(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire, depuis la renaissance des sciences en Europe jusqu'au dix-neuvième siècle; description des grandes épidémies de délire, simple ou compliqué, qui ont atteint les populations d'autrefois et régné dans les monastères. Exposé des condamnations auxquelles la folie méconnue a souvent donné lieu"

Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



/^^// 09s:)./ 




HARVARD 

COLLEGE 
LIBRARY 



DE 



LA FOLIE 

CONSiDiRte SimS U POINT DB VUE 

PATHOLOGIQUE 9 PHILOSOPHIQIJE, HISTORIQUE 

ET JUDICIAIRE. 



e 



DE 



LA FOLIE 



consmi^Ris sovs ib point db vue 

PATHOLOGIQUE, PHILOSOPHIQUE. HISTORIQUE ET JUDICIAIRE, 

DEPUIS LA RENAISSANCE DES SCIENCES EN EUROPE 

Jusqu'au dix-nbovi^mb siAclb; 

DESCRIPTION DES GRANDES ÉPIDÉMIES DE DÉLIRE 

Simple ou compliqué, qui ont atteint les Populations d'autrefois 
et régné dans les Monastères. 

EIPOSÉ DIS COmUATlOHS AIIIQIIBLLES LA FOLIE IÉC01I1I1IE A SOlUfENT DONNÉ LIED. 

Par L.-F. GAUHEIL, 

POGTICR BH MÉDCCIKH OC I A P*CrLT& DB P4RIS , îiîSpBCIIf DB LA HAISON DBS AUSNM DB CHAkEMTOX , 

NBIIBBB DE LA Li6I0;(-D*H0:iXBUB. 

Il est bon de dérouler les archives de la folie 
et de montrer à la raison ses écarts pour lui 
apprendre à étiter le danger des écueils.. 



TOME DEUXIÈME. 



^A PARIS, 

CHEZ J.-B. BAILLIÈRE, 

LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE, 

BDB DB li'ÉCOlB-VE-IliVBClIIB, 17. 

A LONDRES, CHEZ H. BAILLIÈRE, 219, REGENT-STREET. 

1845. 




i LU 



. 1 



• ■ I 




•■.- \ 



• 4 .^ -. ' 



I 
é 

f 



• > :\ ; ' \ 



' —• /? 



TABLE 



DES LIVRES, DES CHAPITRES ET DES PARAGRAPHES 



CONTENUS DANS LE TOME SECOND. 

I 



LIVRE QUATRIÈME. 

Dfi LA FOLIS GOIf SlDÉRéE KV DIX-SBPTIÈME SIÈCXE 1 

CHAPITRE TROISIÈME. 

Suite des faits dont rinterprétation a été mal saisie pendant le cours du dix- 
septième siècle Jbid, 

5 1er. _ Démonopathie des bénédictines de Madrid Ibid. 

$ II. — La démonopathie, Thystérie, la catalepsie, etc., atteignent les 
ursulines et les séculières à Loudun. Les mêmes accidens éclatent 
à Chinon et à Nîmes. — La démonopathie sévit sur plusieurs exor- 
cistes. — Folie de ^Mannouri/ du lieutenant Chauvet 7 

A. — Folie des ursuUnes. Supplice de Grandier Jbid, 

B. — L'hystéro-démonopathie atteint les séculières, à Loudun 42 

C. — La démonopathie atteint des femmes séculières, à Chinon 45 

D. — Apparition de la démonopathie dans les terres du pape et dans 

le midi de la France 47 

E. — Démonopathie du père Lactance 54 

F. — Démonopathie du père Surin 56 

G. — Démonopathie du père Tranquille 64 

H. — Démonomanie du père Lucas 68 

I. — Hallucinations de Mannouri 69 

J. — Lypémanie du lieutenant civil Chauvet 76 

S m. — Dix-huit religieuses sont atteintes d'hystéro-démonopathie , à 
Louviers. — Le parlement de Rouen condamne un prêtre au sup- 
plice du feu. — Le cadavre du curé Picard est aussi jugé et con- 
damné à être brûlé sur la place publique. 73 

5 IV. — L'hystéro-démonopathie extatique règne comme épidémiquement 

à Auxonne 132 

S V. ~ Quatre-vingt-cinq démonolâtres sont brûlés à Elfdalem,en Suède. 140 

S VI. — Affaire de La Haye-Dupuis. Le délire de la sorcellerie donne lieu 
à un procès où plus de cinq cents villageois sont compromis et 
dix-sept condamnés à la [^peine de mort. Cassation de Tarrêt ; 
célèbre remontrance du paiiement de Rouen à Louis XIV 143 

ToHE II. a. 



TI TABLE DES LIYRES, DES CHAPITRES ET DES PARAGRAPHES. 

S VII. — L'hystérie defemie coitagiaMe parmi les Jeunes garçons et les 
petites 011es qui peuplent lliospice des Orphelins , à Hoom, 
est attribuée à Tinfluence des démons sur le corps de ces enfans. 156 

S V111. ~ La choréomanie (monomanie de la danse) règne épidémiquement 
en Allemagne. Le tarentisme de la Fouille constitue une variété 
de la choréomanie. Les Jumpers ou Sauteurs sont affectés de 
théo-choréomanie 159 

S IX. — L'hystérie compliquée de trouble dans les fonctions intellectuelles 

tend à devenir contagieuse dans les environs de Toulouse 171 

S X. — Démonopathie des GUes des environs de Lyon. Gnquante dévotes 
sont atteintes en même temps de délire partiel à Saint-Ëtienne. 
— Prétendue possession de Marie Volet 18^ 

LIVRE CINQUIÈME. 

De LA FouB consiDéaiE AD DIX-nVITliHI SlàCLB 1 0^ 

CHAPITRE PREMIER. 

État de la pathologie mentale pendant le cours du dix-huitième siède Ibi^^' 

CHAPITRE SECOND. 

Des fiiits principaux dont Tinterprétation n'a pas toujours été bien saisie au 
dix-huitième siècle 242 

$ |«c, ~ La théomanie extato-convulsive r^e épidémiquement parmi les 
calvinistes dans le Dauphiné, le Vivarais et les Cévennes. Des 
milliers de vUlageois, croyant obéir à la volonté du Saint-Es- 
prit, se font écraser par les soldats et finissent par leur opposer une 
résistance forcenée ibid, 

$ II. — Aboiemons (maladie de laira) des filles du comté d'Oxford. Mian- 

kmens épidémiques dans un couvent des environs de Paris 310 

S IIL - Uh^-stérie» IVxtase, le dairt de la théomanie régnent épidémi- 
quement parmi les Jansénistes j^ppeloiu, à Paris. 313 

j; l\\ _ La démonopathie conpUqnée de sonnambulisme devient conta- 

gieuse dans la commune de Landes, près de Bayen 400 

$ V. — La démonopathie s^empaiY qoelqneAHS anssi des néoi^iytes oon- 
WffUi au eatholkîsme par ks misswnialres* Cas de possession 
pr^lMdiie otkMTTé ea OodOncIdBe. 417 

S VI - Le vai^iIrlsiM drrtal <pidéml f i e ca PokigM, ca Hongrie, en 

Mortvie,elc. 425 

^ Vit .. u M(rt iMttsIlokt qne ptt^ttpaiMsIe magnétisme est mé- 
t^nu IMMT MtKmiHr, fÀ ^trikme è tacani drn tnide mÉfcrsel 



TAMJt DES LIYEESy DES CHAPITRES ET DES PARAGRAPHES. YII 

les aoeidens conrulsifs, les phénomènes sensiUfs, toutes les mo- 
difications fonctionnelles qui prennent naissance autour de ses 
baiiuets. Sylvain Bailly fait Justice, dans un rapport admirable, 

des prétentions de Mesmer 434 

VIII. — Les disciples de Mesmer provoquent sur quelques malades une 
sorte de somnambulisme extatique, qu'ils attribuent aussitôt à 
Vaction d'un agent magnétique. De nouvelles erreurs menacent 
la pathologie encéphalique et la pathologie mentale 402 



FIN DE LA TABLE. 



I 






LIVRE QUATRIÈME. 



DE l\ FOLIE CONSIDÉRÉE AU DIX-SEPTIÉIWE SIÈCLE. 



CHAPITRE TROISIÈME, 

SUITE DES FAITS DONT l'iNTERPRÉTATION A ÉTÉ MAL SAISIE PENDANT 

L« COURS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. 

SI. 

Démonopathie des Bénédictines de Madrid. 
Oe 1628 à 1631. 

Vers 1628, presque toutes les bénédictines qui peuplaient 
nn couvent de Madrid furent en proie à une affection ner- 
veuse qui finit par dégénérer en une véritable folie. Llo- 
rente donne quelques détails sur cet événement dans son 
ouvrage sur Finquisition d'Espagne (1). 

« Une affaire qui fit beaucoup de bruit dans le monde , 
imprime-t-îl , occupa alors à Madrid le conseil de la Su^ 
prême. Il avait été fondé dans cette ville un couvent de re- 
ligieuses de Saint-Benoît , sous Finvocation de sainte Pla- 
cide... La maison eut pour premier directeur spirituel 
et pour confesseur François Garcia, religieux du même 
institut , qui passait dans son ordre pour un homme plein 

(t) Llorente, ffUt crit dcl'inquis. (VEsp., t. 3, p. 484. 

TOHB II. 1 



i tITRB nr. — DIX-SEPTÎÈME SliCLE. — CHAP. III. 

de savoir et de sainteté. Dona Thérèse de Sylva, qui avai 
eu la plus grande part à la nouvelle fondation, en fut nom- 
mée supérieure quoiqu'elle n'eût alors que vingt- six ans : 
distinction qui fut comme le prix des soins qu'elle s'était 
donnés pour l'établissement d'une maison qui devait soa 
existence aux libéralités de sa famille et du protonotaire 
d'Aragon qui l'avaient fondée pour elle. La communauté 
fut composée de trente religieuses qui paraissaient toutes 
vertueuses et avoir embrassé la profession monastique de 
leur plein gré.... Mais pendant que le nouveau couvent 
jouissait de la plus grande réputation, les actions, les gestes 
et les paroles d'une religieuse firent croire qu'elle était 
dans un état surnaturel. François Garcia eut recours aux 
exorcismes : le 8 septembre 1628, on annonça qu'elle était 
énergumène. Peu de temps après , plusieurs autres reli- 
gieuses se trouvèrent dans le même état, et, le 28 décem- 
bre , l'abbesse fondatrice du couvent , dona Thérèse , y 
tomba elle-même ; le même accident arriva presque aussi- 
tôt k quatre ou cinq autres religieuses : enfin, sur trente filles 
qui composaient la communauté, vingt-cinq furent atteintes 
de cette espèce de contagion. On peut juger des choses 
extraordinaires qui durent se passer au milieu d'une com^ 
munauté de trente femmes enfermées dans une seule mai' 
son avec vingt-cinq démons, vrais ou supposés, en posses- 
sion de leurs corps. L'un d'eux, nommé Peregrtno, était 
leur chef commandant» et tous les autres lui obéissaient. 
Il y eut des consultations, sur l'état de ces filles^ entre des 
hommes savaus et respectables par leurs vertus ; tous pen- 
sèrent que les religieuses étaient véritablement possédées. 
Leur confesseur répétait tous les jours ses exorcismes , et 
comme les accidens extraordinaires étaient fréquens, non 
j^ulement il entrait dans le couvent, mais il passait encore 



DE1I0N0PÀTHI& W& oéNÉDlCTlNES A Xil>lltll. S 

les nuits et les jours pour renouveler les conjurations ; il 
prit même à la fin le parti d'apporter le saint sacrement 
dans la salle où la communauté se réunissait pour vaquer 
au travail, et Ton y fit des prières de quarante heures. Une 
scène aussi singulière dura trois ans, et il serait difficile de 
dire quand elle aurait fini, si Tinquisition, informée de ce 
qui se passait, ne s'en fût mêlée. En 16âl elle fit traduire^ 
dans les prisons secrètes de Tolède, le confesseur , Tab* 
besse et quelques-unes des religieuses que Ton dispfurs^ 
quelque temps après dans divers couvens. François Gar«* 
da fut dénoncé comme hérétique illuminé^ et Ton ajouta 
que les religieuses avaient voulu cacher leur état ( d'illu-* 
mination ) en feignant d'être possédées. 

Après plusieurs incidens... et lorsqu'on eut présenté an 
roi quelques requêtes,»» l'affaire fut jugée. Le eonfesseur 
et les religieuses furent déclarés suspects d'être tombés 
dans l'hérésie des Ulummés.., On fit subir h eelteih^i dî* 
verses pénitences , et on les distribua dans d'autres cou^ 
vens : l'abbesse fut exilée et privée du .droit de délibérer 
pour quatre ans, et de celui de voter pendant hu}t années^ 
Ce délai écoulé, elle rentra dans le couvât de Sainte* 
Placide, et il lui fut ordonné par ses chefs, sous peine de 
désobéissance, d'avoir recours au conseil de la Suprême et 
de demander la révision de son procès, L'abbesse obéit , 
en exposant qu'elle le faisait non pour l'honneur de sa per-^ 
sonne, mais pour celui de toutes les religieuses et des au* 
très maisons de Tordre de Saint-Benoit,,. 

La requête de dona Thérèse respire la candeur et l'hu^ 
milité. Après avoir raconté les accidens qui étaient arrivés 
k trois de ses compagnes , elle îgouta : t Quand je com- 
mençai à me trouver dans cet état , j'éprouvai dans mon 
intérieur des mouvemens si extraordinaires, que je jug;eai 



4 LIVRE lY. — DlX-SfiPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

que la cause n'en pouvait être naturelle. Je récitai pi 
sieurs oraisons, en demandant à Dieu qu'il me délivra 
d'une peine si terrible : voyant que mon état ne changeai C 
pas, je priai plusieurs fois le prieur de m' exorciser ; comm^ 
il ne voulait pas le Taire , il cherchait à m'en détourner, et 
me disait que tout ce que je racontais n'était qu'un effet 
de mon imagination : je faisais tout ce qui dépendait de 
moi pour le croire, mais le mal me faisait bien éprouver le 
contraire. Enfin le jour de Notre-Dame, le prieur prit une 
étole, après avoir fait plusieurs prières, et demanda à Dieu 
qu'il me fit connaître si le démon était dans mon corps, 
en le découvrant, ou de faire passer ces douleurs et cette 
peine que j'éprouvais intérieurement. Longtemps après 
qu'il eut commencé les exorcismes , et pendant que je me 
trouvais heureuse de me sentir libre , car je n'éprouvais 
plus rien , je tombai tout d'un coup dans une espèce d'a- 
néantissement et de délire, faisant et disant des choses 
dont je n'avais jamais eu l'idée dans ma vie. Je commen- 
çai à éprouver cet état lorsque j'eus mis sur ma tête le bois 
de la croix, qui me sembla aussi pesant qu'une tour ; cela 
continua ainsi pendant trois mois , et je me trouvai rare- 
ment dans mon état naturel. La nature m'avait donné un 
caractère si tranquille que , même dans mon enfance , je 
n'avais rien de cet âge , et que je n'aimais ni les jeux , ni 
les vivacités, ni les mouvemens qui lui sont ordinaires. 
D'après cela on ne pouvait s'empêcher de regarder comme 
une chose surnaturelle qu'étant arrivée à vingt-six ans, et 
à être religieuse et même abbesse , je fisse des folies dont 
je n'avais jamais été auparavant capable... 

» Il arrivait quelquefois que le démon Peregrino (c'est- 
à-dire la sœur possédée par ce diable, qui jouait le rôle de 
supérieur des diables) se trouvait dans le dortoir du se- 



6 LITRE IT. — ]>IX-SBmÈIIB SIÈCLE. — CHAI». III. 

dant d*oBHr un certain degré dMntérêt. Nous notons d'a- 
bord la tendance contagieuse d*une maladie qui atteint 
tout de suite vingt-cinq filles sur trente qui représentent 
le chiffre total de la population du coûtent. Les choses 
étranges qui se passèrent au milieu de ces énet^umènes 
ne sont pas décrites par Llorente ; il ne rapporte pas non 
plus le texte des divagations auxquelles les religieuses de 
Sainte-Placide se laissaient aller ; mais , d'après le dire de 
dona Thérèse , les propos et les actes des malades suffi- 
saient que de reste pour caractériser un état de folie. Il 
est hors de doute encore que les conversations des religieu- 
ses roulaient principalement sur les maux qu'elles croyaient 
devoir attribuer à l'incîtation des malins esprits. Ces filles, 
à en juger par la relation de la supérieure, éprouvaient 
intérieurement des sensations , ou , comme le disait dona 
Thérèse , des mouvemens terribles ; il est clair aussi 
qu'elles s'imaginaient pouvoir deviner ce qui se passait 
loin d'elles , et lire dans la pensée les unes des autres ; 
puisque l'abbesse , sans obéir à aucune hallucination vo- 
cale , s*empressait de quitter le parloir en disant : le dé- 
mon Peregrîno exige que je me rende auprès des énergu- 
mènes, et qu'elle croyait déjà, avant d'arriver parmi ses 
compagnes, connaître parfaitement le sujet de leur con- 
versatton. Enfin ces bénédictines tombaient probablement 
par instans dans des transports extatiques , car elles furent 
surtout condamnées comme iUuminées. La maladie de 
Madrid représente incontestablement le type de celle qui 
affligeai presque immédiatement après les filles de Loudun^ 
de Louviers, d'Auxonne, de Toulouse, des Landes; on 
n'oubliera pas que les religieuses espagnoles furent accu- 
sées par leurs compatriotes de jouer la comédie , et qu'on 
leur infligea àës ch&ttmens corporels injustes , ûu lieu de 



BéMOKOPÀTHIE B£S DRSUUWES A L0l71»ra. 7 

\) itt Mumettre à qudque traitement ratîoDDel. Les filles de 
ij Siiflt-Benoit » par eKtraordioaire , ne formulèrent aucune 
Y jiifliiite contre leur confesseur; Finquisitian s'abstint, de 
, soa côté 9 de poursuivre Garcia comme magiden. En le 
déclarant atteint du soupçon d'hérésie de ve/iementi^ Viar 
qflisitioa dut céder à des vues d'utilité sociale; toutefois, 
il n'est pas démontré que, dans le principe, Garcia ait 
contribué t par l'exaltation de ses doctrines, à provoquer 
le bouleversement des focultés morales et intellectuelles 
de ses pénitentes; «t, en bonne justice, la responsabilité 
du mal qu'il leur fit pendant trois ans , par la continuité 
de ses exordsmes, ne devait pas peser tout entière sur 
sa personne; car les plus doctes théologiens d'Espagae » 
dont on avait pris les avis , avaient unanimement déclaré 
la possession réelle, et reconnu la nécessité d'attaquer les 
diables par les formules adoptées en cas pareils par l'Eglise» 



SU. 



U éémonopatliie, rhystérie, la- catalepsie, etc., aUeigneiit les «rsuliiifis «t ïH 
séculières à Loudun. Les mêmes accidcDS éclatent à Chinon cl à Nîmes. — La 
démonopalMe sévit sur plusieurs exorcistes. —Folie de Mannouri, du fientenant 
ChameC. 

Be 1632 à 1639. 

A. — Falie êm ursaUtt». Silipiioe âeCraBdier. 

L'institut des filles de Sainte^Ursule prit naissance en 
Italie vers le milieu du seizième siècle, sous le patrooi^ 
de la iMenlieureuse Angèle de Bresce. £n 1611 , Madeleiiie 
Laillier, dame de Sainte-Beuve , introduisit le même ordre 
à Paris, et en 1626, plusieurs nobles filles du Poitou, de 
la Saintooge et de la Touraine se réunissaient À Iioudun 



8 LIVRE IV. ^ DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

pour former une communauté d'ursulines. La prieure di^ 
ce nouveau couvent avait nom parmi le monde , pour par* 
1er le langage de T Église, Jeanne de Belfiel ; elle était issue 
de la maison du baron de Gose. Au nombre des simples 
religieuses, on voyait figurer madame Claire de Sazilli, 
parente de Richelieu ; les deux dames de Barbezier, de b 
maison de Nogeret ; madame de la Mothe , fille du marquis 
de Baracé; les deux dames d'Ëscoubleau, de la maison de 
Sourdis. Ces dames ne le cédaient à aucune personne de 
leur sexe pour la culture de Tesprit, la politesse des ma- 
nières , le soin qui avait présidé à leur éducation. Toutes 
se vouèrent , en se conformant aux règles de leur ordre , à 
rinstruction des jeunes filles qui leur furent confiées à 
titre de pensionnaires ou d'externes. La communauté, sans 
être richement dotée , se trouvait à même de faire face à 
ses dépenses et à ses besoins. Un dérangement subit sur- 
venu dans la santé de plusieurs religieuses attira bientôt 
Tattention publique sur les ursulines de Loudun. La maladie 
de ces filles était assez étrange pour imposer à la crédulité 
du temps; seize religieuses en proie au délire de la diable- 
rie se plaignirent tout à coup d'être possédées , obsédées 
ou maléficiées par de nombreux démons. Le clergé parait 
avoir cru sérieusement à la possession des ursulines de 
Loudun ; les écrivains protestans ont soutenu que ces reli- 
gieuses s'entendaient avec les ennemis d'un homme dont 
on avait décidé la perte, et qu'elles n'avaient jamaii^ 
éprouvé les symptômes d'une véritable monomanie con- 
vulsive. Cette calomnie est réfutée par le seul exposé dei! 
faits, quelque défigurés qu'ils soient, que l'on trouve con 
signés dans les récits des exorcistes et dans tous les mé 
moires qui traitent de Faifaire d'Urbain Grandier. 
L'on peut regarder comme certain que la maladie dei 



DÉMONOPATHIE DES URSULINES A LOUDUN. 9 

^ * orsulines de Loudun s'annonça d'abord par des hallucîua- 
P* tioDS. Il est constaté que dès le printemps de 1632 plusieurs 
^ sœurs se plaignaient d'être obsédées la nuit par des spec- 
P* im. Il leur arrivait de quitter leur lit, de s'échapper des 
^ dortoirs, de parcourir les corridors, les chambres des pen- 
'' sionnaires, et même de monter sur les toits. Peut-être le 

# 

^ somnambulisme se mêlait-il aux aberrations qui consti- 
' tuaient un commencement de délire. Ces accidens étaient 
attribués par les religieuses à l'apparition de leur premier 
confesseur récemment décédé. Elles accusaient ce prétendu 
revenant de leur porter des coups dans l'obscurité et naon- 
traient à leurs compagnes les contusions qu'elles-mêmes 
probablement se faisaient à leur insu pendant les paroxismes 
nocturnes. Une nuit le spectre du défunt prêtre fit entendre 
à une religieuse des paroles peu édifiantes , et la sollicita 
par des caresses impudiques. Elle tremble, crie, appelle, 
invoque le nom de Jésus. Personne ne l'assiste. Son corps 
est inondé de sueur, elle se débat contre le fantôme et perd 
connaissance. Ce narré , a-t-il été dit , rappelle l'accom- 
plissement de l'acte vénérien. Peut-être ; mais il ne prouve 
pas que la couche de la religieuse ait été souillée. A toute 
minute, pendant la démonopathie de Louviers, des scènes 
pareilles se renouvelaient en plein jour sous les yeux de 
toute la conununauté. Combien de béates ont sérieusement 
cru être mariées à des anges, à des chérubins ! Du reste , 
au bout de quelque temps les hallucinations des ursulines 
de Loudun devinrent permanentes ; ces énergumènes dé- 
posèrent devant la justice : que pendant quatre mois Urbain 
Grandier s'était introduit dans leur maison de jour et de 
nuit, sans qu'on sût comment il pouvait y entrer; qu'il se 
présentait à elles lorsqu'elles étaient debout , vaquant à 
l'oraison, qu'il les sollicitait au mal; qu'elles étaient frap- 



10 UTRK IV. — DIX*WPTI&II£ 81ÀGLB. -^ €HAP. 111. 

pées par quelque diose qu'elles ne voyaieat pas ; que las 
marques des coups étaient si visibles « que les médecins «C 
cbirurgiens les pouvaient facilement reconnaître ; que coi 
accidens avaient commencé par Tapparition du prieur 
Moussant, leur ancien directeur de conscience (1). Il eit 
clair que les caractères de la folie des ursulines se des»- 
uaient avec une rapidité toujours croissante. 

Bientôt madame de Belûel fut prise de convulsions hys- 
tériques violentes, et l'explosion des phénomènes hystéri- 
ques se compliqua sur madame de Sazilli d'une horrible 
perversion de tous les sentimens religieux et de tous les 
sentimens honnêtes. Le diable fut accusé de produire ces 
tourmens qui affligeaient la communauté; des carmes, des 
confesseurs s'empressèrent autour des énei*gumènes; on 
entreprit de conjurer les démons; l'exaltation des reli* 
gieuses dégénéra en fureur. 

Le 11 octobre 1632 le bailli et le commissaire civil de 
Loudun furent témoins pour la première fois des attaques 
convulsives de la prieure et d'une sœur laie. Madame de 
Belfiel poussa des cris plaintifs, se tordit dans son Ut et fit 
mille extravagances. Il semblait , à en juger par ses con- 
torsions, par la nature de ses actes, qu'elle fût hors de son 
bon sens. Elle avala avec peine quelques aiimens liquides 
dans un moment de calme et retomba aussitôt dans des 
crises nerveuses. Madame du Magnoux^ étendue dans un 
autre lit du dortoir, présenta, à peu de chose près, la même 
série de phénomènes morbides. A partir de cette date , il 
ne se passe pas un jour peut-être sans que les religieuses 
soient soumises à des exorcismes ou privés ou publics 
• de plusieui*s heures , et il n'y a [dus moyen de reproduire 

(!) De la Ménarday, Examen et discussion erit. de Vhistoire des diables de 
laudun^ lÂàet, 174S, w 12, de te flagella A la f. 160. 



DÉHOMOPAïaiB DES URSULINfiS A LOUOUH. 11 

^ 1 Mites les scènes extravagantes qui se snccèdent parmi ces 
^ iBei^nmènes. 

' /» Telle religieuse provoque les exorcistes par des gestes 

^ lascifs, par des postures obscènes, par un débordement de 

^ paroles sales et ordurières. Telle autre , couchée sur le 

^ venfre, les bras tordus sur le dos, les jambes relevées vers 

l'occiput, défie de la sorte le prêtre qui la poursuit avec 

' le saint sacrement. Celle-ci, courbée en arrière, pliée en 

^ double, affecte de marcher la nuque posée sur les talons. 

' Celle-là imprime à sa tête des mou vemens étranges. « Je vis 

une chose qui me surprit beaucoup, conresse le père Surin, 

et qui était ordinaire à toutes les possédées ; c'est qu'étant 

reaversées en arrière, la tête leur venait aux talons, et 

elles marchaient ainsi avec une vitesse surprenante et fort 

longtemps. J'en vis une qui étant relevée se frappait la 

poitrine et les épaules avec sa tête, mais d'une si grande 

vitesse et si rudement, qu'il n'y a au monde personne, pour 

agile qu'il soit, qui puisse rien faire qui en approche.... 

Quant à leurs cris, c'étaient des hurlemens de damnés, de 

loups enragés, de bêtes horribles. On ne saurait imaginer 

de quelle force elles criaient. Il n'y avait rien en cela non 

plus que dans tout le reste qui fût humain (1). » 

Souvent la langue des énergumènes pendait hors de la 
bouche ; mais la noirceur, la tuméfaction et la dureté de 
cet organe disparaissaient aussitôt qu'il était rentré dans 
b cavité buccale. 

Plusieurs malades présentaient par instans les signes 
de l'extase et de la catalepsie. On lit dans Touvrage de 
la Méaarday : « Un autre jour elles se distinguaient par 
leur souplesse*^. Dans leurs assoupissemens elles deve- 

(1; De la Ménarday, ouvrage cité, p. 351. 



12 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CflAP. III. 

naient souples et maniables comme une lame de plomb, ej 
sorte qu'on leur pliait le corps en tous sens, en devant, en 
arrière, sur les côtés jusqu'à ce que la tête touchât par 
terre; et elles restaient dans la pose où on les laissait jus- 
qu'à ce qu'on changeât leurs attitudes (1). » 

Le trouble des facultés intellectuelles et affectives, les 
actes de déraison, les phénomènes musculaires s'obser- 
vaient surtout pendant les exorcismes et au moment de la 
communion. Dans les intervalles de repos, les malades 
s'efforçaient de se rattacher aux exercices de la prière ; de 
reprendre leurs habitudes de travail et le maintien qui 
convient à des filles de leur rang et de leur profession. 
Presque toujours l'arrivée d'un exorciste suffisait poui 
bouleverser de nouveau le système nerveux de ces infortu 
nées. A peine Satan était-il conjuré que Ton n'entendai 
plus que blasphèmes et imprécations. Alors les ursulines s( 
levaient, passaient leur pied par dessus la tête, écartaîen 
les jambes au point de s'asseoir sur le périnée, cher- 
chaient à arracher le ciboire de la main des prêtres, et ai 
grand scandale des mœurs, voulaient se livrer sur elles 
mêmes à des attouchemens révoltans pour la pudeur e 
pour la religion. 

Quelques sœurs, dont la maladie est surtout caractérisé 
par la persistance et le retour d'hallucinations visuelles 
attribuent leurs visions à la présence et à l'obsession de 
esprits malfaisans. La même malade aperçoit quelquefoi 
jusqu'à trois démons autour de sa personne. 

Les religieuses qui se disent possédées ressentent dan 
la tête, dans l'estomac, dans la région du cœur, vers 1 
front ou vers la tempe des sensations d'une nature parti 

(I) De la Ménarday, ibid., p. 479. 



:i 



BÉMONOPATHIE DES UltSULlNES A LOUDUN. 13 

colière qui lenr font supposer que ces parties sont occupées 
ehaeime par un démon. Madame de Belfielestépouyéepar 
f ttfit diables ; madame de Sazilli par huit ; madame de la 
ff Hothe par quatre ; la sœur Elisabeth par cinq (1) • Ma- 
dame de Belfiel, tout en répondant aux questions des 
exorcistes, entend parler un être vivant dans son propre 
corps, se figurant qu'une voix étrangère émane de son 
pharynx. Aussi toutes les paroles des énergumènes sont 
censées proférées par les démons. Ce sont les diables qui 
jurent, qui crient, qui hurlent, qui tempêtent, qui lancent 
des imprécations contre le ciel et la divinité; Asmodée, 
Léviathan, Isaacaron ont des timbres de voix distincts. Cha- 
que esprit contribue plus ou moins à Textravagance des 
actes auxquels se livrent les énergumènes ; tel démon agite 
la face; tel auire pousse la langue jusque sur le menton ; 
celui-ci oblige la fille à imprimer des mouvemens brusques 
à ses épaules, à se rouler sur le carreau ; un autre la jette 
dans des accès de fureur. Le calme revient-il, la raison 
reprend-elle momentanément quelqu'empire sur la volonté, 
les sensations morbides permettent-elles à la démoniaque 
de goûter quelques heures de repos ; la possédée se per- 
suade que les suppôts de Satan se sont éloignés. Souvent 
les malades prétendent, hors le temps des exorcismes, ne 
plus conserver le souvenir des discours qui leur sont jus- 
tement attribués par ceux qui assistaient à ces cérémonies. 
Cependant tous les souvenirs ne sont pas nécessairement 
effacés du moment où l'énergumène en a fini avec Fexor- 
ciste. Plus d'une fois des démoniaques ont refusé le pain 
de la communion dont elles se croyaient indignes après ce 
qui s'était passé pendant que le prêtre interpellait les dia- 

•1) la démonomanie de Loudun^ In-fi, La Flèche, 1634, p. 57 et siifv. 



14 LtVEl tV. — DlXTgEMltHE ftlàCLB. •«- CBAP. Ht. 

bles. Plus d'une ursuline a regretté, en faisant on retotr 
sur les a?eux qui lui étaient écbaiq[>és sous riniorace è 
conjurations impératives , les dépositimis insensées qa'si 
tribunal inique ou crédule écoutait ayec an eminresaMMit 
suspect. Souvent, les jours de pluie, madame de IMM 
guidée par un instinct de son mal courait exposer sa tèk 
aux filets d'eau qui dégouttaient des toits. Or, un jour ék 
M. de Laubardemont était au couvent : t elle se mit n 
cbemise, la corde au cou, nn cierge à la main, resta dam 
cet état r espace de deux heures au miliea de la comr ék 
il pleuvait en abondance, et lorsque la porte du parloir al 
était M. de Laubardemont fut ouverte, elle se jeta à ga» 
noux devant lui, déclarant qu'elle venait satisfaire à Fo^ 
fense qu'elle avait commise en accusant l'innocent Gran» 
dier. Elle se retira ensuiteetallaattacb^ la corde à un arbse 
du jardin où elle paraissait vouloir s'étrangler si les autrei 
sœurs n'y fussent accourues (1). » 

Le repentir, le désespoir de cette dtoioniaque, qui jouait 
le principal rôle dans les exorcismes, indiquent assex que 
la prieure se rappelait au moins le point ca|Mtal de ses 
confessions ; mais comme les exorcistes attestent que k 
diable endormait quelquefois les religieuses soumises à 
l'exorcisme, l'état de ces filles ressemblait, peut-être, par 
instans, à celui des somnambules magnétiques. Cette sup** 
position permet d'expliquer l'impossibilité où les religieuf 
ses se trouvaient de raconter certains' jours ce qu'eUes 
avaient dit ou fait pendant une partie des accès nerveux \ 
les jours où elles écbaj^aient à V assoupissement ^ où elles 
étaient au contraire violemment exaltées par la nature dt 
leurs sensations tactiles ou viscérales, eUes ne se rappelaient 

(1) D« la Bfàuurdagr, ouvrage 6ié, f. 405. 



DiUOirOPATHll BES UftSITlIlfCS A LOCDm. 15 

^ fie trop, quand arrivait le poavoip de la réflexion, le cy- 
^ flbme dégoûtant de leurs actes, la hardiesse Inonie de leurs 
t assertions. 

J*ai cité quelque part Tobservation d'un vieillard qui 
attribue certaines sensations viscérales à la présence d^nn 
ver solitaire, et qui se croit d'autant plus sûr de la vérité 
de son explication qu'il entend très souvent ce prétendu 
ver parler dans son estomac. Quelques unes des énergu- 
mènes de Loudun étaient confirmées dans l'idée de la réa- 
lité de leur possession par une haHucination de même na- 
ture. Gcmiment ces démoniaques auraient-elles douté de 
h présence d^ diaMes dans leur corps, quand il leur sem- 
Hait qu'une voix nettement articulée, et partant de leur 
intérieur, affiitnait que les mauvais anges avaient pris 
possession de leur personne; quand cette voix allait jusqu^à 
ifidiquer le nom, le nombre et le lieu de la résidence des 
démons ; quand elle semblait se complaire à prononcer les 
paroles les plus inf&mes, les plus humiliantes et les plus 
! contraires au respect que de chastes vierges portent au Sei- 
I gneur; quand les exm*cistes des docteurs en théologie 
> soutenaient que la possession était aussi réelle qu'effective; 
i quand, enfin, la perversion survenue dans les habitudes 
r OMMrales des religieuses, leurs cris forcenés, leurs grima- 
^ ces, leurs accès convulsifs, leurs exercices de batelage, 
- leurs rages comme frénétiques paraissaient aux yeux de 
y cbaenu provenir d'une cause infernale ? 

Aujourd'hui les principales formes de la monomanie ont 
( été caractérisées ; il n'est pas une nuance du délire reli- 
gieux, du délire impulsif, du délire qui s'annonce par 
l'aliénaticMi des sentimens ; pas une espèce d'illusion senso- 
riale, pas une variété d'hallucination, de sensation viscérale 
qui u'aient été sc^eusement étudiées par les médecins; 



16 LIVRB IV. — BlK-SEPtlÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

il est reconnu que Ton doit mettre sur le compte de la vo- 
lonté lésée tous les actes, quelqu'extraordinaires qu'ils 
soient, qui ne peuvent s'expliquer que par rentratnemeiit 
d'uneimpulsion maladive. Personne guère plus n'est préoc- 
cupé de la crainte des esprits; la catalepsie, le somnam- 
bulisme, la danse de Saint-Guy, les attaques de nerfs sont 
appréciés à leur juste valeur même par les gens du monde. 
11 n'est pas un magistrat , un ecclésiastique , un homme 
d'un esprit cultivé qui ne soit prêt à combattre, dans Foo- 
casiou , les faux écarts d'un cerveau qui tend à s'égarer 
dans les suppositions du délire exclusif. Cependant quel- 
quefois encore vous voyez accroupis dans les coins de noB 
infirmeries des malheureux dont le teint hâve, la peau 
tannée , les traits sinistres , les membres effilés , la vdx 
cassée ou le significatif marmotement attirent votre atten- 
tion ; celui-ci se croit déchu de la grâce de Dieu et con- 
damné au supplice d'une damnation éternelle; cet autre 
se plaint des vexations d'un démon caché dans ses entrailles. 
Aux raisonnemens que vous opposez à ces absurdes con^ 
viciions, aux consolantes paroles que vous adressez à ces 
pauvres affligés, ils répondent par des marques d'impatience 
et de dépit, des lamentations, de sourds gémissemens, des 
cris de douleur et de désespoir! Et Ton viendra nous dire 
qu'à une époque où les têtes fortes osaient à peine douter 
delà puissance des esprits; où toute une classe de maladies 
était attribuée aux coupables manœuvres des démons; où 
il élait reçu dans F Église que ces maladies ne pouvaient 
céder qu'à l'influence de certaines cérémonies et de certaines 
prières ; que dans un couvent où les directeurs des con^ 
sciences proclament tous la nécessité de courir sus aux 
compagnons de Satan, des femmes jeunes, timides, consa- 
crées par goût aux exercices de la dévotion et de la piété. 



I>éMONOPÂ'rHm DES URSUtlNÈS A LOUDtN. 17 

se sont tout à coup concertées pour simuler des visions, des 
hallucinations viscérales, des idées fixes, la catalepsie, des 
accès convulsifs , des cris de démoniaques , la propension 
au suicide, pour se donner pendant six années tout de suite 
en spectacle aux curieux de tout un royaume ; pour fouler 
aux pieds les liens de famille , les sentimens qui honorent 
le cœur de la femme, enfin pour porter Taudace jusqu'à la 
révolte contre l'Être suprême! Peut-on imaginer, s'écrie 
l'auteur de la Démonomanie de Loudun^ que des religieuses 
se portent volontairement à faire des juremens et blasphè- 
mes exécrables, à commettre des blasphèmes contre le 
saint sacrement?... Il est croyable que ces filles de maisons 
ont quelqn' honneur du monde en reconunandation, qui les 
empêche de vouloir rien faire de messéant. . . . Gomment 
une fille bien née se porterait-elle à faire en public des 
grimaces, des gestes indécens, à dire des paroles sales, à 
s'exposer à la risée et à la vue de tout le monde sans en 
avoir honte ?... Le sexe, la qualité et condition des ursu- 
Unes y répugnent! Ajoutez qu'elles ne possédaient pas les 
connaissances nécessaires pour soutenir le rôle d'hypocrisie 
qu'on a voulu leur prêter; des religieuses confinées dans 
une petite ville ne pouvaient avoir qu'une idée très impar- 
faite des accidens qui constituent l'hystéro-démonopathie. 
Sans être rare, ce genre d'aliénation était à peine soupçonné 
par le commun des médecins. Ceux qui ont calomnié la 
bonne foi des ursulines n'ont pas tenu compte des souffran- 
ces physiques et morales qu'elles enduraient et qui devaient 
à leurs yeux ressembler en quelque sorte aux tourmens 
d'une damnation anticipée. Des témoins oculaires ont pris 
note de ce qui se passait aux exorcismes des ursulines ; la 
lecture de ces pièces laisse dans l'ame une impression dou- 
loureuse ; on a peine à comprendre que l'horreur d'une 

TOWB H. 2 



18 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAF. HT. 

pareille situation n'ait pas plus souvent abouti à un acte é 
désespoir. Il est vrai que les malades étaient surveillée 
avec soin et qu'au besoin on les attachait ; enfin Ton n'\ 
pas perdu de vue la tentative de suicide de la supérieure 
Quand vous aurez jeté les yeux sur les fragmens de procès 
verbaux que je vais rapporter, vous sentirez combien Vétii 
des éuergumènes devait causer d'aflliction à tous les vrai 
croyans. Le morceau suivant est emprunté au véritaèk 
père Joseph, dont je cite textuellement les paroles (i). 

Un jour la supérieure (2) a pria le père de faire um 
neuvaine en l'honneur de saint Joseph, pour obtenir qn 
ses dévotions ne Tussent pas si souvent troublées et inter 
rompues ; ce qui fut aussitôt accordé par l'exorciste, lequt 
ne douta pas du bon succès de cette dévotion extraordinaire 
et qui promit de son côté de dire des messes à la mém 
intention, dont les démons furent enragés, et, pour 8*e( 
venger, le jour des Rois, qui était le troisième de cette nea 
yaine, ils la troublèrent. Ils rendirent son visage bleuâtre e 
firent arrêter fixement ses yeux sur une image de la Vierge.., 
11 était déjà tard ; mais le père Surin prit la résolutioi 
d'exorciser puissamment, et de faire adorer avec effroi ai 
démon celui devant lequel les mages s'étaient prosternés... 
Pour cet effet, il fit passer l'énergumène dans la chapelle 
oii elle prononça quantité de blasphèmes , voulant frappei 
les assistans et faisant de grands efforts pour outrager 1| 
père même, lequel la conduisit pourtant enfin doucemen 
à l'autel oJi il la fit lier sur un banc, et, après quelque 

(1) Consultez aussi : Pilet de la Ménardière, Traité de la mélancolie, iii-4< 
131 pages; — la démonomanie de Loudiin, in-12, 16^4, La Flèdie; — Pldoiii 
lïi aeUdmes JiiiUodi4fiensUan virginum eocerciUUio medicina. Ad, Diipe^ 
lïi-4% 1635. 

' (2) Cmels effets de la vengeance du cardinal de flichelieu ou Histoire ib 
diables j etc., édil de 1716^ p. :^ et suiviotes* 



d£|I0V6»ATHIS des tftSUUHES A LOUDUS. 19 

oraisons, il ordonna au diable Isaacharum de se prostemeir 
en terre avec signes de révérence et de sujétion , pour ho- 
norer Tenfant Jésus ; ce que le démon refusa de faire en 
blasphémant horriblement. Alors Fexorciste chanta le îm- 
gnificaij et lorsqu*il vint à ces paroles : gloria patrie etc. , 
cette impie religieuse, dont le cœur était véritablement 
rraipli du démon, s'écria : maudit soit le père, maudit soit 
le fils , maudit soit le Saint*Esprit, maudite soit Marie et 
toute la cour céleste!... Le diable redoubla encore ses 
malédictions contre Mariera Toccasion de VAve Maria 
Stella^ et dit qu'il ne craignait ni Dieu ni Marie et qu'il les 
défiait de Tôter du corps qu'il occupait. . . On lui demanda 
pourquoi il défiait un dieu qui est tout-puissant. Je le fais 
par rage, répliqua-t-il, et désormais ni moi ni mes compas- 
gnons ne ferons plus autre chose.... Alors il recommença 
ses malédictions et il maudit en même temps la neuvaine. 
Le père Surin coipmanda de nouveau à Isaacharum d'ado- 
rer Jésus et de faire satisfaction , tant à ce divin enfant 
qu'à la sainte Vierge , de tant de blasphèmes qu'il avait 
vomis contre eux... Isaacharum n'étant pas traitable, il 
refusa d'obéir. . . Le gloria , qui fut chanté sur-le-champ , 
ne servit qu'à lui faire proférer de nouveaux blasphèmes 
contre la Vierge. Il fut fait encore de nouvelles instances 
pour obliger le diable Béhémot à faire amende honorable à 
Jésus, et Isaacharum à sa sainte mère, pendant lesquelles 
la supérieure ayant eu de grandes convulsions, elle fut dé- 
liée parce que l'on s'imagina que le démon voulait obéir; 
mais Immeharum , la laissant tomber par terre , s'écria c 
Maudite soit Marie , et maudit soit le fruit qu'elle a porté. 
L'exwciste lui commanda à l'instant de faire satisfaction i 
la Vierge de cçs horribles paroles en se vautrant sur la 
terre comme un serpent.»» et en léchant le pavé dç; la çbA- 



20 LIVRE IV. — BIX-SBPTIÈXE SIÈCLE. -— CHAP. III. 

pelle , en trois endroits , de demander pardon en termes 
exprès... Mais il y eut encore refus d'obéir, pour le coup, 
jusqu'à ce que Ton vint à continuer le chant des hymnes. 
Alors le diable commença à se tordre, et en se vautrant et } 
se roulant, il conduisit son corps jusqu'au bout de la cha- 
pelle où il tira une grosse langue bien noire et lécha le pavé 
avec des trémoussemens, des hurlemens et des contorstoms 
à faire horreur. Il fit encore la même chose auprès de l'aa- 
tel , après quoi il se releva de terre et demeura à genoux 
avec un visage plein de fierté , faisant mine de ne vouloir 
pas passer outre ; mais l'exorciste, avec le saint sacrement 
en main, lui ayant commandé de le satisfaire de paroles, 
ce visage changea et devint hideux, et, la tète se pliant en 
arrière, on entendit prononcer d'une voix forte et précipi- 
tée, qui était tirée du fond de la poitrine : Reine du ciel et 
de la terre , je demande pardon à votre majesté des blas- 
phèmes que j'ai dits contre votre nom (1). » 

Lorsque la supérieure s'avisa de demander une neuvaine 
au père Surin, elle venait de faire une dissertation dont la 
durée avait été de deux heures. Â la fin de ce discours 
elle ignorait absolument tout ce qu'elle avait débité pen- 
dant son improvisation. Obéissait-elle alors à l'inspiration 
du somnambulisme? Elle était certainement en extase 
quand sa figure parut prendre une teinte pourpre , et que 
ses yeux restèrent fixes en regardant l'image de la Vierge. 
Uaccès de délire furieux qui obligea Texorciste à se rendre 
maître des mouvemens de l'énerçumène, et qui s'était dé- 
claré au moment même oii il avait été question à' exorciser 
puissamment , se traduisit bientôt par un débordement de 
paroles impies et de malédictions quand la démoniaque se 

(1) Cruels effets de la vengeance du cardinal de Richelieu ou Histoire des 
diables, 1716, p. W. 



DÉMONOPATHIE DES VRSULINES A LOUDUN. 21 

sentit contenue, et que les conjurations et les chants eurent 
, porté au plus haut degré l'exacerbation du système ner- 
veux. L*accès déclinant , on crut que les diables arrivaient 
à résipiscence et que le Christ avait vaincu. Mais aujour- 
d'hui que la question de possession n'est plus en litige , et 
que Ton commence à s'entendre sur les symptômes propres 
à la monomanie affective, Ton ne peut pas contester l'état 
de folie d'une abbesse qui ne peut plus satisfaire à ses dé- 
votions 5 qui se laisse aller à des voies de fait , qu'on est 
Ibrcé de lier, qui refuse de s'incliner devant l'image de son 
Dieu , qui maudit la Vierge et la trinité , et qui se vautre 
publiquement sur les dalles du temple consacré aux exer- 
cices de la prière et de la piété. En vain l'on objecte que 
cette abbesse a plusieurs fois simulé de faux miracles : on 
sait que dans la folie affective les malades semblent souvent 
se complaire dans la fourbe et le mensonge , et c'est sur- 
tout cette dernière disposition qui rendait les énergumènes 
d'autrefois si dangereuses pour leur entourage. Souvent 
les ursulines de Loùdun , cédant à une conviction mala- 
dive^ annonçaient au public que tel ou tel diable les enlè- 
Yeraît , à heure fixe , à six ou sept pieds de hauteur , que 
tel ou tel démon emporterait, devant tout le monde, la 
j chaire de la chapelle sur le sommet de la plus haute tour du 
château, que le Saint-Esprit signalerait sa puissance en 
gravant certaines lettres ensanglantées sur la main de la 
prieure , que l'on serait averti de la retraite de tel ou tel 
diable par une traînée de flamme qui s'échapperait de la 
bouche de la possédée. Faut-il conclure de ce que ces mo- 
aomaniaques mettaient ensuite tout en œuvre pour faire 
accroire aux assistansque les esprits déchus n'avaient point 
manqué à l'accomplissement de leurs promesses, qu'elles 
ft'ont jamais joué qu'un rôle de convention? Je réponds 
que si toutes l0s folle» qui trompent ou cherchent à trom- 



22 LIVRE tT. -- DlX-SBPTlàME SliCLB. -^ GHAP* III. 

per avec une certaine habileté étaient déclarée bien poiv 
tantes, il faudrait renoncer à caractériser la folie. Uexûh )r 
tence du délire partielse déduit de la réunion d'un eAsemUe 
de phénomènes dont Teiistence n'était pas contestable sur 
168 filles de Loudun. Qu'importe que ces nonnes aient ea 
recours à des moyens ridicules pour persuader aux simples 
(}u'elles étaient bien réellement an pouvoir des anges dé- 
chus, du moment oii la nature de leurs sensations, la natiire | 
de leurs idées maladives , ne peuvent laisser aucun doute 
sur la réalité de leur délire? Nier Texistence de la démo- 
nopathie dans une circonstance où Févidencedes faits parle 
A haut, c'est vouloir nier la valeur des signes adoptés pour 
la distinction des diverses espèces de monomanie. L'aliéné 
qui se dit empereur cherche aussi ^ lui , à imposer par 
la fierté de sa contenance : sa vie se passe à simuler des 
marches, des contre-marches, à donner des ordres comme 
si le sort des armées et des peuples dépendait d'un caprice 
de sa volonté. Le tbéomane se pose comme le représentant 
de Dieu sur la terre ; dans l'enivrement de son orgueil il 
soutient que les ressorts qui font mouvoir la nature et les 
corps célestes sont maintenant entre ses mains ; l'individu 
qui se figure porter un chien dans son ventre imite l'aboie- 
ment de cet animal, comme les filles de Prœtus^ qui se di^ 
saient changées en vaches , imitaient le mugissement des 
génisses. Chaque variété de délire partiel suggère donc aux 
malades l'idée de jouer un rôle qui varie suivant la ten- 
dance des idées morbides. Satan, père du mensonge, capi- 
tal ennemi de Dieu , devait naturellement pousser les |k)S- 
sédées dans la voie du scandale et de l'imposture ; voilà 
pourquoi des malades qui abhorraient le joug de la religion 
tf évertuaient si souvent à tromper. 

Au mois de mai 1635, Gaston d'Orléans, frère de 
touii XIII, voulant juger par lui-it^êine dé l'état des ursu«* 



h 



DéaONOPATHtE DES URSULINE8 A LOUDUIf. 23 

Unes, se rendit à Loudunet assista à quelques séances des 
exorcistes. La supérieure, exorcisée par le père Surin, 
adora d*abord le saiiit sacrement en donnant tous les si* 
gnes d'un violent dédespoîr. Bientôt : « le père, répétant le 
commandement qu'il avait déjà fait, mit le corpS de la 
prieure dans une effroyable convulsion ; tirant une langue 
horriblement difforme, noirâtre et boutonnée ou grénée 
comme du maroquin, sans être pressée des dents, et sè^ 
cbe comme s'il n'y avait jamais eu d'humeur, et la respira-* 
tîon n'était nullement forcée. On remarqua entre autres 
postures une telle extension des jambes qu'il y avait sept 
pieds de long d'un pied à l'autre... Après cela le démon 
sdia la jeter aux pieds du père, qui tenait le saint sacre- 
ment en main... Il tourna premièrement la paume des 
deux mains en haut, puis acheva le tour entier, en sorte 
que la paume de chaque main touchait le carreau ; il re- 
porta les mains ainsi tournées en les joignant sur le bout 
de l'épine du dos, et aussitôt y porta les deux pieds joints 
aussi ; en sorte que les deux paumes des mains touchaient 
des deux côtés le dehors de la plante des pieds. Elle de** 
meura en cette posture aôsez longtemps, avec des trem- 
blemens étranges, ne touchant la terre que du ventre. 
S'étant relevée, il fut commandé encore une fois au démon 
de s'approcher du saint sacrement... Ayant proféré quel- 
ques paroles, il (le démon) devint encore plus forcené, et 
témoignant une grande rage de ce qu'il avait dit, se mor- 
dant aux bras et contournant horriblement tous les mem- 
bres. L'agitation cessa peu après et la fille revint entière- 
ment à elle, n'ayant le pouls pas plus ému que s'il ne se fût 
rien passé d'extraordinaire (1). » 

I (I) Histoire des diables, etc., édit. cit., p. '226. 



I 



24 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

Celle scène de démoDiaque a été envisagée par les anti- 
possessîouistes comme un jeu, comme un exercice destiné 
à procurer au prince un passe-temps qui avait au moins 
pour lui le mérite de la nouveauté. Que se passa-t-il au 
moment oii la supéricurie des ursulines semblait revenir à 
des habitudes plus décentes? 

t Le père Surin qui parlait à Monsieur, et qui allait 
finir Fexorcisme, sentit les attaques d'Isaacharum(rundes 
diables de la possédée) qui le renversa deux fois, et lui 
remua les bras et les jambes avec des frémissemens et des 
tremblemens. Le démon, forcé de se retirer par le saint 
sacrement qu'on lui appliquait, rentra tout à coup dans 
la prieure qui était à deux pas de là. . . et dans un moment 
lui fit un visage horrible et furieux. Au même temps Texor- 
ciste s'étant relevé, alla combattre Isaacharum auquel le 
père Tranquille demanda d'où lui venait cette audace de 
vexer le père Surin. Il répondit en furie, s'adressant au 
père Surin même : t C'est pour me venger de toi (1). . . . • 

On verra bientôt si le père Surin simulait le délire de 
la possession. La démonopathie a inspiré à madame de 
Belûel ces postures de tréteaux, ces emportemens, ces 
rages d'énergumènes.... Je ne crains pas que les manigra* 
phes soient tentés de contester la valeur des phénomènes 
que je juge propres à caractériser la mouomanie de la 
prieure des ursulines ; aux nombreuses preuves scientifi- 
ques que je viens de faire valoir, il faut ajouter, dans l'in- 
térêt de l'opinion que j'ai la prétention d'élablir ici, les 
preuves que je vais encore rassembler. 

Vers 1636 il arrivait souvent à celte démoniaque d'é- 
prouver pendant son sommeil des émotions bizarres , des 

(0 UUtoire des diables^ p. 234. 



DÉMONOPATHIË DES URSULINES A LOUDUN. 25 

visions de béates, des hallucinatious de Todorat et de 
Fouie. Quelquefois les sensations de Todorat persistaient 
après le réveil. Sans se faire en apparence illusion sur la 
cause de ces phénomènes sensitifs, qu'elle attribuait à 
r^arement de rimagination , il est constant que ces songes 
exerçaient cependant une grande influence sur ses déter- 
minations. On sait combien ces dispositions vicieuses de 
Vesprit sont fréquentes sur les monomaniaques. 

Les hallucinations que je vais rapporter ont eu lieu pen- 
dant la veille. Un jour cette religieuse s'imagina ouïr des 
accens plaintifs, des gémissemens partant d'un dortoir. 
Bientôt elle vit entrer dans sa cellule un cadavre flam- 
boyant qu'elle estima sortir du purgatoire, soit qu'il mon- 
tât au ciel ou qu'il eût l'intention de réclamer l'assistance 
de ses prières. L'hallucinée court à son bénitier, asperge 
le spectre d'eau bénite , et s'imagine entendre bruire le 
liquide comme bruit l'eau qui tombe sur un métal rougi à 
blanc. Il lui sembla aussi que sa main était brûlée par le 
contact de la vapeur. 

Pendant le cours d'une inflammation de poitrine qui la 
mit à deux doigts de sa perte , la supérieure fut frappée 
des sensations les plus diverses. Elle parle, dans une lettre 
au père Surin, du terrible assaut que lui livra un soir, sur 
les six ou sept heures , le diable Béhémot. Il faut qu'on 
sache que ce diable , au dire de la supérieure , sortait quel- 
quefois de son corps pour faire des promenades au dehors, 
et qu'elle ét<iit avertie que Béhémot battait aux champs 
par une sensation analogue à celle qu'elle aurait pu ressen- 
tir s'il se fût échappé quelque chose de sa tête. Or, le soir 
en question , l'esprit infernal se rendit visible à la malade. 
* Pendant l'espace de demi- heure, écrit cette monoma- 
Diaque, ce malheureux diable se présenta à moi sous une 



1 



2t LIVRE IV. — mX-8BPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

forme hidense et épouvantable , avec une grande gueule , 
jetant feu et flamme tant par la bouche que par les yeux. 
Il avait de grandes griflTes qu'il étendait sur ma tête en me 
disant qUe j*étais condamnée de Dieu aux flammes éter- 
nelles, et qu'il attendait mon ame à sortir pour remporter 
aux enfers. Il tâcha , pendant ce temps , de me donner de 
vives impressions de désespoir ; mais Dieu. . • me soutint 
dans ce combat. » Dans cette crise , elle se sentit troublée 
et effarée; Béhémot lui avait ôté la mémoire, et jusqu'à 
la liberté de se jeter entre les bras de Dieu et de pratiquer 
un acte de dévotion (1). 

Un autre passage de la même lettre est ainsi conçu : 
tf Sur les neuf heures du jeudi au soir, ce malheureux 
( Béhémot ) commença à me donner de grandes traverses 
d'esprit, et à me représenter l'état de toute ma vie depuis 
l'âge de six ans, et me remit dans l'esprit , par une tocu" 
tion quHl faisait dans ma tête^ jusqu'aux moindres actions 
déréglées où je m'étais laissée aller; surtout il fit de gran- 
des instances sur le temps de ma possession et sur ce mé- 
lange de l'esprit de la fille avec celui du diable ; et, à vous 
dire le vrai , je me trouvai alors en grande perplexité (2). » 

Cette continuité d'aberrations intellectuelles, sensitives 
et morales n'est pas simulée. Cette hallucination qui fait 
dire à la prieure que le diable parle dans sa tête n'est pas 
de l'invention de cette fille ; les manigraphes savent com- 
bien ce phénomène est rare dans tous les genre* de folie. 

La sœur Agnès, apercevant le duc d'Orléans, parut un 
peu troublée et éprouva des tressaillemens qui furent attri- 
bués à la présence du démon Asmodée, l'un des quatre 
qui la possédaient. On l'exorcisa sur l'heure, et Asmodée 

(1) Histoire des diableSy p. 3Z2, 374. 
(i) /Mil., p. 371 



I>EM01fOPATUIB DES URSULINES A LOUDUN. 27 

ne tarda guère à faire paraître sa plus haute rage, secouant 
dîTerses fois la fille en avant et en arrière , et la faisant 
b&ttre comme un marteau avec une si grande vitesse que 
les dents lui en craquaient et que son gosier rendait un 
bruit forcé. Dans ces agitations , son visage devint tout à 
fait méconnaissaUc , son regard furieux , sa langue prodi- 
gieusenletit grosse et pendante en bas hors de la bouche , 
livide et sèche à tel point que le défaut d'humeur la faisait 
paraître toute velue. . . Un autre démon , Béhérit , fit un 
visage riant et agréable... Le démon Âsmodée, étant ad- 
juré d*adorer le saint sacrement, dit d'abord qu'il voulait 
être lui-même adoré ; mais enfin il obéit , prosternant son 
corps en terre. Après diverses autres contenances , la sœur 
Agnès porta un pied par le derrière de la tête jusqu'au 
front, en sorte que les orteils touchaient quasi le nez. 
L'exorciste lui ayant commandé de baiser le ciboire et de 
dire quel était celui qu'elle avait adoré , le démon , après 
avoir fait beaucoup de difficulté , obéit au premier com- 
mandement, mais refusa d'obéir au second.... Le père, 
insistant , le diable répliqua comme en se moquant : Ne 
voi»-tu pas que je viens de le dire 1 Alors la fille, revenant 
à elle , dit au duc : qu'elle se ressouvenait de certaines 
choses qui s'étaient faites , mais pas de toutes ; et qu'elle 
avait ouï les réponses qui étaient sorties de sa bouche, 
comme si une autre les eût proférées (1). 

Cette religieuse n'en imposait pas ; qui est-ce qui lui 
aurait enseigné que dans certaines affections nerveuses la 
personne qui parle croit entendre parler une autre créature 
par sa propre bouche ; qu'à la suite de certaines attaques 
les malades n'ont pas toujours la conscience de tout ce 

(1) Sisîoin de3 diables, p. ^. 



28 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CUAP. III. 

qu'ils ont pu faire pendant la violence de leurs accès? La 
sœur Agnès a pu perdre connaissance pendant que le sys- 
tème musculaire était sous Tinfluencedes secousses convul- 
sives répétées; ultérieurement elle a pu entrer dans an état 
de somnambulisme ; enfin sa dernière assertion ne perdrait 
rien de sa vraisemblance quand bien même elle n'eAt 
constamment parlé et agi que sous Tinfluence d'idées oo 
de sensations maladives. Qui ne sait qu'une foule de 
monomaniaques n'ont dans la période lucide qu'un sou- 
venir incomplet de ce qui s'est passé pendant la période 
d'exaltation ? 

Madame de Sazilli fut également exorcisée en présence 
du prince. Nous lisons que le premier démon qui se montra 
d'après le commandement du père Elisée assoupit la reli- 
gieuse et la rendit souple comme une lame de plomb ; qae 
l'exorciste lui plia ensuite le corps en diverses façons , en 
arrière et en avant et des deux côtés, en sorte qu'elle too- 
cbait presque la terre de la tête, le démon la retenant dans 
la posture oii elle avait été mise jusqu'à ce qu'on la chan- 
geât , n'ayant durant ce temps , qui fut assez long , aucune 
respiration par la bouche , mais seulement un petit souffle 
parle nez ; qu'elle était presque insensible, puisque le père 
lui prit la peau du bras et la perça d'outre en outre avec 
une épingle sans qu'il en sortit de sang ou que la fille fit 
paraître aucun sentiment; que le diable Sabulon parut en« 
suite , qui la roula par la chapelle et lui fit faire diverses 
contorsions et des tremblemens; qu'il porta cinq ou six fois 
son pied gauche pardessus l'épaule à la joue, tenant cepen- 
dant la jambe embrassée du même côté ; que durant toutes 
ces agitations son visage fut difforme et hideux, sa langue 
grosse, livide, pendante jusqu'au menton...; que la respi- 
ration fut égale , les yeux immobiles et toujours ouverts 



BÉMONOPAtHIE DES tRStLINËS A LOUDUIT. 29 

sans cligner ; qu'il lui fit après cela une extension de jambes 
en travers qui fut telle qu'elle touchait du périnée contre 
terre ; que pendant qu'elle était dans cette posture, l'exor- 
ciste lui fit tenir le tronc du corps droit et joindre les mains ; 
qae le diable Sabulon, conjuré d'adorer le saint sacrement, 
fit quelque résistance , mais qu'étant pressé , il se traîna le 
corps tout courbé.... et alla baiser le pied du ciboire.. •• 
témoignant par ses gestes, ses tremblemens, ses cris et ses 
larmes de l'horreur de cette révérence (1).... 

L'exorciste provoque ici à son insu la catalepsie, des 
convulsions hystériques, une scène de somnambulisme 
avec prédominance des idées relatives à la démonopathie. 
Deux diables sont accusés de produire tout ce désordre 
fonctionnel; aujourd'hui la puissance magnétique dé- 
termine une partie des effets dont on prétendait rendre 
alors les démons responsables. En définitive madame de 
Sazilli n'agissait pas moins sans la participation de sa vo- 
lonté, ou n'agissait que sous l'empire d'une volonté per- 
vertie par la maladie. 

La même religieuse exécuta aussi sur la fin de l'exorcisme 
un ordre que le duc venait de communiquer secrètement 
k l'exorciste. Dans cent occasions on put croire en effet 
que les énergumènes lisaient dans la pensée des religieux 
chargés de combattre les démons. Il est certain que ces 
filles étaient douées, pendant leurs accès d'hystérie ou 
d'exaltation nerveuse, d'une pénétration d'esprit unique; 
mais souvent aussi cette pénétration les abandonnait, soit 
qu'alors la finesse des sens fût moins exquise , ou que la 
mimique de l'exorciste fût moins significative. 
Les démoniaques de Loudun, comme la plupart des per- 

(1) BUAoire des diables, p. 23t. 



80 LIYEC IT. — DIKHBEPTIKM^ «IÈC|«E. ^— Ç^Afé III. 

sonnes qui délirent sur les matières religieuses, dis 
raient à tort et à travers sur la grâce , sur le péché , 
Tattrait des vices , mais le plus souvent sur les ruseï 
fils de Satan. Mettant en avant Fautorité des démons, 
trahissaient quelquefois sans scrupule les secrets de 
fer; puis se reprochant tout à coup ces indiscrétion 
leur arrivait de s'emporter, de jurer le nom de Dieu, co 
si Tesprit infernal eût recommencé à les tyranniser et 
eût fait subir le ressentiment de sa vengeance. Je «( 
rétat de surexcitation intellectuelle qui portait ains 
ursulines à débiter tout ce qui leur passait par Tes; 
comme une nouvelle preuve d'aliénation partielle. L^d 
Isaacaron, après avoir longtemps fait parler la supéri 
de Loudun , parut , dit-on , enragé ; il lui fit pousse] 
hurlemens et tenter des efforts pour frapper Fexorcistc 
diable était outré de ce qu'on le contraignait de parle 
profit des hommes, tandis qu'il ne désirait quedétruir 
œuvres de Dieu; il se repentait d'être entré dans un c 
où il donnait des conseils utiles contre sa volonté. Use v 
d'avoir obsédé l'ame de Job et contribué aux tourmei 
son être; alors, dit-il, il ne s'était pas encore avisé de 
troduire dans les cavités du corps humain ; ce fut l'in 
nation de Jésus qui lui suggéra l'idée de recourir à ce g 
de vexation ! Le lendemain de la cérémonie funèbre du 
Tranquille , le démon Léviathan fit dire à une religi 
qu'il se sentait brûlé; cette religieuse se rendit sur la 1 
du défunt, la foula aux pieds, gratta la terre avec les h 
comme si elle eût voulu exhumer le cadavre, et rem 
de grosses pierres elle s'écria en affectant les airs d 
fDrcenée : Sors de là , bourreau ! Sors de là ! Lévia 
voulait manifester par de telles démonstrations sa h 
pour un religieux qui lui avait livré de tà rudes cqoiI 



BÉMONOPATHIE DES URSULINËS A LOUDUN. 31 

comme on ]e disait à celte époque. Taut d'actes déraison- 
nables « d'emporlemens , tous ces élans de fureur, ces 
blasphèmes, ces hurlemens, cette association d'idées étran- 
ges trahissent Fexistence d'un mal cruel 

Chaqqe jour Ton entend répéter à des hallucinés, à des 
lypémaniaques qu'ils sont empoisonnés, battus par leurs 
meilleurs amis ou par leurs proches ; qu'ils sont poussés à 
bout par les vexations des magnétiseurs et des physiciens. 
Très souvent les membres du parquet, les magistrats 
chargés de veiller à la sûreté des citoyens se trouvent dans 
la nécessité de faire séquestrer des aliénés qui menacept 
d'une vengeance exemplaire un père, un frère, une épouse 
qui ne leur prodiguent que des marques de tendresse et 
d'affection; d'autres réclament l'arrestation d'un voisin, 
d'un homnie qu'ils ont perdu de vue depuis dix, quinze ou 
vingt ans, et qu'ils voudraient voir figurer sur les bancs 
destiné saux criminels ; ces monomaniaques, s' apercevant 
bientôt qu'on ne tient aucun compte de leurs plaintes et 
de leurs récriminations , ne tardent pas à s'en prendre 
à la scélératesse des juges qu'ils accusent eux-mêmes de 
comiptiou et de complicité. Trop d'exemples funestes et 
récens apprennent que l'exaltation de ces aliénés ne se 
traduit pas toujours par de simples plaintes et par de sim- 
ples menaces. De tout temps les sujets affectas de délire 
sensorial se sont récriés que leur mal n'était point ordi- 
naire» que lenr martyre ne pouvait être imputé qu'à la perfi- 
dî9, qu'aux machinations de misérables dont il fallait avpir 
bâte de purger la société. Les déqioniaques étaient portée 
par la nature même dçi leur délire à se plaindre dç l'bunta" 
nité entière, des personnes dont ils avaient lieu de soupço^ 
ner les intentions. Une croyance religieux qui ét^blj^jt 
en {»1ncipe que 1» diablo n'avait point le pouvoir de preq* 



32 LIVRE IV. -— Dlt-SEPTIÈMB SIÈCLE. •— CHAI». III. 

dre possession des corps vivans sans y être attiré par li 
pactes des magiciens rendait encore les soupçons des énei 
gumènes plus légitimes. Finalement, partout les démonis 
ques étaient encouragés à rejeter la cause de leurs mac 
sur les prétendus fauteurs de la magie par Fexemple d( 
poursuites et des condamnations auxquelles avaient doni 
lieu plusieurs affaires dites de possession. 

Les ursulines de Loudun attribuèrent le dérangemei 

de leur santé à la connivence d'un prêtre de la ville nomn 

Grandier avec les puissances de Fenfer. Depuis Tannée 1621 

Urbain Grandier, curé de Téglise Saint-Pierre et chanoii 

de Sainte-GroiXy avait presque constamment tenu fixés si 

sa personne Tattention et les regards de ses concitoyens 

Éducation brillante, distinction d'esprit et de talenl 

avantages physiques, éclat des manières, mœurs facile 

et galantes, procès scandaleux, inimitiés passionnées, a 

ternatives de revers et de fortune, rien n'avait manqué 

l'existence, tour à tour enviée ou tourmentée, de cet homm 

véritablement superbe. Le nom de Grandier avait dû n 

tentir plus d'une fois aux oreilles des ursulines, qui avaiei 

pour directeur de conscience un sieur Mignon, rennen 

le plus acharné du curé de Saint-Pierre. Ne concluez pa 

de là que ce fût Mignon, comme on l'a soutenu, qui sug 

géra aux religieuses l'idée de perdre Grandier. L'imagi 

nation des démoniaques était remplie de la peinture di 

brillant prédicateur, du prêtre qu'il fallait fuir sous pein 

de subir la plus dangereuse fascination. Les malheureuse 

en devenant hallucinées n'eurent plus sous les yeux d'autr 

image que celle de Grandier ; dans les abois où succombai 

leur chasteté domptée par la force de la maladie et de l 

jeunesse, toujours les sens rapportaient à ce débouté fan 

t6me, désormais pris pour une réalité, les sensations qui eau 



î 

i 



démonopathÎe des crsuunes a loudun. 33 

saieot leurs remords. Puisque, s'eatre-disaient-elles, la 
macération, le jeûne, l'arme de la prière, la lutte de la 
volonté soutenue par le désir de rester fidèles à leur Dieu 
se trouvaient impuissantes pour les garantir des coupables 
entreprises du curé de Saint-Pierre, il fallait donc que lui- 
même s'appuyât sur un pouvoir surnaturel ; en s' arrêtant 
donc à ridée que ce pouvoir émanait du diable, elles du- 
rent considérer Grandier comme un redoutable magicien. 
Depuis le 11 d'octobre 1632 jusqu'au 21 mars 1633, 
les craintes d'Urbain Grandier ne durent être que médio- 
crement sérieuses. Ordre avait été donné d'exorciser les 
énergiimènes , et plusieurs prêtres remplissaient les fonc- 
tions d'exorcistes avec une grande chaleur d'enthousiasme ; 
mais jusque là l'autorité ecclésiastique et l'autorité judi- 
ciaire ordinaire n'avaient pas paru se soucier d'intenter 
an procès à Grandier. Le bailli et le lieutenant civil , qui 
assistaient aux exorcismes des énergumènes , paraissaient 
même veiUer avec une grande sollicitude à ce qu'on ne 
forçât pas la valeur des imputations qui échappaient aux 
religieuses , et il n'est pas une des réclamations à eux si- 
gnifiées par Grandier qui n'ait reçu du bailli le plus impar- 
tial accueil. De son côté , l'archevêque de Bordeaux avait 
fini par ordonner que les démoniaques fussent séquestrées 
et confiées à des docteurs, et qu'on ne reculât ni devant 
les menaces , ni devant les punitions pour s'assurer si les 
acddens attribués à la possession ne tenaient point à un 
calcul de la volonté. Cependant il n'est pas moins vrai que 
plusieurs nonnes avaient maintes et maintes fois affirmé 
devant tout le monde que les diables seuls excitaient les 
attaques nerveuses et les autres accidens dont le peuple 
était témoin, et que Grandier avait attiré ces redouta- 
Uesespritsdans leurs corps. Beaucoup d'honnêtes citoyens, 

T09fE.II. 3 » 



3i LIVRE ÏV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

touchés de la profonde affliction des religieuses / ne di;»- 
mulaient pas Findignadon que leur inspirait le préteodi 
magicien ; la conviction des exorcistes, de la plupart des 
religieux qui hantaient journellement le couvent des éiier- 
gumènes, dégénérait en idée exclusive; d'un autre oftté, 
la haine acharnée à perdre un ennemi qui s'était montré 
sans pitié dans ses jours de fortune et d'orgudl , songeait 
en secret à exploiter la folie des démoniaques et raven- 
glement des ministres de la religion. Grandier put com- 
prendre enfin que sa réputation , sinon sa vie, était eo jen; 
il se défendit avec une vigueur, une énei^e ^gnes d'à 
meilleur s(h1:. La présence d'une créature de Ricfaeliea 
dans la ville dé Loudun décida de la perte du prévenu. 

Pendant Tété de 1633, plusieurs religieuses qui n'avairat 
point ressenti jusque là les atteintes de l'hystéro-démoiMK 
pathie commencèrent à leur tour à déraisonner et à imiter 
les actes de leurs compagnes. Les médecins affluaient dans 
le couvent; mais les filles tourmentées de convulsions 
couchaient pêle-mêle dans les mêmes infinneries^ et Taf- 
fluence des curieux , le contact incessant des individus de 
l'autre sexe, contribuaient, ainsi que les exorcismes, à 
entretenir les centres nerveux dans un état de surexcita- 
tixm funeste. Le conseiller d'État Laubardemont, qui avait 
été envoyé à Loudun pour présider à la démolition do 
château-fort de cette ville , se chargea de débarrasser les 
ursulines du malheureux prêtre qu'elles accusaient de pac- 
tiser avec les suppôts de l'enfer. L'histoire affirme que 
Laubardemont , en mettant dans la main des ursulines la 
torche qui servit à allumer le bûcher de Grandier, n'avait 
d'autres vues que de punir l'auteur d'un libelle qui avait 
paru ofiensant pour l'amour-propre du cardinal de Riche- 
lieu. Le féroce acharnement de ce conseiller d'État, l'in- 



DÉMONOPATHIB DES URSULIlfES A LOUDUN. 35 

idence dont il ne cessa de faire parade en foulant lente- 
ment à ses pieds une victime qui lui était livrée pieds et 
poings liés; mille autres preuves accablantes dont on cber- 
cherait vainement à pallier la force, attestent jusqu^à Té-^ 
vidence que dans cette circonstance , et à leur insu , la 
folie et le fanatisme servirent d'instrument à la vengeance 
de rimplacable cardinal; le procès de Grandier reste 
omune un monument irréfragable du parti que F hypocri- 
te et la scélératesse ont su tirer de bonne heure des plus 
affligeantes infirmités de Tespèce humaine pour assonvir 
leors criminelles passions. 

n n'entre pas dans mes vues d'exposer dans cet ouvrage 
toutes les formalités de Tinique, mais habile procédure 
auxquelles on eut recours pour colorer aux. yeux des per- 
sonnes qui agissaient avec bonne foi la cruauté si peu 
évangélique dont on ne cessa pas d'user jusqu'à la dernière 
heure divers l'ancien curé de Loudun. Il faut qu'on sache 
seulenent, quant à présent, que le 31 novembre 1633 
Laubardemont fut chargé , en qualité de commissaire ex- 
traordinaire , de faire arrêter Grandier et ses complices , 
et d'informer diligemment contre lui sur tous les faits dont 
il avait été déjà accusé , et autres qui lui seraient de nou- 
veau mis à sus touchant la possession des ursulines de 
Loudun et autres personnes qu'on disait aussi possédées 
et tourmentées des. démons par le maléfice dudit Gran- 
dier, etc. Les pouvoirs de Laubardemont étaient sans 
IxNmes; ses décisions et arrêts sans appel; aucune cour 
judiciaire, pas même le parlement, n'avait le droit de con- 
naître de ses sentences. Il ne servit de rien à Grandier de 
foire entendre , du fond de son cachot , des paroles pleines 
d'âoquence et de raison; il n'est pas jusqu'aux larmes et 
autres légitimes moyens de défense de sa propre mère que 



.16 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. HI. 

Ton ne s'empressât d'étouffer. Le commissaire de Riche- 
lieu fit raser Grandier nu comme la main; des sondes 
acérées furent enfoncées par son ordre sur tous les points 
où la chair du prévenu fut soupçonnée de porter les miff- 
ques du diable. Grandier se contenta de se récrier contre 
la folie des énergumènes et contre la dureté de ses bofir- 
reaux. Il fallait cependant , pour donner aux décisions des 
juges qu'on se proposait d'adjoindre plus tard à Laubar* 
demont une apparence de fondement, recueillir les preuves 
de culpabilité que les ursulines et autres démoniaques 
n'articulaient qu'avec trop de persévérance contre leor 
prétendu persécuteur. L'on atteignit ce but en divisant 
les énergumènes par troupes et en dressant des procès- 
verbaux de ce* qui se passait dans toutes les églises oit les 
démoniaques étaient exorcisées et interrogées publique- 
ment , mais par bandes séparées. Le scandale se trouvât 
ajouté à l'humiliation inséparable d'un pareil genre de mi- 
sères. Ce fut pendant Tune de ces séances, et devant le 
saint sacrement, qu'une ursuline accusa le prisonnier 
d'aller porter la nuit aux filles de la ville certaine liqtteop 
qu'on n'ose pas nommer, pour leur faire engendrer des 
monstres, et que l'on entendit sortir de sa bouche é&ê 
paroles qui ne se peuvent répéter. Le 23 de juin 165ftf 
Grandier fut extrait de sa prison , conduit en présence dé^ 
l'évêque de Poitiers, de Laubardemont , des exorcistes^ 
d'une affiuence considérable de gens d'église et de peuple^ 
dans l'église de Sainte-Croix ; l'on apercevait dans le sanc- 
tuaire douze énergumènes entourées de quelques compa-^ 
gnes raisonnables, de carmes, de récollets, de capucins; 
d'un chirurgien et de quatre médecins. On voyait sur la 
table de conviction quatre prétendus pactes que les démo* 
plaques avaient , disaient-elles, découverts par le moyen de 



DÉMONOPATHIE DES URSULINES A LOUBtN. 37 

euTs démons , et dont le plus énergique était censé com- 
)osé de chair d'enlant et de beaucoup d'autres choses dé« 
coûtantes, et avoir été rapporté par Urbain Grandier du 
uibbat d'Orléans. Après que Févêque de Poitiers eut donné 
iSL bénédiction à ^assistance , que le père Lactance se fut 
ipitoyé sur la maladie étrange des religieuses, sur sa 
longue durée ; qu'il eut insisté sur les devoirs de la cha- 
rité , obligeant les ecclésiastiques à travailler à l'expulsion 
les démons, à la délivrance des misérables possédées, il 
sxhorta Grandier lui-même à saisir le rituel , et avec la 
permission de son seigneur évêque , d'essayer, en sa qua- 
lité de prêtre, d'interpeller les démons. L' évêque, accé- 
dant à cette proposition, le créateur est invoqué; Grandier 
ïe lève , et il se prépare à interroger les énerçumènes tout 
m déclarant que, sauf le respect dû aux décisions de l'É- 
Klise , il n'est pas pour son compte persuadé de la réalité 
ie leur possession. Sa présence avait suffi , dès le commen- 
cement de la cérémonie , pour exciter une certaine rumeur 
parmi les malades ; bientôt il devint difficile de contenir 
leur exaltation. A peine eut-il ouvert la bouche pour adres- 
ser la parole à la sœur Catherine , que le saint lieu com- 
mença à retentir de cris forcenés. Madame de Sazilli, 
s^avançant de son côté, l'interpella d'abord sur son aveu- 
glement , et continua à parler avec volubilité , à tort et à 
travers , sans qu'il devint possible de fixer son attention. 
Quand il en vint à madame de Belfiel , ce fut pis encore. 
« Toutes les possédées reconmiencèrent leurs cris et 
leurs rages avec des désespoirs non pareils, des convul- 
ràisfort étranges et toutes différentes; persistant d'accuser 
Grandier de magie et du maléfice qui les travaillait, s' of- 
frant de lui rompre le cou si on voulait le leur permettre, 
el faisant toutes sortes d'efforts pour Toutrager ; ce qui fut 



38 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. UI. 

empêché par les deffences de l'église et par les prêtres et 
les religieux là présents, travaillant extraordinairement i 
réprimer la fnreur dont toutes étaient agitées. Lui cepen- 
dant demeura sans aucun trouble ni émotion, regardant 
fixement les possédées, protestant de son innocence et 
priant Dieu d'en être le protecteur. » 

Il ne s'en tint pas là ; interpellant révéque et le sièar 
Laubardemont, il leur dit c qu'il implorait l'autorité ecdé' 
siastique et royale dont ils étaient les ministres, pour conH 
mander à ces démons de lui rompre le cou on du moinsde 
lui faire une marque visible au front, au cas qu'il fût l'au- 
teur du crime dont il était accusé, afin que par là la gloire 
de Dieu fût manifestée, l'autorité de l'église exaltée, et lui 
confondu, pourvu toutefois que ces filles ne le tonchassmt 
pas de feurs mains. » L'auteur ajoute : « qu'ils ne youloreiit 
point le permettre, tant pour n'être point cause du md 
qui aurait pu lui en arriver, que pour n'exposer point Paih 
torité de r Église aux ruses des démons qui pouvaient 
avoir contracté quelque pacte sur ce sujet avec l'accusé. » 

Les exorcistes, au nombre de huit, ayant commandé le 
silence aux diables, on fit apporter un brasier dans leqnë 
on jeta fous les pactes les uns après les autres. Pendant 
cette opération « les premiers assauts redoublèrent avee 
des violences et des confusions si horribles, des cris si Ai» 
rieux, des postures si épouvantables, que cette assemblée 
pouvait passer pour un sabbat, sans la sainteté du lieu où 
elle était, et la qualité des personnes qui la composaient» 
dont le moins étonné de tous, au moins à l'extérieur, flit 
Grandier, quoiqu'il en eût plus de sujet qu'aucun autre; 
les diables continuant leurs accusations, lui cottant les 

(I) Histoire des diables, p. 118 à 124. 



DÈIIONOPATUIE DES URSULIMËS A LOUDUN. 39 

lieux, les heures etles jours de leurs communications avec 
lui, ses premiers maléfices, ses scandales, son insensibi- 
lité, ses renoncemeats à la foi et à Dieu.., Grandier ayant 
le tout démenti, il est impossible que le discours exprime 
ce qui tomba sous les sens. Les yeux et les oreilles reçu- 
rent Fimpression de tant de furies qu'il ne s*est jamais vu 
rien de semblable, à moins d'être accoutumé à de si fu- 
lestes spectacles, comme le sont ceux qui sacrifient aux 
démmis... Grandier... d^neura toujours lui-même, c*est« 
à-dire, insensible à tant de prodiges, chantant les hymnes 
de relise avec le reste du peuple, assuré comme s^il eût eu 
des lésons d'anges pour sa garde ; et de fait F un de ces 
d^on» cria que Beelzébuth était alors entre lui et le père 
Tranquille, capucin. .. Presqu'aussitôt tous (les démons ou 
les filles démoniaques) voulurent se jeter sur lui, s' offrant 
de le déchirer, de montrer ses marques et de Fétrangler 
quoiqu'il fftt leur maître... Enfin, ces violences et ces rages 
omrent jusqu'à un tel point que sans le secours et Fem- 
pédiemem des personnes qui étaient au chœur. Fauteur 
de ce spectacle aurait infailliblement fini là sa vie, et tout 
ee que Von put faire fut de le sortir de Féglise et de Fôter 
aux furieuses qui le menaçaient. Ainsi il fut recondmt dans 
sa prison sur les dix heures du soir, et le reste du jour fut 
employé à remettre Fesprit de ces pauvres filles hors de la 
possession des diables ; à quoi il n'y eut pas de peine (1)« » 

La moitié de la population de Loudun pouvait être com- 
promise par cette dangereuse troupe de furieuses. La 
femme du bailli, assistant aux exorcismes, fut apostrophée 
par une démoniaque qui lui reproclm cl'avoir apporté un 
ptcte dans Féglise. La femme du magistrat , après avoir 

(1) Hidoiredes diables, p. 125. 



40 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

Invoqué Dieu à haute voix , fit des imprécations contre les 
diables et contre les magiciens , puis somma Texorciste de. 
confondre sur l'heure elle ou le témoignage de la possédée 
Le démon , conjuré pendant plus de deux heures , ne put 
montrer le pacte, et, pour cette fois, Taccusation de magie 
ne fut pas considérée comme sufiisamment valable. 

Le 8 juillet 163/t, Ton connut le nom des juges dont on 
avait fait choix pour prononcer définitivement sur les tortt 
de Grandier. Le 26 de juillet, ces redoutables conmiissairee 
se réunirent au couvent des Cannes qui devint le lieu or- 
dinaire de leurs séances. Le 27t ils firent choix d*un rap- 
porteur ; le 28 , ils donnèrent au prévenu signification de 
leur mission ; le 18 août 163/1 sortit Farrêt par lequel Ur- 
bain Grandier était déclaré dûment atteint et convainca 
du crime de magie , etc. , et qui le condamnait à foire 
amende honorable nu tète , la corde au cou , tenant en 
main une torche ardente, devant la principale porte de 
Téglisede Saint-Pierreetdevantcelle de Sainte-Ursule, etc., 
et ce fait à être conduit à la place de Sainte-Croix, pour y 
être attaché à un poteau, sur un bûcher, et y être soD 
corps brûlé vif avec les pactes et caractères magiques res- 
tés au greffe (1). 

On distingue, parmi les pièces qui restent d'Urbain 
Grandier, celle où il dit à ses juges : « Je vous supplie en 
toute humilité de considérer mûrement, et avec attentioD, 
ce que le prophète dit au psaume 82, qui contient une très 
sainte remontrance qu*il vous fait d'exercer vos charges 
en toute droiture; attendu qu'étant hommes mortels, vous 
aurez à comparaître devant Dieu, souverain juge du monde, 
pour lui rendre compte de votre administration. C'est l'oint 

(1) Nistoire des diables j p. 151. 



DÉMOMOPATHIE DES URS13LINBS A LOUDCIf. 41 

de Dieu qui parle aujourd'hui , à vous qui êtes assis pour 
juger, et vous dit : Dieu assiste eu rassemblée du fort; il 
est juge au milieu des juges. Jusques à quand aurez-vous 
égard à Tapparence?... Faites droit au chétif et à Forpbe- 
lin, faites justice à FafEUgé et au pauvre. •• Vous êtes dieux 
et enfaosdu souverain ; vous mourrez coumie hommes (1). » 

On ne peut pas lire non plus sans émotion une suppli- 
que qu'une partie des habitans de Loudun , accourue au 
branle de la cloche communale, adressait à Louis Xlil, et 
où elle lui exposait , dans sa panique , qiie , depuis qu'on 
ajoutait foi aux dires et réponses des démons , les familles 
les plus considérables n'étaient pas exemptes de diffama- 
tion ; que des demoiselles avaient été arrêtées dans les 
^lises, et qu'on s'y était livré, les portes fermées, à des 
perquisitions tendant à prouver qu'elles cherchaient à faire 
usage des pactes. 

Grandier obtint comme une grâce d'être étranglé avant 
de devenir la proie des flammes : faveur qu'on ne lui tint 
même pas. Un instant , assure-t-on , il se vit menacé de 
Tarrachement de tous les ongles , les commissaires suppo- 
sant que le diable avait caché ses marques au-dessous de 
ces parties délicates; il crut donc avoir une obligation 
réelle au chirurgien Fourneau qui se contenta de lui raser 
les poils et les cheveux. Telle fut la rage que l'on mit à le 
torturer à la question que les muscles de ses jambes se 
trouvèrent littéralement broyés par le rapprochement et 
la compression des planchettes , et qu'il fallut emporter 
sur une civière cette victime de la fatalité et du malheur. 

Pendant qu'on commettait toutes ces atrocités, Grandier 
inriait, suppliait l'Être suprême d'abréger ses douleurs. 

(I) Histoire des diables, p. 152. 



42 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈMË SIÈCLE. — CHAP. III. 

Quand Yint le moment de lire tout haut la sentence da 
condamné , le père Lactance et un autre récollet, revètos 
d^aubes, affublés d'étoles, entreprirent d'exorciser sa p^- 
sonne , Fair , la terre , les élémens , tous les milieux qu'ils 
supposaient pouvoir servir, dans ce moment décisif, d'asik 
aux démons. La même cérémonie fut de nouyeau accont- 
plie au pied du bûcher. Tant que la flamme permit au pa- 
tient de respirer, il put entendre la voix des moines qnilni 
criaient de se reconnaître et de renoue» à son attache» 
ment pour Beelzébuth I 

Les horreurs qui se passèrent à Loudun de i6â2 à IGU 
témoignent de nouveau combien il y avait de danger à être 
autrefois remarqué par les prétendues possédées; les détails 
que je vais maintenant rapporter confirment' tout ce quia 
été dit jusqu'ici de la tendance qu'avait le délire religjeoi 
à se répandre à la manière des maladies épidémiqueSb 

B. ~ L'hystéro-démonopathie atteint les séculières, à Loudun. 

La maladie des ursulines ne resta que quinze à seize mois 
circonscrite dans l'enceinte de leur couvent, et, conune oo 
pouvait s'y attendre, les symptômes de rbystéro-démono- 
patbie se manifestèrent bientôt à Loudun parmi un certaii 
nombre de femmes. L'auteur de la démonomanie cite les 
noms de sept filles auxquelles la vue et le voisins^e des 
religieuses devinrent funestes. Susanne Ammon crut sentir 
un diable dans son sein. Elisabeth Blanchard se crut pos- 
sédée par six démons ; Françoise Filastreau par quatre ; 
Lionne Filastreau par trois. Les autres malades se plai- 
gnaient simplement d'obsession ou de maléfices. Plusieurs 
de ces filles se confessaient au prélre chargé de diriger la 



DÉMONOPATHIE DES SÉGULIÈHES A LOUDUN. 43 

conscience des ursulines ; quelques-unes étaient sœurs, ou 
babitaient dans le cercle de la même famille. 

Elisabetb Blanchard se fit distinguer par la Yiolence de 
ses accès hystériques et par Temportement de son délire. 
Ge fut elle qui soutint que Grandier , qui ne la connaissait 
pas, lui avait procuré des jouissances criminelles, et offert 
de la conduire aux assemblées diaboliques pour la créer 
rdne du sabbat. Le mal de cette fille fut aggravé par les 
assauts incessans des exorcistes et des confesseurs. Elisa* 
beth excellait surtout dans les exercices de batelage. Le 10 
iBai 1655 elle fit, dans Féglisede Sainte-Croix, en présence 
du duc d'Orléans, des extrayagances qui prouvent combien 
était grand Témpire de Texorciste sur les déterminations 
de cette folle. Après s'être roulée sur le pavé , elle reçut 
Phostie ; le diable , dit-on , exerça alors sur son corps de 
grandes violences et donna des marques horribles de rage ; 
après quoi il la renversa trois fois en arrière en forme d'arc, 
en sorte qu'elle ne touchait au pavé que de la pointe des 
pieds et du bout du nez , et qu'il semblait qu'elle voulait 
&ire toucher l'hostie à la terre... mais l'exorciste, réitérant 
ses premières deffences, l'en empêcha toujours... Beehsé* 
bath ayant eu commandement de monter au visage , l'on 
vit un battement de la gorge qui l'enfla extraordinairement 
et la rendit dure comme du bois; Gaston ayant désiré de 
voir paraître tous les diables qui possédaient cette fille, 
Fexordste les fit venir au visage les uns après les autres , 
tous le rendant fort hideux , mais chacun faisant sa diffor- 
mité différente (1). La fille Blanchard nommait ses diables 
Astaroth, Beelzébuth, Charbon d'impureté, Lion d'enfer, 
PeroD et Maron. Un jour Astaroth promit de la tenir sus- 
ci ) Histoire des diables, p. 228. 



44 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. 111. 

pendue en Fair à la hauteur de six pieds , et Lion d'enfin 
de lui percer le pied gauche. Elisabeth profanait souvent 
le nom de Dieu en grinçant les dents , tournant les yeu» 
faisant mille contorsions. Quelquefois pendant ses crises 
convulsives elle proférait des cris perçans. Cette démo- 
niaque avait aussi la prétention d'opérer des miracles, de 
concourir, par ses retours à Dieu, à l'édification des p6* 
cheurs ; son déluge était alternativement anti-religieiix et 
religieux. La finesse de ses sens avait porté plusieurs jf&h 
sonnes à croire qu'elle lisait dans la pensée de son exordste; 
Trois jours après la mort de Grandier, le père Thomasi 
carme, ayant donné la communion à Elisabeth Blanchard^ 
cette énergumène « fut agitée par Fun de ses diables qui ai 
voulut point dire son nom. Dans cette agitation F hostie^ 
retenue par Fun de ses bords et élevée dans toute sob 
étendue sur la lèvre inférieure de la possédée, fut vue pir 
tous les assistans rouge et marquée de sang en plusieon 
endroits. . . . L'exorciste interrogea le diable en latin et hd 
commanda de dire ce que c'était que ce prodige. La po^ 
sédée répondit en français que c'était du sang de Jésusi.. 
ce qui fut confirmé par de grands sermens et par an noar 
veau miracle. ... » Le lendemain, pendant un exorcisme, 
Elisabeth dit que ce sang était celui d'un maître tout-pidi* 
San t. L'exorciste lui ordonna de dire quel était ce tout- 
puissant maître. « Elle prononça un jurement horrible.... 
et ensuite elle répondit: Si je Favais, tu ne Faurais jamais. 
— L'exorciste continua : Je te commande par la vertu de 
ce sang de me dire qui est ce tout-puissant maître. — Je 
ne te répondrai point sur ce sang-là. — De qui est ce sang* 
là ? — J'enrage, tu le sais bien. . . . Elle prononça ces paroles 
en jurant encore horriblement le saint nom de Dieu....— 
De qui est ce sang-là qui te tourmente? Si tu n'obéis !...• 



DÉMONOPÂTHIE DES SÉCULIÈRES A CHINON. 45 

- Tu le sais , je te le dis hier ; je ne saurais le dire sans 
ouflTrir du mal. — Elle ne proféra ces paroles qu'après 
iToir grincé les dents, tourné les yeux et paru souffrir 
jaelques convulsions. — Dis-le, afin que les assistans l'en- 
tendent maintenant. — Nous ne saurions songer à Dieu que 
cela n'augmente nos peines ; j'enrage. Elle renia Dieu en 
aebeyattt cette dernière réponse. — De qui est ce sang ? — 
C'est le sang.... — Là elle s'arrêta tout court et tomba 
dans une nouvelle convulsion.... Bientôt elle fit des gri- 
noces affreuses avec les dents et des cris épouvantables. . . . 
etc., (1). n 

La maladie des séculières de Loudun n'était qu'un reflet 
de celle des ursulines. Aubin , dont je viens de citer le récit, 
soutient, suivant ses principes, que les séculières n'étaient 
m malades pas plus que les religieuses; il donné donc aux 
oroles et aux actes des démoniaques une interprétation 
[ue je suis loin d'accepter. Je ne crois pas devoir insister 
^los longtemps sur la cause des accidens qui firent croire 

la possession d'Elisabeth Blanchard et des autres sécu- 
ières; l'on comprend aujourd'hui que les convulsions et 
es idées maladives des ursulines auraient pu se reproduire 
» ville sur un nombre beaucoup plus considérable de filles 
ït de femmes. 

C. — La démonopathie attdiit des femmes séculières, à Cbinon. 

Les idées qui caractérisent la démonopathie furent pour 
dnsi dire inoculées aux femmes de Chinon par un fana- 
iqoe nommé Barré qui, en sa qualité de prêtre, avait 
enté l'un des premiers l'administration des secours spîri- 

(1) Histoire des diables, etc., p. 203. 



46 LIYRK IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. 111. 

tuels sur les ursulines de Loudun. Uétat maladif da 
femmes de Ghinoii s'aggrava très promptement sons ria- 
fluence des exorcismes auxquels Barré s'opiniAtra à scnh 
mettre ce nouveau troupeau d'énei^mènes. En vain k 
cardinal de Lyon, les évèques d'Angers, de Chartres etdi 
Ntmes, réunis à Bourgueil , déclarèrent , après avoir exa- 
miné avec soin ces prétendues possédées, qu'elles n'étaioit 
que mélancoliques et que le diable n'était point cause de 
leur état de souffrance ; l'exorciste de Ghinon jura par k 
saint sacrement qu'il était , lui , intimement persuadé qif 
des diables résidaient dans les entrailles de ses paroisski^ 
nés , et il refusa d'obéir à la défense qui lui fut faite par 
ses supérieurs de continuer à traiter dorénavant la mabh 
die de ces filles par le secours des exorcismes. Une letUi j 
de cachet, obtenue par le cardinal de Lyon contre le cmi^ 
récalcitrant, semblait devoir étouffer le germe d'une makv ji 
die convulsive et morale dont les vrais catholiques cooir ^ 
mençaient à s'effrayer. Par malheur l'archevêque de Tomv ji» 
ne put pas^ à défaut de fonds, donner cours aux poursuifqij^ 
qui devaient réprimer l'audace et les dangereuses manow ^ 
vres du curé de Ghinon ; et Barré,. resté libre de sa Jf^x^ 
sonne , continua d'exorciser les filles qu'il comptait UttiL 
guérir. Sur ces entrefaites le médecin Duclos s'attadiaA^ 
démontrer la réalité de cette possession , combattue ptf ^ 
Quillet. Les énergumènes , qui avaient déjà accusé Grai- . 
dier de s'entendre avec des démons pour exciter les tour- 
mens dont elles se sentaient atteintes, ne sachant plus, de- 
puis la mort de ce prêtre, à qui s'en prendre pour expliquer 
le dérangement de leur santé , s'avisèrent de tourner leun . 
accusations contre Santerre, curé de Saint-Même, et el}e|. 
le dénoncèrent à l'autorité comme magicien. Le chanoine, ^ 

encore terrifié par le souvenir de la catastrophe de LoudoD, ^ 

i 



DEMONOPATHIE A NIMES. 47 

se hâta d'invoquer la protection du parlement. L'offlcialité 
de Paris intervenant , un décret rendu en faveur de San- 
terre intima Tordre au lieutenant-criminel de Chinon de 
placer Barré et les énergumènes dans les prisons. On dé- 
fait espérer que cette mesure de justice trop tardive, mais 
éoergique, contribuerait enfin à purger la ville de Chinon 
d*un fléau qui portait le trouble dans la société , et entre- 
tenait le désordre dans plusieurs familles ; cet espoir, une 
: bis encore, ne se réalisa pas. Laubardemont, qui avait été 
i foorvu de Fintendance du Maine, de TAnjou et de la Tou- 
i nine, eat le crédit de faire surseoir indéfiniment à Texé- 
! cation du décret qui avait été lancé par le tribunal de Paris, 
i et, en 16&0, la démonopathie n'était point encore éteinte à 
[ Qdnon. Un incident imprévu coupa enfin le mal comme 
èms sa racine. L'une des énergumènes de cette petite ville 
l'avisa de faire planer sur le curé Giloire une accusation 
tdlement abominable et tellement absurde que le coadju- 
tair, en l'absence de l'évéque de Tours, d'accord avec les 
iages séculiers, fit enfin séquestrer toutes les énergumènes, 
et iNTononcer l'interdiction et l'exil du curé Barré. Ce coup 
d'éclat , en modifiant la direction des idées qui préoccu- 
paient depuis tant d'années les pénitentes et l'exorciste , 
ft renaître le calme dans les esprits les plus ombrageux , 
et personne n'osa plus se plaindre des pactes des magiciens 
et des vexations des mauvais anges (1). 

B. — Apparition de la démonopathie dans les terres du pape et dans le midi de la France. 

Pendant nn instant on dut craindre que Fhystéro-démo- 
■opathie ne se répandit dans les environs d* Avignon, A 

(1) Histoire des diables de Loudun, etc., Amsterdam, édit. de 1716, p. 136> 
X2, 28S, 284, 285, 286, 305, 306, 307. 



^S LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

Tournon , sur le Rhône , une fille qui se croyait possédée 
par quatre démons obtint d'être traitée par les exorcismei 
et d'être conduite dans Téglise de Roquefort, ville alors re- 
nommée par Téclat de ses miracles , et où il était à espé- 
rer , assurait-on , que la délivrance de rénergumène ne se 
ferait pas beaucoup attendre. Cette lypémaniaque nom- 
mait hautement le nom des individus qui avaient , disait- 
elle , attiré dans son corps les diables Guilmon , Carmin , 
Barabas etBeelzébuth. L'affaire en était là lorsque MazariB, 
qui remplissait à Avignon les fonctions de vice*légat do 
pape, reconnut la maladie de la prétendue possédée, et fit 
défense aux exorcistes, sous peine des chàtimens ecclésias- 1 
tiques, d'accréditer les idées de possession et de produire ;j 
en public une fille dont l'esprit seul était dérangé. ÔSÈ% 
sage conduite coupa court à la propagation du délire de h k 
diablerie dans cette partie des États du pape. - 

J'ignore ce qui put contribuer à propager, parmi la po- ^ 
pulation de Nîmes , un genre de monomanie qui avait été ^ 
heureusement comprimé dans les pays limitrophes ; nudf ç^ 
il est constant qu'un grand nombre de filles et de femmes» jg 
à Nîmes et dans ses environs, donnèrent exactement diBS ^ 
toutes les extravagances qui avaient attiré et qui attirait 
encore l'attention publique sur la ville de Loudan. Dei 
doutes , sagement conçus , sur la réalité de la prétende 
cause surnaturelle des phénomènes nerveux qui venait 
de se manifester dans cette contrée du Languedoc, engagè- 
rent quelques membres instruits du clergé à en référé à 
l'opinion de l'université de Montpellier. La consultatimi, 
qui fut adressée dans cette circonstance aux professeurs 
d'une université aussi justement célèbre, est d'autant jdflS 
digne d'intérêt qu'elle résume en partie le tableau despM* 
nomènes pathologiques qu'on était encore généralement 



DÉMONOPATHIB A NIMES. 4d 

porté alors à mettre sur le compte de Beelzébuth et des au- 
tres démons. 

Le pli, courbement et remuement du corps, la tête 
touchant quelquefois la plante des pieds^ avec autres con- 
torsions et postures étranges : 

La vélocité du mouvement de la tête par devant et par 
derrière , se portant contre le dos et la poitrine : 

L'enflure subite de la langue , de la gorge et du visage , 
et le subit changement de couleur : 

Le sentiment stupide et étourdi , ou la privation de sen- 
timent jusqu'à être pincé sans se plaindre, sans remuer et 
même sans changer de couleur : 

L'immobilité de tout le corps, arrivant à de prétendues 
possédées par le commandement de leurs exorcistes pen- 
dant et au milieu de leurs plus fortes agitations : 

Le japement ou clameur semblable à celle d'un chien , 
qui se fait dans la poitrine plutôt que dans la goi^e : 

Le regard fixe sur quelqu'objet, sans mouvoir Fœil d'au- 
cun côté ; des réponses faites en français à quelques ques- 
tk>ns faites en latin ; le vomissement de choses rendues 
telles qu'on les avait avalées ; des piqûres de lancette faites 
sor diverses parties du corps, sans qu'il sorte de sang, 
sont-ils un signe certain de possession? Telle fut la série 
de questions qui furent par les consultans posées aux pro- 
[ésseurs de Montpellier : 

La réponse des professeurs est ainsi conçue : Les mimes 
et sauteurs font des mouvemens si étranges et se plient et 
replient en tant de façons, que l'on doit croire qu'il n'y a 
MNTte de posture de laquelle les honmies et les femmes ne 
BB puissent rendre capables par une sérieuse étude ou un 
kMig exercice; pouvant même faire des extensions extraor- 
dinaires et écarquillemens de jambes, de cuisses et autres 

Ton. II. 4 



flO LIVRE lY. ^ DlX-SEPTlfeffS dtÈGLfi. — * GHAP. II. 

parties dit corps, à cause de rextension des nerrs^ muscles 

et tendons , par longue expérience et habitude : partantt 

telles opérations ne se font que par la force de la nature :... 

L'élévation et agitation de poitrine par interruption scNtt 

des effets de l'aspiration ou inspiration, action ordinainl 

de la respiration » dont on ne peut inférer aucun obsède* 

ment. L'enflure de la gorge peut procéder du souffle rm 

tenu, et celle des autres parties des tapeurs mélancôliqM 

qu'on voit souvent vaguer par toutes les parties du corpi.ij' 

Le jeune Lacédémonien qui se laissa ronger le (Me par 

litt renard qu'il avait dérobé , sans fhire semblant de H 

sentir, et ceux qui se faisaient fustiger devant l'autel Al 

Diatte jusqu'à la mort sans froncer le sourcil^ moutrefit que 

la résolution peut bien ikire souffrir des piqûres d'épfaigM 

sans crier, étant d'ailleurs certain que dans le corps butnMtf 

il se rencontre en quelques personnes de certaines petites 

parties de chair qui sont sans sentiment, quoique les atitnii 

parties qui sont à l'entour soient sensibles; ce qui arrive 

le plus souvent par quelque maladie qui a précédé : 

Le mouvement des parties du corps étant volontaire^ tt 
est naturel aux personnes bien disposées de se mouvoir 08 
de ne se mouvoir pas , selon leur volonté ; partant la sus^ 
pension du mouvement n'est pas un effet considérable pouf 
en inférer un obsédement diabolique, si en cette immuM^ 
lité il n'y a pas privation entière de sentiment: 

L'industrie humaine est si souple à contrefaire toutes 
sortes de sons , que l'on voit tous les jours des personnes 
façonnées à exprimer parfaitement le son, le cri et le chant 
de toutes sortes d'animaux, et à les contrefaire sans remmr 
les lèvres qu'imperceptiblement. Il s'en trouve même {rto^ 
sieurs qui forment des paroles et des voit dans Testomaei 
qui semblent plutôt venir d'ailleurs que de la personne qvf 



DÉMONÔPATHtt A fàMB. (H 

^ forme de la aorte » et Ton appelle tfèb gëfti^-Ià èfigastrl^ 
ogues; un tel effet est naturel t.... 

Le mouvement de l'œil est volontaire comine celui des 
latreâ parties du corps, et il est naturel de le mouvoir ou 
le le tenir fixe ; partant il n*y a den en cela dé considé^ 
abte : 

Il est certain que d'entendre et de parler des langues 
|ue Von n'a pas apprises sont cbôses sùrbatureilës et qui 
ourraient faire croire qu'elles se fbnt par le iniiiistère du 
iable ou de quelqu'autre cause supérieure ; mats de ré- 
ondre à quelques questions seulement , cela est ëntièf ë- 
lent suspect, parce qu'un long exercice ou des personnes 
vec lesquelles on est d'intelligence peuvent contribuer & 
e telles t^ponses ; de sorte qu'on peut dire que c'est iin 
oDge de croire que les diables entendent les questiotis qul 
eur sont faites en latin et qu'ils répondent toujours en 
rançais et dans le naturel langage de celui que Ton veut 
aire passer pour possédé ; d'où il s'eti Suit qu'un tel effiet 
le peut prouver la résidence d'un démon, principalement 
li les questions ne contiennent pas plusieurs paroles et 
plusieurs discours : 

Del Rio,Bodinet autres auteurs disent que par sortilège 
les sorciers font quelquefois vomir des clous, des épltigles 
et autres choses étranges par l'oeuvre du diable ; ainsi Sur 
ks vrais possédés le diable peut faire de même. Mais de 
vomir les choses comme on les a avalées, cela est haturël, 
se trouvant des personnes qui ont restomac foible et qui 
gardent pendant plusieurs heures ce qu'elles ont avalée 
puis le rendent comme elles l'ont pris.... 

La difficulté de faire sortir du sang par une piqûre sù-^ 
perfidelle et étroite s'expliquait, suivant la docte faculté 
par la prépondérance du tempérament mélancolique qu'elle 



: 



il! 
■ 



62 LIVRE lY. — DIX-SEPTIÈMB 8IÈCLB« *^ CHAP. Ht. 

supposait devoir augmenter la consistance des hum6ors(l)« 
L'université de Montpellier donna à entendre qu'elle ne 
rejetait pas d'une manière absolue la possibilité des ma- 
ladies surnaturelles; elle n'hésita pas à déclarer néaiH 
moins que les accidens qui avaient attiré l'attention sur les 
énergumènes de Ntmes pouvaient s'expliquer sans dill- 
culté par la connaissance des lois physiques, et que rien 
ne prouvait dans cette circonstance la réalité de l'inter- 
vention d'une puissance diabolique . Personne ne recho^- 
cha si les malades du Languedoc n'étaient point dans des jn 
conditions de santé anormales ; il semblait, du moment oli ^ 
il était constaté qu'ils n'étaient point au pouvoir de Sa- 
tan, qu'on dût nécessairement les considérer comme nne 
troupe de misérables, cherchant à se jouer de la bonne foi 
du public et de la tendresse de leurs proches. Duncan, :^ 
Pidoux, Filet de la Menardière, s'étaient cependant de* /| 
mandé si les contorsions, les cris, les sensations douloa* ^ 
reuses, la perversion des sentimens religieux et autres ^ 
phénomènes tant de fois observés sur les ursulines de ^ 
Loudun, ne devaient point être attribués à quelques lésions ^ 
fonctionnelles; mais l'érudition de ces auteurs n'avait g 
servi qu'à augmenter l'incertitude et l'embarras de leur ^ 
position. Nulle part la démonopathie n'était décrite comme g 
l'expression d'une simple altération des fonctions natiH p 
relies ; il fallait en venir, après avoir compulsé ce que les g 
médecins avaient dit de la mélancolie, des affectioiis . 
spasmodiques, à confesser que l'ensemble des accidens * 
que l'on avait sous les yeux ne ressemblait positivement à m 
rien de ce qui avait été signalé jusque là par les pathokh , 
gistes, et opter entre la manière de voir des anti-posses- ^ 

\ 

(1) Histoire des diables^ p. 247 et Buir.; BekKer, ouvrage cité, t. 4, p. 221. ^ 

\ 



d£monopathie a hImes. 53 

sionnistes qai soutenaient que rhystéro-démonopathie 
était une maladie feinte, et Topinion des écrivains ecclé- 
siastiques qui soutenaient d'après les livres saints que de 
tels maux ne pouvaient s'expliquer que par l'occupation 
de l'organisme humain par les démons. Les professeurs 
de Montpellier se montrèrent heureusement opposés aux 
idées de la plus grande partie du clergé qui s'était habitué 
à juger de son importance par le zèle inconsidéré qu'il ne 
manquait presque jamais de déployer chaque fois qu'il s'a- 
gissait de se raidir contre les prétendues agressions des 
esprits déchus. Mais une université qui comptait dans son 
sein des hommes tels que Lazarre Rivière, Ranchin, de 
Belleval, devait-elle se contenter d'aflSrmer que les tours 
des bateleurs et des saltimbanques ne devaient être 
attribués qu'à l'emploi que ces individus savaient faire 
des moyens physiques que la nature avait mis à leur 
disposition, en laissant entrevoir que les démoniaques se 
jouaient impudenunent de la pitié du peuple ; et que loin 
de mériter les marques de sympathie qui s'attachent aux 
souflfrances de l'espèce humaine, les énergumènes ne mé- 
ritaient que honte et châtiment ? Il me semble que c'était 
un devoir pour les professeurs de proclamer hautement 
que les contorsions, les sensations viscérales, les actes 
désordonnés, les crises convulsives, en un mot tous les 
phénomènes observés sur les énei^mènes pouvaient fort 
Inen dépendre d'un état pathologique. Une fois cette vé- 
rité reconnue, les professeurs auraient eu à examiner si, 
en réalité, les filles de Nîmes étaient aifectées de mélan- 
colie convulsive, ou si elles étaient dans la catégorie des 
personnes qui simulent une affliction qu'elles supposent 
devoir appeler sur elles un certain intérêt. La maladie des 
démoniaques de Nîmes fut réputée feinte par cela même 
qu'où déclara qu'elle ne présentait rien de diabolique. 



^ LIVRE IV. — mS;*<^KPTlàM£ SIÈCLE. — CHAP. III. 

E. rr- pémonopathie 4il pèrç \4kçl9fïoe. 

Un éçriysiip du (li:i^- septième ^èclp fait rçipçMrqiMr 
i que les Q]jLorcistes participent presqite tQW 9 P9U on 
plus, aux effets des démops par les iocommodltés qa*il9 
en reçoivent, et que peu de personnes opt çqprepria^O 
donner la chasse au^ diables, qu'elles n'aient été exerr 
cées par eux. Pour appuyer son as^rtion , cet écriiwil 
ajoute : « Témoin le P. Lactance Gabriel , de hQfm 
mémoire , qui , tandis qu'il a été dans cet emploi , ûd il 
)Bst mort glorieusement après avoir chassé trois d^mow 
de la mère prieure ( de Loudun ) , a senti de grandui 
ipfestations de ces malins esprits, perdant tantôt la vue, 
tantôt la mémoire et tantôt la connaissance , 9QufErant dei 
maux de cœur, des infestations en l'esprit et divc^rse^t «h 
très incommodités. » Cette citation prouve que la ten^ 
dance contagieuse de certaines affections morales a été 
entrevue avant d'être convenablement expliquée. Les antl* 
possessionnistes eux-mêmes ne niaient pas le danger atta- 
ché à la profession d'exorciste, seulement ils r^fumient 
d'attribuer à une possession effective et réelle rinvasifMi 
d'un délire qu'ils croyaient le plus souvent causé par les 
tortures du remords. Aubin s'exprime nettement h cet 
égard quand il dit , en parlant du P. Lactance : t Si roa 
ne veut pas croire qu'il ait été possédé par des démons 
effectifs , au moins faut-il demeurer d'accord que sa con- 
science lui a servi de botu'reau et de démon , puisqu'il est 
constant qu'il mourut dans les accès d'une fureur et d'mi 
désespoir qui ne se peuvent exprimer (i). » 

Le bruit de la possession du père Lactance commença 

:i} amoUx des Uiablcs, m- citéf, p. »7 el m^. 



^ 



k se répandre tout de suite après la mort de Grandier. 
Dans un intervalle de Cfilme , le père religieux fit le vœu 
de se rendre à Saumur et de venir prier à Notre-Dame- 
4es-Ârdillier$, Le m^beur voulut que le o^rrpsfte qui le 
partait versât deui^ioi^pendaQtle trajet d'un court voyage^ 
L*oa peut présumer que cet accident ^i peu extraordinaire 
ae fit qu-e:iiagérer le$ f^cheu^s disposition» nerveuses d'up 
Dcelésiastiqne qui rapportait déjà aui artifices et à 1^ cqlèr^ 
du diable tout ce qu*il éprouvait en lui et tout ce qui arri* 
rait de fâcheux autour de sa personne. Bientôt Tétat mak* 
lif de Lactance sembla désespéré, et il ne s'époula que 
trente jours entre la mort de Grandier et celle de cet exor- 
ciste. Jusqu'à sa dernière heure, Lactance fut ep proie 
àux transports d'une exaltation qu'on crut jlevoir oompu- 
rer à celle de la rage. 

On assura parmi le peuple que Grandier, du haut de 
ion bûcher, avait apostrophé Lactance ep l'assignant â 
comparaître dans un bref délai au tribunal de la justice 
livine. On conçoit qu'une menace pareille jetée h la tête 
l'on fanatique, dans un moment aussi soleuud, dans un 
moment oii son cerveau ne pouvait être que bouleversé 
)ar le concours des émotions les plus diverses et les fim 
rives, eût pu suffire pour porter le trouble et le désordre 
lans les ressorts de Son entendement et bâter le terme dp 
Mm existence ; mais il est préaumaUe ausiû , si l'on en jugfs 
wt la conduite que tint le père Lactance pendant les der- 
dèrea semaines du procès , et d'après la tendanee qu'a le 
létire de la démonopathie à se propager, que depuis ^tssez 
«^[temps déjà cet ecclésiastique avait le cerveau frappé , 
it que les accidena achevèrent de s'aggraver à la lueur d«s 
qui consumèrent l'infortuné Graudier. 



1 1 ;•: 



56 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. •— CHAP. lU. 

F. — DémonopaUiie du père Surin. 

Après la mort de Lactance, le père Surin, alws âgé 
sealement de trente-cinq ans, et résidant à Harennes, reçâ 
Tordre de se rendre à Loudun et de remplir auprès im 
religieuses les fonctions d'exorciste. Le père Surin, conuM 
on le voit d'après tout ce qui précède , n'avait joué aocn 
rôle dans la procédure de Grandier ; c'était un honue 
estimé dans son ordre et particulièrement prisé pour m 
habileté à diriger les pécheurs dans les voies étroites di 
salut. Le nouveau père exorciste devait prindpalenMBt 
s'attacher à deux ou trois diables récalcitrans qui possé- 
daient encore, disait-on, la sœur prieure. Après on examei 
très attentif de cette démoniaque, Surin déclara que la pos- 
session était effective et qu'il pouvait jurer devant Dieu et 
son église que plus de deux cents fois les démons lui avaiotf 
découvert des choses très secrètes , cachées en sa pensée 
ou en sa personne. On voit combien la conviction du pèn 
Surin était profondément établie. Il n'y avait pas un mob 
que l'exorciste fréquentait les démoniaques , qu'il tombi 
lui-même dans un état cruel de monomanie. 

L'histoire du jésuite de Marennes ne pouvait manquer, 
après ce qui était arrivé à son prédécesseur , de faire sor 
tous les esprits une grande sensation ; on raconte que c ks 
démons le menacèrent d'abord par la bouche de la mèfe 
prieure qui lui avait été donnée en charge , de lui faire de 
mauvais traitemens et de se bien venger de lui.... Gonune 
il poursuivait toujours son dessein, ajoute-t-on, les diaUei 
entreprirent, sollicités, comme ils ont dit, par quelques mi- 
giciennes, de le molester extraordinairement pour lui faiie 
quitter son ministère ; si bien qu'il commença dès le dix- 



FOLIE DU PÈRE SURIN. 57 

ept de janvier 1 635 à sentir plusieurs signes de la présence 
(t de Topération maligne des démons, et que Ton remarqua 
m ce temps-là que, faisant son exorcisme, il perdait la pa- 
"Ole tout à coup; de sorte qu'on était' obligé d'appeler quel- 
[u'un des autres exorcistes qui, lui appliquant le saint 
lacrement sur la bouche, le délivrait entièrement; que cet 
icddent continua longtemps , et même en la présence de 
l^éyèque de Nîmes, lequel, tandis qu'un démon nommé 
ïsaacarum occupait le visage de la mère supérieure et 
[laiiait par sa bouche, a vu comme ce démon, menaçant 
ludacieusement le père de lui imposer silence, venait à 
iisparaitre tout à coup du visage de la possédée et qu'au 
même instant il attaquait le père , qu'il le faisait changer 
de couleur, qu'il lui pressait la poitrine et lui arrêtait la 
parole ; et que bientôt après, obéissant au commandement 
qu'on lui faisait de le quitter , il retournait au corps de la 
]^eure, parlait par sa bouche et se montrait extrêmement 
hideux et horrible sur son visage ; que le père rentrant en 
combat continuait sa fonction avec la même liberté que s'il 
n'eût senti aucune atteinte du démon, et qu'ainsi dans une 
après-dinée il fut attaqué et quitté jusqu'à sept ou huit fois 
consécutivement ; que ces assauts ont été suivis par d'autres 
plus forts qui commencèrent avant la semaine sainte, avant 
laquelle environ quinze jours le diable disait souvent à 
l'exorciste par la bouche de la possédée : Je te ferai faire 
la passion , mes amis y travaillent ; et que de fait , le ven- 
dredi saint sur le soir , le père étant dans sa chambre en 
compagnie de huit ou dix personnes, il sentit de grands 
maux de cœur et certaines impétuosités qui l'émouvaient 
60 dedans et le contraignaient à se tordre comme il arrive 
es rigueurs de la colique; que ces attaques qui commen- 
cèrent à la maison continuèrent depuis.. .. en public, sui- 



M I^IVRE IV. — P|X-»£PTliUili SlItCMi* — CUAP. III. 

Y«nt l^ meofioes que le diable en faisait souyent au p^ 
prot^taqt qq'U lui ferait quitter le métier et le coptriuir 
4nût 4ci retourner d'oii il était vepu ; qu-on vit dvk^ hi 
exorcisme^ que le démon exorcisé par 1^ pèro > quittât k 
prieure, frappait Texorciste intérieurement . , et te DWli^t 
par terre ; que là U criait et était violemment seoaiiâ Ml 
wn adversaire ; qu'après avoir continué en cet étnt qiie)qi| 
demi-heure qw une heure, par le siecours des autres fowii 
cistes et Tapplicatiop du saint i^creipent w^ liew oii I 
entait la présence du démon , tantôt à la poitrine , taqtlf ia 
|^ la tête, quMl marquait de la main, comme étant toiQOiHI i 
à soi et en liberté d'esprit. . . il était délivré, et que le 4éml i 
nUait paraître an visage de la supérieure où le pèro, s'^lMl i| 
relevé, par une sainte vengeance, allait le poursuivre comni k\ 
ù lien ne fût arrivé (1). • . » i 

On juge très bien, à travers les explications et les flllf || 
gplarités de langage qui ne donnent que plus de pri3( knf ^ 
récit, que les tourmens du père Surin étaient de màUÊ \ 
nature que ceux des ursulines ; du reste on se fera nse Mr it( 
beaucoup plus exacte encore de la maladie de cet exopeMi |, 
jen lisant la peintnre qu'il en a lui-mêipe tracée dwt vue \ 
lettre par lui adressée au père d'Attichi, jésuite à l^emok^ | 
dfitée du 3 mai i6⧠, et où il lui dit ; « Mon révânMMi% ^ 
depuis la dernière lettre que je vont ai écrite, je sut» XQfjfUtk jj 
dans un état biQQ éloigné de ma prévoyauee , ma» Jsifit \ 
conforme h la providence de Dieu sur mon ame, Je ne yidl | 
plus h Mareppes , pifds à Loudun , oii j'ai reçu la vôtifr .i 
depuis peu..,. ^ 

« Je suis en perpétuelle conver^tion avec le» diabloit oà u 
j'ai eu des fortupes qui seraient trop longues à vous déduin ^ 

(1) mslûUretlfS diables^ p. *il& el 210. , 



F0L1£ PU PÎSllE. SURIN. 68 

^ qui m'piit doqné plus de sujet que je n'eus jamais dQ 
connaître et d*admirer la bonté de Dieu... Je vous en veut 
ilire quelque chose , et je vous eu dir{ûs davantage si vous 
^ez pW discret.*. 

9 Je suis entré en combat avec quatre démons des plus 
^iasans et malicieuiL de renfer, moi de qui vous counais- 
Ipât ]f» infirmités.... Dieu a permis que les combats ont été 
flfd^ et les approches si fréquentes que le moindre champ 
^ bataille était Texorcisme , car les ennemis se sont dé* 
jBifqpés çn secret, de nuit et de jour, en mille manières dif- 
fj$reiit^. Vous pouvez vous figurer quel plaisir il y a à se 
tfx>uver h la merci de Dieu seul ; je ne vous en dirai pas 
jlavantage ; il suQit que, sachant mon état, vous qn preniez 
iwyet de prier pour moi. 

» Tant il y a que depuis trois mois et demi je ne suis 

j^piais sans avoir un diable auprès de moi en exercice. Les 

cflps^ eq 9ont venues si avant que Dieu a permis, je pense, 

pour mes péchés, ce qu'on n*a peut-être jamais vu en 

|'$glis@ , que, dans Texerclce de mon ministère , le diable 

jfW9^ 44 cprps de la personne possédée, et, venant dans 

\i nà&à , m'aspaut et me renverse , m* agite et me traverse 

v|sU)teqiçnt en me possédant plusieurs heures comme un 

^ergiuoèfie, Je ne saurais vous expliquer ce qui se passe 

fm moi 4uraut cç temps , et comwe cet esprit s'uqU avec 

)9 mieq , sans m'6ter ni la connaissance ni la liberté de 

mn ft|U$9 ^Q faisant néanmoins comme un autre moi- 

ipjtoe, et comme si j'avais deux âmes , dont Tune est dé-- 

possédée de son corps et de T usage de ses organes et se 

tient d quartier en voyant faire celle qui s* y est introduite. 

Us deuj^ esprits se combattent dans un même champ qui 

M le corp9f et rftme est comme partagée. Selon une par-^ 

liste soi, eU$ e»t le SHJet des impressions diaboliques, et. 



M LIVRE IV. — DIX-SEPTliME SIÈCLE. — CHAP. III. 

selon Tautre , des mouvemeiis qui lui sont propres ou ifâ h^ 
Dieu lui donne. ' p 

» En même temps je sens une grande paix, sous le Mp 
plaisir de Dieu , et sans connaître comment me yient ma m 
rage extrême et aversion de lui qui produit comme dÉft^ 
impétuosités pour m'en séparer, qui étonnent ceux qui NI 
voient ; et en même temps une grande joie et douceur qi ik 
se produit par des lamentations et cris semblables à o^ |r 
des démons. Je sens Tétat de damnation, et rappréhendil li 
et me sens comme percé des pointes du désespoir en œli ti 
ftme étrangère qui me semble mienne , et Tautre âme qÉ ij 
se trouve en pleine confiance se moque de tels sentiuMÉ i 
et maudit en toute liberté celui qui les cause. • • Yoire, |l|i| 
sens que les mêmes cris qui sortent de ma bouche vieil 
également de ces deux âmes, et je suis en peine de discer- 
ner si c'est Tallégresse qui les produit ou la fureur extrMl 
qui me remplit. Les tremblemens extrêmes qui me 8# 
sisseut quand le saint sacrement m'est appliqué vienneÉ 
également, ce me semble, de l'horreur de sa présence,^! 
m'est insupportable, et d'une révérence cordiale et doiMi|c 
sans le pouvoir attribuer à Tune plutôt qu'à l'autre , (à t|| 
sans qu'il soit en ma puissance de les retenir. Quand Jii^ 
veux , par le mouvement de l'une de ces deux âmes, ftiiÉ^ 
un signe de croix sur ma bouche , l'autre me détourne II ^ 
main avec une grande vitesse et me saisit le doigt avec M^ , 
dents pour me le piordre de rage. Je ne trouve guères j») ^ 
mais l'oraison plus facile et plus tranquille qu'en CÉ^^ 
agitations : pendant que le corps roule par la place et qMI ^ 
les ministres de l'Église me parlent comme à un diable (Mi|^ 
me chargent de malédictions , je ne saurais vous dire h^ ^ 
joie que je ressens, étant devenu diable, non par rébelliétf v 
à Dieu 9 mais par la calamité qui me représente naïvemeMf | 



fOLIE DU PÈRE SUftm» 61 

'état où le péché m'a réduit; et comme quoi, m' appro- 
priant toutes les malédictions qui me sont données, mon 
tme a sujet de s'abîmer en son néant.. 

» Lorsque les possédées me voient en cet état, c'est un 
daisir de voir comme elles triomphent et comme les diables 
le narguent de moi, disant : Médecin, guéris-toi toi-même; 
r»-t-en à cette heure monter en chaire; qu'il 4era beau à 
e i^oir prêcher après qu'il aura roulé par la place I Quel 
»qjet de bénédiction de se voir le jouet des diables, et que 
ut justice de Dieu en ce monde tire raison de mes péchés l 
iToilà où j'en suis à cette heure quasi tous les jours. Il se 
bime sur cela de grandes disputes, savoir s'il y a posses- 
don ou non, s'il se peut faire que les ministres de TÉvan-* 
iple tombent en de si grands inconvéniens? Les uns disent 
que c'est un châtiment de Dieu sur moi , en punition de 
qpielqu'illusion , les autres disent quelqu'autre chose ; et 
moi je m'en tiens là et ne changerais pas ma fortune avec 
on autre, ayant ferme persua^on qu'il n'y a rien de meil- 
leur que d'être réduit en de grandes extrémités. Celle où 
je suis est telle que j'ai peu d'opérations libres; quand je 
leux parler , l'on m'arrête la parole ; à la messe , je suis 
arrêté tout court. A la table je ne puis porter le morceau à 
b bouche; à la confession j'oublie tout à coup mes péchés 
A je sens le diable aller et venir chez moi comme en sa mai- 
ion... 

» Dès que je m'éveille, il est là à l'oraison. Il m'ôte la 
pensée quand il lui plait ; quand le cœur conunence à se 
dilater en Dieu, il le remplit de rage; il m'endort quand 
jeyeux veiller , et publiquement par la bouche de la possédée 
(h sœur prieure) il se vante qu'il est mon maître. A quoi 
je n'ai rien à contredire, ayant le reproche de ma conscience 
rt sur ma tête la sentence prononcée contre les pécheurs. 



61 LIVRE IV. — Dlt-SEMfftH* .<jrtd.B. — ClIAP. IIÎ. 

je la dois subir et référer Tordre de la pi^ôvldencé ûiyM 
à laquelle toute créature se doit assujétir. . ; . i ' 

« Ce n'est pas un seul démon qui me travaille ; fls sMP 
ordinairement deux, et Tun est Léviathan opposé an Saifit- 
Esprit ... Or, les opérations de ce faux paraelète sont tirtâlÊ 
contraires au véritable et impriment une désolatiott tift*MP 
ne saurait assez bien représenter. C'est le chef de tonte If' 
bande de nos démons et il a Tintendance de tonte cetif 
affaire qui est une des plus étranges qui se soient yn0 
peut-être jamais. Nous Toyons en même Heu le paradis «P 
Tenfer, des religieuses qui sont comme des Ursules, ptisHf 
en un sens , et en l'autre pires que les plus perdtfes ei I 
toutes sortes de déréglemens, de saletés, de blasphënièlH 
et de fureurs!... Je ne désire point que votre révéteriéê**j 
rende ma lettre publique , s*il lui plait ; tous êtes le sétf^ 
à qui, hors mon conresseur et mes supérieurs, j'en ai tdtiNPi 
tant dire. ^1 

» Je vous prie de me moyenner des prières, en ayailf ' î 
besoin. Je suis des semaines entières si stupide jéti W ^ 
choses divines^ que je serais bien aise que quelqtfni! ^• 
fit prier Dieu comme un enfant et m'expliquât grossière 
ment le Pater naster.... Le diable m'a dit: Je le dëponfl^ 
lerai de tout, et tu auras besoin que la foi te demeure } j^** 
te ferai devenir hébété.... Il a feit pacte ated une ifti^* 
cîenne pour m' empêcher de parler de Dieu et avoir Ibréi*' 
de me tenir l'esprit bridé ; ce qu'il eflfëctue ibrt fidèleihetit 
comme il a promis, et je suis contraint, pour avoii^ quel^tl?^ 
conception, de tenir le saint sacrement sur toa tête, rtîè 
servant de la clef de David pour ouvrir ma mémoire (1). i -• 
Les énergumènes annoncèrent nn jour an frère Stififr 

(1) miûirt àeà diables, p. «7tt tt«f , 



FOLIE mj pèhc surina 03 

le le diable s'était einfiaré de trois hosliés afin de leur 
Ire subir les plas indignes profanations; Surin offt*it à 
ieu le sacrifice de sa propre yie à la condition que le diable 
rait tenu de rapporter les pains qui étaient tombés en 

pourdr. Lefi hosties se retrouvèrent ^ mais l'incident 
le lieus yenOns dé raconter achera d'ébranler le moral 

1 père exorciste; Surin s'attendait à chaque instant à 
tcieofflber, ce qui liii faisait dire: J'ai engagé mon exis- 
née; il semble que le diable, par lés maux mortels qu'il 
m eanbe^ yeaiUe w&t de fion droit et mé consumer peu à 
ml.». 

Aplrè» deux Années passées ptresqu'én entier dans les an-^ 
lisses dé U démonopathie ^ le père Surin quitta Loudun 
nor se rendre à Bordeaux oà il put reprendre l'exwcice 
s la chaire* De retour à Loudun rers la fin cLe 1687, Surin 
MDmbà bientôt tout entier sous l'empire de ses idées do« 
dnantes; il ne laissa pas cependant de se rendre en 1688 
a tombeau de saint François de Sales, en passant par 
imeci oà il fut accueilli par la fameuse mère Chantai. Mais 
e Yoyage ne profita point à son rétablissement, et pendant 
ttgt mûëcA Sttrin n'ofi^it qiié de mt^ii interVaUës lucides, 
t Pri*é de Texèrciee extérieur de ses fecûHés, dît m Wo* 
pn^ffhe; il rie pouvait lii marcher, ni parléi*; ni écrire, et 
Mt éii ^ie à des tentations vioteiites. Dans cet état 
iMiUant oft dut, pour sa propre sûreté, devoir Ife tenir 
^ÊÊtmé. Objet dti mépris des uns et dé l'inquiétude deâ 
Mitres^ il €!ut àsseÉ de fbrbe pbut offrir à Dieu ses peines^ 
et ee fut iâênie pendaht cette époque de douleurs dé totit 
R^re qtt'il ccfmposa éôn VatéeAùike ^irttnel (1);.; i Gë 
«neatèili démoniaque éprotlTait àtiiMi pftr itiMsind fé 

i» Biojpr. mUverseUe^de Miéhltuâ^ àttielè Sùrtih. 



64 LITRE IV. — BIl-SBPTIÈIIE SIÈCLB. — CHAP. III. 

Jl 



11 



besoin d'en finir avec les tribulations de son ame; j*ai lu 
quelque part : c Le démon lui tenait Tesprit tellement lié || 
des semaines entières, qu'il restait stupide au point d'ètil 
incapable de dire même son Pater. Une fois le démon il L 
jeta par sa fenêtre sur la roche où était bâti le monastèn^ | 
des jésuites et il lui cassa la cuisse. Enfin il se gaérit et 
vécut encore longtemps. > 

Effectivement vers 1658 le père Surin put reprendrt 
Texercice de son ministère et renouer le fil de sa corre»* 
pondance qui avait été forcément interrompue pendant « 
longue maladie. Il ne déguisait pas dans ses lettres Tétiti 
de souffrance oii il avait péniblement langui. Ses snpérieini 
ne jugèrent pas prudent d'accéder au désir qu'il éproofriH 
de tenter encore une fois le voyage de Loudun, et il moonll 
dans la plénitude de sa raison en 1665 sans avoir revu ki^L 
pénitentes qu'il avait autrefois exorcisées avec un si grait< 
zèle. 

G. — Démonopathie du père Tranquille. 

Le sort du père Tranquille ne fut pas moins cruel que 
celui du père Lactance, mais le capucin résista jusqn'tti 
printemps de 1638 aux angoisses de son mal. Le panégft:< 
riste de Tranquille en dit assez sur la nature des sensatiom* 
et des idées qui préoccupaient son héros, pour ne laissejf ; 
aucun doute sur le genre de folie d'un homme qui passait r 
pour un des plus terribles exorcistes de son temps; ç(:' 
n'est certainement pas sans fondement que le père Traih ^ 
quille a été mis au nombre des énergumènes; combien SI . 
est à regretter que tous les symptômes d'un pareil étA^ 
maladif ne nous aient pas été transmis.par des observateurs 
capables d'en apprécier l'importance I 



FOLIE DU PÈRE' TRANQUILLE. 65 

Nous lisoDS que le père Tranquille attribuait à la rage 
a démon des pesanteurs de tête, des embarras de mé- 
loire, des serremens de cœur, mille sensations viscérales 
iii faisaient le tourment de sa vie. Il était obligé, pour ob- 
mir quelque quiétude d'esprit, de combattre le diable 
ar les armes de la prière, appelant à son secours son 
ompagnon exorciste. Quelquefois il tombait dans un état 
ie tristesse poussé jusqu'au dégoût, et n'éprouvait plus 
|ue de l'aversion pour les afTaires du salut. En sortant de 
a mélancolie, il lui devenait impossible de réprimer ses 
Douvemens d'impatience. Il lui arrivait de se rouler sur 
e parquet, de tirer la langue, de siffler, de jurer, de 
riasphémer contre la Providence. Un jour de Pentecôte 
ja'il devait monter en chaire, il fallut faire des somma* 
tiens au diable pour que le religieux recouvrât la faculté 
Ae prêcher. Quelque temps après il contracta l'habitude 
de tempêter et de vociférer. Telle fut la violence de ses 
cris, vers les dernières heures de sa vie, qu'une partie de 
la population de Loudun se rendit aux abords du couvent 
pour constater par elle-même l'état cruel de l'exorciste (1). 
On me permettra encore cette courte citation : « Le 
père Tranquille était natif de Saint-Remy en Anjou ; il fut 
le plus fameux prédicateur de. son temps. L'obédience 
rappela aux exorcismes de Loudun. Les diables, redoutant 
cet ennemi , allèrent au-devant de lui pour l'épouvanter 
s*il leur eût été possible , et lui firent sentir sur le chemin 
une telle débilité dans les jambes qu'il pensa s'arrêter et 
demeurer. Il a été quatre ans dans l'emploi d'exorciste , 
pendant lesquels Dieu l'a épuré par la tribulation comme 
Tôt dans la fournaise. Il pensait d'abord qu'il expulserait 

(1) Histoire des diabfeSy p 347 et suiv. 

Ton II. 5 



M LIVRE IV. — UX-SSrn&MB SIÈCLB. "^ CHAP. III. 

promptement les démons , appuyé sur Tatitorlté qae FÉ- 
glise a reçue du Seigneur; mais ayant connu par Fexpé' 
rience qu'il s'était trompé, il résolut de prendre patienrt 
et d'attendre la volonté de Dieu... Les diables, voyant sM 
humilité, en conçurent tant de rage qu'ils résolurent AI 
camper dans son corps. Tout l'enfer s'assembla pour M k 
effet, et néanmoins il ne put le faire ni obséder, ni poMé* 
der pleinement , Dieu ne l'ayant pas permis. 11 est vrai qit 
les démons se ruaient en ses sens intérieurs et extérieurlt 
lis le renversaient par terre , criaient et juraient par tk 
bouche ; ils lui faisaient tirer la langue en sifDant conôM 
un serpent ; ils lui bandaient la tête , resserraient le exsà 
et lui faisaient endurer mille autres maux , mais son esprit t 
s'allait unissant à Dieu , et avec l'aide de son compagnMt t 
il mettait promptement en déroute le démon qui le toâi^ k 
mentait et qui s'écriait à son tour par sa bouche : Ah t qM i 
je p&tis I Les autres religieux et exorcistes plaignaient le li 
père Tranquille dans ses souffrances ; mais il s'y déleetdt ■ 
à merveille; mais il y avait cette différence entre lui et M " 
que Dieu ne permit pas au démon de toucher à là vie AI 
ce dernier, au lieu qu'il lui abandonna celle du père Tran- 
quille (1)... » 

Les moitiés ses compagnons restèrent si bien persMdfè 
que le diable l'avait tué, qu'ils écrivirent sur sa tombti 
« Cy gît l'humble P. Tranquille, de Saînt-Rcmy, prédid" 
leur, capucin; les démons, ne pouvant plus supporter MiK 
courage en son emploi d'exorciste , Font fait mourir j*!^ 
leurs vexations ! » 

Plus noiis avançons dans l'étude des documehst qui VS/th 
cernent les événemens de I^ouduu, moini^ il reste ^dMtl 

P) MUtoiredes diables, p. 354. 



^OLIE BU PÀRB TRANQUILLE. 67 

sur la sincérité de la bonne foi des exorcistes; cependant 
Aubin s'écrie , à propos de la relation de la mort du père 
Tranquille : « Quelle matière à réflexions cette histoire im- 
primée en 1638 ne fournit-elle pas alors aux incrédules I 
Ils concluent que cette vexation des diables, si elle était 
Téritable, ou au moins les tourmens du père Tranquille, 
qui n'étaient que trop réels, et qui ne pouvaient procéder 
que des remords et des agitations d'une conscience bour- 
relée, étaient des marques bien sensibles de la sévérité 
des jugemens de Dieu, qui permettait que les démons, ou 
les idées des démons et de Tenfer, vinssent ainsi tourmen- 
ter à l'heure de la mort ces prétendus exorcistes qui S*é* 
taient si impunément joué pendant leur vie et de l'enfer^ 
et des diables, et de Dieu même; que d'ailleurs, supposé 
que les démons eussent agi d'une manière sensible et im- 
médiate sur ce capucin , la conséquence que son panégy- 
riste en tire pour prouver la sainteté du défunt était fausse 
et qu'elle devait être rétorquée contre lui, parce qu'on ne 
trouve dans l'Écriture que deux exemples, tout au plus, 
de fidèles affligés immédiatement en leurs personnes par 
le ministère des diables, savoir Job sous l'ancien Testa- 
ment, et peut-être saint Paul sous le nouveau; ce qui 
inontre que Dieu permet rarement que cela arrivé ; que 
s'il emploie quelquefois ces malins esprits pour affliger 
ses enfans , on ne lit point qu'il s'en soit servi pour leur 
Ater la vie... que puisqu'on demeurait d'accord que les 
diables étaient les bourreaux qui avaient fait mourir l'hum 
We père Tranquille , il fallait nécessairement conclure qu'il 
avait bien mérité d'être leur martyr,.. • Mais que, soit 
f ne tant de sermens horribles , tant de blasphèmes épon*- 
vantables, tant d'antres paroles de désespoir aient été 
prononcés par l'opération des malins esprits t et qu'Us 



es LITRE rV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. -^ CHAP. III. 

aient réellement agité ce malheureux père lorsqu'il les pro- 
férait et qu'il criait en tii*ant la langue et sifflant comme 
un serpent; soit qu*il ait fait toutes ces choses par la seule 
perversité de la nature , et sans être autrement possédé 
que par son désespoir, son état avait bien moins de rap- k 
port avec celui d'un fidèle qui ne manque jamais d'avcnr s 
recours à son Dieu lorsqu'il se trouve dans les soufEranco ï 
et à l'agonie qu'à celui d'un réprouvé (1)... » 

La seule conclusion que l'on puisse admettre ici, c'est que 
la puissance de la conviction avait sur ce capucin contri- 
bué, avec la violence des émotions, à enfanter la démo- 
nomanie* 

• 

H. — Démonomanie du père Lucas. 

Pendant qu'on donnait les derniers sacremens au père 
Tranquille , un révérend père qui assistait pieusement à 
cette cérémonie fut saisi tout à coup d'un délire fougueux. 
Voici en quels termes cet événement est raconté par les 
auteurs contemporains : 

« Quand on administra l'extrême onction au père Tran^ 
quille, les démons, sentant l'efGcace de ce sacrement, fu- 
rent obligés de lever le siège, mais ce ne fut pas pour aller 
bien loin, car ils entrèrent dans le coi*ps d'un bon père, 
très excellent religieux , qui était là présent et qu'ils ont 
depuis toujours possédé ; lequel ils vexèrent d'abord de 
contorsions et agitations fort étranges et violentes, de tt* 
raillemens de langue et d'hurlemens très affreux , en re* 
doublant encore leur rage à chaque onction que l'on faisait 
au malade, et l'augmentant de nouveau à l'aspect du très 
saint sacrement que l'on alla quérir. » 

(1) mstoire des Diables, p. 357, 358. 



FOLIE DE MÂNNOURI. G9. 

Au moment oii le père Tranquille rendit le dernier sou- 
pir, Texaltation du malheureux démoniaque fut poussée 
aia plus haut degré. 

« Les démons se ruant alors de plus belle sur le pauvre 
religieux, est-il dit dans la narration de ce fait, Fagitèrent 
si étrangement et si horriblement, qu'encore que les frères 
qui le tenaient fussent en assez grand nombre, ils ne pou- 
vaient néanmoins empêcher qu'il ne ruât des coups de pieds 
vers le défunt jusqu'à ce qu'on l'eût emporté de là, et il 
demeura ainsi fortement et cruellement agité jour et nuit 
jusqu'après l'enterrement; de sorte qu'on fut contraint de. 
laisser toujours des religieux auprès de sa personne pour 
l'assister (1).» 

I. — Hallucinations de Mannouri. 

Mannouri avait aggravé la position de Grandîer en cons- 
tatant, en sa qualité de chirurgien expert, l'existence d'un 
certain nombre de cicatrices, ou, comme on le disait à 
l'audience, de marques diaboliques sur les membres et sur 
le corps du curé de Loudun. Il avait aussi, assure-t-on , 
fait preuve d'une dureté de cœur peu commune en renou- 
velant à l'inGni les épreuves de sa sonde qu'il enfonçait 
cruellement dans les chairs du patient chaque fois qu'il 
avait intérêt à lui arracher des cris de douleur. Plus tard 
la conscience de Mannouri se trouva mal à l'aise en pré* 
scDce de ces souvenirs rendus plus poignans par les repro- 
ches et les sentimens d'animadversion dont les anti-posses- 
sionistes et les amis du supplicié prenaient plaisir à charger 
le chirurgien; enfin Mannouri en vint à un point de démo- 
ralisation tel, qu'il se crut poursuivi par l'ombre de Grau-* 

(1) Histoire des diables, ^,^i. 



; 

: 



70 LIVRE IV. -— DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. >— CUAP. III. 

dier. La version qu'on va lire indique mieux que beaucoup 
d'autres que je pourrais aussi transcrire, la manière dont 
le public fut mis dans le secret de ce nouvel événement, et 
dont cessa de vivre Mannouri. 

« Un soir, assure-t-on, qu'il revenait sur les dix heures 
d'un des bouts de la ville visiter un malade, marchant de 
compagnie avec un autre homme et son frater qui portait 
une lanterne devant eux, il s'écria tout à coup comme ni 
homme qui se réveille en sursaut : Ah I voilà Graudier l Que 
me veux -tu? — 11 entra en même temps dans un tremble- | 
ment et un frémissement dont les deux hommes quiétaieot ji 
avec lui ne purent le faire revenir. Ils le ramenèrent à sa i 
maison toujours parlant de Graudier qu'il croyait avoir p 
devant les yeux. On le mit au lit saisi de la même frayeur - 
et avec les mêmes tremblemens. Il ne vécut que quelques r 
jours durant lesquels son état ne changea point. Il mourut -s 
en croyant toujours voir ce mallieureux et tâchant de le ■ 
repousser pour en éviter les approches (1). » i 

i 

J. — Lypémanic du lieutenant civil Cbauvet. , 

Ghauvet, lieutenant civil à Loudun, loin de se montrer 
favorable à l'accusation de Graudier, avait témoigné par 
ses démarches et par son opposition à certaines procédures 
qu'il ne croyait point à la possession des diables, et qu'il 
ne les redoutait en aucune façon. Ge magistrat ne fut 
point affecté de démonopathie ; mais la perte qu'il fit de sa 
raison ne démontre pas moins le danger des secousses mo- 
rales auxquelles les personnes qui étaient obligées de 
jouer un rôle quelconque dans les affaires de diableries 
étaient exposées. L'accident du lieutenant civil de Loudun 

(1) Histoire des diableSy p. 377. 



FOLIE DB GUAUVET. 71 

At raconté dans tous les opuscules de Tépoque; d'après un 
listorien du Poitou ; a Louis Ghauvet avait de l'esprit, dû 
ia politesse» de la probité : mais comme il n'avait paii 
iroultt applaudir à la possession, la cabale, pour le rendre 
suspect, avait eu recours au moyen ordinaire et général qui 
fat de le faire accuser de magie par l'une des possédées. •• 
il ne put résister à la frayeur qui le saisit et le posséda 
si bien, qu'elle ne l'abandonna plus pendant le reste de 
sa vie... 

> Il s'était moqué d'abord de cette accusation et l'avatt 
traitée de ridicule... ; mais lorsqu'il eut vu la fin tragique 
du curé, son courage fut ébranlé, et il commença à s'é- 
penvanter. Dans cette disposition il fit un voyage à Poi- 
tiers où l'on tenait les grands jours ; il y trouva un homme 
de considération et de qualité, duquel il était connu très 
particulièrement ; il eut avec lui un long entretien sur le 
sujet de la possession de Loudun et de la condamnation dé 
Grandier ; sur quoi cet ami lui assura qu'après avoir fait 
attention à toutes les circonstances de cette affaire, il de^ 
meurait persuadé que tous ceux qui avaient été accusés de 
magie, et qui le seraient à l'avenir, couraient grand risque 
de perdre l'honneur et la vie, et que s'il se voyait lui- 
même accusé de ce crime, comme Grandier l'avait été, il 
se croirait perdu sans ressource, quelque crédit, quelques 
amis et quelque bonne réputation qu'il eût... Gette décla- 
ration surprit le lieutenant civil ; il en fut accablé, et les 
mouvemens de la frayeur s'emparèrent si violemment de 
son esprit qu'ils le renversèrent, et le réduisirent dans un 
tel état, que depuis on ne l'a jamais vu rétabli dans son 
bon sens(l)... » 

(1) Ouvrage cité, p. 209» 



72 LIVRE IV. — i>ix-8Ëi>iii::)iL siëclë. — cuAi». m. 

En définitive la folie convuisivc des religieuses de Loudun 
persista pendant près de neuf années ; elle ne tarda pas à n 
Be communiquer aux filles de la conunune et aux fiUes de^ | 
Cbinon, ville située à quelques lieues de là; à se commuf ^ 
niquer aux filles de Nimes et des environs ; à se commu» i. 
quer à plusieurs exorcistes ; elle causa le délire de Mai- ^ 
nourî et coûta la perte de la raison à un officier civil ; elle ^ 
entraîna la condamnation d' Urbain Grandier et jeta la coi- ^ 
sternation dans la ville de Loudun oh plusieurs innoce» 
durent craindre le sort du principal accusé. A Gbinon et 
dans les États du pape les énei^umènes distillèrent égh 
lement le venin de Taccusation. La démonopathie , souf 
quelque point de vue qu'on la considère, a donc constitaé '■ 
une véritable afiliction sociale. 

Les souvenirs de la maladie de Loudun font peu d'hon- ', 
neur à la science des médecins de Tépoque. Les ursulines ti 
appelèrent à leur secours presque tous les médecins des ^ 
villes grandes ou petites situées dans un rayon distant de 
vingt-cinq à trente lieues de la communauté ; des remèdes 
internes furent prodigués aux malades ; personne ne s'avisa 
de recourir à un plan de traitement régulier et méthodi- i 
quement suivi. A dire vrai , la volonté des médecins était i 
dominée par celle du clergé, et la médication la plus ratioih i 
nelle eût été rendue infructueuse par la stimulation qu'en- i 
tretenaient les conjurations, les adjurations de tant de - 
moines occupés à combattre les démons ; mais il n'est que j 
trop vrai que presque tous ces médecins comptaient plus : 
sur l'efficacité des exorcismes que sur la puissance de 
leur art. Jamais la crédulité de leur esprit ne se montra 
d'une manière plus fâcheuse que dans les réponses qu'ils 
firent aux questions qui leur furent posées pendant le cours 
du procès d'Urbain Grandier. Sur vingt-quatre à vingt- 



HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE A LOllVIERS. 73 

cinq rapports qu'ils rédigèrent, non seulement il n'en est 
pas un seul où il soit dit explicitement que la maladie des 
ursulines n'offrait rien que de très naturel , mais encore 
on s'extasie dans tous sur l'étrangeté des phénomènes que 
ron a sous les yeux et on finit par conclure que la science 
du diable est seule capable d'opérer de pareils prodiges. Il 
eût été dangereux de tenir un autre langage ; cette consi- 
dération , qui ne fit point fléchir Duncan , n'influa point , 
bien certainement, sur les décisions de tant d'autres 
hommes attachés à l'honneur d'une noble profession ; mais 
l'influence qu'ils subissaient , c'était celle des idées alors 
reçues et de leur propre conviction. 



SUT. 

Dix-huit religieuses sont atteintes d'hystéro-démonopathie , à Louviers. — Le 
parlement de Rouen condamne un prêtre au supplice du feu. — Le cadavre du 
curé Picard est aussi jugé et condamné à être brûlé sur la place publique. 

1642. 



Le monastère de Louviers, comme celui des bénédictines 
de Madrid , comme celui des ursulines de Loudun , ne 
comptait qu'un petit nombre d'années de fondation lorsque 
la monomanie des cloîtres s'y déclara. Le zèle ardent, la 
piété mystique et contemplative du curé Picard, qui avait 
été chargé pendant quelque temps de diriger la conscience 
des religieuses, passèrent généralement pour avoir contri- 
bué à ce terrible malheur. 

L'exorciste Bosroger parle en ces termes du confesseur 
des filles de Sainte-Elisabeth : « Sa démarche grave et mo« 
dérée, ses yeux baissés, sa barbe longue et négligée, la 
pâleur de son visage exterminé à dessein , la douceur de 



74 LIVAE IV. — • DIX-SEPTIÀME 6liCLE.* *— CBAP. 111. 

ses entretiens, sa condescendance envers ceux qui loi \ 
parlaient, Tardeur de son zèle, Tattention de ses actioii% i 
la suspension de son esprit marqué sur son front , le débit t 
sérieux de ses idées, sa retenue étudiée, quelques moti 
enflammés qui donnaient un sentiment exquis de Dieu et 
du paradis, quelques fervens soupirs, sa mine réformée en 
contemplatif, ses longues messes pendant lesquelles il pi- 
raissait extatique , ses actions de grâce entrecoupées iê 
sanglots, soudainement arrêtés par un silence paisible«Mt 
tout en lui promettait quelque chose de grand (1). » 

I^ mémoire de Picard a été calomniée, sa déponiHl je 
mortelle indignement profanée ; mais peut*être n'a-t-on pu i» 
supposé sans raison qu'un prêtre habitué à se poser de la ;. 
sorte, qu'un confesseur qui poussait l'amour de Dieu jus- \^ 
qu'à l'enivrement , qui se montrait avide du bonheur des j. 
illuminés, avait pu contribuer à incendier l'imagination dt > 
ses jeunes pénitentes. i 

Quoi qu'il en soit, les saintes filles se montrèrent jalouses | 
d'atteindre à un haut éclat de sainteté. On les \1t courir |j 
au-devant de toutes les macérations , passer les nuits ea \j 
prière, s'exténuer par des jeûnes excessifs, meurtrir leur 
chair à coups de discipline , et pour mettre le comble à 
tant de bonnes œuvres se rouler à moitié nues dans ta 
neige I i 

Le résultat que devaient amener tant d'imprudences M ; 
se fit pas longtemps attendre. Vers la fin de l'automne de \ 
16/i.â, le curé Picard succomba aux atteintes d'une courte * 
maladie. Plusieurs religieuses dont la raison était d^à ' 
chancelante, affligées de cette perte, contrariées par les 

(1) La piété affligée , ou Discours historique et théologique de la possesfîof^ 
des religieuses dites de Sainte-Elisabethi à Louviers, par Esprit de Bosroger, 
capucin, Rouen, 1752, in-4^ p 44. 



i 



\ 



HYSTéRO-DÉMONOPATUIE A LOUVIERS. 75 

observations et les réprimandes de leur nouveau confes^ 
aeur, tombèrent presqu'en même temps alors dans un état 
nerveux inquiétant. Au bout de quelques mois, dix-huit 
sœurs, sur cinquante qui peuplaient la communauté, 
étaient affectées de convulsions et de monomanic(l). 

Les religieuses qui affichaient dans le principe le plus 
de vénération pour les objets saints et pour les sacremens, 
les ont en horreur depuis Tinvasion de la maladie. Cent fois 
par jour on les entend s'emporter en blasphémant contre 
la divinité, on les surprend à cracher sur Thostie, à pro- 
férer des juremens obscènes. De temps à autre elles obéis- 
sent à des transports de fureur et commettent de conti- 
nuelles extravagances. La nuit, elles sont assiégées par des 
visions, parlent seules, et troublent le repos de la commu- 
nauté, en faisant retentir Tair de leurs plaintes et du va- 
carme de leurs hurlemens. 

Les senlimens, les habitudes, les goûts, sont pervertis. 
Les filles qui se délectaient anciennement par la prière 
sont à présent dans Timpossibilité de prier, dans Timpossi- 
Mlîté de garder la retenue convenable à leur sexe, à leur 
éducation, à leur profession. La présence de Teucharistie 



(1) Void la preuve (pie la monomanie avec penchant au suicide a régné dans 
les monastères dès ie treizième siècle. « Une religieuse d'un âge avancé, raconte 
Césaire, d'une sainteté exemplaire, se sent tout à coup troublée par le mal de-tris- 
tessè et tourmentée de Tesprit de blasphème, de doute et dMncrédulité; elle tombe 
tes le désespoir, reftise les sacremens ; puis, se croyant condamnée au feu éternel 
et craignant que, suivant la menace du prieur qui la dirige, son corps ne soit en- 
terré sans honneur dans les champs, elle se précipite dans la Moselle dont on par- 
iknt à la retirer vivante. — Dn convers, jusqu'à la vieillesse, avait mérité Testime 
et les éloges de ceux qui l'entouraient par la régularité de sa conduite et par le 
rigorisme de ses pratiques religieuses. Mais cnOn il fut pris d'une sombre mélan- 
«ëe, il s'imagina que ses péchés étaient trop grands pour que Dieu voulût les lui 
fardonner, et désespéra de son salut. (1 ne pouvait plus prier, et, plein d'un doute 
aeeaUant, il se jeta dans un réservoir d'eau voisin du monastère, où il périt noyé. 
(M. Boorqudot, Bibliothèque de Vécole des chartes j t. 4rP. 251 .) 



76 LIVRE IV. — blX-SEPTlÈSIË SIÈCLE. — CILiP. III. 

soulève chez elles des transports de crainte, de rage od 
d'indignation, des sensations viscérales poignantes. Ltt 
hallucinations de la vue, de Touîe, du toucher, de Todorat, 
et du goût, persuadent à ces malades qu'elles sont possè^. 
dées, mordues, brûlées intérieurement par des démons^ 
qu'elles subissent l'obsession diabolique, que Satan met 
tout en œuyre pour les effrayer, les perdre ou les séduirez 

Les mouvemens sont tumultueux, les attitudes dégoft^ 
tantes, les penchans erotiques exaltés. A tout instant ks 
religieuses tombent dans de longs accès convulsirs ; le# 
corps replié en arrière offre Taspect d'un arc. Après l'atltf 
que, cris, vociférations, hurlemens, mouvemens ^1^ 
mâchoire, congestion de la face, immobilité du globe Al 
l'œil, suspension apparente de l'acte respiratoire. 

Jean Lebreton s'exprime ainsi en parlant de la posseMs 
sion des filles de Louviers (1) : 

« Il y a environ quinze filles religieuses dans le couvenl 
de Saint-Louis qui se disent depuis sept ou huit mois grarii! 
dément travaillées des démons, intérieurement et exiAi 
rieurcment, et de la vie et mœurs desquelles toutes M 
autres religieuses du même cloître non travaillées rendent 
de grands témoignages de sagesse, d'ingénuité et de piétéi 
Et jusque là même que dans la confrontation que l'on a faito 
d'elles avec une autre fille qui a demeuré depuis plusieuff 
années dans le même couvent et qui a été par elles accusé! 
de magie et de les avoir maléficiées , cette prétendue m^ 
gicienne n'a rien eu à leur reprocher, mais au. contrabii 
les a toutes reconnues pour très dignes religieuses, comiM 
il se voit encore à présent par le procès qui en a été fait 
Et telles aussi elles paraissent encore maintenant duran 

(I) J. Lebreton (théologieD), Ln défense de la vérité touchant la possetsmi 
des religieuses de Louviers^ Ëvreux, 1643, in-4'* , 27 pages. 



HtSTÉRO-DÉlfONOPATHIE A LOUVIERS. 77 

tars intervalles (de raison) à tous ceux qui les cousidèrent 
t particulièrement à ceux qui gouvernent leurs consciences 
t eutr^ autres à messieurs les ecclésiastiques envoyés par 
a Majesté (Anne d'Autriche), lesquels joignirent à leur 
xamen extérieur celui de Tintérieur de toutes .ces reli- 
^euses, en les confessant durant tout le temps qu'ils furent 
i Louviers , selon la prière que leur en fit monseigneur 
*évêque d'Evreux. 

Ces quinze filles témoignent maintenant dans le temps 
le leur communion une horreur étrange du saint sacre- 
nent , lui font la grimace , lui tirent la langue , crachent 
soBtre lui et le blasphèment avec une apparente impiété 
Ktrème. 

Elles blasphèment et renient Dieu plus de cent fois par 
jour avec une audace et impudence efirayables. 

Plusieurs fois le jour elles témoignent de grands trans- 
ports de fureur et de rage, durant lesquels elles se disent 
iémons, sans offenser néanmoins personne et sans blesser 
li main des prêtres lorsqu'au plus fort de leurs rages ils 
leor mettent les doigts en la bouche. 

Durant ces fureurs et ces rages , elles font d'étranges 
convulsions et contorsions de leur corps , et entre autres 
te courbent en arrière en forme d'arc, sans y employer les 
wôns, et en sorte que tout le corps est appuyé sur le front 
ntant et plus que sur leurs pieds et tout le reçte en l'air, 
; cl demeurent longtemps en cette posture et la réitèrent 
wpt on huit fois. Après tous ces efforts et mille autres 
mitinaés quelquefois quatre heures durant, principalement 
tas les exorcismes , et pendant les plus chaudes après- 
ttiées des jours caniculaires elles se sont, au sortir de là, 
toovées aussi saines, aussi fraîches, aussi tempérées et le 
pools aussi haut et aussi égal que si rien ne leur était arrivé. 



78 LIVUE IV. — blX-SBPTIÈME SIÈCLE. — GSAP. Ht. 

11 y en a parmi elles qui so pAment el s'éTanouifl 
durant les exorcismes, comme à leur gré, en telle i 
que leur pamaison commence lorsqu'elles ont le Tisai 
plus enflammé et le pouls le plus fort Pendant cet « 
nouissement qui dure quelquefois demi-heure et plus, 
ne peut remarquer ni de Tœil ni de la main aucune n 
ration en elles. Et elles reyiennent de cet éTanouisseï 
sans que Ton y employé aucun remède et 4*une façon ec 
plus merveilleuse que n'en a été rentrée ; car c'est es 
muant premièrement l'orteil^ puis le pied, puis la ja= 
puis la cuisse, puis le yentre^ puis la poitrine et pa 
gorge, mais ces trois derniers par un grand mouveme 
dilatation , le visage demeurant cependant toujours ■ 
remment interdit de tous ses sens, lesquels enfin il r^ 
tout à coup en grimaçant; et la religieuse hurlant et re 
nant en même temps en ses violentes agitations et pi 
dentés con torsions (l).... » 

Aux accidens dont on vient de nous donner un ap 
et qui ne peuvent se rapporter qu'à la démonopathic 
térique, se joindront encoi^e par la suite, sur qu^ 
malades, les symptômes de la démonomanie. 11 semhfr 
la maladie de Louviers ne soit que la continuation 
reflet de celle qui vient de ruiner la maison des mmo 
Lottdun. 

D'après Bosroger, il suffit de peser les actions ma 
des religieuses de Louviers, pour acquérir VassiiF 
qu'elles sont possédées. 

« La première preuve en ce genre , dit cet exord 
est prise des continuels, horribles et injustes blasphèi 
que profèrent malgré elles ces pauvres filles à toutes 1 

(i) La défimsB de la mérité touchant la possession des religieuses A 
ekrèf fv h Miroton, Ht-Ai^^ t«49> ÈHtfna, p. 7, a* 



inrSTÉRO-BÉMONOt^ÀTiltE A LOUVIERS. 79 

>s et à tous momens ; ce qui , par un sentiment de corn- 
ission, tire les larmes des yeux aux personnes sages, et 
it porter ce jugement en leur esprit, que ces horreurs 
royiennent nécessairement d'un principe étranger, et en 
^la ils discernent infailliblement Topération diabolique , 
*étant pas imaginable qu'une si grande multitude de dix- 
ept ou dix-huit religieuses nourries si saintement , soull- 
Usent leurs bouches par tant de blasphèmes. C'est une 
fantaisie d'esprit de vouloir dire que c'est par folie, car 
itailesToit raisonner solidement en toutes autres choses. 
' » La seconde preuve. . . ( de la possession ) est celle-ci : 
taies voit dire souvent des paroles sales, telles que les 
Hélèrent les débauchés et les femmes perdues , et elles 
IWtonnent aussitôt en tout le reste, comme noiis venons 
■Ié dire ci-dessus des blasphèmes : ce qu'un esprit sage 
! Wt assurément ne pouvoir venir déjeunes filles nourries 
ii purement dans la religion ; mais il faut que cela prbcède 
fie h force d'un charme et d'un démon qui leur est attaché, 
i*fen cela se voit visiblement l'opération des diables. 

Troisième preuve. — Que pourrait conclure uil bon 
^^ritdela description si étonnante qu'elles font du sabbat, 

kotic, des horreurs qui s'y commettent, de l'explîca- 
i*n qu'elles en donnent et de toutes leurs circonstances ^ 
*ou que ce sont leurs démons qui y président qui leuf 
i *• rtyélé ces choses horribles ?. . . . 

Quatrième preuve. . . . Mais pourquoi cette aversion si 

'''^uge des sacremens de confession et de communion , 

9^ lors leur fait produire tant de rage , tant de résistance, 

tatde contorsions et de blasphèmes? D'oti peut procéder 

wt ce désordre? Non d'une fille que l'on voit un Instâùt 

i^rts adorer Dieu , mais du démon , ennemi des sacfe-» 



80 LIVRE IV. — BIX-SEPTIÊME SIÈCLE — CHAP. III. 

» Cinquième preuve. — On voit des actions si enL:i 
mêlées , si différentes et si opposées se faire presque ^ 
même temps en elles : louer Dieu en ce moment , et an 
vaut le blasphémer ; parler des choses saintes, et à Fii 
proférer des saletés et dire des effronteries; nous a~ 
vu plusieurs fois ces filles , en leur disant adieu , té^ 
gner mille regrets , et de grands ressentimens pour 
sence des personnes qui leur sont nécessaires, et " 
jusqu'aux larmes ; et à Tinstant la même bouche prt 
des exécrations, des malédictions, des imprécations 
le diable te rompe le col , qu'il t'emporte en enfer, 
t'enfonce dans les entrailles de Beelzébuth... D'oi 
mouvemens si contraires (viennent-ils?) sinon de ^^ 
esprits contraires , du propre de la fille et de l'assistai 
du démon , n'étant pas possible, moralement parlant, qu'^ 
seul esprit fasse tant de diverses saillies et passe si prom| 
tement d'une extrémité à l'autre?... Ceux qui, avec prt 
dence, ont considéré ces mouvemens si divers ont vu au» 
facilement dans ces filles la résidence de deux esprits o] 
posés, de l'humain et du diabolique, comme ils ont i 
deux opérations diverses et opposées. 

» La sixième preuve. . . est prise des horribles opér 
tiens intérieures des démons , des tentations insupport 
blés de tout genre, des afilictions démesurées d'espri 
passant l'humain, des ruses inconcevables, des piég 
subtils, des oppressions des sens intérieurs... des soi 
tractions de toutes lumières et des attributions que fo 
les diables de leurs propres malices à ces pauvres fille 
essayant par toutes voies et subtilités de leur faire accroi 
qu'elles-mêmes opèrent ces horreurs, qu'eux exerce 
diaboliquement et très subtilement ; et enfin des agoni 
extrêmes où ils réduisent leurs esprits, et, en un mot, i 



HTSTÉRO-DÉMONOPATHIE A LOUVIERS. 81 

lerrible état où ils les mettent par ces tentations , certes 
toutes au-dessus des forces humaines avec la grâce com- 
nane et ordinaire. . . 

» «Septième preuve. — Il n*est aucunement à présumer 
que tant de filles de si différentes complexions et se por- 
tant fort bien d'ailleurs, soient affligées d'une même ma- 
ladie, ayant pour mêmes symptômes les paroles de blas- 
pbèmes ou de saletés , ou qu'elles soient folles d'une même 
ioKe, raisonnant fort bien en tout le reste (1). » 

Eu définitive, cette énumération des désordres moraux 
ébfiervéssur les religieuses de Sainte -Elisabeth démontre 
[• ^'eUes n'avaient pas pu se soustraire à cette aliénation 
l4BSftentmiens honnêtes, à ces antipathies insurmontables, 
foi font le désespoir de certains monomoniaques habitués 
i sulTre, depuis Fenfance , toutes les pratiques de la dévo- 
ttai la plus stricte. Les observations de Bosroger ne sont 
i goe trop souvent surchai^ées de raisonnemens, de ré- 
lexions capables d'inspirer le dégoût ; mais ces raisonne- 
fliens nous font voir que , pendant longtemps autrefois , la 
compatibilité de la folie avec une espèce de raison, sur la 
même personne , que la manifestation subite de certaines 
lésions fonctionnelles sur un assez grand nombre de per- 
sonnes, ont été estimées absolument impossibles. 

Une de ces pauvres moinesses écrivit à son confesseur : 
c Mon esprit , noirci des plus hideuses vues de l'enfer , ne 
■e permet d'autre raisonnement que les blasphèmes , et 
comnie je voudrais bien empêcher , devant le monde , cet 
endiablé procédé , je retourne mon esprit de tout sens, et 
le puis venir à bout de ma prétention; c'est pourquoi je 
mmiis ma rage devant toi , et veux édaircir mon obscurité 



r^, 



(1) Bosroibr, ouvrage cité, p. 321, 3*i2, 324, ete. 

Ton H. 6 



82 LIVRE IT. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — * CHAP. in. 

par la vue des flammes de mon désespoir l Mais quoi I 
augmente , au lieu d'ordre je ne rencontre que confu^J 
je péris quand je veux me sauver , il me semble que r 
afTaires se renversent ; jamais de paix, tout en confusr:^ 
tout en rage. ... Le blasphème est ma nourriture, et 
conserve mon être est le mépris et T anéantissement 
fais du Verbe , ce chien de pendu ; je me ris de la 
que tu prends de ce que je dis ; je t'apprendrai que 
une fille et non ce que tu penses qui dit qu'à jamais 
maudite l'idée de Dieu sur toi... 

» Je ne comprends point ce que je dis présentem«0 
soufTrant une rébellion horrible dans mon esprit et dtf 
mes sens , et un endurcissement de cœur inimaginable. / 
crois certainement que je me trompe ; j'aime mieux m 
flatter d'une idée métaphorique, et d'une conduite de Die 
particulière , que de me voir dans une continuelle rage 
haine, désespoir, furie, contre Dieu et les hommes^ l'ail 
mieux être dans une tromperie enragée; je sais si hh 
comme il faut faire , et néanmoins je ne sais qui m*ei 
pêche... Il ne m'est point permis de prendre d'autre pn 
cédé que celui que je tiens, et si la créature pouvait 
souffrir plus enragé, et plus fortement, je le ferais ; cela i 
se peut que dans sa destruction. ... Je ne sais qui me fi 
tomber dans ce discours qui n'a ni suite ni raison ; la n 
son t'en sera dite quelque jour. . . 

» Il faut que je vous avoue en vérité que vous me fail 
souffrir extrêmement dans les prières que vous faites po 
cette damnée maison , mais les particulières que vous 
ajoutez particulièrement me font désespérer!... Je ne pu 
me soumettre à tout ce que vous voulez ; ne command 
donc plus , s'il vous plaît , si vous ne voulez que ma mu 
rable vie se termine par le désespoir. Je ne veux fai 



HTSTÉRO-DÉMONOPATHIE A LOUVIERS. S3 

antre chose que de m'unir dans l'horreur de tous les blas^ 
phèmes qui ont été produits , qui se produisent et qui se 
[produiront à jamais ; ne me contraignez point de dire des 
ouanges ; il est bien difficile à une personne de louer ce 
Io*elle abhorre le plus au monde. Je me compare ici à Tor- 
iioaire de T homme par nécessité; tu sais bien ce que je 
repx dire. Peut-on rencontrer une créature au monde qui 
lit plus de haine qu'une personne unie au diable? Que je 
luis enragée dans ma haine , que j'honore ma haine , puis- 
iu*elle a le pouvoir de me faire être contrç ce pouvoir in- 
fini L.. Amour, tu étais autrefois le second principe de ma 
beauté en Dieu, et de présent, tu es changé tout le premier 
lans ressource. Malheur à moi (1) 1 » 

Nous avons tous rencontré des exemples de cette hor- 
rible monomanie qui fait qu'un fils, qu'une fille, épris jus- 
que là d'une tendresse , d'un respect exemplaires pour 
leurs père et mère , sentent tout à coup ces dispositions si 
douces remplacées par une haine furibonde ; nous avons 
tous vu de jeunes mères implorer la vindicte des lois, en se 
qualifiant de monstres dénaturés, parce qu'une sorte de 
rage insurmontable et insensée les poussait à étouffer le 
premier fruit de leur amour; l'exemple des religieuses, 
qui ne pouvaient plus penser sans frémir à l'amour et à la 
perfection de Dieu^ qui ne ressentaient plus de sympathie 
que pour le démon, prouve que l'existence de la monomanie 
affective est fort ancienne. 

Bosroger, voulant donner une idée des tourmens que 
Tobsession des diables causa aux filles de Sainte-Elisabeth, 
débute de la sorte : « Ceux qui ont lu les livres de la Pro- 
viâence^ composés par saint Ghrysostôme, y auront appris 

(1) Bosroger, ouvrage cité, édit. m-12; p. 284, 285. 



I 



84 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIECLE. — CBAP. III. 

Tétrange vision qui toarmenta le moine Stragire aupam 
vant que d'être possédé. Ce bon religieux , que le 8a&i| 
docteur tâche de consoler, fut inquiété par un démon déjki 
guisé sous la forme d'un sanglier tout hérissé , furieux et 
couvert de fange, qui se jetait avec rage sur lui cooime i^l 
Peut voulu déchirer par morceaux. Ce vertueux peantm 
nage était saisi d'une peur extraordinaire , qui ne 
aucun repos à son esprit aflOigé. Cette cruelle possenM 
de Stragire n'est qu'une ombre ou tout au plus qu'on ^égt^L 
crayon de celle; que nous décrivons, qui a été accompagiMl: i^ 
d'apparitions effrayables et d'horribles obsessions, 
nous omettrons la plus grande partie, parce que plnsieHki| 
volumes ne les pourraient enfermer (1). » i* C 

Cet exorde annonce que les religieuses de Lonviers n*Af ^ 
talent pas exemptes d'hallucinations. Effectivement il est L 
douteux que dans aucune épidémie analogue les hallncl» U 
nations de la vue, du toucher, de l'ouïe, de l'odorat, éik j^i 
goût, que les hallucinations viscérales se soient jamais mfrs 1 
nifestées en aussi grand nombre et sous autant d'aspecH \ 
différens. Ce n'est qu'après avoir suivi au désert, ou da» ^ 
quelque solitude écartée, les anachorètes, les ermites adiMH; l 
nés à la contemplation ou aux rêveries de la mysticité, et: 
n*est qu'en se glissant dans l'enceinte monotone desandmis 
cloîtres qu'on parvient à soupçonner la nature des créatioiii 
fantastiques qui tourmentent l'existence d'une certaine , 
classe d'aliénés. 

Quelques faits particuliers, dont nous devons la con- 
naissance à Bosroger , offrent une importance réelle poor 
l'étude de la démonopathie, et surtout de ces conceptions 
délirantes qui font accroire aux malades que leurs sens 

i 

(1) Bosroger, ouvrage cité, édit. in-12, p. 127. 



HYSTERO-DÉMONOPATHIE A LOUVIERS. 85 

Bont sans cesse sollicités par des objets qui n'ont pourtant 
4ai*iuie existence fictive. On lit dans la notice qui traite des 
événemens de Louviers : 

« La sœur Barbe de Saint-Micbel a vu plusieurs fois la 
Mdt en sa cellule grand nombre de chandelles allumées... 
Jm même sœur était. . • tellement tourmentée , qu'elle ne 
J^Yait faire trois pas qu'on ne lui vist plier avec violence 
ift genouil jusqu'à terre , et puis après elle tombait. . . . Je 
ÎNttse sous silence les flambeaux allumés contre la grille de 
I^égUse au temps des communions de cette religieuse... Je 
hdMe à part tous ces fantômes et ces hommes qui parais- 
saient, la persécutaient, et après lui avoir donné beaucoup 
d'inquiétude et de peine , prenaient la fuite par les cbe- 
minéesi 

» La sœur Marie de Saint-Nicolas aperçut deux formes 
'Cffirayables , l'une représentait un vieil homme avec une 
grande barbe, lequel ressemblait... (au feu curé Picard); 
ee fiuQtôme, qu'elle aperçut à quatre heures du matin, en- 
viron le soleil levant, s'assit sur les pieds de sa couche, et 
hd dit d'un ton d'homme désespéré: Je viens de voir Ma- 
deleine... et la sœur du Saint-Sacrement. Ah! que Made- 
leine est méchante! elle est entièrement à nous, etc.... 

» L'antre forme était seulement comme une tète fort 
grosse et fort noire que cette fille envisagea en plein jour. . . 
Cette tête la regarda longtemps et lui causa une grande 
frayeur. Elle ne laissa pourtant pas de la considérer atten* 
threment jusqu'à ce qu'elle remarqua que cette tête com- 
feençait à descendre de la fenêtre , car pour lors elle fut 
iftisie de la peur et se retira.... 

» . . . . Les diverses apparitions faites à la sœur Anne de 
la Nativité... commencèrent dès l'année 16&2. 

i» C'est une chose étonnante comme quoi ce maudit en* 



86 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

nemi se montrait presque à tous momens à cette paanv 
fille en de terribles et afireuses figures, comme quoi en eâ 
état il se tenait toute la nuit dans sa cellule , iaimcAII |> 
devant elle, comme il marchait le premier partout où elift ^ 
voulait aller, même dans le chœur, où il faisait toutes sorM P 
de boufibnneries pour la divertir; et elle n'avait point M y 
peur alors; elle n'en fut saisie que quand elle eut déctafi y 
cette vision à sa mère-maitresse. Le diable commença à k f 
menacer qu'il la tourmenterait avec plus de violence , U j'i 
disant qu'elle serait à eux , à la fin , et qu'elle ne poumll y 
résister à tout ce qu'ils lui feraient, lui et ses compagnoM^ r' 
puisqu'elle avait dit leur secret à la chienne de mëre.«.t^ J^ 
Ces menaces durèrent une nuit entière, après laquelle cetife ^ 
affligée rendit compte de \out à sa maîtresse , qui fit ci jn 
qu'elle put pour la consoler et lui commanda de faire UB )i 
mépris absolu de toutes ces illusions sans raisonner ni poB^ il 
1er avec le diable. .. . * 

» Pendant les coulpes ou le temps qu'on pratiquait qiiek !i 
ques autres actions d'humiliation, il s'enfuyait, et revȃt I 
après en se moquant de ce qui s'était passé. Lorsqo'oi ) 
chantait au chœur l'office divin, et qu'on célébrait la sainte . 
messe^ il représentait à ses yeux des horreurs abominaUol \ 
et se montrait en forme d'une affreuse bête qui ouvrait h \ 
gueule pour l'engloutir, à cause qu'elle ne voulait regarte : 
de telles sottises, résistant courageusement. Il la frappirfl i 
rudement et la tourmentait à tout moment; il la faisift i 
choir rudement sur les montées ou autres lieux et souvoit 
il lui montrait des spectres ou des figures d'hommes et de 
femmes qui dansaient nus avec une grande effronterie et 
impudence qui lui donnaient de l'horreur.... 

» Un jour.... pendant la sainte messe.... un crucifix ae 
montra à elle, qui lui dit: Ma fille, mon épouse, ma iNien 



HTSTëRO-BÉMONOPATHIE â louyiers. 87 

aàmée , je viens à vous pour vous délivrer de votre afflic- 
tion, etc.... Il détacha ses bras de la croix et s'approcha 
dTelle poiir Tembrasser , mais elle se retira , se souvenant 
de renseignement qu'on lui avait donné , de n'écouter ni 
de répondre à rien.... Cette forme continua à l'exhorter 
qu'elle ne méprisât point ses grâces , etc. . . . Elle rendit 
compte de tout ceci à la mère, toutefois avec grand' peine. 
n lui semblait qu'on lui ôtait les idées de la mémoire. . . . 

> Le même jour, sur le soir, la même forme du crucifix 
loi dit, avec des paroles aûioureuses : Ma chère fille, mon 
épouse, donne-moi ton cœur, etc.. Alors elle fit un mé- 
pris, même extérieur, et cracha contre le fantôme, et aus- 
sitôt il disparût. Après cela elle fut saisie d'une grande 
tristesse , pour la crainte qu'elle avait d'avoir mal fait. 
Toute la nuit ensuite, elle fut beaucoup tourmentée par 
des visions déshonnêtes qui la sollicitaient au mal avec des 
formes humaines impudiques. Elle dit le matin qu'elle 
n'avait pas fermé Fœil et qu'elle était si lasse qu'elle n'en 
youyait plus , et que Dieu lui avait fait la grâce de com- 
battre toute la nuit. 

»... Elle commençait d'avoir de la peine à se confesser, 
^ ou lui ôtait la mémoire de ses fautes et même les pa- 
roles de la bouche. ... Le père confesseur s'avisa alors de 
faire les prières de l'exorcisme pour la rendre plus libre 
de se confesser et communier. Les jours qu'elle avait com- 
nonié , cette forme de crucifix s'apparaissait à elle et lui 
disait : Eh bien, ma fille, vous m'avez reçu aujourd'hui; 
vous ai-je pas bien consolée ? etc. . . 
» Cette fille prit ensuite la résolution de faire une neu- 
I vaine à la très sainte Vierge , pour se mettre sous sa pro- 
tection , afin d'avoir plus de force pour se maintenir contre 
les tentations du diable. La première fois qu'elle alla à la 



88 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. lU. 

chapelle et qu'elle commença sa prière en s'hiuniliant... 
il se présenta devant elle un soleil si beau et si ravissafit 
qu'elle assure n'avoir jamais rien aperçu sur la terre de 
plus charmant. . • Elle entendit une voix qui sortit de cette 
lumière. • • Quelques nuits après , le diable lui proiM>sa de 
sales représentations , et elle souffrait beaucoup en une à 
fâcheuse occasion , lorsque ce soleil éclatant vint inconti- 
nent combattre pour elle , et chasser le tentateur impu- 
dique , en proférant ces douces flatteries : Ma fille , moa 
épouse, je viens pour vous deSendre, etc.*. 

» Souvent le diable prenait la forme de quelques reli- 
gieuses qui disaient à sœur Anne du mal du père confefr- ) 
seur, et de ses supérieurs , avec des paroles trompeuses, i 
les louant d'une façon et les blâmant de Fautre. Une fois, l 
elle croyait parler à sa mère-maitresse. Tétant allée trouver i 
en sa cellule où elle semblait être assise en sa chaire, et 
où elle commença de tanser ladite sœur, lui reprochant, 
avec un visage rigoureux, qu'elle était bien infidèle à Diea 
et qu'elle en recevrait le châtiment... Lorsqu'à même 
temps elle fut inspirée et portée tout ensemble à s'enfuir, 
et elle courut fort promptement au noviciat, où étant, die 
fut bien étonnée d'y voir la mère-maîtresse , à qui elle Te- 
nait de parler en sa cellule, et lui dit donc son étonnement, 
et la mère l'assura qu'elle avait toujours resté là , et lui fil 
confirmer par les sœurs présentes , lui prouvant ainsi que 
c'était une illusion, et qu'elle ne crust point une autre 
fois la voir si elle ne lui faisait le signe de la croix avant 
de lui parler. 

> Quelques jours après, une forme représentant la mère- 
maitresse porta à cette fille deux noix confites, lui disant: 
Tenez , ma fille , prenez cela pour vous fortifier , car vous 
êtes bien débile : dont ladite sœur eut une grande défiance, 



HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE A LOUYIERS. 89 

à cause que la mère ne faisait point le signe de la croix, et 
cria courageusement : Sortez d'ici , vous n*êtes point ma 
mère. A Finstant même qu'elle eut dit cela, elle ne vit plus 
ce fantôme. 

» Durant les jeûnes, elle apercevait devant elle des 
modes les plus exquises, et des formes humaines qui 
rexdtaient à manger, et partout où elle allait, elle sentait 
rôdeur des viandes. Son appétit en était fort excité jusqu'à 
ce qu'elle l'eut dit au père confesseur et à sa mère , car 
eUe se sentit alors plus forte pour mépriser cette tenta- 
tion. 

> Sœur Anne eut encore la vision d'un ange d'une 

beauté, disait-elle, admirable, qui l'assura être envoyé de 
Dieu pour lui enseigner la perfection, parce que Dieu la 
voulait gouverner immédiatement, par lui ou par ses anges, 
que pour cela il était député... 11 se vanta d'être un séra- 
phin, etc... 

t Le lendemain, la nuit, elle vit la même apparition qui 
r^tretint de la vie illuminative, etc. . . 

» II revint encore le lendemain, sur la nuit, pour la 
troisième fois, et discourut bien longtemps de la vie intui- 
tiYe... C'est une grâce bien singulière, disait-il, et qu'il 
ne faut découvrir à personne. . . ; que ce serait une grande 
infidélité contre Dieu de communiquer, et peut-être une 
cause que Dieu ne lui donnerait plus des grâces si parti- 
culières, mais, au contraire, qu'il laisserait faire le diable 
Vd la tourmenterait beaucoup. Vous l'avez expérimenté, 
tisait ce pipeur, pour n'avoir pas été fidèle... à garder 
Yotre secret ; ce sera pis à l'avenir, si vous ne me promet- 
tez pas de faire mieux. . . 

> Le lendemain, elle dit tout ce qui s'était passé avec 
beaucoup de peine, et puis elle se soumit à croire que tout 



90 LIVRE lY. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

cela était artifice da diable. Après quoi elle fut saisie d' 
grande peur, qui lui continua plusieurs jours. Il lui i 
avis qu'on la voulait tuer, et partout où elle allait, 
ticulièrement lorsqu'elle était seule, il lui semblait qi 
entendait des épées faire du bruit ensemble ; néanms 
elle ne savait pas ce qui faisait cela, pour lors, sL i 
qu'elle apercevait des formes épouvantables qui la faisa/â 
trembler de peur , principalement sur le soir ; et quand ett 
était à Tofiice, on lui faisait toujours quelque mal sensibta 
On lui voyait souvent la chair de ses doigts enfoncée ei 
forme de cercle; elle dit qu'on lui faisait cela avec de 
griffes que les démons entortillaient dans ses doigts... 

» Après tant d'illusions, et d'apparitions de crucifis 

de soleil, d'ange de lumière, il ne restait plus rien, si ne 
que ce serpent se déguisât en la forme de Marie. Une m 
donc, cette fille aperçut un fantôme d'une beauté adm 
rable qui lui dit : Ma fille, n'ayez point peur, je suis Mari 
mère de miséricorde, j'ai prié mon fils de surseoir enco 
un peu de temps les eflets de sa justice ; c'est ponrquc 
ma chère fille, je viens vous avertir que vous avez fait < 
grandes fautes d'avoir refusé tant de fois les grâces de dm 
cher fils, etc... Enfin cette forme lui dit qu'elle nes'éUM 
nàt pas, désormais, quand elle serait tourmentée des di 
blés jusqu'à être possédée, et que ce serait par sa faut 
et puis elle disparut. 

* Mais l'obsédée eut bien de la peine à dire cela à 
mère-maitresse ; elle avait comme l'esprit perdu. Quai 
elle pensait dire une parole, elle entendait sensibleme 
que l'on se dépitait auprès d'elle, à cause qu'elle di» 
cela. Elle ne laissa pourtant pas de se soumettre à l'ai 
de ses supérieures ; elle fut retirée de sa cellule et mi 
dans une chambre avec deux religieuses couchées à s 



HYSTÉRO-BÉMONOPATfllE A LOUYIERS. 91 

pour l'assister et voir ce qui se passerait et aussi 
>^^ la ^ande peur qu'elle avait. Il y avait une lampe 
>^5ours allumée pour la nuit, mais on la soufflait fort 
^^VçDt, etc... 

"• Ce procédé fut bientôt suivi d'un autre, savoir de for- 
^^ convulsions, suspensions et raideurs qui la faisaient 
^•^Ufirir incroyablement. Cette pauvre créature a, plusieurs 
■; ^8, été trouvée, par sa maîtresse, couchée contre terre, 
f^de comme un bâton. Durant l'office divin, on lui faisait 
jeter le livre qu'elle tenait assez loin d'elle, sans lui voir 
li^ffluer les bras, ce qui arrivait souvent quatre ou cinq fois 
pendant un seul office. Et durant l'oraison, on la poussait 
fort rudement pour la faire cboir sur le nez; et d'autres fois 
die avait les sens extérieurs aliénés (1)... 

» La pauvre sœur Marie du Saint-Esprit ayant fait, dix 
jours avant Noël, avec grande dévotion, une retraite inté- 
rieure, et étant, le propre jour de la fête, devant le saint 
sacrement exposé depuis midi jusqu'à une heure, tâcha 
pendant ce temps là de faire une revue de toute sa vie 
passée Voici que sur cela elle fit une nouvelle dona- 
tion de tout soi-même à son Seigneur, et renouvela ses 
vœux ; ce qui dura jusqu'à une heure. Mais en même 
temps, ô Providence divine, cette fille tomba dans deshor- 
leurs d'esprit, fureurs et plusieurs idées de blasphème 
contre Dieu. Elle ne sut ni n'osa plus regarder le soleil 
ians lequel était l'adorable sacrement, parce qu'elle y 
fuyait des choses que l'aspect humain ne peut souffrir. 
?oilà la première heure de son affliction et la première in- 
lasion de l'esprit possédant. 

» La nuit suivante, la dite sœur couchée en sa cellule 

I 

(0 BofiTOger, ouvrage cité, édit. iii-12, ch. (0, de la page 127 à 140. 



92 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE — CBAP. III. 

sentit une pesanteur qui se posa trois fois sur sa tète ; aprèf 
quoi elle demeura toute interdite des sens, et ne pal 
parler ni remuer, ayant seulement la vue et Tesprit libres; 
et demeura environ une heure comme cela ; puis lui ap- 
parurent deux formes de diables, Tun grand comme m 
homme, qui s'assit dans la chaise, et Tautre n'ayant 
qu'une coudée de hauteur, qui se mit sur restomacdè 
rUludée, ainsi qu'un singe a coutume de s'asseoir, toutei 
monceau, et qui pour être petit n'était pas moins épov^ 
yantable à r^arder. 

» Les voilà tous deux qui se mettent à parler de H 
maison de Louviers, et comme toutes les religieuses étaieitf i 
à eux, et la dite sœur aussi, et pour marquer leur iHr6* 
sence, lui interdisaient tous les sens, et elle n'avait pas 10 
pouvoir de dire : verbum caro factum est. .. et. • • ce pelll 
diable qui était sur elle ne Taisait que crier : dis-donc toi 
verbum. . . cependant qu'il lui tenait la main droite sur lé 
cœur, avec sa griffe. Quand ils eurent ainsi causé de phi^ 
sieurs choses contre Dieu, et sollicité cette fille de sedmH 
ner à eux, ils disparurent, comme s' élançant en haut, en se 
riant et gaussant, et Taisant en l'air des cris épouvantables^ . 

» Une autre nuit, cette affligée ne pouvant dormir étant 
sur sa couche, environ les dix heures, entendit la cellnltf 
voisine s'ouvrir et reTermer, et incontinent marcher vert 
la sienne que Ton ouvrit, et vit comme un honune qui en- 
tra seul, etTerma la porte sur lui ; alors elle voulut crieTi 
mais tout pouvoir lui en Tut interdit. De quoi ayant été < 
avertir la mère-maîtresse, elle consola l'affligée, la vint i 
Taire coucher elle-même, et jeta de l'eau bénite par toute I 
la cellule. Voilà qu'une heure après qu'elle Tut retirée, te i 
diable, en Torme de mère-maîtresse, alla trouver la fiUe 
qu'il entretint... Mais quand il vint à dire qu'il Tallait re^ 



HYSTÉRO-DÉMONOPATHIE A LOUVIERS. 93 

(oncer à Dieu, pour adhérer au diable. . . et que ce serait 
ine chose bien agréable à la majesté divine, cette pauvre 
obsédée se scandalisa de cette religieuse déguisée, s'ef- 
raya, etrépartit hardiment qu'elle ne commettrait jamais 
m crime si énorme et si manifeste. 

» La forme qui paraissait l'appela plusieurs fois inobé- 
liente et attachée à son sens , et voyant que la fille demeu- 
rait ferme, elle s'en alla comme par dépit, et lui donna 
on grand soufflet , en la laissant dans une bien mauvaise 
opinion de la mère-maitresse , dont elle fut détrompée le 
lendemain entièrement par la mère, qui l'avisa de se don- 
ner garde, une autre fois, de ces transformations. 

» Quelques jours après, voilà la même forme qui revint, 
rt la sœur Marie n'oublia pas ce que la mère avait ensei- 
gné, qui était de faire dire à toutes les personnes qui se 
présenteraient : Ferbum caro factum est. ... La forme fit 
toat cela, et néanmoins la fille n'était point contente, mais 
eDe demeurait en la croyance que c'était une illusion , la- 
qaelle disparut pour peu de temps et se présenta demi- 
beare après accompagnée d'une autre sœur, fit tout ce 
qu'il fallait pour signe de la vraie mère.... Puis, comme 
elle vit que la défiance continuait en cette illudée, et 
ficelle ne voulait point parler du tout, elle la querella 
et cria qu'elle avait l'esprit mal fait, qu'elle ne prenait 
point les choses comme on les lui disait, et puisqu'elle 
avait donné toutes les marques qu'elle avait enseignées, il 
l'y avait plus lieu à faire aucune difficulté, que jamais les 
musions ne pouvaient représenter deux personnes à la fois, 
iiir quoi la sœur qui était avec elle éclata de rire. . . Or, 
comme tout cela ne changea point l'impression du premier 
irate, ces deux spectres quittèrent leurs figures de reli- 

ffienses et découvrirent leurs formes de diables , et après 

% disparurent tout à fait. 



94 LIVRE IT. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

> La dernière vision de cette fille lui arriva dans k 
cbœur, pendant qu'elle prenait la discipline avec la cooh 
munauté, après compiles; et s'apparut à elle une forme ft 
diable de stature grande comme le plus puissant homm; 
qui avait la tète horrible , avec double corne et une clarté 
qui sortait de ses yeux et de sa boucbe qui était épot* 
vantable ; il avait les pieds et les mains en griffes , et le 
corps tout plein de petits crocs qui sortaient de la chair... 
lequel commença à demander pourquoi elle Taisait celtt it 
qu'aussi bien elle perdait le temps , et qu'elle lui apparte- 
nait, et qu'elle était tellement à lui que devant qu*il fli 
peu , il lui ferait faire tout ce qu'il voudrait. Il faisait mglà 
avec sa griffe qu'il ferait aller la fille là-bas dans l'enfer; ; 
elle méprisa pourtant tout ce qu'il disait et ne lui répo# ' 
dit rien du tout; mais à la fin elle cracha sur loi par ff^ 
dain , et en même temps il disparut et la jeta par t^it 
d'une si grande raideur que toute la communauté en eut 
grand' peur (1)... » 

La sœur Marie du Saint-Sacrement a consacré près d*fM 
demi-volume à la peinture de ses souffrances ; voici ce 
qu'elle-même raconte dans ses principaux passages : 

« Matburin Picard , passant auprès de moi une fois , et 
m'ayant touchée sur l'estomac. . . je ne tardai guère de temp» 
après sans être tourmentée par des pensées qui m'inquié*- 
talent; et, étant couchée vers les neuf heures du soir, je 
vis tomber par trois fois du plancher de grosses étincellei' 
de feu sur notre couverture... J'eus grande frayeur... Oïl 
m'arracha d'autres fois la discipline de la main... On mt 
la jeta au visage; on me poussa rudement. Un jour, dan» 
l'infirmerie , on me tira trois fois par la manche ; on étei- 
gnit ma chandelle , au grenier , et , m'ayant pris par le 

(1) Bosroger, ouvrage cilé, édil. in-12, <h. 10, de la page 141 à 145. 



HTSTÉKO-DÉMONOPATHIE A LOUVIERS. 95 

r 

fiœud de ma corde , on me transporta et précipita au bas 
ée la montée... On tirait souvent la couverture... Puis un 
jour se posa une masse pesante , sur mes épaules , qui me < 
pmisa étouffer ; je me traînai comme je pus vers la chambre 
de la mère, et je sentis tomber cette masse.... avec grand 
bruit. A IMnstant je fus moi-même précipitée et blessée, 
jetant le sang par le nez et par la bouche. . . 

» ...Une nuit, sur les dix heures, l'on vint frapper deux 
petits coups à la porte de notre cellule ; je dis Ave Maria^ 
eomme c'est la coutume de la religion... On ouvrit aussi- 
ffrt, et je vis une forme de religieuse... Je croyais que ce 
Ht notre mère qui venait voir ce que je faisais ; elle était 
tonte vêtue comme une de nos autres religieuses. Elle avait 
«on voile d'étamine tout bas, de sorte que je ne voyais pas 
«m visage ; elle avait ses mains dans ses manches et tenait 
lue bougie ardente , etc. . . 

» Elle commença à me dire d'upe voix assez triste : Ma 

sœur, je vous prie, n'ayez pas peur; je suis la sœur de la 

\ fassion... J'ai été religieuse dans ce monastère et suis re- 

\ tenue en purgatoire jusqu'à ce que j'aie satisfait à la jus- 

: tice divine , etc. . . 

I »... Le 27 ou le 28 de février de l'année 1642, travaillée 
fae j'étais d'affliction , je commençai de m'assoupir sur 
les onze heures et demie. Lorsqu'on sonnait matines , je 
dormais , mais bientôt après m'éveillai. On me tourmente, 
je crie : Hélas ! j'avais un peu de repos , il s'en fallait bien 
étonner. . . On ouvre notre porte fort doucement ; je regarde, 
f avise la forme d'un prêtre qui avait sa robe de chambre, 
le m'effraye et j'appelle hautement Dieu à mon aide : sur 
^oi ce fantôme changea de forme et ouvrit une grande 
lueule, pour me dévorer, en criant et hurlant : Ça, ça, tu 
es à moi ; nous verrons qui aura plus de force de noui^ 



' 



96 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP III. 1 

deux... Je dis trois fois : O mon Dieul miséricorde! se- 
cours !• . . Et le spectre jeta à l'instant du feu et des flammei 
partout , hurlant terriblement : Tu as beau faire , ta ae 
m'échapperas pas ou je cesserai d'être... Enfin, je fus tel- 
lement battue de toutes parts , que je ne savais plus de 
quel côté me tourner. . . 

» Sur la fin du mois de mai, entrant en notre cellole, je ■ 
trouvai, sur notre couche, un petit billet écrit en rouge A i 
en latin. Je faisais tout ce que jepouvais pour le lire , et je n'ei [ 
pouvais venir à bout. Le diable prit la forme de la mère de i 
TAssomption , qui me demanda à voir ce papier. Je le loi ' 
donnai aussitôt. Après avoir bien discouru, le diable pasn ;. 
par la petite fenêtre qui était dans la cellule. Il retoomt 
depuis, et me tourmenta beaucoup... Il me pinçait, piquait - 
et me mordait. Une de nos sœurs vint apporter du linge^ 
dans notre cellule, et me délivra de ce cruel tourment 

• M. d'Évreux vint, et le lendemain matin fit sa visite 

dans le couvent Et comme il venait de passer devant 

notre cellule, le diable prit la forme de notre père confes- 
seur, qui vint me dire , tenant un papier : Ma fille , voilà 
un écrit que j'ai fait faire par M. d'Évreux ; il faut que vous 
le signiez... J'entrai dans la cellule d'auprès, car je n'avais 
point d'encre en la nôtre , et il se tint à la porte pendant 
que je mettais mon nom où il avait dit. Je m'en vais, dit- ^ 
il, car si on me voyait seul avec vous, cela.... scandalise- ^ 
rait. Je vous le lirai une autre fois ; gardez -le. Il sortit aua- « 

sitôt ; je pliai ce papier que je mis sur mon estomac; ^ 

mais je ne le portai guère loin, car, en entrant dans le do^ tt 
toir, qui était proche, on me le prit... Je fus surprise et ^ 
fort triste, et envoyai promptement dire à notre père qu'tt b 
me vinst trouver au parloir, que c'était chose pressée. •• B s 
était à la grille avec monsieur (l'évéque) et le révéreiid ^ 



HTSTÉRO-BÉMONOPATHIE A LOUYIERS. 97 

ère Benoît Je dis à notre père qu'on m'avait pris ce 

lapier , sans savoir qui c'était. Monsieur lui demanda ce 
[ae c'était, mais il dit qu'il n'en savait rien , et je leur dis 
»mme tout s'était passé. Monsieur écrivit une protesta- 
Ion de foi et renonciation à tout ce que le diable m'aurait 
ait faire par tromperie , puis il me fit signer. . . Le diable , 
tous les jours, paraissait en forme très horrible, qui me 
montrait ce papier. Par deux fois il me prit les deux mains, 
et me fit voir ce qui était écrit dedans. C'était d'horribles 
blasphèmes contre Dieu, contre Jésus-Christ, contre la 
très sainte Vierge, contre les anges , etc.. 

» Un autre jour le diable prit la forme d'une religieuse 
qoi me montrait des témoignages d'une grande affection, 
parce que nous avions été compagnes devant que d'entrer 
en religion. . . Il me vint trouver à l'heure du silence, me 
témoignant de grands regrets de me voir ainsi travaillée , 
et être jusqu'au soir tous les jours sans manger, me disant 
qae l'on avait envie de me faire mourir ou tout le moins 
de me faire troubler. ... Le diable a plusieurs fois pris la 
forme de cette religieuse pour me tromper, m' apportant 
des roses et des œillets. Quelquefois elle me les montrait 
pour me divertir; puis, quand elle m'avait menée dans un 
lieu éloigné , elle me faisait beaucoup souffrir , car elle me 
frappait rudement et me mordait comme un chien. 

» Une autre fois que je roulais dans mon esprit l'état 
étonnant où je me trouvais à cause de ces piperies et trans- 
formations fréquentes, et que, pour me préserver, notre 
père confesseur avait ordonné à la mère-vicaire de me venir 
voir de temps à autre..., le diable, qui est toujours au 
guet, se .servit de cette occasion, probant la forme de la 
mère-vicaire, et cette détestable figure ne manqua pas de 
foire toutes les mines qu'il fallait pour se donner croyance. 



98 LIVRE !▼# — DÎX-SEPTIÉME 8IËGLÈ. — CBAP. III. 

Elle dit aussitôt qu'elle était envoyée de la part dé notre 
père confesseur pour prendre garde à moi. ... Je lui db 
que j'étais en grande peine, que je ne savais à qui je par- 
lais, que le diable prenait toutes sortes de figures pour me 
tromper, que je ne savais plus à qui me fier... Elle répart 
que je lui faisais grande compassion, etc..» 

» .... Le jour suivant, la dite forme ne manqua jpoidtdé 
revenir à trois heures du matin. Elle me proposa quantité 
de fausses doctrines et hérétiques , en sorte que je ctoj9& 
que ces méchantes doctrines-là m'enseignaient le Trai ciMf* 
min pour aller à Dieu. . . et me résolus de l'entretenir sur 
ce sujet, é. Je fus bien environ huit jours dans ces entretiens 
qui étaient tout remplis de blasphèmes et d'eiteurs.4 8. 

» Une nuit, étant couchée, lorsque chacun reposait, flM 
jeune homme parut tout nu dans notre cellule. Je faisaB 
des signes de croix, je disais: Ferbum caro factunk en^ jk 
jetais de Feau bénite. . . mais cet impudent se moquait. U 
voulut me tourmenter ; j'eus recours à Dieu ^ disant font 
haut: Mon Dieu, je n'en puis plus, donnez-moi de la fort»! 
Puis je m'élance, croyant que ce fût un spectre, et le pris 
fortement. Quand j'aperçus que ce n'était pas un fantômei 
mais véritablement un sorcier, je fus saisie de grandis 
frayeur et criai de toute ma force. La mère de T AssomptlM 
me demandait ce que c'était. Je ne lui répondis point, je 
ne faisais que crier. 11 ouvrît notre porte et s'en alla par 
une cheminée qui était en notre cellule. 11 me traînait avec 
lui, parce que je le tenais et ne voulais point quitter; de 
sorte qu'il m'enleva bien deux pieds de terre;., et j*cu8 pët* 
d'être enlevée hors de notre couvent. Je quittai ma prise 
et retombai dans notice chambre, où l'on me trouva la maii 
pleine et gâtée de la graisse dont ce sorcier s'était IMA 
Elle était très puante et noire tirant sur le rouge. Od id'# 



\ 



HYST^RO-D^MONOPATHIË A lOUTtËnS. 99 

Mya les mains avec un linge blanc qu'on jeta tout aussitôt 
dbns le feu.... » 

• Un ange de lumière, dont il sera parlé bientôt fort 
louyent, me jure, me persuade, m'avise que le confesseur 
(du couvent) est vrai magicien, et qu'il est amoureux de 
moi, et qu'en bref il me doit découvrir sa flamme. Enfin co 
pipeur en vient aux transformations ; il se travestît comme 
loi de geste, d'babit et de paroles ; il donne les mêmes 
enseignemens et consolations, se fait tout pareil à notre 
père, et en prend entièrement la forme, laquelle, un jour 
bien matin, entra dans notre cellule, et commença à me 
déclarer sa passion par ces mots: qu'as-tu, ma fille? Je 
Ifois bien que tii esincotnmodée : puis ajouta î que si je vott- 
tfds, je me pouvais confesser, et communier, afin qu'après je 
me reposasse; qu'il voyait bien qu'à cette heure j'étais sa 
lionne petite fille et que je l'aimais, et que pour cela il me 
lonlait parler confidemment et en liberté ; mais^ me dit cô 
q)ectre, me promets-tu pas fidélité ? Je pensais qu'il mè 
' todlait dire quelque chose pour le repos de mon esprit; je 
Ê Ibi dis : oui-dà, mon père, je vous promets fidélité comme 
^ je vous ai toujours promis. Puis il poursuivit : c'est un se- 
5 ftet que jeté veux dire comme en confession... Moi je 
i ftourais d'envie de le savoir, je lui promis d'être secrète ; 
I D me dit que depuis longtemps il soufirait une passion 
f amour pour moi et qu'il n'avait jamais osé me la décou- 
vrir, mais que puisque l'occasion se présentait si à propos, 
9 se déclarait. Il me rapporta plusieurs choses qu'il disait 
i tare dans la Sainte-Écriture, pour me faire voir qu'il n'y 
liait point de péché à m'aimer ; puis il me tint des discours 
hrl amoureux : alors je demeurai fort interdite d'étonné* 
Itent et ne savais que dire. Néanmoins j'ai pensé qu'il n'é- 
Wl pas temps de se taire ; je m'écriai fort haut ; ah 1 mod 



100 LIVRE IV. ^ DlX-SEPTliME SI&CLB. -^ CHAP. itî. 

Dieu, à qiiise fiera-t-on? Quoil étcs-vous si misérable 
que de me tenir ces propos, et d'avoir ces méchantes pei- 
sées là? 11 répart : ne fais point de brnit, parlons d'antre 
chose, je m'en vais quérir la conmiunion... Non, non, hii 
dis-je, je ne communierai point de votre main, après ledift- 
cours que vous me venez de tenhr... 

» Je commençai à dire : ce n'est point notre père^ c'est 
un diable qui a pris sa forme pour me tromper ; sors, ift- 
fâme, au nom de Jésus-Christ, afin que ta fourbe soit dé- 
couverte, et que je sache qui tu es... Je fis le signe de il 
croix, pris de l'eau bénite que je lui jetai, puis il sortit, et 
environ la longueur de trois miserere^ il revint vêtu dusm^ 
plis, tenant un ciboire à la main. Prenant une hostie, il me 
dit : approche, ma fille, viens recevoir ton Dieu, c'est hd 
qui guarira toutes tes peines, et qui confondra tous tes en- 
nemis. Je lui résistai fort, lui disant que je ne conununie-* 
rais point autre part qu'au chœur, de sorte qu'il fut con- 
traint de disparaître. 

» Un peu après, quand notre père confesseur m'envoya 
quérir tout de bon , je n'y voulais point aller, car je po- 
sais que c'était un méchant homme qui me voulait indaiie | 
au mal , à cause de ce qui s'était passé touchant l'apparia .> 
tion que j'avais eue de lui. Je fus pourtant tellement inh i| 
portunée que j'allai au parloir, là où le père confesseur ^ 
me fit voir clairement que c'était le diable qui m'avait illo- ^ 
dée et non lui ; mais Dieu permit une chose après qui 0e ^ 
fit bien connaître le reste. ^ 

» Un jour, sur les trois heures après midi , notre père , 
m'envoya quérir au parloir ; j'y fus aussitôt , et lui demeura g 
dans la cour pour parler à un religieux qui prêchait l'oo* 
tave du saint sacrement à Notre-Dame. Ce pendant, k 
diable prit sa forme que je trouvai au parloir, lequel m'ett* 



UYSTÉPiO-DÉMONOPATHlE A LOUVIËRS. lOl 

retînt comme notre père environ une demi-heure. Je lui 
isaîs tous mes sentîmens avec grande liberté ; il me fai- 
adt faire des promesses de fidélité, d'obéissance et de 
oumission à toutes ses volontés; mais à cause de la crainte 
[ue j'avais d'être surprise, je disais toujours : Oui, mon 
)ère ; je vous promets cela en tant que ce sera la volonté 
le Dieu, Mais comme je lui disais les soupçons que j'avais 
3US de lui , notre père entra au parloir, et aussitôt ce dia- 
Me passa par la grille, et me frappa, me renversant par 
terre et disparut. Cela me fit connaître la vérité et m'ôta 
les soupçons que je m'étais formés, dans l'esprit, de notre 
père confesseur. 

» Vrai Dieu I à quel point cet esprit de séduction mena 
Bes illusions ! Jusque là , chose étonnante , qu'il me promit 
de me faire voir, dans les saintes hosties , les marques de 
la magie du confesseur, et le fit selon sa promesse. 

» Un jour donc , m'ayant apparu en ange de lumière , 
il me tint ce discours : Je t'avais tant de fois avertie de 
prendre garde. Tu te confies en un misérable qui , sous 
prétexte de dévotion et de soulager tes peines, te veut 
attirer à un sale et vilain amour. Ah ! le dissimulé confes- 
iear ! îl n'ose te découvrir sa folle et méchante passion , 
ar il ne serait pas bien reçu ; mais il se sert de son art 
naglque pour empêcher le bien de ton âme , et toutes les 
bis quMl te donne la communion , il te donne un charme 
Tamour très sale; considère l'hostie qu'il te donne, et tu 
ferras qu'elle est écrite en rouge par dessous; c'est lui, 
D'en doute plus, qui, par sa magie, te donne horreur du 
saint sacrement , et te procure toutes les pensées qui t'af- 
fligent... Ahl l'impie et abominable hypocrite, qui t'a 
pervertie et perdue par le charme et l'artifice de son art 
magique! 



(03 LIVRE IV. ^ BlX-SSPTliMS ëliCLS. -^ CUAP. III. 

• Ainsi, dcmi-pcrsuadéo et incroyablement enibarrafr- 
sée, je m'en allai au parloir voir noire père, à qui je cellat 
le discours de Fliostic marquée ; je voulais voir si cela était 
vrai ; je me présentai pour communier, comme les aiitra i 
religieuses, pensant le surprendre, et j'aperçus h la sainte 
bostie tout ce que Tango m'avait dit. Gela m'étonna fort, 
je ne voulus pas la recevoir, quoi que Ton pût dire, 

B Après la messe, je fus au confessional trouver Qotro 
père ; je lui racontai tout ce que cet ange m'en avfdt dit 
Il demeura tout étonné, et ne savait que me dire, si imhi 
qu'il me répliqua: Ma fille, vous savez qui je suis et qi4 
sont mes parens; je vous laisse à penser quel siyet j'auraii 
eu qui m'aurait pu enduire à être si misérable. Vous con- 
uaîssez ma vie, ai-je jamais donné mauvais exemple! U 
apporta d'autres raisons qui me firent croire le çontrfurQ 
de cette illusion diabolique, puis il me dit: Venez comniH 
nier, je vous montrerai toutes les bosties l'une après l'autre i 
et je vous donnerai celle que vous voudrez; ce qui fut fait, ^ 
et je communiai fort paisiblement et avec grande s^tilh ^ 
faction. if 

» Une autre fois, comme j'étais au cbœur pour comipQf ^ 
nier, je vis le diable en forme fort borrible qui me dit : J'ai :^ 
commandement exprès de ton père confesseur de me mettii ^^ 
dans rbostie qu'il te doit donner, afin de posséder ton cœur ^ 
et le réduire entièrement à ma volonté, car je suis sou diev ^^ 
et je serai aussi le tien , et pour marque que ce que je dii ^ 
est vrai, je serai à une partie de l'hostie, et cette parâi \^ 
te paraîtra infailliblement noire. Gela arriva comme il avait |. 
dit, et notre père eut bien de la peine à me communiai ^ 
Il me montra bien vingt bosties, et toutes me paraissaient ^ 
à moitié noires. A la fin, je produis des actes de confiance 
et d'amour de Dieu, puis je communiai : il me prit un trem- ^ 



HTSTéRO-DÉMONOPATHIE A LOUVIEHS* 103 

Uement fort grand, qui me dura bien demi-heure, puis je 
demeurai libre et en repos. 

» Un jour, ajoute quelque part Bosroger, ce faux ange 
lui fit voir un grand et liorrible fantôme, une autre fois un 
gros et vilain diable de forme terrible , de même qu'un 
homme qui a la tête d'un éléphant , dont la trompe était 
de feu, qu'il élançait avec une puanteur intolérable, et ce 
BKmstre rugissant en lion criait à la fille : Ça , ça , tu es à 
moi ; l'ange du Seigneur t'a abandonnée et m'a commandé 
de l'engloutir. . . Une nuit après , le diable , en la même fi- 
gure , vint à elle hurlant , volant et disant : Voici l'heure 
venue. . . Tantôt il lui apparut en une bête. . . beaucoup plus 
grande qu'un cheval qui jetait feu et flammes par la gueule, 
volant, rugissant et criant: C'est à ce coup que je te ré- 
Aiirai en poudre^ car tu es à moi ; et tantôt dans un furieux 
éelat de tonnerre qui ébranla toute la maison et qui fut 
soivi d'une foudre et d'un tourbillon de feu qui entra pap 
la fenêtre et remplit toute la cellule de cette aOligée, la 
renversant par terre avec un terrible efiroi sans la blesser. • . 
£nfin c'étaient bien les plus furieux cris et hurlemens en 
l'air que jamais ait pu supporter créature humaine (1)...» 

II demeure établi par le contenu des histoires précé^ 
ieptes, que le jugement des nonnes de Louviers était en- 
tièrement fasciné par les hallucinations, qu'elles n'étaient 
^tts en état, dans beaucoup de circonstances, de distinguer 
les sensations illusoires d'avec les sensations réelles, et, 
m un mot, que la perversion des facultés sensiUves était 
portée aussi loin chez elles que celle des facultés morales. 
On répète à chaque ligne dans tous les ouvrages qui f rai- 
teot des principales possessions diaboliques ^ que dans tous 

(I) Bosrogjer, ouvrage cité, édit. iù-fi, lire tout le ch. 11 el le 12®, de la page 
146 à 198, é&UoB iii-4% p. 156 à 1 76. 



104 LIVRE IV. — l>IX-SKPTli:ME SIECLE. — CHAP. III. 

los pays fcs syniplôines de ['obsession compliquent singii- 
lièreinenl raffliclion des malados; il aurait fallu dire que |^ 
partout la continuité et la nature des hallucinatioiis fai- 
saient de la démonopathie une espèce de folie tont à M 
cruelle . 

Les religieuses de Louviersse laissaient entraîner à toul 
bout de champ à un désordre d'action , à des transporta 
de violence qui annoncent qu'elles n'étaient pas toujoun 
capables de régler leurs déterminations ou de réprimer 
Félan de leurs impulsions maladives. Souvent on était coft- 
traint de les enfermer, de les attacher, de les garder à vue, 
et tout indique que plusieurs d'entre elles éprouvaiest 
quelquefois de véritables paroxismes de fureur. 

Dans un endroit de son singulier livre, Bosroger s'écrie : 
€ N'avons-nous pas vu encore cent terribles violences, rt 
autant d'efforts , en tout genre, impossibles à des filles, et 
si grands qu'il a toujours été besoin de beaucoup de per- ^ 
sonnes pour arrêter une possédée dans ses agitations , et ^ 

dedans et dehors des exorcismes? Dagon^ le diaUe,- . 

qui possède la sœur Marie du Saint-Esprit , transporté de . 
furie , en un exorcisme que le père Esprit lui faisait , fit l 
empoigner à cette fille la grosse corde dont elle était ceinte, 
qui n'est pas moindre que celle des capucins, et, bien qu0 
cette corde fût bonne et non usée, elle la prit de ses deox 
mains, et, sans s'efforcer, elle la rompit en deux aussi fa- . 
cilement qu'on romprait une paille. » ^ 

Une autre fois , suivant le même historien , comme elle , 
entendait la messe : « Dagon , rempli d'une grande rage, 
partit de sa place , et , s'approchant de l'autel , après It 
consécration, se voulut jeter' sur la sainte hostie. . , Ce qu'a- ^^ 
percevant le père Esprit, qui disait pour lors la messe, se * 
tourna vers le démon , la sainte hostie ^ la main , et par 



HYSTÉRO-DÉilONOPATIIIE A LOUVIEIlS. 105 

plusieurs fois cria de suite : Le voilà ce Dieu vivant 

Oseras-lu le toucher? Cède, malheureux et abominable... 
Sur quoi Dagm^ en rage extrême, avança une infinité de 
fois les deux mains de la fille tout autour de F hostie , pour 
la prendre et la briser, sans que jamais il la pût toucher , 
bien qu'il eût à toute heure les doigts tout contre ; et alors, 
transporté de furie, il jeta rudement la fille en arrière, la 
tourmenta cruellement, et, se relevant, s'élança comme un 
chien, et prit à belles dents la patène que le père tenait à la 
main gauche : ce qui lui étant delTendu par le père , il la 
quitta aussitôt sans rupture , et , par dépit et moquerie , il 
allongea la langue de la fille et lécha le dedans de la 
patène (1). » 

Bosroger cite ailleurs le trait que voici : « Le jour de la 
Pentecôte (en 1644), le même Dagon, continuant à pos- 
séder cette sœur , fut quatre bonnes heures dans la plus 
grande rébellion qu'on puisse imaginer, pour empêcher la 
fille de communier , et , pendant tout ce temps-là , il fit 
souffrir à la fille d'étranges contorsions, la jeta par terre 
plusieurs fois, lui fit faire cent bonds, cent courses autour 
le l'église; la fit pousser, choquer et renverser le monde, 
f élancer et sauter sur les autels, tâcher à tout rompre, 
lire cent paroles d'insolence, demander à tout le peuple 
les adorations , mépriser Dieu avec des bravades et des 
rages inouïes, défier sa grandeur et sa puissance... Enfin , 
il lui fit dire cent blasphèmes horribles, le refrain ordinaire 
du démon... Pendant cette rage, les exorcistes, voyant ce 
Dagon sur le grand autel, demandant avec insolence qu'on 
Fadorât, l'interpellèrent par des prières.... Comme si ce 
démon eût été frappé d'un coup de foudre , il tomba par 

(1) Bosroger, ouvrage cité, édit. in-12, p. 240, 237, in-4S p. 257. 



106 UVEE |Y« — mX-SfiPTlilIfi SI^CI«E« ^ C9AP* ui. 

terre jusque contre le baluslre, sur la face, à plus de quatre \ 
ou cinq pas de Tau tel (1). » 

Voici ce que rapporte Bosroger d*upe autre démoniaque; 
< y on a vu , en une proce^ion oii M. Tévèquc d'Évreux 
poitait le saint sacrement, un autre trait d'Accarron, ppfir? 
sédant la sœur de Jésus, qui dabord lui fit souffrir d'ifH 
concevables violences, proférer force blasphèmes, et pnh ; 
poncer plusieurs paroles de fureur, tout le long de ta f 
procession,.. Gomme la fille fut rentrée dans le chœur, et y 
retenue par un exorciste, de peur dinsolencc, le saint sar : 
crement vint à passer. Accarron la fit élancer de fort loia 
çn Fair pour abattre le soleil oii Fadorable eucharjstK 
était placée, et Tarrachcr des mains du sieur évcquc; et 
Vexorciste s*efforçant de la retenir , le démon lui fit illusion, 
çt, sans qu'il s'en aperçût, il éleva la fille en l'air par-de&^ 
lius un accoudoir haut de trois pieds, la voulant emporteri 
comme il dit, jusqu'à la voûte; ce qu'il ne put, l'exorciste i 
la retenant , et dont il blaspliéma furieusement le reste dQ i 
jour ;et seulement ce qu'il put faire, ce fut de jeter presqw ijj 
en même temps la fille et l'exorciste par-dessus le bapCf -^^ 
Tous deux tombèrent à terre dans le chœur, et cela si soQr i\ 
dainement, que l'exorciste illudé se trouY$( à terre araiit «^ 
que d'y penser (2). » ^ 

La fréquente répétition de pareilles scènes doit foipe ^ 
supposer que l'iippareil nerveux de ces filles était le siège :^ 
d'une violente surexcitation. i[^ 

Il ne faut pas croire que l'existence de ces moqomvûft' \i 
ques fût toujours à l'abri du danger. Une fois, ditei ^ 
continuant Bosroger, Dagon jeta la sœur du Saint-Esprit, ^^ 
qui est une fort grande fille, dans la cour du monastère, [^ 

(1) Bosroger, ouvrage cité, p. 246. 

(2) Bosroger, ouvrage cité, p. 2»9. ^ 



UYSTÉaû-DEJUCNOPATmE A LOUYIËRS* |ûT 

tout de sa hauteur, plus de quatre ou cinq pas en arrière 
sur le pavé qui est de grès, et d'un étrange effort la fit 
tomber sur le derrière de la tête avec un grand bruit et à 
Veifroi de toute la compagnie ; et après Tavoir furieuse* 
ment roulée par terre» la ûIIq se veley^ sanis jual ni dou- 
leur... 

Le même Dagan fit grimper cette sœur par le moyen 
de quelques vieux bois, spr une muraille de dix pieds de 
hauteur, et payant menée sur la dite muraille en un lieu 
oii il n'y avait plus moyen de descendre, n'y ayant ni 
(Miellé ni autres choses pour cela ; après que longtemps 
plusieurs filles eurent prié la possédée de s'avancer sur le 
mur vers un lieu oii elle pourrait revenir à elles sans péril, 
fît qu^uii exorciste qui était accouru lui en eut fait com- 
mandement, et pour mieux forcer le démon eut aussi corn- 
lencé h genoux à dire le chapelet, Dagan s'écria en grande 
fiirie : diantre, si tu ne cesses le chapelet je te jeterai cette 
chienne à bas, et aussitôt, lui laissant voii* le péril où elle 
filait^ il lui en donna un grand effroi et la fit tomber du 
mut de cette muraille sur des pierres et des tuiles qui 
étaient là ; et cepeudant elle fut tellement préservée qu'elle 
f eut aucune lésion ni blessures en tout son corps, mais 
eulement pour quelque temps up peu d'effroi et d'étour- 
liasement (1). 

Un matin la sœur du Saint-Esprit était comme ravie en 
îxtase. L'évêque commanda au diable de la laisser libre. .. 
Tout de suite elle éprouva des contorsions et des accès de 
rage, et soudain, ajoute l'exorciste, son démon partit 
Domme un éclair, et alla jeter cette fille dans un feu assez 
grand, et lui mit la face et une main entre les deux che- 

:i> Bosroger, ouvrage cil^, p. 2i2-243. 



108 LIVUE IV. — 1>IX-SE1»TIÈMB SIKCLE. — CHAP, III. 

nets ; et Ton courut pour l'en retirer; Ton vît que ni la L 
main et le visage n'avaient été aucunement brûlés. t 

Le démon Putipbar agitant la sœur du Saint-Sacremeiit 
la fit monter d'une grande impétuosité sur un mûrier dent 
le pied n'était pas difDcile ; mais comme elle fut dedans, il 
la poussa si avant qu'il la fit approcher du sommet dfli 
plus petites branches et lui fit faire presque tout le tour dn 
mûrier... de sorte qu'un homme la voyant de loin s'écrii 
qu'elle volait comme un oiseau... Le démon à dessein M 
laissa voir le péril où elle était, dont elle pâlit, eut pev 
et s'écria. Gomme en hâte l'on accourutpour lui porter use l 
échelle, Putiphar se moquant, crie : j'ai bien fait monter : 
cette chienne sans échelle,elle descendra bien sans échelle; 
et alors il la fit retourner par -dessus les mêmes petiten 
branches et la descendit au gros du même arbre. 

Voulez- vous quelque chose de plus considérable... et 
qui en son temps a causé beaucoup de frayeur à plusieurs! 
Cent fois les démons, au sortir des exorcismes, et en d'au** L 
très rencontres, ont essayé de précipiter les énergumènei l 
dans les puits ; et autant de fois elles se sont trouvées L 
dans la capacité et le vaste du puits, tantôt tout le coipi i, 
descendu et ne se tenant plus que du bout des épaoktf u 
appuyées contre un des bords, et du bout du pied contre i 
l'autre bord au-dessus du puits; tantôt en descendant avec . 
toute la longueur du corps, et l'autre pied en l'air, dm ,, 
le rond du même puits (1) . 

La sœur Marie du Saint-Esprit fut trouvée couchée ett 
travers sur l'ouverture du puits, soutenue seulement d'an 
côté par les pieds et de l'autre par la tête. Trois démo- 
niaques, qui se disaient possédées par les diables Incilif^ ^ 

(1) Bosroger, ouvrage cité, édit in-1'2, p. 242/230, 231. 



fitSTÉRO-DÉMONOPATHIE A LOUYIËRS. 109 

Puiiphar et Ramond, et plusieurs autres religieuses, 
s'exerçaient quelquefois à se renverser au-dessus des 
margelles, se tenant seulement cramponnées avec les doigts 
aux angles des pierres. Le jour du vendredi saint de Tan- 
née 16/(&, la sœur du Saint-Sacrement, s'étant échappée 
desmains de ses gardes, courut se précipiter dans le puits, 
où elle entra de toute sa longueur ; mais on put la saisir et 
la retenir à temps, pour l'empêcher de gagner le fond. 
Tous ces tours de force pouvaient entraîner des accidens 
funestes. 

Le passage où Bosroger ai^umente pour prouver que 
les énei^umènes ne cédaient -ni à une influence morbide 
ni au besoin de se singulariser, et qu'elles étaient certaine- 
ment possédées, mérite encore d'être transcrit ici, parce 
qu'il exprime avec des couleurs de plus en plus vives la 
succession d'émotions auxquelles étaient exposées et les 
nonnes qu'épargnait l'hystéro-démonopathie et les mala- 
des elles-mêmes: « bon Dieu! s'écrie le capucin, quels 
étonnans mouvemens, quelles étranges contorsions^ quels 
furieux roulemens, tantôt en boule, tantôt en d'épouvan- 
tables figures ! Quelles fréquentes et rudes convulsions en 
de si délicates créatures, et avec tant de réitérations et de 
renforcement I L'on m'aura beaucoup persuadé, je vous 
assure 9 quand je croirai que les hommes sensés et judi- 
cieux feront passer toutes ces convulsions pour maladie, 
et tous ces étranges mouvemens et roulemens pour gentil- 
lesses de bateleurs. . . Mais ce qui démonstrativement con- 
yainc tout esprit humain, et qui est .entièrement sans répli- 
que, etceque hautement ont avoué tous les fameux médecins 
est ceci qu'il est du tout impossible que des convulsions, et 
de si terribles, arrivent naturellement par maladie, durent 
si longtemps, reprennent si fréquemment, et qu'elles soient 



110 LIVRE tV. — DîX-SfcPTîfeME StfeCLE. ^— CHAP. Illé 

sans lassitude, après qu'elles sont passées, et qu'enfin 
elles ne détruisent pas le sujet. . . Et cependant nous voyons ^ 
que ces filles sont saines, bien que depuis quatre ant 
elles aient soufTert des convulsions de nnit et de jour, et 
que trois ou quatre heures, pendant Texorclsme, deux ans 
durant, elles aient subsisté en ces rages, contorsions, hvUt^ > 
lemens, cris et contentions de voix, et que d'autres foilti 
outre cela, elles aient ressenti le propre mouvement dé 
leur démon trois ou quatre fois par jour (1). » 

Los filles de Sainte-Elisabeth étonnaient singulièrentetit 
les confesseurs, les exorcistes et les curieux, par Taspect 
de leurs convulsions, de leurs postures et par Tétat de dé* 
formation momentanée de leur corps et de leurs mèin* < 
bres. 

Il est dit dans le discours de Bosrogcr : « Les plus salK ^ 
tils de ce temps se trouveront, je m'assure, bien cmbaf^ h 

fasses en leur discernement lorsque mille personne ^% 

leur auront fait savoir qu'ordinairement les démons, âprÈI jt 
leurs contorsions et agitations, mettent ces filles ainsi todl^ ^ 
mentces en un arc parfait, ce qu'ils pratiquent en leiir ap* ^ 
prochant la tête en arrière contre les talons, et les faisant î 
porter sur la face et sur la bouche, les bras raidemeUt \\ 
étendus, tellement que les reins s'arrondissent comme lé » 
dessous d'un arc. Ce qui arrive presque à toutes, et trtÉ t 
souvent, et ce que nous avons vu plus particulièrement et a 
plus parfaitement en la sœur de Saint-Laurent, traitée rt ^ 
plîée de la sorte par son démon Béhémot ; laquelle parfbift "?. 
est demeurée en arc accompli... pendant une heure, feh ^ 
deux ou trois reprises. . . ^ 

» Et non moins en la sœur du Sauvedr, t^m pbssètfS ^ 

ï, 

(1) Bosroger, àuvrage plté, p. 233. 



/ 



ihrsTÉftô-iiéMoNOPAtmfe A iotititRS. 111 

Asmodéë, qui pântaî cent éttahges môtivemcns cbrpofels 
8*est trouvée bîeû souvent toute pliée eii arc J)arfait , fa 
tête contre les pieds jusque sur là bouche , et le vetittt 
t&evé en arcade , et y demeurer plusieurs fois des quarts 
et des demi-heures , voire et se jeter eii cet état de toutfe 
8â hauteur et tout d'un fcoup. . . Une fois , partîcillièrement 
fen la présence de feu... Tévêque, nous vîtnés cette pàuvi* 
fille, après une furieuse agitation de son démon... êtfë 
flebbut, les reins plies en deu^t si fortement que là tête et 
le visage lui peddatënt en arrière jusqu'au dessous de fa 
, lUDitié des jaml)es et assez proche des talons , paraissant. . . 
fe même qu'un mouchoir porté sur le doigt dont les deult 
fttrêmités seraieiit pendantes.. «. chacune de leur côté...; 
i .•. La sœur Lotiîsé de l'Ascension, possédée par Or- 
/fhaxât..., comme savent plusieurs, a été travaillée preà- 
ïtiè tous les jours environ Tespaèé d'un an des plus hor- 
Ibleâ contorsions et convulsions , et des p\\\s furieux uioti- 
emens, de toutes sortes de renversemensd'yeiix, SuSJ)en- 
tbn de sens et de mille autres tourmens , souvent deux 
ti trois hetit*es pat* joiiî*, pendant le temps de la cotafes- 
(on et de la communion ; de quoi la f agè de son démbh 
Tétant nullement assouvie, il l'a diverses fois mise eh une 
lOBture étonnante , car il ne la faisait porter sut* la terre 
[Dé sur le flanc du côté gauche ou sur uii côté du venti*e 
le la largeur seulement de quatre pouces , et tout lé i*este 
lo cotps était en l'air, les deux bras étendus et coîirbés 
m arrière de bas eu haUt... la tèlè toute renversée stir le 
ios presque jusqu'aux reiiiS, comme l'on dépeint les sirè- 
nes; les pieds et les jambes renversés tout de même èh 
urrière et proche de là tête, sariis que les genoux ni lès 
baisses 9 i)i lè ventre, ni l'estomac, ni aucune partie dii 
^rps, touchassent là terre ; sinon le flanc gaticbê/M 



112 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈMF. SIÈCLE. — CUAP. III. 

» ... Ramond possédant la sœur Marie de Saint Nicolas... \ 
voulant empêcher la fille de se confesser au père Esprit, • 
commença de la saisir avec violence et de lui donner force $ 
contorsions et agitations. 11 résiste fortement, il blasphème, i 
il essaye de retirer la fille, il la veut jeter par dessus im ^ 
banc , lui plie la tète au dedans du chœur et la desceral ; 
contre le plancher sans le toucher. Une fille vient pour M i 
soutenir la tète; la possédée est retenue seulement pour ta j 
décence par le petit bord de son habit, et ainsi elle ne se ^^ 
tient plus sur le banc que de la moitié des jambes. •• \ 

» Dagon opérant sur la mère du Saint-Esprit... plia une ; 
fois le corps de cette fille en trois plis , comme quand mi 
gros serpent s'entortille la tète, et lui tourna tout le cor|M -, 
et Testomac vers le côté, comme une colonne torse, top- ] 
dant les jambes d'une autre forme de contorsion, et la tèto^ 
repassant et retortillée par-dessous les aisselles, et se rete-f 
vant beaucoup, ainsi que celle d'un serpent qui se lie conmieL 
en un peloton. 

» M' Tarchevêque de Toulouse entretenant la sœur ifl 
Sauveur, en présence de messieurs les assistans et du V^J' 
Esprit, de choses de dévotion, et elle à genoux lui racot-i 
tant ce qui se passait en son intérieur, fort paisiblement! l^ 
sans agitation, son démon appelé Asmodée vint inopinÂ: ^ 
ment en rage, se saisit de la fille, et la laissant appayée ^ 
seulement sur le talon du pied droit, il lui courbe tootle ^ 
corps et lui plie les reins, lui approchant la tète contre lei:^ 
talons, en arrière, à deux doigts proche de terre, sansque^^ 
la tête y touchât aucunement, les bras raidement étendus r'* 
de toute leur force, les épaules, ni le dos, ni aucune partie ^f 
du corps ne touchant à terre. . . le pied gauche en l'air, ^ 
haut, élevé... de sorte que tout ce corps demeura ainsi " 
plié.., quelqu' espace dç temps, et en cet état le démon 



HYSTERO-DÉlfONOPÀTHIE A LOUYIERS. 113 

vomit force blasphèmes par la bouche de la fille (1)... » 
L'hystérie qui, dans certaines circonstances, plie, replie, 
renverse, contourne, raidit le corps à la manière des affec- 
tioiis purement tétaniques , a dû avoir la plus grande part 
à la production des effets qu'on vient de mentionner; mais 
tt a pu arriver quelquefois aussi que ces filles aient obéi à 
la suggestion d'une volonté malade en se donnant des poses 
forcées, et que l'invasion subite d'une sorte de raideur ca- 
taleptique les ait ensuite obligées à rester plus ou moins 
longtemps dans ces attitudes. En somme, les accès hystéri-* 
I ques étaient journaliers sur la plupart des filles de Lou viers. 
\ • Ces malades s'influençant les unes les autres soit par des 
s imiûces, soit par des prédictions, contribuaient dans ce]> 
.! feioes occasions à rappeler leurs attaques convulsives. En 
i Md deux preuves choisies entre trente exemples tout aussi 
^itif5« 

^ Dagon, qui possédait la mërô du Sdut-'Esprit, êorageatit 
tm jour s'écria : c J'ai tout perdu , cette chienne est pluii 
tbrte que jamais, et par grande fureur il la jeta par terre^ 
loi fit mille contorsions et agitations. Sur quoi accourant 
bomme les autres, pour la tenir, la sœur Marie de Jésus^ 
l^ossédée par Accaron , mais alors pleinement libre de sou 
témon, Dagon cria à cette fille... : Si tu me tiens davantage 
M si tu ne me laisses, diantre , j'appellerai Accaron... Et 
comme. • . la fille ne voulut pas quitter cette action de cha« 
Hté , Dagon appela Accaron , et aussitôt la sœur de Jésus 
fnt fi^itée et roulée furieusement par terre comme l'autre. . . » 
* « Un jour que les démons avaient eu de rudes comman- 
éemens... Dagon qui avait rendu Madeleine Bavan magi-^ 
denne... monta en une haute furie dans la chapelle de 

(i) Bosroger, ouvrage cité, liv. 2, ch. 1, 

TOHB II. 3 



1 14 LITIE If. — Bn*5CmfalE SrikCLB. — CHAP. ni. 

Loroltet produisant pliuieiirs blasphèmes, faisant plusienn 
résistances et donnant d'horribles tonnnens et contorsions 
à la fille, jurant et protestant que jamais il n'obéirait». 
Jii sœur Marie de Jésus, se confessant lilirement akm, ' 
Accaron vint la posséder à Finstant, et avec ses hauts et : 
pulisans discours il encouragea Dagon et le piqua d'honneur ' 
sur sa force (1)... » 

(^lle sorte de renvoi des eiTets nerveux contribuait dutf 
ce nionaslère , comme dans toutes les autres localités nfc 
nous Tavcms observé, à éterniser la durée des phénomèni 
spBsniodi(|ues et celle des phénomènes psychiques. 

Jq suis porté à croire que les convulsionnaires de Isor ' 
viors étalent aussi ciposées, dans certains momens, à ém ^ 
flS|)6nMi de transports extatiques. J'ignore si ces tranaporll ^é 
ont été ft*é(|uons et notés sur un certain nombre de (M ^ 
alU^ntVs. Lohivton les indique comme peu rares. '^- 

t Lo diable (lonsang (c'est Bosroger qui parle) mit une 'i 
fols la MHir do Saint-Augustin en une horrible suspepslM '^ 
do ItmH 84's M'ns, |mr Tespace de six heures; sur qui», aprjl ^ 
pluaii>ui>i prièrt's» un des assistans de M' Tévèque d'Evrepi ^ 
ot lo |hNiv llsprit ctnumandèrent à ce démon de la part di ^\ 
Ulou do lttiss(>r à la fille Touîe libre.., et qu'elle leorei ^n^ 
donnât un siyuo on leur serrant la main. Il fut donc forcé ^i 
d'olH'ir À linstant... lU lui din^ut quan fond de son cœur % 
iA\^ i\msouttt««. à un nani qu ils allaient faire pour elle..t -^ 
IvUed^mo wnu'^outit au.<^u^c et leur on donna le signe en leof ^ 
MnnMut U UMiiu o( à ( àuUanî Se dèuK>n cessa cette furieuN 's 
Hik^H'UMv'u d\\< s^'rs^ sitr Ws cinq ou six heures du soir, et <= 
j|Mi>A vtu U iv^wait U )K\^U^i^er jttsqu^à minuit, mais que b '^ 

\^^ a\<AU l\>#(HI \Yt^^ IW^^WtîQiM^ ^i .»« * 



HTSTÉRO-DÉMONOPATHIE A LOUTIERS. 115 

L'état qu'on vient de signaler sur cette démoniaque se 
reproduira souvent dans l'épidémie convulsive de Saint-- 
Médard, et sera désigné sous le nom ^état de mort. Dans 
ce cas, il existait, en définitive, une suspension de l'exercice 
seosorial plutôt qu'un véritable raptus extatique. Les fau- 
teurs du magnétisme animal estiment que les possédées 
étafeut en extase lorsqu'elles se courbaient en arc; cette 
opinion, confirmée dans quelques cas par l'étude des 
faits, comporte beaucoup d'exceptions et ne pourrait être 
généralisée qu'aux dépens de la vérité. 

Je mettrai incessamment sous vos yeux des improvisa- 
tions que des monomaniaques attribueront au Saint-Esprit* 
Les possédées de Louviers se figuraient, elles, que le diable 
parlait par leur bouche. La sœur Marie de Jésus prouva, 
en prononçant le discours suivant, qu'elle avait identifié 
sa personnalité avec celle d'Accaron. 

« J'ai quatre noms, dit-elle, répondant aux quatre qua-» 
lîtés ou douaires glorieux que je possède. . , Je me nomme 
Âccaron, grand prince, et à ce nom répond le douaire de 
la subtilité qui me fait faire ces hauts discours que vous 
admirez tant vous autres, et encore si je ne les accommo? 
dais à vos faiblesses, vous n'y comprendriez rien dutoul.., 
1 Je me nomme Beelpbégor ; je suis le dieu qui faisait 
Idolâtrer la synagogue, qui fit forger le veau d'or à Aaron 
et les veaux d'or à Jéroboam, et à ce second nom répond 
la clarté dont je me suis servi, leur donnant de faux pré- 
textes, de fausses connaissances et de fausses lumières.. •• 
Je suis celui qui est tout et qui n'est rien... qui jamais ne 
se peut changer et qui persiste toujours à vouloh' être 
tout, c'est-à-dire Dieu et souverain de toutes choses...». 
» Je suis le grand prince Beelzébuth, et à ce glorieux 
nom répond le douaire jie l'impassibilité,,, et si je souffre, 



116 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÊHE SIÈCLE. — CHAP. III. 

si j'endure des tourmens, c'est par la tyrannie de celai de 
là-haut qui m'opprime... 

» Pour mon quatrième nom, je m'appelle Delphon 

signifiant le dieu des lumières. . • et à ce nom répond le 
douaire glorieux de l'agilité.. ,.. C'est par le mouyemeotet 
l'agilité, va chien, que le soleil communique sa clarté par 
tout l'hémisphère, et ainsi fait Delphon par son agilité, 
allant partout pour se faire révérer et honorer(l)... » 

Tous les monomaniaques auxquels il arrive dans ce^ 
tains momens de tomber dans une abstraction d'eax-mè- 
mes telle qu'ils n'ont plus la conscience de ce qui se pane 
dans leur propre intellect, et qui croient, en s'écontiat 
parler, n'être pas moins passifs que s'ils étaient dépourw 
de tête, offrent cependant cette particularité, que consta» 
ment leurs idées se rapportent, dans ces momens, à Tol^ 
principal de leur délire. Il en est de même des halludnatioitf 
qui font dire aux malades quUls aperçoivent des objets ef- 
frayans, qu'on leur adresse des injures* Les figures qu*ib 
voient, les paroles qu'ils enterident, se rapportent an type 
principal de leur mal. On voit par là ce qu'il faut penserdé 
l'état des femmes magnétisées, qui répètent les oracles d'one 
i)oiœ intérieure, et qui dissertent sur l'agent magnétique; 
elles obéissent alors à l'inspiration d'un délire momentané. 

Une affection mélancolique, tenace par sa propre nature 
et aggravée par de nombreuses complications, comme Tétait 
celle des nonnes de Sainte-Elisabeth, ne devait céder que 
très difiicilement , dans les conditions défavorables où ces 
malades se trouvaient placées , à l'application des secours 
de la médecine. Quelques essais infructueux qui furent ten- 
tés par des médecins peu connus, pour la plupart, pour 

(1) Bosrogçr, ouvrage cilë, édlt. ln-12, p. 2fô. 



HY6T£R0-DÉM0M01>ATUI£ A 1,013 YI£RS. 117 

modifier les désordres fonctionnels signalés à leur attention» 
semblèrent donner gain de cause à ceux qui inclinaient à 
croire qu^on avait affaire à une maladie purement diabo- 
lique. Bientôt on s'engagea dans une voie où, pour Tbon* 
neur du sacerdoce, on n'aurait jamais dû songer à entrer. 
Pendant le cours de Tannée 1642, l'évêque d'Evreux 
visita quelquefois le couvent de Louviers, cherchant à ra- 
mener la confiance et le calme dans Tesprit et dans Tame 
des religieuses. Ce prélat, sans s'expliquer ouvertement, 
était convaincu intérieurement que le diable avait jeté son 
dévolu sur la communauté, que les convulsions, les accès 
de rage, Faversion des nonnes pour la prière et les sacre- 
mens, la perte du sommeil, les visions diaboliques ne ces* 
seraient d'avoir lieu qu'après qu'on serait parvenu à anéan- 
tir la puissance des démons. Tout le couvent participait à 
cette dernière manière de voir, et beaucoup de religieuses 
Don attaquées encore de délire s'attendaient à subir d'un 
moment à l'autre les plus cruelles obsessions, à être en- 
vahies à rintérieur par quelqu' esprit malfaisant, à subir de 
leur vivant les tourmens des damnes... Le reflet de la 
crainte se voyait empreint sur tous les visages, la désolation 
renaît dans tous les coeurs. Jamais les austérités du cloître 
Q^avaient été aussi rudes, les secours de la prière déployés 
avec autant de ferveur. Le père confesseur, sans cesse 
empressé autour des filles malades , soulageait un instant 
leur moral, en adressant au diable de rudes apostrophes; 
ce rayon d'espérance s'éclipsait dans lame des possédées 
à la vue d'une hostie, d'un ciboire, d'une croix, du saint 
sacrement. Les imprécations, les jurcmens, Flnipuissance 
de la volonté contre l'entraînement du délire irréligieux^ 
Ôécélaient bientôt le peu d*empire que les saintes filles 

exerçaient sw teurg fllchewses impubiopst Onsçôewandai» 



118 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. *— CHAP. III. 

en confidence sMI n*existait point dans le couvent, comme 
on le disait alors, des charmes^ des matéfices cachés et ca^ 
pables d'agir sur la constitution des recluses. Un incident 
Insignifiant engagea le clergé à recourir à T usage de moyens 
réservés pour los grandes calamités monastiques. 

Un jour de cérémonie , vers la fin de février, en 1643, 
il arriva au sortir d'un sermon où le prédicateur avait 
cherché à rehausser de toutes ses forces la puissance de 
Dieu en cherchant à rabaisser les prétentions du dfoble, il 

arriva qu'une des filles atteintes de démonopathie s'écrâ * 

qu'on verrait si le pouvoir de Satan était nul; on partit de i 

là pour faire planer sur celte monomaniaque le soupçon de > 

magie. «: 

Le l"de mars 1643, Péricard, évêque d'Evreux, somma u 

lui-môme trois ou quatre religieuses choisies entre les plus ) 

malades de déclarer si elles étaient ou non possédées paf t 

quelques démons ; de dire si les maux qui affligeaient led ii 

sœurs étaient causes parla présence de quelques maléfices; ii 

de nommer tout haut les magiciens dans le cas où il s^ed t 

serait trouvé d'assez infirmes pour attirer des démons dans w 

le cloître de Sainte-Elisabeth. c 

Les religieuses déclarèrent qu'elles servaient d^envelopptf t 

à des esprits déchus; que feu Picard, leur confesseur, et la !) 

sœur Ravan qui avait pris le parti du diable au sortir da % 

sermon dont il a été parlé tout à l'heure, connaissaient i t 

fond tous los secrets de la magie ; qu'ils avaient trouvé le i 

moyen de contraindre tout un troupeau de diables à pren- i^ 

dre possession des religieuses de Sainte-Elisabeth. ;* 

Madeleine Ravan s'était souvent plainte, quand elle atait t 

conunenoé à sentir les premières atteintes hystériques et \ 

les piHMuières hallucinations, d'être battue par Satan; ce né \ 

fut donc pus sans une extri^me surprise qu'elle s^entendit * 



HYSréRO-DéMONOPATHIB A LOUVIERS. 118 

reprocher un crime de cette nature. Cependant, ses Com^ 
pagnes continuant à faire peser sur sa tête )çs charges les 
plas abominables f Madeleine ayoua» mais pour ainsi dire 
(lar complaisance, qu'elle appartenait à la secte des ma« 
giciens. Bien certainement cette fille jouissait alors d'un 
mtervalle lucide , et elle fut victime de racharnement qud 
tes énergumènes mirent à Finculpen Par la suite son état 
de folie pourra être assimilé à celui qui nous a causé tant 
de dégoût quand nous ayons rendu compte des déposition^ 
de Marie Desains. 

c Madeleine Bavan, aux yeux des juges ecclésiastiques, 
parut convaincue d'apostasie , de sacrilège et de magie; 
Gonvaincue d'avoir été au sabbat et assemblées des sorcier» 
par plusieurs et diverses fois ; d'avoir obéi aux diables et 
obtenu d'eux le pouvoir d'employer des c/tarmes sur telle 
personne qu'elle voudrait ; d'en avoir fait mettre en plU'f 
sieurs lieux du monastère de Saint-Louis; de s'être don^ 
née au diable par billets, et par cédules signées de son sang ; 
d'avoir abusé des sacremens et particulièrement pris la 
sainte hostie , lorsqu'elle communiait , pour la porter att 
sabbat « et l'employer à faire des charmes et autres choses 
aliominables , honteuses , détestables; d'avoir prostitué son 
corps au diable , aux sorciers et autres personnes; d'être 
devenue grosse ^ plusieurs fois, par le fait des copulations; 
de s^étre procuré au moyen de fausses couches des germes 
par elle portés au sabbat , dont une partie aurait servi à 
composer des charmes; d'avoir voulu séduire plusieurs 
religieuses du dit monastère, et les attirer à son affection 
démesurée à mal faire ; d'avoir conspiré avec les sorciers 
et les magiciens , dans leurs assemblées et pendant le sab- 
bat , au désordre et à la ruine générale de son cloître , à 
la perdition des religieuses et de leur ame; d'avoir été 



120 LIVRE IV. -r»- DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. ^— CHAH. 111. 

désobéissante à sa supérieure et montré un mauvais cxenh 
pie aux autres sœurs» 

» En conséquence de cette déclaration , Madeleine ftn 
van fut, le 15 mars 16/i3, déclarée indigne de portera 
Favenir le nom et la qualité de religieuse , condamnée à 
èlre dépouillée du saint voile et revêtue d*babits séculias; 
condamnée à être confinée à perpétuité^ tant qu'il jdaindt 
à Dieu de prolonger ses jours , dans la basse-fosse ou dan 
Tun des. cachots de FoiDcialité ; à jeûner au pain et à Ten 
les mercredi, vendredi et samedi de chaque semaine (1). ■ 

Tout de suite après cette condamnation, la sœar Bavai 
manifesta la crainte d'avoir déplu au diable , d'être étran* 
glée par lui dans sa prison ; fondant en larmes , elle de^ 
mandait à être admise à la table des sacremens pour as» 
rer au moins le salut de son ame. . . . Dans d'autres morne» 
elle exprimait le désir d'être brûlée vive, et priait instam- 
ment ceux qui l'entouraient de ne la jamais perdre de vue, 
prétendant qu'elle ne restait jamais seule , sans retomber 
dans l'abime du crime et sans attirer sur le prochain les 
plus affreuses calamités. 

Dans la prison où elle fut reléguée , cette malheureuse, 
dont le sein était le siège d'une plaie cancéreuse, fit plu- 
sieurs tentatives de suicide sans venir à bout de trancher 
le fil de sa pénible existence. Douze prises de verre écrasé 
qu'elle avala en trois jours ne produisirent que quelques 
vomisscmens de sang; des incisions qu'elle se fit à la sai- 
gnée du bras droit et à la partie antérieure du cou , en 
s'efforçant de se percer le si^et^ n'occasionnèrent qu'une 
hémorrhagie suivie de syncope. Enfin une vaste plaie 
qu'elle obtint en se plongeant une lame de couteau dans 

(f ) Rosrogcr, ouvrage cité, Extrait de In sentence du parlemeni de Rimm^ 
p. 4t3 et suivantes. 



HYSTÉRO-BÉMONOPATHIB A LOUYIERS. 12 1 

le ventre , et dont on put voir les marges , ne purent point 
la débarrasser du poids de Texisteuce. 

Etant lasse de vivre , dit-elle , elle demanda par déses-^ 
poir quelque ehose aux diables ( aux démoniaques ) pour 
se faire mourir. « Les démons lui apportèrent bien plein 
fes deux mains de verre pilé qu'elle prit tout, à plusieurs 
Cns, Tespace de trois jours, en avalant quatre fois par 
JNur, ce qui lui causait de grands vomissemens de sang, 
nonobstant lesquels elle continua de prendre tout le dit 
Terre. De quoi la mort ne s'étant ensuivie, comme elle 
prétendait, et son désespoir et désir de mourir continuant, 
elle demanda aux diables un couteau. • . Elle se frappa du 
lit couteau avec la main gauche le bras droit oii elle se 
îoapa quelques veines dont il sortit du sang en si grande 
ibondance qu'elle en demeura longtemps évanouie ; mais, 
iroyant que cela ne lui avait causé la mort, elle porta le 
couteau à sa gorge pour se couper le sifflet , ce que n'ayant 
pu , prit le couteau de sa main droite, et se l'enfonça dans 
le ventre jusqu'au manche, et le tint en cet état l'espace 
de quatre heures, et enfin, contrainte par la débilité, elle 
le retira.... Ce qu'elle avoua depuis à M. de Langle, péni- 
tencier d'Evreux , lequel étant entré deux jours après, elle 
lai montra ses blessures , tâchant de lui persuader que le 
diable Tavait traitée de la sorte (1). » 

Une fois qu'il fut démontré que le témoignage des reli- 
gieu^s hallucinées pesait à l'égal de la vérité dans la ba- 
lance des juges de Louviers , plusieurs innocens durent 
trembler pour, leur honneur et pour leur salut. Le jour 
même de la condamnation de la sœur Bavan , le cadavre 
da curé Picard , qui avait ét^ enterré dans la chapelle dii 

(0 Bosroger, ouvrage cW, p. ^78, 4t5, 



lis UVRE IV. — MX*SKPTlilll SllCLI. — GMAP. III. 

couvent, aa pied de la grille oit les sœurs Tenaient reoe>* 
Toir la communion f fut exhumé par ordre de Féyèqpa 
d'Ëvreux, et précipité dans une sorte de cloaque destiné 
à recevoir les immondices de la voirie, et désigné dans le 
pays sous le nom de Puits-Chronier. 

• Cest un magicien, se dit-on, il doit être absoloflieBl 
exterminé ; la gloire de Dieu , le secours des filles doit pré' 
valoir sur la magie et sur tout ce qui s*en resiienL Quoi 
donc qu'il en puisse arriver, il faut exhumer le corps d'oi 
si maudit instrument de Satan. •• Il est nécessaire de fidn 
deux choses ensemble, exhumer le prêtre et en sauva; 
rhonneur en celant Texhumation... de sorte que voilà II 
corps de Mathurin Picard , premièrement excoaimuDié sdt 
la fosse par M. Tévêque, puis déterré de nuit et porté si 
lieu profane et caché dans une caverne aussi profonde qai 
la hauteur d'un clocher. •• avec un tel secret, que le dit l 
seigneur commanda à ce peu de gens qui avaient servi à j; 
enlever le dit corps de ne le jamais révéler à personne, 
sous peine d'excommunication ; que pouvait faire de plm ; 
la sagesse des mortels (1) 7 • . 

On juge bien que la santé des convulsionnalres ne gagM 
rien à cette inique profanation. Alors on se mit en devoir 
de procéder à la recherche des maléfices que les énergie 
mènes prétendaient avoir été enfouis dans diffërens eiH ^ 



droits du couvent, et en insistant sur l'emploi des exor- 
cismes, en multipliant les sommations qu'on croyait adreri- 
sei* aux démons , on porta promptement la maladie dei 
religieuses au dernier degré d'exaspération. ^ 

Un jour cependant le bruit se répandit dans le public 
qu'un cadavre avait été aperçu dans le Puits-Ghronier, et ! 

(1) Bosroger, ouvrage cité, édit. in-lU, Et. 5^ eh^ 1< 



HYSTÉRO-DÉMONOPATfllE A LOUVIERS. 123 

^e ce corps n'était autre que celui de l'ancien curé Pi- 
card. 

t Voilà un grand bruit et un grand murmure ; on de- 
mande qui a déterré cet homme ? Arrive lé lieutenant cri- 
minel , qui le premier en informe par office. On dépose 
librement que l'exhumation a été commandée par Mi l'é- 
téque d'Evreux, et voici l'origine d'un grand procès... 
h cour prend connaissance, le conseil en veut être infor- 
mé ; il députe des commissaires ; la reine envoie des doc- 
teurs avec M. l'archevêque de Toulouse; on redouble les 
îidrcismes; les charmes se trouvent : Madeleine Bavan 
tepose... les preuves de la possession se déclarent évi- 
lemment;... On appréhende le vicaire de Picard; il est 
nrésenté devant les démons, accusé en un exorcisme, 
ôndé et trouvé marqué... Enfin le procès est laissé par 
e conseil entre les mains du lieutenant de Pbnt-de-l' Arche 
louf rinstruire entièrement (1)... » 

Les poursuites du lieutenant criminel vont être dirigées 
îontre le cadavre du curé Picard , auquel on a nommé un 
îurateur, et contre le sieur Thomas Boullé, curé au Mé- 
Dril-Jourdain. Le crime de magie servira de prétexte à Tac- 
(^osatioD. Le principal témoin à charge sera cette Madeleine 
Bavan que les dépositions des religieuses aliénées ont fait 
condamner à une injuste prison, et dont l'état d'aliénation 
mentale nous est si bien démontré. Cependant le parlement 
de Normandie accordera une pleine confiance à toutes les 
conceptions qu'enfante le cerveau de cette monomaniaque, 
et ne craindra pas de sévir contre l'innocence. 

Madeleine Bavan déclare qu'elle a cédé de bonne heure, 
ainsi que trois autres religieuses, aux suggestions d*un 

(1) Bosroger, ouvrage dté, p. 885. 



121 LIVRE IV. -^ 1>1X<SKPT1£M£ MÈCLË. — ClUP. 111. 

insigne magicien , et que depuis longtemps elle hante tea 
assemblées diaboliques. 

Elle dit : J*ai été mariée an sabbat à un diable nommé 
Dagon , qui occupe un rang distingué dans les enfers ; ce 
démon m*apparaissait souvent autrefois , et me causait par 
ses caresses plus de douleur que de volupté. 

J'atteste que le cure Picard a composé un grand nom- 
bre de charmes , et j*en ai composé moi-même de fort 
dangereux. 

J*ai cherché, à l'instigation de Picard, à convertir k 
mère-abbesse et la mère-vicaire du couvent de Sainte-ËUk 
sabeth à la religion de Satan. Pour parvenir à ce but J'i^ 
déposé des charmes au-dessous d'une infirmerie. -^ 

J'ai su tout de suite que j'étais unie à un diable par l^ 
liens du mariage ; je n'en ai pas moins continué à cebdii^ii 
ter avec lui. 

J'ai donné par écrit la propriété de mon corps à 
Dagon. Il existe plusieurs actes , signés de mon sang, 
lesquels je reconnais que mon corps lui appartient^ 

Souvent je me suis prostituée à des diables métamoN'^ 
phosés en chats. J'ai commis avec Picard le péché de 9th{ 
demie sur l'aulel du sabbat. . i| 

J'ai bu du saug consacré qui m'a été présenté par Vi^^ 
card. J'ai donné au démon plus de cinquante hosties conssh \ 
crées. . i 

Cent fois j'ai soumis à dessein des hosties à toutes wr**^ 
tes de profanations: un jour après avoir communié, j'ai'^ 
retiré de ma bouche le pain sacré, que j'ai foule aux pieds "^^ 
en prononçant mille blasphèmes. 

J'ai adoré uo diable qui était moitié homme et moitié 
bouc. 

J'ai assisté au sabbat à racçoucbçmçQt de plusieiirs 




HTStÉRO-BÉMONOPATHIË A LOUVIERS. 125 

Sorcières. Les enfans de ces malheureuses ont été aussitôt 
dépecée et employés à faire des charmes. Picard et moi 
ayons contribué à les mettre à mort. 

Un jeudi saint, jour de la cène du Seigneur, j'ai mangé 
ta part d'un enfant, au sabbat. Le corps de la victime fut 
servi tout rôti sur la table. Le curé Picard alors vivant, 
Thomas Boullé maintenant poursuivi , prirent part à ce 
repas. Un diable qui avait pris la forme d'un troisième 
taré, nommé David,figura aussi parmi les convives. 

Une fois, j'ai vu les habitués du sabbat saisir deux en* 
: tms que des mères sorcières venaient d'y apporter. « Ces 

imyres petits furent attachés en croix; les magiciens et 

ks sorciers percèrent les mains et les pieds du premier 
rjlKc des clotis^ et lui ouvrirent le côté avec un grand poi« 
4lttrd en formé de coutelas. «« Auparavant que de clouer le 
/'Mond, les magiciens Itil appliquèrent de petites hosties 
^sacrées sur tous les endroits où il devait être percé, au 
^vers desquelles ils faisaient passer les clous. •• Ce petit 
^fant fut ainsi cruellement crucifié par tous les magicienâ 
^t sorciers qui se moquaient en sa personne du Sauveur du 
bonde, s'adressant à lui-même comme s'il eût été présent^ 
A afin de l'outrager avec excès, et de surpasser la cruauté 
le fies bourreaux, ils enfoncèrent dans la tête de cet enfant 
[oantité de clous en forme de couronne, qu'ils firent en- 
rer jusque dans le cerveau.. • Les deux enfans étant morts, 
Is les détachèrent de croh, et les cachèrent dans la terre ; 
ke Fnn desquels plusieurs assis tans emportèrent quelque 
hose des parties internes, comme du cœur, pour en com-» 
user des maléfic s.... » 

c J'ai TU commettre au sabbat des actes de la dernière 
mauté sur deux hommes qui paraissaient appartenir à 
n rang élevé et qui avaient été entraînés à cette assem^ 



126 LIVRE n\ — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III, 

bléc soit par force, soit par curiosité.. • Un d'eux fut atlar .. 
ebé sur une croix , nu et sans chemise ; on lui p^rça k| l 
mains, les pieds et les côtes; il mourut aussitôt. . . Uaatre 
homme fut attaché à un poteau et éventré par les diaiUes l 
et magiciens qui lui firent auparavant, contre scagrépL 
renier Dieu et les sacremens de F Église... • 

Une nuit qu'on avait outragé le sang du Sauveufi )f 
Christ fit une apparition au sabbat , lança la foudre et j^ 
duisit plusieurs sorciers en poudre. Picard fut témoio ^ 
ce spectacle. Des tourbillons de fumée, qui remplirent ton 
les rangs de rassemblée , obligèrent les démonolâtres k l|f , 
séparer en cherchant ailleurs un refuge plus sûr, -^ 

Thomas Boullé a été marqué par le diable en ma préi^ 
jsence ; il a cohabité sous mes yeux avec la reine du sablx^f 
j'ai commis avec lui le péché de fornication. 

Quand Picard célébrait la messe au sabbat , Tho 
Boullé remplissait les fonctions de diacre. D'autres messeff 
ont été dites eu ma présence, au sabbat, par des prêtr^jj^ 
revêtus de chasubles vertes. '^^ 

Le plus ordinairement c'était Picard qui présidait aq| 
réunions des magiciens et des démons. "*" 

J'ai de grands reproches à faire à Picard, Un matiO||^ 
alors qu'il était aumônier du couvent, il me toucha le m||^ 
en me donnant la communion, et me dit' : Tu verras M^ 
qui t'arrivera I Je ressentis alors de grandes agitatiwf^ 
intérieures, et fus contrainte de quitter le chœur p^Hlli 
aller respirer l'air dans le jardin. Presque aussitôt un h<ï^ 
rible chat qui m' apparut posa ses pieds de devant sur ni^'' 
épaules ; ses pattes de derrière portaient sur mes genoiju^ 
sa gueule était béante et posée vis-à-vis de ma bouche çï ^ 
se trouvait ouverte comme si j'eusse été disposée à partet^ 
J'ignore ce qui arriva dans ce moment; je présume que M.^ 




QYSTÉBO-DélfûNOPATlilE A LOUVI^IUS. iSJ 

iat représentait un démoq , et que ^ son intention était 
'attirer à lui l'hostie que je venais de recevoir. 
Après la mort de Picard , j'ai été transportée dans la 
range de la maison qu'il avait jusque là habitée au Menil** 
mrdain, Là, j'ai aperçu le misérable cadavre de Picard 
l'une sorte de forme humaine» épouvantable à voir, sou^* 
naît par les bras, Le cadavre m'a parlé comme s'il eût 
4 yiyant, et m'a rappelé la promesse que j'avais faite 
itrefois de ne jamais appartenir qu'au diable.. • Une 
mnde béte noire qui sortit comme d'un nuage , et qui fit 
•ois fois le tour du cadavre, m'épouvanta beaucoup en me 
onseillant de continuer à faire avec BouUé ce que j'avais 
[HiUime. de pratiquer auparavant avec Matburin Picard. 
liomas Boulléf se trouvant comme moi dans la grange, 
btint de mpn consentement tous les pouvoirs que Picard 
Tait anciennement exercés sur ma personne^ 

Tons devez trouver sur le corps de Boullé l'empreinte 
Tan fer rouge qu'on y a appliqué au sabbat. Quant à mot 
e porte à la tête et ans: lombes les marques de Satan. 

-^ Le lieutenant criminel à la déposante : n'est-ce point 
seulement par imagination que vous êtes allée au sabbat ? 

^ Madeleine Bavan proteste et assure être toujours allée 
PéeUementet corporellement.. Ce qu'elle prouve première^ 
■eut parce que quantité de fois elle a eu habitation au sab* 
bat avec diverses sortes de personnes dont elle est devenue 
tpceinte, et ensuite s'est provoquée à des décharges qui 
put été réelles et effectives, parce qu'il y avait des enfans 
9Nrmé6«„ Secondement, parce que toutes fois et quantes 
foe l'on a égorgé des enfans ou fait mourir d'autres per^ 
tonnes, aux sabbats où elle a été présente , elle ne i^'est 
«DDtentée de les voir... mais les a touchés et maniés, en 
\ composé des charmes^ a distingué les os d'avec la chair 



128 LITRE IT. — DlX-SEPTIÈMB SIÈCLE. •— CBÂP, III. 

d^an homme qui y fut éventré. Troisièmement... depuis si k 
prison, et plus de quatre mois auparavant, sur le doute b 
qu'on avait eu au monastère qu^elie allait au sabl)at, k U 
sieur Langlois, prêtre, son confesseur, ayant fait fermée i 
sa cellule à clef tous les soirs, elle n^avait été ni pu aBer | 
depuis au sabbat , et n'avait eu aucunes déchaînes (l)... |« 

Ce que Madeleine Bavan a maintenu comme vrai dans jja 
ses dépositions écrites, soit qu'on Fait interrogée sur M h 
propres crimes, sur les crimes du feu curé Picard ou ai j, 
ceux de Boullé, elle le soutint encore, à quelques varianW it 
près, devant la cour quand le parlement en vint à éconttf if^ 
ses réponses verbales. [au 

Thomas Boullé , sommé à son tour d'avouer les ctiani k 
qu'on lui impute, confronté avec Madeleine Bavan^ appHqii h^ 
à la question, repousse constamment avec force et IndfgÂlik 
tlon toutes les accusations qui Tallalent accabler* . ' u 

Le 21 août 1647 le parlement rendit Farrét qu'on flji^ 

Bre : ' [t 

« Vu par la cour, les grandes chambres, todrtteUeél|^ 
édict assemblées, le procès criminel extraordinairenut ^y 
Commencé par le conseiller d'îcelle, à ce député, etc.. ^ 
» La cour a dit que, par le juge d'église, il a été mal, Dul' \^ 
lement et abusivement procédé à l'exhumation du coips dé \^ 
Picard ; et vu ce qui résulte des preuves du procès, a dé- ^ 
claré et déclare le dit Mathurin Picard et Thomas Boullé j|| 
duement atteints et convaincus des crimes de magie, son y 
tilèges, sacrilèges et autres impiétés et cas abominaUel^ 
commis contre la majesté divine mentionnés au procès, et ^ 
la mémoire du dit Picard condamnée comme impie et dé* p 
testable. 

(1) Bosroger, ouvrage cité, liv. 3. — Lire en entier le eahier des chargel ^ 
avouées par la fille Bavan, composé de plus de 147 pages* 



HÎSTÉR0*P1ÊM0«PPATHIE A LOtVIERS. 129 

» Pour puDitiou et réparation desquels crimes ordonne 
^e le corps du dit Picard et le dit BouUé seront, ce jour- 
d'hui, délivrés à Texécuteur des sentences criminelles pour 
fttre traînés sur des claies par les rues et lieux publics de 
cette ville, et étant le dit BouUé devant la principale porte 
de réglise cathédrale... faire amende honorable, tête, pieds 
nus et en chemise 5 ayant la corde au cou... Ce fait, être 
traîné en la place du vieil marché, et là y être le dit Boullé 
brûlé vif, et le corps du dit Picard mis au feu , jusqu'à ce 
^e les dits corps soient réduits en cendres, lesquelles 
seront jetées au vent • • 

» Et la dite cour a ordonné et ordonne que sœur Simone. • • 
drdevant supérieure au monastère... de Louviers, sera 
prise et appréhendée an corps , amenée et constituée pri- 
sonnière en la conciergerie du palais pour être interrogée 
snr les charges contre elle rapportées par les informations. • • 
que les sœurs Catherine Legrand, dite de la Croix, Anne 
Barré, dite de la Nativité, et la sœur de Sainte-Geneviève^ 
religieuses au dit monastère. . • seront assignées à compa- 
roir en la cour pour être ouïes sur aucuns points résultant 
du procès, le jugement de la dite Bavan étant différé. 

» Et si a la cour ordonné que, par le conseiller commis- 
saire rapporteur du procès, en la présence de Tévêque 
d'Evreux ou de ses grands vicaires , il sera procédé à la 
ttïuislation des religieuses du dit monastère en un autre 
monastère, chez leurs parens ou telles maisons religieuses 
00 séculières qui seront par eux avisées, jusqu'à ce qu'au- 
trement y ait été pourvu, etc., (1)... » 

Le 21 août 16/^7, dans Taprès-midi, Thomas Boullé ex* 
pirait douloureusement sur cette même place où Jeanne- 
Ci) Bosroger, ouvrage cité, p. 413 et suiy. — Lire les eonsidératiODS et l'arrêt 
01 entier. 

TovBll. 9 



190 LivRB nr. — i^it-sfiffiÈini siècle. — - au», m. 

d* Arc avait autrefois ressenti l^attdnte des flammes et reii< 
le dernier souffle de vie. En montant sur le bûcher, le ci: 
du Menil-Jourdain dut se remémorer que rbérolne de Yi 
couleurs avait été qualifiée de sorcière. Au qninxièmenèi 
les visions de la Pucelle, Téclat de ses faits d'armes et 
ses exploits avaient pu faire penser à des moines barbares) 
à des ennemis vindicatifs que Jeanne s*aidaitde Fassistaii 
et du secours des êtres surnaturels. BouUé périt conu 
Grandier , sain d'esprit, sous les coups grossiers qui lui fun 
portés par une troupe de convulsionnaires privées de si 
et de raison. Le supplice de BouUé eut cela d'atroce et 
particulier, que ce prêtre mourut accouplé à un cadavre, 
peuple de Rouen , en voyant lancer en Fair les cendres 
deux ecclésiastiques qualifiés demeurtriers^ d'anthropopl 
ges , convaincus aux yeux d'un célèbre parlement d*av 
exercé le plus grand empire sur les puissances de l'enf 
d'avoir eu le pouvoir de faire ressentir des tourmens d 
boliques à dix-huit pauvres nonnes, commença à respfa 
plus à l'aise , comme cela arrive à quiconque vient d'à 
soustrait à la crainte d'un danger que la prudence humai 
ne semble pas assez forte pour conjurer. Nul doute ■ 
ce même peuple ne se fût empressé de sauver les jours 
BouUé s'il eût seulement pu soupçonner qu'une tounh 
vénérée à Tégal d'un aréopage fût capable de commei 
une erreur qu'on voudrait pouvoir désavouer ou tenir c 
verte du manteau de l'oubli. 

J'ai parcouru ou lu tout ce qu'il m'a été possible de m 
sembler de livres ou de brochures traitant de la prétend 
possession des filles de Louviers ; j'espérais découvrir pal 
ces pièces quelque secret document propre à justifier 
à expliquer la conduite du parlement de Rouen à l'égai 
de Picard et de Boullé. Je déclare que mes rechercbi 



HTSTÉRO-BÉMONOPATHIB A LOUYIEBS. 131 

tWit/aît que me confirmer daûs la persuasion que ces deux 
rétres n'aTaîent aucunement mérité d'être traités comme 
le furent Bleu certainement le parlement de Norman- 
^ s'il eût pu se persuader et comprendre que la folie et 
convulsions des filles de Sainte-Elisabeth provenaient 
n dérangement encéphalique, n'eût jamais consenti à 
drc rindigne sentence que j'ai tout à Theure transcrite. 
i t.émoins appelés de Louviers à Bouen déclarèrent» je 
Ais, que Picard avait su nouer Faiguillette, qu'on l'avait 
LV^Bt entendu sortir nuitanunent dans son jardin, qu'on 
7Sk\t quelquefois surpris dès l'aube dans la compagnie 
m fantôme qui paraissait en tout semblable à un diable ; 
» t:^oins assurèrent que BouUé éprouvait quelquefois à 
glisedes attaques de nerfs; qu'il avait emporté un homme 
L Vair; qu'il savait guérir les maux de dents; qu'il se 
j^ait à lire des livres dont les couvertures étaient enfu- 
iife^B ; mais ces charges, qui n'étaient pas à une certaine 
^fOque exemptes de gravité, ne suffisaient pas pour contre- 
taitencer dans l'opinion des juges les bons témoignages qui 
ifâeraient de toutes parts en faveur de Picard et de Boullé, 
^ d on peut regarder comme certain que si les monomania- 
^ qnes qu'on exorcisait dans le couvent de Sainte-Elisabeth 
itf eussent pas appelé la justice à leur secours, personne 
' jnais n'eût songé à attaquer la mémoire de Picard , qui 
^t vécu en odeur de sainteté , ni à dénoncer comme 
^nné à la magie un prêtre tel que Boullé , qui remplis- 
*^t dignement les fonctions du sacerdoce» Bien certaine- 
*it les religieuses de Louviers, Picard et Boullé n'étaient 
Ngai^énés d'immoralité, comme on Ta prétendu, comme 
ji I8dqaes-uns, peut-être, le répéteront encore; riguorauce 
* pu seule faire prévaloir l'idée que les charges de Made- 
'«e et de l'ancien sacristain de la chapelle ne devaient 
|M être considérées comme purement imaginaires. 



m LIVRE iV. — mt-sEPTiims Si&CLE. ^ CHÂt». Itt. 

s iv. >- 

Lliystëro-démoDopalhie exbliquc règne comme épidémiqiiemenl à AuxomeO). ^es 

Be 16S9 à 1662. ^^ 

Au commencement de 1GG2, le garde-des^sceaux cha^ ^ 
gea l*arclievôque de Toulouse, les évèques de Reims, de ^l 
Bliodez et de Châlons, et cinq docteurs en médecine (Le- j^ 
roy, Cornet, Annat, Morel et Grandin) d'émettre une qpi* ^ 
nion sur la nature d'une afleclion nerveuse inquiétante, f^ 
qui s'était déclarée, il y avait près de dix ans , dans Fil f> 
des cloîtres de la ville d'Auxonne, et qui avait fini péh; 
atteindre, hors des murs de la communauté, plusicïifii^ 
femmes séculières. A Tépoque où nous nous reportons, Il 'Q 
nombre des malades s'élevait à dix^-huit. Parmi ces feiffi m 
mes qui appartiennent à différentes classes de la sodétf? ^ 
et dont plusieurs se distinguent par le privilège de la naif^ V 
sauce et de la fortune , il en est de jeunes, d*assez avaii^ '-i 

• 

cées en âge et d'infirmes; on y remarque des novices, del U 
postulantes et des professes, enfin des femmes étrangère^ ^ 
à la profession religieuse. Les commissaires royaux dé? ^ 
clarèrent à l'unanimité : que tout bien considéré, les ^6^ ^ 
tions extraordinaires observées sur les filles d'AuxonriSf-H 
excédaient les forces de la nature humaine, et qu'elles ïïê i 
pouvaient partir que de l'opération du démon possédaiif 'i 
et obsédant les corps de ces infortunées. Ce jugement fof ^ 
motivé sur le dire du sieur évêque de Cbâlons, qui consa^ i| 
cra quatorze jours, concurremment avec un grand nonn' ^ 
bre d'ecclésiastiques de son choix, à l'examen des préten^N 

(1) ConsuUez la pièce intitulée: Jugement de nos seigneurs les archeçéquÊ^M 
èoâqueft^ docteurs de Sorbonne, et autres saçans députés du roif sur la pré» : 
ti ndue possession des fUlcs d'Auxonne, 



UYSTÉRO-DiMONOPATHlfi A AUXONNE. 133 

possédées. Le rapport de ce prélat , tout iucomplet 
me paraît être, contient des détails qui me portent à 
rocher les phénomènes notés à Auxonne de ceux qui 
nt excité tant d'étonnement à Loudun et à Louviers. 
Bfoîs, je n'hésite pas à penser, pour mon compte, que 
coup de faits avancés dans cette circonstance par les 
listes ont été cette fois encore mal observés, et mal 
ités par leurs secrétaires. 

est certain que les nonnes et les autres aliénées 
xoDue obéissaient par momens à des transports de 
e, et aux antipathies du délire irréligieux ,^que l'or- 
e du cerveau était poussé quelquefois à un tel degré 
olence qu'il donnait lieu à l'explosion des phénomè* 
x>iivulsifs. Vous trouverez la preuve de cette vérité 
la citation ci-jointe : < Ces filles ont presque toutes 
îrsellemcnt témoigné, surtout dans la chaleur de leurs 
Uons, une grande aversion des choses saintes , parti- 
rement dans les sacremens de pénitence et d'eucha- 
I, étant nécessaire, souvent, d'employer plusieurs 
es pour en confesser une, à cause des résistances 
^mes et des cris dont leurs confessions sont interrom- 
, et qu'on ne surmonte qu'à force d'imprécations et 
ommandemens au démon. Avant la communion elles 
nt saisies de convulsions et de mouvemens apparem- 
: involontaires; dès qu'elles avaient reçu la sainte 
e , elle faisaient des cris et des hurlemens effroyables, 
^ulant par terre, la sainte hostie demeurant toujours 
a pointe de la langue qu'elles avançaient et retiraient 

iblement au commandement de l'exorciste Dans 

aleur des exorcismes, surtout pendant la sainte messe, 
ont souvent proféré des blasphèmes et des exécra- 
si horribles et si fréquentes contre Dieu et sa sainte 



134 LITRE lY.^BtX-SEPTlftlIg ftliCLB. — CHAP. III. 

mère, qu*il était impossible de les ouïr sans frayeur, et | 
qui ne peuvent sortir vraisemblablement que de la boucbe || 
du démon (1). » i^ 

Tous les sujets en proie au délire de la démonopatiiie | 
semblent s'être donné le mot pour se tordre d'une nue y 
nière convulsive, crier, hurler, blasphémer chaque fixa ^ 
qu'on les oblige à mettre le pied dans les lieux sahits, n, 
qu'on exige d'eux Taveu de leurs péchés, qu'on veut leur ^ 
faire avaler l'hostie ou les rendre témoins des cérémonies L 
du culte. C'est que la nature de la démonopathie est la L 
même sur les dévots de tous les pays, que l'imitation joie i, 
souvent un rôle positif dans les affections mélancoliqoef» ^ 
et que les historiens ont mieux aimé souvent employa*, j 
dans leurs narrations, des expressions consacrées par l'iH j^ 
sage, que de recourir à une rédaction tout*à-fait nouv^ '^ 
et originale. ^. 

Les religieuses d'Auxonne, comme la plupart des mal»' j^ 
des qu'on avait précédemment jugés possédés, laissaieit i| 
échapper de leur bouche, après des conjurations réitérées, y 
des cheveux, des cailloux, des morceaux de cire, des 09Be^ ^ 
mens et jusqu'à des reptiles vivans. Ces objets oflQraieBt ^ 
aux yeux du clergé une preuve non équivoque de posseft- ^ 
sion. ^ 

Elles entraient en extase ou dans le somnambulisme, | 
tantôt au commandement des exorcistes, tantôt à l'heure ^ 
précédemment indiquée par leurs compagnes d'infortone. ^ 
L'évêque de Ghalons ayant commandé au démon qui po*»^ 
sédait la nommée Denise de suspendre la sensibilité de • 
cette fille, et de la rendre inaccessible à la souffrance, oft^ 
put enfoncer une épingle sous la racine de l'ongle sans ob- 

(1) Dans Le pour et contre de la possession des filles de la paroisse d$ 
landes, diocèse de Ba/euaff p. 60 et 61. 



HT8TiR0*DiX0N0PATHIE A AUXORm* ISS 

tenir un signe de douleur. « La sœur de la Purification 
tyaot été empêchée de sortir du monastère^ une nuit 
qu'elle devait être enlevée au sabbat, selon que les autres 
avaient assuré dans Texorcisme, les jours précédons; 
dans r heure même de cette assemblée prétendue, elle 
était tombée tout d'un coup dans une espèce d'assoupisse* 
ment et d'insensibilité merveilleuse, qui avait duré cinq 
quarts d'heure et plus, aliénée de tous ses sens, sans mou-* 
fement, sans parole et sans connaissance, les bras croisés 
sur sa poitrine, et si raides qu'il fut impossible de les ou- 
vrir ; et les yeux fermés et puis ouverts, mais fixes et arrê- 
tés sans rien voir... Etant revenue de cette extase, elle 
disait avoir été transportée au sabbat en espriti et disait 
tout ce qu'elle y avait vu (1). » 

Les somnambules que les magnétiseurs présentent chaque 
jour à notre observation tombent dans le ravissement dans 
un moment qu'elles ont elles-mêmes indiqué , ou qui leur 
a été prédit par d'autres somnambules; dans cet état elles 
se figurent que leurs sens peuvent s'exercer sur des sa- 
veors, des odeurs, des corps palpables placés à une grande 
distance, que leur vue surtout peut franchir les plus grands 
espaces : ces hypnoscopes obéissent momentanément aux 
illusions du délire sensorial auquel obéissait la sœur de la 
Purification quand elle contemplait en imagination les 
splendeurs du sabbat... Plus encore que l'état de véritable 
sommeil, l'état extatique se distingue par la vivacité des 
hallucinations des principaux sens. 

Les nonnes d'Auxonne excellaient, comme celles de 
Loudun, conune celles de Louviers dans des exercices de 
corps qui indiquent qu'elles ne respectaient plus aucunes 

(1) Voir le recueil déjà cilé, p. 62, 63, 64. 



136 LIVRE IV. — DiX-8KPTlÈME SIÈCLE. — » CUAt>. 111. 

convenances. « La sœur de Saint-François, commandée 
d'adorer le saint sacrement , s'est prosternée , touchant ta 
terre de la pointe de Testomac, la tête, les pieds , les mains, 
aussi bien que le reste du corps portés en Tair. Là scev 
de la Résurrection a fait la même chose , a paru proster^ 
née quelquefois tout le corps plié comme un cercle, ei^ 
sorte que la plante de ses pieds venait lui toucher ai 
front. Les nommées Constance et Denise ont été vues qoet 
quefois renversées contre la terre, qu'elles touchaient 
seulement du sommet de la tête et de la plante des pieds, 
tout le reste du corps en Pair; elles marchaient en cet 
état. Toutes, où presque toutes, demeurant à genoux et 
les bras croisés sur l'estomac, se sont courbées en arrière^ 
de sorte que le haut de la tête allait joindre la plante des 
pieds, la bouche venait baiser la terre, et la langue former 
un signe de croix sur le pavé (1). » 

Étaient-elles, pendant ces exercices, dans l'état de smn- 
nambulisme? Probablement. Cela se passait parfois de la 
sorte dans la maladie des ursulines de Loudun. A Bayenx, 
c'était pendant les accès extatiques que les démoniaques 
exécutaient les actes les plus extraordinaires : prenvé 
certaine que l'empreinte de la démonopathie ne s'efface 
point même hors de l'état de veille. L'évêque de Chàlons 
fait remarquer que pendant un exorcisme la sœur Cathe- 
rine avait paru la tête renversée, les yeux ouverts, la 
prunelle absolument retirée sous la paupière supérieure, 
le Manc des yeux demeurant seul en évidence, et la fa* 
culte visuelle restant suspendue; il est présumable que 
cette religieuse était plongée pour lors dans une sorte de 
ravissement extatique. 

(1) Ouvravçf cil's |». 67. 



llYSTÉftO-DEUONOPAtHlË A AUX0NN6. . 137 

On crut constater sur ces malades Fexisteuce de facul-^ 
lés étranges. L'évêque de Gbâlons rapporte : « que toutes 
lesdites filles qui sont au nombre de dix-huit, tant sécu- 
lères que régulières, et sans en excepter une, lui ont paru 
ivoir le don de Tintelligence des langues, en ce qu'elles 
>nt toujours répondu fidèlement au latin qui leur était 
prononcé par les exorcistes, qui n'était point emprunté du 
rituel, et encore moins concerté avec eux : souvent elles 
96 sont expliquées en latin, quelquefois par des périodes 

entières, quelquefois par des discours achevés 

» Que toutes ou presque toutes ont témoigné avoir con- 
naissance de rintérieur et du secret de la pensée, quand 
elle leur a été adressée ; ce qui a paru particulièrement 
dans les commandemens intérieurs qui leur ont été faits 
très souvent par les exorcistes en diverses occasions, aux- 
quels elles ont obéi très exactement pour Tordinaire, sans 
que les commandemens fussent exprimés ni par paroles 
ni par aucun signe extérieur, ce dont ledit seigneur évéque 
a fait plusieurs expériences, entre autres sur la personne 

de Denise Parisot à laquelle ayant fait commandement, 

dans le fond de sa pensée, de le venir trouver pour être 
exorcisée, elle y est venue incontinent quoique demeurant 
dans un quartier de la ville assez éloigné , disant au sei- 
gneur évêque qu'elle avait été commandée par lui de ve- 
nir : ce qu'elle a fait plusieurs fois Et encore en la 

personne de la sœur Jamin, novice, qui, en sortant de 
l'exorcisme, lui dit le commandement intérieur qu'il avait 
fait au démon pendant l'exorcisme; et en la personne de 
la sœur Borthon. .... à laquelle ayant commandé mentale- 
ment au plus fort de ses agitations de venir se prosterner 
devant le saint sacrement, le ventre contre terre et les 
bras étendus, elle exécuta le commandement au même 



iS8 UVRB IT. — DIX-SBPTiiMB 8ll(GLB. — GHAP. III. 

Instant qu'il eut été formé avec une promptitude et une 

précipitation toute extraordinaire (1 ) » 

A tout bout de champ les monomaniaqnes d'Auxonne f^ 
se jouaient de la bonne foi et do rinexpérience des eI0^ 
cistes ; il n*est pas douteux que sur les hystériques, la pé- 
nétration , la Qnesse des sens et de Tintelligence, tandis 
que la suspension apparente de la plupart des facultés seih |^ 
sitives et intellectuelles nous inspire une confiance prah N 
que aveugle , rendent rappréciation des résultats fournis P 
par Toxpérimentation très délicate, et Terreur facile ; aasi 
c'est surtout pour ne rien omettre d'important, et poar ne 
pas m'attirer le reproche d'avoir tronqué un récit histni* f 
que , que je mentionne la connaissance des langues nos fe! 
apprises, et la faculté de lire dans la pensée d'autmi, ^ 
comme un double privilège dont on a cru les filles w 
d'Auxonne douées. Mais au total, les expériences et les i^ 
assertions des théologiens n'établissent point d'une mar U 
nière décisive l'existence de pareilles facultés sur les a 
personnes auxquelles ils ont coutume de les attribuer. Ne « 
sait-on pas que le rappel subit de connaissances depuis r 
longtemps ensevelies, si on peut le dire, dans les profoo- v 
deurs du cerveau; que la pénétration d'un tact maladif > 
mais exquis, tel qu'on le note souvent sur les extatiques, >- 
ont cent fois mis en défaut la Minerve des théologiens; i 
c'est précisément parce que cette sorte d'illumination su- * 
bile de l'encéphale et de l'intellect, qui fait que les dé- 
moniaques, et beaucoup de somnambules, ont si souvent 
paru douées d'une véritable science divinatoire, expose 
les observateurs à de continuelles erreurs, que je n'ai pas 
cru devoir passer sous silence même cette partie du rédt ^ 

(1) OuTfftge cité, p. 57, 58. 



RTSTÉRO-DÉMONOPATHIE A AUXONNE. 139 

qui traite de la possession des religieuses et des autres 
femmes d'Auxonne. 

Autre assertion digne d'exercer la sagacité des pbysiolo-- 
gistesl Tel était, dit-on, sur les monomaniaques d'Auxonne 
Tempire de la volonté sur les parois des canaux artériels 
dn bras, que plusieurs de ces nonnes pouvaient suspendre 
à volonté les pulsations du pouls. ... « Denise Parisot corn-- 
mandée par Monseigneur de faire cesser le pouls entière- 
ment au bras droit , pendant qu'il battait à gauche, et puis 
de transférer le battement du brai^ gauche au bras droit , 
pendant qu'il cesserait à gauche, elle Ta exécuté ponctuelle- 
ment en présence du médecin ( Morel ) qui l'a reconnu et 
déposé , et de plusieurs ecclésiastiques. . . » La sœur de la 
Purification a fait la même chose deux ou trois fois.... le 
faisant battre ou cesser selon qu'il lui était commandé par 
l'exorciste (1). 

Cheyae expérimenta lui-même que le colonel Townshend, 
auquel nous devons d'importans ouvrages sur l'Espagne, 
jouissait vers les derniers temps de son existence du pou- 
voir de suspendre les battemens de son cœur, et toute ap- 
parence de mouvement circulatoire. Pendant l'épreuve qui 
fut tentée par Cheyne et par le docteur Baynard , épreuve 
qui dura environ une demi-heure, le cœur du colonel cessa 
entièrement de battre, et l'on appréhenda une mort réelle. 
Les médecins étaient prêts à se retirer quand on sentît 
renaître les'pulsations artérielles et les mouvemens du prin- 
cipal centre circulatoire (2). 

L'influence de la volition sur la suspension des mouve- 
mens du cœur ne doit pas nous étonner absolument; nous 
sommes habitués à voir les battemens du cœur devenir 

(1) Ouvrage cité, p. 61, 62. 

(2) G. Cheyne. The engUsIi malad/y etc., 1733» p. 77. 



140 LIVRE IV. — DIX-SËPTlÈME SIÈCLE. — ClIAP. III. 

précipités ou tumultueux sous Finfluence d'une idée, d'une 
passion , d'un sentiment, d'une impression émanés de l'en- 
céphale oii siège aussi le point de départ de la volitioD; 
mais l'action du cerveau sur un tube artériel déterminé me 
paraît difficile à saisir, alors même qu'on ferait interveiir 
le concours d'une portion de l'axe rachidien et des grands 
plexus nerveux. Les nonnes d'Âuxonne combinaient peut- 
être leurs poses et les conti*actions de leurs muscles avec 
assez de précision pour exercer une action compresshe 
sur les conduits chargés de porter le sang artériel à la main. 
Ici se terminent les observations qui m'ont été suggérées 
par la lecture des faits consignés dans la relation de la m»- 
ladie nerveuse qui a régné épidémiquement autrefois dus 
la ville d'Auxonne. 

S V. 

Quatre-viogt-cinq démonolâtres sont brûlés à Elfdaleniy en Suèdo. 

1670. 

Il faut être doué d'une patience à toute épreuve pour 
ouvrir souvent le livre de Bekkcr sur le monde enchante. 
Cet ouvrage utile autrefois prouve que, sur le déclin de ce 
siècle , la démonolâtrie faisait des ravages fâcheux dans 
plusieurs contrées du Nord (1). 

« L'on a fait grand bruit,... dit Bekker dans son vingt- 
neuvième chapitre, d'un ensorcellement iuoiii qui fut en 
Suède, au village de Mohra, dans la province d'Elfdalem 
où les sorcières transportaient plusieurs enfans dans un 
lieu inconnu qu'ils appelaient Blocula. Le bruit et les plain- 
tes que l'on en fit allèrent si loin que le roi fut obligé d'y 

(1) Ballh. Bekker, Le monde enchanfé, elo , t. 4, p. 576. 



DÉMOMOLATRIÊ ÉPIDivtQUB BN StÈDE. 141 

envoyer des commissaires (vers 1670) pour, avec les prè* 
Unes et les juges du lieu, établir un tribunal, lesquels con- 
damnèrent plus de septante personnes comme sorcières, et 
quinze enfans qui s'y trouvèrent enveloppés, sans compter 
einqaante-six autres que Ton punit plus doucement, et 
quarante-sept que Ton laissa jusqu'à un nouvel examen. 
Le fameux Anglais Glanvill (i) fait bien du bruit de cette 
affidre jusque là qu'il en a fait faire un extrait. . . qu'il a mis 
à la fin de son Sadducismus triumpàatus, comme une preuve 
incontestable, à son avis, de la véritable magie diabolique. 
Les habitans du district de Mohra payaient leur tribut à 
une maladie importée, qu'on savait bien avoir eu partout 
pour cortège les supplices , l'épouvante et la mort, mais 
qui n*en continuait pas moins, malgré la différence des 
temps^ des climats et des constitutions, à exercer le plus 
funeste empire sur l'esprit et sur l'imagination des peuples 
qu'elle atteignait. Les exécutions du district de Mohra 
rappellent celles auxquelles les commissaires royaux avaient 
présidé, dans le pays de Labourd, soixante ans aupara-* 
vaut 

Les Suédois qu'on mettait à mort faisaient en général 
un récit tel que celui que l'on va lire : Nous invoquons un 
diaUe nommé Antesser, qui nous rassemble en un lieu ap* 
pelé Blocula. L'esprit nous apparaît presque toujours pour 
te première fois sous la forme d'un homme vêtu de gris, 
portant une barbe rousse, des bas bleus, des souliers 
rouges, un chapeau pointu orné de touffes de rubans. Nous 
exécutons la nuit de fréquens voyages à travers les airs ; 
nous sommes portés alors sur des chèvres, des moutons, 
des diables transformés en bêtes de somme ; nous déro- 

(1) Joseph Gtonvilly S€uidueismustriumpfiatuSi un vol. in-8^. London, 17C0. 



1 



142 LIVRE IV. — DDt-SEPTlÈMË Sl&CLE. -— CHAt>. Itl. 

bous beaucoup d'enrans que nous déposons à Bloeuha 
La première fois que nous sommes admis au sabbiti 
nous renonçons au vrai Dieu et nous donnons au diaUi 
notre corps et notre ame. On nous administre ud baptèai 
particulier, et nous prononçons des vœux et des panki 
abominables. Il se passe à Blocula beaucoup de chon 
défendues. Les sorciers se battent, dansent, s'y livrent M 
plaisir de Tamour et de la table. Le diable joue de la hnfi 
et recherche la compagnie des sorcières et des sordmi 
les succubes et les incubes s'unissent ensemble et eng» 
drent des reptiles ; quelquefois Antesser se laisse mourir 
pour reparaître par F effet d'une prompte résurrection. Qi 
nous apprend à traire les vaches à distance, à faire périr 
des hommes sans les toucher. On nous fait présent d*iii 
quadrupède et d'un oiseau blanc dont nous nous servQM 
pour prendre du gibier. Tout ce qui tombe sous la griA 
de Foiseau nous appartient; le diable réclame pour ii 
part tout ce que le quadrupède est parvenu à saisir. Il ar* 
rive aussi que Famé est transportée seule à Blocula, tandis 
que le corps reste comme privé de vie, au domicile da 
démonolâtre. 

Ces pauvres villageois , étrangers à toute espèce de d* 
vilisation , avaient certainement prêté Foreille aux lédli 
de la sorcellerie ; car la peinture qu'ils faisaient de lem 
fêtes différait à peine de celle que faisaient de leurs sabbats 
les monomaniaques de France et d'Italie. Sans doute ils 
représentaient le diable sous un costume nouveau ; ils sont 
les seuls aussi qui aient parlé de ces animaux chasscois 
que Fou voit ûgurer dans leur procédure ; mais les hallo- 
clnatious , les idées qui se rapportent à la démonomanie 
ne peuvent pas toujours se reproduire exactement sous la 
même forme. On n*a pas oublié que pendant toute la durée t 



lyÉMONOLAtlIIE A LA HAYS^tPUlft. 143 

de la folie du Labourd , les mariniers soutenaient que le 
diable les emportait sur les yergues des vaisseaux ^ pour 
les employer à la ruine de notre commerce ; les pâtres de 
É Suisse soutenaient surtout dans leur délire que le diable 
» aervait de leur ministère pour faire mourir les bestiaux 
Bt lang;iiir la v^tation ; presque partout les démonolfttres 
Mit affirmé qu'on leur avait servi au sabbat les mets pour 
le8q[iiels on avait une prédilection marquée dans leur vil- 
lage ; en déQnitive, au fond, le tableau de la démonolâtrie 
n*en restait pas moins le même dans tous les pays. 

La maladie du comté d'Elfdalem se manifesta sous des 
dehors sérieux , puisque le gouvernement prit Falarme ^ 
qn*on crut devoir se bâter de constituer un tribunal excep- 
tionnel , et que les juges n'hésitèrent pas à frapper à la fois 
sor un aussi grand nombre de victimes; mais par malheur 
k» détails qui auraient pu présenter un véritable intérêt 
ponr la médecine mentale ont été, comme toujours, né- 
l^igés dans la description de celte affection nerveuse. 



S VI- 



AflUre de La Uâye-DaiMis. Le délire de U floroellerie donne lieu à mi procès où 
|lHi de cinq cents villageois sont compromis et dix-sept condamnés à la peine 
de mort. Cassation de Tarrêt ; célèbre remontrance da parlement de Rooen 

lt4NliBXlV(f}. 

un. 

Le parlement de Normandie avait fourni une preuve 
éclatante de sa crédulité dans la mémorable affaire de 
Louviers; un procès absurde auquel la folie et des ballu- 

(1) C4«siiltez : Saint- André, etc., Lettres à quelques-uns de ses amis, etc., 
Paris, 1725, 1 vol. in-i2. — Boissier, Recueil de lettres au sujet des maléfiees 
si du êoriHégf, etc., in-12, 1731. 



144 LITRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — ÙBAP. III. 

cinations donnèrent encore lieu en 1670 servit à démoih i 
trer combien ce même parlement tenait à rester fidèle aux i 
erremens de sa redoutable jurisprudence. ? 

Un jeune homme, nommé Emouf, s'était plaint souveit i 
au bailli de La Haye-Dupuis d'être en butte aux persécn* < 
tions des sorciers dont il redoutait sans cesse les embûches s 
D'après le bruit commun, Ernouf se iivnlit souvent, de- ) 
vaut tout le monde , à des actions ridicules ou dérais(MH ^ 
nables; il lui arrivait de faire des grimaces, des contor* i* 
sions involontaires, de pousser des cris aigus et subits, ji 
Le bailli , tout en se demandant si le démon n'était point [j 
l'auteur des souffrances de ce jeune garçon , hésitait i i| 
faire une enquête , lorsque le 25 février 1669 il reçut ot^ '^ 
dre du procureur fiscal de procéder à une information M !• 
règle. s 

La mère d* Ernouf ^ qui fut appelée la première à Aouh jt 
ner des éclaircissemens sur l'état du plaignant, dédan ji 
que ilepuis longtemps son fils paraissait atteint d*ane ma* r 
ladie nerveuse grave ; qu'il lui arrivait par intervalles de " 
tomber tout à coup à la renverse et d'éprouver de fortes 
attaques convulsives; qu'au moment des crises , il lui arri- 
vait aussi de pousser des vociférations effrayantes et de se 
débattre en se livrant aux mouvemens les plus désordon- 
nés; qu'il avait l'habitude, dans certains momens, dépar- 
ier seul, et qu'alors il paraissait effrayé par une foule de 
visions. 

Le sieur Noël, professeur de philosophie au coll^ 
d'Harcourt , oncle d'Emouf , auquel on demande des ex- 
plications sur l'état de son neveu, s'empresse de répondre: 
que les accidens fâcheux qui s'observent sur le fils de sa ^ 
sœur proviennent d'une affection du cerveau, et non d'une 
cause surnaturelle ; que de savans médecins de la capitale^ 



DEMONOLÂTHIE A LÀ HAYE-DLPCtâ. 145 

dont il a pris Tavis , ont reconnu que son neveu était at- 
teint d^épilepsie, sujet à des visions et aux illusions de 
rhypocondrie; que les magiciens et les esprits ne sont pour 
rien dans ce malheur; que si Ton a pris le parti de donner 
à son jeune neveu une profession manuelle, c'est qu'on a 
senti de bonne heure que Tinûrmité dont il était atteint le 
privait de toute aptitude pour les études littéraires. 

Bomy, sellier à Coutances, maître d'Ernouf, dépose que 
ce dernier tombe du haut-mal , qu'il éprouve de fréquentes 
visions , qu'il croit par instans apercevoir des diables au- 
tour de sa personne , qu'il se plaint aussi d'être importuné 
par la voix des malins esprits, qu'un soir il a failli se pen- 
dre chez sa mère en croyant céder à l'instigation de Satan , 
qae c'est par un pur effet du hasard si l'on est arrivé à 
temps pour l'empêcher de se donner la mort. 

Le bailli fait observer que le diable a intérêt à ce que 
les maléûciés se tuent , parce qu'il craint qu'ils ne dénon- 
cent ses suppôts à l'autorité. 

Emouf , interrogé à son tour , fait la déclaration qu'on 
va lire : J'ai la certitude d'avoir été maléiicié par des sor- 
ciers. Un jeune homme nommé Godefroy a d'abord été 
chargé de m'attirer dans leur corporation. Godefroy m'a 
prié, m'a supplié de consentir à ses vues, de ne pas oppo- 
ser un refus à l'offre qu'il me faisait de me conduire au 
sabbat Je l'ai irrité par ma résistance, et il m'a fait des 
menaces. Une nuit ce misérable est entré dans ma chambre 
tccompagné d'un grand homme noir, et m'a fait éprouver 
toutes les transes de la peur; le diable voulait à toute force 
(pie je lui fisse hommage de mon corps. J'ai entendu un 
brait effrayant lorsque les deux fantômes après m'avoir fait 
endurer mille persécutions ont pris le parti de s'éclipser. 
Une autre fois, j'ai été renversé sur le pavé , en pleine 

TovE II. 10 



146 LITRE IT.— mX-SE1>nÈllE SIÈCLE. — CIAP. III. 

rue, devant la porte de la cathédrale de Goutances, par une 
force Invisible; mon cbapean^ ma lanterne furent lancés 
loin de moi ; les babitans se bâtèrent de venir à mon i^ j 
cours; j'éprouvai encore des pertes de connaissance dav i 
une maison où l'on m'avait déposé et je me trouvai dans -^ 
r impossibilité de regagner seul l'babitation de mon nuuln. \ 
Quelques jours après cet accident , j'ai aperçu dans la i 
rue un bomme noir dont l'aspect était repoussant. Cet ia- j^ 
dividu était armé d'une longue percbe; il cbercha k m'fli- [ 
traîner dans une mauvaise direction et me poursuivit jaiH j^ 
qu*à l'entrée de la maison de Romy« [^ 

J*ai éprouvé d'autres vexations à la Haye-Dupuis j ak l 
j'allais passer les jours de fête avec ma mère. I^ ooinié l 
Arrivel m'a fait des menaces ; j'ai été jeté contre terre in L 
milieu de la ville. Un jour d'biver, au commencem^t et L 
la nuit, j'ai passé plusieurs beures à me débattre sur le sol; , 
les voisinSi accourant à la fin à mes cris, m'ont trouvé couvMt t 
de boue, dans l'état le plus déplorable. J'ai été portée L 
penser d'abord qu'un bomme que j'avais aperçu à quelqoa ^ 
distance de moi avait agi sur ma personne par l'acUii | 
d'une force surnaturelle; de violens accès convulsifs l'é- ^ 
tant encore fait sentir les jours suivans, j'ai réfléchi d0 ^ 
nouveau et je me suis rappelé que mes convulsions avaiept ^ 
tsuccédé à une violente frayeur. En effet, quelques instaïf g 
lavant ma cbute, j'avais fait rencontre, non loin de la nui* ^ 
tson du bailli, d'une troupe de sorciers £[ui dansaient tout*- 
nus au milieu d'un pré. Jacques Ârrivcl et Nicolas Lemoine 
is'étaicnt détachés de leur compagnie et avaient cbercbé à 
in'entralner à leur bal. La frayeur m'avait fait trouver qa! 
et tomber à la renverse sur la terre. En me relevant j'avi^ 
(aperçu une forme humaine , à tête surmontée de cornes, 
et l'on avait tenté de me séduire en me présentant desfeni« 



BiMONALAmE ▲ LA HAVI-iBCPUIS. t47 

jeunes et belles. Les aecidens terribles que je ne cesse 
é'éprouver depuis lors sont le résultat de la vengeance de 
ees malfaiteurs qui craignent à présent ma dénonciation et 
mai pe peuyent supporter Tidée de naon dédain... 

La maladie d'Eniouf avait été dès le principe reconnue 

9t caractérisée par plusieurs médecins. Les parens , les 

de ce visionnaire avaient été cent fois témoins de 

attaques convulsives. Tout le monde à Cout^nces avait 

été flrappé du dérangement de ses facultés intellectuelles , 

du fréquent retour de ses idées mélancoliques. Partout Tqu 

■avait qu'il était plus ou moins souvent aspiégé par des 

twllucinations de la vue, du toucher, de Touïe, dont rin« 

tnaité redoublait chaque huit et le privait souvent de repos 

•t de scmmell. Bien des fois on Pavait vu s'arrêter au mi- 

He» de pnHnenades, témoigner de l'irritation et de l'impa- 

ttance, s'en prendre dans son délire à des êtres fantasti- 

i|iief. Son maître, sa propre mère reconnaissaient que 

f existence lui était très souvent à charge; lui-même se 

ytaigaait d'être exposé à de fréquentes pertes de connais- 

fanée. Les causes qui donnaient lieu à toute cette série 

i'aeeldens eérébraux devaient aussi servir à l'explication 

des chutes que le malade avait été à même de faire dans 

:|is Ueox puUlcs, à Coutances et à la Haye-Dupuis. G*est 

amrtoiit à la suite des phénomènes musculaires que les 

hallucinations obsèdent les épileptiques; il était tout simple 

' de mettre sur le compte d'une perversion de la sensibilité 

l lente l'histoire du bal dont Ernouf avait fait la description. 

Un préféra ajouter foi à la déposition de cet insensé, et 

admettre que Jacques Arrivel et Lemoine avaient passé une 

lait entière, dans le mois de décembre, à danser tout nus 

tn plein air; on admit aussi sans hésiter que Godefroy, qui 

i^étaf t pas encore sorti des écoles , avait été choisi par les 



' 



148 LIVRB IV. — DIX-SEPTIÈME SiftCLE.r- 6HAP. lit. 

partisans du démon pour aUirer EmoufdaDsla secte du dise 
bie. Les accès convulsifs d'Ernouf Turent attribués à une ii* 
fluence surnaturelle; Ton ne douta plus que les démons le 
Tussent sans cesse aux trousses de cet épileptique et qù^ft 
n'excitassent le dérangement qui se remarquait dans les 
Tônctions de Tinnervation. Pour se montrer conséqneit|s 
jusqu'au bout, les hommes qui tenaient en main le poQ?mr, k 
et qui regardaient ErnouT comme victime d'un attenHtl 
cruel, donnèrent Tordre de Taire arrêter plusieurs citoy^ l 
qui inspiraient le plus d'ombrage à ce malheureux hallociBi ||| 
Pendant qu'on s'occupait à constater lès torts des pré* L 
venus, un ménétrier de village, nommé Bavillé, signala 4 j|| 
la justice une nouvelle bande de sorciers, qu'il prétendit 
avoir rencontrés dansant la nuit au milieu des Torêts. 
homme Tut jeté dans les prisons, parce qu'il reTusa d' 
d'indiquer le nom des acteurs du sabbat; mais après avoir 
supporté quelque temps les rigueurs du cachot, il dés| 
plusieurs personnes comme ayant Tait partie du rasserih|[^ 
blement qu'il prétendait avoir surpris au milieu des ténè^i^ 
bres. Il est à remarquer que cet homme se plaignit anflly 
d'un mal qu'il ne pouvait définir, qui l'empêchait depdiiy 
longtemps , disait-il , de vaquer convenablement à ses tttt^ 
vaux,. et qu'il se suicida presque tout de suite après qn'ift^ 
lui eut ouvert la porte de la prison. En y regardant de prèi^ «= 
on eût peut-être constaté sur ce malheureux , conune sar^ 
ErnôuT, l'existence de quelque dérangement ancien msm 
nouveau de l'encéphale. En définitive, plusieurs des tih - 
moins qui déposèrent dans cette affaire, et l'on n'en inld^ 
rogea pas moins de deux cent soixante-cinq, firent dM^ 
révélations qu'il eût été diflicile de prévoir et qui attestent 
coipbien le mal de la sorcellerie était prompt à renaîtra 
Sans entrer dans les détails de ce procès, où cinq e^ 



DÉMONOLâTRIE a la UAYE-DUPUIS. 149 

vingt-cinq personnes de tout âge, de tout sexe, de toutes 
les conditions furent sur le point d'être compromises, je 
ne puis me dispenser dcconstater qu'aussitôt que le bruit 
se fut répandu à la Haye-Dupuis que lé diable rassemblait 
ses élus dans certains endroits de la commune ou des pa- 
roisses limitrophes, il se trouva un nombre considérable de 
campagnards qui se prirent à déraisonner sur les sujets 
qui se rapportent à la sorcellerie. 

. Un curé écrivait à Saint-André, en lui renvoyant le dos- 
sier du procès de la Haye-Dupuis : « Le sabbat de ces sorciers 
est fait comme ceux de tous les livres, de tous les temps, 
de tous les lieux. Us se graissent tous, et un grand homme 
à cornes les emporte par la cheminée. Leur danse, leur 
genre de plaisir, les enfans coupés par morceaux, bouillis 
«vec des serpens dans la chaudière, la poudre de maléûce, 
le contrat écrit par le grand-maitre avec du sang, le grand 
bouc et les chandelles noires, tout cela va toujours le même 
train. Ce que je trouve de particulier au sabbat de laHaye, 
e*est que le diable, pour plus de sûreté, met souvent sa 
narquc sur ses vassaux. C'est encore une chose bieu 
atraordinaire que les sorciers y aient reconnu plus de cent 
prêtres... Pour moi je suis convaincu de la vérité de tout 
€8 qui est rapporté au procès, et même qu'un rat a réelle- 
ment parlé à un accusé âgé de dix ans (1). » 

Ce digne ecclésiastique avait grandement raison do 
frendre en pitié l'extravagance de tous les sorciers, et de 
s le faire aucun cas des confessions des villageois de la 
Haye-Dupnis ; mais ce furent en grande partie ces con- 
fessions qui firent que l'on martyrisa le pauvre curé Quet-» 
Her, impliqué dans le procès de Carentan, et qui entraîner 

(I) Saiot- André, ouvrage cité p. 343. 



IM UVRE IV. -« HU^SBPTlAllB NiOLIè -• €BâP. lU. 

redt sa condamnation à mort ; ces accusations dur^t fain in 
trembler le curé Marin, auquel le nommé Goutiitier n^ le 
procha d'avoir parodié la sainte mesëei en plelù sabbat^ Ai h 
s'y être mis les pieds en Tair^ tandis qile les autres prétrei ji 
souffletaient avec la patène les démonolfttres qui n'arri* h 
yaient pas assez vite à ToiTerte : une ttialadie qui isiposiil i 
ainsi, et à tout bout de champ, tout ce qu'il y avait di t 
plus respectable dans chaque canton, méritait peut^tn ji 
d'èlre traitée avec un peu moins d'indifférence et de l^ jn 
reté. \i 

La Haye-Dupuis, Garentab ou Querentan^ Yalogiles M ji 
la Hongne, tout le pays de Vire, ne se distingiiaiefit gilèfl li 
au dix-septième siècle que pat* la rusticité de léiin bâte ^ 
tans ; les illusions de la sorcellerie qui commençaiebt alM :j 
à perdre sur le reste du territoire français une partie éi ^ 
leur crédit, conservaient probablement encore dans cil || 
parages tout Tempire qu'elles avaient coutuibe d*eiero0tf \ 
sur les imaginations incultes; il s'ensuivit de ce défaut dl î 
lumières et de discernement que les accusés de la Hayd» î 
Dupuis se peignirent souvent, ou consentirent à se laisser i 
représenter comme des créatures capables de toutes Isi . 
abominations^ 

Gastebois affirme qu'il a mangé cinq à six fois de lachalï 
humaine au sabbat^ en moins de quatre à cinq Années di 
temps. Marguerite atteste qu'elle a vu apporter à c^s fStes 
un enfant encore vivant et deux ou trois petits cadavres ds 
nouveau-nés. Lecouturier rapporte qu*il a aperçu uni 
moitié d'enfant sur la table de l'autel, pendant qu'on celé* 
brait la messe , à ulie assemblée de sorciers. Les trois 
frères Deshayiss accusent leur propre nière d'avoir fait 
cadeau d'un petit enfant au diable» Jeanne raconte qu'un 
soir qu'elle était occupée à traire ses vaches dans la jprtd* 



DÉMONOLATRIE A LA HAYE-DUPUIS. 151 

rje, elle avait vu yoltiger au dessus de sa tête une troupe 
d'individus absolumeut nus, et que pendant près d'une 
demi-heure elle a pu distinguer des formes liumaines qui 
planaient en Tair à différentes tiauteurs. La nommée 
Bêlé atteste qu'elle a vu tomber une sorcière de l'atmos- 
phère, et d'autres témoins assurent de leur côté qu'ils ont 
VH cette même créature fondre du ciel vers la terre, comme 
un météore, etc. 

Les dépositions de ces prétendus disciples de Satan sont 
trop signiQcatives pour qu'on puisse être tenté de révoquer 
en doute aiyourd'tiui l'existence d'un certain nombre de 
wnsations et d'idées erronées sur les villageois qui s'obsti-- 
liaient , quand il y allait de leur propre vie , à soutenir la 
vérité de pareils témoignages. Toutefois, il est à regretter 
qu'on ne puisse pas déterminer, vu le peu de soin avec 
kquel les détails qui concernent Tétat mental des mono-" 
naniaqiles de la Haye-Dupuis ont été recueillis , si c'était 
pendant le sommeil , pendant des attaques extatiques ou 
pédant la veille, que les idées qui finissaient par devenir 
ai dangereuses pour ces mélancoliques s'enracinaient ainsi 
dans le cerveau. 

Six mois entiers furent consacrés à Finstruction de l'af- 
lire de la Haye-Dupuis. Au moment oii les pièces du pro- 
eès furent expédiées au parlement de Rouen , le procureur 
général donna ordre que les prévenus fussent transférés 
dans les prisons de la conciergerie. Bientôt intervint un 
arrêt de la tournelle portant sentence de mort contre les 
prindpaux accuséSé 

Le roi n'ayant pas voulu souscrire à cette condamnation 

at ayant commué la peine de mort en celle du bannisse- 

I Mot perpétuel , le parlement de Normandie lui adressa 

Que vigoureuse remontrance oit, entre autres passages i 

j*ai remarqué les suivans : 



152 LIVHE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. III. 

« Votre Majesté est bien informée qu'il n'y a point de 
crimes si opposés à Dieu que celui du sortilège , qui détruit 
les Tondemens de la religion et tire après soi d'étranges 
abominations. Cest par cette raison, sire, que T Écriture 
prononce des peines de mort contre ceux qui le commet- 
tent, que r Église et les saints pères ont fulminé leurs ana- 
thèmes pour essayer de l'abolir, que les décisions cano- 
niques ont décerné leurs plus grands châtimens pour ei 
détourner l'usage, et que T Église de France, animée par 
la piété des rois vos prédécesseurs , en a témoigné une si 
grande horreur que, n^ayant pas cru que les prisons per* 
pétuelles , qui sont la plus grande peine qu^elle puisse im- 
poser, fussent suffisantes pour les punir, elle les a ren- 
voyés à la justice séculière. •• 

» C'a été aussi le sentiment général de toutes les nations 
de les condamner au dernier supplice , et tous les anciens 
en ont été d'avis. La loi des Douze Tables, tirée de la juris- 
prudence des Athéniens , qui a été le principe des lois ro- 
maines, ordonne la même punition; tous les jurisconsultes 
y sont conformes, ainsi que les constitutions des empe- 
reurs , et notamment celles de Constantin et de Théodose 
qui, éclairés des vérités de l'Évangile, non seulement re- 
nouvelèrent les mômes peines, mais aussi défendirent de 
les recevoir appelans des condamnations contre eux ju- 
gées , et les déclarèrent même indignes de l'indulgence du 
prince... » 

« La condamnation de plusieurs sorciers et sorcières au 
feu et à la roue, rapportée par Grégoire de Tours, liv. 6, 
chap. 35, de son histoire de France, tous les arrêts du 
parlement de Paris rendus suivant et conformément à cette 
ancienne jurisprudence de ce royaume, rapportés par Iin- 
bert en sa Pratique judiciaire; tous ceux rapportés par 
Monstrelet en H59,^coutre des accusés du pays d'Artois; 



DËMONOLATftiË A LA IIAYË-DUPtlS. 153. 

les arrêts du même parlement du 13 octobre 1593, contre 
une sorcière d'Ârgenton; du 12 octobre de la même année, 
contre Marie Lefief, native de Saumur; du 21 octobre 
i596, contre le sieur de Beaumont, qui se défendait de ne 
8*ètre servi de ses secrets que pour lever les maléfices et 
soulager les malades; du & juillet 1606, contre Françoise 
Dubosc; ceux du 20 juillet 1582, contre Abel Delarue, 
natif de Goulommiers; du 23 octobre 1593, contre Rous- 
seau et sa fille; de 1608, contre les nommés Lepeley, pour 
maléfices et Tadoration du démon , au sabbat, sous la figure 
de bouc, confessés par les accusés; l'arrêt du 4 février 
1615, rendu contre le nommé Leclerc, appelant de sen- 
tence du juge d'Orléans, qui fut condamné pour avoir 
assisté aux sabbats , et confessa , ainsi que deux de ses 
complices qui moururent en prison , l'assistance du grand 
homme noir, l'adoration du bouc, les conjonctions illicites, 
les sacrifices , la renonciation au chrême et baptême , les 
danses dos à dos , toutes circonstances reconnues et rappe- 
lées au procès, qui sont présentement à juger au parlement 
de Normandie ; les arrêts du 16 mai 1616, contre Mînguet 
et sa femme , se reconnaissant coupables de la même assis^ 
tance au sabbat; du 10 octobre 1616, contre un nommé 
Léger, pour une même accusation ; la grâce donnée par le 
roi Charles IX, au nommé Trois-Échelles, condamné à 
mort, à condition de révéler ses complices; l'arrêt du 
même parlement de Paris rapporté par Mornaç : 

9 Les jugemens rendus en consequence.de la commission 
adressée par le roi Henry IV au sieur Delancre, conseiller 
au parlement de Bordeaux; du 20 mars 1619, contre 
Etienne Audebert ; ceux dç la chambre de l'édit de Nérac, 
du 16 juin 1620, contre plusieurs accusés; ceux rendus 
au parlement de Toulouse, en 1577, rapportés par Grego- 



164 LIVRE IV. — D1X-8KPT1BME SIÈCLE. —GHAP. III. 

rius TolosanuSy contre quatre cents accusés de ce crime, 
tous marqués d^une marque insensible; depuis lesqueli 
Delancre atteste qu'il s'en est rendu plusieurs au parle- 
ment de Provence, et notamment celui de Gaufridii en 
16 II ; quantité d'autres arrêts en votre parlement de Dijofl 
et de Rennes, suivant l'exemple de la condamnation du 
maréchal de Rett, en l/i&l, qui fut brûlé en présence du 
duc de Bretagne pour crime de magie ; tous ces arrêts font 
foi que l'accusation de sortilège est reçue et punie de mort 
dans tous les parlemens de votre royaume , et justifient 
l'uniformité de leur jurisprudence. 

» Ce sont là, isire, les motifs sur lesquels le parlement 
s'est fondé pour rendre les jugemens de mort contre ceux 
qu'il a trouvés convaincus de ce crime (l)... » 

Le parlement suppliait le roi, en terminant sa remon* 
trance, « de soufiTrir l'exécution des arrêts en la forme 
qu'ils avaient été rendus, et de lui permettre de continuer 
l'instruction et jugement des procès des personnes accu* 
sées de sortilège. * . » 

Louis XIV maintint heureusement sa première déci^ont 
non seulement les condamnés de la Haye-Dupuis et ceux 
de Garentan, qui avaient confessé les mêmes choses que 
leurs voisins, et qui devaient subir comme eux la peine 
de mort, eurent la vie sauve, mais les poursuites qu'on 
devait exercer contre une foule de suspects furent encore 
à tout jamais abandonnées. 

L'entêtement du parlement, les motifs et les antécé- 
dens qu'il fait valoir n'indiquent que trop combien il 
fallait de fermeté pour abolir une aussi ancienne jurispru- 
dence; je n'ai pas voulu passer sous silence le nom du 

(1) Usti la remontrance tout entière dans Touvrage de Boissier, p. dTO. 



hysî£ro*d£iionopatuib a hoorn. 15& 

iionarque auquel rhumanité est redevable d'un aussi f;rand 
iienfait. A partir de ce jour la démonomanie n'a plus été 
radie de mort en France; et en 1682, isi je ne me trompe^ 
ikie réforme complète fut introduite dans la législation 
^ur tout ce qui concernait les prétendus sorciers, 

8 VIL 

L'hystérie devenue contagieuse parmi les jeûnes garçons et les petites (illes qui 
peuplent rhospice des Orphelins, à Hoorn, est attribuée à l'influence des 
démons sur le corps de ces enfans (1). 

On attribua encore à T obsession du diable une épidé- 
mie convulsive qui surtînt vers 1673, dans la maison des 
enfans trouvés de Hoorn , et dont Kuiper a fait connaître les 
^incipaux isymptômes. Voîd ce que rapporte Kuiper de 
cette espèce de contagion : 

f Un fort grand nombre de ces orphelins ^ tant garçons 
que filles, jeunes et yieut, mais dont pas un ne comptait 
dmins de douze ans , la pliipart libertins , furent pendant 
quelques mois saisis d'un mal fort pesant. Plusieurs méde-^ 
dos que Ton appela parurent être au bout de leur science , 
lie sachant quel remède leur apporter 

» Ce mal consistait eh cé que ces enfans tombaient su- 
bitement en pâmoison , et se trouvaient au même moment 
comme hors d'eux-mêmes. Ils se tiraillaient et se déchi- 
raient, frappaient de leurs jambes , de leurs bras et de leur 
lête cohti'e la terre , criant , hurlant , aboyant comme des 
chiens; eh sorte que c'était une chose pitoyable à voir, 

0} batth. BekktHr, De Monde enehaniéi t. 4^ p. 5^. 



156 LIVUË IV. — lllX-SËPTIÈUE SIËCLË. -^ CHAI». III. 

Aux uns le ventre battait si épouvantablemeot que Ton 
eût dit qu'il y avait dedans une créature vivante , et même 
qu'on tournait un tonneau dans leur corps ; en telle sorte 
qu'on était obligé quelquefois de les tenir à trois, quatre^ 
cinq ou six personnes, dont Tune tenait la tête et deux 
autres les mains. Une autre se mettait sur les jambes, et 
quelquefois aussi il en fallait une pour s'asseoir sur le ven- 
tre, afin de le tenir. Quand ils ne se remuaient plus, ils 
étaient aussi raides qu'une barre , tellement qu'en les pre- 
nant seulement par la tête et par les pieds , on pouvait les 
porter oii l'on voulait sans qu'ils se remuassent, ce qui 
durait plusieurs heures tout de suite et même la nuit.... 
Gomme il arriva une fois à une fille appelée Catherine La- 
cas, qui était une des plus grandes de la maison, laqudle 
fut attaquée de ce mal à huit heures du matin, justement 
comme la cloche sonnait pour appeler les enfans à déjeu- 
ner , et resta dans cet accès jusqu'à quatre heures après 
midi , sans interruption. Lorsque la cloche commença à 
sonner pour appeler les enfans à la collation, cette patiente, 
revenant à elle, crut qu'elle n*y avait été qu'un petit moment 
parce qu'elle entendait encore la cloche, et elle déclara 
qu'elle croyait que la pfière de la collation était celle du 
déjeûner qui commençait lorsqu'elle était tombée. 

» Les enfans étaient pour l'ordinaire plutôt repris de ce 
mal quand ils voyaient leurs camarades en cet état, et 
quand ils les entendaient crier, hurler, aboyer. C'est pour? 
quoi ils se mettaient souvent en devoir de s'enfuir, mais 
la plupart du temps inutilement, à moins qu'ils n'eussent 
assez de temps pour gagner la porte de la maison et en sor* 
tir, car alors il semblait qu'il n'y avait pas tant de danger 
pour eux. A force d'en voir tomber et d'en entendre, il en 
tombait une si grande quantité, qu'à peine il en restait assez 



ËYSTÉRO-BÊHONOPÀTttlË À HOORN. 167 

le sains pour secourir les malades. En second lieu, ce mal 
eiir prenait souvent et presque toujours pendant les exer-^ 
nces de piété, comme dans Téglise, pendant la prédication, 
)endant le catéchisme, mais surtout pendant la prière qui 
se faisait à haute voix , au milieu de tous les orphelins , à 
les heures fixées par les maîtres de la maison... Mais plus 
les prières étaient ardentes, plus l'on demandait à Dieu 
qvCiX lui plût de réfréner la puissance de Satan , plus les 
enfans souiTraient de mal et restaient longtemps dans Tac* 
ces. Néanmoins, pendant le carnaval^ qui dura presque 
une semaine , les enfans qui étaient tourmentés de cette 
maladie étaient les plus libertins et les plus débauchés; il 
semblait même qu'ils fussent tout de feu, et Ton ne pouvait 
en venir à bout sans que, pendant tout cet intervalle, Ton 
en vît un seul fort incommodé de cette infirmité... L'on n'a 
pas trouvé de meilleur expédient pour remédier au mal 
de ces enfans que de faire en public et dans toutes les as- 
semblées protestantes de nombreuses prières , et de mettre 
ensuite ces enfans chez les bourgeois, oii, dès qu'ils y 
forent, ils commencèrent à se mieux porter, et par ce 
moyen le mal diminuant peu à peu, ils en furent tous 
quittes, les uns plus tôt, les autres plus tard, excepté 
deux filles qui s'en ressentirent encore quelquefois (1). » 
Les cris des enfans de Hoorn, la durée prolongée des 
accès convulsifs , l'intensité des contractions musculaires, 
les bruits d'entrailles, le déplacement des intestins qui 
s'agitaient comme l'eût fait un animal vivant dans la carité 
abdominale, le retour des attaques sous l'influence de la 
crainte ou d'impressions que les malades éprouvaient en 
Toyant leurs camarades se débattre sur le sol , la raideur 

(1) Bekker, Extrait du certificat des notaires^ i, 4, p. 523. ( Le Monde 
mckanté.) 



158 LIVRE lY, — DIX-'SEPTIÈUK SlàClX. — CHAP. III. ' ' 

qui succédait par iuslaus à la violence des convulsions, la ^- 
faciiité avec laquelle les accidens s^éloiguaieot sous Yish ' 
fluence de la distraction et de sensations agréables, carac- -^ 
térisent nettement l'hystérie cataleptiforme. DfiQs l* p^ ^ 
riode hystérique, les convulsionnaires hurlent et se roulent '^ 
en agitant leurs membres d'une façon étrange; dans!» '' 
période de catalepsie, le corps reste tendu, imniobile, ]» '! 
sens sont Termes aux impressions, l'exercice de la peni^ ^F 
est suspendu; mais d'un moment à l'aqtrr la scène pjJH 1^ 
changer et la fibre musculaire entrer subitement danifli ^f 
nouvelles contractions. Telle fut la wcces^ion des acdAip p" 
notés dans l'hospice de Hoorn. Du reste, dans cette mi^ '>■ 
son comme dans beaucoup de communautés où nous avons 
vu l'hystérie régner épidémiquemept, l'on ne se mépqt 
point sur les circonstances qui paraissaient favoriser l'in- » 
vasion des attaques, et l'on fut forcé d'avouer que les 
convulsionnaires s'influençaient les uns les autres, Les 
orphelins de Hoorn appartenaient à la religion réformée; - 
ils ne furent point soumis à l'épreuve desexorcismes;toq* 
tefois , ridée que le diable agitait les membres de ces fiiH 
fans engagea les ministres à multiplier les prièrefi ; eff 
comme les enfans vaquaient en commun aux exerdcei de 
piété , l'on juge combien ils eurent à souffrir choque fçiii 
qu'on eut l'imprudence de les réunir dans une chapelle 
peu spacieuse , et de leur faire réciter à haute voix 4fl0 
paroles qui ne tendaient qu'à les exalter en fixant leur it* 
tcntiou sur la prétendue cause surnaturelle de leurs mauii 
dans un moment où ils étaient encore affectés par les ci^ 
et par la vue de leurs compagnons d'infortune. Mais les wd* 
deus commencèrent à s'affaiblir aussitôt qu'on eut pri9 )c 
sage parti de disperser les jeunes convulsionnaires; les 
centres nerveux , préservés dorénavant de tous les ébraa- 



CSÛRÉOllANIfi BN AtLEHAGNE BT BANS JJi POUIUE. 159 

lemens qui contribuaient à les niaiulenir dans un Tàcheux 
état de stimulation et d'éréthisme, rentrèrent peu à peu 
dans les conditions normales , sauf un petit nombre d*ex- 
eeptloDs qui indiquent que dans cette circonstance il exis* 
tait comme toujours différens degrés à*intensité dans les 
lésioDS auxquelles rhystérie devait être attribuée ; les mé* 
decins qui furent consultés dans cette circonstance ne 
ftirent pas sans conseiller peut-être dès le principe de 
ftnnpre toute espèce de communications eqtre les malades ; 
'i0SB il est, en général , difficile de se faire écouter à temps 
ies personnes qui croient avoir à lutter contre la puissance 
- des démons. 

S VIIL 

la chorëomaiiie (monomatiie de la danse) règne épidëmiquemenl en Allemagne. 
Le tarentisme de la Fouille constitue une variété de la choréomanie. Les 
Jnnpers ou Sauteurs sont affectés de théo-choréomanie. 

1680 à 1695. 

La jeunesse avide d'émotions se passionne pour le bal 
comme elle vole, entraînée par un secret instinct, au devant 
de toutes les fêtes oii elle espère rencontrer le bonheur. Cer- 
taines personnes n'éprouvent de passion que pour la danse, 
et Tardeur avec laquelle elles se livrent à cet exercice sem- 
■ Me tenir de la frénésie. L'impulsion transmise au système 
nerveux sensilîf par les instrumens de musique agit sur les 
dioréomanes en produisant une sorte de transport irrésis- 
tible, qui a besoin de se traduire à l'extérieur par une 
succession de mouvemens rhytbmîques et cadencés. Il est 
arrivé fréquemment que le dérangement de la raison et 
Tenthousiasme de la théomanie se sont manifestés par un 
besoin incessant de danser ; cette bizarre monomanie est 



ItO LIVRB IV. — • DIX-SEPTIÊMB SIËCLB. — CHAK IlL 

susceptible d'une rapide propagation et devient fadlem 
contagieuse* 

Vincent de Beauvoîs, qui ébauchait presque à lui i 
seul un vaste monument encyclopédique au milieu 
ténèbres du treizième siècle, cite déjà un exemple de < 
réomanie. Dix-neur personnes, rapporte-t-il, se prirc 
danser dans un cimetière ; le curé de la paroisse les vc 
Tanathème dans un accès d'indignation. Toutes se t 
vèrent saisies par la fureur de la danse; pendant un s 
longtemps, il leur fut impossible de s'arrêter et de n 
tir leur action. On resta persuadé dans le pays qu 
puissance surnaturelle avait tenu ces impies en haleine 

Ce premier Tait avait été observé dans le cours du 
zième siècle. Trois cents ans plus tard, la choréom 
régnait comme épidémiquement en Allemagne et en 1 
lande. 

Dans ces deux pays, suivant le témoignage des hi 
riens, beaucoup d'habitans se mettaient nus, ou près 
nus, hommes et femmes , au sortir de leurs maisons 
couronnaient de fleurs, parcouraient les rues par ban 
et par intervalles se mettaient à danser jusqu'à extinc 
des forces physiques, sur les places publiques, dans 
carrefours, jusque dans les églises. Plusieurs de ces 
sensés tombaient hors d'haleine sur le sol dans un état ( 
plet d'épuisement ; d'autres éprouvaient un ballonneu 
considérable du ventre et quelques uns périssaient de 1 
panite. Le mal semblait se communiquer, et atteindre 
spectateurs. Les danseurs étaient considérés comme 
sédés, et on les traitait par des conjurations et des e 
cismes. Des liens fortement appliqués autour de l'abdo 
prévenaient quelquefois le danger de la tympanite. 

(1) Vincent de Beauvoir, Spéculum historiale, lib. 26, chap. 10. 



CBORÉOMANIE EN ALLEMAGNE ET DANS LA POUILLE. ICI 

A ces symptômes se joignaient encore, assurc-t-on, ceux 
de Tépiiepsie, des hallucinations de la vue et de l'ouïe, 
une exaltation forcenée qui les forçait, comme malgré eux, 
h recommencer leurs mouvemens rhythmiques avec une 
nouvelle ardeur, et jusqu'à ce que de nouvelles crises les 
renversassent subitement encore sur la terre ou sur le 
carreau (1). 

Sauvages, mettant à contribution Mézerai, parle ainsi de 
pet état maladif : « En 1373, il y eut en Hollande une 
maladie épidémique qu'on nomma mal de Saint-Jean. Le^ 
gens du pays qui en étaient attaqués quittaient leurs ha- 
bits, se couronnaient de fleurs, et, se tenant par la main, 
couraient par les rues et dans les temples en chantant et 
en sautant jusqu'à ce que plusieurs, hors d'haleine, tom- 
bassent à terre. Leur ventre se gonflait au point que plu- 
sieurs en mouraient s'ils n'avaient pas soin de se serrer 
avec des liens. On croit que ce mal se communiquait à 
ceux qui regardaient les malades trop attentivement. On 
Tattribuait au diable et on se faisait exorciser en consé- 
quence (2). » 

Sauvages fait observer ailleurs que pendant l'espèce de 
folie épidémique dont les habitans d' Abdère, qui étaient allés 
aux représentations de V Andromède d'Euripide, furent at- 
teints, les malades chantaient en dansant à l'imitation de 
Persée. Presque toujours, les anciens corybantes, en s'é- 
lançant en cadence, au bruit de leurs cymbales, agitant 
violemment la tète, communiquaient leur enthousiasme à 
ceux qui les considéraient de trop près. Les convulsions 
qui surviennent quelquefois en pareilles circonstances of- 

(1) Bzovius, Jnnales,no 13, ar 1374, p. 1501. — Raynaldus^ no 13, an 1374, 
p. 327. 

(2) Sauvages, Nosologie, t. 2, p. 735. 

T09IE.I1. tt 



162 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — CHAP. m. 

frent presque constamment les caractères de Phystérie; l 
est présumable que dans Fépidémie de 1S73 rignorance / 
des observateurs fit rapporter au mal caduc des acddeos .|^ 
qui devaient être classés parmi les phénomènes bjs- i^ 
tériques : du reste il est bien constaté que la monoina- [' 
nie dansante simple, ou compliquée soit d'attaqm |* 
nerveuses, soit de transports extatiques, soit d*hallncioa- |i 
tiens, est très susceptible de propagation. j^ 

Les villageois qui venaient chaque année chercher éi 
soulagement à la chapelle consacrée à saint Wit étalait 
aiTeclés de choréomanie. Les femmes qui affluent au tenh 
pie situé dans le cercle de Souabe, dit Horstius, y dansent fi 
jour et nuit, au point de se procurer des extases et da dé- ^ 
lire ; cet exercice semble calmer leur anxiété ; mais rannéê i' 
suivante, quand approche la fête de saint Wit, les sensatiom 
que les mêmes personnes éprouvent dans les membres les 
forcent à retourner danser (1). 

Parmi les genres de délire les plus extraordinaires, ji 
imprime Sennert, il faut noter la fureur de la danse oHji 
chorée, qui a reçu le nom de danse de saint Wit parce que î 
le préjugé des malades a fait croire que ce saint contri- = 
buait à leur rétablissement (2\ 

Ceux qui sont atteints de cette manie dansent jour et 
nuit; à peine s'ils peuvent modérer leur ardeur, ils se las- 
sent diflicilcment, goûtent un plaisir particulier à danser, 
fatiguent les champions les plus intrépides, ne s'arrê- 
tent que quand ils tombent d'épuisement, souffrent hem- ^ 
coup s'il ne leur est pas permis d'obéir à l'œstre qui les ?^ 
pousse (S) . 

.f 

Mr 

(1) Horstii episl. med., De admlrandls convulsion.^ sec. 7« 

(2) D. Sennerli, Opéra omnia, in-folio, 1. 1, p. 422. 

(3) /Wrfem,t.1,p.395, 



CQORÉOVANIE EN ALLEMAGNE ET DANS LA FOUILLE. 163 

A CCS traits qui ne conviennent nullement à la cliorée de 
Sydenbam, vous reconnaîtrez la maladie qui a été si sou- 
reot indiquée sous le nom de tarentisme. 

Uo long passage de Mattliiole, inséré presque textuelle^ 
ment dans la chirurgie d'Âmbroise Paré, tend à prouver 
que la choréomanie a été observée dès le quinzième siècle 
dans la Fouille. 

Ceux qui ont été mordus de la tarentule, est-il dit dan s 
Fouvragede Matthiole, éprouvent, entr' autres symptômes, 
le besoin de rire ou de pleurer; les uns chantent ou crient, 
tombent dans T assoupissement ou dans Tinsomnie , sau* 
tent, dansent, sont en proie à la frayeur, ou exaltés comme 
les frénétiques et les Turieux. Leur fait-on entendre les 
aons de la musique ; ils s'oublient aussitôt eux-mêmes, et 
se livrent aux évolutions de la danse, comme s'ils possé- 
daient la meilleure santé. Gesse-t-on de jouer des instru* 
mens ; ils se couchent sur la terre et retombent dans leur 
premier état. On est donc obligé, pour les satisfaire, d'a- 
voir des musiciens à gages, qui jouent à tour de rôle et 
sans interruption, et qui accompagnent les pas des mala- 
des jusqu'à leur parfaite guérison(l). 

L'heureux changement qui s'opérait quelquefois dans les 
dispositions morales des choréomanes, sous l'influence d'un 
exercice violent et longtemps soutenu, était attribué, bien 
ivant Matthiole, à l'expulsion du venin de la tarentule à 
travers les pores de la peau, A présent, on peut regarder 
eomme prouvé que l'espèce de folie qui vient d'être men- 
tionnée était souvent, si ce n'est toujours, spontanée, ou 
lue à une cause tout autre qu'à l'introduction d'un virus 
ians récx)nomie vivante. Matthiole lui-même confesse que 

(1) p. An. MaUbiole, Commentarii in 6 libros P. Dioscoridis, etc., in-rolio, 



164 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SlÈCLE. — CttAP. tri« 

tous les danseurs n'avaient point été mordus par deâ ta- 
rentules. Or, si la manie de danser s^emparait aussi des 
personnes réellement tarentulées, cela devait tenir à rini- 
tation, et à la Terme persuasion où étaient les habitansde 
la Fouille, que Vinoculation du venin de la tarentule came 
des maux qui ne cèdent qu'à la continuité des mouvemeH 
rhythmiques. Beaucoup de villageois qui étaient mordus i 
leur insu par des tarentules ne songeaient nullement ai 
besoin de la danse. C'était donc surtout Texaltation de Fi- 
magination qui donnait lieu à la cboréomanie sous le di- 
mat embrasé de la Fouille. 

On lit dans les œuvres de Ferdinand Epipbane : Les 
joueurs d'instrumens qui vont de village en village, pir 
toute la Fouille, s'enrichissent vite aux dépens des pauvres 
dont ils dévorent la plus grande partie de la subsistance. 
Dans les campagnes, dans les villes, sur les places publi- 
ques, on voit sauter des individus qui passent pour tarei- 
tulés. Les uns dansent pendant un jour, les autres pen- 
dant une semaine, d'autres pendant un laps de temps bien 
plus considérable (1). 

Ces nouveaux corybantes n'étaient point stimulés par 
l'action d'un venin ; ils obéissaient si bien à l'impulsion 
d'une monomanie contagieuse, que souvent beaucoup de 
spectateurs se mettaient tout à coup à danser avec les pré- 
tendus tarentules, et que presque toujours les mêmes indi- 
vidus éprouvaient, dans le cours de la même année, ou 
dans le cours de leur vie , une rechute ou plusieurs accès 
de choréomanie. 

La choréomanie s'observait à tout bout de champ, dans 
plusieurs contrées d'Italie , mais surtout en Fouille, dn 

(1) Ferdinandi (Épiphane) Ccntum historiœy $eu observationes et casm 
mediciy etc., 1621, Venise, Observât. 60. 



S 



CHOREOMÀNIË £N ALLEMAGNE ET DANS LA FOUILLE. 165 

temps de Baglivi, dont les observations se rapportent à la 
fin du dix-septième siècle. Baglivi n'assigne point à cette 
affection nerveuse d'autres symptômes que ceux qui Ini 
soot attribués par ses devanciers. II croit que c'est l'intro- 
duction du venin de la tarentule ou du scorpion , dans les 
tissus de l'organisme , qui développe cette espèce de dé- 
lire. Mais en émettant encore une semblable opinion , Ba- 
glivi prévient qu'il a vu un grand nombre de filles cliloro- 
tiques non tarentulées rechercher avec une folle ardeur 
roccasion de satisfaire leur passion pour la danse. Il con- 
fesse qu'il arrive journellement en Fouille que des femmes 
contrariées dans leurs amours, dans leurs espérances, 
dans leurs affections de famille, dégoûtées des occupations 
de la vie et des soins de leur ménage , se plaignent , sans 
motif, d'éprouver les accidens qui font croire au tarentisme, 
afin d'obtenir d'être mises en présence des joueurs d'in 
slrumens, et d'avohr un prétexte pour faire des pirouettes 
jusqu'à ce que la fatigue ne leur permette plus de se tenir 
debout. Il confesse que la plupart du temps il est impossible 
de s'assurer que les moissonneurs, qui sont préoccupés de 
l'idée qu'ils ont été mordus , l'ont été effectivement. Ces 
remarques auraient dû , ce me semble , faire soupçonner à 
Baglivi que la monomanie dansante ne devait point être 
confondue avec un empoisonnement. 

La peinture que fait Baglivi des extravagances aux- 
quelles s'abandonnent les danseurs de la Fouille aurait 
paiement dû lui donner à penser que la folie seule pro- 
duit ce corybantisme insensé. Voici à peu près ce que ra- 
conte ce savant médecin en parlant des prétendus taren- 
tules : « Fendant qu'ils sont occupés à la danse, ils pous- 
sent de longs soupirs, n'ont plus que des sensations et des 
idéesf confuses, et ils se comportent avec l'inconvenance 



166 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — GHAP. UU 

de gens ivres. Perdant de vue le sentiment de la déférence 
qu'ils doivent à leur famille, au public, ils ne tienn^t 
plus aucun compte des bienséances, ni du respect qa'ib se 
doivent à eux-mômes. Les uns recherchent avec un em- 
pressement puéril certaines couleurs éclatantes , telles que 
la couleur rouge et la bleue , qui leur procurent une sat»' 
faction évidente; d'aulres se trouvent mal à la vue du noir 
qui les impressionne d'une manière fâcheuse. Ceux-ci odt 
la tête chargée de branchages, de guirlandes, les bras et 
le cou ornés de feuilles; ceux-là courent comme des c&- 
rés, s'inondent la figure et led mains d'eau froide; cenx-li 
se vautrent de préférence dans la fange à la manière des 
pourceaux ; il en est qui demandent à cor et à cri des 
glaives nus, et qui, tout en pirouettant, s'évertuent i 
exécuter mille jongleries. Il en est qui se font apporter 
des miroirs où ils contemplent leur image en soupiranL 
Plusieurs exigent qu'on leur donne des bijoux , leurs vète- 
mens les plus riches, tous les objets qui flattent actuelle- 
ment leur caprice. Ces choses leur passent tour à tour par 
les mains pendant qu'ils continuent leurs évolutions (1). 
La persistance de semblables dispositions cérébrales 
constitue la choréomanie , qui offre encore cette parti- 
cularité en Pouille , que les malades sont à tort affectés 
de l'idée qu'ils sont empoisonnés par un virus. Le ce^ 
veau se dérange de préférence dans les pays chauds pen- 
dant l'époque des fortes chaleurs ; on conçoit que dans M 
pays oh anciennement les moissonneurs étaient persuadés 
d'avance qu'ils allaient être exposés dans les champs à b 
morsure d'une arachnide dont le venin était réputé funeste 
à la raison, plusieurs d'entre eux se plaignissent, au mo- 

(1) G. Baglivi, Opcra omnîa, etc., in-i». Venise, 1761, p. 276 et siiIt. j 



I 



CHOHiOMANIE EN ALLEMAGNE ET DANS LA POUILLE. 167 

ment de rinvasion du délirei d'avoir été atteints par le yfe* 
nin de la tarentule ; mais en définitive il n'existait peut-* 
être pas un tarentule sur cent malades épris de la manie 
de danser» 

Mead » qui a émis des vues très saines sur la folie , et 
traduit dans sa propre langue la plus grande partie du 
mémoire de Baglivi sur les dangers du tarentisme, ne 
manque pas de faire remarquer à son tour que la Fouille 
est brûlée des feux d'un long été^ qu'il y tombe à peine 
chaque année quelques légères pluies , que l'air qu'on y 
respire est échauffé comme celui d'une fournaise, que ses 
habitans se font remarquer par leur pétulance et l'excès 
de leur sensibilité , qu'ils sont très sujets à la frénésie , à 
b mélancolie , à tous les genres de folie ; qu'une cause qui 
ne produirait ailleurs qu'une légère mélancolie excite 
dans cette contrée les plus violens accidens ; que les fem* 
mes chlorotiques y accusent les mêmes souffrances , ou à 
peu près , que les vrais tarentules ; qu'on les guérit par 
l'application des mêmes moyens; il ne parait pas avoir 
soupçonné que la tradition populaire était le véritable mo- 
tif qui contribuait à éterniser la choréomanie parmi les 
peuples de la Galabre (1). Sauvages fait preuve de plus de 
perspicacité en soutenant que la choréomanie n'est point 
l'efTet d'un empoisonnement; que la plupart des danseurs 
savaient très bien qu'ils n'avaient point été mordus par 
des scorpions ni par des tarentules ; que dans le cas où il 
lerait prouvé que la monomanie dansante aurait été causée 
quelquefois par la morsure d'un animal, ce n'aurait point 
été là un motif pour penser que la choréomanie spontanée 
fût feinte ; que le tarentisme , qui a pour cause la chlorose, 

(1) Œuvres de Mead, trad. flranç. in-S^, 1774, t. 2, p. 133. 



168 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — GHAP. 111, 

rbystéric, la mélaDcolie, la nymphomanie, n'était pas plus 
simulé que celui qui succède à Tinoculation d'un venin (1). 
Depuis longtemps le tarentisme est considéré , par la pla* 
part des manigraphes, comme une véritable monomanie. 

Le récit que beaucoup de voyageurs s'accordent à fidrc 
des extravagances de certains sectaires du pays de Galles 
nous autorise à rapprocher ces individus des anciens dKh 
réomanes allemands. On lit dans l'ouvrage publié par l'abbé 
Grégoire , sur certaines sectes religieuses : 

a On dit qu'au septième siècle parut une secte éphémto 
d'hérétiques, nommés Cicétes^ qui sautaient et dansaient 
en priant Dieu. Dans l'islamisme, les derviches continaent 
cet usage; on serait surpris de retrouver les mêmes exlrar 
vagances au dix-neuvième siècle, chez des nations civili- 
sées, si des preuves multipliées n'attestaient que les cer- 
velles humaines sont accessibles à tous les genres de folie. 

» Sur la tige du méthodisme , naquirent vers 1760, dans 
le pays de Galles et le comté de Cornouailles, les Jutnpers 
ou les Sauteurs, sectateurs de H. Rowland et de W, Wil- 
liams , surnommé le poète gallois. Ce dernier publia un 
pamphlet pour justifier la singularité de leur dévotion, et 
malgré l'improbation des hommes sensés, l'usage de sauter, 
hurler, grogner, réitérer trente ou quarante fois la même 
stance , la même prière , fit des prosélytes. 

» Ces prédicans voyageurs du pays de Galles recomman* 
dent la plupart de répéter fréquemment les mots amen et 
gogoniant; ce dernier signifie gloire, en langue celtique, 
qui est celle du pays, et dans laquelle on prêche : ils con- 
seillent de s'exciter aux transports et de sauter jusqu'au 
point de tomber par terre.... 

(1; Sauvage;, Nosologie, t. 2, p. 6d7. 



CnOnÉOMÀME EN ALLEMAGNE ET DANS LA POUILLB. 169 

9 Le sénateur Voloey m'a parlé des Ischours ou Ecn^ 
tueurs du Caire qui, du ton le plus bas, s'élèvent graduel- 
lement aux cris les plus aigus, auxquels ils associent des 
extravagances inouies. Il en est de même des Jumpers qui 
se croient mus par une impulsion divine. On remarque que 
les jeunes gens d'un tempérament sanguin sont plus affec- 
tés. Tel débute en prononçant des sentences détachées à 
voix presque sourde qu'il pousse jusqu'au beuglement avec 
des gestes exagérés et finit par des sanglots ; un autre lui 
succède et se borne à des exclamations ; un troisième qui 
est en extase saute de toutes ses forces et entrecoupe ses 
bonds par quelques mots dont le plus usité est gloire...; 
un quatrième tire de son gosier des cris qui imitent ceux 
de l'instrument d'un scieur de pierre. L'enthousiasme 
se communique à la foule qui , hommes et femmes éche- 
vclés et habits en désordre , crient , chantent , battent des 
pieds , des mains , sautent comme des maniaques ; ce qui 
ressemble plus à une orgie qu'à un service religieux. 

> En sortant de là , Us continuent leurs grimaces à trois 
ou quatre milles de distance ; mais il en est , surtout parmi 
les femmes, qu'on est obligé d'emporter dans un état d'in- 
sensibilité; car cet exercice, qui dure quelquefois deux 
heures, épuise plus que le travail le plus dur, et Bingley 
remarque que si au lieu d'assemblées une ou deux fois la 
semaine , il y en avait tous les jours , les constitutions les 
pins robustes y succomberaient. 

» Evans assista en 1785 à une scène de ce genre à New- 
port, en Montmouthsire. Le prédicant, qui était un des 
élèves de lady Huntingdon, finit son sermon en recomman- 
dant de sauter, parce que David dansa devant l'arche , 
parce que saint Jean Baptiste tressaillit de joie dans le sein 
[le sa mère, parce que l'homme purifié par la grâce divine 



170 LITHB IV. •— DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. -— CHAP. III. 

doit exalter de jubilation et de reconnaissance. Leprédi* 
cant accompagnait son discours d'une agitation violente qui 
semblait préluder à la danse. 

> Alors neuf hommes et sept femmes, en gémissaiti 
commencèrent à sauter çà et là avec une sorte de frénésie; 
une partie de Tauditoire leva la séance « d'autres specU^ 
teurs restèrent stupéfaits ; mais les Jumpers oontinnèreit 
leurs gambades depuis huit heures du soir jusqu'à onze ; poil 
formant un cercle , tous à genoux « ils élevèrent les main 
taudis que Tun d'eux priait avec Ibrveur. Us terminèreat 
la cérémonie en regardant le ciel et se disant mutuelle- 
ment que bientôt ils y seraient réunis pour n'être jamiiB 
séparés. 

» Williams Sampson.... étant sur la côte du nord da 
pays de Galles, y vit les Jumpers.... Le droit d'y prêcher 
par inspiration appartient, dit-il, à tout âge, à tout seie; 
parmi ceux qui étaient en convulsion , il vit des vieillards 
mordre et mâcher l'extrémité de leurs bâtons en grognaat 
comme des chats à qui on chatouille le dos. Les plus jeunes 
s'élançaient en l'air vers l'agneau invisible de Dieu , et ane 
jeune fille de cette secte qu'il interrogeait surle motif de ces 
sauts lui dit qu'elle sautait en l'honneur de l'agneau (1). • 

Au total, il existe un état morbide qui porte parfois 
l'homme à exécuter, comme s'il cédait à une force invinci- 
ble, une série de mouvemens harmoniques prolongés, des 
évolutions plus ou moins déraisonnables. Les choréomaues f 
des temps anciens se croyaient presque tous mus par une ; 
force diabolique; ceux d'Italie par un venin capable de 
faire danser jusqu'aux animaux; ceux du pays de Galles ■ 
par une impulsion divine. Geux de Souabe dansaient es j - 

(1) Grégoire, Histoire des sectes religieuses, etc.; édition de 1814) l if 
p. 63186. 



l 



HTSTÉRO-DëMONOPÀTHIB a TOULOUSE. 171 

^honnear de saint Wit; les curetés, les cicétes, les dervl- 
ibes se livraient à Texercice de la danse par motif de dé- 
rotioii. Il est certain que les idées religieuses , les idées 
■lélancoliques, Fexaltation des sentimens mystiques exer- 
Màt beaucoup d'influence sur les actes de tous ces danseurs. 
i/àction qu'exerce la musique sur une certaine classe d'in- 
tfiridus n'a pas dû contribuer pour peu à augmenter le 
Iflitisport de la choréomanie sur les Italiens, les cicétesi 
lH cdrybantes, les derviches ; Ttiabitude observée sur beau- 
coup de sectaires enclins à la manie de la danse, de s'exciter 
ii poussant dés exclamations, en marmotant des prières, 
dW psaumes, Une sorte de récitatif, en battant des mains, 
a dû agir sur leur cerveau, comme la musique sur celui 
tes autres choréomanes. On doit donc trouver tout simple, 
tù récapitulant dans son esprit la nature des influences qui 
paraissent particulièrement agir sur le système nerveux des 
iHâividus qui obéissent à l'œstre de la choréomanie, que 
' cfe mal soit déclaré contagieux. Bientôt je prouverai que la 
théomanie extato-convulsive a beaucoup de traits de res- 
I êéinblance avec le genre de folie que nous venons d'étu- 
dier (1). 



S IX. 



l'hystérie oompli<iuée de trouble dans les fonctions intellecluelles tend à devenir 

contagieuse dans les environs de Toulouse. 



1681. 



Le docteur Grangeron et François Bayle, médecin, pro- 
fesseur aux arts libéraux de Toulouse, nous ont transmis 

(0 Voirie paragraphe sur la théomanie des camisards et des méthodistes, etc. 




172 LIVRE IV. — DIX*SePTiÈ>IK SIÈCLE. — CHAP. 111. ' | 

un rapport intéressant sur une affection cérébrale qui umM^i 
naça de se répandre parmi quelques bourgades du iMHÉJt 
Languedoc vers les dernières années du dix-septième ji^ 
siècle (1). jt,^ 

En 1781, au plus fort des chaleurs de Tété, une fe 
nommée Marie Clusctte se donna en spectacle à tous 
habitans d'une paroisse située dans le voisinage de T 
louse. Parcourant les rues en sautant, en dansant, en 
bitant mille extravagances, elle s'écriait à haute voix qn' 
était Robert, et que celui-ci était le maître de tout le mon 
On crut parmi la populace qu'elle était possédée par 
diable nommé Robert; le bruit de cette aventure se répand] 
dit partout et on courut en foule sur les traces de la préij^^ 
tendue possédée qui finit par chercher un refuge dans 
église. Clusette jeta loin d'elle ses vêtemens, dansa 
daleusement dans le lieu saint et bientôt tomba sur le 
prise d'attaques de convulsions. Le peuple se précipita 
foule dans Téglise, et beaucoup d'enfans y entrèrent pèl 
mêle avec leurs parens. Cette scène fut encore renouvelé^iji 
les jours suivaus, et l'étonnement des habitans fut alori^ 
porté à son comble. \ 

Quelque temps après on vit faire les mêmes grimaces et 
les mêmes figvres à une autre femme âgée d'environ qua- i 
ranteans, nommée Jeanne Ponchîque; c'est-à-dire qu'elle : 
fit la folle par les rues, qu'elle dansa dans l'église et qu'elle ^ 
alarma de nouveau tout le village (2). ^^ 

Dans le courant du mois d'août, une jeune fille nommée j^ 
Jeanne, atteinte de pâles couleurs, présenta quelques sym- ^. 
ptômes d'hystérie. 11 lui arrivait de se rouler sur la terre, ^ 

(1) Belation de quelques personnes pi étendues possédées, faite d*aulorUi ^ 
du parlement de Toulouse, par J. Bayle, etc., cl H. Grangeron, in-12, 1682, \^ 

(2) Ouvrage cité, p. 24. l 




HirSTiRO-DÉMÔNOPAtHIE A TOULOUSE. 173 

ie sangloter, de parler seule et de se tordre dans des efforts 
sonyulsirs. 

Au mois de septembre, Françoise éprouva la même série 
f accidens. Les accès de cette jeune fille étaient annoncés 
par une sensation de douleur accompagnée d*engourdis- 
lement dans le bras droit. 

An mois d'octobre, invasion de Thystérie sur la demoi- 
selle Marie-Anne , et sur Françoise-Denise. Cette dernière 
iccuse, au moment de Faccès, une sensation de chaleur 
iàns le bras gauche, et un refroidissement notable du bras 
droit. 

Vers la fin de décembre , cinq autres villageoises et un 
leone garçon paraissent atteints du même mal. Par afrôt 
de la tournelle , Bayle et Grangeron sont chargés d'explo- 
ter les convulsionnaires, et de donner leur avis sur la cause 
de ces phénomènes nerveux, que l'on attribuait générale- 
ment à la possession du diable. 

La demoiselle Marie -Anne, placée dans la maison de 
: FEnfance ; Jeanne, Françoise et Françoise-Denise, placées 
dans la maison de Saint-Joseph de la Grave, sont soumises 
i un examen attentif. 

Ces quatre jeunes filles accusent de la céphalalgie et des 
maux d'estomac. Par instans, elles sont prises de hoquets, 
de borborygmes, de gonflement du ventre, de tension de 
la région épigastrique, de mouvemens des boyaux, de gar- 
gouillement, de serrement du gosier. Il leur arrive de 
tomber par terre, de s'y rouler, de s'agiter au milieu des 
^nvulsions. Pendant ces attaques , elles parlent seules et 
léraisonnent ; leur pouls est petit , accéléré. Elles cher- 
dient, dans l'intervalle des crises nerveuses , à avaler des 
morceaux de rubans, des épingles crochues. Les mouve^ 



174 LIVRE tV. — DIX-gEfTlÈME SIÈCLE. —' CHAP. III. | 

mens convulsirs éclatcot surtout à Téglise et ù la suite de ^ 
quelques contrariétés. ^ 

Les attaques de la demoiselle Marie-Ânne ont été pré- ^ 
cédées d'épigastral8;ie ; elles se sont manifestées , pour la „ 
première fois, pendant ToiDce divin par des éliremem Ile^ \ 
yeux , accompagnés de sueurs froides et de perte de coih ^ 
naissance. Elles sont ensuite revenues à des intervalles i^ -^ 
réguliers. Elles ont éclaté plusieurs fois le jour où cette \ 
demoiselle a été installée dans la maison de T Enfance; ^ 
mais elles ont cessé presque immédiatement , et depuia \, 
lors la malade n'a pas tardé à se trouver soulagée. '^ 

La figure de cette hystérique est triste, la pression da ; 
ventre douloureuse, et Thypocondre droit tuméflé. 

Jeanne est prise de convulsions au moment même obles 
médecins sont occupés à interroger et à explorer Françoise- 
Denise et Françoise, qui habitent avec elle une mènie 
pièce en commun. Son pouls est accéléré, Tabdomen bal- 
lonné et tendu ; elle se plaint de gêne dans la poitrine , de 
constriction au gosier ; on Fentend marmoter quelques par 
rôles difficiles à saisir, attendu que sa voix est faible et 
cassée ; elle assure que c'est le diable qui parle par m 
bouche. 

Le lendemain, Jeanne éprouve deux nouvelles attaques 
hystériques , pendant la messe , et les crises nerveuses i»- 
viennent ensuite à des intervalles îrrégulîers. 

Françoise-Denise et Françoise passent, à la Grave, pifr ^ 
sieurs jours sans donner le moindre signe d'indispositiofi; . 
au bout d'une semaine les convulsions de ces deux filte 
reparaissent et continuent à éclater les jours suivans, tafr- ^ 
tôt dans la matinée, tantôt vers l'après-midi. 

Françoise, Jeanne, Marie-Anne, Françoise-Denise , iei 
cinq autres hystériques et le jeune garçon, sur lesq««ti 



HTSTÉRO-DÉMOMOPATHIE A TOULOUSE. 176 

rattention du parlement s'était particulièrement fixée , sont 
soumis à F épreuve d'exorcismes vrais ou simulés, en pré- 
sence d'un conseiller, des docteurs et d'une grande assis- 
tance de peuple. 

Dans les nombreuses expériences qui furent tentées , il 
Alt constaté que les convulsions n'éclataient pas toujours, 
à beaucoup près, sur toutes les malades que l'on exorcisait 
dans une même séance; que les conjurations fausses ou 
traies agissaient de la même manière sur les centres ner- 
teux de ces convulsionnaires; que telle ou telle jeune fille, 
suivant la manière dont elle était disposée ou impression*- 
née, pouvait également ou rester calme , ou tomber dans 
des attaques musculaires, soit que l'on récitât des mots in- 
différens ou que Ton récitât de vraies prières. 

La forme des attaques convulsives des filles de Toulouse 
«st mal indiquée dans les notes des commissaires ; mais il 
est évident qu'elles ne perdent pas entièrement connais* 
s&Bce pendant leurs accès, puisqu'elles se frappent volon- 
tairement la poitrine, et qu'elles-mêmes rendaient un 
compte fidde de leurs principales sensations maladives ; 
ces remarques suffisent, avec la constriction gutturale et le 
soulèvement du ventre, pour nous engager à classer ces 
acddens parmi les phénomènes hystériques. Du reste, 
comme les filles qui figurent dans les autres possessions, 
celles-ci étaient préoccupées d'idées qui se rapportaient 
à la démonopathie ; l'assertion de Jeanne, qui affirme que 
te diable parie dans son intérieur, ne permet pas de con- 
forver de doute à cet égard ; vous ne devrez pas vous lais- 
ter aller à conclure ici, surtout si vous vous rappelez les 
réflexions que nous avons émises en parlant de Marthe 
Brossier, que les convulsions des filles de Toulouse étaient 
simulées, parce qu'un récit insignifiant a phiûeurs fois suffi 



176 LIVRE !V. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — GHAP. III. 

pour provoquer chez elles l'explosion de l'hystérie. Encore 
une fois, Tincitation qui met en jeu le système musculaire 
peut surgir, au sein des hémisphères cérébraux, sous Fm- 
fluence des stimulans les plus divers. 

Bayle et Grangeron, après avoir combattu et blftmé 
Topinion des personnes qui s'obstinent à nier le poQvoir 
du démon sur l'organisme humain, ne qualifièrent pis 
moins d'absurde et d'exagérée la manière de voir des iih 
dividus qui maintiennent que tout ce qui arrive id-te 
d'un peu extraordinaire provient de la méchanceté de ce^ 
tains esprits. Voici en somme la conclusion finale de leur ' 
rapport : 

f N'ayant rien trouvé dans les divers accidens et alfe^ 
tions des susdites filles qui ne puisse être produit par les 
mauvaises dispositions , tant des humeurs que du cerveiB 
et des autres parties ci-dessus mentionnées , nous jugeoM 
qu'aucun des susdits accidens ou aiTections en particufiefi 
ni tous ensemble , ne peuvent être pris pour une preuve 
de sortilège, possession ou obsession (1). » 

C'est , si je ne me trompe , la première fois que l'on 
exprime dans une circonstance pareille une opinion aussi 
nettement tranchée. Dans l'affaire de la fille Brossier, les 
avis des commissaires avaient été primitivement partagés. 

Bayle et Grangeron , voulant justifier par des considé- 
rations et des développemens le jugement qu'ils émettent, 
font quelque part les réflexions qu'on va lire, c Ce qd 
parait au premier abord extraordinaire dans cette histoire, 
c'est que plusieurs personnes sont atteintes du même mal 
dans un petit lieu ; mais il est important de rappeler ce 
qui a été dit ci-dessus , qu'une certaine Glusette fut ta 

(1) Relation citée, p. 84. | 



titSTÉRO-èÉMÔNOPATHIE A i^OtLOUSÈ. 177 

première atteinte de ces accîdens, qu'elle attira tout le 
monde après elle par ses extravagances; que tous, grands 
et petits , la suivirent partout , et que les pères et les mères 
y menaient leurs enfans pour voir ses manières et enten- 
dre les folies qu'elle disait ; qu'on ne parlait plus d'autre 
chose dans le village; que c'était l'unique entretien dans 
les familles, où chacun raisonnait à sa mode, selon leur 
portée , et conformément à leurs préjugés , sur les sorciers 
et leurs maléfices , qui sont le sujet le plus ordinaire des 
conversations du menu peuple , qui est ignorant , et par 
conséquent timide et superstitieux ; que Jeanne Ponchique 
se trouva atteinte des mêmes maux quelque temps après , 
et ensuite quantité d'autres; il faut, en second lieu, faire 
réflexion que la première attaque de Clusette fut plus re- 
nmrquable dans l'église où, après quelques folies, elle 
tomba avec des mouvemens convulsifs , ce qui redoubla 
b surprise, et de plus, qu'on dit que c'est dans l'église 
qu'elle et les autres ont eu depuis les plus grandes atta- 
ques (1). » 

Toutes ces remarques étaient effectivement importante'^ 
à rappeler, car c'est ainsi que les affections hystériques 
(ieyenaient partout contagieuses; aussi les rapporteurs 
ajoutent-ils avec fondement : 

c On ne saurait ordinairement s'empêcher de bâiller 
Sans se faire quelque contrainte quand on voit bâiller les 
entres , et il y a des personnes qui ne sauraient du tout 
S'en empêcher. Quelquefois même la seule pensée du bâil- 
lement nous force à bâiller. 

9 Quand on voit un homme faire de grands efforts pour 
tirer, pousser ou enlever quelque corps qui fait beaucoup 

(1) Relation citée, p. 85. 

Toxc II. n 



178 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. ^ CHAP. III. 

de résistance , on a de la peine à ne se pas mettre dans la - 
posture la plus commode à faire ces efforts ; et ceui qui ' 
n'ont pas accoutumé de composer leurs actions s'y met- ^ 
tent d'abord , ou font quelques grimaces , et suivent la - 
disposition de la pente de leur machine. Les enfans qui ^ 
apprennent à parler prononcent les syllabes qu'ils enten- '- 
dent Sfins savoir ce qu'ils font...* 

»... Les jeunes poulains sautent dans la prairie dès qa*ils 
voient sauter quelqu'un de leur troupe; ce que les vieux 
qbevaux ne font pas, parce que leur cerveau trop ferme ne 
reçoit pas facilement les impressions... On ne saurait en* 
tendre chanter certains airs sans se sentir poussé à certains 
mouvcmens, et ceux qui sont accoutumés à danser, s'ils les 
écoutent avec attention, en marquent du moins la eadeqce 
par quelques mouvemcns du corps, s'ils ne se font quelque 
violence. Ou a vu autrefois des gens de guerre au milieu 
d'un festin quitter la tablepour prendre les armes au bruit « 
des trompettes. . . Le manger fait venir la salive à la boucbet 
la seule présence et même la seule pensée des aUmens fait ' 
le même effet. Les chevaux qui ont été frappés du fouet ^ 
vont plus vite dès qu'ils l'entendent claquer. Ces exemples « 
et une infinité d'autres nous convainquent que certaines i^ 
impressions faites dans le cerveau par les objets des seni » 
sont nécessairement suivies de certains mouvemens du £ 
corps et des humeurs, même dans Thomme, à moins que nt 
le cours des esprits soit détourné par une forte application :î 
de l'ame à quelque autre chose, ou qu'elle résiste formel- 
lement à ces mouvemens, s'ils sont de ceux qui dépendent -z 
d'elle ; ils nous convainquent encore qu'en l'absence des 
objets, la pensée produit les mêmes effets, 

» Ces vérités élablies, si l'on se représente une foule de j. 
gens de tout âge et de tout sexe qui courent après la nom- t 



HYST^RO-BÉMONOPÀTHIE À TOULOUSE. 179 

méc Ghisettc pour voir ses extravagances, ron n'aura pas 
de peine à comprendre que ces folies doivent avoir fait une 
forte impression dans le cerveau de ces personnes qui n'a- 
vaient jamais rien vu de pareil ni même d'approchanti prin- 
cipalement dans le cerveau des plus jeunes. Si Ton fait en 
même temps réflexion que tous les spectateurs de ces folies, 
ou la plupart, étaient prévenus des opinions des sorciers 
et du sortilège , on reconnaîtra la nécessité qu'il y a que 
ces gens aient attribué au diable des effets qu'ils regardaient 
comme des prodiges; et qu'ensuite la dite Glusette criant 
à baute voix qu'elle était Robert, que Robert était le maître 
de tous, ils se soient persuadé qu'il y avait dans le corps 
de cette femme un diable qui s'appelait Robert, et d'autant 
mieux que l'on sait que c'est la coutume de cette sorte de 
gens de regarder le diable comme l'auteur de tout ce qui 
est extraordinaire et tout ensemble terrible ou dangereux 
on pernicieux à quelqu'un. On voit bien que ces personnes 
ne furent plus en état de douter que Glusette ne fût possé- 
dée quand elles la virent tomber par terre dans l'église 
avec des mouvemensqui leur paraissaient épouvantables, 
parce qu'elles avaient ouï dire quele diable, par l'aversion 
qu'il a pour les lieux saints, y tourmente davantage ceux 
qu'il possède ou obsède. Si toutefois on considère bien les 
accidens de Qusette dans Féglise, on trouvera qu'elle n'eut 
rien au-delà de ce que l'on voit ordinairement dans les pa- 
roxismes épileptiques, etc. » 

Toutes ces observations, tous ces raisonnemens sont 
d'une justesse parfaite ; nos deux auteurs sont encore dans 
le vrai quand ils avancent ce qui suit: 

c Une des principales causes qui augmentent la lésion 
de rimagination sur ces personnes, c'est l'humeur mélan- 
colique. .. G'est ainsi que les lycanthropes jettent leurs ba- 



1 



180 LIVRE IV. — DIX-SEPTIÊME SIÈCLE. — CtlAP. Ht. 

bits et font tout ce qui convient aux loups, autant qu'ils le 
peuvent; et de même ceux qui croient être lapins, donton 
a vu quelques-uns agir en hommes fort raisonnables dans 
la ville, qui dans un jardin ou dans les champs Toulaiait 
faire les aclions des lapins, persuadés qu'ils Tétaient, et se 
fâchaient contre ceux qui les détournaient de leur travail... 
On pourrait se promettre la guérison ou du moins le sou- 
lagement de toutes ces filles si on les mettait dans des lieux 
où elles trouvassent quelque consolation et où elles n'en- 
tendissent plus parler de sorciers ni du diable qu*aataDt 
qu'il en faudrait pour leur faire connattre leur erreur, et 
si on leur faisait des remèdes pour empêcher les effets & 
la mélancolie qui les porte à des pensées tristes (i). » 

On doit supposer que les consolations morales, les con- 
seils éclairés et les remèdes physiques ne manquèrent pas 
aux jeunes filles de Toulouse, car il ne fut plus question, 
dans ce pays, au bout de quelque temps, ni de convulsion* 
naires, ni de possédées. 11 était à craindre , si l'on en juge 
par la rapidité avec laquelle les idées de possession et les 
phénomènes convulsifs se succédèrent d'abord sur un ee^ 
tain nombre de sujets, que le délire et l'hystérie ne fissent 
des progrès sérieux dans le Languedoc ; grâce à la prudence 
et à l'habileté des commissaires désignés par le parlement 
de Toulouse, le germe du mal fut étouffé à temps , comme 
une étincelle à laquelle il ne manquait que des conditions 
favorables pour produire les plus grands ravages. 

Bayle et Grangcron n'eurent pas seulement le mérite de 
caractériser parfaitement la maladie de Clusette et celle de 
la femme Ponchique ; ils démontrèrent aussi par des faits 
empruntés à l'observation et par le raisonnement que l'idée 

(1) Kelalioii dtyà cilco, p, 86, 80, 1 10, 1 i2. 



UYSTÉRO-DÉMONOPATUIE A TOULOUSE. 181 

que Ton se faisait encore parmi le peuple de la puissance 
du diable sur Torganisme , et que cette disposition du sys- 
tème nei"veux qui fait que certains phénomènes physiolo- 
giques ou pathologiques se manifestent à peu près con- 
stamment, soit sur les animaux, soit sur l'homme, dans 
des circonstances déterminées, avaient seules provoqué le 
délire et les convulsions des jeunes filles soumises à leur 
observation. En dotant définitivement la science de vérités 
qui demeurent incontestables, ils contribuèrent à ruiner 
Tancienne théorie de la possession diabolique. Depuis long- 
temps il était à peine question du diable dans les traités 
de pathologie; mais dans les rapports relatifs à l'hystérie, 
il était rare que les médecins n'attribuassent pas l'explo- 
sion de phénomènes musculaires à l'action d'une cause sur- 
naturelle. Bayle et Grangeron, après avoir longuement dis- 
serté sur le pouvoir du démon et avoir fait à l'Église les 
concessions d'usage, employèrent, au contraire, toute la 
subtilité de leur esprit et toute la force de leur raison 
pour établir que les symptômes qu'ils avaient sous les 
yeux se résumaient par de simples lésions fonctionnelles ; 
le siècle était assez avancé pour prêter l'oreille aux expli- 
cations scientifiques ; cela est si vrai, que Bayle, le philo- 
sophe, imprimait quelques années plus tard en parlant de 
la folie contagieuse des Abdéritains : « L'esprit est sujet 
aux mîQadies épidémiques tout comme le corps ; il n'y a 
qu'à commencer sous de favorables auspices et lorsque la 
matière est bien préparée. Qu'il s'élève alors un hérésiar- 
que ou un fanatique dont l'imagination contagieuse et les 
passions véhémentes sachent bien se faire valoir, ils infa- 
tueront en peu de temps tout un pays , ou , pour le moins, 
un grand nombre de personnes. En d'autres lieux , ou en 
d'autres temps, ils ne sauraient gagner trois disciples. 



182 LIVRE IV. — DIX-SEPnÈMB SltCLB. — - GHÀP. UU 

Voyez ces filles de Milet qui furent pendant quelque temps i 
si dégoûtées du monde qu'on ne put les guérir de la fantai- '^ 
sie de se tuer qu'en menaçant d'exposer nues aux yeux da i 
public celles qui se tueraient. Le remède seul témoigne 
que leur passion n'était qu'une maladie d'esprit où le rai- 
sonnement n'avait nulle part. On vit à Lyon quelque ctiose 
de semblable vers la fin du quinzième siècle. La différenoe 
qu'il y a entre ces maladies et la peste ou la petite vérole, 
c'est que celles-ci sont incomparablement plus firéqnentes. 
Je croirais volontiers que le ravage que le comédie Ar- 
chélatls et le soleil firent dans l'esprit des Abdérltes est 
moins une marque de stupidité que de vivacité; mais c'était 
toujours une marque de faiblesse ; et je m'en rapporte à 
ceux qui ont observé quelles gens étaient les plus ébran- 
lées de la représentation d'une pièce de théâtre (1). «Ponr , 
que de telles vérités fussent généralement seiities, il fallait « 
qu'une révolution complète se fût opérée dans les esinrits. r- 



SX. 



i>e ira? à 1 rat. 



s 



Démoiiopattiie des filles des environs de Lyon. Gnquante dévolu sont atteinUs 
en même temps de délire partiel à Saint-Élienne. — Prétenjdue possession i 
de Marie Volet ^ 






Le docteur de Rbodes , agrégé au collège des médecies 
de Lyon , a imprimé dans un opuscule devenu rare au- .j 
jourd'hui : , 

« J'allai voir il y a quelques années à Milleri , village à ^ 
trois lieues de cette ville, une prétendue possédée qui, ^ 

(1) Pierre Bayle, Dictionn, hist. et crit., édit. de Beuchot,, article Jbdère^ 
1. 1, p. 38. — Voyez dans Plutarque, trad. d'Amyot, Sur les vertueux faits des 
femmes, t. 25, p. 156; paragraphe lUiléstennes. 



BÉMONOPATHIE ÉPIDéHIQUE A LYON. 183 

par des mots barbares ^ par ses contorsions et ses grimaces, 
avait imposé à quantité d'habiles gens. Je lui fis boire 
da Vin émétique ; eu peu de temps cette malheureuse vo- 
tint une infinité de démons jaunes et verts qui faisaient 
cette prétendue possession , et qui , n'osant plus revenir, 
la laissèrent en liberté. Je crois que si on faisait prendre 
de cette liqueur aux cinquante dévotes de la paroisse de 
GbamboD, en Forets, proche Saint-Etienne, dont Tune 
aboyé, les autres bêleat, hennissent, hurlent, braient et 
contrefont les crîs de cent animaux divers , on les guérirait 
de leur manie causée par un prétendu sortilège (1). » 

La fille de Milleri et les cinquante dévotes du Forets 
étaient en proie , si je ne me fais pas illusion , aux ter- 
reors de la démonopathie. 

Le docteur de Rhodes parle longuement ailleurs de la 
maladie de Marie Volet, dont le clergé n*avait pas pu ob- 
teoir la guérison. 

« La dévotion, qu'elle avait embrassée avec chaleur, 
dît-il, n'avait pas été bien réglée; la méditation de Tenfer 
lui avait formé des idées de démons de figures horribles ; 
sa superstition et ses scrnpules avaient tenu son esprit 
inqniet et Tavaient obligé d'appeler au tribunal de la con- 
science ses pensées et ses actions les plus innocentes ; elle 
craignait toujours de tomber entre les griffes de ces anî- 
manx hideux que son imagination lui représentait. Elle 
perd le sommeil et l'appétit; la rate et la mère (la matrice) 
s'en mêlent, envoyent des vapeurs noires à son cerveau 
et achèvent de la démonter. Enfin elle s'imagine que le 
démon la possède. Les objets de dévotion, comme eau 
bénite, reliques, prières, la sainte messe et les exorcis- 

(I) De Rhodes, Leilic sur les maladies auxquelles les eaux minérales arli- 
ficlelles sont propres^ elc, p. 22. 



I8f LIVUE IV. — DIX-SKPTIÈUE SIÈCLE. — CHAP. III. 

mes lui renouvelaient ces idées Irisles qui causaient une 
cruelle irritation à ses esprits, et ensuite ces huriemens, ^ 
CCS mots barbares, ces convulsions et quantité d'autres 
symptômes surprenans : ceux qui Font vue dans nos églises, 
et entre autres dans celle des Grands-Carmes... où elle a 
été exorcisée plusieurs fois... peuvent témoigner des cris, 
des grimaces, des postures, des agitations terribles et af" 
freuses de cette pauvre fille , et de ce qu'elle souffrait dans 
;ce temps-là (1). » « 

Vous avez déjà reconnu dans ce peu de mots les symp- 
tômes qui caractérisent la démonopathie convulsive; Tu- 
sage intérieur des eaux minérales de Lyon fit disparaître 
le délire et F hystérie dont il était compliqué. De Rhodes, 
en annonçant ce fait au comte Destaing, prouve de plus 
en plus qu'il avait eu à combattre,-dans cette circonstance, 
rhystéro-démonopathie la plus grave. 

« Je vous dirai , écrivait-il à ce personnage, je vous dirai .^ 
qu'après avoir bu nos eaux pendant quinze jours avec suc- ^ 
ces, elle s'en retourna en son pays n'ayant aucune marque .^ 
de possession et n'ayant plus ces terribles accidens qui ^ 
avaient imposé à quantité d'habiles gens, et obligé plu- 
sieurs zélés ecclésiastiques de lui faire les exorcismes per- m 
mis et approuvés de TËglise. Elle souffrait qu'on lui parlât ^ 
de Dieu, des saints, de nos mystères, ce qu'elle ne pou- ^ 
vait auparavant sans ressentir des agitations et des cou- ^ 
vulsions très violentes. Depuis son retour en son pays, elle _ 
a paru se porter encore mieux et a donné des marques de 
raison et de piété, comme quelques personnes de sa pa- ^ 
roisse m'avaient rapporté. 

(1) De Rhodes, Lettre en forme de dissertation à M. Destaing, comte de 
JProny au sujet de la préhendue possession de Marie Folelt etc., in- 1*2, 1Ç90, 
brochure de 75 pages, p. 57. 



DÉBIONOPATIÎIE ÉPIDÉîllQUE A LYON. 185 

» Mais l'abbé Quinton , son curé , que j'ai vu il y a peu de 
jours, m*a assuré que cette fille était bien remise, qu'elle 
ne faisait plus ses hurlemens horribles, qu'elle ne disait 
plus ses mots barbares que les uns disaient être hébreux , 
les autres arabes, et plusieurs la langue des démons; 
qu'elle prenait à présent ses repas règlement^ elle qui de- 
meurait des huit jours quelquefois sans manger; qu'elle 
dormait toutes les nuits des six et sept heures , elle qui 
demeurait des quinze jours sans fermer les yeux; qu'elle 
disait ses prières soir et matin , et assistait tous les diman- 
ches et fêtes au service divin , elle qui , à l'aspect d'une 
image de dévotion, d'une goutte d'eau bénite et d'une re- 
lique, tombait dans des convulsions avec des cris et des gri- 
maces elTroyables; que ses vomissemens, ses syncopes, 
ses oppressions , ses rêveries et les autres accidens qui la 
tourmentaient cruellement depuis trois ans étaient entiè- 
rement finis, et qu'elle travaillait à présent à la tisseran- 
derie qui était sa première occupation (l). » 

Le hasard, l'habileté et le zèle du médecin ne contri- 
buèrent pas pour peu à cet heureux dénouement. On lit 
dans la lettre de Rhodes : 

c Après que vous l'eûtes vue.,, et que vous lui eûtes 
fait toucher à son insu de saintes et véritables reliques. . . , 
sans que son prétendu démon fît aucun changement en elle, 
vous me confirmâtes dans la pensée où j'étais que ses 
maux étaient naturels, et qu'au défaut des autres remèdes 
qui lui avaient été inutiles, nos eaux minérales lui pour- 
raient être salutaires. 

» Je voulus lui en faire boire ; mais je fus fort surpris 
de voir qu'elle» lui procuraient les mêmes agitations que 

(1) Ourrage cité, p. 4; 6', 



186 LITRE IV. — - PIX-SCPTIÈME SIÈCLE* -— GHAP. UI. 

Teau cause à ceux qui sont atteints de la rage , ce qui me 
persuada que son imagination était frappée et lui faisait 
croire que nos eaux étaient bénites et lui causaient cet 
égaremens. 

» En effet, comme elle a avoué depuis^ elle crut qu'on j 
avait trempé quelques reliques et n'en voulut point bwe, 
ni par prières, ni autrement, ce qui m'obligea d'agir d'une 
autre manière. Je recommandai à la femme qui l'avait en 
charge de ne lui parler de quinze jour&, ni de Dieu, ni de 
prières, ni d'aucune dévotion, de la réjouir le mieux qu'elle 
pourrait, de la conduire dans nos promenades les plus 
agréables, le long de nos rivières, auprès de nos fontaines, 
et là de lui faire boire dos eaux de la source et d'en boire 
avec elle pour l'y accoutumer , ce qui fut ponctuellemeiit 
exécuté. Entité , un matin , sa gouvernante lui ayant dit 
qu'elle ne pouvait pas sortir de la maison , et , ayant ea* 
voyé quérir de nos eaux minérales artificielles semblables 
aux eaux de fontaine, quant à la pnreté, à la couleur et ea 
goût, son démon n'y connut rien. La pauvre fille en but et 
continua d'en boire tous les matins, pendant quinze joan, 
avec un tel succès qu'après avoir vidé une infinité de ëé- 
mons bilieux de toutes les couleurs, et vomi plusieurs an- 
tres des plus aigres et des plus amers , dans peu de temps 
nous vîmes que ses accidens diminuaient , qu'elle devint 
capable de raison et de docilité , et ne fut plus troublée 
quand cm lui parla de dévotion. 

» Quand elle fut un peu raisonnable , elle nous dit les 
grands maux qu'elle avait soufferts, son aversion insurmon- 
table pour les prières et les reliques, et les tourmeos qu'elle 
souilrait quand on priait et que l'on exorcisait. Elle se son- 
vint fort bien de ce que vous lui aviez dit; elle était encore 
touchée de la force de vos raisons et de la douceur avec 



DÉMONOPATHIE ÉPIDÉMIQUE A LYON* 187 

laquelle vous lui aviez parlé , ce qui avait calmé , pour un 
temps, son esprit égaré, quoique fortement préoccupé con- 
tre tout ce qui s'appelle dévotion (1). » 

Si les convulsions et le délire ne se sont pas manifestés 
avec intensité, au moment où l'application des reliques fut 
tentée sur Marie Volet, c'est que le coimte Destaing procéda 
I cette épreuve de la manière la plus adroite et la plus dis- 
iepète. Ce n'est enfin que parce qu'elle fut confiée aux soins 
d*nii médecin plein de lumières et d'habileté , et que le 
traitement moral et le traitement physique purent être di- 
rigés sur cette monomaniaque avec une parfaite conve- 
Qaace, qu'elle finit par perdre de vue ses idées de posses- 
ilon,et par être délivrée de ses attaques convulsives. Si les 
irsulines de Loudun, si les religieuses de Louviers, au lieu 
ravoir affaire à un père Tranquille , à un père Surin et à 
m Bosroger, eussent été placées de bonne heure entre les 
nains d'un homme tel que le docteur Rhodes^ on eût évité 
I ces pauvres filles des tortures morales prolongées , des 
naux physiques affreux , et la honte de la calomnie qui a 
léteint sur leur réputation. Le seigneur de Lauparlie, dont 
je vous parlerai prochainement, fixera pour toujours votre 
convictioB sur le danger des secours religieux dans la dé- 
monopathie. 

La droiture du docteur Rhodes ne lui acquit du reste 
que de l'estime dans l'esprit du haut clergé. Un jour, les 
chanoines d'un célèbre chapitre l'envoyèrent consulter, 
avant d'user du secours des exorcismes, sur une nouvelle 
convertie qu'on disait obsédée par l'esprit malin : on répé- 
tait partout que le démon la maltraitait toutes les nuits, à 
coups de fouet et à coups de bâton ; chaque matin on aper- 

(1) Ouvrage cité, p. 7, 8, 9, 10. 



188 LIYKË IV. — DlX-SLPllÈJiE SIÈCLE. — CHAP. III. 

ccvait sur son corps de nouvelles marques de coolusioD. 
Rhodes, en examinant cette malade, jugea bientôt qu'elle 
était sujette à des convulsions, et déclara « que le démoo 
était accusé à faux , qu'il était innocent, que le mal caduc 
était seul coupable. » Cet exemple de savoir et d'indépen- 
dance n'était pas commun avant le dix-buitième siècle; il y 
avait plus que du courage à se prononcer alors avec autart 
de franchise dans des cas pathologiques tels que celui de 
Marie Volet, tels que ceux de cette épileptique et des filles 
dos environs de Saint-Étienne. 



M>^»^ 



M<aa*Jk>^M^>^_>BaikB^i^d^^aM^ 



LIVRE CINQUIÈME. 



S I^A FOLIE CONSIDÉRÉE AU DIX-HUITIÉME SIECLE. 



CHAPITRE PREMIER. 



ÉTAT DE LA PATHOLOGIE MENTALE PENDANT LE COURS DU DIX- 
HUITIÈME SIÈCLE. 

Le règne de Louis XIV, que nous venons de traverser, 
mcbe à son déclin. Moins d'un demi-siècle a suffi pour 
ne la poésie, Féloquence, Fart d'écrire en tous genres, 
dur que les arts qui n'empruntent leur perfectionnement 
u^aux seules forces de l'imagination et aux conceptions 
a génie atteignissent au plus haut degré de splendeur. Le 
éripatétisme a fait son temps; les décisions delà théologie 
)nt bien loin d'avoir maintenant force de loi; les agens 
icorporels, l'ame exceptée, ont été bannis de l'organisme 
ivant où leur présence et leur intervention avaient été 
igées si nécessaires autrefois à Taccomplissement des phé* 
omènes fonctionnels. Sans méconnaître l'importance de 
abstraction, on a senti généralement que l'étude des phé- 
Lomènes psychiques devait commencer par celle de la phy- 
iologîe du système nerveux. Bientôt on aura à déplorer la 



186 LITRE IV. — PIX-SEPTliMB SliCLB* — GHAP. UI. 

Fcau cause à ceux qui sont atteints de la rage , ce qui me 
persuada que son imagination était frappée et lui faisait 
croire que nos eaux étaient bénites et lui causaient cei 
égaremens. 

9 En effet, comme elle a avoué depuis^ elle crut qu'on j - 
avait trempé quelques reliques et n'en voulut point boirei 
ni par prières, ni autrement, ce qui m'obligea d'agir d'une 
autre manière. Je recommandai à la femme qui l'avait ea 
charge de ne lui parler de quinze jours, ni de Dieu, ni de 
prières, ni d'aucune dévotion, de la réjouir le mieux qu'elle 
pourrait , de la conduire dans nos promenades les plos 
agréables, le long de nos rivières, auprès de nos fontaines^ 
et là de lui faire boire des eaux de la source et d'en boire 
avec elle pour l'y accoutumer, ce qui fut ponctuellement 
exécuté. Ensuite, un matin, sa gouvernante lui ayant dit 
qu'elle ne pouvait pas sortir de la maison , et , ayant en* 
voyé quérir de nos eaux minérales artificielles semblabtei ^ 
aux eaux de fontaine, quant à la pureté, à la couleur et aa < 
goût, son démon n'y connut rien. La pauvre fille en but et ^ 
continua d'en boire tous les matins, pendant quinze jonrs, ^ 
avec un tel succès qu'après avoir vidé une infinité de «(^ | 
mons bilieux de toutes les couleurs, et vomi plusieurs au- ^ 
très des plus aigres et des plus amers , dans peu de temps 
nous vîmes que ses aecidens diminuaient , qu'elle deviot 
capable de raison et de docilité , et ne fut plus troublée 
quand cm lui parla de dévotion. 

» Quand elle fut un peu raisonnaMe , elle nous dit tes 
grands maux qu'elle avait soufferts, son aversion insurmon- 
table pour tes prières et les reliques, et les tournions qu'elle 
souffrait quand on priait et que l'on exorcisait. Elle se sou- 
vint fort bien de ce que vous lui aviez dit; elle était encore 
touchée de la force de vos raisons et de la douceur avec 



i 



DÉMONOPATHIE ÉPIDÉMIQUE A LYON* 187 

laquelle vous lui aviez parlé , ce qui avait calmé , pour un 
temps, son esprit égaré, quoique fortement préoccupé con- 
tre tout ce qui s'appelle dévotion (1). » 

Si les convulsions et le délire ne se sont pas manifestés 
avec intensité, au moment où l'application des reliques fut 
tentée sur Marie Volet, c'est que le comte Destaing procéda 
à cette épreuve de la manière la plus adroite et la plus dis- 
frète. Ce n*est enfin que parce qu'elle fut confiée aux soins 
ffun médecin plein de lumières et d'habileté, et que le 
traitement moral et le traitement physique purent être di- 
rigés sur cette monomaniaque avec une parfaite conve- 
nance, qu'elle finit par perdre de vue ses idées de posses- 
sion, et par être délivrée de ses attaques convulsives. Si les 
nrsulines de Loudun, si les religieuses de Louviers, au lieu 
Savoir affaire à un père Tranquille , à un père Surin et à 
an Bosroger, eussent été placées de bonne heure entre les 
mains d'un homme tel que le docteur Rhodes^ on eût évité 
à ces pauvres filles des tortures morales prolongées , des 
maux physiques affreux , et la honte de la calomnie qui a 
déteint sur leur réputation. Le seigneur de Lauparlie, dont 
je vous parlerai prochainement, fixera pour toujours votre 
conviction sur le danger des secours religieux dans la dé- 
monopathie. 

La droiture du docteur Rhodes ne lui acquit du reste 
que de l'estime dans l'esprit du haut clergé. Un jour, les 
chanoines d'un célèbre chapitre l'envoyèrent consulter, 
avant d'user du secours des exorcismes, sur une nouvelle 
convertie qu'on disait obsédée par l'esprit malin : on répé- 
tait partout que le démon la maltraitait toutes les nuits , à 
coups de fouet et à coups de bâton ; chaque matin on aper- 

(1) Ouvrage cité, p. 7, 8,9, 10. 



188 MYUE IV. - DIX-S:j»lltjîE SIÈCLE. — CHAI». III. 

ccvait sur son corps de nouvelles marques de coolusic 
Rhodes, eu examinant celle malade, jugea bientôt quN 
était sujetle à des convulsions, et déclara « que le dén 
était accusé à faux , qu'il était innocent, que le mal ca( 
était seul coupable. » Cet exemple de savoir et d'indéf 
dance n'était pas commun avant le dix-buitîème siècle; 
avait plus que du courage à se prononcer alors avec aul 
de franchise dans des cas pathologiques tels que celui 
Marie Volet, tels que ceux de cette épileptique et des fi 
des environs de Saint-Étienne. 



M<ii^Mfc^Baa^_i_^a_i^i*d^i^ii^Mka 



LIVRE CINQUIÈME. 



LA FOLIE CONSIDÉRÉE AU DIX-IIUITIÉME SIECLE. 



CHAPITRE PREMIER. 



iTAT DE LA PATHOLOGIE MENTALE PENDANT LE COURS DU DIX- 
HUITIÈME SIÈCLE. 

Le règne de Louis XIV, que nous venons de traverser, 
touche à son déclin. Moins d'un demi-siècle a suffi pour 
ÏUe la poésie, l'éloquence, l'art d'écrire en tous genres, 
tH>ar que les arts qui n'empruntent leur perfectionnement 
tu'aux seules forces de l'imagination et aux conceptions 
lu génie atteignissent au plus haut degré de splendeur. Le 
Méripatétisme a fait son temps; les décisions delà théologie 
ont bien loin d'avoir maintenant force de loi; les agens 
ùeorporels, l'ame exceptée, ont été bannis de l'organisme 
Ivant où leur présence et leur intervention avaient été 
ngées si nécessaires autrefois à Taccomplissement des phé- 
lomènes fonctionnels. Sans méconnaître l'importance de 
^abstraction, on a senti généralement que l'étude des phé- 
lomènes psychiques devait commencer par celle de la phy- 
ifologie du système nerveux. Bientôt on aura à déplorer la 



100 LIVRB V. — DIX-ilVITIÈllB SIÈCLE. — CHAP. T. 

perle d'un Leibnitz, d'un Locke, d'un Bayle, d'un 
branche, d'un Newton; mais la Société royale de Loi 
l'Académie des sciences de Paris ajoutent chaque j< 
nouvelles découvertes aux connaissances que pos 
déjà la médecine, la chimie, la physique des corps céh 
la physique des corps inoi^aniques et oi^anisés. V\ 
raison est en pleine voie de progrès. Les beaux 
d'IIermann Boerhaave, de Moi^agni, de Haller, de Fi 
rie Hoffmann, deStahl, de Cullen, de Condillac, de Hi 
de Charles Bonnet, de Diderot, suffiront pour justifier, 
qu'à un certain point l'orgueil de ce dix-huitième sU 
auquel on pourrait tout au plus reprocher d'avoir trop 
oublié les obligations dont il était redevable aux 
hommes qui avaient préparé ses succès. 

L'anatomiste Yieussens, dont les travaux sur la néi 
logie sont depuis longtemps en possession d'une réputat 
méritée, s'abandonne sans aucune retenue dans sa Pi 
logie à sa passion pour les explications de la chémiatrie 
del'humorisme. S'agît-il, par exemple, d'expliquer le 
canisme des phénomènes de l'hypocondrie; Viei 
s'empresse d'assurer que les aigreurs, les flatuosités 
se plaignent les hypocondriaques tiennent à la fermeni 
des levains impurs contenus dans l'estomac. La 1; 
dégénérée par une surcharge de matière saline acic 
communique au sang, dit-il, des qualités vicieuses; ce 
quide devenu épais , serré , terreux , altéré par un 
grossier, par une lie impure, va former dans lescapillaii 
du cerveau des espèces d'engorgemens qui s'opposent àl| 
libre sécrétion et à la circulation des esprits animaux. M 
rareté ou la lenteur de l'écoulement de ces esprits fontqiv 
le cœur, qui en reçoit moins de l'encéphale qu'il n'en de 
vrait recevoir, se laisse assiéger par les sentimens les plt 



THÉORIES. 106 

récoDOmie vivante (1). Pendant longtemps toutes les théo- 
ries qu'on invoquera pour expliquer les affections vapo- 
reuses se rattacheront à rbumorisme, au stahiisme ou au 
vitalisme d'Hoffmann. 

La théorie des fonctions encéphaliques, considérées 
soit dans Tétat sain , soit dans Tétat morbide , fut mieux 
comprise et mieux exposée par Boerhaave vers 1733 qu'elle 
ne Favait été jusque là par les autres pathologistes. D'après 
cet homme véritablement digne de sa célébrité , il existe 
dans l'organisme un lieu dont les lésions méritent une grande 
attention, parce que c'est là qu'aboutissent les ébraulemens 
qui doivent produire les sensations , là que se forment les 
idées, là que naît l'incitation ou l'impulsion qui doit agir 
sur les muscles volontaires pour exciter l'effort de contrac- 
tion. Faites une piqûre au doigt, dit H. Boerbaave, vous 
exciterez de la douleur ; placez une ligature sur les cordons 
nerveux qui établissent la communication entre l'encéphale 
et l'endroit piqué, la douleur cessera d'être perçue. Mon- 
trez un fruit à un enfant, il étendra la main pour le saisir; 
que le nerf soit lésé à sa sortie du cerveau, le mouvement 
deviendra impossible. Donc la sensation et l'incitation ont 
un siège limité. 

La nature seule enseigne à exécuter les actes muscu- 
laires les plus compliqués; l'anatomiste le plus instruit ne 
réussit pas mieux à cet égard qu'un enfant; à peine le chat 
a-t-il aperçu la souris qu'il guette, qu'il a disposé tous ses 
muscles pour la saisir d'un seul bond, et qu'il a pu fondre 

(1) H. Ridley, Observatèoncs quœdain medlco-practicœy etc., in-S**, 1708. 
— Ar. Pilcarn, Elementa medicinœ ph/sico-mathematica, 1717. — Viridet, 
Dissertation sur les vapeursy etc., 1726. — Nie. Robinson, J new systein of 
ihe spleen vapoursand hxpochondruickmclancholy, 1727. — Slahlii, Theoria 
mêdiea çera, 1708. — Fridir. HofTmanni, Medicina rationalis s^teinatlat, 
1716. — G. Cheyne, The cnglish maladx, otc, 1733. 



196 LIVRE V. — DIX-HCITIÈME SIÈCLE. — CHAP. 1. 

sur elle avec la rapidité de la foudre. Cest rincitatioii qui 
lance de la sorte le chat sur sa proie; c*est l'incitation qui 
fait que, même pendant le sommeil, on exécute certains 
mouvemens, lorsqu'on est prié de les exécuter. 

Dans l'état de santé, il sufHt qu'il s'exécute dans l'ap- 
pareil nerveux des modifications d'une certaine nature, 
pour que la nature de nos idées soit tout de suite modifiée. 
L'homme ne peut se soustraire à cette loi de la nécessité. 
Syracuse est assiégée; Archimède, étendu sur le sable, 
profondément occupé de la solution d'un problème de géo- 
métrie , ne songe qu'à son sujet ; un soldat se présente à 
ses côtés; Archimède prononce ces paroles: N'eflTacezpas 
ma figure. Il est clair qu'une simple modification opérée 
sur les nerfs visuels du grand géomètre a suffi pour loi 
suggérer des idées qu'il n'avait pas auparavant. 

C'est toujours dans un point donné du cerveau que doit 
exister la modification qui produit de pareils résultats, bien 
qu'on la rapporte souvent à une partie du corps située loin 
de la tête. Un malade est atteint d'inflammation à l'orteil; 
la gangrène qui s'empare des tissus oblige son chiruipen 
à faire l'extirpation de ce doigt; le patient pourra continuer 
à soufl^rir dansle doigt qui n'existe plus, de sorte qu'il pour- 
rait se persuader que l'orteil n'a pas été enlevé. Un mili- 
taire a les cuisses emportées par un projectile sur un champ 
de bataille ; après sa guérison il continuée accuser dans les 
membres inférieurs les douleurs qu'il avait ressenties an ' 
moment de l'accident. Les hystériques, les hypocondriaques | 
accusent des sensations dans des viscères qui sont exempts 
de souffrance. Que le cerveau soit détruit, ou simplement 
comprimé par du sang, par de la sérosité, sur tous les ma- 
lades dont il vient d'être question, de pareilles perceptions 1 
n'auront plus lien. | 



TIlÉOlUliS. 197 

Quoi de plus merveilleux que celle puissance qu'on 
nomme incitation, qui nous met à même de faire uailre 
les actes du mouvement, d'en diriger, d'eu changer l'emploi, 
d'en prolonger l'exécution, de la suspendre, de la renou- 
veler au gré de nos désirs et de nos inspirations ! Dans un 
moment de gaîté il prend fantaisie à uu écolier de tenter 
un tour de force ; il s'assied sur le sol, plie ses jambes sous 
ses cuisses et sous son siège et il dit: Quand j'aurai compté 
jusqu'à trois je me relèverai d'un seul bond... II compte 
un, deux, trois, et voilà que subitement la détente de ses 
muscles le place debout sur ses pieds ! Certains hommes 
peuvent imprimer à leurs mouvemeus une vitesse qui leur 
permet de dépasser la vitesse d'un coursier; c'est l'incita- 
tion qui met cet individu à même de faire de pareilles 
choses. 

Commandez à un enfant de remuer tel ou tel doigt que 
vous aurez soin de lui désigner par un signe; aussitôt il le 
remue. D'où lui vient cette prescience qui lui permet d'o- 
pérer un semblable déplacement .^^ 11 exécutera tout de 
même, si vous l'en priez, certains actes nécessaires pour 
l'exécution de la prononciation ou du chant; on peut donc 
régler l'emploi de l'incitation , la mettre à profit pour ac- 
complir un acte musculaire déterminé. •• 

Les muscles du cou ne laissent pas d'être nombreux ; 
l'anatomiste seul connaît bien ceux dont le concours est 
nécessaire aux divers mouvemens de l'œil ; cependant le 
premier venu peut diriger son œil à droite , à gauche , en 
haut, en bas, sans avoir appris comment se doivent effec- 
tuer tous ces mouvemens. On a cherché à apprécier par le 
calcul à l'aide de combien de muscles s'effectue, pendant 
léchant, Télévation ou l'abaissement des différens tons; 
on 9 trouvé que pendant uu pareil exercice l'ouverture du 



198 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. I. 

larynx était susceptible de prendre les dimensions les plus 
variables, et que pour obtenir certains effets vocaux il était 
nécessaire que tels ou tels muscles entrassent seuls en 
action : la plupart des artistes ignorent bien certainement 
tout cela ; cependant une fois qu'ils ont appris la valeur 
des tons, ce qu'on entend par un ton, par un demi-ton, ils 
chantent avec une promptitude, une habileté, une perfec- 
tion à laquelle il serait impossible d'atteindre par le moyen 
d'un instrument non doué de vie. 

Il dépend dé la volonté du mime de faire le mort, de 
rester plus ou moins longtemps immobile comme une co- 
lonne , et de recommencer tout à coup à agir ; on peut snî- 
vre le jeu de tous ces mouvemens , mais on ne devinera 
jamais comment ils se peuvent accomplir. . . Qui détermi- 
nera , à plus forte raison , le rôle de chaque fibre muscu- 
laire, de chaque fibre nerveuse dans l'accomplissement 
de tous nos actes ? 

Ce qui doit causer le plus d'étonnement quand on ré- 
fléchit à toutes ces merveilles , c'est que les actes de la 
volonté s'exécutent en un clin-d'œil : j'ai l'intention d'agi- 
ter ma main , elle s'agite. Comment apprécier le mode de 
combinaison moléculaire existant dans le cerveau lorsque 
cette action est produite ? Nul doute qu'elle ne laisse après 
elle dans cet admirable instrument aucune trace qu*on 
puisse se flatter de saisir. Cette vérité doit être sans cesse 
présente à l'esprit tandis qu'on procède à l'étude de ce^ 
taines classes de maladies. Un épileptique est pris subite- 
ment d'attaques convulsives ; pendant la durée de cet accès, 
îl n*est pas une fonction , une sécrétion qui ne soient trou- 
blées; en moins de quelques secondes, l'urine, les matiè- 
res fécales, la liqueur spermatique, la sueur, la salive 
s'échappent de leurs réservoirs ou de leurs cavités. Bientôt 



THÉORIES. 10$ 

récoûômîe vivante (1). Pendant longtemps toutes les théo- 
ries qu'on invoquera pour expliquer les affections vapo- 
reuses se rattacheront à rhumorisme, au stablisme ou au 
vitalisme d'Hoffmann. 

La théorie des fonctions encéphaliques, considérées 
soit dans Tétat sain , soit dans Tétat morbide , fut mieux 
comprise et mieux exposée par Boerhaave vers 1733 qu'elle 
ne l'avait été jusque là par les autres pathologistes. D'après 
cet homme véritablement digne de sa célébrité , il existe 
dans l'organisme un lieu dont les lésions méritent une grande 
attention, parce que c'est là qu'aboutissent les ébraulemens 
qui doivent produire les sensations, là que se forment les 
idées, là que naît l'incitation ou l'impulsion qui doit agir 
sur les muscles volontaires pour exciter l'effort de contrac- 
tion. Faites une piqûre au doigt, dit H. Boerhaave, vous 
exciterez de la douleur ; placez une ligature sur les cordons 
nerveux qui établissent la communication entre l'encéphale 
et l'endroit piqué, la douleur cessera d'être perçue. Mon- 
trez un fruit à un enfant, il étendra la main pour le saisir ; 
que le nerf soit lésé à sa sortie du cerveau, le mouvement 
deviendra impossible. Donc la sensation et l'incitation ont 
un siège limité. 

La nature seule enseigne à exécuter les actes muscu- 
laires les plus compliqués; l'anatomiste le plus instruit ne 
réussit pas mieux à cet égard qu'un enfant; à peine le chat 
a-t-il aperçu la souris qu'il guette, qu'il a disposé tous ses 
muscles pour la saisir d'un seul bond, et qu'il a pu fondre 

(1) H. Ridley, Observationcs quœdam medlco-pracUcœ, etc., in-8®, 1708. 
— Ar. Pilcarn, Blementa medicinœ physico-mathematica, 1717. — Viridet, 
Dissertation sur les vapeurs, etc., 1726. — • Nie. Robinson, J new System of 
\he spleen vapoursand hypochondrtackmelancholy, 1727. — Slahlii, Theoria 
metiiea vera, 1708. — Fridir. Hoffmanni, Medicina rationalis systematica, 
I71S. — G. Cheyne, The english malady, etc., 1733. 



196 LITRE V. — DIX-HtITlàllE SIÈCLE. — CHAP. 1. 

sur elle avec la rapidité de la Toudre. CTest rincitation qui 
lance de la sorte le chat sur sa proie ; c'est l'incitation qui 
fait que , même pendant le sommeil , on exécute certains 
mouvemens, lorsqu'on est prié de les exécuter. 

Dans Tétat de santé, il suffit qu'il s'exécute dans l'ap- 
pareil nerveux des modifications d'une certaine nature, 
pour que la nature de nos idées soit tout de suite modifiée. 
L'homme ne peut se soustraire à cette loi de la nécessité. 
Syracuse est assiégée; Archimède, étendu sur le sable, 
profondément occupé de la solution d'un problème de géo- 
métrie, ne songe qu'à son sujet; un soldat se présente à 
ses côtés; Archimëde prononce ces paroles: N'effacez pas 
ma figure. 11 est clair qu'une simple modification opérée 
sur les nerfs visuels du grand géomètre a suffi pour loi \ 
suggérer des idées qu'il n'avait pas auparavant i 

C'est toujours dans un point donné du cerveau que doit l 
exister la modification qui produit de pareils résultats, bien ) 
qu'on la rapporte souvent à une partie du corps située loin \ 
de la tête. Un malade est atteint d'inflammation à l'orteil; ^ 
la gangrène qui s'empare des tissus oblige son chirurgien \ 
à faire l'extirpation de ce doigt ; le patient pourra continuer '< 
à souffrir dans le doigt qui n'existe plus, de sorte qu'il pour- î 
rait se persuader que l'orteil n'a pas été enlevé. Un inîli- \ 
taire a les cuisses emportées par un projectile sur un champ . 
de bataille ; après sa guérison il continue à accuser dans les : 
membres inférieurs les douleurs qu'il avait ressenties au = 
moment de l'accident. Les hystériques, les hypocondriaques 
accusent des sensations dans des viscères qui sont exempts 
de souffrance. Que le cerveau soit détruit, ou simplement 
comprimé par du sang, par de la sérosité, sur tous les ma- 
lades dont il vient d'être question, de pareilles perceptions 
n'auront plus lieu. 



TllÉOlilES. 197 

Quoi de plus merveilleux que celle puissance qu'on 
nomme incitation, qui nous met à même de faire uailre 
les actes du mouvement, d'en diriger, d'en changer l'emploi, 
d'en prolonger l'exécution, de la suspendre, de la renou- 
veler au gré de nos désirs et de nos inspirations ! Dans un 
moment de gaité il prend fantaisie à un écolier de tenter 
un tour de force ; il s'assied sur le sol, plie ses jambes sous 
ses cuisses et sous son siège et il dit: Quand j'aurai compté 
jusqu'à trois je me relèverai d'un seul bond... II compte 
un, deux, trois, et voilà que subitement la détente de ses 
muscles le place debout sur ses pieds ! Certains hommes 
peuvent imprimer à leurs mouvemens une vitesse qui leur 
permet de dépasser la vitesse d'un coursier; c'est l'incita- 
tion qui met cet individu à même de faire de pareilles 
choses. 

Conmiandez à un enfant de remuer tel ou tel doigt que 
vous aurez soin de lui désigner par un signe ; aussitôt il le 
remue. D'où lui vient cette prescience qui lui permet d'o- 
pérer un semblable déplacement .^^ 11 exécutera tout de 
même , si vous l'en priez , certains actes nécessaires pour 
l'exécution de la prononciation ou du chant; on peut donc 
régler l'emploi de l'incitation , la mettre à profit pour ac- 
complir un acte musculaire déterminé. •• 

Les muscles du cou ne laissent pas d'être nombreux ; 
l'anatomiste seul connaît bien ceux dont le concours est 
nécessaire aux divers mouvemens de l'œil ; cependant le 
premier venu peut diriger son œil à droite , à gauche , en 
haut, en bas, sans avoir appris comment se doivent effec- 
tuer tous ces mouvemens. On a cherché à apprécier par le 
calcul à l'aide de combien de muscles s'effectue, pendant 
le chant, Télévation ou l'abaissement des différens tons; 
on a trouvé que pendant un pareil exercice l'ouverture du 



202 LIVRE V. — DIX -HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. I. 

lèvres de rhomme qui est sous l'empire de réponvante, sa 
respiration est comme étouffée, son cœur palpite avec tu- 
multe , la lipothymie est imminente. Les nausées cheï M 
se succèdent sans relâche, Tesfomac se soulève ; des ren- 
vois, des coliques, des bruits d'entrailles, ajoutent malgré 
lui de nouveaux malaises au malaise de sa position ; Turine 
est sécrétée en abondance 5 force nous est de supporter 
tous ces inconvéniens. Vous voyez que Torganisme est 
souvent le siège de mouvcmens inexplicables, que de nom- 
breuses lésions fonctionnelles peuvent se manifester sous 
le concours de telles influences. 

Vous comptez sur l'énergie de votre caractère ; on vons 
apprend une nouvelle fatale. Apparemment que vous allei 
déployer toute la force de votre ame stoîque. Voulez-vous, 
ne voulez-vous pas ? Des larmes sillonnent vos joues , cl 
déjà l'affliction est peinte sur les traits de votre figure. 
Toutes les fois que le système nerveux sera ainsi affecté 
par de violentes commotions , elles se refléteront sur la 
physionomie , et y imprimeront un cachet auquel il sera 
impossible qu'on se méprenne. L'expression de figure 
de ceux qui fuient devant l'ennemi suffit pour entraî- 
ner dans la déroute commune le brave qu'elle frappe, qui 
a donné mille preuves de courage, qui a mille et mille fois 
bravé le danger et la mort. . . Chaque passion a sa mimi- 
que propre ; la colère et la rage font bondir le cœur, dres- 
ser les cheveux ; ce n'est pas là tout ; dans les cas de ce 
genre, la face devient turgescente, les sphincters se rclû- 
chent, les yeux, les muscles des joues se contractent d'une 
manière effrayante..,. Une sueur glacée succède à l'épou- 
vante, les déjections s'échappent involontairement sur le 
poltron qui tremble... Quelques hypocondriaques rendent 
quelquefois en vingt-quatre heures des quantités énormes 



THÉORIES. 199 

tout le corps paraît frappé dMiiimobilité ; les mouvemens 
de la respiration et du cœur indiquent seuls que la vie 
tfest pas entièrement éteinte. Eh bien , le malade s'endort, 
et lorsqu'il s'éveille au bout d'un certain nombre d'heures 
ou de minutes , on ne se douterait jamais que son existence 
a été exposée à un pareil danger. Comment déterminer 
la modification de tissu qui a provoqué tout ce tumulte 
fonctionnel ; ne semble-t-il pas que la force qui met en 
jeu sur ce malheureux tous les ressorts musculaires soit 
précisément la même que celle qui fait entrer en action 
les muscles d'un mendiant qui simule à dessein les phé- 
nomènes du mal caduc ? 

Les nerfs des sens ne sont pas organisés pour répondre 
aux mêmes excitans, et la nature des sensations est diffé- 
rente, suivant qu'elles sont dues à l'action de tel ou tel 
nerf. Il n'appartient qu'aux nerfs olfactifs de faire naître 
la sensation remplie de délectation qu'on éprouve en flai- 
rant de l'ambre gris, et qu'on voudrait pouvoir toujours 
savourer parce qu'elle remplit l'ame d'une volupté indéfi- 
nissable; appliquez la môme substance sur les nerfs opti- 
ques, sur la langue, sur un cordon nerveux des membres 
mis à découvert accidentellement ou avec intention, vous 
n'exciterez aucune sensation voluptueuse. La faculté de 
transmettre à l'encéphale l'impression des couleurs n'ap- 
partient qu'aux nerfs visuels ; le rôle de la plupart des 
nerfs, autres que ceux qu'on vient de passer en revue, est 
également très distinct. 

lï n'est pas toujours nécessaire que les nerfs dont la 
destination est de percevoir les ébranlemens du monde 
matériel soient actuellement soumis à l'action des agens 
extérieurs pour que des sensations se puissent engendrer 
Jans Tencéphale. Il arrive souvent, môme quand les yeux 



200 LIVIIK V. — DIX-IIL'ITIÈMK SJÈCLË. — CHAI». I. 

sont fermés, dans le sommeil, par exemple, qu'on se flgure 
voir un objet teint de telle couleur, et qu'on est impres- 
sionné avec la même vivacité que s'il était réellement 
soumis à Faction de la vue. 11 suffit pour que cette balla- 
cination puisse avoir lieu que Thomme, en vertu d'une 
mutation intestine de son cerveau, perçoive précisément le 
même genre d'ébranlement que si l'objet en question se 
trouvait sous ses yeux ; or l'observation apprend qu'une 
foule de sensations peuvent être produites par le fait seul 
d'une modification purement encéphalique. 

On comprend sans peine que la faculté que posssède le :• 
cerveau de reproduire les sensations pendant l'absence des }. 
agens qui ont coutume de les faire naître en modifiant d'à- ;r 
bord les nerfs, doit contribuer, lorsqu'elle dépasse certai- j»g 
nés limites, et qu'elle prend un certain caractère de fixité, [;; 
à exciter des maladies fâcheuses; c'est en effet à cette dis- i^ 
position qu'il faut attribuer les plaintes de beaucoup de ^^ 
mélancoliques qui accusent mille et mille souffrances phy- ^| 
siques qui ne paraissent point justifiées par l'état apparent ^ 
de l'organisme. :- 

Certaines sensations déterminées telles que celles de la ^ 
faim, de la soif, paraissent dépendre . pour l'ordinaire, d'une ^ 
modification nerveuse partie de Testomac et transmise an ^ 
cerveau par l' intermédiaire des conducteurs nerveux; le i. 
dégoût, les pointes de la volupté paraissent souvent ausa j 
provenir d'un point primitif éloigné de la têle ; mais il 
n'est pas sûr que les choses se passent toujours de la sorte; 
en rêve on se figure boire des vins exquis, savourer quel- 
quefois des mets appélissans : il est possible que ces sen- 
sations surgissent directement dans le cerveau. 

Les affections morales, dont l'entraînement est quelque- 
fois si impérieux que les préceptes de la religion et de 1$ , 



TIIËOIUËS. 20 i 

sagesse n'en tempèrent pas toujours facilement la violence, 
se lient plus ou moins intimement à la nature des sensa- 
tions et à celle des mouvemens nerveux qui les font naî- 
tre. Les passions ne sont pas moins inexplicables que tous 
les autres efTets attribuables à Fétat de Tin nervation. 

Les effets nerveux consécutifs que soulève le déchaîne- 
ment de certaines passions sont presque innombrables. Le 
bouillonnement de la colère semble parcourir les moindres 
subdivisions de l'arbre nerveux ; que devient dans ce mo- 
ment l'empire de la raison? L'homme en colère, entraîné 
par le vice de ses organes , accomplit bon gré mal gré une 
foule d'actes qu'il ne saurait maîtriser. Vous avez reçu un 
iffront, le sentiment de la vengeance s'est allumé dans 
rotre ame , toutes vos pensées , tous vos désirs , tout ce 
qu'il y a de puissance et d'énergie dans votre cœur ne sont 
pas de trop pour seconder les vues de votre passion ; le 
sacriGce d'un empire, de l'existence, de l'honneur, ne 
coûte rien à l'homme qui brûle de se venger : le père sacri- 
fie ses enfans , toute sa famille pour obéir à la vengeance ; 
c'est pourtant l'idée d'une insulte qui alimente seule une 
pareille tempête. Tournez vos regards du côté de cet 
homme qui paraissait jouir tout à l'heure avec tant de 
calme du charme d'une conversation agréable; le nom de 
son ennemi vient d'ôtre prononcé, à présent le frisson 
parcourt tous ses membres, la colère bouillonne au fond 
de son ame. Ces effets se reproduisent jusque dans le som- 
meil; la même chose arrive aux chiens qui reveut; vous 
savez que ces animaux grondent et aboient quelquefois 
en dormant comme s'ils se trouvaient en présence d'un 
ennemi, etc. 

La terreur, dirait-on, s'insinue jusque dans la moelle 
des os; il semble qu'elle fige le sang; la voix expire sur les 



202 LIVRE V. — • DIX -HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. I. 

lèvres de rhomme qui est sous Tempire de Tépouvante, sa 
respiration est comme étouffée, son cœur palpite avec tu- 
multe , la lipothymie est imminente. Les nausées chez M 
se succèdent sans relâche, Festomac se soulève ; des ren- 
vois, des coliques, des bruits d*entraille$, ajoutent malgré 
lui de nouveaux malaises au malaise de sa position ; Turine 
est sécrétée en abondance \ force nous est de supporter 
tous ces inconvéniens. Vous voyez que Torganisme est 
souvent le siège de mouvemens inexplicables, que de nom- 
breuses lésions fonctionnelles peuvent se manifester sous 
le concours de telles influences. ' 

Vous comptez sur l'énergie de votre caractère ; on voos ■ 
apprend une nouvelle fatale. Apparemment que vous allez ? 
déployer toute la force de votre ame stoïque. Voulez-vous, ? 
ne voulez-vous pas? Des larmes sillonnent vos joues, et f 
déjà l'affliction est peinte sur les traits de votre figure. J 
Toutes les fois que le système nerveux sera ainsi affecté i 
par de violentes commotions , elles se refléteront sur la S 
physionomie , et y imprimeront un cachet auquel il sera ! 
impossible qu'on se méprenne. L'expression de figure i 
de ceux qui fuient devant Fennemî suflit pour entrât" ; 
ner dans la déroute commune le brave qu'elle frappe, qui 
a donné mille preuves de courage, qui a mille et mille fois 
bravé le danger et la mort. . . Chaque passion a sa mimi- 
que propre ; la colère et la rage font bondir le cœur, dres- 
ser les cheveux ; ce n'est pas là tout ; dans les cas de ce 
genre, la face devient turgescente, les sphincters se relâ- 
chent, les yeux, les muscles des joues se contractent d'une 
manière effrayante..,. Une sueur glacée succède à l'épou- 
vante, les déjections s'échappent involontairement sur le 
poltron qui tremble... Quelques hypocondriaques rendent 
quelquefois en vingt-quatre heures des quantités énormes 



THÉORIES. M3 

d*arine ; îl n*est pas jusqu'aux canaux circulatoires, jus^ 
qu'aux viscères qui ne puissent ressentir l'influence de 
pareilles secousses , etc. . . La sécrétion du mucus intesti- 
nal, de la bile , de la sueur, l'excrétion de toutes ces ma- 
tières, etc., peuvent aussi être modifiées par la tourmente 
des passions. 

Ne changent-elles pas jusqu'à la teinte des tégumens? 
la honte fait monter le rouge aux pommettes. Les joues 
fAmarillis , en se teignant de rose, indiquent que la pu- 
reté de son ame ne le cède point à la beauté de ses formes. 
L'enfant rougit , dit Socrate , c'est une marque qu'il con- 
lerve sa pudeur... On objecterait sans fondement que ces 
•envois des eflTets nerveux n'ont lieu qu'autant qu'ils s'a- 
h*essent à des organes placés sous l'empire de la volonté. 
ïe sait-on pas qu'il suffit quelquefois d'une parole désobli- 
geante qui nous est adressée pour exciter la suffocation , 
)onr faire battre tumultueusement le cœur, et que la pa- 
ralysie de cet organe et la mort sont quelquefois la consé- 
]uence d'une simple mais subite et violente affection 
morale? Donc, si leur empire s'étend jusque sur les fonc- 
dons organiques , on peut dire qu'il s'étend sur l'existence 
tout entière. 

L'effet des passions ne se fait pas seulement sentir pen- 
dant le sommeil et pendant rexercicc de la veille , il s'ob- 
serve jusque pendant le délire, comme le prouvent le rire 
et les pleurs de beaucoup de malades. 

On démontre sans peine que le sîége des idées, des sen- 
timens, des sensations, le point de départ de l'incitation est 
dans l'encéphale. Nous avons fait remarquer déjà qu'une 
sensation peut se réveiller en nous alors même que le nerf 
qui l'avait primitivement fait naître est détruit depuis un 
grand nombre d'années ; mais cet effet ne peut avoir lieu 



208 LIVRE V. — DIX-HCITIÊME SIÈCLE. — CHAP. I. 

naître les modes dMnfluence que la perversion de la sensi- ^ ^ 
bîlité physique est susceptible d'exercer sur les conditions 
des facultés morales et intellectuelles. Il faut dire pour- 
tant que la plupart de ces auteurs se sont montrés bien 
plus jaloux d'indiquer fidèlement les signes locaux de Thy- 
pocondrie, et d'expliquer le mécanisme probable des ac- 
cidens spasmodiques dont se plaignent les hypocondria- 
ques, que d'approfondir le véritable état des centres 
encéphaliques et des facultés psychiques sur ces singnlien 
malades. Kloekof, Flemyng et Schacht, ont cependant 
tourné leurs vues de ce côté. Ainsi, Flemyng place dans 
l'encéphale le point de départ des accidens qui caracté- 
risent l'hystérie et l'hypocondrie, et c'est, dît-il, parce que 
les fibres cérébrales sont, ainsi que les filamens des nerfs, 
dans un état particulier de relâchement et d'atonie, et 
parce que le suc nerveux est devenu trop aqueux, que les 
fonctions digestives des hypocondriaques subissent des dé- 
rangemens inquiétans et que le chyle, le sang, toutes les 
humeurs principales se trouvent bientôt plus ou moins 
complètement viciés. Mais rien de pareil ne serait arri?é 
si le cerveau ne se fût pas le premier éloigné de l'état 
normal (1). 

Kloekof pense aussi, lui, que le cerveau est le premier 
affecté dans l'hyponcondrie. Il attribue à un excès ou à 
un défaut d'irritabilité du tissu cérébral la vivacité des 
impressions, le défaut d'application , la paresse du juge- 
ment, la teinte de l'imagination, les absences de mémoire 
qui se remarquent particulièrement sur les hypocondria- 
ques; et il rattache les variations que subit elle-roéme 
l'irritabilité à une augmentation ou à une diminution de 

(1) Flemyng, né>Topanne, elc, in-8®, 1738 



THÉORIES. 205 

par rébranlement sensitif qui a réagi par rincitation sur 
les muscles locomoteurs ; donc , dans les cas analogues , 
Timpression provenant du monde corporel engendre la 
8»sation ou Vidée , et les autres phénomènes sont consé- 
eatifs. 

Qaand on cherche à préciser le siège de la sensation et 
le point de départ de Tincitation , dans le cerveau , on est 
éanc conduit, parle raisonnement, à admettre que ce siège 
toît être là où se trouve la réunion des extrémités céré- 
brales de tous les filets nerveux sensoriels et de tous les 
llets nerveux propres à exciter le mouvement. On est 
conduit à admettre aussi qu'il est placé au point d*union 
le la substance blanche et de la substance grise, car c'est 
le ce lieu que les filamens nerveux semblent tous émaner. 
Peut-être la sensation, l'idée, l'incitation s'engendrent-elles 
Aans un même canevas; car souvent une même lésion 
porte en même temps atteinte à la sensibilité, à l'intelli-* 
gence et à la faculté locomotrice. 

Ce siège ne doit pas laisser d'avoir une certaine étendue; 
car les extrémités encéphaliques des filamens sensoriels 
on locomoteurs se doivent compter par millions de mil- 
Uons ; or, comme le lieu où résident la sensation , l'idée , 
rincitation doit être en rapport avec chacune de ces ex- 
trémités, bien qu'il ne soit pas possible de déterminer 
Tespace nécessaire à leur placement, on juge très bien que 
cet espace ne mérite nullement le nom de point. Wepfer, en 
cherchant à déterminer expérimentalement , sur des ani- 
maux vivans, le siège de ce sensorium, est parvenu à dé- 
truire la plus grande partie de la substance grise encépha- 
Bqne sans exciter aucun phénomène remarquable ; mais à 
peine eut-il atteint l'origine de la moelle, qu'il vit éclater 
de violentes convulsions. L'expérimentation a constamment 



206 LIVRE V. — I)l\-IiUlTIKIIE SIÈCLE. — ClIAP. I. 

reproduit les mûmes résultais... 11 semblerait donc, d'a- 
près cela , que le siège du sensorium n'est pas éloigné de 
cet endroit. 

Au demeurant» ce sensorium, ce lieu où Timpression de* 
vient pensée et où la pensée devient mouvement, constitue 
Tessencc de Tbomme, non pas seulement considéré comme 
être pensant ou comme être agissant, mais considéré 
à la fois comme agissant et pensant. 

Nos sensations et nos mouvemens sont peut-être passir 
blés de subir autant de variations qu'il y a de filamens ner« ^ 
veux différeus implantés dans le sensorium, et susceptibles ^ 
d'élre mis en action ; ou mieux, autant de variations que ^ 
chacun de ces petits filets peut être modifié de manièrei ^ 
différentes par Faction des agens corporels susceptibles de .^ 
riufluencer ; car il est à croire que chaque filament ne^ n^ 
yeux est chargé dans Torgauisme d'un rôle propre. Il suf- ^ 
fit, pour ne pas élever de doute à cet égard, de réflécbir ^ 
au mécanisme qui est nécessaire pour que Tœil saisisse à ^ 
la fois et sans confusion toutes les teintes, toutes les qoa- ^ 
lités d'un objet qui le frappe; pour que l'oreille perçoire jj. 
en même temps, dans un concert, les vibrations d'une mul- ^ 
titude de cordes, pour que le chanteur accomplisse avec sa ^ 
trachée, ses bronches, son larynx, son pharynx, sa langue, ^ 
ses lèvres, ses joues, etc. , les mouvemens fibrillaires né- ^ 
cessaires à l'exécution de tel ou tel chaut. Les choses n'au- |^ 
raient pas lieu de la sorte si chaque fibrille nerveuse n'a- ^ 
vait pas à remplir une tâche distincte. Ainsi l'induction ^ 
nous conduit à conclure que le filament nerveux reste le r^ 
même, depuis sa séparation du cerveau jusqu'à sa termi- ^ 
naison à la périphérie du corps,et qu'autant il y a de points 
d'implantation divers dans le sensorium, autant il doit 
3'en trouver au lieu de terminaison, vers la circonférence "" 



THEORIES. 207 

du système. Dieu a eu besoin de toute sa sagesse pour 
combiner un tel instrument ; mais à combien de déran- 
gemens un appareil aussi fragile ne doit-il pas être ex- 
posé! 

Rendons justice au savant médecin qui a su tirer aussi 
habilement parti de Fobservation et du raisonnement» pour 
parvenir à Texplication des phénomènes les plus compli- 
qués de la physiologie. En ajoutant à tout ce qui précède 
ee que Boerhaave ne manque pas d'ajouter encore sur le 
croisement des effets nerveux, sur les conséquences qui en 
découlent, pour rétablissement complet de la théorie des 
sensations et des mouvemens, ce qu'il dit du mode d'ac- 
complissement présumable des phénomènes intellectuels, 
des phénomènes moraux, des actes rapportés à la mémoire, 
à la puissance de Fimagination, du mode possible de leur 
enchaînement mutuel, de leurs perturbations, ce qu'il dit 
du renvoi des difiérens efTets nerveux des membres et des 
viscères sur l'encéphale, du cerveau vers les cavités splanch- 
niques, ou les agens locomoteurs, des différentes por- 
tions du cerveau entr' elles, on s'aperçoit avec satisfaction 
qu^on possède un point de départ solide pour procéder 
avec fruit à l'analyse des phénomènes de la folie et de ses 
innombrables complications (1). 

Flemyng, Schacbt, Gorler, Perry, Fracassini, Hunauld, 
Kloekof , Raulin » poursuivent avec ardeur la description 
des phénomènes morbides propres à l'hypocondrie et à 
l'hystérie. Les travaux de ces pathologistes, riches d'ob- 
servations pratiques, se recommandent à l'attention des 
Qanigraphes, qui sont particulièrement intéressés à con- 

(1) Her. Boerhaave, opère cilaio. Lisez surtout De moi bis ipsius sensorii 
eanununiSf de morhis ex imaglnatione^ de animi affectihus et morbis ex Us 
natis, de scnsorio communi affecta per venena^ etc., t. X 



212 LIVRE V. -*- blX-milTIÈME SIÈCLE. — CHAP. t. 

et Schacht étaient conduits par la nature de leurs idées 
théoriques à chercher à substituer au contraire le strictum 
au laxum , et c'est précisément à Tusage des médicamens 
toniques et fortîfians qu'ils accordaient toute leur conflance. 
On peut donc dire avec vérité que les théories, alors même 
qu'elles ne reposent que sur de pures hypothèses , exer- 
cent presque toujours une certaine influence sur notre 
thérapeutique (1). 

Morgagni ne s'est occupé que très accessoirement de 
Tétude désaffections mentales; c'est surtoutdans lesliTresde 
Willis, dans les conversations de Yalsalva qu'il a puisé poar 
acquérir quelques notions très incomplètes sur les mode* 
d'expression les plus ordinaires de la folie. 11 ne s'arrête 
presque pas sur les causes de raliénati'on mentale, sur la 
filiation de ses principaux phénomènes; cependant, enfal^ 
sant sentir de nouveau la nécessité de chercher à rattacher 
les lésions de l'entendement à des lésions de l'appareil ne^ 
veux; en donnant de nouveau l'exemple de la manière 
dont on doit procéder à la recherche, à la description des 
altérations existant dans Tencéphale, dans les dilféreiis 
viscères des maniaques, des mélancoliques, des hydropho- 
bes; en comparant ce qu'il avait été à même de remarqua 
dans ses propres dissections avec les faits d'anatomie con- 
signés dans les observations de Baglivi, de Wepfer, de 
Geoffroy, de Littre, etc. ; en faisant des efforts de raisoiH 
nement pour établir la nullité d'influence ou rinfluence 
probable des altérations jusque-là observées dans le cor- 
veau des fous sur la manifestation des troubles fonctiod- 
nels , Morgagni , cela est évident , devait entraîner dans la 
direction qu'il avait si glorieusement suivie les nombreuses 
générations qui viendraient après lui. 

(1) Pomnio, Traité des affections vaporeuses, etc., in-l", tViil. de 17S2. 



Tn£oRiEâ. 20Ô 

Dnsistancc du tîssu nerveux encéphalique. Maïs le défaut 
e cohésion de ce tissu lui paraît surtout jouer le princi- 
al rôle lorsque le jugement s'exerce avec lenteur, que 
."S conceptions languissent, que tous les actes intellec- 
lels tendent à raffaiblissement. II enseigne aussi que 
engorgement des filets nerveux encéphaliques et des fi- 
imens propres aux nerfs est souvent la conséquence de 
înr état de mollesse et d'alonie, que cet engorgement fait 
u'ils perdent sur les hypocondriaques la faculté de sti- 
mler convenablement les tissus éloignés qui leur sont re- 
evables de la contractilité , de Tirritabilité et de la sen- 
ibilité , et que les obstructions viscérales si fréquentes 
ans rbypocondriacisme ne proviennent le plus souvent 
ae de Fatonie de Tinnervation. La manière de voir de 
Joekof diffère à peine de celle de Flcmyng; elle n'est ap- 
uyée non plus sur aucune preuve anatomique directe ; 
nais elle ne doit pas être accueillie avec indifférence, 
«rce qu'elle montre comment on peut être rationnelle- 
rient conduit à considérer d'abord l'hypocondrie comme 
ine affection cérébrale idiopathique, tandis qu'on enseigne 
issez généralement que les lésions viscérales et les phé- 
oomènes splanchniques des hypocondriaques sont réelle- 
ment primitifs , et que ce sont leurs souffrances morales 
qnî doivent être reléguées au rang des accidcns secondai- 
res (1). 

Scbacht nomme mélancolie nerveuse , mélancolie hys- 
térique , mélancolie sans matière humorale , celle qui dé- 
pend d'une modification directe du tissu encéphalique; 
sans exclure absolument dans ce cas la possibilité d'un 
état de raideur des fibres cérébrales et nerveuses , il est 

(I) G. AU). Klockof, De morbis àrAml, rlc, (Hsscrtatio, in-8*», 1758. 
TosB II. H 



114 LIVRE V. — BIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. I. 

pour ces malades soit de la violence , soit du défaut de sur- 
veillance; il cite l'exemple de Valsava, qui n'omettait ja- 
mais de prendre toutes les précautions pour que les fré- 
nétiques et les maniaques fussent traités avec douceur, 
pour que les serviteurs et les gardiens n'employassent ja- 
mais des liens trop rudes pour les contenir ; enfin il aflinne 
que plusieurs d'entre eux ont été rendus à un calme pa^ 
fait par le seul usage des boissons émulsives et d'une do» 
modérée de sirop de pavot. Au demeurant, on possède 
maintenant un ouvrage où les aliénations mentales se trou- 
vent placées, comme toutes les autres altérations fooction- 
nelles, sur la ligne des simples dérangemens de l'orga- 
nisme (1). 

Les recherches de Morgagni sur Tépilepsie, sur te 
convulsions hystériques , sur les convulsions des enfans, 
sont du plus haut intérêt ; il ne faut posséder que des con- 
naissances médicales très ordinaires pour diagnostiquer 
sans difficulté maintenant les différentes lésions des fon^ 
tiens intellectuelles, fussent-elles compliquées de symp- 
tômes accessoires tout à fait insolites (2), 

Boîssier de Sauvages vient d'accomplir une tâche dont 
l'importance ne saurait être contestée , et qui annonce de 
la part de cet auteur un vif désir de hâter l'avancement 
de la pathologie. Sauvages a eu l'idée de réunir, et a effec- 
tivement rapproché dans des cadres systématiques faciles 
à consulter, tous les groupes de symptômes qui lui ont 
semblé devoir constituer des espèces morbides parUcu^ 
lières , en fondant ses distinctions de classes , d'ordres , de 
genres, d'espèces sur la prédominance d'autant de phé^ 

(1) J.-B. Morgagdi, De scdibus et causis morborum^ ele.| 'vàA^$ 1700. Uk 
très 8, 45; 59. 

(2) Ibidem, Lettres 9, 30, 40, 49, 50, 1, 2, etc. 



/ 



hypocondriaques ; et comme cette matière s*attache tantôt 
i une place , tantôt à l'autre, il est impossible de calculer 
jusqu'où peut aller la variation des symptômes hypocon- 
driaques. Les accidens les plus divers peuvent aussi trou« 
\Aer rharmonie des fonctions encéphaliques sur les sujets 
aflectés d'hypocondrie; il suffit, pour que cela ait lieu , 
que rhumeur peccante s'infiltre dans les centres nerveux 
intra-crâniens (1). 

Tout compte fait , Thumorisme perd du terrain , et les 
écrivains qui cultivent l'étude des maladies nerveuses com^ 
mencent à prendre en considération l'état des solides et à 
sentir que les modifications de structure doivent entraîner 
dans l'appareil de l'innervation des inconvéniens non moins 
graves et nou moins fréquens que l'altération des humeurs 
et des sucs réparateurs. 

Pierre Pomme , dont l'ouvrage sur les aflections vapo^ 
reoses a presque toujours été cité avec éloge depuis 1763, 
époque de sa première publication, loin de croire que l'hys- 
térie et l'hypocondrie dépendent du défaut de consistance 
de la fibre nerveuse , soutient que les symptômes qui ca- 
ractérisent ces deux maladies proviennent du racornisse- 
ment spasmodique , d'une sorte d'éréthisme des filamens 
nerveux, et que cette espèce de ratatinement se propage 
an tissu des viscères ; ce qui explique la fréquence des cut 
gorgemens dans les afiections mélancoliques. La médication 
de Ppnune se fonde sur la nécessité de substituer, dans les 
jperfs, le laœum au strictum^ et le succès donne souvent 
raison, sinon à sa théorie, du moins à l'emploi des muci*^ 
lagineux et des délayans qu'il met presque constamment 
çù usage. Tout solidistes qu'ils étaient, Flemyng, Kloekof 

(1) J. Gorler, Praspis médical, etc. 



iî LIVRE V. — blX-IlUITlÈME SIÈCLE. — CUAP. I. 

pour CCS malades soit do la violence , soit du déraut de sar- 
voillance; il cite l'exemple de Valsava, qui n'omettait ja- 
mais de prendre tontes les précautions pour que les fré- 
nétiques et les maniaques fussent traités avec douceur, 
pour que les serviteurs et les gardiens n'employassent ja- 
mais des liens trop rudes pour les contenir ; enfin il affirme 
que plusieurs d'entre eux ont été rendus à un calme par* 
fait par le seul usage des boissons éniulsives et d'une dose 
modérée de sirop de pavot. Au demeurant, on possède 
maintenant un ouvrage où les aliénations mentales se troa- 
yent placées, comme toutes les autres altérations fonctioiH 
nelles, sur la ligne des simples dérangemens de l'orga- 
nisme (1). 

Les recherches de Morgagni sur l'épllepsie, sur \îs 
convulsions hystériques , sur les convulsions des enfans, 
sont du plus haut intérêt ; il ne faut posséder que des con- 
naissances médicales très ordinaires pour diagnostiquer 
sans difficulté maintenant les différentes lésions des fon^ 
lions intellectuelles, fussent-elles compliquées de symp- 
tômes accessoires tout à fait insolites (2). 

Boîssier de Sauvages vient d'accomplir une tâche dont 
l'importance ne saurait être contestée , et qui annonce de 
la part de cet auteur un vif désir de hâter l'avancement 
de la pathologie. Sauvages a eu l'idée de réunir, et a effec** 
tivemcnt rapproché dans des cadres systématiques faciles 
à consulter, tous les groupes de Symptômes qui lui ont 
semblé devoir constituer des espèces morbides parlicu-^ 
Hères, en fondant ses distinctions de classes, d'ordres, de 
genres, d'espèces sur la prédominance d'autant de phé* 

(1) J.-B. Morgagdi, Descdibus et causis morhorum^ elc.^ UiA''% 1766. Let^ 
très 8, 45; 59. 

(2) Ibidem, Lettres 9, 30; 40, 49, 50; 1, 2; etc. 



THÉORIES. 215 

nomènes fonctionnels caractéristiques , principaux ou se- 
condaires. L'œuvre du professeur de Montpellier est enta- 
chée de nombreuses imperfections ; elle offre surtout l'in- 
convénient de reproduire plusieurs fois la même chose 
sous des noms différens ; niais , au demeurant , on doit fer- 
mer les yeux sur ces défauts , parce qu'au moins on est 
presque sûr de trouver inventoriés dans ce vaste catalogue 
tous les désordres fonctionnels qui ont coutume d'affectetf 
Forganisme, et que^ jusque là, les hommes voués à la 
pratique de la médecine n'avaient jamais eu à leur dispo- 
sition un manuel de pathologie aussi bien conçu et aussi 
riche en détails. Le parti que Sauvages a su tirer des ma- 
tériaux qui sont du ressort de la pathologie mentale, el 
qu'il a dû rassembler avec assez de difficulté, iatteste, 
comme on va le voir, toute la pénétration d'esprit de cet 
habile nosographe. 

Sauvages considère l'homme comme un être ihixte, 
comme un composé d'esprit et de matière, c'est-à-dire 
comme une espèce intelligente qui est mise et se peut met- 
tre en rapport soit avec l'ensemble de ses organes corpo- 
rels, soit avec le monde extérieur, par le secours et l'in- 
termédiaire de l'appareil nerveux. Les sensations, les 
jagemens, les affections, les actes de la volonté prennent 
naissance dans Tame à l'occasion de certains mouvemens 
déterminés des centres nerveux encéphaliques, et c'est 
Tame qui réagit sur ces mêmes centres et sur les rayons 
^î en dépendent pour leur transmettre ses incitations* 
Dans l'état de santé , tout ce concours d'opérations com- 
. pKquées s'effectue sans trop de désaccord; mais dans 
rétat de folie , le dérangement des agens de l'innervation 
ne permet plus à l'ame de recevoir d'une manière conve- 
nable les ébranlemens matériels qui* lui sont nécessaires 



216 LIVRE Y. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. I. 

pour rormer régulièrement ses sensations; les ébranlemeus 
qui lui sont nécessaires pour rappeler bonvenablement ses 
souvenirs, pour former des jugemens sains, pour faire 
exécuter convenablement ses déterminations bien ou mal 
calculées. 11 résulte de cet inconvénient que le désordre 
s'introduit dans les fonctions sensitives et intellectuelles, 
dans les instrumens destinés à répondre aux volitions , et 
que rbomme spirituel se trouve pour plus ou moins de 
temps comme asservi à Fempire des organes destinés à 
son service. On ne peut qu'applaudir à une manière de 
pbilosopber aussi sage et aussi orthodoxe ; mais il importe 
de noter aussi que, même d'après la manière de voir des 
pins rigides animistes, toujours les désordres fonctionnels, 
sensitils et intellectuels doivent avoir, comme ceux des v(h 
litions , une fois au moins qu'ils sont apercevables à l'ex- - 
térieur, leur représentation matérielle dans l'encéphale. . 
En conséquence donc, les médecins animistes qui , appa- ^ 
remment , n'ont pas moins à cœur que les autres de déli- \ 
vrer promptement l'ame des aliénés de l'état pénible d'as- ' 
servissemcnt oii elle se trouve engagée , et qui jugent qu'il 
n'est pas indifférent, pour en mieux venir à bout, d'ac- 
quérir des données plus ou moins positives sur la nature ^ 
des lésions qui affectent le système nerveux des fous, 
ne manqueront pas d'applaudir à l'empressement que 
beaucoup de personnes sont disposées à mettre dans leurs 
recherches d'anatomie pathologique. Sans montrer un 
goût décidé pour ce genre de recherches. Sauvages en ap- 
précie si bien l'utilité, qu'il n'hésite pas, dans une foule 
de circonstances , à attribuer le vice observé dans les fonc- 
tions de l'ame à l'accumulation de la sérosité dans le cer- 
veau , à la rigidité, à la sécheresse des fibres de cet organe, 
enfin à une altération constatée de son tissu. Il est donc 



TUEORIES. 217 

Jbfcn cerlaiu que Sauvages n*a point repoussé les secoui*s 
de Fanatomie, alors même que son atteutiou était surtout 
portée du côté de Famé ; et en agissant autrement , il au- 
rait encouru le reproche d'avoir obéi à des vues rétrogra- 
des» reproche qu'on ne saurait justement lui adresser. 

Ck)uuiient le nosographe de Montpellier va-t-il procéder 
à la classification des maladies de Famé? Ces maladies, dit- 
il, sont constituées par des lésions des sensations, par des 
lésions des inclinations, par des lésions de Fentcndement; 
donc on peut les distribuer en trois ordres. 

Dans le premier ordre, Sauvages réunit sous le titre 
A' /iollucinalions des maladies qui ont pour causes certai- 
nes lésions des appareils sensitifs, et pour symptômes des 
crreui*s de Fimagination. Dans ce groupe doivent se ranger 
comme autant de types de genres : le vertige, la berlue, 
la diplopie, le tiutoin, Fhypocondrie, le somnambulisme. 

Dans le second ordre, celui des bizarreries^ qui est ca- 
ractérisé par la prédominance de certains penchans ou de 
certaines répulsions morbides de Famé, Sauvages institue 
des genres qui portent le nom de pica, de boulimie, de 
polydipsie. Les antipathies, la nostalgie, la panophobie, le 
satyriasis, la nymphomanie, le tarentisme, ou choréomanie, 
enfin Fhydrophobie achèvent de remplir son cadre. 

Dans le troisième ordre, celui des vrais délires, se trou- 
vent les affections attribuées à Fencéphale et à Fentcnde-- 
DienL Cette troisième coupure embrasse le genre para- 
phrosynie ou transport aigu de Famé, les genres mélancolie, 
démence, manie et démonomanie. 

Sauvages place dans une coupure accessoire la perte de 
la mémoire et celle du sommeil. 

Sans être positivement plus dérectueuse que telle ou 
telle autre^ que Fon pourrait proposer, cette combinaison 



2i8 LIVRE V. — DIX-UDITIÂMR SIÈCLE. — CUAP. I. 

semble destinée à prouver la presqu'impossibilité d'établir 
une classification satisfïlisantc des maladies psychiques. 
On sent tout de suite combien il est difficile qu'une maladie 
reste longtemps constituée par un symptôme isolé, on 
qu'un symptôme, assez prédominant d'abord pour attirera 
lui tout seul l'attention, conserve longtemps le degré d'im- 
porlance qu'il avait semblé présenter dans le principe. 11 
devra donc arriver presque nécessairement que telles ou 
telles maladies attribuées à l'amc, telles que rbypocondrie, 
la nostalgie, la choréomanie, la nymphomanie, le satyria- 
sis qu'on s'était cru fondé, dans un premier aperçu, à 
placer dans la catégorie des hallucinations ou des penchans 
maladifs, sembleront, après qu'on aura réfléchi à l'ensemble 
de leurs symptômes, devoir être placées avec plus de fon- 
dement dans l'ordre des délires. Mais il sera toujours loi- 
sible à la critique de s'exercer avec plus ou moins de rai- 
son sur les classemens établis pour introduire un certain 
ordre dans nos connaissances. Finalement Sauvages est 
rarement en désaccord avec les conventions qui marquent 
le point d'où il est parti pour établir ses divisions systéma- 
tiques. 

Les sensations maladives , et la perversion des inclina- 
tions, jouant un rôle incessant dans la production des faux 
raisonnemens et dans l'envahissement du délire , l'idée de 
commencer l'étude des folies par les hallucinations et par 
les bizarreries, comme les appelle Sauvages, était certai- 
nement une idée féconde en résultats. Sauvages n'avait 
pas été sans remarquer, il le répète plusieurs fois dans dif- 
férons passages de son ouvrage, que souvent la source des 
hallucinations , des appétits vicieux était purement céré- 
brale, qu'il arrive à chaque minute aux hallucinés de pren- 
dre l'ombre des sensations anciennes pour des- sensations 



THÉORIES. ' m^ 

actuelles. Eh bien , le nosographe de Montpellier n* avait 
qu'à mettre cette observation à profit, qu'à mettre en re^ 
lief les sensations qui s'engendrent spontanément dans le 
Cerveau de ces malades, qui se rapportent à la vue, à l'ouïe, 
au toucher, au goût, à l'odorat, qu'à les poursuivre dans 
leurs combinaisons mutuelles , qu'à constater que ce ne 
sont pas seulement des sensations simples et isolées que 
perçoivent les hallucinés, mais des idées toutes faites, 
toutes combinées, des conversations longues et soutenues, 
et il reculait certainement les limites de la pathologie 
mentale. Malheureusement l'idée que le délire seul avait le 
droit de domicile dans l'encéphale , et que le point de dé- 
part des hallucinations avait lieu , le plus ordinairement , 
par le fait, dans l'extrémité périphérique des appareils sen- 
sitife, est venue remplacer, dans l'esprit de Sauvages, un 
premier aperçu important , et il a consacré son temps à 
définir les causes présumées du tintoin, de la berlue et 
d'autres semblables affections qui sont presque toujours 
étrangères à la production des véritables folies. Cet écart de la 
véritable voie qui s'offrait à Sauvages ne sera cependant pas 
tout à fait sans résultats pour la science ; il forcera les patho- 
li^stes à arrêter leur attention sur les causes des sensations 
erronées dont l'origine est étrangère au cerveau , et qui 
supposent l'influence actuelle d'un agent réel sur les expan- 
sions des nerfs préposés à la transmission des impressions 
jusqu'à l'encéphale. Sauvages a fait des efforts qu'on ne 
peut trop louer pour expliquer le mécanisme des sensations 
illusoîres tenant à un vice local de l'œil ; il a bien vu que 
dans l'hypocondrie le cerveau était influencé dans son 
mode de sentir par l'état des nerfs éloignés ; mais il a corn- 
plétemetit négligé de parler des fausses sensations qui pa- 
taissent tenir à l'état Vicieux du cerveuu, et dont on trouve 



220 LIVRE V. — DlX-UL'lïlÈilE SIÈCLE. — CIïAP. I. 

des exemples sur les individus qui prouncDt le siillemonl 
de l'air pour des voix articulées, la tête d'un homme poor 
la tête d'un cheval, un chien pour un cochon ; le tanps 
devait seul apprendre à distinguer convenablement ces 
singulières erreurs de jugement. 

En établissant un ordre fondé sur la prédominance dei 
peuchans et des antipathies , Sauvages ne pouvait guère 
manquer d'inspirer aux médecins l'idée d'étudier à bnA 
tous les phénomènes de la folie impulsive. En faisant en- 
trer dans celte subdivision des vésanies, des affections telles 
que la boulimie, le satyriasis, la nymphomanie, il leur in- 
diquait d'une manière positive que les folies impulsives se 
rattachaient plus ou moins fréquemment à une lésion vis- 
cérale éloignée de nature spéciale, et qu'il n'était pas sans 
importance, pour les malades, et pour les médecins dési- 
reux de s'instruire, de toujours avoir cette dernière vérité 
en vue. La portée de celte remarque est si bien appréciée 
par Sauvages , qu'il dit quelque part que c'est parce que 
les sensations qui accompagnent la boulimie, le satyriasis, 
la nymphomanie, se compliquent constamment d'un mou- 
vement de l'ame plus ou moins comparable à la passion, 
qu'il a cru devoir séparer ces affections d'avec ses balluci- 
nalions. De pareilles réQexions supposent des connaissances 
physiologiques toutes spéciales et d'un ordre véritablement 
élevé. On ne s'attend pas d'abord à trouver dans une sorte 
de manuel des observations aussi judicieuses et aussi so- 
lides. 

L'ordre des vrais délires est peut-être celui de tous où 
Sauvages a le plus obéi à l'esprit d'imilation, ou du moins 
c'est celui où les caractères génériques lui ont coûté le moins 
de peine à établir. 11 appelle démence un délire apyrétique 
général , continu , exempt d'excitation ; manie , un délire 



TnéoRiES. 22 i 

àpyrétîque continu, général, compliqué de fureur; mélan- 
colie, un délire apyrétîque calme, partiel, qui s'exerce de 
préférence sur un sujet triste ; démonomanie , un délire 
mélancolique qui est attribué à une influence diabolique ; 
paraphrosynie , un transport éphémère et transitoire qui 
est le plus souvent occasionné par l'ingestion d'une sub- 
stance vénéneuse dans l'organisme. Telle était à peu près 
la classification des aliénations mentales établie jusque là 
par les manigraphes. Examinons à présent s'il y avait 
quelque avantage à instituer un aussi grand nombre d'es- 
pèces morbides que Ta cru devoir faire Sauvages. 

Il est quelquefois nécessaire de fixer d'une manière 
particulière Tattention des médecins sur la présence de 
certains phénomènes fonctionnels qtii se trouvent mêlés 
comme par hasard aux symptômes dont le groupe repré- 
sente habituellement une espèce morbide ; c'est ainsi qu'il 
est très important de signaler l'embarras de la prononcia- 
tion venant compliquer tout à coup la manie ou la mélan-> 
colîe. On peut, à la rigueur, dans des cas pareils, adapter 
au nom générique un mot qui fera ressortir l'existence de 
ce phénomène accidentel, et, en procédant de la sorte, 
ériger, en espèce, par exemple , la manie ou la mélancolie 
avec paralysie. Mais on tombera dans la superfétation si on 
saisit le symptôme accidentel le plus insignifiant pour fon- 
der des espèces à l'infini. La plupart des espèces distin- 
guées par Sauvages ne méritent pas d'être mentionnées 
dans un ouvrage sérieux. 

On note, du reste, dans la Nosologie de Sauvages, beau- 
coup de faits d'observation pratique tels que ceux qu'on 
Ta rapporter. Souvent la panophobie nocturne^ qui se re- 
marque sur les enfans , est occasionnée par la présence des 
vers qui remontent de la partie déclive du canal alimen» 



222 UVRE V. — DlX-miTlfeME SIKGLE. — CnAP. î. 

taire vers l'œsophage. Les femmes hystériques acquièrent 
souvent une impressiouDabilité uerveuse telle que le moin- 
dre bruit les fait tressaillir, leur cause des battemeQS de 
cœur tumultueux, des frayeurs et des lipothymies* I4 : 
vue d'une araignée, d'une chauve-souris, d'un insecte dé- 
goûtant , sufQt pour renouveler le dérèglement de leon ■. 
émotions. La même chose survient quelquefois daiis l'hy? ^ 
drophobie contagieuse ; les hydrophobes sont saisis de te^ i 
reur à la vue des personnes qui entrent dans leur appar-, h 
tement; l'éclat de la lumière, l'impression causée par ^ 
l'aspect imprévu d'un objet vulgaire, le mouvementée < 
l'air réveillent chez eux de nouveaux accès d'épouvante. 
Le salyriasis peut compliquer ce terrible état 

La nymphomanie tourmente souvent les filles les p|p9 - 
pures, les vierges vouées aux pratiques de la dévotioif li _, 
plus exemplaire. En vain, elles cherchent à étouffer le fea 
qui s'allume dans leurs sens, et que la vue d'un confesf- : 
seur infirme et repoussant suffit quelquefois pour porter : 
à un degré d'exacerbation humiliant : l'insomnie, le cba- i 
grin, l'amaigrissement, des remords incessans, le désefr- ^ 
poir, le suicide , des élans furieux peuvent aggraver cet{e '] 
espèce de déluré. On peut se laisser aller à penser qu'dlei ^ 
feignent la manie ou la possession diabolique pour sortir 
des cloîtres oii elles sont enfermées. Le cynisme des pro- 
pos et des actions peut être poussé à un degré révoltant; 
certaines filles nymphomanes, après avoir vomi les paroles 
les plus obscènes, se portent sur ceux qui les contiennent 
à des voies de fait qui les rendent dangereuses. On n tu 
le travail de la conception calmer tout ce désordre des 
penchans amoureux et suffire pour rétablir l'empire de I9 
raison. 

La mélancolie dansante, la furçur de la danse, a été ob* 



THÉORIES. ^23 

servéc dans plusieurs pays. Les jeunes filles y sont clispp. 
sées à certaines époques de Tannée, dans plus d'une con- 
trée, notamment dans les montagnes des Céyennes. Lq 
musomanie ou le désir insensé de percevoir les accens de 
la musique constitue aussi un état maladif ; les habita^is 
d'Abdère, qui se prirent, à certaine époque, à déclamer 
publiquement, qui abandonnaient leurs occupations pour 
danser en chantant tous à la fois , étaient atteints de la 
muso-choréomapie. L'élan insurmontable qui pousse par- 
fois les habitons des campagnes de la Fouille à danser 
jour et nuit, et qu'on dit provenir de l'inoculation d'ufl 
venin» de l'hunieur de la tarentule surtout, tient de 1^ 
nature de cette même affection nerveuse. La muso-çho- 
réomanie est fréquemment contagieuse^ et elle a été re- 
marquée jusque sous les climats d'Afrique, 

Parmi les délires éphémères qui constituent les para- 
pbrosynies , on doit s'attacher à définir ceux qui peuvent 
être causés par Tintroduction de certains agens toxiquesi 
dans l'organisme vivant: les liquides de nature alcoolique,^ 
le principe narcotique des datura, de la jusquiîime, de I9, 
belladone, de la conîe maculée » de la ciguë vireuse, les 
substances opiacées introduits dans l'estomac, ont pour 
effet de susciter presqu'aussilôt une sorte de folie, un dé- 
Ure éphémère qui peut épuiser le principe de la vie, Le. 
vin, préparé î^vec les semences de la pomme épineuse» 
commence par provoquer le çonmeil; à son réveil l'indi^ 
vida qui a fait usage de cette boisson est comme insensé^ 
la futilité de ses idées, la bizarrerie de ses gestes, les sail-*, 
lies qui lui échappent excitent le rire des assistans ; quel- 
quefois cette sorte d'intoxication ne se dissipe qu'au bout 
de plusieurs jours, et certains malades, pendant cetemps^ 
jrefusept de parler, indiquant par signes leurs prindpa«:!( 



â24 LIVRE V. — mX-irUITIÈME SIÈCLE. — CHÀP. t. 

besoins. On a vu dans le midi des bandes de voleurs, des 
femmes perdues, mettre à profit la connaissance de ce poi- 
son pour exercer leur redoutable ou immorale industrie. 
Le bourreau d'Âix, ayant avalé du vin empoisonné , passa 
une nuit entière à danser dans le cimetière de la ville. 

Dans rinde on se procure souvent à dessein une sorte 
de transport féerique en avalant un breuvage aromatisé, 
préparé avec de Fopium, de la stramoine et des semences 
de chanvre. Les jeunes bayadères qu'on amène parées de 
leurs plus riches atours, en présence du peuple, au Mala- 
bar , les jours oti Ton se propose d'apaiser la colère des 
idoles, et qui, au milieu des évolutions d'une danse rendue 
plus animée par le concert des ihstrumens , finissent par 
écumer et se débattre comme si elles étaient possédées par 
quelques génies, ont bu, avant de sortir du sanctuaire, 
une certaine dose de ce magique breuvage. Le peuple qui 
voit quelques heures plus tard ces chastes prêtresses ren- 
trées dans leurs habitudes de décence, parce qu'on leur a 
fait avaler un philtre d'une nature calmante, se figure que le 
démon qui les tourmentait d'abord est maintenant dompté. 

Rien n'est plus curieux que l'étude des phénomènes 
physiques qui succèdent dans certains cas à l'ingestion des 
substances opiacées dans l'estomac ; ce qu'il y a de bizarre, 
c'est que le transport peut éclater quelquefois sur des in- 
dividus habitués à faire usage d'opium, d'eau-de-vie, sons 
rinflucnce d'une privation absolue de ces substances, et se 
dissiper aussitôt que le même individu peut recommencer 
à avaler des doses modérées d'opium ou de liqueur. 

La calcnture est un transport apyrétique subit qui saisit 
quelquefois les gens de mer sous la région tropicale , qoi 
leur fait apercevoir sur la surface des flots des ombres, 
des figures d'arbres, des feuilles, et qui les porte à se pré- 



THÉORIES. 225 

cipiter dans la mer. Ces accidens cèdent bientôt à un régime 
et à des soins faciles à administrer. 

La paraphrosynie hystérique ressemble parfois au délire 
du somnambulisme; Tétat des sens, le mode d'association 
des idées , la raideur des membres , la bizarrerie des pos- 
tures donnent à cette espèce de délire une expression toute 
particulière. 

Les nouvelles accouchées sont exposées à un désordre 
d'idées qui est souvent compliqué de tintemens d'oreille, 
de douleurs de tête insupportables, et qui peut aboutir à 
une apoplexie comateuse, si on s'avise de tonifier ces ma- 
lades en leur faisant accepter des alimens restaurans. 

Il faut distinguer , parmi les nombreuses variétés de la 
démence, la démence des vieillards, qui parait surtout dé- 
pendre de l'excès de consistance du cerveau, et la micro- 
céphalie, qui fait ressembler jusqu'à un certain point les 
malades à dés singes, et qui provient vraisemblablement 
d'un arrêt de développement des organes affectés à l'ima- 
gination. Les démens à petites têtes ont les facultés de 
l'entendement plus ou moins étroites. 

L'excès du froid a pu occasionner quelquefois la suspen- 
sion de l'exercice des facultés intellectuelles. Trois filles 
voyageant en voiture, pendant un hiver rigoureux, se trou- 
vèrent tout à fait imbéciles en arrivant chez leurs proches. 
Bartholin fit couvrir avec des peaux de mouton la tête de 
ces filles, dont l'état stupide persistait depuis quatorze 
jours ; les fonctions de l'ame ne tardèrent pas à reprendre 
leur ancienne liberté. 

L'érotomanie n'a rien de commun avec le satyriasis et 
la nymphomanie. Le culte sentimental et idéal que rend 
Térotomane à l'objet de son amour exclut tout sentiment 
charnel. Vivre dans la contemplation de cet objet, souffrir 

TovE II. 15 



\ 



i26 LIVRE V. — DIX-nCÎTliXE SliCLE. — CHAP. 1. 



de sou absence, se réjouir à sa Tue, oublier ses occupations, : 
ses devoirs , le temps du repos , devenir insensible à Fai- . 
guillon de la faim , tel est le rêve qui fait les délices de ce 
nouveau Don Quichotte. 

L'érotomanie n'est point annoncée, comme le satyriasis , 
et la nymphomanie , par la violence des désirs physiques. , 
L'érotomane se complaît dans Tadoration de l'objet aimé j 
auquel il rend une sorte de culte romanesque ; sacrifiant ^ 
tout à son amour, il perd le sommeil, passe rapidement (ta | 
désespoir à la joie et oublie jusqu'au besoin de la faim. , 
Aristote, Orphée, Salomon, le Tasse brûlèrent, assure-t-on, j, 
de ce délire insensé. Aristote offrait à son épouse la fumée ^ 
des parfums; Salomon poussait Tamour jusqu'à Tidolâtm; i 
Orphée, au dire des poètes, alla chercher Eurydice jusque j 
dans les gouffres du Tartare ; Lucrèce trancha le fil de set , 
jours dans un accès d'amour; le Tasse passa quatone ^ 
ans dans les rêves d'une flamme malheureuse. .^ 

La mélancolie religieuse est le partage des âmes timorées ^ 
qui s'effraient de la crainte des jugemens de Dieu, et qdt , 
n'osent plus compter sur les bienfaits de sa clémence. Elle ^ 
atteint souvent les individus qui ont usé tous les plaisirs de , 
la vie et qui espéraient retremper leur ame dans les don- ^ 
ceurs d*une suave dévotion ; mais qui, au lieu d'y puiser» 
comme ceux qui ont mis de bonne heure toute leur ame ei . 
Dieu^ la résignation nécessaire pour se conformer à ses, 
volontés, pour accepter ses châlîmens, tombent dans une , 
fluctuation d'idées, dans une irrésolution qui aboutit à 11 
folie la plus méticuleuse. Ce genre de délire n'est pas rare 
en Egypte. Ceux qui dans ce pays ambitionnent le titre de 
saints sont reconnaissables à Témaciation de leur corpSf 
à la malpropreté de toute leur personne, à la couleur bron- 
zée de leur peau. Le peuple, auquel ils prêchent le méprll 



THÉOtllÈS. hl 

âes riclv^es et dés jouissances de la vie, qui les voit tout 
sacrifier pour vivre dans des solitudes arides, ne doute pas 
lu leur sainteté. Ainsi lé diable a aussi ses martyrs. 

Il nfe faut pas confondre avec Thypocondrie une variété 
jte mélancolie qui porte certains individus parfaitement 
¥afs et dont toute la personne respire un air de vie et de 
Anté à croire cependant qu'ils sont à deux doigts de la 
mort. Ces malades, qui accusent incessamment des vertiges^ 
dfesniiauxdetêtê, des maux de poitrine, qui semblent à tout 
bout de champ sûr le point de défaillir, font de leur situa^^ 
Hou Qile peinture tellement alarmante, qu'on pourrait aisé^ 
Hietit , si on ne se tenait pas sur ses gardes , s'en laisser 
MlpMer par la chaleur de leurs plaintes. Mais on s'aperçoit 
Men vife^ en les examinant avec quelqu' attention , qu'ils 
Réprouvent point, comme les vrais hypocondriaques, ced 
i^vois, ces phénomènes spasmodiques, ces sensations vis^ 
cérales douloureuses qui minent Texistence des personnes 
Sont les expansions nerveuses sont réellement lésées ; que 
lotit, atl contraire, contraste chez eux avec le tableau qui 
remplit leur imagination. Cette espèce de folie, rare parmi 
les pauvres, les artisans, les individus d'un esprit inculte 
fet borné, empoisonne souvent l'existence des individus qui 
^vent dans l'oisiveté et dans la mollesse. Les femmes, les 
Irimimes de génie, les adolescens dans la force de l'âge, y 
tont surtout enclins. L'enfance et la vieillesse eb sont éga^ 
kment exemptes. 

Dans la folie constituée par Texcès d'orgueil, l'homme 
peut se croire l'égal de la divinité. Alexandre, abusé par îéS 
Ihtteriés de ses courtisans, eut besoin de voir couler son 
Mig pour reconnaître Tinfirmité de sa nature. Salmonée, 
k croyant le père des dieux, se complaisait à imiter le 
Irait du toimérre en lançant sob char sitr tm pont d^at- 



228 LIVRE V. — - DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. t. 

rain. Un étudiant parcourut un jour la Cité en criant tout 
haut qu'il était roi de France, 

Les interdits ou stupides restent immobiles à la même 
place, refusant de s'asseoir s'ils sont debout, de se leyer 
s'ils sont assis, de sortir du lit si une fois ils sont couchés. 
Ils ne marchent qu'autant qu'on les pousse ; sans éTÎterla 
présence des autres hommes, ils ne s'inquiètent ni de ce 
qu'on leur demande, ni de ce qu'on leur dît, et se com- 
portent comme s'ils ne sentaient, ne voyaient ni n'en- 
tendaient point ; on dirait que rien au monde ne peat les 
distraire d'une idée qui les absorbe ; il faut saisir un mo- 
ment propice pour leur introduire dans la bouche l'alim^ 
qu'ils ne songeraient pas à prendre, et qu'ils avalent comme 
machinalement. Un architecte de Barcelone ayant perda 
toute sa fortune tomba dans la mélancolie^ et devint comme 
interdit. La haine qu'il conçut pour sa femme et la crainte 
de l'inquisition lui suggérèrent d'abord le désir de changer 
de pays ; bientôt il refusa de parler, et de répondre de la 
voix ou du geste à ceux qui lui témoignaient de l'intérêt; 
on ne pouvait pas douter qu'il n'entendit et qu'il ne vît, 
car il indiquait encore par un signe les besoins naturels 
qu'il sentait la nécessité de satisfaire. Il fallait le menacer 
pour le décider à manger; mais il devenait difûcile de l'ar- 
rêter une fois qu'il avait commencé à avaler le premi^ 
morceau. La durée de son sommeil n'était au plus que de 
deux heures par nuit ; le reste du temps il demeurait immo- 
bile, les yeux tout grands ouverts; le pouls était naturel; 
rien n'indiquait la perte des forces. 

Il arrivait souvent aux riches marchands Scythes que des 
intérêts commerciaux obligeaient à faire à cheval des 
courses longues et réitérées, et qui ignoraient l'usage des 
étriers, de tomber dans l'impuissance et de se persuader 



THÉORIES. 229 

gu'îls étaient changés en femmes. Plusieurs de ces nié- 
iancoliques prenaient les vêtemens de l'autre sexe et s'exer- 
çaient à manier le fuseau. Les pauvres qui voyageaient le 
plus ordinairement à pied ne contractaient pas ce genre 
d'aliénation mentale. 

Le dégoût de la vie accompagné d'une certaine propen- 
sion au suicide est commun parmi les Anglais. Ceux qui 
se sentent pressés par ce mal font leur testament, mettent 
en règle leurs principales affaires, adressent à leurs amis 
quelques lignes d'adieux et se donnent la mort en se pen- 
dant ou en avalant quelque poison énergique. On sait que 
la fureur du suicide devint épidémique parmi les filles de 
Milet, et que le seul remède qui réussit au sénat de cette 
ville pour les empêcher de se pendre fut de faire afficher 
que celles qui, dorénavant, se tueraient seraient exposées 
nues sur la place publique, à la vue du peuple. Une fureur 
analogue porta pendant un temps les femmes de Lyon à se 
noyer par bandes dans les eaux du Rhône. Le penchant 
au suicide s'observe communément sur les mélancoliques 
et sur les maniaques ; mais le dégoût de l'existence qui est 
familier à ceux de la Grande-Bretagne oflfre cela de parti- 
culier qu'il n'est point précédé de vraie folie, qu'il n'est 
point motivé par des causes sérieuses et que le suicide 
est exécuté pour ainsi dire à froid. 

La mélancolie vagabonde pousse ceux qui en éprouvent 
les atteintes à changer sans cesse de place et de lieu sans 
qu'ils se puissent au juste rendre compte du motif qui les 
porte à agir de la sorte. Ces malades sont craintifs et va- 
guent surtout quand les autres hommes reposent, choisis- 
sant le moment des ténèbres pour s'enfoncer dans des 
lieux abandonnés, tels que les cimetières. Leur langue est 
«ride, leur pe?|u rude et sèche, leur corps émacié, leurs 



330 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP, 1. 

yeux sont caves, ternes, secs; soir ardente, fréquensnl* 
cères aux tégumens des membres inférieurs. 

Dans la zoauthropie les malades se croient changés en 
animaux. . , Forestus , Schenk ont examiné de près plosieun 
lycanthropes ; Donat cite Tobservation de deux lycanthio» 
pes qui furent trouvés emportant à travers les champs des 
portions de cadavres. Leur peau était livide, leur teiit 
bave, la soif inextinguible. On a vu à Montpellier ui 
homme qui croyait être transformé en chat» et qui avait 
une frayeur mortelle des chiens. 

Dans la mélancolie dite d'inspiration , les aliénés sont 
persuadés quMl existe en eux une lumière qui participe de 
Tessence divine , qui les illumine et les incite à prophétie 
ser. Paracelse assurait que le génie qui Tinspirait se tenait 
caché dans le pommeau de son épée ; les fanatiques des 
Gévennes croyaient fermement que leurs prophétessea 
étaient illuminées par Fesprit saint et que leurs prédic- 
tions étaient infaillibles. On sait que ces folles n'éproo- 
valent le besoin de prophétiser qu'au sortir des accès oon- 
vulsifs qui les tenaient plus ou moins longtemps étendoes 
sur le sol. Les convulsionnaires de Saint-Médard se van- 
taient aussi de lire dans les destinées à venir. 

La démonomanie persuade à ceux qui en sont affectés 
qu'ils sont magiciens, sorciers, obsédés ou possédés; 
qu'ils sont travaillés par la force occulte des maléfices. 
Ceux qui sont particulièrement préoccupés des idées de 
sorcellerie se figurent qu'ils ont fait un pacte avec le dieu 
du mal, et qu'ils sont devenus omnipotens. Il est très 
commun de rencontrer des vieilles qui assurent qu*elles ont 
le pouvoir de ruiner la santé des nouveau-nés , de les dé« 
barrasser de leurs maladies, de rendre impossible le rappro- 
chement des nouveaux époux. Les bergers font mille choses 



TSÉORISS. 231 

absurdes pour obtenir du démon une prétendue monnaie 
volante, pour obtenir que leurs troupeaux ne soient jamais 
assaillis par les loups. Ceux qui croient être devenus magi- 
ciens , ceux qui croient aux effets de leur puissance , sont 
dans un véritable état de délire. L'usage des poisons som^ 
uifères a concouru plus d'une fois à faire naître la démo- 
nomanie. Il est sûr que Thuile qu'on extrait de la graine 
du stramoine, lorsqu'elle est appliquée sur les tempes, 
enfante des visions féeriques. Gassendi a connu en Pro- 
vence un homme qui chaque fois qull lui prenait fantaisie 
devoir les fêtes des démons s'introduisait dans l'anus un 
pessaire enduit de cette huile; à peine était-il endormi» 
qu'il croyait sortir par la cheminée et être emporté au 
sabbat par un diable. 

Une foule de malheureux ont soutenu jusque sur le 
bûcher qu'ils avaient eu le diable dans leurs entrailles, 
qu'ils avaient participé aux plaisirs de ses fêtes, qu'ils 
avaient consommé avec lui le péché de la chair. Cette ob- 
stination maladive explique l'acharnement qu'on mettait 
autrefois à les brûler. 

Le fanatisme religieux constitue une espèce de folie. 
Dire tout ce qu'il a fait commettre de forfaits, combien 
il a fait périr de millions d'hommes au milieu des flammes 
et des plus douloureux supplices, c'est une chose impos- 
sible ; mais on peut afiirmer que les ravages de la peste 
ne sont pas pires que ceux du fanatisme. On a vu en Suisse 
des fanatiques qui croyaient abattre la mitraille avec leur 
buffle , et qui se faisaient écharper en se disant invulné- 
rables* 

Un médecin d' Argenton en Berry a publié l'observation 
le deux filles hystériques dont le délire était tellement 
extraordinaire qu'on aurait pu être tenté de les qualifier 
le démoniaques. 



232 LIVRE V. — DIX-UUITIÊME SIÈCLE. — CHAP. I. 

L'abus de Topium provoque quelquefois dans F Inde, m 
les nègres qui veulent s'exciter à la vengeance, une sorte 
de fureur homicide qui ressemble à une rage effrénée. Ces 
misérables s'élancent dans les rues le poignard à la main, 
égorgent tous ceux qui se trouvent sur leur passage , sans 
s'inquiéter s'ils frappent un ami ou un ennemi. Il arrife 
souvent à Java et dans d'autres contrées de l'Inde orien- 
tale que les citoyens se voient obligés d'accourir en armes 
au-devant de ces forcenés et de les mettre à mort comme 
des bêtes féroces. Ce délire constitue la rage de rhamac; 
quand ce mot est proféré dans les cités , la terreur s'em- 
pare des passans , qui se hâtent de chercher leur salut dans 
la fuite. 

Les caractères généraux de la manie sont bien saisis et 
bien indiqués par Sauvages. Il expose bien aussi les dif- 
férences qui s'observent entre les symptômes de cette ma- 
ladie et ceux de l'imbécillité, de la mélancolie , de Thydro- 
phobie et de la démonomanie ; mais il ne laisse pas , eo 
procédant à la description des différentes espèces de ma- 
nie , de confondre quelquefois le délire général avec le 
délire partiel. 

Il nomme manie laiteuse celle qui éclate de temps à 
autre vers le dixième jour de l'accouchement, et qui peut 
persister plus ou moins longtemps après la parturitioo ; il 
l'attribue à l'accumulation du lait dans le cerveau, et pré- 
vient qu'elle ne doit pas être confondue avec certains phé- 
nomènes hystériques qui s'observent fréquemment sur les 
nouvelles accouchées. 

On sait, dit-il, que les bœufs deviennent comme furieux 
lorsqu'ils se voient assaillis par des insectes ailés dont la 
larve est destinée à vivre dans leur chanfrein ; on a rema^ 
que aussi que les renues , lorsqu'ils se voient poursuivis 



TUÉORIES. 233 

par les femelles d'œslre qui semblent vouloir faire leur 
ponte sur leurs uaseaux , courent pendant plusieurs heu- 
res avec une rapidité étonnante. On a vu de même la ma- 
nie persister pendant six mois sur un paysan qui rendit 
une larve d'œstre par le nez, et qui fut rétabli aussitôt 
qu'il fut débarrassé de cette espèce de ver. Un second ma- 
niaque dont la folie fut jugée dépendre de la même cause 
fut rendu aussi à ses habitudes de raison par Texpulsion 
d'une larve chargée de poils. 

Le retour de la manie peut coïncider avec le retour de 
la pleine lune; elle peut chaque jour paraître et disparaître 
avec le soleil. Mead a remarqué que ce violent délire sus- 
pendait quelquefois subitement les progrès de la phthisic 
pulmonaire et que la peste n'atteignait point les maniaques. 

Les phénomènes sensitifs intellectuels et moraux , les 
élans convulsifs qui se notent dans l'hystérie sont relatés 
avec soin par Sauvages. Les alternatives de gaîté et de 
tristesse, la tendance aux spasmes, la constriction du go- 
sier, le gonflement du ventre n'ont point échappé à l'at- 
tention de ce uosographe. Il prévient aussi le lecteur que 
cette affection peut s'accompagner de désirs impérieux, et 
cite le fait d'une religieuse qui , à la suite de ses crises 
hystériques, s'abandonnait à des actes de déraison et ne 
manquait jamais, tout en dansant et sautant dans l'appar- 
tement, de lâcher des paroles ordurières et de chanter des 
Ters erotiques. Cette dame, dans l'intervalle des accès, 
ne paraissait pas se ressouvenir de ce qu'elle avait fait ni 
de ce qu'elle avait dit au sortir de ses attaques. La chlo- 
rose, la suppression des règles, la leucorrhée, la gastral- 
gie, sont notées comme autant d'états morbides qui prédis- 
posent aux convulsions hystériques. 

A propos de l'extase, de la catalepsie, de la complication 



234 LIVRE V, — DIX-HUITIËME SIÈCLE. — CHAP. I. 

de ces maladies étranges, soit avec le délire mélancoUqoei 
soit avec l'hystérie, soit avec le somnambulisme, Sauvagei 
accumule les observations les plus instructives; seulement 
Fanalyse des phénomènes psychiques de Textase et de h 
catalepsie demandait à être poursuivie avec plus de soin 
qu'il n'en a consacré à leur étude. 

Sauvages range à tort parmi les épilepsies simulées la 
attaques convulsives survenues chez les jeunes prophètes 
et sur les piophétesses des Gé venues. C'est également i 
tort qu'il place le délire et les autres accidens nerveia 
observés sur les ursulines de Loudun parmi les maladies 
feintes. Mais il démontre très à propos, eu citant rhistoire 
d'une religieuse qui possédait le grec et le latin, et qui se 
mit tout à coup à parler ces deux langues pendant un 
accès de délire fébrile, que beaucoup de prétendus démo- 
niaques ont réellement appris autrefois les langues doot 
ils fout usage dans certains états morbides. Il ne cramt 
pas de s'élever contre l'opinion de Frédéric Hoffmann, qoi 
soutient qu'il existe en réalité des sorciers, des magiciens 
et de véritables possédés. Il loue le bon esprit des parie- 
mens qui viennent enfin de proclamer que toute cette 
classe d'individus devait être considérée comme privée de 
raison , et comme telle soumise au traitement qui s'admi» 
nistre aux aliénés confinés dans les hospices (1). 

Aujourd'hui qu'on multiplie le nombre des mémoires et 
quelquefois des volumes pour tracer l'histoire d'une lé- 
sion fonctionnelle plus ou moins facile à éclaircir , peut- 
être sera-t-on tenté de se plaindre de la concision des 
exposés de Sauvages ; il est certain pourtant que les ébau- 
ches esquissées par ce classificateur ont donné l'idée de 

(1) B. de Sauvages, Nosologia methodica, elc, iii-4«, 1768, l. 2, p. 150 



\ 



TUÉ0H1£S. 236 

plus d'un travail sérieux à ceux qui, par la suite , ont su 
W rendre compte de rimportance des données représen *» 
tées par des cadres d'une apparence aussi mince. 

Le Synopsis de médecine pratique de Lieutaud , qui pa- 
rut deux ans environ après la Nosologie de Sauvages, n'ap-* 
prit rien de neuf sur les maladies du cerveau ; on peut 
dire même que Lieutaud ne s'est pas donné la peine de 
r^roduire dans son ouvrage les types des principales vé- 
sanies, et qu'il a sauté pour ainsi dire à pieds joints par- 
dessus la classe entière des alTections mentales. Cependant 
eette publication eut le grand avantage d'entretenir les 
esprits dans la direction que leur avait imprimée tout ré^ 
ceounent Morgagni, et d'habituer la jeunesse à toujours 
fiôre marcher de front l'étude des lésions anatomiques 
avec celle des lésions fonctionnelles. A l'occasion de l'am-. 
nésie, Lieutaud fait une remarque qui annonce que, même 
dans les maladies dites psychiques, il ne perdait jamais de 
vue les conditions et l'influence des instrumens maté-* 
riels. 

« On se tromperait grossièrement, est-il dit, dans la tra- 
duction du Synopsis^ si, d'après le titre de ce chapitre, on 
jugeait que l'ame est sujette à des maladies ou qu'il y en 
a de plusieurs espèces. On ne saurait douter que l'être 
bnmatériel qui nous anime ne soit également parfait dans 
tous les hommes et qu'il ne saurait changer de nature. II 
ne faut pas cependant être surpris qu'il y ait, par rapport 
k l'esprit, une si grande distance d'un homme à un autre ; 
qae cette substance intellectuelle soit capable de si peu 
de chose dans l'enfance et dans l'extrême vieillesse; qu'elle 
perde tous ses agrémens et ne soit presque plus reconnais- 
sable dans l'état de maladie; que l'esprit des femmes pa- 
raisse être d'une autre trempe que celui des hommes; 



236 LIVRE V. — DlX-llLITIÈHE SIÈCLE. — CIIAP, I. 

qu'une nation, à cet égard, soit supérieure aux autres, et îj 
que les siècles même ne se ressemblent pas. Les pby^ ^ 
ciens n'ignorent pas qu'il faut rapporter ces différences à , 
la disposition du corps et aux objets qui Tenvironnent En ^ 
effet, il parait évident que l'esprit et le corps ont l'un sur ^ 
l'autre un pouvoir réciproque dont on ne connaît guè^ j^ 
l'étendue... (1). » Un médecin qui a tenu une fois un psH ^ 
reil langage ne serait pas excusable de négliger les re« -i, 
cherches nécroscopiques ; aussi Lieutaud, soit qu'il parie g 
de la manie, de la mélancolie, de la perte de la mémoire l, 
ou de la frénésie , a toujours l'attention de relater ce qm ^ 
a été trouvé par lui ou ses prédécesseurs, et dans les cen- ^ 
très encéphaliques et dans les principaux viscères des in^ ^^ 
djvidus qui ont succombé à la suite de l'une ou de l'autre. g 
de ces affections. Mais il est véritablement à regretter & 
qu'en se plaçant franchement à côté de Willis, de Bonet, à 
de Manget et de Morgagni, pour tout ce qui a trait à l'a- ^ 
natomie morbide, ce pathologiste ait négligé aussi complè- , 
ment qu'il l'a fait l'étude des hallucinations, par exemple, 
celle des différentes espèces de manie, de mélancolie et 
des maladies telles que l'extase, la catalepsie, la nymphoma- 
nie, rhypocondrie , dont les formes et les complications 
n'étaient pourtant pas tout à fait indignes de son intérêt. 
L'ouvrage publié par Lorry, en 1765, sous le titre de 
Traité de la mélancolie, roule bien plus sur l'hystérie et 
l'hypocondrie que sur les affections mentales proprement 
dites; mais le soin avec lequel Lorry décrit les spasmes, , 
les convulsions, les anomalies de la sensibilité physique qui ^ 
viennent compliquer quelquefois certaines dispositions in- ^ 
tellectuelles qu'on ne s'habitue que difficilement dans le 

(1) Précis (le médecine pratique, 1. 1, p. 296. — Synopsis universce praxis -^ 
medicinœ, etc., 1. 1, p. 12^. >.g 



THÉORIES. 237 

monde à rapporter à la folie , donne un grand prix à son 
travail. 

Sous le nom de mélancolie humorale^ Lorry décrit une 
Torme d'hypocondrie quMl croit causée par l'action des 
humeurs impures sur les agens de Tinnervation. Comme 
Scbacht, il pense que tantôt Tatrabile peut imprégner toutes 
les humeurs et faire sentir son influence nuisible à toutes 
les parties du système nerveux à la fois, que tantôt elle 
peut se fixer particulièrement, soit sur le cerveau, soit sur 
Tappareil digestif, soit sur tel ou tel viscère, et que la di- 
TOrsité qui s'observe dans les phénomènes de la mélanco- 
lie humorale doit être attribuée principalement à la diffé* 
rence d'action des parties sur lesquelles s'est précipitée 
l'humeur peccante. On ne lira pas sans intérêt les raisons 
Invoquées par Lorry pour justifier l'existence des folies 
atrabilaires; mais les observations d'hypocondrie qu'il rap- 
porte inspirent surtout un haut degré d'intérêt. 

Par mélancolie nerveuse^ Lorry entend une afiection qui 
s'annonce par une certaine débilité d'esprit, avec augmen- 
tation de la susceptibilité nerveuse ; il l'attribue à une mo- 
dification inappréciable des instrumens de l'innervation, et 
la nomme encore mélancolie spasmodique ^ spasme mélan- 
colique. On reconnaît à ces caractères la mélancolie hys- 
térique de Schacht et de quelques autres névrosistes. 

A en croire Lorry, il suffit d'une augmentation de ten- 
non dans le tissu des nerfs et dans le tissu des masses ner^ 
Yeuses intra-crâniennes, pour que le degré de sensibilité 
dont ces parties sont naturellement douées se trouve aug- 
menté, ainsi que leur puissance de contraction. Or, les 
causes de la mélancolie spasmodique agissent précisément, 
dit-il» en augmentant la tension et la vibratilité des appa- 
reils destinés à l'accomplissement des actes de la sensibi-- 



238 LIVRE V. — DlX-nriTIÈME SIÈCLE — CHAP. î. 

lité et du mouvement, et, dans cet état niorMde, les troi* 
blés fonctionnels sont en rapport avec la yioleiiee àk 
réréthisme de la fibre nerveuse. 

La mélancolie nerveuse doit être considérée comM 
simple lorsque Timpression des agens extérieurs est m» 
sentie comme dans Fétat de santé, mais de manière à en* 
ser cependant à Findividu des sensations beaaconp {dM 
vives que dans l'état ordinaire. On a un exemple de ei 
genre de soufirance chez les personnes que le tlntemeM 
d'une cloche, Todeur dune rose affectent doulourensemeitf 
mais qui ne se trompent point sur la nature des sensatkM 
qu'elles sont à même de percevoir. 

La mélancolie spasmodique, qui s'annonce par la pe^ 
version de la sensibilité et du mouvement, dans laquelle 
les effets fonctionnels ne sont plus en rapport avec I*actioil 
habituelle des causes, où les hallucinations, par exemple, 
sont prises pour des sensations provenant du dehors, et 
sont capables de faire naître des effets musculaires désor- 
donnés, constitue une sorte de délire ; elle doit former nue 
espèce à part, et ne peut pas être confondue avec la mé- 
lancolie simple. 

Mais du mélange de ces deux espèces, il résulte un état 
maladif complexe, et où l'éréthisme des agens de l'inner- 
vaiion se trouve associé à la perversion des phénomène 
fonctionnels. Ce troisième état ne survient que trop proflip- 
tement lorsque Ton ne parvient pas à faire cesser de bonne 
heure l'excès de tension qui donne lieu à la mélancolie 
simple. 

On juge qu'un malade est atteint de spasme mélancoK^ 
que simple lorsqu'un bruit insignifiant lui procure nne 
sensation très intense, que la moindre émotion excite de 
violentes palpitations de cœur, qu'un sentiment un pen rff 



THËOtltÊS. 23é 

îst suivi de motivemêns précipités du thorâx, de tressaille- 
meDS des épaules, que la moindre oOeuse soulève des mou** 
fremens de baine implacables, que le moindre succès pro- 
iuit des transports de joie démesurés, que tous les effets 
Ektoraux viennent aussitôt se peindre dans les gestes, dans 
les poses, dans le jeu de la pbysionomie, que les accens d^ 
la musique, le grincement d'une lime sur Facier suffisent 
pour causer des émotions délicieuses ou pour provoquer 
des crises convulsives. On peut regarder comme certain 
çue si de pareilles dispositions persistent longtemps, et 
que si rame vient ensuite à être assaillie par des sujets de 
cbagrin ou de crainte, la perversion de l'actlôa tterveuse 
ne surviendra que trop facilement. 

On ne voit pas trop cependant par quel effet mécanique 
flëpêût effectuer cette perversion, mais on connaît bien les 
Ëifconstances qui influent le plus sur sa manirestation. Ou 
Sait positivement, par exemple, que la répétition fréquente 
de certaines douleurs, de certaines impressions viscérales^ 
qne la violence des appétits vénériens non satisfaits, et en 
général que toutes les sensations un peu intenses qui éma- 
nent d'un point déterminé de l'organisme, tandis que les 
Mitres parties du corps sont exemptes d'ébranlemens, fît* 
Tortsent beaucoup Tinvasion de la mélancolie avec délire. 

Ou reconnaîtra toujours la mélancolie délirante à la bU 
tarrerie des hallucinations, à la fausseté des principes qui 
Servent de base aux raisonnemens, à la ténacité des Idéeà 
jhrédomlnantes, à la perversion des passions affectives. On 
peut être sûr d'avance que toutes les personnes atteinte^ 
le ce genre de souffrance obéissent à des sentimens dé 
kaiûe ou d*aittour, de crainte ou de joie, qti'elles ont eti 
lorreur certains objets ou que sur d'autres se concentrent 
outes leurs affections. Jamais rirrégularité des phéuoteè^ 



2i0 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. I. 

nés musculaires n'est portée plus loin que sur ces derniers 
mélancoliques. 

On comprend, d'après ce court exposé, que Lorry, en 
partant du point de départ quMl s'était lui-même assigné, 
devait être conduit à décrire el les principales formes da 
délire mélancolique, et les principales affections convulsi^ 
ves qui sont susceptibles d'aggraver le sort des mélancoU* 
ques. Mais Thabileté avec laquelle Lorry a surmonté les 
difficultés de sa tâche ne peut réellement être bien apprè* 
ciée qu'autant qu'on a médité ce qu'il dit des symptômes 
de la mélancolie hystérique, de la mélancolie extatique, 
des symptômes des différentes espèces d'enthousiasme, 
de ceux du fanatisme religieux, et de la liaison trop fré- 
quente qu'offrent entr'eux les dérangemens rapportés à la 
sensibilité, à l'intelligence et au mouvement. £n général, 
les pathologistes n'ont rien tant à cœur que d'isoler les 
phénomènes fonctionnels, pour les peindre dans leur plus 
grand état de simplicité ; Lorry n'avait pas été sans s'aper- 
cevoir de bonne heure que le plus souvent tout se tient 
dans les maladies de l'appareil nerveux ; il s'est au con- / 
traire appliqué à représenter fidèlement les groupes de f 
phénomènes que la nature lui offrait tout formés. Nel 
soyons donc pas surpris si ce respect scrupuleux pour j 
l'observation et la vérité a concilié à ses écrits une im- ' 
poriance que l'ignorance seule pourrait être tentée de leur 
contester (!)•... 

La crainte de tomber dans des répétitions difficiles à 
éviter, plus encore que la nécessité de mettre fin à ce 
chapitre, me porte à négliger Texamen des écrits de 
Tissot et de CuUen où il se trouve pourtant beaucoup de 

(1) De melancholld et morbis melanchoUciSy 2 vol. ii^-S®, 1765. 



THl^ORIES. 24 1 

choses intéressantes sur les maux de nerfs et sur les diffé- 
les affections de l'intellect (1). Je me tairai complètement 
mssi sur le contenu des ouvrages de Greding et de Pinel, 
ittendu que ces deux pathologistes me paraissent ouvrir 
la marche aux manigraphes du dix-neuvième siècle, et que 
mon intention formelle, depuis le commencement de ces 
kudes, a toujours été de m'arrêter au point où Pinel a 
pris la pathologie mentale lorsqu'il a commencé à asseoir 
les bases de ses immortels travaux. 



(1) Tissot, Œuvres complètes, ëdit. de Lausanne, 1790, t. 9, 1S,14.-~€u11en, 
Èlémcns de médecine pratique^ 2 vol in-S», 1787. 



Tome If. ^^ 



CHAPITRE SECOND. 



1IE8 FAITS PRIlf CIPAUX DONT L'ilfTERPaÉTATION M^A PAS TOHOIIRS 
Èri BIEIf SAISIE AU DIX-HUITIÈIIS SIJECLB. 



$1. 



La théomanie eitato-convulsive règne épidémiqiieBfiit pam^ les ealvûuttaiM 
le Dauphinéy le Vivarais et les Cévennes. Des milliers de villageois, cnvaÉi 
obéir à la volonté du Saint-Esprit, se font écraser par les soldats et finiiietf 
par leur opposer une résistance forcenée. 

De 1686 k 1707. 

Il a été dit de ceux qui, croyant obéir à Tinspiratioii da 
souffle prophétique, allaient proclamant, comme à son de 
trompe, les secrets et les volontés de Dieu, pour embraser 
les imaginations, qu'ils fanatisaient : la théomanie et )e 
fanatisme religieux se touchent de très près. 

La manie de se croire inspiré, de se croire et de se diitj 
prophète, de vouloir copier le langage et les actes des Té-ii 
ritables prophètes, s'est montrée si fréquente parmi leii^ 
sectaires de presque toutes les religions que le choix dtf 
exemples propres à caractériser ce triste état maladif peut 
seul causer quel qu'embarras. fc 

II a existé très anciennement en Palestine des dévots Ij 
qu'une inspiration qu'ils croyaient partie d'en haut portait (| 
à vivre dans les plus affreux déserts, oii bientôt hommes i!|i 
et femmes renonçaient à l'usage des vêtemens, et contrac- ijt| 
talent l'habitude de se nourrir d'herbes crues. Au fur etàit(t 
mesure que le corps s'amaigrissait, ces fanatiques tom* K], 
baient à ce qu'il paraît dans un affaiblissement moral excès* in. 



THEOMANIE EXTÂTO-CONVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 243 

sif, si ce n'est dans un état complet d'hébétude. Peu à 
peu la timidité devenue outrée les portait à s'enfuir à 
toutes jambes et à se réfugier dans l'ombre des cavernes 
aussitôt qu'ils apercevaient à distance une figure humaine. 
Se laissaient-ils aborder, se décidaient-ils à se rattacher 
aux habitudes sociales ; ceux qui étaient à même de les 
examiner avec quelqu' attention ne manquaient jamais de 
s'étonner de l'afTaiblissement de leurs facultés mentales et 
de leur état de dégradation morale. Il s'est souvent ren- 
contré dans les siècles héroïques du chrii^tianisme, et 
même dans les temps modernes, des insensés qui, sous le 
nom d'adamttes^ ont cédé à la tentation de copier ces beaux 
exemples de piété. On assuré que toute la bande qui fut 
massacrée au commencement du quinzième siècle, dans 
les environs de Thabor, par les troupes de Zisca, avait 
renoncé à l'usage des vêtemens, Picard, son chef, lui ayant 
intimé l'ordre de toujours marcher nue. Ce même Picard 
prenait le titre de fils de Dieu, et affirmait que le père 
céleste l'avait expédié sur la terre pour y établir la lot de 
Aature, c'est à dire pour enseigner aux hommes qu'ils doî- 
rent vivre tout nus et établir la communauté des femmes. 
L'on condamna aux flammes, en 1535, sept misérables 
[ui jetaient l'épouvante dans Amsterdam en faisant reten- 
ir l'air de ces cris : malheur, malheur, le jour de la divine . 
engeance est arrivé! Théodore Sartor, leur chef, se 
royaît prophète. Il avait visité, assurait-il, l'enfer et les 
ieux, avait contemplé le créateur dans la splendeur de sa 
loîre et s'était entretenu avec lui. Ainsi il avait appris 
prochaîne arrivée du jugement dernier. Ce prophète 
riait étendu sur le sol; c'était lui qui avait forcé ses sec- 
Ires à proférer des cris de terreur ; avant de s'échapper 
ir les rues 9 ces insensés avaient jeté leurs baMts an feu , et 



244 LiVtlÈ V. — Dlk-HUITIÉME SIÈCLE. — CHAP. if. 

ils étaient absolument nus lorsqu'on s*cmpara de leurt 
personnes (1). 

La manière de prier du prophète d'Amsterdam n'était 
pas nouvelle. On a dit des manichéens : c Pour sembler 
être des demi-dieux, et hors du rang des autres hommes, 
ils firent semblant d'être ravis en extase et possédés d'un 
esprit qui les faisait soudainement jeter en terre , en pré- 
sence de tout un peuple , et ils se tenaient couchés , sans 
dire mot, comme tout éperdus ; puis , comme sUls fussent 
sortis de quelque caverne profonde^ se mettaient à prophé- 
tiser en la même sorte qu'ont fait les anabaptistes (2)... ■ 

D'après Mélanchthon : « Nicolas Stork , précepteur de 
Muncer, faisait entendre que Dieu, par songes, lui révélait 
ce qu'il désirait savoir, qu'un ange communiquait avec 
lui, que ses élus, sous sa conduite, devaient commandera 

la terre, qu'il fallait purger l'Église Thomas Muncer, 

prêtre renié..., annonça au peuple, par ses prêches et par 
ses écrits , qu'il était inspiré de Dieu pour abolir la sévère 
religion du pape et la libertine secte de Luther. . . Souvent 
il feignait d'entrer en méditation , comme s'il eût été ravi 
en extase; au réveil de laquelle il contait merveille de ses 
visions ; que son esprit veillant , sous le voile de ce som- 
meil, s'était fantastique, comme s'il venait de parler à 
Dieu.... Ayant attendu en bataille rangée les princes armés 
contre lui, il fut défait et ses troupes taillées en pièces.... 
Ces pauvres gens... comme transportés d'entendement, ne 
se défendaient point , ni ne se mettaient en fuite pour se 
sauver, mais chantaient une chanson que Muncer leur 
avait apprise pour invoquer le Saint-Esprit, attendant, 



(1) Bayle, DicL hisU et crit, t. 12, p. 46. 

(2) Florimond de Hemond, Histoire itcs iu^'ésiesy 1. 1, p. 186. 



\ 



THÉOMANIE £XTAT0-C0N>1JLSIVË PAEMI LES CALVINISTES. 245 

mais en vain , le secours du ciel qu'il leur avait pro- 
mis (!).•• > 

Les disciples de Jean Mathieu conféraient le Sainl-Esprit 
ï leurs coreligionnaires en leur soufflant dans la bouche et 
en prononçant ces paroles : Reçois T Esprit-Saint, On lit 
ians une Histoire des hérésies trop critiquée : 

Des anabaptistes.... t Parce que le Seigneur a dit : ce 
juc vous aurez ouï à Toreille , annoncez-le sur les toits , 
montaient souvent sur les couvertures des maisons et sur 
les précipices des rochers hauts et dérompus, et là élevés, 
criaient à pleine tète et à cris redoublés, qui sortaient du 
plus profond de leur estomac, et les yeux renversés parfois 
vers le ciel : Mes frères , amendez-vous , le Seigneur vous 
le commande; faites pénitence, laissez votre péché, je suis 
envoyé de Dieu (2)... d 

Il est sûr que les ermites, les adamites, les mani- 
chéens dont je viens de parler avaient le cerveau lésé par 
la dévotion. 

La moitié de ces anabaptistes, presque tous ces inspirés, 
qai se disaient les successeurs d'Elie, d'Enoch , des saints 
apôtres, et qui au seizième siècle allaient de ville en ville 
en rebaptisant les adultes et en traînant à leur suite des 
fiots de paysans, en Suisse, en Alsace, en Pologne, en Lor- 
raine , dans presque toutes les principautés d'Allemagne , 
cédaient à leur insu à un transport maladif; qu'on cesse 
ionc de répéter que les inspirations de ces réformateurs 
étaient feintes , que leurs visions n'étaient que supposées. 
jo père Catrou , en entreprenant de raconter , dans son 
ntéressante Histoire des anciennes sectes luthériennes^ les 



(1) Florimond de Remond, HUtoire des hérésies, etc., ch. 1, p. 120 et suiv. 

(2) ibid,, 1. 1, p. 140. 



246 LIVUE y. -- DIX-UCITIÈME SIÈCLE. ^ aiAP. II. 

croyauces et les principaux exploits des anabaptistes, sem- 
ble avoir aussi pris à tâche de démontrer la longue persis- 
tance de la tbéomanie sur beaucoup de ces fanatiques. 

Au rapport de Catrou , le Tameux anabaptiste Hatter 
prêchait constamment sur le ton de rinspiratlon. t Ecoutez 
les paroles du Seigneur; voici ce que l'Eternel vous an- 
nonce : i» tel était Texorde prophétique détentes sesimpro* 
visations. Ses extases, ses visions, les colloques qu*il se 
vantait d'avoir souvent avec Dieu lui concilièrent «ne au- 
torité qui tenait de Tadoration. On Tentendait souvent 
mugir comme un lion; c'était, à l'en croire, Fesprît de 
Dieu qui l'agitait. 

Un autre anabaptiste donna en Pologne un exemple d'en- 
thousiasme religieux bien plus piquant. Cet homme , qui 
appartenait à une noble famille, commença par se faire 
adorer de ses vassaux, parce qu'il avait appris par des 1 
révélations qu'il était Christ. Bientôt il se choisit douze .' 
apôtres, et parut au milieu de la populace entouré de ses ^ 
disciples. ' 

A Appenzell , les filles anabaptistes préludaient à leun ^ 
prophéties en chantant des hymnes en pleine rue. Un jour r 

■ 

on entendit une jeune prophétesse s'écrier: Je suis le li 
Christ, le véritable Messie, le désiré des nations. C'est mol ij 
qui viens en personne autoriser le second baptême ! Qu'on is 
ne soit point étonné du sexe que j'ai choisi pour paraître t 
une seconde fois aux yeux des hommes ; j'ai voulu honorer ; 
Eve dans un second avènement, comme j'avais honoré ç 
Adam au temps de ma première naissance.... Que de si \ 
grands mystères ne vous surprennent point; rien n'est im- r 
possible à Dieu. Cela dit , elle choisit ses apôtres , en se i 
servant à peu près des mêmes paroles que Jésus-Christ \ 



THÉOMANIË EXTÂTO-CONVULSITE PÂltMI lES CÂLVIinSTES. 247 

employa lorsquMl envoya les siens, et elle leur ordonna de 
ne baptiser qu*après avoir instruit. 

L'anabaptiste Georges se disait de la maison de Jacob ; 
lorsquMl Voyait la populace attroupée autour de lui , il se 
laissait tomber subitement à terre. Il y demeurait quelque 
temps sans mouvement, puis reprenant tout à coup ses es- 
prits , on lui voyait faire d'épouvantables contorsions dé 
visage. Ses gestes étaient si affreux et l'agitation de son 
corps était si violente, que les plus sages le prenaient pour 
un possédé. Il se relevait ensuite, et comme s'il fût revenu 
à lui, il prédisait l'avenir, et manifestait au peuple les vo- 
lontés du Père céleste. 

Il désigna un jour qui , selon lui , devait être le dernier 
da monde... La créance qu'on eut à ses paroles fut suivie 
de toutes les extravagances du fanatisme. On vit les uns 
se dépouiller tout nus , d'autres se revêtir de cilices et se 
couvrir de cendre , les autres cacher leur nudité avec des 
feuilles, comme le premier homme après son péché. En cet 
état ils ise donnaient en spectacle au peuple. C'étaient de 
nouveaux Jonas qui fixaient à quarante jours la destruction 
d'une nouvelle Ninive. Malheur ! encore une fois malheur, 
s'écriaient-ils, à l'infortuné Zurich ! La hache est déjà mise 
à la racine de l'arbre. Pénitence, pénitence, ayez recours 
à la pénitence. Les prophètes anabaptistes entraient ensuite 
dans les maisons des personnes qu'ils croyaient leur être 
affectionnées ; ils les exhortaient sérieusement à prévenir 
le jour des vengeances par une conversion sincère , et re- 
baptisaient des familles entières hors les petits enfans. 

Les prophètes anabaptistes paraissaient comme atteints 
d'épilepsîe. Une grande altération régnait sur leur visage, 
Par momens ils tombaient sur le sol, tournaient la bouche, 
roulaient les yeux dans les orbites^ et semblaient être aux 



248 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE, — CBAP. H. 

prises avec quelque démon. Lorsqu'ils avaient repu la cu- 
riosité des assistans de ce spectacle, ils laissaient échapper 
leurs sentences prophétiques (1). 

On voyait les héros du parti se conduire par des révé- 
lations, affecter des extases et des visions... changer toot 
à coup de visage, effrayer rassemblée par des gestes et 
par des contorsions , tomber à terre comme s'ils eussort 
été attaqués d'épilepsie, y demeurer quelque temps comme 
morts, sans qu'on aperçût aucun signe de respiration, 
trembler quelquefois de tout leur corps comme si leurs 
os eussent été disloqués, quelquefois paraître raides et 
insensibles comme au temps de la plus profonde léthargie. 

A Munster, plusieurs prophètes donnèrent cours à leur 
transport au milieu des places publiques. « Les uns tenaient 
leurs yeux attachés au ciel des heures entières , comme si 
le Seigneur leur eût ouvert le sein de la gloire ; d'autres 
parlaient à une personne invisible et faisaient des réponses 
aux interrogations d'un ange qui, disaient-ils, était pré- 
sent à leurs yeux. Quelques autres s'écriaient qu'ils ape^ 
cevaient en l'air des dragons lumineux qui , par leurs sif- 
flemens , s'excitaient au combat. Ou vit un fanatique monté 
sur un cheval maigre courir par la ville à bride abattue, 
annoncer au peuple qu'on entendait déjà la fatale trom- 
pette , et qu'à l'instant on devait voir sortir les morts de 
leurs tombeaux. » 

On y vit des théomanes inspirés courir nus par la ville 
et crier comme des insensés : « Malheur^ malheur à toi, 
Munster ! malédiction sur la superbe Babylone ! vengeance 
de Dieu sur l'abominable Sodome! Malheur aux filles trop 
superbement parées ! malheur aux femmes vêtues d'étoffes 

(1) Catrou, Histoire des anabaptistes, Paris, 1706, 1 vol. in-4<». 



THÉOMANIË EXTATÛ-CONVULSIYE PARMI LES CALVINISTES. 249 

d'or et d'argent ! Dépouillez-vous de vos parures, changez- 
les en ciliées et parsemez vos têtes de cendre ! » 

« Pendant quelque temps presque tout le sénat se trouva 
composé de théomanes. Comme la république n'était ad- 
ministrée que par des insensés et par des furieux , on ne 
peat croire à quel point on porta dans Munster l'extrava- 
gance et la fureur; chacun des magistrats ne proposa plus 
pour règle de gouvernement que les chimères de son ima- 
gination déguisées sous le beau nom de révélations. C'é- 
tait une pitié que d'entendre les délibérations d'un sénat 
tout composé de fanatiques : l'inspiration dictait aux uns 
le contraire de ce qu'elle avait suggéré aux autres; cepen- 
dant chacun s'aheurtait à sa décision parce qu'il la croyait 
révélée (1). » 

Quand il se passe de pareilles choses dans un pays; 
îu'on y tolère des prophètes semant l'épouvante et courant 
«ans vêtemens dans toutes les rues; que les hommes, les 
femmes y aJQBchent des prétentions surhumaines ; que les 
iïspîrés des deux sexes y cheminent au milieu d'un cor- 
^e de disciples ou d'apôtres; que la volonté de l'Être 
uprême y est censée servir de règle à toutes les détermi- 
ations des mortels, on ne peut plus savoir où s'arrêtera 
5 débordement du délire religieux. 

Les anabaptistes se laissaient couper les doigts , la lan- 
;ue , le nez , les oreilles , noyer par centaines dans les tor- 
ens, plutôt que de renier un instant les ordres qu'ils 
imaginaient tenir de Dieu. L'un d'eux se mil à prophé- 
iser d'un air imposant au pied du poteau oii on le tenait 
enchaîné par le cou. « J'aperçois l'ange du Seigneur, s'é- 
îria-t-il ; c'est lui qui me console au temps de mes plus 

(1) Catrou, ouvrage cité, p. 260, 360, 361, 373. 



250 LIVRE V. — ' DIX-HUITIÈME SIÈCLE. -^ CHAP. H. 

grands affronts. Il m'apprend que Fanabaptiste cesserait 
de vous ôtre odieux si vous cessiez d'être pécheurs I Frappe, ■ 
bourreau ; c'est pour Jésus , pour son baptême que je souf- 
fre; frappe, et fais de mon corps une victime agréable à 
rÉternel. • Une femme anabaptiste, enfermée dans les 
prisons de Bàle, s' étant persuadé que le Seigneur la sou* 
tiendrait par des alimens invisibles si elle tentait , comme 
le fils de Dieu , un jeûne de quarante jours, se laissa mour 
rir d'épuisement plutôt que de renoncer à son dessein. A 
Fulde , un prophète rebaptisé annonça qu'il pouvait ma^ 
cher sur les eaux , et qu'il traverserait la rivière à la vue ' 
de tout le peuple. Quand arriva le jour qui devait être té- 
moin d'un si grand miracle, le nouveau Moïse, s' avançant 
d'un air inspiré sur les bords du fleuve, demanda à porter 
entre ses bras un innocent à la mamelle. Une mère enthou- 
siaste se hâta de lui présenter le fruit de ses entrailles, i 
Quelques secondes plus tard l'enfant et le théomane avaient {' 
disparu dans les profondeurs des eaux. \^ 

Ne soyez point surpris si les plus grands prophètes de \^ 
l'anabaptisme n'éprouvent par momens aucune répugnance |^ 
à verser le sang de leurs proches ou de leurs antagonistes; ji 
jamais , à les en croire , les souillures de la chair ne s'é- \ 
tendaient jusqu'à Tame, tandis que le corps devait fle :^ 
constituer l'esclave des ordres du Très Haut. Grâce à la v 
maxime que Tesprit est impeccable et aux hallucinations, ^ 
la polygamie, la prostitution , le meurtre pouvaient passer ^ 
pour des institutions louables ou pour des actes de vertu. ^| 

« L'abominable principe de Yesprit impeccable dé- »- 
truisît généralement chez les anabaptistes, suivant le père . 
Catrou, toute l'horreur des plus grands crimes. On com- ^ 
mit jusqu'au fratricide sans scrupule et quelquefois même ^ 
on y donna un tour de piété. Dans la ville de Saint-Gai, . 



i 



THÉOMANIE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 251 

dit cet auteur, deux frères vivaient paisiblement de leur 
métier. Nulle jalousie ne troublait F union fraternelle et 
ils exerçaient en paix le même art sous le même toit. Ua- 
nàbaptisme avait déjà fait de fortes impressions sur leur 
esprit. Les contorsions des prophètes, leurs extases, leurs 
prédictions avaient échauffé la tôte de ces deux bons arti- 
sans. Léonard, c'était le nom de l'aîné, avait passé toute 
la nuit à coudre et à conférer avec Thomas, c'était le nom 
du cadet. Il lui avait exagéré jusqu'à quel point doit aller 
l'obéissance du chrétien pour la révélation de Dieu lors- 
qu'il se manifeste par les prophètes. On n'avait point ou- 
blié, dans la conversation, l'ordre que reçut autrefois 
Abraham de sacrifier Isaac. Enfin les deux frères se trou- 
vèrent disposés à souffrir la mort ou à la donner si la vo- 
lonté du Père céleste se manifestait à eux. Jamais les 
expressions de tendresse entre deux frères ne furent plus 
vives qu'en ce moment d'enthousiasme. Ils s'embrassèrent 
mille fois et s'attendrirent mutuellement. C'était pour faire 
à Dieu un sacrifice plus parfait de leur tendresse. En effet 
Léonard rassemble toute sa famille et tous ses voisins. 
Lorsque l'assemblée fut assez nombreuse, sans se déclarer, 
il fait venir Thomas au milieu de la chambre qui servait 
de logement aux deux frères. Léonard redouble ses em- 
brassémens ; il verse des larmes, il fait mettre son frère à 
genoux, puis tirant tout à coup une épée qu'il avait tenue 
cachée jusqu'alors : vous apercevez, mon frère, lui dit-il, 
dans la sensibilité de votre aîné, toute la tendresse qu'eut 
Abraham pour son fils ; trouverai-je dans vous le courage 
et l'obéissance d'Isaac pour recevoir la mort de la main 
d'un frère qui vous aime? C'est Dieu, c'est le Seigneur 
lui-même qui m'inspire de renouveler dans ces derniers 
temps, en vous et en moi^ tout l'héroïsme qui signala autre- 



252 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CIIAP. II. 

fois un père et un fils au temps d'une loi imparfaite l Tho- 
mas parut constant, et sans verser de larmes il tendit le 
cou à l'épée de son fère. Seulement la victime regarda 
tendrement son sacrificateur comme pour lui dire un demi^ 
adieu. La nouveauté du spectacle surprit tellement ras- 
semblée, et glaça si fort les assistans que personne ne son- 
gea à se jeter sur le fratricide pour arrêter sa fureur, Léo- 
nard perça la gorge de Thomas, et du tranchant de Tépée 
il lui coupa la tête qu'il fit rouler froidement aux pieds de 
ses parens et de ses amis. 

Dans la chaleur d'un si furieux enthousiasme , il sort 
dans la rue portant encore à la main l'épée fumante du 
sang de son frère ; puis d'une voix effrayante : la volonté 
du Père est accomplie! s'écrie-t-il. Il court de là dans h 
place publique, lîC tête nue et sans chaussure. Le princi- 
pal magistrat vint à la rencontre du furieux et tâcha de 
calmer ses transports. Léonard le menaça du jugement 
dernier. Enfin, tenant bonne contenance en la présence 
de son juge : allez, lui dit-il, entrez dans mon logis et 
connaissez par vous-même l'action la plus héroïque que 
la religion ait produite depuis Abraham. Le fanatique 
poursuivît SCS courses dans le reste de la ville ; il y an- 
nonça la ruine de Saint-Gai et la fin du monde. Cepen- 
dant on s'informe du fratricide, on arrête le coupable cl 
on lui fait expier sur la roue une folie impardonnable. 

« Chaque jour produisait un nouvel incident qoi 

rendait les anabaptistes odieux. Un jeune homme passait 
par Angerbach , il entra dans une auberge pour y prendre 
un repas : tandis qu'il buvait , un rebaptisé qui s'y trou- 
vait lui coupa la gorge. Le meurtrier parut de sang froid 
après son crime; il prit sa route vers une prairie, s'y pro- 
mena lentement les yeux élevés vers le ciel. Enfin il se 



tHÉOilANtE ÈXTATO-CONYULSiVË PARMI LES CALVINISTES. 253 

laissa prendre sans peine par la justice du lieu. Interrogé 
sur les motifs qui F avaient porté à attenter sur la vie d'un 
Inconnu : c'est la volonté du Père céleste ! répondit-il. .•(!).» 

Les pendans de ces récits sont à présent très multipliés; 
m fait de cruauté, les théomanes anabaptistes peuvent ri- 
valiser de prétentions avec les monomaniaques les plus 
sanguinaires. 

La biographie d'une Elisabeth Barthon, d'un David Geor- 
ges, d'un Guillaume Hacquet, d'un Kotterus; celle de Mo- 
rin, de Christine Poniatova, de Kulmann et de cent autres 
fons qui ont joui anciennement d'une célébrité momen- 
tanée, nous offrent de nouvelles preuves de la fréquence 
de la théomanie parmi les chrétiens. 

Elisabeth Barthon, dite la religieuse de Kent, eut le mal- 
heur d'attirer l'attention sur sa personne en annonçant, 
pendant une attaque hystérique, la mort prochaine d'un 
enfant atteint depuis plusieurs jours d'une fièvre cérébrale 
ît qui succomba effectivement bientôt comme elle l'avait 
crédit. Cette fille, entendant répéter à tout le monde qu'elle 
lossédait le don de prophétie , au moins à la suite de ses 
rises, se figura qu'elle était illuminée par la lumière de 
'Esprit saint. Ce qui advint par la suite n'était pas de na- 
are à détruire la bonne opinion qu'Elisabeth avait conçue 
le sa sainteté. Au fort d'un raptus extatique elle se crut 
xansportée dans les régions célestes, et éjacula subite- 
ment des hymnes, des prières, des prédictions qui causè- 
rent un étonnement universel parmi ses familiers et ses 
admirateurs. La même surexcitation des centres intellec- 
taels 86 reproduisant par la suite d'une manière à peu 
près constante, au moment de chaque nouvelle attaque 

(1) Catrou, ouvrage oité, p. 149; 158. 



254 LIVRE V. — niX-lirlTIÈME SIÈCLE. — CHAP. ÎI. 

convulsivc, ii s'en suivit que les Iialluciiiatioiis etlesauW& 
conceptions délirantes devinrent comme habituelles ai 
elle. Cependant Elisabeth prophétisa que T Esprit sa^l 
tarderait pas àFabandonner et qu'elle serait guérie 4e 
accès hystériques. Cette prédiction ne s'étant pas e-^ ^ 
et la prophétesse ayant jugé à propos de prendre 1^^ yi 
parce que, disait-elle, la mère de Dieu lui avait enjoiKst, 
dant une de ses visions, de renoncer aux habitudes i 
daines, le régime de la vie dévote acheva de précip'^' 
perte de cette monomaniaque. Jamais, en eiTet, se^ 
ses et ses prédictions ne se succédèrent avec plus de ' 
dite que lorsqu'elle se trouva tout à fait sous la domio» ^ 
des moines; et le bruit s' étant généralement répi^^ 
que la religieuse de Kent avait prophétisé que la n^ 
du roi ne se ferait pas attendre longtemps dans le cas ^ 
Tamour le porterait à introduire Anne de Boulen dan^ 
couche de Catherine d'Aragon, Henri VIII, imporluf^ 
de pareilles prédictions, s'y prit de manière à faire tomlid 
la tête de cette visionnaire (1). 

Guillaume Hacquet lança dans les rues de Londres der^ 
personnages auxquels il avait persuadé qu'il était le messîJ 
dont l'un avait pris le titre de prophète de miséricorde^ 
l'autre celui de prophète du jugement; tous deux, sur/ 
d'une affluence immense de peuple, s'écriaient, : Reperd 
toi, Angleterre, repens-toi, le fils de Dieu est ici! 
prophète de miséricorde se laissa mourir de faim en jf 
son ; Guillaume Hacquet refusa de se découvrir devant J 
juges. Depuis longtemps il s'était déclaré immortel, lea 
du Très Haut, l'envoyé de Dieu pour procéder au jugemO 
des pécheurs. Quelques minutes avant d'être pendir^ 

{1) Biographie de Michaud; Moréri, article Tanderus, 



THÉOMÂNIE EXTÀTO-GONViLSIVË PARMI LES CALVINISTES. 255 

écartelé , il adressa ces paroles au ciel où il croyait avoir 
reçu autrefois Tonction du Saint-Esprit : Dieu du firmament! 
Jehovaht Dieu omnipotent, Dieu des rois, Roi des rois, 
Bleu de toute éternité , toi le commencement et la fin de 
toutes choses , souviens-toi en ce moment que je suis ton 
fils bien aimé , le messie que tu as adopté et choisi ; fais 
descendre du haut desn uages un signe miraculeux qui 
contrak^ne ces bourreaux à épargner ma vie ! si tu n*obéis 
pas, bientôt, en arrivant dans le ciel, je me fais fort de te 
précipiter de ton trône et de te mettre en pièces de mes 
propres mains I (1592) (1). 

David George (2) commença à prophétiser dans la Frise, 
oh il fit de nombreux prosélytes. Il lui arrivait quelquefois, 
à ce qu*il parait, d'adresser la parole aux oiseaux comme 
s'il eût soutenu une conversation avec eux. Il prenait le 
titre de véritable Daniel , de rédempteur , de restaurateur 
de la maison d'Israël, de fils bien-aimé du père; croyait 
être né de l'esprit du Christ , et participer du Saint-Esprit. 
Il ne rougissait point de recevoir les adorations de ses plus 
fervens disciples. La surprise du peuple, qui le croyait 
réellement immortel, fut grande le jour oîi il cessa de vivre. 
Ce ne fut qu'au moment fixé par lui à son heure dernière , 
pour sa résurrection , que ceux qu'il était parvenu à fana- 
tiser revinrent enfin de leur stupide erreur, et ses restes , 
t|rés alors du cercueil , furent ignominieusement brûlés. 

A peu près dans le même temps, selon Delancre, on 
vit apparaître plusieurs autres prophètes, « lesquels la jus- 
tice , en plusieurs contrées , tenant simplement pour fols 
naturels et sans dessein, laissoit échapper par compassion 



(1) Bayle, Dict Mst. etcrit, etc., t. 7, p. 419. 

(2) Delancre; Tableau de l'inconH.j p. 33^. 



1 



I 



iô6 LIYRË V. — Dlk-HUITIËME SIÈCLE. — CHAP. 11. 

et respect du trouble de leur entendement Maïs en d^ao* 
très lieux , assure-t-il , on leur levoit le masque tout-à-fait, - 
et on punissoit de mort leur audace , irréligion et impos- 
ture (1). 

» Témoin, poursuit-il, celui, lequel, s'étantjetédansce 
grand univers de Paris, abusoit de cette foule de peuple, 
se vantant qu'il avoit Tcsprit de Tapôtre et évangéliste saiot 
Jean. Et étant arrivé en cette ville de Bordeaux, semant et 
publiant même chose , en échappa néanmoins si favorable- 
ment qu'on se contenta de le mettre en prison , où il de- 
meura longuement sans varier, se tenant constamment en 
cette première réputation. Mais quand il vit qu'on ne te- 
noit compte de l'élargir , il mit le feu aux prisons , des- 
quelles une partie s'étant brûlée , cela donna occasion de 
l'élargir et mettre hors , donnant simplement contre lui un ; 
arrêt de bannissement. Et ordonnant, comme par risée de / 
ses folles et capricieuses opinions de sainteté, qu'il dépo- 1 
séroit cette grande barbe qu'il portoit , ne voulant pas qu'il * 
couvrît d'un si bel ornement une bouche si infecte.... 
Echappé de Bordeaux, il s'en va dans Tboloze où il porta t 
cette même frénésie , mais il n'en échappa à si bon mar- ^^ 
ché, car le tenant pour hérétique, on le fit brûler comme ^ 
tel.... (2).)i J 

Simon Morin ne craignit pas de dédier au roi un livre ^^ 
rempli de folles conceptions qui , à la vérité , aurait dû le ' 
faire absoudre , mais qui contribua à le faire brûler vif en ^ 
pleine place de Grève (1663). Morin s'était figuré qu'il était < 
le fils de Dieu^ incorporé pour la seconde fois, que son avè- 
nement allait entraîner la réforme générale de l'Eglise et 



(1) Delancre, ibid.y etc., p. 337. 

(2) Dclancre, ibid., p. 338. 



.1, 



THÉOMANIÉ EXTATO-CONVCLStVE PARMt LES CALVINISTES. 257 

runanime conversion des peuples à la vraie foi. Il mainte- 
nait qu'on verrait bientôt sur terre une armée de combat- 
tans, ou d'ames parfaites, participant à l'état glorieux du 
Christ, que cette armée le soutiendrait dans l'accomplis- 
sement de sa mission (1)... Il répondit au président Lamoi- 
gnoD qui lui demandait avec peu de charité : s'il était écrit 
quelque part que le grand prophète, le nouveau Messie, 
allait périr par le feu ? Vous me soumettrez à l'épreuve de 
la flamme, je serai trouvé sans taches ! Les cendres de ce 
malheureux furent lancées au vent (2) . 



(1) Ce toi au milieu des fêtes d'une cour brillante, parmi les amours et les 
' pbtisirs, ce fut même dans le temps de la plus grande licence que ce malheureux 
Itt brûlé à Paris en 1663. C'était un insensé qui croyait avoir eu des visions et qui 
foossa la folie jusqu'à se croire envoyé de Dieu et à se dire incorporé en Jésus- 
Christ. Le parlement le condamna très sagement à être enfermé aux Petites-Mai- 
iMs. Ce qui est extrêmement singulier, c'est qu'il y avait alors dans ce même 
kftpital un autre fou qui se disait le père élernel, de qui même la démence a passé 
en proverbe. Simon Morin fut si frappé de la folie de son compagnon, qu'il reconnut 
la nenne. U parut rentrer pour quelque temps dans son bon sens ; il exposa son 
repentir aux magistrats, et, malheureusement pour lui, il obtint son élargissement. 
Quelque temps après, il retomba dans ses accès ; il dogmatisa. Sa mauvaise des- 
tinée voulut qu'il fît connaissance avec Saint-Sorlin Dcsmarest, qui Ait pendant 
plusieurs mois son ami, mais qui, bientôt, par jalousie de métier, devint son plus 
cruel persécuteur. Desmarest n'était pas moins visionnaire que Morin. Et après 
avoir avoué qu'il avait engagé des femmes dans l'athéisme, il s'érigea en prophète. 
Il prétendit que Dieu lui avait donné de sa main la clé du trésor de V Apocalypse; 
<pi'ayec cette clé il ferait une réforme de tout le genre humain et qu'il allait com- 
nander une armée de cent quarante mille hommes contre les jansénistes. Rien 
tfeût été plus raisonnable et plus juste que de le mettre dans la même loge que 
Simon Morin ; mais pourra-t-on s'imaginer qu'il trouva beaucoup de crédit auprès 
éa jésuite Annat, confesseur du roi? 11 lui persuada que ce pauvre Simon Morin 
établissait une secte presque aussi dangereuse que le jansénisme même. Enfin, 
ajant porté l'infamie jusqu'à se rendre délateur, il obtint du lieutenant- criminel un 
décret de prise de corps contre son malheureux rival. Osera-t-on le dire ? Simon 
Morin ftit condamné à être brûlé vif. Lorsqu'on allait le conduire au supplice, on 
trouva dans un de ses bras un papier dans lequel il demandait pardon à Dieu de 
toutes ses erreurs. Cela devait le sauver; mais la sentence était confirmée, il fut 
exécuté sans miséricorde. (Voltaire, édition de Baudouin, t. 39, p. 52.) 

'•X Bayle, Dlct. crit. et hist, t. 10, édil. de 1820,-^ p. 547. 

ToxElI. 17 



1 



258 LITRE T. — DIX-nCITIÈME SIÈCLE. — CHAP. II. 

La fin de Kuhlmaa fut tout aussi affreuse que celle de 
Morin (1689). La monomanie prophétique de ce vision- 
naire avait succédé à une maladie aiguë. Pendant cette 
maladie , un jour qu'on le croyait à deux doigts de la mort, 
il se crut tout à coup transporté au milieu de Fenfer et 
entouré de milliers de diables. Immédiatement après ces 
hallucinations, il crut voir Jésus-Christ accompagné de ses 
saints. Redevenu bien portant quant au corps , il ne cessa 
pourtant pas de voir à sa gauche un cercle lumineux qui 
raccompagnait partout. Par la suite, il lui arriva de tom- 
ber dans des ravissemcns extatiques qui l'isolaient momen- 
tanément du monde corporel. Enfin il se figura que toutes 
les extravagances qui pullulaient dans son cerveau M 
étaient suggérées par la sagesse incarnée, et qu'il devait 
ses moindres conceptions à l'inspiration de l'Esprit Saint... 
Les écrits de Jean Rothe et de Behme attestent sur ces 
deux personnages l'existence du même délire prophé^ 
tique (1). 

Les prophéties de Kotterus reposent sur des hallucina^ 
tiens , et il ne s'en est fallu que de bien peu qu'elles na 
lui aient coûté la vie. « Au mois de juin 1616, dit-on, il 
crut voir un ange sous la forme d'homme, qui lui ordonna 
d'aller annoncer aux magistrats que si l'on ne faisait péni* 
tence, la colère de Dieu ferait de terribles exécutions.... 
Au mois d'avril 1619, ayant cru voir le même esprit qui 
le menaçait de la damnation éternelle s'il demeurait dans 
le silence, il s'acquitta de sa commission en pleine aS' 
semblée des magistrats. Par la suite^ ce monomaniaque 
devint sujet à des extases et à des songes prophétiques; il 
annonça publiquement l'abaissement de la maison impé* 

(I) Bayle, ouvrée cil^, l. 8, p. 614. 



.s 



THÉOMArflE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 259 

rialc et l'élévation de l'électeur palatin ; s'étant laissé saisir 
et arrêter par les officiers de justice de l'empereur, il ob- 
tint de n'être pas mis à mort, mais à la condition qu'il 
vivrait dans un bannissement perpétuel. Kotterus ne put 
pourtant pas prendre sur lui de garder le silence, et passa 
le reste de ses jours à colporter et à répandre ses révé- 
lations et ses prophéties (1). 

De nos jours encore on a voulu donner un nouveau re- 
tentissement aux prophéties de Christine Poniatova ; ces 
productions du délire , réunies à celles de Kotterus et de 
Drabicius, reçurent en 1657, grâce au zèle de Coménius, 
les honneurs de la publicité. Christine, devenue extatique 
à la suite de longues attaques hystériques, éprouva d'abord 
quelques visions singulières. Des jeûnes assidus qu'elle 
s'imposa ensuite pour se conformer, disait-elle, aux ordres 
qu'elle recevait d'en haut, devaient la préparer à des ré- 
vélations sublimes. Il est certain que les crises extatiques 
se rapprochèrent, qu'elle entendit une voix qui lui annonça 
qu'elle allait perdre l'usage de la parole et qu'elle se trouva 
muette au sortir d'un accès de ravissement. Le plus ordi- 
nairement les prédictions de cette inspirée se bornaient à 
prévoir les phénomènes morbides dont elle se croyait me- 
nacée. Un jour, après une sorte d'état léthargique, elle 
soutint qu'elle était ressuscitée. Dans ses improvisations 
elle dissertait de préférencesur l'amour et sur la politique^ 
Un matin elle assura entre autres choses que le fils de 
l'bomme Fallait prendre pour épouse, que la salle du festin 
nuptial était déjà préparée... Elle annonça avec non moins 
d'assurance la fin prochaine de plusieurs pasteurs, et c'est 
dans le ciel qu'elle avait appris ce secret. Christine devint 

Ci) Bajle, wxmgt eilé; t, 8^ p. 592 et suir. 



2W) LIVRE V. — DI^-HUITIÈME SIECLE. — CHAP. it. 

répouse d'un simple mortel et perdit dans le commerce du 
mariage tous ses dons prophétiques (1). 

La plupart des inspirés dont j'ai parlé depuis le com- 
mencement de cet article se posaient en réformateurs du 
catliolicisme romain ; plusieurs d'entr'eux , comme on Fa 
pu voir, se rattachaient aux idées du protestantisme. C'est 
avec beaucoup de raison qu'on a remarqué que les discus- 
sions et les luttes qu'avaient enfantées les prétentions de 
Luther avaient fait surgir des nuées de prophètes; mieux 
eût valu faire traiter tous ces monomaniaques que de les 
tuer, en répétant qu'ils avaient tort de choisir un métier 
aussi dangereux. 

A l'heure qu'il est, beaucoup d'hommes instruits incli- 
nent encore à croire que les inspirés que je qualifie de 
visionnaires étaient doués de facultés physiologiques excep- 
tionnelles, qu'on a tort de révoquer la réalité de leur» 
prophéties en doute, que la clairvoyance d'un Drabicius, 
d'un Kuhlman devraient être pour nous tous un sujet d'ad- 
miration ; on va jusqu'à dire que les témoignages contem- 
porains donneront éternellement raison à la sagesse de ces 
personnages privilégiés. 

Je soutiens, d'après toutes les chroniques historiques, 
que les prédictions des visionnaires qui ont infecté les étals 
d'Allemagne à l'époque des guerres de religion sont pour 
la plupart en opposition formelle avec l'issue des événemcns 
qui devaient leur servir de contr' épreuve. L'empreinte d'une 
aliénation mentale partielle est, du reste, si bien marquée 
dans les discours et dans les productions écrites des théo- 
manes dont j'ai précédemment esquissé l'histoire, qu'il n'y 



(1) Comenius, Rcvelallonum divinarum in usum seculi nostri factamtn 
epitomcj anno 1657; el Ltioc c tenebris novls radiis aucta. 






\ 

\ 



TUÉOMAMIË EXTATO-CÛNVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 261 

a pas moyen de contester la signification des symptômes 
dont j'ai exposé Ténumération. Après tout, Taccomplisse- 
ment d'une prédiction faîte par un aliéné n'est point in- 
compatible avec l'état de délire. Le monomaniaque qui se 
croit à lui tout seul plus riche que tous les potentats du 
monde, qui se croit roi, pape, empereur, monarque uni- 
versel, qui prend à chaque minute le ciel et la terre à témoin 
que c'est la voix de Dieu qui lui assure la possession de 
pareils avantages, n'en sera pas moins fou pour avoir prévu 
et prédit la perte ou le gain d'une bataille. Quelle qu'ait 
été la clairvoyance des Drabicius, des Hacquet, des Kulh- 
man , des Morin et de cent autres prophètes dont j'évite 
d'exhumer les noms , c'est parmi les théomanes qu'il faut 
ranger tous ces inspirés. 

J'ai souvent été frappé de la ressemblance du délire des 
monomaniaques qui se disent prophètes, dans nos hospices 
d'aliénés, avec celle du délire des Kotterus, des Kuhlman, 
des Drabicius et des anciens anabaptistes. Les prétendus 
voyans que j'ai été à même d'examiner de près étaient tous 
sujets à des hallucinations qui se manifestaient pendant la 
veille, pendant le sommeil ou pendant un état extatique. 
Ceux dont les sensations maladives étaient subordonnées 
à un état momentané de ravissement commençaient , en 
général, par s'agenouiller et par prier ; ce n'était qu'après 
quelques instans de recueillement, qu'ayant perdu de vue 
les objets réels , ils en venaient à se persuader , grâce à 
l'exaltation de leur cerveau, qu'ils étaient en rapport avec 
la divinité ou avec d'autres essences surnaturelles. Nous 
avons vu, il n'y a pas bien longtemps, que les idées erronées 
des théomanes luthériens étaient précisément basées sur 
des illusions sensoriales; comme ces anciens illuminés 
étaient constamment eu prière, les hallucinations extati- 



262 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. II. 

ques étaient plus fréquentes autrefois qu*elles ne le sont à 
présent. 

La monomanie prophétique gagna en France des millien 
de calvinistes sous le règne de Louis XIV, Quand die 
s'était déclarée avec le plus d'intensité parmi les partisaas 
de Muucer, parmi certains anabaptistes, ces sectaires étaient 
réduits aux abois; quand elle s'empara des Drabldos, 
des Kuhlman, des Kotterus, la maison d'Autriche pour- 
suivait sans rémission tout ce qui tenait aux principes de 
la réforme. L'excès du malheur produisit sur nos compa- 
triotes huguenots le même genre de maladie. 

Louis-le-Grand, tant qu'il avait su comprendre les vé- 
ritables intérêts de sa gloire et de son peuple, avait laissé 
les calvinistes, qu'encourageait le génie de Goll>ert, fécon- 
der par tout le royaume le commerce et la prospérité des 
manufactures. Louis XIY assiégé, sur la fin de sa carrière, 
par des scrupules de conscience, obsédé par des maîtresses 
hypocrites, par des confesseurs ambitieux et inquiets, 
tourmenté des importunîtés de Letellier et de Louvois, 
laissa imprimer sur son nom une tache de sang qui ne s*e^ 
faça plus. 

Bien avant 1685, époque où, comme chacun sait, la 
révocation de Tédit de Nantes, devenue déûnitive, défen- 
dît aux calvinistes français l'exercice de leur religion, l'on 
avait déjà organisé contre eux mille persécutions. Plusienrs 
de leurs temples avaient été supprimés; il avait été décidé 
que le mariage ne pourrait plus avoir lieu entre les hu- 
guenots et les filles catholiques; on mettait tout en œavre 
pour exclure les réformés de la communauté des arts et 
métiers; on forçait leurs enfans à abjurer, et on les bapti- 
sait sans tenir compte de l'opposition des familles; des 
soldats placés dans les maisons rendaient la vie insoppor- 



THÉOHÂNIE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 263 

table aux calvinistes dont on confisquait les biens en cas 
de désertion à l'étranger. La peine des galères ou de la 
prison était imposée aux émigrans qu'on avait surpris 
tandis qu'ils cherchaient à s'échapper. Les écoles des mai- 
très calvinistes avaient été fermées ; les emplois, les pro- 
fessions d'avocat, de notaire avaient été interdîls aux hu- 
guenots ; ceux qui avaient possédé des charges reçurent 
l'ordre de les vendre ou de s'en défaire ; les maires pro- 
testans furent dépouillés de leur titre de noblesse ; dans 
quelques localités où ces religionnaires tentèrent de se 
réunir pour prier, on les écrasa sans pitié, et plusieurs de 
leurs pasteurs furent roués tout vifs. Bientôt le Vivarais 
et le Dauphiné furent encombrés de soldats, et une partie 
du Midi dut se résigner à supporter tous les genres d'in- 
justice, de vexations et de mauvais traiteraens : le pays se 
dépeupla, l'effroi glaça les cœurs de ceux qu'on plaçait 
dans ralternative de souffrir de la sorte^ ou d'abjurer la 
croyance de leurs pères (1). 

La révocation de l'édit de Nantes mit le comble aux 
maux des nouveaux religionnaires de nos provinces. Pres- 
que partout les temples furent démolis, les ministres du- 
rent s* exiler ou changer immédiatement de religion; il fut 
arrêté qu'on enlèverait les enfans huguenots à leurs pères 
et mères, et qu'ils seraient remis à des parens catholiques. 
L'espace manqua dans les prisons et sur les galères pour 
contenir ceux qu'on arrêtait aux frontières, ceux qui étaient 
convaincus d'avoir chanté des psaumes, refusé les secours 
de la religion de l'État. Des ministres bannis qu'on surprit 
revenant visiter les leurs furent étranglés à des potences 
ou rompus vifs sur des roues. Des malheureux qui ne pu- 

(1) Court de Gébelln, HisL des troubles des Cévennes, etc., 1. 1, p. 4 et suiv. 



! 



264 LivuE V. — Dix-iitniÈUË siècle. — ClUP. 11. 

rcnt avaler T hostie furent passés pai* les flammes; ceiu . 
qui mourureut sans avoir réclamé l'administration des , 
sacremens furent, après la mort, traînés sur des claies et : 
jetés à la voirie. 

L'homme que le sort opprime et accable ici bas, qui oe 
sait plus où placer son espoir sur la terre, se persuade fa- 
cilement que c'est du ciel que lui doit venir Tassistance 
dont il a besoin pour écraser ses persécuteurs. Les hu- 
guenots, dont la foi n'avait pas besoin d'être ravivée, 
crurent, en se mettant sur la défensive, qu'il leur suffisait 
d'invoquer avec ferveur TÊlre suprême pour qu'il accordât 
sa protection à la cause du martyre. La parole des prédi- 
caus, le chant des psaumes, le récit des écritures prophé- 
tiques, la lecture des prophéties de Drabicius et de Rotte- 
rus, contribuèrent bientôt, avec la combinaison des autres ■ 
influences que nous avons déjà éuumérées, à fomenter ^ 
dans le cerveau des calvinistes un degré d'exaltation dont ^ 
le pouvoir n'avait prévu ni la possibilité de l'explosion ni i^, 
la gravilé des eflets. ,^ 

Florimoud de Remond constatait comme une vérité cer- ^ 
taine, il n'y a qu'un instant, que Muncer était excité à ^ 
combattre par des visions extatiques, que ses troupes ,^ 
croyaient se défendre en chantant des hymnes, que les dis- - 
ciples de Matthieu croyaient posséder un moyen pour se ^ 
transmettre les uns aux autres T Esprit Saint. Les proies- - 
tans du Yivaraîs et du Dauphiné d'abord, ceux des Céveu- 
nes ensuite, s'inspirèrent de pareilles rêveries, d'un pareil ^ 
fanatisme, pour organiser une guerre d'extermination con- 
tre un roi qui les sacrifiait si inhumainement aux exigences 
de sa politique et de ses ministres. 

On a reproché à je ne sais quel thcomane d'avoir tiré à 
outrance le canon sur les ennemis qui assiégeaient sa ville, 



TUEOMANIE EXTÀTO-COMYULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 2«55 

après avoir hautement prophétisé que Dieu donnerait la 
victoire aux combattans de son parti ; on a dit d'une ma- 
nière générale des prophètes luthériens, qu'ils avaient l'air 
de se défier de la Providence et de leurs prédictions, qu'ils 
méritaient d'être comparés à ces demi-croyans qui voulaient 
qu'on invoquât les dieux eu mettant la main à l'œuvre, 
que le laboureur fit ses prières en mettant la main à la 
charrue, que le général, pour obtenir la victoire, la de- 
mandât aux dieux en se battant courageusement. . . Beau- 
coup de prétendus prophètes, beaucoup de prophétesses 
firent souvent preuve, dans le Vivarais, le Dauphiné et les 
Gévennes, d'une conviction inébranlable. 

Voici comment s'exprime Fléchier, en rendant compte 
des premières expéditions que firent le régiment de Flan- 
dre , les milices et les dragons contre les assemblées calvi- 
nistes du Vivarais : 

« On se saisit d'abord d'une prophétesse qu'on fit cou- 
duire à la Torrette , redisant mille fois en chemin : coupez- 
moi les bras, coupez- moi les jambes, vous ne me ferez point 
de mal, et refusant de manger de peur d'offenser le Saint- 
Esprit qui la nourrissait.... Le frère de cette folle n'était 
pas moins fou qu'elle. Il prêchait qu'il voyait le diable dont 
il faisait des peintures fort bizarres , que le Saint-Esprit 
paillait par sa bouche, qu'il était plus grand prophète que 
Moïse, qu'il changerait quand il voudrait la pierre en pain, 
et qu'enfin il représentait la personne de Jésus-Christ , qu'il 
était lui-même le fils du Père éternel , que c'était là un 
évangile qu'il fallait croire sous peine de damnation (1). . . » 

Assurément la foi de ces deux théomanes ne se fût pas 
démentie en présence du plus poignant martyre. Fléchier 

(1) Fléchier, Lettres choisies , tic, ^ 1. 1, p. 390,391. 



I 



266 LIVRE V. — DIX-UUITIÊME SIÈCLE. — CHAP. II. 

raconte dans un antre endroit qn*un jour , au moment oii 
la troupe se préparait à charger les nouveaux religionnaires, ; 
plusieurs furent d'avis de se disperser , mais que : t Les 
prophètes et les prophètesses les regardèrent comme des 
réprouvés, et leur dirent qu'ayant tous le Saint-Esprit, rt 
se trouvant sous la protection des saints anges , ils nV 
vaicnt rien à craindre, que les gens de guerre ne pouvaient 
nuire à ceux qui avaient la foi et qu'en tous cas le para- 
dis était ouvert. Les uns , ajoute encore Fléchier, disaient 
que les anges tombaient sur eux comme troupes de mon* 
chcrons et les environnaient; les autres, que les anges 
voltigeaient autour d'eux blancs comme neige et petits 
comme le doigt ; quelques uns, qu'ils voyaient le ministre 
Homel se promenant dans le ciel tout vêtu de blanc (1). » 

Comment vont-ils se comporter au moment du danger? i 
Quand la troupe en vint à donner sur cette multitude de \ 
fous , « ils s'ébranlèrent , se divisèrent en plusieurs pelo- ï 
tons, s'embrassèrent les uns les autres et s'entre-soufflèrent \ 
à la bouche pour se communiquer le Saint-Esprit ; puis ih i 
vinrent hardiment au devant des troupes dans la pensée » 
qu'ils étaient devenus immortels et invulnérables ou qoe ^ 
du moins ils ressusciteraient peu de jours après. Mais ilf ^ 
furent investis, et c'est l'opinion commune qu'il y en eut j 
trois ou quatre cents de tués ou blessés /2). » i 

Les plus vaillans capitaines de Louis XIV ne dissimu* » 
laient pas qu'ils n'avaient jamais rien vu de semblable et ) 
que le courage sans folie leur paraissait insutBsant pour ) 
inspirer et expliquer un pareil mépris de l'existence et de ) 
la douleur. 



(1) Fléchier, t. l,p.392. 

(2) Id.,WUL,\. l,p. 394. 



THÉOMÂMIE EXTATO-CONYULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 267 

Lorsque des médecins ont cru devoir signaler de nos 
jours certaines nuances , certaines variétés de monomanie, 
quelques prétendus défenseurs des intérêts religieux n'ont 
pas manqué de se récrier contre le peu de piété des ma- 
ll^raphes. On avouera peut^êlre, après avoir lu les para- 
graphes que j'ai empruntés à Fléchier , que ce sont surtout 
df» hallucinations, et de prétendues inspirations de la di- 
Ttaité, qui poussent certains dévots à voler avec joîe au 
Seyant d'une mort qu'ils peuvent même, toute certaine 
qa*elle est , juger impossible. 

Brueys reconnaît comme Fléchier , et atteste avec tous 
ceux qui avaient fréquenté les théomanes calvinistes, qu'ils 
étaient hors d'état , dans une foule de circonstances , d'ap- 
)récier la portée et les conséquences de leurs folles déter- 
ainatîons, et beaucoup trop exaltés pour se défier une 
econde del'assistance qu'ils attendaient d'en haut. Brueys, 
près avoir raconté qu'un colonel qui avait été averti, par 
es hurlemens qui partaient de la montagne du Cheilharet, 
[u*il existait un rassemblement de fanatiques dans ces 
ochers , prit la résolution de faire investir les défilés et 
le tomber brusquement sur les protestans , termine ainsi 
K>n récit : 

• Alors on vit commencer le plus extraordinaire et le 
[)lus ridicule combat qu'on ait peut-être jamais vu. Tandis 
jue les rebelles qui étaient parmi les enthousiastes faisaient 
pleuvoir d'en haut une grêle de pierres entremêlée de coups 
de fusil sur les dragons et sur l'infanterie, les prophètes et 
les prophétesses s'avançaient au devant des troupes avec un 
air furieux en soufflant sur elles de toutes leurs forces, en 
criant à haute yoixtartara! tartara! Ces fols croyaient ferme- 
ment qu'il ne leur en fallait pas davantage pour mettre en 
fuite les gens de guerre ; mais voyant qu'ils avançaient tou- 



268 LIVRE V. — DlX-UtlTlÈMK SIKCLË. — CUAP. 11. 

jours et que les plus inspirés tombaient par terre comme .. 
les autres, ils prirent la fuite eux-mêmes (l). » 

Nous devons trouver tout simple que des monomania- 
ques qui avaient la prétention de participer de la nature 
suprême, qui s'étaient proclamés invulnérables et immor- 
tels, se soient aussi persuadé qu'ils pouvaient arrêter 
leurs ennemis avec des paroles ou renverser une armée 
avec leur souille. Pendant longtemps on vit les prophète»- 
ses du Yivarais recourir à des mots et au souffle de leur 
haleine pour culbuter les gens de guerre qui les écrasaient , 
sous les pieds de leurs chevaux. On apprenait quelquefois ■ 
à la fin d'une expédition qu'une jeune prophétesse s'était . 
jetée sur les soldats en sifQant comme un reptile, et qu'oi 



avait été obligé de lui ôter la vie pour mettre un terme i 
ses invectives et à ses actes de fureur; un autre jour ott ' 
entendait raconter que quelque théomane était venu de 
sang froid prier les soldats de le mettre à mort afin qu'il \, 
pût tout de suite prendre rang parmi les élus du firma- ^ 
ment. Pendant une action où le rôle des troupes se boroa ^ 
presque à égorger, on vit la prophétesse Sarra , fille du * 
théomane Beraud, s'avancer au-devant des mousquetakes ^ 
en soufflant comme une furie et en criant de toute la force 
de ses poumons : tartara ! Ayant vu périr son père, dan- ^ 
gereusement blessée elle-même, elle soutint néanmoins à ^ 
ses vainqueurs qu'elle possédait en elle le Saint-Esprit, et 
ce ne fut qu'au bout de plus de soixante heures, et quand 
elle eut mangé et dormi suflisammcnt, qu elle commença '_ 
à comprendre qu'elle avait pu obéir aux illusions de la 
folie (2). 
L'histoire du père de cette prophétesse prouve mieux 

(1) Brueys, Histoire du fanatisme de notre temps, 3 vol. in-lS, 1. 1, p. 180, 18l« 

(2) Brueys, ouvrage cité, 1. 1, p. 145. 



THÉOMÀNIE EXTÂT0-C0!«VULSIVË t>ARMt LES (CALVINISTES. 269 

qae tous les raisonnemens du monde que les théomanes 
calvinistes réunissaient parfois , au moins, la plupart des 
signesd'une affection mentale pleinement caractérisée. «Cet 
homme, dit Fléchier, était âgé de soixante ans, laboureur 
de profession, fort et robuste pour son âge. Il avait paru 
JQsqu^alors d'assez bon sens, il ne s'était jamais trouvé 
aux assemblées, il avait même souvent repris ses enfans 
d'y avoir assisté et témoigné beaucoup de regret des mal- 
heurs que cela causait. Mais ses enfans lui faisaient tous 
les jours des récits si merveilleux de ce qu'ils avaient vu, 
du pouvoir des prophètes, des grimaces et des cérémonies 
étonnantes qu'ils faisaient, des cieux ouverts et des anges 
qu'on voyait, que ce bon homme, s' estimant pour le moins 
autant que ces prophètes dont on lui parlait, se prit tout 
d*un coup à faire comme eux. Il était couché et se levant 
en sarsaut, il enleva le ciel de son lit, quoique fort pesant^ 
et le jeta à trois pas de là, en criant et en marmotant je 
ne sais quoi (il inventait des termes inconnus) que per^ 
sonne ne pouvait comprendre. Aussitôt il convoqua tout 
le village, et ses enfans tout glorieux de cette aventure 
allaient de maison en maison, disant : venez voir mon père 
qui a reçu le Saint-Esprit et qui prophétise. . . ! Pour pre- 
mier essai, il se fit appeler saint Paul, et se frottant par 
tout le corps il faisait entendre en son langage confus qu il 
Toyait des anges blancs qui descendaient par la cheminée. 
Il se fit apporter un siège et commença de chanter tout 
seul le ton d'un psaume, car il n'en avait jamais appris 
les paroles et ne savait ni lire ni écrire. Il remuait les as- 
sistaus et les faisait passer les uns à sa droite , les autres 
à sa gauche^ comme s'il eût entendu quelque finesse à ce 
déplacement. Il voulut prêcher et bredouilla une demi- 
heure sans articuler dans tout son discours que les mots 



270 LVVftE V. ■— l>IX-i;ilTlfcME SIÈCLE. — CIIAP. II. 

(le miséricorde el de repcnUuice. Tanlôl il croyait voir des " 
anges qui se battaient en Fair, tantôt Jésus-Christ qid ^ 
descendait le long de la cheminée. •• 11 s'agitait k perte 
d*haleine et disait qu'il n'en pouvait plus et que son Sdivti^ 
Esprit le brûlait. 11 se couchait à la renverse et ûiisait 
mille extravagances que les assistans à genoux a^nn 
raient (1)... I • 

On est forcé de convenir après avoir lu ce récit que 
les soldats étaient employés dans la guerre du Yivarais à 
combattre contre de véritables aliénés. Et on a lieu d'êtif l 
surpris qu'une vérité aussi patente n'ait pas été déveîopi^ f^ 
pée plus tôt par les manigraphes. Quand, en outre, on eut jis 
tend prédire à une prophétesse que la grêle Ta saccagff fW 
les campagnes, que les incrédules iront bientôt errans di i 
montagne en montagne, qu'une étoile détachée dudellin 
va écraser la ville du saint père ; quand on entend dire i| |ti 
une autre que la messe est la mère et la femme du diable} ilb 
quand d'autres répètent qu'ils voient des anges rougei^ h 
blancs, portant dans leurs mains les fioles de la colère di )k 
Dieu, et que chez tous l'extravagance des actions est ei il^ 
rapport avec l'extravagance des sensations et des idéePu !ii 
on ne peut que s'apitoyer sur le sort d'une population ipÊ ^ 
le malheur avait jetée dans un tel excès de délire et qu'oi i; 
ne peut qu'immoler, parce qu'elle n'est plus susceptiUi ^ 
de prêter l'oreille à aucun raisonnement et qu'elle se read i« 
formidable par la hardiesse de ses coups. ^ 

Les théomanes qui inondèrent, en quelque sorte, le Yi- t 
varais et le Dauphiné de 1679 à 1G90, présentèrent tous, ^ 
à quelques nuances près, la même série de phénomèM i 
morbides. Le nombre des prétendus prophètes se Irouvt i 

(1) Fléckier, lettres choisies, 1. 1, p* 394. 



THÉOIUNIE EXTATO-CONVULSIVË PARMI LES CALVINISTES. 271 

alors, à ce qu'il parait, plus considérable que celui de» 
prophétesses. Beaucoup d'eufans subissaient, aussi bien 
fiie les adultes, Tinspiratiou du fanatisme religieux. • La 
ftilîe de ces enthousiastes se répandit avec tant de rapidité 
flans ce malheureux pays, que la flamme d'un embrasement^ 
poussée par le vent, ne passe pas plus vite de maison en 
saison, que cette fureur vola de paroisse en paroisse. «• Je 
l'exagère pas quand je dis que les Boutières se trouvèrent 
|1(M*8 remplies de ces fanatiques ou des insensés qui coih 
nient après eux. Tous ceux du pays qui ont vu les assem* 
klées qu'ils firent presqu'en même temps à Saint-Cierge^ 
Aranlez, Tauzuc, Saint-Sauveur, Saint-Michel, Gluyras, 
Saint-Genieys, assurent que les moindres étaient de quatre 
Hi cinq cents, et qu'il y en a eu quelques-unes de trois ou 
piatre mille personnes (1). » 

Madame de B^^, veuve d'un conseiller au parlement de 
i^renoble, se trouva inspirée après avoir prèle l'oreille aux 
mprovisationsdelaprophétesse Isabeau. Cette dame, pour* 
nivie par l'intendant du Dauphiné , parcourut les bords 
te la Drôme en cherchant à gagner sa résidence de cam^ 
pagne située à Liveron. Près de trois cents personnes qui 
rentendirent improviser furent saisies de l'esprit propbé^ 
liqpie; c et si M' Bouchu, qui avait l'œil partout, n'y eût 
promptement remédié, il est certain, suivant Brueys, que 
dans peu il n'y aurait pas eu un seul homme qui ne fût 
devenu prophète (2), » 

Les prophètes se comptaient par cent et par mille. Vingt, 
trente, cinquante montagnards se trouvaient inspirés pen- 
daat une même nuit. Pour un prophète que Ton arrêtait^ 
dit Jorieu, Fon en voyait surgfar vingt. « tin homme qai ne 

(1) Brueys, ouvrage cité, t. \, p. 145, 168. 
C2) /^fU^t. I,p.f31 etraiv. 



272 LIVBB V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CÈAP. II. 

pensait à rien moins qu'à prophétiser, dans un temps oùFon i 
emprisonnaitlespropbètes,seretirantdenuit d'nneassem- -^ 
blée avec des gens de son village, tomba tout à coup comme ^ 
frappé du haut mal , se vautra sur une couche de deux ||| 
pieds de neige; puis, les yeux fermés comme une persoime ^ 
endormie, se mit à prêcher et à prophétiser (1). » ig 

Les anciennes prêtresses sentant venir , comme elles le î; 
disaient, le souffle de l'inspiration, s'écriaient: Yoilà k ^ 
dieu , voilà le dieu dont l'esprit nous pénètre I Après qad k 
elles tombaient à la renverse , se débattaient un instant || 
dans des efforts convulsifs, et un reste d'écume à la bouche^ L 
se mettaient à prophétiser avec enthousiasme. . . Les thé(h j^ 
mânes du Dauphiné obéissaient au même genre de trai^ ^ 
port maladif que ces folles sibylles. 1^ 

Passé 1700, quand Tenthousiasme prophétique se fat L 
déclaré dans les Gévennes, les femmes et les enfans se j^ 
montrèrent surtout très accessibles à cette espèce de coih l 
tagion. Des milliers de femmes, suivant le marquis de Guis- 
card, s'obstinaient à prophétiser et à chanter des psaumes, 
quoiqu'on les pendit par centaines. J'ai vu dans ce genre-là, 
dit le maréchal de Yillars , qui termina la guerre des Ca- 
misards , des choses que je n'aurais pas crues si elles ne 
s'étaient point passées sous mes yeux. Dans une ville en- 
tière, toutes les femmes et les filles, sans exception, pa- 
raissaient possédées du diable. Elles tremblaient et prophé- 
tisaient publiquement dans les rues (2). > 

«Lorsque les papistes croyaient avoir entièrement triom- 
phé de la constance des protestans, la Providence renversa 
leurs espérances par le ministère de ces mêmes enfans 
qu'ils avaient pris tant de soin d'élever dans leurs erreui^, 

(1) Jurieu, Ldtres prophétiques. 

Ci) ne du maréchal de Villars, p. 325. 



I 

t 

■ 



THÉOMANIE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES CALTINISTES. 273 

et qui, comme autant de prophètes, réveillèrent leurs pères 
et mères de leur léthargie spirituelle. Ces prédicateurs im- 
prévus ne surprirent pas peu les papistes qui , pour pré-- 
venir leseiTets de leurs exhortations, tâchèrent dinsinuer 
qu'ils étaient instruits et dressés par des imposteurs. Ils 
en firent fouetter quelques-uns et ils brûlèrent la plante des 
pieds à d'autres.. • Mais tout cela n'ayant pu être capaUe 
4' ébranler ces jeunes prophètes, et leur nombre s'étant 
bientôt accru jusqu'à près de huit mille dans les Cévennes 
et le Bas-Languedoc..., Tintendant de la province ordonna 
à messieurs les docteurs de Montpellier, qu'on appelle I4 
Faculté de médecine, de s'assembler à Uzès, où l'on avait 
emprisonné une grande quantité de petits enfans. Confor- 
mément à cet ordre, ces médecins... observèrent à leur 
manière la contenance de ces enfans, leurs extases et les 
discours qu'ils faisaient sur le champ (1). » 

La Faculté déclara ces petits prophètes atteints de fana- 
tisme ; mais rien ne put tempérer chez eux la violence de 
rinspiration. Les parens que l'on punissait aussi, parce 
qu'on supposait qu'ils contribuaient à développer sur ces 
enfans l'exaltation des centres nerveux^ finissaient souvent 
par les remettre eux-mêmes entre les mains des adminis- 
trateurs en disant: Traitez-les comme bon vous semblera; 
qpiant à nous, nous ne saurions les empêcher de fanatiser. 
Des témoins dignes de foi assurent qu'il était très ordi- 
naire de voir des enfans à peine âgés de sept à huit ans 
saisis par le transport de la théomanie extatique. 

Pierre Chaman : « J'ai connu à Tyès un nommé G.... 
qui avait un petit garçon de cinq ans qui prophétisait. Il 
a tombé plusieurs fois en ma présence, par le saisissement 

(1) Le thédtresaeré des Cévennes, etc., in-ri*», Londres, 1707, p. 17. 
ToHE n. 18 



iti tVTKE T. — DIX-HtlTlim SticiE. — CHAP. H. 

de r esprit, avec des agitations de la tèteetdetont le corps. 
Après cela il parlait , il prédisait des malbenrs à Babykne 
et des bénédictions à FËglise. Il faisait de grandes exhor^ 
tations à la repentance ; mais le panvre petit était qurf^ 
quefois si agité que ses paroles étaient alors fort entrecou- 
pées. Il parlait toujours français. Il se servait de M 
expressions : je te dis, mon enfant; mon enfant, je f as- 
suré, etc., (1). » 

Guillaume Bruguier « J'ai vu à Anbessai^es trois M 
quatre enfans inspirés entre Tâge de- trois et de six ans. 
Gomme j'étais chez un nommé Jacques Boussigne, un èe 
ses enfans, âgé de trois ans, ftif saisi de Tesprit et tomba i 

■ 

terre. Il fut fort agité et se donna de grands coups de mdv 
sur la poitrine, disant eit même temps que c'étaient IM 
péchés de sa mèfe qui le faisaient souffrir. Il ajouta q&ê 
nous étions dans lès derniers temps, quMl fallait combattre 
vaillamment... peur la foi, et se repentir de ses péchés... 
J'ai entend» cela. 

«^ J'étais aussi présent lorsqu'une fois la petite Sftzamie 
Jônquet, qui était âgée de quatre à cinq ans, tomba daitf 
des agitations à peu près semblables à celles du petit Bons* 
signe. Elle parla haut distinctement en bon français, et je 
suis sûr que hors de l'extase elle n'aurait pas parlé ce 
langage. Elle dit que la délivrance de l'Église était pm- 
chaine et elle exhorta beaucoup à l'amendement de rie. 
Ces deux enfans se servaient l'un et l'autre de ces expres- 
sions : je te dis, mon enfant, cic. 

» Comme j'étais à ïcrroux, je vis une petite fille de «h 
ans nommée Marie Suel, qui, après un quart d'heure et 
mouvement de tout le corps, et parlieulièrement de hrpo^ 

0) Oiirnpe ri!^, r tff 



THÉOMANIE EXTATO-CONYULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 205 

après avoir hautement prophétisé que Dieu donnerait la 
victoire aux combattans de son parti ; on a dit d'une ma* 
nière générale des prophètes luthériens, qu'ils avaient Fair 
de se défier de la Providence et de leurs prédictions, qu'ils 
méritaient d'être comparés à ces demi-croyans qui voulaient 
qu'on invoquât les dieux en mettant la main à l'œuvre, 
que le laboureur fit ses prières en mettant la main à la 
charrue, que le général, pour obtenir la victoire, la de- 
mandât aux dieux en se battant courageusement... Beau- 
coup de prétendus prophètes, beaucoup de prophétesses 
firent souvent preuve, dans le Yivarais, le Dauphiué et les 
Gévennes, d'une conviction inébranlable. 

Voici conmient s'exprime Fléchier, en rendant compte 
des premières expéditions que firent le régiment de Flan- 
dre, les milices et les dragons contre les assemblées calvi- 
nistes du Yivarais : 

« On se saisit d'abord d'une prophétesse qu'on fit con- 
duire à la Torrette , redisant mille fois en chemin : coupez- 
moi les bras, coupez-moi les jambes, vous ne me ferez point 
de mal, et refusant de manger de peur d'offenser le Saint- 
Esprit qui la nourrissait. .. • Le frère de cette folle n'était 
pas moins fou qu'elle. Il prêchait qu'il voyait le diable dont 
il faisait des peintures fort bizarres, que le Saint-Esprit 
parlait par sa bouche, qu'il était plus grand prophète que 
Moïse, qu'il changerait quand il voudrait la pierre en pain, 
et qu'enfin il représentait la personne de Jésus-Christ , qu'il 
était lui-même le fils du Père éternel , que c'était là un 
évangile qu'il fallait croire sous peine de damnation (1). . . » 

Assurément la foi de ces deux théomanes ne se fût pas 
démentie en présence du plus poignant martyre. Fléchier 

(1) Fléchier, Lettres choisies, etc., t. l,p. 390,391. 



276 tmiE V. -^ Dit-mnnËiiB siiCLS. -« cha^. it. 

il Yoyait là dedans quelque chose qui n'était pas naturel... r 
Il eut beau faire et beau dire lui-même , elle soutint toa-* ^ 
jours que ce n'était pas elle qui s'agitait ainsi, et qu'éUe |a 
n'avait nou plus aucun dessein ni volonté de parler; que jr 
c'était quelque chose qui était plus fort qu'elle, encore k 
qu'elle ne le vit point, qui faisait tout cela en elle, etc. t je 

ff J'ai vu une infinité d'autres enfans et de gens de tout |i 
autre âge, de l'un et l'autre sexe, dans l'inspiration. Sdoi )& 
le calcul des personnes qui s'étaient appliquées à c^texamei f[ 
il y en avait pour le moins huit mille dans la province, €t jî 
c'était particulièrement dans les assemblées qui se faisaient ji 
pour prier Dieu qu'on en trouvait beaucoup. J'en zin t 
conduire par troupes en diverses prisons, et quoiqu'on les i 
maltraitât fort, ils paraissaient toujours pleins de joie, jl 
chantant des psaumes et priant Dieu continuellement. Les 
prisons se trouvèrent en peu de temps si remplies de ces 
pauvres gens-là , et particulièrement d'enfans , qu'on ne jp 
savait qu'en faire, de sorte qu'il vint un ordre de la coor t; 
de leur ouvrir les portes et de ne plus faire à l'avenûr de | 
tels prisonniers, etc. , (1) . » 

Les premières démonstrations de l'enfance ne sont ie ^ 
plus souvent que le reflet des démonstrations qui la fra]h ^ 
peut chaque fois qu'elle promène ses regards sur ceux qui ^ 
veillent avec sollicitude sur chacun de ses besoins; les pre- « 
miers mots qu'elle essaie de bégayer ne sont aussi que h . 
répétition des mots qu'elle entend le plus souvent reteotir 
à son oreille ; il est arrivé , à ce qu'il parait, que des en- 
fans, à peine sortis du berceau, ont éprouvé, dans lesCé- 
vennes , des attaques de spasmes suivies d'une sorte de 

transport de l'entendement. 

« 

(n Ouvrage cil<5, p. 60r 



THÉOHAIflE BXTATO^GOMVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 277 

— Jacques Dubois : « J'ai vu un garçon de quinze mois 
entre les bras de sa mère, à Quissac, qui avait de grandes 
agitations de tout le corps et particulièrement de la poi- 
bine. Il parlait avec sanglots en bon français , distincte- 
ment et à voix haute, mais pourtant avec des interruptions, 
ce qui était cause qu'il fallait prêter Toreille pour entendre 
certaines paroles. L'enfant parlait comme si Dieu eût parlé 
par sa bouche, se servant toujours de cette manière d'as- 
snrer les choses : je te dis , mon enfant. Ce même enfant 
fut mis avec sa mère en prison... Je suis persuadé que j'ai 
i^n plus de soixante autres enfans entre Tâge de trois et de 
douze ans qui étaient dans un semblable état (1). > 

— Jean Vernet : « Environ un an avant mon départ , 
denx de mes amis et moi allâmes visiter Pierre-Jacques , 

notre ami commun, au moulin d'Eve, près de Yernon 

Gomme nous étions ensemble , une fille de la maison vint 
appeler sa mère, qui était avec nous, et lui dit : Ma mère, 
yenez Toir l'enfant. Ensuite de quoi la mère nous appela , 
ikous disant que nous vinssions voir le petit enfant qui par- 
lait. Elle ajouta qu'il ne fallait pas nous épouvanter et que 
ce miracle était déjà arrivé. Aussitôt nous courûmes tous : 
Tenfant, âgé de treize ou quatorze mois , était emmailloté 
dans le berceau , et il n'avait encore jamais parlé de lui- 
même ni marché. Quand j'entrai avec mes amis , l'enfant 
parlait distinctement en français , d'une voix assez haute, 
TU son âge, en sorte qu'il était aisé de l'entendre par toute 
la chambre. Il exhortait, comme les autres que j'avais vus 
dans l'inspiration, à faire des œuvres de repentance.... La 
chambre où était cet enfant se remplit ; il y avait pour le 
moins vingt personnes, et nous étions tous pleurant et 

(1) Ounage dté, p. 32. 



1 ■■ ■■ 



278 UVa£ Y. •— DIK-UUITIÈlIfi SIÈCLE, -r GHAP. U, 

priant autour du berceau. Après que Textaxe leut cessé, je 
vis reofant dans sou état ordinaire. Sa mère nous dit 
qu'il avait eu des agitations de corps au commeucement de 
rinspiration , mais je ne remarquai point cela quand j*e&> 
trai (1)... » 

Uamour du merveilleux a fait dire à quelques ccri¥aiiii 
que les enfans des calvinistes français avaient prophétisé 
jusque dans le sein de leur mère. Fléchier , dont les pa- 
roles ont été mal interprétées » a imprimé ce qu'on n 
lire : 

Un inspiré auquel on représentait charitablement qu'il 
devait obéir au roi : « Répondit insolemment qu'il ue crat 
gnait rien et qu'il avait le Saint - Esprit. Il découvrit son esto- 
mac, et, faisant deux pas en arrière : tirez-moi ce fusil, di- 
sait il au maître d'école, vous ue sauriez me faire de mal 
U ajouta qu'en quinze jours il serait confirmé en grâce et 
qu'il irait à Paris convertir le roi. La femme , par conta' 
gion, devint aussi folle que le mari. Elle s'imagina que TeA- 
faut qu'elle portait dans son ventre prophétiserait dès qu'il 
serait né et se ferait entendre à tout le monde. Des soldats 
l'ayant depuis arrêtée, avec sa sœur, et les conduisant à b 
voûte, eurent pendant tout le chemin le divertissement de 
les entendre, l'une, penchée vers son ventre, disant: 
Écoutez mon enfant qui prophétise dans mon ventre; 
l'autre , leur répétant de temps en temps : Ne voyez-vous 
pas le Saint-Esprit qui saute et danse sur mes mains (!]?* 

L'une de ces femmes soutenait que sou fruit parlait 
parce qu'elle s'en laissait imposer par des ballucinatioos 
vocales , comme ceux qui entendent parler les arbres ou 



(1) Ouvrage cité, p. 15. 

(2) Fiéchier, Relation des fanatiques, etc., t. 1 des Lettres choisies^ p. IM> 



I 



I 



THÉÛHANIS SXnTOoCOIfYDLSIYJ^ PAJUil LES CALVINISTES. 279 

\» poissons. L'autre s'en laissait imposer par des b^Uluci-' 
Witioas visuelles* 

Fiécbier, tout porté qu'il était à tourner en dérision le 
fonatisme des tliéomanes calvinistes^ émet cependant des 
réflexions très justes sur la cause de la propagation des 
ifilluepces qui bouleversaient Tentendement des prétendus 
jpspirés, 11 ne veut pas qu'on s'étonne de la multipUcatioi^ 
iU» prophètes et des prophètesses, et cherche à en signaler 
}» raison. 

c Ces pauvres gens, fait-il observer, n'entendaient par* 
1er que de ces sortes de dévotions ; leur imagination en 
était remplie ; ils voyaient dans les assemblées ces repré^ 
sentations dont ils s'entretenaient sans cesse en euiL^mêmes. 
On leur ordonnait de jeûner plusieurs jours, ce qui leur 
jiffaiblissait le cerveau, et les rendait plus susceptibles da 
ces visions creuses et de ces vaines créances. Les courses 
qu'ils faisaient de paroisse en paroisse, de montagne en 
montagne, pour y passer les jours et les nuits, sans pren* 
4re d'autre nourriture que des pommes ou quelques noii^ ; 
les spectacles et les exhortations de tout quitter pour se 
trouver dans l'assemblée des élus et des fidèles, et d'y 
faire, comme les autres, des prédictions imaginaires ; la 
petite gloire d'être élevé sur un théâtre, d'être écouté 
comme un oracle, de faire tomber d'un seul mot mille 
personnes à la renverse, de consacrer pour ainsi dire ses 
extravagances et de rendre sa folie vénérable par le mé* 
lange de quelques textes mal expliqués de l'Écriture, c'était 
Autaut de causes de cette corruption générale. Les igno- 
rans sont disposés à suivre et à imiter ; on leur soufflait 
l'erreiir dans le cœur et dans la bouche ; il se faisait une 
génération spirituelle de prophètes et de prophéties par les 
yeux et par les oreilles plutôt que par l'esprit et par la foi, 



280 LIVRE V. — DIX-HtlTIÈMB SIÈCLE. — CHAP» II* 

de sorte qn'ils devenaient tous ou trompeurs ou trompés 
par contagion. Voilà ces communications de FEspritde 
Dieu, et ce prodige dont on a voulu faire tant de bruit (1)..» 

L'évêque de Nimes assure du reste que le délire de h 
théomanie fermenta d'abord dans le cerveau d'un protes- 
tant qui fréquentait des théologiens réfugiés établis à Ge* 
nève, et comme il fait voir aussi que plusieurs prophètes 
rebaptisaient les enfans, répétant que le baptême du Christ 
n'était que le baptême du diable, il devient évident que h 
maladie des protestans français n'était que la réapparitioi 
de celle des anciens anabaptistes, dont ils avaient en qad- 
que sorte exhumé les idées extravagantes. 

Brueys prétend , ainsi que beaucoup d'autres catholiques, 
que les premiers théomanes qui parurent céder à Téhs 
prophétique n'étaient que des imposteurs inspirés par ni 
épouvantable calcul d'intérêt , et qui mettaient en avait 
les mystères de l'Apocalypse pour exalter jusqu'au délire 
des malheureux dont ils avaient l'intention d'exploiter b 
fureur. A en croire Brueys , un vieux montagnard , suborné 
par un conciliabule de ministres protestans réfugiés à G^ 
nève, aurait seul jeté la première étincelle du mal, ei 
fondant de sang-froid , au milieu des précipices , une école 
de fanatisme, et en amenant, par l'excès du jeûne, m 
certain nombre d'adolcscens à tomber en extase , et à im- 
proviser sur les matières religieuses comme s'ils eussent 
été saisis par l'inspiration du Saint-Esprit. Un dialecticien 
habile a fait observer il y a longtemps que ce montapard 
pouvait bien lui-même être atteint de théomanie. Cette 
supposition me parait presque certaine, et n'est point con- 
tœdite par Fléchier. Qu'il nous suffise de noter que pnn 

(i) Fléchier, Relation des fanatiques ^ dans l'ouvrage déjà cilé, t. f , p. 379. 

in. 



THÉOMANIE EXTATO-GONVULSIYË PARMI LES CALVINISTES. 281 

bablement la première petite troupe de prophètes sortit 
de la montagne de Peyra en Dauphiné , et que positive- 
ment tous les inspirés étaient maîtrisés par une impulsion 
maladive ; Brueys lui-même va nous aider à établir cette 
Irrité; cet auteur a dît : « Il fallait que ceux qu'on vou- 
lait faire passer pour des gens inspirés du Saint-Esprit 
cmssent effectivement Tétre, afin qu'ils le pussent plus 
Facilement persuader aux autres, et que leur folie les 
mettant au-dessus de la crainte des châtimens, aucune 
considération ne les empêchât d'aller répandre de tous 
côtés les prophéties séditieuses qui devaient porter les 
peuples à la révolte, c'est-à-dire qu'il fallait commencer 
par faire devenir fous ceux qu'on voulait rendre prophètes, 
et que le renversement de l'esprit était le premier degré 
par où devaient passer ceux qui aspiraient au don de pro- 
phétie (1). » 

Il est clair, d'après cette citation , que le premier inspiré 
seul avait fait naître parmi les catholiques romains des 
soupçons sur sa probité et sa bonne foi; mais au demeu- 
rant, il n'était pas indispensable que ce calviniste fût vé- 
ritablement atteint lui-même de théomanie pour faire naî- 
tre dans le cerveau de ses coreligionnaires des accidens 
pins ou moins sérieux : Mesmer ne provoquait-il pas les 
accidens hystériques les plus variés sans avoir jamais ma- 
nifesté pour son compte aucune disposition aux attaques 
de nerfs? Il arrive encore chaque jour que des magnéti- 
seurs font naître sur les autres les accidens du somnam- 
bulisme dont jamais ils n'ont éprouvé les atteintes ; il y a 
aussi des procédés connus pour provoquer l'extase. Donc, 
quand bien même le premier prophète qui se vit à Peyra 

(1) Brueys, cnivrage cité, 1. 1, p. 103. 



288 U\9Ut Y. *— D1X-UL1TI£IIE SI&CLE — CHAP. Il, 

n'eût élé qu'un fourbe, il ne s'en suivrait pas de là que la j- 
tliéomanie des autres inspirés fût feinte ; mais il est pliK ^. 
que douteux que ce premier prophète ait simulé à dessdq ^ 
une maladie qu'il ne devait connaître que très imparlaitt- - 
ment. ^ 

Yoici, en définitive, ce qui a pu faire penser et dire .^ 
qu'on mettait tout en œuvre pour augmenter et multiplier -^ 
le nombre des tliéomanes. Pendant quelque temps, poor . 
élre considéré comme véritablement prophète, dans le Yir ^ 
varais et dans le Dauphiné, il fallait avoir été reconaa ^ 
comme tel par un prophète en titre et en présence d'un , 
grand nombre de coreligionnaires. On procédait donc à Ig , 
réception des préteudans avec unç sorte de solennité. 

Quand les calvinistes d'uue contrée s'étaient constitués ^ 
en assemblée , le prophète qui présidait aux exercices reli- .. 
gieux de cette réuQion unissait toujours, après avoir poussé 
à plusieurs reprises le cri de miséricorde , et avoir fait 
chanter un certain nombre de psaumes, par tomber i^ja [ 
renverse avec une partie ou la presque totalité des fidèleSi 
et au bout de quelques instans il obéissait à l'aiguillon de ; 
riospiration. Une fois son discours achevé, il s'appro- 
chait des néophytes qu'il estmiait digues de recevoir le don 
prophétique, et soufflant dans la bouche de l'un d'eux: 
Reçois , lui disait-il , le souffle du Saint-Esprit. Tout de 
suite le nouvel élu se mettait à parler comme par inspira- 
tion , et après avoir fini de prophétiser, il se hâtait à son 
tour de souffler r esprit à quelque autre prétendant, dont 
la langue se trouvait également aussitôt déliée , et qui ren- 
dait le même office à ses amis. 

Mais il faut bien qu'on sache que les nouveaux prophè- 
tes étaient malades longtemps avant qu'on pratiquât cette 
cérémonie. Ceux qui se mettaient sur les f angs pour rece- 



THÉOMANIE EXTÂTO-CONVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 283 

foir la marque des inspirés affirmaient , pour la plupart , 
lfa*ils avaient senti que Tesprit prophétique avait coni- 
mencé à les gagner lorsqu'ils soutenaient sur leurs genoux 
la tête de quelque prophète tombé en convulsion , que cet 
£sprit avait semblé s'introduire en eux par la cuisse, qu^ 
leur avait paru être de fer^ et de là par tout le corps qui 
était agité d'un frisson. Ils ne tombaient pas seulement à 
l'assemblée, dit Brueys, quand on criait miséricorde, 
mais à la campagne ou dans leurs maisons ; et pour faire 
croire que ces chutes avaient quelque chose de merveilleux 
^tde divin, ils disaient qu'elles commençaient par des fris- 
sons et des faiblesses semblables à celles des fébricitans 
qui leur faisaient étendre les bras et les jambes , et bâiller 
plusieurs fois auparavant que de tomber; que lorsqu'ils 
étaient par terre , ils avaient des convulsions qui les fai- 
saient écumer, que leur ventre et leur gosier s'enflaient, 
qu'ils souiTraient beaucoup en cet état, et qu'il y en avait 
à qui ces accidens duraient plusieurs heures , et plus 
longtemps aux personnes avancées en âge qu'aux jeunes 
gens (1). » Donc, ce n'était pas parce qu'on leur soufflait 
dans la bouche que le cerveau s' affectait, mais cette opéra^ 
tion pouvait les enhardir à improviser, et comme le don 
de la parole est la marque de l'inspiration, on pouvait se 
croire fondé à leur refuser le titre de prophète jusqu'à ce 
qu'ils eussent prononcé publiquement leur première im- 
provisation. 

Par la suite on n'ignora pas qu'on pouvait prophétiser 
sans avoir reçu le souffle par la bouche. Partout des théo- 
mânes improvisèrent spontanément, comme ils étaient tern- 
ie spontanément dans des crises convulsives ; que si l'oQ 

(1) Broeys, ouvrage cité, 1. 1, p. 156. 



I 



281 LIVRE V. — DlX-lItlTlÈil£ SIÈCLE. — ClIAP. !!• 1^ 

procéda encore quelquefois publiquement à la réception |^ 
d'un prophète ou d'une prophétesse , ce fut uniquement ^ 
pour répandre uûe sorte d'éclat sur son apostolat. ^ 

Au demeurant, il devait exister quelques dissemblances ^b 
entre un nombre aussi considérable de malades. Les théo- <a 
mânes parfaits étaient sujets à des convulsions, à des et- % 
tases, à des hallucinations, à des idées fixes, et ils jouissaient ^ 
de la faculté d'improviser. Quelques calvinistes , au con* «ii 
traire, n'avaient que des convulsions ou des hallucinatioDSi I 

L'intensité des convulsions était variable. On appelait ir 
trembleurs les prophètes qui n'éprouvaient que des secous- i 
ses convulsives dans la tète, les épaules, les jambes et les >.* 
bras. Les autres passaient pour épileptiqnes. Quelquefois t 
les accès étaient assez violens pour renverser les malades \ 
dans des instans où ils s'y attendaient le moins. Aussi cou- e 
raient-ils des dangers véritables quoiqu'ils n'en voulussent « 
pas convenir. •' Mon frère Pierre , dit Bruguier , reçut ses i 
grâces étant âgé de quinze à seize ans. Je l'ai entendu plu- * 
sieurs fois pendant l'inspiration. Quand l'esprit le saisissait, i 
il tombait ordinairement à terre et devenait tout à fait pâle. 
Gomme nous étions ensemble dans une assemblée d'environ i 
deux cents personnes , proche d' Aubessai^ues , il fut placé i 
en sentinelle sur un arbre presque joignant à l'assemblée. 
Je le vis tomber de cet arbre de la hauteur de plus de douze 
pieds, ayant été soudainement saisi (de ses attaques); il ne 
se fit aucun mal. Après diverses agitations , qui durèrent 
environ un quart d'heure, il dit entre autres choses qu'il y 
avait des gens dans l'assemblée qui étaient venus pour la 
vendre (1 ) . . . » « Étant un jour cinq ou six ensemble, proche 
de notre maison, le nommé Jacques Rebout, de notre com- 

(1) Théâtre sacré des Cévennes^ première partie, p. 37. 



*rH£0]IANIE EXTATO-CONVULSIYË PARMI LES CALVimSTES. 285 

pagnie, qui avait reçu les grâces, et qui était assis sur ua 
rocher escarpé tout auprès de nous, à la hauteur de sept 
ou huit pieds, tomba dans le chemin, ayant été soudaine* 
ment saisi de Fesprit, mais il ne se fit aucun mal. Les agi- 
tations continuèrent et furent violentes dans tout son corps. 
Quelqu'un de nous, qui n'était pas accoutumé à voir de 
pareilles choses, crut qu'il avait eu quelque faiblesse et 
qu'il s'était blessé par la chute, de sorte qu'on alla promp- 
tement lui chercher de Teau-de^vie; mais il n'avait garde 
de la recevoir dans l'état où il était. Après les plus grandes 
agitations, il se mit à parler et fit de grandes exhortations 
à la repentance (1). » 

Des chutes aussi subites avaient lieu pendant les mar- 
ches, les contre- marches, les expéditions les plus impor- 
tantes , jusque pendant les retraites. Je ne connais que 
l'hystérie et l'épilepsie qui puissent produire de pareils 
accidens. Les théomanes du Dauphiné , qui se plaignaient 
d'avoir beaucoup souffert pendant l'accès convulsif, qui 
avaient éprouvé un gonflement douloureux de l'abdomen 
et du cou, précédé de pandiculations et de bâiilemens, 
étaient, si je juge bien, atteints de simples accès hystéri- 
ques. Claude Arnassan rapporte le fait suivant , qui a été 
recueilli dans les Cévennes : « 11 y avait chez mon père un 
berger nommé Pierre Bernaud, qui était un pauvre imbé- 
cile. Il me priait quelquefois de le mener aux assemblées, 
mais je n'osais pas le faire^ me défiant de sa faiblesse et 
par conséquent de son indiscrétion. Je me hasardai pour- 
tant une fois , et je le menai à une assemblée qui se fit de 
nuit Étant là , je remarquai qu'il se mit à genoux et qu'il 
y demeura environ deux heures. Incontinent après, il tomba 

(1) Jbid.f première partie, p. 15. 



éomme mort, et cnsnîlc loul son corps fal bcauconp agité. 
Le lendemain, il retomba et ses agitations furent extraor- 
dinairement plus grandes. Comme il était couché à la ren- 
verse, son corps se soulevait et sautait comme sMl avait 
été ainsi secoué par quelqu' homme fort. Nous eûmes peur 
qu'il ne se blessât, et trois d'entre nous voulurent le teirir^ 
mais il fut impossible d'arrêter la violence de ses mouye 
mens. Il continua dans le même état, en se frappant, et I 
était trempé de sueur. Les mêmes accîdens lui arrivèrent 
encore deux ou trois fois avant qu'il parlât; mais enfin 
son grand maître (le Saint-Esprit) lui ayant ouvert la bon- 
che, la première chose qu'il dit fut qu'il avait été ainsi tour- 
menté à cause de ses péchés (1). • . » Dans cette circonstance 
la nature de la maladie parait se rapprocher beaucoup de 
la nature de l'épilepsie. La violence des accidens musciH 
lairesetleur prolongation doivent cependant faire penser de 
préférence que ce berger avait été renversé par des attaques 
hystériques. Ce diagnostic semble encore confirmé par la 
prompte cessation des phénomènes spasmodiques, qui eot 
lieu dès que le malade put donner cours à ses idées en im- 
provisant. 

11 est si souvent parlé des convulsions des inspii-és dan< 
le Théâtre sacré des Cévennes^ qu'on peut se faire une idée 
très exacte de l'expression des phénomènes convulsifs. Plo- 
sicurs improvisateurs pouvaient se dispenser de s'asseoir 
ou de s'étendre sur le sol , et se bornaient à faire un oc^ 
tain nombre de contorsions ou de grimaces avant de parler 
ou pendant le débit de leur harangue. L'agitation involon- 
taire des omoplates , du cou , de la tête , de l'échiné et dn 
torse , devaient , dans les cas de ce genre , faire ressembler 



THÉOHANtË ÈXTATO-CONVlItSîVE PARMI LES CAltmiSTES. 287 

fisqn^à rni certain poïirt les inspirés à des malades affectés 
le danse de Saint-Guy. — Jacques Bresson : « J'ai tu 
laiis les Gévennes un grand nombre de personnes de Tun 
!f de Tautre sexe qui recevaient des inspirations... Je suis 
MTsnadé que j'en ai vu autour de quatre ou cinq cents 
land les diverses assemblées où je me suis trouvé ou ail- 
enrs. Quand ils étaient saisis de l'esprit , ils avaient tmi 
led agitations^ les uns d'une manière, les autres d'une atr* 
:re, plus ou moins. Mais les monvemens de la tête, de Id 
Mitrine et de l'estomac étaient les plus ordinaires. . . » — ^ 
fesiii Gabanel : « J'ai vu plusieurs de ces mêmes personnes 
Sort agitées pendant l'inspiration... Ils avaient de grandes 
leccmsses de tout le corps, des mouvemens de tête, de bras 
ît de poitrine. Ils exhortaient fortement à la repentance et 

issoraient que Dieu détruirait Babylone » — Isabeau 

Charrns : c J'ai vu dans le Vêlai quantité de personnes de 
toat âge et sexe qui tombaient dans des accès d'agitation 
ie cwps extraordinaires. . . Lorsque ces inspirés prêchaient 
m exhortaient en public, leurs agitations.... n'étaient pas) 

Tort grandes et ne duraient pas longtemps Mais quand 

ils prédisaient les jugemens de Dieu, et qu'ils disaient cer^ 
tailles aiftres choses touchant l'avenir, il arrivait presque 
hmjoiirs qu'ils tombaient d'abord à terre. La tête, les bras, 
fer poitrine et lé corps entier souffraient quelquefois dé 
grandes secousses , et une certaine difficulté qu'ils sem-« 
fèiiént avoir de respirer ne leur permettait pas de parïef 
âvccfadiité!.... » Dubois a remarqué que plusieurs con»-* 
Talsibnnaîres avaient les entrailles bruyantes (1). 

Tout bîett considéré , Y on doit rapporter de préférence 
txi type frfsfériqoe tôt pliTS grairâe partie des Aéwtûtei 

(0 0»Mp 4«é, f. «!, 9(^, 05, 95. 



ëommc mort, et ensuite lonl son eorps fnt bcaucoiîp agité. 
Le lendemain, il retomba et ses agitations furent extraor- 
dinairement plus grandes. Comme il était couché à la ren- 
verse, son corps se soulevait et sautait comme s'il avait 
été ainsi secoué par quelqu'bomme fort. Nous eûmes peor 
qu'il ne se blessât, et trois d'entre nous voulurent le tenir^ 
mais il fnt impossible d'arrêter la violence de ses mouve-' 
mens. Il continua dans le même état, en se frappant, et il 
était trempé de sueur. Les mêmes accidens lui arrivèrent 
encore deux ou trois fois avant qu'il parlât; mais enfiii 
son grand maître (le Saint-Esprit) lui ayant ouvert la bou- 
che, la première chose qu'il dît fut qu'il avait été ainsi tour-* 
mente à cause de ses péchés (1). . . » Dans cette circonstance 
la nature de la maladie parait se rapprocher beaucoup de 
la nature de l'épilepsie, La violence des accidens muscu- 
laires et leur prolongation doivent cependant faire penser de 
préférence que ce berger avait été renversé par des attaque» 
hystériques. Ce diagnostic semble encore confirmé par ta 
prompte cessation des phénomènes spasmodiques, qui eut 
lieu dès que le malade put donner cours à ses idées en idh 
provîsant. 

11 est si souvent parlé des convulsions des inspli-és dantf 
le Théâtre sacré des Cévennes^ qu'on peut se faire une idée 
très exacte de l'expression des phénomènes convulsifs. PIih 
sieurs improvisateurs pouvaient se dispenser de s'asseoif 
ou de s'étendre sur le sol , et se bornaient à faire un ccr^ 
tain nombre de contorsions ou de grimaces avant de parler 
ou pendant le débit de leur harangue. L'agitation involon- 
taire des omoplates , du cou , de la tête , de Téchine et du 
torse , devaient , dans les cas de ce geâre ^ faire ressemMef 



THÉOVAllie ÊtTATO-COtrrUtSîtE PARMI LES CAttmiSTES. 287 

josqn^à on certain point les inspirés à des malades afTectés 

de danse de Saint-Guy. — Jacques Bresson : « J'ai tu 

hns les Gévennes un grand nombre de personnes de l'un 

et de Fautre sexe qui recevaient des inspirations... Je suis 

Jlersnadé que j'en ai vu autour de quatre ou cinq cents 

dans les diverses assemblées où je me suis trouvé on aiU 

leurs. Quand ils étaient saisis de Fesprit , ils avaient tcms 

Ses agitations, les uns d'une manière, les autres d'une atr* 

tre , pins ou moins. Mais les mouvemens de la tête , de Id 

pmtrine et de l'estomac étaient les plus ordinaires. . . » — ^ 

lean Cabanel : « J'ai vu plusieurs de ces mêmes persoudeit 

fort agitées pendant l'inspiration. . . Ils avaient de grandcst 

fleconsses de tout le corps, des mouvemens de tête, de bras 

et de poitrine. Ils exhortaient fortement à la repentance et 

assuraient que Dieu détruirait Babylone » — Isabeau 

Charms : c J'ai vu dans le Vêlai quantité de personnes de 
tant âge et sexe qui tombaient dans des accès d'agitation 
de corps extraordinaires. . . Lorsque ces inspirés prêchaient 
on exhortaient en public , leurs agitations.... n'étaient pas) 

fort grandes et ne duraient pas longtemps Mais quand 

ils prédisaieiitles jugemens de Dieu, et qu'ils disaient cer^ 
tsdnes antres choses touchant l'avenir, il arrivait presqntf 
tonjonrs qu'Us tombaient d'abord à terre. La tête, les bras, 
h poitrine et le corps entier souffraient quelquefois de 
grandes seconsses , et une certaine difficulté qu'Hs sem- 
Maient avoir de respirer ne leur permettait pas de parler 
avec fadlité!.... » Dubois a remarqné que plusieurs con^ 
Tvlsionnaires avaient les entrailles bruyantes (1). 

Tont bien considéré , F on doit rapporter de préférence 
tiï type frfstériqoe Fsr plus grande partie des désordreif 

(0 Oê^fMgt d$éf p. Vj Jtr, 9^f 95. 



288 UTRE Y. — DIX-HIUTIÈME SIÈCLE. — > CHAP. II. 

spasmodiques et convulsifs observés sur les tbéomanes da 
Languedoc et des Gévennes. 

En général , on donnait le nom de période extatique à 
la période d'agitation et à celle de Fimprovisation. Tons 
les inspirés étaient pleinement persuadés que le Saint-Jils- ^ 
prit s'introduisait dans leur poitrine au moment oii ils se ,^ 
sentaient comme entraînés par une puissance qui les cou* ^ 
traignait à prophétiser. Tous s'exprimaient aussi comme ai ,^ 
l'Esprit de Dieu leur eût adressé ses propres paroles. •• Je j^ 
vais laisser parler d'anciens tbéomanes ; personne mieu ^^ 
qu'eux n'a mis en évidence le mode de succession des sen- ^ 
sations intestines et des idées qui font que parfois on est \ 
contraint de raisonner et d'agir autrement que le commmi '^ 
de l'espèce bumaine. i_ 

— Jean Cavalier : « Aussitôt après que la prédication (d'im -^^ 
certain jeune propbète ) fut finie, je sentis comme un conp j^ 
de marteau qui frappa fortement ma poitrine, et il me sem- ; 
bla que ce coup excita un feu qui se saisit de moi et qd ^ 
coula par toutes mes veines. Cela me mit dans une espèce 
de défaillance qui me fit tomber. Je me relevai ausi^tftt 
sans aucune douleur, et comme j'élevai mon cœur à DieUi 
dans une émotion inexprimable, je fus frappé d'on second . 
coup avec un redoublement de chaleur. Je redoublai aussi ^ 
mes prières , ne parlant et ne respirant que par grands 
soupirs. Bientôt après un troisième coup me brisa la poi- 
trine et me mit tout en feu J'eus quelques momens de 

calme, et puis je tombai soudainement dans des agitations 
de la tête et du corps qui furent fort grandes et semblables 
à celles que j'ai eues depuis jusqu'à présent que je raconte 
ceci. Ces grands mouvemens ne durèrent pas, mais l'émo^ 
tion et l'ardeur du dedans continuèrent. J'étais alors tout 
occupé du sentiment que j'eus de mes péchés*. • Les fautes 



THÉOMâNIE EXTAT0-C0NYULSi1r& PARMt LES CALVINISTES. 28d 

du libertinage , auquel j'étais le plus sujet , me parurent 
des crimes énormes et me mirent dans un état que je ne 
saurais décrire,,, 

9 Cependant le prédicateur faisait une seconde prière* 
iprès qu'il eut fait chanter le psaume centième , il me fit 
ycDÎr devant lui et il m'adressa des exhortations que je ne 
pus recevoir que comme venant d'une part extraordinaire, 
tant elles frappèrent vivement mon cœur. . . 

9 Sur le chemin , comme je m'en retournais chez mon 
père, j'étais toujours en prière et en admiration, non seu- 
lement à cause des grandes choses qui m'étaient arrivées, 
mais pour toutes les autres merveilles que j'avais vues et 
entendues. Je ne cessais de pleurer , et les grandes agita- 
tions que j'eus de temps en temps me jetèrent plusieurs 
fois à terre ou m'obligèrent de m'arrêter.... Je fus près de 
neuf mois dans cet état. La main de Dieu me frappait sou- 
Tent , mais ma langue ne se déliait point. Il est vrai que sa 
grftce me consolait d'ailleurs, car j'obéissais avec plaisir 
à Tesprit intérieur qui me portait toujours à l'invoquer... 
Je ne me souciai plus de mes jeux et de mes divertisse- 
mens , et surtout je me sentis une véritable haine pour 
tout cet attirail du culte public des papistes. . • . Je ne pou- 
vais seulement pas regarder leur église sans frissonner.... 
• Enfin , après environ neuf mois de sanglots et d'agita- 
tions sans parole , un dimanche matin , comme je faisais la 
prière dans la maison de mon père , je tombai dans une 
extase extraordinaire, et Dieu m'ouvrit la bouche... Pen- 
dant trois fois vingt-quatre heures , je fus toujours sous 
Topération de l'Esprit, en différent degré, sans boire ni 
manger ni dormir, et je parlais souvent avec plus ou moins 
ï de véhémence, selon la nature des choses. On fut bien con- 
vaincu, dans la famille , par l'état plus extraordinaire que 
ToxB n. 19 



KM LIYBET.— DIXHTOinftlIB «iCLE. — CHAP. H. 

jamais où Ton me vit alors , et même par le prodige d'uij 
jeûne de trois jours , après lequel je n'eus ni faim ni soif^ 
qu'il fallait que des choses semblables vinssent de la soiHJ 
yeraine puissance (l)... » 

-— t Elle Manon : Lorsque l'esprit de Dieu me veut 
sir, je sens une grande chaleur dans mon cceur et dans 
parties voisines, qui est quelquefois précédée par un frii 
nement de tout mon corps. D'autres fois je suis saisi tout i 
coup, sans en avoir eu aucun pressentiment. Quand je 
trouve saisi, mes yeux se ferment sur le champ, et cet es 
me cause des agitations du corps, me faisant pousser 
grands soupirs, avec des sanglots entrecoupés» comme sij'i 
vais de la peine à respirer. J'ai même fort souvent des secoi 
ses extrêmement rudes ; mais tout cela se fait sans d( 
leurs, et sans que je perde la liberté de penser. Je demei 
dans cet état pendant un quart d'heure^ plus ou moi 
avant que je ne profère aucune parole. Enfin je sens 
cet esprit forme dans ma bouche les paroles qu'il me vi 
faire prononcer, lesquelles sont presque toujours accom] 
gnées de quelques agitations ou mouvemens extraon 
res, ou au moins d'une grande crainte. Il y a des 
que le premier mot qui me reste à prononcer est 
formé dans mou idée ; mais assez souvent j'ignore commeat! 
finira le mot que l'Esprit m'a déjà fait commencer. Il m'est 
arrivé quelquefois que croyant aller prononcer une parole 
ou une sentence, ce n'était qu'un simple chant inarticulé 
qui se formait par ma voix. Fendant tout le temps de seê^ 
visites, je sens toujours mon esprit extrêmement tendu 
vers mon Dieu. Je proteste donc ici, et je déclare devaot 
cet Être Suprême que je ne suis nullement sollicité^ niga* 

(1) Oura^^ cité, p. 43, 44, >Î5. 



TllÉOlIAirifi BXTAT(X0llVUL8tTB PAMt LKS CAiyillISTËS. îèi 

(né 9 ott séduit par qui que ce soit^ ni porté par aucune 
fue mondaioe. i . • à prononcer nulles autres paroles que 
selles que V Esprit ou Fange de Dieu forme lui-même en se 
(errant de mes organes. Et c*est à lui que j'abandonne 
mtièrement, dans mes extases^ le gouvernement de ma 
angue, n'occupant alors mon esprit qu'à penser à Dieu» 
H à me rendre attentif aux paroles que ma ^bouche même 
récite. Je sais que c'est alors un pouvoir étranger et supé^ 
rieur qui me fait parler. Je ne médite point ni ne connais 
^(nnt par avance les choses que je dois dire moi-même* 
{Pendant que je parle, mon esprit fait attention à ce que 
Hia boDChe prononce, comme si c'était un discours récité 
fkr on autre, mais qui laisse ordinairement des impres- 
iions plus ou moins vives dans ma mémoire(l)^.. » 
If -^ « Le premier jour de l'année 1703, comme nous 
iMons retirés, la famille et quelques parens, pour passer 
■Bipartie de la journée en prières et autres exercices de 
Ipiété, l'un de mes frères reçut une inspiration, et quelques 
«mnefis après je sentis tout d'un coup une grande chaleur 
ifpi me saisit le cœur et qui se répandit par tout le dedans 
rie mon corps. Je me trouvai aussi un peu oppressé, ce qui 
Itae forçait à faire de grands soupirs. Je les retenais autant 
i^'il m'était possible, à cause de la compagnie. Quelques 
lahiutes après, une puissance à laquelle je ne pus résista 
'davantage s'empara tout à fait de moi et me fit faire dé 
fninds cris« entrecoupés de grands sanglots, et mes yeux 
^Versèrent des torrens de larmes. Je fus alors violemment 
"teppé par une idée affreuse de mes péchés qui me paru^ 
i^t lioirs et hideux et en nombre infini. Je les sentais 

(1) Jverlisêemen$ prophétiques iTÈlie Marion^ l'un des chefs des prO" 
iestahs gui avaient pris les armes dans les Cévéhnès, tic, Lùniltèèy il9tf 
h'il, p. 0. 



2d2 LtVRË V. — Dlt-HUITIËME SIÈCLE. — CHAP. tÈ. 

comme un fardeau qui m'accablait la tête, et plus ils s'ap* 
pesantissaient sur moi, plus mes cris redoublaient et mes 
pleurs. Toutefois je ressentais quelque chose de bon et 
d'heureux qui ne permettait pas à ma frayeor de se tour- 
ner en murmure ; mon Dieu me frappait et m'encoiirageait 
tout ensemble. . . . 

» Je passai doucement la nuit; mais à mon réveil je tom- 
bai dans des agitations semblables à celles qui depuis ce 
temps-là jusqu'à présent m'ont toujours saisi dans Textase^ 
et qui furent accompagnées de sanglots très fréquens. Gda 
m'arri va trois ou quatre fois par jour pendant trois semaines 
ou un mois, et Dieu me mit au cœur d'employer ce temps-là 
en jeûnes et oraisons. Plus j'allai en avant, plus ma consola- 
tion s'augmenta, et enfin, loué soit mon Dieu, j'entrai eo 
possession de ce bienheureux contentement d'esprit qui est 
un grand gain. Je me trouvai tout changé ; les choses qui 
m'avaient été le plus agréables avant que mon créateur 
m'eût fait un cœur nouveau, me devinrent dégoûtantes et 
même épouvantables. Et enfin ce fut une nouvelle jœe pour 
mon ame,Iorsqu' après un mois d'extases muettes, si je puis 
les appeler ainsi, il plut à Dieu de délier ma langue et de 
mettre sa parole en ma bouche. Comme son saint Esprit 
avait mu mon corps, pour le réveiller de sa léthargie et 
pour en terrasser l'orgueil, sa volonté fut aussi d'agiter ma 
langue et mes lèvres, et de se servir de ces faibles organes 
selon son bon plaisir. Je n'entreprendrai pas d'exprimer 
quelle fut mon admiration et ma joie lorsque je sentis et 
que j'entendis couler par ma bouche un ruisseau de paro- 
les dont mon esprit n'était point l'auteur, et qui réjouis- 
saient mes oreilles. Dans la première inspiration, que Dieu 
m'envoya en déliant ma langue, son saint Esprit me paria 
en ces propres termes : Je t'assure, mon enfant, que je 



THÊOMANIB EXTÂTO-GONVULSIYB PARMI LES CALVINISTES. 293 

t'aî dcistiné pour ma gloire dès le ventre de ta mèrc(l)... » 
Il est presque impossible qu'un croyant qui s'étudie lui* 
même, et qui observe en lui des phénomènes nerveux et 
psychiques aussi peu ordinaires, ne s'enfonce pas de plus 
en plus dans ses idées exclusives. Brueys trouve très sin- 
gulier qu'un prophète calviniste ait soutenu devant la jus- 
tice qu'il était lui-même le Saint-Esprit, que les prophètes 
de l'assemblée de Tauzuc aient tous pris la qualité d'Es- 
porits-Saints, en écrivant au juge de Saint-Pîerre-Ville 
pour le sommer de relâcher des protestans retenus dans les 
prisons; nous devons, nous, trouver cette manière d'agir 
très conséquente chez des théomanes. Nous avons vu des 
lettrësdepossédées signées Dagon, Asmodée, Charbon d'im- 
pureté; les théomanes de Tauzuc s'appropriaient le nom 
de leur esprit, comme les femmes possédées s'appropriaient 
le nom de leur démon. Vous ne serez pas non plus étonnés 
de lire dans la déclaration d'un inspiré qui avait combattu 
dans les Cévennes : « Quand l'inspiration nous avait dit, 
marche y ne crains rien^ ou bien : obéis à mon commun^ 
démenti fais telle ou telle chose, rien n'aurait été capable 
de nous en détourner.... Lorsqu'il s'agissait d'aller au 
combat, j'ose dire que quand l'Esprit m'avait fortifié par 
ces bonnes paroles : n'appréhende rien, mon enfant, je te 
tonduiraiyje t'assisterai, j'entrais dans la mêlée comme si 
j'avais été vêtu de fer, ou comme si les ennemis n'avaient 
en que des bras de laine. Avec l'assistance de ces heureu- 
ses paroles de l'Esprit de Dieu, nos petits garçons de 
douze ans frappaient à droite et à gauche comme de vail- 
hns hommes. Ceux qui n'avaient ni sabre ni fusil faisaient 
des merveilles à coups de perche et à coups de fronde, et 

(1) Théâtre tacré des Cévennes, etc., p. 66, 67, 68. 



194 UVEB V. •— DU-HmTltHB ftliCUK. 'T^CBAf. lU 

la grêle de mousquetade avait beau nou8 siffler aw ordlles, 
et percer nos chapeaux et nos manches, ccmiDie l'Esprit 
nous avait dit: ne craignes rien^ cette grêle de plomb m 
nous inquiétait pas plus qu'aurait fait une menue grâe ùtr 
dinaire(l). » 

Evidemment les camisards, tout en croyant déférer i ! 
l'Impulsion d'un être divin^ comme ils le répètent qolitfr | 
nuellement eux-mêmes, en étaient le plus souvent réduiti j 
à n'avoir plus, pour ainsi dire, d'autre gouverne que colle j 
d*un puissant délire. î 

Les hallucinations de la vue, de l'ouïe^ présentaient 
sur les inspirés des Cévennes, soit pendant l'axtase, wH 
pendant la veille, le même caractère de mysticité que lep 
idées dominantes. -^ c J. Dubois : J'ai vu plusieurs Mi 
des personnes inspirées de l'un et de l'autre sexe qui, daai 
le temps de leur ravissement, avaient les yeux ouverts et ' 
tendus vers le ciel, et voyaient alors des armées d'angei, 
quelquefois des combats d'anges contre des armées d'boBir 
mes et diverses autres choses dont je ne me souviens pas. i 
— c J. Cavalier : Il témoigna (le prophète Compan, peiH 
daut une extase ) qull voyait des armées d'anges qui as- 
sistaient devant le trône de Dieu, et ces mille milliers de 
bienheureux revêtus de robes blanches, qui chantaient des 
cantiques de louanges et de bénédictions. Il chanta mékH 
diensement, comme étant avec eux, et nous fûmes témoins 
de toutes ces merveilles. .. . » — « J. Gharras : Encore que 
beaucoup de gens se soient moqués des chants de psaumes 
;ui ont été entendus en beaucoup d'endroits, comme ve- 
nant du haut des airs, je ne laisserai pas d'assurer ici que 
j^en ai plusieurs fois ouï de mes propres oreilles. J'ai en-- 

(1) Ouvrage dté; p. 119. 



THiOilANIE EXTATO-GONVULSIYE PARMI LES CALVINISTES. 295 

tendu plus de ?ingt fois cette divine mélodie en plein jour, 

iet en compagnie de diverses personnes, dans des lieux 

écartés des maisons où il n*y avait ni bois ni creux de ro< 

chers» et oii en un mot il était absolument impossible que 

quelqu'un fût caché. On avait bien considéré tout , et ces 

voix célestes étaient si belles, que les voix de nos paysans 

n'étaient assurément pas capables de former un pareil 

oencert. Dieu faisait tant d'autres merveilles, au milieu 

de nous, que celles-là ne nous paraissaient pas plus in-> 

croyables que les autres, et même il y a une circonstance 

qoi marque nécessairement le prodige : c'est que tous 

eeax qui accouraient , pour entendre , n'entendaient pas 

tons ; du moins plusieurs protestaient qu'ils n'entendaient 

ifen, pendant que les autres étaient charmés de cette mélo^ 

dieangélique(l).... * 

On s'est astreint à recueillir textuellement pendant quel- 
ques mois les discours, les avertissemens, proférés par le 
fameux prophète cévennois, Marion, tandis qu'il était, 
comme il le dit lui-même, sous F opération de l'Esprit. Ces 
improvisations, qui forment un demi-volume, offrent, sans 
qa'onen puisse excepter une seule, une teinte caractéris- 
tique et qui fait voir avec quelle profusion les idées mysti- 
ques pullulent, à l'exclusion de presque toutes les autres, 
dans le cerveau de certains théomanes. Quelques inspirés 
ont débité dans les Cévennes jusqu'à sept improvisations 
I»ar jour ; chaque mot, dans cet encombre de paroles, trahit 
une prétention d'homme malade, qui s'égare dans un dé- 
loge de conceptions chimériques, en oubliant sa propre 
personnalité. 

t Elie Marion : Mon enfant, tu te réjouis de ce que mon 

(1) Oamge dté, p. 33, 56, 103. 






I 



290 LIVRE V. — DIX-UUITIÈHË SIÈCLE. — CIlAP. II. 

règne approche ; tu fais bien. Ecriez-vous d'un ton de ré- 
jouissance : voici Fagneau qui va combattre I Je ne suis 
pas loin de toi, je viens frapper dans ton cœur, je viens te 
visiter. Prépare-toi à recevoir de doubles grâces ; dans , 
peu de jours je découvrirai mes mystères. Je veux que ta ^ 
portes ma parole. Je ne demande de toi que ton cœor; , 
donne-moi ton cœur, mon enfant. Bénis mon nom, pré- ^j 
pare-toi à recevoir mes bénédictions en plus grande aboo- 
dance; prépare-toi par le jeûne et parla prière, etc.. » 

« Eh bien, mou enfant, je viens te déclarer ma volonté... 
Je viendrai et plus tôt que le monde ne m'attend. Âh ! que 
de gens surpris, que de troubles arriveront dans peu de 
jours, en plusieurs endroits de la terre ! Je me ferai taor 
naître. Ma parole ne peut pas se faire entendre ; mes fou- 
dres, mes malédictions et mes carreaux parleront pour 
moi, et se feront entendre, puisque ma parole ne le peut, 
contre un tel peuple qui refuse de me connaître pour Dieu. 
Ne suis-je pas celui qui a fait le ciel et la terre? N'aîrje 
pas formé toutes choses pour T homme? et Thomme me dé- 
laisse 1 Je le détruirai ; mais, mon enfant, je planterai ma 
vigne ; je la planterai d'un nouveau plant, et le diable n*y 
jettera point son venin ; je la garderai, j'en serai le vigne- 
ron, etc. » 

« Mes enfans, parlez hardiment, confessez mon nom 
hardiment : mes enfans, ne craignez point le torrent qui se 
déborde, je l'assécherai dans peu de jours. Tenez-vous sur 
mes promesses qui sont certaines et fidèles. Ma voix ton- 
nera dans peu de jours, du ciel, voix étonnante, qui ef- 
frayera les poissons de la mer. La terre en tremblera et 
sera effrayée ; les montagnes, je te dis, se renverseront, les 
torrens s'assécheront, les bois s'abattront, toutes choses 
prêteront obéissance à la voix du Tout-Puissant. Les bêtes 



THÉOUANIE EXTATO-CONVLLSIVE PARMI LES CALVINISTES. 297 

irouches des champs se retireront dans leurs cachettes. . . 
^ui ne tremblera, mes eiifans, au son épouvantable de ma 
oÛL? Je tonnerai du ciel, et les deux en seront ébranlés, 
t les poissons de la mer en mourront Je crierai, je te dis, 
t les baleines en seront assommées dans les abîmes de la 
ner. Qui résistera, mon enfant, lors de ces évènemens? Je 
rous dis : qui ne craindra pas ma voix, lorsqu'elle partira? 
le vous dis : épouvantez-vous, pécheurs, tremblez mainte- 
nant ; voici votre juge irrité, voici son courroux qui s'al- 
lume comme le brasier du fourneau. Où sont, mon enfant, 
ces chiens muets(l) ?. . . » 

On disait de chaque prophète calviniste qu'il avait une 
huche d*or; que l'éloquence s'échappait de ses lèvres par 
torrent^ tout le monde fondait en pleurs quand un pro- 
phète entrait dans le transport. On pleurait encore lors- 
qu'on ne comprenait pas le sens des paroles; car l'improvi- 
sation était débitée quelquefois dans une langue inintelli- 
Ipble. 

— Le maréchal de Villars : « Une prophétesse, âgée de 
vingt-sept à vingt-huit ans^ fut arrêtée, il y a environ dix- 
hait mois , et menée devant M. d' Alais. Il l'interrogea en 
présence de plusieurs ecclésiastiques. Cette créature, après 
ravoir écouté, lui répond d'un air modeste et l'exhorte à 
ne plus tourmenter les vrais enfans de Dieu , et puis lui 
parle, pendant une heure de suite , une langue étrangère 
à laquelle il ne comprit pas un mot , comme nous avons 
m le duc de la Ferté autrefois, quand il avait un peu bu , 
parler anglais devant des Anglais. J'ai ouï dire : J'entends 
Men qu'il parle anglais, mais je ne comprends pas un mot 
de ce qu'il dit... Gela eût été difficile aussi à comprendre, 



(I) JvertUsemens prophétiques ^ p. 9, 25, 177, 



298 UVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — • CHAP. II. 

car jamais il n'avait su un mot d'anglais. Cette fille pariait 
grec, hébreu de même (i)... » 

i-r- J. Dubois : « J'ai vu plusieurs personnes de Funet 
de l'autre sexe qui , dans l'extase , prononçaient certaines 
paroles que les assistans jugeaient être une langue étnuh 
gère. Ensuite celui qui parlait déclarait quelquefois ce que 
signifiaient les paroles qu'il avait prononcées (3) • » * 

On est habitué, dans plusieurs espèces de délire , à es- 
tendre des malades proférer des mots baroques et vida 
de sens ; les monomaniaques , qui se disent possédés pir 
quelque esprit, croient surtout donner nne très haute idée 
de la puissance de cette essence surnaturelle en créant 
de$ expressions qui n'appartiennent à aucun idiome conna; 
mais cette marque de folie ne peut imposer à personne. 

Les camisards avaient recours à des jeûnes répétés poor 
se procurer les premières grâces de l'esprit; une fois qo'ik 
avaient obtenu le don de prophétiser , ils se soumettaient 
souvent à des jeûnes prolongés , en croyant obéir aux or- 
dres de r Esprit-Saint. 

— E. Marion : « Le soir du 4 novembre 1706 , étant i 
Londres, je reçus ordre, par une inspiration secrète, de 
jeûner trois jours, à commencer le lendemain... Je pensai 
que , pour obéir au commandement , je devais seulement 
m' abstenir de nourriture, chaque jour, jusqu'au soir, pen- 
dant trois jours, de sorte que le lendemain cinq je ne man- 
geai que vers les huit heures du soir. Mais le sixième, an 
matin, comme je faisais ma prière, je fus saisi de l'Esprit, 
' qui m'ordonna d'être précisément trois jours entiers, con- 
sécutivement , c'est-à-dire trois fois vingt-quatre heures, 



(1) Vie du maréchal de VillarSy p. 325. 

(2) Théâtre sacré des CévenneSy p. 33. 



THÉOIUNIE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 299 

mmme je Tentendis, sans manger ni boire. Ce même jour 
donc, je commençai le jeûne qui m'était ordonné, et je fus 
dans une abstinence totale de nourriturejusqu' au huit Pen- 
émat ces trois jours , j'assistai soir et matin aux exercices 
publics de dévotion.... Et j'agis comme à l'ordinaire^ hors 
ées heures de mes prières et méditations particulières, 
sans que dans tout ce temps-là je sentisse en moi aucune 
feiblesse ni désir de I>oire ou manger, ni altération de ma 
santé. Le soir du huitième , qui était la fin de mon jeûne , 
Jesoupai comme à l'ordinaire. Je jeûnai encore de la même 
manière, par un ordre secret de T Esprit, le 23, le 2/i. et le 
9K du même mois. Le soir du 25, avant que je mangeasse, 
ja reçus une inspiration dans laquelle il me fut dit, entre 
ntres choses , que j'avais à jeûner encore trois jours con- 
sécutifs, et que j'eusse à commencer le lendemain ; je man- 
geai un peu ce même soir et j'exécutai l'ordre qui m'était 
prescrit. Pendant ces six jours d'un jeûne qui ne fut inter- 
vompu que par un petit repas , que je fis le soir du troi- 
sième, je n'eus aucune envie de manger, ni n'aperçus au- 
ean changement en mon état. J'eus chaque jour mes in- 
s^atioDS , excepté le 23 , avec des agitations qui furent 
prar le moins aussi violentes qu'à l'ordinaire. Et même le 
dernier jour, qui fut le 28, j'eus trois inspirations, ce que 
je se crois pas qui me fût arrivé auparavant,.. Je dirai en 
lassant que ces jeûnes furent pour précéder des choses 
extraordinaires. Le soir du 28, comme je finissais ce jeûne, 
je fus ayerti , dans Tinspiration , que j'avais encore trois 
intres jours à jeûner..., ce qui arriva le 10, le il et le 
13 du mois suivant (1)... » 
A tout instant nous voyons des monomaniaques se fon- 

(f ) Thééire êneri des Civennes, p. 82, 83. 



300 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — • CHAP. II. 

der aussi eux sur quelque oi'dré, venu de Dieu, pour pré- 
texter un refus de nourriture. 

Plusieurs camisards, à la suite de leurs attaques coo* 
Yulsives, avaient Pair de dormir, d'être plongés dans nie 
sorte d'assoupissement. Quelquefois ils commençaient i 
prêcher lorsqu'ils étaient encore étendus sur le sol; lenn 
yenx restaient souvent fermés , ou , s'ils étaient ouverts, 
ils se montraient peu sensibles à l'impression de la lumière. 
On a pensé que l'état cérébral de tous ces inspirés poanit 
être comparé à celui des somnambules qui excitent de 
temps en temps l'admiration des magnétiseurs. 

L'observation d'Isabeau Vincent, dite la bergère da 
Cret, a surtout donné lieu à établir cette comparaiscNiL 
Isabeau avait commencé à faire partie de la troupe d'in- 
spirés qui s'était formée dans les solitudes de Peyra. Dis 
l'âge de dix-sept ans , elle s'était rendue fameuse dans loot 
le Dauphiné par la fréquence de ses accès d*inspiratioo, 
et avait inoculé à elle seule le don de l'Esprit à des cantons 
entiers. Quand, après son arrestation, on la fit comparaî- 
tre devant les magistrats, on l'entendit répéter qu'on poo- 
vait bien la faire périr, mais que Dieu susciterait des 
troupes de prophètes qui diraient encore de plus belles 
choses qu'elle. £h bien , cette curieuse prophétesse, qui 
se fit catholique quand elle eut perdu la faculté d'entrete- 
nir son délire, parce qu'elle fut forcée de prendre delà 
nourriture , du sommeil et du repos , était certaioanent 
sujette à des accès de somnambulisme. 

Quelquefois elle paraissait comme ensevelie dans une 
léthargie profonde, dont on cherchait vainement à la re- 
tirer. Quand elle se trouvait dans ces dispositions, ou pou- 
vait l'appeler, la pousser, la secouer, la pincer, la brûler 
sans la faire sortir de son état apparent de SQmmeil Sou- 



\ 



tHÉOlUmE EXTATO-CO^VULSIVE parmi les CALTmiSTES. 301 

Tent, tout en ayant Tair de dormir, elle se mettait à chan- 
ter des psaumes d'une voix claire et intelligible. Les mou- 
Temens de ses lèvres étaient modérés , exempts de spasme, 
ses gestes mesurés et convenables. Après avoir chanté, 
<m fentendait improviser des prières , réciter de longs pa- 
ragraphes de la Bible , commenter les saintes Écritures , 
apostropher les impies, débiter des sermons pleins de 
force. 

Ce besoin de parler se déclarait pendant que la bergère 
-reposait encore dans son lit. Au sortir de Faccès, « elle 
ne se souvient pas du tout de ce qui s'est passé ni de ce 
j^'elle a dit ; elle soutient qu'elle a fort bien dormi , et ne 
parait pas du tout fatiguée, quoiqu'elle ait parlé quelque- 
iris trois , quatre et cinq heures de suite ; car ses extases 
ae durent pas moins. Il est vrai qu'elle ne parle pendant 
•ee temps que par intervalles , et que ses discours ne sont 
jamais suivis (i). » 

- L'analogie qui existe entre l'état où tombait cette inspi- 
rée et l'état où se trouvent la plupart des somnambules 
dont on provoque artificiellement les attaques est frap- 
IMmte; mais hâtons-nous de déclarer que très peu de 
|Hx>phètes ou de prophétesses ont offert des crises de som- 
nambaUsme aussi parfaites que la bergère du Cret. Le 
transport prophétique constitue réellement un état patho- 
logique particulier que les camisards savaient très bien 
distinguer du somnambulisme proprement dit. Les som- 
nambules, disaient-ils, parlent et gesticulent comme une 
personne qui est dans la rêvasserie. Les inspirés se sen- 
1 tent saisis par une puissance invisible , inconnue , qui s'em- 
pare de leur langue et de leurs lèvres , et qui leur fait pro- 

. (1) Jnriea, Lettres théologiqueSy p. 65. — Voyez aussi Fléchier, Lettrée 
I cMfjer, t. l,p. 309. 



802 tITIIE Y. — niX-HriTlÈlE 8IÈGLB. -^ CttJkTs II* J 

noncor dos choses qui ne tiennent pas d'eux. S'ils oiiblieirt l> 
quelquefois ce que l'Esprit leur a fait dire, il leur reste 11 > 
conscience des sensations qu'ils ont éprouvées quand l'EiF ï 
prit a pris possession de leur corps. On conçoit toute l'oh 1^ 
fluence que le souvenir d'impressions de cette nature p» !< 
vait exercer sur les conditions de la vie active , et on ot i 
bien obligé de reconnaître que cette cause devenait le pii» i^ 
cipal aliment du délire. De tels malades ne peuvent pM k 
èlre placés sur la même ligne que les somnambules ^ i 
nous créons , et dont les idées et les déterminations ne M |i 
ressentent presque point, pendant la veille « du travail tah t 
tellectuel qui a eu lieu pendant leur état de somnoleAOA | 
Ce qui devra toujours faire dire que les prophètes càMh \ 
nistes étaient des monomaniaques, c'est que la violeiNfe : 
du mouvement ressenti, au moment du raptus, parki 
instrumens de la sensibilité physique et morale « concou- 
rait par sa répétition à maintenir ces fanatiques dans 1| 
persuasion qu'ils étaient favorisés par la présence de l'Es- 
prit-Saint, et àentretenir indéfiniment chez eux la fenneflr- 
tation d'idées et de sentimens que n'éprouvent pas les peiv 
sonnes bien organisées. 

Les convulsions, les chutes à la renverse, les gambadei 
des calvinistes, les menaces incessantes qu'ils làBçakxBt 
contre l'hydre de la corruption religieuse^ égayaient bent- 
coup les catholiques ; la théomanie ne laissa pas de se glii^ 
ser , à différentes reprises , dans des familles opposées du 
protestantisme.... L'exemple du sieur de Mandagon, pro- 
priétaire d'une grande terre et maire d'Alais, atteste que ^ 
dans cette espèce de contagion les plus fidèles papistes se - 
pouvaient pas toujours se préserver des atteintes du dé- s 
lire. M. de Mandagon, homme sage dans ses mœurs, père 
d'une famille très considérée , prit à tâche, à l'âge de pri» p 



THÉOMANIK EXTATO-GOMVULSIVE t>ARMl L£S CALVINISTES. 303 

le soixante ans « de faire revenir une propbétesse de son 
einatisme. Bientôt on s'aperçut que cette fille, qui impro- 
isait en langue étrangère, était enceinte. Le convertisseur^ 
iprès s'être démis de toutes ses charges , annonça à qui 
roulut Fentendre et même à son évêque : « Que c'était par 
le commandement de Dieu qu'il avait connu cette prophé- 
Lesse, et que l'enfant qui en naîtra sera le vrai Sauveur du 
monde (1). » Ce seigneur, au dire du maréchal de Yillars^ 
hors la folie de croire que Dieu lui avait donné l'ordre de 
connaître cette inspirée, était très sage dans ses discours, 
coonme don Quichotte , hors quand il était question de che- 
yalerie* M. deMandagon avait été pendant un temps le sub- 
dâégué de l'intendant Basville, le plus redoutable ennemi 
des protestans. Qu'on juge de l'effet que produisit dans le 
jpablic l'espèce de monomanie de ce personnage. .< . Ainsi ^ 
nous verrons à Saint-Médard le fameux Fontaine scandali- 
ser toute la cour par sa conversion au jansénisme et par la 
iHiarrerie de ses convulsions. On raconte que les trois fils 
d'an fermier catholique se mirent à prophétiser , dans les 
environs d'Ânduze , et qu'ils se rendirent bientôt aux as- 
sanblées des fanatiques. . . Chaque fois que les catholiques 
obéissaient à l'inspiration prophétique, ils déblatéraient 
contre la messe avec la même ardeur que les calvinistes.. « 
Une demoiselle de condition, réfugiée à Londres, assure 
qu'il passait pour certain, au Yigan, que les enfans du juge- 
maire, grand persécuteur, avaient été possédés de l'Esprit, 
et que cet accident avait apporté quelque modération à la 
Tiolence de ce père. Il était bien plus fréquent encore de 
iroir des protestans tomber subitement dans des attaques 
de convulsions et dans le délire extatique ^ après s'être 

ii) Fie du maréchal de FUlars, p, 3^. 



304 LITRE Y. — DIX-RUITIÊME SIÈCLE. — CHAP. H. 

moqués de leurs coreligionnaires. Les camisards s'autorir 
saient de pareils exemples pour annoncer la conversion de j 
tous les prêtres du pays aux croyances de la réforme. i 

L'abbé Grégoire, dont Touvrage sur les sectes religieih \ 
ses est entre les mains de tout le monde, va me venir \ 
maintenant en aide , pour établir que la théomanie cou- i 
vulsive était 1res répandue , il n'y a pas encore très long- i 
temps, parmi les méthodistes américains. Grégoire dit, en 
parlant de ces sectaires : 

ff Leurs prières sont bruyantes , et leur chant, quoiqne 
agréable, se fait remarquer par des élans successifs qui loi 
sont particuliers. Leurs ministres, au lieu d'annoncer atee 
calme la parole de Dieu, prêchent par exclamations, frap- 
pent des pieds et des mains , et se promènent avec nue 
espèce de délire d'un bout à l'autre d'une petite galerie 

dont ils se servent au lieu de chaire Le prêche et les 

chants terminés, les plus zélés confrères viennent faire, à 
haute voix, les prières qui leur sont inspirées par la crainte 
de l'enfer , l'amour de Dieu , ou quelques autres motift 
pieux. Alors la congrégation, entrant dans le sens de celd 
qui prie, témoigne l'impression qu'il lui fait partager. Asseï 
ordinairement cette impression est graduelle. Les soupirs 
succèdent à de légers élans du cœur, les sanglots succèdent 
aux soupirs , les cris aux sanglots , après lesquels chacun 
s'abandonne sans réserve à tout ce que le délire peut Ini 
suggérer. Dans le même instant l'assemblée est agitée de 
vingt sensations différentes. Ici l'on chante, l'on crie; 
celui-ci se frappe la tête ou la poitrine , celui-là se roule 
par terre avec des hurlemens affreux. . . . 

» Il y a peu d'années que quelques prétendus ministres 
de méthodistes, ayant jugé à propos de parcourir les parties 
les moins habitées de la Pensylvanie , firent un si grand 



THÉOMANIB ËXTATO-CONVULSIYE PARMI LES CALVINISTES. 305 

nombre de prosélytes que le gouvernement, effrayé, pour le 
Ion ordre et pour les mœurs, des suites de ces courses reli- 
gienses, leur ordonna de cesser leurs fonctions. Le nombre 
des personnes qui les suivait ^tait tel qu'elles ne pouvaient 
trouver à subsister. Les hommesetlesremmesabandonnaient 
leurs maisons et leurs enfans pour courir après ces fana- 
tiqaes qui prêchaient au milieu des champs et des forêts. . . 
» Une lettre particulière donne des détails authentiques 
sur un camp, meeting, de méthodistes, ou assemblée tenue 
k Dutchess-County , état de New-York. . . 

» Elle commença un lundi par quelques centaines de 

personnes. D'un côté on prêchait, on chantait ; de Tautre, 

on entendait le bruit confus d'enfans, de femmes, d'hommes 

qui déployaient leurs bagages et dressaient leurs tentes... 

Bientôt on vit un assez grand nombre des assistans trcm- 

iiler, entrer en convulsions, s'agiter comme des forcenés, 

se rouler , écumer et tomber en poussant des cris aigus et des 

hnrlemens. Toutes les folies ont une teinte de ressemblance; 

œlles-ci se nomment , en Amérique , V œuvre ^ comme chez 

les convulsionnaires de France... V œuvre continuait peu- 

: dant une partie des nuits; alors l'illumination, résultant 

; d'une multitude de lanternes réparties dans la forêt , lui 

\ donnait un caractère romantique , saisissait l'imagination 

et Gansait une impression sentimentale dont il était diflScile 

l de se défendre. 

• L'enthousiasme s'accrut journellement par l'arrivée 
de nouveaux inspirés dont le nombre s'éleva à quatre mille ; 
ils se formèrent en groupes de quarante ou cinquante per- 
sonnes, au milieu desquelles des hommes, des femmes sur- 
J tout, et même des enfans de six à sept ans, retraçaient le 
, spectacle qu'on vient de décrire et tombaient évanouis.... 
I Le chaos de la tour de Babel devait être un modèle d'or- 

TOME II. 20 



dreet d'harmonie comparativement à la confusion et aa 
tapage de ces assemblées ; il est impossible. , . d'imaginer 
à quelles extravagances on s'y livre. . . Une jeune femme, 
dans son extase pieuse , se déshabille , se jette à la rivière 
et se noie ; une autre est tellement pénétrée de la joie 
d'être régénérée , qu'à l'instant elle avorte, 

1 Les médecins, entre autres Sauvages, assurent qoe 
sur neuf enfans épileptiques , sept sont devenus tels par 
la peur. Les paroxismes convulsionnaires qu'éprouvent ki 
enfans dans ces réunions ne sont-ils pas le prélude de k 
maladie dont nous parlons ? 

• Michaud fils, dans son premier voyage, parle comme 
témoin oculaire de ces rassemblemens dans les bois dn 
Kentucky, où l'on se rend de très loin pour entendre dei 
prédications qui durent plusieurs jours de suite.., Gbacoi 
apporte ses provisions et passe la nuit autour du feu. Les 
ministres parlent avec véhémence, les têtes se montent, 
les inspirés, les femmes surtout tombent à la renverse ei 
criant : glory! glory ! (gloire)... On les emporte alors hors 
de la foule ^ on les met sous un arbre oii elles restent loii|- 
temps étendues en poussant des soupirs. . . 

» L'estimable et véridique Michaud est revenu à la fio 
de 1808 de son troisième voyage en Amérique. Les rela- 
tions verbales qu'il me communique prouvent que ces as- 
semblées de méthodistes illumines sont devenues plus fré- 
quentes : ils y affluent en plus grand nombre; quelquefois 
elles réunissent six mille personnes venues de très grandes 
distances, qui parlent, cliantcnt, rient, pleurent, saulcRt, 
soupirent... Par leurs contorsions d'énergumènes, on peut 
se faire une idée de ce qu'étaient les danses des mémdes -^ 
et des cory hautes. Leur délire a pris des accroisseoieis \^ 
tels que Dedlani , Saint-Luc et Gharenlon pourraient être 



\ 



THÉOMANIE pXTATO-CONYUl^tyE PARMI LES CALVINISTES. 307 

jcûmparativemeut des asiles du bon sens... Les nus, à la 
jNÛte d'un sermon , semblent écrire en Pair avec les doigts^ 
tracer des lignes vers le firmament; d'autres se roulent, 
9e lamentent, beuglent, rient, s'embrassent, se serrent 
fiffectueusement la main , les yeux élevés vers le ciel , en 
criant : Nous y serons, nous nous revendons (1). » 

On ne saurait nier les traits d'analogie nombreux qui 
se remarquent «ntre les symptômes observés sur les mé- 
tbodistes et ceux qui avaient été tant de fois notés sur 
les réformés d'Europe ; mais si le délire des méthodistes 
est plus bruyant que celui des anabaptistes et des cami- 
^dSj. l'état nerveux de ces derniers semble, sous plu- 
sieurs rapports, beaucoup plus compliqué que celui des 
tbéomanes américains. 

En résumé , la folie prophétique fit son apparition dans 
le Dauphîné et dans le Vivaraîs en 1688 ; elle se répandit 
UbuUA dans une infinité de localités, et persista sans inter- 
jrnption parmi les calvinistes pendant près de vingt années. 

Ce fut surtout pendant le cours de l'année 16S9 que 
Jles phéqomènes de la théomanie excitèrent le plus d*éton- 
nement et s* élevèrent à l'apogée de la violence. Les théo- 
joanes se comptaient alors par centaines; hommes, fem- 
lies, filles, garçons, jeunes enfans, tous se croyaient 
inspirés et pénétrés du souffle de l'Esprit Saint. 
. Jje châtiment du feu, la roue, le supplice de la pendai- 
son 9 les massacres exécutés par la troupe armée travail- 
Isint à exterminer les prétendus prophètes , les exécutions 
!i|Uitaires , toutes les tortures qu'il fut possible d'inventer 
M>ur réprimer l'élan du fanatisme religieux , ne firent que 
'^imientçr la violence du mal qu'on ^ proposait de répri« 

^) fiff«6oir«^ BUtoir§d0$$e€l€s religieuses, elc., t. i, df la pa|;e 36 ktL 



é 

308 tîVRÊ V. — Dtît-HUITliME SIECLE. — CHÀl». ît. 

Pendant les dernières années du dix-septième siècle, lors- 
qu'une apparence de paix semblait régner parmi les cami- 
sards , Ton put constater la persistance de la théomanie 
chaque fois que les calvinistes s'obstinèrent à se réunir 
par troupes pour écouter les prédicans , chanter des psau- 
mes , et adresser leurs vœux et leurs supplications à l'Être 
suprême. 

Lorsque, vers les premières années du dix-huit!^ 
siècle, les calvinistes se soulevèrent sérieusement pour 
constituer de petits corps d'armée , et pour disputer ponce 
par pouce le terrain qui leur avait donné le jour anx mi- 
lices du roi, cette guerre d'extermination fut annoncée 
par l'apparition d'une sorte de nuée de prétendus pro- 
phètes et de prétendues prophétesses. Vers 1701, oj fit 
conduire en même temps deux cents inspirés sur les ga- 
lères de l'état. 

On parla moins de la folie des théomanes pendant les 
années 1703 et 1704 qu'on ne l'avait fait auparavant; mais 
il est positif que toutes les bandes armées qui se mesurè- 
rent avec les troupes royales pendant ces deux années ne 
marchaient jamais qu'à la suite de quelques célèbres in- 
spirés , que les paroles de ces prophètes étaient écoutées 
comme si elles eussent émané de la bouche de l'Esprit 
Saint, que les inspirations de ces monomaniaques déci- 
daient habituellement de la vie ou de la mort des catholi- 
ques qui tombaient au pouvoir des protestans , et qu'on 
voyait souvent alors le même personnage remplir parmi 
les camisards les fonctions de prophète et les fonctions de 
commandant. 

Le maréchal de Yillars ne fut chargé d'aucun comman* 
dément dans le Languedoc avant 170&; ce maréchal n'en I 
vit pas moins des villes entières infestées de théomanes. 



\ 



Th£0HANI£ EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES CALVINISTES. 309 

Fléchier répète sans cesse, dans des lettres datées de cette 
même époque, que les catholiques sont scandalisés des ex- 
trayagances auxquelles beaucoup de prétendus inspirés 
s^abandonnaient en leur présence. 

Quand, en 1704, on eut permis au fameux Cavalier de 
rassembler ses troupes à Calvisson, pendant qu'on débat- 
tait- avec lui les conditions qu'il voulait mettre à une sou- 
niission qui devait décider du sort de plusieurs provinces, 
les soldats de Cavalier, chaque fois qu'ils se réunirent 
pour accomplir quelques cérémonies religieuses, ne laissè- 
rent aucun doute aux assislaus sur la persistance du délire 
INTophétique chez le plus grand nombre de ces fanatiques. 
Partout où les troupes qui suivirent la fortune de Cavalier 
passèrent, en gagnant la frontière, pour se rendre à l'étran- 
ger, les populations qui allèrent à leur rencontre furent 
étonnées de la bizarrerie des démonstrations, des singula- 
rités de langage qu'elles observèrent sur les«plus inspirés, 
pendant qu'ils se livraient à la prière. On sut un gré infini 
aa chef de bande Joanny d'avoir livré à l'autorité, quel- 
(pe temps après le départ de Cavalier, dix-huit prophètes 
oaprophétessesderenom, dont la maladie pouvait contri- 
boerà fomenter de nouvelles invasions parmi les villageois 
qu'on s'efforçait de rendre à leurs occupations d'autrefois. 
Enfin, les calvinistes continuèrent à l'étranger à éprouver 
i^ tremblemens, des extases, des hallucinations, à parler 
Ximme malgré eux, et k déraisonner sur les sujets relatifs 
i la religion. Shaftesbury assure dans sa froide Lettre sur 
'jeniAousiasme que les prophètes réfugiés qui abondaient en 
LngleleiTe eu 1709 auraient bien voulu qu'on les empri- 
K>nDât, qu'on les pendit, qu'on leur brisât les os, comme 
m l'avait fait sur les bords de la Méditerranée, en rani- 
nant leur goût pour le martyre par le feu d'une nouvelle 



310 LIVRE V. — blX-UUlTitMB SIÈCLB. — CttAP. II. 

persécution. Il loue ses compatriotes de s*être montrés as- ^ 
sez inhumains à leurs yeux pour user de tolérance et mé- \ 
priser c^ Tanatiques ; 11 exprime le vœu qu^on les couvre ^ 
de ridicule pour les rendre à la raison; il applaudit à rin- 
vention d'un bouffon qui a mis en scène des pantins a^tés ' 
de convulsions, et trouve que ce moyen est excellent poar ' 
déconcerter toute la secte des voyans : Tenthousiasme pro- ' 
pbétique n'était donc pas éteint parmi les calvinistes à 
répoque où Shaflesbury les traitait avec tant de dédain (1). 
Passé 1709, il devient de plus en plus difficile de suivre 
la trace des anciens théomanes français établis à Tétrangèr, 
et personne plus n'osa parler de ce qui se passait parmi 
les vaincus, dans les provinces oh avait régné récemment 
la guerre civile. Il parait certain cependant que la plupart 
des camisards qui embrassèrent Tranchement la religion 
des vainqueurs perdirent peu à peu l'habitude de succom- 
ber à l'exaltation prophétique, et cédèrent à la fin au be* 
soin de se rattacher à un genre de vie moins excentrique. 

$ IL 

Aboiemens (maladie de laira) des flUes du eomté d'Oxford. Miavlenmis épldé* 

iniques dans un couvent des environs de Paris. 

1700. 

L'espèce de monomanie qui avait atteint les Temmes et 
la commune d' Amou , vers les premières années du dix- 
septième siècle , fut de nouveau observée , au commence- 
ment du dix-huitième, à Blackthorn, dans le comté d'Ox- 
ford. On crut dans le pays que c'était la première fois que 

(1) Cooper àslley Shaflesbury, Lettre sur l'mthouêiame^ traduite de Tan- 
glais, 1709,in-12,p.71,72. 



AllOlEMENS É^IDÉMIQUES A OXFORD. 311 

ÏM entendait aboyer des malades, et que des accidens 
aosBi singuliers attiraient Tattention des gens instruits. 
Nous savons ce qu'il faut penser d'une pareille opinion. 

Le docteur Willis, désirant apprécier par lui-même Fétat 
des malades d* Oxford , se rendit sur les lieux et rendit 
eotnpte en ces termes des phénomènes qui avaient parti- 
étoHërement excité son étonnement pendant son séjour à 
Blackthorn (i) : 

c Dans la famille que j'allai voir il y avait cinq filles 
attaquées du mal qui faisait tant de bruit dans le pays. En 
arrivant dans le village, j'entendis de fort loin leurs cris^ 
et lorsque je fus entré dans la maison où elles étaient , je 
remarquai qu'elles branlaient de la tête avec beaucoup de 
i^lence; il ne paraissait aucune convulsion sur leur visage, 
si ce n'est qu'elles bâillaient fort souvent. Elles avaient le 
pouls bon; on s'apercevait seulement qu'à la fin de leur 
mal il devenait un peu plus faible. Leurs cris ne ressem- 
blaient pas tant au bruit que font les chiens quand ils 
aboient , qu'à celui qu'ils font quand ils hurlent ou quand 
ils se plaignent. Ils étaient aussi plus fréquens que ne le 
sont ceux des chiens ; les malades poussaient comme autant 
de sanglots à chaque respiration. Elles étaient cinq sœurs 
à qui ce mal avait pris, quoiqu'elles fussent d'un âge très 
différent, car la plus jeune n'avait que six ans et la plus 
âgée en avait environ quinze. Quelquefois elles avaient de 
bons intervalles pendant lesquels elles pouvaient s'entre- 
tenir et alors elles avaient l'usage de tous leurs sens. Quel- 
quefois le mal revenait tout à coup ; elles se mettaient à 
hurler comme auparavant , jusqu'à ce que les forces leur 

(1) Dans un moment de préoccupation, j'ai écrit, 1. 1, p. 405, que Thomas 
Willis s'était montré dur pour un grand personnage atteint d'aliénation mentale. 
Il ?a sans dtiv que ee reproche ne peut s'adresser qu*à Francis Willis. 



312 LIVRE V* — DIX-lllUTIÈMË SIÈCLE* — CHAP. U* 

manquant, elles tombaient comme d'épilepsie sur des lite 
qu'on leur avait étendus par terre. Pendant quelque temps, 
elles demeuraient couchées dans un profond silence ; puis 
les esprits venant à s'agiter de nouveau conune auparavaDt, 
elles se frappaient la poitrine et d'autres parties du corps, 
et tourmentaient celles qui étaient auprès d'elles... Je ne 
dis rien dont je n'aie été témoin, et sans cela je ne pourrais 
pas croire une chose si extraordinaire. La grande jeunesse 
de ces filles, le désintéressement de leurs père et m^, 
et leur état ne me permettent pas de soupçonner en cela 
aucun artifice (1). » 

Cette maladie participait de la nature des affections 
spasmodiques et de celles de certaines aberrations im- 
pulsives de l'intellect. Friend, qui se rendit à son tour à 
Blackthorn dans l'espoir d'obtenir et de prendre des ren- 
seignemens sur la manière dont ce mal s'était primitive- 
ment déclaré et propagé ensuite, apprit qu'il s'était mani^ 
festé dans le principe dans deux familles unies par les liens 
de la parenté , et que les invasions avaient eu lieu d'une 
manière successive. 

Dans le cas où la jeune fille qui céda la première à Black- 
thorn au besoin de pousser des hurlemeus eût au contraire 
obéi à l'envie de proférer des blasphèmes, de mugir ou de 
siffler , il est présumable que celles de ses compagnes qui 
devaient se laisser impressionner par son exemple eussent 
contracté également cette autre forme de délire. 

Raulin et Hecquet ont consigné dans leurs écrits le récit 
suivant : a Les filles d'une communauté très nombreuse se 
trouvaient saisies, tous les jours à la même heure, d'un 
accès de vapeurs le plus singulier et par sa nature et par 

(1) Journal de Trévounc, année 1701 /numéro de novembre, p. 261. 



THÉOMANIE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES JANSENISTES. 313 

M>n universalité ; car tout le couvent y tombait à la fois. 
On entendait un miaulement général par toute la maison^ 
gui durait plusieurs heures, au grand scandale de la reli- 
gion et du voisinage qui entendait miauler toutes ces filles. 
On ne trouva pas de moyen meilleur et plus prompt ou 
plus efiicace pour arrêter ces imaginations blessées qui 
faisaient miauler toutes ces religieuses, qu'en les frappant 
d'une autre imagination qui les retint toutes à la fois ; ce 
fut de leur faire signifier par ordre des magistrats qu'il y 
aurait à la porte du couvent une compagnie de soldats, 
lesquels, au premier bruit qu'ils entendraient de ces miau- 
lemens, entreraient aussitôt dans le couvent et fouetteraient 
sur le champ celle qui aurait miaulé. Il n'en fallut pas da- 
vantage pour faire cesser ces ridicules clameurs (1). » 

Les deux patbologistes qui viennent d'être cités ont cru, 
sur l'autorité de Nicole, que l'appréhension de la honte 
avait suffi pour contrebalancer sur les religieuses dont on 
Tient de raconter l'histoire le penchant à miauler. On 
compte peu d'exemples de cures -aussi promptes dans les 
maladies de cette espèce, tandis que la tendance conta- 
gieuse de cette sorte de délire impulsif n'est que trop bien 
confirmée, 

S in. 

L'hystérie, Textase, le délire de la théomanie régnent épidémiquement parmi les 

jansénistes appelans^ à Paris. 

De 1731 à 1741. 

Le 2 mai 1727, l'on déposait, dans le petit charnier de 

(1) RauUn, Traité des affections vaporeuses, 2« édit., p. 125. — Heccpiet, 
Réponse à la lettre d'un confesseur , p. 30. 



314 LIVRE T. — BlX-HtlTlÈME SIÈCLE. — CHAP, II. 

Saînt-Médard , à Paris , les restes du très vertueux diacre 
Paris, qui venait de succoml)er aux austérités d'une péni- 
tence meurtrière, ou plutôt au long épuisement du suicide 
religieux le plus obstiné , le plus impitoyable de tous h» 
suicides (1). Paris avait quitté la terre comme il sivait véeo 
en protestant avec énergie contre la bulle Unigenitus (pd 
soulevait depuis treize ans l'indignation de Port-Royal el 
de tout le jansénisme. Les appêlans , dont renthonsiasiiie 
religieux était parvenu à ce degré d'exaltation oii il devieflt 
susceptible d'exercer une réaction terrible sur les prind^ 
paux actes de l'innervation , ne tardèrent pas à se porter 
en foule sur la tombe d'un mortel dont ils ne pouvaletitse 
lasser d'admirer la sainteté. Bientôt Ton vit éclater qud- 
ques-uns de ces effets nerveux inattendus que le ynlgaire 
cfoit miraculeux , mais qui ne paraissent surnaturels que 
parce qu'ils n'appartiennent point à l'ordre physiologique, 
et que les appareils de l'innervation ne s'élèvent qu'à de 
longs intervalles à ce degré d'orgasme maladif qui enfante 
d'apparens prodiges. Les pathologistes pourront approfon- 
dir, avec un intérêt mêlé d'étonnement, la cause des gué- 
risons presque toujours désespérées qui s'effectuèrent en 
assez grand nombre sur le tombeau de Paris et de quelques 
autres fervens jansénistes ; pour notre compte, nous nous 
appliquerons à faire ressortir les principaux symptômes de 
Pespèce de théomanie extato-convulsive qui atteignit d'a- 
bord le troupeau des appêlans, dans le cimetière de Saint- 
Médard , et qui finit ensuite par se répandre dans presque 
toutes les classes de la société , sans que toujours l'oppo- 
sition des croyances religieuses constituât un titre d'exemp- 
tion. 

(1) ne de M. de Paris, diacre du diocèse de Faris, ln-12, 1751. 



THÉOMANIB EXTATO-CONVULSIVB PARMI LES JANSÉNISTES. 315 

Paris était mort depuis plus de quatre ans et l'érétliisrae 
Se» centres nerveux ne s'était encore révélé , sur les ma- 
hides que l'instinct du merveilleux attirait vers la tombe 
te ce prétendu thaumaturge , que par des modifications 
R^nctionnelles profitables à l'organisme. Vers le milieu de 
1781, un infirme, couché sur le marbre du vénéré diacre, 
éprouva tout à coup des attaques convulsives ; à partir de 
cet Instant les convulsions se manifestèrent d'une manière 
é{rtdémique au sein de la capitale. 

La plupart des sujets que la gravité de leurs maux enga- 
geait à se rendre au cimetière de Saint-Médard avaient 
à peine senti le contact du marbre de Paris , que leurs 
membres étaient agités de mouvemens tumulteux. Presque 
toujours les contractions se déclaraient en même temps au 
coa, aux épaules, dans les principaux muscles de la vie 
de relation. Les battemens du cœur ne tardaient pas à dé- 
tenir précipités, et les malades, sans perdre absolument la 
conscience de fce qui se passait dans leur entourage , pous- 
aii^t des cris violons et ressentaient habituellement quel* 
que fourmillement dans l'organe qui s'éloignait le plus de 
Tétat normal. Tantôt le patient en était quitte pour un ac- 
oèa convulsif chaque fois qu'il faisait un nouveau pèlerinage 
i Saint-Médard; tantôt il éprouvait une série d'accès dans 
t'espace de quelques heures. Le sol du cimetière était dis- 
puté par une multitude de filles, de femmes , d'infirmes , 
rindividus de tout âge qui se débattaient dans des convul- 
sions. L'on rencontrait des convulsionnaires dans les rues 
roisines du cimetière, dans les cabarets où ils allaient 
chercher des ralralchissemens ; plusieurs femmes éprou- 
vaient ensuite 9 dans leur famille, de nombreux accès de 
convulsions. 
* Par la solte, des personnes qui avaient depuis tongtemps 



316 UVRB V, — DlX-HUlTlÈMË SIÈCLE* — CHAP. II. 

recouvré la santé, àSaint-Médard, et qui y revenaient pour 
offrir des actions de grâce au bienheureux diacre ; des dé- 
vots de profession que le bruit toujours croissant des mi* 
racles attirait dans le saint lieu ; des oisifs, qui suivaiest 
instinctivement les pas de la foule , comme ponr assister à 
la nouveauté du spectacle, des sceptiques, des anti-oonvid- 
sionnaires, se sentirent subitement affectés d'un mal qui 
leur avait été jusque là complètement inconnu. « Des con- 
vulsions bien plus surprenantes que toutes celles qui 
avaient paru jusqu'alors prirent tout à coup à une mnlti- 
tude de personnes. Plusieurs miraculés , qui n'en avaient 
pas eu au tombeau, en furent saisis dans l'église de Saint** 
Médard, où ils rendaient grâce à Dieu de leur goérison... 
D'autres , qui les redoutaient si fort qu'ils n'osaient invo* 
quer le bienheureux diacre pour être délivrés de leurs ma- 
ladies , furent guéris comme malgré eux par les convid* 
sions... Grand nombre en reçurent, en récompense, des 
actions de grâce, des prières qu'ils lançaient vers le ciel; 
Dieu en envoya même à des enfans de l'âge le plus ten- 
dre (1). » Au bout de quelques mois le chiffre des conval- 
sionnaires connus s'élevait à huit cents. 

« Parmi cette multitude de personnes agitées tout à coup 
par des mouvemens convulsifs , accompagnés de prodiges, 
il y en eut quelques-unes très respectables, en tous sens, 
comme je le prouverai en son lieu. Mais il faut convenir 
qu'en général Dieu a choisi les convulsionnaires dans le 
commun du peuple ; que de jeunes enfans, principalement 
des filles, en ont composé le plus grand nombre ; que pres- 
que tous avaient vécu jusque là dans l'ignorance et l'obscu- 
rite, que plusieurs étaient disgraciés de la nature , qu'il y 

(1) Carré de Hontgeron, la Féiitè des Miracles, etc, in-4o, 1737, t. 2, p. 58. 



tHÉOMÀiriB BXTATO-CONVULSIVË t»AlUtt LES JANâl&NiSTES. 317 

en avait qui, hors de leur état surnaturel, paraissaient 
même imbéciles (1). » On le voit, comme dans toutes les 
épidémies convulsives jusque là observées, la réaction des 
effets nerveux se faisait surtout sentir sur les sujets faibles 
ou valétudinaires, sur des enfans, des jeunes filles très 
faciles à impressionner , sur des êtres dont l'organisation 
cérébrale laissait beaucoup à désirer. 

Les phénomènes musculaires offraient généralement une 
grande ressemblance avec ceux de Fliystérie ; mais il est 
à remarquer que sur les paralytiques, les sujets qui étaient 
afSigés depuis la naissance ou depuis un grand nombre 
d^années d'une demi-immobilité ou d'un commencement 
de rétraction des membres, les secousses convulsives 
éclataient de préférence dans le côté du corps malade ; et 
Tespèce de travail critique qui s'opérait alors dans le lobe 
cérébral qui avait précédemment souffert ou qui était resté 
primitivement mal conformé tournait de temps en temps 
an profit de la guérison« Toutefois il ne faut pas oublier 
que les thaumaturges éprouvent aussi des mécomptes, et 
il est plus que présumable que plusieurs convulsionnaires 
qui entretenaient leurs appareils nerveux dans un état 
permanent de surexcitation finirent par succomber à des 
maladies cérébrales aiguës ; les observateurs éclairés man- 
quaient en 1727 pour suivre la transformation des phé- 
nomènes morbides. 

Pour l'ordinaire les malades restaient couchés ou assis 
pendant toute la durée de l'accès convulsif , et plusieurs 
accusaient au sortir de l'attaque un sentiment de bien-être 
difficile à définir. Jeanne Thénard, âgée de trente ans, se 
mit sur la tombe de Paris le jour de la Toussaint 1731 ; 

(1) /Wc^.,t.'i,p.68. 



tout dq suite olle fut agUoc des plus violeutes coQVulsioua. 
« Elle élaoçaU son corpa en Fair avec tant de force» elle 
s'élevait si haut, quoiqu'elle fût couchée» se retournait et 
s'agitait avec tant de violence» que plusieurs personnes qqi 
la tenaient pour Tempêcher de se briser contre le marbe 
ne pouvaient presque la retenir ; et ellç les fatiguait si iort 
qu'elles étaient tout en nage et étaient o))ligées de se retajer 

l'une l'autre à tout moment Pendant que le cimetière 

fut ouvert, cette fille ne manqua pas d'y aller tous les nue 
tins... Les premiers jours ses convulsions n'éclataient que 
lorsqu'elle se mettait sur le tombeau ; par la suite elto 
continuaient sous les charniers jusqu',au soir et pepdaat 
tout ce temps elle lassait une infinité de personnes qui 
avaient la charité de lui prêter secours (1). Yers le ipiliiBa 
de décembre 1731, dit la fille Fourcroy (2]» je voulus me 
faire conduire au tombeau de Paris pour y faire mon ac- 
tion de grâce. Étant entrée dans le cjumetière de Saint- 
Médard... je fus frappée d'épouvante des cris de douleor 
et des espèces de hurlemens qu j'entendis faire à des coo- 
vulsionnaires dans le cimetière et sous le charnier, et je 
pensai m'en aller sans approcher de la tombe du diacre; 
mais la personne qui m'accompagnait m'ayant encouragée, 
je fus m'asseoir dessus. . . Après y avob: resté environ on 
quart d'heure en prière, il me prit des mouvemens qui fi- 
rent dire à tous ceux qui étaient auprès de moi que les 
convulsions m'allaient prendre. A ce mot de convulsion 
me rappelant les cris que j'avais entendus sous le cbar- 
nier, en arrivant^ je fus saisie de crainte et si vivement 
que je donnai de Fargent au suisse pour me faire passage 
et relirei*; et cette appréhension d'avoir des mouvemens 

* ' " ' - - 

(1) Carré de Montgeron, ouvrage cilé, t. 2, p. 36. 

CI) /bût., l 2, p. 1 et siiiv. de l'observation de la fille Fourcrpy 



TUÉOMAMS EXTATO-CONVCLSIV£ PARMI LES UNSl^STES. 319 

convulsifs me donna des forces qui ne m'étaient pas ordir 
naires pour sortir au plus vite du cimetière* •• Néanmoins, 
le 20 mars 1732, au soir, me sentant prête à rendre Tâme, 
la peur de la mort que je voyais si proche remporta enfin 
Mr la crainte des convulsions, et je priai qu'on m'allftt 
chercher de la terre du tombeau de M. Paris, pour eo 
mettre dans le vin dont, de temps en temps. Ton me fai- 
sait avaler quelques gouttes. Le 21 à midi Ton me fit pren* 
dre du vin oii Ton avait mis de la terre et je me mis en 
prière pour commencer une neuvaine. Presque dans le 
moment il me prit un grand frisson et peu après une grande 
agitation dans tous les membres, qui me faisait élancer 
tout le corps en Tair et me donnait une force que je ne 
m'étais jamais sentie , si bien que plusieurs personnes 
rémiies avaient de la peine à me contenir. Dans le cours 
de ces mouvemens violens qui étaient de véritables convul- 
lions, je perdis connaissance. Aussitôt qu'ils furent passés 
et que j'eus repris mes sens je me sentis une tranquillité et 
QDe paix intérieure que je n'avais jamais éprouvées et que 
j'aurais bien de la peine à décrire quoique je l'aie ressen-* 
tie très souvent depuis à la suite de mes convulsions. » 

I^a femme Geoffroy, cherchant à exprimer ce qui se pas- 
fait en elle pendant ses accès hystériques, afiirme que tou- 
jaurs ses convulsions commençaient, au tombeau de Paris, 
par un engourdissement des qerfs , ^uivi par un tremble- 
meot de tous les membres. « Les mouvemens convulsifs que 
l'ai eus, sans perdre connaissance, raconte cette malade, 
m'obligeaient à battre des pieds la terre , les carreaux ou 
le mai'bre du tombeau. Je n'aurais pas pu empêcher ces 
mouvemens. Quelquefois la tête me branlait et tournait a$* 
sez longtemps ; quelquefois mes bras se raidissaient avec 
une extrême force. D'autres fois, je les agitais de tous côtés, 



â20 LIVRE V, — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP, H. 

et souvent mon corps se tournait et retournait comme snr 
un pivot... Les personnes qui me tenaient étaient obligées 
de suivre les mouvemens de la convulsion. .. Les douleurs 
que je soufTrais étaient au delà de ce que je puis exprimer; 
elles me faisaient crier tantôt d'une voix aiguë , taotftt 
d'une voix plaintive... Il est arrivé quelquefois, la tombe 
étant couverte de malades lorsque je m'y présentais et D'y 
pouvant trouver place, qu'on m'a mise dessous, en me te- 
nant par le milieu du corps avec une ceinture. Comme j'é- 
tais alors très gênée et dans un lieu trop étroit pour qa'oi 
pût suivre le mouvement de mes convulsions , je souffrais 
plus qu'à l'ordinaire parce que mes genoux battaient le des- 
sous du marbre avec violence. . . Les mêmes mouvemens se 
passaient à la maison avec cette différence quUls n'étaient 
pas si intenses. Lorsque j'étais seule dans ma chambre, je 
me couchais par terre et je m'éloignais du feu , de crainte 
d'accidens aussitôt que je sentais l'engourdissement qoi 
précédait les convulsions, et c'est ainsi que souvent je les 
ai éprouvées seule, sans le secours de personne. •• 

» L'on m'a assuré que dans le cours de l'accès où je per* 
dais connaissance, mes yeux se renversaient, et que tous 
les mouvemens dont j'ai parlé ci-dessus avaient beaucoap 
plus de violence. Je sentais toujours quelque soulagement 
après les convulsions et ce soulagement était d'autant plos 
grand que les secousses avaient été plus marquées (1). • 

« Le jour de la Saint-Marcel, dit la fille Bridan, jecms 
devoir faire effort pour approcher du tombeau, ce que je n'a- 
vais pas pu faire depuis ma première neu vaine , à cause delà 
grande foule. Je me penchai la tête sur la tombe pendant 
un quart d'heure pour y faire ma prière. •• Dans le moment 

(1) Carré de Monlgeron, t. 3, p. 67. 



THÉOMANIE EXTATO-CONVULStYE PARMI LES JANSÉMSTES. -32i 

le tremblement me prit, je ne pus me relever; on fut obligé 
de me prendre à deux sous les bras, pour m'asseoir sur 
une chaise où je perdis la connaissance. Revenue à moi^ 
mème^ il me prit des convulsions si terribles qu'il fallut 
trois ou quatre personnes pour me tenir... J'ai continué 
pendant vingt-deux jours à me mettre tous les jours sur la 
tombe, et chaque fois j'éprouvais les mêmes convulsions 
que la première, souvent même plus grandes et en plus 
grand nombre. Dans le fort de la convulsion je perdais la 
connaissance qui me revenait après la convulsion passée^ 
Je les ai éprouvées aussi à la maison toutes les fois que je 
buvais de Teau où Ton avait détrempé la terre du tombeau 
de M. Paris, avec cette différence qu'elles n'étaient pas si 
violentes et qu'elles ne me faisaient pas perdre la connais- 
sance... J'éprouvais de grandes douleurs lorsqu'elles me 
laissaient la connaissance; mais presqu' aussitôt que ces con- 
vulsions étaient cessées, mes douleurs cessaient aussi... 
Tantôt il me semblait qu'on me déchirait les jambes^ d'au- 
tres fois qu'on m'ouvrait la tête ; il me semblait quelquefois 
qu'on me tirait les bras à quatre chevaux (!)•••» 

Sur tous ces convulsionnaires, le dérangement de la 
portion du sytème nerveux chargée de la stimulation de la 
fibre musculaire succédait à un ébranlement moral. L'af- 
Qux des impressions vers l'encéphale, le tumulte des émo- 
tions, l'effervescence des sentimens et des idées qui avaient 
trait à la théomanie préparaient l'explo^on des phénomènes 
Bpasmodiques. 

Le 27 août 173i , l'on conduisit au cimetière de Saînl- 
Médardune jeune fille sourde -muette depuis la naissance. 
Aussitôt qu'elle fut placée sur le tombeau^ elle tomba dans 

(2) D. Lalasle, Lettres théotogiques^ etc., t. 2, p. 1272. 

TouE II. 21 



322 LIVRE V. — DIX-nriTIÈME SIÈCLE. — CHAP. II 

des convulsions effrayantes, accompagnées d'une sueur "_ 
abondante 9 et témoigna par ses gestes qu'elle souffrait ^ 
principalement dans la tète, dans la gorge et dans les ordi- " 
les. Après l'attaque, elle demeura comme morte et Ton fat ^ 
obligé de la transporter dans le grand cimetière. Ayant un ' 
peu repris ses sens, elle donna à connaître par ses signes ^ 
qu'elle souhaitait qu'on la mit de nouveau §ur le tombeau, ~ 
ce qui fut exécuté. Aussitôt les convulsions recommencèrent 
avec plus de violence qu'auparavant et on la mena une se- 
conde fois respirer sous les charniers. On céda encore i 
rempressement qu'elle témoignait pour revenir sur le lna^ 
bre du diacre ; les convulsions reparurent et on fut obligé 
d'emporter la patiente à son domicile où elle resta jusqu'à 
neuf heures du soir agitée par des mouvemens convulsi& 

Le 28 août 1731, second voyage au sépulcre de Pâris^ 
et retour des convulsions qui ne s'apaisent qu'à la fin da 
jour. Le 29 et le 30 août, à la suite d'une sorte d'éva- / 
nouissement , la jeune malade se trouve en possession du p 
sens de l'ouïe et articule, dit-on, sans en comprendre te ^ 
sens, les mots dont le son frappe son oreille (1). 

Dans ce cas tout exceptionnel, l'ébranlement des nerfs ^ 
moteurs dut être provoqué par l'espèce de commotion que '^ 
le spectacle des convulsionnaires gisans sur le sol imprioM ^ 
à l'amc de cette fille , et par la brusque révolution qu'ui '■ 
tableau aussi inattendu dut occasionner dans les idées de ^ 
cette pauvre infirme. Il eût été beaucoup plus difficile d'ol)' *^ 
tenir des effets convulsifs si la sourde-muette eût été ea ^ 
même temps privée du sens de la vue ; car pour susciter ^ 
cette espèce de mouvement critique il fallait absolument faire ^ 
parvenir à l'ame ou plutôt aux centres encéphaliques dei ^» 

■i 

(1) C. de Monigeron, ouvrage cité, t. 2, p. 10 et suiv. « 



THÉOHANIÉ EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 323 

impressions capables d'en modifier les eouditions fonction- 
nelles habituelles. 

Le caractère hystérique est bien prononcé dans la ma- 
ladie convulsive qui précéda la guérison de la fille Giroux, 
que des théologiens ont crue démoniaque. Cette fille eut 
aussi plusieurs fois tout de suite une hallucination qui lui 
fit dire qu'une voix s'était fait entendre dans Tintérieur de 
sa poitrine. 

t Le 26 août 1732, disent les parens de cette convul- 
sionnaire, vers les onze heures du soir, notre fille étant 
en convulsions et sur les épaules d'ane personne de notre 
compagnie, cette personne ne pouvant plus la supporter à 
cause de ses violentes agitations, la jeta sur notre lit. Alors 
les convulsions furent si fortes et accompagnées de si grands 
cris, ce qui n'était jamais arrivé, que tous les assistans en 
Jarent saisis de frayeur et de crainte ; son corps se pliait 
et repliait à chaque instant, ses yeux devinrent étincelans et 
rouges comme du sang. Nous étions tous autour du lit , et 
après quelques minutes passées dans cet état violent, nous 
l'entendîmes prononcer d'une voix extraordinaire, forte et 
perçante ces paroles: Je suis guérie... Au moment même 
ses convulsions cessèrent, et elle se mit à son séant. Re- 
venue à elle , et ayant recouvré sa pleine connaissance , 
elle nous dit encore tranquillement : Âh I je suis guérie ! 
Nous fûmes tous remplis d'une grande joie, et nous lui 
demandâmes avec empressement quelle preuve elle avait 
de sa guérison? — J'ai ressenti tout à coup, répondit-elle, 
d'effroyables douleurs dans mon estomac, et comme si une 
boule eût monté dans ma gorge et fût redescendue dans 
mon estomac où elle a crevé avec une telle violence, que 
j'ai cru que mon corps se déchirait en deux, et dès qu'elle 
a été crevée , j'ai entendu en dedans de moi comme une 



328. LIVRE r. — Dix-auiTiiiiiE siècle. — CHAP !!• 

de la parole et qu'on crut qu'elle avait cessé d'exister. En 
revenant à la connaissance, elle s'écria qu'elle était une 
bienbeureuse, une convulsionnaire, une prédestinée l Sod 
directeur de conscience, qui avait eu le temps d'arrivé 
auprès d'elle , lui adressa quelques paroles pieuses, c Elle 
entra dans des agitations si horribles , qu'il en fut eflûrayé. 
Il la vit se donner des coups de poing sur les différentes 
parties du corps, mémo sur les plus secrètes, et sauter de 
son lit de plus de trois pieds de haut. » Le iH*être ayant dit 
à dessein que c'étaient là des mystères de Satan, la veuve 
Tbévenet tomba dans les attaques convulsives les plus terri- 
bles. On vit aussitôt une autre convulsionnaire , qui se 
trouvait présente, branler la tète, les mains, les jambes et 
tout le corps, comme si ces parties eussent appartenu à im 
pantin... 

Vers le milieu du jour, la veuve Thévenet présenta tous 
les signes de l'extase; pendant ce nouvel état, elle récite 
les propositions du livre de Quesnel, et disserte sur lagratt 
triomphante qui fermente dans son cœur. Le soir elle con- 
sent à remettre à son frère un mamwl de piété dont la Icc* 
ture provoque aussitôt le retour des paroxismes convulsifs, 
et la nuit du A au 5 est exempte d'agitation. 

Le mardi 5 octobre, dès le matin, le chanoine Mariette, 
son frère , lui ayant fait des représentations sur Fétat af- 
freux dans lequel elle était depuis plusieurs jours , elle se 
rendit totalement et ne demanda plus que son confesseur 
ordinaire, disant qu'autant elle l'avait eu en horreur, m- 
tant elle désirait le voir. 11 vint; dès qu'il fut présent, elle 
remit à son frère le portrait du diacre Paris, deux paquets 
de terre de son tombeau , un morceau de bois de son lit , 
qu'on jeta au feu ; puis elle fit profession de foi à l'Église 



THl^OHANIË fiXTATO-CONVULSIVË PARMI LES JANSENISTES. 329 

catholique... et elle n'éprouva plus ni agitation» ni mou- 
yemens, ne conservant qu'un esprit sain (1). 

La nuit du 5 au 6 octobre fut marquée par la persistance 
de rinsomnie; la malade, tourmentée par des scrupules re- 
ligieux, obligea sa garde à prier pour elle, et elle lut elle- 
même plusieurs pages dans ses livres pieux. Vers les cinq 
heures du matin , elle donna des signes de frayeur , se fit 
asperger d'eau bénite, et éprouva une résistance difficile à 
vaincre quand elle tenta de sortir de sa chambre pour se 
rendre à l'église où son frère devait célébrer une messe en 
l'honneur de sa guérison. 

Un sentiment de répulsion terrible enchaîna encore sa 
volonté quand elle chercha à franchir le seuil du saint lieu oii 
elle était attendue; il fallut recourir encore à des aspersions 
d'eau bénite pour soutenir son courage. Pendant la messe 
elle éprouva de la transpiration et des transes mêlées de 
terreur. On chercha à la faire monter au tombeau d'un 
saint personnage très vénéré des fidèles; elle se sentit re- 
poussée en mettant le pied sur les marches de l'escalier; à 
peine avait-elle fait quelques pas en avant, qu'elle rétro- 
gradait en arrière. Enfin elle rentra dans ses habitudes de 
raison, ne conservant qu'une grande confusion de ce qui 
lui était arrivé , craignant beaucoup de retomber dans le 
même malheur et redoutant beaucoup aussi le retour d'une 
vision qui l'avait assiégée pendant la nuit du â au /i octobre. 
Pendant cette terrible nuit , elle avait eu sous les yeux le 
spectacle d'un cadavre décharné, dont les regards sem- 
blaient ardens comme le feu et qui vomissait par la bouche 
une flamme étincelante (2) . . • 

(1) Dom Lalaste, 1. 1, p. 655. 

(2) iàid,f p. 647 et suivantes* 



330 UTRE y. — DiX-HUITlÈHE SIÈCLE. — GHAP. H. 

L'observation de la femme Thévenet est une des plus 
intéressantes de toutes celles qui ont été recueillies sur les 
tbéomanes de Saint-Médard. On trouve Iréunis sur cette dé- 
vote^ dont la CMiduite et la moralité avaient toujours passé 
pour irréprochables, les signes de Thystérie, de Testaie, 
de la nymphomanie, de la tbéomanie, et une partie des 
accidens propres à la démonopathie. Les terreurs qui 
la bouleversent quand elle a pris le parti de renoncer 
au culte de Paris, d*assisler aux cérémonies du culte 
romain, ressemblent tout-à-fait aux terreurs qu'éprou- 
vaient les démoniaques qui tentaient de prier, de se em* 
fesser, de se présenter à la sainte-table, en faisant des ^ 
forts pour se séparer de leurs prétendus démons ; mais la 
femme Thévenet déraisonne sur les miracles, slir les dfets 
de la puissance suprême ; sous ce i*apport elle ne saurait 
être comparée aux personnes qui attribuent à ToccupatioB 
des esprits déchus tout ce qui se passe d'extraordinaire ee 
elles et autour d'elles. L'émotion violente et les autres ef- 
fets nerveux qui éclatèrent sur la femme Thévenet et sur 
une autre convulsionnaire, lorsqu'on leur cria que le mys- 
tère de leurs attaques n'était qu'un effet diabolique, prou- 
vent assez qu il n'aurait fallu qu'un petit nombre de paroles 
imprudentes pour leur inoculer les idées qui font le déses- 
poir des prétendus énergumènes. Finalement, comme 
d'habitude, les convulsionnaires de Saint-Médard u'étaicot 
assistés que par des jansénistes qui, au lieu de parler 
d'exorcismes, de pactes et de démons, ne s'entretenaieflt 
que des avantages de la grâce, et des divines faveurs dont 
ils se croyaient comblés par Ip Saint-Esprit ; il s'ensuivait 
de là que ces malades s'estimaient trop parfaits pour re- 
douter les assauts du diable. Du reste l'histoire de la veuTe 



THÉOMANIE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 331 

Thévenet et la peinture des actions inconvenantes, désor- 
données, souvent obscènes, auxquelles elle se laissa en^ 
traîner malgré elle, pendant plusieurs nuits et plusieurs 
jours, le caractère de ses hallucinations et de ses discours, 
l'exaltation qui la privait de sommeil en entretenant la pé- 
tulance des mouvemens, pendant tout le temps que son 
cerveau demeura affecté, nous fournissent la meilleure 
preuve que les convulsionnaires jansénistes n'étaient pas 
plus exempts de délire, pendant Tintervalle des attaques 
hystériques, que les énergumènes et les trembleurs pro- 
testans qui ont précédemment attiré notre attention. L'ac- 
cès de folie de la veuve Thévenet, pour avoir été de courte 
durée, n'en offrit pas moins une grande intensité, et si tou- 
tes les précautions n'avaient pas été prises pour tempérer 
Fexaltation des sentimens religieux, l'hystérie et la théo- 
manie auraient pu persister inûniment plus longtemps. 

La conversion du secrétaire des commandemens de 
Louis Xy au jansénisme s'annonça par un singulier genre 
d'agitation musculaire oii se peint aussi la complication du 
délire religieux.... Ce personnage, nommé Fontaine, très 
opposé, comme presque toute la cour, à la cause des appe- 
lans : « Étant à Paris, au commencement de 17âS, dans 
une maison où on l'avait invité à diner avec une grande 
compagnie, il se sentit tout à coup forcé par une puissance 
inyislMe de tourner sur un pied avec une vitesse prodi- 
gieuse, sans pouvoir se retenir; ce qui dura plus d'une 

heure sans un seul instant de relâche Dès le premier 

moment de cette convulsion si singulière , un instinct qui 
venait d'en haut lui fit demander qu'on lui donnât au plus 
vite un livre de piété. Celui qu'on trouva le premier sous 
la main , et qu'on lui présenta , fut un tome des réflexions 
morales du père Quesnel , et quoique Fontaine ne cessât 



332 uvaB V. --' dix-huitième siècle. — chap. ii. 

pas de tourner avec une rapidité éblouissante, il lut tout 
haut dans ce livre tant que dura sa convulsion (!)••• 

» Cette convulsion continua pendant plus de six mois; 
elle se fixa même régulièrement à deux fois par jour, et 
elle n'a quitté Fontaine que le 6 août 173â, dès qu'il eut 
achevé de lire, en tournant toujours d'une force prodi- 
gieuse , les huit tomes des réflexions du père Quesnel sur 
le Nouveau-Testament, ce que Fontaine accompagnait de 
plusieurs élévations de son cœur vers Dieu. 

» La convulsion tournante du matin lui prenait tous les 
jours précisément à neuf heures, et durait une heure et 
demie ou deux heures tout de suite. Celle de l'après-midi 
commençait à trois heures et durait autant que celle du 
matin. Tous les jours , M. Fontaine se trouvait, en se le- 
vant, une si grande faiblesse dans les jambes, qu'il ne lui 
était pas possible de se soutenir ; ce qui durait jusqu'à neuf 

heures, que sa convulsion tournante le saisissait Pour 

lors, son corps se posait sur l'une de ses jambes qui, pen- 
dant l'heure et demie ou les deux heures que durait le 
tournoiement , ne quittait pas le centre où elle avait été 
placée, pendant que l'autre jambe décrivait un cercle avec 
une rapidité inconcevable, se tenant presque toujours en 
Tair et posant néanmoins quelquefois très légèrement par 
terre. Le tournoiement de tout le corps se faisait avec une 
vitesse si prodigieuse, qu'un grand nombre de persoonet» 
ont compté jusqu'à soixante tours dans une minute... 

» Après que la convulsion tournante du matin était finie, 
Fontaine se trouvait en état de se soutenir un peu sur ses 
jambes ; mais elles ne reprenaient toute leur vigueur qu'a- 
près celle de l'après-midi , et pour lors il se sentait dans 

(1) Carré de Monlgeroo, t. 2, p. 12 et 13. 



TUKOMANIË EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 329 

catholique... et elle n'éprouva plus ni agitation» ni mou- 
vemens, ne conservant qu'un esprit sain (1). 

La nuit du 5 au 6 octobre fut marquée par la persistance 
de rinsomnie; la malade, tourmentée par des scrupules re- 
ligieux, obligea sa garde à prier pour elle , et elle lut elle- 
même plusieurs pages dans ses livres pieux. Vers les cinq 
heures du matin, elle donna des signes de frayeur, se fit 
asperger d'eau bénite, et éprouva une résistance difficile à 
Yaincre quand elle tenta de sortir de sa chambre pour se 
rendre à l'église où son frère devait célébrer une messe en 
Thonneur de sa guérison. 

Un sentiment de répulsion terrible enchaîna encore sa 
volonté quand elle chercha à franchir le seuil du saint lieu où 
elle était attendue ; il fallut recourir encore à des aspersions 
d'eau bénite pour soutenir son courage. Pendant la messe 
elle éprouva de la transpiration et des transes mêlées de 
terreur. On chercha à la faire monter au tombeau d'un 
saint personnage très vénéré des fidèles; elle se sentit re* 
[)oussée en mettant le pied sur les marches de l'escalier; à 
peine avait-elle fait quelques pas en avant, qu'elle rétro- 
gradait en arrière. Enfin elle rentra dans ses habitudes de 
raison, ne conservant qu'une grande confusion de ce qui 
lui était arrivé , craignant beaucoup de retomber dans le 
même malheur et redoutant beaucoup aussi le retour d'une 
vision qui l'avait assiégée pendant la nuit du â au /j. octobre. 
Pendant cette terrible nuit , elle avait eu sous les yeux le 
spectacle d'un cadavre décharné, dont les regards sem- 
blaient ardens comme le feu et qui vomissait par la bouche 
une flamme étincelante (2) . . • 

(1) Dom Lalaste, 1. 1, p. 635. 

(2) ibid,y p. 647 et suivantes. 



334 LIVRE V. — DIX-nuiTIKME SIÈCLE. — CUAP. II. 

noiinilurc forcée, à s'imposer, par calcul, des jeûnes ef- 
frayans. Je laisse Monlgeron nous faire lui-même le récit 
des austérités de ce nouveau converti.. 

a Le lundi 9 mars 1739, écrit Montgeron, Fontaine, 
forcé par sa convulsion de sortir du lieu de son domicile, 
alla, par reflet de la même impulsion qui Tavait chassé de 
sa retraite, chez un solitaire de ses amis qui le reçot 
comme un envoyé de Dieu. . . 

» Le lendemain matin , il fut contraint d'annoncer qœ 
tout le reste du carême il ne prendrait qu'un repas par 
jour, qu'il le ferait , au pain et à Teau , à six heures du 
soir, mais que les dimanches il mangerait, à dîner, du po- 
tage et du pain , et , au souper, tout ce qui lui serait pré- 
senté, à r exclusion du vin.... Tout cela fut exactement 
suivi. 

» Après Pâques, il fut encore restreint au pain et à Tean, 
sans pouvoir faire autremeut, avec la liberté néanmoins de 
manger à midi et au soir et d'y joindre quelquefois douze 
olives; ce qui dura jusqu'au 19 d'avril, que l'impression 
de sa convulsion lui fit déclarer forcément qu'il passerait 
quarante jours de suite sans prendre aucune nourriture, 
mais sans spécifier quand commencerait ce terrible jcûoe 

» L'impossibilité oii il se vit dès le lendemain 20 avril de 
pouvoir rien porter à sa bouche, non plus que les jours 
suivans, malgré toutes ses tentatives, lui fit juger que le 
temps d'exécuter ce grand jeûne était venu, mais il se 
trompa; celui-ci, qui ne dura que dix- huit jours, n'en était 
que la préparation. Cependant si l'on fait attention à tout 
ce qu'il a été forc^ de faire dans ce jeûne si singulier, on 
verra qu'il est aussi surnaturel que celui de la quaraotaine 
et qu'il a été bien plus rigoureux par rapport aux effets. 

» Non seulement Fontaine a été privé de toute nourritnrc 



THÉOXANIE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 331 

Thévenet et la peinture des actions inconvenantes, désor- 
données, souvent obscènes, auxquelles elle se laissa en« 
traîner malgré elle, pendant plusieurs nuits et plusieurs 
jours, le caractère de ses hallucinations et de ses discours, 
rexaltatîon qui la privait de sommeil en entretenant la pé- 
tulance des mouvemens, pendant tout le temps que son 
cerveau demeura affecté, nous fournissent la meilleure 
preuve que les convulsionnaires jansénistes n'étaient pas 
plus exempts de délire, pendant Tîntervalle des attaques 
hystériques, que les énergumènes et les trembleurs pro- 
testans qui ont précédemment attiré notre attention. L'ac* 
ces de folie de la veuve Thévenet, pour avoir été de courte 
durée, n'en offrit pas moins une grande intensité, et si tou- 
tes les précautions n'avaient pas été prises pour tempérer 
Texaltation des sentimens religieux, l'hystérie et la théo- 
manie auraient pu persister inCniment plus longtemps. 

La conversion du secrétaire des commandemens de 
Louis Xy au jansénisme s'annonça par un singulier genre 
d*agitation musculaire où se peint aussi la complication du 
délire religieux.... Ce personnage, nommé Fontaine, très 
opposé, comme presque toute la cour, à la cause des appe- 
lans : < Étant à Paris, au commencement de 17âS, dans 
une maison où on l'avait invité à dîner avec une grande 
compagnie, il se sentit tout à coup forcé par une puissance 
invisible de tourner sur un pied avec une vitesse prodi- 
gieuse » sans pouvoir se retenir; ce qui dura plus d'une 

heure sans un seul instant de relâche Dès le premier 

moment de cette convulsion si singulière , un instinct qui 
venait d'en haut lui fit demander qu'on lui donnât au plus 
Tfte ou livre de piété. Celui qu'on trouva le premier sous 
la main , et qu'on lui présenta , fut un tome des réflexions 
morales du père Quesnel , et quoique Fontaine ne cessât 



336 tttRfi V. — blX-l!UlfIÊME SIÈCLE. — CHAI». It. 

dévorait Sjes entrailles avait consumé le peu de chairs qui 
lui étaient restées. 11 n'était qu'un squelette couvert d'une 
peau sèche et livide qui, étant collée sur ses os, en repré- 
sentait toute la forme. On l'eût pris volontiers pour une de 
ces momies d'Egypte qui ne se conservent que par leor 
entier dessèchement. 

» Depuis ce jour-là, il baissait à vue d'œil; néanmoins k 
lendemain, 5 mai , il eut pouvoir à son ordinaire d'altarà 
la messe de quatre heures , comme il avait encore fait 11 
veille, mais il fallut se contenter de la bonne volonté. Sob 
ami, le voyant si faible, ne voulut point l'abandonner dans 
une aussi périlleuse entreprise. Ils partirent ensemble avant 
trois heures et demie du matin et ne rentrèrent qu'à pins 
de huit heures sans n'avoir pu faire que la moitié du chemiB 
de leur maison à Saint-Eustache. Avant que le jour ne fitt 
venu, il pria deux fois son conducteur de lui ramasser dam 
le ruisseau, avec une tasse de cuir..., de l'eau bourbeuse 
et croupie avec laquelle il se gargarisa. Lorsqu'on com- 
mençait à ouvrir les boutiques , il entra dans une où l'oo 
vendait de la bière et en demanda pour se gargariser; le 
maître voyant qu'il la rejetait aussitôt qu'elle était dans sa 
bouche, frappé de sa figure étique et de voir qu'il ne pou- 
vait presque se soutenir ni parler, le prit pour un ivr(^[iic 
et le chassa honteusement... Mais sa convulsion le con- 
traignit malgré lui d'entrer encore dans quatre autres bou- 
tiques, à deux desquelles on le traita à peu près de même. 

»M. Fontaine, de retour chez son ami, ne put plus sortir. 
Il avait même delà peine à se tenir sur ses jambes. Il sentit 
mieux qu'il n'avait fait jusqu'alors , mais sans en être 
ébranlé, le terrible état où il était. Je suis, disait-il, une 
araignée desséchée, ma vie ne tient que par un fil. En effet, 
dès ce moment , et encore plus le lendemain 6 mai , dix- 



tHÉÔMANtÊ EXTATÔ-CONVCLSiVE HRMI LES JANSÉNtSIES. 833 

une force et un état de santé parfaits jusqu'au lendemain 
matin (1). » 

Quand l'espèce d'entraînement, qui obligea Fontaine à 
tourner sur un pied, commença à agir sur lui, on mit en- 
tre ses mains le lirre de Quesnel , dont plusieurs proposi- 
tions avaient encouru la censure du chef de l'Église. 11 est 
donc probable que Fontaine se trouvait à dîner avec de 
fervens jansénistes , et l'on peut présumer , avec quelque 
vraisemblance, qu'on avait parlé avec enthousiasme devant 
Ini des convulsions et des miracles qui étaient devenus à 
Paris Taliment de toutes les conversations et de toutes les 
disputes. Quoi qu'il en soit, le cerveau du secrétaire de la 
cour subissait dans ce moment une modification fâcheuse. 
« L'effet que l'instinct de cette convulsion fit sur son 
ame, suivant Carré de Montgeron, fut de changer tous ses 
sentimens par rapport à V appel. . . , de lui faire regarder les 
réiexions morales (du père Quesnel) comme une source 
de lumières, de bénédictions, de grâces, de le détacher 
entièrement de toutes les choses de la terre, de le porter 
à remettre sa commission, de lui faire donner des aumônes 
considérables , de se dépouiller de tout jusqu'à se réduire 
à Tétat de pauvre, pour vivre dans la retraite, l'humiliation 
et la pénitence la plus austère (2). . . » 

Pour ne rien omettre, il faut ajouter à ce qu'on vient de 
Ihre que peu à peu Fontaine devint sujet à des extases , à 
des accès d'inspiration, qu'il se mit, comme tant d'autres, 
à prophétiser l'arrivée d'Élie, la réforme des abus, la con- 
version de tous les infidèles, à la manière de voir des jan- 
sénistes , et que finalement il en vint , comme les lypéma- 
niaques que nous faisons vivre, en leur injectant une 



(1) Montgeron, t. 2, p 13. 

(2) Monlgeron, tWd. 



. I 



338 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. II. 

Les accès de tournoiement de Fontaine, son adhésion 
subite aux croyances des jansénistes appelons y son renon- 
cement absolu aux avantages de la fortune et aux gloires 
du monde, ses extases fréquentes, ses prédictions comme 
inspirées, ses improvisations chaleureuses, ses longues 
abstinences, ses retours à la vie après dix-huit, quarante 
jours d'un jeûne plus ou mois rigoureux, d'épuisement et 
de marasme, durent, il faut en convenir, produire une 
grande impression sur Fimagination des partisans des mi- 
racles. Montgeron, en cherchant à nous édifier par le rédt 
des exploits de Fontaine, fait à son insu un tableau fidëe, 
une description exacte autant qu'effrayante, de ce cruel dé- 
lire qui tient de l'inspiration, et qui imprime trop souvent 
à la volonté de certains monomoniaques un degré de résis- 
tance qui semble dépasser les forces et le pouvoir de b 
nature humaine. Combien de fois ne nous arrive-t-il pas 
dans les hospices d'aliénés d'engager des luttes souvent dé- 
sespérées contre des malades qui se fondent sur un ordre 
formel du Très-Haut pour braver toutes les angoisses de 
la soif et de la faim, et qui se feraient hacher par morceaux 
plutôt que de se départir de leur funeste résolution. En se 
privant d'alimens, Fontaine n'était mu par aucun vice de 
perception, mais il s'était figuré qu'il était l'emblème de j 
l'église sur la terre ; or comme il avait lu dans les livres ' 
saints que l'église, quelqu'affaiblie qu'elle soit, ne doit ' 
point succomber, il arguait de là qu'il pouvait s'exi)oser 
sans danger de mort au dernier degré d'épuisement, il se 
serait donc laissé miner par l'excès de la souffrance cl du 
besoin plutôt que d'abréger d'une seconde la durée qu'il 
s'était cru obligé d'assiguor à ses jeûnes. ' 

Nous avons tous observé, à la suite d'abstinences pro- 
longées , sur des mélancoliques qui avaient été D^Ugés 



THÉOMAHIB EXTATO^CONVULSITE PARMI L£S lANSéiriSTES. 336 

et de boisson pendant ces dix-huit jours, mais même il tra- 
yai]iait tout le jour à un ouvrage des mains... qu'il n'in- 
terrompait que pour réciter les offices aux heures canoniales^ 
et il était forcé encore de passer les nuits presque entières 
à prier et à réciter des psaumes jusqu'à deux heures qu'il 
disait matines avec son compagnon de retraite ; ensuite de 
quoi , toujours entraîné par une impulsion contre laquelle 
toutes ses résistances étaient vaines , il était obligé d'aller 
à une messe qui se dit à quatre heures du matin à l'église 
de Saint-Eustache, dont il était assez éloigné. 

» Mais ce qui l'a le plus épuisé , c'est un très étonnant 
gargarisme auquel l'instinct de sa convulsion l'a obligé, 
dès le cinquième jour de son jeâne , composé quelquefois 
avec du vinai^ très fort et tout pur , qui lui enlevait la 
peau de la bouche et de la langue, ce que néanmoins il fut 
forcé de continuer presque sans relâche le jour et la nuit 
josqu^au dix-huitième jour de ce jeûne où il ne lui restait 
plus qu'un souffle de vie... 

» Si ce tuant exercice se fût boraé à l'affaiblir beaucoup, 
en le dégageant avec effort des eaux acres et des sérosités 
de la tête, de la poitrine, de l'estomac, et à le débarrasser. . • 
des mauvais levains qu'il pouvait avoir, on n'en aurait été 
ni suri»1s ni alarmé, mais ce gargarisme meurtrier a bien 
produit un autre effet . • Il a détruit tout ce qui donnait de 
la vigueur, il a absorbé la substance la plus spiritueuse du 
sang, il a consumé jusqu'à la moelle des os, suivant que 
l'assurait le eonvulsionnaire ; et après lui avoir ôté toutes 
ses forces, il l'a laissé presque sans mouvement et sans vie. 

> Tant cte pertes et de fatigues, jointes à une privation 
totale de nourriture et de boisson, l'exténuèrent enfin iel* 
lement, que dès le A. mai, quinzième jour de son jeûne, il 
était d'an déchamement affreux ; déjà l'ardeur du feu qui 



I 



1 

336 LtTRfi V. — blX-ltrtTlÊMB StiCLK. — CHAt>. Tt. h 

dévorait ses entrailles avait consamé lepea de chairs qui 
lui étaient restées. 11 n'était qu'un squelette couvert d'une 
peau sèche et livide qui, étant collée sur ses os, en repré- 
sentait toute la forme. On Teût pris volontiers pour une de i 
ces momies d'Egypte qui ne se conservent que par leur 
entier dessèchement. 

» Depuis ce jour-là, il baissait à vue d'œil; néanmoins le 
lendemain , 5 mai , il eut pouvoir à son ordinaire d'aller à 
la messe de quatre heures , comme il avait encore fait la 
veille, mais il fallut se contenter de la bonne volonté. Son 
ami, le voyant si faible, ne voulut point l'abandonner dans 
une aussi périlleuse entreprise. Us partirent ensemble avant 
trois heures et demie du matin et ne rentrèrent qu'à pins 
de huit heures sans n'avoir pu faire que la moitié du chemin 
de leur maison à Saint-Eustache. Avant que le jour ne fût 
venu, il pria deux fois son conducteur de lui ramasser dam 
le ruisseau, avec une tasse de cuir..., de l'eau bourbeuse 
et croupie avec laquelle il se gargarisa. Lorsqu'on corn* 
mençait à ouvrir les boutiques , il entra dans une où l'oa 
vendait de la bière et en demanda pour se gai^ariser ; le 
maître voyant qu'il la rejetait aussitôt qu'elle était dans sa 
bouche, frappé de sa figure étique et de voir qu'il ne pon- ji 
vait presque se soutenir ni parler, le prit pour un ivrogne i 
et le chassa honteusement. •• Mais sa convulsion le cod« 
traignit malgré lui d'entrer encore dans quatre autres bou- 
tiques, à deux desquelles on le traita à peu près de même. 

»M. Fontaine, de retour chez son ami, ne put plus sortir. 
Il avait même delà peine à se tenir sur ses jambes. Il sentit 
mieux qu'il n'avait fait jusqu'alors , mais sans en être 
ébranlé, le terrible état où il était. Je suis, disait-il, une 
araignée desséchée, ma vie ne tient que par un fil. En effet, 
dès ce moment, et encore plus le lendemain 6 mai, dix- 



THÉOHANIE EXTÂTO-CONVULSIVË PARMI LES JANSÉNISTES. 341 

exposés par la suite à des spasmes du pharynx et de l'œso- 
phage qui ne permettaient plus Tintroduction des alimens 
dans Testomac. La mort, accompagnée de toutes les an- 
goisses, de toutes les tortures de la faim, était la dernière 
conséquence de tant de folies. On sait que les monoma- 
niàques qui ont refusé de manger pendant quelque temps 
afl&rment quelquefois ensuite , quand ils consentent à 
prendre de nouveau des alimens, qu'il leur est impossible 
de surmonter la constriction de leur gosier; les effets pa- 
thologiques s'enchaînent partout de la même manière sur 
les individus privés de bon sens. 

Beaucoup de convulsionnaires devinrent aussi sujets à 
un état plus ou moins voisin de Textase ou du somnambu- 
lisme. 

L'occlusion des sens et la concentration du travail intel- 
lectuel semblaient poussées tellement avant, sur quelques 
malades, qu'il leur arrivait de rester plongés, plus ou 
moins longtemps, dans un état qui n'était pas sans analo* 
gîe avec la catalepsie ; dans leur langage , les convulsion- 
naires désignaient cette sorte de ravissement sous le nom 
d'état de mort. 

D'après Montgeron, « l'état de mort est une espèce 
d'extase oii le convulsionnaire, dont l'ame se trouve comme 
entièrement absorbée par quelque vision , perd quelque- 
fois totalement l'usage de tous ses sens, et d'autres fois seu- 
lement en partie. . . » Quelques convulsionnaires, suivant 
ce même écrivain, « sont restés deux, ou même trois jours 
de suite les yeux ouverts, sans aucun mouvement, ayant 
le visage très pâle, tout le corps insensible, immobile et 
raide comme celui d'un mort(l).... » 

(1) Carré de Montgeron, ouvrage cité, t. 2y p. 86. 



343 UVEP V. *— DIX-HUITIÈUE SIÈCLE. -^ CHAF. U. 

Montgeron, comparant cet état des convulsionnaires à 
celui de quelques saints mystiques , fait remarquer qa*il 
était très connu de sainte Thérèse. Thérèse dit : t L*ame, 
dans le ravissement, semble n'avoir plus son corps, et ne 
ranimer plus : la chaleur manque , la respiration cesse, 
en sorte qu'on ne saurait plus apercevoir le moindre 
soufQe ni le moindre mouvement ; tous les membres de* 
viennent raides et froids, le visage pâlit, et on ne voit plos 
que des apparences d'un corps mourant ou déjà mort • 
Cette peinture caractérise parfaitement en effet rimmel»- 
lité cataleptiforme de plusieurs convulsionnaires de Saint* 
Médard. 

Blosius rapporte que sainte Elisabeth de Spalberk était 
sujette à de fréquens accès extatiques ; que pendant ces 
attaques elle demeurait sans aucun sentiment , sans mou- 
vement, pas même celui de la respiration ; que son corps 
était tellement raide, qu'on n'en pouvait remuer une pa^ 
tie que tout le reste ne suivît. 

Mai^uerite du Saint-Sacrement devenait quelquefois 
raide comme un cadavre ; on ne pouvait remuer le bout de 
son pied sans remuer en même temps son corps. 

Le cardinal de Vitri atteste que de son temps plusieurs 
saintes filles, enivrées par l'abondance de l'esprit de Dieu, 
demeuraient ravies hors d'elles-mêmes; qu'elles étaient 
sans voix, sans aucun sentiment par rapport aux choses 
extérieures; que la paix du Seigneur, qui les remplissait, 
ensevelissait tellement leurs sens qu'il n'y avait point de 
bruit capable de les éveiller, qu'elles ne sentaient ni les 
blessures qu'on leur faisait , ni les coups qu'on leur don- 
nait. 

Marie de l'Incarnalion , fondatrice des carmélites en 
France, paiaissait souvent comme morte pendant que m 



THÉOMANIE EXTATO-CONYULSIVE PARMI LES JANSENISTES. 343 

ame ravie en extase recevait Timpression des choses di- 
vines. 

Madeleine de Pazzi tombait quelquefois par terre et y 
demeurait jusqu'à cinq ou six heures dans une espèce de 
léthargie. En 1585 , à partir de la veille de la Pentecôte , 
elle passa huit jours et huit nuits, tout de suite, sans être 
accessible aux impressions du monde matériel. 

Marguerite de Cortone était quelquefois tellement alié- 
née de ses sens qu'elle semblait être vcritableraeut morte. 

« La même chose est arrivée à quelques convulsionnai- 
res, qu'on piquait en cet état d'une manière très inhumaine 
sans qu'ils le sentissent (1). 

» Mais la plupart des convulsionnaires n'ont pas eu 
ces sortes d'extases d'une manière si forte; plusieurs, quoi- 
qu'ils restassent immobiles pendant plus d'un jour, n'ont 
pas continuellement cessé de voir ni d'entendre , et n'ont 
pas perdu entièrement toute sensibilité ; et , quoique leurs 
membres devinssent fort raides, dans certains momens, 
quelquefois, peu après, ils ne l'étaient presque plus ou 
point du tout (2). » 

Il est même certain que sur le plus grand nombre des 
extatiques de Saint-Médard , l'état de ravissement n'était 
point porté au point de rappeler, aux personnes présentes, 
l'idée de la catalepsie ou d'une mort apparente. Montgeron 
dît, en parlant des extatiques ordinaires : a Ils voient or- 
dinairement les personnes présentes, ils leur parlent et ils 
entendent même quelquefois ce que ces personnes leur 
disent, quoique d'ailleurs leur ame paraisse presque absor- 



(1) Carré de Monigeron, ouvrage cilé, l. 2, p. 87. 



344 LIVRE V. — DIX-IILITIÈME SIÈCLE. — CHAP. II. 

bée dans la conlemplation des objets qu'une puissance su* 
périeure leur fait voir (1). » 

Ce nouvel élat pathologique , d'après tout ce qu'en rap- 
portent une foule de témoins oculaires, ne peut que vive- 
ment piquer notre intérêt... Le passage que vous allez lire 
fait parfaitement ressortir la différence qui existe entre 
l'extase incomplète et le raptus extatique simulant le froid 
de la mort. 

« Dans les accès d'extases imparfaites, je laisse parler 
Montgeron , dans celles du moins qui sont marquées aai 
traits les plus propres à faire juger du principe qui les 
produit, les convulsionnaires sont frappés tout à coup par 
l'aspect imprévu de quelque objet dont la vue les ravit 
ordinairement de joie.... Ils dardent avec avidité leurs re- 
gards et leurs mains en haut; ils s'élancent vers le ciel, ils 
semblent vouloir y voler. A les voir absorbés ensuite dans 
une contemplation profonde, on dirait qu'ils admirent les 
beautés célestes.... Leur visage est animé d'un feu vif et 
brillant, et leurs yeux, qu'on ne peut leur faire fermer tant 
que dure l'extase, demeurent toujours immobiles, ouverts 
et fixés sur ce qui les occupe. Ils sont , en quelque sorte, 
transfigurés; ils paraissent tout autres. Ceux mêmes qui, 
hors de cet état , ont quelque chose en eux de bas et de 
rebutant, changent si fort qu'à peine sont-ils reconnaissa- 
bles; mais leur éclat alors n'a rien qui n'édifie, rien qui 
n'inspire de la piété, rien qui ne porte à Dieu.... Cet élat 
surnaturel représente vivement, dans la personne qui y est, 
une ame dégagée de tout ce qui n'est que terrestre et pas- 
sager, une ame qui n'aspire qu'au bonheur suprême, une 

(1) G. de Monlgeron, ouvrage cilé, l. 2, p. 86. 



TUÉOHANIE EXTÂTO-OONVULSIVE PAIlMl LES JANSÉNISTES. 341 

exposés par la suite à des spasmes du pharynx et de l'œso- 
phage qui ne permettaient plus T introduction des alimens 
dans Testomac. La mort, accompagnée de toutes les an- 
goisses, de toutes les tortures de la faim, était la dernière 
conséquence de tant de folies. On sait que les monoma- 
Biaques qui ont refusé de manger pendant quelque temps 
aflSrment quelquefois ensuite, quand ils consentent à 
prendre de nouveau des alimens, qu'il leur est impossible 
de surmonter la constriction de leur gosier; les effets pa- 
thologiques s'enchaînent partout de la même manière sur 
les individus privés de bon sens. 

Beaucoup de convulsionnaires devinrent aussi sujets à 
un état plus ou moins voisin de Textase ou du somnambu- 
lisme. 

L^occlusion des sens et la concentration du travail intel- 
lectuel semblaient poussées tellement avant, sur quelques 
Bialades, qu'il leur arrivait de rester plongés, plus ou 
moins longtemps, dans un état qui n'était pas sans analo* 
^ïe avec la catalepsie; dans leur langage , les convulsion- 
naires désignaient cette sorte de ravissement sous le nom 
A'état de mort. 

D'après Montgeron, « l'état de mort est une espèce 
d'extase où le convulsionnaire, dont l'ame se trouve comme 
entièrement absorbée par quelque vision , perd quelque- 
fois totalement l'usage de tous ses sens, et d'autres fois seu- 
lement en partie... » Quelques convulsionnaires, suivant 
ce même écrivain, « sont restés deux, ou même trois jours 
de suite les yeux ouverts, sans aucun mouvement, ayant 
le visage très pâle, tout le corps insensible, immobile et 
raide comme celui d'un mort(l).... » 

(I) Carré de Hontgeron, ouvrage cité, t. 2^ p. 86. 



346 LIVRE V. — DIX-HUlTlÊME SIÈCLE. •— GHAP. II. 

Élîe, par qui le Tout-puîssaiit doit l'opérer, ne sont pas les 
seules vérités que ce Dieu de bonté a fait publier aux con- 
vulsionnaires jusque sur les toits. Il leur a fait faire les 
tableaux les plus vifs des maux de l'Église, il leur a &it 
développer de la manière la plus lumineuse l'importance 
des vérités condamnées par la bulle. . . On les a vus repré- 
senter par les expressions les plus énergiques le prince 
des ténèbres se servant de cette bulle pour faire rejeta 
des vérités divines. . . On les a vus quelquefois les yeux bai- 
gnés de pleurs déplorer de la manière la plus tendre et 
la plus touchante l'abus énorme que l'on fait aujourd'hui 
des sacremens. Ils mettaient pour ainsi dire sous les yenx 
des spectateurs, par une vive peinture, le corps vivant de 
Jésus livré entre les mains des prêtres sacrilèges... et 
comme jeté dans la gueule des chiens, excités par ces mi- 
nistres téméraires à le venir dévorer aux pieds des auteb, 
lors même que ces animaux immondes sont encore infectés 
de la puanteur de leurs crimes. Les couvulsionnaires, ef- 
frayés des images terribles qui leur en étaient présentées, 
se prosternaient à terre, conjurant avec larmes tous les 
spectateurs de se mettre le visage dans la poussière, et de 
s'anéantir en esprit aux pieds de l'humanité divine, pour 
expier, autant qu'il était en eux, les outrages qu'on lui 
fait dans son Église, et tâcher... d'apaiser la colère d'un 
Dieu vengeur. . . On les a vus autrefois le visage et les yeux 
animés d'un feu qui paraissait tout divin, annoncer cette 
pluie abondante de bénédictions dont le Dieu de miséri- 
corde inondera toute la terre par le ministère des Juifs qui 
rétabliront son culte par tout le monde, et qui, prêchant 
la plus pure morale, lui formeront. . . des adorateurs. . dont 
les cœurs... brûleront du feu de la charité (1)... » 

(1) Carré de Monigeron, ouvrage cilé, l. 2, p. 118. 

I 



THÉOMANIE EXTATO-GONYULSIYE PARMI LES MNSl^ISTES. 343 

ame ravie en extase recevait Timpression des choses di« 
vines. 

Madeleine de Pazzi tombait quelquefois par terre et y 
demeurait jusqu'à cinq ou six heures dans une espèce de 
léthargie. En 1585, à partir de la veille de la Pentecôte, 
elle passa huit jours et huit nuits, tout de suite, sans être 
accessible aux impressions du monde matériel. 

Marguerite de Cortoue était quelquefois tellement alié- 
née de ses sens qu'elle semblait être véritablement morte. 

c La même chose est arrivée à quelques convulsîonnai- 
res, qu'on piquait en cet état d'une manière très inhumaine 
sans qu'ils le sentissent (1). 

» Mais la plupart des convulsionnaires n'ont pas eu 
ces sortes d'extases d'une manière si forte; plusieurs, quoi- 
qu'ils restassent immobiles pendant plus d'un jour, n'ont 
pas continuellement cessé de voir ni d'entendre , et n'ont 
pas perdu entièrement toute sensibilité ; et , quoique leurs 
membres devinssent fort raides, dans certains momens, 
quelquefois, peu après, ils ne l'étaient presque plus ou 
point du tout (2). » 

Il est même certain que sur le plus grand nombre des 
extatiques de Saiut-Médard , l'état de ravissement n'était 
point porté au point de rappeler, aux personnes présentes, 
l'idée de la catalepsie ou d'une mort apparente. Montgeron 
dit, en parlant des extatiques ordinaires : a Us voient or- 
dinairement les personnes présentes, ils leur parlent et ils 
entendent môme quelquefois ce que ces personnes leur 
disent, quoique d'ailleurs leur ame paraisse presque absor- 



(1) Carré de Montgeron, ouvrage cité, t. 2, p. 87. 

(2) IbiJ.yip.m, 



348 LIVRE V. — DiX-HUlTlÊME SIÈCLE. — CUAP. II. 

encéphaliques portait les théoinanes à enfler leurs discours 
d'un flux d'expressions, d'une foule de figures, d'images 
qui ne laissaient pas de produire une vive impression surh 
populace qui suivait les convulsionnaires à la piste. « El 
convulsion , leur ame est bien plus dégagée des sens que 
dans l'état naturel... Il est de notoriété publique que les 
convulsionnaires, en général, ont beaucoup plus d'esprit, 
de pénétration et d'intelligence lorsqu'ils sont en con vulsioi 
que dans leur état ordinaire. On voit jusqu'à des filles ex- 
trêmement timides, dont le fond n'est qu'ignorance, stupi- 
dité, basse naissance, qui, dès qu'elles sont en convulsios, 
parlent néanmoins très exactement , avec feu, élégance et 
grandeur de la corruption de l'homme par le péché origi- 
nel, etc.... On pourrait rapporter une multitude de faits 
qui prouvent invinciblement que l'efiet ordinaire de h 
convulsion est de donner à l'ame plus de lumière et d'acti- 
vité, plus de facilité à concevoir les choses même les plus 
élevées... Une jeune enfant, hors de convulsion, était d'a- 
bord si timide et si farouche, qu'on ne pouvait tirer d'elle 
une seule parole , et qu'elle paraissait presque imbécile. 
Cependant, aussitôt qu'elle était en convulsion, elle répoiH 
dait à tout avec tant de justesse, elle semblait avoir tant de 
pénétration, qu'on Feût prise pour une personne qui aurait 
eu de grands talens naturels et l'éducation la plus pa^ 
faite (l)c.. » 

Il est certain qu'on retrouve à chaque phrase, dans les 
discours des convulsionnaires, cette hardiesse d'expres- 
sions emphatiques qui constitue l'un des principaux carac- 
tères de la théomanie. Un convulsionnaire s'écriait, eo 
parlant de l'Église, pendant l'éréthisme de sa convulsion: 

;i) Carré de Monlgeron, t. 2, p. 18, 19. JJ 



TIIKOMAME EXTATO-CGNVL'LSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 345 

ame qu'on dirait en jouir déjà. Aussi ne se lasse-t-on point de 
considérer un spectacle si pieux ; il semble que quelques 
rayons de la félicité sublime , que Ton croit voir dans le con- 
Yulsionnaire, rejaillissent sur les spectateurs attentifs (1] . » 

Dans le ravissement cataleptiforme, comme dans la mo- 
nomanie qui tient de la stupidité, les idées et les sentimens 
n'ont point d'enseigne au dehors ; l'attitude , les gestes , 
l'expression de visage des convulsionnaires dont Carré de 
Montgeron vient de peindre en dernier lieu les extases, 
trahissent déjà chez eux une grande exaltation des senti- 
mens, des sensations et des idées qui ont trait à l'amour 
divin ; mais les improvisations qui échappaient à beaucoup 
d'extatiques font encore mieux connaître les conditions oii 
se trouvaient alors l'intellect et le moral de ces prétendus 
inspirés. 

Les convulsionnaires de Saint-Médard improvisaient, 
comme les camisards, sur les choses qui se rapportent aux 
matières religieuses. Les théomanes de Paris faisaient sou- 
vent aussi, comme ceux des Cévennes, des discours assez 
rapides et étendus. Les protestans annonçaient l'abolition 
prochaine du papisme; lesjansénistes de Saint-Médard se 
plaignaient de la perversion du clergé vulgaire et de la cour de 
Rome. Tous s'accordaient à annoncer la fin du monde, et la 
venue du prophète Élie sur la terre ; et ils pensaient que c'é- 
tait le Saint-Esprit qui les forçait à faire leurs prédictions, 
à prononcer leurs sermons, à publier à son de trompe la 
conversion des Juifs et le règne universel du Christ ; mais la 
fameuse bulle dont les convulsionnaires étaient appelans 
excitait surtout le soulèvement de leur indignation. 
€ La conversion du peuple juif et la venue du prophète 

(1) C. de Montgeron, ouvrage cilé,l. 2, p. 48, 



360 LIVRE Y. — DlX-nCItlÊME SIÈCLE, — CIÎAP. It. 

recueil des chefs-d'œuvre oratoires recueillis à Saint- 

Médard. 

Quelques malades récitaient les prières les plus ordi- 
naires sur le ton de Tiuspiration , et le dérèglement de leur 
imagination donnait souvent à cet acte de piété toute Vw^ 
pareuce d'un acte de dérision ou de scandale. Yoici ce que 
raconte Fauteur d'un écrit qui porte le titre de : Avùmx 
fidèles : « Une convulsionnaire récite le De profundis ei 
français avec une piété affectueuse qui édiûe ; mais avait 
que de le réciter, elle veut qu'on lui mette la tête en bai, 
les pieds en haut , le corps en l'air. Après avoir récité, 
avec une démonstration singulière de piété, celte prièrei 
elle veut qu'on lui fasse faire une culbute toute en l'air, 
et s'embarrasse peu si ce sont des hommes qui lui font faire 
cette opération fort mal séante par elle-même. Enfin, elle 
dit hautement, prononce et déclare gravement que ce 
qu'elle vient de faire est un mystère sérieux qui représente 
que tout est renversé dans l'Église (1), » 

Une convulsionnaire, nommée l'Invisible^ chantait ks 
louanges de Dieu en faisant la culbute... Poucet a vu une 
convulsionnaire qui faisait ses prières en tirant la langue 
comme une possédée , et dont le visage était décomposé 
par d'horribles contorsions... Il en a vu une autre dont 
l'exaltation semblait tenir du désespoir, qui était portée 
par la convulsion à se déchirer le visage avec les ongles 
et à se jeter par la fenêtre. Rien n'était plus criant, sdoa 
l'expression de Lataste, que la manière dont certaines 
convulsionnaires demandaient à Dieu des miracles. • Tai- 
tôt , en effet, d'après cet ecclésiastique , elles priaient Dieu 
en se faisant la barbe, pour imiter, disaient-elles, hd 

(t) /^vis aux fidèles sw le mélange^ etc., n« I. 



THÉOUANtÈ E^TàTO-CONTULSIVÈ PAItHi LÉS JÀNSlËNlSTES. 340 

ff Elle est couchée dans Tordure et dans la poussière , les 
vers lui rougent la chair, la pourriture s'est mise jusque 
dans ses os , une odeur insupportable s'exhale sans cesse 
de la corruption qui l'enveloppe; venez donc à son se- 
cours, appliquez-y le fer et le feu, n'épargnez rien pour 
la guérir, coupez, tranchez, brûlez; il lui faut les remèdes 
ies plus violens (1). » Plusieurs filles adressaient à Dieu, 
dans le feu de l'inspiration , les plus ridicules apostrophes, 
et ne craignaient pas de mettre sur le compte de l'Esprit- 
Saint les plus étranges familiarités de langage. La plupart 
des discours qui excitaient l'admiration des appelans res- 
semblaient beaucoup à l'improvisation dialogiiée qu'on va 
lire, et qui a été prononcée pendant un paroxisme con- 
Yulsif : « Mon père, voyez l'état de votre enfant, c'est un 
état de souffrance, — Non , ma chère sœur, ne craignez 
point, le Seigneur ne vous rejettera point... ne craignez 
donc point, ma chère sœur, vous avez affaire à un père 
qui vous aime et qui vous a toujours aimée. — Ah ! Sei- 
gneur, que vous êtes bon de traiter cette sœur dans votre 
miséricorde ! Seigneur, que vos desseins sont grands ! — 
Ah I chère sœur, ne perdez point courage ; Dieu vous fait 
boire dans son calice ; demandez qu'il augmente votre foi. 
— Seigneur, soutenez-moi, fortifiez-moi, c'est pour elle 
que je souffre, etc. — Ne vous l'avais-je pas bien dit, 
chère sœur, que vous boiriez dans le calice de Jésus ? Cet 
ennemi qui est sans cesse auprès de vous , pour vous faire 
succomber, ne vous vaincra pas , car Christ est votre force ; 
allons , ma chère sœur, ne craignez pas ; redoublez vos 
prières (2). » J'ai écrit, à Charenton, sous la dictée d'un 
théomane , plusieurs discours qui ne dépareraient point le 

(1) Dom Lataste, ouvrage cité; t. % p. 926. 

(2) /6/V/.,l. J,p.l2l, 



â62 LIVRE V. — ftlX-HUlTIÊME *SIÊCLE. — CHÀP. It. 

Dieu, c*est TofiTenser grièvement, et il sera louable de le 
faire pendant qu'on le prie!... Où en sommes-nous? Que 
va devenir la religion (1) !... » 

Uatlitude, la tenue des improvisateurs n*étaient pas non 
plus toujours fort édifiantes auK yeux des personnes rai- 
sonnables. . • Un frère restait étendu par terre en débitant 
ses plus sublimes sermons ; de temps à autre il élevait ses 
pieds qu'il posait sur le chef d'un autre convutsionnaire. 
« Les docteurs consultans font remarquer que c'est dam 
le moment même que les convulsionnaires font de beaux 
discours, des prières touchantes, des représentations édi- 
fiantes, qu'elles se prêtent à des culbutes indécentes, à des 
attitudes fort malhonnêtes qui ne sont que les expressions 
sensibles et les images naturelles des sentimens mêmes 
que les paroles annoncent (2) . » 

Plusieurs théomanes parlaient comme si les lèvres , b 
langue , tous les organes de la prononciation eussent été 
remués et mis en action par une force étrangère; dans 
Tabondance de leur faconde, il leur semblait qu'ils débi- 
taient des idées qui ne leur appartenaient aucunement , et 
dont ils n'acquéraient la connaissance qu'au moment où 
leurs oreilles étaient frappées par le son des mots qu'ils se 
croyaient forcés d'articuler. Ils supposaient qu'une intelli- 
gence divine avait pris la place de leur ame devenue inerte; 
quelques-uns entendaient sortir de leurs poumons une voix 
autre que la leur; ils se comparaient à un écho ou à ane 
personne qui ne dicte que ce qu'elle entend dicter. Mont- 
geron s'exprime ainsi , en parlant de Fontaine : t Cet il- 
lustre convutsionnaire , qui est un de ceux qui a fait les 
plus beaux discours sur l'état présent de l'Église, sur la 

(1) Dom Lalasle, ouvrage cité, l. 1, p. 110 el 111. 
ri) /fr/rf, t. 2, p. 929,930. 



THÉOHAMIE £XTATO-CON?€LSIV£ PARMI LES JANSÉNISTES. 351 

saint; en mangeant de la soupe à vide, par la même rai'^ 
son ; en Taisant mille autres véritables folies dignes des pe* 
tites maisons; tantôt en se faisant serrer le cou jusqu'à 
tirer la langue bien longue; en se faisant pendre à un clou 
à crochet , la corde au cou ; en se faisant frapper siu* le 
dos et sur le ventre jusqu'à lasser les spectateurs; en se 
Hvrant à des hommes qui les pressent, qui les secouent, 
qui les balancent; tantôt en se faisant tirailler les bras, 
les jambes , le sein ; en se renversant la tête en bas , les 
jambes en Fair, et en donnant mille autres signes d'indé- 
cence en présence non seulement des personnes de leur 
sexe, mais d'hommes, même laïques, religieux, ecclésias* 
tiques (1). » 

c Comment priait-on à Saint-Médard ? s'écrie encore don 
Lataste; l'on y voyait et j'y ai vu des hommes qui priaient 
pour leur santé... en secouant rudement la tête, en frap- 
pant des mains , en ruant des jambes , en se tourmentant 
comme de vrais démoniaques. L'on y voyait, et j'y ai vu 
des femmes qui sollicitaient leur miraculeuse guérison, les 
unes en courant comme des folles ou comme des possédées; 
d'autres, assises sur les genoux des hommes, ou tout 
étendues sur le tombeau de Paris , situations où elles s'a- 
gitaient d'une manière qui déconcertait souvent la modestie 
des spectateurs... D'autres enfin, jeunes et bien faites, 
debout dans les charniers ou sur le tombeau, qui, après 
avoir fait entre les bras des hommes qui les tenaient par 
le milieu du corps , de violentes pirouettes , se reposaient 
de temps eu temps de cette fatigue sur le visage de ces 
gardiens charitables. . . Faire des folies , commettre des in* 
décences hors le temps même de la prière, c'est irriter 

(1) D. Lataste, lettres thMogi^tei, etc., t 2, p* WS, et I* if p. iii* 



354 LIVRE V, — DIX-HCITifeMR SIÈCLE^ — CHAP. II. 

aussi qui ne sont pas prophètes sont quelquerois contrainte 
d^ dire les choses qu'ils but conçues (1)*.. » 

Les convulsionnaires qui entendaient dicter les ternes 
de leurs discours , soit intérieurement ^ soit au ddion et 
Foreille, ressemblaient à la plupart des somnambules on à 
nos hallucinéSé Montgeron a noté qu'ils n'étaient pas ton* 
jours contraints de répéter tout haut ce qu'ils s^entendaiot 
dire par l'esprit qui leur adressait la parolcv^ Les coni# 
sionnaires, qui, en improvisant, croyaient obéir tout siiH 
plement à l'impulsion du souffle divin , méconnaissant jv 
qu'à leurs propres idées, différaient à peine de ceoxqii 
s'imaginaient parler sous la dictée d'autruL Yous renutt^ 
querez ^ en effet ^ que ce n'était que des idées à eux , né^ 
connues par eux, et perçues par eux, bous la forme et 
sensations, que débitaient tout haut les improvisateiin 
hallucinés ; mais enfin l'existence des hallucination8, nr 
quelques-uns de ces singuliers orateurs , ne pouvait qw 
contribuer encore à les entretenir dans la conviction qn'ib 
n'étaient que des automates exprimant des idées qoi le 
leur appartenaient aucunement. 

Vous allez voir maintenant que certains convulsionnaires, 
dans le cours de la même improvisation , parlaient tanlM 
comme s'ils eussent été livrés à leurs propres forces pour 
l'arrangement des idées^ tantôt comme si on leur edt dicté '\ 
les mots, tantôt comme s'ils eussent cédé à une puissaice 
étrangère irrésistible ; et il paraît que leur éloquence pi- ! 
lissait tout à coup du moment où ils s'apercevaient que 
l'assistance de leur prétendu souffle divin commençait à ^ 
leur manquer ; mais elle se relevait aussitôt que le sonfe . 
donnait de nouveau , pour baisser encore si par hasard il se . 

(1) Carré de Montgeron, l. 2, p. 63, 64* 



THÉOHANTB EXTATO-CONVULSITE PARMI LES JANSÉNISTES. 355 

ralentissait. Leurs facultés offraient donc leur plus grand 
éclat pendant la période d'hallucination et pendant la pé-< 

riode d'inspiration Telle est, je crois, l'interprétation 

qfotil faut donner au passage suivant : « Il leur arrive 
quelquefois , je transcris encore ici Montgeron , que dans 
la durée du même discours , ils éprouvent successivement 
ces trois différentes manières d'être conduits dans ce qu'ils 
doivent dire« Ils commencent , par exemple , un discours 
dans la seule vue de faire part , aux personnes présentes , 
des idées qui viennent de les saisir d'une manière qu'ils 
MDtent être surnaturelle ; mais, après avoir exprimé, pen* 
datit quelques momens, ces idées le mieux qu'ils ont pu » 
en cherchant les termes dans leur esprit, tout à coup les 
expremoM leur sont dictées intérieurement pendant quel-» 
que temps; après quoi ils se voient derechef abandonnés 
à leur génie, et peu après ils s'étonnent de sentir que leur 
bouche parle sans consulter ni leur volonté ni leur intelli- 
gence ; ce qui ne dure ordinairement qu'un intervalle as- 
tez court ; ensuite de quoi ils sont encore quelquefois ren- 
dus à eux-mêmes, pour exprimer à leur manière le surplus 
des pensées qui leur ont été données (1). Beaucoup d'alié- 
nés établissent ainsi, en parlant ou en écrivant, une dis* 
ttnclion entre les pensées qu'ils jugent leur appartenir et 
celles qu'ils jugent provenir d'une autre source^ et qui 
Kionstituent tout simplement leurs hallucinations. 

Il a été redit partout que plusieurs théomanes , pen- 
dant leurs extases ou leurs convulsions, priaient à Saint- 
Méiard, chantaient des cantiques, improvisaient de longs 
discours dans des langues étrangères et jusque-là incon- 
tiueà. Montgeron assure que la plupart de ceux qui ont 

(1) CarrédeMdRlfim«,<<mvngeeltë, t.^p.64. 



â56 LlYkE y . •— DIX-HUITIËHE SliCLE. — CHAP. U* 

écrit pour ou contre les convulsions ont avoué ou attesté 
que plusieurs convulsionnaires parlent en extase des lan- 
gues inconnues et étrangères. . • Il rapporte que la demoi* 
selle Lordelot, sœur d'un avocat au parlement, qui avait 
depuis sa naissance une assez grande diflSculté à s*exprh 
mer, prononçait néanmoins ses discours en langue inooih 
nue avec toutes les grâces et la facilité possibles, bien que 
les mots qu'elle inventait fussent tellement rudes que 
toute autre personne n'aurait pu que difficilement les a^ 
ticuler... Il affirme que la demoiselle D..., qui n'avait ja- 
mais eu de voix, chantait dans la perfection des cantiques 
en langue inconnue , et que sa musique jetait tous ceux 
qui Tentendaient dans Fadmiration. Mademoiselle Lorcte- 
lot chantait aussi, dans une langue à part, tout à fait mé- 
lodieusement (!).•• 

» Une convulsionnaire du premier rang, dit un écrivaii 
que j'ai déjà cité , tient de très beaux discours dans une 
langue inconnue ; en même temps elle est placée dans une 
attitude que je vais décrire : le corps est plié en deux, e« 
forme d'arc, à la renverse, la tête et le front touchant h 
terre comme pour aller chercher les talons. . • La même 
dit la messe d'un bout à l'autre avec une sorte de dignité; 
c'est toujours dans sa langue inconnue ; mais comment se 
fait cette cérémonie? La personne est étendue par terre, 
sur le dos , s'agitant quelquefois si fortement qu'il faut 
qu'une personne soit à ses pieds pour veiller à prévenir 
toute indécence et pour tenir ses vêtemens (2). . . • 

Dans le plus grand nombre des cas , cette enfilade de 
mots baroques , que composent et récitent quelquefois 
des convulsionnaires et des théomanes en extase, avecuoe 

(t) Carré de Monlgeron, ouvrage cité, l. 2, p. 54, 55. 

f'I) Avis aux fidèles sur le mélange, dans les cimt*ubi<ms, ■•» 7. 



THÉOHAlfflK EXTATO-CONVULSITE PARMI LES JANSÉNISTES. 355 

ralentissait. Leurs facultés offraient donc leur plus grand 
éclat pendant la période d'hallucination et pendant la pé- 
riode d'inspiration Telle est, je crois, l'interprétation 

(pfil faut donner au passage suivant : « Il leur arrive 
quelquefois , je transcris encore ici Montgeron , que dans 
la durée du même discours , ils éprouvent successivement 
ces trois différentes manières d'être conduits dans ce qu'ils 
doivent dire« Ils commencent , par exemple , un discours 
dans la seule vue de faire part , aux personnes présentes , 
des idées qui viennent de les saisir d'une manière qu'ils 
IHSDtent être surnaturelle ; mais, après avoir exprimé, pcn* 
dant quelques inomens, ces idées le mieux qu'ils ont pu » 
eu cherchant les termes dans leur esprit, tout à coup les 
rwprem(m$ leur sont dictées intérieurement pendant quel-» 
que temps ; après quoi ils se voient derechef abandonnés 
à leur génie, et peu après ils s'étonnent de sentir que leur 
bouche parle sans consulter ni leur volonté ni leur intelli^ 
gence ; ce qui ne dure ordinairement qu'un intervalle as- 
tez court ; ensuite de quoi ils sont encore quelquefois ren^ 
dus à eux-mêmes, pour exprimer à leur manière le surplus 
Ses pensées qui leur ont été données (1). Beaucoup d'alié- 
hiës établissent ainsi, en parlant ou en écrivant, une dis* 
tinction entre les pensées qu'ils jugent leur appartenir et 
celles qu'ils jugent provenir d'une autre source , et qui 
tH)nstituent tout simplement leurs hallucinations* 

Il a été redit partout que plusieurs théomanes , pen- 
dant leurs extases ou leurs convulsions, priaient à Saint- 
Médard, chautatent des cantiques, improvisaient de longs 
€]8cours dans des langues étrangères et jusque-là incon- 
tines. Montgeron assure que la plupart de ceux qui ont 

(1) CarrédelMrtf|«rMi,*<)Qmgeeltë, t.^p.64. 



S&S LIVRB V»<-~mx-HUITliHE SIÊGLB. «^ CHIP. U. 

figure et des gestes. On peut blasphémer atec la bouche et 
exprimer avec le regard l'amour de Dieu caché au fond du 
cœur. Qu'on fasse apprendre à un enfant une viDgtnne 
d'expressions détachées, appartenant à autant de langues 
différentes, qu'on lui persuade que cet assemblage de mots 
incohérens représente en grec la fable qu'il est habitué à 
réciter en français chaque matin, on peut avoir là certitude 
que le jour où cet enfant voudra réciter sa prétendue faUe 
grecque, il s'exprimera avec les mêmes inflexions de voix 
que s'il répétait encore le texte français. Les convolsicNh 
naires qui profèrent des mots inconnus créent ces mots 
tandis que l'ame, par un second travail, s'exerce sur 
un sujet de prédilection ; mais je crois qu'il est faux que 
chaque assemblage de voyelles et de consonnes qui frappe 
l'oreille des auditeurs soit réellement pour le conyulsioB- 
nair ela représentation d'une idée ou d'un sentiment 

J'ai souvent écrit à la hâte des tirades de mots baroques 
au fur et à mesure qu'ils s'échappaient de la bouche de 
certains monomaniaques habitués à se servir par instans 
d'expressions inusitées. Ces malades , pour la plupart , ne 
pouvaient pas indiquer la signification des mots qu'ils 
avaient proférés. Quelques aliénés traduisent, à dire vrai, 
quelquefois un certain nombre de mots quMIs viennent 
d'inventer ; mais si on leur demande de nouveau l'instant 
d'après le sens des expressions dont ils avaient si heureu- 
sement d'abord marqué la valeur, ils ne peuvent plus rien 
dire , ou improvisent un nouveau commentaire. En sou- 
mettant à la môme épreuve des aliénés qui se servent pour 
écrire d'expressions que l'on ne connaît pas, l'on obtient 
presque constamment les mêmes résultats. Pour mon 
compte, il nie paraît donc à peu près certain que le jargon 
des convulsionnaires de Saint-Médard ne représentait que 



S 



THiOMANIB EXTATO-GONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 357 

rapidité à peine croyable , n'a très certaiuement , même 
pour eux, aucune signification déterminée. Saint-Paul est 
dans le vrai quand il avance que plusieurs de ceux qui 
prononçaient des discours prophétiques en langue incon- 
nue ne les entendaient pas. Carré de Montgeron , tout en 
reconnaissant que les convulsionnaires de Saint-Médard 
ne savaient plus la signification de leurs discours aussitôt 
qu'ils avaient cessé leurs improvisations en termes incon- 
nus, estime pourtant qu'ils en comprenaient le sens à l'in- 
stant et à mesure qu'ils les prononçaient. Une preuve, sui- 
vant lui, qu'ils attachent un sens aux mots qu'ils emploient, 
c c'est que, souvent, ils expriment de la manière la plus 
vive tous les différons sentimens contenus dans ces dis- 
cours, non seulement par des gestes, mais même par 
l'attitude que prend le corps et par l'air de leur visage , 
sur lequel ces différons sentimens se peignent tour à tour 
par les traits et les caractères les plus frappans , en sorte 
qu'on est en état de pénétrer jusqu'à un certain point 
quels sont les sentimens qui les remuent , et qu'il a été 
facile à ceux qui ont examiné avec attention leurs divers 
mouvemens ou leurs différons gestes d'y reconnaître que 
la plupart de ces discours sont des prédictions détaillées 
de la venue du prophète Elle, des supplices qu'on lui fera 
souffrir ainsi qu'à ses disciples, de la conversion des Juifs 
et enfin de l'établissement de la religion par toute la 
terre (1). » 

Ce raisonnement ne prouve rien ; il serait aussi par trop 
absurde de vouloir absolument que les sons qui s'échappent 
des lèvres soient l'expression des sentimens et des idées 
qui nous préoccupent et que traduit l'expression de la 

;i) Carré de Monlgerou, ouvrage cité, t. 2, p, oi. 



360 LIVRB'Y. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. ^— ClUP. lU 

Il arrive souvent, selon la remarque du cardinal Bona, 
qu'on ne se souvient plus, après les extases, de ce que roD 
a vu pendant Faccès, et qu'il n'en demeure qu'une idée 
confuse. 

Le cardinal de Yitri assure que la bienheureuse Marie, 
dont il avait été le confesseur , ne se rappelait plus rien 
de ce qu'elle avait dit, lorsqu'elle se réveillait d'une sorte 
d'ivresse extatique à laquelle elle était sujette , ou que si 
par hasard elle se ressouvenait de quelque chose , elle se 
montrait fort étonnée de ce qui lui était arrivé. 

Saint Augustin a vu des extatiques qui ignoraient ce qui 
les avait frappés pendant le ravissement ; il en est d'autres, 
^dit-il, qui ont conservé le souvenir de ce qu'ils ont vu. 

Il est dit dans les livres saints que les vrais prophètes, 
après qu'ils étaient sortis de leurs extases, se ressouvenaient 
parfaitement de ce que Dieu leur avait enseigné, tandis 
que ceux qui n'étaient pas véritablement prophètes ou- 
bliaient souvent, en revenant à la vie active, qu'ils avaient 
été éclairés pendant un instant par une lumière insolite. 

La plupart des théomanes appelons ignoraient , après le 
paroxisme convulsif , ou après la cessation du transport exta- 
tique, s'ils avaient cédé au besoin d'improviser, et quel avait 
été le sujet de leur improvisation, dans le cas où ils avaient 
prononcé quelque discours au fort de l'attaque; souvent 
l'exercice intellectuel paraissait languissant tout de suite 
après le réveil des sens. Montgeron reconnaît : que la plu- 
part des convulsionnaires qui conservent toute leur intel- 
ligence pendant l'extase n'ont ensuite qu'un souvenir im- 
parfait de ce qu'ils ont dit pendant l'accès; que s'ils se 
rappellent le fond de leurs discours, ils ne peuvent en 
rappeler d'un bout à l'autre les termes; qu'il faut venir au 
secours de leur mémoire et leur présenter leurs discours 



THiOlUlflE BXTATO-CONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 359 

des sons vides de sens. J'avoue qu'un vieux théomane hal- 
luciné , habitué à réciter à demi-voix et dans une langue 
de son invention une sorte de prière qu'une voix partant 
de sa poitrine récitait, disait-il, avant lui, m'a constamment 
traduit de la même façon les expressions du reste très sin- 
gulières dont il faisait usage ; mais il est à remarquer que 
depuis plus de vingt-cinq ans ce monomaniaque récitait les 
mêmes paroles ; on conçoit qu'il avait pu finir à la longue 
par attachera ses mots une signification certaine. Montgeron 
assure aussi que le fameux Fontaine a pu , ainsi que quel- 
ques autres extatiques, développer en français des impro- 
visations qui avaient été primitivement récitées en langues 
inconnues ; mais comme il a dit ailleurs qu'il n'a fallu, pour 
pénétrer le sens de certains discours, a que confronter les 
différentes expressions qu'on a vues sur le visage des cou- 
Yulsionnaires faisant leurs discours... avec des expressions 
semblables et des mouvemens pareils qu'on avait remarqués 
en eux lorsqu'ils prononçaient des discours français..,, » 
n'est-il pas présumable que c'est uniquement encore par 
l'expression de la mimique que Montgeron a jugé que les 
convulsionnaires développaient en français les idées qu'ils 
avaient une première fois émises en parlant une langue à 
eux? Je suis tout à fait tenté de croire qu'il ne s'est pas 
assuré autrement de la certitude du fait qu'il émet dans 
cette circonstance, et je maintiens que l'exemple du vieux 
théomane, dont j'ai parlé il n'y a qu'un instant, doit cons- 
tituer un fait presque exceptionnel. 

Sainte Thérèse, dont les accès extatiques avaient été si 
nombreux, déclare que lorsqu'une ame est revenue à elle 
après un ravissement, elle ne saurait rien raconter aujc 
autres de ce qu'elle a vu, ni en conserver elle-même qu'une 
connaissance confuse et générale. 



360 LIVEE' V. — IllX-UaTlÈII£ SIÈCLE. *-* ClUP. U. 

Il arrive souvent, selon la remarque du cardinal Bonai % 
qu'on ne se souvient plus, après les extases, de ce que Von \ 
a vu pendant Taccès, et qu'il n'en demeure qu'une idée s 
confuse. t 

Le cardinal de Vitri assure que la bienheureuse Marie, i 
dont il avait été le confesseur , ne se rappelait plus rien i 
de ce qu'elle avait dit, lorsqu'elle se réveillait d'une sorte i 
d'ivresse extatique à laquelle elle était sujette , ou que si |i 
par hasard elle se ressouvenait de quelque chose , elle se i 
montrait fort étonnée de ce qui lui était arrivé. ; 

Saint Augustin a vu des extatiques qui ignoraient ce qui j 
les avait frappés pendant le ravissement ; il en est d'autres, t 
,dit*il, qui ont conservé le souvenir de ce qu'ils ont vu. 

Il est dit dans les livres saints que les vrais prophètes, 
après qu'ils étaient sortis de leurs extases, se ressouvenaient 
parfaitement de ce que Dieu leur avait enseigné, tandis 
que ceux qui n'étaient pas véritablement prophètes ou- 
bliaient souvent, en revenant à la vie active, qu'ils avaient 
été éclairés pendant un instant par une lumière insolite. 

La plupart des théomanes appelons ignoraient , après le 
paroxisme convulsif, ou après la cessation du transport exta? 
tique, s'ils avaient cédé au besoin d'improviser, et quel avait 
été le sujet de leur improvisation, dans le cas où ils avaient 
prononcé quelque discours au fort de l'attaque; souvent 
l'exercice intellectuel paraissait languissant tout de suite 
après le réveil des sens. Montgeron reconnaît: que la plu- 
part des convulsionnaires qui conservent toute leur intel- 
ligence pendant l'extase n'ont ensuite qu'un souvenir im- 
parfait de ce qu'ils ont dit pendant l'accès; que s'ils se 
rappellent le fond de leurs discours, ils ne peuvent en 
rappeler d'un bout à l'autre les termes; qu'il faut venir au 
secours de leur mémoire et leur présenter leurs discours 



TUÉOMINIB £XTATO*CONVCLSIV£ PARMI LES JANSÉNISTES. 36i 

^rits poar qu'ils en corrigent les fautes et pour qu'ils en 
remplissent les lacunes; que souvent, lorsqu'ils tentent, 
ifurès Taccès, de reproduire les idées exprimées dans leurs 
improvisations, ils ne le peuvent faire que d'une manière 
simple, confuse ou grossière, tandis que pendant le trans* 
port ils employaient quelquefois des termes magnifiques et 
mblimeSf des images remplies de grâce et d'énergie (!).•• 
Mais, sur plusieurs convulsionnaires, sur quelques ex- 
tatiques, le cerveau se comportait tout autrement ; c'est ce 
qu'indique le passage que vous allez lire : « Tous ceux 
qni ont suivi cette œuvre savent, par expérience, qu'il y a 
grand nombre de convulsionnaires, et tous des meilleurs, 
qui ne perdent jamais la présence d'esprit pendant tout le 
cours de leurs convulsions, et qui se ressouviennent par- 
faitement de tout ce qu'ils ont fait et de tout ce qu'ils ont 
dit, loi*squ'ils sont revenus à leur état naturel; en sorte 
que lorsqu'on a écrit leurs discours pendant qu'ils les 
fusaient en extase, ils corrigent après leurs convulsions 
finies les fautes qu'ont pu faire ceux qui ont écrit avec 
précipitation ce qu'ils disaient, et ils remplissent les la- 
cunes que la vitesse avec laquelle ils prononcent ordinai- 
rement leurs discours oblige souvent d'y laisser. Il y en a 
même plusieurs qui, lorsque leurs discours n'ont pas été 
écrits, se rappellent presque de suite ce qui y était contenu 
avec autant ou plus de facilité que pourrait le faire toute 
autre personne qui n'aurait point parlé en extase. Ils se 
ressouviennent même très distinctement des endroits de 
leurs discours qu'ils ont prononcés forcément, et dont ils 
n'ont conçu le sens qu'à mesure qu'ils les prononçaient, 

(1) MonigeroDy ouvrage cité, t. 2^ p. 60. 



362 L1VEE V. — DIX-HCITIÈME SIÈCLE. — - GHAP. II. 

en écoutant eux-mêmes leurs propres paroles ; comme » )i 
c*était un autre qu'eux qui pariftt (!)•••> ^ 

Les convulsionnaires de Saint-Médard tenaient infini- i\ 
ment à conserver, dans Tintervalle des accès extatiques, i 
un souvenir complet des sensations et des idées qui avalent |<i 
rempli leur cerveau pendant Texaltation du transport ; ce- |i 
pendant comme ils étaient véritablement alors dans une 
sorte de paroxisme de Ihéomanie, il y avait de graves in- 
convéniens à ce qu'ils restassent, pendant la période de h 
vie ordinaire, en présence des impressions maladives qu'ils 
prenaient pour autant de divines faveurs. On voit des 
accès convulsifs, prédits par des sujets en extase, éclater 
sur eux-mêmes, presque à heure fixe, bien que, hors le 
temps du raptus, ils ne se soient pas doutés qu'ils dussent 
éprouver cescon vulsions. Si les effets nerveux sont sus- 
ceptibles de se succéder avec un pareil enchaînement, sur 
certains illuminés, lorsque l'action de la mémoire ne 
contribue en aucune façon à fomenter le trouble des fonc- 
tions encéphaliques, on doit s'attendre à voir éclater des 
lésions fonctionnelles bien plus multipliées dans le cerveau 
lorsqu'on a la certitude que l'activité de la mémoire 
réagit d'une manière incessante et funeste sur les opéra- 
tions de cet organe. Il est de fait que ces lésions ne man- 
quaient pas sur les convulsionnaires qui, après la cessation 
du transport, conservaient une grande fidélité dans les 
différentes espèces de mémoire ; et on s'aperçoit bientôt, 
en étudiant les raisonnemens et les actions de ces illuminés, 
qu'ils éprouvaient à peine une légère rémission dans leur 
délire pendant le temps qui séparait leurs accès de ravîs- 

(1) Monlgcron, ouvrage cité t. 2, p. 80. 



TaéOVANIB EXTATO-GONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 363 

sèment. En somme, plusieurs d'entre eux passaient leurs 
jours dans un état véritable de folie partielle ; et il est évi-' 
dent que TactiTité de leur mémoire ne faisait qu'entretenir 
la direction vicieuse des idées. 

Pai vu des aliénés affectés de monomanie religieuse 
priant à genoux, et les mains jointes, pendant des heures 
entières, dans T espérance d'obtenir la guérison immédiate 
de malheureux dont la raison était pour jamais dérangée. 
Beaucoup de médecins sont venus voir à Charenton un 
théomane qui avait la prétention de ressusciter les morts, 
et qui cherchait à assommer les vivans dans Tintention de 
les rendre ensuite à la vie d'une manière éclatante. Les 
convulslonnaires de Saint-Médard s'y prenaient de mille 
manières pour prouver aux Incrédules qu'ils pouvaient, 
par une faveur spéciale de la divinité suprême, opérer les 
pins grands miracles, cicatriser les plaies, guérir rapide- 
ment les maladies les plus sérieuses et les plus intenses. 
Plusieurs d'entre eux mettaient tout en œuvre, pour agir 
vivement sur l'imagination des assistans, lorsqu'ils allaient 
tenter de faire une action d'éclat, La fille Lopin, surnom- 
mée l'aboyeuse, parce qu'il lui arrivait toujours d'aboyer, 
ainsi qu'à plusieurs autres de ses compagnes, pendant ses 
attaques hystériques, ayant promis de ressusciter un jeune 
enfant, se le fil apporter en grande cérémonie, et après 
avoir lavé le cadavre avec de l'eau puisée au puits de Paris, 
Pavoir frotté avec de la terre prise au tombeau de ce dia- 
cre , elle s'étendit à l'exemple d'Élie et d'Elisée sur le corps 
du nourrisson, et y resta collée jusqu'à ce que les chairs 
tombassent en putréfaction. Une jeune pensionnaire du 
Calvaire devenue sujette à des convulsions, voulant faire 
un miracle de guérison sur une sœur qu'elle affectionnait, 
commença par s'asséner de nombreux coups de poing sur 



386 LIYRfi Y. — BIX-nUlTI&MB SIÈCLE. — GIIAP. II. 

9 Elle pi^nd avec empressement la jambe de cette pe- 
tite flUe, elle ôte toutes lesbaades, dont elle est enveloppée, 
iBlle lève enfin un linge tout imbibé d'un pas rougeàtre et 
gluant qui découle sans cesse d'un grand nombre de trw 
qui percent cette jambe de tous côtés* Plusieurs de en 
trous sont si larges et si profonds qu'ils font aperceTok 
Tos dont la noirceur est un signe qu'il est aussi corrompH 
que les chairs. Aussitôt tout l'air de la chambre est ii- 
fecté d'une puanteur insupportable ; le cœur de tons ceu 
qui y sont se soulève, cette jambe leur paraît plutôt celle 
d'un cadavre à demi-pourri que d'un corps vivant» 

1 La couTulsionnaire pâlit elle-même à la vue d'un iriyel 
si aflflreux et si dégoûtant; elle ne peut s'empêcher de re- 
culer d'horreur; tout son corps frémit et tremble lo» 
qu'elle pense qu'il lui est ordonné de sucer toutes ces 
plaies. Elle parait incertaine si elle pourra se résoudre 
d'obéir; ses yeux versent des pleurs, son ame est troublée, 
tous ses mouvemens font connaître le combat qui se passe 
dans elle. Enfin , élevant ses regards vers le ciel, elle s'é- 
crie : Venez à mon secours, ô mon Sauveur, dont la gwcc 
est toute-puissante; vous voyez quelle est ma faiblesse! Je 
vous bénissais de m'avoir destinée à panser cette jeune 
fille si digue de compassion ; mais à la vue de ses plaies, 
l'ardeur qui m'animait s'est tout à coup éteinte. Je sens 
que le cœur me manque, tout mon courage s'est évanoiiL 
Ah 1 si vous m'ordonnez une chose pour laquelle j'ai tant 
de répugnance, donnez-moi en même temps la force de 
l'exécuter. Ah! bienheureux pénitent (Paris), hâtez-vous 
d'être mon intercesseur; je suis votre servante, je perte 
vos livrées, votre nom est gravé dans mon cceur, obtenci 
du Tout-Puissant que sa force surmonte ma faiblesse. 

» On voit dans ce moment le visage de la convulsioD- 



\ 



THÉOlIAmB EXTATO-GONYULStVË PARMI LES JANsémSTES. 365 

Ils pansent, dit Poncet, des écrouelles ouvertes pleines 
de pas et liorribles à voir ; ils les lèchent, ils en attirent 
le pns avec la langue, ils les sucent jusqu'à ce quMls aient 
parfaitement nettoyé les plaies ; ils Pavaient sans en rece* 
voir aucune incommodité ; ils lavent les linges qui ont servi 
de compresses dans de Feau qu'ils boivent ensuite, 11 y 
en a plusieurs qui, avant d'entreprendre ces horribles pan- 
semens, en ont toute Thorreur que nous en aurions nous- 
inëmes si nous étions condamnés à les faire ; mais cette 
horreur passe aussitôt qu'ils sont déterminés à obéir (1). 

Le fait suivant est tout à fait propre à confirmer le té-> 
moignage de Poncet, concernant ces étranges pansemens. 

€ On apporte, je cite textuellement le récit de Monge- 
ron, on apporte aux pieds d'une convulsionnaire une pe* 
tite fille pâle, étique, et qui parait moribonde. Aussitôt 
que la convulsionnaire l'aperçoit, la joie se peint sur son 
visage; eile est intérieurement instruite par l'instinct de 
sa convulsion que cette jeune fille a une jambe pourrie 
par des écrouelles; elle le déclare aux assistans, et elle re^ 
merde le Seigneur avec de vives actions de grâces de ce 

qu'il lui commande de la panser N'est-il pas juste, ô 

mon Dieu, s'écrie-t-elle tout haut , dans le transport qui 
l'anime, n'est-il pas juste qu'étant destinés à être tous en- 
semble les membres de votre famille, nous prenions part 
aux maux les uns des autres ? Non, mon Dieu, je ne crains 
point de prendre sur moi une partie du venin qui consomme 
cette enfant, et qui a déjà pourri un membre de son corps. 
He suis-je pas trop heureuse que vous daigniez m' employer 
i cette œuvre de miséricorde ? Votre puissance sans bor- 
nes ne tardera à nous guérir toutes deux 

(i) Ponoel, 7« Mire théologique* 



368 LITRE T. — DIX-BUITIÈME SIÈCLE. — CRAP. II. 

plaies horribles , ^et comme elle léchait les cavités de ces 
plaies, elle s'écria : Oh I que Jésus a beaucoup plus souf- 
fert que nous! » Une autre fois, elle lécha de même, avec 
la langue, les croûtes d*une horrible gale que la sœur 
Barbe avait sur son corps , et qui n'était pas fort différente 
de la lèpre (1). » 

11 ne serait pas impossible que les théomanes de Saint- 
Médard eussent cherché à imiter cette illustre thaumi- 
turge ; dans tous les cas , Hecquet lui-même , bien que dn 
reste très pieux et très fervent janséniste, ne voulut pas 
reconnaître comme surnaturelle la guérison obtenue sor 
la petite fille dont il a été parlé d'abord, prétendant que le 
contact et Faction détersive de la salive n'avaient pas dû 
contribuer pour peu à modifier favorablement les con- 
ditions de la jambe ulcérée ; mais Hecquet s'exposait 4 
passer pour un réprouvé aux yeux de tous les inspirés (3). 

Les convulsionnaires ne cherchaient pas' seulement 4 
édifier les pécheurs par le récit de leurs cures merveil- 
leuses , ils s'efforçaient encore d'amollir les cœurs par le 
spectacle des douleurs qu'avait souffertes le Christ pour h 
rédemption du genre humain ; ils s'efforçaient de repré- 
senter par des signes significatifs les persécutions qui al- 
laient bientôt , suivant eux , atteindre les prétendus disci- 
ples du prophète Élie; ils cherchaient à dépeindre par 
l'expression de leurs traits les souffrances horribles de h 
damnation , l'enivrement sans fin que Dieu réserve à ses 
élus. L"impression que produisaient tous ces tableaux, 
toutes ces folles représentations sur Timagination des per- 
sonnes qui se pressaient autour de ces fanatiques acteurs, 
ne pouvait qu'achever de bouleverser leur raison. 

(1) Fie de Madeleine de Pazzi, p. 845. 

(2) Le naturalisme des convulsions, otc, 2« partie, p. 189* 



\ 



Th£0VA1IIE EXTATO-GONYULSIVB parmi les JANSÉffISTES. S67 

laire reprendre ses couleurs naturelles ; le cËtline paràic 
lYOir succédé au trouble qui l'agitait ; elle s'approcha de 
ft jambe infecte écmt les chairs tombent en pourriture; 
efle y présente sa bouche ; mais aussitôt elle la retire ^ elle 
l'est point encore maîtresse de son cœur^ elle a besoin de 
eler quelques regards vers le ciel. Eufin , pour forcer la 
résistance qu'elle sent en elle-même, elle prend tout à coup 
16 parti de précipiter sa bouche ouverte sur la plus forte 
le ces plaies. Dès qu'elle a commencé une première fois 
k la sucer ^ elle paraît n'y avoir plus de peine , et ses prières 
ne soflt plus que des actions de grâce de ce qu'il a plu an 
SeigBeur de lui faire vaincre sa faiblesse^ 

» La petite fille , après avoir été pansée de cette façon 
p^ràant quelque temps , a été enfin parfaitement guérie 
de ses écrouelles (1). » 

La Mccion a été pendant bien longtemps préférée à l'em*- 
ploi des pansemens réguliers dans le traitement de cer- 
talBes blessures. On lit dans la vie de Madeleine de Paszi 
qti'«n matin, après qu'elle eut communié, étant ravie ei 
ettase» elle courut au lit de la mère Orlandi, dangereux 
senent malade d'une espèce de lèpre, qui occupait parti*» 
oulièrement la tête; que d'abord qu'elle y fut, elle ieva 
les linges qui couvraient la tête et la lécha tout entière^ 
et particulièrement les oreilles , s'arrêtant aux lieux tes 
plus infects^ et semblant en vouloir tirer avec Isa langue 
tOHt le remifk. 

Il est rappoi'té dans la bulle de canonisation de cetSte 
lainte : t que l'ardeur de la charité avec laquelle elle ser^- 
\mt les malades était si grande, qu'il arriva une fois qu'eMe 
nettoya avec sa langue la pourriture et tes vers de deux 

(i) Carré de Monmeron, (mvrage cité, t. % p. 71 



370 tIVBB V« — BIX-HUITiàXB 6I1ÈCLE. '*- CHAP. U. 

iiiettaient sou^ les yeux, à propos des peintures des sup- 
plices qui devaient fondre sur les iidèles et sur les disci- 
ples d'Élie, Vous ne verre? dans toutes ces extravagances 
qu'un renforcement d'exaltation religieuse. 

Fouillou rapporte Thistoire d'une convulsionnaire qui 
sejaisait pendre par les pieds, la tête en bas, et qui de« 
meurait trois quarts d'heure dans cette position. Un joor 
qu'elle était allongée sur son lit, deux Iiommes qui tenaient 
iine serviette tendue en travers, derrière son dos, la rele- 
vèrent brusquement deux mille quatre cents fois tout de 
suite, tandis que deux autres individus, placés en avant, 
la repoussèrent autant de fois et violemment sur ses ma- 
telas. Un autre jour, quatre hommes l'ayant saisie par les 
extrémités , se mirent à tirer sur les membres de toutes 
leurs forces , et la tinrent écarlelée pendant plusieurs mi- 
nutes. Elle se flt lier, un jour qu'elle était couchée sur une 
table, les pieds et les poings derrière le dos, et, pendant 
que six hommes frappaient sans discontinuer sur le 
torse, un septième comprimait la trachée-artère.... Aprèi 
cette dernière opération, qui dura environ une minute, la 
convulsionnaire resta sans mouvement, et sa langue enflée 
et bleuâtre sortait de la bouche de la longueur d'enviroo 
deux doigts (1). 

. Il est relaté dans l'histoire de la convulsionnaire Nisette 
ou Denise que le 9 mars 1833, à deux heures vingt-cinq 
minutes du matin, elle fut battue sur la tête avec une bùchei 
puis avec quatre bûches, puis qu'elle se fit tirer les quaUt$ 
membres... « Ensuite, deux hommes sont montés sur elle, 
ensuite un seul homme sur son dos, deux autres lui ont 
tiré les bras en haut, on lui a donné l'estrapade. On loi a 

li) FouilloUi Béflcxions sur la requête de NiseUe* 



\ 



THÉOHANIE EYTATO-COffYULSIYE PARMI LES JANSENISTES. 369 

f Souvent, après ses discours, le convulsionnaire de- 
vient lui-même le portrait vivant de la passion de Christ, 
n tient ses bras en croix d'une manière immobile pendant 
tout le temps que dure cette représentation, et toute r atti- 
tude de son corps prend celle d'un crucifié. Une douleur 
vive ettendi'e, supportée avec la patience la plus héroïque 
et la résignation la plus parfaite, se peint avec les traits les 
plus caractérisés sur son visage devenu plombé, dans ses 
yeux mourans et dans le tressaillement de son corps. 

> Après être resté longtemps dans cet état, la pâleur de 
la mort couvre entièrement son visage, la couleur de ses 
lèvres desséchées devient noirâtre ; ses yeux, à demi-fermés, 
paraissent tout à fait éteints; sa tête, ne pouvant plus se 
soutenir, tombe sur sa poitrine (1)... » 

Quelques convulsionnaires allaient jusqu'à se faire éten- 
dre et lier avec des cordes, sur des croix de bois, qu'elles 
faisaient ensuite dresser, et restaient plus ou moins long- 
temps dans l'attitude du Christ mourant (2). Plusieurs 
d*entr'elles, assure-t-on, se firent traverser les pieds et les 
mains par d'immenses clous de fer, qui allaient ensuite se 
fixer dans les branches et dans l'arbre de la croix, et pen- 
dant cette espèce de martyre, trouvèrent la résignation 
nécessaire pour admonester les assistans. D'autres se fai- 
saient percer la langue, et larder les chairs avec des épées. . • 
Ces tableaux, disait-on, faisaient ressortir la laideur du 
péché, qui n'avait pu être expié que par la souffrance 
d'une chair divine (3) I 

Montgeron trouve que le surnaturel était bien plus mar- 
qué et plus frappant encore dans les tableaux vivans qu'ils 

(1) Montgeron, ouvrage cité, t. 2, p. 29. 

(2) Dom Lataste, t. 2, p. 871. 

(3) Dulaure, Risî de Parif^ t. 7, p. 436. 

Tome II. 2i 



370 LIVRB V« — * BIX-HUITlàXB 8liCLE. -— CHAP. II. 

mettaient sous les yeux, h propos des peintures des sup- 
plices qui devaient fondre sur les iidèles et sur les disd- 
pies d'Élie. Vous ne verrez dans toutes ces extravagancei 
qu'un renforcement d'exaltation religieuse. 

Fouillou rapporte Thistoire d'une convulsionnaire qui 
se faisait pendre par les pieds, la tête en bas, et qui de* 
nieurait trois quarts d'heure dans cette position. Un jour 
qu'elle était allongée sur son lit, deux hommes qui tenai^t 
une serviette tendue en travers, derrière son dos, la rele* 
vèrent brusquement deux mille quatre cents fois tout de 
suite, tandis que deux autres individus, placés en avant, 
la repoussèrent autant de fois et violemment sur ses ma- 
telas. Un autre jour, quatre hommes l'ayant saisie par les 
extrémités, se mirent à tirer sur les membres de toutes 
leurs forces , et la tinrent écartelée pendant plusieurs mi- 
nutes. Elle se fit lier, un jour qu'elle était couchée sur une 
table, les pieds et les poings derrière le dos, et, pendant 
que six hommes frappaient sans discontinuer sur le 
torse, un septième comprimait la tracbée-artère.... Après 
oette dernière opération, qui dura environ une minute, la 
convulsionnaire resta sans mouvement, et sa langue enflée 
et bleuâtre sortait de la bouche de la longueur d'environ 
deux doigts (1). 

. U est relaté dans l'histoire de la convulsionnaire Nisette 
ou Denise que le 9 mars 1833, à deux heures vingt-cioq 
minutes du matin, elle fut battue sur la tête avec une bûche, 
puis avec quatre bûches, puis qu'elle se fit tirer les quatre 
membres... « Ensuite, deux hommes sont montés sur elle, , 
ensuite un seul homme sur son dos, deux autres lui oot r 
tiré les bras en haut, on lui a donné l'estrapade. On lui a ^i 

(i) FouilloUi Béflcxions sur la requéU de NiseUe» 



THÂOVAME J^XTATO-CÛNVLLSIYE PARMI LES 4ArîSÉlf|STES. 371 

tké les bras et les jambes, une personne étant sur son csto<> 
me 9 on Fa suspendue par les pieds, ensuile balancée par 
bA bras et les jambes , un homme étant sur son dos, puis 
on Ta tournée on broche , ensuite tirée par les quatre 
membres, deux personnes tirant aussi par dessous les 
épaules. Ce tiraillement a duré longtemps, parce qu'il n'y 
avait que six personnes à tirer... Ensuite on lui a redonné 
restrapade, la sape à la muraille à l'ordinaire, puis on Ta 
foulée aux pieds, quinze personnes à la fois (1). » 

Lq fameux Montgeron , dont l'ouvrage m'a été si utile 
pour peindre ces horreurs, voulant exprimer par un em- 
blème significatif Y amertume oii était ensevelie FËglise , 
décida une convulsionnaire à s'étendre dans un cercueil , 
recouvrit sou corps, à l'exception de la tête, d'un enduit 
composé de terre pétrie avec du sable, et acheva de rem- 
plir ce tombeau de fort vinaigre (2] I 
. On ne finirait jamais si l'on voulait reproduire avec tous 
ses détails l'affligeant tableau des cruautés que F homme, 
a?eoglé par les suggestions du délire religieux, exerce 
partout et chaque jour sur sa propre personne. Ancienne- 
ment, quand arrivait dans l'Inde la fête du Tirounal, les 
vrais dévots , pour complaire à leur divinité , se précipi- 
taient avec une joie féroce sous les roues du char qui por- 
tait l'idole sacrée 9 et ils s'y faisaient écraser avec ce qu'ils 
ivaieujt q^ monde de plus cher. Les pénitens iqdous, pour 
ieqiiprir-stir la terre des droits certains aux félicités et aux 
récampenses du monde à venir, s'imposent encore de temps 
Uutre d'borri^les.phâtimens. Les uns, tout à fait nus, la 
iarbe et les dieveux en désordre, les ongles enfoncés pro^ 
bndément dans les chairs, restent quelquefois jour et nuit 

(1) Journal historique des convulsions, p. 65* 

(2) Dom Lata»te,ouTrage eilé, t. 2, p. 1144. 



372 tlVltE V.— DDC-HUITrisilB SliCLB. — CHAP. It. 

étendas sur des planches hérissées de pointes de fer; d'au* 
très, enduits de bouse de vache, toujours debout , enchaW 
nés par le torse ou par le cou à des troncs d'arbres, expo- 
sés à la frappe d'un soleil brûlant, vivent et dorment sar 
un pied ; d'autres , enterrés dans des sortes de hottes en 
maçonnerie, ne hument l'air, ne reçoivent de nourriture 
que par un trou ménagé à dessein dans les parois de ces 
épouvantables tombeaux (1). Les théomanes de Saint-Mé* 
dard semblaient avoir moulé leur fanatisme sur celui des 

plus extravagans fakirs En vain de sages jansénistes 

criaient à ces forcenés : On n'aperçoit sur vous tous que 
grimaces, contorsions, déconcertemens, indécences, griiH 
cemens de dents, imitation de cris de bêtes , agitations de 
toute espèce, mouvemens effroyables, élancemens furieux, 
renversement de toute la machine et dérangement de la 
nature si total que si l'on veut peindre un insensé , un fu« 
rieux, un possédé, l'on n'a qu'à peindre un convulsion- 

naire Est-ce ainsi qu'on représente la majesté divine? 

Est-ce ainsi qu'on retrace la sagesse éternelle vivant dans 
une chair mortelle ? Est-ce ainsi que le Saint-Esprit, quand 
il anime les saints sur la terre , les agite , les déconcerte , 
les contrefait (2) ? L'aveuglement du délire ne permettait 
pas aux convulsionnaires d'apprécier le but de ces remon^ 
trances et de ces courageuses apostrophes. 

On a dit avec raison que ces théomanes se seraient fait 
ouvrir tout vivans, si l'idée qu'un pareil martyre pût être 
agréable à l'Être-Suprême se fût par hasard offerte à leur 
imagination. Ce ne fut pas sans quelque surprise, néan- 
moins, qu'on les vit dans le principe courir^ par différens 

(1) Sonnerai, Voyage aux Jndes-OrienialeSy etc., 3 vol. in-4o, 1. 1, p. 224 
et suiv. 

(2) Dom Lalasle, t. 2, p. 790. 



THÉOMAïaB EXTATO-GONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. S73 

lootifs, après les plus effrayantes tortures corporelles. Se 
serait-on résigné à croire jamais, si la population tout en^* 
tière de Paris ne Teûl affirmé, que plus de cinq cents perr 
sonnes du sexe aient poussé la rage du fanatisme, ou la 
perversion de la sensibilité, au point de s'exposer à Tardeur 
du feu, de se faire presser la tête entre des planches, dese 
faire administrer sur Tabdomen, sur les seins, sur Tépi- 
gastre, sur toutes les parties du corps, des coups de bûche, 
des coups de pied, des coups de pierre, des coups de 
barre de fer ? Les théomanes de Saînt-Médard affrontaient 
pourtant ces épreuves, tantôt pour prouver que Dieu les 
rendait invulnérables, tantôt pour démontrer que Dieu 
voulait les guérir par l'application de moyens propres à 
les assommer, s'ils n'eussent pas été l'objet de sa protec- 
tion et de sa sollicitude, tantôt; pour faire voir que des 
coups, habituellement douloureux, ne leur procuraient que 
de douces jouissances. 

Le tableau des supplices auxquels les convulsionnaires 
se soumirent comme par inspiration, afin que personne ne 
doutât, suivant l'expression de Montgeron, qu'il était fa- 
cile au Tout'Puissant de rendre invulnérables et impassi- 
bles des corps aussi fragiles et aussi délicats que les leurs, 
tendrait à faire croire, si le contraire n'était pas aussi bien 
établi, que la rage de l'homicide et du suicide s'était em- 
parée d'une grande partie de la secte des appelans. De 
I.an esquisse ce tableau dans le passage que je réimprime 
ici : « Des personnes jeunes et sans coiffure se heurtent 
avec violence la tête contre les murs, même contre le mar- 
bre ; elles se font tirer les quatre membres par des hommes 
très forts et quelquefois écarteler, donner des coups qui 
|)ourraient abattre les plus robustes, et en si grand nom- 
bre qu'on en est effrayé ; car je connais uqe personne qui 



374 LIVRE V. — DIX'HCITIÈMB SIÈCLE. — CHAP. H» 

en a compté jusqu'à quatre mille dans une séance; c^eat 
avec le poing ou avec le plat de la main, sur le dos et sor 
le ventre qu'on les leur donne. On emploie en quelques 
occasions de gros Mtons et desMcbes; on leut* fhippe ks 
reins et les os des jambes pour les redresser, dit-on, par ce 
moyen. Il ne paraît pas que cela les redresse beaucoup, 
mais ils eu sont soulagés, au moins n'en sont-ils pas brisés. 
On les presse de tous les efforts de plusieurs hommes sor 
Festomac, on leur marche sur le cou, sur les yeux, sur h 
gorçe, sur le ventre, on s'y assied, on leur arrache le 
sein... Quelques uns s'enfoncent des épingles dans la tète, 
sans aucun mal, et paraissent avoir le dessein de se préd* 
piter par la fenêtre, ce qu'on ne permet pas. Tel conval* 
sionnaire a poussé le zèle jusqu'à se pendre à un clou à 
crochet, à vouloir être crucifié ; la croix, les clous, la lance^ 
tout était préparé (!)...• 

Montgeron estime que près de quatre mille enthousiastes 
firent emploi de leurs forces pour piétiner, pour frapper 
sans relâche des infirmes , de toutes jeunes filles qui hor 
ploraîent la violence de leurs coups. Il ne rougît point de 
soutenir que c'eût été méconnaître de pieux et charitables 
devoirs que de ne pas obtempérer, dans cette circonstance, 
aux désirs des convulsionnaires , tandis que les appelans 
raisonnables répétaient tout haut qu'il n'y avait qu'une 
folie frénétique qui pût suggérer à ces filles l'idée d'affron- 
ter de pareils dangers , et faire excuser la barbarie crimi- 
nelle de ceux qui avaient l'impudence de vanter les avan- 
tages d'un aussi scandaleux martyre, en consentant à faire 
l'offlce de bourreaux. 
Un observateur ayant imprimé qu'une jeune fille, nom- 
Ci) Dissertation thcologiquc sur les convulsions j p. 70, 71. — Dom Lalaste, 
t. % p. T87. 



THÉOHANIB BXTÂTO-OOIIVULSIVB PARMI LES JANSÉNISTES. 375 

mée Jeanne Mouler, s'était fait administrer jûsqu^'à cent 
cottps de chenet sur le ventre, et qu'un frère, qui luî en 
d?ak donné un jour soixante , avait percé une muraille au 
vingt-cinquième coup, en répétant sur elle les mêmes mBti- 
nœuvres , Montgeron s'empressa de reconnaître Texacti- 
tnde de ce récit, t Je déclare sans peine, împrima-t-fl à 
son tour, que c'est moi dont parle un auteur sous le nom 
d'un f^re qui éprouva contre un mur l'efifet que produis 
raient des coups pareils ^ ceux qu'il venait de donner à 
cette convulsionnaire. » 

c J'avais commencé , suivant ma coutume , à ne donner 
d'abord à la convulsionnaire que des coups très modérés i 
cependant, excité par ses plaintes qui ne me laissaient atr- 
cnn lieu de douter que l'oppression qu'elle ressentait dani 
restomac ne pouvait être soulagée que par des coups très 
violens, j'avais toujours redoublé le poids des miens J 
mais ce fut en vain que j'y employai à la fin tout ce que je 
pus rassembler de forces. La convulsionnaire continua à 
se plaindre que les coups que je lui administrais étaient si 
faibles qu'ils ne lui procuraient aucun soulagement , et elle 
m'obligea de remettre le chenet entre les mains d'un grand 
homme fort vigoureux... celui-ci ne ménagea rien. Instruit 
par l'épreuve que je venais de faire qu'on ne pouvait lui 
donner des coups trop violens , il lui en déchargea de si 
terribles, toujours dans le creux de l'estomac, qu'ilë 
ébranlaient le mur contre lequel elle était appuyée. 

• La convulsionnaire se fit donner tout de suite de cette 
force les cent coups qu'elle avait demandés d'abord , ne 
comptant pour rien les soixante qu'elle avait reçus de mof . 
Je repris le chenet et voulus essayer contre un mur si mes 
coups , qu'elle trouvait si faibles. . . , ne produiraient aucun 
effet ; au vingt-cinquième coup , la pierre sur laquelle je 



378 LIVRE V. — DIX-HCIITIÈHB SIÈCLE. — - CHÂP. II. 

afin que Fimpétuosité de sa chute fût augmentée , et qu'on 
donnât une plus grande force aux coups. 

La sœur Scholastique avait des convulsions sans se Adr» 
administrer aucun secours... Dieu remployait à annoneer 
la venue prochaine du prophète Élie, à prêcher la néce»^ 
site de foire pénitence. En 173&, il lui arriva de déclan» 
vivement contre les convulsionnaires qui demandaient de» 
secours, et contre ceux qui voulaient bien leur en accoN 
der. . . Par la suite , Tinstinct de sa convulsion lui décou- 
vrît qu'elle ne guérirait d'une espèce de lèpre qui cou- 
vrait quelques parties de sa peau, d'un abcès qa*dk 
portait au sein et de violentes céphalalgies qui la tourmei* 
talent, qu'après avoir rétracté tout ce qu'elle avait dit 
contre les secours, et qu'après en avoir reçu ellennème 
volontairement de terribles. . . Elle en reçut qui faisaient 
trembler, mais ce n'était pas encore assez... Après avoir 
iQngtemps hésité , se rappelant la manière dont les paveon 
manœuvrent le pesant instrument dont Ils se servent pour 
enfoncer leurs pavés dans la terre , elle fit lier et garrotter 
toutes ses jupes au-dessous du genou ^ se fit tenir en Pair, 
la tête en bas , les pieds en haut , et se fit précipiter la 
tête sur le carreau un grand nombre de fois (1). 

« Tout Paris a vu Charlotte Delaporte se faisant frapper 
et serrer les côtes d'une force si prodigieuse que les os en 
auraient dû mille fois être brisés. Couchée à terre, elle 
se faisait fouler aux pieds parles hommes les plus robustes; 
encore avaient-ils beau faire tous leurs efforts pour enfon- 
cer les talons de leurs souliers dans ses côtes , Ton ne pou- 
vait trouver moyen de cette façon ni d'aucune autre de les 
presser suffisamment à son gré (2). 

(1) Carré de Montgeron, ouvrage cité, t. 2, p. 111 et 112. 
Ci) Ibid., t, 2, p. 89. 



THEOMANIE EXTATO-COMYULSIVE PARMI LES JAlfSÉMlSTES, 377 

et les plus propres à assommer ; il ne s'épargne pas, il frappe 
avec la dernière violence, il enfonce dans les chairs Tin- 
stniment dont il est armé, il le fait pénétrer jusqu'au fond 
des entrailles... Cependant la convulsionnaire rit de tous 
ses vains eJTorts ; tous les coups qu'il lui porte ne servent 
qa^à lui faire du bien sans laisser la moindre impression , 
la moindre trace , le moindre vestige, non seulement dans 
les chairs^ mais même sur la peau (1). » 

Une jeune fille couchée sur le dos se couvrait le ventre 
et )a poitrine d'une planche, et supportait le poids de tou- 
tes les personnes qui voulaient bien monter sur son corps. 
L'on a vu souvent plus de vingt hommes rassemblés tous 
à la fois sur cette planche. . . Cependant, non seulement la 
convulsionnaire n'était pas oppressée, mais souvent elle 
ne trouvait pas que cela fût encore assez pesant pour faire 
cesser le gonflement qu'elle ressentait dans ses mus- 
cles (2). • 

Une convulsionnaire se mettait en arc au milieu de la 
chambre, soutenue par les reins sur la pointe d'un bâton.. . 
Dans cette posture elle criait : biscuit, biscuit!.*. Il s'agis- 
sait d'une pierre pesant environ cinquante livres, attachée 
à une corde qui passait par une poulie fixée au plancher 
de la chambre. Lorsque cette pierre était élevée jusqu'à 
la poulie, on la laissait tomber sur l'estomac de la fille ^ à 
plusieurs reprises, ses reins portant toujours sur le 
pieu (â). Non seulement, ajoute Montgeron, la peau, les 
chairs de cette fille n'ont souffert aucune atteinte de dou- 
leur, mais elle criait sans cesse : Plus fort ! plus fort I Ce 
qui voulait dire qu'on élevât encore la pierre plus haut, 

(1) Carré de Montgeron, t. 2, p. 47. 

(2) Jbid., l. 2, p.47. 

(3) Ibid., t. 2, p. 49. 



378 UTRB ▼. — DIX-HCIITlftlIB SitCLB. *— CHAP. II. 

afin que Fimpétaosité de sa chate fUt aagmentée , et qu'on 
donnât une plus grande force aux coups. 

La sœur Scholastique avait des convulsions sans se faire 
administrer aucun secours... Dieu remployait à annoncer 
la venue prochaine du prophète Elle, à prêcher la néces^ 
site de foire pénitence. En 173&, il lui arriva de déclamer 
vivement contre les convulsionnaires qui demandaient de» 
secours, et contre ceux qui voulaient bien leur en acc(Ru 
der... Par la suite, Tinstinct de sa convulsion lui décou- 
vrit qu'elle ne guérirait d'une espèce de lèpre qui cou-' 
vrait quelques parties de sa peau, d'un abcès qu*elle 
portait au sein et de violentes céphalalgies qui la tourmem 
talent, qu'après avoir rétracté tout ce qu'elle avait dît 
contre les secours, et qu'après en avoir reçu elle-même 
volontairement de terribles... Elle en reçut qui faisaient 
trembler, mais ce n'était pas encore asse2... Après avoir 
iQngtemps hésité , se rappelant la manière dont les pavenns 
manœuvrent le pesant instrument dont ils se servent pour 
enfoncer leurs pavés dans la terre , elle fit lier et garrotter 
toutes ses jupes au-dessous du genon^ se fit tenir en Tair, 
la tète en bas , les pieds en haut , et se fit précipiter h 
tête sur le carreau un grand nombre de fois (1). 

€ Tout Paris a vu Charlotte Delaporte se feisant frapper j 
et serrer les côtes d'une force si prodigieuse que les os mi j 
auraient dû mille fois être brisés. Couchée à terre, elle j^ 
se faisait fouler aux pieds par les hommes les plus robustes; ^ 
encore avaient-ils beau faire tous leurs efforts pour enfon- i^ 
cer les talons de leurs souliers dans ses côtes, Ton ne pou- u 
vaît trouver moyen de cette façon ni d'aucune autre de les y^, 
presser suffisamment à son gré (2). ^ 

(1) Carré de Montgeron, ouvrage cité, t. 2, p. 111 et 112. 

(2) Ibid,, t, 2, p. 89. 



THioXANIB BXTÂTO-GONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 379 

Un partisan des miracles écrivait, en inyoqnant le témoi* 
nage de De Lan , son antagoniste : « On sait que plusieurs 
Dtivalsionnaires ont eu, pendant des mois entiers, des 
bttVttlsions qui exigeaient de trente à quarante mille coups 
€ bûche sur le corps. Les coups vîolens qu'on continue 
ttcore à donner avec une bûche à un convulsionnalre 
lOUé, et qui, loin de Tépuiser depuis huit ou dix mois 
[d*tl les exige, le soulagent au contraire beaucoup, ne 
lûtvent pas vous être inconnus (1). » 

Sur la fin de Tannée 1732 , les convulsions de la fille 
Tttrpin firent encore naître de nouvelles impressions dans 
ÉM membres; elle y ressentait des agitations violentes, et 
ffiSëreni) muscles s'enflaient, grossissaient Tun après Tau* 
tre. Elle fut obligée , par les douleurs que ces convulsions 
hd causèrent, de prier avec instances qu'on la frappât sur 
tes muscles où elle éprouvait tant d'agitation. 

Dans les premiers jours les coups timides, faibles et 

mesurés qu'on lui donna ne lui apportèrent qu'un soula- 

gMnent bien léger. Elle avait beau conjurer avec instances, 

et même quelquefois avec larmes, de frapper avec plus do 

force aux diflTérens endroits de son corps agités par la con- 

YQlsion , on ne se déterminait qu'avec peine et avec crainte 

Uni donner des secours aussi extraordinaires. Mais l'expé- 

Ifence ayant appris peu à peu que cette fille n'était soulagée 

9Q*à proportion de la force des coups , et ceux qui avaient 

la charité de les lui administrer l'ayant vue plusieurs fois 

:oiDl)er sans connaissance , pâle et défaite comme si elle 

^t morte , lorsqu'ils refusaient de faire sur son corps les 

rtolentes opérations qu'elle demandait, ils comprirent que 

eur prétendue pitié était une cruauté réelle , et touchés 

(1) Pom Latasle, t. 2, |^. 809. 



■ 

prédictions ou des merveilles dans la fureur ou raliénatica 
d'esprit? temps I ô mœurs l les philosophes païens «h 
raient donné à votre confiance le nom de fureqr, de délire, 
de désespoir (1) I 

Il fallait bien que le délire des convulsionnaires fût pu^ 
venu à un très haut d^é de débordement pour que im 
évêques, des ecclésiastiques respectables en vinssent àkv 
adresser de semblables apostrophes. Ces rigides ceosQuiii 
ne possédant du reste aucune notion solide en pathotogii 
mentale, n'ayant probablement que des idées très confoM 
sur les différens modes de manifestation de la folie mysti- 
que, se trouvaient dans Timpossibilité de démêler la paît 
d'influence que les hallucinations, le9 fausses sensationii 
les conceptions erronées, rbystérie, Tei^tase, pouvaieit 
avoir dans l'expression des phénomènes morbides qui exis- 
taient chez les théomanes jansénistes ; mais la descriptioB 
qu'ils nous ont laissée de toutes les extravagances des cm- 
vulsionnaires sera toujours précieuse pour les patb<do- 
gistes qui seront tentés d'approfondir l'étude de la mono- ' 
manie religieuse. Qu'on me permette de transcrire encore 
le passage suivant, qu'un prieur plein de zèle pour les inté- 
rêts de la religion n'a pas pu s'empêcher de fulminer coih 
tre les faiseurs de miracles de son époque : 

« Quoi I des ecclésiastiques, des prêtres, au milieu de ? 
nombreuses assemblées composées de personnes de fawl 
sexe et d€;t out rang, quitter leurs soutanes, se mettre ei 
culotte et en chemise pour être plus en état de faire kê 
fonctions de bourreaux, jeter par terre des filles, les trai- ^ 
ner ainsi pendant du temps le nez contre terre, et dccbai^ r; 
ger sur elles tant et tant de coups qu'ils en sont réduits i '«i 

I 

(1) ÎHm L«tâsl6, p. 348. I 



V 



THÉOMAmS BXTÂTO-GOlITULSlVfi PARMI LES JANSlÊNISTES. 3S1 

3 bâton et des coups de bûche, n'hésiterait pas à penser 
i*il a fait rencontre d'un peuple d'épileptiques et de mo- 
^maniaques. Sa conviction ne ferait que s'accroître s'il 
itendait dire à quelques-uns de ces insensés que c'est le 
iea de la contrée qui les porte à se mutiler les uns les au- 
^es pour mettre dans la plus grande évidence les effets de 
i tonte-puissance et de son inépuisable bonté. Les per- 
»nnes éclairées qui observaient de près les théomanes de 
Ifeint-Médard , en parcourant les lieux oii se passaient les 
leènesaflDligeantes dont nous venons de présenter un tableau 
dirégé , qui prêtaient une oreille attentive aux absurdes 
prédictions des convulsionnaires , aux commentaires qu'ils 
ie manquaient jamais de mettre en avant pour faire briller 
F éclat de leurs prétendus miracles , pour ejcpliquer à tout 
le monde le prétendu sens mystérieux de toutes leurs folles 
•étions, s'apercevaient bien qu'une affection mentale épi- 
dânique régnait parmi les appelans. Tantôt on comparait 

I 

Fibbé Bercherant , qui hurlait , qui se mordait lui-même 
fendant ses convulsions , à un enragé , à un énergumène ; 
Iftotôt on comparait l'abbé Yaillant, qui s'était persuadé, 
a se fondant sur des hallucinations , que l'ame d'Élie avait 
Iris possession de son corps , à ces insensés qui prétendent 
avoir une tête de verre, qui se figurent qu'ils sont devenus 
CDqs ou lapins. Souvent on répétait aux partisans de Paris, 
pour lenr donner à comprendre que les convulsionnaires 
l^ent cessé de jouir du sens commun : Quand est-ce que 
!>ieu a employé miraculeusement la voix ou la main d'une 
lersonne agitée de corps et troublée d'esprit? Quand est-ce 
|a*U a rendu des personnes folles pour manifester par elles 
la puissance et sa volonté?... Quel est l'apôtre. . . qui dans 
le temps qu'il guérissait des malades... ait eu les sens agi- 
tés et la raison égarée ? Quel est l'homme... qui ait fait des 



384 LIVRE y. — BIX-HUITIÈMB SIÈCLE. — CHAP. II. 

les personnes du sexe surtout, était de modifier la natare 
des impressions à un point tel que c'était surtout en cas 
pareils, en violentant les nerfs de la sensibilité, qu^on pa^ 
venait à faire naître dans le cerveau une sensation de 
jouissance ou de volupté. Les convulsionnaires avaient 
donc raison de dire que C instinct de la convulsion les por* 
tait à réclamer des secours meurtriers. 

La perversion de la sensibilité cutanée encourage sur 
quelques monomaniaques des actes de violence que le sen- 
timent de la douleur eût peut-être prévenus. Un artilleur 
se porte dans Tabdomen un premier coup de couteau qm 
lui procure une sensation agréable ; cette tentative de sui- 
cide est suivie de plusieurs tentatives irouvelles , et c'est 
toujours aux instrumens tranchans que ce militaire a re- 
cours pour attenter à sa vie. L'espèce d'acharnement que 
mettent certains aliénés à s'écorcher jusqu'au sang, à roii' 
ger leur propre chair, à pratiquer de profondes excavations 
dans leurs tissus, sur le trajet d'une artère, à la partie 
antérieure du cou, dans Fcspoir de provoquer une hémor- 
rhagie mortelle, employant à ces effroyables dissections 
un caillou tranchant, un clou, un morceau de verre, 
prouve suiDsamment que ces malades ne jugent pas les im- 
pressions physiques à notre manière : c'est aussi ce que 
plusieurs d'entr'eux ne manquent pas de confesser. Soo- 
vent Fou découvre avec surprise des ligatures que des 
femmes lypémaniaques s'appliquent sur les doigts de pied, 
sur le mamelon du sein ; des ligatures que des maniaques 
serrent fortement autour de la verge, des testicules; par- 
fois la tuméfaction, la chaleur de toutes ces parties lait 
supposer l'existence d'une souffrance qui, en réalité, est 
remplacée peut-être par une sensation d'une tout autre 
nature. Quelque chose d'analogue âe passe pendant II 



I 

t 

î 



\ 



TnéOlUNIE EXTATO-CONTUtSIVfi PARMI LES JArtSémSTES. 393 

répuisement, qu'il faut leur ramasser Teau sur la tête I 
Qaoi I des bonunes qui se piquent d'avoir des sentimeD3 
^ religion et d'humanité, porter à tour de bras des trente 
à quarante mille coups de lourdes bûches sur les bras, sur 
les jambes, sur la tête de plusieurs filles, et faire d'autres 
extrêmes efforts capables de leur briser le crâne ! Quoi t 
des dames d'esprit, de condition et de piété, des docteurs 
en droit, civil et canonique, des laïques de caractère, des 
çmrés même, se taire à la vue de ce spectacle de fanatisme 
et d*borreur, ne s'y opposer point de toutes leurs forces, 
I applaudir par leur présence et peut-être par leur conte- 
nance et leurs discours! L'histoire ne nous fournit aucun 
«xraiple d'excès en ce genre, qui aient été si scandaleux et 

il multipliés (Ij» M. « 

L'bistoire de la folie religieuse fournit 9eule effective- 
gient des exemples d'un pareil scandale» 
. Beaucoup de personnes témoignaient un grand étonne- 
meut, en entendant répéter aux filles hystériques de Saint- 
Hédard qu'elles éprouvaient du soulagement et même du 
plaisir, lorsqu'on frappait sur leur ventre avec une cer- 
ttine force. Montgeron ne manque pas de noter que c'était 
lortout lorsque les coups de chenet qu'on administrait à la 
fille Mouler semblaient pénétrer jusqu'à la colonne verté- 
brale, qu'elle laissait percer sur son visage l'expression du 
Ooatentement» et qu'elle s'écriait : oh I que cela est bon, que 
îela me fait du bien I Uecquet, beaucoup plus érudit, et 
^us versé dans les secrets de la nature que la plupart de 
tes contemporains, déclarait en termes peu honnêtes que 
e propre de certains états pathologiques, notamment de 
certains états maladie des organes de la génération, sur 

ii) Dam fMM$, oumge 6Xé, t. 2, p. ejs. 



â86 LIVRE V. — DIX-nUITlÊME SIÈCLE. — CHAP. II. 

mettre en avant les intérêts de la religion , et en assurait 
gue c'était Dieu qui Fentendait ainsi, parce qu'il avait 
décidé que son Église , ayant de subir la réforme qui étak 
devenue nécessaire , passerait une fois encore par tous les 
degrés d'humiliation, par toutes les souillures. 

L'énergique résistance qu'opposaient sur les convul* 
sionnaires de Saint-Médard la peau , le tissu cellulaire , h 
surface du corps et des membres au cboc des coups , est 
certainement faite pour causer de la surprise. Mais beaih 
coup de ces fanatiques se faisaient une grande illusion et 
se figurant qu'ils étaient invulnérables; car il a été via|t 
fois constaté que plusieurs d'entr'eux offraient, à la soile 
des cruelles épreuves qu'ils sollicitaient, de laides ecchy- 
moses sur les tégumens et d'innombrables contusions m 
les surfaces qui avaient supporté les plus rudes assauts. 
Du reste, les coups n'étaient jamais administrés que pen- 
dant la tourmente convulsive; alors le météorisme du ven- 
tre, l'élat de spasme de l'utérus sur les femmes, du canal 
alimentaire sur tous les malades, l'état de cootractioi, 
d'éréthismc, de turgescence des enveloppes charnues, des 
plans musculaires qui protègent et recouvrent rabdomen, 
le thorax , les principaux troncs vasculaires , les suriaccs 
osseuses, devaient siugulièrement contribuer à atténuer, k 
amortir, à annuler la violence des coups. N'est-ce pas en 
plaçant par la force de la volonté surexcitée tout l'orga- 
nisme dans des conditions d'éréthisme à peu près analogues 
que les boxeurs et les athlètes se trouvent en état de braver 
jusqu'à un certain point le danger de leur profession ? Il 
est à remarquer enfui qu'on se servait pour frapper sur le 
corps des convulsionnaires , de corps ou d'objets voluni- 
neux, à surfaces plates ou arrondies, à coutoui*s cylindri- 
ques et éinoussés; or, l'action de pareils ageus physiques 



THÊOlfANIE EXTATO-CONVCLSITE PARMI LES JANSÉNISTES. 385 

chaleur d'une bataille; ce n*est souvent qu'à la fin de Tac- 
tion que les blessures commencent à devenir cuisantes. 
Les partisans des veines , des fouets armés de pointes , tels 
que les employaient ces bandes de flagellans, qui donnèrent 
au monde un spectacle si inouï dans le treizième et le qua- 
torzième siècle, ne manquaient pas d'insister sur le mérite 
des douleurs que l'on s'impose volontairement en esprit 
de pénitence; mais il n'en est pas moins démontré que 
pour certains individus l'habitude du fouet est la source 
des plus condamnables jouissances. Les coups sur le siège, 
selon l'abbé Boileau , poussent des impressions au cerveau 
et y peignent de vives images de plaisirs défendus qui fas- 
dnent l'esprit et réduisent la chasteté aux abois. Les orties, 
les pointes acérées , les lanières de cuir macérées dans le 
vinaigre , deviennent pour des misérables des instrumens 
de plaisir. Gœlius Rbodoginus parle d'un homme qui se 
Elisait cingler des coups de fouet jusqu'au sang, et qui 
KiTourait avec brutalité le charme de l'amour et des coups. 
Brnnsfeldet M eibomius consignent dans leurs écrits beau- 
coup d'exemples d'une semblable perversion de la sensibi- 
Mlité physique. L'empressement avec lequel un certain 
nombre de filles et de femmes convulsionnaires couraient 
à Paris, après les épreuves d'un martyre apparent, se 
trouve encore en partie expliqué par l'état d'exaltation 
des organes génitaux. Au diapason où leur sensibilité se 
trouvait montée pendant le paroxisme hystérique, le plus 
grand nombre des convulsionnaires de Saint-Médard n'é- 
prouvaient, en affrontant la violence des coups, habiiuel- 
lement les plus douloureux , qu'une sensation de plaisir. 
Ne soyons donc pas étonnés si beaucoup de convulsion- 
naires en vinrent, comme on Ta assuré, à se vautrer dans 
la débauche la plus criminelle, sans cesser toutefois de 

TonE II. '25 



388 LITRE V. — DI5C-HCITIÊME SIÈCLE. — CnAf». îî* 

En conséquence plusieurs théomanes donnaient encore une 
marque de folie de plus, en prônant des merveilles dont h 
fausseté était patente pour tout le monde, excepté pour 
eux, qui colportaient sérieusement partout le miracle de 
leur réiablissement. 

Quelques convulsionnaires paraissaient contracter pen- 
dant leurs extases les dérangemens fonctionnels des mabh 
des qu'ils prenaient à cœur de rendre à la santé. «Je ne 
conçois pas, dit quelque part dom Lataste, qu*il puisse 
arriver naturellement que les convulsionnaires devienneat 
aveugles, sourds, muets, boiteux, paralytiques, estroiûts, 
atteints de coliques, de maux de poitrine, de maox de 
tète, de fièvre..., qu'ils tombent dans Tépilepsie, et ei 
aient tous les accidens et toute l'horreur ; qu'ils vonrisseit 
le sang, qu'ils aient des pertes, selon que ceux pour quiib 
prient tombent dans les mêmes accidens ; qu'ils tombent 
même dans des états de mort lorsqu'on leur demande leurs 
prières pour des personnes mortes ou pour des mala- 
des qui ne doivent pas relever de leur maladie (!)...> 
— Cela peut pourtant se concevoir jusqu'à un certain 
point, comme nous l'expliquerons par la suite, quand 
on a étudié le mécanisme des fonctions de rinnervation 
et les effets de réaction possibles des différentes por- 
tions du système nerveux les unes sur les autres; mais 
les maladies que contractaient ainsi les convulsionnai- 
res extatiques se dissipaient habituellement aussi vile 
que le sentiment du désespoir ou de la fureur s'éclipse 
promptemcnt sur les acteurs de mélodrames, par exem- 
ple, au sortir de la scène. En général donc ils n'acqué- 
raient pas sérieusement les maux des individus qu'ib 

(1) Dom Lataste, ouviage cité, t. 2» p. SOI. 



THÉOMAMIE EXTATO-CONVULSIVE PARMI LES JANSENISTES. 389 

avaient la prétention de guérir, et si ces derniers accu- 
saient un soulagement pour eux certain, c'est qu'ils n'en 
jugeaient que d'après les modifications alors existantes 
dans leur cerveau, lesquelles s'évanouissaient bientôt, 
comme toutes les illusions de la sensibilité, avec l'appa- 
rence du mieux. Il a pu arriver que quelque convulsion- 
naire soit resté réellement épileptique après avoir imité 
répilepsie; on a vu quelquefois, dit-on, des acteurs deve- 
nir aliénés après avoir joué un rôle d'insensé; il a pu ar- 
river qu'une femme impressionnable ait été rendue à la 
santé après avoir entendu une convulsionnaire se plaindre 
Ae maux analogues à ceux dont elle se sentait elle-même 
précédemment incommodée ; mais tout bien pesé, la perte 
de la vue, la manifestation de la surdité ou de la paralysie 
sur les extatiques de Saint-Médard, à l'aspect d'un aveu- 
gle, d'un sourd ou d'un paralytique, n'avaient pour eu^ 
que des inconvéniens de très courte durée, et il était rare 
que cette complication d'accidens coïncidât avec le réta- 
blissement des frères pour lesquels ils invoquaient l'assis- 
tance du saint diacre. 

Plusieurs hystériques, vers là fin de leurs accès con- 
.valflifs, font entendre un ricanement puéril, imitent le 
parler des petits enfans, toussent, et soufflent avec affec- 
tation dans leur sein , font des paquets avec leurs bardes , 
semblent mettre de l'importance à passer pour imbéciles. 
Ces malades ont de la peine à recouvrer franchement leur 
connaissance; ils voient, entendent, parlent; mais il 
n'existe que du désordre et de l'irrégularité dans leurs 
perceptions et dans leurs idées, ayant l'air de rêveurs qui 
ne dorment cependant pas. Cet état semble tenir de la dé- 
mence et du délire éphémère, de la rêvasserie qui succède 
à ringestion de certains narcotiques dans les voies diges-^ 



388 LITRE V. — Blt-HCITlfem SIÈCLE. — CHAf^. îi. ' 

En conséquence plusieurs théomanes donnaient encore une f^ 
marque de folie de plus, en prônant des merveilles dont la f^ 
fausseté était patente pour tout le monde, excepté pour fi 
eux, qui colportaient sérieusement partout le miracle de i 
leur rétablissement. s 

Quelques convulsionnaires paraissaient contracter peu- t 
dant leurs extases les dérangemens fonctionnels des mala- 
des qu'ils prenaient à cœur de rendre à la santé. «Je ne 
conçois pas, dit quelque part dom Lataste, qu'il puisse ^ 
arriver naturellement que les convulsionnaires deviennent 
aveugles, sourds, muets, boiteux, paralytiques, estropiés, 
atteints de coliques, de maux de poitrine, de maux de 
tète, de fièvre..., qu'ils tombent dans Tépilepsie, et et 
aient tous les accidens et toute Fhorreur; qu'ils vomissent 
le sang, qu'ils aient des pertes, selon que ceux pour quiib 
prient tombent dans les mêmes accidens ; qu'ils tombent 
même dans des états de mort lorsqu'on leur demande leur^ 
prières pour des personnes mortes ou pour des mala«^ 
des qui ne doivent pas relever de leur maladie (1)...» 
— Cela peut pourtant se concevoir jusqu'à un certato 
point, comme nous l'expliquerons par la suite, quand 
on a étudié le mécanisme des fonctions de TinnervatM 
et les effets de réaction possibles des différentes p(M^ 
tiens du système nerveux les unes sur les autres ; mais ^| 
les maladies que contractaient ainsi les convulsionnsô' % 
res extatiques se dissipaient habituellement aussi vite \^ 
que le sentiment du désespoir ou de la fureur s'éclipse ^ 
promptement sur les acteurs de mélodrames, par exem- ^ 
pie, au sortir de la scène. En général donc ils n'acqné- % 
raient pas sérieusement les maux des individus qu'ils \ 

% 

(1) Dom Latasle, ouvrage cilé, t. 2, p. 891. ,r 



1 



^AtA-convulsive parmi les jansénistes. 391 

^wtfeftlbles, ce qui prouve que ïeur 

-là revêtu d'une force surnaturelle 

* venir que de Dieu (1)... » 

nnalres prenaient feu quand 

''nfance constituait un état 

^rcc qu'on voulait attrî- 

'jf^ tu' un homme raison- 

*^- * : Ce phénomène, 

^^^ '^^ '^în , a déjà paru 

'^^ "^s 'irs mystiques 

.dlurellement 

ceux des convnl- 

_ ijorté dans la vie de Ma- 

viit la grâce de l'enfance spî- 

.lUcnt qui lui dura près de trois 

-•^At à elle avec la douceur et la grâce 

ou sept ans; qu'on n'avait point vu 

ot aux petits gestes duquel parût une si 

^ qu'on lisait dani^ la vie de la sœur Mar- 

s qui paraissaient tout à fait puériles 

une convulsion d'enfahce qui dura peu- 

^^^osque saris interruption (1)... 

^^ sionnaires de Salnt-Médard aient obéi au 

^^i^raphrosynie; qu'ils aient encore disserté 

^es plaies de l'Église; qu'Usaient attribué 

^rratîon des fonctions de rcntendement à 

int-Esprit , c'est ce à quoi on devait s'at- 

t de malades hystériques et alTectés de 

il est à noter que Sur ces dévots le carac- 

st constamment maintenu le môme dans 

p. 88. 




800 UVRE V. — DIX-UUlTifcME UÈGLE. •-« CUAl». H. 

tivcs. Les théomanes de Saint -Médard n'étaient 
exempts de ces accès de parapbrosynie ou de transi 
liystérique , dont ils étaient très fiers parce qu'ils avai 
été remarqués , pendant les crises nerveuses , de plusic 
saintes femmes qui leur donnaient le nom d* enfances sp 
tuelles. Ces états d'enfance passaient parmi les jansénii 
appelans pour être symboliques, surnaturels, pour r 
fermer d'importantes leçons de sagesse ! On ne sera 
fâché de connaître Topinion de Montgeron sur ce nouv 
phénomène cérébral, et la manière dont il Ta envis 
dans ses écrits. 

« Outre les puérilités que font quelques conyul» 
naires , imprime-t-il , peut-être par leur propre pencha 
et en suivant leur inclination et leur goût , il y a un < 
surnaturel d'enfance où plusieurs convulsionnaires, ml 
d'un âge très mur, et quelques-uns d'un caractère i 
grave et très sérieux , se trouvent quelquefois. . . Que 
état soit surnaturel, au moins sur le plus grand nom 
des convulsionnaires, c'est ce qu'on ne peut révoqua 
doute, attendu que dans plusieurs il est marqué par 
traits que l'artifice ne pourrait jamais parfaitement imi 
On voit un air enfantin se répandre tout à coup sur k 
visages, dans leurs gestes, dans le ton de leur voix, i 
l'attitude de leur corps^ dans toutes leurs façons d'aj 
et quoique Vinstinct de leur convulsion leur fasse f 
alors dcjf raisonnemens à la manière des enfans , par : 
port aux termes dont ils se servent, et à la façon sini] 
innocente et timide avec laquelle ils énoncent leurs i 
secs , néanmoins cet instinct leur fait souvent dire 1 
nciiicut des vérités très fortes... et très instructives 
tout ce qui se passe aujourd'hui dans l'Église... Souv( 
dans cet état , ils ont besoin des secours ( des coups ) 



THÉOMANIE EXTATO-GONVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 391 

is vlolens et les plus terribles , ce qui prouve que leur 
>rps est dans ce temps-là revêtu d'une force surnaturelle 
miraculeuse qui ne peut venir que de Dieu (1).-. » 
Montgeron et les convulsionnaires prenaient feu quand 
*%n leur soutenait que Fétat d'enfance constituait un état 
*^1 de folie, un délire honteux, parce qu'on voulait attri- 
Mbner à la sagesse divine des pensées qu'un liommc raison- 
Wable rougirait d'avouer. Ils ripostaient : Ce phénomène, 

fejourd'hui si méprisé par l'orgueil humain , a déjà paru 
ns l'Église; on trouve dans la vie de plusieurs mystiques 
ftspectables que Dieu les a fait tomber surnaturellement 
"^ns des étals d'enfance tout pareils à ceux des convul- 
'tfonnaires d'à présent... Il est rapporté dans la vie de Ma- 
tte de rincarnation qu'elle reçut la grâce de l'enfance spî- 
Htuelle dans un ravissement qui lui dura près de trois 
iburs; qu'elle revint à elle avec la douceur et la grâce 
l'un enfant de six ou sept ans; qu'on n'avait point vu 
il^enfant au visage et aux petits gestes duquel parût une si 
^Dde innocence; qu'on lisait dani5 la vie de la sœur Mar- 
6;uerite mille choses qui paraissaient tout à fait puériles 
et qu'elle fit dans une convulsion d'cnfaïice qui dura pen- 
dant trois mois presque saris interruption (1)... 

Que les convulsionnaires de Saint-Médard aient obéi au 
transport de la paraphrosynie ; qu'ils aient encore disserté 
dans cet état sur les plaies de l'Église ; qu'ils aient attribué 
cette nouvelle aberration des fonctions de l'entendement à 
nne faveur du Saint-Esprit , c'est ce à quoi on devait s'at- 
tendre de la part de malades hystériques et affectés de 
théomanie. Mais il est à noter que sur ces dévots le carac- 
tère du délire s'est constamment maintenu le même dans 

(I) Monlgeron, l. 2, p. 88. 
(2V/6w/6/n,l. 2.p. 89. 



392 LIVRE V. — DIX-UUITIÈUE SIÈCLE — CHAP. II. 

toutes les conditions où nous avons pris à tâche de sonder 
leurs pensées. 

Les tbéomanes jansénistes semblaient souvent, dans 
leurs extases , lire dans la pensée d'autrui et comprendre 
le sens des mots qu'on croyait leur être le plus complète- 
ment inconnus. Poucet- des -Essarts s'exprime ainsi en 
relatant le pouvoir qu'il croit exister sur les convulsioiH 
naires de pénétrer le secret des cœurs : si , étant chei un 
convulsionnaire, il vous eût dit les pensées les plus secrètes 
de votive cœur; qu'il vous eût averti d'une faute considé- 
rable où vous seriez tombé ; qu'il vous eût marqué une 
occasion précise où vous aviez négligé de prendre le meil- 
leur parti , celui que votre conscience vous indiquait pour 
lui en préférer un qui convenait moins , mais qui était plus 
selon votre goût. • • , si, dis-je , ce fait , qui est arrivé aussi 
bien que plusieurs autres aussi circonstanciés , était arrivé 
à vous-même , vous en seriez demeuré bien étonné (l)... 
On peut opposer à l'assertion qu'émet ici Poucet le tèmoî- 
guage d'une foule d'observateurs qui déclarent que souvent 
les convulsionnaires ne rencontraient pas plus juste en 
devinant les pensées des assistans qu'en proclamant d'a- 
vance la marche des évéuemens qu'ils croyaient entrevoir 
dans le lointain. Plusieurs faits m'ont cependant prouvé 
que les théomanes étaient très habiles à tirer des consé- 
quences de la moindre expression des gestes , et c'est sans 
doute cette habileté qui les faisait passer pour des espèces 
de devins. 

Voici , en définitive , comment se peuvent résumer les 
données, aujourd'hui difficiles à acquérir, que l'on pa^ 
vient à rassembler , en dépouillant les principaux écrits 

(1) G. de Montgeron, t. 2, p. 57. 



TUÉÛMÂNIE EXTATO-CONYULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 393 

qui traitent des événemens survenus à Saint-Médard après 
la mort de Paris. 

L'état morbide des agens de Tinneryation avait éclaté , 
à Saint-^Médard , dès le printemps de 1731, et n'avait pas 
cessé totalement en 17/il. 

Pendant huit mois , à peu près , il se traduisit surtout 
à Fextérieur par des accès convulsifs , et ces accès n'écla- 
taient guère que dans le charnier des Innocens où Tafflux 
du peuple était continuel, et où Ton avait sous les yeux 
le tableau des infirmes qui se débattaient , sur le marbre 
tomulaire de Paris, au milieu des convulsions. 

Les phénomènes musculaires offraient souvent les carac- 
tères de rhystérie; les femmes surtout avaient besoin 
d'être maintenues par des bras robustes, et leurs cris, 
leurs hurlemens s'entendaient au loin dans le champ lugu- 
bre de la mort. 

Sur les infirmes , les demi-paralytiques , les convulsions 
prenaient parfois le caractère de tics, de mouvemens brus- 
pies de la tète, des épaules, de secousses saccadées, agi- 
tant le membre habituellement impotent. Quelquefois aussi 
les accidens spasraodiques devaient ressembler à des se- 
cousses épileptiformes répétées. 

Pendant cette période , les rues voisines du cimetière 
étaient fréquemment encombrées de convulsionnaires qu'on 
cherchait à ramener à leur domicile , et dont les attaques 
recommençaient avec plus ou moins d'intensité, à chaque 
pas de leur course. 

Les filles jeunes et chlorotiqucs, les femmes, les enfans 
du peuple, les personnes atteintes de maladies jugées incu- 
rables, les appelans les plus passionnés, payaient en plus 
grand nombre leur tribut à l'épidémie. 

L'ordonnance royale qui fit fermer le chuetière de Saint- 



304 LITRE V. — • DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. II. 

Médard le 29 janvier 17S2; le soin que l'on prit de faire 
enlever et conduire à la Bastille, à Bicêtre, dans beaucoup 
d'autres lieux de dépôt , les convulsionnaires les plus re- ! 
nommés ; la défense que Ton fit aux tribunaux d'exercer ib 
des poursuites contre ces perturbateurs de Tordre public, ■ 
dans la crainte de fixer encore davantage l'attention des i 
citoyens sur leurs personnes, s'ils eurent pour effet de di- fi 
miimer d'abord le nombre des invasions et de présener \ 
quelques oisifs du contact des impressions, ne purent j 
pourtant point étouffer les con\*ulsions ; il arriva aux jan- 
sénistes ce qui était advenu aux camisards ; ils s'assem- 
blèrent en secret dans des lieux où la surveillance de l'au- 
torilé ne s'exerçait que très difficilement^ et l'idée qu^ils 
étaient l'objet d'une persécution injuste concourut à aug- 
menter rapidement des maux qu'on avait espéré de pré- 
venir. 

Le bruit s'étant répandu de tous les côtés, alors, qu'on 
guérissait de beaucoup de maladies , sous l'influence des 
convulsions, et que le diacre Paris, si l'on avait recours à 
son intercession , à la vertu de ses reliques , ne refusait i 
son assistance à personne, l'on vit éclater des phénomènes j| 
convulsifs dans une foule de localités ; il y eut des con- ^ 
vulsionnaîres à Troyes, à Corbeil, dans beaucoup d'autres | 
villes où l'exaltation religieuse se propageait avec la nou- , 
velle des miracles du diacre Paris. 

Des faits nombreux démontrent qu'après la clôture du . 
charnier, une multitude d'individus se rendirent convul- 
sionnaires en priant à l'église de Saint-Médard , en buvant 
de l'eau recueillie dans le petit cimetière , en avalant un 
peu de terre provenant de la fosse où gisait le diacre , en 
appliquant sur leur estomac quelques lambeaux d'étoffe, 
quelques fragmcns de bois provenant de la dépouille ou des 



THÉOHANIE EXTATO-GOnVULSIVE PARMI LES JANSÉNISTES. 395 

meubles de celui qu*on qualifiait de thaumaturge , en priant 
avec ardeur chez eux. 

Dès 17S2, l'hystérie se compliqua de phénomènes exta- 
tiques, de phénomènes cataleptiformes. Un bouleversement 
complet commença à régner dans les principales fonctions 
encéphaliques des convulsionnaîres. Le délire de la théo- 
manie mit le comble à tant d'accidens nerveux... Les plus 
ardens convulsionnaîres appetans, à l'exemple des convul- 
sfonnaires calvinistes, s'excitèrent le cerveau par la prière, 
par la privation de sommeil, par la privation de nourriture, 
et il ne régna plus que du désordre dans leurs détermina- 
tions, dans leurs jugemens, dans leurs sensations, dans 
leurs sentimens religieux. 

A partir de cette époque , les convulsionnaîres de notre 
capitale se signalèrent par la fréquence des improvisations, 
par leurs prédictions prophétiques, par la prétention d'o- 
pérer des miracles, par la prétention de parler des langues 
inusitées, par un besoin impérieux d'imiter le Christ mou- 
rant, d'indiquer en se faisant écarteler, pendre les pieds 
en Taîr, attacher par le cou à des pitons , d'indiquer, en se 
faisant crucifier, le genre de martyre qu'ils s'attendaient 
bientôt à souffrir. 

La monomanie de ces fanatiques oiTrit successivement 
une grande diversité dans ses modes d'expression. Les uns, 
pour ne laisser aucun doute sur le renversement des lois 
de la nature humaine , opéré en leur faveur , et qui , selon 
eux , les rendait invulnérables , demandèrent des secours 
et des moyens de guérison à des furieux qui les exposèrent 
mille fois à périr sous le poids des coups qu'ils leur admi- 
nistrèrent. ... Les autres parcoururent les promenades, les 
places, les avenues publiques, en cherchant à reconuailrc 
dans les groupes les Juifsdont ils annonçaient la conversion. 



396 LIVRE V. — DIX-Ht'lTlÈME SIÈCLE. — CUAP. II. 

eu cherchant du regard la Ggure du prophète Élie. D'auties 
organisent des missions et vont annoncer dans les pro- 
vinces la réforme qui se prépare dans la chrétienté.... On 
voit d*un côté des convulsionnaires qui prophétisent aa | 
nom du Saint-Esprit, et que des ecclésiastiques écoutent à ^ 
genoux ; de l'autre on aperçoit des Ihéomanes échevdéei \ 
qui avouent qu'un instinct secret les porte à se prostita» 
devant tout le monde, pour donner la mesure de Timpureté 
oii r Église devait tomber avant sa régénération. .. . A tout 
cela se mêlaient les phénomènes de Tenfance, le délire des 
convulsionnaires qui couraient après le prêtre Vaillant, 
qu'ils prenaient pour le saint prophète, et mille autres traits 
de Tolie partielle. 

Pendant le cours de la maladie des Cévennes , de sages 
calvinistes cherchaient, sinon à tempérer le glorieux élan 
qui portait leurs coreligionnaires à se battre pour leur M 
et pour la liberté, au moins à les soustraire à Fillusion qui 
leur faisait soutenir qu'ils participaient aux lumières et 
aux faveurs de la divinité ; beaucoup de sages jansénistes, 
après avoir payé un premier tribut d'admiration aux évé- 
ncmens qui frappaient leurs regards au tombeau de Paris, 
s'aperçurent aussitôt que les intérêts et la dignité de la re- 
ligion ne pourraient être que plus ou moins compromis par 
l'enthousiasme dés partisans des miracles , et ils firent de 
grands mais inutiles efforts pour modérer Teffervescence 
du délire religieux. Plusieurs d'entre eux,, après avoir même 
incliné à croire, dans le principe, que le Saint-Esprit avait 
bien pu favoriser quelques convulsionnaires de ses princi- 
paux dons, s'arrêtèrent à croire, vers la fin, eu gémissant 
sur les actions scandaleuses des appelans, que le démon 
s'était emparé des enfans de l'Église. Montgeron avoue lui- 
même que les théomanes qui couraient après le prophète 



THiOXÀNlS EXTATO-GOftVULSilrÈ PÀRMt LES JANS^KlSTES. 397 

Taillant, après le frère Augustin, ne pouvaient obéir qu'aux 
uggestions du démon. Mais ce furent surtout les jésuites, 
st généralement tous les partisans de Tinfaillibilité du 
pape, quis'appliquèrent à prouver que les convulsionnaires 
le Saint-Médard ne pouvaient être que des possédés. Dom 
Lataste mit à profit toutes les ressources de la dialectique 
et de rérudilîon pour faire voir aux fidèles que les tliéo- 
manes jansénistes étaient autant d'automates agissant et 
parlant sous Tinfluence des esprits damnés. 

c Gomment ne vous apercevez-vous pas, disait-il dans 
ses apostrophes aux jansénistes, que vous êtes dupes des 
artifices de Satan, que vous ressemblez à Montan et à ses 
prophétesses ? 

• Ce fanatique qui devait être le modèle de ceux d'au* 
jonrd'hui; mais que ceux d'aujourd'hui surpassent, saisi 
d'an esprit malin, commença tout à coup à s'agiter comme 
nn furieux et un insensé ; il débita bien des choses au ha* 
sard, il dit quelques paroles en langue étrangère, il se mit 
enfin à prophétiser... La nouveauté de ce spectacle attira 
alors, comme il a attiré de nos jours, l'attention du public. 
Les uns, s' attachant aux règles prescrites pour discerner 
l'esprit d'erreur de celui de vérité, et se rappelant les or- 
dres de Dieu, si précis et si sévères, de se tenir en garde 
contre les faux prophètes, justifièrent par leur jugement ce 
que nous pensâmes d'abord de vos prédicateurs enthousias- 
tes et furieux... Ils condamnèrent Montan comme un fou 
et un démoniaque et lui défendirent de dogmatiser. Mais 
comme le fanatisme ne saurait subsister avec l'obéissance, 
jamais on ne vit de fanatiques portés à obéir. Ceux donc 
qui, frappés du même vertige qui vous trouble, messieurs, 
avaient pris sottement l'esprit séducteur qui parlait dans 
Montan pour l' Esprit-Saint, et les discours qu'il faisait 



iQ& LIVRE y. — DlX-nUITl&Mfi SIÈCLE. ~ GHAP. It. 

dans le transport pour des effets d'un don propliétique, 
s'obstiuèrent à croire que ce faoalique était animé de Dienf 
comme vous vous opiniâtrez à révérer en pinceurs desvô- 
tres Fopération divine... Aussi vit-on bientôt chex eux de 
vos Husson, de vos Rosalie, de vos Invisibleé.,» je wasi 
dire Priscille et Maximille, femmes de vertu médiocrei qn, 
à Texemple de Montan, prononçaient des discours dansk 
fureur, et d'une manière extravagante, nouvelle et incon- 
nue dans r Eglise. L'illusion alla si loin qu'elle appprocka 
de celle d'aujourd'hui; car on vit des extrayagans qui sem- 
blaient trouver des délices dans leurs convulsions, qm es 
tiraient un motif de vanité, et qui enfin se repaissaient ds 
promesses également flatteuses et chimériques. CœurneiH* 
jourd'hui encore, vous auriez dit alors quelquefois que le 
diable était l'ennemi des vices, car il reprenait ouverte^ 
ment ceux dont il connaissait par coiyecture les péchés*.. 
C'est parla vertu du démon, selon saint Firmillien, qu'use 
convulsionnaire de son temps faisait des prédictions et des 
prodiges... C'est par l'inspiration du démon, qu'au rap- 
port de saint Grégoire de Tours, un faux Qirist connais- 
sait et révélait beaucoup de choses cachées, etc. , (1). • 

Par bonheur, le menu peuple avait perdu l'habitude de 
craindre les démons, et Taccueil plein de suiGsance et de 
mépris que les convulsiounaires opposaient à de sembla- 
bles remontrances n'était pas difficile à prévoir. Ces théo- 
mânes, courbés sous le poids des fatigues, exténués par k 
jeûne et les privations, qui passiiient leur vie à prier, i 
assister aux exercices du culte, à prêcher la charité et l'é- 
puration de l'Église, à soigner des malades, à opérer de 
prétendus miracles,à imiter la passion du Christ, les sup- 

(1) Dom Lataste, IctUts t/uoL, t. 2, p. 703, 704. 



THÉOMANIE EXTATO-COMVi;LSIY£ PARMI LES JANSÉNISTES. 399 

j^lices des martyrs» qui sentaient par instans en eux le 
souffle de Finspiration divine, qui eutendaient lu yoîk de 
TE^prit-Saint résonner dans leur poitrine» répondaient avec 
hauteur à leurs antagonistes : n*a-t-on pas vu cent fois des 
convulsions semblables aux nôtres éclater sur les tom- 
beaux des plus grands saints? Les mouvemens convulsifs, 
Itô extases» le don des langues, le don de prophétie, le 
don d'improvisation» n'ont-ils pas été Theureux partage 
des meilleurs chrétiens ? Ce qui est survenu sur le marbre 
de saint Augustin de Cantorbéry» oii une boiteuse sourde- 
muette fut prise de convulsions et guérie de ses infirmités» 
n'a-t-il pas pu s'eiTectuer aussi sur le marbre d'un saint 
tel que Paris? Nous tombons dans des extases, c'est vrai; 
maia saint Paul ^^ saint Françoi^Xavier» cent autres bien- 
beureux ont été. sujets à des rayissemens. Les filles de 
Saiut-Médard sont exposées sans aucun doute à dés attitu- 
des peu décentes; mais sainte Marie d'Oignies, pendant ses 
crises nerveuses» se tordait les membres d'une manière 
affireuse, elle se frappait le corps à coups de poing ; sainte 
Ursule, fondatrice des théalins, se débattait pendant ses 
accès convulsifs avec tant de force que les assistans la cru- 
rent plus d'une fois vexée par des diables. Marguerite de 
Gordoue grinçait des dents, se roulait par terre, se tordait 
comme un ver, en pleine église, devant toute la populace. 
Sainte Thérèse, Catherine de Sienne s'agitaient si violem- 
ment pendant leurs extases, que leurs membres semblaient 
vouloir se séparer du tronc. 11 n'y a donc point de home à 
passer par ces épreuves. Vous êtes bien libres de nous trai- 
ter d'insensés et de furieux, parce que nous prophétisons. 
N'est-il pas dit dans les Écritures que les amis d'Ëzéchiel» 
choqués de l'inconvenance de ses gestes, le prirent pour un 
fou et quMls le garrottèrent avec des cordes? Saint Au* 



400 LIVRE V. — MX-HUITlËlfE SIÈCLE. — CHAP. tl. 

gustin n'avouc-t-il pas qu'Elisée et les autres prophètes 
n'obteuaient aucune marque de respect du peuple juif qui 
les qualifiait d'insensés ? Glarus ne fait-il pas remarqner 
avec la même vérité que les méchaos comparaient les jift^ 
phètesà des aliénés, parce que sou vent ils étaient privés de 
sentiment? 

Quand des hommes et des femmes infatués ainsi delenn 
perfections et de leur sainteté pullulent par milliers dans 
une cité, il faut se hâter de multiplier le nombre des asiles 
que Ton réserve aux maladies de Tesprit 



S IV. 

La dëmoDoiHithie eoiDpli<|iiëe de sonmambalisme devient contagieuse daMb 

commune de Landes^ près de Bayeux (1). 

1732. 



En 1732, au moment où l'épidémie convulsive de Saint* 
Médard atteignait à Paris un degré d'intensité qu'il eût été 
difiicile de prévoir, la démonopathie reparaissait dans ane 
bourgade de Normandie , avec les caractères qu'elle avait 
tant de fois présentés déjà sur les filles clottrées en diffé- 1( 
rens pays. Ce furent , suivant la coutume , l'abus des pra- 
tiques religieuses , la mauvaise direction des idées et des ft 
sentimens qui se rapportent au salut ^ à Taccomplissement ii 
des devoirs de Fhomme envers le Créateur, le désir iin- ^1 
modéré d'atteindre à une excessive perfection de l'ame, i 
l'exagération des terreurs de l'enfer, des craintes que peu- i 

(1) Consultez : Le pour et te contre de la possession des filles de lapd' î 

roUse de Landes^ diocèse de BajreuXf un volume in-S». — La réalité de la ^ 
possession est soutenue par le sieur de Laupartie, par le curé Heurtin ; elle «1 

attaquée par Cli. Gabriel Porcfe, prêtre. ) 



DÉMONOPATHIE DES PILLES DE BAVEUX. 401 

yent inspirer à la créature les ruses du démon , qui don- 
nèrent lieu à la monomanie des filles de Landes. 

En 1723, un prêtre connu par Tîntempérance de son 
lèle religieux , auquel ses supérieurs avaient interdit deux 
fois presque tout de suite l'exercice des fonctions ecclé- 
siastiques, vint prendre possession de la cure paroissiale 
de Landes. Le sieur de Laupartie, seigneur de cet endroit , 
accueillit avec une satisfaction mêlée d'enthousiasme ce 
. touveau curé , sur lequel il avait depuis longtemps jeté 
les yeux comme sur T homme le plus capable de former sa 
jeune famille aux pratiques d'une piété exemplaire. Dès le 
commencement du carême de 172/i, la fille ainée du sieur 
de Laupartie , âgée seulement alors de dix ans , et que 
Ton désirait faire admettre à Pâques à la table de la com- 
munion , tomba tout à coup dans le plus affreux délire. 

Cette petite fille n'avait donné jusque là à ses père et 
idère que des marques d'obéissance et de tendresse ; son 
éducation morale et religieuse n'avait pas été un instant 
négligée depuis le berceau ; cependant on l'entendit subi- 
tement proférer des paroles grossières, insulter ses proches, 
blasphémer contre la Providence et contre Dieu. Chaque 
fois qu'on l'exhortait à se rattacher à ses anciennes habi- 
tudes de piété, elle entrait en fureur et s'abandonnait à des 
démonstrations difficiles à réprimer. Le sieur de Laupar- 
tie , désolé de la révolution qui venait ^de s'effectuer dans 
les habitudes morales de son enfant, n'hésita pas une se- 
conde à attribuer ce funeste changement à une influence 
diabolique. Le haut clergé, s' associant à ses vues, cédant 
à ses instances, décida que l'on tenterait sur cette petite 
éner^mène l'emploi des secours spirituels. Ce fut dans 
le couvent du Bon-Sauveur, à Saint-Lô, que l'on procéda 
I la cérémonie de3 exorcismes. Un prompt succès parut 

Tome M " 23 



402 LIVRB Y. --* UX-HUITIÈMB SIÈCLE. ^ CHAP. II. 

couronner les efforts du clergé : avant la fin de rautorane, 
la jeune malade , redevenue docile et traitable ^ put faire 
sa première communion et revenir au domicile paternel. 

Au bout de huit années , explosion d'un nouvel accès de 
délire anti-religieux. La rechute qui vient d'atteindre cette 
jeune fille semble avoir été provoquée par la vue d'ane 
sienne sœur qui a été subitement attaquée à son tour de 
convulsions et de démonopatbie. A la vue de ces accidens, 
le sieur de Laupartie se persuade plus que jamais que le 
diable convoite la perte de sa famille. Le désespoir de ee 
père infortuné est porté à son comble lorsqu'il apprend 
que sa troisième fille et une femme attachée au service de 
sa maison sont également en proie au délire de la posseflr 
sion. Les progrès du mal n'en restèrent pas là; deux re- 
'igieuses chargées de diriger l'éducation des enfans du peu- 
ple à Bayeux, la servante du curé de Landes et une jeune 
paysanne de ce dernier village subirent aussi l'influence 
de la contagion et participèrent aux tourmens qui caradé- 
risent la démonopatbie* 

Les citations suivantes^ que j'emprunte à un mémoire 
rédigé par le sieur de Laupartie, ne peuvent manquer di^ 
faire impression sur l'esprit de quiconque aime àapjNrofti- 
dir la fragilité de notre nature; on lit dans cet écrit où loi 
fiiits sont exposés avec une véritable candeur : 

c Les filles de Landes font paraître fréquemment des 
mouvemens subits d'une aversion et d'une haine inconce- 
vable contre Dieu , mais surtout contre le saint sacrement '^ 
Elles profèrent contre lui mille blasphèmes et mille exé- ^^ 
crations qu'on aurait horreur de rapporter; elles y oDt ; 
ajouté souvent de cracher sur le tabernacle, de le regarder j* 
avec des yeux horribles et de dire qu'elles souhaîteraieit p 
de tout leur cœur que quelque ennemi pût en tirer le lœi- 



DÉMONOPATHIE DES FILLES DE DAYEUX. 403 

songe qui y est enfermé et de réduire tout cela en cendre... 
ou de le leur donner pour le fouler aux pieds et se venger 
des tourmens qu'il leur faisait souffrir. 

» U faudrait voir pour croire jusqu'où va leur haine et 
leur mépris contre leurs pères et mères. Souvent elles ne 
peuvent les voir ni en entendre parler; elles leur refusent 
jusqu'aux termes de père et de mère, auxquels, elles en 
substituent des plus injurieux et des plus méprisans. U n'y 
a injures dont elles ne les accablent et mal qu'elles ne leur 
souhaitent; elles vont jusqu'à les frapper, déchirer leurs 
babils , les mordre cruellement , casser et briser tout , et 
font généralement tout ce qu'elles peuvent pour leur faire 
de la peine et les irriter. Elles excitent jusqu'aux domes- 
tiques à en faire autant. Si elles leur font quelque satis-* 
faction dans les momens de liberté , leur donnent quelques 
marques d'honnêteté, de reconnaissance, ou prononcent 
les seuls mots de mon père , ma mère , elles tombent sur 
Je champ en syncope, ou entrent un instant après dans 
une plus grande rage contre eux , et font voir un vif regret 
de leur avoir donné ce petit contentement. 

» Elles ne paraissent respirer que le mal; elles font même 
paraître une joie extrême à le voir faire ; il n'y en a point 
qu'elles ne se souhaitent ardemment et qu'elles ne souhai- 
tent aux autres, pour le temps et pour l'élernité, comme : 
que le tonnerre ou la maison puisse tomber sur elles; 
que tout le monde pût périr et être damné avec elles... 
Elles chérissent encore les méchans; elles les traitent d'if- 
mis, de camarades, et en font un grand éloge. 

» Elles paraissent, au contraire, dans une tristesse et 
une rage extrêmes de voir faire le bien, pratiquer la vertu 
.-et surtout de voir prier Dieu , chanter ses louanges, rece- 
:Yoir les sacremens , particulièrement la communion» Elles 



404 LIVRE Y. — DIX-HUÏTlfcMK SlÊCLE. — CHAI». II. 

crient aux communîans quMls vont s'empoisonner, qu'elles 
seraient bien fâchées d'en faire autant. . . Elles ne peuvent 
supporter la compagnie de personnes vertueuses, ni qu'on 
en parle : elles les maltraitent souvent de paroles et de 

fait Leur aversion est encore des plus grandes contre 

les prêtres, mais particulièrement contre ceux dont la con* 
duite répond à la sainteté de leur caractère. 

» On a une peine infinie à les faire prier Dieu ou for- 
mer quelque acte de religion. Elles entrent sur le champ 
dans des fureurs extrêmes , tombent à chaque instant en 
syncope, et au moindre mot qu'elles veulent en prononcer, 
elles disent qu'elles perdent la mémoire de tout ce qu'elles 
ont à dire, et ont la langue tellement liée qu'elles ne peu- 
vent , après bien des efforts , que prononcer au plus la 
première syllabe, pendant qu'elles l'ont en même temps 
bien déliée pour prononcer mille juremens... 

» Elles ont encore beaucoup de difDculté d'entendre la 
messe, l'office divin, le salut du saint sacrement, mais sur- 
tout le salut de la messe depuis la consécration jusqu'à la 
communion. Elles disen t y souffrir de grands maux de tète 
et des oppressions d'estomac très violentes ; elles y ont des 
agitations affreuses, elles y profèrent mille blasphèmes 
exécrables contre le saiut sacrement; elles aboient en 
même temps, sifflent, crient, hurlent. Elles tombent pour 
l'ordinaire en syncope et à la renverse à la bénédiction du 
saint sacrement et à l'élévation de l'hostie , et ressentent 
assez souvent un grand mal de cœur à la communion du 
prêtre, à qui elles disent mille injures, particulièrement 
pendant ce temps. 

» Elles n'ont pas moins de peine à se confesser qu'à 
prier Dieu. Dès qu'elles entrent au confessionnal , elles 
perdent pour ainsi dire la tramontane et entrent dans des 



BÉMONOPATHIE DES FILLES DE BAYEUX. 405 

agitations extrêmes. Elles y font des cris , des huriemens 
et des tintamarres effroyables. Elles y jurent et vomissent 
mille injures contre le confesseur qu'elles frappent même 
assez souvent. Elles s'y mordent les bras et les mains, dé- 
chirent leurs habits et tout ce qu'elles rencontrent; elles 
se plaignent d'y perdre la mémoire de leurs fautes et d'a- 
voir la langue entièrement liée ; ou elles tombent à la ren- 
verse et en syncope dès qu'elles veulent prononcer le 
moindre mot de leur accusation. On ne leur fait surmon- 
ter toutes ces difficultés qu'avec beaucoup de peine et de 
temps, et en les aidant par des commandemens au nom 
de Jésus, par l'application des reliques ou de l'étole. 

» Rien n'approche de l'opposition et de l'horreur qu'elles 
font paraître pour la sainte communion.... On a toute la 
peine à les en faire approcher, malgré le désir ardent 
qu'elles marquent en avoir intérieurement. Elles sont sai- 
sies d'effroi, de tremblemcns et d'agitations extrêmes. Elles 
pleurent , elles font des cris et des huriemens effroyables; 
elles se frappent, sq mordent cruellement; elles grincent 
les dents, aboient, jurent, blasphèment contre le saint sa- 
crement. Elles lui tendent le poing , le regardent avec des 
yeux horribles, et sont comme des chiens enragés. Si elles 
font quelque effort pour recevoir la sainte hostie, elles sont 
renversées sur le champ avec violence par terre ou entre 
les bras de ceux qui les tiennent , et le plus souvent en 
syncope; ou bien il leur survient une toux sèche, une soif 
ardente, un grand mal de cœur, une faiblesse extrême, une 
espèce de boule dans la gorge qui la gonQe considérable- 
ment et en bouche le passage. Enfin , ce n'est que par la 
persévérance et les commandemens réitérés que l'on fait 
cesser tous ces obstacles et qu'on leur fait rendre la liberté 
de recevoir la sainte hostie avec révérence et piété ; aprèi 



406 LIVRE V. — blX-IIUlTIÈXE SIÈCLE. — CHAP. II. 

quoi elles demeurent tranquilles pendant quelque temps... 

» Les exorcismes leur sont aussi extrêmement terribles. 
Elles sont dans des agitations et une rage qu*on ne peut 
exprimer.... Elles y ajoutent les cris , les hurlcmcns , les 
blasphèmes les plus grands. Elles n'cparçnent rien pour 
irriter le Christ, et leur audace va jusqu'à le défier de se 
venger de leurs insultes, désirant, et lui demandant m&ne 
comme grâce de les abîmer plutôt en enfer que de les faire 
servir à sa gloire... Bien plus , toutes ces agitations, ces 
blasphèmes, ces fureui's redoublent extraordinairement 
aux endroits des exorcismes où Ton rappelle au démon 
ridée de son ancien bonheur et de son malheur présent... 
ou qu'on lui commande de sortir... 

» Quoiqu'elles aient peu de tranquillité et qu'elles soient 
pi*esque toujours agitées ou extérieurement ou intérieure- 
ment, à ce qu'elles assurent, ce qui fait qu'elles ne peuvent 
travailler ni s'occuper presque à aucune chose de bien et 
d'utile, on remarque qu'elles le sont beaucoup plus les 
jours de pénitence et de fêtes, surtout aux grandes solen- 
nités; c'est pourquoi elles n'osent presque pas approcher 
de l'église ces jours-là... 

t Les discours qu'elles tiennent quelquefois sur la reli- 
gion font horreur. Elles en parlent en hérétiques, en athées, 
et elles excitent les autres à ne pas se gêner sur tout cela. 
Toutes les hérésies et la morale la plus relâchée sont fort 
de leur goût. Elles ajoutent même quelquefois que toute la 
religion n'est que mensonge, que c'est folie de croire qu'il 
V ait des diables et môme un Dieu... 

» Elles paraissent prendra un grand plaisir à mentir et 
à calomnier et elles le font^vec une malice et une facilité 
des plus grandes. Elles disent encore les choses les plus 
désobligeantes à tout lo monde qu'elles traitent par toi, et 



DÉMONOPAtHIB DES FILLES DE BATEUX. 407 

tvec le plus grand mépris, même les dignités les plus i^s- 
pectabtes... Quelques-unes ont été jusqu'à proposer de les 
adorer et de se donner à elles, de faire des pactes avec 
elles... Bien plus, une autre a eu Taudace d'ajouter dans 
un exorcisme qu'elle était celui qui est. 

t Deux d'entre elles ont une inclination violente à aller 
très souvent en certains lieux. ... où l'on est obligé de les 
suivre, et où elles ne sont pas plutôt arrivées, seules ou 
non , qu'elles tombent à la renverse et en syncope à l'as- 
pect de certains objets, c'est-à-dire de certaines personnes 
qu'elles disent y voir. Elles disent encore que c'est par 
l'apparition de ces mêmes objets à l'église et à la maison 
qu'-elles sont effrayées , renversées par terre et en syncope 
les yeux fixés vers eux. On reconnaît qu'elles les voyenl 
pour l'ordinaire des yeux du corps en leur couvrant le 
visage ; ce qui leur en ôte sur le champ la vue et les tran- 
quillise; au lieu qu'elles les; voyent également malgré ce 
moyen quand elles ne les voyent que par l'imagination 

» Elles sont accablées le plus souvent d'une tristesse et 
d'un désespoir extrêmes et cela sans aucun sujet. Elles en 
sont saisies subitement et délivrées de même sans qu'il en 
reste la moindre chose dans leur esprit. C'est particulière- 
ment dans ces temps qu'elles disent être tentées de la ma- 
nière la plus violente d'abandonner tous les devoirs de chré- 
tiennes, de ne plus rendre à Dieu aucun culte, de renoncer 
même formellement à lui et de se donner entièrement au 
démon. ... La tentation de se détruire est même si violente 
qu'elles n'osent pas, souvent , s'approcher des fenêtres.... 
ni de l'eau , ni laisser sur elles des couteaux , des ciseaux 
oa autres choses semblables ! 

» Leurs colères et leurs fureurs sont sans bornes et vé- 
ritablement diaboliques. Elles crient , juixîot et font des 



#. 



406 LIVRE V. — blX-HUITIÈAIE SIÈCLE. — CHAP. II. 

« 

quoi elles demeurent tranquilles pendant quelque temps... 

» Les exorcîsmes leur sont aussi extrêmement tenribles. 
Elles sont dans des agitations et une rage qu*on ne peat 
exprimer.... Elles y ajoutent les cris , les hurlemens, les 
blasphèmes les plus grands. Elles n'épargnent rien pour 
irriter le Christ, et leur audace va jusqu'à le déBer de se 
venger de leurs insultes, désirant, et lui demandant môme 
comme grâce de les abîmer plutôt en enfer que de les faire 
servir à sa gloire. . . Bien plus , toutes ces agitations , ces 
blasphèmes, ces fureurs redoublent extraordinairement 
aux endroits des exorcismes où Ton rappelle au dérnoo 
ridée de son ancien bonheur et de son malheur présent... 
ou qu'on lui commande de sortir... 

» Quoiqu'elles aient peu de tranquillité et qu'elles solcDt 
presque toujours agitées ou extérieurement ou intérieure- 
ment, à ce qu'elles assurent, ce qui fait qu'elles ne peuvent 
travailler ni s'occuper presque à aucune chose de bien et 
d'utile, on remarque qu'elles le sont beaucoup plus les 
jours de pénitence et de fêtes, surtout aux grandes solen- 
nités; c'est pourquoi elles n'osent presque pas approcher 
de l'église ces jours-là... 

» Les discours qu'elles tiennent quelquefois sur la reli- 
gion font horreur. Elles en parlent en hérétiques, en athées, 
et elles excitent les autres à ne pas se gêner sur tout cela. 
Toutes les hérésies et la morale la plus relâchée sont fort 
de leur goût. Elles ajoutent même quelquefois que toute la 
religion n'est que mensonge, que c'est folie de croire qn'îl 
V ait des diables et môme un Dieu... 

» Elles paraissent prendre! un grand plaisir à mentir et 
à calomnier et elles le font^ec une malice et une facilité 
des plus grandes. Elles disent encore les choses les plus 
désobligeantes à tout lo monde qu'elles traitent par toi, of 



dëmonopâtuie des filles de baveux. 409 

dans leurs fureurs , surtout uue ; mais c'est pour Fordi- 
Baire fort inutilement à F égard de celle-là; car quelqu'in- 
dastrie que Fou emploie à la lier par le corps , les bras et 
les pieds dans son lit ou dans un fauteuil , tous les nœuds 
étant par dessous la couche ou derrière le fauteuil , les 
bandes et autres ligatures étant tellement serrées et entre- 
lacées qu'elle ne peut remuer aucune partie de son corps ,. •• 
on n*est pas détourné... qu'elle se trouve déliée dans Fins- 
tant (1). » 

En somme, toutes les aberrations fonctionnelles sur les- 
quelles on vient d'appeler notre attention consistent dans 
la perversion des sentimens religieux, dessentimens aifec-» 
tifs, dans la tendance au mal et dans Faversion pour le bien; 
elles se trahissent à l'extérieur par le retour des hallucina- 
tions visuelles , par des alternatives de tristesse avec pen- 
chant au suicide, ou de fureur avec prédominance des idées 
relatives à la possession diabolique. L'on ne voit pas la 
nécessité de recourir à Fintervention des causes surnatu- 
relles pour rendre raison d'accidens aussi vulgaires, et 
dont quelques-uns se reproduisent journellement sous nos 
yeux dans les maisons d'aliénés. IlsufTit de ne pas perdre de 
vue que les sujets affectés de démonopathie se considèrent 
comme la représentation d'autant de diables incarnés pour 
expliquer les sentimens de haine, d'aversion et de mépris 
que les filles faisaient éclater chaque fois qu'on leur van- 
tait la perfection du Christ ; pour expliquer les tremble- 
mens, les accès de rage, l'horrible désespoir qu'elles 
éprouvaient lorsqu'on s'obstinait à les conduire à Féglise, 
au confessionnal , à leur faire réciter des prières ; pour 
expliquer les cris , les vociférations , les aboiemens , les 

(1) Ouvrage cib(, depuis la page 8 jusqu'à la page ^. 



408 LIVRE V« — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. lU 

tintamarres effroyables. Elles cassent, brisent, déchirent 
jusqu'à leurs habits et tout ce qu'elles aiment le plus. EUei 
se frappent le yisage à coups de poing, se déchirent à bella 
dents les bras et les mains ou se les coupent avec des d- 
seaux; et font contre elles mille imprécations terribles 
EUes en font autant à ceux qui veulent les approcher et 
les contenir; de sorte qu'on est obligé de les lier très sou- 
vent Elles vomissent alors les plus horribles blasphèmes 
contre Jésus ; elles se mettent pour la moindre chose , et 
souvent sans aucun sujet, tout à coup dans cet état qui finit 
' aussi subitement. ... à l'application des reliques. 

» Elles disent que les différentes impressions de haine, 
de colère , de désespoir qui se font tout à coup sur leur 
cerveau, leur y font ressentir comme un plomb très 
pesant, ou une chaleur, ou un froid extrême. Elles ajou- 
tent qu'elles y ressentent encore très souvent des douleurs 
insupportables , de même que dans les bras et dans les 
jambes, et que tout cela passe dans l'instant d'une partie 
de la tête à une autre, d'un bras à l'autre ou d'une partie 
du même bras à une autre par l'application des reliques, 

ou à l'impression du sigue de la croix sur ces parties 

et que cela cesse enfin après quelque résistance , si oo y 
ajoute, surtout, des commandemens, au nom de Jésus... 

» Quoique leurs agitations soient telles qu'elles ont du- 
ré quelquefois des trois-quarts d'heure sans discontinuer, 
et que quatre ou cinq personnes des plus fortes ne suffi- 
saient pas quelquefois pour en contenir une , leur poub 
était cependant aussi tranquille et aussi égal que dans k 
repos le plus parfait, ou s'il y arrivait quelquefois quel- 
qu'altération , elle était si peu sensible qu'on peut b 
compter pour rien.... 

> On a dit qu'on était très souvent obligé de les lier 



DÉMONOPATHIE DES FILLES DE BAYEUX. 411 

grande vitesse , sans faire le moindre faux pas. Elle s'est 
jetée plusieurs fois avec violence le corps dans un puits , 
Sans antre appui que de se tenir suspendue au bord par 
les mains. Une autre a passé tout son corps par les fenê- 
tres des chambres, des escaliers et des greniers, et s'y est 
exposée, de même que sur les puits, d'une façon qui fait 
trembler... Et elles sont Tune et l'autre, en tout cela, en 
même temps en syncope (dans le somnambulisme) (1). » 

L'état tout spécial de l'appareil nerveux et des facultés 
intellectuelles qui président à l'exécution des mouvemens, 
à Faccomplissement des actes volontaires pendant le som- 
nambulisme ordinaire, permet souvent alors aux sômnam- 
bnlesde tenter impunément des entreprises que la veille rend 
périlleuses. On ne doit pas s'étonner, à plus forte raison, si 
des-fiUes soutenues par l'exaltation du délire, soutenues par 
ridée que le démon dont à leurs yeux la puissance est sans 
bornes préside au succès de leurs tours de force, sont quel- 
quefois tentées, durant leurs accès de somnambulisme, 
d'affronter mille dangers , et si elles sortent quelquefois 
avec bonheur des entreprises les plus dangereuses et les 
plus téméraires; mais on n'en doit pas moins redoubler 
de surveillance autour des démoniaques que l'on sait en- 
clins au somnambulisme, et disposés pendant cet état à 
courir sur les toits, à se suspendre sur l'ouverture des puits 
ou sur des abîmes. 

Les prétendues ^nergumènes du diocèse de Bayeux 
éprouvaient les effets du somnambulisme chaque fois que 
des sensations réelles ou imaginaires les impressionnaient 
désagréablement, ou de manière à leur faire supposer que 
la patience de leur démon était mise à l'épreuve. L'aspect 

(1) Ouvrage cilé, p. 30 el p. 2î. 



410 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME $1È€LE. — €HAP. II, 

blasphèmes, les juremens qu'elles proféraient pendant les 
exoreismes ou lorsqu'on exigeait d'elles qu'elles avalassent 
le pain de la communion; pour expliquer les morsnres 
qu'elles se faisaient, les luttes violentes qu'elles engageaient 
contre ceux qui les poussaient à bout , enBn tout ce dé- 
ploiement de force qui rendait inutile l'application des ocn> 
des et des ligatures les mieux disposées pour enchatner 
leurs mouvemens et leurs efforts. 

Les énergumènes de la commune de Landes étaient su- 
jettes à des accès extatiques, à des accès de somnambu- 
lisme. La persistance des idées maladives pendant ce der- 
nier état est indiquée par la nature des actes et des 
extravagances auxquels il arrivait parfois alors à ces ma- 
lades de se laisser aller. Il est dit dans la relation des bits 
qui concernent ces filles : « Elles aboient comme des chiens, 
mais une entre autres le fait avec tant de force et t» 
semblance aux plus gros chiens qu'on aurait peine à dis- 
tinguer ses aboiemens des leurs, si on n'en était pas té- 
moin ou qu'on n'en fût pas prévenu, quoiqu'elle soit 
souvent pour lors tombée en syncope (dans le somnambu- 
lisme) , le corps renversé en arrière et en arc ; ce que les 
médecins qui en ont été témoins ont regardé comme une 
chose extraordinaire , et qui le parait en effet , d'autant 
plus que leur corps est pour lors dans une contrainte 
extrême et qu'elles sont privées de tout usage de la raison 
et des sens. » Je lis dans un autre paragraphe : « Elles sont 
d'une hardiesse ou plutôt d'une témérité surprenante à 
s'exposer aux plus grands dangers, où elles périraient cent 
fois si Dieu ne les y conservait particulièrement , ou plu- 
tôt si la même force qui les y entraine ne les y soutenait 
par un ordre spécial de Dieu. Une a marché plusieurs fois 
en arrière comme en avant sur un mur très haut, avec une 



DÉMONOPATHIE DES FILLES DE BAYEUX. 411 

grande vitesse , sans faire le moindre faux pas. Elle s'est 
jetée plusieurs fois avec violence le corps dans un puits , 
Sans autre appui que de se tenir suspendue au bord par 
les mains. Une autre a passé tout son corps par les fenê- 
tres des chambres, des escaliers et des greniers, et s'y est 
exposée, de même que sur les puits, d'une façon qui fait 
trembler... Et elles sont Tune et l'autre, en tout cela, en 
même temps en syncope (dans le somnambulisme) (1). » 

L'état tout spécial de l'appareil nerveux et des facultés 
intellectuelles qui président à l'exécution des mouvemens, 
à raccomplissement des actes volontaires pendant le som- 
nambulisme ordinaire, permet souvent alors aux somnam- 
bules de tenter impunément des entreprises que la veille rend 
périlleuses. On ne doit pas s'étonner, à plus forte raison, si 
des-filles soutenues par l'exaltation du délire, soutenues par 
ridée que le démon dont à leurs yeux la puissance est sans 
bornes préside au succès de leurs tours de force, sont quel- 
quefois tentées, durant leurs accès de somnambulisme , 
d^affronter mille dangers , et si elles sortent quelquefois 
avec bonheur des entreprises les plus dangereuses et les 
plus téméraires; mais on n'en doit pas moins redoubler 
de surveillance autour des démoniaques que l'on sait en- 
clins au somnambulisme , et disposés pendant cet état à' 
courir sur les toits, à se suspendre sur l'ouverture des puits 
on sur des abîmes. 

Les prétendues énergumènes du diocèse de Bayeux 
éprouvaient les effets du somnambulisme chaque fois que 
des sensations réelles ou imaginaires les impressionnaient 
désagréablement, ou de manière à leur faire supposer que 
la patience de leur démon était mise à l'épreuve. L'aspect 

(1) Ouvrage cilé, p. 30 cl p. 2 î. 



I 



4i2 LIVRE Y. — mX-HUiïlÈME SIÈCLE. — CUAP. II. 

d'un lieu saint, la vue d'une croix, d'une étole, d'un autel, 
le son des cloches, les démonslrations du prêtre, au mo- 
ment de la consécration du pain, de la bénédiction, la sa- 
veur de l'eau bénite . l'aspect de personnages imaginaires 
qui s'offraient par momens à leurs regards, suffisaient sou- 
vent pour provoquer le retour des accès extatiques ; da 
reste la fréquence de ces accès était tellement répétée, 
qu'il n'était pas possible à beaucoup près de toujours dé- 
couvrir la sensation ou l'idée qui avait suscité ce genre 
d'accident. 

L'aliéné qui voit son ennemi gesticuler dans le lointain; 
qui se persuade qu'il met en jeu les batteries de la physi- 
que, ne tarde pas à ressentir dans l'intérieur du corps, sur 
le trajet des membres et des principales articulations, les 
effets les plus douloureux. L'aliéné qui se persuade qu'on 
lui apporte une nourriture empoisonnée n'a pas plutôt porté 
le premier morceau à ses lèvres , qu'il ressent déjà dans 
l'estomac et dans les entrailles des déchireniens cruels. 
L'aliéné qui prêle l'oreille aux accens de la voix de Dieu, 
qui entend cette voix lui annoncer qu'il est condamné, 
pour le châtimenl de ses crimes, à une immobilité absolue, 
perd pour l'instant toute espèce d'empire sur ses mou- 
vemens. 

Les malades de la paroisse de Landes, convaincues que 
le démon ne veut pas qu'elles récitent des prières, qu'elles 
fassent des lectures pieuses, qu'elles écoutent la parole da 
prédicateur, deviennent parfois muettes lorsqu'on leur or 
donne de répéter les oraisons, aveugles dès qu'elles ouvrent 
un livre d'église, sourdes dès qu'elles se recueillent pour 
entendre le sermon d'un prêtre; que si la phonation et 
l'exercice des facultés sensitives restent libres, une oblité- 
ration subite des facultés intellectuelles les met aussitôt 



DfiMONOPATHIE DES FILLES BE BAYEUX. 415 

do gosier jusque dans rest(miac^ bien qu'ils n'aient subi 
aucune espèce de division et de broiement, et dont la na- 
ture est aussi évidemment hystérique; mais ces pbénomè* 
nés, sans rien offrir de diabolique, n'en ccmstituaient pas 
moins un état pathologique digne d'un haut intérêt 

Finalement, les accidens qui se succédèrent sous une 
infinie variété de formes, sous tant de modes d'expression 
différens, sur les prétendues possédées de Landes, prove- 
laient d'un dérangement de certaines parties de l'appareil 
MTveux qui jouent un rôle obligé dans l'accomplissement 
des fonctions sensitives, intellectuelles, morales et loco- 
motives, et l'altération qui donnait lieu à la fureur, les dif- 
férentes lésions auxquelles se rattachaient les idées fixes, 
les hallucinations, les sensations anormales, les spasmes^ 
les phénomènes extatiques notés sur ces aliénées, ne pou- 
vaient point être raisonnablement imputés à la malice du 
démon ou des démons. La plupart des théologiens, des 
évêques et des curés qui avaient d'abord émis l'opinion 
que les filles du diocèse de Bayeux devaient être classées 
parmi les énergumènes ne balancèrent pas, vers 17â/i, à 
la rétracter , et à se rattacher à la manière de voir des 
patbologistes qui soutiennent qu'à présent, au moins, le 
diable est étranger à la production de l'aliénation mentale; 
il fat aussi décidé que le curé de Landes, qui avait contri- 
boé par son fanatisme à faire naître la démonopathie dans 
sa paroisse, serait encore une fois suspendu de ses fonc- 
tions. Ce prêtre fut même incarcéré à l'abbaye de Belle- 
Étoile. D'après le conseil des médecins on prit aussi, mais 
bien tardivement, le parti de faire traiter dans des maisons 
religieuses séparées et convenablement tenues toutes les 
filles qui avaient présenté les symptômes du délire antl-re* 
ligieux. J'ignore si cette mesure, d'ailleurs si sage, contrt* 



\ 



416 LIVRE y. — DIX-HUITIÈMB SiftCLB. — CHAP. II. 

bua au prompt rétablissement de toutes ces monomaniaqaes; 
mais quand on songe que quatre prêtres et un grand vicaire 
furent occupés pendant toute une année à faire des conju- 
rations , des exorcismes autour de la petite Claudine, dans 
Tespoirdela déban*asser des tourmens de son prétendu 
démon; que pendant Tannée 1733 deux prélats, cinq 
grands vicaires et neuf curés déployèrent à tour de rôle 
foutes leurs ressources spirituelles pour dompter Tobsti- 
nation et la rage des esprits qu'on disait installés dans le : 
corps des deux plus jeunes sœurs de cette même jeune ^ 
fille et dans le corps des autres prétendues énergumènes ; K 
qu'on mit tout en œuvre jour et nuit depuis le matin -i 
jusqu'au soir et depuis le soir jusqu'au matin pour amener k 
des malheureuses en délire à prier, à prêter l'oreille à des 
exorcismes, à tenter de se rendre à l'église, à faire un effort 
pour s'approcher du confessionnal, pour recevoir le pain 
de la communion, nonobstant l'horreur que la nature de |s 
leur mal leur inspirait pour tous les actes qui avaient trait |i 
à la dévotion, on ne peut pas s'empêcher de blâmer l'ini- 
prudence d'un zèle qui n'avait d'autre effet que d'entrete- 
nir la persistance du désespoir et de la fureur sur les pau- 
vres filles qu'on avait la prétention de soulager. Du reste, 
le clergé de Bayeux ne crut pas seul à la réalité de la pos- 
session des filles de Landes ; Ândry, Winslow, les deux 
Chomel^ après avoir lu la relation des accidens observés 
sur ces malades, au lieu de déterminer et de caractériser, 
comme ils l'auraient dû faire, la nature des phénomènes 
morbides qui constituent le délire anti-religieux, n'hésitè- 
rent point à certifier que les symptômes notés dans cette 
circonstance surpassaient les forces de la nature, et qu'on 
ne pouvait les rattacher à aucune lésion physique. Le 
conseil de la Sorbonne, renchérissant sur les conclusions 



DEMONOPATHIE DES FILLES BE BAYEUX. 415 

An gosier jusque dans rest(miac» bien qu'ils n'aient subi 
aucune espèce de division et de broiement, et dont la na- 
ture est aussi évidemment hystérique; mais ces pbénomè* 
Bes, sans rien offrir de diabolique, n'en ccmstituaient pas 
moins un état pathologique digne d'un haut intérêt 

Finalement, les accidens qui se succédèrent sous une 
infinie variété de formes, sous taut de modes d'expression 
difTérens, sur les prétendues possédées de Landes, prove- 
naient d'un dérangement de certaines parties de l'appareil 
nerveux qui jouent un rôle obligé dans l'accomplissement 
des fonctions sensitives, intellectuelles, morales et loco- 
motives, et l'altération qui donnait lieu à la fureur, les dif- 
férentes lésions auxquelles se rattachaient les idées fixes, 
les hallucinations, les sensations anormales, les spasmes^ 
les phénomènes extatiques notés sur ces aliénées, ne pou- 
vaient point être raisonnablement imputés à la malice du 
démon ou des démons. La plupart des théologiens, des 
évêques et des curés qui avaient d'abord émis l'opinion 
que les filles du diocèse de Bayeux devaient être classées 
parmi les énergumènes ne balancèrent pas, vers il^k% à 
la rétracter , et à se rattacher à la manière de voir des 
patbologistes qui soutiennent qu'à présent, au moins, le 
diable est étranger à la production de l'aliénation mentale; 
il fat aussi décidé que le curé de Landes, qui avait contri- 
bué par son fanatisme à faire naître la démonopathie dans 
m paroisse, serait encore une fois suspendu de ses fonc- 
tions. Ce prêtre fut même incarcéré à l'abbaye de Belle- 
Étoile. D'après le conseil des médecins on prit aussi, mais 
Inen tardivement, le parti de faire traiter dans des maisons 
religieuses séparées et convenablement tenues toutes les 
filles qui avaient présenté les symptômes du délire anti-re* 
ii^eux. J'ignore si cette mesure, d'ailleurs si sage, contri* 



416 LIVRE V. — MX-HI'ITIÈIIE SIÈr.I ' ''*' "* 

bua au prompt rétablissement de ton '*' '* mère-patrie 

mais quand on songe que quatre y "' adressée à Win»- 

furent occupés pendant toute ui. >«^ • P''*»"''® ^ ^ 

rations , des cxoreismes autour '«'"' Pa^^out le partage 

Tcspoir de la débari'asscr des 

démon; que pendant l'an- .^empressement, écrit le 
grands vicaires et neuf ci- ;> '^ détail de ce qui s'e»t 
toutes leurs ressources 5= ^ possédé dont j'ai eu Vhon- 
nation et la rage des e- • y** cependant résolu de ne le 
corps des deux plus * ^ji» "ême refusé aux instance» 
fille et dans le corps . ••'i Vous sommes dans un temps n 
qu'on mit tout en './^^' servir à notre édiOcalion a m 
jusqu'au soir et de ^/ "> i'esP"t d'incrédulité est devenu 
des malheureuse ^>*J(i*J"" '"'^^"^ ^ d'autres, je le dois 
pxorcismes, à tr *^'^^m^ dont vous m'honorez. Voici 
pour s'approc* ', ^ ^.as /iriDcipales circonstances tel que je 

de la commu ^ t ''.^ ï'®"^* 

leur mal 1er i^'^Là» ^ ™<^'* ^e mai ou de juin, étant 



mu .i'-^î*"*- 

1er Vf>" ^ ™<^ 
ti '#''*^*CI>an>, rc 



à la dévoti ^'' . kO^^^^ royaume de Cochinchine, dan» 
prudence '>fyiti^^^^ appelle Cheta, distant à une 
nîr la pe ^ ''!-«« ^ '* capitale de la province , l'on m'a- 
vres fill ^l^f^idiuBe de dix-huit à dix-neuf ans , chré- 
le clen ^fj^t^ village qu'on nomme Dodo, situé dans 
sessio' M^fzLm ** éloigné de l'église oii j'étais de sept à 
Choff i^^rfi"' ^^ ^^^^ ®* quelques uus de ses parcns 
sur « ^^.jiè^ du lieu et quelques autres chrétiens 
coff nK * \^P**^*®"^^ ' ^^ ^^ dirent qu'il était possédé 
mo 001^ ^ «usarant qu'ils avaient été obliges d'employer 
re' t^^^^ fiifoes PO"^ le conduire , et qu'à mesure qu'ils 
ci ^^ 

n _j^ artlre, Examen et disciusion evitiqite de l'hisloire dti 



t 



j;;i^' 



DÉMONOPATHIE EN COGHINCHmE. 417 

les médecins, persistait encore à affirmer en 1735 que les 
accidens qui avaient porté la désolation dans le sein de la 
famille Laupartie avaient positivement été occasionnés 
par la présence des esprits nuisibles. Ces deux déclarations, 
en donnant raison pleine et entière à la conduite des exor- 
cistes, ne pouvaient que jeter de la défaveur sur la décision 
de Févêque de Bayeux qui avait lui-même réclamé la 
séquestration du curé de la paroisse de Landes , et pris 
des mesures énergiques pour que les énergumènes fus- 
sent enfin dispersées et convenablement soignées ; elles 
pouvaient à la rigueur avoir pour effet de faire révoquer 
la lettre de cachet en vertu de laquelle le curé avait été 
enlevé de son domicile et de replacer les prétendues possé- 
dées entre les mains des partisans exclusifs des armes 
spirituelles, dans la mélancolie anti-religieuse. Il n'en fut 
point ainsi, grâce à la fermeté d'un digne prélat; mais Ton 
ne sait jamais à point nommé quand et comment doit se 
terminer la lutte de la raison lorsqu'elle se trouve aux pri- 
ses avec l'ignorance* 



SV. 

La démonopathie s'empare quelquefois aussi des néophytes convertis au catho^ 
licisme par les missionnaires. Cas de possession prétendue observé en Go- 
cbinchine. 

1733. 



Aujourd'hui encore les ecclésiastiques qui font la tra- 
versée des mers pour aller répandre les lumières de la foi 
jusque dans les déserts des autres mondes sont souvent 
tout surpris de rencontrer des énergumènes parmi les néo- 
phytes dont se compose leur nouveau troupeau, tandis qu'il 
est rare , de leur propre aveu , que le démon prenne à 

Tome. II. 27 



418 LIVRE V, — MX-IIUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. M. 

présent possession des fidèles au sein de la mère-patrie. 
La lettre que je vais rapporter, et qui fut adressée à Wins- 
low ea 1738 par uu digne missionnaire, prouve que le 
délire de la démonopatliie peut devenir partout le partage 
des araes faibles et timorées (1). 

Je ne puis enfin refuser à votre empressement, écrit le 
missionnaire, d'avoir par écrit le détail de ce qui s'est 
passé au sujet du Cocbiuchinois possédé dont j'ai eu l'hoth 
ncur de vous parler. J'avais cependant résolu de ne le 
donner à personne, et je l'ai môme refusé aux inslanm 
pressantes de mes amis. Nous sommes dans un temps si 
critique que ce qui devrait servir à notre édificatiou a ui 
effet tout contraire, tant l'esprit d'incrédulité est deveoH 
à la mode; mais ce que j'ai refusé à d'autres, je le dois 
à votre piété et aux bontés dont vous m'honorez. Voici 
donc le fait dans ses principales circonstances tel que jt 
l'ai vu de mes propres yeux. 

L'an ITââ, environ le mois de mai ou de juin, étaol 
dans la province de Cbam, royaume de Gocbinchiue, daai 
l'église d'un bourg qu'on appelle Cheta, distaot à une 
demi-lieuc environ de la capitale de la province , Ton m'a- 
mena un jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans , chr^ 
tien, habitant d'un village qu'on nomme Dodo, situé lian» 
la môme province et éloigné de l'église oii j'étais de si'jit i 
huit lieues environ. Sa mère et quelques uns de ses pareos 
avec le catéchiste du lieu et quelques autres chrétiens 
étaient ses conducteurs, et me dirent qu'il était posM^c 
du démon , m'assurant qu'ils avaient été obligés d'wnplojir 
toutes lenrs forces pour le conduire , et qu'à mesure qu'ib 



(1) De la Ménarday, prttre, Examen et iliscimion critigw ite ('* 
lUabtcs de loutim, fie, in-)3, HW, p. ^'5, IW- 



>l'ÀTI1ir. L^t ruciiiN 



approcbaicat (la iiiou église, ses résistances redoiibluieul; 
qu'arrivés eoûn au petit hôpital qui est voisin do l'église, 
Us avaient été obligés de l'y laisser, ue pouvant, avec lotis 
leurs efforts, le lalre passer outre. Un peu incrédule, je 
pourrais même dire à ma confusion trop pour lors, à cause 
de moa peu d'expérience dans ces sortes de choses, dont 
je n'avais jamais vu d'exemple, et dont néanmoins j'enten- 
dais souvent parler aux ctirétieus, je les questionnai pour 
savoir s'il n'y aurait pas de la simplicité ou de la malice 
dans ieur luit. Voici ce qu'ils me dirent ; un mois aupara- 
vant, ce jeune liommc, après avoir communié, on le vît 
sortir de l'église , et il disparut du village pendant trois se- 
maines environ sans qu'on sût ce qu'il était devenu. Un 
de ses coucitoyeus le trouva enfin lorsqu'il y pensait le 
moins, proche d'une montagne, ostrômemcnt agité et ré- 
pétant sans cesse :« Je suis Judas, j'ai vendu Jésns-Clirist.» 
S'il voyait une pierre, il la prenait en main, disant que 
c'était pour casser la tète à Judas. S'il trouvait un Mton, 
c'était pour assommer J«(/(/5; un couteau, pourTévcutrer. 
Ils ajoutèrent que ce concitoyen étant allé chercher du 
monde, on l'avait conduit à l'église de son village, où le 
catéchiste, ayant rassemblé les chrétiens. Ils se mirent 
tous en prière pour lui, et que plus ils priaient, plus il 
était agité de contorsions et de mouvemens convulsifs, et 
qu'enfin trois jours s'éîant passés en prières inutitemcnl, ils 
s'étaient résolus de me l'amener pour lui faire les prières 
de l'église. 

Sur cet exposé, après quelques difficultés, je me trans- 
portai dans l'hôpital oti était ce jeune homme , bien résolu 
de ne rien croire à moins que je ne visse des marques au- 
dessus des efforts de la nature; et au premier abord, je 
l'interrogeai en latin , dont je saviiis qn'il ne pouvait avoir 



420 LIVRE V. — DiX-HUITliME SIÈCLE. — fcHAP. lî. 

aucane teinture. Étendu qu'il était à terre , bavant extra- 
ordinairement et s'agitant avec force, il se leva aussitôt 
sur son séant et me répondit très distinctement : Ego nescio 
loqui latine. Ma surprise fut si grande que , tout troublé, 
je me retirai épouvanté sans avoir le courage de l'interro- 
ger davantage, dans la crainte où j'étais que, n'étant poîot 
instruit sur ces sortes d'énergumènes, le démon ne m'em- 
barrassât. Je recourus à mes livres, et n'y trouvant rien 
qui pût me donner aucune lumière pour la conduite que 
j'avais à tenir, je m'en tins à mon Rituel. Après avoir ba- 
lancé longtemps si je l'entreprendrais, je m'y résolus à 
la fin dans la crainte de manquer à une occasion que h 
Providence faisait peut-être naître pour faire éclater h 
grandeur et la vérité de notre sainte religion qui donne k 
pouvoir à ses ministres sur les démons qui sont si redou- 
tés par ces peuples gentils qu'ils les adorent et leur sacri- 
fient pour qu'ils ne leur nuisent pas. Après les préparations 
indiquées par le Rituel , je l'envoyai chercher pour le con- 
duire dans l'église oii il s'était fait un grand concours de 
peuple, chrétiens et gentils. Inutilement s*efforça-t-on, on 
ne put le faire mouvoir de sa place ; il jetait des hurlemons 
horribles. J'y fus donc avec mon surplis et mon étole, 
que je lui attachai au col ; et au grand étonnenient de tout 
le monde , il me suivit doux comme un agneau ; mais à 
peine fut-il dans l'église , qu'il commença à s'agiter extra- 
ordinairement. 

Je commençai par de nouveaux conimaudemens proba- 
tifs, observant toujours de lui parler latin que le jeune 
homme ignorait; et, ayant, entre autres, commande au 
démon de le jeter par terre, sur le champ, je fus obéi dans 
le moment ; mais il le renversait avec une si grande vio- 
lence, tous ses membres tendus et raides comme une bam». 



i 



DÉMOMOPATHIE £M COCHINCHINE. 421 

qu*on aurait cru, par le bruit , que c'était plutôt une pou- 
b:e qu'un homme qui tombait. 

Lorsque je lui présentais le crucifix , c'étaient des gri- 
maces et des cris terribles.... Sa poitrine s'élevait en s'en- 
flant de plus de quatre doigts et il écumait avec une rage 
qui épouvantait tout le monde. Ayant demandé au démon 
combien ils étaient, il me répondit douze, sans jamais va-* 
rier dans la suite des exorcismes. Sur Finterrogation que 
je lui fis pourquoi ils étaient entrés , il ne me répondit ja- 
mais qu'en me disant qu'il était un Judas, qu'il avait trahi 
son maître; et toutes les fois qu'il répétait ces paroles, 

c^était avec des redoublemens de rage extraordinaires 

Lorsque j'en vins aux commandemens expulsifs, il se mo- 
qua de moi en me disant : Tiens , voilà que je sors , et , 
crachant, compte, me disait-il, en voilà un : et, recra- 
chant, en voilà deux , continuant jusqu'à douze, et recu- 
lant à mesure à quatre pieds vers la porte: là, il embrasse 
tes pieds d'un chrétien avec tant de force que ce chrétien 
ne put s'en débarrasser, et, en le serrant, il disait : C'est 
ici mon bon ami, et, après l'avoir répété plusieurs fois, il 
commença , devant tout le monde , le narré de sa vie pas- 
sée, et aurait découvert tout ce qu'il avait fait de plus se-- 
cret si je ne lui eusse imposé silence : ce qui effraya telle- 
ment tous les assistans qu'ils s'enfuirent tous hors de 
l'église et que pas un depuis n'osa assister aux exorcismes. 
Malgré la curiosité qu'ils avaient, ils se contentaient de se 
tenir aux portes et aux fenêtres, et à peine pouvais-je avoir 
un clerc. 

Après huit ou dix jours d'exorcismes , lassé et confus, 
même devant les chrétiens , de ne rien avancer , je l'en- 
voyai à deux autres missionnaires qui étaient dans la même 
province : l'un était un jésuite et l'autre un franciscain. 



422 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. 11. 

qui, s^élant assurés comme moi, par des signes certains, 
qu'il était véritablement possédé, me le renvoyèrent, refu- 
sant constamment de s'en charger. 

Je commençai à comprendre qu'il fallait disposer ^éne^ 
gumène par la confession et la pénitence, et, malgré qu'il 
fût intraitable, je m'y attachai, bien résolu de ne passera 
aucun commandement expulsif qu'il ne fût réconcilié avec 
Dieu. La difficulté fut très grande, car le démon lui faisait 
oublier jusqu'au signe de la croix, et ce n'était qu'à force 
de commandemens réitérés que j'en pouvais tirer quelque 
chose. Je fus plus de huit jours à lui faire faire une con- 
fession générale tenant des séances de trois et quatre 
heures. Enfin , je crus être obligé de lui commander de 
dire publiquement, avant de communier, pourquoi il avait 
été saisi du démon ; voici ce qu'il dit : Le révérend père 
Philippe, c'est le franciscain dont j'ai parlé, étant venu 
dans notre église, pour y administrer ma mère , m'obligea 
malgré moi de me confesser et de faire ma première com- 
munion. Par honte , je cachai plusieurs péchés et fus le 
surlendemain à la sainte table en cet état. Aussitôt que 
j'eus reçu le corps de notre Seigneur sur la langue, je me 
sentis comme saisi et transporté hors de moi-même; je 
sortis de l'église et je fus jusqu'au milieu du jour sans 
pouvoir avaler la sainte hostie , ne sachant pas même ce 
qu'elle est devenue, si je l'ai avalée ou non. C'est ainsi que 
Dieu m'a puni; prenez exemple de moi. Il dit ces paroles 
avec tant de douleur que tout le monde fondit en larmes, 
et un moment après il communia avec assez de tranquillité; 
car depuis qu'il eut reçu l'absolution , il avait des inter- 
valles d'une paix profonde et des sentimens de piété et de 
pénitence qui étonnaient tout le monde. 

Je recommençai les cxorcismes cxpulsifs conune aupa- 



DÉMONOPATHIE EN COCUINCUIIHE. 423 

rayant et je les continuai pendant plus d'un mois sans avan- 
oer autre chose , sinon que les bons momens d'intervalle 
devenaient plus fréquens et étaient plus longs. Lassé, je le 
dis à ma honte, et fatigué d'une si longue résistance, crai- 
fiant même quelesbonnesimpressions qu'avaient faites aux 
assistans les premières obéissances à mes commandemens 
le diminuassent, je pris la résolution de faire un dernier 
elfort, ce fut d'imiter l'exemple de M. l'évêque de Tilopolis 
lans une pareille occasion/ 

Je m'avisai donc, dans un exorcisme, de commander.au 
lémon, en latin, de le transporter au plancher de l'église, 
es pieds les premiers et la tête en bas. Aussitôt son corps 
levint raide et , comme s'il eût été impotent de tons ses 
nembres, il fut tratné du milieu de l'église à une colonne, 
il là, les pieds joints, le dos collé à la colonne, sans s'al- 
ler de ses mains , il fut transporté en un clin d'oeil an 
|>lancher, comme un poids qui serait attiré d'en haut avec 
vitesse sans qu'il parût qu'il agît. Suspendn au plancher, 
les pieds collés , la tête en bas , je fis avouer au démon, 
comme je me l'étais proposé, pour le confondre, l'humilier 
et l'obliger à quitter prise, la fausseté de la religion 
païenne. Je lui fis confesser qu'il était un trompeur et en 
même temps je l'obligeai d'avouer la sainteté de notre re- 
ligion. Je le tins plus d'une demi-heure en l'air, et, n'ayant 
pas eu assez de constance pour l'y tenir plus longtemps, 
tant j'étais effrayé moi-même de ce que je voyais , je lui 
ordonnai de le rendre à mes pieds sans lui faire de mal... 
n me le rejeta sur le champ comme un paquet de linge 
sale, sans l'incommoder ; et, depuis ce temps- là ^ mon 
én^gumène, quoique pas entièrement délivré, fut de 
beaucoup soulagé, et, chaque jour, ses vexations dimi- 
miaient, mais surtout lorsque j'étais à la maison il parais- 



424 LIVUE V. — mX-UUITlËUË siècle. — CHAP. II. 

sait si raisonnable qu'on Faurait cru entièrement libre.... 
J'étais même le premier à me dire qu'il se croyait délivré. 
Cependant, lorsque le besoin des chrétiens m^appelait ail- 
leurs, pendant mon absence, il était de temps en temps 
vexé, et, communément, on connaissait mon retour pro- 
chain par ses manières plus tranquilles et ses discours.... 
J'étais même sûr de le trouver toujours le premier à la 
porte pour m'accueillir. Il resta l'espace environ de cinq 
mois dans mon église, et, au bout de ce temps, il se trouva 
enfin délivré ; et c'est , aujourd'hui , le meilleur chrétieo, 
peut-être, qu'il y ait en Gochinchine. 

Je n'en aurais peut-être jamais parlé en France si k 
petit Cochinchinois que j'avais amené avec moi, pendant 
mon séjour à Rome, ne l'eût raconté dans notre séminaire 
d'une manière assez peu intelligible à cause de son peu de 
facilité à parler français, ce qui obligea nos messieurs de 
me contraindre de leur en faire un récit plus juste.... 
M. l'abbé Bourgine, qui est revenu cette année de Cocbin- 
chiue , et qui a appris le fait des chrétiens , peut rendre 
témoignagiie à la vérité de ce que je viens de vous avancer 
pour votre propre satisfaction et la plus grande gloire de 
Dieu auquel je vous prie de me recommander, ayant l'hoo- 
neur d'être, etc. Delacourt, prêtre missionnaire aposto- 
lique. — Paris, 25 novembre 1738. 

Ou doit savoir gré au frère Delacourt de n'avoir pas 
gardé le silence sur ce prétendu fait de possession , car ce 
missionnaire a décrit à son insu les phénomènes de la mo- 
nomanie religieuse , et il est clair pour tout le monde au- 
jourd'hui qu'il n'a exorcisé qu'un homme atteint de dé- 
lire Espérons qu'une méprise pareille ne sera plus 

commise par les ecclésiastiques qui se vouent aux mis- 
sions ; car en répandant la crainte de la possession parmi 



YASiHRISME EN POLOGNE. 425 

des hordes peu civilisées , ils s' exposeraient à inoculer le 
délire de la démonopatbie aux nouveaux croyans. 



S vi. 



le vampirisme devient épidémique en Pologne, en Hongrie, en Moravie, etc. 

Pe 1700 à 1740. 

Pendant longtemps les hommes trompés par des halluci* 
nations delà vue, deTouïe ou du toucher, ont cru que le dia* 
ble possédait la faculté de ranimer momentanément certains 
corps morts. A chaque instant Fou entendait raconter autre- 
fois qu'un trépassé s'était présenté en personne dans la mai- 
son d*un ami, d'un proche, et qu'il y avait tenu quelque pro- 
pos menaçant, révélé sa présence par quelqu'acte de sinistre 
présage. Guillaume de Neubrige atteste qu'il arrivait sou- 
Tent aux Anglais du douzième siècle d'être obsédés par 
des morts mal intentionnés qui sortaient la nuit de leurs 
tooibeauxet semaient l'épouvante parmi leurs anciens voi- 
sins. Cet auteur raconte sérieusement qu'un particulier 
qni avait été enterré à Berwick sortait toutes les nuits de 
son tombeau et causait de grands troubles dans son voisi- 
nage. Gomme on disait même, ajoute Guillaume, qu'il s'é- 
tait vanté qu'il ne cesserait point d'inquiéter les vivans 
^u'on ne l'eût réduit en cendre, on choisit dix jeunes hom- 
mes hardis et vigoureux qui le tirèrent de terre, coupèrent 
son corps en pièces et le mirent sur un bûcher. Mais au- 
paravant, quelqu'un d'entre eux ayant dit qu'il ne poiurrait 
être consumé par le feu qu'on ne lui eût arraché le 
cœnr, on lai perça le côté avec un pieu, et quand on lui 
eut tiré le cœur par cette ouverture , on mit le feu au 



426 LIVRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE — CHAP. II. 

bûcher. : il fut consumé par les flammes et ne parut plus 
davantage(l)... 

a Dans le territoire de Buckingham, un homme mort 
apparut en corps, comme vivant, à sa femme trois nuits 
consécutives, et ensuite à ses proches. L'on ne se défendait 
de ses visites efiVayantes qu'en veillant et en faisant do 
bruit quand on s'apercevait qu'il voulait venir. Il se fit 
même voir à quelques personnes pendant le jour. L'évé- 
que de Lincoln assembla sur cela son conseil qui lui dit 
que pareilles choses étaient souvent arrivées en Angleterre; 
que le seul remède que l'on connût à ce mal était de 
brûler le corps du revenant ("2) • » 

Bartholin démontre que les anciens Danois, les Irlan- 
dais, beaucoup d'anciens peuples septentrionaux, étaient 
persuadés que les personnes nouvellement décédées appa- 
raissaient souvent avec leur corps, et il rapporte qaelques 
exemples de ces apparitions. Un Irlandais, nommé Hordns, 
voyait des spectres, des yeux du corps, leur résistait et se 
battait contre eux... On attaquait ces spectres dangereux 
qui infestaient et maltraitaient tous ceux qui avaient des 
champs aux environs de leurs tombeaux; on coupa la tête 
d'un nommé Gretter qui revenait ainsi. D'autres fois on leur 
passait un pieu au travers du corps et on les clouait en terre; 
d'autres fois on tirait le corps du tombeau et on le rédoi- 
saît en cendre. On en usa de la sorte envers un spectre 
nommé Gardus qu'on croyait auteur de toutes les funestes 
apparitions qui avaient eu lieu pendant un hiver (3). 

Il est clair, d'après tous ces témoignages, que la spec- 
tropathie était anciennement comipe endémique dans les 

(1) Dom Calmet, Traité sur les apparitions , les esprits, etc., t 2, p. 85. 

(2) Jbid., t. 2, p. 84, 

(3) Ibid., t. 2, p. 82. — Th. Bartholin. 



VAMPIRISME EN POLOGNE. 427 

contrées du Nord. L'idée que les vivans étaient exposés à 
6tre molestés par les morts était accréditée parmi les 
masses comme les idées relatives au sabbat étaient incul- 
quées dans les imaginations méridionales ; et atout bout de 
champ les illusions de la sensibilité semblaient prouver aux 
populations hyperboréennes la possibilité des revenans, 
comme elles avaient semblé confirmer parmi nous Texis- 
tence de la sorcellerie. La démonopathie a été cause que 
des milliers de sujets ont expiré dans les plus alTreux tour- 
meos. La spectropathie a été cause que la tombe des morts 
a été mille foi s profanée. 

Le vampirisme constitue à peine une variété de la spec- 
tropathie. On lit dans une publication qui remonte à Tan- 
née 1693 (Les oupires ou vampires se voient en Pologne 
et surtout en Russie. Ils paraissent depuis midi jusqu'à mi- 
nuit et viennent sucer le sang des hommes vivans en si 
grande abondance qu'il leur sort quelquefois parla bouche, 
par le nez, et principalement par les oreilles. . . On dit que 
le vampire a une espèce de faim qui le porte à manger le 
linge qu'il trouve autour de lui dans son cercueil. Ce rédi- 
vîve sorti de son tombeau, ou un démon sous sa figure, va 
la nuit embrasser et serrer violemment ses proches ou ses 
amis, et leur suce le sang au point de les affaiblir, de les 
exténuer et d'entraîner leur mort. Cette persécution ne 
s'arrête pas à une seule personne; elle s'étend jusqu'à la 
dernière personne de la famille, à moins qu'on n'en inter- 
rompe le cours en coupant la tête ou en ouvrant le cœur 
du revenant, dont on trouve le cadavre dans son cercueil, 
mou, flexible, enflé et rubicond, quoiqu'il soit mort depuis 
longtemps (1). 

(1) Dom Galmet, ouvrage cité, t. 2, p. 60. 



428 LIVRE V. — WX-IIUITIÈME SIÈCLE. — CIIAP. ir. 

En 1693, une jeune Polonaise était réveillée la nuit par 
un vampire; dans Texcès de la douleur elle poussait des 
cris aigus, appelait à son secours et affirmait que le spectre 
qui la molestait ressemblait trait pour trait à sa défaite 
mère. Cette m alade maigrissait à vue d*œil et était me&i- 
cée de marasme ; Ton ouvrit le tombeau delà morte qui fit 
trouvée dans un état particulier de fraîcheur et de sou- 
plesse. La jeune fille se rétablit et recouvra son emboi- 
point aussitôt qu'on eut coupé la tête et incisé le ccenr de 
sa mère (1). 

Cette peinture du vampirisme indique que cette mono- 
manie se fonde généralement sur des hallucinations de b 
vue et du toucher survenues le plus souvent pendant k 
sommeil et susceptibles d^aflecter un certain nomlM^ de 
sujets appartenant à la même famille ou à la même contrée. 
L'hérédité , la transmission des idées délirantes d*un vil- 
lage à Tautre, la nature des alimens dans des régions oùle 
pain était composé en partie d'écorces moulues, Tignorance 
la plus grossière, en confondant le météorisme d'un ca- 
davre qui entre en décomposition avec la turgescence des 
individus vivans, contribuaient évidemment à éterniser les 
souffrances du vampirisme dans les états du Nord. Du reste 
ce devait être une tâche difficile de détromper l'imagina- 
tion du peuple dans des pays où beaucoup d'habi tans étaient 
persuadés qu'ils avaient reçu en personne la visite de tel 
ou tel vampire. 

De 1700 à 1740 le vampirisme causa de fréquentes alar- 
mes aux habitans des bourgs en Hongrie , eu Pologne et 
en Moravie. 11 arrivait souvent le soir , quelquefois en 
plein jour, que des femmes, des jeunes filles, des boœ- 

(1) Dom Calmet, ouvrage cité, t. 2, p. 307. 



VAMt>IKISllË tN POLOGNE. 42d 

mes jeunes et robustes, s'écriaient qu'un individu récem- 
ment enterré venait de leur apparaître, de s*asseoir à leur 
c6té et de leur annoncer par un geste significatir qu'ils de* 
raient se préparer à quitter la vie. Souvent aussi, aumo-- 
mentdu sommeil, ces hallucinés se sentaient comme étreints 
par les bras du même revenant, et il leur semblait qu'un 
vampire, la bouche collée sur quelque partie de leur corps, 
y suçait le sang avec avidité. Quelquefois la personne qui 
se croyait ainsi molestée mourait subitement dans les 
transes d'une frayeur que rien ne pouvait apaiser; dans 
(Faatres cas les attaques d'hallucinations continuaient pen- 
dant plusieurs nuits, et le sujet finissait par succomber à 
k tristesse et à un épuisement graduel. Il n'était pas rare 
de voir périr dans l'espace de quelques semaines plusieurs 
membres de la même famille, plusieurs habitansd'un même 
hameau. Les sujets qui survivaient à cette affliction mo- 
rale ne se rattachaient en général que difiicilement à Tes* 
pérance et aux habitudes de la vie. 

Vers 1729, Arnold-Paul de Médreïga en Hongrie fut 
écrasé par la chute d'un chariot de foin. Trente jours après 
fit mort quatre personnes moururent subitement et de la 
inanière dont succombent , suivant la tradition du pays , 
ceux qui sont molestés par des vampires. On se souvint 
alors que cet Arnold-Paul avait été tourmenté autrefois sur 
les frontières de la Servie par un vampire turc ; or , 
comme il est reçu dans l'opinion que ceux qui ont été su- 
cés de leur vivant sucent à leur tour aussitôt qu'ils sont 
descendus dans la tombe, le peuple et les autorités locales 
lie doutèrent pas qu'Arnold ne se livrât au vampirisme... 
Cet homme fut tiré de son sépulcre quarante jours après 
sa mort; le bailli du lieu, qui présidait à l'exhumation, fit 
enfoncer , suivant la coutume du pays, un pieu fort aigu 



430 LIVRE V. — MX-liriTlÈME SIÈCLE. — CUAP. 11. 

dans le cœur du défunt que Ton brûla après avoir coupé ^ 
la tête. Après cela, l'on fit la même expédition sur les ca- : 
davres des quatre autres personnes récemment mortes da 
vampirisme... Ces précautions n'ont pas empêché qu'en 
173/i. ces funestes prodiges n'aient recommencé et que 
plusieurs habitans du même endroit n'aient fini leurs jours 
malheureusement. Dans l'espace de trois mois, dix-sept 
personnes de différent sexe et 4e différent âge sont mortes . 
de vampirisme, quelques-unes sans être malades et d'au- ^ 
très après deux ou trois jours de langueur. On rapporte que g 
la nommée Stanoska, qui s'était couchée en parfaite santé, ^ 
se réveilla au milieu de la nuit toute tremblante en faisant j,. 
des cris affreux et disant que le fils de Milo, mort depuis ^ 
neuf semaines, avait manqué de l'étrangler pendant son ^ 
sommeil. Dès ce moment elle ne fit plus que languir, et L 
au bout de trois jours elle mourut... Les principaux du l 
lieu, les médecins^ les chirurgiens examinèrent comment '^ 
le vampirisme avait pu renaître après les précautions qu'on '^ 
avait prises quelques années auparavant pour s'en préser- ^ 
ver... L'on crut découvrir que Milo fils avait mangé delà l 
viande infectée par un vampire , et on le traita ainsi que . 
seize autres cadavres comme l'on avait traité Arnold- '^ 
Paul (1). \ 

Il se trouvait au nombre des vampires auxquels le comte 
de Cabreras fit couper la tête , en 1728, un homme mort , 
depuis plus de trente ans , qui était revenu par trois fois 
dans sa propre maison à l'heure du repas, et avait sucé le 
sang au cou, la première fois à son propre frère, la seconde 
à un de ses fils, la troisième à un valet : tous les trois 
étaient morts sur le champ... Il fit brûler un troisième 

(1) Dom Calmet, ouvrage cilé, L 2, p. 44. 



VAMPIRISME EN POLOGNE. 431 

vampire qui était enterré depuis plus de seize ans et avait 
wcé le sang et causé la mort à deux de ses fils (!)• 

Les soldats eux-mêmes se plaignaient quelquefois au mi- 
lieu de Tarmée des insultes des vampires ; les malades se 
croyaient réellement en butte aux vexations des morts ; 
préoccupés de cette idée ils accusaient les revenans de s'a- 
charner sur leurs personnes comme nos monomaniaques 
accusent de prétendus ennemis de leur procurer des se- 
cousses électriques ou de mettre du poison dans leurs ali- 
mens* Enfin il suffisait qu'un halluciné eût éprouvé quel- 
ques visions pour qu'on répandit le bruit, si par malheur 
il succombait, qu'il avait été sucé ou étranglé par un vam- 
pire. Yers 1737 , un habitant de Kisilova en Hongrie ra- 
conta à ses voisins que son vieux père que l'on avait enterré 
trois jours auparavant lui était apparu au milieu de la nuit 
et qu'il avait mangé en sa présence après s'être fait servir 
à souper. La mort de ce visionnaire survenue au bout de 
quarante-huit heures fut attribuée à la cruauté de son dé- 
funt père, et l'on se hâta de livrer le cadavre du vieillard 
k Fexécuteur public qui lui enfonça un pieu dans la poi- 
trine et le brûla. 

On ne voit pas sans étonnement les baillis, les minis- 
tres du culte , des commissions composées de magistrats , 
de littérateurs, de savans, d'officiers très haut placés 
dans les rangs de l'armée, présider à l'exhumation des 
malheureux que l'on accusait de faire le métier de vampire, 
et donner l'ordre au bourreau de mutiler, de brûler pu- 
bliquement un certain nombre de cadavres. Il est très pos- 
sible que des hommes , d'ailleurs très éclairés et très iDs«- 
truits, se soient laissé persuader par le témoignage dè$ 

(I) Dom Calmet, ouvrage rite; t. 'i, p. 3S. 



432 LIVRE V. — DlX-HUITtÈME SIÈCLE. — CHAP. II. 

malades et par le raisonnement que les trépassés jouissaient 
quelquefois du pouvoir de ressusciter momentanément pour 
molester les vivans. Les Bodin, les Delancre, les membres 
les plus influens de nos parlemens n'ont- ils pas ajouté fd 
à toutes les dépositions des sorciers? Est-il pluiyibsurde 
4e croire à la puissance des revenans qu'à la transforma- 
tion de r homme en chien ou en loup? Nullement Do resle 
c'est peut-être avec intention que l'on brûlait avec un cé- 
rémonial imposant les rentes des prétendus vampires, et 
peut-être avait-on expérimenté que c'était là le moyea le 
plus sûr de dissiper promptement la consternation que 
faisait naître parmi les villageois la crainte d'être tôt ou tard 
molestés par les revenans. Ce qui est au moins bien certain, 
c'est que le peuple menaçait d'évacuer les hameaux pour 
peu que l'on tardât à ouvrir le cercueil des individus que 
les hallucinés signalaient à la vindicte des habitans. En 
traversant l'ile de Micon, les naturalistes français qui rêve* 
naient d'Orient en 1701 virent exhumer un citoyen que le 
retour des mêmes hallucinations avait rendu redoutable 
aux yeux de quelques insulaires. « Tout le monde, assure 
Tournefort , avait l'imagination renversée. Les geos da 
meilleur esprit paraissaient frappés comme les autres; c'é- 
tait une véritable maladie du cerveau aussi dangereuse que 
la manie et que la rage. On voyait des familles entières 
abandonner leurs maisons et venir des extrémités delà 
ville porter leurs grabats à la place pour y passer la nuit 
Chacun se plaignait d'une nouvelle insulte et ce n'était que 
gémissemens à l'entrée de la nuit : les plus sensés se reti- 
raient à la campagne (1). » On finit par comprendre, après 
qu'on a lu ce passage, Tempressement que Ton mettait en 

(1) Tournefori, Foyage au Levant y 1. 1, p. 62. 



VAMPIRISME EN POLOGNE. 433 

Pologne, en Hongrie et en Moravie à sévir contre des corps 
privés de tout sentiment d'existence ; l'intérêt des vivons 
remportait sur la répugnance qu'on éprouve partout à man- 
quer au respect qu'inspirent la sépulture et le repos des 
morts. Toutefois si l'on trouva quelqu'avantage à brûler 
devant tout le monde les restes des prétendus vampires, il 
est permis de penser que sous d'autres rapports cette con- 
duite ne fut pas exempte d'inconvéniens. En exposant aux 
regards d'une populace ignorante des cadavres dont, à ce 
qu'il parait, l'état de conservation était souvent remarqua- 
ble, dont la barbe et les ongles avaient pris depuis le décès 
un accroissement notable, dont l'élat emphysémateux était 
attribué par les rustres à la surabondance du sang dont 
ces malheureux étaient censés s'être gorgés, on contribuait 
certainement à entretenir dans les villages l'idée que la 
mort peut dans quelques cas n'êlre qu'apparente, et que 
l'avidité cruelle des vampires ne pouvait point être révo- 
quée en doute. 

J'ai rencontré, en poursuivant mes recherches sur la 
folie, une monomaniaque qui présentait les principaux 
symptômes du vampirisme. Tant que le soleil régnait sur 
Fhorizon, cette dame n'accusait aucune sensation de dou- 
leur ou de crainte. A peine avait-elle cédé le soir au pre- 
mier besoin du sommeil, qu'il lui semblait qu'un fantôme 
nu, posé sur sa poitrine, suçait avec avidité le sang de sa 
mamelle. Réveillée aussitôt comme en sursaut, et redoutant 
le même supplice, elle se tenait sur ses gardes et mettait 
tout en œuvre pour ne plus obéir au besoin du sommeil. 
Quelquefois il lui semblait que le même spectre rôdait au* 
tour de sa couche, et elle redoublait alors d'activité et de 
mouvemens pour le mettre en fuite, souillant avec bruit, 
agitant ses draps et ses couvertures, secouant vingt fois 

Tome K. 28 



434 LIVRE V. — BIX-ITCÏTIÈME SIÈCLE. — CHAP. II. 

par minute ses rideaux de lit et ses liardes. La vue , si je 
ne me trompe , contribuait autant que le toucher à entre- 
tenir les idées fixes de cette aliénée dont la santé physique 
était du reste très florissante. 

La démonomanie deyient plus rare dans nos contrées an 
fur et à mesure que l'instruction tend à y répandre ses 
lumières; les symptômes du vampirisme tendent anssii 
disparaître dans le Nord au fur et à mesure que la civilisation 
y répand ses bienfaits. On nomme vampires actifs les mo- 
Domaniaques qui s'accusent d'avoir sucé le sang de leurs 
amis ou de leurs proches. Je ne sache pas que cette forme 
de délire ait été observée en Pologne et en Moravie dans 
le cours du dix-huitième siècle. Maïs les sorcières d'Italie 
qui se croyaient métamorphosées en chattes et qui passaient 
les nuits, à les en croire, à sucer le sang de nouvean-nés, 
appartenaient à la classe des vampires actifs. 



S VIT. 



Le délire iransitoire que produit parfois le magnétisme est méconnu par Mesatf, 
qui attribue à Taction d'un fluide universel les accidens convulsifs, les phéno- 
mènes sensitifs, toutes les modifications fonctionnelles qui prennent naissaore 
autour de ses baquets. Sylvain Bailly fait justice, dans un rapport admiraMe^ 
des prétentions de Mesmer (1). 

De 1778 à 1784. 

Les magnétiseurs ne veulent pas être comparés aux 
toucheurs, aux exorcistes, aux salutadores ; ils ne renient 
pas la paternité de Mesmer ; je ne sais pas pourtant si la 
logique des théologiens ne vaut pas celle de Mesmer. 
J'imprimais il y a longtemps, et je répète aujourd'hui : 

(1) Bailly, Rapport des commissaires de la Faculté ci de VAcmlémii 
chargés par le roi de l\xamcn du magnétisme animal, 1784. 



EFFETS ATTRIBUÉS A l'aGENT MESMKRIfiff. 435 

■ Il est dans la nature de certaines aberrations fonction- 
nelles de revêtir des formes extraordinaires, bizarres, qui 
en imposent au vulgaire dont elles excitent Tétonnement 
et la surprise. De ce nombre sont les pliénomènes du ma- 
i;oétisme animal, si diversement interprétés par les gens 
lu monde et par les philosophes ; de ce nombre sont des 
iQomalies de la sensibilité physique et morale, des lésions 
de rintellect, qui ont longtemps fait croire à la puissance 
des sortilèges, des charmes, des enchantemens, à la réalité 
de la possession, des visions, des apparitions; mais il 
suffit de remonter à la source de ces phénomènes pour 
^trevoir aussitôt le rang qu'ils réclament parmi les infir- 
mités de l'espèce humaine. Nul doute qu'il n'ait existé de 
nombreux convulsionnaires , une foule de malheureux 
tourmentés par les souflrances de la possession ou de 
l'obsession diabolique, des sujets qui croyaient fréquenter 
les assemblées des démons, qui apercevaient autour de leur 
personne des ombres, des spectres, toutes sortes de fan- 
tômes. Souvent encore nous voyons le délire et des mala- 
dies spasmodiques affecter les mêmes formes. Mais les 
convulsions éclatent par la présence d'un talisman, d'un 
amulette, d'un baquet magique, d'une sainte relique ; le 
diable, les ombres des morts apparaissent aux vivans 
après une mystérieuse évocation, des cérémonies ridicules ; 
celui-là se croit sorcier, changé en chien ou en loup, après 
qu'on lui a jeté un sort, qu'on l'a frappé d'une fatale ba- 
guette; celui-là a besoin, pour tomber en extase, de tenir, 
dans un recueillement absolu, ses yeux fixés sur son 
nombril; celui-là que l'on pratique devant sa figure, sur 
différentes parties de son corps, des gestes, des attouche- 
mens méthodiques. Comment faut-il interpréter ce con- 
cours d'événemens et de circonstances? Comment saisir, 



436 LIVRE Y. — blX-HUtTIÈMB SIÈCLE. — CttAP. tl. 

dans tous ces cas, la liaison des causes aux effets (1)?... 
Après avoir abordé ces questions, j'ajoutais : « Chacun 
sait que, dans l'état morbide comme dans l'état normal, 
nos dispositions afTectives, l'exercice de la sensibilité, de 
l'intelligence, sont subordonnés aux conditions du système 
nerveux; que tels sont l'agencement, la dépendance des 
diverses parties de ce système entr'elles, qu'à chaque 
instant, et par une réaction devenue mutuelle, il leur ar< 
rive de se modifier les unos les autres; que ces modifica- 
tions sont surtout suscitées par les impressions provenant 
de Faction des agens extérieurs sur les organes des sens 
et sur le cerveau ; qu'une lésion relative à la sensibilité 
peut en entraîner une seconde relative à l'intelligence et 
aux mouvemens, tandis que nos dispositions intellectuelles 
influent puissamment sur la nature de nos sensations pa- 
rement physiques.... Chacun sait qu'eu égard à la diver^ 
site de sa conformation, le système nerveux est accessible, 
sur les enfans, les femmes vaporeuses, les sujets faibles et 
valétudinaires, à une foule de modifications qu'il est in- 
capable de subir sur une personne adulte, saine, exempte 
d'un fol élan de l'imagination; que la vue d'un objet, que 
des impressions sensoriales qui suffisent pour jeter dans 
les convulsions les plus étranges un sujet pusillanime et 
craintif, sont à peine susceptibles d'émouvoir un sujet 
différemment organisé; que le temps, les lieux, le con- 
cours des circonstances contribuent puissamment à varier 
l'aspect des effets nerveux; que les dispositions des agens 
de l'innervation ne restent point les mêmes en plein jour 
ou la nuit, dans un parterre ou dans un souterrain aban- 
donné, un cimetière, un ancien champ de bataille, par 

(1) DicUonuaire île médecine ou tèpeiloire géi-èraly elc, en 30 volumes, 
t.18, 



EFFETS ATTRIBUÉS A l'aGENT MES&IÉRIEN.. 437 

exemple ; que les individus qui se sentent organises pour 
exercer un grand empire sur la sensibilité des autres êtres, 
sont parfois capables d'imprimer à leurs gestes, à leurs 
[raits, à leur regard, à leur langage, à la manifestation de 
eur volonté des modes d'expression qui influent certaine- 
lient sur le sens des personnes qui en recueillent l'impres- 
sion; que cette impression est surtout toute puissante 
lorsqu'elle s'adresse à des êtres crédules, peu éclairés, 
qu'une grande espérance anime, qui courent au-devant 
de tous les genres d'ébranlemens nerveux; qu'il est dans 
la nature de certaines lésions de la sensibilité physique, 
de la contractilité musculaire, de se propager d'un individu 
à Fautre, sous l'influence du contact, de la vue, de l'exem- 
ple, de l'imitation; que, d'autres fois, au contraire, des 
phénomènes nerveux, qui s'étaient jusque-là constamment 
loanifestés avec la plus grande facilité sur une ou plu- 
sieurs personnes, cessent tout à coup de se reproduire, et 
bien qu'en apparence les conditions extérieures n'aient 
pas cessé d'être les mêmes... Ce petit nombre de vérités 
contient l'explication d'une multitude de phénomènes qui 
semblent au premier abord s'éloigner complètement de 
l'ordre naturel (1).» Ces réflexions ne sont pas déplacées ici. 
Si Mesmer eût cherché à se pénétrer de ces principes , 
aies avoir sans cesse présens à l'esprit, les eflets obtenus 
par les magnétiseurs n'eussent point été attribués, comme 
ceux qu'avaient signalés les thaumaturges, les exorcistes , 
les toucheurs , les fascinateurs de tous les temps et de tous 
les pays, à je ne sais quelle influence mystérieuse et in- 
saisissable. Vous allez voir si Mesmer , au seuil du dix- 
4euvièrae siècle, est pardonnable d'avoir introduit dans la 

(I ) Diclioanaire déjà^cilé, 1. 18, p. 4-39 et siiiv. 



438 LIVRE V. -^ DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — CUAP. II. 

physiologie du système nerveux des élémens d'erreur que 
le défaut d'instruction du plus grand nombre des ma^é- 
tiseurs ne tend que trop à accréditer. 

En arrivant à Paris, sur la fin de 1778 , Mesmer se pose 
comme un homme qui tient en main un agent jusque^ 
ignoré , un puissant modificateur de Torganisme , à Taide 
duquel il peut eflectuer les guérisons les plus inattendues. 
Pour prouver qu'il ne trompe personne, Mesmer on?re 
sa maison à de nombreux malades, que séduit Vespwt 
d'un prompt soulagement si ce n'est d'un rétablissemeit 
total (1). 

Les personnes que Mesmer se propose de soumettre à 
l'épreuve de son agent appartiennent en majorité au sexe 
féminin; plusieurs d'entre elles sont sujettes à des accès 
de vapeurs, à des convulsions hystériques. Les hommes, 
pour la plupart , sont depuis longtemps dans un état de 
malaise et d'indisposition. Tous sont réunis pêle-mêle daos 
une salle où règne un silence en quelque sorte religieux, 
autour d'un baquet en bois dont le couvercle donne pas- 
sage à des tiges de fer recourbées que l'on a soiu de met- 
tre en contact avec un certain nombre de patiens. Tous 
communiquent entre eux à l'aide d'une corde qui sert à 
faire la chaîne , et qui leur ceint le corps. La communi- 
cation s'établit encore par le secours des mains qui servent 
à presser à droite et à gauche les doigts des voisins. De 
temps à autre des accens de voix, les sons d'un piano, 
ceux de l'harmonica retentissent dans l'appartement Le 
magnétiseur armé d'une verge de fer en dirige gravement 
la pointe de côté et d'autre ; souvent il impose ses mains 
sur le ventre , sur les hypocondres des malades ; il promène 

(.1) McànuT, Mânoire sur la découverte du magnétisme cuUnuU. 



EFFETS ATTHIBLÉS A l' AGENT MESMÉKIEN. 439 

ses doigts dans la direction du visage , de la nuque en fixant 
d'une manière particulière ses regards sur telle ou telle 
femme plus ou moins valétudinaire. 

Pour peu que l'on possède la théorie, que l'on se rappelle 
la filiation possible des eflets nerveux, dans une circons* 
taiii:^ donnée, l'on doit s'attendre avoir éclater dans cette 
e&pèce d'antre sibyllin les aberrations fonctionnelles les 
plus variées. Parmi les personnes qui figurent autour des 
baquets de Mesmer, il en est qui se livrent à des pandicu- 
lations, qui bâillent, qui accusent du malaise, des douleurs 
vagues, un sentiment de cbaleur sur tel ou tel point du 
corps ; d'autres tombent dans une sorte d'assoupissement, 
dans des convulsions hystériques extraordinaires par leur 
durée, par la violence des accès. Ces convulsions attei- 
gnent plus rarement le sexe masculin ; une fois qu'elles se 
manifestent sur une femme, la plupart des autres femmes 
en sont affectées dans un court délai. Il règne dans la 
salle où l'on expérimente du calme, de l'ennui, de l'a- 
battement, des soupirs, des pleurs, de l'agitation, des 
élans sympathiques inexprimables ; les malades, conune 
s'ils étaient maîtrisés par la puissance et la volonté du 
magnétiseur, obéissent à sa voix, à ses gestes, à son regard, 
au moindre de ses signes; une heure ou deux suffisent 
pour la production de cet ensemble de phénomènes. Sou-* 
vent, à la longue, après que l'on a été plusieurs fois sou- 
mis à de semblables impressions, les maux dont on avait 
jusque-là supporté les inconvéniens semblent nuls ou plus 
légers. 

Si l'on demande à Mesmer l'explication des accidens, 
des modifications auxqiftls sont assujétis la plupart des 
naïades qui réclament ses soins, il répond : que l'univers 
)si comme submergé par un fluide éminemment subtil, 



4 10 LIVRE V. — DIX-llUITIÈiîE SIÈCLE. —■ CHAP. II. 

qui doit être qualiûé de fluide magnétique animal, parce 
qu'on peut le comparer au fluide de l'aimant; que son 
fluide universel imprègne tous les corps auxquels il transh 
met rimpression du mouvement ; qu'il s'insinue, qu'il cir- 
cule dans les filières du système nerveux qui en éprouve 
divers eflcts; qu'il est susceptible de s'accumuler dans 
ses baquets, dans les instrumens de musique, dans les or< 
gancs du magnétiseur, de se transmettre, grâce à la com- 
munication établie entre les sujets que l'on magnétise, jas* 
que dans la profondeur des tissus, qu'il se répand dans 
Taîr avec le son de la voix, du forté-piano, de l'harmonica, 
qu'il peut être projeté à distance avec la main, par le 
mouvement imprimé à une baguette de métal , qu'il con- 
court, suivant les conditions où se trouvent placées les 
personnes qui se soumettent à son influence et à son ac- 
tion, à rétablir les forces physiques épuisées, à calmer les 
sensations douloureuses, à provoquer le sommeil, à exci- 
ter l'appétit, à dissiper l'hypocondrie, à prévenir le retour 
des crises hystériques, à faire cesser les spasmes, l'épî- 
lepsîe, la migraine ; que s'il excite des convulsions passa- 
gères et momentanées, ces espèces d'efforts critiques de 
la nature doivent amener plus tard des effets consécutifs 
heureux, et conduire à une solution parfaite les plus graves 
lésions fonctionnelles. 

Le système et les explications dont je viens de vous 
offrir un aperçu, et dont sans doute vous n'ignorez pas que 
vingt fois déjà précédemment l'idée fondamentale avait 
été tour à tour émise et repoussée, devaient s'écrouler sous 
les coups du premier physiologiste ou du premier physi- 
cien qui entreprendrait de les soumettre aux épreuves d'une 
vérification rigoureuse. L'Académie des Sciences de Paris 
ayant chargé quelques-uns de ses membres, en 178i 



EFFETS ATTRIBUÉS A L* AGENT MESHERIEN. 441 

d'approfondir, et de lui signaler, autant que possible, la 
nature des phénomènes qui éclataient autour des appareils 
mesnoiériens; de ne rien omettre pour sonder la solidité 
de la théorie qui faisait jouer un si grand rôle à l'agent 
prétendu magnétique, il arriva que cette théorie pâlit et 
s'éclipsa aussitôt, en présence de l'expérimentation insti- 
tuée par les commissaires de l'Académie. 

On ne saurait trop exalter l'importance du rapport qui 
fut rédigé dans cette circonstance par l'infortuné Bailly. 
Ce précieux document établit qu'au fond les effets nerveux 
qui causaient l'étonnement des premiers magnétiseurs 
ressemblaient en quelque sorte trait pour trait à la plupart 
de ceux qui avaient été observés à Loudun, à Louviers, 
et dans les autres épidémies convulsives ; que Mesmer, 
pas plus que les théologiens, n'avait point soupçonné, en 
s'engageant dans la voie des suppositions et des hypothèses, 
la signification des phénomènes morbides qu'il contribuait 
aussi lui à produire. 

Ce fut au traitement du docteur Deslon , auquel Mesmer 
avait dévoilé ses aperçus les plus secrets sur l'emploi de 
son prétendu fluide, que Bailly et ses collègues purent en- 
visager, à loisir, le tableau des accès spasmodîques, des 
convulsions, des aberrations sensoriales et des autres ano- 
malies de l'innervation dont on leur avait tant de fois déjà 
rebattu les oreilles. . . Ces savans ne purent manquer de se 
dire tout de suite à eux-mêmes : Depuis que l'on observe 
la nature humaine, et alors que personne, sans aucun 
doute, ne songeait à mettre enjeu Faction d'un fluide uni- 
versel, des phénomènes semblables se sont cent fois, mille 
fois reproduits sous toutes les formes. De tous temps les 
philosophes, et surtout les physiologistes, n'ont-ils pas si- 
gnalé dans l'homme un pouvoir qu'ils attribuent à l'imagi* 



442 LIVRE V. — DIX-UUITIÈMK S1ÈCL£. -—CBAP. II. 

nation , c'est-à-dire à une €lisi)osition spéciale du système 
nerveux, qui fait que, sur un grand nombre de personnes, 
ce système est modifiable ou modifié par des circonstances i 
accidentelles ou calculées ; qui fait que spontanément ou 
consécutivement à une impression interne ou externe, il 
peut réagir ou réagit sur lui-même, sur son ensemble, 
pour y faire surgir des lésions, des désordres insignifians, 
quelquefois même bizarres, lorsqu'on les rencontre isolés, 
sous certaines apparences insolites , mais qui se montrent 
terribles lorsqu'ils se propagent comme la contagion , et 
qu'ils atteignent subitement des populations presque en* 
tières. L'explosion de l'enthousiasme, de la terreur, ne se 
fait-^Ue pas parmi les masses avec la rapidité de l'éclair; 
les sentimens n'ont-ils pas leur mimique, leur physionomie 
qui les rendent aussitôt transmissibles et contagieux ? Ce 
fut en se mettant ainsi sur leurs gardes^ que les commis* 
saires de l'Académie arrêtèrent un plan d'expérience qui 
devait fixer l'opinion du monde savant sur l'existence ou 
la non existence du fluide magnétique animal. 

Bientôt il fut démontré par une observation conscieo* 
cieuse que l'existence du fluide mesmérien ne pouvait point 
être établie par le témoignage , par le secours des sens; 
que l'œil du physicien , placé dans les conditions les plus 
favorables pour recevoir les impressions de l'agent magné- 
tique , ne voyait , ne distinguait absolument rien ; que le 
goût, l'odorat, le toucher, n'étaient pas davantage aficctés 
par sa présence supposée ; que s'il arrive quelquefois que 
des malades se persuadent , pendant leurs accès hystéri- 
ques , que les émanations du fluide magnétique scintillent 
devant leurs yeux, que l'odorat en apprécie l'odeur, que 
son passage à travers les tissus est douloureux , que son 
goût est reconnaissable dans les liquides qu'on leur pré- 



EFFETS ATTRIBUÉS A L* AGENT UBSMERIBN. 443 

aenlc pour se désaltérer; il en est d'autres, et en beaucoup 
plus grand nombre, qui, bien que placés à leurs côtés, fai-* 
sant partie de la même chaîne , conviés à boire à la même 
eoupe, ne perçoivent aucune lueur lumineuse, aucune im- 
pression tactile, rien de particulier à Fodorat et au goût ; 
qae ceuK qui, dans de pareilles circonstances, accusent 
des sensations plus ou moins nombreuses , ne sont pas 
fondés pour cela à les rapporter à Faction du fluide magné* 
tique ; que ces sensations se rattachent à une aberration 
de la sensibilité; que cela est si vrai que chacun des mala-« 
des ne prête point la même teinte aux étincelles qu'il estime 
?oir; que plusieurs d'entre eux, après qu'ils ont les yeux 
bandés, prennent l'eau ordinaire pour une eau chargée de 
fluide magnétique; qu'ils ressentent souvent des secousses, 
des commotions, divers effets tactiles, lorsqu'on ne fait plus 
agir sur eux le pouvoir magnétique ; qu'ils accusent des 
odeurs spéciales lorsque la baguette du magnétiseur n'est 

plus à portée d'agir sur le sens de l'odorat Quelle 

dut être la conclusion des commissaires en présence de 
pareils résultats? Que l'existence et l'action de l'agent ad- 
lois par Mesmer n'étaient étayées par aucune preuve va- 
lide ; que les effets attribués à l'influence de cet agent pré- 
tendu devaient émaner d'une autre source. 

Au rang des faits qui concourent à démontrer que l'agent 
admis par Mesmer manque souvent son effet sur certains 
organismes, l'on peut surtout invoquer les suivans. 

Beaucoup d'hommes fréquentaient des semaines, des 
mois entiers les appareils magnétiques de Mesmer, de ses 
disciples, sans jamais éprouver le moindre ébranlement 
des fonctions de l'innervation. 

Une chambre et un baquet magnétique ayant été mis 
yar Deslon à la disposition des huit commissaires chargés 



44 i LIVRE V. — DIX-ULITIÈME SIÈCLE. — CHAP. II, 

de l'examen du fluide magnétique, ceux-ci s'y placèrent 
d'abord une fois chaque semaine, et y restèrent jusqu'à 
deux heures et demie tout de suite , la branche de fer ap- 
puyée sur Thypocondre gauche, le corps entouré de h 
corde de commuuication, faisant de temps en temps la 
chaîne avec les pouces. Ils étaient magnétisés soit par 
Deslon, soit par un de ses élèves, tantôt avec le doigt et la 
baguette de fer présentés et promenés sur différentes par- 
ties, tantôt par l'application des mains et la pression des 
doigts. Aucun d'eux n'éprouva d'effets attribuables à 
l'action d'un agent spécial. Ils retournèrent jusqu'à trois 
fois en trois jours dans le sanctuaire préparé pour leurs 
expériences; leur insensibilité demeura la même (1'. 

Sept personnes furent magnétisées par Deslon dans 
l'appartement de Franklin, à Passy. La veuve Saint-Amand, 
asthmatique, don t le ventre, les cuisses et les jambes étaient 
enflés, et la femme Ànseaume, qui présentait une tumeur 
à la cuisse, ne ressentirent rieut Le petit Claude, enfant de 
six ans, intéressant et plus raisonnable que ne semblait le 
comporter son âge, mais scrofuleux, presque étique, dont 
le genou était gonflé, la jambe fléchie, l'articulation pres- 
que sans mouvement, n'éprouva également rien ; il en fut de 
mcrae de Geneviève Leroux, âgée de neuf ans, attaquée de 
convulsions et d'une maladie assez analogue à celle que 
l'on nomme danse de Saint-Guy (2). 

Toute la série d'expériences que je vais maintenant pas- 
ser eu revue prouva sans réplique aux commissaires qu'ils 
n'avaient point besoin du secours de l'agent mesinérien, 
pour obtenir et développer, sur beaucoup de sujets, la 

(1) Bailly, Rapport cité, p. 22 
(1) Jbidcmy p. 24. 



EFFETS ATTRIBUÉS A L'AGENT HESMÉRIEN. 445 

plupart des lésions fonctionnelles que les magnétiseurs 
rapportaient à un fluide modificateur universel. 

Un jour Deslon conduisit à Passy^ chez Franklin, deux 
malades qu'il jugeait très accessibles à Faction du fluide 
magnétique. La dame P*, dont les yeux étaient recouverts 
de taies, mais qui ne laissait pas d'y voir encore un peu^ 
consentit à se couvrir les yeux d'un bandeau. On lui per- 
suada qu'on avait amené Deslon pour la magnétiser et le 
silence fut recommandé autour de sa personne ; trois com- 
missaires étaient présens, l'un pour l'interroger, l'autre 
pour écrire, le troisième pour représenter Deslon. On eut 
Taîr d'adresser la parole à Deslon , en le priant de com- 
mencer; mais on n'a pas magnétisé la dame P^: les trois 
commissaires sont restés tranquilles , occupés seulement à 
observer ce qui allait se passer. Au bout de trois minutes 
la malade a commencé à sentir un frisson nerveux , puis 
successivement elle a senti une douleur derrière la tête , 
dans les bras et un fourmillement dans les mains. Elle se 
raidissait, frappait dans ses mains, se levait de son siège, 
frappait des pieds ; la crise a été bien caractérisée. Deux 
autres commissaires placés dans la pièce située à côté ont 
entendu à travers la porte les battemens des pieds et des 
mains, et, sans rien voir , ont été témoins de cette scène 
bruyante. 

Ces deux derniers commissaires allaient éprouver la 
demoiselle B* , sujette à des maux de nerfs. Cette fille fut 
assise, les deux yeux restant libres et à découvert, devant 
une porte fermée , et on lui persuada que Deslon situé de 
l'autre côté s'exerçait à la magnétiser. Il y avait à peine 
une minute qu'elle était placée devant cette porte quand 
elle commença à sentir du frisson. Après une autre minute 
elle a eu un claquement de dents et cependant elle resscn- 



446 LIVRE V. — DIX-nUITIÈME SIÈCLE. — CHAP. II. 

tait une chaleur gcuénile ; enfin après une troisième minute, |i 
elle est tombée tout-à-fait en crise. La respiration était pré* 
eipitée; elle étendait les deux bras derrière le dos, ente 
tordant fortement et en penchant le corps en avant 

Le claquement des dents est devenu si bruyant qrt 
pouvait être entendu du dehors; elle s'est mordu lainii 
et assez fort pour que la marque des dents y soit restée 
visible (1). 

Dans une autre épreuve, Ton constata combien la dame 
P... était dominée par son imagination. On voulait faîR 
rcxpérience de la tasse magnétisée, qui consiste à choisir 
dans un certain nombre de coupes une tasse que Ton m* 
gnétise, et à les offrir successivement à un malade sensible 
au magnétisme. Le malade doit tomber en crise , on di 
moins éprouver des effets sensibles lorsqu'on lui présente 
la tasse magnétisée ; il doit rester indifférent en présence 
des tasses qui ne sont pas chargées de fluide. Il faut set* 
lement, d'après les idées de Deslon, que les tasses soient ot 
fertes à pôle direct , afin que celui qui présente la coupe 
ne magnétise pas le patient, et qu'on ne puisse avoir d'aulre 
agent que celui qui est dans la tasse... Or, l'on a présenté 
à la dame P... plusieurs tasses de porcelaine qui n'étaient 
pas magnétisées; dès la seconde tasse, elle a commencée 
s'évanouir; à la quatrième, elle est tombée tout-à-fait cfi 
crise (2). 

On raconta aux commissaires que cette femme étant 
seule dans une anti-chambre où circulaient quelques per- 
sonnes étrangères aux notions du magnétisme, tomba dans 
des accès convulsifs; qu'on lui avait fait observer que per- 
sonne ne la magnétisait; que son imagination était telle- 

(1) Bailly, Rapport ciltS p. 47 el i8. 

(2) Ibidem, p. 50. 



EFFETS ATTRIBUÉS A t* AGENT MESMÉRIEN. 447 

ftent frappée qu'elle avait répondu : si vous ne me Taisiez 
ifm, je ne serais pas dans l'état où je suis (1). 

La demoiselle B. . . , ouvrière en linge, qui était tombée 
m crise chez Franklin après trois minutes de magnétisme, 
attirée un jour dans une maison où on la magnétise à 
insu pendant une demi-heure. Pendant tout ce temps, 
^e fait gaiement la conversation, et quand on Finterroge 
BUT Fétat actuel de sa santé elle répond librement qu'elle 
K porte bien. • . Aussitôt qu'on a eu cessé de la magnéti^ 
tKT ainsi , le médecin qui venait de tenter l'expérience 
wrive jusqu'à elle, lui parle du magnétisme et lui propose 
de se laisser magnétiser. 11 commence, en observant comme 
tels le précédent essai , de se tenir à un pied et demi 
éfi distance, de n'employer que des gestes, les mouvemens 
da doigt index et de la baguette de fer; seulement en fai* 
mit la première expérience il magnétisait à pôle opposé, 
en suivant les règles recommandées par les fluidistes ; au 
Hen que dans la seconde, il magnétisait à contresens et 
feomme s'il n'eûtdû produire aucun effet Cependant, après 
trois minutes, mademoiselle B. . . a senti du malaise et de 
Fétouffement. Il est survenu successivement un hoquet 
ntrecoupé, un claquement de dents, un serrement de la 
gorge et un grand mal de tète. Elle s'est agitée avec in* 
quiétude sur sa chaise et s'est plainte des reins; elle frap- 
pait quelquefois le parquet de son pied, étendait ses bras 
derrière le dos, et les tordait fortement, comme dans une 
Crise convulsive complète et parfaitement caractérisée (2). 

On demanda à Deslon si un arbre que l'on imprégnerait 
^ fluide magnétique jouirait de quelque influenc esur l'or- 
taofsme humain; il répondit par Faffirmative, ajoutant 

(1) Bailly, Rappoilcilé, p. 52. 
It) Ibidem, p. 67, 



448 LITRE V. — DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — GHAP. II. 

que la personne sur laquelle on youdrait faire Fessai de lu 
vertu d*un pareil arbre devrait toutefois jouir d'une grande 
sensibilité nerveuse. On proposa à Deslon de faire choir j 
d*un malade dont il aurait éprouvé lui-même, et d' avants i 
la sensibilité au magnétisme ; et Deslon fit choix d'un ei«r 
fant de douze ans avec lequel il se rendit chez FrankliB. 
On marqua dans le verger de ce dernier académicien iii| 
abricotier bien isolé et propre à conserver le magnétisaie 
qu'on lui aurait imprimé; Deslon y fut conduit, le magné- 
tisa, et se tint à une certaine distance, dirigeant toutefois 
sa canne et ses regards vers Farbre chargé de fluide... Le 
jeune homme, ayant élé conduit aussitôt dans le jardin, 
déclara, après avoir passé une minute auprès du premier 
arbre, qu'il suait à grosses gouttes; il a toussé, craché et 
s'est plaint de douleur de tête. Il se trouvait dans ce mo.* 
ment à une distance de vingt-sept pieds de l'abricotierina* 
gnétisé. 

Au second arbre il se sentit étourdi ; même douleur aa 
sommet de la tète; intervalle de trente -six pieds entre cet 
enfant et l'arbre magnétisé. 

Au troisième arbre, l'étourdissement et le mal de tèle 
sont doublés; il dit qu'il croit ap[Nrocher de l'abricoti^ 
dont il est cependant à environ trente-huit pieds. 

Enfin, au quatrième arbre non magnétisé , à une dis** 
tance d'à peu près vingt-quatre pieds de l'arbre qui l'a été, 
il tombe en crise. La connaissance est nulle, ses membres 
se raidissent : on est forcé de le porter sur une pièce de gazon 
où IVslon lui prodigue ses secours et ranime ses sens (1). 

On applique sur les yeux d^iu jeune homme un bandean 
qui no lui i>ormet plus d'apercevoir les objets extérieurs, ' 



EFFETS ATTttlBtjés A L* AGENT MESMÉRIEN. 449 

et on lui annonce qu'on le magnétise ; il accuse une sen-* 
tttion de chaleur générale et perçoit des mouvemens dans 
le yentre; sa tête est pesante, il se sent assoupi et sur le 
j^nt de s'endormir. On enlève le bandeau, on lui présente 
li baguette magnétique au front; il se plaint de picotemens. 
On remet le bandeau ; on réitère le mouvement de la ba- 
guette , il n'éprouve rien ; on éloigne la baguette ; on lui 
demande s'il éprouve quelque sensation; il affirme qu'il sent 
quelque chose passer et repasser suivant la largeur du front. 

* M. B..., homme instruit, et particulièrement en méde- 
dne, est soumis à une semblable épreuve. Il éprouve des 
effets lorsqu'on n'agit pas, il ne sent rien lorsqu'on agit. 

XMUusion est telle qu'avant d'avoir été magnétisé en au- 
cune manière, mais croyant l'être depuis dix minutes, il 
éprouve dans les lombes une sensation de chaleur qu'il 
compare à celle d'un poêle. 

* Une femme qui a les yeux bandés et à laquelle on a im- 
posé les mains sur les hypocondres y ressent aussitôt de la 

, chaleur et au bout de quelques minutes elle se trouve mal. 
Lorsqu'elle paraît bien remise , on lui bande les yeux de 
nouveau et on éloigne le magnétiseur en faisant toutefois 
accroire à cette femme qu'elle est encore sous l'influence 
du magnétisme ; les efifets sont les mêmes que tout à l'heure; 
I die accuse de la chaleur, de la douleur dans les yeux et 
dans les oreilles (1). 

Donc, d'un côté il y eut impossibilité absolue et con- 
stante pour les académiciens de constater le résultat d'une 
action nerveuse quelconque. D'un autre côté, lorsqu'il y 
eot des effets nerveux , force fut à eux de déclarer haute- 
inent qu'ils avaient été obtenus sans le secours du magné- 

(1) Bailly, Rapport cilé, p. 38, 40, 41. 

Tome II. 29 



450 LIVRE V. — D1X-nCItlèll£ dlËCLE. — CHAP. II. 

tiame. Puisque la cause agissante était autre que celle qoi 
avait été annoncée par Mesmer et ses adeptes, les com* 
missaires ne purent que condamner leur théorie. Je croii / 
qu'ils n'eurent pas tort de mettre sur le compte des attmi* 
chemens et sur le compte de la force de TimaginatîoD il 
presque totalité des phénomènes dont ils avaient entendu 
parler et dont ils avaient été témmns; mais ne i^parezpif 
Fimagination de Farbre nerveux; retenez bien que peûMirs 
la puissance d'une semblable faculté , c'est peindre daas 1 
un langage particulier un certain flux et reflux de mouve- ' 
mens intestins, qui proclament rincoacevable habileté de 
l'ouvrier qui a calculé l'agencement d'un aiH[>areil td que 
l'appareil de l'innervation. Vous verrez dans le rapport 
même de Bailly l'opinion qu'il exprime au sujet des attoii* 
chemens. Je ne puis résister au besoin d'insérer dans eet 
écrit le passage que voici , et oti Bailly résume en maiHt 
les divers modes d'enchaînement des effets de l'imagma- 
tion. 

« Les pleurs , les ris , la toux , les hoquets, et en gêné* 
rai tous les effets observés dans ce qu'on appelle les crises 
du traitement public, c'est Bailly qui parle, naissent, on 
de ce que les fonctions du diaphragme (du plexus n^rreux 
diaphragmatique) sont troublées par un moyen physique 
tel que Tattouchement et la pression , ou de la puissance 
dont rimagination est douée pour agir sui* cet oi^ane et 
en troubler les fonctions. 

» Si l'on objectait que l'attouchement n'est pas toujours 
nécessaire à ces cffels , on répondrait que l'imaginatiofl % 
peut avoir assez de ressources pour produire tout par elle- & 
même, surtout l'imagination agissant dans un traitemest ^ 
public, doublement excitée alors par son propre mouvc- il 
ment et par celui des imaginations qui TenviroBnent. On 



I 



EFFETS ATTRIfilllÊS AL* AGENT MESMÉR1EN. 451 

a VU ce qu'elle a produit dans les expériences faites par les 
commissaires sur des sujets isolés; on peut juger de ses 
effets multipliés sur des malades réunis dans le traitement 
public. Ces malades y sont rassemblés dans un lieu serré 
relativement à leur nombre ; Pair y est chaud quoiqu'on 
ait soin de le renouveler, et il est toujours plus ou moins 
chargé de gaz méphitiques dont Faction se porte particu- 
Jièrement à la tête et sur le genre nerveux ; s'il y a de la 
musique, c'est un moyen de plus pour agir sur les nerfs 
et pour les émouvoir. « 

Les commissaires ont reconnu que , même au traitement 
d^ublic) « ce n'est le plus souvent qu'au bout de deux heu- 
res que les crises commencent... Peu à peu les impressions 
se communiquent et se renforcent , comme on le remarque 
aux représentations théâtrales où les impressions sont plus 
graedes lorsqu'il y a beaucoup de spectateurs, et surtout 
dans les lieux oii l'on a la liberté d'applaudir; ce signe des 
émotions particulières établit une émotion générale que 
chacun partage au degré dont il est susceptible. C'est ce 
qu'on observe encore dans les armées un jour de bataille, 
oii l'enthousiasme du courage comme les terreurs paniques 
se propagent avec tant de rapidité; le son du tambour et de 
la musique militaire , le bruit du canon , la mousqueterie, 
les cris, le désordre ébranlent les organes, donnent aux 
esprits le même mouvement et montent les imaginations 
au même degré. Dans cette unité d'ivresse, une impression 
manifestée devient universelle, elle encourage à charger 
ou elle détermine à fuir. La même cause fait naître les 
révoltes; l'imagination gouverne la multitude. Les hommes 
réunis en nombre sont plus soumis à leurs sens ; la raison 
a moins d'empire sur eux , et lorsque le fanatisme préside 
k ces assemblées , il produit les trembleurs des Cévennes. 



452 LIVRfe V. — DIX-HÙITIÈME SliCLE. — CHAI». II. 

C'est pour arrêter ce mouvement si racilement communia 
que aux esprits que dans les villes séditieuses on défend 
les attroupemens. Partout l'exemple agit sûr le moral; 
Vimitation machinale met en jeu le physique. En isolant 
les individus, on calme les esprits; en les séparant od fait 
cesser également les convulsions toujours contagieuses de 
leur nature... 

» On retrouve donc le magnétisme , ou plutôt l'imagi- 
nation agissant au spectacle, à l'armée, dans les assemblées 
nombreuses , comme au baquet ; agissant par des moyens 
difiérens, mais produisant des eiTets semblables. Le baquet 
est entouré d'une foule de malades; les sensations sont 
continuellement communiquées et rendues; les nerfs à la 
longue doivent se fatiguer de cet exercice ; ils s'irritent et 
la femme la plus sensible donne le signal. Alors les cordes 
partout tendues au même degré et à l'unisson se répondent 
et les crises se multiplient ; elles se renforcent mutuelle- 
ment, deviennent violentes. En même temps les hommes, 
témoins de ces émotions, les partagent à proportion de leur 
sensibilité nerveuse; et ceux chez qui cette sensibilité est 
plus grande et plus mobile tombent eux-mêmes en crise. 

» Cette grande mobilité, en partie naturelle et en grande 
partie acquise, tant chez les hommes que chez les femmes, 
devient habitude. Ces sensations une ou plusieui^ fois 
éprouvées, il ne s'agit plus que d'en rappeler le souvenir, 
de monter l'imagination au même degré pour opérer les 
mêmes effets. C'est ce qu'il est toujours facile de faire en 
plaçant les sujets dans les mêmes circonstances. Alors il 
n'est plus besoin du traitement public; on n'a qu'à toucher 
les hypocondres, promener le doigt et la baguette de fer 
devant le visage : ces signes sont connus : il n'est pas même 
nécessaire qu'ils soient employés ; il suffit que les malades, 



EFFETS ATTRIBUES A L* AGENT UESMÉRIEN* 453 

les yeux bandés, croient que ces signes sont répétés sur 
eux, se persuadent qu'on les magnétise: les idées se ré- 
veillent, les sensations se reproduisent; Tiniagluation, em- 
ployant ses moyens accoutumés et reprenant les mêmes 
Toies, fait reparaître les mêmes phénomènes. C'est ce qui 
arrive à des malades... qui tombent en crise sans baquet et 
sans être excités parle spectacle du traitement public (1). » 
En citant à propos Texemplede M. de Mandagors, maire 
d'Âlais, qui contracta des idées fixes pour avoir fréquenté 
de trop près une jeune inspirée atteinte de théomanie, et 
celui des filles et des femmes d'une ville des Cévennes, 
qui, toutes, sous l'influence du fanatisme et de l'imita- 
tion, tremblaient et prophétisaient publiquement dans les 
rues, ressemblant d'après le maréchal de Yillars à de vérita- 
bles possédées, Bailly fait voir que l'observation desphé^ 
nomènes morbides spontanés vient à l'appui de tous ses 
raisonnemens. Tout ce qu'il avance dans ses conclusions 
devra paraître bien plus frappant encore à ceux qui au- 
ront pris la peine de parcourir les faits que j'ai accumulés 
dans mes précédens chapitres. Écoutons une fois encore 
ce savant physiologiste parlant du danger des crises ma- 
gnétiques. 

c L'homme est sans cesse maîtrisé par la coutume ; l'ha- 
bitude modifie la nature par degrés successifs; mais elle en 
dispose si puissamment, que souvent elle la change presque 
entièrement et la rend méconnaissable. Qui nous assure 
que cet état de crise d'abord imprimé à la volonté ne de- 
viendra pas habituel? Et si cette habitude ainsi contractée 
reproduisait souvent les mêmes accidens , malgré la vo- 
lonté et presque sans le secours de l'imagination, quQl 

(I) Bailly, Rapport cilé, p. C7. 



454 LIVRE V. — DIX-ULTITIÊME SIÈCLE. «^ CHAP. II. 

serait le sort d*un individa assujetti à ces crises yiolentes, 
tourmenté physiquement et moralement de leur impression 
malheureuse , dont les jours seraient partagés entre Yap^ 
préhension et la douleur , et dont h vie ne serait qu*ai 
supplice durable? Ces maladies de nerfs, lorsqu'elles sont 
naturelles , Tont le désespoir des médecins. Ce n'est jks à 
Tart à les produire. Cet art est funeste, qui trouble les 
fonctions de Téconomie animale, pousse la nature à des 
écarts et multiplie les victimes de ses déréglemens. Cet art 
est d'autant plus dangereux. .. que si le mal est contagieuf, 
comme on peut le soupçonner, T usage de provoquer des 
convulsions nerveuses et de les exciter en publie^ dans des 
traitemens, est un moyen de les répandre dans les grandes 
villes, et même d'en aflSiger les générations à venir, puis- 
que les maux et les habitudes des parens se transmettent 
à leur postérité (1). » 

Déjà, et avant même qu'il fût bien arrêté dans l'esprit 
de Bailly et de ses collègues que le principal art de Mes- 
mer consistait à tourmenter le système nerveux pour y 
faire naître des hallucinations, des crises musculaires, 
toute une série d'aberrations voisines du délire, il existait 
des magnétiseurs qui obtenaient les mêmes résultats que 
Mesmer par le simple effet des gestes. Le docteur Jumelin 
était de ce nombre, ne se servant pour magnétiser que de 
ses doigts et d'une tîge de fer. 11 s'est trouvé par la suite 
des magnétiseurs qui ont soulevé de grandes perturbations 
dans l'appareil nerveux par la seule expression de leur 
mimique ou de leur volonté. Rien dans tout cela ne doit à 
présent être taxé d'extraordinaire ; nous sommes las de 
redire, de répéter que certains êtres se laissent inoculer, 



(1) Bailly, Rapport cité, p. 74. 



^.-;^^/ 



EFFETS ATTRIBUÉS A L AGENT MESMÉRlEIf. 455 

en quelque sorte, les sensations et les idées qu'on désire 
traosmettre à leurs centres nerveux. Mais les magnétiseurs 
de profesdon ont souvent besoin d'un interprète pour tra- 
duire en langage physiologique des résultats plus ou moins 
simples, qui leur semblent cependant miraculeux, et qvCM 
expriment à leur manière dans un langage abstrait et 
comme sacramentel. 

Les magnétiseurs répètent continuellement que tout le 
nu»Bde ne possède point au même degré la puissance ma- 
gnétique, que les sujets doués d'une volonté ferme, d*une 
foi qui respire l'enthousiasme, dont la persuasion, Tacti- 
vite intellectuelle ne redoutent aucun obstacle, dont la 
prestance, les formes extérieures en imposent comme la 
ferveur et l'énergie morale, dont le regard pénètre, maî- 
trise, subjugue et fascine, sont les plus propres à obtenir 
par le magnétisme des succès merveilleux ; que la con- 
trainte, le doute, l'hésitation, une contenance timide, la 
craiote d^écbouer et de ne pas réussir, la présence d'un 
homme important dont le nom cause une préoccupation 
involontaire, suffisent pour priver le magnétiseur de sa 
force magnétique ; de sorte que, le même magnétiseur, en 
(^rant sur le même sujet, peut obtenir, suivant les jours, 
les* résultats les plus opposés. Les magnétiseurs enseignent 
également que la capacité des sujets pour l'agent magné- 
tique on nerveux varie aussi suivant la disposition du ca- 
ractère, la nature des idées, des réflexions qui absorbent 
maintenant l'attention du patient ; que les neuf dixièmes 
des sujets bien portans résistent le plus souvent à Faction 
da magnétiseur; que d'autres, qui semblent accessibles 
d*abord à l'action de l'agent magnétique, paraissent en- 
suite n'en plus ressentir l'influeuce, etc. Ce langage con- 
firme des vérités que nous sommes fatigués de commenter. 



458 LIVRE V. — DIX-IIL'ITIÈHE SIÈCLE. — CliAP. H. 

le SOD, et ceux de la langue et des lèvres pour Farticuler. 
Cet état a duré seulement une minute ; on yoit qne se 
trouvant précisément dan^ les mêmes circonstances, la 
séduction de Fesprit et son effet sur les organes de la voix 
ont été les mêmes. Mais ce n'était pas assez que la parole 
Faverttt qu'elle était magnétisée ; il a fallu que la Yue lai 
portât un témoignage plus fort et plus capable de rébran- 
1er ; il a fallu encore qu'un geste déjà connu réveillât ses 
idées. Il semble que cette expérience montre merveilleu- 
sement comment l'imagination agit, se monte par degrés, 
et a besoin de plus de secours extérieurs pour être plus effi- 
cacement ébranlée (1). » 

c La réflexion suivante est encore importante à noter. 
Ce pouvoir de la vue sur Timagination explique les effets 
que la doctrine du magnétisme attribue au regard. Le re- 
gard a éminemment la puissance de magnétiser; les signes, 
les gestes employés ne sont communément rien, a-t-on dit 
aux commissaires, que sur un sujet dont on s'est précé- 
demment emparé en lui jetant un regard. La raison en est 
simple, c'est dans les yeux qne sont déposés les traits les 
plus expressifs des passions ; c'est là que se déploie tout 
ce que le caractère a de plus imposant et de plus séducteur. 
Les yeux doiyent donc avoir un grand pouvoir sur nous ; 
mais ils n'ont ce pouvoir que parce qu'ils ébranlent l'ima- 
gination. C'est donc au regard à commencer tout Fonvrage 
du magnétisme, et l'eflet en e&t si puissant, il a des traces 
si profondes, qu'une femme nouvellement arrivée chez 
Deslon ayant rencontré, en sortant d'une crise (d'un accès 
hystérique), les regards d'un de ses disciples, qui la ma- 
gnétisait, le fixa pendant trois quarts d'heure. Elle a été 

(I) BttUy > Rapport cité, p. 5a. 



EFFETS ATTRIBUÉS A l'aGENT MESMÉRIEN. 459 

bngteinps poursuivie par ce regard ; elle voyait toujours 
devant elle ce même œil attaché à la regarder, et elle Fa 
porté constamment dans son imagination pendant trois 
jmn dans le sommeil comme dans la veille. On voit tout 
ce que peut produire une imagination capable de conserver 
Mfongtempslamême impression, c'est-à-dire de renouveler 
elle-même et par sa propre puissance la même sensation 
pendant trois jours. » 

Ainsi, dans ce dernier exemple, le magnétisme engendre 
des hallucinations visuelles comme il a produit dans le pré- 
cédent Taphonie. Les démoniaques d'Allemagne enten- 
daient le diable qui leur défendait de répondre aux ques- 
tions des juges et elles devenaient alors muettes et trem- 
blantes. Boguet nous a appris qu'après que la Duvernois 
eut confessé que la semence du diable lui avait paru froide, 
le malin esprit redoubla ses assauts sur elle , en lui fer- 
mant la bouche, de sorte qu'elle ne put plus parler que 
par signes; les démoniaques interrogées par Delancre lui 
disaient, dès qu'elles pouvaient parler, que le démon, 
gnand elles devenaient muettes, leur bouchait les or- 
ganes de la parole avec quelque chose qui allait et venait 
dans le gosier comme une navette , comme une cheville 
lae Ton enfoncerait brusquement dans le canal d'un ton- 
[teaii ponr intercepter l'écoulement du liquide. 

Des hallucinations, des impressions internes attribuées 
par elles à la présence des esprits, agissaient sur toutes 
ces démoniaques comme une sorte de magnétisme. On se 
rappelle que dans l'épidémie du Labourd on rendait quel- 
quefois la parole à ces muettes, par la perspective de la 
corde, du feu et du gibet. Barbare magnétisme ! Quand 
la puissance morbide ne permettait plus aux malades d'en- 
tendre à rien , ils s'étranglaient en bravant jusqu'à Fépou- 



458 LIVRE V. — mX-HtlTlÈHE SIÈCLE. — CHAP. II. 

le son, et ceux de la langue et des lèvres pour Farticoler. 
Cet état a duré seulement une minute ; on voit que se 
trouvant précisément danâ les mêmes circonstances, ta 
séduction de Fesprit et son effet sur les organes de la voix 
ont été les mêmes. Mais ce n^'était pas assez que la parole 
Faverttt qu'elle était magnétisée ; il a fallu que la yue loi 
portât un témoignage plus fort et plus capable de Tébraii- 
Icr ; il a fallu encore qu'un geste déjà connu réTeillât ses 
idées. Il semble, que cette expérience montre ntierveilleo- 
sement comment Fimagination agit, se monte par degrés, 
et a besoin de plus de secours extérieurs pour être plus efi- 
cacement ébranlée (1). » 

c La réflexion suivante est encore importante à noter. 
Ce pouvoir de la vue sur Fimagination explique les effets 
que la doctrine du magnétisme attribue au regard. Le re- 
gard a éminemment la puissance de magnétiser; les signes, 
les gestes employés ne sont communément rien, a-t-on dit 
aux commissaires, que sur un sujet dont on s'est précé- 
demment emparé en lui jetant un regard. La raison en est 
simple, c'est dans les yeux que sont déposés les traits les 
plus expressifs des passions ; c'est là que se déploie tout 
ce que le caractère a de plus imposant et de plus séducteur. 
Les yeux doivent donc avoir un grand pouvoir sur nous ; 
mais ils n'ont ce pouvoir que parce qu'ils ébranlent Fima- 
gination. C'est donc au regard à commencer tout Fouvrage 
du magnétisme, et Feflet en e^t si puissant, il a des traces 
si profondes, qu'une femme nouvellement arrivée cbei 
Deslon ayant rencontré, en sortant d'une crise (d'un accès 
hystérique), les regards d'un de ses disciples, qui la ma- 
gnétisait, le fixa pendant trois quarts d'heure. Elle a été 

(1) BttUy > Rapport cité, p. 5a. 



EtTETS ATTRIfitÉS A LOGENT HESlléltlËN. 461 

tonyaincu qu'elle possède une yertu, une qualité purga- 
tnre ; le cerveau modifié alors d'une certaine façon réagit 
par rintermédiaire de la moelle spinale sur la partie de 
Tappareil nerveux qui préside aux sécrétions intestinales, 
et aussitôt le produit sécrété devient surabondant. 

C'est ainsi qu'une impression de crainte fait naître quel- 
quefois le besoin d'uriner, la colique, le besoin d'aller un 
grand nombre de fois à la garderobe; c'est ainsi qu'un 
rêve voluptueux détermine l'aclion sécrétoire des glandes 
séminales ; la modification est purement cérébrale chez le 
sujet magnétisé qui avale de l'eau en affirmant qu'il savoure 
un vin exquis. 

Les magnétiseurs observent qu'il leur est souvent possible 

d'attirer vers le coude, vers le genou, une douleur qui était 

dans le principe fixée vers l'épaule, vers le bassin ; qu'ils 

parviennent, dans quelques circonstances, à expulser cette 

douleur par l'extrémité des doigts ou des orteils. Par le 

fait la douleur se calme en présence du magnétiseur comme 

m noial de dents se calme quelquefois à Taspect du dentiste, 

et si le magnétisé accuse dans le bras, l'avant-bras, la 

maîD, dans la cuisse, le jarret ou la jambe, une sensation 

qui lui fait croire que la douleur est expulsée par un point 

déterminé, c'est encore dans les centres encéphaliques 

ju'îl faut placer le point de départ de cette aberration sen- 

sitîve. Les sujets qui sentent lorsqu'on les magnétise, ou 

qn^on est censé les magnétiser, le fluide magnétique couler 

de baut en bas dans la direction des membres comme un 

Bot d'eau chaude, offrent un exemple de sensation illusoire 

du toucher. 

Les magnétiseurs qui sont menacés de lipothymie, qui 
perçoivent à l'épigastre une sensation douloureuse, qui at- 
tribuent ces effets pathologiques à l'action d'un fluide vicié 



460 LIVRE V. — DIX-HUITIÈIIË SIÈCLE. — CHAP. II. 

vante des supplices. Qui est-ce qui parviendra à saisir les 
différens modes d'enchaînement, la filiation possible, la 
réaction presque infinie des efifels nerveux pour tout ce qui 
a traitau moral, àTintellect, aux sensations viscérales, aux 
sensations provenant du monde extérieur , sur rhonmK 
sain ou malade , sur les animaux comme sur la créature 
raisonnante I 

Les bergers et les chiens auxquels le cœur a failli p«r- 
deqt pai fois subitement la voix à Taspect du loup ; Toisean 
avide de sang plane dans Tair, se balance un instaDl à 
une certaine hauteur en dardant son regard perçant sur 
la proie qu'il paralyse et dont il va bientôt se saisir; le 
chien de chasse arrive, après mille détours, et se pose à 
sa manière en présence du gibier qu'il évente, et que sa 
vue cloue à la même place; la belette si vive, si intelli- 
gente, si bien habituée aux luttes sanglantes qui snppo* 
sent la force de la volonté et Finstinct du courage, ne sait 
plus que gémir, se plaindre, faire d'inutiles détours et ve- 
nir se précipiter d'elle-même dans la gueule du serpent 
immobile qui la subjugue par l'expression de son œil de 
feu ; le crapaud, en apparence si stupide et si peu impres- 
sionnable, est lui-même vaincu par cette terrible fascina- 
tion : vous n'avez pas besoin d'évoquer une force occulte 
et nouvelle, de créer un nouvel agent pour reudre raison 
de ces effets, pour les classer, leur assigner un rang 
parmi les données de la physiologie ou mieux de la patho- 
logie; tous les jours nous avons, sans y réfléchir, le ta- 
bleau de semblables merveilles étalé sous nos yeux. 

On demande souvent: d'où vient que l'eau magnétisée 
peut exciter la diarrhée? L'eau magnétisée, comme celle 
qui ne l'est pas, peut acquérir subitement la propriété de 
purger, si le maguétiseur annonce, et si le malade reste .. 



■•# 



\ 



EFFETS ATTRIBUÉS A L AGENT MESMÉR1EN. 403 

prouve qu'avant i 7/i2 le soumambulisme avait été Yoïj^el de 
ses remarques et de ses méditations. 

On lit dafls \9i Nosologie métAodiguelque Sauvages eut à 
liaiter la fenoune d*uQ médecin de Rivesaltes, que les pro- 
cédés d'uQ homme grossier avaient rendue malade en Fim- 
loressioiuiaut vivement pendant la période menstruelle. 
Cette dame, âgée seulement de vingt-quatre ans» était 
devenue sujette, à partir de ce jour, à un état maladif 
nogulier, qui revenait périodiquement, augmentait sous 
l'influence de chaque nouvelle émotion , et dont les accès 
duraient pour Fordinaire une demi'-beure ou une heure 
environ. Cette malade, dit Sauvages, était tout à coup pri- 
vée de sentiment, comme dans la catalepsie avec délire ; 
mais il existait ici cette différence, que depuis le commen- 
eement jusqu'à la fin de l'accès elle ne cessait de rêver, de 
parler entre les dents, de faire beaucoup de gestes et d'in- 
diquer par des signes extérieurs la nature des idées dont 
son ame était affectée. Elle se tenait assise sur son lit, et 
s'imaginant voir son ennemi dans la personne d'un chirur- 
gien qui avait été appelé dans son appartement , elle sauta 
sur lai. Elle se fâchait et s'emportait contre son ombre 
qu'dleapercevaitsurlemur, visa vis de son lit, poursui- 
vant avec ardeur cette image qu'elle voyait suivre les mou- 
vemeas de la chandelle. Elle ne voyait ni n'entendait son 
mari quand il lui adressait la parole, et de quelque façon 
qu'on la piquât, elle ne donnait aucun sigue de sensibilité. 
Ces accès reviiu ont pendant un mois. La saignée ne pro- 
duisit aucun effet salutaire ; on ne retira aucun avantage de 
l'emploi des bains rafraicbissaus ; la malade se porta mieux. 
quand elle fut éloignée de l'objet de son aversion. D'abord 
les accès reparurent plus rarement; la promenade et la dîs- 
i^ipation terminèrent sa cure. Pendant l'attaque^ les doigts, 



4Ù2 LIVRE V. — MX-IRÏTIÈME SlfeCtE, — CHAP. II. 

provenant de la persooDe qu'ils niagnétiseiit, qui obtica- 
neut du soulagement en recourant à TactioD d'un coU^ 
qui a le soin, à la suite de chaque passe de sa main, de 
secouer les doigts, comme pour en détacher un fluide qu'il 
aurait soutiré, raisonnent comme les sigets qui soutienaeit 
que Tatmosphère d'un crapaud est vénéneuse, parce qii*ib 
se sont trouvés mal, qu'ils ont vomi à la vue de ce rqitile; 
quelques gestes, quelques gouttes d'une eau spiritueose 
placée à la portée de l'odorat suflSsent pour remédier à 
tous ces prétendus empoisonnemens. En définitive, pea k 
peu, avec le temps, l'étude de la physiologie fera dispa- 
raître le vocabulaire des magnétiseurs vulgaires. 

S vin. 

Les disciples de Mesmer provoquent sur quelques Budales âne sorle de mibm* 
Misme extatique, qu'ils attribuent aussitôt à Faction d'un agent FfÇf^x» 
De nouvelles erreurs menacent la pathologie encéphalique el la pillmtegie 
mentale. 

1784. 

Nous avons cent fois constaté, depuis le commencement 
de ces études, que le somnambulisme spontané se déclare 
principalement sur les femmes hystériques, les sujets dis- 
posés à la catalepsie extatique, sur les personnes eialtées 
par la continuité des veilles, par l'habitude de la prière, de 
la contemplation et du recueillement; il est certain aussi 
que les différences qu'il peut présenter dans . ces modes 
d'expression tiennent souvent à la diversité des ch'coiis- 
tances qui lui ont donné naissance. 

Sauvages place avec raison le somnambulisme dans la 
classe dos délires; c'est à tort qu'il indique l'occlusionde 
tous les sens extérieurs comme un symptôme constant daos 
cet état maladif. Du reste, le nosologiste de Montpellier 



N 



EFFETS ATTRIBUÉS A l'A€ENT MESMÉRIEN. 465 

clarait pendant qu'elle était occupée à balayer, ou à pétrir 
le pain, elle n'interrompait pas néanmoins son travail^ 
mais elle perdait presque la vue et Touîe, et n'entendait 
que faiblement ceux qui l'environnaient comme si elle eût 
été dans la somnolence (1). 

En 1760, on Tut porté à attribuer à l'obsession du diable 
une série d'accidens qui persistèrent pendant plus de six 
mois sur deux paysannes d'Argenton en Berry, toutes deux 
hystériques et âgées de vingt ans, du reste fort amies. 
1* Quoiqu'on les eût renfermées dans des maisons différen- 
tes, chacune d'elles présageait trois ou quatre jours d'a- 
vance ce qui lui devait arriver, ainsi qu'à son amie. 2° Elles 
imitaient assez bien la voix d'un chat, d'un chien, ou d'une 
poule, â"" Elles avaient une très bonne mémoire, et un génie 
beaucoup plus vif qu'à l'ordinaire ; elles se moquaient des 
assistans et leur donnaient des noms d'emprunt, li"" Elles 
tombaient ensuite dans un sommeil si profond que, pi- 
quées, pincées ou brûlées, elles ne donnaient aucune mar- 
que de sensibilité. 5° Elles s'éveillaient ensuite d'elles- 
mêmes, en criant qu'elles avaient mal à la cuisse ou à la 
jambe, et il semblait même qu'on avait égratigné et rendu 
livide la partie qu'elles avaient nommée, bien qu'aucun 
des assistans n'y eût touché. 

L'accès présentait trois temps : dans le premier, les deux 
malades se possédaient entièrement, et ayant présent à 
Fesprit le souvenir de ce qu'elles avaient précédemment 
fait, elles s'en affligeaient en rougissant. Dans le second, 
elles étaient en délire, et dans des convulsions si considéra- 
bles, que quatre hommes robustes avaient de la peine à les 
contenir ; c'est alors qu'elles prédisaient ce qui devait arri- 



(1) Sauvages, NowlogiCy l. 2, p. 350. 

Tome H. 30 



466 LIVAB V. — DIX-BtITIÈIIE SIÈCLE. — CBAP. II. 

ver, quant au temps et à la durée de Taccès. Ëuflu, elles 
tombaient daDsTassoupissement, éprouvaient une abolition 
totale des sens, et s'éveillaient à Tbeure et à la miaule 
qu'elles avaient indiquées, sautant souvent de leur lit eo 
criant : grand Dieu ! qu'est-ce qu'on a eu la cruauté de me 
faire à la jambe ou à la cuisse ? Cette scène se répétait 
tous les jours ; les règles étaient supprimées, les malades 
dans un état languissant et disposées aux défaillances (1). 
. Hélène Renaud, âgée de dix-sept ans, et sa sœur aînée, 
nommée Olive, devinrent sujettes à des attaques hystéri- 
ques, à la suite de la suppression de leurs règles. Olive se 
trouva guérie après le sixième accès, ayant fait usage de 
remèdes anti-hystériques et emménagogues. Ces moyens oe 
firent que du mal à Hélène qui devint cataleptique après 
avoir éprouvé douze accès de vapeurs. Elle sentait l'esprit 
de sel ammoniaque qu'on tenait à deux pieds de distance, et 
portant alors la main au nez pour boucher ses narioea, 
elle se mettait sur ses gardes. Si on lui mettait par 
force cet esprit sous le nez, à l'aide d'une barbe de plume, 
elle poussait des cris horribles, et se mettait dans un ét«t 
de fureur tel , que trois hommes avaient de la peine à ré- 
primer ses mouvemens, taudis qu'avant l'expérience elle 
paraissait faible au point de ne pouvoir pas parler. 

Les accès de catalepsie revenaient plus de dix fois par 
mois ; souvent ils étaient précédés d'une anxiété de la respi- 
ration. L'immobilité cataleptique paraissait à mesure qpe 
l'oppression allait en diminuant. La fin de l'attaque étail 
annoncée par un vertige, et la malade tombait alors éten- 
due sur son oreiller. 

Quelquefois cependantla dyspnée hystérique était accow- 

» 

(t) Sauvages, 1.2, p. 713 



{^guée d'un accès d'épilepsie auquel succédaient d^ atta- 
ques convulsives violentes, compliquées d'uo déiii'e ingé- 
nieux tel qu'on n'eût pu Tattendre d'une pareille malade. 
Sélène rêvait alors de la même manière que Madeleine, 
jeune cataleptique affectée de somnambulisme. On avait du 
plaisir à considérer Hélène assise sur son lit, le tronc im-^ 
mobile, la tête baissée, les yeux tournés suivant la volonté 
des assistans, les bras fléchis et tenus en Fair comme ceux 
d'one statue, tandis qu'elle s'exerçait à parler et à rire« 
4près l'accès, elle se sentait saine et ne redoutait aucune^ 
ment le retour des mêmes accidens. Une frayeur légère , 
pne nouvelle désagréable, l'impression d'une odeur nau-? 
péabonde telle que celle de la rue ou du castoreum, la plus 
légère affection de l'ame, sufiQsaient pour rappeler aussitôt 
la catalepsie (1). 

' On voit que sur la femme de Rivesaltes l'occclusion des 
sens n'était que relative ; la malade ne sentait pas, n'enten-* 
daitet ne voyait point son mari, mais elle apercevait le ebi-^ 
Furgien qui entrait dans sa chambre, l'ombre qui changeait 
de place sur la muraille placée à son côté; quant aux filles 
d'Àrgenton, elles imitaient comme les démoniaques les cris 
et la voix des animaux, parce qu'on leur avait dit que le 
démon les rendait cataleptiques. Finalement si, dans toutes 
ces histoires, l'on fait abstraction des symptômes qui appar* 
tiennent en propre à l'hystérie et à la catalepsie, il ne reste 
plus qu'un ensemble de phénomènes en tout semblables à 
eeux qu'on note journellement dans le somnambulisme 
artificiel simple. Les faits que je viens de citer prouvent 
donc que les disciples de Mesmer, comme tous les in* 
dividus doués de quelqu'instruction, n'avaient en quelque 

(l)Sauvages, t. 2,p.327^ 



468 LIVRB V. ->- DIX-HUITIÈMB SIÈCLfi. ~ CHÀt». II. 

sorte qu'à regarder devant eux pour se familiariser avec 
les phénomènes du somnambulisme spontané. 

En 178/i, cependant, lorsque le rapport des commis* 
saires de TÂcadémie des sciences, sur les effets du magné- 
tisme animal, n'était pas encore connu, quelques magné* 
tiseurs perdaient presque la tête à force de surprise et 
d'étonnement, à la vue des phénomènes qui constituent le 
somnambulisme, et ils se persuadèrent que le fluide émané 
des appareils mesmériens avait seul le pouvoir de produire 
des merveilles qu'ils qualifiaient presque de surnaturelles. 
Le marquis de Puységur ayant, par hasard, déterminé un 
accès de somnambulisme sur un villageois nommé Yictory 
qu'il traitait par le magnétisme, et ayant vu le même état se 
reproduire à l'instant même où il s'avisa de mettre cet 
homme en contact avec une corde aboutissant à un arbre 
magnétisé, se crut véritablement transporté dans un monde 
idéal ; qu'on lise plutôt, pour ne me pas taxer d'exagéra- 
tion, la lettre écrite par ce magnétiseur à un membre d'ane 
société mesmérienne, à la date du 8 marslTSA, laquelle se 
termine par ces lignes : t Je l'avoue, monsieur, la tête me 
tourne de plaisir en voyant le bien que je fais. Madame de 
Puységur, la compagnie qu'elle a chez elle, mes gens, tout 
ce qui m'entoure ici, éprouvent un saisissement mêlé d'ad- 
miration qu'il est impossible de rendre, et je vous avouerai 
encore que je croîs qu'ils n'éprouvent que la moitié de mes 
sensations. Sans mon arbre, qui me repose, et qui va en- 
core me reposer davantage, je serais dans une agitation, je 
croîs, contraire à ma santé : j'exîsle trop, s'il est permis 
de se servir de ces expressions (1). » Il est bien clair 
pourtant que s'ils eussent mieux connu, mieux com- 

(1) De Puysi^jîiir, Mémoires de M^ y t 1. 



I 



EFFETS ATTRIBUÉS A l'aGENT MESMÉaiEN. 409 

pris surfout, les lois de ranimalité, les disciples de Mesmer 
se fusssent contentés de noter dans cette circonstance que 
rbomme, à Taide de certaines pratiques, acquiert quelque* 
fois le pouvoir d'exciter le somnambulisme; mais ils ne pu* 
rent pas s*empêcher, pour la plupart, de crier au miracle, 
ainsi que rayaient Tait les prophètes du Yivarais et les jan- 
sénistes de Saint-Médard. 

Cette exaltation, cette sorte d'effervescence fiévreuse de 
Tentbousiasme, chez les magnétiseurs, contrastent avec le 
sang-froid dont on a sans cesse besoin , je ne dis pas seule-- 
ment pour interpréter, mais pour noter, avec quelqu'exac- 
titude, les aberrations phénoménales du somnambulisme 
artificiel. Les symptômes qui appartiennent à cet état pa- 
thologique sont en effet si mobiles, si sujets à varier d'une 
seconde à l'autre sur des malades différens, sur la même 
personne, qu'il devient difficile d'observer avec certitude, 
f étJBd)lir et de multiplier les termes de comparaison, de 
saisir et de donner la véritable explication des phénomè* 
aes réels ou apparens. 

Parmi les individus qui tombent dans le somnambulisme, 
sous le prestige des efforts du magnétiseur, il en est quî 
semblent à peu près étrangers d'abord à toutes les impres- 
sions extérieures. Bientôt leurs sens entrent en exercice, et 
ils peuvent apercevoir les objets, distinguer les couleurs, 
prêter Toreille aune conversation, quelle que soit la per- 
sonne qui leur parle, exercer le toucher, le goût, l'odorat, 
comme dans l'état de veille. D'autres ne sont en rapport^ par 
les sens, qu'avec une seule personne ou avec un certain 
nombre d'objets, de sorte qu'ils ne répondent point aux in- 
terpellations du premier venu, qu'ils peuvent être impres- 
sionnés, par exemple, par l'aspect d'une table ou d'uue 



470 LIYRB V. — DIK-HUITIÈIE SIÈCLE. — GRAt». II 

chaise, sans apercevoir à côté un autre meuble, un livre qui 
s'y trouvent placés. Il arrivera à celui-ci d'êti*e impres^ 
sionné par le bruit de la pluie, par le sou d'une pendule 
on d'une horloge, etiln'entendrapasrexplosion d'une arme 
à feu, le son perçant du cor qu'on fera retentir avec iutentioo 
à ses oreilles... Celui-là apprécie par le tact les formes des 
corps qu'il a sous la main, indiquant jusqu'à leur tempéra^ 
ture, et il ne sent pas la douleur d'une piqûre, le rude 
attouchement d'un corps qui le blesse. Un troisième boit 
avec plaisir un vin délicat qu'il reconnaît, flaire avec bon« 
heur un parfum qu'il aime, et ne soupçonne pas un instant 
après qu'on dépose une substance amère sur sa langue^ 
qu'on brûle du soufre, ou qu'on répand des vapeurs ammo^ 
nîacales sous son nez. Quelques somnambules concentrent 
leur attention sur les mouvemens intestins de leur orga- 
nisme, en restant constamment étrangers à tout ce qui 
s'agite autour de leur personne, et parviennent à avoir la 
conscience d'une foule de sensations viscérales habitudle* 
meut cachées pour le cerveau. 11 en est aussi qui épnnh 
vent de continuelles hallucinationts de la vue, de l'ouie, du 
goût, du toucher, décrivant, comme s'ils les voyaient es 
réalité, des objets qui se trouvent placés maintenant à dh^ 
quinze, cent lieues de distance, et qui souvent n'y existent 
pas du tout, rapportant des propos imaginaires qu'ils 
croient entendre proférer par la bouche d'un ami absent, 
accusant au palais la sensation d'un médicament désagréa- 
ble dont ils ont actuellement le souvenir ; ressentant à la 
peau l'impression d'un liquide qui les glace, ou d'un métal 
qui les brûle. Il en est qui se méprennent sur la nature 
des sensations réelles, qui boivent de l'eau pour du vin, du 
vin pour de l'eau, qui confondent le sifflement de l'air avec 



EFFETS ATTRIBUÉS A l'aGENT MESMÉaiEN. 409 

pris surtout, les lois de ranimalité, les disciples de Mesmer 
se fusssent contentés de noter dans cette circonstance que 
rbdmme, à Taidede certaines pratiques, acquiert quelque- 
fois le pouvoir d*exciter le somnambulisme; mais ils ne pu* 
rent pas s'empêcher, pour la plupart, de crier au miracle, 
ainsi que Tavaient fait les prophètes du Yivarais et les jan- 
sénistes de Saint-Médard. 

Cette exaltation, cette sorte d'effervescence fiévreuse de 
Fentbousiasme, chez les magnétiseurs, contrastent avec le 
sang'froid dont on a sans cesse besoin , je ne dis pas seule-- 
ment pour interpréter, mais pour noter, avec quelqu'exac- 
titude, les aberrations phénoménales du somnambulisme 
artificiel. Les symptômes qui appartiennent à cet état pa- 
thologique sont en effet si mobiles, si sujets à varier d'une 
seconde à l'autre sur des malades différens, sur la même 
personne, qu'il devient difficile d'observer avec certitude, 
d'établir et de multiplier les termes de comparaison, de 
saisir et de donner la véritable explication des phénomè- 
nés réels ou apparens. 

Parmi les individus qui tombent dans le somnambulisme, 
tsous le prestige des efforts du magnétiseur, il en est quf 
semblent à peu près étrangers d'abord à toutes les impres- 
sions extérieures. Bientôt leurs sens entrent en exercice, et 
ils peuvent apercevoir les objets, distinguer les couleurs, 
prêter l'oreille aune conversation, quelle que soit la per- 
sonne qui leur parle, exercer le toucher, le goût, l'odorat, 
comme dans l'état de veille. D'autres ne sont en rapport^ par 
les sens, qu'avec une seule personne ou avec un certain 
nombre d'objets, de sorte qu'ils ne répondent point aux in- 
terpellations du premier venu, qu'ils peuvent être impres- 
sionnés^ par exemple, par l'aspect d'une table ou d'une 



472 LlYhE V. -r- mX-UUlTlKME SIECLE. — CUAP. II. 

Gusuile dans les masses centrales et dans les plexus du 
système nerveux, sous Finfluence des opérations du magné- 
tiseur. La spécialité d*action^ toujours si admirable, de 
Fappareil où naissent et s'accomplissent de tels effets fonc* 
tionnels, peut donner à quelques uns d'entr'euxune appa- 
rence d*étrangeté ; mais c'est là un motir de plus pour 
qu'on cherche à en dégager les erreurs d'ailleurs très spé- 
cieuses, qui s'y sont mêlées en si grand nombre, depuis 
que les magnétiseurs ont entrepris d'étudier et d'exposer 
les prmcipaux phénomènes du somnambulisme artificiel. 
Il faut bien retenir d'abord que la manifestation du 
somnambulisme artificiel n'est point produite, comme l'en- 
seignaient dans le principe beaucoup de disciples de Mes- 
mer, par l'action d'un fluide spécial. Si le patient est 
prévenu d'avance, s'il a déjà éprouvé quelques attaques de 
somnambulisme, l'on peut provoquer le retour de l'accès 
en s'agenouiUant et en priant, en lui intimant l'ordre de 
fermer les yeux, de se recueillir et de tomber en extase, 
en le regardant fixement à une certaine distance, en lui 
adressant un geste du doigt ou de la main, en ne faisant 
rien du tout, pourvu qu'il se persuade qu'on agit sur sa 
personne pour exciter une crise. Assurément dans chacun 
de ces cas, le fluide de Mesmer n'intervient point pour la 
production de ce nouvel état ; nous l'avons dit, à propos 
des attaques convulsives observées chez Deslon, soit que 
l'on accumule autour des croyans des baquets mystérieux, 
qu'on les influence par l'aspect d'une baguette métallique, 
qu'on pratique sur eux des attouchemens, qu'on passe et 
repasse la main à uue certaine distance de leur visage, en 
afleclant de donner à sa propre mimique une expression 
qui frappe, Tonne tend jamais à autre chose, en déployant 
tous ces moyens, qu'à faire naître dans l'appareil afiecté à 



EFFISTS ATTRIBUÉS A l'AGËNT MESMÉHIEN. 47 i 

les accens de la musique ; on juge facilemeut qu'un pby« 
biologiste peut seul, si ou peut le dire, procéder au triage 
ie tous ces effets uerveux, soit naturels, soit anormaux. 

Mais que de choses à noter encore dans le somnambu- 
Usme I Cet état singulier, loin d'exclure l'exercice de certai- 
ne» facultés intellectuelles et affectives, peut, comme l'on 
sait, déterminer une exaltation momentanée de ces facultés. 
La mémoirede ccrtainssomnambules acquiert uneétendue, 
onë vivacité, une promptitude insolites; les images d'objets 
depuis longtemps oubliés affluent maintenant dans la pen- 
sée avec une rapidité admirable. Le somnambule peut con-* 
verser sur des sujets qui lui étaient presque étrangers ; il 
s'exprime avec un choix de mots qui ne lui est pas habituel; 
il rappelle des langues qu'il a étudiées à peine, récite des 
vers oubliés depuis l'enfance, entrevoit souvent les rapports 
probables qui lient le présent à l'avenir, calcule avec une 
certaine précision l'écoulement du temps, invente des ter- 
mes pour représenter momentanément ses idées, influe sur 
son organisme de manière à y faire naître des changemens 
remarquables, s'approprie les symptômes des maladies qui 
le frappent, pénètre avec un tact exquis les pensées, les 
neioindres intentions de certains personnages qui attirent 
son attention, saisit assez bien sur autrui l'expression des 
maladies vulgaires, est susceptible de s'abandonner à des 
syippathies entraînantes, à des antipathies non équivoques, 
de rapporter au toucher les perceptions de la vue, à la vue 
les perceptions du toucher; et, quand le somnambulisme est 
provoqué par artifice, toute cette série de sensations vraies, 
fausses, imaginaires, d'impressions viscérales, toute cette 
succession d'idées, de sentimens, d'opérations morales et 
intellectuelles, semblent n'être que le résultat des modifi- 
cations physiques survenues d'abord aux extrémités, 



474 LIVRB V. — DIX-HLITIÈMË SIÈCLE. — CUAP. II. 

de comparaison. Mais les magnétiseurs, qui ne voulaient 
pas se départir de F idée que le jeu du fluide mesmérien 
causait seul la manifestation des elTets observés sur leurs 
somnambules, se gardaient bien d'établir les rappproche- 
mens que nous venons de signaler à votre attention. 

L'on retiendra bien, en second lieu, que ceux-là n'ont 
émis que de pures erreurs qui ont soutenu que l'agent 
magnétique conférait à des malbeureux dont l'appardl 
auditif, l'appareil visuel était détruit, le pouvoir d'enten- 
dre et de contempler de nouveau le monde réel, dès l'inS'*' 
tant oii ils tombaient dans le somnambulisme. 11 n'est 
rien moins que vrai non plus que les somnambules soient 
doués de la faculté de voir au travers les murs, de décrire 
à dix, vingt , cent lieues de distance , une scène qui se 
passe actuellement dans un endroit où ils n'ont jamais mis 
le pied , d'entendre ce qui s'y dit, de raconter en détail 
les événemens qui s'y accomplissent. Les somnambules 
ne lisent pas davantage datis la pensée des personnes qui 
se trouvent maintenant éloignées d'eux, à moins que cette 
pensée ne leur ait été indiquée par une manifestation eité^ 
rieure significative. L'on aura beau répéter qu'un aveu^ 
gle endormi par un magnétiseur s'extasiait sur la beauté 
des fleurs d'un parterre, que certains somnambules ont 
décrit tout l'ameublement de châteaux oii jamais ils n'a- 
vaient pénétré, que la double vue des peuples d'Irlande 
n'CwSt plus contestée par personne, que l'agent mesmérien 
a permis à des extatiques d'explorer jusqu'au domaine de 
la lune, que c'est un fait notoire que les convulsîonnaires 
lisaient dans l'organe de la pensée de leurs exorcistes ; je 
répondrai que des milliers de pareilles citations ne sau- 
raient me persuader que c'est parce qu'il distingue de 
son appartement une touffe de camomille ou de petite ceu- 



EFFETS ATTRIBUÉS A l'aGEMT MESMÉRIEN. 475 

taarée dans Tofficlue d'uD pharmacien, ou parmi les ber*^ 
bes de la prairie, qu'un somnambule se prescrit à lui-- 
même Fusage de ces plantes; ne sauraient me persuader 
que cbez les extatiques de telles sensations se fondent sur 
l'eiistence de modifications cérébrales provenant d'im- 
pressions perçues par l'organe encéphalique. S'il me pa- 
raissait démontré qu'un seul somnambule eût pu, sans 
quitter son siège, décrire les mouvemens d'un corps 
d'armée opérant contre l'ennemi et tracer, à la distance 
de dix lieues, le tableau d'une bataille aussi fidèlement 
que si l'action se fût réellement passée sous ses yeux 
dans l'état de veille, il ne me répugnerait aucunement 
d'ajouter foi aux assertions de Torralba, de Madeleine 
de Cordoue, des démonolâtres du Labourd, des possédées 
de Loudun, de Louviers, des extatiques des Géyennes et 
de Saint-Médard, des visionnaires de tous les pays ; mais 
avec une pareille persuasion il faudrait aussi se hâter de 
jeter au feu tous les écrits composés par les modernes» 
sur l'aliénation mentale; car ils ne pourraient plus être 
considérés que comme autant de pitoyables romans. 

On peut regarder comme un fait certain, que les pre« 
miers magnétiseurs n'accordèrent pas assez ou qu'ils ac- 
cordèrent beaucoup trop à l'exercice , à la puissance des 
sens intérieurs et extérieurs pendant l'état semi-extatique 
des somnambules, et que de ces deux sources ont découlé 
les erreurs principales où sont tombés les écrivains qui 
ont divagué sur le somnambulisme. 

D'abord l'on inféra à tort de l'occlusion momentanée 
et évidente des sens extérieurs sur quelques somnambu- 
les, que sur tous ces malades les sens étaient incapables 
de recueillir et de porter au cerveau la moindre im- 
pression provenant du dehors , si ce n'est lorsque le ma- 



476 uvRe V. — dix-huitièjie siècle. — chap. u. 

gnétiseur prenait soin d'établir, à Faidc de son fluide, des 
rapports calculés , mais secrets , de communication entre 
Tencéphale du sujet magnétisé et le monde extérieur ; c'é* 
tait sans aucun fondement que Ton établissait de la sorte 
que, dans les circonstances habituelles, le somnambule se 
trouvait isolé par Tinertie des sens du monde pbysiqae. 
L*on oubliait Texemple de certains somnambules qui 
avaient joui de la Taculté de voir, d'entendre, de pratt 
quer spontanément le toucher , presque aussi librement 
que dans Tétat de veille, sans qu'aucun magétiseur s'oc- 
cupât de leurs personnes , eût songé à régler leurs rap- 
ports avec les hommes et les choses. L'on ne s'apercevait 
pas que cette objection^ que souvent quelques secondes 
plus tard leur tympan n'était plus ébranlable par l'explo- 
sion d'une arme à feu , constituait une objection insigni- 
fiante, attendu que les sens des somnambules peuvent être 
alternativement fermés, alternativement ébranlables. U 
suffisait pourtant, pour constater cette dernière vérité, 
d'examiner avec quelqu'attcntion un certain nombre de 
somnambules^ de jeter les yeux sur les observations de 
somnambulisme publiées par les partisans de la théorie 
mesmérienne eux-mêmes ; cette étude des faits eût appris 
aussitôt que beaucoup de somnambules s'écrient sponta- 
nément que l'on frappe aux portes, que le bruit des voi- 
tures, l'impression de la chaleur ou du froid les impor- 
tunent, que leur chaise les blesse, que le sol sur lequel ils 
marchent est raboteux et inégal, que la chaleur du foyer 
leur fait du bien ; toutes ces impressions dénotent une cer- 
taine activité actuelle des sens. L'on peut donc supposer 
par induction que , de même que souvent un homme qui 
repose est susceptible de percevoir beaucoup d'impres- 
sions , qu'il ne manifeste cependant pas toujours à ceux 



EFFETS ATTRIBUÉS A l'aGëNT MËSMÉRIEN. 475 

lanrée dans rofflcine d'un pharmacien, ou parmi les her* 
bes de la prairie, qu'un somnambule se prescrit à lui-- 
même T usage de ces plantes; ne sauraient me persuader 
que chez les extatiques de telles sensations se fondent sur 
TeiListence de modifications cérébrales provenant d'im- 
pressions perçues par l'organe encéphalique. S'il me pa-* 
raissait démontré qu'un seul somnambule eût pu, sans 
quitter son siège, décrire les mouvemens d'un corps 
d'armée opérant contre l'ennemi et tracer » à la distance 
de dix lieues , le tableau d'une bataille aussi fidèlement 
que si l'action se fût réellement passée sous ses yeux 
dans l'état de veille, il ne me répugnerait aucunement 
d'ajouter foi aux assertions de Torralba, de Madeleine 
de Gordoue, des démdnolâtres du Labourd, des possédées 
de Loudun, de Louviers, des extatiques des Géyennes et 
de Saint-Médard, des visionnaires de tous les pays ; mais 
avec une pareille persuasion il faudrait aussi se hâter de 
jeter au feu tous les écrite composés par les modernesf 
sur l'aliénation mentale; car ils ne pourraient plus être 
considérés que comme autant de pitoyables romans. 

On peut regarder comme un fait certain, que les pre« 
miers magnétiseurs n'accordèrent pas assez ou qu'ils ac- 
cordèrent beaucoup trop à l'exercice , à la puissance des 
sens intérieurs et extérieurs pendant l'état semi-extatique 
des somnambules, et que de ces deux sources ont découlé 
les erreurs principales où sont tombés les écrivains qui 
ont divagué sur le somnambulisme. 

D'abord l'on inféra à tort de l'occlusion momentanée 
et évidente des sens extérieurs sur quelques somnambu- 
les, que sur tous ces malades les sens étaient incapables 
de recueillir et de porter au cerveau la moindre im- 
pression provenant du dehors , si ce n'est lorsque le mu- 



476 LIVRE V. — DIX-UUniÈME SIÈCLE. — CHAP. 11. 

gnétiseur prenait soin d'établir, à Taide de son fluide, des 
rapports calculés, mais secrets, de communication entie 
Tencéphale du sujet magnétisé et le monde extérieur ; c'é- 
tait sans aucun fondement que Ton établissait de la sorte 
que, dans les circonstances habituelles, le somnambule se 
trouvait isolé par Tinertie des sens du monde physique. 
L'on oubliait l'exemple de certains somnambules qd 
avaient joui de la faculté de voir, d'entendre, de prati- 
quer spontanément le toucher , presque aussi librement 
que dans Tétat de veille, sans qu'aucun magétiseur s^oc- 
cupât de leurs personnes , eût songé à régler leurs rap- 
ports avec les hommes et les choses. L'on ne s'apercevait 
pas que cette objection^ que souvent quelques secondes 
plus tard leur tympan n'était plus ébranlable par l'explo- 
sion d'une arme à feu , constituait une objection insigni- 
fiante, attendu que les sens des somnambules peuvent être 
alternativement fermés, alternativement ébranlables. U 
suffisait pourtant, pour constater cette dernière vérité, 
d'examiner avec quelqu'attention un certain nombre de 
somnambules, de jeter les yeux sur les observations de 
somnambulisme publiées par les partisans de la théorie 
mesmérîenne eux-mêmes ; cette étude des faits eût appris 
aussitôt que beaucoup de somnambules s'écrient sponta- 
nément que l'on frappe aux portes, que le bruit des voi- 
tures, l'impression de la chaleur ou du froid les impor- 
tunent, que leur chaise les blesse, que le sol sur lequel ils 
marchent est raboteux et inégal, que la chaleur du foyer 
leur fait du bien ; toutes ces impressions dénotent une cer- 
taine activité actuelle des sens. L'on peut donc supposer 
par induction que , de même que souvent un homme qni 
repose est susceptible de percevoir beaucoup d'impres- 
jiions , qu'il ne manifeste cependant pas toujours à ceux 



EFFETS ATTRipUKS A L*AGPNT MESMPiaiÇlf. 419 

vers les masses nerveuses ceiUrales, que les somnafiibules 
sont maiuteuus en rapport avec le monde matériel, quftnd 
ce rapport o'est pas purement illusoire. Quoil ce somnam- 
)iule se dirige spontanément vers une porte à laquelle il 
96 touche pas ; 4'âbord il revient sur ses pas^ parce que h 
porte est maintenant fermée ; quelques secondes plus tard 
il sort sans hésiter, parce qu'on a ouvert tandis qu'il était 
)ui*-même occupé à chercher la clé , et vous dites que la 
vue ne Ta pas guidé! En arrivant dans le jardin, il s'extasie 
sur Féclat des étoiles, la pureté du firmament, il frissonne 
fin se plaignant du froid que vous ressentez comme li|i ; 
^Qn il revient s'asseoir auprès du foyer en ranimant le 
/eu; et les sens, dites-voiis, demeurent inactifs pendant 
tout ce temps! Cet autre, auquel on met dans la houche des 
dragées qu'il convoite, remercie en exprimant sa salisfac^ 
UoD ; il est mécontent parce qu'on lui donne à boire un 
yeire d'eau quand c'est un verre de liqueur qu'il croyait 
porter à ses lèvres ; il est heureux enfin quand on a accédé 
à son premier désir ; le goût, dites-vous, serait nul sur un 
pareil sujet! Un troisième se plaint du bruit étourdissant 
des cloches, du vacarme des rues ; il flaire avec plaisir sofi 
tabac, une fleur qui se trouve sur son passage; et vous pe 
voulez pas que l'ouïe, que les perfs olfactifs aient prêté leur 
concours pour ces actes de perception! Je ne puis pas 
approuver une pareille manière de raisonner en physiolQ- 
gie. Péfenseurs du fluide n^agnétique, combinez vos expé- 
riences avec habileté, assqrez-vous d'une maqière sérieuse 
qu'aucupe inipression physique n'agit actuellement sur 
les appareils jsensitifs de vos somnambules , et voqs 
verrez si, qonobstant ces précautions, leur cerveau copr* 
timie ji jouir de la faculté de juger de Tétat e( des qu^t- 
lités du monde matériel, oii je soutiens, ep me servant de 



478 hWKt V. — BïX-lltlïlÉME SIÈCLE. — CHAP. 11. 

seul, comme par une sorte dMllumination, à mettre le cer- 
yeau de ces malades en rapport avec les êtres et les choses. 
Il est dit dans Y Histoire critique év, magnétisme animé: 
t Le somnambule a les yeux fermés et ne yoit pas par ks 
yeux, il n'entend pas par les oreilles, mais il volt etenteil 
mieux que Thomme éveillé. Il ne voit et entend que can 
avec lesquels il est en rapport. Il ne voit que ce qu'il re- 
garde, et il ne regarde ordinairement que les objets sur 
lesquels on dirige son attention.... Dans Tétat de veille, 
l'impression reçue à l'extérieur est transmise an cerven 
dans lequel s'opère le phénomène de la sensation. La l»* 
mière frappe nos yeux, et les nerfs dont la rétine esttaph* 
sée, en propageant jusqu'au cerveau l'ébranlement qo'Os 
ont reçu , y font naître la sensation de clarté. Dans l'état 
de somnambulisme, l'impression est communiquée ao cer- 
veau par le fluide magnétique ; ce fluide , d*une extrtaie 
ténuité. .., n'a pas besoin de passer par le canal des nerb 
pour parvenir «lu cerveau. Ainsi le somnambule, au liea 
de recevoir la sensation des objets visibles par Taction de 
la lumière sur les yeux, Ja reçoit immédiatement par ceDe 
du fluide magnétique qui agit sur l'organe interne (encé- 
phalique) delà vision. Ce que je dis de la vue peut s'appli- 
quer à Touîe, et voilà pourquoi le somnambule voit et 
entend sans le secours des yeux et des oreilles, et pourquoi 
il ne voit et n'entend que les objets qui sont en rapport 
avec lui, ou qui lui envoient le fluide magnétique (1). » 

C'est bien certainement par le secours des nerfs affectés 
à rexercice de la sensibilité , par Tintennédiaire de ces 
espèces do filières oii, dans l'état fonctionnel habituel, les 
impressions cheminent , pour ainsi dire , de la périphérie 

(1) Deleuae, Histoire eritiquey etc., 1. 1, p. 171. 



T 'agent MESMÉRIEN. 481 

** . . !:os, le monde corporel 

*^'V ' *^s* ^^^^'^ ^ ^^ production de 

'^v '* ^^''a *^ simplement d*un privi- 

^ ^r j^ ''^^^^ *nés. Sans aucun doute, un 

* i/4^ '^''^ ^^^* dce où ils l'aperçoivent pen- 



^g^ ***^^ * P^"^ ^^^'^ ^^^^ ^^ ^^^^^ Q*^^ ^^ 



*^ ^^"^ •^^'*^ mobilier ou de votre appar- 

^ ^%i^ " la réalité; mais s'il leur arrive une 

^ ^-<^ Jste, soyez sûr que dans ce cas ex- 

^'•><^ . inspiration de la mémoire, et non des 

% ^ .ues du dehors , qui les met à même de 

^ .e celte apparente clairvoyance. Au demeu- 

s magnétiseurs qui ont admis la réalité de cette 
*ce ne l'ont point attribuée à la perfection mo- 
je des sens des somnambules; quelques-uns ont 
é supposer à leur tour que l'ame elle-même s'était 
icée au-devant des impressions corporelles ; que des 
itelligences infernales ou célestes avaient pu se charger 
e faire nattre dans l'ame ou dans le cerveau des somnam- 
iQles des impressions qui ne s'y forment d'habitude qu'en 
trésence des objets matériels eux-mêmes. On devait s'at- 
endre à voir quelques-uns des partisans du magnétisme 
iDimal tomBer tôt ou tard, faute d'avoir appris à distin- 
^er les hallucinations d'avec les sensations réelles, dans 
'ornière de celte fâcheuse théorie qui, de conséquence en 
MDséquence , avait entraîné nos ancêtres à tant de déplo- 
:ables excès. En effet, au fur et à mesure qu'ils ont étendu 
le cercle de leurs connaissances, les magnétiseurs ont fini 
par comprendre que les facultés exceptionnelles dont ils 
croyaient devoir doter leurs somnambules ressemblaient 
trait pour trait à celles dont les inquisiteurs, les exorcistes 
et les théologiens prétendaient avoir constaté l'existence 

TOHB II. 31 



480 LIVRE Y. — DlX^mnilèHE SIÈCLE. — GUAP. II. 

votre langage, que pour cette fois ils seront bien réellement 
isolés. 

L'exagération de la puissance des appareils sensitib, 
pendant le sonmambulisme, se peint dans le langage des 
magnétiseurs, qui affirment que le fluide magnétique, plaeé 
comme un agent intermédiaire entre le tympan, la rétine, 
le sens de Todorat, du goût et du toucher, et le monde 
corporel, permet aux somnambules d'être impressionnés à 
la distance d'une ville, d'un pays à Tautre ; la sphère 
d'action des nerfs de la sensibilité ne comporte pas nne 
pareille extension de ses limites. Des ballucinations mécon- 
nues, Texaltation non soupçonnée des facultés de la mé- 
moire ont seules donné lieu à penser que réloignement 
ne constituait point un empêchement sérieux à Texercioe 
de Fouie, de la vue, du toucher, sur les extatiques. U est 
donc bien entendu que la théorie de Textension iDimitée 
ou presqu'illimitée du pouvoir sensitif dans certaines ma- 
ladies nerveuses, n'est pas plus admissible que la théorie 
de l'occlusion nécessaire et permanente des sens sur les 
somnambules. Vous trouverez pourtant dans les récits dos 
magnétiseurs une foule d'anecdotes qu'on dit propres à 
prouver la possibilité du transport de l'ouïe , de la voe 
et des autres sens, à des distances prodigieuses. Cette 
vieille erreur, que nous avons tant de fois réfutée, ne 
nous en imposera pas plus dans les écrits des magnéti- 
seurs qu'elle ne l'a fait dans ceux des démonographes et 
des exorcistes. Il est incontestable, sans doute, que dans 
le somnambulisme, comme dans le délire sensorial d'une 
foule d'aliénés, les sourds peuvent entendre, que les aveu- 
gles peuvent voir, que les individus, tout en ayant l'air 
de dormir , peuvent tracer des descriptions magniflques 
de la nature ou de la campagne ; mais c'est le cerveau i 



EFFETS ATTRIBUÉS A L* AGENT MESMÉBIEN. 481 

loi tout seul qui enfante ces prodiges, le monde corporel 
ne concourt en rien, quant à présent, à la production de 
ces dTets ; ces malades jouissent simplement d*un privi- 
lège commun à tous les hallucinés. Sans aucun doute, un 
arbre peut se trouver à la place oU ils l'aperçoivent pen- 
dant le somnambulisme ; il peut très bien se faire que la 
peinture qu'ils font de votre mobilier ou de votre appar- 
teinent diffère peu de la réalité; mais s'il leur arrive une 
fois de rencontrer juste, soyez sûr que dans ce cas ex- 
ceptionnel, c'est l'inspiration de la mémoire, et non des 
impressions venues du dehors , qui les met à même de 
fiiire preuve de celte apparente clairvoyance. Au demeu- 
rant, tous les magnétiseurs qui ont admis la réalité de cette 
clairvoyance ne l'ont point attribuée à la perfection mo- 
mentanée des sens des somnambules; quelques-uns ont 
préféré supposer à leur tour que l'âme elle-même s'était 
élancée au-devant des impressions corporelles ; que des 
intelligences infernales ou célestes avaient pu se charger 
de faire nattre dans l'ame ou dans le cerveau des somnam- 
bules des impressions qui ne s'y forment d'habitude qu'en 
présence des objets matériels eux-mêmes. On devait s'at- 
tendre à voir quelques-uns des partisans du magnétisme 
animal tomber tôt ou tard, faute d'avoir appris à distin- 
guer les hallucinations d'avec les sensations réelles, dans 
Fôrnière de celte fâcheuse théorie qui, de conséquence en 
conséquence , avait entraîné nos ancêtres à tant de déplo- 
rables excès. En effet, au fur et à mesure qu'ils ont étendu 
le cercle de leurs connaissances, les magnétiseurs ont fini 
par comprendre que les facultés exceptionnelles dont ils 
croyaient devoir doter leurs somnambules ressemblaient 
trait pour trait à celles dont les inquisiteurs, les exorcistes 
et les théologiens prétendaient avoir constaté l'existence 

Tome II. 31 



482 LlVBfi V. — Blt-HUITIÈUE SIÈCLE^ — CHAP. II. 

sur les énergumènes, les déinoDolâlres, les extatiques, les 
faiseurs de miracles et jusque sur les anciennes pythonîB- 
ses de Tantiquité. Or, puisque tout le monde avait en 
anciennement que la clairvoyance des extatiques et dei 
convulsionnaires était due à Faction des êtr^ snmatards 
sur le cerveau, on devait s'attendre à voir quelques m» 
gnétiseurs enthousiastes attribuer la clairvoyance de leun 
somnambules à une influence surnaturelle : telfutefléctife- 
ment, comme je Tai dit tout à Fbeure, le genre d'explica- 
tion auquel on ne craignit pas de s'arrêter dans certaines 
localités. Mais encore une fois Tétude des facultés excep- 
tionnelles attribuées aux crisiaques de tous les temps et 
de tous les pays n'offre d'intérêt que pour la patbdogfe 
mentale. 

Il est arrivé souvent, dans le somnambulisme artifidei, 
que des malades ont pu prédire, plus ou moins longtemps 
d'avance, des attaques de nerfs, des saignemens de nés, 
des évacuations critiques, qui ont eu lieu, tantôt sur eox, 
tantôt sur d'autres, précisément à l'heure qu'ils avaient 
indiquée. Quelques magnétiseurs ont encore cru pouvoir 
s'appuyer sur de tels exemples pour soutenir que des ex- 
tatiques possèdent la faculté de lire dans leurs propres vis- 
cères, et dans l'organisme des autres hommes. Mais, eo 
méditant les faits recueillis par d'habiles magnétiseurs, en 
se reportant à ce que nous avons dit de la puissance des 
effets de réaction de l'appareil nerveux, soit sur lui-même, 
soit sur celui d'autrui, l'on s'aperçoit bientôt que si, dans j 
de semblables cas, les prédictions des somnambules s'ac- | 
complissent ponctuellement, cela tient, non à ce que les > 
extatiques voient les mouvemens qui se préparent à pré- ^ 
sent, soit dans leurs organes, soit dans les organes des 
autres, mais bien parce que Faction du cerveau est pour 



EFFETS ATTRIBUES À l' AGENT MESXÉftlEN. 483 

ainsi dire reflétée par rintermédiaire des nerfs sur telle 
ou telle partie, soit de leur machine, soit de celle d'autrui. 
C'est donc parce que le somnambule est convaincu main- 
tenant qu'il aura un certain jour la migraine, des attaques 
conyulsives, quMl a réussi à persuader qu'on aura des coli- 
ques, des évacuations alvines, qu'en réalité tous ces accidens 
surviennent à point nommé. Toutefois, l'on s'expliquerait 
mal ici encore, en disant que le somnambule était guidé 
dans ses avertissemens par des pressentimens. L'interpré- 
tation que nous venons de donner de ces renvois sympalhi- 
gués aide à comprendre comment il se fait que quelques 
somnambules contractent les souffrances qui existent sur les 
malades qu'on leur présente. Ces accidens, qui sont pour 
Fordinaire de courte durée, se rattachent à des modifica- 
tions, que des impressions perçues par le somnambule, et 
souyent à l'insu de tout le monde, ont fait naître dans son 
cerveau, et dont le contrecoup s'est ensuite réfléchi sur des 
organes subordonnés à l'action de ce puissant agent. En 
continuant à analyser ainsi tous les phénomènes du som« 
nambulisme provoqué, on ne peut pas douter qu'ils ne 
fussent promptement réduits à des vérités très simples ; 
jBais il est temps de mettre fin à la tâche que j'ai pour- 
suivie à travers les difficultés de quatre siècles. 



FIN. 



t I 



TABLE GENERALE ET RAI80NNEE 



DBS 



«ATliBBBS GONTBNVBS DANS GBT OV^BAOB. 



{N.'B^ Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.) 



Abadie (Jeanne). — Ses hallucinations lui font croire qu'elle se 
prostitue à des diables, I, 436, 450. 

— Croît voyager par l'air, I, 436. 

— Assure que les démonolàtres se nourrissent de chair hu- 

maine, I, 460. 
Aboiemens épidémiques à Amou, près d'Acqs, I, 503. 

— Épidémiques à Oxford, II, 310. 

— Ont été imités dans plusieurs possessions devenues épidé- 

miques, II, 410, 155. 
AcEDU, ou spleen des cloîtres. — Engendre des suicides, 1, 119. 
Adrien IV. — Son bref contre les démonolàtres de la Lombar- 

die, 1,219. 
Algut. — S'élève contre la doctrine des inquisiteurs, et soutient 

que la secte du démon n'existe point en réalité, I, 188. 
Allemagne (la haute). — Le délire de la sorcellerie y cause des 

maux cruels, I, 153. 

— Les malades soutiennent qu'ils égorgent des enfans, I, 154. 

— Les matrones y sont surtout redoutées, I, 156. 

— Une matrone s'accuse de crimes atroces, 1, 156. 

— Une autre sage-femme fait des aveux tout aussi peu croyables, 

1, 167. 

— Les démonolàtres croient avoir le don de soulever des 

tempêtes, 1, 159. 



486 TABLE GÉNÉRALK ET RAISONNÉfi DES MATIÈRES 

Allemagne (la haute). — Les femmes croient partager leur couche 
avec des incubes, I, 160. 

— Elles se tuaient en grand nombre dans les prisons, 1, 161. 

— Caractères principaux de leur folie, 1, 162. 

Ambroise Paré. — Embrasse la doctrine des théologiens relative- 
ment au pouvoir des esprits sur le corps de rhomme, 
1, 176. 

— Croit aux incubes, 1, 176. 

— Cite un fait de possession déjà décrit par Fernel, 1, 176. 
Amou, commune près d'Acqs. — L'hystérie et le mal de laïra ou 

d'aboi y font de grands ravages, I, 503. 

— La maladie est attribuée à l'influence des sorciers, 1, 506. 

— Des malades et des innocens y sont punis de mort, I, 508. 
Amsterdam. — Le délire de la possession éclate parmi les orphe- 
lins de cette ville, 1, 265. 

An ABAPTiSTES. — Sout atteints de théomanie, II, 245. ' 

— Ont des extases, des convulsions, des inspiratioiis, II, 247. 

— Prophétisent, II, 247. 

— Leurs hallucinations, II> 248. 

— Supportent les supplices avec résignation, II, 248. 

— Veulent opérer des miracles. II, 260. 

— Versent le sang par esprit de pénitence, II, 261. 
Anne (de la Nativité), atteinte de dàmonopathie, 11^ 85. 

— Ses hallucinations, II, 88 et suiv. 

Antiquité païenne. — A multiplié le nombre des puissance^ supé- 
rieures à l'homme, I, 93. 

Antoine (Saint). — Ses apparitions, I, 99. 

Apôtres (Les) du Sauveur. — Parlent souvent des bons anges, 
1,93. 

Apparitions de diables. — Sont fréquentes dans ladémonopathie, 
I, 163, 248, 489, II, 26, 86 et suiv. 

— Fréquentes dans la démonolàtrie, I, 146, 287, 344, 427, 

470, 499. 

— De morts. — Ont lieu dans le vampirisme, la démonopathie, 

I, 172,11,9,85,431. 

— D'anges, fréquentes dans la théomanie, 1, 127, 232, II, 258, 

266. 

— Du Christ, I, 294, 618, II, 126, 268. 



CONTENUES DANS CET OUVRAGE. 487 

APPEN2ELL, — Les filles de ce pays sont atteinles de théomanie, 

II, 246. 
Artois. — La sorcellerie y cause de grandes calamités, 1, 481. 

— Les juges s'y conduisent iDdigaement, I, 150. 
AspiLGOUETTE (Marie). — » Dépeint les plus étranges sensations 

nioii)ides, 1, 448. 
Augustin (La sœur). -^ Est atteinte du délire de la démonopatbie. 

— Ses accès de catalepsie, II, 115. 

AupETiT, prêtre. — Délire sur la sorcellerie, brûlé vif dans le 
Limousin, I, 345. 

AuxoNNE. — Le délire de la possession se manifeste dans un cloî- 
tre de cette ville, II, 132. 

— Les religieuses et les autres malades délirent sur la démo- 

nopatbie, II, 133. 

— Sont sujettes à des contractures bizarres, II, 136. 

— Sont sujettes à des accès extatiques, II, 134. 

— Semblent lire dans la pensée des exorcistes, 11,137. 

— Semblent douées du pouvoir de suspendre localement le 

battement des artères, II, 139. 
Avignon. — Dix-huit démonolàtres sont condamnés à mort dans 
cette ville, I, 291. 

B. 

Baglivi. — Attribue la choréomanie à l'action d'unvenin^ accuse 

la tarentule et les scorpions de produire ce genre de 

délire, II, 165. 
Baillou. — Fait preuve d'un jugement sûr et droit dans l'étude 

des affections encéphaliques ; s'attache à la doctrine des 

anciens et à l'étude des faits, I, 361. 
Balban. — Nom du diable qui servait d'époux à Madeleine de 

Gordoue, I, 251. 
Baré, curé à Ghinon, incarcéré pour avoir contribué à exciter le 

délire de la démonopatbie, II, 46. 
Barton (Elisabeth). — Son délire se rapporte à la tbéomanie^ II, 

253. 

— Se fait condamner à mort, II, 254. 
Basilide. — A une apparition, I, 98. 



488 TABLE GÉNÉRALE ET RAISONNES DBS MATIÈRES 

Bastan. — La démonopalhie fait des progrès dans ce pays, 1,470. 

— Sabbat de ce pays, I, 472. 

— Messe des démonolâtres, I, 473. 

— Accouplemens des démonolâtres, I, 474. 
•^ Empoisonnemens des démonolâtres, 1, 476. 

— Repas de chair humaine des démonolàtries^ I, 476. 
«^ Leurs prétendus homicides, I, :J82^ 483. 

— Sont condamnés au feu et à d'autres peines, 1, 484. 

— Donnent lieu à un fameux auto-da-fë, I, 485. 
Bavan (Madeleine), religieuse à Louviers. — Délire sur la dé»- 

nopathie, II, 114. 
-— Est condamnée comme magicienne, 11^ 119. 

— Fait plusieurs tentatives de suicide, II, 120. 

— S*accuse de démonolatrie, II, 123 et suiv. 

— Fait condamner BouUé et le cadavre du curé Picard au 

feu, II, 129. 
Batle (François), médecin à Toulouse. — Son rapport sur les 

phénomènes nerveux qui éclatèrent en 1681 à Toulouse, 

II, 171. 
Batle, le philosophe. — Son opinion sur le délire des Abdéri- 

tains el sur la contagion des maladies morales^ II, 181. 

— Considère les inspirés et les théomanes comme des fous, 

II, 255, 258. 
Béate de Salamanque. — Se croit mariée à Jésus-Christ; est 

poursuivie par l'inquisition ; son délire, I, 232, 233. 
Béates. — Se croient mariées à des esprits, I, 248, 332, 529. 
Belfied (Jeanne de), prieure des ursulines de Londun. — Est 

affectée de démonopathie hystérique, II, 10. 

— Cherche à se suicider, II, 14. 

— Nature de son délire, II, 18. 

— Ses contorsions pendant les exorcismes, II, 23. 

— Ses hallucinations, II, 25, 26. 

Bénédictines de Madrid, — Sont affectées de démonopathie, 

II, 1. 
Beraud. — Description de son accès de théomanie; se fait écraser 

par des soldats, II, 268. 
Bergère de Cret. — Son histoire ; phénomènes de ses extases, 

II, 300. 



COlITBIfUBS DANS GBT OUVRAGE. 499^ 

Be&gèbb de Cret. — Ses improvisations. II, 270. 

Berne. — L'anthropophagie n'a point régné dans ce pays, 1, 135. 

— On a cra à tort qne les Yandois mangeaient leurs propres 

enians» I» 139. 

•^ Les démonolâtres ne sont point intéressés à faire bouillir 
des cadavres d'enfans, I, 140. 

^ Depuis Adam on a cru sans fondement que les sorciers man- 
geaient de la chair humaine, 1, 142. 

•— Prétendues agapes des chrétiens et des gnostiques, 1, 145. 
JloDni. — Ses ouvrages ont fait à l'humanité plus de mat que ceux 
des inquisiteurs, l, 179. 

*— A recueilli des matériaux précieux pour l'étude de la folie, 
1, 180, 181. 

— Partage toutes les erreurs des théologiens, 1, 182. 

— Croit aux incubes, à la possession diabolique, à la sépara- 

tion de l'ame et du corps, aux crimes des sorciers, I, 182 
et suiv» 
BoERHAAVE. — Sa théorie des fonctions encéphaliques, II, 195. 

— Place l'incitation qui provoque le mouvement volontaire 

dans un point limité du cerveau, II, 197. 

— Étudie les sensations qui tiennent à Faction d'un excitant 

extérieur, II, 198. 

— Explique les hallucinations, II, 198, 199. 

— Admire les effets des passions affectives, II> 201. 

— Cherche à localiser les sensations, les idées, les senti- 

mens^ etc., II, 204. 
BoGUET, juge à Saint-Claude. — Son ouvrage sur les sorciers, 
I, 310. 

— Ses principes sur la démonolàtrie, I, 311. 

— Se vante d'avoir fait périr plus de six cents lycanthropes, 

1,311. 

— Rassemble des faits qui sont importans pour l'étude de la 

folie, I, 314, 315, 316, 320, etc. 
fioNET (Théophile). — Rassemble un nombre considérable de faits 
relatifs aux maladies de l'encéphale, I, 407. 

— Entraîne les médecins sur le terrain de l'anatomie patholo«-' 

gique^ 1, 408. 

— Mérite d'être étudié à cause de l'importance qu'il attache à 

l'état des viscères abdominaux dans la folie, I, 409. 

Tome II. 32 



490 TABLE GtlliRALB ET RAISOHIIÉB DES MATIÈRES 

BoNET (Théophile). — Faits de Dynuphomiiie ayec aatopsie ca-* 

davérique, I, 411,412. 
Bordeaux. — Procès delycanthropiejagédans cette Tille,!, 416. 

BosROOER, capacin. — A tracé lliistoire entière de la maladie 
des filles de Sainte-Elisabeth, à Looyiers» et cherché à 
prouver que les malades étaient réellement possédées, II, 
78 et SUIT. 

BouLLÉ, prêtre dans les environs de Louriers. — Est accusé de 
magie par les énergumènes de Sainte-Elisabeth, II, 125. 

— Brûlé vif à Rouen, II, 129. 

Brandebourg. — Le délire de la possession devient épidémiqae 
dans ce pays, I, 296. 

Brassavole. — Observe quelques cas de folie, I, 204, 206. 

Bresson . — A entendu un enfant âgé de trois ans prophétiser, 
II, 275. 

Brigitte (Couvent de Sainte-). — Maladies des religieiises de 
Sainte-Brigitte, à lille, 1, 511. 

— Des nonnes aliénées font condamner plusieurs de leurs 

compagnes à la prison, I, 512. 

— Elles délirent sur la démonolfttrie, I, 519. 

— Elles croient avoir commis de nombreux homicides, I, 515. 

— Elles improvisent sur le sabbat, sur l'antéchrist, I, 525. 

— Elles ont contracté le germe de leur monomanîe chez les 

ursulines d'Aix, I, 524. 

Brossier (Marthe). — Se dit possédée. — Son histoire, I, 349. 

— Pouvait très bien ne pas simuler les convulsions hystéri- 

ques, I, 355. 

— Expériences tentées sur sa personne, I, 551, 552. 

— Condamnée à habiter à Romoranlin, I, 353. 

— Inspire des craintes sérieuses à Henri lY, I, 254. 

Bruets. — A recueilli beaucoup de feits sur la théomanie des 
calvinistes français, II, 268, 271, etc. 

— Prouve que les théomanes peuvent se croire invulnérables, 

II, 267. 
Bruiguier. — A vu des enfans âgés de trois ans prophétiser, 

II, 274. 
Brutus. — Halluciné, I, 96. 



CONTETfCBS DANS CET OUYEAGB. 491 

BuRGOT, lycanihrope. — Croit avoir commis des homicides et 

couvert des louves, h 235. 
- Brftlë vif à PoUgny, I, 238. 



G. 



CALAHOMUf *— Trente démonolâtresy soot condamnées au feu, 

Cambrai (Moinesses de). — Sont atteintes de démonopaihie, 
I, 163. 

— L'une d'elles est condamnée à la prison, 1, 163. 

Capeau (Louise), ursuline à Aix. -^ Est affectée de démonopa- 
tÛe, -^ Contribue à la perte du curé Gaufridi> I, 490, 498. 

— Fait condamner au feu l'aveugle Honorée, l, 502. 
Cardah (Jérôme). — Croit à la possibilité des apparitions d'es- 
prits, I, 1 73. 

Casmah. -^ Son traité de Tangélographie, I, 217. 

Catalkpsib. — Fréquente sur les possédées de Loudun, de liOu* 

viers, de Bayeux. (Voyez ces mots.) 
Cathou (Le père). -*« Décrit les phénomènes qui constituent le 

délire des ihéomanes anabaptistes, II, 246 et suiv. 
Cavauer (Jean). — Décrit les accidens de la théomanie et les 

phénomènes de Tinspiration, II, 289, 290. 
Césaire. — Raconte des faits qui prouvent la fréquence du délire 

dans les anciens cloîtres, II, 75. 
Chalons (L'évéque de). — Croit les monomaniques d'Auxonne 

possédées. II, 132. 
Chaman. — A entendu prq)hétiser un enfanl de cinq ans, II, 273. 
Chasse aux loups-garoux, autorisée par le parlement de Dôle, I, 



GHAuynT» tteutenant-civfl à Louifan. — Tombe dans la lypémanie 

après la mort de Grandier, II, 70. 
Chuion. — Les filles de cette ville sont atteintes de démonopa^ 

une, II, 45. 

— Le cur^e la ville contribue à ce malheur, II, 46, 47* 
Cboréomanie. — Variété de délire, II, 169. 

— Signalée par Vincent de Beauvois, II, 160. 

-<- Règne épidémiquement en Allemagne, II, 160» 



492 TABLE GÉNÉRALE ET RAlSONIilËE DES MATIÈRES 

CttORÉOMANiE. — Décrite par Sauvages, II, 161. 

— Est souvent épidémique, II, 161. 

— Atteignit les Abdéritains, II, 161. 

— Observée dans la Souabe, II, 162. 

— Décrite par Sennert, II, 162. 

— Connue de Mathiole sous le nom de tarentisme, II, 163. 

— Connue de Ferdinand-Épiphane. II, 164. 

— Décrite par Baglivi, II, 165. 

— Décrite par Mead, II, 167. *> 

— Complique souvent la théomanie, II, 168. 

Chrétiens de Rome. — Sont accusés de boire du sang, de faire 
des repas semblables à ceux du sabbat, I, 145. 

Clauda (Jean-Guillaume). — Est atteinte de lycanthropie et croit : 
avoir tué beaucoup d'enfans, I, 320. 

— Meurt par le feu, I, 323. 

Clauda (Jean-Prost). — Est affectée de lycanthropie, croit avoir 
commis. plusieurs homicides. — Meurt par le feu, I, 321, 
322. 

Claude (Saint-), dans le Jura. — Délire des habitans de ce pays, 
1,312.313. 

— Les malades y sont surtout en proie à la lycanthropie, I, 

314, 315, 319,; 320, etc. 

— Sont condamnés au feu en grand nombre, I, 323, 

— Parcouraient les montagnes pendant les paroxismes de ly- 

canthropie, I, 314, 316. 

— Croient subir des métamorphoses^ I, 315, 319, etc. 

— Se vantaient d'avoir mis plusieurs enfans à mort, 1, 319, 322. 

— Offraient quelquefois des symptômes analogues à ceux delà 

démonopathie, I, 329. 

Glusette. — Est atteinte de délire à Toulouse, II, 172. 

— Effet que produit sa vue sur un certain nombre de jeunes 

sujets, II, 173. 

— Conduite du parlement de Toulouse à Fégard de quelques 

jeunes filles qui commencent à se croire possédées, II, 173. 

— L'hystérie, qui joue le principal rôle chez ces malades, tend 

à devenir épidémique, II, 173, 174. 

— Action des exorcismes simulés sur les convulsionnaires, 

II, ij^. 



CONTENUES DANS CET OUVRAGE. 493 

CiusETTE. — Deux médecins expliquent dans un savant rapport 
la manière dont les affections encéphaliques deviennent 
épidémiques, II, 179. 

Colas (Antide) — Croit cohabiter avec le diable par une fistule 
qu'elle porte à l'ombilic ; est condamnée au feu, 1, 320,321. 

— Se dit battue par Satan. — A de curieuses hallucinations, 

I, 321. 
CoNSTANTiA. — Sa visiou, I, 99. 
CoRDOUE (Madeleine de). — Atteinte de théomanie, puis de dé- 

monopathie, I, 249. 

— Croit partager son lit avec un ange ou avec un incube, I, 249. 

— Condamnée par l'inquisition, I, 251. 

— Avait passé pour une sainte, I, 248. 
Cyprien. — Sa vision, I, 98. 

D. 

Dagcerre (Marie). — Peint les organes sexuels du diable, 1, 440. 
Daneau (Lambert). — Décrit les phénomènes de la sorcellerie 

survenus à Valéry, I, 283. 
David (George). — Atteint de théomanie; est brûlé après sa 

mort, II, 255. 
Delagourt. — Prend un monomaniaque pour un possédé , en 

Cochinchine, II, 417. 
Delangre, conseiller au parlement de Bordeaux. — Se montre 

aussi cruel que Bodin envers les démonolâtres, I, 358. 

— Compose des écrits précieux pour l'étude de la folie, I, 359. 

— Décrit les symptômes de la sorcellerie du Labourd, la mala- 

die des femmes d'Amou ; compile les procès faits par di- 
vers parlemens, I, 414, 429. 

— Fait périr par le feu beaucoup de malheureux, I, 429 et 

suiv. 

JDel Rio. — Son traité de la démonologie devient classique parmi 
les théologiens, et mérite d'être étudié par les manigra- 
phes, I, 360. 

DÉMONOLATRiE. — Fait croirc aux hommes qu'ils adorent le dia- 
ble, I, 83. 

— Cause la perte d'innombrables monomaniaques, 1, 124. 



4M TABLB gANÉRALB ET ftAlSONNiS DBS MATl&KES 

Démonolatrib. — RègDe en Suisse, I» 135. 

— Règne en Artois» I, 148. 

— Règne dans la haute Allemagne, I» 152. 

— Règne en Espagne, 1, 218, 241. 

— Règne en Lombardie, I, 219. 

— Règne à Valéry» I» 283. 

— Règne en Languedoc, I, 286. 

— Règne à Avignon, I, 291. 

— Règne en Lorraine, I, 300. 

— Règne dans le Labourd, I, 427. 

— Règne dans le Bastan, I, 470. 

— Règne à Lahaye-Dupuis, II, 143. 

— Si elle pousse à rhomicide, I, 142. 

— Si elle pousse au suicide, I, 161^ 288, 305. 

Démonopathib. — Sa description, I, 83. 

— Est sujette à se compliquer de convulsions, de somnambu- 

lisme, I, 85. 

— A régné épidémiquement dans les cloîtres d'Allemagne, 

1,234. 

— A sévi sur les religieuses d'Aix, I, 489. 

— A atteint les religieuses de Madrid, II, 1 . 

— A atteint les ursulines de Loudun, II, 7. 

— Attaque les nonnes de Louviers, II, 73. 

— Attaque les nonnes d'Auxonne, II, 132. 

— Attaque les filles de Bayeux, II, 400. 

— Persuade aux malades que le diable est et jparie dans leurs 

cavités, II, 13, 26, 27. 

— Atteint souvent les exorcistes, II, 54. 

— Atteint à Loudun Lactance, Surin, Tranquille, Lucas, II, 

54, 56, 64, 68. 

Desmarest-Saint-Sorlin. — Est atteint de thëomanîe, et provoque 
la condamnation de Simon Morin, II, 257. 

Dieu. — Théomanes qui se disent fils de Dieu, II, 246, 254, 255, 
256. 

— Femmes qui croient avoir le fils de Dieu pour époux, I, 

229, 232, 248. 
DmDART (Marie). — Nature de ses nombreuses hallucinations, 
I, 438. 



GOIITENUES DANS CET OUVRAGE. 495 

I)iON de Syracuse. — Halluciné, I, 96. 

DojARTZABAL. — Fille hsillucinée. — Peinture de ses sensations 
maladives, I^ 439. 

DôLE (L'ermite de). — Est atteint de lycanthropie et de mono- 
manie homicide. — Sa condamnation au feu, I^ 279, 282. 

DoM Calmet. — Méconnaît le délire qui constitue le vampirisme, 
et croit que les morts peuvent venir sucer le sang des vi- 
vans, II, 426. 

— Rassemble plusieurs faits propres à caractériser la spec- 

tropatbie, II, 427 et suiv. 

Don Lataste, prêtre. — Attribue au démon les miracles de sainl 
Médard, II, 398. 

— S'aperçoit tout de suite que les appelans sont aliénés, II, 

382. 

Dona Thérèse, prieure des bénédictines de Madrid. — Est affec- 
tée de démonopathie, II, 3. 

— Est poursuivie par l'inquisition^ II, 3. 

DuvERNOis (Rolande). — Se croit possédée; ses exorcismes, 
ses confessions, sou supplice, I, 329 et suiv. 



Edeline, sorbonnien. — Délire sur la sorcellerie; sa condamna** 

tion, I, 147. 
Elsb Kam. — Atteinte de folie convulsive. — Est brûlée à Kin^* 

torp, ainsi que sa mère, I, 260. 
Énergumènes. — On donne ce nom aux aliénés -atteints de dé^ 

monopalhie. {Voyez Démonopathie.) 
ËifFANS du Labourd. — Sont atteints de démonolàtrie, I, 434. 

— Des Gévennes. — Sont atteints de théomanie, II, 273 et 

suiv. 

— D'Amsterdam. -^ Sont atteints de démonopathie, I, 264« 

— De Hoorn. — Sont atteints d'hystérie, II, 156. 
Epiphanb (Saint). — Croit aux homicides des gnostiques, I, 145. 
Ernouf. — Atteint de délire et d'épilepsie, II, 144. 

— Donne lieu au procès de Lahaye-Dupuis, où beaucoup de 

villageois sont condamnés à BBK>rt, II, 143. 



496 TABLE GÉNÉRALE ET RAISONNES DES MATIÈRES 

Ernouf. — Cause un procès; le banoissenient est substitué à 1 
peine capitale par ordre de Louis XIV, II, 151 •! 

— Remontrance du parlement de Normandie, II, 152. 

— La dcmonolàtrie cesse d'être punie de mort, II, 155. 
Esprit (Saint-). — Beaucoup de théomanes se disent possédées 

parle Saint-Esprit. {Voyez Théomanie.) 

— Est censé parler par la bouche des inspirés, II, 290, 293, 

295, etc. 
Esprits déchus ou non déchus. — Jouent un rôle incessant dans 

les théories des théologiens et des philosophes des quin* 

zième el seizième siècles, I, 90. {Voyez Anges, Démons.) 
EsTELLA. — Cinquante femmes dites sorcières sont condamnées à 

la prison et au fouet dans cette ville, I, 241. 
Exorcistes (Les). — Sont très exposés à contracter la démonopa- 

tliie, II, 54 et suiv. 
Extase. — Fréquente dans la tliéomanie et la démonopathie. 

(F(M/e« ces mots.) 

F. 

Ferdinand (Épiphane). — Parle de la choréomanie et de son 
traitement, II, 164. 

FiNGEL. — Rapporte le cas d'un lycanthrope qui tua plusieurs 
villageois, et fut indignement mutilé par des paysans aux- 
quels il avait persuadé qu'il portait du poil sous la peau, 
I, 202. 

Fléchier. — A recueilli des faits relatifs au délire des théomanes 
calvinistes, II, 263. 

— Apprécie les causes qui ont excité le délire religieux dans 

le Midi, II, 279. 
Flemyng. — Son opinion sur le siège de l'hypocondrie, II, 208. 
Folie (La). — Doit être peinte plutôt que définie, I, 1. 

— Ses élémens fonctionnels, I, 3 et suiv, 

— Son caractère peut varier suivant les idées qui préoccupent 

les peuples, I, 123. 

— Offre au quinzième siècle l'empreinte des idées théologi- 

ques, I, 125. 

— Confondue avec l'hérésie, et punie de mort à tout bout de 

champ par les inquisiteurs, I^ 12£^. 



co^TENUËS DANS CET orvnAGE, 497 

f DNTAiNE. — Fameux tliéomane janséniste, II, 331 ■ 

— Sa convulsion tournante. II, 332. 

— Ses jeûnes extraordinaires, 11,334. 

— Ses improvisadons pendant l'extase, II, 359. 

FaÉviLLE (De) . — Trouve la description des symptûnies de la 
H^ sorcellerie dans les manuscrits du quinzième siècle, 1, 526. 
^Bf— Son opinion sur un arrêt relatif à la lycantliropie, I, 279. 

I 

Gandiixoiï (Antoinette). — Ses hallucinations, sa mort, I, 317. 
GAnniLLON (George). — Affecié de lycanlhropie, sa mort, I, 315. 
Gandillon (Perneite), — Tue un enfant dans un accès de lycan- 
thropie, I, 314. 

— Mise en pièces par le peuple, I, 31'i. 

Gamdillom (Pierre). — AfTeclé de lycantliropie, sa mort, I, 314. 

Garcia (François). — Est poursuivi par l'inquisition pour avoir 
contribué à exalter l'imagination des bénédictines, à Ma- 
drid, n, 3. 

GAuFBmi, prêtre. — Brûlé vifà Aix, I, 490, 

— Accusé de magie par les ursultnes d'Aix, I, 490. 

— Délire sur la démonolàtrie, ses confessions, 1, 499. 

— Est accusé d'avoir dévoré des enfans, I, 498. 
Génie. — De Torralba, I, 242. 

— D'un ecclésiastique, à Lima, I, 247. 
Georges, l'anabaptiste. — Était atteint de théomanie, II, 247. 
Gertrude, nonne. — Atteinte de folie et de convulsions, croit 

partager son lit avec un incube, I, 263. 
GnosTiQUEs. — Crimes atroces qu'on leur reproche, I, (45. 
GoiflOuRr, démonolâtre, — Dit avoir mangé son propre fds et 

plusieurs cadavres humains, 1, 482. 
GofiTEH. — Sa manière d'envisager l'hypocondrie, II, 210. 
Gr-acienne, démonolâtre. — Ses homicides, ses festins de chair 

humaine, I, 483. 
Grandier (Urbain), curé à Loudun. — Est accusé de magie par 

les ursulines de Luudon; sa coadamnalioo, son supplice, 

11,32,37,41. 



498 TABLB GÉTfÊRALB ET RAtâONNÉE DES MAtlÊftfià 

Grangeron. — Son rapport sur les possédés de Toulouse, ît, 
171. 

Grégoire (L'abbé). — Décrit certaines variétés de délire, et no- 
tamment la choréomanie, II, 168. 

— Cite des exemples de théomanie pris parmi les méthodistes 

anglais et américains, II, 304 et suit. 
Grégoire de Toulouse. ^ Décrit les maux de la sorcellerie du 

Languedoc, I, 287. 
Grenier (Jean). — Jeune imbécile affecté de lycanthropie àBo^ 

deaux, I, 416. 

— Ses dépositions devant la justice, I, 420, 421. 

— Condamné à une séquestration perpétuelle, I» 422. 

— Description de son Individu ; sa rnort^ I, 422. 



Hagquet (Guillaume). ^— Est attdnt de tbéomanie, II, 254. 

— Est condamné à mort et écartelé, II, 255. 

Hallucinations. — Leurs caractères, I, 4. 

— De la vue, de l'ouie, observées sur des aveugles, sur des 

sourds, I, 5. 

— Affectent souvent plusieurs sens à la fois, I, 6. 

— De Touïe, I, 7. 

— De Fouie sur des extatiques, I, 10. 

— De la vue, I, 10. 

— De la vue pendant l'extase, 1, 12. 
— • De la vue pendant le sommeil, 1, 13. 

— De l'odorat, I, 21. 

— Du goût, I, 21. 

— Du toucher, 1, 23. 

— Conduisent à de faux jugemens^ I, 34. 

— Existent souvent avec des sensations fausses» 1, 36. 
— • Peuvent n'affecter d'abord qu'un seul sens, I, 36. 

— Prêtent souvent au délire la teinte qui leur est propre, 

I, 39. 

— Peuvent cesser, bien que les autres symptAoïes du délire 

n'aient pas encore disparu, I, 40. 



CONTENUES DANS CET OUVRAGE. 498 

Hallucinations. — Entraînent facilement la perversion des sea- 

timens affectifs» I, 41. 
Hervilliers (Jeanne). — Brûlée à Ribemont, I, 297. 

— Son procès frappe d'étonnement Bodin qui se décidé à 

composer son livre de la démonomanie, I» 288. 

— Délire sur la sorcellerie; se croit mariée à un diable» I, 288. 

— Désire sortir de la vie» ainsi que d'autres monomaniaques de 

la même époque» I» 290. 
Hésiode. — Admet l'existence des êtres incorporels» I» 92. 
Hesse (Mont de). — Les nonnes du couvent de Brigitte y sont 

atteintes d'hystérie et passent pour possédées» I» 157. 
Homère. — Ses idées sur les êtres spirituels» I» 92. 
Homicide (Monomanie). — A été ol^rvée au seizième siècle^ I» 

140» 141» 193» 196» 197, etc. 

— A-t-elle r^né parmi le plus grand nombre des démonolâ- 

très? I» 155» 157. 

— Semblerait avoir causé la mort de beaucoup d^enfans» d'a- 

près les aveux des anciens monomaniaques» 1» 135» 152^ 
513; II» 124. 

— A été observée sur des lycanthropes» I» 202» 279» 314. 

— A été observée sur des théomanes» II» 250. 

— A-t-elle régné dans le pays de Vaud? I» 130 etsuiv. 

— A-t-elle régné en Allemagne» en Italie? I^ 156» 220. 
BooRN. — Les orphelins de cette ville sont atteints d'bystérie^ 

n» 155 et suiv.. 

— Us passent pour possédés et imitent les cris des démonisH 

ques, II» 156. 

— Se trouvent guéris dès qu'ils sont dispersés» K» 157. 

HuTTER. — Était atteint de tbéomanie» II»* 246. 

Hystérie. — Elle a souvent compliqué la folie» I» 83» 86. 

— S'est montrée autrefois sous des dehors si effrayans» qu'elle 

était attribuée à l'action des démons sur l'organisme, IV 
176» 182» 190. 

— Atteint Madeleine de Cordoue» I» 248. 

-^ Règne dans les couvons d'Allemagne» I» 234. 

— Atteint les orphelins d'Amsterdam» I» 264. 

— ÂUeint les enîansde Hoorn» U» 155. 

— Tourmenta Madeleine de Mandol» I» 49L 



600 TABLE GÉlfiRALE BT RiUSONIliE DBS MATIÈRES 

HtstArie. — Atteint Nicole Obrj, I, 264. 

— Règne dans le Brandebourg, I, 294. 

— Attaque Marthe Brossier, I, 394. 

— Règne parmi les fenunes de la commune d'Amou, I, 503. 

— Attaque les ursulines de Loudun, II, 7. 

— Atteint les nonnes de Louviers, II, 108. 

— Règne parmi lesthéomanes calvinistes, II, 243. 

— S'empare des théomanes jansénistes, II, 313. 

I. 

Idées fixes. — Débutent quelquefois subitement dans la foGe, 

I, 43. 

— Contribuent à aliéner ou à modifier les sentimens affectifs, 

1,46. 
î — Influent sur la nature des hallucinations, I, 48, 49, 50. 

Imotis* — Sa définition, I, 66, 67, 

— Ses symptômes^ I, 97. 

— Ses variétés, I, 70, 71, 72. 

Idiots. — Rencontrés à Tétat sauvage, I, 73. 

Improvisatbuks. — Sont communs dans les pays oè régnent la 

théomanie et la démonopatbie. {Voyez Loudun, Louviers, 

Gévennes, Médard.) 

— Croient qu'une voix étrangère parle par leur bouche, II» 

352, 392, etc. 

— Parlent souvent pendant le raptus extatique, II, 294, 360. 

— Se servent souvent de termes inconnus, II, 297, 356. 
Ikgubes. — Des sensations utérines ont fait dire à une foule de 

fenunes qu'elles avaient cohabité avec ces démons, 1, 149, 
163, 248, 287, 303, 320, 416, 463, 464. 

— Leur prétendu conmierce était puni de mort, 1, 152, 287, 

416, etc. 

— Étaient accusés parfois de sodomie, I, 146, 163, 167, 248; 

II, 124: 

— Leur prétendu penchant à la bestialité, I, 324, 517; II, 

124. 
Innocent VIII. — Autorise les frères prêcheurs à exterminer les 
démonolâtres de la Haute-Allemagne, 1, 152, 



CONTENUES BANS CET OUVRAGE. 501 

Inquisiteurs délégués. — Font brûler beaucoup de mélanco- 
liques en Italie, I, 219. 
Iriarte, démonolàtre. — Dit avoir tué neuf enfans^ I, 483. 



J. 



Jean, iaux saint Jean. — Est brûlé à Toulouse ; était atteint de 

théomanie, II, 256. 
Jeanne. — Décrit les organes sexuels du diable ; affirme qu'ils 

sont en* écaille, I, 462. 
Jeanne-d'Arg. — Est atteinte de théomanie, I, 127. 

— Doit sa gloire à la nature de ses hallucinations, I, 128. 

— Eût été exposée à être brûlée, quand bien même elle n'eût 

pas cessé d'appartenir à la vie privée, I, 133. 

— Ses émules, 1, 134. 

Jeunes. — Provoquent, en se prolongeant, l'extase et des hallu- 
cinations, II, 74, 339. 

— S'observent dans la monoroanie religieuse, II, 268, 298, 

334, 339, 340. 
Juives converties. — Sont atteintes à Rome de convulsions et de 

délire, I, 262. 
Jules II. — Autorise les frères inquisiteurs à exterminer les 

démonolâtres de certaines provinces d'Italie, I, 219. 
Julien l'Apostat. — Est halluciné, I, 97. 
JuRiEU (Le ministre). — Soutient que les théomanes calvinistes 

sont inspirés par le Saint-Esprit, II, 271. 



K. 



KiNTORP. -— Les nonnes de cet endroit sont atteintes de convul- 
sions et de démonopathie, I, 258, 269. 
— - Elles accusent de magie deux femmes qui sont brûlées, I, 
260, 272. 

Kloekof. — Son opinion sur le siège de l'hypocondrie, H, 208. 

KoTTERUs. -— Prophétise; est atteint du délire de la théomame, 
II, 258. 

Kuhlman. *- Est atteint de théomanie et exécuté, II, 258. 



502 TABLE GÉNÉRALE ET RAISONIIÉE DES MATIÈRES 



L. 



Labourd ou pays basque. — La démonolàtrie y cause des maux 
cruels, I> 429. 

— A été plusieurs fois infecté de démonolâtres^ I, 465. 

— Un tribunal extraordinaire fait périr par le feu un grand 

nombre de femmes basques, I, 430. » 

— Accidens observés sur des malades mis à la torture, 1, 431 

— Cruautés auxquelles on se livre parfois sur les victimes qui 

vont au supplice, I, 433. 
Ts-If allucinations qui persuadent aux femmes que les condamnés 

ne sont pas morts, I, 433. 
rr Les enfans sont atteints de délire et gardés à vue nuit et 

jour dans les églises, I, 435. 
rr Les hallucinations les assiègent ordinairement pendant k 

sommeil, I, 435. 
r^ Les jeunes malades accusent certaines femmes de les em- 
porter par l'air, I, 436, 437. 
*-T Les démonolâtres affirment que le diable leur ouvre les 

portes des prisons et qu'ils vont au sabbat, bien qu'ils 

soient détenus dans les fers, I, 430. 

— Les hallucinés voient le diable sous les formes les plus 

extraordinaires, I, 440, 441. 
T— Peinture que font certains malades du sabbat, I, 444, 
445, etc. 

— Les filles croient cohabiter avec Satan, 1^450,462, 463,464. 

— Elles sont heureuses de mourir, de souffrir le martyre pour 

le diable, 1, 453. 

— Elles croient posséder des poisons et manger de la chair 

humaine, I, 453, 454, 460. 
*^ Elles accusent plusieurs prêtres de célébrer la messe do 
diable et les font condamner à mort, I, 465^ 466^ 467. 

— Soutiennent que Satan leur imprime sa marque, I, 447, 

457. 

— Me faisaient point usage de frictions narcotiques, I, 441. 

— Se figuraient que les crapauds représentaient des démons 

déguisés, I, 433, 461. 



CONTBmiBS DANS CET OUVRAGE. 503! 

Lactancb (Le père). — Exorciste à Loudun, contracte la démo- 

nopathie, I, 54. 
Landes > près de Bayeux. — La démonopathie règne dans ce 

pays, II, 400. 

— La folie n'attacpie que des femmes jeunes^ II, 401. 

— Elle est exaspérée par les exorcismes, II, 416. 

— Elle se complique de somnambulisme, 11,410. 

^— Degré de violence des hallucinations et du délire anti-reli- 
gieux, II, 405. 
•^ Séquestration des malades, II, 416. 

Lange (Jean). — Cite Tobservation d'un monomaniaqtte qui a les 
entrailles remplies de corps étrangers; accuse le diable, I^ 174. 

Langon (Anne). — Atteinte d'hystéro-démonopathie, I, 257. 

Leuubton (Jean). — Veut prouver que les religieuses de Louviers 
sont réellement possédées, II, 76. 
•— Peint bien la lésion des sentimens religieux, II, 77 et suiv. 

Leloter. — A méconnu souvent les hallucinations, a rassemblé 
des faits innombrables, I, 184. 

— Attribue à la présence des esprits la plupart des halluci- 

nations, 1, 185, 186. 

— Croit à la possession diabolique, à l'accouplement des es-* 

prits avec les fenunes, à Tobsession, 1, 185. 

— Admet que la folie tient presque toujours à une influence 

diabolique sur l'organisme, I, 187. 

— Rapporte des exemples de manie spontanée, I, 193. 

LiBMivnjs (Levinius). — Ëmet des idées passablement saines sur 
les maladies nerveuses, I, 188. 

Léon ARD, anabaptiste. ^- Égorge son frère pour imiter le sacri-' 
fice d'Abraham, II, 251. 

Lépine (Barthélemi de). — Soutient que les sorciers sont des 
sectaires du diable, I, 168. 
T Sa doctrine sur l'extase, les sabbats, les métamorphoses des 
stryges, I, 169. 
Lepois (Charles). — E$t à la hauteur des éloges de Boerhaave^ 
1,377. 
— ' Décrit exactement l'hystérie violente ; mérite encore d'être 
médité sérieusement, I, 379^ 



604 TABLE GÉHÉRALB BT RAISOHNis DES MATIÈRES 

Lbpois (Nicolas). — Compose un ouvrage de médecine remar- 
quable, I, 208. 

— Décrit l'amnésie, la manie, la mélancolie, les convulsions, 

avec un soin scrupuleux ; possède des idées saines sur les 
affections du système nerveux, I, 211. 

— Marche à la tête de son siècle, I, 212. 

— N'ose pas nier l'existence de la folie démoniaque, I, 211» 
LiEUTAUD.— Son Synoptiê contribue à faire ressortir les avantages 

de Tanatomie pathologique dans l'étude des malaà'es 
nerveuses, II, 235. 
LoMBARDiE. — Mille démonolâtres sont brûlés par an dans ce 
pays, 1, 219. 

— Des femmes s'y croient changées en chattes, et s'accusent 

de faire périr les enfans en suçant leur sang, I, 221. 

— Les stryges sont en proie au délire de la zoanthropie, 1, 221. 

— Ne font point usage des végétaux somnifères, I, 228. 

— Tombent dans une sorte de ravissement spontané^ I, 229. 

Lorraine. — La démonolâtrie règne épidémiquement dans ce 
pays, I, 300. 

— Neuf cents démonolâtres sont brûlés dans les états da duc, 

I, 301. 

— Nicolas Remy, grand juge, interroge les malades et expose 

les symptômes de leur délire, I, 301. 

— La propension au suicide est très marquée panm les démo- 

nolâtres, I, 303, 305, 306. 

— Le mal semble héréditaire dans les mêmes familles, 1, 307, 308. 
•— Ces malades croient dérober les morts à la terre pour en 

faire des pommades, I, 309. 
LoRRT. — Décrit la mélancolie humorale, II, 237. 

— La mélancolie nerveuse, II, 237. 

— La mélancolie spasmodique, II, 238. 

— Les spasmes qui peuvent compliquer la mélancolie, II, 240. 

LouDUN. — La démonopathie, Thystérie, etc., se déclarent parmi 
les ursulines et les séculières, dans cette petite ville, II, 
7elsuiv. {Voyez Ursulines.) 

Louise (de l'Ascension). — Son délire roule sur la démonopathie, 

II, 111. 

— Ses convulsions, ses contractures, II, 111. 



CONTENUES DANS CET OUVRAGE» 605 

liOuyi£RS.«"Les filles deSaiate-Élisabeth sont atteintes dans cette 
yiUe de démonopathie, d'hystérie, de catalepsie, U, 73. 

— Causes de ces accidens, II, 74. 

— Symptâmes principaux de la maladie, II, 75, 76. 

— Horrible perversion de tous les sentimens religieux, II, 77 

-et sniv. 

— Détails sur les bizarres hallucinations des religieuses, II, 84 

et suiv. 

— Fureur pendant les paroxismes, actes désordonnés, II, 104 

et suiv. 

— Caractères extraordinaires des convulsions, II, 110, 111, 112* 

— Renvoi des effets nerveux d'une possédée à une autre, II, 

113, 114. 

— Effets attribuaUes à la catalepsie, II, 113. 

-^ Les malades accusent de magie l'une de leurs compagnes et 

deux prêtres, II, 118. 
-— Condamnation de Madeleine Bavan à la prison, II, 119. 

— Exhumation du cadavre du curé Picard, II, 122. 

— Accusation du curé Boullé, qui est brûlé vif, ainsi que le 

cadavre de Picard, II, 128. 
Lucas, religieux. — Est pris d'un accès de fureur à la vue du 

père Tranquille mourant, II, 68. 
Luther. — Sa dispute avec le diable; a eu des visions; croit aux 

apparitions d'esprits, I, 173. 
Ltganthropie. -^ Sa description, I, 86. 

— Observée à Paris, I, 202. 

— Observée à Poligny, I, 232. 

— Observée à Dôle, I, 279. 

— Observée à Angers, I, 336. 

— Observée à Bordeaux, II, 416. 

— Epidémique dans le Jura, 1, 310. 

— Constitue quelquefois une monomanie homicide, 1, 202, 279, 

314. 
Lyon. — La démonopathie r^ne dans ses environs, II, 182. 



IIabebthe. —- Béate hallucinée, I, 529. 
— Se croit mariée au fils de Dieu, I, 530. 

Ton II. 34 



506 TABLE GélféRALB ET RAISONlfiE DES lUTliRÈS 

IUberthb.— Donneà penser qu'elle cohabite avec un incube, I,53i« 

— Est sur le point d'être traduite en justice, el accuse son 

confesseur d'adorer le dieu du mal, I, 532. 
Magnétisme animal. — Description et explication des phénomèoes 

qu'il produit, II, 434 et suiv. 
-» Engendre souvent des hallucinations, des idées fousses, une 

sorte de délire transitoire, II, 458. 
Mandol (Madeleine de), ursuline à Aix. — Se croit possédée par 

des démons, I, 491. 

— Est atteinte de démonopathie, d*hystérie, de nymphomaoie, 

avec propension au suicide, de catalepsie, I, 491 et snW. 

— Accuse Gaufridi de magie et le fait condamner au feu, I, 

498. 

— A-t-elle été violée par ce prêtre? I, 491. 

Marie. — Sa description, I, 75. I 

— Ses caractères, I, 76, 77. 

— Furieuse, I, 78. 

— Variable quant au type, I, 79. 

'^ Commune autrefois dans les pays chauds, 1, 194. 

*- Observée dans le seizième siècle, I, 203, 204, 206, 207. 

— Décrite par Nicolas Lepois, I, 210. 

— Décrite par Félix Plater, I, 370, 371. j 

— Décrite par Sennert, I, 381. \ 

— Décrite par Thomas Willis, I, 389. 

— Décrite par Yieussens, I, 192. 

— Étudiée par Sauvages, 1, 232, 233. 

Mannouri, chirurgien à Loudun. — Son délire après la mort de 

Grandier, II, 69. 
Marescot. — Sa conduite dans l'expertise de Marthe Brossier, 

1, 252. 
Marie. — Décrit les organes sexuels du diable ; croit qu'ils sont 

en écaille, I, 463. 
Marie (de Jésus).— Est atteinte de démonopathie; s'identifie avec 

son démon en improvisant, II, 115. 
Marie (de Saint-Nicolas). — Est affectée de démonopathie; ses 

hallucinations^ II, 85. 
Marie (du Saint-Esprit). — Est atteinte de démonopathie, II, 115. 

— Ses nombreuses hallucinations, II, 94 et suiv. 



CONTENUES DANS CET OUVRAGE. 507 

MUaib (du Saint-Esprit). — Ses accès de catalepsie. II, 112. 

— Ses emportemens furieux. II, 104. 

— Ses actes extravagans, II, 107. 

BIarie (du Saint-Sacrement). — Est affectée de démonopathie ; 

ses hallucinations, II, 94. 
Marie Volet. — Est affectée de démonopathie à Lyon» II, 183. 

— Guérie par Rhodes, II, 184. 
Marigrane. — Croit que les organeç sexuels du diable sont en 

fer, I, 463. 
Marion (Elle). — Ce qu'il éprouve dans le délire de la théomanie, 

II, 291. 

— Son improvisation, II, 295 et suiv. 

Hatthiole. — Décrit la choréomanie et l'attribue à Taction du 

venin de la tarentule, II, 163. 
Médard (Paroisse de Saint-), à Paris. — Devient le théâtre de la 

théomanie, II, 313. 

— Convulsions des théomanes parisiens, II, 315, 316. 

— Convulsions et délire de la femme Thévenet, II, 324. 

— Convulsions et délire du théomane Fontaine* II, 331. 

— Extases des théomanes jansénistes, II, 341. 

— Improvisations des théomanes jansénistes, II, 345. 

— Ces malades se figurent que le Saint-Esprit se sert de leurs 
. organes pour parler, II, 352. 

— Quelques théomanes entendent FEsprit-Saint parler dans 

leur poitrine, II, 354. 

— Ils se servent en improvisant de termes inconnus, II, 356. 

— M'attachent le plus souvent aucun sens à leurs mots, II, 358. 

— Les théomanes y opèrent-ils des miracles? II, 363. 

— Ik sucent les plaies pour effectuer des guérisons miracu- 

leuses, II, 365. 

— Représentent la passion du Christ, II, 369. 
— - Se font attacher à des croix, II, 369. 

— Se font torturer de mille manières, II, 370. 

— Ressemblent aux fakirs indous, II, 371. 

— • Se croient invulnérables et se font donner des coups capa- 
bles de donner la mort, II, 373, 374, etc. 

— Étaient aiguillonnés aussi par Tinstinct de la volupté, Ih 

384. 



M8 TABLE GiniRALB BT BAISOMIf^K DBS MATIÈRES 

HÉDAiB (Paroisse de Saint-). — Les théomaoes doiveat à la tyn- 
panite et à la contracture des muscles de résister à l'effet 
des coups, II, 388. 

— Sont sujets à la paraphrosynie hystérique. II, 3W. 

— Passent pour des énergumènes, II, 390. 

— Se comparent à certains saints et aux prophètes, II» 399. 
HiLAifCBTHON. — Croit aux revenans, aux specti*es, I» 172. 
HiLAHCOLiE. — Connue des inquisiteurs, 1, 119, 122. 

— Attribuée souvent à Faction des démons sur l'organisme, I, 

181, 189. 

— Observée par plusieurs médecins du seizième siècle, 1, 206, 

207. 

— Décrite par Nicolas Lepois, 1, 211. 

— Décrite par Sennert, I, 329. 

— Décrite par Félix Piater, I, 367. 

— Décrite par Thomas Willis, I, 390. 

*^ Décrite par Sauvages, qui la divise en espèces, il, 222 et 

sniv. 
Mbsmer. — Examen de ses théories et des effets qu'il parvient à 

produire, .II, 441 et suiv. 
MiAULEMENS. — Deviennent épidémiques dans ua couvât de 

femmes, II, 313. 
MiCHAELis, inquisiteur. — Rapporte le procès des démonolâtres 

d'Avignon, I, 291. 

— Dénonce Gaufridi au parlement d'Aix, I, 490. 

— Trace jour par jour les faits qui concernent le délire de 

Maddeine de Mandol, I, 491 et suiv. 

— Figure dans le procès des filles possédées à Lille, I, 510. 
— Croit à tout ce que racontent les énergumènes, 1, 49 1 et suiv. 

Michel. — Il se dit roi des sorciers, croit avoir mangé des cada- 
vres et tué des enfans, I, 482. 

MiLAiï. — Trente religieuses se croient possédées dans cette 
ville, I, 294. 

— Les malades éprouvent de bizarres hallucinations, I, 294, 

295. 
MiRON, évêque. — Ses expériences sur Marthe Brossier, I, 36. 
Missionnaires. — Ont méconnu et méconnaissent encore la 

démonopathie, II, 417. 



CONTENUES DAN& CET OUTRAGE. 509 

IbflflKiNNAiRBS. — Le Ëiit de possession observé en Codiincfaine 
prouve que les missionnaires ont besoin d'étudier les af- 
fections mentales, II, 424. 

lioHRA, en Suède. •— Le délire de la sorcellerie y devient épidé* 
mique, II, 140. 

— Un tribunal exceptionnel y fait brùl^ quatre-vingts sujets 

en délire, II, 141. 
HoNOMANiE. — Sa description, I, 80. 

— Ses principales espèces, I, 81 . 

— Tbéomanie, I, 82. 

— Théomanie extatique et convulsive, I, 83. 

— Démonolàtrie, I, 83. 

— Démonopathie, I, 85. 

— Démonopathie avec catalepsie, 1, 85. 

— Démonopathie avec phénomènes convulsifs, I, 86. 

— Zoanthropie, I, 86. 

— Décrite partout sous le nom de mâancolie, I, 206, 207, 211. 

(Voyez Mélancolie.) 
If ONTAiGNE. — Prend la défense des démonolâtres, I, 212. 

— Ne prévient pas les inconvéniens qui résultent de la propa- 

gation des doctrines théologiques dans tous les rangs de 
la société, I, 215. 

HoNTGERON (Carré de). — A décrit tous les phénomènes de Tépi- 
démie de Saint-Médard, et composé plusieurs volumes 
pour prouver que les restes de Paris opéraient des mira- 
cles {voyez Médard), II, 313 et suiv. 

MoRGAGNi. — Cherche à rattacher les troubles qui constituent la 
folie à une modification morbide des centres nerveux en- 
céphaliques, II, 212. 

— Repousse l'emploi des moyens violons dans le traitement des 

aliénés, II, 213. 
MoRiN (Simon). — Son délire se rapporte à la théomanie; brûlé à 
Paris, II, 257. 

Nantes. — La révocation de Tédit de Nantes contribue à rendre 
la théomanie épidémique dans le midi de la France, II, 
263. 



510 TABLE GfoiRALE ET BAISOMlliB DES MATIÈRES 

Naearbth (Gonvent de). — Les filles de Nazareth près de Cologne 

passent pour possédées, sont atteintes d'hystérie et de 

démonopathie» I, 263. 
Negato, démonolâtre. — mise à mort dans le Labourd, accosée 

d'avoir préparé des poisons, I, 454. 
NiRON, halluciné, I, 06. 
NiDER. — A recueilli dès le quinzième siècle plusieurs di)sena- 

tionsde monomanie, 1, 119, 120, 121. 

— A cru à l'anthropophagie des habitans de Berne, 1. 136. 
NoNivAiNS d'Allemagne. — Sont atteintes en grand nombre d'bys- 

téro-démonopathie, I, 254. 

O. 

Obry (Nicole), dite la possédée de Yenrins, I, 204. 

— Est atteinte d'hystéro-démonopathie, I, 265. 

— Exorcisée publiquement en présence d'un flot de peuple, 

I, 265. 

OFFiasRs de Louis XTV. — Sont étonnés du fanatisme des pro- 
phètes calvinistes, II, 200. 

ÛRLiAits. — Plusieurs individus affectés de démonolàtrie y sont 
condamnés soit à mort, soit au bannissement, I, 520. 

Orpheuns de Hoorn. — Sont atteints d'hystérie, II, 155. 

— D'Amsterdam. — Sont atteints d'hystéro-démonopathie, 1, 

204. 
Oxford. — Aboiemens des femmes de ce pays, II, 310. 

P. 

Paget (Thiévenne). — S'accouple avec le diable; décrit ses or- 
ganes sexuels, I, 319. 
Paris, diacre. — Succombe à la privation d'alimens, II, 314. 

— Suffit-il de toucher à la pierre de son tombeau, à un morceau 

de ses habits, de boire sur la terre de sa fosse, pour éprou- 
ver des accès convulsifs? II, 315, 319, etc. 

Parlement d'Aix. — Fait brûler le curé Gaufridî et l'aveugle 
Honorée, I, 502. 

Parlement de Bordeaux. — Condamne le lycantbrope Grenier à 
la prison, I, 422. 



CONTENUES BANS CET OUVRAGE. 511 

Pablement dé Bordeaux. — À condamné à mort des démonolàtres 

sortis du Labourd , I, 470. 
Parlement de la Franche-Comté. — Permet la chasse aux loups- 

garoux, 1, 279. 

— Condamne à mort Termite de Saint-Bonnot, I, 282. 
Parlement de Normandie. — Fait brûler le cadavre du curé Pi- 
card et passer le curé Boullé par les flammes, II, 129. 

— Condamne à mort un grand nombre d'accusés à Lahaye- 

Dupuis, II, 143. 

— Sa remontrance à Louis XIY, II, 152. 

Parlement de Paris. — Condamne au feu une femme hallucinée 
pour avoir cohabité avec un incube, I, 425. 

— Confine Marthe Brossier dans la ville de Romorantin, I, 354. 

— Juge que le lycanthrope Roulet ne doit pas être mis à mort 

et le condamne à une sécpiestrationde deux années^ 1, 342. 

— Donne la liberté à des démonolàtres, d'après l'avis de Pi- 

gray, I, 290. 
Parlement de Toulouse. — Fait exécuter à mort quatre cents 
démonolàtres, 1, 286. 

— Charge Bayle et Grangeron d'examiner de prétendus éner- 

gumènes, II, 171. 
Parsis (Les). — Admettaient l'existence d'un grand nombre d'êtres 

incorporels, I, 92. 
Pausanus, halluciné, I, 96. 
Pauvres de Lyon (Les). — Déliraient parfois sur la démonolàtrie, 

I, 626. 
Périgard, évéque d'Évreux. — Croit à la possession des religieuses 

deLouviers, II, 117. 

— Fait jeter dans un égout le cadavre d'un ancien prêtre, II, 

122. 
Pic de la Mirandole (François). — Croit aux incubes, aux 

apparitions, à l'obsession des diables, I, 171. 
Picard, curé. — Est considéré comme illuminé, II, 73. 

— Est accusé de magie, et exécuté ; son cadavre est jeté dans 

l'égout de la voirie, II, 122. 

— Est jugé après sa mort, et son squelette est brûlé par sen- 

tence du parlement, à Rouen, II, 130. 
Picard (Uadamite). — Est affecté de théomanie, II, 243. 



612 TABLB GiNÉRALB ST RAISOMIléB DES MATIÈRES 

PicARB(L'adaniite). — Ses sectaires sont massacrés par kssot 

dats de Zisca, II, 243. 
PiGRAY. — Fait rendre à la liberté quatorze démonoMtres cob- 

damnés à mort, 1, 290. 
Placer (Félix). -^ A étudié sériensanent les affections meatides, 

I, 362. 
«^ Ses idées sur la faiblesse d'esprit, I, 363, 

— Ses idées sur la démence, I, 364. 

— Ses idées sur Tidiotisme, I, 365. 

— Décrit la lésion des sentimens, I, 366. 

— Décrit la folie d'amour, I, 367. 

— Ses idées sur la mélancolie triste, I, 367. 
*— Sa description de la manie, I, 370. 

— Décrit la choréomanie, I, 371. 

— Ses idées sur l'épilepsie,. I, 375. 

•— Se montre très habile dans l'application des moyens de 
traitement, 1, 374. 

— Admet une espèce de délire causée par la présence des dé- 

mons, I, 375, 376. 
Plotin. — Soutient l'existence des génies familiers, I, 111. 

— Frète l'appui de son autorité aux théologiens qui ont reconn 

aux êtres surnaturels pour faire l'office de causes occa- 
sionnelles, I, 111. 
PoLiGNY. — Procès et condamnation des lycanthropes de ce pays, 

I, 235. 

Pomme. — Son opinion sur les affections dites nerveuses, II, 21 f. 

Poniatova (Christine). — Son délire se rapporte à la théomanie, 

II, 259. 

PoNzmiBius. — A soutenu que les démonolâtres étaient foos, 
qu'il ne fallait pas les punir, que la doctrine des théologiens 
était absurde, 1, 187. 

Possédés ou énergumènes. — On nommait ainsi les malades afle^ 
tés de démonopathie. {Voyez ce mot.) 

— Étaient communs chez les Juifs, I, 104, 105. 

PoTHiÈRE (Jeanne). — Accusée de se prostituer au diable, 1, 163. 

PouiLLE (La). — La choréomanie qui règne parfois dans ce pais 
doit-elle être attribuée au venin de la tarentide? II, lA 



CO W n ^ UB S DANS «BT ODfRAOK. 51'3 

Prophètes. — Beaucoup de tbëoflftanes preHnent le litre dé pro- 
phètes, I|, 247, 248, 254» 255, 258, etc. 

— Entendent souvent TEsprit-Saint parler par leur bouche, 

11,265,293,295^364. 
*— Bravent les daog^s avec fanatisme, II, 265, 266, 267, 369« 

371. 
^ Tentent d'opérer des miracles, II, 363. 

— Annoncent les événemens futurs, II, 247, 254, 256, 258. 

— Improvisent, soit en termes connus, soit en se servant de 

mots baroques, II, 289, 290, 295, 297, 356. 

— Sont sujets aux extases et* aâx convulsions, II, 247, 283, 

284,360. 

— Sont souvent hallucinés, I, 127, 529; II, 256, 260, 293. 

— Ont été mis à mort en grand nombre, I, 127; H, 249, 252, 

253, 256, 266. 



Kalde (Marie de la), — Croît voyager par Taîr, 1, 437. 
lUifFiiiifG (âisabetli). — Atteinte d'hystéro-démonopathie, 1, 529. 

— Accuse le médecin Poirot et Anne Bouley, qui sont brûlés 

à Hancy, I, 529. 
Rhodes (Le docteur). — Observe les phénonènes de lliystéro* 
démoBopathie à Lyon et dans le Forets, II, 182* 

— €ite le cas de cinquante dévotes affectées de monomanie 

àChambon, H, 183. 

— Décrit le délire de Marie Volet, H, 183 et suiv. 

— Marie offre tous les signes d'une violente monomanie, II, 

181. 
Boulet. — Imbécile atteint de lycanthrople à Angers, I, 336. 

— S'imagine avoir tué un enfent, a peut-être mangé de la chair 

humaine, I, 342. 
-^ Ses confessions devant les magistrats, I, 339. 

— Condamné à mort; sa peine est commuée en celle de la 

réclusion, I, 842. 

S. 

Sabbats. — Fêtes imaginaires décrites par les démonjoUâreh h 
148, 283> 310, 344, 427, 470, 510, 526; II, 128^ etc. 

TOMB II. 3S 



614 TABLE GÉNÂIULB ET RAlSOMNiS MS VATtËRÉS 

Sages-femiies, {Voyez Matrones.) 

Saiks (Marie de), religieuse. — E st atteinte du plus affreux dé- 
lire, I, 513. 

— Croit avoir tué de nombreux en&ns, I, 516. . 
-^ Sa cruauté envers ses compagnes, I, 522. 

— Ck>ndamnée à la prison, 1, 521 . 

Saura , prophétesse ou tfaéomane calviniste. — Croit renverser 

des bataillons avec son souffle, II, 268. 
Sarragosse. — L'inquisition y fait périr par le feu plusieurs dé- 

monolàtres, 1, 241. 
Sature, martyr. — Ses visions, I, 98. 
Sauvages, — Sa classification des désordres qui constituent la 

foUe, II, 215. 

— Ses hallucinations, II, 217. 

— Ses bizanreries. II, 217. 

— Ses lésions de Tentendement, II, 217. 

— Ses vues sur la nymphomanie. II, 222. 

-r- Ses vues sur la mélancolie dansante, II, 222* 

— Ses vues sur la paraphrosynie causée par les poisons nar' 

cotiques. II, 223« 

— Décrit TefFet des hypnotiques sur les bayadères dans^rinde^ 

n,224. 

— Décrit la calenture, II, 224. 

— Décrit la démence, II, 224. 

-^ Décrit l'influence d'un froid excessif sur les £stcttltés de 
l'entendement, II, 225. 

— Décrit Férotomanie, II, 225. 

— Décrit la mélancolie religieuse, II, 225. 

— Ses vues sur la mélancolie triste» II, 227. 

— Décrit la folie par orgueil, II, 227* 

— Décrit la stupidité, II, 228. 

— Décrit la folie des Scythes, qui se croient changés en fem- 

mes, II, 228. 

^ Décrit la mélancolie anglaise avec penchant au suicide, II» 
229. 

— Décrit la mélancolie vagabonde, II, 229. 
^- Décrit la zoanthropie, II, 230. 

^ Décrit la mélancolie d'inspiration, II, 230. 



CONTENUES DANS CKT'ogYrXCS. 515 

SAUVAGES. — Décrit la démonomanie, II, 230. 

— Décrit la rage homicide ou de l'hamuc, II, 232^ 
- — Décrit la manié; II, 232, 

— Décrit l'hystérie, II, 233. 

— Décrit Textase, II, 233. 

-— Traite des phénomèneis convulsifs attribués aux puissances 
surnaturelles, II, 234. 

Sauteur (La sœur du). — Est affectée de démonopathie, II, 100. 

— Ses accès de convulsions ou plutôt de contracture^ II, 111* 

Savonarola, bénédictin. — Sujet à des hallucinations, I, 172. 
ScHACHT. — Sa théorie siur la mélancolie et l'hypocondrie, II, 

209. 
Ségretain (Françoise). — En proie au délire de la sorcellerie ; 

se tue probablement dans sa prison, I, 327. 
SicuuÈREs de Loudun. — Contractent la maladie des ursulines, 

II, 42. 
Senstert (Daniel). — Ses idées sur la démence et la faiblesse 

d'esprit, I, 379. 

— Décrit les phénomènes de la mélancolie, I, 380. 

— Décrit le délire amoureux, I, 381, 

— Décrit la manie, I, 381. 

— Croit à rinfluence des esprits déchus sur les fonctions de 

l'organisme, I, 383. 

Sensations (fausses). — Diffèrent des hallucinations, 1, 14. 

— Exemples de fausses sensations des différens sens, 1, 15^ 16^ 

17, 18, 19, 23. 

— Font croire aux aliénés qu'ils sont en butte à mille persécu- 

tions, I, 30, 31, 32. 

Sentimens affectifs. — Leurs lésions, I, 51. 

— De jalousie, I, 51, 52. 

— Leur influence sur les déterminations dans la folie, 1, 54. 
* — D'orgueil dans la folie, 1, 56. 

— Religieux lésés, I, 57. 

— De crainte exagérés, I, 59. 

— Influent sur la nature des actes, I, 60, 61 , 62^ 

SiBYiXES. — Ressemblaient à nos théomanes, II, 272. 

— Faisaient parfois usage de potions enivrantes, II, 22d. 



61^ TABLE daiÈaLÂlM ST RAlSOIfRÉS J»B6 MATlÈàES 

SiftcLE (quinzième), — Est dominé par les théories les p/os f 

étranges, I, 89, 90. j 

Siècle (seizième). — Théories qui ont cours pendant cette pé- |li 

riode parmi les savans, I, 1 67 et siiîv* ' 

SOMNAJIBUUSIIE, II, 462. 

— Constitue un état plus ou moins comparable au délire, U» 

462. 

— Fréquent dans la démonopatUe. (Voyez Aja, Bayeux, Lou- 

dun, Louviers.) 
STÉPBAmE, démonolâtre. — Prétend avoir tué sa propre fille et 

commis de nombreux homicides, t, 483, 
flrou (Nicolas). — Aliéné et théomane, H, 244. 
Stragire. — Bizarrerie de sçs hallucination^, II, 84. .. ■ 

SvccuBES. — Démons femelles avec lesquels des monomaniaqneà 

ont prétendu ayoir cohabité, 1, 170, 174, 182, 431. 
Suicide (Penchant au). — Fréquent dans ht démonôlâtrie, I, t6it 

288, 306. 

— (H)servé souvent danâ les cloîtres, I, 49Cf; H, 14, 75, 120. 
SuRui (Le père), exorciste à Loudun. — Est atteint de démono- 

pathie ; peint par lui-même sa maladie dan» une lettre 
pleine d'intérêt, Ily 56, 57. 
Stlyiijs Deleboé. — Étudie les fonctions de Tinnervation , l 
383. 

— Étudie rimbéeillité, 1, 384. 1 

— Définit le délire, I, 385« j 
-^ Raisonne sur les lésions du mouvement, I, 38T. 

— Accorde la plus grande importance h Tapplicatios 

moyens thérapeutiques^ K 387. 



Témoignage des sens. — Paraissait suffisant pour établu* autrefois 
la certitude des apparitions et du commerce des esprits 
avec les créatures humaines, I, 95 et suiv. 

Testament (Ancien). — Il y est souvent parlé du rôle et de Fap- 
parition des anges, I, 92. 

Théâtre sacré des Gévennes. — Ouvrage unique pour Tétude de 
la théomanie, II, 284, 2i9L 



CONTENUES DANS CET OUVRAGE. 517 

Théodore (Sartor). — Était atteint de théomanie ; ses hailucina» 
tions, II, 243. 

Théologiens du quinzième siècle. — Leur doctrine sur le rôle 
des esprits, 1, 101. 

— Croient que les démons se forgent des corps à volonté, I, 

102. 

— Qu'ils apparaissaient réellement aux hallucinés, 1, 103. 

— Qu'ils cherchent à cohabiter avec des vierges, I, 103. 

— Qu'ils jouent le rôle de succubes, I, 103. 

— Qu'ils opèrent sur tous les sens pour produire des illusions, 

I, 104. 

— Qu'ils s'insinuent dans l'organisme, 1, 104. 

— Qu'ils peuvent posséder les animaux, I, 105. 

— Qu'ils font horriblement souffrir les énergumènes, 1, 106. 
**- Qu'ils emportent leurs adorateurs par l'air,!, 107. 

— Qu'ils font paraître les hommes sous Faspect d'animaux, I> 

109. 

— Plusieurs théologiens admettaient la possibilité d'une folie 

spontanée, I, 119. 

— Les théologiens pouvaient, sans se mettre en opposition avec 
l'Écriture, se dispenser de mettre les esprits en cause, 
1,112. 

Théomanie. — Ses caractères, 1,81. 

— Observée sur Jeanne-d'Arc, 1, 127. 

— Atteint Maberthe, I, 629. 

— Observée autrefois en Palestine, II, 242. 

— Observée sur les adamites, II, 243. 

— Commune parmi les manichéens, II, 244. 

— Commune parmi les anabaptistes, II, 245. 

— Se complique souvent de penchant à Thomicide, II, 260. 

— Inspire les Hacquet, les Barton, les Kotterns, les Kuhlman 

et autres prétendus prophètes, II, 253. 

— A &it condamner à mçrt beaucoup d'aliénés, II, 265 et suiv. 

— Devient épidémique en France sous le règne de Louis XI Y, 

II, 262. 

. -^ Est souvent occasionnée par la persécution des croyant 
II, 262. 



518 TABLE GÉNÉRALE ET RAISONNES DE^f MATIÈRES 

Théomànie. — Persuade aux inspirés des Cévennes qu'ils sont 
invulnérables, II, 265. 

— Fait de grands ravages parmi les femmes et les enfons des 

Cévennes, II, 272. 
— • Porte des enfans à peine habitués à parler à prophétiser, II, 
273,274. 

— N'était point feinte dans l'épidémie qui désola le midi de b 

France, II, 280. 

— Était renforcée par les m^tiques religieuses auxquelles on 

se livrait dans les assânblées des calvinistes français, II, 
282. 

— Débutait par certains ]>hénomènes nerveux, II, 283. 

-^ S'accompagne souvent de convulsions, d'extases, d'haUnci- 
nations, du don de prophétiser, II, 284. 

-— Caractères des phénomènes convulsifs qui la compliquent 
quelquefois, 11/286, 287, 288. 

— Caractères de la période extatique des théomanes calvinistes, 

II» 288. 

— Caractères de la période d'improvisation, II, 288. 

— Persuade aux inspirés calvinistes que le Saint-Esprit a pris 

possession de leur corps, II, 294. 

— Porte les inspirés à s'exprimer dans une prétendue langue 

inconnue, II, 297. 

— Atteint parfois les individus qui ne croient point aux pro- 

phètes, II, 303. 

— Règne encore quelquefois parmi les méthodistes américains, 

II, 304. 

— Régna à Paris après la mort du diacre Paris, II, 313. (Voyez 

Médard.) 

— Atteint les fakirs, II, 371* 

— A été attribuée à la possession des démons, I, 127; 11,397. 

Théorie physiologique des hallucinations, I, 112, 113, 114. 

Thévenet. — Fameuse dans l'épidémie de Saint-Médàrd ; son 
délire et ses accès nerveux sont bien caractérisés, II, 324 
et suiv. 

JoRRALBA (Le docteur). — Croit avoir un génie à son service el 
voyager par l'air, I, 242. 



CONTENUES DANS ,CBT OUVRAGE. . 519 

ToRRALBA(Le docteur). — Est poursuivi par rinquisition <l'£s^ 
pagne et condamné à la prison, I, 246. . 

Torreblanga. -^ A composé un ouvrage où tous les principes 
reçus en matière de sorcellerie sont clairement exposés, 
I, 359. 

Torture. — Produit parfois la stupeur ou des hallucinations, I, 
160, 432. 

Toulouse. — La démonolàtrie y &it de grands ravages : quatre 
cents malheureux y périssent par le feu ; d'autres y sont 
condamnés à des peines temporaires^ I, 286* 

TowNSHEND, colonel. — Parvient, par la force de la volonté, 
à suspendre les battemens de son cœur, II, 139. 

Tranquille (Le père), exorciste à Loudun. — Est atteint du 
délire de la démonopathie, II, 64. 

Trembleurs. — On nommait ainsi les théomanes inspirés des 
Gévennes, II, 234. 



Ursulines d'Aix« — Sont affectées de démonopathie, I, 489. . 

— Accusent Gaufridi, curé à Marseille, de magie, I, 498. 

— Le font condamner au feu, I, 490. 

— Accusent et font condamner à mort la fille Honorée, I, 

602. 
Vrsulines de Loudun. — Sont affectées de démonopathie, de 
catalepsie, d'hystérie, etc., II, 7. 

— Leur maladie est annoncée par des hallucinations, II, 9. . 

— Nature de leurs convulsions, II, 10, 11. 

— Symptômes de leurs attaques de catalepsie, II, 12. 

— Entendent parler le démon dans leur poitrine, II, 18. 

-rr Croient sentir des diables dans leur tête, leur poitrine, leurs 
entrailles^ II, 12. 

— Leurs blasphèmes, leur aversion pour l'Être suprême, Jeur 

perversion morale, II, 17. 

— Leurs exercices de batelage pendant les exorcismes, 11, 

23, 26. 



520 TABLE G^.I«éRALB ET RAISOUNÉK DES MATIÈRES 

Ursulihes de Loudun. — Accusent Grandîer» II, 32. 

— Leur fureur lorsque Grandier leur est présenté, II, 37, 

38, 39. 

— Sont accusées de contreiaire la folie, II» 9, 17. 
UvERTET. — Les religieuses de ce pays sont atteintes de foOe \ 

démoniaque et d'hystérie, I, 255» 266. 

. ^ V. 

s 

Valéry, en Savoie. — On y brûle quatre-vingts démonolâtres, 1, \ 
283. I 

— Tous les condamnés déraisonnent sur les matières relatives 

à la sorcellerie, I, 284. 
Vampirisiie. — Espèce de monomanie qui fait croire aux malades 
qu'ils sont sucés par des revenans, II, 425. 

— A régné épidémiquement en Pologne, en Hongrie, en Mo- 

ravie, II, 426. 

— Repose sur des hallucinations et éclate surtout pendant le 

sommeil, II, 427, 428. 

— Portait les habitans et les autorités locales à mutiler les 

cadavres, II, 429. 

— Jetait répouvante dans les hameaux, II, 430. 

— A régné aussi poirmi les Turcs, II, 432. 

Verdcng (Michel). — Affecté de lycantbropie, brftlé vif à Poligny, 

1,234. 
ViEussENS. — Donne dans les explications de Thumorisme) Ih 

190, 191. 

— Comment explique la manie, II, tOl. 

— Gomment conçoit la catalepsie, Thystérie, la nymphomanie, 

II, 192, 193. 
Villars (Le maréchal). — A vu des villes entières peuplées de 

théomanes, II, 272. 
- — A vu une prophélesse qui improvisait en termes inconnus, 

II, 297. 
Vincent de Beauvois. — Attribue la choréomanie à la puissance 

des démons, II, 160. 
Vincent (Isabcau), II, 300. 

— Contribue à répandre la théomanie en France, II, 270. 



CONTENUES DANS CET OUYRACr. 521 



w. 



WiER. — Est très versé dans la science qui concerne les êtres 
surnaturels ; fait de grandes concessions aux théologiens, 
I, 189. 

— Attribue Thystéro-démonopatlûe à la présence des démons 

dans rorganisme, I^ 189. 

— Fait jouer un rôle aux esprits déchus dans la plupart des 

cas d'hallucinations» I, 190. 

— Étudie cependant avec soin les affections mentales; soutient 

que les fous sont abusés par Satan et qu'ils ne doivent pas 
être crus, parce qu'ils délirent à leur insu, 1, 191. 

— Rassemble de nombreuses observations de folie ; décrit 

différentes épidémies de délire et de convulsions; mérite 
d'être étudié à fond par les manigraphes, I, 192. 

WiLLis (Thomas). — Embrasse avec une véritable supériorité 
l'étude des affections nerveuses, I, 387. 

— Donne dans des explications absurdes, I, 388. 

— Rapproche la manie et la mélancolie, I, 389. 

— Sa description de la manie, I, 389. 

— Décrit la mélancolie, I, 390. 

— Apprécie ses causes, I, 392. 

— Admet une mélancolie humorale, I, 394. 

— S'occupe de l'appréciation des moyens de traitement, I, 395, 

403. 

— Cherche à localiser les fonctions du cerveau, I, 395. 

— Attache une grande importance à la conformation du cer- 

veau dans la folie, I, 396. 

— Étudie l'idiotie, I, 397. 

— Confond souvent l'idiotie avec la démence sous le nom de 

stupidité, I, 398. 

— Étudie les affections convulsives, 1, 400. 

— Pratique avec soin des ouvertures de corps, I, 402. 

— Se montre partisan des moyens de violence dans le traite- 
ment de certains fous, I, 405. 

TomeU. 36 



622 TABLE GÉNÉRALE ET RAISONNÉK DES MATIÈRES 

WiLLis (Thomas). — Croit à l'action des démons sur V entende- 
ment et sur l'encéphale, 1, 407, 



ZiscA. — Extermine des théomanes à Thabor, II, 243. 
ZoANTHROPiE. — Sa doscription, I, 86. 

— Épidémique en Allemagne, I, 210. {Voyez Lycanthropie.) 
ZuzATA, démonolàtre. — Croit cohabiter avec un démon; ses 
autres hallacinations, 1,481. 



FIN DE LA TABLE GÉNÉRALE. 



ERRATA- 



i I, page I, ligne 12, Usez : dément et non ilêmente. 
Tome I, page 86, ligne 27, Use? : Amov et non Amman. 
Tome 1, page H6, ligne 5, lisez : déraisonnaient et non dérai 
sonnent. 
le I, page 286, ligne 22, lisez : temporaires 
poreltes. 



tem- 



ffome I, page 370, ligne 24, lisez : lubricité et non salacisme. 




IA FINE IS INCURRED IF THIS BOOK. IS 
NOT RETUftNED TO THE LIBRARY ON 
OR BEFORE THE LAST DATE STAMPED 
BELOW.