cinq pieds et demy du longueur. Soubz la tef?^ 
dnqtiel personnags sen mig carreau double, et aux pie*^ 
deux petits diieiu, et aéra escript snr laificte tcKiibe { C^^ 
gyit, etc., BÙnsi qui lay sera divisé. J^equel tombean et 
pulture sera mis en la chapelle du chasteaa de la 
de Foeilly, estant en l'âglise parrochiale dadiet liea. 
» La tombe sera de marbre blanc dn Daapbyiié, 
dict est, qui se {oant près de l'albastre, qoi sera aussi d' 
pièce; laquelle aura six piedz et demy de longe et tro^'^ 
piedz et demy de large, en laquelle sera gravé le personn: 
de ladicte duchesse de Valentinoys, et de chascun cousté 
pillier à ouvrage faict à l'antique et au-dessus ung cl 
faict selon le divis du portrait. Et sera escripte tout autou— ^■''' 
en engraveure, ce qu'il plaira à madicte dame ordomM^^"* 
Laquelle tombe sera remplye en l'engraveure de syment no^^*""' 
et sera mise on cueur de l'église des AnceUes de Bourges ' 
playne terre. Et en oultre fera le dict Claustre ung yma^^^ 
de Nostre-Dame de Lorette aveques la chapelle, le to"" ■- 
d'albastre, qui aura le tout ensemble quatre piedz de hai^^*- 
teur, et de largeur à la raison'. — Et lesquelles choses ^^^ 
dict Claustre a promis faire bien et deuhement ainsi qi^^^* 

' Nous avons vu plus haut, t. II, p. 303, que celte image fut pliv -— 
dans la chapelle de la Hotte-FeuîHy. 



DD VIEUX TEMPS 323 

®st requis et selon ledict divis du portrait qu'il en a baillé 
^ lïiadicte dame. Et les faire de bon marbre et albastre 
bi^n nectz, sanz vayennes ne taches, et l'ouvrage taillé bien 
°^ot, comme il est requis, et rendre le tout prest et parfaict 
^^dans la Toussainctz prouchain venant. Pour lesquels 
ouvrages faire et les rendre prestz et parfaictz de toutes 
^oses sur les lieulx, scelon le contenu cy-dessus, ladicte 
^me a promis au dict Claustre la somme de cinq cens livres 
toumoys pour toutes choses : sur laquelle somme elle luy 
^ présentement baillé et avancé cent livres toumoys; luy 
doibt bailler ou faire bailler deux cens livres quant les 
dictz marbre et albastre seront sur les lieulx, et l'aultre 
plus, qui est deux cens livres, quant l'ouvrage sera faict et 
parachevé. Âusqqelles choses susdictes et chascune d'icelles 
Êire, tenir, garder et accomplir, sans jamais aller ne venir 
encontre, les-dictes parties et chascune d'elles respectivement 
ont obligé et obligent elles leurs hoirs et successeurs avecques 
tous et chascuns leurs biens meubles, immeubles et héritages 
présens et avenir quelconques. Renonczans sur ce à toutes 
et chascunes les causes, faictz et raisons qui aider, servir et 
valloir leur pourroient à venir contre la teneur, effect et 
substance de ces présentes en tout ou en partie et mesme- 
ment la-dicte dame a touz droiz faictz et introduictz en 
faveur des femmes, et au droit, disant généralle renonciation 
non valloir, la tby et serment de leur corps sur ce donnés. 
Dont, à leurs requestcs, icelles parties ont par nous, notaires 
soubzscriptz esté jugées et condampnées par le jugement et 
condampnacion de nostre dicte court, à la juridicion de la- 
quelle elles se sont supposées et soubzmises^ supposent et 
soubzmettent avecques tons et chascuns leurs biens quant à ce. 
» Ce fut faict et passé au chastel de Thouars, le vingtième 
jour d'a>Til, l'an mil cinq cens vingt et ung. 

» Signé avec paraphe Rydeau ppt {sic) ; 

Delavillej prothocolle. » 



,,<* 



n(ïe inconséquence ! tandis que les démolissetirs de iTIlS' ^ 

îent ù détruire le tombeau d'une jeune femme qu^^ ^ -- , 

souvenir de sa bonté et de ses malheurs auraient ilù «i>*^ 

('.mettre à l'abri de cet outrage, ils épargnaient et laissaient J3^ 

Aintact, à deux pas de là, dans le chStcau même de la Molle- -h 

Feuilly, l'un de ces hideux engins de torture qui avaient "J 

liant contribué à faire haîi- le régime déchu. ''" "..-i""- ' 



instrument de supplice, qui se voit encore, parlai teuienl 
consei-vé, sous les combles du dnnion du chStoau, a été très- 
exactement reproduit dans les n -illoresques du 
département de l'Indre. C'est le a temps féodaux, 
que les Latins appelaient cippi, e1 .Romains de nos 
jours connaissent sous le nom du — Le cep était 
-autrefois, en France, l'une des r is do la Justîcw . 
seigneuriale de second degi'é ou de ,eur bas justicier. 
, — Le cep de ta Motle-Feuilly a la I i d'une espace de _ 
'grand pupitre qui soutient par le'i' Urémités plusieurs -^ 
madriers mobiles, placés de ctian ir le bord desquels ^m 
ou a ménagé deux rangs d'enta s ili^rement espacées, 
les unes vis-à-vis des autres. On forp t le patient à iotro- — __, 
duire ses pieds et ses mains dans ces échancrures, puis on _r— 
réunissait, au moyen d'écrous, les bords des madriers, et la,^^ » 
victime, étroitement retenue par les poignets et les chevilles,^ ■~~_^ 
recevait les coups de fouet ou de nerf de bœuf auxquels ellQ» _^^ 
avait été condamnée. Le cep dont nous parlons a deux mètres i-^^^ j 
quinze centimÈtres de longueur sur un mètre huit centimètre; ^^gj I 
de hauteur; on j compte douze ouvertures; ainsi, il l'Hi S jt ' 
possible d'y tenir à la gêne trois patients à la fois. — Ponr^Ki^ 
quoi faut-il que le seul pays du monde où fonctionne au-^^n— 
jourd'huL le cep, avec le collare, le cavaletto, les baltes, b^Hla 
tnordacchia et tout le barbare attirail des bourreaux dv-l>vj 
moyen âge, soit précisément le domaine de saint Pierre, 1>- M ^ * 
domaine de celui qui se dit le représentant sur la terre d'iwr -^k- 
Dieu de mansuétude? 



Il 



NICOLAS CATHERINOT. 



C'est ossontiolloment rhomme des origines berrichonnes. 

(M. Louis Kaynal.) 



Ce fut au dix-septième siècle que le Berry vit fleurir le 
lus grand nombre de savants en tout genre*. L'influence 
^^ cette mémorable époque, si favorable aux beaux-arts, et 
^ laquelle la France est redevable de ses gloires littéraires 
^s plus pures et les moins contestées, semble s'être fait 
sentir jusque dans nos somnolentes régions. Pour ne parler, 
su passant, que de ceux de nos écrivains qui se sont 
occupés de recueillir nos traditions locales, nous voyons 
<n^e de 1621 à 1689 seulement, notre province ne compte 
pas moins de quatre historiens. Malheureusement la qualité 
^^ répond point, ici, à la quantité, et c'est à peine si l'on 
^^se honorer du nom d'histoire les travaux des Chenu, des 
-•^tbe; des Catherinot, voire même des La Thaumassière^, 
'^s écrivains, ainsi que Jehan Chaumeau, qui les a précédés, 
^ Sont guère autre chose que des compilateurs laborieux et 

^«s pères Bourdaloue, Joseph d'Orléans et Ghaminard vivaient en 
^ ^^mps-U. 

»^ est inutile de faire observer que nous n'apprécions ici le père 
r^^^ et La Thaumassière que comme historiens. Le premier, sous le 
^ &t>rt scientifique, sera toujours un personnage fort respectable ; le 
r^^^d, en tant que collecteur et commentateur de nos coutumes 
'^ ^es, s'est à jamais acquis des droits à la reconnaissance du pays. 



326 SOUVENIRS 



estimables qui ont ramassé çà et là, et entassé sans mé- 
thode -et sans choix, tous les documents qui leur sont 
tombés sous la main, semblables à ces honnêtes manœuvres 
qui, lorsqu'il s'agit d'élever un noble édifice, se chaînent 
uniquement de réunir et d'approcher les matériaux, laissant 
aux maîtres le soin de les ébaucher, de les polir et de les 
coordonner*. 

Ce serait temps perdu que de chercher dans nos chroni- 
queurs berruyers des renseignements sur les anciennes 
mœurs et les vieux usages de notre province, ou les moin- 
dres notions sur l'état des arts et des sciences au moyen 
âge. Nos luttes avec l'Anglais, nos dissensions civiles et 
religieuses, qui ont laissé tant de traces sur le sol de notre 
vieux Berry, leur fournissent à peine quelques dates accom- 
pagnées de détails aussi secs que décousus^. Ils semblent 
ne se complaire qu'à dénombrer les congrégations menas- — 
tiques, qu'à enregistrer les fondations pieuses, et débrouiller tm 
les interminables généalogies des nombreuses Êunilles nobles^ 
dont les fastes consulaires de Bourges avaient encombré 1 
pays. 

Nicolas Catherinot, auquel nous allons consacrer quelques 
pages, n'est assurément ni le plus considérable ni le plus- 
connu des écrivains indigènes que nous venons de nomnier ; 

'C'est ce qu'a fait exceUemment M. Louis Raynal,encequi concerne 
les annales de notre ancienne province; aussi son œuvre éminente, 
couronnée par l'Académie des inscriptions et belles lettres, a-l-elle 
pris rang parmi les travaux d'histoire les plus consciencieux de notre 
temps. — (Voy. la Notice sur l'Histoire du Berry de M. Raynal^ par 
M. le comte Jaubert. Paris, 1855.) 

Hls avaient cependant un beau modèle en Jean de Léry auquel nous 
devons la relation, aussi intéressante que peu connue, du siège de Sancerre. 
Celui-là, certes, s*est montré vraiment historien. Il a su donner la vie 
aux personnages qu'il avait à mettre en scène, et le noble bailly 
Johanneau, le brillant et généreux La Fleur, le jeune et aventureux 
Martinat, ont trouvé sous son pinceau tout le relief dont ils sont dignes. 
— V Annuaire du Berry (Bourges, chez Vermeil, libraire), qui a publié, 
de 1840 à 1845, des documents précieux sur notre province, a réimprimé 
en 1841 et 184â l'Histoire du siège de Sancerre, 



DU VIEUX TEMPS 327 



LS la bonhomie de son caractère, la tournure indépendante 
^^ ses idées, Texcentricité de ses habitudes d'homme de 
let,tres, le distinguent de ses confrères et lui donnent une 
Pli^sionomie toute particulière. 

Issu d'une famille originaire de Châteauroux, il naquit en 

^©98, aux environs de Bourges, et fut pourvu, dès Tâge de 

"^ingt-sept ans, de la charge d'avocat du roi, qu'il exerça 

Jusqu'à sa mort au présidial de cette dernière ville*. Tout 

^n s'occupant convenablement de ses graves fonctions de 

Jvirisconsulte, il dut accorder, dans l'emploi de son temps, 

la. meilleure part à son goût pour les lettres. — « Je ne me 

lève point de mon lit, dit-il quelque part, pour philosopher, 

Unais je cours les bibliothèques, les cartulaires, les conférences, 

et quelquefois les boutiques et les greniers, pour les choses 

de fait historique ou géographique. » ^ 

Le bagage littéraire de Catherinot ressemble assez, — et 
iious lui demandons pardon ainsi qu'à vous, lecteur, de la 
vulgarité de notre comparaison; mais elle rend trop exacte- 
ment notre idée pour que nous en fassions le sacrifice; — 
son bagage littéraire, disons-nous, ne ressemble pas mal à 
ces boutiques à vingt-cinq centimes, qui ne consistent qu'en 
de légers articles dont Finflnie variété plaît à l'œil et fait à 
peu près tout le mérite. On compte plus de cent quatre- 
vingts opuscules de toute espèce, sortis de sa plume, et le 
tout réuni équivaudrait à peine à trois volumes in-octavo 2. 
Polygraphe universel, toute matière lui était bonne. Il 
abordait volontiers les premiers sujets veims, n'en prenant 



^Vers la fin du dix-septième siècle, un office d'avocat du roi au 
présidial de Bourges se vendait de huit à neuf mille livres. (Annuaire 
du £erry, — 1844). 

3 David Clément, dans sa Bibliothèque curieuse^ donne les titres de 
182 opuscules; mais la Bibliothèque de la France^ t. III, p. 434, n'en 
compte que 130, et le R. P. Niceron n'en a pu découvrir que 118. — 
Xie recueil en deux volumes de la Bibliothèque d'Orléans n'en contient 
que 84. 



328 SOUVENIRS 



que sa suffisance, et les traitant lestement et à sa façon. Au 
début de son Traité de Vartilleriey il prévient plaisamment 
la surprise de son lecteur par ces mots : — « La chicane, 
que je professe depuis trente ans, s'accorde assez bien avec 
Tartillerie; car ce sont deux grands moyens pour désoler 
les maisons. » — « Il ne se passait presque point d'événe- 
ment un peu considérable en Europe, dit le Journal des 
Savants, sur lequel il ne composât une pièce en prose ou 
une épigramme latine. » -Et comme si les choses de son 
temps n'eussent pas offert un assez vaste champ à ses vaga- 
bondes investigations, il va jusqu'à s'occuper, dans un de ses 
écrits {Nicolai Catharini antediluviani), de la manière de 
vivre et de la façon de penser de la société antédiluvienne. 

Mais ce à quoi il excellait le plus, c'était à parler de tout 
à propos de rien. Chemin faisant, il lui arrivait, à chaque 
pas, d'oublier son thème et de se jeter tantôt à gauche, 
tantôt à droite de sa route, pour battre les buissons et 
discourir à bâtons rompus de tout ce qui lui venait à l'esprit. 

Souvent aussi il s'arrêtait au tiers, au quart de sa besogne, 
non faute d'haleine, mais parce qu'il ne pouvait subvenir à 
tous les frais d'impression, et que, depuis qu'il avait eu 
deux ou trois éditeurs tués sous lui, il ne trouvait plus de 
libraires assez hardis pour oser se charger, à leurs risques 
et périls, de publier ses œuvres. Obligé, pour lors, de res- 
treindre quelques-unes de ses brochures à une ou deux 
pages,, il ne les livrait au public que toutes tronquées, sans 
frontispice ni fleurons, et chétivement habillées de gros papier. 

Dans ces tristes circonstances, il ajournait son lecteur à 
des temps plus prospères, lui disant avec une naïveté char- 
mante : — « Si l'église et le siècle me font un jour quelque 
loisir (il rêvait sans doute quelque gras bénéfice), j'espère 
bien ramasser tous mes opuscules en un volume et y donner 
les pièces entières que j'ai été contraint d'estropier pour 
épargner ma bourse. » 



DU VIEUX TEMPS 329 



Lorsqu'il était ainsi péniblement parvenu à donner le 
j Oxu» aux chers enfants de sa pensée, le plus difficile, hélas ! 
**^^tait encore à faire.* Il fallait bien, tout estropiés, tout in- 
nées qu'ils étaient, songer à les produire dans le monde, 
leur procurer une fortune telle quelle. Heureusement, 
Ciomme il arrive presque toujours, le bon Catherinot ne les 
'oyait qu'avec les yeux prévenus du plus tendre des pères. 
>m de lui paraître chétifs et contrefaits, ils lui semblaient 
contraire pétris de grâce et de gentillesse. Il mettait en 
^ux toute sa joie, ne cherchait, ne trouvait de délassement 
qu'en leur compagnie : — « Mes études, disait-il avec amour, 
nie tiennent lieu de tripot et de cabaret... C'est ma perdrix 
oomme à saint Jean, évangéliste; mon chat, comme à saint 
Grégoire, pape; mon chien, comme à saint Dominique; mon 
agneau, comme à saint François ; mon dogue, comme à Cor- 
nélius Agrippa ; mon lévrier, comme à Juste Lipse. » 

Ce n'était qu'à toute extrémité, et après avoir attendu long- 
temps en vain quelque lecteur ami qui voulût bien sourire 
aux produits de ses veilles, qu'il commençait à s'inquiéter 
de leur avenir, et qu'il s'écriait avec une amère dérision : — 
« Mes écrits, autem, ne sont pas si fort inutiles, puisque les 
apothicaires en font des emplâtres, les libraires du carton, 
les tailleurs des patrons, et les autres des enveloppes. Ils 
sont même privilégiés, et les huissiers ne les prennent 
jamais par exécution, non plus que les pots de terre, les 
chandeliers de bois et les chaises de paille. » 

Alors, embrassant un parti désespéré, et se disant sans 
doute pour dernière consolation que nul n'est prophète en 
son pays, notre pauvre auteur recueillait, un matin, ses 
faibles économies, réunissait en liasses tous ses chers opus- 
cules et partait avec eux pour Paris, ce gouflre insatiable 
dont les séduisants abords apparaissent toujours comme une 
terre promise, et où tant d'ambitions vont s'engloutir. 
Toutefois, ce n'était que pour ses écrits que le bon Cathe- 



330 SOUVENIRS 



rinot allait ainsi tenter au loin la fortune. Leur naufirage 
ne pouvait l'atteindre personnellement, certain qu'il était 
de retrouver, à tout évériement, un port assuré dans son 
tranquille présidial de Bourges. 

Connu et bien accueilli de plusieurs beaux esprits parisiens 
de ce temps-là, il comptait au premier rang de ces splen- 
dides amitiés les Ménage et les de Vallois, deux des plus 
éclatants flambeaux de l'hôtel Rambouillet. Le premier tenait 
lui-même, sous le nom de Mercuriales * , un bureau d'esprit 
fort en renom. C'était une sorte d'académie au petit pied 
dont les séances étaient religieusement suivies par Catheri- 
not, toutes les fois qu'il lui arrivait de séjourner à Paris. 

Si Ménage et de Vallois rendaient pleine justice aux excel- 
lentes qualités de cœur de leur ami, ils étaient loin de faire 
le même cas de son mérite littéraire. 

Voici quelle était l'opinion du savant Ménage sur notre 
auteur : — « On peut dire des ouvrages de feu M. Cathe- 
rinot ce que Martial dit des siens dans ce distique : — 
Sunt bondy sunt quœdam mediocria, sunt mala plura, etc. ; 
mais avec cette différence que celui-là parlait contre la vérité, 
au lieu qu'en l'attribuant à celui-ci, personne n'en discon- 
vient. M. Catherinot était un parfaitement honnête homme, 
et qui savait quelque chose. Il y a de bons morceaux dans 
ses écrits, mais il y en a un bien plus grand nombre de 
mauvais. » 

Adrien de Vallois ne se montre pas plus indulgent à 
l'égard de Catherinot ; mais il entre dans plus de détails, et 
attribue le peu de talent de notre compatriote à une sin- 
gulière cause. — « M. Catherinot, dit- il, dcATait avoir de 
beaux recueils de conversation à donner. Toutes les fois 
qu'il venait à Paris, il allait assidûment aux mercuriales de 
M. Ménage, et dès qu'il entendait dire quelque chose de 

* Ainsi nommées parce que ces réunions avaient Ueu le mercredi. 



DU VIEUX TEMPS 331 



^^TOarquable, il l'écrivait sur ses tablettes. 11 faisait la même 
Lose quand il me venait voir. C'était un honnête homme 
qui aimait fort les savants. Pour lui, doctus eraty sed 
^"^mimi moduli. Dans toutes les paperasses qu'il a mises au 
Jour, il y a, à la vérité, quelques bons endroits, mais en 
T>etit nombre, et le reste n'est que du fatras. Il n'avait pas 
Vin génie des plus sublimes; aussi était-il vervecum inpatria 
f^rassoque sub aère natus * ; car il était né à Bourges, la capi- 
tale du Berry, d'où il nous vient un si grand nombre de 
xnoutons, et qui, comme chacun sait, est un air fort grossier 
et marécageux, à cause qu'il n'y a pas de grande rivière, 
itnais seulement de petits ruisseaux qui, ne coulant que fort 
lentement, y excitent des brouillards presque en tout temps 
de l'année^. » 

• Ce vers est de Juvénal : 

Summos posse viros et magna exempta daturos 
Yervecum in patria crassoque sub aère nasci. 

C'estrà-dire : — « Des hommes remarquables et dignes d'êlre pris pour 
modèles peuvent naître dans l'épaisse atmosphère des contrées où pros- 
pèrent les moutons. » — La locution vervecum patria, qui signifie, à 
volonté , pay^ des moutons et patrie des im&eci/e^, était fréquemment 
employée par les anciens pour désigner certains territoires dont llair 
épais, très-favorable aux troupeaux, passait pour hébéter les hommes. 
C'est par suite de cette croyance que la Béotie, chez les Grecs, et la 
Campanie, chez les Latins, étaient regardées comme la patrie des sots. 
Il y a tout lieu de croire que les habitants de nos diverses Champagnes 
françaises qui portent, dans nos vieilles chartes, le nom de Campant, 
Sous lequel étaient connus les Champenois romains, ont été victimes 
cte cette opinion. L'homonymie aura perpétué le préjugé. — (Voyez, 
Sur la Champagne berrichonne, les pages xiii, xix et suivantes des no- 
t.ions préliminaires de l'Histoire du Berry de M. Raynal; — voyez aussi 
le Dictionnaire des Proverbes de P. Quitard, page 199.) — Au reste, 
même au temps de Catherinot, tout le monde n'avait pas de nous une 
«ussi mauvaise opinion que de Yallois, puisque c'était précisément en 
IBerry, a ce pays <;entral de la France, que certains ordres religieux 
(les Jésuites surtout, qui sont d'assez bons clercs) prenaient leurs sujets 
de préférence, comme mieux équilibrés, plus complets, propres à tout ». 
(M. J. Michelet, Louvois et Saint-Cyr.) 

^ Ce fragment est tiré d'un petit livre assez rare intitulé Valesiana. 
La suite de ce passage est curieuse comme peinture de mœurs locales, 
et, à ce titre, nous nous permettrons de la donner ici : — a Ce man- 
quement de grosses rivières ruine les Berruyers et les oblige de con- 



332 SOUVENIRS 



On voit que ces brillants Athéniens, par suite d'une vieille 
coutume qui n'est pas encore, dit-on, entièrement tombée 
en désuétude, traitaient un peu en Béotien leur ami, l'écri- 
vain de province. Tandis que lui, bonnes gens! les tenait 
pour des oracles infaillibles en matière de goût, et les pro- 
clamait hautement les parangons de la république des 
lettres. 

Il nous semble le voir, le digne avocat du roi, présenter 
humblement à ses illustres amis, tantôt ses traités sur l'ar- 
chitecture, sur l'artillerie, les martyrologes, l'imprimerie, la 
peinture, les miracles; tantôt ses huit livres d'épigrammes 
latines, ses histoires des papes, des conciles, des hérésies, de 
l'eucharistie, etc., etc. — Il nous semble aussi les voir, ces 
dédaigneuses célébrités, prendre des mains de notre auteur 
tous ces grossiers paperas, comme il les appelait lui-même, 
et sourire, à cet hommage plein de bonne foi, du sourire 
des Vadius et des Trissotin. 

Catherinot n'avait sans doute pas été longtemps sans s'aper- 
cevoir que ces grands savants avaient assez fort affaire de 
prôner leurs propres élucubrations , sans se charger encore 
de vanter celles d'autrui. Il comprit bientôt qu'il ne devait 
compter que sur lui-même, et c'est alors que, las de heurter 
en vain aux portes du temple de Mémoire, il entreprit de s'y 
introduire par surprise. 

Voici, au dire de son ami Ménage, à quel stratagème il 



sommer leurs vivres dans le pays, plutôt que de les faire transporter 
par terre avec de grands frais. Cela rend l'argent fort rare chez eux; 
et je me souviens, à ce propos, de ce que m'a souvent raconté mon 
frère, que, lorsqu'il étudiait en droit à Bourges (vers 1620), la pauvreté 
de la province rendait ceux même qui avaient du bien si ménagers, 
que les filles des meilleures maisons de cette ville, dès qu'elles étaient 
rentrées chez elles, mettaient des sabots pour ne pas user leurs sou- 
liers ; mais cela sentait bien le vieux temps. L'on ne vit pas aujour- 
d'hui sur ce pied-là, et, quoique la ville ne soit pas plus riche qu'elle 
ne 1 était autrefois, les dames y sont néanmoins aussi magnifiques qu'à 
Paris. 



DU VIEUX TEMPS 333 

^\xt recours. Ne pouvant se résigner à voir misérablement 
iiiourir au logis, une à une, et sous ses yeux, toutes ses 
clières productions, il s* en remit au hasard du soin de leur 
fortune; et, semblable à ces pauvres mères que la misère 
^^ntraint d'abandonner à la charité publique ce qu'elles ont 
^e plus cher au monde, il exposa, lui aussi, par excès de 
tendresse, ses enfants selon Tesprit. Ce n'était guère que 
<ians ce but qu'il entreprenait ses voyages de Paris. 

On eût pu le voir alors rôder le long des quais qui 
lH>rdent la Seine, s'approcher de toutes les échoppes où les 
étalagistes exposent en vente les rebuts de librairie, et glis- 
^Gr^ entre les pages des vieux bouquins qu'il feignait de 
feuilleter, de nombreux exemplaires de ses œuvres. — Hélas! 
autant eût valu les jeter dans le fleuve ! 

Au dire encore de ses amis, Catherinot, tant qu'il vécut, 
^^ïitinua ce bizarre manège. 

Cotte aveugle et persévérante manie; cette soif de gloire 

^^*>s cesse renaissante, et jamais étanchée; cette généreuse 

^'^^t^ition qui tend obstinément vers un noble but, et qui 

^^\iours échoue par impuissance; c'est là, il faut en conve- 

*^^» un pénible et touchant spectacle. On ne peut voir sans 

*-^ ^if intérêt cet homme honnête, et très-intelligent après 

se consumer ainsi en de vains efforts pour se faire 

nom; et l'on s'attendrit malgré soi lorsque l'on entend 

^ft)on Catherinot, devenu, à ce triste métier, pauvre et 

Xax avant Tâge, s'écrier, vers les dernières années de sa 

^ et dans un moment sans doute où il voyait sa belle 

-^wnère à jamais lui échapper : — t II y a plus de qua- 

te ans que je ramasse et que je spécule, et j'ai tant veillé 

nuits sur mes paperas, que pour cinquante-cinq ans que 

vécu, je puis bien en compter quatre-vingts. » 

Singulier retour des choses de ce monde ! incroyable muta- 

ité de l'opinion des hommes! bien faite, — si l'on son- 

encore à la gloire, — pour consoler ceux de nos litté- 



334 SOUVENIRS 



rateurs contemporains qui ne jouissent pas d'un grand crédit : 
— Un demi-siècle s'était écoulé depuis la mort de Catherinot, 
et son nom semblait pour toujours tombé dans l'oubli, 
lorsque, de toutes parts, une foule d'amateurs curieux se 
mirent en quête de ses moindres pamphlets. On ne voulait, 
on ne demandait que du Catherinot. C'était à qui parvien- 
drait à réunir toutes ses œuvres. Mais il paraît que le recueil 
complet de ces feuilles légères, dispersées longtemps par le 
vent de l'indifférence, est une rareté introuvable que personne 
ne peut se flatter de posséder. — Digne punition du mépris 
dont notre compatriote avait été la victime. 

Cet engouement inexplicable ne se manifesta pas seulement 
en France; il gagna les pays voisins. En 1748, c'est-à-dire 
cinquante-neuf ans après la mort de Catherinot, le savant 
Samuel Engel, de Berne, chargeait un capitaine suisse, son 
parent, alors prisonnier de guerre à Bourges, de lui pro- 
curer, à tout prix, une collection aussi complète que pos- 
sible des opuscules de Catherinot. A cette occasion, un 
libraire, dont Taïeul avait imprimé une bonne partie des 
brochures de notre auteur, raconta à cet officier, qui dut en 
être un peu surpris, que M. Catherinot, en son vivant, ne 
passait pas du tout pour un grand homme; que ses écrits - 
n'avaient jamais eu beaucoup de vogue; qu'ils avaient même 
ruiné leur auteur, ainsi que deux ou trois libraires, et— 
qu'après la mort de ces derniers, ce qui restait en magasin, 
de ces funestes écrits, devenus trop tard des chefs-d'œuvre, 
avait été vendu à la livre *. 

Par un nouveau caprice de la fortune, l'auréole de cette 
gloire posthume ne jeta qu'un éclat passager, et ses rayons, 
qui un instant avaient brillé jusque par delà les Alpes, se 
concentrèrent peu à peu dans un moins vaste foyer. Ils ne 
dépassent guère aujourd'hui les limites de notre ancienne 



Bibliothèque curimse de David Clément. 



DU VIEUX TEMPS 33S 



px*^Dviuce. C'est là, c'est dans cet étroit espace, que survit et 
q ^Ji « doit se conserver la célébrité toute topique du bon Cathe- 
''i ^^ot. Le temps qui se rit de nos arrêts, et qui finit toujours 
[^^3^T mettre chaque gloire à son rang, semble l'avoir ainsi 
cidé. Catherinot aima beaucoup le Berry, car il en a beau- 
up parlé : cette pieuse affection lui portera bonheur, et 
n exemple prouvera que le moyen le plus simple d*étre 
ète en son pays^ c'est de lui être dévoué. 




Cette notice, déjà trop longue, ne donnerait pourtant 
xi'uoe idée incomplète de notre auteur, si nous négligions 
« rapporter certains passages de ses écrits, qui, mieux que 
ut ce que nous avons dit et pourrions ajouter, feront con- 
Itre le tour particulier de son esprit, la naïveté parfois 
nergique de son style, et la tendance progressive de quelques*- 
de ses opmions. Ces extraits, d'ailleurs, sont une vi- 
f'ante peinture des mœurs de son époque, et ne sauraient, 
^^:3omme tels, paraître déplacés. 

Nous parlerons d'abord du Prest gratuit, cette œuvre capi- 

lalé de Catherinot, son monumentumj qui ne compte pas 

moins de quatre-vingt-douze pages in-quarto, et auquel la 

question naguère encore pendante de la conversion des rentes 

a donné, dans ces derniers temps, une sorte d'actualité. 

Dans ce pamphlet, Catherinot s'attache à démontrer, — 
et le digne homme avait bien ses raisons pour cela, — que 
l'argent ne doit pas se prêter à intérêt, que toute rente est 
déshonnête, immorale, contraire aux lois divines ainsi qu'à 
la discipline ecclésiastique. — « L'intérêt n'est bon, finit-il 
AîU* dire, que pour abréger le carême, quand on doit payer 
à Pâques. » 

Attribuant en grande partie la ruine dci l'ancion commerce 

^^ Bourges à rétablissement des rentes, il les condamne 

^Kirtout en ce qu'elles favorisent cet amour du rien faire 

^iiuel le naturel berruyer est déjà trop enclin. Chemin fai- 



336 SOUVENIRS 



sant, cette décadence industrielle lui fournit roccasioEk ^^ 
tancer d'importance les gens de médiocre état, qui, de s^^^ 
temps, étaient plus portés que jamais à échanger leurs e: 



la 
seignes contre des armoiries ; car on sait que, grâce à 

machine municipale dont Tavait dotée ce mauvais plaisa^^. 

de Louis XI, la capitale du Berry fabriqua longtemps, 

toutes mains et de tout bois, une &çon de gentilshomme^^^^ 

qui ne manquaient pas d'une certaine qualité. 

A l'époque donc où vivait Catherinot, Bourges n'était déjS^^ * 
plus renommé pour l'excellence de ses draps; ses manu&c — "^^^ 
tures étaient presque tombées à rien, et sa pépinière de gen-*-'^--^ 
tilshommes constituait à peu près toute son industrie. C'est là ^'^ 
ce qui explique les doléances suivantes de notre compatriote: r ^* 

« Je suis sensiblement touché quand je considère que notre^^**^ 
ville de Bourges, qui florissait autrefois par le commerce,^ ^^-le» 
le pratique si peu maintenant qu'elle semble même en avoirx m. oii 
de l'aversion. Pourquoi si peu de marchands? Pourquoi tantf'-Mnr-ni 
de boutiques murées? On en rapporte quatre causes : 1(e>X 1< 
grand nombre des ecclésiastiques, des nobles, des officiers ef^^ e 
des écoliers. L'Eglise sanctifie la ville, mais elle la déserta ^ — ^//< 
((lopeu})le). Los nobles font honneur à la ville, mais ils h^xm: ih 
contribuent pas à renricliir. On ne peut avoir assez d»Xi> dt 
laboureurs et de marchands, mais on peut avoir trop à*Ms^ de 
nobles, s'ils ne sont actuellement dans le service. Le nombr -"-■: ^^re 
des officiers s'est considérablement grossi depuis la mort dii^^ de 
Louis XII. EnJin tous les artisans font étudier leurs enfantf" m: Us 
pour les établir dans l'Église, au lieu de les retenir dans lei 
profession ou de les pousser dans le négoce... A ces quati""- 
caiises j'en ajouterai une cinquième : c'est l'inclination poi 
les rentes constituées. On ne veut ni risquer, ni travailler. 
Par la inenie raison on recherche les bénéfices, la nobless 
et les rentes; car il n'est pas fort difficile d'arpenter un bn 
viaire, de porter une épée ou de demander un arrérage 
Cependant, je doute fort que devant Dieu un bénéficier et ui 




DU VIEUX TEMPS 337 



gentilhomme devant le roi, soient quittes de leur devoir pour 
A jpeu de chose, et je sais fort bien que plusieurs saisissants 
et; opposants ont &it naufrage dans les décrets.... 

li Notre ville n'est déchue que depuis qu'elle s'est mêlée 

de rentes et de noblesse. Elle a cessé de négocier crainte de 

banqueroute, imitant ceux qui n'étudient point, crainte de 

frénésie; qui ne vont point à l'armée, crainte de mort, et qui 

ne font rien, crainte de mal faire... Malheur à ceux qui ont 

métamorphosé leurs enseignes en armeSy et qui ont changé 

les navettes en fusées, les aunes en tierces^ les ciseaux en 

sautoirs^ les compas en chevrons ^ le marteau en chef paUy 

la scie en face danchée^ le couteau en épée^ le mortier en 

cIocAe, l'anille de moulin en croix ancrée *. 

» Quel moyen donc de rétablir le commerce à Bourges? Il 
fondrait restreindre le grand nombre des gens d'église, celui 
des écoliers... Il faudrait permettre aux nobles de commer- 
cer en gros, ou de faire dormir leur noblesse pendant leur 
^nimerce, comme en Bvetagne. Il faudrait éteindre une par- 
tie des ofBces en les remboursant. Mais surtout il faudrait 
fit)tter d'aluïne^ toutes ces queues de mouton^, en réduisant 
'©s rentes au denier quarante, en supprimant les hypothèques, 
®^ rejetant une partie des impôts sur ces biens si chimé- 
'*ques et si recherchés. Ce n'est pas une profession légitime 
^® croiser les bras, de ne rien faire pour l'honneur du prince 
®^ cie l'État, et de s'ériger en siffleur de lézards et en truche- 
^^^nt d'hirondelles. — On dit : mangeurs du Rhin, buveurs 



, "ïous les mots en caractères italiques sont, on le voit da reste, des 
pi^.^^^es de blason. — Nylle^ selon les dictionnaires de Roquefort, signifie 
|^^^<a? ancrée. — Voy. anille, dans le Glossaire du Centre, et nille dans 
^^ ^dictionnaire de Laveaux. On a dû dire la m/te,dans le principe, mais, 

^^^ le temps, une partie de l'article s'est abusivement soudée au nom. 
-^hsinthCf selon Ménage. 

L4^^^ ^Sans doute les bandes de parchemin sur lesquelles étaient inscrits les 
de rentes. 

T. u, a 



338 SOUVENIRS 

de Saxe, courtisanes de Souabe, parjures de Westphalie et 
de Frise, hériitiques de BohÊme, larrons de Bavière, et l'ou 
pourrait dire paresseux du Berry. Nous sommes trop peu 
intéressés et nous aurions grand besoin do quelques leçons . 
d'une avarice vertueuse. I 

Ce n'étaient pas 1^ les seules réformes que Catherinot appe- ^ 
lait de ses vœux. Révolté de voir de riches prieurés, de « 

grasses abbayes, qui jadis suffisaient pour tenir dans l'abon- ^ 

dance dix, vingt, trente religieux, devenir la proie d'un«^^ 
seul clerc, ou même d'un seul laïque, il s'écrie dans ur:*-_^ 
autre de ses pampblets (la Régale universelle) : — « MettT' — ^ 
tout un royaume en bénéfices, c'est employer tout son bl^~^ 
en gâteaux, tout son vin en eau-de-vie.... Ce serait ur^^^hJ 
grande charité au roi de les supprimer presque tous pni ^ uj 
en annexer les revenus aux collégiales bien servies, 
abbayes régulières, aux collèges, aux écoles, aux bôpitau^ 
et même aux tribunaux pour rendre la justice gratuite; 
pour la plus grande partie, ces sacro-saints revenus ne s 
vent qu'à manéger des chevaux, à faire rauler un carros-^39^ 
courre des chiens, voler des oiseaux, couvrir des tables et 

parur des courtisanes. 11 n'est rien de si mince que le 

superflu d'un riche prieur. La première portion du b^— ien 
d'église est pour le bénéficier; la deuxième pour lui, e^^ la 
troisième pour lui-môme; tout est en son lot, et il *_ 'est 
pas de part à Dieu. » 

Dans les Parallèles de la noblesse, Catherinot, qui a_'^ail 
été anobli par l'échevinage, compare entre elles les diftérer^olea 
espèces de noblesses, et donne la préférence à la nobL-^3SS« 
■de ville. Nous mentionnerons le début de cet écrit ; — 1 
n Heureux qui n'est pas le premier de sa famille ; irwais ^ 
encore plus heureux qui n'en est pas le dernier ! 
néanmoins très-peu de familles qui n'aient leurs aigles 
leurs rampans, leur or et leur ordure, leurs éclats de gl<3"^ 
et leurs taches d'huile.... 11 importe donc de tenir ^>o^ 



'{ 



DU VIEUX TEMPS 339 



sixiome, sans exception, que la principale noblesse consiste 
au mérite personnel ; que le sang des nobles n'est pas d'une 
couleur plus vive que celui des non-nobles ; que les crânes 
des uns et des autres sont semblables après la mort ^ ; que 
ceux-ci et ceux-là ont également droit de dire à Dieu : — 
Pater noster; que Dieu ne créa pas F Adam des uns et TAdam 
des autres.... etc. » 

On est tout surpris, après des paroles aussi sensées, de 
rencontrer dans les Recherches du Berry, du même auteur le 
passage suivant : — « En 1530, les hurbecs * gastèrent prodi- 
gieusement les vignes. — Le 18 novembre, inondations. — 
Je remarque toutes ces injures du temps comme étant des 
fléaux attirés par les hérésies de Calvin. » 

Nous bornerons là ces citations. Nous pourrions en pro- 
duire beaucoup d'autres tout aussi originales, mais nous 
Craindrions de lasser la patience du lecteur. 

Les œuvres de Catherinot, de plus en plus rares, ne seront 
sans doute jamais réimprimées ; mais toutes les fois que l'on 
entreprendra de retracer nos annales domestiques, on ne 
manquera pas d'invoquer son autorité. Il sera toujours 
)*egardé comme l'un des pères de notre histoire locale, et ce 
seul titre suffira pour sauver son nom de l'oubli. 

Pauvre Catherinot! il ne te manquait plus, pour mettre 
le comble à tes désastres littéraires, que de devenir la pâture, 
cent soixante-dix ans après ta mort, du plus inexpérimenté 



*La même proposition a été avancée par un auteur de nos jours, 
avec preuves à Tappui. — Après qu'Henri II eut eu un œil crevé par 
Montgomery, en joutant dans un tournoi, les plus célèbres chirurgiens 
de l'époque a allèrent à ,1a Conciergerie, y choisirent quatre détenus, 
les firent tuer et leur crevèrent un œil d'un coup de lance, puis, leur 
ouvrant le crâne, y étudièrent les effets de la lance sur le crâne royal, 
ce qui ferait supposer que le crâne des rois n'est pas absolument diffé- 
rent de celui des hommes. » (A. Vacquerie, les Miettes de l'histoire.) 

^ Urbères, insectes nuisibles à la vigne. 



340 SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 

des biographes. Il n'a pas dépendu de lui, crois-le bien, que 
ce petit coup d'épaule ne fût plus efBcace, et Tintérét qu'il 
te porte lui a fait vivement regretter de n'avoir pas à sa dis- 
position l'une des clefs qui pendent au trousseau de M. Sainte- 
Beuve, ce saint Pierre patenté du temple de Mémoire. 



III 



LES BRIGANDS DE 1789. 



En 1789, vers la fin de juillet, « l'agitation, dit M. Thiers S 
^tait universelle en France. Une terreur subite s'était répan- 
due. Le nom de ces brigands qu'on avait vus apparaître dans 
les diverses émeutes était dans toutes les bouches, leur 
image dans tous les esprits. La cour reprochait leurs ravages 
9iu parti populaire, le parti populaire à la cour. Tout à coup 
des courriers se répandent, et, traversant la France en tous 
sens, annoncent que les brigands arrivent et qu'ils coupent 
les moissons avant leur maturité. On se réunit de toutes 
parts, et en quelques jours la France entière est en armes. » 
Le récit de l'un des mille épisodes de cette terreur pani- 
que se trouve consigné dans les archives de la mairie de la 
Chfltre (Indre). C'est de l'histoire locale d'autant plus saisis- 
sante qu'elle a été écrite au jour le jour et, pour ainsi dire, 
heure par heure, au fur et à mesure que le drame se déve- 
I<^pait. 

Cette curieuse relation, rédigée ex abrupto^ à la chaude, 
par le maire alors en fonctions, a été plusieurs fois publiée 
par les journaux de notre province *, mais toujours d'une 

* HUtoire de la Révolution. 

3 Une première fois, en novembre 1845, par rÉclairetêr de VIndre ; 
^mt ans après, en 1853, par le Courrier de Bourges et le Moniteur de 
^ Indre, 



manière plus ou moins incorrecte, surtout quant aux iïotc:^^ 
propres. Nous la rétablissons ici d'après le texte origins^^ 
contenu dans le 18" registre des archives de l'hôtel de viff--^. . 
de k (Mtre. 



PROCÉS-VERBAUX DE CE QUI A ÉTfi FAIT A LA CHATRE, 

A l'occasion de la FAU9SB ALARME DES BHiejtrros. 



I 



Aujourd'hui mercredi, 29 juillet 1789, nous, Sylvain- 
Antoine Defougôres, de Villandry, conseiller du roi, maire ^*' 
perpétuel de la ville de la Châtre, étant de service au corps ^^ 
de garde de l'ikltel de ville, en qualité de capitaine de la ^b1 
prfflni&re compagnie de la milice nationale, pour y passer na 
la nuit avec vingt hommes de garde destinés à faire les ron- — .«3 

des et patrouilles dans tes différents quartiers de la ville, — a 

le sieur Valeiitin Dupontet, bourgeois de la ville d'Aigu miM 

rande, s'est présenta devant nous, à neuf heures et demie^^f i 
du soir, et nous a dit être venu en une heure d'Aigurande, ^ ^se 
pour sous apporter une lettre du sieur André DnmerÎDr mi^m^i 
notaire royal et contrôleur des actes en ladite ville. Ouver — -Mist 
ture faite de cette lettre, nous y avons vu que M. Vézy-^^^aj 
curé du Lourdoueix-Saint-Michel, donne avis audit 5ieur-«:,*'*u 
Dumerin que quatre mille brigands ont jeté l'épouvanta daiLf^-an 
le pays, qu'après avoir tout ravagé et égorgé dans lesenvr-s^^^vi 
rons de la Souterraine et de Hagnac, ils sont aux portes dE» d 
DuD, d'oîi il arrive lui-même, et où il a laissé les habitant'.fiB^t 
dans la plus grande désolation. Sur quoi, nous sommes irtrxMrai- 
vite à prendre les précautions nécessaires pour la sûreté dË» di 
cette ville, qui, dès cette nuit même, pourrait bien êtr-J^tn 
envahie et saccagée. 

L'importance d'un pareil avis et l'alarme qu'avait d&^^-éjà 
répandue dans la ville le récit de ce courrier, nous a déte^^^^r- 
miné à convoquer sur-le-champ MM. le marquis de Villaine^^^ï, 
commandant en chef de la mUice nationale ; Sabardin, ca pj^g ^ 



DU VIEUX TEMPS 343 



taine; Lecamus, échevin; Pouradier de La Motte, lieutenant 
grénéral de police ; Néraud de Vâvres, lieutenant de la pré- 
V'ôté, et Porcher de Lissaunay, procureur du roi et subdélé- 
sué; auxquels nous avons communiqué la lettre d'avis qui 
Venait de nous être remise, et avons présenté le courrier 
qui en était porteur, lequel, ayant été interrogé de nouveau 
sur toutes les circonstances de cet avis, a* répondu affirma- 
ttvement qu'il existait une troupe d'environ quatre mille 
brigands qui, réunis ou*divisés, dévastaient les campagnes. 
Volaient, brûlaient et égorgeaient; que déjà la Souterraine, 
Magnac et les environs étaient devenus la proie de leurs bri- 
Ssmdages, et qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour 
i^ous mettre en sûreté. 

Sur quoi ayant délibéré, il a été arrêté : 
1° D'établir des barricades et des retranchements à toutes 
les entrées de la ville : du côté des religieuses de la Visi- 
t^ation ; sur le chemin de Guéret et sur celui de Neuvy ; dans 
la rue de la Barre et dans celle de l'abbaye de Saint-Abdon. 
Ce qui a été exécuté sous les ordres et par les soins de 
m. Sabardin, premier capitaine faisant fonctions de major. 

2® De faire partir, à l'instant, des courriers à cheval pour 
les villes de Linières, Châteauneuf, Bourges, Châteauroux, 
Issoudun, Châteaumeillant et Sainte^Sévère, munis de lettres 
portant l'invitation aux magistrats de ces différentes villes 
de nous envoyer tous les secours dont ils peuvent disposer, 
avec injonction auxdits courriers d'avertir les habitants de 
toutes les paroisses qu'ils traverseront; — ce qui a été 
exécuté aussitôt par nous, maire, et de Lissaunay, procureur 
du roi, qui avons, à cet effet, pi*ocuré les chevaux et les 
secours nécessaires aux citoyens de bonne volonté qui se 
sont offerts en foule pour remplir ces différentes missions, 
et qui sont partis à onze heures du soir. 

3® D'envoyer sur-le-champ à Aigurande et à Dun, lieux 
d'où partent les avis que nous avons reçus, quatre personnes 



3M souvBNins 

de r^^olution, bien montées et bien armées, pour vérifier les 
faits, s'assurer de la réalité dos désordres, nous instruire de la 
position et de la marche des brigands, et nous dire s'ils sont 
attroupés ou divisés par pelotons. — Nous avons cliargé de celle 
commission les sieurs Valet, capitaine, Duplomb, Acolas et 
Charbonnier, bourgeois, qui sont partis avant minuit, avec 
promesse de nous faire un rapport exact et prorapt. 

•4" D'établir une garde avancée sur le chemin de Vau- _. 

douan, à derai-heue de la ville, avec quelques cavaliers qui _^êî 
voltigeront en avant ; de placer des postes à l'hiltel de ville «^^ 

où est le corps de garde; Lion-d'Argent ; à l'en . 

trée du faubourg des Religieuse ^s la Visitation ; à l'en^ 

trée de la rue de la Barre; au n à-Lais, et enfin près d^^»._e 
la place de l'abbaye Saint-Abdc - Ces différents posiez =;-a 
entretiendront des communicE entre eux , suivant less a^^a 

instructions que leur donn marquis de Villaines .â^as) 

commandant en chef. 

5° Il a été arrêté que nous noi approvisionnerions d_^El4 

poudre, balles, mitraille et autre' unifions de guerre. 

Le sieur Chicot, négociant, ayant taré posséder dans so^-^bkI 
magasin deux cents livres de poudre et une quantité pro^^ — 
portionnée de balles et de plomb, nous en avons fait 1'^* ' '■-■ '^ — 
qulsition et avons distribué le tout aux officiers et soldat:^K^ 
de la milice. 

6* Nous avons décidé de Ëiire battre la générale ] 
réunir tous les citoyens en état de porter les annes, et ans 
de faire sonner le tocsin par la principale clodie, i 
d'appeler les habitants de la campagne à la défense de i 
murs. — Ces ordres ont été exécutés sans retard, de n 
que, de minuit à une heure, nous avions réuni sur '^ 

grande place du Marché un corps d'année qui s'appuya ^"-' 

sur la petite promenade plantée d'arbres et fermée czz^^ 
barrières, où, au besoin, il pouvait trouver un excellent r^*"^"" 
tranchement. 



DU VIEUX TEMPS 345 



De minuit à une heure, l'armée avait complété son ordre 
de bataille, et chacun de nous y occupait le poste que lui 
assignait son grade. 

Nous sommes restés dans cette position jusqu'à deux 
heures après minuit. Une illumination générale de la ville 
fevorisait les manœuvres et laissait voir l'inébranlable réso- 
lution de notre troupe. Cependant, les femmes et les enfants 
du peuple, poussant des cris et des gémissements susceptibles 
d'ébranler les courages, nous les avons invités de rentrer 
dans leurs demeures et de se reposer sur notre dévouement 
i^ les défendre jusqu'à la dernière goutte de notre sang. 

Mais, dans cet instant, à deux heures après minuit, il s'est 
élevé tout à coup un bruit tumultueux et des voix confuses 
qui criaient : — A la garde! aux amies I Voici V ennemi qui 
débouche par la porte Saint-Germain où la garde a été re- 
pousséel y> — Alors, un détachement s'avance pour amortir 
le premier choc; mais on reconnaît bientôt que cette alerte 
avait été occasionnée par un courrier arrivant de Château- 
roux, et qui, nous croyant dans l'ignorance de tout danger, 
avait traversé le faubourg en criant : — « Au<c armssi aux 
armes I,., vous aurez bientôt F ennemi sur les brasi... » 

Le courrier, introduit à l'hôtel de ville, où le maire s'est 
rendu, a présenté une lettre des magistrats de Chàteauroux, 
écrite pendant la nuit, pour nous avertir de l'invasion pro- 
chaine de quatre mille brigands qui ravagent les villes et 
les campagnes, pillent et égorgent les populations. Sur quoi 
ils nous invitent à prendre nos précautions et à joindre nos 
forces aux leurs, suivant le besoin des circonstances, pour 
repousser l'ennemi commun. Cette lettre contient la copie 
d'un pareil avis et d'une pareille invitation de la part de 
la ville d'Argenton, datés du 29 juillet; d'où il résulte que 
nos messages se sont croisés en chemin. 

Nous avons aussitôt, et par les mêmes courriers, expédié 
nos réponses aux villes de Chàteauroux et d'Argenton, et 



346 SOUVENIRS 



nous avons repris notre poâte de service avec la troupe, où 
nous sommes restés sous les armes jusqu'à quatre heures 
du matin, sans recevoir de nouveaux avis. Alors, nous, maire, 
avons invité M. le commandant, et fait inviter les échevins, 
officiers de police et capitaines de la milice nationale de se 
rendre à Thôtel de ville pour y tenir conseil et délibérer sur 
les dispositions à prendre ultérieurement. 

En conséquence, nous nous sommes rendus, le jeudi 
30 juillet, à cinq heures du matin, dans la salle de Thôtel j 
de ville, où nous avons repris la lecture des lettres d'avis 
qui noua sont parvenues de Chàteauroux et d'Ârgenton, et.;^ 
qui semblent ne laisser aucun doute sur une invasion pro- 
chaine. 

Puis, il a été observé qu'une partie nombreuse de la 
troupe employée à la défense de la ville est composée d'ha- 
bitants pauvres et malheureux de cette ville et de la cam- 
pagne, qui n'ont d'autres ressources pour subsister que le 
produit du travail journalier dont nous les avons distraits, 
et qu'il s'en présentera sans doute encore beaucoup de cette 
espèce dans le nombre de ceux qui nous seront envoyés par 
les paroisses voisines et par les autres villes de la province 
auxquelles nous avons demandé des secours. 

Sur quoi il a été arrêté : 

1® D'expédier un nouveau courrier à Bourges avec des 
lettres pressantes à M. l'intendant et à MM. les officiers 
municipaux pour les engager à nous envoyer ce qu'ils ont 
de troupes en quartier dans leur ville ou un détachement 
de leur milice bourgeoise, avec des munitions de poudre et 
de balles; comme aussi d'extraire du magasin d'armes du 
bataillon de la milice provinciale cinquante fusils avec leurs 
baïonnettes et autant de gibernes, pour servir à notre dé- 
fense. — Nous avons chargé de ces lettres le sieur Peyrot, 
invalide, qui est parti à Finstant même, avec ordre d'être 
de retour dans vingt-quatre heures. 



DU VIEUX TEMPS 347 



2* D'envoyer un nouveau courrier à Issoudun pour ins- 
truire les magistrats de cette ville des avis que nous avons 
reçus pendant la nuit des villes de Châteauroux et d'Argen- 
ton, en les priant de se tenir prêts à nous fournir des 
s^icours en cas de besoin ou à recevoir les nôtres s'ils leur 
nécessaires. — Nous avons confié cette mission à 
. Coulon, qui s'est engagé à nous rapporter la réponse en 

heures. 
3*^ De faire un état de tous les hommes actuellement 
^Dus les armes et capables de servir, qui ont indispensable- 
ent besoin d'être soudoyés pour subsister, et de leur payer 
chacun quinze sols par jour pendant tout le temps qu'il 
^era nécessaire de les garder en activité ; — ce qui a été 
écuté par MM. les officiers de la milice nationale. 
4° De renouveler les postes qui ont été placés à toutes 
<es avenues de la ville, de les composer des hommes les 
ieux armés, les plus aisés, et les plus en état de remplir cet 
mploi pendant le jour; de faire reposer le reste de la 
^troupe jusqu'à nouvel ordre ; de visiter toutes les armes et 
^e les faire réparer autant qu'Usera possible. 

S» De s'occuper sans délai des approvisionnements de 
pain nécessaires à la subsistance de la ville et de tous les 
étrangers qui sont déjà venus et qui pourront venir nous 
porter secours. A cet effet, le procureur du roi, accompagné 
de détachements de notre milice, a été chargé de visiter sur- 
le-champ les boulangeries et les greniers de la ville, pour 
s'assurer des ressources sur lesquelles nous pouvons compter, 
et de nous en faire son rapport. Il devra en outre enjoindre 
^ux bouchers de tuer des bœufs pour l'approvisionnement 
Provisoire du jour. — Ce qui ayant été exécuté, ledit pro- 
Ciureur du roi nous a certifié qu'il existait dans les greniers 
Huit cent boisseaux de froment en grains et deux mille six 
Cients boisseaux en farine, avec lesquels les boulangers s'en- 
gageaient à fournir tout le pain nécessaire à la garnison, en 




3i8 SOUVENIRS 



attendant les jours de marché ou de nouveaux envois de 
grains. Quant à rapppvisionnement de viande, les bouchers 
avaient assommé deux bœufs pour subvenir au besoin du 
moment. 

6® D'établir des correspondances exactes et réglées avec 
toutes les villes de la province et les principales paroisses 
des environs, afin que, de proche en proche, on puisse être 
instruit avec célérité de la marche des brigands, et qu'on 
soit en état de se procurer des forces réunies et combinées 
dans les lieux qui seraient menacés ou attaqués. — En con- 
séquence, il a été convenu d'entretenir, tous les jours, à 
minuit, une correspondance à Laugette, pour communiquer 
avec Genouillac ; tous les jours, à huit heures du matin, une 
correspondance au domaine des Loges, paroisse de Briantes, 
pour communiquer avec Boussac,* Sainte-Sévère et Aigu- 
rande; tous les jours, à huit heures du matin, une corres- 
pondance au Pondron, pour communiquer avec Neuvy et 
Cluis; tous les jours, à cinq heures du soir, une correspon- 
dance à Champillé, chez Vincent Pichon, pour communiquer 
avec Châteaumeillant, Culan et le Châtelet; tous les jours, 
à cinq heures du soir, correspondance à Saint-Christophe-en- 
Boucherie, chez M. Boutet-Lassaigne, pour communiquer 
avec Linières et les lieux circonvoisins jusqu'à Bourges ; tous 
les jours, correspondance à Ardentes, au château de Qa- 
vières, pour communiquer avec Châteauroux ; enfin, tous les 
jours, correspondance à Saint-Août, chez M. Boucheron, 
pour communiquer avec Issoudun. — Il a été, à l'instant, 
donné avis de ces dispositions à toutes les villes et paroisses 
ci-dessus nommées, pour les prier de s'y conformer, et d'éta- 
blir de leur côté des correspondances qui, de proche en 
proche, puissent, en peu de jours, s'étendre aux autres pro- 
vinces et assurer uue surveillance générale. 

7® Il a été arrêté qu'il existera, jour et nuit, à l'hôtel 
de ville, un comité permanent, composé du maire qui con- 



DU VIEUX TEMPS 349 



sent d'y rester invariablement fixé avec M. le procureur du 
roi de la prévôté, et, successivement les échevins, les magis- 
trats et MM. les ofiiciers de la milice nationale, pour recevoir 
les avis, expédier les dépèches et vérifier tous les rapports, 
en observant qu'en cas d'alerte il ne restera au comité que 
deux membres qui seront élus à cet effet ; attendu que toutes 
les personnes destinées à le composer désirent reprendre 
les armes et combattre, au besoin, pour la défense de la 
patrie. 

Et, le jeudi, 30 juillet 1789, huit heures du matin, nous 
avons signé, à l'hôtel de ville de la Châtre, le présent pro- 
cès-verbal, qui sera continué par le comité permanent : — 
Aie marquis de ViUaines; Defougères de Villandry, maire; 
Tauvre d'Acre; Lecamus; Baucheron, procureur du roi; 
Porcher de Lissaunay, procureur du roi de la prévôté et 
subdélégué, et Cluis, secrétaire-greffier. 

Le jeudi, 30 juillet 1789, neuf heures du matin, le co- 
mité permanent étant établi à l'hôtel de ville de la Châtre, 
nous avons reçu une lettre de MM. les magistrats de Châ- 
teauroux, en date de ce jour, six heures du matin, par la- 
quelle ils nous annoncent qu'incertains si la troupe de bri- 
gands se dirige sur Ârgenton ou sur la Châtre, ils attendent 
des nouvelles positives de leur marche pour se porter en 
^ule du côté où ils se présenteront, nous assurant de leur 
Recours en cas de besoin. 

Une autre lettre de MM. les magistrats d'Issoudun, du 
^cnatin de ce jour, nous apprend qu'ils reçoivent de toutes 
^(>arls des courriers qui les avertissent de l'approche des scé- 
i^rats soudoyés pour troubler notre repos et ravager nos 
propriétés. Ces mêmes magistrats nous assurent de leur 
^èle et de leur courage à nous secourir, et nous invitent à 
entretenir avec eux la correspondance établie. 

Les lettres qui nous sont parvenues de Guéret, Châtelus, 



œo soiVEHias 

la Celle-DuBOise, Aigurande et Salale-8évère, bous attestent, 
en même temps que l'existence des brigands, les ravages 
qu'ils ont commis à Boussac, à Confolcnt, au Uorat et à la 
Souterraine. Quelques-unes de ces lettres les disent réunis 

en troupe dans la forêt de Laurière,, entre Guéret et la Sou- 

terraine. — En conséquence, nous avons fait expédier copie ^^ 
de ces lettres et les avons adressées à toutes hos corres- — .^-^ 
pondanees. 

Le luf'me jour, après-midi, les principaux habitants des;^^ 
paroisses de Neuvy, Saint-Denis de Jouliet, Crevant, Brianle^^^^ 
Montlevic, Thevet et Ardentes, sont venus nous offrir li^j jf 
secours de leurs paroisses et nous assurer de leurs bonn^.v^^ 
dispositions. — Nous leur avons témoigné la plus sincÈr^S.— ^ 
reconnaissance, en les priant de se tenir armés et prêls ^^.^Ms 
partir, au premier signal, pour se joindre à nous. 

A deux heures après midi, il s'est subitement élevé w s m 
bruit tumultueux au faubourg Saint-Jacques, qui, répan»x::arj]il) 
bientîit par toute la ville, a tait crier: — a Aux armes!.,.. T» ""-S'e» 
nemi arrive!... » Alors, sans ordre donné, le toscin s'est Qfc: îa& 
entendre, et l'on a tu courir en firale letf balntantt pn'i il* <~w iWi 
des officiers, tous armés, du côté du faubourg SaintJacqr^spques 
d'où partait l'alarme. Nous y accourûmes nous-mfimes et -^W^t re- 
connûmes bientôt que cette alerte avait pour cause la cs^=»cap- 
ture d'un inconnu, arrêté au-dessus de SaiQtrLazarre, sur 

la route de Guéret, par une de nos patrouilles qui 1 
duisait au corps de garde, où nous nous rendîmes 
même pour examiner et interroger ce quidam. 

n porte une longue barbe, est chaussé de sahots et u^^'^ 
d'une mauvaise veste grise. 11 ne s'est trouvé muni d'auc — ="00 
arme, ni instrument, d'aucun argent, papiers, passe-j^— "<«l, 
ni indice qui pût fournir le moindre renseignement bu^et ce 
qui le concerne. 

Interrogé sur ses nom, surnoms, qualité, demenre, — s- '^'^ 
s'appeler Jean, avoir été domestique chez le nommé Icytis- 



DU VIEUX TEMPS 351 



tain, dans une paroisse près Blancafort; être actuellement 
mendiant et n'avoir aucun domicile. 

Interrogé sur son âge, — a répondu avoir vingt-trois ans. 
Interrogé d'où il vient, où il va, — a dit n'en savoir 
rien et qu'il va partout. 

Interrogé par qui il a été envoyé à la Châtre et quels 
sont ses complices, — a répondu n'en avoir point. 

Interrogé pourquoi il porte une longue barbe, — a dit 
cju'il n'a point d'argent pour se la faire couper. 

Sommé de nous dire s'il est un espion ou un émissaire, 
sous peine d'être puni en cas de mensonge, — a répondu 
qu'il est mendiant et vit de charité. 

Puis, l'avons sommé de signer ou déclarer la cause de son 
refus, — à quoi il a répondu ne savoir ni écrire ni signer. 
Sur l'avis qui nous a été donné, par les habitants de la 
campagne, que le quidam était accompagné de deux hommes, 
un moment avant sa capture, nous en avons prévenu M. le 
commandant, qui a détaché des patrouilles dans tous les en- 
virons pour faire la recherche de ces individus, et en avons 
également informé les paroisses voisines et les villes de 
notre correspondance. 

Après quoi, nous avons remis ledit quidam entre les 
mains des magistrats qui l'ont constitué prisonnier comme 
vagabond et sans aveu, jusqu'à plus ample information. 

Le même jour, à quatre heures du soir, on nous a annoncé 
Une députation de la ville de Linières, qui a été aussitôt 
introduite. M. Aumerle, ancien militaire et commis aux aides 
^n ladite ville, accompagné de MM. Taillandier du Plaix, 
ftoutet-Lassaigne, Valette, et de plusieurs bourgeois du même 
lieu, nous a dit qu'ils amenaient à notre secours une com- 
pagnie de cent cinquante hommes bien armés, dont cin- 
quante à cheval et cent à pied, qui attendent nos ordres 
aux portes de la ville. M. Aumerle a ajouté que la ville de 
Linières nous offrait en outre les services de huit cents 



352 SOUVENIRS 



autres hommes campés dans ses mw*s et prêts à marcher 
au premier avis. 

M. Defougères, maire, a répondu : 

« Messieurs, votre zèle à nous servir répond à l'idée que 
nous avions de votre courage et de votre générosité. Il 
épuise toute notre sensibilité et mérite toute notre recon- 
naissance. Nous allons vous la témoigner par notre empres- 
sement à loger votre troupe et vous dans les meilleures 
maisons^ où chaque citoyen, en particulier, manifestera à 
ses hôtes Testime que nous avons poufr eux et le mérite que 
nous attachons au service que vous nous rendez. 

» Nous vous prions, Messieurs, de faire entrer votre troupe 
et de la conduire sur la place d'Armes, où elle sera reçue 
avec les honneurs qui lui sont dus et où je vais lui faire 
présenter des billets de logement, tels que chacun de vous 
en soit satisfait. 

» Toutes nos maisons sont à vous. Messieurs, et nous vous 
regardons comme des frères avec lesquels nous désirons de 
vivre dans la plus parfaite union. » 

La députation sortie, nous, maire, avons fait expédier et 
distribuer cent cinquante billets de logement pour que cette 
troupe auxiliaire soit reçue et nourrie, d'abord chez nous, 
ensuite chez les officier^ municipaux, les magistrats, ecclé- 
siastiques, nobles, bourgeois et [principaux habitants, en 
observant de ne donner aucun logement chez les personnes 
peu aisées, attendu le poids déjà onéreux de leur service 
personnel. 

A huit heures, dans la même soirée, une députation de 
la paroisse de Saint-Hilaire, près Linières, s*est présentée. 
M.*** nous a dit que les habitants de Saint-Hilaire, pénétrés 
des dangers dont nous étions menacés, avaient pris les armes 
pour voler à notre secours et attendaient nos ordres pour 
se mettre en marche; que, provisoirement, trente hommes 
des leurs étaient à nos portes et nous priaient de les ad- 



DU VIEUX TEMPS 353 



mettre à la gloire de combattre à nos côtés pour le salut 
cx)mmun. 

A quoi M. Defougères, maire, a répondu : ■ 
c< Généreux amis, nous vous recevons dans notre sein et 
Sillons partager avec vous Thonneur de purger la patrie des 
scélérats lancés sur nos terres pour les dévaster. Montrons 
à la France que le moindre village a ses héros, que tous 
les Français le sont, et qu'aucune nation ne sait mieux que 
nous défendre ses propriétés et sa liberté. 

» Je vous invite au repos pour le reste du jour; séchez 
Tos sueurs que je voudrais essuyer de 'mes mains respec- 
tueuses. Je vais faire entrer votre troupe avec les honneurs 
qu'elle mérite et lui faire distribuer des billets de logement 
dont elle sera satisfaite. » 
Ce qui a été exécuté sans délai. 

A dix heures du soir, s'est présentée et a été introduite une 
députation de la ville dlssoudun. — MM. le chevalier Jouslin 
de Noray; Charlemagne, trésorier de France; Dubois, procu- 
reur de l'élection, et de La Pomme, bourgeois, ancien militaire, 
nous ont dit qu'ils étaient chargés par la ville d'Issoudun de 
s'assurer des dangers qui menaçaient notre ville et de nous 
offrir leurs secours s'ils étaient nécessaires; que leur mission 
avait pour objet de nous confirmer en personnes le dévoue- 
ment que leurs magistrats nous avaient déjà manifesté par 
'ettre, et que nous pouvions invariablement compter sur le 
zèle et l'empressement de tous leurs concitoyens. 
M. Defougères, maire, a aussitôt répondu : 
« Si jamais l'union la plus intime entre les villes et les 
provinces a dû effrayer le brigandage et faire trembler les 
ennemis de la nation, c'est dans ce moment d'alarme et de 
c^amité où tous les vœux tendent au salut commun, où 
toutes les volontés, toutes les forces et toutes les facultés se 
i^unissent pour assurer notre conservation et celle de nos 

propriétés. 

T. n. âS 



354 

« Nous acceptons, Messieurs, avec une vive sensibilité, 
roflre de vos services comme le gage d'une alliance solide 
lit durable dans nos besoins mutuels, et nous vous prierons 
de transmettre à vos vertueux et respectables concitoyens le 
témoignage de notre sincère reconnaissance, à laquelle rien 
ne peut ôtre comparé, si ce n'est le désir de leur prouver, 
dans l'occasion, le même dévouement et la même généro- __^ 
site. « 

A onze heures du soii", nous avons reçu de M. Régnaud, ^ j^ 
bourgeois do Geuouillac, une lettre écrite à huit heures dw:.^- j| 
soir et apportée par nos courriers. Par cette lettre, M. Ré — s^, 
gnaud nous annonce qu'on lui mande de Guéret que les brif — ^ 
gands n'en sont éloignés que de quatre lieues, qu'ils sou«:j»-,ai 
cantonnés dans les bois et qu'on cramt une irruptiou suKL»-ja 
Guéret pour cette nuit ou demain. 

 nue heure après minuit, il nous est arrivé de Chktea.\m-.^^iif 
meillant un courrier porteur d'une lettre de M. Legier c» d< 
La Chassagne, juge du lieu. Par cette lettre, écrite à om-^-^^na 
heures du soir, M. Legier nous informe qu'il a rassemlz:#".^b^ 
et mis sous les armes mille hommes prêts à marcher s^^ soi 
notre première demande. 

Nous avons également reçu de AfH. les magistrats de ClczS^hâ- 
teauroux un message, daté d'hier, huit heures du soir, ^~ par 
lequel ils nous annoncent qu'on leur mande d'Ai^entou r^^ que 
les brigands sont à une lieue de Saint-Renoît.<iuTSauh. ^ ~- 
Chàteauroux attend des renseignements certains sur L-^Keur 
marche pour nous en faire part. 

Nous avons expédié des réponses à tous ces courrier^^ et 
fait partir des avis par nos correspondants. 

Le vendredi, 3i juillet, à cinq heures du matin, c»<Kw 
avons fait inviter tous les officiers de la milice nationale âse 
rendre au comité pour y prendre connaissance de tous ies Êl^ 

messages reçus pendant la nuit et y tenir' conseil. ikt. 



DU VIEUX TEMPS 355 



Après délibération, il a été unanimement reconnu que 
toute la France ne doit plus faire qu'une même famille et 
Une même société ; qu'il ne s'agit pas seulement de mettre 
en sûreté notre ville et ses environs, mais qu'il est de notre 
devoir de réunir toutes nos forces pour protéger et défendre 
non-seulement les villes et les campagnes du Berry, mais 
même les provinces voisines, de l'invasion des brigands et 
de tous les dangers dont notre patrie commune peut être 
menacée. 

En conséquence, il a été arrêté de faire partir à l'instant 
pK>ur Guéret une compagnie de cavalerie bien armée, avec 
ordre de se porter partout où on lui indiquera qu'il existe 
des brigands attroupés ou des dangers à prévenir. Ces cava- 
liers, comme témoins oculaires, seront en mesure de nous 
informer de la réalité et de la grandeur du danger, et de 
Tious mettre à même de diriger sur les points menacés le 
^os de nos forces que nous dévouons au service et à l'uti- 
lité de toute la patrie. 

Cette résolution prise et annoncée, nous avons vu accou- 
rir en foule les officiers de la milice nationale et les citoyens 
de tous les ordres, sollicitant l'honneur de faire partie de 
ce détachement. 

MM. les députés d'Issoudun et la troupe auxiliaire de 
Linières ont réclamé avec instance la faveur de s'y joindre, 
et le comité a décidé de composer le détachement de : 
MM. Laisnel de La Salle, ancien garde de la porte du roi, 
capitaine de la milice nationale ; Laisnel de Marembert, lieu- 
tenant du maire; Pauvre d'Acre, l'un des échevins; Bernard, 
procureur du roi de l'élection ; le chevalier Culon de Clair- 
font; le chevalier Jouslin du Portail, officier de la milice 
nationale; le sieur Chicot l'aîné, négociant; Robin de La 
ftonde, bourgeois, officier de la milice nationale ; Pouradier- 
Dutheil, procureur; LeteUier lils, bourgeois, officier de la 
milice nationale; Bauniat, maître sellier; Chicot le cadet, 



356 SOUVENIRS 



officier de la milice nationale; Mantin, négociant; Girard, 
ancien maréchal des logis des carabiniers, fourrier-major de 
la milice nationale ; Baucheron du Mai, bourgeois ; Plassat, 
notaire ; Antoine Giraud ; Selleron, bourgeois ; Boutet de La 
Forge, bourgeois; — MM. Dubois, Jouslin de Noray, de La 
Pomme et Charlemagne, députés dlssoudun; M. Aumerle, 
Tun des députés de Linières, et Loche, député de Château- 
meillant. 

Nous avons fait délivrer des chevaux à ceux qui n'en 
avaient pas, et tous se sont rendus à cheval sur la place 
d'Armes, où ils ont élu entre eux pour capitaine comman- 
dant du détachement M. Laisnel de La Salle, et pour lieute- 
nant M. Aumerle. 

Alors MM. les officiers municipaux ont remis à ces chefs 
des lettres de créance attestant le zèle patriotique qui a 
déterminé le départ de cette compagnie de cavalerie, dont la 
mission est de protéger et défendre la province de la Marche, 
et de lui offrir de plus nombreux secours. Par ces mêmes 
lettres, invitation est faite à la municipalité de Guéret de 
rendre à nos représentants les honneurs que méritent leur 
courage et leur patriotisme; à la charge par eux de nous 
rapporter un certificat de MM. les officiers municipaux de 
Guéret, constatant que le détachement a rempli son devoir. 

Du reste, nos cavaliers devront s'adjoindre en route les 
hommes envoyés par Sainte-Sévère et Châteaumeillant et 
qui doivent les attendre à Laugette. 

Ces instructions données, le détachement s'est mis en 
marche, à dix heures du matin, après avoir été conduit par 
M. le commandant de Villaines jusqu'aux portes de la ville, 
au son des tambours et aux acclamations de tout le peuple. 

Le comité a ensuite adressé ses remerciements à la troupe 
auxiliaire de Linières, qui est repartie comblée de nos éloges 
et nous laissant l'assurance d'être prête à revenir, sur notre 
première invitation, avec toutes ses forces réunies. 



pu VIEUX TEMPS 357 



Puis, nous avons pris connaissance des correspondances 
de Neuvy, Sainte-Sévère, Genouillac et Saint-Denis-de-Jouhet, 
auxquelles nous avons immédiatement répondu. 

Cependant, MM. les officiers de la milice nationale sont 
venus nous assurer que le meilleur ordre régnait parmi les 
troupes que nous avons sur pied, et nous ont certifié que 
Ton a pris toutes les précautions nécessaires pour prévenir 
les surprises et combattre avec avantage, en cas d'attaque. 

A sept heures du soir, MM. Valette, Duplomb, Charbonnier 
et Acolas, qui avaient été chargés d'aller à Aigurande, Dun 
et la Souterraine, sont venus nous rendre compte de leur 
mission. Ils ont trouvé la ville de Dun dans la plus grande 
consternation, par suite du bruit qui s'était répandu que les 
brigands, après avoir dévasté le village de Rian, pillé et 
brûlé plusieurs autres hameaux et égorgé une quarantaine 
de personnes, s'étaient cantonnés dans la forêt de Laurière, 
aux environs de la Souterraine. 

Quelque temps après, à huit heures du soir, les deux 
courriers successifs que nous avions expédiés pour Bourges, 
dans la nuit du 29 au 30, se sont présentés devant nous, 
et nous ont dit que, malgré les plus vives instances, ils sont 
restés un jour entier à Bourges pour n'obtenir, en définitive, 
qu'un refus de toute espèce de secours. En effet, ouverture 
faite de la lettre que nous adressent MM. Clément de Beau- 
"voir, maire. Sué et Callande, échevins, et qui est datée du 
30 juillet, ces messieurs nous mandent qu'ils éprouvent eux- 
mêmes les plus grandes alarmes, et qu'ils ont besoin de 
toutes leurs forces pour leur propre sûreté, attendu que des 
avis de Sancerre leur annoncent l'arrivée, par Cosne, de huit 
à neuf cents brigands, ce qui, ajoutent-ils, les réduit à l'im- 
possibilité de nous fournir le moindre secours. 

L'indifférence de la ville de Bourges sur les dangers dont 
nous sommes menacés a déterminé les membres du comité 
à arrêter provisoirement qu'ils ne seront plus en tribut de 



correspondance avec elle, et que sa réponse sera déférée au _^~^ 
ixmsfiil assemblé de la municipalité et de la milice nationale ^^j 
de cette ville de la Chlitre. 

On message plus généreux des éclievins de Cbâteauneiif,^"^ j^- 
du même jour, 30 juillet, nous apprend qu'ils sont san3.«::B-^ 
armes ni munitions, mais qu'ils aous offi-ent le secours d»,^> ^ 
leurs bras. 

A neuf heures du soir, on nous a aimoncé ime députais jjj 
tion de la ville de Saint-Amand, laquelle ayant été intrOT^-re 
duite, HM. de Boîsdednunp, Thabonet et àa Sûaip&foigm^^'^ 
Doos oDt remis raie lettre datée de ce matin^ et mgliAa c» ^ 
MH. Geof&eaet des Beansplaûu, snbdéléBiaé, ot.Bomwt ^ de 
Samy, juge de police, par hqaéllg ces miMaiiBui» no^v^joai 
marquent qne la mission dé leurs, d^mtés a poor objet ■ ds 

s'inatroire particulièrement du ai^et de l'alanae partccxt^Jont 
réinndae; de seomcertœ âTeC'noot, an besoîu, pour x:^ nos 
sûretés communes, et de'former avec notre vflle une à 



H. Defougères, maire, a répondu.: 

<i Messieurs, — Toutes les nouvelles que nous avons reçs^^wes 
par nos courriers ou par nos différentes correspondance .«ces, 
qui vont vous être communiquées, semblent ne point lai^ ^sser 
de doute sur l'existence d'une troupe nombreuse de briga-.,^^nds 
aux environs de la Souterraine et de Guéret ; mais, Messiei»" ^urs, 
nous avons formé en vingt-quatre heures, dans notre ^ seul 
district, une milice de plus de cinq mille hommes de ^^■>ied 

et de quatre cents chevaux, avec laquelle nous somme!? :> en 

état, non-seulement de défendre notre ville, mais encort=3 de 
fournir des secours à nos voisins. Nous venons de dirigei — sur 
Guéret un détachement de cavalerie spécialement charg- -^ de 
reconnaître l'ennemi et de nous instruire avec la plus gr&«-iide 
célérité de sa position et de sa marche, atin que nous frois- 
sions nous porter à sa rencontre avec toutes nos forces et i 
détruire jusqu'au dernier les scélérats qui troublent le repos à 



DU VIEUX TEMPS 359 



public, font déserter toutes les campagnes et suspendre les 
travaux si précieux et si urgents de la récolte, attendue 
comme le terme de nos calamités. 

» Quand no^ précautions, nos diligences et notre activité 
n'auraient d'autre résultat que d'éclaircir un fait aussi étrange 
que le bruit de cette invasion subite et destructive; quand 
même nous ne trouverions aucun ennemi à combattre, la 
formation et la vigilance de notre milice auront toujours eu 
l'avantage de calmer l'inquiétude inouïe et la désolation 
générale répandues parmi le peuple, et il en résultera tou- 
jours l'inappréciable bienfait d'avoir rassuré les campagnes 
et ranimé l'activité de leurs travaux. 

D Nous recevons. Messieurs, avec autant de reconnaissance 
que de sensibilité l'offre de votre alliance, et nous vous 
prions d'assurer votre ville de tout notre empressement à 
lui porter des secours lorsqu'elle croira en avoir besoin. 
Nous la compterons désormais au nombre de nos plus 
fidèles alliés, et nous lui témoignerons dans toutes les oc- 
casions l'estime qu'elle mérite et les égards qui lui sont dus. 
• — Nous allons lui confirmer l'assurance de ces sentiments 
par les lettres de notre comité, en réponse à celle qu'elle 
nous a fait l'honneur de nous adresser. » 

Le samedi, 1®' août 1789, le comité a reçu les correspon- 
dances de Châteauroux avec des nouvelles de Limoges, du 
Dorât, de Ruffec, Saint-Claud, Confolens et Rochechouart, 
lieux d'où sont parties les premières alarmes. Il a reçu éga- 
lement des messages d'Argenton, de Neuvy, Boussac et Sainte- 
Sévère, ainsi qu'une lettre du détachement que nous avons 
envoyé à Guéret, et tous ces rapports attestent unanimement 
que les dangers que nous appréhendions sont tout à fait 
sans fondement. 

En conséquence, nous avons adressé des lettres circu- 
laires à toutes les paroisses de nos campagnes pour calmer 



leurs inquiétudes et les inviter à reprendre leurs travaux," 
en les engageant toutefois à continuer de surveiller lesgenA 
de passage, iucounus et suspects, et à les observer avec 1 
plus stricte attention, comme il est d'usage eh cette ville a 
ils pourront les conduire en cas de légitime suspicion. 

Après avoir expédié toutes nos correspondances, noD8{ 
avons recommandé à notre milice de maintenir la police da> 
niarctié aux grains, et d'en faciliter l'approvisionnement. 

Le dimanche, 2 août, tes rapports qui nous ont étA^ 
adressés, pendant la nuit et le matin, par nos différent», 
correspondances, ayant continué de nous confirmer la fau»»- 
seié des bruits qui ont occasionné nos alarmes, le conseib 
de la ville et de la milice a Fait enlever les barricades 
établies aux entrées de nos rues. 

Le même jour, à quatre heures du soir, on nous a annoiuA 
le retour du détachement envoyé à Guéret. Après avoir i^ 
reconnus, selon l'usage, aux portes de la ville, par la gar- 
nison, nos cavaliers se sont rendus en bon ordre si 
place d'Armes, d'oii ils se sont- dirigés vers leurs logements. 

MM. Laisnel de La Salle, capitaine, et Aumerle, lieu- 
tenant, s'étant ensuite présentés devant le comité de l'hûKi 
de ville, ils nous ont remis les lettres de créance que nous 
leur avions données, le 31 juillet, lors de leur départ, auisi 
que le certificat que M. Chorton de Saint-Léger, maire de 
la ville de Guéret, leur a délivré ce matin même. Ce cer- 
tiflcat atteste le bon ordre et l'excellente discipline dont 
nos cavaliers ont fait preuve, et, en même temps, l'estime 
et la vive reconnaissance que les habitants de Guéret ont 
vouées à ceux de la Châtre, en retour de leur généreux 
dévouement. 

Après quoi, M. Laisnel de La Salle nous a dit que les per- 
quisitions les plus minutieuses avaient été faites dans les 
bois et les montagnes des environs de Guéret, de Dun et de 



DU VIEUX TEMPS 361 



la Souterraine, lieux constamment signalés comme servant 
de refuge à des bandes de brigands, et qu'il avait été re- 
connu que leur existence en troupe était aussi fausse que 
les ravages qu'on leur attribuait; 

Que le détachement qu'il conduisait a fait son entr^ à 
Guéret aux acclamations générales de la joie publique ; que 
les citoyens les plus distingués se disputaient le plaisir de 
les loger ; que la ville entière leur a témoigné sa reconnais- 
sance par des égards, des fêtes et des honneurs de toute 
espèce; 

Qu'aujourd'hui même, à cinq heures du matin, on leur a 
«lonné une messe en musique à l'église paroissiale, où se 
trouvaient la majeure partie des citoyens et toutes les dames, 
«t qu'enfin, à leur départ, ils ont été conduits jusqu'au pont 
de Glénic, à plus d'une lieue de la ville, par un détache- 
ment de ca.valerie composé de l'élite de la jeunesse de Guéret, 
avec drapeaux et musique en tête. 

Sur quoi, le comité a témoigné sa satisfaction à M. Laisnel 
de La Salle et à M. Aumerle pour leur bonne conduite et 
celle de leur détachement, et leur a exprimé tous les éloges 
que mérite leur courage. La reconnaissance que leur doit 
notre ville sera consignée dans nos procès-verbaux, ainsi 
que le récit détaillé de leur mission. Enfin, nous allons 
délivrer à MM. Aumerle et de La Pomme les certificats par- 
ticuliers qu'ils désirent et qu'ils ont si bien mérités par le 
^èle, le courage et la générosité dont ils ont fait preuve. 

Puis, il a été arrêté : 

1® De rendre aux députations d'Issoudun et de Linières 
t^ous les honneurs dus à leur patriotisme; 

2** De licencier les troupes auxiliaires qui s'étaient réunies 
ô notre milice, et de rétablir l'entier exercice des arts, 
métiers, professions et travaux des campagnes; 



362 SOUVENIRS 



3** D'entretenir une garde bourgeoise pour la sûreté de la 
ville et le bon ordre; 

4** D'expédier des messages à tous nos correspondants, et 
de les remercier de leur concours, tout en entretenant leur 
dévouement au salut commun. 

Fait et arrêté à l'hôtel de ville de la Châtre, le 2 août 1789, 
à huit heures du soir, par nous, Silvain Antoine Defougères 
de Villandry, maire, et par MM. les échevins, juges et officiers 
de la prévôté royale, et autres commissaires du comité. 

Signé : — Defougères de Villandry, Pauvre d'Acre, Lecamus, 
Porcher de Lissaunay, procureur du roi et subdélégué, Bau- 
cheron, procureur du roi, et Cluis, secrétaire-greffier. 



NOTES SUR QUELQUES-UNS DES ACTEURS DE CE DRAME. 

M. Defougères de Villandry, avocat au parlement, était 
maire de la Châtre depuis le 18 février 1784. Il avait acheté 
cette charge 1,500 livres. (Voy. le 21® registre des archives 
de l'hôtel de ville de la Châtre). — En 1790, il devint l'un 
des administrateurs du département de l'Indre et donna sa 
démission de maire. — En 1793, juin, M. Defougères habi- 
tait Lourdoueix-Saint-Michel, d'où il demandait à la munici- 
palité de la Châtre de vouloir bien lui céder deux cents 
boisseaux d'avoine pour nourrir les habitants affamés de sa 
paroisse. (Archives de l'hôtel de ville de la Châtre.) — 
((. M. Defougères, homme d'esprit, avocat instruit et disert 
rendit beaucoup de services à son pays, soit comme maire' 
soit dans les divers emplois qu'il eut à remplir. Il mourut 
à Paris, après avoir été membre de la Cour de cassation. » 
(H*^ Bauclieron, Recherches sur la ville de la Châtre.) — 



DU VIEUX TEMPS 363 



En 184S, un M. Defougères de Villandry était recteur de 
l'Académie d'Aix. (Voir YAnntiaire du Berry de 184S.) 

M. Gilles Porcher de Lissaunay, le subdélégué, succéda à 
M. Defougères, comme maire de la Châtre. Après avoir figuré 
à la Convention, au Conseil des Anciens, etc., etc., il devint 
plus tard sénateur, pair, sous le nom de comte de Richebourg. 

M. Charlemagne, trésorier de France, qui fait partie de la 
députation d'Issoudun, fut maire de cette ville en 1793; 
puis administrateur du département, sous-préfet de Château- 
roux, député au Corps législatif du premier empire, etc., etc. 
L'un de ses fils est aujourd'hui conseiller d'État, et l'un de 
ses petits-fils a été nommé, en janvier 1859, député au 
Corps législatif. 




i 



IV 



VIGTOIKE 



t t 



POEME ELEGIAQUE 



BN TROIS CHANTS. 



D'autres, d'une voix immortelle, 
Vous peindront d'heureux jours en de joyeux accords; 
Moi, la douleur m'éprouve et mes chants Tiennent d'elle. 

(Victor Hugo.) 



Ces élégies ont été publiées pour la première fois en 1830. Le triste 
événement qui en fait le sujet n'est malheureusement pas une fiction. 

Le 5 mars 1829, L'Iris^ journal de V Indre, en a rendu compte en ces 
termes : — « Une jeune femme vient de mourir à la Châtre, la nuit 
même de son mariage. De noirs pressentiments semblaient l'avoir éclai- 
rée sur sa fin prochaine, et elle avait vu avec une insouciance mêlée 
de crainte les apprêts et la joie des noces. » 

Le nom de famille de Victoire était Appé. 

Au fond, il n'y a rien de notre invention dans ce petit poëme, et le 
peuple, dont les superstitions sont parfois si gracieuses, a parlé le 
premier de Tapparition d'une colombe sur le tombeau de Victoire. 



VICTOIRE 



CHANT PREMIER 



LE TEMPLE 



Notre hymen redoutable aura des chants funèbres 
Et les grands voiles du cercueil. 

(A. Guiraud.) 



Enfant, pourquoi pleurer quand tu cours au bonheur? 

Tu me confiais tout naguère : 
Tes ennuis, tes plaisirs, étaient ceux de ta mère ; 

Youdrais-tu lui fermer ton cœur? 

Hélas! depuis longtemps, une langueur affreuse 
A flétri ta jeunesse et sur ton front rêveur. 
Quelque peine secrète entretient la pâleur; 
Victoire, tu n*es pas heureuse!... 

Ma fille, nous touchons au moment solennel; 
Peut-être, sans ton cœur, ta main s'était donnée : 
Tu ne marcheras pas en victime à l'autel. 
Je te remets ta destinée. 




— Ma mÈre, tu connais l'i^oiix qui m'est promis. 
Mon ciKur le croit toujours digne d'Être ton flls; 

. Mais appreoils quello est ma taiblesse : 
De l'hymen désiré, tous ces avant-coureurs, 
Tous ces brillants apprËts, m'accablent de tristesaejl 
Si ces vaiug ornements, ces guirlandes, ces fleurs^ 'M 
Ha mère, étaient demain arrosés de tes pleurs?. 

— Loin de toi, loin de moi, cette horrible pensée f.ij 
Que parles-tu de présages de mortî... 

Toi, mourir, aussi près d'être heureuse! insensée!.. - 
Tu n'as rien fait qui mérite un tel sort 

Non, non, ma fille, prends courage : 
De beaux jours te luiront, crois-en mon seul présage; 

0'aiIleui's, n'es-lu pas tout mon bieoî , 

Le ciel m'exaucera, le ciel à mon vieil dge H 

N'cnlËvera pas ton soutien. H 

Elle invitait ainsi sa fille à l'espérance 

Quand dans son propre cœur naissait la défiance. 



Mais la cloche de Saint Germain < 
A retenti cinq fois sous les coups de l'ai. 
L'heure de l'hymen est venue, 
Et des nombreux amis la foule est a 



L'hiver touchait alors au milieu de son cours, 
Et le couple, à l'autel, s'achemina dans l'ombre. 
Et la vierge, rêvant à ses jeunes amours. 
Trouva cet appareil bien sombre. 



' L'église paroissiale de la Châtre e 



s rinvoeatioD de saint ( 



DU VIEUX TEMPS 369 



La foule, au seuil du temple, arrive en un instant; 

Victoire, toujours plus pensive, 
Avec elle a franchi les degrés de l'ogive... 

— Quel tableau! grand Dieu! quel moment! 
Que Taspect des autels, la nuit, est imposant!... 

L'air humide et glacé de cette antique église, 

Le silence des saints échos. 
Qu'interrompt par moment la plainte de la bise 

Gémissant le long des vitraux; 

Ces larges dalles funéraires 
Qui cèlent à nos yeux les froides régions 
Où se consument de nos pères 
Les vieilles générations ; 

Cette lampe où renaît et meurt par intervalle 
Une lueur douteuse et sépulcrale ; 

Ces femmes, à genoux, sous les sombres arceaux. 
Leur maintien suppliant, leur prière à voix basse 
Semblable aux mots confus d'un mortel qui trépasse; 
Tout respire en ces lieux l'appareil des tombeaux! 



* 
* * 



Tandis que de l'hymen au fond du sanctuaire, 

S'allument les flambeaux sacrés, 
Détaché de la foule un couple solitaire 

S'est approché des saints degrés : 

Le prêtre l'interroge, et sa voix solennelle, 
Sur les deux amants à genoux, 
Bientôt profère devant tous 
La parole sacramentelle. 

Puis le saint homme, avec douceur, 
Leur trace leâ devoirs de leur chaste alliance J 

T II. ^4 



SOUVENIRS nu VIEUX TEMPS 

Pour prix de la vertu leur promet le bonheur. 
Prodigue les conseils ; et sa douce éloquence, 
Simple comme ses mœurs, allait droit h leur cœur. 



Mais Victoire frémit!... il s'arrête, il contemple 
Sou étrange pâleur, son regard plein d'effroi : 
— • Mfi fille, lui dit-il, vous souffrez, je le voi; 

Peut-être l'air glacé du temple!... 

— Ah! mon père priez pour moi!... ■ 

Elle dit, et s'éloigne, à pas lents, de l'enceinte. 
Tandis que le vieux jvêtre au ciel redit sa plainte, 




CHANT SECOND 



LE BAL 



Nos jeux seront suivis de pompes sépulcrales. 

(Victor Hugo.) 

Le sourire que la douleur veut feindre res- 
semble à une courorne de roses déposée sur ua 
tombeau. 

(Lord Byrqn.) 



Le prêtre a consacré les promesses d'amour; 
Des danses, des festins, Fappareil se déploie; 
Les accents du plaisir proclament ce beau jour; 
Pourtant sur tous les fronts ne brille pas la joie. 

L'esprit toujours frappé de noirs pressentiments, 
Et n'osant prendre part à l'ivresse commune, 
Victoire, loin du bruit de la foule importune, 
Au cœur du jeune époux confiait ses tourments. 

— * Pourquoi nourrirais-^tu cette folle chimère? 
Dit-il, ta bouche en vain a recours au mystère. 
Je connais les chagrins qui troublent ta raison ; 
Puissé-*je m'abuser I mais ta sombre tristesse. 
Cette nuit, à l'autel, le ci'i de ta détresse. 
Tout confirme Un affreux soupçon. 

» Fatale illusion! espérance trompeuse! 
Heureux de mon amour^ je te croyais heureuse..^ 



Qpe ne m'os-tu plaa lot enlevé mon erreur? 
B^las! c'est trop tard la comprendre! 
Victoire, devais-lo m'apprendre 
Que mon amour porte malheur!... 

— * Cher époux, qu'as-tu dît, et quelle défiance! 

Si déjà de mon asar j'avais pu te baDuir, 

Loin de redouter l'avenir, 
Le sort que je prévois serait mon espérance. 

u Toi seul sais calmer ma Trayeur; 
Je trouve dans ta vois un accent qui console, 
Et je serus heureuse à ta douce parole, 

Si je pouvais croire au bonheur. 

» Pardonne, 6 mon ami ! je fais couler tes larmes,. 
Pardonne ! j'aurais dû renfermer dans mon sein, 
J'aurais dû dévorer mes secrètes alarmes; 
Mon pauvre cœur était trop plein! 



» Cet aveu le soulage,., et, grâce à toi, j'esp^i 
Ami,... viens avec moi,... viens rassurer ma mère... 

Je suis mieux à présent,... bien mieux... 
Le bal ! le bal commence!... entends les sons joyeux!... 

Volons 1 on nous attend ; l'assemblée inquiète. 

Sans doute appelle de ses vœux 

Le roi, la reine de la fête : 
Je veux danser, je veux me mêler à ses jeux. * 

Elle dit, et sa bouche essayait de sourire; 
Mais dans son regard exailé 
Brillait une affreuse gaieté, 
L'affreuse gaieté du délire! 



Et cependant la voix des instruments divers 
Préludait aui plaisirs par sa vive harmonie; 



■1 



DU VIEUX TEMPS 373 



Et Victoire, accourue au bruit de ces concerts, 
Semblait une ombre admise aux fêtes de la vie 1 

# 

Le bal! elle aimait tant ce plaisir enchanteur!... 
Elle veut s'y livrer comme aux jours de bonheur, 

Et par sa gaîté mensongère, 
Rassurer son époux et celer à sa mère 

Les noirs orages de son cœur. 

Mais ses yeux où respire une étrange allégresse. 
Ses pas précipités, ses brusques mouvements, 
D'une danse animée accusent moins l'ivresse 
Que le désordre de ses sens. 

Ses compagnes pourtant, autour d'elle empressées, 
A ses joyeux transports ne cessaient d'applaudir. 
Et prenaient, ignorant ses lugubres pensées, 
Cette gaîté pour du plaisir. 

Une seule, Clara, jeune, aimante et jolie. 
Contemplait tristement les yeux de son amie; 
Elle seule s'est dit : — Cet enjouement trompeur 
Ne peut être inspiré par l'aimable folie. 
Ah! ce n'est pas là du bonheur! 



sic :t: 



Mais l'amour a sonné l'heure du doux mystère. 
Et bientôt chaque époux, par la pudeur conduit. 

Séparément, s'échappe solitaire. — 
Le bal longtemps encor doit prolonger la nuit. 

Victoire, en s'éloignant, près de Clara s'arrête; 
Morne, et fixant sur elle un regard égaré : 
— « Ce jour sera suivi d'une dernière fête. 
Dit-elle ; à demain ! — J'y serai. » 



CHANT TROISIÈME 



El tes TBsas d'iin jour qui 

Oui s'êpanaulssalRnl, lu vellli 

Sa funÈrant daas un loi 



Les deux amants ii peine ont quitté l'assemblëe, 
Dùjfi sur Lous les fronts naît le souris malin : 

La danse à l'instant est troublée 
Et les propos joyeux bientôt n'ont plus de frein. 

Prodiguant les bons mots, les vives roparties, 
Plus d'un jeune étourdi, par sa verve emporté. 
Immole, en se jouant, la timide beauté 
Au scandale de ses saillies. 



Ils riaient! — Et la mort, errant au milieu d'eux. 

Hésitait parmi tant de proies!... 
Us riaient! — Tout à coup, des cria, des cris affreux 

Éclatent plus haut que leurs joies ! 

L'impitoyable mort n'avait plus à choisir!... 
Un froid linceul revêl la couche nuptiale! 
I^, Victoire eFIIeura la coupe du plaisir; 
Là, le soupir naïf que la pudeur exhale, 
flecueilli par la mort, fut son dernier soupir. 



SOUVENIRS DU VIEUX TEMPS 375 

Ces cris, ces cris affreux étaient ceux d'une mère, 
Étaient ceux d*un amant qu'égarait la douleur ! 
Ah ! qui retracera ce spectacle d'horreur ? 
déplorable hymen ! ô bonheur éphémère ! 
Le sort déploya-t-il jamais tant de rigueur? 






Mais la mère interrompt sa plainte déchirante, 
Elle s'adresse au ciel qui l'entendit toujours, 
Car elle espère encore, et sa voix suppliante 
De l'art qui nous guérit implore le secours. 

Un jeune homme paraît et sa main aguerrie, 
Parcourant lentement le corps inanimé. 
Interroge longtemps les sources de la vie... 
Pauvre mère!... il a lu dans son cœur alarmé. 

— « Parlez ! s'écriait-elle, et que votre art s'explique ! » 
n n'ose révéler l'horrible arrêt du sort : 

— « Peut-être, lui dit-il, ce sommeil léthargique 

N'est que l'image de la mort. » 

On dut t'abuser, pauvre mère! 
Hélas ! la vérité t'eût coûté la lumière !... 



* * 



Son espoir fut longtemps dans cet affreux sommeil; 
Et le soleil, trois fois, parcourut sa carrière. 
Et trois fois la surprit, murmurant la prière 
Et de la jeune épouse épiant le réveil. 

Alors, dans une longue étreinte. 
Elle crut ranimer sa fille eptre ses bras; 



Haïs de soa œur brisé la cha!<?iir presiqae étante 
Coinbaltit Tuinemeat les glaces da Uvpas. 



El le soir, quand la nuit s'abaissa sur la nlle. 
Dans l'ombre apparut un cercueil ; 

Un prêtre le ^idaîl vers le dernier asQe, 
Des TÏergL-s suivaient en grand d4.'uil; 

Et la mort leur ouvrait son avare domaine. 

Tandis qu'une clocha loiataine. 

Rappelant l'heure de rhynit:D, 
Tintait encor cinq fuis sous les coups de l'airain. 

Clara s'avance alors, et sa douleur muette 
A peine laisse entendre un sourd gémissement ; 
Vlts la terre, en âlence, elle incline sa télé, 
Et d'une mûn amie effeuille lentement 

Sur ces restes glacfs les roses de la Kle, 

De tous les siens Victoire a reçu les adieux, 

Et leur pieuse multitude 
S'écoulant, par degrés, k flots silencieux, 
La mort a reconquis sa morne solitude. 



Nous touchons presque encore à ce jour de douleurs, 
Et déjà, cependant, !a jeune primevère. 
Mariant au gazon l'éclat de ses couleurs, 
Émaille de son or le tertre funéraire. 

Souvent jusqu'au champ du repos 
S'achemine, en priant, une femme voilée.. 
Et là, pâle, à genouic, gémissant isolée. 
Elle appelle Victoire à travers ses sanglots, 
liais l'écho seul répond à sa voi^c désolée ! 



DU VIEUX TEMPS 377 

Souvent aussi, vers le déclin du jour, 
On voit, sur Thumble croix qui protège la tombe, 
S'abattre, solitaire, une blanche colombe, 
Symbole attendrissant d'innocence et d'amour*. 

Sans doute elle apparaît, céleste messagère, 

Pour annoncer qu'un ange est de plus dans les cieux : 

Ah ! puissent te comprendre, oiseau mystérieux. 

Les amis que "Victoire a laissés sur la terre ! 



* * 



Et moi, qui sur sa cendre ai jeté quelques fleurs, 
Puissent mes faibles chants consoler une mère ! 
Heureux si j'ai rendu sa douleur moins amère. 
Et si plus doucement j'ai fait couler ses pleurs. 



FIN. 



^D'après les plus anciennes traditions bretonnes, les morts reparais- 
sent souvent sur la terre sous la poétique forme d'oiseaux. Dans le 
Seigneur Nann et la Fée du Barzaz-Breiz de M. de la Villemarqué, il 
est question de blanches colombes qui apparaissent sur un tombeau. 
(Barzaz-Breiz^ t. I, p. 45 et 216.) — Lors du supplice de Jeanne d'Arc, 
un homme d'armes assura avoir vu l'âme de cette jeune fille s'échapper 
des flammes du bûcher sous la forme d'une colombe blanche. — 
Dans les contes des Slaves, l'âme, en se séparant du corps d'un mou- 
rant, revêt souvent cette apparence. — Voy. t. I, p. 225, ce que Ton 
dit de l'alouette, — Ces croyances sont d'origine celtique. 



TABLE ALPHABETIQUE ET DÉTAILLÉE 



DES MATIÈRES CONTENUES DANS CET OUVRAGE. 



Abrifou (1'). II, 39. 

Accordeux (1'). II, 23, 

Acrèle. Il, 242. 

Ageace. II, 232-241. 

Ageace pécheresse. Il, 241. 

Ageace-Percharist. II, 242. 

Agni. I, 5. 

Aiguilan. I, 11. 

Ail (1'). I, 310. 

Aînés (les) des comtes de Château- 

roux, n, 5. 
Aire (1') aux Martes. 1, 105. 
Albert (le grand et le petit). I, 

313. 
Aller en blonde. Il, 17. 
Alouette; son langage. I, 224-231. 
Ambassadeur (l'I. II, 23. 
Ames en peine. I, 274 ; II, 91 . 
Anahid. I, 52. 
Anaïd. 1,49. 
Anaîtis. I, 52. 
Anciens jeux. II, 149. 
Ane. I, 21-110. 
Anetons. II, 247. 
Anetons (les) d'Asnières. II, 222. 
Aneu (r). n, 244. 
Ange (la bonne). 1/114. 



Ange (1') de la lumière. 1, 92. 
Ange (F) de la mort. II, 71. 
Anglais (les) de Sainte-Sévère. II, 

198-218. 
Angou (1). II, 245. 
Anguinum (1) . I, 209-212. 
Anna-Malech. 1,48. 
Anna Pérenna. I, 43-47; II, 152. 
Anna Puma. 1, 52. 
Anœil (1'). 1, 199 ; II, 244. 
Apognes cornues. 1, 11. 
Araignées. II, 263. . 
Arbre de la science. II, 55. 
Arbre de Noël. I, 3. 
Arbre des Dames. 1, 115. 
Arbre (1') de vie. I, 57 ; II, 56. 
Arbres (les) de Saint- Martin-le- 

Riche. 1, 137. 
Arche. 1,272; II, 104. 
Argées (les). I, 4349. 
Artou (1'). I, 300. 
Aryas (les). 1,5. 
Asouras (les). I, 260. 
Aspijar. II, 242. 
Atharva-Véda (1). I, 314. 
Aubépine. I, 53-58-238; II, 16. 
AuberUs (les). Il, 235. 
Aubes (les). II, 8. 
Aubour. II, 253. 



TABLE AlPRABÊTIOCB 



ÀIllU. II. 158. 

Aumuilks. I, 7. 

Auniâne[l*] desTcépassés. I, 162. 

ÂUDer les aubcrtas. Il, 160. 

Antre (1). I, 126. 

Avocat (!') du meunier. I, 2î4; II, 

282. 
Awabi (11, 1,286. 



Baal. I, 81-301-213. 

Bebylone {U lour do). I, 2(10. 

Bachelières. II. 32-«3. 

Bacbeliers. n,G3. 

Badaudcrie. I, 326. 

Badaud». Il, 20. 

Badebec. Il, 21. 

Bader. U, 21. 

Baguette magique. I, 243-288-290; 

n, 122. 

Baigneuse (la). 1,307. 

Bains solaires. I, 80. 

Balai, n, 278. 

Baptétiic de la gerbe. Il, 137. 

Baptême par le feu. I, Hl. 

Baraws. II, 76. 

Baron (un). II, 116. 

Barrer le feu. I, 254. 

Barrer le mal. I, 305. 

Basilic. I, 202. 

Bâtards. Il, 12. 

Bâtons blancs. II, 12i. 

Bâtons guises. II, 122. 

Battre la gréic. I, 263. 

Bbvoui. II, 10. 

Begand. I, 323. 

Bel, Belea, Belenus. I, 3-10-33-81, 

88-201 ; II, 104. 
Belle de Mailla). I, 69. 
Belles fâtes (les). I, 96. 
Bénis (les). I, 72- 



Bergères. Il, 122. 
Bcriot. I, 67. 
Berlié. I, 67. 
Beilot. II, 138. 

Berlue. I. 67. 

Berttiolle (droit de). II, 57. 

Bessons. II, 7. 

Bête blanche (la]. I, 178-180. 

Bêtes i bon Dieu. II, 350-Î51, 

Beut'Dons. I, 37-39. 

Beurre de mai, II, 233. 

Biaude. I, 371. 

Biche (la] blanche de aalnte Nen- 

noch. I, 180. 
Bières. I, 110 ; U, 78-290. 
Blende (la). I, 17fr-179. 
Billard. II, 62. 
BIrelle (la). I, 179. 
Blanc (le), 11, T. 
Bluncs fantdmea. I, liO. 
Biaude (la]. I, 199. 
Bled (le) du boa Dieu, t, 28Ë. 
Blond de bassin. II, 17. 
Blonde.!. 59 ; II, 17. 
B(eu-Rosë (le). 11,364. 
B(Biir- Vielle. I, 30. 
Bœur-Villé. I, 30-241. 
Bœufs qui parlent. 1, 17. 
Bœuf-Violé- I, 30. 
Boiron. I, 17-186-246. 
Bois rouge, II, 186, 
Bonhomme (le). I, 222 ; II, 295. 
Bonhomme-Nau (le). I, 3. 
Bonne Ange (laj. I, 114; II, 248. 
Bonne-Dame de Chasse-Mars. II, 

Bonne-Dame de septembre. II, 292. 
Bonne-Dame des Bois. I, 116. 
Bonne-Dame de Sainte-Sérère. I, 

116. 
Bonne-Dame du Chêne. I, 110 



I 



DES MATIÈRES. 



381 



Bonnes-Dames (les). 1, 115-116; II, 
272. 

fions saints, bonnes saintes. II, 1. 

Borgne (le). I, 199; 11,245. 

Bouc. 1, 155. 

Bouc Hazazel (le). I, 302. 

Boudha. 1, 173. 

Bouleau (le). H, 123. 

Bouquet de roses. I, 190. 

Bouquet (le) de sainte Solange. 
I, 94-283. 

Bourdir. II, 236. 

Bourdons (les) de saint Martin et 
de saint Brice. P, 137. 

Bourettes. I, 13. 

Bourgeois (un). II, 115. 

Bourse (la). Il, 28. 
Brabançons. II, 223. 
Brandelons. I, 37. 
Brandonneux. I, 37. 
Brandons (les). I, 35. 
Branles. I, 272 ; II, 10-48. 
Brigands (les) de 1789. II, 341. 
Brillebaut (les seigneurs de). I, 261. 
Brioleux (les). I, 185; II, 139. 
Buguel-noz (le). I, 180. 
Buis (le). 1, 53-60-86-238-288; II, 72. 
Busauds (les) de Saint-Août. II, 218. 

C 

Cabale. I, 297. 

Cabignats. II, 214. 

Cacoteux. I, 69. 

Cacots, Cagots. Il, 175-176-220. 

Cadi. 11,91. 

Caille. I, 222; II, 231-246. 

Caille (la), son langage. I, 222. 

Caillebotiers. I, 235-237. 

Caler le soulier. II, 34. 

Calottins (les) de St-Bouise. II, 222. 

Calvaire. II, 84. 



Caraochons. I, 83. 

Canard (le) , son langage. 1, 222-232. 

Capiche. II, 73. 

Carmen. I, 302. 

Carroirs. 1, 15-68-154-290-291; 11,85. 

Casatiello. I, 74. 

Cassemuseaux. II, 230. 

Casser le pot. II, 58. 

Catarne. I, 299-318. 

Caterre. I, 295-299. 

Caye. II, 149-154. 

Cayenne. I, 273; II, 111-231. 

Ceinture de noce. II, 33. 

Ceinture nuptiale (droit de). II, 34. 

Cep (le). II, 324. 

Chabin. II, 215. 

Châlin. I, 282. 

Champ (le) de la Demoiselle. 1, 121 . 

Champis. II, 11. 

Chandeleur (la). I, 41-177-183; II. 

271, 295. 
Changeuses. II, 71. 
Chanson en danse ronde. II, 61. 
Chansons brandonnières. I, 37. 
Chant (le) des œufs. I, 69. 
Chanteau. II, 104-224. 
Chanvreux. I, 151. 
Chapeau de roses. 1, 190; II, 61-63. 
Charité (la) du lard. II, 59. 
Charlotte d'Albret. II, 301. 
Charme. I, 197. 
Chasse à Bôdet. 1, 168-182-275. 

— à Ribaud. l, 132. 

— à Rigaud. 1, 171. 

— Briguet. I, 171. 

— Gain. I, 173. 

— du Diable. I, 173. 

— du roi Hérode. 1, 173. 

— Gallerie. I, 171. 

— maligne. I, 169. 

— Mare. II, 284. 



Châsses (leB). I, 119; U, 78-290. 

Chat. I. 155. 

CMI-Bure. II, 23. 

Cbst (le) de maraude. II, 33. 

Chaucbemalio. II. 383. 

CbauleOa).!, ST. 

Chemina de Saînt-CharlieP. II, 197. 

Chemise. 1, 313. 

CbEtuise de noce. II, â9. 

Chêne. 1, 154-285. 

Chêne (le) à la bouteille. I, 163. 

Cheole. I, 87. 

Chéré. 1, Kl. 

Cheyal. 1,13; 11, 113-186. 

Chevalier» (les). Il, 275. 

Chevauchée (la) du bœuf. II, 183. 

Chien. I, 304; U. 23-254. 

Chien bUnc (le). II, 23. 

Chien [le] de Martin. I, 138. 

Chien noir (le). I, 157. 

Chiens (}m) de M. de LosghOt. Il, 

200. 
Cbiens [1ds| desaintPhnllier.1,257. 
Chiens (les) du roi Dagoberl. II, 

200-203. 
Chocals (les). II, Si. 
Chou (le), n, 54. 
Chouse. I, 126. 
Chrêtieu. Il, 168. 
Chriât's-lhorn. I, 59. 
Cierge pascal. I, 4-â5t. 
Cinauds (les) de Cluis-Dcsaus. II, 

MT. 
Civilité Tillageoise. II, 98. 
Classe, n, 149. 
Clé de saint Hubert. Il, 332. 
Cloches. I, 255. 
Cocadrille (la). I, 19(i, 
Cocbelin [le]. Il, 30-50. 
Coehelins. I, 1.1. 
CocheDiiie. 1, 13. 



Coekatrice. I, 198. 

Codrille (la). I, 196-198. 

Coemplio (la). U, 46. 

Cceur de bœuf. I, 391. 

Cognés, Cogueui. 1, 7. 

Coignoles. I, 13. 

Colas. U, 21. 

Collidons (les) d'Issoudun. U, il8. 

Compéragc. II, 11. 

Compare et commère. Il, 8 

Comtes (les) de Cbâteauroui. U. , 

Conducteurs des âmes. I, 173. ( 

ConTarrcatia (la). Il, 46. 

CouBleor Deo. i, *J3. 

Conoilles A la marraine. II, .10. ' 

Convia (la). II, 24. 

Coq basilic. I, 202. 

Coq de redevance. I, 100. 

Coqs [les) de Levroux. I, 135. 

Coquards. I, 196. 

Coquelio. 1, 13. 

Coquinage [droit de). Il, 67. 

Corde à virer le vent. Il, 2G2. 

Cotdc de pendu. I, 165. 

Cornabosui. I, 7. 

Cornes do cerf-volant. I, 268. 

Correi (le). I, 284-287; H, 65-169. 

Cosse de Naa. I, 1, 

Cottereau.ll, 222. 

Cougnoui. I, 13. 

Coupe (la) d'amour. II, 31. 

Courtiliers, I, 235-236. 

Cousins (les) de la Trinité. II, 175. 

Cousins (les) de sainte Solange. 

Il, 116. 
Cousines (les) de saint Janvier. Il, 

126-176. 
Coussin bianc (la messe du), t, 1 
Crapaud (le), n, 132-135. 
Croissez et multipliez. II, 47. 
Croin (la) de l'Agneau. II, 93. 



DES MATIÈRES. 



383 



Croix (la) moquée. Il, 95. 
Croix (la) Mort. I, 280. 
Croix (la) tremble. I, 163. 
Culte du Soleil. I, 3-33-78-92. 
Cupaï. I, 304. 

Curé (le) de la Buxerette. I, 258; 
II, 203. 

Dame (la) de la Pont-Chancela. I. 
117. 

Dame (la) de l'Ëtier. I, 117. 

Dames. I, 99-109-115. 

Daemogorgon. I, 127. 

Décrochements de l'estomac. 1,300, 
307. 

Déesse (la) Robigo. I, 333. 

Demoiselle (la). 1, 121; II, 133. 

Demoiselles. I, 99-115-121. 

Dépatures (les) de Gargantua. II, 
195. 

Depontani senes. I, 50. 

Deyanteau; I, 275 ; II, 28. 

Deyin. I, 235-240; II, 264. 

Deyin (le) sans le sayoir. II, 264. 
Diable (le) meunier. I, 126-128. 
Diable (le) sur le poirier. II, 234. 
Diableries. I, 99-126. 
Dictons et proyerbes. II, 168. 
Dieu (le) Crépitus. I, 333. 
Dieu (le) sans nom. I, 127 < 
Dieu-SoleU (le). I, 8. 
Dieu-Taureau (le). I, 10. 
Dieu te cresse ! II, 117. 
Dimanche (le) brandonnier. I, 35- 

40. 

Dolmen (le) de Montborneau. 1, 106. 
Dolmens, 1, 101-102-105-106; II, 77, 

169-197. 
Doumayselas (les)* I, 115. 
Dracontia. I, 213. 



Dragon. I, 197-200-209. 

Dragon (le) de l'Ascension. I, 202. 

Dragon (le) de Saint-Spire. I, 201. 

Drap du sceau. II, 32. 

Droit de BerthoUe. II, 57. 

Droit de coquinage. II, 67. 

Droit de Julie. II, 67. 

Droit joli. II, 67. 

Drôle, drôlesse. I, 275; II, 112. 

Druides. I, 4-51-53-166-182. 

Duc camus (le). II, 145. 

Ëcreyisse de fumier. II, 246. 
Effe (1') à la Dame. 1, 117. 
Egypte (!•) en Berry. II, 211. 
Eirésionè (1'). I, 63. 
Ekiam (fête de 1*). I, 6. 
Emporter le dousi. II, 232. 
Enchanteur (i) Merliù en Berry. 

I, 139. 
Enchappe. I, 295-299. 
Endarce. I, 295. 
Enfile-aiguille (!'). II, 149-151. 
Engrange (1'). II, 149. 
Entorse. I, 300. 
Enyies. H, 2, 
Enyoùtemenls. I, 291. 
Éprouves (les). II, 280. 
Équarrisseurs de bois rouge. II, 

186. 
Ermieux. I, 310. 

Essorillés (les) de Mouhers. II, 220, 
Étemument. II, 117. 
Éteuf(r). I, 78-86; II, 61. 
Eumieux; I, 310. 
Excommunication des hannetons^ 

I, 42. 
Exploit (1*). II, 25. 

F 

Fades (les). I^ 99-109-113; 



.'{Si 



TABI.e ALPtlABÉTlCCE 



Fadel {!«). I, )00. 

Faiseurs de nuées. I, ^5!l. 

Fauie gsUicK)- I, 1U7. 

FaramtueuseA (bêtea]. I, 'iiS. 

Farandole (la). Il, ]5i. 

Fat. I, HO. 

Fsta. I, lus. 

Falufe GHtlicœ. I, 107-11)9. 

Faucbeui (les) de Chaillac. II, 919. 

Fauconnier du France (un granil). 

I, 261. 

Fflui (les) [émoins de Montipouret. 

II, 318. 

FÈ (le). 1, 109. 

Fée (la) de la Font-Chanfiela. I, 

117. 
Féerie berrichonue. I, 99. 
Fées (les). I, 99. 

Femmes (les) de la Chitre. II, 197. 
Femmes mêdccina. I, 305. 
Fer. I, 6i-10i; II, 38. 
FerflmbauU (la), n, lM-194. 
Fête de la Maye. I, 70. 
FÉle du la Saint-Jean. 1, 78. 
Fête du Koiirouz. I, 73. 
FËles du Soleil. I, 1-7B. 
Feu du temps. I, 3-^34. 
Feu nouveau (le). 1,4. 
Feu (le) Saint-Michel. 1,89. 
Feux de la Saint-Jeau. I. TS. 
Fèves. 1, 25-40 ;n, 83. 
Fieu.ll, 114. 
FUeuses (les). 1, 108. 
Filles des géants (les). 1, H3, 
Fleur du sang. I, 330. 
Foires aux œiir». I, 74. 
Foires aui Vieilles. I, 43. 
Fols-Sages (les).I, 1!0. 
Folles. 1,109. 
Foilet(lB).I. 15-109-276. 
Fontaine (lu) à la Dame, I, 117. 



Fontaine, (la) du Griffon. I, 108. 

Fontaines. I, 323-33i; II, 6. 

Forïure. I, 303-311. 

Formules de polilesse. 11,118. 

Fouin. H, 337. 

Fous. 1,28-110; II, 178. 

Frappe-pal (droit de). 11,65. 

Fréuc. I, 238. 

Freï(ledieu). 1.13; II, 120. 

Promentée. 1,68; U, 828. 

Fumelle. 11,107, 

Funérailles. II, 70. 

Furmi(le). II, H9-l.îy. 

Fuseau (le) de la Vierge. 11,249. 

FiitBine[la), I, S7. 



(,8Re» I 27o 

(aleriL couverte I 102. 

Galgals H, 76 , 

Galline (la) II 149-150. 

Garce H 112 

rrflrgumelle I SU6 II, 197. 

Girgantua I 107-306; II, 195. 

(.argantua en Berry. II, 195. 

CargoHiUe (la) de Rouen. I, 201. 

Gnleanx cornus I 7. 

Gaulois I 3-3J-44-79-84-0O-292; 

II 188 
Gfljere. I, 170. 
Géant (le) Floki. U, 196. 
Géante, I, 111. 
G^nts, 1. 106; II. 196. 
Gentilhomme (un), n, 116. 
Georgeon, 1, 16-1 22-1 2W46-15&-189, 

259-295; II. 240. 
Goorget. I, 12G; II, 275. 
GiTbaude |la). I. 278; n, 132-137. 
Glorieux (les) de Transault. II, 218. 
Glorieux (les) d'Issoudun, H, 218. 
Gnayen arsgn. I, 268. 



DES MATIÈRES. 



385 



Gôt (le grand). 1,314. 

Gourlaud (le). II, 23. 

Gourou (le). II, 23. 

Grafol (le), n, 81. 

Graisse de chrétien. 1, 165-312. 

Grand'Bête (la). I, 176-182-228. 

Grand (le) dragon de Babylone* 

I, 201. 
Grandgousier. II, 197. 
Grand'Gueule (la) de Poitiers. 

I, 201. 
Graouilli (le) de Metz. I, 201. 
Grecs (les) de Neuvy-Saintr-Sépul- 

cre. n, 217. 
Grêleux (les). I, 254-259-263. 
Grellet (le). II, 250-263-283. 
Grellet-le-Devin. II, 264. 
Grenouilles (les) d'Argy. 1, 136. 
Grillon (le). II, 250-264-283. 
Gué (le). 1,55. 
Guenaux. I, 267 ; II, 175. 

Guenillière. II, 175. 

Guépins (les) d'Aubigny. II, 223. 

Guerre (la) à Maurons. II, 142. 

Gui (le). I, 53-54-86-214-285. 

Gai (le) d'aubépine. I, 58. 

Guigne blessée. II, 234. 
Guilané. 1,11. 

Guilaneu, Guillan-neu. 1, 11. 
Guillaume !•» de Chauvigny. I, 31. 



babillé de soie (un). II, 115. 
H^Ue (la). I, 85. 
Hanneton. I, 42; II, 247. 
ïlanouka (le). I, 5. 

loma (le). I, 54-57. 

Lmois de gueule. II, 174. 
S^l. I, 86-88. 
H«ïbe à la forçure. I, 311. 
^«ïbe d'engaire. 1, 119. 

T. n. 



Herbe de mars. I, 217. 
Herbe de saint Roch. II, 291. 
Herbe d'or. II, 233. 
Herbe du Pic. I, 216-288. 
Herbe JVIatago. I, 216-218. 
Herbe Sainte-Honorée. I, 308. 
Herbes de la Saint-Jean. I, 96-238- 

288. 
Herbes du mort. II, 71. 
Herbes du sabbat. I, 57. 
Heren-Sugue (le). 1,212. 
Hirondelles. II, 250-263-289. 
Hoc habet. II, 154. 
Holais. I, 8. 
Home (le). I, 57. 
Homme (1*) au râteau. 1, 162. 
Homme (1') du Tertre Rouge. 1, 171. 
Homme (1') merveilleux. I, 138. 
Huée (la). II, 144. 
Huile d'hérisson. I, 308. 
Hulotte (la); son langage. I, 225. 
Huppe (la). I, 231. 

I 
lana. I, 48. 
Idiots. 1, 110. 
lelle. II, 105. 
II. 1, 126. 

Ile (1*) du bonheur. II, 55. 
Indra. I, 5-260. 
Innocents. I, 110. 

Jablotte. II, 136. 

Jacques (le bonhomme). I, 222. 

II, 295. 
Jacquet. II, 192-193. 
Jana. I, 48-85 
Jaquemart. II, 64. 
Jardin aux orties. II, 236. 
Jarretière de la mariée. II, 51 , 
Jau. I, 198; U, 238. 

25 



TABLE ALrUABÉTIQtE 



r. 1-300. 

,. ,1, 22. 

.^anceui. I, 136-139. 
ufx I. 71. 
, rie. n, 348. 
_ 16-265-268. 

im. I, 265-^90. 

lu, 149. 

En. T, iSZ. 

joanée 1, 78. 

ioubartje. 1, 227. 
Jours de la Vieille. I, bh. 
Jnlé. I, 13. 
Jurons, n, 114. 
Justice (la) de Sflinle-Sevfcre.n, 197, 

K 
Serskocken. I, 13. 

Kiniris.!, 34. 
Kobolts. I, 109. 
Koridwen. I, 86. 
Kutl«ntrie (le). I, 54. 

I. 
LabeniB (la). I, 199. 
lac (le) aui Fées. I, 118. 
Lagofé {ie). I, 118. 
Langage :Jo9 animaui;. 1, 221. 
Langous. II, iiii. 
Laveuses de iiuLl. I, 99-123. 
Légendes historiques. II, 301. 
Levrette (la).I, 176-18â-^8. 
Liia. I, 39. 

LiJïTe blanc (le). I. 155. 
Lièvre (le) de Pâques. Il, 293. 
Lion (le) son langage. 1, 230- 
Lituus (le). 1,243. 
Livrées. Il, 26. 
I.oeutions localea. Il, 168. 
Lordaud. II, 20-21. 
Loriol (le) ; son langage, I, 2i2. 



Lotos (le). I, 286. 

Lou daro de la Fadée. I, 113. 

Lou Leberou. I, 176. 

Loup. I, 181 ; II, 122-129. 

Lanp-Brou (le). I, 176-179-181-326 

Loup-flarou. I, 291-180-181-236. 

Louve. I, l&d. 

Lu (la). II, 158. 

Lucane. I, 263-3S4. 

' i. 1, 126. 

j^une dure. U, 285. 

Lune perdue. II. 285. 

Lune lendre. II, 285. 

Lycanlhrope. I, (81. 



Mab-Roban II, 116. 
Mahboul (le) I. lit. 
Mai I, 59 «."aTe. 

Uai (la reine de).I, 60. ^_ 

Maia (la rcme). I, 70. ^H 

Mua ouverte (la).I, 268. ^| 
Mais (lesl n 16. 
Maiïlre (le) visiteur des cbaire et 

poi<ïsons I, 30. 
Maître Jtan L 127. 
Mal à sdiiit I, 235-317. 
Mal de saint Silïain. I, 306. 
Malin (le I 126. 
Manihcs (les) I, 66. 
Mandragore (la). I, 219. 
Manger le crapaud. II, 135. 
Mam (!hj 11 283. 
Marais (le) 11 272. 
Marebader I 278; n, K3. 
MariUands de saint Hubert. I, 331. 
Marrlie à terre I, 278; n, S3. 
MarLou (le] II, 5. 
Marelle [lai U 149. 
Margmrth (les]: II, 77. 
Mariage II, Ib. 



DES MATIÈRES. 



387 



filariages (les) du jeudi. II, 22. 

Mariages (les) du mois de mai. II, 20 

Marinier (le). U, 10. 

Marloup. 1, 179. 

Marque du mouton. II, 32. 

Marquet. II, 3-194-275. 

Marquette. Il, 34. 

Marses. I, 99-106. 

Martes. I, 99-105-138. 

Marthin. 1, 137. 

Martin. I, 262. 

Martiner. II, 293. 

MaUgo. I, 216-219. 

Maufait (le). I, 15-127-274. 

Mauloup. I, 179. 

Maures (les) en Berry. II, 142. 

Mauvais (le). I, 126. 

Mauvais œil (le). I, 236-265-266. 

Mauveux. I, 267. 

Mauvue (la) . I, 265. 

Maya. I, 70. 

Maye (la). 1,70. 

Mazarin. II, 223. 

Médecine. I, 235-294-317. 

Médion. II, 133. 

Mélusine. I, 122. 

Ménageot. I, 61-65-129-272; II, 169. 

Meneux de loups. I, 138-236-280 ; 

n, 218. 
Meneux (les) de loups de Gournay. 

II, 218. 
Meneux de nuées. I,236-254-261-262. 
Menhirs. I, 102-111. 
Menon (le). II, 22. 
Menus suffrages. II, 173. 
Mercadier. II, 223. 
Merle (le) ; son langage. I, 223. 
Merlin. I, 138-201. 
Messe de commère. Il, 14. 
Messe de saint. I, 323. 
esse du coussin blanc. I, 2. 



Messe du Saint-Esprit. I, 291-295. 
Messe noire. II, 240. 
Mest du mariage. II, 66. 
Métayer (le) loup-brou. I, 182. 
Meuniers (les). I, 120. 
Miche et tourte. II, 224. 
Michelets (les). I, 78-89. 
Milieu (le) sacré. I, 51. 
Ministre (un). II, 222. 
Miquelots (les). I, 89. 
Mirtil (le). I, 199. 
Mois (le) des Ânes. II, 22. 
Moissonneurs. II, 132. 
Moloch. I, 81. 
Monsieur (un). II, 115. 
Montagne (la) du Soleil. I, 88. 
Mont Saint-Michel. I, 88-91. 
Monuments druidiques. 1, 100-101- 

109. 
Morin. I, 18; II. 142. 
Môron (le). I, 198. 
Morosophes (les). I, 110. 
Motogo. I, 219. 
xMouche (la). II, 243. 
Mouches catholiques. I, 308. 
Moule à boudins. II, 262. 
Moure-jamais (le). I, 227. 
Mouron (le). 1, 199. 
Mulet-OdL't (le). I, 171. 

Naissance. II, 1. 
Nannettes (les).I, 52. 
Naraka (le). I, 172. 
Nau. I, 1-2. II; 294. 
Naulet. I, 3-12. 
Nça (les). Il, 77. 
Néhalennia. II, 43. 
Nielle (la). I, 37-39. 
Noble (un). II, 115. 
Noël. I, 47-183 ; U, 295. 





3B8 TABLE ALPHABÉTIOUE 


Nolel. I, 12. 


Oscilla. I, 13. 


Nombres pairs et nombres im- 


Os de taupe. I, 284. 


pairs, u, m. 


Os de Tjphon. I, 63. ^^^ 


Noms de bœufs. II, Ui. 


Osrulum (1 ). n, 31-35. ^^H 


Noma de chiens. I, 37S. 


^^^1 


Noms de lieux berrichons. Il, aa'V. 


Ours IV); son langage. I, aSSv^^^l 


Noms du Diable. I, 1:26. 


Ovum angiiinum. 1, 209413. ^^^H 


Noms propres berriclions. Il, 204. 


Ovum serpentinum. I, 203. ^^^| 


Notre-Dame de la Haine. 1. 333. 


^H 


Kouel. I, 11-9. 


^^H 


Moupouz (le). I, 73. 


Pain (le) du bon Dien. 1,286; II, 


Nover. I, 9. 


104. 


Huît-mÈre. I, 4. 


Pains auï bœufs. 1, 6, 


Nuit-suprérae. 1,4. 


Pains cornus. I, 9. ^^M 


O 


Pains de Nocl. I, ^^H 


Pains d'Élrennea. I, 11. ^^H 


Odin. I, 172; H, 136. 


Palets (les) de Gargantua. II, ISî^^^ 


Œillade (1). I, 368. 


Palilies (les). Il, 127. 


Œuf cotatriee. 1, 198. 


Paniers (les) du curé de la Euie- 


Œut d-or. I, 311. 


retle. II, 203. 


Œur |1'1 du monde. I, 213. 


Panseux de secret. I. 23^294-997- 


Œuf {l'j primitif. I. 212. 


301-315. 


Œvifs déjà». 1,196-202. 


Papier terrier. I, 190. 



Œufe de P.iquei 

Œufs de serpent. 1,210-212. 

Œufs dorés. I, 71-73. 

Œufs durs. I, 74. 

Œuls rouges. I, 71. 

Office 11') Â l'envers. II, 24U. 

Oie (1") de l8 Sainl-Martio. II, 2!33. 

Oiseau (1') de la mort. I, 226-275. 

Oiseau [!') de la Pa.ssion. II, 241. 

Ondines. 1, 118. 

OpIir.ys-raouche (1']. r, 218. 

Oraison de Saint-Hubert. I, 331. 

Orbilions. 1, 319. 

Oreillons. II, 73. 

Orme II') Marraoucr. 1, 269. 

Orme (Ij-Râteau. I, 162. 

Ortolan ; son langage. I, 223. 

Orvet. I, 199. 



Pifiues. I, 67-71-72 ; 



275-2 



Paré ou calfé. II, 149-153. 
Parler chrétien. I, 8. II ; 164. 
Paroles secrètes. I, 295. 
Parquas. I, 108-113. 
Parrain et lllleul. II, 9. 
Parsignons. 1,300-304. 
Part & Dieu (la). I, 23-25; II, 338. 
Passes ou signes magiques. I, 304. 
Pdtés de Piques. I, 74. 
Patois borriclion. Il, 161. 
Pâiours. I, 67-69-163. n;93. 
Patron-Jacquet. Il, 192. 
Pauvres d'esprit. I, vnj-110. 
Pèlerins mercenaires. I, 317- 
Penlacle (le). 1, 169. 
Père (le) Camev-al. I. 44. 



DES IfATIÈRES. 



389 



Père-Feu (le). I, 4-79. 

Pérenna. 1,43-47; 11,152. 

Pérideipnon (le). Il, 81. 

Péris. I, 100. 

Peste, n, 237. 

Pête-en-gueule (la), II, 149-154. 

Petit bonhomme vit encore. Il, 149- 

153. 
Petit (le) enfant de Noël. I, 12. 
Peulwans. 1, 105-ill. 
Phœbe. I, 23. 

Philippe de Breuilbault. I, 261. 
Phlipet. n, 275. 
Pic. I, 216-224 ; II, 258-282. 
Pie. II, 232-241. 
Pièce de mariage. II, 40. 
Pied (le) de Bourges. II, 195. 
Pierre (la) à la Bergère. I, 103. 
Pierre (la) à la Crie. I, 44. 
Pierre (la) à la Fée. I, 101. 
Pierre (la) à la Femme. I, 111. 
Pierre (la) de Leu ou du Lu. 1, 102 ; 

n, 159. 

Pierre (la) de lynx. II, 249. 
Pierre (la) des Las. I, 101-103; II, 

159.. 
Pierre (la) des morts. II, 78. 
Pierre-La (la). 1, 102. 
Pierres à la Marte. I, 101. 
Pierres-Bures. I, 102. 
Pierrefr-Fées. I, 101. 
Pierres-d'Epnel. 1, 102. 
Pierres druidiques. I, 101. 
Pierres-Folles. I, 101-102-109-116. 
Pierres-Grises. I, 102. 
Pierres-Jômatres. 1, 101-109, 
Pierres-Sottes. I, 109. 
Pigeons (les) de M. de Longbôt. II, 

200. 
Pignarèche. U, 242. 
PU^ (les). I, 13. 



Pilée (la). Il, 228. 

Pinson (le) ; son langage. I, 222. 

Piquer le crapaud. II, 136. 

Pistoles magiques. 1, 15. - 

Pivert. I, 216-224; II, 258-282. 

Plat de noces. II, 67. 

Plat de viande garni (le). II, 66. 

Plavine (la). I, 199. 

Pochette cousue. II, 11. 

Poêlée (la). II, 138. 

Poison. II, 237. 

Pomme (la). II, 24-55. 

Pomme d'orange. I, 27. 

Pompe (la) des Trois-Rois. I, 21. 

Porc. I, 13 ; II, 115-119. 

Porcher. H, 92-121. 

Pot aux roses. II, 56. 

Pot cassé. II, 57. 

Poule (la) ; son langage. I, 222. 

Poule blanche. II, 37-240. 

Poule d'amour. II, 37. 

Poule de coutume. I, 190. 

Poule des noces. II, 37. 

Poule noire. II, 240. 

Poule qui chante le jau. II, 238. 

Poulette (la) à Jésus. II, 247. 

Pourcelets (les) de Saint-Antoine. 

U, 246. 
Pradakchina (le). I, 169. 
Pré (le) à la Dame. I, 118. 
Précieux sang (le). I, 319. 
Prendre sans vert. II, 149-156. 
Préservatifs contre les sorts. 1, 284. 
Prévance (la). II, 24. 
Prière de la brûlure. I, 230. 
Prière de l'âme. II, 70. 
Prière de l'eau. I, 229. 

— des araignées. I, 230. 

— des aspics. I, 230. 

— des bœufs. I, 229. 

— du charme. I, 229. 



Prière du feu. I, 229. 

— du loup. I, 229- 

— du tounerre. I, 230. 
Prieui de noces. Il, 24. 
Primevère. I, 85. 

Prises de poasesaion. II, 170. 
Procureurs (les deux]. I, 189. 
Promease (laj, II, 17. 
Protégés (les) de Saint > Marlin. 

I, 120. 

Proverbes et dictons domestiques. 

n, 188. 

Proverbes et dictons météorolo- 
giques, n, 270. 
Pyanepsies (les). I, 63. 

Q 
UuBlqui d'cheui nous. II, 106. 
Ouatre pieds blancs (les). Il, 19i. 
Quenooille, 1. 114; II, 10-42-47. 
Quenouille de ia Vierge. I, 114; 

II, 10. 

QuÉreurs de pardons. I, 317. 
Quilles du petit Jésus. II, 24». 
Quiutiiine (la). Il, 03. 

R 
Rabelais en Berr;. Il, 195. 
KilieU (les] de Saiut-Chartier. Il, 

21H. 
Rameau (le) des spectres. I, 57. 
Rameau d'or (lel. I, 57. 
Rameaui (fête des). 1,53-112,-11,73. 
Rebouleui. I. 310. 
Recarlage. II, 57. 
Rechignoui. 1, 3il. 
Reine-Carérae (la). I, 45. 
Reinu-de-niai (la). 1, 69. 
Eeine des Fades (la). I, 113. 
Reine Haia (la). I, 69. 
Reliques des Trois-Hois. II, 6. 
Remède rojal (le). I, 310. 



Remède uniTersel (le). I, 67. 

légeux. I, t65-t9»-310. 
Repas funèbre. II, 80. 
RÉsipëre (le). I, 295. j 

Réveillon. I, 5-16-17. | 

Ribaud. I, 173. 
Rimouëres. U, ^70. 
Rjtous (les) ou Ritavas, I, 48, 
Robertaud. U, 249. 
Robert d'Arbrisael. f, 3îQ. 
Robes de noce;. 11,31. 
RogaUoBS. U, 290. 
Rognures d'onglea. I, 289. 
Roi (le). 1, 278; H, t3W77. 
Roi (le) au giaud nez. U, 144. 
Roi Beplautl (le). Il, 249. 
Roi (le) des bacheliers. Il, 61-62-63,^ 
Roi (le) des merciers. II, 132-181. 
Roi {le; des moissonneurs. I, STBp 

n, 133-lBl. 
Roi (le) des Hibauds. I, 175. 
Roi lluguet (le).I, 171. 

s. I. 175 ; II, 294. 

i(le.-.)dulaFéve. I. 18;1I. 181- 
Rois (les) de la Trinilé. II, 177. 
Rois (les) du Berry. n, 176. 
Roibrj (le), n, 62-249. 
Roitelet (le). II, 6i-349. 

idsdes f6us. 1, 121. 
Rossignol. I, 224-231; U, 245. 
Rossignol (le) ; son langage. I, 3Î4. 
Rûlic au vin. II, 6-52. 
Royauté de la Tiinitè. D, 177. 
Royautés (les). U, 133-176. 
Ruicbe. II, 262. 
Runes. II, 123. 



Sabbat. I, 158-160. 

Sabbat (le) des cbala, I, 155. 

Sabine. I. 86. 



DES MATIÈRES. 



391 



Sacsea. I, 41. 

Sacristains. I, 258-259-262. 

Saint-Abdon. I, 330. 

— Acaire. I, 319. 

— Aignan. I, 318. 

— André. H, 279-293. 

— Antoine. I, 327 ; H, 295. 

— Barnabe. Il, 279. 

— Bon. I, 332. 

— Boniface. I, 3J9. 

— Brice. I, 136. 

— Clair. I, 255-319. 

— Cœur. I, 320. 

— Crépin. I, 321. 

— Criard. I, 322. 

— Denis. II, 292. 

— Éloi. I, 329. 

— Ënnemond. I, 329. 

— Eutrope. I, 318-290; II, 275. 

— Fiacre. I, 320. 

— Firmin, 1.320. 

— Genefort 1, 321. 

— Genou. I, 256-319. 

— Georges. II, 275. 

— Germain. I, 90-256 ; II, 368. 

— Goussaud. II, 277. 

— Herbot. I, 330. 

— Hubert. I, 331. 

— Ives. I, 330. 

— Jacques. Il, 193-350. 

— Janvier. II, 126-176. 

— Jean. 1,78-84-158-190-238-301 

326; II, 292. 

— Julien. 1,261. 

— Langouret. I, 320. 

— Laurent. 1,321; n. 291. 

— Laurian. I, 255. 

— Lazarre. II, 124-350. 

— Mamert. II, 275. 

— Marc. II, 275. 

— Marcel. 1,321; II, 147., 



Saint-Marcoul. II, 5. 

— Marien. 1, 321. 

— Marin. 1,321. 

— Martin. I, 120-129-132-261- 

321 ; II, 274-292. 

— Mauvais. I, 332. 

— Maximin. II, 277. 

— Médard. II, 125-279. 

— Michel. 1,88-190-321. 

— Nicolas. I, 301 ; II, 125. 
-- Orban. 1,319; II, 277. 

— Ouen. I, 319. 

— Pancrace. II, 275. 

— Pantaléon. I, 324. 

— Pâti. 1,320. 

— Paul. II, 271. 

— Phallier. I, 257-319. 

— Philippe. II, 275. 

— Pierre. I, 224-255. 

— Raboni. I, 319. 

— Roch.I, 321;n,291. 

— Senen. I, 330. 

— Sequaire. I, 332. 

— Servais. II, 275. 

— Sevain. 1, 136 ; II, 277. 

— Silvain. 1,306; 11,277. 

— Souain. 1, 136 ; II, 277. 

— Sovain. 1,136,11, 277. 

— Thomas. II, 294. 

— Urbain. 1,319. 

— Ursin. I, 86-135. 

— Vincent. 1, 271-274. 
Sainte-Anne. I, 318; II. 43-249. 

— Apolline. I, 318. 

— Catherine. II, 293. 

— Claire. 1, 319. 

— Croix. I, 61 ; n, 275. 

— Luce. 11,294. 

— Madeleine. II, 291. 

— Marguerite. II, 5. 

— Nennoch. 1, 180. 



TABLE ALPHABETlflUE 



Saint -Quioute. H, 377. 

— Seïère.I,lU;II,350. 

— Solange. I, 78-92-S3-157-Ï83; 

II, 176. 
Saints-Batlus. 11, 135. 

— de glace. U, 375, 

— médecins. I, 317. 

— vendangeurs. 11,275. 
Salamandre. 1, im-, 11,^5 
Samarilains (les) de Cluis-Dessouii, 

II, 317. 
Samedi (le) aiiideui btisaces. [I,!£GI). 
Sanciaui (les).!. 39. 
Sang-rafoé (le). I, 55. 
Ssrpent (la) volante. I, 21)1. 
Saunéea. I, 273. 
Secret (le). 1,60-295-301. 
Secretains. II, 10. 
Seigneur (le) de Crozant. H, 172 
Seigneur(le)UePuy-Guillon.n,173. 
Seigneurs (les) de Culati. 1, 156. 
Sélage (le). 1,86. 
Sementineâ (les). 11,151. 
Semouneux (les). II, 24. 
Septénaires (les). 11,5. 
Serpent (le) aux dicmants. 1, 203. 
Servantes de prêtres (les), n, 13â- 



133. 



1.1,5 



Signe de la croii. 1, 300. 

SlUcernium (le).n,HI. 

Sire-Noèl.I, 3. 

Sol (le) et le denier. 11, iS. 

Sole (la). 1, 7S-86. 

Soleil (Cèles duj.l, 7S-g6. 



s. I, 8. 



Sol ï 



us. 1, 8. 

Soma (le).I, 57. 

Somnambule (la) deChâroat. 1,30T. 

Sonneurs pour les temps d'orage. 



Sorcellerie. 1, 155-165-235-254-365- 



Soreier (le) malgré lui. 1, 309. 

Sorciers (les) d'Herrj. II, î»a. 

Sorciers-médecins, I, 3!)4-314. 

Sornettes. 11,114-216. 

Sorts. 1, 60-236-265-279-2*17. 

Sot, 1, 11(1, 

Sottais (les). 1,109. 

Soties. I, 109. 

Soubliouvin (le), n, 23. 

Soufflet (le). 1, 199. 

Soûle (la). 1,87 jO, 61. 

Soulé. I, 86 ; II, 271. 

Soulette. 1, B7. 

Soulier (le) de la mariée. II, 3(K^. 

Soupe à l'oignon (la). U, 53. 

Soupe au lait (la|. n, 6-54. 

Soupe en vin (la). 11,53. 

Sourd (le). 1, 199 ; U, 245. 

Stanislas. 1, 309. 

Stupas. II, 76. 

Suivre une fille. 11, 17. 

Sulis (la déesse). 1,93. 

Sunge (le). Il, 236. 



i 

I 



Tabernacle (le). 11, 235. 

Tac (le). 1, 198. 

Tarasque (la). 1,201. 

Taupes. 1, 234-^97-298. 

Tempeslarii. 1, 260. 

Terre Sainte (la). D, 79. 

Testament devant l'autel de la 

Vierge. 1, 261. 
Télé de loup. Il, 23, 
Télés de bêles clouées aux porto. 

1,292. 
Thériaque. 1, 310. 
Théurgie. 1, 396. 
Tire-Arrache (la). 1,224. 



DES MATIÈRES. 



393 



Tireurs (les) de coups. 1, 301. 

Tissier (le). 1, 161. 

Toile de mai. II, 233. 

Toile du ventre. I, 300-307. 

Tombelles. 1, 104-270; II, 77-84. 

Tondailles. 1,114, -II, 127. 

Tornant (le). 1,164. 

Tortiau (le). II, 24. 

Touin (le). 1, 222. 

Tour de Babylone. I, 200. 

Tour du Bon-an. I, 42. 

Tourtier (le). 11,225. 

Traine. 1, 68. II, 17. 

Trèfle à quatre feuilles. 1, 86-238-287 

Tréfoué. 1, 1. 

Treizains. II, 40. 

Treues (les). 1,309; H, 245. 

Trêve (la) de Dieu. H, 85. 

Trifoutets. II, 135. 

Trois (les) pas du dieu Yichnou. 

II, 196. 
Tropet. II, 276. 
Trou (le) à la fileuse. 1, 108. 
Trou (le) aux Fades. 1, 114. 
Trou-aux-rats (le;. I, 308. 
Troufiau. 1,1. 
Trufau. 1, 1. 
Tsa-maraude. II, 23. 
Tuer le ver. 1, 194. 
Tu l'as ! II, 154. 
Tumulus. 1, 104-270. 
Tumulus des Chocats. II, 84. 
Turquins de Déols. II, 219. 
Tusse (la) à Martin. 1, 138. 
Tusse (la) à Merlin. 1, 138. 

U 
Urbets (les). I, 41. 
Ut. II, 200. 



Vacances (les) des tondailles. II, 

127. 
Varin. I, 295. 
Yarinaux. I, 278. 
Veau (le). 11,132-135. 
Velus (les). 1,115; II, 9. 
Vendre sa vigne. II, 23. 
Vendredi blanc (le). II, 122. 
Ver (le). 1,194. 
Verrues. I, 289-297. 
Vert (le). II, 156. 
Ver taupe (la). 1, 295-298. 
Verveine. I, 86-288-311. 
Victoire. II, 365. 
Vieille (la). I, 46-49. 
Vieille (la) de la mi-carême. I, 43. 
Vieille (la) et la jeune. 1, 46. 
Vierges (les) de l'île de Sein. I, 

260-305. 
Vieux (le) de la montagne. II, 30. 
Vieux Guillaume (le). I, 127. 
Vieux Pol (le). 1, 127. ' 
Vignerons. II, 1 44-147. 
Vilain (le). 1, 126. 
Vin de cayenne. II, 230. 
Vin (le) de la St^Martin. II, 293. 
Virer les couètes. II, 155. 
Vouivre (la). I, 209-210. 

Wode. 1, 172. 

Y 

Yama. 1, 172. 
Yapi. II, 219. 
You ! you ! I, 68 ; II, 35-44. 

as 

Zez (le). I, 74. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES LOCALITES DU BERRY 



MENTIONNÉES DANS CET OUTRAGE 



Abdon (l'abbaye de Saint-). II, 343. 
Aigurande. I, 101-258-330; II, 177- 

342-343-348-357. 
Aire {V) aux Martes. I, 105. 
Aix-dam-Gillon (les). 1, 156; II, 215. 
Alléan. II, 87-89. 
Allogny. I, 102 ; II, 159. 
Allouis. I, 102; II, 159. 
Ambrault. II, 208. 
Amourets (les). II, 209. 
Ane-Vert (1'), II. 213. 
Anglin (1') rivière. I, 100. 
Anjoin. I, 102; II, 207. 
Archy. H, 170. 
Ardentes. II, 348-350. 
Argent. I, 179-332. 
Argenton. I, 8-4349-223-321; II, 

30-147-345-354^59. 
Argy. I, 136 ; H, 208. 
Amon, rivière. II, 63. 
Arpheuilles. II, 212. 
Ars. n, 170. 
Arthon. II, 206. 
Asnières. Il, 222. 
Asy. I, 24-25. 
Aubigny. II, 223. 



Badecon. II, 82. 

Bâfrerie (la). II, 209. 

Bagneux. I, 102. 

Baudins (les), commune de Lacs. 

I, 178-274; II, 93. 
Baugy. II, 87-206. 
Bauce (la). II, 170. 
Beaulieu. II, 215. 
Beauvais, commune de FougeroUe. 

I, 154. 
Becavinière (la). II, 209. 
Bec de vin (le). II, 209. 
Belle-Étoile (la). II, 213. 
Bengy-sur-Craon. I, 39; II, 10-23- 

25-29-37-72-215. 
Berthenoux (la), 1, 146-14^151-262 ; 

II, 12. 

Besace (la). II, 206. 

Blanc (le). II, 209-210-21^-244. 

Blancafort. H, 351. 

Boichau (le). II, 162-225. 

Bois-Bureau (le). II, 34. 

Bois des Mamelouks (le). II, 212. 

Bois-Gros (le). I, 68. 

Bommiers. Il, 90-320. 

Bos (le). I, 114-115. 



TABLE ALPHABËTIQUB 



tlDUgea. I, 109, 

BoiiUisc, près Vic-Eieraplet. 1, IM 

195; n, 91. 
Bourdoiseau. Il, 1S7. 
Bourg-DÉols (le). II, 18i. 
Bourges, I, a)-37-t]-M-i9-e6-179 
183-303-341-269-307-320 ; II, 13- 
2*^3-66-67-68-71-127-145-153-195- 
206-31 0-211-2t3-2<&-916-llU-3t5- 
3a6-331-33A-335-33M43-348-348- 
357. 
BoussBO. II. 215-348. 
Bouiaane (la], rivière. I, lUO; Il 

201. 
Brame-Pain, n, 207. 
Brécjr. 1, 156-159. 
Brelanderie (U). II, 213. 
Brenne [la], 1, 117-136-263; II, 131- 

161-303-235. 
Breuil (le). U, 65. 
Brian te», 1,104; H. 89-213-343-348. 
Brigaudière (Ia|. Il, 261. 
Brillebsud, I, 26t. 
Brion. II. 116. 
Brisepaille. 1, 306. 
BuË. I, 235. 

Buierelte (la). I, 258; II, 201-303. 
Buzançais. II, 181-207-208-209-212- 
213. 

C 
Cacots (les). Il, 220, 
Câlinerie (la]. II, 209. | 

Carrefour aux Cboealâ (le), II, 84. 
Carroi-Bilteron (le). I, 156, 
Carroir h la Monnaie (le). I, 162- 

163. 
Carroir lie Beauvais (le]. I, 154. 
Carroir de la Crotn- Tremble (le). 

I, 163-163. 
Carroir de l'Orme-Râteau (le). I, 
162. 



™ 



: Carroir des Haui-Quartien (le). 
' 1 162 
Carroir de» Pas-Pressés (le). 1, 163- 

164 
Larroir du f héoe i la Bouteille 

lie) I 163163. 
Lbabns I 257, 
Lhaillac n 213. 
Chalais II 212. 
Chamiogne berrichonne. Il, 

225-227 331 
Champ (le) à la Dame. I, 117. 
rhamp (le( de la Cave. I, 271. 
Champ (le] de ia Demoiselle. 1, 121. 
Champ [le] des Us. 1, lOi; II, 159. 
Cliamp-Florentin. I, 104. 
Cliampenoise (la), II, 207. 
Champillet, 1,273-280-283-348. 
Chant<H:iair. II, 212. 
CbanLe-Grelet. Il, 213. n_ 

Chante-Grue. II, 212. ^Ê 

Chnnte-l'Oche- II, 212, ^Ê 

Chante-Loube. II, 212. 
Chante-Loup. H, 212, 
Chaule-Merle. H, 212. 
Chante-Ouant, II, 212, 
Cbaute-Pucelle. U, 213. 
Chante-Raine. II, 213. 
Cbante-Renard. U, 212. 
Chapelle Dam-Gilon (la). 1, 88, 
Chiii)elle du Fer (ta). I, 328, 
Chapelotle (la). I, 329; II 207. 
Chaperon-Rouge (le). II, 213. 
Charbon-Blanc (ic). n. 214. 
Charenton. U, 206. 
Chârost. I, 307. 
Chasse-Pain (le), H, 207. 
Chassignolle. I, 109-320. 
Cbâteaumeillant. 1,43-50-51-123; 
II, 9&-215-301-316-343-348-^56- 
357. 



DES LOCALITÉS DU BERRY. 



397 



Châteauneiif. I, 25-38-74; II, 245 ' 

343-358. 
Châteauroux. I, 163-166-171-223- 

307; II, 56-66-132-156-170-181-195- 

212-219-327-347-348-349-354-359- 

363. 
Châtelet (le). II, 348. 
Châtillon-sur-Indre. I, 298; 11,156- 

196-249. 
Chaume (la) de Chavy. I, 67. 
Ghaumoi (le) de Montlevic. 1, 1 19- 

120; II, 141. 
Chavy, commune de Montgivray. I, 

67. 
Cher (le), rivière. I, 39-69-74-111- 

177-203-235-320-332; II, 29-135. 
Chitray. H, 90. 
Chopinerie (la). II, 209. 
Ciron. Il, 208. 
Claise (la), rivière. II, 203. 
Clavières. I, 307 ; II, 348. 
Clion. II, 195-212-243-277. 
Clouds (les), commune de Thevet. 

n, 92. 

Cloué, n, 208. 

Cluis-Dessus. 1,43-49-68-94-138-171- 

259; II, 12-25-28-33^5-47-123- 

133-139-158-202-206-217-245-258- 

348. 
Cluis-Dessous. 1, 44-105-328 ; II, 170- 

175-177-217. 
Cocoterie (la). II, 213. 
Coings. II, 213. 
Condé. II, 209. 
Coquinerie (la). II, 207. 
Corlay. II, 201 . 
Cors, château. II, 90. 
Cosnay, commune de Lacs. 1, 104- 

163-226-269-271-272-274-277-280 ; 

n, 88-95. 
Couarde (la), rivière. II, 210. 



Cours-les-Barres. I, 324; II, 211. 
Cremeu, commune de Montlevic. 

I, 274. 
Creuse (la), rivière. 1, 100; II, 197. 
Crevant. I, 102; II, 350. 
Croix de l'Agneau (la). II, 92. 
Croix-des-Rendes (ia). I, 101. 
Croix-Moquée (la). II, 95. 
Croix-Mort (la). I, 280. 
Croix-Tremble (la). I, 164. 
Crosses. II, 206. 
Crozan. II, 172. 
Crozon. II, 177-211. 
Culan. I, 156-201-304-348. 
Cure-Bourse. II, 207. 

O 

Déjeunerie (la). H, 209. 

Déols. II, 66-90-182-208-209-219. 

Dîne-Chien. II, 207. 

Diors. 1, 116. 

Dun-le-Roy. I, 31; II, 67. 

E 

Écueillé. II, 207-213. 
Effe (r) à la Dame. I, 117-264. 
Eguzon.1, 155-292; II, 6-37-74-84-135. 
Etaillé, commune de Lourouer- 

Saint-Laurent. I, 65-269. 
Etang ([') à la Fée. I, 117. 
Etang (l'I des Roses. I, 131. 
Etrangle-Chèvre. II, 213. 
Etrille-Pigeon. II, 213. 



Ferrons (les), commune de Nohant- 

Vic. 1, 124. 
Fontaine (la) à la Dame. I, 117. 
Fontaine (la) du Griffon. I, 108. 
Font-Chancela (la), commune de 

Lacs. I, 117. 



398 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Font-Compain (la). II, 93. 
Fonl-de-Font (la). I, 124. 
Fontancier. I, 261. 
Fontenay, château, (Cher). I, 2. 
Fontenay, hameau, commune de 

Montlevic. I, 274; II, 141. 
Forast (la). II, 201. 
Forêt (la) de Chàteauroux. I, 116. 
Fougerolle. I, 109-164. 
Fourches. H, 211. 

Galetterie (la). II, 209. 

Garenne (la), commune de Thevet. 

I, 22 ; II, 173. 
Gargilesse, I. 94 ; II, 19. 
Gourdon (le), rivière. I, 164. 
Gournay. II, 34-177-218. 
Gracay. I, 102, II, 207-213-215. 
Grand-Caire (le). II, 211. 
Grand'Fame (la). H, 207. 
Grand'Font (in). I, 91. 
Grand-Vengeux (le). II, 211. 
Grange de Forge (la). I, J59. 
Granges (la métairie des). I, 164. 
Greletterie(la). II, 213. 
Grimaudcrie (la). I, 58. 
Guerche (la). II, 223. 

Guérin, commune d?. Noliant-Vic. 

II, 173. 

H 

Haute-Brune (la foret de). ï, 111. 
Henrichemont. I, 118-264; 11,210. 
Herry. I, 235 ; II, 213-222. 
Ileugnes. II, 207-2U8-211. 

I 

Igncraie (1'), rivière. 1,119-120-12!)- 

261-209; II, 315. 
Ignol. I, 39 
Indre, rivière. 1,22-1 14-176-1 OC-iCO 

236-258; II, 61-195-210-243. 



Issondun. H, 180-182-196-215-218 
227-245-320-343-347-348-355-356 
361. 



Jappe-Loup. II, 212. 

Jappe-Renard. II, 212. 

Jeu-Maloche. II, 207. 

Joie (la). II, 209. 

Jouet, n, 206 

Jouhet. I, 190 ; II, 350-357. 

Justice (la).n, 210. 



La Châtre. I, 8-31-88-91-97-116-162 
169-171-176-190-201-203-240-245 
246-256-258-261-269-273-280-292 
299; II, 25-29-48-74-87-114-119-122 
132-137-141-162-176-193-197-198 
210-211-214-215-229-231 -236-241 
242-249-301-315-341-368. 

La Châtre-l'Anglin. I, 102; II, 213. 

Lac (le) aux Fées. I, 118. 

Lacs. I, 85-104-117-129-133-163-178 
203-208-252-299-309; II, 48-79-88 
92-141. 

Lagnis (les). II, 212. 

Lagofé (le). I, 118. 

Landais (le). Il, 173. 

Lande (la). I, 327. 

Laugette, commune de Notre-Dame 
de Pouligny. II, 348-356. 

Lazenay. II. 213. 

Léré. II, 207. 

Levroux. I, 42-101-135-306; II, iHl 
207-213. 

Lignac. II, 212. 

Linge. II, 207-212. 

Linières. I, 7; II, 21-256-31 5-3 'i 3-3 iS 
352-356-30 1. 

Liniez* I, 101-109-207. 



DES LOCALITÉS DU BERRY. 



399 



Loges (les], commune de Briantes. 

n, 348. 
Longefont. I, 117. 
Longoret. II, 203. 
Lourdoueix-SaintrMichel. n, 342-362 
Lourouer-les-Bois. Il, 66. 
Lourouer-Saint-Lâurent. I, 65-163 

219-262; H, 87-208-209. 
Luant. n, 207. 
Luçay-le-Libre. I, 102. 
Lune (la), n, 213. 
Lunery. I, 87. 
Lury. n, 2121 
Lys-Saint-Georges. I, 163. 



Magny (le). U, 210. 
Marçais. II, 209. 
Mardelle (la).n, 249. 
Mareuil. n, 61-62-213-249. 
Marsilly. I, 28. 
Martizay. II, 209-210-243. 
Maucourants (les). II, 211. 
Maurepas (le). Il, 207. 
Mehunrsur-Yèvre.l, 102-108; II, 63, 

215. 
Meillant. II, 315. 
Menetou-Ratel. I, 235. 
Menetou-Salon. I, 266. 
Mers,L 319; H, 207-211-213. 
Métairie (la) des Granges. I, 164. 
Mézièi*es-en-Brenne. 11,64-194-209. 
Blignonerie (la). II, 209. 
Montaregret. II, 199-211. 
Montborneau. I, 101-106. 
Montchevrier. I, 101; II, 213. 
Monle-à-peine. II, 211. 
Montgarnaud, I, 105-108. 
Montgenoux. I, 194. 
Montgivray. I, 91-220-241-252; II, 

170-210. 



Montîfaut. II, 211. 
Montipouret, II, 34-201-206-218. 
Montlevic. I, 119-120; II, 141-209- 

350. 
Montpensier. I, 111. 
Mont-Rond. I, 177. 
Motte-Chauveron (la). H, 61. 
Motte-Feuilly (la). H, 302-316-319 

320-321-324. 
Mottepeloux (la). H, 196. 
Mouhers. I, 326; II, 177-220. 
Moulin-Barbot (le). I, 280. 
Moulins (Cher). 1, 103. 
Murât (la forêt de). I, 328. 
Murs. II, 196-277. 

Néret. 1,58; 11,320. 
Nérondes. I, 2; II, 207. 
Neuvy-Pailloux. II, 206. 
Neuvy-Saint-Sépulcre. 1, 68-120-319, 

326; II, 70-85-170-172-213-217-348 

350-357. 
Neuvy sur-Baranjon. I, 95. 
Nil (le). II, 211. / 

Nohant-en-Graçay. I, 102-109-116. 
Nohant-Vic. 1, 163-318; II, 170-173. 
Notre-Dame de Pouligny* I, 114; 

II, 210-213. 
Notre-Dame de Tendron. II, 178* 
Notre-Dame de Vaudouan. 1, 90-91, 

116-328; II, 344. 
Nuisance. II, 207. 

O 

Obterre. II, 213* 
Onzay. II, 90. 
Orsan. I, 320. 
Orval. II, 316. 

Pain-Dénié (le). II, 207. 



400 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Palluau. I, 3I-81MM; n, 57-61-65 

{Hl-195-il3. 
Piraqu[n (le]. I, 370-277. 
ran>aiUsuderie (la). II, 213. 
Passebonneau. 1, 101. 
Pflunaj. I, 236; n, 203. 
Pè1e-Bii9an. II. 208. 
PÈle Grue. II, 308. 
Pèle-ViUain. II, 208. 
Pelletoisiii. Il, 313. 
Férouille I}»). Il, 309. 
Pelit-Souper (le]. H, 207. 
Peyrouse (la), n, 315. 
Plalelj (les). I, 271. 
Pierre folle. I, 109. 
Pilori (le). Il, ïtO. 
Pin (le). U, m. 
Pisse-Loiip. n, 213. 
Pisse-Vieille. II. 213. 
PitBDcerie (la). II, 30S, 
Planches. Il, 65. 
Point (le] du Jour. II. 913. 
Pondron (le). 11,348. 
Ponllon. 11,171. 
Ponl-RouUin. Il, 65. 
Portefeuille (1e|,ruisieai]. 1,100-105 
Poulaines, II, 207. 
Ponligny-Notre-Dame. 1, 114-115. 
Pouserie |la). I, 133; II. 93. 
Pré A la Dame (le). I, 117-118. 
PrÉ lie) delà Fonl-Compain. n, 93. 
Prè du chapitre (In). I, 190. 
Presle. I, 21-162-190. 
Preuilly-sur-Cher. I, 39- 
PrUsae, 1, 327. 
Pucellerie (la), n, 213. 
Puj-Guillon. II, 172. 
Pyramides [les). Il, 212. 



yuaiilillj. 1,86-235; 11,57. 



Quatre-Œiif» (les). U, 213. 
Quatre-Venla (lea]. 0. 213. 

B 
Itaifflonds (les). I. 240-246. 
Hciii-duDois (le). I, 108- 
RilTauderîe (ia). 1, 319. 
Biola. I, 201-244-246-250-«4j 
Robert (la forfit de). I, 16ft. J 
Roeherolle. 1. 109. 
Rosnny. I, 236, 
RossLgnolcric (la). II. 213. 
Bouille-Couteau. H, 213 
Rouvres. U. 213. 

S 
Sablaseay, Sainblaticay. 1, 303. 
Safol-Amaud. I, 171-177; II, 358. 
Saint-Ambroiae. D, 207. 
Saint-Août. 1, 190; II, HW3-65-133- 

218-348, 
Saint-Aubin. Il, 307. 
Saint-Beuin-il'Asy. I, 334. 
Saint-Benolt-du-Saull. I, 101-104; 

11,354. 
Saint-Bouise. 11,232. 
Saint-Chartier. I. 2-22-I24-16Ï-Ï00; 

II, 12-95-171-na-197-218. 
Saint-Chmtophe-en-Boucbcrie. D. 

348. 
Saini-Ciran- II, 203. 
SaiDt-Deuis-de-Jouhet. 1. 190; 11. 

350-357. 
Sainl-Douichard. Il, 23. 
Sninlr-Firmin. I, 320. 
Saint-Florent. 1,102; II, Ï3. 
Saint-Florentin. II, 212. 
Saint-Gautier. 1.8-117. 
•Saint-Geuou. I, 356-300-319; II, 



261. 
Saint-Georges- 



r-Moulon. I, 102- 



DES LOCALITÉS DU BERRY. 



401 



Saint-Germain-sur-Aubois. II, 209- 

213. 
Saint-Gilles. II, 243. 
Saint-Hilaire. II, 352. 
Saint-Lactencin. II, 212. 
Saint-Marcel-lès-Argenton. II, 147. 
Saint-Maur. II, 207-208-213. 
Saint-Maurice-de-Cuffy. II, 178. 
Saint-Palais. II, 215. 
Saint-Pierre-de-Lamps. II, 209. 
Saint-Plantaire. 1, 101-328. 
Saint-Suipice-Iès-Bourges. I, 30. 
Saint-Valentin. II, 211. 
Sainte-Cécile. II, 207. 
Sainte-Gemme. 1, 102. 
Sainte-Sevère. I, 114-116 ; II, 197- 

218-273-343-348-35&-359. 
Sainte-Solange. I, 92-93-95-156-157- 

283-307-328 ; II, 273. 
SalIe-le-Roi (la). I, 112. 
Sancergues. II, 222. 
Sancerre. II, 222-32 
Sans-Souci. II, 209. 
Santraoges. II, 215. 
Sarzay. II, 173. 
Saulot. I, 324. 
Saanay. I, 236. 
Savate (la). II, 213. 
Selles-sur-Nahon. II, 208. 
Soleil (le). II, 213. 
Sologne, (la) I, 39-208-263 ; II, 31- 

57-156-223. 

Tarte-y-fume. II, 209. 

Tertre aux Ghocats (le). 11,85. 

Thevet. I, 22-189-261-262-271 ; II, 

93-173-350. 
Touchay. I, 229. 



Tournon. II, 212. 
Toutifaut. n, 207. 
Tranzault. II, 218. 
Travaille-Chien. II, 208. 
Travaille-Coquin. II, 208. 
Tristerie (la). II, 208. 
Trompe-Chien. Il, 207. 
Trompe-Gueux. II, 207. 
Trompe-Souris. Il, 207. 
Trou (le) à la Filt-use. I, 108. 
Trou (le) aux Fades. 1, 114. 

Valençay. II, 212-213. 

Varenne (la), contrée. 1 ,236-278. 

Varenne (la), village. I, 90. 

Varennes. II, 66. 

Vatan. I, 101-255-319 ; II, 182. 

Vaudouan. I, 90-91-94-116-328; II, 

344. 
Vendœuvres. II, 214. 
Verdigny. II, 235. 
Verneuil. I, 163-262. * 
Vesdun. II, 215. 
Vic-Ëxemplet, ou Vic-sur-Aubois . 

1,262; 11,91. 
Vierzo'i. 1, 11-102. 
Vignes (les) du Château , près de 

Bourges. II, 196. 
Villebernin. II, 65-90. 
Villemond. I, 93. 
Villemore. I, 164. 
Villeneuve. I, 102. 
Villiers (Cher). I, 203; II, 62-249. 
Villiers-en-Brenne. I, 236. 
Villiers (étang de) (Cher). I, 203 
II, 127. 

Yèvre (l), rivière. I, 44. 



T. II. 



26 



TABLE DES CHAPITRES, 



TOME SECOND. 



LIVRE QUATRIÈME. 



Moeurs et coutumes. 



Pages 

Chapitre premier. — Naissance 1 

Chap. II. — Mariage 16 

Chap. III. — Funérailles 70 

Chap. IV. — Les Ames en peine 91 

Chap. V. — Civilité villageoise 98 

Chap. VI. — Les Bergères. — Le Vendredi blanc. — 

Le Loup 122 

Chap. VII. — Les Moissonneurs. — Le Roi. — La J'ment. 

— Les Servantes de Prêtres. — Le 

Veau. — Le Crapaud.— La Gerbaude. 132 

Chap. VIII. — Les Brioleux 139 

Chap. IX. — Les Vignerons. — La Huée. — Le Roi au 

grand nez 144 



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