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Full text of "Décisions au Conseil suprême sur la Galicie orientale; les plus importants documents avec introd"

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ÉCISIONS DU CONSEIli SUPRÈIVIE 



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GAUICIE OHIENTAUE 



UES PUUS liURORTAIVTS DOCUMENTS 



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Michel LOZYNSKY 

MiCTEUii EN naoïT 

sous -siiCUKTAïui; d'éta'I' aux affaires éthangères 

m: i/iKiiAiNi: occidentale 



BUREAU UKRAINIEN 

PARIS 

lin-.) 



L. 



Du même auteur- : 

I. - L'UKRAINE OCCIDENTALE (Galicie); 

II. — NOTES sur les relations Ukraino-Polonaises en Galicie 
pendant les 25 dernières années (1895-1919). 



DÉCISIONS DU CONSElli SUPRÊ|WE 



SUR LA 



GALIGIE ORlENTAliE 



UeS PLUS IMPORTANTS DOCUMEINTS 

A\i:(; 
IINTRODUCTIOIN 

PA!i 

Michel LOZYNSKY 

DOCTEUR EN DIIUIT 

r-<»l> - m;(.i;i,JA1UK d'kTAT AUX AFFAIRES ÛTUANUÈRES 

!)E L* UKRAINE OCCIDENTALE 



BUREAU UKRAINIEN 

PARIS 

1910 



DÉCISIONS DU CONSEIL SUPRÊME 



SUR LA 



GALICIE ORIENTALE 



Digitized by the Internet Archive 

in 2009 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/dcisionsauconsOOIozy 



DÉCISIONS DU CONSEIL SUPRÊME 



SUR LA 



GALICIE ORIENTALE 



Au cours de sa séance du 19 mars 1919, le Conseil 
Suprême, ayant envisagé la question de la guerre entre la 
Pologne et l'Ukraine pour la possession de la Galicie Orien- 
tale, décida d'inviter les deux parties à conclure une trêve. 

Le Conseil Suprême se déclara disposé <( à entendre l'ex- 
posé des revendications territoriales de l'une Cl l'autre partie 
en cause et à s'entremettre à Paris auprès des Délégations 
Ukrainienne et Polonaise, ou péu: l'intermédiaire de terre repré- 
sentation qualifiée que les parties jugeront devoir choisir, en 
vue de transformer la suspension d'armes en armistice » (1). 

Ayant reçu communication de cette décision, le Secréta- 
riat d'Etat de l'Ukraine Occidentale répondit immédiate- 
ment qu'il acceptait la proposition du Conseil Suprême et 
donna les ordres nécessaires au général Pavlenko (2). 



1. Voir le document I. 

2. Voir le documenl II. 



Le 27 mars 1919, les délégués ukrainiens et polonais se 
réunirent à Chyriw, mais la trêve ne fut pas conclue, car les 
Polonais refusèrent de conclure une trêve, sur la base indi- 
quée dans la décision du Conseil Suprême du 19 mars 1919. 

Le Gouvernement Ukrainien informa immédiatement le 
Conseil Suprême de l'attitude prise par les Polonais (1). 

Il faut ajouter que le Gouvernement Ukrainien renouvela 
plusieurs fois ses propositions de la suspension d'armes; la 
dernière proposition date du 9 mai. Mais les Polonsûs ne les 
acceptèrent jamais (2). 

Ainsi les combats que les Ukrainiens avaient voulu 
dirêter pour obéir à l'appel du Conseil Suprême du 
19 mars 1919, continuèrent grâce aux Polonais qui, assurés 
du concours de l'armée Haller, organisée en France, déci- 
dèrent d'occuper toute la Galicie et mettre le Conseil Suprême 
en présence d'un fait accompli. 

En plus des démarches infructueuses pour la conclusion 
d une suspension d'armes faites sur place, le Secrétariat d'Etat 
de l'Ukraine Occidentale s' appuyant sur la déclaration du 
Conseil Suprême du 15 mars 1919 qu'il est disposé (( à 
entendre l'exposé des revendications territoriales de l'une et 
l autre partie en cause et à s'entremettre à Paris auprès des 
Délégations Ukrainienne et polonaise en vue de transformer 
la suspension d'armes en armistice », envoya une Délégation 
spéciale à Paris. 

Cette Délégation fut entendue le 8 mai 1919, par la 



1. Voir le documenl ill. 

2. Voir le documenl VI. 



— 9 — 

Commission Interalliée pour la conclusion d'un armistice entre 
ia Pologne et l'Ukraine, et le 12 mai la Commission réunit 
à la Délégation le texte d'un projet de convention d'armis- 
tice. La Délégation déclara le 13 mai, au cours de la séance 
de la Commission, qu'elle acceptait le projet de convention 
d'armistice. Mais le Gouvernement Polonais rejeta ce projet 
€t déclancha, avec le concours de l'armée Haller, une offen- 
sive générale en Galicie Orientale. 

Aussi, la Délégation de la République Ukrainienne 
adressa au Conseil Suprême une note le 21 mai 1919, pour 
lui demander la protection de la Galicie Orientale contre 
l'offensive polonaise, déclanchée au moment, où le Gouver- 
nement Ukrainien donnait son adhésion, au projet d'armistice 
proposé par la Commission Interalliée (1). 

Le Conseil Suprême accorda le 21 mai, une audience au 
cours de laquelle la Délégation de la République Ukrainienne 
ht un exposé des événemnts et lui demanda de faire cesser 
immédiatement l'offensive polonaise. 

Le lendemain, 22 mai, le Président de la Conférence de 
la Paix reçut la Délégation de la République Ukrainienne et 
l'informa que le Conseil Suprême avait dem£mdé au Général 
Pilsudzki des explications sur les raisons de l'offensive polo- 
naise. 

L'offensive polonaise faisant des progrès, la Délégation 
Llkrainienne envoya au Conseil Suprême une note le 27 mai 
demandant l'arrêt de l'offensive polonaise (2). 



1. Voir le document IV. 

2. Voir !e document V. 



— l(» 



Le 5 juin, les journaux parisiens publièrent la réponse 
du Général Pilsudzki, en ces termes : 

« Le Général Pilsudzki, commandant en chef des forces 
polonaises, a répondu à la Conférence de la Paix qui lui 
pvait demandé des renseignements sur la récente offensive des 
tioupes polonaises contre l'Ukraine, que ce fut en réalité une 
contre-offensive, V aimée ukrainienne ayant attaqué la pre- 
mière. » 

Cette explication du Général Pilsudzki n'était pas con- 
forme à la vérité. Dès qu'elle avait été informée de la déci- 
sion du Conseil Suprême du 19 mars 1919, l'armée ukrai- 
nienne attendant la conclusion de l'armistice, se tenait toujours 
sur la défensive. 

La Délégation Ukrainienne ayant appris par les journaux 
! explication du Général Pilsudzki, rétablit la vérité près du 
Conseil Suprême, par la note du 6 juin (1). 

L'armée polonaise, pourvue de tout ce qui lui était néces- 
saire par les Puissances Alliées et Associées, a pris le dessus 
ïur l'armée ukrainienne, livrée à ses seules ressources et 
absorbée par la guerre avec les Bolcheviks russes. Par consé- 
quent, presque toute la Galicie Orientale se trouve occupée 
par les Polonais. 

Ainsi les Polonais continuèrent deux fois à mener la guerre 
malgré la volonté du Conseil Suprême : la première fois après 
la décision du Conseil Suprême du 19 mais 1919, en rejetant 
la proposition ukrainienne, offrant une suspension d'armes; la 
seconde fois en rejetant le projet de convention d'armistice, 



1. Voir le document VI. 



— Il — 

p'-oposé aux deux partis en présence, par la Commission Inter- 
cilHée, le 12 mai. 

Le Gouvernement Ukrainien, ayant donné son adhésion 
au projet d'armistice, proposé par la Commission Interalliée, 
avait tout lieu de croire qu'à partir de ce moment il se trouvait 
sous la protection du Conseil Suprême, et que l'offensive polo- 
naise serait arrêtée, 

Ce n'était qu'une illusion. Les Polonais ayant occupé la 
majeure partie du territoire de l'Ukraine Occidentale, le Con- 
seil Suprême, au cours de sa séance du 25 juin décida <( d'au- 
toriser les forces de la République Polonaise à poursuivre 
leurs opérations jusqu'à la rivière Zbrucz » (1). 

Par cette décision le Conseil Suprême, non seulement 
.sanctionna l'offensive polonaise et l'occupation du territoire 
Ukrainien, opérée par cette offensive, mais soumit toute la 
Galicie Orientale à l'occupation Polonaise. La rivière Zbrucz, 
formant l'ancienne frontière de l'Austro- Hongrie et de la 
Russie, d'après la décision du Conseil Suprême, elle doit 
former la frontière de la République Ukrainienne et du ter- 
ritoire Ukrainien occupé par les Polonais. 

La Délégation de la République Ukrainienne répondit à 
cette décision du Conseil Suprême par sa note du 2 juil- 
let 1919 (2). Après avoir démontré que l'occupation Polo- 
naise de la Galicie Orientale porte atteinte à l'intégrité de la 
République Ukrainienne et viole le droits du peuple Ukrai- 
nien, la note proteste contre la sanction donnée par le Conseil 
Suprême à l'occupation Polonaise. 



1. Voir le document VII. 

2. Voir le document VIII. 



Les députés du Conseil National de l'Ukraine Occiden- 
tale, qui, par suite de l'invasion polonaise, ont transféré leur 
Siège à Vienne, ont également envoyé une protestation contre 
la décision du Conseil Suprême (1). 

Dans sa note le Conseil Suprême déclare que cette déci- 
sion (( ne préjuge en rien les décisions que le Conseil Suprême 
prendra ultérieurement pour régler le statut politique de la 
Galicie ». 

Mais les décisions ultérieures du Conseil Suprême sont 
également favorables aux Polonais. 

La question <( du statut intérieur de la Galicie Orientale -) 
a été confiée à la Sous-Commission des affaires Polonaises et 
la Délégation de la République Ukrainienne a été invitée, a 
se faire représenter, à la séance de la Sous-Commission du 
3 juillet 1919, (' par les délégués appartenant à la Galicie 
Orientale, c'est-à-dire nés et domiciliés dans cette pro- 
vmce » '2). On refuse alors à la Délégation de la Réoubliquc 
Ukrainienne le droit de représenter la Galicie Orientale, 
comme formant partie de la République Ukrainienne, et ce 
ne sont que les membres de la Délégation (( nés et domiciliés » 
en Galicie Orientale, qui devraient être entendus par la Sous- 
Commission, non pas comme représentants de la République 
Ukrainienne, mais comme représentants de la popuîatirn 
ukrainienne de la Galicie Orientale. 

La Délégation de la République Ukrainienne refusa par 
conséquent, de prendre part à cette séance de la Sous-Com- 



1. Voir le document IX. 

2. Voir le document X. 



— 1:5 — 

mission des Affaires Polonaises, considérant la Galicie Orien- 
tale, bien qu'occupée par les Polonais, comme partie de la 
République Ukrainienne 1. 

Le 11 juillet 1919, la Délégation de la République 
Ukrainienne fut informée officiellement que le Conseil 
Suprême avait pris les décisions suivantes : 

« Le Gouvernement Polonais sera autorisé à établir un 
(gouvernement civil en Galicie Orientale, après avoir conclu 
avec les Puissances Alliées et Associées, un accord dont les 
clauses devront sauvegarder autant que possible l'autonomie 
du territoire ainsi que les libertés politiques, religieuses et 
personnelles de ses habitants. 

(( Cet accord reposera sur le droit de libre disposition 
qu'exerceront en dernier ressort les habitants de la Galicie 
Orientale quant à leur allégeance politique ; l'époque à 
laquelle ce droit s'exercera sera fixée par les Puissances 
Alliées et Associées ou par l'organe auquel celles-ci pour- 
raient déléguer ce pouvoir » (2). 

A la suite de ces décisions du Conseil Suprême, la Délé- 
gation de la République Ukrainienne lui adressa la note du 
15 juillet 1919, en démontrant que ces décisions sont en 
contradiction avec la volonté du peuple Ukrainien, et avec 
les droits de la République Ukrainienne et que l'exercice du 
droit de la libre disposition des peuples est impossible sous la 
domination Polonaise ('i). 



1. Voir le docuinenl XI. 

2. Voir le document XIII. 

3. Voir le document XIV. 



li 



II 



La Galicie Orientale est entrée dans l'histoire mondiale, 
«n tant que pays ukrainien appartenant à l'Etat Ukrainien. 
Fuis elle fut conquise par la Pologne. Au moment des par- 
tages de la Pologne, l'Autriche s'empara de ce pays et con- 
tinua à l'égard de la Galicie Orientale, la politique de l'Etat 
Polonais, c'est-à-dire, livra le pays à la domination de la 
noblesse polonaise. 

Néîmm.oins, la Galicie Orientale a conservé son caractère 
Ukrainien. Sur 5.120.000 habitants, il y a 3.580.000 
Ukrainiens, c'est-à-dire 70 %, la population polonaise s'élève 
à peine à 16 ''^, la population juive à 12 %, la population 
allemande à 2 % (1). 

Quand les Puissances de l'Entente, s'occupant du sort de 
l 'Austro-Hongrie, reconnurent aux nations qui formaient 
l'Empire Austro-Hongrois, le droit de disposition d'elle- 
même, le Conseil National Ukrainien s'empara le V^ no- 
vembre 1918, du pouvoir en Galicie Orientale, en procla- 
mant sur toutes les terres ukrainiennes de l'ancienne Autriche- 



1. Même les Polonais qui fausscnl la slalislique à leur profit, recon- 
naissent que la population ukrainienne forme une majorité considérable. 
L'Indépendance Polonaise (Paris) dans son numéro du 19 mai 1919, dans 
l'article <• Polonais et Ruthènes », donne leschifTres suivants : « Dans les pays 
à l'est du San (c'est-à-dire dans la Galicie orientale), il y n 3.132.233 Ruthènes 
contre 2,1 14.792 Polonais, dont 1.455.086 Catholiques et 659.706 juifs. ■ Il faut 
ajouter que les juifs forment un groupe à part qui ne s'est jamais déclaré 
polonais. 



Hongrie (la Galicie Orientale, la partie ukrainienne de la 
Bukovine et la partie ukrainienne de la Hongrie), la Répu- 
blique Ukrainienne Occidentale. Puis par le vote du Conseil 
National Ukrainien du 3 janvier 1919, la République Ukrai- 
nienne Occidentale se réunit à la République Ukrainienne 
formée sur les ruines de l'ancienne Russie. De cette manière, 
la Galicie Orientale par la volonté du peuple ukrainien qui 
forme la majorité de la population de tous les territoires de la 
Cialicie Orientale, devint partie de la République Ukrai- 
nienne. 

Contre l'exercice du droit de libre disposition du peuple 
ukrainien de la Galicie Orientale se dressa la Pologne dans 
le but de conquérir par les armes la Galicie, pays ukrainien. 

Au cours de cette guerre polono-ukrainienne pour la pos- 
session de la Galicie Orientale, le Conseil Suprême s'est érigé 
en juge, en ordonnant aux deux partis de conclure une trêve 
el en promettant (( d'entendre l'exposé de revendications terri- 
toriales de l'une et de l'autre partie » et (( de s'entremettre en 
vue de trsmsformer la suspension d'armes en armistice ». 

Ni la suspension d'armes, ni l'armistice n'ont pu avoir lieu 
par suite de l'opposition des Polonais. 

Les Ukrainiens, ayant consenti à la conclusion de la sus- 
pension d'armes, et à la conclusion de l'armistice, avaient 
tout lieu de croire que le Conseil Suprême les protégerait 
contre l'agression polonaise. 

Mais le Conseil Suprême, sans tenir compte des Ukrai- 
niens et sans inviter la Délégation de la République Ukrai- 



nienne à répondre à l'exposé polonais (2), se basant unique- 
ment sur ses pourparlers avec les Polonais, a décidé 
d autoriser l'occupation de la Galicie Orientale par le Gou- 
vernement Polonais et l'établissement d'un gouvernement 
civil. 

Le Conseil Suprême a réglé, de cette façon, le différend 
de. la Galicie Orientale en faveur et en profit de la Pologne. 

Si la Pologne et l'Ukraine, laissées à leurs propres forces, 
avaient mené la guerre pour la possession de la Galicie Orien- 
tale et si la Pologne victorieuse avait occupé la Galicie Orien- 
tale, une telle solution de la question de la Galicie aurait été 
injuste mais compréhensible. La Pologne aurait occupé la 
Galicie Orientale parce qu'elle aurait été la plus forte. 

Mais la solution de la question vient du Conseil Suprême. 
Et les Puissances Alliées et Associées au nom desquelles agit 
\t Conseil suprême, prétendent établir dans le monde au nom 
du Droit et de la Justice, un nouvel ordre des choses. 

Nous nous demandons : le Droit et la Justice exigent-ils 
qu'on refuse au peuple ukrainien composé de 40 millions d'in- 
dividus et formant un des plus grands peuples de l'Europe, le 
droit de former un état indépendant et qu'on lui impose de 
nouveau ce joug avilissant dont il s'est débarrassé avec ses 
propres forces? Le Droit et la Justice exigent-ils qu'on décide 
son partage entre les états voisins, la Russie, la Roumanie, la 



1. A la séance de la Commission interalliée pour l'armistice ukraino- 
polonais, le général Botha déclara que l'exposé des revendications territo- 
riales ne saurait être entendu qu'après la conclusion de l'armistice. Le projet 
d'armistice l'ut rejeté par les Polonais. 



— 17 — 

Pologne et la Tchéco-Slovaquie et son asservissement pour ces 
états? 

Le Droit et la Justice exigent-ils que le peuple ukrai- 
nien de la Galicie Orientale qui a mEuiifesté sa volonté de 
former avec tout le peuple ukrainien la République Ukrai- 
nienne une et indivisible, soit par force soumis à la domina- 
tion polonaise? 

Le Droit et la Justice exigent-ils que la question de la 
Galicie Orientale soit décidée non par la volonté de la grande 
majorité de la population ukrainienne (70 %), mais par l'in- 
signifiante minorité polonaise (16 %)? 

Le Droit et la Justice exigent-ils qu'on soumette le peuple 
ukrainien qui était en guerre avec la Pologne à la domination 
de la même Pologne? 

Peut-on s'imaginer que la Pologne qui, depuis des siè- 
cles, s'est efforcée de s'étendre vers l'Est, et d'asservir les 
territoires Ukrainiens, qui les a déjà saccagés plusieurs fois au 
cours de l'histoire, maintenant qu'elle a reçu de la part du 
Conseil Suprême le mandat d'occuper la Galicie Orientale, 
l'administrera d'après les principes du Droit de la Justice? 

Tous les faits sont là pour démentir cette supposition (1). 
Après avoir occupé la Galicie Orientale, la Pologne par force 
brutale des armes, par fusillades et pendaisons, par emprison- 
nements et répressions de toutes sortes, veut supprimer les 
Ukrainiens, parce qu'ils n'ont pas courbé le front sous le joug 
polonais, et ont voulu rester libres. Le but de la Pologne c'est 



1. Voir document XII. 



— 18 — 

d'extirper l'élément Ukrainien de la Galicie Orientale, pour 
«^'assurer ainsi la possession du pays. 

Eln abauidonnant la Galicie Orientale à l'occupation polo- 
naise, le Conseil Suprême a-t-il songé qu'il l'a livrée à son 
ennemi, aux persécutions, aux tortures, à la mort, sans aucune 
protection? 

Même si l'on refusait au peuple ukrainien le droit à la 
liberté et à l'indépendance, l'hum.anité elle-même exigeait 
qu'on accorde quelque protection à ses millions d'hommes, 
qu'on ne les livre pas à la merci des autorités polonaises, qui, 
pour justifier leurs cruautés devant les Alliés, se servent du 
prétexte conunode, qu'ils agissent ainsi pour mettre à la raison 
les Bolcheviks. 

Dans sa décision du 25 juin, le Conseil Suprême avait 
déclaré qu'il autorise la Pologne à occuper la Galicie Orien- 
tale (( pour garantir les personnes et les biens de la population 
paisible de la Galicie Orientale contre les dangers que leur 
font courir les bandes bolcheviks » . 

Or, en Galicie Orientale, le bolchévisme n'a jamais 
existé, contrairement aux affirmations polonaises. L'armée 
ukrainienne de la Galicie Orientale, tout en se défendant à 
l'Ouest de l'invasion polonaise, soutenait en même temps 
efficacement la lutte, engagée par la République Ukrainienne, 
contre l'invasion des Bolcheviks russes de l'Est. Quand 
l'armée bolchevik, qui avait fait irruption en Ukrame, attei- 
gnit le Zbrucz, l'armée de la Galicie Orientale lui barra la 
route et empêcha sa jonction avec l'armée des Bolchévistes 
hongrois. Et cela fit le Gouvernement de l'Ukraine Occiden- 



— iU — 

te, le, malgré les propositions alléchantes des Gouvernements 
soviétistes de la Russie et de la Hongrie, persuadé que le 
Conseil Suprême dans sa décision en ce qui concerne 
l'Ukraine, s'inspirerait des principes de justice. 

Alors que dans tous les pays voisins, non seulement en 
Russie, mais aussi en Pologne, en Roumanie, en Tcheco-Slo- 
vaquie, en Hongrie et même en Autriche et en Allemagne les 
mouvements sérieux bolchévistes se dessinent, le territoire de 
ia République Ukrainienne encore soumis à l'autorité du 
Directoire, était l'unique oasis, où la poussée bolchévike vers 
l'Est ne pouvait s'établir, et la Galicie Orientale était 
l'unique pays, où le mouvement bolchevik n'existait pas du 
tcut. 

L'historien futur enregistrera ces faits qui démentent les 
ilomnies que les Polonais n'ont pas craint d'employer pour 
.btenir du Conseil Suprême l'autorisation de supprimer l'élé- 
ment ukrainien, en le persuadant qu'en agissant ainsi ils com- 
battraient le bolchévisme. 

Mais il ne devait pas se borner à cela; il devra constater 
que si l'Ukraine avait été bolchevique, le bolchévisme russe 
ne trouvant en Ukraine aucun obstacle, aurait inondé la 
Pologne, la Roumanie et les Balkans, aurait fait sa jonction 
avec le bolchévisme hongrois, passé en Tchéco-Slovaquie, en 
Autriche en en Allemagne. S'il en avait été ainsi, la situation 
rn Europe aurait été probablement tout autre. 

L'historien futur constatera que si les faits ne se sont pas 
déroulés ainsi, le mérite pour le Conseil Suprême, la faute 
pour les bolcheviks, en est à la seule Ukraine. 



— 20 — 

Pour récompenser l'Ukraine de cet éminent service, le 
Conseil Suprême a cédé le territoire ukrainien de l'ancienne 
Hongrie à la Tchéco-Slovaquie, a donné à la Roumanie la 
permission d'occuper la Bukovine et la Bessarabie et a aban- 
dormé la Galicie Ukrainienne à l'occupation des Polonais qui 
se sont emparés en même temps du pays de Cholm, du 
Pidlache et d'une partie de la Volhynie, et prépare les ter- 
ritoires ukrainiens pour la restauration de l'ancienne Russie 
ainsi qu'il résulte de l'échange des notes entre le Conseil 
Suprême et l'amiral Koltchak. 

D'après les décisions du Conseil Suprême, le Gouverne- 
ment Polonais est autorisé (( à établir un Gouvernement civil 
en Galicie Orientale après avoir conclu avec les Puissances 
Alliées et Associées un accord, dont les clauses devront 
sauvegarder autant que possible l'autonomie du territoire 
ainsi que les libertés politiques, religieuses et personnelles de 
ses habitants » ; (( cet accord reposera sur le droit de libre dis- 
position qu'exerceront en dernier ressort les habitants de la 
Galicie Orientale quant à leur allégeance politique » . 

Or, la Galicie Orientale doit former l'objet d'un accord 
entre la Pologne et les Puissances Alliées et Associées. Pour- 
quoi? Ce pays et sa population ukrainienne est-elle res nullius 
dont les autres traitent sans la consulter? 

Le peuple ukrainien de la Galicie Ukrainienne, au lieu 
d*être un peuple ayant le droit de décider de son propre 
sort serait-il l'objet passif des marchandages? 

La Galicie Orientale, ne fait-elle pas partie de la Répu- 
blique Ukrainienne? n*a-t-elle pas son Gouvernement à elle? 



— 21 — 

pour qu'il faille décider de son sort sans la participation des 
représentants légitimes du peuple ukrainien et malgré sa vo- 
lonté librement manifestée? 

Quelles garanties peut avoir cet accord pour les intérêts 
du peuple Ukrainien et quelle assurance y a-t-il que le Gou- 
vernement Polonais observera cet accord s'il est conclu sams 
la participation du peuple Ukrainien et de son Gouverne- 
ment? 

Le Conseil Suprême promet que l'accord reposera sur 
•e droit de libre disposition qu'exerceront en dernier ressort 
les habitants de la Galicie Orientale quant à leur allégeance 
politique. 

C'est sous la domination de la Pologne qui est l'en- 
nemi du peuple ukrainien, qui fait la guerre à la Répu- 
blique Ukrainienne pour annexer la Galicie Orientale, que 
la population Ukrainienne devra exercer son droit de libre 
disposition. 

La Pologne, qui a fait la guerre pour s'emparer de la 
Galicie Orientale, n'emploiera-t-elle pas tout son pouvoir 
pour opprimer la population ukrainienne, la terroriser, briser 
son élan vers l'indépendance, lui rendre impossible la mani- 
festation de sa volonté véritable? 

Le Conseil Suprême ne sait-il pas de quelle manière les 
autorités polonaises ont procédé aux élections en Galicie 
Orientale sous le régime autrichien? Comment les électeurs 
ukrainiens ont été empêchés de prendre part aux élections, 
comment ils furent arrêtés et même fusillés et conmient dans 



le? urnes se trouvait un pius grand nombre de bulletins 
au profit du candidat polonais que d'électeurs polonais) 
11 n'y avait rien de oins simple pour les autorités polo- 
naises que de mettre des Polonais défunts sur les listes des 
électeurs et de faire voter à leur place des individus louches 
eu permettre aux électeurs polonais de voter plusieurs fois ou 
plus simplement de jeter dans l'urne le nombre nécessaire de 
bulletins en faveur du candidat polonais. Sans doute, le Gou- 
vernement Polonais perfectionnera maintensmt tous ces expé- 
dients. Il peut, par exemple, amener de la Pologne en Galicie 
Orientale le nombre nécessaire de Polonais pour décider au 
plébiscite du sort du pays ukrainien. 

Quand le Gouvernement Polonais sera suffisamment pré- 
paré, en d'autres termes, quand il se sera assuré d'un résultat 
favorable, on pouna procéder à l'exercice du droit de libre 
disposition. 

Il est tellement évident, que la Pologne possédant la Ga- 
licie Orientale sous sa domination, fera tout son possible pour 
s assurer la possession de ce pays, qu'il peut paraître étonnant 
que le Conseil Suprême ne s'en rende pas compte. 

Ce qui est fait est fait. Le Conseil Suprême a livré à 
la domination polonaise la Galicie Orientale, pays ukrai- 
nien depuis des siècles, province autonome de la République 
Ukrainienne. Mais il est en son pouvoir de réparer le tort. 

Eln tant que citoyen Ukrainien, originaire de la Galicie 
Orientale, ayant depuis vingt ans lutté contre la domination 
^'clonaise ?ur le peuple Ukrainien, en tant que membre du 



Conseil National Ukrainien qui, pour se conformer à la 
volonté du peuple Ukrainien a proclamé la réunion de la 
Galîcie Orientale à la République Ukrainienne en un Etat 
irxdivisible, en tant que membre du Gouvernement Ukrainien 
qui a réalisé cette volonté du peuple, j'ai le droit et le devoir 
de déclarer que jamais le peuple ukrainien ne consentira à 
cette décision. 

Nous pouvons succomber sous la force, mais jamais nous 
ne consentirons à vivre sous le joug polonais, et combattre la 
servitude polonaise sera pour nous un devoir sacré que nous 
nous transmettrons de génération en génération jusqu'à la vic- 
toire finale. 

De même que se sont écroulées les prisons des peuples : 
î 'Autriche-Hongrie et la Russie; de même s'écroulera, un 
jour, la nouvelle prison du peuple ukrainien: la Pologne. 

Dr. Michel LOZYNSKY. 
Paris, le 16 juillet 1919 . 



DOOUiUEINTS 



CONFÉRENCE DE LA PAIX 

SKCRKTAHFAT (iKNFUAI. 



OUAI U OllSAV 



Paris, le JO Mars 1919. 



L'AMBASSADEUR DE FRANCE, 
Secrétaire Général de la Conférence de la Paix, 

à M. SYDORENKO 
Représentant Ukrainien. 



Monsieur, 

J'ai l'honneur de vous adresser ci-inclus copie de deux 
télégrammes que le Conseil Suprême des Alliés a, à l'issue 
de sa séance d'hier, adressés, l'un au Général Pawlenko, 
commandant les forces ukrainiennes devant Lemberg, l'autre 
au Général Rozv/adowski commandant la place de Lemberg, 
en vue d'obtenir la cessation immédiate des hostilités dans cette 
région. 



— 28 — 

Je crois devoir appeler spécialement votre attention sur le 
dernier alinéa de ces télégrammes qui subordonne expressé- 
ment à la conclusion immédiate d'une trêve, l'audition, par 
le Conseil Suprême des Alliés, des représentants ukrainiens et 
polonais, en ce qui concerne leurs revendications territoriales 
concurrentes. 

Agréez, Monsieur, les assurances de ma très haute consi- 
dération. 

Signé : DUTASTA. 



TÉLÉOHAMAlh: 
«ADio Paris, le 19 Mars 1919. 



UHGEN r 



GÉNÉRAL PAWLENKO 



Commandant les Forces Ukrainiennes devant Lemhery. 



Au cours de sa séance du 19 mars, le Conseil Suprême 
de la Conférence de la Paix a décidé d'inviter les deux partis 
en présence à Lemberg à conclure une trêve dès réception 
du présent télégramme. 

En conséquence, les chefs des Gouvernements alliés et 
associés s'adressent au Général Pawlenko pour lui faire part 
de l'invitation du Conseil Suprême de la Conférence de la 
Paix à arrêter immédiatement en ce qui le concerne les hosti- 
lités devant la ville et dans la région de Lemberg, invitation 
qui est simultanément adressée au Général polonais Rozwa- 
dowski, commandant la place de Lemberg. 

Pendant la durée de la trêve, les troupes des deux partis 
resteront sur leurs positions, les communications par voie ferrée 



- ;;u — 

entre Lemberg et Przemysl devant toutefois rester libres dans 
la mesure strictement nécessaire au ravitaillement journalier de 
la ville. 

Le Conseil Suprême ajoute qu'il est disposé à entendre 
l'exposé des revendications territoriales de l'une et l'autre 
partie en cause et à s'entremettre à Paris auprès des déléga- 
tions ukrainienne et polonaise, ou par l'intermédiaire de telle 
représentation qualifiée que les parties jugeront devoir choisir, 
en vue de transformer la suspension d'armes en armistice. 

L'audition des représentants ukrainiens et polonais con- 
cernant leurs revendications concurrentes est d'ailleurs subor- 
donnée à la condition formelle d'une suspension immédiate 
tiea Kostilités. 

Signé : WOODROW WILSON. 
LLOYD GEORGE. 
CLEMENCEAU. 
V. ORLANDO. 



JJ 



TÉLKr.llAMMK 



IIADKt 



A Monsieur le Président Wilson 
et aux illujtres Ccuoernements de VEntenie à Paris. 



Le Gouvernement de la République Démocratique 
d'Ukraine (Province Occidentale) accepte les propositions du 
Conseil Suprême concernant la cessation des hostilités devant 
Léopol, ou les interprétant de ceiîe manière que cette cessa- 
tion comprendrait tout le front poiono-ukrainien. Là-dessu3 
on a donné les oleins pouvoirs respectifs à Monsieur le Général 
Pawlenko. 

Le Gouvernement soussigné accepte de même la proposi- 
tion de présenter le? réclamations ukrainiennes au Conseil Su- 
prême de la Con^férence de la Paix par ses délégués auto- 
risés dont les noms seront portés à votre connaissance imm.é- 
diatement après réception de la nouvelle que les Polonais ont 
accepté cette proposition. 

Pour le Gouvernement de la République Démocratique 
d'Ukraine {Province Occidentale), 

HOLOUBOWYTCH. 

StanMawiw, le '32 Mars 1919. 



m 



TÉLÉGRAMME 



IlADiO. 



A Monsieur le Président Wilson 
et aux illustres Gouvernements de l'Entente à Paris. 



Le Commandant en Chef de l'Armée Ukrainienne opé- 
rant en Galicie a l'honneur de porter à votre connaissance les 
faits suivants : 

Le 27 mars, nos délégués de concert avec les délégués 
polonais se sont rendus à Chyrovv^ dans le but de conclure une 
suspension d'armes, prenant comme base votre télégramme du 
19 mars. A la demande du Général Kerman, les délégués 
ukrainiens ont proposé leur projet de suspension d'armes, 
projet que le Général Kerman adopta dans toute sa teneur 
hormis le dernier point qui fut changé et adopté par les délé- 
gués ukrainiens dans le sens proposé par le Général Kerman. 

Les Délégués polonais ont déclaré qu'ils peuvent entamer 
la discussion de suspension d'armes, non pas sur la base de 
nos propositions, mais uniquement à la condition que notre 
Gouvernement déclare en dedans les trois jours adopter la 
ligne de démarcation que le Général Berthélemy indique le 
28 février. Nous leur répondîmes que nous gardons ponctuel- 



— 33 — 

lement le point de vue proposé par votra télégramme du 
19 mars et que nous sommes pr^s à conclure immédiatement 
une suspension d'armes et à envoyer nos délégués à Paris dans 
le but d'y signer un armistice. Alors la délégation polonaise 
déclara qu'elle n'a pas pleins pouvoirs pour conclure une sus- 
pension d'armes suivant le programme proposé par votre 
dépêche du 19 mars, et rompit les pourparlers en ajoutant 
qu'elle donnerait réponse définitive par écrit après s'être 
entendue avec son Gouvernement. 

J'ai l'honneur de porter à votre connainsance cette manière 
de voir des Polonais, constatant que toute la faute de la con- 
tinuation de la guerre depuis la réception de votre télégramme 
retombe tout entière sur les Polonais. 

Général PAWLENKO. 

Commandant en Chef des Avtnées Ukrainienness. 

Stanislawiw, le 38 Mars 1919. 



L. 3 



IV 



DÉLÉGATION Paris, le .21 Mai 1919. 



REPUBLIQUE UKRAINIENNE 
37, rue la Pérouse 



A SON EXCELLENCE 

Monsieur le Président de la Conférence de la Paix 
à Paris. 



La Délégation de la République Ukrainienne envoyée à 
Paris près de la Conférence de la Paix par le Directoire et 
les gouvernements des deux parties de la République Ukrai- 
nienne (Ukraine Orientale et Ukraine Occidentale) a l'hon- 
neur de vous remettre la déclaration suivante : 

A côté de la tâche principale qui nous était confiée : 
obtention de la reconnaissance par les Puissances de l'Entente 
de la République Ukrainienne, nous avions la mission, de 



— .T) — 

retenir par voie diplomatique l'invasion impérialiste des Polo- 
nais, de conclure l'armistice Ukraino-Polonais afin de jeter 
toutes nos forces contre le bolchevisme Russe qui débordait 
nos frontières Orientales. Depuis quatre mois, nous travaillons 
dans ce sens et nous constatons à regret que nos efforts ont été 
inutiles. L'Ukraine qui s'épuise dans la lutte contre les troupes 
bolchevistes est attaquée par les Polonais, qui sous prétexte de 
lutte contre les bolcheviks, ont obtenu des Etats de l'Entente 
un appui matériel et moral. En effet le but clair de l'invasion 
polonaise est l'occupation du territoire Ukrainien en général 
et surtout de l'Ukraine Occidentale, Piémont de la renais- 
sance et base des opérations, la plus sérieuse, contre le bolche- 
visme russe. 

Pour atteindre leur but, les Polonais ont passé outre à 
l'appel du Conseil Suprême du 19 mars les engageant de 
cesser les hostilités contre les Ukrainiens, appel que notre gou- 
vernement a accepté, et outre à la décision de la Commis- 
sion de l'Armistice Ukraino-Polonais, exposée dans le projet 
du 12 mai 1919, projet auquel les Ukrainiens ont également 
adhéré. 

Au lieu de procéder à la conclusion de l'armistice, les 
Polonais ont déclanché une offensive très énergique contre les 
Ukrainiens, Par leur conduite, les Polonais qui sont comptés 
au nombre des nations associées et qui de ce fait jouissent d'une 
protection spéciale des Grands Etats de l'Entente, ont donné 
une preuve manifeste non seulement de leur dédain pour les 
principes proclamés par l'Entente, mais encore pour les déci- 
sions formelles de la Conférence de la Paix. 

La Délégation de la République Ukrainienne à Paris se 
trouve donc devant la nécessité de se poser la question : Les 
puissances de l'Entente ont-elles la volonté et la possibilité 
d'arrêter l'offensive Polonaise? 

Ne sont-elles pas indifférentes au peuple Ukrainien qui 



3a 



épuise ses dernières forces contre ses ennemis et contre l'anar- 
chie qui les menacent de toutes parts? 

Ne trouvsmt pas dans les Puissances de l'Entente l'appui 
réel et efficace que nous avions toujours espéré pour notre 
Patrie sanglante, nous portons à votre connaissance que dans 
ces conditions nous trouvons inutile de rester plus longtemps 
à Paris. 

G. SYDORENKO. 

Président de la Délér/ation. de la 
République Ukrainienne. 



Délégués 
Alex.indre CHOULGUINE. 
Arnold MARGOLINE. 



Dr. B. PANEYKO, 

Vice-Président. 



Dr. Michel LOZYNSKY. 

Colonel Dmytro WITOWSKY. 

Délégués extraordinaires pour l'Armistice 
Ukraino-Polonaise. 



V 



DÉLÉGATION 



Paris, le 27 Mal 1919. 



REPUBLIQUE UKRAINIENNE 

37, rue la Pérouse 



A SON EXCELLENCE 

Monsieur le Président de la Conférence de la Paix, 
à Paris. 



Le Secrétariat d'Etat de l'Ukraine Occidentale se basant 
sur la dépêche du Conseil Suprême du 19 mars, nous a en- 
voyés pour discuter les conditions de l'armistice ukraino- 
polonais avec le concours des Alliés et le exclure après 
accord. 

En ce qui nous concerne, nous avons fait tout le possible 
pour conclure l'armistice. Devant la Commission, nous avons 
déclaré accepter le projet qui nous était présenté. Bien que 
r.c projet ait placé le tiers de notre territoire national sous 
la domination polonaise, nous y consentions pensant que la 



— 38 — 

Conférence de la Paix, dans la fixation définitive des fron- 
tières ukraino-polonaises, nous rendrait justice et réunirait tous 
l-=s territoires ukrainiens en un seul Etat indépendant. Mais 
notre esprit de conciliation en cette occurence n'a été d'aucun 
piofit. 

Tout en restant en pourparlers avec nous, les Polonais 
cnt déclanché contre notre armée une offensive qui se con- 
tinue favorablement pour eux. Constatant que la conclusion 
de Tîurmistice, séUis tenir compte de notre acceptation du pro- 
jet, traîne en longueur, nous nous sommes adressés par écrit 
le 24 courant à M. le Général Botha, lui demandant au- 
dience pour éclaircir l'affaire en litige. Nous avons reçu, à la 
date du 26 courant, sa réponse dans laquelle le Général 
Botha dit que les Polonais n'ayant pas adhères au projet de 
id Commission, son mandat est expiré et l'armistice entière- 
ment remis aux mains du Conseil Suprême. 

Eji conséquence, nous avons l'honneur d'adresser au Con- 
seil Suprême les représentations suivantes: 

L'offensive polonaise contre notre armée a été déclarée 
à la suite d'une résolution de la Diète polonaise comme 
réponse au projet d'armistice, proposé par la Commission. Ce 
tait est confirmé par tous les communiqués de source polo- 
iiaise. 

Si les communiqués polonais ajoutent que les Ukrainiens 
ont devancé l'offensive polonaise, provoqué leur riposte, ce 
n'est qu'un prétexte justifié devant la Conférence de la Paix. 

De même, l'affirmation de M. Paderewski que les Polo- 
nais ont combattu les bolcheviks sur le territoire galicien est 
erronée. 

Elst-ce que pour se débarrasser plus facilement des bol- 
cheviks russes, les Polonais auraient entrepris une offensive 



— 30 — 

contre l'armée Ukrainienne? Or, l'armée Ukrainienne barre 
la route de la Galicie aux bolcheviks. Anéantir l'armée 
Ukrainienne veut-il dire: lutter contre les bolcheviks ou avec 
ies bolcheviks? au Conseil Suprême à répondre. 

L'autre déclaration de M. Paderewski c'est que l'armée 
Polonaise aurait trouvé dans notre pays des bandes de pil- 
lards et non pas une armée. Ce n'est plus un prétexte, mais 
une indigne calomnie. Cette calomnie contre une armée qui 
depuis six mois, au milieu des privations les plus pénibles, 
a résisté héroïquement sur deux fronts, défendant sa patrie 
d un côté l'invasion bolchevike, n'est pas le fait d'un adver- 
saire loyal. Le vainqueur généreux ne dénigre pas de cette 
manière un ennemi vaincu. 

A l'encontre de cette déclaration de M. Paderewski, 
invoquons le témoignage de toutes les Commissions de l'En- 
tente qui, aycUît visité notre pays, sont unanimes à recon- 
naître les disciplines exemplaires de notre armée patriotique. 

11 n'y a rien d'étonnant que cette armée ait succombé 
fOUs les coups de l'armée Polonaise numériquement supé- 
rieure. Les Polonais ont tout reçu de l'Entente: appui moral 
par l'acceptation de la Pologne au rang d'Etat associé, et 
matériel de guerre, même des troupes (armée Haller) qui ont 
renforcé les effectifs polonais non pour la lutte contre les 
bolcheviks, mais pour l'occupation du territoire ukrainien. Le 
peuple Ukrainien, au contraire, n'a reçu de l'Entente aucun 
secours, ni moral, ni matériel. On ne peut donc s'étonner 
qu'après six mois d'une lutte acharnée sur deux fronts, alors 
que ses ressources se sont épuisées, l'armée Ukrainienne cède 
du territoire aux Polonais pourvus de tout par l'Entente. 

Nous n'avons pas voulu la guerre contre les Polonais. 
Nous avons proclamé notre droit à la libre disposition des 
peuples, et nous en avons conmiencé la réalisation sur le ter- 
ritoire indubitablement Ukrainien. 



— 40 — 

Nous étions et nous sommes persuadés que nous agissions 
suivant les grands principes de la justice nationale, proclamés 
au nom de l'Entente par le Président Wilson affirmant que 
les peuples privés de leur indépendance nationale et par- 
tagées entre plusieurs Etats, doivent avoir la possibilité de 
disposer en toute liberté d'eux-mêmes, de se réunir et de 
hxer leur sort, qu'on ne peut pas marchander des peuples 
comme des objets et les livrer à la servitude. 

Nous n'avons porté aucune attitude aux droits de la Po- 
logne. D'accord avec les principes proclamés par le Pré- 
sident Wilson, nous reconnaissons complètement le droit du 
peuple Polonais d'être indépendant et de récupérer tout le 
territoire indubitablement Polonais. 

Les Polonais ont attaqué les droits de notre peuple et 
envahi notre territoire, sur lequel ils n'ont aucun droit, car le 
iait d'avoir conquis un territoire plusieurs siècles auparavant 
et de l'avoir maintenu en son pouvoir par la force ne constitue 
aucun droit pour la Conférence de la Paix, qui a proclamé le 
principe de la justice nationale. Ce que font les Polonais en 
Galicie en ce moment est à l'encontre de ces principes^. Notre 
terre est dévastée par l'armée Polonaise. Nos intellectuels et 
nos paysans fusillés en masses par les autorités polonaises. 
Notre culture nationale est l'objet d'une destruction systé- 
matique. Même la religion de notre peuple n'est pas res- 
pectée par les conquérants; les églises doivent rester fermées, 
le clergé est l'objet d'arrestation. M. le Président Pade- 
rewski excuse des faits semblables, en disant que les auto- 
rités polonaises n'agissent pas contre la population inofîensive, 
niais contre les rebelles et les bandits. Il est vrai que les auto- 
rités polonaises ont été accoutumées, depuis longtemps, ^ 
regarder comme révoltés chaque Ukrainien qui s'oppose à la 
domination polonaise. Et comme dans le peuple Ukramien, il 
n'est personne ni enfant ni vieillard pour accepter le joug 



— u — 

polonais, les autorités polonaises doivent imposer par la vio- 
lence l'amour et l'attachement à la Pologne. En même temps, 
la Diète polonaise vote l'annexion définitive de la Galicie 
Orientale. Tout en votant cette annexion, la même Diète 
polonaise a l'audace d'affirmer que sa politique n'est pas 
UTipérialiste. 

Ce sont des faits, qui attestent indubitablement que la 
politique polonaise est en opposition non seulement avec les 
principes essentiels qui guident les Puissances de l'Entente, 
mais encore avec leurs déclarations. Les Puissances de l'En- 
tente ont proclamé le droit pour tous les peuples de disposer 
d'eux-mêmes, les Polonais se sont empressé de conquérir et 
d'annexer le territoire Ukrainien. 

Les Commissions des Puissances de l'Entente pour le con- 
flit ukraino-polonais (Commission Barthélémy, Commission 
Botha) ont déclaré que l'Entente ne tiendrait aucun compte 
des faits militaires accomplis par l'un ou l'autre parti sans y 
être autorisé par l'Entente, la Diète polonaise se prévalant 
de la conquête de la Galicie en l'annexion. 

La Commission d'armistice souligna l'énorme responsa- 
bilité de la prolongation de la guerre endossée par le parti 
qui n'accepterait pas l'armistice, les Polonais n'ont pas craint 
d'endosser cette responsabilité et ont répondu au projet de la 
Commission d'armistice par l'invasion de notre territoire. 

Nous sommes venus à Paris dans la conviction que le Con- 
seil Suprême nous rendrait justice, arrêterait l'invasion polo- 
naise et ainsi nous permettrait de défendre notre Etat contre 
! invasion des bolcheviks russes. 

La conduite polonaise à notre égard nous fait nous 
adresser au Conseil Suprême pour lui demander une audience. 
(Joncients de notre responsabilité envers notre gouvernement 
et notre peuple^ nous voulons savoir si nous pouvons nous 



— 42 — 

autoriser des affirmations du Conseil Suprême pour assurer 
à notre peuple qu'il sera défendu contre l'invasion polonaise 
et qu'il sera ordoimé aux Polonais de se retirer sur la ligne 
tracée par la Commission et de réparer tous les torts et pertes 
provencmt de l'invasion polonaise. 

Veuillez agréer, Monsieur, l'hommage de notre profond 
respect. 

La Délégation extraordinaire du 

Secrétariat d'Etat de l'Ukraine Occidentale 

pour l'armistice Ukraino-Polonais : 

Dr. Michel LOZYNSKY 

Sous - Secrétaire d'Etal 
aux Affaires Etrangères. 

Dmytro WITOWSKY 
Colonel. 



VI 



DÉLÉGATION Pans, le 6 Juin 1919. 



de la 



ÉPUBLIQUE UKRAINIENNE 
37, rue la Pérouse 



A SON EXCELLENCE 
Monsieur le Président de la Conjérence de la Paix, à Paris. 

Excellence, 



Le 22 mai 1919, la Délégation Ukrainienne au cours de 
l'audience que lui a accordée le Président de la Conférence 
de la Paix, a été informée que le Conseil suprême a demandé 
au Général Pilsudzki des explications concernant les raisons 
de l'offensive polonaise contre l'armée de l'Ukraine Occiden- 
tale. 

Les journaux du 5 juin 1 9 1 9 ont publié la réponse du géné- 
ral Pilsudski dans ces termes : 

(( Le général Pilsudzki commandant en chef des forces 



— 44 — 

polonaises, a répondu à la Conférence de la Paix qui lui avait 
demandé des renseignements sur la récente offensive des 
troupes polonaises contre l'Ukraine, que ce fut en réalité une 
contre-offensive, l'armée Ukrainienne ayant attaqué la pre- 
mière ». 

D'après les informations reçues du Secrétariat d'Etat de 
l'Ukraine Occidentale, il nous faut constater que les affirma- 
tions du général Pilsudski ne sont pas conformes à la réalité. 

Non seulement l'armée de l'Ukraine Occidentale, depuis 
le 19 mars n'a entrepris aucune offensive, mais encore, le 
Secrétariat d'Etat a, à plusieurs reprises, proposé de cesser 
les hostilités. Ces propositions faites en mars, avril et mai 1919 
sont restées sans réponse de la part des Polonais. 

Le texte du radiotélégramme du Secrétaire des Affaires 
Etrangères Paneyko, envoyé de Paris par l'intermédiaire de 
Il Délégation Américaine le 17 avril 1919, annonçant la 
promesse du Président Paderewski de ne pas entreprendre 
l'offensive, et recommandant au Secrétariat d'Etat de pro- 
poser aux Polonais la cessation des hostilités, est arrivé à Sta- 
nislau le 25 avril, tronqué de façon à ce que son sens en soit 
obscurci. Supposant qu'il s'agissait d'armistice, le Secréta- 
riat d'Etat envoya ses parlementaires le 1" mai sur le front 
polonais pour proposer de commencer des pourparlers. Les 
Délégués du Secrétariat attendirent quatre jours, inutilement, 
la réponse des Polonais. 

Le 7 mai, le Secrétariat d'Etat reçut le texte complet de 
la dépêche. Le Quartier Général ukrainien s'empressa d'exé- 
cuter Tordre du Secrétariat et adressa au commandement 
polonais le 9 mai, la proposition de faire cesser les hostilités, 
à la condition que les Polonais les cesseraient également. Les 
Polonais devaient répondre le 14 mai. 



— 45 

Au lieu de répondre, les Polonais ont déclanché le 14 mai 
une offensive générale. 

Le général Pilsudzki donne à cette offensive le nom de 
contre-offensive affirmant que les Ukrainiens ont attaqué les 
premiers. 

Cette affirmation n'est pas conforme à la réalité. Ce que 
le général Pilsudski veut présenter comme une offensive ukrai- 
nienne n'est qu'une opération d'ordre très secondaire de carac- 
tère purement local, effectué par trois bataillons ukrainiens 
près de Ustryki dans le but de modifier légèrement le front. 

Par cette opération, toute locale, les Ukrainiens n'ont pas 
violé leurs engagements car les Ukrainiens ne s'étaient enga- 
gés à cesser les hostilités que le 1 5 mai et à la condition que 
les Polonais prennent le même engagement. 

D'après les communiqués polonais de cette époque, les 
opérations locales furent évidemment menées par les deux côtés 
belligérants. 

La meilleure preuve que l'offensive polonaise était conçue 
et préparée à l'avance et n'a pas été le résultat des opérations 
ukrainiennes est fournie par les débats et les résolutions de 
la Diète polonaise du 11 au 15 mai, alors que la Diète n'a 
pas reconnu les engagements pris par M. Paderewski et a 
résolu de commencer l'offensive contre l'armée ukrainienne. 

Ces faits ont été confirmés à maintes reprises par la presse 
polonaise qui glorifie l'Etat-Major polonais d'avoir préparé 
et réalisé son offensive. Cette presse polonaise souligne que 
l'offensive était décidée et que toutes les dispositions néces- 
saires avaient été arrêtées avant l'opération locale ukrainienne; 
elle exprime sa joie que les Ukrainiens par cette opération 
ont fourni heureusement l'argument nécessaire pour justifier 
l'offensive polonaise devant la Conférence de la Paix. 



- 46 — 

Cet état de choses montre suffiscimment que les explica- 
tions du général Pilsudski ne correspondent pas à la réalité 
et qu'aux Polonais eux-mêmes, seuls, incombe la responsabi- 
lité de l'offensive polonaise en Galicie. 

Délégation Extraordinaire 
pour V Armistice Ukraino-Polonais : 

Dr. Michel LOZYNSKY. 

Sous-Secrétaire d'État aux Affaires Étrangères 
de l'Ukraine Occidentale 
Premier Délégué. 

Colonel DMYTRO WITOW'SKY. 



VII 



ONFÉRENGE DE LA PAIX 

SliCRÉTARIAT GÉNÉRAL 



QUAI D ORSAY 



Parl^, le 26 Juin 1919. 



Le Secrétariat Général de la Conférence de la Paix a 
l'honneur de faire parvenir ci- joint à la Délégation Ukrai- 
nienne le texte d'une décision prise le 25 juin par le Conseil 
Suprême des Puissances Alliées et Associées. 

Cette décision a été télégraphiée le même jour à Varsovie 
pour être communiquée par le Ministre de France au Gouver- 
nement Polonais et par les soins des représentants militaires 
alliés en Pologne au Gouvernement ukrainien. 



Mon»ieur le Secrétaire Général 

de la Délégation Ukrainienne. 

37, rue la Pérouae. 



- 48 



Le 25 Juin 1919. 



En vue de garantir les personnes et les biens de la popu- 
lation paisible de Galicie Orientale contre les dangers que 
leur font courir les bandes bolchevistes, le Conseil Suprême 
des Puisscinces Alliées et Associées a décidé d'autoriser les 
forces de la République Polonaise à poursuivre leurs opéra- 
tions jusqu'à la rivière Zbrucz. 

Cette autorisation ne préjuge en rien les décisions que le 
Conseil suprême prendra ultérieurement pour régler le statut 
politique de la Galicie. 



VIII 



UÉLÉGATION 

de la 

ÉPUBLIQUE UKRAINIENNE 

37, rue la Pérouse 



Paris, 2 Juillet 1919, 



A SON EXCELLENCE 

Monsieur le Président de la Conférence de la Paix, 

à Paris, 



Excellence, 



La Délégation de la République Ukrainienne près la Con- 
férence de la Paix à Paris vient de recevoir communication de 
la décision prise le 25 juin par le Conseil Suprême des Puis- 
sances alliées et associées, au sujet de la Galicie Orientale. 

Cette décision autorisant les forces de la République Polo- 
naise à poursuivre les opérations jusqu'à la rivière Zbrucz, la 

L. 4 



Déiégation de la République Ukrainienne à Paris a l'honneur 
de vous faire la déclaration suivante : 

La décision du Conseil Suprême ne procède pas de la vic- 
toire de la justice et du droit. 

Le peuple ukrainien de la Galicie Orientale, formant une 
majorité très considérable sur ce territoire, Ukrainien depuis 
des siècles, pouvait incontestablement, non seulement d'après 
le droit et la justice, mais aussi d'après les principes des Etats 
de l'Entente, proclamer, après la désagrégation de l' Autriche- 
Hongrie, son indépendance et sa réunion à la République 
Ukrainierme, en un seul Etat, formé de tout le peuple ukrai- 
nien. 

La République Polonaise, en manifestant ses prétentions, 
nullement justifiées, sur la Galicie Orientale, et en faisant la 
guerre à la République Ukrainienne pour réaliser ses préten- 
tions, a viole le droit du peuple ukrainieH. 

Le Gouvernement Ukrainien, confiant dans les principes 
proclamés p>ar les Puissances de l'Erilente, espérant que les 
Puissômces assumant la tâche de juger impartialement dans cette 
guerre des Polonais contre le* Ukrainiens, se prononceraient 
contre l'émnexionnisme polonais et défendraient le droit de 
libre disposition du peuple ukrainien. 

La Délégation Ukrainienne à Paris constate qu'il n'en est 
pas ainsi. 

La Commission du général Barthélémy a imposé, le 24 fé- 
vrier, aux Ukrainiens, une suspension d'armes, au moment où 
le plus giand danger menaçait l'aimée polonaise assiégée à 
Léopol pac Lea troupes ukrainiennes. 

La mên» Commisaicm a proposé, le 28 février, un projet 
d^àBÊOÊÊÊKit qui, non seulement laissait aux Polonais les parties 
(lu territoire uiuaini^n occupées par l'aimée polonaôse, Léopol 
ioclitt^ mais ajjnsi de gra;^ territoires, et la région de Droho- 



— 51 — 

bytch, si riche en pétrole, qui se trouvzdent aux mains des 
Ukrainiens. 

Il est évident qu'une telle décision, dictée par la partialité, 
ne pût être acceptée par le Gouvernement Ukrainien. Néan- 
moins, il continue à croire à la justice de l'Ejitente et demande 
une décisicMi plus équitable. 

La deuxième intervention de l'Entente, dans la guerre 
polono-ukrainienne, a été la décision du Conseil Suprême, 
du 19 mars, par laquelle les deux partis étaient invités à con- 
clure une trêve dans le plus bref délaù possible. 

Le Gouvernement Ukrainien se rendit à l'appel du Conseil 
Suprême et se déclara prêt à conclure une trêve. Mais les 
Polonais ne l'imitèrent pas et continuèrent les opérations. 

Le motif de leur conduite devient maintenant manifeste. 
D'une part, leur situation militaire s'était améliorée, par suite 
de l'armistice conclu avec les Tchèques et les Allememds, et 
de la prochaine arrivée de l'armée Haller en Pologne. Ils pou- 
vaient donc espérer la conquête de toute la Galicie. D'autre 
part, ils étaient sûrs que leur désobéissance au Conseil Suprême 
n'encourrerait aucun reproche, et que les résultats obtenus leur 
resteraient acquis, parce que approuvés par le Conseil Suprême. 
C'est ce qui s'est produit. 

Le Gouvernement Ukrainien renouvela vainement ses pro- 
positions de suspension d'armes, mais les Polonais les reje- 
taient. 

La désignation d'une Commission d'armistice polono-ukrai- 
nien n*a eu aucune influence sur la suite des événements. La 
Comrrtission proposa aux deux partis le projet d'un armistice 
que les Ukrainiens acceptèrent; mais les Polonais s'y mon- 
trèrent opposés. 

Dans toutes les déclarations des représentants de l'Entente, 

les Ukrainiens ont toujours compris que la décision de l'Entente 



vy4 — 



se baserait sur les principes de justice et ne tiendrait aucun 
compte des faits accomplis. 

Le Président de la Commission pour l'armistice ukraino- 
polonais, le général Botha, a attiré l'attention des deux partis 
sur la responsabilité énorme encourue par le parti qui n'accep- 
terait pas l'armistice, et continuerait la guerre contre la volonté 
de l'Entente. 

Or, les Polonais n'ont pas accepté l'armistice et ont con- 
tinué la guerre. Dans sa décision du 25 juin, le Conseil 
Suprême n'a nullement tenu les Polonais pour responsables. 
Non seulement il a accepté le fait accompli de leur occupation, 
mais encore il autorise les Polonais à poursuivre leurs opéra- 
tions jusqu'à la rivière Zbrucz, c'est-à-dire l'occupation de 
toute la Galicie Orientale. 

Le Conseil Suprême explique sa décision en disant que 
l'occupation polonaise a pour but de « garantir les personnes 
et les biens de la population paisible de la Galicie Orientale 
contre les dangers que leur font courir les bandes bolche- 
vistes ». 

La Délégation Ukrainienne affirme que le Gouvernement 
Ukrainien a toujours garanti les personnes et les biens de la 
population paisible sur le territoire de la Galicie Orientale, 
sur lequel son pouvoir s'étendait. 

La Délégation Ukrainienne affirme que sur le territoire de 
la Galicie Orientale, où s'étendait le pouvoir du Gouverne- 
ment ukrainien, il n'y a jamais eu aucune bande bolcheviste, 
et un ordre parfait y a toujours régné. 

La Délégation Ukrainienne affirme que le Directoire de 
la République Ukrainienne, fort de l'appui très efficace du 
Secrétariat d'Etat de l'Ukraine Occidentale, a été le seul 
obstacle qui a barré aux bolcheviks russes la route de l'Ouest. 

La Délégation Ukrainienne affirme que c'est précisément 



— o3 — 

l'armée de l'Ukraine Occidentale qui, après avoir défait les. 
bolcheviks sur la rivière Zbrucz, a empêché leur jonction avec 
les bolchevisi.?s de \ Hongrie. 

La Délégation Ukrainienne affirme que le Gouvernement 
Ukrainien a décliné une invitation du Gouvernement bolchevik 
lui proposant une suspension d'armes, juste alors qu'une offen- 
sive avait été déclanchée par les Polonais contre la Galicie 
Orientale, après leur rejet du projet de l'armistice. 

Tous ces faits, que la Délégation Ukrainienne affirme, 
démontrent que c'est précisément le Gouvernement et l'armée 
ukrainienne, et plus particulièrement le Gouvernement ukrai- 
nien et l'armée ukrainienne de la Galicie Orientale, qui ont 
formé l'unique rempart contre le bolchevisme, et que les Polo- 
nais, en attaquant l'armée ukrainienne de l'Ouest, alors qu'elle 
était engagée dans une lutte avec les bolcheviks, se sont mon- 
trés les alliés des bolcheviks. 

Nous affirmons que même maintenant, si les Polonais rece- 
vaient l'ordre du Conseil Suprême de se retirer de la Galicie 
Orientale, qu'ils occupent, l'armée ukrainienne serait en 
mesure de maintenir l'ordre dans le pays. 

Nous affirmons, enfin, que les u bandes bolchevistes » ne 
menacent pas du tout la Galicie Orientale, parce que l'armée 
ukrainienne enregistre des succès considérables dans sa lutte 
contre les bolcheviks, et les oblige à reculer de plus en plus 
vers l'Est. 

S'il y a quelque danger pour les personnes et les biens de 
la population paisible de la Galicie Orientale, il vient précisé- 
ment de l'occupation polonaise. 

La lutte polono-ukrainienne pour la Galicie Orientale a 
une histoire plusieurs fois séculaire. La Pologne, après la con- 
quête de ce pays ukrainien, a tout le temps manifesté, et mani- 
feste encore l'intention d'en faire un pays foncièrement polo* 



— 54 — 

nais, en supprimant Télément ukrainien. D'autre part, le 
peuple ukrainien s'est efforcé, pendant toute la domination 
polonaise, de recouvrer son indépendance. 

Le partage de la Pologne et l occupation de la Galicie par 
l'Autriche n'a pas mis fin à cette lutte polono-ukrednieime; 
d'autant plus que le Gouvernement autrichien se lit protecteur 
des Polonais contre les Ukrainiens. Pendant les dernières cin- 
quante années, la lutte polono-ukrainieime a augmenté d'inten- 
sité au fur et à mesure que nous nous approchions du mouve- 
ment actuel. 

Les élections galiciennes, où, par ordre des autorités fK)Io- 
naises, coulait le sang des paysans ukrainiens; de grandes 
grèves agricoles faites par des paysans ukrainiens contre les 
propriétaires fonciers polonais; la lutte pour le suffrage univer- 
sel au Parlement autrichien et à la Diète galicieime, manifestée 
par de larges mouvements de masse, par l'obstruction de ia 
part des Ukrainiens dans la Diète, et par des répressions san- 
glantes de la part des Polonais; la lutte pour la création de 
l'Université ukrainienne, où le sang a également coulé; l'as- 
sassinat du Gouverneur de la Galicie, le comte polonais André 
Potocki par l'étudiant ukrainien Miroslav Sitchynsky; enfin, 
les mesures cruelles contre les Ukrainiens, les prêtres, les intel- 
lectuels, prises d'après des ordres des autorités polonaises pen- 
dant la dernière guerre de l'Autriche contre la Russie, tous ces 
faits expliquent suffisanunent le caractère des relations polono- 
ukrainiennes. 

Une nouvelle preuve est donnée par la guerre actuelle entre 
les Polonais et les Ukrainiens. 

Les Polonais dénoncent au monde entier les atrocités des 
soldats ukrainiens. 

La Délégation de la République Ukrainienne proteste 
de la façon la plus énergique contre ces affirmations. 



Néanmoins, il est bon de remarquer que T accusation des 
Polonais contre les soldats ukrainiens fait ressortir la haine que 
nourrit le peuple ukrainien contre les Polonais, et qui le por- 
terait à commettre ces atrocités. 

Les Polonais, d'autre part, ne cachent pas que leur con- 
duite à l'égard de la population ukrainienne de la Galicie, ne 
s'inspire d'aucune pitié. N'oiït-ils pas inventé les » bandes bol- 
chevistes » de la Galicie Orientale, pour justifier leurs atro- 
cités? 

Tous les moyens sont bons à l'occupation polonaise, pour 
supprimer l'élément ukrainien. Les organisations et les Sociétés 
ukrainiennes, les écoles, les églises ukrainiennes sont fermées; 
la presse ukrainienne est supprimée. Les paysans ukrainiens, 
les prêtres et les intellectuels, sont fusillés en masse, gvl jetés 
en prison, ou enfermés dans des camps de concentration. Bref, 
toute la vie ukrainienne a disparu. Est-ce ainsi que les Polo- 
nais assurent les personnes et les biens de la population paisible 
de la Galicie Orientale? 

La Délégation de la République Ukrainienne constate que 
le Conseil Suprême, par sa décision du 25 juin, a livré la 
population ukrainienne d'un pays ukrairuen à la domination de 
son plus grand ennemi, qui n'a qu'un seul but: supprimer l'élé- 
ment ukrainien, afin que ce pays devienne réellement polonais. 

(( Cette autorisation », dit le Conseil Supr«ne à la fin de 
sa décision, (( ne préjuge en rien les décisions que le Conseil 
Suprême prendra ultérieurement pour régler le statut politique 
de la Galicie ». 

Cette promesse ne peut satisfaire d'aucume façon le peuple 
ukrainien. Elle ne le préserve pas contre le régime de la ter- 
reur instauré actuellement par le pouvoir polonais, et ne lui 
donne aucune garantie pour l'avenir. 

Le people ukrannien, étant donné la décision actuelle du 



— 50 — 

Conseil Suprême, qui est tout en faveur des Polonais, a toutes 
les raisons de croire que les décisions ultérieures de ce même 
Conseil Suprême auront la même orientation. 

Mais si le Conseil Suprême changeait d'attitude à l'avenir, 
qui réparera les dégâts moraux et matériels occasionnés au 
peuple ukrainien par l'occupation polonaise? 

Supposons que le Conseil Suprême fasse procéder plus 
tard à un plébiscite. Précédé d'une longue période d'occupa- 
tion polonaise du régime polonais, qui ne s'inspire que de la 
terreur et du désir de supprimer l'élément ukrainien par tous 
les moyens dont on dispose pendant l'état de guerre, ce plé- 
biscite offrira-t-il toutes les garanties et exprimera-t-il réelle- 
ment la volonté de la population? 

Les faits étant ainsi, la Délégation de la République Ukrai- 
nierme déclare que : 

La décision du Conseil Suprême relative à la Galicie 
Orientale porte atteinte à la souveraineté territoriale de la 
République Ukrainienne, en livrant une partie de son territoire 
à l'occupation polonaise. 

Cette décision lèse le droit du peuple ukrainien à disposer 
de lui-même, et sanctionne le fait accompli de l'occupation 
polonaise. 

Cette décision livre le peuple ukrainien aux mains de son 
ennemi historique et condamne la terre ukrainienne à la polo- 
nisation. 

Cette décision ofïense gravement les sentiments nationaux 
du peuple ukrainien, parce qu'il n'y a pas d'offense plus grave 
pour la dignité d'un peuple que de le soumettre à une domina- 
tion étrangère ennemie. 

Cette décision condamne la population de la Galicie Orien- 
tale sans différence de nationalité et de religion, à la misère 
la plus affreuse, parce que le pays ne peut rentrer dans le 



— 57 — 

calme sous l'occupation polonaise, mais deviendra le terrain 
d'une lutte de plus en plus acharnée, qui, nécessairement, 
l'amènera à la ruine et à l'anarchie la plus complète. 

Contre cette décision, la Délégation de la République 
Ukrainienne, au nom du Droit et de la Justice, élève devant 
le Conseil Suprême des Puissances Alliées et Associées, et 
devant la Conférence de la Paix, sa protestation la plus solen- 
nelle et la plus énergique. 

La Délégation de la République Ukrainienne, qui avait 
pour but d'obtenir de la Conférence de la Paix la reconnais- 
sance de la souveraineté et de l'indépendance de la Répu- 
blique Ukrainienne, englobant tous les territoires ukrainiens, 
déclare que cette décision ne peut être acceptée par le peuple 
ukrainien, et que, par tous les moyens, il défendra l'indépen- 
dance et l'intégrité de son Etat. Par conséquent, la Déléga- 
tion de la République Ukrainienne ne prend aucune responsa- 
bilité des événements qui pourront survenir. 



G. SYDORENKO. 

Président de In Délégation de la 
République Ukrainienne. 

Dmytro WITO\\' SKY, D' M. LOZYNSKY, 

Colonel. Sous-Secrétaire d'Etat aux 

Affaires Étrangères 
de l'Ukraine Occidentale. 
Délégués extraordinaires pour l'armistice Ukraino-Polonais . 



iX 



JFtadio envoyé de Vienne à la Conférence de la Paix 
par le Ministre Plénipotentiaire de l'Ukraine 
Occidentale W. SingaJewycx . 

Les députés du Conseil National Ukrainien du territoire 
Occidental de la République Ukrainienne qui, par suite de 
l'invasion polonaise ont transféré leur siège à Vienne, se sont 
réunis en séance le Î3 juillet dans le local de la Société 
Ukrainienne (( Yedniste ». 

Le Docteur Horbaczewskyj , ancien Ministre, professeur 
de rUniversité, ouvrit la séance en ces termes: 

Nous sommes réunis, dans un moment où il est impos- 
sible à notre Gouvernement de communiquer avec l'étranger, 
afin de protester de la façon la plus énergique à la face du 
monde civilisé contre tout ce qui se passe dans notre pays. 
Saluons ici notre héroïque armée nationale qui combat de la 
façon la plus énergique contre un ennemi très supérieur en 
nombre. Saluons aussi les patriotes Ukrainiens, hommes et 
femmes qui sont enfermés dans les casemates de Lemberg, 
Cracovie, Modlin, Varsovie et dans beaucoup d'autres en- 
droits. L'ennemi ne pourra jamais anéantir ou briser l'esprit 
national pas plus que la volonté du peuple. La volonté im- 
muable de toute la nation est de délivrer le peuple Ukrainien 
depuis la rivière du San jusqu'au Zbroucz de la domi- 
rration polonaise et d'établir la souveraineté de l'Etat Ukrai- 
nien depuis le San jusqu'au Don. 

Après avoir discuté les différents points de l'ordre du 
jour, l'Assemblée vota les résolutions suivantes: 

I " L'Assemblée des députés du Conseil National Ukrai- 



— 59 — 

nien Occidental déclare que le territoire de l'Ukréùne Occi- 
dentale, tout spécialement le territoire dénommé: « Galicie 
Orientale », depuis la rivière San jusqu'au Zbroucz, est his- 
loriquement et, en fait, un territoire Ukrainien; que ce terri- 
toire formait déjà aux H*, XII* et XIIl' siècles une principauté 
vieille-ukrainienne autonome sous la régence du grsmd duc de 
Kiew, et qu'il représente une partie historique de l'ancien 
puissant royaume de Vladimir le Grand; 

2" L'Assemblée déclare que la Galicie Orientale est 
peuplée par une importante majorité aborigène Ukrainienne 
et que la minorité Polonaise qui habite ce pays ne s'y est 
formée que par la colonisation, que cette minorité ne se com- 
pose presque exclusivement que d'employés et de grands pro- 
priétaires fonciers polonais qui n'ont apporté dans ce pays 
que la démoralisation, qui n'ont fait qu'exploiter la popula- 
tion travailleuse qui ne les considère que conune des pro- 
priétaires de plantations et des exploiteurs; 

S"" L'Assemblée déclare que le peuple Ukrainien ne s'est 
pas basé que sur les principes démocratiques et le droit des 
peuples de disposer d'eux-mêmes en fondant, dans la Ga- 
licie Orientale, le T' novembre 1918, l'Etat autonome de 
l'Ukraine Occidentale comme République démocratique et 
en proclamant l'union de cet Etat à la Mère-Patrie, la Répu- 
blique de la Grande Ukraine; 

4° L'Assemblée déclare que la fondation de la Répu- 
blique de l'Ukraine Occidentale s'est accomplie dans l'ordre 
ei dans la tranquillité la plus complète; que rorgéuiisation de 
l'Etat a été reconnue sur la base d'un Etat constitutionnel 
démocratique, accordant des concessions aux minorités natio- 
nales, et où, pour la première fois, les Juifs furent recormus 
comme nation indépendante; que l'autonomie nationale la 
plus complète avec droit de représentation proportionnelle au 
Conseil National et dans tous les corps représentatifs y fut 
reconnue; que toutes les administrations fonctionnèrent d'une 



— 60 — 

façon irréprochable dans un laps de temps très restreint, à la 
grande satisfaction et pour le bien-être de la population en- 
tière, sans distinction de nationalité ou de confession; et que 
dans la République Ukrainienne Occidentale, sous la direc- 
tion supérieure du Conseil d'Etat à Stanislau, il n'y eut aucun 
progrome contre les juifs et aucun massacre d'habitants, 
comme lors de l'occupation polonaise, et que, non seulement 
il n'y eut aucun agissement des bandes bolchévistes comme 
le? Polonais en ont répandu la fausse nouvelle à l'étranger; 
mais qu'au contraire jamais une grève ne fut organisée dans 
le pays, et que même les réformes agraires, si difficiles à 
appliquer, ont pu être appliquées légalement avec l'assenti- 
ment des paysans Ukrainiens éclairés, si bien qu'une partie de 
la presse conservatrice polonaise s'est vue obligée même d'en 
complimenter l'administration du nouvel Etat; 

5° L'Assemblée a constaté, en outre, que c'est un véri- 
table outrage envers les principes du droit des peuples de 
disposer d'eux-mêmes et un acte antidémocratique d'avoir 
accordé aux troupes polonaises le droit d'occuper ce terri- 
toire, et d'avoir forcé ainsi le peuple Ukrainien à faire sur son 
propre territoire ethnographique une guerre défensive, à entre- 
prendre une lutte désespérée et à ouvrir une guerre sanglante 
sur un territoire déjà dévasté, tout cela pour permettre aux 
Polonais de réaliser leurs buts impérialistes. L'Assemblée 
considère ceci comme un acte d'autant plus contraire à l'hu- 
manité, à la démocratie et à la liberté nationale que, bien 
loin d'ordonner à l'armée polonaise de se retirer sur son 
propre territoire on lui confia le mandat de pacifier, jusqu'à 
la rivière du Zbroucz, une région qui était absolument tran- 
quille. C'était donner ainsi aux Polonais, l'ennemi le plus 
acharné des Ukrainiens, un jus gladii contre tout le peuple 
Ukrainien et comme on le reconnaît, du reste, du côté polo- 
nais, dans le but de briser le peuple Ukrainien de la Galicie 



— 01 - 

Orientale par la force armée et de préparer ainsi le pays à 
l'annexion prévue à la Pologne; 

6'' L'Assemblée déclare faire la plus énergique opposition 
à tout appui futur qui serait donné aux tentatives polonaises, 
amsi qu'à l'annexion éventuelle de la moindre parcelle de 
territoire Ukrainien. Ce serait créer de nouveaux Balkans 
dans l'Europe Orientale; 

7" L'Assemblée proteste d'une façon sollennelle devant 
tout le monde civilisé contre la façon dont les Polonais pé- 
nètrent dans la Galicie Orientale et contre leur façon d'agir 
à l'égard du peuple Ukrainien. En effet, les Polonais dans 
ce pays font une vraie guerre d'extermination contre tout ce 
qui est Ukrainien: les gens instruits sont transportés par mil- 
liers et enfermés en Pologne, des centaines dé patriotes 
Ukrainiens, hommes et femmes sont traités de façon cruelle, 
et même mis à morts; les écoles et instituts de formation 
ukrainiennes sont fermés ou détruits, les journaux sont inter- 
dits: la langue ukrainienne est défendue dans les emplois 
publics aussi bien que dans la vie privée; celui qui parle 
ukrainien en public est maltraité. Il est impossible de décrire 
la façon dont les Polonais exercent leur cruauté. Elle dépasse 
tout ce que l'on peut imaginer. 

L'Assemblée fait un vigoureux appel au Conseil Supé- 
rieur des Nations Alliées et à toute la Démocratie mondiale 
en leur transmettant les réclamations les plus pressantes de 
toute la nation Ukrainienne: 

1 ° Que la décision qui donne mandat à l'armée Polonaise 
d'occuper la Galicie Orientale jusqu'au Zbroucz soit modi- 
fiée le plus tôt possible et que l'armée Polonaise reçoive 
l'ordre de se retirer derrière la rivière du San sur le territoire 
elhnographiquement polonais: 

.2° Que le peuple Ukrainien de la Galicie Orientale ne 
soit plus molesté d'une façon brutale comme il l'a été jus- 



- 62 — 

qu'à présent dans l'exercice de son droit national de disposer 
de lui-même; 

3' Que les Ukrainiens et les Ukrainiennes enfermés dans 
les casemates et dsms les camps de prisonniers et d'interne- 
ment polonais soient immédiatement mis en liberté et rapa- 
triés. 

Toutes ces décisions ont été votées à l'unanimité et la 
clôture de la réunion a été prononcée. 



X 



CONFÉHKNCE DE LA PAIX quai d'orsay 

segiiiî:tariat générai. 



Paris, le 3 Juillet 1919. 



A MONSIEUR SYDORENKO, 
Président de la Délégation Ukrainienne. 



Pour faire suite à sa communication cfu 2 cJe ce mois, le 
Secrétariat Général de la Conférence de la Paix a l'honneur 
de faire savoir à la Délégation Ukrainienne que c'est non pas 
de la question ukrainienne, mais du statut intérieur de la GaK- 
cie Orientale que doit s'occuper aujourd'hui la Sous-Commis- 
sion des Affaires Polonaises. La Délégation est invitée, en 
conséquence, à se faire représenter aujourd'hui à 4 heures au 
Ministre des Affaires étrangères par des délégués apparte- 
nant à la Galicie Orientale, c'est-à-dire nés et domiciliés dans 
cette province. 



XI 



DÉLÉGATION 

de la 

RÉPI'BLIQUE UKRAINIENNE 
37, rue la Pérouse 



Paris, le 3 Juillet 1919. 



Monsieur le Secrétaire Général de la Conjérence de la Paix, 

à Paris. 



En réponse à votre invitation du 3 juillet de prendre part 
à la Séance de la Sous-Commission des Affaires polonaises 
au sujet du statut intérieur de la Galicie Orientale, la Délé- 
gation de la République Ukrainienne a l'honneur de vous 
informer que la Galicie Orientale ne faisant nullement partie 
de la Pologne, mais étant une province autonome de l'indé- 
pendante et souveraine République Ukrainienne, la Délégation 
se voit obligée de s'abstenir de participer aux débats de la 
Sous-Conmiission sus-désignée. 

G. SYDORENKO. 

Présidi'ut dr In JhUnjntion 
de In Hé/)nhli(/iic llkvninumtv:. 



XÎI 



DÉLÉGATION Paris, le 11 Juillet 1910. 

de la 

PUBLIQUK UKRAINIENNE 

37, rue la Pérousso 



A SON EXCELLENCE 

Monsieur le Président de la Conférence de la Paix, 
à Paris. 



La Délégation de la République Ukrainienne près la Con- 
férence de la Paix à Paris, a l'honneur de porter à votre con- 
naissance les faits suivants concernant les atrocités commises 
par les autorités polonaises sur la population ukrainienne de la 
Galicie Orientale, soumise par le Conseil Suprême à l'occu- 
pation polonaise. 

Ces faits, tous rapportés par des témoins dignes de foi, ont 
été pour la plupart consignés dans des procès-verbaux que le 
Gouvernement de l'Ukraine Occidentale tient à la disposition 
de qui voudra les consulter. 



— oc» — 

Depuis le jour de leur occupation, les Polonais ne pour- 
suivent qu'un but : détruire l'élément ukrainien, et, en atten- 
dant, faire disparaître toute vie culturelle ukrainienne, anéantir 
tout monument qui pourrait servir au relèvement des ruines 
morales, intellectuelles et économiques, accumulées par les 
Polonais sur le territoire ukrainien de la Galicie Orientale. 

L'imprimerie des Basiliens à Zow^kwa, la plus importante 
de toute la Galicie Orientale, a été prise par les Polonais. 

L'imprimerie de l'Institut de Stauropygie à Lemberg a vu 
ses moteurs enlevés par les Polonais, et a dû. de ce fait, cesser 
tout travail. Cette imprimerie éditait surtout des livres de piété. 

Les Bibliothèques, si riches en toute sorte d'ouvrages rares, 
et les archives des couvents des Basiliens de Zow^kwa et de 
Krechiw ont été ou détruites ou enlevées. 

Le gymnase ukrainien de Lemberg, la maison nationale 
ukrainienne, le Séminaire grec-catholique, l'Ecole ukrainienne 
Chachkiewytch et l'internat ont été occupés et fermés par les 
Polonais. Tous ces établissements ont été créés par les Ukrai- 
niens avec leurs seules ressources. 

La langue ukrainienne, qui, sous le régime austro-polonais, 
était parlée de plein droit dans des écoles et dans les adminis- 
trations publiques, non seulement à Lemberg, mais dans toute 
la Galicie Orientale, est l'objet d'une proscription générale. 

Tous les journaux ukrainiens à Lemberg et dans la province 
ont été supprimés. 

Le Conseil de l'instruction publique de Lemberg en a 
interdit l'usage dans tout le district de Lemberg; les profes- 
seurs de l'Université ukrainienne de Lemberg et ceux qui fré- 
quentaient leurs cours sont considérés comme criminels du seul 
fait qu'ils ont refusé de prêter serment à la République polo- 
naise et de s'en reconnaître les sujets, et, dans bien des cas, 
ont été maltraités et roués de coups par les soldats polonais. 



— c.T — 

Les mauvais traitements, les sévices de toutes sortes, l'em- 
prisonnement sans motif, la mort sans jugement, sont distribués 
par les autorités polonaises à toute la population ukrainienne, 
sans distinction de classe, d'âge, ni de situation. Si les paysans 
paisibles ne sont pas épargnés, il semble cependant que les 
prêtres et les intellectuels soient l'objet de rigueurs spéciales. 

Les prisons de Lemberg regorgent d'Ukrainiens apparte- 
nant à toutes les classes, qui ont été, sur une simple dénoncia- 
tion, arrêtés et incarcérés pour le seul crime d'être Ukrainiens 
ou de parler la langue ukrainienne. Leur nombre s'élève à deux 
mille, parmi lesquels plus de cinq cents prêtres et quarante- 
cinq religieux de l'Ordre de Saint-Basile des couvents de 
Zowkwa et de Krechiw. 

A Lemberg, on procède à des arrestations en masse, sur- 
tout parmi les intellectuels; parmi ceux-ci, se trouvent les 
membres du Conseil National Ukrainien : le docteur Lev Han- 
kevitch, :hef du parti socialiste, dont le journal Vpered s'est 
toujours adressé, au chef de la République Polonaise, le socia- 
liste Pilsudski, en termes courtois, lui rappelant qu'ils appar- 
tenaient au même parti; Jean ICivelouk, le député de la Diète 
Galicienne, et membre du Kraievi-Vedil (organe autonome élu 
par la Diète pour l'administration de la Galicie), âgé et 
malade; le docteur Vlodimir Okrymovytch, directeur de la 
Société d'assurance (( Dnister », également âgé; le docteur 
Cyrille Stoudyncky, professeur à l'Université, représentant du 
groupe politique, favorable à un rapprochement ukraino-polo- 
nais. 

Deux jeunes gens ont été fusillés à Lemberg, Salamono- 
wytch et Folys, fils de député ukrainien au Parlement autri- 
chien, qui ne jouissait pas de toutes ses facultés mentales, et, 
par conséquent, n'a jamais pris part dans la vie politique. 

Les prisonniers, soumis au régime le plus inhumain, sont 
pêle-mêle, sans distinction ni de classe ni de sexe. 



— ()8 — 

Au fur et à mesure que les troupes polonaises occupent le 
territoire ukrainien de la Galicie Orientale, c'est la ruine 
sous toutes les formes de la population ukrainienne, livrée à la 
merci des soldats polonais. 

A Yesoupol, le lendemain de l'arrivée des Polonais, seize 
paysans furent pendus sans jugement. 

A Sokal, un vieillard de 70 ans, le prêtre Demtchouk, est 
fusillé pour le seul motif que son fils est officier dans l'armée 
ukrainienne. 

Nombreux sont les prêtres qui sont fusillés : 

A Radehiv, c'est le prêtre ukrainien Pellekh, homme pai- 
sible s'il en fût, et qui n'a jamais fait de politique. 

Au village de Lysiatytchi, district de Stryï, c'est le prêtre 
ukrainien André Pelensky, déjà âgé, et connu par les nom- 
breux services rendus au développement religieux et culturel 
de la population ukramienne. 

Dans le même district, c'est le prêtre ukrainien Ostape 
Nijankowsky, vice-président du district, coopérateur et 
compositeur, dont le seul crime était sa nationalité. 

Le commissaire des chemins de fer Malichevsky, chargé de 
la surveillance des lignes Brody-Krasne et Pidvolotchyska- 
Krasne-Lemberg, est arrêté par les autorités polonaises à 
Zolotchif. On conmience par lui rompre bras et jambes et à 
lui briser quelques côtes. Tout meurtri et délirant, il est amené 
à Krasne, où défense est faite à la propriétaire du restaurant 
de la gare de lui donner même une goutte d'eau. Transporté 
à Lemberg, il y arrive déjà mort. Or, Malichewsky était inter- 
venu quelques mois auparavant près de ses chefs pour que 
soient maintenus dans leurs fonctions au chemin de fer, sous 
•ja responsabilité personnelle, tous les employés polonais, même 
ceux qui n'avaient pas voulu prêter serment de fidélité à la 
République ukrainienne. 



— m — 

Le maître de poste de Stryï, nommé Syngalevytch, homme 
d'un certain âge, et ne s 'occupant d'aucune façon de politique, 
est arrêté, maltraité, et jeté à moitié mort dans une des prisons 
de Lemberg. 

Le maire de la commune de Regetif, répondant en langue 
ukrainienne aux questions qui lui étaient posées, est blessé d'un 
coup de baïonnette. 

Les Polonais n'ont également pas davantage d'égards pour 
les prisonniers, blessés et malades ukrainiens. 

Au camp de concentration de Donbie, pour ne citer que 
celui-là, les prisonniers sont fustigés sans raisons, ou pour le 
moindre délit. 

Près de Bartativ, une patrouille ukrainienne, commandée 
par le sous-lieutenant Kossar, est faite prisonnière par les Polo- 
nais, et envoyée sous escorte à Lemberg. A peine descendu 
de wagon, le sous-lieutenant Kossai- est entouré de légionnaires 
polonais, commandés par un officier pendant que deux d'entre 
eux l'empêchent de se défendre en lui maintenant les bras; un 
troisième l'abat d'un coup de revolver. 

Près de Loubatchiv, un détachement ukrainien est fait pri- 
sonnier par une troupe polonaise, qui fusille séance tenante 
sept des prisonniers. 

Près de Selyska à Khyrov, le lieutenant Chkremechko fait 
prisonnier, est immédiatement mort. 

Un mécanicien autrichien de Vienne, Charles Koure, se 
trouvant dans un hôpital de Stanislaviv, au moment où les 
Polonais s'emparent de la ville, rapporte des faits qu'il affirme 
avoir vus : 

(( Des soldats ukrainiens malades et blessés ont été mis à 
mort dans l'hôpital même. 

« Un officier, atteint du typhus exanthémateux, est enlevé 
le soir de son lit, et fusillé le lendemain matin à 5 heures. )) 



— 70 — 

Et, à ce témoignage, s'en ajoute un grand nombre d'autres, 
qui prouvent que ces procédés se renouvellent dans toutes les 
villes et dans de nombreux hôpitaux. 

Si les prisonniers, les blessés et les malades ne sont pas mis 
à mort, ils subissent des traitements si horribles qu'ils ne 
tardent pas à mourir en grand nombre des coups reçus, de leurs 
blessures envenimées ou de maladies contractées. 

De nombreux témoignages consignés dans les procès-ver- 
baux, il résulte également que les prisonniers ukrainiens non 
seulement ne reçoivent aucune nourriture, mais sont dépouillés 
de leurs chaussures et de leurs vêtements, et placés dans des 
conditions d'hygiène telles, qu'elles doivent amener sinon la 
mort, du moins des maladies par la suite incurables. 

G. SYDORENKO. 

Président de la Délégation 
de la République Ukrainienne. 



» 



XIII 



CONFERENCE DE LA PAIX 

SECRKTARIAT ClftNKRAL 



gUAl D ORSAY 



Paris, le 11 Juillet 1^19 



Monsieur le Président de la Délégation Uk/oinienne, 
37, rue La Pérouse^ Paris. 

Pour faire suite à sa corrununication du 26 juin, relative à 
la Galicie Orientale, le Secrétariat Général de la Conférence 
de la Paix a l'honneur de faire savoir à Monsieur le Président 
de la Délégation Ukrainienne que le Conseil Suprême des 
Puissances Alliées et Associées a pris les décisions suivantes : 

Le Gouvernement Polonais sera autorisé à établir un Gou- 
vernement civil en Galicie Orientale, après avoir conclu avec 
les Puissances Alliées et Associées un accord dont les clauses 
devront sauvegarder autant que possible l'autonomie du terri- 
toire, ainsi que les libertés politiques, religieuses et person- 
nelles de ses habitants. 

Cet accord reposera sur le droit de libre disposition qu'exer- 
ceront en dernier ressort les habitants de la Galicie Orientale 
quant à leur allégeance politique; l'époque à laquelle ce droit 
s'exercera sera fixé par les Puissances Alliées et Associées 
ou par l'organe auquel celles-ci pourraient déléguer ce pouvoir. 



XIV 



DÉLÉGATION 



Paris, le io Juillet 1919. 



REPUBLIQUE UKRAINIENNE 
37, rue la Pérouse 



A SON EXCELLENCE 



Monsieur le Président de la Conférence de la Paix, 



à Paris, 



Excellence, 



La Délégation de la République Ukrainienne près la Con- 
férence de la Paix a l'honneur de lui accuser réception de la 
communication du 2 de ce mois, concernant la décision du 
Conseil Suprême, disant que « le Gouvernement polonais sera 
autorisé à établir un Gouvernement civil en Galicie orientale » . 

En se référant à toutes ses déclarations précédentes concer- 
nant la Galicie Orientale, spécialement à la déclaration du 2 



— 73 — 

de ce mois, faite à la suite de la décision du Conseil Suprême 
par laquelle « les forces de la République Polonaise sont auto- 
risées à poursuivre leurs opérations jusqu'à la rivière Zbrucz », 
la Délégation de la République Ukrainienne a l'honneur de 
faire la déclaration suivante : 

1 " Le peuple ukrainien de la Galicie Orientale, qui forme 
plus de 70 p. 100 de ce pays, a proclamé, le 19 octobre 1918, 
d'accord avec le peuple ukrainien de la Bukovine et de la 
Hongrie, par son Conseil National, composé des députés au 
Parlement autrichien, des députés à la Diète Galicienne et de 
Bukovine, élus par le suffrage universel, et des délégués des 
partis politiques ukrainiens, sa volonté de se séparer de tous 
les autres pays de l' Autriche-Hongrie. 

Le 1"^ novembre 1918. le Conseil National Ukrainien 
s'est emparé du pouvoir en Galicie Orientale, et sur les autres 
territoires ukrainiens ci-dessus désignés, et a formé de ces ter- 
ritoires la République Ukrainienne Occidentale. 

Ce 3 ianvier 1919, le Conseil National Ukrainien a unani- 
mement décidé la réunion en un seul Etat de la République 
Ukrainienne Occidentale et de la République Ukrainienne, 
formée sur les ruines de l'ancienne Russie 

Le 22 ianvier, sur la olace de Sainte-Sophie, à KiefF, capi- 
tale de la Républiaue Ukrainienne, la réunion des deux Répu- 
bliques fut solennellement proclamée. 

De cette manière, la Galicie Orientale, par la volonté de 
sa population, est devenue partie de la République Ukrai- 
nienne. 

2" La République Polonaise a fait la guerre à la Répu- 
blique Ukrainienne, dans le but de conquérir la Galicie, où 
la population polonaise s'élève à peine à 16 p. 100, et où la 
domination de la bureaucratie polonaise à l'époque de la 
monarchie polonaise à l'époque de la monarchie austro-hon- 



groise a été établie exclusivement grâce à la dynastie des 
Habsbourg et au Gouvernement autrichien, a montré des 
visées impérialistes nullement justifiées, contraires aux prin- 
cipes proclamés par les Puissances de l'Entente, et méritant 
de ce fsdt le blâme le plus sévère. 

3° Le Conseil Suprême, en invitant, par sa décision du 
19 mars 1919, les deux parties en présence à conclure une 
trêve, a déclaré « qu'il est disposé : 

a) A entendre l'exposé des revendications territoriales de 
Tune et de l'autre partie en cause; 

b) A s'entremettre à Paris, auprès des délégations ukrai- 
nienne et polonaise, ou par l'intermédiaire de telle représen- 
tation qualifiée, que les parties jugeront devoir choisir en vue 
de transformer la suspension d'armes en armistice ». 

4° La conclusion de la suspension d'armes n'eut pas lieu, 
parce que le Gouvernement polonais rejeta la proposition du 
Gouvernement ukrainien, et parce que le Conseil Suprême 
n'imposa pas au Gouvernement l'exécution des décisions qu'il 
avait prises. 

La conclusion de l'armistice n'eut pas lieu, parce que le 
Gouvernement polonais rejeta le projet d'armistice, présenté 
aux deux partis par la Commission interalliée, et accepté par 
les Ukrainiens, et le Conseil Suprême n'imposa pas aux Polo- 
nais l'acceptation de ce projet. 

L'exposé des revendications territoriales des Ukrainiens au 
sujet de la Galicie Orientale n'a pas été entendu par le Con- 
seil Suprême. 

Le Président de la Commission interalliée pour l'armistice 
ukraino-polonais, général Botha, a déclaré à la délégation 
ukrainienne, au cours de la séance de la Commission du 
8 mai 1919, que le Conseil Suprême décida de procéder à 



— 75 — 

l'audition de l'exposé des revendications territoriales des deux 
partis en présence, seulement après la conclusion de l'armistice. 

5" La décision du Conseil Suprême du 19 mars 1919 
s'adressait également aux deux partis. 

On en pouvait conclure que le Conseil Suprême protége- 
rait le parti, qui se soumettrait à la décision, et tiendrait pour 
responsable le parti qui ne s'y soumettrait pas. 

Mais le Conseil Suprême s'est solidarisé avec le parti, qui 
ne s'est pas rendu à sa décision du 19 mars 1919, et sans 
entendre les Ukrainiens, se basant uniquement sur ses pourpar- 
lers avec les Polonais, a autorisé le Gouvernement polonais 
à occuper la Galicie Orientale et à y établir l'administration 
civile. 

6° La remise de la Galicie Orientale à l'occupation et 
l'administration de la République Polonaise violent la volonté 
du peuple ukrainien de la Galicie Orientale, qui a manifesté 
son désir de faire partie de la République Ukrainienne, et porte 
atteinte à l'intégrité de la République Ukrainienne, la Galicie 
Orientale formant une province autonome de cette République. 

La remise de la Galicie Orientale à l'occupation et à l'ad- 
ministration de la République Polonaise est en contradiction 
avec la décision du 19 mars 1919, qui promettait au peuple 
ukrainien l'audition de l'exposé de ses revendications territo- 
riales en Galicie Orientale et la conclusion d'un armistice 
entre l'Ukraine et la Pologne. 

La remise de la Galicie Orientale à l'occupation et à 1 ad- 
ministration de la République Polonaise, est en contradiction 
avec les principes de la libre disposition des peuples, principes 
proclamés par l'Entente, parce qu'elle décide du sort du pays 
non pas en accord avec la volonté de la majorité ukrainienne 
du pays, mais dans l'intérêt de la minorité polonaise, en livrant 



— 7(î - 

le pays ukrainien et le peuple ukrainien à la domination de 
l'oligarchie polonaise. 

La remise de la Galicie Orientale à l'occupation polonaise 
et à l'administration de la République Polonaise, abandonne 
un parti belligérant, les Ukrainiens, à la merci de l'autre parti, 
les Polonais. Les Polonais useront de leur pouvoir pour 
détruire autant que possible l'élément ukrainien et s'assurer la 
possession de ce pays. Les procédés polonais dans la Galicie 
Orientale jusqu'à l'heure actuelle, ainsi que la Délégation de 
la République Ukrainienne a eu l'honneur de faire connaître 
à la Conférence de la Paix par sa note du 2 courant, illustrent 
suffisamment, quoique incomplètement, la conduite des Polo- 
nais. 

La remise de la Galicie Orientale à l'occupation et à l'ad- 
ministration de la République Polonaise, rend impossible au 
peuple ukrainien l'exercice du droit de libre disposition, prévu 
pour 1 avenir dans la dernière décision du Conseil Suprême, le 
Gouvernement Polonais ayant le pouvoir en Galicie Orientale 
d'user de tous les moyens pour empêcher cette disposition de 
lui-même du peuple ukrainien. Sous la domination du conqué- 
rant, on ne saurait parler de la libre disposition du conquis. 

7° La Délégation de la République Ukrainienne élève, 
par conséquent, sa protestation la plus solennelle, au nom de 
la République Ukrainienne et au nom du peuple ukrainien 
contre la remise de la Galicie à l'occupation et à l'administra- 
tion de la République Polonaise. 

La Délégation de la République Ukrainienne a l'honneur 
de déclarer qu'il n'y a qu'un moyen de solutionner la question 
de la Galicie Orientale, conformément au principe d'autodis- 
position des peuples, proclamé par les Puissances de l'Entente, 
et suivant les promesses que le Conseil Suprême a faites dans 
sa décision du 19 mars 1919 : délivrer la Galicie Orientale 



— n — 



de l'occupation polonaise, et donner au peuple ukrainien de 
ce pays la possibilité de disposer de lui-même en liberté, c'est- 
à-dire, lui donner la posisbilité de faire partie de la République 
Ukrainienne, qui assurera les garanties les plus complètes aux 
minorités nationales. 

G. SYDORENKO. 

Président de la Délégation 
de In République Ukrainienne. 



Imp. ROBiNET-iiouTAiN, 17, ruc Littrc, Paris vi« 




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