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Full text of "De la création actuelle de mots nouveaux dans la langue française et des lois qui la régissent"

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0^ 



53Ô 



DE LA CRÉATION ACTUELLE 



DE 



MOTS NOUVEAUX 

DANS LA LANGUE FRANÇAISE 



DU MEME AUTEUR. 



Trnit<' de la furmatioii «les mots composas dans la laiig^iie fran- 
çaise, comparée aux autres langues romanes et au latin; 1 fort vol. grand 
in-8". Paris, Vieweg, 1875. 

Deux Élégies du Vatican, textes du xiii" siècle publiés pour la pre- 
mière fois d'après un manuscrit de la bibliothèque du Vatican, et accompa- 
gnés d'un commentaire philologique, historique et littéraire; in-S", Nogent- 
le-Rotrou, I81k. 

Phonétique française : la protonique non initiale^ non en position j in-8" 
Paris, 1876. 

Tableau de la littérature et de la langue française au xvi" siècle, 

suivi de Morceaux choisis des meilleurs écrivains en prose et en vers de cette 
époque (en collaboration avec M. Hatzfeld) ; Paris, Delagrave, 2 vol, grand 
in-18, 1876-1877. 

Ile Floovante, vetustiorc gallico poemale, et de Meruvingo cyclo 

scripsit et adjecit nunc immum cdita Olavianarn F lovent s Sagœ versionem et 
excerpta e Parisiensi codice « il libro de Fioravante, » A. Darmcsteter; 1 vol. 
in-8o. Paris, Vieweg, 1877. 



Typographie Lahure, rue de Flcurus, 9, à Paris. 



. >>• •» 



DE LA ORKATION ACTUELLE 



DE 



MOTS NOUVEAUX 

DANS LA LANGUE FRANÇAISE 

ET DES LOIS QUI LA RÉGISSENT 

PAK 

A DAR3IESTETER 




PARIS 
F. VIEWEG, LIBKAIRE-ÉDITËUR 

67, nUE DE RIC.IIKLIEU, 67 

, 1877 




PC 
2I7S- 



INTRODUCTION. 



I 

Du jour où les travaux de Raynouard et de Diez eurent fondé 
la philologie romane, de tous côtés, en France, en Italie, en 
Allemagne, dans les pays Scandinaves, toute une armée d'ou- 
vriers se mit à dcfriciier le terrain nouveau conquis à la 
science. Notre langue en particulier fut étudiée dans toutes les 
époques de sa vie passée et dans tous les éléments de son or- 
ganisme. On détermina les lois générales qui ont présidé et à 
sa formation et à ses transformations, et qui du latin populaire 
transporté en Gaule par les légions de César ont fait sortir 
successivement le français des Serments, celui du Roland, celv^ 
de Froissard, celui de Montaigne, celui de Bossuet. 

Ce mouvement scientifique continue avec une force crois- 
sante. Après les solutions d'ensemble et les vues générales 
données par une première étude, chaque point est repris, étu- 
dié à part et pour lui-même : les sons, les formes, les con- 
structions, tous les éléments de la langue considérés à toutes 
les époques et dans tous les dialectes, passent et repassent à 
l'examen d'une critique sévère, qui a un objet défini, une mé- 
thode arrêtée, un critérium exact, bref tous les caractères 
d'une science constituée. 

Mais, dans cette vaste enquête dont notre langue fait l'objet, 
presque tous les etîorts de la science n'ont porté jusqu'ici que 
sur les questions d'origine et sur le moyen ù,^e. C'est le latin 
populaire qu'on étudie, c'est la langue d'oil et la langue d'oc 
du neuvième au quatorzième siècle; depuis quelque temps on 
descend jusqu'au seizième: si les écrivains du dix-septième 
n'ont jamais été négligés, ce qu'on étudie en eux, c'est avant 

1 



— 2 — 

tout la langue des classiques, la langue du grand siècle, c'est- 
à-dire l'instrument le plus parfait que notre littérature ait ja- 
mais manié. Les recherches dont elle fait Tobjet affectent donc 
en général un caractère tout littéraire ; sa beauté même l'a 
soustraite à l'analyse froide. Enfin, pour une cause autre, 
mais non moins puissante, la langue moderne, la langue con- 
temporaine semble absolument exclue du cercle des recher- 
ches linguistiques. Gomme nous vivons, comme nous pen- 
sons en elle, qu'elle fait partie intégrante de nous-mêmes, les 
changements qui se font en elle se dérobent à la conscience 
de la même façon et pour la même raison que ceux qui se font 
en nous. Son mouvement nous échappe, nous ne la sentons 
pas qui change sur nos lèvres ; nous oublions, nous ne son- 
geons pas que jamais langue vivante n'est fixée, que la langue 
contemporaine, dernier terme des évolutions que notre idiome 
a subies dans les époques antérieures, n'est que le point de 
départ de celles qu'il doit subir dans l'avenir ; qu'elle aussi, 
comme la langue ancienne, a ses transformations, son mou- 
vement, son devenir, et que, régie comme elle par des lois, 
elle tombe au même titre sous la prise de la science. 

Aussi la langue contemporaine ofîre-t-elle au philologue un 
aussi riche sujet d'étude que celle des périodes passées; et ce 
serait rendre un signalé service à la science que d'en embras- 
ser l'ensemble. Esquissons rapidement le cadre de ces re- 
cherches. 

On peut étudier dans une langue soit les sons, soit les for- 
mes grammaticales, soit les constructions, soit les mots. Les 
mots eux-mêmes s'étudient soit dans leur variation de sens, 
soit dans leurs procédés de formation. 

a. Si nous considérons l'étude des sons, la phonétique, quel 
est l'état de la prononciation moderne? Qu'est devenu l'ac- 
cent d'intensité qui a exercé une action si puissante dans la 
formation de notre langue, qui a créé le français? Quel est son 
rôle présent, son degré de force? Quelle est la place qu'il oc- 
cupe? Existe-t-il encore des diphthongues, et Vi de bien, Vu 
de puits sont-ils encore des voyelles? Toi renferme-t-il une 
consonne et une diphthongue (f, oi), ou deux consonnes arti- 
culées et une voyelle, [t, w, a)? Pourquoi 17 mouillée dispa- 
raît-elle? Quelles sont les consonnes qui s'éteignent, et dans 
quels cas? Quelle est l'influence de l'orthographe sur la pro- 
nonciation? Si l'on commence à prononcer prom-pt itude^ 



— 3 — 

do)n-pl-cr au lieu de prontitude, douter, pourquoi l'ancienne 
prononciation le ne ai mars, le cinq mai, etc., commence-t elle 
à faire place au neu mars, au cin mai? Quelle modification a 
subie la liaison entre les mots? Telles sont, entre beaucoup 
d'autres, quelques-unes des questions que soulève la phoné- 
tique actuelle*. 

6. Passant aux formes grammaticales, il serait intéressant 
d'établir que la langue vivante ne forme plus de pluriel par 
l'addition d'une s, puisque la prononciation ne distingue plus 
le singulier du pluriel (père = ^)èr', pères=-pèr'), et qu'à l'ar- 
ticle d'ordinaire est dévolue la charge dp faire cette distinction 
[le père, les pères = le pèr' lépèr'); que le passé défini et l'im- 
parfait du subjonctif ont disparu de la langue populaire ; que, 
par suite d'altérations phonétiques, la prononciation tend à 
ramener les formes verbales à des thèmes ; que dans la plu- 
part des temps, quatre formes sur six : [je] chante, [tu] chantes, 
[il] chante, [ils) chantent-, se ramènent à une forme unique 
chant', et que seules la première et la seconde personne du 
pluriel [nous) chantons, [vous) chantez conservent une ombre 
de flexion [chant-on, chant-é); que quatre fois sur six, dans la 
plupart des temps, les pronoms seuls servent à déterminer 
les personnes ; bref, que le français descend ici à l'étage an- 
glais. 

Considérons encore la conjugaison populaire du verbe ai- 
mer et du verbe être. 

VERBE aim,er. 

j'aime, prononcé j'èm\ 
t'aimes, t'èm', 

il aime, il èm', 

nous aimons, nouz énion, 

vous aim,ez, vouz émé, 

ils aiment, iz èm'. 

1. Le consciencieux ouvrage de Malvin Cazal sur la prononciation française au 
dix-neuvième siècle est rempli d'observations minutieuses et sagaccs. II manque 
toutefois à cet ouvrage une connaissance plus approfondie de la physiologie des 
sons, et de l'histoire antérieure de la prononciation. Le livre est une statistique 
sèche que n'anime pas la vue historique. 

2. Et de même à l'imparfait : je chantais, lu clutntais, il chantait, ils chan- 
taient ; au conditionnel : je chanterais, tu chanterais, il chanterait, ils chan- 
teraient; au présent du subjonctif: (que) je chante, tu chantes, il chante, ils 
chantent. Au passé délitii ot à l'imparfait du subjonctif, une forme sert on géné- 
ral à trois personnes. 



VERBE èlre. 

f suis, prononcé cli nul, 
Ces, Ce, 

il est, il è, 

nous sommes, non sàm\ 

vous êtes, ' vouz et', 

ils sont, i son. 

Ne semble-t-il pas que dans fèm\ Cèm"; ch' sui, Ce, etc., il 
y ait un commencement de fusion du pronom avec le verbe? 
que le pronom devienne comme une flexion verbale, analogue, 
sinon par l'origine et par la place qu'elle occupe, du moins par 
la l'onction {{u'elle remplit, à celle que présentent les fmales-o, 
-s, -t dans le latin vicle-o, vides, vide-t? en un mot que, dans 
(juatre formes sur six, le français, surtout dans les verbes 
commençant par une voyelle, passe à l'étage sémitique? 

Arrivons à la conjugaison interrogative ou exclamative. En 
voici le paradigme dans la langue populaire. 

VERBE être. 

suis-je-ti? prononcé sui-f-ti? 

es-tu ou es-tu-ti? è-tu ou è-tu-li? 

est-il? est-elle ou elle est-ti? è-ti? è-t-èV ou èC è-ti? 

aomtnes-nous ou sommes-nous- sôm'-nou ou sùnC-nou-liY 

ti? 

ètes-vous ou ètes-vous-ti? èC-vou ou èC-vou-ti? 

sont-ils? sont-elles on elles sont' son-ti? son-lèC ou èC son-li? 

ti? 

VERBE aimer. 

faime-ti! prononcé fèrrC-ti! 

aimes-tu ou aimes-tu-ti! ènC-tu ou èm'-tu-li! 

aime-t-il! aime-t-elle ou elle èm'-ti! èm'-t-èC ou cC èm'-ti! 

aime-ti ! 

aimons-nous on aimons-nous-ti! émon-nou ou émon-nou-ti! 

aimez-vous ou aimez-vous-ti! émé-vou ou émé-vou-ti! 

aiment-ils! aiment-cUen ou elles èm'-ti! èm'-t-èC ou èlz èm'-ti*! 

aiment-ti! 

1. « Ti ou ty est une enclilique qui s'ajoute à la seconde personne sing. ou plur. 
(le n'iinpoitc quel temps, lorsqu'il y a interrogation : Vcux-tu ti? voulez-vous hj'.' 



D'où viennent ces formes monstrueuses : mi-f-ti? fèm'-li? 
(H' èm'-ti? D'une action de l'analogie. Est-il se prononce èti, 
et comme la forme directe est a le son è, le peuple analyse 
tHi, non en èt-{-i, mais en 6' + ^*; ^i devient donc le signe de 
l'interrogation et se transporte d'abord aux formes comme 
suis-je, où l'efîacement du pronom enclitique je rend l'inter- 
rogation à peine sensible, puis aux autres formes. De même, 
dans aime-t-il = aime-ti, ti se détache de aime et se reporte à 
faime^. « La fille à Jérôme, ah! je Vaime-ti! » dit la chanson 
populaire. 

Cette conjugaison, si monstrueuse qu'elle soit, ne paraît 
pas plus illégitime, à qui considère l'action invincible de l'a- 
nalogie et les triomphes innombrables qu'elle a remportés 
dans notre langue, que celle qui a tiré les formes, jadis bar- 
bares, devenues classiques, faide, tu aides, il aide, nous ai- 
dons, vous aidez, ils aident, des formes du moyen âge : j'aiu, 
tu aiues, il aiuet, nous aidons, vous aidiez, ils aiuent; toutes 
formes qui sont les représentants si fidèles et si corrects des 
formes latines étymologiques : aiûto, aiûtas, aiûtat, aiutdmus, 
aiutâtis, aiûtant. Cette conjugaison barbare de la langue po- 
pulaire est aussi naturelle que celle de l'italien classique qui 
modèle la déclinaison de son pronom sur la conjugaison de 
son verbe [egli egli-no, il eux; d'après cânla cdnta-no); que 
celle du portugais qui transporte à l'infinitif les flexions de la 
conjugaison [cantar-mos, cantar-des, cantar-em, d'après l'ar- 
chaïque cante-mos, cante-des, cant-em^); que celle du dialecte 
messin, qui conjugue son infinitif négatif sur le modèle de 
son impératif [ne minjer me, ne m,injanr me, ne m,injeur me, 
d'après minj, minjan, minjeu^); que celle de l'anglais popu- 

as lu li? avcz-vous ii? irons-nous <j/ ? viendras-tu /i?otc. Les exemples en sonl 
très-communs dans tous les écrits en langage populaire, depuis la Fronde jusqu'à 
présent. >• (Charles Msard, Étude sur le latigarje populaire ou palois de Paria 
et de sa banlieue, Paris, 1872, in-S", p. 283). L'auteur a tort de restreindre celte 
conjugaison à la seconde personne. Il donne lui-même comme exemple irons- 
nous Itj. 

1. Aime-t-il, on le sait, est l'archaïque aimet-tl, c'est à-dire amat ille. ].e Iran- 
çais populaire snîs-je-ti, faime-ti est donc étymologiquement le latin sum-er/o- 
{es)t-iUe; ajo anio-(a)t-ille! 

2. Formes du subjonctif. 

3. Le patois messin a un impératif négatif forme, comme l'italien, de l'infinitif, 
iicconipagné de la négalion : ne minjer me «ne manger mie, ne manger pas», 
c'est-à-dire ne mange pas. Cet '\i\i\mli{ minjer se conjugue sur le modèle de minj 
« mange», minjan. «mangeons», minjeu. «mangez », et donne «f minjanr me 
(ne pas manger nous), «ne mangeons pas» ; ne minjeur me (ne pas manger vous) 
« ne mangez pas ». — Voir E. Holland, dans la Romania, V, p. 22.'). 



laire qui de ain'l « Je ne suis pas », transformation phoné- 
tique de I ani not, tire par analogie you ain'l, « vous n'êtes 
pas », littéralement you I mn not, <■<■ vous je ne suis pas « ; 
'tain't, « ce n'est pas », littéralement ce ne suis pasK 

La théorie des pronoms, des démonstratifs, des mots inva- 
riables, la classification des conjugaisons, donneraient lieu à 
constater bien des phénomènes de même ordre. 

c. L'étude de la syntaxe moderne reste à faire, et chaque 
point soulève des questions qui toutes ne se laissent pas en- 
core résoudre. Suivant les règles de la grammaire, le participe 
passé construit avec l'auxiliaire avoir s'accorde, comme un 
attribut, avec son régime direct quand il en est précédé ; sui- 
vant les lois de la langue, il doit être aujourd'hui invariable, 
parce que la langue n'y reconnaît plus un attribut, un adjec- 
tif, mais un verbe. L'ordre des mots de la proposition n'a pas 
encore été expliqué. Pourquoi, tandis que le dix-septième siè- 
cle disait : il se va promener, je te dois écrire une lettre, le dix- 
neuvième dit-il : il va se promener, je dois l'écrire mie lettre? 
Pourquoi: il nous le dit, en plaçant le après le régime indirect, 
et il le lui dit, en le plaçant devant? 

En regard des innovations de la syntaxe contemporaine, il 
serait intéressant de retrouver les débris de constructions an- 
térieures disparues. Dans les formations du langage, les cou- 
ches successives se superposent comme les strates dans le 
terrain neptunien, et de même qu'en géologie il arrive qu'un 
terrain primaire, perçant les couches supérieures, vienne 
affleurer à la surface du sol, ainsi, en linguistique, des restes 
de constructions primitives percent à travers les dépôts des 
formations nouvelles jusqu'aux temps les plus récents. Qui se 
douterait que cette expression se nourrir depain et d'eau nous 
offre un fossile, mais wn fossile vivant, qui remonte aux pre- 
miers temps de la langue? A l'origine, l'article partitif n'exis- 
tant pas encore, on disait : manyer pain, boire eau; se nourrir 
avec pain et eau; vivre de pain et d'eau; puis l'article par- 
titif a pénétré dans toutes ces expressions : manger au pain, 
boire de Veau, se nourrir avec du pain et de Veau; mais l'in- 
stinct de l'euphonie se refusait à admettre vivre de du pain et de 
de l'eau, et sauva dans ce seul cas la construction archaïque de 



1. L'anglais aay I, « dis-je ». sous l'influence de says hc, « <lil-il ». est devenu 
(l.ins la Innpiin populaire says I, propremont •■ dii-je ». 



la Iransformation qui atteignait les constructions analogues. 
Pourquoi disons-nous : toulE honteuse et tout interdite? Pour- 
quoi la vieille construction de Corneille et de Malherbe : pour 
grands (pie soient les rois, disparaît-elle, en ne se conservant 
que dans la locution pour peu que? Pourquoi le pronom qui, au 
sens du neutre absolu quod «ce qui»*, ne se maintient-il que 
dans les expressions : qui plus est, qui mieux est, qui pis est? 

d. Si l'on passe maintenant au matériel même de la langue, 
au lexique, quels sont les changements survenus dans le sens 
des mots et dans les procédés de formation? La première de 
ces études ne se fera pas de longtemps ; car la science de la 
Iransformation des sens, cette science qui, le jour où elle sera 
fondée, fournira à la psychologie historique un instrument 
d'une incomparable puissance, cette science n'est pas encore 
constituée : elle n'existe pas. On ne s'est pas encore avisé 
d'étudier systématiquement le vocabulaire d'une langue de 
manière à suivre dans les changements de l'expression le 
mouvement de la pensée. La langue contemporaine fournira 
sans doute des faits nombreux à une étude de ce genre ; mais 
tant que les principes de la science ne sont pas posés, elle ne 
peut guère qu'apporter des matériaux à une enquête plus 
vaste, sans faire l'objet d'une recherche se suffisant à elle- 
ihême. 

e. Enfin il reste à parler des procédés au moyen desquels 
la langue crée des mots nouveaux. La langue moderne renou- 
velle-t-elle son vocabulaire, et par quels procédés? Quelle 
puissance possède-t-elle pour exprimer les idées nouvelles, 
les faits nouveaux? La force créatrice qui a produit le voca- 
bulaire de la vieille langue et de la langue modernf e^t-elle 
toujours active, et dans quelle mesure? 

C'est la question que nous nous proposons de résoudre 
dans le travail qui suit. 



II 

Tant qu'une langue est parlée par un peuple, c'est un orga- 
nisme qui vit dans sa pensée et sur ses lèvres. Comme tout ce 

1 . « J'espère que nous en irons toutes ensemble, quy me fera fort grant plaisir. » 
(Marguerite d'Angoulème, Lettres, 97; édit. Gcnin, p. 278). 



qui vit, elle se développe, elle change, et non-seulement sa 
prononciation, ses formes grammaticales, sa syntaxe, mais son 
lexique doivent subir d'incessantes transformations. Le fran- 
çais, langue parlée par trente-six millions d'hommes, langue 
vivante, doit donc poursuivre la série de ses évolutions natu- 
relles, et ainsi avoir en lui-môme les forces nécessaires pour 
Jes accomplir. 

Aussi notre langue n'a jamais été fixée, pas plus par les 
chefs-d'œuvre de nos écrivains classiques au dix-septième 
siècle que par ceux de nos trouvères au douzième siècle 
et au treizième. « Les langues vulgaires se changent de siècle 
en siècle* », disait Estienne Pasquier vers 1590; « il escoule 
tous les jours de nos mains *» disait Montaigne, en parlant du 
français; et cette mobilité de notre idiome dont se plaignaient 
également Vauquelin de laFresnaye au seizième siècle', Pellis- 
son * et Bossuet " au dix-septième, ne s'est pas arrêtée. La 
langue de Zaïre n'est plus celle du Cid, ni la langue d'Her- 
nani celle de Zalire. Ces modifications successives n'ont 
point cessé de frapper les écrivains, et, depuis l'époque clas- 
sique, on entend des critiques et des grammairiens se plaindre 
du néologisme qui vient gâter la pureté de la langue, en même 
temps que d'autres, chose curieuse, déplorent sa pauvreté, 
son impuissance à créer des mots nouveaux, et accusent la dé- 
licatesse de cette « gueuse fière ». 

Il ne sera pas inutile de jeter un coup d'œil sur cette histoire 
du néologisme. 

1. Lettres, II, 12. 

■2. « Selon la variation continuelle qui a suivy le nostre {nost7^e langage) jus- 
<iue8 a cette heure, qui peult espérer que sa forme présente soit en usage d'icy 
à cinquante ans? il escoule tous les jours de nos mains; et, depuis que je vis, 
s'est altéré de moitié. Nous disons qu'il est asture parfaict; autant en dict du sien 
chasque siècle. Je n'ay garde de l'en tenir là tant qu'il fuyra et s'ira difformnnt 
comme il faict. C'est aux bons et utiles escripts de le clouer à eulx. » (Essais, 
III, 19). 

'i. Car depuis quarante ans desjà quatre ou cinq fois 

I,a façon a changé de parler en françois. 

[Satires, t. I, p. 244; éd. Travers.) 

4. <■ Nos auteurs les plus élégants et les plus polis deviennent barbares en peu 
d'années.» (I/isloircde V Académie française, III, Travaux de V Académie; t. 1, 
p. 114 de l'édit. l.ivel). 
~ ô. <• Comment peut-on lonlier des actions immortelles à des langues toujours 
incertaines et toujours changeantes ; et la notre en particulier pouvoit-elle pro- 
mellre l'immortalité, elle dont nous voyons tous les jours passer les beautés, ot 
qui devenoit barbare à la France même dans le cours de peu d'années? » [Dis- 
cours de réception à V Académie française, 1671.) 



— 9 — 

Quand, en 1549, l'école de Ronsard s'éleva sur les ruines de 
l'école de Marot,elle se proposa, entre autres nouveautés, d'en- 
richir, d'illustrer la lang-ue française, non pas, comme on le 
croit, en inondant le français de grec et de latin; tout au con- 
traire, Ronsard réagit contre les tendances des rliétoriqueurs ci 
latineurs, Molinet, Crétin, André de la Vigne, J. Lemaire de 
Belges ^ D'accord avec Geoffroy Tory et Rabelais pour livrer 
au ridicule les écumeurs de latin et les confrères de l'écolier li- 
mousin, il recommanda à ses disciples de cultiver la langue 
françaisaet de mettre en œuvre toutes les ressources qu'elle peut 
trouver en elle-même *. 11 les engagea à rejeter les mots grecs, 
latins, italiens, à n'admettre que des termes français ou de 
formation française, à recourir à la dérivation et à la composi- 
tion, à restaurer les termes vieillis qui menaçaient de disparaî- 
tre, à donner droit de cité aux mots dialectaux, aux termes de 
métier. La langue que Ronsard rêvait de créer pour la poésie 
française était une langue artificielle dans sa formation, mais 
toute française dans ses éléments. C'est par ces mêmes procé- 
dés de larges emprunts à toutes les sources nationales queLu- 
ther créait l'allemand littéraire, que Dante avait créé le vul- 
gaire illustre, l'italien classique. 

« Je suis d'advis, disait un des plus intelligents disciples de 
Ronsard, le président Pasquier^ je suis d'advis que ceste pureté 
{de notre langue) n'est restrainte en un certain lieu ou pais, 
ains esparse par toute la France. Non que je vueille dire 
qu'en langage picard, normand, gascon, provençal, poitevin, 
angevin, ou tels autres, séjourne la pureté dont nous discou- 
rons. Mais tout ainsi que l'abeille volette sur une et autres fleurs 
dont elle forme son miel, aussi veux-je que ceux qui auront 
quelque asseurance de leur esprit, se donnent loy de fureter par 
toutes les autres langues de nostre France, et rapportent à nos- 
tre vulgaire tout ce qu'ils trouverontdigne d'y estre approprié.... 
Je veux que celuy qui désire reluire par dessus les autres en 

1. Voir plus bas, cli. xi, p. 172. 

2. Voir VAi'l poétique de Honsard, la préface do la FrnHciade ;la préface que 
d'Aubigné a mise en tôte de ses Tragiques, où il rappelle les recommandations 
de Honsard de «défendre bardimont les vieux ternies françois contre ces manants 
qui ne tiennent pas élégant ce qui nest point escorché du latin et de l'italien. 
Tout cela est pour l'escolier limousin. » Cf. plus bas, ch. xi. et le Tableau de 
la liltéralure et de la lamjue française au seizième siècle de A. Darmesteter 
et A. Ilatzfeld, p. 118 et p. 191. 

3. Lettres, H, 12. OKuvres complètes de Pasquier, éd. de 1723, t. II, col. 4.') et 
suiv. 



— 10 — 

sa langue ne se fie tant en son bel esprit qu'il ne recueille et 
des modernes et des anciens, soit poëtes ou qui ont écrit en 
prose, toutes les belles fleurs qu'il pensera duire à l'illustra- 
tion de sa langue... non pas pour nous rendre antiquitaires, 
d'autant que je suis d'advis qu'il faut fuir cela comme un banc 
ouescueil en pleinemer;ains pour le s transplanter entre nou^, 
ny plus ny moins q^ue le bon jardinier, sauvageon ou vieux 
arbre ente de greffes nouveaux qui rapportent des fruits 
soucfs. Je veux encore que celuy même que je vous figure con- 
temne nul quel qu'il soit en sa profession ; pour parler du 
faict militaire, qu'il haleine les capitaines et guerriers ; pour 
la chasse, les veneurs; pour les finances, les thresoriers ; pour 
la pratique, les gens du palais ; voire jusques aux plus petits 
artisans en leurs arts et manufactures : car comme ainsi soit 
que chaque profession nourrisse diversement de bons esprits, 
aussi trouvent-ils en leur sujet des termes hardis dont la 
plume d'un homme bien écrivant sçaura faire son profit en 
temps et lieu, et peut estre mieux à propos que celuy dont il 
les aura appris.... Qui suivra ceste voye, il attaindra, à mon 
jugement, à la perfection de nostre langue, laquelle bien 
mise en usage est pleine de mots capables de tous sujets. « 

Si Ronsard et son école échouèrent dans leur entreprise, le 
vaste effort qu'ils avaient tenté ne resta point stérile. La lan- 
gue de la seconde moitié du seizième siècle y gagna un carac- 
tère original. Rude, inculte, sans élégance, sans finesse, elle 
eut l'abondance, la richesse des métaphores, l'énergie pitto- 
resque et expressive, familière et noble, brusque, vive, d'une 
variété infinie, œuvre savante, mais faite de matériaux popu- 
laires. 

Mais, déjà à la fin du seizième siècle, et au commencement 
du dix-septième, les œuvres de Desportes, Duperron, Bertaut, 
Coeffetcau, marquent de nouvelles tendances dans la langue ; 
elle vise à l'élégance, au raffinement; il se forme une aristo- 
cratie dans les mots. Avec Malherbe et Balzac triomphent des 
principes nouveaux. On soumet la langue à un minutieux tra- 
vail d'épuration ; l'hôtel de Rambouillet s'ouvre, l'Académie 
se fonde, le règne des Précieuses commence. Sous l'influence 
des salons, de la cour, la langue s'épure; on fixe la pronon- 
ciation ; on décide du sort des particules; on proscrit une par- 
tie du vocabulaire au nom de la noblesse et de l'élégance ; la 
langue de la cour fait loi, le bel usage a droit de vie et de 



— 11 — 

mort sur les mots'. Le greffier do cot usage fut Vaugclas qui, 
quarante ans durant, se mit en devoir (ïêcouter et de juger le 
langage de la cour. De ces observations faites avec soin et pré^ 
cision sortirent les Remarques sur la lanyue française (1647), 
qui furent accueillies par les applaudissements à peu près 
unanimes des lettrés ^ Quelques rares partisans de la vieille 
liberté du seizième siècle, Lamothe Le Vayer^, Scipion Du- 
pleix*, protestèrent, mais en vain; la cause des puristes étail 
gagnée. 

Un des premiers principes de la nouvelle école est de pro- 
scrire la création des mots nouveaux. Le français cesse d'être 
une langue ouverte : le lexique se ferme. « Puisque, dit Vau- 
gelas dans la préface de ses Remarques (xi), puisque j'ai ré- 
solu de traiter à fond toute la matière de l'usage, il faut voir 
s'il est vrai, comme quelques-uns le croyent, qu'il y ait de 
certains mots qui n'ont jamais été dits, et qui néanmoins ont 
quelquefois bonne grâce ; mais que tout consiste à les bien 
placer. En voici un exemple d'un des plus beaux et des plus 
ingénieux esprits de notre siècle, à qui il devroit bien être 
permis d'inventer au moins quelques mots, puisqu'il est si 
fertile et si heureux à inventer tant de belles choses en toutes 
sortes de sujets, entre lesquels il y en a un d'une invention 
admirable, où il a dit 

Dédale n'avait pas de ses rames plumeuses 
Encore traversé les ondes écumeuses. 

11 a fait ce moi plumeuses, qui n'a jamais été dit en notre lan- 

1. «Il y eut un genlilhomme qui dit liaulonicnt qu'il n'iroit point voir 
M. de Montauzier, tandis que Mlle de Rambouillet y seroit, et qu'elle s'esvanouis- 
soit quand elle entcndoit un meschant mot. Un autre, en parlant à elle, hésita 
longtemps sur le mot d'avoine, avoine, aveine, avenc. <^ Avoine, avoine, dit-il, 
« de par tous les diables ! on ne sçait conmient parler céans. » (Tall. des Réaux, 
HislorielteSj cv-cvin, M. et Mme de Montauzier ; t. II, p. 53, de l'édit. de Mon- 
mcrqué et P Paris). — Voyez la Comédie des Académistes de Saint-Evremond, le 
Unie des présentations aux grands jours de Véloquence française attribué à 
Sorel, et la Reqw'te des Dictionnaires de Ménage. Toutefois il faut tenir compte 
des réponses très-justes que Pellisson fait à ces pamphlets dans son Histoire de 
l'Académie {\, Etablissement de l'Académie). 

2. Pellisson^ Hist. de VAcad. franc, (édit. Livet), t. I, 113, 234; Furetière, 
Nouv. allégor., 155 ; Ch. Sorel, Bibl. franc., Traité de la pureté de la L. fr,, 19, 
20; De la connaissance des bons livres, 51 ; cf. Haillet, Jngemejils des savants, 
II, 655 ; Godeau, Lettres, p. 378-391 de l'édit. de 1713; etc. 

3. Lamothe Le Vayer, Lettre louchant les Remarques de la langue francoise, 
1647, in-8. 

4. Scipion Dupleix, La liberté de la langue française dans sa pureté, on Dis- 
cussion des Remarques de Vaugelas, in-4, Paris, 1651. 



— 12 — 

gue « ; il est vrai que ce n'est pas un mot tout entier, mais 
seulement allonge, puisque d'un mot reçu plume, il a fait 
plumeux, suivant le conseil du poëte dont nous avons déjà 

parlé : 

Licuit semperque licebit, etc. 

Et certainement il l'a si bien placé que, s'il en faut recevoir 
quelqu'un, celui-ci mérite son passe-port. Mais avec tout cela 
je me contente de ne pointblâmer ceux qui ontces belles har- 
diesses, sans vouloir les imiter ni les conseiller aux autres, 
notre langue les souffrant moins que langue du monde et 
étant certain qu'on ne les sçauroit si bien mettre en œuvre que 
la pluspart ne les condamnent. Il n'est permis à qui que ce 
soit de faire de nouveaux mots, non pas même au Souverain ; 
de sorte que M. Pomponius Marcellus eut raison de reprendre 
Tibère d'en avoir fait un et de dire qu'il pouvoit bien donner 
le droit de bourgeoisie romaine aux hommes, mais non pas 
aux mots, son autorité ne s'étendant pas jusques-là. Ce n'est 
pas qu'il ne soit vrai que si quelqu'un en peut faire qui ait 
cours, il faut que ce soit un souverain, ou un favori, ou un 
principal ministre, non pas que de soi pas un des trois ait ce 
pouvoir, comme nous venons de dire avec ce grammairien ro- 
main; mais cela se fait par accident, à cause que ces sortes 
de personnes ayant inventé un mot, les courtisans le recueil- 
lent aussitôt et le disent si souvent que les autres le disent à 
leur imitation ; tellement qu'enfin il s'établit dans l'usage et 
est entendu de tout le monde; car puisqu'on ne parle que pour 
être entendu et qu'un mot nouveau, quoique fait par un sou- 
verain, n'en est pas d'abord mieux entendu pour cela, il s'en- 
suit qu'il est aussi peu de mise et de service en son commen- 
cement, que si le dernier homme de ses États l'avoit fait. 
Enfin j'ai oui dire à un grand homme qu'il est justement des 
mots comme des modes. Les sages ne se bazardent jamais à 
faire ni l'un ni l'autre; mais si quelque téméraire ou quel(|ue 
bizarre, pour ne pas lui donner un autre rtom, en veut bien 
prendre le hazard, et qu'il soit si heureux, qu'un mot ou 

1, Il s'agit de Des Marets de Saint-Sorlin. Malheureusement l'admiration de 
Vaupelas tombe à faux : « Cette observation (de Vaugelas) n'est pas vcritaljle, d'Au- 
bigné s'en estant servi (du mot plumeux) longtemps avant .M. Des Marets dans son 
livre intitulé le Baron de P'éneslc. » (Ménage, Observations sur la langue fran- 
roise, I. Aiidilions el changemenls, pour la page ',ik\). D'Aubigné l'emploie éga- 
lement dans son Histoire universelle, 111, r>4:j (Un vêtement sale et tout plu- 
meux). 



— 13 — 

qu'une mode qu'il aura inventée, lui réussisse, alors les sages 
qui sçavent qu'il faut parler et s'habiller comme les autres, 
suivent non pas, à le bien prendre, ce que le téméraire a in- 
venté, mais ce que l'usage a reçu ; et la bizarrerie est égale de 
vouloir faire des mots et dès modes, ou de ne les vouloir pas 
recevoir après l'approbation publique. Il n'est donc pas vrai 
qu'il soit permis de faire des mots, si ce n'est qu'on veuille dire 
que ce que les sages ne doivent jamais faire soit permis. Gela 
s'entend des mots entiers* : car pour les mots allongez ou dé- 
rivez, c'est autre chose; on les soulïre quelquefois, comme j'ai 
dit, suivant le sens d'Horace et le bon exemple que j'en ai 
donné. » 

Et ailleurs, à la remarque DXLV [Dio barbarisme) : « H n'est 
jamais permis de faire de nouveaux mots, nonobstant cet oracle 
latin : 

Licuit seiuperque licebit, 
Signatum prsesente nota producere verbum. 

parce que cela est bon en la langue latine, et plus encore en 
la grecque, mais non pas en la nôtre, où jamais cette har- 
diesse n'a réussi à qui que ce soit, au moins en écrivant; car 
en parlant on sait bien qu'il y a de certains mots que l'on 
peut former sur le champ, comme brusgiieté, inaction, impo- 
litesse, et d'ordinaire les verbaux qui se terminent en ent, 
comme criement, pleurement, ronflement, et encore n'est-ce 
qu'en raillerie. Outre 'que ce passage du poëte ne permet que 
d'étendre des mots qui sont déjà faits, et non pas d'en faire 
de tout nouveaux, qui est ce qui ne nous est point du tout 
permis, témoin le mauvais succès qu'ont eu tous les mots 
que Ronsard, M. du Vair et plusieurs autres grands person- 
nages ont inventez, pensant enrichir notre langue. « 

Ces principes allaient régir le dix-septième siècle. Yaugelas 
fit écolo : à sa suite toute une série de grammairiens, le P. 
Bouhours, Ménage, Andry de Boisregard, Fr. des Gaillères, 
L. Alcmand, Delatouche, Th. Corneille, l'abbé Choisy, l'abbé 
Tallemand^ etc., continuèrent l'œuvre d'épuration. 

1. Yaugelas ciilend par là les mots ompruntés directement au latin. Il distingue 
donc les dérivés français nouveaux qu'il est plus porté à tolérer, des mots entiè- 
rement latins dont il repousse l'introduction dans notre langue. Mais môme celte 
tolérance qu'il att'ectc ici pour les mots allonges, la citation qui suit montre bien 
qu'elle est illusoire, et que Yaugelas proscrit dans la langue écrite tous mots nou- 
veaux, même les dérivés de radicaux français. 

2. Tli. Corneille a réimprimé les Remarques de Yaugelas. en les faisant suivre 



— 14 — 

Et cependant, au moment même où Yaugelas publiait ses 
Remarques et les imposait à la ville et à la cour qu'il faisait 
« la main haute obéir à ses lois, « déjà perdaient d'incon- 
scientes révoltes. Je ne parle point de Martine, mais de ses 
maîtresses, qui, bien que fières de parler Yaugelas, n'en sont 
pas moins des rebelles. Les Précieuses, non pas celles de 
l'hôtel de Rambouillet, mais celles de la seconde génération, 
mettaient en circulation des mots nouveaux et nombre de 
métaphores hardies, raffinées, étranges, dont quelques-unes 
firent fortune*. Ce sont les Précieuses dont Somaize donna 
le dictionnaire, et que Molière livra aux risées du parterre. 
La cour, la ville, la province, applaudirent à l'exécution ; les 
Précieuses eurent beau se déguiser en Illustres; avec Gathos 
etMadelon, elles succombèrent sous le ridicule. 

A côté des Précieuses, une autre école défendait la même 
cause, une école bien différente dans ses allures et son carac- 
tère et dont le nom n'évoque guère le souvenir des vicomtes 
de Jodelet et des marquis de Mascarille. Je veux parler des so- 
Htaires de Port-Royal. Par leur éducation et leurs traditions, 
ils étaient portés à conserver la langue archaïque avec ses 
libertés et ses audaces, et le traducteur de Vlmitation de Jé- 
sus-Christ^ s'était permis plus d'un néologisme que réprouvait 
le goût sévère du temps. On ne distingue pas assez, disait Ni- 
cole, les langues vivantes des mortes : « Dans celles ci l'usage 
ne change plus; aussi le mot qui n'est pas bon selon l'ancien 
usage ne le peut plus devenir ; mais dans les autres , quel- 
ques fixées qu'elles semblent être, il est impossible qu'il n'ar- 
rive toujours quelque changement dans l'usage. Et ainsi ce 
qu'on ne trouve pas bon aujourd'hui, parce qu'il n'est pas 



d'observations personnelles (1698). L'abbé Tallcmand a publié des Remarques et 
décisions de l'Académie Françoise sur la langue (1(598). L'abbé Cboisy a écrit un 
Journal de l'Académie Françoise qu'a recuilli plus tard l'abbé d'Olivet dans ses 
Remarques sur la langue françoise (1791). Delatoucbe est un protestant qui se ré- 
fugia en Angleterre, à la révocation de l'Kdit de Nantes, et qui comj)osa un Art 
de bien parler françois en deux volumes (Amsterdam, 1696) : le premier est un 
recueil d'observations sur la grammaire; le second sur la langue. Cet ouvrage a 
eu à létrangcr jusqu'à buit éditions. — Les ouvrages des autres auteurs ici nom- 
més seront cités plus loin, dans le cours de cette étude. 

1. Tenir bureau d\'sj}rit; les yeux, miroirs dcl'dme; une taille éléganle; la 
poésie, (ille des dieux; un poëte, nourrisson des Muscs; une vertu sévère; être 
sec de conversation ; ces gens-là ont un procédé tout à fait irrégulier, etcj — 
Quant aux mots nouveaux, ils n'ont pas duré : délabyrinthcr les cheveux (les 
démêler), une quillerie (sé|)aralion), un alcôviste, etc. 

2. Lcmaistre de Sacy, sous le pseudonyme de sieur du Beuil. 



— 15 — 

dans l'usage présent, deviendra bon dans quelque temps, 
parce (jne l'usage l'approuvera. Et ainsi rien n'est plus faux 
que la règle que M. de Yaugelas semble vouloir établir qu'on 
ne peut faire de nouveaux mots, puisqu'il reconnaît dans 
ses Remarques que quantité de mots qui n'étaient point au- 
trefois en usage y sont devenus depuis. Il est donc avanta- 
geux, pour enrichir les langues vivantes, que des personnes 
judicieuses soient un peu plus hardies à se servir de nou- 
veaux mots et de nouvelles phrases. Il y a bonheur et mal- 
heur. Les uns passent et d'autres ne passent pas. Mais les 
gens d'esprit doivent être plus portés à leur être favorables 
que contraires. C'est ce qui rend les langues belles et abon- 
dantes, comme il est arrivé de la grecque*. » 

Ces théories hardies ne pouvaient passer inaperçues, sur- 
tout venant des jansénistes. Il y avait alors, parmi les disciples 
de Yaugelas, un écrivain ingénieux, raffiné, élégant, satta- 
chant plus à la politesse de l'expression qu'à la solidité du 
fond, écrivain de salon, bel esprit et puriste. C'est le P. Bou- 
hours, de la Compagnie de Jésus. Après sa mort, il mérita 
d'entrer dans le Temple du goût; mais c'était pour suivre 
attentivement, le crayon à la main, Pascal et Bourdaloue s'en- 
tretenant sur le grand art de joindre Téloqucnce au raisonne- 
ment, et pour marquer sur ses tablettes toutes les fautes de 
langage et toutes les négligences qui leur échappaient. 

— Quittez, lui disait l'auteur de l'Anti-Lucrèce, 

Quittez d'un censeur pointilleux 
La pédantesque diligence. 
Aimons jusqu'aux défauts heureux 
De leur mâle et libre éloquence. 
J'aime mieux errer avec eux 
Que d'aller, censeur scrupuleux. 
Peser des mots dans ma balance*. 

Aux audaces des jansénistes, le jésuite puriste prit feu. 
M. de Sacy a osé écrire : « D'où viennent tous vos troubles, 
sinon des affections immortifiées de votre cœur? » Immortifié, 

1. Essais de morale ou Lettres écrites par Monsieur Nicole, t. VIII (édition 
de 1715), p. 230, 231. Lettre xcx adressée à M. de laChaize (FiUeaudela Chaise), 
.auteur d'une Vie de saint Louis (1688). 

2. Voltaire eut, ce semble, un scrupule, et dans les variantes d'une des éditions 
de son Temple du yoût mit cette réponse dans la bouche du F. Bouliours: 
<. Permettez que je continue mes petites observations. Ce sont les grands hommes 
qu'il faut critiquer, de peur que les lautcs (ju'ils font contre les règles ne ser- 
vent do ro^'los aux petits écrivains. » 



— 16 — 

reprend le bon Père, c'est un mot de la façon de ces messieurs 
aussi bien qn'inexpé^HTnenté, irréligieux, inallié, inalliable, 
incorromfu, inconverlible, intolérance, clairvoyance, inobser- 
vation , inattention , désoccup allons , désoccuper , désaveu- 
y 1er, coronateur^ insidiateur. « A quoi l'on peut ajouter eleve- 
ment, abrègement, brisement, déchirement, reserrement, attie- 
dissement; les adverbes declarement, inexplicablement et incon- 
testablement. Car ils ne font point difficulté de faire des mots 
nouveaux, et ils prétendent même avoir ce droit là comme si 
des particuliers et des solitaires avaient une autorité que les 
rois mêmes n'ont pas ^ » 

Mais le P. Bouhours rencontra parmi les jansénistes un 
rude adversaire, l'académicien Barbier d'Aucourt. Les Senti- 
ments de Cléanthe sur les Entretiens d'Ariste sont une vigou- 
reuse réplique où l'ouvrage du père jésuite est soumis à une 
critique toujours impitoyable, rarement injuste. Il défend avec 
raison ces mots de reserrement, déchirement, brisement, obscur- 
cissement, attiédissement, enyvrement, parce qu'ils expriment 
fortement les différents états du cœur humain, ce qui est le 
principal objet de la morale. Si quelques autres mots ne sont 
pas reconnus par l'usage, y a-t-il là sujet de raillerie et d'ex- 
clamation ? Des personnes habiles trouvent des mots nou- 
veaux fort raisonnables, pleins de sens ; ils les proposent, les 
hasardent pour tâcher d'enrichir la langue. Y a-t-il là de quoi 
s'écrier publiquement, « Bon Dieu ! quelle façon de parler ! 
quel langage ! cela m'est insupportable ! ^ » 

l. Entretiens d'Ariste, II. Cf. également les Doutes et les Remarques nouvelles 
sur la langue. 

'1. Sentiments de Cléanthe, p. 8.5. — L'abbé Villars répondit aux Senlimenls 
par un Traité de la délicatesse (1671) qui ne mérite guère son titre, ni par le 
style, ni par le sentiment. L'écrivain janséniste lui répondit dans la seconde partie 
de ses Sentiments (1672) avec une véritable éloquence où l'on sent vibrer comme 
un écho de la langue des Provinciales. Il avait convaincu le P. Bouhours de pla- 
giat, et montré que plusieurs pages de ses Entretiens sur la langue étaient vo- 
lées à Est. Pasquier (Recherches de la France) et à Lelabourcur [Avantages de 
la lamjue l'ranroise sur la langue latine). Villars essaya vainement de justifier 
le \\ bouhours : la forme du dialogue empêchait l'auteur des Entretiens de citer 
le nom de l'ascpiier: quant à M. Lelabourcur, dit modestement l'abbé Villars, u si 
j'estois en sa place, je me ferois beaucoup d'iionneur dans le monde qu'un aussi 
bel esprit (lu'esl le 1'. U. eût trouvé dans quelqu'un de mes ouvrages quelque en- 
droit assez beau pour être enchâssé dans nu livre aussi universellement estimé 
que le sont ses Entretiens. » [Vous leur fîtes, seigneur, En les croquant, beau- 
coup d'honneur). — «Toutes ces remarques, réplique Liarbier, n'empêchent pas 
que le P. ne soit convaincu d'être plagiaire, et d'autant plus qu'il n'avait que trois 
ou quatre mots à diie pour ne l'être pas. Mais enlin il n'a pu réduire son orgueil 
à nommer trois ou quatre auteurs, de sorte que si l'on m cl d l,t 



— 17 — 

En dehors du cercle janséniste, le P. Bouliours eut à lutter 
contre un autre adversaire, Ménagea La lutte fut vive et 
acharnée, et comme il arrive parfois des querelles entre 
grammairiens, elle servit plus souvent au divertissement du 
public qu'à son, instruction : « Guerre civile, fort peu civile, » 
disaient les rieurs de la galerie*. Ménage a beau jeu de con- 
vaincre son adversaire d'ignorance, de prouver que la plupart 
de ses remarques sont contraires à l'esprit et à l'histoire de la 
langue. Bouhours riposte en se moquant des grotesques éty- 
mologies de Ménage. Celui-ci les défend avec une impertur- 
bable assurance, et portant ensuite la question sur le droit de 
créer des mots nouveaux, proteste contre les décrets de pro- 
scription lancés par Yaugelas et son fidèle disciple : Ménage 
avait créé le moi prosateur eile faisait sonner haut. Mais est-ce 
au nom de la liberté de la langue qu'il fait entendre ses pro- 
testations ? Ménage n'est pas homme à traiter la question dans 
le fond : il trouve plus facile et sans doute plus concluant de 
s'en référer aux autorités, et il accable son adversaire de cita- 
tions de grammairiens latins, de Ronsard, de Du Bellay, et de 
l'inévitable 

Licuit semperque liccbit*.... 

Toutes ces discussions sont théoriques. L'ouvrage de Fran- 

qu'il a faites contre le style, le bon sens, la physique, la morale et la religion, on 
aura droit de conclure ([u'il n y eut jamai;? dans un livre tant de fierté avec tant 
de faiblesse ; et l'on peut lui appli(iuer justement ce mot de saint Jérôme : Tolus 
tumel, tolus jacet. » 

1. Observalions sur la lamjue franroise, 1672; deuxième partie, 1673. Entre 
les deux ouvrages avaient paru les Doutes et les Nouvelles' remarques du 
1'. liouhours sur la langue française. 

2. «Monsieur Ménage la pris aveuglément {le parti de Messieurs lie Porl- 
Roijal). Le P. Bouhours et lui se sont dit à ce sujet toutes les raisons et toutes les 
injures «[ue l'on se pouvoit, raisonnablement ou non, dire de part et d'autre, et 
tout cela, ([ui le croiroit? sur de pures questions de langue; en sorte que si la 
guerre <jui a esté entre les autres auteurs françois a esté civile, parce ({u'elle 
esloit entre gens de mesme nation^ on peut dire que la guerre qui a esté entre le 
1*. Bouliours et M. Ménage, car ils sont à présent bons amis, a esté fort incivile par 
les manières cliO(|uantes avec lesquelles ils ont écrit lun contre l'autre.» (Nou- 
velles observations ou Guerres civiles des Fra7irois sur la lainjuc, 1688, p. 20.) 
— L'ouvrage est de L. Alemand, avocat au parlement de Grenoble, (jui publia 
en 1690 un recueil de NoureUes remarques (posthumes) de Vawjelas. 

3. LeP. Bouhours eut encore à combattre Andru de lioisrcyard; celui-ci avait 
publié en 1688 des Ré/lexions et remarques critiqiœs sur Vusaye présent de la 
lanijuK françoisc (par M. A. D. B.). Ces Uéllcxions soulevèrent les criti([ues du 
P. Bouhours {Suite des Nouvelles remarques, 1692), d'Alemand, et d'autres. An- 
dry de Boisregard répliqua par sa Suite des Réflexions critiques car la lanyue 
(169;i). 

2 



— 18 — 

çois des Gaillères, Des mots à la mode^, a un intérêt plus pra- 
tique. Il y raille certaines expressions nouvelles qui avaient 
cours parmi les gens du bel air : « Il y a canal ; il y a ca- 
veau ; il y a toilette; il y a barbe, etc.; » c'est-à-dire : « La 
cour se divertit sur le canal ; on joue chez Monseigneur 
dans la petite chambre (appelée caveau) ; le Roy est à sa toi- 
lette; on fait la barbe à Monseigneur, etc. »; « Il chante à la 
perfection », au lieu de : « en perfection ». « Quand on est 
d'une certaine qualité », au lieu de « quand on est de qua- 
lité ». « Des personnes d'un gros relief », c'est-à-dire « d'une 
grande qualité »; un « gros » plaisir, une « grosse » santé. 
Jamais mot ne fut plus en vogue que gros à la fin du dix- 
septième siècle. 

Le succès du petit livre de Fr. des Gaillères fut si vif 
que Boursault porta cette satire sur la scène; il en ht sa 
comédie des Mots à la mode. « Un petit livre, dit-il, intitulé 
les Mots à la mode, que l'on vend chez Barbin, et qui a eu 
toute la réputation qu'il mérite, m'inspira la pensée de faire 
cette comédie. Quelque débit que ce livre ait eu, je crus qu'il 
ne feroit pas tout l'effet que son auteur s'étoit proposé, si l'on 
ne pesoit un peu plus sur ceux qui se rendent ridicules par des 
façon» de parler aussi extravagantes que les personnes qui 
ont l'impertinence de les inventer; et je ne doutai point que, 
le théâtre étant un miroir plus grand que la boutique d'un 
libraire, ceux qui y venoient ne s'aperçussent mieux de leurs 
défauts ^ » 

La plupart des expressions relevées par des Gaillères repa- 
raissent dans la comédie de BoursauU, avec quelques néolo- 
gismes. Ces expressions, nées du caprice de la mode, n'ont 
pas eu plus de durée qu'elle; à peine si la langue en a gardé 
deux ou trois mots ou emplois nouveaux : impolitesse, abdi- 
quer (au figuré), aloi (au figuré), avoir du goût à quelque 
chose; etc. 

A moins d'être du peuple, on ne dit point : ma femme, 
C'est une impolitesse'' h faire rendre l'âme; 

1. Des mots à la mode et des nouvelles façons de parler, Paris, 1692, in-12. 
L'ouvrage est anonyme. — En 1694, paraissait un autre livre de Fr. des Gaillères, 
également anonyme : Du bon, cl du mauvais usage dans les manières de s'ex^ 
•primer; des façons de parler bourgeoises : iSuilte des niols à la mode, in-)2. Cet 
ouvrage eut moins de succès que le précédent. 

2. Avis au lecteur. 

3. « 11 y a des façons de parler élégantes i|ui servent à orner notre langue;... 
il y en a d'autres qui servent à l'enrichir, comme est le terme impolitesse qui 



— 19 

Gela sent son bourgeois du plus méchant alot... 

Pour peu qu'on ait de goût, au rang où je me vois, 

On abdique aisément ce qu'on a de bourgeois.... 

Quoi que le nom de père ait de beau, de touchant, 

Depuis un an ou deux cela put le marchand.... 

Vous nous offrez {pour maris) des gens d'une agréable allure. 

Il nous faut des partis bien d'une autre tournure. 

Puis-je prendre un époux, à moins que de son chef 

Il ne soit noble, riche, et d'un gros relief?... 

J'en sais (des prétendants) qui sous nos lois sont prêts à se ranger, 

Faits comme une peinture et jolis à manger; 

Au lieu que les amants dont vous faites l'ébauche 

Ont un esprit si louche! un entretien si gauche!... etc., etc. 

A l'époque où Boursault protestait contre ces emplois et 
contre ces mots nouveaux, La Bruyère, dans une page con- 
nue, regrette la perte ou la proscription de certains termes har- 
monieux, expressifs ou utiles : ains, maint, moult, cil, heur, 
fîner, fétoyer, ouvrer, souloir, poindre, ramentevoir, mauvaistiéj 
huis, ost,prée\ etc., «tous mots qui pouvoient durer ensemble 
d'une égale beauté et rendre une langue plus abondante. >^ 
Qu'est-ce que la langue gagne à ces changements? demande 
La Bruyère. « Est-ce donc faire pour le progrès d'une langue 
que de déférer à l'usage? Seroit-il mieux de secouer le joug de 
son empire si despotique? Faudroit-il, dans une langue vi- 
vante, écouter la seule raison qui prévient les équivoques, 
suit la racine des mots, et le rapport qu'ils ont avec les lan- 
gues originaires dont ils sont sortis, si la raison d'ailleurs 
veut qu'on suive l'usage''? » 

La lutte des puristes et des néologues se poursuit au dix- 
huitième siècle. 

En 1714, Fénelon déplore la pauvreté de la langue française : 
« Notre langue manque d'un grand nombre de mots et de 
phrases : il me semble même qu'on l'a gênée et appauvrie, 
depuis environ cent ans, en voulant la purifier. Il est vrai 
qu'elle étoit encore un peu informe et trop verbeuse. Mais le 
vieux langage se fait regretter, quand nous le retrouvons 
dans Marot, dans Amyot, dans le cardinal d'Ossat, dans les 
ouvrages les plus enjoués et dans les plus sérieux; il avoitje 

commence à s'introduire heureusement; et je suis fort d'avis qu'on luy aide à 
faire fortune; car c'est un mot dont on a souvent besoin pour exprimer ce qui se 
passe parmi plusieurs de nos jeunes courtisans. » (Fr. des Cailléres, Des mots à 
la mode, T édit., 1692, p. 43.) 

1. Cf. plus bas, p. 3o. 

2. Caractères, De quelques usages, fin. 



— 20 — 

ne sais quoi de court, de naïf, de hardi, de vif et de passionné. 
On a retranché, si je ne me trompe, plus de mots qu'on n'en 
a introduit. D'ailleurs, je voudrois n'en perdre aucun et en 
acquérir de nouveaux. Je voudrois autoriser tout terme qui 
nous manque et qui a un son doux, sans danger d'équi- 
voque.... 

« 11 faudroit que des personnes d'un goût et d'un discerne- 
ment éprouvés choisissent les termes que nous devrions auto- 
riser. Les mots latins paroîtroient les plus propres à être 
choisis; les sons en sont doux; ils tiennent à d'autres mots 
qui ont déjà pris racine dans notre fonds ; l'oreille y est déjà 
accoutumée. Ils n'ont plus qu'un pas à faire pour entrer chez 
nous*. « 

Onze ans après la Lettre à l'Académie, l'abbé Desfontaines, 
mettant à exécution une idée de J.-B. Rousseau ^ faisait pa- 
raître son Dictionnaire néologique^, ouvrage satirique où sont 
ironiquement proposés à l'admiration publique les mots nou- 
veaux, les métaphores nouvelles créées par les écrivains du 
commencement du dix-huitième siècle. « Nous lisons les beaux 
livres, mais faisons-nous attention aux choses précieuses qu'ils 
renferment? Nous ne remarquons point les découvertes et les 
cnrichissemens de la langue, les expressions saillantes et les 
constructions heureusement imaginées dont d'illustres écri- 
vains ont depuis peu décoré leur style.... 

« La création des pensées est devenue désormais impossible, 
et notre esprit a beau penser, il ne travaille plus qu'en vieux. 
•Mais ce vieux sera neuf, ou du moins le semblera, si nous 

1. Lettre sur les occupations de VAcadémie, III, Projet d'enrichir la lan- 
ijue. Fciiclon a mis en |)ratique les conseils qu'il donnait : «On dit que vousper- 
ijiuifjuez (pergriccaniini) tous ensemble ; les mœurs antiques pour les cènes ne 
m'édifient pas. » [Lettre à Vahbé de Larujeron, 12 oct. 1701.) — «N'allez ni à 
Tulle ni à Sarlat.... Vous trouveriez des chemins salébreux et ennemis des roues.» 
[Lettre à Vahbè de Beaumont , 1" juin 1714). Il faut avouer que ces néologismes 
ue sont pas heureux. 

2. « Il règne aujourd'hui dans le langage une affectation si puérile, que le jar- 
gon des Précieuses de Molière n'en a jamais approché. Le stile frivole et recher- 
ihé passe des caffés jusqu'aux tribunaux les plus graves: et si Dieu n'y met la 
main, la Chaire des Prédicateurs sera bientôt infectée de la même contagion. Rien 
ne pont nncux réussir à en préserver le public, que quelque ouvrage qui en fasse 
sentir le ridicule; et pour cela il n'y a autre chose à faire que de lui présenter, 
d:ms un Extrait (idéitî, toutes ces phra.ses vuides et alanibi(iuées, dont les nou- 
veaux Scudéris de notre temps ont farci leurs ouvrages, même les sérieux. » (Let- 
tre de Housseau dans VJJistuire littéraire de l'Euro]>e, La Haye; citée en tête 
du Dictionnaire néologique.) 

3. Dictionnaire néolofjique à l'usage des Beaux-Esprits du siècle, avec VéloyC 
historit/ue de Pantalon-Phébus, par un avocat de province. 



— 21 — 

riuahillons do neuf, si nous sravons le revôtir d'expressions 
rares, de mots heureusement hazardés et de tours d'élocu- 
tion affranchis d'une certaine trivialité insipide, qui confond 
l'esprit sublime avec le rampant vulgaire. 

« Mais, dira-t-on, il est interdit aux particuliers de s'ériger 
en créateurs de termes, et d'introduire dans le langage des 
façons déparier insolites? Sur quoi est fondée cette maxime? 
Sur un préjugé méprisable. Notre langue est fort différente de 
ce qu'elle étoit il y a cent ans. Elle a adopté une infinité de 
termes qui auparavant n'étoient pas connus. On a donc créé 
des mots dont nous nous servons aujourd'hui, comme s'ils 
étoient anciens ; nous ne nous informons pas même de leur 
âge : notre langue en est devenue plus riche et plus com- 
mode. 

« Direz-vous que la langue Françoise est parfaite à présent, 
qu'elle renferme tous les mots nécessaires ou utiles, et qu'un 
enrichissement ultérieur ne feroit que la gâter? Ce diction- 
naire fera voir clairement que ses besoins ri'aguères étoient 
extrêmes, avant que les illustres auteurs que j'admire l'eus- 
sent soulagée par leurs brillantes largesses. J'ajoute qu'elle 
est encore assez pauvre et que son indigence invite toutes les 
plumes à lui faire la charité. Car à qui appartient-il de faire 
des mots? Est-ce aux sçavans? Est-ce aux ignorans? Il me 
semble que c'est aux sçavans *. » 

Voici quelques-uns des articles de ce dictionnaire : 

« Estomaquer », expression qui a des grâces, surtout en 
vers [Fable III, livre v [de La Mothe], où il s'agit du Renard 
Prédicateur) : 

C'est ainsi que s'estoma/jiioit 
Le Pythagore à longue queue. 
Ses exclamations s'entendoient d'une iieuë, 
Et son zèle le suffoquoit. 

« Étrener, au neutre. » Ce terme a toujours passé pour bas, 
et n'a été en usage que parmi les petits marchands en détail 
qui disent quelquefois : Je n'ai pas étrené de la semaine. 
Mais un fameux poëte ayant fait à cette expression l'honneur 
de l'adopter, c'est à présent un mot élégant. Dans la fable 12 
du IV* livre, il dit : 

Et Minerve rCétrena pas. 

1. Dictionn. néolog., Préface. 



— 22 — 

i<Au traversa y> : Un poëte célèbre dit bien ingénieusement 
{Iliade, livre III, p. 56) : 

Mais quand, à la splendeur, la fille de Léda 
Au travers de la vieille eut connu la déesse. 

Connoître à la splendeur une déesse au travers d'une vieille, 
cela est bien dit. C'est ainsi qu'au travers d'un homme vanté, 
on connoît quelquefois, à la splendeur de la critique, un fort 
mauvais écrivain. « 

Tel est le cadre de ce livre où l'auteur critique, souvent avec 
plus d'esprit que de jugement, tantôt la langue maniérée 
des Fontenelle et des La Mothe, leurs tournures raffinées, 
leurs métaphores forcées et désagréables, tantôt la manie du 
néologisme qui crée Vérudit , le sentimenté, le science, etc. 
L'abbé Desfontaines mérita en cette occasion un demi-éloge 
de Voltaire : « Il parut , il y a quelques années, un Diction- 
naire néologique dans lequel on montrait ces fautes dans tout 
leur ridicule. Mais malheureusement cet ouvrage, plus satiri- 
que que judicieux, était fait par un homme un peu grossier, 
qui n'avait ni assez de justesse dans l'esprit, ni assez d'équité 
pour ne pas mêler indifféremment les bonnes et les mauvaises 
critiques *. » 

D'autres protestations s'élevèrent à côté de celles de l'abbé 
Desfontaines : celles de Goujet, de Laharpe, de Gresset; enfin, 
et surtout, celles de Voltaire qui, tout en se plaignant de la 
délicatesse de la « gueuse fière », déplore les nouveautés qui 
déforment la langue : « Il me semble, dit-il, que lorsqu'on a 
eu dans un siècle une quantité suffisante de bons écrivains 
devenus classiques, il n'est plus guère permis d'employer 
d'autres expressions que les leurs, et qu'il faut leur donner le 
môme sens, ou bien dans peu de temps le siècle présent n'en- 
tendrait plus le siècle passé *. » 

« Cette envie de briller et de dire d'une manière nouvelle 
ce que les autres ont dit est la source des expressions nou- 
velles comme des pensées recherchées. Qui ne peut briller par 
une pensée veut se faire remarquer par un mot. Voilà pour- 
quoi on a voulu, en dernier lieu, substituer rtm«6^7^7és au mot 
d'agréments , négligemment à avec négligence , badiner les 

1. Dictionnaire philosophique: article {lanyue) française; tout l'article est à 
lire. 

2. I/»cl. 



— 23 — 

arnmirR à hfuJincr avec Icfi amours. On a cont autres afTecta- 
tions (Je cette espèce. Si on continuait ainsi, la langue des Bos- 
suet, des Racine, des Pascal, des Corneille, des Boileau, des 
Fénelon, deviendrait bientôt surannée. Pourquoi éviter une 
expression qui est d'usage, pour en introduire une qui dit 
précisément la même chose ? Un mot nouveau n'est pardonna- 
ble que quand il est absolument nécessaire, intelligible et so- 
nore. On est obligé d'en créer en physique; une nouvelle dé- 
couverte, une nouvelle machine, exigent un nouveau mot : 
mais fait-on de nouvelles découvertes dans le cœur humain ? 
Y a-t-il une autre grandeur que celle de Corneille et de Bos- 
suet? Y a-t-il d'autres passions que celles qui ont été maniées 
par Racine, effleurées par Quinault? Y a-t-il une autre mo- 
rale évangélique que celle du P. Bourdaloue? 

« Ceux qui accusent notre langue de n'être pas assez fé- 
conde doivent en effet trouver de la stérilité, mais c'est dans 
eux-mêmes. Res verba sequentur^. » 

Ici, comme ailleurs, Jean-Jacques est le contre-pied d'Arouet; 
il prend son parti du barbarisme avec son ton ordinaire de 
sauvage dogmatique : « Ma première règle, à moi, qui ne me 
soucie nullement de ce qu'on pensera de mon style, est de me 
faire entendre. Toutes les fois qu'à l'aide de dix solécismes 
je pourrai m'expliquer plus fortement ou plus clairement, je 
ne balancerai jamais. Pourvu que je sois bien compris des 
philosophes, je laisse volontiers les puristes courir après les 
mots^ » 

En 1770, Pons-Auguste Alletz recommence, après quarante- 
quatre ans, l'œuvre de Desfontaines, mais sans esprit de sa- 
tire ni de critique. Son Dictionnaire des richesses de la langue ' 
est une collection faite avec soin des néologismes , et surtout 
des expressions figurées , des images nouvelles mises à la 



1. Dictionnaire philosophique, au mot. Esprit. Cf. également les Lettres à 
l'abbé d'Olivet, 17 mars et 20 août 1761. 

2. Lettre sur une nouvelle réfutation, t. I, p. 69 de l'édition Hachette, 13 vol. 
in-12, 1865. — Ce que Rousseau dit en philosophe, saint Grégoire le disait en pré- 
Ire, dix siècles plus tôt. «Non metacismi collisionem fugio, non barbarismi con- 
fusionem devito, situs motusque propositionum casusque servaro contemno, quia 
indignum vohementor existiino, ut verba ciiilestis oraculi restringam subregulis 
Donati. » (Prxf. Job, \, 6). Au fond, c'est l'avis de Martine qui le dit plus simple- 
ment (jue l'un et l'autre : 

Quand on se fait entendre, on parle toujours bien. 

3. Dictionnaire des richesses de la langue française et du néologisme qui 
s'y est introduit. Paris, 1770, in-12. L'ouvrage est anonyme. 



— 24 — 

mode par les écrivains du dix-huitième siècle. « Depuis un 
demi-siècle, dit l'auteur, il s'est fait un changement considéra- 
ble dans la langue; quantité d'expressions qui n'étoient point 
en usage dans le dernier siècle se sont introduites, et elles ont 
si bien passé que ce n'est point être néologue que de s'en ser- 
vir. Une infinité de métaphores qui auroient paru autrement 
trop hardies sont aujourd'hui en usage. » 

En parcourant les cinq cents pages de ce livre, on voit com- 
bien on est loin de la langue classique de Racine et de Bossuet, 
et l'on ne peut s'empêcher de penser que l'abbé d'Olivet, à la 
même époque, s'abuse singulièrement quand, réduisant ce 
qui a vieilli dans la langue de Racine à un substantif et quel- 
ques particules, il conclut : « Je demande s'il y a là de quoi 
accuser la langue françoise d'aimer le changement. Car enfin, 
à remonter du jour où j'écris ceci (1767) jusqu'au temps oii 
parurent les premières tragédies de Racine, nous avons un 
siècle révolu *. « 

Cette prétendue immobilité de la langue n'empêchera pas l'au - 
teur du Méc/ian/ de jeter, dix ans après, un cri d'alarme. Gresset, 
dans son discours de réception de M. Suard à l'Académie fran- 
çaise (1777), déplore, en un style qui n'est plus celui de Vert- 
Vert, que « l'abus que fait du langage la dépravation qui nous 
gagne retranche de jour en jour à la langue française beau- 
coup de mots et de façons de s'exprimer dont on ne peut 
plus se servir impunément; et les gens sensés, les gens ver- 
tueux seront bientôt réduits à ne pouvoir plus employer des 
termes du plus grand usage sans se voir arrêtés, interrom- 
pus, tournés en dérision par l'abus misérable de mots, les pi- 
toyables équivoques si bêtement ingénieuses, les stupides al- 
lusions de ces demi-plaisants, de ces bouffons épais qui 
entendent grossièrement finesse à tout, et dont les plates gen- 
tillesses et la triste gaieté s'épanouissent dans la fange. 

«Il s'en faut bien, messieurs, que ces pertes réelles de la 
langue soient compensées par ses modernes acquisitions. De 
quelles tristes richesses, inconnues il y a peu d'années, et de 
quelle ridicule bigarrure de noms ne se trouve-t-elle pas sur- 
chargée! 

« Quel étrange idiome lui est associé par les délires du luxe 
et par les variations des fantaisies dans les meubles, les ha- 

1. Hemarques sur Racine, dans ses Remarques sur la langue franmisc 
(1793), p. 'Ikh. 



— 25 — 

bits, les coiffures, les ragoûts, les voitures! Quelle foule de 
termes nouveau-nés depuis Vottomane ']usqu' h \a. chiffonnière, 
depuis le frac et la chenille jusqu'au caraco^ depuis les 6m- 
gneuses jusqu'aux iphigémes, depuis le cabriolet et la déso- 
bligeante, jusqu'au solo et la dormeuse!... >> 

Gresset convient que le mal serait fort léger si les acquisi- 
tions nouvelles se bornaient à ces noms : « Ils iraient se ran- 
ger dans la classe de tous les mots techniques dont le dépôt 
littéraire de notre langue n'est point obligé de se charger (!) » ; 
mais ce qu'il faut regretter, c'est l'abus d'expressions qui, 
« dénaturées aujourd'hui par un emploi qui leur est étranger, 
dégradent la langue française en lui ôtant sa justesse et sa 
précision.... A chaque instant, pour les choses les plus sim- 
ples, les événements les plus indifférents, pour des misères, 
pour des riens, on se dit charmé, pénétré, comblé, transporté, 
enchanté, ou désolé, excédé, confondu, désespéré, anéanti, etc. » 

Et Gresset, sur ce ton, continue ses doléances durant six ou 
huit pages. Qu'aviez-vous fait de votre plume, ô poëte de la 
Chartreuse ? 

Nous arrivons à la Révolution. Elle va mettre en circulation 
un nombre considérable de mots nouveaux appelés par la si- 
tuation nouvelle, matérielle et morale. Il se publie alors di- 
vers Dictionnaires néologiques' qui sont avant tout des œu- 
vres politiques, des écrits de combat. Derrière ces mots 
nouveaux, ennemis et amis du nouvel ordre de choses atta- 
quent ou défendent les choses nouvelles qu'ils expriment. 

En 1794, paraît un livre d'un caractère tout différent qui 
ouvre la voie à toute une série de travaux du même genre. 
C'est l'œuvre d'un philologue qui propose aux écrivains un 
nombre considérable de mots nouveaux ; c'est le néologisme 
érigé en système. Le Vocabulaire des nouveaux privatifs fran- 
çais du savant Pougens' est une œuvre de travail et de science 



1. Petit dictionnaire des grands hommes et des grandes choses qui ont rapport 
à la Révolution, par une société d'aristocrates. Paris, imprimerie de l'administra- 
tion judiciaire, 179». — Dictionnaire national et anecdotique pour servira l'intel- 
ligence des mots dont notre langue s'est enrichie depuis la Révolution, etc., par 
M. de l'Kpithète, élève de feu M. Reauzée, à Politicopolis, chez les marchands de 
nouveauté, 1790. — Nouveau dictionnaue pour servir à l'intelligence des termes 
mis en vogue par la Révolution, dédié aux amis du Roy, de la religion et du sens 
commun, 179'2. — Dictionnaire laconique, véridiciuo et impartial, ou Ktrennes aux 
démagogues.... l'an 3" de la prétendue liberté. — Dictionnaire néologique des 
hommes et des choses, Paris, an viii, tome I (A-BE). 

2. (Ih. Pougens, Vocabulaire, de nouveaux privatifs français imités (les 



— 26 — 

où Tau leur réunit un millier de mots composés avec dé [dés], 
dis, in, mé [mes), qu'il forme d'après l'anafo^ie des mots de 
même famille existant déjà en français, ou des mêmes mots 
existant en latin, en italien, en espagnol ou même en allemand 
et en anglais. Le meilleur éloge qu'on puisse faire de ce livre 
est que la plupart de ces composés ont été consacrés par 
l'usage. 

Ce que Pougens faisait pour une classe de mots. Mercier, 
l'auteur du Tableau de Paris, le tentait avec une singulière 
hardiesse, sur tout le domaine de la langue. Il y revendique le 
droit absolu au néologisme ; la seule règle qu'il s'impose est 
que les mots nouveaux ne violent pas les lois fondamentales 
de la langue, qu'ils soient conformes à l'analogie, qu'ils 
soient clairs. « La liberté en ce genre, quoique poussée un 
peu loin, est cent fois moins dangereuse que la gêne et la con- 
trainte. » D'après ces principes, l'auteur propose une collec- 
tion de mots nouveaux, les uns dus à des contemporains ; 
d'autres, en petit nombre, repris aux auteurs du seizième 
siècle et disparus de la langue; la plupart créés par lui et ac- 
compagnés d'exemples de son invention, destinés à en mar- 
quer l'emploi. Il faut reconnaître que cette Néologie^, à côté 
d'expressions téméraires et mal venues, en contient plus d'une 
bien frappée, énergique, nette, et qui a mérité de faire fortune. 

Charles Pougens, en 1822, continue l'œuvre de Mercier et la 
sienne propre dans son Archéologie française'^. C'est une col- 
lection de mots tombés en désuétude et qui méritent, selon 
Pougens, d'être rendus au langage moderne. Le choix est 
fait avec science et goût. 

L'ouvrage de Mercier a un caractère littéraire ; ceux de Pou- 
gens un caractère scientifique. On n'en peut dire autant de 
ceux qui suivent. 

En 1842, M. J. B. Richard, de Radonvilliers, publie un petit 
volume in-8'' intitulé : « Enrichissement de la langue fran- 
çaise, Dictionnaire de mots nouveaux, système d'éducation, 
pensées politiques, philosophiques, morales et sociales. » 



langues latine, italienne, espagnole, portugaise, allemande et anglaise. Paris, 
1794, in-8. 

1. Mercier, Néologie ou Vocabulaire des mots nouveaux. Paris, 1801, 2 vol. 
in-8. 

2. Ch. Pougens, Archéologie française, ou Vocabulaire des mots anciens 
tombés en désuétude, et propres à être restitués au langage moderne, tome I, 
1821 \ tome II, 182:); in-8. 



— 27 — 

L'auteur déclare dans l'avant-propos présenter au public un 
recueil de mots « pris dans les écrivains modernes, dans un 
grand nombre d'orateurs distingués, enfin, dans toutes les 
notabilités de la presse. » Peut-être dans la liste qu'il publie 
quelques-uns sont, en effet, pris à des auteurs contemporains; 
mais la plupart offrent les traces évidentes de création per- 
sonnelle. Après les articles l'auteur ajoute, en exemples, des 
réflexions d'un style qui lui appartient en propre ^ 

La seconde édition a paru en 1845 sous le môme titre % mais 
le sous-titre a disparu avec les exemples qui le justifiaient. 
L'auteur se reconnaît comme l'inventeur des mots proposés : 
il a voulu créer des mots nouveaux en suivant — ce dont on 
ne saurait trop le louer — les lois de l'analogie de la langue. 
Il termine son avant-propos par cette judicieuse observa- 
tion : 

« Dans une aussi grande quantité de mots nouveaux que 
celle que je présente, sans doute quelques-uns paraîtront d'a- 
bord durs, d'une prononciation peut-être difficile, et rinhal)i- 
tude elle-même ne contril)uera pas peu à produire cet efl'et. 
Mais si on répète quelquefois seulement ces mots et si on 
considère leurs sens, ce qu'ils expriment, cet inconvénient 
disparaîtra vite, parce qu'ils seront dans l'esprit, et on se fa- 
miliarisera avec eux aussitôt qu'on aura fait la part à l'inha- 
bitude. » 

Dans les vingt mille mots que M. Richard, de Radonvilliers, 
présente au lecteur et avec lesquels il l'engage à se familia- 
riser, en dépit de l' inhabitude, près de deux mille cinq cents 
sont des privatifs nouveaux composés avec dé; l'auteur a pré- 
posé la particule négative à tous les mots du dictionnaire ; 
avec re l'auteur en compose environ deux mille. La méthode, 

1. En voici un échantillon : 

« Ahdération, subst. féin.; action d'abdérer, de tenir caché, enseveli, de ne pas 
laisser connaître. « [Abdérer, d'où l'auteur tire abdération, abdéralif, est le la- 
tin abdere.) 

« Abdérntif, ive, adj. ; qui est de Vàbdération, qui concerne Vabdération, qui 
marque Vabdéralion. » 

« Pour tout ce qui actionne par Ymvrai, Vabdêratif est un indispensable auxi- 
liaire; car tons les faux ne conduiraient <à rien s'ils n'étaient bien cachés, impé- 
nctrahiUsi's. On ne trompe jamais par la vérité; aussi toujours elle s'inabdère et 
s'évideyicie. iMais le mensonfj^e s'abdère, parce que son évidence, sa publicité, lui 
amèneraient tous les obstacles, toutes les sévérités, toutes les énergies, et toutes 
les justices de la vérité. » 

2. Avec un petit changement dans le nom de l'auteur: en 1842, J. B. Richard, 
de Radonvilliers ; en 1845, J. B. Richard de Radonvilliers : néologisme par simple 
suppression de virgule, procédé assez commun dans l'onomastique contemporain^. 



— 28 — 

comme l'on voit, est d'une simplicité parfaite, coinmc toutes 
les méthodes vraiment fécondes. Quelques-unes de ces créa- 
tions sont d'une élégante originaUté: fl muser, ce qui signifie: 
dévaster comme un fléau; exemple : « la guerre fléause les 
peuples»; héréditariation ; s'amouréiser, amouréisation ; 'mau- 
vaisujettisme, inauvaisujettiser , mauvaisujeltisalion, maiivaisu- 
jettisable ; immalpropreté, mot indiquant la « qualité'de ce qui 
n'est pas malpropre, de ce qui est propre », car deux néga- 
tions se détruisent et valent une affirmation ; maingratisable, 
c'est-à-dire « qui est susceptible de prendre le penchant, le 
caractère de l'abbé Maingrat, de se livrer, comme lui, au viol, 
à l'assassinat de ses pénitentes! » 

Cette tentative passa inaperçue. De nos jours un publiciste 
plus heureux sur d'autres domaines, a de nouveau essayé 
d'enrichir le lexique françaisde plusieurs milliers de mots*. De 
son travail il n'a paru que quelques livraisons, l'auteur s'é- 
tant contenté de tracer un sillon et de marquer la voie. Espé- 
rons que les disciples viendront compléter l'œuvre du maître 
et que la lettre A ne sera pas la seule à s'enorgueillir de ses 
nouvelles conquêtes : amérissement, amérissabilité, assaillatif, 
a f frayant, affligible, etc.^. 

Il est inutile de faire observer que ces théoriciens du néo- 
logisme, en essayant d'épuiser systématiquement toute la 
série des barbarismes possibles, ne tombent que rarement 
sur des formes capables de naître. Ce n'est point dans ces col- 
lections que l'écrivain, à court d'expression, ira jamais cher- 
cher le barbarisme nécessaire; il le créera de lui-même, sur 
le besoin de l'instant et sous l'action inconsciente de l'analo- 
gie. Ce n'est point dans ces œuvres artificielles et par suite 
monstrueuses qu'il faut étudier le néologisme; c'est dans les 
œuvres réelles et vivantes, dans les barbarismes des écrivains 
et du peuple. 

Les polémiques des deux siècles derniers se sont naturelle- 
ment poursuivies dans le siècle présent, mais moins vives et 
moins continues. Jamais, cependant, le néologisme n'a été 
plus envahissant, et n'aurait dû, semble-t-il, provoquer une 

1. Cinq mille mots logiquement inhérents à la langue française, omis par tous 
les dictionnaires et restitués par Alexandre Weil, Paris, 1873. — Il a paru quatre 
fascicules de cet ouvrage. 

2. Au milieu d'assertions plus qu'originales, il faut noter d'excellentes observa- 
tions telles que la suivante : « Tout mot qui n'est pas compris par les enfants et 
les femmes est mauvais et anti-national » (p. 72). 



— 29 — 

réaction plus énergique. Mais c'est que les conditions, d'un 
siècle à l'autre, ont changé; une série de révolutions dans 
l'ordre politique, industriel et social, en jetant dans la circu- 
lation une infinité d'objets nouveaux et d'idées nouvelles, 
et sans cesse renouvelées, a fait éclater, sans résistance pos- 
sible, les barrières anciennes du lexique. 

Ces objets nouveaux et ces idées nouvelles doivent néces- 
sairement se faire leurs noms. Nul mot existant dans la lan- 
gue ancienne ne pouvait exprimer ce qu'expriment mitrailleuse, 
porte-monnaie; vélocipède, photographie, télégraphe; square, 
tunnel; réactionnaire, socialisme, nihiliste; budget. 

A côté de ce néologisme ^de choses, néologisme nécessaire 
parce qu'il correspond à un objet réel, continue, comme dans 
les siècles précédents, ce qu'on peut appeler le néologisme 
d'expression, qui prétend fonder sa légitimité sur une analyse 
nouvelle des sentiments et des sensations. 

Ce néologisme, dans son principe, n'est point propre à notre 
siècle, mais appartient à toute langue et à toute littérature 
savante. C'est lui que dénonce Desfontaines dans son Diction- 
naire, contre lequel s'élève éloquemment Voltaire, quand il 
demande si l'on a fait de nouvelles découvertes dans le cœur 
humain. C'est ce néologisme qui domine dans le style de 
Fontenelle, de La Motte, et que Marivaux pousse à l'abus. 
Il a pris un singulier développement de nos jours où les vues 
vraies ou fausses, saines ou maladives, et les habitudes d'es- 
prit plus profondes ou plus raffinées, amenées par le renou- 
vellement des systèmes philosophiques, des théories scienti- 
fiques, de l'analyse psychologique, ont changé non le fond, 
éternel et immuable, des sentiments et des sensations qui 
font l'homme, mais leurs apparences, leurs formes, leurs 
jeux, leurs combinaisons- C'est ce néologisme qui caractérise 
la langue des écrivains romantiques, depuis Chateaubriand*. 
Les lignes suivantes de Th. Gautier sur le poëte des Fleurs du 
mal nous donnent l'expression de cette théorie ^ : 

« Il aimait ce qu'on appelle improprement le style de 
décadence, et qui n'est autre chose que l'art arrivé à ce 
point de maturité extrême que déterminent à leurs soleils 
obliques les civilisations qui vieillissent: slyle ingénieux, 



1. Surtout dans ses Mémoires d^outre-tomhe. 

2. En môme temps qu'un exemple frappant de ce stylo malsain, morbide, qui 
est devenu l'idéal de la plus grande partie de nos poètes (?) contemporains. 



— 30 — 

compliqué, savant, plein de nuances el de recherches, re- 
culant toujours les bornes de la langue, empruntant à 
tous les vocabulaires techniques, prenant des couleurs à 
toutes les palettes, des notes à tous les claviers, s'efTorçant à 
rendre la pensée dans ce qu'elle a de plus ineffable, et la forme 
en ses contours les plus vagues et les plus fuyants, écou- 
tant pour les traduire les confidences subtiles de la névrose, 
les aveux de la passion vieillissante qui se déprave, et les hal- 
lucinations bizarres de l'idée fixe tournant à la folie ; le style 
de décadence est le dernier mot du verbe sommé de tout 
exprimer et poussé à l'extrême outrance. On peut rappeler, à 
propos de lui, la langue marbrée déjà des verdeurs de la 
décomposition et comme faisandée du bas-empire romain et 
les raffinements compliqués de l'école byzantine, dernière 
forme de l'art grec tombé en déliquescence ; mais tel est bien 
l'idiome nécessaire et fatal des peuples et des civilisations où 
la vie factice a remplacé la vie naturelle et développé chez 
l'homme des besoins inconnus Ce n'est pas chose aisée, d'ail- 
leurs, que ce style méprisé des pédants, car il exprime des 
idées neuves avec des formes nouvelles et des mots qu'on n'a 
pas entendus encore. A l'encontre du style classique, il admet 
l'ombre, et dans cette ombre se meuvent confusément les larves 
des superstitions, les fantômes hagards de l'insomnie, les 
terreurs nocturnes, les remords qui tressaillent et se retour- 
nent au moindre bruit, les rêves monstrueux qu'arrête seule 
l'impuissance, les fantaisies obscures dont le jour s'étonnerait, 
et tout ce que l'âme, au fond de sa plus profonde et dernière 
caverne, recèle de ténébreux, de difforme et de vaguement hor- 
rible. On pense bien que les quatorze cents mots du dialecte 
racinien ne suffisent pas à l'auteur, qui s'est donné la rude 
tâche de rendre les idées et les choses modernes dans leur 
infinie complexité et leur multiple coloration ^ » 

Les mêmes idées, dans ce qu'elles ont de légitime, nous 
sont données par un autre écrivain bien supérieur en bon 
sens et en goût, et qui certes représente l'esprit français mieux 
que les enfants perdus du romantisme : « J'ai autrefois, dit 
Brillât-Savarin, entendu à l'Institut un discours fort gracieux 
sur le danger du néologisme et sur la nécessité de s'en tenir à 
notre langue telle (ju'elle a été fixée par les auteurs du bon 
siècle. 

1. Éliuie sur Charles Baudelaire en lôlo des Œuvres couipléles de Bau- 
delaire. 



— 31 — 

«Comme chimiste, je passai cette œuvre à la cornue; il 
n'en resta que ceci : Nous avons si bien fait qu'il n'y a pas 
moyen de mieux faire, ni de faire aulremenl. Or, j'ai vécu 
assez pour savoirque chaque génération en dit autant et que 
la génération suivante ne manque jamais de s'en moquer. 

« D'ailleurs, comment les mots ne changeraient-ils pas, 
quand les mœurs et les idées éprouvent des modifications 
continuelles? Si nous faisons les mêmes choses que les anciens, 
nous ne les faisons pas de la même manière ; et il est des pages 
entières dans quelques livres français qu'on ne pourrait tra- 
duire ni en latin, ni en grec. * » 

Les protestations contre cette invasion du néologisme fu- 
rent rares. La grande querelle littéraire du siècle porte ail- 
leurs, sur une question d'esthétique, non sur la langue. Une 
voix néanmoins se fit entendre, celle de M. Viennet, qui le 
14 août 1855, en séance solennelle de l'Institut, dénonça à 
Boileau, avec une verve mordante, les attentats des néo- 
logues : 

Il faut des noms nouveaux à ces nouveaux artistes, 
Ils se nomment entre eux bohèmes, fantaisistes; 
Ils ont, pour se louer, des termes inconnus 
Que la tour de Babel n'a pas même entendus.... 
Chacun fait son argot, sa grammaire nouvelle. 
Chacun peut à son gré, sans crainte d'un revers, 
Dégingander sa prose et déhancher ses vers, 
Barbariser son style, empenner son génie 
Et, comme ses lecteurs, flouer la prosodie : 
Des critiques charmés viendront, le lendemain, 
Vanter de ses écrits le lyrisme et V entrain.... 

Je maudis ces auteurs dont le vocabulaire 
Nous encombre de mots dont nous n'avons que l'aire ; 
Qui sur de vains succès basant un fol orgueil, 
D'un œil ambitieux fixent notre fauteuil ; 
Qui pour utiliser leur frivole existence 
Des corrupteurs du goût activent la licence, 
Formulent leur pensée en style de Purgon ; 
Ou qui, gardant au cœur la foi de Saint-Simon, 
S'indignant que la femme k l'homme soit soumise. 
Demandent que l'Ktat la désubalternise.... 

On n'entend que des mots à déchirer le fer : 
Le railway, le tunnel, le ballast, le tender, 
Express, tr-ucks et wagons; une bouche française 
Semble broyer du verre ou mâcher de la braise.... 

1. l'Ivjisinlo'jic du (joût, préface, p. 27 de l'édition Charpentier, 1847, in-12. 



— 32 — 

Faut-il pour cimenter un merveilleux accord i 
Changer l'arène en turf et le plaisir en sport? 
Demander à des clubs l'aimable causerie? 
Flétrir du nom de grooms nos valets d'écurie, 
Traiter nos cavaliers de gentlemen-riders ? 
Et de Racine enfin parodiant les vers, 
Montrer, au lieu de Phèdre, une lionne anglaise 
Qui dans un handicap ou dans un steepie-chasc 
Suit de l'œil un wagon de sportsmen escorté 
Et fuyant sur le fur/" par un truck emporté? 

VÈpître à Boileau eut un succès retentissant; on s'égaya 
pendant plusieurs semaines aux dépens du néologisme qui 
n'en mourut pas. 

Pourquoi ? 

m 

Les néologismes peuvent se diviser en deux classes 
p^uivant qu'ils désignent des faits nouveaux, objets ou idées, 
ou qu'ils désignent autrement des faits anciens. 

Les faits nouveaux veulent des noms nouveaux : le néolo- 
gisme en ce cas est, non-seulement légitime, mais nécessaire: 
tels sowi porte-monnaie^ photographie, tramway, socialisme. 

Ces noms sont créés par des Français (ils sont alors for- 
més d'éléments français, latins ou grecs), ou ils sont reçus des 
étrangers. Ils sont étrangers quand l'objet l'est lui-même; 
ils viennent et s'acclimatent avec lui. 

M. Viennet déplore l'invasion anglaise; le français ne suf- 
lirait-il pas à dénommer les objets venus d'outre-Manche ? 
Notre langue 

Sera-t-elle plus riche, alors que nos marins 
Auront du nom de docks baptisé leurs bassins? 

Généralisons l'objection : pourquoi ne pas donner un nom 
français à l'objet étranger? Pourquoi ne pas dire carré, au 
lieu de square qui signifie proprement carré? voilure au lieu 
de wagon qui a absolument le môme sens? 

Nous touchons ici à un fait de psychologie du langage. 

Le jardin anglais, importé en France, est un objet nouveau ; 
on l'importe avec son nom ; et ce nom, nouveau comme l'objet, 
frappe, comme lui, par sa nouveauté. Le peuple apprend l'un 
en môme temps que l'autre ;etle signe et la chose signifiée se 

1 . Entre la France et l'AncIcIcrre. 



— 33 — 

gravent sans peine dans sa mémoire. A square essayez de 
substituer carré ; ce mot, compris de tous, a des significations 
multiples ; pour en faire le nom de l'objet nouveau, le peuple 
sera obligé de faire un travail intellectuel qui, par une ex- 
tension dans la signification, approprie le mot à la chose; il 
faudra qu'il repasse par l'état d'esprit qui, chez nos voisins 
anglais, a donné à square sa signification spéciale. Il y a làun 
effort intellectuel inutile, et comme l'esprit d'instinct va droit 
au plus simple, comme la nature cherche à dépenser un mini- 
mum d'efi'ort, le peuple trouve plus facile d'apprendre un mot 
inconnu avec l'objet nouveau dont il est le nom précis , l'ex- 
pression adéquate, que d'ajouter à un mot connu et de com- 
préhension déjà large une signification nouvelle. 

Passons à la seconde sorte de néologisme: il consiste à sub- 
stituer à un mot ancien, à une périphrase ancienne, un mot 
nouveau. Ce néologisme est soit littéraire, soit populaire, 
c'est-à-dire soit créé par les écrivains , soit créé par le 
peuple. 

Le néologisme de l'écrivain est une création littéraire, con- 
sciente, et qui tend à une fin esthétique ; il relève des lois de 
la critique. Celui qui l'essaye doit pouvoir justifier la liberté 
qu'il a prise avec la langue. Autrement dit, il faut que le mot 
soit nécessaire dans la circonstance donnée, qu'il soit l'expres- 
sion la plus nette ou la plus forte de l'idée à représenter. A 
cette condition, il sera pardonné; bien plus il méritera de 
durer et durera : c'est par des audaces de ce genre que nos 
grands écrivains ont enrichi la langue. 

Parfois le néologisme littéraire est amené par l'ensemble de 
la phrase, l'enchaînement des idées et s'impose de lui-même. 
M. Villemain , dans la préface du Dictionnaire de l'Académie 
(édition de 1835), parlant des langues qui se constituent, se 
transforment et périssent suivant les lois qui règlent la vie des 
choses humaijies, écrit la phrase suivante: « Dans une contrée 
de l'immobile Orient où nulle invasion n'a pénétré, où nulle 
barbarie n'a prévalu, une langue parvenue à sa perfection, s'est 
déconslruite et altérée d'elle-même, par la seule loi du change- 
ment, naturelle à l'esprit humain. » Déconstruire manque au 
Dictionnaire de l'Académie; il n'est pas admis par l'usage qui 
n'en sent point la nécessité permanente; et toutefois ici il est 
si bien amené par l'ensemble des idées qu'on le trouve tout 
naturel ; c'est le seul terme propre et toute périphrase serait 
vicieuse. C'est un de ces mots éphémères qui naissent avec le 

3 



— 34 -^ 

besoin instantané et meurent dès qu'il cesse ; ce ne sont pas 
des mort-nés ; ils ont vécu un moment et peuvent revivre avec 
la circonstance qui les a créés. 

Si le néologisme littéraire relève de la critique et lui doit 
compte de ses créations, le néologisme populaire ne relève que 
de lui-même, et c'est à la science à en rendre compte. 

Les anciens l'avaient déjà reconnu : le peuple est souverain 
en matière de langage : Populus in sua potestate, singuli in 
illitts^ disait Varron, et avant lui Platon : Le peuple est en ma- 
tière de langue un très-excellent maître*. Voltaire le constate 
en le regrettant: « Il est triste qu'en fait de langues, comme 
en d'autres usages plus importants, ce soit la populace qui 
dirige les premiers d'une nation'. » 

Le suffrage universel n'a pas toujours existé en politique; 
il a existé de tout temps en matière de langue ; là le peuple est 
tout-puissant, et il est infaillible, parce que ses erreurs, tôt ou 
tard, font loi. Le langage en effet est une création naturelle et 
non une construction rationnelle et logique. Les hommes, 
pour communiquer entre eux leurs idées, recourent d'instinct 
à un ensemble, à un système de signes naturels qui se modi- 
fient sans cesse, dans le temps et dans l'espace, sous l'action 
de lois physiologiques et de lois psychologiques; mais du mo- 
ment que la plus grande partie des hommes se comprennent 
à l'aide de ce système , celui-ci a rendu les services qu'on est 
en droit de lui demander. Voilà pourquoi même les erreurs de 
logique, les anomalies, du moment qu'elles sont acceptées 
de tous, cessent d'être anomalies, et deviennent formes 
légitimes de la pensée. Tel est le fondement du principe qu'au 
pouvoir de l'usage seul est la règle du langage : 

Quem pênes arbitrium est et jus et norma loquendi. 

Mais cet usage varie sans cesse: Consuetudo loquendi in 
motu e8t\ Ainsi notre langue, depuis les origines, a obéi à 
certaines tendances qui ont transformé sa phonétique , ses 
formes grammaticales, sa syntaxe, son lexique : sa phonétique, 
sous l'influence permanente qu'a exercée le besoin d'une pro- 

1. De lingua latina, IX, 6. Et plus loin : Ego populi consuetudinis non sUm ut 
dominus; at ille meœ est. 

2. Toutou |jLèv (=toû iXXrjvîÇeiv) ày^ôo'' SiSàffxaXot ol ttoXXoI, xal 5ixa(o)ç inoli» 
voîvt' àv aÙTMv el; ôiSaoxaXîav {Alcibiades, I). 

3 Tome XVII, p. 212 de l'édition Hachette, 1866 (40 vol; in-li) 
4. Varron, L. L. IX, 17. 



— 35 — 

nonciation plus rapide; ses formes grammaticales et sa syn- 
taxe, sous l'action d'un esprit d'analyse qui lentement a dés- 
organisé sa vieille construction à demi synthétique, héritage 
du latin, pour lui substituer une construction plus logique et 
toute raisonnée ; son lexique, sous l'action de cette vie, tou- 
jours mobile et changeante, de l'esprit acquérant sans cesse 
des idées nouvelles, apprenant des faits nouveaux , voyant et 
percevant les choses sous de nouveaux aspects. 

Les transformations de ce dernier ordre, celles du lexique , 
autrement dit les néologismes, ont des causes aussi multi- 
ples, aussi infinies que les faits innombrables qui constituent 
la vie intellectuelle d'un peuple. Pour nous en tenir aux néolo- 
gismes qui substituent de nouvelles expressions à d'anciennes 
qui tombent en désuétude, pourguol, par exemple, ains a-t-il 
disparu devant mais^ moult devant beaucoup, planté devant 
abondance^ ^/loir devant tomber,' heur devant événement, huis 
devant porte , c/îere'"9evanî~lnsâ^e , veer devant défendre, ost 
devant armée, restor devant restauration, navrer devant bles- 
ser, etc.? Pourquoi clore dj sparaît-ilj^résent devant fenner^ 
faillir devant manquer, chaloir devant importer, /bnder oevant 
baser, aviver devant activer, etc. * ? 

Bien que chacun de ces faits ait sa cause spéciale et déter- 
minante, toutefois, si l'on embrasse l'ensemble de ces transfor- 
mations dans leurs successions historiques, on voit dominer 
une ou deux causes générales, dont les applications varient à 
l'infini, mais dont l'action paraît constante. 

Le peuple veut une langue à la fois expressive et claire. 

Tl aime il s'exprimer pàrTma^es; les mots qu^il emploie doi- 

1. Depuis trente années, 

On a, par diverses menées, 

Banni des romans, des poulets, 

Des lettres douces, des billets, 

Des madrigaux, des élégies, 

Des sonnets et des comédies, 

Ces nobles mots : moult, ains, jaçoit. 

Ores, adonc, maint, ainsi soit, 

Ala7it, si que, piteux, icelle. 

Trop plus, trop mieux, je quiers, isnelle, 

Il ne m'en chaut, je n'en puis «lais, 

A grand randon, à toujours mais, 

Mauvaistié, blandice, empirance, 

Tollir, cuider, angoisse, usance, 

Piéça, servant, illec, ainçois, 

Comme étant de mauvais François. 

(Ménage, Requête des Dictionnaires.) 
Cf. plus haut, p. 19. 



— 36 — 

vent parler à V imagination et représenter les objets par quelque 
caractère sensible, parce que c'est par quelque caractère sen- 
sible qu'il les perçoit. Une pièce d'or devient chez lui un jau- 
net, une pièce d'argent un blanCj une grosse montre un oi- 
gnon, le balayeur des rues est un peintre. Mais la métaphore 
s'use à la longue. L'esprit ne voit plus dans le nom de la chose 
l'image où elle se peignait, mais la chose elle-même; la tète 
n'est plus le tesson de pot, testa; c'est la tête, le chef. Le 
terme, ayant cessé d'être expressif, ne désignant plus une qua- 
lité spéciale, devient général, abstrait, et donne la représen- 
tation complète, adéquate de l'objet. Il faut donc que la mé- 
taphore usée se renouvelle ; le tesson fait place à la boule, à la 
trogne. 

Dans la langue commune, même besoin de l'image, quoique 
plus effacée et plus discrète ; elle aussi aspire à la couleur et 
passe sans cesse de l'expression où elle s'est ternie, à celle où 
elle éclate et reluit; et cela même dans l'expression des idées 
abstraites. Autrefois on disait exprimer sa pensée; à présent, 
on commence à la. formuler. Pourquoi? C'est que dans expri- 
mer on ne sent plus la force première, étymologique du mot. 
Exprimer sa pensée., n'est plus la presser, la faire sortir 
par pression et la condenser dans des mots ; c'est simplement 
la faire connaître par des mots : le terme énonce le fait sans 
image, dans une nudité abstraite. Au lieu de Vexprimer^ on la 
formule, c'est-à-dire qu'on la jette dans le moule d'une forme 
rigide, mathématique. La phrase où la pensée se formule, se 
détache devant l'imagination comme une ligne d'équation sur 
le tableau noir de l'algébriste. Mais il est évident que si l'ex- 
pression est admise, elle finira peu à peu par s'user, de- 
viendra le synonyme exact d'exprimer sa pensée, et fera place 
à une image nouvelle, sans fin et sans terme. 

D'un autre côté, le langage doit exprimer les choses d'une 
façon claire, imposant peu de travail à l'esprit. 11 arrive sans 
cesse que des mots, parents par l'étymologie et par le sens, et 
dont la parenté est visible par les ressemblances de la forme, 
se trouvent inégalement et diversement usés par l'action des 
lois phonétiques, de sorte que le lien réel qui les unit ne se 
marque plus dans le lien apparent de la forme. Par exemple, 
le rapport de clore à clôture, de courbattrc à courbaturer, de 
émouvoir à émotion, ne paraît plus dans la fornje d'une 
façon assez immédiate; le peuple abandonne le verbe usé 
et le refait sur l'analogie du substantif : clore est remplacé 



— 37 — 

par clôùwerj courbattre par courbaturer, émouvoir par émo- 
tionner, etc. 

C'est à ces causes qu'il faut, croyons-nous, rapporter les néo- 
logismes populaires : ils ont donc leur raison d'être, puisqu'ils 
reposent sur des besoins naturels de l'esprit. Mais, comme tout 
ce qui a vie, le langage est soumis à deux forces contraires, la 
force qui innove et celle qui conserve; la marche du langage 
consiste à céder graduellement à la première en se laissant 
contenir par la seconde; autrement les transformations seraient 
trop promptes et les langues n'auraient plus d'unité. 

C'est ce qu'on voit dans le passage du latin populaire aux 
langues romanes. Lors des invasions barbares, toute civili- 
sation, toute tradition disparaît, les forces conservatrices du 
langage comme le reste; et l'idiome populaire, que rien ne con- 
tient plus, se précipite, si bien qu'en l'espace de trois ou quatre 
siècles il aboutit à des idiomes absolument nouveaux. Or cette 
transformation rapide est l'anarchie; puisqu'une langue ne 
peut se fixer, il faut du moins qu'elle change aussi lentement 
que possible. C'est à la langue littéraire qu'est réservé le rôle 
de conservatrice. Elle doit s'opposer aux néologismes popu- 
laires et ne les accepter que quand ils deviennent un fait uni- 
versel. On disait autrefois : il me souvient, le peuple a dit : je 
me souviens^ et la langue littéraire l'a répété après lui; aujour- 
d'hui la langue littéraire se rappelle le passé; la langue po- 
pulaire se rappelle du passé. La langue littéraire doit-elle 
l'imiter? Non, jusqu'au jour où l'académicien lui-même, dans 
l'abandon de la conversation familière, aura dit : « je m'en 
rappelle. » 

IV 

Le néologisme peut s'étudier de deux façons, dans ses cau- 
ses et dans ses procédés de formation. La première étude in- 
téresse l'historien et le psychologue : le psychologue, qui se 
demande pourquoi le mot ancien a cessé de marquer exacte- 
ment l'idée ancienne, quel mouvement s'est accompli dans la 
pensée populaire; l'historien, qui recherche les changements 
matériels auxquels correspondent les néologismes de faits; 
chacun de ces mots nouveaux n'est que le signe et le produit 
d'un fait nouveau ; c'est le retentissement de l'histoire dans 
la langue. Mais on conçoit qu'une pareille étude soit à la fois 
infinie et sans unité propre, au moins dans l'état actuel de 
cette partie de la science. 



-- 38 — 

Les procédés de formation donnent lieu au contraire à une 
étude une et simple. Quels sont les procédés que met en œuvre 
la langue moderne pour enrichir ou renouveler son matériel? 
Quelle en est l'origine, le cercle d'action, la force relative? 
Quels sont les changements généraux que leur action a pro- 
duits ou est en voie de produire dans le caractère de la langue 
française? Tel est l'objet de notre étude. 

Elle comprend trois parties : dans la première, nous parlons 
de la formation française ; dans la seconde, de la formation 
latine et grecque ; dans la troisième, des emprunts faits aux 
langues étrangères modernes. 

Ces trois parties correspondent à trois procédés différents 
d'enrichissement de la langue. Il est inutile de nous arrêter 
pour le moment au dernier; les deux autres demandent quel- 
ques mots d'explication. 

La langue française, sortie du latin populaire, possède en 
elle-même un certain nombre de procédés de formation, par 
dérivation ou par composition, qui s'exercent sur des radi- 
caux français. C'est ainsi que de table elle tire tableau, de 
chaud, êchauder ; de naître, naissance; de poison, contre-poi- 
son, etc. C'est la formation française proprement dite. 

A côté de cette formation, il en existe une autre tout artifi- 
cielle, qui consiste à emprunter des mots au latin et au grec, 
ou à tirer des dérivés et des composés de mots latins et grecs : 
tels sont administration, légiste, géographie, etc. Cette formation 
a été appelée savante par opposition à la première, qui a reçu 
le nom de formation populaire. Le terme de formation savante 
peut être juste; celui de formation populaire ne l'est pas, parce 
qu'il donne à entendre que cette sorte de formation appartient 
feulement au populaire, à la plèbe; en fait, elle appartient à 
toute la nation. ^Un lettré seul a pu créer administration, mais 
un lettré, comme un homme du peuple, a pu former le verbe 
êchauder. Nous distinguerons donc les deux formations sous 
les noms de formation française et formation latine et grecque. 

Comme il faut distinguer deux formations, il faut aussi dis- 
tinguer deux langues, la langue littéraire ou commune, celle 
des livres, des classes élevées, de la bourgeoisie, et la langue 
populaire, celle de l'ouvrier, du paysan. La première, plus qu 
moins savante, s'apprend surtout par les grammaires, les 
livres; l'autre s'apprend par tradition orale. 

La première a subi une forte action de la formation latine 
et grecque, qui chez elle a notablement restreint la formation 



— 39 — 

française. La seconde, restée plus complètement à l'abri de 
cette influence étrangère, a maintenu la formation française 
avec plus de pureté et d'intégrité. 

Pour étudier la formation française, nous devrons interro- 
ger la langue populaire ; nous aurons donc à citer plus d'un 
mot qu'on s'étonnera peut-être de rencontrer dans une étude 
grave et sévère ; mais il n'y a rien de vil dans la cité de la 
science ; la science purifie tout ce qu'elle touche. La langue 
populaire, même dans ses créations les plus audacieuses et 
les plus grossières, relève de la philologie au même titre, 
bien mieux, à plus juste titre que la langue commune, et sur- 
tout que la langue littéraire ; car c'est une formation plus 
naturelle et soumise à des lois plus stables et plus fixes, 
moins troublées par les hasards de la volonté et du parti pris. 

Certains de nos exemples pourront passer pour de V argot. 11 
nous arrivera même de citer parfois le livre de M. Lorédan 
Larchey, Dictionnaire de V argot parisien * ; mais il ne faut pas 
se tromper sur la signification de ce mot, qui, dans les limites 
mal déterminées de sa définition, renferme des ordres de 
faits absolument difi"érents. Il importe de distinguer la langue 
populaire de l'argot. 

L'argot est à proprement parler une langue de convention, 
une langue artificielle, qu'une certaine classe de la société — 
qui a d'excellentes raisons pour cela — crée afin d'échapper 
aux oreilles indiscrètes. Il échappe du même coup à la 
science, qui atteint seulement ce qui est soumis à des lois 
naturelles, et ne connaît pas des actes de la volonté humaine. 
Le véritable argot peut être considéré comme le modèle de 
cette langue de convention qu'ont rêvée des philosophes. On 
peut reconnaître l'argot français à ce trait que la plupart des 
mots qui le composent sont formés contrairement aux lois 
de la dérivation française, à l'aide de suffixes qu'elle n'a ja- 
mais connus : mar, muche^ anche, etc. 

Certains termes d'argot ont pénétré dans la langue popu- 
laire, tout comme y pénètrent des mots de formation latine 
ou grecque. Mais confondre la langue popiïlaire avec l'argot 
parce qu'elle renferme des mots d'argot, c'est commettre la 
môme erreur que si on la confondait avec la langue savante, 

1. Sixième édition des Excentricités du langage parisien, 1872, ouvrage 
excellent, fait avec soin et précision. L'auteur toutefois aurait dû donner d'une 
façon plus complète les indications des exemples qu'il cite. L'ouvrage de M. Al- 
fred Delvan, Dictionnaire de la langue verle, est de beaucoup inférieur, 



— 40 — 

SOUS prétexte que des mots savants y sont entrés'. La langue 
populaire est une forme de la langue française, et qui n'est 
pas des moins intéressantes. 

Si l'argot ne rentre pas dans le cercle de nos recherches, la 
langue populaire y a sa place de droit. Nous devons l'étudier 
dans ses procédés de formation, et peut-être cette excursion 
au milieu d'un idiome qu'on n'apprend guère que par des li- 
vres spéciaux nous apportera plus d'un enseignement de 
haute valeur sur l'état et l'avenir de notre langue. 

Avant d'entrer dans l'examen des faits, il est inutile de faire 
remarquer que nous ne prélendons pas donner la liste com- 
plète des néologismes, mais seulement étudier les procédés 
qui les produisent. Pour la même raison, nous n'avons pas 
eu à dépouiller toute la littérature moderne ; les forces que 
nous étudions ne sont pas dans l'écrivain, mais dans la 
langue ^ 

1. C'est cette distinction de l'argot et de la langue populaire que n'a pas faite 
l'auteur du Dictionnaire de l'argot parisien, qui confond dans son ouvrage tous 
les termes populaires, métaphores, locutions, termes spéciaux, avec les mots de 
convention de l'argot. M. Alfred Delvau, dans la préface de son Dictionnaire de 
la langue verte, va plus loin, et trouve autant d'argots parisiens que de classes, 
de professions, de corps d'état. C'est la même théorie qu'expose Victor Hugo dans 
le livre vu de la IV partie des Misérables [V Argot). M. Delvau a été suivi et dé- 
passé par un professeur allemand, M. L. Botzon qui, dans une grotesque Étude, 
écrite dans un style plus grotesque encore, sur le langage actuel de Paris 
(Francfort-sur l'Oder, 1873, in-4), reconnaît dans le français parisien deux cent 
quatre-vingt-quatre argots différents ! 

2. Nous devons plusieurs indications bibliographiques à M. Ch. Marty-Laveaux, 
des exemples de néologisme à MM. Banquier et Wogue ; qu'ils veuillent bien 
recevoir ici nos remercîments. Nous avons aussi tiré un grand profit des travaux 
de M. Franz Scholle sur la langue française. M. Scholle, un des plus éminents 
disciples de Fuchs, a rompu plus d'une lance en faveur des langues romanes et 
spécialemen' du français contre l'école germanique de Steinthal. Dans le Pro- 
gramme annuel de la « Dorotheenstœdtische Realschule», il a publié une inté- 
ressante étude sur la question suivante : Faut-il voir dans le changement de 
forme et de sens qu'ont subi les mots latins en passant au français une infé- 
riorité de cette langue (Berlin, 1866, in-4), et chemin faisant, il montre par une 
liste de néologismes, que les forces créatrices du français sont toujours actives. 
Cet opuscule est le canevas d'un beau livre publié en 1869 par l'auteur, sous ce 
titre : « Sur le concept de langue fille, dans les langues romanes et spécialement 
en français» (écrit en allemand ; Berlin, 1869). Préoccupé de cette question de 
l'énergie toujours vivante de notre langue, il a donné dans le tome XXXIX (p. 425- 
438) et dans le tome XLII (113-134) des Archives de Herrig [Archiv fur Studium 
der neueren Sprachen) une collection assez étendue de néologismes, que nous 
avons mise à profit. Nous citons la première des trois études de M. Scholle sous le 
titre de Programme. 



PREMIÈRE PARTIE. 

FORMATION FRANÇAISE, 



Les procédés d'origine française dont se sert la langue pour 
créer des mots nouveaux rentrent dans deux classes : la déri- 
vation et la composition. 



PREMIERE SECTION. 

DÉRIVATION IMPROPRE. 

La dérivation est propre ou impropre suivant qu'elle recourt 
ou non à des suffixes. Herbette de herbe, lainage de laine, sont 
des exemples de la dérivation propre; le substantif appel, tiré 
de l'infinitif appe/er, l'adjectif caressant, caressante, tiré du par- 
ticipe présent caressant, sont des exemples de la dérivation 
impropre. Nous commençons par celle-ci, et nous examinons 
comment les diverses parties du discours peuvent fournir, 
sans addition de suffixes, des noms et des adjectifs. 



CHAPITRE PREMIER. 

SUBSTANTIFS. 

La langue tire des substantifs, soit de noms propres, soit de 
noms communs, soit d'adjectifs, soit de verbes, soit de mots 
invariables. 



— 42 — 

§ 1. Noms communs tirés de noms propres. 

1. Les noms propres, pour devenir communs, suivent des 
voies diverses. Tantôt ils passent par une sorte d'apposition : 
un fusil Chassepot; ici le nom propre est le déterminant d'un 
nom commun ; celui-ci ensuite se sous-entend : un chassepot. 
Tantôt ils sont immédiatement transformés en noms communs : 
un mac- farlane. Quelquefois, et dans certains cas seulement, ils 
gardent leur forme primitive précédée de l'article féminin : 
fusée à la Congrève ; coiffure à la Titus, à la Fontange. La pré- 
position et l'article peuvent ensuite se supprimer : une coif- 
fure Fontange, une Fontange. C'est par un procédé analogue 
qu'on dit, par exemple : un style à la Chateaubriand, un style 
Chateaubriand * . 

2. A toutes les époques, la langue a transformé des noms 
propres en noms communs : assassin, besant, cordon[nier), es- 
clave, galetas, renard, tournois, etc., au moyen âge; béguin^ 
bicoque, calepin, cannibale, épagneul, espiègle, jarnaCj lambin^ 
patelin, perse, pistolet, sarrasin, vaudeville, etc., à la fin du 
moyen âge et au seizième siècle ; amphitryon, bougie, barème, 
cachemire, calicot, carcel, céladon, cravate^ escobard, fontange, 
g%dnée, guillemet, mousseline, praline, quinquet, séide, silhouette, 
tartuffe, etc., au dix-septième et au dix-huitième siècle. 

3. La langue du dix-neuvième siècle n'est pas moins riche 
en formations de ce genre. La liste en est même plus con- 
sidérable ; c'est que le développement de l'industrie contem- 
poraine met sans cesse en circulation le nom de nouvelles 
inventions et d'inventeurs nouveaux. D'autres noms, dus à la 
mode, à la vogue littéraire, peuvent avoir une vie aussi éphé- 
mère qu'éclatante, mais sans survivre aux idées et aux goûts 
de l'époque qui les a vus naître. 

Noms d'inventeurs devenus noms des objets inventés : 

bréguet, montre de précision. 

chassepot; ce mot sera peut-être bientôt détrôné par celui 
de gras. 

colichemarde « lame d'épée extrêmement large; elle ne 
peut guère servir que pour la parade. » (Mercier, Néo- 
logie, II, 359) ; corruption de Kônigsmark. 

1. Cf. A. Darmesleter, Traité de la formation des mots composés, p. 205, et 
n. 2. 



— 43 — 

flaumont, on dit aussi bien une daumont que une voiture 
à la Daumont. « Figurez-vous que nous menions en daumont 
à quatre chevaux ventre à terre, tout le temps. » (A. Daudet, 
Jack, III, § 7.) 

gibus, ou chapeau gibus : « chapeau à forme pliante ^>, 
comme le désigne l'inventeur (Description des brevets, 1" série, 
t. XLI, p. 187^; 23 juillet 1834). 

giffard: injecteur pour machines à vapeur (voir Littré, 
supplément). 

godillots, souliers de troupe ; au fîg., un godillot, un sol- 
dat novice. 

massicot, machine à rogner les livres ; altération de Mas- 
signot, nom de l'inventeur (Description des brevets, 1" série, 
t. LXX, p. 447). 

raspail, « liqueur de Raspail », eau-de-vie. 

Ami, prends un sou de raspail 
Pour rincer de tes dents l'émail. 

{La maison du Lapin-Blanc.) 

(Lorédan Larchey, Dictionnaire de l'argot parisien, au mot 
raspail). 

rigollot, sorte de sinapisme. 

ruolz et maillechort. Ce dernier mot est une bizarre com- 
binaison de Maillot et Chorier, noms des deux inventeurs. 
Ruolz s'emploie au figuré dans la langue familière : « Une vertu 
en ruolz. » 

Cette altesse en ruolz, ce prince en chrysocale. 

(V. Hugo, Châtiments, III, k.) 

taconnet, képi des chasseurs d'Afrique. 

4. Quelques personnages historiques ont fait entrer un 
instant leurs noms dans la langue. Sous la Révolution, les 
assignats de cent sous, signés Corsets, s'appelaient des cor- 
sets. A l'administration de M. de Rambuteau nous devons 
non -seulement la rue de Rambuteau, mais les colonnes 
également baptisées du nom de Vespasiennes. « Dans toutes 
les colonnes Rambuteau, le long du boulevard, une main 
malicieuse avait mis : « Mon cher Perrottin » (J. Vallès, la 

1. l'" série. Description des macliines et procédés pour lesquels des brevets 
ont été pris sous le régime de la loi de 1791. Paris, 1811 à 1863, in-4, 93 volumes 
pour les années 1791-1844. — 2° série. Description des machines et procédés pour 
lesquels des brevets d'invention ont été pris sous le réf^ime de la loi du h juillet 
1844. Paris, 1850-1876, in-4, 84 volumes pour les années 1844-1874. 



— 44 — 

RuBj les Galériens)^ Sous l'Empire, les louis d'or font place 
aux napoléons. Les victorias rappellent la reine d'une grande 
nation voisine. Le souvenir des bolivars et des murillos n'est 
pas encore entièrement effacé. « C'était le temps de la lutte de 
l'Amérique méridionale contre le roi d'Espagne, de Bolivar 
contre Murillo. Les chapeaux à petits bords étaient royalistes 
et se nommaient des murillos; les libéraux portaient des 
chapeaux à larges bords qui s'appelaient des bolivars. » {V. 
Hugo, dans Lorédan Larchey, Argot parisien). 

Les noms géographiques fournissent un contingent im- 
portant. A la fin du siècle dernier la guerre d'indépen- 
dance de l'Amérique nous envoie le jeu de boston; sous le 
premier Empire paraissent les pékins^. Les cotrets nous vien- 
nent, dit-on, de Villers-Cotlerets. Les draps de Louviers, 
d'Elbeuf, ont conquis la faveur populaire : « En beau linge, 
en fm louviers. » (L. Desnoyers, les Béotiens de Paris). « Si 
l'étoile de mérite n'orne pas mon elbeuf usé. » (Festeau, dans 
L. Larchey, Argot parisien). Combien d'aliments, fruits, bois- 
sons, denrées, etc., portent dans leur nom leur état civil : les 
neufchâtels, le cognac, le brie, le gruyère, la quessoy, la mont- 
morency, le fontainebleau, la valence, etc. 

La littérature n'est pas moins féconde. Les riflards nous 
viennent d'une pièce de Picard, la Petite ville (1801), où le 
personnage Riflard était armé d'un énorme parapluie. Chau^ 
vin a d'abord été, au temps de la Restauration, un type de 
caricatures populaires. En 1825, « un libéralisme plus 
large commença à se moquer de ces éloges donnés aux 
Français par des Français, de ces railleries lancées par les 
Français contre des étrangers. Charlet, en créant le conscrit 
Chauvin, fit justice de ces niaiseries de l'opinion. » (A. Jal, 
Paris moderne, 1834, dans L. Larchey). Des Mystères de Paris 
d'Eugène Sue, est sorti le populaire pipelet. Nestor Roque- 
plan, en 1841, baptise du nom de lorettes certaines habitantes 
du quartier de Notre-Dame-de-Lorette ^ 

La grisette, doux rêvel Elle avait ses apôtres, 
Balzac et Gavarni mentaient comme les autres; 
Mais un jour Roqueplan, s'étant mis à l'affût, 
Fit un mot de génie, et la lorette fut! 

(Th. de Banville, Evoé,Sat. v, 1866.) 

1. Voir sur ce mot le Courrier de Vaugelas, 1872, n° 13. 

2. Sur l'origine de ce mot^ voir le Courrier de Vaugelas, 1871, n° 5. 

3. Voir Roqueplan, Nouvelles à la main. 



— 45 — 

T' C'est dans les Scènes populaires d'Henry Monnier que paraît 
pour la première fois le maître d'écriture célèbre sous le nom 
de Joseph PrudhommeK En 1850, Gustave Nadaud, dans sa 
jolie chanson des Deux Gendarmes, met à la mode le nom de 

Pandore ' : 

Brigadier, répondit Pandore , 
Brigadier, vous avez raison. 

« La ville, l'autorité, l'État, apparaissent sous la forme de 
deux Pandores alsaciens qui vont à pied, deux à deux, en 
regardant dans les fossés, derrière la haie. »[J. Vallès, la Rue^ 
Le dernier soir). En 1854, les Parisiens de Th. Barrière nous 
enrichissent des gandins^. A l'auteur des Misérables on doit 
le gavroche. Le Calino date de 1858 où une pièce de Th. Bar- 
rière et d'Antoine Fouchery le mit à la mode*. La. Famille 
Benoiton de Sardou (1866) a fait souche : une Benoiton, une 
toilette benoitonne, benoitonner, benoitonnerie. 

Rappelons encore quelques créations bizarres dans cet ordre 
de faits. Lors de la fondation de l'École polytechnique, l'infor- 
tuné époux de Jocaste, Laïus ayant inauguré la série des com- 
positions françaises, a donné son nom aux exercices de style 
dans les écoles militaires, et de là ce nom est passé dans 
la langue de nos lycéens. Le mot capharnaûm, qui manque 
au Dictionnaire de l'Académie de 1835, et au dictionnaire de 
N. Landais de 1836, vient en droite ligne de l'Évangile (Ev. de 
S. MarCf II, 2). 

Ces exemples, qu'on pourrait multiplier, suffisent à mon- 
trer l'activité de la langue dans les créations de ce genre. 



§ 2. Nom,s communs tirés de nom,s communs. 

Les noms communs forment des mots nouveaux soit par 
changement de sens, soit par changement de genre. Les chan- 
gements de sens n'entrent pas dans notre étude', nous ne nous 

1. Lire les ingénieuses réflexions de M. Fr. Sarcey sur ce nom de Prudhomme : 
Le mot et la chose ; PrucUwmme. 

2. Le Pandore de Nadaud n'est-il pas un souvenir des Pandours ? 

3. Gandin est le nom d'un élégant; peut-ôtre l'auteur a-t-il songé, en créant cd 
nom, au boulevard de Gand. 

4. Le personnage qu'ils portaient sur la scène du Vaudeville était d'ailleurs de- 
puis longtemps légendaire parmi les peintres et les sculpteurs parisiens. Voir le 
Courrier de Vaugelas, 1874, n° 4 et 1876, n» 20. 

5. Voir plus haut, p. 7. 



__ 46 — 

y arrêterons pas. Quant aux changements de genre, les exem- 
ples intéressants sont peu nombreux. 

On a récemment donné le nom de tribun à l'employé qui, 
dans certaines maisons de commerce, siège à la tribune ou 
estrade. Ici le masculin dérive du féminin, et ce tribun n'a 
plus qu'un rapport éloigné de parenté avec le tribun du peu- 
ple. Dans certains magasins, l'employé qui tient les livres à la 
tribune est une femme; bientôt à côté du tribun on aura aussi 
la tribune. 

Des substantifs masculins on tire facilement des féminins ; 
cette lormation n'a rien que de normal ; citons seulement un 
exemple : dans les ateliers de typographie, les ouvriers s'ap- 
pellent des typos, les ouvrières des typotes * ; ce féminin est for- 
mé sur l'analogie de Chariot^ Charlotte. 

Au siècle dernier, ce semble, de vaurien on a fait vaurienne, 
par abus, dit M. Littré, « comme si vaurien était un adjectif 
en ien. » Y a-t-il eu abus ? Nullement. Quand on a tiré le 
féminin du masculin, vaurien avait déjà perdu sa signification 
étymologique de vau et rien {vale nihil) ; devenu substantif, 
avec la signification beaucoup plus vague de personne cor- 
rompue, il a pu avoir un féminin qui ne pouvait être que 
vaurienne. C'est ainsi que fainéant a donné fainéante qui éty- 
mologiquement est barbare, puisque fainéant se décompose 
en fai néant =^fac nihil. 



§ 3. Noms communs tirés (f adjectifs. 

Les exemples d'adjectifs pris substantivement abondent dans 
l'histoire de la langue. Notre époque en a vu créer un nombre 
considérable. Tantôt ils désignent des personnes : les conser- 
vateurs, les réactionnaires, les révolutionnaires; les alliés; les 
ruraux; les romantiques, les chevelus; les fédérés, les Versail- 
lais; les manifestants; les Parnassiens ; les déclassés, les crevés, les 
petits crevés, etc. ; tantôt des choses : un périodique, c'est-à- 
dire Mn^'owrna/pénodiq'we; un imperméable, c'est-à-dire U7i par- 
dessus im,perméable; un ordinaire, c'est-à-dire un dîner ordi- 
naire (bouillon et bœuf) ; le brutal (le canon) ; la royale (coupe 
de la moustache), l'impériale (barbiche), l'impériale (des 



1. Boulmy, Les Typographes parisiens, avec un Dictionnaire de la langue 
verte lypoyraphù/ue, in-8, 1874. 



— 47 — 

omnibus); l'Intemalionale, la Marseillaise, la Citoyenne^ la 
Brabançonne * . 

La garde nationale, la garde mobile ont donné les masculins 
gardes nationaux, gardes mobiles (d'où, par simplification, 
les mobiles). L'armée territoriale vient de donner directement 
naissance aux territoriaux, sans passer par l'intermédiaire 
d'un adjectif masculin. 

11 est une formation de noms tirés d'adjectifs en eur, 
euse, qui a un caractère tout à fait populaire, et qui donne à la 
nomenclature des arts et métiers de nombreuses dénomina- 
tions. Ainsi, de nos jours, on a créé les substantifs sui- 
vants : 

hrindilleur, machine inventée en 1847 (Description des 
brevets, 2" série ; t. XIII, p. 92). 

condenseur: « appareil pour la fabrication des produits 
chimiques. » (Descript. des brev., 1846; 2" série; table pour 
le t. VIII, p. 27). 

décortiqueur : « appareil pour enlever l'écorce de certains 
produits. » (Descript. des brev., 1846; 2" série; t. IX, p. 242). 

diviseur, « instrument propre à diviser les racines, tuber- 
cules, etc., servant à la nourriture des animaux. » (Descript. 
des brev., 1834; l^" série; t. XXXVIII, p. 357). 

emballeur: « machine dite emballeur des roues. » (Des- 
cript. des brev., 1832; t. XXXII, p. 305). 

enrayeur^ sorte de galet (Descript. des brev., 1845 ; 
2" série; t. VII, p. 44). 

folioteur, appareil propre à folioter les pages des registres, 
etc. 

macérateur: « appareil dit macérateur continu, à effet 
constant, propre à extraire, sous l'action de la presse, la to- 
talité du suc des fruits, et notamment de la betterave. » (Des- 
cript. des brev., 1835; V série; t. XXXVI, p. 307). 

numéroteur, appareil propre à marquer de numéros d'or- 
dre des papiers, etc. 

1 . Il est inutile de signaler l'emploi tle l'adjectif pris absolument ou au neutre 
comme substantif : 

Au fond de VimmanoU et de Villimitéi. 

(V. Hugo, Légende des siècles, La trompetle du jugement.) 

Insatiablement avide 

De Vobscur et de Yincertain. 

(Baudelaire, Fleura du mal, lxxxiv.) 



— 48 — 

pétrisseur: «■ pétrisseur mécanique. » (Descript. des bre.v., 
2* série, t. X, p. 216). 

réducteur : « appareil distillateur, dit réducteur, propre à 
réduire le titre de l'esprit-de-vin. » (Descript. des brev., 1813; 
1" série; t. X, p. 91). 

vérificateur: « appareil dit vérificateur, et qui a pour objet 
d'intercepter le contact de l'air avec le vin, etc. » (Descript. 
des brev., 1828; V série; t. XXVI, p. 5). 

balayeuse, machine dite « balayeuse des rues ^y (Descript. 
des brev., 1835; 1" série; t. XLIII, p. 54); « balayeuses méca- 
niques » (Bottin, Annuaire du Commerce, 1875, p. 682). 

barboteuse, machine employée dans le blanchissage. . 

batteuse, machine employée à battre le blé. 

broyeuse: « broyeuses à plâtre, matières dures, etc.» (Bottin, 
1875, p. 1322). 

causeuses : «.causeuses mécaniques. » (Bottin, 1875, p. 888). 

couveuse: « coîweuse artificielle. » (Descript. des brev.^ 
1850; 2" série; t. XVIII, p. 176). 

débourreuse : « débourreuse mécanique. » (Descript. des 
brev., 1849; 2" série; t. XVI, p. 120). 

découpeuse : « machine dite décaupeuse, propre à découper 
les châles, bordures et autres tissus brochés. » (Descript. des 
brev., 1829; 1" série; t. XL, p. 398). 

décrotteuse: « brosses minérales dites décratteuses. » (Des- 
crip. des brev., 1844; 1" série; t. XL, p. 445). 

délisseuse: « machine à diviser les chiffons, dite délisseuse 
mécanique. » (Descript. des brev., 1834; P« série; t. XXXV, 
p. 128). 

épentisseuse : « machine appelée épentisseuse , destinée à 
dégager les tissus de toute espèce de nœuds, vrilles et autres 
aspérités. » (Descript. des brev., 1826; 1" série; t. XXVI, 
p. 129). 

épincetevse : « épinceteuse mécanique, mécanisme propre, 
par l'application de pièces mouvantes, à remplacer l'épince- 
tage manuel dans la fabrique des étoffes et des tissus de toute 
espèce. » (Descript. des brev., 1825; !■•« série; t. XIX, p. 248). 
égreneuse (Bottin, 1875, p. 713). 
étoffeuse, voir yratteuse. 
faucheuse, machine à faucher. 

finisseuse, « machine à tondre les draps, dite finisseuse. » 
(Descript. des brev., 1828; l« série; t. XXXVIII, p. 198). 



— 49 — 

glaneuse (Descnpt des brev., 1840 ; 1" série; t. LU, p. 449). 

gratteuse, machines dites « yratteuses ou étoffeuses. » 
(Descript. des brev., 1829; 1" série; t. XXVIII, p. 104). 

laineuse, « machine à lainer ou garnir les draps, dite 
laineuse à double effet. » (Descript. des brev., 1824; l'^" série ; 
t. XVIII, p. 173). 

laveuse , machine employée dans les filatures (Descript. 
des brev., 1845; 2« série; t. IV, p. 93). 

moissonneuse : « mécanique, moissonneuse destinée à couper 
le blé, etc. » (Descript. des brev., 1834; 1'* série; t. XXXV, 
p. 315). 

mitrailleuse, « nom récemment donné à une bouche à feu 
dite aussi canon à balles, qui peut, à l'aide d'un mécanisme 
spécial, lancer à une grande distance des balles avec une 
grande rapidité. » (Littré, supplément). 

ploqueuse (de laine) (Descript. des brev. ; 2" série ; t. LXVI, 
p. 37). 

promeneuse, sorte de bougeoir. 

traineuse, « machine propre à accélérer et à perfectionner 
le bobinage de la trame, etc. » (Descript. des brev., 1825 ; 
r« série; t. XXIX, p. 318). 

trieuse, machine pour filature (Descript. des brev., 1844; 
2« série; t. II, p. 94). 

verseuse, sorte de cafetière. — Etc., etc. 

On voit, par cette liste qu'il serait facile de doubler, com- 
bien est simple et commode cette formation de qualificatifs, et 
quel heureux parti en sait tirer l'industrie. 

5 4. Nom^ communs tirés de déterminatifs et de pronoms. 

Les adjectifs numéraux, certains adjectifs démonstratifs, 
possessifs, indéfinis, peuvent se prendre substantivement, 
comme les qualificatifs : Le conseil des Cinq-Cent^; Ferragus, 
le chef des Onze; le vote des douzièmes. Cette formation n'oiï're 
rien de particulier. 

^ 5. Nom^ communs tirés des verbes. 

Le verbe fournit des noms, au présent de l'indicatif, à l'im- 
pératif, à l'infinitif, au participe présent, au participe passé. 

1. Présent de Vindicatif. — Les langues romanes connais- 

4 



— 50 — 

sent un procédé curieux de formation qui a été étudié pour 
la première fois par Diez% et qui depuis a été l'objet de re- 
clierches approfondies de la part de divers savants, notam- 
ment de M. Egger'^ Ce procédé consiste à tirer un substantif 
du radical du verbe. M. Egger voit dans ce radical celui de 
l'infinitif; Diez, avec plus de raison, celui du verbe aux per- 
sonnes du singulier de l'indicatif présent. 

Comment, en effet, expliquer autrement les formes telles 
que maintien^ soutien, relief, qui supposent l'accent sur le ra- 
dical du verbe et non sur la terminaison? Revient conserve la 
forme de l'indicatif sans changement. L'espagnol pido vientj 
non de l'infinitif /^erfer, mais du présent de l'indicatif /ii':/e^ 

Cette dérivation, comme l'a montré M. Egger, est toujours 
vivante ; la force créatrice qui l'anime deptiis les origines de 
la langue ne s'est pas épuisée : 

balade, action de se balader, de se promener. Terme popu- 
laire. « Un petit tour de balade l'après-midi. « (E. Zola, l'As- 
sommoir, p. 78.) 

boulange, mot nouveau blâmé par M. Viennet : 

Que dire à l'ouvrier qui, pour son industrie, 
Fait les mots de boulange et de droguisterie ? 

(Epître à Boilcau.) 

Il y a deux mots bouloAigc, l'un dialectal, qui désigne un 
mélange de foin et de paille, préparé pour la nourriture des 
bestiaux, et qui est masculin, « Faire du boulange » (Jaubert, 
Glossaire du centre de la France). De ce mot est sorti le verbe 
boulanger. L'autre est le substantif verbal féminin de bou- 
langer, la boulange, l'action de pétrir la pâte. Ce dernier 
est de formation récente. 

1. Grammaire des lauf^ucs romanes, 1. 11, liv. III, S 1, i, 2; première édition (1838). 

2. M. Maïtzner dans sa FranzusischeOrainhialik (Berlin, 18.")()); M. Egger, une 
première fois en 1864 dans les Mt-moires de VAeadémii' desinscriplions el bcHcs- 
leitres; M. A. lirachet, dans son Dictionnaim étijinologigue où il ajoute aux re- 
clierches de ces savants ; M. Egger, une seconde fois, dans un mémoire fort étu- 
dié et rempli de faits, qui a paru en 1874 dans la Revue des langues romanex 
(Les substantifs verbaux formés par apocope de l'infinitif). Nous citons l'é- 
lude de M. Egger, d'après le tirage à part (Montpellier et Paris, 1875). 

3. ïontefois on y pourrait voir aussi bien le radical du singulier de l'imjjératif 
DU du subjonctif, puisqu'il présente les mêmes conditions phonétiques que le sin- 
gulier de l'indicaiif ])résent. Mais l'impératif a déjà sa formafion propre, comme 
nous Je veiTons plus loin ; cpiant au subjonctif, il est diflicile de comprendre que 
ce mode indirect puisse; logiquement douner naissance à un dérivé nominal. 
Toutes les vraisemblances sont donc pour le présent de l'indicatif: en tout cas, 
on ne peut d'aucune manière admettre l'inlinitif. 



— 51 — 

bous, s. m. pi. « Des bous de sucre, du sucre qui a bouilli, 
DoRMOY, Revue contemporaine, 15 août 1870, p. 489. » (Litlré, 
snp])lé)nent) . M. Littré ne s'explique pas sur l'ori^Mue de ce 
mot (l'apparence si bizarre; c'est le radical de bouillir au pré- 
sent de l'indicatif bouil-t^ bout, et l'origine de bouillon. 

boxe, dérivé de boxer qui est l'anglais to box, 

casse, bris accidentel d'objets fragiles. « Je ne réponds 
pas de la casse. » « Tant pour la casse. « 

cavalle, évasion, action de se cavaler ; terme populaire. 

chauffe : « la surface de chauffe. » 

cogne, la gendarmerie, la police; terme populaire. Le 
gendarme est le cognard, celui qui saisit le voleur, et le 
jette dans le coin, le cogne ou, comme on dit encore, le 
rencogne. De là, un cogne, un gendarme, un agent de po- 
lice : « Les cognes sont là. » (V. Hugo, les Misérables, III, 
VII, 20). 

colle: ce simulacre d'examen, examen préparatoire à un 
examen véritable ; appelé ainsi parce qu'on cherche à coller 
(embarrasser) l'étudiant. » (L. Larchey, Argot jmrisien]. 

débine, action de débiner quelqu'un, état de celui qui est 
débiné : « Les moindres bisbilles, maintenant, finissaient par 
des attrapages, où l'on se jetait la débine de la maison à la 
la tête. » (E. Zola, l'Assommoir, p. 339). Terme populaire. — 
Débiner est un mot d'origine dialectale ; il vient, ce semble, 
des patois du Nord. 

déblai, remblai, mots « sortis de nos ateliers de construc- 
tion et du cabinet de nos ingénieurs. » (Egger, p. 82). 

détourne : « le vol à la détourne. » 

épate, action d'épater quelqu'un, de l'étonner. « Faire de 
Vépate «; t«rme populaire. 

flâne : « Les discussions et la flâne avaient apporté là 
cette banalité qui erre dans les salles d'eslaminet. » (A. Dau- 
det, J«c/c, 1, J^ 11). 

gare, terme de clieinins de fer; l'expression « gm^ à'éyi- 
tement » a conservé la signification première de ce mot. 

gratte, « pièce grattée, retenue en cachette par la coutu- 
rière sur les étoffes confiées par la pratique. » (L. Larchey, 
Argot parisien). Par extension, tout i)ront fait par abus de 
confiance. Terme populaire. 

jappe, action de japper ; au figuré, action de bavarder, 
c Tais ta jappe. » Terme populaire. 

loue, action de louer, de prendre (vn location, « IjA loue 



52 -" 

(les serviteurs (G. Sand, Petite Fadelte). » Le mot est dialectal, 
et peut-ôtre ancien. 

mouille. M. Littré donne à ce mot les deux significations 
suivantes : « 1° Terme rural, particulièrement du canton de 
Genève. Source qui ne fait que suinter dans une prairie et qui 
y produit une herbe précoce et excellente ; 2" endroit d'une 
rivière où Teau a quelque profondeur. Dans les mouilles, il 
[le tirant d'eau du fleuve) est souvent de m. 80 c. (E. de 
Granger, Voies navigables en France^ p. 317.)» Il faut y ajouter 
un troisième sens : action de mouiller, en parlant de la pluie 
qui détériore les marchandises laissées en magasin. C'est un 
terme d'administration des chemins de fer, qui n'est pas une 
extension des deux premières significations, mais un mot 
nouveau, tiré directement de mouiller; excellent mot que 
M. Viennet a tort de blâmer, quand il reproche au shérif d'af- 
franchir « le transport des risques de la mouille. » [EpUre à 
Boileau. ) 

pousse. La pousse est la police, comme la cogne est la gen- 
darmerie. Ce terme populaire, il n'est pas inutile de le dire, 
ne* vient pas d'une extension de sens du substantif verbal 
pousse, action de pousser, de grandir, mais dérive de pousser, 
verbe actif. 

protêt, acte par lequel on proteste ; date de la fin du siècle 
dernier. 

réclame : « Le mot de réclame est si récent qu'on ne le 
trouve point encore dans le Dictionnaire de l'Académie au sens 
où nous le prenons aujourd'hui. C'est pourtant un mot fort 
bien fait ; il signifie au propre cri répété. La réclame n'est pas 
autre chose. La Révolution de 89, en donnant à tous les mé- 
tiers et à tous les commerces la liberté du travail^ fit naître 
la concurrence, et elle élargit en même temps le cercle du 
public auquel on dut s'adresser. Il fallut crier pour se faire 
entendre; crier fort et souvent ; crier partout et toujours. » 
(Fr. Sarcey, Le mot et la chose. Réclame). 

relaxe, action de cesser les poursuites contre un accusé 
risonnier (Littré, supplément). 

remblai, voir déblai. 

repèche, action de repêcher (Littré, supplément). 

report, déport, termes de bourse. 

repousse: « repousse des cheveux. » {réclame d'un parfu- 
meur, aux annonces des journaux) ; mot expressif et bien fait. 

revient : « le prix de revient. » 



— 53 — 

Los substantifs verbaux qui procèdent' olTrent les mêmes ca- 
ractères que les nombreux dérivés analogues qui existent dans 
la langue. Ils ont pour la plupart une signification abstraite; 
ils sont presque tous de la première conjugaison. Ce qui 
leur est propre, c'est (juils appartiennent à la langue popu- 
laire ou à la langue de l'industrie et du commerce. Ici l'on 
saisit sur le fait l'action perturbatrice de la formation savante 
qui restreint et étoulîe la formation française. M. Egger cite 
le mot dénonce qui ligure dans un document révolutionnaire 
du 22 germinal, an il de la République, et il exprime le regret 
que ce mot « ne se soit pas accrédité de préférence à dénon- 
ciation, mot plus long et plus lourd, qui ajuste le môme 
sens. Ce fait n'est mallieureusement pas isolé. Diffamation a 
fait disparaître diffame qui s'est dit jusqu'au commencement 
du dix-septième siècle: « Diffame, infamie, obloquic, reproach, 
discrédit, ignominie, dishonour, disgrâce, an ill report, an 
cvill name, an imputation. » i^Cotgrave). — Consultation a chassé 
consulte : « (II) passait au Mans pour faire une consulte au 
médecin sur sa maladie. » (Scarron, Rom. comiqne, \ll). C'est 
l'italien consulta : la sacra consnlta. — Prononciation a pris 
la place de prononce : 

(La langue) Que ce peuple ignorant, par mauvaise prononce 
Des vulgaires plus bas, diversement énonce. 

(V. de la Fresnaye, Art'poét., II.) 

Restauration s'est substitué à roMor : « Restor, a recovery, or 
remedy against a vouchee or any one by whom a man is dam- 
nilied. » (Cotgrave). 

loue disparaît devant location; purge cède la place kpur- 
(jation; conserve a restreint sa signification devant conserva- 
tion; viol devant violation. 

C'est ainsi qu'un procédé de dérivation, qui avait donné à la 
langue tant de mots élégants, nets, courts et simples % se ré- 

1. Hausse, baisse, cités par M. Eggcr comine mois « crées pres(Hic de nos jours », 
existaient déjà au siècle dernier; conserve de même appartient à la vieille langue. 
Parcours, donné parmi les substantifs verbaux de création récente, est un sub- 
stantif participial : parcours est à parcourir ce ipie cours (cursus) est à 
courir. 

'î. Accord, accueil, adresse, affront, amas, amende, annonce, appel, approche, 
appui, arrêt, aveu, blâme, cesse, charge, combat, concert, conte, couche, cri, dé- 
cor, dégoût, demande, déni, dépouille, désir, destin, détour, dispute, ettbrl, 
élan, emprunt, entrave, espoir, fatigue, foule, intrigue, juge, mépris, offre, par- 
don, pli, pose, pousse, prêt, recel, recul, reflet, relais, rempart, réserve, séjour, 
souci, soutien, trépas, etc., etc. Cf. E^ger, op. cit.. p. *21-29, où sont cités plus de 
trois cents exemples. 



— 54 — 

duit devant les envahissements de la langue savante, et on 
trouve pour dernier refuge que la langue du peuple ou la lan- 
gue spéciale, 

2. Impératif. — La formation des mots à l'aide de l'impé- 
ratif ne donne guère que des mots composés : porte-monnaie^ 
serre-papier; nous l'étudierons plus loin^ 

3. Infinitif. — Dans la vieille langue, l'infinitif pouvait, 
comme en grec, s'employer substantivement, en se faisant 
précéder de l'article. Dans un texte bas-latin de l'an 584, on 
lit : « qui cis donavit ipsum vivere vel regnare. » (Bréquigny, 
81 d) ^; ipsum est l'article, ce qui prouve que vivere et regnare 
sont pris substantivement. Dans les Serments de 842, savir et 
fjodir^ sont des substantifs. Voici des exemples du onzième, 
du douzième et du treizième siècle : 

Dreit à Lalice revint li sons edrers {Saint- Alexis, 38 c). 
Demain quant li rois Hugun (lire Hugues) serrât a son deignier. 

{Charlem. à Jérus., .584.) 

Li cuens Guillames se hasta de Ventrer. {Aliscans, 1645.) 
Fintement parolent et lor coisier n'est pas simple. 

{Dialogus anime conquerentis, V, 12.) 

S'ore estes povres, ains demain Vavesprer. {Huon de Bordeaux, 1282.) 

Lipanres ni Vocires de moi. (Floovant, 1059.) 

Après le mangier amedui 
Parlèrent ensemble et veillèrent. 

{Chrestien de Troyes, Graal, dans Bartsch^, 145, 7.) 

L'infinitif peut même s'employer au pluriel : les hoivres 
(Marie de France, II, 91). 

Cette construction se maintint jusqu'au seizième siècle, où 
elle reprit avec une singulière recrudescence, sous l'in- 
fluence de la construction latine que les écrivains essayaient 
alors de transporter dans notre langue. « Le longtemps vivre 
et le peu de temps vivre est rendu tout un par la mort. » (Mon- 
taigne, I, 19). « L'estre mort ne les fasche plus; mais oui bien 
le mourir. :» {Jd., II, 13). « Que diray-je de cest autre grand 

1. Page 161. 

2. Cf. Diez, Grammaire, 111, p. 199 de la traduction française. 

3. In quant Deus savir et podir me dunat. 



— 55 — 

Monarque, qui desiroil plus le renaislre d'Homère, (jue le 
gaing d'une grosse balaille? » (Du Bellay, Illustr., II, 5). 

Mais, vers la fin du seizième siècle, cette construction tend 
à disparaître. L'esprit d'analyse qui, dès les derniers temps 
du moyen âge, transforme la syntaxe de notre langue, ne 
pouvait laisser subsister une construction aussi synthétique, 
qui confond dans une seule et môme expression la forme et 
l'idée du verbe avec la forme et l'idée du nom. Dans blanchis- 
sage, la notion nominale et la notion verbale sont réunies ; 
mais la forme reste nominale : « action de blanchir « ; dans le 
blanchir, à l'idée double s'ajoute encore une forme à la fois 
verbale et nominale ; et c'est cette complication que repousse 
aujourd'hui l'esprit analytique de la langue. Désormais la 
construction de l'infinitif avec l'article qui le change en sub- 
stantif n'est plus vivante. 

C'est donc en vain que des écrivains, regrettant la conci- 
sion pittoresque de cette construction archaïque, ont cherché 
à la rajeunir. La Fontaine a créé le dormir ' ; 

.... Le financier se plaignoit 
Que les soins de la Providence 
N'eussent pas au marché fait vendre le dormir 

Comme le manger et le boire. (Fables, VIII, 2.) 

Fénelon a dit le sentir et le consentir : « Ce n'est pas le sentir, 
mais le consentir qui nous rend coupables. » [Lettres spir., 
136). Voltaire, imitant le style marotique, a écrit : 

Sous la raison les grâces étouffées 
Livrent nos cœurs à l'insipidité. 
Le raisonner tristement s'accrédite. 

{Ce qui plaît aux dames). 
Lamartine a dit : . 

Et toute notre vie était un seul aimer. {Harmonies^ IV, 14.) 
ou, s' inspirant de l'italien [al cader del sole) : 

Ou plutôt que ne puis-jo, au doux tomber du jour. 

{Méditations, I, 120.) 

Récemment encore Mme Ackermann écrivait : 

Si son œil éternel considère, impassible. 
Le naître et le mourir. 

{L Amour et la Mort)*. 

1. Il l'a peul-ùtre pris à Rabelais : « De ma nature, je dors salé, et ic dormir 
m'a valu autant de (</ue) jambon. » (Pantagruel, I, 22.) 

2. Sous l'inlluence de l'allemand, la langue pliilosophique a créé le devenir, 
l'être, le non-être. 



— 56 — 

Toutes ces hardiesses sont condamnées par la langue. Celle- 
ci ne garde plus qu'un certain nombre d'infinitifs devenus 
substantifs, derniers débris d'un âge où la langue jouissait 
d'une liberté aujourd'hui disparue. Et ces infinitifs ont si bien 
revêtu leur forme nouvelle de substantifs qu'ils peuvent pres- 
que tous s'employer au pluriel, et que pour quelques-uns 
c'est la critique scientifique seule qui permet d'y reconnaître 
d'anciens infinitifs : un avoir, des baisers, le boire, des dé- 
jeuners, des devoirs, des dîners, des dires, les êtres, des loisirs, 
le manger, des manoirs, des pensers, des plaisirs, des pouvoirs, 
des repentirs, des soupers, des souvenirs, des vivres'^. 

4. Participe présent. — Le participe présent se transforme 
aisément en adjectif, comme nous le verrons plus bas, et par 
suite en substantif. Tantôt il prend directement la valeur du 
substantif : exécutant^ les exécutants (dans un orchestre), une 
exécutante; débutant, un débutant, une débutante; manifestant, 
les manifestants. « On comprendra qu'avec ces idées je fasse 
bon marché de la philosophie et des philosophants. » (J. Vallès, 
la Rue, Proudhon). « La solennité méthodique qu'apportait à 
ses moindres actions cet éternel pontifiant. » (Daudet, Jack, I, 
§ 8). Tantôt il passe par l'adjectif : constituant, V Assemblée 
constituante, les constituants. Cette formation n'ofTre rien de 
particulier. 

5. Participe passé. — On a appelé d'un nom barbare sub- 
stantifs participiaux, les substantifs masculins ou féminins ti- 
rés du participe passé : 2in fait, un reçu; une armée, la criée. 
Cette formation n'est pas propre au français, elle se retrouve 
dans les autres langues romanes, et elle remonte au latin po- 
pulaire, qui transformait volontiers ses participes passés en 
substantifs, généralement féminins ^ 

Il est arrivé souvent que la langue a reformé à plusieurs 
reprises ses participes suivant les principes qui ont dirigé la 
refonte de sa conjugaison ; et ces diverses formes ont laissé 



1. Four sentir la différence de V'miinHU employé substantivement et de .l'infi- 
nilif devenu substantif, que l'on compare l'italien il pcntirsi ou l'espagnol el de- 
mayarsK avec le français le repentir. 

1. Voy. bicz, Grammaire, t. II, p. 330etsuiv. de la traduction française ; Malz- 
ner, Franzos. Grammalik, p. 268; A. hrnchel, Dictionnai7'e étymologique, aiumot 
absoute ; Canello, Storia di alcuni participa nelV italiano e in altre lingue ro- 
manze, dans la liivisla di filologia rowianza, I, 9-20. 



— 57 — 

des traces de leur existence dans les substantifs qui en ont 
été tirés. 

Teiidere, à l'époque classique, faisait au participe, dans le 
latin littéraire, tensiis, dans le latin populaire testis, d'où le 
substantif tem qui est resté en français dans toise. A l'époque 
romane, tesus semblait trop s'éloigner du radical de tendere, 
et le participe fut refait sur le modèle de venditus, de vendere. 
De là tendilus qui donna un substantif lendiln conservé dans 
tente., comme vendita est conservé dans vente. Plus tard le 
participe tent, tente^ fut encore modifié d'après l'analogie des 
participes en u : il devint tendu, et sous cette forme il a donné 
un troisième substantif : une tendue. 

C'est ainsi encore que fendere donne, par fissus fîssa, le fé- 
minin fesse, par fendilus fendita,\e îémin'in fente, pour aboutir 
à fendu; que ponere donne successivement posita= poste (au 
onzième siècle, au sens de ponte); pont ponte conservé dans 
« une ponte d'œufs »; et enfin pondu; etc. Chacun de ces mots 
toise, tente, tendue; fesse, fente, fendu ;2Joste, ponte, pondu, etc., 
nous reportant à des âges divers de l'histoire de la langue, 
sont autant de monuments des formations successives qui se 
sont superposées depuis les origines jusqu'à nos jours. 

La dérivation par le participe esc toujours féconde. De- 
puis la Révolution, la langue a reçu de nombreux substan- 
tifs participiaux. Nous ne nous arrêterons pas aux parti- 
cipes qui, devenus substantifs, désignent des personnes : les 
émigrés, les insurgés, les fédérés (de 1790 et de 1871), les appelés 
sous les drapeaux [Loi sur le recrutement de 1831), les diplômés, 
les médaillés de Sainte-Hélène; V adjoint au maire; le tiré (celui 
à qui une lettre de change est adressée), etc., etc. Le participe 
devient un adjectif pris substantivement, par l'ellipse normale 
de ^eH6', /iommes. C'est ainsi que Balzac a dit : ^^ On asseyait le 
gratifié dans un fauteuil en lui disant, pendant un certain 
temps: Devine ce que nous t'allons donner. » [Les Employés, 
éd. de 1856, p. 212). 

Dans les mots suivants, qui désignent des choses, on se 
trouve en présence de vrais neutres : 

Un aggloméré, sorte de charbon fait de poussier de char- 
bon agglutiné avec du bitume. 

Un communiqué du ministère. 

Un cliché; s'emploie au ligure, pour désigner une phrase 
banale, qu'on lit partout. 



— 58 — 

Le dégourdiy terme de céramique. 

Le 'parcours d'une ligne ferrée; voir plus haut^ p. 53, 
n. 1. 

Le pointé d'un instrument trigonométrique (Blerzy, Revue 
des Deux Mondes, V avril 1864, p. 631 ; cité par Scholle, Ar- 
chives de HerrÎQy t. XXXIX, p. 434). 

Le tracé d'une voie ferrée. 

Voici enfin des féminins tout à fait analogues aux vieux mots 
que nous avons cités plus haut : toise, tente, tendue, ponte, ou 
aux suivants : course, criée, jjointe, source, vente, rente, dette, 
emplette. 

champlevée , action de creuser, dans des émaux, les inter- 
valles qui doivent être remplis de matière vitrifiable. 

donnée; la donnée d'un problème. 

flambée, feu qui flambe et s'éteint aussi vite (Eug. Sue, 
dans Scholle, Programme, p. 15). 

grondée: «Si elle savait que j'ai logé un homme, c'est 
moi qui aurais une fière grondée. « (Ed. About, VAssassinj 
se. 2). 

rayée: « Elle avait aperçu une rayée de poussière oubliée 
par le plumeau sur un de mes cartons. » (Emile Souvestre, 
Souvenirs, II). 

retombée : « Ce sont ces jets de vagues, ces luttes, ces re- 
tombées épouvantables dont les marins parlent. » (Michelet, 
La Mer, 2* édit., p. 63). Retombée existe déjà dans des signi- 
fications tout à fait spéciales et éloignées; l'emploi propre 
qu'en fait ici Michelet montre bien que ce n'est pas une ex- 
tension du terme d'architecture ou d'imprimerie, mais une 
dérivation directe du verbe retomber. 

Si la langue commune ne fournit aujourd'hui qu'un petit 
nombre de mots, la langue populaire est d'une richesse incon- 
testable : une brossée, une ciiitc, une dégelée, une floppée\ une 
peignée, une raclée, une rincée, une rossée, une roulée, une 
saucée, une tapée^, une trempée, une tripotée, etc. Voilà donc 

1. Telle est l'orthographe de liai bert d'Angers (Nouveau diclionnaire complet 
(Tarijot. 1840, Le Hailly) et de I.orédan Larchey [Diclionnaire de V argot pari- 
sien, 1872). M. Zola, dans YAasommoir, écrit flopce. Les gens du peuple. îY Pa- 
ris, prononcent flaupée ou flopée, aux deux sens de volée de coups cl foule de 
monde. 

2. Signifie : grande quantité d'objets: «Regarde-moi cette caisse [de livres), 
petit. Il y en a une vraie tapée, hein?» (Daudet, Jack, I, § 11.) 



— 59 — 

encore un procédé (te l'ormation disparuissanl à peu près de 
la langue commune pour ne plus trouver place que dans la 
langue populaire. 

5 6. Nomn communs tirés de mots ùivariables. 

Le nombre de substantils tirés de mots invariables est na- 
turellement restreint; la plupart des mots qu'on en pouvait 
tirer, l'ont été depuis longtemps : les si, les car, pour un oui, 
pour un non, le poiirrjuo}, le comment, les hi! les hn! mettre le 
kola! etc., etc. Voici quelques exemples nouveaux : 

Qu'ai-je à faire vraiment de votre là-haut morno, 
Moi qui ne suis qu'élan, que tendresse et transports? 

(Mme Ackermann, Poc'stes philosophiques, Paroles d'un amant.) 

« 11 y a de l'au-delà dans Molière. » ( P. Albert, La Littérature 
française au dix-septième siècle, 1873, p. 259). « De loin en loin 
l'homme entrevoit cet au-delà et se relève du fond de son 
cloaque. » (Taine, Littérature anglaise. II, v, §3), La vénéra- 
tion, la préoccupation de l'obscur au-delà. » {Id.,ibid,y §4). 



CHAPITRE IL 

ADJECTIFS. 

g 1. Adjectifs tirés de substantifs. 

Les langues romanes, écrivait Fuchs en 1846 *, doivent une 
partie de leur richesse et de leur grâce à l'avantage qu'elles 
possèdent d'employer directement comme adjectifs nombre de 
substantifs, notamment les mots en tor; cette faculté, quoique 
plus restreinte, n'était pas inconnue en latin; l'allemand 
l'ignore. Kolbe a raison d'y voir une supériorité pour les lan- 
gues romanes. « On a déjà remarqué, dit-il, qu'en français 
« un substantif peut devenir adjectif: un homme rêveur, une 
« divinité vengeresse; un animal imitateur. En latin aussi 

1. August Fuchs, Die romanische Sprachcn in ihrem Verhaltniss mit dem 
Latein, 1846, § 59. 



— GO — 

« cette forme avait double emploi : liberalor animus , vie- 
« irices laurL Un grand nombre de mots planent ainsi entre 
« l'adjectif et le substantif. Cette liberté d'employer dans deux 
^t sens différents un seul et même mot doit être regardée 
« comme un avantage important; elle est malheureusement 
« étrangère à l'allemand*. » 

Cette remarquable propriété des langues romanes, qui a 
frappé depuis longtemps les philologues allemands, a échappé 
à peu près complètement à l'attention de nos grammairiens. 
Aussi laissent- ils sans explication nombre de tournures, d'ex- 
pressions, de faits^ d'apparence étrange, dont elle rend aisé- 
naent compte. Que l'adjectif devienne substantif, cela est tout 
naturel; et l'on sait que tout substantif est un ancien adjectif 
qui, ayant d'abord désigné un objet par une de ses qua- 
lités, a fini par le désigner tout entier; mais qu'un substantif 
se transforme absolument en adjectif, sans laisser aucune 
trace de sa fonction primitive, il y a là un renversement de 
l'ordre naturel qui méritait d'éveiller l'attention. Comment 
ont-ils pu prendre leur fonction présente, tous ces adjectifs 
qui, désignant des couleurs, ont commencé par exprimer des 
objets : écarlale, cramoisi, pourpre, violet, etc. ? Comment a-t-on 
pu faire un adjectif du mot vermeil, qui signifie à l'origine 
ic un petit ver, » {ver mien lus)? Cette transformation devient 
chose toute naturelle dès qu'on a reconnu la propriété que 
possède le substantif de devenir, par r«/>jjos«//on, _qualificalif 
d'un autre substantif. On dit : « un ruban lilas, un ruban 
rose; » lilas, rose élantdcs substantifs qui quaVxiïcni momenta- 
nément le substantif ruban; puis, suivant l'emploi plus ou 
moins fréquent de cette construction, le substantif apposé 
passe complètement à l'adjectif, ou reste à mi-chemin sur la 
voie de la transformation ; rose devient adjectif; lilas, non"''. 

C'est en suivant la même voie que canaille, cochon, drôle, 
espiègle, fainéant, ladre, etc., sont devenus adjectifs. 

La langue contemporaine use et abuse de cet emploi du 
substantif. 

« Le réformateur ne s'arrêtera que lorsque la France sera 
assez caserne pour que les généraux disent : A la bonne heure, 



1. K. W. Kolbc, Ue.ber dem Wovlreiclilhum dcr deulschcn und franzosischen 
Sprac/ie, und beidrr Anlage zur Poésie, 2* Aiispabe, Berlin, 1818-1820; 3 vol. ; 
t. I, p. 277. 

2. Cf. Diez, Grammaire, t. II, p. 2Go de la traduclion française; A. Darmeste- 
tcr, Traité de la formation des mots composés, p. 122 et suiv. 



— 61 — 

et assez séminaire pour que les évoques disent : C'est assez. » 
(V. Hugo, Napoléon le Petit, II, 10). «Florine l'avait guéri du 
genre Régence. » (Balzac, Maison de Nucingen, 1856, p. 52). «Je 
serai si fatal et si vague, j'aurai l'air si ange déchn^ si volcan, 
si échevclé qu'il n'y aura pas moyen de se rendre.... »(ïh. Gan- 
tier, les Jeune France, préface; 1839, p. 30). « Il lui apprit à 
faire du rêveur, de l'intime, de Vartiste, du dantesque, du 
fatal, et tout cela dans la même matinée. » (Ibid., 147). « Mon 
très-cher, lui dit-il, c'est plus que faux toupet, c'est empire, 
c'est perruque, c'est rococo, c'est Pompadour ' ; il faut être 
momie ou fossile, membre de l'Institut ou fouilles de Pompéi 
pour trouver du plaisir à de pareilles billevesées.» (Ibid., 135).» 
« Finot restera classique, constitutionnel et /îcitm^wô. » (Balzac, 
Maison de Nucinyen, p. 53). «Une chanteuse genre Tliérésa. » 
(Veuillot, Odeurs de Paris, III, 5). « Ne prenez donc pas cet air 
sainte nitouche. » (Gondinet, Gavaud, Minard et C'., I, 3). 
« Mitral, homme à perruque sinistre, à visage de la couleur 
de la Seine, et où brillaient deux yeux tabac d'Espagne, froid 
comme une corde à puits, et sentant la souris, gardait le 
secret de sa fortune. «(Balzac, les Employés, 1856, in-18, 
p. 211). 

des derniers exemples nous montrent l'apposition en voie 
de formation ; les expressions sont déjà des demi-composés ; 
de là un procédé de composition que nous étudierons plus 
loin 2. 

La langue populaire contemporaine a réduit certains sub- 
stantifs à l'état de véritables adjectifs : 



1. Voici une page de Th. Gautier, précieuse pour l'histoire de la langue vers 
l'an 1830, aux beaux jours de l'école romantique. « Il lui révéla le sens intime de 
l'argot en usage cette semaine-là; il lui dit ce que c'était que ficelle, chic, galbe 
art, artiste et artistique; il lui apprit ce que voulait dire cartonné, égayé, damné 
il lui ouvrit un vaste répertoire de formules admiratives et réprobatives. phos- 
phorescent, transcendantal, pyramidal, stupidiliant, foudroyant, annihilant, e 
mille autres qu'il serait fastidieux de rapporter ici ; il lui lit voir l'échelle ascen- 
dante et descendante de l'esprit humain, comment à vingt ans l'on était jeune 
France, Beau jeune mélancolique jusqu'à vingt-cinq ans, et Childe Harold de vingt- 
cinq à vingt-liuit, pourvu que l'on eût été à Saint-Denis et à Saint-Cloud; com- 
ment ensuite l'on ne comptait plus et que l'on arrivait i)ar lafilièred'épithètesqui 
suivent : ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, 
ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l'épi théte la plus infamante, aca- 
démicien ou membre de l'Institut, ce qui ne manquait pas d'arriver à l'âge de 
quarante ans environ. » (Les Jeune France, Daniel Juvard, 1832.) Voir également 
une lettre d'Alexandre Duval à V. Hugo, De. la littérature dramatique. Paris, 
1833. 

2. Chap. X, .sect. i, p. 147 et suiv. 



— 62 — 

bœuf : « monstrueux, énorme comme un bœuf. » {L. Lar- 
chey, Argot parisien). 

camelotte: « Mon ami, quel mariage cawe^^^e j'allais faire. » 
(Cogniard frères et Bourdois, Le monde camelotLe, III, 16). 

crâne : hardi, fort, beau : « Il portait son joli costume 
d'un air si fendant et si crâne. » (A. Daudet, Jack, II, g 5). 

monstre, monstrueux : « un dîner monstre, w 

panade : sans consistance, sans force. « Notre gouver- 
nement panade. » (Ricard, dans L. Larchey). 

popote : « Ce qui prouvait combien ça devenait popote et 
bonhomme, c'était qu'elle ne détestait pas plus Coupeau que 
Lantier. » (E. Zola, V Assommoir, p. 369.) 

pot-au-feu : casanier, retiré. « Ce n'est pas cet imbécile 
qui m'aurait éclairée... il est d'ailleurs bien trop pot-au-feu. ^^ 
{Balzac, dans Larchey). 



§ 2. Adjectifs tirés de participes. 

De tout adjectif on peut tirer un autx'e adjectif par transfor- 
mation de sens ; nous n'avons pas à nous occuper de ce pro- 
cédé qui rentre dans l'étude de la signification des mots. Les 
déterminatifs et les pronoms ne peuvent fournir d'adjectifs. 
Le verbe n'en forme qu'au participe présent et au participe 
passé; ces deux temps sont une source abondante d'adjectifs. 

1. Participe passé. — Par suite de la disparition du passif 
latin en roman, les deux formes du présent et du parfait, 
laudor, laudatus sum, sont venues se fondre dans une forme 
unique : je suis loué. Or, les verbes transitifs, susceptibles de 
prendre la conjugaison passive en latin, se rangent dans deux 
classes, suivant qu'ils expriment, soit une action momen- 
tanée ou de courte durée, soit une action prolongée, et qui 
peut se poursuivre plus ou moins longtemps, sans que la 
pensée se porte sur l'idée de l'achèvement : à la première 
classe appartiennent, par exemple, cœc/o, vinco, ferio, etc. ; à 
la seconde, anio, video, audio, etc. Le passif français, je suis 
a4/mé, traduira aussi bien amor que amalus sum, parce qu'il 
exprime aussi bien l'idée de l'amour qui commence que de 
l'amour qui se poursuit. Mais je suis frappé, ne rendra que 
cœsus sum ; et ciador ne pourra se traduire que par ou me 
frappe. Ainsi, tandis que les passifs des verbes de la première 



- 6i .- 

classe expriment une action qui se continue, ceux de la 
seconde classe expriment l'action qui vient d'avoir lieu, et 
l'état qui résulte de cette action. Je suis frappé, veut dire : je 
xuis dans l'état d\in homme qui vient d'être frappé. Que main- 
tenant l'on fasse abstraction de l'idée d'action, pour ne plus 
considérer que l'état, le participe deviendra un véritable 
adjectif. De là cette propriété des participes passés des verbes 
de la seconde classe de se transformer en adjectifs, quand ils 
n'expriment plus l'action. Dans cette proposition, « la potion 
est composée par le médecin, « composée est participe; dans 
« l'homme est composé de corps et d'dme, » composé est adjec- 
tif. Dans ce le temple fut or-né ce matin de fleurs ; » orné est 
participe; dans : « du temple, or?ié partout de festons magni- 
fiques, » il est adjectif. 

Il résulte de cette analyse * que c'est une propriété perma- 
nente de certains participes passés d'être employés adjective- 
ment. Cette propriété tient à une cause historique et à une 
cause logique. La cause historique est la suppression du 
passif dans les langues romanes; la cause logique est le fait 
que les verbes se classent d'après leur sens, dans l'une ou 
l'autre des deux catégories que nous avons indiquées. Par 
suite, nous n'avons pas à parler de participes qui seraient 
adjectifs dans la langue actuelle : tous les participes passés 
de verbes exprimant une action de courte durée peuvent être 
pris en qualité d'adjectifs, à tout moment de l'histoire de la 
langue. 

2. Participe présent. — A l'origine, et dans la vieille langue, 
le participe présent était variable. Il pouvait exprimer l'ac- 
tion : « Ils mcttoyent eu avant aucunes lettres interceptées, 
venantes de ftome et d'Espagne. » (La Noue, Discours, xxvi, 2); 
ou l'état : « personne charmante » ; dans ce dernier emploi les 
grammairiens modernes lui donnent le nom d'adjectif verbal. 
Mais, à côté du participe i>i"ésent, existait le gérondif en ant = 
ando [endo] qui exprimait toujours l'action, et qui, en vertu 
de son origine, était invariable. Peu à peu le gérondif se sub- 
stitua au participe présent, dans le cas où ce temps exprimait 
l'action, si bien que vers la lin du dix-septième siècle le par- 
ticipe actif devint décidément invariable. Le 3 juin 1679, par 



1. Cf. Diez, Grammaire, t. TTl, p. 186 de la traduction française. 



— 64 — 

« 

décret de l'Académie française, la règle est failc^ qu'on ne dé- 
clinera plus les -participes actifs'^. 

Certes, il est bizarre de voir des grammairiens trancher en 
souverains des questions de la langue ; celte décision pour- 
tant était moins arbitraire qu'elle ne le semble d'abord. L'Aca- 
démie ne fit ici que réduire en règle une tendance qui poussait 
la langue à distinguer le participe exprimant l'action, c'est- 
à-dire faisant fonction du verbe, du participe exprimant l'é- 
tat, c'est-à-dire faisant fonction d'adjectif. Cette distinction, 
on la voit naître dès la fin du moyen âge, et s'affirmer de plus 
en plus nettement jusqu'au dix-septième siècle'; elle était 
inspirée par cet esprit d'analyse dont nous avons déjà re- 
connu plusieurs fois l'action et qui a transformé la syntaxe 
du français. 

Mais si l'adjectif verbal a seul maintenant le privilège des 
variations flcxionnelles, il ne faut pas croire, comme l'admet- 
tent trop facilement les grammairiens, qu'il n'y a d'adjectifs 
verbaux que ceux que consacre l'usage, c'est-à-dire ceux qui 
sont devenus de véritables adjectifs : « une lumière écla- 
tante » ; « une femme charmante » ; « des personnes obli- 
geantes ». Tout participe présent, du moment qu'on l'emploie 
absolument, sans l'accompagner d'un complément qui mette 
en lumière sa fonction de verbe, peut exprimer un état, et par 
suite devenir adjectif. La langue populaire transforme le par- 
ticipe présent en adjectif avec une singulière facilité', et la 
langue technique lui emprunte cette faculté, non sans raison. 
La langue littéraire en use volontiers, surtout chez les écri- 
vains romantiques. Le caractère propre du romantisme n'est-il 
pas, pour Dupuis et Cotonnet, l'emploi excessif de l'adjec- 
tif? 

Voici une liste — fort incomplète — de participes présents 
employés comme adjectifs et dont l'Académie n'a pas encore 
sanctionné l'usage dans ce sens. 

1. opuscules sur la langue franeotse, par divers académiciens, Paris. 1754 
in-12, p. 343. 

2. C'est ainsi que le participe présent, au seizième siècle, s'accorde souvent en 
nombre, mais non en genre, la variation du nombre n'étant pas indiquée par la 
prononciation : « Femmes venans à être veuves. » (Montaigne, III, 5.) « Passions 
servans seulement à....» (Id.. ibid., 1.) 

3. Elle use d'ailleurs fort rarement du participe présent, c'est-à-dire de la forme 
en ant accompagnée d'un complément : elle n'emploie guère, quand elle veut ex- 
primer l'action verbale du participe présent, que le gérondif en ant précédé de la 
préposition en. 

4. A. de Musset, Lettres de Dupuis et Cotonnet, 



— 65 — 

ahracadabranl : « Le flûtiste Gérold doit exécuter les va- 
riations les plus abracadabrantes. » [Figaro^ 1867, dans L. Lar- 
chey). « C'est écrasant, renversant, horripilant, abracada- 
brant, de plus fort en plus fort. » {Ahnanach du Hanneton, 
1867, ibid.) — Cet adjectif, plus que familier, est tiré de abra- 
cadabra, sans que le verbe abracadabrer existe* . 

acidulant: « Des substances acidulantes. » (Littré). 

activant : « L'engrais possède des qualités activantes qui . . . » 
(Littré). 

administrant : « Dans le ministère de Tinstruction pu- 
blique il y a la partie enseignante et la partie administrante. » 
(Littré). 

affadissant: « Une saveur affadissante. Des louanges affa- 
dissantes. » (Littré). 

agglutinant : a Les langues agglutinantes. » 

aiguillonnant : « Des passions aiguillonnantes. » (Littré). 

alléchant: «Le plaisir alléchant d'un bon dîner. » (Littré). 

arrangeant : « C'est un homme arrangeant. Une mar- 
chande arrangeante. » (Littré). 

asphyxiant : « Odeur asphyxiante. » (Littré). 

aveuglant : 

Ce milieu 
De rayons aveuglants, d'êphêinèro verdure. 

(Phil. Boyer, .1 une patricienne, I.) 

« Misérable passion aveuglante et despotique, dont il sent le 
poids et la honte et dont pourtant il ne pouvait ni ne voulait 
se délivrer. » (Taine, Littér. angl., II, iv, § 1). 

bouleversant: « cette nouvelle est bouleversante. «(Littré). 

canulant, synonyme très-populaire d'ennuyeux. 

ca If entrant : u Plinthes calfeutrantes, y (Bottin, A)uiuaire 
du Commerce, 1875, p. 1322). 

capitulant : « Les cantons capitulants de la Suisse. » 

captivant ; « Sans doute Andréina était bien captivante et 
bien belle. ^) (J. Claretie, Le beau Solignac, 1876, t. I, p. 309). 

chiffonnant : « Voilà qui est chiffonnant»; synonyme po- 
pulaire de ennuyeux. 

clapotant: « Une mer clapotante. » (Littré). 

coassant: « Le peuple coassant des grenouilles. » 

compromettant : « Homme compromettant, tenut; conipro- 

1. (If. j)liis l);\s. |). 71. 



— 66 — 

mcUantc. y> (Liltré); adjectif proposé comme néologisme par 
Richard, en 1845. 

contrastant: « Figures contrastantes. >•> (Litlré). 

croassant : «Le peuple croassant^ les grenouilles.» (Littré). 

décomposant: « Les forces décomposantes.» (Littré). 

dégradant: « Une conduite dégradante. » (Littré). 

délassant: « C'est un exercice délassant. » (Littré). 

démoralisant: «Des influences démoralisantes. •>^ (Littré). 

dépilant: « Poudre dépilante. » (Littré). 

dépravant : <■ La civilisation des siècles précédents était 
fausse et dépravante. » (Littré). 

désopilant : « Une nouvelle désopilante. » (Littré). 

désoxydant : « Une action désoxydante. » (Littré). 

détonant : « Mélanges détonants. » 

développant : « Courbe développante. » 

ébahissant: « C'est un spectacle ébahissant. » 

ébouriffant : « Néologisme du langage comique. Qui 
ébourilTe, qui surprend extrêmement. Succès ébouriffant. 
Expression ébouriffante. » (Littré). « Il était, pour parler son 
beau langage, ébouriffant, rutilant, fulgurant, et même trucu- 
lent. » (Gh. de Bernard, Les ailes d'Icare, I, xii). 

écœurant: « Une odeur écœurante; un spectacle écœu- 
rant. » 

écrasant: « Il est d'une force écrasante. » 

effarouchant : « Une brusquerie effarouchante. » 

électrisant : « Une éloquence électrisante. » 

émouvant : « Une scène émouvante. » (Littré). 

empoignant : « Une réalité empoignante. » {Journal offi- 
cielj 24 juin 1872, p. 4259, 2'^ col. ; Littré, Supplément). 

énervant: « Les sons d'une musique énervante et câline. » 
fCh. Baudelaire, Les F/ewrs du mal, 2« édit., p. 131). 

engainant: « Feuille engainante, coquille engainante.-» 
(Littré). 

engourdissant, voir paralysant. 

enseignant : « Vous apprécierez les motifs qui m'ont in- 
duit à refuser coup sur coup deux professions honorées pour 
m'enrôler dans la bohème enseignante. » (Ed. About, Vlnfâme^ 
III). Cf. administrant. 

envahissant: « L'armée envahissante; une ambition enva- 
hissante. » 

enveloppant: « La ligne enveloppante et la ligne enve- 
loppée. » 



— 67 — 

épatant : « Une nouvelle épatante. »; très-populaire. 

graciant : « Vous allez ajouter d'une main candide sur la 
liste graciante les noms des ministres de Charles X. » (A. de 
Musset, 3* lettre de Dupuis et Cotonnet). 

grandissant :'<■ Une puissance grandissante. » (Littré). Pro- 
posé comme néologisme par Richard, en 1845. 

grelottant : « Elle est toute grelottante de froid. » (Littré). 

Là frissonnent, plus bas que les égoutsdes rues, 
Familles de la vie et du jour disparues, 
Des groupes grelottants ! 

(V. Hugo, Châtiments, III, ix, 2.) 

grossissant : « verres grossissants. » 
horripilant, voir abracadabrant. 

palpitant n'est un néologisme qu'au sens figuré : ouvrage 
d'un intérêt palpitant. Au propre, il est ancien. « Dans son cœur 
palpitant (d'Iphigénie) consultera les dieux. » (Racine, Iphig., 
IV, 4). 

papillonnant: «Des femmes dont les coiffes étoffées, papil- 
lonnantes, avaient la blancheur et le scintillement du sel. » 
(Daudet, Jack, II, S !)• 

paralysant: « H lui lance (le poulpe à son adversaire), 
avant tout combat, ses eî^uwes paralysantes, engourdissantes, 
un magnétisme qui dispense du combat. » (Michelet, la Mer, 
20 édit., p. 202). 

protégeant: « Elle avait eu jusqu'alors pour son mari une 
affection tranquille et protégeante. » (Daudet, Jack, II, § 2). 

renversant, voir abracadabrant. 

rougissant : « Des nuages rougissants au lever du soleil. » 
(Littré). 

sommeillant : « La littérature portait dans son sein une 
bâtardise encore sommeillante. » (A. de Musset, V lettre de 
Dupuis et Cotonnet). 

souillant : « Voltaire, le polémiste le plus diffamant, le 
plus souillant, le plus emporté qui fut jamais. » (Veuillot, 
Odeurs de Paris, I, 7). 

surplombant: « Aux dunes de Scheveningen on voit ses 
eaux (du Zuiderzée) surplombantes, toujours prêtes à franchir 
la digue. » (Michelet, la Mer, 2" édit., p. 24). 

torturant: « Les remords torturants. » (Littré). «Cette tor- 
turante envie de pleurer qui n'ôte point l'envie de bâiller. > 
(Veuillot, Odeurs de Paris, IV, 6). 



— 68 — 

troublant : « Cette image troublante. Astre troublant. » 
(Littré). 

végétant : « C'était bien cela, une race végétante, embryon- 
naire, inachevée. » (Daudet, Jack, I, $2). 

vexant : « Voilà qui est vexant. », populaire. 

Si le participe présent se change si facilement en adjectif, 
on comprend aussi bien qu'il passe à l'état de substantif. 
Nous en avons vu plus haut des exemples. 



CHAPITRE III. 

PRONOMS, VERBES, MOTS INVARIABLES. 

Les déterminatifs et les pronoms sont en nombre limité. Les 
verbes nouveaux ne se forment que par dérivation; on les 
étudiera plus loin. Les adverbes se tirent d'adjectifs, à l'aide 
de la particule ment; ils seront également étudiés plus loin. 
Pour les adjectifs employés adverbialement, la langue con- 
temporaine se contente des expressions anciennes : chanter 
faux, bas, haut; filer doux; voir clair; frapper /'or/; boire 
sec; etc. Les prépositions simples ne présentent pas de néolo- 
gismes : concernant est déjà ancien. Quant aux interjections, 
il faut signaler un mot populaire, d'origine récente, d'étymo- 
logie inconnue : zut! 



DEUXIÈME SECTION. 

DÉRIVATION PROPRE. 

L'auteur de la grammaire comparée des langues romanes a 
mis en pleine lumière l'incomparable richesse de dérivation 
que possèdent les idiomes issus du latin. C'est là une faculté 
qui leur donne leur physionomie propre en regard du latin et 
des langues germaniques. La liste des différents suffixes 
étudiés par Diez, telle qu'elle est donnée à la fin de la gram- 



— 69 — 

maire', s'élève pourl espagnol au nombre de cent soixante-trois, 
pour l'italien à celui de cent cinquante-huit. Le français est 
moins bien partagé et ne compte que cent quatorze suffixes, 
nombre fort respectable encore, ce nous semble ^ 

Des nombreux suffixes qui ont servi ou servent encore à 
former les mots français, les uns sont propres à la langue 
populaire, les autres à la langue savante; les uns vivaient 
aux premiers temps de la langue ou durant le moyen âge, et, 
épuisant graduellement leur fécondité, sont morts aujour- 
d'hui ; d'autres sont nés à une époque relativement moderne 
et sont aujourd'hui en pleine vigueur, Quelques-uns ont vu se 
réduire ou s'étendre leur domaine; un certain nombre, 
nés avec le français, ont traversé quinze siècles d'existence 
sans rien perdre de leur activité ni de leur énergie créatrice. 

Les suffixes de dérivation se divisent en suffixes nominaux 
et verbaux, selon qu'ils forment, soit des noms ou des adjec- 
tifs, soit des verbes. Avant de commencer l'étude des suf- 
fixes de la langue populaire qui, aujourd'hui, servit à créer 
des noms, des adjectifs, des verbes nouveaux, quelques obser- 
vations générales sont indispensables. 



CHAPITRE IV. 

OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LA DÉRIVATION. 

La dérivation des divers suffixes que nous allons étudier 
présente des caractères généraux et des traits communs qu'il 
importe de mettre en lumière. 

1. Les noms concrets éveillent dans la pensée l'image des 
objets qu'ils désignent: fleur, table, cheval, maison; les suf- 
fixes rappellent à l'esprit une notion générale abstraite. £"886 
dans sagesse^ richesse, rudesse, représente l'idée abstraite de 
qualité; oir dans fermoir, grattoir, polissoir, celle d'instru- 
ment d'action ; ier dans pommier, prunier, cerisier, celle de 

1. A la fin du tome II de la troisième édition allemande. 

2. Ces listes, il est vrai, présentent quelques doubles et même quelques triples 
emplois : les suffixes français oi, oie, aie, par exemple, ne sont que des formes 
différentes d'un môme suffixe êlum êla. Les cent quatorze suffixes donnés par 
Diez se réduisent à environ quatre-vingt-dix. 



— 70 — 

producteur. Le suffixe s'ajoute donc au radical (nom, adjectif, 
verbe) pour en modifier l'idée par l'idée secondaire qui lui est 
propre. 

Pour qu'un suffixe soit vivant, il faut et il suffit que l'idée 
abstraite générale soit présente à l'esprit, qu'elle se détache 
nettement de l'image éveillée par le radical; autrement dit, 
que le dérivé présente une double idée. 

Cette condition est nécessaire; car si la notion du suffixe 
et celle du radical s'évanouissent toutes deux devant l'unité 
d'image que présente le dérivé, celui-ci cesse d'être dérivé ; 
il devient mot simple. Agneau, taureau, soleil, menton^ sont 
aujourd'hui des mots simples, parce qu'on n'y reconnaît plus 
la présence des radicaux agnius), taur[us), sol, ment[urn), ni 
par suite la présence des suffixes. Bien plus, des mots où le 
radical est reconnaissable peuvent devenir simples, quand le 
suffixe ne s'en détache plus avec netteté : épouvantail, plumail, 
gouvernail, soupirail, vitrail. Qu'ajoute ail ^épouvante, plume, 
gouvern-e§, soupir-er, vitre? On ne le voit plus bien. Dès lors 
on perd aussi de vue la signification des radicaux, et l'esprit 
substitue à la double idée qu'otïrait le radical enrichi du suf- 
fixe l'idée une ou l'image une du dérivé devenu simple *. 

Cette condition est suffisante; car, [ pour être vivant, le 
suffixe n'a pas besoin de produire des mots nouveaux. Son 
énergie reste latente et ne paraît au dehors que quand une 
circonstance extérieure, le hasard d'une nouvelle idée, d'un 
nouvel objet à exprimer, lui en ofïre l'occasioij^Dans herbette, 
fillette, garçonnet, le radical garde sa valeur propre et éveille 
dans l'esprit l'image de l'herbe, d'une fille, d'un garçon ; le 
suffixe y ajoute l'idée générale de quelque chose de petit, de 
jeune, idée qui vient s'ajouter à la première image et la 
modifier. Il ne faut rien de plus; le suffixe et, ette, est bien 
vivant dans la langue. S'il n'agit pas, il peut agir, et il don- 
nera de nouveaux dérivés lorsque le besoin s'en fera sentir. 
2. Un certain nombre de dérivés supposent des radicaux do 
même nature. Les dérivés en oir, en eur, en âge, par exemple, 
supposeni des radicaux verbaux, et non adjectifs: grattoir, 
fermoir, brunissoir, polissoir, etc., de gratt-er, de ferm-er, de 
brunir (par bruniss-ant), de polir [par poliss-ant); marcheur^ 



1. L'esprit suit la même marche dans la réduction des mots composés à des 
mots simples Voir A. Darmesteter. Traité de la formation des mots composés en 
français, p. 12, et cf. plus bas, p. 124. 



— 71 — 

menteur, joueurj chercheur, de march-er^ ment-ir, jou-er, 
che)^clir-er ; lavage, coulage, lessivage, brossage, de lav-er, 
coul-er, lessiv-er, bross-er. Les dérivés en esse supposent des 
adjectifs : tendr-esse, rud-esse, sag-esse, fin-esse. 

Toutefois il arrive qu'un dérivé soit créé sans que le radical 
qu'exigerait la loi de l'analogie du suffixe existe ou ait jamais 
existé. Le suffixe âge suppose un verbe; cependant on a fait 
factage sans le verbe facter, charronnage, sans charron- 
ner. Les adjectifs verbaux en ant supposent également des 
verbes: charmant, qui charme; obligeant, qui oblige; cepen- 
dant croustillant vient directement de croustille; abracada- 
brant de abracadabra. Aimable vient d'aimer, louable de louer ^ 
blâmable de blâmer; mais charitable? mais équitable? On 
a créé récemment joos^ic/iewr, fa.hnca.nt de postiches, chinoiseur, 
fabricant, marchand de chinoiseries ; où sont les verbes posti- 
cher, chinoiser, qu'ils supposent? 

Ces anomalies diverses s'expliquent aisément. A l'origine, 
les dérivés en âge, en ant, en eur, en able, appelaient néces- 
sairement un verbe, qui servît à leur formation. Mais quand 
le nombre en est devenu assez considérable pour que l'idée 
verbale que le suffixe doit au verbe radical soit elle-même 
devenue parfaitement visible dans le suffixe, il n'est plus 
besoin que le dérivé s'appuie sur le verbe ; il prend pour 
point de départ le substantif ou l'adjectif d'où aurait pu 
sortir ce verbe, et y ajoute son suffixe. C'est ce qui arrive 
pour certains adjectifs verbaux en ant. Ou bien il sous-en- 
tend le verbe, et le suppose momentanément par abstraction. 
Ainsi on crée chinoiseur, en partant de chinois et en supposant 
ou en sous-entendant un verbe chinoiser. Il peut arriver ajssi 
qu'il y ait extension analogique. Aimable, louable, viennent 
bien de verbes; raisonnable aussi; mais dans raisonnable on 
pense en même temps au substantif raison; on perd de vue 
la première dérivation pour voir dans raisonnable un substan- 
tif suivi d'un suffixe, et raisonnable ainsi expliqué entraîne 
charitable, équitable, favorable. Enfin l'analogie s'exerce par 
la comparaison de plusieurs suffixes. On dit laveur et lavage 
(tous deux de laver); or, on dit facteur; donc, on dxTa. factage, 
malgré l'absence d'un verbe facter. En un mot, la dérivation 
ne se renferme pas dans les limites dictées par une logique 
rigoureuse, mathématique; l'analogie en étend le cercle de 
mille manières ; cette extension analogique, diverse et mul- 
tiple, n'est qu'une forme môme de la dérivation, qui en 



— 72 — 

montre en même temps la puissance toujours active, l'énergie 
toujours créatrice, puisque le principe essentiel de la déri- 
vation est précisément l'analogie. 

3. Diez fait remarquer* que les langues romanes intercalent 
volontiers entre le radical et le suffixe des mots dérivés certaines 
syllabes ayant valeur de suffixes, et dont la consonne est ç (s, z) 
ou r ; ainsi l'italien : don-z-ello, libr-icc-iuolo ^ bab-ic-ina^nom' 
ic-iatlo; l'espagnol : av-ec-ica, hombr-ec-illo , hombr-ez-uelo , 
vellon-c-ino,muger-c-ita;\e roumain : vàl-c-icà, domn-ic-ea, cân- 
is-or; ou bien l'italien : diavol-er-ia, infant-er-ia, leccon-er-ia^ 
camp-er-eccio, cas-er-eccio, acqu-er-ella, oss-er-ello^ nav-er-esco; 
l'espagnol : flech-er-ia, porqu-er-ia, sed-er-ento^med-r-oso; le pro- 
vençal : parelh-ar-ia, porc-ar-ia, trich-ar-ia, bal-ar-esc, camb- 
ar-ut, etc. 

Le français a connu ou connaît trois intercalations de ce 
genre : a. celle du ç (s); b. celle de l'r; c. celle du t. 

a. L'intercalation du c se rencontre dans des mots de for- 
mation ancienne : ham-eç-on, dern-ois-elle. Elle a disparu de 
la langue moderne. 

b. L'intercalation de IV est encore vivante : mouche-r-on 
de mouche, aile-r-on d'ai/e, puce-r-on de puce, laide-r-on de 
laide, etc.; poéte-r-eau de poète, flamme-r-ole de flamme, fave- 
r-ole de fève, mouche-r-ole de mouche, etc. Cet allongement de 
on, oie, eau, etc., en eron erole, ereau, etc., est dû sans doute 
à une fausse analogie : de forgeur on tire régulièrement for- 
geron^ de bûcher, bilcher on, de voleur, volereau; puis on oublie 
la dérivation immédiate de ces mots pour les rattacher à /br^e, 
bûche, vol; et le suffixe cesse d'être on, eau, pour se trans- 
former en eron, ereau : mouche, inouch-eron, puce puc-eron, 
poëte poét-ereau; eron, ereau, à leur tour, entraînent erole. 

Cette erreur d'analogie est visible dans la substitution du 
suffixe erie au suffixe le. Le point de départ est donné par les 
mots tels que chevalier chevalerie, bonnetier bonneterie, où la 
terminaison ier(=ânMs) s'allonge régulièrementeneWe(- aria) 
par l'addition du suffixe ie{=îa). Mais l'on perd de vue que, 
dans les innombrables dérivés en er/e, la syllabe er appartient 
au radical, et que ie seul constitue le suffixe; et erie peu à peu 
prend la place de ie, si bien qu'aujourd'hui ce dernier suffixe 

1. Grammaire, t. II. p. •2r)9 de la traduction française. 



— 73 — 

n'existe plus. Nous verrons plus bas les preuves de cette affir- 
mation. 

c, L'intercalation du t repose sur une erreur du môme 
genre. On la retrouve dans les mots suivants : 

abri — ahri-ter. Jusqu'à la fin du seizième siècle, on dit 
abrier ; abri-ter semble inconnu au dix-septième siècle qui se 
servait de la périphrase r/ie/^/-e à l'abri; il ne paraît qu'à la fin 
du siècle dernier. 

agio — agio-ter, agio-teur; agio a pénétré en France dans 
les vingt premières années du dix-huitième siècle, et y a donné 
immédiatement les deux dérivés. 

bambou — bambou-tier* . 

bigarreau — bigarreau^tier. 

biseau — biseau-ter. 

bijou — bijou-tier, bijou-terie. Bijou existe déjà au seizième 
siècle; pour bijoutier^ M. Littré ne donne d'exemples que du 
dix-septième siècle (cardinal de Retz). 

caillou — caillou-tage, caillou-tée, caillou-ter, caillou-teur, 
caillou-teux, caillou^tis. Cailloutage paraît au seizième siècle 
sous la forme caillotage. 

café — cafc-tier, cafe-lière, café-terie. Cafèterie avait été 
précédé de caféière. Les formes qui présentent le t datent de 
la seconde partie du siècle dernier. 

caoutchouc — caoutchou-ter ; mot récent. 

clou — clou-ter, clou-tère, clou-terie, clou-tier, clou-tière. 
Clouterie existe au treizième siècle sous la forme cloueterie. 

coco - coco-tier. Datent de la fin du siècle dernier. 

domino — domino-terie, domino-tier. Existent déjà au 
seizième siècle. 

* ergo — ergo-ter, ergo-terie, ergo-teur, ergo-tiser. Ergoter est 
dans Rabelais ; on trouve au quinzième siècle hargoteur au 
sens de ergoteur, ce qui indique une autre étymologic que le 
latin ergo. Hargoteur a pu se changer en ergoteur par suite 
d'une confusion avec ergo. 

écho —écho-tier; mot de création toute récente, 

ferblanc — ferblan-terie, ferblan-tier. 

filou — filou-tage, filou-ter, filou-terie, filou-tier. — Filoutage 
est dans Retz, filoutier dans Scarron. 

1. Voir plus bas, p. 10.î et p. 152. 



— 74 — . 

folio — folio-tage, folio-ter, folio-teur : néologismes. 

glouglou (cri du dindon) — glouglou-ter ou ^/ow^/o-ier (pous- 
ser un glouglou, se dit du dindon) , glouglouter est plus usité. 

indigo — indigo-tier, indigo-terie. 

jus — ju^teuXy M. Littré cite un exemple du quatorzième 
siècle. — ver juter. 

numéro — numéro-tage, numéro-ter, numéro-teur; mots d'o- 
rigine récente. 

panneau — pamieau-ter, panneau^teur ; mots de formation 
récente. 

pap{ier) — pape-tier, pape-terie; datent du siècle dernier. 

peau — dépiau-ter ; mot de formation récente. 

pinceau — pinceau-ter, pinceau-tage; mots de formation 
récente. 

râteau— rateauter, néologisme populaire qui commence à 
se répandre. 

rein — érein-ter, érein-teur, érein-tement. Ereinter d'où sont 
sortis, de nos jours, éreinteur et éreintement, date du siècle 
dernier. On disait antérieurement éreiner. 

tabac — tabatière. Fr. des Caillères dans ses Mots à la mode * 
emploie tabaquière, qui est la forme primitive. 

tableau — tableautin, néologisme. 

A cette série, ajoutons encore les deux féminins usités dans la 
langue populaire, voyou-te, typo-te. 

Quelle est l'origine de ce tl Selon Diez, il dérive probable- 
ment du t flexionnel du verbe. « L'oreille, en effet, s'était faite 
à la variation il est et est-il, il y a et y a-t-il, et ce t fut trans- 
porté dans le domaine de la dérivation ^ » Cette explication 
ne ressort pas des faits que nous venons de réunir. On n'a pas 
d'exemple en effet de dérivés verbaux en ter antérieurs au dix- 
septième siècle ; on a au contraire des exemples de dérivés no- 
minaux remontantau seizième siècle et au moyen âge : domino- 
tier,cloueterie,caillotage. Caillotageesi un dérivé régulier de l'ar- 
chaïque caillot quia été ensuite remplacé par caillou; caillou a 
entraîné le changement de caillotage en cailloutage, d'où tous les 
autres dérivés de la famille. Cloueterie et clouetier, qu'il suppose, 
viennent de clouet, c'est-à-dire clavettus; clouetier devient claue- 
tier, clouetier et finalement cloutier qui se trouve rattaché indû- 



1. Voy. plus haut, p. 18. 

2. Grammaire, l, p. 175 de la traduction française. 



— 75 — 

ment à clou, comme rtnllindarfe, rallloutis, caillouter^ à caillou. 
Si l'on son^Cjd'un autre côté, aux nombreux dérivés en t-ier r= 
t-arius, dans lesquels / appartient au radical, et qui étaient 
déjà usités au moyen âge: [arbalestier, argentier, blaetier, bon- 
netier, cabaretier, carlier [quartier], chantier, charpentier, chaus- 
setier, côtier, couretier [courtier), doigtier, forestier, fruitier, gan- 
tier, hatier, héritier, pannetier, pelletier, portier, rentier, routier, 
sentier, tabletier, testière, etc., etc.), on s'expliquera que, grâce 
à l'erreur produite par des formes telles que cloutier, la ter- 
minaison lier ait été considérée comme un suffixe simple, et 
se soit ajoutée à des radicaux terminés par une voyelle. Pour 
les verbes, la terminaison oter (ou otter) des verbes dérivés de 
noms en ol joue Iç même rôle que lier pour les substantifs : 
glouglou donne glougloter, comme jabot jaboter. Ainsi se forme 
peu à peu cette série de nouveaux suffixes commençant par un 
t et dont l'emploi, dès le dix-septième siècle, devient normal. 
De nos jours la dérivation en lier, terie, ter, leur, tage, est 
régulière pour les radicaux terminés par une voyelle (pure ou 
nasale). C'est ainsi que, abrier étant sorti de l'usage, abri donne 
abriter, que éreiner est remplacé par éreinter ;hien plus, miroir, 
papier, donnent non iniroirier, paperier, qui auraient manqué 
d'harmonie, mais miroitier (et de même miroiter, miroitement, 
etc.), et papetier {papeterie). C'est pour une cause analogue que 
tahaquière cède la place à tabatière, et que le peuple, ayant 
oublié l'origine des mots en eau, en tire non des dérivés en 
eller, allier, mais des dérivés en eauter, eautier, etc. 

4. De cette intercalation de consonne, due à une fausse ana- 
logie, il faut distinguer l'intercalation de suffixes secondaires 
entre le radical et le suffixe final. Les langues romanes en- 
chaînent volontiers plusieurs suffixes au thème du nom : 
français: roi-t-cl-et; italien : besti-ol~vcci-accia ; espagnol: 
moc-et-on-azo ; roumain: naz-ion-al-ic; déjà en latin: agn-ic- 
ell-ul-us. Ces additions ne sont pas toujours successives: si 
roitelet est un diminutif de roitel , roietel, et celui-ci de royet ; 
chevrillard , chambrillon , cendrillon , moussaillon, aigrelet, ar- 
chèlet, corselet, gantelet, maigrelet, tiercelet, verdelet, dérivent 
non de chevrille, etc., aigrel, etc., mais de chèvre, aigre. Les 



1. De môme dans roi-t-el-et il faut voir, non un t euphonique, mais le reste du 
suffixe et : roi-et-el-et, dér'wé de roietel : 

Si n'avoit aillors grans escoles 

De roietiaus et tourteroles. {Rose, 652.) 



— 76 — 

suffixes ill,el ne servent que de traits d'union entre le radical 
et le suffixe final. 

5. On dit croydible alors que le latin credibilis ferait sup- 
poser croî/iô/e ; on dit faiseur, liseur alors qu'avec faciorem, 
leciorem, on s'attendrait à faiieur, Hieur. Quelle est la cause 
de cette déviation? Ici nous voyons les conséquences d'une 
vaste action analogique qui a transformé toute une partie de 
la dérivation du latin populaire dans son passage au fran- 
çais. 

Dès les origines de la langue, les participes présents de la 
seconde, de la troisième et de la quatrième conjugaison 
avaient été assimilés à celui de la première. Le nombre des 
participes en antem était si considérable qjae les populations 
de langue d'oil, entraînées par l'analogie, dirent veddintem, 
legantem, finiscdintem, vesta.ntem, au lieu du vedentem, legen- 
tem, finiscentem, vestientem ; de là des formes ve-ant (plus 
tard voy-ant), lis-ant, finiss-ant, vest-ant [vêt-ant). Les autres 
langues romanes restèrent fidèles au type latin ; seul le sarde, 
par une assimilation inverse, a transformé la terminaison de 
la première conjugaison en celle qui est commune aux trois 
autres*. 

Or, cette action que la première conjugaison en français a 
exercée sur les autres au participe présent, elle l'a exercée 
également dans la dérivation ^ Le latin dit : am-a-hilis, fl-e- 
bilis, vis-î-bilis, aud-ï-bilis, vol-u-bilis, en ajoutant le suffixe 
bilis, au thème du verbe ou du participe terminé en a, e, ï, 
î, u. De ces diverses terminaisons, la langue populaire, dès 
les premiers temps (vi-viii« siècle), n'a retenu que la première, 
a-bilis. Quelques mots en i-bilis ont bien passé avec leur ter- 
minaison ible; ainsi horribilis, devenu orible, (plus tard transcrit 
horrible); mais dans ces mots le peuple ne reconnaissait plus 
le suffixe verbal ; horribilis n'était plus rattaché à horrere ; il 
était considéré comme simple adjectif, au même titre que bo- 
7iM.s, mnctu^ , forlis, et n'avait par suite qu'à passer par les 
transformations physiologiques de la phonétique sans se sou- 
mettre aux lois psychologiques de l'analogie. Pour les autres 



1. Ascoli, Del poslo che spetta al ligure nelsislema deidialetti italiani, dans 
VArchivio gloltnloyico ilaliano, II, p. 133, note. L'analogie s'étend égalementàla 
première personne du pluriel de l'indicatif présent : manemu maneddi = man- 
giamo mangiate. 

2. Cf. Darmesteter, La protoniqxie non initiale, non en position. Remania. V, 
p. 143. 



— 77 — 

dérivés en hilis qui avaient cours dans la langue populaire, 
et que le peuple décomposait en thème verbal et en suffixe, 
ebilis, ibili.s firent place à abilis; et c'est ainsi que l'on trouve, 
dès le début du douzième siècle, credable, d'où plus tard croya- 
ble^ desfendable, pendable, vendable, faisable, mettable, contrai- 
gnable, convenable, prenable, secourable, abolissable, et autres 
mots en issable, connaissable, etc. On peut exprimer le fait en 
disant que, par suite de la transformation de bilis en abilis, le 
suffixe able s'adjoint au thème du participe présent des verbes, 
c'est-à-dire qu'on remplace la terminaison ant par la termi- 
naison able, quelle que soit la conjug-aison : aim-ant, aim-able; 
finiss-ant, finiss-able; recev-ant, recev-able ; pren-ant,pren-able. 
Les dérivés en ible sont de formation savante*. 

Mêmes modifications analogiques se produisent pour les suf- 
fixes ment, eur, ure, oir, is. 

Mentum s'ajoute en latin au thème verbal; delector-mentum, 
monu-mentum, nulrl-mentum , alî-mentum, frag-mentum. Le 
français, dès les premiers temps, partant des formes de la 
première conjugaison {delecta-mentum), a considéré la voyelle 
a comme appartenant non plus au thème, mais au suffixe, qui 
devient amentum. Par suite î-mentum, î-mentum,, u-^mentum, 
disparaissent devant anientum-ement, suffixe nouveau, de for- 
mation analogique, qui s'ajoute au thème du participe présent 
des diverses conjugaisons : batt-ant, batt-ement; connaiss-ant, 
connaiss-ement ; banniss-ant, banniss-ement. Blanchiment, sen- 
timent el les analogues sont de formation savante. 

Ura, or^, orius, icim^ , s'ajoutaient au thème du participe 
passé ou du supin : 

nat-um nat-ura , pict-um pict-ura , fact-um fact-ura, 
mens-um mens-ura, etc. 

imperat-um imperat-or, bibit-um bibit-or, tradit-um 
tradit-or^ cess-um cess-or, doct-um doct-or, etc. 

amat-wm amal-orius, transit-uni transit-orius , cens-um 
cens-urius, advent-um advent-orius , etc. 

advent-wm advent-icius , fact-um fact-icius, fict-um fict- 
icius, etc. 

Or, dès les premiers temps, le français a remplacé ces quatre 

1. Je ne vois guère que paisible et loisible qui puissent être considérés comme 
mots de formation populaire. 

2. Ura, or, suffixes romans sortis des suffixes latins -lura, -tor, dans les- 
quels le t a été rattaché au radical du verbe ; t-ura, t-or. 



— 78 — 

suffixes dans les verbes des trois dernières conjugaisons par 
les suffixes de la première; partout, reprenant la (orme antem 
du participe présent, il lui a substitué les suffixes atura, ator 
atorem, atorius atorium, atirius aticium. Ceux-ci sont devenus 
dans le cours de la langue successivement : edure eûre eure 
ure [armedure, armeûre, armeure, armure); ère au nominatif, 
à l'accusatif edor eor eeur eur [armere; artnedor, armeor, ar- 
meeur, armeur); edoirs au nominatif, à l'accusatif edoir eoir 
air (fermedoirs; fermedoir, fermeuir, fermoir); ediz eïz eïs is 
{levediz, leveïz, leveis, levis). 

Sauf dans quelques mots comm.e morsura morsure, t^crip- 
lura écriture, facticius faitis, pictura * pinctura peinture, ficticius 
.*fincticius feintis, etc., qui, dans le latin populaire, étaient con- 
sidérés comme substantifs ou adjectifs, et où le peuple ne re- 
connaissait plus un thème verbal accompagné d'un suffixe, 
le génie de la langue a transformé la dérivation, en générali- 
sant les suffixes de la première conjugaison, et en les appli- 
quant à toutes les formations nouvelles. Preuve de la puis- 
sance que l'analogie, ou que le besoin de simplification et de 
clarté a exercée sur notre idiome*. Nous verrons, au contraire, 
que la tendance de la langue savante a été d'aller à rencontre 
de ce grand mouvement. Elle a essayé de faire revivre ces 
distinctions de suffixes particulières au latin, de faire revivre 
dans la dérivation les diverses conjugaisons d'une langue 
morte : et malheureusement cette tentative a été couronnée de 
succès. 



CHAPITRE V. 

SUFFIXES NOMINAUX. 

Nous passons maintenant en revue les divers suffixes qui 
de nos jours sont encore usités, en commençant par ceux qui 

1. « Tendunt omnino omnes linguœ ab orif^ino sua deflcxsc et degencraUB in 
aîqualilalem quamdam malc simplicem, et id tantiim curant quomodo possint sine 
multa arte ad eanidem anuissim oiunes formœ cogi. » Ainsi s'exprime Lassen dans 
ses Inslitutiones lingux prâcrilicx. III. 297. (Cf. M. Hrcal, dans les Mémoires de 
la Six-ii'U de linyaistir/ue, II, 189). Lo pi'ùcrit est an sanscrit ce que les langues 
romanes sont au latin. Lassen, en conq)arant la simplicité méthodique du pràcrit 
à la savante complexité du sanscrit, se prend à accuser la langue iille de déforma- 
tion et de dégénérescence ; à tort. Les formes anciennes ne disparaissent que 
pour faire place à de nouvelles formations. 



— 79 -- 

servent à former des noms et des adjectifs. Nous ne suivrons 
pas l'ordre alphabétique des suffixes latins d'où ils dérivent, 
parce que nous ne faisons pas ici une étude étymologique ; 
étudiant les suffixes actuellement vivants, nous devons y voir 
autant de mots différents; c'est donc sous leur forme oc^we//e 
que nous devons les considérer. 

1. able. 

Ce suffixe se joint au thème du participe présent des ver- 
bes *, pour indiquer une possibilité passive, quand le verbe 
est actif : faisable, qui peut être fait; et une possibilité active, 
quand le verbe est neutre : valable, qui peut valoir. Il se joint 
aussi à des substantifs : charit-able, équit-able, raison-nable. 

Dans la langue actuelle il est très-fécond ; il sert à former 
de nombreux adjectifs : ceux que nous citons manquent au 
Dictionnaire de l'Académie française. 

abattable: « Ces chevaux sont abattables. » (Littré), abolis- 
sable (id.). 

abrogeable : « Qui peut être abrogé. Ces lois sont abrogea- 
bles. » (Littré). 

animalisable : « Qui peut être animalisé. » (Littré). « Qui 
sait.... si la mer animalisée ne donne pas le branle à la mer 
aniinaUsable , non organisée encore? » (Michelet, la Mer, 
2" édit. p. 57). 

arrosable: « Qui peut être arrosé. » (Littré). Se trouve déjà 
dans Rutebeuf (treizième siècle) : 

Arousable fontaine 
Et délitable et saine. 

(Edit. Jubinal *, II, 97.) 

Mais, comme le fait remarquer M. Littré, arousable est ici 
actif et veut dire : « Qui peut arroser, qui arrose. » 

assurable : « Qui peut être assuré, admis à recevoir les 
avantages d'une compagnie d'assurances. » — « Le nouveau 
client est-il reconnu as.^urable.., » [Revue des Deux Momies, 
1" février 1867, p. 569). » (Littré, supplém.). 

brevetablc : « Le procédé n'est pas brevetable. >> (Littré). 
Mot propose en 1845 par Richard. 

1; Dicz, Gratninaire, t. II, p. 30.) de la traduction française. 



— 80 — 

capitalisable (Littré) : « Rente capitalisable », cicatrisable 
(id.), civilisable (id.). 

congédiable : « C'est un des hommes congédiables. Tous les 
congédiables du régiment. » (Littré), 

convertissable (Littré), mot créé par Mercier {Néologie); 
convocablt (Littré), déguisable (id.). 

dépensable : « L'équivalence entre les quantités de force 
dépensables. » (Cournot, Enchaînement des idées fondamentales, 
t. I, p. 152, dans Littré, supplément). 

déracinable (Littré). 

dérailable .« Se dit de locomotives qu'on peut faire dérailer 
à volonté, sur les chemins de fer américains. « ( Littré, supplé- 
ment). On dit plutôt déraillable. 

dérivable : « Ce principe est dérivable de tel autre. » (Littré). 

désagrégeable : « Roche îd.c\\emenl désagrégeable » (Ch. MdiV- 
t\ns, Académie des sciences, comptes rendus, t. LXVII, p. 934 _ dans 
Littré, supplément). 

dirigeable, proposé en 1845 par Richard; reçu aujour- 
d'hui : « Ballon dirigeable. » 

discutable : « Cela n'est pas discutable. » (Littré) . 

éludable : « Néologisme. Qu'on peut éluder. » (Littré). 

encaissable (Littré, supplément), escomptable (id.). 

/er^i/isa6/e (Littré) ; M. Scholle {Programme, p. 15) re- 
lève ce mot dans George Sand. 

formidable : « Principes facilement formidables. » (Maury, 
dans Scholle, Programme, p. 15). 

grondable (Littré). 

impressionnable: « Néologisme. Susceptible de recevoir de 
vives impressions. Esprit impressionnable. Fig. se dit de la 
rente, des valeurs commerciales. » (Littré). 

libérable: « Qui peut être libéré, renvoyé d'un service, et 
surtout du service militaire. Les hommes libérables. « (Littré); 
proposé, en 1845, par Richard. 

maîtrimble (Littré) ; proposé par Richard. 

organisable : « Qui peut recevoir l'organisation ou y parti- 
ciper (Littré).» « Une matière à demi organisée et déjà toute 
organisable. » (Michclet, la Mer, 2" édit., p. 113). 

simplifiable (Littré). 

Cette liste de dérivés, dont la plupart obtiendraient difficile- 
ment droit de cité dans la bonne langue littéraire, nous montre 
que la langue actuelle ne forme plus d'adjectifs en a6/e qu'avec 



— 81 — 

des verbes actifs, c'est-à-dire qu'elle attache à able la sif^nifica- 
tion de « qui peut être.... » ; et qu'elle ne forme plus des déri- 
vés de noms : un mot tel que bontable, analogue à équitable, se- 
rait monstrueux. 

Ace, voir asse. 

2. a de. 

Suffixe qui nous est venu par emprunt de l'espagnol, du 
provençal et de l'italien. Il correspond au français ée : caval- 
cade est étymologiquement identique à chevauchée. Ce suffixe 
s'est introduit dans la langue au seizième siècle, et y a pris 
droit de cité sous l'influence de mots comme arcade, arlequi- 
nade, aubade, ballotade, barricade, cacade, capucinade, cascade, 
claquade, débandade, drar/onnade, enfilade, estacade, estrade, 
gambade, marmelade, pétarade, rasade, reculade, sérénade, etc. 
Il a formé de nos jours quelques dérivés : guillotinade, fusil- 
lade, mitraillade, mots qui rappellent dragonnade *. Th. Gau- 
tier a, d'après le provençal, recréé à la dérobade [Capitaine 
Fracasse, X), et jylamussade : « Le beau Sigognac flattait le col 
de son cheval avec detiplamussades. » [ibid., II). Chateaubriand 
a créé effarade : « Au milieu de Veffarade des maîtres du logis. » 
[Mémoires, t. XI, p. 317). 

Ce suffixe est encore vivant dans la langue populaire, té- 
moin les dérivés suivants : 

bousculade : « Il comparait ce tableau aux cris, aux bous- 
culades, sur les trottoirs qui animent à Paris les sorties d'ate- 
liers. « (Daudet, Jack, II, § 1). Ce mot est d'un emploi usuel 
dans le peuple. 

cognade : « gendarmerie » (Francisque Michel, Études sur 
V argot) ^. 

cotonnade, donné pour la première fois par Boistc, dans son 
Pan-Lexique, a passé de là dans le Dictionnaire de l'Acadé- 
mie (édition de 1835). Il s'emploie figurément : « Les cotonna- 
des théophilanthropiques du grand vicaire Louis Jourdan et 
du bedeau Labédollière. » (Veuillot, Odeurs de Paris, lY, 6). 

gobichonnade [ L. Larchey , Dictionnaire de l'argot pari- 
sien). 



1. Cf. Fr. Wcy, Manuel des droits et des devoirs, 1848, p. 270. 

2. i'.(. plus haut, p. .")l. 



— 82 — 

rigolade, j mot très -populaire, que ne donne aucun dic- 
tionnaire. 

toquade, voir Littré. 

Rappelons le masculin troubade, i^nne. soldat, jeune homme. 
Le troubadour, sorti de la littérature romantique, a été recueilli 
par le langage de l'armée qui, en le mutilant, en a fait le 

troubade. 

3. âge. 

Vient de aticus aticum. Il formait à l'origine des adjectifs : 
chant ramage, chant de la ramée, chant des oiseaux sur la 
ramée; lait formage ou lait fromage, lait caillé, durci, qui a 
pris forme ; poisson marage, poisson marin; le message était 
aussi bien « l'homme envoyé » missaticus que « la chose en- 
voyée » missaticuin. L'adjectif fut ensuite pris au sens neutre, 
et devint nom de chose : corage, edage [eage age^=aetaticum), 
charriage, plumage. De là la signification collective attachée à 
nombre d'anciens dérivés : feuillage, cailloutage, laitage, plu- 
mage, ombrage, herbage, et qui se conserve dans quelques dé- 
rivés nouveaux. Enfin, par une transformation et une spécifi- 
cation de sens, âge désigne maintenant l'action exprimée par 
le verbe, et s'attache au thème du participe présent, pour for- 
mer des noms abstraits d'action. 

Ce suffixe possède une grande fécondité ; il fournit à la 
langue technique ou familière nombre de néologismes aux- 
quels la langue littéraire ne fait pas toujours accueil. Les 
mots que nous citons du Dictionnaire de M. Littré ne sont 
pas donnés par l'Académie : 

aciérage (Littré, supplém.), aiguillage sur une voie fer- 
rée (Littré, supplém.), allumage (Littré). 

bobinage, bœuvonnage, boitage (Littré, supplém.). 

bouqihinage : « Us doivent.... s'étonner beaucoup de la cu- 
riosité rétrograde et stérile de ces dandys du bouquinage. » 
(J. Vallès , la Rue, La messe de Liszt). 

captage (d'une source) (Littré), carreaudage (de carreau^ 
der, de carreau), charronnage (Littré, supplém.). 

chamarrage : « Il y a dans la mise des femmes moins de 
prétention et plus d'harmonie ; on évite le chamarrage avec 
autant de soin qu'on le recherchait autrefois. « ( L. Roybaud, 
l'Exposition universelle, II, 1, dans la Revue des Deux Mondes, 
15 juillet 1867, p. 934). 



— 83 — 

cuivrage (Littrc), désargentage (Litlré, supplém.)^ drai- 
nage. 

drelindinage: « Tous les drelindinages de la maison et du 
quartier. » {Vie parisienne, 18 nov. 1876, p. 654, col. 2). 

enfumage (des poissons) (Payen, Revue dea Deux Mondes, 
15 déc. 1867, passim, dans Scholle, Archives de Herrig, 
t. LXII, p. 120). 

escargotage (Littré, siipplém.). 

factage : « Le factage parisien, » Mot de dérivation bizarre : 
il vient de facteur, dans lequel on a cru voir un dérivé d'un 
verbe facter : il est amené par l'analogie de laveur lavage, 
loueur louage, batteur battage, etc. 

foliotage : « Foliotage mécanique » (Bottin, Annuaire du 
commerce, 1875, p. 1011 et 1239). 

gavage, action de gaver les pigeons. (Voir le journal la 
Patrie au 19 janvier 1877). 

gemmage: « Le gemmage a, comme on sait, pour objet 
l'extraction de la résine au moyen d'incisions plus ou moins 
profondes, suivant que l'arbre doit être prochainement abattu 
ou qu'il doit continuer à végéter encore. » (Clavé, Études fo- 
restières. Revue des Deux Mondes, Ihvcidii \%&k, 1^. 375; dans 
Scholle, ibid.). 

lotissage, action de faire les lots à vendre à la criée (aux 
Halles). (Voir le journal la Patrie du 19 janvier 1877). 

marchandage : « Le travail à domicile équivaut dès lors à 
un marchandage dans la plus mauvaise acception du mot. » 
(Audiganne, Revue des Deux Mondes; dans Scholle, Pro- 
gramme, p. 15). 

notage des airs de musique sur le cylindre des serinettes 
(Littré). 

numérotage: «■ Numérotage mécanique.» (Bottin, Annuaire 

du commerce, 1875, p. 1011 et 1239). 

outillage, ensemble des outils nécessaires dans un métier; 
patinage des roues d'une locomotive (Littré); piquetage, ac- 
tion do planter des piquets (Littré, supplém.); pourcentage, 
terme de banque, dérivé de pour cent , comme s'il existait un 
verbe pourcenter « compter tant pour cent. » 

racontage. « Néologisme. Bavardage ; petits contes faits à 
plaisir, petites médisances. » (Littré). 

remisage des voitures (Littré, supplém.). 

rodage :k Rodage de robinets à gaz. » (Prix des règlements 
applicables a'ux travaux du bâtiment, 1875-1876, p. 124). 



— 84 — 

sabotage: « Opération qui consiste ù entailler les traverses 
(des rails) pour y placer les coussinets. » (Cousy de FageoUes, 
Dictionnaire des chemins de fer). 

sauvetage. 

taquinage : « Les égoïstes.... n'embarrassent point la vie 
de ceux qui les entourent par les ronces du conseil, par les 
épines de la remontrance, ni par les laquinages de guêpe que 
se permettent les amitiés excessives. » (Balzac, Maison Nu- 
cingen, édit. 1856, p. 47). 

3 bis. Les suffixes ag7ie aigne {montagne, cha/mpagne, châ- 
taigne), ai (ver-ai vrai), ail [épouvantail, travail, vantail, etc ), 
appartiennent au latin populaire ou à la vieille langue, et ont 
disparu. Il en est de même, ce semble, de [ai) aie (ou oie oie) 
(de ëtum ëta) à qui l'on doit aulnaie, ronceraie, pommeraie, 
saussaie, fresnaie, cerisaie, et les analogues. M. Perret, dans 
la Revue des Deux Mondes, écrit hêtrée : « C'était une superbe 
hètrée, dernier vestige d'une grande forêt. » (cité par Scholle, 
Progranune, p. 15); M. Savenay écrit de même saulée {ibid., 
p. 17). M. Scholle signale ces mots comme des néologismes; ce 
ne sont que des fautes d'orthographe pour liêtraie, saulaie. 
Ces fautes montrent bien que la valeur du suffixe aie est près 
de disparaître, si elle n'est pas déjà effacée. 

4. aille. ■ 

Aille repose sur le latin dlia. Le pluriel neutre de certains 
adjectifs en âlis, ïlis, ilis, a donné naissance à des substan- 
tifs féminins, par suite de l'erreur qui a fait voir des noms de 
la première déclinaison dans lcs-4ioms pluriels en lia : de là 
batualia bataille , mirabiliay-jjierveilla^De ces diverses formes 
en lia, celle qui appartient à la première conjugaison, alia, 
a seule servi à des formations nouvelles, où l'idée primitive 
de pluralité se laisse reconnaître encore dans le caractère 
collectif qui leur est propre : brosse broussaille, lime limaille, 
fer ferraille, roc rocaille. Le suffixe prend ensuite une accep- 
tion méprisante : rimaille, tripaille, gueusaille, marmaille, 
chiennaille. Ce dernier mot a été remplacé par l'italien cana- 
glia, canaille, qui offre le même sens : « réunion de chiens » et 
figurément : « vile multitude ». Le sens se restreint ensuite : 
« C'est une canaille. Une manière d'agir canaille^. » 

. 1. Cf. Diez, Grammaire, II, p. 305 de la traduction française. 



— 85 — 

Le suffixe aille qui, dans la langue populaire, a conservé 
sa pleine et entière signification péjorative, a donné de nos 
jours quelques dérivés nouveaux que ne revendiquera jamais 
la langue noble : radicaille, cléricaille. Le Dictionnaire d'ar- 
got de M. Fr. Michel donne la duraille comme synonyme de 
la dure, « la terre. » De crèjje on a tiré, de nos jours, croyons- 
nous, crépaudaille, qui est fait sur le modèle de crapau- 
daille, 

4 bis. Ain (aim) de amen {essaim, levain, airain, etc.), a à 
peine laissé quelques traces en français. Ain aine, de anus 
ana, a donné des adjectifs tirés d'adjectifs [cert-ain], de noms 
[vil-ain], d'adverbes [derr-ain, v. fr.),et des substantifs : écriv- 
ain (scriba), font-aine, ou des noms de nombre : douz-aine, 
quinz-aine, vingt-aine. Il ne fournit plus de dérivés nouveaux. 

5. ais, aise ou ois, oise. 

Le suffixe latin ensis, devenu dans le latin populaire esis, a 
donné le français ois ou ais : Suédois, Norois, Gallois, Hon- 
grois, etc.; Hollandais, Français, Anglais. Ce suffixe, sous sa 
double forme, est encore vivant. Nous avons vu depuis 1869 
les Bellevillois paraître sur la scène politique. M. É. Reclus a 
employé Basquais (pour Basque) [Revue des Deux Mondes, 
15 oct. 1864, p. 192). Les habitants de New- York reçoivent 
chez nous le nom de New-Yorkais. 

5 bis. aison. 

Le suffixe aison vient de ationem. Il a fourni à la vieille 
langue un grand nombre de noms d'action. Le latin avait des 
substantifs en atio ationis, venant des verbes de la première 
conjugaison, et des substantifs en lio lionis, sio sionis, venant 
des verbes des autres conjugaisons. Un certain nombre de 
ces derniers a passé au français : lectionem leçon ; dictionem 
diçon (dans maudiçon tnaudisson, etc.), factionem façon, nu- 
tritionem nourrisson, prehensionem prison, etc. Mais la dériva- 
tion normale, qui a créé des formes nouvelles, a été celle des 
noms en ationem aison : de là assemblaison, fauchaison, fenai- 
son, crevaison, pendaison, etc. Cette dérivation est totalement 
éteinte. Elle a disparu devant la dérivation* en ation; perte 

1. Ce mot même en est un exemple. Jusqu'au dix-septième siècle on disait dé- 
riva ison. 



86 — 



regrettable, comme bien d'autres qu'on doit à la funeste ac- 
tion de la formation savante. 



6. al, el. 

Du latin alis. La vieille langue a hésité entre al et e/, et à 
cette hésitation nous devons deux suffixes qui, ajoutés aux 
noms, les transforment en adjectifs. Ces adjectifs désignent 
une manière d'être possédée par le radical, ou une manière 
d'être analogue. 

Al, el forment de nos jours d'abondants dérivés : 

auroral: « Lumière aurorale. Phénomènes auroraux. y> 
(Littré, supplém.). 

global : « Il attribue l'épître aux Hébreux à saint Paul, 
sans la ranger dans la masse globale des épîtres paulinien- 
nes. » (Réville, Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1864, p. 413, 
dans SchoUe, Arch. de Herrig, xxxix, 432). 

gouvernemental : « Néologisme fort lourd, mais qui est 
régulier et dont l'usage se consolide. » (Littré). « Cette ma- 
chine à rouages compliqués, qui s'appelle en mauvais fran- 
çais : pondération gouvernementale. » (Ch. de Bernard, Les 
ailes d'Icare, II, 4). 

obéliscal : « Merveilleux. — Date du transport de l'obé- 
lisque sur la place de la Concorde. » — « Admirable ! pyramy- 
dal ! obéliscal! » (L. Larchey, Argot parisien). \oir pyramidal. 

orchestral, phénoménal. 

pyramidal: « Ce drame pt/ramirfa^, obéliscal, granitique, 
qui m'a fait frémir. » [Almanach du Hanneton, 1866, dans L. 
Larchey, au mot granitique). 

postal : « Quand deux gouvernements, la Suisse et la 
France, je suppose, convenaient ensemble de faire payer dix 
ou douze sous un port de lettre, on disait jadis trivialement : 
« C'est une convention de poste ; maintenant on dit : Conven- 
tion postale. » Quelle différence et quelle magnificence ! » 
(A. de Musset, Première lettre de Dupuis et Cotonnet). 

spectral : « Analyse spectrale. » 

transcendantal : Cl knolYse transcendantale. » Mot venu de 
la philosophie de Kant. Fénelon disait transcendantel ; ,\oir 
Littré, à transcendantal. 

traversai:» Lampe qu'ils {les inventeurs) nomment tra- 



— 87 — 
versale. » (Descript. des brevets; 1833, 1'* série, t. L, p. 262) 

additionnel : « Vncie. additionnel. » 

alluvionnel : « Humus alluvionnel. » (Lejean, Revue des 
Deux Mondes, dans Scholle, Programme, p. 13). 

convictionnel (Littré), exceptionnel (id.). 

flexionnel : «. Les éléments flexionnels d'un mot. » 

fonctionnel: « Entretien fonctionnel d'un être. » (Cl. Ber- 
nard, Revue des Deux Mondes, dans Scholle, Programme), in- 
cidentel. 

insurrectionnel : « Mouweïneni insurrectionnel. » 

passionnel: « L'attraction passionnelle. » expression de 
Fourier. 

professionnel, sériel : « La loi sérielle. » expression de 
Proudhon (Scholle, Programme, p. 17). 

7 et 8. ant (and), ance. 

Ant [and) et ance correspondent au latin antem et antiam. 
Par suite de l'extension qu'a prise le participe présent de la 
première conjugaison dans la langue populaire*, les dérivés 
des autres conjugaisons affectent la terminaison ant ance; et 
les mots en eut ence décèlent, par cette seule forme, leur ori- 
gine savante ^ 

Les dérivés en ant sont les participes présents pris adjecti- 
vement ou substantivement; nous en avons déjà parlé '. 

Quant aux dérivés en ance, ils sont tirés d'ordinaire de 
l'adjectif ou du participe en ant. Cette formation, très-abon- 
dante dans la vieille langue, éminemment française, disparaît 
peu à peu devant la formation savante. Th. Gautier a créé 
attirance. « La Râpée... éprouvait la vertigineuse horreur de 
la chute mêlée (^attirance qu'inspire la suspension au-dessus 
d'un gouffre. » {Gapit. Fracasse, xvii). Baudelaire parle de 
« y attirance du goufi*re. » {Fleurs du mal. Spleen et idéal, xlvii). 
Assurément attirance est préférable à attraction. Chateau- 
briand a employé luisance [Mémoires, ix, 228), unisonance 
{deunisona)U), « L'unisonance dos vagues, ^^ [ihid., i,263) ; com- 
patissance: « A Namur, la première femme qui m'aperçut sor- 

1. Voir plus haut, p. 76. 

2. Voir P. Meyer, Mémoires de la Société de linguistique, I, 244 et suiv. 

3. Plus haut, p. 56, 63 et suiv, 



tit de sa boutique, me donna le bras avec un air de compatis- 
sance, et m'aida à me traîner » [IbicL, m, 127). 

Citons encore ambulance, de ambulant, transhumance, de 
transhumant (Littré), sémillance, de sémillant, créé par Mer- 
cier. 

9. (ande) andier. 

Le participe futur latin de la première conjugaison sert dans 
les dérivés français aux verbes des autres conjugaisons : de là, 
à côté de lavande (lavanda), jurande (juranda), des mots 
comme buvande [bibenda), viande [vivenda vienda), o/fraindo 
[ufferenda) *, Ce suffixe s'est éteint dans le français moderne 
sous l'action du suffixe savant ende. 

Toutefois, constatons que ande a donné une dérivation se- 
condaire andier [brelandier, buandier, lavandier, taillandier, 
vivandier; dinandier, tiré de dinanderie qui vient lui-même 
de Dinant, faisandier, tiré de faisanderie, faisan), et que cette • 
dérivation a fourni à l'imitation. M. Littré, au supplément 
de son dictionnaire, donne battendier, « celui qui exploite 
un moulin à battre le chanvre. » [Tarif des patentes de 1858); 
il faut lire battandier. Dans les manufactures de l'Ouest, à 
Indret, près de Nantes, les ouvriers dessinateurs sur toile, 
trouvant le mot de dessinateur trop ambitieux, l'ont rem- 
placé par dessinandier : « 11 n'y a pas un dessinandier pareil 
dans Indret. » (A. Daudet, Jack, II, § 1.) 

9 bis. Le suffixe ange, de emia, dans les substantifs [ven- 
dange, louange, etc.), de aneus dans les adjectifs [étrange, etc.), 
et le suffixe aque qui se trouve dans quelques mots d'origine 
étrangère, ont fourni peu de dérivés à la langue, et sonti^au- 
jourd'hui éteints. 

10, ard, arde. 

Ce suffixe d'origine germanique [hart) a pénétré dans notre 
langue, dès les premiers temps, avec des noms propres : Ay- 
mard, Bernard, Guiard, Guichard, Renard, etc. Il a passé 
de là à des noms communs auxquels il a donné, comme 
en allemand d'ailleurs, une signification généralement défa- 
vorable ; il s'applique aux noms de personne comme aux 
noms de chose; il a un caractère populaire bien marqué, et 

1. Cf. plus liaut, p. 76. 



— 89 — 

il est très-fécond . On peut en juger par cette liste de mots ré- 
cents : 

badouillard: « Pour être badouillard, il fallait passer trois 
ou quatre nuits au bal, déjeuner et courir en costume de mas- 
que dans tous les cafés du quartier latin jusqu'à minuit. » 
(Privât d'Anglemont). — Le badouillard fut de mode de 1840 
à 1850. » (L. Larchey, Argot parisien.) 

balochard : « Usité à Paris, avec le sens de bambocheur, 
de libertin. » (Fr. Michel, É^u^/es sur l'argot, 1856). — « Le balo- 
cliard représente surtout la gaieté du peuple; c'est l'ouvrier 
spirituel, insouciant, tapageur, qui trône à la barrière. « 
(Taxile Delord). C'est le nom d'un personnage de carnaval 
qui florissait entre 1840 et 1850 (Voir L. Larchey). Le mot 
dérive de balocher, augmentatif populaire de baller, danser. 

bondieuzard, mot créé dans ces dernières années par cer- 
tains journalistes de la presse radicale, pour désigner le 
parti religieux. Il n'est pas nécessaire, pour expliquer la for- 
mation du mot, d'admettre l'existence d'un verbe bondieuzerK 

briscard : « vieux soldat à chevrons » (L. Larchey) ; de 
brisque. 

camisard, soldat pionnier des compagnies de discipline, 
couvert d'une longue capote. Le mot n'a de commun que l'i- 
dentité de formation avec le nom des célèbres Camisards des 
Gévennes. Ils viennent tous deux du provençal camisa, che- 
mise. 

capitulard. Cette désignation injurieuse date de la der- 
nière guerre et des capitulations de Metz et de Paris. 

chicard, personnage de carnaval, à la mode de 1830 à 1850; 
de chic. Les transformations de sens de ce mot sont curieuses 
et instructives à divers égards. C/iican/ est d'abord créé comme 
nom propre. « Maître Chicard, » c'est l'homme, le danseur 
très-chic; celui-ci inventeunpas dénommé, d'après lui, le pas 
chicard. Dans cette expression, chicard redevient adjectif et re- 
prend sa signification étymologique : pas chicard, pas qui est 
très-chic. L'emploi de l'adjectif se généralise; le mot s'enrichit 
de syllabes bizarres, à valeur superlative, et l'on a chican- 
dard, chicocandard, chicandardo (chicandardot). 

communard, partisan de la Commune (1871). il est à re- 
marquer que la langue a hésité entre communard et commu- 

1. Voir plus haut, p. 71. 



— 90 — 

neux (voyez au suffixe eux), pour se décider finalement en fa- 
veur de communard. 

cumulard : « Pour ces gens qui sont titulaires nés de 
toutes les places, on a créé dans la langue un terme de mé- 
pris de plus, celui de cumulard. » (Teulet, dans le Dict. de 
Larousse.) 

décembraillard, nom donné, de 1849 à 1852, aux membres 
de la société bonapartiste du Dix décembre*. Ce mot est attri- 
bué à M. de Lasteyrie. 

fusionnard, partisan de la fusion de la branche aînée 
des Bourbons avec la branche cadette. 

lignard, soldat de la ligne, et, dans le langage des typo- 
graphes, ouvrier qui compose spécialement la ligne courante. 
(Boutmy, Dict. de V argot typographique). 

pochard, ivrogne qui se poche, se remplit. 

pudibard : « faussement pudibond » (L. Larchey). C'est 
pudibond dont la finale est remplacée, dans une intention mé- 
prisante, par notre suffixe péjoratif. 

roublard d'origine inconnue; n'a rien d^e commun avec 
les roubles russes. Fr. Michel ne donne à ce mot que le sens 
de laid, défectueux; L. Larchey les deux significations de laid, 
incomplet, gâté et de homme de mauvaise foi. Roublard, ac- 
tuellement, signifie artificieux, rusé, habile à duper les gens. 

soudrillard: « libertin, mauvais sujet. » (Fr. Michel), dé- 
rivé de soudrille, vieux mot qu'il a remplacé de nos jours. 
Soudrille est dans le Dictionnaire de l'Académie. 

torpillard, nom donné récemment aux soldats de marine 
chargés de placer les torpilles. 

tortillard, bancal, boiteux, qui marche en tortillant. 
E. Sue en a fait un nom propre dans les Mystères de Paris. 

veinard : « homme qui a habituellement de la veine. » 
(L. Larchey). 

Dans quelques-uns de ces dérivés, la signification dépré- 
ciative du suffixe paraît s'effacer : dans veinard, ard indique 
seulement une sorte d'admiration jalouse; dans chicard, l'ad- 
miration pure et simple. Les suffixes les mieux, caractérisés 
ont souvent cette mobilité de signification, cette extension ir- 
régulière qui répond à l'instabilité de l'imagination populaire. 

Toutefois, ard a conservé en général sa valeur dénigrante. 

1. Décembraillard, de décembre, avec l'intercalation de la syllable péjorative 
aille (cf. plus haut, p. 84) pour rappeler braillard. 



— 91 — 

Voilà pourquoi nous avons vu récemment les Niçards, mé- 
contents de la finale de leur nom, se transformer en Niçois. 
Cette formation est irréprochable : Nice a pu produire des Ni- 
çois aussi bien que des Niçards. Mais que dire des Savoyards 
qui, au mépris des lois de la dérivation, se déguisent en -Sa- 
voisiens? 

Les gens du peuple tendent à confondre les adjectifs en are 
avec les adjectifs en ard, que la prononciation ne distingue pas, 
et par suite à leur donner des féminins en arde^ quand ils ont 
une signification quelque peu dépréciative. Un même numéro 
du journal le Pays ofi"re, à côté du masculin ignare, le fémi- 
nin iyndrde : « Plus un individu est ignare^ plus il est affir- 
matif; le plus obtus crie le plus fort. » — « Sachez-le, mon- 
sieur le ministre, il n'y aura jamais rien de commun entre 
votre Université alhée-matérialiste, et par-dessus tout ignarde^ 
et les Facultés libres, fondées par des hommes avides d'échap- 
per à la routine universitaire*. « Les gens du peuple disent 
encore un avare, une avarde. 



11. as, a&se, ace, ache; is, isse, iche; oche, uche. 

Ces suffixes dérivent de aceus [acea); iceus{icea), icius [icia]; 
oceus [ocea); uceus [ucea). Ils ont formé des adjectifs et des 
substantifs ayant en général une signification collective, aug- 
mentative ou péjorative : coutelas^ embarras^ tracas, plâtras, 
cuirasse, liasse, paperasse, lavasse, rondache; châssis, lattis, 
lavis, pelisse, saucisse, caniche, lévriche; mailloche, sacoche; 
guenuchc, peluche. 

De nos jours, seuls les suffixes as, asse et is sont encore vi- 
vants ; as, asse a une signification péjorative très-nette : on en 
sent la valeur dans lavasse, bestiasse, paperasse ; blondasse, fa- 
dasse; dans les dérivés secondaires, écrivassier, finassier. Ce- 
pendant, les créations nouvelles sont rares : je ne vois à citer 
que cocasse, qui date de notre siècle. 

Is est en vieux français eïs, eïz, plus anciennement ediz, de 
aticius. Le suffixe de la première conjugaison at-icius s'est 
substitué aux suffixes t-icius s-icius, etc., des autres conju- 
gaisons *. Il a une signification collective : arrachis, couchis, 

1. Lfi Pays, journal quotidien, politique, littéraire, etc.; n" du lundi 24 avril 
1876, page 3, col. 2 ; page 1, col. 2. 

2, Voir plus haut, p. 77, 78. 



( 



— 92 — 

gûcJiis, gnillochifi, hachis, lattis, etc. Il a fourni à la langue 
contemporaine le moi cailloutis : « Entre la maison et le jardin 
règne un cailloutis en cuvette. » (Balzac, le Père Goriot). 

12. aire. 

Aster annonce une ressemblance incomplète avec l'idée du 
thème; de là une signification généralement péjorative*. Il a 
formé des substantifs : parâtre, marâtre, écolâtre, gentillâ- 
tre, etc., et des a.ô}eci[îs : bellâtre, douceâtre, folâtre; spéciale- 
ment des adjectifs indiquant la nuance affaiblie d'une couleur : 
blanchâtre, brunâtre, grisâtre, jaunâtre, noirâtre, olivâtre, 
rougeâtre, roussâtre, verdâtre. 

A interroger le sentiment de la langue, il semble qu'aujour- 
d'hui ce suffixe n'ait plus gardé sa valeur propre que dans ce 
dernier emploi, et que les créations nouvelles, si elles doivent 
se produire, consisteront dans des adjectifs désignant des 
couleurs voisines de celles qu'indique le radical : rosâtre, 
blondâtre, fauvâtre^- — 

\ 13. aud, aude. 

En vieux françaîs^açfcFi^. Ce suffixe vient, comme ard, d'un 
suffixe germanique [wald], par l'intermédiaire des noms pro- 
pres francs : Grimwakl, Answald, Herwald. Il a d'abord servi 
à former des noms propres, soit avec des radicaux germani- 
ques, Guiraud, Guinaud, Regnaud, soit avec des radicaux 
jomans, Bellaud, Bonaud, Brunaud, Clairaud, etc. lia ensuite 
passé à des noms communs de personnes, d'animaux, à des 
adjectifs auxquels il a ajouté d'ordinaire une mauvaise si- 
gnification : nigaud, ribaud, clabaud, pataud, levraut; lour- 
daud, saligaud, salaud, finaud, noiraud, rougeaud, cour- 
taud, etc. 

La signification de ce suffixe dans les dérivés d'adjectifs est 
encore très-sensible; nous ne connaissons cependant pas de 
dérivations nouvelles. 

14-15. c, e'e. 

Terminaison du participe passé de la première conjugaison 
{atus, ata), ce suffixe forme des adjectifs ou des participes 
passés ayant la valeur d'adjectifs. D'un substantif la langue 

1. Diez. Grammaire, l. H, p. :i60de la traduction française. 



— 93 — 

peut tirer un adjectif ou un participe, sans passer par le verbe 
en er; parfois même on ne peut créer le verbe d'où semble 
dériver le participe. Soleillé se disait au dix-septième et au 
dix-huitième siècle : « Deux petites chambres bien soleillées. » 
(Mercier, Néologie). Soleiller n'a jamais existé. Le verbe peut 
dériver postérieurement du participe. Imager le style est un 
néologisme contemporain; style imagé a été créé par Mercier 
en 1801. M. Littré a donc tort de faire de imagé le participe 
passé du verbe imager. 

Cette formation est très-vivante dans la langue populaire, 
commune ou savante. Elle a les mêmes caractères que la dé- 
rivation, d'une singulière richesse et d'une fécondité inépui- 
sable, à laquelle on doit les verbes en er. Voici quelques 
exemples : 

abeille : « Le manteau impérial est abeille » (Littré, su^j- 
plém,.). 

accidenté : « A droite se creusait en abhne un immense 
ravin déchiré, accidenté de la façon la plus sauvagement ro- 
mantique. » (Th. Gautier, dans le Dict. de Larousse). Au fig. 
« Guillen de Castro traita le théâtre à sa mode, et non selon 
celle du temps : il préféra les sujets héroïques et accidentés. » 
(Phil. Chastes, ibid.) 

auréolé : « Que de regards fanés, de crânes déplumés, en- 
core auréolés de rêves. » (Daudet, Jack^ I, § 6). 

baugé : « Un vieil ermite baugé dans l'enceinte des grands 
mélèzes. » (E. About, dans SchoUe, Archives de Herrig, XLll, 
p. 116) 

bouqueté : « Sur les reliefs perpendiculaires du paysage, 
des pentes roses ou bouquetées de cépées de hêtres ; des pics 
dardant la nue, des dômes coiffés de glace. » (Chateaubriand, 
Mémoires., X, 217). 

chaudronné : « Je ne sais pourquoi je m'étais figuré que 
Prague était niché dans un trou de montagnes, qui portaient 
leur ombre noire sur un tapon de maisons chaudronnées. » 
(Chateaubr., ibid.., X, 453). 

chocolaté : « crème chocolatée. » 

corsé :^( un cheval corsé» au figuré: « Ah çà! vous tâcherez 
que le déjeuner soit un peu corsé. » (E. Scribe, dans le Dict. 
de Larousse.) La vieille langue disait corsa. 

cosmétique: « Sa forte moustache blonde, trbs-cosméti- 



— 94 — 

quée^ sa face large et pâle, lui donnaient l'air d'un mousque- 
taire malade. « (Daudet, Jack^ I, S 2). 

couleuré a été employé par G. Sand dans la Petite Fadette 
(Scholle, Programme^ p. 14). 

crêmé : « Toile crêmée. » (Catalogue du magasin des Trois 
Quartiers, p. 39). 

fuchsine : « Vins fuchsines. » Mot créé récemment. 

(jouaché : « Miniature gouachée. « (Littré, supplément.) 

imagé : « style imagé, » créé par Mercier dans sa Néologie 
(1801). Le mot a réussi. 

kilométré: «Une route kilométrée. » (G. Bousquet, Revue 
des Deux Mondes, 1876, t. V, p. 722). , 

laitonné: «Tulle laitonné. » (Littré). 

mélasse: «Eau mélassée.^^ (Littré, supplément). 

meringué: «Glaces meringuées. y> [Description des brevets, 
1842, 1" série, t. LVII, 278). 

mouvementé : « style mouvementé. » 

ornementé : « plafond ornementé. » 

paraffiné : « huile paraffinée. r> 

phylloxéré: « l'immersion des vignes phylloxérées.^^ [Compt. 
rend, des séances de VAcad. des sciences, 20 nov. 1876). 

référencé: « homme bien référencé, » qui a dé bonnes réfé- 
rences. Mot familier. 

typé: « Alfred, brimborion maigre et muselé, typé comme 
Murray. » (Tôpfer, Voyages, II, V^ journée). 

vanillé : crème vanillée, chocolat vanillé. 
On peut compléter cette liste avec l'aide de celle des dérivés 
en er (dérivation verbale). 

Le participe passé, sous la forme féminine ée, donne nais- 
sance à des substantifs qui ne gardent plus trace de la signi- 
fication verbale que leur conférait l'étymologie. Ils désignent 
le plus souvent la quantité de ce que peut contenir un récep- 
tacle^ : une bouchée, une poignée, une pelletée, une charretée, 
une cuillerée, une assiettée, une platée. 

Ce suffixe est encore vivement senti, quoique les créations 
nouvelles soient fort rares : pochetée, de pochette'=^ poche, ce 
qu'un pochard peut absorber de boisson : par extension, 
ivresse, et au figuré, bêtise. 

1. Pour d'autres significations qu'on retrouve dan>< des mots datant de la vieille 
langue, voir Diez, II, 330 de la traduction française. — Ce suffixe est une forme 
du substantif participial ; cf. plus haut, p< 57. 



— 95 — 



16. eau, elle; creau, evelle. 

Eau, elle est le latin Mua ella; ereau erelle en est une forme 
allongée*. Ces deux suffixes ont gardé leur pleine valeur de 
diminutifs, surtout erran, erelle; néanmoins, nous trouvons 
à peine deux ou trois mots nouveaux. M. Scholle signale 
comme néologismes {Programme, p. 15), faiteau employé par 
Balzac, et [Archives de Herrig, XLII, 127) sapineau, employé 
parÉm. Souvestre [Les/lngesdu foyer, le Sagar des Vosges, II). 
Nuelle se dit pour petite nue. Les botanistes désignent les 
corps reproducteurs des cryptogames sous le nom d'embryon- 
nelles. Si l'on considère embryon non plus comme un mot 
grec, mais comme un mot français, cette dérivation devient 
normale et tout à fait conforme aux lois de la langue. 

15 bis. eil eille, de iculus icula [sommeil, oreille) , n'existe 
plus comme suffixe actif. 

15 ter. et, voir al. 

17. ement. 

Nous avons expliqué plus haut^ comment le suffixe latin 
menlum est devenu en français ement. Ement est aujourd'hui 
un suffixe d'une singulière richesse, formant sans cesse des 
dérivés de verbe qui expriment, soit l'action indiquée par le 
radical, soit l'état, soit l'objet qui résulte de cette action. La 
plupart des créations nouvelles appartiennent à la langue po- 
pulaire et à la terminologie scientifique ou industrielle. Il en 
est bien peu pour lesquels la langue littéraire puisse se dé- 
partir de sa sévérité. 

abêtissement (Littré). 

acclimatement, proposé par Mercier (Néologie); aujour- 
d'hui reçu. 

affouillement : « Quelques-uns pensent que les glaciers 
ont creusé les lacs ou du moins leurs bassins... ils soutien- 
nent la théorie de V affouillement glaciaire. » (Ch. Martins, jRe- 
i)uedes Deux Mondes, 1" février 1867, p. 607)* 

affairement (Littré, supplémeiit). 

affriolement, mot usité dans la conversation. 



1. Cf. plushaul, p. 72. 

2. W 77. 



— 96 — 

agissement (Littré, suppUmeni). S'emploie surtout au 
pluriel : « Les agissements de cet homme. » Selon M. F. Wey 
[Remarques sur la langue française, II, 93) , ce mot est dû à 
M. Billaud. 

ahurissement, terme populaire très-ùsité. (Littré, supplé- 
ment) . 

alluvionnement (Littré, supplém.) ; apitoiement, proposé 
en 1845 par Richard; assainissement (Littré, supplém.)^ assou- 
plissement (G. Sand, cité par Scholle, Programme, p. 13). 

assourdissement : 

N'ai-je donc point assez, mes filles, 
De Vassourdissemenl des flots? 

(V. Hugo, Orientales, xxxv.) 

atterrissement, employé par M. Saveney pour atterrissage 
[SchoWe, Programme, p. 13). 

bâillonnement, le bâillonnement de la presse ; cachotement 
(Littré); canonnement- le canonnement de la place; collationne- 
ment (Littré, supplém.). 

débraillement, mot familier, usité à côté de débraillé. 

débroussaillement, déguisement, désolernent (Littré, sup- 
plém ). 

déraillement, auquel M. Littré préfère dérailement qui est 
tout à fait inusité. 

dragonnement (Littré, s wpjî^em.j; effarement (Littré). 

e/T'rértemen/ ;« Néologisme, État d'une âme effrénée; Dé- 
chaînement des passions. » (Littré.) 

encanaillement : « V encanaillement , prélude aristocra- 
tique, commence ce que la Révolution devait achever. » 
(V. Hugo, l'Homme qui rit, II, I, 3.) 

endimanchement: «La foule s'était amassée aux abords de 
la halle avec un tumulte, un brouhaha d'endimanchement. » 
(Daudet, Jack, II, § 3.) 

endossement d'un effet de commerce (Littré, supplém.). 

engloutissement, proposé en 1845 par Richard, et devenu 
aujourd'hui très-français : « Et quelque jour le colosse, cou- 
ronné de chants d'oiseaux, de vols d'abeilles.... prenait l'as- 
pect d'un arbre frappé de la foudre et s'abattait enfin en lais- 
sant là-haut sur le flot des cimes le vide d'un engloutisse- 
ment. » (Daudet, Jack, l,$8.) 

envolement: «Avec sa nature d'oiseau étourdi, ses envole- 
ments et cette volonté du zigzag. » (Id. ibid., § 9). 



— 97 — 

éreintement : « C'est leur souvenir [le souvenir des journa- 
listes) qui vient le premier à l'esprit, quand on entend parler 
d'érem/ewr et d' éreintement. Le mot est né chez eux et a été 
fait pour eux. Il ne paraît pas qu'il date de fort loin. Je crois 
même, sauf meilleur avis, qu'il est de notre génération. » 
(Fr. Sarcey, Le mot et la cliose^ p. 108). 

éploiement: « De beaux faisans atteints dans Véploiement 
de leurs brillantes ailes. » (N. Roqueplan, Parisine^-p. 193). 

framboisement (Littré, supplém.]. 

grisollement : « Le grisollement de l'alouette.» (Cherbulliez, 
Prosper Randoce, II). 

jointement, mandatement (Littré, supplétn.), ordonnance^ 
nient (Littré). 

pépiement des moineaux: E. Souvestre dans Scholle [Pro- 
gramme, p. 16), Ch. Nodier, dans le dict. de Dochez. 

pelotonnement ; pleurnichement à côté de pleurnicherie, 
Th. Gautier [le Capit. Fracasse, XII). 

refrènement : « Le refrènement de la politique de con- 
quête. » (Laveleye, Rev. des Deux Mondes, P' nov. 1867, p. 41, 
cité par Scholle, Archives de Herrig, XLII, 126). 

renfrognement : « Ses yeux ridés, dont l'expression passe 
du sourire prescrit aux danseurs à l'amer renfrognement de 
l'escompteur.» (Balzac, le Père Goriot). 

retombement : « Pourquoi ce retombement dans la dou- 
leur?» (E. de Guérin, Journal). 

trimbalement, mot familier, très-usité, omis par M. Littré. 



18. erîe. 

Voici encore un suffixe très-riche. C'est un allongement 
de ie qui se trouve dans courtoisie, folie, jalousie, et qui vient 
du latin populaire îa, altération du latin classique îa; erie 
s'est si bien substitué à ie que ce dernier ne forme plus de 
nouveaux dérivés ; car dans les dérivés des mots en ier, tels 
que chemisier, chemiserie, on ne décompose plus ene en e?* 
(affaiblissement de ier) et en ie (chemis-ier; chem.is-er-ie) , 
mais on considère ier et erie comme deux suffixes différents 
d'un même thème {chemis-ier, chemis-eric). Erie se fixe au 
thème des substantifs, des adjectifs et des verbes, et il ajoute 
à l'idée qu'ils expriment des nuances très-diverses. Tantôt il 
indique l'idée de la qualité (généralement défavorable) expri- 



— 98 — 

lïiée par le thème, comme dans poltronnerie, singerie, diable- 
lie, bigoterie, pruderie ; tantôt il marque le résultat de l'action 
verbale, comme dans badinerie, criaillerie, tricherie, plaisan- 
terie, causerie. Ce résultat est conçu ail sens concret, avec 
une idée collective, dans argenterie, bijouterie, orfèvrerie, ma- 
çonnerie, verrerie. L'idée collective se développe dans hôtelle- 
rie, boulangerie, bonneterie, ladrerie, laiterie, huilerie, qui 
indicjuent des établissements ; elle reste seule dans cavalerie, 
infanterie, boiserie, verroterie, bimbeloterie^ 

Voici des dérivés nouveaux qui montrerit la grande fécon- 
dité de ce suffixe. La plupart manquent au Dictionnaire de 
M. Littré : 

bonasserie : « On rit à pleine goi'ge de la cànaillerie nàîvë 
d'une reine et de la bonasserie d'un roi. » (J. Vallès, la Rue, 
l'A cadémie) . 

bonhommerie : « Aussi les personnages de M. feai*rière 
(dans la comédie des Faux Bonshommes) ne sont-ils vrai- 
ment que des bonshommes. Leur bonhomie peut être fausse; 
leur « bonhommerie » est hors de doute. « (Weiss, Essais sur 
ïhist. de la Littér. franc., 1865, p. 102). 

cànaillerie, voir bonasserie. 

cocasserie : « Drôlerie comique. »(L. Larchey), crâiierie. 

cucotterie: « Monde des cocottes. » (L. Larchey). 

crasserie : « Vous lui avez fait .... je suis trop poli pour 
dire une crasserie, mais enfin une chose qui ne se fait pas. « 
(E. About, VInfâme, II). 

désœuvrerie: « Se faire gentil par fatuitisme et par désœu- 
vrerie. » (L. Desnoyers, les Béotiens de Paris). 

flânerie, 

gâterie : « Et encore les gâteries continuelles de la mère 
rendaient elles assez difficile la tâche de l'époux. » (Balzac, 
les Employés, éd. de 1856, p. 161). iBalzac souligne le mot, 
le signalant ainsi comme néologisme. M. Littré cite, d'après 
Dochez, un exemple tiré des Souvenirs de la marquise de Cre- 
qui, ce qui prouverait que le mot est beaucoup plus ancien; 
mais ces Mémoires sont apocryphes et datent de l'époque où 
écrivait Balzac. 

griserie : « Cotte griserie farouche de la bataille. » (J. Clare- 

1. Cl. Maelzner, Franzosische Grammatik, p. 280, 



— 99 — 

lie, Le beau Soiignûc, 1876, I, p. 81). « Cette Odeur fraîche et 
salée, ce coiij) (d'éventail que la marée montante dégage h 
chaque vague, lui mit au cœur la griserie du voyage. » (Dau- 
det, Jach, II, §8). 

histrionnerie : « hliistrionnerie monte aux honneurs, le 
patriciàt descend à V histrionnerie. » (L. Veuillot, Odeurs de 
Paris, III, 1). M. de Montégut a créé Jiistrionie : « H y a de ces 
mots qui viennent, en droite ligne, du royaume àliistrionie et 
du puissant empire du cabotinage. » {Revue des Deux Mondes, 
V"" mars 1859, p. 222). La dérivation lùstrionie et l'expression 
même royaume dliislrionie ont un caractère marqué d'ar- 
chaïsme. 

humanitairerie : « Messieurs (et mesdames) de l'avenir 
et de V humanitairerie, qu'entendez- vous par ces paroles ? 
Entendez-vous que, dans les temps futurs, on perfectionnera 
les moyens matériels du bien-être de tous?... ôii enten- 
dez-vous que l'objet de perfectionnement sera l'homme 
lui-même?» (A. de Musset, 2'= Lettre de Dupais et Coton- 
net) . 

rnarmitomierie : <■<■ Holà! ho! toute \di marmilonnerie,(\\Ji on 
se dépêche! » (Th. Gautier, le Capitaine Fracasse, III). 

nwmerie : « Le populaire et la môm&iie se portent à la 
rencontre du bataillon qui vient. » (J. Vallès, la Rue, la Vie 
de Province), Ce mot, dérivé de môme, est à distinguer de 
momerie. 

narquoiserie : « Les narquoiseries d'une critique.... » 
(Veuillot, Odeurs de Paris, II, 4). 

patrioterie : « Lui qui avait été élevé dans la, patrioterie et 
la religion de la baïonnette souveraine. » (Th. Gautier, Les 
Jeune France, 1833, p. 145). 

pocharderie (Fr. Michel; L. Larchey). 

pudiharderie (L. Larchey), dériVê de pudibard ; voir plus 
haut, p. 90. 

rouerie paraît dater de notre siècle. 

songerie : « Dévorés de noires songeries. » (Baudelaire, 
Fleurs du mal, cxxiv); « L'éternelle songerie des gens et des 
peuples qui rêvent l'impossible. » (J, Claretie, Le beau 
Solignac, 1876, I, p. 216). — Soiigerie dit autre chose que 
rêverie. 

Les noms qui précèdent peuvent se diviser en deux classes, 
suivant la nature du radical auquel se joint le suflixe : si 



_ 100 — 

c'est un verbe, le suffixe forme des noms d'action {griserie, 
songerie)] si c'est un nom ou un adjectif, il forme un nom de 
qualité qui a une valeur plus ou moins dépréciative. 

Il nous reste à rappeler l'emploi de ce suffixe dans la langue 
technique ; on jugera par ces exemples combien lui est rede- 
vable la nomenclature du commerce et de l'industrie : 

beurrerie, biscuiterie, carrosserie, charronnerie, chemiserie, 
chocolaterie, clicher ie [Liiiré, sripplément), confiturerie, droguis- 
terie*, fîleterie^, guimperie (Littré, suppL), gailletlerie (Littré, 
suppL), gypserie, indiennerie (Littré, suppl.), ivoirerie, lampis- 
terie, lunetterie, œufrerie^ (Littré, suppl.) , ossellerie, tourne- 
rie, etc., etc. 

19, esse. ise. 

Viennent du latin i^ia : justitia .-justesse etjoutise (v. franc.). 
A esse appartiennent des dérivés tels que richesse, rudesse, 
sagesse, liardiesse, faiblesse, mollesse, etc.; à ise, des dérivés 
tels que franchise, cafardise, couardise, gaillardise, gourman- 
dise, mignardise, etc. Les deux suffixes sont encore vivants. 

robustesse : « Des graines apportées par le vent se dévelop- 
paient avec cette robustesse vivace particulière aux mauvaises 
herbes. » (Th. Gautier, le Capit. Fracasse, I). 

grandesse : « Un rayon à la Rembrandt ou un trait de 
grandesse à la Velasquez. » (Th. Gautier, Étude sur Baude- 
laire''), 

vantardise : « Une vantardise insupportable. » (Réville, 
Revue des Deux Mondes, l*"" juillet 1867, p. 157, dans Littré). 

roublardise (E. Zola, V Assommoir, p. 408). 

20. esse. 

De issa qui vient lui-même de icaot, suffixe grec passé dans 
le latin. Ce suffixe forme des féminins de noms d'hommes et 

1. Que dire à l'ouvrier qui, pour son industrie, 
Fait les mots de boulange et de droguisterie? 

(Vicnnet, Èpîlre à Boileau.)^ 

2. « Au milieu, la filature proprement dite ; à droite, la filelerie ou fabrique du 
fil à coudre.» (E. About, l'Infâme, VII.) 

3. Dérive A'œufriev, mot mal fait, qui devrait ôlre œuvier et donner œuverie. 

4. Grandesse a peut-être clé repris au vieux français où il est usuel; mais 
même dans ce cas, pour être com|)ris, il doit présenter une dérivation conforme à 
celle de la langue actuelle; radical et suffixe y doivent être reconnaissables et sé- 
parables; par suite le mot a toute la valeur d'un dérivé nouveau. 



— 101 — 

d'animaux : maitresse, princesse, doctoresse, Suissesse, sauva- 
r/esse, mulâtrestie, pauvrefise, diablesse, ânesse, tigresse, etc. 
Formations nouvelles : 

mômesse : « Malgré les cris, les rêves, mômes, indnœsscs, 
lantcs et père, tous chantonnaient. » (.1. Vallès, la Rue, AU 
right) . 

no t air esse : « Eh ! eh! insinua le notaire,... elle s'est mise, 
en frais pour lui. — Césarine est si coquette ! dit la notai- 
resse. » (André Theuriet, Lncile Désenclos, II). 

21. el, elle; ol, olle. 

Le latin populaire possédait un suffixe diminutif Utus qui 
a affecté en roman les formes attus ettus iltus ottus : ainsi en 
français alglat, pauvret, petit, pâlot. De ces quatres formes, et 
et ot seuls sont restés dans la langue actuelle. 

Et, ot se fixent soit à des substantifs existants : herbe herbette, 
île îlot, soit à des thèmes verbaux allum-er allum-ette, brûl-er 
brid-ot. Dans les deux cas ils forment des substantifs. Ils se 
joignent aussi à des adjectifs pour donner naissance à d'au- 
tres adjectifs : long longuet, pâle pâlot. Entre le radical et le 
suffixe peuvent s'intercaler les syllabes el ou er : enfant-el-et 
verd-el-et, ang-el-ot; abl-er-et, guill-er-et. 

Parmi les dérivés nouveaux, citons : 

affichette : « Une affîcliette de rien. » (Yeuillot, Odeurs de 
Paris, 11,7). 

bubelette : « Un nez cardinalisé, tout fleuri de bubelettes 
s'épanouissant en bubes entre deux petits yeux vairons. » 
(Th. Gautier, le Capitaine Fracasse, II). 

causette, devuielte (Littré, supplément), termes fami- 
liers. 

douillette, pardessus de soie ouatée. 

formulette : « formulette de donation entre enfants. » 
(Mélusine, 1877, I, col. 29). 

risette (faire). Ce mot du langage enfantin est-il récent? 

wagonnet, ou vagonet (Littré) et vagonette, petite voiture 

de campagnô. 

boulot, boulotte, petite personne grosse et grasse. 
bousingot, terme populaire, de boudin. L'intercalation du 
g est difficile à expliquer. 



— 102 — 

jugeotte, terme familier, très-usité : on l'accompagne 
d'ordinaire de l'adjectif ^se^if : « selon ma petite jugeotte. » — 
Manque dans le Dictionnaire de M, Littré. Est-il récent? 

moblot, mot créé en 1869 : mobile devient mohelot 
mohlot. 

parlotte : « ha. parlotte des avocats, » le lieu où ils se réu- 
nissent pour parler ensemble. Mot familier, qui comporte une 
.idée défavorable. 

tringlot, soldat du train des équipages militaires. Ce mot 
est-il fait sur l'analogie de moblot [mo-b-lot = trin-g-lot]l S'il 
lui est antérieur, n'y a-t-il pas eu confusion entre train et 
tringle ? 

21 bis. Les suffixes eul eule, euil, ol oie, de eolus eola, olus 
ola [filleul fill-cule, chevr-euil; campag-nol, rouge-ole, flamm- 
er-ole), semblent aujourd'hui éteints. 

22. eur. 

'Latin or orem : a donné des substantifs dérivés à significa- 
tion abstraite : blancheur^ douceur, froideur, verdeur, noirceur, 
fraîcheur, maigreur, etc. 

Nous ne connaissons pas de dérivés nouveaux; ce suffixe 
cependant est encore capable d'en former. 

23 et 24. eur, euse; eux, euse. 

atorem est devenu en français edor (xi" siècle), cor {xw- 
x\u'), eeur (xiii«), eur (xiV'j.Le suffixe qui en latin appartenait 
à la première conjugaison s'est étendu à toutes les autres et, 
s'attachant au radical du participe présent, est devenu le suf- 
fixe général des noms d'agents. Il a fourni et fournit encore 
à la langue une foule de dérivés; chaque verbe en effet est 
capable de donner naissance à un nom d'agent. Nous n'es- 
saierons pas de présenter une liste complète. 

acclimateur (Littré, supplém.), aiguilleur (sur une ligne 
ferrée). 

amincisseur : « Il faut des amincisseurs, des aplatisseurs, 
des ayilisseurs qui ôtent aux doctrines criminelles certaines 
âpretés. » (Veuillot, Odeurs de Paris, lY, 7). 



— 103 — 

aplatisseiir, voir l'exemple précédent. Aplatisacur a été 
essayé par Voltaire dans une lettre familière à Maupertuis où 
il l'appelle Vaplatissevr du globe, pour avoir découvert l'apla- 
tissement de la terre aux pôles. 

approfondisseur : « Les approfondisseurs des sciences oc-« 
cultes. « (Th. Gautier, Prem. poésies, Albertus, CXI). 

asservisseur, voir Littré, supplém. 

atermoyeur [G. Sand, dans Scholle, Programme, p. 13). 

baptiseur : Jean le Baptiseur (saint Jean-Baptiste) (E. Bur- 
nouf, dans Scholle, Prograrxtme, p. 13). 

baugeur (Littré, supplém ). 

bénisseur, terme familier : « un père bénisseur », qui a 
toujours des prières, des bénédictions sur les lèvres; biseau^ 
teur (Littré, supplém.) ; blagueur, terme très-populaire. 

bonisseur, saltimbanque qui récite le boniment. « Les en- 
tendez vous sur les tréteaux? Le bonisseur aboie, le paillasses 
glapit. » (J. Vallès, la Rue, la Parade). 

boxeur, proposé par Mercier (1801). 

Voilà des boxeurs à Paris, 
Courons vite ouvrir des paris. 

(Béranger, les Boxeurs, dans Littré.) 

caramboleur, cascadeur (Littré, supplém.). 

circuleur: « C'est un singulier peuple, un étrange amal- 
game que ce tas de çirculeurs. » (L. Desnoyers, les Béotiens de» 
Paris). 

chapardeur, terme populaire , comme le suivant. 

chippeur: « Insulteur comme un feuilleton, hardi et chip- 
peur comme un gamin de Paris. » (Balzac, la Maison Nu-* 
cingen, éd. de 1856, p. 23). 

collectionneur, condenseur, confectionneur^^, dérangeur^ 
désireur, discuteur, disposeur, émetteur, enregistreur, entasseur, 
rprouveur (Littré, Dict. et Supplém.). 

éreinteur, voir éreintement, plus haut, p. 97. 

flâneur; folioteur, appareil pour folioter les pages d'un 
registre; fricoteur. 

frôleur : « De cette voix caressante et frôleuse qu'ont les 
mères, elle murmurait... » (Daudet, Jack, I, § 11). 

gaveur (de pigeons), gêneur, gommeur (Littré, Dict. el 
Suppl.). 



1. Voir plus bas, page 107, a.n mot chemisier. 



— 104 — 

insulleuï\ proposé par Mercier (1801). \ o'ir chippeur, 

lâcheur (Littré), limousineur (Fr. Michel, Études sur Var~ 
got), lotisseur^, numéroteur (Littré, supplém.). 

pélroleur^ priseur (de tabac), prodigueur, prostitueur (Lit- 
tré, suppL). 

rabatteur. 31. Scholle [Archives de Herrig, XLII, 126) signale 
ce mot comme un néologisme dans kho\x\.[Rev . desD. Mond.j 
l"mars 1867, p. 97). Il manque en effet dans les dictionnaires 
spéciaux de chasse, mais il est donné par M. Littré. 

racineur (Littré, supplém.). 

rageur signifiait au seizième siècle folâtre, comme rager 
signifiait folâtrer. La signification moderne paraît récente, et 
rageur est un mot nouveau refait sur rage. 

rentoileurs de caries géographiques (Bottin, 1875, p. 771.) 

repêcheur de noyés : « Madame, le voici, le repêcheur de 
noyés; faut qu'on l'écoute. » (E. About, Jacques Mainfroi, II). 

roulageur, synonyme de roulier (E. Souvestre, Souvenirs, 
XXX; dans Scholle, ibid.). 

sauveteur; septembriseur, mot qui date de la Révolution; 
transmetteur, transporteur. 

transvaseur : « appareil dit transvaseur ou pompe porta- 
tive à jet continu, pour transvaser le vin et autres liquides. » 
(Descript. des brevets, 1824; V série, t. XXYIII, p. 244). 

viveur: « Voilà donc Mozart viveur, mais ce n'est qu'un 
petit mérite ou ce n'est rien; il faut que Mozart soit penseur. « 
(Veuillot, Odeurs de Paris, IV, 3). 

La liste qui précède trouve son complément dans celle qui 
a été donnée, p. 47. 

La terminaison eur dans la bouche du peuple s'est long- 
temps prononcée eu^, et s'est écrite eux, par suite d'une con- 
fusion avec eux de osus. De là un suffixe secondaire eux euse 
qui doit à son origine populaire une signification péjorative. 

C'est ainsi que les parlageurs sont devenus les parlageux. 
Les partisans de la Commune ont reçu le nom de communeux 
avant d'être définitivement appelés communards. Sous la 

1. Celui qui fait les lots à vendie à la criée, aux Halles. Voir un article du jour- 
nal la Patrie, du 19 janvier 18T7, sur les mois employés aux Halles. Gaveur, 
donné plus haut, est cité également dans cet article. 

2. R final, dans la prononciation populaire des noms en eur et des infinitifs en 
ir, ne se faisait pas entendre au quinzième ni au seizième siècle ; il reparut au 
dix-septième, sous l'influence de la prononciation plus soignée des gens du 
monde. 



— 105 — 

plume de plus d'un journaliste, dans ces dernières années, 
les bonapartistes se sont métamorphosés en bonaparteux. Les 
gommeux qui florissaient sur les boulevards vers 1873 étaient 
les élégants qui n'avaient d'autre occupation que de se gom- 
mer, de se pommader, de se parfumer. 

Comme variante dialectale de ce suffixe eux, il faut citer ou 
dans voyou, c'est-à-dire voyeux, proprement « gamin des 
rues (des voies). » 

Ce suffixe péjoratif doit être distingué du suffixe suivant : 

•25. eu-x, euse. 

Latin osus osa; suffixe riche en adjectifs, et dont l'énergie 
ne s'est pas alîaiblie depuis les origines de la langue jusqu'à 
nos jours. Dérivés nouveaux : 

cireux: ii Le teint presque livide ou plutôt cireux.» (Clarc- 
tie, Le beau Solignac, 1876, I, p. 10). 

décheleux (Littré , supplém.), ébouleux (Liltré), mureiix 
(id., supplém.), ponceux (id.). 

poussiéreux, proposé par Mercier, avec une nuance parti- 
culière que n'a pas poudreux: « Nos arsenaux poussiéreux. » 
Les deux adjectifs auraient pu vivre l'un à côté de l'autre : 
malheureusement poussiéreux commence à détrôner poudreux. 
<t Les bouteilles poussiéreuses arrivant du cellier. » (Daudet, 
Jackj 111, § 2). « Les couloirs poussiéreux s'emplissent de défilés 
plus ou moins longs. » (Id., ibid., § 6). 

pisseux : « Roux pisseux, » — « Une teinte pissevse. » (Th. 
Gautier, Cap. Fracasse, 1 et 11.) 

précautionneux (Littré). 

25 bis. is, iche, voir as; ie, voir erie. 

26. ien, ienne. 

L'origine de ce suffixe est curieuse. A latin accentué est de- 
venu e dans les syllabes ouvertes : cantkre chantEr, cantktum 
chantÉ, pktrem ptre. Précédé d'une palatale, il est devenu ié en 
vieux français, dans des cas déterminés : ckput chie/*, laxkre 
/aissiEr, etc. Suivi de m ou n, il est devenu ain ; ^JANem pAiN, 
Auat Ame, etc. Suivi de m ou n et précédé de la palatale, il est 
devenu ié, c'est-à-dire que la nasale n'a pas exercé d'influence : 



— 106 — 

CAïiem, CHiEn, paOiknum pamn (v. l'r.), chrisùiAnv/m chrestiiEn 
(v. fr.). Ce groupe ien, issu de anum dans quelques cas spé- 
ciaux seulemepl, a été utilisé ensuite par la langue, traité 
par elle comme un suffixe nouveau, et appliqué à des substan- 
tifs pour former soit des substantifs, soit des adjectifs : garde 
gardien, Prusse Prussien, monarchie monarchien, collège collé- 
gien ^ 

Ce suffixe, qui a donné un très-grand nombre de dérivés, ap- 
partient plutôt à la langue littéraire qu'à la langue populaire. 
Les créations nouvelles, assez nombreuses, sont presque tou- 
tes formées d'après des types latins : nous les examinerons 
plus tard ; il n'y a guère que faubourien qui puisse revendi- 
quer une origine populaire; mais je ne sais si ce mot n'est 
pas plus ancien que notre siècle. 

27. ier, ière. 

Dô arius aria arium; suffixe qui, dès les origines, a donné à 
la langue un nombre copsidérable de dérivés, et qui n'a point 
épuisé sa féconde action. On peut en juger par la liste sui- 
vante, fort incomplète d'ailleurs : 



NOMS DE PERSONNES. 

animalier, peintre d'animaux. 

ambulancier, employé d'une ambulance. 

avironnier, fabricant d'avirons. 

baissier, boursier qui joue à la baisse. 

baonboutier, chinoiseur - bamboutier ^. 

boulevardier, boulevardière : « homme qu'on rencontre 
tous les jours flânant sur les boulevards; — femme galante 
fréquentant les boulevards. » (Lorédan Larchey). 

boursicotier, homme qui joue à la Bourse; synonyme de 
boursier, auquel toutefois il ajoute une nuance de dénigre- 
ment due au suffixe, diminutif et péjoratif, icol de boursicot 
(ou boursicaut'"). On a dit aussi boursicoteur, mais la langue 
s'est définitivement décidée pour boursicotier. 



1. Cf. Romania, IV, 124. 

2. Cf. plus haut, p. 73, et plus bas, p. 152. 

3. Seul donné par le Dict. de l'Académie. 



— 107 — 

brochurievy cejui qui n'écrit que des brochures. 

chemisier : 

Que dire à l'ouvrier.... 

Qui, rougissant des noms de linger, de tailleur, 

Se nomme cliemisier et confectionneur? 

(Viennet, Epître à Boileau.) 

coupletier, celui qui fait les couplets 'd'un opéra comique, 
d'un vaudeville. 

crinolinier, fabricant de crinolines. 
conférencier^ celui qui fait des conférences. 
coulissier : 

Messe de l'agio que la voix des huissiers 
Colporte par versets aux lointains coulissiers. 

(Barthélémy, Némésis, V Archevêché et la Bourse.) 

caricaturier, dessinateur de caricatures. 

carottier: « Vient le soldat carotlier qui, sous prétexte de 
conseils pour l'avenir, se fait rincer la gorge (par le con- 
scrit). » (J. Vallès, la Rue, Prends ton sac). 

ceinturonnier, fabricant de ceinturons. 

'centrier, membre du centre dans une assemblée parle- 
mentaire. 

centre-gaucher, membre du centre gauche*. 

droitier, membre de la droite. 

chocolatier, fabricant, marchand de chocolat. 

échotier : « Rédacteur chargé des Échos de Paris dans un 
journal. » (L. Larchey). 

épauletier, fabricant d'épaulettes. 

équipier, homme d'équipe. 

haussier, boursier qui joue à la hausse. 

limousinier, entrepreneur de maçonnerie, de limousin, ma- 
çon; la plupart des maçons viennent du Limousin. 

ordre-moralier, nom donné par quelques journaux (de 
1873 à 1875) aux partisans de r« ordre moral. » 

oulrancier, partisan de la guerre à outrance; mot créé 
pendant la guerre de 1870-1871. 



1. Centre-gaucher est formé de centre-gauche avec le suffixe er de gaucher. 
Ce suffixe n'est pas différent du suffixe ter : la vieille langue disait : gauchier, et 
de môme bouchier, vachier, etc. Mais vers le quatorzième siècle la terminaison 
ier s'est réduite k cr dans tous les substantifs où elle était précédée de ch ou g : 
boucher j vacher, berger, verger, etc. 



— 108 — 

parolier, celui qui fait les paroles d'un opéra comique. 

petil-fournier : « Cette multitude de pâtisseries légères qui 
constituent l'art assez récent du pâtissier petit- fournier. » 
(Brillât-Savarin, Pltysiologie du Goût, i, 45). 

policier, homme de police. 

présurier, marchand de présure. 

robinetier, fabricant ou marchand de robinets. 

salonnier, critique qui rend compte des salons, des expo- 
sitions d'œuvres d'art. 

tahleautier : « compositeur qui fait spécialement les ta- 
bleaux et ouvrages à filets et à chiffres. » (Boutmy, Dict. de 
U argot typogr.). 

NOMS DE CHOSES. 

boulier ou boulier - compteur, appareil formé de dix trin- 
gles garnies chacune de dix boules, pour apprendre à compter. 

chéquier, carnet de chèques. 

échéancier, carnets de négociants pour inscrire les échéan- 
ces des effets à recevoir ou à acquitter. 

œufrier, vase où l'on met des œufs pour les conserver 
fraisa 

plumier, boîte à recevoir plumes et porte-plumes. 

gentilhommière, terme de mépris pour désigner la de- 
meure d'un hobereau. Voir enlomber, p. 139. 

glissière [Règlement de U Expositio7i universelle de 1867, dans 
Scholle, Programme, p. 15). 

ADJECTIFS. 

balconnier. L'éloquence balconnière de M. Gambetla a ali- 
menté un instant la verve d'une partie de la presse. 

betteravier : « H ne peut décidément se traiter à la Cham- 
bre une question un peu importante sans que MM. les avocats 
n'en profitent pour créer un barbarisme; on a, ce mois-ci, 
parlé pendant trois jours de l'industrie betteravière. » (A. Karr, 
/es Guêpes, juin 1840; dans Littré, supplém.). . 

gazier, l'industrie gazière. 

mulassier : « L'industrie mulassière » [Règlement de l'Ex- 
position universelle de 1867, dans Scholle, Progra/mmej p. 15). 

1. Voirolus haut, p. 100, n. 3. 



— 109 — 

Le suffixe ier, comme on le voit par ces quelques exemples, 
est encore très-vivant. Toutefois il a perdu une partie de sa 
force primitive. Le vieux français tirait des dérivées en ier de 
substantifs abstraits indiquant des qualités, des faits moraux : 
droiturier, losengier, justicier, orgueillier, mençongier (subst.), 
pautonier, etc., ou de thèmes verbaux : encombrier, destour- 
bier, recouvrier, consirier, destrier. Ces deux sortes de dériva- 
tion dont l'une fournissait des qualificatifs, l'autre des sub- 
stantifs abstraits, semblent disparues. On ne créerait plus 
un mensongier pour « un menteur 5), un orgueillier pour 
« un orgueilleux «; on ne comprendrait pas davantage une 
dérivation telle que un embarrassier (c'est-à-dire un embar- 
ras)j faite sur le modèle de encombrier. Le vieux français 
disait communier pour « partisan de la commune ». Quand 
éclata, en 1871, l'insurrection de la Commune, les chefs du 
mouvement ne surent de quel nom se désigner : communiste 
avait déjà pris une acception spéciale; ils ne voulaient pas 
accepter la dénomination méprisante de communeux ni de 
communard; ils adoptèrent communaliste, qui avait le tort 
de ne pas rappeler le mot essentiel de commune; la déri- 
vation communier se serait imposée d'elle-même, si l'emploi 
du suffixe ne s'était restreint. Quand madame de la Sablière 
appelait La Fontaine son fablier, elle donnait ingénieusement 
à entendre qu'à son avis le bonhomme produisait naturelle- 
ment ses fables comme le pommier des pommes et le poirier 
des poires. Cette fine expression ne pouvait être créée qu'à une 
époque où la langue ne reconnaissait déjà plus au suffixe 
toute son ancienne signification. Un fablier, au moyen âge, 
si le mot avait existé, aurait été un auteur de fables. 

1er de nos jours crée donc des dérivés désignant des per- 
sonnes agissantes, qui produisent, fabriquent l'objet indiqué 
par le radical. 

28. ille. 

Le suffixe latin -culus se présentait d'ordinaire précédé d'une 
voyelle : a-culus^ e-culus, ï-culus, î-culus, u-culus. De là ail 
aille, eil eille, il ille, ouil (archaïque : genouil, etc.) ouille. 

Il ille ont laissé un certain nombre de dérivés : chenil, péril, 
persil, grésil, etc. ; chenille, pointillé, flottille, etc. Il n'est plus 
vivant; ille semble encore capable de formations nouvelles, 
au sens spécial de collection de menues choses : en effet, dans 
flottille, brindille, pacotille, ramille, on sent encore l'idée parti- 



— 110 — 

cuiière que le suffixe donne aux dérivés : réunion de petits 
navires, de petits brins, de petits paquets, de petites bran- 
ches. De là les mots qui paraissent de formation moderne, 
sinon contemporaine, charmille^ ormille, coiulrille, plantation 
de petites branches de charme, d'orme, de coudrier. Ce suf- 
fixe viendrait-il, avec une acception spéciale, prendre place à 
côté du suffixe aie? 

29 et 30. 171, ine. 

Du latin inus. Ce suffixe a eu divers emplois et diverses si- 
gnifications : témoin les dérivés suivants : Poitev-in, Mess-in; 
argent-in, ferr-in, ov-in (v. franc.); en/ani-m, bad-in; grapp-in, 
tet-in; — rout-ine, sais-ine; 7iar-ine, terr-ine, etc. De hOs 
jours, il donne naissance à des adjectifs et à des sub-. 
stantifs. 

Adjectifs. — On a créé crépusculin (Littré), azurin (Littré), 
zéphyrin : « Ils se glissent parés de robes zéphyrmes. » (Bar- 
thélémy, Némésis, Le Palais-Royal en hiver). 

Le vieux français avait ivorin, devenu aii seizième siècle 
ivoirin, sous l'influence cVivoire. Ivoirin est rentré de nos jours 
dans l'usage; est-ce le mot archaïque rajeuni? est-ce un litlot 
nouveau? 

L'expression [race] bovine a amené {racé) asine. 

Substantifs. — Le suffixe in ine forme des substantifs ayant 
une signification diminutive : fort fortin, ours oursin^ ignorant 
ignorantin; cette signification devient facilement péjorative : 
plaisantin, calotin. Voici des dérivés nouveaux : 

baguenaudine : « canne-éventail-écran, dite baguenau- 
dine. « (Descript. des brevets, 1829, t. XXVII, p. 216). 

balancin : 

Le balancin de canne où Miss ïilda repose 
Obéit à son poids léger. 

(E. d'Hervilly, A la Louisiaifïe.) 

maquereau tin. M. L. Larchey, conformant J'orthograDhe 
à la prononciation, éci'it macrotin. 

régeniin : « Boileau était un peu adonné à la théorie et 
au précepte, un peu régentin. » (Scherer dans Littré, supplé- 
ment) . 

sabotine : « Sortes de sabots légers dits sabotines. » ( Des- 
cript. des brevets, 1" série, 1839, t. XLVII, p. 208). 



— 111 - 

tableautin : « Un tableautin, chcf-d'beuvrc d'esprit et de 
couleur. » (Théophile Gautier, dans Littré). 

taUladin, nom que les confiseurs donnent à des tranches 
rninces de citron ou d'orange. 

Ces substantifs en vi nous amènent à la nomenclature 
spéciale qui a fait de la terminaison féminine ine un intéres- 
sjiht emploi. Ine désigne des étoffes, des parfumeries, et, dans 
le langage de la chimie, les principes essentiels de certains 
composés. Créations de savants ou d'industriels à demi let- 
ti"és, les dérivés de ce suffixe offrent un mélange de formes 
populaires, demî-savantes et savantes, difficiles à classer. 
Brillantine, viulettine, amandine, etc., laissent facilement re- 
connaître comme radicaux dés mots français : brillant, violette, 
amande. Mais ongidine, citrine, bandoline, etc., ribiis font jre- 
monter à des thèmes étrangers à la langue [ungul-us, citr-us, 
bçindolo?). De même dans la nomenclature chimique, caféine, 
fibrine, <;wartme, etc., sont décomposablcs en inots ffànçaîs: 
café, fibre, guano, etc.; mais morphine, stéanne, albumine, etc., 
rie pèuveiit trouver leur explication dans des radicaux de la 
langue. 

Le sufflxie ine et les dérives qu'il produit soiit donc un exem- 
ple de la formation de cette langue commune, demi-savante, 
demi-française, où tantôt, comme ici, des suffixes populaires 
s'ajoutent à des radicaux français ou latins et grecs, tantôt des 
suffixes d'origine latine ou grecque s'attachent à des mots 
français {divin-atoire, journal-isme). 

Comme la nomenclature scientifique, malgré quelques déri- 
vations conformes au caractère du français, recourt spéciale- 
ment à des thèmes grecs oii latihs, nous parlerons plus tard 
(dans la section consacrée cà la dérivation savante) de l'emploi 
que font les chimistes du suffixe ine. Nous passerons ici en 
revue divers dérivés que l'on doit à la terminologie indus- 
trielle. Nous parlons des mots que créent les fabricants ou 
marchands de « nouveautés '>, de parfumerie. Nous entrons 
ici dans le domaine de la mode. Chaque année voit se suc- 
céder de nouvelles élégances, de nouvelles façons de vête- 
ments, de nouvelles étoffes; des noms nouveaux, aussi bi- 
zarres que les caprices de la mode, sont mis en circulation 
appelés à vivre.... ce que vivent les modes; l'espace d'une sai- 
son. Le philologue ne dédaigne pas d'étudier ces dénomina- 



— 112 — 

lions incessamment renouvelées , où se montre d'une manière 
visible l'activité de la langue. 

Un des plus riches éléments de formation nouvelle est la 
dérivation par ine. Pour les noms d'étoffe, les modèles étaient 
donnés par la mousseline, la popeline, la lustrine, la percaline, 
la huratine, Yalepine; celles-ci nous ont amené la taffetaline, la 
crêpeline, la tartaline, la veloutine, la castorine % la moleskine, 
la crinoline, etc. L'année dernière les magasins de nouveautés 
mettaient en vente la diamantine, la levantine, la mulhousine, 
la louisine. Dans la collection des brevets (P* série, t. XXXI, 
p. 205), je vois un inventeur prendre un brevet, en 1831, pour 
une étoffe de sa fabrication à laquelle il donne — fort à pro- 
pos — le nom de philippine. 

On remarquera que la plupart de ces noms ne sont pas des 
diminutifs de noms d'étoffe ; preuve que le suffixe a reçu de 
l'usage un emploi assez spécial pour emporter avec lui l'idée 
d'étoffe. 

La parfumerie s'est également appropriée ce suffixe. Elle 
nous fournit Vamandine, inventée et dénommée en 1834 (Des- 
cript. des brevets, 1'" série, t. XXXIX, p. 296); la brillantine (pour 
moustaches); la handoline, préparation pour les cheveux, dit 
le catalogue de M. Pi ver; la poudre citrine, fort utile à l'en- 
tretien des mains; la cornélineei la violettine, sortes d'huile; 
la lustraline, qui sert à fixer les cheveux et leur donne du 
brillant; Vonguline, pâte pour les ongles; la poncine, savon où 
entre la ponce, etc., etc., 

La chimie nous fournira d'autres dérivés plus barbares, 
plus obscurs que ceux qui précèdent. Ces derniers, en effet, 
malgré quelques bizarreries [bandoline, cornéline, crinoline, 
onguline, citrine), sont formés selon le génie de la langue, 
et l'oh ne peut, dans cette mesure, qu'approuver l'usage de 
cette dérivation. 

30 bis. — ise, voir esse; ochey voir as. 



31. oir, oire. 

De atorium, atoria, devenus edoir edoire, eoir eoire, oir oire. 
Ce suffixe est représenté dans la langue moderne par plus 
de deux cents mots, indiquant des objets, moyens d'action : 

1. Chaudement cuirassé dans une mstorine. (Barthélémy, Némcsis, Qu'est-ce 
qu'an pair?) 



— 113 — 

abreuvoir j accotoir, accordoir, accoudoir, affînoir, ajusloir, 
arrosoir, a^persoir, assommoir, etc.; attrapoire,avaloirc, bai- 
gnoire, balançoire, bassinoire, bouilloire, brandilloire, branloire, 
etc. 

Ce suffixe est toujours vivant : voici quelques noms relevés 
dans le recueil des descriptions de brevets ; ce sont des mots 
créés par les inventeurs, et ces formations nouvelles, éphé- 
mères ou durables, suffisent à montrer l'activité incessante 
du suffixe. 

aiguisoir, instrument à aiguiser les couteaux (Descript. 
des brevets, 1828, 1" série, t. XXVI, p. 17). 

bobinoir : « instrument dit 6o6moîV destiné à préparer des 
mèches de coton au fil en gros, pour être ensuite filées en plus 
fin. » [Ibid., 1834, t. XXX, p. 4). 

découpoir à rubans {ibid., 1842, t. LIV, p. 38) ; dételoir [ibid,, 
1845, 2" série, t. VI, p. 174). 

glanoir [ibid. P* série, t. LU, p. kk9);méchoir : «broche mé- 
canique dite méchoir. » [Ibid., 1827, 1" série, l. XXII, p. 341) ; 
suspensoir (appareil pour malades, ibid., 1846, 2" série, t. VIII, 
p. 229); « métier à tisser d'un nouveau genre dit tortoir porte- 
volants. » [Ibid., 1811, 1" série, t. IX, p. 222), etc., etc. 

31 bis. — ois oise, voir ais aise; ol oie, voir eul. 

32. on. 

Latin onem. Ce suffixe s'est joint à des thèmes verbaux ou 
nominaux sans ajouter beajcoup à leur signification propre: 
espie devient espion, forgeur forgeron, chiffe chiffon, manclte 
manchon, etc. * C'est à cette signification large et vague qu'il 
doit d'avoir reçu des valeurs tout à fait opposées suivant les 
pays. En italien et en espagnol il est souvent augmentatif, 
en provençal et en français diminutif. Les deux significations 
contradictoires se rencontrent dans le mot médaillon qui, 
comme dérivé français du français médaille, veut dire petite 
médaille, et qui, comme représentant de l'italien medaglione, 
dérivé de medaglia, signifie grande médaille. 

Dans la langue actuelle il n'a qu'une valeur diminutive. Il 
a donné, à notre connaissance, le mot : veston, petite veste. 

1. Il a forme aussi des noms de peuples : Gascon, Breton, Bourguignon, La- 
pon. 

8 



— 114 — 

L'idée diminulivc s'accenluc par l'intercalation de syllabes 
entre le radical et le suffixe * : barb-ill-on, houv-ill-on^ négr- 
ill-on, barb-ich-07ij berr-ich-on, fol-ich-on; choc-aill~on, mor- 
aill-on, etc. Voici un dérivé nouveau de ce genre : moussaillon: 
« Un moussaillon^ au-dessus de la machine, transmet ses or- 
dres (du capitaine). » (J. Vallès, la Rue, AU right). 

31 bis. — Ot otte, voir et ette. 

33. té. 

Latin tatem. Suffixe qui s'ajoute aux adjectifs pour former 
des noms abstraits exprimant la qualité de l'adjectif : bon-té, 
san-té, loyal-té loyau-té, pur-té (vieux français). Par suite 
d'influences diverses, actions phonétiques des groupes de 
consonnes, qui terminent parfois le radical, essai de retour à 
l'orthographe latine, té est devenu de bonne heure été, ou 
plutôt té s'est fixé à la forme terminée en e des adjectifs : 
ancienne-té, briève-té, chaste-té^ débonnaire-té^ fausse-té, ferme- 
té, gracieuse-té, grossière-té, habile-té, joyeuse-té, lâche-té, 
méchance-té, naïve-té, oisive-té, pure-té, rare-té, sale-té, etc. 

Ce suffixe disparaît de la langue actuelle, étouffé par le 
suffixe de formation savante ité, qui est repris directement au 
latin. On ne peut citer que de rares néologismes. Selon M. F. 
Wey ^, c'est à Beaumarchais qu'on doit citoyenneté. Rétiveté, 
que donne M. Littré dans son Dictionnaire, paraît récent. 
A/freuseté, qu'il n'a pas recueilli, se dit dans le peuple. 

34. u. 

Le suffixe ** (lat. utus), si expressif dans la vieille langue, 
s'appliquait aux noms désignant certaines parties du corps 
pour en indiquer le fort développement : têtu, lippu, membru, 
charnu, pansu, ventru, corsu, etc. \ La signification de ce 

1. Voir plus bautj p. 75. 

2. Remarques sur la langue française au dix-neuvième siècle, t. I, p. 147. 
L'auteur de cet ouvrage remarque (p. 127), à propos du mot tendreté, que « le 
plus grand obstacle à l'admission de ce mot, indépendamment de celui qui 
résulte de sa forme vicieuse, consiste dans la bizarrerie, dalis la recherche de 
celte expression.» Le mot est très-français; quant à sa forme, comme on le voit 
par les dérivés analogues, elle a toute la correction possible. Tendre ne peut 
donner, comme substantifs abstraits, que tendresse (ou tendrise), tendreur et 
tendreté. Tendresse a été reçu pour le sens figuré ou moral; au sens propre, il 
n'y avait à hésiter qu'entre tendreur et tendreté; tendreté a triomphé. 

3 De voir l'autre tout cpaulu, 

Ossu, memOrUj fessu, velu, (Scarron, Virgile travesti, V.) 



— 115 — 

suffixe est encore comprise : Balzac a fait revivre l'archaïque 
(jrifju, et V. Hugo a créé moustachu : 

Ce masque moustachu dont la bouche vantarde 
S'ouvrait dans toute sa grandeur. 

(Châtiments^ VII, ii, la Reculade, k.) 

Ce César moits^ac/iM. (Ibid., III, vin, Splendeurs, 2.) 

Uche, voir as. Ce suffixe a eu un développement spécial dans 
l'argot. 

35. ure. 

De atura, devenu edure eûre eure ure. Ce suffixe a donné nais- 
sance à de nombreux dérivés, noms et verbes. De nos jours 
il est encore vivant, comme le montrent quelques créations 
nouvelles :, 

crêpelure: « Deux longues mèches se détachaient capricieu- 
sement des crêpelures. « (Th. Gautier, le Capit. Fracasse^ II). 

nacrure : « La nacrure de ses épaules. » (J. Glaretie, le Beau 
Solignac, 1876, 1. 1, p. 151). 

Mais ce suffixe cède peu à peu la place à son rival de forma- 
tion savante : al-ure. Ici encore la formation française se res- 
treint de jour en jour devant les envahissements ininter- 
rompus de la langue savante, du latin. 



CHAPITRE VI. 

SUFFIXES VERBAUX. 

La dérivation verbale se fait à l'aide du suffixe er qui 
s'ajoute à l'adjectif ou au substantif dont on veut tirer un 
verbe. Quelquefois entre le radical et la terminaison er s'in- 
tercale une syllabe qui modifie par une nuance spéciale la si- 
gnification du dérivé. 

Rien ne saurait donner une idée de la fécondité de la déri- 
vation verbale dans les langues romanes en général, dans le 
français en particulier. « Les langues romanes, dit Fuchs, ont 
une foule extraordinaire de verbes ; car elles peuvent de tout 



— 116 — 

substantif qu'il leur plaît, par simple addition des terminai- 
sons de conjugaison, former des verbes nouveaux. « En tout 
temps le français a joui de cette liberté illimitée, et la langue 
contemporaine n'a pas hésité pour son compte à en user et 
à en abuser. Voici une liste qui, toute longue qu'elle est, 
ne présente assurément qu'une faible partie des dérivations 
nouvelles: 

s'absinther. 

activer :k Néologisme. Donner de l'activité, hâter, pousser. 
Activer les travaux. » (Littré). « L'homme qui s'en allait déjà 
en clopinant, activant de toutes ses forces, mais sans grand 
résultat, ses jambes tordues. »(A. Daudet, Jack, I, S 9). « Cha- 
cun retourne à son poste et s'active avec le furieux du déses- 
poir. « (Id., ibid., II, § 8). « Jack, au fond du fossé, ivhs-activé 
de sa recherche. » (Id., ibid., I, ^ 9). Cf. plus haut, p. 31. 

agrémenter : « On dirait fort bien agrémenter une robe. » 
(Mercier, 7Véo^o^ie.)cc Un corsage de taffetas gris, agrémenté de 
velours noir et de soie. »(Th. Gautier, le Capitaine Fracasse^W). 

Maître Watteau, dans l'art (ïagrémenter un rêve, 
Je suis votre confrère et non pas votre élève. 

(Gh. Coran, à Watteau.) 

ankyloser (Littré), aquapuncturer (Littré, supplém.), atro- 
phier (Littré), autographier (Littré), autopsier (Littré, supplém.). 

ballaster [hiiiré, supplém,.), bambocher (Littré). 

baser, Voir p. 31, la citation de M. Viennet. « Ce néolo- 
gisme, dit M. Littré, n'a rien de condamnable en soi, puisque 
baser est formé par rapport à base, comme fonder, par rapport 
kfond; mais il est inutile. » Baser au propre (si le sens propre 
était usité) se distinguerait de fonder, en ce que, la base étant 
la surface inférieure par laquelle l'objet repose sur le fonde- 
ment, baser une chose serait la poser sur sa base, la fonder 
serait la poser sur un fondement. Mais au figuré la distinc- 
tion s'efface, et baser se confondant avec fonder est, en effet, 
inutile. 

benoitonner : « Porter une toilette ridicule, c'est-à-dire à la 
Benoiton. » (L. Larchey). 

berlholler (Littré), biscuiter (ibid.), biseauter (ibid.), bisser 
(ibid.). 

blaguer :u Le voyou, le Parisien naturel ne pleure pas, il 
pleurniche; il ne rit pas, il ricane; il ne plaisante pas, il bla- 



— 117 — 

gue; il ne danse pas, il chahute. » (Veuillot, Odeurs de PariSy 
III, 4.). « Il ne blaguait plus les sergents de ville. » (E. Zola, 
VAsfiommoirj p. 370). 

bordurer (un jardin). 

boursicoter (Littré)^, bouturer (id.). 

brochiirer, écrire une brochure. 

ca/o^/er quelqu'un (Littré); caoutchouter ^camelotter{ih\d.). 
Camelotter au sens de « fabriquer de mauvaises marchan- 
dises » est récent et vient de camelotte ; au sens de « imiter le 
camelot », il est ancien et vient de camelot. 

capitonner (Littré), caricaturer (id.), cavalcader (id.). 

chahuter, terme bas ; voir blaguer. 

chaparder, terme populaire que nos soldats d'Afrique ont 
acclimaté en France. 

chouchouter: « Tu seras chouchouté comme un chouchou, 
comme un dieu. » (Balzac, dans L. Larchey). Chouchou, re- 
doublement de chou, terme très-familier d'amitié, de ten- 
dresse : « Mon petit chou. » 

clayonner, clôturer : « La séance est clôturée, »; collecter : 
« Les sommes collectées, » ; commanditer (une société), con- 
currencer (Littré, supplém.), confectionner un vêtement, une 
robe; vêtements confectionnés; de là confectionneur, voir plus 
haut, p. 103. 

contagionner, synonyme populaire du terme scientifique 
contagier. 

controverser : « Peu d'hommes ont été plus controversés, 
plus attaqués que M. Buloz. » {Liberté du 14 janvier 1877). 

cotillonner, populaire, fréquenter des cotillons. 

courbaturer : « Ce mot nouveau est régulièrement formé de 
courbature, comme conjecturer de conjecture. Il n'a pas d'autre 
sens que courbattre, qui n'est resté usité que dans le parler 
populaire de certains cantons. Il est un peu comme clôturer 
qu'on dit souvent, parce qu'on ne connaît pas assez le verbe 
clore. Ces allongements de mots ne sont pas toujours une 
richesse dans la langue. » (Littré, remarque au mot courba- 
turer). 

courbouillonner : « Les écureuils gris courbouillonnés au 
vin de Madère. » (Brillât-Savarin, Physiologie du goût, I, 38). 

crâner, faire le crâne : « Sans chercher à crâner, il enten- 
dait agir en homme propre. « (E. Zola, V Assommoir, p. 79). 

croûtonner : « Peindre des croûtes. » (L, Larchey). 

1. Cf. plus haut boursicotier, p. 106. 



— 118 — 

défectionner : « Néologisme. Faire défection. » (Littré). 

distancer (Littré), diagnostiquer (id.), drainer (id.). 

électionner [hiiiré, suppl.). 

émotionner : « Elle était très-blanche , et si émotionnée^ 
qu'elle avait failli tomber. »(Zola, r Assommoir, p. 264). « Ce 
verbe nouveau est d'un assez mauvais style; cependant il est 
régulièrement fait, comme affectionner, d'affection. » (Littré). 

éreinter: « Ceci est un auteur? disent-ils [les journalistes) ; 
chacun peut en parler, puisqu'il s'imprime : donc je Véreinte. » 
(A. de Musset, 3^ lettre de Dupuis et Cotonnet). Voir p. 97. 

esclavager : « Elle avouait aussi naïvement combien elle 
était esclavagée. 5> (A. Daudet, Jack, III, 5 2). 

explosionner (Littré, supplém.). 

fac-similer (Littré), folioter (id.), fluxionner. 

fuchsiner les vins. Mot de formation toute récente. 

gaminer : 

Je gaminais après l'école, 
Avec le trèfle et le mouron. 

(Ch. Coran, Dans Vherbe.) 

gaudrioler, terme populaire : « Il aime à gaudrioler. » 

géographier : « Un ciel (plafond) passé de couleur et géo- 
graphie d'îles inconnues par l'infiltration des eaux delà pluie.» 
(Th. Gautier, dans Scholle, Archives de Herrig, XLII, 122). 

gemmer, faire le gemmage (Clavé, Études forestières) ; voix 
plus haut, p. 83, au mot gemmage. 

handicaper, terme du turf (Littré, supplém.). 

horizonner : a La blanche Loire qui nous horizonne. » 
(E. de Guérin, Journal). « Des ports fleuris, horizonnés de forêts 
de palmiers, de bananiers au vert panache, de collines vio- 
lettes. » (A. Daudet, Jack, II, § 8). 

illusionner : « La pauvre fille ne s'illusionnait pas sur elle- 
même. * (A. Daudet, Jack, II, ^ 4). « Ce néologisme est accep- 
table ; illusionner est formé comme affectionner. » (Littré) Le 
mot est proposé par Mercier, dans sa Néologie. 

impressionner: « La mort de son camarade l'avait beaucoup 
impressionné. » ( A. Daudet, Jack, I, § 6 ). « Ce mot est nou- 
veau sans doute, mais il est régulièrement fait, comme affec- 
Honner d'affection. » (Littré) . 

influencer ne paraît dans le Dictionnaire de l'Académie 
qu'à partir de l'édition de 1835. 

iwnc/ier, dérivé de lunch; cf. plus bas, p. 256. 



— 119 — 

métaphysiquer : « Je ne sais point métaphyfiiquer mes sen- 
timents. » (E. de Guérin, Journal). 
menoUer ; 

Et tu crois follement, dans tes mains de pygmée, 
Menotter notre zèle et bâillonner nos cris. 

(Barthélémy, Némésis, Liberté de la presse.) 

molletonner une étoffe. 

mouvementer: « Il faut un peu plus mouvementer cet acte, 
cette scène. » L'adjectif mouvementé d'où est tiré le verbe est 
également un néologisme fort usité : paysage mouvementé^ 
scène mouvementée, style mouvementé. 

numéroter (Littré), ornementer (id.), panneauter (id.). 

pasticher :<i On no, pastiche pas que les mots, on copie les 
idées. » (J. Vallès, la Rue, Proudhon.) 

patronner (Littré), perquisitionner {[À\Xvé,,supplém.),pétrO' 
ler [id., ibid.); pouler, t. de turf {id., ibid.) , primer (Littré), 
priser du tabac (id.), progresser (id.). 

pistonner, terme trivial, importuner (L. Larchey). Se dit 
également pour : aider quelqu'un à préparer ses examens ; 
par extension, appuyer, protéger quelqu'un. 

rébellionner, mot qui date du commencement du siècle; 
réglementer, révolutionner . 

saluter : « Il éleva son verre en salutant et en vida le 
contenu. » (Th. Gautier, dans Scholle, Archives de Herrig, 
XLII, 117). 

sauvegarder : « Ce néologisme incorrect n'est pas à imiter ; 
sauvegarde ne peut se transformer en verbe ; le verbe serait 
sauf-garder et non sauvegarder. » (Littré). Si de sauvegarde on 
a tiré sauvegarder, c'est qu'on ne reconnaît plus dans (le sub- 
stantif les deux éléments composants sauve et garde, et qu'il 
s'est réduit à un mot simple. C'est ainsi que clairvoyant 
donne clairvoyance et non clairevoyance. 

subventionner, se suicider, soutacher. 

tricolorer : 

Mille drapeaux levés tricolorent l'espace. 

(Barthélémy, Némésis, Au Roi.) 

trôner ; truquer , vivre de trucs , de roueries. M. Littré a 
truque^ir. 

turbiner, terme populaire, travailler (L. Larchey); se 
turbiner, se fatiguer. 



— 120 — 

tuyauter^ vallonner^ valser. 

victimer : « Le canut... a mis la probité à la porte en 
songeant que les négociants le victimaient. » (Balzac, la Mai- 
son Nucingen, éd. de 1856, p. 62). 

La langue a formé jadis, spécialement avec des adjectifs, un 
certain nombre de verbes en ir: grand, grandir; frais, fraî- 
chir, etc. Nous ne voyons pas de nouvelles formations de 
ce genre , sauf blondir et quelques parasyntlcétiques verbaux 
(voir plus loin, p. 130, n' 4). 

Les verbes que nous venons de citer sont des exemples de 
la dérivation immédiate. La dérivation peut aussi ^ivo, médiate, 
lorsque entre le radical et la terminaison er s'intercale une 
syllabe qui ajoute à l'idée exprimée par le dérivé une nuance 
spéciale, généralement méprisante. 

AILLER : intrigailler : « L'homme incapable a une femme 
pleine de tête qui l'a poussé par là, qui l'a fait nommer dé- 
puté ; s'il n'a pas de talent dans les bureaux, il intrigaille 
à la Chambre. » (Balzac, les Employés, éd. de 1856, 
p. 220). 

philosophailler, proposé par Mercier, qui dans sa Néologie 
imagine l'exemple suivant : « Ce bureau d'esprit qu'on appe- 
lait Académie française a beaucoup nui aux talents originaux; 
mais il menait à la fortune les abbés qui consentaient à phi- 
losophailler. » Mercier propose également réglern entailler. 

semailler : « Ils prêchent et courent, et vont semaillant ]& 
ne sais quoi que le vent emporte. » (A. de Musset, 'i" lettre de 
Dupuis et Cotonnet). 

toussailler et toussoter, qui manquent dans le Dictionnaire 
de M. Littré, sont usités dans le langage familier. 11 en est 
de môme de courailler dont M. L. Larchey cite un exemple de 
Balzac, au sens de : mener une vie peu régulière. 

iLLER : égorgiller : «Cette nuit même, si vous n'aviez pas 
veillé sous les armes, ils vous auraient gentiment égorgillé 
dans votre chambrette. » (Th. Gautier, le Capit. Fracasse, XL) 

ERONNER : chanteronner : « Cet impertinent... chanteronna 
quelque roulade italienne. » (Balzac, le Père Goriot j 1835, 1. 1, 
p. 153). 

OCHER : flânocher : « Alors l'après-midi entière, il fiâno- 
chait dans le quartier. » (E. Zola, l'Assommoir, p. 191). 

OTER OTTER : « Avcc ccla on vivote, on pensotte. » (L. Des- 
noyers, les Béçtiens de Paris). 



— 121 — 

bouloUer, de boule ; proprement rouler doucement ; terme 
populaire : « Pendant une année encore, la maison boulotta.y» 
(E. Zola, U Assommoir^ p. 363.) 

Rappelons l'expression f ordonne dans « c'est une Madame 
f ordonne » pour dire : « c'est une femme impérieuse. » De là 
le \QYhej ordonner. « Le conseil d'État va, vient, entre, sort, 
revient, règle, dispose, décrète, tranche, jordonne, voit 
face à face Louis-Napoléon. » (V. Hugo, Napoléon le Petit^ 
II, iii)S 



CHAPITRE VIL 

:- -iî ~ SUFFIXE ADVERBIAL. 

Nous n'avons rien à observer sur les adjectifs, pronoms, 
verbes, formes verbales, formés par juxtaposition ^ Nous ne 
constatons pas de néologismes dans ces parties du discours. 
Parmi les mots invariables, il faut considérer les adverbes. 

Remarquons d'abord l'emploi populaire et, croyons-nous, 
récent, de ici-/à au sens de ici. « Où est mon livre? /ci-/à. •> 
On ne paraît plus se douter que là a une signification absolu- 
ment opposée à celle de ici et on le fait servir à renforcer la 
valeur de l'autre particule adverbiale. Exemple curieux de 
l'afTaiblissement graduel que subissent dans l'usage les 
significations des mots et du besoin incesssant de les fortifier 
par des additions nouvelles \ 

Les adverbes en ment sont, comme on le sait, formés d'ad- 
jectifs féminins auxquels s'attache la syllable ment, qui repré- 
sente l'ablatif latin mente. La signification étymologique de 
ment s'est si bien élargie et a pris un tel caractère de généra- 
lité et d'abstraction qu'on peut aujourd'hui considérer cette 
syllabe comme un suffixe*. 

La dérivation des adverbes en ment est très-féconde ; il n'est 



1. Cf. Fr.Wey, Remarques sur la langue française au dix-neuvième siècle, l, 
p. 271. 

2. Types : aigre-doux; celui-ci; (nous) faisons frire; f ai aimé. 

3. Cf. notre Traité de la formation des mots composés, p. 61. 

4. Considérant cette formation au point de vue de l'origine, nous avons dû, dans 
notre Traité, la placer au chapitre de la composition. Ici, étudiant l'usage actuel, 
qui ne voit plus dans ment qu'un suffixe, nous devons la placer dans la dérivation. 



— 122 — 

pas d'adjectif qui, à l'occasion, ne puisse se transformer en 
adverbe. Voici des exemples de quelques adverbes nouvelle- 
ment entrés dans l'usage ou essayés par des écrivains ; ils 
serviront à montrer la richesse de cette dérivation : 

adorablementj mot très-usité dans ce genre de phrases : 
« Elle est adorablement belle. » 

anxieusement, artistiquement, automatiquement (proposé 
par Mercier). 

cabalistiquement: « En remuant dans son chaudron toute 
sorte d'ingrédients fantastiquement bizarres et cabalistique- 
m,ent vénéneux. » (Th. Gautier, Étude sur Baudelaire). 

caustiquement, proposé par Richard (1845), donné par 
M. Littré. 

cocassement: « (II) venait me raconter les détails cocasse- 
ment tragiques de quelque expédition nocturne. » (J. Vallès, 
la Rue, la Servitude). 

crânement : « Le chapeau de toile cirée crânement renversé 
sur la tête. » (A. Daudet, Jack, II, § 5). / 

créolement : 

Miss Tilda Jefferson, une enfant paresseuse , 
Paresseuse créolement. 
(Ernest d'Hervilly, A la Louisiane.) 

débordement : « Néologisme. D'une façon débordée, im- 
morale. » (Littré.) 

dictatorialement [Liiiré, suppl.), discrétionnairement (ibid.). 

égoïstement : « Néologisme. D'une manière égoïste. » 
(Littré.) 

européennement: « Le terrain des Feuillans et le bois des 
marronniers du côté de l'eau étant si européennement reconnus 
comme lieux solitaires. » (Th. Gautier, les Jeune France, Da- 
niel Jovard). 

formidablement (Litlré, supplém.). 

frileusement, proposé par Richard, manque dans Littré, 
Le mot est maintenant reçu. 

inconvenablement, industriellement, insurrectionnellement 
(Littré). 

ineffablement : « La pensée a des jours ineffablement cal- 
mes. » (Ph. Boyer, Lassitude). 

morbldernent : « Il a su trouver ces nuances morbidement 
riches. » (Th. Gautier, Élude sur Baudelaire). 



— 123 — 

orientalement: (^ Onento/emen/ accroupi devant le poftle. » 
(Ch. de Bernard, /e.s Ailes d'Icare, I, 2). 
parlementairement : 

Ce bel art si choisi d'offenser poliment 
Et de se souffleter parlementairement. 

(A. de Musset, Sur la Paresse.) 

phosphoriquement : « Sa lueur phosphoriquement bleuâ- 
tre. » (Th. Gautier, Etude sur Baudelaire). 

précautionneusement : « Eugène marchait précautionneuse- 
ment. » (Balzac, le Père Goriot, 1835, t. I, p. 150). 

providentiellement. Vdi(\]QçX\i providentiel date de la fin du 
siècle dernier. 

réglementairement, 

rêveusement : « Il était allé s'appuyer rêveusement à la 
rampe de la terrasse. » (A. Daudet, Jack, I, § 9). 

routinièrement : « Isidore était tout simplement un bureau- 
crate, peu capable comme chef de bureau, mais routinièrement 
formé au travail. » (Balzac, les Employés, édit. de 1856, 
p. 213). 

sanguinairement, proposé en 1845 par Richard, manque 
encore dans le Dictionnaire de M. Littré. 

sataniquement : « Il avançait quelque axiome satanique- 
ment monstrueux. » (Th. Gautier, Élude sur Baudelaire). 

sélectivement (Littré). 

sempiternellement, 

(Voulez-vous montrer) 
Que tout, même la Mort, nous ment, 
Et que sempiternellement, 
Hélas ! il nous faudra peut-être, 
Dans quelque pays inconnu, 
Ecorcher la terre revêche 
Et pousser une lourde bêche 
Sous notre pied sanglant et nu? 

(Baudelaire, Fleurs du mat, cxvin.; 

sociêtairement (Littré), 

soucieusement, proposé par Richard, mot reçu aujourd'hui. 

tempêtueusement : 

Fauve avec des tons d'écarlate. 
Une aurore de fin d'été 
Tempêtueusement éclate 
A l'horizon ensanglanté. 

(Paul Verlaine, VAngclns du matin.) 



— 124 — 

vivacement: « Il étaittrop vwacemeni jeune pour...» (Balzac, 
le Père Goriot), 



TROISIÈME SECTION, 

COMPOSITION. 



Les mots composés que possède la langue française se divi- 
sent en trois classes : 1 : composés formés par voie de juxtapo- 
sition ; 2 : composés formés à l'aide de particules ; 3 : composés 
formés par composition proprement dite^. 



CHAPITRE VIII. 

JUXTAPOSITION. 

La juxtaposition consiste dans la réunion de deux ou plu- 
sieurs termes qui ont été joints l'un à l'autre suivant les rè- 
gles ordinaires de la syntaxe, sans ellipse, et qui, avec le 
temps, et par la force de l'usage, ont fini par se souder. Pla- 
fond, formé de plat fond, piédestal, c'est-à-dire pied d'estal, 
justaucorps, c'est-à-dire juste au corps, vinaigre, verjus, gen- 
darme, y o'ûk des juxtaposés. Il n'est pas nécessaire que la 
soudure des éléments composants soit rendue visible par 
l'orthographe ; arc-en-ciel, char-à-bancs, rez-de-chaussée, et 
même des mots tels que pomme de terre, corps de garde, 
champ de mars, sergent de ville, sont aussi bien des juxtaposés. 
Les juxtaposés se reconnaissent à ce trait que les éléments 
composants perdent chacun leur signification propre, pour 
rappeler seulement l'image une et simple de l'objet. Arc-en- 
ciel, char-à-bancs, rez-de-chaussée, pomme de' terre, corps de 
garde, sergent de ville, malgré les deux éléments significatifs 
qui composent chacun de ces mots, sont devenus pour l'es- 
prit des mots simples, désignant chacun un objet propre. 

1. Voir notre Traité de la formation des mots composés, préface, et ch. i". 



~ 125 — 

La réduction des éléments composants à l'unité est l'œuvre 
du temps et de l'usage. Aussi il arrive que des expressions 
flottent entre deux états, n'étant pas assez simples pour de- 
venir de véritables juxtaposés, étant trop simplifiées pour 
n'être pas considérées comme des locutions spéciales. Les ex- 
pressions qui présentent cet état intermédiaire peuvent se 
désigner sous le nom de locutions par juxtaposition. Les ex- 
pressions que nous allons citer ne peuvent ôtre considérées 
que comme des locutions par juxtaposition; car il est difficile 
que des juxtaposés se produisent sous nos yeux, puisque leur 
naissance n'est que le résultat de lentes modifications anté- 
rieures. 

§ 1. Adjectifs et substantifs (l'un qualifiant l'autre) : 

Les cent-gardes, nom d'un corps de troupe, sous le se- 
cond empire. 

centre droit, centre gauche, membres du centre d'une as- 
semblée qui inclinent vers les opinions de la droite, de la 
gauche. 

demi-monde, mot mis à la mode par Al. Dumas fils : 
« Il survient des querelles entre la demi-presse et le demi- 
monde. » (Veuillot, Odeurs de Paris, II, 6). 

franc-fileur, expression créée au temps de la guerre de 
1870-1871. 

haute-cour de justice. 

libre-penseur; ce néologisme a succédé à franc-pensant 
qui était usité au dix-huitième siècle et a remplacé le liber- 
tin du dix-septième siècle. 

petit - crevé , une des nombreuses appellations mépri- 
santes qui ont servi à désigner les jeunes élégants de notre 
temps. 

Rappelons encore madame et mademoiselle, dont l'emploi 
actuel, dans certaines locutions, présente des caractères de 
néologisme. 

Depuis longtemps monsieur et messieurs, par suite de l'u- 
sage restreint que présente le mot sieur sieurs^, n'ont plus 
formé que des mots simples où on ne reconnaît plus mon mes 



1. Il n'est plus employé au sens propre que comme terme de pratique :/.« 
sieur X. Dans la langue commune, il comporte une idée méprisante. 



— 126 — 

et sieur sieurs, et sont employés comme de simples substan- 
tifs 

Mais, MON petit UQNsieur, prenez-le un peu moins haut. 

Ma foi, MON grand MONsiewr, je le prends comme il faut. 
(Molière, Misanthrope, I, ii.) 

Mon bon uotisieur, 
Apprenez que tout flatteur 

Vit aux dépens de celui qui l'écoute. 

(La Fontaine, Fables, 1, ii.) 

Son MONsiewr Trissotin me chagrine et m'assomme. 

(Molière, Femmes savantes, I, m.) 

Les Beaux UESsieurs de Boisdoré (G. Sand). 

Il n'en est pas de même de madame mesdames, ni de mor- 
demoiselle mesdemoiselles, parce que dame et demoiselle sont 
encore usités de nos jours : une jeune da/me; la dame du pre- 
mier étage; des dames de charité; une jeune demoiselle; ma 
belle demoiselle; une demoiselle de comptoir; demoiselle d'hon- 
neur; c'est la demoiselle de M. X. 

Toutefois dame, ainsi que demoiselle, a quelque tendance 
à sortir de l'usage, et par suite madame et mademoiselle ten- 
dent de leur côté à devenir des mots simples, M. Fr. Sarcey, 
dans un article du journal le Temps (25 nov. 1872), fait remar- 
quer qu'il n'y a pas de « locution plus mal faite et plus ridicule 
que chère madame ou chère mademoiselle. Il est évident que 
chère est fort mal placé avant le pronom possessif. » L'émi- 
nent critique ne voit pas que mada/me et mademoiselle devien- 
nent des mots simples comme monsieur, et que, comme on n'y 
sent plus l'adjectif possessif, on est tout naturellement prêt à 
le redoubler. On dira chère madame comme on dit cher mon- 
sieur ou chère mère ; chère mademoiselle comme on dit chère 
fille. Bien plus, on ira, on va même jusqu'à dire ma chère ma- 
da/me, comme on dit mon cher monsieur ' . 

Il faut remarquer que dans mademoiselle les deux éléments 
sont moins fortement unis que dans madame, et que chère ma^- 
demoiselle, et à plus forte raison ma chère mademoiselle, se 

1. M. LiUré fait observer (au mot demoiselle) qu'il est de mauvais ton de dire 
votre dame, sa dam,e, voire demoiselle, sa demoiselle, et qu'il faut dire madam,e, 
mademoiselle. C'est que madame, mademoiselle, devenus des mots simples, ont 
un caractère plus impersonnel, plus général, et par suite plus respectueux : sans 
l'adjectif possessif, votre, sa, qui en particularise l'emploi, ils ont presque 
l'apparence do noms propres. 



— 127 — 

diront moins volontiers que c/tère madame^ma chère madame. 
C'est que demoiselle est plus substantif que dame, et que les 
convenances et les usages du monde en rendent l'emploi plus 
usuel. 

Au pluriel, l'union entre mes et dames, entre mes et demoi- 
selles, n'est pas encore achevée, parce que l'emploi du pluriel 
mesdames, mesdemoiselles, est moins fréquent que celui du sin- 
gulier. On dit donc mesdames et mes chères dames, mesde- 
moiselles et mes chères demoiselles. « Après un silence : — 
M. de Lucan? reprit Julia. — Chère madame? — Expliquez- 
moi donc les usages... » (Octave Feuillet, Jidia de Trécœur, v). 
« Chè7'e madame... chères demoiselles! » (Th. Barrière et L. Thi- 
boust, les Jocrisses de l'amour,!, 7). 

Monseigneur présente le même caractère que monsieur: 
monseigneur d'Orléans, le célèbre monseigneur Affre. Mais au 
pluriel, et pour les mêmes raisons que mesdames, messei- 
gneurs n'offre pas encore la soudure. On ne dira pas les nos- 
seigneurs de Paris et de Rouen ^. 

L'emploi des mêmes expressions, dans les langues voisines, 
donnerait lieu à des observations analogues. Ainsi l'italien 
Santa Madonna. 

g II. Substantifs et substantifs (ou verbes), l'un régissant 
l'autre. Nous citerons : 

chemin de fer homme de peine bateau à vapeur 

sergent de ville machine à vapeur machine à coudre 

gardien de la paix salle d'asile etc., etc. 

juge de paix voiture de place 

§111. Certaines locutions forrnées par juxtaposition, mais 
dont les éléments ne sont pas encore soudés entre eux, peuvent 
prendre des acceptions figurées qui leur donnent l'apparence 
de noms composés, en transformant leur signification, soit 



1. Les nègres et les Indiens des colonies françaises donnent aux prêtres leuoni 
de Monpère qui vient des pères Jésuites. Monpère est un substantif simple 
comme monsieur. «Venir trouver le monpère» {Voyages et travaux des mis- 
sionnaires de la Compagnie de Jésus, pour servir de complément aux Lettres 
édifiantes, l, Mission de Cayenne, etc., Paris, 1857, in-12, p. 452). « Tiens! to7i 
bon monpère, li mort?» (ibid., p. 455.) — Cf. «Bonjour, notre monsieur. » 
(X. de Montépin, Amours d'un fou, Paris, 1856, p. 161). — Je dois ces indications 
ainsi que le principe des observations qui précèdent à AI. J. Bauquier. 



— 128 — 

par synecdoque, soit par métaphore, soit par synecdoque et 
métaphore. 

un pied-bleu, conscrit portant encore les guêtres bleues 
du paysan (L. Larchey). 

les pantalons rouges, les soldats. 

un huit-ressorts, voiture de luxe, très-suspendue (L. Lar- 
chey). 

un quatre-coins, un mouchoir (L. Larchey). 

un trente sous, garde national qui pendant la guerre re- 
cevait une solde de trente sous par jour*. 

un quinze cents francs, engagé conditionnel d'un an qui 
doit, au moment de son engagement, verser une somme de 
quinze cents francs à l'État. — C'est à peu près de la même 
manière que le vieux français disait un missoudor, c'est-à- 
dire un mil sous d'or, pour désigner un cheval valant mille 
sous d'or. 

du trois-six, de l'eau-de-vie marquant le degré 3/6 à l'a- 
réomètre. 

un coin du feu, robe de chambre. 

un bain de pied, excédant de liquide qui déborde dans la 
soucoupe et fait prendre à la tasse comme un bain de pied. 

un fruit sec, élève d'une école supérieure incapable de 
réussir; par extension, celui qui ne répond pas aux espérances 
qu'il avait fait concevoir. Voir sur ce mot L. Larchey. 

un ver rongeur, voiture prise à l'heure. 

un casque à mèche, bonnet de coton. 

un tuyau de poêle, chapeau à haute forme droit. 



CHAPITRE IX. 

\0ÔMPOSITION A L'AIDE DE PARTICULES. 

Les particules (adverbes ou prépositions) se combment 
comme préfixes de diverses manières avec les substantifs, les 
adjectifs, les verbes. 

1. «D'autres pétrels (ossifraga gigantea, procellaria capensis) et des alcyons 
(puffinus ajquinoctialis) se voyaient fréquemment autour de Saint-Paul, mais n'at- 
terrissaient pas sur l'île. Ces derniers n'apparaissaient que vers le soir; aussi les 
pêcheurs les nommaient quarante sous, parce qu'à l'heure où ils les aperce- 
vaient ils pouvaient considérer leur journée comme gagnée.» (Voisin, Les oiseaux 
de Vile Saint-Paul, Revue scientifique, 29 avril 1870.) 



— 129 -- 

1° Elles se joignent, avec la valeur d'adverbes, à des verbes 
pour en modifier la signification : prendre, sur-prondre ; man- 
der, contre-mander . 

2" Elles se joignent à des noms ou à des adjectifs. 

1. En qualité d'adverbes. 

mal-aise, bien-heureux, 
dés 'honnête, dé-loyauté, 
arrière-cour, sur-abondance. 

2. En qualité de prépositions. 

à-compte, contre-poison. 

3° Elles se joignent à des noms ou à des adjectifs pour for- 
mer un verbe par l'adjonction d'un suffixe verbal : er, ir : 

courage en-courag-er : hardi en-hard-ir. 

Ces sortes de composés reçoivent le nom de parasgnthéti- 
ques verbaux, parce qu'ils sont formés synthétiquement, tout 
d'un jet, par l'union simultanée du préfixe et du suffixe au 
radical. 

4» Elles se joignent à des noms ou à des adjectifs pour for- 
mer un substantif ou un adjectif par l'addition d'un suffixe 
nominal (suffixe de substantif ou d'adjectif) : 
vergue en-verg-ure ; place em'j)lace-ment ; mer sous-mar-in. 

Ces sortes de composés reçoivent le nom de parasynthétiques 
nominaux, parce que, substantifs ou adjectifs, ils sont formés 
synthéliqueinent, par l'union simultanée du préfixe et du suf- 
fixe au radical. 

Nous avons ailiçùrs longuement étudié ces diverses forma- 
tions de composés; nous constaterons ici qu'elles sont toutes 
encore vivantes et fécondes en mots nouveaux. 

Les particules qui aujourd'hui, dans la langue, peuvent 
former des composés, sont .- à {= ad), après, arrière, avant, 
bien, contre, de, dé- ou dés-, é- ou es-, en, entre, mal, moins, 
outre, par, pour, presque, re, sous, sur, sus, très. 

Il est rare qu'elles entrent toutes dans les quatre combinai- 
sons que nous venons d'énumérer. 

A. -— I. Se combine avec les verbes (ou participes) : 

appâli : l'azur appàli, les teintes appâlies du ciel. De là 
dérive appâlissement, seul donné par M. Littré. 

9 



— 130 — 

accrêlé : « Un feutre, retroussé par un bord et accrèté de 
plumes rouges et blondes. » (Th. Gautier, Capitaine Fracasse, 
V). « Un vieux feutre accrêté d'une plume de coq .» (Id.. ibid., 
XI). 

af fouiller : « Un glacier ne pénètre pas dans un terrain 
meuble à la manière d'un soc de charrue qui l'entame et Vaf- 
fouille. » (Gh. Martins, Revue des Deux Mondes, P' mars 1864, 
dans Scholle, Archives àQ Herrig, XLl, p. 114). De là affouille- 
ment, voir plus haut, p. 95. 

2. Se combine avec un substantif (ou un infinitif) en qualité 
de préposition : Des à-bon-compte, terme d'administration 
militaire. A-compte est déik ancien. Aval, terme de commerce, 
est-il pour à-valoir ? 

3. Ne se combine pas en qualité d'adverbe avec les noms. 

4. Donne encore naissance à des parasynthétiques verbaux : 
gourmand, a-gourmand-i : a Puisque l'argent filait quand 
même, autant valait-il faire gagner au boucher qu'au mar- 
chand de vin. Et Gervaise, agourmandie, s'abandonnait à cette 
excuse. ^^ (E. Zola, l'Assommoir, p. 248.) — Veule, a-veul- 
ir : « Ce refrain qu'elle aveulissait encore en ralentissant les 
notes finales l'obsédait, la poursuivait. » (A. Daudet, Jack, I, 
S 7.) 

APRÈS. N'a donné que après-midi, après-dîner [-née], après- 
souper {-éé), mots déjà anciens. 

ARRIÈRE se combine seulement avec les noms en qualité 
d'adverbe. M. Littré donne un certain nombre de composés 
pour lesquels il n'apporte aucun exemple ancien ou moderne, 
aucune indication de date quelconque. Peyt-être sont-ils ré- 
cents : arrière-caution, -charte, -chœur, -fente, -foin, -graisse, 
-narines, -nièce, -panage, -pointeuse, point-arrière, arrière- 
rang, -sens, -vieillesse. En tout cas voici deux néologismes : 
arrière-appartement que M. Scliolle {Programme, p. 13) relève 
dans un article de la Revue des Deux-Mondes dû à M. Perrot, et 
arrières-prétention : « Vous dites môme, non gans arrière-pré^ 
tention, que, etc. » (L. Desnoyers, les Béotiens de Paris), 

AVANT ne se combine qu'avec des noms, l.en qualité d'ad-* 
verbe, 2. en qualité de préposition. Parmi les composés de 
avant, qui manquent au Dictionnaire de l'Académie, et que 
donne M. Littré, il y en a quelques-uns sans exemples anciens 



— 131 — 

ou modernes ; peut-on en conclure qu'ils sont modernes? 
1. avant-bouche, -cale, -courrier, -duc, -fossé, -glacis, 
-mur, -pied, -poignet, -projet, -terrasse. 2. avant-lait, avant- 
pieu. 

Si la date de ces composés est incertaine, en voici un qui a 
son état civil dûment constaté : « Avant-soc, bascule avec un 
régulateur, destiné à être adapté aux charrues ordinaires. » 
[Description des brevets, 1" série, t. XVI, p. 141; brevet pris 
en 1818.) 

BIEN. « Les journaux bien pensants. » 

CONTRE se combine en qualité d'adverbe avec des verbes, en 
qualité d'adverbe et de préposition avec des noms de choseK 
Le Dictionnaire de M. Littré donne une liste très-riche de com- 
posés avec contre; la plus grande partie de ces mots manquent 
au Dictionnaire de l'Académie et ne sont accompagnés d'au- 
cune indication historique. Il est à peu près sûr que les ter- 
mes de blason et de marine sont anciens. Quant aux autres, 
on n'en peut rien affirmer; nous les donnons toutefois ici en 
y ajoutant quelques autres créés de nos jours. 

1. contre-brasser , -dater, -indiquer, -lorgner, -mailler, 
-percer, -planter,] -poser, -rêver, -révolutionner, -sempler, 
-sommer, - tailler, -timbrer (Littré, supplém.). 

Notons les composés avec participes ou adjectifs : contre-- 
alizé, -fleuré, -harmonique. 

Ce dernier mot que M. Littré définit : « Qui est opposé à 
l'harmonie, aux rapports harmoniques », est un composé pa- 
rasynthétique : il ne s'analyse pas : « qui est harmonique en 
opposition à d'autres sons harmoniques ; dont l'harmonie est 
en opposition à d'autres sons harmoniques, »mais : « qui est 
contraire aux sons harmoniques ». En d'autres termes, le mot 
se décompose, non en harmonique contre, mais en ique ( = qui 
est), contre, (F) harmonie. La finale ique ne joue donc pas le 
même rôle que dans harmonique; ici elle tire de harmonie un 
adjectif; là elle s'applique au composé total contre-harmonie. 
Cette composition rappelle la composition latine ou grecque ; 
dans anguimanus [angui-man-us), us est la terminaison adjec- 
tive du composé a^i^m-man; de même (jLeyaXôôuixo; est non [xsyaXo- 
OutAoç, mais uEYaXo-ôujA-oç. Cette composition parasynthé tique 

1. Sur les diverses significations de contre en composition, voir notre Traité, 
p. 89. 



— 132 — 

d'adjectifs tend à se développer sous une double influence, 
celle de l'analogie et celle de la langue savante. Nous aurons 
occasion de la rencontrer et de l'étudier encore plus loin. 

2. contre-appel^ -augment, -aveu, -basson, -brodé, -cani- 
veau, - charge, - clavette, - courbe, - dame, - déclaration, - déga- 
gement, -dénonciation, -digue, -émail, -empois, -em- 
preinte, -enquête, -épaulette, -estampe, -expertise, -exten- 
sion, -fendis, -fenêtre, -fossé, -foulement, -fracture, -frase, 
-fruit, -heurtoir, -jambage, -jan, -jumelles, -larmes, - ligne, 
-maille, -mandat, -manœuvre, -tnarc, -mission, -mot, -mo- 
tif, -moule, - opération, - ordre, -panneton, -paroi, -pas, -pas- 
sation, -pente, -pilastre, -planche, -poinçon, -police, -potence, 
"pouce, -pression, -projet, -promesse, -propos, -proposition, 
^puff, -jJuitSy -rétable, -révolution^, -ronde, -signal, -signa- 
taire, -sommation, -sommier, -sortie, -stimulant, -sujet, -taille, 
-tasseau, -timbre (Littré, supplém.), - tranchée, -valeur, -verge, 
-volte, -vue. 

Ajoutons contre-rampe qui a le même sens que contre-pente 
et que donne le Dict. des chemins de fer de M. C. de Fageolles. 
contre-révolutionnaire est un parasynthétique de même 
genre que contre-harmonique*. 

3. contre-arc, -arêtier, -attaque, -aube, -biseau, -jet, -sai- 
son [a], -sol. 

Ajoutons contre-morfll : « Instrument propre à faire les ra- 
soirs. » [Description des brevets, 1" série, t. XXVII, p. 106 ; 
année 1828), et contre-bon sens, dans la locution familière: 
« c'est un contre-bon sens. » 

Cette formation est tout à fait dans le génie de la langue. 
Les composés qu'elle produit ont le véritable caractère des 
mots composés, qui est de pouvoir être créés et abandonnés 
à l'instant suivant les caprices ou les besoins de l'idée. Expri- 
ment-ils des idées qui vivent dans l'esprit du peuple, dési- 
gnent-ils des objets qui durent, ils reçoivent alors la vie qui 
les fait entrer dans le trésor commun de la langue. Répondent- 
ils à des rapports momentanés, ils se désunissent aussitôt que 



1. « Mol nouveau; il a vu le jour après celui de révolution.» {Dictionnaire na- 
tional et anecdolique, pour servir à Vintelligence des mots dont la langue s'est 
enrichie depuis la Révolution, etc., 1790, p. h'i.) 

2. Dans notre Traité, p. 90, nous avoAs fait de contre-révolutionnaire, non 
un parasynthétique, mais un dérivé de contre-révolution. Nous n'avons re- 
connu que plus tard le vrai caractère de cette sorte de formation. Cf. notre Traité, 
p. 323, note à la page 103, ligne il. 



— 133 — 

le rapport qu'ils exprimaient a disparu. Ce double fait est sen- 
sible dans l'exemple suivant : « Ah! l'on trouve ici des com- 
plots.. . me voilà prévenu ! et c'est à moi, à mon tour, par quel- 
que contre-mine, quelque contre-jniff...\ » (E. Scribe, le Puff, 
m, 7.) Contre-mine est un mot reçu dans la langue, et vivant, 
parce qu'il répond ù une idée vivante; contre-puff est un mot 
de circonstance, et qui ne survit pas à la situation, à l'occa- 
sion qui l'a fait naître. Ces créations sont légitimes: c'est par 
elles que se manifeste la vitalité de la langue. 

DE (du latin de). Dans le Supplément du Dictionnaire de 
M. Littré, on trouve le mot delaine « mousseline de laine. Des 
delaines imprimés (par abréviation, de de et de laine). » Ce 
mot, sorti de la langue industrielle, et qui a tous les carac- 
tère d'un néologisme, est, à notre connaissance, le seul sub- 
stantif composé de la langue moderne où entre la préposition 
de avec un substantif par elle régi. La langue ancienne a créé 
deputaire, débonnaire ; mais c'étaient des adjectifs : débonnaire 
existe encore comme tel. Debout, qui présente une formation 
analogue, est resté adverbe, quoique en voie de devenir ad- 
jectif. Il faut donc signaler ce mot delaine comme l'unique re- 
présentant d'une formation nouvelle où s'exerce la langue. 

DÉ-, devant une voyelle ou une h muette dés-. Particule in- 
séparable du mot, verbe, substantif, adjectif, participe, avec 
lequel elle se combine. Elle est tantôt privative, tantôt aug- 
mentative : démaigrir, par exemple, signifie rendre plus maigre, 
et devenir moins maigre. Les deux significations paraissent 
contradictoires, mais se concilient sans difficulté. Au fond dés 
garde toujours et partout sa valeur privative. Mais tantôt, et 
c'est le cas le plus ordinaire, elle porte sur l'action qu'exprime 
le radical : défaire, déjuger, désenchanter, déshonorer ^ désar- 
mer, etc.; ici dés annule l'idée qu'expriment faire, juger, en- 
chanter, honorer, armer, etc. Tantôt elle porte sur l'état anté- 
rieur k l'action qu'exprime le verbe : démaigrir, au sens actif, 
est : a rendre maigre [maigrir) en faisant sortir [dés) de l'état 
antérieur, en faisant cesser d'être non maigre. » Délisser, dit 
M. Littré dans son Dictionnaire, signifie : « 1° Défaire ce qui était 
lisse. Délisser ses cheveux ; 2" trier les feuilles de papier, de 
chiffons. » Quel est le rapport de la seconde définition avec la 
première? On ne le voit pas. C'est que cette définition doit être 
ainsi corrigée : « Lisser les feuilles de papier, de chiffons, en 



— 134 — 

en défaisant les plis » (pour les mettre de côté et en faire du 
papier de premier choix). On voit que dans la première défini- 
tion ridée privative tombe sur le verbe lisser; dans la seconde, 
sur l'état dans lequel se trouvait l'objet avant de subir l'action 
verbale, état que l'idée privative de la particule, concurrem- 
ment avec cette action, vient annuler. Dés ajoute donc son ef- 
fet négatif à celui qu'exprime le verbe, et c'est ainsi qu'on a 
pu y voir un augmentatif. 

La même chose se passe pour é (es), qui vient de ex et ren- 
ferme en soi une idée privative. Or, aucun des composés de ex 
n'a de signification négative : émouvoir, éjouir (arch.), échauf- 
fer, — éclairer, émousser, etc. D'où vient ce fait, d'apparence 
si étrange, sinon que la négation porte, non sur le radical, 
mais sur l'état antérieur à l'action qu'exprime le radicaP? 

Dé, avec valeur privative, appartient h. la langue du peuple 
et à la langue commune; avec valeur augmentative, il n'ap- 
partient qu'à la langue populaire : c'est à celle-ci qu'il faut 
rapporter les verbes tels que démaigrir (terme de métier) , 
délisser (terme de métier), dégueniller, dépenailler, déplumer, 
déguerpir, etc., et le composé de création récente décesser (il 
ne décesse de parler), blâmé par tous les grammairiens. « Dé- 
cesser, employé pour cesser, dit Boiste, signifie tout le con- 
traire de ce qu'on lui fait dire, le dé étant un privatif. » *< Bar- 
barisme populaire, qui est une grosse faute, « dit M. Littré. 
Mais en quoi décesser est-il plus incorrect que déplumer? Ils 
sont de formation identique ; supprimez de part et d'autre la 
particule intensive, et vous avez cesser et plumer^, qui tous 
deux renferment une idée négative*. 

Dé privatif se joint 1" aux verbes {dé- faire) ; 2° aux noms et 
adjectifs [dés-honneur, dé-loyal) ; 3» aux noms et adjectifs pour 

1. Cf. Traité de la fm^mation des mois composés, p. 84. 

2. On serait tente d'expliquer déplumer pnv dé -\- plume -\- er , c'est-à-dire : dé- 
garnir de plumes : cf. dé-barqu-er, dé-conlenanc-er, etc. : celte explication est 
inexacte. Plumer en vieux français était d'un usage général et fort commun au 
sens de dégarnir de ses plumes; et il n'a pas cessé un moment d'être en usage 
jusqu'à nos jours ; vers le quinzième siècle paraît déplumer composé de plu~ 
mer; oX comme déplumer dit exactement la môme chose quo plumer, il faut que 
dé soit pris avec une valeur intensive. 

3. La valeur augmentative de dé a été fort bien reconnue, mais non expliquée, 
par M. Agnel, De Vinfluence du langage populaire sur la forme de certains 
mots de la langue française (in-8, 1870, p. 16 et suiv.). Il cite un certain nombre 
d'exemples intéressants. 11 a toutefois le tort d'identifier le dé français (= lat. 
de ex) avec le de qui est le latin de. Il est vrai que le privatif latin de arrive, par 
un développement de sens analogue à celui de dés, à prendre une signification in- 
tensive cependant les deux particules doivent être distinguées. 



— 135 — 

former des parasyiithétiques verbaux [dé-barqu-er, dé-niais- 
er) ; 4» aux noms et aux adjectifs pour former des parasynthé- 
tiques nominaux. Les formations nouvelles dans ces genres 
de composition sont très-nombreuses. Nous n'en choisirons 
qu'un petit nombre d'exemples. 

1. rfécanoniser, proposé par Pougens dans son Vocabulaire^. 

décarboniser; décentraliser^ « néologisme. Opérer la dé- 
centralisation. » (Littré); déciviliser ^ « néologisme. Détruire 
la civilisation. « (Littré). 

décomprimer (Littré, supplém.). 

déflagorner : « Demain, je vous attaque, et de telle façon, 
monseigneur, que si je vous flagornai six mois, je vous défla- 
gornerai en six jours. >» (A. de Musset, 3* lettre de Dupuis et 
Cotonnet.) Le mot est souligné dans le texte. 

dégalonner : « Le coulage consiste à faire faire des travaux 
qui ne sont pas urgents ou nécessaires, à dégalonner et rega- 
lonner les troupes. » (Balzac, les Employés, éd. de 1856, p. 432). 

démoraliser : « Ce mot n'était pas connu avant la Révolu- 
tion. » (Littré.) 

dépoétiser: « C'est lui qui a été assassiné comme ça le 

dépoétise. » (Gondinet, Gavaud, Minard et C% III, 8.) 

désaffamer: « Nous avons altéré et désaltéré, et nous n'a- 
vons pas désaffamé; pourquoi? » (La Harpe, cité par Mercier, 
Néologie.) M. Littré donne désaffamer avec un exemple du sei- 
zième siècle. Le mot, comme on voit, s'était perdu et a été 
créé à nouveau. 

désaffectionner: «Son tailleur qui finirait, comme la France, 
par se désaffectionner. » (Balzac, Maison Nucingen, éd. de 
1856, p. 20). Mercier proposa-it en 1801 désaffectionné. M. Lïiiré 
signale le verbe comme un néologisme. 

désaimanter ;« Un électro-aimant qui cent fois par seconde 
s'aimante et se désaimante. » (Laugel, Rev. des Deux Mondes, 
dans Scholle, Archives de Herrig, XLII, 119). 

désappauvrir est proposé par Pougens dans son Archéo- 
logie française *. 

désencanailler (se) : « Les goûts bas contractés dès la jeu- 
nesse ne se désencanaillent idimais. » (E. About, l'Infâme, I). 

désencapuchonner : « Comme un faucon désencapuchonné. » 
(Th. Gautier, le Capit. Fracasse, VII). 

1. Voir plus haut, p. 25. 

2. Voir plus haut, p. 26. 



— 136 — 

désennoblir: « Ne se sentant point la capacité de l'étude, 
ils (les bohèmes) ont regardé l'étude comme une bassesse qui 
désennoblit le génie. » (Veuillot, Odeurs de Paris, II, 5). 

désharmoniser : « Néologisme. Troubler l'harmonie des 
choses, des opinions. » (Littré.) 

déshydrater, déshydro gêner. 

désillusionner^ Ce mot est postérieur à illusionner, qui est 
un néologisme. 

"i,. Décompression, décrépissage (Littré, supplém.), décentra- 
lisahle (Littré), désagrégeable (Littré, supplém.). 

désabonnement : ce l\ y a des hommes qui ne plieront pas 
devant l'épée, ni devant les chaînes..., ni devant la gloire ni 
devant le désabonnement. » (Veuillot, Odeurs de Paris, II, k). 

désaffection, désaffectionnement , signalés par M. Littré 
comme néologismes. 

désassociation (Littré). Le mot a été proposé par Pou- 
gens [Vocabulaire). 

désécluse7nent (Littré, supplém.]. 

détaxe, déveine (Littré). 

désillusionnement (Littré), déconclu, 
3. débroussailler (Littré, supplém.), décapitaliser ^ (ibid.), 
mot qui date de 1872. 

décarbonater , décarburer. 

décapuchonner, proposé par Pougens [Vocahtdaire)-, admis 
par M. Littré. 

décravater : « 11 contrefaisait le docteur Gall à son cours, 
de manière à décravater de rire le diplomate le mieux bou- 
tonné. » (Balzac, les Employés, éd. de 1856, p. 217). 

défraîchir: « C'était un papier plié en quatre, froissé, dé- 
fraîchi. » (Albane , Rev. des Deux Mondes, dans Scholle, Pro- 
gramme-, p. 14). 

dégommer, terme populaire, pour destituer. 

démoder: « Je suis déjà, de la tête aux pieds, un peu dé- 
modé. » (G. Sand, dans Scholle, ibid.). 

dépailler: « Des chapeaux dépaillés. » (J, Vallès, la Rue, 
AU right). 

dépanneauter (Littré). On dit aussi épannekr; celui-ci est 
ancien, l'autre est moderne». 

1. Cette formation est demi-savante, demi-populaire : le préfixe est populaire 
{dé); le suffixe est savant (iser); il en est de môme des autres parasynthétiques 
en iser cités dans cette liste. 

2. Cf. plus haut, p. 75. 



— 137 — 

dépiauter (Littré, supplém.), mot très-usité dans le peuple 
et formé comme le précédent. 

dérailler, que M. Littré veut remplacer à tort par dérailer. 

désincriister , désincrustation . 

désentrailler : « Où es-tu, que je te larde, que je te cri- 
ble..., que je te désentraille. y> (Th. Gautier, le Capit. Fracasse ^ 

V). 

déveuver (Littré, suppL). 

dévirginiser : «Une grosse dame.... me priait de dêvirgi- 

imer sa bouteille pour l'exonérer (des frais de douane). « 

(J. Vallès, la Rue, AU ricjht). 

4. Comme parasynthétiques nominaux, je ne vois à citer 

que dessainissemenl (Littré, supplém.), formé sur le modèle 

d'assainissement, et dessouchement. 

É-, ES- devant une voyelle ou une h muette. Cette parti- 
cule connaît les quatre sortes de compositions. La liste des 
composés qu'elle a donnés à la langue est fort considérable , 
M. Littré en cite beaucoup qui ne sont accompagnés d'aucun 
exemple ancien ou moderne; ce sont, pour la plupart, des 
termes de métier, qui, à moins de preuve du contraire, doi- 
vent être tenus pour anciens. 

Nous n'avons que très-peu d'exemples de formations ré- 
centes : évalve, épalpé, époucê, qui appartiennent à la termi- 
nologie de l'histoire naturelle, sont assurément modernes; de 
même éhergement, terme des ponts et chaussées. M. Scholle 
cite [Programme, p. 14) un verbe parasynthétique e/Jranger 
dû à M. Reclus [Rev. des Deux Mondes). 

EN, EM devant m, b,p, du latin in. Cette particule se préfixe 
aux verbes en qualité d'adverbe, aux noms et aux adjectifs en 
qualité de préposition. Elle se combine avec des noms et des 
adjectifs pour produire des parasynthétiques verbaux et no- 
minaux. Les quatre procédés ont enrichi la langue d'une foule 
de composés; ils sont encore aujourd'hui vivants, les deux 
derniers surtout. 

1. s'embarbotter : « Va donc et ne Vembarbotte pas comme 
tout à l'heure. » (Théaulon et Bayard, le Père de la Débutante^ 
111, 4, dans Littré). 

emplanter, proposé par Mercier comme mot nouveau : « La 
ronce s'emplante sous le rocher. » ; cité sans exemple dans le 
Dict. de M. Littré. 



— 138 — 

2. A la liste des nombreux composés formés de la préposi- 
tion en et d'un régime, la langue contemporaine a ajouté en- 
dos^ terme de banque; en-tout-cas, ombrelle pouvant servir de 
parapluie; entrain, contre lequel protestait M. Viennet'. 

3. embander : « Néologisme. Envelopper un enfant de bandes, 
de linges très-serrés. » (Littré). 

embourgeoiser (Littré, supplém.). « Le siècle embourgeoisé 
s'énerve. » (Th. Gautier, le Capit. Fracasse, XII). 

emparadiser existait au dix-septième siècle. « L'art d'em- 
paradiser les âmes. » Tel est le titre d'un ouvrage édifiant du 
temps. M. Gautier l'a recréé d'après l'anglais : 

Comme emparadisés dans Jes bras l'un de l'autre, 
Nous ne concevions pas d'autre ciel que le nôtre. 

{Prem. poés., Albertiis, IV.) 

Le premier vers est le calque littéral de ce vers de Milton : 

Imparadis'' d in one another's arms. (P. L. iv, 506.) 

encast&riner. M. Saveney, après avoir rapporté l'opinion 
de M. Hœfer, qui voyait des constructions de castors dans les 
habitations lacustres, dit que M. Meunier combat cette opi- 
nion. « M. Meunier presse vivement son adversaire et ne le 
quitte enfin que quand il espère lui avoir fait regretter de 
s'être trop légèrement encastoriné. » (Cité par Scholle, Pro- 
gramme, p. 14). Le mot est assez mal créé; il faudrait en- 
castorer. 

encotonner: «Je ne sais pas..., quand l'ennemi passe, en- 
co/onner ma cloche. » (J. 'Y(û\bs,la Bue, à un rédacteur en chef). 

endiamanter (Littré, supplém.). 

englauder, mot populaire actuellement en usage, et qui 
est sans doute une contraction de engluauder. « Au marché 
on a voulu m'englauder pour me faire dire si je lui voyais 
passer sa chemise. » (Balzac, le Père Goriot). 

enrubanné : « Ces quatre ou cinq personnages coiffés , 
poudrés, enrubannés, qui pendaient au mur dans leur petit 
cadre flétri. » (Droz, les Étangs, p. 84). « Hercule enrubanné 
file aux genoux d'Omphale. » (Th. de Banville, Odes funamb.j 
La ville enchantée). « Fantasio est le type enrubanné de cette 
espèce charmante. » (Veuillot, Odeurs de Paris, IV, 6). 

ensoleillé, néologisme fort à la mode aujourd'hui et qui a 
remplacé l'ancien soleillé. « M. Hugo semble ne pouvoir faire 
un vers prosaï(iue, ni se servir d'une couleur qui ne soit aus- 

1. Voir plus haut, p. 25. 



— 139 — 

sitôt ensoleillée. » (Veuillot, Odeurs de Paris, IV, 4). « Il ne 
pouvait manquer de récolter sur les pentes du Sorata des 
moissons d'idées et d'images tropicales, et d'en rapporter une 
palette ensoleillée, dont il répandrait à pleine brosse dans son 
drame les éblouissantes bigarrures. « (CherbuUiez, Prosper 
Randoce, Revue des Deux Mondes, 15 août 1867, p. 800; dans 
SchoUe, Archives de Herrig, XLII, p. 120). 

ensommeillé : «Voix ensommeillée.» (Perret, cité par SchoUe, 
Programme, p. 14.) 

enténébrer : « (Je vois) la Grèce envahie , pénétrée par les 
sombres dieux de l'Orient. Qu'adviendra -t-il du genre hu- 
main, si le pays de la lumière est enlénéhré de leur culte? » 
(Michelet, Bible de l'Humanité, p. 327). 

entomber : « Cette famille, qui avait semé l'or, selon sa de- 
vise, voyait de sa gentilhommière les riches abbayes qu'elle 
avait fondées, et qui entombaient ses aïeux. » (Chateaubriand, 
Mémoires, t. I, p. 29). Ce néologisme serait heureux, s'il ne 
faisait songer à tomber plutôt qu'à tombe. 

envagonner (Littré, supplém.). 
4. Les parasynthétiques nominaux qui suivent appartien- 
nent à la langue de l'administration. Faut-il y voir des mots 
nouveaux? Vraisemblablement. 

encellulement, endivisionnement, envasement. Ajoutons en- 
cravatement. 

ENTRE se combine comme adverbe avec des verbes, comme 
adverbe et préposition avec des substantifs. Il ne forme pas 
de parasynthétiques verbaux , mais peut-être des parasynthé- 
tiques nominaux. 

Les formations nouvelles certaines sont rares. Je ne puis 
citer que les entrefilets d'un journal. Ventre-voie d'une voie 
ferrée, les entretoises, « barres de fer qui servent à relier les 
parois latérales du foyer des locomotives avec l'enveloppe 
extérieure, pour pouvoir résister à la pression de la vapeur. » 
(Cousy de Fageolles, Dictionnaire des chemins de fer.) 

Nous n'avons pas trouvé d'exemples nouveaux de entre con- 
struit avec un verbe; peut-être parmi les nombreux composés 
que M. Littré cite quelques-uns sont-ils de création contem- 
poraine. 

Quoi qu'il en soit, cette composition est pleinement dans 
l'esprit de la langue, toujours comprise et par suite toujours 
vivante. 



— 140 — 

MAL. M. Scholle [Archives de Herrig, t. XLII, p. 124) cite 
cet exemple de M. Du Camp : « La Seine s'est épurée, elle 
a rejeté loin de ses rives tous les corps d'état malllairants qui 
les encombraient. » [Rev.des D. Mond., l"' nov., 1867, p. 105). 

MES. M, Littré au Supplément donne mésestimation, qui doit 
être un mot nouveau. Pougens [Vocab ) propose (.se) méjuger, 
qui paraît dater de la fin du siècle dernier. 

MOINS, voir plus. 

NON se joint aux substantifs, aux adjectifs et aux participes. 
« En cas de non-paiement. » (Gh. de Bernard, les Ailes d'Icare, 
I, 4). « Nous parlerons d'abord de la catégorie des non-pen- 
seurs. » (L. Desnoyers, les Béotiens de Paris). « Ce n'est pas 
tout à fait l'homme, mais c'est un peu mieux que le bœuf; 
c'est l'orang-outang qui a reçu le baptême et qui est né 
non-velu, et a fait ses études. ^ (Id., ibid.) Rappelons une for- 
mation qui date du dernier concile, les 7ion-opportunistes. Le 
non-'moi et le non-être nous viennent d'au delà du Rhin, avec 
la philosophie de Fichte et de Hegel. 

OUTRE n'a pas formé de composés nouveaux. 

PAR entre en composition dans des locutions adverbiales, 
par-dessus, par contre, par à peu près. Ces locutions peuvent 
devenir des substantifs. Un pardessus, manteau qu'on met 
par-dessus les vêtements ; « un par contre 3>, terme de banque, 
« négociation de lettres ou billets de change contre d'autres 
de même valeur. » (Sévy). « Forcé d'accoucher, coûte que 
coûte, à la seconde, d'un calembour ou d'un sonnet, d'un 
quatrain piquant ou d'un par à peu près inattendu. » (J. Val- 
lès, la Rue, les Galériens). 

POUR est également peu fécond. PowHéc/ier date de la fin du 
siècle dernier; j)ourtourner est moderne, mais il est tiré de 
pourtour d'après tourner. .Te ne vois que le substantif yjottr- 
cent qui soit nouveau ; il a donné un dérivé pourcentage. 

PLUS. Plus-value a amené son correspondant moins-value : 
« moins-value, pour pavage non fait par mètre superficiel. » 
[Prix de base et de règlement applicables aux travaux de bâti- 
ments, 1875-1876, p. 120). 



— 141 — 

PRESQUE. « Par néologisme il se construit avec un substan- 
tif. » (Littré). 

Roulez dans vos sentiers de flamme, 
Astres, rois de l'immensité ; 
Insultez, écrasez mon àme 
Par votre presque élevnité. 

(Lamartine, Harmonies, IV, 3.) 

La langue, moins élégante, des journaux, a créé la presque 
unanimité, la presque totalité, la presque certitude. Cette con- 
struction, qui a son point de départ dans presqu'île, est fort 
commode et très-usuelle. Le latin qua^i présente le même 
emploi : quasi-légitimité. (Voir plus bas, p. 228.) 

RE possédait en vieux français les acceptions diverses de 
répétition, rétablissement dans le premier état, augmenta- 
tion, réaction, réciprocité, opposition ' ; elles se ramènent 
toutes à l'idée simple d'opposition. 

De nos jours, la langue commune ou littéraire ne connaît 
plus que la première de ces acceptions, celle de répétition ; la 
langue populaire les connaît encore toutes. 

Dans la langue littéraire, re peut se préposer à tous les 
verbes indiquant une action, quand on veut marquer l'itéra- 
tion, la répétition de cette action ; il se prépose de même aux 
substantifs exprimant l'action ou le résultat de l'action qu'in- 
dique le verbe. Les créations individuelles n'ont ici d'autres 
limites que celle des mots, verbes ou substantifs, qui peu- 
vent recevoir la particule re. 

Voici quelques exemples pris dans la langue actuelle : 

réadopter, réarmer (Littré, si<^j3/ém.). 

réagenouiller (G. Sand,dans Scholle, Programme, p. 16). 

rebadigeonner, rebannir, recalculer, recarboniser (Littré). 

reclasser : « Déclassé, je ne veux pas me reclasser ailleurs. » 
(G. Sand, dans Scholle, Programme, p. 16). 

redébattre (Littré), redéployer, rediviser (V. Hugo, Monté- 
gut, dans Scholle, Programme,!^. 16). 

redormir (Littré). 

réemboîler le pas (E. Souvestre, dans Scholle, Programme, 
p. 16). 

réescompter QÏ réescompte (Littré). 

1. Voir notre Traité de la formation des mots composés en français, p. 98. 



— 142 — 

réexposition (Règlement de l'Exposition universelle de 
1867, dans Scholle, Programme, p. 16). 

réépouser (E. About, V Infâme, III). 

regalonner, voir dégalonner, à dé, p. d35, 

réincarcérer, réincarcération (Aylies et Rémusat, Rev. des 
Deux Mondes, dans Scholle, Programme, p. 16). 

réincarnation : « Retour de l'esprit à la vie corporelle. » 
[Répertoire du spiritisme). 

réinventer (Michel Chevalier , Rev. des Deux Mondes , 
P' déc. 1867, p. 531, dans Scholle, ^rc/uves de Herrig, t. XLII, 
p. 126). 

réouverture, réorganiser (Littré) . 

renflouer, mot qui paraît pour la première fois dans le 
Dictionnaire de marine de l'amiral Willaumez (1825) et qui 
paraît être un composé de flot [renflouer, renfîoer, = remettre 
à flot), ce Les fédéraux attendaient alors le jour, soit pour 
essayer de renflouer le navire, soit pour le détruire à coups 
de canon, s'il était trop enfoncé. » (De Mars, Rev. des Deux 
Mondes, 15 août 1865, p. 782, dans Scholle, Archives de Her- 
rig, t. XXXIX, p. 435). 

ressaluer : « H fit un profond salut, se retira, fut rappelé, 
ressalua. » (Veuillot, Odeurs de Paris, III, 4). 

retraverser (Rémusat, Revue des Deux Mondes, V novem- 
bre 1866, p. 10, dans Littré). 

retransplanter (G. Sand, dans Scholle, Programme^ 
p. 16). 

Dans tous ces exemples, re conserve sa signification pleine 
et entière de répétition; c'est ce qui distingue sur ce point la 
langue commune ou écrite de la langue populaire. Celle-ci 
prépose volontiers re (r') à un grand nombre de verbes ou de 
noms que la langue littéraire emploie sous la forme simple. 
« Ainsi le peuple emploie rappeler pour appeler : il a perdu 
son procès et il en a rappelé; resserre pour serre : il faut ren- 
trer les fleurs dans la resserre; ramasser pour amasser : je 
suis tombé dans la rue et le monde s'est ramassé autour de 
moi ; remplir pour emplir : il faut prendre les bouteilles vides 
et les remplir; remonter pour monter, ma montre n'est pas 
remontée, etc. Les gens du peuple placent aussi le préfixe 
re devant certains noms et certains verbes simples dont ils 
forment des noms et des verbes composés que répi'ouve le 
bon usage de la langue : tels sont^ par exemple : rétameut, 



— 143 — 

rétamer^ récureur, rêcaraf/Cy récurer, ramincir, rapproprier, 
rassortir, raiguiser, renforcir, au lieu de étameur, étanter, 
écureur, curage, écurer, amincir, approprier, assortir, aiguiser, 
671 forcir *. » 

Dans ces divers composés, la particule ajoute une nuance 
propre aux simples : dans remonter, raiguiser, elle indique le 
rétablissement dans le premier état : la montre n'était plus 
montée, il faut la remonter; le canif n'était plus aiguisé, il 
faut le raiguiser. La valeur intensive, augmentative, est sen- 
sible dans rétamer, récurer, ren forcir. Rappeler n'ajoute-t-il 
pas à appeler l'idée de réaction, de contre-action ? Resserrer 
pour serrer, rassortir pour assortir, remplir pour emplir, indi- 
quent une opposition entre l'état qui résulte de l'action expri- 
mée par le composé et l'état antérieur. Un verre empli indi- 
que seulement que le verre n'est pas vide ; un verre rempli 
donne à entendre qu'il n'est plus vide. Une voiture, dans une 
rue encombrée, suivait une autre voiture : la première s'arrête 
brusquement; le cocher de la seconde subit le contre-coup et 
s'écrie : Il s'arrête et il ne ravertit pas ! 

Cette phrase, entendue à Paris ^ l'an de grâce 1876, est, à 
s'y méprendre, une phrase du moyen âge. C'est le même 
emploi de re que dans les exemples suivants : 

Et 11 fil Ganelon et Auboïn et Miles 
Sont venus au palais quant la messe fut dite; 
Devant le roi jurèrent si que François l'oirent. 
Que Garniers vot mordrir le roi par felonnie. 
Et li dus rejura, por son cors escondire, 
Onkes a Karlemaine ne quist mort en sa vie. 

{Aye (t Avignon, vers 349 et suiv.) 

Il est passé avant, mist son gage en présent, 
Dus Naimes le repleige, li et Miles d'Aiglant. 

(Gui de Nanteuil, vers 390, 391.) 

Lors broche le cheval, le frain abandonné, 
Et Guis relaissô courre, qui n'i a demoré. 

(Gui de Bourgogne, vers 2408, 2409.) 

La tradition de la vieille langue s'est ainsi conservée intacte 
jusqu'à nos jours dans la langue populaire. 

L'emploi de re présente le plus souvent des niiances si déli- 

1. Agnèl, Dé Vinfluerice du langage populaire sw la forme de la langue 
française, p. 2; 
2> Par Mi Gaston Paris. 



— 144 — 

cates que dans l'esprit du peuple elles disparaissent, et que 
la particule devient souvent explôtive : de là ces nombreux 
composés en re r', qui finissent par mettre hors d'usage et 
abolir les simples. Emplir disparaît devant remplir, épandre 
devant répandre, apetisser devant rapetisser; mercier a disparu 
devant remercier, encontrer devant rencontrer, alentir devant 
ralentir, éjouir devant réjouir '. De nos jours, il appartient à 
la langue écrite de se prémunir conlre cette tendance souvent 
abusive de la langue populaire, et de maintenir autant que 
possible l'intégrité des droits du mot simple ^ 

SANS ne se combine qu'avec des noms, en qualité de prépo- 
sition : un sans-souci. Compositions nouvelles : Les sans- 
culottes; du sans-gêne. « Le sans-gêne princier donne un pri- 
vilège d'essai, et une personne ducale s'amuse où un bourgeois 
se perdrait. » (Y. Hugo, l'Homme qui rit, II, i, 3). 

SOUS se combine soit avec des verbes : sou-peser, sou-rire, il 
est alors adverbe ; soit avec des substantifs ou adjectifs, dans 
ce cas il peut être adverbe [sous-préfet, sous-maître) ou prépo- 
sition [sou-coupe). Il forme également des parasynthétiques 
nominaux [sou-bass-ement) , mais non des parasynthétiques 
verbaux. 

Les composés suivants sont de formation récente : 

1. sous-amender, sous-déléguer, sous-diviser, sous-limiler, etc. 

2. a : sous-amendement, sous-arrondissement, sous-azotate, 
et tous les termes de chimie analogues, sous-centre, sous-chef, 
sous-classe, sous-colline, sous-directeur, sous-genre, sous-jupe, 
sous-préfecture, sous-préfet, sous-pression, sous-titre. 

b : sous-bois, sous-main, sous-sol. 

3. Les parasynthétiques de formation nouvelle appartien- 
nent à la langue savante, quoiqu'ils ne soient pas incompa- 
tibles avec la formation populaire. Ils présentent un caractère 
spécial que nous avons déjà remarqué plus haut% et qu'ils 
doivent à leur mode de formation. Ils consistent dans la 
combinaison de la préposition avec un adjectif; mais, 
tandis que, dans l'adjectif simple, la terminaison adjectivale, 

1. Cf. Agnel, op. cit., p. 4. 

2. 11 n'y a pas de mal quand le simple prend une signification spéciale à côté 
du composé : amasser et ramasser, courir et recourir, tenir et retenir. Il y a 
môme là véritable enrichissement. 

3. P. 131. 



— 145 — 

en s'ajoutant au substantif radical, le change en adjectif [la- 
custre = lac + ustre), dans les parasynthétiques, par le seul 
fait du rapprochement de la préposition et de l'adjectif, celui- 
ci se décompose en ses deux éléments; le premier, le sub- 
stantif, devient logiquement le régime de la préposition, et le 
second, le suffixe, détermine non plus le substantif simple, 
mais le composé formé par la préposition et le substantif [sous- 
lac -\-uslre= qui est sous lac : kabitations sous-lacustres). 

Ainsi sont formés de nombreux composés modernes : sous- 
axillaire, -clavier j -costal, -cutané, -dorsal, -épineux, -géné- 
rique, -lombaire, -marin, -maxillaire, -périoste, -sternal, etc. 
Ils appartiennent à la langue populaire ou commune par la 
préposition, à la langue savante par l'adjectif qui le plus sou- 
vent a la forme latine. Que l'on compare sous-genre et son 
dérivé sous-générique, et l'on saisira la différence des deux 
procédés de formation. Sous-genre est de formation française ; 
sous-générique est semi-latin. 

SUR se combine avec des verbes en qualité d'adverbe [sur- 
abonder], avec des noms en qualité d'adverbe [surabondance) 
ou de préposition (surtout). Il produit également, comme 
sous, des parasynthétiques d'adjectifs. 

Mots nouveaux : 

1. surchauffer, terme scientifique qui s'emploie déjà au 
figuré : «Notre dix-neuvième siècle, surchauffé, troublant, 
trop plein d'idées. » (Daudet, Jack, I, g 9.) « Ces temps de vie 
rapide, surchauffée et comme instinctive, avaient, il est vrai, 
supprimé dans la vie humaine ce qu'on nomme au théâtre 
des longueurs. » (J. Claretie, le Beau Solignac, 1876, 1, 162.) 

surélever (Littré) . 

surexciter : « Ils échangèrent quelques œillades rapides, de 
ces regards qui résument par leur éloquence sensuelle toute 
une scène, tout un drame de passion surexcitée. » (G. Sand, 
Le dernier Amour, III.) « Sa petite imagination que surexci- 
tait la fièvre de la course était dominée par la crainte. » (Dau- 
det, Jack, I, § 7.) 

surexhausser : « Ces rhizopodes qui, de leurs petits man- 
teaux, ont fait leur part des Apennins, surexhaussé les Cordi- 
llères. » (Michelet, la Mer, 2" édit., p. 130.) 

surincomber (Scholle, Programme, p. 17), sursaturer. 

2. surchauffe, surcroissance, suroffre, surépaisseur, surélé- 
vation (des rails), surenchère, sur fusion, survaleur. 

10 



— 146 — 

Il n'existe pas, à notre connaissance, de composés nou- 
veaux où sur soit préposition. 

3, surcostal, surépineux, surlaryngien. 

SUS, du latin susum, était en vieux français préposition et 
adverbe : « Devant l'autel sus les degrez. » {Benoît, v. 25,228). 
« Li princes n'est pas sus la loi, mes la loi est sus le prince. » 
(Le livre de jostice, 6.) — « Pois, sunt muntet sus el palais 
altisme. » [Roland, 2708.) 

Dans la langue populaire, sus a conservé en composition 
cette double valeur. Il est préposition dans les composés 
techniques sus-bande, sus-bec, sus-pied; il est adverbe dans 
susdit, susmentionné, susdénommé, susnommé, susrelaté. De 
nos jours la langue savante a utilisé cette dernière formation 
en créant des parasynthétiques analogues à ceux que donne 
sous, c'est-à-dire où sus est préposition : sus-carpien, sus- 
coccygien, sus-épineux, sus-hépatique, sus-hyoïdien, sus-maxil- 
laire, sus-métatarsien, sus-nasal, sus-orbitaire, sus-pubien, sus- 
scapulaire, sus-sphénuïdal, etc. 

TRÈS ne s'emploie plus que devant des adjectifs, comme 
signe du superlatif. 



CHAPITRE X. 

COMPOSITION PROPREMENT DITE. 

Le caractère essentiel de la composition proprement dite est 
Vellipse; la composition est une union intime de mots dont 
la combinaison présente à l'esprit une idée nouvelle que ne 
fournissent pas les éléments composants pris à part. Le jux- 
taposé arc-en-ciel n'exprime à l'origine rien de plus que cha- 
cun des trois termes arc, en, ciel. Le composé timbre-poste pré- 
sente non-seulement l'idée de timbre et celle de poste, mais 
encore la notion — non exprimée — d'un rapport de dépen- 
dance unissant poste à timbre. 

En laissant de côté la juxtaposition soit simple, soit trans- 
formée par la synecdoque ou la métaphore dont il a été parlé 
plus haut*, et la composition par particules dans ce qu'elle 

1. Voir p. 12b-l28. 



— 147 — 

olïre de tout à fait spécial', nous avons pour la composition 
proprement dite les formations suivantes ; 

1. Composition par apposition : chou-fleur j proprement c/iou 
qui est une fleur. 

2. Composition dont le premier terme est une préposition, 
le second un substantif ou un infinitif régi par cette préposi- 
tion : Or-compte^ pourboire. 

3. Composition dont le premier terme est un adverbe, le 
second un substantif : arrière-cour, contr'ordre. 

k. Composition avec génitif ou datif : timbre-poste. 

5. Composition d'un nom et d'un verbe qui le régit : col- 
porter. 

6. Composition d'un verbe (à l'impératif) et d'un nom qui 
en est régi : porte-plume. 

De ces diverses sortes de compositions, la seconde et la 
troisième se forment à l'aide de particules; nous les avons 
étudiées dans le chapitre précédent aux prépositions à, après, 
arrière, avant, contre, de, en, entre, par, sans, sous^ stts, et sur. 
La cinquième a disparu de la langue. Il ne nous reste donc 
qu'à considérer la composition par apposition, la composition 
avec génitif ou datif, et la composition avec impératif. La lan- 
gue contemporaine leur donne. un remarquable développe- 
ment. 

§ 1. Composition par apposition. 

Cette formation repose sur la faculté que le substantif pos- 
sède, dans notre langue, comme dans les autres langues 
romanes, de prendre le rôle de l'adjectif*. C'est ce précieux 
avantage qui fait de la composition par apposition une mine 
inépuisable de mots nouveaux. Elle date du latin populaire et 
on en suit la trace, de siècle en siècle, à travers la lan- 
gue du moyen âge et la langue moderne. De nos jours elle 
a reçu une extension considérable par suite du puissant déve- 
loppement du commerce et de l'industrie. Elle a été utilisée 
pour dénommer ces innombrables inventions, fécondes ou 
stériles, éphémères ou durables, où se manifeste l'incessante 
activité de notre époque positive, et dont, pour la plupart, la 

1. La formation des parasynthétiques nominaux et verbaux. 

2. Voir plus haut, p. 59. 



— 148 — 

Description des brevets * nous offre le volumineux état 
civil. 

Nous avons feuilleté cette collection afin d'y prendre sur le 
fait la création des mots nouveaux, avec la date précise de leur 
naissance ; afin d'y voir les ressources que les inventeurs trou- 
vent dans la langue pour dénommer leurs inventions. Que les 
noms qu'ils ont trouvés aient eu vie ou qu'ils aient succombé 
avec les inventions auxquelles ils étaient attachés, ils n'en 
témoignent pas moins de l'activité du langage; les noms 
étaient viables: les inventions seules étaient mort-nées, et 
celles-ci ont entraîné les autres dans l'oubli et le néant. 

Voici une série de noms formés par apposition désignant des 
objets : 

« accotoirs-dormeuses propres à toutes les voitures. » (Bre- 
vets, 1836; A, XLi, p. 218.) 

asphalte-planche (1849; B, xvi, 2). 

« baignoires malléables et élastiques, dites baignoires-dor- 
meuses. » (1827 ; A, XXXVI, 78.) 

« baignoire à réservoir dite baignoire-serre. » (1821; A, x, 
367.) 

« mouvement perpétuel dit balancier-moteur, ventilateur. » 
(1828; A, xxiii, 185.) 

balles-obus (1840; A, lvi, 473), 

bas-jarretières (1823; A, xxvii, 53). 

« instrument de musique dit basse-trompette. » (1810; A, v, 
354.) 

bateaux-cloche (1845; B, ii, 253). 

bateau-mouche et par abréviation, moins usité, mouche. 
C'est l'anglais ftyboat. 

« bateau-rabot, propre à creuser les ports.» (1833; A, l, 
133.) 

« machine dite bateaur-voiture aérien, aquatique, terrestre.» 
(1827; A, xxxviii, 435.) 

i< boîtes-livres destinées aux collections d'histoire naturelle.» 
(1838; A, XLiv, 57.) 



1. La collection se compose de deux séries : la première contenant la descrip- 
tion des brevets pris depuis l'année 1791 jusqu'à l'année 1844 ; nous la désignons 
par A. La seconde série (B) commence en 1844, avec la nouvelle loi sur les bre- 
vets d'invention, et se continue jusqu'à nos jours. Nous nous sommes surtout servi 
des nombreuses et utiles tables générales qui complètent les deux collections. 
Cf. plus haut, p. 43, n. 1. 



— 149 — 

bouchon-tampon (1851; B, xix, 366). 
bouée-pompe (1846 ; B, vu, 180). 

« procédé de fabrication d'un nouveau genre de chandelles 
dîtes bouyies-chandell es. » (1835; A, xxxvii, 204), 
briquet-lanterne, 

« brosse-démêloir. » (1842; A, lvii, 238). 
« buffet-commode, buffet-étagère. » (prospectus d'un mar- 
chand de meubles, 1876). 
café-concert (voir toutefois, p. 167). 
canapé-sofa-lit [ISkb] B, iv, 58). 
candélabres-affiches {lS3b] A., xliv, 409). 
« canne-éventail-écran dite baguenaudine.» (1829; A, xxvii, 
216.) 

« carton-cuir imperméable, dit cuir factice. » (1837; A, xliv, 
80.) 
carton-pierre {Boiiin, Ann. du commerce, 1876, p. 773). 
chapeaux-cachemires (1844; A, liv, 112). 
charrette-semoir (1836; A, xlv, 174). 

charrue-semoir (1832; A, xxxv, 278; cf. Mém. de la Soc. 
royale d'Arras, 1834, p. 182). 

« chaufferette dont la chaleur est entretenue par une petite 
lampe dite chaufferette-lanterne à six fins. »(1815 ; A, viii,351.) 
cheval-vapeur, terme de physique et de mécanique. 
« fabrication de clous-chevilles. » (1840; A, 393.) 
« clysettes-seringues-bouteilles. » (1838; A, xliv, 71.) 
col-cravate. 

colle-fécule (1845; B, ii, 237). 
commode-toilette [\8hb] B, vi, 6). 

« instrument de précision dit compas-triangle. » (1832; A, 
xxxii, 229.) 

compteur-mesureur des liquides (1839; A, xli, 183). 
corsage-fourreau, yoir robe-fourreau. * 

■ ^t- corset-cuirasse, propre à redresser les difformités. » (1834 ; 
A, XLI, 237). 

coton-poudre. 

« lampe de nuit dite coupe-veilleuse. :>i (1828; A, xxii, 44.) 
« voiture dite coupé-cabriolet. » (1831; A, xxxii, 121.) 
cravate-écharpe (Catalogue des magasins du Louvre, dé- 
cembre 1876). 

cnble-tarare {I8k9 ; B, xiii, 328). 

« croiseur-compteur, applicable au dévidage des soies. » 
(1838; A, XLiii, 200.) 



— 150 — 

« nouvelle cuve-grilloir (pour brasser la bière).» (1829; 

A, XXVIII, 330.) 

dentelle-torchon (Catalogue des magasins du Louvre, dé- 
cembre 1876). 

élastiques-ressorts (1825; A, xxxii, 27). 

encrier-filtre (1840; A, lui, 438). 

étrille-cure-pied (1844; B, i, 238). 

fauteuils-crapauds (Prospectus d'un magasin de meubles, 
décembre 1876). 

fauteuil-lit (Catalogue des magasins du Louvre, déc. 1876). 

fichu-coiffure, fichur-mantille (ibid.). 

filtre-charbon (1838; A, l, 249). 

fusil-harpon (1834; A, Lv, 33). 

guitare-basson, -harpe, -lyre (A, 1826, xxi, 163; 1825, xxi, 
43; 1811, VI, 263). 

herse-rateau (1848; B, xii, 337). 

jupe-cage ou crinoline. 

lampe-bocal,-theière, -modérateur (1844;B, ii, 44; 1831; A, 
xxxiil, 109; 1845; B, m, 172). 

« lanterne-fonte propre à éclairer les cavaliers.» (1839; A, 
LUI, 168.) 

lavabos-toilettes (Bottin, 1875, p. 1136). 

levier-frein {lSk9 ] B, xviii, 76). 

lit-canapé, -divan, -f.auteuil,-toilette (A, 1849, xviii, 76; 

B, 1846, VI, 201; ix, 93; iv, 58; m, 230). 

« machine dite loup-batteur. » (1833; A, xxxviii, 185). 

K poulies mains-douces. » (1848; B, xiv, 180). 

orgue-orchestre (1834; A, xli, 235). 

ouate-laine (1847; B, xii, 317). 

ourdissoir-dévideur, -plieur[k, 1824, xxix, 62; xxxvii, 288). 

« C'était le paletot-sac taillé dans un manteau d'aïeul. » 
' (J. Vallès, la Rue, la Messe de Listz.) 

paliers-graisseurs (Bottin, 1875, p. 1260). 

moule à ziguTtiits, papier-tube ( ibid., p. 1318). 

papier-brouillard, -granit, -marbre, -monnaie, -tenture. 

parasol-ombrelle ( 1 837 ; A, xlvi, 330). * 

patins-souliers (1816; A, ix, 79). 

peignes-parures (1838; A, xliv, 70). 

laines peignées- filées (Bottin, 1875, p. 1128). 

photographie-carte, photographie-vignette. — On dit aussi 
poHrviit-carte. 

piano-lyre (1849 ; A, xlvii, 203). 



— 151 — 

pistolets-tabatières (1835; A, xxxvi, 253). 

pont-bascule (Cousy de FageoUes, Dict. des chem. de fer). 

portrait-dépêche. « Les portraits-dépêches de la justice, » 
titre d'un BiTticle du Petit Journal {n° du 5déc. 1876), sur un nou- 
veau système de dépêches contenant, avec le signalement, le 
portrait des malfaiteurs poursuivis par la justice. Dans cet 
article, je trouve encore les composés : dépêches-photographies, 
papier-dépêche. 

pupitre-chevalet (1840; A, lvi, 153). 

rail-digue de halage (1838; A, li, 154). 

« Cet hiver les femmes porteraient encore les robes-four- 
reavjx.... On continuera à porter les corsages- fourreaux. » [Ré- 
publique française du mardi 31 octobre 1876, p. 3, col. 1). 

roue-moteur à palettes (1841 ; A, liv, 317). 

rouet-moissonneur (1844; B, i, 15). 

sabot-brodequin (1845 ; B, vi, 5). 

sabot-galoche (Bottin, 1875, p. 1027). 

semoir-plantoir (1829; A, xxviii, 286). 

silencieuse-expéditive , nom d'une nouvelle machine h 
coudre. 

« espèce de socque, dite soque-agrafe. » (1833 ; A, xxxiv, 55). 

souliers-chaussons : «Vêtu avec le laisser-aller du vaude- 
villiste, le sous-chef portait un pantalon à pied, des souliers- 
chaussons, un gilet mis à la réforme, une redingote olive et 
une cravate noire. « (Balzac, les Employés, éd. de 1856, p. 242.) 

sphère-horloge (1829; A, xxvii, 204). 

stores-annonces (1845 ; B, iv, 187). 

toilette-commode, voir commode-toilette. 

tables-consoles (1849; B, xv, 144). 

table de nuit-chiffonnier, table de nuit-vide-poches cintrée. 
(Prospectus d'un magasin de meubles, déc. 1876). 

tamis-bluteau (1830; A, xxx, 363). 

tente-abri, * 

tissu^filet en caoutchouc (1837; A, xliv, 94). 

tordoir-ourdissoir (1816; A, ix, 80). 

trottoirs-ruisseaux {I8k\; A, Liv, 114). 

turbine-hélice (1845; B, m, 11). 

verre-marbre, verre-vitre (A, 1839, xlvi, 305; 1827, xxii, 363). 

« ^witure-guérite, voiture surmontée d'une guérite dans 
laquelle se tient la vigie ou le conducteur, chargé de surveiller 
le train. (C. de Fageolles, Dict. des chem. de fer). 

voiture-nacelle (1840; A, lvi, 366)» 



— 152 — 

voitures-saluns (G. de Fageolles, Dict. des chem. de fer). 

wagon-cuisine, etc. « En dehors du wagon-table d'hôte, du 
wagon-cuisine, du wagon-glacière ou l'on prépare les sorbets, — 
comme il y en a sur la plupart des chemins de fer américains 
d'une certaine étendue, — le railway du Grand-Pacifique pos- 
sède un wagon-imprimerie avec bureau de rédaction, etc. » 
{République française, 28 oct. 1876, p. k, col. 5.) 

wagons-freins. Wagons spéciaux sur les plans inclinés 
destinés à porter des freins (G. de Fageolles, Dict. des chem. 
de fer). 

Voici maintenant des composés du même genre désignant 
des personnes : 

« Artiste-danseur , artiste-comédien, artiste-ventriloque, 
artiste-violon; et on a été sur le point de dire l'artiste Montes- 
quieu, l'artiste BufFon ; mais le règne du mot artiste vient de 
finir depuis le procès des artistes- poulaillers de La Flèche in- 
tenté aux artistes-poulaillers du Mans. » (Mercier, Néol.). 

bijoutiers-garnisseurs-tablettiers (Bottin, 1875, p. 710). 

chimistes-experts (Id., 992). 

chinoiseur-bamboutier, triple néologisme (1876) renfermant 
deux dérivés nouveaux et un composé. 

commissionnaires-entrepositaires (Bottin, 1875, p. 909). 

courtiers-gourmets (Id., 887). 
« Etienne Lavouste, dit Sept-Épées , le coutelier-armurier. » 
(G. Sand, la Ville Noire, I.) 

couvreurs-entrepreneurs (Bottin, 1875, p. 901). 
« Mardi 24 novembre, réunion mensuelle des ouvriers cou- 
vreurs-plombiers-zingueurs au siège social. » {Petit Journal ^ 
lundi 13 nov. 1876). 

épinglier-grillageur (Littré, supplém.). 

fteuristes-j'ardiniers, grainier s- fleuristes, herniaires-banda- 
gistes, horlogers-pierristes (Bottin, 1041 et 1079, 1041, 683 
1316). 

jardiniers-fleuristes (Id., 1066 et 1107)/ 

joailliers-sertisseurs, justificateurs -typographes (Id. , 1394, 
1126). 

layetiers-emballeurs, libraires-éditeurs. 

marbriers-sculpjteurs (Bottin, 1173). 

menuisiers -modeleurs, -parqueteurs^ -rampistes, -treilla- 
geurs (Id., 1214, 1280, 1356, 1458). 



— 153 — 

métreurs-vérificateur)^, mouleurs- figuristes^'pastilleurs-fuju- 
risles (Id., 1466, 1220, 1286). 

poêliers-fumistes (Id. 1327). 

sculpteurs-statuaires, -marbriers, -ornem,anistes (Id., 1383, 
1173, 1384). 

« chambre syndicale des ouvriers tourneurs-décolteurs [sic) 
sur métaux. » [Petit Journal, 1876). 

On comprend qu'une composition aussi féconde ne reste pas 
confinée dans la langue spéciale , et qu'elle pénètre dans la 
langue littéraire. Les exemples en sont] nombreux ; en voici 
quelques-uns : 

a amour-goût plutôt qu'amour-passion. » (Claretie, le Beau 
Solignac, 1876,1, 270). 

«Qui peut prévoir, deviner l'histoire de cette goutte d'eau? 
— Plante - animal, animal-plante, qui le premier doit en sor- 
tir? » (Michelet, la Mer, 2« édit., p. 116). 

« L'upas, arbre-poison, dont l'ombrage est mortel. » (Barthé- 
lémy, Némésis, à M. d'Argout). 

« C'est un bric-à-brac de rimailles ; vrais vers d'un artisan- 
poëte. » (Veuillot, Odeurs de Paris, u, 5). 

« Sa doctrine (de Buffon) est un mélange de conceptions 
incohérentes où l'on voit passer tour à tour la bête-machine^ 
la bête- sentiment, la, bête-intelligence. -> (Damas-Hinard, Revue 
critique et bibliographique, 1864, p. 28). 

« Ce monstre.... aurait un corps énorme, des bras-suçoirs 
épouvantables, de vingt ou trente pieds peut-être. » (Michelet, 
la Mer, p. 200). 

« Le bureau - capharnaiim. » (G. Debans, Revue de France, 
1876, p. 270). 

« Aussi clairement que prédit la pluie le capucin-thermomè- 
tre. » (G. de Bernard, les Ailes d'Icare, ii, 6). 

« Il n'y a pas de seigneur et maître sous le règne de la 
charte-vérité. » (Id., ibid., i, 5). 

« Le vent à chaque instant les retourne [les méduses); alors, 
leurs cheveux-nageoires étant par-dessus, elles flottent à l'a- 
venture. » (Michelet, la Mer, p. 105). 

Le grand-duc donne un bal à la cité-cadavre. 
(Barthélémy, Némésis, Varsovie.) 

La Grèce n'offre plus que des cités-squelettes. 
(Barthélémy, Némésis, Vltalie.) 



— 154 — 

Tu n'as pas (ô ma Muse).... 

Fait surgir à ta voix les colonnes-affiches. 

(Th. de Banville, Evohé, sat. i.) 

Les dieux-titans avec les satyres champêtres. 

|(Th. de Banville, la Cithare, Paru. Contemp., i.) 

Venez, courtiers-marrons de la diplomatie. 
(Barthélémy, Némésis, Lyon.) 

« Fonctionnaires - entonnoirs. » (Victor Tissot, Revue de 
France, 31 oct. 1876, p. 165.) 

(Voyez) 
Les Tom-Pouces âgés de quatre centimètres 
Le lézard-violon, le hanneton-verrier. 

(Th. de Banville, Evohé, sat. i.) 

« Sous ce gouvernement-caporal et sous cette constitution- 
consigne, tout marche militairement. » (V. Hugo, Napoléon le 
Petit, 11, 10). 

« Il eut l'idée de faire promener le nom si laborieusement 
forgé sur les épaules et la poitrine de V homme-affiche. » (Th. 
Gautier, les Jeune France, 1833, p. 151). 

Vhom/me-chèvre ébloui regarde ses pieds nus. 

(V. Hugo, Légende des siècles, I, le Satyre.) 

« Première espèce de non-penseurs : Vhomme-jocko;... 
deuxième espèce : V homme -pen^oquet;... troisième espèce : 
l'homme- vautour.... Dans cette foule vous distinguez une 
millième espèce de non-penseurs.... c'est V homme-autruche. » 
(L. Desnoyers, les Béotiens de Paris). 

« Homme-mémoire, chargé de mettre en musique les cou- 
plets, d'arranger les chœurs et les morceaux d'ensemble, de 
les chanter, de les superposer à la situation. » (Balzac, les 
Employés, édit. de 1856, p. 243). 

« Marcher au plafond, la tête en bas, comme Vhomme-mou- 
che du Cirque. » (H. Babou, lettre à Th. de Banville , Revue 
française, 1«' avril 1857). 

« Eugène Sue a fait de Léonidas Requin l'histoire amusante 
et lamentable d'un fort en thème qui, après avoir été un lau- 
réat des luttes universitaires, en est réduit au métier bizarre 
d'homme-poisson. » (J. Vallès, la Rue, Proudhon). 

Brise V homme-sépulcre, ô France, ressuscite (V. Hugo, Châtiments). 
« Il avait rêvé son vieux rêve discordant des lézards-pois- 



— 155 — 

sons, des dragons volants, le règne effrayant des reptiles. » 
(Michelet, la Mer, p. 238). 

On ne sait, en entrant dans leurs maisons-tanières, 
Si l'on voit des enfants ou bien des lionceaux. 

(V. Hugo, la Légende des siècles, 2« série, le Cid exilé.) 

f. Du côté de Mayence rayonne, étincelle et verdoie la (a.- 
mense plaine-paradis qui couvre leRhingau. — La Nahe (ri- 
vière), qui arrive tranquille et lente, sort de dessous \e potit- 
limite. » (V. Hugo, le Rhin, Bringen.) 

« Les lophies, qui doivent vivre souvent accrochées aux ro- 
chers, ont des nageoires-mains qui rappellent le poisson moins 
que la grenouille. » (Michelet, la Mer, p. 227). 

Ils tombèrent frappés par le peuple-jvry. 

(Barthélémy, Némésis, Chambre des Députés.) 
Sublime d'impudeur, reine du peuple-roi. 

(Barthélémy, Némésis, à M. Casimir Périer.) 

« Je ne vois dans le Nord que des serfs avilis, que des peu- 
ples-troupeaux dont se jouent de grands propriétaires. « (Mer- 
cier, Néologie.) 

« Vénérez, quoi qu'il fasse, quiconque a ce signe, la prunelle- 
étoile, hdi prunelle-ombre est l'autre signe. » (V. Hugo, les Mi- 
sérables, t. VI, p. 56, édit. princ). 

Elle me révélait, en style financier. 
Que le Roi^Citoyen était mon créancier. 

(Barthélémy, Némésis, le Timbre.) 

« Tant d'inquiétude et de gène avait mis un froid excessif 
dans ce repas-illusion. » (A. Daudet, Jack, ii, § 6). 

« Ils ne racontaient aucun procès criminel, n'entamaient 
aucun roman- feuilleton. » (Veuillot, Odeurs de Paris, n, 1). 

« Dans ce sépulcre-enfer, que faisaient-ils ? » (V. Hugo, les 
Misérables, IV, vu, 2). 

« Il ressemblait beaucoup à ces sacristains-bedeaux-sonneurs- 
suisses-fossoyeurs-chantres de village, que l'on prend pour des 
fantaisies de caricaturiste jusqu'à ce qu'on les ait vus fonc- 
tionnant. » (Balzac, les Employés, p. 210). 

« Il fît des découvertes, s'avança hardiment avec un traîneavr- 
barque qui tour à tour flottait ou passait les glaçons. » (Mi- 
chelet, la Mer, p. 309). 

M. V. Hugo, dans ses Contemplations et dans les poésies qui 



— 156 — 

les suivent, a usé et abusé de ce genre de composition, dont 
il a modifié quelque peu le caractère, lise plaît en effet à com- 
biner deux mots dont l'un est abstrait, l'autre concret, ou 
dont l'un est employé par métaphore. Nous avons signalé cet 
emploi dans notre Traite de la formation des mots composés*, 
auquel nous nous permettons de renvoyer le lecteur. 

§ 2. Compositions avec génitif ou datif 
[com,posés de dépendance). 

Le plus riche procédé de formation des mots composés en 
allemand et en anglais est celui qui consiste à combiner deux 
termes, dont le premier est uni au second par un rapport de 
dépendance : blockaus, feldspath, hundszahn, landsmanti, 
landwehr, wagenmeister, — • beefsteak, coimtrydance, railway, 
roastbeef, waterproof, etc. Cette sorte de composition est à peu 
près inconnue aux langues romanes : de là Tinfériorité rela- 
tive qu'elles présentent comparées aux langues germaniques, 
et le reproche qu'on leur fait d'être incapables de créer des mots 
composés. En réalité elles ne sont impuissantes qu'à former 
des composés de dépendance où le premier des deux termes 
est régi par le second. L'allemand dit Korrespondenz-Karte 
pour désigner ce que nous appelons carte postale : la Suisse 
traduit ce mot en français et en fait carte-correspondance, en 
intervertissant les deux termes. La construction germanique 
en effet, toute synthétique, est contraire à l'esprit analytique 
des langues romanes ; et nous ne pouvons dire chambre- fille, 
chambre-femme, comme nos voisins d'outre-Rhin ou d'outre- 
Manche disent Haus-magd, housemaid, « fille de maison, ser- 
vante^ ». 

Cette impuissance, toutefois, n'est pas absolue. Nous avons 
montré ailleurs ' que le vieux français, langue à demi synthéti- 
que, a formé des composés qui rappellent la composition ger- 
manique. Un procédé fort usité au moyen âge a été celui 
où un nom propre est suivi de ville : Adanville, Ancerville, 
Charleville, Courville, Banville, etc. Cette formation est encore 
vivante. En Algérie, on a fondé Affreville, Géry ville, Orléans- 



1. Page 244 , et note 2. 

2. Cf. notre Traité de la formation des mots composés, p. 139, note 2, et 
p. 24.^, 248. 

3. Cf. notre Traité de la formation des mots composés, p. 51. 



— 157 — 

ville, Philippevilley etc. Elle s'est même étendue dans la lan- 
gue familière des camps : le quartier du camp réservé aux 
marchands ou mercantis * qui accompagnent les colonnes en 
expédition a reçu le nom , quelque peu épigrammatique , de 
Friponville*, et le quartier de Paris qu'occupent aujourd'hui 
les chiffonniers a été baptisé par les profanes du nom de Chif- 
fonville. 

Mais cette formation de noms composés est trop restreinte, 
et ne s'applique qu'à un ordre de faits trop spécial pour qu'on 
puisse l'ériger en procédé général de composilion. 

La mode anglaise, la fashion, a introduit dans la langue un 
petit nombre de composés anglais ou imités de l'anglais. 
Paris-A rchitecte , Paris-Caprice , Paris-Journal , Paris-Pro- 
gramme, Paris-Spectacle, Paris-Théâtre, Comic- finance, Di- 
manche-Programme, sont autant de titres de revues ou jour- 
naux qui existaient ou existent encore à Paris '. Paris-Expo- 
sition était le titre d'un Guide à Paris durant l'Exposition de 
1867. Certains bureaux de la Compagnie des chemins de fer 
de l'Ouest ont reçu le nom de Ouest- factage. L'anglais South- 
American, N or th- American, est traduit, par nos publicistes : 
Sud-A méricain, Nord- A inéricain . 

Cette composition est également restreinte, et quoique la 
mode anglaise, l'imitation de la gentry soit toujours de bon 
goût, cependant cette formation de mots n'a pas pénétré, ne 
peut pénétrer dans la langue. Toute synthétique, elle est con- 
traire à l'esprit analytique du français moderne. 

Mais tournons-nous d'un autre côté et ne dédaignons pas 
de fixer notre attention sur un certain genre de phrases où, 
avec la meilleure volonté du monde, on ne saurait voir de la 
littérature : nous parlons de la littérature de prospectus et 
d'annonces. Un catalogue de marchands est utile à consulter, 
même pour un philologue ; le style des affiches, aux regards 
de la philologie, a sa valeur, tout comme l'idiome populaire et 
la langue des classiques. 

Or, en considérant la syntaxe de ces annonces, on est frappé 
d'un fait, c'est la facilité avec laquelle sont supprimées les 
prépositions marquant les rapports de dépendance. A, de, en 
ont à peu près totalement disparu d'un certain genre de phra- 



1. De mercanti, pluriel de l'italien mercante. 

2. Je tiens ce détail de M. Bauquier. 

3. Cf. Courrier de Vaugelas, 18T0, n° 15. 



— 158 — 

ses. Qu'on en juge par les suivantes, prises à des catalogues 
de magasins de nouveautés. 

« Costume en soie et laine, grande garniture effilé^ » c.-à-d. 
grande garniture en effilé. « Costume 'percale à volant, garni 
camaïeux, avec application broderie, » c.-à-d. costume en per- 
cale à volant, garni de camaïeux avec application en broderie. 
« Plissés cretonne grosses teintes avec dépassant ou broderies 
blanches, » c.-à-d. [jupons] plissés en cretonne à grosses teintes 
avec [bordure] dépassant ou broderies blanches. « Vêtement ca- 
chemire double, piqué, ouaté, capitonné soie, motifs passemen- 
terie, bordé fourrure, » c.-à-d. vêtement de [ou en) cachemire 
double, piqué, ouaté, capitonné de soie, avec motifs de passe- 
menterie, bordé de fourrure ^ Quelles phrases barbares, mons- 
trueuses! Et cependant, à la réflexion, on doit se dire que de 
pareilles ellipses, pour être possibles, ne doivent pas être 
contraires à l'esprit de la langue. 

Ces phrases de télégramme supporteraient-elles, par exem- 
ple, l'inversion? Les directeurs des magasins du Louvre s'avi- 
seraient-ils d'écrire : « Vêtement cachemire, passewen^ene mo- 
tifs, fourrure bordé? » Non, assurément. 

Et, de fait, ce qui choque surtout dans ces phrases, c'est l'ac- 
cumulation des ellipses. Chacune prise séparément est sup- 
portable : costume percale, jupon cretonne, n'ont rien qui 
étonne; cretonne grosses teintes n'est pas plus étrange que habit 
marron. Il faut donc en conclure que la suppression de la 
préposition n'est pas contraire à l'esprit du français ^ 



1. Deux lignes plus bas dans ce même catalogue des Magasins du Louvre, je 
lis : «Joli paletot, etc., entièrement bordé de fourrure. » Ici la préposition est 
présente. C'est que dans bordé fourrure, bordé et fourrure sont des sortes de 
thèmes représentant l'idée d'une façon absolue; ce ne sont pas des mots, des par- 
ties du discours. Mais dès que entièrement détermine bordé, celui-ci reprend sa 
valeur de participe; redevenu une forme grammaticale, il régit grammaticale- 
ment bordure, et le rapport grammatical de rection qu'indique la préposition de 
doit être exprimé. Exemple curieux, qui prouve combien sont instinctives les lois 
qui régissent la langue. Assurément l'employé qui a rédigé ces phrases n'avait 
pas la moindre idée du travail d'analyse qui préside à la formation de ces deux 
expressions. 

2. Nous ne parlons pas de la construction syntactique où un nom propre de per- 
sonne au génitif dépend d'un nom (pii le précède : rue Saint- Jacques, affaire Cle- 
menceau, fauteuil Voltaire, elc. Voirnotre Traité, etc., p. 50. Nous ne parlons pas 
non plus de la construction propre aux termes désignant des couleurs. Dans notre 
Traité (p. 122, note 3), nous distinguions trois cas : 1 . Nom commun d'objet coloré 
devenant nom de couleur : habit marron; 2. nom commun d'objet coloré déter- 
minant un nom de couleur : brun marron; 3. adjectif désignant une couleur ou 
un ton et déterminant un autre adjectif désignant une couleur : brun foncé. Ces 
distinctions sont plus apparentes que réelles. Dans les constructions piopres à ces 



— 159 — 

Voici une liste des composés qui ne peuvent s'expliquer que 
par l'ellipse d'une préposition : 

des abris-vent, c'est-à-dire 
des cartes-correspondayice, 
du carton-paille, 



le cas-sujet, 

le cas-régime, 

(/es c/a/Z'/'es-toxe (Littré, suppl. ) , 

des cravates-dentelle (Cat.mag. 

du Louvre), 
des fauteuils-médaillon (ibid.), 
r homme-canon, 
V homme-chandelle , 
de la laitue-chêne, 
la malle-poste, 
des livrets-police, 
des mandats-poste, 
des portraits-carte, 
(les premiers-Paris, 
des timbres-poste, 
des timbres-quittance, 
des trains-^oste, 



des abHs du, contre le vent, 
des cartespouT correspondance* . 
du carton de paille, fait avec 

de la paille, 
le cas du sujet, 
le cas du régime, 
des chiffres de taxe, 
des cravates de dentelle. 

des fauteuils à, avec médaillon, 
l'homme au canon *. 
VhoTume à la chandelle^, 
de la laitue à [feuille de) chêne, 
la malle de la poste, 
des livrets de la police, 
des mandats sur la poste *. 
des portraits sur carte 
premiers [articles] sur Paris. 
des timbres de ou pour la poste, 
des timbres de ou pour quittance, 
des trains de la poste. 



Ces composés sont de création récente. Ont-ils été précédés 
par quelques formes analogues qui leur aient servi de mo- 

sortes de noms, nous voyions le résultat de synecdoques; il y a en réalité pure- 
ment et simplement suppression de la préposition de. Soit l'expression étoffe 
marron ou étoffe brun marron; la phrase complète est étoffe de la couleur d'un 
brun de marron. Elle peut s'abréger en étoffe couleur d'un brun de marron, 
étoffe couleur brun de marron, étoffe brun de marron, étoffe brun marron. Si 
l'idée ne porte pas sur brun, on dira étoffe marron, c'est-à-dire étoffe de couleur 
m,arron, étoffe de la couleur du m,arron. Si, au lieu de caractériser la couleur 
brune en la comparant à celle du marron, on veut eu déterminer la nuance, on 
aura étoffe brun foncé, c'est-à-dire étoffe couleur brun foncé, étoffe de la 
couleur d'un brun foncé. 

1. Carte postale, dans la Suisse romande; voir p. 156. 

2. Vigneron, l'homme-canon, telle est l'affiche qu'on lisait naguère sur les 
murs de Paris. Ce Vigneron portait sur son épaule un canon chargé que l'on fai- 
sait partir. L'expression homme-canon ne i)eul s'analyser homme (/ui est un ca- 
non, mais homme à canon. Pour faire une apposition, il eût fallu dire l'homme- 
affût, c'est-à-dire l'homme qui sert d'ailùt, qui est unaiïûl. 

3. Nom donné par le Petit-Journal à un voleur qui, dans ses exploits, avait 
pour tout instrument une chandelle. Le compte rendu des débats a pour titre 
i' Homme-chandelle. {Petit-Journal du 2 oct. 1876). 

4. L'administration des postes dit toujours : mandai sur la poste; les commer- 
çants disent : mandat-poste. 



— 160 — 

dèle? Parmi les composés cités dans notre Traité à la page 136, 
on peut rappeler appui-main, appui-cot et palfer qui sont an- 
ciens. Suffisent-ils à expliquer la formation nouvelle? nous 
ne le pensons pas. Il faut y voir une extension de l'apposi- 
tion. 

Nous avons remarqué ailleurs * que dans certains composés 
qui paraissent présenter une apposition le rapport des deux 
termes n'est pas si clair qu'on n'y puisse voir un rapport de 
subordination plutôt que de coordination. Un café-concert 
est-il un café qui est un concert ou un café à concert? Un ro- 
man-feuilleton est-il un roman qui est en même temps un 
feuilleton ou un roman de feuilleton? A la faveur de ces for- 
mes obscures, indécises, d'autres composés prennent le cadre 
de l'apposition sans y avoir droit; car les deux termes n'y sont 
plus sur un pied d'égalité, mais le premier régit le second. 
Cette composition par apposition est si féconde et si riche, que 
dans la foule des composés qu'elle embrasse des intrus arri- 
vent à prendre place, et à élargir encore ses cadres. On dit 
fauteuils-crapauds : pourquoi se refuser fauteuils-niédaillon? 
On dit broderie-dentelle : pourquoi ne dira-t-on pas cravate- 
dentelle ? Carton-pierre (dur comme la pierre) amène fatalement 
carton-paille (fait de paille) ; timbre-cachet amène timbre-poste. 
La forme emporte le fond *, 

Dans notre Traité de la formation des mots composés, nous 
émettions l'hypothèse, téméraire en apparence, que la com- 
position de dépendance pourrait prendre racine dans notre 
langue. Un examen plus approfondi des faits nous convainc 
que cette hypothèse est depuis longtemps en voie de se réa- 
liser. La langue s'enrichit d'une formation nouvelle que lui 
imposent les nécessités du commerce et de l'industrie. Ceux-ci 
ont besoin d'expressions courtes, dégagées autant que pos- 
sible de prépositions gênantes et le plus souvent inutiles. 
Ils trouvent l'apposition qui leur fournit un cadre tout pré- 
paré, et se l'approprient au point de la transformer. 



1. Traité, etc., p. 138. 

2. Le cadre de l'apposition est trouvé si commode qu'on y fait entrer des com- 
posés qui n'ont même rien à démôler avec les composés de dépendance. Dans les 
expressions suivantes: la gare de Paris-Ceinture, la ligne de Paris-Strasbourg, 
Vomnibus de Bastille-Madeleine, l'Alsace-Lorraine, étoffe coton-laine, point-vir- 
gule, ï tréma, c cédille,\&?, deux termes sont unis logiquement par la conjonction 
et. La rapidité du langage la supprime d'autant plus volontiers que la suppression 
a pour résultat une expression de forme connue, familière. 



— 161 — 

Toutefois ne nous y trompons pas : cette composition de 
dépendance a ses limites indiquées par la nature même de 
l'apposition ; celle-ci réunit presque toujours des éléments con- 
crets, la composition de dépendance ne peut non plus porter 
que sur des éléments matériels: « livret-poVice , mandat- 
poste, crtW^-correspondance, /m6re-quittance, etc. « Nous n'ar- 
riverons pas à dire le pays-ancêtres pour traduire Vaterland. 
Mais encore, maintenue dans ces limites, la composition do 
dépendance peut rendre de grands services à la termino- 
logie des arts, de l'industrie, du commerce, de l'adminis- 
tration; et il faut y voir un heureux enrichissement de la 
langue\ 

§ 3. Composition avpc l'impératif. 

Il nous reste ;\ considérer un procédé de composition qui 
est également d'une fécondité remarquable: c'est le procédé 
auquel on doit les composés tels que porte-feuille , serre-pa- 
piers. Nous avons démontré ailleurs que dans ces sortes de 
mots le verbe était primitivement à la seconde personne de 
l'impératif {porte-feuille = va, porte les feuilles) ; que la res- 
semblance, dans la plupart de ces composés, de l'impératif 
avec la troisième personne de l'indicatif présent, a amené à y 
voir ce dernier temps {porte-feuiWe — ce qui porte les feuilles^ ; 
que cette erreur, due à la confusion des formes grammatica- 
les, a été aidée par une fausse, mais inévitable, analyse logi- 
que de ces composés ; que de nos jours, quand l'on crée de 
nouveaux composés par voie d'analogie [porte-monnaie^ 
serre-papiers, etc.), on y met d'instinct l'indicatif présent, et 
non l'impératif, mais que le plus souvent les formations non 
analogiques contiennent l'impératif (un décroche-moi ça, un 
venez-y voir) ^. 

1. Oii voit par notre analyse que rinlluence ani^Iaisc sur ce nouveau développe- 
ment de la composition de dépendance est nulle. Aucun des mots cités, pas même 
malle-poste, ei liinbre-pusle, n'est imité de l'anglais; un seul est allemand, et celui-là 
intervertit Tordre des termes suivi par l'allemand, carlc-correspondance; co 
qui montre combien ce développement est spontané, original. 11 avait son germe 
dans certaines tendances de la langue ; ce germe a grandi et poussé quand le 
milieu est devenu favorable. 

2. Voir notre Traité, p. 147-177. M. A. Boucberie, dans la récension qu'il fait 
de cet ouvrage {Revue des langues romanes, 1876, novembre, p. 267 et suiv.), 
combat cette tbéorie, et en propose une autre d'après laquelle l'impéralif caciie im 
thème verbal. Le thème ne doit pas être considéré dans son isolement, mais dans 
ses rapports de syntaxe ou de composition avec d'autres mots. Trouble, thème du 
vi'iU- trniiltler. peut, selon les parties du discours auxquelles il est assnrii'. di'\p- 

11 



— 162 — 

Nous avons montré également que cette composition 
Temonte aux premiers temps de la langue et n'est pas, comme 
quelques-uns l'ont cru, d'origine germanique; qu'elle a fourni 
ti la littérature et à l'onomastique du moyen âge un nombre 

nir tour à tour substantif (le trouble), a.àjeclU (de l'eau trouble), verbe [un trou- 
ble- fête). I,e thème verbal est une sorte de participe présent dépouillé de sa ter- 
minaison et pouvant comme lui, selon l'occurrence et le voisinage, rester verbe, 
devenir nom ou adjectif. Dans nos composés ce terme doit se présenter naturelle- 
mont sous une forme aussi courte que possible, mais rester telle, qu'on sache dès 
labord si elle appartient à la première conjugaison ou à une autre. Or il se trouve 
que c'est l'impératif, T personne du singulier, qui satisfasse à cette condition. 
Mais cet impératrf n'a que la forme et non la fonction de l'impératif; c'est nn 
thème déguisé sous l'impératif. 

Ce thème, du moment qu'il entre en composition avec des mots ayant une si- 
gnification propre, comme dans nos composes, reprend au contact de ces com- 
pléments sa valeur verbale, et est capable d'avoir un sujet [broute-biquet), un 
complément direct [essuie-7naîn) , circonstanciel [trotte-menu), tandis que, com- 
biné avec des suffixes, sans signification précise, le thème reste réduit à sa f lus 
sèche expression [funda-menlum, fonde -ment). 

Telle e-.t l'ingénieuse théorie que M. Boucherie oppose à la nôtre. Mais, sans 
parler des difficultés qu'en présente l'application à l'espagnol, difficultés dpre 
M. Boucherie ciierchc à tourner sans grand succès, elle repose sur un principe 
certainement erroné. Il est inexact de dire que le thème préexiste aux parties du 
discours qui le renferment. Il n'a pas existé, par exemple, de thème gard ou 
garde, d'où seraient sortis garder, garde, gardeur, gardien. Mais de garder ont 
été tirés successivement gardeur, garde, gardien, et ce n'est qu'après coup que 
la comparaison des divers membres de la famille amène à concevoir, par abstrac- 
tion, l'idée générale de thème. Le thème n'est pas le principe premier d'où dé- 
roulent les mots, c'est la généralisation vers laquelle ils convergent, il ne faut 
point porter dans l'étude du langage les doctrines métaphysiques qui placent, à 
l'origine, des concepts abstraits, sources de toutes réalités. Le langage part des 
idées concrètes, et marche graduellement, d'analogies en analogies, à la conquête 
(les idées générales. 

Dans le cas particulier, on ne peut comprendre que le thème, au contact de cer- 
tains mots, devienne tour à tour nom, adjectif, verbe. Parce qu'il se trouve suivi 
d'un complément dans trouble-fcle, il redeviendra verbe? Mais fête ne peut être 
complément qu'autant que trouble est déjà verbe; car qu'est-ce que le coniplé- 
riie-it d'un thème? autrement on tombe dans un cercle vicieux : fêle, complément 
du thème trouble, le change ert verbe, et trouble, devenu verbe, régit fête. Vou- 
loir analyser directement ces formes, sans en remonter le développement histo- 
rique, c'est aller volonlaireinent au-devant de l'erreur. En fait, les composés au- 
jourd'hui usuels, créés par l'analogie, sert-c-lête, pr case-papiers, etc., ont été 
formes sur le modèle A'épitkètes du moyen âge, qui, appliquées aux hommes, 
devenaient généralement des noms propres ou des sobrifiuets , et appliquées 
aux objets , sont devenues des noms communs. Or, la formation- de ces épi- 
Ihètes s'explique historiquement el logiquement par l'impératif, et comme la 
forme grammaticale primitive est incontestablement l'impératif, qu'ainsi la signi- 
fication de l'impératif concorde avec la forme, nous ne voyons aucune raison d'a- 
bandonner la théorie que nous avons exposée. — Aux exemples de l'impératif 
cités dans notre Traité, nous pourrions en ajouter d'autres, recueillis depuis : 
nous nous contenterons des suivants : ïlaimericus Fac-Malum (Marchangy, 
Chartes angevines, avril 1077, Bibliothèque de l'École des chartes, 187.'), p. 406); 
Silvcster 'Pela viciuum (ibid., 1094, p.41.V); Gisleberto Gardarobam (ibid., 1146, 
p. 434); (}u'cst-(ce), vau denier? fSae alez-vons querant? (I)oon de Mnyeiice, 
v. 81). 



— 163 — 

considérable de noms propres pittoresques et expressifs, et 
un certain nombre de noms communs ; que la Pléiade a essayé, 
non sans succès, de créer dans cette voie des épitiiètes poéti- 
ques à la manière des épithètes homériques, et que, depuis la 
fin du seizième siècle, elle a été abandonnée par la littérature 
comme trop vulgaire et trop familière. 

Nous allons voir maintenant le sort qui lui est fait dans la 
langue contemporaine. 

Disons tout d'abord que l'industrie et le commerce y trou- 
vent une mine inépuisable de dénominations simples, nettes 
et commodes pour les mille inventions, les mille objets nou- 
veaux qu'ils mettent incessamment en circulation. On en peut 
juger par la liste suivante, tout incomplète qu'elle est : 

bourrelets) abat-bruit, froid et poussière (propectus d'un 
fabricant de bourrelets, plinthes, etc., 1874). 

aide-w,émoire (Règlement de l'Exposition universelle de 
1867). 

borde-plats, bouche-bouteilles {cité par SchoUe, Prograrmne, 
p. 13)) brise-lames, brise-glace. 

brûle-parfums : « Des aspirateurs, des inhalateurs, des 
brûle-parfums. 55 (Daudet, Jack, III, § 2). 

brûle-tout (chandelier) (Descript. des brevets, 1822; A, 
XIV, 354). 

cache-ne^, cache-peigne, cache-pot (Bottin, 1875, p. 759), 

chasse^pierre (Gousy de Fageolles, Dict. des chem. de fer). 

[papier) chasse-punaises (Bottin, p. 1263). 

chasse-navette (1829 ; A, xxvi, 273). 

chasse-neige [SchoWe, Programme, p. 14). 

[cheminées) cliau/fe-assiettes (1849; B, xv, 12). 

(livres) classe-feuilles (Bottin, p. 836). 

classe-vak'urs , pour maisons de banque, etc. (Bottin, 
p. 836). 

compte-gouttes (Littré, supplém.). 

coupe-cigares (Bottin, p. 1318). 

coupe-file, permission du préfet de police, médaille de 
sénateur, de député, etc , qui autorise à passer avec sa voi- 
ture avant toutes celles qui sont obligées de prendre la file 
pour se rendre à une réception officielle. 

coupe-mariage (dans une filature) (1845 ; B, iv, 211). 

couvre-bouclwns (1837 ; A, xlvii, 305). 

enfile-aiguille (1850; B, xvii, 309). 



— 164 — 

étire-camhre-lige (18i±5; B, iv, 59). 
ferme-persiennes (1846; B, x, 110). 
ferme-portes (Bottin, p. 1000). 

« instrument portatif dit fixe-longe^ avec son billot, pour 
attacher les chevaux, etc. » (1823; A, xxvi, 14). 
fixe-serviette (Bottin, p. 1003). 
« machine dM^^ force-lumière. » (1805 ; A, m, 232). 
« fabrique à Vienne de pipes et fume-cigares^ etc. » (Bot- 
tin, p. 1318). 

garde-frein (Cousy de Fageolles, Dict. des chem. de fer). 
« instrument propre à réunir tous les papiers qui par 
leur petite dimension peuvent s'égarer, dit garde-notes. » 
(1810; A, VI, 129). 

guide-baguettes pour les métiers muU-jenny (1845; B, 
V, 152). 

guide-pied pour la mesure (musique) (1845; B, m, 203). 
« machine hache-paille et concasseuse de grains. » 
(1839; A, un, 216). 

hache-viande (Bottin, p. 1055). 

man^e-at'omc mécanique , 'man(/e-/'om mécanique (1838; 
A, XLiii, 10). 

monte-charges^ -plats (Bottin, 1053, 1219). 
monte-ressorts (d'armes à feu) (1826; A, xxxviii, 218). 
paracrotte, parafeu, parafoudre, paraglace, paragrêle *. 
pèle-légumes (1850; A, xvii, 264). 

pèse-lettres, -nitre (Scholle, Programme, p. 16, Littré , 
supplém.). 

pique-feu (pour attiser le feu d'une chaudière de loco- 
motive, d'un poêle, etc.). 

porte-allumettes (Bottin, p. 13361. 



]. Dans notre Traité de la formation des mots composes, nous avions adopté 
l'explication de M. Littré, qui décompose ces mots en pare, à, et feu, glace, etc. 
Feu M. Meunier (Les composés qui contiennent un verbe à un mode personnel. 
p. 220) a démontré que ces mots sont faits sur le modèle Ac parasol qui est lui- 
même d'origine espafi^nole parasol t=- parasol, arrête-soleil. Parasol a amené 
parapluie et paratonnerre et, de nos jours, tous les composés cités dans le texte. 
Il faut accepter cette démonstration, en la combinant toutefois avec celle de 
M. Littré. « Parasol, mot parfaitement compi-éiiensible, môme pour qui ignore 
l'espagnol, dit M. Meunier .., a, vu la clarté de son sens, inilué directement sur la 
formation de parapluie, etc. » Observation juste. Seulement, pour influer sur la 
lormalion des mots analogues, le mot a dû être décomposé en éléments français; 
on a dû y voir pare à sol, pare à pluie. La préposition à n'existe pas dans le com- 
posé primitif, mais il a été mis dans les composés français par l'interprétation 
populaire. 



— 165 — 

purlc-ainartt's ^Scholle, Prograinine^ p. 16). 

porle-amorces [\%^% ] A, lui, 2071. 

porte-honheiir (l)iacclel), porte-bouquets^ -bouteilles^ -cha- 
peaux (Bottin, p. 759, 1336, 1338). 

porte-cartes : « Tirant de sa poche un mignon porte-cartes 
en ivoire, parfumé comme un sachet, » (Daudet, .Jack, 

I, Si)- 

porte-charge (cartouches) (1839; A, xxix, 371). 

porte- feuilles^ -liniliers^ -'monnaie, -nmut, -mousqueton ^ 
-plumes, -voix ^ Bottin, p. 1336, 1338, 1338, 1339j 1339, 643 et 
1339). 

« Voiture destinée à transporter le bois à domicile, dite 
\oiture porte-mesure. » (1836; A, xxxiii, 63). 

presse-papiers (1851; B, xx, 178), 

serre-bois : « Il allait habiter désormais une espèce de 
serre-bois, ouvert dans le mur de l'escalier, » (Daudet, Jack, 
111,8 5). 

serre-bras (Bottin, p, 683 et 1321). 

serre-rails (Gousy de I^ageolles, Dict. des chem. de fer). 

signale-écueil ( 1 840 ; A, m , 151). 

taille-crayon (1828; A, xxvu, 81). 

« taille-plume ou instrument qui, d'un seul coup, donne 
à la plume, et quelle que soit sa force, la forme requise pour 
l'écriture, » (1828; A, xxvii, 179), 

tire-boutons (Bottin, p, 643). 

(ire-fonds : « pièce ou crochet de fer qui retient les mor- 
ceaux de bois dans les rails, » (Gousy de Fageolles), 

c\ei tourne-écrous (1835; A, xliii, 124], 

« construction d'une charrue double à oreilles chan- 
;:,^eantes, dite à tourne-oreille. » (1813; A, vu, 241). « Nouvelle 
charrue, dite charrue tourne-oreille. » (1834; A, xl, 50), 

papier lue-mouches (Bottin, p, 1273). 

tranche-montagnes (Littré) . 

« construction mécanique dite vat amont (sic), propre à 
faire remonter les bateaux par la force du courant, » (1826; 
A, xxxiii, 181). 

« espèce de tire-bouchon, dit vide-bouteille à gaz. » (1828 ; 
A, xxv, 365). 

vide-poches (Littré). 

La langue populaire ne néglige pas cette composition et 
lui fournit plus d'une expression pittoresque ou grossière. 



— 166 — 

un 0ouche-l7-uii, ce qui ne sert qu'à l'aire nombre; celui 
qui supplée un autre. Le mot est déjà dans l'Académie (1835). 

un cache-onisère, pardessus, manteau qu'on met par des- 
sus ses vêtements pour en cacher l'usure. 

un cloporte, c'est-à-dire dot-porte^ portier. 
. un décroche-moi ça, fripier, marchand d'habits d'occa- 
sion; boutique de fripier (voir L. Larchcy). 

un décrochez -moi ça, chapeau de femme d'occasion 
(L Larchey). « La belle toilette de madame Lorilleux, les ef- 
filés de madame Lerat, les jupes fripées de mademoiselle Re- 
manjou, mêlaient les modes, traînaient à la file les décrochez- 
moi ça du luxe des pauvres. » (E. Zola, V Assommoir, p. 92.) 

un fantahosse, calembour par à peu près sur fantassin, 
dont il est le synonyme : fends-ta-bosse. 

le sire de Fiche-ton-camp. 

un gratte-moi dans le dos, corset à baleine dans le dos. 

un 2n7icez-moi ça, nœud, au bas de la taille, dans le dos, 
avec de lon^s rubans qui tombent. 

un pousse-café, petit verre de cognac pris après le café : 
« Ensuite nous avons pris le café, le poMsse-ca/c, le repousse- 
café. » (L. Larchey.) 

un pousse-cailloux, fantassin. 

un suivez-moi, jeune Jiomme, « deux grands rubans 
flottants au-dessous des cols de manteaux de dames. ?> (L. 
Larchey.) 

un tire-jus, un tire-moelle, un mouchoir. 

un tord-boyaux, mauvaise eau-de-vie. 

un va-te-laver, volée de coups, tripotée : « Il regardait les 
gens, tout prêt à leur administrer un va-te-laver, s'ils s'étaient 
permis la moindre rigolade. » (E. Zola, V Assommoir, \>. 328) ^ 

Dans la httérature, les composés avec l'impératif sont moins 
nombreux que les composés par apposition. 

« Il paraîtra enfant, brise-raison, sans suite dans les 
idées. « (Balzac, Maison Nucingen, 1856, p. 9.) 

Brûle-maison, voir Littré, supplément. 

1. Happclons ici le mot populaire \di pol-bouillc àowi nous ne savons analy- 
ser les éléments, et le curieux composé suivant : cnlre-sort : « L'enlre-^orL. — 
On appelle ainsi, dans le monde des saltimbanques, le théâtre en toile ou en 
planche, voiture ou baraque, dans laquelle se tiennent les monstres, veaux ou 
hommes, brebis ou femmes : le mot est caractéristique. Le public monte, le phé- 
nomène se lève, bôle ou parle, mufrit ou râle. On entre, on sorl, voilà. » (J. Val- 
lès La Rue, VEnlre-aorl.) 



— 167 — 

« 11 y a loin de ces parents sévères aux yâLe-enf'aïUn d'au-* 
jourd'hui. » (Chateaubriand, Mémoires, I, 73). 

« Un pays de nieurt-de-soif {d'ivrognes) et de rôdeurs dQ 
nuit. » (J. Vallès, la Rue, les Fils du Régiment). 

..... Devant lui ces porte-brodequins 
Étaient comme le vers qui rampe. 

(Banville, Odes funamb., Occidentale douzième.) 

« Il croyait jusqu'aux promesses des arracheurs de dents 
et des porte-couronnes. » (Th. Gautier, les Jeune France, Daniel 
Jovard). 

Mer, dont la grande voix fait trembler sur les trônes, 
Ainsi que des fiévreux, tous les porte-couronnes. 

(Barbier, ïambes, la Cuve.) 

« Dire que j'ai retiré cinquante francs de ma pauvre caisse 
d'épargne pour les prêter à ce ruine-maison. » (Ch. de Ber-* 
nard, les Ailes d'Icare, II, 9). 

Les composés avec l'impératif forment le plus souvent do 
nos jours des substantifs. Ronsard, les employant comme ad- 
jectifs, sut avec art en tirer une source d'épithètes homé- 
riques. Du Bartas, ])ar l'abus ridicule qu'il en fit, déconsidéra 
ce genre de formation ; il est curieux que de nos jours l'école 
romantique, qui a repris tant de choses à la Pléiade, ait laissé, 
sans y toucher, cette composition qui ne méritait pas un tel 
oubli. Éminemment française, elle est tout à la fois familière 
et noble, et si les substantifs qu'elle fournit appartiennent à hi 
langue populaire, ses adjectifs ne sont pas indignes de la 
haute poésie, et sous la plume d'un habile poëte pourraient 
encore produire de beaux effets. 



DEUXIÈME PARTIE. 

FORMATION SAVANTE 

LATINE ET GRECQUE. 



1^ La formation savante a exercé sur la langue une action si 
profonde, qu'elle tend à la transformer, et risque de la défor- 
mer. 

La formation savante est double, latine etj^recque. La pre- 
mière date des origines de la langue; l'autre du seizième^ 
siècle : la première a modifié la langue commune ou écrite; la 
seconde commence à l'altérer. Nous étudions d'abord la for- 
mation latine, dont l'action est plus ancienne, plus pro- 
fonde. 



PREMIERE SECTION. 

FORiMATION LATINE. 



CHAPITRE XL 

VUES GÉNÉRALES SUR LA FORMATION LATINE. 

La formation savante latine a commencé dès l'origine môme 
de la langue. A l'époque où le latin populaire, après la chute 
de l'empire , se transformait librement dans la bourlio des 



— 170 — 

populations gallo-romanes, et développait graduellement les 
traits propres qui devaient caractériser le français, déjà des 
mots savants se glissaient dans la langue. L'influence de 
l'Église et de la liturgie latine, l'emploi des titres officiels, 
firent pénétrer dans le langage parlé quelques mots nou- 
veaux ; chapitle, epistle, apostle, ordne, diacne^ ténèbres ; duc, 
ducJieé, emperedor, title, etc. 

Quand la langue vulgaire, au neuvième et au dixième siècle, 
commença à s'écrire, les moines, qui seuls étaient capables 
de tenir une plume, firent entrer des mots latins dans les textes 
français qu'ils composaient. Ils se contentèrent de donneraux 
terminaisons latines la forme qu'elles affectaient dans l'idiome 
nouveau. 

Le premier poëme écrit dans notre littérature, la canti- 
lène de sainte Eulalie, texte qui date du dixième siècle, sur 
vingt-cinq vers renferme deux mots savants : élément, virgini- 
tet. Le poëme plus étendu de saint Léger (dixième siècle) en 
a naturellement beaucoup plus : hnmilitiet (vi, 6), eoraltat (viii, 
3), anaternaz (xxi, k) , persécutait (xxiii, 2), exercite (xxiii, 6), 
cruels^ (xxvi, 3), vitnperet (xxvii, 3), claritet (xxxiv, 3). 

Au onzième siècle, le poëme de saint Alexis en présente une 
vingtaine : nobilitet (m, 4), humilitet (vi, 1), fecunditet (vi, 2), 
régénérer (vi, 3), veritet (xiu, 5), servitor (xxxiv, 4), sacrarie 
(lix, 3), apostoties (lxi, 1, etc.), emperedor (lxii, 1, etc.), a flic- 
tions (lxxii, 3), hereditez (lxxxi, 1), felix (c, 5, etc.), adjutorie 
(ci, 4), pénitence (ex, 2), trinitet (ex, 4), miracles (cxii, 4), 
chandelabres (exvii, 1), memorie {? cxxv, 1), glorie (? cxxv, 4), 
verbe (cxxv, 5). 

La chanson de Roland , en proportion , en a beaucoup 
moins : aflictiun 3272, antiquitet 2'45, apostle 2255, etc., 
chérubin 2393, confusiun 3276, criminel 2456, defensiun 1887, 
discipline 1929, ocision (?3946), omnipotente 3599, ordres 3637, 
perditiun 3969, principal 3432, prophète 2255, sathanas 1268, 
sma^o^e 3662, ténèbres 1434. 

Les termes qui dominent appartiennent pour la plupart à 
la langue religieuse; voilà pourquoi le Roland, poëme guer- 
rier écrit par un trouvère, en contient relativement moins que 
l'Alexis et le Saint-Léger, poëmes dévots écrits sans doute par 
des moines. Au douzième et au treizième siècle, l'infiltration 



1. Si le mol était de formation populaire, il serait crueils, et n'assonerait pa? 
avec crever 



— 171 — 

conliïiue, lonte et mesurée; généralement, e'est dans les textes 
traduits du latin et qui traitent des sujets moraux ou religieux 
qu'ils pénètrent de préférence. Dans les cinq premiers Psaumes 
du Psautier d'Oxford (commencement du douzième siècle), on 
peut noter : pcslilcnce [i, 1), habltet [ii, 4), heredilet (8), disci- 
pline (12), multipliet (m, 1, etc.), tribulalion (iv, 1), vanitet (3), 
compunction (5), sacrifiez sacrifice (6), lelice (7), abominable 
(v, 7), multitudine (ibid.), misericordie (ibid.), veritet (7), cogi- 
taliun (12), impielez (ibixl.). Dès les premières lignes du Dior 
logiis anime conquerentis (douzième siècle) paraissent espérez^ 
misères, aversitez, réfugie, hurno, pieté, simplicUet, etc.; dans 
la première page des Dialogues de saint Grégoire, récemment 
publiés par M. Fœrster : seculeirs, negosces, secrelt, occupation^ 
diakenes, conteinplation, occasion, jjastorale, etc. 

Il est inutile de poursuivre cette revue. Disons seulement 
que jusqu'à la tin du treizième siècle la langue commune, 
celle des chansons de geste, des fabliaux, reste en somme à 
l'abri de l'invasion ; mais avec la fin du moyen âge, avec 
le quatorzième siècle, connnence pour notre idiome une ère 
nouvelle. En même temps qu'il abandonne les derniers restes 
de la syntaxe, de la construction du latin populaire, et marche 
vers une forme plus analytique, il reçoit des mots du latin 
scolastique et du latin classique, et commence décidément à 
rapprocher son lexique de celui du latin des livres. Dans Hu- 
gues Capet, dans Beaudouin de Sebourg paraissent des mots 
tels que regnation, reverationj co?idampnation, excusation^; 
dans Eustache Deschamps' continuans (p. i), prédécesseurs (4)^ 
possession prénommée (5), contraire, reedifiee, édifiée (id.), nas- 
cion (6), 7'emede (7), contingent (id.), contemptieuse (8), procé- 
der , excéder, opposition (id.), etc. 

C'est l'époque où Bersuire traduit Tite-Live et verse à 
pleines mains dans sa traduction, sous leur forme latine à 
peine déguisée, les termes de la politique et de l'administration 
romaine. Le lexique de notre langue perd dès lors peu à peu 
ses caractères originaux pour reprendre ceux du lexique latin. 

Il serait intéressant de suivre de près cet important mouve- 
ment littéraire, qui eut sur la langue une action si décisive, 
et de déterminer la part qu'y prirent l'éducation scolastique, 
l'étude du droit, et au quinzième siècle la renaissance latine. 
La fin de ce siècle voit briller dans tout son éclat l'école 

1. Voir 1^ préface de Hugues Capet, éd. La Grange, p. xxvj. 
"2. CÉuvres inédites d'E. Deschamps, éd. Tarbé. 



— 172 — 

des rhéloriquem-a , pour qui l'idéal est de parler lalin en 
français, et qui reconnaît pour maîtres les Meschinot, les 
Crétin, les André de la Vigne, les Le Maire de Belges. Voici 
comment Le Maire de Belges, le plus habile prosateur du 
temps, fait parler le jeune Paris Alexandre, priant d'amour 
la nymphe OEnone : « Tes yeux vairs et estincellans et ton 
beau corps proportionné oultre la forme commune, me font 
conjecturer de toy yniaginer que tu soyes paraventure icelle 
mesme déesse Venus transfigurée en habit de nymphe. Et me 
incitent par une ardeur plus que violante de dire que celui 
seroit bienheureux que tu vouldroies nommer ton servant en 
amours. Car se Juppiter le Boy des hommes et des dieux 
vouloit beatiffier ung corpz terrestre sans Yassumpter au 
supernel habitacle^ si ne le pourroit il mieulx faire qu'en le 
laissant user familièrement de ton regard et de ta souefve 
collocution, déesse, remplie de souveraine speciosité, qui 
as daigné tant abaisser ta haulteur ([ue de acquiescer à ma 
prière et faire icy si gracieux séjour avecques moi, ton humble 
serviteur. » Et après ce discours, l'auteur ajoute que Paris 
« tenoit ses yeulx inseparableinent (ichez en elle. Mais les 
pupilles errans et vagabondes en leur circonférence estince- 
loient de désir amoureux, comme font les rays du soleil 
inatatin réverbérez en la clere fontaine. Et son gentil cueur, 
altéré de chaleur véhémente, buvoit a grand z traictz la /ervenfe 
liqueur de cupidineux appétit^. » 

Nous sommes à l'époque où chaque auteur, à l'envi, des- 
pume la verbocinalion latiale ^. Le bon sens de quelques 
écrivains, G. Tory, Dolet, proteste contre les écumeurs de 
latin, et Babelais, après l'auteur du Champ- flenry, les ridi- 
culise à jamais dans son Eschollier limosin^. La Pléiade qui, 
par-dessus l'école de Marot, se rattache à certains égards à 
l'école de Jean Le Maire, apprit de celle-ci à transplanter la 
poétique ancienne dans la poésie contemporaine. Mais Ron- 
sard défendit toujours avec un soin jaloux l'intégrité de la 
langue maternelle. 11 engageait ses disciples à ne point écor- 
cher le latin, «comme nos devanciers qui ont trop sottement 



1. Les illuslralions des Gaules el singularités de Troye, Paris, 1513, in-4; li- 
vre I, chap. XXIV. 

2. G. Tory, Champ-lleury, début. 

3. Rabelais lui-môme tombe souvent à son insu dans le travers quil flagelle; 
.sa connaissance profonde des langues anciennes lui nuit, et plus d'une fois il 
lui arrive de pense** et d'écrire en latin. 



— 173 — 

tiré des Romains une infinité de vocables estrangers, veu 
qu'il y en avoit d'aussi bons dans notre propre langage*. » 
Et en effet, si on considère l'ensemble de ses œuvres, on est 
frappé du petit nombre de mots étrangers qu'il a admis dans 
ses poésies. La langue est pure et puisée à la bonne source 
française. Voici une page prise à la Franciade, toute remplie 
de souvenirs classiques, où l'imitation d'Homère et de Virgile 
éclate à chaque vers, et qui, à part les noms propres, ne con- 
tient pas un seul mot latin, hormis e^lotnac, qui depuis long- 
temps déjà était reçu dans la langue au sens actuel de cœur : 

Lors, en tirant de sa gaine yvoirine 
Un long couteau, le cache en la poitrine 
De la victime, et le cœur lui chercha. 
Dessus sa playe à terre elle broncha 
En trépignant ; le sang rouge il amasse 
Dedans le creux d'une profonde tasse, 
Puis le renverse en la fosse à trois fois, 
L'espée au poing, priant à haute voix 
La royne Hécate et toutes les familles 
Du noir Enfer, qui de la Nuict sont filles, 
Le froid abysme et l'ardent Phlegeton, 
Styx et Cocyt', Proserpine et Pluton, 
L'Horreur, la Peur, les Ombres, le Silence, 
Et le Chaos, qui fait sa demeurance 
Dessous la terre, en la profonde nuit. 
Voisin d'Érèbe, oîi le soleil ne luit. 

Il achevoit, quand un effroy lui serre 
Tout Yestomac : un tremblement de terre, 
Se crevassant par les champs, se fendit •, 
Un long aboy des mastins s'entendit 
Par le bocage, et Hyante est venue 
Comme un esprit affublé d'une nue. 

«Voici, disoit, la déesse venir. 
Je sens Ilecatc horrible me tenir ; 
Je tremble toute, et sa force puissante 
.Tout le cerveau me frappe et me tourmente. 
Tant plus je veux alenler son ardeur, 
Plus d'aiguillons elle me lance au cœur. 
Me transportant, si bien que je n'ay vaine 
Ny nerf sur moy, ny ame qui soit saine -, 
Car mon esprit, qui le démon reçoit. 
Rien que fureur et horreur ne conçoit. » 

Plus que devant une rage l'allume; 
Elle apparut plus grand que de coustume; 
De teste en pied le corps lui frissonnoit. 
Et rien d'humain sa langue ne sonnoit. {Chant IV.) 

1. Voir |jIus luiut. p. 6. 



— 174 — 

Cette langue franche, nette, éminemment française, est la 
langue des grands écrivains de la seconde moitié du seizième 
siècle. Du Bellay, Amyot, H.Estienne, E. Pasquier, d'Aubigné. 
Mais à côté et au dessous d'eux, les écrivains préfèrent recou- 
rir au latin, les uns par recherche et affectation, les autres 
par paresse. « La plupart d'entre nous, dit E. Pasquier, nour- 
ris dès notre jeunesse au grec et au latin, ayant quelque 
assurance de notre suffisance, si nous ne trouvons mot à 
point, faisons d'une parole bonne latine une très-mauvaise en 
françois, ne nous avisant pas que ceste pauvreté ne provient 
de la disette de nostre langage, ains de nous mesmes et de 
nostre paresse K » Les orateurs au style fleuri, à la période 
cicéronienne, Marion, Du Vair, Continuent l'introduction des 
latinismes. Avec la révolution opérée par Malherbe dans la 
poésie, par Balzac dans la prose, la phrase latine devient le 
type sur lequel se moule la phrase française. En vain, Vau- 
gelas interdit la création de mots nouveaux, c'est-à-dire l'em- 
prunt de mots latins, la formation latine continue sans relâche. 

L'étude de nos classiques, à cet égard, est curieuse et in- 
structive. Les écrivains de la seconde moitié du dix-septième 
siècle sont d'autant plus latins que les sujets qu'ils traitent 
sont nobles et solennels. La langue de Molière et de La Fon- 
taine est plus voisine de la langue du peuple, et par suite, 
dans une certaine mesure, plus française. 

Nous avons comparé les débuts du Tartufe, du Misanthrope 
e.ié'Athalie. Sur deux cent cinquante vers, nous avons relevé 
dans le Tartufe cinquante mots latins, dans le Misanthrope 
soixante-dix, dans Athalie cent-dix. La progression, on le voit, 
est caractéristique. Quand on passe des conversations de 
madame Pernelle aux dialogues de Philinte et d'Alceste, le 
ton s'élève; le nombre des mots savants également; et le 
maximum est donné par les scènes sublimes de Joas avec 
Abner et Jozabeth*. La langue de Boileau est aussi latine. 



1. Lettres, II, xii. 

2. Nous relevons ici les mois savaals des soixaulc premiers vers. Dans le Tar- 
tufe : édifiée, impertinente, discrète, exemple, ajuaternent, estime, sévère, 
maximes, critique, usurper, tyrànnique, zélé, obliger, total : treize. Dans le 
Misanthrope : profession, action, excuser, scandaliser, protestations, indiffé- 
rent, indigne, infâme, sincère, méttiode, affectent, mode, contorsions, frivo- 
les, inutiles, éloge, située, prostituée, régals, préférence, estimer, total : vingt et 
un. Dans Athalie : adorer, Eternel, antique, célébrer, sacrée, magnifiques, 
inondait, portiques, introduits, univers, consacraient, sacrifices, audace, té- 
nébreux, adorateurs, fitnl, visiter, mnslèrcs. blasphème, invoqué, funestes, 



— 175 — 

Voici un fragment descriptif que nous détachons de son 
épopée du Lutrin, pour le rapprocher du fragment épique de 
Ronsard cité plus haut : 

Entre ce$ vieux appuis dont Faffreuse grand'salle 
Soutient l'énorme poids de sa voûte infernale, 
Est «n pilier fameux, des plaideurs respecté, 
Et toujours des Normands à midi fréquenté. 
Là, sur des las poudreux de sacs cl; de pratique, 
Hurle tous les matins une Sibylle étique ; 
On l'appelle Chicane, et ce monstre odieux 
Jamais pour Véquité n'eut d'oreilles ni d'yeux. 
La Disette au teint blènie, et la triste Famine, 
Les Ciiagrins dévorants et Vinfàme lluine, 
Enfants infortunés de ses raffinements, 
Troublent l'air d'alentour de longs gémissements. 
Sans cesse feuilletant les lois et la coutume, 
Pour consumer autrui, le monstre se consume; 
Et dévorant maisons, palais, châteaux entiers, 
Rend pour des monceaux d'or de vains tas de papiers. 
Sous le coupable effort do sa noire insolettce, 
Thémis a vu cent fois chanceler sa balance. 
Incessamment il va de détour en détour; 
Gomme un hibou souvent il se dérobe au jour : 
Tantôt, les yeux en feu, c'est un lion superbe; 
Tanlôt, humble serpent, il se glisse sous l'herbe. 
En vain, pour le dompter, le plus juste des rois 
Fit régler le chaos des ténébreuses lois ; 
Ses griffes, vainement par Pussort raccourcies, 
Se rallongent déjà, toutes d'encre noircies; 
J]t ses ruses, perçant et digues et remparts. 
Par cent brèches déjà rentrent de toutes parts. 

{Ltdrin, chant V.) 

N'est-il pas piquant de voir que la muse de Boileau parle 
latin plus que celle de Ronsard? 

Au dix-huitième siècle, l'imitation latine grandit sous une 
nouvelle influence; je veux parler de cette tendance à 
l'abstraction qu'on voit poindre déjà dans la langue du 
dix-septième siècle, et qui, de nos jours, a pris une si funeste 
extension. Les noms concrets sont remplacés par les abstraits, 
les verbes par des noms d'action; de là ce nombre sans 
cesse grandissant de mots en ?7r, en ation^ empruntés ou 

respect, pressenlitnenl, juste, rare, tiare, religion, sédition, inérite, successeur, 
sacrilège, infâme, déserteur, persécuteur, mitre, lévite, ministère, importune, 
impiété, afjccte, insatiable, superbe, observais, vaste, édifice, supplice, sangui- 
naire, suncluaire, toUil : quaranle-liail. 



— 176 — 

imités du latin. Ainsi de plus en plus la langue perd ses ca- 
ractères propres pour prendre ceux de la langue mère. Nous 
avons montré précédemment et aurons encore l'occasion 
d'établir dans le cours de cette étude qu'une partie de la 
dérivation française a disparu pour faire place à la dériva- 
tion latine; été est tombé devant ité, aison devant ation, eur 
tombe devant ateur, able devant ible, ure devant ature^ ier 
devant aire ou iste, et devant ciile, é devant «i, etc. 

Cette langue nouvelle, qui s'apprend par les livres, ne se parle 
que dans une certaine classe, et reste étrangère au peuple, 
qui garde sa langue à peu près pure des formes latines. Ces 
grands mots en ation, en ité, en isntc, en ariat, il les entend 
sans les comprendre; ils frappent son oreille comme des mots 
d'une langue inconnue. Et comme le peuple ne répète que ce 
qu'il comprend, il les déforme d'après des principes régu- 
liers, d'après les lois de Y élymolog le populaire. 

Tantôt la signification du mot est changée. Dans la langue 
commune, ce mot, d'origine latine, a une acception latine; 
dans la langue populaire, il est quelquefois rattaché à un 
mot français ayant un autre sens, et c'est ce dernier sens que 
le peuple lui donne. Ainsi définition, où les gens du peuple 
voient un dérivé de finir, devient le synonyme de fin : « 11 n'y 
a pas de définition à ce travail. » Délibéré se dit pour délivré 
ou libéré. Tantôt le terme savant reçoit de la pensée popu- 
laire une signification toule nouvelle : \qs phénomènes de la 
nature se changent en phénomènes de saltimbanques. Méca- 
nique aboutit à m,écaniser qui devient — par quelle asso- 
ciation d'idées? — presque synonyme d'ennuyer'. Le plus 
souvent la forme du mot est altérée sous l'influence d'un au- 
tre mot avec lequel le premier a quelque affinité de sens et 
de son, ou même seulement de son. Le nitrate d'argent devient 
de la mitraille d'argent; le diabète se change en diablette, 
le laudanum en lait d'cmon; le carbonate de soude se déguise 
en carbonade et prend le genre qu'indique la terminaison fé- 
minine^ Si le suffixe ate se change en ade, iste passe à isse : 
il existe une chanson sur le Baptême du P'tit Ebénisse; «Rede- 
vient ique : le peuple ne connaît guère que la bronchique. 
La nomenclature scientifique reçoit ainsi un nouveau et 

1. « Les honnêtes gens comme vous sont rares ; il ne faut pas qu'on vienne les 
mécaniser sans raison. » (E. About, l' Infâme, V.) 

2. « Si le vin est si mauvais à Paris, c'est qu'on y met du bois qu'empeste (du 
bois de cumpt-che). » Phrase entendue dans la bouche d'une femme du peuple, à 
l'aris, en mars 1877. 



— 177 — 

étrange baptême, dont se rit la bourgeoisie lettrée; clic ne 
comprend pas que ces déformations populaires sont fatales, 
parce que l'idiome populaire est un organisme vivant qui ne 
peut accepter aucun élément étranger sans se l'assimiler. 

Quant à la langue commune, parlée par la classe lettrée ou 
demi-lettrée, elle s'est si bien pénétrée des éléments latins 
qu'ils sont devenus organiques. Nous allons voir comment 
une partie de la dérivation et de la composition latine est de- 
venue familière aux habitudes françaises. 

Tantôt la formation savante emprunte directement au latin 
des mots qu'elle habille d'une terminaison française (quelque- 
fois même elle s'en passe) ; tantôt elle dérive des mots nou- 
veaux de radicaux soit français, soit latins ; tantôt enfin elle 
combine des éléments latins ou français suivant les lois de la 
composition latine. Nous passons à l'étude de chacun de ces 
trois procédés *. 



CHAPITRE XII. 

EMPRUNTS FAITS AU LATIN. 

La langue contemporaine a fait de nombreux emprunts au 
latin : certains des mots empruntés ont un caractère litté- 
raire, les autres sont des termes scientifiques ou techniques; 
en voici des exemples : 

ablactation, ablaquéation. 

aborigène, proposé par Mercier, mot aujourd'hui entière- 
ment reçu; abrasion. 

abscons : « Les doctrines absconses de l'émanation. » (Mi- 
chelet, Bible de l'Humanitéj p. 301.) 



1. Avant d'aborder l'evamen des mots savants, «ne observation est indispensa- 
ble. Les mots savants j)énètrent dans la langue commune par les livres ; mais tel 
néologisme, risqué par un écrivain, peut demeurer longtemps inconnu, et n'en- 
trer que beaucoup plus lard dans l'usage. La date de l'apparition d'un mot savant 
dans un livre n'est donc point toujours celle de sa naissance J.-J. Rousseau dé- 
clare avoir créé invtsligalion; le mot se trouve déjà dans Montaigne; mais il est 
resté dans les Essais, oublié et perdu. Depuis Rousseau, il est entré dans la lan- 
gue courante; Rousseau en est donc le créateur. C'est ce que n'a pas toujours vu 
M. Littré dans son dictionnaire. Cf. Marty-Laveaux, De Vcnseignemanl de notre 
langue, p. 70; Bibliothèque de V Ecole iks Cfiartes, lO' année, p. 97. 

12 



— 178 — 

des addenda, adscrit (Littré, supplém.), un agenda, Valéa, 
un aquarium. 

administratif, mot qui date de la Révolution. Gattel ne le 
cite que dans la seconde édition (1813) de son Vocabulaire des 
mots introduits dans la langue depuis la Révolution. 

ascenseur (Littré, supplém.), assesseur. 

avicule (sorte de ballon, de navire aérien, Scholle, Pro- 
gra/mme, p. 13), avicelle (Id., ihid.) 

audition d'un morceau de musique (Mercier). 

balnéaire (Littré, supplém,.). 
• balnéatoire : « Appareils balnéatoires. » [Règlem. de VEx- 
pos. univ. de 1867.) 

belligérants. 

calvitie, proposé par Mercier, mot aujourd'hui reçu; ce 
mot a fait sortir de l'usage chauveté, qui était excellent. 

carcère : 

Un lion famélique et rugissant de joie 
Jaillit de la carcère et vient flairer la proie. 

(Cat. Mendès, Légendes et Contes, IV, le Lion.) 

cérulé:» Des oiseaux cérulés. » (Chateaubriand, Mémoires, 
t. II, p. 154.) 

les circufumsa, terme employé quelquefois pour exprimer 
ce qu'on désigne d'une façon plus intelligible parle mot fran- 
çais les milieux. 

clamer, proposé par Mercier : a cours aujourd'hui dans 
la petite presse. 

collabore r 

Que dire au jeune auteur qui, pour former son style. 
Voudra collaborer au quart d'un vaudeville? 

(Viennet, Épître à Boileau.) 

collaboration est déjà ancien : il arrive souvent que les 
verbes soient ainsi tirés après coup des substantifs qu'ils 
semblent avoir formés. Le mot qui suit en est encore un 
exemple. 

com/raémorer : « De curieux étrangers, séparés de l'unité 
de l'Église, assistaient en passant à la cérémonie [le Miserere 
à la chapelle Sixtine) et remplaçaient la communauté des fidè- 
les. Une double tristesse s'emparait du cœur. Rome chrétienne 
en commémorant l'agonie de Jésus-Christ avait l'air de célé- 
brer la sienne, de redire pour la nouvelle Jérusalem les pa- 



— 179 — 

rôles que Jérémie adressait à l'ancienne. C'est une belle chose 
que Rome pour tout oublier, mépriser tout et mourir.» (Cha- 
teaubriand, Mémoires, t. IX, p. kk) . Commémorer est nouveau, 
mais commémoration est ancien dans la langue. 

conceptadey conferve, termes d'histoire naturelle. 

conscription, conscrit; datent de la Révolution. 

critérium, ou critère. 

cruor, terme de physiologie. 

décime, de decimus : et par analogie centime, au lieu de 
centième ou centésime (comparez millésime). 

décortiquer, dédoler. 

délinéer, Chateaubriand a employé le participe passé 
dans ses Mémoires, t. II, p. 178. 

dépositeur, celui qui donne un dépôt à un autre. 

un desideratum, les desiderata de la science. 

destructible [destructihilis, ho-cidinct) . Destructible peut aussi 
avoir été tiré de indestructible. 

le Directoire, district, mots postérieurs à la Révolution. 

ébriété, mot qui se trouve déjà dans A. Paré, mais qui 
n'est entré dans l'usage que de nos jours. 

édicule : « L'entrée des tombeaux de l'ancien empire offre 
la figure d'édicules qui ne sont sans doute que des réductions 
de façades d'anciens temples. » (E. Renan, Revue des Deux 
Mondes, l" avril 1865, p. 675; dans Scholle, Archives de Her- 
rig, t. XLIl, p. 120.) 

élémosinaire : « Ecuelle élémosinaire. » (Th. Gautier, le Ca- 
pitaine Fracasse, XV). Le mot latin est eleemosynarius ; il fau- 
drait donc éléémosinaire. 

élucubrer, néologisme postérieur à élucubration. 

émigrant, émigré ; datent de la Révolution. 

esculent : « Les huiles douces... ne sont esculentes qu'au- 
tant qu'elles sont unies à d'autres substances. » (Brillât-Sava- 
rin, Physiologie du goût, l, 295). «L'analyse a découvert des 
parties esculentes dans des substances jusqu'ici réputées inu- 
tiles. » (Id., ibid., l, 142). 

évocateur de fantômes (Saint-René Taillandier, Revue des 
Deux Mondes, dans Scholle, Programme, p. 15). 

exacerber : « Le cerveau s'enflamme, la sensibilité s'exa- 
cerbe. » (Th. Gautier, Etude sur Baudelaire.) 

extemporanée (Littré, supplém.), extrade^' (ibid.). 
excitateur ; il existe aussi exciteur qui est la forme fran- 
çaise. 



— 180 — 

facule, fédération. 

festivité: « Une séance solennelle et une festivité de premier 
ordre. » (Brillât-Savarin, Physiologie du goût, II, viii.) 
flagrant : 

Et la guerre civile est aujourd'hui flagrante. 

(Barthélémy, Némésis, Lyon.) 

Ce flagrant, qui a la signification propre du latin, est distinct 
du flagrant usité dans l'expression flagrant délit. 

forficule, nom scientifique du pince-oreille; latin forficula, 
petits ciseaux. 

fragrance : « Les Floridiennes broyaient... des larmes de 
liquidambar et des racines de libanis qui imitaient la fragrance 
de l'angélique, du cédrat et de la vanille. » (Chateaubriand, 
Mémoires, t. II, p. 291). 

frigide est employé par Chateaubriand dans ses Mémoi- 
res, t. II, p. 79. Nous ne voyons pas ce que frigide dit de 
plus que froid. 

fulgurant: « Le premier poëte de notre époque a créé /mZ- 
^uran^. Ne pouvait-il s'en passer?» (Fr. ^fey, Remarques sur la 
langue française, t. I, p. 299). « Il était, pour parler son beau 
langage, ébouriffant, rutilant, fulgurant, et même truculent. » 
(Ch. de Bernard, les Ailes d'Icare, I, 112.) 

Elle jetait au vent sa tête fulgurante. 

(Th. de Banville, la Belle Véronique.) 

fulvide ; « La classification des blondes est infinie; il y a 
le blond fulvide légèrement rubellé à l'endroit où ce pro- 
duit corné sort de son bulbe, etc. « (Roqueplan, Parisine, 3" 
édit., p. 113.) 

gente: « H tomba; et depuis, lui, et d'après lui, sa gente, 
ont été marqués de ce signe. » (Michclet, Bible de V Humanitéj 
p. 73.) Mot incorrect. Il faut soit gens, soit gent. Michclet n'a 
pas voulu de gens qui a une acception spéciale dans l'histoire 
romaine, ni gent qui est familier ou archaïque; et il a préféré 
un barbarisme. 

gloria, petit verre d'eau-de-vie versé dans une demi-tasse 
de café noir; mot tout à fait poi)ulaire. « A la chaleur d'une 
demi-lasse de café bénie par un gloria quelconque. » (Balzac, 
dans L. Larchey). 

hilare, hilarant 



— 181 — 

hirsute :«. leur délivre... roide ai hirsute. » (Chateaubriand, 
Mémoires, t. III, p. 238). 

horripiler : « Il avait le malheur de bien écrire, ce qui a 
le don d'horripiler les sots de tous les pays. » (Th. Gautier, 
Étude sur Baudelaire). 

immarcescible : « De l'azur sans tache, de la lumière im- 
marcescib le. » ( Id . , ib id.). 

immémorable : « L'âge où la vie n'a point de souvenir et 
apparaît de loin comme un songe inmiémorable. » (Chateau- 
briand, Mémoires, t. III, p. 34.) 

immémoré : « Je jette un regard attendri sur ces livres 
qui renferment mes heures immérnorées. » (Id., ibid., p. 350). 

improbité: « Nous disons ])robité, propreté: pourquoi ne pas 
dire improbité, impropreté? »{Domergue, dans le Journal de la 
langue française, t. V, p. 334; année 1795). Improbité a été re- 
pris au latin ; impropreté n'a pas été reçu : « Les plus vertueux 
négociants vous disent de l'air le plus candide ce mot de Vim- 
probité la plus effrénée : « On se tire d'une mauvaise affaire 
comme on peut. » (Balzac, la Maison Nucingen). 

incrassant: « La fécule n'est pas moins incrassante quand 
elle est charroyée par les boissons. » (Brillât-Savarin, Physio- 
logie du goût, I, 100). 

incuriosité et incurieux sont proposés comme mots nou- 
veaux dans le Journal de la langue française, t. V (année 1787), 
p. 330. Seul incuriosité a été admis. 

inexpié : 

Leurs attentats bénis, heureux, inexpiés. 

(V. Hugo, Légende des siècles, I, le Satyre.) 

inéluctable, mot employé pour la première fois parC. Des- 
moulins, proposé par iMercier dans sa Néologie. Il conserve 
encore aujourd'hui un caractère marqué de néologisme. 

influent, mot d'un français douteux: il n'a été admis par 
l'Académie que dans la septième édition de son Dictionnaire 
(1835) ; il est fort reçu aujourd'hui. 

initiateur. 

ingestion : « L'ingestion, opération qui commence au mo- 
ment où les aliments arrivent à la bouche et finit ti celui où 
ils entrent dans l'œsophage. » (Brillât-Savarin, Physiologie du 
guùt, \, 80.) ce Les discussions politiques qui troublent égale- 
ment l'ingestion et la digestion. » (Id., ibid., I, 146.) 

innovateur, mot proposé par Mercier et aujourd'hui reçu. 



— 182 — ' 

hiMable a été proposé par La Harpe et Mercier. Ce mot 
était usité au sens qu'il a actuellement, durant le quinzième 
et le seizième siècle. Au dix-septième siècle il disparaît de la 
langue commune, et Vaugelas, dans ses Remarques^ constate 
que iilahle est usité, mais non instable. Conservé seulement 
dans la langue spéciale de la mécanique, il est rentré de nos 
jours dans l'usage général. 

l'Institut; le mot et la chose datent de la Révolution. 

insurrection; le mot n'est pas inconnu à quelques écri- 
vains latinisants du quinzième ou du seizième siècle ; notre 
époque a eu le triste privilège de le voir entrer définitivement 
dans la langue. 

lapilli (cendres volcaniques) ; c'est le pluriel de lapillus. 

législative, législature; datent de la Révolution. 

lénité {Littré,swpjo/éw.). 

lenticule^ nom scientifique de la lentille d'eau. 

majorer (Littré, SMjo/)^ém.). 

médium, terme du vocabulaire des spirites. 

mellifique, proposé par Mercier, objurgateur, oblivieux 
(Littré, supplém.). 

multiforme : 

Et la peur ridicule, 
Hideuse et multiforme autour de lui circule. 

(Beaudelaire, Fleurs du mal, ci). 

Cauchemar m,ultiforme. 

{Ibid,, eu.) 

obsidional: « Indépendamment de cette répugnance pour 
une nourriture obsidionale [la viande de cheval). » (N. Roque- 
plan, Parisine). 

occulter, proposé par Mercier, est employé dans la termi- 
nologie spéciale de l'astronomie. 

omnibus : voiture omnibus et absolument : un omnibus, 
ou, comme dit le peuple, en sous-entendant voiture, une om- 
nibus. 

plèbe. Mercier demande en 1801 que le terme méprisant de 
populace soit désormais remplacé par plèbe. Plèbe est en efTet 
eiitré dans l'usage, mais avec une signification qui n'est guère 
moins dédaigneuse que celle de populace. Il est curieux que 
plébéien n'ait pas cette acception défavorable. Comparez la 
plèbe et les plébéiens. 

pondérateur, pondéraux. • matières pondérBuses. 



— 183 — 

préliher: « Je laisse tout cela au successeur que j'ai planté 
en commençant ce chapitre, et me contente de préliber. » 
(Brillât- Savarin, Physiologie du goût, I, 103). 

prestigiateur, proposé par Mercier. On dit maintenant 
prestidigitateur, qui est moins bon. 

procrastiner, procrastination, mots proposés par Mercier, 
et qui s'introduisent actuellement dans la langue. 

processus, publicateur, pugnacité. 

radiance: « Tous ceux chez lesquels, en pareil cas, on 
n'aperçoit ni l'éclair du désir, ni la radiance de l'extase. » 
(Brillât-Savarin, Physiologie du goût, I, 70). 

radiation, au sens de action de rayer, date de la Révolu- 
tion ; au sens de action de rayonner (lat. radiatio), il est de 
formation contemporaine. 

reptation : « La reptation lente et circonspecte de nos tar- 
digrades. » (Michelet, la Mer, 2* édit., p. 132). 

rutilant, vapeurs rutilantes; au figuré, voir un exemple 
au mot fulgurant, 

sécession, mot qui date de la guerre civile du Nord et du 
Sud aux États-Unis (1861-1864). 

sélection, mot introduit de nos jours par l'école de Dar- 
win. On peut considérer ce mot et le précédent comme d'o- 
rigine anglaise. Toutefois la signification latine en est si 
visible qu'on les reconnaît aussitôt comme latins et qu'on 
les emploie comme tels, 

splénétique. M. Scholle [Programrime, p. 17) donne ce mot 
comme un néologisme employé par M. Montégut dans la Re- 
vue des Deux Mondes. 

squalide : 

Un squalide recors range sur l'établi 
Le code où la raison est vouée à l'oubli. 

(Barthélémy, Némésis, la Magistrature.) 

stranguler : « Claude avait été comme strangulé par une 
douleur atroce. » (J. Claretie, le Beau Solignac, 1876, t. I, 
p. 253.) Qu'est-ce que strangulé dit de plus que étranglé? 

stupéfaction et stupéfier paraissent, dans la langue com- 
mune, d'un emploi nouveau, 

suburbain^ mot proposé par Mercier; aujourd'hui usuel. 

suppéditer : « Les paysans, avaricieux d'argent, ne le sont 
pas de provisions qu'ils ont en leur huche et qui ne leurcoû- 



— 184 — 

tentrien, suppéditées par la bonne mère nature. » (Th. Gautier, 
Capitaine Fracasse, VII). 

sylvicole: « C'était une faute au point de vue sylvicole. » 
(Clavé, Rev. des Deux Mondes, V février 1865, p. 791, dans 
Scholle, Archives de Herrig, t. XXXIX, p. 435.) 

tricolore, date de la Révolution. 

trucider. M. Scholle [Archives de Herrig, t. XLIl, p. 129) 
cite ce mot comme un néologisme essayé par Th. Gautier [le 
Capitaine Fracasse, XV) . 

truculent, voir plus haut au mot fulgurant. 

turbo, terme d'histoire naturelle. 

turbulence, proposé par Mercier 

turpe : 

Est-il dit qu'au milieu de ces ignominies 
' Nous traînerons longtemps nos turpes agonies? 

(Barthélémy, Némésis, Aux soldats de la France. 
Sur leurs turpes secrets je veux porter le jour. 

(Barthélémy, Némésis, Apologie du centre.) 

ululation, dans Th. Gautier {le Capitaine Fracasse, iv). 
vertigineux, volvoce (Littré), vertex (terme d'anatomie). 



CHAPITRE XIII. 

DÉRIVATION LATINE. 

La dérivation latine a été reprise par la langue moderne 
presque sous toutes ses formes. Des suffixes que le latin po- 
pulaire avait abandonnés et qui, par suite, étaient restés 
étrangers au français, ont reparu dans notre langue pour y 
retrouver une nouvelle existence. Tels sont atoire, ique, isme, 
iste, etc. Les suffixes latins ont eu ou ont chez nous diverse 
fortune : les uns restent confinés dans un coin de la termino- 
logie scientifique et gardent leur caractère étranger : tel le 
suffixe ium servant à former des noms de métaux ou de mé- 
talloïdes : calcium, rubidium, etc. Les autres, grâce à un em- 
ploi plus étendu, à une signification plus générale, ont péné- 
tré plus profondément dans la langue; ainsi ation, iser, ité, 
atoire, if, etc. Parmi ceux-ci, on en voit qui s'ajoutent à des 



— 185 — 

thèmes français : central donne centraliser centralisation; rê- 
glementer donne réglementation; d'autres se fixent aux tlièmes 
latins : axilla donne axill-aire, genus génér-ique. Dans le pre- 
mier cas comme dans le second, le principe de formation est 
le même; iser et ation se combinent avec les radicaux latins 
(réels ou fictifs) ; mais ces radicaux ne se distinguent pas, 
sous leur forme latine, de la forme qu'ils affectent en français: 
centralisation aurait pu exister en latin sous la forme centra^ 
lisatio, ionis. 

Dans l'examen des suffixes que nous allons entreprendre, 
nous ne pouvons plus partir de la forme française, comme 
nous l'avons fait précédemment ; il faut remonter aux types 
latins, suffixes nominaux et verbaux. Nous suivons l'ordre de 
Diez, et nous divisons les suffixes nominaux en suffixes for- 
més de voyelles, suffixes formés de consonnes simples et de 
consonnes combinées. Nous faisons une classe à part pour les 
suffixes verbaux. 



§ 1. Suffixes nominaiMC formés de voyelles. 

EUS a pénétré au dix-septième siècle et au dix-huitième sous 
la forme ée : momentanée^ simultanée, etc. ; les adjectifs en ée 
n'avaient donc qu'une forme pour le masculin et le féminin ; 
on écrivait wn cétacée. De nos jours, l'e final, qui pouvait faire 
illusion sur le genre du mot, a été supprimé avec raison*. Les 
mots latins en eus, repris de nos jours, font été sous la forme 
é : extemporaneus extemporané, cssruleus cérulé^. Le suffixe 
eus n'a pas donné naissance à des dérivés nouveaux, parce 
que la dérivation savante l'a transformé en ianus ien^. 

EA, sous la forme du pluriel féminin ées, est employé dans 
la terminologie botanique. (Voir plus loin à aceus.) 

EUM, iEUM. Sur le modèle de muséum, on a créé par plaisan- 
terie croutéum, collection de croûtes ou de mauvais tableaux : 
« Bientôt la boutique, un moment changée en croutéum, 
passe au muséum. » (Balzac, cité par L. Larchey). 

lus n'a rien donné. 

1. Mais, avec celte absence de logique qui caractérise notre orthographe mo- 
derne, nous écrivons encore avec ée les mots caducée, cotisée, élysée, lycée, 
musée, etc. 

2. Voir plus haut, p. 178. , 

3. Voir plus bas, au suffixe anus, p. 193. 



— 186 — 

lA, qui est devenu ie dans la langue populaire, appartient 
également à la langue savante; toutefois le m latin se confond 
avec le ta grec, et les dérivés savants en ie doivent être pour 
la plupart rapportés au suffixe grec. 

lUM a eu un grand développement dans la terminologie 
chimique, où il sert à désigner les métaux. Il s'ajoute à des 
radicaux tirés de tous côtés : mots français, mots latins, mots 
grecs, noms communs, noms propres de personnes, de lieux, 
adjectif, etc. : aluminium, baryum, cadmium, cœsium, cal- 
cium, cérium, didymium, gallium, glucinium,, indiwn, iridium,, 
lithium,, m,agnésiwn, osm^imn, palladiu^n, potassium, rhodium, 
ruhidimn, ruthénium, sélénium, silicium, sodium, strontium, 
ihallium, thorium, uranium, vanadiù/m, zirconium^. 

DUS, qui se trouve dans arduus, assiduus, congruus, conti- 
nuus, exiguus, etc., n'a pas donné de formations nouvelles. 

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que ceux des 
suffixes précédents qui ont passé dans la langue savante ont 
dû prendre un accent qu'ils n'avaient pas en latin. On sait 
que les suffixes atones du latin ont disparu en roman, sauf 
un ou deux qui ont été sauvés par un déplacement d'accent : 
ta devenu îa; iolus devenu iôlus, etc. Les langues romanes 
n'ont gardé du latin que des suffixes syllahiques accentués*. 



§ 2. Suffixes nominaux formés de consonnes simples. 



ACUS. Ce suffixe est de même nature que le suffixe grec 
axôç, et dans un certain nombre de mots se confond avec lui 
{œgyptiacus = Aiyvmicx.-Abçy ^rwienmcMs='Appeviaxôç). Il se trouve 
dans un certain nombre d'adjectifs et de substantifs latins 
qui ont passé dans la langue savante : aphrodisiaque, cardia- 
que, élégiaque, maniaque; opaque; cloaque, thériaque, etc. Il n'a 
pas donné de dérivations nouvelles. 

iCUS, ÎCA n*a pas plus donné de mots nouveaux à la forma- 
tion savante qu'à la formation populaire. Quelques mots de 
la langue mère seulement ont passé dans la langue fille et y 

1. L'explication étymologique de ces noms nous entraînerait trop loin ; et d'ail- 
leurs elle ne rentre pas dans notre étude. Notons seulement, pour la curiosité du 
fait, le nom de gallium donné par M. Lecoq {gallus) à un métal qu'il a découvert 
en 1876. • 

2. Voir Diez, Grammaire, t. II, p. 2.55 de la traduction française. 



— 187 — 

sont restes stériles; tels sont : fourmi^ vessie, dans la forma- 
tion populaire; pudique dans la formation savante. 

ÏCUS, iCA. Ce suffixe qui, en sa qualité d'atone, devait dis- 
paraître de la langue populaire, a eu un riche développement 
dans la formation savante. Le nombre considérable d'adjectifs 
en ÏCUS, l'identité de forme que icus possède, grâce à une 
commune origine, avec le grec ub;, suffixe très-fécond dans la 
terminologie scientifique, ont donné à cette terminaison une 
consistance assez grande pour qu'on y ait vu le suffixe géné- 
ral de formation adjectivale. De là la quantité d'adjectifs en 
ique tirés, soit de mots latins, scyt de mots français reformés 
sur des types latins. ^ 

Voici des dérivés nouveaux : 

charivari^ charivarique : 

(Les uns) 
Trouvant que de nouveau je pèche et prévarique, 
Elèveront encor leur voix charivarique. 

(A. Pommier, Colifichets, I.) 

êden, édénique: «Une des villes d'eau les plus courues du 
Tyrol édénique. » (Lagenevais, Revue des Deux Mondes, dans 
Scholle, Programme, p. 14). 

faraday, faradique : « Lunettes faradiques contre l'affai- 
blissement de la vue. 3> (Prospectus d'un magasin d'instru- 
ments d'optique, etc.). 

féerie, féerique, voir Littré, supplém. 

hv/moriste, humoristique : « Écrivain humoristique. » 

Galvani, galvanique : « L'électricité galvanique. » 

jambon, jambonique : « Cet os jambonique, auquel pendait 
un lambeau de chair.» (Th. Gautier, Capitaine Fracasse, VU). 

orphéon, orphéonique. 

somnambule, somnambulique : « Sa préoccupation presque 
somnambulique était si rencontrée par les choses, qu'il se 
trouvait au milieu du monde sans voir le monde. » (Balzac, 
Sarrazine). 

Volta, voltaïque : « Le courant voltaïque. » 

Dans les dérivés qui précèdent, ique s'ajoute à un radical 
français : parfois il s'attache au type latin reconstitué. 

voyelle remonte à vocalis pour donner l'adjectif ^vocalicus, 
vocalique : « Le son vocalique de a. » 

consonne remonte à consonans pour donner l'adjectif 



— 188 — 

*conso7ianticus, consonantique : « Le son consonantique de ^^ 
dans bien. » 

Il est souvent difficile de distinguer si dans ique on a 
affaire au latin icus ou au grec vaoc. Peut-être que orphéonique, 
galvanique, voltaïque, doivent être rapportés à des types grecs. 
La question d'ailleurs est de peu d'imporlance, puisque le 
sufnxe grec, ayant passé en latin avec un certain nombre de 
mots, s'est confondu avec le suffixe latin. C'est ainsi que même 
les dérivés en -logique, -métrique, -graphique, de -logie, -iné- 
trie, -graphie, peuvent être rapportés à des types latins -lo- 
gicus, etc. Tels sont les mol» nouveaux : assyriologie, assy- 
riologique; égyptologie, égyptologiqwe^; climatologie, climatolo- 
gique ; sociologie, sociologique; hatliymétrie , hathymélrique ; 
dynamométrie, dynamométrique ; idéographie, idéographique ; 
photographie, photographique, etc. 

On a plutôt affaire au suffixe ly.hc, dans des dérivations telles 
q\iQ mythe, mythique; isobare, isobarique, ainsi que dans /an^as- 
matique que les écrivains romantiques ont substitué à fantas- 
tique. « Sous la lueur fantasmatique d'un ciel crépusculaire, 
s'élevait une énorme masse noire chargée d'aiguilles et de clo- 
chetons. » (V. Hugo, Notre-Dame de Paris). 

Fantasmatique est tiré du pluriel neutre cpavTâa[ji.aTot, d'après 
l'analogie de aromatique, dogmatique, diplomatique, diaphrag- 
matique, emblématique {^problématique), empyreumatique, énig- 
matique, épigrammatique, mathématique, numismatique, phleg- 
matique, pneumatique, ^wagmatique, prismatique, spasmatique, 
spermatique, stygmatique, symptomatique, traumatique, zygo- 
matique, etc. 

Ces derniers mots semblent faire revivre un suffixe atique, 
analogue au suffixe latin aticus (français âge) : mais ce n'est 
qu'une apparence ; il n'y a aucun rapport réel entre les deux 
suffixes. 

Ique a reçu un emploi spécial dans la nomenclature chi-r 
mique'. 

ACEUS : arenaceus, capillaceus, farinaceus, foliaceus, gal- 
linaceus, lippaceus, vinaceus. Ce suffixe a été repris par la 
langue scientifique sous la forme acé (plus anciennement acée 
dans certains mots^) : amantacé, crustacé, fromentacé, etc. 

1. Voir plus bas, p. 236. 

2. Voir plus haut, p. 185. 



— 189 — 

11 a fait fortune dans la nomenclature botanique, et, employé 
au féminin pluriel, il sert en général à former des noms de 
famille de plantes : c'est de beaucoup le plus usité des suffixes 
destinés à cette fonction. Ainsi, dans la classification de Gan- 
dolie, sur cmquante-dx familles qui composent la classe des 
Ihalamiflores (phanérogames dicotylédones), trente deux sont 
formées à l'aide du suffixe acées ; ce sont les renonculacées, 
les dilliniacées, les magnoliacées, les aniomacées, les ménisper- 
macées, les berbéridacées, les nymphœacées, les papavéracées, 
les fumariacées, les résédacées, les flacourtiacées, les bixacées, 
les violacées, les droséracées, les trémandracées, les frankinia- 
cées, les linacées, les nialvacées, les bombacées, les bythnéria- 
cées, les tiliacées, les chlénacées, les ternstrœmiacées, les auran- 
liacées, les margraviacées, les hippocratiacées, les malpighiacées, 
les salpindacées, les niéliacées, les géraniacées, les rutacées, les 
ochnacées. On trouve aussi ées employé concurremment avec 
acées, quoique plus rarement; on dit aussi bien les berbéri- 
dées que les berbéridacées, les lùiees que les linacées, etc. 

Remarquons que les formes latines de ces noms en acees ne 
sont pas acec'c comme on s'y devrait attendre, mais acse*. 



D. 

AS ADIS, EIS EIDIS. Des imitateurs d'Homère et de Virgile, 
qui n'ont réussi bien souvent qu'à imiter des titres, ont donné 
à la littérature la Franciade, la Henriade, la Pétréide, etc. 
En 1792, paraissait «au bureau des sabats Jacobites la Jaco- 
binéide, poëme héroï-comi-civique, par l'auteur de la chro- 
nique du manège, de sabats Jacobites. « Le fécond Barthélémy 
a écrit une Peyronéide contre le ministère Peyronnet, une 
ViUéliade contre le ministère de Villèle, une Dupinade (1831) 
contre le président Dupin. Nous avons vu des Napoléonides, 
des Philippides. 

On a créé de nos jours le mot Achilléide pour désigner l'en- 
semble des poëmes dont Achille est le héros, et le mot Rollan- 
déide, pour désigner l'ensemble des chansons de geste qui 
célèbrent les exploits du neveu légendaire de Charlemagne. 

IDAE, qui sert à former des patronymiques Atrides, Pélo- 

1. Du moins chez certains botanistes. Voir, par exemple, la Table de i'Encyclo* 
pédie d'histoire naturelle du D' Chenu. 



— 190 — 

jjides, Iléradides, etc., n'a pas, à notre connaissance, fourni de 
nouveaux rejetons. 

T-UDO, T-UDINEM. Diez, prenant pour caractéristique de ce 
suffixe la terminaison i-n-em, le place sous la lettre N; la 
formation populaire part en effet de l'accusatif; mais c'est 
du nominatif que part la formation savante; -tude vient de 
-tudo et non de -tudinem. En général, la formation savante 
part du nominatif latin et non de l'accusatif; et même dans 
les mots qui affectent la terminaison de l'accusatif, les noms 
en -tion, par exemple, les lettrés qui les empruntent au latin 
ne voient pas l'accusatif -fionem, mais le nominatif -^«o ; s'ils 
ne leur conservent pas la forme tio, c'est que cette dernière 
est contraire à l'analogie de la langue. 

Tudo passe en français sous la forme tude : de là ampli- 
tude, aptitude, certitude, gratitude, habitude, lassitude, latitude, 
lippitude, longitude, rectitude, solitude, sollicitude, turpi- 
tude, etc. Sur le modèle de ces mots pris au latin, à di- 
verses époques, on a créé plénitude au quatorzième siècle, 
décrépitude au quinzième siècle, exactitude au dix-septième 
siècle, mot contre lequel Vaugelas protestait vainement; plati- 
tude au dix-huitième siècle. 

De nos jours, on a essayé d'introduire vastitude : «ihavasti- 
tude de l'Amérique, » dit Chateaubriand dans ses Mémoires 
(t. II, p. 206). L'ancienne langue disait vasieté, qui valait 
mieux : vasteté est de formation française, vastitude est latin. 



ALIS affecte dans la dérivation savante les mêmes formes 
at et el que dans la dérivation populaire. La dérivation 
savante se reconnaît à ce trait que les radicaux des dérivés 
doivent avoir la forme latine. 

Voici des exemples de formations nouvelles. 

AL : caudal, latitudinal (Ch. Martins, dans SchoUe, Pro- 
gramme, p. 15), lilial: « ton teint lilial » (A* Sylvestre, la Gloire 
du Souvenir, II), pictural, piscatorial (Littré, supplém.). 

vestimental : « Se montrer élégamment tenu suivant les 
lois vestimentales qui régissent huit heures, midi, quatre 
heures cl le soir. « (Balzac, la Maison Nucingen, édit. de 
1856, p. 27^). 

] . Citons ici les noms des mois du printemps dans le calendrier révolutionnaire 



— 191 — 

EL : accrémentitiel. 

casuel : « Un sentiment de profonde horreur pour l'hom- 
me saisissait le cœur, quand une fatale attention vous dévoi- 
lait les marques imprimées par la décrépitude sur cette 
casuelle machine. » (Balzac, Sarrazinë], 

circonstanciel^ proposé par Mercier (1801) et Richard 
(1845). 

concordantiel, concurrentiel [hiiÏTé, supplém.). 

gustuel : « l'appareil gustuel » (Brillât-Savarin, Physiolo- 
gie du goût, I, 14). 

interférentiel (Littré, supplém.), intersticiel, matriciel 
(Littré, supplém.), présidentiel ; protubéranciel, mot qui date de 
la découverte, dans l'atmosphère du soleil, de protubérances 
gazeuses ; sensoriel, sériel. 

OLUS, OLA, OLUM. Nous avons déjà" parlé de ce suffixe', 
qui se trouve dans areola, gloriola, faseolus, foliolum, etc. 
Les mots en olus, ola, olum, ont été repris à diverses époques 
[gloriole est dû à l'abbé de Saint-Pierre). Ils ont servi à des forma- 
tions analogiques: astériole[*asteriola de asteria),éludiole{*stu- 
diola de studiurn; mot mal fait; il faudrait étudole ou studiole), 
herniole [*herniola de hernia^, luciole {*luciola de lux; italien, 
luciola) ; rabiole (de rave; * rapiola dérapa; mot de forma- 
tion bizarre ; à moins qu'il ne soit d'orig;ine étrangère). Nous 
n'avons pas à signaler de formations nouvelles. 



composé par Fabre d'Églantine : germinal, floréal, prairial. Les deux premiers 
remontent à des types latins (germinalis, (lorealis) ; le troisième est de formation 
française : prairie, prairial. Les trois noms qui suivent, messidor, fervidor, 
fructidor, sont moins corrects : la combinaison de la terminaison dor =: Sù- 
pov, avec messis, fervi(dus) et fructus, en fait des mots hybrides : fervidor a été 
remplacé de bonne heure par thermidor qui est meilleur, le premier élément 
étant aussi grec. Vendémiaire, b^'umaire, sont corrects ; ils supposent des types 
*oindemiarius, ^brumarius, formés d'après l'analogie latine ; frimaire est plus 
diflicile à justifier ; il suppose un substantif frime, radical de frimas, qui n'existe 
pas. Pour iiivâse, pluviôse, ventôse, les mots latins pluviosvis, nivosus,venlosus, 
ont été simplement retranscrits en français. Ces quatre séries de noms sont d'une 
rare harmonie, et singulièrement appropriées aux saisons de l'année : quoi de plus 
riant que les noms des mois printaniers germinal, floréal, prairial? de plus 
éclatant, de plus riche, que ces noms de messidor, thermidor, fructidor? et 
comme ces syllabes sonores rendent bien léclat du ciel brûlant, du soleil rayon- 
nant des mois dété! Vendcm,iaire, brumaire, frimaire, sont plus simples, comme 
il convient aux mois de transition qui de l'été conduisent à Ihiver. Mais quelle 
harmonie sourde dans nivôse, pluviôse, ventôse, et combien conforme à la sombre 
poésie de l'hiver 1 On retrouve dans ces noms si heureusement inventés Toreille 
musicale du méridional et le goùl du poêle. 
1 . Voir plus haut, p. 102. 



— 192 — 

ULUS, ULA, ULUM. Suffixe à signification diminutive, qui 
forme des substantifs masculins [-ulus,-ulum) ou féminins 
{-ula), et des adjectifs, la plupart appartenant à la langue 
scientifique : antennule, appendicule, aspérule (s. f.), crépi- 
dule, libellule (s. f.), ovule, plantule (s. f.), pyxidule, silicule 
(de silique = *siliqu-ula) . 

Ce suffixe se fait souvent précéder en latin d'un c ; corpus- 
c-ulum, homun-c-ulus; de là le diminutif cule qui donne de 
nos jours : théatricule : c. Tous ces théâtricules , qui.... ont 
surgi sur tous les points de Paris. » [Indépendance belge, 
5 oct. 1868) ; touristicule dans Topfer [Voyages, II, 1" journée; 
cité par SchoUe, Archîv. de Herrig, XLII, p. 129) ; principicule, 
que M. Littré signale comme un néologisme; connecticule, 
terme scientifique. 

Ni -ulus ni -culus n'ont pu produire des dérivés nouveaux 
dans la langue populaire parce qu'ils ne portent pas d'accent, 
et que seuls les suffixes syllabiques accentués ont passé du 
latin populaire au roman. La langue populaire d'ailleurs n'en 
a que faire, puisqu'elle possède et ette. La langue savante au 
contraire, ne pouvant joindre et ette à des radicaux latins, a 
dû utiliser les suffixes -cm/ws,-m/ms. 

I-B-ILIS donne -i-ble qui correspond au suffixe able de la 
formation populaire. Les dérivés en i-bilis sont formés sur 
les types latins, le suffixe s'ajoutant au thème du participe 
présent ou du participe passé : tangible *tangi-bilis de tang- 
entem; destructible * destructi-bilis de destruct-us. Le suffixe 
populaire able ne se joint qu'au thème du participe pré- 
sent. 

Dérivés nouveaux : conceptible (concept-us), concrescible 
(concresc-entem), conscriptible (conscript-us), explosible 
(explos-us). 

impresslble (impress-us) : « H est des natures impressibles où 
les idées se logent et qu'elles ravagent. » (Balzac, le Père 
Goriot, I, p. 259;édit. de 1835). 

répétible [Liitré, supplém.). 

Les formes latines en ëbilis ûbilis [flëbilis, solûbiUs) n'ont pas 
donné de rejetons en français. 

N. 

y, 

ANUS ANA a donné dans la formation populaire ain aine et 



— 193 — 

dans la formation savante an ane\ Sous la forme iatms iana, 
nous avons vu qu'il est devenu icn ienne et a produit un 
suffixe nouveau. Aujourd'hui ien iemie est d'un emploi usuel 
dans la langue savante; il s'ajoute aux thèmes des adjectifs 
en icus désignant des personnes pour remplir en français 
les mêmes fonctions qu'en latin icus : rlietoricus rhétoricien, 
logicus logicien, de sorte que là où le féminin -ica donne un 
substantif abstrait gïï -ique : rhétorique^ logique, le masculin, 
pris substantivement, se transforme en -icimius, icien, et 
reçoit un nouveau féminin -iciana, icienne. 

Citons les néologismes esthéticien, fabricien (Littré, suppL), 
organicien, polytechnicien. 

Ien ienne, représentant ianus iana, forme des dérivés adjec- 
tifs qui se tirent généralement de noms propres : le modèle 
en est donné par les mots Italianus, Lucianus, Quintilia- 
nus, etc. Les néologismes ne manquent pas. Byronien, dévo- 
nien (t. de géologie), cachemirien, d'où cacheinir ienne, sorte 
de lainage, épiscopalien (Laugel, Duvergierde Hauranne, dans 
Scholle, Programme, p. 14), Garibaldien, (le club des) haschis- 
chiens, hégélien, Jupitérien, Kantien, libérien « couche libé- 
rienne» (Grimard, Rev. des Deux Mondes, l" août 1866, dans 
Scholle, ^rc/u'yes de Herrig, t. XLII, p. 124), ligurien, louxo- 
rien, « idée louxorienne » (Th. Gautier, M"« de Maupin, pré- 
face), napoléonien, normalien, neptunien (t. de géologie). Par- 
nassien, phalanstérien, rhodanien, « glacier rhodajiien » (Ch. 
Martins, Rev. des Deux Mondes, \" février 1867, p. 598, dans 
Scholle, Arch. de Herrig, t. XLII, p. 127), shakespearien, 
silurien (t. de géologie), voltairien, zéphyrien, etc., etc. 

A côté de ien il faut placer éen, qui est à eus [seus) ce que 
iciefi est à icus : de là pour le latin Chaldœus, Heracleus, 
Nemœus, Phocéens, etc., les traductions Chaldéen, Héracléen, 
Néméen, Phocéen, etc. Les néologismes que nous avons con- 
statés sont marmoréen (marmoreus), éburnéen (eburneus), 
céruléen (cœruleus), hyménéen (hymenœus) : « Parmi la pous- 
sière et le bruit de cette kermesse hyménéenne. » (Daudet, 
Jack, m, 36.) 

Ton front marmoréen éternelle pAleur. 

(Armand Sylvestre, La gloire du souvenir, II.) 

1. Notons le pluriel neutre ana, qui sert de suffixe à des noms propres, Mena- 
giana, Pevroniana, Scaligerana, Hueliana, etc., et qui, détaché du radical, est 
• devenu un nom commun : un recueil d'anas; un ana, 

13 



— 194 — 

C'est l'analogie de ces formes en eus donnant éen qui de 
alizé permet de tirer alizéen : « contrées alizéennes » (Jamin, 
Revue des Deux Mondes^ 15 février 1867, p. 924, dans SchoUe, 
Archives de Herrig, t. XLII, p. 114). C'est ainsi encore que 
lycée donne lycéen. 

Le suffixe en se trouve à l'état pur dans tridîen = *tridianus, 
de tridij et dans Sidien. 

Eh ! comment finira la fête Indienne ? 

(Barthélémy, Némésis, V Anniversaire des trois jours.) 

« Sidi Mahmoud vint assister comme ambassadeur du bey 
de Tunis au sacre de Charles X. Barthélémy et Méry firent 
trois satires contre le dix-neuvième siècle sous le nom de 
Sidiennes. » (N. Roqueplan , Parisine. ) 

INUS INA {înus ne se distingue pas de înus). Nous avons vu 
précédemment l'emploi du suffixe m ine\ dans la langue com- 
mune. La nomenclature chimique s'en sert pour désigner les 
principes essentiels de corps composés organiques. Le point 
de départ a été donné par térébenthine (lat. terebinthina) , résine 
(lat. resina)y etc. 

Presque tous les dérivés en ine appartiennent à notre 
époque et datent de la création de la chimie organique : ali- 
zarinCj aTnigdaline, aniline, atropine, bassorine, benzine, 
burine, caféine, camphorine, caséine, cétine, codéine, conicine, 
cubébine, daphnine, daturine, dextrine, digitaline, elléborétine, 
elléborine, émulsine, fibrine, fungine, gélatine, gommeline, 
glairine (dite aussi glairidine, zoïdine, géline, thermaliîie, 
pyrénéine, nérésine, viridine, etc., etc.*), glycérine, hordéine, 
indigotine, indine, isatine, juglandine, lactine, lactoline, lapa^ 
thine, leucine, margarine, méconine, tnorphine, narcéine, nar^ 
cotine, oléidine, oléine, pectine, protéine, salicine, spongine, 
stéarine, strychnine, thujine, tigline, vanilline, vératrine, 
zéine, etc., etc. 

Cette dérivation, issue de la formation populaire, adoptée 
par la terminologie spéciale de la chimie, rentre de nouveau 
dans la langue commune, enrichie de la signification propre 
qu'elle a reçue en passant par la nomenclature chimique. 



1. Voir plus haut, p. 112. 

2. Voir le Dictionnaire de médecine de MM. Littré et Robin, an mot glairinéi 



— 195 — 

M. Nestor Roqucplan, voulant désigner le principe essentiel de 
l'esprit parisien, crée le mot Parisine*. 

Ï-IONEM, S-IONEM, voir plus bas aux suflixes t-or, t-iira, 
t-orius, p. 198. 

R. 

ARIS a donné dans la langue populaire ier ière, dans la lan- 
gue savante aire : ainsi adversarius, devenant en vieux français 
aversier, est repris ensuite au latin sous la forme adversaire. 
Aire a reçu dans la langue commune un développement si 
considérable qu'il y a pris racine et forme directement des 
adjectifs à l'aide de radicaux, non plus latins, mais fran- 

annuaire, de annuus : l'adjectif annuaire n'existe pas : 
le mot dès sa formation a été pris substantivement. 

constabulaire (Littré, supplém.)^ du bas-latin cotistabulus 
pour comestabulus . 

dispensataire. 

divitiaire, de diviliarius * : « Je consens à voir dans le droit 
de l'éducation gratuite une charge imposée par le pauvre au 
riche, un véritable impôt divitiaire. » (Duvergier de Hauranne, 
Huit mois en Amérique^ \ll, 29 novembre). 

égalitaire : « Principes égalitaires; société égalitaire; un 
égalitaire. » 

entrepositaire, dérivé d'entrepôt, sur le modèle de déposi- 
taire, de dépôt. 

garnisaire paraît dater de la fin du siècle dernier. Mercier 
chercha vainement à substituer à ce mot barbare le dérivé 
régulier garnisonnaire. 



1. Voir la préface, assez originale, de ce livre, qui l'est beaucoup moins. 

« On dit : 

strychnme, 
quinine, 
nicotine, 
aniline. 



Je dis : 

Parisine. » 
2. Toutefois le substantif diviliarium existe. 



— 196 — 

glaciaire [*glaciarlus, de glacies). « Ils souUennent la Ihéo- 
rie de l'afrouillement glaciaire. » (Gh. Martins, Rev. des Deux 
Mondes, V' février 2867, p. 607; cf. plus haut, p. 95). 

mandataii^e, obligataire, plébiscitaire (Littré, supplém.), 
protestataire (ibid.), retardataire. 

rivulaire: « Une onde ornée de plantes rivulaires. » (Cha- 
teaubriand, Mémoires, t. I, p. 240.) 

sanitaire est proposé par Mercier en 1801. Le mot n'est- 
il pas plus ancien que le commencement du siècle? 

vendémiaire. Sur ce mot ainsi que sur brumaire et frimaire, 
voir plus haut, p. 190, note 1. 

Les dérivés suivants sont formés de mots français auxquels 
s'ajoute le suffixe : 

actionnaire, autoritaire [hMivë, supplém.), budgétaire, cel- 
lulaire, collinaire, cométaire, concordataire, concrétionnaire. 

con/înaw^e, habitant des confins militaires [Bu] oz. Revue des 
Deux Mondes, 15 octobre 1867, p. 968, dans Scholle, Archives, 
t. XLII, p. 118). 

décadaire, démissionnaire, divisionnaire (Littré, supplém.), 
doctrinaire, égalitaire, é missionnaire (Littré, supplém.). 

humanitaire : « Pour ce qui est du mot humanitaire, je le 
révère, et quand je l'entends, je ne manque jamais de tirer 
mon chapeau; puissent les dieux me le faire comprendre! » 
A. de Musset, P* lettre de Dupuis et Cotonnet). « Humanitaire, 
en style de préface, veut dire : homme croyant à la perfec- 
tibilité du genre humain, et travaillant de son mieux, pour 
sa quole-part, au perfectionnement dudit genre humain. » 
(id., 2*= lettre). Cf. Fr. Wey, Manuel des droits et des devoirs, 
p. 334. 

lésionnaire (Littré, supplém.), parasitaire, particulaire 
(Littré, supplém.), pétitionnaire (ibid.). 

réactionnaire , réglementaire , relationnaire , réquisition- 
naire, soumissionnaire, utilitaire. 

La signification du suffixe aire, dans les mots qui désignent 
des personnes, prête à observation. « Les substantifs de ce 
genre en aire, dit M. Littré, ont ordinairement le sens passif: 
donataire, celui à qui on donne ; légataire, celui à qui on lègue ; 
cela est surtout vrai quand ils viennent de verbe où l'on peut 
distinguer le sens actif et le sens passif. Dans d'autres cas, ils 



— 197 — 

ont le double sens passif et actif, comme démissionnaire^ 
comme i^ensionnnire, celui k qui on paye pension et celui qui 
la paye. Dans d'autres cas enfin, ils n'ont que le sens actif, 
commissionnaire, celui qui fait des commissions. » (Diction- 
naire, au mot déi)iission7iaire.) Au fond aire garde partout sa 
signification propre de « qui tient, qui a, » et les différences 
de sens viennent du radical seulement. Dans les substantifs 
en ataire tirés de participes passés, la signification passive est 
dérivée, non primitive : légataire, donataire, ne sont pas étymo- 
logiquement ceux à qui on lègue, à qui on donne quelque chose, 
mais ceux qui ont une chose léguée (/t'^a/wv/i), une chose donnée 
[donatum). L'exactitude de cette traduction est évidente pour 
mandataire^ concordataire, qui est « celui qui a mandat [man- 
datum), concordat [concordatum) . » De même, pensionnaire est 
« celui quia pension; » or, comme pension désigne aussi bien 
la somme en tant qu'elle est touchée qu'en tant qu'elle est 
donnée, pensionnaire doit avoir les deux sens. C'est pour une 
raison analogue que démissionnaire, signifiant proprement 
celui qui a démission, a pu aussi bien prendre le sens de celui 
qui reçoit, pour qui est faite la démission, que le sens de celui 
qui fait démission, qui donne sa démission. En un mot, quand 
aire se joint à des participes passés neutres, comme la signi- 
fication de ces neutres est fort nette, les dérivés ont une si- 
gnification aussi nette, passive en apparence, active en réalité, 
et qui s'oppose à celle qu'indique le participe présent du verbe 
{mandataire, qui a, qui reçoit mandat; mandant , qui donne 
mandat). Quand aire se joint à des substantifs abstraits dont 
la signification, comme pour tous les mots abstraits, peut 
être considérée à des points de vue différents, la signification 
des dérivés change avec ces points de vue divers, mais aire 
partout conserve sa valeur propre. 

Ce que aire est au participe passé dans légataire et les ana- 
logues, il l'est au participe futur dans référendaire, qui a amené 
récipieyidaire. 

Le nombre marqué des néologismes que nous avons cités 
montre combien est riche celte dérivation en aire. Elle a sup- 
planté sa sœur aînée, la dérivation en ier, qui avait le mérite 
d'être française. Quelle nécessité cependant de la substituer à 
ier? Ne pouvait -on pas dire, par exemple : émmer pour 
scriniaire , aissellier pour axillaire , anglier pour angulaire , 

1. Anciennement, celui en faveur de qui se fait la démission. Aujourd'hui, celui 

qui a renonce à un em[)loi, une chargre, une dignité. 



— 198 — 

îlie7' pour insulaire, puitrinier pour poitrinaire^ etc.? Voilà un 
des cas nombreux où la formation savante a restreint et af- 
faibli la dérivation populaire. 

(A)T-OR et S-OR, (A)T-URA et S-URA, (A)T-ORIUS et S-ORIUS, 
(A)T-IONEM et S-IONEM. — Nous considérons d'ensemble ces 
divers suffixes qui forment des noms d'agents, des noms abs- 
traits d'action, et des adjectifs tirés de participes passés de 
verbes. Reoitare donne, par l'intermédiaire de recitatiim, le 
substantif recitator; pingere, par pictuin, produit pictor et 
pictura; censere, par censum, donne censor, censura, et censo- 
rium; enfin, par laudatum, laudare amène laudator, laudato- 
rius et laudatio. Nous avons vu la dérivation populaire, sans 
se préoccuper des différences de conjugaison , appliquer à 
♦ous les participes présents les suffixes de la première conju- 
gaison : alorem, aturam, atorium, ationem. La formation sa- 
vante ressuscite ces différences*. 

De plus, la formation populaire avait réduit a.torem, aturam, 
atorium, ationem, à eur, ure, oir, aison ; la formation savante 
fait peu à peu disparaître ces suffixes [aison même a totale- 
ment été détruit) pour faire revivre les formes purement lati- 
nes ateur, ature, aloire, ation ; et de ces quatre suffixes, il en 
est deux, ateur et ation, qui, par le nombre considérable des 
formations nouvelles, sont devenus assez familiers à la lan- 
gue commune pour qu'elle les ait adoptés et les ait fait ser- 
vir à ses dérivations organiques. 

11 suit de là qu'il faut distinguer les dérivés reproduisant 
des types latins fictifs, mais formés régulièrement d'après les 
règles de la dérivation latine, et les dérivés tirés directement 
de mots français 

NOMS NOUVEAUX EN [a)t-ion, s-ion. 

1. aviation {* aviatio, de *aviare, de avis) (Littré, supplém.). 

cérébration {* cerebratio, de * cerebrare, de cerebrum). 
« Théorie de la cérébration inconsciente. » [Bévue de philoso- 
phie, 1876, t. Il, p. 544.) 

claustration [* claustratio, de claustrare, de claustrum). 

fomiication [* forfnicatio,de * forrnicare, de formica). 

imperméabilisation [de imperméable, d'après * impermea- 

1 . Cf. plus haut , p. 70, 



— 199 — 

bilisatio). « Imperméabilisation des tissus. » {Almanach Bottirij 
1875, p. 1084). 

majoration {* major atio, de * majorare, de major). 

spication {* spicatio, de *spicare, de spica) : « Mouvements 
de spication, de rotation et de verrition. » (Brillât-Savarin, 
Physiologie du goût, I, 14). 

arrosion (* arrosio, * arrodere, de adei rodere). 

accrémentition (de * accrementitio,* accrementire, do accre- 
mentuTïi). 

compromission (* compromissio, * compromittere, de cwm et 
promittere), 

verrition {*verritio, de verrere); voir plus haut à spication. 

2. absorbation (Littré, supplém.), acétiflcation, actualisation 
aération, annexation (Littré, supplém,.). 

centralisation , colorisation , conglomération, constatation, 
déblatération. 

dégénération (a été employé pour dégénérescence par Cha- 
teaubriand dans ses Mémoires, t. I, p. 311). 

dégoûtation, mot familier qui se dit pour dégoût. 

démoralisation, domestication, revaccination (Littré, sup- 
plém.), frelatation (ibid.). 

germanisation, hellénisation (Michelet, Bible de VHuman., 
347), idéalisation (Th. Gautier, Baudelaire), individualisation. 

irisation : « Quand cette irisation capricieuse dansa sur la 
gueule béante des abîmes. » (Gr. Sand, Lélia, xxiii.) 

localisation, momification, numérotation, ornementation, 

prussification, réglementation, réorganisation, romanisa- 
tion, solidarisation, vulgarisation, unification, etc., etc. 

Remarquons les dérivés en isation ( de iser ) et en ification 
(de ifier) dont le nombre grandit sans cesse : cette dérivation 
fournit ainsi à la langue une foule de mots abstraits, souvent 
utiles, le plus souvent disgracieux et lourds. 

Le nom abstrait ne suppose pas toujours le verbe, et peut 
être dérivé directement du substantif radical du verbe : colo- 
ris donne colorisation; coloriser n'existe pas; accrémentition 
vient directement de accrementum. 

NOMS NOUVEAUX EN (a]t-eurj s-eur, 

1, adjudicateur {* adjudicator, de *adjudicare^ de ad et ju~ 

dicaré). 



— 200 — 

aviateur {* avialor, de *aviare, de avis; cf. plus haut avia- 
tion) : « Les mots {aviateur, aviation) sont maintenant entrés 
dans la circulation. » (Saveney, Revue des Deux Mondes, dans 
Scholle, Progra')nme, p. 13.) 

clavilisateur {* clavilisator, de * davilisare, de clavis) (Lit- 
tré, supplém.). 

commutateur (* commutator, de commutare). 

copulateur, trice [* copulator, de copulare) (Littré, sup- 
plém.). 

jugulateur {*jugulator, de yw^w/are) (Littré, supplém.). 

mensurateur {* mensurator, de mensurare). 

panificateur {* panificator, de * panificare, panificus). « Je 
l'ai proclamé le i^remier panificateur du monde. » [Brillât- 
Savarin, I, 99.) 

percolateur [*percolator, de *percolare, de |)er et colare) 
(Littré, supplém.), rotateur [*rotator, de rotare) : « Mécanisme 
dit rotateur. » [Descript. des brevets, 1832, l" série, t. XXXIIl, 
p. 59). 

absoluteur (* absolutor, de absolutus, de absolvere). 

iescenseur [* descensor, d'après ascensor, de descensum, 
descendere). Le descenseur est le nom d'un appareil nouveau 
à l'aide duquel on descend, dans les incendies, des personnes 
et des objets des fenêtres, quand les escaliers sont attaqués 
parles flammes. (V. ascenseur, plus haut, p. 178.) 

injecteur [*injector, de injectus, injicere) [Liitr é, ' supp lém. ) . 

réacteur {* reactor, de re et de actor; d'après acteur et 
réagir). 

2. accélérateur, acclamateur, aérateur (Littré, supplém.), 
animateur, annonciateur (Littré, supplém., de annoncer, 
d'après le latin * annunt-i-ator] , aspirateur, assimilateur, civili- 
sateur, coagulateur, colonisateur, concentrateur, condensateur 
[condenseur est de formation populaire), congélateur, coordi- 
nateur (Scholle, Programme, p. 14), décarburateur (Littré, 
supplém. ), déformate%ir, déviateur, disloçatetir, élucubrateur, 
émasculateur (Littré, supplém.), épurateur. « Appareil propre à 
épurer les céréales, graines oléagineuses, etc., dit épurateur 
graminal. « [Description des brevets, 1834, 1" série, t. XXXV, 
p. 99), évaluateur (Littré, supplém.), évangélisateur (Scholle, 
Programme, p. 14), extirpateur [Description des brevets, 1851, 
2* série, t. XIX, p. 357.), « ^^ow^extirjiatrice. » [Ibid., p. 66, 1850), 
filateur (s'oppose à fileur, mot de formation populaire), fixa- 



— 201 — 

teur, insufflateur, momificatefur, monopolisateur {Liiivè, suppl,]^ 
réguîateui' (Littré, supplém.) , retardateur : « Appareil dit retar- 
dateur des fermentations.» [Description des brevets, 1801, 1" sé- 
rie, t. II, p. 100), 7'éorganisateur, scarificateur, triturateur : «Ap- 
pareils tels que triturateurs, chaudières.» (Le prince Bibesco, 
Revue des Deux Mondes, dans Scholle, Progra/mmej p. 17), 
volateur, sorte de navire aérien (Scholle, Programme, p. 13), 
vulgarisateur^ etc., etc. 

' r NOMS EN [a)t-oire. 

Ici la formation savante a enrichi le français d'une sorle 
d'adjectifs qui lui manquait. En effet, dans la langue popu- 
laire, atorius n'avait donné que des substantifs masculins ou 
féminins, désignant des instruments d'action, c'est-à-dire 
que le neutre atorium et le féminin atoria avaient seuls été 
utilisés : grattoir, balançoire. Il n'existe pas d'adjectifs cor- 
respondant, par exemple, aux adjectifs italiens en tojo toja : 
pensatojo,-toja, « qui fait penser », serbatojo,-toja, « bon, 
bonne à garder », ou aux adjectifs espagnols en dero, dera 
(= duero duera, torium, toriam) : casadera « nubile », duradero 
«durable», hacedero « faisable ». En reprenant au latin les 
adjectifs en atorius sous la forme atoire {et non atoir: aléatoire, 
transitoire, résolutoire, etc.), la formation savante a fait repa- 
raître cette sorte de dérivation : absolutoire, adjutoire, ambu- 
latoire, attentatoire, blasphématoire, comminatoire, conserva- 
toire, consolatoire, criminatoire, etc. 

Voici quelques formations nouvelles, adjectifs et substan- 
tifs, qui montrent que cette dérivation est devenue organique : 

accusatoire (Littré, supplém.), divisoire [ibid,], (dîner) sou- 
patoire (Brillât-Savarin). 

pissatoire: « Appareil nommé pissatoire, propre à recevoir 
les urines et à empêcher les exhalaisons. » [Description des 
brevets, 1805, 1'" série, t. YI, p. 127.) La forme populaire est 
pissoir. 

sécrétoire: « Appareils à l'air et à l'eau, propres à la sépara- 
tion des grains..., et nommés par l'auteur sécrétoires. » (ibid., 
r* série, t. XXXIX, p. 402). Sécrétoire est ici * secretorius de 
secretum, supin de secerno, et n'a rien de commun avec le 
terme médical sécrétoire, qui dérive, par formation populaire, 



— 202 — 

de iiécréter, *fiecrelare, fréquentatif de secernere. Ce dernier 
représente un type * secretatorius. 

NOMS EN at-ure. 

Le suffixe de formation savante ature se distingue par sa 
signification du suffixe de formation populaire iire. Celui-ci 
se tire généralement de verbes, pour former des noms expri- 
mant l'action verbale subie et le résultat de l'action : ainsi 
blessure est d'abord l'action par laquelle on est blessé ; puis la 
partie blessée. Celui-là peut se tirer de substantifs et il 
exprime l'ensemble des caractères qu'indique le radical, du 
moins dans les mots de dérivation nouvelle. Tels sont : 

arcature de arc, climature de climat, 

musculature : 

Ce sont.... 
Des faces de lion avec des cols de bœuf, 
Des chairs comme du marbre et des musculatures 
A pouvoir d'un seul coup rompre un câble tout neuf. 

(Th. Gautier, Premières poésies, Cariatides.) 

ossature, mot créé par Mercier dans sa Néologie, aujour- 
d'hui reçu : « L'ossature et les vertèbres du grand animal ont 
leurs singularités dont nous ne pouvons encore bien nous 
rendre compte. » (Miclielet, la Mer, 2" édit., p. 32). 



OSUS a passé en français sous la forme eux euse. La langue 
savante l'a repris sous la forme latine ose: morose, nivôse, plu- 
viôse, ventôse^, ou sous Fune des formes eux, i-eux, u-eux. 
Dans ce dernier cas, la formation savante se laisse facilement 
reconnaître à cette marque que le type latin est conservé fidè- 
lement. Ainsi difficultueux, de difficultuosus. 

Les néologismes sont peu nombreux : * 

luxueux, 

précipitueux : « Glacier précipitueux » (Rambert, Revue des 

1. Pour les mois du calendrier républicain, voir plus haut, p. 190, n. 1. Vir- 
tuose, qui paraît représenter le latin virluosus, a été tiré au dix-lmitième siècle 
de l'italien virLuoi^o, do mCme que. grandiose Ta été de grandioso. Furetière el 
Hayle disent virtuoso, en conservant la forme italienne. 



— 203 — 

Detix Mondes, 15 novembre 1867, p. 395, dans Schollc, Ar- 
chives de Herrig, t. XLII, p. 126.) 

torrentueux: « Les affaires et les plaisirs se ruent, enlacés 
les uns dans les autres, dans un galop si torrentueux.... y> (Ch. 
de Bernard, les Ailes d'Icare, 1,1.) 

T. 

ATUS dans la langue populaire a donné é, qui sert à former 
des adjectifs et des participes. (Voy. plus haut, p. 92.) La 
langue savante en a tiré é, at, aie. 

1. ê est le suffixe adjectival ou participial de la langue po- 
pulaire que la formation savante joint aux thèmes des mots 
latins Tel est salarié de salarium, par l'intermédiaire de * sala- 
riatus : « Le mot salaire est dans la langue ; salarié doit l'être. » 
(Mirabeau, dans Mercier, Néologie.) De diluvium, Chateau- 
briand tire diluvié {*diluviatus): u Un matelot, les cheveux 
épars et diluviés. » [Mémoires, t. Il, p. 342.) Ferruginem donne 
ferruginé par l'intermédiaire de * ferruginatus ; punctulum, 
ponctnlé par* punctulatus. Cette dérivation offre les mêmes ca- 
ractères que la dérivation verbale , dont nous parlerons 
plus bas. 

2. advient de atûs, atûs: magistrat, de magistratus ; il vient 
aussi de aturn : mandat, de mandatum. 

Formations nouvelles de at = atum : alcoolat, alternat, as- 
signat. 

Formations nouvelles de a<— atus : anonymat {Litiré, siqjpl.), 
bambinat (asile pour les bambins, dans le Familistère, SchoUe, 
Programme, p. 13), com,m,issariat, électoral, externat, hospoda- 
rat, honorarial, internat, inspectorat, mandarinat (Littré, suppl.), 
médiumnat, « mission providentielle (!) des médiums « (Ré- 
pertoire du spiritisme), orphelinat, patronat, provisorat,;p)oupon- 
7iat (crèche dans le Familistère, cf. bambinat; Schoïle, Pro- 
gramme, p. \0), prolétariat, salariat, séniorat (Littré, swp/)/éw.), 
septennat (date de 1872), syndicat, volontariat, etc. 

La plupart deces dérivés sonttirés d'adjectifs en aire=arius. 
Pour le peuple, qui ne peut saisir le rapport de aire — arius à 
ariat = ariatus, rien de plus bizarre que ce suffixe : aussi 
cliange-t-il ariat en airiat. Le mot volontariat, que les circon- 
stances font pénétrer dans la langue du peuple beaucoup plus 
profondément que les autres mots en at, y devient vo/ontoma/, 
exemple qui montre nettement quelle différence sépare la for- 



— 204 — 

mation populaire de la formation savante, et combien cette 
dernière est artificielle. 

3. ate^ qui représente le féminin ata ou le neutre aUim, 
joue un rôle particulier dans la nomenclature chimique; 
nous l'étudicrons plus loin*. 

ITATEM. Nous avons vu ce suffixe, sous la forme été, don- 
ner dans la langue populaire un certain nombre de dérivés. 
La formation savante le reprend, avec la voyelle de liaison 
du latin i. Vemcitatem, qui, dans la bouche du peuple, serait 
devenu veraisté, vraisté, vraité, comme mendacUatem était de- 
venu mendisté, garde sa forme primitive intacte dans véra- 
cité. La plupart des mots en ité sont tirés, ou d'adjectifs en 
able, ible, qui donnent, non les formes françaises ableté, ibleté, 
mais les formes latines abilité, ibilité, ou d'adjectifs en ique et 
en if, qui produisent non -isté, -iveté, mais -icité, -ivité. Les 
t(irminaisons de la langue populaire ableté, ibleté, isté, iveté, 
nous semblent aujourd'hui barbares, tant nous avons oublié 
le français pour le latin! 

La liste des mots en ité est fort étendue ; le Dictionnaire des 
rimes de Landais et Barré, qui est loin d'être complet, en 
donne près de quatre cent cinquante. La langue contempo- 
raine en crée sans cesse et en augmente le total indéfiniment : 
cette dérivation répond en effet aux tendances irrésistibles qui 
poussent le français vers l'abstraction à outrance. 

Voici quelques-unes des nouvelles formations : elles appar- 
tiennent aux terminologies spéciales des sciences historiques, 
philosophiques ou naturelles : 

absorptivité, acquisivité, actualité, adultérinité' [Liitré, suppL), 
alibilité (Brillât-Savarin, Physiologie du goût, I, 13), altérabilité, 
émissibilité, amativité, angularité (Littré, supplém.), apercepti- 
bilité, appréhensibilité, atomicité (Littré, supplém.), brevetabilité 
(ibid.), capillarité, centralité (Littré, supplém.), coercibilité (des 
gaz), collectivité, compatibilité, compréhensivité , cotnptabilité, 
co7iceptibilité,concevabilité^, congélabilité, eoncrescibilité, confor- 
tabilité (Littré, supplém.), conicité (Cousy de Fageolles, Diction- 
naire des chemins de fer), corporalité, corrélativité, cristal litii té 
(Littré, supplém.), décimalité (ibid.), endémicité (d'Avril, 

1. Page 236. 

2. Concevabilité et inconcev abilité ont été employés par M. Littré dans des ar- 
ticles de la Revue des Deux-Mondes, 15 août 1866, p. 837; M. Littré a omis le 
premier dans son dictionnaire. 



— 205 — 

dans les Archives de Herrig, XLII, p. 120), étanchéité (Hudry- 
Ménos, dans Schollc, Programme, p. 15), erraticité : « État des 
esprits non incarnés pendant les intervalles de leur incarna- 
tion. » [Répertoire du spiritisme), fdialité (Littré, supplém.), 
fixibilité (ibid.), finalité, fumivoritê, génialité (Montégut, dans 
Scholle, Programme, p. 15), gramliosité, historicité (Littré, 
supplém.), honorabilité, idéalité : « Le jeune Raphaël devait 
tomber dans cette contemplation extatique, lorsque Dieu lui 
faisait apparaître une virginale idéalité de femme. » (G. Sand, 
Lélia, éd. de 1833, I, p. 103; ch. xiv), impalpabilité, impres- 
sionabilité : « Son impressionnabilité datait certes du jour de 
sa naissance. » (G. Sand, Un dernier amour, III), impraticabi- 
lité, inaccessibilité, inamovibilité, incompréhe7isibilité, inconce- 
vabilité, indiscutabilité, indispensabilité, individualité : « Il ne 
croit pas que son individualiié, comme on dit aujourd'hui 
en assez mauvais style, vaille la peine d'être autrement étu- 
diée. » (V. Hugo, Chants du crépusc. , préf.); inéligibilité, 
inévitabilité , inexorabilité (proposé par Mercier), inextin- 
guibilité, inextncabilité (Mercier), infatigabilité (Mercier), 
infernalité, ingéniosité (Mercier), innumérabilité, insociabilité, 
instinctivité, intermédiarité, inviolabilité (Littré, supplém., mot 
que Mercier autorise d'un exemple de Mirabeau), irraisonna- 
bilité, irréformabilité, irrecevabilité, libidinosité, marsupialité 
(Littré, suppl.), messianité (Réville, dans Scholle, Programme, 
p. 15), motricité (Cl. Bernard, ibid.), médiumnité (ou mé- 
diumnat) « faculté des médiums » [Répertoire du spiritisme), 
notabilité, nervosité (Michelet, Bible de l'Hum., p. 72), officiosité, 
parabolicité (Littré, supplém.), pondérosité (ibid.), portabilité 
(ibid.), priorité, respectabilité, réversibilité, révocabilité, sali- 
nité, siliginosité, squalidité, spécialité, sporadicité, subalternéité 
(créé par Lamartine, selon M. Fr. Wey, Remarques sur la lan- 
gue française au xix" siècle, II, 94), super fîcialité, tardivité 
(Chateaubriand, Mémoires, III, p. 47), tonalité, verbosité (Mer- 
cier), véridicité (Mercier), etc., etc. 

V. 

IVUS qui, dans la langue populaire, était devenu if ive 
{nativu/ni, naïf), n'a pas changé quand il a été repris par la 
langue savante. Il se joint au thème des participes passés et 
forme un grand nombre d'adjectifs qui appartiennent pour la 
plupart aux nomenclatures spéciales. 



— 206 — 

Voici quelques formations nouvelles : 

amplificatif, annulatif, certificatif, contractif, coopératif, dis- 
persify exportatif, extensif (Littré, supplém.), exterminatif, ex- 
tincli f [Litiré, supplém.), explosif [consonnes explosives) {\hid.) , 
fricatif [consonnes fricatives) (ibid.), liquidatif, normatif, quid- 
ditatif (Th. Gautier, le Cap. Fracasse, xii), sélectif, suggestif 
(Montégut, dans SchoUe, Programme, p. 17). 

^ 3. Suffixes nominaux formés de consonnes combinées. 

LL. 

Le diminutif ellus (qui est devenu dans la langue populaire 
el eau) et le diminutif illus peuvent se fixer à des radicaux 
latins et former de nouveaux dérivés : spongia * spongilla, 
spongille: « De petites sphères échappent de la mère-éponge,... 
bientôt fixées, elles se montrent des spongilles délicates qui 
vont à leur tour grandir. » (Michelet, la Mer, p. 136). — Nux 
* nucella, nucelle, t. de botanique; — vitellus * vitella, vitelle, 
nom d'un mollusque. 

ND. 

ANDUS, ENDUS. Le participe futur passif latin a donné des 
mots nouveaux en ande, ende, qui, le plus souvent, sont mas- 
culins : bizarre caprice de la formation savante qui, pour ser- 
rer de plus près l'orthographe étymologique, porte le trouble 
dans la langue. On dit le multiplicande et la. propagande. 
C'est ainsi que orium, devenu oir dans la formation populaire, 
s'est enrichi d'un e muet sous la plume des lettrés : un versoir, 
UN compulsoire. 

Gomme mots nouveaux, je ne vois guère que dividende^ 
terme de banque. 

B-ONDUS. ^\xYWnd\og\eAemoribundus,populabundus, erra- 
bundus, on a créé floribond (Littré, suppléxn.). Mercier propo- 
sait l'introduction des adjectifs masculins : négabonde, nauséa- 
bonde. Si on écrit un dividende, il n'y a pas de raison, en effet, 
de ne pas écrire «un personnage nauséabonde». Tel est l'avis 
de Barthélémy qui a, peut-être pour le besoin de la rime, 
admis le masculin nauséabonde : 

Mais s'il existe un jeu flasque, nauséabonde, 

{Némésis, le Jeu de la Bourse) 



— 207 



NT. 



ANT(EM) ANT(IAM), ENT(EM) ENT(IAM), ESG-ENT(EM) 
ESC-ENT(IAM). Ces suffixes donnent naissance à des adjectifs 
verbaux et à dos noms abstraits d'action ; ant ance sont des 
suffixes de la langue populaire ; ils peuvent être revendiqués 
par la langue savante quand ils se fixent à des radicaux latins. 
Les autres appartiennent à la formation savante. Escent, 
escence, donnent des inchoatifs. 



^> 



esculence [esculentiis] : « C'est la gastronomie qui fixe le 
point d'esculence de chaque substance alimentaire. » (Brillât- 
Savarin, Physiologie du goût, 1, 19). 

effîuence : «Elles vivaient dans une atmosphère de parfums 
émanés d'elle, comme des orangers et des fleurs dans les pures 
effluences de leur feuille et de leur calice. « (Chateaubriand, 
Mémoires, t. II, p. 291). Le mot est fait d'après influence. 

insurgence [insurgens], rutilance [rutilanL] , tonitruant 
[tonitru] ; 

acescent, azurescent, dégénérescent, iridescent, lapidescent ; 

o/)aiescen<;« Des solutions légèrement ojsa/escenfes.» (Radau, 
Revue des Deux Mondes, l" nov. 1866, p. 773, dans SchoUe, 
Archives de Herrig, XLII, p. 435). 

rubescent ; 

arborescence, coalescence, détumescence, turgescence. 

M-ENTUM. Le suffixe mentum, que nous avons étudié sous 
la forme populaire ement\ peut servir à des dérivations savan- 
tes, comme dans le mot susurrement créé par Chateaubriand ; 
ce mot ne se rattache qu'à un radical latin, puisque susurrer 
n'est pas français. 

se. 

ISCUS. Iscus, devenu l'italien esco, a passé les Alpes sous 
la forme esque, avec les mots arabesque, barbaresque, burlesque, 
charlatanesque, chevaleresque, gigantesque, grotesque, pédan- 
tesque, pittoresque*, romanesque, soldatesque, mots venus d'Italie 

1. Page 95. 

2. Grotesque et pittaresque ont été remis à la mode à l'époque romantique. 
Voir Miissct, Preinlrre lellm de. Dufuds et CotonneL 



— 208 — 

à des dalCvS différentes. Les suivants sont des emprunts con- 
temporains : 

dantesque, raphaëlesque^ . 

carnavalesque : « Une fantaisie un peu trop carnavalesque, 
jouée à rOpéra-Gomique. »(Lagenevais, Revue des Deux Mondes, 
dans Scholle, Programme, p. 13). 

cardinalesque : « La pourpre cardinalesque de son nez. » 
(Th. Gautier, le Capit. Fracasse, XII). 

michel-angelesque (Arsène Houssaye , Revue des Deux 
Mondes, 15 octobre 1866, p. 1025, dans Scliolle, Archives de 
Herrig, XXXIX, p. 433). 

Sur le modèle des adjectifs tirés des noms communs, on 
a créé de nos jours : 

caricaturesque, charivaresque (Scholle, Programme, p. 14), 
chevalesque (ibid.), funambulesque, paysanesque. 

simiesque: aDes grimaces plus simiesques qu'humaines. » 
(Th. Gautier, le Capit. Fracasse, VII). « Mettant en relief tous 
les défauts de cette tête simiesque. » (Daudet, Jack, I, S 3). 

Sur le modèle de dantesque, raphaëlesque, etc., on a créé 
moliéresque, aristophanesque. Pourquoi aristophanesquc plutôt 
qu'aristophanien, comme on dit shakespearien, ou qu'aristo- 
phanique, comme on dit homérique? 

iscus, qui est au fond de esque, est le même suffixe que le 
grec tffxoç auquel on doit méfiisque, obélisque, astérisque. 
Isque a agi sur le mot odalique (turc odalik), qu'il a trans- 
formé indûment en odalisque : par un retour assez curieux, 
ce suffixe grec, qui se substitue dans un mot à ique, est dans 
d'autres précisément réduit à ique par la prononciation popu- 
laire, qui change les astérisques en astériques, et fait de l'o- 
bélisque un obélique, à moins qu'elle ne le renverse en o6é/ia;e. 

SM, ST. 

ISMUS et ISTA sont d'origine grecque : ifffjioç et kit^. Mais 
les suffixes grecs ont de bonne heure passé en latin, et ils s'y 
sont si complètement naturalisés, qu'on peut à bon droit ou- 
blier leur origine grecque. Favorisée par les Pères de l'Église 

1. Voir sur ces deux mots Fr. Wey, Remarquen sw^ la langue française au 
dix-neuvième siècle, t. I, p. 311. 



— 209 — 

latine, cette dérivation a reçu une grande extension au moyen 
âge dans le latin de la scolastique ; c'est de là qu'elle a passé 
dans les idiomes vulgaires. Dans la langue moderne, isme a 
d'abord servi à donner des noms aux systèmes, auxdoctrines: 
calvinisme, lulhérianisme, cartésianisme, spinozisme, etc.; iste 
aux partisans de ces systèmes, de ces doctrines, calvinistes, etc.; 
puis la signification de ces suffixes s'est étendue, sans perdre 
toutefois la notion de chose intellectuelle qui y est renfermée : 
césarisme, favoritisme, dandisme, vocalisme. Que l'on compare 
journaliste et journalier, on sentira la différence de la valeur 
des deux suffixes. Iste pénètre dans la classe ouvrière, et sert 
à désigner des corps d'état : bandagiste, fleuriste, jardiniste, 
figuriste, pierriste, ébéniste, etc.: il semble que les ouvriers, en 
affectant cette terminaison, veuillent relever leur profession, 
et montrer que le goût et l'intelligence y sont des éléments 
plus essentiels que le travail manuel. Le jardiniste n'est plus 
\xn jardinier; celui-ci entretient les jardins, celui-là les des- 
sine. 

Le nombre des dérivés en isme et en isfeest fort considérable. 
Le dictionnaire des rimes de Landais et Barré contient deux 
cent seize mots en isyne et cent soixante seize en iste, et il y 
manque les neuf dixièmes des mots suivants, créés de nos 
jours : 



abolitionniste. 

absolutiste, 

abstentionniste (Littré, suppL] 

alarmiste (Mercier, Littré, id. 



altruiste, 



annexionniste (Ch. de Mazade, 
dans Scholle, Progr., p. 13). 
anthropologisto. 
anthropomorpliistej 



absinthism,e, 
absolutisme. 



alcoolisme. 

alphabétisme, 

altruisme, mots créés par A. 

Comte. 
américanisme ( De Lagenevais, 

dans Scholle, Archives, XLII, 

115). 
anglicisme, 
animalisine. 



[anthroponiorphismee»tdincieï\\ 
14 



- 210 



aquafortiste, 
aquarelliste, 
arbitragiste. 

arrêtiste. 

autonomiste (Littré, supplém.). 

badinguiste, 
bandagiste, 

banqmste, 

bombagiste (Littré, supplém.). 

bonapartiste^ 

Borrussianiste ( Laveleye, Rev. 
des Deux Mondes^ 1" nov. 
1867, dans Scholle, Archives 
de Herrig, XLlI, 116). 

bouddhiste, 

calembouriste. 



caricaturiste. 

centraliste (Littré, supplém.). 



archaïsme (Mercier) 
atavisme. 



champignonniste. 



collectiviste (Littré, supplém.)^ 

communaliste, 

communiste, 

compensationniste {Liii., suppl. 

congréganiste, 
congrégationnaiiste^ 



banditisme (Littré, supplém. 
bonapartisme. 



bouddhisme, 
boursicotiérisme (L. Larchey). 

cannibalismx. 

cantonalisme (Littré, suppl.). 

caporalisme. 



cesarisme. 

chauvinisme. 

civisme. 

cléricalisme. 

collectivisme (Littré, supplém.). 

communalisme. 

communisme. 

compatrio tisme . 

confessionnatisme (Litt., suppl.) 
congréganisme, 
tongrégationnalisme ( Littré ^ 

supplém.). 
conservatisme (Littré, suppl.). 
consonnantisme (Litt., suppl.). 



darwinistey 

détailliste. 
déterministe, 



211 — 

constitutionnalisme. 
cosmopolisme (Mercier), rem- 
placé par 

cosmopolitisme. 

dandisme. 

darwinisme. 

démagogisme. 

déterminism,e. 
dilettantisme. 



équilihriste. 
esclavagiste, 

excursionniste. 

fantaisiste. 



fédéraliste (de la révolution). 

feuilletonniste. 

figuriste (Bottin, 1875, p. 1220). 

filigraniste. 

fourriériste, 

gambettiste^ 

germaniste 

gouvemementaliste (Littré, sup- 

plém.). 
gréviste (Littré, supplém.). 

hautboïste. 

Henriquinquiste ( L. Larchey ) ; 



égotisme. 
électrotonisme, 

esclavagisme, 
exclusivisme. 



fatuilisme (voir plus haut, p. 98, 

au mot désœuvrerie) . 
favoritisme, 
fédéralisme (de la révolution). 

fénianisme. 



fonctionnarisme . 
fourriérisme. 

germanisme. 



Héraclitéisme (Caro, Revue des 
Deux Mondes, 15 nov. 1865, 
p. 333, dans Scholle, Archi- 
ves de Herrig, XLII, p. 123)- 



humoriste. 



— 212 — 

huïaanïlarismc : « Son cœur 
s'enflait de ce stupide amour 
collectif qu'il faut nommer 
humanitarisme [souligné dans 
le texte), fils aîné de défunte 
philanthropie. » ( Balzac, les 
Employés, 1856, p. 274.) 



idémiste : « Poiret \'idémiste[(\m 
est toujours de l'avis des au- 
tres). » (Balz., le Père Goriot.) 



immobiliste, 
impérialiste, 

indianiste. 
instrum,entaliste. 



idéo graphisme. 

ignorantisme, 

imtnobilisme. 

impérialisme. 

incivisme. 



jardiniste- 



jacobinisme. 

jésuitistne ' . 

joachimisme (Renan, dans 
Scholle, Archives, XLII, 123)- 



juurnaliste (date du siècle der- journalisme. 
nier). 



libre-échangiste {Liiiré, suppl.) 

librettiste. 

lithochromiste. 



laryngisme. 

légalisme (Réville, dans Scholle, 

ibid., 123). 
libéralism,e. 



littéralisme. 



1. Pasquier disait jésuis^e el jésuisme. Jésuîste a été remplacé, dès le dix-scp- 
lième siècle, par Vilailian jésuite. Jésuisme. qui semble avoir été créé par l'asquicr 
et auquel le vieux gallican attachait le sens que nous donnons à jésuitisme, dis- 
parut au dix-septième siècle. Jésuitisme, dérivé de jésuite, est moderne, et date 
de la Restauration. Jésuitisme est plus logique que jésuisme. 



— 213 — 
Umdtste (Littré, suppléDi.). — 

machiniate. 

manieriste, maniérisme, 

médiéviste (mot récent, qui a — 

remplacé moyenâgiste, usité 

de 1840 à 1850). 

mercantilism,e. 
"~ m,étamorphisme. 

m,ililarisme. 



millénariste. 

monogéniste, 
monogrammatiste. 

monothéiste. 



mythologiste. 



nihiliste (créé par Mercier). 

nordiste. 

nosologîste. 



modérantisme. 
monogénisme. 

monosyllabisme. 

monothéisme. 

mormonisme. 

municipalisme (Littré, suppl.]. 

mythisme. 
mysticisme. 

nationalisme. 

naturalisme. 

nihilisTne. 



obscurantiste^ obscurantisme. 

oculiste. 

oculariste (fabricant d'yeux ar- — 

tificiels,Bottin, 1875,p. 1240). 

{non]-opportuniste, {non)-opportunisme. 

organiciste. 

Orléaniste^ Orléamsme. 

ornemaniste. 

orphéoniste. 

orthopédiste. — 



ossiamsme. 



ovaliste. 
parlementariste. 



'parlementarisme. 



— 214 — 



particulariste, 

pastelliste (Littré, supplém.). 

pessimiste, 

pierns^e (voir plus haut, p. 152] 

polémiste. 



parsisme. 
particularisme. 

paupérisme, 
pessimisme. 



polonisme ( Klaczko, Revue des 
Deux Mondes, dans Scholle, 
Archives, XLII, 126). 

popularisme. 



portraitiste. — 

portraituriste ( Duvergier de — 

Hauranne, dans Scholle, 

Progr., 16). 
positiviste, 
posthétomiste. 



primeuriste (Littré, supplém.), 
progressiste. 

prohibitionniste (Littré, suppl.) 
propagandiste (Littré, suppl.) . 



positivisme, 
prâcritisme. 



prosaïsme. 

proxénétisme. 

psychisme. 

pugilisme (Littré, supplém.). 

puritanisme. 



quatre-vingt-neuviste (Mercier). — 



rampiste{\oïr yAus haut, p. 152) 
récidiviste. 

réserviste. 

révisionniste (Littré, supplém.) 



réglementarisme. 



romantisme. 



sanscritiste, 
sécessionniste, 
sémitiste, 
sentimentaliste. 



sacerdotalisme. 
sanscritisme. 

sémitisme. 
sentimentalisme. 



— 215 - 



socialiste^ 

soliste. — 

sonnettiste. — 

spécialiste. — 
spintiste, peu usité, remplacé spiritisme. 

par spirile, qui est d'origine 

anglaise. 

spontépariste. — 

styliste. — 

sudiste. — 



servantisme : « H tomba dans 
le servantisme le plus minu- 
tieux et le plus astringent. ji 
(Balzac, Maison Nucingen). 

servilisme : « Cet état de choses 
amenait le servilisme de l'em- 
ployé. » (Balzac, les Em- 
ployés, 1856, p. 172.) 

socialisme. 



thiériste. 

télégraphiste. 

terroriste (Littré, supplém. 

traditionnaliste. 

transformiste, 

unitariste, 



vélocipédiste. 



supranaturalisme. 

terrorisme. 

transformisme. 

unitarisme. 

vandalisme. Cf. sur ce mot le 
Bulletin du bibliophile, 1845, 
p. 494. 

védism,e. 

voltairianisme. 



En jetant un coup d'œil sur deux séries parallèles, on re- 
connaît qu'une infime minorité de radicaux seulement possède 
les deux dérivés en isme et en iste. Le plus souvent, les mots 
en iste n'ont pas de corrélatifs en isrne et réciproquement; ou, 
si les deux formes se rencontrent, elles ne se correspondent 
pas : le naturaliste n'a rien de commun avec le naturalisme. 

A quoi tient ce fait singulier? A ce que les substantifs abs- 



— 216 — 

traits en îs-we sont d'ordinaire formés après les adjectifs con- 
crets auxquels ils correspondent ^ Il arrive donc, ou que les 
adjectifs concrets en isle n'ont pas encore développé l'idée abs- 
traite qui doit fournir un correspondant en isnie : ainsi son- 
netliste, spécialiste, styliste, figuriste, etc. ; ou bien que les mots 
abstraits en iswe ont été tirés d'adjectifs correspondants pré- 
sentant, non le suffixe isfe, mais une autre terminaison : ainsi 
romantisme - romantique ; puritanisme -puritain ; mysticism e - 
mystique; exclusivisme-exclusif; cosmopolisme-cosmopolite , etc. 



§ 4. Suffixes verbaux. 

' Il n'existe dans la formation savante que deux suffixes ver- 
baux : er et iser. 

Er, suffixe verbal de la formation française, appartient à 
la formation latine quand il se joint aux thèmes, non des 
mots français, mais des mots latins (réels ou fictifs) : injecter 
suppose injectare de injectus; conférencier \ient, non deconfé- 
rence, qui aurait donné conférencer, comme balance a donné 
balancer, mais de * conferentia. 

Les dérivés nouveaux sont, à notre connaissance, peu nom- 
breux. 

convulser, de convulsus (proposé par Mercier et aujour- 
d'hui mis en usage par Th. Gautier et son école *) ; 

contagier, de contagium. 

conférencier, faire une conférence : « S'il doit conférencier 
jeudi, il ne dort plus depuis dimanche. » (Vallès, la Rue, Pre- 
mier début). 

inventorier : « L'arrivée entraîne des frais de toute nature 
qu'il est peu convenable d'inventorier, » (Balzac, les Employés, 
éd. de 1856, p. 200). 



1 . Journaliste date du siècle dernier, journalisme est de formation contempo- 
raine. 

2. « L'homme pâle, crispé, tordu, convulsé par lesp"^ssions factices. » (Th. Gau- 
tier, Etude sur Baudelaire.) 

Et tes doigts convulsés d'une infernale fièvre. 

(Baudelaire, Fleurs du mal, cxx.) 

Te convulsant quand l'heure tinte. 

(Baudelaire, Fleurs du mal, xc.) 

« Elle ouvrait sa bouche en 0, la tordait, l'allongeait, la convulsait. » (Daudet, 
Jack, I, § 4.) 



— 217 — 

transfuser, de transfusas. 

plagier, proposé par Mercier, néologisme assez usité aujour- 
d'hui, mais qui manque encore au dictionnaire de M. Littré; il 
est formé de plagiat, dont la forme latine * plagiatus suppose 
un verbe * plagiare. 

tintinnabuler {*tintinnabulare de tintinnabulum; tintinnabu- 
latus est latin.) « Ornés de clochettes qui tintinnabulaient 
sans cesse. » (Th. Gautier, Étude sur Baudelaire). Tintin- 
nabuler se trouve encore dans le Capitaine Fracasse (VII 
et IX). 

L'emploi de er devient plus rare, parce que son domaine se 
restreint de plus en plus devant les envahissements du suffixe 
iser : nouvel exemple des empiétements de la formation sa- 
vante sur la formation populaire. Iser, en effet, a si profon- 
dément pénétré dans la langue commune qu'il se joint non- 
seulement à des thèmes latins, mais encore à des substantifs 
ou à des adjectifs français : cette dérivation est désormais 
devenue organique ^ 

La langue contemporaine est riche en dérivés nouveaux. 

1. Dérivés de types non français : 

actualiser (Littré, supplém.), américaniser [ibid.], botaniser 
[ibid.), européaniser (d'Alaux, Revue des Deux Mondes, dans 
Scholle, Programme, p. 15), dramatiser (Mercier), dynami- 
ser (se) (Littré, supplém.), électriser, extérioriser [ibid.), 
germaniser, hypnotiser, mnémoniser, sensibiliser, sociabiliser, 
terroriser, romaniser, spiritualiser, vulgariser, etc. 

2. Dérivés de mots français : 

anecdotiser (Littré, supplém.), amwa/zser (Brillât-Savarin, 
1,26; Michelet, voir plus haut, p. 79), champagniser (Littré, 
supplém.), coltariser [ibid.), connmercialiser [ibid.), centraliser, 
charivariser, (se) décadiser : on disait autrefois s'endimancher 
(Mercier), fossiliser, fédéraliser, galvaniser, harmoniser (André 
Theuriet, Lucile Désenclos, i), idéaliser, localiser, militariser, 
monopoliser, municipaliser, naturaliser, opaliser : « globes opa- 

1 . Que l"on compare, entre autres, l'archaïque déchristianer au moderne déchri- 
stianiser, le verbe harmonier, encore employé par bernardin de Saint-Pierre, au 
néologisme harmoniser, l'on verra comment le sufllxe latin iser empiète sur 
le suffixe français er. 



— 218 — 

Usés » (Daudet, Jack, i, § 5), organiser, ossianiser : « Dans ce 
temps-là, on ossianisait tout. » (Balzac, La maison Nucingen)^ 
philosophiser (Montégut, dans Scholle, Programme, p. 16), 
ronsardiser : « La politique a ronsardisé. « (Chateaubriand, 
Mémoires, l, 368), sataniser : « L'ardente ambition satanisa 
mon âme» (Barthélémy, Némésis, Liberté de la Presse), so- 
cialiser, solidariser, utiliser, motionner, mot contemporain de 
lanterner (mettre à la lanterne), municipaliser (Mercier), 
paraboliser (Littré, suppléin.), rabbiniser (Réville, Revue des 
Deux Mondes, l"nov. 1867, p. 121; dansScholle, ^rcMves, XLII, 
p. 126), romantiser (Lagenevais, ibid., 1" avril 1867, p. 793; 
dans Scholle, ibid., p. 127), sèptembriser , stériliser: «Nous di- 
sons fertile, fertiliser; pourquoi, disant Sifén7e, ne dirions-nous 
pas stériliser? » (Mercier) ', voltairianiser ( Veuillot, Odeurs de 
Paris, 11, 4). 

On ajoute volontiers au radical le suffixe iser sous la forme 
du participe présent ou de l'adjectif verbal en isant, sans 
que l'on ait besoin de créer le verbe aux autres temps : un 
indianisant, un sanscritisant, un iranisant, un scandinavisant ; 
une forme prâcritisante ; l'action épileptisante de l'absinthe. 
Cette dérivation est fort usuelle dans la terminologie scien- 
tifique. 



CHAPITRE XIV. 

COMPOSITION LATINE. 

Comme la formation savante reprend au latin non-seule- 
ment ses mots dérivés, mais encore ses composés, toutes les 
formes qu'affecte la composition latine peuvent reparaître 
dans notre langue, suivant les caprices des lettrés. Nous 
n'avons donc qu'à passer en revue les divers procédés que 
met en usage le latin, et voir s'ils sont représentés en français. 

Composés syntactiques : je ne vois à citer que similor 
[simile auro). 

Composés asyntactiques : Le nombre des composés nou- 
veaux est considérable; ils se classent d'après la nature des 
éléments composants. 

1. On le dit maintenant. 



— 219 — 

1. Adjectif et adjectif ou substantif, donnant naissance à 
des adjectifs ou à des substantifs. 

médianimique : « Faculté médianimique, relative à la mé- 
dianimité. » [Répertoire du spiritisme.) 

médianimité : « faculté des médiums. >> [ibid.). 

omniscience, omniconvenance : « L'on n'admirera que ce 
que le septicisme adopte : l'omnipotence, V omniscience, l'ow- 
niconvenance de l'argent. » (Balzac, Maison Nucingen). 

multifide^ multicolore, multiforme et multiformité (Br.- 
Savarin, Physiol. du goût, I, 89), etc. ; primidi, duodi, tridi, 
quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi, (décadi). Les 
subdivisions du système métrique, déci-, centi-, milli- [mètre, 
gramme, litre, are, stère), contiennent les thèmes des adjec- 
tifs cardinaux decem, centum, mille, qui ne signifient nulle- 
ment dixième, centième, millième. 

Les adjectifs ou adverbes uni-, bis, tri-,quadri-, quinti-, etc., 
sont utilisés parles nomenclatures spéciales des sciences na- 
turelles : uniloculaire, uniréfringent, unipare, etc., bi-basique, 
bi-carboné, bi-colore, bi-^êtalé, etc., triatomique, triaurique, 
tricapsulaire, tricobaltique, tricorne, tricosté, trifolié, tri forme, 
etc. ; voir le Dictionnaire de M. Littré. 

Citons encore bivoie, bifurcation de la voie d'un chemin de 
fer; bicorporéité, qualité de l'esprit qui « pendant le sommeil 
peut s'isoler du corps; son esprit peut acquérir la visibilité 
et même la tangibilité. » [Répertoire du spiritisme); bi-mensuel, 
barbarisme pour semi-mensuel, ^nc?/c/e (mot hybride) : « herse 
à trois roues, dite herse tricycle. » [Descrip, des brevets, 1831, 
1'- série, XXXII, p. 93). 

2. Substantif et substantif, donnant naissance à des adjec- 
tifs (composés possessifs) : acinaciforme, aculéiforme, cauliflore, 
fraxinifolié, granuliforme, lamellibr anche, lamellicorne, lamel- 
lipède, lamellirostre , piri forme (ventre piri forme; Balzac, le 
Père Goriot), vélocipède' , crédirentier, débirentier, etc. 

1. Vélocipède date de 1818, « machine dite vélocipède. » (Descript. des brev. 
1'° série, t. X, p. 114.) Ce mot, appliqué à un autre appareil, a reparu dans ces 
dernières années et a fait fortune; il a mémo sa petite famille : vélocipédiste, 
véln-fiport. Le mot pourtant est mal fait : il faudrait vêlocifère ou quelque chose 
d'analogue : vélocipède veut dire qui a les pieds rapides, et ne peut s'appliquer 
par suite qu'au cavalier. Celui qui monte le vêlocifère est un vélocipède. Pède, 
d'ailleurs, dans ces sortes de composition, désigne l'individu : bipède, quadru- 
pède. 



— 220 — 

3. Substantif et substantif donnant naissance à des sub- 
stantifs : caulobulbe, liarmonicorde, clavicorde, fulmicoton pour 
fulminicoton (le nom et la chose datent de 1846; Descripl. des 
brev., 2' série, XII, p. 189), viaduc, etc. 

4. Substantif et adjectif ou substantif dérivé de verbe et 
ayant valeur verbale; résultat de la composilion : adjectif: 

-GIDE : insecticide, liberticide, loculicide (t. de botanique), 
raticide [raticide Burnichon, Bottin, 1875, p. 924), tyrannicide. 

-COLE : favicole (Littré, supplém.) ; vignicole (Barthél., Né- 
mésis, Aux électeurs du juste - milieu) , sourisicole (Vallès, 
la Rue, AU right!) etc. 

-cuLTEUR et -CULTURE : agriculteur (créé par Delille); hirudi- 
niculture, -leur; pisciculture, pisciculteur, qui ont remplacé les 
vieux et excellents mots français alevinage, alevinier; ostréicul- 
ture, -leur, puériculture ou l'Art d'élever hygiéniquement et 
physiologiquement les enfants (par A. Garon, 2" édit., 1865); 
sylviculture, etc. 

FÈRE : aérifère : « chapeaux de soie aérifères » (prospectus 
d'un marchand ) , célérifères : « voitures dites célérifères. » 
{Descript. des brev., 1817, 1" série, XIV, p. 337), casquettifère : 
« L'abus des plaisirs en faisait un mollusque anthropomorphe 
à classer dans les casquettifères. » (Balzac , le Père Goriot) ; 
corollifère (t. de hot.) ',filifère : « Outil propre à enfiler les ai- 
guilles, dit filif ère. n [Descript. des brev., 1829, l"""* série, XXVIII, 
p. 74), foraminifères (genre de coquillages); rotifères (sorte 
d'infusoires) ; vélocifères : « voitures dites vélocifères. » {Des- 
cript. des brev., 1803, VII, p. 258), etc. 

-FiQUE : calorifique, frigorifique, lactifique, etc. 

-FUGE : « appareil dit fumifuge. » [Descript. des brev., 1817, 
IX, p. 335). 

-LUVE : maniluve, pédiluve. 

-MOTivE : locomotive, et avec d'autres dérivés de rnoveo : 
locoinoteur [électro-moteur, etc.), locomobile_. 

-PARE : fîssipare, foliipare, gemmipare, multipare, ovivivipare, 
spontépar -ité, etc. 

-voRE : budgétivore, fumivore, insectivore, etc. 

Ajoutons vélocipiqueuse, nom d'une machine à coudre, falsi- 
frage, « papier destiné à mettre les papiers de commerce, de 
banque, etc., à l'abri des faux. » [Descript. des brevets, 1828, 
1" série, XXVI, p. 310, etc.). 



— 221 — 

4. Attribut et verbe : c'est ici que peuvent prendre place les 
verbes en ifier [i-ficare) et en éfier [e-facere). On peut les placer 
également, dans le chapitre de la composition proprement dite, 
à côté de composés formés d'un fégime et d'un verbe, comme 
nous l'avons fait dans notre Traité de la formation des mots 
composés'. Nous avons montré comment cette composition d'o- 
rigine savante a pénétré dans la langue commune et est de- 
venue organique. Voici quelques exemples contemporains : 
baronifier : « D'Aldrigger fut alors baronifié par S. M. l'Empe- 
reur et Roi. » (Balzac, la Maison Nucingen), bondieusardifier 
(la jeunesse) (le journal les Droits de l'Homme, cité par le Cor- 
respondant du 25 oct. 1876, p. 247), mot tiré de bondieusard, 
cité plus haut, p. 89; momifier, noblifier, prussifier, russifier, 
terrifier^, — stupéfier. 

Les verbes en ifier donnent des dérivés en i-fîcateur, i-fica- 
tion; les verbes en éfier; des dérivés en é- facteur, é-faction. 

Nous arrivons aux composés par particules. 

Nous avons à examiner ab, ad, ante, circum, cis, cum, con- 
tra, de, dis [di), e [ex], extra, in (prépos.), in (négation), inter, 
intra, intro, ob, psene, per, post, prse, prseter, pro, quasi, re, 
rétro, satis, se, sub, super, trans, ultra. Ces particules présen- 
tent les mêmes combinaisons que les particules françaises que 
nous avons étudiées dans la formation populaire*. 

AB, AD. Nous ne voyons pas que ces particules aient donné 
naissance de nos jours à de nouveaux composés. 

ANTE : composés parasynthétiques : anté-diluvien (* ante- 
diluvi-anus = qui est (-anus) avant (ante) le déluge (diluvi-um), 
cf. plus haut, p. 131); anté-historique {= qui est (-ique) avant 
(ante) ['histoire). 

CIRCUM : composés parasynthétiques : circumméridien, cir- 
cumaxile , circwmzénithal : dans circumnavigateur on a un 
composé syntactique, c'est-à-dire un juxtaposé. 

GIS : composés parasynthétiques : cismontain, cispadan, cis- 
rhénan; cisleithaîi ou cisleithanien, cisg ange tique. 

1. Page 143. 

2 Suppose un type terrificare; le latin a terrefacere, qui aurait donné terre- 
fier, comme torrefacere a donné torréfier. — Ajoutons pontifier qui, logique- 
mont, devrait être pontififier, mais qui représente un type latin pontificare: 
« Le beau d'Argenton, coiffé en archange, frisé, pommade, ganté de clair, génial, 
luislève, pontifiant. » (Daudet, Jack, I, § 4.) 

3. Voir plus haut, p. 128 et suiv. 



— 222 — 

cuM (cM'/n, con, co) : Formations nouvelles: condupliquer 
[cmn et duplicare), conduplicatif, cunduplicable, termes de bo- 
tanique; connotation, connotatif; — coaptation, coarctant, 
coauteur, co-bourgeois, co-dêputé, co-éducation, co-détenu, co~ 
électeur, co-occupant {droit de co-occupant, Lasteyrie, Revue 
des Deux Mondes, dans Scholle, Programme, p. 14). 

Cette formation à l'aide de co devient d'un usage général; 
elle est commode, et ici la formation savante apporte un en- 
richissement à la langue. 

CONTRA ni DE u'out douué dc compositions nouvelles. 

Dis : discontinuité, disqualifier : « C'était forfaire à l'honneur 
et se disqualifier. » (0. Feuillet, M. de Camors, Revue des 
Deux Mondes, 15 mai 1867, p. 273). 

EX. Nous ne citerons pas les formes latines telles que excurvé, 
exfétation, etc., mais les formes de la langue commune où 
ex a pris le sens de l'archaïque ci-devant : ex-préfet, ex- 
instituteur, ex-député. « Deslandes prit son chapeau , salua 
son ex-protecteur d'un air de dignité blessée, et sortit du ca- 
binet. » (Ch. de Bernard, Les ailes d'Icare, I, 12). « Par la 
grâce de madame Peard, ex-femme vertueuse. » [Ibid., II, 11.) 
« Cette résolution avait coûté à Audebert; son orgueil d'ex- 
propriétah^e et d'homme à projets ne se plaisait guère à l'aus- 
térité du simple compagnonnage. » (6. Sand, La Ville noire, 
ix). « Il y avait bien là-dedans un peu de vengeance contre 
son ex-hôtesse, avec laquelle il s'était fâché. » {Ibid., viii). 

Ici encore la langue commune tire un heureux parti de ce 
procédé de composition; il est simple, commode, et, depuis la 
Révolution, qui l'a introduit, il a pénétré assez profondément 
dans la langue pour devenir organique ^ 

EXTRA se combine comme préposition dans des parasyn- 
thétiques : extra-axillaire, -budgétaire^ ^conjugal, -européen, 
-folié, -foliacé, -humain, -légal, -natureP, -oculaire, -organi- 
que, -personnel, -réglementaire, -statutaire, -utérin, -verté- 
bré, etc. Il se combine comme adverbe dans extror-blanc, 
« métal extra-blanc argenté », extra-réfi'actaire, extra-lucide^, 
extra-fin, extra-fort, « toile de coton écru, extra- forte » (Gâ- 
tai, d'un mag. de nouveauté); « (Un surtout de table) plaqué 

1. Cf. Courrier de Vaugelas, 1872, n"' 8 et 12. 

2. « Figurez- vous un paysage extra-naturel. » (Th. Gautier, Étude sur Ch. Bau- 
delaire.) 

3. « Mais non, allez, je n'étais pas fou, j'étais surexcité, extrorlucide peut-être. » 
(G. Sand, Le dernier amour, III.) 



— 223 — 

extra-super fin j plus beau que l'argent. » (Ch. de Bernard , Les 
ailes d'Icare^ I, 4). 

Extra s'emploie absolument comme adjectif et substantif 
avec le sens de extraordinaire, sur quoi Von ne comptait pas : 
« Tous ces articles ecc^ra avaient l'air d'être autant de gracieu- 
setés de sa part. » (Brillât-Savarin. Physiologie du goût, i, 
144). ce Aux tables d'officiers un ex-^ra est un invité. Au café 
ou au restaurant à prix fixe on appelle extra, soit un plat de- 
mandé en dehors de la carte, soit un garçon supplémentaire 
venant aider au service. » (L. Larchey). « Vin d'extra, bouteille 
de vin fin. » (ïd.). Extra signifie également repas plus soigné 
qu'à l'ordinaire : « se permettre un extra. » — Cf. plus bas 
ultra. 

IN, préposition, donne quelques parasynthétiques: incurva^ 
tion, inalpage (ascension dans les Alpes) , inalper. 

IN négation. De fort bonne heure cette particule s'est peu à 
peu substituée aux composés que le vieux français formait 
avec non'. Depuis le dix-septième siècle surtout elle a reçu une 
extension considérable, et a pénétré si profondément dans la 
langue que son emploi est devenu aujourd'hui familier et 
presque populaire. Elle se combine avec les adjectifs ou par- 
ticipes [juste injuste, consolé inconsolé), et avec les substantifs 
[conscience inconscience], rarement avec les verbes. Elle forme 
de faux parasynthétiques qui méritent d'être examinés. 

Dans ses Commentaires sur Corneille, Voltaire, citant le vers 
de Cinna (III, 3) : 

Rendez-la, comme à vous, à mes vœux exorable, 

fait remarquer qu'il est bien étrange qu'on dise implacable, et 
non placahle, âme inaltérable, et non pas âme altérable; héros 
indomptable, et non héros domptable. La remarque est juste ; 
beaucoup d'adjectifs en able, ible, n'existent d'abord que sous 
la forme de composés négatifs : inusable, indéracinable, inovr 
bliable, inextlrpable, indéniable, inextinguible, indestructible, 
etc. A quoi tient ce fait? C'est sans doute que l'affirmation 
d'une impossibilité est toujours plus catégorique, plus 
péremptoire que l'affirmation d'une possibilité. Pour dire 
qu'un feu peut s'éteindre, il n'est pas nécessaire de recourir 
à une forme spéciale : « ce feu est extinguible; » la con- 
struction ordinaire suffit pour exprimer un fait ordinaire. 

1. Cf. plus haut, p. 140. 



— 224 — 

Mais si l'on veut dire que le feu ne peut s'éteindre, que rien 
n'est capable de l'étouffer, on préférera à une périphrase qui 
étend et affaiblit l'idée une expression synthétique qui la 
condense et lui donne une forme absolue : « Ce feu est inex- 
tinguible. » 

Il résulte de ce fait que la langue, avec in, tire directement 
des composés en able, ible, des verbes, sans passer par les ad- 
jectifs simples : user donnera immédiatement inusable; surmon- 
ter, insurmontable : ce sont là des parasynthétiques d'une 
nature particulière, différents de ceux qu'on rencontre dans 
emplacement, embarquer, etc. Ceux-ci sont des parasynthé- 
tiques de langage, ceux-là d'idées; les uns sont régis par des 
lois philologiques, les autres par une loi intellectuelle. 

Les formations nouvelles avec in sont très-nombreuses ; on 
en jugera par la liste suivante* : 

inimitable, illitérature, illogique, imbrûlable, immérité (pro- 
posé par Pougens dans son Vocabulaire des -privatifs'^), imme- 
suré, imméthodique, immiséricordieux, imm^odulé, impa/rdonné^ 
impartageable, impatriote*, imperfectible, impermanence, im- 
permutable, impersévérance, impesé, impeuplé, impleuré (Pou- 
gens, Vocah.), im,pliable, impondérable, impopulaire, -arité, 
impotable, impratiqué, improductif, improduit, improfitable, 
improtégé, impudeur (Pougens, Vocab. ; le mot n'est dans 
le Dict. de l'Académie qu'à partir de l'édition de 1835), impu- 
rifié'*, imputrescible, inabrité, inabrogé, inacclionatable, in- 
accompagné, inaccord, inacheté, inachèvement (Balzac, Facino 

1. Les mots qui sont donnés ci-après sans indication spéciale sont pris au Dic- 
tionnaire de M. Littré, qui les cite sans exemples anciens ou modernes ; et comme 
ils manquent au Dictionnaire de l'Académiej il y a tout lieu de croire qu'ils sont 
de formation récente; la plupart d'ailleurs ne sont pas encore consacrés par l'u- 
sage. 

2. Cf. plus haut, p. 25, n. 2. 

3. « On a demandé en ma présence à un sourd et muet la définition du patrio- 
lisme. Comm» ce mot est très-composé, l'habile instituteur a fixé l'attention de 
son élève, d'abord sur le mot père, pater palris, ensuite sur le mot patrie, puis 
sur le mot patriote, et enfin sur la force de la terminaison isme. De la définition 
de chaque mot est sortie une définition très-logique du mot composé. Passant 
après du patriotisme en général au patriotisme françois, on a demandé à l'inté- 
ressant élève quels sont les ennemis des François; il a répondu les impatriotes; 
mille applaudissements ont annoncé la fortune que fera ce mot dont notre langue 
aura été redevable à un sourd et muet. » (Journal de la langue française, par 
Urbain Domergue, 1791, deuxième année de la liberté, t. IV, p. lUl.) L'usage 
brutal devait tromper l'espérance de ces braves patriotes. Serait-ce que les « im- 
|)atriotes», à l'honneur du pays, étaient trop peu nombreux pour mériter une 
épithète spéciale? 

4. Voir plus bas, à inflétrissable. 



— 225 — 

Cane), inactif, inadhêvenl, inadmis, -sion, ina/feclé, inafftigé, 
inajournable, inaltéralion, inaltéré, inamical, inapaisable, in- 
aperçu (Pougens, Vocab.), inapparent, inappauvri, inapprécié, 
inapprouvé, inapte, inassiduité, hiassignable , inassimilable, 
inassociation, inassorti, inassoupi (proposé par La Harpe dans 
Mercier), inassouvi {Pougens, Vocab.), inauriculé, inauthenti- 
cité, inautorisé, inavouable, incalcinable, incalculé, incalom- 
niable, incandeur, incassable, incélébré, inchangé, inchavirahle, 
inchrétien, incivilisable, inclassable, incoagulable, incoction, in- 
coercition, incomrnençable, incommisération, inconipacité, in- 
cornpassion, incotnpatissant, incompensable, incomprim,é, incon- 
ciliant, inconcluant, inconcrescible, inconçu, inconditionné, 
inconditionnel, inconducteur, inconfessé, inconfiant, incongelé, 
inconjugal, inconnaissable, inconnexité, inconquis, inconscience, 
inconservable, inconsistance (proposé par La Harpe, Mercier et 
Pougens), inconsolé, inconsommable, inconstitutionnel, incon- 
sumé, incontinuité, incontractile ^, incontrit, incontrôlable, in- 
controversé, inconvaincu, inconversible, inconviction, inconvié, 
incoordination , incourbé, incriminel, incritiquable, incroche- 
table, incroyant, incuit, incultiwe'^, indébrouillable^, indé- 
brouillé, indécachetable, indéchiré, indécisif, indécliné, indé- 
composé, indécousable, indécrit'', indéfié, indéfiguré, indéfri- 
chable, indégonftable (Littré, supplém.), indéguisé, indéhiscent, 
indélégable , indélégation , indélicat (Pougens, Vocab.), inde- 
mandé, indémontré, indéniable, indénoncé, indénouable, indenté, 
indépouillé, indéracinable, indesci'iptible, indigérer ^, indirec- 
tion, indiscutable, indispersé, indisputé, indistinction, inéclairci, 
ineffacé, inemployé, inenvié, inépanoui, inéprouvé, inépuisé. 



1. « Flanelle incontraclile»se lit dans les prospectus et les annonces d'un che- 
misier de Paris. Incontractile est mal fait : il faudrait incontractible. 

2. « Ces ci-devant hurleurs de démagogie et de socialisme, la plupart sans let- 
tres, trop souvent môme remarquables par leur inculture. » (Veuillot, Odeurs de 
Paris, I, 2.) 

3. « Que sais-je? un fouillis, un chaos indébrouillable à faire tomber la plume 
de lassitude au nomenclateur le plus intrépide. » (Th. Gautier, Les Jeune France, 
éd. de 1833, p. 309.) 

4. « Les torrents qui pleurent et sanglotent comme des âmes malheureuses, les 
cerfs qui brament d'une voix plaintive et passionnée, la brise qui chante et rit 
dans les bruyères, les vautours qui crient comme des femmes effrayées; et ces au- 
tres bruits étranges, mystérieux, indécrils, qui grondent sourdement dans les 
montagnes, ces glaces colossales qui craquent dans le cœur des rocs. » (G. Sand, 
Lclia, xxvin). Indécrits est en italique dans le texte. 

.^. « Le docteur Malouet qui en absorbait des quantités {de truffes) à indigérer 
un éléphant. » (Brillât-Savarin, Physiol. du (joût. 1,44). Indigérer se construit 
autrement que digérer. On dira : il ne digère pas ce plat, et ce plat Vindigère. 

15 



— 226 — 

inéquitable, inérudition, inescomptable (Littré, supplém.), in- 
essayé, inestimé, inétudié, inévité, inexaucé, inexcusé, inexigé, 
inexploité, inexploré, ùiexplosible, un inexpressible, inexpri- 
mé ^j infertilisable , inflétrissable^ , infutnable (Littré, sup- 
plém.), ingagnable^, ingaranti, inglorifié, ihharmonie, -ieux, 
inhumecté, inimité, inimprimable, inindustrieux, ininflammable, 
iniiitelligent, -etice, -emment'', ininterruption, injustifiable, in- 
négociable, inofficiel, inopérable, inopportun (proposé par Pou- 
gens, Foc), inopportuniste (Littré, supplém.), inorganisable, 
inorné, inoubliable, inovulé, inoxydable, inqualifiable, inra- 
contable^ , insapide, insaponifiable , insaturable , insécurité 
(Pougens, Foc), insermenté, inservilité, insincérité ^ , insoli- 
darité, insouci, -deux, insoupçonnable (Littré, supplém.), in- 
submersible'', insuccès (proposé par Pougens, Vocab.}, in- 
suivi, intransférable, intransparenl, intransportable, (couverts) 
inusables (Bottin, 1875, p. 1170), inversable, invérification\ ir- 
raisonné'^, irraisoniiable, irrassasié, irratifiable, irrechercliable, 
irréfuté, irrégénérable, irrelatif, irremboursable, irreproductif, 
irrespirable, irrespect^\ irresponsable, irrévérencieux (Pougens, 
Vocab.), etc., etc. 

iNFRÀ donne un adjectif parasynthétique : (terrains) infra- 
jurassiques. 

iNTER est riche en formations nouvelles : il joue le même 



1. « Tant d'idées inexprimées, inexprimables plutôt. » (Daudet, Jack, I, § 4.) 
2» « Je trouve ailleurs quelques traces dun néologisme moins véniel : inflêtris- 

sabie, inipurifié. » (Cuvilier-Fleury, Journal des Débats, 16 sept. 1876, p. 3, col. 5, 

sur Mlle Louise Berlin.) 

3. « L'aristocratie, de sa nature, ingrate et ingagnable. » (Chateaubriand, Mé- 
moires, t. II, p. 83.) 

4. «Les quatre-vingt-dix mille francs amassés sou à sou provenaient donc d'é- 
conomies sordides et fort inintelligemment employées. » (Balzac, les Employés, 
éd. de 1856, p. 206.) 

5. « Le bonheur fait d'une foule de joies menues et inracontables. » (Daudet, 
Jack, I, § 7.) 

6. Ce mot aurait été créé par M. de Tocqueville à la tribune, selon M. Fr. Wey, 
Remarques sur la langue française, II, p. 93. 

7. « Celle-ci (la physalie) n'a au-dessus do l'eau qu'un petit balloUj une vessie 
insubmersible. » (Michelet, la Mer, p. 169.) 

8. « Ce qui a graduellement ébranlé dans l'esprit des hommes les philosophies, 
théologique et métaphysique, c'est d'une part leur invérification (il a toujours été 
impossible de vérifier à posteriori leur dire), etc. (Littré, Revue des Deux Mon- 
des, 15 août 1866, p. 838, dans Scholle, Archives de Herrig^ xxxix, p. 432).— Ce 
mot, dû à M. Littré, ne se trouve pas dans son dictionnaire. 

9. « Un malaise irraisonné, accru du grand silence et de la solitude. » (Daudet, 
Jack, I, § 7.) 

10. « Cette jjersécution mélangée de pitié, cet irrespect du malheur. » (Balzac, 
Le Père Gwiot, 1835, 1. 1, p. 58.) 



— 227 — 

rôle que le français entre, en combinaison avec des noms et 
des adjectifs ; et dans la plupart des composés il a pris une 
place qui revenait de préférence à entre. Il est d'un grand em- 
ploi dans la terminologie scientifique : 

inter-ambulncral , -antennaire, -cellulaire, -claviculaire, -co- 
lumnaire, -continental, -cutané, -digital, -épineux, -fibrillaire, 
-foliacé, -frontal, -maxillaire, -national [C internationale). 

interocéanique: « Le chemin de fer interocéanique. » (Simo- 
nin, Rev. des Deux Mondes, l«'août 1867, p. 719; dac.s Scholle, 
Archives de Herrig, XLII, p. 123.) 

intefr oculaire, -pariétal, -pétiolaire. 

interplanétaire : « Le vide interplanétaire. « {Radau,/îev. des 
Deux Mondes, 1" sept. 1867", p. 254; Scholle, ihid.) 

Ces composés sont des parasynthétiques, dans lesquels in- 
ter est une préposition régissant le substantif, thème de l'ad- 
jectif. 

/nier est préposition dans interars, terme d'hippiatrique, qui 
peut être ancien, et dans le mot tout nouveau de intersession^, 
créé par l'administration du chemin de fer de Paris à Ver- 
sailles : « Trains supprimés pendant les intersessions. » {Rè- 
glement du départ des trains de Paris à Versailles.) 

Il est adverbe dans intercommunication, intercourse, interdé- 
pendance. 

iNTRA se trouve dans un grand nombre d'adjectifs parasyn- 
thétiques appartenant à la nomenclature moderne des sciences: 
inlra-crânien , -dermique, -foliacé, -marginal, -médullaire, 
"mercuriel {jpldinëie intramercurielle) , -pétiolaire, -pulmonaire, 
-tropical, -tubaire, -utérin, -vasculaire, -vertébré. 

iNTRO. On a créé le mot intropelvimètre. 

OB, p^NE et PER n'ont pas, à notre connaissance, donné de 
compositions nouvelles. 

PARUM : citons paraffine. 

PosT, abverbe : postabdomen (Latreille), postface (date de 
la fin du dix-huitième siècle), postfloraison, postposition; 
préposition, dans les parasynthétiques : post-oculaire, -pecto- 
ral, -pliocène, -positif. 

PRAE est adverbe dans préabdomen (Latreille), préachat, 
préaddition (Lemare)^ prébalancier (Latreille), précompte, pré- 
denté, prêdénommé, prédigestion, prédisposer [-^sant, -sition), 
préfloraison, préfoliationi 

1. Comparez tnfcrrc^ne. 



— 228 — 

Il est préposition dans les parasyntliétiqucs : pré-aryen, 
-buccal, -caudal, -celtique, -hanchial, -lombaire, -oculaire, 
-romain, -tibial. 

PRETER, PRO : nous ne voyons pas que ces prépositions 
aient donné lieu à des formations nouvelles. 

QUASI présente le même emploi que presque : il s'en dis- 
tingue cependant, dans l'usage commun, par un caractère 
de familiarité qu'il donne à l'expression, et que n'a point 
presque, chose curieuse, presque appartenant à la langue 
commune, et quasi étant latin. Les gens du peuple diront : « il 
est quasi fou, » plus volontiers que : «il est j^resque fou. » 

« Ce fut ainsi que Clément Chardin des Supeaulx, dont le 
père, anobli sous Louis XV, portait écartelé au premier 
d'argent, un loup ravissant de sable emportant un agneau de 
gueules ;... avec En Lupus in hisioria pour devise, put surmon- 
ter cet écusson quasi railleur d'une couronne comtale. » 
(Balzac, les Employés, p. 434, édit. 1856.) 

« Quasi-évidence » (Montégut dans Scholle, Programme, 
p. 16); ce quasi-insoumission ii (d'Alaux, ibid.). 

« C'est un quasi-droit que nous avons sur eux. » (Michelet, 
La Mer, 2«édit., p. 338.) 

« Les uns ont la solidité, la quasi-éternité de l'arbre. » 
[Ibid., p. 140.) 

« (La Bruyère) peint le paysan de l'ancien régime comme 
une bête, non-seulement noire et affreuse, et misérable, mais 
quasi-sauvage, et qui possède à peine les rudiments du lan- 
gage humain. » (Veuillot, Odeurs de Paris, VI, 2.) 

re; voir plus haut, p. 141. 

SINE : sinombre : « Nouvelle lampe astrale, dite sinombre. » 
[Descript. des brevets, 1810, 1" série, t. XIII, p. 22.) 

suB, préfixe «qui, dans le langage didactique, exprime soit 
la position en dessous, soit une espèce de diminutif ou d'ap- 
proximatif." (Littré). 11 exprime «la position en dessous, » 
quand il est préposition; il forme alors des parasynthéti- 
ques : sub-abdominal, -alpin, -apemiin, -apiculaire, -aquatique, 
-brachien, -caudal, -cortical, -tropical, -oculaire, etc. Il exprime 
ce une espèce de diminutif, « quand il est adverbe : sub-acicu- 
laire, -agrégé, -calcaire, -caréné, -comprimé, -conique, -cor- 
di forme , - cylindi'ique , - décurrent , - déprimé , - fossile , 
-fusiforme, -globuleux, -imbriqué, -inflammation, -lobé, -luxa- 
tion, -lyre, -ombiliqué, -ostracé, -ovale, -parasite, -jjentamère, 
-pétiole, -sessile, -sphérique. 



— 229 — 

SUPER, préposition, fournit des parasyntliétiques : superaxil- 
laire, super crétacé, superéqiiatorial, superovarié; supernatura- 
lismc. 

super est aussi adverbe : « C'est qu'elle [la roule d'Aigle) 
nous est archi et super -connue. » (Tôpfer, Voyages en zigzag, 
II, l'ajournée); superftn; superstructure, «terme d'administra- 
tion qui ne s'est pas encore vulgarisé. On entend par là le 
ballast et la voie de fer proprement dite, c'est-à-dire les tra- 
vaux exécutés par-dessus les travaux de maçonnerie et de ter- 
rassement. » (C. de FageoUes, Dict. des cJiem. de fer). 

SUPRA fournit quelques parasynthétiques : supra-axillaire, 
suprajurassique, supramondain, suprasensible, etc. 

TRANS donne des adjectifs parasynthétiques : transandin, 
-atlantique, -continental^- danubien, -gangélique, -^narin, -océa- 
nien {-ique), -pacifique, -padan, -pontin, -uranien. — Dans 
transvider, il est adverbe. 

ULTRA, préposition, donne des parasynthétiques: ultror-pon- 
tin, -réglementaire, -zodiacal, (les rayons du spectre solaire) 
ultra-chimiques, ultra-violets. « Cette graine ultra-naturelle 
est aussi délicieuse. » (Brillât-Savarin, Physiol. du goût, 
I, 32). Il est adverbe dans ultra-libéral, ultra-révolutionnaire, 
ultra-royaliste, ultra-radical. « Jeunes gens à tournure ultra- 
cavalière. » (Ch. de Sernard, les Ailes d'Icare, I, 13). C'est de 
la valeur adverbiale que sort le substantif un ultra', homme 
qui pousse les opinions de son parti à l'extrême : <- Je suis 
un vieil ultra... entêté, incorrigible, fossile, tout ce qu'il y a 
de plus momie. » (Ch. de Bernard, ibid., II, 3.) 



1. L'italien nous montre quelque chose d'analogue, non plus pour un préfixe, 
mais pour un suffixe. Le suffixe accio, qui a un sens péjoratif, s'est détaché des 
thèmes auxquels il se joint, pour devenir une sorte d'adjectif ou de substantif si- 
gnifiant mauvais : « Quanto sicte accio! — Comme vous êtes désagréable! » On 
va jusqu'à dire, avec redoublement du suffixe , egli è acciaccio. Voir Blanc, 
Grnmmalik der ilulianische Sprachc, Halle, Î844, p. 159. 

Parmi les diverses particules que nous venons d'examiner, ultra, super, 
extra, prennent un développement de plus en plus marqué dans la langue com- 
mune. Il y a là un fait qui n'est plus d'ordre linguistique, mais qui relève de l'iiis- 
toire sociale de notre époque. L'usage des adverbes de superlatif doit en effet 
grandir dans cette époque de concurrence à outrance qui a vu naître la réclame 
et le pu/f. Voir plus haut, p. 52. 



- 230 — 



DEUXIÈME SECTION. 

FORMATION GRECQUE. 



CHAPITRE XV. 

VUES GÉNÉRALES SUR LA FORMATION GRECQUE 

DÉRIVATION, COMPOSITION. 



I 

.Jusqu'au milieu du quatorzième siècle le français ne con 
tenait que fort peu d'éléments grecs. C'étaient des mots qui 
avaient passé dans le latin populaire ou dans le latin ecclé- 
siastique et avaient perdu la trace de leur origine première : 
episcopus, apostolus, ecclesia, diaconus, epistola, monacJnis, 
canonicus, etc. ; ou bien c'étaient des termes du has-grec que 
les Croisés, au onzième et au douzième siècle, avaient rap- 
portés de Constantinople : dromond^ bezant, [ac)cabl[er)^ man- 
gonneau^ chaland ^ etc. / 

Au quatorzième siècle, le grec commence à pénétrer dans 
la langue. Il est introduit par Nicole Oresme*, le traducteur 
d'Aristote. Bien que sa version des Éthiques, des Politiques, 
des Économiques et du traite dii Ciel et du Monde, fût faite non 
sur l'original, mais sur des traductions latines ; néanmoins 
un nombre relativement considérable de mots grecs passa 
dans le texte française Les œuvres d'Oresme cependant, bien 

1. Fr. Meunier, Essai sur la vie et les œuvres de Nicole Oresme, p. 84 el 
suiv. 

2. Oresme a dressé lui-même des Tables des mots estranges (grecs et latins) 
ou des fors mots, qu'il a employés dans sa traduction dos Ethiques et dans sa 
traduction dos Politiques d'Aristote. Feu M. Meunier avait transcrit ces tables 
d'après le texte original ; dans son manuscrit que j'ai sous les yeux, je note les 
mots grecs suivants : architectonique, aristocratie, bomolothos, chaymes, dé- 
mocratie, démos, demotique, discales, epiekeye, eubulie, eutrapeles, gnonie, 
économie, m.onarchie, oligarchie, phylautos, policie, synesie, tymocratie, — 
agonie, -isacion, -iquement, -izer, agronome, -mie, akmes, anarchie, andries, 
androkalgachie, aulharchie, autharkes, architectonique, aristocratie, -tique, 
-tizer. arm^onie, astynomie, hannause, -ausie. -nusiqne. delphiqtie, dèmogo- 



— 231 — 

que fort appréciées en leur temps, furent de bonne heure 
oubliées; aussi la plupart des termes grecs employés par le 
vieux traducteur, n'entrèrent que plus tard dans la langue et 
furent repris à la source grecque/ Au seizième siècle, les 
traducteurs furent sobres d'emprunts à Ta Tangué hellénique ; 
c'est par ]a science beaucoup plus que par la littérature que 
la terminologie grecque pénétra chez nous. D'ailleurs elle ne 
s'y Tristalla pas brusquement, mais fit une sorte de stage en 
passant par la forme latine. Les dictionnaires de médecine du 
seizième et du dix-septièmè siècle sont rédigés enTâlîrfëfpré- 
sefttentTïhe terminologie mi-partie latine, mi-partie grecque. 
Ambroise Paré, au seizième siècle, fait seul exception; ses 
œuvres, écrites en français, contiennent un grand nombre de 
mots grecs ; mais encore quelques-uns sont-ils reproduits 
sous la forme purement latine' et donnés comme mots latins. 
Le premier dictionnaire qui, à notre connaissance, donne un 
commencement de terminologie française est le dictionnaire 
qui accompagne les œuvres de M" Fr. Thévenin, publié en 
1658 ^ 



Oue, -ogiseVj démocratie, -tique, -tizer, demiurgique, despotes, -tie, -tique, 
-tizier, dyonisvdz, dorii' ou doriste (dorien), effores, -rie, église « assembloo 
OH congreifacion faite pour avoir aucune deliberacion. Et en ceste meesme ma- 
nière en use la sainte Escripture aucune foiz », ephehe, -ebie, equiarches, eva- 
gogues, eusynagugae, fvigie ou frigisf.e (plirygion), gernsie. g\fm.nasie, gymna- 
stique, gymnolhoeratique, gymnochonomos. yconomr, yconnmie, -inique, ydios, 
ieronomes, ylores, kalogagathon, kosmoz, lydie ou lydisle (lydien), mélodie, 
monarche, -chie, navarches, obeliscoklism.e, obolostatiquc. olygarchie, -iquc, 
-iser, ohjmjnade, -ique, pedonomes, -mie, pentarchie, peryode, philaucie. 
phylauton, phylantropos, phylarches, poèmes, poetizier, policeme, policie, 
politique, -izer, pomptopliylon, potagogides, syngoves, sophisme, trierar- 
ches. — Cf. Egger, L'hellénisme en France, t. I. p. 129. 

1. Ou même grecque. Des mots tels que acrocordon, amphémérinos, anasa- 
riia, ancyloblépharon, aporrexis, etc., pour être écrits en lettres françaises, 
peuvent-ils èlre considérés comme des mots français? Voir le lexique qui se 
trouve à la fin de l'édition des œuvres de A. Parc, publiée par M. Malgaigne. 

2. Les Œuvres de M' Fr. Thévenin, chirurgien ordinaire du roy, etc. Paris, 
ii>-fol., M.DC.LViii. A la suite des œuvres de Thévenin, se trouve un Dictionnaire 
étymologique dr. mots grecs servant à la mMecine, avec leur Iranscriptimi en 
lettres Rom,aines, leur explication en François et quelqttcs définitions tirées et 
traduites de celles de M" Degorris. Dans ce dictionnaire, on voit des mots grecs 
traduits ou plutôt transcrits en latin, et quelquefois accompagnés de la traduction 
en langue française vulgaire, lorsqu'il s'agit d'allections, de lésions de parties 
du corps, de remèdes qui ont un nom dans la langue populaire. Cette terminolo- 
gie n'a pas encore franchi le cercle d'un petit nombre d'initiés. Le Lexicon me- 
dicum, elymologicum (sive tria Etymologiarum millia quas in scholis publicis 
Medicinee alumnos ita postulantes edocuit M. J. B. Callard de la Duquerie), 
publié à Caen et à Paris en 1692, contient des mots latins et des mots grecs, ceux- 
ci écrits soit en latin, soit en grec. Le dictionnaire français-latin des termes de 
médecine et de chirurgie, publié soixante-dix ans plus tard (1760), |)ar Élie Cal 



— 232 — 

Au dix-huitième siècle, notre langue est décidément con- 
quise par le grec. Jusqu'alors elle n'avait reçu qu'un certain 
nombre de termes de médecine et de chirurgie, et quelques 
termes de philosophie, ceux-ci venus directement de la sco- 
lastique. Mais l'immense développement que prennent dès 
lors et les sciences naturelles et leurs nomenclatures charge 
le lexique scientifique d'un nombre presque infini de mots 
nouveaux. C'est la botanique avec la nomenclature de 
Linné et la classification de Jussieu qui ouvre la route : 
puis viennent la physique, la chimie, la minéralogie, l'histoire 
naturelle, la géologie. Des espèces innombrables d'insectes, 
de plantes, de minéraux, de fossiles, sont découvertes et clas- 
sées; il faut les dénommer : où trouver assez de noms, clairs, 
précis, bien faits? Heureuses les sciences qui, comme la chimie, 
s'enrichissent dès le début d'une nomenclature simple et 
féconde; mais toutes n'ont pas le bonheur d'avoir à leur 
berceau un Guyton de Morveau et un Lavoisier. Aussi chaque 
savant se crée d'ordinaire sa terminologie qui varie avec 
l'idée maîtresse qui le guide dans sa classification. Toutefois, 
avec le progrès des sciences, l'ordre arrive à se faire au milieu 
de ce chaos, quoique telle science, la minéralogie, par exem- 
ple, de nos jours encore, offre le spectacle d'un désordre 
absolu*. Le minéi'alogiste, avec des milliers de corps à dénom- 
mer, n'ayant aucun principe scientifique de nomenclature, 
prend occasion de toute circonstance : tantôt c'est le nom 
du voyageur qui l'a découvert qui désignera le minéral. 
Karsten nomme reussine un sulfate de soude et de magnésie 
découvert par Reuss , Vernes appelle withérile le carbonate de 
baryte trouvé par Wittering; tantôt le minéral fait la coui' à 
quelque personnage plus ou moins fameux en son temps : 
la zurlite doit éterniser le nom d'un certain Zurlo, ministre 
plénipotentiaire; lajohannite, d'un archiduc Jean d'Autriche; 
le prince Mislosch, et le ministre russe Cancrin, oubliés du 
reste de l'univers, trouveront un souvenir dans la mémoire du 
minéralogiste, grâce à la misloschine et la cancrinite. Mais 
qu'avait besoin Herder de laisser donner son nom à la herdé- 
rite? Des hommes, on passe aux héros anciens, aux demi- 
dieux, aux dieux même. Klaproth consacre le titane aux 

de Vilan, présente les mots grecs sous la forme française ; c'est déj^ notre no- 
menclature moderne. 

1. Pour les détails qui suivent, voy. Landrin, Dictionnaire de minéralogie, de 
rhéologie et de métalluryie (Farii Didot, 18;)2, in-12); Préface. 



— 233 — 

Géants ; Rose, le niobeum à Niobé ; Breithaupt, deux miné- 
raux trouvés ensemble dans une granité aux deux frères my- 
thiques Castor et Pullux; Berzélius place la //ton7e sous l'invo- 
cation du dieu Thor. La géographie n'est pas oubliée : le nom 
dira la patrie. La bavalite vient de Bavalon (Côtes-du-Nord), 
la wichl'me de Wichty (Finlande), la klllenite de KiUeney 
(Irlande). Mais le nom moderne est trop banal : il ne donne 
pas cette teinte de mystère qui ne déplaît pas à la science, ou, 
pour être plus juste, aux savants : on fait appel à la géogra- 
phie ancienne : de là la ligurite, trouvée dans les Apennins, 
dans l'ancienne Ligurie ; la œuziranite trouvée dans une par- 
tie de la chaîne pyrénéenne qui portait jadis le nom de Cou- 
ziran. Souvent bien entendu, et c'est le cas le plus fréquent, 
ces minéraux se trouvent dans plusieurs localités ; la labra- 
dorite existe en Finlande, comme dans le Labrador; Vepso- 
mite existe à Epsom, il est vrai, mais encore à Saint-Etienne, 
dans le Tyrol, à Saltzburg, et ailleurs. Enfin des noms propres 
on passe aux qualificatifs, et ici viennent à la rescousse le 
latin et le grec, le grec surtout; le choix du qualificatif sera 
d'ailleurs le plus bizarre qu'il se pourra et de nature à dé- 
router le profane. Que peuvent bien avoir de spécifique des 
noms de minéraux comme acerdèze « sans utilité », allo- 
morphite « qui a une autre forme ", péristérite « presque so- 
lide »? L'euxénite « l'hospitalière » est un tantalate d'yttria 
uranifère qui admet volontiers, outre ses trois principes con- 
stituants, une demi-douzaine de substances étrangères. « Le 
nom de xénotime a été appliqué à un phosphate d'yttria 
à qui on avait fait l'honneur de le prendre pour un autre^ 
pour un oxyde de thorium. » L'hydro-phosphate alumineux 
de fer a reçu le nom de cacoxène « ou mauvais étranger » 
parce qu'il renferme de l'acide phosphorique, qui j^eut nuire 
à la qualité du fer que ce minerai fournit. Enfin un même 
minéral reçoit souvent plusieurs noms , chaque savant lui 
donnant le sien ; en revanche, plusieurs minéraux sont dé- 
signés par un seul et même nom. Ainsi la ylairine porte 
encore les noms de glairidine, daxine, ihermaline, sulfm'ose, 
sulfurine, hydrose, etc. ; et la phillppite désigne du cuivre 
panaché et un hydro-silicate d'alumine. C'est le triomphe de 
l'anarchie. 

La plupart des sciences présenteraient des faits analogues ; 
bien plus, chaque ordre de sciences. En botanique, les noms 
des classes, des familles et des genres, et les noms des parties 



— 234 — 

de la plante, dans l'ordre des phanérogames, sont à peu près 
fixés : mais les noms des espèces et des individus sont encore 
livrés à l'arbitraire. Quant aux cryptogames, la nomenclature 
des parties de la plante et à plus forte raison celle des plantes 
varient avec chaque auteur. 

Cette incertitude de la terminologie vient augmenter dans 
une singulière mesure le nombre des mots spéciaux. Ajoutez 
que chaque science se subdivise en sous -sciences, en bran- 
ches qui se développent, et poussent à leur tour des rejetons. 
Des sciences nouvelles sont en même temps créées; notre 
siècle a vu fonder la géologie, l'anthropologie, la philologie, 
la sociologie, pour ne citer que les plus importantes ; et cha- 
cune d'elles apporte ses termes techniques. Le mouvement 
industriel suit le mouvement scientifique : les chemins de fer, 
la télégraphie, la photographie, la galvanoplastie, ont besoin 
de termes spéciaux. Ainsi grandit à l'infini cette nomencla- 
ture spéciale qui vient s'ajouter à la langue commune. 

Cette langue artificielle est prise d'un peu partout, comme 
nous l'avons vu pour la minéralogie. Mais c'est le grec qui 
a l'honneur de lui fournir les éléments les plus importants. 
La richesse du grec, ses remarquables qualités„iie_préci- 
^îjon et de netteté, son égale puissance de composition__£t_de^ 
dérivatif, le désignaient naturellement aux savants du siècle 
derhîei'et de nos jours qui y puisaient et qûTy puisent tou- 
jours à pleines mains. 

Tantôt on prend simplement des mots grecs qu'on habille 
à la française, tels sont par exemple ces termes de médecine 
et de sciences naturelles * : agalactie, againc, angiologie, agérat, 
ankyloglosse, ankylose, ancyroïde, anchilops, adiante, adyna- 
mie, aéropliobie, azygos, athéromey égilops, étiier, hématite, 
hématose, hém,orrhagie, étiologie, acalèphe, acarus (axapi), acé- 
phale, acrism,ie, acrisie, açrochordon, achromion, alexétère, 
alexipharmaque, allantoïde, aloès, haltères, alphos, alopécie, 
amaurose, amblyopie, amiante, amnésie, am,nios, am,orphe, 
amphibie, amphiblestroïde, anabrochismé, anadrome, anémie, 
analeptique, analyse, anaplérose, aphonie, anaphrodisie, andro- 
gyne, anévrysme, anthélix, anthère, anthrax, anthropophage, 
anorexie, aorte, apozème, aponévrose, apoplexie, apospastique, 

1. Nous suivons l'ordre alphabétique des mots grecs qu'il est inutile de repro- 
duire, tant le français les calque fidèlement : nous ne prenons nos exemples que 
dans la lettre A. . 



• — 235 — 

apostème, apophyse, aptère, apyrexie, arachnoïde, arthrile^ 
aristoloche, artère, aryténoïde, asthénie, asthme, ascaride, ascite, 
asphalte, atocie, atonie, atrophie, aphérèse, aphthe, aphylle, 
aphonie, achore, etc., etc. 

Tantôt de radicaux grecs et même latins ou français on tire 
des dérivés nouveaux à l'aide de suffixes grecs. Tantôt enfin 
on combine des mots grecs, suivant les principes de la com- 
position grecque. 

II 

Les principaux suffixes utilisés par la nomenclature scien- 
tifique sont «e (la), ose (ojortç), ite (îtiç), ite (t'-niç). 

le, qui se confond avec le suffixe latin ie (voy. plus haut, 
p. 186), n'a pas de signification déterminée; il sert surtout à 
former des dérivés de composés ( apétalie , etc. ). Il n'en est 
pas de même des suivants, qui méritent de nous arrêter. 

ose. Sur le modèle du grec atjxaTtoat; [hématose] àuaupwd'.ç 
amaurose, apOpwtrtç [amphi-)arthrose, Y«^*>'-'w(Tt^ galactose, i'C/y- 
(xwfftç enchymose, etc., le langage de la médecine crée des 
dérivés tels que dermatose, gastrose, névrose, etc., dans 
lesquels ose indique l'ensemble des affections qui peuvent 
atTefndre la partie du corps indiquée par le radical. Dans chlo- 
rosè~te suffixe change légèrement de signification : il indique 
d'une manière générale une affection caractérisée par les 
pâles couleurs. 

ite, de Itu. Le point de départ est donné par des mots tels 
que vecppîTic néphrite , àpOpîxtç artlirite , inflammation des 
reins, des articulations. De là l'emploi de ite pour former, 
avec les radicaux des noms latins ou grecs de quelque partie 
du corps, des substantifs féminins qui désignent l'inflamma- 
tion de ces parties : adénite, bronchite, colite, conjonctivite, 
cystite, dermatite, diorite, dorchite, duodênite, élytrite^ entérite, 
hépatite, iléite, laryngite, méningite, mésentérite, niélrite, pala- 
tite, péritonite, pharyngite, etc. Ce suffixe est d'un emploi plus 
étendu que ose, parce qu'il a une signification beaucoup plus 
précise. 

ite, de ivr\q, se trouve dans aiaa-riV/;; hématite, peXsuvinriç 
héléinnite, [ioLloiyi-:rtÇ malachite, Tzjpîxr^i pyrite. he\&ng&ge de la 
jTiinéralogie a formé sur l'analogie de ces types : ampélitê, 
a7ithrdcîréjàzurite, chaldte, cimolite, crespite, cténite, draconite, 
hélicite, hy alite, franklinile, fiilgurite, granité, graphite, hum- 
holdtite, labradorite, lignite, mélanite, onychile, rhédonite. 



— 236 — 

sélénite, uranite, vauquelinite, etc., etc. Ici encore le radical est 
indifféremment un mot grec, latin, français, un nom propre 
de personne ou de lieu. 

Ce suffixe sert à désigner des minéraux qui se rencontrent 
souvent à l'état de cristaux; de là à l'utiliser pour désigner 
des sels, il n'y a pas loin. Telle est, ce nous semble, l'origine 
de l'affectation qui lui a été donnée dans la nomenclature 
chimique. 

Nous arrivons à cette nomenclature à laquelle les immenses 
progrès accomplis durant notre siècle par la chimie donnent 
une importance sans cesse grandissante. 

En 1782, Guyton de Morveau publiait un Mémoire sur les 
dénominations chimiques, la nécessité d'en perfectionner le 
système et les règles jtour ■ y parvenir^. Après avoir montré les 
abus de la nomenclature chimique telle qu'elle existait alors, 
comment elle était fondée presque entièrement sur de fausses 
analogies, comment des objets différents étaient souvent dési- 
gnés par un seul et même nom, des corps simples par des 
périphrases obscures et compliquées, il établit quatre prin- 
cipes généraux qui conduisaient à cette conséquence de donner 
à chaque corps un nom simple d'où se dérivât aisément un ad- 
ieclif : quartz quartzeux, alumine alumineux, barote (aujourd'hui 
baryte) barotyque, soude soudite, etc. L'idée émise par Guyton 
de Morveau fit son chemin, et, le 18 avril 1787, Lavoisier lut 
en séance publique à l'Académie des sciences un Mémoire sur 
la nécessité de réformer et de perfectionner la nomenclature de 
la chimie, mémoire pénétré des doctrines de Condillac sur 
le caractère des langues bien faites; il y reprenait, en les déve- 
loppant, les théories du jeune chimiste dijonnais. Quinze 
jours après, le 2 mai, Guyton de Morveau lisait son mé- 
moire sur les principes de la nomenclature; on y voyait 
pour la première fois les noms depuis devenus si familiers, 
d'oxygène et d'hydrogène et les règles de la nomenclature qui 
établissait la signification et l'emploi des suffixes ite, ate; 
eux, ique; ure"^. Un second mémoire de Fourcroy faisait l'ap- 
plication de ces principes à la plupart des corps étudiés alors 



1. Public dans le recueil des Observations et mémoires sur la physique, sur 
Vhistoire naturelle, et sur les arts, t. XIX (année 1782), p. 370-382. 

2. Ile est sans doute le ile de la minéralogie, avec changement de genre ; ate 
est le latin atum : il était indiqué par muriale [muriatum sal); eux et ique 

. sont les suflixes français. Nous ne voyons pas ce qui a pu déterminer l'emploi de 
ure. 



— 237 — 

par la chimie*. L'Académie des sciences ne parut pas montrer 
un vif enthousiasme pour cette nouveauté ; elle fit preuve du 
moins d'une prudente réserve, et, par l'organe de sa commis- 
sion, elle décida de rester neutre, attendant impartialement 
pour donner sa sanction que l'usage eût décidé entre l'an- 
cienne nomenclature et la nouvelle*. Elle put bientôt donner 
son adhésion sans se compromettre ; car la nouvelle nomen- 
clature triompha sans grande résistance. Les progrès de la 
chimie la popularisèrent rapidement; aujourd'hui les suffixes 
en ite et en ate ont pénétré dans la langue commune, sinon 
dans la langue du peuple. Nos cuisinières transforment le 
carbonate de soude en la carbonade^ ; quel sens en effet peu- 
vent leur offrir ces grands mots pédants? Mais quand un 
pamphlétaire, naguère fameux, analysant le second empire, 
ne trouvait dans son creuset qu'«un verminate d'infamie et 
un crapulate de despotisme, » il était sûr d'être compris de ses 
lecteurs bourgeois. 

La nomenclature nouvelle fit faire à la chimie des progrès 
rapides; mais ces progrès mêmes la rendirent bientôt insuffi- 
sante. Les deux séries de suffixes ique eux, ate ite, ne répon- 
daient plus aux multiples combinaisons des acides et des sels; 
de là l'emploi de particules augmentcitives et diminutives 
hyper, per, hypo dont nous parlerons plus bas. 

De nos jours la création de la chimie organique a amené la 
création d'une nomenclature correspondante où paraissent de 
nouveaux suffixes. Nous avons parlé déjà du suffixe ine ser- 
vant à désigner certains principes essentiels de corps organi- 
ques. Si l'on considère la série suivante : amylène, butylène^ 
caprilène, camphène, citrène, étkylène, pélrolène, propylène, 



1 . Toutes les pièces relatives à l'histoire de la nomenclature furent publiées en 
1787; sous le titre suivant : Méthode de numenclalure chimique proposée par 
MM. de Morveau, Lavoisicr, Berthollet et Fourcroy. On y a joint un nouveau 
système des caractères chimiques adaptés à cette nomenclature par MM, Has- 
senfralz et Adct; Paris, 1787, sous le privilège de V Académie des sciences, in-8°, 
312 pages. 

2. Le rapport de la commission, en date du 13 juin 1787, est signé Baume, 
Cadet, Darcet et Sage; il est certifié conforme, en date du 23 juin 1787, par le 
marquis de Condorcet. 

3. Il est curieux de voir comme la plupart des composés grecs, entrés dans la 
langue populaire, se raccourcissent et se siinplilient; ils perdent, en général, leur 
second élément: un arislo, un typo (typographe; cf. plus haut, p. 46), un topo 
(dans l'armée, pour un topographe), un photo, un kilo (kilogramme dans le peu- 
ple, litre dans l'armée), un clyso {clyso-pompe) (voir Dcscrip. des brev., 
IHkh ; 2'= série, t. IV. p. 14). Cf. p. 176. 



— 238 — 

^tijralène. twalène, etc., il faut reconnaître une formation 
toute nouvelle de dérivés. Ces mots désignent des carbures 
d'hydrogène, et vraisemblablement le suffixe ène n'est autre 
chose que la finale de hydrogène. Il existe également des dé- 
rivés en ose : cellulose, galactose, glycose, lévulose, mélitose, etc. 
en ide : lactide, saccharide, glycéride,- uréide, etc. ; en ane : 
glucosane, lévulosane, caramélane, etc. Mais la prudence nous 
défend de nous aventurer sur un terrain qui n'est pas le nô- 
tre : ces dérivations nouvelles d'ailleurs n'appartiennent plus 
à la langue, ou du moins ne lui appartiennent pas encore. 
C'est une langue de convention qui n'est pas encore fixée et 
consacrée comme la première nomenclature chimique ; comme 
tout ce qui est artificiel, elle échappe à la science. 

III 

La composition est une source inépuisable de formations 
nouvelles. Certains mots servent de radicaux ou de premiers 
éléments à des composés dont le second varie de diverses ma- 
nières; ou. au contraire certains mots remplissent le rôle de 
suffixes communs à divers radicaux. 

Voici une liste qui, quelque longue qu'elle soit, ne donne 
qu'une faible idée de la richesse infinie de cette composition. 
Nous n'y réunissons — sauf erreur — que des mots créés au 
plus tôt vers la fin du siècle dernier. 

1. ANTHROPO-^rap/iie, -latrie, -lithe, -logie^, -morphe, 

\UTO-biographie, -clave^, -clinique, -plastie. 

BARO-logie, -scope, barymétrie. 

Bio-graphie, -logie, -nomie. 

CHROUO-Iithe, -lithographie, -phore; chromurgie. 

CHBONO-mètre, -métrie, -métrique, -scope. 

CHRYSO-carpe, -céphale, -chlore, -gastre, -logie, -mêle, -ptère, 
chrys-ophthaltne. 

cosMO-cratie, -nomie, -sophie, cosm-ofwma. 

CRÉo (xpéa;) -génie, -graphie, -phage, -phagie, -phile, -soie. 

CRYPTO-hrancJie , -carpe, -céphale, -cère, -game, -gastre, 
"grarmne, -logique, -pode, -pore, -stémone; crypt-orchide. 

1. Anthropologie, existait au dix-septième siècle, au sens de anlhrupomor- 
phisme ; au sens actuel, il a été refait de nos jours. 

2. (Marmite) autoclave, mot hybride qui date de 1820 (Descript. des brev., 
l''» série, t. XI, p. 127). 



— 239 — 

CYAHO-carpe, -céphale, -dermie, -gastre^ -gène, -ggne, -leuque, 
-mêle, -mètre, -^athie, -phosphore, -pode, -plère, -^yge, cyan- 
ophlhalme, -ure. 

CYCLO-hr anche, -carpe, -céphale, -céplialie, -graplie, -lithe, 
-morphe, -note, -phare, -phylle, -ptère, -sperme, -thèle, -zoaire. 

CYST-algie, -hépatique, -odynie; CYSTi-pathie, -rrhagie, -rrhée, 
-tomie; CYSTOcè/e*, -lithique, -plastie, -plégie, -ptôse, -spastique, 
-stomie. 

DACWï-oïde; DACRYO-ciste, -pée. 

DACTYL-oïde ; dacty LO-g rajjhe [-ie, -ique], -lalie, -nomie, -ptère, 
-thèque. 

HASY-anlhe (Sâau;, garni de poils), -carpe, -caule, -céphale, 
-gastre, -pe, -pleure, -stachyé, -stémone, -lire. 

DERMA-^tère ; JiERUAT-algie, -odonte, -odynie, -oïde, -ophide; 
DERMATO-branche, -gastre, -graphe [-ié], -logie, -lysie, -pathie, 
-pathologie, -phile, -pnonte, -squelette, -tomie; DERMO-chelyde, 
-phage, -ptère, -rrhynque. 

DEUTERO (voy. proto). 

ÉLECTRO-aimant, -chimique, -dyna/mique {-isme), -galvanique 
{-isme), -gène, -genèse, -graphe, -logie, -lyse [-ser, -sable), -ly te 
{-ique), -magnétique [-isme), -^nètre {-ie, -ique), -moteur, -Méga- 
tif, -positif, -phore, -physiologique, -polaire, -puncture, -scope, 
-statique, -thérapeutique, -thérapie, -type {-ie), -^ital {-isme). 

ÉLYTR-oïrfe; ÉLYTRO-cè/e, -plastie, -qHose, -rrhagie, -rrhapie. 

ENTOM-oide, -ostracé; ENXOMO-^ène, -graphe {-ie), -lithe, -logie^ 
{-iste), -phage (ou insectivore), -phile, -phore, -stome, -zoaire. 

ÈR\o-calicé (éptov, toison), -carpe, -caule, -céphale, -mètre, 
-pétale, -phore, -sperme, -stémone, -stome, -style. 

ÉRYTHRO-cfl^rpe, -céphale, -cère, -dactyle, -derme, -gastre, 
-lophe, -pe, -phylle, -ptère, -sperme, -stome, -thorax, -xyle^ 

GALACT'-agogue, -^urie; GALACio-cèle, -graphie, -logie, -mètre, 
"péèse, -péétique, -phage, -^hore, -phlhisie, -posie, -rrhée, 
-scope. 

GASTÉRO-po^e, -ptérygien, -zodire. 

GASTR-atgie, -odynie; GAStRO-adynamique, -bronchite, -cèle, 
-colique, -colite, -conjonctivite, -duodénal, -duodénite, -en- 
céphalite, -entérite, -épiploïque, -hépatique, -hépatite, -hys- 
térotomie, -intestinal, -laryngite, -logie, -^malacie, -mêle, -^mé-^ 

1. Les composés en cyslo- sont incorrects, le mot grec étant x,U(iti; et non 

2. Hounct n'a pas osé créer ce mol; 



— 240 — 

ningite, -métrite, -muqueuse, -necte, -nome (-îc*), -néphrite, 
-péritonite, -pharyngite, -pylorique, -iThapie, -rrhée, -splénique, 
-sténose, -thèque, -thoracique, -tome (-ie), -vasculaire. 

GÈo-logie, -logue, -saure, gé-orama. 

GLYCO-colle, -gène [-ie], -mètre; GhYCY-mètre, -rrhize {-zine). 

HÈLïC-oïde; hélico -stègue, -trême. 

uÈLio-chi'omie {-ique), -comète, -graphe [-ie], -mètre, -scopie, 
-scopique, -stat {-ique), -tropie [-ique, -isme). 

HELMiNTH-ow/e; HELMiNTH0-/?7/ie, -logie [-ique, -iste). 

nÈM-agogue, -ophthalmie ; iiÈUA-statique. 

HÉMAT-oïc/e, -omphale. 

HÉMAT-ttrie, -idrose; HÈUATO-carpe, -cèle, -céphale, -graphe, 
-logie [-ique], -phylle, -rrhachis, -zoaire. 

uÈMO-phobie, -planie, -plastique, -rrhée, -rrhinie, -spasis, -stase. 

uÊMi-carde, -carpe, -chorée, -crânie, -cylindrique, -dactyle, 
-èdre [-ie, -ique), -encéphale, -garnie, -goriiaire, -mêle, -niéro- 
ptère, -opie, -page, -palmé, -plégie, -pomatostome, -ptéronote, 
-sphéroïde, -térie, -tome. 

HYDR-ophthalmie; nYono-bie, -branche, -carbure, -cirsocèle, 
-électrique, -mètre, -pathe, -phane, -phyte, -pote, -rachis, -rrhée, 
-thérapie [-eutique), -thorax, -tomie. 

iiYGRO-logie, -phobie, -scope [-ie, -ique). 

HYMÉNO-carpe, -graphie, -lépidoptère, -logie, -phore, -phyllics, 
-pode, -rrhize, -tomie. 

iCHTHY-ot/on^e; iCHTHYO-co//e, -dorylithe, -graphe, -morphe, 
-phage [-ie], -saure. 

wÈo-génie, -gramtne, -graphie, -logue, -logie. 

iDio-électrique, -gyne, -métallique, -morphe, -pathie, -syn- 
crasie. 

iniDO-cèle, -colobome, -dialyse, -ptôse, -scope, -tomie. 

iso-bare, -trope, -therme. 

hARYNG-algie ; LkïiY^GO-graphie , -scope [-ie), -stome, -tomie, 
-typhus. 

LiTH-oïde; LiTHO-carpe, -chromie [-ique, iste), -claste [-ie), 
-dialyse, -glyphe [-ie, -ique), -labe, -lysic, -phanie, -phylle, 
-sperme, -tritie, -triteur (mots hybrides), -typographie. 

HAkCRO-céphale, -cère, -cerque, -chire, -dactyle, -glosse, -pétale, 
-phylle, -pode, -^itère, -rrhize, -scélide; macroure. 



1. Ce mot a été créé par Berchoux, l'auteur de la Gastronomie (1801). « On a 
ressuscité du grec le mot de gastronome ; il a paru doux aux oreilles françaises. » 
(Hrillat-Savarin, Physiol. du ijoûl, I, 136.) 



— ikl — 

MÈs-omphale ; uÈso-carpe, -colon, -crâne, -discal, -(jaatrc, 
-lobe, -mérie, -phragme, -phryon, -phylle, -phyte, -recluin, 
-^•rhynien, -sperme, -thorax, -zoïque. 

Mou-odonte; uoNO-atomique , -base, -carpe, -céphale {-ien), 
-cère {-os), -chire, -cline, -dactyle, -delphe, -dyname, -genèse, 
-génisme, -génîste, -graphie, -gyne, -podie, -rime, -sperme, 
'Style, -syllabisme, -théisme, -trème, -xyle. 
MYTHO-graphe {-ie), -logie {-iste). 

nto-catholique [-icisme], -chrétien, -christianisme, -grapltie, 
-latin, -lithique (l'âge), -membrane, -plasme, -plastie, -zoïque. 
THÈVR-agmie, -axe, -ilème; NÊVRO-graphie, -^athie, -sthénie, 
-tome, 
^os-encéphale; Noso-génie, -graphie {-ique). 
NYCT-anthe, -éribies; N\CTO-bate, -graphe, -typhlose. 
oDONT-algie, -orthosie; ODONTO-dermes, -génie, -gnathe, -gra- 
phie, -lithe, -logiste, -style, -technie, -thèque. 
OENO-métrie, -phile, -thère. 

OPHi-odonte ; opmo-glosse, -graphie [-ique], -lithe {-ique), 
-logie, -phage, -stome; opiiios-wre. 

OPiniiALU-odynie ; opHTiiALUo-blénorrhée, -cèle, -copée, -gra- 
phie, -lithe, -logie, -mètre, -rrhagie, -scope, -thèque, -tomie. 
omiVïVLO-glosse, -lithe, -myze, -scopie, -trophie. 
ORTa-odonte; omHO-basique, -cère, -dactyle, -dromie, -épie, 
-gnathe, -lexie, -logie, -morphie, -pnoïque, -ptère, -rrhombique, 
-rrhynque, -sperme, -trope. 

ORYCTO-géologie, -gnosie, -graphie {-ie, -ique), -logique {-iste), 
-technie, 

osTÉo-gène, -graphe, -graphie, -logie, -lyse, -malade, -plasle, 
-plastie, -porose, -sarcome, -sclérose, -stéatome, -tome {-ie, -iste), 
-zoaire. 

PXLÊONTO-graphie, -logie {-ique, -gue). 
vwÂo-graphe {-ie), -thérien, -thérium, -zoïque, -zoologie. 
vxN-iconographie (Boltin, 1875, p. 1052), -triteur (ou 
broyeur universel, 1831, Descript. des brevets, 1" série, XXX, 
326^, -germanisme, -sluvisme, -lexique (de Boiste). 

PHiLO-come (huile, 1817, Descript. des brevets, t. IX, 337 ; Xill, 
14), -7nathique, -technique. 
PHLÉBO-yraphie, -lithe, -malade, -ptère, -rrhagie. 
piiQT-opsie; piiOTO-chromatique {-ment), -électrique, -gène^ 
-graphe, -graphie, -graphiquement, -gravure, -sculpture, -niel- 
lure, -lithographie, -logie, -mètre, -métrie, -phobe. -phobie, 
-scopique, -sphère. 

16 



— 242 ■— 

pOD-uphthahnah'e , -ure; PODO-branche , -carpe, -gyne, 
-lachnite, -logie, -mètre, -phy lieux, -sperme. 

poLY-atomique, -basique, -carpien, -céphale, -cholie, -chroïsme, 
-cladie, -cotylaire, -dactyle, -dipsie, -galactie, -gamique, -gin- 
glyme, -gnathien, -graphique, -lymphie, -mathique, -mélien, 
-mère, -morphe, -morphisme, -orama, -pétalie, -phonie, -pore, 
-rrhize, -sarcie, -scope, -stome, -style. 

PRO TO-bromure, -carbure, -chlorure, -cyanure, -fluorure, 
-iodure, -phosphure, -séléniure, -sulfure, -sel, protoxyde (de 
même deutero-) ; proto -pathie, -phy te, -plasma. 

PSEUB-encéphale, -épigraphique, -érythrine, -esthésie, -opsie, 
-orexie; psY.\2D0-agate, -alcool, -améthyste, -asbeste, -basalte, 
-béryl, -blipsie, -carpe, -chrysolithe, -cobalt, -continu, conti- 
-nuité, -cristal, -émeraude, -grenat, -iris, -kinique, -malachite, 
-martyr, -médecin, -membrane [-eux], -morphique {-isme,-ose, 
-osé), -néphéline, -pérlptère, -plasme, -pleurésie, -révolution- 
naire, -rubis, -saphir, -science, -scope, -sperme, -topaze, 
-volcanique. 

pYR-oïde; PYRO-électrique , -gène, -genèse, -nomie, -phagie, 
-phosphate, -phyllite, -scaphe, -scope, -sphère -stat, -stéarine, 
-xanthine, -xyle. 

RniN-algie, -optie; Rumo-plastie, -rrhagie, ^rrhée, -thè- 
que. 

Rmi~anthe, -onychion; Rnizo-blaste, -carpe, -graphie, -lithe, 
^phage, -phore, -pode, -tome. 

swÈRO-graphie («riSyipo;, fer), -lithique, -technie. 

TÈLÈ-gramme, -graphe [-ie, -ique) , -iconographie, -mètre {-ie, 
-ique), -phonie. 

THERMO-c/i^m^e, -chrose, -dyna/mique, -électrique {-icité), 
-graphe, -magnétique, -mécanique, -neutralité, -pathologique, 
-scope. 

TRACUÈu-pode; TRACUÉLO-branche, -diaphragmatique, -dorsal; 
TRACHÉo-cè^e, -sténose. 

TYPO-chromie, -lithe, -lithographie, -phonie, •-tone. 

zoo-bie, -biologie, -chimie, -glyphite, -magnétisme, -mor- 
phisme, -nomie, -nosologie, -phage, -phurique, -phyte, -^phy tique, 
-phyto graphie j -sperme, -spore, -taxie, -tomie. 

2. ALGIE, cardi-algie, cephal-, dermat-, gastr-, lannjng-, névr-f 
odont-, ophthatm-, rhî/n-. 
BRANCHE, crypto-bfdnche, cyclo-, hydro-, podo-, trachélo-. 
CARPE, chfyso-catpef crypto-, cgano-, cyèlo-, dctsy-, ério-. 



— 243 — 

érythro-, hémato-, hémi-, Iiymcno-, lillio-, tncso-, mono-, podo- 
rhyzo-. 

CÈLE, brancho-cèle, bubono-, crypto-, encéphalo-, gastro-, 
hydro-, hystéro-, ischio-, liparo-, niéyulo-, ophthalmo-, 
ostéo-, pneumalo-, sarco-, scroto-, spermato-, strato-, 
varico-. 

cÉPHALE, brachy-céphale, cyano-, cyclo-, dolicho-, hydro-^ 
macro-. 

CRATiE, aristocratie^ démocratie, bureaucratie, pédantocratie, 
voyoucratie (trivial). 

GÈNE*, GENÈSE, chryso-gènc, cyano-, électro-génèse, entomo-, 
glyco-, hystéro-, méta-génèse, mono-, noso-, odonto-, parlhéno-, 
photo-gène, pyro-génèse. 

GRAPHIE, GRAPHE, GRAPHIQUE, bibUo- , anthropo- , auto-, 
catalo-, chalco-, crypto-, épi-, épistolo-, glosso-, hélio- , 
hématu-, holo-, hydro-, hyméno-, ichthyo-, mimo-, néo-, 
orycto-, paléonto-, panto-, photo-, pneumato-, psycho- *, rhyzo-, 
stégano-, tachy-, télé-, topo-, etc. 

LATRE, LATRIE, hugo-lâtre^, anthropo-lâtric. 

LOGUE, LOGiE, LOGIQUE, adéuo-logic, algo-, anthropo-, assyrio-, 
baro-j bio-, citol-, cranio-, dactylo-, dermato-, égyplo-, éleclro-, 
entomo-, eschato-, hyméno-, idéo-, méso- (Berlillon, Dict. des 
se. médicales), morpho-, onomato-, ophio-, ophthalmo-, organo-, 
orycto-, patho-, photo-, phono-, podo-, sépulcro- '', téléo-, toxico-, 
typto-^. 

MANIE, MANE, anglo-manic, danso-, décalco- (Bottin, 1875, 
p. 913), mélo-, théâtro-, lypé-. 

MÈTRE, -lE, -IQUE, acéti-mètrc (Littré, supplém.), actino -{id.), 



1. Le premier composé en gène est oxygène, dû à Lavoisier; mot compose, dit- 
il, « du grec ôÇu;, acide, et yeivoixai (sic), j'engendre. » On peut pardonner à La- 
voisier d'avoir ignoré le grec, et d'avoir confondu yiy\o\i.an avec y^waM; il est 
regrettable toutefois que oxygène ait amené à sa suite un nombre considérable de 
mots en gène, où gène a la valeur d'un suffixe signifiant producteur. Il aurait 
fallu -génète. 

2. Psychographie, « écriture des esprits par la main du médium » {Répertoire 
du spiritisme). Pneuniatographie, « écriture directe des esprits sans le secours de 
la main du médium » {ibid,}. 

3. « Les Janinphiles, les Janinlâtres ou les Janiciens ; car ces trois mots sont 
d'une composition également régulière, allèrent se placer auprès des Balzaciens. » 
(Th. Gautier, Les Jeune France, p. 520 de l'éd. de 1833). Réclamons en passant 
contre cette dérivation, barbare, quoi qu'en dise Th. Gautier, des Janiciens ; il 
fallait Janiniens. 

4. Sépulcrologie française, titre d'une étude dé M. Caraven-Cachin sur des 
sépultures gauloises, romaines, etc. Castres, Hue, 1873, in-8°. 

h. Langage par coups frappés {Rép. du spirUisme), etc. 



— 244 — 

alcooli-j arco-métrie , atmido- [id.) , barathru- [id.), bathy-, 
bio- [id.], calori-, crystallo-, cyclo-, ério-, galacto-, ophthaimn-, 
planir-, photo-, podo-, radio-, stéréo-métrie, télé-mètre, déca- 
mètre, hecto-, kilo-, myrior-, 

MORPHE, -iSME, acténi-morphe, antropo-, idio-, poly-, zoo-. 

NOME, NOMIE, bio-ïiomie, dactylo-, gastro-, métro-nome. 

oïDE, alcaloïde-, cist-, coll-, dermat-, granit-, hélic-, métall-, 
sipJi-, solén-. 

ORAMA, panorama (inventé en 1799 ; Descript. des brev., t. III, 
p. 44), géorama (inventé en 1822; ibid., XI, 145), diorama, 
cosmorama* (1823; ibid., XVI, 201), hydrorama (1829; ibid., 
XXYII, 206), néorama, polyorama. 

PATHiE, PATHiQUE, cyauo-pathie, idio-, anthropo-. 

PÉDIE, PÉDIQUE, ortho-pédie, gymno-. 

PHAGiE, PHAGE, hippo-phagic, ichthyo-, rhyzo-, zoo-. 

PHANE, IWio-phane, chromo-duro-phane (Bottin, 1875, p. 880), 
sapo-. 

pniLE, ichthyo-phile (Brillât-Savarin, I, 41), dindono- [ibid., 
36), négro-, œno-, russo-. 

PROBE, PHOBIE, anglo-p)hobe, franco-, prétro-phobe (Th. Gau- 
tier, Daniel Jovard). 

PLASTiE, PLASTIQUE, galvano-, rhyno-. 

PLÉGiE, héini-plégie, para-. 

PODE, a-pode, cyano-, céphalo-, crypto-, hémino-, macro-, 
riiyria-, rhyzo-. 

PTÈRE, chryso-ptère , aplo-, dactylo-, derma-, di-, érythro-, 
hémi-, héminéro-, hexa-, lépido-, macro-, ortho-. 

PTÉRYGIEN, acantho-ptérigien, gastéro-, malaco-. 

RRiiÉE et RRHAGiE, blcnno-rrhée, -rrhagie, cisti-rrhée, galacto-, 
hépati-, logo- (Boiste), otor-, spermato-. 

SAURE, ichtJbyo-saure, plésiau-. 

scoPE, scopiE, anémo-scope, baro-, ébullio- (mol hybride) 
(Bottin, 1875, p. 951), électro-, endo-, hélio-scopie, hygro-scope, 



1. Vois 18'2'2-23, les panoramas, les dioranias, les géoramas faisaient fureur : 
la terminaison orama devint une sorte de suffixe qui, flans l'argot parisien d'alors, 
s'ajoutait à tous les mots. Balzac nous a conserve un souvenir de cette mode dans 
son P(''re Goriot. Il nous fait assister à la conversation des pensionnaires de ma- 
dame Vau(|uer : « Hé bien! monsieurre Poiret, dit l'employé du Muséum, com- 
ment va (;ette santérama?... — Il fait un froitorama, dit M. Vautrin.... — Il- 
lustre monsieur Vautrin, dit Bianchon, pourquoi dites-vous froilorama; il y a une 
faute. c'oM froidorama.... — lia! lia! voici une fameuse soupeaurama.... » (l. I, 
p. 137 et suiv. de l'édition princeps de 1835). 



# 



— 245 — 

iriiio-, kali'ido- [Descrip. des brev., 1818; t. X, p. 218), laryngo-, 
ophthalnio-, poly-, pyro-, thermo-, stéréo-. 

THÉRIUM, dino-théi'ium , mega-y méso-, paléo-. 

TOMiE, andro-lomie, artério-, cardio-, cysti-, dermato-, enléro-, 
gastro-, glosso-, hydro-, hystéro-, irido-, laryngo-, néphro-, 
parthé-, 

URiE, albumin-urie, chyl-, iscli-, py-, strang-, 

A ces listes ajoutons les mots composés à l'aide de parti- 
cules; celles-ci sont nombreuses : 

o privatif, «n-cpî, «vâ^ àvti', âp/î, Siol, St'ç, Sûç, eîç (s;), è$ (ex), IvSov, 
Hm, ini, xarâ, (Aetot, ita^iv, ira pot , Trepî, irpô , Trpôç, auv, Sirep, oito. 

Chacune d'elles apporte son contingent de composés. Quel- 
ques-unes ont pénétré dans la langue commune, «vTt, anti, 
à^lj, archi; Va privatif commence à y entrera 

anti forme, avec des mots français, de nombreux compo- 
sés. Tantôt il joue le rôle d'adverbe : « Il consent à la de- 
mande de son anti-partenaire. » (Brillât-Savarin, Physiol. du 
goiU, 1, 25). « Par-dessus tout cela, il a l'art épouvantable de 
faire par la magie une anti-nature qui trompe, des êtres 
éphémères, charmants, terribles à volonté. » iMichelet, Bible 
de rHuman., p. 74). Tantôt il joue le rôle de préposition; 
dans ce dernier cas, il régit des substantifs : « Dentifrice anti- 
carie. » (Catalogue de la maison Pivert). « Chaussure dite anti- 
crolte. » (1823; Brevets, t. XYI, p. 309; au tome XXIV, p. 289, 
on in OMS Q par acrotte (1827), qui est préférable). « Chapeaux 
en bois et en soie, dits anti-feutres. » (1824, t. XXVIII, p. 100). 
Le plus souvent il se combine avec des adjectifs pour former 
des parasynthétiques. 

anti-divin ^ Réville , Revue des Deux Mondes; Scholle, 
Programme, p. 13). 

anti-gluant : « Composition dite anti-gluante, propre à 



1. Voy. notre Traité de la formation des inuls composés en français, p. 224- 
229. Aux exemples cités ajoutez, pour à privatif, anarien (lanfîues anariennes), 
aneslhésie. nnurie, apélaUe, apode, atliennane, atone. Remplacez l'étjmologie 
de anéroïde par la suivante: à elvripo:, humide; voj. Litlré, Supplétn., subvoce. 
Pour àîto, ajoutez apophonie, terme de grammaire, qui traduit l'allemand ablaut. 
A ïtapà ajoutez paramagnétisme, -ique, où })ara signifie parallèle. A ttept ajou- 
te/, périspril, mot hybride qui, dans les rêveries des spiriles, désigne « l'enveloppe 
matérielle de l'esprit. " {Réperl. du spirit.). Jltjper et surtout /ti//>o ont reçu en 
chimie un emploi spécial : hyper est souvent remplacé par per : peroxyde de 
manganèse, perchlorure (et aussi hyper chlorure), etc. 



— 246 — 

graisser les roues des métiers, des machines, etc. » (1832, 
Descrîpt. des brev., XXXIII, p. 251.) 

anti-goutteux, anti-humain (Schérer, dans Scholle, ibid., 
p. 13) ; anti-méphitique : « vinaigre anti-inéphitique de BuUy. « 
(1809, Descript. des brev., t. V, p. 97) ; anti-obésique : « ceinture 
anti-obésique » (Brillât-Savarin, Physiol. du goût, I, 40); anti- 
naturel : « goût excessif, baroque, anti-naturel, presque tou- 
jours contraire au beau classique. » (Th. Gautier, Étude sur 
Baudelaire) ; anti-parlementaire, anti-patriote. 

anti-rationnel : v Peut-être à la folie faudrait-il un traite- 
ment anti-rationnel. » (G. Sand, Un dernier amour, III.) 

anti-républicain, anti-scientifique (Claude Bernard, dans 
Scholle, Progr., p. 13); anti-systématique [id., ibid.). 

anti-social : « l'œuvre est immorale, anti-sociale au possi- 
ble. « (Veuillot, Odeurs de Paris, III, 2.) 

antidraonatique, antiévangélique. 
Archi a pénétré dans la langue commune. Il s'emploie 
avec des adjectifs. « Je ne sais quoi d'antique et à'archi-grec 
(A. de Musset, 4« lettre de Dupuis et Cotonnet). « Il passe pour 
un critique archi-compétent, infaillible. » (J. Vallès, la Rue, 
Courbet). « Ils sont crétins, archi-crétins. » (L. Desnoyers, les 
Béotiens de Paris). « Là dedans vivait une vieille femme archi- 
vieille, prétentieuse et malpropre. » (Daudet, Jack, III, § 7). 
« Elle proclamait une triste vérité. — Et morale? — Archi- 
morale. » (Balzac, la Maison Nucingen). — On l'emploie 
même avec des participes : « Je suis décidé et archi-décidé à 
trouver bon le parti que tu prendras. « (G. Sand, dans Scholle, 
Programme, p. 13.) « C'est qu'elle {la route) nous est archi et 
super -connwe. » (Tôpfer, Voyages en zigzag, II, 1''' journée.) 

IV 

Les exemples qui précèdent montrjent comment se forme et 
grandit sans fin cette masse de mots étrangers qui composent 
le vocabulaire scientifique. Ils montrent aussi que ces mots 
ne restent pas confinés dans le domaine restreint de la science , 
mais envahissent de tous côtés la langue commune, la pénè- 
trent, et menacent de la désorganiser. L'extension, le pro- 
grès des sciences, la vulgarisation, pour employer le terme 
consacré, l'action incessante de la presse, le développement 
de l'industrie, répandent dans l'usage général de ces termes 
qui n'auraient pas dû sortir du laboratoire du chimiste, ni du 



— 247 — 

cabinet des philosophes. Ouvrez à certaines pages le diction- 
naire de M. Littré, vous trouverez des séries de colonnes de 
mots grecs que l'auteur a crus assez autorisés par l'usage 
pour leur donner droit de cité dans son trésor de la langue 
française. Or, ce n'est pas impunément que ces termes, formés 
en vertu de lois inconnues à notre idiome, s'installent au 
milieu des termes français : c'est une plantation exotique qui 
vient se greffer sur les végétations indigènes, s'y développer, 
et peut-être les étouffer. Nous avons vu que des suffixes, des 
particules grecques sont devenues usuelles : ose, ite, archi, 
anti; bientôt hypo et hyper jouiront des mômes avantages. 
Pseudo, graphie, phile, logie, métrie, nomie, néu, Mo, auto, 
gène, et bien d'autres, sont devenus des mots de la langue, et 
il n'est petit négociant, il n'est petit fabricant qui ne combine 
ces éléments de quelque façon originale qui brave audacieu- 
sement et les lois du grec et celles du français. Un prospectus 
et la quatrième page des journaux vantaient récemment les 
qualités d'un certain appareil néogène : l'inventeur voulait 
sans doute dire : d'un genre nouveau ! 

Plus d'un savant s'est récrié déjà contre l'abus de l'imi- 
tation grecque. Le docteur Néophobus surtout s'est livré à 
une guerre acharnée contre cette création de vocables chers à 
Philaminthe^ Il a dénoncé ces formations hybrides, barbares, 
qu'on rencontre dans plus d'un de nos composés modernes : 
telle est la nomenclature de notre système métrique qui défie 
toutes les lois de l'analogie et du bon sens : un kilomètre est- 
ce dix mille mètres? non : avec la meilleure volonté du 
monde, ce ne peut être que la mesure d'un âne (xiXXoç, bourrique). 
Corrigeons-nous khilomètre, la mesure d'un âne deviendra 
une mesure de fourrage, de foin (x'^oç, fourrage); nous n'en 
serons guère plus avancés. M. Egger a lu dans une séance de 
l'Académie des sciences* d'excellentes observations sur la 
nécessité d'apporter plus de mesure, de prudence et de ré- 
serve dans la formation des mots grecs, et il nous apprend 
cette particularité curieuse et vraiment typique que les Hel- 
lènes nous ont emprunté notre système métrique, mais non 



1. Voyez entre autres la Diatribe du docteur Néophobus (Ch. Nodier) sur la fa- 
brication des mots {Revue de Paris, 1841, n° 12; Bullelin du Bibliophile, 1840- 
1841, p. 897-911); la lettre de Nodier (1837) aux éditeurs du dictionnaire de Gattel 
(en tète de l'édition de 18ô4). — Cf. les observations de M. F. Wey sur notre sys- 
tème métrique dans ses Remarques sur la langue française. 

2. Comptes rendus de l'Académie des sciences, année 1873, 



— 248 — 
la nomenclature de ce système: ils ne la comprendraient pas! 
Mais les formations incorrectes, les compositions hybrides* 
ne sont qu'un demi-mal auquel seuls les savants sont sensi- 
bles. Qu'importe, après tout, que gène ait reçu la consécration 
de l'usage au lieu de génète, une fois qu'on y attache une si- 
gnification et un emploi déterminés. Ce qui est plus grave, 
c'est que les formations purement grecques pénètrent à ce 
point dans la langue qu'elles deviennent organiques. L'usage 
est plus terrible que l'abus, car il fait loi. La plupart des élé- 
ments composants que nous venons de citer sont devenus fran- 
çais et se combinent avec des mots français : néo-chrétien^ 
pseudo-grec, bureaucratie, braillarclocratie, voyoucratie, prus- 
sophile, turcophile, anglophobe, décalcomanie, potichomanie, 
dansomanie, soulo graphie"^, etc. Photographie amène photo- 
sculpture, photogravure, photoniellure , photoglyptique. Bien 
plus, on transporte la composition grecque en latin : aéronef, 
aéromotion^, citolégie'', crino-gaze^, vélovoile^, ogivo-cylin- 
drique, cérébro-spinal, cervico-scapulaire, costo-pubien , fibro- 
cellulaire, génito-urinaire, lacto-pr oléine, lulo-gallique, muco- 
pus, mucoso-sucré, oculo-palpébral, pubio-caverneux, séro— 

1. On en aura rencontré plus d'une dans les listes précédentes : voir spécialement 
dans les composés avec graphie, logue, logie, mètre, métrie, manie. — tJn des 
mots hybrides les plus bizarrement formés est phalanstère, créé par Fourier: 
phalanstère est phalan-ge , affublé de la terminaison de « monastère » : ainsi 
le phalanstère est le monastère de la phalange. Le phalanstère a amené le fami- 
listère, ou le monastère de la famille (cité ouvrière fondée par M. Godin-Lemaire, 
à Guise, prés de Saint-Quentin, d'après les principes de Fourier.) Cette bizarre 
formation^ qui consiste à accoupler des membres de mots entre eux, est assez 
goûtée de nos chimistes, qui ont ainsi inventé le phèn-ol (acide phémqym, alcoo/), 
le chloroforma (acide c/iiorique et acide /brmique) ; le chloral (chlore et al- 
cool), etc. A l'époque, qui n'est pas déjà si loin de nous, où florissait la théoso- 
phomanie, on vit de la combinaison de mater elpater sortir le mystérieux mapa, 
chef d'une religion nouvelle fondée sur le principe de la famille. 

2. Braillardocratie , nom appliqué par certains journalistes aux décembrail- 
lards (voir plus haut, p. 90) ; soulographie, terme populaire : « Cuvant sa sou- 
lographie sur deux bons matelas. » (E. Zola, V Assommoir p. 189.) « Une nuit, 
rentré ivre, il a roulé dans les escaliers. Le propriétaire m'a ordonné de le ren- 
voyer à cause de sa soulographie. » ( Déposition de madame Copeau, concierge ; 
affaire Billoir, audience du 14 mars 1877.) 

3. Aéroscaphe peut être considéré comme régulièrement formé de deux mots 
grecs. 

4. Qui croirait que ce mot, barbare s'il en fut, est le nom d'une méthode pour 
apprendre rapidement à lire? Il date de 1828 [Descrip. des brev., XXXIX, p. 443), 
et il est d'un certain usage. 

5. « Étoffe de crin que l'inventeur nomme crino-gaze. » {ibid., 1840; 1" série, 
LVI, 127). 

6. « Moyen mécanique dit vélovoile, agissant à la manière de voiles placées en 
ailes de moulin à vent sur un axe horizontal » {ibid., 1819; XIX, 114). 



— 249 — 

sanguin, tibio-tnrfiien^, etc. Dans les composés de ce genre, la 
voyelle de liaison du premier terme est un o comme en grec^. 
De là les composés tels que Anglo- français, Franco-allemand, 
PrusHo-slave, etc. C'est ainsi que nous arrivons à parler grec 
en français*. 



1 . Je trouve dans la Description des brevets des composés tels que : écriture 
arcanopapyvographique (l" série, t. LXIX, p. 468), pulisso-séri-tisseur (2" sé- 
rie, XI, p. 201). Le chromo-duro-phane s'étale en grandes lettres sur tous les 
murs de Paris. 

2. Pourquoi les composés grecs (et par suite français) de xâXXo;, beauté, ont-ils 
en général la voyelle de liaison i: xa).>.tYpâopoç, xa)vXiitatc, etc.? 

.J. Récemment on a créé le mot vélo-sport, c'est-à-dire sport des vélocipèdes 
vélncipédo-sporl était trop long, on a bravement supprimé les éléments signifi- 
catifs du premier terme composant ; on s'est arrêté à vélo, parce qu'il finit par 
un qu'on a utilisé comme voyelle de liaison. 



TROISIEME PARTIE. 

EMPRUNTS AUX LANGUES MODERNES 



CHAPITRE XVI ET DERNIER. 



Des langues cultivées ne peuvent vivre les unes à côté des 
autres sans se faire de mutuels emprunts. Les rapports paci- 
fiques entre peuples civilisés ne consistent pas seulement en 
échange d'idées et de produits : il y a aussi une importa- 
tion et une exportation des mots, lesquelles ont cet avantage 
sur les autres, de ne pas appauvrir la nation qui donne. Le 
développement du commerce et de l'industrie a ainsi fait 
passer de peuple à peuple, avec mille objets nouveaux, avec 
mille idées nouvelles, les termes qui les désignent; et ceux- 
ci, franchissant les barrières, méprisant les douanes, viennent 
s'établir et s'acclimater, qui en France, qui en Angleterre, 
qui en Allemagne, qui en Italie, en Espagne ; quelques-uns 
partout à la fois. Il est de ces mots cosmopolites qui s'in- 
stallent chez tous les peuples et ont le don de l'ubiquité. "^^ 

Il y aurait un curieux livre à écrire sur ces emprunts. Der- 
rière l'histoire des mots se cache celle des idées, et le tableau 
de ces pérégrinations serait en fait le tableau du mouvement 
commercial, industriel, intellectuel, philosophique du monde 
civilisé. Sans embrasser un aussi vaste sujet, on pourrait se 
borner à une étude plus spéciale, l'histoire des mots français 
à l'étranger, par exemple ; étude intéressante aussi , car c'est 
l'étude de l'influence que la France a exercée ou exerce encore 
sur le reste du monde. 

Nous n'avons pas à examiner ici ce que notre langue a 
donné de nos jours aux autres idiomes, mais ce qu'elle en a 
reçu. Ces emprunts constituent un enrichissement du lexique 






— 252 — 

qui ne laisse pas que d'être assez considérable. On n'y peut 
voir toutefois un procédé normal et organique de formation 
de mots , puisqu'ils ne sont pas plus propres au français 
qu'aux autres idiomes. 

Le français a subi plusieurs fois l'action des langues étran- 
gères. Dès l'origine, il reçut une forte empreinte germanique 
qui laissa dans son vocabulaire plusieurs centaines de mots 
allemands. Au seizième siècle et dans la première moitié du 
dix-septième, il fut envahi par l'italien et l'espagnol. A la cour 
de Catherine de Médicis, les seigneurs parlaient un jargon où 
le français et l'italien se mêlaient en égales proportions. Des 
écrivains patriotes, Henri Estienne entre autres, poussèrent un 
cri d'alarme. Mais il n'y avait pas à s'effrayer de cette invasion 
qui ne pouvait porter à la langue aucune atteinte" sérieuse, Si 
l'invasion des idiomes germaniques^ se poursuivant sans re- 
lâche pendant près de cinq siècles, fut impuissante à^ déformer 
le français à sa naissance, quel danger pouvait faire courir 
l'importation d'une centaine de mots italiens et espagnols, 
alors que la langue s'épanouissait dans sa robuste virilité. 
D'ailleurs, ces mots importés n'ont pas tous été reçus, et le 
petit nombre d'élus est allé se fondre et se perdre dans le reste 
de la langue qui Ta absorbé. La plupart de ces mots, d'ori- 
gine étrangère, quand ils vivent dans la langue, sont si bien 
assimilés aux termes indigènes, qu'ils ne sontreconnaissables 
qu'aux regards de la critique rigoureuse et scientifique. 

De nos jours, presque tous les emprunts de notre langue 
sont faits à l'anglais; c'est l'Angleterre qui nous envoie ses 
inventions, ses produits, ses modes, ses goûts, sa /as/uo^i. kux 
ïittes implacables du premier empire ont succédé des rela- 
tions amicales, chaque jour plus étroites. Londres et Paris se 
donnent la main à travers la Manche ; échange de bons 
termes, et échange de termes où la France, croyons-nous, 
reçoit beaucoup plus qu'elle ne donne. Il est vrai que, dans 
les siècles antérieurs, sans remonter jusqu'à la conquête nor- 
mande, le français avait fourni une quantité considérable de 
mots à l'anglais. Quelques mots français même, ayant jadis 
passé le détroit, nous reviennent aujourd'hui sous une forme 
qui les rend presque méconnaissables. Tunnel, budget, bill, 
reporter, square, mess, etc., sont autant de mots originaire- 
ment français : lonnel, bougette (petite bourse), bulle, rappor- 
teur, carré, mets, etc. Mais, en changeant de forme, ils chan- 
gent aussi de signification ; ils s'approprient à des fonctions 



— 253 — 

nouvelles, et comme ce sont celles-ci qu'il s'a^nt précisément 
de dénommer, rien de plus juste que de prendre avec la chose 
le nom sous la forme anglaise; square, bill, tunnel, etc., 
disent autre chose que carré, bulle, tonneau, etc. *. 

Dans les mots que nous apporte l'Angleterre, on retrouve 
les divers éléments de la vie anglaise : ce sont des termes de 
commerce, de sport, d'industrie ; c'est le langage de la fashion ; 
quelques-uns de ces mots n'ont qu'une vie éphémère comme 
la modo qui leur a donné naissance ; d'autres, exprimant des 
faits plus durables, sont appelés à vivre : 

actuaire^, mot entré depuis quelques années dans la lan- 
gue; il désigne le mathématicien chargé de contrôler, d'après 
le calcul des probabilités, les bases des contrats viagers ou 
d'assurances. C'est l'anglais actuary, directeur de compagnie, 
et spécialement d'une compagnie d'assurance, mot qui lui- 
même vient du bas-latin actuarnis (greffier) '. 

baby, pluriel (français) babys ou (anglais babies) : « Les 
babies britanniques ont des teintes de crème et de fraise. » 
(Th. Gautier, Les Beaux-Arts en Europe, I, v, 14)*. 

banknote : « Billet de banque ayant cours en Angleterre. » 
(Littré.) 

bar : « Il n'y a pas (à New- York) des cafés comme en 
France; mais les bars, les buvettes sont partout. » (Simonin, 
Rev. des Deux Mondes, f'janv. 1875; N. and. Q., 1876, p. 23.) 

bifteck : « Tranche de bœuf grillé ». Le mot anglais est 
beefsteak, prononcé bifstek : Vs a disparu dans la prononciation 



1 . Ce qu'on i)ourrail peut-être regretter, c'est la perte des mots français dé- 
signant exactement la môme chose que les mots anglais qui les remi)lacent. La 
voiture qui suit la locomotive et est chargée des approvisionnements de charbon 
et deau a reçu, dans les premiers temps, le nom d'allégé, qui était excellent ; 
il a disparu devant tender; le Nouvelliste de Montesquieu est mort, le reporter 
la tué. — Voyez cependant, plus haut, p. 32. 

2. Dans cette liste, nous ajoutons quehjues mots américains. 

3. Voyez, sur ce mot, la note de M. H. Gaidoz, Bulletin de la Société de lin- 
guistique de Paris, 187.'), p. xlvij. 

4. exemple pris du journal Notes and Queries, janvier 1876, p. 23. Ce journal 
contient (n" 106, 109, 111, 113 et HT), janvier-mars 1876) une série de mots an- 
glais relevés dans des auteurs français, et qui manquent au Dictionnaire de Littré. 
A peine doux ou trois de ces mots sont entrés ou entrent dans la langue; les au- 
tres mots cités étant anglais n'ont aucun droit à être enregistrés dans un diction- 
naire. Peut-on reprocher à M. Littré de n'avoir pas inscrit le mot joint- f'amilxj, 

•parce qu'il se trouve dans la phrase suivante : « L'Inde, encore aujourd'hui, nous 
offre dans la famille associée, joùti familif, comme disent les Anglais, l'image 
exacte du sept celtique de l'Irlande ancienne. » (E. de LaVeleye, Revue des Deux 
Mondes, 15 avril IST."), p. 792.) 




— 254 — 

commune; certaines personnes, dans le peuplej prononcent 
bistek; c'est 1'/" qu'elles ont laissé tomber. Cf. horse-steak. 

blackbouler, de l'anglais blackball ; ce mot vient du Jockey- 
club. 

book : « Terme de turf. Livre sur lequel les parieurs in- 
scrivent leurs paris. » (Littré, supplém.). 

bowl et bol : « Un ample bowl de punch vint nous aider 
à finir la soirée. » (Brillât-Savarin, Physiologie du goût, \, 38.) 
On écrit maintenant bol. 

box : « stalle d'écurie ou compartiment de wagon pour 
un cheval seul.» (Littré, supplém.). 

boxer, de l'anglais to box : de là boxe, boxeur; cf. plus 
haut, p. 51 et 103. 

break : a voiture ayant un siège sur le devant et deux 
autres derrière, dans le sens de la longueur, se faisant face. » 
(Littré, supplém.). 

break fast : 

Les cloches ont sonné le breakfast dans la plaine. 

(E. d'riervilly, à la Louisiane.) 
budget : 

Là {au Corps législatif), pour le mot budget importé d'Angleterre , 
J'ai vu gronder trente ans une effroyable guerre. 

( Viennet, Epître à Boileau. ) 

bulldog est parfois écrit pour bouledogue [Notes and Que- 
ries, janvier 1876, p. 24). De même bull-terrier. «J'ai rapporté 
de Londres un bull-terrier avec lequel j'ai organisé des com- 
bats de rats. » (H. Malot, l'Auberge du monde, I, 186.) 

canter, terme du turf. 

carrick : « H adoptait l'hiver le carrick noisette à trois 
collets. » (Balzac, les Employés, éd. de 1856, p. 259.) 

caviar. Ce mot ainsi que punch a été importé dans le pre- 
mier quart de ce siècle; voir Brillât-Savarin, Physiologie du 
goût, I, 135; 

châle. Le mot est d'origine arabe ; mais il nous est venu 
par l'anglais, comme en témoigne l'orthographe première du 
tilot : shall (anglais shawl). 

chèque, clergymari, clown. 

club : « Clubs, associations qu'a fait écldre la notivèilô 
constitution, qiii ne veiit pas d'associations. » (Nouveau dic- 
tionnaire pour servir à l'intelligence des termes mis en vogue par 



— 255 — 

la Révolution, dédié aux amis de la Religion, du Roi cl du sens 
commun, 1792.) Cf. plus haut, p. 25, note 1. 

coaltar^ goudron de houille; on prononce généralement 
co-altai\ à tort. 

co/ciiej/ (anglais cockney) : 

... Ce cokney d'Eglinton et d'Epsom , 
Qui, la main sur son cœur, dit: « Je mens, ergo sum. » 
(V. Hugo, Châtiments, vi, 5.) 
coke, cold-cream. 

comfort, comfortable. On écrit aussi, avec une orthographe 
plus française, confort, confortable. Ces mots anglais sont d'o- 
rigine française. 

convict : 

Le juge, au lieu d'arrêts, prononce ses verdicts, 
Les bandits condamnés deviennent des convicts. 

(Viennet, Epître à Boileau.) 
cottage : 

Devant le frais cottage au gracieux perron. 

(Fr. Coppée^ Jeunes filles, I, V Amazone.) 

dandy, debater, détective, derby, dock, (voir plus haut, p. 32), \J 

(/ram (d'où drainer, drainage), drawback. 

drop : « Machine employée pour le chargement des navires, 
dans laquelle l'action de la pesanteur sur un wagon chargé 
est utiliséepour le remonter lorsqu'il est vide. »(Littré,su7)j)k%i.). 

express, farwest, fashion, fashionable, fellow^ 

flirter, flirtation : « La flirtation devient entre les mains 
de cette fille avisée un puissant auxiliaire de la politique. » 
(Th. Bentzon, Revue des Deux Mondes, 15 mars 1875, p. 65. 
N. and. Q.). — « Les plus avenantes, les seules promenades sou- 
vent des grandes villes (en Syrie] sont leurs champs des morts. 
On y cause, on y mange, on y fume, on y flirte. » (E. de Yogiié, 
ibid. 1" février 1875, p. 557; N. and. Q.). 

gentleman : « En sa qualité de \}Q.TÎii\i gentleman. » (Th. Gau- 
tier, Étude sur Baudelaire) , Notre époque de démocratie ne 
pouvait conserver le mot gentilhomme ; pour exprimer l'idée 
qu'il renferme, on a été chercher au delà de la Manche la tra- 
duction anglaise de ce mot. 

gentry, gentleman-rider (voir p. 32). 

gin, 

Fils du genièvre et frère de la bière, 
Bacchus du Nord, obscur empoisonneur, 
Écoute, ô Gin, un hymne en ton honneur. 

(Barbier, ïambes et Poëmes , le Gin.) 



— 256 — 

grog, groom, : 

Et gros comme le poing, au milieu de l'allée, 

De sable roux semé de tout petits galets, 

Le groom attend et tient les deux chevaux anglais. 

(Fr. Coppée, Jeunes filles^ 1, V Amazone.) 

gutla et gutta-percha, handicap (voir plus haut, p. 32), 

high-life : 

Rivière du high-life, à travers un gazon 
Ratissé sans relâche, eau flegmatique et noire. 
Coule à présent la source.... 

(E. d'Hervilly, The Park.) 

hisser (anglais to hiss, siffler) : « Pardon, voisine, pardon : 
certainement ce n'est pas pour vous que je me serais permis 
de /lisser comme cela; c'est à mes deux amis que je m'adres- 
sais » (P. de Kock, la De7noiselle du cinquième, dans N. and. Q.). 

Jiome : « Nous avons préféré le home de notre campement 
à l'hospitalité peu séduisante que le Lazaret (d'Hébron) offre 
d'ordinaire aux voyageurs. » (Vogué, Rev. des Deux Mondes, 
1875, t. I, p. 556.) 

horse-steak : « Dès l'an de grâce 1857, je disais... le horse- 
steakesi imminent. Le horse-steak esi aujourd'hui devenu une 
réalité; le horse-steak est fait. » (Roqueplan, Parisine, p. 274.) 

hunter, t. de chasse. 

husting : « Les hustings sont des échafauds du haut des- 
quels les candidats à la députation parlent aux électeurs. » 
(Barbier, ïambes et poésies, les Hustings.) 

inexpressihle, jockey, jockey-club, keepsake, leader, lloyd 
(anglais Lloyd], mac-farlane. 

milord (de my lord] et lord : » Nous disons un mylord, 
c'est comme qui dirait un monseigneur; car les Anglais disent 
a lord, un lord. Il n'est rien de pis, si ce n'est de dire comme 
les journaux : un mylord anglais, sans doute afin de le distin- 
guer d'un mylord turc. » (Fr. Wey, Remarques sur la langue 
française, II, 63.) 

lumps : « Pains de sucre d'une qualité inférieure. » (Littré.) 

lunch, d'où luncher: « Il faut au sortir du stade (d'Éphèse), 
remonter dans l'odieux wagon après avoir lunché avec du 
pale-ale chez un juif anglais. » (Vogué, Rev. des Deux Mondes, 
1875, t. I, p. 332.) 

match, mess des officiers; miss, mistress, 

Rallumer le flambeau du bonheur domestique 
Et changer en mistress quelque timide miss. 
(Ph. Boyer, Lassitude.) 



— 257 — 

pale-ale (voir à lunch), pick-pocket. 

policeman : « Les émeraudes jouissaient d'une réputation 
européenne depuis l'exposition de Londres, où Webster et 
Samson les avaient étalées dans une vitrine à part, entre 
deux policemen. ->■> (E. About, VInfâme, L) 

pa(f (voir Fr. Sarcey, Le Mot et la Chose, Réclame et PulT), 

punch. (Voir plus haut à 6ou>^ et à cauiar). Le mot est d'ori- 
gine indienne : c'est une corruption du sanscrit panfc/ta, cinq : 
cette boisson est formée de cinq ingrédients. 

railway, rail : 

On n'entend que des mots à déchirer le fer, 
Le railway, le tunnel, le ballast, le tender, 
Express, trucks et wagons.,.. 

(Viennet, Epître à Boileau.) 

reporter et reportage, revolver, rifle, rout, sandwich, 

scalpe, peau du crâne enlevée avec la chevelure sur la tète 
de l'ennemi abattu ; de là scalper : l'anglais scalp signitic 
peau du crâne. 

self-government, 

shelling (anglais shilling], 

(Il faut) Vendre pour dix shellings nos lèvres et notre âme. 
(Barbier, ïambes et Poèmes, le Minotaure.) 

sherry, 

Fi du porto, du sherry, du madère ! 

(Barbier, Ïambes et Poèmes, le Gin.) 

skating-rink, d'où sont sortis le skating-concert, le skating- 
palais, le skating-bal. 

snob, snobhisme ou snobisme, de snob, snobbism, mots mis 
en vogue par l'auteur du Livre des snobs, Thackeray. 

speech : « Ce n'est pas tout, il a dit, car vous savez qu'en 
mourant, tous les hommes célèbres font un dernier speech 
(mot anglais qui signifie tartine parlementaire), il a dit :...» 
(Balzac, les Employés). 

sport et sportsman {\oir p. 32), square, steamer, plus usité 
que steam-boat, bateau à vapeur, steeple-chase (voir p. 32), 

sterling; le vieux français disait esterlin. 

stock, mot entièrement entré dans la langue. C'est la môme 
racine qu'il faut reconnaître dans «brin tVestoc », dans « frap- 
per d'estoc et de taille », quoique ici estoc soit de provenance 
allemande. 

17 



— 258 — 

stopper : 

Le train stoppa; c'était la station de Sèvres. 
(Fr. Goppée, Jeunes filles, V, Dans un train de banlieue.) 

studbook : « Registre où l'on écrit et conserve la généalogie 
des chevaux de pur sang. » (Littré). 

stuffing-box : « se dit, dans les machines à vapeur, des 
pièces destinées à intercepter la communication entre deux 
milieux dans lesquels se meut une tige. » (Littré). 

tender, voir à railway. 

ticket : 

Il donna son ticket au vieux garde-barrière 
Et se laissa par ses fillettes embrasser. 
(Fr. Goppée, Jeunes filles, V, Dans un train de banlieue.) 

tilbury. L'anglais tilbury vient lui-même de Tilbury, nom 
du carrossier qui a le premier fabriqué ce genre de voiture 
légère. 

toast ou toste, et toaster ou toster, 

trade-union et trade-unioniste : « Joshua Davidson (Jésus 
fils de David) est démocrate, trade-unioniste. » (Odysse Barrot, 
dans N. and. Q. 1876, ibid.). 

tramway j tunnel, voir à railway; turf et truc (anglais 
truck), voir p. 32; verdict, voir à convict; wagon, voir p. 32. 

ivarrant, « certificat d'emmagasinage délivré par les com- 
pagnies aux négociants qui leur déposent des marchandises. » 
(Sévy, Dict. des termes employés en bourse). 

water-closet, waterproof, ivork-house, yankee. 

Après l'anglais, vient l'italien, longo sed proximus inter- 
vallo. Il nous a bien fourni, depuis un siècle et demi ou deux, 
une partie de notre terminologie musicale ; mais de nos 
jours, il n'a donné qu'un nombre assez restreint de mots à la 
langue générale : 

agio, aquarelle, bravo, brio, carbonaro, désinvolture. Au 
siècle dernier, on avait pris à l'italien l'adjectif t/ésim'o/fe, qui 
était aussi employé substantivement au sens de désinvolture : 
« Une facilité de parler admirable et un désinvolte merveil- 
leux... » (St- Simon, Mémoires, éd. Ghéruel, t. X , p. 385.) 

dilettante, dispache et dispaclieur, fantasia, fantoche. Far- 
niente est ancien, Chateaubriand, dans ses Mémoires, l'a tra- 
duit par le rien- faire. 



~ 259 — 

fioriture^ franco^ imprésario, chef d'une entreprise théâ- 
trale (de impresa, entreprise, vieux français emprise). 

lazarone, lihretto, qui a donné librettiste, maestro (on 
commence aussi à dire maestria), malaria, morbidesse : 

(Ses yeux) avalent sous leurs longues paupières 
Tant de morhidezza. 

(Th. Gautier, Premières poésies, Albertus, LXXXIX.) 

.... Cette morbidesse et ce laisser-aller 
Était chose charmante. 

(/d., ibid., la Dive.) 

palafitte; villégiature, mot d'introduction récente, et entré 
pleinement dans l'usage. 

voltain dans bi-voltain ou di-voltain. (Littré, suppL). 

L'Espagne et les pays espagnols de l'Amérique nous ont donné 
brasero, platine, placer, eldorado, curare, vomito negro, guano. 
Le souvenir des luttes politiques delà péninsule ibérique s'est 
conservé chez nous dans les mots guérilla, guérillero, pronun- 
ciamento. Récemment notre langage s'est enrichi du mot in- 
transigeant, reproduction du mot espagnol intransigente, dé- 
signant les ultras du parti républicain (1872) opposés à toute 
mesure de transaction. Le mot a passé les monts, et, grâce à 
sa forme toute française, a été rapidement adopté. Il a donné 
le dérivé intransigeance. 

Les cigares de la Havane jouissent, auprès des amateurs, 
d'une réputation méritée ; ils sont connus sous leur forme 
espagnole : des puros, des m,edianitos ; la langue semi-popu- 
laire, pour désigner les cigares d'un sou, emploie des épi- 
thètes méprisantes qu'elle affuble plaisamment de finales espa- 
gnoles : des soutados, des crapulados ou crapulos, des infectados. 

L'allemami a fourni quelques éléments à la langue mo- 
derne : ils se divisent en deux classes bien distinctes. Les 
uns appartiennent à la langue de la philosophie, et sont des 
mots latins ou grecs empruntés par l'allemand, et qui nous 
sont venus d'outre-Rhin avec la philosophie de Haut; tels 
sont subjectif [subjectivité), objectif [objectivité), transcendantal, 
-isme, impératif catégorique, etc. Les autres sont proprement 
allemands, et appartiennent en général à la langue de la 
ripaille : /*nc/i<i de frûhstûck (déjeuner), kirsch, quetsche, bitler^ 



~ 260 — 

vermuth, moss, qui fut à la mode vers 1840, et est détrôné 
aujourd'hui par bock\ trink-Iiall, etc. 

sabretache paraît avoir été importé par les guerres du pre- 
mier empire. (Brillât-Savarin, Physiol. du yoûl, I, 124.) 

Un caprice de la mode a fait de nos jours donner le nom de 
Bismarck à une couleur fauve : c'était avant la guerre de 
1870-71. Il est curieux que cette guerre n'a laissé aucun 
mot dans la langue; ni krup}}, ni landwehr, ni lamlstarm 
ne se sont maintenus : peut-être %Man a-t-il eu une durée 
plus longue; encore aujourd'hui est-il à peu près oublié. 

Par quelle étrange ironie la Pologne ne nous a-t-elle donné 
que des danses joyeuses : la polka, la redowa, la schottisch, 
la mazurka ? 

Il n'est pas besoin de demander d'où vient le mot d'ukase, 
arrêté arbitraire de l'autorité^ Il porte en lui-même son lieu 
d'origine. 

Paris sur ses pavés voit neiger les ukases. 

(V. Hugo, Châtiments, 111, 1.) 

Heyduque, hetman, isba^, kopeck, pacolet, rouble, samo- 
var, starost \ et quelques autres, se rencontrent parfois sous 
la plume d'écrivains décrivant des scènes russes ; mais ces 
mots ne sont pas encore naturalisés ^ 

A la conquête de l'Algérie on doit un certain nombre de 
mots arabes ou berbères que notre armée a répandus dans la 
langue commune : razzia, fourbi, gourbi, smala, goum, maza- 



1. fioc/c vient de l'allemand bockbier, bière de bouc, nom donné à une espèce de 
bière de qualité supérieure, à cause de la marque de fabrique prise par l'industriel 
qui la confectionne. Cette marque consiste en un tonneau à droite et à gauche du- 
quel se tiennent deux boucs dressés sur les pattes de derrière. L'expression bockbier, 
qu'on lit ou lisait sur les brasseries, les boutiques de marchand de vin^ a été im- 
portée chez nous par quelque commis- voyageur qui l'expliqua à sa manière, par' 
verre, mesure de bière. Et voilà comme un fcottcaété changé en une sorte de chope. 

2. Le mot russe signifie seulement : arrêté de l'autorité. 

3. Sorte d'auberge. « En sortant de Visba, où elle avait passé la nuit, elle 
eut un moment d'effroi lorsqu'elle se vit seule. » (X. de Maistre, La jeune Sibé- 
rienne, ch. XV.) 

4. « Le slarosl du village examina son passe-port. (Id. ibid., ch. xvii,) 

T), Voir la brochure (anonyme) intitulée : De quelques mots slaves passés en 
français; avis aux éditeurs de La Fontaine, Alais, in-8, 1877, 12 pages. On 
y trouve des additions et des rectifications intéressantes au chapitre que 
M. Brachet a écrit dans la préface de son Dictionnaire étymologique (p. lix) sur 
l'élément slave dans le français. 



— 261 -- 

ynm\ zouave ou zonzox, turco^ n^'^ro. Ces derniers mots nous 
présentent la finale sa6«re 2, celle qui se trouve dans makasch 
bono (pas boni, bono bezef (bien bon). Cette finale a donné 
dans la langue des troupiers : un seryo pour un sergent^ un 
invalo pour un invalide^. On serait tenté d'assimiler à sergo, 
invalo, turco, les mots aristo, typo, topo : mais Vo de ces 
derniers est grec; celui des premiers est italien. Et c'est ainsi 
que des mois d'origines entièrement difi"érentes, ei2 passant 
par des voies absolument opposées, arrivent à prendre des 
caractères communs. 

Avant de finir ce chapitre, nous devons parler de l'action 
spéciale que des mots étrangers peuvent exercer sur des mots 
français qui présentent aveceuxquelqueanalogie de sensoude 
forme : ceux-ci s'enrichissent d'une acception spéciale propre 
aux premiers. Exhibition, sous l'influence de l'anglais exhi- 
bition, prend le sens d'exposition. C'est ainsi encore que les 
mots sélection, attraction, exsertion, incorporer, adresse (terme 
politique), entraîner'' &i entraînement (termes de turf), ont pris 
les acceptions que ces mots ont en anglais. Contribution, cul- 
ture, facteur, s'emploient maintenant au sens de l'allemand 
beitrâge, kultur et factor. 

1. Exemple curieux des caprices de la mode. Ce nom, qui rappelle à l'historien 
des souvenirs si héroïques et si glorieux, ne désigne plus, pour l'habitué des bou- 
levards, qu'un verre de café noir ! 

2. Le sabir ou langue franque, mélange d'italien, de français, de provençal et 
d'arabe, parlé par les marins de la Méditerranée. 

3. « Amusez-vous, je reste de cœur avec les camaros {camarades), vous sa- 
vez. » (E. Zola, V Assommoir , p. 337.) 

4. « Carmélita a été élevée, préparée, entraînée pour faire un grand mariage, 
exactement comme vous entraînez un cheval spécialement en vue de gagner un 
prix. » (H. Malot, V Auberge du monde, t. II, p. 300.) 



CONCLUSION. 



Arrivé au terme de cette longue et minutieuse statistique, 
nous pouvons à présent, jetant nos regards en arrière, em- 
brasser l'ensemble des faits que nous avons passés en revue 
et nous demander quelles sont les conclusions qui s'en déga- 
gent. 

Nous avons reconnu dans la langue une série de formation 
française, une série de formation latine, une série de forma- 
tion grecque, une série d'emprunts aux langues modernes. 
Nous n'avons pas à tenir compte des emprunts ; il n'y a pas là 
de formation organique. Quelle est la valeur, l'importance 
relative des trois autres formations, française, latine et 
grecque? 

Formation française. — Dans la dérivation, si nous laissons 
de côté les procédés d'un caractère secondaire, tels que le 
changement de noms propres en noms communs, de sub- 
stantifs masculins en féminins et réciproquement, etc., nous 
constatons que les procédés suivants sont actuellement en 
vigueur. 

Dérivation impropre : 1. Création de substantifs tirés d'ad- 
jectifs : une balayeuse, un batteur. Cette formation est très- 
vivante et en pleine activité*. 

2. Création de substantifs verbaux : la chauffe. Cette for- 
mation est très-vivante dans la langue populaire; elle tend 
à disparaître de la langue commune et littéraire devant la 
dérivation latine^. 

3. Création de substantifs participiaux : la retombée. Cette 
formation est très-vivante dans la langue populaire; elle tend 

1. Voy. plus haut, p. 47. 

2. Ibidem, p. 50. 



— 264 — 

h disparaître de la langue commune et littéraire devant la 
dérivation latine ^ 

4. Changement du participe présent en adjectif et en sub- 
stantif. Formation très-vivante ^. 

Ainsi, dans la dérivation impropre, deux puissants procé- 
dés de formation, ceux qui donnent les substantifs verbaux 
et les substantifs participiaux, reculent dans la langue com- 
mune devant la formation latine. Ajoutons qu'un procédé est 
totalement disparu, celui qui consiste à changer l'infinitif en 
substantif. 

Dérivation propre "* . Dans la dérivation proprement dite des 
substantifs et des adjectifs, nous avons reconnu trente-cinq 
suffixes encore vivants et présentant divers degrés de vita- 
lité : ce sont able, ade, âge, aille, ais aise ou ois aise, al aie ou 
el elle, ant mite, ance, {and ande) andier, ard arie, âtre, 
aud aude, é ée, ée, eau elle ou ereau ei^elle, ement, erie, esse ise, 
esse, et ette wU ot otte, eur, eur euse, eux euse, eux euse, ien 
tenue, ier ière, ille, in ine, ine, oir oire, on, [e)té, u, ure. 

Ces suffixes peuvent se diviser en trois classes, suivant 
qu'ils forment des noms de choses, des noms ou des adjectifs 
de personnes, des adjectifs. 

A la première classe appartiennent seize suffixes : 

ade (bousculade), âge (drainage), ance (attirance), ement 
(déraillement), om- (aiguisoir), wre (crêpelure), qui se joignent 
généralement à des radicaux de verbes ; 

été (citoyenneté), ée (pochetée), esse (grandesse) ou ise (van- 
tardise), eur (verdeur), erie (rouerie), aille (radicaille), ille 
(coudrille), on (veston), is (cailloutis), ine (brillantine), qui se 
joignent à des thèmes de noms ou d'adjectifs. 

A la seconde classe appaHiennent dix suffixes : 

ais aise (Yorkais) ou ois oise (Bcllevillois), ant ante (abraca- 
dabrant), [and ande) andier (dessinandier), eau elle ou ereau 
erelle (nuelle, poétereau), ard arde (communard), aud aude 

1. Voy. plus haut, p, 57. 

2. Ibidem, p. 65. 

3. Ibidem, p. 54. 

4. Ibidem, p. 79-124, 



— 265 — 

(pataud), eur euse (blagueur), eiix euse (bonaparteux), esse 
(nolairesse), ienienne (normalien), ier ière (parolier). 

A la troisième classe appartiennent neuf suffixes : 

a6/e (dirigeable), al aie [diuroral) ou el elle (insurrectionnel), 
âtre (noirâtre), é ée (vanillé), et elle (mignonnet, -ette), eux 
euse (cireux), in ine (ivoirin), u (moustachu). 

Quelques-uns de ces suffixes peuvent passer d'une classe à 
l'autre : eau ereau peut passer de la deuxième à la première 
[fouteau], et ette de la troisième à la seconde [mohlot) ou à la 
première [affichette), ier de la deuxième à la troisième [bal- 
connier) . 

Dans la première classe, nre, esse, ise, eur, is, se stérilisent ; 
ille se réduit à un emploi spécial et semble en voie de dispa- 
rition; été diparaît devant le latin ité; ance devant le latin 
ation; on donne quelques diminutifs; ade, suffixe de création 
moderne, est assez populaire ; ée est encore très-nettement 
senti et est capable de créations nouvelles; aille, ine, oir, 
ement sont très-vivants ; erie, qui a pris la place de te sans le 
remplacer, et âge, qui a restreint sa signification primitive à 
celle de nom d'action, sont tous deux, dans leurs formations 
propres, d'une grande richesse. 

Dans la seconde classe, les suffixes les plus vivants sont 
ier, ien, eur euse, eux euse, ard arde. Toutefois ear euse est 
fortement battu en brèche par le suffixe latin ateur atrice. Les 
autres sont d'un emploi spécial ou restreint. 

Dans la troisième classe, et, ot, ant,é sont toujours féconds, 
able donne de nombreux adjectifs à la langue populaire, mais 
dans la langue commune, le suffixe correspondant de forma- 
tion savante ible lui fait une redoutable concurrence; on en 
peut dire autant de al el; in u sont d'un emploi spécial; 
âtre disparaît, ce semble. 

La dérivation verbale et celle des adverbes en ment sont 
d'une incomparable richesse. 

En somme, nos trente-cinq suffixes nominaux sont loin 
d'être également vigoureux et féconds ; un certain nombre n'a 
qu'une valeur restreinte, ais ois, ille, in, is, ée, u, etc. Mais ne 
l'oublions pas, cette délimitation précise de la signification 
est un avantage. Quand les suffixes sont aussi nombreux, ils 
ne sauraient avoir des significations étendues et générales 
sans amener la confusion, l'obscurité et le désordre. Pour 



— 266 — 

donner leur plein effet, et remplir utilement leur rôle, ils 
doivent se restreindre à des fonctions spéciales, mais nette- 
ment déterminées. En dérivation comme en économie poli- 
tique, la division du travail est la condition de la richesse. Et 
quoique amoindrie, privée de suffixes aujourd'hui totalement 
éteints*, battue en brèche par la dérivation latine, la dériva- 
tion française est encore vigoureuse et abondante. 

Composition. Dans la composition, nous constatons l'exis- 
tence de la juxtaposition, simple ou avec synecdoque et 
métaphore, qui est très-vivante et très-populaire {chemin de 
fer, demi-monde^), la composition par apposition [café-concert^), 
la composition avec l'impératif (presse-papiers '^j, qui sont d'une 
fécondité inépuisable. 

La composition par préfixes, à l'aide de particules^, n'uti- 
lise plus guère que la moitié des vingt-cinq particules fran- 
çaises : à, arrière, avant, contre, dé{s)-, en, entre, re-, sans- 
sous, sur, sus, très. Et là même elle recule devant la formation 
latine. 

Constatons en retour un procédé en voie de formation : la 
production de composés de dépendance [timbre-poste^). 

Ce rapide examen montre suffisamment que la formation 
française, malgré les pertes qu'elle a subies, est encore très- 
riche de son propre fonds. L'abondance de la dérivation, la 
faculté, moins développée, mais fort remarquable encore et 
bien plus considérable qu'on ne le croit, de \â composition, 
forment un ensemble qui a une réelle valeur Mais, il faut le 
reconnaître, la langue commune, la langue de la bourgeoisie 
et des écrivains, dédaigne en partie la formation française 
pour recourir à la formation latine ou grecque. De là, dans là 
langue commune, l'oblitération de certains suffixes, de cer- 
taines compositions qui n'ont pour refuge que la langue 
populaire ; celle-ci seule utilise pleinement toutes les res- 
sources du français. 

Formation latine. — La formation latine a introduit la plu- 
part des suffixes et préfixes latins ; mais un certain nombre 



1. Aison, ail, eil, etc. 

2. Voy. plus haut, p. 124. 

3. Ibidem, p. 147. 

4. Ibidem, p. 161. 

5. Ibidem, p. 128. 

6. Ibidem, p. 156. 



— 267 — 

seulement ont pénétré assez profondément dans la langue 
commune pour produire spontanément des formations nou- 
velles. Ce sont les douze suffixes :mVe (commissionnaire), «fzon 
(généralisation), ateui- (moralisateur), ature (musculature), 
atoire (rotatoire), [ar)iat (salariat), cule (théâtricule), <''pn 
(marmoréen), esque (moliéresque) , escen^ (azurescent), ilé 
(actualité), {at)if (commémoratif), ique (féerique), iswe, iste 
(journalisme, fleuriste), tude (vastitude), 2ser (fertiliser)', et les 
huit préfixes : extra, ex, in (négatif), inter, quasi, sub, trans. 
ultra^. 

Formation grecque. — L'imitation grecque a introduit dans 
la langue commune deux préfixes qui y sont aujourd'hui 
très-vivants, archi et an^i, etdeux autres qui commencent à se 
développer, a privatif et hyper ou per^ ; deux suffixes ite, ose *, 
et une série de mots composés dont certains éléments com- 
posants font maintenant presque partie de la langue com- 
mune : -graphe, -graphie, -graphique, -logue, -logie, -logique, 
'mètre, -métrie, -métrique, -phile, -philie, -phobe, -phobie, 
-crate, -cratie, -cratique, -nome, -nomie, -nomique, etc., 
photo-, hélio-, pseudo-, néo-, etc. ^ De là une formation nou- 
velle de mots composés où deux des cléments latins ou fran- 
çais se combinent et se soudent à l'aide de la voyelle de liai- 
son o (cérébro-spinal, Austro-Hongrois). 

Si cette double formation latine et grecque fournit à l'écri- 
vain des ressources d'une singulière richesse, qui lui per- 
mettent de poursuivre la pensée dans toutes ses nuances et 
ses replis, sans jamais être forcé de s'arrêter, trahi par la 
langue, d'autre part elle tend à rompre, elle rompt l'unité de 
la langue. 

Cette formation savante, la latine surtout, a introduit dans 
la langue un nombre considérable de mots qui n'ont aucun 
rapport avec les mots français simples ou dérivés. Gomment 
les gens du peuple reconnaîtront-ils la parenté qui unit faire, 
façon à facteur, faction ; chanteur à cantatrice ; sacra/mentel à 
serment; lacrymal à larmes; pondérer, pondération à poids, 
pesage; hôte à hospitalier, hospitalité? Tous ces mots latins, 

1. Voyez plus haut, p. 184-218. 

2. Ibidem, p. 218-229. 

3. Ibidem, p. 245, 246. 

4. Ibidem, p. 235. 
o. Ibidem, p. 248. 



— 268 — 

réintroduits artificiellement au sein de la langue, se trouvent 
comme égarés, perdus, au milieu des mots français, sans lien 
visible qui les rattache à ces derniers dont ils rappellent ce- 
pendant les ancêtres. On a fait remarquer que dans les lan- 
gues qui ne connaissent pas cette formation savante, dans 
l'allemand par exemple, des dérivés d'un seul et même radi- 
cal arrivent, par le seul jeu des lois de la phonétique, à des 
formes si divergentes que le sentiment de la parenté qui les 
unit s'évanouit. L'observation est juste : gehen (aller) n'a plus 
de rapport bien visible avec abgang (départ), oblegenheit (obli- 
gation) avec zulage (addition), verderbniss (ruine) avec bedurf- 
niss (besoin), mâchtig (puissant) avec môglich (possible); nuhe 
(proximité), avec nachher (ensuite) et gnade (grâce; propre- 
ment action d'approcher, diCces) , sehend (voyant) ayec sichtlich 
(visible), etc. Mais on oublie que tous ces mots sont compris 
du peuple, qu'ils vivent dans la pensée populaire. Il importe 
peu que le peuple ne saisisse point la parenté d'étymologie 
ou de son des mots apparentés par l'étymologie ou la signi- 
fication et entre lesquels une différence tout extérieure de 
formes met comme un abîme. Mais il importe beaucoup 
que ces mots parlent à l'esprit de ceux qui les emploient. 
En France, par exemple, le peuple n'est pas embarrassé des 
divergences de formes que présente la conjugaison d'aller et 
d'être. Il sait parfaitement, et sans peine, passer de je vais 
à aUe7', à j'irai, de je suis à tu es, à il fut, à j'étais, à je serai. 
Toutes ces formes sont claires pour lui, parce qu'elles vivent 
dans sa pensée. Or, dans l'allemand tous ces mots cités ne 
sont jamais sortis de l'usage populaire; c'est sur les lèvres 
du peuple qu'ils se sont altérés, qu'ils ont pris des formes 
diverses. 

Dans la formation savante, non-seulement les mots latins 
n'ont le plus souvent aucun rapport visible avec les mots 
français de la même famille ; mais, chose plus grave, ils ne 
sont pas compris. La langue littéraire est une langue nouvelle, 
entée sur la langue française, qui la pénètre, et qui s'y sub- 
stitue peu à peu, dans une classe de la société K Le fait est 
grave et veut qu'on y songe. 

Sur trente millions et plus de Français parlant français, 
quelques centaines de mille ont reçu une éducation classique, 
comprennent plus ou moins bien les mots latins, et parlent 

l. Cf. Marty-Laveaux, De renseignement de la langue française, p. 71 



— 269 — 

OU écrivent la langue commune. Un quarantième à peu près 
de la nation désapprend ainsi le français pour parler une 
langue dcmi-riançaiso, demi-latine : cette minorité, il est 
vrai, est composé de ceux qui écrivent ou qui lisent, c'est-à- 
dire de la partie la plus éclairée de la nation, de celle qui 
exerce l'influence, aux mains de qui est le pouvoir moral , 
intellectuel, aux mains de qui est l'action. 

Ainsi la France est divisée en deux classes : une immense 
majorité, le peuple, parlant français; une infime minorité, 
mais éclairée et toute-puissante, parlant un mélange de latin 
et de français. La langue populaire vit à côté de la langue 
commune sans se laisser pénétrer : tout au plus, par le pro- 
grès de l'éducation publique, arrive-t-elle à voir diminuer, 
mais bien lentement, sa population. Il a fallu neuf siècles 
pour que le français^ le dialecte de l'Ile-de-France, fît la con- 
quête de tous les autres dialectes parlés sur le territoire de 
la Gaule, le picard, le. normand, le bourguignon, le lor- 
rain, etc. A peine à présent les a-t-il encore conquis, et, au 
sud de la Loire, il reste encore stationnaire. Même dans ce 
siècle de la vapeur et de l'électricité où vivants et morts vont 
si vite, combien de temps faudra-t-il à la langue commune 
pour pénétrer et absorber la langue populaire ? combien de 
temps faudra-t-il pour que le latin à son tour fasse la con- 
quête du français ? 

Quoi que nous réserve l'avenir, actuellement la langue des 
gens du monde, la langue commune, le français des livres et 
de la bonne conversation est tellement imprégné de latin que 
l'organisme latin l'a en partie pénétré, que l'on pense les mots en 
latin, qu'on les dérive, les compose d'après les lois de la déri- 
vation, de la composition latine *. Ouvrez au hasard un livre 
écrit dans la langue des gens du monde, et comptez les mots 
latins ; je devrais dire plutôt : comptez les mots français. Je 
prends sans choisir un article dans un des derniers numéros 
de la Revue des Deux Mondes. En voici le début : 



1. En voici un exemple frappant. « Comme de craie on n'a pas fait crayacce 
mais crétacée, dit Guylon de Morveau, jai cru (juc pour (jualilier des substances 
tirées du suif, des fourmis, de V oseille, etc., il valoit mieux aussi reprendre la 
racine étymologique* ou synonymiquc. et dire sébacé, formicien, oxalien, etc., 
au lieu de dire suifacc, fourmieux, oseiUi(juc, ou autres dérivés des noms fran- 
(jois, tout aussi malsonnans. » {Mémoires sur les dénominations chimiques, 
cf. plus haut, p. 236.) 

1 . C'est-à-dire le latin. 



— 270 — 

« Si la raison est le privilège de l'homme, par une compensa- 
tion douloureuse, on en peut dire autant de la Iblie. Il ne sem- 
ble pas, en effet, que les humbles facultés de l'animal soient 
jamais exposées à cette terrible disgrâce, et dans l'espèce hu- 
maine elle-même, ce sont les races supérieures qui fournissent 
aux maladies mentales presque toutes leurs victimes. Rare 
chez les sauvages, chez les enfants, la folie est d'autant plus 
fréquente que, les besoins de l'humanité devenant plus nom- 
breux et plus complexes, l'activité cérébrale se surexcite da- 
vantage à la poursuite des objets qui peuvent la satisfaire : 
la folie est ainsi, pour employer un terme scientifique, fonc- 
tion de la civilisation. Triste conséquence, bien digne de 
provoquer les méditations du philosophe, du moraliste, de 
l'homme d'État ' ! » 

Le style de ce passage est certainement très-pur, très- 
simple, sans prétention. Les expressions sont si naturelles 
qu'elles ne frappent ni n'arrêtent le lecteur : eh bien , sur 
cinq%iante-neu f yerhes, adjectifs ou substantifs qu'il renferme, 
il y a vingt-neuf mots, la moitié^, qui ne sont pas français 
d'origine. 

Cette division de la langue en deux idiomes étrangers l'un 
à l'autre, la science à tout le moins ne peut s'empêcher de la 
regretter. Le philologue, en suivant l'évolution du latin popu- 
laire, étudie et retrouve les lois naturelles, inconscientes, qui 
sur les lèvres et dans l'esprit des populations gallo-romanes 
l'ont graduellement transformé en français. Quel accord har- 
monieux entre tous les éléments de cette langue que parlaient 
nos pères du onzième au treizième siècle ! Quelle élégante 
grammaire, quel système à la fois simple et savant dans la 
conjugaison et dans la déclinaison! Quelle harmonie dans ce 
balancement des voyelles accentuées et des atones, et dans les 
alternances euphoniques qui en résultaient pour la flexion î 
Quel accord entre les formes des radicaux et celle des déri- 
vés ' 1 C'est bien là la langue d'évolution et de formation spon- 



1. La folie au point de vue psychologique, diaprés de récentes recherches^ par 
L. Carraud, dans Xa Revue des Deux Mondes du 15 novembre 1876, p. 348. 

2. PriviU'ge, compensation, faculté, animal, exposées, terrible, disgrâce, 
espèce, supérieures, mentales, viclimes, rare, fréquente, humanité, complexés, 
activité, cérébrale, surexcite, objet, satisfaire, scientifique, fonction, civilisa- 
lion, conséquence, provoquer, méditation, philosophe, moraliste, état. 

3. La prononciation du français au douzième cl au treizième siècle se rappro- 
chait beaucoup de la prononciation actuelle de l'italien : même abondance de 
voyelles et de diphthongues sonores, mais avec plus de fermeté dans les cofl- 



— 271 — 

tanées, telle que pouvait la développer une race bien douée, 
et amante du beau langage, comme aux temps de Gaton et 
de César. 

Aussi la langue française de nos conteurs et de nos trou- 
vères était-elle pour l'Europe du moyen Age l'idéal du langage 
bumain, et l'admiration qu'elle inspirait aux contemporains 
du Dante aujourd'hui encore s'impose à ceux qui à cinq 
siècles de distance en écoutent l'écbo lointain*. 

Mais ce bel édifice devait se surcharger de constructions 
nouvelles qui en allaient détruire l'harmonie. L'importation 
des mots latins vint peu à peu transformer, déformer la 
langue. Nous avons vu le développement de cette formation 
savante, qui, née presque aux origines de notre idiome, gran- 
dit peu à peu jusqu'à la vaste invasion du xV siècle. 

Cependant, quand, faisant taire les regrets du philologue, 
on regarde les choses de plus haut, on arrive à se demander 
si un fait aussi grave, et qui a eu une action si puissante sur 
la langue, n'a pas sa cause légitime. A quoi sert de regretter 
le passé? Ne vaut-il pas mieux, avant tout, comprendre le pré- 
sent? Cette formation savante, pour atteindre à de telles pro- 
portions, pour se poursuivre avec une telle constance, pour 
trouver des complices de siècle en siècle, a dû répondre à des 
besoins réels et permanents. Et, en fait, qu'on veuille bien 
remarquer qu'elle n'est pas propre au français, mais qu'elle 
se rencontre dans toutei^ les langues romanes. L'italien, l'es- 
pagnol, le portugais, et même l'ancien provençal, arrêté dès le 
quatorzième siècle dans son développement, présentent des 
faits analogues. Feuilletez les dictionnaires de ces langues, 
vous y trouverez à chaque ligne des mots savants, des mots 
latins dans la même proportion que dans la nôtres Nous 

sonnes. Les voyelles nasales, si désagréables aujourdliui, se réduisaient à an 
et 01%. Pour la grammaire, le trait le plus frappant est le balancement des syllabes 
accentuées et atones dans les flexions casuelles, balancement qui amenait une 
variété harmonieuse dans les formes des mots. On disait li cas, le càq, li coq, 
les côs; on déclinait li emperére, Vempereor, li empereor, les empereors; on 
conjuguait je paro/e, lu paroles, il parole, nous parlons, vous parlez, ils 
parolent; fempasturc, tu empaslures, il empasture, nous empaistrons, vous 
empaistrez, ils empasturent. La facilité de l'inversion donnait une élégance pit- 
toresque à la phrase que ne surchargeait pas encore notre encombrant attirail de 
particules. L'orthographe enfin reproduisait fidèlement la prononciation. 

1. « Le françoisj dit l'Italien Brunctto Latini, est la parleure la plus délilablc 
et plus commune à toutes gens. » Sur la popularité de notre vieille langue à 
l'étranger, voyez {'Histoire littéraire de la France, t. XXIV, p. 544. Cf. Che- 
vallet, I, 39; Litlré, Langue française, l, 187, etc. 

2. Voici, par exemple, des mots de formation savante que présente la seule série 



— 272 — 

sommes donc en présence d'un fait général qu'il faut accep- 
ter et expliquer. 

La formation savante a commencé sous l'influence de 
l'Église; elle a continué sous celle de la scolastique, des lé- 
gistes du moyen âge ; elle s'est poursuivie sous l'influence 
des classiques latins. Or, énumérer ces quatre agents, l'Église, 
la scolastique, le droit romain, la Renaissance, c'est énumérer 
les quatre éléments de la civilisation au moyen âge et au 
commencement des temps modernes. L'histoire de France, 
jusqu'à l'écrasement de la féodalité, et c'est ce qui en fait 
l'unité et la grandeur, n'est autre chose que la lutte continue 
entre l'élément germanique ou barbare et l'élément romain ou 
civilisateur. La marche de notre histoire, depuis Gharlemagne, 
le grand Austrasien romanisé, est un combat pour la civilisa- 
tion romaine, une tentative de plus en plus heureuse pour 
expulser ou pour réduire à l'impuissance l'élément germa- 
nique, pour faire triompher l'élément latin, pour raviver 
l'étincelle de la civilisation apportée de Rome aux peuples de 
l'Occident et étouffée par la main des barbares. Quand la 
monarchie triomphe de la féodalité, quand elle institue et or- 
ganise l'administration et la justice régulière, elle n'a qu'à 
reprendre et continuer l'œuvre de la Rome impériale. La 
marche du progrès fut un retour vers le passé ; il arriva né- 
cessairement que les écrivains français, pour exprimer les 
idées du passé, les idées romaines, recoururent aux expres- 
sions du passé, aux expressions latines. La formation savante 
était donc inévitable. 

Au quinzième siècle vient la renaissance des lettres. La tra- 
dition que la monarchie a lentement renouée dans l'admi- 
nistration se renoue brusquement dans la philosophie et les 



des mots commençant par ab en italien : ahalienare, -nato, -nagione, abanna- 
zione, abarticolazione, abbacinare, -natore, abbandonatore, abbassatore, ab- 
batlilore, abbecedario , abblandire, abbreviare, -atore, -amento, -azione, abdi- 
care, abdicaziotie, abditolarse, abdomine, abduttore, abduzione, abebeo, abella- 
gione, aberranti, aberrazione, abiatico, abigealo, abigeatore, abilità, abilitare, 
abililativo, abilitazione, abiolico, abiologo, abiolologia, abitabile, abitaeolo, 
abitare, abilaziotie, abitatorc, -trice, abiluale, -alniente, abiiualezza, abitua- 
zione, abiludinario, abitudine, abjurare, -ratore, ablaqueare, ablaqueazionc, 
ablalazione, ablazione, ablcgazione, abluzione, abncgare, abnegazione, aboli- 
bile, abolimenlo, abolire, abolitivo, abolilorc, abolizione, abomaso, abomina- 
bile, abominamento . abominatore, abominazione, aborigine, abortire, aborti- 
cidio, abpatruo, abrasione, abrenunciazione, aérogare, -gatore , -gazione, 
abrotanoide, absorbcre, absorsione, abusator-e, abusazione {Dictionnaire de 
Sergent, Strambio et Tassi). 



— 273 — 

lettres. Tous les trésors d'idées élaborées par le génie de Home 
et d'Athènes reviennent au jour après plus de dix siècles ; 
or, les idées de l'art, de la littérature, de la philosophie an- 
tique ne pouvaient trouver d'expressions plus naturelles et 
plus propres que celles qu'elles s'étaient créées elles-mêmes : 
elles passèrent dans la langue sous la forme qu'elles avaient 
prise à Rome. 

Enfin, comme les anciens seuls ont su écnre et composer^ 
seuls ont connu Vart du style, à partir du seizième siècle, 
l'imitation des Grecs et surtout des Latins, plus près de nous, 
s'est imposée à nos écrivains. 

Nous sommes fils des Latins, non par le sang, mais par 
l'éducation. Il y a une race germanique, une race slave; il n'y 
a pas de race latine, mais une civilisation latine, d'où découle 
la civilisation moderne. 

Voilà pourquoi chez les peuples de langue latine, dont 
l'idiome était si approprié à recevoir la formation savante, 
celle-ci a pris un si puissant développement; développement 
logique, fatal,. que le philologue peut regretter comme natu- 
raliste, qu'il comprend et accepte comme psychologue. 

De nos jours donc, quoi que nous puissions faire, la forma- 
tion latine est entrée si profondément dans la langue com- 
mune, qu'on ne peut tenter de la combattre et de la rejeter. 
Mais comme il est d'intérêt général que notre langue fran- 
çaise soit française en fait et non-seulement de nom ; comme 
il est nécessaire qu'elle soit comprise du plus grand nombre 
des Français, il faut que les deux langues se rejoignent, au- 
tant que faire se peut. Or deux causes ont' creusé un abîme 
entre elles. D'une part, il est toute une série d'idées et de con- 
naissances, apanage de l'instruction et de la culture, qui man- 
quent à la pensée populaire et par suite à son lexique, et qui, 
se rattachant par un lien plus ou moins lointain à la pensée 
antique, trouvent leur expression dans la parole antique : 
c'est là une cause naturelle et durable qui ne pourra jamais 
disparaître, mais qui pourra du moins s'atténuer par le pro- 
grès de l'éducation populaire. D'autre part, les écrivains, par 
un pédanlisme inconscient, expriment sous les formes anti- 
ques des idées et des notions que le peuple conçoit et connaît, 
et pour lesquelles la parole française fournit des ressources 
d'expression. C'est une cause artificielle, créée par l'écrivain 
et l'orateur, et qu'il dépend d'eux de supprimer. La première 
s'atténuera quand le peuple ira à l'école et apprendra; la 

18 



— 274 — 

seconde, quand l'écrivain se décidera à exprimer simplement 
une idée simple. 

Mais ce n'est pas assez de l'influence latine pour désorgani- 
ser notre langue ; voici que le grec commence à pénétrer dans 
le français et à s'y acclimater. Si le latin déforme le français, 
du moins le fait-il remonter vers ses origines; mais avec le 
grec, si différent dans son organisme de notre idiome, le dan- 
ger est plus redoutable, et, nous le craignons bien, inévita- 
ble. Le grec, en effet, par un droit historique et grâce à des 
qualités propres, est devenu la langue de la science. Déjà le 
latin avait pris un nombre considérable de mots au grec, ou 
en avait composé avec des éléments grecs, pour constituer sa 
nomenclature médicale, la seule nomenclature scientifique 
qu'il connût ^ Cette nomenclature pénétra dans les écoles 
du moyen âge, et les savants, à la recherche de mots 
nouveaux, continuèrent la tradition en recourant au grec. 
D'ailleurs, où trouver une langue plus commode, d'un voca- 
bulaire plus riche, qui se prêtât mieux à la dérivation et à la 
composition, que cette admirable langue grecque, qui aux 
qualités poétiques des idiomes synthétiques joint la clarté, la 
précision des idiomes analytiques? Le grec est devenu, par 
la force des choses, la langue de la science. Mais voici où est 
le péril. 

Il y a antinomie entre la science et le langage. Un idiome, 
par cela même qu'il appartient à un peuple, est individuel et 
restreint en d'étroites limites. La science est universelle, 
parce que, poursuivie par les hommes de toutes les nations, 
la vérité qui en est l'objet est au-dessus de l'humanité. L'in- 
strument dont se sert la science, et qui est le grec, devient 
donc une langue universelle qui doit pénétrer tous les idiomes 
civilisés. Et en effet, les langues de tous les peuples civilisés 
sont atteintes par le grec. Les procédés de formation que nous 
signalions précédemment dans le français se retrouvent non- 
seulement dans les autres langues romanes, mais dans les 
langues germaniques, les langues slaves. Les mêmes mots 
composés, les mêmes particules, y prennent racine et y amè- 
nent des formations analosrues. 



1. Voyez, par exemple, le lexique latin qui se trouve à la lin du Dlclionnairé 
de médecine, de MM Robin et Littré. La plupart des termes appartenant à la lati- 
nité classique viennent du grec. 



— 275 



Nous assistons donc au conflil de la science et du langage. 
La civilisation moderne, le progrès des sciences, changent les 
conditions d'existence des langues. De nouvelles lois naissent, 
dont on commence à entrevoir l'action. Quels en seront les 
effets? A l'avenir seul de répondre. 



INDEX 

DES MOTS NOUVEAUX CITÉS DANS CET OUVRAGE. 



Les mots précédés d'un * manquent au Dictionnaire et au Supplément 
du Dictionnaire de M. Littré '. 



* abat-bruit, 163. 

* abat-froid, 163. 

* abat-poussière, 163. 
abattable, 79. 
abeille, 93. 
abêtissement, 95. 
ablactation, 177. 
ablaquéation, 177. 
abolitionniste, 209. 
à-bon-compte, 130. 
aborigène, 177. 

* abracadabrant, 65. 
abri vent, 159. 
abrogeable, 79. 

* abscons, 177. 

* s'absinther, 116. 

* absinthisme, 209. 

* absoluteur, 200. 
absolutisme, 209. 
absolutiste, 209. 
absorbation, 199. 

* ab'jorptivité, 204. 

* acalèphe, 234. 

* acantnoptérygien, 244. 

* acarus, 234. 
accélérateur, 200. 
accidenté, 93. 
acclamateur, 200. 
acclimatement, 95 
acclimateur, 102. 

* accotoirs-dormeuses, 148 
accrémentitiel, 191. 
accrémentition, 199. 

* accrêté, '30. 
accusatoire, 201. 
acescent, 207. 
acétimètre, 243. 

* achilléide. 189. 
acidulant, 65. 
aciérage, 82. 



acinaciforme, 2l9. 
acquisivité, 204. 

* acrisie, 234. 

' acrismie, 234. 
actinimorphe, 244. 

* actinimorphisme, 244. 
actinomètre, 243. 

* actinométrie, 243. 

' actinométrique, 243. 
actionnaire, 196. 
activant, te, 65. 
activer, 116. 

* actuaire, 253. 
actualiser, 217. 
actualité, 204. 
aculéiforme, 219. 
addenda, 178. 
additionnel, 87. 
adénite, 235. 
adénologie, 243. 
adiante, 234. 
adjoint, 57. 
adjudicateur, 199. 
administrant, te, 65. 
administratif, 178. 

* adorablement, 122. 
adresse, 261 . 
adscrit, 178. 
adultérinité, 204. 
adynamie, 234. 
aérateur, 200. 

* aérifère, 220. 

* aéromotion, 248. 
aéronef, 248. 
aérophobe, 234. 
affadissant, te, 65. 
affairement, 95. 

* affichette, 101. 
affouilleraent, 95. 

* affouiller, 130. 



* affreuseté, 114. 
Affreville, 156. 

* affriolement, 95. 
agalactie, 234. 
agenda, 178. 

* agérat, 234. 
aggloméré, 57. 
agglutinant, te, 65. 
agio, 258. 
agissement, 96. 

* agourmandi, 130. 

* agrémenter, 116. 
agriculteur, 220 
ahurissement, 96. 

* aide-mémoire, 163. 
aiguillage, 82. 
aiguilleur, 102. 
aiguillonnant, te, 65. 

* aiguisoir, 113. 
alarmiste, 209. 
albuminurie, 245. 
alcaloïde, 244. 
alcoolimètre, 244. 
alcoolisme, 209. 
aléa, 178. 

* algologie, 243. 

* algolcgique, 243. 
algologue, 2*,3. 
alibilité, 204. 
alizarine, 194. 

* alizéen, 194- 
alléchant, te, 65. 
alliés, 46. 
allumage, 82. 

* alluvionnel, 87- 
alluvionnement, 96. 
alphabétisme, 209. 
•alphos, 234. 
altérabilité, 204. 
altruisme, 209. 



1. Quelques termes scientifiques datent de la seconde moitié du dix-liuitièm» siècle. 



— 278 — 



altruiste, 209. 
aluminium, 186. 
amandine, 112. 
amativité, 204. 
amblyopie, 234. 
ambulance, 88. 
ambulancier, 106. 

* américaniser, 217. 

* américanisme, 209. 
' amigdaline, 194.. 

* amincisseur, 102. 
amnésie, 2.'^4. 
amomacées, 189. 
amorphe, 234. 

* amour-goût, 153. 

* amour- passion, 163. 
ampélite, 235. 
amplificatif, 206. 
amylène, 237. 
anabrochisme, 234. 
anadrome, 234. 
analeptique, 234. 
anaphrodisie, 234. 
anaplérose, 234. 
anchilops, 234. 
ancyroïde, 234. 
andiotomie, 244. 

' anecdotisftr, 217. 
anémie, 234. 
anémoscope, 244. 
anévrysme, 234. 
angiologie, 234. 
anglicisme, 209. 

* anglo-français, 249. 
anglomane, 243. 
anglomanie, 243. 
anglophobe, 244, 248. 

* anglophobie, 244. 
angularité, 204. 

' aniline, 194. 
animalier, 106. 
animalisable, 79. 
animaliser, 217. 

* animalisme, 209. 

* animal-piante, 153. 
animateur, 209. 
anisine, 195. 
ankyloglosse, 234. 
ankylose, 234. 
ankyloser, 116. 
annexionniste, 209. 
annonciateur,. 200. 
annuaire, 195. 
annulatif, 206. 
anonjmat, 203. 
anorexie, 234. 
antédiluvien, 221. 
antéhistorique, 221. 
antennule, 192. 
anthélix, 234. 
anthère, 234. 
anthracite, 235. 
anlbuix, 234. 



anthropographe, 243. 
anthropogra})hie,243,238. 
antbropographique, 243. 
anthropolâtne, 243, 238. 
anthropolithe, 238. 
anthropologie, 243, 238. 
anthropologique, 243. 
anthropologue, 243. 
anthropologiste, 209. 
anthropomorphe,238, 244. 
anthropomorphisme, 209. 

244. 
anthropomorphiste, 209. 
anthropopathie, 244. 
anthropopathique, 244. 
anthropophage, 234. 

* anticarie, 245. 

* anticrotte, 245. 
antidramatiçîue, 245. 
antiévangélique, 245. 

* antidivin, 245. 

* antifeutre, 245. 

* antigluant, 245. 
antigoutteux, 246. 

* antihumain, 246. 

* antiméphitique, 246. 

* antinature. 245. 

* antinaturel, 246. 
*antiobésique, 246. 

* antiparlementaire, 246. 

* antipartenaire, 246. 

* antipatriote, 246. 

* antirationnel, 246. 
antirépublicain^ 246. 
*antiscientifique, 246. 
antisocial, 246. 

' antisystématique, 246. 

* anxieusement, 122. 
aperceptibilité, 204. 
apétalie, 235. 
aphonie, 235. 
aphylle, 235. 
aplatisseur, 103. 
aploptère, 244. 
apode, 244. 

* appâli, 129. 
appâlissement, 129. 
(les) appelés, 57. 
appendicule, 192. 
appréhensibilité, 204. 
approfondisseur,' 103. 
aptère, 235. 
aquafortiste, 210. 
aquapuncturer, 116. 
aquarelle, 258. 
aquarelUste, 210. 
aquarium, 178. 

' arbitragiste, 210. 
arborescent, 207. 

* arbre-poisson, 153. 
arcano-papyro-graphique , 

249. 
arcature, 202. 



archaïsme, 210. 

* archicompétent, 246. 

* archiconnu, 246. 

* archicrétin, 246. 

* archidécidé, 246. 
*archi grec, 246. 

* archimorale, 246. 

* arcométrie, 244. 

* aristo, 261. 
aristocrates, 243. 
aristophanesque, 208. 
arrangeant, te, 65. 
arrêtiste, 210. 

* arrière - appartement ' , 

130. 
arrière caution, 130. 
arrière-charte, 130. 
arrière-chœur, 130. 
arrière-fente, 130. 
arrière-foin , 130. 
arrière-graisse, 130. 
arrière-narine, 130. 
arrière-nièce, 130. 
arrière-paiiage, 130. 
arrière-pointeuse, 130. 

* arrière-prétention, 130. 
arrière-rang, 130. 
arrière-sens, 130. 
airière-vieillesse, 130. 
arrosable, 79. 

* arrosion, 199. 
artériotomie, 245. 
arthrite, 235. 

* artisan-poëte, 153. 

* artiste-comédien, 152. 

* artiste-danseur, 152. 

* artiste-ventriloque, 152. 

* arti-te-violon, 152. 
'artistiquement, 122. 
ascenseur, 178. 
asine, 110. 
aspérule, 192. 

* asphalte-planche, 148. 
asphyxiant, te, 65, 
aspirateur, 200. 
asservisseur, 103. 
assesseur, 178. 
assiniilateur, 200. 
assourdissement, 96. 
assurable, 79. 
assyriologie, -ique , 188, 

243. 
assyriologue, 243. 
asthénie, 235. 

* atavisme, 210. 

* atermoyeur, 103. 
atmidométrie. 244. 
atocie, 235. 
atomicité, 204. 
atonie^ 235. 
atrophie, 235. 
atropine, 194. 
atterrissemeut, 96. 



1. Quelques-uns des composés de arrière sont de date douteuse. 



— 279 ^ 



* attirance, 87. 
attraction, 261. 
•l'au-delà, 59. 
audition, 178. 
aurantiacées, 189. 
•auréolé, 93. 
auroral, 86. 
autobiographie, 238. 
autoclave, 238. 
autoclinique, 238. 
autographe, -ie, 243. 
autographier, 116. 
autographique, 243. 
automatiquement, 122. 
autonomiste, 210. 
autoplastie, 238. 

* autopsier, 116. 
autoritaire, 196. 
aval, 130. 
avant-bouche', 131. 
avant-cale, 131. 
avant-courrier, 131. 
avant-duc, 131. 
avant-fossé, 131. 
avant-glaces, 131. 
avant-lait, 131. 
avant-mur, 131. 
avant -pied, 131. 
avant-pieu, 131. 
avant-poignet, 131. 
avant-projet, 131. 

* avant-soc, 131. 
avant-terrasse, 131. 
aveuglant, te, 65. 
'aveulir, 130. 
"aviateur, 200. 
aviation, 198. 
avironnier, 106. 
azurescent, 207. 
azurin, 110. 

* azurite, 235. 
azygos, 234. 

* baby, 253, 

* badiniïuiste, 210. 
•badouillard, 89. 

* baguenaudine, 110. 

* baignoirs - dormeuses , 

148. 
'baignoire-serre, 148. 

* bâillonnement, 96. 
bain de pied, 128. 

* balade, 50. 

* balancier-moteur, 148. 
balayeuse, 48. 
balconnier. 108. 
ballaster, 116. 
balles-obus, 148. 
•balnéaire, 178. 

* balnéatoire, 178. 

* balochard, 89. 

* bamhoutier, 73, 106, 

* bambinat, 203. 
banditisme, 210. 



'bandoline, 112. 
banknote, 253. 
banquiste, 210. 
baptiseiir. 103. 
' bar, 253'. 
barathrométrie, 244. 

* barboteuse, 48. 
barologie, -ique, 238, 243. 
barologue, 243. 

* baronifier, 221. 
baroscope, 244. 
barymélrie, 238, 
baryum, 186. 
baser, 116. 

* bas-jarretières, 148. 

* basquais, 85. 
bassorine, 194. 
bateau à vapeur, 127. 

* bateau-cloche, 148. 
•bateau-mouche, 148. 

* bateau-rabot, 148. 
•bateau- voiture, 148. 
battandier, 88. 
batteuse, 48. 
bathymétrie, -ique, 188, 

244. 

* baugé, 93. 

' baugeur, 103. 
bellevillois, 85. 
belligérants, 178. 

* bénisseur, 103. 

* benoiton, ne, 45, 

* benoitonner, 45, 116. 

* benoitonnerie, 45. 
benzine, 194. 
berbéridacées, 189. 
berthoUer, 116. 

* bête-intelligence, 153. 
' bête-sentiment, 153. 
betteravier, 108. 
beurrerie, 100. 
bibasique, 219. 
bibliographe, -ie, -ique, 

243. 
bi-carbooné, 219. 
l)i-colore, 219. 

* bicorporéité, 219. 

* bien-pensants, 131. 
bifteck, 253. 

* bijoutiers - garnisseurs , 

152. 

* bijoutiers - tablettiers , 

152. 

* bi-mensuel, 219. 
biographie^ 238. 
biologie, -ique, 238, 243. 
biologue, 243. 
biométrie, 244. 
bionome, -mie, 238. 
bipétalé, 219. 
biscuiterie, 100. 
biseauter, 73. 

bitter, 259. 

* bivoie, 219. 



bi-voltain, 259. 
bixacées, 189. 
blackbouler, 254. 

* blaguer, 116, 
blénorrhagie, 244. 
blénorrhée, 244. 
blondir, 120. 
bobinage, 82. 

* bobinoir, 113. 

* bock, 260. 
bœuf, adj., 62. 
bœuvoniiage, 82. 
boitage, 82. 

* boîtes-livres, 148. 
bol, 254. 
bollvar, 44. 
bombacées, 189. 

* bombagisie, 210. 

* bonaparteux, 105. 
bonapartisme, 210. 
bonapartiste, 210. 

* bonasserie, 97. 

* bondieuzard, 89. 

* bondieuzardifier, 221. 

* bonhommene, 98. 

* bonisseur, 103. 
book, 254. 
borde-plats, 163. 

* bordurer, 117. 

* borussianiste, 210. 
boston, 44. 
botaniser, 217. 

* bouche-bouteilles, 163. 

* bouche-trou, 166. 

* bouchon-tampon, 149. 
bouddhisme, 210. 
bouddhiste, 210. 

' bouée-pompe, 149. 

* bougies-chandelles, 149 

* boulange, 50. 
bouleversant, te, 65. 

* boulevardier, ière, 106. 
boulier-compteur, 108. 
boulot, otte, 101. 
boulotter, 121. 

* bouquetté, 93. 

* bouquinage, 82. 
boursicoter, 117. 
boursicotier, 106. 

* boursicotiérisme, 210. 
bous, 51. 

* bousculade, 81. 
bousingot, 101. 
bowl, 254. 
box, 254. 

boxe, 51. 
boxer, 254. 
boxeur, 103. 

* la Brabançonne, 47. 
brachycéphale, 243. 

* braillardocratie, 248. 
branchocèle, 243. 
brasero, 259. 

* bras-suçoirs, 153. 



1. Quelques-uns des composés de avant sont de date douteuse. 



280 



bravo, 258.| 
break, 254. 

* breakfast, 254. 

* liréguet, 42. 
brevetabilité, 204. 
brie^ 44. 

* brillantine, 112. 

* britidilleur, 47. 
brio, 258. 

* briquet-lanterne, 149. 

* briscard, 89. 
brise-glace, 163. 
brise-lames, 163. 

* brise-raison, 166. 

* brochurer, 117. 

* brochurier, 107. 

* broderie-dentelle, IGO. 
bronchite, 235. 

* brosse-démêloir, 149. 
une bros.sée, 58. 

' broyeuse, 48. 

* brûle-maison, 166. 

* brûle-parfums, 163. 
brûIe-tout, 163. 

le brutal, 46. 
bubelette, 101. 
bubonocèle, 243. 
budget, 254. 
budgétaire, 196. 

* budgétivore, 220. 

* buffet-commode, 149. 

* buffet-étagère, 149. 

* bulldog, 254. 

* bull-terrier, 254. 

* bureau - capharnaùm , 

153. 
bureaucratie, 243, 248. 

* butylène, 237. 
buxine, 194. 
byronien, 193. 

* bythnériacées, 189. 

cabalistiquement, 122. 
cachemirien, 193. 

* cache-misère, 166. 
cache-nez, 163. 
cache-peigne, 163. 
cache-pot, 163. 

* cachotement, 96. 
cacographe,243. 
cadmium, 186. 
caesium, 186. 
café-concert, 149, 160. 
caféine, 194. 
cailloutis, 92. 
calcium, 186. 

* calembouriste, 210. 

* calfeutrant, te, 65. 
calorifique, 220. 
calorimètre, 244. 
calorimélrie, 244. 
calorimétrique, 244. 
calotter, 117. 
calvitie, 178. 
camelotte, 62. 
camphène, 237. 



camphorine, 194. 

* canaillerie, 98. 

* canapé-sofa-lit, 149. 

* candélabres-affiches, 149. 

* canne-éventail-écran, 149 
cannibalisme, 210. 

* canonnement, 96. 
canter, s. m., 254. 
canlonalisme, 210. 
canulant, 65. 
caoutchouter, 73. 
capharnaùm, 45. 
capillarité, 204. 
capitalisable, 80. 
capitonner, 117. 
capitulant, 65. 

* capitulard, 89. 
caporalisme, 210. 

* caprilène, 237. 
captage, 82. 

* captivant, te, 65. 

* capucin - thermomètre. 
153. 

* caramboleur, 103. 

* caramélane, 238, 
carbonaro, 258. 
*carcère, 178. 
cardialgie, 242. 

* cardinalesque, 208. 
cardiotomie,245. 

* caricaturesque, 208. 
caricaturier, 107. 
caricaturiste, 210. 

* carnavalesque, 208. 
carottier, 107. 
carrick, 254. 
carrosserie, 100. 

* carte - correspondance , 

159,161. 

* carton-cuir, 149. 

* carton-paille, 159, 160. 

* carton-pierre, 149, 160. 
cascadeur, 103. 
caséine, 194. 

casque à mèche, 128. 

* casquettifère, 220. 

* cas-régime, 159. 
casse, 51. 

* cas-sujet, 159. 
castorine, 112. 
casuel, 191. 

catégorique (impér.), 259. 
catalographe, 243. 
catalographie, 243. 
catalographique, 243. 
caudal, 190. 
cauliflore, 219. 
caulobulbe, 220. 
causette, 101. 
caustiquement, 122. 
*cavalle, 51. 

caviar, 254. 
ceinturonnier, 107. 
célérifères, 220. 
cellulaire, 196. 
cellulose, 238. 



cent-gardes, 125. 
centiare, 219. 
centigramme, 219. 
centilitre, 219. 
centime, 179. 
cenlimètre, 219. 
centistère. 219. 
centralisation, 199, 
centraliser, 217. 
centraliste, 210. 
centrante, 204. 
centre-droit, 125. 

* centre-gauche, 107. 
centre-gaucher, 107. 
centrier, 107. 
céphalalgie, 242. 
céphalopode, 244. 
*cérébration, 198. 
cérébrospinal, 248. 
cérium, 186. 
certificatif, 206. 
*cérulé, 178. 

* céruléen, 193. 
cervico-scapulaire, 248, 
césarisme, 210. 
cétine, 194. 
chahuter, 117. 
chalcite, 235. 
chalcographe, 243. 
chalcographie, 243. 
chalcographique, 243. 
châle, 254. 
*chamarrage, 82. 
champagniser, 217. 
'champignonniste, 210. 
*champlevée, 58. 

* chanteronner, 120. 

* chaparder, 117. 

* chapardeur, 103. 

* chapeaux - cachemires, 

149. 

* charivaresque, 208. 
charivarique, 187. 
charivariser, 217. 

* charrette-semoir, 149. 
charronnage, 82. 
charronnerie, 100. 

* charrue-semoir, 149. 

* charte-vérité, 153. 

* chasse-navette, 163, 

* chasse-neige, 163. 
chasse-pierre, 163. 

* chassepot, 42. 

* chasse-punaises, 163. 

* chaudronné, 93. 
chauffe, 51. 
chauffe-assiettes, 163. 

* chaufferette-lanterne, 149 
chauvin, 44. 
chauvinisme, 210. 
chemin de fer, 127. 
chemiserie, lÔO. 
chemisier, 107. 
chèque, 254. 

* chéquier, 108. 

* chevalesque, 208. 



cbeval-vapeurj 149. 
les chevelus, 46. 

* cheveux-nat:eoires, 153. 

* chicard, 89. 
chiffonnant, te, 65. 

* chiffonville, 157. 

* chiffres-taxes. 159. 

* chimistei-experls, 152. 

* chippfiur, 103. 
chlénacées, 189. 

* chocolaté, 93. 

* chocolaterie, 100. 
chocolatier, i07. 
'chouchouter, 117. 

* chroino-duro-phane,244, 

249. 
chromolithe, 238. 
chromo-lithographie, Î38. 
chromophone, 238. 
chromurgie, 238. 
chronomètre, 238. 
chronométrie, 238. 
chronométriqiie, 238. 
chronoscope, 238. 
chrysocarpe, 238, 242. 
chrysocéphale, 238. 
chrysochlore, 238. 
chrysogastrej 238. 

* chrysogènej 243. 
chrysologie, 238. 
chrysomèle, 238. 
chrysoptère, 238, 244. 
chrysophthâlme, 238. 
chylurie, 245. 
cimolite, 235. 
circonstanciel, 191. 
circuleur, 103. 
circumaxile, 221. 
circumfusa, 178. 
circumméridien, 221. 
circumnavigateur. 221. 
circumzénithal; 221. 

' cireux, 105. 
cisgangétique, 221. 

* cisleithan^ 22 1. 

* cisleithanien, 221. 
cismontain, 221. 
cispadan, 221. 
cisrhénan, 221. 

* cilé-cadavre, 153. 

* cités-squelettes, 153. 

* citologie, 248. 

* citologique, 248. 

* citologue, 248. 
ia citoyenne, 47. 

* citrène, 237. 
ci tri ne, 112. 
civilisateur, 200. 
civisme, 210. 

* clamer, 178. 
clapotant, te, 65. 

* classe-feuilles, 163. 

* classe-valeurs, 163. 
claustration, 198. 
clavélisateur, 'iOO- 
claYicorde. 220. 



— 281 — 

clayonner, 117. 

* cléricaille, 85, 

* cléricalisme, 210. 

* clergyman,'j254. 
cliché, 57. 
clicherie, 100. 
climatologie, 188. 
climatologique, 188. 
climature, 202. 
cloporte, 166. 
clôturer, 117. 
clown, 254. 

club, 254. 

* clysettes-seringues-bou- 
teilles, 149. 

coagulateur, 200. 
coalescence, 207. 
-coaltar, 255. 
coaptaiion, 222. 
coarctant, 222. 
coassant, 65. 
co-auteur, 222. 
co-bourgeois, 222. 

* cocassement, 122. 

* cocasserie, 98 

* cockney, 255. 

* cocotterie, 98. 
codéine, 194. 
co-député, 222. 
codétenu, 222. 
coéducation, 222. 
coélecteur, 222. 
coercibilité, 204. 
cognac, 44. 

* cogne, 51. 

* cognarde, 81. 
coin de feu, 128. 

* coke, 255. 

* col-cravate, 144. 

* cold-cream, 255. 
colichemarde, 42. 
colite, 235. 
collaboration, 178. 
collaborer, 178. 
collationnement, 96. 
colle, 51. 
collecter, 117. 
collectionneur, 103. 
collectivisme, 210. 
collectiviste, 210. 

* collectivité, 204. 

* colle-fécule, 149. 
collinaire. 196. 
colloïde, 244. 
colonisateur, 200. 

* colonnes-affiches, 154, 
colorisation, 199. 
coltariser, 217. 
cométaire, 196. 
comfort, 255. 
comfortable, 254. 

* comic-finance, 157. 
commanditer, 117. 
commémorer, 178. 
commercialiser, 217. 
commissariat, 203. 



* commissionnaires-entre- 

positaires, 152. 

* commode-toiletle, 149. 

* communalisme, 210. 
communaliste, 210. 

' communard, 89. 
communeux, 104. 
communiqué, 57. 
communisme, 210. 
communiste, 210. 
commutateur, 200. 

* compas-triangle, 149. 
' compatissance, 81. 
compatriotisme, 210. 
compensationniste, 210. 
compréhensibilité, 204. 
compromettant, te, t>5. 
compromission, 199. 
comptabilité, 204. 
compte-gouttes, 163. 

* compteur-mesureur, 149. 
concentrateur, 200. 
conceptaclc, 179. 
conceptibilité, 204. 
conceptible, 192. 

* concevabilité, 204. 
concordant! el, 191. 
concordataire, 196. 
concrescibilité, 204. 
concrescible, 192. 
concrétionnaire, 196. 
concurrencer, 117. 
concurrentiel, 191. 
condensateur, 200. 
condenseur, 47, 103, 200. 
conduplicable, 222. 
conduplicatif, 222. 
condupliquer, 222. 
confectionner, 117. 
confectionneur, 103. 
conférencier, 107,216. 
conferve, 179. 
confessionnalisme, 210. 
confinaire. 196. 
confilurerie, 100. 
confortabilit", 204. 
congédiable, 80. 
congélabiiilé, 240. 
congélateur, 200. 
congréganisme, 210. 
congréganiste, 210- 
congrégalionnulisme, 210. 
congrégationnaliste, 210. 
conicine, 194. 
conicité, 204. 
conjonctivite, 235. 
connecticule, 192. 
connolatif, 222. 
connotation, 222. 
conscriptible, 192. 
conscription, 179. 
conscrit, 179. 
conservateurs, 46. 
conservatisirie, 210. 
consonantique, 188. 
consonnantisme, 210. 



— 282 — 



constabulaire, 195. 
constituants, 56. 

* constitution - consigne , 

154. 
constitutionnalisme, 211. 
coniagier, 216. 

* contagionner, 117. 
contractif, 206. 
contrastant, te, 66. 
contre-alizé ', 131. 
contre-appel, 132. 
contre-arc, 132. 
contre-arêtier, 132. 
contre-attaque, 132. 
contre-aube, 132. 
contre-augment, 132. 
contre-aveu, 132. 
contre-basson, 132. 
contre-biseau, 132. 

* contre-bon-sens, 132. 
contre-brasser, 131. 
contre-brodé, 132. 
contre-caniveau, 132. 
contre-charge, 132. 
contre-claveite, 132. 
contre-courbe, 132. 
contre-dame, 132. 
contre-dater, 131. 
contre-déclaration, 132. 
contre- dégagement, 132. 
contre-dénonciation, 132. 
contre-digue, 132. 
contre-émail, 132. 
contre-empois, 132. 
contre-empreinte, 132. 
contre-épaulette . 132. 
contre-enquête, 132. 
contre-estampe, 132. 
contre-expertise, 132. 
contre-extension, 132. 
contre-fenêtre, 132. 
contre-fleuré, 131. 
contre- fossé, 132. 
contre-foulement, 132. 
contre-fracture, 132. 
contre-frase, 132. 
contre-fruit, 132. 
contre-harmonique, 131. 
contre-heurtoir, 132. 
contre-indiquer, 131. 
contre-jambage, 132. 
contre-jan, 132. 
contre-jet, 132. 
contre-jumelles, 132. 
contre-larmes, 132. 
contre-ligne, 132. 
contre-lorgner, 131. 
contre-maille, 132. 
contre-mailler, 131. 
contre-mandat, 132. 
contre-manœuvre. 132. 
contre-marc, 132.' 
contre-mission, 132. 



*contre-morfil, 132. 
contre-mot, 132, 
contre-motif, 132. 
contre-moule, 132. 
contre-opération, 132. 
contre-ordre, 132. 
contre-panneton, 132. 
contre-paroi, 132. 
contre-pas, 132. 
contre-passation, 132. 
contre-pente, 132. 
contre-percer, 131. 
contre-pilastre, 132. 
contre-planche, ]32. 
contre-planter, 131. 
contre-poinçon, 132. 
contre-police, 132. 
contre-poser, 131. 
contre-potence, 132. 
contre-pouce, 132. 
contre-pression, 132. 
contre- projet, 132. 
contre-promesse, 132. 
contre-propos, 132. 
contre-proposition, 132. 
contre-puff, 132. 
contre-puits, 132. 
* contre-rampe, 132. 
coritre-rétable, 132. 
contre-rêver, 13). 
contre-révolution, 132. 
contre- révolutionnaire , 

132. 
contre-révolutionner, 131. 
contre- ronde, 132. 
contre-saison', 132. 
contre-sempler, 131. 
contre-signal, 132. 
contre-signataire, 132. 
contre-sol, 132. 
contre-sommation, 132. 
contre-sommet, 131. 
contre-sommier, 132. 
contre-sortie, 132. 
contre-stimulant, 132. 
contre-sujet, 132. 
contre-taille, 132. 
contre-tailler, 131. 
contre-tasseau, 132. 
contre-timbre, 132. 
contre-timbrer, 131. 
contre-tranchée, 132. 
contre-valeur, 132. 
contre-verge, 132. 
contre-voite, 132. 
contre-vue, 132. 
contribution, 261. 
controverser, 1 17. 
convertissable, 80. 
Convict^ 255. 
convictionnel, 87. 
convulser, 216. 
' cooccupant, 222. 



coopératif, 206. 

* coordinateur, 200. 
copulateur, 200. 
corollifère, 220. 

* cornéline, 112. 
corporaiité, 204. 

* corrélativité, 204. 

* corsage-fourreau, 149. 
corsé, 93. 

corset, 43. 

* corset-cuirasse, 149. 

* cosmétique, 93. 
cosmocratie, 238. 
cosmomètre, 244. 
cosmométrique, 2/)4. 
cosmonomie, 238. 

* cosmopolisme, 211. 
cosmopolitisme^ 211. 
cosmorama, 2:h8, 244. 
cosmosophie, 238. 

* costo pubien, 248. 

* cotillonner, 117. 
cotonnade, 81. 
coton-poudre, 149. 
cotrets, 44. 
cortage, 255. 

* couleuré, 94. 
coulissier, 107. 

* coupé-cabriolet, 149. 

* coupe-cigares, 163. 

* coupe-file, 163. 

* coupe-mariage, 163. 

* coupe-veilleuse, 144. 
coupletier, 107. 
courbaturer, 117. 
courbouillonner, 117. 
courtiers-gourmets, 152. 

* courtiers-marrons. 15'). 
couseuses, 48. 
couveuses, 48. 

* couvre-bouchons, 163. 
*couvreurs-entrepreneurs, 

152. 

* couvreurs-plombiers-zin- 

gueurs, 152. 
crâne, adj., 62. 
crânement, 122. 

* crâner, 117. 
craniologie, 243. 
craniologique, 243, 
craniologue, 243. 

* crasserie, 98. 

* cravate-dentelle , 159, 

160, 

* cravate-écharpe, 149. 
crédirentier, 219. 
(Tênié, 94. 
créogénie, 238. 
créograpliie, 238. 

* créolement, 1 22. 
créophage, 238. 
créophagie, 238. 
créophile, 238. 



i. Plusieurs des mots composés avec contre sont de date douteuse. 



créosote, 238. 
crépaudaille, 85. 
crépeline, 112. 

* crépelure, lia. 
' crépidule, 192. 
crépuscuiin, 110. 

* crespite, 235. 
les crevés, 46- 

* crible-tarare, 149. 

* crino-gaze, 248. 
crinoline, 112, 150. 
crinolinier, 107. 
cristallinité, 204. 
cristallomètre, 244. 
cristallométrie, 244. 
cristallométrique, 244. 
critère, 179. 
critérium, 179. 
croassant, te, 66. 

* croiseur-compteur, 149. 

* croutéum, 185. 

* croutonner, 117. 
cruor, 179. 

cryptobranche, 238, 242; 
cryplocarpe, 238, 242. 
cryptocéphaie, 238. 
cryptocèle, 243. 
cryptocère, 238. 
cryptogame, 238. 
cryptogastré, 2a8. 
cryptogramnie, 238. 
cryptographe, 243. 
cryptographie, 243. 
cryptographique, 243. 
cryptologique, 238. 
cryptopode, 244, 238. 
cryptopore, 238. 
cryptorchine, 238, 
cryptostémorie, 238. 
cténite, 235. 
cubébine, 194. 

cuite, 58. 
cuivrage, 83. 
culture, 261. 
cumular 1, 90. 
curare, 259. 

* cuve-grilloir, 150. 
cyanocï.rpe, 242 et 239. 
cyanocéphaie, 243 et 239. 
cyanodémie, 239. 
cyanogastre, 239. 
cyanogène, 243, 239. 
cyanogygne, Î39. 
cyanoleuque, 239. 
cyanomèle, 239. 
cyanomètre, 239. 
cyanopathie, 239. 
cyanopathique, 244. 
cyanophosphore, 239. 
cyanopode, 244 et 239. 
cyanoptère, 239 
cyanopyge, 239. 
cyanophthalme, 239. 
cyanure, 239. 
cyclobranche, 239, 242. 
cyclocarpe, 239, 242c 



— 283 — 

cyclocéphale, 239, 243. 
cyclocéphalie, 239. 
cyclographe, 239. 
cyclolithe, 239. 
cycloœorphe, 239. 
cyclomètre, 244. 
cyclométrie, 244. 
cyclométrique, 244. 
cycionote, 239. 
cyclophore, 239. 
cyclophylle, 239. 
cycloptère, 239. 
cyciosperme, 239. 
cyclothèle, 239. 
cyclozoaire, 239. 
cystaigie, 239. 
cysthépatliique, 233. 
cistipathie, 239. 
cistirrhagie, 239. 
cistirrhée, 239, 244. 
cystite, 235. 
cystitomie, 239, 24.'). 
cystocèle, 239. 
cystodynie, 239. 
cystciïde, 249. 
cystolithique, 239. 
cystoplastie, 239. 
cystoplégie, 239. 
cystoptose, 239. 
cystospastique, 239. 
cystostomie, 239. 

dacryocyste, 239. 
dacryoïde, 239. 
dacryopée, 239. 
dactylographie, 239. 
dactyiogriiphi'iue, 239. 
dactyloïde, 239. 
dactylolalie, 239. 
dactylologie, 243. 
dactylologique, 243. 
dactylologue, 243. 
dactylonome, 244. 
dactylonomie , 239 et 

2'.4. 
daclyloptère, 239 et 244. 
dactylolhèque, 239. 
dandy, 255. 
dandysme, 211. 
' dansomane, 243. 

* dansomanie, 248. 
daphnine, 194. 

* darwmisme, 211. 
'darwiniste, 211. 
dasyanthe, 239. 
(iasycarpe, 239. 
dasycaule, 239. 
dasycéphale, 239. 
dasygastre, 239. 
dasype, 239. 
das'yplèvrej 239. 
dasystachié, 239. 
dasystémone, 239. 
dasyure, 239. 
daturine, 194. 
daumoQt, 43. 



'débater, 255. 
débine, 51. 
débirentier, 219. 
déblai. 51. 
débordement, 122. 

* déiiourreuse, 48. 

* débraillement, 96. 
débroussaillement, 9G. 
débroussailler, 136. 
débutant, te, 56. 
décadaire, 196. 
décadiser, 217. 
décalcomane, 243. 
décalcomanie, 243, 248. 
décamètre, 244. 
décanoniser, 135. 
(lécapitaliscr, 136. 
décapuchonner, 136 
décarbonater, 136. 
décarboniser, 135. 
décarburateur, 200. 
décarburer, 136. 
"décembraillard, 90. 
décentralisable, 136. 
décentraliser, 135, 
décheteux, 105. 
déciare, 219. 
décigramme, 219. 
décilitre, 219. 
déoimalité, 205. 
décime, 179. 
décimètre, 219. 
décistère, 219. 
déciviliser, 135. 

les déclassés, 46. 
décomposant, te, 66. 
décompression, 136. 
décomprimer, 135. 
déconclu, 136. 
décortiquer, 179. 
déccrtiqueur, 47. 
découpeur, 48. 
découpoir, 113. 
décravater, 136. 
décrépissage, 136. 

* décroche -moi ça, 166. 
décr(rttei:r, 48. 
défectionner, 118. 

* déflagorner, 1H5. 
déformateur, 200. 
défraîchir, 136. 
dégalonner, 135. 
dégelée, 58. 
dégénéraiion, 199. 
dégénérescent, 207. 
dégommer, 136. 

le dégourdi, 58. 
*dégoùtation, 199. 
dégradant, te, 66. 
delaine. 133, 
délassant, te, 66. 
délinéer, 179. 
délisseuse, 48. 
démagogisme, 211. 
demi-monde, 125. 
démissionnaire, 196. 



— 284 — 



démocratie, 243. 
démoder, 136. 
démoralisant, te, 66. 
démoralisation, 199. 
démoraliser, 135. 

* dentelle-torchon, 136. 
dépailjer, 136. 
dépanneauter, 136. 
dépensable, 80. 
dépiauter, 74, 137. 
dépilant, te, 66. 

* dépoétiser, 135. 
déport, 52. 
dépositeur, 179. 
dépravant, 66. 
déracinable, 80. 
dérailable, 80 
déraillement, 96. 
dérailler, 137. 
dérangeur, 10>i. 
derby, 255. 
dérivable, 80. 
dermaptère, 244, 23P. 
dermatalgie, 239, 242. 
dermatite, 235. 
dermatobranche, 239. 
dermatodonte, 239. 
dermatodynie, 239. 
dermatogastre, 239. 
dermatographe, 239. 
dermatographie, 239. 
dermatoïde, 239, 244. 
dermatologie, 239, 243. 
dermatologique, 243. 
derraatologde, 243. 
dermatolysie, 239. 
dermatopathie, 239. 
dermato pathologie, 239. 
dermatophide, 239. 
dermatophile, 239. 
dermatopnonte, 239. 
dermatose, 235. 
dermatosquelette, 239. 
dermatotomie, 239, 245. 
dermochélyde, 239. 
dermophage, 239. 
dermoptère, 239. 
dermorrhynque, 239. 
désabonnement, 136. 
désaffamer, 135. 
désaffection, 136. 
désaffectionnement, 136. 
désaffectionner, 135. 
désagrégeable, 80, 136. 
désaimanter, 135. 

* désappauvrir, 135. 
désargentage, 83 
désassociation, 136. 
descenseur, 200. 
déséclusement, 136. 
*désencanailler (se), 135. 
désencapuchonner, 135. 
*désennoblir, 136. 
'désentrailler, 137. 
désharmoniser, 136. 
déshydrater, 136. 



déshydrogéner, 136. 
desiderata, -tum, 179. 
désillusionnement, 136. 
désillusionner, 136. 
désincrustation, 137. 

* désincruster, 137. 
désinvolture, 258. 
désireur, 103. 

* dcsœuvrerie, 98. 
désopilant, te, 66. 
désoxydant, te, 66. 
*dessainissement, 137. 
*dessinanriier, 88. 
dessouchement, 137. 
destructible. 179. 
détailliste, 211, 
détaxe, 136. 

* détective, 255. 
déterminisme, 211. 
déterministe, 211. 
détonnant, 66. 

* détourne, 51. 
détumescence, 207. 
deutéro (voir proto), 239. 
déveine, 136. 
développant, 66. 
déveuver, 137. 
déviateur, 200. 
devinette, lOl. 
*déviiginiser, 137. 
dévonien, 193. 
dextrine, 194. 
diagnostiquer, 118. 
*diamantine, 112. 
dictatorialement, 122. 
didymium, 186. 

* dieux-titans, 15^. 
digitaline, 194. 
dilettante, 258. 
dilettantisme, 211. 
*dilliniacées, 189. 
diluvié, 203. 

* dimanche - programme, 

157. 

* dindonophile, 244. 
dinothérium. 245. 
diorama, 244. 
diorite. 235. 

les diplômés, 57. 
diptère, 244. 
directoire, 179. 

* dirigeable, 80. 
discontinuité, 222 
discutable, 80. 
discuteur, 103. 
dislocateur, 200. 
dispache, 258. 
dispacheur, 258. 
dispensataire, 195. 
dispersif, 206. 
disposeur, 103. 
disqualifier, 222. 
distancer, 118. 
district, 129. 
dividende, 206. 
diviseur. 47. 



divisionnaire, 196. 
divisoire, 201. 
divitiaire, 195. 
divoltain, 259. 
dock. 255. 
doctrinaire, 196. 
dolichocéphale, 243. 
domestication, 199. 
donnée, 58. 

* dorchite, 235. 
doiiillelte, 101. 
draconite. 235. 
(liageonnement, 96. 
dram, 255. 
drainage, 83, 255, 
drainer, 118, 255. 
dramatiser, 217. 
drawback, 255. 

* drelindinage, 83. 

* droguisterie, 100. 
droitier, 107. 
drop, 255. 

drosé racées, 189. 
duodénite. 235. 
duodi, 219. 
*dupinade, 189. 
dynamiser, 217. 
dynanométrie, 188. 
dynanométrique, 188. 

* ébahissant, te, 66. 
ébouleux, 105. 
ébourffant, te, 66. 
ébriété, 179. 
ébuliioscope, 244. 
éburnéen, 193. 
échéancier, 108. 
*échotier. 73, 107. 

* écœurant, te, 66. 
écrasant, te, 66. 
édénique. 187. 

* édicule, 179. 
effarouchant, te, 66. 
effluen.ce, 207. 
•effranger, 137. 
effrénement, 96. 
égalitaire. 195, 196. 
égilops, 234. 
égoïstement, 122. 

* égorgiller, 120. 
égolisme, 211. 

* égreneuse. 48. 
égyptologie', 188, 243. 
égypto'ogiqûe, 188, 243. 
égyptologue, 243. 

* élastiques-reàsorts, 1 50 
eldorado, 259. 
électionner, 118. 
électorat. 203. 
éiectrisant, te, 66. 
électriser, 217. 
électro-aimant, 239. 
électro-chimie, 239. 
électro-chimique, 239. 
électro-dynamique, 239. 
électro-dynanisme, 239. 



électro-galvanisme, 239. 
électro-galvanique, 239. 
éiectrogène. 239. 
électrogenè-e. 239, 243. 
électrographe, 239. 
électrologie, 239, 243. 
électrolysable, 239. 
électrolyse, 239. 
électrolyser, 239. 
électrolyte, 239. 
électrolytique, 239. 
électromagnétique, 239. 
électromagnétisme, 239. 
électromètre, 239. 
électrométrie, 239. 
électromélrique, 239. 
électromoteur. 239. 
électro-négatii", 239. 
électrophore, 239. 
électro-physiologie, 239. 
électro-polaire, 239. 
électro-positif, 239. 
électropuncture, 239. 
électroscope, 239,244. 
électro-statique, 239. 
électro-thérapeutique, 239 
éiectrothérapie, 239. 

* électro-tonisme, 211. 
électro-type, 239. 
électro-typie, 239. 
électro-vital, 239. 
électro-vitalisme, 239. 

* élémosinaire, 179. 
' elléborétine, 194. 
elléborine, 194. 
élucubrateur, 200. 
élucubrer, 179. 
éludable, 80. 
élytrite, 235. 
élytrocèle, 239. 
élytroïde, 239. 
élytroplastie, 239. 
élylroptose, 239. 
élytrorrhagie, 239. 
élytrorrhapie, 239. 
émasculateur, 200. 
embander, 138. 
embarbolter, 137. 

* emballeur, 47. 
embourgeoiser, 138. 
embryonelle, 95. 
émetteur, 103. 
émigrant, 179. 
émigrés, .57. 
*émissibilité, 204. 
émissionnaire, 196. 
émotionner, 118. 
émouvant, te, 66. 
emparadiser, 138. 
empire, adj., 61. 
emplanler, 137. 
empoignant, te, 66. 
émulsine, 194. 
encaissable, 80. 

* encanaillement, 96. 

* encastorjner, 138. 



— 285 — 

encellulement, 139. 
encéphalocèle, 243. 
encotonner, 138. 
encravatemenl, 139. 
'encrier-filtre, 150. 

* endémicité, 205. 
endiamanter, 138. 

* endimanchement, 96. 
endivisionnement, 139. 
endos, 138. 
endoscope, 244. 
endossement, 96. 
énervant, te, 66. 
enfile-aiguille, 163. 
'enfumage. 83. 
engainant, ta, 66. 

* englauiier, 138. 
engloutissement, 96. 
engourdissant, te, 66. 
enrayeur, 47. 
enregistreur, 103. 
enrubanné, 138. 
enseignant, te, 66. 
•ensoleillé, 138. 

* ensommeillé, 139. 
enlasseur, 103. 
enténébrer, 139, 243. 
entérite, 235. 
entéro-colite, 243. 
enlérotomie, 245. 

' entomber, 139. 
entomogène, 239, 243 
entomographe, 239. 
enlomographie, 239. 
entomoïde. 239. 
enlomolithe, 239. 
entomologie, 239. 
entomologique, 243. 
entomologiste, 239. 
entomophage, 239. 
entomophile, 239. 
entomophore, 239. 
enlomostome, 239. 
entomostracé, 239. 
entomozoaire, 239. 
en-tout-cas, 138. 
entrain, 138. 
entraînement, 261. 
entraîner, 261. 
'entrefilets, 139. 
entrepositaire, 195. 
entretoises, 139. 
entrevoie, 139. 
envagonner, 139. 
envahissant, te, 66. 
envasement, 139. 
enveloppant, te, 66. 

* envolement, 96. 
épalpé, 137. 
épatant, 67. 

* épate, 51. 
épauletier, 107, 

* épeutisseuse, 48. 
épigraphe, 243. 
épigraphie, 243. 
épigraphique, 243. 



' épileptisante, 218. 
épinceteuse, 48. 
"ôpinglier-grillageur, 152. 

* épiscopalien, 193. 
épistolographe, 243. 
épistolographie, 243. 
épistolographique, 243 

* éploienient, 97. 
époucé, 137. 
éprouveur, 103. 
épurateur, 200. 
équilibriste, 211. 
équipier, 107. 
éreiritement, 97. 
éreinler, 118. 
éreinteur, 103. 
ériocalicé, 239. 
ériocarpe, 239, 242. 
ériocaule, 239. 
énocéphale, 239. 
ériomètre, 239, 244. 
ériopétale, 239, 
ériophore, 239. 
ériosperme, 239- 
ériostémone, 239. 
ériostome, 239. 
ériostyle, 239. 
*erraticité, 205. 
érythrocarpe, 239, 243. 
érythrocéphaie, 239. 
érythrocère, 239. 
érythrodactyle, 239. 
érythroderme, 239. 
érythrogastre, 239. 
érythrolophe, 239. 
érythrope, 239. 
érythrophylle, 239. 
érythroptère , 239, 244. 
érythrosperme, 239. 
érythrostome, 239. 
érythrothorax, 239. 
érythroxyle, 239. 
escargotage, 83. 
eschathologie, 243. 
eschatologiquc, 243. 
*esclavagei, 118. 
esclavagisme, 211. 
esclavagiste, 211. 

* esculence, 207. 

* esculent, 179. 

* esthéticien, 193. 
élanchéité, 234. 

* éthylène, 237. 
étiologie, 234. 

* étire-cambre-tige, 164. 
'étrille-cure-pieds, 150. 
' européaniser, 217. 

* européennement, 122. 
évalve, 137. 

* évangélisateur, 200. 
*évocateur, 179. 

* évaluateur, 200. 
"exacerber, 179. 
excitateur, 180. 
exclusivisme, 211. 
excursionniste, 211. 



— 286 — 



eicurvé, 222. 

* ex-député, 222. 
exécutant, te, 56. 

* ex - femme vertueuse , 

222. 
exfétation, 222. 
exhibition, 261. 

* ex-hôtesse, 222. 

* ex-instituteur, 222. 
explosible, 192. 
explosif, 206. 
explosionner, 118. 

* exportatif, 206. 
■ * ex-préfet, 222. 

express, 255. 
ex-propriétaire, 222. 

* ex-prolecteur, 222. 
exsertion^ 261, 
exteraporané, 180. 
extensif, 206. 
extérioriser, 217. 

" exterminatif, 206. 
externat, 203. 
extinctif, 206. 
extirpateur, 200. 
extra (adj. et subst.), 223. 
cxtra-axillaire, 222. 
' extra-blanc, 222. 
extra-budgétaire, 222. 

* extra-conjugal, 222. 
extrader, 180. 
extra-européen, 222. 
extra-fin^ 222. 
extra-foliacé, 222. 
extra-folié, 222. 

* extra-fort, 222, 
extra-humain, 222. 
extra-légal, 222. 
'extra-lucide, 222. 

* extra-naturel, 222. 
extra-oculaire, 222. 

* extra-organique, 222. 
extra-personnel, 222, 
extra-réfractaire, 222. 
extra-réglementaire, 222. 
extra-statutaire, 222. 

* extra-superfin, 223. 
extra-utérin, 222. 
extra-vertébré, 222. 

fabricien, 193. 
fac-similer, 118. 
factage, 83. 

facteur ( t. de philoso- 
phie), 261. 
facule, 180. 

* faiteau, 95. 

* fantabosse, 166. 
fantaisiste, 211. 
fantasia, 258. 
fantasmatique, 188. 
fantoche, 258 

* faradique, 187. 

* farwest, 255. 
fashion, 255. 
fashionable, 255. 



* fatuitisme, 211, 
faubourien, 106. 
faucheuse, 48. 

* fauteuils-crapauds, 150, 

160. 

* fauteuil-lit, 1.50. 

* fauteuils - médaillon , 
159, 160. 

* faux toupet (adj.), 61. 

* favicole, 220. 
favoritisme, 211. 
fédéraliser, 217. 
fédéralisme, 211. 
fédéraliste, 211. 
fédération, 180. 
les fédérés, 46, 57. 
féerique, 187. 

* fellow, 255. 

* fénianisme, 21 1. 

* ferme-persiennes, 164. 

* ferme-portes, 164. 

* ferruginé, 203. 
fertilisable, 80. 

* festivité, 180. 
feuilletonniste, 211. 
fibrine, 194. 
fibro-cellulaire, 248. 

* fiche-ton-camp (le sire 
de), 166. 

* fichu-coiffure, 150. 

* fichu-mantille, 150. 
figuriste, 211. 
filateur, 200. 

* fileterie, 100. 
finalité, 205. 

* filifère, 220. 
filigraniste, 211. 
filtre-charbon, 150. 
finalité, 205. 
finisseuse, 48. 
fioriture, 259. 
fissipare, 220. 
fixateur, 201. 

* fixe-serviette, 164. 
fixibilité, 205. 

* flacourtiacées, 189. 

* flagrant, 180, 
flambée, .58. 

* flâne, 51. 
flâner, 103. 
flânerie, 98. 

* flânocher, 120. 

* fleuristes - jardiniers, 
152. 

* flexionnel, 89. 

* flirtation, 255. 

* flirter, 255. 

* floppée, .58. 
floribond, 206. 

* foliipare, 220, 
foliotage, 74, 83. 
folioter, 74. 

* folioteur, 47, 74 103. 

* fonctionnaires - enton - 
noirs, 154. 

fonctionnarisme, 211. [ 



fonctionnel, 81. 
fontainebleau (du), 44. 
foraminifères, 220. 

* force-lumière, 164. 
forficule, 180. 
formication, 198. 

* formidablement, 122. 

* formulable, 80. 

* formulette, 101. 
fossiliser. 217. 

* fourbi j '260. 

* fourriérisme, 211, 

* fourriériste, 211. 

* fragrance, 180. 
framboisement; 97. 

* franc-fileur^ 125. 
franco, 259, 

' franco-allemand, 249. 

* francophobe, 244. 

* francophobie, 244. 

* frankliniacées, 189. 

* franklinite, 135. 

* fraxini folié, 219. 
frelatation, 199. 
fricatif, 206. 

* frichti, 259. 

* frigide, 180. 
frigorifique, 220. 

* frileusement, 122. 

* friponville, 157, 

* frôleur, euse, 103. 
fruit sec, 128- 

* fuchsiner, 94, 118. 
fulgurant, te, 80, 
fulgurite, 235. 
fulmicoton, 220, 
*fulvide, 180. 
fumariacées, 189. 

* fume-cigares, 164. 
fumifuges, 220. 
fumivores, 220. 
fumivorité, 205. 
funambulesque, 208. 
fungine, 194. 

' fusil-harpon, 150. 

gailletterie, 100. 
galactagogue, 239. 
galactocèle, 239. 
galactographie, 239. 
galactologie, 239. 
galactomètre, ie, 239,244. 
galactométrie, ique, 244. 
galactopéèse, 239. 
galactopéétique, 239. 
galactophage, 239. 
galactophore, 239. 
galactophthisie, 239. 
galactoposie, 239. 

* galactorrhagie, 244. 
galactorrhée, 239, 244. 
galactoscope, 239. 
galactose, 238- 
galacturie, 2'M 

' galHum, 186. 
galvanique, 187. 



galvaniser, 21 7. 
galvanoplastie, 244. 
galvanoplastiqiie, 244. 

* gambettiste, 211. 
gaminer, 118. 
gandin, 45. 
gardes-mobiles, 47. 
gardes-nationaux, 47. 
garde-notes, 164. 
'gardiens delà paix, 127. 
gare, b\. 

* garibaldien, 193. 
garnisaire, lùh. 
gastéropode, 239. 
gastéroptérygien . 239, 

244. 
gastérozoaire , 239. 
gastralgie, 239, 242. 
gastralgiq'ue, 239. 
gastroadynamique, 239. 
gastro-bronchite, 239 
gastrocèle, 243. 
gastrodyne, 239. 
gastro-colique, 239. 
gastro-colite, 239. 
gastro conjonctivite, 239. 
gastroduodénal, 239. 
gastro-duodenité, 239. 
gastro-encéphalite, 239. 
gastro-entérite, 239. 
gastrû-époploïque, 239. 
gastro-hépatique, 239. 
gastro-hépatite, 239. 
gastro-hystérotomie, 239. 
gastro-intestinal, 239. 
gastro-laryngite, 239. 
gastrologie, 239. 
gastromalacie, 239. 
gastromèle, 239. 
gastro-méningite, 239. 
gastro-métrite, 240. 
gastro-muqueuse, 240. 
gastronecte, 240. 
gastronome, 2'iO, 244. 
gastronomie, 240, 244. 
gastro-néphrite, 240. 
gastro-péritonite, 240. 
gastro-pharyngite, 240. 
gastro-pylorijue, 240. 
gastrorrliapie, 240. 
gastrorrhée, 240. 
gaslrose, 235. 
gastro-splénique, 240. 
gastrosténose. 240. 
gastrothèque, 240. 
gastro-thoracique, 240. 
gastrotome, 240. 
gastrotomie, 240, 24.5. 
gastro-vasculaire, 240. 
gàte-enfants, 167. 
gâterie, 98. 

* gaudrioler, 118. 
gavage, 83. 
gaveur, 103. 

* gavroche, 45. 
gazier, 108. 



— 287 — 

gélatine, 194. 
géline, 194. 

* gemmage, 83. 
gemmer, 118. 
gemmipare, 220. 

* gêneur, 103. 

' génialité, 205. 
génito-urinaire, 248. 
*gente, 180. 
gentilhommière, 108. 
gentleman, 255. 
gentleman-rider, 255. 
gentry, 255. 

* géographier, 118. 
géologie, 240. 
géologue, 240. 
géorama, 240, 244. 
géosaure, 240. 
géraniacées, 189. 
germanisation, 199. 
germaniser, 217. 
germanisme, 211. 
G4ryville, 156. 

* gibus, 43. 
giffard, 43. 
gin, 255. 
glaciaire, 195. 

* glairidine, 113. 
glairine, 194. 
glaneuse, 49. 

* glanoir, 113. 
glissière, 108. 

* global, 86. 
gloria, 180. 
glossographe, 243. 
glossograpbie, 243. 
glossographique, 243. 
glossotomie, 245. 
glucynium, 186. 

* glycéride, 238. 
glycérine, 194. 
glycocoUe, 240. 
glycogène, 240. 
glycogénie, 240. 
glycomètre, 240. 

* glycosane, 238. 
glycose, 238. 
glycymètre, 240. 
glycyrrhize, 240. 
glycyrrhizine, 240. 

* gobichonnade, 81. 

* godillots, 43. 

* gommaline. 194. 

* gommeur, 103. 
gommeux, 105. 

* gouache, 94. 
goum, 260. 
gourbi, 260. 
gouvernemental, 86. 

' gouvernementaliste, 21 1, 

* gouvernement - caporal, 

154. 
•graciant, te, 67. 
' grainiers-tleuristes, 152. 

* grandiosité, 205. 
grandissant, te, 67 



' granité, 235. 
granitoïde, 244. 
granuliforme, 219. 
graphite, 2-35. 
(les) gratifiés, 57. 
gratte, 51. 

' gratte-moi dans le dos. 
166. 

* gratteuse, 49. 
grelottant, te, 67. 
gréviste, 211. 
'griffu, 115. 

* griserie, 98. 

* grisollement, 97. 
grog, 256. 
grondabie, 80. 

* grondée, 58. 
groom, 256. 
grossissant, te, 44. 
gruyère, 44. 
guano, 259. 
guérilla, 259. 
guérillero, 259. 

* guide-baguette, 164. 
' guide-pied, 164. 
guimperie, 100. 
*guiiare-basson, 250. 
'guitare-harpe, 150. 

* guitare-lyre, 150. 
gustuel, 191. 
gutta-percha, 256. 
gymnopédie, 244. 
*gypserie, 100. 

'hache-viande, 164. 

* lialtères, 234.' 
handicap, 256. 
handicaper, 118. 
'hanneton- verrier, 154. 
harmonicorde, 220. 
harmoniser, 217. 

* haschichiens, 193. 
haussier, 107. 
hautboïste, 211. 
haute-cour, 125. 
heciomètre, 244. 
hégélien, 193. 
hélicite, 235. 
hélicoïde, 240, 244. 
hélicostègue, 240. 
hélicotrème, 240. 
héliochromie, 240. 
héliochromique, 240. 
héliocomète, 240. 
héliographie, 240, 243. 
héliographiquH, 243. 
héliomèlre, 240. 
hélioscop^, 240, 244. 
hélioscopie, 240. 
héliostatj 240. 
héliostatique, 240. 
héliotropie, 240. 
héliotropique, 240. 
héliotropisme, 240. 
hellénisation, 199. 
helminlhoïde, 240. 



288 



helmintholithe, 240. 
helminthologie, 240. 
helminthologique, 240. 
helminthologiste, 240. 
hémagogue, 240. 
hémastatique, 240. 
hématidrose, 240. 
hématocarpe, 240, 243. 
nématocèle, 240. 
hématocéphale, 240. 
hématographe, 240, 243. 
hématographie, 240, 243. 
hématoïde, 240. 
hématologie, 240. 
hématologique, 240. 
hématomphaie, 240. 
hémalophylle, 240. 
hématorrhachis, 240. 
hématose, 234. 
hématozoaire, 240. 
hématurie, 240. 
hémicarde, 240. 
hémicarpe, 240, 243. 
hémichorée, 240. 
hémicrânie, 240. 
hémicylindrique, 240. 
hémidactyle, 240. : 
hémièdre, 240. 
hémiédrie, 240. 
hémiédriqiie, 240. 
hémiencéphale, 240. 
hémigamie, 240. 
hémigoniaire, 240. 
hémimêle, 240. 
hémiméroptère, 240, 244. 
héminopode, 244. 
hémiopie, 240. 
hémipage, 240. 
hémipalmé, 240. 
hémiplégie, 240, 244. 
hémipomalostome, 240. 
hémiptère, 244. 
hémiptéronote, 240. 
hémisphéroïde, 240. 
hémitérie, 240, 
hémitome, 240. 
hémophobie, 240. 
hémophthalmie, 240. 
hémoplanie, 240. 
hémoplastique, 240. 
hémorrhagie, 234. 
hémorrhée, 240. 
hémorrhinie, 240. 
hémospasis, 240. 
hémostase, 240. 

* henriquinquiste, 211. 
hépatirrhaghie, 244. 
hépatirrhée, 244.* 
hépatite, 235. 
"herniaires - bandagistes, 

152. 
herse-râteau, 150. 
hetman, 260. 
hexaptère, 244. 
heyduque, 260. 

* high-life, 256. 



hilarant, 180. 

* hilare, 180. 
hippocratiacées, 189. 
hippophage, 244. 
hippophagie, 244. 
hirsute, 181. 
hirundiniculture, 220. 

* hisser, 256. 
historicité, 205. 

* histrionnerie, 99. 
holographe, 243. 
home, 2.56. 

* homme-affiche. 154. 

* homme-autrucne, 154. 

* homme-canon, 159. 

* homme-chandelle, 159. 

* homme-chêne, 154. 
homme de peine, 127. 

* homme-jocko, l54. 

* homme-mémoire, 154. 

* homme-mouche, 154. 

* homme-perroquét. 154. 

* iiomme-poisson, 154. 

* homme-squelette, 154. 

* homme-vautour, 154. 
honorabilité, 205. 
honorariat, 203. 
hordéine, 194. 
*horizonner, 118. 
*horlogers-pierristes, 152. 
'horripilant, t». 67. 
horripiler, 181. 

* horse-steak, 256. 
hospodarat, 203. 

* hugolâtre,243. 
*huit-ressorts, 128. 
humanitaire, 196. 
hiimanitairerie, 99. 
humanitarisme, 212. 

* humboldtite, 235. 
humoriste, 212. 
humoristique, 187. 

* hunter, 256. 
husting, 256. 
hyalite, 235. 
hydrobie, 249. 
hydrobranche, 240, 242. 
hydrocarbure, 240. 
hydrocele, 243. 
hydrocéphale, 243. 
hydrocirsocèle, 240. 
hydrographe, ie, ique, 243 
hydroélectrique, 240. 
hydromel re. 240. 
hydropathe, 240. 
hydrophane, 240. 
hydrophthalmie, 240. 
hydrophyte, 240. 
hydropote, 240. 
hydrorachis, 240. 
hydrorama, 244. 
hydrorrhée, 240. 
hydrothérapie, 240. 
hydrothérapeuiique, 240. 
hydrothorax, 240. 
hydrotomie, 240, 245. 



hygrologie, 240. 
hygrophobie, 240. 
hygroscope, 240, 244. 
hygroscopie, 240. 
hygroscopique, 240. 
hyménéen, 193. 
hyménocarpe, 240, 243. 
hyméno2raphe, ie, ique, 

240, 243. 
hyménolépidoptère, 240. 
hyménologie, 240, 243. 
hyménophore, 240. 
hyménophyllées, 240. 
hyménopode. 240. 
hyménorrhize, 240. 
hyménotomie, 240. 
hypnotiser, 2i7. 
hystérocèle, 243. 

* hystérogène, 243. 
hystérotomie, 245. 

ichtyocolle,240. 
ichthyo(lonte,240. 
ichtyhodcrylithe, 240. 
ichthyographe, 240. 
ichthyographie, 243. 
ichthyomorphe, 240. 
ichthyophagie, 2^*0, 2'i4. 
ichthyophile, 244. 
ichlhyo.saure, 240, 244. 
idéalisation, 199. 
idéaliser, 217. 
idéalité, 205. 

* idémiste, 212. 
idéogénie, 240. 
idéogramme, 240. 
idéographie, 188, 240. 
idéographique, 188. 
ideographisme, 188. 
idéologue, 240, 243. 
idéologie, 240, 243. 
idéologique, 243. 
*idéomûrphe, 244. 

* idéomorphisme, 2'i4. 
idéo-électrique, 240. 
idiogyne, 240. 
idio-métallique, 240. 
idiomorphe, 240. 
idiopathie, 240, 244. 
idiopathique, 24 'i. 
idiosyncrasie, 240. 
ignorantisme, 212. 
iléite, 235 
inimitable, 224. 
illitérature. 224. 
illogique, 224. 
illusionner, 118. 
imagé,-er, 93. 
imbrûlable, 224. 
immarcessible, 181. 
immémorable. 181. 
immémoré, 181. 
immérite, 224. 
immésiréconlieux, 224. 
i m mesuré, 224. 
imméthodique, 224. ' 



— 289 



immobilisme, 212. 
immobiliste, 212. 
immodulé, 224. 
impalpabilité, 205. 
impardonné, 224. 
impartageable, 224. 

* impatriote, 224. 
impératifcatégorique, 259 
imperfectible, 224. 
impériale, 46. 
impérialisme, 212. 
impérialiste, 212. 
impermanence, 224. 

un imperméable, 46. 
'imperméabilisation, 198. 
impermutable, 224. 
impersévérance, 224. 
impesé, 224. 
impeuplé, 224. 

* impleuré, 224. 
impliable, 224. 
impondérable, 224. 
impopulaire, 224. 
impopularité, 224. 
impotable, 224. 
impraticabilité, 205. 
impratiqué, 224. 
imprésario, 259. 
*impressible, 192. 
impressionnable, 80. 
impressionnabilité, 205. 
impressionner, 1 18. 
improbité, 181,224. 
improductif, 224. 
improduit, 224. 
improfitable, 224. 
improtégé, 224. 
impudeur, 22t. 
impurifié, 224. 
imputrescible, 224. 
inabrité, 224. 
inabrogé, 224. 
inaccessibilité, 20.5. 
inacclimatable, 224. 
inaccompagné, 224. 
inaccord, 224. 
inacheté, 224. 
'inachèvement, 224. 
inactif, 225. 
inadhérent, 225. 
inadmis-sion, 225. 
inaffecté, 225. 
inaffligé, 225. 
inajournable, 225. 
inalpage-er, 223. 
inaltération, 225. 
inaltéré, 225. 
inamical, 225. 
inamovibilité, 225. 
inapaisable, 225. 
inaperçu, 225. 
inapparent, 22o. 
inappauvri, 225." 
inapprécié, 225. 
inapprouvé, 225. 
inapte, 225. 



inassiduité, 225. 
inassignable, 225. 
inassimilable, 225. 
inassociation, 225. 
inassorti, 225. 
inassoupi, 225. 
inassouvi, 225. 
inauriculé, 225. 
inauthenticité, 225. 
inautorisé, 225. 
inavouable, 225. 
incalcinable, 225. 
incalculé, 225. 
incalomniable, 225. 
incandeur, 225. 
incassable, 225. 
incélébré, 225. 
inchangé. 225. 
inchavirable, 225. 
inchrétien, 225. 
incivilisable, 225- 
incivisme, 212. 
inclassable, 225. 
incoagulable, 225. 
incoction, 225. 
incoercition, 225. 
incommençable, 225. 
incoramisération, 225. 
incompacité, 225. 
incompassion, 225. 
incompatissant, 225. 
incompensabljr , 225. 
incompréhensibilité, 205. 
incomprimé, 225. 
inconcevabilité, 205. 
inconciliant, 225. 
inconcluant, 225. 
inconcrescible, 225. 
inconçu, 225. 
inconditionné, 225. 
inconditionnel, 225. 
inconducteur, 225. 
inconfessé, 225. 
inconfiant, 225. 
incongelé, 225. 
inconjugal, 225. 
inconnaissable, 225. 
inconnexité, 225. 
inconquis, 225. 
inconscience, 225. 
inconservable, 225. 
inconsistance, 225. 
inconsolé, 225. 
inconsommable, 225.^ 
inconstitutionnel, 225. 
inconsumé, 225. 
incontinuité. 225. 
* incontractile, 225. 
incontrit 225. 
incontrôlable, 225. 
incontroverse, 225- 
inconvaincu, 225. 
inconvenablemenl, 122. 
inconversible, 225. 
inconviction, 225. 
inconvié, 225. 



incoordination, 225. 
incorporer, 261. 
incourbé, 225. 
incrassant, 181. 
mcriminel, 225. 
incritiquable, 225. 
incrochetable, 225. 
incroyant, 225. 
incuit, 225. 
inculture, 225. 
incuriosité, 181. 
incurvation, 223. 
indébrouillable, 225. 
indébrouillé, 22.5. 
indécachetable, 225. 
indéchiré, 225. 
indécisif, 225. 
indécliné, 225. 
iridécomposé,225. 
*indécousable, 225. 
indécrit, 225. 
indéfié, 225. 
indéfiguré, 225. 
indéfrichable, 225. 
*indégonflable, 225. 
indéguisé, 225. 
indéhiscent, 225. 
indélégable, 225. 

* indélégation, 225. 
indélicat, 225. 
indemandé, 225. 
indémontré, 225. 
indéniable, 225. 
indénoncé, 225. 
indénouable, 225. 
indenté, 225. 
indépouillé, 225. 
Indéracinable, 225. 
indescriptible, 225. 

* indiamsant, 218. 
indianiste, 212. 

* indiennerie, 100. 
indigérer, 225. 
indigotine, 194. 
indine, 194. 
indirection, 225. 
indiscutable, 225. 
indiscutabilité, 205. 
indispensabilité, 205. 
indispersé, 225. 
indisputé, 225. 
indistinction, 225. 
indium, 186. 
industriellement, 122. 
inéclairci, 225. 
ineffacé, 225. 
ineffablement, 122. 
inéligibilité, 205. 
inéluctable, 181. 
inemployé, 225. 
inenvié, 225. 
inépanoui, 225. 
inéprouvé, 225. 
inépuisé, 225. 
inéquitable, 225. 
inérudition, 226. 

là 



inescomptable, 226. 
ineffrayé, 226. 
inestimé, 226. 
inétudié, 226. 
inévitabilité, 205. 
inévité, 226. 
inexaucé, 226. 
inexcusé, 226. 
inexigé, 226. 
inexorabilitë, 205. 
ineipié, 181. 
inexploité, 226. 
inexploré, 226. 
inexplosible, 226. 
inexpressible, 226, 256. 
inexprimé, 226. 
inextinguibilité, 205. 
inextricabilité, 205. 
iafatigabilité, 205. 

* infernalité, 205. 
infertilisable, 226. 

* inflétrissable, 226. 
influencer, 118. 
influent, 181. 
infrajurassique, 226. 

* infumable, 226. 
ingagnable, 226. 
ingaranti, 226. 
ingéniosité, 205. 
ingestion, 181. 
inglorifié, 226. 
inharmonie, 226. 
inharmonieux, 226. 
inhumecté, 226. 
inimité, 226. 
inimprimable, 226. 
inindustrieux, 226. 
ininflammable, 226. 
inintelligent, 226. 
inintelligence, 226. 
inintelligemment, 226. 
initiateur, 181. 
injecter, 216. 
injecteur, 200. 
ininterruption, 226. 
injustifiable, 226. 
innégociable, 226. 
innovateur, 182. 
innumérabilité, 205. 
inofficiel, 226. 
inopérable, 226. 
inopportun, 226. 
inopportuniste, 226- 
inorganisable, 226. 
inorné^ 226. 
inoubliable, 226. 
inovulé, 226. 
inoxydable. 226. 
inqualifiable, 226. 

' inracontable, 226. 
insapide, 226. 
insaponifiable, 226. 
insaturable, 226. 
insecticide, 220. 
insectivore, 220. 
insécurité, 226 



— 290 — 

insermenté, 226. 
inservilité, 226. 

* insincérité, 226. 
insociabilité, 205. 
insolidarité, 226. 
insouci, 226. 
insoucieux, 226. 
insoupçonnable, 226. 
inspectorat, 203. 
instable, 182. 
instinctivité, 205. 
institut, 182. 

* instrumentaliste, 212. 
insubmersible, 226. 
insuccès, 226. 
insufflateur, 201. 
insuivi, 226. 
insulteur, 104. 

les insurgés, 57. 
insurgence, 207. 
insurrection, 182. 
insurrectionnel, 87. 
insurrectionnel le 

ment, 122. 
interambulacral, 227. 
interantennaire, 227. 
interars, 227. 
intercellulaire, 227. 
interclaviculaire, 227. 
intercolumnaire. 227. 
intercommunication, 227 
intercontinental, 227. 
intercourse, 227. 
intercutané, 227. 
interdépendance, 227. 
interdigital. 227. 
interépineux, 227. 
interfibrillaire, 2'yi. 
interférentiel, 191. 
interfoliacé, 227. 
interfrontal, 227. 
intermaxillaire, 227. 
intermédiarité, 205. 
internat, 203. 
international, 227, 
internationale, 47, 227. 
interocéanique, 227. 
interoculaire, 227. 
interpariétal, 227. 
interpétiolaire, 227. 
'interplanétaire, 227. 
* intersessions, 227. 
intersticiel, 191. 
intracrenien, 227. 
intrafoliacé, 227. 
intramarginal, 227. 
intramédullaire, 227. 
intramercuriei, 227. 
intransférable, 226. 
intransparent, 226. 
intransportable, 226. 
intrapétiolaire, 227. 
intrapulmonaire, 227. 
intratropical, 227. 
intratubaire, 2Î7. 
intrautérin, 227. 



intravasculaire, 227. 
intraverlébré, 227. 
intrigailler, 120. 
intropelvi mètre, f 227. 
inusable, 226. 

* invalo, 261. 
inventorier, 216. 
inversable, 226. 

* invérification, 226. 
inviolabilité, 205. 
iranisant, 218. 
iridescent, 207. 
iridium, 186. 
iridocèle, 240. 
iridocolobome, 240. 
iridodialyse, 240. 
iridopto?e, 240. 
iridoscope, 240, 245. 
iridotomie, 240, 245. 
irisation, 199. 
irraisonnable, 226. 
irraisonnabilité, 205. 
irraisonné, 226. 
irrassasié, 226. 
irratifiable, 226. 
irrecevabilité, 205. 
irrecherchable, 226. 
irréformabilité, 205. 
irréfuté,^ 226. 
irrégénérable, 226. 
irrelatif, 226. 
irremboursable, 226. 
irreproductif, 226. 

* irrespect, 226. 
irrespirable, 226. 
irresponsable, 226. 
irrévérencieux, 226. 
isatine, 194. 

* isba, 260. 
ischiocèle, 243. 
ischurie, 245. 

* isobare, 188, 240. 
isobarique, 188. 
isotrope, 240. 
isotherrne, 240. 
ivoirerie, 100. 
ivoirin, 110. 

*jacobinéide, 189. 
jacobinisme, 212. 
jambonique, 187. 
jappe, 51. 

* jardinier-fleuriste, 152, 
ja,rdiniste, 212. 
jésuitisme, 212. 
•joachimisme^ 212. 

* joaillier-sertisseur, 1.52. 
jockey, 256. 
jockey-club, 256. 
jointemcnt, 97. 
journalisme, 212. 
journaliste, 212. 

juge de paix, 127. 
'jugeotte, 102. 
juglandine, 194. 
'jugulateur, 200. 



291 — 



* jupe-cage, 150. 
jupitérien, 193. 

* justificat.- typographes , 

152. 

kaléidoscope, 245. 
kantien, 193. 
keepsake, 256. 
kilomètre, 244, 247. 
kilométré, 95. 
kirsch, 259. 
kopeck, 260. 

labradoriste, 235. 
lâcheur, 104. 
lactide, 238. 
lactifique, 220. 
lactine, 194. 
lactoline, 194. 
lacto-protéine, 248. 
là-haut (subst.), 59. 
laineuse, 49. 
laitonné, 94. 

* laitue-chêne, 159. 
laïus, 45. 

lamellibranche, 219. 
lamellicorne, 219. 
lamellipède, 219. 
lamellirostre, 219. 

* lampe-bocal, 150. 
lampe-modérateur, 150. 

* lampe-théière, 150. 
lampisterie, 100. 

* lanterne-fonte, 150. 
lapathine, 194. 
lapidescent, 207. 
lapilli, 182.' 
laryngalgie, 240, 242. 
laryngisme, 212. 
laryngite, 235 
laryngogfaphie, 240. 
laryngoscope, 240, 245. 
laryngoscopie, 240. 
laryngostome, 240, 245. 
laryngostomie, 240. 
laryngo-typhus, 240. 

* latitudinal^ 190. 
'lavabos-toilettes, 150. 
laveuse, 49. 

layetiers-emballeurs, 152. 
lazarone, 259. 

* leader, 256. 
légalisme, 212. 
législative, 182. 
lénité, 182. 
lenticule, 182. 
lépidoptère, 244. 
lésionnaire, 196. 
leucines, 194. 

* levier-irein, 150. 

* lévulosane, 238. 

* lévulose, 238. 
'lézards-poissons, 154. 

* lézard-violon, 154. 
libellule, 192. 
libérable, 80. 



libéralisme, 212. 
libérien, 193. 
liberticide, 220. 
libidinosité, 205. 
libraires-éditeurs, 152. 
libre-échangiste, 212. 
libre-penseur, 125. 
librettiste, 212. 
libretto, 259. 

* lignard, 90. 
lignite^ 235. 

* ligurien, 193. 

* lilial, 190. 

* limousineur, 104. 

* limousinier, 107. 
linacées, 189. 
liparocèles, 243. 
liquidatif, 206. 

* lit-canapé, 150. 

* lit-divan, 150. 

* lit-fauteuil , 150. 
lithium, 186. 
lithocarpe, 240, 243. 
lithochrome, 240. 
lithochromiste, 212, 214. 
lithoclaste, 240. 
lithoclastie, 240. 
lithodialyse, 240. 
lithoglyphe, 240. 
lithoglyphie, 240 
lithoglyphique, 240. 
lithoïde, 240. 
litholabe, 240. 
litholysie, 240. 
lithophane, 244. 
lithophanie, 240. 
lithophylle, 240. 
lithosperme, 240. 
lithotritie, 240. 
lithotriteur, 240. 
lithotypographe, 240. 
littéralisme, 212. 

* lit-toilette, 150. 

* livret-police, 161. 
lloyd, 216. 
localisation, 199. 
localiserj 217. 
locomobile, 220. 
locomoteur, 220. 
locomotive, 220. 
loculicide, 220. 
logorrhée, 244- 
lord, 256. 
lotissage, 83. 
lotisseur, 104. 

* loue, 51. 
'louisine, 112. 

* loup-batteur, 150. 
louviers, 44. 
'louxorien, 193. 

* luisance, 87. 
lumps, 256. 

' lunch, 256. 
luncher, 118, 256. 
lundiste, 213. 

* lunetterie, 100. 



Mustraline, 112. 
■ luto-gallique, 248. 
luxueux, 202. 
lycéen, 194. 
lypémanie, 243. 

macérateur, 47. 
machine à coudre, 127. 
machine à vapeur, 127. 
machiniste, 213. 
macrocéphale, 240, 243. 
macrocère, 240. 
macrocerque, 240. 
macrochire. 240. 
macrodactyle, 240. 
macroglosse, 240. 
macropétale, 240. 
macrophylle, 240. 
macropode, 240, 244. 
macroptère, 240, 244. 
macrorrhize, 240. 
macroscélide, 240. 
macrure, 240. 
' maestria, 259. 
maestro, 2.59. 
magnésium, 186. 
magnoliacées, 189. 
maillechort, 43. 
"maisons-tanières, 155. 
maîtrisable, 80. 
majoration. 199. 
majorer, 182. 
malaria, 259. 
malacoptérygien, 244. 

* malflairants, 140. 
malle-poste, 159. 
malpighiacées, 189- 
malvacées, 189. 
mandarinat, 203. 
mandatement, 97. 
mandats-poste, 1.59, 161. 

* mange-avoine, 164. 
' mange-foin, 164. 
"maniérisme, 213. 
maniériste, 213. 
manifestants, 46, 56. 

* manilure. 220. 

* maquereautin, 110. 

* marbrier-sculpteur, 152. 
marchandage, 83. 
margarine, 194. 

' margraviacées, 189. 
' marmitonnerie, 99. 
marmoréen, 193. 
la Marseillaise, 47. 
marsupialité, 205. 
massicot, 43. 

* match, 256. 
matriciel, 191. 

* mazagran, 260. 
mazurka, 260. 

* méchoir, 1 13. 
méconine, 194. 

les médaillés (de Sainte- 
Hélène), 57. 

* médianimitc, 219. 



292 — 



*médianimique, 2l9. 

* médiéviste, 213. 
médium, 182. 

* médiumnat, 203. 

* médiumnite, 205. 
mégalooèle, 243. 
mégathérium, 244. 
méjuger, 140. 
mélanite, 235. 
mélasse, 94. 
méliacées, 189. 
mélitose, 238. 
mellifique, 182. 
mélomane, 243. 
méiomanie, 243. 
méningite, 235. 
ménispermacées, 189. 
menotter, 119. 
mensurateur, 200. 

* menuisiers - modeleurs , 

152. 

* menuisiers-parqueteurs, 

152. 

* menuisiers - rampistes , 
152. 

* menuisiers-treillageurs, 

152. 
mercantilisme, 215. 
meringué, 94. 
mésentérite, 235. 

* mésestimation, 140. 
mésocarpe, 240, 243. 
mésocôlon, 240. 
mésocrane, 240. 
mésodiscal, 240. 
mésogastre, 240. 
mésolobe, 241. 
mésologie, 243. 
mésomérie, 241. 
mésophragme, 241. 
mésophryon, 241. 
mésophylle, 241. 
mésophyte, 241. 
mésorectum, 241. 
mésothérium, 244. 
mess, 256. 
messianité, 205. 
métagenèse, 243. 
métalloïde, 244. 
métamorphisme, 213. 
métapliysiquer, 119. 

* métreurs - vérificateurs, 

1.53. 
métrite, 235. 
métronome, 244. 
métronomie, 244. 

* meurt-de-soif, 167. 
michel-angelesque, 208. 
militariser, 217. 
militarisme, 213. 
milord, 256. 
millénariste, 213? 
milligramme, 219. 
millimètre, 219. 
mimographe, 243. 
mimographie, 243. 



mimographique, 243. 
miss, 256. 
mistriss, 256. 
mitrailleuse, 49. 
mnémoniser, 217. 

* moblot, 102. 
modérantisme, 213. 
moins-value, 140. 
moissonneuse, 49. 
moleskine, 112. 

* moliéresque, 208. 

* molletonner, 119. 

* mômerie, 99. 
*mômesse, 101. 
momificateur, 201. 
momification, 199. 
momifier, 221. 
mono-atomique, 241. 
monobase, 241. 
monocarpe, 241, 243. 
monocéphale, 241. 
monocéphalien, 241. 
monocére, 241 . 
monocéros, 241. 
monochire, 241. 
monocline, 241. 
monodactyle, 241, 
monodelphe, 241. 
monodyname, 241. 
monogenèse, 241 , 243. 
monogénisme, 241, 243. 
monogéniste, 241,243. 
monogrammiste, 243. 
monographie, 241. 
monogyne, 241. 
monopodie, 241. 
monopolisateur, 201. 
monopoliser, 217. 
monorime, 241. 
monosperme, 241. 
monostyle, 241. 
monosyllabisme, 241,213. 
monothéisme, 241, 213. 
monothéiste, 213. 
monotrème, 241. 
monoxyle, 241. 
monstre, adj., 62. 

* monte-charges, 164. 

* monte-ressorts, 164. 
montmorency, 44. 
morbidement, 122. 
morbidesse, 259. 
mormonisme, 213. 
morphine, 194. 
morphologie, 243. 
morphologique, 243» 
morphologue, 243. 

* moss, 260. 

* motionner, 218. 
motricité, 205. 

* mouille, 52. 

* mouleurs-figuristes, 153. 

* moussaillon, 114. 
mouvementé, 94. 
mouvementer, 119. 
muco-pus, 248. 



mucoso-sucré, 248. ^ 

mulasier, 108. / 

*mulhousine, 112. 
multicolore, 219. 
multifide, 219. 
multiforme, 182. 219. 

* multiformité, 219. 
multipare, 220. 
*municipaliser, 217, 218. 
municipalisme, 213. 
mureux, 105. 
*murillos, 44. 
musculature, 202. 
myriamètre, 244. 
myriopode, 244. 
mysticisme, 213. 
mythe, 188. 
mythique, 188. 
mythisme, 188. 
mythographe, 241. 
mythographie, 241. 
mythologie, 241. 
mythologiste, 213, 241. 

*nacrure, 115. 

* nageoires-mains, 155. 
un napoléon, 44- 

* napoléonides, 189. 
napoléonien, 193. 
narcéine, 194. 
narcotine, 194. 
*narquoiserie, 99. 

* nationalisme, 213. 
naturaliser, 217. 
nauséabonde (masc), 206. 
négro, 259, 261. 
négrophile; 244. 
néo-catholîcisme, 241. 
néo-catholique, 241. 
néo-chrétien, 241, 248. 
néo-christianisme, 241. 
néogène, 247. 
néographe, 247- 
néographie, 241, 243. 
néolatin, 241. 

* néolithique, 241. 
néoraembrane, 241. 
néoplasme, 241. 
ncoplastie, 241. 
néorama, 244. 
néozoïque, 241. 
néphrotomie, 245. 
neptunien, 193. 
*nérésine, 194. 
nervosité, 205. 
neufchâtel, 44. 
névragmie, 241. 
névralgie, 242. 
névraxe, 241. 
névrilème, 241. 
névrographie, 241. 
névropathie, 241. 
névrose, 235. 
névrosthénie, 241. 
névrotome, 241. 
new-yorkais, 85. 



— 293 — 



nicotine, 195. 
nihilisme, 213. 
nihiliste, 213. 
•noblifier, 221. 
non-être, 140. 
nonidi, 219. 
non-moi, 140. 
*non-opportunisles, 140. 

* non-payement, 140. 

* non-penseurs, 140. 

* non-velus, 140. 
'nord-américains, 157. 
'nordiste, 213. 
normalien, 193. 
normatif, 206. 
nosencéphales, 241. 
nosogénie, 241. 
nosographie, 241. 
nosologiste, 213. 
notage, 83. 

* notairesse. 101. 
nucelle, 206. 
nuelle, 95. 
numérotage, 74, 83. 
numérotation, 199. 
numéroter, 74, 119. 
numéroteur, 47, 74, 104. 
nyctanthe, 241. 
nyctéiibies, 241. 
nyctobate, 241. 
nyctographe, 241. 
nyctotyphlose, 241. 
'nympnacées, 189. 

*obéliscal, 86. 
objectif, 259. 
objectivité, 259. 
obligataire, 196. 
obscurantisme, 213. 
obscurantiste, 213. 
obsidional. 182. 
occulter, 182. 
ochnacées, 189. 
octidi, 219. 
cculariste, 213. 
oculo-palpébral, 248. 
odontalgie, 241, 242. 
odontoderme, 241. 
odontogénie, 241. 
odontogenèse, 243. 
odontognathe, 241. 
odontograpbie, 241. 
odontolithe, 241. 
odontologie, 241. 
odontologiste, 241. 
odontostyle, 241. 
odontotechnie, 241. 
odontothèque, 241. 
œnométrie, 241. 
œnophile, 241, 244. 
œnothère, 241. 
œufrerie, 100. 
œufrier, 108. 
officiosilé, 205. 
ogivo-cylindrique, 248. 
oléidine, 194. 



oléine, 194. 
omnibus, 182. 
omriiconvenance, 219. 
omniscience, 219. 
onguline, 112. 
onomatologie, 243. 
'onychite, 235. 
'opalescent, 207. 
opaliser, 210, 217. 
ophiodonie, 241. 
ophioglosse, 241. 
ophiographie, 241. 
ophiographique, 241 
ophiolithe, 241. 
ophiolithique, 241. 
ophiologie, 241, 243. 
ophiophage, 241. 
ophiostome, 241. 
ophiosure, 241. 
ophthaimoblennorrhée , 

241. 
ophthalmocèle, 241,243. 
ophthalmocopée, 241. 
ophthalmodynie, 241. 
ophthalmographie, 241. 
ophthalmolithe, 241. 
ophthaîmologie, 241, 243. 
ophthalmomètie, 241. 
ophthalmorrhagie,241,245 
ophthalmoscope, 241. 
ophthalmothèque, 241. 
ophthalmotomie, 241. 
'opportunisme (non), 213 
opportuniste (non), 213. 
'orchestral, 86. 
un ordinaire, 46. 
ordonnancement, 97. 
Madame J'ordonne, 121. 
'ordre-moralier, 107. 
* organicien, J 93. 
organiciste, 213. 
organisable, 80. 
organiser, 218. 
organologie, 243. 
organologiaue, 243. 
'orgue-orcnestre, 150. 
'orientalement, 123. 
orléanisrae, 213. 
orléaniste, 213. 
Orléansville, 156. 
ornemaniste, 213. 
ornemenlation, 199. 
ornementé, 94. 
ornementer, 119. 
ornithoglosse, 241. 
ornitholithe, 241. 
ornithomyze, 24 1. 
ornithoscopie , 441. 
ornithotrophie , 241. 
orphelinat, 203. 
orphéonique, 187. 
orphéoniste, 213. 
oithobasique, 241. 
orthocère, 241. 
orthodactyle, 241. 
orthodonte, 241. 



orthodromie, 241. 
orthoépie, 241. 
orthognathe, 241. 
ortholexie, 241. 
orthologie, 241. 
orthomorphie, 241. 
orthopédique, 244. 
orthopédiste, 213. 
orthopnoïque, 241. 
orthoptère, 241, 244. 
orthorhombique. 241. 
orthorrhynque, 241. 
orthosperme, 241. 
orthotrope, 241. 
oryctogéologie, 241. 
oryctûgnosie, 241. 
oryctographe, 243. 
oryctographie, 241, 243. 
oryctographique, 241,243. 
oryctologie, 243. 
oryctologique, 241 , 243. 
oryctologiste, 241. 
oryctologue, 243. 
oryctotechnie, 241. 
osmium, 186. 
ossature, 202. 
'ossellerie, 100. 
ossianiser, 218. 
ossianisme, 213. 
'ostéocèle, 243. 
ostéogène, 241. 
ostéographe, 241. 
ostéographie, 241- 
ostéologie, 241. 
ostéolyse, 241. 
ostéomalacie, 241. 
ostéopiaste, 241. 
ostéoplastie, 241. 
ostéoporose, 241. 
ostéosarcome, 241. 
ostéosclérose, 241. 
ostéostéatome, 241. 
ostéostome, 241. 
ostéotomie, 241. 
ostéotomiste, 241, 
ostéozoaire, 241. 
ostréiculture, 220. 
otorrhée, 244. 
*ouate-laine, 150. 
'ouest-factage, 157. 
'ourdissoir-dévidoir, 150 
'ourdissoir-piieur, 150. 
outillage, 83. 
'outrancier, 107. 
ovaliste, 213. 
ovovivipare, 220. 
ovule, 192. 

pacolet, 260. 
palafitte, 259. 
palalite, 235. 
* pale-ale, 257. 
paléographe, 241, 243. 
paléontographie, 241 ,243. 
paléontologie, 241. 
paléontologique, 241. 



paléontologue, 241. 
paléothérien, 241. 
paléothérium, 241 , 244. 
paléozoïque, 241. 
paléozoologie, 241. 
paletot-sac, 150. 

* paliers-graisseurs, 150. 
palladium, 186. 
palpitant, te, 67. 
panade, adj., 62. 

* Pandore, 45. 
pangermanisme, 241. 
paniconographique, 241. 
paniiicateur, 200. 
panlexique, 241. 
panneauter, 74, 119. 
panorama, 244. 
*pantriteur, 241. 

'les pantalons rouges. 128. 
pantographe, 243. 
pantographie, 243. 
pantographique, 243. 
papavéracées, 189. 
papier-granit, 150. 
papier-marbre, 150. 
papier-monnaie, 150. 
papier tenture, 150. 

* pipier tube, 150. 

* papillonnant, te^ 67 
parabolicité . 205. 
paraboliser, 218. 
paracrotte, 164, 245. 
parafeu, 164. 
paraffine, 227. 
paraffiné, 94. 
parafoudre, 164. 
paraglace, 164. 
paragrêle, 164. 
paralysant, te, 67. 

* un par à peu près, 140. 
parasitaire, 196. 

* parasol-ombrelle, 150. 

* un par contre, 140, 
le parcours, 58^ 
pardessus, 140. 

* Paris-Architecte, 157. 

* Paris-Caprice, 157. 

* Paris-Exposition, 157. 
*Parisine, 195. 

* Paris-Journal, 157. 

* Paris-Programme, 157. 

* Paris-Spectacle. 157. 

* Paris-Théâtre, 157. 
parlementairement, 123. 
parlementarisme, 213. 
parlementariste, 213. 
parlottej 102. 
Parnassiens, 46, 93. 
parolier, 108. 

* parsisme, 214. 
partageux, 104. 

' parthétomie, 245. 
parthénogenèse, 243. 
particulaire, 196. 
particularisme, 214. 
particulariste, 214. 



— 294 — 

passionnel, 87. 
pastelliste, 214. 
pasticher, 119. 

* pastilleurs-figuristes, 1 53. 
pathologie, 243. 
pathologique, 243. 

* patins-souliers, 153. 

* patrioterie, 99. 
patronat, 203. 
patronner, 119. 
paupérisme, 214. 

* paysanesque, 208. 
pectine, 194. 
pédantocralie, 243. 
pédiluve, 220. 
peignée, 58. 
*peignées-filées, 150. 

* peignes-parures, 150. 
Pékins, 44. 
'pèle-légumes, 164. 

* pelotonnement, 97. 

* pensotter, 120. 
pépiement, 97. 
percolateur, 200. 
périodique, 46. 
péritonite, 235. 
perquisitionner, 119. 
perruque adj., 61. 

* pèse-lettres, 164. 
pèse-nitre, 164. 
pessimisme, 214. 
pessimiste, 214. 
pétitionnaire, 196. 

' petits-crevés, 46, 125. 
' petit-fournier, 108. 
pétrisse ur, 48. 
pétrolène, 237. 
pétroler, 119. 
pétroleur, 104. 
" peuple-jury, 155. 
peuple-roi, 155. 

Peyronéide, 189, 
phalanstère, 248, 
phalanstérien, 193. 
pharyngite, 235. 
phénoménal, 86. 
' Philippeville, 157. 

* Philippides, 189. 

* philippine, 112. 
*philocome, 241. 
philomatique, 241. 
philosophailler, 120. 

* philosophiser, 218. 
philotechnique, 241. 
phlébographie, 241. 
phlcbolithe, 241. 
phlébomalacie, 241. 
phléboptère, 241. 
phléborrhagie, 241. 
phonologie, 243. 
phonologique, 243. 
phosphoriquement, 123. 
photochromatique, 241. 
photochromatiquement, 

241. 
photo-électrique, 241. 



photogène, 241, 243. 
photoglyptique, 248. 
photographe, 241, 243. 
photographie, 188, 241, 
243, 248. 

* photographie-carte, 150. 

* photographie - vignette, 

150 
photographique, 188, 243. 
photographiquement,241 . 
' photogravure, 241. 
photolithographie, 241. 
photologie, 243. 
photomètre, 241. 
photométrie, 241. 

* photoniellure, 241, 248. 
pbotophobe, 241. 
photophobie, 241. 
photopsie, 241. 
photoscopique, 241. 
photosculpture, 241, 248. 
photosphère, 241. 
phylloxéré, 94. 

* piano-lyre, 150. 
'pictural, 190. 

* pied-bleu, 128. 
pierriste, 214. 

* pincez-moi ça, 166, 
pinceautage, 74. 
pinceauter, 74. 

* pipelet, 44. 

* pique-feu, 164. 
piriforme, 219. ( 
piscatorial, 194. 
pisciculture, 220. 
' pissatoire, 201. 
pisseux, 105. 

* pistolets-tabatières, 151 . 

* pistonner, 119. 
placer (s. masc), 259. 

* plagier, 217. 

* plaine-paradis, 155. 
planimctrie, 243. 
'plante-animal, 153. 
plantule, 192. 
platine, 2.59. 

plèbe. 182. 

* plébiscitaire, 196. 
plésiosaure, 244. 
*ploqueuse, 49. 
plumier, 107. 

* pneumatocèle, 243. 

* pneumatographe, 243. 

* pneumatographie, 243. 
pochard, 90. 
*pocharderie, 99. 

* pochetée, 94. 
podobranche, 242, 243. 
podocarpe, 242, 243. 
podogyne, 242. 
podolachnite, 242. 
podologie, 242, 243. 
podomètre, 242, 244. 
podophthalmaire, 242. 
podophylleux, 242. 
podosperme, 242. 



podurc, 242. 
poêliers-fumistes, 1;)3. 

f oint-arrière, 130. 
3 pointé, 58. 
polémiste, 214. 
policeman, 237. 
policier, 108. 
polisso-séri-tisseur , 249 
polka, 260. 
polonisme, 214. 
polyatomique, 242. 
polybasique, 242. 
polycarpien, 242. 
polycéphale, 242. 
polycliolie, 242. 
polychroïsme, 242. 
polycladie, 242. 
polycotylaire, 242. 
poiydactyle, 242. 
polydipsie, 242. 
polygalactie, 242. 
polygamique 242. 
polyginglyme, 242, 
polygnatien, 242. 
polygraphique, 242. 
polylimphie, 242. 
polymathique, 242. 
polymélien, 242. 
polymère, 242. 
polymorphe, 242, 244. 
polymorphisme, 242, 244. 
polyorama, 242, 244. 
polypétalie, 242. 
polyphonie, 242. 
polypore, 242. 
polyrrhize, 242. 
polysarcie, 242. 
polyscope, 242, 245 
polystome. 242. 
polystyle, 242. 
polytechnicien, 193. 
ponceux, 105. 

* poncine, 112. 
ponctulé, 203. 
pondérateur, 182. 
pondéreux, 182. 
pbndérosité, 205. 
pont-bascule, 151. 
' pontifiant, 56. 
popote (adj.), 62. 

* popularisme, 214. 
portabilité. 205. 
porte-allumettes, 164. 
porte-amarres, 165. 

' porte-amorces, 165. 
'porte-bonheur, 165. 

* porte-bouquets, 165. 

* porte-bouteilles, 165, 
'porte-cartes, 165. 
'porte-chapeaux, 165. 
'porte-charge, 165. 
'porte-couronnes, 167. 
portefeuilles, 165^ 
'porte-huiliers, 165. 

* porte-mesure, 165. 

* porte-mine, 165. 



— 295 — 

porte-monnaie, 165. 
porte mousqueton, 165, 
porte-plumes, 165. 
porte-voix, 165. 
'portraits-carte, 159. 
'portrait-dépêche, 151. 
portraitiste^, 214. 

* portraitunste, 214. 
positivisme, 214. 
positiviste, 214. 
postabdomen, 227. 
postal, 86. 
postfloraison, 227. 
posthétomiste, 214, 
post-oculaire, 227. 
post-pectoral, 227. 
post-pliocène, 227. 
post-positif, 227. 
post-position, 227. 
pot-au-feu (adj.), 62. 
'potichomanie, 248. 
potassium, 186. 
pouler, 119. 

' poulies - mains - douces , 

150. 
' pouponnât, 203. 
'pourcent, 140. 
pourcentage, 140. 
'pousse, 52. 
pousse -café, 166. 
pousse-cailloux, 166. 

* poussiéreux, 105. 
' prâcritisme, 214. 

' prâcri lisante, 218. 
préabdomen, 227. 
préachat, 227. 
préaddition, 227. 
préaryen, 228. 
prébalancier, 227. 
prébuccal, 228. 
précautionneux, 105. 

* précautionneusement, 

123. 
préceltique, 228. 
précipitueux. 202. 
précompte, 227. 
prédénommé, 227. 
prédenté, 227. 
prédigestion, 227. 
prédisposer, 227. 
prédisoosant, 227, 
prédisposition, 227. 
préfloraison, 227. 
préfoliation, 227. 
préhanchial, 228. 
préliber, 183. 
prélombaire, 228. 
premiers-Paris, 159, 
préoculaire, 228. 
préromain, 228. 
'presque certitude, 141, 
'presque éternité, 141. 

* presque totalité, 141 . 

' presque unanimité, 141. 
présidentiel, 191. 
presse»papiers, 165. 



prestidigitateur, 183 
presligiateur, 183. 
présurier, 108. 
prétibial, 228. 
prétrophobe, 244. 
principicule, 192. 
primer, 119. 
primidi, 219. 
primeuriste, 214. 
priser, 119. 
priseur, 104, 
processuSj 183. 
'procrastination, 183. 
' procrastiner, 183. 
prodigueur, 104. 
professionnel, 87. 
progresser, 119. 
progressiste, 214. 
'prohibitionniste, 214. 
prolétariat, 203.' 
promeneuse, 49. 
pronunciamento, 259. 
propagandiste, 214. 
propylène, 237. 
prosaïsme, 214. 
prostitueur, 104. 
'protégeant, te, 67. 
protéine, 194, 
protêt, 52. 
protobromure, 242. 
protocarbure, 242, 
protochlorure, 242, 
protocyanure, 242. 
protofluorure, 242, 
protoiodure, 242. 
protopathie, 242. 
protophosphure, 242» 
protophyte, 242. 
proto-plasma, 242. 
protosel, 242. 
protoséléniure, 242. 
protosulfure, 242. 
protoxyde, 242. 
protubéranciel, 191. 
providentiellement, 123. 
provisorat, 203. 
proxénétisme, 214. 
'prudhomme, 45. 

* prunelle-étoile, 155. 
' prunelle-ombre, 155. 
' prussification, 199. 
'prussifier, 221. 

* prussophile, 248. 

' prusso-slave. 249. 
pseudencéphale, 242. 
pseudépigraphique, 242. 
pseudérythrine, 242. 
pseudesthésie, 242. 
pseudo-agate. 242. 
pseudo-alcool, 242. 
pseudo-améthyste. 242. 
pscudo-asbeste, 242. 
pseudo-basalte, 242. 
pseudo-béryl, 242. 
pseudoblepsie, 242. 
pseudocarpe, 242, 



— 296 



pseudochrysolithe, 242, 
pseudo-cobalt, 242. 
pseudo-continu, 242. 
pseudo-continuité, 242. 
pseudo-cristal, 242. 
pseudo-émeraude, 242. 
pseudo-grec, 248. 
pseudo-grenat, 242. 
pseudo-iris, 242. 
pseudo-kinîque, 242. 
pseudo-malachite, 242. 
pseudo-martyr, 242. 
pseudo-médecin, 242. 
pseudo-membrane, 242. 
pseudo-membraneux, 242. 
pseudomorphique, 242. 
pseudomorphisme, 242. 
pseudomorphose, 242. 
pseudomorphosé, 242. 
pseudonéphéline, 242. 
pseudopériptère, 242. 
pseudopiasme, 242. 
pseudopleurésie, 242. 
pseudo-révolutionnaire. 

242. 
pseudo-rubis, 242. 
pseudo-saphir, 242. 
pseudo-science, 242. 
pseudoscope, 242. 
pseudosperme, 242. 
pseudo-topaze, 242. 
pseudo-volcanique, 242. 
•psychisme, 214. 

* psychographe, 243. 
*psychographi,que, 243. 

* pubio-caverneux, 248. 

* publicataur, 183. 
*pudibarderie, 99. 

* pudibard, 90. 
•puériculture, 220. 
'puff, 257. 
'pugilisme, 214. 
pugnacité, 183. 
punch, 251. 
'pupitre-chevalet, 151. 
puritanisme, 214. 
pyramidal, 86. 
pyrénéine, 194. 
pyroélectrique, 242. 
pyrogène, 242. ~ 
pyrogenèse, 242,243. 
pyronomie, 242. 
pyroïde, 242. 
pyrophajiie, 242. 

. pyrophosphate, 242. 
pyrophyllite, 242. 
pyroscophe, v42. 
pyroscope, 242, 245. 
pyrosphère, 242. 
pyrostat, 242. 
pyrostéarine, 242. 
pyroscanihine, 242. 
pyrosyle, 242. 
pyurie, 245. 
pyxidule, 192. 



quartidi, 219. 

* quasi-droit, 228. 

* quasi -extermité, 228. 

* quasi-évidence, 228. 

* quasi-insoumission, 228. 
quasi-légitimisé, 141. 
*un quatre-coins, 128. 

* quatre-vingt-neuviste, 

214. 
quessoy, 44. 
quetsche, 259. 

* quidditatif, 206. 
quinine. 195. 
quintidi, 219. 

* un quinze cents francs, 

128. 

rabatteur, 104. 
rabbiniser, 218. 
racineur, 104. 
raclée, 58. 
racontage, 83. 
*radiance, 183. 
radiation, 183. 
*radicaille, 85. 
radiométre, 244. 
rageur, 104. 
rail, 257. 

* rail-digue, 151. 
railway, 257. 

* un rambuteau, 43. 
rampiste, 214. 
raphaélesque, 208. 
un raspail, 43. 
raticide, 220. 
rateauier, 74. 
rayée, 58. 
razzia, 260. 
réacteur, 200. 
réactionnaire, 196. 
réadopter, 141. 

* réagenouiller, 141. 
réarmer, 141. 
rebadigeonner, 141. 
rebannir, 141. 
rebeUionner, 119. 
recalculer, 141. 
recarboniser, 141. 
récidiviste, 214. 
réclame, 52. 
•reclasser, 141. 
redébattre, 141. 

* redéployer, 141. 
rediviser, 141. 
redormir, 141. 
redowa, 260. 
réducteur, 48. 

* reémboiter, 141. 
réépouser, 142. 
réescompte,-er, 141. 
réexposition, 142. 
référence, 94. 
refrènement, 97 . 
*regalonner, 142. 
régentin, 10. 
réglementa tion, 199. 



réglementaire, 196. 
réglementarisme, 214. 
réglementairement, 123. 
ré^îlementer, 119. 
régnicole, 220. 
régulateur, 201. 

* réincarcération, 142. 

* réincarcérer, 142. 
*rcincarnation, 142. 
renfrognement, 97. 
reinventer, 142. 
relationnaire, 196. 
relaxe, 52. 
remblai, 51, 52. 
remisage, 83. 
renflouer, 142. 
rentoileurs, 104. 
renonculacees, 189. 
renversant, 67. 
réorganisateur, 201. 
réorganisation, 199. 
réorganiser, 142. 
réouverture, 142. 
repêche, 52. 
repêcheur, 104. 
report, 52. 

* repas-illusion, 155. 
répélible, 192. 
reptation, 183. 
•reportage, 2.57. 
reporter, 257. 
•repousse, 52. 
réquisitionnaire, 196. 
résédacées, 189. 
respectabilité, 205. 
ressalueFj 142. 
retardataire, 196. 
retardateur, 201. 
retombée, 58. 

' retombement, 97. 
•retransplanter, 142. 
retraverser, 142. 
revaccination, i99. 
réversibilité, 205. 
'rêveusement, 123. 
revient, 52. 

* révisionniste, 214. 
révocabilité, 205. 
révolutionnaire, 46. 
révolutionner, 119. 
revolver, 257. 
rhéilonite, 235. 
rhinalgie, 242. 
rhinoptie, 242. 
rhinoplastie. 242, 244. 
rhinorrhagié, 242. 
rhinorrhée, 242. 
rhinothèque, 242. 
rhizanthe, 242. 
rhizoblaste, 242. 
rhizocarpe, 242, 243. 
rhizographe, -ie, -ique 

242, 243. 
rhizolilhe, 242. 
rhizonychion, 242. 
rhizopnage, -gie. 242, ;i44. 



— 297 — 



rhizophore, 242. 
rhizopode, 242, 244. 
rhizotome, 242. 
rhodanien, 193. 
rhodium, 186. 
riflard, 44. 
rine, 257. 
' rigolade. 82. 
' rigollot,'43. 
rincée, 58. 
risette, 101. 
rivulaire, 196. 

* robes-fourreaux, 151. 
robustesse, 100. 
rodage, 83. 

* Roi-Citoyen, 155. 
*Rolandéide, 181. 
rotifère, 220. 

* roman-feuilleton, 155. 

* romanisation, 199. 
romaniser, 217. 
romantiser, 218. 
romantisme, 212. 
romantique, 46. 

* ronsardiser, 218. 
rossée, 58. 

rout, 257. 

routinièrement, 123. 
roublard, 90. 

* roublardise, 100. 
rouble, 260. 
roulée, 58. 

* roue-moteur, 151. 

* rouet-moissonneur, 151. 
rouerie, 99. 
rougissant, 67. 

* roulageur, 104. 
rubescent, 207. 
rubidium, 186. 

* ruine-maison, 167. 
ruolz, 43. 

*les ruraux, 46. 
russifier, 220- 
*russopiiile, 244. 
rutacées, 189. 
ruthénium, 186. 
rutilance, 207. 
rutilant, 183. 

sabotage, 84. 

* sabot-brodequin, 151- 

* sabot-galoche, loi. 
*sabotine, 110. 
salle d'asile, 127. 
salonnier, 108. 

* sanguinairement, 123. 

* sataniquement, 123. 
sabretache, 2ti0. 
saccharides, 238. 

* sacerdotalisme, 214. 
sacrislains-bedeaux-chan- 

tres - fossoyeurs - son- 
neurs-suisses, 155. 

salariat, 203. 

salarié, 203. 

saliciue, 194. 



salinité, 205. 
salpindacées, 189. 
saluter, 119. 

* samovar, 260. 
sandwich, 257. 
sanitaire, 196. 

* sanscritisant, 218. 
sanscritisme, 214. 
sanscritiste, 214. 
sapineau, 95. 
sarcocèle, 243. 
'sataniser, 218. 
sauvegarder, 119. 
sauvetage, 84. 
sauveteur, 104. 
saucée, 58. 
scalpe, 257. 

* scandinavisant, 218. 
scarificateur, 201. 
schottisch, 260. 
scrotocèle, 243. 

* sculpteurs - marbriers, 

153. 

* sculpteurs-ornemanistes, 

153. 
'sculpteurs - statuaires, 

153. 
sécession, l83. 
sécessionniste, 214. 
secrétaire, 201. 
sélectif, 206. 

* sélectivement, 123. 
sélection, 183. 
sélénite, 236. 
sélénium, 186. 

* self-government, 2.')7. 

* semailler, 120. 
sémillance, 88. 
sémitisme, 214. 
sémitiste, 214. 

* semoir-plantoir, 151. 

* sempiternellement, 123. 
séniorat, 203. 
sensibiliser, 217. 
sensoriel, 191. 

* sentimentalisme, 214. 

* sentimentalisie, 214. 

* septembriser, 218. 
septembriseur, 104. 
septennat, 203. 
septidi, 219. 

* sépulcre-enfer. 155. 
*sépulcrologie, 243. 
sergent de ville, 127. 

* sergo, 261. 
'sériel, 191. 
séro-sanguin, 248. 
' serre-bois, 165. 
serre-bras, 165. 

* serre-rails, 165. 
serre-tête, 159. 
*servantisme, 215. 

* shakespearien, 193. 
shall, 257. 
shelling, 257. 

* sherry, 257. 



sidérographie, 242. 
sidérolithique, 242. 
sidérotechnie, 242. 

* sidiennes, 194. 

* .signale-écueil, 165. 

* silencieuse-expédilive , 

151. 
silicium, 186. 
silicule, 192. 
siliginosité, 205. 
silurien, 193. 
.simiesque, 208. 
similor, 218. 
simplifiable, 80. 
sinombre, 228. 

* siphoïde, 244. 

* skating-bal, 257. 

* skating-concert, 257. 

* skaling-palais, 257. 

* skating-rink, 257. 
smala, 260. 

snob, 257. 
snobbisme, 257. 
sociabiliser, 217. 

* socialiser, 218. 
socialisme, 215. 
socialiste, 215. 
sociétairement, 123. 
sociologie, — gique, 188. 
sodium, 186. 
solénoïde, 244. 

* solidarisation, 199. 
solidariser, 218. 
soliste, 215. 
solution, 261. 

* sommeillant, te, 67. 
somnambulique, 187. 
songerie, 99. 

* sonnettiste, 215. 

* soque-agrafe, 151. 

* soucieusement, 123. 
' soudrillard, 90. 

* souillant, te, 67. 

* souliers-chaussons, 151. 

* soulographie. 248. 
soumissionnaire, 196. 

* soupatoire, 201. 

* souricicole, 220. 
sous-amender, 144. 
sous-arrondissement, 14^1. 

* sous-azotate, 144. 
sous-bois, 144. 

* sous-centre, 144. 
sous -chef, 144. 
sous-classe, 144. 

* sous-colline, 144. 
sous-déléguer, 144. 
sous-direcieur, 144. 
sous-diviser, 144. 
sous-genre, 144. 
sous-interpréter, J44. 
sous-jupe, 144. 
sous-limiter. 144. 
sous-main, 144. 
sous-préfecture, 144. 
sou8-préfet, 144. 



298 



sous-pression, 144. 
sous-sol, 144. 
sous-titre, 144. 
soutacher, 119. 
spécialiste, 215. 
spécialité, 205. 
spectral, 86, 
speech, 257. 
spermatocèle, 243. 
spermatorrhée , 244. 

* sphère-horloge, 151. 
*.spication, 199. 
spiritisme, 215. 

* spiritiste, 215. 
spiritualiser, 217. 
splénétique, 188. 
*spongille,"206. 
spongine, 194. 
spontépariste, 215. 
spontéparité, 220. 
sporadicité, 205. 
sportsman, 257. 

* squalidité, 205. 

* squalide, 183. 
square, 217. 
starost, 260. 

* steam-boat, 257. 
steamer, 257. 
stéarine, 194. 
steeple-chase, 257. 
sléganographe, 243. 
stéganographie, 243. 
sléganographique, 243. 
stéréométrie, 244. 
stéréoscope, 245. 
.stériliser, 218. 
sterling, 257. 

stock, 257. 
stopper, 258. 

* stores-annonces, 151. 
slranguler, 183. 
strangurie, 245. 
strontium, 186. 
strychnine, 194, 195. 
studbook, 258. 
stuffing-hox, 258. 
stupéfaction, 183. 
stupéfier, 183. 
styliste, 215. 

* styralène, 238. 
subabdominal, 228. 
subaciculaire, 228. 
subagrégé, 228. 
subalpin, 228. 

* subalternéité, 205. 
subapennin, '.j28. 
subapiculaire, 228. 
subnquatique, 228. 
subbranchien, 228. 
subcalcaire, 228. 
subcaréné, 228. 
subcaudal, 2'28. 
subcomprimé, 228. 
subconique, 228. 
subcordiforme, 228. 
subcortical; 228. 



subcylindrique, 228. 
subdécurrent, 228. 
subdéprimé, 228. 
subfossile, 228. 
subfusiforme, 228. 
subglobuleux, 228. 
subimbriqué, 228. 
subinflammation, 228. 
subjectif, 259. 
subjectivité, 259. 
bubïuxatjon, 228. 
sublyré, 228. 
subociilaire, 228. 

* subombilical, 228. 
subostracé, 228. 
subovale, 228. 
subparasite, 228. 
subpentamère, 228. 
subpétiolé, 228. 
sub.sessile, 228. 
subsphérique, 228. 
suburbain, 183. 
subventionner, 119. 

* sud-américain, 157. 
sudiste, 215. 

* suggestif, 206. 
suicider, 119. 
suivez-moi jeune homme, 

166. 

* suppéditer, 183. 
super-axillaire, 229. 

* super-connu, 229, 246. 
supercrétacé, 229. 

* superéquatorial, 229. 
superficialité, 205. 
superfin, 229. 
supernaturalisme, 229. 
superovaire, 229. 
superstructure, 229. 
supra-axillairej 229. 
suprajurassique, 229. 
supramondain, 229. 
supranaturalisme, 215. 
suprasensible, 229. 

* surchauffe, 145. 
surchauffer, 145. 
surcostal, 146. 
surcroissance, 145. 
surélévation, 145. 
surélever, 145. 
surenchère, 145. 
surépaisseur, 145. 
surépineux, 146. 
surexciter, 145. 

* surexhausser, 145. 
surfusion, 145. 
surincomber, 145. 
surlaryngien, 146. 

* suroffre, 145. 

* surplombant, 67. 
sursaturer, 145. 
survaleur, 145. 
sus-carpien, 146. 
sus-coccygien, 146. 
sus-épineux, 146. 
sus-hépatique, 146. 



sus-hyoïdien, 146. 
sus-maxillaire, 146. 
sus-métatarsien, 145. 
sus-nasal, 146. 
sus-orbitaire, 146. 
suspensoir, 113. 
sus-pubien, 146. 
sus-scapulaire, 146. 
sus-sphénoïdal, 146. 

* susurrement, 207. 
sextidi, 219. 
sylvicole, 184. 
sylviculture, 220. 
syndicat, 203. 

* tableautier, 108. 
tableautin, 74, 111. 

* tables-consoles, 151. 

* table de nuit-chiffonnier, 

151. 

* table de nuit-vide-poche, 

151. 
tachygraphe, 243. 
tachygraphie, 243. 
tachygraphique, 243. 

* taconnet, 43. 
tailladin, 111. 
taille-crayon, 165. 
taille-plume, 165. 
*tamis-bluteau, 151. 
tapée, 58. 
*taquinage, 84. 

* tardivité, 206. 

* tartaline, 112. 
télégramme, 242. 
télégraphe, 242, 243. 
télégraphie, 242, 243. 
télégraphique, 242, 243. 
télégraphiste, 215. 
téléiconographie, 242 
télémètre, 242, 244. 
télémétrie, 242. 
télémétrique, 242. 
téléologie, 243. 
téléologique, 243. 
téléphonie, 242. 
tempêtueusement, 123. 
tender, 258. 

* tente-abri, 151. 
ternstrœmiacées, 189. 
terrifier, 221. 

* territoriaux, 47. 
terroriser, 217. 
terrorisme, 215. 
terroriste, 215. 
thallium, 186, 
'thcAtricuie, 192. 

* thcâtromane, 243. 

* théâtromanie, 243. 

* thermaline, 194. 

* thermochimie, 242. 
thermochrose, 242. 
thermodynamique, 242. 
thermo-électrique, 242. 
thermo-électricité, 242. 
thermographe, 242. 



— 299 — 



thermomagnétique, 2'i2. 
thermomécanique, 242. 
thermoneutralité, 242. 
thermopathologique, 242. 
thermoscope, 242, 245. 
" thiériste, 215, 
thorium, 186. 
thuyine, 194. 
tibio-tarsien, 249. 

* ticket, 258. 
tigline, 194. 
tilbury, 258. 
tiliacées, 189. 
timbre-cachet, 160. 
timbre-poste, 160- 

* timbre-quittance, 161. 
" tintinnabuler, 217. 
tiré, 57. 

tire-boutons, 165. 
tire-fonds, 165. 

* tire-jus, 166. 
tire-moelle, 166. 
' tissu-filet, 151. 
toast, 258. 
toaster, 258. 

■ toilette-commode, 151. 
tonalité, 205. 

* tonitruant, 207. 
•topo, 261. 
topographe, 243. 
topographie, 243. 
topographique, 243. 
toquade, 82. 
tord-boyaux, 166. 

' tordoir-ourdissoir, 151. 

* torpillard, 90. 
torrentueux, 203. 
tortillard, 90. 
lortoir, 113. 
torturant, 67. 
tost. V. toast, 
tester. V. toaster. 

* touristicule, 192. 

* tourne-écrous, 165. 
tournerie, 100. 
tourne-oreille, 165. 

" tourneurs - décolteurs , 

1.53. 
' toussailler, 120. 
' toussoter, 120. 
toxicologie, 243. 
texicologique, 243. 
toxicologue, 243. 
tracé (le), 58. 
trachélipode, 242. 
trachélobranche, 242. 
trachélo - diaphragmati- 

que, 242. 
trachélo-dorsal, 242. 
trachéocèle, 242. 
trachéosténose, 242. 
traditionaliste, 215. 

* traîneau-barque. 155. 

* traîneuse, 49. 
trains-poste, 159. 
tramway, 258. 



tranche-montagne, 165. 
transandin, 229. 
transatlantique, 229. 
transcendantai, 86, 259. 
transcendantalisme, 2.59. 
transcontinental, 229. 
transdanubien, 229. 
transformisme, 215. 
transformiste, 215. 

* transfuger, 215. 
transgangétique, 229. 
transhumance, 88. 
transmarin, 229. 
transmetteur, 104. 
transporteur, 104. 
transocéanien, 229. 
transocéanique, 229. 
transpacifique, 229. 
transpadan, 229. 
transpontin, 229. 
transuranien, 229. 
transvaseur, 104. 
transvider, 229. 

* traversai, 86. 
trempée. 58. 

* un trente-sous, 128. 
triatomique, 219. 
triaurique, 219. 
tribun, 46. 
tricapsulaiie, 219. 
tricobaltique, 219. 
tricolore, 184. 

tri colorer, 119. 
tricorne, 219. 
tricosté, 219. 
tricycle, 219. 
tridi, 219. 
*tridienne, 194, 
trieuse, 49. 
trifolié, 219. 
triforme, 219. 

* trimandracées, 189. 

* trimbalement, 97. 

* tringlot, 102. 

* trink-hall, 260. 
tripotée, 58. 

' triturateur, 201. 
trois-six, 128. 
trôner, 119. 

* trottoirs-ruisseaux, 151. 
*troubade, 82. 
troublant,'68. 

* trucider, 184. 

* truculent, 184. 

* truquer, 119. 
tue-mouches, 165. 
tunnel, 258. 
turalène, 238. 

■ turbine-hélice, 151. 
turbiner. 119. 
turbo, 184. 
turbulence, 184. 
lurco, 261. 
turcophile, ?48. 
turf, 258. 
turgescence, 207. 



* turpe, 184. 
tuyau de poêle, 128. 
tuyauter, 120. 
typé, 94. 

" typo, 46, 261. 
typocliromie, 242. 
typolithe, 242. 
typolithographie, 242. 
typophonie, 242. 

* typotes, 46. 
typotone, 242. 
typiologie. 243. 
typtologique, 243. 
typtologue, 243. 
tyrannicide, 220. 

ultra, adj. et subst.. 229. 
ultra-chimique, 229. 
ultra-libéral, 229. 
ultra-pontin, 229. 
ultra-réglementaire. 229. 

* ultia-radical, 229. 
ultra-révolutionnaire, 229. 
ultra-royaliste, 229. 
ultra-violet, 229. 
ultra-zodiacal, 229. 
ululation. 184. 
unification, 199. 
uniloculaire, 219. 
unipare, 219. 
uniréfringent, 219. 

* unisonance, 87. 
unitarisme, -iste, 215. 
uranile, 236. 
uranium. 186. 

* uréide,\>38. 
utiliser, 218. 
utilitaire, 196. 

vagonnet, -ette, 101. 
valence, 44. 
valser, 120. 
vallonner, 120. 
vanadium, 186. 
vandalisme, 215. 
vanillé, 94. 
vanilline, 194. 
vantardise, 100. 
varicocèle, 2^3. 
vastitude, Î90. 

* vat-amont, 165. 

* va-te laver, 166. 
vauquelinite, 236. 

* védisme, 215. 
végétant, 68. 
veinard, 90. 
vélocifères, 220. 
vélocipède, 219. 
vélocipédiste, 215. 

' vélocipiqueijse, 221. 

* vélo-sport, 249. 

* veloutine, 112. 

* vélovoile, 248. 
vendémiaire, 196. 
ver rongeur, 128. 
vératriue, 194. 



300 — 



verbosité, 205. 
verdict, 258. 
véridicité, 205. 
vérificateur, 48. 
vermuth, 260. 

* verre-marbre, 151. 

* verre-vitre, 151. 
*verritioi], 199. 

' les Versaillais, 46. 

* verseuse, 49. 
vertigineux, 184. 
vesp;i?iennes. 43. 

* vestimental, 190. 
vexant, 68. 
viaduc, 220. 
victimer, 120. 
victorias, 44. 
vide-bouteilles, 165. 
vide-poches, 165. 
vignicole, 220. 
villégiature, 259. 
*villéliade, 189. 
violacées, 189. 

* violettiije, 112. 
viridine, 194. 

* vivacement, 124. 
viveur, 104. 
vivoter, 120. 
vocalique, 187. 



voiture de place, 127. 
'voiture-guérite, 151. 

* voiture-nacelle, 151. 

* voitures-salons, 152. 
volateur, 201. 
volontariat, 203. 
voltaïque, 187. 

* voltairianiser, 218. 
voltairianisme, 215. 
voltairien. 193. 
volvoce, 184. 

* vomito negro, 259. 
voyou, 105. 

* voyoucratie, 243, 248. 
vulgarisateur, 201. 
vulgarisation, 199. 
vulgariser, 217. 

wagon, 258. 

* wagon-cuisine, 152. 

* wagon-frein, 152. 

* wagon-glacière , 1.52 

* wagon-imprimerie, 152. 
wagonnet, 101. 

* wagon-table d'hôte, 152. 
warrant, 258. 

* water-closet, 258. 
waterproof, 258. 

' work-house, 258. 



yankee, 258. 

zéine, 194. 
zéphyrien, 193. 

* zéphirinej 110. 

* zirconium, 186 

* zoïdium, 194. 
zoobie, 242. 
zoobiologie, 242. 
zoochimie, 242. 
zooglyphite, 242. 
zoomagnétisme, 242. 
zoomorphe, 244. 
zoomorphisme, 242. 
zoonomie, 242. ' 
zoonosologie, 242. 
zoophage, 242. 
zoophagie, 244. 
zoophorique, 242. 
zoophyte, 242. 
zoophy tique, 242. 
zoophytographie, 242. 
zoosperme, 242.) 
zoospore, 242. 
zootaxie, 242. 
zootoraie, 242. 
zouave, 261. 

* zouzou, 261. 
zut, 68. 



FIN DE L INDEX. 



CORRECTIONS. 



Page 08, I. 2, parcours au sens général est ancien. 

P. 105, I. 25, supprimer /)isscita;. 

P. 108, 1. 22, sappr\mer gentilhommière. 

P. 112, I. 9, supprimer levantine. 

P. 159. A la liste des composés de dépendance on peut ajouter un certain nombre 
d'expressions qu'on peut entendre dans les restaurants et les cafés. Ces ex- 
pressions ont ce caractère particulier de présenter l'ellipse de la préposition, ad 
libitum. Ainsi: un bifteck aux pommes ou un bifteck-pommes; une absinthe 
à la gomme, ou une absinthe-gomme, et les analogues. 

P. 182, 1. 27, supprimer obsidional. 

P. 184, 1. 12, supprimer turbulence. 

P. 205, supprimer inaccessibilité, infatigahilité, insociabilité, libidinosité, prio- 
rité. 

P. 216, 1. 27, supprimer inventorier. 



TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES. 



INTRODUCTION. 
(Pages 1-40.) 

I. Nécessité d'étudier scientiflquement lo. langue contemporainej dans sa pho- 
nétique, dans ses formes grammaticales, dans sa syntaxe, dans les trans- 
formations de sens des mots, dans la création des mots nouveaux. — Cette 
étude a pour objet la création des mots nouveaux 1 

II. Du néologisme. Théories sur le néologisme au dix-septième, au dix-hui- 
tième et au dix-neuvième siècle 7 

III. Deux sortes de néologismes, les uns désignant des faits nouveaux, les 
autres désignant autrement des faits anciens. Les premiers sont nécessai- 
res ; les seconds relèvent de la critique, s'ils sont l'œuvre des écrivains, 
doivent être expliqués par la science, s'ils sont l'œuvre du peuple. Dans 
quelle mesure la langue littéraire doit combattre les néologismes popu- 
laires 32 

IV. Les procédés de création de mots nouveaux sont au noriîbre de trois : 
1. Formation française; 2. formation sauvante, latine et grecquej 3. emprunts 
aux langues modernes. De la la triple divisîôirdè' cet ouvrage. — Divi- 
sion de la langue française en langue écrite ou langue commune et en 
langue populaire. Distinction de la langue populaire et de l'argot 37 



PREMIÈRE PARTIE. — FORMATION FRANÇAISE. 

(Pages 41-167.) 

PREMIÈRE SECTION. — DÉRIVATION IMPROPRE. 

(Pages 41-68.) 

Chapitre premieb. Substantifs 41 

§ 1, Noms communs tirés de noms propres 42 

§ 2. Noms communs tirés de noms communs 45 

5^ 3. Noms communs tirés d'adjectifs 46 

5^ 4. Noms communs tirés de déterminatifs et de pronoms 49 

4^ 5. Noms communs tirés de verbes 49 

1 . Présent de l'indicatif 50 

2. Impératif. 54 

3. Infmitif. ^ 

4. Participe présent 56 

5. Participe passé ^6 

*î 6. Noms communs tirés de mots invariables 59 



— 304 -- 

Chapitre ii. Adjectifs 59 

§ 1 . Adjectifs tirés de substantifs 59 

§ 2. Adjectifs tirés de participes 62 

1 . Participes passés 62 

2. Participes présents 63 

Chapitre m. Pronoms, verbes, mots invariables 68 

DEUXIÈME SECTION. — DÉRIVATION PROPRE. . 

(Pages 68-124.) 

Chapitre iv. Observations générales sur la dérivation 69 

§ 1. Quelles conditions faut-il pour qu'un suffixe soit vivant 69 

§ 2. Extension dans l'application des suffixes aux thèmes 70 

-^-^ 3. Intercalation d'un ç, dun r ou d'un t entre le thème et le suffixe. . 72 

§ 4. Intercalation d'un suffixe secondaire entre le thème et le suffixe. .. 75 
§ 5. Influence exercée par les suffixes de la première conjugaison sur 

ceux des autres conjugaisons 76 

Chapitre y. Suffixes nominaux 78 

able 79 

ade 81 

âge 82 

aille 84 

ais, aise ou ois, oise ; aison 85 

al, el 86 

ant (and), ance 87 

and, ande, andier ; ard, arde 88 

as, asse, ace, ache ; is, isse, iche ; oche ; uche 91 

âlre ; aud ; é, ée ; ée 92 

eau, elle : ereau, erelle ; ement 95 

erie 97 

esse, ise ; esse 100 

et, ettc; ot, otte 101 

cur; eur, euse; eux, euse 102 

eux, euse; ien, ienne 105 

ier, ière 106 

ille 109 

in, ine ; ine 110 

oir, oire 112 

on 113 

té; u 114 

ure 115 

Chapitre vi. Suffixes verbaux 115 

er 115 

ailler, iller, eronner, ocher, oter otter 120 

Chapitre vu. Suffixe adverbial (en ment) 121 



TROISIÈME SECTION. - COMPOSITION. 
(Pages 124-167.) 

Chapitre vui. Juxtaposition 124 

A quoi reconnaît-on un juxtaposé? 124 

§ 1. Juxtaposés formés d'adjectifs et substantifs (l'un qualifiant l'autre). 125 
Particularités que présentent les mots monsieur, madame et mademoi- 
selle 125 



— 305 — 

§ 2. Juxtaposés formés de substantifs et substantifs (ou verbes: l'un ré- 
gissant l'autre) 127 

§ 3. Locutions par juxtaposition, avec synecdoque ou métapiiore 127 

r.riAt'iTRE IX. Composition à l'aide des particules ]28 

à 129 

après, arrière, avant 130 

bien, contre 131 

de, dé (dès) 133 

é (es), en (em) 137 

entre 139 

mal, mes, moins, non, outrç. par, pour, plus 140 

presque, re 141 

sans, sous 144 

sur 145 

sus, très 146 

( iHAi'iTRE X. Composition proprement dite *. 146 

§ 1 . Composition par apposition 1 47 

§ 2. Composition avec génitif ou datif (composés de dépendance) 156 

§ 3. Composition avec l'impératif 161 



UEUXIEME PARTIE.- FORMATION LATINE ET GRECQUE. 
(Pages 169-249.) 

PREMIÈRE SECTION. — FORMATION L.\TINE. 

(Pages 169-229.) 

Chapitre xi. Vues générales sur la formation latine 169 

Histoire de la formation latine 169 

La formation latine et la langue de nos classiques 174 

La formation latine et la langue commune 17Jj 

, î.a formation latine et la langue populaire ju^U^^ 

(Chapitre xii. Emprunts faits au latin 177 

Chapitre xiii. Dérivation latme 184 

§ 1 . Suffixes nominaux formés de voyelles 185 

eus ea eum (œum), lus. . . ; 185 

ia ium, uns ... 186 

§ 2. Suffixes nominaux formés de consonnes simples 186 

G : acus, Icus ica 186 

ïcus ïca 187 

aceus 188 

D : as adis, eis eidis, idœ 189 

tudo 190 

L : alis 190 

olus ola olum 191 

ulus ula ulum 192 

ibilis 192 

N : anus ana 192 

inusina 194 

tionem sionem". 193 

R : aris 195 

ator sor, atura sura, alorius sorius, ationcm sionem (noms en 
ateur seur, ature sure, atoire, toirc, ature) 19 

20 



— 306 — 

S : osiis 'i02 

T : atus (é, at, ate) 203 

ilatem 204 

V' : ivus 205 

§ 3. Suffixes nominaux formés de deu.v consonnes combinées. 206 

LL : ellus, illus 206 

ND : andus endus, bondus 206 

NT:ant(em) ant(iam), enl(em) ent(iam), esc-enl(em) esc-ent(iam) 

mentum 207 

se : iscus 207 

SM, Sï : ismus, ista ^ 208 

§ 4. Suffixes verljaux : er, iser 216 

Chapitre xiv. Composition latine 218 

Composés synlactiques et asyntactiques . 218 

^ Composés avec particules : 221 

ab, ad, anle, circum, cis 221 

cum, contra, dis, ex, extra 222 

in (préposition), in (négation) .•. . 223 

infra, inter 226 

intra, intro, ob, paene, per, parum, post, prœ 227 

prœter, pro, quasi, re, sine, sub 228 

super^ supra, trans, ultra 22,9 

DEUXIÈME SECTION. — FORMATION GRECQUE. 

(Pages 230-249.) 

Chapitre xv. Vues générales sur la formation grecque, dérivation, composi- 
tion 230 

§ 1. Historique et caractères généraux de la formation grecque 230 

§ 2. Dérivation : suffixes ie, ose, ite ; nomenclature chimique 235 

§ 3. Composition grecque 238 

§ 4. Abus de la formation grecque 246 



TROISIEME PARTIE. — EMPRUNTS AUX LANGUES 
MODERNES. 

(Pages 25C-261.) 

Chapitre xvi et dernier 251 

Vues générales 251 

Emprunts à l'anglais 253 

Emprunts à l'italien 258 

Emprunts à l'espagnol, au portugais, à l'allemand 259 

Emprunts aux langues slaves, aux langues de l'Afrique 260 



CONCLUSION. 

(Pages 263-277.) 

Statistique des procédés de formation français, latins et grecs 263 

La langue de formation savante constitue une langue étrangère au milieu de 
la langue française. Danger qui résulte pour le français de cet état de 
choses 267 



— 307 — 

l,;i ruriimlioii latine tepcmliuil a été légitime et nécessaire 'i7'i 

l'oiit-on en altcniier les eflcts et comment? 'J7Ii 

La formation grecqne est amenée par le ticveloppcmcnt des sciences 274 

Antinomie entre la science et le langage 275 

Index des mois nonv(îanx cites dans l'ouvrage 277 

COBBECTIONS 301 



KIN ])K LA TABLE DES MATIERES. 



■|'y|)Of.Ta[)hie Laliin'<>, ruo <io Fli-iiriis, <), ii Paris- 



BINDING SECT. OCT \ 4 1980 




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